La Nature
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS
- SOIXANTE-DIX-HUITIÈME ANNÉE
- 1950
- MASSON ET C* ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
- Page de titre n.n. - vue 1/406
-
-
-
- Le gérant : G. MASSON. SUPPLÉMENT AU No 3188 (DÉCEMBRE 1950) Laval. — Imprimerie Barséoud, Published in France.
- p.n.n. - vue 2/406
-
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS
- p.n.n. - vue 3/406
-
-
-
- p.n.n. - vue 4/406
-
-
-
- N° 3177
- Janvier 1950
- LA NATURE
- Observations géographiques et ethnographiques sur les
- CLÔTURES RURALES
- La géographie des transports est un sujet fréquemment traité, mais le fait géographique contraire, que représentent les obstacles de toutes sortes dressés par l’homme pour s’opposer à la circulation, entendue dans un sens très large, est beaucoup moins souvent, abordé. La question peut sembler à première vue de peu d’importance et cependant l’étude de tous les dispositifs permanents que l’homme établit pour contrarier ou interdire la circulation ne manque pas d’intérêt. La diversité des barrières créées dans ce but est considérable, car elles répondent à des nécessités multiples et variées. Ce n’est pas uniquement, en effet, pour s’opposer à la circulation de ses semblables ou des animaux que l’homme s’ingénie à multiplier les mesures de protection autour de ses établissements. En procédant ainsi, il désire souvent aussi se défendre avant tout contre les effets dangereux de certains éléments (eau, vent, feu, gravité) et éventuellement domestiquer à son profit l’une ou l’autre de ces forces naturelles.
- Le sujet, on le voit, est très vaste. Je me propose toutefois d’examiner simplement ici ces modestes obstacles que sont les clôtures rurales, entourant les habitations, les propriétés et les champs, bordant les chemins et servant à parquer le bétail. Elles intéressent à la fois le géographe et l’ethnologue par leur origine, leur signification, les matériaux dont elles sont faites, leur forme, leur localisation ou leur aire de dispersion.
- En voyageant à travers de nombreux pays, j’ai été frappé de l’étonnante diversité de ces clôtures rurales, par le développement qu’elles ont dans certaines contrées où la campagne appa-
- Fig. 1. — Barrière de planches caractéristique de la région forestière des Alpes suisses. Filisur (Grisons).
- rait quadrillée et compartimentée à l’extrême. Au même titre que les habitations, les cultures, les routes et autres établissements humains, les clôtures se présentent donc comme un élément caractéristique du paysage culturel.
- Dans les pays de vieilles civilisations, et c’est principalement le cas de ceux d’Europe, les clôtures morcelant la campagne dérivent souvent de traditions très anciennes. Des éludes d’archéologie agraire se sont efforcées d’en établir l’origine et. pour la France, en particulier, les très intéressantes recherches de R. Dion (l) et d’autres nous apportent une précieuse documentation. Si la pratique de l’enclos date parfois d’époques lointaines, comme en Bretagne et dans le monde méditerranéen,
- Fig. 2. — Murs de dalles de gneiss limitant les champs à Giornico, Tessin.
- il ne manque pas, dans nos pays, de régions où cet usage est relativement récent. M. de Lannou cite, a ce propos, le cas de la Sardaigne septentrionale dont les terroirs.ne commencèrent à se quadriller de murs de pierres sèches qu'après 1820, année où le gouvernement piémontais abolissait les contraintes collectives et accordait à chacun le droit d’enclore librement ses terres (2).
- Les enclosures, si répandues en Europe, n’excluent pas nécessairement cet autre type de structure agraire qu’est Vopenfield et l’on peut voir dans beaucoup de régions les deux systèmes voisiner. En France, les paysages de rase campagne du Nord et de l’Est contrastent avec ceux de l’Ouest et du Sud, caractérisés par l’extension du bocage. Celle démarcation n a cependant
- 1. H. Dion. Essai sur la formation du paysage rural français. Arrault,
- Tours, 1934. .
- 2. M. de Lanou. Aspect de la vie rurale en Sardaigne. Bull. Ass. Geogr. fr., n”s 136-137, mars-avril 1941.
- p.1 - vue 5/406
-
-
-
- rien d’absolu et la région de Fontenay-le-Comte, en Vendée, nous montre par exemple les douces ondulations de la Plaine, aux champs généralement découverts et libres d’obstacles, apparaître localement striées de murs.
- R. Dion constate également que le paysage rural de l’Angleterre est dominé par l’opposition de deux types d’aménagement agraire. Tandis qu’à l’Ouest, la Cornouaille et le Pays de Galles montrent des terroirs cloisonnés de talus et sillonnés de chemins creux, comme en Bretagne, le centre et la partie orientale de l’île étaient encore au xvne siècle, avant que la pratique moderne des enclos n’en eut m'odifié la physionomie, des contrées de rases campagnes.
- Poursuivant depuis plusieurs années une enquête, encore très incomplète, sur la question des clôtures, ce sont les observations réunies dans des pays fort dispersés, que je me propose d’exposer sommairement ici pour essayer d’en tirer ensuite certaines conclusions générales.
- APERÇU GÉOGRAPHIQUE
- Suisse. — Commençons par la Suisse qui, sur une étendue restreinte, réunit des clôtures fort diverses. Le type dominant, dans la montagne forestière (Jura et Alpes), est la barrière de planches, faite de trois à cinq éléments horizontaux maintenus par des pieux verticaux (fig. i). Les planches réservées à cette fin proviennent en général des parties externes des troncs de sapin débités dans les scieries et le fait d’être bombées sur une face leur enlève toute valeur marchande pour d’autres usages. Une autre forme, assez répandue également dans les Alpes, et que l’on retrouve d!ailleurs au Tyrol, correspond aux barrières faites de pieux entiers ou fendus longitudinalement, éventuellement de planches, plantés obliquement en terre en s’entrecroisant. Des barrières de bois de divers autres modèles se rencontrent également. Une région d’un intérêt particulier à cet égard est la vallée de la Kander, dans les Alpes bernoises, où voisinent des types très différents.
- Les haies, si largement utilisées dans les pays d’Europe occidentale, ont été longtemps la clôture par excellence du plateau suisse. Il n’en est plus de même. L’extension des cultures, due aux exigences de l’économie de guerre et favorisée par le remembrement des terres à partir de 1940, a eu pour conséquence la
- Fig. 3 à 7. — De haut en bas : Palissade faite de jeunes troncs entrecroisés dans une région d’élevage. Près de Bras d’Or, Ile du cap Breton (Nouvelle-Écosse). — Vache pourvue d’un carcan, le complément habituel de la clôture canadienne. Sayabec (Québec). — Clôture dite de « boulins » faite de troncs de thuya dans les Laurentides de l’Ouest (Province de Québec). — Clôture de petits troncs de sapins plantés obliquement. Mont-Laurier, dans les Laurentides (Prov. de Québec). — En bas, à droite : Clôture typique des Laurentides forestières faite de troncs de thuya (Prov. de Québec).
- p.2 - vue 6/406
-
-
-
- disparition de très nombreuses haies. La physionomie de la campagne s’en est tromrée profondément modifiée. Au paysage bocager qui caractérisait cette l'égion il y a encore une dizaine d’années, se sont substituées de longues ondulations découvertes. Les haies vives subsistent néanmoins en certaines parties des Préalpes, notamment en Gruyère, où elles sont faites principalement de petits sapins plantés très serrés et taillés.
- Les murs de pierres sèches ne manquent pas en Suisse où beaucoup jouent un double rôle de séparation et de soutènement. Nous les trouvons sur de nombreuses pentes du domaine alpin et en quelques points des Préalpes et du Jura.
- Un district des Alpes était prédestiné à devenir une terre d’élection des clôtures de pierre, du fait de la nature particulière des roches dont il est formé. C’est le Tessin, dont les vallées pauvrement boisées sont ouvertes dans des schistes cristallins qui se débitent aisément en grandes dalles auxquelles on donne une forme quadrangulaire parfaite. Ces plaques de gneiss servent dans les vallées tes-sinoises aux usages les plus divers. On les emploie pour construire les maisons, couvrir les toits, pour faire des marches d’escalier, des tables, des bancs, pour paver les maisons et les rues, pour établir des parapets de pont et comme tuteurs pour la vigne. Ces grandes dalles grises, placées de champ et bout-à-bout, s’ajustant parfaitement, forment des murs d’une étonnante régularité autour des maisons, des vergers et des champs. Les plus remarquables se voient dans les vais Maggia, Levantina et Mesolcigna (lig. 2).
- Partout où la nature favorise un débit facile en grandes plaques régulières, nous retrouvons des clôtures du même ordre. Des schistes rougeâtres en fournissent aux habitants de Mells (Saint-Gall), tandis que les montagnards des environs de Brigue, dans la vallée du Rhône, se servent de schistes lustrés verts, en particulier entre Naters et Morel et à Ausserberg au-dessus de Viège. Des dalles de gneiss entourent de même certains jardins de Poschiavo dans les Grisons. La Suisse cependant, n’a pas le monopole de ces clôtures de dalles. G. Doyon et R. Hu-brecht (*) en signalent dans le Beaujolais d’anciennes qui sont faites de grandes dalles minces de calcaire coquiller et Jean Brunhes (2) a observé dans ce pays pétré qu’est l’IIerzégovine des barrières de pierres dressées servant de limites agraires.
- 1. L’architecture rurale et bourgeoise en France. Paris, 1945, p. 165-177.
- 2. Géographie humaine, t. 3, p. 67.
- Fig. 8. — En bas, à gauche : Palissade de « piquets » protégeant les jardins et les champs du bourg de Miquelon (Iles Saint-Pierre et
- Miquelon),
- Fig, 9 à 12. — De haut en bas : Clôture de cierges (Organos) à Mitla (État d’Oaxaca), Mexique. — Mexicain préparant une palissade de roseaux. Mitla (État d’Oaxaca). — Palissade de roseaux vivants. Mitla (Oaxaca), Mexique. -— Mur protégeant un verger à Tula (État d’Hidalgo, Mexique). Ce mur mixte, fait de blocs de lave et de briques crues ou adobes, grossièrement cimentés par de la boue, est renforcé par une Cactée redoutable (Opuntia tunicata).
- p.3 - vue 7/406
-
-
-
- 4
- Figr. 13 à IG. — De gauche à droite : Mur d’une hacienda près de Tula (Hidalgo), Mexique. Ce mur est fait do gros blocs de lave cimentés. Des éclats de roche ont été plantés dans le ciment suivant un usage répan lu dans tout le Mexique. — Mur fait de blocs de tufs volcaniques parfaitement débités et ajustés protégeant les jardins de Santa Cecilia, près de Mexico. — Porte de roseaux dans une clôture de Cereus (Organos) à Mitla, État de Oaxaca (Mexique). — Haie vive de cierges taillés, à Mitla. État de Oaxaca (Mexique).
- Canada. — Si nous passons maintenant au Canada, nous voyons qu’à l’openfield des Prairies de l’Ouest s’opposent les terres cloisonnées de l’Est, domaine essentiellement forestier qui est., par excellence, celui de la clôture de bois. On peut y rencontrer, çà et là, des barrières de petits troncs entrecroisés de diverses façons-et plantés obliquement (Ile du Cap Breton, etc...), évoquant celles des Alpes (fig. 3), mais le type dominant, du moins dans la province de Québec, est la robuste et souvent monumentale clôture de perches ou de boulins, comme on l’appelle dans la région de Mont-Laurier (Laurentides occidentales). Ces rustiques barrières sont l’un des traits marquants de la campagne laurentienne. On les construit à l’aide de troncs de cèdres (Thuya occidentalis), au bois imputrescible, qui sont disposés horizontalement., au nombre de quatre en gériéi’al et maintenus à leurs extrémités entre deux pieux verticaux. Pour que les animaux mis au pâturage ne tentent pas de passer entre les troncs, on les pourvoit d’un carcan,, les moutons en particulier, eventuellement aussi les vaches, les porcs et même les oies. Ce lourd carcan de planches se trouve être le complément nécessaire de la clôture canadienne (fig. 4).
- Une clôture d’un genre très différent est utilisée occasionnellement dans certaines vallées des Laurentides, notamment dans celle de la Gatineau. Il s’agit de la clôture.de souches, sérieux obstacle fait de grosses souches de pins, abattus anciennement par les bûcherons et qu’il a fallu arracher par la suite, à mesure que progressait la colonisation de la contrée, pour mettre les terrains en culture. Ces souches sont replantées proches les unes des autres, les racines en l’air (fig. de couverture) .
- Il est assez exceptionnel d'observer dans l’Est du Canada des murs de pierre. Ceux-ci n’existent que très localement dans la campagne, du côté de Montmagny, au Sud du Saint-Laurent, de Grenville à l’Est de Montréal. Dans cette dernière localité, les murs sont faits de blocs abandonnés dans la plaine par les anciens glaciers et retirés des champs. Certains de ces murs sont mixtes, étant surmontés d’une courte clôture de troncs de cèdres, du type de celles précédemment décrites, pour augmenter leur efficacité. Des murs d’un type différent existent dans un secteur restreint, autour de Saint-Cléophas dans la Mata-pédia, consistant en grosses et lourdes dalles de grès, qui portent le curieux nom de digues.
- Saint-Pierre-et-Miquelon. — Le petit archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, si rocailleux et dénudé, appartient cependant au domaine de la clôture de bois, comme le Canada voisin. Il s’agit là d’une survivance, datant d’une époque où ces îles n’avaient pas encore été déboisées d’une façon aussi inconsidérée par leurs habitants. Toutes les habitations, les jardins et les
- .moindres terrains cultivables sont entourés de palissades de piquets, troncs de jeunes sapins parfaitement droits et plantés si proches les uns des autres qu’on en compte de io à 12 par mètre de clôture (fig. 8). Elles jouent ainsi en même temps un rôle de brise-vent fort utile dans ces parages si tempétueux. Au total ces palissades atteignent un développement de plusieurs kilomètres, ce qui représente une consommation de centaines de milliers de sapins. Les derniers petits boisements des îles ne peuvent. suffire à la réfection des palissades existantes et à l’établissement de nouvelles clôtures, aussi fait-on venir de Terre-Neuve des chargements entiers de piquets. Les habitants de l’archipel auraient sans doute intérêt à renoncer à ce système cl’enclos, pittoresque mais coûteux, et à lui substituer des murs de pierres sèches, ce qui aurait l’avantage de débarrasser de nombreux terrains des roches qui les encombrent.
- États-Unis. — Aux Etats-Unis, les barrières de bois, comme les murs de pierre ne représentent qu’un assez faible pourcentage de l’ensemble des clôtures rurales, où le fil de fer, dépourvu de poésie, mais plus économique et d’une pose rapide, occupe la première place. Une estimation déjà ancienne (1909) nous apprend que les murs de pierre sont très rares dans le Middle West °t dans les Rocheuses, ne représentant que 0,17 pour xoo des clôtures. Ils sont un peu plus nombreux en Nouvelle-Angleterre et. dans les états de l’Est 011 les blocs roulés abondent, notamment dans le Connecticut et Rhode Island. C’est d’ailleurs dans cette même partie du pays que l’on l’encontre le plus souvent des clôtures de bois. Une région où de nombreux murs de blocs calcaires mettent une note pittoresque est le Nord de la Virginie, ceux-ci bordant sur de grandes distances les champs et les routes.
- Mexique. — Ce pays nous offre une infinité de clôtures originales et les types les plus variés se mêlent en beaucoup d’endroits. Certains dominent toutefois à peu près exclusivement sur d’assez grands espaces et il ne manque pas non plus d’étendues où les clôtures font presque complètement défaut. Tel est le cas autour de Guadalajara, de Celaya, de Querétaro, entre Pachuca et Tizayuca (Hidalgo) et dans la plaine de Toluca,
- Les haies vives de cierges sont peut-être les plus, caractéristiques de la campagne mexicaine sur le plateau central (fig, 16). Cereus marginalus est de beaucoup l’espèce la plus recherchée pour cet usage, mais d’autres cierges sont également employés. Les haies de C. marginalus (organos) sont d’une efficacité parfaite, facile à établir et à entretenir (fig. 9). La pulpe de ces cierges étant toxique et de saveur amère, les haies qu’elles forment n’ont pas besoin d’être protégées contre les déprédations du bétail. Elles offrent, d’autre part, remarque L. Di-
- p.4 - vue 8/406
-
-
-
- O
- guet (Q, grâce à la quantité de liquide dont sont gorgés les cierges, une barrière contre la propagation des incendies dans les villages indigènes, où les cases sont généralement couvertes de chaume. Les Opuntiées sont également très employées comme haies vives sur les plateaux mexicains, notamment Opuntia ficusindica et O. tuna, qui présentent l’avantage de fournir en abondance des fruits comestibles. Les haies vives de Cactacées ne sont pas seules en usage, et parmi les autres plantes employées, les agaves, spécialement le maguey dont on extrait le pulque, est particulièrement en honneur.
- Parmi les clôtures mortes, les palissades _de roseaux sont très fréquentes dans plusieurs parties du pays et en particulier dans l’État d’Oaxaca. Milia en possède de très pittoresques, faites de grands roseaux entrelacés (fig. io). Celles de l’isthme de Tehuantepec sont très remarquables et d’un genre un peu différent. Extrêmement hautes, elles entourent la plupart des habitations. Dans diverses localités du Mexique, des tiges sèches de maïs, à l’occasion de simples branchages, remplacent les roseaux et fournissent également des palissades très hermétiques où sont aménagées, de place en place, des passages de types variés. Les broussailles et branches épineuses sont également utilisées dans les secteurs particulièrement arides. A Venado, au nord de San Luis Potosi, des branches sèches et piquantes sont entrelacées horizontalement et soutenues par des pieux plantés deux par deux à 3o cm les uns des autres.
- Les zones forestières, qu’il s’agisse des pentes des grands nevados dominant le Plateau central ou de contrées boisées comme le Michoacan, connaissent des barrières de bois rappelant celles des zones boréales.
- Le Mexique rural connaît le mur d'adobes, protégeant les vergers dans les grandes plaines alluviales. Pour augmenter l’efficacité de ces murs de briques crues, on en garnit la crête de branches épineuses (Salmyao au sud du lac Chapala) ou on y plante une Caclée redoutable comme Opuntia tunicata (lig. 12). Ce sont néamoins les murs de pierre qui d'ominent, murs de maçonnerie comme on en voit autour des terres des grandes haciendas, mais plus souvent des murs de pierres sèches, qui ont dans certains districts rocailleux un développement considérable.
- C’est le cas en particulier de nombreuses régions volcaniques où ces murs, faits de blocs de lave (lecomles), morcèlent la campagne à l’infini. Les environs de Huichapan, à i5o km au nord de Mexico, sont très typiques à cet égard.
- Le Domaine andin. — Les Andes en général, mais plus spécialement les hautes Andes pastorales, sont également un domaine où abondent les murs de pierre, délimitant des espaces, clos où sont parqués les troupeaux de moutons. Au Pérou, ces enceintes de pierres sèches ou corrales sont innombrables
- près du lac Junin, à
- Fig. 17. — Parcs à moutons faits de murs P^L1S ^ 000 ^e-
- de pierre sèche. Sierra de la Guadalupe, au coupant les pentes
- Nord de la ville de Mexico. herbeuses en une infi-
- nité de petits polygones irréguliers. Le réseau compliqué de ces murs s’élève meme jusqu'à 4 700 m entre Lambrama et Chuquibambilla.
- En Équateur cependant, les murs de pierre sont loin d’avoir une telle extension et ceci tient à
- 1. Les Cactacées utiles du Mexique. Paris, 1928, pp. 333-358.
- la rareté des affleurements rocheux dans la zone des pâturages andins de ce pays, dont le sol est formé généralement par de grandes épaisseurs de cendres volcaniques.
- Plus bas, mais toujours dans la Sierra, entre 3 000 et 2 000 m, les cultures de la zone interandine coïncident avec de puissants dépôts dè lœss ou cangahua.
- Ces conditions spé- Fig. 1S. - Mur de blocs de lave, renforcé V d une rangée d agaves. I lacotepec ( Etat
- cia.es font que Jes puebia> Mexique).
- An des de l’Équateur connaissent sur une
- grande partie de leur étendue des clôtures assez particulières. La plus commune est le ta pial, mur de cangahua malaxée, réduite en boue avant d’être tassée et- moulée dans des coffrages en planches qui permettent d’édifier sur place de grands éléments juxtaposés, mesurant le plus souvent de 0,80 m à 1 m de haut sur i,5o m de long (fig. 19). Beaucoup de ces murs mitoyens, protégeant les jai’dins et les vergeps autour des villages, sont faits de deux et parfois de trois rangées superposées de tels éléments. La cangahua s’utilise aussi sous forme de briques crues ou adobes pour construire les murs. Lorsqu’elle est particulièrement dure et consistante, on' l’emploie en mottes ou taillée en briques régulières. Pour éviter que ces murs de limon se dégradent trop rapidement sous l’effet de la pluie, on en recouvre souvent le haut de tuiles creuses ou de mottes de gazon. Afin de les rendre plus difficiles à escalader, oh prend également la précaution de planter au sommet des agaves ou clés Cereus épineux (fig. 20).
- Les fossés ou sangas sont également des limites agraires très fréquentes en Équateur, notamment sur les terres des grandes haciendas. Faciles à creuser dans le lœss, de même que dans les cendres, ces fossés courent sur de lon'gues distances, non seulement autour des cultures, mais aussi dans les pâturages et l’on en voit jusqu’à 4 000 m. Dans les paramos, croupes herbeuses sans arbres et sans roches, ce sont les clôtures les plus aisées à réaliser et qu’il est impossible au bétail de franchir. Ces sanjas ont ordinairement 3 baras (L) de large, autant de profondeur. Il y en a de plus étroites, qui sont souvent doubles, le second fossé formant la contra-sanja, La terre en provenant sert habituellement à élever un talus en bordure ou entre les deux fossés, talus qui est souvent planté d’une ligne cl’agaves. En général, ces profonds fossés de séparation, pour peu qu’ils aient quelques années d’existen'ce, sont plus ou moins complètement masqués par de larges haies broussailleuses qui s’établissent spontanément tout au long grâce à l’humidité qu’ils retiennent.
- On a d’ailleurs largement recours, dans toute la zone inter-andine, aux haies vives, les plus usuelles étant faites de lignes serrées cl’agaves et de sisals ou d’un Gereus très épineux (C. sepium) vulgairement nommé espino blanco, ce dernier fournissant de belles clôtures très employées jusqu’à l’altitude de 3 200 m dans la province du Cliimborazo (Luiza, Colla, Mancheno, etc...). Les haies de lechero (Euphorbia lauri folia), à croissance très rapide, sont d’un emploi fréquent dans la région de Quito. D’autres plantes participent encore à rétablissement des haies; citons le réseau (sigse) dans la plaine de Lalacunga, les achupaUas, Broméliacées aux feuilles dangereusement piquantes, une Composée épineuse (Barnaderia verbe-roules) et au pied des Andes, dans la zone des cultures tropica-
- 1. La bara équivaut à 0,90 m.
- p.5 - vue 9/406
-
-
-
- 6
- les, l’ananas. Nous trouvons là, d’autre part, accompagnant la case de bambou des terres ' chaudes, des palissades faites de tronçons de bambou aplatis, notamment dans la province méri-, dion al e de El Oro.
- En Equateur, l’aire de répartition des murs de pierres sèches ne forme que des taches isolées, en association avec la maison de pierre, elle-même très rare dans cette partie des Andes. Ceux-ci apparaissent là oii existent des formations de cailloutis, comme autour de Tumbaco (Pichincha), de Pansaleo (Tungu-rahua) ou des coulées de lave, cas de Banos dans la vallée du Paztaza. Les pierres ponces, dont on compte de nombreuses exploitations souterraines dans les collines de San Felipe (Coto-paxi), destinées à la construction des maisons de Latacunga, servent également à bâtir des murs de clôture dans la région.
- Nouvelles Hébrides. —• En Océanie, l’archipel des Nouvelles Hébrides réunit sur une surface restreinte une grande diversité de clôtures. Ces obstacles sont surtout destinés à empêcher les cochons domestiques, dont les Canaques font un élevage intensif pour des fins surtout rituelles, de s’échapper des villages. Elles protègent aussi leurs plantations contre les déprédations que pourraient causer les cochons sauvages, nombreux dans la brousse hébridaise. Ces clôtures consistent en palissades de pieux verticaux (Ambrym), de bambous horizontaux (Santo), de roseaux entrecroisés (Malo, Tanna), en branchages (Pentecôte). On trouve également de nombreux murs de blocs de corail (Efale, Pentecôte, Tanna, etc.) ou cle blocs de lave (Lacona), ainsi que de profonds fossés dans certaines régions de cendres volcaniques faciles à creuser (centre d’Epi). Quelques clôtures, entourant des tombes, les cases de hauts dignitaires, ont un caractère essentiellement rituel et consistent, généralement en dalles de grès corallien (Malekula) ou en blocs de basalte (Arbrym). Dans des parties aujourd’hui désertes des îles dont les villages ont. disparu, les vestiges de ces clôtures signalent leur ancien emplacement. La petite île de Nguna possède un développement considérable de murs, faits de blocs de lave souvent volumineux, dont la signification nous échappe. Beaucoup de ces murs sont doubles, bordant, d’étroits sentiers et se poursuivant sur de grandes distances à mi-liauteur de l’î’e. Ils datent d’une époque ancienne et les insulaires actuels ignorent exactement leur destination, pensant qu’ils devaient servir jadis de défenses contre les attaques d’insulaires voisins.
- CONCLUSIONS
- Identité fréquente de la clôture avec la paroi de l’habitation. — Malgré la grande diversité des clôtures passées en revue, on constate que celles-ci se ramènent, en somme, à quelques types principaux qui s’apparentent la plupart aux parois de l’habitation rurale, tant par la nature des matériaux employés que par le mode de construction. Les exemples ne manquent pas où l’on note une parfaite similitude entre les uns et les autres. Ils abondent notamment au Mexique où certaines cases sommaires (jacales) de la campagne, construites en tiges sèches de maïs ou de canne à sucre s’accompagnent d’une clôture identique. Les haies vives de cierges si fréquentes, ont incité certains Mexicains, en particulier dans l’Etat d’IIidalgo, entre Actopan et Ixmiquilpan, à bâtir leur demeure de la même façon, les parois de celle-ci se composant de cierges vivants. Aux Nouvelles Hébrides, les habitants de certains villages de Tanna utilisent les vanneries de roseaux pour border les côtés de leurs cases et entourer leurs plantations. Les Sakao de Santo emploient également dans les deux cas des bambous horizontaux et superposés. Dans les Andes de l’Équateur, les parois d’adoùes ou de cangahua moulée de riombreuses habitations ne diffèrent en rien des murs indiquant les limites de propriétés ou protégeant les vergers et les champs. Toutefois, la ressemblance entre la clôture et l’habitation rurale est surtout complète lorsqu’il s’agit, de murs de pierres sèches et de maçonnerie.
- Ces exemples ne sont pas limitatifs et des faits semblables s’observent dans la plupart des pays, mais l’identité entre clôtures et parois cle maisons n’est pourtant pas une règle absolue et souffre de nombreuses exceptions.
- Classification et caractéristiques des clôtures rurales. — Parmi la multitude des clôtures de toutes sortes établies par l’homme en vue des fins les plus diverses, celles qui compartimentent les campagn'es, les seules envisagées ici, ne représentent qu’un groupe. Celui-ci est d’ailleurs riche en types variés, se distinguant par leur forme et surtout par les matériaux utilisés. On peut donc tenter de les classer en se fondant sur ces caractères.
- Fig. 19 à 21. — De gauche à droite : Indien de Pansaleo (province de Tungurahua) dans les Andes de l’Équateur, en train de construire un mur de cangahua ou loess. — Mur de cangahua ou loess, garni d’un opuntia épineux. San Pablo, près d’Otavalo (République de l’Équateur). — Clôture de propriété près d’Otavalo, dans les Andes de l’Équateur. Type fréquent fait d’une murette de mottes de loess
- garnie au sommet d’une rangée de sisal.
- p.6 - vue 10/406
-
-
-
- 7
- Haies vives. — Aux clôtures mortes, telles que palissades, barrières et murs, s’opposent les clôtures vives représentées par les haies, liées le plus souvent aux terrains déboisés des contrées tempérées et humides, conditions réunies dans les pays d’Europe occidentale. Associée aux rideaux d’arbres, la haie est l’élément essentiel du bocage.
- Nombreuses sont les espèces végétales, buissonnantès et arborescentes, choisies pour la confection des haies.
- Chaque région a les siennes, qui doivent être à croissance rapide et résister à des tailles répétées, offrir enfin une protection efficace, c’est-à-dire être touffues et épineuses. Dans nos contrées, l’aubépine, le prunellier, le charme,, le sapin et bien d’autres encore, répondent à ces conditions.
- Pittoresques et si utiles, les haies sont néanmoins menacées. On leur reproche d’occuper trop d’espace qui pourrait être plus utilement consacré aux cultures. Leur arrachage, s’il permet de gagner un peu de terrain, prive ,n«anmoins certaines cultures d’une protection précieuse contre les effets du climat (vent, gel, sécheresse). Il .fait disparaître également le nichage d’oiseaux nécessaires pour lutter contre les insectes nuisibles.
- Mais les régions humides d’Europe ne sont pas les seules à être morcelées de haies. Ce paysage bocager se retrouve aux antipodes où les haies vives jouent un rôle important dans ce pays d’élevage qu’est la Nouvelle-Zélande, délimitant d’innombrables parcs à moutons. Plusieurs pays tropicaux à termites préfèrent la haie vive aux clôtures de bois mort qui résistent peu de temps.
- Des haies d’un genre très différent sont celles en usage dans les pays arides. On a vu l’extension' qu’ont les clôtures de Cactées (Cereus, Opuntia), d’agave, de sisal et autres plantes grasses et piquantes au Mexique. Il y en a de comparables en Colombie et en Equateur, de même qu’à Curaçao. Depuis longtemps introduits en Afrique du Nord, l’opuntia et l’agave y jouent le même rôle.
- Les services que rendent les haies vives ne se limitent pas à la protection qu’elles assurent. Elles ont un rôle utilitaire, fournissant, suivant les cas, des baies sauvages, des fruits cultivés (tunas, ananas), des libres textiles (agave, sisal), uri breuvage : le pulque du maguey mexicain, du bois de chauffage.
- Clôtures de bois mort.— Cette catégorie comprend une gamme extrêmement riche de clôtures, allant des lourdes barrières de troncs aux fragiles palissades de roseaux et de palmes. Les planches et les pieux, assemblés des manières les plus diverses, suivant des procédés qui souvent caractérisent chacun une région, y occupent sans doute la place la plus importante.
- Les clôtures de bois proprement dites, dont il existe tant de modèles rustiques, sont l’apanage des contrées septentrionales et des montagnes forestières. Elles consomment énormément
- d’arbres et apparaissent comme un iuxe coûteux là où la forêt est en régression. Même dans les pays où leur emploi était habituel autrefois, on tend à en limiter l’usage et à les remplacer par des clôtures plus économiques.
- Rattachons aux clôtures de bois mort les palissades de branchages entrelacés. Jean Brunhes, dans les pages qu’il consacre dans sa Géographie humaine aux a obstacles humains à la circulation » en signale l’emploi très répandu dans toutes les régions humides et boisées des Balkans et dans certaines parties de la Russie.
- Les clôtures de bambous, entiers ou aplatis, ont une large diffusion dans la zone tropicale. Il en est de même de la palissade de roseaux que l’on retrouve indifféremment dans les contrées humides (Nouvelles Hébrides) et sèches (Mexique, Equateur, Hoggar). Les branches épineuses, disposées sur des supports ou entassées directement sur le sol, forment de bonnes défenses dans les régions arides (Maroc, Soudan, Somalie, Mexique, etc...) Les palmes, entrelacées ou simplement fichées en terre, fournissent également des clôtures sommaires à diverses populations, celles des oasis du Fezzan par exemple.
- Murs de pierre. — Les vieux murs de pierre, riches de poésie pour peu que les années et les intempéries aient suffisamment dégradé leur mortier afin de permettre à toute une végétation de fougère, de lierre et de plantes diverses d’en prendre possession, sont un élément caractéristique des pays pétrés. A ces murs incombe la triple fonction de servir de débarras, de retenir sur les pentes la terre arable et d’entourer les champs et de délimiter des enclos autour des habitations.
- Très souvent les murs des campagnes sont des constructions anciennes. C’est en effet, depuis les temps les plus reculés, une nécessité pour ceux qui défrichent le sol de retirer les roches qui l’encombrent et de les entasser à l’écart. Mais, plutôt que de les transporter à distance, travail pénible et long, quel meilleur emploi pouvait-on faire de toutes ces roches que de s’en servir pour édifier des murs de pierres sèches ou de maçonnerie. Constatons à ce propos qu’il est tout à fait exceplion'nel, dans les campagnes, d’exploiter intentionnellement de la pierre pour construire des clôtures. On n’a guère recours à cette solution que là où la roche se débite facilement en dalles pouvant être extraites à bon' compte aux alentours.
- Il y a pour les murs, comme pour toutes les autres catégories de clôtures, des modes régionales. La simplicité de leur architecture n’en exclut pas les effets décoratifs. La façon d’assembler les pierres se prête à d’innombrables combinaisons suivant leurs formes, leurs dimensions et leur couleur. Beaucoup de terroirs nous montrent des murs qui tout en étant très modestes sont construits avec beaucoup de goût. A cet égard, bien des campagnards mexicains sont de véritables artistes.
- Fig-, 22 à 24. — De haut en bas : Enceinte de blocs de lave édifiée par les bergers nomades danakil sur les plateaux basaltiques des Dakka, pour protéger leurs troupeaux de chèvres du vent (Côte française des Somalis). — Un mur fait de blocs de calcaire corallien provenant des récifs soulevés, proche du littoral, sert d’enceinte au poste de Godoria, au Nord d’Obock (Côte française des Somalis). — Toutes les habitations de Tadjourah, en Somalie française, sont entourées d’une clôture de nattes renforcées par un quadrillage de perches.
- p.7 - vue 11/406
-
-
-
- 8
- Bien conslruils, les murs de pierre sont des clôtui’es durables, offrant l’avantage, en cas d’incendie, de s’opposer à la propagation' des flammes d’un champ à l’autre. On leur reproche, par contre, d’être le refuge de nombreuses graines de plantes nuisibles, d’abriter des insectes et des rongeurs malfaisants. Comme les haies, les murs prennent de la place et sont, en outre, difficiles à déplacer lorsqu’ils bordent des routes que l’ori désire élargir. Ils se détériorent à la longue sous l’influence des intempéries et des années et, comme leur réfection est aujourd’hui d’un coût élevé, on a tendance, dans certaines régions, à les éliminer. Du point de vue artistique, ori ne peut que déplorer la disparition de ces vieux murs de pierre qui donnent tant de cachet au paysage rural.
- Murs de terre» — A défaut de bois et de pierre, il est souvent nécessaire de recourir à des clôtures de torchis et de briques crues. C’est la solution qu’ont adoptée les habitants de beaucoup de grandes plaines alluviales où l’argile abonde (Syrie, Maroc, Mexique, Arabie, etc...). Dans les pays d’Islam, où le mur de terre est très employé pour protéger les vergers, il est ordinairement d’usage de masquer aux regards indiscrets des passants les scènes de la vie familiale. Non seulement l’habitation est privée d’ouvertures extérieures, mais une haute muraille rébarbative de briques crues l’entoure complètement.
- Les murs de terre, comme d’ailleurs ceux de pierres sèches et de maçonnerie, correspondent respectivement, ainsi que le note très justement A. Leroy-Gourhan (x), à la diffusion des habitations construites avec les mêmes matériaux. Ils présentent d’une façon générale les mêmes particularités architecturales que les parois clc l’habitation.
- Clôtures électriques. — Les clôtures traditionnelles de nombreuses campagnes sont en voie de disparition, évincées peu à peu par des barrières plus économiques, d’une pose rapide et facile. L’emploi du fil de fer barbelé s’est .ainsi généralisé depuis quelques dizaines d’années dans beaucoup de régions d’élevage. Ce dernier présente toutefois un’ grave inconvénient, qui est d’occasionner des égratignures aux animaux qui s’y frottent, détériorant ainsi leur peau et la rendant par la suite inutilisable pour de nombreux usages (maroquinerie, etc...). Au fil de fer barbelé, on' préfère donc de plus en plus la clô-
- 1. Milieu et techniques. Paris, 1945, pp. 186-187.
- ture électrique, déjà très employée en Amérique, et dont le procédé repose sur un principe d’ordre psychologique. Les animaux sont en effet très sensibles aux décharges électriques, même très faibles, et n’approchent plus de longtemps du fil électrifié qu’ils ont touché une fois. Ce dernier, placé à o,8o m du sol, est maintenu par des poteaux de bois espacés de 20 m environ.
- Le fossé. — Aux différentes clôtures décrites, il convient d’ajouter le fossé, type archaïque, plus guère utilisé, sauf dans des cas spéciaux où la nature du sol se prête avantageusement à l’installation de profonds sillons tels que les sanjas des Andes de l’Équateur.
- Dans la structure agraire de la France, la plus ancienne limite des champs était le fossé, tracé à l’aide d’un instrument aratoire, la terre en provenant étant rejetée du côté du champ dont on prenait possession pour former un talus. « Les deux éléments sont, si intimement liés, souligne R. Clozier (1), que le même nom leur est indifféremment appliqué : c’est ainsi que dans l’Ouest de la France on appelle fossé la levée de ferre clôturant un champ ». Pour éviter, sous les climats pluvieux, que ce talus ne se désagrège' trop rapidement, on le consolide en y laissant croître des buissons et en y plantant des hêtres ou des ormes comme dans le pays de Caux.
- La clôture rurale est un modeste fait géographique, susceptible cependant de marquer profondément le paysage. L’étude comparée des divers types conçus par l’homme pour protéger ses champs et sa demeure, parquer ses troupeaux, fait apparaître une étroite relation entre la clôture et l’habitation. Des matériaux semblables, agencés de la même façon sont habituellement employés dans les deux cas. Comme l’habitation, la clôture rurale est une fidèle expression du milieu physique et à chaque grand type de paysage correspond un type dominant de clôture. Si des particularités locales sont parfois très marquées, du moins note-t-on aussi de grandes analogies entre les clôtures de pays très éloignés, pour peu que les conditions du milieu physique se ressemblent. £ Aubert DE LA Rüe
- Toutes les photos nous ont été fournies par l’auteur.
- 1. Limite des champs et structure agraire. Bull. Assoc. Géogr. /r., n" 159-162, 1" semestre 1944.
- Prix Nobel 1949.
- Celte année encore, le prix Nobel do médecine et de physiologie récompense dçs travaux sur le système nerveux. Il vient d’être partagé entre le Pr Antonio Egas Moniz, de l’Université de Lisbonne, et le Pr Walter Rudolf Hess, directeur de l'Institut de physiologie de Zurich.
- Le Pr Moniz, chirurgien devenu diplomate et homme politique, est connu par deux découvertes fondamentales : la lobotomie et l’angiographie cérébrales. C’est en 1936, dans un ouvrage intitulé Tentatives opératoires clans le traitement de certaines psychoses (Paris, Masson et Cie) qu’il proposa diverses interventions chirurgicales, notamment dans la région moyenne du cerveau, pour améliorer l’état do certains déficients mentaux. Deux ans avant, il avait publié, également chez Masson, un traité d’angiographie cérébrale fixant les moyens d'observer radiologiquement, la circulation- sanguine dans le cerveau, aidant ainsi au dépistage des tumeurs. Ces nouveautés, fort audacieuses, ont pénétré depuis dans la technique neuro-chirurgicale et la radiographie des vaisseaux a même été étendue à d’autres organes (reins, estomac, etc.).
- Le Pr Hess est un anatomiste et un clinicien qui a abordé les mêmes territoires cérébraux situés entre l’écorce et le bulbe, sur les parois du 3° ventricule et a su y découvrir un nombre considérable de centres neuro-végétatifs commandant diverses fonctions, notamment celle du sommeil.
- Événement rare, le prix Nobel pour la paix est allé lui aussi à un physiologiste, Lord Boyd-Orr. Après avoir longuement étudié les besoins en matières minérales des animaux domestiques, il appliqua ces données à l’élevage, puis à l’homme eit aboutit à une vue d’ensemble du rôle de l’alimentation dans la santé, la prospérité et la paix des nations. 11 est depuis 1946 directeur de l’organisation pour la nutrition et l’agriculture (F. A. 0.) des nations unies.
- Expansion de la télévision aux Etats-Unis.
- La télévision bénéficie actuellement aux États-Unis d'un développement considérable, grâce à l’impulsion que lui ont donnée les entreprises américaines et les méthodes de production en grande série.
- Lorsque toutes les stations de télévision dont la construction a été approuvée, seront en fonctionnement, il existera au total 124 stations émcttrices dans 70 villes réparties en 34 états. Trois cents autres demandes de construction attendent une décision de la Commission, et il sera possible de porter le nombre des stations en fonctionnement à 1 000 d’ici sept ou huit ans, lorsque le plan d’attribution de bandes de haute fréquence aura été définitivement fixé.
- Du point de vue de la fabrication, la production des récepteurs est passée de 10 000 en 1946 à un chiffre qui atteindra, pense-t-on, 2 000 000 au début de cette année. L’objectif des fabricants est de produire o 000 000 de postes récepteurs par an.
- M. David Sarnoff, président de la « Radio Corporation of America » (RCA), une organisation privée, a prévu et prédit qu’en 1953 il y aurait 18 000 000 de postes récepteurs en fonctionnement. Lorsque les projets de'construction do nouvelles stations et du réseau de connections transcontinentales seront réalisés, presque tous les Américains seront susceptibles de recevoir les programmes télévisés.
- Il y a un an, le poste récepteur à lampe de ^25,4 cm se vendait 375 dollars ; aujourd’hui, perfectionné, ce mênie^ poste ne vaut plus que 200 dollars. L’automne dernier, la Société Philco Amendait un poste au prix de 339 dollars ; récemment elle a lancé un récepteur avec un écran plus grand et une antenne comprise dans le poste pour 229 dollars. Certains fabricants offrent de petits postes à moins de 109 dollars.
- p.8 - vue 12/406
-
-
-
- 9
- Un Béluga sur
- es côtes
- de France
- En 1926 paraissait dans La Nature (l) une intéressante mise au point de M. R. Legendre sur les Cétacés qui hantent nos cotes et les moyens mis en œuvre pour leur faire la chasse. L’éminent directeur du Laboratoire de Concarneau était tout désigné pour exposer cette question à laquelle il avait consacré bien des observations ; il écrivait notamment que les Delphinapté-rinés ne se voient presque jamais sur nos côtes et que le vrai Béluga des mers arctiques... n’est pas celui de nos pêcheurs. Puis, reprenant ce thème sur le mode humoristique dans une conférence faite en 1928 (2) à l’Institut océanographique, il présentait le Béluga des pêcheurs de l’Ouest -comme une sorte de mythe comparable, me semble-t-il, aux korrigans des landes bretonnes, avec juste raison d’ailleurs car c’était là le fruit de ses observations effectuées avec méthode durant des années... S’il écrivait en 1926 que « les Bélugas dont les pêcheurs se plaignent ne sont pas encore connus avec certitude », on pourrait ajouter aujourd’hui qu’ils ne l’ont pas été depuis.
- À l’encontre de l’autorité incontestable que représente M. Legendre dans toutes les questions touchant à la biologie marine, je ne me permettrais pas de lui donner un démenti formel si... lui-même ne me l'avait demandé ! Nous sommes en effet en mesure d'affirmer aujourd’hui que le Béluga, le vrai Béluga des pêcheurs nordiques, vient d’être vu sur les côtes françaises ; c’est un fait nouveau et réellement sensationnel que la biogéographie put enregistrer en 1948.
- Le 13 décembre 1948, un animal de grande taille et de couleur blanche, se trouvait pris et se débattait dans les filets d’un pêcheur . de la Télindière, près Nantes. Le vent faisait rage, la Loire était houleuse, et notre pêcheur qui comptait ramener du saumon, était seul à bord. Cependant il ne pouvait laisser cet étrange animal, dont on n’avait jamais vu le pareil, finir de saccager ses filets.... Il eut la chance que la bête était retenue par la queue, et tirant tant bien que mal de façon à maintenir cette dernière en surface, malgré les secousses imprimées à l’embarcation tant par la houle que par le captif, il essaya de fatiguer ce dernier en dirigeant le bateau vers l’estacade de Pellerin.... La manœuvre dura de 20 à 30 mn, au bout desquelles le pauvre Mammifère (car c’en était un) maintenu la tête sous l’eau, se débattait de plus en plus mollement ,pour finalement ne plus donner signe de vie. Une fois la barque amarrée, le pêcheur ne manqua pas, bien entendu, de volontaires pour hisser l’animal à terre, ce qui ne se fit pas sans efforts car il approchait de 400 kg! Du succès qu’obtint sa capture auprès cîe ses concitoyens, l’homme déduisit qu’il aurait mieux à faire que de le vendre à la boucherie ou à la
- 1. N" 2721, 29 mai 1926, p. 337 et 2723, 11 juin 1926, p. 380.
- 2. Reproduite dans Histoires de mer, Collection « Les livres de nature », Stock, Paris, 1946, p. 137.
- poissonnerie, aussi se mit-il en mesure de le conduire à Nantes où il espérait bien que les citadins lui procureraient une recette fort intéressante... C’est grâce à ces circonstances qu’il vint au Muséum de Nantes nous parler de son « gros poisson » et nous inviter à aller le voir...*
- Le biologiste éprouve toujours une réelle satisfaction doublée d’une joie intérieure, lorsqu'il découvre une espèce non encore signalée jusque-là dans la région où il travaille. Dans les circonstances dont nous venons de parler, celte joie fut mêlée d’une inquiétude : celle de faire une grossière erreur, tant la détermination à laquelle venaient de nous conduire nos observations morphologiques semblait extravagante ! Néanmoins, après avoir consulté plusieurs ouvrages qui font autorité, il fallut se rendre à l’évidence : nous avions sous les yeux le Delphinaptems leucas décrit par Pallas et Lacépède.
- Le lecteur se demandera peut-être ce qui put provoquer un tel étonnement ? Pour saisir l’intérêt exceptionnel de cette capture, il est nécessaire de connaître l’habitat et l’aire de distribution de l’espèce. C’est essentiellement un animal arctique, dont la présence est limitée généralement aux hautes latitudes. On le connaît de façon abondante au nord du cercle polaire : dans la Mer Blanche, la Mer de Kara, la Mer d’Okhotsk, dans le détroit de Davis et le golfe du Saint-Laurent, au large de l’Alaska et le long des. côtes de Sibérie. On le signale presque tous les ans sur la côte nord de Norvège, pénétrant dans le Yarangerfjord. Exceptionnellement, on l’a observé plus au sud : jusque dans les détroits de la Mer Baltique et même sur les côtes d’Ecosse, mais ce sont là des limites extrêmes qui ont marqué dans les annales do la biologie. On conçoit que la présence d’un tel animal à quelque 1 200 km plus au sud que le point le plus méridional où se fussent égarés des individus de son espèce, ne pouvait manquer d’éveiller un vif intérêt. Il s’agissait donc d’un vrai, d’un authentique Béluga.... Ajouterai-je que c’est le seul1 nom que nos pêcheurs n’ont pas donné à l’animal, eux qui sont si habitués à le donner improprement à d’autres ?
- Peut-être serait-il bon maintenant de présenter avec davantage de précisions l’espèce qui nous a procuré cette surprise. Si Y. D. Yladikov écrivait en 1944 que les renseignements sur le Béluga du Canada étaient très limités, que dirions-nous du « Béluga de France », si nouveau venu sur nos côtes ?
- Qu’on me permette donc de localiser rapidement l’animal en question dans la classification zoologique et d’esquisser de lui un portrait. Il fait partie du sous-ordre des Odontocètes, c’est-à-dire des Baleines à dents, et se rattache à la même grande famille que les Dauphins et Marsouins de nos côtes. Cependant, il forme avec le Narval une sous-famille bien distincte, caractérisée par l’absence d’aileron dorsal, çt des vertèbres cervicales dont aucune n’est
- p.9 - vue 13/406
-
-
-
- 10
- soudée à ses voisines comme cela arrive chez les autres « Dauphins ». On peut rapprocher de ce caractère, peu facile à vérifier extérieurement, le fait que notre Cétacé est peut-être le seul à présenter une sorte de cou. La forme' de la tête est arrondie sans aucun bec ou rostre. Un autre trait marquant et propre au Béluga, c’est celui qui lui a valu ce nom de la part des pêcheurs russes : l’adulte a la peau uniformément blanche. Les Canadiens, qui ont fidèlement conservé notre langue française et qui reçoivent annuellement la visite de nombreuses bandes de ces animaux, les appellent « Dauphins blancs ». Ils leur donnent d’ailleurs divers noms fort expressifs, selon leur âge, et cela nous amène à dire quelques mots de la croissance du Delphinaptère blanc caractérisée par des changements dans la couleur. Le jeune porte d’abord le nom de veau (terme qui n’est pas sans évoquer les ressemblances anatomiques indéniables qui rapprochent ces animaux des ruminants) il est alors de teinte très foncée, allant du brun au brun bleuâtre et même au noir sur les ailerons et la queue ; sa longueur est alors de 155 à 210 cm ce qui n’est pas si mal pour un nourrisson ! L’animal devient ensuite « bleuvet » (nous empruntons toujours la terminologie expressrre de nos amis canadien^), il est alors dans sa 2e année et porte robe bleuâtre, les dents commencent à percer aux 2 mâchoires. Puis il devient « blanchon », la teinte générale s’éclaircit et tourne au grisâtre, sans être encore parfaitement blanche, surtout sur les bords des nageoires qui demeurent foncés. L’adulte est, comme nous l’avons dit, uniformément blanc, sauf l’extrémité des nageoires qui peut demeurer encore quelque temps d’un gris bleuté. Ses dents sont alors au nombre de 8 à 10 à chaque demi-mâchoire. En vieillissant il conservera toujours sa couleur blanche mais les battoirs (membres antérieurs) prennent progressivement une forme incurvée vers le haut, à leur extrémité. Les mâles semblent vivre plus vieux que les femelles et atteindre une taille supérieure, on peut dire que la longueur de l’adulte varie entre 3,20 m et 4,20 m, mais on aurait observé des individus mesurant jusqu’à 0,50 m.
- Sans douto nos lecteurs désireront-ils connaître quelque chose des habitudes et du mode de vie des Delphinaptères blancs ? Ils se déplacent généralement en troupes comprenant parfois un grand nombre d’individus. Bien entendu, comme tous les Cétacés, ils doivent venir respirer en surface, mais, ce qui leur est particulier, c’est qu’ils émettent souvent, alors, un beuglement qui leur a valu la réputation d’avoir de la voix... et le surnom de « canari des mers », celui-ci assez maladx-oitement expressif.
- Parlons un peu maintenant, de son régime alimentaire : le Dauphin blanc est assez éclectique et semble savoir mettre en pratique les principes d’une hygiène bien comprise : « nourriture variée, saine et abondante » ; poissons, mollusques, crustacés, vers, et même végétaux composent le régime. Les grosses pièces sont rarement trouvées dans le contenu stomacal, néanmoins l’animal est vorace et les proies qu’il convoite sont parfois de dimensions disproportionnées avec l’étroitesse de son gosier, car, ses dents étant incapables de mastiquer, elles ne lui servent qu’à retenir la victime qu’il doit donc avaler en entier. C’est ainsi qu’on a trouvé un Béluga trop goulu, étouffé par une Morue de 90 cm de long, qui pesait environ 10 kg, et qu’il avait voulu avaler. Néanmoins, ' parmi les plus grosses proies, la Morue se trouve de temps à autre dans la nourriture du Delphinaptère, sous forme d’individus de petite taille. Le Saumon ne semble pas être une proie coutumière pour ceux qui fréquentent le Saint-Laurent, contrairement à la réputation faite à ceux du Nord européen et asiatique Les pêcheurs de Bélugas ont en effet coutume de les attendre lorsqu’ils remontent les fleuves à la poursuite des bancs de Saumons (toute leur réputation n’est-elle pas basée sur cette simple coïncidence dans le temps P) Notre individu nantais, il est intéressant de le souligner, fut pris dans un filet tendu à l’intention de ce poisson si apprécié, mais nous n’avons trouvé à l’autopsie aucun reste qui pût nous faire supposer qu’il en avait fait sa nourriture en Loire. Après des observations sérieuses et un raisonnement rigoureux, Y. D. Yladykov conclut d’une façon piquante : « A quiconque soutient que le Béluga détruit beaucoup
- de Saumons dans le fleuve Saint-Laurent, on peut répondre que le Béluga se nourrit tout aussi fréquemment de granit ! », faisant ainsi allusion à un caillou de granit trouvé dans l'estomac d’un animal, observé par lui... Il semble bien que le régime normal de ces animaux se compose de proies de dimensions plus modestes ; parmi celles qui semblent les plus fréquentes, nous citerons : des poissons comme le capelan, le lançon, l’éperlan, la plie ; des mollusques céphalopodes : Encornet et Poulpe ; Lamellibranches et Gastéropodes ; des Vers comme les Néréis ; des Crustacés : crabes et surtout crevettes. En ce qui concerne la quantité, l’estomac de ce Cétacé ne pourrait pas contenir plus de 22 à 23 kg de nourriture. Il semble ne fréquenter que les zones côtières et prendre sa nourriture en eau peu profonde, de sorte que, fouillant le fond pour y trouver sa pitance, il ingurgite souvent d’importantes quantités de sable, voire de galets (témoin l’observation citée plus haut) que Ton trouve dans son estomac.
- Comme le Dauphin dans l’antiquité, comme le Phoque, le Béluga a souvent surpris les gens de mer par sa psychologie qui le met bien au-dessus des autres animaux auquels ils sont accoutumés... c’est qu’ils ont coutume de considérer comme « poissons » tout ce qui vit dans l’eau ; or, les Cétacés appartiennent à la classe des animaux supérieurs, et n’ont de poisson que la forme hydrodynamique du corps. Rien d’étonnant, par conséquent, que outre sa voix, le Dauphin blanc ait la réputation d’avoir bonne vue, bonne ouïe, et de se distinguer par une excellente mémoire, mais, alors que certains auteurs le qualifient de craintif et circonspect, d autres le considèrent comme familier. Notre promeneur en Loire ne semblait pas contredire cette dernière opinion, car il explora longtemps le fleuve d’aval en amont, descendant ensuite d'amont en aval... se faufilant parmi les filets et les barques des pêcheurs, étonnés de voir passer le long de leur bord cette masse de couleur blanche qui ne leur était pas familière.
- Essayerons-nous d’expliquer la présence de cet individu en Loire ? Certes on peut échaufauder des hypothèses, les unes banales, les autres séduisantes par leur originalité, d’autres impressionnantes par l’érudition qu’elles mettent en œuvre... mais si une explication plausible est déjà difficile à trouver, une explication qui puisse nous offrir quelque certitude semble tout à fait impossible à donner pour l’instant. En somme, mieux vaut avouer notre ignorance qui se répète sur bien des phénomènes de la vie ! La présence, d’un Béluga dans les eaux de la Loire en décembre 1948, ne sera peut-être, ne sera sans doute, jamais expliquée de façon satisfaisante. Seul le fait restera dans les annales de la biologie, et pour en témoigner, la présence de son corps désormais fixé et de son squelette dans les salles du Muséum d’IIistoire naturelle de Nantes....
- Paul-Léon Niort,
- Directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Nantes.
- L'huile d'olive en Australie.
- L’Australie fait un grand effort pour produire plujs d’huile d’olive et de ses sous-produits afin de satisfaire sa consommation intérieure. Elle organise les plus importantes plantations d’oli-viers de l’hémisphère sud. L’Australie dépense actuellement chaque année environ 3 000 0Ô0 de livres australiennes pour l’importation d’huiles d’olives et dérivés ; on esitime qu’en 1956, quand les plantations actuelles seront en rendement, la production deviendra suffisante pour couvrir les besoins intérieurs.
- La réalisation du projet a commencé en 1946 quand une organisation commerciale, appuyée par le Gouvernement australien a pris en charge un territoire de plus de 1 000 ha de forêt vierge à ïïorsham, près des Monts Grampians, dans l’Ëtat de Victoria. Dès à présent, 720 ha sont plantés. Le projet complet prévoit une plantation de 84 000 oliviers. Les premiers essais ont montré que l’huilè d’olive obtenue à Horsham est comparable en qualité aux produits importés. On a également planté des noyers et. des amandiers. Des melons et des potirons seront cultivés entre les lignes d’arbres, et on établira; à proximité, des fermes à volailles ; les animaux seront nourris avec les tourteaux désbuilés, des expériences américaines ayant montré la valeur de cette méthode d’alimentation.
- p.10 - vue 14/406
-
-
-
- 11
- Les ultrasons et
- L’une des plus récentes révélations de la science moderne est sans conteste celle des ultrasons, dont les multiples applications dans tous les domaines sont de nature à apporter à bien des techniques de profondes modifications. Depuis que nous avons incidemment exposé ce sujet (1), de nombreux résultats expérimentaux ont été publiés, qui nous invitent à y revenir : transmissions sous-marines, détection des défauts dans les métaux, mesure du module d’Young, nouveaux générateurs d’ultrasons, soit piézoélectriques, soit à magnétostriction, applications aux traitements superficiels des métaux (décalaminage, étamage, soudure), cavitation, applications physicochimiques et actions biologiques, ultrasonoscopie et ultrasonothérapie.
- Généralités sur les ultrasons.
- Rappelons brièvement que les ultrasons consistent en vibrations élastiques inaudibles de la matière dont les fréquences sont pratiquement supérieures à i5 ooo Hz. Leurs vitesses de propagation sont les mêmes que celles des ondes sonores, soit 34o m/s dans le vide et l’air; i 5oo m/s dans l’eau de mer; i 44o m/s dans l’eau douce; 5 ioo m/s dans l’acier; 5 44o m/s dans le quartz. La longueur d’onde, inversement proportionnelle à la fréquence est, dans l’eau de mer, de i3,7 m pour le lax (109 Hz); o,43 m pour le laÈ (3 48o Hz); 3,75 cm pour les ultrasons de 4o 000 Hz et 1 mm pour ceux de i,5 MHz. Une fréquence radioélectrique élevée permet donc d’obtenir des ultrasons sur ondes centimétriques et millimétriques dans l’eau de mer, et encore plus courtes dans les métaux. Pratiquement, un cristal de quartz piézoélectrique donne naissance à des ondes ultrasonores concentrées en un faisceau de ix° d’ouverture dès que son diamètre atteint 6 fois la longueur d’onde. Ce qui conduit à un quartz de 2 2 cm pour les ultrasons graves (4o 000 Hz).
- 1. Traitements ultrasonores. La Nature, n' 3165, janvier 1949, p. 9.
- Fig. 1. — Sondeur ultrasonore Langevin-Florisson avec échoscope.
- ÇPhoto S.C.A.M.).
- i
- leurs applications
- Cette directivité des ondes courtes ne peut être atteinte avec les ondes sonores, qui exigeraient des projecteurs de plusieurs dizaines de mètres de diamètre. Les ultrasons se propagent mal dans l’air, les gaz, les corps peu denses et hétérogènes. Ils se propagent assez bien dans l’eau et les métaux pour qu’il soit possible d’assurer des transmissions sous-marines et de détecter les défauts des pièces métalliques. La puissance transmise par centimètre carré de surface du projecteür est proportionnelle à la densité, à la vitesse, au carré de l’amplitude vibratoire et au carré de la fréquence. Pour une énergie et un milieu donnés, l’amplitude est inversement proportionnelle à la fréquence. Par exemple une puissance de i/3 W dans l’eau douce correspond à une amplitude de 1 m sur le Icq ; 3 mm sur le la6; 0,27 mm pour les ultrasons de 4o 000 Hz et 0,72 p.m pour ceux de i5 MHz.
- Transmissions sous-marines.
- Les propriétés des ultrasons ayant été mises en évidence vers 1880 par Galton et Ramsay, leur application à la détection des obstacles sous-marins s’imposa pendant la guerre de igi4-1918. Le téléphone sous-marin à vibreur électromagnétique Chi-lowsky fut supplanté par le condensateur à quartz Langevin vibrant en demi-onde à 4o 000 Hz et fonctionnant aussi bien comme émetteur que comme récepteur d’impulsions.
- Le premier détecteur de sous-marins en plongée, véritable « radar ultrasonore n fut réalisé en 19x8 par Tournier et Holweck.. En 1922, un sondeur vertical des fonds mai’ins fut installé sur La Ville d’Ys.
- L’enregistrement continu sur bande des sondages fut imaginé par Marti. Bientôt, on repéra à 4 200 m de distance un sous-marin en plongée avec une approximation de + 100 m et de + i° en azimut. Des communications sous-marin'es ultrasonores furent établies à 12 000 m de distance lorsque l’eau est calme et homogène (L. Dubrulle). Les sondeurs sont aussi utilisés à la détection des bancs de poissons.
- Le schéma d’un sondeur sous-marin' est indiqué sur la figure 1.
- La distance de l’obstacle est mesurée par le temps qui s’écoule entre le départ et le retour de l’impulsion ultrasonore, temps qui est enregistré par le chronographe. Une lecture directe donne la profondeur du fond marin en’ mètres. L’ « écho-mètre » indique les fonds entre 3 et 600 m, 1’ « échoscope » entre x,5o et 60 m (S. C. A. M.). L’émetteur et le récepteur sont montés dans le même boîtier à proximité du projecteur. Le cadran étale la profondeur maximum sur 36o°. Une lampe à néon, qui le parcourt d’un mouvement uniforme, s’allume au départ de l’impulsion (o°) et à l’instant de la réception du signal de retour. Si la vitesse de la lampe est de 60 t/mn sur un cadran correspondant à 720 m de profondeur maximum, chaque degré d’angle traduit une profondeur de 2 m. Des sensibilités sont prévues à 60, 4oo, 600, 800, 1 200 m. On pratique aussi l’enregistrement continu des fonds sur bande de papier électrolytique (Arragon). La fréquence des ultrasons utilisés est de l’ordre de 4o kHz pour les fonds de 1 000 m; de 3o kHz pour ceux de 2 000 m.
- Fig. 2. — Principe du sondeur ultrasonore.
- À, alimentation ' C, chronographe enregistreur ; E, émetteur ; P, quartz piézoélectrique ; R, récepteur.
- p.11 - vue 15/406
-
-
-
- 12
- Détection des défauts internes des métaux-
- La méthode est la meme que celle du sondage sous-marin, mais la fréquence ultrasonore est plus élevée ; l’indicateur est un oscillographe cathodique'. La détection des défauts internes des pièces métalliques : flocons, repliures, tapures, retassures met en oeuvre des impulsions brèves (i us) à la fréquence de
- Fig. 4.
- scope).
- A, pièce métallique à examiner ; E, écran de l’oscilloscope ; P, projecteur ultrasonore ; m, n, o, images des impulsions se produisant sur la pièce aux points M, N, O ; N, défaut ; L, l, longueur de la pièce et distance du dé- • faut ; D, d, distances des impulsions correspondantes sur l’oscilloscope.
- Go Hz. La fréquence des ondes est de o,5 à 12 MHz, la surface des quartz de i,5 à 12 cm3. La transmission des ondes se fait mieux dans les métaux à grains fins (acier, aluminium), et dans les pièces forgées que dans les pièces fondues. Les ultrasons permettent une vérification rapide des pièces laminées, tôles, feuil-lards, placages, glaces synthétiques, matières plastiques. La vitesse de contrôle atteint 800 m/mn sur les tôles. On vérifie aussi les poutres, barres, arbres, fusées et axes.
- La mesure des épaisseurs peut être faite d’après le même principe, ce qui présente de l’intérêt pour les pièces dont une seule face est accessible, tels que réservoirs, chaudières, tuyaux. On peut ainsi mesurer les épaisseurs entre 25 p.m et i3 cm environ.
- Sur ce principe, on a construit des appareils de sondages, sortes de radars basés sur l’émission et la réception d’impulsions ultra-sonores de 1 jjls environ, se répétant avec une récurrence convenable (fig. 3). L’indicateur est un oscillographe cathodique. La figure 3 montre comment on applique le projecteur ultrasonore sur la pièce et comment on observe sur l’écran les impulsions correspondant à l’onde au départ ainsi qu’aux réflexions sur le fond de la pièce et sur les défauts éventuels. Si l et L sont les distances respectives du défaut N et du fond de la pièce O, d et D les distances correspondantes mesurées sur l’écran de l’oscilloscope, on en déduit la position du défaut décelé :
- ( = l£.
- Le sidéroscope (S. C. A. M.) construit selon ces données permet de sonder des pièces d’acier de 3 à 7 m de longueur. Un métal absorbant, tel que le bronze, annule l’écho de fond; un défaut important agit de même. Le détecteur britannique Hughes-décèle les défauts entre 1 cm et 3,60 m par des oscillations de relaxation de 600 kLIz à 2,5 MHz. L’analyseur Brush comporte deux microphones à quartz entre lesquels on' introduit la pièce à examiner : feuillard, tôle, lamine. L’un des microphones fonc-
- tionne comme émetteur, l’autre comme récepteur; l’appareil détecte les retassures et repliures, sonde l’adhérence d’un placage cuivre sur acier, vérifie le frittage, les soudures, les joints.
- Le réflectoscope Sperry peut déceler un défaut de o,5 mm à la distance de 5o cm, avec une approximation de 3 mm.
- Mesure ultrasonore du module d'Young.
- Ce module d’élasticité à la traction est défini par l’expression E = 4L2D/3, où L est la longueur de l’éprouvette, D la densité du métal, / sa fréquence propre. L’utilisation des ultrasons permet de réduire à quelques centimètres la longueur de l’éprouvette. Pour mesurer /, on excite par choc l’éprouvette qui, suspendue par son plan médian, vibre en demi-onde. Les oscillations électriques obtenues par un microphone à quartz
- ou une bobine sont soumises à l’interférence d’un hétérodyne é t a lo n n é qu’on règle au battement nul. On peut ainsi mesurer le m o d ul e d’Young à 2 pour 100 près, même dans une étuve.
- Générateurs [ d'cr.c’es ultrasonores.
- Tant pour les mesures que pour les applications industrielles, on construit des générateurs d’ondes ultrasonores basés soit sur le principe d’un condensateur piézoélectrique pour les fréquences élevées, soit sur celui de la magnéto-Sidéroscope. striction pour les fréquen-
- CPhoto S.C.A.M.). ccs basses.
- Les générateurs électriques ont généralement une puissance acoustique de 20 à 100 W. Le schéma en est indiqué . sur la figure 5. L’oscillateur à deux triodes -débite 6 000 Ye à 970 kllz, fréquence réglable à la résonance du quartz. La puissance acoustique atteint 10 W/cm2 environ sur le quartz. Dans le projecteur portatif S. G. A. M. (fig. 6), le quartz est monté au fond d’un tube isolant; l’armature extérieure constituée par une feuille de clinquant transparente aux ultrasons, est à la terre; l’armature intérieure est reliée à la tension de haute fréquence par une connexion isolée.
- Dans les projecteurs plus puissants, tel que celui de 100 W, le quartz est au contact de l’eau ou du liquide d’un cris-tallisoir. L’appareil
- Fig. 5.
- emprunte au reseau 5oo W, la lame de quartz de 38 mm de diamètre a une épaisseur de 3 mm qui définit la fréquence de 970 kliz (fig. 7). Si l’on porte l’épaisseur à 10 mm, la fréquence descend à 290 kHz, La fragilité du quartz ne permet pas d’utiliser des épaisseurs de moins d.e 3 mm. La dimension des cristaux naturels ne permet guère de dépasser 10 mm.
- Générateur piézoélectrique d’ultrasons.
- HT, alimentation 3 000 à 6 000 V ; CV, condensateur variable ; B, bobine de choc ; Q, quartz piézoélectrique.
- . HT +
- p.12 - vue 16/406
-
-
-
- 13
- Une gamme de fréquences de i à 5o kHz peut être obtenue avec des générateurs à magnétostrictiondans lesquels le vibra-teur est une tige de nickel ou un paquet de tôles de nickel solidaire d’une membrane perméable aux ultrasons. Le circuit magnétique possède un noyau feuilleté excité au moyen d’un courant complexe : une composante continue assure la polarisation magnétique, tandis que la composante alternative développe une fréquence égale à la fréquence propre du noyau qui vibre mécaniquement. Par l’effet de la magnétostriction, un noyau de nickel se raccourcit et s’élargit dans le champ magnétique; un noyau de fer se comporte inversement. Mais le résultat est le même en haute fréquence. Dans la gamme de i à 5o ooo Hz, la puissance d’alimentation atteint jusqu’à io kW, l’amplitude de i à xo ijun avec un rendement de i5 pour ioo environ. La température nn peut dépasser le point de Curie en raison de la démagnétisation.
- Les générateurs à magnétostriction sont recherchés pour leur amplitude de vibration relativement grande et pour leur robustesse. Sur le schéma de la figure io, on aperçoit les quatre amplificateurs de 5o W, le bloc des condensateurs de charge, l’oscillateur réglable jusqu’à 70 kHz. La vibration est communiquée à une lige introduite dans un tube de nickel et excitée par une bobine de 46 spires. La polai'isalion est assurée par 960 spires de fil. L’indépendance de la magnétostriction et de la polarisation est assurée par un blindage en cuivre (générateur Picrce).
- Dans le générateur S. C. À. M., une tige d’acier inoxydable de 35 mm de diamètre développe une puissance ultra-sonore de 00 W (soit 3 W/crn3). La fréquence de 19 000 LIz définit une longueur d’oncle de 8 cm. L’amplitude de vibration est trente fois celle d’un projecteur à quartz à haute fréquence (970 kllz), par contre les accéléi’ations internes des liquides traités sont 100 fois plus faibles. Le générateur à magnétostriction le plus puissant du monde serait un modèle S. C. A. M. prenant au réseau 8 kW et débitant 1 200 W acoustiques à i8,5 kHz, soit une puissance de 5 àV/cm2 sur une plaque vibrante de 2.4o cm2 au fond d’une cuve de 120 1.
- On utilise les générateurs à basse fréquence (à magnétostriction) pour le traitement des métaux en fusion, le décapage des surfaces, le décalaminage, le nettoyage. Les générateurs à haute fréquence (piézoélectriques) servent à la préparation des émulsions, au broyage des microbes, à la suspension des poudres dans les liquides, à la dépolymérisalion, à la décomposition chimique.
- Décapage et soudure ultrasonores.
- Les ultrasons offrent, un pi’océdé purement mécanique de décapage, d’étamage et de soudure des surfaces métalliques, remplaçant avantageusement le décapage chimique dans bien des cas. Tel est le cas pour l’aluminium et les métaux légers, le métal chromé et l’acier inoxydable. Le procédé Lockheed utilise un fer à souder à magnétostriction avec oscillateur à lampes. En détruisant la pellicule d’oxyde, la vibration ullrasonore du fer décape la surface et rend possible le brasage ou la soudure sans substances décapantes. Le fer à souder est porté par une tige d’acier inoxydable de xo cm de longueur et. de 6 mm de diamètre soudée à l’argent au tube de nickel d’un générateur Piei'ce à magnétostriction. Une bobine de fil de nickel-chrome assure le chauffage de la panne. On règle la fréquence du générateur, l’amplification et la polarisation magnétique pour obte-
- Figr. 6. — Projecteur portatif d’ultrasons (S.C.A.M.).
- R, bouchon de remplissage ; T, tête de réglage ; G, M, connexions isolées et à la masse du générateur IIF ; I, guide isolant do la tige à vis V ; L, liquide isolant ; P, pied support ; C, capuchon métallique ; Q, quartz ; A,, A„, armatures interne et externe du quartz.
- nir la résonance du circuit de magnétostriction. Une brosse métallique facilite l’étamage dans le cas cl’une surface rugueuse.
- Le procédé est recommandé pour l’acier inoxydable et les métaux chromés à la fréquence de 8 kHz, pour les pièces d’aviation en aluminium pur, les châssis, les tubes en duralumin. On s’en sert aussi pour métalliser les objets en matière moulée au cadmium, au zinc, au plomb, à l’aluminium.
- Effets divers des ultrasons.
- Ces effets résultent des vibrations mécaniques extrêmement rapides, bien que réglables en amplitude et en fréquence, imposées aux molécules matérielles et. même aux atomes par les ultrasons. Le phénomène le plus curieux paraît être celui de la cavitation, c’est-à-dire le brusque dégagement d’innombrables bulles gazeuses dans un
- liquide exposé aux ultrasons, à condition que le liquide n’ait pas été préalablement dégazé et qu'il ne soit pas soumis à une pression telle que le dégazement ne puisse se produire. La cavitation, qui semble résulter de l’onde de dépression des ultrasons, a pour effet la destruction des microbes, voire même des cellules vivantes, ainsi que le décapage des surfaces et la formation des émulsions.
- d’ultrasons à cuve (S.C.A.M.).
- T, vis de réglage ; G, vers le générateur ; I, isolateurs ; F, ailettes de refroidissement ; V, robinet de vidange ; LI, liquide isolant ; Iv, carter ; L, liquide à traiter ; N, tube de remplissage ; Q, quartz ; F, support.
- A la surface d’un liquida soumis aux ultrasons, on observe un bouillonnement, et une abondante pulvérisation (fig. 8). Si l’on tient dans la main une baguette animée de vibrations ultra-sonores, on en l’essent comme une brûlure alors même que la baguette est restée froide.
- Mais, à la longue, les ultrasons ont pour effet d’échauffer la température du liquide ou des corps auxquels on les applique.
- Les ultrasons ont également des actions chimiques de décomposition, de dépolymérisation des composés organiques. La vibra-
- Fis- 8. — Projecteur M piézoélectrique en action dans de l’eau à température ordinaire.
- (Photo S.C.A.M.}.
- p.13 - vue 17/406
-
-
-
- 14
- Fig. 9. — Projecteur à magnétostriction type MS.
- {Photo S.C.A.M.).
- tiori ultrasonore abaisse la viscosité des gommes, nitrocelluloses, caoutchoncs, fécules, gélatines. La mobilité du polystyrol augmente et sa masse moléculaire est réduite de 85o odfc à 3o ooo environ. Traités en présence d’eau et d’oxygène, les hydrocarbures chlorés dégagent du chlore.
- Industriellement, on a recours aux ultrasons pour effectuer des brassages et des émulsions, dans un' liquide, un corps visqueux, un métal en fusion. Les plastiques, les textiles artificiels, le caoutchouc bénéficient de cette technique, qui est également appliquée au vibrage du ciment, à la préparation des colloïdes (émulsions de mercure et de pétrole dans l’eau) et à celle du chocolat par émulsion’ de sucre et de cacao en quelques minutes.
- Fig. 10. — Montage à magnétostriction pour l’étamage des métaux par fer vibrant F.
- R, résistance de chauffage du fer ; B, batterie à 24 Y ; C, chargeur ; À,, à A4, amplificateurs ; O, oscillateur ; C4 à C5, condensateurs ; T, tube de
- nickel ; P, bobine de polarisation ; D, blindage.
- 24V
- Q-50V CHOA
- ClL CiL CâL CiL CüL
- Effets physiologiques.
- Les ultrasons sont perçus par certains animaux. L’oreille de la chauve-souris est une sorte de radar ultrasonore qui lui permet de se guider en évitant les obstacles. Le chien détecte également le sifflement d’un sifflet ultrasonore que l’homme ne peut entendre. Les traitements ultrasonores ont sur les organismes animaux des incidences diverses. Des microbes sont détruits dans un liquide où se produit la cavitation sous l’effet d’ondes ultrasonores de fréquence élevée, remarque qui a été faite par Grabar à l’Institut Pasteur. Le Dr A. Dénier a observé que, sous l’action de ces ondes, les microbes se concentrent aux ventres de pression où l’on peut les récolter. Le virus de la vaccine, paralysé par les ultrasons, conserve ses propriétés vaccinantes. L’action sur les ultravirus est à l’étude. La stérilisation des liquides est justiciable des ultrasons de haute fréquence. Les infusoires s’agitent en mouvements tourbillonnaires.
- Dans les organismes plus évolués, la cavitation a un effet de désagrégation. Les ultrasons peuvent déterminer la mort de certains animaux (insectes, batraciens, poissons), comme l’ont montré Dognon et Langevin. Mais la réaction de la peau est telle qu’on ne peut, en général, appliquer directement, au moyen d’un projecteur, des ultrasons d’une intensité telle qu’elle produise la cavitation. Si l’on plonge le doigt dans uri liquide brassé par les ultrasons, on en ressent une impression de chaleur. A la longue, un œdème peut se produire (Biancani). Les ultrasons produits à la faveur d’une explosion violente ont à leur actif certains accidents tels que : destruction de poissons dans l’eau, commotions, vertiges, convulsions et même avortements.
- Les recherches biologiques utilisent généralement des projecteurs ultrasonores du type piézoélectrique fonctionnant sur des fréquences de 2oo à x ooo kllz et alimentés sous quelques milliers de volts. On opèi'e souvent sur des liquides, en plongeant le projecteur dans un cristallisoir. La directivité des ondes peut être obtenue en plaçant une boite x’emplie d’air du côté où les ondes ne doivent pas se"propager. Pour le travail au microscope, on se sert d’une baguette plongeant dans un bain ultrasonore et transmettant les vibrations à la gouttelette à observer. On peut aussi employer le quartz comme porte-objet (fig. n).
- Tant pour les recherches et le diagnostic que la thérapeutique, le Dr A. Dénier utilise un projecteur de 3o W sous 0 3oo Y, avec pastille de quartz de 3 mm d’épaiseur qui vibre à 9G0 kllz. C’est un tube réfractaire rempli de péti’ole, permettant le contact direct sur la peau du sujet. Un projecteur sec a été utilisé en remplaçant le pétrole par l’alcathène. Le spectre de propagation des ultrasons a pu être mis en évidence au moyen de gouttes d’encre de Chine dans l’eau d’un cristallisoir, de même que le comportement d’une cellule artificielle de Ilerrera et d’une germination' électrolylique.
- Ultrasonoscopie.
- Celle technique, qui dérive de l’auscultation microtélépho-' nique de d’Arsonval (1887), a été mise au point par le Dr Dénier. Le récepteur est un condensateur à quartz avec armatures d’aluminium de 2/100 mm, relié . à un oscillographe cathodique avec balayage. On peut aussi de contenter de lire sur un microampèremètre l’intensité du courant recueilli après détection sur un cristal de germanium. Pour faciliter la transmission, on saupoudre la peau du sujet d’une poudre métallique. Cette méthode permet de déceler les tissus hétérogènes, leur densité,
- E C
- Fig. 11.— Montage ultrasonore pour observations au microscope M.
- Q, Lame de quartz ; S, armature d’étain ; C, cales de liège ; E, anneau d’ébonite.
- p.14 - vue 18/406
-
-
-
- 15
- leur vacuité, notamment pour l’estomac et la vessie; de délecter les masses intrapulmonaires et intra-abdominales, ainsi que les épanchements pleuraux.
- Ultrasonothérapie.
- Le Dr A. Dénier, qui a défini la méthode, applique directement la projection d’ultrasons sur la peau du sujet, préalablement huilée ou vaselinée. Une puissance ultrasonore de 2 à 7 W est utilisée pendant 3 à 10 mn. L’appareil est appliqué au siège de la douleur, ou par action réflexogène du sympathique, sur la zone vertébrale correspondante. Au cours de plus' de .700 traitements, le Dr Dénier a pu dégager maintes indications. Les ultrasons ont une action des plus efficaces dans les névralgies faciales, abdominales, occipitales, sciatiques, solaires, cervicobrachiales. Pour le traitement des articulations : arthrites, arthroses, ankylosés même anciennes, rage de dents, sinusite. En ce qui concerne les troubles végétatifs circulatoires, l’asthme est guéri dans les trois quarts des cas par applications sur le sternum, la clavicule, la septième vertèbre cervicale; l’ar-
- térite oblitérante est soulagée sur les apophyses lombaires. La sclérose pulmonaire est vaincue et la capacité du poumon multipliée. L’éléphantiasis, la dysménorrhée, les crises vésiculaires, la migraine sont traitées avec succès. Le traitement des cancers et les nécroses appelle une certaine réserve, la directivité des ultrasons ne paraissant pas suffisante, aux doses massives, pour éviter la destruction des cellules saines avoisinantes.
- Enfin, on peut recommander les ultrasons pour exciter ou rétablir la péristaltisme gastrique et l’étudier radiographique-ment.
- Bien que forcément limitée aux indications essentielles, cette étude nous montre l’intérêt majeur que prennent les ultrasons dans de nombreux domaines scientifiques et techniques. Il s’agit, en somme, cl’un succédané des ondes radioélectriques qui, par une transformation convenable en ondes élastiques de haute fréquence, nous permet d’atteindre des objectifs qui nous étaient auparavant interdits, particulièrement eh mécanique, pour diverses industries, pour les recherches scientifiques, pour le diagnostic médical et la thérapeutique.
- Michel Adam, Ingénieur E. S. E.
- Le piano est un instrument
- triplement « logarithmique » !
- Un virtuose qui exécute au piano une mazurka brillante, une élève qui déchiffre Czerny ou Stephen Heller, se doutent peu qu’ils ont affaire à un instrument triplement logarithmique. Le fait est d’autant plus curieux qu’il résulte de la nature des choses
- et qu’il en serait ' exactement d e
- 109
- Fig. 1. — Le clavier étant dessiné en abscisses et les fréquences musicales correspondantes en ordonnées, on obtient une courbe exponentielle ; autrement dit, la position de la main sur le clavier d’un piano correspond au logarithme de la fréquence musicale que l'oreille perçoit.
- même si John Ne-p e r , seigneur écossais, n’avait pas découvert les logarithmes !
- 1° Le piano est d’abord logarithmique en tant qu’instrument à clavier. Dessinons
- lit II III II III II lit II III II III 1 p clavier e n
- lat la2 la3 U la5 la6 disses (lig. 1}
- e t portons e n
- ordonnées les fréquences des notes musicales correspondant à chaque touche. Chaque fois que nous déplaçons la main vers la droite de la largeur d’an octave, la fréquence double. C’est la définition
- même d’une corres-
- Fig. 2. — Correspondance logarithmique des signes musicaux et des temps correspondants.
- La môme correspondance se présente (base 2) pour une partie des mesures anglaises, ainsi que pour notre numération courante (base 10).
- 0,031
- nous limiter
- pondance exponentielle dans le sens fréquences-clavier, ou logarithmique dans le sens clavier-fréquences.
- 2° La partition musicale placée sur le pupitre du piano est, elle aussi, logarithmique, mais cette fois dans le temps. Partons — pour portons à intervalles
- de la triple croche, et réguliers les signes de la double croche, de la croche, de la noire, de la blanche et de la ronde sur l’axe des abscisses (fig. 2). Por-
- tons ensuite sur chaque ordonnée la durée, chiffrée en millièmes de secondes, dévolue à chaque signe. Nous obtenons à nouveau une courbe exponentielle, traduisant une correspondance logarithmique.
- 3° Le piano est encore logarithmique, comme tous les appareils acoustiques, au point de vue des sensations acoustiques (sensation d’intensité), qui sont à très peu près proportionnelles aux logarithmes des excitations (ici l’énergie sonore mise en jeu), conformément à la classique « loi de Fechner ». Il importe de remarquer que si les candidats au baccalauréat ont tendance à considérer Fechner comme « dépassé », la technique des décibels a montré que cette correspondance demeure largement valable, pour chaque fréquence déterminée, à la condition de se tenir nettement dans Foire d’audition ; on sait que celle-ci (fig. 3) est délimitée, en bas par le « seuil d’audition », en haut par la « limite de douleur ».
- Fig. 3. — Si Von se tient à l’intérieur de la « zone d’audition » délimitée par le seuil d’audition et la courbe « douleur », la loi de Fechner s’applique.
- A. l'échelle linéaire AB, par exemple, pour les énergies sonores, correspond une échelle logarithmique pour les sensations perçues.
- Si nous soulevons le couvercle du piano, nous apercevrons les chevilles métalliques que l’accordeur fait tourner avec sa clef à douille pour tendre les cordes de la table d’harmonie. Ces cordes qui s’enroulent font penser à la formule des cabestans, qui est également une exponentielle, comme chacun sait. Mais les cordes du piano ne sont pas entraînées par l’adhérence d’enroulement, comme celles du cabestan et le phénomène n’a aucun rapport.... Dommage, cela aurait fait un logarithme de plus !
- Pierre Devaux.
- p.15 - vue 19/406
-
-
-
- 16
- La légende de la Murène
- Que pouvait-on savoir des mœurs des poissons de mer alors qu’on ne les péchait qu’avec des pièges ? Peu de chose puisque beaucoup ne supportent pas la vie en aquarium. Aujourd’hui, les appareils de plongée permettent d’aller les voir dans leur domaine et la chasse sous-marine met l’homme face à face avec des poissons devenus « gibiers » ; le plongeur ruse avec eux, les poursuit, les joue ou bien se fait jouer et, parfois môme doit, lutter avec eux.
- C’est ainsi que, sur les côtes méditerranéennes, il ne se passe pas de jours, en été, où des chasseurs'ne harponnent des Murènes. Ils peuvent donc réviser l’antique croyance selon laquelle les Murènes attaquent l’homme.
- La Murène (Muræna helena L.) est un' poisson de belle taille, puisqu’il peut dépasser un mètre de long. On la groupe avec l’anguille, le congre et quelques autres espèces plus rares dans l’ordre des Apodes. Ce sont tous des poissons au corps très allongé, à la peau nue et visqueuse si bien qu’ils glissent entre les mains quand on les prend. Les nageoires de la Murène sont réduites à une dorsale et une ventrale longues et peu élevées qui servent peu à la progression. Celle-ci se fait par ondulations de tout le corps. Les nageoires pectorales et ventrales manquent; la caudale continue les deux nageoires impaires sans démarcation. La tôle, pointue, est en forme de pyramide; la bouche, largement fendue, a les deux mâchoires armées de dents fortes et crochues, inclinées vers l’arrière. On a soutenu que ces dents, creuses et communiquant chacune avec une glande, inoculaient du venin dans la blessure; cela a été ensuite démenti. La Murène est un poisson commun en Méditerranée, très rare dans l’Atlantique; on l’a cependant signalé en Bretagne, en Angleterre et meme en Belgique. Elle vit sur-le^ fonds rocheux ou parmi les algues et. on la présente souvent vivante dans les aquariums sur un fond de pierres, de poteries, d’amphores brisées où elle se cache.
- Dans la nature, la Murène se tient près de la côte, généralement sur le fond. D’humeur batailleuse, elle fait la chasse à tous les autres animaux malins : poissons, mollusques, crustacés. Il lui arrive de les poursuivre jusqu’à la côte et même de mordre le pêcheur qui la tire de l’eau après l’avoir prise à la ligne. Sa réputation de férocité est légendaire et a donné lieu à une histoire qu’on répète en l’amplifiant depuis les Romains. Pour les besoins d’un livre que je viens d’écrire,
- L’Homme chez les Poissons (1), j’ai voulu éclaircir cette question et je me suis reporté aux textes latins évoquant les Murènes,
- *
- * *
- La gens plébéienne ' Lieinia portait les surnoms de Murena depuis que le fils de son fondateur, Publius Licinius, préteur en ii3 avant J.-G., l’avait reçu en raison des étangs où il élevait des Murènes. C’est, un des membres de cette famille, Licinius Mu-rena, qui, accusé de bi’igue, fut défendu par Cicéron
- 1. À paraître aux Éditions Stock, collection « Les livres de nature ».
- dans la célèbre plaidoirie Pro Murena qu’étudient les lycéens.
- On lit dans Pline (Histoire naturelle, IX, 80 et 81) : « L’exemple de Licinius Murena fut suivi par la noblesse, par les Philippe, les Ilortensius. Lucullus fit même percer une colline auprès de Naples à plus de frais qu’il n’avait construit sa maison de campagne, et entrer dans ses viviers les eaux de la mer. C. Ilirrius a établi avant tout autre un vivier pour les Murènes seulement ; il en prêta six mille pour les repas triomphaux du dictateur César et les fit. peser; car il ne voulut en recevoir le prix ni en argent ni en autre valeur qu’en Murènes ».
- Varron, dans son Traité d’agriculture, rappelle les mêmes faits. Il insiste sur le caractère somptuaire des viviers d’eau de mer (III, 17) : « Ils vident la bourse du propriétaire plutôt qu’ils ne la remplissent. On les construit à grands frais et. c’est, à grands frais qu’on les peuple et les entretient. Ilirrius retirait 12 000 sesterces des bâtiments dépendant de ses viviers, mais le seul entretien de ces poissons engloutissait tout le profit ». •
- Pour abriter du soleil estival les pensionnaires, on creusait des grottes communiquant avec les viviers : « Les unes, dit Columelle (VIII, 17) seront simples et droites pour servir de retraites aux poissons écailleux, les autres, sans être trop spacieuses, présenteront divers contours dans lesquels les Murènes pourront se cacher, quoique certains évitent de mêler ces derniers poissons avec d’autres parce que, s’ils viennent à être pris de la rage à laquelle ils sont communément sujets, comme les chiens, il arrive très soirvent qu’ils poursuivent les poissons écailleux et les exterminent en partie ».
- « A Baules, sur le territoire de Baïes, écrit encore Pline,* l’orateur Ilortensius avait dans une piscine une Murène qu’il aimait au point d’en avoir, dit-on, pleuré la mort. Dans la môme maison de campagne, Antonia, fille de Dresus, le frère de Tibère, mit des boucles d’oreilles à une Murène qu’elle aimait, singularité qui attira bien des curieux à Baules. » Fouillons le poly graphe Macrobe. Nous trouvons dans ses Saturnales (II, n) les faits suivants à propos du grand orateur Lucius Licinius Crassus, l’ami de Cicéron : « Cet homme sage et grave qui passait pour le plus éloquent de son temps, fut si
- contristé de la mort d’une Murène conservée chez lui dans un bassin, qu’il la pleura comme s’il avait perdu sa fille. Ce trait ne fut point ignoré par son collègue Domitius qui le lui reprocha en plein Sénat comme un crime honteux. Crassus non seulement ne rougit pas de l’avouer,, mais même il s’en glorifia, ce censeur, comme d’une action qui prouvait sa bonté et sa tendresse ».
- L’histoire a également retenu que l’un des meurtriers de César, Cassius Longinus fit des funérailles à sa Murène favorite qui répondait à son appel, se laissait caresser et mangeait dans sa main.
- Et Martial dans un épi-gramme (X, 3o) dit : « Un réservoir est là où s’engraissent le Turbot et le Loup; la délicate Murène y nage vers son maître ».
- Fig. 1. — Une Murène vivante dans un bac de l’aquarium du Musée océanographique de Monaco.
- (Photo Sciiall).
- p.16 - vue 20/406
-
-
-
- 17
- Tout cela semble bien sujet à caution.
- Comment admettre qu’on puisse livrer — et manger — six mille Murènes qui pèseraient bien dix mille kilogrammes ? Et quelle main oserait tendre de la nourriture à des Murènes alors que ces poissons mordent tout cc qui se présente devant leur gueule !'
- Cependant tout s’explique si l’on admet que le mot latin Muræna, malgré les dictionnaire unanimes, ne doit pas se traduire par « Murène ». La meilleure preuve que cette traduction n’est pas évidente, c’est que certains latinistes écrivent en français <( Lamproie » pour évoquer les poissons carnassiers auxquels on jetait des esclaves.
- En lisant Pline, on voit très clairement que Muræna n’est pas la Murène. Ainsi le naturaliste, croyant selon Aristote, que la Murène est la femelle du Myrus, écrit :
- •« La Murène est bigarrée et faible tandis que le Myrus est d’une seule couleur, fort, avec des dents saillantes » (IX, 9). On ne voit pas ce que peut être ce Myrus. Mais on est bien certain que ce n’est pas de notre Murène que Pline peut dire qu’elle est faible (infirma). Sans doute veut-il évoquer l’Anguille et peut-être lui donne-t-il pour mâle le Congre ?
- Dans un autre passage (XXXI, 7), Pline applique du reste aux Anguilla:, les mêmes faits qui sont rapportés ailleurs aux Muræna : « Dans la fontaine de Jupiter Labrandier, les Anguilles mangent à la main; elles portent en outre des boucles
- d’oreilles. Il en' est de même à Chios, auprès du temple des Vieillards, en Mésopotamie, dans la fontaine de Cbabura ».
- Autre preuve de ce que Muræna n’est pas la Mui'ène : Pline parle de Murænæ « de la Gaule septentrionale » qui portent sept trous sur le côté de la tête. Ce sont évidemment les Lamproies dites souvent « sept trous » à cause de leurs orifices branchiaux.
- Concluons : Muræna ou bien représente l’Anguille ou bien désigne l’ensemble des poissons serpenfiformes, Murène aussi bien qu’Anguilles, Congres et Lamproies.
- Si l’on admet qu’il s’agit d’Anguilles, on comprend fort bien qu’elles aient été élevées par milliers dans des viviers. Si l’on admet qu’il s’agit de Congres, tous les récits de « Murènes » familières deviennent vraisemblables. Dans les aquariums, les Congres ne sont nullement farouches. L’aquariologiste du Musée de Monaco, Etienne Gaslaldi, nous en a fait la démonstration : dès que sa main trempa dans le bac e.t en remua l’eau, les Congres de venir, de se presser, de sortir la tête dans Pair (jusqu’à i’5 cm) en rejetant de petits jets d’eau, de pointer leur joli museau brun et argent, d’accepter des cai'csses. Certes, on doit faire attention aux coups de dents, de terribles coups de dents en recul accompagnés d’un mouvement en fouet de tout le corps , qui, parfois, claque dans l’eau, mouvement réflexe du Congre en chasse qui saisit une proie en l’entraînant aussitôt en arrière; mais, dès le premier instant de l’expérience, il apparaît que tout cela concorde avec les récits latins. Alors que les gardiens des aquariums prennent bien garde de promener leurs mains dans les bacs des Murènes....
- Voici encore un fait qui nous donne raison : il existe un autre mot latin, fort peu connu, pour désigner les Murènes : fluta. Le dictionnaire Freund donne : « fluta, espèce de grande Murène ». Varron (lies rustica:, II, 6, 2) écrit : « Les flutæ ont' si bon goût sur les côtes de Sicile... ». Le même Varron, cité.
- Fig. 2. — Une Murène de 3,500 kg prise à l’Ile du Levant par Georges Kramarenko, un des champions de la chasse sous-marine.
- par Macrobe : « En Sicile, on prend des Murènes appelées fluta. ». Et Golumelle, énumérant les meilleurs poissons élevés en viviers (De re rustica, VIII, 17) : « Nous y joindrons les flutæ murenæ que l’on compte parmi les poissons les plus recherchés » (Ce que, entre parenthèses, le traducteur écrit : « Murène flottante » ?)
- Y aurait-il donc eu jadis deux espèces de Murènes... ? Le plus simple est d’admettre que cette fluta dont les auteurs latins disent qu’elle est plus grande que les « Murènes » ordinaires et qu’elle est marine, c’est tout simplement notre Murène, au reste fort abondante sur les côtes de Sicile.
- Les Romains avaient donc un' terme générique pour désigner les poissons serpenti-formes, Murène, Congres, Anguilles, Lamproies : muræna; et trois mots plus précis pour l’Anguille, le Congre et la Murène : anguilla, conger et fluta,
- Enfin, argument péremptoire pour clore cette discussion linguistique : au Moyen Age, dans certaines chartes de donation ou de location se rapportant à des pêcheries sur des fleuves, on trouve le mot Murena. C’est bien la preuve qu’il s’appliquait alors aux Anguilles ou aux Lamproies.
- D’ailleurs, le vieux Grand Larousse universel ne dit-il pas de la Murène qu’elle a été confondue par les anciens auteurs avec l’Anguille » ?
- Alors, quel était le fameux poisson nourri de chair humaine ? Était-ce la Murène ?
- Était-ce la Lamproie comme l’écrivent certains traducteurs en équivalence à Murena ?
- Mais d’abord, quelles sont les sources de tous ces récits ?
- La source première s’en trouve dans une œuvre de Sénèque, le traité De la Colère (III, 4o) où on lit : « Un jour que le divin Auguste soupait chez Vedius Pollion, un esclave cassa un verre de cristal; Vedius ordonna de le saisir et de le livrer à une mort assurément peu commune; il voulait qu’on le jetât aux énormes Murènes qui peuplaient son vivier. L’esclave s’échappa, se réfugia aux pieds de César, et demanda pour toute grâce de périr d’une autre mort. César s’émut, de cette cruelle nouveauté; il fit relâcher l’esclave, ordonna que tous les cristaux fussent brisés sous ses yeux et que le vivier fût comblé. C’est ainsi que César devait corriger son ami; c’était bien user de sa puissance. Du milieu des festins, tu fais traîner des hommes à la mort pour être déchirés par des supplices d’un nouveau genre. »
- Tout ce récit sent terriblement son écrivain flagorneur du souverain, son.« historien officiel ». Or nous savons que Sénèque, malgré la haute morale exprimée par son œuvre, ne fut pas sans compromettre son indépendance d’idées pour des fins politiques. L’anëcdote semble donc sujette à caution, d’autant plus nue le narrateur peut lui avoir donné un « coup de pouce » afin d’en illustrer ses thèses sur la colère. Mais, en tout état de cause, Sénèque ne parle que d’une intention et non d’un crime.
- Car vous avez bien lu : le supplice n’a pas été accompli; d’autre part, il aurait été d’une « cruelle nouveauté » (novi-tatis crudeliialis, dit le texte), un supplice « d’un nouveau genre. » (novi generî). Donc jamais on n'avait vu semblable châtiment infligé à un esclave et, ce jour-là, on ne le vit pas davantage. .
- Dans son traité De la Clémence (I, 18), postérieur d’une quinzaine d’années, le même Sénèque reprend les mêmes faits
- p.17 - vue 21/406
-
-
-
- 18
- et les déforme pour les besoins de ses thèses et de sa courti-sanerie : « A qui Vedius Pollion n’était-il pas encore plus odieux qu’à ses esclaves, lui qui engraissait ses Murènes de sang humain et faisait jeter ceux qui l’offensaient dans un vivier rempli de vrais serpents ? O homme digne de mille morts, soit qu’il réservât pour sa table les Murènes auxquelles il donnait à dévorer ses esclaves, soit qu’il ne les élevât, que pour les nourrir de cette- manière ? »
- Remarquons l’évolution de cette anecdote entre le Traité de la Colère (vers l’an 4i) et le Traité de la Clémence (vers 56) : cette fois, le crime n’en est pas resté à l’intention. Bien mieux, Sénèque emploie l’imparfait indiquant une habitude et non le parfait évoquant un acte exceptionnel : Pollion engraissait ses Murènes de sang humain, il leur faisait jeter des esclaves. Qui plus est, une vague accusation d’anthropophagie est lancée contre Pollion qui réservait pour sa table les poissons nourris de ses esclaves. Et plus encore : il n’aurait élevé des Murènes que dans ce but de cruauté... ? Un écrivain qui a déformé à ce point ses propres textes à quinze ans d’intervalle, était bien capable d’avoir donné plus qu’un simple « coup de pouce » à l’histoire primitive.
- Un peu plus tard, .Pline reprenait l’anecdote dans son Histoire naturelle; il renchérissait encore : Vedius Pollion, chevalier romain, ami du divin Auguste, faisait jeter dans les viviers remplis de Murènes les esclaves qu’il avait condamnés. Ce n’était pas que les animaux terrestres n’y suffisaient; mais d’aucune autre façon, il ne pouvait se donner le spectacle d’un homme déchiré tout entier à la fois a (IX, 39). On voit bien la progression : Pollion recherche maintenant avec délices la jouissance de voir un homme dévoré « tout entier à la fois ».
- Si les écrivains latins prenaient de telles licences avec les faits dans le siècle même, les écrivains modernes pouvaient encore bien davantage les déformer, aucun n’essayant de remonter à leur source.
- Ainsi le Grand Larousse universel affirme : « Il est certain que cette coutume atroce était assez commune chez les Romains ». Après avoir fouillé toute la littérature latine à la recherche des Murènes, nous avons le droit d’admirer cette « certitude ».
- L’auteur d’un livre de chasse sous-marine, Bernard Gorsky, allant plus loin encore, évoque cc le sadisme d’un homme capa-
- ble d’ordonner une telle torture, allant jusqu’à affamer les bêtes, puis jetant du sang dans le bassin pour ne précipiter les victimes que lorsque les Murènes deviennent ivres de faim et de fureur ».
- Enfin, l’ichthyologue Louis Roule, pour n’être pas remonté aux. témoignages des textes originaux en arrive à ceci : « Les propriétaires d’esclaves condamnaient à mourir ceux qu’ils voulaient châtier; et la peine de la noyade se trouvait être, quant à son exécution, l’une des plus simples et des plus rapides, De là à l’utiliser pour l'entretien des Murènes, il n’y avait pas loin; ce qui fut fait » (Les Poissons et le monde vivant des eaux, t. II, p; 173).
- Tout cela fait une belle légende : nous en avons suivi la naissance, l’épanouissement, la déformation. Mais que devient dans l’affaire la vérité scientifique. Ni les auteurs latins, ni leurs traducteurs, ni même les ichthyologues n’avaient-ils regardé la gueule d’une Murène ou interrogé les gardiens des aquariums ?
- La question est simple : une Murène peut-elle dévorer un homme ?
- La réponse est nette : non.
- Non, car sa gueule, bien que très fendue, n’est pas énorme, la tête étant fort petite par l’apport à la puissance du cou; ses dents, d’autre part, s’inclinent et se recourbent en arrière pour retenir la proie, non pour la couper ni la broyer; elle avale sa nourriture comme un serpent; elle ne la cisaille pas comme un requin. Certes, elle ne dévore pas que du fretin; les prenant par le milieu et les pliant dans l’étau de ses mâchoires, elle mange d’assez gros poissons. Mais pas plus qu’aucune bêle de la Méditerranée, elle ne peut manger un homme « tout entier à la fois », ni même par morceaux.
- L’esclave de Vedius Pollion n’aurait certainement pu être croqué si Auguste n’avait interdit le supplice....
- Que reste-t-il de tout cela ? Un mouvement de colère d’un chevalier romain, nullement suivi d’un acte. Et quelques Anguilles élevées dans des impluvium, les bassins de tout atrium romain....
- De quoi nous rendre sceptique à jamais sur les réputations forgées par l’histoire....
- Pierre de Latil.
- Deux nouveaux édulcora nts puissants
- L’arsenal des succédanés du sucre vient de s’enrichir de deux édulcorants puissants pour lutter contre le diabète... et la pénurie de sucre. Ces édulcorants paraissent appelés à un certain avenir car la matière première ne manque pas. L’un d’eux est un corps synthétique, le l-n-propoxy-2-amino-4-nitrobenzène ; on voit que, comme la saccharine et la dulcine, c’est un dérivé multisubstitué du benzène ; comme .elles aussi il est sans valeur alimentaire, mais il sucre 10 fois1 plus que la saccharine et 20 fois plus que la dulcine, soit 5 000 fois plus que le saccharose. Bien qu’il ait été mis en vente en Hollande au début de 1943, on ne lui a pas. encore donné de nom commercial. Provisoirement, pour simplifier, et pour suivre la mode, nous l’appellerons P. A. N,
- . L’autre succédané, à l’inverse du P, A. N., est un produit naturel et il a une valeur alimentaire. Il ne sucre que 300 fois plus que le saccharose ; c’est cependant le seul produit naturel très sucré qui soit utilisable. On en connaît bien deux autres, l’un 700 fois plus sucré que le sucre, l’autre 2 000 fois plus ; malheureusement tous deux sont toxiques ; le P. A. N., la saccharine et la dulcine ne le sont pas (1).
- Cet autre succédané est le stêvioside C3SH00015 ; il a été isolé
- 1. La question reste discutée pour la dulcine.
- des feuilles du Stevia Reba/udiana, plante décrite pour la première fois par le Dr Bertoni en 1899. C’est ce botaniste qui, en 1905, a donné le nom de stêvioside au composé sucré qu’elle renferme. Depuis, on a. isolé d’autres stéviosides.
- La plante est une Composée herbacée, originaire du Paraguay ; elle croît spontanément et sporadiquement au Paraguay et dans les régions du Brésil qui lui sont contiguës. Elle se présente en touffes éparses dans les terres noires voisines des marécages. Les Indiens s’en servent depuis des siècles, et, depuis la conquête de l’Amérique du Sud par les Européens, leurs descendants mélangent quelques menus fragments de là feuille desséchée à celles du thé ou houx du Paraguay (Ilex Paraguayensis) pour préparer l’infusion de maté, qui est devenue leur boisson nationale. Ils corrigent ainsi la légère amertume de l’infusion le maté est un aliment d’épargne et un stimulant comme la kola, le café et le thé, mais beaucoup moins énergique.
- Le P. A. N.
- La saveur sucrée du P. A. N. a été signalée pour la première fois par van der Weyden dans une thèse soutenue devant l’Université de Leyde en 1939. Il l’avait obtenu par réduction
- p.18 - vue 22/406
-
-
-
- 19
- ménagée du l-n-propoxy-2-4-dinitrobenzène (P. D. B.) préalablement dissous dans l’alcool propylique normal. Yerkade et ses collaborateurs montrèrent en 1942 que l’huile, d’un rouge très foncé, que leur jeune compatriote avait ainsi obtenue n’est pas du P. A. N. pur, mais un mélange de ce corps avec son isomère, le l-n-propoxy-2-nitro-4-aminobenzène, qui, lui, est absolument insipide ; ils réussirent à préparer du P. A. N. pur et beaucoup plus facilement en réduisant partiellement le P. D. B. par du bisulfure de sodium en solution aqueuse.
- En 1942, une grande fabrique d’essences néerlandaise ayant déjà pris deux brevets pour la séparation des deux isomères contenus dans l’huile rouge, avait mis le P. A. N. à la disposition des fabricants de produits pharmaceutiques. En 1945, on prit un troisième brevet pour cette séparation, mais par une méthode plus simple que les deux premières.
- Le P. A. N. pur est un corps finement cristallisé, d’un jaune orange foncé, qui fond à 48°. Si on place un de ses petits cristaux sur le bout de la langue, on ne perçoit la sensation sucrée que pendant quelques secondes car le P. A. N. est aussi un anesthésique : il l’est 30 fois plus que la cocaïne. Pratiquement c’est sans inconvénient, et la saveur sucrée reste seule perceptible si on ingère un petit comprimé analogue à ceux de saccharine, car il n’y est qu’à une dose infinitésimale et uniquement en remplacement d’une fraction de la saccharine ; l'xsager non prévenu ne s’aperçoit même pas de la substitution, pas plus qu’il ne perçoit l’action légèrement antiseptique de la saccharine. On sait qu’elle ne peut troubler la digestion que si on en ingère beaucoup, ce qui n’est pas conseillé et est d’ailleurs inutile, comme oh le verra plus loin. C’est à cause de son action à la fois sucrante et antiseptique que la saccharine entre dans la composition de certaines eaux dentifrices ; bien entendu, même très diluées, elles ne doivent pas être ingérées.
- Les fabricants néerlandais de produits pharmaceutiques ont vendu à leurs compatriotes un mélange de P. A. N. avec de la saccharine ou de la dulcine, du sucre de lait, et un excipient incolore et insipide qui est le plus souvent un mélange de bicarbonate de soude et d’amidon ou de fécule. Le mélange est fourni en poudre aux fabricants de produits pharmaceutiques dans des sachets de 10 à 15 g, et aux consommateurs, par les pharmaciens, sous la forme de petits comprimés analogues à ceux de saccharine et d’un pouvoir sucrant compris entre 25 et 100 fois celui du sucre. On peut présumer la présence du P. A. N. dans des produits de cette sorte par la teinte légèrement jaunâtre qu’il leur confère. L’analyse qualitative et quantitative de ces produits a été mise au point tout récemment par le Rijksbureau voor Onderzoek van Handelswaren (Bureau impérial de Recherches sur les Produits commerciaux) de La Haye. Elle est extrêmement longue et compliquée, mais elle ne présente aucune difficulté et elle fournit la teneur de chacun des trois édulcorants synthétiques à 2 à 3 pour 100 près par défaut.
- Usage rationnel des édulcorants synthétiques.
- La sensation gustative (sucrée, amère ou salée, car on n’en connaît pas d’autres) est purement subjective ; et jusqu’à présent, ne se prête à aucune mesure précise : c’est tout au plus si on peut apprécier l’égalité de deux saveurs de même nature. On dira donc que la saccharine est 500 fois plus sucrée que le saccharose si une solution aqueuse de 10 mg de saccharine par litre paraît aussi sucrée qu’une solution aqueuse de 5 g de saccharose par litre.
- On a admis longtemps que le pouvoir sucrant d’un corps est proportionnel à sa concentration ; le Pr Gautier a montré en 1943 que ce n’est vrai que si l’on se place dans des- conditions identiques ; or ce n’est presque jamais le cas. C’est ainsi qu’une même tasse de café paraît également sucrée avec 2 petits morceaux de sucre, soit 15 g, ou avec 75 mg de saccharine, ce qui donne un pouvoir sucrant relatif de 15 000/75 = 200, ou encore avec un
- seul de ces morceaux de sucre, soit 7,5 g, ou 20 mg de saccharine, ce qui fait ressortir un pouvoir sucrant relatif de 7 500/20 = 375. Il en est de même pour le P. A. N., dont le pouvoir sucrant relatif n’atteint la valeur de 5 000 que si on compare ses solutions aqueuses à une solution à moins de 1 pour 100 de sucre. Cela revient à dire que les édulcorants synthétiques sucrent proportionnellement plus aux faibles concentrations qu’aux fortes, et d’autant plus qu’ils sont moins concentrés.
- De nombreuses autres difficultés se présentent dans la mesure du pouvoir sucrant. La sensation gustative n’est pas de même intensité ni de même nature pour la base et le bout de la langue. Elle s’accompagne d’autres sensations telles que celle des odeurs, qui quelquefois l’influencent beaucoup. Si un liquide sucré est ingéré très chaud ou très froid, la saveur sucrée peut être très atténuée chez certains individus car la sensation de froid ou de chaud la masque en partie. Elle peut augmenter ou diminuer si elle est accompagnée d’une autre sensation gustative. C’est ainsi qu’elle est exaltée par une saveur très légèrement amère ou salée. C’est ce qu’on utilise dans la préparation des potions très amères ou quand un amateur de café ajoute un petit grain de sel dans une tasse de café peu sucré. Chose curieuse, les édulcorants synthétiques exaltent aussi la saveur du sucre. C’est un avantage dont on pourrait profiter comme on le verra plus loin.
- Enfin, les édulcorants synthétiques n’ont pas une saveur sucrée pure ; chacun d’eux possède une ou plusieurs saveurs parasites qui lui sont propres ; et, peut-être, n’attribuons-nous aux sucres naturels une saveur sucrée pure et plus fine que parce que nous y sommes habitués. Dans le cas de la saccharine, la saveur parasite est amère et assez désagréable ; elle s’exalte et devient très nettement perceptible dans les confitures et les compotes si on l’y introduit pendant leur cuisson ; il ne faut l’y ajouter que quand elles ont tiédi. En pâtisserie et en confiserie, il ne faut l’employer qu’avec circonspection et en' recourant à certaines précautions, d’ailleurs assez difficiles à prendre, mais que les confiseurs et les pâtissiers connaissent bien.
- Compte tenu de ce qui précède, le Pr Lapicque, dans un rapport officiel, avait suggéré-, il y a longtemps déjà, un mode d’utilisation rationnel de la saccharine. C’était à l’époque où, en raison de la surproduction du sucre de canne -dans le monde, les grands intérêts en jeu dans la fabrication du sucre de betterave avaient failli, faire interdire la consommation de la saccharine en France. Cuba notamment était alors capable, et l’est encore présentement, de fournir plus des deux tiers du sucre consommé dans le monde et Java l’autre tiers, sucre de canne bien entendu. Aux Etats-Unis on s’inquiéta de cet état de choses, car dans les Etats du Sud-Est on cultive aussi la canne à sucre et les fabricants de sucre américains s’entendirent pour confier en 1930 au Mellon Institute de Pittsburgh (Pennsylvanie) le soin de rechercher des emplois industriels du sucre. Naturellement on en trouva, et même d’assez nombreux, et qui en consomment beaucoup.
- Sauf des cas tout à fait exceptionnels d’idiosyncrasie, comme oh les observe pour presque tous les produits ingérés, aliments, condiments, stimulants ou médicaments, la saccharine, la dulcine et le P. A. N. sont absolument inoffensifs aux doses usuelles.
- Comme le petit grain de sel dans le café, les édulcorants synthétiques, avons-nous dit, exaltent aussi la saveur sucrée du saccharose ; il convient donc de les associer en employant la saccharine mais à faible dose puisqu’alors elle sucre davantage. Ainsi on doublera le pouvoir sucrant du sucre en lui ajoutant 2 pour 1 000 de saccharine.
- Les Néerlandais ont fait quelque chose de semblable en incorporant dans leurs comprimés du lactose, qui a une valeur alimentaire, quoiqu’il sucre un peu moins que le saccharose ; mais ils y étaient tout naturellement incités puisque les Pays-Bas sont un grand pays d’élevage où presque tout le lait qui n’est pas consommé en nature sert à la fabrication de fromages, d'ailleurs renommés et exportés dans le monde entier. Le lactose qui reste
- p.19 - vue 23/406
-
-
-
- 20
- dans le sérum du lait caillé en est facilement extrait ; et aux Pays-Bas, en temps normal, il est surabondant.
- En 1941, alors que le sucre commençait à être rationné sévèrement, le Pr Lapicque, pour donner satisfaction aux sucriers français et en même temps pour permettre la consommation de la saccharine, avait proposé le compromis suivant : l’État vendrait un sucre sacchariné dont chaque morceau serait de moitié plus petit que celui du sucre ordinaire moyen, soit de 5 g au lieu de 10 g, et qui sucrerait autant que le morceau de sucre pur pesant 10 g. C’était quelque chose de semblable à ce qu’on faisait depuis longtemps en Italie où chacun pouvait acheter librement des morceaux de sucre à la quinine dans les régions où règne le paludisme.
- Le stévioside.
- Ce corps, à l'état pur, se présente sous la forme d’une poudre blanche, légère, inodore, formée de très fines aiguilles qui se conservent à l’air sans altération. Il est soluble dans 800 parties d’eau. A vrai dire, ce n’est pas un sucre, mais, sous l’action de certaines diastases et notamment celles du tube digestif, il s’hy-drolyso en donnant un trialcool, le stéviol (C.olLoCL), et 3 molécules de glucose, corps qui sont assimilables ; et c’est pour cela qu’il a un valeur alimentaire.
- Les procédés préconisés avant 1930 pour extraire le stévioside de la plante semblent assez onéreux ; mais, à l’époque, ils paraissaient déjà pouvoir être améliorés assez facilement. Un kilogramme de feuilles sèches n’en renferme que 60 à 65 g, mais c’est plus que suffisant pour justifier la cueillette, car ces feuilles peuvent trouver leur emploi direct en pharmacie. C’est pourquoi, en 1937, cette cueillette avait pris le caractère d’une petite exploitation ; M. E. Thomas pensait qu’on pourrait la développer davantage ‘ car on disposait alors d’une main-d’œuvre et de moyens de transport suffisants dans les régions ’ où la plante croît spontanément. On avait aussi entrepris des essais de culture. La guerre a empêché de savoir ce qu’il est advenu de ces tentatives ; elle a dû certainement bouleverser ces projets comme-bien d’autres partout ailleurs. Il résulte en effet d’une enquête que nous avons faite auprès des grandes herboristeries et pharmacies parisiennes qu'aucune d’elles n’a jamais reçu de feuilles do Stevia et ignore complètement l’existence de cette plante et du stévioside. Il est vrai que l’importation du maté, qui avait pris un certain développement avant 1940, et aussi de la casse des Antilles et d’Ëthiopie, le doux laxatif des noirs, n’a pas encore repris non plus. On nous a dit que des produits aussi avantageux pour le consommateur mais un peu encombrants devaient céder la place à des denrées beaucoup plus recherchées et qui nous manquent davantage.
- Recherche du groupement fonctionnel qui confère le pouvoir sucrant à un corps.
- Après la découverte du P. A. N., les chimistes néerlandais avaient orienté tout de suite leurs travaux vers la recherche de composés synthétiques qui eussent à la fois un grand pouvoir sucrant et une certaine valeur alimentaire. On a vu qu’ils n’y sont encore parvenus que par un moyen détourné mais qui leur fait honneur.
- On no connaît pas encore le groupement fonctionnel qui, dans la formule de constitution d’un corps, lui confère la saveur sucrée. Cependant, on connaît aujourd’hui des groupements fonctionnels de ce genre dans d’autres domaines de la chimie organique : les groupements chromogène et chromophore pour les matières colorantes ; les groupements toxogène et toxophore, les groupements vésicant et nécrosant dans les aérosols et gaz de •combat ; les groupements fébrifuge, antipyrétique et bactéricide dans les médicaments ; les groupements « phosphore » et « phosgène », au seul sens étymologique du mot, des composés minéraux luminescents ou fluorescents.
- Le problème est beaucoup plus difficile dans le cas des édulcorants synthétiques car ils sont peu nombreux et on a vu que ceux que l’on connaît ont une constitution chimique extrêmement compliquée et que, de plus, ils possèdent des fonctions parasites qui certainement doivent leur conférer tantôt l’amertume ou l’antisepsie, tantôt la couleur, la toxicité ou l’action anesthésique. Si on réussissait à trouver ce groupement fonctionnel « saccharogène », on pourrait espérer obtenir par des synthèses successives des composés du genre de ceux que continuent à rechercher avec ténacité les chimistes néerlandais, c’est-à-dire très sucrés, nutritifs et dépourvus de toute propriété nocive ou gênante. On n’y est pas encore parvenu pour les sucres ; cependant ils sont beaucoup plus nombreux et de composition bien plus simple.
- On admet que, dans les sucres, l’augmentation du nombre d’oxhydriles OII concorde avec une augmentation de la saveur sucrée mais pas au delà de 6 atomes de carbone dans la molécule ; c’est le cas pour le glucose et le lévulose (6 C ; 6 OH), le glycol (2 C ; 2 OII), la glycérine (3 C ; 3 OH), la phloroglucine (3 OH). Au delà de 6 atomes de carbone dans la molécule, c’est seulement quand la fonction carboxyle C02II est associée à plusieurs oxhydriles que la saveur sucrée est augmentée, quoique assez peu. C’est le cas pour le saccharose et le lactose, à 12 C et 11 OH sans doute, mais qui s’hydrolysent en glucose et lévulose. C’est le cas aussi, semble-t-il, pour le stévioside.
- Si on découvrait le groupement « saccharogène » il resterait encore à trouver le groupement fonctionnel « saccharophore » ou mieux « glycophore ». Ce sera l’œuvre de demain.
- L’énigme est plus grande encore dans le domaine des composés minéraux car on n’y connaît guère que les sels de glucinium et de plomb qui soient sucrés, et il n’y a entre ces deux métaux aucune parenté ni aucune analogie dans lès formules de leurs composés.
- Nos arrière-petits-enfants connaîtront sans doute la solution de ce problème scientifique. Pour le moment, nous pouvons nous attendre à trouver bientôt chez les pharmaciens des comprimés de P. A. N. et, sinon du stévioside, du moins des feuilles sèches de Stevia ; et cela tant que ne régnera pas cette surabondance de sucre que nos betteraviers nous promettent... c’est-à-dire pas avant 4 ou 5.ans. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que le sucre de betterave revient beaucoup plus cher que celui de canne.
- Raymoxd Lulle.
- A propos du phonographe
- (n° 3170, juin 1949, p. 176).
- L’article sur le Musée de la parole ne pouvait parler d’un des précurseurs français de l’invention du phonographe, puisqu’il ne réalisa pas l'appareil qu’il avait conçu et qu’il n’a laissé d’autre trace qu’un texte déposé sous pli cacheté à l’Académie des Sciences.
- Un de nos abonnés, M. Solari, nous demande de rappeler son nom : Charles Gros. Nous le faisons très volontiers. Nous dirons donc que dès avril 1877, Charles Gros avait déposé à l’Académie des Sciences un pli cacheté contenant la description d’une machine enregistrant et reproduisant les sons. Le pli ne fut ouvert et rendu public qu’en décembre de la même année, et Cros qui vécut jusqu’en 188S n’alla pas plus axant.
- En novembre 1877, un mois avant la divulgation du texte de Cros, Edison déposait des demandes de breA-ets pour une machine rudimentaire qu’il avait inventée et fait réaliser sommairement par un de ses collaborateurs. Cette machine enregistrait et reproduisait la voix et donna la première « musique en conserve », un chant populaire. Fort occupé alors par bien d’autres travaux, Edison ne s’occupa activement du phonographie que dix ans plus tard, lorsqu’il donna licence de ses brevets à la North American Phonograph Co. C’est, alors qu’il réalisa une composition de cire particulièrement favorable à l’inscription et à la répétition, qui n’a guère été modifiée jusqu’en ces dernières années.
- p.20 - vue 24/406
-
-
-
- Pétroles
- et industrie chimique
- Il y a plusieurs années déjà, nous avons souligné, pour les lecteurs de La Nature, l’importance prise par les pétroles comme matières premières de l’industrie chimique organique, venant compléter d’abord la gamme des hydrocarbures dérivés de la houille et prenant ensuite progressivement une place de plus en plus large (x).
- Un avantage considérable du pétrole est de fournir toute une série d’hydrocarbures à chaîne linéaire ouvrant la route à la synthèse des produits organiques aliphatiques, alors qu’ils ne peuvent dériver du charbon que par la méthode onéreuse qui consiste à passer par l’acétylène. La fabrication des caoutchoucs de synthèse a apporté une démonstration éclatante de ce fait.
- Les progrès réalisés dans la technique de la distillation fractionnée ont permis de séparer à partir des huiles brutes de pétrole qui sont des mélanges complexes, toute une série d’hydrocarbures bien définis qui ont trouvé des emplois, aussi bien dans les laboratoires de recherches que dans la grande industrie de synthèse, dans la série des solvants organiques et dans les mélanges à haut indice d’octane pour les moteurs à explosion.
- Il n’est pas rare de voir utiliser maintenant dans l’industrie, des colonnes de distillation fractionnée à cent plateaux.
- D’autres méthodes, comme l’extraction par certains solvants et la distillation de mélanges azéotropiques ont permis d’améliorer encore le nombre et la qualité des produits de fractionnement des huiles brutes.
- Les maisons spécialisées sont maintenant en mesure d’offrir une liste impressionnante d’hydrocarbures en qualité technique ou en pureté garantie, avec indication précise des constantes physiques et des impuretés chimiques. Enfin, les méthodes dites de « cracking », basées sur la décomposition pyrogénée dans des conditions déterminées, avec ou sans agent de catalyse, des hydrocarbures à chaînes longues des parties lourdes des huiles naturelles ont étendu la gamme des hydrocarbures.
- Ces hydrocarbures peuvent être soumis à diverses méthodes de traitement qui permettent de les modifier ou transformer : hydrogénation, déshydrogénation, polymérisation, isomérisation, etc.... L’alkylation permet la fixation de chaînes latérales, enfin la cyclisation ou aromatisation a permis la conversion de carbures aliphatiques en carbures de la série aromatique à chaînes cycliques et cela avec des rendements très élevés.
- Toutes ces méthodes s’appliquent aussi bien aux pétroles naturels qu’aux hydrocarbures synthétiques obtenus par le procédé Fischer-Tropsch ou le pi’océdé Bergius et qu’aux produits obtenus par la distillation des schistes bitumineux.
- La nécessité d’une production massive d’essences à haut indice d’octane pour l’aviation de guerre a contribué au développement de la chimie du pétrole et les besoins en carbures aromatiques pour la fabrication des explosifs nitrés ont également trouvé à se satisfaire à partir des hydrocarbures naturels.
- La synthèse organique peut maintenant trouver à partir des pétroles tous les produits de base qu’elle peut souhaiter.
- En quelques années les puissantes industries américaines des caoutchoucs artificiels ont pris un essor considérable : buta-diène, styrène, isobutylène, etc... ont été préparés par centaines de milliers de tonnes annuellement.
- Parallèlement, l’industrie des plastiques a largement puisé ses matières premières dans la chimie du pétrole : phénoplastes, résines de vinyle, polystyrènes, polyéthylène, résines phtaliques, acryliques, etc....
- La fabrication des détergents, substituts des savons, des mouillants, des émulsifiants, est essentiellement basée sur des produits dérivés des pétroles. Ils sont surtout basés sur la sulfonation d’alcools à longue chaîne obtenus à partir des hydrocarbures de synthèse (procédé OXO).
- 1. Voir La Nature, n° 3093, 1" août 1945. Pétroles contre goudron de houille, par Lucien Peuhuciie.
- Fig. 1. — Une unité de cracking du procédé Catarole de la Petrochemicals Ltd. (Photo P etro Chemical s Ltd.').
- En dehors des hydrocarbures, de larges séries de produits sont livrés par l’industrie chimique dérivée du pétrole :
- Des alcools : depuis le mélhanol, l’alcool ordinaire, le pro-panol jusqu’aux alcools à longue chaîne (jusqu’en G 20), qui ont trouvé de si larges débouchés.
- Des aldéhydes : formaldéhyde, acétaldéhyde, propionaldéhyde, n-butyraldéhyde, etc....
- Des cétones : acétone, méthylélhylcétone, etc....
- Des acides : acétique, propionique, butyrique, etc. et.les esters qui en dérivent.
- Toute la gamme des phénols et de leurs dérivés.
- Il faudrait citer presque toute la chimie organique pour passer en revue les possibilités dérivées du pétrole, car la distillation des schistes fournit également des corps azotés comme la pyri-dine, la quinoléine, etc... Elle livre également des composés soufrés : thiophène, mercaptans, dérivés sulfurés divers.
- Tous ces produits parviennent sous forme manufacturée dans les matières plastiques, les laques, les peintures, les détergents, les textiles, les teintures, les objets en caoutchouc, les produits pharmaceutiques, les parfums, les cosmétiques, etc...
- Cette industrie chimique dérivée du pétrole a pris son départ aux États-Unis. Elle s’implante maintenant en Grande-Bretagne. En février dernier a été mise en marche l’usine de Parlington près de Manchester, de la Petrochemicals Ltd qui exploite le procédé Catarole et transforme les hydrocarbures aliphatiques du pétrole en carbures aromatiques et fournit également des gaz combustibles à haute valeur calorifique, qui sont dirigés sur les installations de la Compagnie du Gaz de Manchester et utilisés pour la consommation urbaine.
- Le 20 juillet dernier, une usine construite à Stanlow par la Shell a été inaugurée. Elle produira par cracking du pétrole toute une série de solvants, d’alcools, cétones, etc....
- On peut dire que les pétroles ont largement contribué en tant que matière première à ce développement spectaculaire d’une science qui est bien loin d’avoir épuisé toutes ses possibilités.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- p.21 - vue 25/406
-
-
-
- Les voyageurs entre la France et l'étranger
- On a beaucoup parlé l’été dernier du tourisme international introduisant dans notre pays des devises plus ou moins appréciées. On sait aussi l’effort constant du gouvernement pour réduire au minimum le phénomène inverse, l’exportation de devises par des Français allant à l’étranger. Il peut être intéressant de connaître l’intensité de ce trafic de voyageurs dans les deux sens, ne serait-ce que pour fixer la politique des transports, décider de l’urgence des travaux portuaires, des constructions de paquebots, des aménagements des trains, des gares, des horaires, du développement des aéroports et des transports aériens.
- Un tel dénombrement est difficile dans un pays comme le nôtre, accessible partout, par mer, terre et air, voisin de nombreux autres états où l’on peut aisément passer. Les statistiques hôtelières, insuffisantes, n’en donnent qu’un aperçu incertain. L’Institut national de la statistique et des études économiques a abordé tous les peints d’accès en France et il vient de faire connaître les résultats pour 1948 dans le Bulletin de la statistique générale de la France.
- Il n’a pu distinguer les étrangers venant en France pour leur plaisir, leurs vacances, de ceux qui y arrivent pour leurs affaires ët il a dû appeler ce touristes » tous les voyageurs étrangers venant en France pour un séjour temporaire de moins de trois mois, quels que soient les motifs de leurs voyages. Par contre, il a assez bien séparé les échanges avec les divers pays de i’Union française et ceux avec les divers pays étrangers. On peut ainsi se faire une idée approximative de l’intensité des relations de la métropole avec les territoires d’outre mer et avec les divers Etats.
- Pays d'Union française Arrivés e par mer n France par air Partis d< par nier 3 France par air
- Algérie 20a 093 94 837 224 040 74 501
- Tunisie 41 032 17 403 41 684 16 198
- Maroc 48 278 29 933 54 285 28 499
- A. O. F.-A. E. F. . 17 049 9 518 15 915 11 049
- Madagascar. . . 3 238 2 357 7 570 2 918
- Côte des Soraalis . 315 — 466
- Indes françaises . 78 — — —
- Indochine .... 37 909 4 510 42 661 4 943
- Océanie 479 — 1 138
- Antilles 3 899 — 3 732 —
- Totaux. . . 357 470 158 558 391 521 138 108
- Le contrôle des voyages par mer est le plus facile, d’après les manifestes des navires à leurs entrées et sorties des ports français. Le trafic aérien permet de connaître tout au moins' certaines escales, les Syriens passant généralement par Le Caire, les Canadiens et les Antillais par New-York, les Américains du Sud par Rio, etc. L’estimation du trafic ferroviaire se heurte à la multiplicité des titres de transport et notamment des billets internationaux. Le trafic routier se compte aisément par le nombre des autos passées aux postes de douane. Tous comptes faits, on arrive aux approximations résumées par le tableau ci-dessous.
- Arrivés en France Partis de France
- par mer par air par fer (') par mer par air par fer (1)
- Grande-Bretagne. . 571 788 (2) 80 625 — 595 103 79 919 —
- Belgique .... Luxembourg . . ‘ . — 16 920 800 000 — 17 262 800 000
- Hollande .... — 11 323 85 000 — 11 466 85 000
- Suisse ..... 23 766 250 000 — 28 386 250 000
- Italie ..... CO U) 8 860 135 000 126 8 386 135 000
- Espagne .... Portugal .... 15 3 826 15 000 3 4 270 15 000
- Scandinavie . . — 8 761 31 000 , 8 764 31 000
- Egypte 3 759 4 225 — 4 231 4 155 —
- Iran — 1 209 — — 1 099 —
- Etats Unis .... 42 305 14 109 — 43 300 18 371 —
- Amérique du Sud . 4 899 3 190 — 20 782 4 021 —
- Totaux . . . 640 416 189 016 .... 683 302 197 105 ....
- France=Union française. — Le trafic entre les deux a lieu par voie maritime et par voie aérienne. On a compté en 1948 les nombres de voyageurs énumérés dans le tableau en tête de la 2® colonne.
- On peut juger ainsi de la concurrence actuelle entre les deux moyens de transport. L’aviation a fait des progrès très sensibles, notamment pour la traversée de la Méditerranée et les liaisons avec l’Afrique du Nord. En 1929, on comptait 3 609 passagers aériens entre la France et l’Afrique du Nord ; en 1938, ils étaient 19 500 ; l’an dernier, ils furent 261 371.
- Entre la France et l’Afrique du Nord, le trafic aérien a crû beaucoup plus que le trafic maritime (en novembre 1948, ils ont transporté chacun le même nombre de voyageurs à destination de l’Afrique). Le maximum des arrivées en France est en juillet, le maximum des départs en septembre, indiquant une durée moyenne de séjour d’environ deux mois. Beaucoup de voyageurs viennent en France par avion et repartent par bateau.
- France=Pays étrangers. — Les voyages entre la France et l’étranger ont lieu par bateaux, par avions, par chemins de fer et par autos.
- 1948 aurait donc vu entrer en France environ deux millions d’étrangers et autqnt en sortir après un séjour moyen assez bref qu’on peut évoluer en moyenne à 7,5 jours seulement. Ce nombre est sensiblement le double de celui estimé en 1947.
- L’afflux a lieu pendant l’été et se réduit beaucoup en hiver. Il a été pour une grande part (près de la moitié) dû aux Belges et pour une moindre aux Suisses (un huitième). On a compté en août 37 000 voitures automobiles belges et autant de suisses admises à circuler temporairement en France.
- Il faut attendre, pour être renseigné sur les résultats de cette année, qui semble jusqu’ici avoir encore vu augmenter le trafic des voyageurs. Pour l’an dernier, 2 millions de voyageurs résidant chacun une semaine en notre pays, cela fait 14 millions de journées de séjour et un mouvement de devises qui n’est certes pas à dédaigner.
- 1. Les estimations du trafic ferroviaire ne portent que sur les 9 premiers mois.
- 2. Dont 100 000 Français revenant d’Angleterre et 192 000 étrangers transitant par la France vers le reste de l’Europe. Il ne faudrait donc compter que 350 000 étrangers (dont 300 000 Britanniques) venus en France de Grande-Bretagne.
- p.22 - vue 26/406
-
-
-
- LE TUNNEL DU SIMPLON
- DEVIENDRA-T-IL UNE "USINE GÉOTHERMIQUE"?
- Nous avons signalé (1) le curieux projet d’usines géothermiques présenté à l’Académie des Sciences, de la part de M. Georges Claude, par M. Albert Caquot. Il s’agit d’exploiter la chaleur planétaire, enclose depuis des âges géologiques dans les profondeurs de la Terre, grâce à des puits poussés jusque vers 7 000 m.
- On sait que la température s’accroît, lors des fonçages de puits et des sondages, à raison de i° C environ chaque fois que l’on descend de 3a m. C’est ce crue l’on appelle le « degré géothermique » ; l’augmentation de la température est beaucoup plus rapide en terrains volcaniques.
- L’ensemble des roches profondes forme donc une sorte clc gigantesque calorimètre, de « marmite norvégienne », dont il n’est pas interdit de chercher à exploiter les calories. Des calculs précis ont été faits pour chiffrer l’importance de ces ressources. Si l’on borne les puits à une profondeur de 2 000 m, le stock thermique disponible, pour la France métropolitaine, est évalué par M. Georges Claude à douze fois l’équivalent du stock géologique charbonnier de notre pays. Si l’on pousse les puits jusqu’à 7 000 m, l’équivalence atteint 1 e chiffre formidable d e 800 fois le stock charbonnier, c’est-à-dire que le stock thermique peut être considéré comme rigoureusement inépuisable. Il s’agit donc d’un projet extrêmement important tant sur le plan économique que technique.
- Depuis quelques mois, la situation a évolué rapidement.
- Des études ont paru dans les revues techniques (2) ; la question a été reprise dans les presses étrangères. M. Georges Claude, au cours d’une seconde communication, a précisé les conditions dans lesquelles il envisage comme possible le creusement de puits de grand diamètre à travers la roche brûlante. Il est intéressant de refaire le point.
- Rôle des « mers souterraines ».
- Une première conception, pour l’exploitation de la chaleur souterraine, consiste à creuser deux puits séparés, de profondeur convenable, atteignant une région où la roche est à la fois très chaude et fortement fissurée. Dans le puits n° 1, nous engloutissons un torrent ou une dérivation d’une rivière; l’eau se répand à travers les fissures et se dégage, sous forme d’eau chaude ou de vapeur, suivant la profon'deur atteinte, par le puits n° 2.
- Dans l’un et l’autre cas, une exploitation d’énergie peut être
- 1. Voir La Nature, juin 1949, p. 180.
- 2. Génie Civil du 15 juin 1949 : L’exploitation des réseaux aqueux de grande profondeur à haute température.
- aisément l'éalisée. Si l’on a affaire'à de l’eau chaude, mettons à 70° pour une profondeur de puits de 2 000 m, on recourra à des « usin'es-tours » à vide pneumatique, analogues à celles qui ont été étudiées pour la future usine maréthermique d’Abidjan. Dans le second cas, la vapeur à haute pression et haute température (220° pour une profondeur de 7 000 m) peut être utilisée directement dans des turbines ordinaires, type « centrales ».
- L’inconvénient de cette méthode saute aux yeux. Son débit est limité, surtout dans le temps. La conductibilité des roches
- étant mauvaise, le puits d’injection ne tardera pas à se trouver « gainé de froid » et la température de l’eau émergente s’abaissera à vue d’œil.
- Une circonstance naturelle exceptionnellement favorable permet d’envisager une solution différente. La moitié environ du sous-sol profond de notre pays est noyée, par une gigantesque mer souterraine occupant les réseaux de fissures des roches primitives et archéennes. Cette eau, obéissant à la loi universelle du « degré géothermique », se trouve à haute température.
- Supposons que nous creusions un puits atteignant cette nappe naturelle, vers 2 000 m de profondeur. L’eau, assurément, ne jaillira pas spontanément. Mais si nous pompons une fois pour toutes l’eau contenue dans le puits, cette eau sera remplacée par de l’eau chaude, qui s’élèvera toute seule, en Arertu de sa faible densité, tandis que de lointaines masses, d’eau froide viendront prendre sa place dans l’immense réseau de l’océan souterrain.
- On se fait difficilement une idée de la violence des jaillissements que l’on peut ainsi obtenir. Pour un puits profond de 2 000 m, la hauteur du jaillissement atteindrait 3o m ! Si nous poussions jusqu’à 7 000 m, toujours en pleine « mer souterraine », l’eau bouillante s’élèverait en torrent, sous une pression qui la conduirait à 800 m de hauteur... si elle ne s’empressait de se transformer en une formidable masse de vapeur à 220°!
- Ce sont des « geysers artificiels », mille fois plus puissants que les geysers d’Islande, qui s’offrent aux ingénieurs; il faudra, en vérité, des installations singulièrement robustes pour les canaliser; la technique des « puits pétroliers à gaz », avec ses vannes de grand diamètre et ses soupapes de sécurité, est toutefois aujourd’hui suffisamment au point pour que l’on puisse envisager avec sérénité le problème.
- Une centrale à 4000 mètres sous terre.
- En l’absence de mer souterraine, il serait évidemment nécessaire de revenir au système des deux puits, et les problèmes de
- Fig. 1. — Entrée du tunnel du Simplon du côté de Brig.
- (Photo Office national suisse du Tourisme).
- p.23 - vue 27/406
-
-
-
- Cratère actuel.
- Sous une sphère d'air liquide
- VÉSUVE
- Usine.
- Fig. 2. — Les travaux « planétaires » sont à l’ordre du jour : Voici un projet de « percement transversal » du Vésuve.
- Des conduites en acier, placées en tunnel, iront capter les gaz cliauds et sous pression issus de la « cheminée » naturelle du célèbre volcan. Ces gaz feront tourner les turbines d'une usine construite dans un cratère secondaire, aujourd’hui éteint.
- diffusion et de récupération de l’eau recouvrent ici toute leur importance. Il ne saurait être question d’installer au fond du puits, des crépines perforées, si gigantesques soient-elles à l’échelle humaine : la surface de contact avec le milieu environnant demeurerait dérisoire, et la fatale « gaine de froid » rie tarderait pas à paralyser l’installation.
- La nature, ici encore, vient au secours des ingénieurs avec ses « réseaux secs », qui constituent comme les « lits » à trois dimensions d’anciennes mers souterraines, et qui offrent un immense système de cavités communicantes. La libre circulation, entre les deux puits et la région avoisinante, dans ces conditions, ne souffrirait aucurie difficulté; tout au plus pourrait-on craindre qu’une bonne partie-des eaux aille se diffuser en pure perte dans les profondeurs de la planète !
- Détail remarquable, une usine hydro-électrique, fonctionnant par la seule pression de l’eau injectée, devra vraisemblablement être installée à profondeur moyenne, soit 4 ooo m pour des puits de 7 000 m. '
- Il ne faut pas oublier que des masses d’eau importantes, descendant à une pareille « altitude négative », représentent une quantité énorme d’énergie, qu’il convient de ne pas laisser perdre. Le type de cette centrale est assez difficile à définir; elle sera évidemment équipée de turbines Pelton à jets, suivant la technique aujourd’hui classique des installations de hautes chutes. Toutefois, les records actuels, qui sont de ï 4oo m de hauteur de chute pour l’usine française de Portillon et de 1 700 m pour l’usine suisse de la Dixence, sont encore fort loin
- des 4 000 ni' en question. En outre, des mesures de sécurité devront être prises pour mettre le personnel à l’abri d’une inondation éventuelle, l’usine se présentant d’une façon analogue à un sous-marin fixe, encastré dans le rocher.
- L’eau d’évacuation, sortant des roues Pelton, continuera à descendre jusqu’à 7 000 m, se l’usine géothermique. transformera en va-,
- peur en circulant
- dans le réseau sec et sortira par le puits n° 2 pour alimenter une centrale électrique à vapeur, construite à la surface. L’utilisation énergétique sera ainsi complète.
- Reste à accéder et à travailler dans ces profondeurs brûlantes, inhumaines, où l’homme ne s’est encore jamais hasardé et où il ne saurait vivre sans une protection spéciale, absolument nouvelle. Une source de froid, extrêmement puissante est nécessaire; il semble qu’elle puisse être apportée par Pair liquide. C’est l’évaporation spontanée de cet air liquide, dont la température est comprise entre 180° et 190° sous zéro, qui fournira libéralement les « frigories » ainsi que l’air frais gazeux indispensable à la respiration.
- La solution envisagée est double : les hommes sont logés, avec leurs machines, à l’intérieur d’une sphère-cloche formant caisson, fortement calorifugée et rafraîchie par le fonctionnement de l’évaporateur à air liquide; ceux qui sont au travail portent en outre des scaphandres alimentés en air à température modérée.
- Ori peut se représenter la sphère-atelier de la façon suivante.
- Bdssin du Monte Leone1
- a--A
- ^ Puits d'injection.
- ,/ Massif
- Sim pion
- Tunnel duSimplon.
- ud-ouest. Galerie Nord-E.
- Conduite d’eau chaude (vers Brig).
- Puits de captation.
- Fig. 4. — Au cas, fort improbable, où les sources chaudes souterraines auraient un débit insuffisant, un forage permettrait d’injecter de l’eau de montagne dans la roche fissurée et chaude.
- Suspendue à des câbles en acier, elle porte à sa partie supérieure la réserve d’air liquide, logée dans une double enveloppe argentée à vide, sur le principe classique des vases de Devvar et des bouteilles thermos. Le corps de la sphère est à double paroi, en acier à l’extérieur, pour résister aux frottements de la paroi du puits, en aluminium à l’intérieur, avec interposition' d’une très forte couche de matériaux isolants.
- A la partie supérieure de la sphère-cloche, se trouvent une salle de repos où les ouvriers peuvent se débarrasser de leur scaphandre, ainsi qu’une infirmerie. Là se trouvent également le pupitre électrique d’arrivée de courant, le transformateur général, le tableau du téléphone.
- A l’étage intermédiaire, nous trouvons la salle des machines, avec une commutalrice pour l’alimentation des compresseurs, un compresseur pour l’alimentation des fleurets pneumatiques, le tableau général des con joncteur s commandant la machinerie, enfin' un petit atelier d’outillage pour l’entretien et les
- Usine-tour
- 1 TA UI E
- SUISSE
- Fig. 3. — Carte montrant le tracé du tunnel du Simplon, l’emplacement d’un puits de captation de l’eau chaude et celui de
- p.24 - vue 28/406
-
-
-
- 25
- Sens Brig-Domodossola.
- Sens Domodossola-Brig.
- 5m 50
- 'Conduite d’eau chaude.
- Vannes de contrôle.
- Voie
- ferrée
- entrées ^ d'eau a 54-°
- '—-Vers Brig.
- Conduite.
- Vannes.
- Vue en plan.
- Fig. 5. -— Pour réaliser économiquement un puits de captation d’eau chaude dans le tunnel du Simplon.
- Le forage ne mesure que quelques dizaines de mètres ; il est pratiqué dans une des galeries transversales, déjà existantes, qui relient de distance en distance les deux galeries principales du tunnel. L’eau chaude est envoyée vers Brig par une conduite longeant la voie, dans l’une des galeries parcourues par les trains.
- menues réparations. Tout en bas, la cloche-caisson se termine par une chambre de travail, qui rappelle les caissons pneumatiques ordinaii’es, utilisés pour les travaux publics en terrain aquifère, avec cette différence que la surpression de l’air y est négligeable; seule, la température y est très différente de celle qui règne à l’extérieur, dans la masse rocheuse, et qui peut dépasser 200°.
- Armés de forets pneumatiques, les ouvriers creusent le fond du puits jusque sous les bords de la cloche; les déblais sont enlevés par un élévateur mécanique. Les cartouches employées, dont le type n’est pas précisé, seront évidemment des demi-cartouches à oxygène liquide, donnant le minimum de gaz nocifs. Quand une tranche suffisante de rocher a été enlevée sous le bord de la cloche, des ordres- sont envoyés au treuil par téléphone et la sphère-caisson s’abaisse d’une petite quantité. On peut ain'si descendre de proche en proche jusqu'à la profondeur prévue.
- Quant à la constitution des scaphandres réfrigérants, elle ne semble offrir aucune difficulté majeure. L’exemple du scaphandre chauffant Le Prieur donne une idée des vastes possibilités de ce genre de « climatisation individuelle »..
- Le Simplon, usine géothermique ?
- La France, les États-Unis, l’Islande, le Japon, la Nouvelle-Zélande, tous les pays actuellement ou ci-devant volcaniques, semblent particulièrement bien placés pour des expériences sur l’exploitation de 'l’énergie géo-thermique. La France, en particulier, dispose d’un degré géothermique particulièrement élevé en Auvergne et de nappes chaudes souterraines, qui attestent leur existence par le jaillissement des sources thermales.
- « Repercer » tels volcans anciens, tels que le Puÿ de la Vache ou le lac Pavin', ne serait pas impossible, sans parler
- des fonçages en pleine terre; des études minutieuses et des précautions évidentes devraient être prévues pour ne pas tarir les bassins de la France thermale, qui constituent une source importante de richesse.
- En Italie, les « champs fumants » de Toscane, notamment la vallée de la Cecina, où notre compatriote François Larderel et le prince Ginori Conti ont créé une industrie importante de l’acide borique, serait un terrain tout indiqué pour des essais. Le prince a du reste déjà installé une importante usine à houille rouge, alimentée par des sondages atteignant 80 m, et qui débite du courant à 4o 000 V dans le réseau national italien.
- Il nous sera toutefois permis de suggérer que c’est encore la Confédération helvétique, très paradoxalement, qui trouverait le plus aisément, sur son territoire, les masses très importantes d’eau chaude souterraine nécessaires pour les premiers essais d’usines géothermiques.
- On sait que les travaux de percement des célèbres tunnels du Saint-Gothard et du Simplon furent entravés par les venues d’eau à haute température extrêmement abondantes, qui envahirent les chantiers et causèrent, au Saint-Gothard, la mort de près de 10.000 ouvriers, par des épidémies d’anchylostomiase. Au Simplon, heureusement formé de deux galeries jumelles,, l’un des chantiers, inondé, dut être totalement abandonné du côté suisse, et les travaux furent terminés, en passant par l’Italie, dans la galerie n° 2.
- Ces eaux chaudes du Simplon, dynt la température s’éleva jusqu’à 54°, ont dû être contenues au prix de travaux considérables de renforcement et d’étanchéité..., mais elles sont toujours là! Autour de la partie médiane du tunnel, ces eaux
- Machines électriques.
- Usine -tour
- Arrivée de Veau du Tunnel.
- Tunnel du Simplon.
- RHÔNE
- - -s
- !Sortie des eaux tiides
- Fig. 6. — Implantation de V « usine-tour » de Brig, en bordure du Rhône et à proximité du tunnel.
- Le tunnel fournit l’eau chaude ; le Rhône fournit l’eau froide nécessaire à la condensation et reçoit les eaux tièdes qui forment le résidu de
- l’opération.
- chaudes et sous pression existent et ne demandent qu’à jaillir si on leur offre une issue.
- Les deux galeries principales du tunnel, bien' entendu, sont réservées au passage des trains; mais elles sont reliées, de distance en distance, par de petites galeries transverses, longues-de 17 m. Dans l’une de ces petites galeries, il serait facile d’installer un' chantier de forage.
- Situé à une altitude moyenne de 670 m, le tunnel du Simplon laisse au-dessus de lui une masse de rocher haute de 2 i5o m; il n’est pas intéressant de forer un puits du haut du massif montagneux, mais les choses changent du tout au tout si l’on fore ce puits dans 'le sol même de l’une des galeries transversales. Là, on se trouve, si l’on peut dire, en pleine chaudière ! Un puits de quelques dizaines de mètres, dans une région’ où la roche est fissurée et aquifère, suffirait pour fournir un abondant débit d’eau chaude. Aucune prospection n’est nécessaire; les archives des travaux de percement du tunnel se chargent d’indiquer la région' à creuser.
- Sortant du puits sous pression, les eaux chaudes traverseraient des vannes de sécurité et de contrôle, puis emprunteraient une
- p.25 - vue 29/406
-
-
-
- 26
- conduite en acier disposée dans l’une des galeries, en direction de Brig; la pente du tunnel, vers Brig, est de mm par mètre sur les 9 km du parcours situé sous le territoire helvétique. La largeur des galeries ferroviaires est de 4,5o m, ce qui laisse place pour une conduite .déjà respectable, saris empiéter sur le « gabarit » du matériel roulant.
- L'usine géothermique du Simplon est construite à Brig, dans le bout de plaine qui s’étend entre les porches du tunnel et le Rhône, à l’extrémité des voies de manœuvres de la gare. D’uri côté, la conduite d’eau chaude arriverait à la partie supérieure d’une usine-tour à vide pneumatique, tandis que les eaux froides du Rhône, arrivant par un canal, pénétreraient dans la base formant condenseur, suivant la disposition aujour-
- d’hui classique adoptée par les futures « usines maréthermi-ques ».
- Les eaux tièdes de mélange, extraites par les pompes d’ex-haure, seraient rejetées dans le Rhône en aval. Le courant électrique, engendré par les machines, pourrait être consommé sur place par l’industrie locale, ou utilisé pour la traction des chemins de fer sur la ligne du Simplon et celle du Loestchberg.
- ... Le Simplon-Orient-Express « tracté » par la chaleur intérieure du Simplon, le Loestchberg électrifié à l’aide d’usines géothermiques, arvmons que la réalisation ne manque ni d’intérêt ni de poésie.... A force d’être géante, la science devient vraiment romantique !
- Pieivre Devaux.
- Particules élémentaires et structure
- du noyau
- Depuis la plus haute antiquité, un désir (nous pourrions même dire un besoin) de simplification, a conduit l’homme à rechercher, dans l’extrême variété de substances qui lui est offerte tant par la nature que par son industrie, un petit nombre de principes, ou éléments, la complexité de la nature s’expliquant alors par le nombre extrêmement grand de modes d’association de ces éléments entre eux. Sans revenir sur les théories, un peu simplistes et hâtives de l’Antiquité et du Moyen-Age, on sait comment les progrès de la chimie expérimentale au xixG siècle avaient montré çue, effectivement, les diverses substances pouvaient se ramener à des combinaisons et à des mélanges de moins d’une centaine de corps simples ou éléments. Et le fait que les poids atomiques de ces éléments semblaient être des multiples de celui de l’hydrogène avait conduit Prout à imaginer que tous ces éléments devaient être des condensations d’hydrogène. Cette hypothèse de Prout, abandonnée lorsque des mesures précises de poids atomiques eurent montré qu’en fait, il était extrêmement rare que ceux-ci fussent des nombres entiers lorsqu’on pose égal à l’unité celui de l'hydrogène, fut reprise après la découverte, d’une part, du phénomène d’isotopie, d’autre part de la loi de l’inertie de l’énergie, expliquant respectivement les gros et les petits écarts à la loi de Prout.
- Nous rappellerons encore l’existence des électrons, que l’on peut extraire de n’importe quelle substance et qui sont toujours identiques entre eux, et aussi l’hypothèse de Rutherford, imposée par •ses expériences sur la diffusion des particules a et selon laquelle tout, atome est constitué par un noyau, possédant la presque totalité de la masse de l’atome, chargé positivement, autour duquel gravitent un nombre Z d’électrons négatifs, Z étant le numéro atomique de l’élément, c’est-à-dire son rang dans la classification périodique de Mendéleeff.
- Il était alors normal de penser que les différents noyaux atomiques devaient être constitués par la condensation de noyaux d’hydrogène, ou protons. Mais comme le proton porte une charge électrique positive égale en valeur absolue à celle- de l’électron et que tout atome est électriquement neutre, il aurait fallu que le nombre de protons, qui doit être l’entier le plus voisin de la masse atomique, soit égal au numéro atomique. Comme il n’en est pas ainsi, on dut alors imaginer que le noyau comporte, outre ses protons, un nombre suffisant d’électrons pour assurer la charge convenable ; d’ailleurs un ensemble de protons, tous positifs et se repoussant, ne pouvait pensait-on, être stable ; enfin 1-existence de la radio-activité j3, qui est indiscutablement un phénomène nucléaire, semblait indiquer que cette existence d’électrons nucléaires était bien réelle : il ne peut y avoir expulsion d’un électron que si celui-ci existe.
- Si on désigne par A le nombre de masse, nombre entier le plus voisin de la masse du noyau lorsqu’on prend la masse du proton comme unité, et par Z le numéro atomique, un noyau comporterait donc A protons et A-Z électrons, les Z électrons périphériques assurant la neutralité électrique de l’atome. Le nombre total de
- particules nucléaires, A 4- (A — Z) = 2 A — Z, est donc pair ou impair en même temps que le numéro atomique. Rappelons-nous maintenant que les mesures, extrêmement précises, de spectro-scopie ont conduit à la notion, très importante, de spin de l’électron : outre son mouvement de rotation autour du noyau, chacun d’eux pivote autour d’un axe passant par son centre de gravité et qui lui est invariablement lié, le moment de quantité
- de mouvement de pivotement, ou spin, étant égal à - — où h
- 2 2TÏ
- est la constante de Planck ; les spins des divers électrons d’un même atome se composent vectoriellement en donnant une résultante, ou spin total, qui doit suivant les règles de la théorie des
- quanta, être un multiple pair ou impair de i — selon que le
- 3 2 TU
- nombre Z d’électrons est lui-même pair ou impair.
- Non seulement chaque électron possède un spin déterminé, mais tout noyau atomique aussi et le spin d’un noyau ou spin
- nucléaire, est également un multiple pair ou impair de "
- selon que le nombre de particules élémentaires constitutives est lui-même pair ou impair. Il devrait donc, dans l’hypothèse d’une constitution protono-électronique des noyaux, être pair ou impair en même temps que 2 A — Z, c’est-à-dire en même temps que Z. Or l’expérience permet de déterminer très exactement la parité du spin nuceéaire, en étudiant l’alternance des intensités des raies dans les spectres de bandes des molécules homopolaires : le résultat, est que la parité du spin est la même que celle du nombre de masse A et non pas celle du numéro atomique Z. Nous nous trouvons ainsi en présence d’une très grosse difficulté.
- Ce n’est pas la seule ; contentons-nous de signaler la suivante. Le pivotement de l’électron sur lui-même doit rendre celui-ci analogue à un petit aimant, il doit posséder un moment magnétique propre ; la théorie permet de' le calculer et l’expérience confirme le résultat : ce moment magnétique doit être égal à
- ----- . e étant sa charge, m sa masse et c la vitesse de la lumière ;
- t\izmc '
- c’est ce qu’on appelle un magnéton de Bohr égal à 9.10-21 gaussera3. La même théorie donnerait, pour le proton, un moment
- magnétique propre
- eh
- , où M serait la masse du proton. C’est
- 4uMc
- ce qu’on appelle un « petit magnéton de Bohr », environ 1 840 fois plus petit que le magnéton précédent puisque le proton est environ 1.840 fois plus lourd que l’électron. L’expérience ne confirme pas rigoureusement ce résultat et donne un moment magnétique du proton égal à 2,78 petits magné tons, c’est-à-dire un nombre beaucoup plus petit que pour l’électron. Dans l’hypothèse protono-électronique le moment magnétique d’un noyau complexe devrait donc, tout au moins lorsque le nombre A — Z d’électrons nucléaires est impair, être de l’ordre de grandeur du magnéton de Bohr ; or, dans tous les cas où la mesure a pu être faite, cct ordre de grandeur est celui du proton, c’est-à-dire du petit magnéton de Bohr, ce qui constitue une nouvelle difficulté ;
- p.26 - vue 30/406
-
-
-
- *cl il y en a d'autres, dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici.
- Heureusement, la découverte d’une nouvelle particule, le neutron, est venue nous fournir un autre moyen d’imaginer la constitution des noyaux. Nous n’insisteroiis pas sur les expériences,
- • dues à Chadwick en Angleterre, et à F. et I. Joliot-Curie en France, qui ont conduit à celte découverte ; disons seulement que le neutron est une particule lourde, dont la masse est voisine de celle du proton, la charge électrique nulle, le spin égal à celui du proton et le moment magnétique propre de l’ordre du petit magné-ton. On peut donc admettre, et cela constituera l’hypothèse jirolono-neutronique, que les noyaux complexes sont constitués par des protons et des neutrons, le nombre de protons étant Z •de façon à assurer la neutralité électrique de l’atome et le nombre -de neutron A — Z, pour que la masse soit sensiblement égale à A. Dans ces conditions le nombre de particules nucléaires sera
- . , i h
- .Z F A — Z = A : le spin nucléaire, exprime en unîtes - —
- 1 1 2 SU
- sera pair ou impair en même temps que A et le moment magnétique nucléaire de l'ordre du petit magnéton : l’accord avec l’expérience est rétabli. Mais par contre une nouvelle difficulté se pré-•sente : comment so fait-il qu’un noyau puisse éjecter un électron,
- • comme cela sc produit dans les phénomènes de radio-activité (3,
- : si ceux-ci ne sont pas des constituants du noyau I1
- Avant d’indiquer comment on a pu la tourner, nous devons •dire qu’une difficulté analogue se présenterait même dans l’hypo-dlièse protono-électronique. L'expérience nous a révélé en effet l'existence d’une nouvelle particule élémentaire, l’électron positif, ou positon (l’électron ordinaire, négatif, étant le négaton) ; ce positon est en tous points semblable au négaton, il n'en diffère que par le signe de sa charge électrique, positive au lieu de négative, quoiqu'ayant même valeur absolue. Et parmi les corps radioactifs que nous savons maintenant produire artificiellement, certains ont une radio-activité £+, c’est-à-dire sc désintègrent avec émission de positons. Ces positons devraient donc préexister dans le noyau, conjointement avec un nombre encore plus grand • d’électrons négatifs destinés à assurer la neutralité électrique de l’atome. Or l’expérience montre que lorsqu’un positon et un négaton sc trouvent au voisinage l’un de l’autre, ils disparaissent tous deux avec production simultanée d’une radiation électromagnétique analogue aux rayons y : c’est le phénomène de dématérialisation. 11 est alors bien clair que la difficulté signalée pour 'l'hypothèse protono-neutronique se retrouverait dans l’hypothèse protono-éleclronique. Mais l’expérience nous tire encore d’affaire, car elle montre que le phénomène de dématérialisation admet une contre-partie, la matérialisation de l’énergie : dans des conditions convenables, une radiation y peut donner naissance à une paire : un positon, et un négaton. Dès lors, l’explication que nous cherchons est toute trouvée : lors d’un radio-activité [3, il y a création de l’électron éjecté, négaton dans la radio-activité (i- ordinaire, positon dans la radio-activité [3+ ; il y a simultanément, transformation d’un neutron en proton dans le premier cas, d’un proton en neutron dans le second.
- Mais alors, a-t-on le droit de considérer le proton et le neutron-comme des particules élémentaires ? Et ne doit-on pas au contraire considérer, soit le proton comme formé par l’union d’un neutron et d’un positon, soit le neutron comme résultant de celle d’un proton et d’un négaton ? Il semble que cela ferait renaître, sous une autre forme, toutes les difficultés que nous avons déjà exposé. Aussi, et d’ailleurs aussi pour d’autres raisons, on préfère actuellement admettre que proton et neutron sont seulement deux états distincts d’une même espèce de particule à laquelle on a donné le nom générique de nucléon ; un nucléon peut exister soit sous la forme proton, soit sous la forme neutron, tout comme un même atome peut exister sous plusieurs formes, dont l’une est l'état stable, les autres des états excités. Dans le cas du nucléon, l’état stable serait l’état proton. Comment se fait-il alors que les neutrons puissent subsister indéfiniment au sein des noyaux stables, car, à l’é.tat libre, on sait qu’ils se transforment effectivement, par une sorte de radio-activité en protons. La réponse est
- identique à celle que l'on a pu donner dans le cas de certaines molécules où des radicaux peuvent subsister qui, à l’état libre, seraient dans un état excité : ce sont les forces interatomiques qui assurent la stabilité globale de la molécule. De même, dans le cas des noyaux atomiques, ce sont des forces intranucléaires-s’exerçant entre protons et neutrons, qui peuvent maintenir ceux-ci à l’état neutron.
- Quelle est alors l’origine de ces forces ? Le neutron étant électriquement- neutre, il est impossible de leur assigner une origine électrique. Les forces d’origine magnétique provenant de l’existence d’un moment magnétique propre lié au spin sont, comme le montre le calcul, beaucoup trop faibles. C’est encore la comparaison avec les molécules qui nous donnera la clef du problème, car là aussi, dans le cas de molécules homopolaires comme H2, les forces électriques ou magnétiques sont incapables d’assurer la stabilité de l’édifice. Or on sait depuis le travail fondamental d’IIeitler et London que le phénomène d’échange d’électrons entre deux atomes d'hydrogène introduit justement les forces (forces dites d’échange) nécessaires, les résultats du calcul étant en bon accord avec l’expérience. Transposant dans le domaine nucléaire, on admettra que c’est l’échange de charges entre proton et neutron qui fournit les forces dont nous avons besoin. Mais quel est l’intermediaire par lequel se produit cet échange de charges ?
- Il est impossible de penser que c’est par l’intermédiaire d’un électron ; en effet il nous suffit de nous souvenir que les spins du proton, du neutron et de l’électron sont égaux entre eux pour voir qu’il ne pourrait pas y avoir, comme -la mécanique nous l’impose, conservation du moment do quantité de mouvement total. Or, pour expliquer les particularités de la radio-activité [3, Fermi avait dû imaginer l’existence d’une nouvelle espèce de particule, le neutrino, ayant une charge nulle, une masse très petite (même vis-à-vis de celle de l’électron) sinon nulle, un spin égal à celui de l’électron, et cependant capable de transporter de l’énergie. On pouvait donc penser que les forces pronon-neutron devaient être assurées par l’échange simultané d’un électron et d’un neutrino. Le calcul montre que ce n’est certainement pas correct. C'est pourquoi Yukawa a admis en 1935 que l’échange de charge devait se produire par l’intermédiaire d’une nouvelle espèce de particules portant la même charge que l’électron mais dont le spin serait nul ou double de celui de l’électron et la masse différente. Le calcul montre que l’accord avec l’expérience est réalisé si la masse de ces particules auxquelles on a donné successivement les noms d’ « électron lourd », « mésoton » puis « méson », est environ 200 fois celle de l’électron. Cette hypothèse hardie a trouvé eu 1937 une confirmation expérimentale avec la découverte, dans le rayonnement cosmique, de particules ionisantes dont la masse serait d’après Leprince-Ringuet, 240 fois celle de l’électron.'Beaucoup plus récemment, on a réussi à produire artificiellement ces mésons ; leur étude en est évidemment rendue plus aisée et a conduit à montrer qu’il en existe an moins deux espèces, baptisés mésons it et mésons g-, capables d’ailleurs de se transformer en électron, avec création simultanée probable, d’un neutrino. Enfin, dans le rayonnement cosmique, on a encore signalé l’existence de plusieurs autres particules, les unes plus lourdes, les autres plus légères que le méson.
- Après avoir eu l’espoir de restreindre le nombre de particules élémentaires à deux, le proton et le neutron, nous aboutissons maintenant à une nouvelle floraison de particules diverses. Mais peut-être une nouvelle réduction pourra-t-elle sc faire, par exemple en suivant la voie indiquée par l’hypothèse du nucléon. Beaucoup de ces particules ne sont peut-être que des états différents d’une même particule élémentaire. L’avenir nous renseignera à ce sujet, et, si l’on pense à l’importance de ces diverses particules dans l’étude de l'énergie nucléaire, il n’est pas déraisonnable de penser que cet avenir n’est sans doute pas très lointain.
- G. Allard,
- Chef de Travaux à l’École Nationale Supérieure* dç Chimie de Paris.
- p.27 - vue 31/406
-
-
-
- 28
- La vie nocturne de la fleur du Baobab
- Adansonia digitata L., Bombacées)
- Fig. 1 et 2. A gauche : Fleur de Baobab photographiée entre 20 h. 30 et 21 heures, peu de temps après son épanouissement.
- Les pétales, les étamines et le style dressés vers le haut ; la surface corolline est encore intacte. — A droite : Fleur de Baobab épanouie la veille et photographiée le lendemain matin entre 9 h. 30 et 10 heures. Remarquer la surface corolline et le tube staminal labourés par les griffes des
- Chauves-Souris.
- Le Baobab que Weulersse considère à juste titre comme le symbole de la brousse africaine, habite ces immenses savanes qui s’étalent des rives du Limpopo à la lisière sud du Sahara. Il manifeste une certaine prédilection pour les régions côtières (presqu’île du Cap Vert, petite côte sénégalaise, littoral togolais...) et Auhreville le compte parmi ces espèces ligneuses, peu nombreuses en Afrique tropicale sèche, qui, tels le Ceiba pentandra, le Tamarindus indica, le Lawsonia inermis, le Spondias Monbin... ont été propagées par l'homme. Ce « géant malvenu » a toujours fasciné les regards du voyageur par son allure disgracieuse et, bien que depuis sa description par J’illustre Adanson deux siècles se soient écoulés, l’arbre est loin encore d’avoir consenti à livrer tous ses secrets. Que savons-nous, entre antres, de la biologie de sa fleur, de ces phénomènes intimes qui se déroulent entre Je moment de l’ouverture du bouton floral et celui de la chute de la corolle.
- La fleur est conforme au diagramme classique des Bombacées ; elle comprend un calice à cinq sépales valvaircs, une corolle avec autant de pièces, mais au lieu d’être vertes, elles sont blanches et disposées suivant le mode tordu. Les étamines, très nombreuses (1 500 à 2 000), se soudent à'la hase en un tube dans l’axe duquel chemine Je style. Ce dernier s’épanouit à son sommet en un nombre de branches stigma tiques égal à celui des feuilles carpellaires.
- La fleur de L Adansonia étonne en premier lieu par sa position sur l’arbre. On est- surpris en effet de voir cet organe pendre librement en l’air à la périphérie de la couronne et à l’extrémité d’un « pédoncule » flasque, long de 50 cm ou davantage. Les pièces florales, comme obéissant à un géotropisme négatif, se recourbent
- 1. Observations faites au Sénégal en 1943-1915 sous les auspices de l’IFAN.
- vers le haut ; il en est ainsi de celles du calice, de celles de la corolle et de l’androcée ; même le style, dès sa sortie du tube staminal se dirige vers le haut (fig. 1).
- En Afrique Occidentale, le Baobab fleurit pendant la saison des pluies. Au Sénégal il épanouit ses fleurs en juin, parfois déjà fin mai (Dakar, 1945) et la floraison se poursuit jusqu’en août. La fleur, considérée individuellement, éclot le soir à la tombée de la nuit, vers 21 heures au mois de juillet (Dakar) ; mais dès le lendemain matin cet organe manifeste déjà des signes incontestables de flétrissement. Son activité est donc bien limitée aux heures de la nuit. Cependant, à la fin de l’après-midi, vers 16 heures ou 17 heures, quand le bouton floral a la taille d’un œuf d’oie, les extrémités apicales des sépales s’écartent légèrement, laissant entrevoir branches stigmatiques et pièces de la corolle. Cette brèche est mise à profit par certains Hyménoptères s’efforçant de gagner l’intérieur de l’édifice floral pour y glaner des grains de pollen, car dès cette heure de la journée les anthères sont en déhiscence.
- A l’approche de la nuit, les sépales, quittant définitivement leur position initiale, s’enroulent vers le haut mettant ainsi en évidence leur face interne, soyeuse. Ces organes sont à peine à mi-chemin de leur course que les pétales les imitent dans leur mouvement. Ces derniers, comme froissés, chiffonnés dans le bouton floral, commençent à se déplisser, à devenir turgescents et à prendre une position d’abord sub-horizonlale puis franchement verticale. Ces mouvements ascendants sont assez rapides pour être suivis à l’œil nu et au bout de 15 à 20 mn la fleur est pleinement épanouie : las pétales sont dressés vers le haut, cachant les pièces du calice ; le tube staminal, dans le prolongement du pédoncule, restera invariablement orienté vers Je bas, mais il se résood à son extrémité inférieure en une infinité d’étamines dont
- p.28 - vue 32/406
-
-
-
- 29
- les filets ascendants ou à position sub-horizontale dessinent un cône, une sphère, un anneau... suspendu à quelques centimètres au-dessous de la corolle. Le style, dès sa sortie du tube staminal, rebrousse chemin vers le haut, amenant le stigmate au niveau de la sphère staminale et parfois même au-dessus d’elle. La corolle, de taille importante (des pétales de 12 cm de long sont chose commune), est caractérisée par sa couleur blanche aux reflets gras. Elle exhale une odeur peu agréable difficile à définir, à rapprocher peut-être de celle qui émane de certaines Crucifères (principes sulfurés). Les indigènes prétendent qu’elle est susceptible de provoquer de violents maux de tête. Dès les premières heures de la matinée, la fleur a perdu son éclat ; un blanc terne succède au blanc brillant de la veille, les filets staminaux cessent d’être turgescents et les pièces florales — corolle, tube staminal, étamines — toutes ensemble tombent au cours de la soirée suivante, en glissant le long du stylo devenu flasque. Que s’est-il passé au cours de la nuit ?
- Au crépuscule et durant les nuits claires de juillet-août on remarque de nombreuses Chauves-Souris affairées autour de la couronne de l’arbre. Il est aisé de voir comment clics s’abattent sur les fleurs pour s’y fixer — la visite, très courte, est de l’ordre de quelques secondes seulement — au moyen de leurs griffes qu’elles enfoncent dans les tissus de la corolle ou du tube sta-minal. Comme ces organes sont particulièrement riches en tannin, les traces laissées par le visiteur nocturne se reconnaissent le lendemain matin à autant de cicatrices brunâtres (oxydation) et aussi à une surface corolline et à un androcée considérablement endommagés et ravagés (fig. 2). Le Chéiroptère que Th. Monod a déterminé comme appartenant à l’espèce Eiclolon helvum Kerr, que vient-il chercher dans la fleur de cette Bombacée à laquelle il fait une cour aussi assidue ?
- Quand on examine à l’œil nu la face interne d’une pièce cali-cinalo on distingue sans peine une région inférieure brun-jaunâtre aux reflets chatoyants ; la coupe transversale montre à ce niveau un épiderme fortement plissé que recouvrent de nombreux poils tecteurs unicellu!aires ascendants (1 mm environ), ainsi que des poils sécréteurs pluricellulaires à membrane fine longs de 200 u. environ. Ces derniers, en masses importantes, sont étroitement serrés les uns contre les autres, structure que nous voyons réalisée dans les nectaires floraux des Malvacées, des Tiliacées et chez d’autres Bombacées. C’est en effet au niveau de cette région du sépale que viennent perler, chez l’Àdansonia, de nombreuses gouttelettes d’un liquide limpide, réducteur d’emblée et à saveur particulièrement sucrée. Ce nectar se collecte, en quantités non négligeables, à la base des pétales, dans le sillon annulaire formé par le rebroussement de ces organes vers le haut. Comme les
- Chauves-Souris sont friandes de fruits et de jus sucrés, il est permis de penser que c’est au nectar qu’elles en veulent. En effet, des fleurs privées au préalable de leur tube staminal — dono dépourvues de pollen — sont visitées au même titre et avec le même zèle que les fleurs témoins. Mais le nectar est-il l’unique produit que recherche le Chéiroptère ? Étant donné la présence d’importantes masses polliniqucs dans le tube digestif de cet animal, étant donné aussi que ce dernier se fixe parfois sur la fleur la tête tournée vers le bas, il est naturel de penser que le pollen doit, lui aussi compter parmi les substances convoitées ; et s’il en est ainsi, les composés azotés du pollen viennent compléter harmonieusement, dans la ration do l’animal, l'eau et les principes sucrés fournis par le nectar.
- Dans ces conditions, VEidolon helvum, en visitant la fleur du Baobab, vient étancher sa soif et apaiser sa faim ; mais il rend aussi à l’arbre un précieux service en assurant sa procréation. Au cours de scs manœuvres, l'animal se couvre abondamment de poudre fertilisante ; l’examen microscopique permet en effet de déceler de nombreux grains de pollen entre les poils de la surface ventrale et dorsale, au niveau des ailes... et, frôlant le stigmate, l’animal en laisse nécessairement une certaine quantité au niveau des papilles. En effet, quand on compare des stigmates de fleurs vierges à peine épanouies à des stigmates de fleurs ouvertes depuis peu, mais visitées à plusieurs reprises par le Chéiroptère, on constate que les papilles des premières sont pratiquement dépourvues de pollen alors que celles des secondes en sont littéralement saupoudrées. Ce phénomène s’explique aisément quand on se rappelle que le pollen du Baobab est engendré en quantités surabon-' dantes, qu’il est formé de grains sphériques (environ 60 p de diamètre) à exine finement échinulée et qu’une secousse, même légère, portée contre la fleur ou son pédoncule suffit pour en faire sortir un véritable nuage pollinique.
- Pour apparentes que soient les adaptations réciproques entre la fleur de Baobab et son visiteur ailé — activité nocturne des deux êtres, fleur de grande taille, pendante à la périphérie de la couronne, d’où facilités d’accès, nectar en quantités importantes, odeur spéciale... — il ne semble pas qu’on ait le droit de conclure à l’absolue nécessité de ce dernier. Quand on pense d’une part à l’abondance du pollen, à la facilité avec laquelle il émane de la fleur et, d’autre part au développement des papilles stigmatiques dont la structure rappelle celle des espèces anémogames, on est amené à considérer VEidolon comme un agent intermédiaire fort précieux certes, mais non indispensable et il est évident qu’à son défaut le vent peut se charger efficacement du transport de la poudre fertilisante.
- P. Jaeger.
- Curieux effets de la foudre.
- M. Jean Blache, de Valence, nous communique l’observation suivante :
- « Dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 septembre, un violent orage s’abattit sur la région de Valence. La foudre tomba quai de la Verrerie à Bourg-lès-Valenco sur une haute cheminée de l’usine Vial, ameublements pour enfants. Le fluide descendit dans l’atelier de peinture, détériorant les ventilateurs dont les ouvertures s’ouvraient au bas de la cheminée, et enflammant des bidons de peinture. Le directeur de l’usine, M. Mercier, parvint à éteindre le commencement d’incendie à l’aide d’extincteurs à mousse et les pompiers de Valence, alertés écartèrent rapidement à l’aide d’un fourgon de premier secours tout danger d’extension.
- « Après le sinistre, on constata qu’une lampe électrique de 130 W sous 220 V avait subi un début de fusion causé par la foudre et orienté dans le sens de la marche de celle-ci au sortir de la cheminée. L’ampoule était en verre transparent ; le fluide en a dépoli la partie fondue. L’air a pénétré dans la lampe par une très petite ouverture au bas de cette dernière, mais le filament est resté intact. »
- Fig. 1. — Lampe électrique de ISO W sous 220 V, partiellement fondue par la foudre.
- (Photo Blache).
- p.29 - vue 33/406
-
-
-
- 30
- Goethe et la science
- Le Muséum avait célébré cette année (1949) par une exposition le bicentenaire de la publication de l'Histoire naturelle de Buffon. Une autre exposition, dans l’ancien hôtel de Rohan, aux Archives nationales, vient de commémorer le bicentenaire de la naissance de Goethe.
- Goethe a été avant tout un grand littérateur, le plus grand qu’ait produit l’Allemagne, mais c’était un esprit quasi-universel, embrassant la totalité du monde de la pensée et de la nature et qui, toute sa vie, a été passionné pour les sciences, où il s’est fait une large place dans le cadre de son temps. C’est à ce titre que nous l’évoquerons ici (1). Il avait une conception générale de la nature qu’il s’efforçait de comprendre et d’analyser à partir de ces idées, et il a appliqué ces principes avec un succès inégal à la physique et aux sciences naturelles. Il se basait sur l’observation, mais celle-ci, dans son, esprit, devait surtout vérifier les conceptions d’ensemble que lui suggérait son intuition et il tient ainsi une place importante dans le mouvement scientifique de son temps. « Il y a plus d’un demi-siècle, écrit-il dans l’édition générale de ses œuvres, que je suis connu comme poète dans mon pays et môme à l’étranger et on ne songe pas à me contester ce titre. Mais, ce qu’on ne sait pas... c’est que je me suis occupé des phénomènes physiques et physiologiques de la nature avec la plus grande attention. [Cet avant- propos] est destiné à montrer que j’ai consacré une grande partie de ma vie à l’histoire naturelle vers laquelle m’entraînait un goût passionné. »
- Dans le domaine de la physique, son œuvre principale est un Traité des couleurs (2 vol., 1810), basé surtout sur des idées a priori que lui a inspirées la peinture. C’est la moins heureuse de ses activités scientifiques; car il s’y est heurté à l’œuvre de Newton, où il a obstinément voulu relever des erreurs,
- Gœthe ne voulait pas admettre que le blanc pût être le résultat de la synthèse des radiations colorées du spectre. Il a voulu réfuter cela par l’expérience et s’y est vainement obstiné avec cette confiance en lui-même qui est un trait de son caractère, et une véritable violence insultante à l’égard de Newton. Cette partie de son œuvre doit sombrer dans l’oubli.
- Dans les sciences naturelles, son effort a été à la fois original et constructif. Jeune encore (1790) il a publié des Essais sur la métamorphose des plantes et ce sujet a continué à le préoccuper pendant de longues années. Il conçoit l’idée d’une plante primitive dont les plantes observables sont les variantes. Ce qui retient surtout son attention c’est la tige et les feuilles qui s’y insèrent. Ce sont, dans son esprit, les transformations de ces feuilles d’où résultent tous les organes de la plante et il ramène ainsi à la feuille les cotylédons et tous les organes floraux : sépales, pétales, étamines. Il a interprété sur ces bases les fleurs doubles. Il y a là pour la science une acquisition définitive. Il n’a pas pour cela découvert le fait essentiel de la fécondation, ni bien compris la formation du fruit. Il croyait que le pollen (dont il méconnaissait l’origine exacte) suffisait à la propagation de la plante. Mais, au total, replacée dans la science de son temps, qui ignorait presque complètement la vie des plantes inférieures, l’œuvre botanique de Gœthe conserve dans l’histoire de cette science une place importante.
- 1. Ou trouvera une étude détaillée de l’activité scientifique de Goethe dans Ernest Faivre, Œuvres scientifiques de Goethe, Paris, 1862.
- Gœthe s’est intéressé vivement aussi aux minéraux et à la géologie; ses principales études dans cette direction ont été faites en Bohême et il a publié notamment, en 1818, une Collection des roches des montagnes de Carlsbad. Il se rattachait surtout aux conceptions neptuniennes de Werner. Mais nous ne-pouvons ici entrer dans l’examen de ses idées. Nous insisterons surtout sur ses travaux se rattachant à la zoologie et à l’anatomie comparée, où ses conceptions générales, replacées à leur époque, méritent une estime particulière. Il concevait le règne-animal comme une grande unité dont toutes les espèces n’étaient que des variations. Elles devaient donc toutes présenter les-mêmes parties. 11 a appliqué ces conceptions surtout au squelette des vertébrés (auxquels d’ailleurs ses études se sont limitées). Un de ses travaux favoris a été ainsi la recherche, chez l’homme, dans la mâchoire supérieure, d’un os intermaxillaire, qui a priori, doit y exister, puisqu’on le trouve chez les autres mammifères. Il en a effectivement trouvé les traces en même-temps que Vicq d’Azvr et a rattaché à des anomalies de sa formation le bec-de lièvre.
- Son idée de l’unité de composition fondamentale des organismes lui a suggéré celle de la théorie vertébrale du crâne, dont il a eu comme une révélation en trouvant dans le sable du Lido, près de Venise, un crâne de mouton. 11 s’est efforcé de ramener les. os du crâne à un ensemble de six vertèbres. A la lumière de nos connaissances actuelles, le travail de t] Gœthe est naturellement périmé, mais la conception de la tête comme un ensemble de segments comparables aux segments vertébraux du tronc est démontrée et Gœthe en a eu, en-somme, l’intuition (en même temps-que Oken). On voit donc qu’il a sa place dans l’histoire de l’anatomie-comparée.
- Ses conceptions générales de la nature se rattachent à celles des philosophes de son temps, tels que Kant et Hegel, à celles des philosophes de la nature, comme Schelling et Oken, qui se sont perdus* dans des spéculations arbitraires.
- A travers les péripéties de sa brillante carrière et malgré lac place qu’occupait dans son activité son œuvre littéraire, soft esprit restait toujours intensément préoccupé des problèmes naturels. En i83o, il était octogénaire quand éclata, à notre Académie des Sciences, la vive et célèbre discussion entre-. Et. Geoffroy Saint-Hilaire et G. Cuvier. Gœthe, jusqu’à sa mort en i832, suivit cette controverse avec une véritable passion.. On en trouve des échos dans ses Entretiens avec Eckermann,. Il a écrit en septembre i83o et en mars i832 (quelques jours-avant sa mort) deux mémoires sur la Philosophie zoologique,. où il discute les idées des deux adversaires et replace cette discussion dans le cadre général de leur carrière et de leur œuvre.. Ses sympathies instinctives vont à Geoffroy Saint-Hilaire, qui, comme Gœthe, était attaché à l’idée de 1’ unité de plan d’organisation et dont l’esprit était orienté vers les ensembles (x)^ alors que Cuvier partait surtout des différences et du détail.. En réalité Cuvier avait le sens exact de la diversité irréductible des embranchements du règne animal et sa position, dans la discussion de i83o, était la plus solide. Mais il ne s’agit pas ici de reprendre cette discussion. Ce que j’ai voulu en retenir c’est,
- 1. Gœthe a exprimé sa grande admiration pour Buffon, qui avait, à ses yeux, le grand prestige d’un esprit synthétique.
- Fig. 1. — Gœthe, d’après David d’Angers.
- (Photo Giraudon).
- p.30 - vue 34/406
-
-
-
- 31
- qu’elle avait passionné Goethe et fait revivre en lui, à ses derniers jours, toute son activité passée. Il aimait à retrouver chez Geoffroy Saint-Hilaire des conceptions se rattachant aux siennes. Il s’en ressentait comme justifié et grandi C1). Il était d’ailleurs très sensible à l’éloge et à la critique; son amour-propre était toujours en éveil.
- Ces très rapides indications suffisent à montrer la place que
- 1. « Voilà que Geoffroy Sanit-IIilaire, dit Goethe (Entretiens avec Ecker-mann, éd. française, 1863, t. 2, p. 233) passe do notre côté et avec lui tous ses grands disciples, tous ses partisans français I Cet événement est pour moi d’une importance incroyable et c’est avec raison que je me réjouis d’avoir assez vécu pour voir le triomphe général d’une théorie à laquelle j’ai consacré ma vie et qui est spécialement la mienne. »
- la Science a tenue dans la vie de Goethe et la valeur de ses intuitions replacées dans les connaissances de son temps. La science, tout en tenant une grande place dans sa pensée, n’était cependant- qu’un aspect accessoire de son activité intellectuelle. En réalité, elle exige que l’on se consacre exclusivement à elle et, même à cette époque, il était déjà nécessaire de s’y spécialiser. Goethe garde donc plutôt figure d’amateur, mais d’un amateur qui a eu souvent des intuitions profondes et l’ardeur de ses préoccupations scientifiques mérite de n’être pas oubliée.
- Maurice Caullery.
- Membre de l’Académie des Sciences.
- LE CIEL EN FÉVRIER 1950
- SOLEIL : du 1er au 28 sa déclinaison croît de — 17°19' à — S°16' ; la durée du jour passe de 9*23“ le 1er à 10*53“ le 28 ; diamètre apparent le 1er = 32'30"98, le 28 = 32'20",60. — LUNE : Phases : P. L. le 2 à 22*16“ D. Q. le 9 à 18*32“, N. L. le 16 à 22*33“, P. Q. le 23 à 1*52“ ; périgée le 7 à 0*, diamètre app. 32'26" ; apogée le 22 à 18*, diam. app. 29'31". Principales conjonctions : avec Saturne le 5 à 10*, à 0°2o N.'; avec Mars le 7 à 2*, à 3°o3' N. et avec Neptune à 12*, à 2°42' N. ; avec Mercure le 14 à 18*, à 4°47' N. et avec Vénus à 22*, à 12°59' N. ; avec Jupiter le 16 à 2*, à 3°35' N. ; avec Uranus le 27 à 3*, à 4°33' S. Principales occultations : de X Lion (4“,7) le 3, émersion à 1*54“5S ; de P Vierge (3“,8) le 5, émersion à 22*25“,5. — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du matin le 10 à 16*, à 25052, W., se lève 1*10“ avant le Soleil ; Vénus s- astre du matin se lève le 18 1*50“ avant le Soleil, diamètre apparent 53'' ; Mars, dans la Vierge près de y, se lève le 18 à 20*44“, diamètre apparent 11",8 ; Jupiter, en conjonction avec le Soleil le 3, inobservable ; Saturne, dans le Lion, visible le soir, se lève le 18 à 18*5S“, diamètre polaire app. 17",7, anneau gr. axe 44",5, petit axe 2 ,0 ; Uranus, dans les Gémeaux, passe au méridien le 2 mars à 19*15“,
- position 6*4“ et + 23°43', diamètre app. 3",7 ; Neptune, dans la Vierge, se lève le 2 mars à 20*30“, position 13*5“ et — o°7', diamètre app. 2"4. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2“,2-3“,5), le 5 à 5*,3, le 8 à 2*,1, le 10 à 22*,9, le 13 à 19*,7, le 28 à 3*,7 ; minima de p Lyre (3“,4-4“,3), le 2 à 21*, le 15 à 19* ; maxima de R Cancer (5“',3-6“,8) le 1er, do R Corbeau (5“,9-14“,0) le 7, de R Andromède (5“,6-14“,7) le 28. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : te 10 à 4*19“48s, le 20 à 3*40“17s.
- Phénomènes remarquables. — Observer le 5 au matin le rapprochement de la Lune et de Saturne et à 22*25“ l’occultation de p Vierge (à la jumelle) ; la Lumière zodiacale le soir, à l’W., après le crépuscule du 13 au 19 et la lueur antisolaire vers minuit dans le Lion ; la Lumière cendrée de la Lune, le soir, du 19 au 22.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- . G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Analytic geometry, par R. Robinson. 1 vol. relié, 148 p., 60 fig. Mc Graw-Hill, Londres, 1949.
- Cours de géométrie analytique particulièrement concis correspondant au programme du concours d’entrée aux grandes écoles, suivi de nombreux exercices et problèmes.
- Calcul opérationel, par E. Labin. 1 vol. in-8°, 149 p.. Masson, Paris, 1949. Prix : 780 francs.
- Il arrive fréquemment que dans l’étude d’un problème, un physicien, chimiste, biologiste, ingénieur, économiste, ou même un mathématicien tombe sur une technique mathématique qui lui est peu familière. Le présent abrégé théorique et pratique de mathématiques supérieures évitera, dans ce cas, un effort trop considérable et permettra de réviser les possibilités de la technique envisagée et son application au problème particulier considéré. Cet ouvrage s’adresse à tous ceux, de plus en plus nombreux, qui doivent recourir à l’outil mathématique, considéré non comme une fin mais comme un précieux moyen.
- Servomécanismes, par F, II. Raymond et G. Lehman, Tome I, 1 vol. in-8°, 174 p., ill. Société d’Édition d'Enseignement supérieur. Paris, 1949.
- Ce volume est le premier d’un ouvrage consacré aux problèmes d’automatisme. Après un exposé général, il traite de leurs théories, de leur précision et de leur stabilité, puis montre leur rôle dans les mathématiques expérimentales, le calcul numérique et traite d’un cas particulier, l’application aux calculs balistiques.
- Cet ouvrage vient à point au moment où l’automatisme prend dans tous les ..domaines de l’activité humaine une place grandissante. Il démontre que si cette question est encore fort négligée en France, ce n’est que pour des
- raisons économiques et financières dominées par l’esprit de routine ; mais que nous ne manquons pas d’hommes avertis et compétents capables do rivaliser avec les savants et les techniciens étrangers quand on leur en fournira les moyens.
- Assistance technique en vue du développement économique. Plan d’un programme publié par_ l’O.N.U. 1 vol. in-8°, 377 p. Pedone, Paris, 1949. Prix : 10 francs suisses.
- Ce rapport présente le premier programme international complet d’assistance technique pour le développement économique des pays insuffisamment développés. Il a été rédigé par les secrétariats des Nations Unies et par diverses organisations spécialisées. Il traite des buts, des formes et des moyens que peut prendre et utiliser l’assistance technique en vue du développement économique.
- Mine plant design, par W. W. Staley. 1 vol. in-8°, 540 p., 188 fig. rel. McBraw-Hill, Londres et New-York, 1949.
- Cet ouvrage traite des installations minières de surface et souterraines : bâtiments, chevalements, machines d’extraction, cages, skips, trémies, puits, roulage, exhaure, centrales d’énergie, ventilation, etc. Ces questions y sont largement traitées au point de vue résistance des matériaux èt précisées par de nombreux exemples chiffrés.
- Stream line flow, par H. F. P. PunnAY. 1 vol. relié, 186 p., Constable, Londres, 1949. Prix : 18 sh.
- Introduction à la mécanique de l’écoulement visqueux dans les tuyaux et les canaux, entre des plans fixes parallèles à l’étude de la lubrification par film ainsi qu’aux transports de chaleur par conduction et par convection.
- Étanchéité des toitures-terrasses. Procédés multicouches. 1 brochure, 36 p. Institut technique du bâtiment et des travaux publics, Paris, 1949.
- Ouvrage traitant du plancher-support, des produits de base et des matériaux d’étanchéité, des revêtements types, des reliefs et raccords d’étanchéité, des protections et se terminant par les éléments d’un cahier des charges et d’un devis descriptif.
- La physique moderne, tome II, par G. Cas-telfbanchi. 1 vol. relié, 422 p., 97 fig., 6 pl. Dunod, Paris, 1949. Prix : 1 880 fr.
- Cet ouvrage dont l’édition française est publiée sous la direction de Marcel Boll en est à sa troisième édition, c’est dire son succès. Ecrit sans faire appel à des développements mathématiques d’un niveau trop élevé, il s’adresse à un large public. Le 2° tome traite de l’effet Zee-man, le spin, la structure atomique, les chaleurs spécifiques, la photoélectricité, l’effet Compton, le magnétisme atomique, la mécanique ondulatoire et statistique, la physique nucléaire èt la bombe atomique, les rayons cosmiques, l’astrophysique.
- Photomacrographie et photomicrographie, par P. Pizon. 1 vol. 203 p,, 64 fig. Editions de la Revue d’Optique.
- Ce manuel de manipulation de l’objectif photographique et du microscope comporte des données de physique théorique indispensables à la réalisation des applications photographiques. La minutieuse rédaction étudie en détails tous les cas : pratique courante, mensurations diverses, fond noir, contraste de phase, ultraviolet, infra-rouge, stéréoscopie. Un abrégé de technique phonographique moderne termine l’ouvrage.
- p.31 - vue 35/406
-
-
-
- 32
- Practical spectroscopy, par C. Caxdler. 1 vol.
- relié, 190 p. Hilger et Watts, Londres, 1949. Prix : 21 sh.
- Ce petit ouvrage est un guide précieux pour tous ceux qui s’intéressent à l’analyse spectro-graphique, aux spectres d'absorption» ultraviolets et infra-rouges, aux spectres Raman et au x interféromètres.
- Bases de la technique des tubes de T. S. F.,
- par J. Deketh. Volume I. Introduction aux bases physiques, aux propriétés et applications des tubes récepteurs et amplificateurs. 1 vol. relié, 550 p., 384 fig. Dunod, Paris, 1947. Prix : 1 860 francs.
- Cet ouvrage, donnant l’état de la question en septembre 1947 comporte un exposé des bases physiques des tubes de T. S. F. avec un aperçu de leur fabrication et de leur montage ; il traite ensuite de leurs propriétés déterminées par des données et des caractéristiques et étudie enfin les divers étages des tubes récepteurs, les types de tubes existants et indique les conditions auxquelles ils doivent satisfaire.
- La réfrigération électrique automatique,
- par P. Degoix. 1 vol. in-8°, 271 p., 119 fig. Girardot, Paris, 1949.
- La plupart des ouvrages sur l’industrie frigorifique traitent des grosses installations ; celui-ci, au contraire, est consacré au petit et moyen appareillage. Il en expose sous une forme simple les principes de "fonctionnement et les détails de construction. Il sera d’un grand secours aux praticiens et aux monteurs qui ont à travailler sur ces machines, et leur fournira une précieuse documentation pratique.
- Electronics manual for Radio engineers,
- par V. Zeluff et J. Markus. 1 vol. in-4°, 880 p., graphiques. Mac Graw-IIill, New-York et Londres, 1949. Prix relié : 76 sh.
- Ce livre est un véritable manuel qui embrasse toutes les questions concernant la radio : antennes, théorie des circuits, amplificateurs, filtres, technique des ondes courtes et ultra-courtes, lignes de transmission, télévision, alimentation, récepteurs, émetteurs, mesures, technique de la fabrication des tubes récents, etc. Composé de 289 articles parus dans la revue Electronics, cet ouvrage constitue une mise au point de toutes les acquisitions survenues dans ïe domaine de la radio depuis 1940, notamment : l'emploi du cristal de germanium, la technique des ondes V. IL F., le calcul des antennes et des lignes de transmission.
- Tables azéotropiques. Tome I. Azéotropes binaires orthobares, par M. Lecat. 1 vol. 406 p., édité par l'auteur, 29, rue Auguste-Danse, Uccle-Bruxelles, 1949. Prix . 1 000 fr. belges.
- L’azéotropisme a pris au cours de ces vingt dernières années, une importance considérable du point de vue scientifique et surtout industriel dans tous les phénomènes de distillation. L’auteur qui fut et demeure un ardent propagateur de ces procédés a dressé, grâce à son abondante documentation, des Tables azéotropiques dont la deuxième édition revue et augmentée fournit, en dehors des données numériques, une très abondante bibliographie.
- Théorie et méthode nouvelle d'analyse chimique qualitative, par G. Gharlot. 3e édition. 1 vol. in-8°, 328 p., 88 fig. Masson, • Paris, 1949. Prix : 1 000 francs.
- En vingt ans, la chimie analytique a subi une transformation complète. Elle a perdu son caractère empirique de simple liste de réactions ; les connaissances sur les réactions entre ions et molécules en solution se sont enrichies par les notions sur le pH, le rlî, les complexes, les échanges d'ions, etc. ; les réactifs organiques pouvant fournir avec les ions minéraux une foule de complexes, sensibles et spécifiques, ont multiplié les possibilités analytiques. Simultanément, un ensemble de théories a donné à l’analyse chimique une forme rationnelle remarquable. Le professeur de l’École de Physique et de Chimie a introduit dans l’enseignement et les travaux pratiques tous les progrès des vingt dernières années, rendant grand service aux étudiants, aux chimistes et aux Ingénieurs.
- Structure and Properties of Alloys, par R. M. Brick et A. PniLiPS. 1 vol. in-8°, 485 p.} 342 fig., rel. McGraw-Hill C0, New-York et Londres, 1949.
- Nous sommes heureux de rappeler à nos lecteurs que le numéro consacré aux « Unités et Mesures » est en vente, séparément, au prix de 125 francs, à la librairie Masson, 120, boulevard Saint-Germain, Paris (6e).
- De grands progrès ont été enregistrés ces dernières années, aussi bien parmi les aciers spéciaux que dans les alliages de métaux non ferreux. Le présent ouvrage constitue un traité général des alliages, des plus simples aux plus complexes, de leur constitution, de leurs propriétés, de l’action des traitements thermiques. De nombreuses photomicrographies illustrent le texte.
- Les lipides. Colloque international de janvier 1948. 1 vol. in-8°, 399 p. Centre national de la Recherche scientifique, Paris, 1949. Recueil des conférences et communications faites dans une réunion internationale où furent présentées et discutées les plus récentes recherches sur les matières grasses de l’organisme : digestion, absorption, circulation, dépôt, mobilisation, associations avec les protéines, métabolisme et transformations des acides gras, dégradations et oxydations. L’attaque de ces problèmes par les méthodes de la physiologie, de la chimie biologique et de la chimie physique conduit à une série de points de vue nouveaux, souvent complexes, dont la synthèse reste à faire.
- Le rameau vivant du Monde, par G. Matisse. 1 vol. in-8°, 292 p. Presses universitaires de France, Paris, 1949.
- Ce troisième et dernier volume porte en sous-titre : Perspectives nouvelles du monde animé. L’auteur précise les caractères spécifiques des phénomènes biologiques, discute leurs interprétations métaphysiques, expose l’état de l’orga-nogénèse expérimentale et les problèmes des grands types d’organisation. Il consacre un important, chapitre aux êtres sous-vivants : aux complexes micellaires minéro-protéiques, aux virus filtrants et aux phénomènes récemment mis en évidence de leur passage à des formes microbiennes. Il s’étend sur leur portée philosophique qu’il limite au développement de faits physico-chimiques se déroulant dans un univers que l’auteur considère parfaitement impassible.
- Analyse des tissus, par A. IIuelebroeck et A. Léonard. 1 vol., 142 p., 58 fig. Béranger, Paris, 1949.
- Traité pratique comprenant les examens des fils de chaîne et de trame, la détermination de la croisure, le rentrage ou le remettrage, le piquage au peigne ou au ros, l’ourdissage, le duitage, la détermination du pourcentage de matières, le poids des tissus, l’identification des matières d’apprêt, l’appréciation des teintures, les essais de solidité.
- Nos amis les oiseaux, par Mmo Brissaud. 1 vol. relié, 125 p.
- Les animaux de la ferme, par M. Atjgst. 1 vol. relié, 125 p. Fernand Nathan, Paris, 1949.
- Petits ouvrages élémentaires d’histoire naturelle, écrits très simplement et abondamment illustrés, décrivant les principales espèces animales envisagées.
- La sensibilité organique, par le Dr Maurice Yernet. 1 vol. in-16, 324 p. Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion, Paris, 1948. Prix : 480 francs.
- L’auteur considère la vie comme une forme particulière d’énergie caractérisée par l’ordre, la régulation, la sensibilité. Partant des données anatomiques et physiologiques, il expose comment il conçoit cette sensibilité organique, son mécanisme, son fonctionnement, son appareil nerveux, ses manifestations superficielles et profondes.
- Regards sur l'organisme vivant, par Léon Binet. 1 vol. in-16, 252 p., 25 fig., 3 pi. Gallimard, Paris, 1949. Prix : 430 francs. Physiologiste et clinicien, l’auteur aime la vie et il expose toutes les recherches qu’il a faites pour l’améliorer et la prolonger. Une
- série de 18 chapitres rappellent ce qu’il a a observé et ce qu’on peut faire dans les voies les plus diverses. Les résultats sont si beaux qu’ils justifient le sous-titre- de l’ouvrage : invitation â la biologie.
- Freedom from want, par E. E. Deturk. 1 vol. in-8°, 78 p., fig. Ghronica Botanica, Waltham (Mass.) ; Le Soudier, Paris, 1948. Prix : 2 dollars.
- Un symposium tenu aux États-Unis discuta des thèmes suivants : combien de bouches à nourrir dans le monde P la production végétale et animale y peut-elle suffire ? quels progrès sont nécessaires pour libérer les hommes de la faim, cause d’anarchie P Les réponses, optimistes, firent appel à la science et aux efforts de tous.
- La mort et la tombe, par le Dr Bernard Y. JoiN. 1 vol. in-4°, 260 p., 43 fig. Travaux et Mémoires de l’Institut d’Ethnologie, Musée de l’Homme, Paris, 1949. Prix : 1 000 francs. Au cours de ses tournées en Indochine, l’auteur a étudié chez les Rhodes et autres habitants Mois du Darlac les manifestations fort complexes que la mort, suscite : cérémonies, prières, sacrifices, et qui éclairent l’idée que les indigènes se font de l’au-delà, de l’âme et du corps, de l’univers, des divinités du ciel et de la terre, du royaume souterrain des morts. L’homme a trois âmes ; le ciel, la terre et sa profondeur sont peuplés de génies ; les coutumes funéraires varient selon le genre de mort et sont strictement réglées depuis la constatation du décès et la préparation du cercueil jusqu’à l’abandon de la tombe, un ou quelques ans plus tard. Au moment où ces rites vont disparaître, il est bon de_ les avoir notés en témoignage des conceptions particulières de ces primitifs montagnards.
- Géographie générale. ï. Géographie physique, par P. IIallynck et R. Lugand. 1 vol. in-8°, 352 p., 248 fig. Masson et G10, Paris, 1949. Prix : 550 francs.
- Dans le cadre du nouveau programme de géographie, les auteurs, professeurs agrégés au . lycée Saint-Louis, ont écrit ce premier volume pour la classe de seconde. On y trouve bien expliquées, commentées par des dessins schématiques et des photographies, les notions de cosmographie, l’étude physique de la surface du globe : atmosphère, mers, eaux terrestres, l'évolution de l’écorce terrestre, les grandes régions du globe. Les élèves et les autres lecteurs goûteront particulièrement l’exposé des conceptions météorologiques actuelles.
- L'Ile de France, par Pierre d’Espezel. 1 vol. 160 p., 161 fig. Éditions Alpina, Paris, 1949.
- « L’Ile de France est-elle, comme la Bretagne, la Provence ou la Normandie, une province nettement caractérisée, délimitée P »,
- C’est la question sur laquelle s’ouvre ce très bel ouvrage, illustré de remarquables photographies de Jean Roubier.
- L'histoire, moins encore que la géographie, ne font de ces territoires une entité définie.
- « Bornons-nous avec sagesse, nous propose l’auteur, à chercher selon notre bon plaisir, les traits caractéristiques des pays que l’on trouve en rayonnant autour de Paris... ».
- Nous trouverons un plaisir infini à suivre Pierre d’Espezel dans un voyage où, poète et historien érudit, il nous emmène d’une plume alerte à travers tant de paysages connus et aimés, et les souvenirs si riches d’une histoire de France dont ce pays est la source.
- Il conclura en nous montrant que, unité intellectuelle centrée sur Paris, l’Ile de France est, comme la France elle-même dont elle est la fidèle et passionnante image, « l’œuvre des hommes autant que celle de la nature ».
- Vampyroteuthis infemalis, Chun. II, Exter-nal anatomy, par Grâce E. Pickford. 1 vol. in-4, 132 p., 75 fig., 9 pi. Dana Report n° 32, 1949. Reitzels, Copenhague et Oxford " University Press, London. Prix : 1 £.
- Parmi tous les trésors rapportés par le Dr Johs Schmidt de son expédition autour du monde de 1928-1930, on peut citer ce Céphalopode archaïque dont il fut récolté 77 spécimens. Ils ont permis de reconnaître les différences sexuelles, de suivre les stades du développement,. d’amorcer l’étude des variations biogéographiques et de débarrasser la systématique d’un certain nombre de noms de genres et d’espèces tombés en synonymie.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : i®r trimestre ig5o, n° ioq5. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2q8q. — I-ig5o.
- p.32 - vue 36/406
-
-
-
- N° 3178
- Février 1950
- Pe ut-on encore
- Venise ! Dans notre monde troublé, atomique, ce nom fait songer à un lustre de verre qui serait immortel. Venise a été célébrée mille fois par les romanciers et les poètes —• par Barres, Régnier, d’Annunzio — rarement par les ingénieurs. Il y a un prodige technique de Venise. Ce prodige, c’est qu’une ville moderne de ooo ooo habitants, avec ses égouts, ses canalisations d’eau potable cl d’électricité, sa circulation intense, puisse subsister dans le décor prestigieux des doges, avec ses palais qui commencent à se disjoindre sur des pilotis de 5oo ans. El le symbole allier de celle double Venise est sans conteste ce campanile légendaire de Saint-Marc, écroulé en 1902 et que l’on a reconstruit strictement, conforme, sur -une carcasse en béton armé renfermant un ascenseur.
- Montagnes sous-marines.
- Venise est 1’ « étalon » esthétique des villes à lleur d’eau. On a coutume de lui comparer les villes maritimes où l’eau lient une place excessive. Néerlandais ou Suédois disent volontiers qu’Àmsterdam et Stockholm sont, des Venise du Nord; mais ceci est inexact. Amsterdam a la forme d’une toile d’araignée où les-fils gluants seraient représentés par des canaux, les fils secs par des avenues : on y circule en autobus, les chenaux
- Fig. 1. — Les lions de Saint-Marc et le pied du Campanile.
- La vue est prise sous le porche de l’église Saint-Marc ; la place est à droite, le lion de droite cache la Logetla. Par forte marée, l'eau sourd devant l’église et couire toute la surface visible à droite.
- (Photo Fhuiujzzt, Venise).
- sauver Ve nîse ?
- sont consacrés aux marchandises. Stockholm, bâtie sur un archipel d’îlots élevés qui ne manque pas de grâce, offre à l’ingénieur d’intéressantes surprises. Les avenues s’v raccordent par des spirales classiques d’autoroutes qui semblent descendre dans l’élément liquide; le train y passe, sous des îles, roulant dans une loggia marine, avec l’eau à hauteur clés roues. Mais Stockholm a ses tramways, sa circulation pédestre et rien de comparable à la nécessité permanente des gondoles.
- La réussite de Venise est unique au monde. Elle est essentiel-
- Fig. 2. — Le Grand Canal entièrement couvert d’embarcations
- un jour de fête, !
- ' . (Photo Fekulzzi, Venise).
- lemenl due à l’effort des hommes, joint que l’effort exigé par la nature était à l’échelle Humaine. Sans le travail acharné des générations, qui se poursuit aujourd’hui avec des moyens accrus. Venise serait maintenant, ensablée, envasée à xo km dans les terres comme Ravennc.
- On connaît, la situation de la ville. Un agglomérat d’îlots et de hauts-fonds, situé approximativement au centre-d’une très grande lagune, communiquant par des « passes » avec l’Adriatique. La bande émergée rectiligne, qui sépare la lagune de la mer n’est autre que 1’ « affreux Lido », dont parle Musset dans la Nuit de Décembre. Çà et là, sur les eaux plates, mortes en apparence mais remuées'par des courants de marée, se montrent des îlots dont Venise a fait ses dépendances : le cimetière San-Micliæle, la « maison des fous », des prisons militaires et
- La couverture représente une vue aérienne des Giardinettei, des Procuraties, de la place Saint-Marc et du Campanile.
- A droite, le Palais des Doges et le quai des Esclavons. La vue est prise à la verticale de la Pointe de la Sainte (Photo Febrczzi, Venise).
- p.33 - vue 37/406
-
-
-
- 34
- 500 m.
- VENISE
- I.. iSfr-l
- S.Sebast/nol
- Cana
- Plan général de Venise.
- Fig. 3.
- A gauche, en oblique, l’arrivée de la grande digue reliant Venise il Mestre, sur le continent ; la chaussée routière se détache de la voie ferrée pour aboutir à la piazza di Roma ; le Lido est en-dessous, hors de la carte. En cartouche, carte d’ensemble de la Lagune, montrant la situation de
- Venise. Les tracés noirs représentent des excursions touristiques classiques.
- (Ufficio Turismo di Venezia).
- puis Murano, Burano, aux verreries et aux dentelles également célèbres.
- Les ingénieurs disent que Venise est « montagneuse ». L’expression surprend, elle est exacte du point de vue des fondations. Ici, les premiers habitants ont trouvé des îlots émergés, sur lesquels ils ont construit, empiétant le plus possible sur la berge; là, ils ont eu affaire à des sols encore fermes mais inondés et exondés alternativement suivant l’importance des marées, plus loin à des hauts-fonds perpétuellement immergés où les pilotis s’imposent.
- La mort des pilotis.
- Le pilotis, sous-jacent, tout comme le pieu visible, d’amarrage ou de jalonnement, est la pièce constructive maîtresse de Venise. « Ducs d’Àlbe » orgueilleusement bariolés devant les palais nobles et celui de la police, pieux d’encadrement dés pontons d’embarcadère, pilotis étançonnés de fer, ils subissent le sort commun à tous les « bois mouillés » du monde, c est-à-
- dire qu’ils se conservent indéfiniment dans la partie immergée, assez bien dans la partie aérienne, mais se coupent par recépage au niveau de l’eau (1). A Venise, ce niveau est variable et les plus beaux pieux porte-falots, aux perrons d’eau des palais du Grand Canal, montrent un périlleux étranglement, une dangereuse striction circulaire, où ils finiront par se rompre.
- Dans la lagune, la situation « orographique », si l’on peut dire, est analogue. Un bateau, même de faible tirant, qui partirait en ligne droite, s’échouerait au bout de 200 m. On distingue les barene, marais d’argile fangeuse, couverts de plantes marines, les velme (latin melma, boue), formées d’un sable nu inondé au flux et découverts au reflux, enfin les fundi (fonds) où l’eau ne manque jamais, même aux plus forts reflux d’hiver. Des canaux naturels, entretenus par les courants font communiquer ces fundi à travers l’étendue amphibie des velme.
- Un tel labyrinthe serait impraticable aux meilleurs pilotes sans un balisage serré, constitué par des pieux et des groupes de pieux, la plupart éclairés durant la nuit, jalonnant les chenaux. Ces signaux de jalonnement, en bois de chêne, se nomment,
- suivant leur nombre et leurs dimensions, mede (meta, borne), paline (petits pieux), gruppi (faisceaux), pennelli (pennons) ou fart (phares). L’éclairage est assuré par des lampes électriques, alimentées .par câbles immergés et abritées par un abat-
- 1. Faut-il rappeler que l'on possède les pieux du fameux pont sur le Rhin, construit par Jules César, et que l’on a retrouvé, dans le lac de Neuchâtel, 40 000 pieux de l’époque lacustre ?
- Fig. 4, — Maquette du Pont des Scalzi, sur le Canale Grande, près de la gare.
- L’arche est extrêmement tendue.
- p.34 - vue 38/406
-
-
-
- Fig. 5. — Paysage caractéristique de la lagune vénitienne, voici les « Velme », ou bancs de boue.
- (Photo Giacomelu, Venise).
- jour conique, de façon à éclairer seulement le fût blanc du signal, de haut en bas. La nuit, c’est une théorie de fantômes curieusement illuminés qui s’étend à fleur d’eau de la Piazetta au Lido et sur les principales parties navigables de la lagune. Ces chenaux ainsi délimités sont très larges et suivis par les bateaux avec la plus grande rigueur.
- Technique de la gondole.
- La masse principale de Venise a la forme d’une ellipse, divisée par une large avenue d’eau en forme cl’S renversée, qui est le Canule Grande. Ce fut, à l’origine, nn rameau du fleuve côtier Brenta, qui, parti de Lizza-Fusina, allait se décharger au port de San-Nieolo. Celle souple topographie convient à la ville des eaux, qui s’accommoderait mal d’un quadrillage à la Brooklyn.
- La grande digue, basse sur l’eau, qui arrive du continent, aboutit à l’extrémité ouest du Grand Canal, piazza di Roma. Une boucle supplémentaire, formée de canaux de moindre importance, ferme l’une des volutes de l’S et permet à certains navires de circuler « en sens unique ». À Piazza di Roma, poste frontière de la terre et de l’eau, se trouve un gigantesque cube
- Fig. 6. — Départ de la Grande Digue (Ponte délia Liberta), côté Mestre, terre ferme.
- Au fond,~Venisc et ses îles.
- (Photo Giacomelu, Venise).
- de béton, le garage urbain, créé par Fiat, où doivent nécessairement rester toutes les Aroiturcs arrivant de terre ferme (1). Les voilures montent et descendent par rampes séparées, en hélice, et l’organisation est des plus modernes. A gauche de la place se trouve la gare de Venise, où toutes les A-oies d’Europe viennent finir contre un butoir. Routier ou ferroviaire, le parcours sur roues finit ici; il faut prendre contact aArec les bateaux à moteurs et les gondoles.
- Si la légendaire gondole vénitienne persiste à notre époque, avec sa silhouette inArariable et ses méthodes de propulsion classiques, c’est qu’elle comment parfaitement aux conditions locales. Légère et longue, construite comme une boîte à violon, elle touche à peine l’eau au milieu de sa longueur, toujours prèle à virevolter autour des ducs d’Albe ou dans les encombrements. Le gondolier, perché sur le bec arrière et ramant avec bonne humeur, dispose d’un bras de levier considérable pour commander les évolutions. Tantôt ramant en force, tantôt laissant filer, ou prenant appui de la main sous l’arche des ponts, le gondolier conduit, avec une précision merveilleuse et le minimum de dépense musculaire. A l’arrivée, il se bornera à plonger verticalement sa rame dans l’eau, guidant la bête intelligente qui se glissera entre deux embarcations comme une A'oiture au garage ou viendra se ranger aux dernières marches d’un noble perron, couvertes d’algues.
- Fig. 7. — Chaussée-digue Mestre-Marghera-Venise.
- Construction sur poteaux d’une bifurcation.
- (Photo Giacomelu, Venise).
- Un « métro » aquatique : vaporetti et motoscafi.
- Pour les transports en commun, Venise dispose de services réguliers de vaporetti, comparables à nos bateaux parisiens et de motoscafi, plus luxueux, affectés à des services directs.
- Le vaporetio, nonobstant son nom, est mù soit par la vapeur-soit par un moteur Diesel. Le vaporetio à vapeur possède une-, chaudière chauffée par un brûleur de mazout à trois jets; lai machine, type vertical, comporte une distribution à soupapes,, commandée par arbre en tête, lui-même entraîné par un renvoi d’angle à arbre intermédiaire vertical. Le pilote agit directement sur la distribution au moyen d’une transmission à levier, pour-obtenir la marche arrière. 11 n’y a pas de porte-voix ni de chadburn, le chauffeur se bornant à surveiller le brûleur et l’alimentation.
- Le courant électrique destiné à l’éclairage est fourni, soit par
- 1. Un service de transport des voitures au Lido fonctionne actuellement, pour un prix modique.
- p.35 - vue 39/406
-
-
-
- 36
- une turbine à vapeur entraînant une dynamo, soit par une petite machine à pistons actionnant également les pompes. Dans les bateaux à moteurs Diesel, toute la commande se fait également du poste du pilote et il n’v a qu’un seul autre agent, préposé aux manœuvres d’abordage. Celles-ci se font comme dans tous les pays, en enroulant une corde sur une borne d'ama-rage du ponton : à Venise comme ailleurs, la loi du frottement des cordages enroulés demeure une exponentielle de l’arc d’enroulement !
- Tous ces bateaux sont équipés très complètement au point de vue nautique. Ils ont feux vert et rouge de tribord et bâbord, feu d’avant, projecteur (dont ils usent de nuit pour s’annoncer, comme les autos), klaxon, ancre à câble et ceintures de sauvetage posées sur les toits, prêtes à llotter en cas de sinistre.
- La conduite est d’une extrême prudence, contrastant avec cette foire d’empoigne qu’est trop souvent la roule italienne. Jamais de prestige ni de hâte; les bateaux évitent adroitement les gondoles, s’attendent réglementairement au débordage .des pontons, avertissent longuement avant de se présenter au coin d’un petit canal. Leur machine demeure en marche durant les arrêts aux appontemenls, ce qui atteste l’existence de courants continuels.
- Le canot automobile de 8 à io places, assez coi'ileux, est le moyen idéal de visite et de transport rapide. Suffisamment silencieux pour ne pas rompre la poésie, plus vif et plus maniable que la lente gondole, il passe partout, au prix, il est vrai de manœuvres originales. Il n’est pas rare de voir le pilote raser le mur d'un canal complètement à gauche en klaxonnant et se pencher pour vérifier que le tournant est libre, puis prendre ensuite ce tournant en grand en abattant vers la droite toute (\). Une gondole qui se présente, dans ces circonstances critiques a la priorité; 'du moins, j’ai vu qu’on lui laissait tout le temps d’évoluer, avec courtoisie.
- Les passages des vaporcld et moloscaji sont espacés a peu près comme ceux du métro parisien aux heures creuses. Sur la lagune,inférieure, entre le Palais des Doges, extrémité est du Grand Canal, et, le Lido, circulent des .bateaux à vapeur plus importants, à deux étages {Aquilai, H<• raclai), avec équipement classique et. liaison par chadburns. Cette partie de la lagune constitue la rade de Venise; elle peut offrir place à bon nombre cfé ’ bateaux de guerre de la classe contre-torpilleurs ou destroyers.
- Les égouts de Venise.
- La vaste agglomération « aquatique » de Venise a posé aux urbanistes de difficiles problèmes d’hygiène. Jadis, toutes les
- 1. Une sphère-miroir ou un double miroir convexe, placés à l’avant, suffiraient pour former « laléro-v iseur » et faciliter les manœuvres.
- eaux polluées allaient an canal et Venise était le pays endémique des lièvres : le contraire eût été surprenant !
- La situation a changé aujourd’hui du tout au tout, grâce à lin réseau d'égouts, constitué par de grosses conduites en fonte, déposées au fond des canaux. Relevées par des pompes, les eaux usées vont se dégorger bien au delà du Lido, en plein Adriatique. La collecte des ordures est assurée, la police veille à ce que l’on ne jette aucun détritus aux canaux; à longueur de journées, on « ratisse » le Grand Canal. L’eau potable, distribuée par une compagnie française, arrive du continent; elle est répartie par des conduites de fonte, dans toutes les îles majeures. Son degré hydrofimélrique est satisfaisant, c’est l’une des plus pures d’Europe (1).
- En ville, les distributions d’électricité sc font principalement par câbles. Les îles secondaires et certains fanaux sont desservis par des lignes sur pylônes, bizarrement, plantés en pleine eau. Les consignes esthétiques sont sévères en ce qui concerne les façades du Grand Canal; ni linge aux fenêtres, ni tuyaux de descente apparents; il faut des autorisations pour échafauder ou élançonner... Dieu sait, cependant,. que certains de ces palais en auraient besoin !
- Pourquoi les palais s'engloutissent.
- Car le drame de Venise est là : Venise vieillit, ses palais, ses églises se délitent; ec sont leurs pilotis ronges qu’il faudrait reprendre en sous-œuvre.
- Çà et là, dans les îles, dans Venise même, des campaniles très élevés penchent de façon inquiétante. Le mouvement semble stabilisé; et le voyageur, qui se souvient de la célèbre tour de Dise et de ce défi à l’équilibre que sont les deux tours de Bologne (2), est tenté de penser que notre conception de la verticale est par trop rigide- L’exemple du campanile 8aint-Marc est là, toutefois, pour montrer que ces hardiesses architecturales involontaires peuvent réserver des surprises.
- Mais le mal le plus général, moins visible, est la destruction progressive des matériaux par l’humidité saline grimpante. On procède, pour l’instant, à des restaurations partielles; les chaînes d’angle, les encadrements des grandes baies c-l des portes, réalisés en pierre dure, tiennent bon et forment ossature. Il faudrait relier ces points forts en sous-œuvre, de façon à assurer la stabilité des ensembles.
- 1. Riva (Ici Schiavoni, à deux pas (lu Pont des Soupirs, des travaux sont en cours. Un panneau annonce que « cet immeuble sera cbaulfé avec 1 eau de la lajrune, système de la pumpa di colore ». On sait les applications remarquables qui ont été faites de ce procédé, notamment à Zurich.
- 2. Ceinturées par une circulation urbaine considérable et par une voie de tramway. I.a plus haute est un véritable miracle de la résistance des matériaux, l’une de scs faces travaillant nettement en traction !
- Fig. 8. — Un gondolier en action.
- _ t -f pnmlrnU très légèrement porte sur l’eau par une part réduite de sa longueur. Son moment d’inertie est faible, tandis que
- ^ le "moment "statique correspondant à Mort du gondolier est considérable. De A une extrême souple^ de manœuvres {Photo Fnnnuzz,, Venise),
- p.36 - vue 40/406
-
-
-
- 37
- L'architecture vénitienne est daine légèreté extrême, qui se concevrait mieux sur un sol ferme. On voit des murs de i5 m de haut, portés sur une énorme poutre en bois, reposant elle-même sur deux grêles colonnes. Telle façade du Grand Canal ajourée comme une dentelle, fléchit sur l’angle; les colon nettes, les arcades penchent et cassent; le losange se substitue au rectangle, la merveille architecturale semble sur le point de s’aplatir comme un château de caries.
- A la cathédrale Saint-Mare, constamment en réparations, emplie d’étançons e! de charpentes l.riang'ulées, des traits à la craie délimitent les zones où les mosaïques séculaires se rompent, lâchant leurs dés comme des projectiles.
- Tout ceci n’est pas hors de portée de nos leclmicpies. Des reprises en sous-œuvre, pour les pilotis, des poutres de fer, des
- clefs, quelques « tirants géants », système Coyne, des injections de ciment, suffiraient pour consolider ees chefs-d’œuvre qui, dangereusement, se survivent.
- Malheureusement — pourquoi ne pas le dire ? — ces médications cordent cher et les budgets sont minces. Ne pourrait-on trouver, chez tous les Mécènes du monde, de quoi sauver les palais de Venise, la Ca d’Oro... au moins un seul ?
- « Le chant d’une beauté qui s'en va vers la mort », disait déjà Barrés, parlant de Venise. La phrase élégante du poète d’/lmo/'i. et Dolori sacrum, est aujourd’hui contresignée par les architectes. Seulement l'urgence devient tragique. Nous sommes de cinquante ans plus près de la lin.
- Pierre Devaux.
- Le plus grand lamino
- La technique en cours de réalisation aux usines de Denain et de Monlalaire d’Lsinor est destinée à sc substituer à la technique actuelle de fabrication des tôles fines en France.
- L’actuel procédé de laminage de tôles Unes consiste, parlant du lingot, à passer par un demi-prodùit appelé larget, ayant une section de 200 à. 300 mm de large et de 10 à 30 mm d’épaisseur. Le larget, après découpage en longueurs égales à la largeur de la tôle à obtenir, était relaminé en travers à chaud : cette dernière opération exigeait un labeur particulièrement pénible par l’effort physique impliqué et la chaleur dégagée par le métal porté au rouge.
- ' La nouvelle technique, mise au point aux États-Unis depuis quinze ou vingt ans, travaille en continu et obtient une très longue tôle, appelée bande, qui peut être enroulée.
- C’est une telle installation qui est en cours à l’usine de Denain. Abritée par un bâtiment de 80 000 m2, elle comprendra :
- 1° La division du slabbing, qui dégrossit le lingot et le transforme en brame ayant une épaisseur de 100 à 200 mm et une largeur égale à la largeur de lu tôle ou bande à obtenir.
- Celte division comprend :
- — 12 fours pils de grande capacité destinés à réchauffer les lingots venant des aciéries dont le poids pourra atteindre 14 t ;
- — le slabbing proprement dit qui lamine le lingot en brume ;
- — la cisaille qui effeclue un découpage en éléments de brames de longueur déterminée ;
- — un parc à brames où celles-ci sont examinées, et où, au besoin, les défauts de surface sont éliminés afin d’avoir des tôles finales d’aspect irréprochable.
- 2° La division du train à chaud proprement dit, qui, après réchauffage des brames les lamine en continu dans 10 'cages et enroule en bobine la bande de tôle obtenue.
- Cette division comprend :
- — trois fours à réchauffer les brames ;
- — le -train de laminoirs continu composé de quatre cages dégrossisseuses dans chacune desquelles la brame, passe successivement, puis de six cages finisseuses en continu, c’est-à-dire où le mêlai est en prise en même temps.
- Ces cages peuvent laminer une largeur maximum de 1,50 m. Depuis la brame, une très forte réduction est obtenue à l'aide île ees dix cages et l'on obtient à la sortie de la dernière une très longue bande de métal pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres de long et ayant une épaisseur pouvant descendre à 1,5 min.
- ir à toi es de France
- — Une bobineuse placée à quelque cent mètres de la dernière cage prend la bande et la bobine.
- Ces bobines sonl soit envoyées au train à froid, soit à une ligne de cisaillage qui débobine et coupe en éléments de longueur courte, fournissant ainsi la tôle à chaud.
- Ainsi, aucun travail physique n’a élé nécessaire pour ce laminage et la capacité de production d’un tel ensemble est énorme : certains trains à chaud américains produisent 1500 000 t par an.
- La division du train à froid fait suite à celle du train à chaud.
- Pour obtenir des tôles d’épaisseur inférieure à 1,5 mm, il est nécessaire de reprendre les bobines et de les repasser dans des cages de laminoirs montées en tandem, c’est-à-dire contiguës et où la bande est en prise ù la fois et rebobinée ù la sortie.
- Une telle installation ù froid,est en cours ù Montataire. Abritée par un bâtiment de 40 000 m2, elle comprendra :
- — une ligne de décapage continu dans laquelle passe la bande débobinée et destinée ù éliminer toutes les impuretés de surface ;
- — un tandem à trois cages- où s’opère la réduction d’épaisseur ;
- — des fours ù recuire pour rendre au métal écroui par le laminage ù froid ses qualités premières ;
- — deux cages d’écrouissage qui relèvent les caractéristiques mécaniques du métal après recuit ;
- — deux lignes de cisaillage qui découpent les bandes en tôles définitives.
- Un tel ensemble ù froid peut produire 250 000 t par an de tôles finies ; ici aussi sans aucun effort physique de la part de l’ou-vl’ier.
- Les tôles ù froid possèdent par rapport aux tôles ù chaud telles qu’ehes sont fabriquées sur les trains actuels d’importantes améliorations :
- — aspect de surface bien meilleur : blanche au lieu de noire ; un poli bien supérieur ;
- — des qualités mécaniques améliorées.
- De tels trains ù chaud et ù froid sont essentiellement caractérisés :
- 1° par leur très importante capacité de débit : la bande sort du train ù chaud ù 40 km ù l’heure; du train ù froid ù 00 km ù l’heure ;
- 2° par une perle de métal entre lingot et tôle fmie diminuée par rapport au procédé actuel ;
- 3° par une économie de main-d’œuvre ù la tonne fabriquée, et une économie totale d’effort physique déployé ;
- 4° par une amélioration de la qualité du produit fini.
- p.37 - vue 41/406
-
-
-
- 38 L’exploration
- de la rivière souterraine de Padirac en 1949
- Les expéditions de ig48 (') avaient permis, au prix de très sérieuses difficultés, de reconnaître de nouvelles galeries longues de 2 km environ. Elles furent interrompues par la fatigue des hommes et l’usure du matériel, mais elles avaient montré qu’il était possible de pénétrer encore plus avant dans le réseau de Padirac.
- M. Beamisli, directeur général de la Société du Puits de Padirac, me chargea d’organiser pour le mois de septembre 19/19 une nouvelle expédition. Celle-ci, pour diverses raisons, fut conçue dans le but de porter la progression à l’extrême limite des possibilités d’un groupe unique d’explorateurs, sans éléments de préparation ni de soutien.
- Pour des raisons de mobilité d’une part, de sécurité et de portage d’autre part, le nombre des participants devait être compris entre six et dix. Il fut en fait fixé à 10 initialement, mais se réduisit à S par suite de l’indisponibilité de Norbert
- pas envisager une durée, de séjour souterrain de plus de 4 jours environ, faute de quoi, les charges atteindraient des poids excessifs. Compte tenu de ce facteur, le programme de l’exploration fut fixé de la façon suivante :
- Portage du matériel, et installation d'un camp de base à 2 600 m du Gouffre, au début des galeries découvertes en
- 1948, délai prévit........................................ 24 h
- Repos au camp et préparation de la pointe, délai prévu .... 12 h
- Exploration (aller et retour), y compris le temps nécessaire pour le parcours (aller et retour) des galeries 48, délai
- prévu..................................................... 24 h
- ltepos et lever du camp, délai prévu ........................ 12 h
- Retour à la surface, délai prévu ............................ 24 h
- Total ................................................ 95 li
- Pratiquement, l’exploration se déroula Ires sensiblement suivant l’horaire prévu, puisque les participants, partis le lundi
- VCOUlU | • lYAFtr.n f
- j 1 if r b 11 j» n «tTpff y rm ; i jj; j JTnnrry fi < i j j n; r y j
- Fig. 1. — Plan et coupe de la galerie de la rivière de Padirac explorée en 1949.
- Casteret et de R. Gâche, vice-président du Spéléo-Club de Paris.
- En définitive, l’équipe se composait, en dehors de moi-même, de MM. R. de Joly, président de la Société spéléologique de Fronce, F. Trombe, président du Spéléo-Club de Paris, Dr Cla-magirand, J. Deudon, J. Erlaud et J. Jonquières, membres du Spéléo-Club de Paris, R. Pierre, du Club Alpin Français.
- Le problème du matériel fut étudié de très près. On avait appris qu’il était inutile de tenter l’expédition sans un équipement important de bateaux. La Société du Puits de Padirac mit à notre disposition deux monoplaces Zodiac qui avaient déjà rendu de grands services en 19/18; le Spéléo-Club de Paris acheta spécialement en vue de cette tentative six biplaces Zodiac qui furent utilisés en monoplaces pour faciliter le transport des lourdes charges que chacun devait emporter.
- La question du portage des colis revêt à Padirac une importance toute spéciale du fait de la longueur du parcours et de la multiplicité des obstacles.
- Le programme de l’exploration se trouvait’ en fait, conditionné par les possibilités de transport des charges indispensables, celles-ci ne devant, en aucun cas, dépasser a5 à 3o kg par homme, bateaux non compris. Un inventaire détaillé de tout le matériel collectif strictement nécessaire fut établi et les poids soigneusement. notés. Cette étude fît apparaître qu’il ne fallait
- 1. La Nature, n° 3167, mars. 1949, p. 83.
- 12 septembre à xo h, étaient de retour le vendredi à 12 h 3o, après avoir consxcré 22 h à la progression au delà du camp de base.
- Au cours de cette pointe, l’expédition a découvert plus d’un km de galeries nouvelles, portant ainsi à G km environ l’extension reconnue du réseau souterrain de Padirac.
- Au delà du point extrême atteint par l’expédition de 19/18, la l'ivière circule dans des couloirs particulièrement élevés, la voûte se trouvant en général aux environs de 5o m. Sauf en quelques points isolés, les parois sont dépourvues de concrétions et présentent un spectacle grandiose d’érosion (fig. 2). Une partie du trajet se fait en bateau sur de longs canaux d’eau profonde (fig. 3), dont l’un présente une curiosité tout à fait exceptionnelle : le plan d’eau est recouvert sur. une grande largeur, de concrétions planes qu’on ne saurait mieux comparer qu’à de grands festons de fleurs en meringue recouverts d’un glaçage de sucre (fig. 4). Ces concrétions, peu résistantes, doivent être entaillées fréquemment pour permettre le passage des bateaux. Les biefs pleins d’eau sont sépai'és par de longs chaos de blocs tombés de la voûte, dont la traversée avec des charges pesantes est extrêmement, pénible et délicate.
- Au bout de 700 m environ, la rivière cascade pendant une centaine de mètres sur des gours hauts et étroits; pour la rejoindre, après avoir franchi une longue et profonde ci’evdsse, au prix de xarappes fort hasardeuses, Deudon put constater l’exis-
- p.38 - vue 42/406
-
-
-
- 39
- Fig. 2. — Le camp de base 1949, au début des galeries découvertes en 1948, dans un site d’érosion rappelant une conduite forcée.
- (Photo Ertaud).
- tence d’un lit inférieur dont l’accès demandait un aménagement important, en raison de la présence d’un grand rocher barrant la partie inférieure de la galerie, et d’une massive coulée d’argile, rendant très difficile le passage en dessus. Compte tenu du temps que le programme accordait à l’exploration, du délai nécessaire pour aménager le dernier obstacle et de la fatigue de tous, il fut décidé d’arrêter l’expédition en ce point qui fut dénommé « Barrière de l’Avenir ».
- Un peu en amont de celle-ci, un important affluent débouche sur la rive gauche. R.-de Joly l’explora sur un parcours qu’il estime de l’ordre de 200 m, jusqu’à un ressaut de quelques mètres qu’il ire pouvait escalader sans un matériel approprié.
- Au retour, à l’occasion d’une balte à la salle Beamish, terminus de l’exploration 1948, Trombe et Ertaud, descendant dans un puits étroit, atteignirent à 35 m de profondeur, environ, la rivière active que l’équ.ipe des topographes avait découverte en 19/18 par une autre voie, sans cependant avoir le temps de la suivre.
- Trombe et Ertaud, au prix d’assez sérieuses difficultés, purent, cette fois, en reconnaître une trentaine de mètres et surtout, en apprécier le débit qui est de l'ordre de 20 1/sec.
- Enfin, profitant de la baisse exceptionnelle des eaux, j’ai pu, avec Deudon, traverser le Grand Chaos de bout en bout au niveau de la rivière, ce qui m’a permis de me rendre compte de la disposition exacte de ce gigantesque effondrement.
- L’expédition de 19/19 clôture probablement le deuxième cycle des explorations de Padirac. Le point atteint correspond à peu près à la limite des possibilités d’un groupe isolé. 11 y aurait certes d’autres façons de procéder; en particulier, si l’on veut un jour atteindre l’extrémité praticable des galeries, il faudrait envisager l’installation d’une importante base permanente à environ 4 km du Gouffre et,
- Fig. 3. — Le « quai des Fleurs », concrétions de calcite à la surface de l’eau (Photo Ertaud).
- éventuellement, une deuxième plus loin. C’est là tout d’abord un problème d’ordre financier qui ne semble pas près d’être résolu. Il me paraît donc intéressant de faire le point à l’issue de cette expédition et, en particulier, de répondre à la question suivante :
- Les mystères de la rivière de Padirac sont-ils éclaircis ?
- Dans une élude antérieure (x), j’indiquais quelles étaient les principales questions qui se posaient au sujet de cet important réseau souterrain.
- La réussite de l’expérience de coloration du 22 juillet 1947 semblait liquider définitivement le débat sur l’issue des eaux de Padirac en situant aux Fontaines de Saint-Georges et du Lombard les résurgences de la rivière. Les explorations de 19/18 (2) et 1949 ‘confirment l’orientation très nette des galeries vers le cirque de Montvalent où se trouvent ces sources.
- Tout semble donc, à première vue, indiquer que les énigmes de Padirac sont en bonne voie d’être résolues... et pourtant, les observations faites cette année, viennent remettre plusieurs points en question.
- Du point de vue de la circulation des eaux, le cours connu de la rivière en aval du Gouffre, doit être divisé en quatre tronçons :
- i° Salle de la Fontaine-Barrière du Goulet de la Fluorescéine;
- 20 Cascade du Goulet-Grand Chaos;
- 3° Grand Chàos-Salle Beamish;
- 4° Salle Bealmisli-Barrière de l’Avenir. Les deux premiers ont certainement été colorés lors de l’expérience du
- 1. La Nature, n" 3158, juin 1948, p. 161.
- 2. La Nature, n“ 3167, mars 1949, p. 83.
- Fig. 4. — Lac et falaise en aval du Grand Chaos.
- (Photo Ertaud),
- p.39 - vue 43/406
-
-
-
- 40
- 22 juillet 19/17, Ie troisième n’a pu l’être, tout au plus, que sur une partie de sa longueur et, si le ruisseau actif, sous la salle Beamish, a été atteint par la fluorescéine, ce n’est, pas par la voie des grandes galeries, mais par des perles situées en amont. Quant au dernier tronçon il est, matériellement -impossible qu’il ait été coloré, ce qui n’exclut pas l’éventualité d’une réapparition de la fluorescéine dans le cours de la rivière fossile au delà, et en contre-bas de la Barrière de l’Avenir.
- Ainsi se posent, parmi d'antres, les importantes questions suivantes :
- i° Le ruisseau de la salle Beamish est-il alimenté, au moins partiellement, par les pertes situées en amont?
- 20 Où vont ses eaux?
- 3° Où vont les eaux du quatrième tronçon (galeries 19/19) ?
- A ces questions, nous ne pouvons actuellement répondre que par des hypothèses, et en définitive, tout ce que nous pou-
- Fig 5. — L’enfer de Padirac : l’argile.
- (Photo Eiitaud).
- vous affirmer, c’est que les eaux du Lac des Grands Gours, celles sur lesquelles naviguent les touristes, réapparaissent dans le cirque de Montraient, mais il serait prématuré, et probablement inexact de prétendre que tordes les eaux aboutissent à Saint-Georges et au Lombard.
- Ainsi, après plusieurs explorations où de très importants moyens furent mis en œuvre pour tenter de percer définitivement les mystères de Padirac, nous devons constater que les progrès que nous avons faits sont compensés par l’apparition de nouvelles énigmes, et je dois, à regret, constater crue j’ai été malgré moi bon prophète en terminant ma première mise au point sur Padirac par une réserve, à laquelle, au fond, je ne souscrivais pas : « ..., mais, en définitive, si l’homme propose Padirac dispose ».
- Guy de Lavauh,
- Secrétaire général du Comité National de Spéléologie.
- Les nouveaux noms des éléments chimiques.
- Le même élément chimique est parfois connu sous plusieurs noms.
- Pour mettre fin à la confusion qui peut en résulter, la Commission de Nomenclature Inorganique de l’Union Internationle de Chimie, qui s’est réunie en septembre 1949 à Amsterdam, a pris un certain nombre de décisions officielles.
- La plus caractéristique s’applique à l’élément 74 de la classification périodique : le tungstène dénommé également dans les pays anglo-saxons wolfram dérivé de wolframite, son minerai.
- Le nom de wolfram sera seul utilisé pour désigner le métal, ce qui sera en accord avec son symbole chimique W. Le mot tungstène disparaît. En conséquence, le minerai doit devenir wolframite. D’autres décisions visent en particulier les corps suivants :
- — l’élément 4, appelé indifféremment béryllium ou glucinium, devient exclusivement béryllium. La Commission - 11’a fait que reconnaître l’appellation qui s’était partout imposée, même en France où les nouvelles générations de chimistes, en suivant l’usage anglo-saxon, oubliaient que la découverte de l’élément et le nom de glucinium sont dus à Vauquelin en 1797, avec une antériorité d’un an sur les travaux de l’allemand Link qui proposa le nom de béryllium pour rappeler son origine ;
- -— l’élément 41, appelé colombium aux Etats-Unis, sera désigné sous le vocable niobium plus généralement admis dans le reste du monde ; .
- — l’élément 43 devient le technetium par abandon du vieux nom de masurium ;
- — l’élément 61. s’écrira prométhium et non plus promelcum ;
- — l'élément 71 subit une légère modification d’orthographe et s’écrira lutetium au lieu de lutécium, dérivé, de son origine parisienne : la vieille Lutèce ? Il est toutefois regrettable que la Commission n’ait pas cru devoir respecter l’orthographe choisie par le découvreur de cet élément, Georges Urbain, qui'n’ignorait pas le latin, mais avait voulu honorer le lieu de la découverte sous son appellation française ;
- — l’élément 72 reste hafnium ;
- — l’élément. 83 est dénommé as la line ;
- — l’élément 87 le francium rappelant sa découverte en 1939 en France :
- — l’élément 91 s'orthographiera prolaclinium et non plus protoactinium.
- Les nouveaux éléments issus des progrès des sciences nucléaires ont vu préciser leurs noms :
- — l’élément 93 : neptunium ;
- — l’élément 94 \ plutonium ;
- — l’élément 93 : américium ;
- — l’élément 96 : curium.
- Enfin lu Commission a renvoyé à des réunions futures une proposition ayant pour but de changer les noms de quelques éléments pour les mettre en accord avec leurs symboles chimiques :
- — l’or Au deviendrait Aurium ;
- — le potassium Iv deviendrait Kalium ;
- — le sodium Na deviendrait Natrium ;
- — l’étain Sn deviendrait Stannqm.
- p.40 - vue 44/406
-
-
-
- 41
- La Mesure du Temps
- Esquisse de son évolution historique
- I. Caractères particuliers de la mesure du temps.
- Pau sa nature même, le temps occupe une place spéciale parmi les grandeurs, en nombre réduit, dont la mesure, plus ou moins approchée, a été tentée par les premières civilisations. En effet, les notions de longueur, de surface et de poids se réalisent de façon assez simple, car un esprit même primitif peut constater aisément l’égalité, l’inégalité de deux longueurs, de deux surfaces ou de deux poids par un simple coup d'oeil ou un soupèsement et en apprécier le rapport par comparaison avec des grandeurs étalons. Au contraire, la notion de temps est a priori très subjective et, aujourd’hui encore, où nous sommes habitués par une longue expérience à diviser le temps de façon précise et à apprécie!’ les durées, si nous nous trouvons loin de toute horloge, il est rare que nous puissions juger avec quelque exactitude du temps qui s’est écoulé entre deux instants déterminés. Avant même qu’une mesure puisse être envisagée, la première difficulté qui se présentait était d’avoir une notion précise du phénomène lui-même. Or, si nous cherchons à définir le temps nous nous lançons dans des' discussions où la plupart des mots utilisés impliquent de façon indirecte la notion même en question, qu’on veuille la définir, soit de façon discontinue grâce à la succession de phénomènes périodiques (c’est-à-dire qui se répètent de façon régulière dans le temps), soit de façon continue, en suivant le déroulement d’un phénomène supposé fonction linéaire du temps.
- Le temps psychologique est constitué par la succession' de nos diverses perceptions que nous classons inconsciemment, à la façon dont un algébriste considère les positions successives d’un point qui décrit dans le sens positif un axe orienté. Le fait que nous jugeons le temps séparable en intervalles et mesurable vient justement de cette image plus ou moins claire qui se forme dans notre esprit et que chacun interprète à sa façon. Mais, le temps a aussi une valeur objective, une valeur scientifique, qui résulte en quelque sorte d’un affinement de la notion de temps psychologique. Tout être, toute chose non immuable, tout, phénomène non' réductible à l’état de repos, toute grandeur non constante est. en fait une fonction du temps. Mesurer le temps grâce à un phénomène quelconque postule la connaissance de la loi qui régit ce phénomène, en fonction du temps. Lue mesure relativement simple ne peut, qu’utiliser soit un phénomène périodique, soit un phénomène fonction continue du temps. Une nouvelle difficulté réside dans le choix de tels phénomènes de base puisque rien ne permet, en l’absence d’autres procédés de mesure plus surs, de vérifier si l’hv-
- Fig-. 1.
- pothèse faite est exacte, ou du moins acceptable au degré de précision désiré.
- 2. Les premières divisions du temps.
- Les civilisations naissantes reconnurent très vite la nécessité d’avoir des procédés de plus en plus affinés de mesure du temps. La vie physiologique de l’homme et sa vie en société requièrent en effet une appréciation plus ou moins précise des
- temps écoulés et des durées à prévoir pour l’accomplissement. d’actions ou de travaux déterminés. II est vrai que le mouvement de la terre sur elle-même, son mouvement autour du soleil et le mouvement de la lune autour de la terre, engendrant la succession ininterrompue des jours et des nuits, des saisons, et des lunaisons, créaient de ce fait un cadre temporel servant de guide à la succession des activités humaines et éminemment propre à servir de base anx mesures primitives de temps.
- Le jour naturel, intervalle de temps entre le lever et le coucher du soleil ou entre l'aube et le ei’épuscule, et la nuit, son complément, constituaient en quelque sorte d’une part la période d’activité, d’autre part, la période de repos. Aussi, ne faut-il pas s’étonner que toutes les civilisations primitives les avaient pris comme unité de temps, alors qu’en fait, sous notre latitude par exemple, la durée 1 du jour naturel varie du simple au double de décembre à juin, la durée de la nuit variant en raison inverse. Les différentes phases du jour et de la nuit, désignées par des expressions souvent imagées, étaient distinguées les Unes des autres par des procédés très impi’écis. Ainsi, dans leur vie courante, les Romains distinguaient encore le point du jour (dUuculum), le matin (marie), le midi (ad meridiem), le milieu du jour QnerkV.es), l'après-midi (de meri-die), le coucher du soleil (suprema), le soir (vespera), le crépuscule (crepusculum), la première torche (prima fax), la nuit, avancée (concubhirn), la nuit profonde (intempesia nox), le. milieu de la nuit (media nox), le chant du coq (gallicinium).
- La nécessité d’avoir des divisions plus précises du jour et de la nuit était néanmoins apparue beaucoup plus tôt. Les Sumériens commencèrent ainsi à distinguer 3 veilles de jour et 3 veilles de nuit tandis que les Égyptiens utilisaient 12 h de jour et 12 h de nuit. Le fait que les durées de ces heures de jour et de ces heures de nuit variaient sans cesse au cours de l’année en ne s’égalant qu’au moment des équinoxes ne les conduisit pas à chercher un système meilleur. Et après avoir persisté jusqu’à la fin de l’Empire antique d’Égypte, ce système se répandit dans le monde grec et dans le monde
- Mécanisme d’horloge du Moyen Age.
- (Hislory of Science)
- p.41 - vue 45/406
-
-
-
- latin où, sous le nom d’ cc heures temporaires », il réglait une partie de la vie couranie et de la vie publique concurremment avec l’ancien système imprécis déjà cité. Au xve siècle encore, cet usage persistait même dans la rédaction de certaines tables astronomiques et les « orlogeurs » des cathédrales devaient, matin' et soir, régler les mécanismes de leurs horloges afin de diviser le jour puis la nuit en douze parties approximativement égales. L’abandon de cet usage date du moment où le perfectionnement et. la plus grande diffusion des horloges fit que ce furent elles et non plus le soleil seul qui imposèrent leur loi.
- 3. Premiers perfectionnements.
- Cette révolution avait d’ailleurs été accomplie depuis longtemps pour les usages de l’astronomie par les fondateurs de celle science : les Sumériens. La régularité des phénomènes célestes les plus courants, l’étrangeté et le caractère grandiose de certains autres : éclipses, apparitions de comètes, le caractère tanlôt bienfaisant, tantôt destructeur des phénomènes météorologiques ont été pour les hommes primilifs la source d’émotions profondes. L’astrologie n’est qu’une des réactions du caractère mystique des hommes primilifs devant l’existence de ees forces en' apparence mystérieuses. Sa naissance semble coïncider avec les débuts de la civilisation sumérienne. Quelque ridicules que nous apparaissent les fondements de cette superstition,' « la plus longue maladie qui ait affligé la raison », disait déjà Bailly à la fin du xvme siècle, sa création même annonçait la naissance de l’astronomie d’observation. C’est, ainsi que, désireux de donner quelque précision à leurs observations astronomiques et d’envisager la prévision de divers phénomènes liés au mouvement des astres, les Sumériens s’efforcèrent de perfectionner leurs méthodes d’observation et corrélativement d’améliorer leurs procédés de mesure du temps par le choix d’unités plus uniformes. Ils constatèrent très tôt que l’ensemble d’un jour et de la nuit correspondante (nyc-h-thémère des Grecs) varie beaucoup moins au cours de l’année que chacune de ses parties. Ils le prirent donc pour les besoins astronomiques comme étalon fondamental de temps, le divisèrent en 12 parties égales ou danna, chaque danna étant lui-même divisé en 3o parties égales (ges). Chaque danna équivalait ainsi très approximativement à deux de nos heures, chaque ges à quatre de nos minutes et le jour se trouvait divisé en 36o parties égales. Plus tard, le ges, fut à son tour partagé en 60 parties ou gar, équivalentes à 4 s. Le système ainsi instauré pour les mesures atronomiques de temps eût été excellent, si l’origine du nychtémère n’avait été pendant longtemps fixée au coucher du soleil, instant difficile à déterminer de façon précise et variable au cours de l’année. L’astronome Ki-dinnu, contemporain des derniers souverains Achéménides réalisa un grand progrès et supprima la majeure partie de l’irrégularité encore existante, en utilisant un jour astronomique débutant non plus au coucher du soleil mais à minuit et dont le milieu coïncidait avec le passage du soleil au méridien (midi vrai).
- C’était là, à l’origine près, le jour solaire vrai dont la longueur ne varie au maximum que de 48 s au cours de l’année, l’irrégularité dans la position de son’ origine (équation du temps) demeurant toujours inférieure à 17 mn.
- Les Grecs qui, ainsi que nous l’avons vu, adoptèrent pour les usages courants les heures égyptiennes (heures temporelles), adoptèrent en astronomie le système savant sumérien, mais en faisant débuter le nychthcmère à midi et en le divisant en a4 h égales (heures dites « équinoxiales » car les heures « temporelles » leur sont égales au moment des équinoxes).
- 4. Mesures d'angles et d'arcs.
- Ainsi que nous le verrons, notre mesure actuelle du temps dérive de la méthode sumérienne, à quelques Aariantcs près, les unes destinées à améliorer l’exactitude de la définition des unités, les autres purement arbitraires (la division du jour en 24 h au lieu de 12 et celle de l’heure en 60 parties au lieu de 00). Si les premières de ces modifications sont tout à fait justifiées, les deux dernières, introduites par les Grecs, sont assez fâcheuses. Elles ont en effet rompu l’harmonie parfaite que les Sumériens avaient su introduire entre les mesures de temps et celles d’angles ou d’arcs, harmonie qu’il eût été important de conserver pour les besoins de l’astronomie.
- La drvision sumérienne du cercle en 060 degrés et du degré en 60 mn est en effet sortie de leur division du jour en 36o ges et du ges en 60 gar. Ce fait est très normal puisque le temps est mesuré par le mouvement de rotation de la terre ou plutôt par le mouvement de rotation apparente de la sphère céleste et qu’il était donc naturel d’utiliser les mômes unités dans la mesure du temps et dans celle des arcs décrits par les étoiles lors de leur mouvement apparent de réA'olution autour de l’axe du monde puis d’étendre cela à la mesure des arcs d’un cercle quelconque et, par l’intermédiaire des angles au centre correspondants, à cefie des angles. Ainsi, les Sumériens réussirent à harmoniser à la fois leurs unités d’angles et d’arcs avec celles de temps et. a\rec leur numération savante sexagésimale prouvant la valeur de leur science. C’est là un suçcès et nous devons d’autant plus leur en accorder le mérite qu’au-jourd’liui, nos systèmes d’unités correspondants ont rompu ces
- diverses harmonies et sont, en ce sens inférieurs à ceux qu’avaient conçus les Sumériens.
- Il est assez curieux que les Grecs qui, dans leurs calculs astronomiques, adoptèrent les mesures sumériennes d’angles et d’arcs généralisèrent l’emploi des fractions sexagésimales aux mesures de longueurs, ce qui ne se justifiait nullement puisqu’ils utilisaient par ailleurs la numération décimale. Cette coutume, limitée aux calculs astronomiques, subsista jusqu’à la fin du Moyen Age, n’apportant qu’une complication supplémentaire à un système frac-Uionnaire déjà trop compliqué. Il faudra attendre i585 pour voir introduire par Ste-vin les fractions décimales qui, dans notre numération, sont l’équiAalent des fractions babyloniennes et attendre 1795 pour Aroir le système
- Fig. 2. — Cadran solaire de B. Scott.
- (Conservatoire national des Arts et Métiers).
- p.42 - vue 46/406
-
-
-
- 43
- métrologique s’adapter, sauf pour les mesures d’angles et de temps, au caractère décimal de notre numération.
- 5. Définitions modernes du temps.
- L’emploi simultané des heures temporaires et des heures équinoxiales compliqua longtemps les mesures en nécessitant des conversions délicates. À partir du xvnc siècle, l’usage des heures équinoxiales se répand de plus en plus dans la vie courante, où il persiste jusqu’à une date assez récente. A Paris, en particulier, la détonation d’un petit canon situé au Palais Royal signalait, en cas de beau temps, le passage du Soleil au méridien et permettait le réglage de toutes les horloges à midi vrai. Cette heure solaire présentait néanmoins quelques inconvénients : d’une part le fait que l’unité de temps ainsi définie ive l’était pas de façon parfaite, l’équation du temps introduisant une irrégularité atteignant plus de 16 mn à une certaine époque de l’année et dépassant de loin l’erreur de marche, des horloges astronomiques, d’autre part le fait què chaque méridien possédait ainsi son heure, ce qui rendait les comparaisons assez délicates. La première réforme a consisté à définir un jour moyen par la moyenne arithmétique d’un' très grand nombre de jours vrais puis à substituer, pour l’établissement de l’heure, au soleil vrai un astre fictif : le soleil moyen, rencontrant le soleil vrai en certains points bien déterminés et. se déplaçant de façon uniforme par rapport au temps sur le grand cercle équatorial.
- Ainsi, ce soleil fictif définit un temps « moyen » crui doit correspondre exactement au temps scientifique. Sa durée, jour solaire moyen, est divisée en 24 h, chaque heure en Co mn, chaque minute en Oo s; on obtient ainsi les unités de temps utilisées couramment, la seconde étant divisée suivant l’échelle décimale. La seconde difficulté à résoudre était d’introduire une certaine uniformité dans les heures des différentes villes d’un même pays et de faciliter les comparaisons rendues de plus en plus nécessaires, en particulier par l’extension des moyens de transports internationaux entre les heures des différents pays. Pour la France, une heure légale unique fut fixée pour la première fois le i4 mars 1891 : l’heure du temps moyen de Paris. Des mesures analogues ayant été prises dans différents pays, il restait à coordonner leur ensemble sur le plan international. Ceci fut réalisé par la convention des fuseaux horaires qui, prenant pour méridien origine le méridien de Greenwich, divisait la Terre en 24 fuseaux horaires couvrant chacun x5° de longitude. En principe, chaque fuseau est doté d’une heure unique qui, étant l’heure de temps moyen correspondant à son méridien médian, diffère de l’heure de Greenwich d’un' nombre entier d’heures. En fait, si cette règle est employée telle quelle sur mer, la division des continents en
- Fig. 3. — Cadran solaire cubique.
- (Conservatoire national des 'Arts et Métiers).
- Etats a conduit chacun d’entre eux à adopter une heure unique qui est celle du fuseau qui contient sa capitale. Seuls, les États qui, comme les Etats-Unis et la Russie, s’étendent sur plusieurs fuseaux ont dû adopter plusieurs heures différentes. Paris se trouvant dans le fuseau de Greenwich (sa longitude est de 2°2o/ à l’Est de Greenwich), la France a, depuis le 9 mars 1911, adopté l’heure du fuseau horaire de base qui retarde de 9 mn 21 s sur l’heure adoptée en 1891 sur le méridien de Paris. J ’ai laissé en dehors de cette étude le problème du calendrier car il nous aurait entraîné dans des développements trop étendus et au fond, en métrologie, le jour étant bien défini, seule la mesure des fractions de jour présente une difficulté, le repérage d’un nombre entier de jours pouvant aisément se faire en l’absence de tout calendrier par un simple numérotage.
- Il me faut encore signaler, à cause de son importance en astronomie, la définition du temps sidéral. Nous avons vu précédemment que la mesure du temps était en relation étroite avec le mouvement apparent de rotation de la sphère céleste autour de l’axe du monde. Or, le soleil, dont le mouvement de rotation apparent nous sert à déterminer le jour solaire vrai et le jour solaire moyen ou jour civil, n’est pas lié invariablement à la sphère céleste puisqu’en une année tropique (365, 24 220 jours) il parcourt sur cette sphère le grand cercle de l’écliptique. En fait, la durée du mouvement de rotation de la sphère étoilée, assez facile à déterminer (en repérant par exemple les passages successifs d’une étoile dans le plan méri- ' dieu ou en faisant la même opération pour une série d’étoiles aux coordonnées bien connues : étoiles fondamentales), est d’environ 4 mn inférieure à la durée du jour civil. Cette différence est facile à calculer puisqu’en une année tropique, le soleil fait 365, 24 220 tours autour de la Terre, alors que la sphère céleste en fait un de plus soit 366, 24 220. Ce mouvement de rotation de la sphère céleste est pratiquement uniforme; néanmoins, on note un raccourcissement de l’année tropique d’environ 5 s par millénaire et de plus, freiné par le frottement des marées, le mouvement de rotation de la terre se ralentit actuellement d’environ 1/100 de seconde par siècle. Ces effets, pratiquement insensibles sur la détermination de l’unité de temps,
- sont assez importants pour que les astronomes en tiennent compte dans
- Fig. 4. — Anneau astronomique garni de plusieurs cadrans, par Blondeau.
- (Conservatoire national des Arts et Métiers).
- leurs calculs.
- 6. Les instruments de mesures du temps.
- Les hommes primitifs se bornaient à évaluer les heures d’après l’éclat du jour, la grandeur et la direction des ombres des ar-,bres. Les perfectionnements tout à fait remarquables introduits par les Sumériens et les babyloniens dans la mesure du temps ne pouvaient prendre leur sens que si des instruments suffisamment précis permettaient de les
- p.43 - vue 47/406
-
-
-
- mettre en pi’atiquc. Le premier instrument scientifique pour la mesure du temps fut le gnomon, sorte de piquet vertical planté en terre qui donnait l’heure par la direction et la longueur de son ombre, mais comme ces deux éléments varient pour une même heure, au cours de l’année, l’interprétation de l’observation était assez délicate. Néanmoins le minimum de la longueur de l’ombre du gnomon au cours de la journée donnait le midi vrai et son minimum absolu définissait le début de l’année. Un perfectionnement considérable fut introduit en' rendant le style pai’allèle à l’axe du monde, car la direction de l’ombre à une heure donnée est alors invariable, ce qui permet de tracer une graduation permanente.
- Ces instruments : les cadrans solaires, continuèrent à cire utilisés avec divers perfectionnements jusqu’au moment où la grande diffusion des horloges en diminua beaucoup l’intérêt. Un autre instrument spécifiquement sumérien ou babylonien est le polos, demi-sphère en creux, image renversée de la voûte du ciel sur laquelle la pointe d’un style placée en s'on centre donne par son ombre l’image exacte du soleil sur la voûte céleste. En dehors de la détermination de l’heure, ce polos servait également à différentes mesures astronomiques. Pour obtenir plus de précision et pour mesurer des durées pendant la nuit ou par temps couvert, il était nécessaire de recourir à d’autres phénomènes crue le mouvement solaire. Pour la mesure de courts intervalles de temps, le sablier fut. utilisé depuis une très haute antiquité : son principe est qu’une même quantité de sable met toujours le môme temps pour traverser un conduit étroit. La clepsydre est une sorte de sablier à eau; le niveau de l’eau dans le réservoir supérieur étant maintenu invariable, le débit du conduit est constant et le récipient inférieur, cylindrique, peut être gradué en unités de temps.. Les clepsydres, employées depuis le deuxième millénaire avant notre ère par divers peuples du Proche-Orient, furent utilisées jusqu’au xvne siècle. Mais, des perfectionnements considérables leur avaient été apportés : aiguille mobile devant un cadran gradué, mécanismes divers, personnages animés, substitution au modèle initial de clepsydres à bambous, etc. C’est ainsi que la célèbre clepsydre en'voyée en 807 par le calife de Bagdad Haroun-al-Raschid à Charlemagne était divisée en 12 parties, comportait 12 boules marquant par leur chute les différentes heures et portait un certain nombre de pei'-sonnages animés. Nous citerons encore, pour mémoire, les chandelles graduées en heures utilisées au Moyen Age.
- Au cours du xm" siècle, apparaît un nouveau type d’horloge destiné à supplanter progressivement les cadrans solaires et les clepsydres : les horloges mécaniques. On trouve dans le tome III de VIntroduction io the History of Science de M. George Sarton une analyse tr'ès précise des divers documents relatant l’existence d’horloges mécaniques. Nous y renvoyons tous ceux qu’intéresserait une étude détaillée de cette question.
- L’invention de l’échappement dit « à foliot et roue de rencontre a, est en fait ce qui permit, en modérant et régularisant la xdtes.se de chute du1 poids moteur, d’utiliser ce dernier phénomène à l’entraînement des aiguilles de l’horloge. L’échappement à roue de rencontre est un ensemble mécanique mobile
- autour d’un axe vertical et qui agit sur des tenons situés à la périphérie d’un roue motrice à axe vertical entraînée par le poids moteur. Cette action introduit dans le mouvement de la roue des discontinuités qui, si l’ensemble est bien mis au point, sont périodiques et régularisent le mouvement moyen. Mais, toute modification au réglage initial entraîne des irrégularités de marche considérables. Ces mécanismes furent à l'origine réalisés de façon assez grossière et n’avaient aucune précision. Aussi, n’en faisait-on que de grande taille destinés aux cathédrales et un horloger devait demeurer sans cesse à côté d’eux pour en parfaire le réglage et, remonter les poids.
- est vrai que, comme nous l’avons signalé, on les utilisa assez fréquemment, au début du moins, pour donner les heures temporaires et ceci, tout en compliquant la manœuvre, rendait superflue une trop grande précision. L’une des plus célèbres parmi ces premières horloges est celle que le roi Charles V fit, installer en 1079 par l’horloger allemand De Vick dans son palais de l’Hôtel Saint-Paul; elle utilisait deux poids énormes, l’un de 5oo livres pour l’entretien du mouvement, l’autre de 1 5oo livres pour la sonnerie. Cette horloge possédait une seule aiguille tandis que d’autres utilisaient un cadran mobile devant un index fixe. M. G. Sarton signale également, en particulier, une horloge construite en 1819 sur un pont à Caen et qui portait l’inscription suivante :
- « Puisque la ville me loge Sur ce pont pour servir d’orloge .Te ferai les heures ouir Pour le commun peuple réjouir. »
- Au XVe siècle, les constructeurs réussirent à fabriquer des horloges plus petites destinées à orner le cabinet des grands personnages, puis, vers la fin du siècle, grâce au remplacement du poids moteur par un ressort, apparurent les premières horloges portatives, les ancêtres de nos montres, mécanismes précieux que les gens fortunés portaient soit suspendus à leur cou, soit enchâssés au paumeau de leur bague, ou en boucles d’oreilles. lluyghens réalisa deux progrès considérables en construisant, en 1667, la première horloge munie d’un balancier pendulaire et en inventant., en 167b, le spiral réglant qui, associé à un balancier circulaire et à un ressort, permet de réaliser des montres aussi précises que les pendules.,Ces dernières reçurent d’ailleurs à cette même époque un nouvel et important perfectionnement : le remplacement de l’ancien échappement à roue de rencontre par l’échappement à ancre dans lequel le mouvement se fait dans un plan vertical et qui, fonctionnant avec de faibles amplitudes, permet d’obtenir l’isochronisme des oscillations nécessaire à une bonne marche. Aussi, dès la lin du xvne siècle, les horloges sont-elles trop précises pour s’accommoder, non seulement des heures temporaires, mais encore du temps solaire vrai, leurs irrégularités étant inférieures à l’équation du temps. Le problème de la détermination des longitudes sur mer nécessitait l’emploi de chronomètres très précis et, au xvme siècle, pour augmenter la sécurité des'voyages maritimes, des prix furent offerts aux constructeurs qui apporteraient d’importants perfectionnements aux chronomètres existants. C’est ainsi qu’en
- p.44 - vue 48/406
-
-
-
- 45
- 1714, le gouvernement anglais offrit un prix de 20 000 livres sterling à qui construirait un chronomètre permettant de déterminer, à moins d’un demi-degré près, la longitude tout au long, d’un voyage aller et retour en Amérique. L’Anglais Harrisson gagna cette prime en 1761, son chronomètre étant rentré d’un voyage de 5 mois à la Jamaïque après avoir assuré la longitude à 18 milles près et en n’ayant Varié que de 1 mn 54 s.
- Depuis lors, on peut dire que l’horlogerie est entrée dans l’èrc de la précision. Parmi les innovations les plus intéressantes, nous noterons le réglage de l’isochronisme des ressorts spirals, l’établissement de la théorie des courbes terminales (i85i), l’emploi des aciers au nickel (1897), la mise au point du remontage électrique et l’élimination progressive de toutes les causes de dérèglement possibles, l’étude précise de l’équation du mouvement. La comparaison entre les heures fournies par les pendules des principaux' observatoires du monde réalisée par le Bureau international de l'heure est un' sujet plus technique qu’historique. Aussi le délaisseronsmous, de même d’ailleurs
- que l’étude des chronograph.es modernes qui mesurent des temps très courts avec une erreur inférieure à une microseconde.
- René Taton.
- Bidliocrapiiie
- Conservatoire national des Arts et Métiers. —• Catalogue du musée :
- Section JB, Horlogerie. Paris, 1949.
- P. CouDEnc. — Le calendrier. Paris, P. U. F-, 1946.
- L. Defossez. — Les savants du XVIIe siècle et la mesure du temps. Lausanne, 1946.
- R. T. Goulu. — The Marine Chronomeler, ils Ilistory and Development. Londres, 1935.
- J. Cranter. — La mesure du temps. Paris, P. U. F., 1943.
- J. Gramer. — Horloges électriques. Paris, Dunod, 1935.
- P. Mesnaoe. — Esquisse d’une histoire de la montre. Annales de Franche-Comté, 1947.
- Ricard. — La Gnomoni.que ou l’art de faire des cadrans. Paris, 1746.
- G. Sartox. — Introduction io the Hislory of Science, t. lit. Washington, 194S.
- Tardy. — Bibliographie générale de la mesure du temps. Ëd. de La France Horlogèrc, 1947.
- Les poissons
- La guerre a des effets dans tous les domaines : la mer, les pèches n’y échappent pas.
- En principe, le problème peut être posé très simplement. Étant donnée, dans une certaine mer, une population de poissons qui croît en taille et en nombre selon son rythme biologique propre et les conditions du milieu, et un certain nombre de bateaux do pêche qui puisent dans ce stock, à quelle cadence ceux-ci doivent-ils travailler, eom-b i e n peuvent-ils être, comment doivent-ils pêcher pour ne pas entamer la population, diminuer progressivement leurs prises en nombre et en pouls et finalement ruiner leur industrie ? Et si la guerre réduit pendant quelques années leur nombre et leur activité, trouve-t-on, la paix revenue, des poissons plus gros, plus nombreux, indiquant qu’en temps normal on n’avait pas obtenu le rendement maximum, que la pêche était trop intensive, qu’il aurait fallu la réglementer.
- Nulle part, cette question ne se pose d’une manière plus aiguë que dans les mers bordières de l’Europe occidentale, et particulièrement dans la Mer du Nord où la pêche industrielle est pratiquée par de très nombreux chalutiers de nations différentes, disposant des engins les plus perfectionnés.
- Déjà, la guerre de 1914, avec tous les champs de mines tendus entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, les réquisitions de chalutiers, la mobilisation des marins, avait ralenti la pêche pendant plusieurs années et l’on admira, quand elle put reprendre, des prises presque miraculeuses de poissons plus nombreux et plus grands. Mais cela ne dura pas ; en peu de temps, on revint
- et la guerre
- aux rendements d’avant-guerre, sinon plus bas, à tel point qu’on proposa de réunir des conférences internationales pour s’entendre sur une réglementation des grandeurs des mailles des filets, des réductions du nombre des chalutiers et de leur temps de travail, Le sujet était difficile, étant donné que la mer est le bien de tous et de personne, que les intérêts nationaux sont divergents autant que leurs politiques, et que les chalutiers sont devenus des usines flottantes qui ne couvrent leurs frais que par un travail de plus en plus intensif. La seconde guerre survint avant qu’un accord complet soit intervenu et les mêmes dangers, les mêmes difficultés qu’en 1914 reparurent, encore aggravés. La moitié de la Mer du Nord fut interdite à la pêche (fig. 1) ; les sorties en mer furent limitées dans le temps ; beaucoup de chalutiers furent requis pour d’autres besognes. Le malheur des hommes fit le bonheur des poissons sur les fonds où ils prospérèrent et s’accrurent.
- Les hostilités terminées, on se hâta de draguer les mines, et la pêche reprit peu à peu à mesure que les chalutiers restants étaient rendus à leurs armateurs. Cette fois encore, on fit durant quelque temps des pêches merveilleuses.
- Le Conseil permanent international pour l’exploration de la mer décida, dès 194G, de tenir une réunion où des représentants des différents pays de l’Europe septentrionale présenteraient leurs observations sur les variations des stocks de poissons comestibles. Celle-ci s’est tenue à la fin do 1947 et les données ainsi rassemblées ont été publiées à la fin de l’an dernier (*).
- Le Norvégien T. RoHefsen a signalé que la pêche des morues dans l’Arctique, notamment dans la Mer de Barents, avait cessé dès le début de la guerre. Aux Lofoden, les prises avaient fortement diminué et elles ont largement repris dès 1946-1947. Mais ces variations peuvent avoir d’autres causes que l’action de l’horame : on en connaît de très grandes dues aux conditions hydrologiques et météorologiques annuelles ; d’autres fluctuations d’une période de 3 à o ans et de 20 ans tiennent à ce que les morues croissent et ne se reproduisent qu’au bout d’une dizaine d’années. La guerre a écla té dans une période prospère où les pêches s'intensifiaient et le stock'croissait, on a peut-être seulement retrouvé les conditions favorables antérieures.
- Par contre, dans la Mer du Nord, tous les rapports sont plus concluants. Le Suédois Mollandor estime que la population
- 1. The elïect of the war on tlic stocks of commercial food flshes: Contributions to spécial scientific meetings, 1947. Bapports et procès-verbaux des réunions du Conseil, vol. 122, Copenhague, 1948.
- Fig. 1. — Les zones de la Mer du Nord interdites à la pêche en novembre 194S.
- Fig. 1. — Les zones de la Mer du Nord interdites à la pêche en novembre 194S.
- p.45 - vue 49/406
-
-
-
- des lingues (Molva mol va) a quadruplé, le Danois Jensen que celle des morues et des églefins a triplé, le Hollandais Ba'erends que tous les poissons ont triplé de nombre et augmenté de poids ; les Anglais Margetts et Holt signalent que les plies ont triplé de poids, doublé de nombre et que l’âge des poissons pêchés a augmenté (fig,. 2). L'Écossais Parrish déclare que les églefins sont devenus 4 à o fois plus nombreux et qu’ils sont plus grands et plus âgés.
- La France était représentée à cette réunion par M. Letacon-noux, de l’Office des Pêches, qui a présenté ses observations faites à La Rochelle. Le tonnage des poissons apportés par les chalutiers rochelais a considérablement augmenté en 1946 par rapport à 193S-1939 ; les merlus sont devenus 2,4 fois plus nombreux. Presque toutes les espèces ont crû de même sauf la baudroie et le tacaud.
- A tous ces résultats concordants,' on peut comparer ceux qui se dégagent d’une étude parallèle entreprise par le Conseil des recherches scientifiques et industrielles d’Australie 0). Là aqssi, les chalutiers furent réquisitionnés dès le début de la guerre, puis les semeurs plus petits quand le Japon devint menaçant, si bien que la pêche industrielle fut à peu près interrompue. Elle replût intensive en 1945 et cependant les apports ne dépassèrent pas ceux des bonnes années d’avant-guerre. Le rapport établi par Fairbridge en conclut que l’arrêt temporaire des prises n’a d’effet que lorsque la pêche était auparavant excessive, en permettant la reconstitution du stock, mais il s’agit en Australie
- 1. W. S. Fairbridge. The effect of the war on the East Australian Trawl Fishery. Journ. of the Council for scientific and industrial Research, vol. 21, 1948, pp. 75-98.
- d’un océan très largement ouvert et non d’une mer limitée comme la Mer du Nord ; les espèces ne sont pas les mêmes et la plus importante économiquement, le Noplatycephalus macrodon est en très forte diminution temporaire.
- Lés conclusions à tirer de tout cela pour la réglementation de la pêche en haute mer et les ententes à intervenir entre États ne sont donc pas encore très évidentes.
- René Merle.
- Fig. 2. — Les apports d’un chalutier de Grimsby après un voyage de huit jours, avant et après la guerre.
- Marronniers fleuris en automne.
- Chaque année, vers la fin de l’été, les journaux signalent quel- exceptionnel. Si nous lavons photographié à Mezel (Puy-de-Dôme), ques arbustes qui retrouvent leurs fleurs printanières, mais il a été signalé dans toute la Limagne d’Auvergne en même temps
- ce phénomène n’a jamais grande ampleur. Il se .borne le plus que des lilas, des cerisiers et des vignes en fleurs.
- souvent à quelques lilas dont la floraison assez vite.
- L’automne dernier par contre, à la suite de la sécheresse prolongée que nous venons de subir, on a pu voir dans tout le Massif Central de nombreux arbres retrouver une floraison abondante c1).
- Les Marronniers en particulier qui fleurissent normalement en mai ont revêtu leur parure dé fleurs blanches pour une deuxième fois, d’octobre à novembre.
- Et, spectacle peu banal, on pouvait observer sur un même arbre des fleurs et des pousses nouvelles voisinant avec des fruits prêts à tomber.
- Ce phénomène curieux n’a pas été
- 1. La deuxième floraison d’automne a été observée dans de nombreuses régions, à l’automne de 1949. Les arbres fruitiers, déjà en fruits, aux feuillages desséchés ou tombés, refirent après les pluies de septembre de nouvelles pousses, puis des rameaux floraux. Le même fait avait été constaté l’année précédente, sur la côté sud de Bretagne, après la tempête du 8 août 1948 qui avait saccagé les vergers et flétri les feuilles des arbres (N.D.L.R.).
- éphémère disparaît II semble bien que
- Fig. 1. — Marronnier portant des fleurs et des fruits en octobre, à Mezel (Puy-de-Dôme).
- l’on puisse rapprocher ces faits des diverses techniques de forçage et de stimulation qui consistent à faire produire aux végétaux des fleurs et des fruits à contre-saison.
- Dans la plupart des cas, on stimule les plantes en les exposant un certain temps à un froid artificiel remplaçant le repos hivernal indispensable à la vie des végétaux.
- On peut se demander si le repos naturel ou artificiel et la sécheresse prolongée n’agissent pas de façon analogue. L’action du froid provoque aussi une véritable sécheresse, l’eau sous forme do glace n’étant plus utilisée par la plante.
- Nous savons d’autre part que la croissance des végétaux est sous la dépendance de facteurs biologiques : les auxi-nes ou hormones végétales ; la floraison elle-même dépend aussi de substances chimiques encore peu connues, les hormones de floraison.
- Sécheresse et froid ne créent-ils pas des conditions propices à l’élaboration des divers facteurs excitant la floraison ?
- A. Rudel.
- p.46 - vue 50/406
-
-
-
- 47
- Quelques aspects du Labrador
- Parmi les contrées encore mal connues du globe, l’immense péninsule du Labrador occupe une place de choix. Ce territoire hostile et désolé, monotone, au climat rude, demeure à peu près vide d’humanité et relève encore du domaine de l’exploration. Celte partie du Nouveau Monde, découverte par les navigateurs Scandinaves dès l’an 1000 environ, et qu’ils nommèrent Marklancl, demeure aujourd’hui la plus mal connue de toute l’Amérique du Nord. A quelques centaines de kilomètres au nord de la ville de Québec s'étendent des espaces inhabités à peu près aussi ignorés que ceux du. centre de l’Amazonie.
- Une façade côtière stérile et 'rébarbative, semée d’écueils, défendue par des glaces et des .brumes pendant la plus grande partie de l’année, a longtemps suffi à interdire à peu près complètement l’accès de l’intérieur.
- La latitude n’explique pas l’âpreté du Labrador. En effet, entre 5o° et 6o° de latitude Nord (les parallèles e n t r e lesquels s'allonge ce vaste pro-montaire de plus d’un million et demi de km2, terminant au nord-est le continent. américain) l’Europe compte plusieurs de ses grandes capitales, ses plus fortes densités de population et des terres agricoles extrêmement productives. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, des courants marins froids, un afflux d’air polaire glacial se propageant vers le sud-est le long de la côte, et une topographie ingrate, héritage de la calotte de glace quaternaire qui semble disparue d’hier en laissant le pays privé de sol, couvert de moraines stériles et noyé de lacs, concourent à faire du Labrador une terre désolée et s’opposent à sa mise en valeur.
- Nulle part, sauf au Kamtchatka, l’Arctique ne dépasse aussi délibérément son propre domaine pour empiéter sur la zone tempérée et lui conférer une physionomie si franchement boréale. Nulle part non plus, la limite septentrionale de la forêt ne se trouve refoulée aussi loin vers le Sud, au point qu’une grande partie du territoire est occupée par la toundra (fig. 2).
- Statut politique. — Deux, provinces canadiennes se parta-. gent le Labrador. Terre-Neuve en possède la, partie orientale, qui se nomme officiellement Côte du Labrador et comprend les bassins fluviaux du versant atlantique jusqu’à l’anse de Blanc-
- Sablon au Sud, s’avançant de là vers l’Ouest jusqu’à la rivière Romaine en suivant approximativement le 52e parallèle. Le reste de la péninsule dépend de la province de Québec, qui se refuse d’ailleurs à admettre la ligne de démarcation fixée par une décision du Conseil Privé de Londres en 1927.
- Alors que la section méridionale de la partie québécoise, connue sous le nom de Côte Nord (du golfe du Saint-Laurent), appartient depuis longtemps à celle province, tout le nord, au
- delà du cours de la rivière Eastmain, forme le Nouveau Québec qui correspond à l’ancien District d'Ungava, placé jusqu’en 1912 sous la juridiction des Territoires du Nord-Ouest, dont continuent à dépendre directement toutes les côtières du Nouveau Québec.
- Caractères physi=
- ques. — Le Labrador est dans l’ensemble un vaste plateau lacustre doucement ondulé (lig. 3) d’élévation inégale mais peu accentuée, où se hissent en divers secteurs quelques massifs montagneux au profil le plus souvent très adouci et d’altitude relativement modeste. Ayant environ 260 m dans sa partie sud-est, la surface du plateau se relève régulièrement vers le nord-ouest, atteignant de 55o à Goo m d’altitude sous le parallèle de Nain, 1 200 m aux Torngat et 4 00 m près du cap Chidlcy. Le centre de la péninsule est occupé par une très vaste région, s’étendant sur près de 5oo km, dont l’altitude moyenne est comprise entre 5oo et Goo m. C’est le Plateau Central du Labrador (fig. 4) doucement incliné vers le nord où prennent naissance de nombreux cours d’eau qui s’en écartent en divergeant. Vers l’est, la rivière Naskopi et l’Hamil-ton, la plus considérable du Labrador, célèbre {jar sa grande chute, se jettent dans le lac Melville, ce grand bras de mer s’avançant d’au moins 200 km dans l’intérieur des terres. Au sud, la Natasliquan, la Moïsie, la Manicouagan et une foule d’autres de moindre importance s’écoulent vers l’estuaire du Saint-Laurent, tandis qu’à l’ouest la Rupert, l’Eastmain, la Grande Rivière, etc... sont tributaires de la baie James, prolongement, méridional de la baie d’Iludson. Enfin, deux fleuves très importants : la rivière George et la Kaniapisk.au, cette dernière devenant la Koksoak une fois grossie des eaux de la Larcin, prennent la direction du nord et vont se perdre dans la baie
- ~C WolstenholmefX,
- e de B'àffin-
- rCap dopes Ad vance
- Akpatok
- a va
- Saqlek
- .Chimo
- U É\ B eNiC
- - À Grands ^
- GooseBay
- GOLFE=DU
- Sr LAURENT-
- Fig\ 1. — La péninsule du Labrador.
- p.47 - vue 51/406
-
-
-
- 48
- Fig. 2. — Tourbières et étangs dans la toundra du Labrador septentrional.
- d’Lngava, avancée marine rappelant en plus modcsle la baie d Hudson. Entre ces deux mers intérieures s’avance, de forme massive, la péninsule d’Lngava, très basse en général et se maintenant le plus souvent entre 120 et 200 m, mais se relevant progressivement vers le nord où elle atteint entre 45o et Ooo m le long du détroit d’Hudson, notamment près du cap Woltenholme, le point le plus septentrional du Labrador.
- Une ligne de partage des eaux sans le moindre relief et d’une extrême imprécision, comme le sont dans tout le Labrador les limites des divers bassins fluviaux, jalonnés de lacs innombrables ayant souvent deux issues, partage inégalement la péninsule d’LIngava (fig. 5) le versant de la baie d’Ungava étant, beaucoup plus développé que celui de la baie d’Hudson. Deux fleuves puissants : la Lcaf et la Payne (fig. G) coulent vers la première, mais la Kogaluk et la Povungnituk, tributaires de la seconde, ont un débit à peine moins considérable.
- Les cours d’eau cités ne sont pas les seuls et le Labrador en compte une foule d’autres, dont beaucoup ne sont que des enchaînements de lacs de toutes formes et de toutes dimensions, allant de simples étangs s’asséchant l’été à des nappes d’eau profondes et si vastes qu’elles s’étirent sur plus de 100 km et que d’une rive on n’en aperçoit souvent pas l’autre. Beaucoup de ces grands lacs ont des contours si capricieux et. sont tellement encombrés d’iles que ce sont de véritables labyrinthes dont il est difficile de deviner l’issue.
- Des lacs sans nombre parsèment tout le territoire et dans certains secteurs l’extension des eaux intérieures est telle qu’elles couvrent près de 00 pour xoo de la superficie.
- Cet immense réseau lacustre (fig. yj si complexe est le résultat de la complète désorganisation du système fluvial, tel qu’il existait à la fin du pliocène, époque où les fleuves du Labrador avaient à peu près atteint leur profil d’équilibre, par la grande glaciation pléistoeène et les barrages morainiques élevés un peu partout.
- Des parties plus montucuses se dressent çà et là sur la péné-
- plaine du Labrador. Au sud, une première ligne de relief, large de 4o km, approchant de 1 000 m, court suivant une direction est-ouest, parallèlement au Saint-Laurent et à 80 km au nord de celui-ci. Ces hauteurs ont reçu localement le nom de Montagnes Blanches. Elles sont, en fait, le prolongement oriental des Laurentidcs. Les cours d’eau venant du nord franchissent cet obstacle montagneux dans des vallées encaissées de près de 5oo m de profondeur.
- Entre la tète de l’un de ces cours d'eau, la Moïsie, et les sources de l’JIamillon, par 53° bord, un groupe de collines : les monts A\ apussakatoo, se haussent jusqu'à 880 m, dépassant d’environ 270 m le niveau moyen du plateau environnant. Beaucoup plus à l’ouest, mais à peu près à la même latitude, on trouve près des sources de la rivière Easlmain et du lac Nichikum, situé à 5aG m d’altitude, les monts Olish dont le plus haut sommet s’élève à 1 121 m.
- La partie médiane du Plateau Central présente des dénivellations qui sont localement assez marquées et dues à la résistance inégale des roches. Dans la région de Knob Lake, par 55° Nord, des rangées de collines formées de quartzites, orientées NW-SE, dominent de 200 à 000 m le plateau voisin. Plus au nord, le Plateau Central s’abaisse, mais il devient, en même temps plus accidenté et dans le bassin moyen de la Ivaniapiskau, des chaînons de 5oo m de haut séparent les vallées principales qui se trouvent elles-mêmes à peine à 100 m* au-dessus du niveau de la mer.
- Les reliefs les plus notables sont les monts Torngat, qui s'étendent non loin de l’extrémité nord-est de la péninsule et correspondent à la partie la plus fortement relevée de la pénéplaine du Labrador, entre les fjords de Saglek et de Nachvak. ils culminent à 1 5o5 m, dressant face à l’Atlantique de hautes murailles rocheuses abruptes où nichent seuls quelques petits glaciers, les seuls existant actuellement de tout le Labrador. Vers l'ouest, au contraire, le haut-plateau des Torngat s’abaisse doucement en direction de la baie d’Ungava.
- Les côtes de cette grande péninsule ont des aspects très différents et les plus accessibles sont celles du littoral atlantique, découpées de nombreux fjords dont plusieurs, s’insinuant parmi
- Fig. 3. —• Aspect typique du plateau lacustre dans la toundra du Nord du Labrador.
- p.48 - vue 52/406
-
-
-
- 40
- des parties élevées du plateau, aux parois escarpées, ont une physionomie grandiose. Â 1 ’oriest, au contraire, le rivage de la baie d’IIudson est beaucoup plus régulier, mais il est sans profondeur et, de ce fait, dangereux .pour la navigation, surtout dans la baie James où les baies sont encombrées d’alluvions. Ajoutons que tout le long de la baie d’Hudson, l'hydrographie est encore des plus sommaires.
- Les côtes rocheuses et généralement basses de la baie d’Un-gava sont particulièrement inhospitalières, du fait de l’amplitude considérable des marées, qui sont de 7 à 8 m et atteignent de 10 à ii,5o m d’après A. Forbes, au printemps, à l’embouchure de la Koksoak. A mer basse, des baies se vident entièrement et l’on voit apparaître sur de grandes distances des argiles glaciaires jonchées de blocs erratiques (fig. 8 et 9).
- Les grands fleuves qui convergent vers la baie d’tlngava se terminent par des estuaires où la marée se fait sentir sur une cinquantaine de kilomètres ou davantage, dormant lieu à de violents mascarets. S’ouvrant dans l’une des parties les plus basses du Labrador, ces estuaires sont sans beauté et n'évoquent en rien les fjords de la côte atlantique. Par contre, certaines découpures du détroit d’Hudson, Wakcham Bay notamment, sont des fjords typiques. Quant à la partie sud du Labrador, baignée par les eaux, du golfe du Saint-Laurent, libre de glace pendant plus longtemps, pourvue de baies assez abritées, elle est de beaucoup la plus accessible.
- Le Labrador subit depuis la disparition de la calotte de glace quaternaire un mouvement de surrection qui est encore loin d’avoir compensé l’affaissement provoqué par le poids de celle-ci, d’où la présence, à sa périphérie, d’une infinité de petites îles côtières qui en faisaient autrefois partie intégrante et témoignent de son ancienne extension. Ces îles sont parfois distribuées en archipels plus ou moins bien individualisées, comme les Mingan sur le golfe du Saint-Laurent, les îles Nasta-poka et Ilopevvell en baie d’Hudson, les-Gyrfalcon en baie d’Un-gava. Mais c’est certainement le long de la partie orientale de la péninsule que ces îles sont les plus nombreuses.
- Fig. 4. — Le camp de prospection du Burnt Creek sur le plateau central du Labrador (Photo Holliutjer Norlh Shore. Exploration C°, LUI.),
- Fig. 5. — Campement de l’expédition J. Rousseau-E. Aubert de la Rixe, août 1948, dans la vallée de la Payne au centre de la péninsule d’Ungava, Labrador.
- Le climat. — Y. Tanner, auteur d'une récente et très belle monographie du Labrador oriental Q), a clairement mis en évidence que les conditions météorologiques du Labrador sont déterminées par le conflit dé deux facteurs climatiques : i° un complexe continental des régions intérieures avec pluies d’été et hivers froids; 20 un complexe maritime de la bordure orientale, avec pluies d’automne et hivers doux. Le régime continental l’emporte sur toute la péninsule en hiver, alors qu’en été le climat maritime côtier exerce jusque dans l’intérieur une grande intluence. Un des traits caractéristiques de ce dernier type de climat est son extrême instabilité. La fréquence et la rapidité avec lesquelles le temps change en été dans tout le Labrador sont significatives.
- Plus on pénètre au cœur de la péninsule, plus les étés sont chauds et les hivers froids; plus grandes sont également les amplitudes thermiques qui atteignent leur maximum dans la moitié méridionale du territoire, où l’on peut noter des maxima de + 02° en juillet et des minima de — 5o° en hiver.
- Une autre constatation générale est que les précipitations atmosphériques diminuent régulièrement de l’est à l’ouest et du sud au nord, à mesure que l'on s’écarte davantage des masses d’air lièdes et humides de l’Atlantique. La côte atlantique reçoit un total annuel de 1 m de pluie dans sa partie sud-est et la moitié seulement au cap Chidley dans le nord-ouest. Dans l’intérieur, les précipitations atteignent au total 5o cm dans la zone méridionale forestière et guère plus de a5 cm par an dans la toundra du Nord. De la mi-septembre à la fin de mai, ces précipitations sont, de nature neigeuse, mais en raison de la violence du vent, la couche est extrêmement inégale. Elle peut, atteindre de 1 à i,5o m en forêt. L’épaisseur de la neige est encore plus irrégulière dans la toundra découverte, où le sol rocheux, balayé par les rafales, demeure souvent à nu sur de grandes surfaces.
- Le trait le plus caractéristique du climat du Labrador réside dans les températures anormalement basses pour la latitude. On considère d’habitude comme climat arctique- celui dont le mois le plus chaud ne dépasse pas io° de moyenne. Un tel climat règne sur le nord du Labrador puisque l’isotherme de io° en
- 1. Newfoundlund Labrador, 2 vol., Cambridge, 1947.
- p.49 - vue 53/406
-
-
-
- 50
- Fig. G. — Les côtes extrêmement basses de la baie d’UngaVa, à l’estuaire de la Payne.
- juillet le traverse suivant une ligne sinueuse qui suit de près le 67e parallèle,
- Le Labrador ne connaît que deux saisons : l’hiver et l’été. Dans l’ensemble du territoire, la température moyenne est supérieure à o° seulement pendant quatre mois, à l’exception cependant du sud-ouest, où cette période s’étend sur quelques semaines de plus, et d’une frange étroite le long du golfe du Saint-Laurent et vis-à-vis de Belle-Isle, qui seule bénéficie d’une moyenne annuelle positive.
- En règle générale, dans le sud du pays, les gelées cessent habituellement vers le début de juin, se continuant jusqu’au i5 dans les parties élevées du Plateau Central et plus au nord. Elles reprennent, dans l’ensemble du pays, vers le milieu de septembre, sans être cependant très accentuées avant le i5 octobre. Il peut néanmoins geler exceptionnellement dans le domaine de la toundra à tout moment de l’été. Ainsi, la station de Port Harrison, sur la baie d’Iludson, par 58° Nord, ne compte en moyenne que 44 jours sans gelées par an.
- L’été n’excède guère trois mois et débute presque partout au même moment dans l’intérieur. Le passage de l’hiver à l’été est brusque et se produit dans la première quinzaine de juin, lorsque la neige se retire et que commence la débâcle des rivières et des lacs. Soldes persistent plus tardivement, çà et là, quelques
- Fig. 8. — Remparts de roches édifiés sous l’effet de la poussée des glaces le long de la rive du lac Payne.
- La hauteur de ces remparts atteint généralement 4 m et leur largeur 8 m.
- Leur longueur est très variable.
- champs de neige pouvant former des névés permanents dans la partie tout à fait septentrionale du Labrador, où les étés sont très frais. C’est là que subsistent de nos jours les seuls glaciers, une cinquantaine en tout, très réduits, de type alpin, localisés dans les monts Torngat. L’importance négligeable de la glaciation actuelle du Labrador est due à la pauvreté des précipitations et à la prédominance des vents secs du nord-ouest.
- L’hiver qui, au point de vue du temps, est la plus belle, saison, avec une atmosphère d’une limpidité remarquable, connaît des minima moyens de — a30 à — arj°, tandis que les maxima absolus descendent à •— 45° et plus bas encore.
- Conditions des glaces. — Il est normal qu’avec des hivers aussi longs et rigoureux que ceux du Labrador, les eaux intérieures et côtières soient prises par la glace une grande partie de l’année. Les rivières et les lacs sont généralement gelés'à partir de la fin d’octobre et le demeurent jusqu’en juin, à l’exception des cours d’eau les plus méridionaux qui sont généralement libres en mai. Par contre, les fleuves et les grands lacs du nord de la péninsule d’Ungava sont encore solidement pris, certaines années, au début de juillet. En 1940, la débâcle delà Kogaluk ne s’est produite que le 10 juillet. Les conditions
- Fig. 7. — Une vue tout à fait caractéristique du plateau lacustre
- du Labrador.
- Vue prise d’avion entre Fort Chimo et la baie d’Iludson, par 60° lat. Nord.
- Fig. 9. — Roches précambriennes recouvertes de blocs erratiques.
- Plateau lacustre au centre de la péninsule d’Ungava.
- I
- p.50 - vue 54/406
-
-
-
- 51
- des glaces sont donc susceptibles de varier notablement d’une année à l’autre. Il en est de même pour les eaux marines.
- Le long de la côte méridionale, la navigation n’est guère interrompue, du fait des glaces, pendant plus de quatre mois. À l’est, la mer commence à geler le long du littoral dans le courant de décembre et la banquise s’accroît vers le large pendant tout l’hiver. Son démembrement se produit en mai. Les côtes baignées par le détroit et la baie d’Hudson sont encore plus défavorisées, étant bloquées par les glaces durant une période de 8 à 9 mois. La mer commence à geler le long des côtes dès la lin d’octobre ou au début de novembre. Dans les baies abritées, l’épaisseur de la glace atteint au plus fort de l’hiver une épaisseur de i,5o m. Au large, les tempêtes disloquent la banquise et les dalles de glace se chevauchent parfois sur des hauteurs considérables. Le détroit d’Hudson ne gèle pas sur toute sa largeur en hiver, mais sa partie médiane est encombrée par des glaces en dérive qui vont et viennent au gré des courants et des vents.
- Au printemps, la débâcle de la glace marine a lieu entre le milieu et la lin de juin le long de la côte orientale de la baie d’IIudson, mais certaines années, des banquises défilent encore en vue de terre pendant tout le mois de juillet et ,une partie du mois d’août. Dans le détroit cl’IIudson et la baie d’Ungava, la débâcle est un peu plus tardive encore et ces parages demeurent impraticables à la navigation pendant tout le mois de juillet. Ils ne sont accessibles aux navires que d’août à fin octobre, mais ces parages demeurent périlleux du fait de la brume et des nombreux icebergs qui descendent alors du détroit de Davis. Traversant en août 1948 la baie d’Ungava, c’est au nombre de plusieurs dizaines que j’ai vu défiler ces icebergs originaires des glaciers grocnlandais.
- E. Aubert de la Rüe.
- (ci suivre).
- Suif celle de la figure !\, les photographies ont été prises par hauteur.
- Les lampes
- Depuis les découvertes de Pasteur, les hommes luttent contre les microorganismes et leurs moyens de défense se perfectionnent sans cesse.. Il n’est pas de méthode parfaite : l’emploi des antiseptiques a contre lui la toxicité plus ou moins élevée des produits utilisés. La stérilisation par cuisson coagule les albuminoïdes et altère les vitamines. La. conservation par le froid suspend l’activité des microorganismes mais ne les détruit pas; ils reprennent leur action quand la température se relève; la méthode n’est efficace que si elle utilise des chaînes de froid continues et bien coordonnées.
- Une méthode basée sur l’emploi des rayons ultra-violets prend maintenant un grand développement. Le principe n’en est pas nouveau. On savait depuis longtemps que le soleil est un grand tueur de microbes et que cette action bactéricide est due aux radiations ultraviolettes, en particulier celles de la bande des longueurs d’onde avoisinant 2 607 Â. Se basant sur ce fait, des constructeurs américains ont établi des lampes d’émission de l'ayons ultra-violets pour la stérilisation. Ce sont des lampes à vapeur de mercure montées dans des tubes perméables à ces radiations. Elles ont été étudiées au spectrograplie, réalisées pour présenter la plus puissante action bactéricide possible et établies en une gamme de puissance de 4 â 3o AV. Elles sont munies de réflecteurs spéciaux concentrant les radiations en faisceau.
- Les radiations ultra-violettes 11’ont qu’une faible pénétration, elles ne sont pas indiquées pour la stérilisation des liquides, mais elles sont remarquablement efficaces pour la stérilisation de l’air, véhicule responsable de la diffusion des micro-organismes, et celle des surfaces des objets exposés aux poussières atmosphériques. De ce fait, les lampes gei'micides à émission ultra-violettes sont utilisées dans les salles d’opération, les cliniques, les laiteries, les fabriqxies de produits alimentaires fermentescibles, de séi’ums, de produits pharmaceutiques et de cosmétiques, ainsi que dans les endroits
- germicides
- publics fréquentés : églises, restaurants, banques, bureaux, cinémas, théâtres. Elles se sont montrées efficaces pour la désinfection et la lutte contre les épidémies dans les étables, les poulaillers.
- Elles sont bien adaptées à la stérilisation des emballages destinés à des denrées fragiles. L’empaquetage peut facilement être réalisé sous radiations germicides. Elles peuvent aussi jouer un rôle pour la protection de la santé publique en stérilisant la verrerie et les ustensiles de tables dans les restaurants.
- Voici un exemple d’installations de ce genre récemment réalisées aux États-Unis. p, P.
- p.51 - vue 55/406
-
-
-
- Fig. 1. — Type de maison en pans de bois de la Bresse du Nord : la ferme de Malmont.
- La Bresse pays de charpentiers et menuisiers.
- La Bresse, petite province de l’ancienne France, successivement rattachée à la Savoie puis à la Bourgogne, est un pays de bocage. Couverte de petits bois, peuplée de fermes isolées aux champs bordés de hautes et larges haies plantées de frênes, de saules, voire même de chênes, elle se présente de loin comme une forêt : « forêt bressane » faisant pendant à l’Est de la France à la « forêt normande » de l’Ouest.
- C’est, d’autre part, un pays où la pierre est absente et dont le sol est uniquement formé cl’alluvions tertiaires ou quaternaires. Il est donc naturel que ce soit un pays où le bois est à l’honneur, un pays de charpentiers et.de menuisiers. Les stalles des églises de Brou et. de Bourg, des collégiales de Cuiscry ou de Cuiseaux établissent déjà cette vérité pour le Moyen Age et pour la Renaissance. Le mobilier et la construction confirment celte originalité.
- La maison elle-même est presque uniquement un travail de charpentier. Vaste caisse croisillonnée de bois en tous sens, sans fondations véritables, elle pourrait résister à tous les tremblement de terre s’il y en avait en Bresse. La cheminée elle-même est aussi en bois, au moins à l’intérieur. Les intervalles des poutres et des croisillons sont seulement garnis de clayonnage en branchages enrobé de terre battue, remplacée par des cai’rcns (briques rustiques) ou du pisé dans les édifices plus modernes ('fig. i).
- Non seulement la ferme proprement dite est ainsi construite, mais l’ancien cliateau rural cori’espond lui aussi à ce type qui ne manque point de pittoresque (fig. 2).
- Le mobilier de ferme dans l’art bressan.
- Le meuble à deux bois. Les motifs décoratifs.
- C’est toutefois dans le mobilier de la ferme qu’apparaît surtout l’originalité de l’art bressan du bois, art d’autant plus développé que dans l’habitation bressane construite en torchis, il ne peut exister aucun placard et que pour serrer tous les objets du ménage et les vêlements de la famille, il faut d’innombrables armoires qu’on appelle encore dans ce pays des « cabinets ». Aussi depuis le xvin0 siècle, époque où les vieilles arches ou coffres plats ont été progressivement remplacés par les armoires, il existe en Bresse une floraison remarquable de l’art du bois. Là des générations d’artisans ruraux ont créé des ateliers paysans dont un certain nombre ont persisté jusqu’à nous.
- Ce qui frappe, au premier abord, dans le mobilier bressan
- L'ART POPULAIRE
- c’est l’utilisation systématique de bois de tonalités différentes, c’est ce qu’on appelle le meuble à deux bois. Les encadrements sont généralement en bois foncé, les panneaux en bois clairs, plus spécialement en loupe de frêne. L’aspect du meuble est de ce fait plaisant et gai, à cause des jeux de lumière produits par l’opposition des tons. 11 tranche très nettement avec le meuble bourguignon, toujours d’un seul bois de couleur foncée. Il est vrai que ce dernier se rattrape par la puissance de son architecture.
- La double tonalité des bois n’est cependant pas ce qui est le plus typique dans le mobilier bressan, puisqu’on la retrouve non seulement en Maçonnais et en Bugey, deux petits pays voisins, mais encore dans les pays de bocages du Sud-Ouest; la véritable originalité du mobilier de la Bresse réside dans sa décoration à la fois raciale, hiératique et ésotérique.
- Il existe, tout d’abord, certains motifs qu’affectionnent les artisans de cette petite province et que l’on ne trouve nulle par ailleurs. Parmi ceux-ci, deux surtout constituent en quelque sorte des leit-molivc de la décoration bressane, la feuille d'eau et la tête de chouette.
- La feuille d’eau est une feuille stylisée appartenant à la flore aquatique. Il est difficile de lui donner un nom plus précis, car la stylisation lui enlève tout caractère propi’e ; on a parlé de feuilles de sagittaire ou de feuilles de tamier. Le sculpteur bressan a voulu faii'e une feuille de plante de marais, car la Bresse est par excellence un pays d’étangs, mais la
- Fig. 3. — Motif décoratif central d’un meuble bressan (feuilles d’eau et feuilles de sagittaire).
- p.52 - vue 56/406
-
-
-
- DU BOIS EN BRESSE
- stylisation est telle que la fleur d’eau bressane est devenue un type défini aussi précis que la fleur de lys des Rois de France. Elle a été respectée par presque tous les ateliers, au moins dans l’ancienne Bresse savoyarde. Elle a été mise partout comme une sorte de marque de reconnaissance et même aujourd’hui cette feuille si particulière permet encore d’identifier sûrement et facilement un meuble originaire de ce pays, serait-il à Paris ou en Amérique.
- Un autre motif plus rare et un peu plus ancien est la tête cle chouette. Si elle est moins commune dans la décoration bressane, elle est tout aussi caractéristique et appartient pri-vativement, comme la feuille d’eau, à l’art du bois de cette province.
- S’agil-il bien du reste d’une tète de chouette ? Rien n’est moins certain, mais l’expression déjà ancienne est évocatrice et parlante et, à cause de cela, il y a lieu de la maintenir. On a pu penser que cette sculpture si typique de l’art bressan du bois proviendrait d’un thème primitif qui ne serait qu’un anneau ou qu’une boucle; il est certain que ce motif, sous sa forme définitive, est véritablement surprenant.
- Mais ces deux types décoratifs ne sont pas les seuls qu’utilisent les ateliers bressans. Les autres toutefois ont un caractère moins racial. Telle est la marguerite stylisée, rappelant les rouelles solaires, surtout employée aux abords de la partie bourguignonne de la Bresse et que peut-être, à cause de cela, les vieux artisans appelaient la « Marguerite de Bourgogne ».
- Fig. 4. — Vaisselier bressan à deux tons de bois.
- Fig. 2. — Petit château en pans de bois de la Bresse du Nord, à Tronchy (Saône-et-Loire).
- Ces motifs sont généralement à la fois hiératiques et ésotériques. On sent qu’un profond mysticisme plane sur les conceptions idéologiques des ateliers bressans. Chrismes entourés de serpents, stylisation du Dieu de majesté des tympans romans ; triquètres quelquefois chargés des trois points com-paguonniques, rouelles solaires dont la marguerite n’est qu’une évolution à peine voilée, sont monnaie courante dans le meuble bressan et lui donnent vraiment un caractère quelque peu mystique, archaïque et étrange qui l’apparente à l’art populaire basque, aux stèles diseoïdales des cimetières du pays de Labourd, bien qu’il en soit cependant assez différent, sinon dans l’esprit du moins dans les détails.
- Folklore et mobilier bresse. Les origines.
- Il est difficile de dire où les artisans bressans ont puisé la curieuse idéologie qui préside à la manifestation de leur art décoratif. Nous croyons que c’est dans le compagnonnage, dans ses rites et dans sa mystique que l’on doit retrouver l’origine de tout cela. Pour la clientèle paysanne à laquelle les meubles fabriqués étaient destinés, ces signes n’avaient qu’un sens assez obscur. Certains détails : coeurs, lacs d’amour autour des initiales des futures propriétaires, presque toujours des jeunes mariés, suffisaient à contenter cette clientèle, les autres signes étaient des signes de reconnaissance pour les initiés, pour les compagnons.
- Depuis le Moyen Age, ces signes abondent dans la région bourguignonne. Placée discrètement au-dessus d’un porche, une rouelle avait un sens précis; suivant qu’elle était à quatre ou six branches, elle signifiait quelque chose; de même ailleurs le triquèlre ou le swaslika. Compagnons du Devoir tout court, Compagnons du Devoir de Liberté, Compagnons passants, compagnons étrangers se reconnaissaient à ces signes qui étaient au moins des signatures collectives. Il faut y voir aussi, croyons-nous, la persistance cachée d’anciennes croyances ésotériques mal tolérées par le christianisme, des traces de pratiques magiques, la figuration attardée de certains thèmes religieux d’origine païenne conservés dans le folklore, traces que l’on retrouve du reste ailleurs dans les jeux populaires, dans les ritournelles enfantines et même dans quelques chants traditionnels, vaste monde qui a existé jusqu’à nous en marge des cultes officiels et qui n’est même pas complètement aboli en certains pays comme la Bretagne, le Morvan et la Bresse, dans le tréfoncl de l’âme paysanne.
- Nous avons eu le grand plaisir de voir notre opinion partagée isur ce point par un maître du folklore français, M. André Varagnac, sous-directeur du Musée des Arts et traditions populaires du Trocadéro, qui a exprimé à peu
- p.53 - vue 57/406
-
-
-
- 04
- près la môme pensée dans un article intitulé « Problèmes d’art populaire » et où l’art populaire basque était particulièrement visé.
- C’est dans les armoires et dans les vaisseliers que la fantaisie des décorateurs a pris toute sa liberté; or ce genre de meuble n’est pas très ancien, surtout dans les milieux paysans où l’on utilisait le mobilier rustique fabriqué dans les ateliers campagnards. L’armoire qui a remplacé,' môme à la ville, les coffres et les bahuts, la plupart d’inspiration gothique ou Renaissance, n’apparaît que timidement au xvne siècle. Il faut parvenir à la fin du xvme siècle pour la voir envahir en Bresse les fermes proprement dites et c’est surtout au milieu du xix0 qu’elle fut utilisée à l’exclusion des coffres.
- Avant l’introduction de la mode de l’armoire que les jeunes époux apportaient en dot, cela à partir du xvme siècle, c’était avec l’arche ou coffre plat que l’on se
- mettait en ménage. Cette dernière était souvent un travail de charpentier plutôt qu’une œuvre de menuiserie; aussi sa décoration était-elle peu poussée. Fabriquée en plateaux de chêne, elle était austère et rustique. Si quelquefois une décoration apparaît, elle rappelle les dessins géômétriques des huchiers du Quey-ras qui ont, semble-t-il, exporté jusqu’en Bresse de petits coffrets abondamment décorés de rouelles et de soleils, petits coffrets qui ont dû fournir les premiers modèles aux charpentiers bressans fabricants d’arches. C’est aussi dans le même esprit que furent établis les plus anciens archebancs (arches à dossier placées dans' la cheminée sarrasine), qui constituèrent longtemps le seul meuble de la maison.
- Fig. 6 à 11. — Quelques motifs décoratifs de meubles bressans.
- En haut, de gauche à droite, motif hiératique inspiré d’un Christ de majesté ; la marguerite de Bourgogne ; la tête de chouette et, au-dessous, le triquètre à trois points compagnoniques de couleur rouge ; feuilles d’eau et motif géométrique. En lias, motif
- hiératique.
- C’est à la fin du xvme siècle que, à la campagne, le meuble cesse d’être fait par le charpentier et qu’apparaît le menuisier qui fabriquera vaisselier, armoire, boîte à sel, buffet même, tous ornementés avec abondance dans ce style bien particulier que nous avons décrit. Cet art spécifique de la Bresse persistera jusqu’à la fin du xixe siècle, voire même dans certains villages retirés, comme à Curtiat-Dongalon, jusqu’à la Grande Guerre, niais c’est vers 1870 que commence le déclin, déclin rapide qui ira de pair avec la disparition progressive des traditions et du folklore. Ce n’est toutefois que vers iqi4 que cette évolution paraît être définitivement terminée.
- Tentatives de retour au passé.
- Fig. 5. — bressan
- Motif décoratif d’un meuble (feuilles d’eau et glands).
- Cependant une réaction s’est produite. Dans les deux petites villes qui exercent sur la Bresse une influence économique immédiate-, Bourg et Mâcon, des esprits préoccupés de régionalisme, ont essayé de faire revivre l’art populaire bressan. A Bourg, l’engouement qui s’est fait jour après la Grande Guerre pour le mobilier rustique bressan a poussé les industriels locaux à faire de la copie, copie souvent servile, inférieure généralement à l’original; on y a utilisé les artisans régionaux. On a poussé jusqu’à l’adaptation à la vie moderne de certains types de meuble. On a surtout visé à la conservation des deux tonalités de bois et au jeu des coloris en utilisant la loupe de frêne dont l’ancienne Bresse avait fait un si heureux usage. Ces copies ont eu le même succès d’abord, mais ont mérité aussi les mêmes critiques justifiées que les pastiches des mobiliers Louis XV ou Louis XVI, dont on a tant abusé à la fin du xixe siècle. Les tentatives de renouvellement de Bourg n’ont pas eu le succès qu’on pouvait en escompter.
- A Mâcon, les essais de renouvellement ont été conçus dans un esprit différent. On' a voulu conserver le jeu des coloris et les deux tons de bois qui avaient paru à la fois seyants et originaux, mais on a marié cette tendance de restauration avec la sculpture sur bois de l’Exposition de 1925. L’idée n’était pas sans originalité, elle a produit des œuvres estimables et du reste plutôt rares, à cause de leur coût élevé, elle a eu toutefois comme résultat palpable la restauration du procédé des deux bois. Son succès local a été meuble à deux bois à Mâcon et aussi dans beaucoup considérable, puisqu’on ne fait plus guère que du d’ateliers bressans, mais -on n’a pas retrouvé l’âme originale du vieil art du bois parce que la Bresse a rompu avec sa tradition', son passé, son folklore.
- J. JeANTON,
- Conservateur du Musée de Tournus, Membre du Comité national des Arts et Traditions populaires.
- Une fabrique de briques.
- Une briqueterie de Douvrin, dans le Pas-de-Calais, monterait la fabrication dé briques à partir des schistes des terrils des charbonnages des bassins du Nord et du Pas-de-Calais. La capacité de production des installations prévues serait de l’ordre de 100 000 briques par jour.
- p.54 - vue 58/406
-
-
-
- 55
- Les moutons d'Algérie
- Le cheptel ovin joue un rôle capital dans l’économie de l’Afrique du Nord. Comme l’écrit G. Trouclte, ancien chef du service de l’élevage en Algérie, et sur les vastes territoires des Hauts Plateaux et des steppes du Sud, qui représentent plus de oo millions d’ha, seul le mouton apporte la vie. Dans ccs régions arides et semi-désertiques, qu’il parcourt incessamment pour trouver sa nourriture, le mouton a créé l’unique richesse qu’il était possible d’y réaliser car seul il peut tirer parti d’une végétation spéciale, fille d’un climat dur, d’un sol pauvre, de pluies insuffisantes et qui ne permet qu’un élevage intensif ». Le plus souvent ccs animaux sont élevés par des bergers nomades ou semi-sédentaires dont ils forment à peu près l’unique ressource. Ces gens se déplacent avec leurs tentes et leurs bêtes en quête de pâturages suffisamment abondants et d’un climat hivernal assez doux. Les conditions d’existence donnent à leurs moutons une grande robustesse car les sujets fragiles dépérissent rapidement et meurent en cours de route.
- territoires de chaque race s’interpénétrent et ne présentent que des indications approximatives. Toutefois, si l’on parcourt l’Algérie de l’est à l’ouest, on peut distinguer 9 groupes principaux :
- i° Sur les confins algéro-tunisiens, on rencontre la race « bar-barine » ou à grosse queue (flg. 2), à laquelle se rattache la variété du « Souf ». Quand l’animal est gras, son appendice caudal pèse jusqu’à 1 kg et plus. La graisse a une odeur de suint appréciée des indigènes .mais moins goûtée des Européens.
- 20 La race « Klicnchela », originaire du massif montagneux de l’Aurès, a essaimé assez loin aux alentours.
- 3° La race des « Ouled-Djcllal », formée de transhumants à la chair excellente, se disperse du Chott el Hodna jusqu’à l’extrême nord-est du département de Constanline et le nord de la Tunisie, ainsi que sur tous les plateaux du centre constan-tinois.
- 4° La race « Rembi de Sidi Aïssa » s’étend sur une petite
- MER
- ALGER
- ' TUNIS
- Cherche/.
- Mostaganem
- Kai rouan
- Orléansviili
- ORAN
- T UN r
- S I E
- 7 ô .u. L t W.'XïMÆ&k
- RAS
- Taçjliouat
- hLMecher/a:
- MAIL
- tf A M RA
- Fig. 1. — Répartition géographique des principales races de moutons en Algérie.
- Ccs troupeaux nomades transhumants, ou plus rarement sédentaires dans quelques grandes fermes de colons, font vivre une foule d'intermédiaires : marchands de bestiaux, boucliers, exportateurs, acheteurs de laines et de peaux, tanneurs, fila-leurs industriels et artisans.
- Il existe une multitude de races, sous-races, variétés et sous-variétés. Les zootechniciens ne s’entendent pas très bien sur leurs origines et leurs caractères différentiels et les appellations êommerciales ne permettent guère de les distinguer. Depuis des siècles, on a pratiqué en Afrique l’élevage ovin de façon empirique, croisant les animaux au hasard, de sorte que les troupeaux algériens présentent un mélange hétéroclite. A la station d’élevage de Tadmit, Trouette et ses successeurs ont cherché à sélectionner les reproducteurs, mais il reste beaucoup à faire dans cette voie.
- Principales races. — Depuis 1943, les inspecteurs du service de l’élevage en Algérie poursuivent, une enquête sur la répartition géographique des principales races. Ils ont dressé une carte (fig. x), publiée en mai iq48 dans un mémoii’e du Dr G. Morell et à qui nous l’emprunterons avec les commentaires suivants :
- En raison des déplacements dus à la transhumance saisonnière et aux courants commerciaux, les limites repérées sur les
- aire de part et d’autre de l’.axe Aumale-Bou Saada. Ces bêtes ont une chair de bonne qualité, un peu moins appréciée que celle des « Oulcd-Djellal ». ‘
- 5° La race des. a Ouled-Naïls » ou des ce Zahrez » vient des Monts des Ouled-Naïls et du pourtour des Zahrez Rliarbi ou Chetgui. On la l'encontre dans tout le sud algérois.
- 6° La race « Rambi de El-Oussenkh » évolue autour de l’axe Trézcl-Aflou.
- 70 La « Race Ilamra » ou de « Géryville », occupe le sud du département d’Oran. Les moutons de cette race donnent, en moyenne, 18 à 20 kg de viande estimée, mais ont des gigots allongés et des côtes plates.
- 8° Les troupeaux de la race « Ben-Ighil » habitent la frontière algéro-marocaine, depuis la mer jusqu’à la ligne des chotts. Ces moutons sans cornes, fournissent 16 kg de viande; ils abondent dans la région de Tlemcen et au Maroc.
- 90 Enfin, dans les oasis sahariennes et chez les nomades du Iloggar, se trouvent différentes variétés de la race « soudanaise » à longs poils.
- Malheureusement, comme l’indique le rapport présenté par M. Berthault, professeur à l’École nationale d’agriculture d’Alger et M. Barbut, inspecteur général de l’agriculture en Algérie, à la Conférence internationale de pédologie méditerranéenne (1947), le troupeau ovin de l’Afrique du Nord rétrograde un
- p.55 - vue 59/406
-
-
-
- Fig. 2. Un bélier primé de race « Barbarine » à grosse queue.
- peu. Alors qu’en 19,39, les statistiques indiquaient un total de plus de 7 millions de tètes, on n’en compterait joins guère aujourd’hui que G 4oo 000 environ, autant qu’on en puisse juger par les renseignements, très difficiles à réunir vu les conditions de recensement. Les services techniques s’efforcent d’améliorer les races par d’utiles conseils zootechniques aux bergers nomades et aux éleveurs sédentaires, et de favoriser l’exportation d’un cheptel qui reste la plus grande richesse des Musulmans. L’administration fore constamment de nouveaux points d’eau (tig. 3), aussi essentiels que la sélection méthodique pour maintenir en santé, engraisser et multiplier les animaux. Enfin, l’industrie frigorifique facilite maintenant le problème de l’exportation.
- L'usine frigorifique de Maison-Carrée. — Naguère, beaucoup de moulons d’Algérie s’expédiaient vivants à Marseille. Les éleveurs méridionaux les achetaient pour les engraisser. Avant de les vendre, ils les envoyaient dans les pâturages alpestres ou pyrénéens. Ces animaux « transhumants », redescendaient de la montagne pour être livrés à la boucherie. A l’automne, les mêmes maquignons achetaient la plupart des brebis africaines disponibles sur le marché, puis les mettaient dans des prairies avec des béliers qui les fécondaient. En fin de saison, ils vendaient les brebis grasses cl conservaient les agneaux. L’opération s’avérait souvent assez lucrative. Comme risque, il y avait la clavelée, qui sévissait alors à l’état permanent chez les ovins d’Afrique et limitait parfois les bénéfices en contaminant les bergeries européennes. La vaccination imposée à tous les moutons venant d'Algérie diminua les pertes. En 1917, la Compagnie française du froid sec édifia à Maison-Carrée, clans les faubourgs d’Alger, une usine en vue d’exporter les moutons algériens à l’état de carcasses frigorifiées. L’établissement de <( Maison-Carrée » comprenait : deux salles pour recevoir 2 5oo ovins préréfrigérés, entre —o° et +5°; quatre autres pièces de même capacité pour la congélation lente ou à cœur de —5° à —70; un local pour conserver les abats et cinq salles pour le stockage d’environ 900 tonnes de carcasses de moutons.
- En 1922, la « Compagnie française du froid sec » cessa l’exploitation de cette usine, devenue quatre ans plus tard propriété du Gouvernement général de l’Algérie. Après divers arrêts et avatars, dans le détail desquels il serait oiseux d’entrer, l’intendance militaire la prit en charge à la déclaration de la guerre (1939). Elle reçoit maintenant i5o à 200 moutons par
- jour. Dans un vaste hall pourvu de rails aériens et d’un outillage moderne, on opère l’abatage, la préparation et le pesage de centaines de « chevilles ». Dès le lendemain, une fois l’inspection vétérinaire passée, les carcasses proprement habillées partent réfrigérées, par camions automobiles ou par wagons frigorifiques, à destination des villes nord-africaines, ou au port d’Alger pour être embarquées sur un bateau qui les apporte en France. D’autres sont stockées, en vue d’assurer des réserves de viande et de normaliser les prix de vente.
- Parmi les principales modifications intéressantes apportées récemment à l’usine frigorifique primitive, que nous axons visitée en juin 19/19, signalons les suivantes. Depuis 19/17, ou n’a conservé qu’une seule pièce pour la congélation semi-rapide de s5 t de bœufs ou 3o t de moutons, en utilisant des tunnels avec ventilation et. en y maintenant la température de — i6°. On a transformé des chambrés de congélation en 11 salles de i:l.ockuge pour 2 5oo t de carcasses de moulons à — io°. Un autre local sert à conserver à — 120 environ 200 t d’abats dont des évapora leurs muraux et. sans ventilateurs évitent la dessiccation. On a gardé deux salles de préréfrigéral ion dont la température varie de o° à +.3°, dans chacune desquelles on peut emmagasiner 25 t de bœufs ou 3o I de moutons.
- (
- Fig. 3. — Point d'eau foré pour les moutons à Hassi-Amar (Sud oranais).
- Grâce à cette usine frigorifique (en voie d’extension à l’heure actuelle), les moutons algériens peuvent améliorer le ravitaillement en xdande de la Métropole d’une façon non négligeable. Pour l’instant, quoique le Goirvernemcnt général ait accordé une licence d’exportation de 10 000 ovins du ior juillet au 01 août 19/19, les (( moutonniers*» trouvant trop sévères les conditions sanitaires imposées par l’administration, tant à Alger qu’à Marseille, n’embarquent, plus d’animaux vivants. Leur négoce paraît s’orienter, de plus en plus, vers l’exportation des carcasses réfrigérées que l’usine algéroise permet d’expédier presque toutes les semaines x-ers la France. Cet établissement entrepose aussi des carcasses de porcs ainsi que des stocks importants de viandes désossées provenant de Madagascar et destinées aux dépôts méditerranéens de la Marine nationale,
- Jacques Boyer.
- A propos du nylon.
- On emploie avec succès le nylon, soit en moulage par injection, soit par usinage de blocs, pour réaliser des coussinets. Us ont l’avantage d’un faible coefficient de friction; ils peuvent donc être utilisés sans lubrifiant, ce qui est particulièrement apprécié dans les machines textiles pour éviter les taches de corps gras; en outre, la résistance à l’abrasion est l’emarquable.
- p.56 - vue 60/406
-
-
-
- 57
- Les pétroles du Moyen-Orient
- Projets de nouveaux pipe-lines.
- En J î)3î-, noire reg relié collabora leur Victor Forbiu, rentrant d’un - voyage à travers l’Irak, lu Bvrid, la Transjordanio et le nord de la Palestine, de Kirkuk à Tripoli et à Haïffa, contait (') ce qu'il avait vu de la construction des deux premiers pipe-lines destinés à transporter les pétroles bruts de la région au sud de Mossoul vers des ports méditerranéens.
- Les premiers forages dataient de 1927 ; les pipe-lines commencèrent à débiter en 1935. Partis de Kirkuk côte à côte, ils se séparaient à, Iladilha, sur l'LupliraIe ; rm traversait d’est en ouest le désert de Syrie et aboutissait au. port de Tripoli, l'autre s’inclinant au sud-ouest atteignait ta mer à Haïffa. Ces tuyaux d’un diamètre de 12 pouces (30 cm) débitaient ensemble 4 000 000 de tonnes d'huile brûle par an. On vient de doubler la conduite par un tuyau de 10 pouces (10 cm) qui a été mis en service cette année ; quand il débitera à plein, il ajoutera 0 000 000 de tonnes par an au débit primitif. L’Irak Petroleum Company et un groupe d’autres sociétés participantes ont en concession toute la Mésopotamie et les pays voisins, delà Turfj nie au nord à l’Arabie Séoudilc au sud, de l’Iran à Lest à la Méditerranée à-l’ouest.
- La région de Kirkuk -s’étant révélée particulièrement riche en huile, le transport vers le Golfe Persique étant presque aussi long que celui vers la Méditerranée, on a prévu d'accoler au pipc-linc allant vers Tripoli une nouvelle conduite du diamètre de 30-32 pouces (80 cm) qui pourra débiter 13 000 000 de tonnes ‘par an.
- Cette conduite suivra celle existante à travers tout le- désert syrien et s'en séparera à Homs, au pied du Liban, pour remonter vers le nord et aboutir au port de Banias, sur la Méditerranée. La nouvelle- construction profitera de la connaissance du terrain acquise lors de la pose du premier pipe-line-, de l’organisation de surveillance et d'entretien existante, du personnel déjà sur place et des possibilités de- transports des matériaux par chemin de fer de Tripoli à Homs et de Basrah (Bassorah) à Baïji. On compte que les travaux pourraient être ‘poussés assez vite pour en avoir fini en 1953 et peut-être en 1952. La longueur totale de la nouvelle conduite sera de près de 900 km.
- Le groupe pétrolier de l’Irak Petroleum Co provient du remaniement., après la guerre de 1914-1918, de la Turkish Petroleum Co qui venait de recevoir en 1.914 la concession des terrains pétrolifè-* res de la région du Tigre. Celle-ci s’était constituée avec la participation de l’Allemagne qui venait de- construire le chemin de fer de Bagdad et étendait ses intérêts dans la région. L’Allemagne vaincue fut éliminée et l'Irak Petroleum Co naquit avec la participation de la Compagnie française des pétroles dont la part fut définitivement fixée en 1928 à 23,75 pour 100.
- Depuis, l’Irak Petroleum Co a également prospecté et reçu en concession d’autres champs dans la région de Basrah, sur le Clvat-el-Arab, au sud du confluent du Tigre et de l’Euphrate, puis à Katar, presqu’île à l’est de l’île de Bahrein qui fait grand bruit actuellement. Aucune exploitation n’a encore commencé mais on
- 1. La Nature, n° 2923, 15 février 1934, p. 145 et n° 2925, 15 mars 1934, p. 241.
- espère d’ici un an extraire au moins 2 000 000 de tonnes de chacun de ces gisements, si bien que d'ici deux ans environ, la part de la France dans l’ensemble des produits du Moyen Orient pourrait atteindre 7 millions de tonnes valant T20 millions de dollars..
- j k à
- Les deux autres pipe-lines en projet aboutiront à la même.côte méditerranéenne mais proviendront de régions pétrolifères plus méridionales situées sur les bords du Golfe Persique.
- Depuis peu, on a découvert que ses deux rives sont un des champs d’huile les plus riches du monde. Le pays était à peine connu et le golfe, long d’un millier de kilomètres ne voyait que quelques bateaux reliant la Mésopotamie à l’Inde. Par le détroit
- d’Ormuz, des bougre-s venant de Mascate ou de Kurachi entraient dans le Golfe Persique, faisaient escale à l’ile Bahrein (à l’Angleterre), à El Katif, à Kuweit, pour atteindre Basrah, ou bien longeaient la côte d’Iran, de Bender-Abbas à Bander-Bouchir. L’Iran, la Mésopotamie se révélant pétrolifères, des prospections furent entreprises par divers groupements, surtout américains. Commencées peu avant la dernière guerre, elles ont révélé une telle profusion d’huile que les exploitations ont bientôt suivi, pendant la guerre même, et elles se multiplient depuis.
- Le pays est un désert, sans eau, sans habitants où il faut tout importer : la main-d’œuvre, les vivres, l’eau, le matériel de forage et les logements. De petites agglomérations se sont créées, précaires, artificielles, où l’on commence à voir des maisons, quelques potagers, et surtout des citernes à eau et à pétrole. Ces dernières envoient le précieux liquide à la côte, à des postes de chargement où les navires pétroliers viennent accoster. C’est ainsi qu’on commencé à parler de nouvelles villes qui ne figuraient guère sur les atlas : Abadan, à l’embouchure du Chat-el-Arab, Jcbcl-Sanam, future station do répartition entre les ports voisins et le pipe-line du Middle-East, Kuweit un peu plus ancienne, Katif, Bahrein, Katar autour d’un golfe assez vaste au milieu de la côte ouest du Golfe Persique, en attendant d’autres centres-champignons ni ne manqueront pas do surgir en d’autres points. C’est Katif qui recevra l’huile de la Station d’Abqaiq, en Arabie Saoudite'et l’enverra dans l’autre conduite en projet, le Transarabian pipc-linc.
- Le Middle East pipe-line recevra à Jebel-Sanam deux branches venant d’Abadan et d’Alnnadi (près île Kuweit), il suivra vers le nord-ouest la limite du désert à l’ouest de l’Euphrate ; il coupera la conduite de Kirkuk à Haïffa et viendra s’aligner sur celle de Kirkuk à Tripoli jusqu’à Homs où il la quittera pour atteindre le port de Tartous, entre Banias et Tripoli. On pense lui donner un diamètre de 34 à 39 pouces (90 cm), eo qui assurera un débit annuel de 25 000 000 de tonnes. Sa longueur atteindra 1 250 km. Son tracé ne demandera d’études qu’à l’ouest de l’Euphrate, le
- Kirkuk
- ky [^Banias
- IRAN
- Çnadifha
- tasranVAL Abadan
- > V*ü
- Kuwait1
- ARABIE
- S É O U D I T E
- L’Orient moyen pétrolifère.
- p.57 - vue 61/406
-
-
-
- 58
- res le du trajet étant déjà connu et parcouru par d’autres pipe-lines.
- Le Transarabiàn pipe-line est un projet bien plus vaste, puisque son trajet sera de 1 800 km, presque tout entier à travers d’immenses déserts à peu près inconnus. Il partira d’Abqaiq, touchera le Golfe Persique à Katif puis se dirigera presque en ligne droite vers le nord-ouest pour couper le pipe-line d’IIaïfa et aboutir à la Méditerranée è Sidon, à mi-chemin entre Tripoli et Ilaïfa. Son diamètre sera do 30 à 32 pouces (80 cm) permettant un débit annuel de 13 000 000 de tonnes.
- Il est prévu pour soulager la région de Katif où le pétrole s’est montré surabondant. Découverts en 1939, ces gisements séoudites ne furent exploités que vers la fin de la guerre. En 1943, ils donnaient 3 000 000 de tonnes, en 1940 8, en 1947 12, en 1948 21 000 000, d’où encombrement des postes de chargement à la mer et retard dans la rotation des navires pétroliers. On pénse que le pipe-line pourrait entrer en service vers la fin de l’année prochaine.
- *
- Ces travaux gigantesques s’expliquent par la situation pétrolière mondiale actuelle.
- L’U. R. S. S. est un pays fermé dont nous savons peii de chose. Ses échanges avec le reste du monde sont réduits à presque rien. Les pétroles de la Caspienne et ceux qui ont été prospectés ailleurs pendant et depuis la guerre, vont à la consommation intérieure.
- Les États-Unis, le Canada, le Mexique se ravitaillent sur place au Texas, en Floride pour l’est, en Californie pour l’ouest, sans compter les prospections terrestres et sous-marines qui se multiplient. En cas d’insuffisance, ils disposent des gisements vénézuéliens qui alimentent aussi l’Amérique du Sud.
- La côte américaine du Pacifique est fournie par la Californie et l'Extrême-Orient par les puits d’Indonésie dont l’exploitation a repris.
- A peine ont-ils besoin d’avoir recours au Moyen Orient qui par contre est la seule ressource de l’Europe occidentale particulièrement pauvre en ce qui concerne le précieux liquide. Les pétroles de Mésopotamie et du Golfe Persique sont les sources les plus pro-
- ches et leur débouché naturel est pour une petite part l’ouest de l’Océan Indien et pour une bien plus grande et constamment croissante la Méditerranée, route la plus courte vers l’Atlantique. Sans eux, la vie de l’ouest européen serait figée, ralentie, le charbon ne pouvant et de beaucoup assurer tous les transports par terre et par eau et trouvant d’ailleurs bien d’autres utilisations dans les industries chimiques.
- Les revues spécialement consacrées au pétrole estiment que la production mondiale, U. R. S. S. et Amérique du Nord non comptées (leurs capacités de production ne sont plus indiquées) a atteint en 1948 147 000 000 de tonnes. Elles prévoient on 1932 229 000 000 et en 1933 244 000 000, soit un accroissement de 06 pour 100 dont les trois quarts en provenance du Moyen Orient. C’est là notre grand espoir, notre seul moyen d’assurer nos communications, nos transports, nos échanges.
- Et cela explique l’ardeur actuelle des prospections, des forages et la construction des énormes pipe-lines dont nous venons de parler.
- Pour le moment, les bateaux pétroliers qui ravitaillent l'Europe doivent aller à vide jusqu’au Golfe Persique, mouiller sur la côte désertique, attendre leur tour pour être chargés, loin de tout port et de toute ville. Il leur faut passer le canal de Suez et lui payer de lourdes redevances puis contourner toute l’Arabie, soit plus de 3 000 km de côtes arides et sans refuges. Au retour, ils retrouvent la même route, et la chaleur les oblige à mille précautions pour ne pas perdre les produits volatils et limiter les risques d’incendie.
- Combien est plus simple, plus court et moins onéreux le trajet par la Méditerranée, des ports du Levant : Banias, Tartous, Tripoli, Sidon, Haïfa, à Marseille, Le Havre, Londres, Hambourg.
- De Tripoli à Marseille on compte moins de 1 300 km, au Havre un peu plus de 4 000, à Londres 4 430, à Hambourg moins de 3 000, moins que le seul périple de l’Arabie.
- Et comme les gisements pétrolifères du Moyen Orient sont des plus économiques à exploiter : très étendus, peu profonds, faciles à forer, de très gros débits, l’économie de transport s’impose et justifie les énormes travaux en cours ou projetés. L’Europe occidentale est un marché si considérable, si avide, si certain que le pétrole peut bien faire la moitié du chemin.
- Hambourg
- le Havre
- Marseille
- Kurachi
- Mascatey 1
- du pétrole vers l’Europe.
- Expédition française à l'Himalaya.
- M. L. Déviés, président du Club alpin français et de la Fédération française de la Montagne, annonce dans La Montagne un nouveau projet d’exploration du massif de l’IIimalaya. Une première expédition française avait abordé en iqSO la région du Karakorouin ; une deuxième était prévue en 1989 qui ne put avoir lieu. Bien d’autres équipes étrangères (allemandes, américaines, autrichiennes, hollandaises, italiennes, japonaise, polonaise, suisses) ont entrepris l’ascension du plus haut massif montagneux du globe, et les tentatives ont repris depuis la fin de la guerre. Mais si près de 3o sommets de plus de 7 000 m ont été atteints, les i4 plus hauts que 8 000 m sont restés inviolés.
- Celle fois, l’expiédilion française se propose d’opérer au Népal et d’attaquer le massif du Dhamagiri dont trois sommets dépassent 8 000 m et dont un atteint 8 200. Elle pense opérer avec une équipe aussi rapide et légère que possible, disposant d’équipements et de matériels étudiés et choisis, de façon à se passer le plus possible des porteurs indigènes. Elle compte entreprendre cette exploration dès cette année. Souhaitons qu’elle trouve tous les concours nécessaires pour réussir et qu’elle rapporte, outre son exploit sportif, de précieux renseignements sur la technique d’escalade en très haute montagne et la cartographie d’une région à peu près inconnue.
- p.58 - vue 62/406
-
-
-
- sa
- Fig. 1.
- La Tortue creuse son trou.
- abondante est la Caouane, Thalassochelys caretta, qui pèse jusqu’à 700 kg; elle n’a pas de valeur commerciale et n’est pas estimée par les indigènes. La plus petite et la moins connue est le Caret, Chelonia imbricata, au bec corné coupant; elle est féroce et difficile à capturer; on la pèche pour sa carapace d’écaille. D’une taille intermédiaire est la Tortue franche, Chelonia mydas, dont l’écaille n’a pas de valeur, mais dont la chair est comestible; c’est une bète inoffensive qui se nourrit surtout cl’algucs. Les indigènes chassent ces tortues à terre, les immobilisent en • les renversant sur le dos, puis ils les tuent, font cuire les muscles en soupe et recueillent la graisse verte qui se trouve entre la chair et la carapace.
- Les Chelonia mydas approchent de terre au début de l’été, en octobre et novembre, et s’accouplent. Puis, la nuit venue, les femelles arrivent sur les plages de sable, se hissent laborieusement hors de l’eau en se servant de leurs quatre membres et creusent un trou
- assez profond pour s’y installer sans dépasser le niveau du sol (fig. 1). De leurs pattes postérieures, elles approfondissent le trou en arrière d’environ 3o cm et y déposent rapidement, un par un, une centaine d’œufs ou même beaucoup plus (fig. a) qu’elles recouvrent aussitôt de sable (fig. 3). Ces oeufs ronds sont à peu près de la grosseur d’une balle de ping-pong; ils ont une coque non calcaire, résistante comme du cuir.
- Ces œufs sont très recherchés par les indigènes qui les trouvent en repérant le sable fraîchement remué. Leur albumine ne durcit pas comme celle des œufs d’Oiseaux quand on les cuit.
- Sous le sable, les jeunes se développent sous l’action de la chaleur solaire; ils déchirent la coque et éclosent environ g à 10 semaines après la ponte. Ils attendent la nuit, pour descendre à la mer et malgré l’obscurité, ils courent alors de grands risques : les crabes, les oiseaux de mer les attaquent à terre; des squales, des poissons les attendent, dans l'eau.
- On songe à protéger leur sortie pour augmenter les possibilités de chasse et même la fabrication de conserves.
- René Merle.
- 1. C. M. Yo.nge. A year on the Great Barrier Reef. The story 0/ Corn/5 and 0/ th'e gréa-lesl of their créations. Fut 11:1m, London, 1930.
- La ponte des tortues
- sur la Grande Barrière d'Australie.
- Le récif de la Grande Barrière est le plus étendu des l'écifs coralliens du monde entier. Il borde la côte orientale d’Australie du Cap York jusqu’à Brisbane, entre 10 et 25° de latitude Sud, sur une longueur de plus de 2 000 km. Aperçu et longé pour la première fois en 1770 par.le captain Cook qui y endommagea son navire Endeavour, il fut ensuite exploré par Beete, puis par Savillc-Kent et finalement par C. M. Yonge qui y dirigea en 1928-1929 une expédition géographique et surtout biologique dont les résultats ont fait l’objet d’une importante série de mémoires et d’un volume passionnant (x). La Nature a déjà relaté les observations sur
- les énormes Mollusques que sont les Tridacncs ou Bénitiers, vivant sur le sable ou dans les creux des coraux.
- Umr~série de photographies arrivées d’Australie nous est une occasion de parler d’autres animaux de l’immense récif : les Tortues de mer qui vivent dans ses eaux et viennent pondre sur les plages de sable qui le bordent.
- On en connaît trois espèces de grandes tailles qui fréquentent d’ailleurs toutes les eaux chaudes du globe et approchent même parfois des côtes françaises. La pins grande et la plus
- Fig. 3. — Le trou est comblé de sable.
- (Photos Ambassade d’Australie).
- Fig. 2. — La ponte.
- p.59 - vue 63/406
-
-
-
- 60
- Les racines cubiques des
- nombres inférieurs à I
- L’extraction d’une racine cubique d’un nombre supérieur à J devient très simple quand on utilise les logarithmes : chacun sait qu’il suffit de diviser par 3 le logarithme de ce nombre ; le quotient représente le logarithme de la racine cubique qu’on trouve ainsi rapidement et avec une approximation généralement suffisante.
- Par contre, l’extraction des racines cubiques des nombres inférieurs à l'unité présente Mes pièges aussi bien dans le choix de la caractéristique que dans ta valeur de la mantisse. Il est étrange en vérité de remarquer que les meilleures tables de logarithmes sont muettes sur ce point. Non seulement la détermination de la caractéristique fixera la position, après la virgule, du premier chiffre significatif du résultat, mais encore elle déterminera la mantisse, et par conséquent l’algorithme ou nombre représentant la racine cherchée.
- Les lignes qui suivent n’ont pas la prétention de révéler le secret d’une méthode très simple, mais de l’indiquer, ou la rappeler, à ceux qui « tâtonnent » peut-être dans leurs recherches.
- Les groupes de 3. — Pour simplifier cet exposé nous appellerons toujours N le nombre dont on veut connaître la racine cubique.
- 11 est recommandé de donner à N un nombre de décimales qui soit toujours multiple de 3. S’il n’en est pas ainsi, nous ajouterons un ou deux zéros suivant le cas à droite de N, pour obtenir un multiple de 3, ce qui constituera un ou plusieurs groupes de 3 décimales.
- Par exemple : 0,7 0,06
- 0,0000971 mais 0,125
- de même que 0,347638
- sera considéré comme 0,700
- — — 0,060
- — — 0,000097100
- restera 0,125
- — 0,347638
- Cela bien posé, considérons le cas où NT est contenu dans le groupe 1, c’est-à-dire dans les trois premières décimales.
- 11 y a trois hypothèses à envisager :
- a) La première décimale est significative (différente de zéro).
- b) La première décimale est un zéro.
- c) Les deux premières décimales sont des zéros.
- Par exemple :
- a) 0,123
- b) 0,064
- c) 0,008.
- Nous allons extraire les racines cubiques de ces trois nombres, en les considérant en valeur absolue, c’est-à-dire : 125, 64, 8.
- a) Log 125 : 2,09091. Divisons-le par 3 et nous obtenons 0,69897 qui est le log de 6 lui-même racine cubique de 125.
- Pour obtenir la caractéristique du log de 0,5 (caractéristique évidemment négative) il suffira de la diminuer de 1. Le log devient 1,69897 qui correspond à 0,5. En effet 0,5 à la troisième puissance égale 0,125.
- b) Log 04 est 1,80618, dont le tiers est 0,60206 qui est le log de 4 lui-même racine cubique de 04.
- Diminuons de 1 la caractéristique et nous obtiendrons : f,60206 qui est le log de 0,4. En effet 0,4 au cube égale 0,004.
- c) Log 8 est 0,90309 dont le tiers est 0,30103 qui est le log do 2 lui-même racine cubique de S.
- Diminuons de 1 la caractéristique ; nous obtiendrons : 1,30103 qui est le log de 0,2 (0,2 au cube égale 0,008).
- Supposons maintenant que N possède plus de 3 décimales.
- Far exemple : 0,1254, 0,12547, 0,125476.
- Nous prendrons N en valeur absolue, mais en reportant la virgule à droite du groupe de 3 décimales qui contient le premier chiffre significatif de N, c’est-à-dire :
- 125,4 125,47 125,476.
- Nous chercherons les log de ces nombres et les diviserons par 3 ; puis pour les exemples proposés, nous diminuerons chaque caractéristique de 1. Nous trouverons finalement les racines égales respectivement à 0,500533..., 0,500620..., 0,500634...
- Si N = 0,0043 , 0,00437 , 0,004375, nous prendrons les log de : 04,3, 04,37, 64375.
- Le résultat final sera : 0,400634..., 0,400779..., 0,400780...
- Si N = 0,0081, 0,00813, 0,008132, nous prendrons les log de 8,1, 8,13, 8,132.
- Le résultat final sera : 0,20083..'., 0,20107..., 0,20109... '
- Que sc passe-t-il si N est contenu ou débute dans un autre
- 6
- groupe tic 3 décimales que le groupe 1 ? Par exemple dans Je groupe. 2, c’est-à-dire celui qui contient les quatrième, cinquième, sixième décimales ?
- 0,000125 0,000064 0,000008.
- Nous considérerons que N est compris dans le groupe 1 et ferons la division des logarithmes comme ci-dessus. Mais puisque N est contenu ou débute dans le groupe 2, nous diminuerons la caractéristique de 2 (au lieu de 1).
- Les nombres en question donneront :
- Log 125 -
- Log 64 3
- Log 8 _
- = 0,69897. Le log sera 2,69897 correspondant est la racine cubique de 0,000125.
- = 0,60206, soit 2,60206, soit 0,04.
- = 0,30103, soit 2,30103, soit 0,02.
- à 0,05
- qui
- Règle générale : Remarquer dans quel groupe de 3 décimales compté à partir de la virgule se trouve le premier chiffre significatif de N.
- Pour un groupe 1, 2, 3, 4, etc..., diminuer la caractéristique de I, 2, 3, 4, etc...
- Par exemple : N = 0,00000000000823. La racine cubique sera :
- LoeMS «15WM
- 5 3
- Comme le chiffre 8 est dans le quatrième groupe, ce log devient 4,3051332, correspondant à un nombre 0,000201998....
- Cas des logarithmes dont on ignore le nombre N. — NOUS avons envisagé jusqu’ici l’extraction des racines cubiques pour les nombres N connus. Or au cours d’opérations exécutées par logarithmes on est généralement amené à un résultat exprimé par un logarithme correspondant à un nombre qu’on ne connaît pas, mais dont on cherche la racine cubique.
- On peut évidemment chercher dans les tables à quel nombre correspond le logarithme final. Mais celte recherche n’est nullement nécessaire, car la caractéristique renseigne immédiatement sur la composition des décimales (zéros et chiffres significatifs).
- Pour des caractéristiques de :
- î,...... N est de la forme 0,A
- 0,AB
- 0,ABC
- 0.ABCD, etc...
- p.60 - vue 64/406
-
-
-
- 61
- 2,...... N est de la forme 0,0A
- O.OAB
- 0,0ABC
- O.OABCD, etc...
- 3,000. .. A est rtc la forme 0,O0A
- O.OQAB
- O.OOABC
- O.OOABCD, etc...
- Fidèles à noire tactique de toujours considérer les décimales de N par groupes de 3, nous modifierons la caractéristique de log N pour rendre N supérieur à 1, en fonction cle la position du premier chiffre significatif de A..
- Un exemple illustrera celle règle un peu énigmatique...
- Log A = 1,09091 (forme O,A...). Le premier chiffre significatif est dans le groupe F, el la caractéristique I indique qu’il constitue la première décimale. La racine prise en valeur absolue est supérieure à 100, mais elle est inférieure à 1 000. La caractéristique de cette racine est donc 2.
- 2 09091
- Posons donc : log -2-_— = log 0,09897.
- 3
- Il s’agit du premier groupe : diminuons la caractéristique de 1. Le log devient : 1,09897, c’est-à-dire 0,5.
- Autre exemple : log K = 2,80G1S (forme 0,0A...).
- La racine en valeur absolue est supérieure à 10 mais elle est inférieure à‘100 : la caractéristique serait 1.
- Posons : log -—-—• = Idg 0,00200. Il s agit du premier groupe de décimales ; diminuons la caractéristique de 1.
- Le log devient : 1,00200, c'est-à-dire 0,4.
- Si log A = 3,90309 (forme 0,00A...), la racine en valeur absolue
- est supérieure à 1, mais elle est inférieure à 10. La caractéristique serait 0.’
- 0 90309
- Posons : log —L—— = log 0,30103. Il s’agit du premier groupe
- O
- de décimales ; diminuons la caractéristique de 1.
- Le log devient 1,30103, c’est-à-dire 0,2.
- Règle. — Prendre A en valeur absolue, compte tenu de la position du premier chiffre significatif dans un groupe de 3 décimales compté à partir de la virgule. Diviser le log de A, pris en valeur absolue, par 3, puis diminuer la caractéristique d’une unité par groupe de 3 décimales toujours compté à partir de la virgule. (Le nombre de groupes comprend celui qui contient le premier chiffre significatif de A plus les groupes trouvés jusqu’à la virgule).
- Tout ce qui précède est applicable aux extractions de racines de n’imporle quelle puissance. Il est à noter seulement que les décimales de A devront être comptées par groupes de 4 pour une racine quatrième, de 5 pour une racine cinquième, etc... Les règles pour les conversions en nombres supérieurs à l’unité et pour le choix de la caractéristique sont les mêmes. Exemple : racine quatrième de 0,0025 :
- Log 2,79588
- = log 0,G9S97 = log 1,09897 = 0,5.
- Racine cinquième de 0,0000001024 :
- Log 3,01030 5
- log 0,00200 = log 2,00200 = 0,04.
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- L'éclipse totale de Lune du 7 Octobre 1949.
- L’obsemvation de l'éclipse totale de Lune du 7 octobre a pu être faite en Haute-Provence, dans des conditions extrêmement favorables, par un ciel d’une transparence incomparable.
- « J’ai suivi personnellement les phases du phénomène à Mison (Rassés-Alpes) et il m'a semblé qu’un des caractères essentiels de celle éclipse était sa dissymétrie, se traduisant par une inégalité de répartition exceptionnellement marquée dans l’intensité et la coloration de t’ombre projetée sur la Lune.
- « Avant la totalité, alors que lu ligne joignant le centre de la Lune au centre de l’ombre n’était pas très éloignée de la verticale, le bord droit de la Lune situé dans l’ombre conservait un éclairement extrêmement notable fortement teinté de rouge (teinte chaudron), alors que le bord gauche, symétrique du premier par rapport à la ligne des centres, conservait une teinte grisâtre et plombée d'intensité incomparablement moindre.
- « Au cours de la totalité, alors que les bords lunaires se rapprochaient davantage du centre, de l’ombre, la dissymétrie s’est atténuée, mais les parties les plus centrales de l’ombre conservaient une forte teinte rougeâtre en opposition nettement tranchée avec la teinte grise plombée des régions plus voisines des bords.
- Tandis que dans la région parisienne, l’éclipse totale de Lune du 7 octobre dernier est restée invisible par suite des circonstances atmosphériques, elle a pu êlr esuivie en Haute-Provence, notamment par M: Esclangon, membre de l'Institut, qui vient de publier dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences (t. 229, 1949, p. 862) la note suivante :
- « Ces circonstances, la dissymétrie notamment, sont sans doute attribuables aux inégalités de l’atmosphère terrestre le long du cercle d’illumination de la Terre, lequel au surplus, étant donnée la date encore voisine de l’équinoxe, ne passait qu’à quelques degrés (5°) des pôles terrestres. Cela peut se traduire, toutes choses égales d’ailleurs, par des inégalités de l’ombre, symétriques par rapport au plan passant par te Soleil et l’axe de la Terre (x), phénomène pouvant être d'autant plus marqué que la date de l’éclipse est plus rapprochée des époques équinoxiales. Les inégalités dissymétriques d’éclairement de Fombre sur la Lune seraient alors, dans leur répartition, sous la dépendance de la manière dont le disque lunaire aborde et traverse l’ombre terrestre.
- « Dans la phase partielle succédant à la totalité, la dissymétrie a été moins marquée toutefois que dans la phase antérieure correspondante. »
- Ernest Esclaxgox, Membre de l’Institut.
- 1. C’est-à-dire, dans le ciel au moment de l’éclipse, passant par le pôle cl le centre de l’ombre.
- p.61 - vue 65/406
-
-
-
- 62
- Un chimiste oublié
- ROBIQUET (1780-1840)
- « Semblable à ces hardis navigateurs qui « s’aventurent à la recherche des terres • incon-« nues, Robiquct dédaignait l’exploration des « points déjà visités, et il s’attacha, de préfé-« rence, à signaler les côtes nouvelles où périt sonne n’avait abordé avant lui. »
- (Lieiug).
- On peut être curieux quelquefois, et au hasard des pas, on a souvent l’occasion de lire des plaques indicatrices, même celles des rues secondaires. Et ce simple regard prend, parfois, la valeur d’un enseignement.
- Ainsi, voici une voie modeste qui s’ouvre sur le boulevard Montparnasse, près de la gare : l'impasse Robiquct. Elle rappelle le souvenir d’un grand chimiste du siècle dernier qui a contribué aux découvertes les plus utiles de la chimie organique.
- Il a paru intéressant d’exposer la vie et l’œuvre de ce savant un peu oublié, auxquelles les lecteurs de La Nature ne sauraient rester indifférents.
- Pierre-Jean Robiquct était né à Rennes le i3 janvier 1780. Son père, homme assez cultivé, était imprimeur. Il entra dans un collège religieux dont les prêtres furent expulsés par la Révolution, et on le mit ensuite à l’école centrale de Rennes (nom ancien des premiers lycées).
- Un architecte lui apprit le dessin et le plaça chez un menuisier, mais il n’avait pas le feu sacré pour manier le rabot.
- Une parente le fit admettre à la pharmacie Clary à Lorient, d’où il passa au laboratoire de Chédeville, pharmacien de la marine : il avait trouvé sa voie.
- Ses parents avaient été incarcérés sous la Terreur. Apprenant un jour leur libération, le jeune homme entreprit un voyage à pied de cent kilomètres pour aller les embrasser.
- Les circonstances le favorisèrent. Il entra au laboratoire de Fourcroy, à Paris; là il se lia avec Vauquelin et avec Thénard qui devint son ami. Au contact de tels maîtres, on pressent quelle fut sa formation.
- La campagne d’Italie commençait. La conscription l’atteignit; il dut partir. Après les affaires de Gênes, Robiquet profita d’une certaine liberté pour se présenter à Yolta à qui Fourcroy l’avait recommandé. Ce dernier le prit en amitié et le mit en relations avec Scarpa, chirurgien éminént de cette époque.
- Il songeait, de retour en France, à se présenter à l’Ecole Polytechnique, lorsqu’il fut nommé au Val-de-Grâce, où, de nouveau, il devint préparateur de Vauquelin.
- Il se maria et acheta une pharmacie avec ses premières économies. Puis, il fonda une usine de produits chimiques qui subsista longtemps sous divers noms : Robiquet, Pelletier, Fontaine, Billault et Billaudot, Chenal et Douilhet. Ces diverses maisons se trouvaient rue de la Monnaie et rue Jacob. L’actuelle firme Toraude est la continuatrice de ces établissements.
- En 18x4, on trouve Robiquct professeur à l’Ecole de Pharmacie où il enseignait aussi la matière médicale. Mais une santé délicate lui fit abandonner le professorat pour le poste d’administrateur-trésorier de ladite école.
- Il entra en i83a à l’Académie des Sciences, en remplacement, de Chaptal. Membre de l’Académie de Médecine, il y fut secrétaire de la section de pharmacie de 1822 à 1827. Il mourut à Paris le 29 avril 18/10, à l’àge de üo ans.
- L’œuvre de Robiquet apparaît assez considérable. Les deux premières décades du siècle dernier furent un âge d’or pour la chimie. C’était l’époqtie où Serturner isolait la morphine, et les découvertes de Pelletier et Cavenlou, de Runge, de Courtois, de Chcvreul, de Gay-Lussac, de Davv, de Derosne, d’Unverdorben se succédaient à vive allure.
- Robiquet n’est pas l’un des moins brillants de cette phalange de savants. Voici,, rapidement analysée, la part qui lui revient dans les « inventions » de la chimie. Ses recherches ont porté surtout sur les lichens et l’orseille, sur la cantliaridine, l’acide méconiquc, l’asparagine, la codéine, l’aliza-rine'et quelque peu sur les amandes amères et la moutarde.
- Il fit faire de grands progrès à la chimier tant dans l’ordre théorique que dans la préparation et la fabrication industrielle de nombreux corps et substances.
- Au début, il étudia les lichens avec lesquels on prépare l’o/’-seille, matière colorante violette, aussi belle que facilement altérable, et ce fut pour le savant l’occasion de découvrir le vario-larin, ainsi que l’orcine, cristallisable, douée d’une saveur sucrée et pouvant se transformer en un corps violet, sous l’influence de l’eau, de l’oxygène et de l’ammoniaque.
- En 1812, Robiquet découvrit la cantharicline. C’est un principe actif, xœsicant, très énergique, extrait des cantharides par épuisement au chloroforme.
- L’examen auquel il se livra, des cantharides, nous apprend,, d’une part, la présence de l’acide urique chez les insectes qui se nourrissent de feuilles et, d’autre part, l’existence d’un principe auquel elles doivent leur action vésicante. C’était une découverte remarquable, parce qu’elle démontrait, dès cette époque assez lointaine, la possibilité d’extraire le principe actif d’une matière médicamenteuse complexe.
- Un des premiers, Robiquet a montré les propriétés de l'acide-méconique, pratiquement inconnu avant lui, et ses modifications, sous l’action de la chaleur.
- p.62 - vue 66/406
-
-
-
- (Et voici uné' curieuse anecdote se rattachant à une croyance populaire ancienne. Le méconium est un liquide rouge — couleur du sang humain — contenu dans l’intestin de divers insectes, notamment des papillons dits vanesses. Lorsqu’ils passent de l’état de nymphe à l’état d’insecte parfait, ils laissent tomber des gouttes de méconium. L’abondance fortuite de ces taches couleur de sang sur les murs ou les pierres de certaines régions terrifiait les populations qui étaient convaincues qu’il s’agissait d’une pluie de sang).
- Robiquet prépara Vasparagine en i8o5, avec Vauquelin. Ce fut l’une de ses premières trouvailles. Ce corps retint l’attention des chimistes par la limpidité et la beauté des cristaux : on distingue l’asparagine droite et l’asparagine gauche, cette dernière se trouve dans les pointes d’asperges. Peu d’années après, la réglisse lui donna une substance analogue et sucrée.
- En 1802, le savant isola la codéine, moins toxique que l’opium. Dès i83o, il avait poussé ses investigations sur l’opium, cette sorte de thériaque, s’il est permis d’appeler de ce nom désuet une substance d’où sont sortis tant de médicaments.
- L’alizarine est sans doute, la découverte majeure de Robiquet. On sait qu’un Persan, Jean Althen (1709-1774), venu en France, y développa considérablement la culture de la garance, connue de temps très anciens pour donner une très belle coloration rouge. L’alizarine, autrefois retirée de la garance (mot espagnol alizari, venu de l’arabe, désignant la racine de la garance, et, en vieux francique, étymologie de garance : wratja), est un diphénol de l’anthraquinone, qui se présente en belles aiguilles rouge orangé, fondant à 290° et se sublimant sans résidu. La culture de la garance était fort répandue en Avignon, en Alsace, en Algérie à cause des besoins de l’armée (pantalons rouges). C’est dans les rhizomes et les racines de la garance que Robiquet trouva, accumulées, diverses matières colorantes : alizarine, purpurine, xanlhopurpurine. Les parties souterraines de la garance étant réduites en poudre, Robiquet les soumit à une longue fermentation pour en extraire ce produit tinctorial de choix. Il l’a isolée de la racine de la plante où elle se trouve combinée au glucose sous forme d’un glucoside..
- « L’alizarine, écrivait Chevreul à cette époque, que l’on sait pouvoir être préparée par l’acide sulfurique concentré, deviendra, tôt ou tard, la base d’une grande exploitation à laquelle le nom de Robiquet restera invariablement attaché ».
- Et, de fait, en 1869, Licbermann fit la synthèse de l’alizarine, ce qui ruina la culture de la garance, le pouvoir tinctorial du produit artificiel étant cent fois supérieur à celui de l’alizarine ancienne.
- Il convient d’ajouter que Robiquet a recherché parfois — et il était trop loyal pour s’en défendre — la collaboration d’autres savants, tels que Bussy, Vauquelin, Pelletier, Caventou, Colin, Rungc, Boutron. Il a peu écrit, et sauf un éloge d’André Laugier, il n’a laissé que des notes, rapports ou mémoires assez importants qui furent insérés aux Annales de Chimie et aux Annales de physique et chimie.
- Son petit-fils, Paul Robiquet (1848-1928), jurisconsulte historien, fut un des collaborateurs de la Grande Encyclopédie.
- Chevreul, son contemporain, son ami, prononça ces paroles peu de jours avant sa mort :
- « ... Quelle ardeur au travail ! soit qu’il se proposât d’achever des recherches antérieurement commencées, soit qu’il voulût — comme il me le confiait récemment — revenir sur des opinions qu’il avait anciennement avancées afin de les mettre, désormais, hors de toutes contestations.... Ses travaux se recommandent par le nombre, la diversité des sujets, la délicatesse des procédés d’analyse immédiate, l’exactitude des expériences, la finesse et l’originalité de scs aperçus, l’intérêt des résultats portant, souvent, sur la science pure aussi bien que sur leurs applications ».
- Grand travailleur, observateur et expérimentateur méthodique, Robiquet montrait, en toutes circonstances, une profonde conscience professionnelle et l’amour du métier. Sa loyauté était un exemple.
- Il s’était sans cesse souvenu des conseils que lui avait donnés son père, quand, en 1790, il venait d’être incarcéré : « Sois toujours un honnête homme. Va, mon fils ».
- Amédée Fayol.
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du i°r au 31 sa déclinaison croît de — 7°53' à +3°ol' ; la durée du jour passe de 10h57m le 1er à 12M0111 le 31 ; diam. app. le 1er = 32'20",8, le 31 = 32'4",9 ; équinoxe de printemps le 21 à 4h3om2Ss ;éclipse annulaire le 18, invisible à. Paris (Antarctique, Atlantique Sud, S. et S.W. de l’Afrique). — LUNE : Phases : P. L. le 4 à 10h34m, D. Q. le 11 à 2^8®, N. L. le 18 à 15h20m, P. Q. le 26 à 2Gh9m ; périgée le 6 à 1311, diam. app. 32'56" ; apogée le 22 à llh, diam. app. 29'2-7". Principales conjonctions : avec Saturne le 4 à 16h, à 0°21' N. ; avec Mars le 6 à 6h, à 4°7' N. ; avec Neptune le 6 à 19h, à 2°49' N. ; avec Vénus le 14 à lSh, à 9011' N. ; avec Jupiter le 15 à 2011, à 3°12' N. ; avec Mercure le 19 à 0°17' S. ; avec Uranus le 26 à llh, à 5°0' S. ; avec Saturne le 31 à 23h, à 0°8' N. Principales occultations : de a Vierge (l’Epi) (lm,2) le 7, immers, à 3^6“,0,: émers. à 3h43m,6 ; de 23 Taureau (4m,2) le 23, im-mers. à, 20h29m,6, et de 27 Taureau ni (3m,8), immers, à 21h54m,3 ; de 49 Cocher (5m,0) le 26, immers, à 23^44m,2 ; de X Lion (4m,7) le 31, immers, à 2D30m,S. — PLANÈTES : Mercure, inobservable, en conjonction avec le Soleil le 2S ; Vénus, brillant astre du matin, se lève le lor 2h avant le Soleil, plus grand éclat le 6, diam. app. 41",0 ; Mars, dans la Vierge, tout près de y, en opposition avec le Soleil le 23 à (P1, au périgée le 27, diam. app. 14",4 ; Jupiter, dans le Capricorne, un peu visible le matin, se lève le 26 avant le Soleil, diam. pol. app. 31",7 ; Saturne,
- dans le Lion, en opposition avec le Soleil le 7 à 5U, diam. pol. app.
- MARS 1950
- le 14, 17",8, anneau gr. axe 44",7, petit axe 2",7 ; Uranus, dans les Gémeaux, passe au méridien le 2 à 19hlom, position le 2 : 6h4m et + 23°48', diam. app. 3",7 ; Neptune, dans la Vierge, très près de 0 (4m,4), position le 2 : IS11»111 et — o°7', diam. app. 2",5. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2“,2-3m,5) : le 3 à 1*3, le 5 à 22M, le 8 à 18^,9, le 23 à 2*,9, le 25 à 23h,7, le 28 à 20h,3 ; Minimà le (3 Lyre (3m,4-4m,3) : le 13 à 20h, le 26 à 18h. — ÉTOILE POLAIRE : passage inf. au méridien de Paris : le 2 à 3h0»4Ss, le 12 à 2h21m21s, le 22 à lHlm55s.
- Phénomènes remarquables. — Le très grand rapprochement de Neptune et de 0 Vierge au début du mois ; le plus grand éclat de Vénus le matin le 6 ; l’occultation de l’Épi de la Vierge le 7 ; l’opposition de Saturne avec le_ Soleil le 7 et sa conjonction avec la Lune le 31 ; l’opposition de Mars le 23 (Mars à 97 millions de km), et son rapprochement avec l’étoile double y Vierge ; la lumière cendrée de la Lune du 13 au 16 le matin, et du 20 au 22 le soir ; la lumière zodiacale le soir, à l’W, du 14 au 22 j l’occultation des Pléiades le 23.
- G. Fournier.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- p.63 - vue 67/406
-
-
-
- l'ii
- LES LIVRES NOUVEAUX
- From Euclid to Eddington, par E. AVittaxeu. 1 vol. relié, 212 pl The Universily Press, Cambridge, 1949. Prix : 15/.
- Ce livre contient la teneur de cOjiiférences faites par l’auteur a Cambridge en 1947. il retrace les développements des théories philosophiques sur le monde extérieur. 11 insiste sur révolution des concepts et des principes qui ont provoqué le plus de controverses en évitant les incidences mathématiques. L’ouvrage comprend cinq parties : l'espace, le temps et le mouvement ; les concepts de la physcjiue classique ; les concepts de la relativité généralisée ; les concepts de la mécanique quan tique ; FUnivers d’Èddington.
- Les propriétés et les formes dans l’industrie,
- par J. Dinzin. 1 vol., 106 p. Collection « Actualités scientifiques et industrielles ». Hermann, Paris, 1949. Prix : 420 francs.
- L'auteur présente une classification méthodique de l’ensemble complexe que constitue Tin-cîustrie moderne ; elle'peut sc. substituer heureusement aux divisions arbitraires généralement admises ; invariable dans le temps et dans l'espace, elle fait apparaître des vides et des possibilités d’amélioration.
- Mechanics Statics and Dynamics, par Merit
- Scott. 1 vol. in-8°, 394 p., 248 fig. Mc Graw-HUI, New-York et Londres, 1949. Prix : relié, 36 sh. .
- Cet ouvrage ne requiert que la connaissance des éléments de l'analyse mathématique et de la théorie des vecteurs. Les chapitres, logiquement ordonnés, sont appuyés d’exemples et de problèmes avec leurs solutions. C’est tin excellent moyen d’étude pour ceux qui ont besoin de solides connaissances en mécanique et veulent poursuivre des études de physique appliquée ou une carrière industrielle technique.
- History of the tools division War production Board, par Buadi.ky Stûtjghton. 1 vol. relié, 154 p. Mc Gnm-Hill, Londres, 1949.
- Exposé historique et documentaire de l’effort de guerre américain dans la production industrielle et. plus particulièrement dans les services ayant la charge de la création et de la production de l’outillage. *
- Le relieur pratique, par Ferdinand Ghialuon. 1 vol. in-16, 124 p., 108 fig, Hachette, Paris. Prix : 120 francs.
- Pour réaliser du simple cartonnage à la reliure professionnelle, ce manuel décrit les outils et les techniques nécessaires à l'ama-
- teur, à Partisan, à Papprcuti. Des dessins nombreux illustrent les conseils précis d’un maître,' professeur a l’École Esliennc.
- Organisation du Travail, par À. Castkll. 1 vol. in-8°, 146 p. ill. Desforges, Paris, 1949. Prix : 450 francs.
- On sait l'importance prise par l’organisation du travail dans la production. Ce livre s'adresse aux écoles professionnelles, aux cadres subal-lerncs et aux ouvriers. II expose dans le détail l'organisation matérielle des services de l’entreprise et l’appuie par une abondante illustration.
- Les mesures de température dans la technique des moteurs d’aviation, par P. Ver-notte. 1 vol., 150 p., 42 fig.
- Anisotropie, symétrie, hétérogénéité en élasticité, par A. Brodeau. 1 vo.l, 60 p., 35 lig. Service de documentation et d'information technique de l’aéronautique, Paris, 1949.
- Ouvrages appartenant à la série des publications scientiliques et techniques du Ministère de l’Air et destinés à des spécialistes hautement qualifiés.
- Puissance de l’atome, par J. Tiiibaud. 1 vol.
- in-8°, 272 p.,*23 fig., 8 pl. Albin Michel, Paris, 1949. Prix : 210 francs.
- Cet ouvrage qui porte comme sous-titre : De l’utilisation’industrielle et du contrôle de l’énergie atomique au Gouvernement mondial, donne l’opinion d’un spécialiste sur les, possibilités de l’énergie atomique, ses conséquences industrielles et politiques, sources de progrès féconds ou de destructions que • l’imagination peine à concevoir. Après avoir donné des indications sur la structure des noyaux atomiques,
- CESSION DE BREVET
- La Société dite : MEFIA A S. A., résidant en Suisse, titulaire du brevet n° 923.106, du 4 mars 1946, pour :
- « DISPOSITIF DE RETENUE POUR NAVETTE ROTATIVE »,
- serait désireuse de traiter pour la vente totale de ce brevet ou pour des licences d'exploitation.
- Pour tous renseignements techniques, s’adresser à M. C. BIETRY, Ingénieur-Conseil, a, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- le calcul d'une pile à uranium, le prix de. revient de l’énergie électrique a partir d’une centrale à uranium, l’auteur étudie la règlement talion des activités atomiques afin qu’il soit impossible à un Etat de violer secrètement ses engagements. Il examine le projet des Nations Unies et souligne les difficultés d’un contrôle efficace. L’ouvrage envisage aussi' les conséquences spirituelles de l’époque atomique. Les indications sont données sur les équipements comparés des différents pays.
- Chemical Laboratory Experiments, par G. W.
- AVatt et L. F. Hatc.ii. 1 album, 185 p.,
- 35 fig. Mc Gnnv-IIill Book Gy, Londres, 1949.
- Prix : 16 sh.
- Recueil de 43 expériences de chimie et de déterminations de caractéristiques physiques de corps minéraux et organiques, allant depuis l’emploi de la balance, les lois fondamentales de la chimie jusqu’à la préparation du D.D.T. et de l'aspirine. Les indications nécessaires, aux manipulations sont données avec clarté et illustrées de schémas d’appareillage. Chaque description d'expérience est suivie d’un thème de rapport que l’étudiant devra remplir et qui l’entraînera à tenir un cahier de laboratoire.
- PETITES ANNONCES
- TECHNICIEN, diplômé service électrique signalisation S.N.G.F. et Technique P.T.T. cherche emploi direction, mécanique précision ou électro-mécanique. Faire offre à La Nature, n° 692.
- A VENDRE : grand appareil de micro-projection Leitz, à 4 obj. en ligne type XII platine horizontale. Complet. Éci*. : Yl'LLEMUR, 213, rue de Tolbiac, Paris;
- A VENDRE : matériel laboratoire état neuf ; appareil à pli Lautenschlager, Photocolorimè-tre Prolabo, Balance à chaîne 1/10 mg, Microscope, Four à Moufle en quartz, Centrifugeuse. Ecr. : La 'Nature, *n° 704.
- PARTICULIER VEND occas. : 1° Tout le corps humain (Hachette), 96 fasc. b. ét. à relier en 4 vol. ; 2° La Banque et ses services, 12 vol. reliés gd. form. b. ét., ouvr. incompar. rare. QUINET, 193, av. Belvédère, Paris (19e), métro Danube.
- VENDS OU ÉCHANGE contre jumelles ou appareil photo, Spectroscope 1 prisme, pied fonte, micromètre. AVKITÉ, avocat, Montbéliard.
- DESSINEZ
- TOUT FACILEMENT AV. L'APP. « REFLEX » AGRANDIT, RÉDUIT (Documentation N .16 franco) -P. FUCH5, Constructeur — THANN fHaut-Rhîn).
- Ancienne Maison GALLE
- Société Anonyme au Capital de 2.250.000 francs
- 144, Avenue Jotfre - tPINAY-SUR-SEKNE (Seine)
- CHAINES pour APPAREILS de LEVAGE
- Manutention mécanique, Transmissions, etc.
- EVITEZ L'EAU DANS LES OREILLES EN PLONGEANT ET EN NAGEANT TRAVAILLEZ ET DORMEZ DANS LE SILENCE GRACE AUX PLASTIQUES
- BOULES QUIES
- Lab. QUIES, 8, Rue Auguste-Chabrières, PARIS XV* — Tél. Lecourbe 85-68
- Vente toutes pharmacies
- A VENDRE : collection in-4° Larousse vol. épuisés : Le ciel, La mer, etc.. Encyclopédie française, 11 vol. parus. Écr. : CAjVAJL, 34, rue Gaulaincourt, Paris.
- LOUPE BINOCULAIRE
- à lentilles prismatiques spéciales
- grossissement = x 2,25
- CALOPTIC
- Invalides 07-10
- CALOPTIC - PARIS -
- J. R.
- aucun réglage — aucun changement de lentilles — aucune adaptation ne sont nécessaires — parfaite netteté — observation sans distorsion — champ très étendu — grande distance d'observation — extrême légèreté Pour : Photographes, ingénieurs, mécaniciens, dessinateurs, docteurs, industriels, horlogers, imprimeurs, philatélistes, etc. Les utilisateurs qui portent des lunettes peuvent les conserver.
- EN VENTE : 3 885 frs.
- Opticiens, maisons de photo et d'outillage*
- FABRICANTS DE LOUPES DE PRÉCISION
- 25, rue Vaneau,, PARIS, {7e)
- Télégr. : Calomatic-Parîs
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1950, n° 1095. — Imprimé en France.
- BAHNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (310566), LAVAL, N° 3IOI. — 2-Iq5o.
- p.64 - vue 68/406
-
-
-
- N° 3179
- Mars 1950
- Fig. 1. — CC-7001, nouvelle locomotive électrique de la S.N.C.F.
- Puissance en régime continu sous 1 350 V : 4 000 ch ; effort de traction : 14 000 kg ; vitesse en palier devant une rame de 500 t : 100 km à l’heure. La vitesse maxima haut-le-pied est de 180 km à l’heure (Photographies S.N.C.F. et Alstuom)
- UNE NOUVELLE LOCOMOTIVE DE VITESSE
- LA CC-7001
- La S.N.C.F. vient cle présenter aux membres du Contrôle parlementaire une remarquable locomotive électrique qui prolonge la série, mondialement célèbre, de ses 2-D-2. Peut-être serait-il plus juste de parler ici d’une série entièrement nouvelle, voire d’une... surprise technique. Car la nouvelle locomotive, d’une conception particulière, diffère profondément des « Super 2-D-2 » que l’on nous promettait pour l’électrification de la ligne de Lyon.
- “ 2-D-2 ” et “ Super 2-D-2 — Le « parc » des
- locomotives électriques françaises comprend près de 800 unités. La presque totalité des machines appartient à deux types : les BB, comportant deux bogies à deux moteurs chacun, au nombre de 600, et les 2-D--2, possédant 4 essieux moteurs en empattement rigide, entre 2 bogies porteurs, qui sont au nombre de 120. Les BB sont de bonnes machines classiques, véritables maîtres Jacques du rail, offrant de grandes possibilités de remorque; les 2-D-2 sont des engins puissants et rapides, des pur sang du rail.
- Les bogies des locomotives BB françaises sont équipés de moteurs à suspension par le nez; les bogies portent eux-mêmes
- Fig. 2. — Détail de deux pivots oscillants, sous la caisse.
- Il y a deux pivots pour chaque bogie, disposition inhabituelle qui assure une grande souplesse dans les courbes, tout en opposant une résistance élastique aux chocs latéraux.
- p.65 - vue 69/406
-
-
-
- 06
- Fig-, 4. — Essais de résistance de la caisse.
- Le revêtement participe à la résistance, suivant le principe des « monocoques
- Fig. 3. — Bogie à trois essieux moteurs.
- les organes de choc et de traction. Les moteurs sont refroidis par ven.tilation forcée et l’équipement de contrôle est électropneumatique. On emploie les BB pour la remorque des ce marchandises », des trains de messageries et des trains de voyageurs ne dépassant pas io5 km à l’heure. Les 2-D-2 sont des machines d’express et de rapides lourds (128 t, alors que les BB n’en pèsent que 80), atteignant aisément i5o à l’heure et remorquant 1 000 t à i3o km à l’heure. En régime continu, la puissance est de 3 85o ch ; elles peuvent être maintenues à 4 3oo ch pendant 1 h (puissance cc uni-horaire »). Les moteurs, entièrement suspendus au châssis de la caisse, sont ventilés et comportent un, deux ou même trois induits. Sur la plupart des
- 2-D-2, le contrôle du courant de puissance est assuré par des contacteurs, actionnés par deux arbres à cames, eux-mêmes entraînés par des moteurs pneumatiques que commande la manette du mécanicien. Certaines de ces machines possèdent un groupe convertisseur, assurant l’excitation des moteurs en descente, ce qui permet le freinage en récupération.
- Les nouvelles BB de la S.N.C.F., d’un poids normal de 80 t, peuvent être lestées au moyen d’un lest amovible de 12 t, la charge par essieu passant ainsi à 23 t.
- Sans lest, la charge par essieu n’est que de 20 t, en sorte que la locomotive peut se déplacer sur toutes les voies. Une série de i36 BB de ce type sont en cours de livraison, les vingt premières étant sorties en décembre des usines Alsthom, à Belfort. Leur puissance nominale en régime, continu sous 1 35o Y, est de 2 4oo ch.
- pourra
- En ce qui concerne les 2-D-2, des locomotives du type « 5oo » ont donné des résultats remarquables jusqu’à i4o et même 160 km à l’heure. Les super 2-D-2 en construction pour Paris-Lyon développeront 5 000 ch de puissance uni-horaire. La vitesse normale sera portée à i4o km à l’heure, avec pointes à 160. Grâce au renforcement des châssis de bogies, à l’adoption de boîtes à rouleaux pour les essieux de bogies et de boîtes à palette « Athermos » pour les essieux moteurs, à la robustesse des bandages et de l’appareillage électrique, on estime que l’intervalle entre deux révisions dépasser largement les 200 000 km
- générales actuels.
- Deux prototypes de machines pour lignes accidentées, permettant notamment de sup-
- primer la double traction sur Limoges-Brive, sont actuellement en cours d’essais. La première des machines pesant 120 t, a un effort de traction aux jantes de 3o t autorisant le démarrage d’un train de 1 200 t en rampe de 10 mm. La machine est du type CC (deux bogies à trois essieux moteurs chacun) et possède 6 moteurs d e 65o ch, contrôlés par 3 arbres à cames à croix de Malte, eux-mêmes commandés électriquement par la manette du conducteur. La seconde locomotive prototype est du type BBB, à trois bogies libres contrôlés par des dispositifs « anti-lacets » et « anti-cabrage ».
- La CC-7001. — Avec les machines de la série CC-7001
- Fig. 5.
- Ensemble d’un bogie monté.
- p.66 - vue 70/406
-
-
-
- 67
- Fig. 6. — Vue d’un moteur de traction (TA-621 ).
- A droite, pignon d’entraînement et grillage de ventilation ; à gauche, emboîtement circulaire pour le faux essieu.
- (flg. i), nous abordons une catégorie nettement différente de locomotives, caractérisée par des bogies moteurs longs et la suppression des bogies directeurs. L’adoption d’un revêtement travaillant (analogue aux « monocoques » d’automobile) et le montage sur « silent-blocs » en caoutchouc apparentent par ailleurs curieusement ces énormes engins aux véhicules routiers (fig. 2 et 4).
- Les CCl-7001 pi’ésentent les avantages suivants : poids adhérent supérieur de 25 pour 100 à celui d’une locomotive 2-D-2 classique, réduisant les risques de patinage et autorisant l’accroissement des accélérations ou des charges remorquées; gain de 35 t sur le poids total de la machine; charge par essieu réduite, inférieure à 17 t, contribuant directement à la réduction des efforts latéraux; bogie moteurs à roues de faible diamètre, conduisant à un abaissement du centre de gravité et autorisant de ce fait un relèvement de vitesse dans les courbes ;
- Fig. 7. — Essieu et faux essieu montés.
- L’essieu proprement dit, monobloc avec les roues, passe librement à l’intérieur du gros faux essieu creux, visible sur la figure ; c’est ce dernier qui porte les couronnes dentées d’entraînement. La liaison est assurée par des biellettes disposées en losange et montées sur caoutchouc.
- les six moteurs permettent, dans le cas du courant continu, de réaliser trois couplages régulièrement répartis, donc trois vitesses « économiques », étagées comme les nombres 1, 2 et 3 (fig. 8).
- La locomotive CC-7001 et sa sœur jumelle la CC-7002 ont été entièrement étudiées en France, par la Société Alsthom, qui les a construites dans ses usines de Belfort avec le concours des usines de Tarbes et de Paris. La S.N.G.F. a passé commande de 3o locomotives analogues, dont le prix unitaire est en chiffres ronds de 100 millions.
- Ces locomotives pèsent 102 l; leur puissance uni-lioraire, sous caténaire à 1 5oo V, est de 4 600 ch. Leurs caractéristiques leur permettent de remorquer, sans aucune exception, des trains de tous tonnages, depuis les « marchandises » les plus lourds jusqu’aux rapides, qui pourront être « tractés » à 1C0 km à l’heure. Les essais ont été faits jusqu’à 180 km à l’heure, et le constructeur prévoit de les pousser jusqu’à 200.
- Partie mécanique. — La caisse et les châssis de bogies sont construits à partir de tôles pliées ou embouties, soudées électriquement par points ou à l’arc. Longerons, traverses, brancards, arrondis de pavillon, sont constitués par des caissons fermés, offrant
- le maximum de rigidité avec le minimum de poids. Les parois de la caisse interviennent comme revêtement travaillant, ce qui procure un allégement considérable à cause de leurs grands moments
- ~v/WW-^^-WWV-
- Il —\/VWV——
- Fig. 8. — Couplage des six moteurs en « série-parallèle » (I) et en « parallèle » (II). La commande du conducteur agit en outre sur l’excitation des moteurs, par shuntage des inducteurs.
- d’inertie.
- L’une des dispositions mécaniques
- les plus originales réside dans le fait que la caisse repose sur chaque bogie par l’intermédiaire de deux pivots oscillants à double rotule (fig. 4) ; ces deux pivots prennent appui au milieu de deux traverses entretoises interposées entre les moteurs de traction.
- Liés transversalement à la caisse par des bielles élastiques, les deux pivots sont constamment rappelés dans leur position moyenne verticale; l’assise de la caisse sur chaque bogie est complétée par deux équilibreurs latéraux. En prenant des inclinaisons égales et de signe contraire, les pivots oscillants permettent très commodément les rotations nécessaires du bogie par rapport à la caisse : l’amplitude maximum permet l’inscription dans une courbe de 80 m de rayon ! Par inclinaison égale et de môme sens, les deux pivots permettent la translation latérale du bogie avec un effort de rappel favorable à la stabilité. Des inclinaisons différentes des deux pivots permettent les mouvements les plus composites, combinant translation et rotation.
- Une grande rigidité transversale est nécessaire en courbe, de façon à limiter les déplacements dus à la force centrifuge, au contraire, dans le cas d’un défaut localisé de la voie, il est souhaitable cl’avoir une grande flexibilité, qui atténue l’effet des chocs latéraux sur les essieux extrêmes. L’emploi des deux pivots, pourvus chacun de leur rappel individuel, permet précisément de satisfaire à ces conditions apparemment contradim
- p.67 - vue 71/406
-
-
-
- 08
- Fig". 9. — Montage d’une boîte d’essieu sur axes oscillants, eux-mêmes montés sur « silent-blocs » en caoutchouc.
- Le centre de la boite décrit une courbe à point d’inflexion, sensiblement confondue avec sa tangente, comme la tète de tige dans le classique « parallélogramme de Walt ». Des silent-blocs d’origine sont en service depuis 1933 sur des. locomotives électriques.
- toires. Dans le cas de la force centrifuge, les deux rappels interviennent simultanément « en parallèle » ; dans le cas d’un choc latéral d'un essieu, seul intervient le rappel du pivot le plus proche de cet essieu. Praticpiement, la douceur de roulement et l’impression de sécurité au passage des aiguillages sont remarquables.
- Suspension sur caoutchouc. — Les moteurs, entièrement suspendus au châssis des bogies, entraînent les essieux individuellement par l’intermédiaire — aujourd’hui classique — d’nn engrenage élastique bilatéral et d’un arbre creux (ftg. 7 et 9). L’arbre creux est lié à l’essieu proprement dit par anneaux dansants et biellettes articulées sur silent-blocs en
- caoutchouc. Ce dispositif extrêmement simple n’exige aucun graissage, aucun entretien; il est monté depuis ig33 sur la locomotive Alsthom 2-D-2 E — 703 et n’a jamais donné lieu à incident, tout en possédant toujours ses silent.-blocs d’origine.
- La liaison des boîtes d'essieux au châssis de bogie est réalisée au moyen de bielles articulées sur silent-blocs, celles-ci prenant la boîte par deux oreilles situées sur un diamètre oblique; celte disposition permet les débatlemenls verticaux de l’essieu, tout en maintenant constamment son axe sensiblement dans le même plan vertical. Les curieux de la science retrouveront ici une application partielle du célèbre « parallélogramme de Watt a.
- Les boîtes d’essiëux sont également prévues pour comporter intérieurement, entre coussinet el corps de boîte, des ressorts bandés avec un effort initial de 5 t par essieu; lorsque la réaction aura atteint cet effort, l’essieu s’effacera en coulissant axialement dans la boîte et permettra le passage des défauts sans accroissement notable de l’effort initial.
- L’adoption de l’acier au manganèse pour toutes les articulations de la suspension, des timoneries et des surfaces d’entraînement des pivots, ainsi que l’emploi des biellettes à silent-blocs, suppriment à peu près complètement le graissage et l’usure. L'entretien s’en trouve largement facilité, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des dispositions compliquées, telles que le graissage centralisé.
- Partie électrique. — La locomotive possédant six essieux moteurs, il était logique d’adopter des moteurs à demi-tension, c’est-à-dire à 760 V nominaux, afin de disposer de trois couplages donnant^ des vitesses échelonnées comme les nombres 1, 2 et 3. Cette disposition a pour effet de supprimer toute solution de continuité entre les couplages série-parallèle et parallèle (fig. 8).
- Un autre avantage de la solution adoptée est que l’on dispose, en série-parallèle, d’une puissance supérieure de 33 pour 100 à celle que l’on obtiendrait avec quatre moteurs, du fait
- p.68 - vue 72/406
-
-
-
- 69
- <jue les moteurs travaillent alors sous une tension moins réduite.
- Les trois couplages « économiques « des CC-7001 sont réalisés comme suit :
- — en série : C moteurs en série ;
- —- en série-parallèle : 2 branches en parallèle de 3 moteurs en série ;
- — en parallèle : 3 branches en parallèle de 2 moteurs en série.
- Ce schéma permet 4o « crans » de démarrage : 18 en série, 12 en série-parallèle et 10 en parallèle.
- A chaque couplage, 5 crans équilibrés de marche à champ d’excitation réduit, sont obtenus par shuntage au moyen de shunts inductifs efficaces. Ce procédé, conjugué avec l’emploi de moteurs compensés, assure la meilleure protection possible contre les effets violents des régimes transitoires. Grâce à des dispositifs spéciaux (crans de shuntage intermédiaires déséquilibrés), les variations d’effort au crochet, au moment des changements de couplage, ne dépassent pas i,5 t sur un maximum de i4 t.
- Les transitions sont réalisées au moyen de trois groupes de quatre contacleurs à cames, commandés par servo-moteur électro-pneumatique. Cette solution, aujoui’d’hui éprouvée, supprime tout verrouillage électrique entre contacteurs et simplifie le contrôle.
- Les moteurs, grâce à une disposition fort judicieuse des bobinages et des conduits de ventilation, dépassent de 20 pour 100 la puissance prévue à l’origine de l’étude.
- Chaque moteur pèse 3 5oo kg sans ses accessoires, ce qui correspond à un poids nu par cheval de 5 kg en régime uni-horaire et de 5,4 en régime-continu, ceci aux essais sous 675 Y. Les moteurs sont liexapolaires ; ils sont équipés de pôles de commutation et de bobines de compensation; le rapport d’engrenage est de 2,lio0, le diamètre des roues motrices étant par ailleurs de 1,260 m.
- Les épures de traction, obtenues aux essais, soulignent la souplesse de cet ensemble moteur; sous caténaire à 1 35o V et sans dépasser sa capacité de puissance « régime continu », la locomotive peut remorquér :
- — un rapide de 5oo t à 160 km à l’heure en palier ou à 122 km à l’heure sur rampe de 8 mm par m;
- —- un rapide lourd de 85o t à i4i km à l’heure en palier ou à m km à l’heure sur rampe de 5 mm par m;
- — un train de marchandises de 1 200 t sur rampe de 8 mm par m à 47 km à l’heure, en série-parallèle;
- — un train de marchandises de 1 3oo t en série-parallèle sur rampe de 5 mm, entre 5o et 60 km à l’heure.
- Sur Paris-Bordeaux, avec un train de 5 voitures, et en respectant la limite de i4o km à l’heure (exceptionnellement 160 km/h entre les Aubrais et Saint-Pierre-des-Corps) et malgré de nombreux ralentissements jusqu’à 3o km à l’heure, la C-C-7001 a effectué le parcours de 58o km dans le temps record de 4 h 26 mn, soit à la vitesse moyenne de i3i km à l’heure. Les 23o km de Paris à Saint-Pierre-des-Corps ont été couverts en 1 h 4o mn, à la vitesse moyenne de i32 km à l’heure. Au cours de ces essais, l’équipement électrique s’est très bien comporté et la tenue mécanique de la machine n’a donné lieu à aucune critique.
- La locomotive CC-7001, dont le parcours total s’approche actuellement de 200 000 km, effectue un service intensif sur Pnris-Toulouse, à raison d’un trajet aller et retour par jour. Son « utilisation » atteint le chiffre de 21 h sur 24, les battements aux terminus ne dépassant guère 1 h. La CC-7002 effectue un service de même ordre, réalisant chaque jour un aller et retour Paris-Limoges et un aller et retour Paris-Tours. De tels chiffres se passent de commentaires et ouvrent d’heureuses perspectives en ce qui concerne l’exploitation technique des grandes lignes électrifiées de la S.N.C.F.
- Pjeivre Devaux.
- Satellites
- 'idée d’un satellite artificiel fut lancé en 1920 par l'ingénieur allemand II. Noordung.
- Pendant la guerre, les Allemands ont sérieusement envisagé do lancer dans l’espace un miroir gigantesque tournant autour de la Terre comme satellite et permèttant de concentrer les rayons solaires pour provoquer des incendies. On envisageait une orbite dé 70 000 km de diamètre.
- Au lieu de miroir, on peut évidemment concevoir une bombe prête à piquer vers la Terre à la suite d’un signal envoyé par radio. La chute de l’engin peut être commandée automatiquement par une position donnée des astres.
- Le satellite peut également avoir des applications pacifiques, telles que relevé des cartes géographiques, relevé des perturbations atmosphériques en vue de prévision du temps, station relais pour ondes courtes, plus particulièrement celles de la télévision.
- Pour que le satellite se maintienne sur son orbite à une certaine
- altitude il faut que sa vitesse soit suffisante pour que la force centrifuge engendrée équilibre l’effet de la pesanteur.
- La figure ci-contre représente la variation de cette vitesse en fonction de l’al-10000 20000 30000 Km titude.
- artificiels.
- Une fois sur son orbite le satellite n’y restera pas indéfiniment à cause de la résistance de l’air et retournera sur la terre au bout de quelques semaines ou quelques années.
- Pour réduire la résistance de l’air lors du lancement, le futur satellite sera placé dans une enveloppe à profil aérodynamique.
- La, première partie de la trajectoire sera verticale comme dans le cas de V2 ; après quelques secondes l’eugin amorcera un mouvement tournant pour former juste quelques degrés par rapport à l'horizontale à 80 km d’altitude.
- Le mouvement continuera ensuite jusqu’à ce que le projectile atteigne la vitesse correspondant à l’altitude d’orbite désirée. La propulsion sera alors coupée jusqu’à ce que le projectile arrive sur l’orbite désirée ; à ce moment la propulsion sera de nouveau mise en route pour régler la vitesse finale.
- Le calcul montre qu’avec une vitesse du jet de 2 000 m/s égale à celle de la Y2 pour amener le satellite sur son orbite à une altitude de 480 km, il faut que le poids de combustible soit égal à 98,3 pour 100 du poids total-, ce qui est irréalisable dans une roquette à un étage et même dans une roquette à deux étages.
- Si la proportion de combustible est supposée la même que dans la Y2,-soit 70 pour 100, alors la vitesse du jet dans le cas d’un étage devra être 7 000 m/s, ce qui est au delà des possibilités actuelles.
- Compte tenu des progrès quant à la vitesse maximum du jet et quant à l’allégement du poids mort du projectile il semble qu’une roquette à deux étages permettra d’atteindre l’orbite désirée.
- p.69 - vue 73/406
-
-
-
- 70
- La Rana Goliath du Muséum
- Le Viva’rium du Muséum d’Ilistoire naturelle a récemment (juin 1949) proposé à la curiosité de milliers de visiteurs un spécimen unique de Rana Goliath, capturé par des Pygmées dans un marécage d’Afrique centrale et parvenu pour la première fois en Europe. Disons tout de suite que la documentation relative à l’espèce R. Goliath est des plus réduites, si l’on fait exception de la description qu’en donne le catalogue des Batraciens Anoures du British Muséum et de la courte note de T. Barbour (Copcia, New-York) à qui nous empruntons l’essentiel de cette note.
- Ses mœurs et son habitat ne sont connus que de façon fort sommaire. Tout au plus sait-on qu'il s’agit , d’une espèce vivant en eau profonde, dont îa nourriture habituelle consisterait surtout en poissons.
- Le spécimen présenté au public mesurait 70 cm de longueur avec des membres alleignant la grosseur d’un poignet humain. Sa
- Fig. 1. — Dans le vivarium du Muséum : comparaison des tailles de la Rana Goliath et d’une Grenouille de France.
- comparaison avec une grenouille de nos régions est démonstra-.tivo à cet égard (tig. 1).
- Les caractéristiques anatomiques de cette espèce sont les suivantes : la langue est légèrement coupée en arrière, les dents vomériennes en deux séries s’inscrivent en arc derrière les choa-nes. Le museau arrondi est plus long que le plus grand diamètre orbital et les narines se trouvent un peu plus proches du bout du museau que des yeux. L’espace interorbital est plus étroit que les paupières supérieures et le tympan égale les deux tiers ou les trois quarts de la largeur des yeux. Les doigts sont moyens, mais le premier est beaucoup plus long que le second.
- La peau est lisse au-dessus, généralement avec de grosses glandes plates latéralement ; une ride glandulaire court depuis les yeux, au-dessus du tympan, jusqu’à l’épaule. Une autre ride glandulaire court habituellement le long et de chaque côté de la région sacrée dorsale. L’abdomen est brunâtre au-dessus, avec des points sombres disposés en barres transversales sur le dos. La face postérieure des cuisses est marbrée de noir et de jaunâtre. Les mâles enfin possèdent un sac vocal interne sous la gorge, un tubercule conique bien accusé à la face interne du premier doigt et un autre, bicuspide ou tricuspide, de chaque côté de la poitrine. Durant la période de reproduction ces tubercules sont recouverts d’une matière cornée noirâtre.
- C’est en 1906 à Efulen, au Cameroun, que fut découverte la première Rana Goliath. Depuis cette date la littérature scientifique n’en a fait état qu’accidentellement et c’est par transmission orale ou par correspondance que de rares détails nous sont parvenus à son sujet.
- L’aire de sa distribution s’établit entre le Rio Benito, en Guinée espagnole, au sud et la rivière Sanaga, dans le Cameroun central, au nord. Son extension en longitude ne paraît pas dépasser une zone de quelque cent cinquante milles à partir de la côte.
- Très craintive et méfiante, la Rana Goliath quitte rarement la profondeur des eaux. Recherchée par les indigènes elle ne parvient qu’exceptionnellement aux Européens, ses cuisses étant utilisées dans les cérémonies divinatoires.
- Quelques-unes d’entre elles sont tuées par les Pygmées avec des arcs et des flèches, mais le plus grand nombre est recueilli par les femmes quand, à la saison sèche, elles construisent des digues sur les ruisseaux. Les parties asséchées livrent alors leurs poissons et occasionnellement leurs grenouilles géantes. Il est, en effet, fort peu de représentants de cette espèce qui soient capturés en une autre saison.
- Blessée par les Pygmées lors de sa capture, la Rana Goliath du Vivarium a succombé dans les semaines qui suivirent, mais on pourra l’admirer dans les collections du Muséum.
- Pierre Gauroy.
- maïs par voie humide.
- Le tra itement du
- Une usine moderne a été installée à. Clinton dans l’Iowa aux Etats-Unis, pour le traitement du maïs en grains par voie humide.
- Les grains soigneusement nettoyés sont mis à macérer deux jours dans de l’eau tiède légèrement additionnée d’anhydride sulfureux pour éviter toute putréfaction. Le liquide qui a entraîné des produits solubles sera ultérieurement __ concentré pour leur extraction. Les grains sont ensuite dégermés. De ces germes on extrait par solvants organiques l’huile de maïs. Les grains sont finement broyés et conduisent à l’obtention d’un mélange de leur enveloppe, de gluten et d’amidon. Les fragments d’enveloppe sont éliminés par tamisage. Le gluten est séparé de l’amidon soit par l’ancien procédé de lavage sur tables agissant à la manière des sluices à minerais, soit sur des séparateurs centrifuges de conception plus moderne. Le gluten est utilisé dans divers produits alimentaires. L’amidon peut être hydrolysé en sirop par le procédé classique de chauffage avec un acide dilué. L’amidon fournit
- ainsi de la dextrine, produit de collage et si l’on pousse l’opération, des sucres, notamment du dextrose et du maltose.
- Ce sirop de maïs peut être purifié, décoloré aux charbons actifs, puis concentré jusqu’à l'obtention d’un produit cristallisé sec : le sucre de maïs. D’autre part, la fermentation lactique du dextrose dn sirop de maïs conduit à l’obtention d’acide lactique.
- En résumé, le traitement par voie humide des grains de maïs peut conduire à l’obtention des produits suivants : sirop de maïs, sucre de maïs, dextrose pure, dextrine, amidon, gluten pour produits alimentaires variés, huile de germes de maïs, acide lactique. Enfin l’évaporation de la première solution de trempage fournit un produit de base pour milieux de culture.
- Une méthode analogue est appliquée au Texas par la Corn Products Refming Co pour le traitement par voie humide des grains de sorgho ; elle livre une série de produits tout à fait parallèles.
- p.70 - vue 74/406
-
-
-
- L’uranium russe
- 71
- On se souvient de la lin de la guerre dans le Pacifique : le G août 1945, une bombe atomique lancée par un avion américain détruisait la ville japonaise d’Hiroshima ; le 9, une autre bombe ravageait le port de Nagasaki ; le 11, le Japon mettait bas les armes et il capitulait le 14 sans conditions.
- Depuis, les recherches de chimie nucléaire continuèrent en grand secret, révélées seulement par les expériences que les États-Unis organisèrent dans des îlots du Pacifique, à Bikini, puis à Eniwetok.
- Quelque temps, on crut que cet « engin à finir la guerre » présentait une si écrasante supériorité que son détenteur était maître de la paix mondiale.
- Cependant, il n’est pas d’exemple qu’une arme soit jamais restée longtemps secrète, qu’elle n’ait pas été copiée, reproduite et même perfectionnée, ni que des moyens de défense n’aient été cherchés pour en limiter les effets.
- C’est une fois de plus ce qui vient de se produire.
- Comme l’explosion d’une bombe atomique ne peut être réalisée sans qu’on l’apprenne, même à de très grandes distances, par l’ébranlement qu’elle provoque dans la croûte terrestre et que des sismographes sensibles peuvent enregistrer et aussi par les nuages de substances radioactives qui persistent longtemps dans l’atmosphère où ils se diluent en circulant, on installa tout autour du rideau de fer de l’U. R. S. S. des postes d’écoute pour détecter le premier essai que les Russes pourraient tenter.
- Longtemps, le silence régna, mais il est maintenant rompu, puisque le 23 septembre dernier, le président Truman annonçait :
- « Nous avons la preuve qu’au cours des récentes semaines, une explosion atomique s’est produite sur le territoire de l’Union soviétique ».
- Cette déclaration confirmait l’affirmation de Molotov, dès le G novembre 4947, que l’U. R. S. S. possédait elle aussi la bombe atomique.
- Depuis, les journaux ont parlé d’une deuxième explosion qui devait être réalisée en janvier 1950 dans la République soviétique du Kazak, entre la Mer d’Aral et le lac Balkach, au nord de l’Afganhistan et à l’ouest de la Mongolie. Celle-ci serait pacifique et destinée seulement à servir à de grands travaux d’irrigation et de mise en valeur des terres dans cette région.
- Les sources d'uranium.
- Bien que les bombes atomiques puissent mettre en œuvre différentes matières radioactives fissibles : uranium, plutonium, thorium, hydrogène, l’uranium est jusqu’ici celle qu’on a le plus expérimentée.
- Nous ne reviendrons pas sur le mécanisme de la désintégration, expliqué longuement ici par M. Pierre Rousseau C1), au moment où fut mise en œuvre la petite pile atomique française, « Zoé », au fort de Châtillon. Nous nous bornerons à examiner les gisements d’uranium actuellement connus d’où l’on peut extraire la matière première nécessaire.
- 1. Pierre Rousseau. Comment fonctionne une pile atomique. La Nature, n° 3167, mars 1949, p. 65.
- Longtemps, l’uranium et ses sels n’avaient eu que peu d’utilisations ; ils ne servaient guère qu’à la fabrication de couleurs, notamment pour la céramique et la verrerie. Dans les minerais, on trouve l’uranium associé au radium et ce n’est que depuis la découverte de la radioactivité et l’emploi du radium en thérapeutique que ces minerais furent exploités. Dans ceux du Katanga, on trouve 2 907 kg d’uranium (dont 7 millièmes de l’isotope 285) pour 1 g de radium, si bien que l’uranium était plutôt un résidu volumineux et encombrant qu’une matière première de valeur et on ne le recherchait pas spécialement.
- D’après M. Raguin (x), au début de ce siècle, seule la mine de Joachimsthal, en Bohême était exploitée ; elle ne fournissait que 3 ou 4 g de radium par an et on fêta en 1935 le centième gramme do radium qu’elle produisit.
- A partir de 1907, et surtout de 1919 à 1923, plusieurs gisements du Colorado (Placerville, Rifle) et de l’Utah oriental donnèrent
- aux Etats-Unis la prépondérance. En 1935, on en avait extrait 202 g de radium, 333 t de vanadium et 1 000 t d’oxyde d’uranium.
- En 1922 commença l’exploitation de Shinkolobwe, au Katanga, qui bientôt domina le marché du radium. En 1935, cette mine avait fourni plus dq 400 g de radium ; cette même année, elle en donna une vingtaine de grammes et 253 t de minerai d’uranium.
- En 1930, on découvrit au nord du Canada, à La Bine Point sur le bord oriental du Grand Lac de l’Ours, sous le cercle arctique et au sud-est du lac de Contact, deux autres gisements en longs et larges filons, qui furent poursuivis jusqu’à près de 500 m de profondeur. Malgré les difficultés dues au climat et au manque de communications, le Canada détrôna à son tour le Katanga et devint le plus grand producteur de radium du monde.
- Citons encore au Portugal la mine d’Urgeiriça, à l’est de Porto, de rendement très irrégulier, qui a donné en ces dernières années jusqu’à un gramme de radium par mois et divers dépôts de Madagascar, riches en terres rares, reconnus par A. Lacroix, mais peu exploités jusqu’ici.
- La production annuelle d’avant-guerre de tous ces gisements, constamment croissante, atteignait 300 à 400 g de radium et 1 000 t d’uranium, celui-ci n’étant guère que le résidu de celui-là.
- Lorsqu’après la guerre, l’uranium prit l’importance que l’on sait, primant de beaucoup l’intérêt porté au radium, et que sa possession équivalut à une suprématie, de puissance et d’influence, on raisonna sur les données statistiques connues et beaucoup affirmèrent que l’U. R. S. S. n’avait dans son immeüse empire aucune source de matière première pour la bombe atomique et qu’elle disposait tout au plus des gisements d’uranium de Tchécoslovaquie et de Saxe sur les territoires qu'elle avait occupés.
- C’est là une opinion à corriger, comme vient de le, faire observer The Economist de Londres, dans une étude très documentée (2) qu’il a bien voulu nous permettre de consulter et de reproduire,
- 1. E. Raguin. Géologie des gîtes minéraux. 2° édition. Masson et G1”, Paris, 1949, p. 334.
- 2. Soviet uranium sources The Economist, Londres, 26 novembre 1949,
- p. 1186.
- 60°E 70.E
- U Z B E K !
- Kl R G H I Z
- Tashkent
- [aboshai
- T U R K M EN
- (J A D J I K
- Knorog
- AFGHANISTAN
- K I S T A
- Chemin de fer
- --------Limites d '£tût «
- Route Région uranifère
- La région uranifère russe de l'Asie centrale.
- p.71 - vue 75/406
-
-
-
- ainsi qu’une carte de la région uranifère où se trouvent probablement aujourd’hui les plus importantes exploitations soviétiques.
- Il faut remarquer tout d'abord que la prospection géologique ne devint active en Russie qu’après 1929, date du premier plan quinquennal. Jusque-là, on n’exploitait guère que les ressources en charbon du Donetz, en pétrole du Caucase, en manganèse de l’Ukraine, en platine, chrome et ôr de l’Ourai, en fer de Krivoï-Rog et de Magnitogorsk ; 18 pour 100 seulement des immenses étendues dé l’Union avaient été explorées par des géologues. La prospection géophysique fut alors mise en œuvre, notamment par les procédés de Schlumberger et l’on peut bien rappeler ici que jusqu’en 1939, une quarantaine d’équipes françaises opérèrent en permanence en U. R. ’S. S. par sondages et carottages électriques t1). En 1935, la constitution de 35 pour 100 des sols était connue, 60 pour 100 en 1940 et 13 pour 100 au 1er janvier 1945. Depuis, cet inventaire a sans nul doute été poursuivi sans que ses résultats aient été publiés et l’industrialisation croissante de la Russie repose certainement sur des données géologiques précises.
- L’uranium ne présentait aucun intérêt, n’ayant pas de grandes utilisations industrielles, existant en abondance à de fortes concentrations dans les minerais exploités ailleurs pour le radium. Mais son existence avait été repérée par l'expédition envoyée au Tadjik et au Pamir pour chercher les ressources que l’Asie Centrale pouvait apporter à la mise en route des deuxième et troisième plans de cinq ans.
- The Economist donne les indications suivantes dont une partie provient de documents officiels russes publiés avant la guerre.
- La Grande Encyclopédie des Soviets, dans son volume 56, publié en 1936, indique brièvement que les principaux dépôts d’uranium se trouvent à Tuya Muyum et à Taboshar, en Asie centrale, dans la vallée supérieure du Syr-Daria.
- Des détails plus précis figurent dans des rapports de mission et notamment dans une longue étude de J. Bashilov : Dépôts de minerais radioactifs en Asie centrale et les problèmes de leur exploitation, publiée à Leningrad en 1935, sous les auspices du Commissariat du peuple pour l’industrie lourde.
- La région uranifère est localisée entre Samarkand à l’ouest et Tuya-Muyun à l’est, sur une étendue de plusieurs centaines de kilomètres, au nord des monts Alaï, au sud-ouest de la ville d’Osh, dans la république socialiste soviétique du Kirghiz. Tuya-Muyun a fourni de l’uranium dès le début de ce siècle et le minerai reconnu a été appelé tuya-muyunite. L’Association pour les métaux rares, qui a son siège à Moscou, raffinait elle-même le métal.
- Vers 1935, les mines du Tuya-Muyun étaient dans une situation critique. Les filons de minerais uranifères se trouvaient entre de puissantes venues d’eau et de coûteuses installations de pompage devenaient nécessaires, jusqu’à de grandes profondeurs. Les moyens de communication manquaient pour transporter les produits d’extraction jusqu'au chemin de fer de l’Asie centrale passant à plus de 60 km.
- Les minerais étaient riches, l’un contenant de 65 à 80 pour 100 d’uranium et le plus pauvre 52 pour 100, mais les experts hésitaient à recommander l’équipement nécessaire pour leur exploitation, ne sachant si elle serait économiquement intéressante, étant donnée la faible valeur du métal et la concurrence du Congo, de la Tchécoslovaquie et des Etats-Unis. Les explorateurs de la région étaient bien plus attirés par l’or, l’argent, le cuivre, le tungstène, fort abondants.
- Au début de la dernière guerre, les mines de Îuya-Muyun furent probablement abandonnées, certains administrateurs soviétiques ayant été accusés d’avoir induit le gouvernement en erreur et de lui avoir fait gaspiller des fonds, ce qui est une forme de sabotage. Depuis 1945, de nouvelles mines ont été ouvertes dans toute
- 1. R. Maillet et L. Micaux.. Conrad Schlumberger et la prospection électrique. Annales des Mines, 1942.
- la région d’Osh et de Molotovobad à l’est jusqu’à Samarkand à l’ouest.
- Une autre zone un peu plus au nord, dans le territoire de la république de Tadjik a été reconnue et mise en exploitation sur les lianes des monts Kara-Mazar, entre le Syr-Daria et l’Angren, à 40 ou 50 km au nord de la ville de Khodzhent, sur la voie ferrée de Tashkent à Melnikovo. Les centres miniers de cette région sont Taboshar et Sarymsakla, assez hauts dans les montagnes mais reliés à la vallée par une route. Les minerais sont plus pauvres qu’à Taya-Muyun, mais la main-d’œuvre est plus abondante et l’exploitation plus facile. Découverts en 1926, ils furent exploités après 1930 et Bashilov proposa de combler le déficit possible de leur extraction par la création d’une station d’eaux radioactives thérapeutiques comparable à celle de Sankt Joachimsthal en Bohème.
- En 1933, le P1’ Silbermintz signala encore d’autres dépôts uranifères au sud de la vallée de Fergana, à Ivara-Kaghir et dans l’ouest, à Agadik, à 16 km à l’est de Samarkand ; ils furent ensuite reconnus riches et abondants.
- A peu près à la même date, d’autres trouvailles parvinrent do la rivière Maili Su, à 53 km au nord de la ville d’Andizhan, au centre de l’ancien empire de Tamerlan ; l’uranium y voisine avec l’or, le platine, le plomb, le mercure, eLc.
- Enfin, en 1932, d’abondants dépôts de thorium furent révélés sur les flancs du Pamir, dans la vallée de la rivière Alichura, à 3 600 m d’altitude, au voisinage de la route qui relie Khorog à Osh.
- Depuis la guerre, on ne sait plus rien. Cependant, on a appris que la région tout entière a été mise en exploitation en raison de ses nombreuses richesses métalliques. Au Tadjik, par exemple, l’extraction du tungstène et du plomb est devenue dix fois plus intense à la fin de la guerre. Le plan actuellement en œuvre pour la république de Kirghiz prévoit de 1946 à 1950 le doublement de l’extraction des métaux non ferreux et le quadruplement de celle des métaux rares.
- L’U. R. S. S. dispose donc, rien que dans la région aux con fins de la Chine, du Pakistan et de l’Afghanistan, des quantités d’uranium nécessaires pour réaliser des bombes atomiques, et il n’est pas dit qu’ailleurs, d'autres gisements n’aient été reconnus, explorés et exploités.
- Où est Atomgrad ?
- On a parlé à maintes reprises d’une nouvelle ville, Atomgrad, où seraient centralisés les laboratoires et les usines consacrés à l’énergie- atomique, mais on n’a pas de renseignements précis sur sa position géographique. On a supposé qu’elle serait située en Arménie, près de la frontière russo-turque. Il paraît étrange qu'un centre aussi important et aussi secret ait été placé si proche d’un territoire étranger et dans une région stratégiquement si vulnérable.
- Il est certain que de grandes réserves d’uranium et de thorium existent dans les républiques de Tadjik et de Kirghiz et il est vraisemblable qu’Atomgrad se trouve quelque part dans les mêmes régions.
- Ce sont des territoires très peu connus, dont les cartes géographiques sont insuffisantes, et qui se trouvent isolés des pays étrangers par d’immenses et très hauts massifs montagneux couverts de glaces : les monts Tian-Chan, les monts Alaï, le Pamir. Leur attaque par terre est impossible ; leur survol l’est tout autant. Deux pics gardent la haute vallée du Syr-Daria, le mont Lénine de 7 200 m et le mont Staline de 7 500 m, parmi beaucoup d’autres également infranchissables. N’ost-ce pas dans la région uranifère même qu’il faudrait situer Atomgrad P L’annonce de la prochaine explosion dans la république de Kazak n’est pas pour exclure cette hypothèse.
- A. B.
- p.72 - vue 76/406
-
-
-
- 73
- Fig. 1. — Les toits de Paris.
- On y voit do multiples cheminées de toutes sortes, établies dans les plus diverses conditions.
- Le tirage des cheminées
- Il s’agit de l’évacuation des fumées de nos foyers. Le dictionnaire, parmi les diverses significations du mot « tirage » reconnaît celle qui s’applique au « mouvement ascensionnel d’une colonne d’air chaud dans l’intérieur d’une cheminée ».
- Pour s’effectuer convenablement en vue de l’évacuation des fumées, ce mouvement ascensionnel exige des conditions par-ticulières dans lesquelles interviennent plusieurs facteurs. Leur étude scientifique et technique a fait, depuis une centaine d’années, l’objet de nombreux exposés accompagnés, surtout les plus récents, de toutes les définitions et formules (x) que peut comporter un phénomène physique assez complexe.
- Mais il y a loin de la théorie à la pratique et cette question est, en fait, une des plus mal comprises, encore actuellement, dans la construction et l’aménagement de nos habitations. On peut même dire que les dispositions adoptées pour les cheminées sont le plus souvent établies en tenant compte- surtout de leur hauteur et en négligeant les autres facteurs, ce qui aboutit fréquemment à des contre-sens.
- C’est assez déconcertant, car une bonne évacuation des
- 1. Dans cet exposé essentiellement pratique, il a paru préférable de s’abstenir de toute formule mathématique. On évite ainsi deux écueils. Ou bien on veut tenir compte de toutes les données : on est alors conduit à se perdre dans la complexité de formules dont les plus connues restent les plus anciennes, datant du physicien Péclet et d’une centaine d’années, tandis que les plus récentes sont l’œuvre de savants spécialistes réunis dans des congrès de chauffage et de ventilation. Ou bien on s’en tient, comme le font d’ailleurs les traités de construction, à des formules abrégées dérivées de celles de Péclet, sans faire intervenir des facteurs importants tels que les frottements, et cela ne signifie plus grand’chose. De toutes façons, en se donnant l’illusion d’une précision mathématique, on risque de perdre de vue l’essentiel qui est une observation do simple bon sens.
- fumées joue un rôle très important dans l’hygiène et l’agrément d’une habitation. Ce sont les usagers et non les constructeurs qui s’en aperçoivent. Ni les uns, ni les autres, n’auraient d’ailleurs l’idée d’affecter à l’examen de leurs cheminées autre chose que les usages anciens et des règlements administratifs (1). On les ferait sourire si on leur parlait d’un retour aux cours de physique, surtout aux plus anciens.
- 1. Ces règlements administratifs, dont il convient de tenir compte, sont surtout dictés par des . soucis de sécurité, soit au point de vue sanitaire, soit au point de vue de la protection contre l’incendie (notamment la distance minimum de 16 pm de toute boiserie). S’ils stipulent que le système de chauffage devra être tel qu’il ne se dégage, à l’intérieur des pièces habitables, ni fumées, ni gaz nocifs, ils ne se préoccupent guère de l’influence des conduits sur la température des fumées qui conditionne le tirage.
- Fig. 2. — Cheminées d’un bel immeuble parisien d’habitation.
- On les a coiffées de tuyaux de tôle haubannés. Combien de temps resteront-ils en bon état, sans être rongés par la rouille ?
- p.73 - vue 77/406
-
-
-
- I
- I I !
- lil^ssss 1“
- Fig. 3. — Ce qu’il faut éviter.
- Le tuyau du poêle débouche dans la cheminée d’un autré foyer, ce qui est contraire à la réglementation. Il peut en résulter des refoulements de gaz brûlés d’une pièce à une autre, avec risques d’intoxication. Le conduit de fumée est dans un mur extérieur, exposé au refroidissement, qui provoqüera condensations et dépôts de suie.
- C’est cependant en se reportant à un très ancien cours de physique, tel que celui de Boutait et d’Almeida, édité par Dunod en i8G3, qu’on trouve exposé, avec le plus de simplicité et de bon sens, l’essentiel du problème : différence de densités des colonnes gazeuses à différentes températures, obligation pour les gaz chauds de s’écouler vers le haut sous l’effet de la différence des pressions entre l’intérieur et l’extérieur de la cheminée, pour aboutir à cette conclusion :
- Ç
- a:
- « Le tirage croîtra avec la hauteur de la cheminée et avec l'excès de la température sur celle de Vair extérieur. »
- Je souligne à dessein celte seconde partie de la phrase qui a été perdue de vue, l’attention ayant été à peu près exclusivement attirée sur la hauteur.
- Les auteurs poursuivaient très justement en ces termes toujours valables : « Il ne faut pas croire que le tirage puisse croître indéfiniment à mesure que la hauteur de la cheminée augmente. La température moyenne va en décroissant dans le tuyau dont la hauteur devient plus grande. En outre les frottements de l’air contre les parois intérieures devenant de plus en plus considérables à mesure que le tuyau s’allonge, la vitesse du courant se trouve diminuée par ces deux causes. »
- On ne saurait mieux dire et il n’est pas nécessaire de se perdre en formules compliquées pour concevoir les conditions d’un bon tirage où l’excès de la température des gaz sur celle de l’air extérieur joue un rôle primordial. Cette citation ancienne est d’ailleurs assez complète sous son apparence élé-
- mentaire, car elle parle avec dans le tuyau d’évacuation. Cette température varie en effet selon les points de la section considérée et d’autant plus que celle-ci est plus grande, mettant plus de distance entre le centre plus isolé, donc plus actif, dans le mouvement ascensionnel des gaz et les parois refroidissantes et ralentissantes par frottements.
- La construction traditionnelle n’envisageant les gaines de fumées que maçonnées et encastrées dans les murs et ne permettant pas de remédier à l’action de ces parois
- — d’autant plus que le rétrécissement des sections accentue l’influence de ces parois
- — on s’est désintéressé du facteur température pour concentrer tous les efforts d’amé-
- faison de température moyenne
- Fig. 4. — Une cheminée « isotherme » réalisée en France.
- Le conduit de fumée est entouré d’une double paroi compartimentée. L’amarrage, démontable, est assuré sous le toit, dans les combles. Le conduit est surmonté d’un chapeau déflecteur, avec boîte à poussières.
- lioralion du tirage sur l’augmentation de la hauteur (fig. 2).
- On ne songeait môme pas — on persiste encore trop souvent à l’ignorer —
- y-j ---- à la précaution élémentaire de ne pas
- / exposer à un refroidissement accru les
- gainés, d’évacuation des fumées en les encastrant, comme on le fait fréquemment dans des murs extérieurs ou les y adossant. D’une manière générale on peut observer que les cheminées placées contre des murs de refend présentent moins de défectuosités de tirage que celles situées contre les murs extérieurs, surtout dans l’angle de deux de ces murs. Il y a toujours intérêt à se rapprocher le plus possible du principe adoplé dans les pays froids : l’habitation construite autour d’une cheminée.
- Fig. 5. — Chapeau
- déflecteur et orifices de dégagement de fumées d’une cheminée à deux conduits.
- En fait, la préoccupation exclusive de la hauteur est également influencée par la considération de l’influence des vents, essentiellement variables, non seulement en orientation et en intensité, mais en rabattements éventuels. D’où le souci de dominer toute partie voisine, mur ou toiture, susceptible de provoquer de tels rabattements.
- Il est incontestable que les vents agissent, dans une certaine mesure, sur le tirage des cheminées. Mais cette action peut être, selon les cas, aussi bien favorable que défavorable. L’essentiel est que la force d’expansion des fumées (donc l’excès de leur température) soit telle que l’évacuation reste indépendante de cette influence..
- C’est ici qu’intervient un autre facteur, la vitesse des gaz à leur issue de la cheminée. C’est elle pratiquement qui caractérise le tirage. Or cette vitesse est liée non seulement aux variations de volume des gaz en fonction des variations de température, mais elle dépend aussi de la section offerte au cheminement des fumées et des frottements très variables dus à la nature des parois et aux dépôts de suie qui s’v forment. Cette dépendance ne doit jamais être perdue de vue dans la construction d’une cheminée et dans les plans de l’habitation. On ne devrait pas sacrifier à des commodités de répartition de pièces ou à des considérations d’aspect extérieur les dispositions imposées par le tirage des gaines de fumées. C’est évidemment plus difficile dans un immeuble collectif à plusieurs étages que dans une habitation individuelle. Le groupement de plusieurs conduits de fumées dans un môme mur tend alors à réduire leurs sections et à imposer aux conduits des déviations toujours défavorables.
- En tous cas, la section doit être adaptée au genre de foyer. Trop grande, elle réduit la vitesse, facilite le refoulement et permet l’action des vents plongeants. Trop étroite, elle entrave le tirage. 11 y a donc théoriquement, pour chaque foyer, une section optima. Quand celui-ci est béant, comme un âtre, il provoque une évacuation plus , importante des volumes de fumées et d’air entraîné.
- Les cheminées anciennes de grande section sont encore relativement nombreuses, surtout dans certaines régions de la France. Elles avaient été construites pour de grands feux de bois apparents, alimentés par des
- Fig. 6. — Une cheminée à deux conduits.
- Après l’enlèvement du chapeau, les orifices sont découverts pour le ramonage-
- p.74 - vue 78/406
-
-
-
- 75
- bûches de grandes dimensions, parfois- des souches et des troncs d’arbres; elles donnaient d’ailleurs passage au corps d’un homme pour 'les ramonages. Utilisées maintenant pour des feux moins importants, et môme pour des raccordements de cuisinières ou de poêles fermés, elles ne correspondent plus à la môme évacuation de fumées, ni en volume, ni en température. Comme d’autre part leurs parois intérieures, plus ou moins dégradées et fendillées, garnies de dépôts faisant corps avec ces parois, présentent des conditions de frottements et de refroidissements très défavorables, le fonctionnement de ces cheminées est généralement très défectueux, rendant inhabitables des pièces envahies par la fumée.
- Cet inconvénient se produit surtout au moment de l’allumage et par temps doux, précisément parce que les fumées,, n’ayant déjà pas atteint leur température normale et pénétrant dans une gaine froide et bien trop grande, ne disposent pas de l’excès de pression voulu pour s’évacuer à l’extérieur. Il est d’ailleurs assez caractéristique que de telles cheminées fonctionnent souvent
- Fig. 7. — Une cheminée à un seul conduit, prêt à être posé.
- On voit la gaine isolante et les quatre pattes d’amarrage.
- mieux lorsque souffle le vent du nord, ce qui s’explique par un abaissement de la température extérieure augmentant l’écart avec celle des fumées.
- Naturellement un fonctionnement normal comporte toujours le remplacement du volume gazeux évacué, sous forme d’un mélange de fumées et d’air chauffé, par un certain volume d’air froid pénétrant dans le foyer pour y assurer la combustion. Pour que ce renouvellement soit facile il faut que l’air extérieur ait accès dans la pièce sous l’effet de la différence de pression. Cet accès est réalisé par les insuffisances des joints des portes et des fenêtres, comme c’est le cas le plus fréquent, ou par l’ouverture de ces baies. Les spécialistes préconisent avec raison l’aménagement de prises d’air extérieur, prévues spécialement au voisinage du foyer, ce qui est certainement la meilleure disposition à adopter lorsqu’elle est possible, sans omettre la précaution élémentaire de l’établir obturable et réglable.
- On sait d’ailleurs que, lorsqu’un feu de cheminée s’est déclaré, la première intervention qui s’impose est d’obturer autant qu’on le peut toute entrée d’air à la base de la cheminée. Et si malgré tout le tirage n’est alors que trop bien assuré, même dans des cheminées normalement défectueuses, c’est que l’excès de température à l’issue des fumées n’est lui-même que trop bien établi.
- Ainsi tout concourt à démontrer que la condition essentielle d’un bon tirage est de maintenir la température des fumées aussi élevée que possible dans la gaine d’évacuation, donc d’isoler thermiquement toute la portion de cette gaine dont les calories ne peuvent plus être récupérées pour le chauffage intérieur de l’habitation. Cet isolement thermique se conçoit, en toute première nécessité, pour « les souches hors comble » c’est-à-dire les extrémités des cheminées émergeant du toit. Comme elles sont généralement constituées par des prolongements massifs de maçonneries, groupant le plus souvent plusieurs gaines qui fonctionnent rarement simultanément, et dont la hauteur est notable, le refroidissement des fumées s’y trouve accentué là où il devrait être évité avec le plus de soins. Ce ne sont pas les prolongements hétéroclites en tronçons de tôle noire de toutes dimensions et de toutes orientations dont trop de toits offrent, même et surtout dans les grandes villes, le spectacle lamentable, qui peuvent être considérés comme exempts de cet inconvénient. Leur hauteur trouve sa contre-partie dans ce refroidissement supplémentaire de telle sorte qu’on en obtient rarement des résultats appréciables justifiant l’aspect désordonné qu’ils donnent aux toits.
- Les dispositifs variés qui, sous la dénomination d’aspirateurs, font intervenir l’action des vents et dont sont coiffées certaines cheminées, sont plus logiques. Us rendent service dans certains cas, et particulièrement pour la ventilation des locaux en l’absence de tout feu allumé. Le fait qu’ils mettent en jeu une action extérieure essentiellement variable (à moins de se compliquer d’une action mécanique) ne peut les faire considérer que comme des remèdes de fortune à des dispositions défectueuses. Il est préférable que le tirage d’une cheminée de foyer se trouve automatiquement assuré indépendamment des conditions extérieures.
- C’est ce que réalise un dispositif fort simple que je signalerai en terminant. C’est une disposition française brevetée.
- Le conduit des fumées, particulièrement au-dessus du toit, est entouré d’une double paroi calorifuge fermée à son extrémité supérieure. Plusieurs conduits de fumées peuvent y être groupés. Dans le cas d’une installation nouvelle, la double paroi est constituée par une gaine métallique cloisonnée à sa base et à son sommet de telle sorte qu’entre les deux parois se trouve
- Fig. 8. — Une cheminée à double paroi en aluminium pour plusieurs conduits.
- Bien qu’en contrebas des constructions voisines, elle assure un tirage régulier.
- p.75 - vue 79/406
-
-
-
- 76
- un espace d’air clos immobile, isolant par lui-même et qui peut être rempli par une matière isolante légère et incombustible telle que la fibre de verre.
- L’aluminium est le métal le plus indiqué en raison de sa légèreté, de son inaltérabilité et de son pouvoir réfléchissant qui en fait un excellent écran thermique.
- Lorsqu’il s’agit de cheminées existantes, maçonnées, dont on tient à conserver les souches en maçonnerie de briques, on peut y introduire une gaine intérieure laissant un espace clos isolant entre elle et la maçonnerie, si la section est suffisante et si des déviations du conduit ne gênent pas. Ici encore l’aluminium peut être choisi et la seule précaution est de ne l’employer qu’à une certaine distance du foyer (2 ou 3 m par exemple) pour éviter un contact direct des flammes et une température trop élevée. On peut au besoin, tant qu’il s’agit d’une gaine enfermée à l’abri des actions extérieures, se contenter de tuyaux ordinaires en tôle de fer, peints extérieurement à l’aluminium pour en réduire le rayonnement, ce qui est au contraire une disposition défectueuse trop fréquente lorsqu’il s’agit du chauffage d’un local par un poêle et ses tuyaux de raccordement.
- On se contente souvent de terminer chaque conduit de fumées par un tronçon de tuyau de poterie émergeant de la maçonnerie de la souche et débouchant à l’air libre. Parfois cette p'oterie est tronconique pour former une buse en vue d’accélérer la vitesse des fumées à leur issue. S’il s’agissait, de foyers à fonctionnement continu, ces dégagements ouverts à l’air libre ne présenteraient pas grand inconvénient, mais c’est rarement le cas et le fait d’offrir libre accès à la pluie, à la neige, aux vents plongeants, n’est pas favorable.
- On peut abriter l’orifice autrement que par une maçonnerie fixe comme en sont encore équipées de nombreuses cheminées anciennes. Les chapeaux en céramique ou mitres, de modèles variés, constituent une amélioration par leur moindre masse. La meilleure solution paraît être un chapeau déflecteur amovible qui complète avantageusement la gaine isolante. Ce chapeau en aluminium a une forme étudiée pour que sa face supérieure assure d’écoulement de la pluie et l’inférieure l’orientation des fumées. En outre, entre l’issue des fumées et la cloison supérieure de la gaine, on a ménagé une cavité dans laquelle tendent à se rassembler suies et escarbilles entraînées. Les ramonages sont facilités par l’amovibilité du chapeau après démontage de quatre écrous ou goupilles, ce qui simplifie également l’ensemble de l’installation.
- Un isolement thermique autour des conduits de fumées améliore le tirage. Il assure une plus grande sécurité contre l’incendie et les infiltrations de gaz brûlés nocifs. L’implantation des cheminées peut devenir indépendante des préoccupations architecturales et elle devrait, dans l’avenir ne plus dépendre d’un encastrement dans de gros murs. Il y aurait même intérêt à les en dégager et à modifier à cet égard usages et règlements administratifs. La position des souches sur les toitures devient indifférente à un voisinage de surélévations ; les souches peuvent d’ailleurs rester démontables et transportables d’une construction sur une autre.
- Enfin le fait d’éviter une déperdition de la . chaleur des fumées dans leur gaine d’évacuation peut fournir une surabondance de calories qu’on pourra récupérer pour une bonne part à la sortie du foyer soit au moyen de surfaces radiantes (tuyaux en forme de lyre ou tuyaux à ailettes), soit en faisant passer la gaine d’évacuation entre les parois d’une double cloison. Dans ce dernier cas s’imposent seulement des dispositions telles que la protection contre l’incendie soit assurée et que l’accès aux conduits de fumée pour leur visite ou leur remplacement éventuel soit facilité par des panneaux amovibles au droit de ces conduits. Dans ces conditions on pourrait, réaliser un chauffage par rayonnement pour des pièces voisines et surtout pour des pièces situées à un étage supérieur à celui du foyer.
- De telles cloisons chauffantes fonctionnent depuis plusieurs années à l’entière satisfaction de ceux qui les utilisent. Plâtrées et tapissées comme des cloisons ordinaires, ne nécessitant aucun entretien, évitant l’encombrement des radiateurs et leurs mouvements de poussières, elles permettent très simplement d’étaler, sur toute la surface d’une cloison, une température ne dépassant pas une vingtaine de degrés, mais répartie sur une surface de rayonnement ro ou i5 fois supérieure à celle d’un radiateur par une circulation naturelle de l’air enfermé dans la double cloison et se réchauffant sans cesse autour du ou des conduits de fumée. On peut aussi régler et supprimer s’il y a lieu cette circulation d’air : c’est un chauffage central simple et économique pour une habitation individuelle.
- L’amélioration du tirage peut ainsi se doubler d’une amélioration du chauffage.
- J. Bally,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- La détection des explosions atomiques.
- Lès publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air viennent d’éditer un travail de M. Hubert Garrigue, chef de l’Observatoire du sommet du Puy-de-Dôme, sur « La recherche du nuage radioactif » C).
- L’auteur s’était proposé de résoudre une question d’actualité, intéressante à plusieurs points de vue : savoir si l’on peut détecter à haute altitude, en France, un nuage radioactif peu après l’explosion très lointaine de bombes atomiques.
- M. Hubert Garrigue développe une courte note présentée à l’Académie des Sciences par M. F. Joliot, le 2 mai dernier.. Il expose succinctement la technique des .procédés de détection employés et les précautions prises pour neutraliser l’influence sur lés mesures des radiations normales de la haute atmosphère.
- 1. En vente au Service de documentation et d’information techniques de l’Aéronautique, 2, rue de la Porte d’ï'îsy, Paris (15e).
- Les opérations ont été effectuées en vol, à 6 000 m d’altitude en juillet 1946 et à 8 000 m en juillet 1948.
- La première observation a été faite le 20 juillet 1946 vingt jours après l’explosion n° 1 de Bikini. Trois vols sur vingt-trois, dans cette première série d’opérations, ont permis de déceler, à 6 000' m d’altitude, la présence d’un corps radioactif inconnu A de période apparente - 23 ± 3 h.
- Dans la deuxième série d’opérations, six vols sur quinze, en juillet 1948, ont permis de déceler à 8 000 m d’altitude ce même corps A. La première observation de cette deuxième série se place le 2 juillet 1948, soixante-quinze jours après l’essai d’Enivetok.
- L’auteur, physicien trop avisé pour conclure prématurément, déclare qu’ « il semble comme le plus probable que le corps A (t provienne directement, ou par filiation immédiate, de l’explo-« sion de la bombe atomique ».
- p.76 - vue 80/406
-
-
-
- L’alvéole à miel des abeilles
- 77
- ON ami M. Gosselin, ingénieur en chef des Instruments de Mesures, a bien voulu me demander de présenter la note ci-dessous aux lecteurs de La Nature, sans doute parce que j'ai déjà eu l'occasion de donner à la Revue des articles sur les polyèdres. Le travail de M. Gosselin est assez intéressant pour qu’il n’y ait pas à le commenter par avance.
- Je dirai cependant que, sur un sujet que l'on pouvait croire parfaitement connu l’auteur a découvert que ce qui était remarquable dans la construction géométrique de l'alvéole, ce n'était pas le fameux angle de 109°28,I5,f ,92 autour duquel on a tant discuté, et qui a fait considérer l’abeille comme un géomètre extraordinaire, mais l'angle de 120° dont il nous parle, angle qui conditionne et entraîne l'autre automatiquement. Sans doute trouvera-i-on que le miracle est encore grand,
- mais lorsqu'on songe aux lois de Sach et Errera, concernant la croissance des cellules_ végétales on est moins surpris. On l'est encore moins lorsqu’on constate qu’un tétraèdre régulier plongé dans l'eau donne par le simple jeu de la tension superficielle des plans se coupant deux à deux sous le même angle de 120°.
- Il a montré en outre que le fond de.Valvéole ne fait aussi que reproduire une moitié d’un polyèdre bien connu des cristallo-graphes. C’était plus qu’il n’en fallait pour légitimer le bon accueil que La Nature a bien voulu faire à cet article, ce dont nous tenons à la remercier.
- A. Sainte-Laguë (x),
- Professeur au Conservatoire national des Àrts-et-Métiers.
- Résumé historique.
- La forme régulière des alvéoles qui constituent les rayons de miel des abeilles, a été remarquée depuis une haute antiquité.
- Rappelons sommairement qu’un rayon de miel est formé de deux couches d’alvéoles, adossées par leurs fonds à une paroi médiane et composées chacune de prismes droits juxtaposés.
- Déjà, au ive siècle avant Jésus-Christ, Aristote observe que les bases de ces prismes sont des hexagones réguliers. Pappus, au iv° siècle après Jésus-Christ, en donne une étude géométrique et démontre que, parmi les trois polygones réguliers (triangle, carré et hexagone) susceptibles par juxtaposition de couvrir entièrement un plan, l’hexagone est celui dont le périmètre est le plus petit. Il en déduit que le prisme hexagonal droit est la figure qui permet de confectionner un rayon de miel de contenance donnée, au moyen d’alvéoles de dimensions données, en employant le moins de cire possible.
- Or, la cire, qui n’a aucune valeur nutritive, est une sécrétion produite par l’abeille au cours d’un processus biologique mal connu mais qui paraît particulièrement pénible pour l’insecte.
- Tout semble donc indiquer- que l’abeille a choisi pour ses alvéoles à miel la forme du prisme hexagonal afin d’économiser au maximum la production pénible d’un sous-produit sans valeur propre. '
- L’étude en resta là jusqu’au xvin0 siècle, lorsque Maraldi, astronome à l’Observatoire de Paris, s’avisa que les alvéoles des deux couches adossées ne sont pas dans le prolongement les uns des autres et que la paroi médiane constituée par les fonds communs n’est pas plane mais présente la forme d’un carrelage hexagonal gaufré composé de rhombes disposés obliquement les uns à côté des autres. Les alvéoles, de part et d’autre du fond, sont décalés de telle sorte que les fonds individuels sont tous convexes, chacun d’eux s’insérant clajis le creux compris entre les fonds de trois alvéoles contigus de la couche opposée. La figure i montre comment sont adossés deux alvéoles contigus de part et d’autre de la cloison médiane. La figure 2 montre la
- forme cl’un alvéole isolé et la disposition des trois rhombes ABSF, BCDS et DEFS qui constituent le fond.
- L’élude de la question passionna les savants du xvni0 siècle. En 1712, Ma-
- Fig. 1. — Disposition de deux alvéoles adossés (d’après A. Sainte-Laguë, Le monde des formes. Fayard).
- raidi détermina expérimentalement l’angle obtus de ces rhombes et trouva io9°28/ ou plutôt, un angle aussi voisin de cette valeur que le permettait la précision des mesui’es, car les côtés n’ont que 3 mm de longueur et sont d’ailleurs imparfaitement tracés par le travail de l’abeille.
- En 1739, le grand physicien et naturaliste Réaumur, se référant à la raison d’économie de cire déjà proposée par Pappus pour la forme hexagonale du corps des alvéoles, eut l’intuition que la même raison pouvait être invoquée pour la forme pyramidale du fond. Il demanda au géomètre Kœnigs de résoudre ce problème : « Entre toutes les cellules hexagonales à fond pyramidal composé de trois rhombes égaux, déterminer celles qui peuvent être construites avec le moins de matière ».
- La solution donnée par Kœnigs, rectifiée en 1743 par Mac Laurin, donna précisément la valeur io9°28/ trouvée expérimentalement par Maraldi.
- Depuis cette époque, la question a été reprise du point de vue géométrique par divers mathématiciens, parmi lesquels Lliuillier (1781), Lallanne (i84o), Brougham (i858), Hennessy (i885-i886), qui ont confirmé les résultats antérieurs (2).
- Une nouvelle propriété géométrique fondamentale.
- Nous avons eu la curiosité, au cours de la lecture de l’admirable « Vie des Abeilles » de Maeterlinck, de résoudre le problème posé par Réaumur.
- Depuis l’époque de Kœnigs et de Mac Laurin l’enseignement des mathématiques a fait de grands progrès et la question est maintenant du niveau de l’enseignement secondaire. Sans insister sur le détail des constructions géométriques et des calculs, on voit facilement que, la somme des volumes des alvéoles situés de part et d’autre du fond étant constante, puisque le volume ajouté d’un côté se retranche de l’autre, il suffit de rendre minima la surface totale d’un alvéole, c’est-à-dire la somme de G trapèzes latéraux et des 3 rhombes du fond. En prenant comme inconnue la hauteur x du sommet S (fig. 2) au-dessus du plan AB^C D'ŒF" des trois sommets A, C,E les plus bas, la sur-
- 1. M. Sainte-Laguë venait de rédiger ce texte quand nous avons appris sa mort. Mathématicien de talent, esprit original et curieux, auteur de nombreux livres, M. Sainte-Laguë a eu une grande influence sur ses élèves et a déterminé de nombreuses vocations mathématiques. La Nature s’honorait de le compter parmi ses collaborateurs.
- 2. E. FounnEY. Curiosités géométriques. Vuibert, Paris, 1920.
- p.77 - vue 81/406
-
-
-
- 78
- face à rendre minima est C(al — axjk) + 3a \/3v a2 + Æ2/2, a. étant le côté de l’hexagone 'de base.
- Ce minimum ’ a lieu pour x = a/Va ce qui conduit pour l’angle BSF — cp à la valeur tg qp/2 = y/ 2 et, au moyen d’une table de logarithmes à 7 décimales rp = ioo°28/i5//,g2, la dernière décimale étant exacte à 2 ou 3 unités près. Ce résultat qui reproduit celui de Mac Laurin en y ajoutant quelques secondes, n’a rien de spectaculaire, l’accroissement de la précision était simplement dû aux perfectionnements des tables de logarithmes.
- Mais, en poussant un peu plus loin la question, nous nous sommes proposé de calculer l’angle dièdre AKC entre deux des rhombes du fond, cet angle dièdre pouvant être mesuré expérimentalement par des méthodes optiques ou cristallographiques beaucoup plus précises que les méthodes de mesure d’angles plans. Un calcul élémentaire montre que cet angle dièdre a pour valeur théorique exacte 120°. Il en est de même pour les angles dièdres KCG et KAGf entre les faces latérales contiguës, de sorte que tous les angles dièdres de la figure polyédrique sont de 120°.
- On voit que la figure comporte un certain nombre de sommets tels que S, A, C, E auxquels aboutissent trois arêtes faisant entre elles des angles égaux à io9°28/i5//,93 et d’autres B, D, F auxquels aboutissent quatre arêtes faisant entre elles des angles égaux au supplément du précédent, soit 70°3i/44",o8. Enfin, la longueur des arêtes (côtés des rhombes) est 3a/2V2.
- Le polyèdre fermé*
- En portant sur les arêtes longitudinales du prisme hexagonal droit des longueurs égales à Saf2\2 et en fermant le polyèdre par une calotte rhomboïdale symétrique du fond, on obtient un polyèdre (SABCDEFA^CjDjEjFjSJ (fig. 2), redessiné dans la lîg. 3, qui jouit de nombreuses propriétés géométriques.
- Ce polyèdre peut être défini :
- i° soit comme étant le solide commun à 4 prismes hexagonaux réguliers dont les axes font entre eux dans l’espace des angles de 120° deux à deux;
- . 20 ou encore comme le polyèdre entourant un boulet pris au milieu d’une pile et délimité par les plans tangents communs avec les boulets voisins ;
- 3° ou enfin, comme le solide dérivant du clivage d’un réseau cubique par des plans (dénommés no en cristallographie) parallèles aux axes et passant par les milieux des faces.
- C’est un dodécaèdre rhomboïdal formé de 12 rhombes égaux, possédant :
- 24 arêtes égales et parallèles 6 à 6,
- i4 sommets dont 6 à 4 arêtes et 8 à 3 arêtes.
- 2 faces ayant une arête commune font un angle dièdre de 120°.
- 2 faces n’ayant qu’un sommet commun, sont perpendiculaires,
- les 8 sommets à 3 arêtes sont les sommets d’un cube inscrit dans une sphère de rayon égal aux arêtes,
- les 6 sommets à 4 arêtes sont les sommets d’un octaèdre régulier inscrit dans une sphère de rayon : av/3/2.
- 11 admet :
- un centre de symétrie,
- six axes de symétrie quaternaires,
- huit axes de symétrie ternaires.
- Pour les lecteurs qui s’intéressent à la géométrie des polyèdres, nous signalerons quelques propriétés qui nous ont été indiquées par M. A. Sainte-Laguë, mon ancien Maître, qui a bien voulu s’intéresser à celle étude.
- Le polyèdre n’est pas inscriplible mais il est circonscrit à une sphère. Il est semi-régulier du deuxième genre selon la définition de Catalan, et polaire réciproque du cidre-octaèdre (cube tronqué par un octaèdre régulier).
- Il est d’équipartilion, c’est-à-dire qu’il est un des rares polyèdres qui, par simple juxtaposition, peuvent remplir tout l’espace sans laisser de lacunes. Enfin, parmi les polyèdres d’équipartilion, c’est celui de surface minima pour un volume donné de cellules.
- Formation des alvéoles par les abeilles*
- De nombreuses théories ont été avancées pour expliquer comment l’abeille est arrivée à la forme hexagonale du corps des alvéoles.
- Buffon y voit une raison purement mécanique de compressions réciproques : les abeilles travaillant ensemble dans des cellules contiguës, tendent chacune à occuper le plus de place possible tout en conservant à leur ouvrage une forme aussi voisine que possible d’un cylindre à base circulaire. Buffon propose à l’appui de sa théorie une expérience dans laquelle il suppose qu’on fait bouillir clés graines cylindriques serrées les unes contre les autres après avoir rempli d’eau les interstices. Par compressions réciproques, les graines en se gonflant prendront une forme hexagonale.
- Outre qu’il n’est pas probable que Buffon ait jamais effectivement réalisé cette expérience, l’explication qu’il en tire a été réfutée par ILuber qui fait remarquer que les abeilles ne travaillent pas ensemble dans des cellules contiguës, mais que la construction d’un rayon commence par la confection du fond rhomboïdal gaufré et que c’est sur les arêtes saillantes de ce fond qu’elles élèvent ensuite les prismes hexagonaux.
- De toutes façons la théorie des compressions l’éciproques ne peut expliquer la forme des fonds, le chevauchement du fond de chaque cellule sur ceux de trois des cellules de l’autre côté de la paroi médiane et encore moins la profondeur a/ \ 2 du gaufrage.
- L’explication de la forme du fond par la recherche du minimum de cire ne peut guère non plus être retenue, car il est facile de calculer qu’un écart de 1/2 degré par rapport à l’angle
- F
- 2. — Forme d’un alvéole isolé.
- Dodécaèdre
- rhomboïdal.
- p.78 - vue 82/406
-
-
-
- 79
- théorique, ne donne qu’une diminution de l’économie de cire de l’ordre de i pour i million, soit de i g pour i t !
- Pour être guidée par un si faible écart, il faudrait que l’abeille soit douée de sens d’une précision déconcertante et vraiment surnaturelle !
- D’ailleurs, les conditions théoriques du minimum ne sont pas réalisées en pratique, ne serait-ce que parce que les parois de cire ne sont pas infiniment minces.
- Il faut donc trouver une autre explication. Le lecteur nous permettra-t-il de proposer la suivante ?
- Au début de son évolution, alors qu’elle n’en était encore qu’au stade du rayon à une seule couche, l’abeille a remarqué les avantages de la forme hexagonale des prismes simples qui constituaient ses alvéoles : forme permettant de construire des alvéoles tous identiques, aussi voisins crue possible de la forme cylindrique et pouvant couvrir toute la surface du rayon sans laisser de lacunes inutilisables pour l’élevage du couvain (1).
- Quoi qu’il en soit, l’abeille a pris l’habitude, au cours de ce premier stade de son évolution, de réaliser entre les faces latérales internes des prismes, des angles dièdres de 120° et s’est apprise à répéter cet angle dièdre dans foules ses constructions en cire. Elle a conservé celte habitude lorsqu’elle a découvert les avantages du rayon à double face et même lorsqu’elle a adopté le mode de construction qui consiste à confectionner en premier lieu la paroi médiane avant de commencer la construction des corps prismatiques.
- L’habitude ancestrale ainsi acquise déterminerait complètement la forme des alvéoles et c’est seulement à une propriété géométrique heureuse que l’abeille serait redevable de l’avantage de l’économie de cire.
- 1. Peut-être, à ce stade, qui est, encore maintenant, celui de certaines espèces attardées telles que les Guêpes, les Trigones, les Mélipones, les insectes travaillaient-ils simultanément en foules dans des alvéoles contigus ? Ceci apporterait un argument à la théorie des « pois bouillis » de Buffon, mais seulement pour la forme hexagonale des corps des alvéoles. Il serait intéressant de savoir si les espèces attardées travaillent de cette manière.
- Aperçus sur l’évolution des abeilles*
- Depuis que la reproduction de l’espèce est assurée exclusivement par des individus spécialisés qui ne participent plus aux travaux de la ruche, toute évolution est devenue impossible, car l’expérience individuelle des ouvrières ne peut être transmise à la descendance, à moins d’admettre une influence héréditaire sur la reine du mystérieux « Esprit de la Ruche » évoqué par Maeterlinck. Cette hypothèse mise à part (bien qu’elle soit peut-être, après tout, la clé de nombreux mystères) 1’ « intelligence » de la race ne peut plus que rester figée sous forme d’ « instinct » dans un acquis ancestral non perfectible.
- On peut entrevoir dans cette théorie un processus général qui semble régir l’évolution mentale des êtres vivants.
- La lueur primitive (pour l’abeille : la confection de prismes hexagonaux) résulterait d’un hasard favorable, lentement remarqué et; assimilé. Puis surviendrait une ère de progrès dans laquelle l'intelligence apparaît et conduit à de rapides perfectionnements (invention des rayons à doubles faces, mode de construction des cellules, d’organisation et division du travail, polymorphisme des individus, etc...).
- Enfin, sous l’influence d’un progrès trop poussé (division extrême du travail atteignant, par un polymorphisme trop exclusif, le mode de reproduction) une ultime période de Dévolution commence : période de stagnation dans laquelle seul subsiste l’acquis ancestral sous forme d’ « instinct » non perfectible.
- Le perfectionnement d’une espèce serait ainsi limité par ses progrès mêmes.
- L’homme semble être actuellement dans la deuxième période, celle de l’intelligence et des perfectionnements rapides et intensifs. De quel progrès hypertrophié l’humanité doit-elle sc garder pour éviter de tomber dans la période finale de stagnation ?
- J. H. Gosselin,
- Ingénieur en. chef des Instruments de Mesure.
- Le lait de pi'geon.
- On sait que les jeunes Colombidés, dans les jours qui suivent leur naissance, sont nourris exclusivement d’un liquide épais, crémeux, laiteux, d’odeur aigrelette, le « lait de pigeon », que régurgitent à leur intention la mère et aussi le père et qu’ils injectent par leur bec dans la bouche et même l’œsophage de leurs enfants. Claude Bernard y voyait une lactation comparable par certains points à celte des Mammifères. Des analyses récentes ont montré que ce soi-disant lait est riche en graisses (8 pour 100), en matières'azotées (13,0 pour 100), mais qu’il ne contient pas de sucre.
- A la Faculté de Médecine de Toulouse, MM. J. Broussy et J. Barry ont repris l’élude de cette intéressante question et ils viennent d’en publier un exposé d’ensemble dans la Biologie médicale. On sait depuis 1010, par Champy et Colle, que les glandes génitales des pigeons mâles et femelles s’atrophient à partir du huitième jour de l’incubation, et jusqu’au vingtième jour après l’éclosion, pendant que se prépare et que. s’excrète le « lait de pigeon ». Celui-ci sé forme dans le jabot qui précède l’estomac digérant proprement dit.
- Le jabot est normalement constitué par une muqueuse assez mince où sont logés des groupes do glandes secrétant un mucus aqueux, enveloppée par deux couches musculaires plus épaisses. Les grains ingérés par les pigeons s’y rassemblent, s’y humidifient, s’y ramollissent avant de passer dans la poche suivante où ils sont digérés. Pendant l’incubation, chez la femelle et chez le mâle, l’épithélium du jabot s’épaissit par formation de nou-
- A'dles cellules, son poids augmente, des capillaires sanguins nouveaux s'y organisent, des gouttelettes graisseuses apparaissent dans les cellules, l’organe se tuméfie. Des loges s’y creusent, en forme de grains de blé, bourrées de cellules graisseuses entourées d’une enveloppe kératiniséc.
- Le « lait de pigeon » est le produit'des sécrétions accrues de tout l’épithélium : celles des glandes muqueuses gonflées,_ celles des « grains de blé » riches en graisses auxquelles s’ajoutent les fragments kératinisés provenant de la desquamation de la surface. Le mucus est riche en diastases, les cellules de la surface et des loges le sont en lipides. L’ensemble forme une nourriture très riche et très digestible que les jeunes reçoivent sans effort personnel.
- Cette sécrétion « lactée » ne peut être assimilée à celle des Mammifères. D'abord, elle; se produit, dans les deux sexes et non chez les femelles seulement. Ensuite ellë semble sous le contrôle d’une sécrétion interne de la partie antérieure de l’hypophyse, la prolactine, tandis .quoQi’allaitcment par les mamelles est aussi sous divers contrôles nerveux ayant leur origine dans l’utérus, les seins, la moelle épinière et peut-être aussi l’écorce cérébrale.
- Justement, l’effet plus spécifique de la prolactine chez le pigeon a permis de choisir cet animal pour mesurer, pour a titrer » l’activité du lobe antérieur de l’hypophyse. Et le lait du jabot, de pigeon est en passe de devenir plus qu’une curiosité biologique pour entrer dans l’arsenal des tests pharmacologiques,
- p.79 - vue 83/406
-
-
-
- 80 Quelques aspects du Labrador
- Hème partie (.)
- U exploration scientifique. — Le Labrador est encore très imparfaitement connu et la plupart des grandes reconnaissances, en dehors des secteurs côtiers, ont été restreintes aux longs cours d’eau. Parmi les expéditions qui ont contribué, d’une façon ou de l’autre, à l’exploration de cette immense contrée, je me bornerai à citer les principales, entre celles qui firent œuvre utile au cours de ces quelque cinquante dernières années.
- Les premières grandes reconnaissances, d.e caractère surtout géologique, furent celles de A. P. Low, entre 1887 et 1902. Elles ont été pendant longtemps la principale source de renseignements sur l’intérieur de la péninsule.
- Parmi les expéditions qui avaient un but plus spécialement géographique, prennent place celles de R. Flaherty, qui réalisa en 1912 une double traversée de la péninsule d’Ungava, celles de A. Forbes dans l’extrême Nord du Labrador terre-neuvien, notamment dans les monts Torngat, en 1931-1935, celles du grand géographe finlandais que fut le Pr Y. Tanner, qui visita la Côte du Labrador en 1937-1939 et lui consacra la magistrale monographie que l’on sait.
- Les formations géologiques du Labrador terre-neuvien nous sont connues plus particulièrement par les travaux de Daly (1900), de Coleman (1915-1916), d,e Kindle (1924), d’Odell, géologue de l’expédition Foi’bes-Grenfell (igSi), de Whecler (i935), de E. H. Kranck (1937) auquel nous devons une excellente mise au point de la géologie de la côte orientale. En 1946, enfin, G. Vibert Douglas accomplit de nouvelles recherches dans ce secteur, s’intéressant particulièrement aux problèmes morphologiques.
- La partie médiane de la péninsule, où Low signala dès 1896 la présence de nombreux dépôts de fer, retient depuis quelques années plus ' spécialement l’attention des compagnies minières, dont les équipes géologiques profitent de la courte période d’été pour se livrer à des prospections méthodiques. Parmi les expéditions organisées par ces compagnies, citons celles de
- 1. La Nature, n° 3178, février 1950, p. 4V.
- Fig. 1. — Gneiss archéens redressés. Vallée de la Koksoak, près de Fort Chimo.
- W. F. James et J. E. Gill dans le bassin de la Kaniapiskau (192g), de J. E. Gill, FI. M. Bannerman et C. Tolman dans la région des monts Wapussakatoo (ig33) et de J. A. Retty, un des pionniers des recherches minières dans le secteur central dès 1986. Depuis,, les prospections se sont multipliées dans le district ferrifère traversé par la Kaniapiskau et scs affluents.
- Le long de la côte dô la baie d’Hudson, des recherches ont été réalisées par C. Iv Lcith autour du golfe de Richmond (1919), par IL C. Gunning dans la région du cap Smith (xg33), par G. Shaw dans le bassin de la rivière Eastmain (1943), par E. II. Kranck en divers points entre Rupert Ilouse, dans la baie James, jusqu’au promontoire de Portland (1947). En 1948, j’ai pu établir une coupe géologique de la péninsule d’Ungava, sui-
- Fig. 2. — Formations algonkiennes (quartzite à hématite) à Kayak Bay, estuaire de la Payne.
- vant le Co° parallèle, à travers les vallées des rivières Kogaluk et Payne.
- Le Labrador offre également un champ d’études fort intéressant aux botanistes. G. Gardner, de 1980 à 1989, fit d’amples récoltes de plantes tout le long des côtes du Labrador et sur plusieurs îles adjacentes, tandis que le R. P. A. Dutilly herborisait en diverses parties de la péninsule. De son côté J. Rousseau, directeur du Jardin botanique de Montréal, après plusieurs campagnes au lac Mistassini, herborisa en 1947 le long de la rivière George, qu’il descendit sur toute sa longueur, jusqu’à la baie d’Ungava, renouvelant l’audacieuse randonnée accomplie en igo5 par M™° Leonidas Ilubbard. Il étendit, en 1948, ses investigations à la péninsule d’Ungava, où je l’accompagnais grâce à une subvention qui me fut donnée par l’Arctic Institute of North America.
- En 1947, le D1' Imari Hustich entreprit des recherches botaniques et forestières sur la côte de la haie d’IIudson et en 1948 dans le centre et le Sud du Labrador. Enfin, le Pr N. Polu-
- p.80 - vue 84/406
-
-
-
- 81
- nin, spécialiste de la flore de l’Arctique oriental canadien, vient de publier sur ces territoires un important ouvrage intéressant le Labrador qu’il visita en 1946. Il faut signaler également les récentes recherches é.cologiques de J. W. Marr (1948) sur le cours inférieur de la Leaf et de la Koksoak.
- Parmi les plus récentes recherches intéressant la zoologie, figure l’expédition du Carnegie Muséum de Pittsburgh, qui s’est rendue au lac Clearwater, en partant du golfe de Richmond, pendant l’hiver de 1988, afin d’en étudier les phoques.
- Ce furent en 1940 les recherches ornithologiques de W. E. Clyde Todd, à la baie de Povungnituk (baie d’Hudson). Je terminerai ce bref exposé de la conquête scientifique du Labrador, en signalant les recherches océanographiques et biologiques des eaux de la baie d’Ungava, commencées en 1947 par le Pr M. J. Dunbar.
- Une œuvre scientifique importante a déjà été réalisée, qui s’amplifie depuis quelques années, grâce surtout aux facilités de transport offertes par l’aviation depuis l’établissement des grandes bases militaires aériennes de Goose Bay et de Fort Cliimo, points de départ de nombreux chercheurs, qui trouvent là un accueil des plus précieux.
- Formation géologique. — Le Labrador appartient tout entier an Bouclier canadien, immense étendue de roches précambriennes qui supportent simplement, çà et là, en de très rares points de la péninsule, quelques lambeaux de terrains paléozoïques, comme les grès cambriens du détroit de Belle-Isle et quelques assises calcaires du môme âge dans le bassin de la Koksoak.
- La géologie du Labrador, sauf certains secteurs limités, où des recherches minières ont suscité des investigations assez détaillées ne nous est encore connu que dans ses très grandes lignes, grâce surtout aux travaux de Low.
- Les formations les plus largement représentées sont celles du précambrien inférieur ou archéen qui occupent apparemment plus des neuf dixièmes de la surface de la péninsule. Le précambrien supérieur ou algonkien, tout en n’ayant qu’une faible extension, est d’un grand intérêt pratique, car c’est avec les couches de cet âge que sont associés les plus puissants gisements de fer du Plateau Central.
- Le socle archéen est essentiellement formé par un complexe granito-gneissique. À lire les descriptions des auteurs qui l’ont étudié en des points très écartés, on constate qu’il s’agit rarement d.e granités francs et homogènes, en massifs bien individualisés et circonscrits, mais bien de roches hétérogènes, fréquemment rubanées, riches en enclaves basiques et contenant également de larges bandes de terrains d’origine sédimentaire et
- volcanique, fortement métamorphisés et granitisés, dont les bords imprécis témoignent d’un passage graduel au granité voisin.
- Certains auteurs considèrent ces granités du socle ancien comme des intrusions qui ont absorbé et incomplètement assimilé les strates sédimentaires et les coulées volcaniques qu’ils envahissaient. D’autres préfèrent évoquer la notion de graniti-sation, qui cadre mieux, dans bien des cas, avec les observations faites sur le terrain. Suivant cette façon de voir, la majeure partie des roches granitiques archéennes du Labrador seraient non pas intrusives, mais d’anciens sédiments très modifiés, autrement dit des migmatites, entièrement refondus et transformés en granités d’anatexie dans les cas extrêmes.
- Sur de grandes surfaces cependant, l’origine sédimentaire des roches plus ou moins fortement métamorphiques accompagnant les granités se laissent aisément déceler. Outre les gneiss (fig. 1), qui sont largement dominants, celles-ci comprennent les quartzi-tes, plus rarement des calcaires cristallins, qui font d’ailleurs complètement défaut sur de grandes étendues, des amphibolites largement répandues, qui peuvent également dériver, il est vrai,
- Fig. 4. — La Taïga, vue d’avion dans la région du lac Melville.
- de roches volcaniques basiques. Ces diverses roches métamorphiques ont un air de famille très prononcé avec d’autres, également archéennes, formant la série de Grenville dans le Sud du Bouclier canadien. Une autre formation assez commune au Labrador n’est pas sans analogie avec une autre série archéenne qui est également bien connue dans le sud-ouest du Québec et dans l’Ontario, celle du Keewatin, où elle est fortement minéralisée en général et riche en filons aurifères. Elle consiste en laves neutres et basiques, offrant souvent une structure ellipsoïdale indiquant leur nature sous-marine, accompagnées de tufs Arolcaniques et d’intercalations gréseuses et schisteuses. Ces laves
- Fig. 3. — Sol polygonal de la toundra du Nouveau Québec. Bassin de la rivière Payne.
- p.81 - vue 85/406
-
-
-
- Fig1. 5.— Aspect typique de la Taïga. Peuplement d’épinettes blanches (Picea glauca). Environs de Goose Bay.
- sont d’ailleurs souvent transformées en amphibolites et en chloritoschisles. Elles apparaissent, de plus, assez fortement granitisées.
- De grands massifs d’anorthosile, dont certains contiennent du labrador chatoyant aux superbes reflets- bleus^ existent de place en place au milieu des schistes cristallins et granités arehéens. On en connaît surtout dans le Sud, le long de l’estuaire dù Saint-Laurent, sur le Plateau Central (lacs Gabbro et Michikamau) et le long de la côte du Labrador terre-neuvieil, autour de Nain en particulier. Dans le Nouveau Québec proprement dit, il ne paraît exister, pour l’instant, qu’un seul massif d’anor-thosite, dans la vallée supérieure de la rivière George, reconnu récemment par IL J, Rousseau.
- Des roches à hyperstène, présentant un ensemble de caractères très particuliers, qui les apparentent aux char-nockiies de l’Inde, de la Côte d’ivoire, de la région située au Nord d’Otlaiva au Canada, etc... ont été mises en évidence par N. E. Odell dans les monts Torngat, où elles forment la masse imposante du mont Razorback.
- L’Archéen prit fin par une période d’activité orogénique intense. Les assises sédimentaires et les formations volcaniques furent fortement plissées et disloquées, tandis que les zones les plus profondes, correspondant aux racines de cette ancienne, chaîne, furent métamorphisées et granitisées. Ce sont ces dernières, mises à jour par une longue période d’érosion qui effleurent et sont maintenant accessibles à nos investigations.
- Les couches sédimentaires du précambrien supérieur ou algonkien se déposèrent en discordance sur les formations archéennes déformées, redressées et pénéplanisées. L’affaissement de cette pénéplaine a été accompagné par la formation d’un certain nombre de bassins de subsidence où
- se sont accumulées de grandes épaisseurs de sédiments algon-kiens représentés par des grès, quartzites, calcaires dolomiti-ques, des cherts, des schistes ardoisiers, avec des intercalations de basalte et des sills de dolérite parfois transformés en roches vertes (fig. a).
- De tels dépôts, généralement disposés en bandes - étroites et allongées, d’orientation générale nord-sud, sont connus en diverses régions du Labrador. Tous contiennent, comme les dépôts contemporains d’autres points du Canada et du Nord des États-Unis, de fréquents niveaux fcrrifàres.
- Les formations algonkiennes les plus étendues sont celles du Fossé du Labrador, large de 5o km, s’étendant du lac Sandgirt en direction du nord-ouest, sur près de 5oo km, jusqu’au delà du confluent des rivières Kaniapiskau et Larch, C’est le long de celle zone sédimenlaire que l’on procède depuis quelques années à une prospection très active, principalement en ce qui concerne le fer.
- Des formations algonkiennes, un peu plus métamorphiques que les précédentes, mais cependant exemptes de tout phénomène de granitisation, représentées par des schistes lustrés, des quartzites à minéraux, avec intercalations de grès à hématite et magnélitc et sills de dolérite, affleurent sur la rive ouest de la baie d’Ungava, en particulier à la baie de Payne. Divers indices laissent penser que cette bande septentrionale se raccorde aux couches du Fossé du Labrador.
- Des terrains algonkiens très semblables existent sur la côte atlantique du Labrador où ils sont connus sous le nom de Couches cle Mugjord et de Ramah. Les premières ont été décrites
- Fig. 6. — Fougères (Dryopteris fragrans) et Cladonies (Cladonia alpestris) au pied d’un escarpement rocheux, vallée de la Kogaluh, Nouveau Québec.
- p.82 - vue 86/406
-
-
-
- 83
- Fig. 7. — Un cours d’eau dans ta Taïga du Labrador méridional. Bassin inférieur de la rivière Hamilton.
- par Daly, les secondes, qui occupent un synclinal de ioo km de long sur une douzaine seulement de large, compris entre les fjords de Saglck et de Nachvack, l’ont été par Colman. Les mêmes formations constituent également une étroite bande dans l’ouest de la péninsule, notamment autour du golfe de Riclnnond sur la baie d’Hudson et dans les îles côtières voisines (Nasta-poka, etc...) ainsi qu’aux îles Belcher. La surrection de ces diverses chaînes du précambrien supérieur, affectées par des plissements d’inégale intensité, faible parfois et de style jurassien, fut marquée par une période de grande activité volcanique, avec, épanchement de larges basiques très fluides et intrusions de fdons et de nombreux sills de dolérilc.
- Le Labrador fut ensuite soumis à une très longue pénéplani-sation et c’est sur une surface précambrienne à peu près nivelée que se déposèrent, par la suite, les couches paléozoïques, dont les rares lambeaux subsistant, préservés notamment dans le' sud de la péninsule, sont demeurés sensiblement horizontaux.
- La calotte de glace qui submergea totalement le Labrador au Pléislocène a laissé partout des traces manifestes de son passage, bien que l’action de la glace ait été relativement superficielle, l’inlandsis n’ayant pas à son actif de trait topographique majeur. Toutes les grandes vallées fluviales sont antérieures à la glaciation, comme en témoignent les grosses épaisseurs de dépôts fluvio-glaciaires qui s’y sont accumulés, désorganisant complètement, le système hydrographique. Sous le poids de la glace, la péninsule s’affaissa et fut partiellement envahie par la transgression marine quaternaire qui succéda au retrait de la calotte glaciaire. La surrection du pays qui se produisit ensuite, variable suivant les points et généralement comprise entre ioo et a5o m, n’a pas encore compensé l’affaissement qui eut lieu au Pléislocène, comme l’indique la physionomie du littoral, dentelé de fjords et bordé d’une poussière d’îles.
- Le paysage végétal. — On peut, au point de vue phyto-géographique, distinguer au Labrador trois domaines qui pas-
- sent graduellement de l’un à l’autre. Ce sont, du sud au nord, la taïga, la toundra forestière et la toundra (fig. 3). Nulle part leurs limites respectives ne sont bien tranchées. Drvers facteurs, tels que l’altitude, l’influence de la mer et dans une certaine mesure aussi la nature du sol, contribuent à l’interpénétration de ces trois zones. Comme l’a clairement mis en évidence i. llustieh, les terrains sédimentaires algonkiens de la baie d’Hudson et du Plateau Central sont nettement plus favorables à la végétation que les formations granito-gneissiques.
- La taïga ou forêt de Conifères sub-arclique (fig. 4) occupe tout le sud du Labrador, s’avançant au nord jusqu’aux environs du 54e parallèle et même jusqu’au 55e dans le sud-est. L’aspect de la taïga n’est pas d’une uniformité absolue. Suivant les points dominent des peuplements très homogènes d’Épinette blanche (Picea glauca) (fig. 5) recherchant les sols secs et formant les' meilleurs boisements, qui ont souvent une allure de parc, ces Conifères en forme de candélabre étant régulièrement espacés sur un -lapis de Lichens du genre Cladonia, vulgairement appelés mousse à caribou (fig. G). Les Ëpinelles noires (Picea ma-riana) préfèrent les sols plus humides et affectionnent les tourbières, de même que le Mélèze (Larix laricina) qui est fort répandu. Le Pin gris (Pinus Banksiana) se rencontre uniquement dans la forêt boréale de la partie occidentale du Nouveau Québec. Quant au Sapin baumier (Abies basalmea), il est relativement rare. Parmi les essences feuillues, citons le Bouleau blanc (Belula papyrifera) et le Peuplier baumier (Populus basalmea.).
- La taïga ne forme pas un manteau forestier continu. Elle est interrompue par des espaces ouverts occupés par des tourbières et par des croupes rocheuses. Celte forêt atteint son plus beau développement dans le sud-ouest. Le long du littoral, au sud et
- Fig. 8. — Les ondulations très douces du plateau du Labrador dans la région traversée par la Payne (lat. 60° Nord).
- Au premier plan, des lichens.
- p.83 - vue 87/406
-
-
-
- surtout à l’est, l’influence océanique, froide et tempétueuse, la refoule dans l’intérieur. Ainsi s’explique, par exemple, le grand contraste entre les côtes rocheuses et stériles du détroit de Belle-Isle, où les lambeaux de forêt naine parviennent seuls à s’établir dans les lieux les plus abrités, et les grands boisements que traverse le cours inférieur de l’Hamilton, pourtant situé beaucoup plus au nord (fig. 7).
- Sur toute la largeur de la péninsule, les feux de forêts, imprudemment allumés par les Indiens, ont détruit au cours du siècle passé de grandes étendues de taïga qui, par suite de la courte période végétative et de la lente croissance des arbre», ne se régénère que très lentement.
- La toundra forestière n’est autre que la partie septentrionale de la forêt de Conifères, ne formant plus que des îlots le long des rivières et sur les versants les mieux protégés. Les arbres ne couvrent donc plus ici qu’une partie relativement faible de la surface du sol et nulle part de façon continue sur d’un peu
- Fig. 9. — Ledum groenlandicum, une Éricacêe très commune au Labrador. Goose Bay, Labrador de Terre-Neuve.
- longues distances. Des espaces rocheux et d’autres revêtus de toundra typique, séparent les lambeaux de- taïga, formée ici à peu près exclusivement par l’Épinette noire et le Mélèze.
- La toundra arctique correspond aux Bcirren g rounds ou « Terres stériles » des auteurs canadiens, expression qui n’est pas d’une correction parfaite, car il s’en faut que ce domaine, privé d’arbres, soit dépourvu de végétation. On y rencontre évidemment des espaces pelés et désolés, mais on y voit des surfaces aussi grandes, sinon supérieures parfois, recouvertes d’un tapis végétal court, mais qui peut être très fourni. Près de 35o Phanérogames ont été dénombrés dans la toundra du Labrador, auxquels s’ajoutent plusieurs Fougères, des Lycopo-des, une grande diversité de Mousses, de Lichens et des Champignons (Cèpes, Russules, etc.) (fig. 8). Les Lichens dominent sur de grands espaces et communiquent à la toundra un aspect lépreux, qui est particulièrement caractéristique quand on la survole en avion. Si l’impression d’ensemble que produit la toundra pendant la courte période d’été où le sol est libre de neige est celle d’une morne grisaille, il y a cependant, çà et là, des lieux privilégiés où s’épanouissent une foule dé petites
- plantes arctiques aux fleurs délicates et vivement colorées (fig. 9), tandis que certaines tourbières de Sphaignes sont égayées par la multitude des houpettes blanches des Linaigret-tes, qui méritent bien leur surnom de Coton arctique. Tapies sur les mousses humides s’étalent ces. mûres au fruit jaune, juteux et sucré, que sont les Platebières (Rubus chamæmorus) de beaucoup la meilleure baie qu’offre la flore arctique.
- La toundra, privée de tout arbre véritable, débute au Labrador vers 58° Nord. Sa limite dessine une ligne sinueuse qui, partant de la baie d’Hudson au sud du promontoire de Port-land, passe légèrement au nord de la vallée de la Leaf, où se cachent encore quelques rares petits Mélèzes rabougris, suivant ensuite d’assez près la côte méridionale de la baie d’Ungava, pour s’infléchir fortement vers le sud à l’est de la Vallée de la rivière George, englobant ainsi tout le district montagneux des Torngat.
- Aux plantes herbacées arctiques caractéristiques de la toundra s’ajoutent de rares espèces buissonnantes de Saules, d’Aul-nes et un Bouleau rampant (Betula glandulosa), qui forment localement des petits fourrés hauts de 1,20 m à i,5o m, assez serrés pour être difficiles à traverser. Ces buissons sont habituellement assez fréquents dans l’intérieur, surtout le long des principaux cours d’eau, pour que l’on puisse se procurer un peu de bois pour faire du feu.
- (à suivre). E. Aubert de la Rüe.
- Toutes les photographies ont été prises par l’auteur.
- Les rayons infra-rouges et la protection contre les gelées.
- Le Bulletin de l'Institut international du Froid résume d’après une étude de Fruits et Primeurs de l’Afrique du Nord les résultats obtenus aux États-Unis pour la protection contre les gelées par les rayons infra-rouges.
- Le Florid-a Grower signale qu’aux États-Unis on a mis à l’essai depuis plusieurs années la protection des cultures contre les gelées par les rayons infra-rouges. Plus de cent modèles de lampes émcttanït ces rayons ont été expérimentés. L’un des appareils qui ont paru les plus efficaces est du type « Evans Frost Guard » ; il a l’aspect d’un fût de 200 1 surmonté d’une voûte en parapluie et monté sur trois pieds minces ; il mesure 3,60 m de haut et pèse 13o kg. Les rayons infra-rouges sont produits par un brûleur à pétrole dans une chambre de combustion en acier inoxydable où la température atteint plus de 800° C. La partie inférieure de l’enveloppe de cette chambre est équipée pour émettre directement des rayons sur les cultures proches et sur la végétation plus éloignée, à l’aide d’un réflecteur, sorte de parapluie en tôle d’aluminium, de 4,20 m de diamètre.
- Lors des essais dans les champs de fraisiers, de groseilliers, de tomates, de cultures florales, une protection satisfaisante, sans dommage pour les plantes, a été obtenue partout jusqu'à une température de l’air de — 3,5° et une fois même jusqu’à —- 5,6° C. En de nombreux cas, la protection infra-rouge contre la gelée a avancé le temps de là récolte jusqu’à quatre semaines.
- Fait à noter, l’air traversé par les rayons infra-rouges n’est pas échauffé. Un appareil protège une superficie d’environ 0,4 ha. Les plans pour cette année prévoient la fabrication de 10 000 appareils. Des essais sont actuellement en cours sur des vergers d’agrumes, avec des appareils plus hauts.
- p.84 - vue 88/406
-
-
-
- LES TÉLÉTRANSMISSIONS
- par courants porteurs à haute fréquence.
- Nous avons insisté dans la première partie de cet exposé sur les diverses techniques utilisées dans ces transmissions et sur les éléments constitutifs de leurs équipements terminaux (n° 3176, décembre 1919).
- Dans ce qui va suivre, nous traiterons des lignes de liaisons à interposer entre ces dernières terminaisons, et enfin des progrès réalisés dans les installations importantes fonctionnant à ce jour.
- I. — L’évolution des câbles de liaison.
- Nous ne parlerons ici que des organes insérés entre les systèmes terminaux utilisés par les téléphonistes. Les mesures à distance (télémesures) utilisent comme nous l’avons vu les lignes haute tension déjà existantes.
- Nous suivrons les progrès réalisés dans l’ordre chronologique.
- 1° Lignes a paires multiples. — Les premiers câbles installés étaient « chargés », c’est-à-dire comportaient tous les 1 830 m (pas dit do « Pupin », du nom de l’inventeur) une bobine de self afin d’affaiblir au minimum les conversations ; car en tenant compte de la capacité linéique des câbles, leur structure était ainsi transformée en celle d’un filtre passe-bas coupant à 3 000 Hz et transmettant sans distorsion toutes les fréquences plus faibles. Mais par contre, au-dessus de 3 IvHz, rien, et en particulier aucun système à courants porteurs n’était viable ; telle était, par exemple, la liaison Paris-Strasbourg posée en avril 1926.
- Les câbles à charge plus légère posés plus tard (charge de 44 et de 9 mb) coupant plus haut pouvaient déjà assurer le trafic de 2 voies : c’est ce que faisaient les Allemands dont les lignes étaient très nombreuses ; ils ont mis en service jusqu’en 1939 plus de 300 000 km de tels circuits.
- Ensuite, sur des câbles à charge encore plus faible, on a pu installer des systèmes transmettant 3 conversations, mais ce fut un maximum.
- Aussi, avant de s’orienter vers d’autres genres de liaisons, a-t-on voulu abaisser encore le prix de revient des conversations ; dès le début est née de ce souci l’invention du circuit « fantôme » : deux lignes ou paires, constituant une « quarte », peuvent être utilisées toutes deux en parallèle et transmettre sans aucun autre cuivre une conversation supplémentaire sur ce circuit « fantôme » ; circuit ainsi nommé par opposition au « réel » existant au départ.
- La figure 1 montre le sens de passage des courants dans chacun
- Fantôme
- Circuit
- Fig. 1. — Circuits téléphoniques réels et fantôme.
- des 3 cas ; les conversations normales y sont indiquées par le sens des flèches en traits pleins ; la conversation « fantôme » par les flèches en traits interrompus. Les appareils terminaux sont connectés par les translateurs spéciaux à plusieurs enroulements indiqués aussi sur la figure.
- Malgré cet artifice, et pour prendre un exemple, 1 000 km de câble comportant de telles signes simples (fréquence limite 3 KHz) et permettant 100 conversations revenaient à 270 000 000 de
- francs 1940 ! Dans ce chiffre était compris le prix du câble, celui des bobines, la pose, le raccordement des tronçons par boîtes de jonctions étanches et l’installation des stations d’amplificateurs intermédiaires ou répéteurs.
- On s’aperçoit donc, en comptant toujours en monnaie d’avant-guerre, que le capital immobilisé pour un circuit, était encore de 2 700 000 francs, c’est-à-dire une somme alors énorme !
- Pour diminuer ce prix de revient, on a dû étudier les performances de nouveaux câbles dits « concentriques », dont les premiers ont permis de multiplier par 12 le nombre de voies dans les techniques de liaisons par courant porteur. Nous en reparlerons en détail plus loin.
- Auparavant, l’idée de dépupiniser les anciens câbles et de les employer pour les courants porteurs avait déjà été exploitée mais elle avait vite été abandonnée à cause de la diaphonie créée par les forts niveaux de conversation à haute fréquence sur les faibles niveaux à basse fréquence circulant dans deux paires de fils voisins. Cette sorte de couplage ou « paradiaphonie » croît très vite avec la fréquence. Dans les seuls cas où, entre 2 points, existaient 2 câbles séparés, un pour l’aller et un pour le retour, cette méthode de récupération des anciens câbles était pratiquée. Ainsi vers 1940, environ 2 000 km de telles liaisons étaient installés aux U.S.A.
- Mais le développement en France des systèmes à 12 voies exigea la pose de câbles spéciaux : par exemple, le câble Paris-Calais posé en 1941, qui comporte un écran métallique séparant les groupes de lignes affectées aux 2 sens de transmission. Dans ce câble, la diaphonie est au moins de 70 Décibels, c’est-à-dire que 1 V appliqué à une ligne de sens AB ne peut jamais, dans les conditions d’emploi, provoquer l’apparition d’une force électro-motrice supérieure à un dix millionième de volt sur une ligne de sens BA. Les conducteurs sont en fil de 13/10°, l’affaiblissement à 60 KHz de 1,65 Décibel (Db) par kilomètre, et l’espacement des répéteurs de 35 km.
- Considérons maintenant les avantages économiques de ce dernier appareillage qui permet, par définition, 12 conversations simultanées sur une même quarte de fils.
- Prenons l’économie de cuivre résultant du changemement de câbles :
- Dans l’ancien système, avec circuits fantômes, 192 conversations nécessitaient 192 x ^ — 428 circuits à 4 fils en cuivre de 9/10°, soit 2 900 kg/km.
- Dans ce nouveau système, ces mêmes conversations ne demandent que 16 circuits à 4 fils en cuivre de 13/10°, soit seulement 725 kg de cuivre par kilomètre ; soit une économie qui se chiffrait au cours de 1940 par 43 000 f au kilomètre (sans tenir compte de l’économie réalisée sur l’enveloppe de plomb, l’armature de fer, et d’une façon générale, toutes les matières premières du câble dont les dimensions, sônt réduites). Quant aux stations de répéteurs, leur nombre diminue aussi. Par contre le coût des équipements terminaux avec leurs 384 émetteurs et récepteurs est plus fort.
- Malgré tout, si l’on considère une distance de 1000 km, la seule économie de cuivre, plomb et matières premières, entrant dans la confection des câbles, dépasse 50 000 000 de francs 1940 et cette économie surpasse alors le prix même des installations terminales. C'est sur 500 km que les anciens et le nouveau système s’équivalent à peu près.
- 2° Lignes coaxiales. — Parlons maintenant des câbles concentriques qui sont les seuls capables de transmettre commercialement jusqu’à 72 ou même quelquefois 400 communications sur une " ligne longue unique.
- p.85 - vue 89/406
-
-
-
- 80
- Ainsi, à 400 conversations, il correspond environ 4 x 400 = 1 600 KHz île largeur de bande ; seulement à 2 MHz (2 millions de périodes (sec)) une paire en fil de 43/10® affaiblit d’environ 10 Db au kilomètre ; la technique actuelle des répéteurs permettant de leur assurer un gain de 50 Db, cela veut dire qu’on devrait ne les espacer que de 5 km ! Il resterait la seule solution d’accroître beaucoup le diamètre des fils, mais il n’en subsisterait pas moins le défaut de la paradiaphonie, si l’on conservait ces câbles ordinaires.
- Aussi, les techniciens ont-ils étudié à fond la ligne coaxiale, beaucoup moins coûteuse.
- Une telle ligne comporte pour l’aller un conducteur central de diamètre d1 et une armature extérieure concentrique de diamètre intérieur d0 et d’épaisseur c, pour le retour des courants.
- Cette ligne peut au contraire (et la théorie le démontre) avoir
- d
- un affaiblissement minimum lorsque le rapport —° passe par une
- d\
- certaine valeur (3,6) ; et en même temps la masse du métal du conducteur extérieur constitue précisément l’écran anti-diaphonique que nous désirons.
- La théorie des pertes Joule par « effet de peau » à haute fréquence /, fournit une expression très approchée de l’affaiblissement caractéristique Ac: dû aux pertes longitudinales dans la ligne ; elle donne comme valeur :
- AC* = K
- il
- do
- D’autre part, pondent à :
- les pertes transversales électro-statiques corres-Ac3 = K', tg 0./
- K et K' étant des constantes ;
- tg ô étant la tangente de l’angle de perte du diélectrique interposé entre les deux conducteurs (lui-même variable avec / pour des diélectriques normaux).
- Au total : Àc = Acx -p Aca.
- Jusqu’à 1 ou 2 MHz, le premier terme a seul une influence.
- Considérons alors le cas de transmission de 240 conversations : le domaine des fréquences est alors étagé de 60 à 1 020 KHz. Supposons que nous désirions garder entre les répéteurs la même distance (35 km) que pour le système 12 voies ; admettons aussi que
- nous réalisions dans ces récepteurs jusqu’à des gains de 47 Db,
- soit ^ = 1,35 Db/km à 1,02 MHz.
- 00 :
- D’après la constante de d0, on obtient alors :
- da — 18 mm d’où d, = ^4 = 5 mm.
- 3,6
- Le diélectrique sera en matière synthétique genre « styroflex » (figure-2).
- L’épaisseur du conducteur e sera de 0,5 mm pour que l’effet d’écran soit satisfaisant. Et par rapport aux « 12 bandes », cette ligne concentrique admettra un trafic 20 fois plus dense !
- C’est ainsi que plus de 3 000 km d’un tel câble ont été posés avant la guerre en Allemagne et plus do 800 km en France (ligne souterraine de Paris à Bordeaux).
- Remarquons que l’on peut aussi employer un câble 2 fois plus petit et disposer deux fois plus de répéteurs ; c’est ce principe qui domine les réalisations du « Post-Office » britannique.
- Enfin, en réduisant encore plus la longueur des tronçons, soit avec :
- 1 = 11,7 km, d0 = 0 mm, dL = 1,25 mm, e = 0,25 mm
- on a une extraordinaire légèreté (lignes américaines). Mais la sécurité fournie par la qualité des tubes à vide des répéteurs est limitée par la durée de vie de ces tubes : leur nombre devient tel que les États-Unis considèrent cette distance comme un minimum pour le prix de revient de leurs installations complètes.
- En résumé, si l’on ne considère toujours que le poids de cuivre utilisé par kilomètre et par conversation, l’emploi successif des circuits à 4 fils (ou 2 paires) des types BF, MF (12 voies) ou 1IF (coaxiaux) donne les chiffres ci-dessous :
- Câble BF, fil de 9/10® sans circuit fantôme : 22,700 kg ;
- Câble BF, fil de 9/10° avec circuit fantôme : 15,150 kg ;
- Câble MF, fil de 12/10® : 3,36 kg ;
- Câble coaxial, 9 mm avec 200 circuits : 1,25 kg ;
- Câble coaxial, 6 mm avec 500 circuits : 0,244 kg.
- Si l’on prend maintenant le prix d’une liaison complète sur ligne coaxiale, celui du câble proprement dit est une fonction croissante du diamètre d0 ; ceux de la pose du câble et des installations terminales sont indépendants’ de d0 et celui des répéteurs
- intermédiaires dépend de — , puisque leur nombre varie comme
- Uq
- l’inverse du diamètre du câble. Soit pour le prix de revient global, une fonction de la forme :
- P = P0 -f ad0 + ~ do
- Un calcul élémentaire montrerait qu’elle passe par un minimum pour :
- En 1937, étant donné l’état d’avancement de la technique, du prix des matières premières et de celui de la main-d’œuvre, une étude basée sur les principes ci-dessus a été entreprise en France. Elle a prouvé que l'optimum était pour d„ = 6 à 8 mm, elle a montré en outre qu’il était moins coûteux de s’écarter de cette valeur optimum dans le sens des diamètres trop élevés que dans l'autre.
- C’est ainsi que de nombreux câbles de ces dimensions ont été installés depuis la lin de la guerre, principalement du type souterrain.
- Bien mieux, la simplicité même de ces fileries est telle que quelques lignes aériennes ont été depuis peu installées dans la banlieue parisienne sur de simples poteaux en bois.
- Le prix moins élevé est bien mis en évidence par le diagramme de la figure 3, où il est comparé à celui d’un circuit à 2 fils pupi-nisé standard, le paramètre de référence étant leur longueur.
- p.86 - vue 90/406
-
-
-
- t
- Donc, il n’y a pas intérêt à choisir des câbles faibles, même dans tout pays à grand trafic.
- Enfin, le contrôle à distance et la sécurité des stations de répéteurs sont tels, actuellement, que 2 stations sur 3 peuvent ne pas être surveillées. Les Américains transmettent même ingénieusement l’énergie
- prix
- relatifs
- d’alimentation des répéteurs en 60 Hz sur le câble coaxial lui-même !
- Actuellement, ce dernier est donc un des types de câbles les plus modernes des systèmes de transmissions à bande large... en attendant la concrétisation des nouveaux progrès actuels.
- En effet, il est fort probable que la bande ci-dessus, après quelques progrès techniques, sera considérablement élargie à l’avenir : la réalisation des câbles « hertziens » à très large gamme de fréquences est déjà effective dans les laboratoires. Sans oublier les transmissions sur « guide d’ondes » en utilisant des ondes encore plus faibles que celles qui précèdent mais à propagation contrôlée par câbles métalliques (élimination des inconvénients du même ordre des ondes de radio : fa-ding, etc...).
- D’autre part, il est bien avéré que, dans l’avenir, la concar-
- Fig. 3. — Prix de revient comparés entre un ancien câble et un coaxial aérien.
- rence entre les diverses techniques sera d’ordre économique : ce sont les équipements les moins chers et à frais d’entretien minima qui devront l'emporter.
- Avant de terminer, nous ne pouvons omettre de signaler la découverte récente aux IT.S.-A. des « transistrons »„ ou détecteurs amplificateurs à cristal inclaquables et de très faible volume (logeables par exemple dans les boîtes de jonction entre câbles).
- Ces petites merveilles élimineront-elles bientôt les centaines de tubes périssables des amplificateurs (expériences de mai 1949 en France sur le transistron triode type PTT) ?
- Révolutionneront-elles bientôt l’ancienne technique ? Nous le saurons sous peu.
- Hier,' la s ta Lion renfermait plusieurs sources d’énergie, des centaines de répéteurs et des milliers de tubes thermoioniques contrôlés par une équipe spécialisée.
- Demain, elle sera réduite à une simple boîte enterrée profondément, ou bien perdue dans la nature, au sommet de pylônes supportant de simples coaxiaux !
- (à suivre).
- A. Tiioxnelier.
- Erratum. — Dans le n° 3176 de décembre 1949, p. 376, lre colonne, ligne 28, lire :
- Tension du signal Tension moyenne des parasites
- Page 376, 2e colonne, ligne 42, lire :
- 1 cent millième de milliardième au lieu de 1 cent milliardième.
- L'étrange multiplication
- Voici un problème, ne reposant sur nulle donnée numérique, pour la recherche de 2 nombres de 6 chiffres :
- Trouver 2 nombres de chacun 6 chiffres différents (certains chiffres pouvant, bien entendu, être communs aux 2 nombres) et choisis de telle sorte que la multiplication de ces 2 nombres, présentée dans la typographie habituelle, reproduise le même chiffre dans chaque colonne verticale, selon les rectangles du schéma ci-dessous :
- Sa solution est simple pour qui se remémore le problème « Hubert » que nous posions dans le rt° 2838 de La Nature du ier août 1900. et dont nous donnions la solution dans le n° 2842 avec les noms d’une douzaine de lauréats, dont aucun n’avait présenté la méthode simplifiée qu’on rappellera ci-dessous et dont on s’inspirera pour la multiplication proposée.
- Il s’agissait de rendre possible l’addition :
- Bcrthu + Erthub = Hubert
- dans.laquelle chaque lettre est représentative d’un chiffre. Solutions :
- 428 571 + 28» 714 = 7i4 a85 (1)
- 714 285 ' + i4a 857 == 857 142 (2)
- 142 857 + 428 571 = 571 4a8 (3)
- Recherche facilitée par les considérations que nous expo-
- sions alors :
- N étant le nombre 142 857, on a :
- N x 1 = i4a 867
- N x 2 = 285 714
- N x 3 = 428 571
- N x 4 = 571 428
- N x 5 = 714 285
- N x 6 = 857 142
- Le problème pourra sembler complexe à l’œdipe non averti.
- p.87 - vue 91/406
-
-
-
- 88
- L’addition (i) est donc :3N + 2N = 5N
- » (2) » : 5 N + * N = 6 N
- » (3) » : N + 3 N = 4 N
- Ceci étant rappelé — et il était indispensable de le faire pour
- le problème aujourd’hui en question— la multiplication dont il s’agit,a pour solution (entre 6 solutions de multiplicateurs différents mais apparentés) :
- l42 857 x 326 45i i4a 857 7 i4a 85 57 i4a 8 • 857 i4a 2 857 *4 42 857 1 46 635 810 607
- Mais la curiosité ne se borne pas à l’uniformité chiffrée des colonnes verticales, car il est peu de multiplications qui soient aussi fécondes en remarques piquantes et que l’on condensera ci-dessous :
- Remarqué I. — Le multiplicande est le nombre N, quotient de la division par 7 de 99 999.
- Remarque IL — Le multiplicateur est composé par la succession des restes partiels de la division par 7 de ioB, dans la forme arithmétique habituelle :
- 1 000 000 3o 20 60 •
- 4o 5o 1
- Ce multiplicateur est donc 320 45i.
- Remarque III. — Ce même multiplicateur est aussi composé par la succession des chiffres terminaux du produit, par 3, de chacun des chiffres composant le muliplicande 142 857 :
- I X 3 = 3 dont le terminal est 3
- 4 X 3 = 12 » 2
- 2 X 3 = 6 » 6
- 8 x 3 = 24 » 4
- 5 X 3 = i5 » 5
- n 1 X 3 = 21 » 1
- Remarque IV. — Le multiplicateur 026 45i étant connu, le multiplicande s’en déduit en retenant pour la succession de ses chiffres, le dernier chiffre du produit, par 7, des chiffres du multiplicateur :
- 3 x 7 = 21 dont le terminal est 1
- 2x7=14 » 4
- 6 x 7 = 42 » 2
- 4 x 7 = 28 » 8
- 5 x 7 = 35 » 5
- 1x7=7 » 7
- Remarque V. — La succession des chiffres terminaux des produits partiels en commençant par le bas, reproduit, naturellement, le multiplicande N = 142 857.
- La succession des chiffres de tête des produits partiels donne le nombre :
- 428 571 = 142 867 x 3.
- Remarque VI. — Si l’on sépare le produit général en 2 tranches de 5 et 6 chiffres et qu’on additionne ces tranches :
- 46 635 -I- 810 507
- 857 \[\i = i42 857 x 6.
- Remarque VU. — Pour un même multiplicande, i4a 857,
- 6 solutions sont possibles aves 6 multiplicateurs différents, obtenus par permutation cyclique des chiffres du multiplicateur :
- 326 451, 264 5i3, 645 i32, 45i 326, 5i3 264, i32 645.
- Dans chacun de ces 6 cas, les produits, séparés en tranches, totalisées comme il est dit à la remarque 6, donnent lieu, pour ces totaux aux remarques suivantes (dans l’ordre des multiplicateurs de la remarque VII).
- Remarque VIII.
- 46 635 + 810 5o7
- = 857 142 = i4a 857 x 6 (Remarque VT).
- Remarque IX.
- 37 787 + 533 64i
- 4- 2 000 000
- — 2 (terminal — 1 du multiplicateur)
- = 2 571 426 = 428 571 x 6 = i4a 857 x 3 x 6
- Remarque X.
- 92 161 + 622 124
- + x 000 000
- — 1 (terminal — 1 du multiplicateur)
- = 1 714 284 = 285 174 x 6 = 142 857 x 2 x 6
- Remarque XI.
- 64 475
- + 078 382
- + 5 000 000
- — 5 (terminal — 1 du multiplicateur)
- = 5 142 852 = 857 i4a x6 = 142 857 x 6 x 6
- Remarque XII.
- 73 323 + 355 248
- + 3 000 000
- — 3 (terminal — 1 du multiplicateur)
- = 3 428 568 = 571 428 x6 = i42 867 x 4 x 6
- Remarque XIII.
- 18 949
- + 266 765
- + 4 000 000 1
- — 4 (terminal — x du multiplicateur)
- = 4 285 710 = 714 285 x 6 = i42 857 x5 x 6
- Dans tous ces résultats, le total est le produit de (i4a 867 x 6) par un chiffre qui est le dernier chiffre du multiplicateur : (1, 3, 2, 6, 4j 5).
- Aucune de ces remarques — et nous pourrions les étendre — n’implique de commentaire spécial : leur démonstration est en effet élémentaire.
- Constant Hubbbt.
- P. S. — Une prochaine étude exposera la généralisation de nombres tels que 9 376, que nous avons étudiés dans le n° 3173 de La Nature. — C. H.
- 7
- l42 857
- p.88 - vue 92/406
-
-
-
- 89
- Radiologie de
- la métamorphose de la mouche
- Nous ne sommes nullement un spécialiste de l’entomologie. Aussi est-ce d’une manière indirecte que nous avons été amené aux travaux qui font l’objet de cet exposé.
- Nous avions, en effet, dès ig44> décidé de réunir sur la « Mouche » des documents cinématographiques suffisamment étendus pour en pouvoir tirer, d’une part, un premier film destiné à l’enseignement, d’autre part, un deuxième film destiné au grand public.
- Nous souhaitions, dans cette seconde version, tenter de faire apercevoir aux spectateurs d’une salle d’exploitation courante qu’un insecte aussi banal qu’une mouche présente, à qui sait l’observer, des sujets d’émerveillement comparables à ceux que peut nous offrir tel ou tel animal exotique, de forme ou de mœurs plus ou moins extraordinaires, que l’on croit volontiers seul digne d’ètre proposé à notre admiration.
- Nous voulions, tout spécialement, attirer l’attention sur le puissant intérêt qui s’attache au phénomène de la métamorphose complète, phénomène qui permet d’édifier, à partir des mêmes éléments cellulaires qui constituaient le rudimentaire asticot, un animal aussi différent dans sa constitution et le rôle qui lui est imparti que l’est la mouche elle-même.
- Or, il était pour le moins regrettable que cette métamorphose, dont nous prétendions faire un « sommet » de l’œuvre cinématographique, fût précisément l’un des élémènts les moins « visuels » de tout le film, puisqu’elle s’effectuait par malheur à l’abri d’une pupe dont les parois opaques ne laissaient rien apercevoir du prodigieux remaniement cellulaire qui se poursuivit à ' son intérieur. Sans doute avions-nous la ressource habituelle d’ouvrir des pupes à dies stades différents; nous n’y avons pas manqué; mais, à la vérité, aux tout premiers jours de l’évolution, l’ouverture de la pupe est aussitôt suivie de l’issue d’une substance blanchâtre, en majeure partie liquide; tandis qu’aux derniers jours au contraire, la mouche, enveloppée dans un délicat suaire parcheminé, est déjà toute semblable à l’animal qui peu de temps après sortira spontanément de son enveloppe. Seul demeure donc susceptible de donner une image valable l’insecte parvenu à un stade intermédiaire de son développement; il apparaît alors déjà plus qu’ébauché dans sa forme, d’une blancheur magnifique, tel un cristal finement ciselé sur lequel tranchent seulement les saillies des yeux, teintés dj’ocre pâle.
- L'image est très belle, mais unique. Et c’est en nous demandant comment nous pourrions enrichir l’iconographie filmée de la métamorphose, de manière à en suivre au moins quelques phases, que l’idée nous est venue de nous adresser à la radiographie.
- Le sujet choisi pour réaliser notre film était la mouche bleue de la viande, Calliphora erythrocephcila, qui alliait la plus grande facilité d’élevage à des dimensions suffisantes pour en rendre la cinématographie la moins ardue qu’il se pouvait; c’est donc sur celte même espèce qu’ont été faites nos observations radiographiques, observations que nous diviserons, pour la commodité de cet exposé, en deux groupes, chacun correspondant à une phase de la métamorphose :
- la première, initiale, qui s’étend depuis le début de la pupi-ficalion jusqu’au moment où apparaît nettement constituée
- l’image de la mouche avec ses trois parties : tête, thorax, abdomen; la seconde, qui commence quelques heures après l’apparition de cette image, et s’étend jusqu’à la fin de l’évolution.
- La première de ccs deux phases est essentiellement caractérisée par les stades évolutifs de ce que nous nommons la bulle claire.
- Il apparaît, en effet, très-rapidement après la constitution de la pupe, une image sphérique (sphéricité contrôlée par un cliché de profil) qui se situe sensiblement à l’union du futur thorax et du futur abdomen, et qui occupe, dans le sens transversal, la partie moyenne, dans le sens vertical, la partie haute de l’animal en cours de remaniement cellulaire. Cette bulle claire a toutes les apparences radiologiques d’une bulle gazeuse. D’abord simple point, elle grossit rapidement et son diamètre transversal arrive à occuper jusqu’aux deux tiers de celui de la pupe. Cette évolution de la bulle nécessite suivant la saison de 3o à 55 h environ (fig. i).
- Puis, brusquement, dans un temps de l’ordre moyen de 2 h, cette bulle claire se résout, et sa disparition est contemporaine de l’apparition de la silhouette de l’insecte parfait avec ses trois parties nettement dessinées.
- Quel a été alors le sort de la bulle ?
- Nous avons pu acquérir la certitude radiologique que celle bulle glissait vers la partie postérieure de la pupe où elle marquait un temps d’arrêt, puis, de là, diffusait tout autour de l’animal en formation, l’isolant ainsi par une mince couche gazeuse des parois internes de la pupe et rendant du même coup très perceptible le contour déjà parfaitement net à ce stade d’une mouche avec ses trois parties : tête, thorax, abdomen. Nous ignorons encore si, dans certains cas au moins, les zones simultanément plus claires et de même aspect qui apparaissent au niveau de la jonction tête-thorax ne résultent pas de la diffusion directe en ces points d’une partie de la bulle originelle, ou si une telle diffusion ne se produit toujours qu’après que la dite bulle a contourné l’extrémité postérieure de l’abdomen (fig. i, vm, ix, x et fig. a).
- Quelle est la signification biologique de cette bulle ?
- 11 est possible qu’elle représente l’air des canalicules trachéens de la larve (qui apparaissent nettement emplis de gaz sur plusieurs des clichés les plus précoces), progressivement libéré au fur et à mesure des remaniements de la métamorphose, air peut-être encore utilisable d’ailleurs, du point de vue respiratoire, par les cellu’Jes en voie de remaniement.
- D’autre part, et sans préjudice du rôle que nous venons d’évoquer, tout se passe comme si la bulle venait créer par sa diffusion rapide, à un moment déterminé, un fin matelas gazeux entre l'enveloppe constituée par la pupe, ex-enveloppe cuticulaire de la larve, et l’ébauche déjà fort nettement individualisée de la mouche; un tel matelas gazeux joue peut-être, vis-à-vis de l'ébauche de la mouche, un rôle de protection mécanique analogue à celui de l’amnios chez les animaux supérieurs, et contribue sans doute aussi à mieux individualiser l’animal de nouvelle formation, la mouche, dont l’autonomie vis-à-vis de la pupe est indispensable en vue de sa sortie future.
- p.89 - vue 93/406
-
-
-
- 90
- Fig. 1. — Apparition et évolution générale de la « bulle claire ».
- I. La larve vient de se transformer en pupe. La bulle claire n’apparaît pas encore. Seules sont bien visibles les traces des deux gros canaux trachéens prenant leur origine aux stigmates postérieurs. — IL Apparition de la bulle. — De III à VII. Accroissement progressif de la bulle. — VIII. Elle s’est non seulement accrue encore, mais on voit le début de son glissement vers l’arrière de la pupe. — IX. La masse gazeuse principale occupe maintenant tout l’arrière de la pupe tandis que deux masses gazeuses secondaires sont situées de part et d’autre de la région cervicale. — X. L’évolution de la bulle est achevée. Un fin matelas gazeux isole maintenant sur tout son pourtour l’insecte de la pupe, accusant le dessin déjà très net
- dès cette époque des trois parties de l’insecte : tête, thorax, abdomen.
- L’examen des radiographies successives prises pendant cette première phase a montré d’autre part, notamment au pourtour de la bulle, l’existence de fines lignes de plus grande opacité, qui représentent peut-être des trabécules de condensation constructive, mais qui peut-être aussi, et plus probablement encore, sont les premiers témoins perceptibles des produits d’excrétion qui ne seront qu’ultérieurement, comme nous allons le voir au chapitre suivant, collectés par un système organique approprié.
- Telles sont les constatations que nous avons pu faire lors de la première phase de la métamorphose; nous voudrions, avant de passer à l’examen de la seconde, attirer l’attention sur l’avantage très net qu’offre ici, du simple point de vue de l’étude morphologique, la méthode radiographique sur la méthode d’ouverture de la pupe : on conçoit en effet difficilement la possibilité de se rendre compte de l’existence, et à plus forte raison de l’évolution d’une bulle gazeuse lorsqu’on ouvre la pupe; de même ce procédé de l’ouverture ne nous .semble-t-il guère en mesure de permettre la claire vision du fait, pourtant digne de remarque, que vers la 4oe heure en moyenne après le début de la pupification tes tissus de la mouche, apparemment dénués encore de toute consistance véritable, sont cependant ordonnés déjà de manière à présenter de l’insecte en formation une silhouette très bien définie par un tracé qui sera désormais pratiquement immuable.
- *
- * *
- La seconde phase de la métamorphose nous a paru tirer son intérêt radiologique principal de l’apparition d’images situées à la partie haute de l’abdomen, symétriques par rapport à la ligne médiane, et qui dessinent l’ombre opaque de deux petits réservoirs se prolongeant chacun par un fin tractus vers l’extrémité distale de cet abdomen. Ces réservoirs s’opacifient davantage en même temps qu’ils augmentent progressivement de volume.
- En fait, sur plusieurs clichés, et d’une façon particulièrement précise sur l’un d’eux, on peut parfaitement apercevoir, sous forme d’un délicat réseau, le tout début de l’opacification du système excréteur; or, ces clichés ont été enregistrés très précocement, puisque l’essentiel de la bulle gazeuse y occupe encore la partie postérieure de la pupe, tandis que deux autres masses gazeuses de moindre volume se voient de part et d’autre de la région cervicale de la mouche (fig. 2, 5).
- Il, n’est par conséquent pas impossible de penser que les produits d’excrétion, emplissant le système excréteur au fur et à mesure de sa constitution, permettent de suivre, grâce à leur opacité, l’édification progressive des voies excrétrices cheminant vers l’extrémité postérieure de l’abdomen (fig, 3).
- L’image radiographique de ces voies d’excrétion achevées et remplies rappelle beaucoup, dans son ensemble, celle que l’on observe chez l’homme lors d’une urographie, c’est-à-dire lorsqu’on radiographie l’appareil urinaire après avoir injecté par voie intraveineuse un produit qui rend opaque aux rayons X
- p.90 - vue 94/406
-
-
-
- 91
- n’avons pu l’étayer jusqu’ici par la vérification qualitative de l’existence effective de calcium dans ces excréta initiaux de la mouche.
- #
- * #
- La méthode radiologique d’exploration de la métamorphose normale s’étant révélée fructueuse, nous avons tout naturellement songé à l’appliquer à ses anomalies. Et c’est ainsi que nous avons pu d’abord procéder à des vérifications d’un intérêt limité, sans doute, mais utiles pour nous : celles de l’existence ou non d’une mouche en voie de développement à l’intérieur de pupes présentant ostensiblement des anomalies de forme ou de structure. .Nous pourrions de la même manière utiliser la radiographie pour déceler avant la fin de l’évolution métamorphique l’existence d’une anomalie que nous avons pu constater sur plusieurs exemplaires d’un même élevage, à deux reprises, en iq48 et 19/19, et qui nous paraît mériter la plus grande attention au point de vue biologique : il s’agissait du développement « inverse », si l’on peut dire, de mouches parfaitement normales quant à leur constitution, mais qui occupaient dans la pupe une position telle que leur tôle était située à la place de l’ancien abdomen de l’asticot, tandis que c’est aux dépens des éléments qui avaient constitué l’extrémité céphalique de la larve que s’était développé leur propre abdomen.
- Or, aucune des mou-
- Fig. 2.
- I.' Pupe à la bulle déjà très développée, montrant en outre nettement la portion originelle des deux canaux trachéens principaux. — II. La même pupe vue de profil confirme la sphéricité de la bulle, permet de préciser la position qu’occupe cette bulle par rapport à l’animal en état de métamorphose, et montre beaucoup plus nettement que sur le cliché précédent le tracé clair des canaux trachéens. — III et IV. De face et de profil, la bulle emplit l’extrémité postérieure de la pupe lors de son évolution dernière, immédiatement avant sa diffusion. — V. Cliché de pupe analogue au précédent, pris à un stade un peu plus tardif. La diminution du volume cccupé par la bulle à l’extrémité postérieure de la pupe est sensible ; d’autre part, la diffusion du gaz vers l’avant est fort bien traduite par la clarté générale de l’image et singulièrement par une « incisure claire » plus intense qui se situe à la partie supérieure du sillon intercéphalo-thoracique. — En outre, et ce n’est pas le moindre intérêt de ce cliché, l’on peut apercevoir, dès ce stade, à la partie la plus haute do l’abdomen, et environ à mi-distance de l’animal en hauteur, deux traits opaques superposés (ils se seraient vraisemblablement confondus sur un même plan si la pupe avait été placée rigoureusement selon son axe de symétrie) qui représentent une première ébauche des petits réservoirs qui se trouvent à l’origine
- de l’appareil excréteur.
- les cavités du rein (calices et bassinet) et l’uretère qui leur fait suite. Mais chez la mouche, évidemment, c’est de manière spontanée que les ‘excréta sont d’une très grande imperméabilité au rayonnement X, et, s’ils le sont à ce point, c’est d’une manière infiniment probable en raison die leur haute teneur en calcium.
- La mouche expulsant constamment, peu de temps après sa sortie de la pupe, une première et volumineuse déjection blanchâtre, il était logique de supposer que cette première émission expulsait d’un coup tous les produits d’excrétion accumulés pendant la métamorphose. De cette dernière hypothèse nous avons trouvé une confirmation dans le fait qu’une mouche, radiographiée après la première déjection en question, ne présente plus aucune image opaque. Quant à la première, émise par le Dr Malet, l’éminent radiologue de l’Hôpital Tenon, nous
- ches ainsi développées en position inverse n’a pu sortir de sa pupe; toutes, par le simple jeu de pattes postérieures ont aisément ouvert l’extrémité céphalique de la pupe, que la moindre pression fait céder le long de ses lignes de déhiscence préformées ; mais la poche céphalique, par contre, malgré sa remarquable puissance d’expansion, s’est toujours révélée inefficace contre l’obstacle représenté par la paroi de l’extrémité postérieure de la pupe; et pas une fois nous-n’avons observé de la part d’un animal la moindre tentative de sortie à reculons, asservis qu’ils sont tous à cet inexorable déterminisme de l’instinct qui les contraint à n’utiliser pour sortir de la pupe que le mécanisme de la poche céphalique et la progression antéro-grade.
- Nous avons même pu, pour
- Fig. 3.
- On voit très bien ici les deux réservoirs dont nous parlions à propos du cliché V de la figure 2. Le droit surtout se trouve particulièrement dégagé. Mais, en outre, on distingue avec une égale précision les canaux qui, après une incurvation, leur font suite. L’édification de ces canaux n’apparaît d’ailleurs pas complète, car leurs extrémités sont trop écartées l’une de l’autre, et demeurent à une trop grande distance de l’extrémité toute postérieure de l’abdomen, contrairement à ce qui a lieu lorsque le cloaque est atteint, comme nous l’avons observé sur d’autres clichés.
- p.91 - vue 95/406
-
-
-
- ' - 92 ------
- l’une de ces mouches inversées, pratiquer l’ablation successive d’un nombre croissant d’anneaux de la pupe à partir de son extrémité céphalique sans amener de modification dans l’attitude de l’animal qui, ne se trouvant à fin coiffé que d’une simple calotte tout juste suffisante pour lui couvrir la tête, persistait cependant à demeurer alors le prisonnier « psychique » d’une geôle devenue purement symbolique.
- L’on concevra aisément l’intérêt d’un essai, de cinématographie, dès leur début, des tentatives de sortie de semblables mouches : cela suppose évidemment la connaissance préalable de l’anomalie, et par conséquent le recours aux rayons X.
- Mais l’application la plus digne d’attention que nous ayions actuellement faite de la méthode radiographique a consisté dans l’examen d’une série de pupes issues de larves atteintes d’une maladie que nous avons plusieurs fois observée dans nos élevages de Calliphora erythrocepluda, pendant l’année ig4S, et qu’étudiait alors dans le service du Dr Lépine, à l’Institut Pasteur, le D1' Strunge, en utilisant comme matériel de recherches la larve de Drosophile. Cette affection présente tous les caractères d’une affection carcinomateuse, et les lésions qu’elle provoque se montrent tout à fait comparables histologiquemexit à celles que l’on observe dans le cancer.
- Or, de toutes les larves atteintes, si la plus grande part se pupifmit, bien peu parmi ces dernières se montraient capables d’aller au terme de leur transformation en mouche; encore celles-ci présentaient-elles des malformations diverses.
- Il était donc intéressant de savoir à quels stades de la métamorphose, et éventuellement du fait de quelles lésions, survenait la mort de l’insecte.
- C’est dans ce dessein que nous avons radiographié sur un même cliché, alin de faciliter la comparaison entre elles, un groupe de huit, pupes provenant de larves cancéreuses. La radiographie a été effectuée 48 heures après la date où aurait dû normalement avoir lieu la sortie de ces 8 mouches, délai confirmé par la sortie des mouches témoins de la même série. Le résultat a été le cliché reproduit ci-dessus, dont la lecture s’avère, nous semble-t-il, étonnamment aisée et fructueuse (fig. 4).
- L’on peut en effet constater d’abord que la mort est survenue, dans tous les- cas sauf un, à un stade avancé de la métamorphose, la mouche étant déjà parvenue à un haut degré d’organisation; c’est ainsi que l’on peut nettement voir, sur la mouche n° 1, les ailes, d’ailleurs anormalement déployées à ce stade, venir recouvrir la presque totalité de l’abdomen.
- L’exception est constituée par la mouche n° 7, dont la mort a été relativement précoce, très peu de temps apparemment
- après la résolution de la bulle claire. Sans doute la localisation lésionnelle était - elle incompatible avec une plus longue survie. C’est ce qui explique l’intégrité relative de l’insecte.
- Les autres mouches, au contraire, montrent toutes des pertes de substance d’étendues variables de l’une à l’autre, mais toujours considérables. On notera en particulier l’atteinte constante et symétrique des yeux. Il s’agit donc vraisemblablement à la fois de lésions propagées de proche en proche, et d’essaimage à distance. C’est bien là un processus pathologique de type cancéreux. D’ailleurs, ses aspects évoquent à de nombreux titres ceux que l’on peut observer lors des envahissements semblables chez l’homme.
- *
- * *
- En conclusion, la méthode radiographique, et notamment la radiographie en série — en attendant la radio-cinémalogra-pliie — a déjà donné, en tant que méthode d’exploration nouvelle de la métamoi’phose de la mouche, des renseignements biologiques inédits : il va sans dire que cette méthode a une valeur générale et ne se restreint nullement à l’étude des Diptères.
- En ce qui concerne ces derniei-s, qui semblent menacés de venir renforcer le cheptel classique des animaux de Laboratoire, la radiographie se montre capable d’apporter un appoint précieux à l’élude de leur pathologie spontanée ou expérimentale, et singulièrement aux recherches qui tendent à élucider les causes de ce redoutable fléau que demeure le cancer.
- Dr TnÉvENAim.
- {Travail effectué avec la collaboration radiologique des D18 E. Biancani et A. Clemencet).
- Une machine à fabriquer les briques.
- La Hodgson Contracting Co, de Montgomery, une entreprise de construction, vient de réaliser une machine pouvant poser les briques à la cadence de 2 à 3 000 briques à l’heure, dont le fonction nement est si simple qu’une personne n’ayant aucune connaissance spéciale peut la faire marcher. Cette machine comprend essentiellement un wagonnet mobile qui peut s’appliquer au sommet de n’importe quel mur, quelle qu'en soit la largeur. La machine peut être réglée pour poser n’importe quel type de briques en usage aux États-Unis.
- p.92 - vue 96/406
-
-
-
- 93
- NICOLAS FATIO DE DUILLIER (1664-1753)
- et la théorie de la pesanteur.
- L’histoire des sciences, — comme l’histoire en général, — au fur et à mesure que le temps s’écoule, va en se simplifiant et se réduisant aux données majeures. Il s’opère comme une incessante décantation ou filtration, ces données majeures émergeant seules de la masse confuse des faits qui se présentait à l’esprit des contemporains. Mais, en fouillant dans la poussière ou la boue du passé, on retrouve des personnalités ou des détails évanouis, grâce à qui on peut faire revivre l’ambiance où les découvertes se sont réalisées et même voir apparaître des catégories d’idées qui fructifient ultérieurement.
- Le nouveau recueil créé par la Société Royale de Londres, Notes ancl Becords (il n’en est qu’à son sixième volume, de dimensions d’ailleurs très modestes) dans un de ses numéros les plus récents (mai 19/19) nous offre de cela un exemple intéressant et pittoresque, dans l’article consacré à un savant suisse, Nicolas Falio de Duillier, et à la publication de son mémoire De la cause de la pesanteur, présenté à la Société Royale le 26 février 1690. Ce mémoire, que l’auteur avait perdu, vient seulement d’être reconstitué et mis ou jour par M. Bernard Gagnebin, conservateur de la Bibliothèque publique et universitaire de Genève (1).
- Il ne s’agit nullement, en ma pensée, de discuter ce mémoire en lui-même, mais seulement de faire revivre un instant la singulière pei’sonnalité de son auteur et de marquer ainsi comment certains hommes, après avoir donné les plus brillantes promesses, sombrent plus ou moins dans l’oubli.
- Né à Bâle, le 16 janvier 1664, Nicolas Falio, dès l’âg.e de 17 ans, envoie à J. D. Cassini, qui dirigeait alors l’Observatoire de Paris, un essai de théorie de Panneau de Saturne. En i683, — il n’a que 19 ans, — Cassini entreprend de l’attacher à l’Académie des Sciences; mais on est à la veille de la Révocation de l’Edit de Nantes et sa qualité de huguenot fait échouer le projet. Fatio fait, sans tarder, de multiples travaux sur l’astronomie, sur la géométrie (théorie des tangentes). Cassini, Ber-nouilli, Iïuyghens lui donnent des témoignages de haute estime. Il se rend à Londres et, en 1688, à l’âge de 2/1 ans, il.est élu membre de la Société Royale, à qui il communique en février 1690, le mémoire sur la cause de la pesanteur, aujourd’hui enfin publié. « Cette cause, écrit-il à son frère, est très générale et très méchanique. Elle produit des pesanteurs autour de tous les corps grossiers qui existent, nonobstant leurs mouvements. Elle est très simple et rend parfaitement raison de la détermination de la pesanteur en raison réciproque des quarrés des distances.. M. Newton et M. Halley croient qu’elle est véritable et pour nous je n’en saurais - douter. Elle établit toute une autre idée de la Philosophie que celle qu’on a jusqu’à présent ».
- Quelle est celte cause? « Je suppose donc, écrit Fatio, qu’outre les corps grossiers et solides que nous connaissons et que je prouve être extrêmement poreux, il y ait, dans tous les Espaces du Monde, une Matière ou plusieurs Ordres enti'emêlés de
- 1. Notes and Becords of the Royal Society of London, vol. 6, n” 2, mai 1949, pp. 105-160, avec portrait.
- matières différentes, toutes fort rares et extraordinairement agitées indifféremment en tous sens; mais les unes plus agitées que les autres. Et je fais voir géométriquement, qu’il suit de cette supposition, qu’aulour de tous les Corps grossiers, tels que sont la Terre et les Astres et les Atomes qui les composent, il doit se former par là, presque en un Moment, une Force de Pesanteur, qui diminue en s’éloignant de ces Corps à proportion que le Quarré de la Distance augmente. Ce qui étant une Propriété de là Pesanteur, qui a été découverte et prouvée par l’illustre M. Newton, mon hypothèse est par là fort vraisemblable. » On retrouve là la conception des mouvements de particules qui jouent un si grand rôle dans la physique d’aujourd’hui.
- On rencontre ensuite Patio tantôt en Hollande, tantôt à Genève, tantôt à Londres. Il se donne à des recherches extrêmement variées. Il perfectionne les montres, s’occupe d’améliorer la culture des fruits, cherche à déterminer exactement la hauteur des montagnes qui entourent Genève, etc... Il correspond avec Iïuyghens, Ne»1 ton, Leibnitz, qui lui témoignent leur, admiration. Mais brusquement, il sombre dans la magie et les prophéties, avec les Camisards. En 1707, il est, de ce fait, condamné, à Londres, au pilori et exposé, deux jours consécutifs, ligoté sur un échafaud, à Charing-Cross ; plus tard il est emprisonné, pour les mêmes raisons à La Haye. Revenu en Angleterre en 1712, il y vit maintenant retiré à la campagne et meurt en 1753, sans avoir cessé toutefois de se livrer à des recherches variées, notamment sur le perfectionnement de la navigation par des mesures astronomiques. La cause de la pesanteur le préoccupe toujours et il compose un poème en vers latins, à la manière de Lucrèce, De causa gravitatis, libri très, qu’il envoie, pour un concours, à l’Académie des Sciences de Paris.
- Entre temps, le manuscrit de son mémoire de 1690 s’était perdu. 11 finit par le retrouver et le complète à diverses reprises. Après sa mort, un physicien genevois G. L. Le Sage s’efforce à son tour, mais en vain, de le retrouver. M. Gagnebin retrace toutes ces péripéties et c’est seulement en ig48 que (ui-même a réussi à le reconstituer dans des papiers conservés à la Bibliothèque de Genève. Newton avait tenu compte des travaux de Fatio dans des additions à la première édition de ses Principia, comme il résulte de son témoignage écrit et cela suffirait à en marquer la valeur.
- Mais tout cela me paraît surtout significatif, comme manifestant les perturbations qui accompagnent l’élaboration de la Science et montrent comment des contingences malgré tout mineures peuvent favoriser ou enrayer le développement d’une pei’sonnalité qui s’annonçait comme une des plus brillantes de sa génération. C’est à ce titre que la publication faite par M. Gagnebin et la notice biographique qu’il y ajoute m’ont paru mériter d’être signalées à la réflexion des lecteurs de La Nature, comme un curieux document psychologique sur l’histoire des Sciences.
- Maurice Caullery.
- Membre de l’Institut-
- p.93 - vue 97/406
-
-
-
- 04
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1er au 3*0 sa déclinaison croît de + 4°26' à 4- 14°41' ; la durée du jour passe de 12*48» le 1er à 14*27» le 30 ; diamètre apparent le 1er = 32'3",48, le 30 = 31'4S",12. — LUNE : Phases : P. L. le 2 à 20*49», D. Q. le 9 à 41*42», N. L. le 17 à S*25m, P. Q. le 23* à 10*40» ; périgée le 3 à 20*, diam. app. 33'18" ; apogée le 1S à 19h, diam. app. 29'2o" ; Eclipse totale le 2, en partie visible à Paris : entrée dans l’ombre à 19*9», commencement de la totalité à 20*29», milieu de l’éclipse à 20*44», fin de la totalité à 20*59», sortie de l’ombre à 22*19», grandeur de l’éclipse 1,039 (le diam. lun. étant 1). Principales conjonctions : avec Mars le 2 à 23*37», à 2°38' N. ; avec Neptune le 3 à 4*9», à 2°46' N. ; avec Jupiter le 12 à 12*46», à 2°44' N. ; avec Vénus te 13 à 0*59», à 3°42' N. ; avec Mercure le 19 à 4h, à l°r S. ; avec Uranus le 22 à 12h24m, à 4°57' S. ; avec Saturne le 28 à 6*42», à 0°r N-, et avec Mars à 22*33“», à 0°46' N. ; avec Neptune le 30 à 14*, à 2°42' N. Principales occultations : de A Scorpion (4m,8) le 6, émersion à 1*49»,9 et de it Scorpion (3m,0), immersion à 3*54»,0 ; de y Taureau (5m,5), immersion à 19*47m,7 ; de 47 Gémeaux (o»,6), immersion à 22*24»,0. — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du soir le 23 à 9*, à 20°2' E., se pouche près de 2* après le Soleil ; Vénus, éclatant astre du matin, plus grande élongation le 11 à 15*, à 4G°20' W., diam. app. 22",0, en conjonction avec Jupiter le 5 à 11*, à 2°19' N. de Jupiter ; Mars, dans la Vierge, visible toute la nuit, diam. app. le 7 à
- AVRIL 1950
- 14",1, le 19 à 13",4 ; Jupiter, dans le Verseau, inobservable à l’oeil nu ; Saturne, dans le Lion, se couche le 19 à 3*49m, diam. pol. app. 17",2, anneau gr. axe 43",o, petit axe 3",5 ; Uranus, visible le soir, dans les Gémeaux, se couche le 1er à 1*3», position G*5ra et + 23°43/, diam. app. 3",6 ; Neptune, en opposition avec le Soleil le 6 à 8*, dans la Vierge, observable toute la nuit, position le 1« 13*2» et — 4°49', diam. app. 2",4. — ÉTOILES FILANTES : Lyricles, du 19 au 22, radiant vers 104 Hercule. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2»,2-3» ,5) : le 12 à 4* 9, le 15 à 17*, le 17 à 22*,5, le 20 à 19*,3. Maxima : de S. Hercule (5»,9-13»,1) le 12, de R Cancer (G™,0-11»,S) le 23. — ETOILE POLAIRE : passage inférieur au méridien de Paris : le -1er à l*2»32s, le 11 à 0*23»lls, le 21 à 23*39»57A
- Phénomènes ,remarquables. — L’éclipse totale de Lune le 2, observer dès le coucher du Soleil et noter les colorations ; l’occultation de ir Scorpion le 6 (à la jumelle) ; la lumière cendrée de la Lune, le matin à partir du 13 et le soir du 20 au 22 ; les étoiles filantes Lyrides, maximum le 21 ; Mercure à sa plus grande élongation du soir, à rechercher quelques jours de part et d’autre du 23. »
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Annuaire pour l’an 1950 publié par le Bureau des Longitudes. 1 vol. in-16, 766 p., planches. Gauthier-Villars, Paris.
- Cet annuaire contient, comme chaque année, un très grand nombre de données dans tous les domaines où l’on dispose de données précises. Celui-ci s’étend sur les données physiques et chimiques tandis que celui de l’an dernier était plus spécialement consacré aux données géographiques, statistiques et démographiques. Divers chapitres ont été mis à jour, notamment ceux sur la météorologie, les signaux horaires, les spectres stellaires, la radioactivité. Deux notices traitent des horloges à quartz, par M. Jouaust, et des 1 619 comètes connues, par M. Baldet. C’est le livre de référence et de chevet de tous les scientifiques.
- Almanach des sciences 1950, sous la direction de René Sudke. 1 vol. in-16, 256 p., pl. Éditions de Flore et la Gazette des Lettres, Paris, 1949.
- Voici la troisième année que paraît ce bilan des découvertes récentes, dressé par une équipe de savants écrivant chacun de sa spécialité. M. Louis de Broglie commence avec j’explica-tion des spectres de l’atome ; d’autres membres de l’Institut, de l’Académie de Médecine suivent, parlant des questions à l’ordre du jour, de la philosophie à l’archéologie, des mathématiques aux sciences de l’ingénieur et à la démographie. Des articles spéciaux traitent de certaines recherches particulièrement actives, médicales ou autres. Et l’Almanach donne aussi la liste des établissements, des sociétés savantes, des prix académiques, des grands événements scientifiques de l’année.
- Physique. Tome I. Mécanique, par L. Quévron, G. Rumeau et J. Lignon. 1 vol. in-8°, 350 p. Dolagrave, Paris, 1949.
- Ouvrage destiné à la préparation au baccalauréat mathématiques et technique et aux écoles nationales d’ingénieurs Arts et Métiers comportant l’étude des grandeurs physiques, de la cinématique, de la statique, de la dynamique, du frottement en général et des unités, exposée de façon très objective et se terminant par un choix de problèmes proposés aux examens.
- L’atome sans mystère, par S. IlEcnT. 1 vol. relié, 220 p., 21 fig. Éditions de la Paix, Paris, 1949.
- Écrit par un professeur de l’université de Columbia, ce livre a pour but d’exposer avec le maximum de simplicité la suite de découvertes qui a mis à la disposition de l’homme l’énergie atomique : constitution de l’atome, libération d’énergie par fission nucléaire, fabrication des bombes atomiques. Ce livre est en
- même (emps l'histoire de l’extraordinaire réalisation américaine qui devait finir une guerre mais susciter de terribles craintes pour l’avenir. ÎNous aurions préféré un épilogue de plus de quatre pages pour mettre en valeur les conquêtes pacifiques de l’énergie atomique.
- Spectroscopic properties of uranium com-pounds, par G. H. Dieke et A. B. F. Duncan.
- 1 vol. in-8”, 290 p., fig. Mac Graw-IIill, Londres, 1949. Prix : relié, 22 sh.
- Appartenant à la série des livres sur l’énergie nucléaire, ce livre est certainement la meilleure étude actuelle sur les propriétés spectrogra-phiques des composés de l’uranium : analyse aux rayons X des' structures cristallines, spectres d’absorption et de fluorescence, mesures d’intensité, préparation des composés d’uranium et notamment des composés d’uranyle. L’ouvrage est complété par de nombreuses tables et d’importants renseignements bibliographiques.
- Electronics : experimental technics, par W. C. Elmore et M. L. Sands. 1 vol. in-8”, 418 p., fig. Mac Graw-IIill, Londres, 1949. Prix : relié, 30 sh.
- La réalisation des piles atomiques a nécessité l’emploi de nombreux appareils de mesure, do contrôle ou de protection mettant en œuvre des techniques ressortissant aux plus récents développements de l’électronique. Ce livre, de la série sur l’énergie nucléaire, étudie les circuits, les amplificateurs, les compteurs, les oscillographes et les appareils de contrôle.
- Engineering developments in the gaseous diffusion Process, par M. Benedict et G. Williams. 1 vol. in-8\ 128 p., fig. Mac Graw-IIill, Londres, 1949. Prix : relié, 10 sh.
- Volume de la série des publications sur les techniques relatives à l’énergie atomique donnant la description et l’élude des installations de diffusion de gaz pour la séparation des isotopes de l’uranium. On y trouve en outre des indications sur les spectrograpbes de masse, l’absorption de l’hexafluorure d’uranium et du fluor et la réaction de l’oxyde de fluor et de la soude.
- Nouveau guide de l’électricien amateur, par J. Peube. 1 vol., 65 p., 32 schémas. Girar-dot. Paris, 1949. Prix : 150 francs.
- Petit ouvrage donnant quelques indications claires sur les travaux d’électricité : éclairage, pose de tubes luminescents, sonneries, avec des conseils" sur le matériel à utiliser et les prescriptions à respecter.
- Traité de galvanoplastie, par J. Salauze. 1 vol., 760 p., 251 fig. Dunod, Paris, 1950. Prix : relié, 2 950 francs.
- La galvanoplastie, dont les applications sont, multiples, a conservé pendant de nombreuses années un caractère empirique. Mais les progrès théoriques accomplis dans ces dernières décades lui donnent maintenant une base scientifique qui a permis de nombreux progrès. Aussi l’auteur examine-t-il tout d’abord le phénomène de la dissociation électrolytique, la théorie de Nernst et les potentiels électrolytiques, la polarisation, le pli et les théories sur la formation des dépôts avant d’aborder la pratique et les applications techniques. On trouve dans cette deuxième partie des renseignements sur les bains, ' la préparation des pièces, l’équipement des installations de galvanoplastie, l’examen des dépôts. . Les derniers chapitres sont consacrés aux électrolvses des divers métaux et alliages.
- L’expansion de la Terre, par A. Fillias.
- 1 brochure in-8°, 27 p., 14 pl. Chez l’auteur, 11, boulevard Georges Clemenceau, Marseille. 1949.
- Longtemps, on admit que la Terre se refroidit progressivement et se contracte et de nombreuses théories ont expliqué ainsi la distribution des mers et la formation des montagnes. L’auteur en a pris le contrepied et voit dans l’expansion du globe la cause des formes du relief du sol. Il en donne de nombreux exemples dont certains sont très frappants.
- Les colères de la nature, par Frank W. Lane. 1 vol. in-8”, 221 p., 32 pl. Hachette, Paris, 1949. Prix : 400 francs.
- Ouragans, tornades, trombes, grêle, neige, foudre, météorites, tremblements de terre, volcans, l’auteur décrit toutes ces calamités, cite ce qu’on en a vu et dit, montre par d’excellentes photographies leurs aspects terrifiants, ' dans ce livre qui enchantera les jeunes.
- Manuel de navigation côtière, par M.-J. Marsouin. 2e édition. 1 vol. in-8”, 255 p., 54 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950.
- Écrit à l’usage des candidats au brevet de patron au bornage, utile pour le plaisancier, ce manuel contient les notions élémentaires indispensables : navigation, compas, cartes, machines, chaudières, moteurs, gréement, manœuvre, règles de barre, signaux, sauvetage, soins médicaux à bord, législation.
- Le tourisme à travers les âges, par René Duchet. 1 vol. in-8”, 235 p., fig. Vigot, Paris, 1949. Prix : 360 francs.
- L’auteur étudie le développement du tourisme sous ses multiples formes : pèlerinages religieux, voyages et séjours individuels d’agrément, mode des stations thermales et balnéaires, puis organisation des transports (chemins
- p.94 - vue 98/406
-
-
-
- de fer, bicyclette, auto), de l'industrie hôtelière, des associations touristiques (Club alpin, Touring-Glub, Syndicats d'initiative, etc.) pour aboutir à l'Office national du tourisme, aux auberges de jeunesse, au camping, aux congés payés qui créent un tourisme social et d’énormes mouvements de population. L’auteur choisit des exemples, groupe des statistiques et montre ce besoin de changement, d'évasion, de liberté qui croît avec les concentrations urbaines et les assujettissements monotones des professions.
- Microbiologie du sol. Problèmes et méthodes, par S. Winogradsky. 1 vol. in-8% 861 p., fig.,
- 35 pl. en noir et en couleurs. Masson et C‘% Paris, 1949. Prix : 3 000 francs.
- 50 ans de recherches, dit le sous-titre, de recherches fécondes peut-on ajouter, puisque leurs résultats sont devenus classiques et ont bouleversé les idées sur la bactériologie du sol et des cultures. Alors que l’Institut Pasteur s’était presque totalement orienté vers l’étudo des maladies microbiennes, et oubliait les autres problèmes posés par les infiniment petits, Winogradsky abordait l'étude des eaux et des sols. Dans les eaux, il découvrait les bactéries des sources ferrugineuses et sulfureuses, les premiers êtres autotrophes connus. Puis, dans la terre, il trouvait les Azotobacter, agents do la nitrification, qui conditionnent la fertilité du sol. Chemin faisant, il expliquait le rouissage du lin, la destruction de la cellulose, la fixation de l’azote atmosphérique et la formation bactérienne do l’ammoniac, le rôle des nodpsités des légumineuses. Et surtout il créait une nouvelle microbiologie écologique, celle des milieux naturels et les méthodes pour l’aborder. Aujourd'hui, il rassemble tous scs travaux et en fait le point actuel dans ce volume de ses œuvres complètes qu'il faut lire et méditer puisqu’on y rencontre un des esprits les plus originaux de ce siècle.
- Cactées, par A. Bertrand et A. Guillaumin.
- 1 vol. in-16, 126 p., 61 fig. en noir et en couleurs. La Maison rustique, Paris, 1949. Prix : 615 francs.
- Plantes grasses devenues à la mode, les cactus ont maintenant une association qui groupe leurs amateurs. Elles ont aussi deux présentateurs de marque qui indiquent leurs noms, leurs conditions de vie, les moyens de les cultiver, de les multiplier, de les soigner, de lutter contre leurs maladies et leurs ennemis, d’en faire une collection choisie. De magnifiques planches montrent les effets décoratifs qu’on en peut espérer, les couleurs des plus belles espèces et donnent la tentation d’essayer.
- Quelle est donc cette plante médicinale ?
- par A. Koscn. 1 vol. in-8% 181 fig., 8 pl. en couleurs. Fernand Nathan, Paris, 1948.
- Après des conseils pour la récolte, le séchage, la conservation et Putilisation, l’auteur décrit et figure les principales plantes médicinales de notre pays, groupées selon le temps de la récolte, indiquant pour chacune son habitat, ses propriétés, ses usages. Il termine par une liste des maladies et des plantes curatives correspondantes.
- Dynamische Botanik, par le Dr Friedrich Boas. 3° édition. 1 vol. in°-8, 287 p., 102 fig. Garl Hanser, Munich, 1949.
- Cette botanique dynamique est opposée à l’anatomie et à la systématique ; c’est la science des activités, des changements, des possibilités, des luttes, une biologie et une physiologie considérées en action dans la plante et dans les groupes véégtaux. L'auteur passe en revue tous les problèmes, la biochimie, les biotiques et les antibiotiques, l'effet des sels et de la lumière sur la plante entière et ses parties, la distribution géographique et les climats. Vaste et intéressant programme, bien traité, avec une pointe de métaphysique : tout est lié, tout agit, tout est dans tout.
- The theory inbreeding, par Ronald A. Fisher. 1 vol. in-8% 120 p., 9 fig. Oliver and Boyd, Edinburgh et Londres, 1949. Prix : relié, 10 sh. 6 d.
- Los mariages consanguins ont mauvaise réputation et on les accuse d'être cause de dégénérescences, ce qui n’empêche pas que i’inbreeding est largement appliqué en culture et en éle-vago et donne de forts heureux résultats. L'auteur, qui est un des plus grands mathématiciens de la génétique, aborde le problème par le cal-, cul et montre ce qu’on en peut déduire pour la
- connaissance théorique de la sélection naturelle et de la stabilisation des caractères.
- La fécondation, par Jules Cables. 1 vol. in-16,
- 128 p., 5 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1949.
- Excellente mise au point, claire et précise, des problèmes de génération : origine, formation, rencontre et union des gamètes, hybridation, parthénogenèse naturelle et expérimentale.
- La vie des animaux, par Léon Bertin, Tome I.
- 1 vol. in-4°, 496 p., 1 036 fig., 9 pl. en couleurs. larousse, Paris, 1949.
- Dans la grande collection Larousse, voici un nouveau volume qui ajoute à une illustration abondante, bien choisie, l’agrément d’un texte précis et très vivant. Le professeur du Muséum a entrepris de présenter en deux volumes l’ensemble du monde vivant ; il n’oublie rien, ni des bêtes les plus curieuses, ni des dangers des unes et de l’utilité des autres, ni des pèches et des élevages, ni de toutes les théories et hypothèses qu’on a conçues sur l’hérédité, la variation, l’évolution. Dans ce premier tome, défilent les protozoaires à une seule cellule, les éponges et les cœlentérés, les étoiles de mer et oursins, les vers parasites et les annélides, les arthropodes et insectes, les poissons, les batraciens. Les autres vertébrés occuperont le tome II. C’est une agréable initiation, une lecture et une vue très réussies qui enchanteront vieux et jeunes, amateurs et curieux.
- La faune et la flore de nos plages, par M. Caillas. 1 vol. relié, 122 p., fig. Nathan, Paris, 1949.
- Petit ouvrage de la collection « Plein air » destiné à faire aimer aux jeunes l’histoire naturelle, en éveillant leurs facultés d’observation, l’esprit de méthode et de recherche. Conseils pratiques pour la pêche à marée basse et la confection d'un herbier.
- Le comportement des animaux, par le Dr E. S.
- Russell. 1 vol. in-8°, 232 p., 26 fig. Bibliothèque scientifique. Payot, Paris, 1949. Prix : 540 francs.
- Observer dans la nature la vie et les actions des animaux a toujours été en honneur en Angleterre. L'auteur a groupé ici des séries de faits sur l’individu, l'instinct, la reproduction, la perception, les tropismes, l’apprentissage qui donnent au lecteur l’envie de regarder lui-même e-t de devenir un « fîeld naturalist ».
- Vie et mœurs des poissons, par Ed. Le Danois.
- 1 vol. in-8°, 335 p., 89 dessins de l’auteur. Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1949. Prix : 960 francs.
- Marin dans l’âme, ancien directeur de l'Office des pêches maritimes, l'auteur a eu l'occasion d’étudier les poissons de bien des mers du monde, et même de les dessiner vivants, d'une plume adroite. Il donne ici l’ensemble de ses observations, non point groupées selon les vues de la systématique, mais sous forme de paysages aquatiques, où vivent les espèces spéciales à chaque région : les côtes rocheuses et sableuses, les eaux peu profondes, la surface et le fond des mers boréales et tropicales, les grandes profondeurs, les estuaires et les rivières. On voit se grouper des espèces très différentes qui prennent des caractères communs d’adaptation au milieu, bonne leçon biologique que complète l’esquisse de l’évolution passée des formes.
- La vie d'un port : Concarneau sur l’Océan.
- 1 vol. in-8°, 140 p., fig. Les Amitiés de Lorraine et d’Alsace, 20 bis, rue Censier, Paris,
- 1949.
- En exemple de cette pédagogie active qui pénètre l’enseignement du 2e degré, un groupe de professeurs de l’Est ont enquêté sur un port breton, frappant h toutes les portes, interrogeant marins et fonctionnaires, et ils ont abouti à cette monographie très vivante, très complète où défilent géographie, géologie, météorologie, histoire, vie technique et économique d’un des ports de pêche les plus actifs.
- Précis de législation maritime, par F. Guérin. Nouvelle édition, par Ph. Avron. 3 vol. in-8% 97, 389 el 220 p. Gauthier-Villars, Paris, 1949-
- 1950.
- Droit constitutionnel, droit administratif, police administrative de la navigation, régime du marin et de l’équipage ; lois et règlements
- .........--- 95 -....... -.......
- maritimes, avec modèles des imprimés réglementaires, droit civil, droit commercial maritime, droit maritime international, droit criminel, législation sociale, tels sont les chapitres du programme imposé aux candidats aux brevets de capitaine au long cours, capitaine de la marine marchande et au diplôme d’élève-officier au long cours. Bien que sélectionnés et résumés par deux administrateurs de l’inscription maritime compétents, ces textes et ces sujets, sans doute indispensables, paraissent une lourde sujétion.
- L'influx nerveux et la psychologie, par le
- Dr Paul Chauchard. 1 vol. in-16, 158 p., 24 fig. Nouvelle encyclopédie philosophique. Presses universitaires de France, Paris, 1949.
- Se basant sur sa connaissance expérimentale du sujet et les travaux récents, l’auteur présente l’influx nerveux comme un phénomène à la fois électrique et chimique qui transmet les impulsions, lesquelles se transforment soit en réflexes, soit en intégrations supérieures, cérébrales, soumises à une régulation et à une intégration centrales. Cela, qui est physiologique, ne préjuge en rien de l’âme qui est métaphysique et n’est pas nice pour autant.
- Dictionnaire français-swahili, par Ch. Sa-cleux, 2° édition. 1 vol. in-4% 755 p. Institut d’Ethnologie, Musée de l’Homme, Paris, 1949. Prix : 1 500 francs.
- Deuxième édition revue et augmentée du précieux dictionnaire de l’ancien missionnaire apostolique à Zanzibar.
- PETITES ANNONCES
- TECHNICIEN, diplômé service électrique signalisation S.N.G.F. et Technique P.T.T. cherche emploi direction, mécanique précision ou électro-mécanique. Faire offre à La Nature, n° 692.
- CHERCHONS ACHETER local de 1 000 à
- 1 400 m, dont 800 m2 couverts, dans 5% 6°, ou partie proche des 13% 14e et 15° arri. Ecr. : La Nature, n° 708.
- RUHMKORFF rech. occ. bob. puiss. et mat. ray. X. VIARD, Dole.
- A. V. loupe binoc. Nachet type Nacor gr. 10, 20, 40, Ileliar 4,5 de 30 cm, Tessar 4,5 de 18 cm. NINGK, 6, rue des Bégonias, Nancy.
- A VENDRE : en viager, libre avril, propriété genre cottage, Forêt d'Othe. (Aube), 6 pièces, tr. gde cuisine, 1 cab. toilette, salle bains avec chauffe-bains, w.-c., cave, buanderie, gd bûcher, gd grenier, garage. Eau courante, électricité, jardin, 66 a., nombreux arbres fruitiers. DONGÉ, 22, rue Monsieur-le-Prince, Paris (6°).
- A VENDRE : Petit théodolite avec son pied (de la Société des Lunetiers) pour relevés topographiques ou piquetage de précision de chantiers. S'adresser : IL LECLERC, 4, avenue Amiral Serre, Versailles.
- ACHETEUR Tellup Zeiss. Faire offres : MORIN, route de Lugny, Charolles (Saône-et-Loire).
- CESSION DE BREVET
- La Société Anonyme dite : MASSO HERMÀ-NOS S. A., résidant en Espagne, titulaire du brevet n° 904.889 du 6 juin 1944, pour :
- FOUR-TUNNEL POUR LA CUISSON DU POISSON PAR UN COURANT D’AIR CHAUD ET A BASSE TEMPÉRATURE ;
- serait désireuse de traiter pour la vente totale de ce brevet ou pour des licences d'exploitation.
- Pour tous renseignements, s'adresser à M. C. BLÉTRY, Ingénieur-Conseil, 2, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- p.95 - vue 99/406
-
-
-
- m
- L’année psychologique (1946-1947), par Henri Piérox, Alfred Lessard et Paul Fkaisse. 1 vol. in-8°, 624 p., fig. Presses universitaires de France, Paris, 1949. Prix : 1 000 francs.
- Regagnant le retard dû à la guerre, ce volume groupe les 47e et 48e années de l’Année psychologique. Gomme d’habitude, il comporte deux parties, l’une de mémoires originaux, de notes et revues critiques, l’autre d’analyses bibliographiques. Dans la première, on remarque une série d’études sur la vision, notamment la vision des couleurs qu’on s’efforce d’ordonner. Les analyses, très précises et vivantes, groupent à peu près tout ce qui a paru, périodiques et livres, sur les multiples aspects actuels de la psychologie, de la physiologie et de la pathologie nerveuses aux problèmes pratiques de sociologie, d’éducation, de psychotechnique, en passant par le problème centrai des perceptions, de la mémoire, de l’intelligence, des sentiments, des habitudes, etc.
- Le comportement animal et la genèse de l’intelligence, par Jacques Bruca. 1 vol. in-8°, 276 p. Editions du Mont-Blanc, Paris, 1949.
- Le sous-titre dit : Introduction à une nouvelle psycho-physiologie. Besoins, tendances, déséquilibres, émotions, stimulations, sensations, mémoire, ré-llexes, perceptions, mouvements, sont vus selon un schéma mécanique de fonctionnement des neurones. Des réflexes à l’intelligence, il n’y a que facilitations. La finalité et le librc-arbitre sont des illusions.
- L’herbier légendaire, par Marie Gevers. 1 vol. in-16, 202 p. « Les livres de nature ». Stock, Paris, 1949. Prix : 270 francs.
- L’auteur a fait un bouquet des légendes de bien des plantes et des fleurs de nos pays, et donné le calendrier des fleurs dédiées aux différents saints de l’année. C’est un folklore encore peu exploité et charmant.
- Vegetable gums and resins, par F. N. IIovves. 1 vol. in-S", 188 p., 42 fig. Chronica botanica, ’Waltham (Mass.) ; Lé Soudier, Paris, 1949. Prix : relié, 5 dollars.
- Lès gommes solubres dans l’eau ou gonflables en gelées, les résines solubles dans les solvants oi’ganiques sont des produits végétaux très nombreux et de valeur qu’on exploite surtout dans les régions chaudes du globe, les unes comme colles, les autres comme vernis et peintures, sans parler des usages pharmacologiques : gomme arabique des acacias, gomme traga-canthe des astragales, et bien d’autres moins connues ; copals, colophane, dammars, kauri, shellac, demi, laques, etc. Cet ouvrage décrit et figure les plantes productrices, renseigne sur les, pays d’origine, les tonnages et les emplois. C’est une précieuse, documentation sur une question très rarement traitée.
- Un enfant va naître, par Margaret S. Gilbert. 1 vol. in-16, 158 p., 34 fig. . Editions do la Paix, Paris, 1948.
- ' L’auteur décrit le développement embryonnaire de l’homme, depuis l’œuf fécondé jusqu’à la naissance. Elle suit l’organisation progressive, des premières divisions cellulaires jusqu’à la formation des organes, et à leur entrée en fonctions. Elle explique les jumeaux, les malformations. Cela fait une honnête exposition du sujet pour ceux qui n’en ont pas idée.
- Lorsque rugit Simba, par E. Gattl 1 vol. relié, 311 p., Editions de la Paix, Paris, 1949.
- Récit de voyage en Afrique Centrale mené de façon fort alerte et très plaisante par la fiancée, puis la femme d’un explorateur .chargé de capturer un okapi et divers autres animaux sauvages pour des muséums européens. Le livre est rempli de récits pittoresques, d’anecdotes contées avec humour, de détails savoureux sur la vie dans la jungle et sur le comportement des indigènes.
- MICROSCOPES
- Modèle Itudiant A2 (voir figure).
- Prix : 13 SCO Frs, grossissement : x 430
- Nombreux autres modèles.
- PRÉPARATIONS
- MICROSCOPIQUES
- Les meilleures préparations françaises dans ce domaine.
- COFFRETS - LABORATOIRES
- de Microscopie en tous genres.
- « MICRO-LABOR »
- 7, rue Brunei, PARIS (17')
- C/P Journois 501-54 Paris
- E* VAAST
- MICROSCOPES
- Neufs — Occasions
- ACHAT - ÉCHANGE - TRANSFORMATION - REMISE A NEUF Atelier de Mécanique
- 17, rue de Jussieu — PARIS 5e — gob. 35.38 Toutes fournitures pour Sciences et Laboratoire
- L'OTO-RENOVEX
- APPAREIL RÉÉDUCATEUR ET RÉGÉNÉRATEUR DE L'OUÏE
- par le Docteur BROCHET, Médecin à Nice (A.-M.).
- De toutes les infirmités, la surdité est une de celles qui affectent le plus profondément et le plus péniblement les malades qui en sont atteints. Ils se trouvent en partie retranchés du monde, murés dans le silence, repliés sur eux-mêmes. Leur vie privée et sociale se trouye paralysée, leur mal est sans espoir malgré tous les soins que la science moderne nous permet d'appliquer. Nous savons tous que des recherches ont été faites pour alléger cette grande misère trop répandue. Des appareils existent, qui amplifient les sons et permettent de remédier à une carence totale, mais ces appareils, aussi parfaits soient-ils, ne guérissent pas ; le mal suit son cours inexorablement.
- Ces amplificateurs, d'ailleurs extrêmement coûteux, ne sont pas à la portée de tous et fatiguent trop souvent le malade.
- Le petit appareil dont je parle aujourd'hui, l'OTO-RENO-VEX, de M. René Faure, Directeur honoraire des Hôpitaux de Paris, que je me suis procuré au siège social de la Société, 75, rue de Miromesnîl, à Paris, n'est ni encombrant, ni fatigant, sans fil ni pile et presque invisible, n'exige aucun frais d'entretien. Son action est avant tout curative. C'est un rééducateur, un régénérateur de l'ouïe: Par un massage très doux et continu, il a la plus bienfaisante action dans les cas d'otite sèche, de sclérose du tympan, d'ankylose des osselets, avec ou sans bourdonnements, qu'il fait d'ailleurs disparaître le plus souvent assez rapidement. Sans doute l'OTO-RENOVEX n'opère pas de miracles, nous ne saurions assurer qu'il guérit toujours; certains cas de surdité demeurant incurables en dépit des progrès de la science.
- Cependant, des observations nombreuses que j'ai pu faire sur mes malades, il ressort que la plupart ont obtenu des résultats remarquables, souvent même inespérés. Ce qu'il y a de certain c'est que grâce à l'OTO-RENOVEX, les personnes dont les facultés auditives sont déficientes ou-menacent de l'être, peuvent maintenant se soigner avec de très sérieuses chances de retrouver une acuité auditive normale en un temps variable suivant l'ancienneté et la gravité de chaque cas.
- Tous’ droits de reproduction réservés.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : i«r trimestre 1950, n° 1095. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2112. — 3-ig5o.
- p.96 - vue 100/406
-
-
-
- N° 3180
- Avril 1950
- LA
- V' - .V< ""
- •• : 4
- Peuplement et ressources du Labrador
- (0
- Le peuplement. — Si nous laissons de côté la lisière méridionale du Labrador québécois ou Côte Nord, baignée par le golfe du Saint-Laurent, où sont espacés des stations de pêcheurs, des réserves indiennes et quelques petits centres industriels vivant de l’exploitation forestière, l’ensemble de la péninsule apparaît désespérément vide. L’intérieur l’est même à peu près
- Fig. 1. — Le poste de Payne Bay de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Péninsule d’Ungava.
- totalement, à part les groupes d’indiens nomades parcourant en hiver la zone forestière pour capturer les animaux à fourrure, le personnel permanent, nouvellement installé, de rares entreprises minières et celui, dont il n’est pas tenu compte dans les chiffres cités, des bases aériennes établies depuis peu d’années à Goose Bay et h Fort Chimo. C’est le long des côtes qu’est dispersée la majeure partie de la population du Labrador, qui n’excède guère au total 9 000 habitants, dont environ 6 000 pour la partie terre-neuvienne et seulement 3 000 pour l’immense Nouveau Québec.
- Les Blancs sont pour la plupart des agents des postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson (fig. 1), quelques employés du gouvernement, tels que météorologistes et agents de la police royale, qui la plupart vivent dans des stations très isolées, des missionnaires anglicans et catholiques, ou moraves sur la
- 1. Deux études, du môme auteur, sur le Labrador, ont paru -dans La Nature, n° 3178, février 1950, p. 47 ; n° 3179, mars 1950, p. 80.
- Côte du Labrador. Le long de celte dernière se trouvent également quelques établissements de pêcheurs, dont la plupart, se livrant à la pêche côtière, viennenjt de Terre-Neuve pendant les mois d’été.
- On dénombrait il y a 00 ans, 2 5oo Eskimo dans tout le Labrador. Ils sont à peu de chose près autant à l’heure actuelle, dont environ 2 000 au Nouveau Québec et 5oo dans la partie appartenant à Terre-Neuve. Il s’en faut cependant de beaucoup qu’ils soient demeurés purs au point de vue ethnique. Certes, on en rencontre aux petits yeux bridés, aux pommettes saillantes et aux cheveux noirs et raides (fig. 3), mais n’en ai-je pas vus en baie d’Ungava qui avaient les yeux bleus et les cheveux blonds ! Ces métissages, déjà anciens, sont fortement accentués en général et c’est peut-être dans la baie d’Hudson, où ils ont vécu plus isolés, que l’on est susceptible de rencontrer aujourd’hui les Eskimo les plus typiques du Labrador.
- L’état sanitaire de ces populations laisse à désii'er et n’est pas aussi bon ici qu’en d’autres secteurs de l’Arctique canadien. Cela est attribué en partie à leur régime alimentaire déficient, qui a évolué défavorablement depuis qu’elles ont adopté, pour une large part, les produits importés qu’elles se procurent, ainsi qu’une foule d’autres articles, dans les -postes de traite, en échange de fourrures et de quelques menus objets de leur fabrication,'tels que statuettes de stéatite, ivoires de morse sculptés, peaux de phoques travaillées ('fig. 4). Ces Eskimo ont certes con-
- Fig. 2. — Truites de lac capturées dans le lac Payne. (Labrador septentrional).
- p.97 - vue 101/406
-
-
-
- 98
- serve de leur vie d’autrefois certains usages pai'faitement adaptés aux rudes conditions de vie qu’impose un milieu physique particulièrement hostile (fig. 5).
- Mais ils ont adopté, d’autre part, une. foule de pratiques de notre civilisation, dont l’une des plus courantes consiste à faire leur cuisine sur des réchauds Pri-mus, qui remplacent avantageusement la graisse de phoque comme combustible. De leur „ * ,
- façon de se vêtir, ils n’ont plus guère conservé que leurs bottes, faites de peau de phoque, se procurant la plupart des autres éléments de leur costume aux magasins de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
- Les Eskimo du Labrador ont actuellement un habitat exclusivement côtier, descendant à
- l’Est jusqu’à Hamilton Inlet et à l’Ouest jusqu’au 57e parallèle (fîg. 6).
- Les Indiens du Labrador, appartenant au groupe Montagnais-Naskapi (11g. 7), eux aussi plus ou moins fortement métissés de sang blanc, sont au nombre d’environ 1 5oo, vivant pour la plupart dans la partie méridionale forestière, à l’exception d’un grpupe de près de 200, longtemps fixé autour du poste.de Fort McKenzie sur la rivière Sivampy Bay, et qui s’est récemment déplacé vers le Nord pour s’installer à Fort Chimo (fig. 8). Sur la côte orientale, le groupe le plus considérable, celui de Davis Inlet, a dû être transféré, en 1948, à proximité du poste de Nutak, car leur territoire de chasse ancestral ne suffisait plus à assurer la subsistance de celte centaine d’indiens.
- Rappelons que les populations indigènes du Labrador ne sont pas administrées par les deux provinces qui se partagent la péninsule, car c’est au gouvernement fédéral-canadien qu’incombe le soin de s’occuper des Indiens et des Es-kimo et de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder les uns et les autres et améliorer leurs conditions d’existence en augmentant les ressources de la chasse qui est leur occupation traditionnelle. Les ressources de celle-ci, qu’il s’agisse d’animaux à fourrure, de rennes ou de mammifères ma-
- Fig. 4. —; Femme Eskimo préparant une . , ,
- peau de phoque. Povungnituk, baie d'Hudson. Tins, sont deve-
- Fig. 3. — Femme Eskimo de la baie d’Ungava, Payne Bay.
- nues de plus en plus limitées et ne suffisent plus à procurer une alimentation convenable à une population pourtant bien clairsemée. Leur préservation 11’est pas seulement un problème humanitaire, elle est également précieuse pour les Blancs qui tentent d’inventorier les ressources du Labrador et de les mettre en valeur. Les Indiens sont des guides sûrs et des canotiers remarquables pour naviguer sur les cours d’eau accidentés qui demeureront longtemps encore les seules voies de circulation possibles (fig. 9).
- Les Eskimo sont susceptibles de fournir aux chercheurs scientifiques et aux prospecteurs d’utiles services pour la navigation côtière, qui offre beaucoup de risques dans ces parages, grâce à leur connaissance des lieux et à leur prudence (fig. 10 et n).
- Les ressources naturelles. — Les possibilités économique du Labrador sont limitées. Le climat et l’absence de terre arable interdisent toute tentative agricole ou d’élevage, le renne excepté.
- La forêt boréale de Conifères couvre de grandes étendues dans la partie méridionale du Labrador, mais les parties susceptibles d’être exploitées industriellement ne représentent, semble-t-il, qu’une fraction relativement restreinte de la .superficie totale boisée, ne dépassant pas au Nord le 54e parallèle. Quoi qu’il en soit, l’industrie de la pâte à papier disposera là dans l’avenir d’importantes réserves de bois.
- Le -rendement de la chasse aux animaux à fourrure, pratiquée par les Indiens depuis si longtemps et de façon excessive, s’est sensiblement amoindri. Des réserves de chasse pour la protection du castor ont été établies entre les rivières East-rnain et Fort George, à l’Est de la baie James, et cette mesure récente a eu déjà d’heureux résultats.
- Les animaux à fourrure capturés dans la zone forestière sont notamment le vison, l’hermine, la martre, la loutre, le castor, le rat musqué, le
- Fig. 5. — Eskimo de Povungnituk, sur la baie d'Hudson, faisant sécher des lanières de béluga. Nouveau Québec.
- p.98 - vue 102/406
-
-
-
- 99
- Fig. 6. — Campement d’été d’un groupe d’Eskimo à Kayak Bay, baie d’Ungava.
- i
- lynx et différentes variétés de renards. Les Eskimo de la zone septentrionale arclicpie prennent l’hiver au piège le renard blanc ou polaire, l’animal le plus commun, le lièvre arctique et en mer des phoques, dont les peaux donnent également lieu à un important trafic. Us capturent également, à l’occasion, quelques ours blancs.
- Quant aux immenses troupeaux de rennes qui se déplaçaient périodiquement à travers la péninsule, encore très nombreux au milieu du siècle passé et qui appartiennent à deux espèces : le caribou forestier (Rangifer caribou silveslris) et le caribou arctique autrement dit le renne (Rangifer arclicus arclicns) habitant la toundra, ils sont devenus extrêmement rares. Ces caribous formaient jadis trois principaux troupeaux migrateurs dont vivaient, outre les Eskimo établis le' long des côtes et qui
- Fig. 7. — Indien montagnais du Labrador, entouré d’un nuage de moustiques.
- se rendaient: alors périodiquement dans l’intérieur, autour du lac Payne, pour les chasser, trois groupes indiens. Des massacres inconsidérés, commis à la suite de l’introduction des armes à feu à répétition et les immenses incendies, imprudemment allumés par les Indiens, et qui détruisirent les lichens sur de grandes surfaces, sont les principaux facteurs de leur disparition.
- Aucune pèche industrielle n’est encore organisée autour du Nouveau Québec, mais des recherches scientifiques se poursui-\eul afin d’établir l’inventaire de la faune sous-marine. La pèche à la morue se pratique activement par contre le long des côtes appartenant à Terre-Neuve d’où sont venus, en 19/18, 180 bateaux de pèche qui ont préparé 187 000 quintaux de morue. Parmi les pécheurs venant de la grande île voisine, les uns passent leur temps en mer, remontant jusqu’au cap Chid-lev, les autres s’installent à terre de mai à septembre et se livrent à la pêche côtière au moyen de trappes à morues.
- Fig. 8. Le poste de la Compagnie de la baie d’Hudson de Fort Chimo, vallée de la Koksoak.
- Les ressources minières. — Longtemps délaissé, l’intérieur du Labrador suscite depuis quelques années un vif intérêt au point de vue minier. On n’en est encore qu’aux recherches préliminaires et ce ne sont ni l’or, ni l’uranium qui attirent les prospecteurs dans ces régions ingrates, mais le fer surtout# dont il existe des gisements considérables.
- La liste des minéraux utiles actuellement connus dans la péninsule n’est encore ni très longue, ni très variée. Il est vrai que les prospections ne font que commencer et que les rares secteurs ayant donné lieu à des investigations systématiques ne représentent, au total, qu’une fraction bien minime du Labrador. La publication des rapports d’exploration de A. P. Low, à la fin du siècle dernier, n’a suscité en effet, à l’époque, aucune ruée de prospecteurs vers les solitudes immenses et encore à peine connues du Labrador. Les pépites du Klondyke exerçaient alors sur ceux-ci un attrait beaucoup plus puissant que le fer découvert par Low.
- Les gisements de ter du Plateau Centrai. — Les plus riches gisements de fer, actuellement reconnus, formant un certain nombre d’amas espacés sur quelque 5o km, se trouvent sur les concessions voisines de la Labrador Mining and Explora-
- p.99 - vue 103/406
-
-
-
- 100
- lion C°, en territoire terre-neu-vien et de la Hollinger North Shore Exploration C°, contrôlées toutes deux par la Hollin-gcr Coiisolidated Gold Mmes.
- Les recherches méthodiques datent de 1945 et une base permanente avec un aéroport a été aménagée en 19/17 à Bumt Creek, au centre du district minier. Les prospections de surface et les sondages ont révélé jusqu’à présent l’existence d’environ 4oo millions de tonnes de minerai d’excellente qualité, avec une teneur moyenne de Go pour 100 et qui atteint parfois G5 pour 100 de fer. Le minerai sera extrait à ciel ouvert et l’on envisage, pour que l’exploitation soit rémunératrice, une production annuelle de 10 millions de tonnes susceptible d’etre doublée par la suite. Le tonnage de minerai mis en évidence ne représente qu’une faible partie des immenses l'éserves existant dans la région.
- Plusieurs compagnies minières procèdent actuellement à des recherches dans le prolongement nord du bassin ferrifère de Bumt Creek, dans la région traversée par la rivière Kaniapiskau, où le fer existe un peu partout, mais où l’on n’a pas encore rencontré de concentrations riches d’importance économique.
- La construction d’une voie ferrée de près de Goô km est envisagée dans un avenir très proche pour relier Burnt Creek au port de Sept-Iles sur le golfe du Saint-Laurent, d’où le minerai sera dirigé vers les centres .sidérurgiques.
- La genèse du minerai de fer du Labrador n’est pas encore élucidée. Il est en relation, avons nous vu, avec les couches algonkiennes, surmontant les gneiss archéens, qui se sont déposées dans cet ancien géosynclinal qu’est le fossé du Labrador. Le minerai riche provient de concentrations secondaires et appartient à deux types. On distingue, en effet, un minerai
- mou, mélange de limonite et d’hématite et un minerai dur, surtout formé d’hématite accompagnée d’un peu de rnagné-lite. Ce minerai ne renferme qu’une très faible proportion de phosphore, inférieure à o,o45 pour 100 et une autre de ses qualités est sa teneur élevée en manganèse, qui peut atteindre 10 et i5 pour 100.
- Autres gisements. — Le
- Labrador est appelé à devenir l'un des principaux producteurs de titane, grâce à la découverte des immenses gisements d’ilmé-nile du lac Tio, en 19/1G, dans le de la péninsule. Il s’agit d’un puissant amas de minerais de titane, estimé à 112 millions de tonnes, contenant 34 pour 100 de TiO, et 4o pour xoo de fer. La minéralisation, d’origine magmatique, est en relation avec des intrusions d’anorthosite. Les premiers indices d’ilménite, signalés par J. A. lletty en 1941, se présentaient sous forme d’amas lenticulaires autour du lac Allard, mais ils n’étaient pas exploitables. Cinq ans plus tai'd, la société Kennco Exploration lit une prospection méthodique de la région et découvrit plusieurs amas, dont un considérable, connu sous le nom de gisement du lac Tio, situé entre les lacs Allard et Puvjalon. Une voie ferrée de 45 km doit le relier au Havre Saint-Pierre, sur le golfe du Saint-Laurent. Ici encore le minerai s’exploitera à ciel ouvert, à partir de 1951 ou 1952 et sera traité à Sorel, dans .la province de Québec.
- Les autres indices de métaux rencontrés au Labrador sont moins encourageants, la minéralisation ayant le plus souvent un caractère sporadique, avec de faibles teneurs.
- Les prospections ont révélé des signes de cuivre en divers endroits, le plus souvent en relation avec les imprégnations de sulfures dans d'anciennes laves basiques et se signalant de loin
- Fig. 10. — Eskimo en kayak dans la baie d’Ungava.
- Fig. 11. — Eskimo en kayak le long de ta côte occidentale du Nouveau Québec en baie d’Hudson.
- p.100 - vue 104/406
-
-
-
- 101
- presence
- Fig. 12. — Cairn servant de repère aux Eskimo établi sur le littoral de la baie d’Ungava.
- Cairn eskimo sur le plateau du centre de la péninsule d’Ungava.
- Celle énumération ne serait pas complète sans citer ce minéral très décoratif qu’est le labrador, variété de feldspath aux superbes reflets chatoyants, découvert au xvme siècle sur l’île Paul et en d’autres points de la péninsule par la suite, et que le Labrador est à peu près seul, à fournir. Les plus beaux échantillons proviennent d’une carrière ouverte dans un massif d’anor-thosile de l’île Napo-tulagatsuk, au large
- de Nain, par 56°3o/ lat. N., et qui n’est exploitée que par inter-
- p a r la
- d’imposants chapeaux de fer, bien visibles d'avion. De petites veines de chalcopvrite ont été rencontrées, çà et là, dans les terrains archéens de la partie médiane du Labrador, surtout dans le bassin de la Koksoak et de son grand affluent, la Kaniapiskau. Plus au Nord on a également observé ce minerai de cuivre dans l’estuaire de la Payne, le long de la rivière Eastmain, sur le versant de la baie d’Hudson, et enfin du côté d’IIamiiton Inlet, de Makovik et de Mugford au Labrador terre-neuvien.
- La molybdénite existe en petites quantités dans: les peg-matites de la baie de Paint Hills, sur la côte orientale de la baie cl’Hudson, tandis que certaines zones de sulfure de fer, cle la pyrrholite en général, renferment de légères teneurs en nickel, mais si faibles qu’on ne saurait parler de véritables minerais.
- L’or alluvionnaire n’a jamais été rencontré et les nombreux filons de quartz existant dans certains secteurs, de môme que les amas pyrileux relativement fréquents, n’ont donné que des résultats décevants. Parmi les nombreux amas de pyrite connus, l’un des plus notables est celui de Rosxvell, à la base cle la série de Ram ali .
- Le plomb et le zinc, souvent associés, ont été découverts en plusieurs points du Labrador, plus particulièrement dans le bassin de la Koksoak et celui de la Kanapiskau, en particulier autour des Lacs Frederickson et Jimmick, sur la rivière Noran-con et à l’Est de Fort McKenzie. Les indices les plus anciennement connus sont ceux du golfe de Richmond, qui s’espacent entre ce dernier et le cours de la rivière Liltle Whale, à proximité de la baie d’Hudson, Ce sont des imprégnations de galène et de blende, très dispersées, dans des dolomies et des calcaires algonkiens. Des recherches sont poursuivies depuis quelques années dans cette région.
- Quelques substances non métalliques ont été signalées aussi en divers points, parmi lesquelles l’amiante à Payne Bav, le graphite, disséminé dans les gneiss proches du lac Nachvak et au Sud de Port-Burwel. Le grenat est très abondant localement dans les gneiss et surtout dans les schistes algonkiens le long de la côte nord-est de la péninsule d’Ungava. La fluorine existe dans les granités de la région de Makkovik-Aillik au Labrador terre-neuvien. Les Eskimo connaissent en plusieurs points du littoral septentrional du Labrador des gisements de talc gris impur, qu’ils exploitaient autrefois pour faire leurs lampes à huile en forme de demi-lune, des plats et des récipients. Ils ne l’emploient plus guère aujourd’hui que pour sculpter des statuettes, notamment du côté de Sugluk, afin de les revendre aux voyageurs de passage.
- miltence.
- Cet exposé d’ensemble sur le Labrador actuel montre en somme que ses ressources économiques apparaissent comme assez limitées. Les plus positives sont évidemment celles du sous-sol, dont l’inventaire est encore bien loin d’être achevé. Cependant, ce que l’on sait déjà de la géologie de la péninsule laisse entrevoir que de grandes étendues de formations archéennes sont peu favorables à la découverte de substances minérales utiles en quantités exploitables.
- Les seules installations permanentes que l’on peut espérer voir se développer en certaines régions du Labrador, en dehors des établissements côtiers et de quelques bases aériennes, seront liées à l’exploitation du sous-sol. Deux districts miniers sont déjà en voie d’aménagement, celui de Burnt Creek pour le fer et celui du lac Tio pour le titane. Si florissante que puisse devenir en ces endroits, et peut-être en quelques autres par la suite, l’industrie extractive, les conditions d’habitat sont trop rudes, dans l’ensemble du Labrador, la nature du sol et le climat trop ingrats, pour que celte partie du Canada, défavorisée même par rapport à d’autres secteurs plus septentrionaux de l’Amérique du Nord, le Yukon et l’Alaska par exemple, puisse jamais devenir une terre de peuplement.
- E. Aubert de la Rüe.
- Toutes les photographies ont été prises par l’auteur.
- Londres-Rome en deux heures.
- En avion à réaction britannique propulsé par quatre réacteurs, du type « Cornet », de Haviland, a été de Londrcs-Hatfield à Rome-Ciampi en deux.heures cinq minutes, avec JG personnes à bord. Quatre heures plus tard, il est revenu à son point de départ avec 20 passagers en deux heures neuf minutes. Cet exploit remarquable eut lieu le IG mars dernier. La vitesse moyenne atteignit 770 km/h, à l’altitude de 11 000 m.
- p.101 - vue 105/406
-
-
-
- 102
- Un projet de navire atomique
- Nous avons signalé en leur temps les idées nouvelles qui se sont fait jour sur l’utilisation industrielle de l’énergie atomique - (x). Elles peuvent se résumer en ceci : l’énergie disponible est considérable, mais les générateurs, formés par une pile et son échangeur de température, constituent une source de rayons dangereux et doivent, en conséquence, être entourés de « blindages » d’un poids énorme.
- En outre, la nécessité de passer par l’intermédiaire « chaleur » constitue un handicap thermodynamique imposant des limites au rendement.
- Machine mâtine atomique. — Depuis un an, la situation a évolué. Les Américains ont en cours d’exécution une centrale électrique de i5 ooo kW; ils annoncent la construction d’un cuirassé atomique, ainsi que la mise en étude de sous-marins atomiques, et même d’avions'géants atomiques, ce qui mériterait confirmation. Dans l'ensemble, les applications de l’énergie nucléaire demeurent essentiellement « pondéreuses », c’est-à-dire qu’elles s’appliquent à de grosses installations, terrestres ou maritimes.
- Rappelons les difficultés qui se présentent dans ce domaine. La solution « marine » la plus vraisemblable consistera à utiliser une pile comme chaudière, alimentant des turbines à vapeur ou des turbines à gaz, par l’intermédiaire d’un « échangeur de température ». Le rôle de ce dernier est essentiel, car il ne saurait être question de laisser circuler, clans le compartiment des machines, un fluide hautement « irradié », émettant à son tour un rayonnement secondaire périlleux pour le personnel.
- Tous les réglages de la pile et de l’éeliangeur doivent être faits à distance, aucun être humain ne pouvant être autorisé à pénétrer dans la « clôture » soumise à la radioactivité. Des thermostats de réglage automatique sont nécessaires, ainsi que des appareils de sécurité, pouvant être au besoin commandés à distance et jouant le rôle de « disjoncteurs » ; ces derniers fonctionneraient, soit en introduisant rapidement dans la pile des écrans absorbants à l’acier au bore ou au gadolinium, soit en retirant les baguettes d’uranium.
- A bord des navires « ouverts » c’est-à-dire à l’exclusion des sous-marins, il peut être tentant d’employer de l’air atmosphérique, aspiré au pont des roofs, circulant en circuit ouvert, et rejeté à grande vitesse par la cheminée. ' Les objections sont évidentes. Outre qu’il est difficile de réaliser des conduits suffisamment amples pour faire circuler l’immense quantité d’air nécessaire, les autorités de port s’opposeront très certainement au fonctionnement à quai ou sur ancres, en raison de la radio-activité de l’air d’échappement.
- L’encombrement des massifs de protection est énorme; pour une installation de i5o ooo ch effectifs, on doit compter sur 800 t d’acier et de ciment, rien qu’au tour de la pile. En cas d’avarie à la mer, aucun travail ne sera possible dans les compartiments radio-actifs; il sera nécessaire de remorquer le
- 1. Voir La Nature, n° 3165, janvier 1949, p. 16.
- Hélium froid
- Uranium
- Graphite
- Hélium chaud
- Fig. 1. — Principe de la pile atomique.
- Des masses d’Uranium 235 projettent des neutrons qui bombardent de l’Uranium 235 et de l’Uranium naturel 238, ce dernier se transformant en Plutonium. La pile dégage une quantité considérable de chaleur, qui est emportée, ici, par un courant d'hélium. Des cloisons en graphite ralentissent les neutrons, ce qui en accroît l’efficacité.
- navire au port, ou de le ramener avec une machine auxiliaire de faible puissance, et de laisser la radio-activité se dissiper, au cours de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, avant que les ouvriers puissent accéder aux compartiments accidentés.
- Piles atomiques industrielles. — Un intéressant projet de « navire atomique » vient d’être publié par M. Gautier, ingénieur en chef du Génie maritime (x).
- La pile, cœur de l’installation, forme un bloc d’environ 200 t, que l’on peut enlever, pour l’échanger contre un neuf, ceci tous les cinq ans environ.
- La pile comprend essentiellement, suivant les principes aujourd’hui classiques de ces sortes d’installations :
- une matière nucléaire pure diluée dans la matière nucléaire impure;
- un dispositif ralentisscur de neutrons (graphite ou eau lourde) ;
- un système, de « réflecteurs de neutrons » ramenant les corpuscules échappés vers la masse;
- les dispositifs de réglage, de contrôle et de sécurité;
- un dispositif d’absorption et.de transfert de la chaleur produite;
- des appareils de mesure;
- une enveloppe protectrice;
- des dispositifs extérieurs de pompage et de télécommande.
- La matière nucléaire généralement utilisée dans les piles est constituée par de l’uranium pur, en isotopes U 233 et U 235, ou du plutonium pur Pu 209, dilués dans l’uranium naturel, constitué particulièrement par de l’uranium 238, ou du thorium Th a34, ce dernier ne subissant la fission qu’en présence de l’uranium a35.
- Tout comme les autres métaux, l’uranium et le plutonium sont sujets à cori’osion, surtout à la température élevée qui règne dans la pile. Il est donc nécessaire de les isoler du fluide de transfert au moyen d’une enveloppe cylindrique mince en aluminium; pour des températures particulièrement élevées, ce dernier devrait être remplacé par des alliages spéciaux.
- Pour une pile industrielle ou propulsive, le dispositif modérateur peut êli'e constitué avec
- Air
- Cheminée
- Pile /
- Turbine à air chaud
- Hélice
- Engrenages
- Fig. 2. -
- tallation
- avantage par des blocs de graphite, à l’inverse des piles de laboratoire, pour lesquelles l’eau lourde permet des réglages plus souples. Les blocs de graphite sont forés de chambres cylindriques, destinées à recevoir les tubes cylindriques eix aluminium contenant la matière nucléaire; dans l’intervalle circule le fluide de transfert. Si ce fluide est un gaz, aucune précaution n’est îxécessaii'e ; si on utilise l’eau, il faut séparer le graphite de l’eaxx par xin tube en aluminium.
- Les réflecteurs de neutrons peuvent être constitués par une enveloppe en graphite, ce qui permet, accessoirement, de réduire l’emploi élu blindage, protecteur.
- Le dispositif de réglage et de contrôle comporte des tiges en cadmium, gadolinium ou acier axx bore, pouvant être dépla-
- Madèle simplifié d’ins-propulsive atomique à air.
- L’air, aspiré par une pompe, pénètre clans la pile, traverse la turbine et s’échappe à la cheminée. La totalité des compartiments de l’installation doit être « protégée » par un cuirassement antirayons ; l’évacuation d’air radio-actif pose des problèmes de sécurité.
- 1. Bulletin technique du bureau Veritas, 31e année, 11° 5.
- p.102 - vue 106/406
-
-
-
- 103
- cées à l’intérieur d’espaces ménagés dans la pile, sous l’action de télécommandes ou d’appareils automatiques soumis à l’in-lluence de la température ou des radiations.
- Le système de transfert de la chaleur comprend un circuit primaire alimenté par le fluide réfrigérant et un circuit secondaire dans lequel circule le fluide moteur, qui emprunte sa chaleur au fluide n° i dans l’échangeur de température.
- Les cuirassements de protection peuvent être constitués, pour des raisons d’économie, par du béton en forte épaisseur (i,5o m) ; à bord d’un navire, on sera conduit, pour des raisons d’encombrement, à remplacer le béton par des blindages en aciers spéciaux. Des précautions doivent être prises également contre le transport de la radio-activité par les poussières, voire par des fragments métalliques provenant de la fission et s’échappant au dehors sous forme mono-atomique; ceux-ci se déposent sur les surfaces solides et peuvent devenir dangereux.
- Il ne faut du reste pas s’exagérer les difficultés de protection du personnel, qui semblent avoir été résolues de façon satisfaisante aux États-Unis, où des piles d’une puissance équivalente à i million de kilowatts fonctionnent depuis plusieurs années sans accident..
- Un appareil propulsif de 20 000 kW. — Le projet de M. Gautier prend comme base un groupe propulsif de >.o ooo kW, puissance relativement modérée,, dont les résultats d’exploitation pourraient être extrapolés aisément dans un sens et dans l’autre.
- L’installation propulsive comprend six parties distinctes : la
- Outrasse
- î j Cheminée <)— Pompe
- Turbine à hélium
- Hélice
- Refroidisseur
- Pompes
- Engrenages
- Echangeur
- Fig. 3. — Schéma d’une installation propulsive à' air et hélium, avec échangeur de températures.
- L’air sortant de la pile cède ses calories à un circuit d’hélium, qui alimente la turbine. Le compartiment des machines et du refroidisseur ne sont pas « protégés » et demeurent accessibles en marche.
- pile, avec son blindage protecteur et ses auxiliaires; le circuit primaire de chaleur, moins fortement blindé; le circuit secondaire, fournissant de la vapeur ou du gaz à température et pression élevées (non protégé); l'appareil moteur, constitué par une turbine à vapeur ou une turbine à gaz, avec transmission par engrenages ou transmission électrique; la ligne d'arbre et l'hélice; les auxiliaires.
- On observera que les parties nos 3 et G : circuit secondaire de chaleur et auxiliaires, ne présentent rien de particulier par rapport aux parties similaires des installations propulsives courantes.
- Il semble y avoir intérêt à faire appel, comme fluide réfrigérant de la pile et comme fluide moteur, à un même fluide ne présentant pas les inconvénients de l’air et possédant, en outre, de bonnes propriétés au point de vue de la transmission de la chaleur. Ce fluide existe, mais semble le quasi-monopole des États-Unis, c’est l'hélium. Il présente l’avantage de ne pas devenir radio-actif sous l’effet du bombai’dement neutronique; il est chimiquement inerte et doué, par ailleurs, d’éminentes propriétés en ce qui concerne la transmission de la chaleur. On La déjà proposé., comme fluide moteur, pour les turbines à combustion interne en cycle fermé, actuellement à l’étude, et où il procurerait un rendement global élevé.
- Les spécialistes, de l’hélium estiment que les ressources mondiales actuelles suffiraient pour satisfaire à tous les besoins de la propulsion des navires; ils envisagent, du reste, la possibilité d’employer un mélange de gaz carbonique et d’hélium, assurément moins coûteux.
- Le tableau ci-dessous indique les avantages de l’hélium comparativement à l’air, en ce qui concerne sa double utilisation éventuelle comme fluide réfrigérant de pile (fluide de transfert) et comme fluide moteur; le chiflre est écrasant en ce qui concerne la chaleur spécifupie :
- Air Hélium
- Chaleur spécifique........................ 1 10
- Coefficient de transmission- de chaleur.. 1 2,56
- Nombre de tubes nécessaires.............,. 1 0,36
- Surface des tubes ............................. 1 0,30
- Longueur des tubes ............................. 1 0,70
- L’emploi de l’hélium semble donc conduire, à une importante réduction de poids et d’encombrement des échangeurs de chaleur et des circuits, ce qui offre un grand intérêt, attendu que l’échangeur d’une installation de 20 000 kW est comparable, comme volume et peut-être comme prix, à une chaudière à tubes de même puissance. On escompte, en employant l’hélium comme fluide général, un accroissement de rendement thermique de la turbine de 35 pour 100, et une réduction du poids et du prix de revient de 3o pour 100 en ce qui concerne la turbine à gaz.
- Caractéristiques du groupe propulsif. — Pile : du type à vitesse moyenne de réaction.
- Charge : uranium 233, uranium 235, plutonium a3g concentrés, dilués dans de l’uranium naturel.
- Rechargement : appoint continu d’uranium ou de thorium.
- Circuit primaire de type fermé; fluide évoluant : hélium.
- Circuit secondaire de type fermé; fluide évoluant : hélium.
- Appareil moteur : turbine à gaz fonctionnant en circuit fermé; fluide évoluant : hélium. Puissance 20000 kW; température 587°; pression 70 atmosphères.
- Transmission à l’hélice : électrique, par génératrice et moteur électrique.
- Les seuls problèmes réellement nouveaux posés par le fonctionnement de cette installation sont l’alimentation continue de la pile par un appoint de combustible nucléaire naturel et ceux relatifs à la technique de l’hélium. Ce sont là des difficultés mineures et qui seront certainement résolues d’ici quelques années.
- On peut prédire que le poids et l’encombrement de l’installation seront du même ordre que ceux de l’installation d’une
- Turbine
- à hélium Hélice
- Hélium (2?circuit)
- Refroidisseur
- Hélium
- Engrenages
- p,le ( le.rcircuit)
- Echangeur
- Fig. 4. — Installation propulsive de 20 000 kW, à double circulation d’hélium en circuits fermés.
- Le circuit n° 1 refroidit la pile et cède ses calories au circuit n° 2, qui alimente la turbine.
- turbine à vapeur, et un peu plus grands que ceux d’une installation à moteur Diesel. Dans les limites autorisées par les phénomènes hydrodynamiques et la résistance du métal de l’hélice et de la coque, on peut envisager un accroissement de puissance
- p.103 - vue 107/406
-
-
-
- 104
- i
- de plus de Go pour ioo, conduisant à un accroissement de vitesse du navire atteignant 20 pour 100.
- L’entretien posera assurément des problèmes délicats, que nous avons soulignés plus haut, en' raison de la radio-activité intense qui régnera dans les compartiments de la pile et de l’échangeur de chaleur. Aussi a-t-il été prévu de réaliser en double les parties mobiles du circuit primaire et d’ulilisér une pile formant, comme il a été dit, un bloc unique. En cas d’avarie très grave, il suffirait de ramener le navire au port, de
- lever, avec des bigues, le bloc de la pile atomique et de le remplacer par un bloc neuf.
- Sous cette forme et moyennant ces précautions techniques, elles-mêmes dictées par l’expérience, il 11’y a rien à opposer au projet en question, et il est probable que le premier navire atomique pourra prendre la mer d’ici un délai n’excédant pas quelques années.
- PiEKBE Devaux.
- La gazéification souterraine des combustibles
- es essais de gazéification souterraine des combustibles se poursuivent.
- Des ingénieurs du Bureau des Mines des États-Unis et de l’Alabama Power C° de Gorgas dans l’État d’Alabama ont mis à feu, en mars dernier, une seconde expérience de gazéification.
- L’été dernier, les ingénieurs ont présenté un rapport sur les heureux résultats du premier essai aux personnalités scientifiques réunies à la Conférence des Nations-Unies sur la conservation et l’utilisation des ressources naturelles.
- La première expérience a montré, précise le rapport, que la combustion pouvait être maintenue et contrôlée par des méthodes de pression gazeuse, que le charbon se trouvant dans la mine pouvait être entièrement transformé en gaz et que le plafond rocheux des galeries devenait malléable et se solidifiait en arrière du front de l’incendie, sans empêcher l’arrivée de Pair nécessaire à la combustion ou le départ des gaz. •
- Ce procédé de gazéification souterraine permettra d’obtenir une source peu onéreuse de combustibles pour les centrales électrothermiques et de matières premières pour la fabrication de combustibles liquides synthétiques. Ce procédé permettra également de supprimer les deux principales causes de brais de fabrication dans la production des gaz : l’installation des générateurs à gaz, d’une part, et l’extraction du charbon. De plus, si ces expériences réussissent, il sera également possible d’utiliser des gisements de charbon dont l’exploitation est actuellement trop difficile ou trop onéreuse.
- Les expériences se poursuivent actuellement dans un gisement charbonnier couvrant une superficie de 4o ha. L’incendie a été allumé au fond d’un puids de sondage dans un filon de 107 cm d’épaisseur. Un matériel spécial permet d’insuffler de l’air dans la mine pour y maintenir une pression convenable.
- Les ingénieurs pensent que le gaz qu’ils obtiendront au cours de cette seconde expérience, aura une valeur calorique plus grande que celui obtenu lors de la première, parce que l’incendie se propage à une profondeur variant de 18 à 38 ni au lieu de 9 m la première fois, ce qui empêchera toute fuite de se produire.
- Au cours de ces expériences, des essais sont effectués pour trouver la meilleure méthode permettant de déterminer les progrès de l’incendie. Pour ce faire, on peut employer, par exemple, des détecteurs à vapeur de mercure et des capsules de mercure placées en différents points de la route probable de l’incendie. Lorsque celui-ci atteint une de ces capsules, le mercure se vaporise et le détecteur à vapeur indique l’emplacement atteint par l’incendie.
- Cette seconde expérience qui durera au moins un an a pour but de déterminer :
- 1) La quantité de charbon qui peut être transformée en gaz
- dans une zone de combustion donnée cl les limites de l’étendue de la zone ayant été incendiée; •
- 2) S’il est possible ou non d’utiliser des orifices fixes de sortie des gaz, soit à l’affleurement du filon charbonnier, soit forés directement à la verticale dans le gisement;
- 3) Les caractéristiques d’exploitation de l’installation dans des conditions différentes ;
- 4) La qualité et la quantité des gaz produits pour une quantité d’air insufflé donnée dans des conditions expérimentales et la quantité de goudrons et de produits dérivés obtenue;
- 5) Des renseignements fondamentaux techniques et économiques au sujet de l’emplacement des usines, de leurs installations et des procédés de fabrication.
- En Grande-Bretagne, on s’intéresse également au même problème.
- Le Ministère des Combustibles et de l’Énergie va présider aux premiers essais.
- Leur réalisation commencera au début de 1900 dans une mine à ciel ouvert du centre de l’Angleterre. On creusera dans la veine de charbon, à i5 m l’un de l’autre, et à une profondeur de 20 m, deux trous reliés par une percée horizontale à travers la veine. On mettra ensuite le feu au charbon se trouvant au fond de l’un de ces trous à l’aide cl’une bombe à thermïte et on dirigera un jet d’air comprimé vers le fond de l’orifice. Le gaz produit sortira alors par l’autre orifice. Le rythme de la combustion et la qualité du gaz seront réglés par le flux cl’air.
- Les essais n’en sont encore qu’au stade préliminaire mais, s’ils sont satisfaisants, on espère que le gaz produit conviendra parti culièrement aux turbines à gaz.
- En Belgique, à l’Université de Louvain, on étudie la combustion de quantités massives de houille pour déterminer la nature des gaz produits suivant les conditions de combustion. Simultanément, des essais sur des couches de houille en place se poursuivent aux Charbonnages de Bonne-Espérance, Batterie au nord-est de Liège.
- La gazéification souterraine des combustibles permettrait de réduire considérablement le travail des mineurs; elle suscite beaucoup d’intérêt. On a étendu cette méthode avec succès en Italie à des gisements de lignite.
- On l’a également réalisée pour des schistes bitumineux, combustibles de peu de valeur qui peuvent difficilement supporter les frais normaux d’abatage, notamment à Schoz’zingen dans le Wurtemberg.
- Dans ce cas particulier, un dispositif spécial permet de recueillir la partie des huiles de schistes qui distille pendant la combustion .
- Des essais analogues sont également poursuivis en Suède.
- p.104 - vue 108/406
-
-
-
- 105
- Débombage et désobusage
- Apkès les hostilités, les terrains d’opérations de guerre restent toujours jonchés d’une importante quantité de matériels qui sont, le plus souvent, inutilisables, soit que leurs conditions d’emploi ayant changé, ils deviennent caducs, soit, que les faits de guerre ou les intempéries les ayant détériorés, ils soient voués par là-mème au démontage ou à la destruction.
- Or, de toutes ces épaves, les munitions sont celles dont la présence et surtout la manipulation présentent le plus de danger; il importe donc de les neutraliser au plus tôt, C’est: le travail dévolu aux équipes de débombage et de désobusage.
- Déjà, après la Guerre I9i4'i9i8, on retrouva sur les champs de bataille de nombreuses munitions; certaines n’avaient pas été tirées, d’autres, bien qu’ayant été employées n’avaient pas fonctionné.
- Dès 1919, des entreprises spécialisées furent chargées d’opérer
- Fig. 1 et 2. — Désamorçage d’une bombe d’avion britannique armée d’une fusée antidémontage.
- 1. L’artificier adapte l’appareil spécial sur la fusée. — 2. Après l’opération, la fusée et l’appareil qui l’a entraînée gisent à côté de l’engin.
- le désobusage des zones de combat, travail qui dura plus de dix années en raison des difficultés rencontrées, de l’éparpillement des petits dépôts et surtout du nombre considérable de projectiles tirés, non explosés et qui étaient restés enfouis.
- En dépit des travaux exécutés, il n’est d’ailleurs pas rare de retrouver encore actuellement sur les anciens champs de bataille de la Somme, de la Marne et de Verdun, des obus tirés pendant la Grande Guerre et qui remontent lentement chaque année à la surface du sol par suite des gelées et des labours successifs.
- Or, contrairement à l’idée généralement répandue, ces munitions très anciennes sont souvent beaucoup plus dangereuses que les munitions récentes parce que, la plupart du temps, l’humidité et les intempéries ont oxydé les dispositifs de sécurité des amorçages qui sont idevenus très sensibles; de plus, l’explosif, hermétiquement enfermé dans son enveloppe métallique, a presque toujours conservé toutes ses propriétés détonantes. C’est pourquoi nous ne recommanderons jamais assez d’évi-
- ter la manipulation de telles munitions, dont l’âge n’a fait qu’exaspérer la fonction pour laquelle elles avaient été créées, c’est-à-dire d’exploser.
- Durant la Guerre 1914-1918, les belligérants ont tiré beaucoup d'obus, mais lancé peu de bombes; le désobusage qui a suivi les hostilités a donc été une opération de neutralisation de petits dépôts de munitions et d’obus isolés.
- En revanche, au cours de la dernière guerre, on a tiré peu d’obus, mais on a lancé de nombreuses bombes d’avion; il a donc fallu px’océder à une vaste opération de débombage.accompagnée d’un travail de désobusage destiné à faire disparaître des dépôts de munitions importants.
- Ce sont ces dernières opérations qui seront évoquées ici.
- *
- # *
- Tout d’abord, pour mieux faire comprendre ce qui va suivre, rappelons brièvement la constitution d’un projectile explosif (obus pour canon ou bombe d’avion).
- C’est un récipient.métallique rempli d’explosif et fermé hermétiquement par une gaine vissée, généralement goupillée, et destinée à recevoir une fusée, dont le rôle est d’amorcer l’engin, c’est-à-dire de communiquer le feu à l’explosif au moment voulu.
- L’amorçage comporte toujours un dispositif de sécurité, chargé d’empêcher le fonctionnement intempestif de l’engin au cours des manipulations qui précèdent son emploi. Le largage de.la bombe d’avion ou le tir de l’obus d’artillerie « arme » la fusée, qui perd alors sa sécurité. On conçoit donc immédiatement le danger que peut présenter un projectile tiré et n’ayant pas fonctionné.
- Passons en revue les divers procédés qui permettent la neutralisation de telles munitions.
- Débombâge. —- Le « débombage » consiste à rechercher, ramasser et neutraliser les bombes d’avion larguées et non explosées; il a été, pendant et après la guerre, le premier souci des artificiers.
- L’opération préparatoire consiste à détecter les bombes. Quelques-unes, après avoir pénétré en terre, ont ricoché sur une paroi rocheuse et sont ressorties à la surface, ce sont évidem-
- Fig. 3. — Tranchée préparée pour le brûlage de l’explosif des obus.
- p.105 - vue 109/406
-
-
-
- 106
- ment les plus faciles à repérer.
- D’autres en revanche, se sont enfoncées plus ou moins profondément dans le sol et y sont restées enterrées, c’est, le cas le plus fréquent.
- Quand on opère immédiatement après le bombardement, on a quelque chance de retrouver les points d’impact qui sont les amorces des « cheminées » et peuvent aisément guider le terrassier. Mais, dans la plupart des cas, le travail de dé-bombage s’effectue un certain temps après l’attaque aérienne et si le point de chute n’a pas été repéré soigneusement alors qu’il était encore visible, on a souvent beaucoup de mal à le retrouver, car rapidement les pluies ravivent le sol et comblent la cheminée. On procède alors à la recherche de l’engin par tâtonnement ou à l’aide du détecteur. Quand le point d’impact est découvert, on effectue la mise au jour de l’engin. Le travail de terrassement est toujours une opération longue et difficile. N’oublions pas, en effet-, que le déterrage d’une bombe enfouie à 6 m de profondeur nécessite la mise en œuvre de i5o m3 de fouilles au minimum. Ajoutons que le volume des terrassements est souvent accru du fait qu’il est interdit pour diriger les recherches, de sonder le sol avec une tige rigide, dont un choc malencontreux sur la fusée pourrait faire détoner la bombe.
- Mise au jour avec précaution et sans heurt, la bombe est désamorcée sur place par un artificier spécialisé qui opère le dévissage de la fusée, soit à la main, soit à l’aide d’appareils spéciaux s’il s’agit de fusées anti-démontage (fig. i et 2).
- Les bombes de fort tonnage sont, en général, armées avec plusieurs fusées, qu’il faut toutes dévisser avant de déplacer l’engin.
- L’opération de désamorçage rend inoffensive la manipulation de la bombe, qu’on sort de la fouille à l’aide de palans et de cordages1 et qu’on conduit au chantier de démo-
- terraines—, ces dépôts ont été, là plupart du temps, à la Libération, l’objet de sabotages qui les ont soumis à des destructions plus ou moins complètes, ayant eu, en tout cas, pour effet de projeter une quantité importante de munitions. De plus, dans les dépôts souterrains et sous l’influence des détonations, des éboulemenls se sont produits, qui ont enseveli des engins en grand nombrb.
- C’est devant celle situation que se sent trouvés les Services de désobusage au lendemain de la retraite de l’ennemi.
- Voyons comment ils ont procédé :
- Si la munition est encartouchée, le projectile est séparé de la douille qui est percutée ou même désamorcée, puis la poudre est brûlée.
- Dans le cas où le projectile est lui-même amorcé, le premier travail à effectuer consiste dans le dévissage de la fusée. Qe travail est généralement aisé, mais il n’en est pas de même de l’opération suivante, qui est l'enlèvement de la gaine.
- Nous savons déjà que la gaine est une fermeture métallique destinée à obturer l’œil de l’obus et à recevoir l’amorçage. Elle est donc munie d’un double filetage : intérieur et extérieur. Ce dernier est en contact avec celui de l’œil du projectile. Et c’cst précisément leur dévissage qui est l’opération la plus dangereuse du désobusage parce qu’en général il faut toujours craindre que l’explosif qui a été exposé à des différences de températures souvent très importantes, ait exsudé. Dans ce cas, il peut s’infltrer entre les fdets en contact de l’oeil et de la gaine et former un picrate métallique particulièrement détonant au choc ou à la friction.
- La gaine est souvent simple, mais elle peut être aussi détonateur, c’est-à-dire contenir un explosif spécial très sensible, destiné à transmettre sûrement la détonation de
- Fig. 4. — Enlèvement des ceintures des obus.
- A gauche, un ouvrier sectionne la ceinture à coups de marteau sur un burin. — Au centre, un autre ouvrier déroule la ceinture à l’aide d’un appareil à excentrique.
- lit ion.
- En ce qui concerne les opérations auxquelles sont ensuite soumises 'les bombes, il y aura lieu de se reporter à ce qui sera dit plus loin pour les obus, le traitement étant le même pour toutes les sortes de projectiles explosifs.
- Désobusage. — Nous distinguerons deux catégories d’obus : d’abord, ceux qui, ayant été tirés, lancés ou projetés n’ont pas fonctionné, puis ceux qui, constitués en dépôts, sont restés indemnes. A ces derniers, nous assimilerons les bombes d’avion en stocks dont le traitement ressortit plutôt au désobusage qu’au débombage proprement dit.
- Les munitions constituées en dépôts, composent le plus fort tonnage œuvré par les Services du désobusage.
- Édifiés soit à l’air libre — généralement en forêt — soit en sous-sol — dans des carrières sou-
- Fig. 5 et 6. — Cellule à deux alvéoles pour le dévissage des gaines.
- 5. L’ouvrier, placé à l’abri, dévisse par l’intermédiaire d’une tige traversant la paroi-écran, la gaine du projectile qui se trouve dans l’alvéole contigu. — 6. De l’autre côté de la paroi-écran, l’obus est fixé sur un chevalet et sa gaine est dévissée par l’intermédiaire de la tige manoeuvrée de l’alvéole voisin.
- p.106 - vue 110/406
-
-
-
- 107
- l’amorce de la fusée à la masse de l’explosif du projectile.
- Nous verrons plus loin quelles sont les précautions à prendre pour cette opération du dévissage de la gaine, qui, de toute façon, doit être effectuée à l’abri.
- Les gaines enlevées sont placées dans des caisses, puis détruites sur un terrain approprié.
- Privé de sa fusée, de sa gaine et de son détonateur, l’obus cesse presque totalement d’être dangereux à la manipulation.
- Il s’agit alors de le vider de son explosif pour récupérer le métal qui sera renvoyé en fonderie.
- Deux alternatives se présentent, soit qu’on veuille recueillir l’explosif en vue de sa réutilisation, soit cpi’on décide de le détruire parce qu’il est sans valeur.
- Dans le premier cas, on opère le déchargement à la vapeur. Un jet sous pression, fourni par un générateur, est introduit dans l’œil du projectile; l’explosif se délite puis il est entraîné dans une rigole en pente qui l’amène dans des bacs en bois, où il est séparé par décantation.
- Dans le second cas, on brûle l’explosif. Pour cela, on dispose les projectiles dans des tranchées, au fond desquelles on les incline légèrement, culots en l’air. Les obus ayant été espacés à la distance réglementaire (3 calibres) on allume le feu dans la tranchée à l’aide de fagots (fig. 3). L’explosif chauffé fond, s’écoule par l’œil, prend feu et brûlle. L’allumage se fait généralement en fin dte journée et le brûlage s’opère la nuit. Le matin, les corps d’obus refroidis sont vérifiés et, s’ils sont reconnus entièrement vides, ils sont expédiés à la fonderie. Il est à noter que certains projectiles sont munis dje ceintures en cuivre; celles-ci sont sectionnées au burin, puis enlevées pour être livrées à des fonderies spécialisées (fig. 4).
- Pour le transport, les projectiles dangereux doivent être couchés parallèlement aux essieux, pour éviter le fonctionnement des amorçages à inertie, lors des arrêts brusques du véhicule.
- Aucune accumulation de munitions à détruire ne doit être faite sur le terrain choisi, qui doit lui-même répondre aux conditions d’éloignement indiquées plus loin.
- Il injporte par ailleurs qu’en fin de travaux, les services de désobusage remettent le terrain en état, en rebouchant les entonnoirs et les tranchées et en recherchant, pour les détruire, les munitions ou éléments de munitions qui auraient été projetés, sans avoir complètement explosé.
- Certaines munitions dangereuses provenant de dépôts situés près des côtes peuvent être neutralisées par noyage en haute mer, mais dans ce cas, les immersions doivent être faites à des profondeurs suffisantes pour
- que les marées ne puissent ramener les projectiles sur les plages.
- Dans l’étude qui précède, nous n’avons parlé que des projectiles explosifs parce qu’ils sont les plus nombreux.
- Sachons toutefois qu’on rencontre encore bien d’autres chargements : fumigènes, éclairants, incendiaires, etc... sans compter toutes les autres catégories de munitions, telles que les cartouches pour armes portatives et mitrailleuses, les fusées-signaux, les projectiles auto-propulsés, etc... Pour chaque sorte d’engins, il faut opérer d’une manière particulière et il est indispensable que l’artificier ait une connaissance approfondie de la structure de toutes les munitions qu’il est appelé à rencontrer : françaises, alliées et ennemies; pour donner une idée de la diversité des modèles d’engins que le désobuseur est susceptible de trouver dians les dépôts, rappelons que les Allemands ont mis en œuvre les munitions, de tous* les pays qu’ils ont occupés. Il a donc fallu créer ou réunir une documentation considérable pour permettre aux équipes de désobusage d’opé-, rer, en évitant le plus possible les accidents.
- *
- * *
- Les dangers que présentent les travaux de neutralisation des munitions ont amené le Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale à codifier, dans un décret en date du 7 août 1948, les mesures à appliquer sur les chantiers de démolition et de destruction de munitions.
- Il y est tout d’abord spécifié que les chantiers de démolition doivent être installés à une distance d’au moins 5oo m de toute construction et de tout dépôt de munitions.
- Par ailleurs, le maximum de munitions en attente sur le terrain ne doit pas comporter un tonnage en kilogrammes d’explosif supérieur au centième du carre de la distance exprimée en mètres du dépôt de chantier au dépôt principal.
- S’il existe des ateliers de désencartouchage, ils doivent se
- trouver à Go m au moins du dépôt d’attente ou des autres ate-
- liers et il est indispensable que les opérations se déroulent avec la protection d’un bouclier.
- Le désamorçage et le démontage des gaines sont obligatoirement exécutés à
- l’abri. Pour cela,
- il est prescrit de
- créer des postes
- éloignés d’au moins i5 m les uns des autres. Chaque poste doit comprendre deux alvéoles séparés par un merlon die terre, de 2 m d’épaisseur ou un mur en béton de 0,60 m d’épaisseur. L’appareil de dévissage est situé dans l’un des alvéoles (À) et l’opérateur se tient dans l’autre (B), d’où' il manœuvre la commande de
- Schéma d’une installation de désobusage conforme aux prescriptions du décret en date du 7 août 1948, du Ministre du Travail et de la Sécurité sociale.
- p.107 - vue 111/406
-
-
-
- ...........108 .................-......:..................
- l’appareil de dévissage, à travers le merlon ou le mur qui le sépare de l’alvéole-jumeau (fig. 5 et 6).
- Les éléments destinés au brûlage sont évacués au moins deux fois par jour. L’atelier de brûlage lui-même doit être entouré d’un merlon pour limiter la projection des éclats en cas dJ’explo-sion accidentelle. Il doit être éloigné d’au moins 120 m des autres ateliers et dépôts.
- Enfin, toutes les précautions nécessaires doivent être prises sur les chantiers en ce qui concerne la sécurité du personnel et la lutte contre l’incendie.
- * *
- Le désobusage et'le débombage, qui, jusqu’en ig40 incombaient à l’Armée, ont été repris à cette époque par le Minis-
- tère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Toutefois le traitement de certains dépôts importants a fait l’objet de marchés entre l’État et des sociétés spécialisées.
- En ce qui concerne les travaux qui ont suivi la Guerre 1939.-1945, le débombage a porté sur plusieurs dizaines de milliers de bombes et le désobusage sur plusieurs centaines de milliers de tonnes de projectiles divers.
- Des moyens très importants ont été mis en oeuvre, et à l’heure actuelle, moins de quatre années après la cessation des hostilités, il est permis d’annoncer que les travaux touchent à leur fin.
- Un gros effort national a été accompli dans ce sens pour neutraliser, mais au prix de quels sacrifices et de combien de vies humaines, ces munitions, semeuses de mort et sur lesquelles le temps n’a pas de prise.
- Jacques Senart.
- La mécanique
- quantique appliquée à
- la théorie des solides.
- Les états de la matière. — Tous les lecteurs de cette Revue ont certainement encore présente à la mémoire leur première leçon de physique : les corps existent sous trois états, l’état gazeux, l’état liquide et l’état solide, le premier étant caractérisé par son expansibilité, le second par la fluidité, d’oü résulte l’absence de forme propre, le troisième par sa rigidité. Cette première classification, qui ne fait appel qu’à des propriétés immédiatement sensibles est bien insuffisante ; pour le montrer, il suffit de rappeler qu’on a été amené à considérer des cristaux mous, des cristaux liquides, des corps smectiques.... Dans le domaine de l’état solide, aux corps cristallisés s’opposent les solides amorphes, dont le passage à l’état liquide s’effectue progressivement et non brusquement, ce qui les rapproche des liquides ; enfin certains liquides sont doués d’une véritable rigidité les rapprochant des solides. Pour toutes ces raisons, on a été conduit à restreindre la dénomination de solides aux seuls corps cristallisés. Encore ne faut-il pas. prendre le mot cristal dans son acception primitive selon laquelle la caractéristique de l’état cristallin était l’existence de faces naturelles planes se coupant à angles vifs (arêtes). L’état cristallin doit maintenant être défini par la structure réticulaire que l’analyse aux rayons X par exemple permet d’étudier. Mais si cette analyse révèle qu’un cristal de chlorure de sodium est constitué par l’imbrication de deux réseaux cubiques à faces centrées, dont l’un est formé par des ions sodium et l’autre par des ions chlore, l’étude des solides n’est pas achevée pour autant que la théorie des solides doit interpréter toutes les propriétés physiques de ces cristaux.
- Les solides et les quanta. — Ce n’est que dans le demi-siècle qui s’achève que cette théorie des solides a pu s’édifier d’une façon satisfaisante grâce à la mécanique des quanta. Ce n’est en effet qu’en 1906 qu’un mémoire d’Einstein indiqua dans quelle v,oie il fallait entrer en interprétant, de façon d’ailleurs insuffisante, la variation avec la température de la chaleur spécifique des solides, dont les mesures de Nernst avaient montré qu’elle tend à s’annuler au zéro absolu. L’idée d’Einstein consistait à assimiler chacun des atomes d’un solidé à un résonateur matériel analogue aux résonateurs électromagnétiques que Planck avait imaginés pour rendre compte des propriétés de l’énergie rayonnante et à leur appliquer les formules de Planck. Le résultat était qualitativement remarquable, mais la chaleur spécifique ainsi calculée décroissait beaucoup plus vite que ne le prouve l’expérience. Cela tient, comme l’ont montré Debye, puis Born qt von Karman en 1932, à ce que tous les résonateurs matériels sont supposés
- vibrer avec une fréquence unique. C’est pourquoi Debye obtint des résultats beaucoup plus satisfaisants en traitant un solide comme un milieu continu pouvant propager des ( ondes élastiques, analogues aux ondes acoustiques, de toutes fréquences et dans toutes directions. Born et von Karman ont traité le même problème en restituant au cristal sa structure atomique et ont alors montré que ces ondes élastiques ne doivent avoir que des fréquences correspondant à des longueurs d’onde supérieures à la distance entre deux atomes voisins.
- Les électrons libres dans les métaux. — Outre un certain nombre de petites difficultés, subsistait encore un problème capital dans la théorie des chaleurs spécifiques des solides. On sait que pour interpréter tant la conductibilité électrique que la conductibilité calorifique des métaux, on avait été conduit à admettre l’existence d’électrons circulant librement entre les ions constituant le réseau cristallin de ces métaux, ces électrons devant être assimilés à un véritable gaz. Il en résultait qu’à la chaleur spécifique due aux vibrations élastiques du réseau et qui, d’après la théorie de Debye, est égale à 6 (comme le veut d’ailleurs la loi de Dulong et Petit) aux températures élevées, devait s’ajouter la chaleur spécifique du gaz électronique, qui aurait dû être de l’ordre de 3. Or, cette chaleur spécifique supplémentaire apparaissait comme nulle expérimentalement. C’est seulement en 1928 que Sommerfeld montra que ce gaz électronique devait être considéré comme presque complètement dégénéré au sens de la mécanique quantique : sa chaleur spécifique doit alors être très petite, même aux températures usuelles.
- Il nous est impossible, dans ce court article, d’insister davantage ni même de passer simplement en revue toutes les propriétés que les quanta ont pu interpréter avec succès : conductibilités électrique et thermique, forces de liaison, cohésion, émission thermoionique, propriétés magnétiques et optiques.... Nous signalerons, à l’intention des lecteurs que ces questions intéresseraient, la traduction récente, par Claude Dugas, d’un livre, Théorie moderne des solides U) de Frederick Seitz, qui expose avec beaucoup de détails, l’ensemble de toutes ces questions ; mais nous croyons devoir prévenir le lecteur que sa lecture exige une formation mathématique assez poussée.
- G. Allard,
- Chef de Travaux à l'E.N.S.C.F.
- 1. Frederick Seitz. Théorie moderne des solides. Masson et G", éditeurs, Paris, 19é9.
- p.108 - vue 112/406
-
-
-
- 109
- La pression
- Il n’est pas rare de rencontrer dans les textes anciens des idées qui, rapprochées des théories modernes, prennent un relie! remarquable, tandis que beaucoup d’autres apparaissent puériles. Les anciens, limités aux apparences des choses, ne pouvaient échapper à une certaine fantaisie. Leur imagination leur dictait les concepts les plus hétéroclites sur la constitution du monde et l’explication des faits naturels, sans être arrêtée par une connaissance méthodique des lois. Ils faisaient confiance aux envolées de leur esprit. Mais, au fond, leur imagination était aussi peu créatrice que la nôtre ; elle ne faisait que puiser dans les données des sens, c’est-à-dire dans certaines visions du réel pour combiner un être nouveau à l’aide d’éléments arrachés çà et là aux apparences. Si bien que les anciens ne se détachaient guère du réel, malgré les apparences contraires, ils ne s’évadaient pas du monde possible autant qu’on pourrait le croire. Le fond de leurs créations était relié par un fil assez solide au monde des vérités dont la conquête forme le but de la science ; c’est à cause de cela que, de temps à autre, nous découvrons des coïncidences remarquables entre des faits dûment prouvés par la science moderne, et des opinions hasardées par les plus anciens philosophes.
- Rien n’est plus moderne que les rayons cosmiques. Leur découverte est même tellement récente qu’elle n’a pas encore marqué en nous cette empreinte ineffa'çable que laisse le contact prolongé d’une idée abstraite, dépourvue de représentation sensible, comme celle de la pesanteur. Il nous faut encore faire un effort pour imaginer ce bombardement continu que nous subissons sans en ressentir, reconnaître, discerner les effets.
- Pourtant, si noujs ne pouvons pas dire que ces rayons ont été prévus par les anciens, nous devons nous incliner devant un fait historique. : la pensée grecque leur avait, il y a plus de vingt siècles, inventé des sortes de proches parents ; nous n’osons pas dire des frères, mais, avec un peu d’audace, nous pourrions nous permettre cette comparaison. C’est à Lucrèce, porte-parole des atomist.es grecs, que nous demanderons des documents sur ce sujet. Dans son écrit De la Nature, livre II, il traite des atomes ; son latin, qui n’était pas une langue scientifique, il s’en faut de beaucoup, mis au service d’une pensée un peu indécise, permet parfois des interprétations généreuses d’idées plutôt vagues. Cependant, il nous met clairement devant une affirmation des ato-mistes grecs : certains atomes tombent dans le vide, dans l’espace infini, en pluie régulière (voir en particulier les vers 150 à 160). Mais si l’on s’attache à examiner les compléments de cette idée maîtresse, on doit bien vite reconnaître qu’entre ces infiniment petits et ceux du bombardement cosmique, il n’y a guère plus de parenté qu’entre le morceau de bois que l’enfant fait flotter sur l’eau, en le baptisant navire, et île paquebot le plus moderne. Et pourtant, entre ces deux extrêmes, il existe une homologie indéniable, que nous allons retrouver bien plus étroite avec la pression de radiation.
- Lucrèce se plaît à contempler la danse des corpuscules poussiéreux dans un rayon de lumière. Comme il désire trouver une cause à ce phénomène si constant, si apparent, il invoque l’action de ses atomes errants, de ceux à qui nous venons de refuser d’être lés ancêtres conceptuels des rayons cosmiques : « c’est ainsi que le mouvement, sans cesse accru par des atomes, peut parvenir enfin aux poussières que nous voyons dans les rayons de soleil, bien que les chocs qui provoquent ce mouvement nous demeurent invisibles ». Quelle que soit la valeur réelle do cette explication, on doit reconnaître qu’elle postule une hypothèse très plausible : la pression de radiation vue sous une modalité plus proche du choc des photons que de la poussée d’un rayonnement électromagnétique.
- Remarquons que les idées exposées par Lucrèce sont en général celles des ancienfs philosophes grecs. L’origine de l’idée de pression de radiation date donc de plus de vingt siècles.
- de radiation
- C’est Kepler qui sortira cette idée du sommeil que lui imposa le Moyen Age (Principes mathématiques, Livre III, Proposition 4). Voyant les queues des comètes constamment allongées en opposition au soleil, il reprend vers 1620, au bénéfice de l’astronomie, les idées de Lucrèce et soutient qu’une émission de corpuscules, émanant du soleil, suffit, par ses chocs, à diriger cette chevelure qui brille derrière les comètes. Le bon sens et l’imagination sont encore les modestes armes de sa science. Les images grossières dés chocs entre les billes suffisent à satisfaire la curiosité scientifique des savants. Le progrès, depuis Lucrèce est théoriquement nul : il y a gain en étendue mais non en qualité.
- Newton, apportant en 1704 son appui à la théorie de la lumière, effet d’une émission de corpuscules solaires ne pouvait manquer d’auréoler d’un prestige nouveau la théorie de la pression de uadiation. La théorie des vibrations lumineuses d’Huyghens apportait elle aussi, son soutien à l’idée d’une pression de radiation. L’image des rides qui encerclent le point de chute d’une pierre sur une eau calme, qui s’éloignent continuellement du point d’impact, fournissait une trop claire représentation d’une poussée radiale, pour qu’on pût échapper à sa suggestion. Au début du xvma siècle, l’idée de la pression de radiation était ainsi devenue presque un lieu commun de la pensée scientifique. Elle s’appuyait sur une abondance de preuves qui auraient été convaincantes si leur qualité n’avait dépassé, dans le mauvais sens, la limite même du médiocre. De Mairan dans son Traité des aurores boréales (17o4) nous rappelle les arguments valables aux yeux de ses contemporains. C’est d’abord l’expérience de Hom-berg. Des particules d’amiante, placées au foyer d’une puissante lentille, vibrent. Les enthousiastes s’émerveillent devant cette constatation et crient : la nature vibratoire de la lumière cause une pression. L’enthousiasme va même si loin que dans les Observations curieuses du R. P. Bougeant (p. 36) nous avons trouvé ces lignes : « l’expérience de Homberg s’accorde fort bien avec celle de la pesanteur qu’on a aussi trouvée, par d’autres observations à la matière de la lumière ». Déjà, mais par excès de zèle et de confiance, certains envisageaient la pesanteur de la lumière ! Hélas, ils n’étaient pas les meilleurs parmi les physiciens (x). Et pourtant, nous devons reconnaître qu’ils avaient prévu juste. Mais, cette hardie anticipation se double chez eux d’une hardiesse bien plus téméraire : à la pression de radiation, ils trouvent des preuves dans les faits suivants tirés par de Mairan de la physique de Ilartsoeker (1696) :
- Les rayons solaires chassent la fumée du haut en bais des cheminées.
- Le Danube est moins rapide le matin, lorsque le soleil s’oppose à son cours, que durant la nuit.
- La lumière repousse les parcelles d’argent qui flottent sur certaines préparations chimiques.
- De Mairan attaque ces preuves et démontre facilement leur inanité. Puis, dans l’espoir de tirer au clair l'existance de la pression de la lumière, il .prépare l’ingénieuse expérience suivante : une roue horizontale très légère, munie d’ailettes est suspendue par la pointe de son axe, accolée à un très puissant aimant. La mobilité de l’équipage est donc extrême. Sur les palettes, il concentre le faisceau lumineux d’une puissante lentille. Les faits, hélas, ne sont guère concluants. La roue tourne tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. De Mairan suppose que des tourbillons d’air échauffés faussent son essai. Il envisage de refaire son expérience dans le vide. L’appareillage à réaliser pour atteindre ce but le rebute bien un peu. Mais, par malheur, certaines remarques recueillies dans son étude des aurores boréales l’ont convaincu
- 1. Voltaire, en particulier, dans ses commentaires sur Newton, dit : « Un seul rayon de lumière ne pèse pas, à beaucoup près, la cent millième partie d’un grain » (III. 2) et encore : « à peine la lumière pèse ; le soleil en fournit peut-être une once par an » (II. 2).
- p.109 - vue 113/406
-
-
-
- —: 110 • — =
- que le vide contient- un air subtil, sensible à la chaleur, qui troublerait son expérience autant que l’air vulgaire. Sur cette malencontreuse idée préconçue, lui qui vient de' donner une leçon à la mauvaise physique, s’arrête au seuil de la future expérience de Crookes.
- C’est alors qu'une nouvelle étape scientifique commence : l’invention des techniques fait place aux observations plus ou moins hasardeuses ; mais il y a tant de problèmes à résoudre qu’on abandonne les questions en apparence secondaires ; la pression de radiation est de nouveau délaissée. Pourtant, vers 1815-1820, Fres-nel tente une fois encore de prouver son existence mais il échoue à son tour (note à l’Académie des Sciences, 15 juin 1825). Puis, inspiré par les recherches de Libri, en Italie, sur le « transport d’une goutte liquide suspendue à un fil métallique dont on chauffe une extrémité », il démontre expérimentalement la « répulsion réciproque do deux corps chauffés ». Bien entendu, il ne peut rien comprendre à la cause de cette répulsion ; aussi l’aurait-on grandement surpris quelques années plus tard, au moment où sa théorie ondulatoire triomphait sur toute la ligne de la théorie de l’émission de Newton, en lui annonçant que moins de cent ans après lui, cette répulsion serait expliquée par des émissions électroniques (Disons en passant que Fresnel a prévu l’action mécanique-chimique de la lumière (1821, Œuvres, II, p. 142) et qu’Arago l’a démontrée expérimentalement quelques années plus tard).
- Après ces échecs, la question semblait à un point mort et il fallait attendre que les progrès de la technique permissent de réaliser un appareil assez sensible pour manifester nettement une poussée de pression, assez bien conçue pour isoler l’action de la lumière de tout effet parasite susceptible de perturber sa valeur. Mais par le jeu d’un progrès qui avance très capricieusement, malgré l’apparence méthodique'de la recherche, la question s’enrichit brusquement d’une théorie assez inattendue et non d’une, démonstration par les faits.
- En 1872, Maxwell publia une étude sur l’électricité ; ses calculs mathématiques annoncent déjà l’analyse moderne. Aux données classiques de la physique, il ajoute quelques axiome^ simples et fait dire aux formes mathématiques de son époque à peu près tout ce. qu’elles sont capables d’exprimer. Il ne part pas d’un fait précis pour revenir à lui enrichi d’une simple formule à l’aide de laquelle on peut l’examiner sous tous- ses aspects, implicitement retenus en images par l’écriture spéciale donnée aux variables. Son enquêté est vaste, elle unit en particulier, dans1 les mêmes formes algébriques de l’onde électromagnétique, ce qui est commun à la propagation de la lumière et à celle de nos ondes de T. S. F. Les données initiales de son analyse lui reviennent comme une récolte dont on a effectué les semailles, sans connaître autre chose que les graines, dans l’ignorance de ce qu’elles deviendront. Les axiomes se sont mués en vérités nouvelles, inattendues. Parmi elles se trouve la pression de radiation. On peut penser que si des prédécesseurs ne l’avaient pas soupçonnée, recherchée, Maxwell l’aurait prévue grâce à son génie, aidé de la puissance analytique des mathématiques.
- A la suite dè ce progrès théorique, la conception est encor© et plus que jamais en avance sur la constatation matérielle des faits.
- Mais quelle évolution dans sa nature. Les atomistes, Kepler voyaient en un faible effort d’imagination un choc.de billes infiniment petites en deux flux dont l’un entraînait les mouvements de l'autre. Avec Maxwell tout cela a disparu. Les ondes soni vues sous l’aspect d’une droite hypothétique, le long de laquelle vibrent les vecteurs imaginaires ; elles possèdent de l’énergie, emmagasinée dans l’espace où elles vibrent ; tout cela est- ordonné, mesuré et tous ces éléments immatériels, vecteurs, énergie, permettent de calculer que la lumière agissant sur le « corps noir » le repousse avec une force de 4,31:10—s g par cm3. Tout en étreignant des ombres, les mathématiques saisissent des vérités et décèlent leur aspect palpable, accessible aux expériences. Après Maxwell, il reste encore à demander aux faits les preuves dernières, la consécration expérimentale.
- En 1900, Lebedeff, lançant un faisceau lumineux sur des équipages variés de légers miroirs, suspendus à un fil de torsion, dans le vide, prouve que la pression existe bien, et mesure sa valeur : il la trouve de l’ordre de celle qui avait été prévue. Ses expériences sont reprises, confirmées, améliorées, tandis que parallèlement le chapitre de Maxwell s’enrichit d’idées nouvelles.
- Enfin, la pression de radiation, vue à travers l’analyse mathématique est devenue un personnage bien caractérisé. On sait séparer ses effets intrinsèques de ceux des missions rayonnantes qui l’accompagnent avec un empressement bien ennuyeux poulies physiciens. On démontre que sa valeur varie avec la grandeur réfléchissante de la surface sur laquelle elle agit. On calcule que la lumière arrivant sur de l’eau ou du verre où elle subit à la fois réfraction et réflection, produit une poussée négative, une aspiration.
- En admettant que le rayonnement véhicule, par unité de temps, à travers l’unité de surface normale à son parcours, une quantité de mouvement égale à la densité de l’énergie contenue dans le faisceau, on trouve aisément la formule connue :
- qui donne la variation de masse en fonction de la vitesse, dans la mécanique nouvelle, construite sur la relativité des phénomènes physiques (*)•
- Tout cela se vérifie ; la dernière étape, pour nous bien entendu et non au regard de l’avenir, est celle qui attribue à la bien petite radiation une force prodigieuse correspondant à une température très élevée. Eddington a en effet montré que dans l’équilibre des énormes masses gazeuses incandescentes formant les étoiles, il fallait donner une place importante à la pression de radiation.
- La petite étincelle qui éclairait vaguement quelques aspects de la nature du monde gréco-latin est devenue une forte source de lumière qui projette sa clarté sur des faits en apparence disparates, et elle n’a certainement pas achevé de se révéler.
- Ch. Naux.
- 1. Cité par Bouasse.
- Les changements de couleurs des Crevettes
- On ne cesse d’admirer les coloris variés des êtres vivants. Beaucoup de fleurs, d’insectes, de poissons, d’oiseaux présentent des teintes souvent fort vives où l’on pourrait reconnaître toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Tantôt,
- comme dans les ailes de papillons, il s’agit d’irisations, phénomène physique d’interférences en lames minces comparables à ce qu’ont voit dans les bulles de savon; tantôt ce sont des dépôts de pigments.
- p.110 - vue 114/406
-
-
-
- 111
- Certaines de ees couleurs éclatent sur un fond uniforme : les fleurs sur le vert des feuilles, les ai-le§ des papillons en vol, et l’on connaît des animaux rouges, verts, bleus, argentés, panachés de taches, parfois aux dessins extraordinaires.
- On a depuis longtemps remarqué que d’autres êtres vivants s’harmonisent si bien avec leur milieu qu’ils s’y confondent au point de devenir invisibles. On a donné le nom d’homochromie à ce camouflage et on a voulu y voir une certaine finalité.
- Par exemple, en mer, des animaux côtiers sont verts, rouges, bruns comme les algues sur lesquelles ils vivent; d’autres sont tachés de blanc, gris, brun, noir, comme les sables sur lesquels ils se posent; en surface, au grand large, certains sont transparents comme l’eau et d’autres bleus en dessus comme un reflet du ciel; aux grandes profondeurs, il en est de noirs, d’autres argentés, assez souvent munis de lanternes phosphorescentes. Il est tentant de voir là des adaptations protectrices et l’on n’y a pas manqué, oubliant que la couleur n’est pas tout et aussi que la vision des prédateurs, des chasseurs n.’est pas la nôtre, si bien que telle proie qui nous parait insolemment colorée n’est parfois pas plus poursuivie que telle autre espèce voisine aux tons modestes et mimétiques et que tel insecte parfaitement dissimulé à nos yeux par ses formes et ses couleurs ne manque pas d’être dévoré quand même par un oiseau qui ne s’y trompe pas. L’odeur joue sûrement un rôle, la composition spectrale des couleurs peut-être aussi. En tous cas, l’avantage de l’homochromie par la protection qu’elle assüre n’est pas toujours ce que nous en voyons et déduisons pour la sauvegarde des espèces.
- Divers animaux vont plus loin. Ils ont des colorations changeantes selon le milieu et l’éclairement. La petite crevette Hip-polyte varions de nos côtes est souvent rouge brun ou vert brillant quand elle se trouve sur des algues rouges ou vertes et la nuit elle prend une teinte vert bleu transparente. Des poissons plats comme la plie, la sole, le turbot se noircissent ou s’éclaircissent rapidement quand ils passent d’un fond sombre sur un autre plus clair ou inversement, et le turbot va même jusqu’à imiter sur sa peau les taches des cailloux de couleurs différentes, voire même plus précisément les cases d’un damier noir et blanc où il repose.
- Naturellement, on a abordé le problème de ces colorations par tous les moyens dont on dispose, on y a appliqué peu à peu toutes les idées qui apparaissaient en biologie. Grâce au microscope, on a localisé les pigments et observé les changements des colorations sous l’influence de divers facteurs physiques : lumière, température, électricité; la chimie biologique a permis de les classer non seulement par couleurs, mais par leurs réactions : solubilités, oxydabilité, alcalinité, etc., et elle a tenté de les analyser et de les répartir dans divers groupes de substances organiques; la physiologie a entrepris de déceler les mécanismes d’action : nerveux ou humoral et de voir les rapports avec l’âge, la saison, le genre de nourriture, la mue, etc.
- Ces problèmes sont tellement vastes et la diversité des couleurs des animaux si grande, que le sujet s’est avéré extraordinairement complexe et qu’il manque encore d’unité. Sauf un
- important exposé du Pr Verne (1), on n’a guère osé l’aborder dans son ensemble et il serait trop long de s’y essayer ici.
- Nous nous bornerons à un seul groupe, celui des Crustacés décapodes, et dans celui-ci aux seules crevettes littorales qui ont abondamment servi de sù-jet d’études en ces dernières années (2), en raison des expérimentations faciles qu’elles permettent à tout naturaliste.
- La pigmentation des Crevettes.
- Les Crustacés décapodes sont inégalement pigmentés. Le Homard a une carapace sombre, noirâtre, tachée de bleu, de bruir, de jaunâtre; on sait qu’à la cuisson, il devient rouge « cardinal des mers ». La Langouste vivante est jaunâtre, tachée de brun et de violet; elle rougit plus discrètement quand on la met dans l’eau bouillante. La Crevette bouquet est transparente, visible surtout par des lignes de points plus colorés dessinant la carapace; elle rosit et s’opacifie à la cuisson.
- On est assez mal renseigné sur la nature de ces pigments à couleurs changeant quand on les chauffe, et même sur tous les autres. Chez la Crevette bouquet, on voit des taches de quatre couleurs : rouges, jaunes, blanches et bleues. La plupart sont à la fois rouges et jaunes; on attribue celles-ci à des corps voisins du carotène.
- Ces pigments forment des amas de grains dans des cellules du tégument continuellement en expansion ou en contraction par des mouvements amoeboïdes. Au maximum de rétraction, les cellules à pigment, les chromatophores ne forment qu’une tache minuscule, sphérique, à peine visible à l’œil nu; au maximum d’étalement, ils arrivent à se toucher, à recouvrir presque toute la surface, et l’animal se teinte.
- Si la coloration générale est à chaque instant variable, la distribution dans le tégument des lignes de gros chromatophores est remarquablement constante pour chaque espèce. La figure i représente, d’après Pa-nouse, les dessins, les traits qu’on observe chez l’espèce la plus commune de nos côtés,
- Leander serralus. Entre ces lignes, le fond montre aussi un grand nombre de chromatophores. plus petits, invisibles quand ils sont contractés au point que la Crevette semble transparente, donnant quand ils sont étalés une teinte uniforme jaune salie par. un mélange de rouge et de bleu.
- 1. J. Verne. Les pigments dans l’organisme animal.
- Doin, Paris, 1926.
- 2. J.-B. Panouse. Recher- nés vus par transparence : les centres ner-
- ches sur les phénomènes veux m.t., m.i., m.e., terminaux, internes humoraux chez les Crus- et. externes; le muscle rétracteur m., la tacés. Annales de l’Institut glande du sinus gis, l’organe X et ses Océanographique, t. 23, branches nerveuses, l’œil accessoire œ 1946. (d’après Panouse).
- Fig. 1. — La pigmentation de la Crevette rose, Leander serratus.
- A gauche, vue latérale ; à droite, vue dorsale. md, bande médio-dorsale ; c, cervicale ; tr, latcro-rostrale ; le, latéro-cardiaque ; ca, cardiaque ; l, latérale ; b, branchiales. I-IV, segments abdominaux ; T, telson et uropodes
- (d’après Panouse).
- m.i
- ./mp
- Fig. 2. — L’œil et le pédoncule oculaire droit de Leander serratus, vu de dessus.
- En haut, l’œil. Dans le pédoncule, les orga-
- p.111 - vue 115/406
-
-
-
- Planche 1
- Les changements de coloration d’une crevette de nos côtes : le Bouquet (Leander adspersus).
- En bas, à gauche, coloration normale dans la nature, sur un fond moyen.
- En bas, à droite, la crevette privée de ses yeux et de leurs pédoncules s’assombrit.
- En haut, la crevette aveugle, ayant reçu une injection d’extrait de glande de pédoncule oculaire, pâlit au maximum.
- (d’après Tiiomsen, Traité de Zoologie, t. VI, 1949).
- Planche en couleurs reproduite d’après le Traité de Zoologie, t. VI, publié sous la direction du Professeur Grassé.
- p.n.n. - vue 116/406
-
-
-
- pl.n.n. - vue 117/406
-
-
-
- pl.n.n. - vue 118/406
-
-
-
- p.n.n. - vue 119/406
-
-
-
- 112
- En 1872, à Concarneau, Poucliet (1) aborda en physiologiste le problème des changements de coloration des êtres marins. Il expérimenta sur des animaux de groupes divers, les observa sur fond blanc et fond noir, chercha à troubler leurs réactions, par des sections nerveuses. Le problème parut simple pour des Poissons, le Turbot, le Callionyme, etc.; il se montra insoluble pour les deux Crevettes : le Bouquet (Leander serratus) et la Grise (Crangon vulgaris). Toutes deux étalent leurs chromato-phores sur fond noir et les rétractent sur fond blanc; le Palé-mon survit à la section des yeux et se colore d’autant mieux que la section a été plus basse sur les pédoncules. L’ablation d’un seul œil ne provoque pas une hémi-coloration, non plus que la section de la chaîne nerveuse dans la région abdominale
- Fig. 3. — Changements de coloration de la Crevette Leander adspersus.
- En haut, après ablation des pédoncules oculaires ; en bas, après injection d’un extrait de corps cardiaque (d’après M. Tiiomsen).
- A
- ne modifie les segments postérieurs. La transmission des excitations aux chromatophores se fait par voie nerveuse chez les Poissons; elle ne suit pas la même voie chez les Crustacés.
- Depuis, on a répété ces'observations et ces expériences et on les a peu à peu complétées.
- Des Crevettes (Leander serratus) placées sur fond blanc, éclairé s’éclaircissent et deviennent translucides. Celles mises sur fond noir étalent largement leurs chromatophores jaunes et moins leurs chromatophores rouges, tandis qu’un pigment bleu apparaît dans les tissus, salissant la teinte générale; les antennes deviennent rouge orangé xif, les pattes bleues anne-lées de rouge aux articulations. Quand on transporte un animal d’une cuve peinte en noir dans une cuve peinte en blanc, il
- 1. G. Pouchet. Des changements de coloration sous l’influence des nerfs. Journal de l’Anatomie et de la Physiologie, 12, 1876, pp. 1-90 ; 113-165.
- s’éclaircit; quand on fait le changement inverse, il s’assombrit. Si l’on garde des Crevettes la nuit, on les voit alors s’éclaircir et s’assombrir au matin. Si on les place dans une chambre noire, à l’obscurité continue, on voit apparaître un rythme journalier : étalement le jour, contraction la nuit, qui dure près d’un mois et révèle un rythme interne indépendant des facteurs du milieu.
- A partir de 1925, Koller a injecté à une Crevette claire sur fond blanc du sang d’une autre Crevette sombre sur fond noir; la première s’assombrit durant quelque temps; elle ne réagit pas à du sang d’une Crevette claire ni à de l’eau de mer. Il y a donc dans le sang une substance qui agit sur les chromatopho-rcs, une sécrétion interne, une hormone qu’on s’est hâté de dénommer avant de l’avoir isolée : on a appelé contractine celle qui éclaircit et expantine celle qui assombrit.
- En 1988, Hanstrôm a aveuglé des Leander aspersus, espèce voisine de notre Bouquet, en enduisant leurs yeux d’un vernis noir; les animaux s’assombrissent.
- On peut aller plus loin dans l’expérimentation. Pouchet pratiquait déjà l’ablation des pédoncules oculaires au ras de la carapace; les chromatophores rouges se rétractent, puis s’étalent largement; l’animal nage alors fréquemment d’une manière particulière. Qu’a-l-on enlevé avec cet appendice P
- En observant au microscope un pédoncule de Leander adapté au fond blanc, aux chromatophores contractés, aux téguments transparents, on aperçoit sur le vivant l’œil à ommatidies ayant à sa base un œil accessoire très sombre, entouré d’une couche de cellules nerveuses, la lamina ganglionaris. Dans le pédoncule, on voit sur le côté deux muscles, l’un adducteur et l’autre rétracteur, et une grosse masse de ganglions nerveux : medulla externa, medulla interna, medulla terminaUs; entre ces masses apparaît un petit corps nacré, blanc bleuâtre, lobé d’où part un filet translucide, la glande du sinus, et un autre corps blanc d’où part un nerf aussitôt divisé en deux branches, l’organe X (fig. 2).
- La chirurgie s’en est alors mêlée et l’on a réussi à pratiquer l’ablation de la glande du sinus et celle de l’organe X, on en a fait des extraits qu’on a injectés à d’autres Crevettes aveugles; on a ainsi reconnu une activité très grande de la glande du sinus, une action plus faible de l’organe X qui ne contracte que les chromatophores jaunes, une action modérée des extraits ganglionnaires. On a même été jusqu’à implanter des glandes du sinus dans l’abdomen d’autres Crevettes.
- Tous ces essais confirment que les changements de couleurs des Crevettes sont sous le contrôle d’une ou de plusieurs sécrétions internes centrées surtout dans les pédoncules oculaires. Il reste à isoler et à connaître les substances chimiques actives (fig. 3).
- Dès maintenant, on leur a découvert bien d’autres effets physiologiques : outre la régulation pigmentaire, on a attribué à des actions hormonales le métabolisme du calcium, les mouvements des pigments des yeux, la durée de vie, l’utilisation des sucres. Panouse a montré que la glande du sinus commande toute la croissance, retardant le développement, les mues, la maturation génitale, et peut-être même le métabolisme.
- Ce n’est donc pas un organe sans importance que la glande du sinus des Crevettes. Je m’v suis un peu appesanti parce qu’elle soulève des questions d’ordre général qui attendent de nouvelles recherches, mais aussi parce que les Crevettes abondent sur nos côtes, qu’elles sont aisées à conserver vivantes en aquarium et qu’elles peuvent être un très intéressant matériel d’observation, à en juger par les figures jointes et la planche en couleurs de la page suivante (x).
- René Merle.
- 1. Planche reproduite avec l’aimable autorisation des auteurs, d’après le Traité de Zoologie, publié sous .la direction du professeur Grasse. Tome 6 (Onychophores, Tardigrades, Arthropodes, Trilobitomorplies, Chélicérates), p. 122. Masson et O, éditeurs, 1949 (1 vol. de 980 p., 70 fig., 4 pl. en couleurs. Broché : 4 500 fr. ; cartonné : 5 000 fr.).
- p.112 - vue 120/406
-
-
-
- 113
- Les œufs des oiseaux
- L’oeuf est la cellule reproductrice des animaux, qui assure la continuation de l’espèce. Il provient de la fusion d’une cellule détachée du mâle, le spermatozoïde, et de celle d’une femelle, l’ovule, toutes deux ayant subi des remaniements de la chromatine de leurs noyaux.
- Tantôt, les deux éléments sont émis dans le milieu où ils se conjuguent, tantôt la fécondation a lieu dans l’organisme maternel. L’œuf fécondé est alors pondu à l’état de cellule nue, ou entouré de matériaux nutritifs de réserve et d’enveloppes protectrices (fig. i) ; ou encore il reste dans le corps de la mère où il se développe jusqu’à la naissance.
- Les Anciens avaient déjè observé ces différences et Aristote s’en était servi pour classer les Vertébrés en ovipares imparfaits,
- —]
- Fig. 1. — Schéma d’un œuf de Poule fécondé et fraîchement pondu, vu par dessus (d’après Romanoff).
- C, coquille ; Ch, chalazcs ; Ch. a., cliambre à air ; Ci, cicatricule ;
- Al, albumen liquide ; Ad, albumen dense ; J, jaune.
- les Poissons et les Amphibiens, à œufs sans coquille, en ovipares parfaits, les Reptiles et les Oiseaux, aux œufs à coquille, en vivipares imparfaits : ‘Poissons cartilagineux et Vipères, et en vivipares parfaits, les Mammifères.
- Les Poissons et les Batraciens pondent dans l’eau, si bien que le dessèchement de l’œuf n’est pas à craindre. Les Reptiles et les Oiseaux pondent à terre et l’œuf doit avoir une coque imperméable à l’eau. Les Reptiles, à sang froid, abandonnent leurs o.u-fs qui n’ont qu’une coquille cornée; les Oiseaux, homéother-mes, couvent leurs œufs pour les échauffer et ceux-ci ont une coquille dure, minéralisée, plus résistante.
- L’œuf de l’Oiseau a de tout temps attiré l’attention de l’homme et provoqué sa curiosité. Il trouve un intérêt économique dans la collecte des œufs de plusieurs espèces sauvages • ou domestiquées. La sorcellerie se servit autrefois de coquilles vides pour composer des charmes contre ceux qui en avaient consommé l’intérieur; Astruc (.Mémoires pour l'Histoire naturelle de la province de Languedoc, 1737) affirme que cette croyance, qui date de l’époque romaine, étant citée par Pline, est à l’origine de l’usage, qui fait écraser la coquille une fois l’œuf consommé.
- On a appris à élever des Oiseaux par incubation artificielle et Réaumur notamment y a donné ses soins.
- La coquille représente une part sensible du poids total de l’œuf : 10 pour 100 environ chez la Poule qui a été l’espèce la plus étudiée. Elle est formée de carbonate de calcium presque pur (environ 95 pour 100), avec un peu de carbonate de magnésium, de phosphate de calcium et de matières organiques. Elle forme comine une éponge calcaire dont les mailles sont emplies d’une solution de protéine allant de la membrane coquillière basale à la cuticule externe (fig. a).
- Comme on peut le voir dans la planche ci-contre (*), les œufs ont des tailles, des formes et des colorations très diverses. Les oologistes distinguent généralement des œufs ovés, ovales, sphériques, piriformes, elliptiques, cylindriques.
- L’étude scientifique des œufs n’a guère commencé qu’au xvue siècle et le premier ouvrage qui leur fut consacré est sans doute celui de Giuseppe Zizanni, Dette uove dei nidi degli Uccelli, paru à Venise en 1737. Depuis diverses iconographies ont vu le jour, telles celles de Lefèvre (i845), Hervitson (i856), Des Murs (1880), etc.
- L’œuf de Poule a beaucoup s,ervi aux premières observations d’embryologie (Fabricius, i6o4; Harvey, i65i; Malpighi, 1669; Wolf, 1769; Haller, 1766, etc.) et notamment on y a cherché des arguments pour et contre la théorie de la préformation et de l’emboîtement des germes et celle de la double semence, c’est-à-dire du rôle de chacun des deux parents dans la génération. Aujourd’hui, le même œuf est devenu matériel courant de laboratoire ; il sert notamment aux études sur les localisations germinales, les actions hormonales, les cultures de tissus.
- L’ovule mûr, détaché de la paroi de l’ovaire gauche par rupture d’un follicule est fécondé et s’engage dans l’oviducte; là le jaune s’entoure d’albumine, puis de la membrane coquillière, puis de la coquille et est finalement pondu par le cloaque.
- Le nombre des œufs que peut pondre un Oiseau, la formation de la coquille et sa pigmentation sont aussi des problèmes actuels auxquels s’attaquent aujourd’hui biologistes et physiologistes. Soulignons à ce propos l’utilité des collectes d’œufs, indispensables pour la recherche scientifique.
- . Un grand nombre d’espèces d’Oiseaux n’effectuent qu’une seule ponte par an, avec le plus souvent possibilité de la remplacer en cas de destruction. Mais beaucoup aussi en font plu-
- Fig. 2. — Structure de la coquille d’un œuf de Poule
- (d’après von Nathusius). Grossissement : 100.
- Cu, cuticule protéique ; Cs et ‘Cm, couche spongieuse et couche mamillaire à cristaux de cilcitc ; Mc, membrane coquillière.
- sieurs, élevant ainsi deux, trois couvées annuellement, davantage même chez certaines espèces : certains Passereaux, Colibris et Pigeons singulièrement. L’époque de reproduction et sa durée sont en relation étroite avec les saisons, et le nombre de nichées qu’au cours d’une année peut élever une espèce en est influencé : telle espèce, comme la Gorge-bleue, qui élève une seule nichée dans le Nord de l’Europe, en fait deux ou trois en France.
- Le nombre des œufs par ponte est déterminé de façon liérédi-taire chez les espèces, soit de façon rigide, soit chez certaines
- 1. Flanche reproduite avec l’aimable autorisation des auteurs, d’après le Traité de Zoologie publié sous la direction du professeur Grasse. Tome 15 (Oiseaux), p. 370. Masson et Gie, éditeurs, 1950 (1 vol. de 1164 p., 743 fig., 3 pl. en couleurs. Broché : 5 500 fr., cartonné : 6 000 fr.).
- p.113 - vue 121/406
-
-
-
- 11 ï
- d'une façon qui permet' une adaptation écologique (ponte plus abondante chez des prédateurs se noui’rissant de rongeurs les années où ceux-ci pullulent, ou traduisant une variation d’ordre géographique ou meme individuelle. En outre chez quelques espèces, Grives et Mésanges entre autres, Lack a relevé en Europe une augmentation du nombre des œufs par ponte de mars à juin, puis une régression en corrélation probable avec le cycle endocrinien. L’âge de l’Oiseau peut aussi influer sur le chiffre d’œufs par ponte.
- Parmi les Oiseaux les plus prolifiques pondant souvent plus de dix œufs, citons les Mésanges, les Perdrix, les Canards et les Râles; la plupart des Passereaux pondent de quatre à six œufs, les Colibris et les- Pigeons seulement deux, les Albatros et Pétrels un seul, de même que quelques Pigeons, quelques grands Oiseaux de proie et quelques espèces dans des groupes très divers. Pour se maintenir, il faut à ces espèces-ci une longévité moyenne assez élevée, grâce à la rareté des prédateurs ou à l’immunité envers ceux-ci : là où cet équilibre est rompu ces espèces vont à l’extinction. Lack a d’ailleurs souligné que de façon générale le nombre des œufs par ponte est fonction de la possibilité d’élevage des jeunes par les parents : ainsi les grands Aigles (deux œufs par ponte, rarement trois) n’élèvent jamais que deux aiglons, même s’il y en a trois à l’éclosion, le troisième périssant en cours d’élevage.
- La ponte est parfois un effort physiologique considérable pour l’Oiseau : si l’œuf unique d’un Albatros ne présente qu’en-viron 6 pour ioo de son poids, les onze œufs d’un Roitelet en représentent 120 pour 100, les douze œufs d’une Marouette 120 pour 100. Rien que la question du calcium nécessaire à l’édification de la coquille fait intervenir tout un mécanisme physiologique délicat. Celte édification se fait dans l’utérus où cependant il ne semble pas y avoir d’accumulation préalable de calcium. Il apparaît que le taux de calcémie sanguine augmente considérablement au moment de l’accroissement de volume des follicules ovariens. Cette hypercalcémie qui dure jusqu’à la ponte, et disparaît après, est causée par la folliculine, hormone gynogène, et s’accompagne, au bout de quelques jours, de modifications du squelette avec ostéogenèse interne dans la cavité médullaire des os à moelle hématopoïétique, les os pneu-matisés ou à moelle adipeuse ne réagissant que peu ou pas. Au moment où s’édifie la coquille de l’œuf, c’est le calcium sanguin qui fournit le matériel, et il est absorbé pour cette fonction avec une telle intensité que la totalité du calcium sanguin doit être renouvelée toutes les vingt minutes chez une Pigeonne;
- cela provoque à la fois un abaissement de la calcémie sanguine et la résorption rapide des récentes formations osseuses médullaires. Le calcium nécessaire à la coquille de l’œuf provient donc du sang et, par son intermédiaire, des os où il a été mis en réserve sous l’influence folliculinique (Clavert, Bull. Biol. France-Belgique, 1948).
- La coquille peut être pigmentée ou non. Les seuls pigments connus appartiennent au groupe des pyrrols : l’oocyanine, qui donne la coloration bleue et est un produit d’oxydation de la bilirubine, venant de la décomposition de l’hémoglobine; l’ooporphyrine, identifiée comme protoporphyrine, qui colore les taches des œufs des Goélands, Bécasses, Chevaliers, Pluviers, etc.; le pigment vert des œufs de Casoars, non exactement analysé.
- Il y a absence de pigmentation et couleur blanche chez la plupart des Oiseaux nichant dans des trous, et en outre chez quelques autres comme les Colibris, Pigeons, Pélicans. Les œufs des autres groupes sont colorés plus ou moins intensément, avec présence ou absence de tac lies foncées, souvent confluentes à un bout.
- L’aspect d’une coquille d’œuf, qui dépend à la fois de son volume, de sa forme, de son grain, de son poli et de sa pigmentation, est spécifique et ses divers composants sont fixés héréditairement.. Cependant une variation individuelle est sensible et certaines espèces font même montre d’un dimorphisme ou polymorphisme accusé : l’œuf de la Pie-Grièche écorclieur par exemple a une teinte de fond brune ou rose ou vert pâle, ou crème, ou même blanc pur sans tache. Un oologiste saura néanmoins la plupart du temps reconnaître l’espèce sur le vu de ses œufs.
- On observe souvent chez les Coucous et Carouges, parasites qui pondent dans le nid d’autres espèces, une homochromie plus ou moins poussée, parfois étonnante de précision, avec l’œuf de leur hôte : cette adaptation devenue héréditaire semble être le résultat de la sélection.
- L'homochromie de la coquille de l’œuf avec le milieu se constate parmi maintes espèces qui pondent à terre. Elle est parfois remarquable et rend la découverte des œufs très difficile, comme chez les Pluviers. Ce phénomène d’homochromie a évidemment une valeur vitale pour l’espèce.
- On voit qu’en dehors de l’embryologie, l’œuf soulève un bon nombre de problèmes dignes de l’attention des biologistes et des physiologistes.
- Noël Mayaud.
- Le bolide du 25 octobre Iç4ç.
- M. P. Muller, de l’Observatoire de Strasbourg, vient de rendre compte dans L’Astronomie de l’enquête qu’il a faite sur un bolide très brillant aperçu le 25 octobre dernier, à 18 h 26 mn en Alsace, dans le Palatinat et peut-être aussi dans la Sarre. Les observateurs l’ont tous observé au nord, se déplaçant d’ouest en est, à une hauteur de 20 à 40° au plus, selon une trajectoire horizontale ou légèrement descendante, à une vitesse de 50 à 100 km/s. Le météore, très lumineux, sans traînée, s’est divisé en deux parties à peu près égales dont l’une a disparu presque aussitôt ; aucun bruit n’a été entendu. Certains ont vu quelques instants auparavant un autre bolide allant de l’ouest vers le sud, selon une trajectoire plus courte et presque verticale.
- En ces temps de fusées, d’ « assiettes volantes », on aurait pu songer à un engin lancé par l’homme, mais la distance parcourue, la vitesse, l’éclat, donnent tout lieu de penser que c’était un phénomène naturel, une météorite comme on en a vu tant à toutes les époques, bien avant l’invention des projectiles à réaction autopropulsés.
- Il est possible que la Terre ait alors traversé un essaim de météorites, puisque — toujours d’après L’Astronomie — un autre bolide avait été observé le 16 octobre 1949, vers 7 h 30 mn, sous forme de boule lumineuse qui éclata.
- Errata à Unités et étalons principaux
- (La Nature, supplément, décembre 1949).
- Un lecteur, M. A. Barra, de Tourcoing, nous signale l'erreur commise dans notre article « Unités et Étalons principaux », à la dernière phrase de l’avant-dernier paragraphe de « Masse et poids » (pp. 401-402), erreur relative au poids d’un kilogramme-masse au pôle et à l’équateur ; cette phrase doit être rétablie comme suit :
- L’intensité de la pesanteur (g) variant de 1/200 environ de sa valeur du pôle à l’équateur (983,2 à 978,0 cm/s2), le poids d’une quantité de matière de masse égale à 1 kg correspond à une force, exprimée en mégadyne, de 0,9832 au pôle et de 0,9780 à l’équateur ; exprimés en kilogramme-poids ou kilogramme-force normal — poids d’une masse do 1 kg en un lieu où l’accélération de la pesanteur a pour valeur 980,665 cm/s2 (valeur normale) —, ces nombres deviennent respectivement 1,0026 et 0,9973 kilogramme-poids.
- La même rectification s’applique à la valeur numérique donnée au dernier paragraphe, avant-dernière ligne, qui doit être lue comme suit : « ... alors qu’il conserverait sa valeur de 1,0026 kilogramme-poids au pôle ».
- Notons également que dans la définition de l'efficacité d’une source lumineuse (p. 412, Unités diverses), le mot absorbée doit être remplacé par consommée.
- p.114 - vue 122/406
-
-
-
- 115
- Fig. 1. — Les figures alchimiques d’Abraham Juif. Fresques de Nicolas Flamel au charnier des innocents. Estampe du XVIIIe siècle
- (Collection Grillot de Givry. Le musée des sorciers, mages et alchimistes. Librairie de France).
- Formules chimiques et réalités
- I. Les Symboles.
- L’exposé des développements de la chimie pure et appliquée oblige à recourir bien souvent à des formules, soit pour écrire des réactions de synthèse, soit pour relier des propriétés à la constitution des corps. Que signifient ces symboles? Sont-ils de simples schémas commodes ou tendent-ils à exprimer plus ou moins parfaitement la réalité? La Rédaction a pensé qu’il serait sans doute agréable aux lecteurs de La Nature de trouver dans deux articles quelques indications sur ce que traduisent les formules chimiques, les renseignements que l’on peut en déduire et comment elles se relient à la structure spatiale
- des composés qu’elles représentent.
- L’utilisation des symboles pour représenter les corps et leurs réactions remonte aux origines de la Science d’Hermès. Il n’est pas de gravure ou de tableau de laboratoire d’alcbimistc ou de souffleur où ne figurent de poussiéreux grimoires recouverts de signes cabbalistiques donnant les recettes pour parfaire le Grand-Œuvre ou élaborer la Pierre Philosophale (fig. x). Si ces représentations avaient sans doute, le désir de simplifier les écritures, elles cachaient certainement aussi le souci de n’ètrc comprises, comme le vocabulaire, que des initiés.
- Loi'squ’à la fin du xvme siècle, la chimie perdit son caractère de science naturelle pour devenir une science physique, le besoin se fit sentir d’adopter des règles précises de nomenclature. Ce fut l’œuvre d’un petit groupe de savants formé de Berthollct, Fourcrov, Guyton de Morveau et Lavoisier.
- Une telle réforme devait se compléter d’un symbolisme destiné à représenter de façon simple et claire tous les corps de la chimie à partir des éléments qui les constituent. Les lois des combinaisons en poids et en volumes s’étant précisées grâce à
- p.115 - vue 123/406
-
-
-
- 116
- Lavoisier, Proust, Dalton, Richter et Gay-Lussac et les notions d’atomes et de molécules ayant pris corps avec Dalton et Avo-gadro, il devint possible de systématiser l’écriture des formules des composés chimiques et de leurs réactions. Après diverses tentatives, dont celle des « équivalents a fut trop longtemps adoptée en France, la notation actuelle, dite « notation ou système atomique » s’imposa définitivement au milieu du xixe siècle sous l’influence ardente de Gehrardt.
- Les formules brutes. — Que devons-nous .demander à une formule chimique? Tout d’abord, de représenter la composition analytique du corps qu’elle symbolise, c’est-à-dire la nature des éléments constitutifs et leurs proportions relatives, et, en outre, de permettre d’écrire les réactions chimiques en satisfaisant aux lois de combinaisons en poids et en volumes. C’est l’objet des formules brutes.
- Rappelons que les corps simples ou composés sont formés de molécules, lesquelles sont constituées d’atomes correspondant aux divers éléments de la chimie.
- La notion d’atomes suggérée par Dalton découle de la comparaison des lois pondérales de la chimie. On conçoit, en effet, que si, à chaque élément, correspond une particule ultime indestructible au cours des réactions (?) chimiques, il y aura conservation des éléments et de la masse au cours des réactions chimiques (loi de Lavoisier) ; que ' les espèces chimiques ne seront pas susceptibles de variations de composition continues (loi de Proust), puisqu’elles différeront au moins par un atome; que si plusieurs combinaisons renferment les mêmes éléments, les diverses masses d’un élément qui se combinent à une même masse d’un autre élément seront nécessairement des rapports de nombres entiers (loi de Dalton) puisqu’ils correspondent à des rapports de nombres d’atomes; enfin, que si m et m1 sont les masses de deux éléments se combinant indépendamment à une même masse M d’un troisième élément, lorsque les deux premiers éléments se combineront entre eux, ils le feront dans des proportions am et bm, a et b étant des nombres entiers (loi de Richter) puisque, dans tous les cas, ce sont des nombres entiers d’atomes qui interviennent.
- La notion de molécule découle, par contre, de celle de discontinuité de la matière et de l’impossibilité de fragmenter indéfiniment une substance déterminée sans lui faire perdre, à partir d’un certain stade, les propriétés qui la caractérisent en tant qu’es-pèce chimique définie. Cette notion de particule individuelle, caractéristique de chaque corps chimique, a trouvé sa justification dans l’étude des mélanges, dont les espèces chimiques constitutives conservent leur individualité, notamment dans les caractères spectraux; elle s’exprime visuellement dans le mouvement brownien et elle a trouvé un magnifique développement dans la théorie cinétique des gaz. Les célèbres
- 1. Autres que les transformations radioactives ou les transmutations provoquées qui font intervenir le noyau de l’atome et, en ne tenant pas compte des très faibles variations de masse dues aux phénomènes énergétiques.
- expériences de Jean Perrin sur les suspensions et les émulsions en ont donné une très suggestive image macroscopique.
- La molécule d’un corps composé est formée de plusieurs atomes différents, tandis que la molécule d’un corps simple est constituée d’un ou plusieurs atomes identiques.
- En définitive, la molécule se présente comme la particule ultime d’une espèce chimique simple ou composée susceptible de se manifester à l’état libre (1), tandis que l’atome est la plus petite partie d’un corps simple capable d’intervenir dans les réactions.
- En fait, ce qui intéresse les chimistes, ce ne sont pas les masses réelles de ces particules limites, atomes ou molécules, mais leurs masses relatives, aussi par convention dans le système atomique compare-t-on les masses des différents atomes en fixant arbitrairement celle de l’oxygène à la valeur 16. Ces diverses valeurs, exprimées en grammes, sont appelées atomes-grammes des éléments, tandis que les nombres eux-mêmes constituent le système des masses atomiques.
- Le facteur de proportionnalité de l’atome-gramme d’un élément à la masse réelle de son atome porte le nom de nombre d’Avogadro; il a pour valeur un nombre voisin de 6,oG x io23.
- La masse moléculaire d’une espèce chimique est la somme des masses atomiques constitutives et, par suite, la molécule-gramme est G,o6 x io23 fois la masse réelle de la molécule. A l’état gazeux parfait, les molécules-grammes occupent pour tous les corps un volume de 22 4i4 cm3 dans les conditions normales de température et de pression (o° C, 760 mm de mercure). Pour les gaz réels, la valeur de leur volume moléculaire est assez peu différente.
- Dans le système des masses atomiques, chaque élément est figuré par un symbole qui représente, en outre, un nombre de grammes égal à son atome-gramme : O représente 16 g d’oxygène, II 1,008 g d’hydrogène, C 12,01 g de carbone, Fe 55,85 g de fer, Pb 207,21 g de plomb, etc.
- La composition des espèces chimiques est représentée par des formules contenant les symboles des éléments constitutifs répétés autant de fois qu’il y a d’atomes-grammes dans une molécule-gramme.
- Ainsi, en écrivant la formule de l’alcool éthylique : CCHHIIHHHO, ou plus simplement C2HgO, nous voulons dire que l’analyse quantitative révèle que dans 46,068 g de ce corps, il y a 12,01 x 2 = 24,02 g de carbone, 1,008 x 6 = 6,o48 g d’hydrogène et 16 g d’oxygène. Mais la formule C-jIlgO signifie, en outre, en revenant aux particules ultimes, qu’une molécule d’alcool éthylique est formée de deux atomes de carbone, six atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène.
- Le symbolisme du système des masses atomiques permet d’écrire des équations de réaction traduisant correctement les faits expérimentaux en poids et en volume. Ainsi la formule :
- allg + O, —>• 2H20 donne tous les renseignements suivants :
- 1. C’est-à-dire indépendamment de toute interaction avec les particules voisines.
- Fig. 2. — Figure d’alchimie.
- Basile Valentin, L’Azoth des Philosophes, Paris, 1659.
- (Cliché B. N.).
- p.116 - vue 124/406
-
-
-
- 2 molécules (formées chacune de 2 atomes) d’hydrogène s’unissent à une molécule (formée de 2 atomes) d’oxygène pour donner 2 molécules d’eau (formées chacune de 2 atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène), ou encore :
- 4,o32 g d’hydrogène se combinent à 32 g d’oxygène en formant 36,o32 g d’eau (soit 18,016 g d’eau contiennent 2,0x6 g d’hydrogène et 16 g d’oxygène), ou encore : 44,8 1 d’hydrogène réagissant avec 22,4 1 d’oxygène engendrent 44,8 1 de vapeur d’eau (tous les volumes étant ramenés théoriquement à o° G 760 mm de mercure), c’est-à-dire 2 volumes de vapeur d’eau résultent de la combinaison de 2 volumes d’hydrogène et d’un volume d’oxygène, ce qui est conforme à l’expérience.
- Les formules développées planes. — La formule brute correspond à un résultat d’analyse, mais elle ne renseigne pas sur la manière dont les atomes constitutifs sont unis. Or, il est intéressant de mettre en évidence les relations individuelles des atomes pour rechercher des analogies de constitution, établir des classifications et prévoir les pi’opriétés des corps. En effet, rien n’indique dans les deux formules CH40 et C2H60 qu’il s’agit de deux alcools : l’alcool méthylique et l’alcool éthylique, ayant des caractères communs, rien ne fait apparaître que l’aldéhyde propionique et l’acétone, de même formule brute C3H60 ont des propriétés bien différentes et rien ne permet d’envisager qu’il existe 366 819 hydi'ocarbures différents l’épondant à la même formule C20H42.
- C’est l’objet des formules développées planes. Bien qu’elles soient quelquefois utilisées en chimie minérale, c’est surtout en chimie organique qu’elles trouvent leur intérêt, car elles permettent d’expliquer un grand nombre de cas d’isoméries, c’est-à-dire de comprendre les différences de propriétés existant-entx'e des corps de même foimule brute, et de mettre en évidence les filiations existant entre les composés organiques.
- Les formules développées mettent en évidence les relations entre les atomes au sein d’une molécule, autrement dit, la manière dont ils sont liés les uns aux autres. Mais il est bien évident que ces formules ayant pour objet de représenter dans le plan des enchaînements atomiques à trois dimensions, doivent obligatoirement faire intervenir un certain nombre de conventions. Il ne s’agit toujours que d’un symbolisme et non de l’expression de la réalité quant à la disposition des atomes et à la nature des forces qui les maintiennent assemblés.
- Il est bien connu que les réactions chimiques procèdent soit par addition, soit par substitution d’atomes. Mais chaque sorte d’atomes a un nombre limité de capacités d’addition ou de substitution. C’est ce qu’on appelle ses valences. L’hydrogène pris comme atome témoin est dit univalent. Un autre atome sera qualifié d’univalent, bivalent, trivalent, etc., suivant qu’il sera capable d’additionner ou de se substituer à 1, 2, 3 ... atomes d’hydrogène. Ces valences sont indiquées conventionnellement par des traits.
- Ainsi l’hydrogène univalent est représenté par H —, l’oxy-
- I
- gène bivalent par — O —, l’azote trivalent par N , le cai'bone
- I /\
- quadrivalent par — C —. Il arrive que certains atomes aient
- I
- plusieurs valences; par exemple, le phosphore peut être tri-, ou pentavalent. Les conventions adoptées pour écrire les formules développées de chimie organique sont alors les suivantes :
- i° L’atome de carbone est toujours considéré comme quadrivalent (on est toutefois obligé de faire quelques rares exceptions) ;
- 20 Les atomes d’une molécule échangent la totalité de leurs valences ;
- 3° La disposition des traits de valence ne préjuge pas de la disposition réelle des directions de liaisons autour d’un atome.
- 117
- Ainsi, l’eau se représentera par H— O — H, l’ammoniac par II Ai H /H
- Nx
- ou NZ_pj } ic méthane par H
- II
- Il ou C
- L’application de ces conventions ne présente aucune difficulté pour écrire les formules développées planes de l’alcool méthylique et de l’alcool éthylique :
- alcool méthylique alcool éthylique
- Elles permettent de se rendre compte qu’il existe deux alcools propyliques de formule développées différentes et de même formule brute : C3ïl80 :
- I
- H
- alcool propylique alcool isopropylique
- mais nous voyons que pour écrire la formule de l’acétone ou de l’aldéhyde propionique C3H60 :
- acétone • aldéhyde propionique
- il faut réunir le carbone e.t l’oxygène par deux traits pour satisfaire à la quadiivalence du carbone, à la bivalence de l’oxygène et à la saturation totale des valences. On explique cependant pai’faitement ainsi l’existence de ces deux corps de même formule brute et de fonctions chimiques différentes.
- La difficulté est plus grande pour écrire l’éthylène C2H4 ou l’acétylène C2II2. Si l’on veut satisfaire la quadrivalence du car-bonc, il faut représenter ces corps par les formules :
- éthylène acétylène
- mais la présence des deux traits entre les atomes de carbone de l’éthylène et des trois traits entre les atomes de carbone de l’acétylène est artificielle. Il ne s’agit pas, en fait, d’une liaison carbone-carbone deux fois ou ti’ois fois plus solide que dans Hv
- l’éthane H—7C — C<^—Il ; bien au .contraire, ces liaisons dites
- IV ri
- clhyléniques ou acétyléniques sont un élément de fragilité dans la molécule. On aurait pu tout aussi bien envisager les atomes de carbone comme trivalents dans l’éthylène et bivalents dans l’acétylène, mais ils aui’aient été plus difficiles à distinguer des atomes de carbone quadrivalents dans des formules compliquées et il aurait fallu les indiquer par une marque spéciale, ce qui aurait compliqué le symbolisme, aussi le principe de l’invariabilité de la quadrivalence du carbone, posé par Kekulé, a prévalu. Il faut dire que ces liaisons dites non-saturées font image et révèlent de façon très suggestive l’aptitude qu’ont les corps éthyléniques ou acétyléniques à donner des réactions d’addition,
- p.117 - vue 125/406
-
-
-
- 118
- en fixant par exemple le brome, pour reformer des corps à atomes de carbones quadrivalents normaux :
- H\ /iï \p — p/ H\ /Il ' XÇ - C< IV | XH
- .L, _ Uv IL + XH ->
- Br — Br Br Br
- éthylène + hrome dibromoéthane symétrique
- Remarquons que la disposition des traits représentant les valences n’augurant rien de la disposition réelle des directions de liaisons, nous aurions pu tout aussi bien représenter le dibromoéthane symétrique par les formules suivantes :
- D’autres représentations symboliques ont été imaginées, tel-
- les que
- , mais elles pèchent à d’autres
- points de vue; aussi maintenant l’habitude s’étend-elle de représenter simplement le noyau benzénique par le symbole ci-contre :
- ] <p | , sans faire figurer les atomes de carbone et les atomes \/’
- de l’hydrogène non substitué, l’élliylbenzène sera symbolisé par le schéma ® Cils — CIL
- ou d’autres, pourvu qu’il y ait toujours un seul atome de Br sur chaque carbone; par contre le dibromoéthane dissymétrique Br -, /H
- Br
- C
- H est un composé tout autre qui se prépare
- II ' N H
- par une méthode essentiellement différente de la précédente. Aussi se contente-t-on le plus souvent de formules semi-déve-loppées où toutes les liaisons atomiques ne sont pas représentées, en laissant subsister en bloc certains groupements d’atomes ne présentant aucune particularité iùtéressante, de façon à simplifier l’écriture; le dibromoéthane symétrique s’écrira CILBr — CII2Br, le dibromoéthane dissymétrique CIIBr2 — CH3, l’acétone CII3 — CO — CII3, l’aldéhyde propionique CII3 — CH2
- C
- Z"
- \
- 0
- ou même CIL
- CIL
- CIIO.
- H
- L’application des conventions pi'écédemment énoncées se heurte à des difficultés parfois bien plus graves. Comment écrire la formule du benzène CGII6 ? Comme ce corps s’obtient par polymérisation de trois molécules d’acétylène, la représentation la plus simple apparemment, et encore la plus employée, consiste à écrire le benzène d’après le schéma suivant :
- H'
- IL
- /H
- ;G II
- I
- C
- III
- C
- I
- II
- di
- h
- VVH
- /V%
- i
- H
- On aurait ainsi un cycle avec trois doubles liaisons éthyléni-ques. Mais si le benzène donne bien des réactions d’addition comme les carbures éthyléniques, il donne aussi des réactions de substitution comme un carbure saturé. En outre, on doit prévoir deux dérivés disubstitués différents qui, en fait, n’existent pas :
- CL
- I
- G k £ /h
- /C\/G\
- H/ Y H
- l
- H
- Cl
- I
- H\ C /Cl
- AX
- R/ Y XH
- I
- II
- Formules développées spatiales. — Les formules développées planes permettent de rendre compte d’un certain nombre de cas d’isoméries, par exemple de distinguer le dibromoéthane symétrique du dibromoéthane dissymétrique comme nous l’avons vu précédemment. Mais il est impossible d’expliquer avec les conventions faites l’existence de deux dibromo-éthylènes symétriques de même formule développée plane : CIIBr = CIIBr ou de deux acides lactiques : CII3 — CII — CO„H.-
- I
- OH
- Cela tient à ce que nous avons négligé les positions réelles des atomes dans l’espace et qu’un certain nombre de propriétés, notamment les propriétés optiques, dépendent de la configuration spatiale.
- Il faut donc pousser plus loin les représentations symboliques et essayer de schématiser sur la feuille de papier, c’est-à-dire dans le plan, ce qui a lieu dans l’espace, cela afin de pouvoir éci’ire les formules des corps et leurs réactions.
- De nouvelles conventions deviennent nécessaires :
- i° Les atomes ou les groupements atomiques non développés sont supposés réduits à des points matériels placés en leur centre de gravité;
- 2° Les atomes occupènt dans l’espace des positions moyennes déterminées, en dépit de leurs oscillations thermiques;
- 3° Des conventions particulières sur la disposition spatiale des directions de liaisons sont faites pour chaque sorte d’atomes.
- Examinons le cas du carbone, car c’est toujours en chimie organique que les représentations stéréochimiques prennent le plus d’importance en raison des nombreux cas d’isoméries spatiales. Gomment représenter spatialement les quatre directions de liaison de l’atome de carbone dans le méthane. Pour des raisons de symétrie, ces quatre directions peuvent être coplanaires suivant les diagonales d’un carré (A), ou disposées suivant les arêtes d’une pyramide dont le carbone est au sommet (B) ou suivant les directions des quatre hauteurs d’un tétraèdre dont le point de concours serait l’atome de carbone (C) :
- p.118 - vue 126/406
-
-
-
- 119
- Les dispositions À et B conduiraient à envisager deux corps de même formule brute CIRCL (chlorure de méthylène), car on pourrait, en effet, avoir, soit avec la forme A, soit avec la forme B, deux sléréoisomères A et A' ou B et B' :
- ce h
- v
- . A
- ce -ce
- \/
- /\
- H H
- A'
- Seule, la forme C, proposée par Kekulé et adoptée par Le Bel et Van’t Hoff, est acceptable, car, quelle que soit la disposition des deux atomes de chlore aux sommets du tétraèdre, on obtient toujours deux modèles superposables et, par suite, seulement un seul corps. La formule tétraédrique permet, en outre, de comprendre, et c’est là son principal intérêt, qu’il existe deux dérivés du méthane de formule générale CRR'IVHV" (RR,R//R/// représentant des atomes ou des groupements atomiques différents) doués de propriétés optiques différentes. Ces deux isomères optiques, l’un déviant le plan de polarisation de la lumière vers la droite, l’autre vers la gauche, correspondent aux deux seules dispositions spatiales possibles des substituants R, IV, R'', Rw aux sommets du tétraèdre, faisant des deux isomères les images non superposables l’un de l’autre dans un miroir M.
- R
- R'
- H
- Pratiquement, le dessin des quatre hauteurs d’un tétraèdre sur une feuille de papier est fort peu suggestif, aussi préfère-t-on représenter le tétraèdre lui-même, mais il ne faut pas perdre de vue qu’il ne s’agit alors que d’une représentation symbolique et que les arêtes du tétraèdre n’ont aucune signification i’éelle : les directions de liaisons sont en réalité les hauteurs de ce tétraèdre et elles ne sont pas dessinées. Dans la pratique, on ne représente par un tétraèdre que les atomes de carbone substitués par quatre groupements différents, c’est-à-dire ceux qui sont responsables de l’isomérie optique et qu’on appelle des atomes de carbone asymétriques, comme l’atome de carbone médian de l’acide lactique.
- Toutefois, à nouveau, d’autres difficultés se présentent. Si nous envisageons un composé contenant deux atomes de carbone réunis par une simple liaison, le dichloroéthane symétrique, par exemple, suivant les positions relatives fixes des deux tétraèdres, on devrait avoir des stéréoisomères différents, ce qui n’est pas le cas. Aussi Le Bel avait-il émis une hypothèse, connue sous le nom de principe de la liaison mobile, suivant laquelle les deux tétraèdres étaient libres de tourner l’un par rapport à l’autre, autour de la liaison des deux atomes de carbone, sans se fixer dans une ou plusieurs positions privilégiées. En fait, le principe de la rotation libre doit subir certaines restrictions et les déplacements mutuels des deux tétraèdres se ramènent,
- acide lacti'que
- dans la plupart des cas, à des oscillations d’amplitudes plus ou moins grandes autour d’un certain nombre de positions avantagées. Dans le dichloroéthane symétrique, les deux atomes de chlore tendent à se placer à la distance maximum l’un de l’autre, comme il ressort des études de structure effectuées au moyen de la diffraction des rayons X ou des électrons.
- Symboliquement, on représente les deux tétraèdres accolés par la pointe, alors qu’en réalité, ils devraient s’interpénétrer, le sommet de l’un étant au centre de l’autre; mais dans une représentation conventionnelle,- cette complication est inutile.
- Lorsque l’on a affaire à un corps renfermant une double liaison étliylénique, comme le dibromoéthylène CIIBr = CIIBr, l’emploi de tétraèdres comme symboles des atomes de carbone, conduit à le représenter par deux tétraèdres accolés par une arête. On voit tout de suite combien cette figuration schématique est artificielle, car on ne peut imaginer dans la réalité, entre les deux atomes de carbone, des liaisons coudées passant par les sommets communs des tétraèdres, ces sommets étant purement fictifs.
- Mais toute artificielle qu’elle soit, cette représentation fait apparaître l’impossibilité pour les deux tétraèdres de se déplacer librement l’un par rapport à l’autre. La double liaison éthylénique joue le rôle d’une clavette fixant les deux atomes de carbone dans deux seules positions possibles immuables,
- dichloroéthane symétrique
- dibromoéthylênes ois trans
- auxquelles doivent correspondre deux corps isomères I et II. Ce sont les deux isomères cis et trans des composés éthyléniques substitués, que l’on peut très fréquemment isoler et qui sont doués de propriétés physiques et parfois de réactivités chimiques différentes. L’emploi de tétraèdres pour figurer les atomes de carbone conduit encore à représenter les carbures acétyléniques, l’acétylène CH E= CH par exemple, par deux tétraèdres accolés par une face, mais, dans ce cas, le schéma présente moins d’intérêt, car il n’y a pas d’isomères à distinguer.
- Il y aurait encore beaucoup à écrire sur l’utilisation du schéma tétraédrique de l’atome de carbone; nous nous limiterons pour terminer à un seul cas, celui des chaînes carbonées saturées fermées, comme le cyclohexane C6H12, dont la formule développée plane est représentée par un hexagone.
- Pour imaginer la formule spatiale nous devons tenir compte de l’angle des valences du carbone dans la formule tétraédrique soit io9°28/. Il est alors impossible de fermer le cycle des 6 atomes en lui conservant une forme plane. Nous devons obligatoirement envisager un hexagone gauche dont
- acétylër
- p.119 - vue 127/406
-
-
-
- deux formes sont possibles : l’une dite forme chaise, l’autre forme bateau, ou trans et cis. Il y a donc de nouveaux cas d’isomé-rie possibles suivant que les corps dérivent de l’une ou de l’autre forme. Effectivement, l’existence de ces deux formes permet seule d’expliquer les cas d’isomérics nombreux des hexachlorocyclohexanes C6II6C16 correspondant aux positions diverses possibles des atomes de chlore et d’hydrogène fixés aux atomes de carbone au-dessus et au-dessous de l’hexagone déformé (isoméries cyclaniques).
- Si le propre d’une bonne théorie est, comme le disait le grand chimiste Georges Urbain, non seulement d’expliquer des faits, mais surtout de les coordonner et d’en prévoir d’autres, il n’est pas douteux que la théorie de l’atome de carbone
- C
- Forme bateau
- trans
- forme chaise
- tétraédrique de Kekulé a été l’une des meilleures théories de la chimie et l’une des plus fécondes. Nous verrons que, purement spéculative à l’origine, elle est devenue une image fidèle de la réalité.
- (à suivre). G. Ciiampetieb,
- Professeur à la Sorbonne.
- Les triions, gaz de
- La revue Forces aériennes françaises d’octobre dernier a publié sous la signature du capitaine Collomp une. étude qui fournit d’intéressants renseignements sur les gaz de combat allemands.
- L’arme chimique n’a pas été employée au cours de la dernière guerre. Sa menace n’en a pas moins pesé sur les pays en conflit. Dans ce domaine, des corps toxiques nouveaux, extrêmement dangereux, avaient été préparés par les chimistes allemands, notamment ceux qu’ils avaient dénommés triions.
- Les triions sont au nombre de trois :
- le Tabun ou diméthylaminocyanophosphate de monoéthyle ; le Sarin ou méthyltluorophosphate de monoisopropyle ; le Soman ou méthyltluorophosphate de monopinacoline.
- Ces produits ont été découverts au cours de recherches effectuées en Suisse et en Allemagne en vue de mettre au point des insecticides dérivés de l’acide phosphorique. Deux mille corps avaient été préparés dans les laboratoires de l’I. G. Farben, à Leverlcusen et à Hœchst.
- Les services de l’armée allemande étudièrent les trois produits désignés ci-dessus au point de vue physiologique et la fabrication industrielle en fut entreprise dans une usine importante dont la construction commença en 1940 dans la forêt, à un kilomètre de l’Oder, à 40 km au Nord de Breslau, dans un endroit appelé Dyhernfurth. L’usine avait une superficie d’un kilomètre carré. Elle était camouflée aux vues aériennes au moyen d’arbres plantés sur les toits des bâtiments.
- Cette usine devait être mise en route en 1942, mais la quantité de' produits livrés semble avoir été bien inférieure à la capacité de production, par suite de difficultés techniques : corrosion de l’appareillage, approvisionnement insuffisant en chlore et en main-d’œuvre qualifiée.
- Le tabun. — Le tabun technique est un liquide huileux brun, plus lourd que l’eau, peu volatil. Il est décomposé par la chaleur avec dégagement d’acide cyanhydrique. La chaleur dégagée par l’éclatement du projectile était, paraît-il, suffisante pour le décomposer partiellement.
- Le tabun n’est ni lacrymogène, ni suffocant, ni vésicant. C’est un toxique général, un poison qui agit par inhalation ou par voie cutanée si la peau présente une excoriation même minime. Il pénètre très vite par les muqueuses, notamment par celles de l’œil.
- L’intoxication légère n’est pas mortelle, elle provoque de la conjonctivite et de l’asthme. L’intoxication grave provoque, en plus, des vomissements, de la dyspnée et de la tétanisation musculaire.
- combat allemands
- L’intoxication très grave est marquée par des convulsions suivies de perte de connaissance et de mort.
- La dose mortelle de tabun technique est de G.mg par kilogramme d’animal ; elle provoque la mort en 10 à 15 mn.
- La concentration de tabun en milligrammes par mètre cube, provoquant la mort des animaux après 30 mn de séjour dans l’atmo-sphcre infectée est de 75 mg pour le chien qui succombe en 1S h. Le cobaye meurt en 20 mn. La dose mortelle pour l’homme ne semble pas avoir été déterminée.
- L’importance que les Allemands avaient attribuée à ce toxique, difficile à fabriquer, ne semble pas justifiée ; ils en avaient cependant chargé un grand nombre de projectiles.
- Le sarin. — Le sarin n’aurait été fabriqué qu’en faible quantité, environ 5 t, par suite de difficultés dues à l’agressivité du produit vis-à-vis de l’appareillage et à sa toxicité pour le personnel.
- Le sarin est un liquide incolore, inodore et très volatil. Il devait remplacer le tabun dans les chargements d’engins. Ses propriétés physiologiques seraient analogues à celles du tabun, mais il serait trois fois plus toxique.
- Il ne semble pas que des engins aient été chargés en sarin ; aucun dépôt de ce produit n’a été signalé. De plus, il ne figure pas dans le code allemand de munitions toxiques.
- Le soman. — Le soman se présente sous la forme d’un liquide d’odeur camphrée, moins volatil que le sarin, mais encore plus toxique. L’étude en est restée au stade de laboratoire.
- ' Il est certain que les Allemands avaient étudié la toxicité de nombreux corps de ces différents groupes et que ces trois produits avaient été choisis parmi les plus toxiques.
- Les Allemands n’avaient pas hésité à fabriquer le tabun et à charger 10 000 t de ce produit dans des projectiles divers, alors que les laboratoires étaient sur la piste de produits analogues, ,certainement plus toxiques, mais de mise au point délicate et longue.
- Le tabun constituait un toxique de guerre redoutable ainsi que les autres corps de sa catégorie, par suite de leur action brutale sur les muqueuses.
- L’avance rapide des armées russes empêcha la destruction de l’usine et son évacuation par les Allemands. Elle n’avait jamais été bombardée par les alliés qui en ignoraient l’existence. On affirme qu’elle a été prise intacte par les Russes, avec le stock de matières premières et de produits intermédiaires. Elle fut complètement démontée par les Russes dès l’occupation et le sous-directeur fut emmené en U. R. S. S.
- p.120 - vue 128/406
-
-
-
- 121
- La vie et l’œuvre scientifique de
- DESCARTES
- Treize ans à peine nous séparent de la célébration du tricentenaire du Discours de la Méthode de Descartes. Les cérémonies qui se déroulèrent à cette occasion, en particulier le Congrès international de1 philosophie de Paris placé sous le signe de Descartes et la npignifique exposition organisée par la Bibliothèque Nationale, furent si brillantes que l’éclat, de la commémoration actuelle du tricentenaire de la mort du grand philosophe et savant français s’en trouvera quelque peu atténué.
- Nous voudrions néanmoins profiter de cette occasion pour retracer en une brève esquisse les grandes lignes de l’œuvre scientifique de Descartes.
- Un rappel préliminaire des grands événements de sa vie nous permettra de mieux situer les différents faits et les œuvres principales.
- La vie. — René Descartes naquit à La Ilaye en Touraine le 3i mars 1596. En 160/1, âgé de 10 ans, il entra au collège des Jésuites de La Flèche où il demeura jusqu’en iOi/L Guidé très attentivement par le père Charlet, recteur du Collège, il fit de brillantes études classiques et fut initié à l’algèbre, à la géométrie et à la physique. « J’y avais appris, dit-il, tout ce que les autres apprenaient, et môme, ne m’étant pas contenté des sciences qu’on nous enseignait, j’avais parcouru tous les livres traitant de celles qu’on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu me tomber sous la main ». En i6ï5 et 161G, il fit ses études de droit à l’Université de Poitiers et reçut les diplômes de bachelier et de licencié en droit.
- Mais il désire joindre à une connaissance théorique du monde une vue concrète que seuls les voyages et une vie mouvementée peuvent
- lui donner. Après une année de repos dans sa famille, il part pour la Hollande et s’engage dans l’armée du prince Maurice de Nassau qui fait alors le siège de la ville de Bréda. Dès 1618, il fait la connaissance du physicien hollandais Isaac Beeck-mann ; cette rencontre a pour lui une importance exceptionnelle car elle l’incite à reprendre avec passion l’étude des sciences, De Hollande;, il passe au Danemark puis en Allemagne où il s’engage dans l’armée du duc de Bavière. Cette vie aventureuse qu’il mène afin de pouvoir étudier plus directement dans « le grand livre du monde » ne l’empèche d’ailleurs pas de méditer son œuvre future. Le 10 novembre 1619, jour anniversaire de sa rencontre avec Beeckmann, à la suite de trois songes, nous dit-il, il entrevoit les fondements d’une science universelle qu’il précisera un an plus tard. Quand ayant rompu son engagement dans l’armée bavaroise, il séjourne à nouveau en France, il a déjà rédigé un petit abrégé de musique en latin et découvert le principe des lunettes d’approche récemment inventées. Il pense dès lors de plus en plus à un système universel susceptible de grouper toutes les sciences.
- Après avoir voyagé en Italie de 1623 à 1625, il rentre en France et demeure à Paris jusqu’en 1627. 11 se lie avec le père Mersenne qui correspond avec la plupart des savants de l’Eu-
- Fig. 1.
- rope, avec les mathématiciens Mydorge et Hardy, avec des artisans, avec de « beaux esprits » dont J.-L. de Balzac, avec des Oratoriens et meme avec des libertins qui sont en butte à des attaques très vives. Ainsi, sa conception du monde s’élargit-elle grâce à une connaissance des diverses tendances de la science et de la pensée, et, au cours de l’automne, il accepte aisément le conseil que lui donne le cardinal de Bérulle de travailler à une réforme d’ensemble de la philosophie. Il se retire alors à la campagne et écrit des règles pour la direction de l’esprit.
- Mais, désireux de jouir d’une liberté intellectuelle plus grande et de sc tenir à l’écart de l’agitation pour réfléchir
- profondément à ses idées, il part en 1G28 pour la Hollande où il demeurera pendant plus clc 20 ans. A Fra-neker, à Amsterdam, à Lcyde, à Utrecht il met au point les principes généraux de son œuvre et se lie avec quelques mathématiciens, théologiens ou médecins dont Schooten et Constantin lluygens. Un grand traité sur l’ensemble des sciences de la nature : Le Monde, est presque terminé quand, en i633, en apprenant la nouvelle de la condamnation de Galilée, il renonce à le publier. Seuls, quelques extraits insérés dans ses autres œuvres où retrouvés dans ses papiers en sont connus.
- En i636, Descartes revient à Leydc et termine le premier ouvrage qu’il devait publier : le célèbre Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie qui sont des Essais de cette Méthode est publié à Leyde en juin iGoy. Une polémique souvent très dure commence alors; défendue par Mydorge, Hardy, de Beaune, Desargupes, etc..., attaquée ou mise en doute par Fermât, Roberval, Étienne Pascal, Morin, etc... son œuvre est l’objet de longues discussions épis-tolaires ou imprimées.
- Tout en continuant à s’intéresser aux diverses sciences, Des-carl.es prépare un ouvrage plus strictement philosophique : les Méditations, que le père Mersenne fait imprimer à Paris en i64i en y joignant avec toute une série d’objections dues à différents philosophes, théologiens et savants, les réponses correspondantes. Si la publication de ces méditations lui vaut de faire la connaissance de la princesse Élisabeth (fille de l’Électeur palatin), avec qui il entretiendra dès lors des rapports intellectuels très suivis, elle est aussi, spécialement en Hollande, le point de départ de polémiques très vives, dans lesquelles il devra à différentes reprises faire intervenir l’ambassadeur de France.
- En iG44, Descartes publie en latin ses Principes de la Philosophie, fragments remaniés de son Monde qu’il fait suivre d’une traduction latine du Discours de la Méthode, de la Diop-Irique et des Météores. Celte même année, il entreprend un voyage en France où l’on prépare la traduction de ses œuvres latines et il s’y lie avec Chanut, futur ambassadeur en Suède et avec Clerselicr qui jouera un rôle très important dans la publication de ses œuvres posthumes. De retour en Hollande, il tra-
- René Descartes (d’après Fit ans Haï,s) (Cliché Archives photographiques).
- p.121 - vue 129/406
-
-
-
- vaille à un Traité des Passions que la princesse Élisabeth lui a demandé d’écrire et à divers ouvrages médico-biologiques qui ne verront le jour, inachevés d’ailleurs, qu’après sa mort (Traité des animaux, Description du corps humain ou Traité de P homme). Au cours d’un nouveau voyage en France en 16/17, il s’entretient longuement avec Pascal sur la théorie de la pesanteur de l’air, sur le vide et sur l’expérience à entreprendre afin de vérifier la diminution de pression au sommet d’une montagne. Descartes suggéra-t-il à Pascal sa fameuse expérience du Puy-de-Dôme ? La question est très complexe mais il est probable que les deux savants eurent cette même idée indépendamment l’un de l’autre; elle était d’ailleurs dans leur esprit destinée à vérifier des théories différentes.
- Après un dernier'voyage en France en i648, Descaries revoit Chanut qui se rend comme ambassadeur auprès de la reine Christine de Suède. Celle-ci insiste bientôt pour faire venir Descartes auprès d’elle; il accepte enfin et arrive en Suède au début d’octobre. La reine qui veut s’initier à la philosophie et à la science le fait venir chaque jour à 4 heures du matin dans sa bibliothèque. Le climat de la Suède rend pénibles ces déplacements matinaux en plein hiver et Descartes, atteint d’une pneumonie, meurt après 9 jours de maladie, le 11 février i65o. Aussitôt ses obsèques célébrées, Chanut collecte les papiers et les manuscrits du grand philosophe et les envoie en France où Clerselier en publie quelques années plus tard les fragments restés inédits : correspondance et traités médico-biologiques, fragments du Monde. En 1667, les restes de Descartes transportés en France furent inhumés à l’église Sainte-Geneviève; ils furent plus tard transportés à l’église Saint-Germain-des-Prés mais quelques fragments en disparurent; c’est ainsi que le crâne présumé de Descartes se trouve actuellement au Muséum. La Convention décida de faire transporter les restes de Descartes au Panthéon, mais cette décision ne fut jamais exécutée.
- L’œuvre scientifique. — L'œuvre de Descartes est immense tant par Détendue des domaines qu’elle couvre : métaphysique, morale, mathématiques, physique, biologie, médecine et meme musique, que par son influence tout à fait exceptionnelle. Sans vouloir étudier l’aspect philosophique de l’œuvre de Descartes, • il nous faut néanmoins rappeler l’influence de sa doctrine philosophique sur l’évolution des diverses sciences. Si dans d’importants domaines, tels que la physique et la biologie, les idées personnelles de Descartes se trouvent en contradiction absolue avec les données et les hypothèses actuelles, on ne peut nier que sa doctrine et son système aient joué souvent un rôle bienfaisant en secouant l’emprise des doctrines d’Aristote dont le respect outrancier condamnait les sciences expérimentales à demeurer figées dans un état d’infantilisme.
- Descartes réclame un examen rigoureux de la structure interne de toutes les sciences et veut que les exigences de la pensée s’accordent avec la conception claire et objective des réalités. La marche rationnelle du progrès doit se faire d’après lui en trois étapes, la pumière, de doute systématique, permet d’éliminer toutes les données et les hypothèses dont la justesse n’est pas évidente, la seconde, de marche vers la certitude, mène à des vérités nouvelles, en partant des éléments conservés par suite de leur évidence et en utilisant des règles de raisonnement inattaquables, et enfin la troisième, où la certitude .s’étend à de nouveaux domaines et où le système nouveau manifeste sa pleine efficacité. On peut dire que la philosophie n’est cultivée par Descartes qu’en vue des objectifs auxquels elle permet d’accéder dans le domaine de la connaissance.
- L’œuvre mathématique essentielle de Descartes est sa Géométrie, publiée comme troisième exemple de l’application de ses principes méthodologiques en appendice à son Discours de la Méthode; la première édition latine fut publiée en 1649, enri-
- chie des commentaires de Schooten et de de Beaune. Cette œuvre, écrite en 163G-1687, ouvrait aux recherches mathématiques un-' champ nouveau d’une étendue et d’une fécondité extrême.
- Les deux domaines essentiels de la mathématique : la géométrie et l’analyse étaient restés jusqu’alors presqu'entièrement séparés. Si les Grecs étudiaient l’algèbre à l’aide de figures géométriques, ce n’était là qu’un expédient destiné à obvier à leur refus de concevoir le nombre sous un aspect suffisamment général. Seul, Apollonius, dans son étude clés coniques, utilisa les ressources de l’algèbre à des fins géométriques, mais la forme de ses raisonnements, en masquant volontairement celte intervention, diminuait la fécondité de ses méthodes.
- Descaries comprit qu’en faisant profiter résolument la géométrie de l’automatisme des mécanismes algébriques, on supprimerait l’incertitude clans le choix des méthodes de recherche et de démonstration qui freinaient parfois les progrès de celte science.
- En associant à chaque point du plan deux nombres, ses coordonnées!, il réussit à transcrire dans le langage algébrique des énoncés purement géométriques.
- 11 ne faudrait pas croire néanmoins que la géométrie cartésienne, qui jusqu’au début du xixe siècle fut dénommée « application de l’algèbre à la géométrie » soit identique à notre géométrie analytique moderne. Descartes voyait essentiellement dans cette technique un outil permettant de résoudre des problèmes de lieux géométriques; Fermât, qui, au même moment, conçut également les principes de cette nouvelle science, comprit l’importance du point de vue complémentaire qui permet, à partir d’équations données a priori, d’entreprendre une étude générale des divers types de courbes. Mais les écrits de Fermât 11e furent diffusés qu’en 1679 à un moment où les conceptions cartésiennes avaient déjà été adoptées par de nombreux, mathématiciens. Si la méthode de Fermât fut suivie par Newton dans son étude des courbes du troisième ordre (170/1), néanmoins jusqu’à Euler qui, en 17/18, réalisa la synthèse des deux points de vue, les méthodes purement cartésiennes conservent leur primauté.
- De plus, les deux créateurs n’avaient fait que suggérer l’extension de leurs méthodes à l’espace et délaissaient quelque peu les éléments du premier ordre, droites et plans, qui, en fait, devaient tenir clans l’édifice une place importante. Ce n’est qu’à la fin du xvin0 siècle, en étudiant systématiquement les problèmes de l’espace et en conférant aux éléments du premier ordre le rôle qui devait être le leur, que Monge et Lacroix transformèrent cette « application de l’algèbre à la géométrie » fondée par Descaries et Fermât en une véritable géométrie analytique. Il faut encore signaler les perfectionnements importants introduits par Descartes en algèbre : introduction des notations littérales, des exposants, règle donnant le nombre des racines positives et négatives d’une équation et son rôle dans les recherches qui permirent*. quelques décades après sa mort, la création de l’analyse infinitésimale par Leibniz et Newton. Descartes sut encore, avec une grande intelligence, juger de la valeur des travaux de Desargues, incompris de la plupart de scs contemporains. Par sa méthode, il contribua aussi à l’épuration des principes de la mathématique et l’on peut à cet égard le considérer comme le précurseur des méthodes axiomatiques modernes.
- Nous passerons plus rapidement sur les conceptions cartésiennes relatives aux sciences expérimentales. En effet, bien rares sont celles qui ont conservé quelque valeur aujourd’hui. Descartes se passionna pour la physique et la biologie; il expérimenta et il disséqua; mais le doute systématique, fondement de sa méthode, ne semble avoir joué qu’un rôle très éphémère dans la genèse de ses conceptions. Lui, qui réclame un accord constant avec la réalité, se met bientôt, au nom de ses prin-
- p.122 - vue 130/406
-
-
-
- 123
- Fig. 2. — Christine de Suède entourée de savants parmi lesquels on remarque Descartes (Duméml, Musée de Versailles).
- (Cliché Archives photographiques).
- cipes, à échafauder des hypothèses et, des systèmes. Les vérifications qu’il entreprend n’ont pas de valeur objective, car il ne voit les faits que par l’intermédiaire de ses théories et celles-ci prennent bientôt plus d’importance que la réalité elle-même et se transforment en une doctrine aussi étroite et aussi loin du véritable esprit scientifique que l’était le système aristotélicien qu’il réussit à abattre. Et les doctrines aristotéliciennes, dépassées par l’ensemble des faits scientifiques connus, furent remplacées par un nouveau système en retard sur les découvertes et faisant à son tour obstacle au progrès.
- Sa célèbre théorie des tourbillons ne présente, plus aujourd'hui qu’un intérêt purement historique. Cette explication totale de l’univers qui s’appliquait aussi bien aux phénomènes astronomiques qu’aux divers faits physiques, eut, au cours de la seconde moitié du xvn® siècle, .un rôle assez bienfaisant car elle permit la destruction des anciens dogmes et des croyances en l’action de diverses forces mystérieuses; elle permit ainsi l’acceptation progressive, des explications mécanistes et rationalistes. Mais à partir de la lin du siècle, elle s’opposa à la marche du progrès en combattant les conceptions newtoniennes, la théorie de la gravitation étant considérée par certains cartésiens comme une résurrection de l’emploi de forces mystérieuses; et de longs efforts durent être entrepris pour venir à bout de ce nouveau dogmatisme. Néanmoins, on ne peut considérer l’œu-
- vre physique de Descartes sous le seul angle de sa théorie des tourbillons, il faut tenir compte de ses apports plus concrets : découverte des lois de la réfraction, théorie de l’arc-en-ciel, contribution au progrès de la mécanique, etc. D’autre part on ne peut rendre Descaries responsable des excès et du sectarisme de certains disciples à l’esprit trop étroit. Il eût été lui-même très certainement beaucoup moins intolérant que la plupart d’entre eux et les découvertes de Newton auraient probablement influé sur sa doctrine d’explication de l’univers.
- En biologie, Descartes a longuement réfléchi sur la structure, sur le fonctionnement des êtres vivants et sur les phénomènes de la conception. Il a tenté de découvrir les mystères de la vie en disséquant des animaux de tous genres. Mais là encore, l’esprit critique dont il aurait dû faire montre, fit bientôt place à un dogmatisme assez strict.
- Son idée de base est d’étendre au domaine vital l’explication mécaniste qu’il a déjà formulée en physique. Il espère également pouvoir perfectionner la médecine grâce à une meilleure connaissance de l’anatomie et de la physiologie. Malheureusement, il ne réussit pas à utiliser objectivement les données de ses observations; ses théories l’empêchent bientôt de voir la. réalité et il développe celles-ci en s’appuyant sur une vue fausse des faits. Ainsi, s’oppose-t-il à une partie, de la doctrine d’Harvey en n’acceptant pas le rôle moteur du cœur, ainsi
- p.123 - vue 131/406
-
-
-
- 124
- <létaille-t-il à de nombreuses reprises des faits entièrement contraires à l'observation.
- Néanmoins, quelles que soient les erreurs commises par Dcs-cartes dans le domaine de la biologie, il a eu le grand méi’ite d’ouvrir la voie aux explications physico-chimiques qui devaient amener tant de progrès dans cette science, et c’est là un pas d’une portée incalculable.
- Ainsi, l'œuvre scientifique de Descaries nous apparaît-elle d’une richesse extraordinaire aussi bien en contributions positives, qu’en théories plus qu’hasardeuses. Cependant, même dans les secteurs où son génie a complètement échoué, ses erreurs partent de bonnes intentions et, si le progrès de la science a entraîné la chute de plusieurs de ses systèmes, parmi les plus importants, il en demeure des éléments de base solides : la croyance à une explication rationaliste valable dans le domaine entier des sciences d’observation. Et si une obstination étroite de la part de scs disciples n’avait pas freiné à certaines époques la marche du progrès scientifique, ces systèmes n’auraient été que des hypothèses de travail, susceptibles d’être révi-
- sées à chaque instant à la lumière de faits nouveaux comme lç sont les hypothèses scientifiques modernes. Mais, on ne peut rendre Descartes totalement responsable des erreurs de ses successeurs et, quelles que soient les critiques que l’on puisse faire à ses conceptions, il demeure l’un des plus grands savants du xviie siècle et l’un des créateurs de la science moderne.
- René Taton.
- Bibliographie. — La totalité des œuvres connues de Descartes ainsi qu’une majeure partie de sa correspondance se trouvent réunies dans les 12 tomes des Œuvres de Descartes publiés de 1897 à 1913 par Ch. Adam et P. Tannery, édition enrichie do traductions, de commentaires très compétents et d’une notice biographique très détaillée. Une édition plus complète de la Correspondance est celle de Ch. Adam et G. Milhaud, mais deux volumes seulement en ont été publiés jusqu'à présent. D’autres éditions plus ou moins partielles des oeuvres de Descartes existent en très grand nombre. Le catalogue de l’exposition de 1937 à la Bibliothèque Nationale fournit un riche ensemble de renseignements de tous ordres sur la vie et l’œuvre de Descartes. Les études sur la partie scientifique de cette œuvre sont trop nombreuses pour qu’on puisse les citer.
- Équation générale
- pour le calcul des surfaces des polygones réguliers inscrits en fonction du rayon R
- et de Tare a sous-tendu par un côté.
- OB X AD
- AB = côté du polygone.
- a = arc sous-tendu par AB.
- AD = sin a ; OB = R = rayon du cercle.
- s = triangle élémentaire du polygone.
- n - nombre de côtés du polygone. S = surface totale du polygone.
- R sin a 0 r/R sin a
- - S = —
- Remarque. — Les valeurs données par les tables étant en fonction de R = 1, on doit donc, pour la valeur générale de R (diffé-
- „ RxRsina wR2 sin a . ,,, ,.
- rente de 1) écrire : S = n x----;----~ -----:--- et 1 équation
- 2 2
- peut être ainsi exprimée :
- La surface d’un polygone régulier inscrit est égale à la moitié du produit du sinus de l’arc sous-tendu par chaque côté, par le carré du rayon et par le nombre de côtés,
- La table de logarithmes de Hoüel (2e éd.) donne p. 118, une table à 10 décimales des lignes trigonométriques. Voici, pour quelques polygones, les résultats qu’elle procure et qui concordent parfaitement avec ceux donnés en géométrie pour chacun de ces polygones.
- La limite de S est, évidemment, ic pour n = ». Comme la valeur de tc est connue avec un grand nombre £> 700) de décimales, il est possible, avec une grande approximation, de calculer les sinus
- n a sin a wR2 sin a 2 Traités de géométrie
- 3 120» 0,8660254038 1,2990381057 ï R2V3
- 4 90» 1 2 2 R2
- 5 72» 0,9510565163 2,3776412907 5 =r g R2V 10 -j- 2V5
- 6 60» 0,8660254038 2,5980762114 3 j~ % R2V3
- 8 45» 0,7071067812 2,8284271248 2Rs\/i"
- 10 36» 0,5877852523 2,9389262615 5 , : - 4 R2V10 — 2y/5
- 12 30» 0,5 3 CO 5g
- de très petits arcs en faisant pour R = 1 ; ~tc — —~a. d’où
- 7C
- sin a — — . On obtient ainsi :
- U/2
- pour sin 10" = 04800 j = 0,00004.84813.68110.98359.93889.91...
- pour sin i'" = 38S.800.000j = 0,00000.00808.02280.18492.26688.
- 9831...
- Ern. Cordonnier.
- p.124 - vue 132/406
-
-
-
- 125
- Alliages métalliques
- résistant aux températures élevées.
- Le besoin d’aciers résislant aux températures élevées s’est déjà manifesté bien avant la guerre. Tour augmenter le rendement thermique des centrales, les constructeurs de turbines à vapeur voulaient faire monter la température amont de la vapeur jusqu’aux environs de 550° C et réclamaient aux aciéries des aciers pour aubes susceptibles de fonctionner dans ces conditions. Les constructeurs de moteurs d’aviation cherchaient à améliorer la tenue des soupapes d’échappement et de leurs sièges au contact des gaz à 850° C environ.
- C’est ainsi pour eux que furent mis au point des aciers tels que
- Température amont
- Fig. 1. par kg
- — Variation de la consommation spécifique et de la puissance d’air et par seconde, en fonction de la température amont des gaz, en admettant :
- rendement adiabatique du compresseur.....
- rendement interne de la turbine .........
- pertes de chaleur .......................
- 90 pour 100 90
- 0 »
- ATV i (Imphy), Uranus 3 (Jacob Holtzer), etc., pour aubes de turbines et des alliages tels que les stellites pour sièges de soupapes.
- L’avènement de la turbine à gaz d’aviation pendant la guerre devint un nouveau stimulant aux recherches en matière d’alliages réfractaires, d’autant plus énergique que le facteur prix ne comp-lait plus devant le facteur délai. En partant des réalisations d’avant-guerre, les Anglais et les Américains établirent toute une gamme d’alliages réfractaires et les améliorations apportées depuis la fin de la guerre permettent actuellement de concevoir des turbines à gaz poussées jusqu’à des températures amont de l’ordre de 800° à 850° G. Les aciéries françaises sont en train de rattraper leur retard sur les Anglo-Américains et commencent à fabriquer les alliages réfractaires sensiblement équivalents.
- La figure 1 permet de se rendre compte des avantages résultant de l’accroissement de la température amont d’une turbine à gaz sans récupération de chaleur (formule généralement adoptée dans l’aviation). On voit, par exemple, qu’en élevant la température admissible maximum de 850° à 950°, on
- 1. En réalité, la consommation est supérieure parce que les rendements du compresseur et de la turbine sont inférieurs à 90 pour 100 que l’on a admis pour tracer les courbes.
- 200 400
- Température
- 600?C
- Fig. 2. — Batterie de fours électriques employée aux usines His-pano-Suiza pour essais de fluage des métaux d’un turbo-réacteur
- Nene.
- (Photo Hispano-Suiza. Documentation).
- abaisse la consommation de 175 /geh-h t1) à 102,5, soit une économie de 7 pour 100 : à 1 050° C, on consommerait 150 g/ch-li (— 14 pour 100) et à 1 500° C 125 g/ch-li (28,5 pour 100). Il est à noter que les courbes ont été établies en admettant pour chaque température le taux de compression donnant la consommation minima.
- Pour les températures citées plus haut, ces taux de compression sont respectivement 16, 21, 28 et SI. Pratiquement, à cause des complications de construction, on ne dépasse pas 10.
- L’avantage des températures élevées est beaucoup plus accentué si l’on considère la puissance fournie par kilogramme d’air aspiré. Aux températures que nous venons de considérer, les puissances seraient de :
- 300 ch/kg d’air sec, 370 (+ 23 pour 100), 440 (+ 46 pour 100) et 790 (+ 163 pour 100). Comme ces gains de puissance sont réalisés en conservant en première approximation le même poids do la turbine, il en résulte une réduction correspondante du poids par cheval, facteur très important dans l’aviation.
- A la température ambiante, la résistance à la traction de l’acier est mesurée en soumettant une éprouvette de dimensions normalisées à un effort de traction croissant jusqu’à la rupture. L’éprouvette s’allonge d’abord proportionnellement à l’effort appliqué jusqu’à la limite élastique ; il se produit
- ensuite un allongement plastique permanent jusqu’à la rupture. Si à un moment donné, on arrête l’accroissement de l’effort, l’allongement cesse également de croître. Aux températures élevées, à partir d’une certaine contrainte, lorsqu’on arrête l’accroissement de l’effort de traction, l’allongement ne s’arrête pas et continue d’augmenter plus ou moins rapidement selon la température, la contrainte et la nature du métal jusqu’à ce que la rupture se produise. Ce comportement du métal est appelé « fluage ». En choisissant la contrainte de fonctionnement normal d’un élément de machine tel qu’une aube de turbine à gaz, le constructeur doit tenir compte de ce phénomène.
- 11 est, en effet, essentiel que le temps de rupture du métal soit supérieur à la durée de vie
- Fig. 3. — Variation de la contrainte pour un fluage de 0,005 OjOlheure en fonction de la température de quelques alliages :
- 0,3 C : 0,27 pour 100 C, 0,31 Mn, 0,13 Si, acier au carbone demi-doux ;
- 1,5 Mn : 0,28 C, 1,28 Mn, 0,12 Si ; 5 Ai : 0,31 C, 0,27 Mn, 0,05 Si, 5,02 Ai ;
- 14 Gr : 0,21 C, 0,29 Mn, 0,25 Si, 14,2 Cr ;
- 0,6 Mo : 0,26 C, 0,31 Mn, 0,07 Si, 0,6 Mo.
- p.125 - vue 133/406
-
-
-
- de la machine (!) et que l’allongement par fluage pendant la durée de vie de la machine ne compromette pas son fonctionnement.
- La figure 2 représente une batterie- de fours électriques employée pour essais de fluage des métaux du turbo-réacteur N'ene, aux usines Ilispano-Suiza.
- La résistance des aciers au carbone baisse assez rapidement avec l’augmentation de la température, comme il est représenté par la courbe 0,3 C de la figure 3 relative à l’acier demi-doux, qui montre la variation de la contrainte correspondant à un fluage de 0,005 pour 100 à l’heure en fonction de la température. On voit que la résistance ainsi définie baisse de 30 kg/mm2 à 150° C. jusqu’à 10 kg/mm2 à 500° C.
- Des additions souvent faibles d’éléments spéciaux augmentent parfois d’une façon sensible la résistance à chaud. C’est ainsi que l’addition à l’acier précité de 1,5 pour 100 de manganèse augmente la résistance au-dessous de 500° C (courbe 1,5. Mn), 5 pour 100 de nickel agissent de même au-dessous de 430° C, 14 pour 100 de
- La base des aciers austéhiü-ques est constituée par la solution solide de nickel et do chrome dans du fer.
- • Ces aciers sont amagnéti-ques et s’adoucissent à la trempe.
- A la température ambiante, la contrainte déterminant un allongement permanent de 0,2 pour 100 (limite d’écoulement) varie de 21 kg/mm2 à 42 kg/mm2.
- Cette, contrainte croît beaucoup avec l’écrouissage-et peut dépasser 70 kg/mm2.
- L’écrouissage n'augmente la résistance à chaud que jusqu’à
- 600 700 800 900 1000°C
- Température
- ° 40
- ^9/tnm2 735° C.
- La résistance à chaud peut
- 140 être accrue d’une façon beau-
- 120 coup plus sensible que par
- 100 écrouissage, et au delà de
- 735° C, par’ additions de cer-
- 80 tains éléments spéciaux, tels
- que : molybdène, niobium, ü-
- Fig. 5. — Variation de la contrainte de rupture en 1 OOO h en fonction de la température de quelques alliages.
- ], Rex 78 ; 2, G. 18 B ; 3, Rex 337 A. ; 4, S. 816 ; 5, Ximonic 80 ; 0, Inco-ncl X ; 7, Yitallium.
- lune, tungstène, aluminium, azole, susceptibles de former des carbures, des nitrures et des composés intermétalliques à la suite d'un traitement thermique spécial appelé « durcissement par vieil-
- 0,1 0.25 0.5 1 5 10 25 50 100 200 300 heures
- Fig. 4. —— Dureté en fonction de la durée de vieillissement à 800° C
- des alliages :
- 9 W : 23,9 pour 100 W, 0,12 Si, 0,21 Mn,
- 5 4V : 10 pour 100 AV, 0,08 Si, 0,18 Mn.
- chrome sont favorables jusqu’aux températures les plus élevées, il en est de même par l’addition de 0,0 pour 100 seulement de molybdène qui fait monter la résistance à 500° C de 10 kg/mm2 à 27 kg/mm2.
- Les aciers à faible teneur en éléments spéciaux accusent une texture ferritique caractérisée par la présence de petites particules de fer puf ; dans cet état, l’acier est relativement peu résistant à chaud et les meilleures compositions ne doivent pas être employées au delà de 540° C. Aux températures plus élevées, il y a lieu d’employer des aciers austénitiques dans lesquels les éléments autres que le fer sont dissous dans celui-ci et l’ensemble forme une solution solide.
- 1. 300 à 1 000 heures dans l’aviation, jusqu’à 100 000 heures, soit 11 ans, dans des installations terrestres.
- lissemcnt ».
- Ce traitement consiste essentiellement à chauffer le métal à une-température élevée de l’ordre de 1 250° G pendant un temps suffisamment long (plusieurs heures) pour dissoudre une proportion notable des carbures, nitrures et composés intermétalliques, à refroidir ensuite rapidement, puis à réchauffer à des températures comprises entre '650° et 800° C afin de provoquer la précipitation des carbures, nitrures et composés intermétalliques à partir de la solution sursaturée). La durée et la température exacte du chauffage de précipitation dépendent de la composition de l’alliage.
- La figure 4 représente la variation de la dureté en fonction delà durée de vieillissement à 800° C. de deux aciers à teneurs de tungstène de 23,9 pour 100 et de 16 pour 100.
- On voit que l’acier plus allié durcit plus rapidement et qu’à, partir d’une certaine durée de vieillissement, la dureté diminue c’est le phénomène de survieillissement qu’il y a lieu évidemment d’éviter.
- L’expérience montre en outre que la rapidité du durcissement croît avec la température.
- La figure 5 représente la variation de la contrainte de rupture en 1 000 heures des alliages réfractaires les plus représentatifs,.
- Désignations Composition chimique en pour cent (1)
- Carbone Manga- nèse Silicium Chrome Nickel Cobalt Molyb-. dène Tung- stène Colum- bium Titane Autres éléments
- Rex-78 0,07 4 0,9 14,5 18,5 3,6 0,7
- G 48 B 0,4 0,9 1,-4 13,6 13.5 10 1,8 2,4 2,8 —
- Hex 337 A 0,2 < 1 < 1 13 à 14,5 17 à 18,5 7 3,5 à 4,5 — — 0,5 à 1 —
- S 816 . 0,4 0,5 à0,75 0,5 à0,65 20 20 44 4 4 4 0,16 cuivre-
- Ninionic 80 ... . 0,04 0,35 1 20,4 - 72,3 — — — — 2 0,39 aluminium
- Inconel X 0,04 0,75 0,5 » . 14 75 — — 1 3 0,6 aluminium
- Vitallium 0,3 0,3 0,25 27 2 64 5 —. — -
- 1. Le reste est du fer.
- p.126 - vue 134/406
-
-
-
- 127
- Fig. 6. — Variation de la contrainte de rupture en fonction du temps de rupture pour l’alliage Low-Carbone N 155 à 850° C.
- de fabrication anglaise et américaine ; leurs compositions sont indiquées au tableau précédent.
- La comparaison des courbes fait ressortir l’influence favorable du cobalt (courbes 1 et 2, courbes 3, 4 et 7) et des éléments susceptibles de former des précipitations, tels que molybdène, tungstène, niobium, titane et aluminium.
- Avec l'accroissement de la teneur en cobalt, le forgeage et l’usinage deviennent de plus en plus difficiles et les alliages sont, de préférence, coulés. Dans cct état, les grains de la texture sont plus grossiers, ce qui est favorable au point de vue de la résistance à chaud (courbe 7 au delà de 850° C).
- Certaines courbes telles que,, par exemple, les courbes 4, 6 et 7 se coupent. Il s’en suit que l’Inconel X est plus résistant que le S-81G et le Yitallium au-dessous de S25° C, mais leur est inférieur au-dessus de 830° C ; on voit également que le Yitallium, inférieur aux deux autres au-dessous de 830° C, est nettement plus résistant au delà de 870° C.
- La contrainte de rupture diminue avec l’augmentation du temps
- Fig. 9. — Variation de la contrainte pour un fluage de 0,0001 O/O/heure en fonction de la température.
- Rex 78 : 0,07 .pour 100 C, 0,96 3In, 0,86 Si, 14,66 Cr, 18,5 Xi, 3,61 Mo. 0,71 Ti.
- Fig. 7. — Masselotte pour usinage des anneaux extérieurs de la turbine et disques de la turbine avant et après usinage d’un turbo-réacteur H. S.
- Nene.
- (Photo Hispano-Suiza, Documentation).
- de rupture comme il est repré- ^9/mn senlé à titre d’exemple à la figure 6 pour l’alliage réfractaire américain Low-Carbone Y 155.
- Sur la figure 7, on voit quelques pièces brutes et usinées du turbo - réacteur Hispano - Suiza Nene, en particulier, une masselotte pour usinage des anneaux extérieurs de la turbine sur laquelle sont posés deux anneaux usinés, une ébauche de disque en acier réfractaire C 18 B avec aube mobile matri-céc en Nimonic 80 et un disque usiné avec aube mobile usinée.
- La figure 8 représente le rotor du turbo-réacteur Hispano-Suiza Nene vu côté turbine.
- La figure 9 permet de comparer la résistance à chaud des alliages réfractaires à celle des aciers au carbone. Les courbes représentent la variation de contrainte correspondant à un fluage de 0,0001 pour 100 à l’heure en fonction de la température pour l’acier doux et pour l’acier Rex 78, le moins résistant des alliages réfractaires cités. La contrainte précitée fut proposée par Hatfield, afin de réduire la durée des essais de fluage de longue durée qui nécessitent normalement 4 000 heures au moins, mais peuvent atteindre et même dépasser 10 000 heures. On l’appelle souvent « limite d’écoulement ». Les deux tiers de cette contrainte, peuvent être considérés comme une contrainte admissible de service.
- Les progrès en matière d’alliages métalliques résistant à chaud réalisés depuis l’avènement de la turbine à gaz d’aviation ont permis do porter la température admissible amont de 5o0°-600° C, température maximum des turbines à vapeur avant la guerre, à 800°-S50° C.
- Cette avance est due surtout aux recherches sur le durcissement par vieillissement et il semble que l’évolution future sera très laborieuse.
- On a bien annoncé un alliage à base de chrome permettant de monter jusqu’à 873° C, mais on a l’impression qu’en matière d’alliages métalliques, on plafonne et, de l’avis des spécialistes, une nouvelle étape jusqu’à 973° C ne pourrait être franchie que
- moyennant des efforts considérables.
- Pour accroître la température au delà do ces limites, il faut se tourner vers les matériaux céramiques ou, mieux, vers leurs mélanges frittés avec des alliages métalliques réfractaires appelés « ceramels ». Un autre moyen consiste à recourir au refroidissement des éléments def machines exposés aux températures élevées par. air ou par liquide. Ces procédés sortent du cadre de cette étude et seront exposés plus tard.
- Y. Reniger,
- Ingénieur de l’École Polytechnique de Zurich.
- Fig. 8. — Ensemble de la roue de turbine monté sur l’arbre d’un turbo-réacteur H. S. Nene.
- (Photo Hispano-Suiza, Documentation).
- p.127 - vue 135/406
-
-
-
- 128
- LE CIEL EN MAI 1950
- SOLEIL : du 1«- au 31 sa déclinaison croît de + 14°5!)' ;i 4- 2I°53' ; la durée du jour passe de 14h30m le 1er à 15h47m le 31 ; diamètre apparent le ler=31'47",64, le 31 =31'35",88. — LUNE : Phases : P. L. le 2 à 5h19m, D. Q. le S à 22h32m, N. L. le 17 à-0h54m, P. Q. le 24 à 21h2Sm, P. L. le 31 à 12h43m ; périgée le 2 à 7h, diam. app. 33'27" ; apogée le 15 à 22h, diam. app. 29'24" ; périgée' le 30 à 16h, diam. app. 33-'2-l". Principales conjonctions : avec Jupiter le 10 à 3h42m, à 2°9' N. ; avec Vénus le 13 à lh55m, à 1°58' S. ; avec Mercure le 16 à 20h36m, à 5°5' S. ; avec Uranus le 20 à 3h32m, à 4°50' S. ; avec Saturne le 25 à 14h32m, à 0°7' N. ; avec Mars le 26 à lih50m, à 0°1' N. ; avec Neptune le 27 à 22h59m, à 2°46' N. Occultation de n Scorpion (3m,0), immersion à lh16m,5. — PLANÈTES : Mercure, inobservable, en conjonction inférieure avec le Soleil le 14 ; Vénus, astre du matin, se lève le 13 à 2h50m, diam. app. 18",0 ; Mars, dans le Lion, visible une grande partie de la nuit, se couche le 13 à 2h28m, diam. app. 11",2 ; Jupiter, dans le Verseau, reparaît le matin, se lève le 13 à lh42ni, diam. polaire app. 35",6 ; Saturne, entre le Lion et la Vierge, visible le soir, se couche le 13 à 2h13,n, diam. polaire app. 16",6, anneau
- gr. axe il",S, petit axe 3",5 ; Uranus, dans les Gémeaux, visible le soir, se- couche le 1er à 23h28m, position 6h9m et + 23°42', diam. app. 3",5 ; Neptune, dans la Vierge, observable toute la nuit, position le 1er 12h59m et —4°31', diam. app. 2",4 — ETOILES FILANTES : Aqua rides, du 1er au 13, radiant vers r Verseau. — ETOILES VARIABLES : Maximum de RR Sagittaire (5m,S-13m,3) le 16. — ETOILE POLAIRE : Passages sup. au méridien de Paris : le 1er à 23h0m41s, le 11 à 22h21m2Ss, le 21 à 21h42m16s, le 31 à 21h3m6s.
- Phénomènes remarquables. — Les étoiles filantes Aqua-rid.es, maximum le 4 ; la Lumière zodiacale le soir, à l’Ouest, le 9 et jours suivants ; la Lumière cendrée de la Lune le matin du 11 au 14, et le soir du 20 au 22 ; l’occultation de x Scorpion le 31, à observer à la jumelle.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Les, planètes, par Pierre Gltntini. 1 vol. in-16, 128 p., 35 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1949.
- Ensemble des données sur le système solaire, les positions et les mouvements des planètes, les astéroïdes, les comètes, les météores et revue des théories sur l’origine et l’évolution du système.
- Le point astronomique à terre, sans instrument, par Robert Genty. 1 vol. in-4°, 63 p., 20 fig. Publications scientifiques du Ministère de l’Air, Paris, 1949. Prix : 300 francs.
- Par un moyen simple, des aviateurs perdus dans un lieu désertique, manquant des moyens de faire le point, n’ayant plus qu’un poste d’émission, sans réception radioélectrique, peuvent transmettre un certain nombre de mesures suffisantes pour permettre à un poste central de calculer leur position géographique et de leur envoyer du secours.
- L’énergie atomique et ses applications. Exposition de livres effectuée par la Librairie des méridiens, 119, boul. Saint-Germain, Paris, novembre 1949.
- Mous signalons cette intéressante initiative d’une exposition, avec catalogue à l’appui, d’une sélection étendue d’ouvrages généraux ou spécialisés traitant d’un sujet particulier. Ces livres étant disponibles et pouvant être acquis immédiatement, il est certain qu’une telle innovation présentera un grand intérêt pour de nombreux chercheurs ou érudits. D’autres sujets seront envisagés par la suite dont les catalogues seront fournis en temps utile sdr recommandation de La Nature.
- Luminescent materials, par G. F. J. Garlick. 1 vol. relié, 254 p., 127 fig. Clarendon Press, Oxford, 1949. Prix : 21 sh.
- Ge livre de la série des monographies sur la physique et la chimie décrit des recherches récentes sur les propriétés physiques des matériaux luminescents. Il étudie la fluorescence, la phosphorescence, la cathodoluminescence, la thermoluminescence, les effets des radiations infra-rouges sur le phosphore et les phénomènes associés tels que la photoconductivité. Un chapitre important a trait à la luminescence des molécules organiques. On trouvera également une classification des matériaux luminescents.
- Ionization chambers and counters : experimental technics, par B. Rossi et H. H. Staub. 1 vol. relié, 244 p., fig. Mac Graw-IIill, Londres, 1949. Prix : 18 sh.
- Une première partie comporte la discussion des principes physiques mis en oeuvre dans les chambres d’ionisation et les compteurs avec leur application aux techniques les plus modernes de détection. Cette partie comporte des résul-
- tats originaux obtenus • au laboratoire de Los Alamos et qui constituent des données nucléaires importantes. La seconde partie fournit une discussion détaillée relativement à un certain nombre de détecteurs mis en œuvre à Los Alamos pour l’étude de diverses sortes de radiations. Cet ouvrage intéressera les chercheurs travaillant dans les domaines de la physique nucléaire, des rayons cosmiques et des rayons X.
- Isotopie traicers and nuclear radiations with applications to biology and medicine, par
- W. E. Sun. 1 vol, relié, 653 p., 136 fig. Mac Gravv-IIitll Book Cy, Londres, 1949. Prix : 100 sh.
- Il est inutile d’insister sur l’importance qu’ont prise et que .prendront dans l’avenir les traceurs isotopiques pour l’étude des problèmes les plus importants de la biologie et de la médecine, comme sans doute de la chimie. Ce livre, écrit par une équipe de spécialistes affiliés au service de physique médicale et au laboratoire des radiations de l’Université de Californie et en relation avec la Commission de l’énergie atomique des Etats-Unis, est une excellente mise au point fortement documentée d’une question en pleine évolution mais dont les conséquences sont déjà loin d’être négligeables. Une première partie est relative aux isotopes et aux radiations nucléaires ; on y trouvera des chapitres sur les propriétés du noyau, les rayons y, les particules (1, les particules a, les protons et les deu-tons, les neutrons, les mécanismes de fission et la radioactivité. La secondé partie décrit les méthodes et les instruments : spectrographes de masse, compteurs de Geiger-Muller, chambres d’ionisation, méthode des traceurs, dosimétrie, générateurs électrostatiques, cyclotrons, bêta-trons, synchrotrons. La troisième partie traite des applications biologiques et médicales, notamment de l’emploi des isotopes pour les diagnostics et en thérapeutique. Une importante bibliographie termine l’ouvrage.
- Radio-mesures, par Marc Dony. 1 broch., 80 p. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949.
- Ouvrage destiné aux monteurs et dépanneurs d’appareils de radio, comprenant la description et l’emploi du contrôleur universel, du pont universel pour mesures de résistances, capacités, coefficients de self-induction, de l’hétérodyne modulé, de l’aligneur, du lampemètre, de l’oscillographe et de la valve de dépannage. On trouvera en outre des schémas gtandeur nature des appareils décrits.
- Le radiodépannage rapide, par P. IIémardin-quer. 1 vol. 94 pages, 23 fig. Éditions Imp.-Teils, Limoges, 1949.
- Ce petit ouvrage a pour objet de permettre de faire un diagnostic immédiat d’une panne dans un poste de radio, sans instrument et sans démontage. Il intéressera les usagers de la
- T.S.F. par sa présentation simple et son emploi commode et les petits professionnels en leur permettant de résoudre rapidement un certain nombre de cas apparemment difficiles.
- Traité de réception de la télévision, par
- L. Chrétien. 1 vol., 144 p., 131 fig. Etienne Chiron, Paris, 1949.
- L’auteur a réuni dans cet ouvrage les leçons qu’il professe à l’École centrale de T.S.F. et qui s’adressent à de futurs radiotechniciens. Il n’insiste pas sur le problème de l’émission pour se consacrer au fonctionnement des récepteurs de télévision, à leur installation, à leur mise au point et à leur dépannage, après avoir donné une étude de la vision indispensable pour comprendre les principes applicables à la transmission des images. Écrit simplement, sans calculs mathématiques, ce livre est cependant plus qu’un < ouvrage de vulgarisation et ne sacrifie pas à la rigueur scientifique.
- Basic télévision, par B. Grob. 1 vol. relié, 598 p., nombreuses fig. Mac Gravv-Hill, Londres, 1949. Prix . 52 sh.
- Cours de télévision pour les techniciens et les chercheurs de la radio. Il décrit les principes et le fonctionnement des récepteurs et des émetteurs et peut être considéré comme un intermédiaire entre les livres élémentaires et les ouvrages spécialsiés pour ingénieurs. Les exposés ont été simplifiés sans cependant sacrifier leur rigueur. Chaque chapitre se termine par des questions et des problèmes pratiques.
- Souffleries à eau, par L. A. Sackmann. 1 broch., 20 p. Service de documentation et d’information technique de l’aéronautique, Paris, 1949.
- Généralités sur les essais de modèles de navires, l’état des essais au bassin et remorquage, l’étude critique des essais à la soufflerie à eau.
- Chimie nucléaire, par R. Renault., 1 vol. .in-8“, 205 p., 46 fig. Dunod, Paris, 1949. Prix :
- 1 180 francs.
- Entre la chimie classique et les données nouvelles de la chimie nucléaire, il y a un monde ; les conceptions de l’espace, de la matière, de l’énergie se sont trouvées bousculées par toutes les découvertes d’un demi-siècle : la radioactivité, le radium, la relativité, les quanta, les transmutations, les nouvelles conceptions de l’atome avec son noyau, ses électrons, la mécanique ondulatoire et les derniers venus, les mésons, les rayons cosmiques, les radioéléments artificiels. Il devient difficile de suivre cette révolution grandissante et l’on saura gré à l’auteur d’en avoir tracé un tableau clair, lisible, très complet avant d’en montrer toutes les conséquences, de l’énergie atomique à la biologie et à la médecine.
- Le gérant : G. Masson; — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1950, n° 1096. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3l<>566), LAVAL, N° 2l32. — 4-1950.
- p.128 - vue 136/406
-
-
-
- N° 3181
- Mai 1950
- L’étude photométrique des
- nébuleuses extragalactiques
- L’importance fondamentale des mesures de la magnitude totale des nébuleuses extragalaeliques par pholométrie globale est reconnue depuis longtemps déjà. Ce problème a donné lieu, surtout en Amérique, à d’importantes entreprises d’observations," entre autres celles de l’Observatoire de Harvard, marquées par le catalogue des galaxies plus brillantes que la magnitude io, publié en 1902 et par un catalogue plus important, atteignant la 18e magnitude qui doit couvrir le ciel entier et est actuellement en voie d’achèvement.
- Leur intérêt pour l’étude de la structure du système méta-galactique est en effet évident.
- L’analyse microphotométrique des nébuleuses. —
- En revanche, on 11’avait prêté, jusqu’à une épocpie récente, qu’une attention beaucoup plus réduite à la photométrie détaillée de la structure des nébuleuses extragalactiques, c’esl-à-clire à l’analyse microphotométrique de la distribution de la lumière dans les images nébulaires. Les quelques astronomes qui se sont occupés de cette question au cours des vingt dernières années, et parmi lesquels il faut principalement citer Hubble à l’Observatoire du Mont "Wilson, Lindblacl à l’Observatoire de
- Stockholm, liedman à l'Observatoire de Cambridge, 11’ont mesuré qu’un nombre assez restreint d’objets et il apparaît malheureusement que, très souvent, leurs mesures sont largement discordantes.
- Or cette analyse de la distribution de la lumière dans les images des nébuleuses extragalactiques, présente un très grand intérêt à différents points de vue.
- Tout d’abord, au point de vue de l’étude de la structure et de l’évolution des galaxies, la connaissance de la distribution de, la lumière dans les images nébulaires fournit de précieux éléments relatifs à la classification et à la morphologie des nébuleuses et également à leur structure interne, dans la mesure où l’on peut relier, par des calculs appropriés, la distribution apparente dans l’image projetée à la distribution vraie dans l’espace à l’intérieur de la nébuleuse.
- Ensuite l’analyse des nébuleuses présente également un intérêt au point de vue de la structure et de l’évolution du système métagalactique, c’est-à-dire de tout l’espace extragalaetique. En effet, comme l’ont montré Ilubblc et Tolman, il y a une quinzaine d’années, la comparaison des lois de décroissance de la brillance dans l’image de deux nébuleuses semblables, l’une
- p.129 - vue 137/406
-
-
-
- proche, l’autre lointaine, peut fournir des indications sur la structure de l’espace.
- Enfin, divers autres usages éventuels de l’analyse microphotométrique des nébuleuses brillantes, ont été envisagés, en particulier, suivant Lindblad, cette analyse permet de déterminer l’inclinaison réelle dans l’espace des nébuleuses.
- Lès dimensions des nébuleuses extragalactiques. —-
- 11 est une autre question que l’analyse précise de la distribution
- » . „ j- > «**••; 1 J- A ...IP.... " -"4 , , '* -<* ‘ • cvV,;:1,5^r; V; \ C "‘-XV‘ A.*/'* ~; ‘ » 1 -
- —\ —*“1 1 T *
- 2’ 1 mot r ?
- J 10
- 1
- QL j 1—
- Fig. 2. — L’analyse microphotométrique des clichés permet de déceler l’extension des images des nébuleuses bien au delà des limites directement visibles sur les négatifs.
- En haut : a) courbes d’égale luminosité (isophotes) de la nébuleuse elliptique, de type EO (circulaire), NGC 3379 du Lion. Remarquer l’énorme extension des régions de faible luminosité par rapport à l’image visible ; en bas : b) distribution. de la luminosité suivant lé grand axe AB de la nébuleuse elliptique, de type E7 (aplatissement maximum), NGC 3115 du Sextant.
- N. B. — La luminosité centrale maximum a été prise arbitrairement égale à 1 sur la figure du haut et à 100 sur la figure du bas.
- de la lumière dans Limage des nébuleuses extragalactiques permet de résoudre, question fort importante à laquelle aucune solution satisfaisante n’avait encore pu être apportée, à savoir celle de la définition des dimensions des nébuleuses extragalactiques.
- En effet, les dimensions apparentes qui figurent dans les catalogues n’ont qu’une valeur d’indication, d’ordre de grandeur extrêmement approximatif, car, ainsi qu’on l’a reconnu depuis longtemps, ces dimensions apparentes dépendent fondamentalement de l’instrument employé, clu temps.de pose, du type de plaques, du moyen d’observation du cliché, sui-ant qu’on le regarde à l’œil nu ou qu’on en fait un enre-istrement microphotométrique, etc....
- Or, il est bien évident que parmi les caractères des objets extragalactiques dont nous avons besoin pour étudier l’Uni-:’s, les dimensions des nébuleuses constituent une donnée particulièrement importante.
- La difficulté de ce dernier problème résulte des caractères fondamentaux de la structure des nébuleuses, qu’elles soient spirales ou elliptiques. En effet, d’une part, la brillance des régions nucléaires est très élevée et décroît très rapidement à partir d’un noyau central, qui est le plus souvent tellement condensé qu’il dépasse le pouvoir séparateur photographique des plus grands instruments. Dans ces conditions, la brillance centrale observée est beaucoup plus-con-ditionnée par le pouvoir de résolution photographique de l’instrument que par la brillance centrale vraie dans la nébuleuse. Cette brillance centrale serait d’ailleurs une donnée importante à connaître.
- D’autre part, la brillance des régions périphériques de la nébuleuse est extrêmement faible et elle est même bien inférieure à celle du ciel nocturne. De plus, elle décroît très lentement lorsqu’on s’écarte clu centre, de sorte que l’image de la nébuleuse sur le cliché photographique vient se perdre dans le voile général dû à la luminosité du ciel nocturne, et, dans ces conditions, il n’est pas possible de lui assigner d’autres limites que celle imposée par le plus petit contraste perceptible dans les conditions de l’observation (fîg. a et 3).
- Il résulte de cet état de choses que non seulement les dimensions extrêmes observées n’ont aucune signification physique, mais qu’il n’est pas possible, non plus, de définir dès dimensions qui seraient pour les nébuleuses, l’analogue de ce que l’on appelle la demi-largeur ou la largeur équivalente d’une raie spectrale, puisque, comme nous l’avons dit, la valeur observée du maximum de lumière central, .dans le cas des nébuleuses, est illusoire.
- Or, il m’est apparu que l’étude microphotométrique de la distribution de la luminosité dans l’image des nébuleuses permet de donner une définition de leurs dimensions, ayant un sens physique bien précis et conduisant à des valeurs indépendantes des conditions d’observations. En effet, à partir de la brillance observée et mesurée en. un point donné, la luminosité totale s’obtient facilement par une intégration graphique, qui permet même, ainsi que Redman l’a montré, de tenir compte, par une coui’te extrapolation, des régions très faibles non mesurées de la nébuleuse. Mais il est alors évident que l’on peut calculer de même la fraction de la luminosité totale comprise à l’intérieur de toute isophote donnée; cette fracti'on est le rapport de la luminosité comprise à l’intérieur de cette isophote, à la luminosité totale. On peut donc tracer une courbe-donnant la variation de celte fraction k. en fonction du demi-grand axe a de l’isopliote et lire sur cette courbe la valeur correspondant, à toute fraction k. En particulier, à k = o,5 correspondent deux valeurs ae et be des demi-axes de l’isopliote; valeurs que j’ai appelées, par définition, les dimensions effectives de la nébuleuse (fîg. 4). Cette définition offre l’avantage de constituer une carac-
- p.130 - vue 138/406
-
-
-
- 131
- 150" ZOO"
- Fig- 3. —- Distribution de la luminosité suivant le petit axe de - la nébuleuse spirale, vue par la tranche, de type Sa, NGC 4594
- du Corbeau.
- L’analyse microphotométrique a révélé, outre une plus grande extension de la nébuleuse, la présence d’une luminosité résiduelle notable à l’intérieur du bras sombre, contrairement à l’impression de noirceur absolue que donne l’examen visuel du cliché.
- téristique intrinsèque de lu nébuleuse, indépendante, en particulier, du pouvoir de résolution de l'instrument, au moins tant que les deux demi-axes effectifs sont plus grands que le rayon de la zone, voisine du noyau, fortement perturbée par les aberrations (diffusion photographique, etc.).
- Par exemple, les axes effectifs de la nébuleuse de type E7, NGC 3ïi5, déterminés à partir des mesures effectuées à l’aide du télescope de 80 cm de l’Observatoire de Haute Provence, sdnt ?Jq et o'q, alors que les valeurs déduites de la même façon des mesures qui avaient été obtenues antérieurement par Oort avec le télescope de i,5a ni de l’Observatoire du Mont Wilson, sont 1V3 et i'i. Dans l’étal actuel de la photomélrie des nébuleuses, on doit considérer cet accord comme excellent.
- La distribution de la luminosité dans les nébuleu= ses elliptiques. — Cette définition des dimensions des hébuleuses permet d’aborder un certain nombre de problèmes concernant leur structure, d’une façon plus satisfaisante que précédemment. Par exemple, la distribution radiale de la brillance dans les nébuleuses elliptiques, était habituellement représentée, depuis les travaux de Ilubble, par une formule à trois paramètres dont deux au moins étaient purement arbitraires et dépourvus de signification physique. De plus, cette formulé
- avait le grave inconvénient de conduire, lorsqu’on étendait l’intégration indéfiniment, à une luminosité totale infinie, ce qui est absurde.
- L’usage des dimensions effectives qui viennent d’ètre définies permet d’établir une nouvelle formule conduisant à une luminosité totale finie et ne contenant qu’un seul paramètre d’ajustement, le demi-grand axe effectif ae qui, ainsi que nous venons de le voir, a un sens physique précis, c’est le demi-grand axe de l’isophote qui englobe 5o pour 100 de la luminosité totale de la nébuleuse. Cette formule s’écrit :
- log Ûj = — 3,25 (a1/4 — 1)
- si l’on pose a = (i/ae, et t<3 = B/B,, (Be étant la brillance dite effective, de l’isophote de demi-grand axe ae), c’est-à-dire, en somme, si l’on prend comme unité de mesure des axes des iso-photes, le demi-grand axe ae , et comme unité de brillance, la brillance effective B(,. La figure 5 donnant, pour cinq nébuleuse des types Eo à E7, les valeurs de Log 05 en fonction de y, montre l’excellent accord de la formule avec les observations. On voit,, en effet, sur celte ligure que la dispersion des points expérimentaux ne dépasse pas quelques centièmes, alors que a varie dans un rapport supérieur à 100, et cpie la brillance d3 exprimée par la formule varie dans un rapport supérieur à 2 000.
- Il paraît peu probable qu’une relation empirique, valable avec cette précision dans un domaine aussi étendu, et ne contenant aucun paramètre d’ajustement individuel (puisque ae est déterminé, a priori, indépendamment de la formule à vérifier), soit purement fortuite et dépourvue de signification physique. Si sa validité est effectivement générale, cela signifie qu’une nébuleuse elliptique quelconque pourrait être simplement, et peut-être complètement, caractérisée au point cle vue de l’observation par la donnée de ses trois paramètres effectifs de, be, lie.
- Il en résulterait aussi que, dans les galaxies elliptiques, la densité stellaire spatiale décroît progressivement vers l’extérieur et n’aurait éventuellement pas d’autre limite que celle imposée par l’existence des galaxies voisines. On rejoint là des idées formulées depuis déjà plusieurs années par l’astronome du Mont Palomar, Zxvicky.
- Si l’on cherche à interpréter celte formule au point cle vue physique, en ce qui concerne la loi de distribution des étoiles dans l’espace, à l’intérieur des nébuleuses• elliptiques, on peut chercher, comme l’avait déjà essayé Hubble vers iq3o, à comparer la distribution de la luminosité à celle de la densité superficielle dans l’image, vue en projection, d’une sphère gazeuse de rayon limité en équilibre gravifique isotherme. Cette comparaison est rendue possible grâce aux tables classiques cal-
- 2 fae= 0*9
- Détermination des dimensions effectives d'une nébuleuse elliptique
- 200" r
- Fis- 4. — Courbe montrant la variation de la fraction k de la luminosité totale comprise à l'intérieur de toute isophote donnée, de demi-grand axe a, pour la nébuleuse elliptique NGC 3115 (cf. fig. 2-o). La valeur de « correspondant à k = 0,5 détermine les dimensions effectives
- de la nébuleuse.
- p.131 - vue 139/406
-
-
-
- culées jadis par l'astronome allemand Ilemden dans son ouvrage sur les sphères gazeuses : Gaskugeln, en 1907.
- En partant de ces données, j’ai pu effectivement constater que la distribution de la luminosité observée, telle qu’elle est exprimée par la formule précédente, peut être très bien représentée par le modèle précité, ou plus exactement par le mélange, dans les proportions respectives de 90 pour 100, 9 pour 100, 1 pour 100 et 0,01 pour 100, de quatre populations d’étoiles de masses relatives i/4, 1/2, 1 et 2 formant quatre sphères partielles en équilibre gra\ifique isotherme; les rayons limites de ces quatre.sphères étant de plus dans les rapports 4, 2, 1 et 1/2, en admettant qu’il y a équiparlition de l’énergie entre les étoiles de différentes masses. Ce modèle conduit à attribuer aux galaxies elliptiques une viscosité interne élevée, conformément aux idées de Zwickv.
- La distribution des nébuleuses dans les amas de nébuleuses. — Ayant ainsi obtenu une loi simple et intéressante pour la distribution des étoiles à l’intérieur d’une galaxie, 011 est tout naturellement conduit à se demander si une loi analogue ne représenterait pas la distribution des nébuleuses elles-mêmes à l’intérieur des amas de nébuleuses extra-galactiques.
- Un certain nombre de ceux-ci ont été étudiés de façon détaillée par Zwickv, grâce au télescope Schmidt de 45 cm de l’Observatoire du Mont Palomar, dont le champ étendu permet d’aborder de façon efficace l’étude de ces objets. Or, il est extrêmement intéressant de constater cpie, pour trois amas de galaxies étudiés par Zwickv, la même formule que précédemment représente également très bien la distribution des nébuleuses dans ces amas sphéroïdaux de nébuleuses extragalactiqucs.
- En effet, la formule :
- log Db,,= — 3,io (a1/* — x)
- dans laquelle DZ> = N/N„ représente la densité nébulaire superficielle dans l’amas, en' prenant comme unité de densité, la densité effective N,, qui est celle observée à la distance ae du centre (0.
- Cette formule représente également avec une dispersion de quelques centièmes seulement, la distribution des nébuleuses dans les amas, dans un domaine de variation très étendu, puisque a varie dans un rapport supérieur à 5o, et la densité nébulaire dans un rapport, de plus de 4oo. Comme la valeur du rayon effectif ae n’est pas déterminée en vue de satisfaire à la formule, qui ne contient donc aucun paramètre d’ajustement individuel arbitraire, la précision de l’ajustement obtenu et, plus encore, la concordance des coefficients relatifs aux nébuleuses et aux amas, ne sont très probablement pas fortuites. Elles établissent entre ces objets, sur une base quantitative, une analogie de structure très remarquable déjà pressentie par Zvvicky.
- Cette loi de disti’ibxxlion conduit donc, comme ci-dessus, à comparer la distribution des nébuleuses dans les amas à celle des molécules dans une sphère gazeuse en équilibre gravifique isotherme. Les calculs effectués pour un modèle constitué par un mélange dans les proportions respectives de 37 pour 100, 37 pour 100, a3 pour 100 et 3 pour 100, de quatre populations de nébuleuses de masses relatives i/4, 1/2, 1 et 2, formant quatre sphères en équilibre gravifique isotherme de rayons limites 4, 2, 1 et 1/2, toujours dans l’hypothèse de.l’équiparti-tion de l’énergie, conduit à un modèle en parfait accord avec les valeurs observées.
- Cette analogie remarquable entre la structure des nébuleu-
- 1. Cette distance est le rayon du cercle englobant 50 pour 100 de la population totale de l’amas, c’est-à-dire son demi grand axe effectif, déterminé d’une façon tout à fait analogue à celle employée pour les nébuleuses; à cela près, qu’ici les nombres de nébuleuses doivent être substitués à la brillance superficielle dans les nébuleuses, dans les calculs précédents.
- (B = B/Be
- et = cl! œ.
- Fig. 5. — Loi générale de distribution de la luminosité dans les nébuleuses elliptiques.
- Une loi analogue est valable pour les amas sphéroïdaux de nébuleuses.
- scs elliptiques et celle des amas de nébuleuses cxti'agalactiqucs pourra être coixtrôlée et précisée par des déterminations de la fréquence des magnitudes totales des nébuleuses en fonction de la distance au centre des amas, et de la fréquence de leui’s vitesses radiales résiduelles en fonction de leur magnitude. Des observations de ce genre ont été effectuées au cours des dernières années à l’Observatoire du Mont Wilson, et leur publication a été annoncée pour une époque prochaine. Lorsqu’elles seront connues, il sera peut-être possible de les utiliser, en liaison avec les déterminations précédentes, de façon à obtenir des déterminations relativement pi'écises des masses des nébuleuses extragalactiques faisant partie des amas.
- Ces quelques résultats obtenus sur la base d’un nombi'c limité de clichés, monti’ent tout l’intérêt qui s’attache aux études photomélriques effectuées sur les nébuleuses extragalactiques et l’on peut espéi’er que la poui'suite de ces observations, avec des moyens plus puissants, permettra d’apporter une contribution plus considérable au développement des connaissances sur la structure des nébuleuses elliptiques et spirales et sur celle du système métagalactique tout entier.
- G. de Vaucouletjixs.
- Institut d’Astrophysique de Paris.
- Les voitures américaines.
- Une automobile de fabi’ication américame coûtei'ait 60 000 dol-' lars si on la construisait avec l’outillage de 1910. Aujourd’hui, la voiture américaine est deux fois plus 'lourde, cinq fois plus puissante et est utilisable bien plus longtemps qu’une automobile d’il y a quarante ans. La voiture modèle 1960 est munie de plus de cinquante accessoires d’équipement dont on ignox'ait aloi’s l’existence,
- p.132 - vue 140/406
-
-
-
- 133
- Récente exploration du Tassili des
- Ajjer
- Dans sa récente et très érudite Histoire du Sahara (ig47), René Pollier constate justement que l’immense étendue désertique qui va de l’Atlantique jusqu’au Soudan n’est plus la région mystérieuse qu’elle demeura jusqu’au début du XXe siècle. Aujourd’hui, des automobiles la sillonnent à peu près en tous sens et des avions la survolent constamment. Néanmoins, le Sahara « n’en recèle pas moins de nombreuses énigmes » dont le Tassili des Ajjer est une des plus surprenantes. Ce vaste plateau gréseux, crevassé et déchiqueté longe le nord-est du Iloggar (lîg. 1) vers a5° N. Sensiblement orienté de l’est à l’ouest, il s’étend entre l'Erg oriental et le Tenéré,
- Ahartiar p
- IJ30
- 100 Km
- Fig. 1. — La région du Tassili des Ajjer parcourue par la mission scientifique en 1949.
- En pointillé, les oueds temporaires ; en traits hachurés, les crêtes des montagnes ; en trait noir continu, l’itinéraire.
- descendant, en pente douce vers l’est jusqu’au Messak et au Fezzan, tandis que les versants beaucoup plus abrupts de son liane sud-ouest bordent les environs de Djanet et de Fort-Gar-del. Sa largeur varie de 100 à i5o km en moyenne. Son point culminant, dans le massif volcanique de l’Adrar N’Ajjer, atteint 2 35o m. Ce territoire au relief chaotique couvre environ 000 km2; pourtant, au dernier recensement (19/18), il comptait seulement 5 021 habitants de race Touareg Ajjer. Sa population clairsemée mène une existence nomade et les hommes conduisent souvent leurs chameaux vers le Soudan pendant les années trop sèches. Les géologues E. F. Gautier et Reygasse avaient visité les environs de Djanet, mais ils n’avaient guère pénétré jusqu’au cœur du Tassili, que ses gisements préhistoriques et sa richesse en eaux douces rendent pourtant digne d’investigations. Aussi, plusieurs naturalistes et biologistes nord-africains avaient-ils projeté,-avant la guerre mondiale, d’explorer méthodiquement celle zone désertique; mais leur projet n’aboutit que l’an dernier. ,
- Ayant en l’occasion, au cours d’un récent voyage, de rencontrer le principal organisateur de cette mission, M. Francis Bernard, professeur de zoologie à lTlniversilé d’Alger, j’ai pu obtenir de lui les renseignements contenus dans cet, article. En outre, il a bien voulu me communiquer, ainsi qu’un de ses compagnons, le D1' A. Balachovvsky, chef de service à l’Institut Pasteur de Paris, quelques-unes des belles photographies rapportées par eux du Sahara central. Elles donnent un pâle reflet de ces gorges du Tassili (lîg. 5), moins grandioses sans doute que les canons du Colorado aux États-Unis, mais comparables à celles du Tarn et du Verdon.
- Celte mission put s’organiser, grâce au concours du Gouvernement général de l’Algérie qui couvrit les frais de séjour. Le Ministre de la Défense Nationale mit à sa disposition un avion spécial faisant à l’aller le trajet AJger-Ouargla-Ghat et, au
- retour, Djanel-Ouargla-Alger. Elle suivit en partie l’excellent itinéraire que P. de Peyerimlioff avait tracé jadis. Le 26 mars iq49, un avion du type « Junker » emporia donc les sept participants de la mission dont voici la liste.
- Le D1' Balachovvsky se spécialisa dans la recherche des insectes, tandis que le professeur Bernard s’occupa surtout de la faune du sol et accessoirement des Fourmis et des Termites; le Dr P. Jacquemin, chef des travaux de parasitologie à la Faculté de Médecine d’Alger, enquêta sur les parasites de l’homme et des animaux et sur la médecine et la zoologie générale; CL Lercdde, assistant de botanique à la Faculté des Sciences de Toulouse, étudia la flore et les cultures du Tassili; le I)r L. Mandoul, professeur de parasitologie à la Faculté de Médecine d’Alger, collabora avec le Dr Jacquemin et observa plus spécialement le paludisme. On abandonna à F. Vaillant, assistant de zoologie à la Faculté des Sciences d’Alger, la faune du sol . et Jes eaux douces. Enfin, M. Lepoitevin, ancien pensionnaire de la Villa Abd-el-Tif et artiste connu, compléta l’effectif et peignit d’artistiques paysages ainsi que de caractéristiques portraits de Touaregs indigènes (tig. 3).
- Sitôt, arrivée à pied-d’œuvre, la caravane (fig. 4), aidée par le capitaine Lelièvre, commandant l’annexe des Ajjer, et pilotée par un guide expérimenté de la tribu des Kel Médak, franchit d’abord les sommets guillochés du Tassili aux environs de Ghat. Comme Je décrit, Henri Lhote, dans son intéressant ouvrage sur Le Sahara (3e édition, janvier 1960), ces pics gréseux si pittoresquement sculptés par le vent « évoquent la barrière de Chine et ressemblent à des clochetons en ruine ». Camionnettes et chameaux permirent aux différentsurnombres de la mission d’explorer successivement le sud-est du massif jusqu’à l’Oued Am aïs, puis le versant sud (Anuus-Djanet-Forl-Garde!), ainsi que le versant nord plus humide de Dider à Ilierir et Aharhar. Tous revinrent ensuite à Djanet en traversant une seconde fois Jes mêmes régions.
- Les observations, les nombreuses collections et les 1 4oo clichés photographiques recueillis au cours d’un périple total de
- 1 700 km dont 200 en voiture et le reste à chameau o u pédestrement parfois sur les rocailleux chemins du Tassili, véritable calvaire pour des civilisés, sont m ainlenant à l'étude dans différents laboratoires.
- Dans la partie du Tassili parcourue, le régime hydrographique, le climat, la flore et la faune permettent; de distinguer cinq zones. A l’est, les vallées basses des Grands Onadi (Goo à 800 m d’altitude), s’étendent entre le massif oriental du Tadrart et la bordure du Tassili. On y t. r o u v e l’impor-
- Fig. 2. — Lac temporaire à l’entrée du cirque d’A maïs.
- p.133 - vue 141/406
-
-
-
- Fig. 3. — Un noble Touareg de la région d’Iherir. Peau foncée, nez plat, lèvres charnues, yeux enfoncés et un peu bridés. Ces gens ne se rasent ni ne se lavent jamais et restent dévoilés.
- grandioses v
- rayonnent autour du Cirque d’Amaïs retiennent des lacs (fîg. a) sans poissons, mais où grouillent des multitudes d’insectes. Le versant sud de la troisième région s’étend des sources de l’Oued Amais jusqu’au massif basaltique de V Adrar n’Ajjer à l’ouest. De liantes falaises (r 700 à a 35o m) y décorent un plateau sec et rocheux sauf dans l’erg Admer. Près des oueds d’Issandilène, de Sersouf et de Tanar, on rencontre quelques végétaux communs, mais seules les plantes épineuses poussent dans ce pays aride que caractérise également une faune désertique. Les entomologistes y ont trouvé, en particulier, beaucoup de Scorpions dangereux et de Manies. L’oasis de Djanet se distingue, cependant, par sa luxuriante végétation. Dans plusieurs sources près d’Adjakil, la Mission a découvert de nombreux animaux curieux et, entre autres, une Crevette inconnue.
- Dans le massif volcanique de VAdrar n'Ajjer, se trouvent certains points culminants, très peu d’oueds et de rares végétaux. En revanche, les hauts plateaux du centre, entre 1 5oo et 2 000 m d’altitude, forment une cinquième région nettement caractérisée; ses Oliviers, ses Myrtes, ses Hélianthèmes et ses Insectes rappellent la flore et la faune des hauts plateaux algériens vers 1 000 m. Les rochers découpés par. l’eau et le vent, près de Messouna (lîg. G), les gorges profondes de 200 . m dominées par les falaises de l’Oued Tamrit, donnent une . idée de ces sites qu’agrémente
- •la vei’dure des Palmiers (fig. 7) Fig. 4.
- et des Cyprès. En avant, à
- tante oasis du Ghat, avec un millier d’habitants. Vers le nord coule temporairement, après une ou deux périodes de pluies annuelles, l’Oued Tanezzouft qui domine, du haut de ses x 2G0 m d’altitude, la pittoresque montagne ruini-forme d’Idinènc ou « Sommet des Démons a. Dans les eaux douces de la région, prospèrent cei’tains poissons tropicaux non rencontrés dans le l’este du massif et une originale grenouille (Rana Zavallarii). Près de là se trouve la fraîche oasis d’Elbarkat et un peu plus au nord, la plaine de Serdelès, que fertilisent onze sources; on y cultive la vigne et le blé et on y rencontre des figuiers.
- Dans le bassin sud-est voisin, î’Oued Arrikin, après avoir reçu plusieurs petits affluents de montagnes plus élevées (900 à 1 4oo m) va se perdre dans les dunes sablonneuses du F ,e z z a n méridional. Les allées qui
- Fig. 5. — Le canon de l’oued Tamrit, près de Djanet.
- Allilude des falaises : 1 750 ni. Profondeur des gorges : de 200 .à 600 m.
- Sur le versant nord, les plateaux-de 1 200 à 1 5oo m d’altitude, déchiquetés par l’érosion, montrent des végétaux .et des animaux de la zone méditerranéenne ainsi que d’autres espèces d’affinités tropicales comme les d'ermites et certaines plantes de pâturage. On y rencontre un Scorpion, le CicUcits exilis, spécial au Tassili.
- Entre Goo et 1 200 ni., se voit la région la plus fertile. Dans certains oueds qui coulent souvent plusieurs mois de suite (chose fort rare au Sahara), tous affluents de l’Jmirhou, on pèche des Silures et des Barbeaux de type asiatique; les Lauriers-roses, les Typhas, les Tamaris et les Palmiers sauvages poussent vigoureusement dans l’Oasis lherir, mal cultivée, malgi'é sa
- population flottante de 800 à
- ... ..... - 1 200 âmes.
- En résumé, le pays Ajjer, avec ses 54 lacs, dont 28 permanents, s’avère plus frais et plus fertile que le lloggar et les 600 grandes pièces d’eau des deux Tassili conditionnent la vie des agglomérations indigènes dans lé Sahara central qui, sans elles, serait presque inaccessible et incultivable.
- M. Leredde se propose de retourner d’ici peu en ces parages afin d’en dresser la carte phytogéographique. Il a déjà rangé dans son herbier bien des plantes du lloggar décrites par ses prédécesseurs et l’a enrichi de Fougères capillaires et d’une Saxifagée non découverte jusqu’ici au
- — La mission près de Djanet.
- gauche, le professeur Francis Bernard.
- p.134 - vue 142/406
-
-
-
- 11 existe aussi 26 espèces de Fourmis dont 5 nouvelles. Les Poissons et les Batraciens abondent, sauf dans les pièces d’eau peu nombreuses du versant sud. En particulier, les Barbeaux et les énormes Silures fourmillent dans les lacs du nord en compagnie de petits poissons tropicaux. Cinq espèces de Batraciens habitent également l’Oued Tanezzouft et les mares des environs de Chat. Notons cncoi’e quelques remarquables Crustacés et aussi une Eponge nouvelle (Spongilla Saharensis) tapissant plusieurs lacs. Les Araignées, les Pseudoscorpions, les Abeilles et les Hémiptères recueillis sont étudiés par M. Balachowsky qui les décrira, ainsi cpie les Cochenilles à laque du genre Tachardina capturées par lui sur des Tamaris ou des Acacias et qu’on n’avait signalées jusqu’ici que dans les régions tropicales.
- Grâce à cette savante prospection et à celte ample
- Sahara. Il a trouvé, également, dans la marc d’Abatoul, au milieu de la palmeraie d’Elbarkal, une Utricularia minor très curieuse. En outre, il a précisé la répartition de deux arbres intéressants du Sahara central : un Olivier sauvage (Olea Laper-7'ineii) dont 800 pieds existeraient dans le massif, d’après les dires des Targui et le célèbre Cyprès des Ajjcr {Cupressus Dupreziana), seul conifère saharien. Celle flore indigène rare renseignera sur les ressources en eau superficielle et les possibilités culturales de la région. Par exemple, l’Oasis d’Hierir, avec ses 45 pièces d’eau et son oued coulant pendant plusieurs mois, pourrait nourrir une population plus importante que scs 800 Noirs sédentaires ! Des vallées encore incultes, comme celles d’Issandilène, de Tasset et d’autres, possèdent une végétation indicatrice de nappes aquifères peu profondes. Grâce à des terrassements et à des travaux d’irrigation appropriés, on pourrait sans doute leur faire produire du blé, des légumes et des dattes que les Targui nomades vont acheter aujourd’hui au Fczzan. M. Balachowsky a été surpris de constater l’absence des pucerons des fèves et des céréales dans toute la région, sauf à Gliat. A Aharhar, il n’a pas récolté une seule cochenille blanche du palmier (Parlatorea Blanchardi), qui cause tant de dommages dans le sud algérien et il n’a pu capturer qu’une vingtaine de Criquets pèlerins pendant tout le voyage.
- Les Drs Mandoul et Jacquemin ont vu la bilharziose vésicale à Schistosoma Mansoni très répandue'à Gliat et à Djanet. Environ 80 pour 100 des enfants qui se baignent en été dans les mares ou puits contenant les Mollusques transmetteurs de celte maladie avaient des urines sanglantes. Sur le versant nord (lherir-Aharhar), la triste réputation des vallées Ajjer paraît injustifiée; on y observe un paludisme endémique très fréquent, mais bénin. Sur plusieurs centaines de Targui, on a complété les mensurations anthropologiques par des réactions sanguines au moyen de sérums agglutinants fournis par l’Institut Pasteur de Paris; les Ajjcrs ont présenté des réactions différentes de celles des autres, peuplades nord-africaines.
- Le Tassili des Ajjer se différencie d’ailleurs nettement par sa faune terrestre et. aquatique du Hoggar et du Fezzan. On rencontre souvent, parmi les Mammifères et les Oiseaux, des races distinctes des espèces berbères; comme exemples typiques, retenons le Mouflon, la Perdrix Cambra (Aleeloria b arbora), le Faucon et les Tourterelles. Les divers groupes de Gallinacés possèdent tous la même livrée beige et bleue; il y a là, sans doute, un phénomène mimétique dû à l’habitat. Un, Rongeur, assez race, le Goundi (Massonrein Rollischildi) abonde dans les éboulis rocheux. Les Reptiles sont représentés par de gros Lézards et cinq ou six espèces de Serpents, mais on ne rencontre qu’une seule Vipèi'e venimeuse, la Cérastes vipera. Par contre, les Scorpions qui habitent jusqu’à 1 200 m d’altitude, pullulent en été; au-dessus ou au printemps, on n’observe que des variétés locales peu dangereuses de la même famille.
- moisson documentaire, la mission scientifique, r c n -trée à Alger à la fin de mai 1949, fera bientôt mieux connaître le Tassili, ses paysages aux aspects si variés et parfois si grandioses, ses habitants sédentaires ou nomades de race nègre, à la peau foncée et aux cheveux crépus, sa flore et son peuplement animal. Des caractéristiques de tous genres différencient nettement le pays des Ajjer du Hoggar et du Fezzan. Enfin, cette étude fournira d’utiles directives pour étendre et varier les rares cultures pratiquées aujourd’hui dans la région au moyen de méthodes si primitives et améliorera ainsi le sort des Targui, qui habitent ce pittoresque coin.
- Jacques Bovin.
- La radio dans les universités américaines.
- Aux Etats-Unis, les stations de radio universitaires construites par les étudiants pour les étudiants deviennent de plus en plus nombreuses. Une association a été fondée pour mettre en commun les ressources culturelles des universités. Pour lui appartenir, il faut que le rayon de la station de radio ne dépasse pas l’enceinte de l’université, avec les bâtiments qui s’y rattachent, dortoirs, réfectoires, centres récréatifs, etc. Chaque station de radio universitaire groupe de cinquante à cent étudiants, qui doivent faire un an d’apprentissage avant de participer effectivement aux activités de la radio. L’association envoie aux stations membres des bulletins d’information, des brochures, des manuels et une publication traitant de toutes les phases des activités radiophoniques. L’organisation met en outre à la disposition de ses membres une bibliothèque de textes et d’enregistrements et organise des échanges de programmes. Les programmes varient selon les universités, (nais, en général, ils comprennent de la musique populaire et classique, des nouvelles locales et mondiales, une rubrique sportive, des débats, et, parfois, des représentations dramatiques et des concerts organisés par les étudiants.
- p.135 - vue 143/406
-
-
-
- 136
- bombe à hydrogène
- Le sort de l'humanité repose sur un granule pas plus gros qu’une tète d'épingle découpée en mille milliards de milliards de morceaux. C’est à l’intérieur de ce microcosme que nous devons aujourd’hui introduire le lecteur. Pour lui en faire sentir dès l’abord la désespérante petitesse, disons que si nous voulions donner à ce granule la taille d’une bille d’écolier, il nous faudrait le grossir environ 3 ooo milliards de fois; avec ce grossissement, l’épaisseur d’un cheveu atteindrait presque la distance de la Terre à la Lune, et un microbe long d’un micron aurait la tète à Paris et la queue près du Caire.
- Il s’agit naturellement du noyau atomique, dont le rayon Q)
- 2 0 93
- varie de un à • Ce noyau n’est d’ailleurs point fait
- d’une substance homogène, à l’instar de la bille. Il est construit
- avec des particules encore plus petites, les nucléons, dont les uns sont électrisés positivement, (les protons) et dont les autres ne sont pas électrisés du tout (les neutrons). Voilà, du reste, qui pose un premier problème, car la loi de Coulomb enseigne que deux corps chargés d’électricité de même signe se repoussent. Ces protons nucléaires devraient donc se repousser mutuellement, et, en principe, tous les noyaux devraient s’écarteler et s’écrouler. Or, puisque l’univers existe, puisqu’il n’explose pas spontanément, c’est la meilleure preuve que les noyaux sont stables — sauf l’exception des noyaux radioactifs — et qu’ils ne s’écroulent pas. C’est donc qu’une autre force s’oppose à la répulsion coulombienne pour maintenir l’équilibre. Quelle peut bien être cette force ?
- Le fluide nucléaire.
- Nous recourrons, pour le savoir, à la fameuse analogie de la goutte d’eau, proposée par Gamow dès ig3o. Une goutte d’eau est formée de molécules, dont les unes sont placées à la sur-tace de la goutte et dont les autres sont à l’intérieur (fîg\ i). Sur celles-ci s’exercent les attractions des molécules voisines, dont la résultante est évidemment nulle. Celles-là, au contraire, ne subissent d’attractions que d’un seul côté. Elles sont donc tirées vers l’intérieur, si bien que la surface tend vers la super-iicie minimum. Comme la surface minimum, pour un volume donne, est la surface sphérique, voilà pourquoi notre goutte d’eau revêt la forme d’une petite bille ronde. Vous l’avez reconnue : la force qui maintient la cohésion de la goutte, c’est la tension superficielle.
- Or, ce modèle peut très bien être transposé dans le monde nucléaire. Il suffit de supposer que les noyaux sont des gouttes, non pas d’eau, mais d’un fluide nucléaire, et que ce fluide est construit, non avec des molécules, mais avec des nucléons. Chaque atome serait ainsi une goutte de fluide nucléaire escortée de quelques électrons.
- 1. On définit le rayon d’un noyau atomique comme la distance au centre de celui-ci à partir de laquelle cesse la répulsion coulombienne.
- Fig. 2.
- En haut : un noyau lourd, mis en vibration, se déforme et se rompt. En bas : deux noyaux légers, s’attirant mutuellement, fusionnent en un noyau plus lourd.
- Fig. 1. — Un liquide est formé de molécules, dont celles du dessus, développant une force de tension superficielle, communiquent à la surface une forme incurvée.
- Fluide extraordinaire, d’ailleurs, puisque sa densité serait de ?.,/j x iou ! Si l’on pouvait en accumuler i cm3, il ne pèserait pas moins de 2/10 millions de tonnes....
- Naturellement, la tension superficielle qui maintient -une goutte de fluide nucléaire a une valeur autrement élevée que celle d’une goutte d’eau. Sur celle-ci4 elle est, en effet, de 75 dynes par centimètre, ce qui veut dire que lorsque nous puisons de l’eau, le liquide s’v oppose avec une force équivalant à 76 milligrammes par centimètre. Mais si nous prétendions puiser du fluide nucléaire, c’est une force équivalant à i)3 milliards de tonnes que nous devrions vaincre ! Quand le fluide nucléaire diminue de surface, la tension superficielle, diminuant elle aussi, libère immédiatement une certaine quantité d’énergie, égale à 90 x 18 ergs par centimètre carré.
- Pourquoi les noyaux sont stables.
- Tension superficielle, qui tend à lasser sur elle-même la goutte nucléaire, répulsion électrostatique, qui s’efforce de l’écarteler, telles sont, en somme, les deux forces essentielles qui agissent dans les noyaux atomiques. Or, puisque la plupart des noyaux-son I. stables, nous devons bien admettre que ces forces s’équilibrent. Et, de fait, tant que la goutte nucléaire garde la forme
- sphérique, elles n’ont aucune raison de ne pas s’équilibrer. Mais qu’elle vienne à se déformer, par exemple si un projectile lancé de l’extérieur —• mettons un neutron — la percute violemment, aussitôt le conflit s’amorce (lig. 2); la tension superficielle fait tout ce qu’elle peut pour ramener la forme sphérique, et la répulsion coulombienne tâche, au con-
- 220 L
- • Plutonium r Uranium î Protactinium f Thorium
- 'Plomb
- Mercure
- 200 -
- 10 20 30 40
- 60 10 80 90
- iPe. Nickel
- Fig. 3. — Courbe de l’énergie libérée par la rupture d’un noyau (d'après Gamow).
- On voit qu’à partir de l'argent, tous les noyaux présentent une possibilité de rupture avec déga-gemenl d’énergie — allant jusqu’à 220 MeV pour le plutonium. Au contraire, les noyaux plus légers que l’argent exigent, pour se rompre, un apport d’énergie allant jusqu’à 40 MeV.
- traire, d’écarter encore davantage les protons et d’augmenter la déformation. L’histoire devient palpitante, et nous nous demandons lequel des deux adversaires va gagner. Le noyau va-t-il tout ' bonnement redevenir sphérique ? Va-t-il se fen-
- dre en deux ?
- Eh bien ! Cela dépend de sa nature. Pour répondre à la question posée, nous devons examiner les noyaux des 92 éléments naturels connus, et calculer, pour chacun d’eux, laquelle des vieux forces est la plus puissante.
- Or, la tension superficielle est proportionnelle à la surface de la goutte, donc au carré du rayon. Comme, à sort tour, celui-ci est proportionnel à la racine, cubique de la masse atomique, nous pouvons dire que la fension superficielle varie comme la puissance 2/3 de la masse atomique.
- D’autre part, la répulsion coulombienne est proportionnelle à la puissance 5/3 de la charge électrique. Comme, à son tour, celte charge est proportionnelle à la masse atomique, nous pouvons dire que la répulsion coulombienne varie comme la puissance 5/3 de la masse atomique.
- Conclusion : à mesure que nous parcourons la table des éléments, depuis l’hydrogène jusqu’à l’uranium, la répulsion coulombienne augmente beaucoup plus vite que la tension superficielle. Chez les premiers éléments, c’est celte dei'nière qui
- p.136 - vue 144/406
-
-
-
- Fig. 4. — Niels Bohr.
- (Cliché Ambassade du Danemark,
- r (iig. 4) qui, on i(.|3r), avec
- l’emporte; aulrc-mont, dit, un no\au d’un élément léger, violemment déformé, revient sans peine à la forme sphérique. Chez les derniers éléments, au contraire, c’est la répulsion la pim forte : un n o y a u d’un élément lourd, violemment déformé, se fend en deux morceaux. Comme tension el répulsion varient de façon continue, il est donc à prévoir qu’il existe, dans Ja table des éléments, une frontière, en deçà de laquelle les noyaux sont absolument stables et au delà de laquelle ils sont à la merci d’un choc.
- C’est l'illustre Niels Bohr (li J.-A. YYheeler, étudia ce point capital. On trouvera (fig. a) la courbe qu'ils tracèrent et qui contient le secret de toutes les bombes atomiques passées et présentes.
- Fission et fusion génératrices d'énergie.
- Cette courbe montre la suite naturelle des éléments, représentés par leur numéro atomique (en abscisse). Pour chacun d’eux on a porté, en ordonnée, la.quantité d’énergie qui correspond à la rupture (x). Pour l’uranium, par exemple, elle est de +200 MeV. Cela signifia que lorsqu’un noyau d’uranium se fend en deux, chacun des deux morceaux emporte une moitié de la charge. Or, la physique nous apprend que la quantité d’électricité transportée par une sphère est inversement proportionnelle à son rayon. Comme le rayon de chaque morceau est 1,26 fois plus petit que celui du noyau primitif, le total des deux charges est plus petit que la charge initiale. 11 y a exactement .'ly pour 100 de moins d’électricité après la fission qu’avant. Ce sont ces 37 pour 100 qui s’élèvent à 200 MeV et qui représentent la fameuse énergie atomique.
- Un noyau de protactinium libérerait, lui, quelque 180 MeV, et un noyau de plomb, ii5. En deçà de l’argent, c’est la tension superficielle qui domine, et non seulement la fission ne procurerait pas d’énergie, mais il faudrait en fournir pour la provoquer. Tel est le sens des énergies négatives qui figurent sur l’axe des ordonnées en face des éléments légers.
- Que, pour oeux-Jà, ce soit la tension superficielle qui halte la répulsion coulombienne, cela entraîne une importante conséquence. Observons, en effet, des gouttes d’eau ou de mercure roulant sur une table. Se rencontrent-elles ? Elles fusionnent aussitôt pour former une goutte plus grosse. Cette fusion est l’œuvre de la tension superficielle, qui fend toujours, pour un volume donné, à réduire la surface au
- 1. Celte énergie est exprimée en millions d’élec-trons-Volts {MeV), V électron-Volt étant l'énergie d’un électron accéléré par une différence de potentiel d’un volt. Le MeV équivaut à 1,6 x 10—“ erg, ou à 4,4 x 10-20 kilowatt-lieurc.
- Fig. 5.
- minimum. Quand deux gouttes se fondent en une seule, la superficie totale, est réduite, en effet, de 20 pour 100. Il en est de même pour les noyaux légers, chez lesquels la tension superficielle surpasse la répulsion électrostatique. Deux de ces noyaux se rencontrent-ils (lig. 2) ? Lu tension superficielle les oblige à fusionner, el celte fusion libère la, quantité d’énergie superficielle qui correspond, à la réduction de surface de 20 pour 100, à raison de ()3 x io18 ergs par centimètre carré, comme nous l'avons dit tout à l’heure. Ainsi, pour les éléments les plus légers, ce n’est plus la lission qui est génératrice d’énergie, c’est la fusion. Comme le montre la courbe de la figure 3, tous les éléments peuvent donc, en principe, engendrer de l’énergie atomique, les plus lourds par lission, les plus légers par fusion. 11 n’y a que l’argent; qui reste immuable et n’ait aucune chance' de se métamorphoser !
- Comment on attaque les noyaux.
- — Mais alors, vous écriez-vous, le monde est une immense poudrière ! Et, nous courons le risque de voir les noyaux de tout ce qui nous entoure se transformer par fusion ou par fission au milieu de terrifiantes explosions !
- Par bonheur, les noyaux sont dans un état mélastable.
- Ils sont comme la bille, au sommet du monticule de la figu-. re 5 : elle y est actuellement en équilibre, mais il suffirait, d’une chiquenaude pour la faire dégringoler. Les noyaux sont aussi en équilibre, et il suffit d’une chiquenaude pour les faire éclater ou fusionner.
- D’ailleurs, tous ne
- sont pas également solides. Il én est pour lesquels la chiquenaude doit être un choc très puissant et d’autres qui se contentent d’une simple pichenette. Ce sont encore Bohr et Whce-ler qui calculèrent la valeur de la chiquenaude, ou pour parler plus scientifiquement, de l'énergie d’excilalion que l’on doit fournir à un noyau pour en amener la fusion ou la fission.
- Celte énergie d’excitation est représentée par les courbes de la figure 6. Vous voyez qu’il faut apporter 5o MeV pour* provoquer la fusion du silicium ou la fission de l’étain, que 5 suffisent pour la fission de l’uranium cl o,5 pour la fusion du deutérium. C’est, donc aux deux extrémités de la table des éléments, chez les plus légers et chez les plus lourds, que la libération d’énergie, par fission ou par fusion, réclame le moins d’effort. Voilà pourquoi le premier phénomène de fission qui se révéla aux hommes fut celui de l’uranium, et cela explique aussi que les atomistes 11’abordent encore qu’à l’échelle du laboratoire la fission des noyaux un peu plus lourds, comme le bismuth, le plomb et le thallium. Bien entendu, nous ne parlerons pas davantage ici de ce phénomène de fission, qui est maintenant bien connu de nos lecteurs. C’est la fusion, clé de la bombe à hydrogène, que nous allons examiner à présent.
- Fig. 6. — Courbe de l’énergie d’excitation des divers noyaux (d’après G a mou) .
- La courbe de gauche montre quelle énergie il faut fournir aux noyaux légers pour en provoquer la fusion ; celte de droite, quelle énergie il faut fournir aux noyaux lourds pour en produire la lission. On voit que les noyaux les plus faciles à faire fusionner sont ceux de deutérium et de lithium et les plus faciles à « lisser », ceux de plutonium et d’uranium.
- ©
- H
- D T Fig. 7.
- A gauche : noyau d'hydrogène (proton) ; au milieu : noyau de deutérium (deuton) ; A droite : noyau de tritium (triton). Les cercles noirs représentent des neutrons.
- p.137 - vue 145/406
-
-
-
- 138
- La fusion des éléments légers.
- Vous pouvez vous demander quelle est la réaction la plus avantageuse, la fusion ou la fission. La réponse est facile : c’est la fusion, parce qu’il suffit d’un demi-million d’électrons-Volts pour la déclencher. Parmi les éléments « fusibles », nous pouvons, en outre, prévoir que ce sont les plus légers qui libèrent le plus d’énergie, puisque ce sont ceux chez lesquels la tension superficielle, génératrice de cette énergie, est le moins freinée par les protons. L’élément le plus léger auquel nous puissions nous adresser est donc le deutérium, cet isotope de l’hydrogène dont chaque noyau comporte un proton et un neutron (fig. 7).
- Les chimistes nucléaires écrivent immédiatement la réaction à laquelle donne lieu celte fusion :
- jD -j- iD —-> die -j- qR)
- ce qui peut se traduire ainsi : deux délitons (noyaux de deutérium), de masse atomique :>. et de charge 1, fusionnent pour former un noyau d’hélium (masse 3, charge 2) en libérant un neutron avec une énergie de 3,24 MeY.
- Notez que l’hélium file est, non pas l’hélium ordinaire (iHc), mais un isotope beaucoup plus rare de celui-ci. La réaction n’est donc pas la même que celle qui, par le cycle de Bethe, fournit l’énergie au Soleil (V, en transmuant l’hydrogène en hélium ordinaire. Alors que, dans le cycle de Bethe, la proportion de la masse qui se convertit en énergie est de S pour x 000, celte proportion tombe à 0,8 pour 1 000 dans la réaction du deulé-rium — soit à peu près la môme que dans la fission de l’uranium.
- Le tritium, combustible atomique.
- N’espérons pas construire une bombe qui réaliserait le cycle de Bethe : dans le Soleil, la réaction demande des millions d’années! Adressons-nous plutôt a l’élément qui suit le deutérium et qui n’est autre qu’un troisième isotope de l’hydrogène, encore plus lourd et plus rare que le deutérium et qui s’appelle le tritium. Le noyau de tritium, le triton, comporte deux neutrons et un proton (fig; 7). Bombardés avec des délitons, les tritons donnent heu à la réaction suivante :
- ÏT-f ÎD = sHe + onv
- Celte fois, la proportion de masse qui se convertit en énergie est, non plus 0,8 pour 1 000, mais 4 pour 1 000, cette énei’-gie elle-même étant de 17,02 MeV.
- Naturellement, il ne faudrait pas croire qu’il suffise de gonfler un ballon avec un mélange de deutérium et de tritium pour en faire une bombe a hydrogène !
- Rappelons-nous que tous les atomes, même ceux de tritium, ont besoin d’une énei’gie d’excitation pour être amenés à fusionner. Cette énergie a été évaluée tout à l’heure en électrons-Volts, mais nous poumons aussi bien l’évaluer en calories. En effet, le meilleur moyen de faire fusionner des noyaux est de les faire s’entre-clioquer le plus violemment et le plus fréquemment possible. Pour cela, il faut les chauffer, puisque la chaleur est, au fond, un mouvement de particules, d’autant plus
- 1. Le combustible du Soleil, par Pierre Rousseau. La Nature, mai 1948.
- violent que la température est plus élevée. En fin de compte, pour fournir aux deutons l’énergie nécessaire au bombardement des triions, il convient de les chauffer — de les chauffer jusqu’à ce que la chaleur équivale à quelques centaines de milliers d’éleclrons-Volts indispensables.
- Cela paraît très simple, mais sans doute ne vous doutez-vous pas de la difficulté de l’entreprise! C’est que, pour obtenir une énergie de 1 électron-Volt, il faut chauffer à ... 11 Goo degrés.... Cela veut dire que le seuil de quelque 5oo 000 électrons-Volts où s’amorce la fusion du deutéx’ium ou du tritium ne peut se franchir qu’à une température de quelques millions de degrés. La courbe de la ligure 8 repi'ésente d’ailleurs, exprimée en calories, la quantité d’énergie atomique ainsi dégagée par seconde à différentes températures. Vous voyez qu’à 800 ooo°, elle n’atteint encoi'e que 100 calories par seconde, ce qui suffirait amplement pour chauffer une cafetière, mais non pour déclencher une bombe atomique. Il n’y a qu'aux alentours de 2,millions de degrés que la cafetière pourrait se transformer en bombe atomique.
- Ce sont des températures de cet ordre, et môme beaucoup plus élevées, qui régnent dans le Soleil, et c’est pour cela que la transmutation de l’hydrogène en hélium s’y effectue de façon permanente. Nous pourrions donc être bien embarrassés pour déclencher la fusion de noti’e tritium et de notre deutérium si le plutonium n’élait là pour servir de détonateur. On peut très bien concevoir, en effet, une bombe atomique ordinaii’c annexée à l’engin et, par la température élevée qu’elle développe, mettant en marche la réaction de fusion.
- Cela ne l'ésout pas, il est vrai, toutes les difficultés de principe! 11 subsiste celle d’obtenir le tritium, élément qui ne figure que pour moins d’un milliardième dans l’eau naturelle. On peut bien le fabriquer en soumettant du deutéx’ium au bombardement d’un cyclotron ou d’une pile atomique, 'mais le produit obtenu est radioactif et « meurt » au bout de ix ans. A la fin de ce délai, une bombe à ti’itium ne serait pas plus dangereuse qu’une poignée de terre ! Peut-être, en outre, serait-il difficile d’utiliser un explosif gazeux et aurait-on intérêt à charger la bombe d’une de ses combinaisons chimiques — par exemple, de « triture » de lithium. Cela présenterait même l’avantage supplémentaire d’augmenter l’énergie dégagée : le lithium suit l'hydrogène et l’hélium dans la classification des éléments; sa fusion est, elle aussi, relativement aisée et elle s’accomplit avec un rendement énergétique de 2,3 pour 1 000, ce qui est moins considérable que dans le cas du tritium (4 pour 1 000), mais beaucoup plus cpie dans celui du deutérium (0,8 pour 1 000).
- Comment sera faite la bombe à hydrogène?
- •— Mais tout cela, direz-vous, c’est de la théorie ! Dites-nous plutôt comment sei’a faite la fameuse bombe !
- Bien malin, assurément, qui pourrait le prédire ! Tout au plus pouvons-nous conjecturer qu’elle pourrait se composer d’un noyau central formé d’une bombe au plutonium, plongé dans un mélange de deutérium et de tritium liquides, augmenté peut-être d’éléments légers, de lithium, par exemple. La fission du plutonium déclenchera la fusion, et, de plus, l’énei’gie cinétique clés coi’puscules (tritons, deutons, neutrons, noyaux d’hélium et de lithium) amorcera d’autres x’éactions nucléaires, en particulier la x’éaclion classique de -l’hydrogène sur le lithium. La seule certitude est que l’on ne se heurtera pas à l’obstacle de la masse critique minimum, comme dans la bombe à fission. Une autre certitude est la puissance terrifiante du dégagement thermique et de l’onde de choc, sans que l’on puisse, naturellement, aventurer aucun chiffre. Dire que l’engin vaudra 1 000 fois celui de Hiroshima n’avance pas à grand'chose, pas plus qu’affirmer qu’un kilogramme de tritium équivaut à i4o 000 tonnes de toiite, que la bombe pourra raser d’un coup 25o km2 et détruire toute vie dans un rayon de 2 5oo à 5 000 km !
- 10000 000000 .
- 100 000 000 1000000
- 10 000
- “ 0,0001
- Température (milliers de degrés)
- Fig-. 8. — Variation de l’énergie dégagée (en calories) par la fusion des deutons, en fonction de la température.
- p.138 - vue 146/406
-
-
-
- 139
- Une autre chose dont nous sommes sûr, c'est son coût exorbitant, d’abord en dollars — Urey ne parle-t-il pas de plus de ooo millions de dollars ?— puis en travail intellectuel. La première bombe avait exigé, dit-on, l’invention d’un « cerveau électronique » capable de produire en ti’ois mois le môme labeur que 5o mathématiciens professionnels en dix ans. Quelles recherches prodigieuses réclamera le nouvel instrument de mort ?
- Soyons certains, en tous cas, qu’il n’en faudra pas beaucoup d’exemplaires pour débarrasser le globe de son grouillement
- humain et en faire une terre nue merveilleusement aseptisée, surtout si, comme le suggère Szilard, on y ajoute un élément comme le cobalt qui, rendu radioactif par le bombardement des neutrons, est susceptible d’empoisonner la Terre entière. Encore heureqx si la réaction ne s’étend pas aux substances qui composent notre planète et n’en amène pas l’explosion atomique — laquelle n’apparaîtrait, d’ailleurs, vue de a Centaure, que comme une infime lueur de 21e magnitude.
- Pierre Rousseau.
- Le titane
- Au cours de la révolution industrielle qui se poursuit depuis une centaine d’années, on a vu nombre de métaux, simples curiosités de laboratoire à l’époque de leur découverte, devenir par la suite, des produits de première importance technique, tels le sodium, l’aluminium, le magnésium, le calcium, etc....
- L’évolution la plus caractéristique est certainement celle de l’aluminium, le métal de l’argile, entrevu en 1826 par le Danois OErsted. 11 fut préparé en petites quantités vingt ans plus tard par Wohler. L’Exposition de i855 le vit présenté en lingots. Il était alors coté 5 000 f le kilogramme. Un an plus tard, il était livré à moins de 2 000 f et deux ans après à moins de 1 000 f. La découverte des méthodes électrochimiques permit l’expansion massive de sa production mondiale. Celle-ci n’était que de quelques centaines de kilogrammes par an en 1S60; elle passa, 5o ans plus lard, à 60 000 t, puis s’éleva verticalement pour atteindre en 19/10 son maximum : quelque deux millions de tonnes; elle se maintient actuellement entre douze et treize cent mille tonnes annuelles.
- Voici, qu’un tout autre métal, le titane, connu depuis les dernières années du xvme siècle et resté depuis à peu près uniquement confiné, sous sa forme pure, Hans les laboratoires, semble appelé à devenir rapidement lui aussi un métal de grande importance industrielle.
- Le minerai de titane n’est pas aussi répandu que celui d’aluminium, le plus abondant des métaux, mais.il se trouve en plus ou moins grande quantité dans presque toutes les roches ignées et dans les terrains séclimentaires qui en dérivent. Sur 800 roches analysées au laboratoire du Geological Survcy des États-Unis, 784 contenaient du titane.
- Le principal minéral exploitable est le rutile ou bioxyde de titane naturel cristallisé, TiO,. Sa couleur rouge est due à de petites quantités de fer, de manganèse ou d’autres impuretés. Il provient surtout d’Australie, du Brésil, des États-Unis. On en a trouvé de beaux échantillons minéralogiques en Hongrie, en Espagne, au Saint-Gothard, en France, à Saint-Yriex près de Limoges, à Saint-Christoplie-en-Oisans, clans l’Isère.
- D’autres minerais renferment du titane : brookite, anatase, perowskite, titanite, etc. On compte environ soixante espèces minéralogiques dans la constitution desquelles on le rencontre.
- Le rutile est le minerai de choix pour l’industrie du titane. Il est le plus pur, il contient jusqu’à 59 pour 100 de métal, mais il est coûteux et peu répandu. Le véritable minerai commercial est l’ilménite ou fer titane : FeTi03. C’est un sesquioxyde de fer, Fe203, dans lequel une partie du fer est remplacée par du titane. Sa constitution chimique a été discutée; certains auteurs le tenaient pour un mélange isomorphe des deux oxydes, mais il semble acquis maintenant qu’il constitue bien un oxyde mixte et non un simple mélange.
- L’ilménite est un minéral noir, de densité comprise entre 4 et 5. Elle se rencontre surtout en grains dans des sables provenant de l’altération de roches ignées et, occasionnellement, en filon dans des granits ou des gneiss.
- Les sables lourds des plages du Sénégal, entre Rufisque et Gambie, riches en ilménite proviennent de la désagrégation de basaltes; il en est de meme des importants dépôts du Sierra Leone et des sables litanifères de l’Ile de la Réunion.
- Avant la guerre, le marché était principalement alimenté par les Indes, pour 200 à 25o 000 t annuelles, la Norvège (60 à 80 000 t), le Sénégal (6 à 8 000 t), la Malaisie (6 à 10 000 t). Les États-Unis ont porté pendant la guerre leur production à plus de 200 000 t et le Canada à 3o 000 t.
- Une ilménite de très bonne qualité conlient environ 5o pour 100 d’oxyde de titane Ti02, soit quelque 3o pour 100 de métal.
- Le titane joue déjà un rôle industriel d’importance, mais par ses composés, notamment les ferro-alliages qui s’obtiennent facilement par réduction de l’ilménite par le charbon au four électrique. Us sont utilisés comme produit d’addition dans les aciers et les fontes, comme désoxydant et comme élément d’alliage.
- L’introduction de petites quantités de titane dans les aciers au chrome-nickel prévient la formation de carbure de chrome et maintient ce dernier métal en solution solide, par suite de l’affinité du carbone pour le titane. Celui-ci joue ainsi le rôle d’un stabilisateur et améliore la tenue à la corrosion. Le titane intervient également dans des fontes spéciales et dans des bronzes durs.
- Le carbure de titane allié au carbure de tungstène sert dans les outils à coupe rapide pour l’usinage des métaux.
- Le chlorure de titane a été largement utilisé pendant la guerre comme produit fumigène.
- L’oxyde de titane est de plus en plus employé en peinture comme pigment blanc; il n’est pas toxique et par suite de son indice de réfraction élevé, son pouvoir couvrant est considérable. Pour les mêmes raisons, il intervient dans les formules d’émaux pour les métaux et la céramique.
- L’oxyde de titane est également utilisé pour les produits de beauté, les cosmétiques et comme charge en papeterie et en savonnerie.
- Les sels de titane sont utilisés comme mordants en teinture.
- Ce n’est qu’aujourd’hui que l’on envisage l’introduction du titane métal pur dans la pratique industrielle.
- Le problème de la préparation du titane pur est difficile. Il y a plus de cent cinquante ans qu’il est connu dans ses combinaisons, mais la difficulté était de l’en séparer, exempt de nitrure et de cyanure. A la fin du xixe siècle seulement, Mois-san parvint à l’obtenir au four électrique à 98 pour 100 de
- p.139 - vue 147/406
-
-
-
- pureté. En 1910, limiter réussit enfin à produire du titane à 99,9 pour 100 par l’action du sodium sur le chlorure de titane pur.
- De nombreux travaux ont suivi et ce n’est que depuis quelques mois que la préparation du titane est entrée, comme La Nature l’a annoncé (1), dans la pratique industrielle.
- En même temps, on a annoncé la découverte au Canada d’un gisement considérable d’ilménite dont la mise en exploitation à grande échelle est prévue pour fin 1950. Ce gisement est situé à 4oo milles à l’Est de Québec, dans la région du lac Allard, à 27 milles au nord de la région du llavre-Saint-Pierre. L’établissement d’un chemin de fer destiné à desservir les mines a débuté en 19/18; il est déjà réalisé sur la moitié de son parcours par les ingénieurs de l’Iron and Titanum Corp. qui exploitera le gisement. L’ilménite sera embarquée au Havre-Saint-Pierre, sur le fleuve Saint-Laurent, pour Sorel où elle sera traitée axl four électrique. On obtiendra, d’une part, de la fonte et de l’acier et, d’autre part, des laitiers contenant le titane qui seront traités pour l’extraction de ce dernier.
- On estime que ce nouveau gisement peut fournir plus de ia5 millions de tonnes d’ilménite à 3a pour 100 d’oxyde de titane. Il s’ajoute aux gisements déjà prospectés et exploités en Amérique du Nord et va assurer à l’industrie le nouveau métal en quantités pratiquement inépuisables.
- Diverses méthodes sont envisagées pour la production industrielle du titane. Elles partent en général de dérivés halogénés, particulièrement du tétrachlorure. Celui-ci est traité par l’aluminium, le calcium, le magnésium ou le sodium qui se combinent au chlore et libèrent le titane sous forme spongieuse ou pulvérulente.
- Le métal est ensuite aggloméré et fritté suhant les techniques maintenant classiques de la métallurgie des poudres ou refondu au four à arc électrique en atmosphère contrôlée d’hélium ou d’argon, ou dans les mêmes conditions au four à induction.
- Le titane pur est doué de propriétés physiques, chimiques et mécaniques qui lui assureront de larges débouchés industriels. Sa densité de 4,54 est inférieure de près de moitié à celle des aciers inoxydables : 7,9 et du cuivre : 8,9; elle n’atteint pas le double de celle de l’aluminium : 2,7.
- Son point de fusion est élevé : 1 760° C. Ses propriétés mécaniques sont du même ordre que celles des aciers inoxydables. Elles peuvent être améliorées par traitements thermiques. Il peut être soudé électriquement, moulé par extrusion, laminé et forgé par les méthodes ordinaires. Sa résistance à la corrosion et aux réactifs chimiques en général est excellente.
- Le titane se placera dans l’échelle des métaux industriels entre les alliages légers et les aciers inoxydables. Il est probable qu’il trouvera davantage d’applications dans le domaine des aciers inoxydables que dans celui des métaux légers, en particulier par suite de ses propriétés mécaniques élevées, de sa résistance à la corrosion, notamment à la mer, et de son point de fusion élevé.
- Ces diverses propriétés lui assureront de larges débouchés dans la construction aéronautique. On envisage également de l’utiliser pour les ailettes des turbines à gaz et dans les compresseurs, dans les ajutages des engins à réaction et autopropulsés.
- II n’est pas douteux qu’il trouvera des emplois multiples quand sa fabrication sera suffisamment industrialisée et ses prix de vente stabilisés.
- Actuellement le titane est vendu aux environs de 10 à 11 dollars le kilogramme sous forme spongieuse et une quarantaine de dollars en barres ou en feuilles. Dès maintenant, les producteurs espèrent pouvoir abaisser le prix jusque vers 3,5o dollars, si la demande atteint un niveau suffisant.
- 1. La Nature, n" 3168, avril 1949, p. 108 et n" 3176, décembre 1949, p. 373.
- Cette éventualité est des plus probables si l’on en juge par l’intérêt que portent à la question du titane les services officiels américains, notamment en ce qui concerne l’aviation aux vitesses supersoniques, ce que montrent les nombreux travaux techniques déjà publiés sur le sujet.
- Actuellement le titane pur est déjà livré par l’usine pilote, de Newport (Del.) de la Société Dupont de Nemours et par celle de la Dominion Magnésium Ltd à Ilaley, dans l’Ontario. Chaque usine le prépare par un procédé différent.
- Les propriétés du titane pur sont modifiées par de très petites quantités d’impuretés : azote, carbone, oxygène, tungstène, etc., notamment en ce qui concerne la ductilité, les traitements thermiques et la facilité d’usinage. Cette sensibilité à des traces de corps étrangers fait espérer qu’un champ très large s’ouvrira à des alliages ayant des propriétés variées. Des recherches sont activement poussées dans celte voie. On a retenu en particulier des alliages plus ou moins complexes dans lesquels interviennent notamment, le bore, l’aluminium et le chrome, l’aluminium et le fer, le molybdène, le chrome, le manganèse, etc. Ces recherches se poursuivent; elles s’étendent actuellement à une grande variété de formules. Il est probable que peu à peu, celles-ci se réduiront à celles de quelques alliages dont les propriétés auront été reconnues les plus utilisables.
- Des résultats fort intéressants ont déjà été obtenus, notamment en ce qui concerne la résistance mécanique. Il n’est pas douteux que la naissante industrie du titane apportera de nouveaux matériaux aux industries mécaniques, chimiques et para-chimiques, ouvrant une nouvelle avenue dans le panorama toujours plus étendu que présente la scieircc de notre temps.
- t Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- A propos du demi-siècle...
- On a beaucoup parlé, dans les dernières semaines de décembre dernier, du « demi-siècle finissant ». Dans la presse, à la radio, au cours des conversations particulières, on se plaisait à évoquer les manifestations littéraires, scientifiques, musicales, médicales du demi-siècle, et on assignait sa lin au 31 décembre 1949.
- Cette fausse interprétation est regrettable.
- La première moitié du présent siècle s’achèvera le. 31 décembre 1930, et non le 31 décembre- 1949.
- Pour beaucoup de personnes, l’année 1900 marquait, le début du xx° siècle, alors qu’elle terminait le xixe. En effet, un siècle se définit « un espace de. cent années numérotées de 1 à 100 et non de 0 à 99 ». Un demi-siècle va de 1 à, 50, un autre de 51 à 100.
- Dans la presse, quelques hommes ont réagi contre l’erreur commune. Jules Romains écrivait, lin décembre : « L’année 1950, par le- seul aspect de son millésime, cl, peut-être, en dépit d’une arithmétique pointilleuse, va faire penser à beaucoup de gens que la première moitié du siècle vient de finir, et que la seconde commence... ».
- Dans la Grande Encyclopédie de Berlhelot, tome 29, page 1182, seconde colonne, on relève ces lignes :
- « Un siècle finit-il le 31 décembre de l’année numérotée 99 ou le 31 décembre de l'année numérotée 100 ? Pour un esprit non prévenu, la question ne paraît pas devoir se poser. La première année du premier siècle d’une ère est, en effet, l’an 1 et non l’an 0. Le- 31 décembre de cette année, c’est-à-dire le 31 décembre 1, il y a une année écoulée, et le 31 décembre 100, il y en a eu 100, ou un siècle ; donc le second siècle commence le 1er janvier 101, le xxe siècle le 1er janvier 1901.
- « Ainsi en a décidé le Bureau des Longitudes, suivi par la presque unanimité des savants. Les partisans de l’opinion contraire ne se sont guère- recrutés que parmi les gens de lettres et les journalistes. Elle a eu aussi un adepte dans l’empereur d’Allemagne, Guillaume II ».
- Amédée Fayol.
- p.140 - vue 148/406
-
-
-
- 141
- Recharge ultra-rapide des accumulateurs
- L
- a batterie d'accumulateurs « au plomb », due au génie de Gaston Planté, est pratiquement seule utilisée en France. La batterie <( basique », inventée par Edison, d’un rendement insuffisant et d'un coût très élevé, demeure réservée à des applications particulières, telles que l’aviation. Malheureusement, les inconvénients de l’accumulateur au plomb sont bien connus. La huilerie est vulnérable, « susceptible ». Elle périt aussi bien par décharge excessive que par charge trop rapide ; la gelée l’éprouve, surtout si elle est déchargée. Une batterie abandonnée à elle-même, au fond d’un garage, se « sulfate », le plomb se trouvant attaqué directement par l'acide, et, bientôt, les éléments deviennent inutilisables.
- A bord des voilures, l’emploi de la huilerie pour fournir, à très basse tension (fi V, 12 Y ou exceptionnellement 24 Y sur les camions) des puissances inornen-I anées considérables, atteignant plusieurs ch, ce qui constitue une gageure technique. Le problème a été résolu par l’emploi de conducteurs de très fortes sections, et aussi, il faut bien le dire, en tolérant des rendements déplorables, ainsi que des éehauffements qui demeurent sans conséquence en fonctionnement normal, le démarreur ne restant branché que durant quelques secondes.
- Ainsi, la batterie, seul point de la voiture où existe en permanence de l'énergie « mobilisable », prête à assurer le lancement du moteur, demeure également le point névralgique, qui donne à son propriétaire des soucis trop justifiés !
- Fig. 1. — Chargeur rapide de garage montrant le tableau de régulation.
- (Illusl ration aimablement communiquée par la revue Aiilovolt).
- Principe de la « charge rapide ».
- Pour disposer en permanence d’une batterie « chargée à bloc » sans être astreint à monter sur sa voilure une- dynamo de puissance inadmissible, une solution existe : celle de la charge rapide récemment mise au point en Amérique, et qui commence à se répandre en France. Grâce à celte méthode nouvelle, la « recharge de secours » de la batterie s’effectue en quelques dizaines de minutes, et prend ainsi l’aspect d’une « petite réparation », comparable à la réparation d’une roue ou à la vidange du moteur.
- Est-il possible, comme l’affirment les vieux traités d’éleclro-
- 7.70
- 7.50 7,30 7,10 6,90
- 6.70
- 6.50
- QJ p ü C «1 qj
- E CL Q)
- OY2. TJ t CP U *2>C O o>
- 600
- 500
- 4.00
- 300
- 200
- 100
- 0
- , —i—
- \ r
- i 1
- g rm ié[Ç ?tare
- — X
- Y
- N *—i— U Te laie
- c~i i -
- uegagemenc ae gaz
- 20
- 40 60 80 100 120
- Temps en minutes
- Fig. 2. — Courbe de charge à tension constante d’une batterie de démarrage de 6 V 75 ampères-heure.
- technique, de soumettre une batterie d’accumulateurs à un courant de recharge très intense, sans compromettre sa santé ? Très certainement, ont répondu les techniciens après mûr examen, mais à condition de respecter la « loi » suivante :
- La batterie peut suppor-porlcr un courant dont l’intensité, chiffrée en am-pères, est égale au nombre d’ampère s-h cure restant à fournir à la batterie pour quelle soit, complètement chargée.
- Yoici une batterie qui réclame 100 ampères-heure. Mous allons commencer par la charger au régime — extravagant du point de vue de la pratique classique — de 100 ampères. Dès qu’elle aura reçu 5 ampères-heure, c’est-à-dire au bout de 3 mn, nous réduirons le courant à 95 ampères, et ainsi de suite.
- Il est clair que le garagiste aura d’autres soucis que de venir tourner le boulon de réglage de son chargeur toutes les 3 mn. Mais il se trouve que la méthode bien connue de charge <c à potentiel constant », qui n’exige aucun réglage intermédiaire, correspond à peu près exactement à la loi ci-dessus. C’est là ce qui a si largement favorisé l’emploi de la méthode.
- ïïelenons que l’on peut charger très rapidement une batterie au commencement, tandis qu’on vidange l’huile et que le client — comme cela se pratique en Amérique — déjeune d’une saucisse chaude dans un milk bar attaché à rétablissement, sans que l’on ait à craindre d’échauffement ni de violents dégagements gazeux, mettant en péril les plaques positives. Rien de plus facile que de charger aux deux tiers une batterie à grande allure, ce qui est plus que suffisant pour le fonctionnement du démarreur et des phares. Pour le dernier tiers, le client le plus infortuné dispose d’une dynamo de bord qui ne rechignera pas à le fournir !
- Comment effectuer l'opération.
- >i le « quick charger » s’est largement développé aux États-Unis alors qu’il commence à peine à faire son apparition en France, c’est que le client américain est infiniment moins soigneux de sa voiture que le conducteur français. En ces pays fortunés, on voit couramment un conducteur abandonner sa voiture au garage tous feux allumés ; il fait fonctionner sa radio, et même son appareil de chauffage à l’arrêt ; par des températures de — 20°, si le départ du moteur se fait attendre, il appuiera sur le démarreur jusqu’à ce que mort s’ensuive !
- Fig. 4. — Thermomètre interrupteur à contacts pour l’arrêt de la charge rapide.
- Thermostat d liquide.
- Fig. 3. — Équipement d’une batterie en cours de recharge rapide.
- A droite et à gauche : les câbles de connexion normaux de la batterie ; en haut, les câbles et pinces amenant le courant de charge ; au centre, le thermomètre interrupteur.
- p.141 - vue 149/406
-
-
-
- 142
- Là-bas, le chargeur rapide de secours est donc une nécessité. C’est toutefois un engin différent du chargeur normal, qui conserve sa place dans les garages. En France," nous sommes moins fastueux et plus pauvres. Si nous n’avons pas, en général, de radio de bord, ni de chauffage électrique, nous n’avons pas non plus une dynamo suffisamment puissante. De là des ennuis, des marches à faibles charges, auxquels viennent précisément remédier les nouveaux systèmes de charge rapide.
- La méthode, assurément, exige du doigté, ou, tout au moins, de la conscience professionnelle et des précautions. Le préposé doit mesurer la densité et la température de l’électrolyte dans tous les bacs, car l'altération d’un seul élément suffirait pour compromettre la sécurité des autres. Il sera bon, également, qu’il procède à un essai de décharge à fort régime, à l’aide du classique appareil à pointes et à shunt. Il devra, en outre, surveiller l’aiguille de l’ampèremètre durant les premières minutes de la charge, et surseoir à la charge de tout élément sulfalé ou avarié.
- Le courant sera coupé automatiquement, soit par une horloge à contacts soigneusement réglée suivant l’état de décharge de la batterie, soit, mieux, par un nouveau type de « thermomètre interrupteur » mis en communication par un tuyau avec l’électrolyte de l’un des bacs. La température qui indique la fin de la charge, voilà, en vérité, qui est révolutionnaire, et qui souligne bien les aspects nouveaux de la méthode de recharge rapide.
- Moyennant; ces quelques précautions, qui n’ont rien d’excessif, l’emploi du « quick charger » n’offre aucun inconvénient pour la conservation des batteries, aussi bien neuves qu’usagées. Pratiquement, on peut recharger une batterie de 90 ampères-heure, complètement déchargée au démarreur, c’est-à-dire placée dans les plus mauvaises conditions possibles, en un temps variant de 20 à 00 mn. Ce sont là des chiffres qui. eussent fait rêver nos prédécesseurs, et dont tous les automobilistes apprécieront l'intérêt.
- Pierre Devaux.
- Machine ultrasonique à laver le linge
- Parmi toutes les applications récentes des ultrasons, en voici une qui, au premier abord, étonne et qui cependant est des plus logiques et doit avoir une grande efficacité.
- Le lavage du linge consiste à détacher et à dissoudre les matières grasses qui le souillent; pour cela, on le mouille, on l’enduit de savon qu’on fait mousser et on fait pénétrer la solution savonneuse à travers les mailles des tissus pour atteindre toutes les taches, dissoudre leurs parties grasses et détacher les poussières et les corps insolubles.
- La blanchisseuse y réussit en brossant, en tapant au battoir, en tordant chaque pièce, à la force de ses poignets.
- On a imaginé ensuite diverses machines mécaniques qui remplacent les bi’as par un moteur actionnant des palettes qui agitent le linge dans la lessive, le tordent plus ou moins, le pressent et finalement l’essorent.
- Les mouvements humains sont lents, ceux de la machine peuvent être plus rapides, mais ils sont moins efficaces à moins qu’ils ne soient trop énergiques et usent ou déchirent le linge.
- Les ultrasons émis dans la cuve à linge y créent des vibrations rapides qui font mousser le savon, émulsionnent les graisses, détachent les poussières mieux et plus vite que les autres procédés, si. bien que l’opération dure moins de cinq minutes.
- MM. Excell et Jones, ingénieurs à Melbourne (Australie) viennent de réaliser un générateur d’ultra-sons adapté à cet usage (fig. i). C’est un appareil cylindrique, d’environ 4o cm de haut, dans lequel se trouve un électro-aimant qui fait vibrer un diaphragme inférieur de 18 cm de diamètre. On le pose dans la cuve de lavage, on empile le linge tout autour, on emplit la cuve d’eau chaude et on ajoute la dose nécessaire de savon en poudre. Il n’y a plus qu’à brancher le fil d’amenée du courant sur une prise. Un transformateur réduit la tension à 32 V, de façon à éviter les dangers d’électrocution en cas de fuites. En quelques instants, le lavage est terminé.
- Fig. 1. — La machine ultrasonique à laver le linge.
- (Ansiralian official photo).
- p.142 - vue 150/406
-
-
-
- (0
- 143
- Images de mondes disparus
- Du Dévonien au Carbonifère. Le début de la conquête de la terre ferme par les Vertébrés
- L
- a lin de la période dévonienne est, pour l’hislorien de la vie, un moment particulièrement attachant. Un monde nouveau commence, qui, par certains aspects du règne végétal, nous est. déjà presque familier, et avec lequel s’ouvre, pour le règne animal, le début de la prodigieuse expansion des Vertébrés sur la terre ferme.
- Les végétaux sc sont profondément modifiés depuis le temps où les Rhynia et les Hornea crois-saient dans les tourb i è re s du continent des Vieux Grès Rouges. La distinction des racines, de la tige et des feuilles se trouve maintenant achevée, et, dans les forêts de la fin du Dévonien, se rencontrent des Fougères dont les frondes ressemblent à celles des Fougères actuelles (fig. il, des arbres au port et à la structure
- I. — Le monde des Vertébrés à la fin du Dévonien
- Les Vertébrés, jusqu’alors si rares dans les mers, envahissent maintenant, le domaine océanique, s’y répandent et s’y multiplient. Mais c’est toujours dans les lacs et les lagunes du continent des Vieux Grès Rouges, qui demeure le trait géographique dominant, que s'accomplissent les changements
- majeurs. Deux régions sont alors particulièrement intéressantes : l’une, correspond aux rivages de l’actuelle baie de Scaumenac, au Canada; l’autre, à l’île Ymer, face à la côte orientale du Groën-1 a n d. En des eaux riches en ces curieux poissons à double respiration, branchiale et pulmonaire, les Cros-soptérygiens et les Dipneustes, vont nous apparaître, sur ces deux points, les premiers Vertébrés aux membres conformés pour les déplacements sur la ter-re ferme : le monde de la « té-trapodie » naît.
- Fig. 1. — Une fougère du Dévonien supérieur : Archœopteris libernica. Fronde feuillée et fronde fertile (imiIv de Sciiimpeu).
- Fig. 2. — Crâne d’Ichthyostégidé du Groenland, vu par-dessus (d'après SXve-Sodehbergii, in Romer).
- des Gymnospermes.
- Dans le momie, des Vertébrés, une transformation anatomique profonde va prendre naissance, qui ne trouvera d’ailleurs son plein achèvement q u ’ a u Carbonifère. C’est elle qui donnera à la vie animale de cette période la caractéristique la plus saisissante.
- 1. Voir La Nature, n°" 3171, 3172, 3173,
- pp. 207, 249, 278.
- i. Les gisements de Vertébrés du Groenland
- La côte orientale du Groenland, dans son aspect actuel, montre d’innombrables découpures; elle se projette en une multitude de petites îles, aux contours fortement irréguliers. L’une d’entre elles, l’île Ymer, située par 73° de latitude nord environ, offre au paléon-
- Fig. 3.— Crâne d’Elpistostege, du Dévonien supérieur du Canada, vu par-dessus
- (d’après Westoll, in Romer).
- p.143 - vue 151/406
-
-
-
- tologiste de multiples objets d’intérêt. Profondément creusée d’Est en Ouest par un long fjord, elle renferme, à l’entrée de celui-ci, deux gisements maintenant célèbres dans le monde des spécialistes : Orvin sur la branche nord, le mont Celsius sur la branche sud. Là furent trouvés des Arthrodires en quelque sorte dégénérés, comme le curieux Phillolepis, au corps aplati, dont la cuirasse est composée de plaques ornées de fines lignes, et qui longtemps fut rangé parmi les Vertébrés sans mâchoires; des Bothriolepis, représentants du groupe des Antiarches qui peuplait, nous l’avons déjà vu, les lacs du mésodévonien; des Remigolepis, ressemblant beaucoup aux Bolhriolepis, mais de proportions un peu différentes; et enfin, découverte capitale, les premiers représentants de la classe des Amphibiens, c’est-à-dire des Vertébrés qui passent normalement leur phase adulte hors de l’eau, marquant ainsi le premier stade de l'acquisition de la vie aérienne,' de la conquête du milieu terrestre.
- C’est sur le revers septentrional du mont Celsius que les expéditions danoises et suédoises de 1929 et de iq.Ii mirent à jour, dans une formation située à peu près à la limite du Dévonien et du Carbonifère, les restes de ces très anciens Vertébrés tétrapodes, ces ichlhyostégidés comme les nomma le regretté paléontologiste G. Sàve-Soderbcrgh. Leur crâne (fig. 2) offre, par la disposition générale de ses éléments, d’étroites analogies avec les Poissons Crossoptérygiens, mais nous savons qu’ils avaient des membres conformés comme ceux des Amphibiens. Ils ne s’en servaient point cependant pour se déplacer sur la terre ferme et continuaient à mener une existence aquatique. De quoi nous avons plusieurs témoignages.
- Les caractéristiques pélrographiques du gisement du Mont Celsius suggèrent qu’i] s’agit d'une formation d’eau douce; on y rencontre, d’ailleurs, d’autres Vertébrés vivant normalement dans un tel milieu. On pourrait penser, il est vrai, que les Ichlhyostégidés, habitant la terre ferme, auraient été entraînés accidentellement, après leur mort, par l’action d’eaux torrentielles, de courants, e ries qui restituent notre curiosité. Et que se fait, le lion des Vertébrés preuve indiscutable Ichlhyostégidés
- ligne latérale, c’est-à-dire un ensemble d’organes sensoriels disposés selon un dessin très régulier, et susceptibles d’être affectés par les vibrations lentes des eaux, ce cpii permet à l’animal de s’orienter par rapport aux courants. Présent chez tous les Poissons, ce système de la ligne latérale s’observe aussi sur les larves (ou têtards') d’Amphibiens. 11 disparait chez les formes adultes terrestres, mais persiste sur les genres qui demeurent toute leur vie dans le milieu aquatique; tels nombre d’Urodèles et, parmi les Anoures, le groupe des Aglosscs.
- Le système de la ligne latérale des Ichthyoslé-
- gidés est bien développé, et offre certaines dispositions plus proches de celles de Poissons, comme VAmia des lacs de l’Amérique du Nord, que des autres Amphibiens.
- Nous avons déjà souligné la variété des allures, au Dévonien inférieur et moyen, de tous ces habitants des eaux douces. Et, dans ce même milieu aquatique, nous voyons se constituer, au .Dévonien supérieur, un type original de membre, qui vient ainsi accroître une diversité déjà grande. Mais cet organe nouveau ne semble point en harmonie fonctionnelle avec un tel milieu, et c’est seulement après un changement d’habitat que sa fonction locomotrice s'exercera dans la plénitude.
- 2. Les gisements de Vertébrés du Canada
- Non moins célèbres en paléontologie que lés terrains de l’île
- Ym'er sont les rives de la baie de Scaumenac,; au voisinage de
- le., dans ces lacs ou ces lagu-maintenant leurs débris à effectivement, c’est bien ainsi plus souvent, la fossilisa-terrestres. Mais nous avons la de l’habitat aquatique des ils possèdent un système de la
- Fig. 4.'
- Reconstitution d'une forêt houillère.
- p.144 - vue 152/406
-
-
-
- Fig. 5. — Restauration de Meganeùra Monyi, libellule trouvée dans le terrain houiller de Commentry, 1/7 environ (Ch. Bivongniart).
- \ droite et au bas de la figure, on a placé une grande libellule actuelle comme terme
- de comparaison.
- l'estuaire du Saint-Laurent. A différents niveaux de la falaise llugh Miller, ainsi nommée en l'honneur de l’ouvrier carrier écossais qui fit ccnnaîlre les curieuses formes de « Poissons cuirassés » de son pays, cuire les villages de Fleurant et de Migua-sha, une abondante faune de Vertébrés, d’âge dévonien supérieur, a été mise à jour, semblable par quelques-uns de ses éléments à la faune contemporaine d’Europe. Une llorc de plantes vasculaires l’accompagne, montrant qu’il s’agit d’un dépôt d’eau douce, sur un continent.
- C’est de celle formation que le paléontologiste Westoll a décrit, sous le nom tVElpistosU’ye (fig. 3), le crâne d’un Vertébré offrant, dans les proportions relatives des régions situées en avant et en arrière de l'orifice pinéal, une disposition intermediaire entre relie des Crossoplérygiens et celle des Amphibiens On peut y voir, avec beaucoup- de vraisemblance, un représentant du groupe des Ichlhyoslégidés; malheureusement nous n’avons aucune indication sur la structure de ses membres.
- L’aspect du monde des Vertébrés au Dévonien supérieur se caractérise ainsi : les mers et les eaux douces étaient peuplées abondamment; les formes Sans mâchoires différenciées avaient disparu; la cuirasse dermique persistait, inégalement développée, chez les Arlhrodires et les Antiarches; les poissons à double respiration, branchiale et pulmonaire, constituaient l’un des dominants de la faune. Mais l’événement essentiel, décisif, qui imprime à cette période de l'histoire, du monde sa véritable originalité, c’est l'apparition, avec les premiers Amphibiens encore
- aquatiques, du type de membre qui sera ultérieurement celui des Vertébrés terrestres. Une telle transformation organique, il convient de le souligner, ne correspond point, pour le moment, à un changement d’habitat. Le milieu aquatique demeure, au Dévonien supérieur comme aux périodes antérieures, le domaine de prédilection de tous les Vertébrés, qu’ils soient pourvus de nageoires ou de membres conformés pour la marche sur la terre ferme.
- II. — La sortie des eaux au Carbonifère
- Et pendant longtemps encore les Amphibiens continuent à vivre dans le milieu lacustre. Us vont, se diversifiant-au Carbonifère, le groupe alors le plus répandu étant celui des Embolomères, aux vertèbres constituées par deux disques sensiblement égaux, perforés en leur centre pour le passage de l’axe de soutien du rachis, la noto-corde. Us vivaient, en compagnie d’Amphi-biens de plus petite taille, sous une atmosphère encore fortement chargée cl’acide carbonique, dans les étangs de la grande foret houillère (fig. 4), que survolèrent, à la fin de celle période, des Libellules géantes (fig. 5). Ce milieu physique très particulier devait: offrir quelques analogies, comme l’a indiqué Westoll, avec certains aspects des marécages du Cran Chaco, au Paraguay.
- Dans ces marécages, souvent allongés suivant d’étroites dépressions, aux eaux stagnantes et peu profondes, avec une épaisse couche de vase développée sur le fond, s’épanouit une abondante végétation. Corrélativement, sans doute, à la faible quantité d’oxygène contenue dans ces eaux, les Poissons Acti-noptérygiens vivant dans un tel milieu offrent des adaptations très spéciales de l’appareil respiratoire : développement cle diverticules pharyngiens et de diverticules de la cavité branchiale; pharynx pourvu d’un épithélium respiratoire; estomac et intestin utilisés pour la respiration, etc.
- Les étangs de la forêt houillère devaient offrir des conditions de vie très semblables et il n'est pas impossible que certains de leurs Poissons présentassent des dispositions anatomiques et physiologiques comparables à celles que nous pouvons observer actuellement dans les marécages du Cran Chaco.
- Fig. 3. — Un Amphibien Embolomère du Carbonifère, le genre Eogyrinus.
- La longueur totale de cet animal pouvait atteindre 4 m (d'après Rome»).
- traits
- p.145 - vue 153/406
-
-
-
- 14 G
- (d'après E. II. Coi.bert et B. Schaeffer).
- Les Anipliibiens Embolomères y surpassaient, en table et en puissance, tous les autres Vertébrés (fig. 6); ils étaient capables de capturer les plus grands Poissons. Leur longue queue constituait un organe puissant de propulsion; les membres réduits assuraient le maintien de l’équilibre, et permettaient aussi, quand l’étang était desséché, de se traîner sur la terre ferme, à la recherche d’une nouvelle nappe d’eau, un peu comme le font de nos jours les anguilles qui rampent de fossé en fossé.
- Des Anipliibiens de ce groupe ont dû ainsi quitter d’une manière temporaire, selon des durées plus ou moins longues, les mares où ils passaient la plus grande partie de leur existence, pour la terre ferme, et d’antiques traces de pas viennent attester celte première sortie des eaux.
- C’est aux Etats-Unis que de telles empreintes ont été observées dès la fin du siècle dernier. Les plus anciennes furent signalées en 18G2 par Daivsbn, dans le Carbonifère inférieur de la Nouvelle-Ecosse, et décrites sous le nom d’Hylopus et de Megapezia; elles correspondent très probablement à ces Anipliibiens de petite taille que l’on range sous le nom de Microsauriens. Chez Hylopus hardingi, les empreintes antérieures et postérieures sont sensiblement de même dimension et atteignent deux centimètres et demi de longueur. L’étendue de l’enjambée est d’environ 1/10 mm; le pied avait cinq doigts; la main certainement quatre, peut-être aussi cinq. Les traces d’Hylopus logani, également du Carbonifère inférieur de la Nouvelle-Écosse, correspondent seulement à une impression légère des orteils. Il convient d’ailleurs de souligner que la netteté des marques de pas dépend beaucoup plus du degré de consistance du sol que de la nature zoologique de l’animal, les sols mous étant naturellement plus favorables que les sols durs.
- On a signalé également, dans le Carbonifère de l’Indiana, des traces de pas à cinq doigts accompagnées de marques de gouttes de pluie. Il s’agit d’une, forme de grande taille, appartenant toujours au groupe des Anipliibiens; elle a été nommée Paleosauropus (fig. 7). Nous n’en connaissons pas au Carboni-
- fère supérieur, mais une telle lacune est certainement due au hasard de la fossilisation. En tout cas, à cette période encore, les Amphibiens ne quittaient guère les eaux. C’est à partir du Permien seulement qu’ils habiteront, à l’état adulte, le domaine terrestre, où ils seront d’ailleurs immédiatement supplantés par les Reptiles, qui, eux, sont complètement libérés, dans leur développement, du milieu aquatique.
- Quelle impulsion a pu ainsi entraîner hors des eaux, ces Amphibiens du Carbonifère, en particulier les Embolomères si complètement adaptés à ce milieu, qu’aucun ennemi n’était assez puissant pour les en chasser ou leur y disputer la nourriture ? Pour expliquer cette migration, Romer a proposé l’ingénieuse hypothèse suivante. Lorsque les lacs se desséchaient, les Amphibiens, grâce à la conformation de leurs membres, pouvaient se déplacer, plus ou moins facilement d’ailleurs, sur la terre ferme, et aller ainsi à la recherche cl’un autre endroit contenant encore de l’eau. Mais il y avait déjà, sur les continents, des Insectes, sortes de Blattes et de Libellules, susceptibles de leur foui’nir, chemin faisant, une nourriture. Parfois aussi, au lieu de pénétrer immédiatement dans l’eau qu’ils venaient de découvrir, certains durent s’attarder sur les rives, d’où ils pouvaient sans doute capturer assez aisément les Poissons. De la sorte, une faune terrestre se constitua graduellement et ce serait en somme le désir de retrouver un milieu aquatique qui aurait abouti à faire des Amphibiens des animaux terrestres.
- Nous connaissons actuellement quelques essais de conquête de l’habitat terrestre par les Poissons : le Périophthalme, forme tropicale vivant dans la mangrove, peut, grâce à la forte musculature de ses nageoires pectorales, franchir de vastes espaces sur la terre ferme et même grimper le long des racines aériennes des palétuviers. Chez l’Anabas, ou Perche sauteuse de l’Inde, les organes labyrinthiques entrent en connexion avec certains arcs branchiaux et jouent ainsi le rôle d’un appareil respiratoire accessoire. Et, comme les Périophthalmes, ces Poissons peuvent faire d’assez longs séjours hors de l’eau. .
- p.146 - vue 154/406
-
-
-
- 147
- Il y a eu d’au 1res tentatives de conquête du milieu aérien par des Vertébrés aquatiques, mais seuls les Amphibiens ont réussi, car ils présentaient déjà, au stade aquatique, tous les dispositifs organiques nécessaires à cette vie nouvelle. Au fond, c’est cetlc genèse des organes conformés pour un habitat terrestre, mais alors que le groupe n'avait pas encore quitté le domaine des
- eaux, qui demeure le problème essentiel, jusqu’ici non résolu.
- La paléontologie arrive bien à établir des enchaînements; elle n’en éclaire (pie rarement le déterminisme.
- (à suivre). Jeax Piveteau
- Professeur à la Sorbonne.
- A la manière cTlriaudi
- Si la conversation languit, comme il est de règle dans toute réunion familiale ou amicale, et si vous désirez parler d’autre chose que du cinéma ou de la bombe atomique, jouez le rôle odieux du Monsieur-qui-connaît-des-jeux-de-société.
- Choisissez un cobaye et demandez-lui d’inscrire, sans vous les révéler, trois nombres consécutifs. Au cours de votre « entraînement )) préalable, il sera prudent de fixer 100 comme maximum ; mais après quelques exercices, vous pourrez vous élancer dans le champ illimité de la série des nombres, sans risques d’échecs humiliants.
- • Alors- commencera le supplice de votre victime, supplice auquel elle n'osera pas se soustraire, tant par amour-propre, que par son espoir cruel de vous voir-aboutir au néant. Vous exigerez de cet infortuné qu’il multiplie par lui-même chacun des trois nombres, puis qu’il additionne les trois carrés ainsi obtenus. Sommez-le de vous communiquer ce total ! Mal convaincu, un peu goguenard pour masquer l’ignominie d’une erreur de sa part, le cobaye énoncera par exemple 1 S77.
- Avec un sourire supérieur, au bout de quelques secondes (une ou deux minutes pour les débutants), vous affirmerez négligemment : « Les nombres sont 24, 25, 20 ».
- On ne manquera pas de vous accuser d’avoir appris toutes les sommes des carrés de trois nombres consécutifs, ainsi que les racines correspondantes.
- C’était un des tours favoris, et bien facile d’Inaudi, qui opérait sans doute de la manière suivante :
- Mentalement, car opérer avec un crayon et du papier serait inélégant, retranchons 2 de 1 S77, ce qui amène sans grand effort à 1 875. Puis divisons 1 875 par 3, — ce n’est pas bien difficile —, et nous obtenons 025. Nous voyons aussitôt que 625 a pour racine carrée 25, et que 25 est le second nombre choisi par le cobaye. Il était donc facile de lui annoncer : 24, 25, 26.
- J’oubliais un détail infime.... Comment savoir que 625 est le cap‘é de 25 ?
- On sait -avant de naître que les carrés des dizaines : 10, 20, 30... sont 100, 400, 900 .... D’autre part, un enfant au biberon n’ignore pas qu’un nombre ayant 5 au chiffre de ses unités donne un carré ayant toujours 2 au chiffre des dizaines et 5 au chiffre des unités. Donc 625 est le carré d’un nombre ayant 5 au chiffre de ses unités.
- Quant au chiffre 6, il est le produit de 2x3. Or, les carrés des nombres ayant 5 au chiffre des unités s’obtiennent en multipliant le chiffre (ou les chiffres) à gauche de 5 par lui-même (ou eux-mêmes) augmenté de 1, puis en inscrivant 25 à la droite du produit :
- 25 x 25 = 2 x 3 et 25 = 625
- . 55 x 55 = 5 x 6 et 25 = 3 025
- 95 x 95 = 9 x 10 et 25 = 9 025, etc.
- Voulez-vous le carré de 485 ? Inutile de faire la multiplication
- complète, car :
- 485 x 4S5 = 48 x 49 et 25 = 2 352 et 25 = 235 225.
- Cette astuce s’explique aisément. Prenons, par exemple, 35 x 35,.
- qui csL exactement compris entre 30 et 40 :
- 40 x 40 = 1 600
- 30 x 30 = 900
- ------- ? ‘ioo
- 2 500 35 x 35 = = 1 225
- d'au Ire part :
- 30 x 40 = 1 200 5 x 5 = 25
- 1 225
- Inversement quand les chiffres précédant 25 dans le carré sont le produit de deux nombres consécutifs, il est facile jusqu’à une certaine limite, d'identifier immédiatement ces nombres.
- Exemple : dans 5 625 56 = 7 x S, la racine est 75.
- 11 025 110 = 10 x 11, la racine est 105.
- Voici maintenant pourquoi la racine trouvée égale toujours le deuxième nombre choisi au début.
- Soient les nombres : a, b, c, c’est-à-dire : a, a + 1, a + 2.
- La somme de leurs carrés est :
- a2 + (a+l)2-Ka + 2)2 = cr+ a2 + 2a + l +a2 + 4a+4 =3a2 +6a+5 c’est-à-dire le résultat donné par le cobaye.
- Pour trouver le carré du second nombre, nous faisons :
- 3u -g 6u -t- 5 — 2 = 3(1*" -P 6c. -p 3
- ——~>> = a” + 2o + 1, carré du nombre a + 1, c’est-à-dire 3
- du second nombre choisi.
- Tout va très bien quand le carré se termine par 25. Mais il peut se terminer par 1, 4, 6, 9 (Ne parlons pas de 2, 3, 7, 8 qui ne peuvent jamais terminer un carré parfait). Il semblerait qu’on puisse hésiter, car la racine peut se terminer par :
- 1 car 1x1= 1 ou 9 car 9x9- SI
- 2 car 2x2= 4 ou S car 8 x S = 64
- 6 car 6 x 6 = 36 ou 4 car ixi= 16
- . 9 car 7 x 7 = 49 ou 3 car 3x3= 9
- Ou a le choix entre deux chiffres. Quel est le bon ? Si notre vic-
- fj. ] 09 9
- lime , a indiqué 4 109, notre calcul donne ---------- = 1 369. La
- O
- racine se termine-t-elle par 3 ou 7 ?
- Notre connaissance des carrés relatifs à 5 va nous renseigner. On voit tout de suite que 1 369 est compris entre 352 = 1 225 et 4O2 = 1 600. Donc la racine est comprise entre 35 et 40 : elle ne peut être que 37. Si nous avions opéré sur 1 089 (compris entre 30* = 900 et 352 = 1 225), la racine aurait évidemment été 33. Cette discrimination s’applique aux autres chiffres. Vous voyez qu’on arrive aisément à localiser la racine au-dessus ou en dessous d’une demi-dizaine et par conséquent à la trouver instantanément.
- Bien souvent, le cobaye se trompe dans ses calculs. Ne manquez, pas de l’en humilier. Son erreur apparaît quand vous tentez, en vain d’obtenir un quotient exact dans la division par 3 du dividende amputé, qui matéi’ialise le fruit incertain de ses laborieux efforts.
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- p.147 - vue 155/406
-
-
-
- 148
- Formules chimiques et réalités
- Il. Les Modèles.
- Dans un précédent article (1), nous avons vu comment les chimistes étaient arrivés, on moins de cent ans, à créer une systématique exprimant les relations entre les atomes dans une molécule, en se basant uniquement sur des considérations expérimentales déduites des réactions d’addition et de substitution, puis à étendre ce symbolisme pour rendre compte des différences de propriétés résultant des diverses dispositions spatiales des atomes. Ges symboles n’avaient pas, à l’origine, la prétention d’être des images de la réalité moléculaire; leur but était seulement de relier certaines propriétés des molécules aux dispositions relatives des atomes constitutifs, sans qu’il soit nécessaire de connaître ces dispositions exactes. Ces schémas ne tenaient pas compte, en outre, de la nature des forces reliant les atomes.
- Autrement dit, le symbolisme avait pour seul objet de con-
- Fig. 1. — Formation des ions Na+ et Cl~ à partir des atomes ( transfert d’électrons ).
- slaler et de représenter des faits chimiques (réactions, relations de constitution et isoméries) en recourant à un ensemble de conventions commodément choisies.
- Mais les progrès de la science chimique ont rapidement conduit, au début de ce siècle, à étudier non seulement les relations de constitution entre les corps issus des réactions et les corps générateurs, mais encore le mécanisme intime de ces réactions et, à cette lin, à préciser la nature des liaisons interatomiques dans les molécules et même la nature des interactions moléculaires dans les étals condensés (solide et liquide). Dans certains cas, il est: devenu indispensable de connaître la forme réelle des molécules pour se rendre compte si certaines constitutions ou si certains mécanismes réactionnels sont possibles.
- Les symboles ne peuvent plus alors suffire et les modèles deviennent nécessaires. Mais pour imaginer ceux-ci, il nous faut renoncer aux conventions et recourir à des hypothèses dont la confrontation avec l’expérience permettra, par la suite, de justifier la validité. Aussi, dans ces trente dernières années, une nom clic tendance de la chimie s’est peu à peu dégagée; la chimie symbolique a cédé la place à la chimie structurale qui, s’appuyant sur l’emploi des méthodes physiques, telles que les spectres d’absorption, les spectres Raman, la diffraction des rayons X et des électrons, la détermination des moments électriques, est devenue l’un des plus importants chapitres de la Ph ysico-chimie. Ses succès ont été surprenants; ils ont apporté à la théorie atomique une éclatante justification en révélant, l’accord profond existant entre les symboles des chimistes et les modèles des physiciens.
- Les différents types de molécules. — Dissolvons dans de l’eau, d’une part du sucre, d’autre part, du sel marin. On obtient dans les deux cas une solution limpide qui, évaporée, redonne le sucre ou le sel inchangés. On pourrait donc penser que, dans les deux cas, le. phénomène est le même et que la dissolution a eu pour effet de séparer les unes des autres les molécules de saccharose ou de chlorure de sodium maintenues
- assemblées à l’état solide, et de les disperser au sein des molécules d’eau pour donner les deux solutions.
- Il nous est facile de calculer le nombre de molécules de saccharose ou de chlorure de sodium qui devraient être présentes dans les solutions, connaissant les poids de sucre ou de sel dissous.' Mais il existe aussi diverses méthodes physiques (mesure de la pression osmotique, abaissement par rapport à l’eau pure du point de congélation commençante de la solution) qui permettent de compter directement le nombre de particules dispersées parmi les molécules d’eau d’une solution.
- La concordance entre le nombre calculé et le nombre mesuré expérimentalement est parfaite dans le cas de la solution de sucre. Le désaccord est complet pour la solution de sel : celte solution renferme deux fois plus de particules dispersées que de molécules dissoutes. En outre, si l’on plonge dans chacune des solutions deux électrodes réunies à un accumulateur, le comportement de ces solutions est totalement différent. La solution de sucre ne se laisse pas traverser par le courant électrique et ne subit aucune modification, tandis que la solution de sel conduit le courant électrique et se modifie considérablement,; elle dégage du chlorure au contact de l’électrode réunie au pôle positif du générateur électrique (anod'e), tandis qu’elle devient alcaline, par suite de la formation de soude, au voisinage de l’électrode reliée au pôle négatif de l’accumulateur (cathode) et qu’il se dégage de l’hydrogène sur celle-ci.
- Ges faits se comprennent si l’on admet que la solution aqueuse de sucre contient effectivement des molécules de saccharose, tandis que la dissolution de sel ne renferme pas des molécules de chlorure de sodium, mais.bien des particules chargées électriquement, appelées ions, les unes positives, les ions sodium, les autres négatives, les ions chlore, en nombre égal et qui, se déplaçant dans le champ électrique créé entre les électrodes, viennent se décharger sur celles-ci en véhiculant, le courant électrique. L'ion chlore, en se déchargeant à l’anode, se dégage à l’état gazeux, tandis que l’ion sodium, se neutralisant à la cathode, forme du métal sodium qui réagit aussitôt sur l’eau avec formation de soude et dégagement d’hydrogène (théorie de la dissociation éleetrolylique d’Arrheniusj. Ainsi, en se dissolvant dans l’eau, une molécule de chlorure de sodium a donné deux particules — deux ions — ce qui explique le résultat paradoxal indiqué précédemment. La charge électrique de ces ions peut être aisément mesurée en déterminant la quantité d’clcc-Ilicite ayant traversé la solution et les quantités de chlore et de soude formées.
- Or, si nous nous rappelons q u e l’atome neutre de chlore est formé par un noyau positif autour duquel gravitent 17 électrons et l'atome neutre de sodium par un noyau positif avec un cortège de xi électrons (1), on constate que l’ion chlore négatif est un atome de chlore qui a gagné un électi’on, tandis que l’ion sodium
- 1. La Nature, 1947, 75,
- 363.
- Réseau cristallin du chlorure de sodium.
- Fis. 2.
- fl, Centre de? ions Cl- ; O, Centre des ions Na+.
- 1. La Nature, n° 3180, avril 1950, p. 102.
- p.148 - vue 156/406
-
-
-
- 149
- positif est un atome de sodium qui a perdu un électron, ce que l’on représentera symboliquement par Cl- et- Na+ (fig. 1).
- Molécules hétéropolaires. Liaisons ioniques. —
- Ainsi la molécule de chlorure de sodium que nous avons l’habitude d’écrire CINa n’existe pas à l’état dissous. En solution diluée, on a affaire à des ions Cl" et Na+ isolés; en solution concentrée, ces ions peuvent exercer des interactions mutuelles dues à leurs charges de signes contraires et ne plus pouvoir
- être considérés comme complètement indépendants les uns des autres, sans que l’on puisse parler pour cela de molécule de chlorure de sodium.
- Nous pourrions penser que la molécule CINa se forme au moment de la cristallisation du sel, l’ion Cl- cédant son électron en excès à l’ion Na+ auquel il manque. Il n’en est rien, les études de diffraction de rayons X ont montré que les ions Cl- et Na+ subsistent dans le cristal de chlUrure de sodium. Celui-ci n’est pas formé de la juxtaposition de molécules CINa, mais d’un empilement alterné d’ions Cl- (-1 \a+ suivant une symétrie cubique. Chaque ion chlore est emironné de six ions sodium et inversement, (iîg. 2). Il est impossible d’associer deux ions chlore et sodium voisins plutôt que deux autres et la molécule de chlorure de sodium n’existe pas plus à l’état solide qu’elle n’existait à l’état dissous. Nous pouvons seulement affirmer que, dans tous les cas, le nombre total d’ions chlore est égal au nombre total d’ions sodium. La formule Cl~Na+ (ou plus simplement CINa, si l’on ne tient pas compte des charges) n’exprime en définitive qu’une composition centésimale, expression d’un résultat analytique.
- Le symbole CINa n’a aucune autre signification et c’est seulement un schéma commode pour écrire les réactions auxquelles participe le chlorure de sodium.
- Il est habituel de dire que le chlorure de sodium est une combinaison hétéropolaire ou encore que sa molécule est hétéro-polaire et qu’il existe entre le chlore et le sodium une liaison ionique. Ce n’est qu’une forme de langage.
- La stabilité de l'édifice d’un cristal de chlorure de sodium est due à la résultante de toutes les actions attractives entre ions de signes contraires et répulsives entre les ions de mêmes signes, sans qu’il y ait à proprement parler de liaison (au sens de lien) entre deux atomes voisins de signes contrâmes. Lors du passage en solution, l’assemblage des ions se détruit et, si la solution est suffisamment diluée, les ions sont libres de toute interaction mutuelle et acquièrent une parfaite individualité.
- Les mêmes considérations pourraient être développées pour tous les corps appelés électrolytes, c’est-à-dire les bases, les acides et les sels qui se dissocient en ions par dissolution dans l’eau. Toutefois, si les électrolytes dits forts ont toutes leurs molécules dissociées en ions, à toutes concentrations, il existe des électrolytes dits faibles pour lesquels le nombre de molécules dissociées dépend de la dilution de la solution et s’accroît avec celle-ci. En toute rigueur, la notion de molécule hétéropolaire ne peut s’appliquer qu’à celles des molécules qui n’ont pas subi la dissociation électrolytique et ne ne sont pas séparées
- en ions. La notion de molécule hétéropolaire peut également avoir une signification à l’état de vapeur.
- Molécules homéopolaL res. Liaisons covalentes.
- — La formation d’une combinaison hétéropolaire résulte en définitive d’un transfert tVélec-
- Molécule d’éthylène.
- Fig. 3. — Molécule covalente de chlore (mise en
- commun d’électrons).
- Irons. Par exemple, dans la réaction du chlore gazeux sur le sodium, chaque atome de sodium cède un électron à chaque atome de chlore et la réaction peut se former, sous les réserves faites pour l’existence de la molécule de chlorure de sodium :
- aNa + Cl3 —> 2(Na+Cl-).
- Dans Je premier membre de cette équation chimique figure (l’une part, aNa et, d’autre part, CL. Cette différence de notation a une signification précise. Elle indique que le sodium réagit par deux molécules, formées chacune d’un seul atome
- {molécules nionoato-miques) avec une molécule de chlore formée de deux atomes (molécule bialo-inique).
- Comment pouvons-nous imaginer la constitution de cette molécule de chlore, c’est-à-dire la liaison entre les deux atomes constitutifs ? Il ne peut s’agir d’une liaison ionique, car il n’v a aucune raison pour qu’un atome de chlore devienne un ion positif et l’autre un ion négatif. D’ailleurs, la molécule de chlore est dépourvue de moment électrique, c’est-à-dire que le centre de gravité de ses charges positives coïncide a\ec le centre de gravité de ses charges négatives. Autrement dit, la molécule de chlore est symétrique du point de vue de la répartition des charges électriques.
- Lewis émit une hypothèse sur le mode d’union des atomes de chlore dans la molécule de ce gaz qui s’est révélée par la suite très satisfaisante, et qui a été étendue à toute une catégorie d’autres molécules : celles qui ne sont pas dissociables électro-Ivtiquement.
- 11 est bien connu que les gaz rares de l’air : hélium, néon, argon, krypton, xénon, et le radon sont dénués de toute affinité chimique, ce qui peut être attribué à la configuration du cor- • lège électronique de leurs atomes (1). Hormis le cas de l’hélium, dont le cortège électronique est formé seulement de deux électrons constituant une couche saturée, tous les autres gaz rares ont une couche externe de huit électrons : un octet électronique, qui paraît correspondre à une configuration particulièrement stable. Or, l’atome de chlore, qui a une couche externe de sept électrons, en devenant un ion négatif Cl- acquiert, par capture d’un électron, une couche externe de huit électrons comme l’argon. Cet ion chlore Cl- a perdu la réactivité de l’atome de chlore et l’on peut supposer, avec Lewis, que cette
- grande stabilité est due à ce que son cortège électronique est identique à celui du gaz rare argon. De môme l’atome de sodium, dont la couche électronique externe comporte un seul électron, en perdant celui-ci et en devenant l’ion positif Na+ prend une configuration électronique identique à celle du néon, gaz rare qui le précède
- 1. La Nature, 1947, 75, 363.
- Fig. 6. — Rayon d’action et distance de liaison covalente dans une molécule biatomi-que homéopolaire.
- Fig. 5. — Répartition de la densité électronique dans un cristal de chlorure de sodium.
- p.149 - vue 157/406
-
-
-
- 150
- dans la classification périodique (1), ce qui serait également la raison de sa stabilité (fig. ij.
- Par analogie, Lewis a supposé que, dans la molécule de chlore, chaque atome tend à acquérir la configuration électronique de l’argon, en s’entourant d’un octet. Mais comme chaque atome de chlore n’a que sept électrons externes, cela n’est réalisable que si deux électrons, appartenant chacun à l’un des atomes, se mettent en commun. C’est ce doublet électronique commun qui assurerait clans la théorie de Lewis la liaison des deux atomes de chlore. Il ne s’agit plus alors d’une simple attraction électrostatique comme dans les combinaisons hétéro-polaires, mais d’un véritable lien appelé liaison homéopôlaire ou covalente (fig. 3).
- LeAvis a étendu cette conception à toutes les molécules non dissociables électrolytiquement, notamment aux molécules organiques. Tous leurs atomes seraient unis solidement par des doublets électroniques, c’est-à-dire par des liaisons covalentes, en s’entourant d’un octet électronique, à l’exception des atomes d’hydrogène qui, avec deux électrons seulement, réalisent la configuration stable du gaz rare hélium.
- C’est surtout en chimie organique que la règle de l’octet de Lewis s’applique le mieux. L’atome de carbone qui possède une courbe électronique externe de quatre électrons, forme facilement des doublets en empruntant un électron à chacun de ses quatre substituants, pour compléter son octet. On -
- figurera alors le méthane GIT.,, le tétrachlorure de carbone CC].L ou l’oxyde de méthyle CIL—O — CIL, comme suit :
- II : Cl :
- Il : G : H : Cl : G : Cl :
- II : Cl :
- méthane tétrachlorure
- de carbone
- H 11: G II
- II
- 0 : C : II II
- oxyde de méthyle
- On remarquera que les doublets électroniques de liaison correspondent aux traits figurant les liaisons dans lés formules développées écrites dans l’article précédent; aussi, bien souvent, substitue-t-on, dans ce symbolisme, un Irait aux deux points figurant le doublet électronique; les s’écrivent alors
- formules précédentes
- II
- 1
- H — C -I
- H
- II
- H
- i —
- G — O
- I “
- H
- Cl
- II
- I
- c-
- I
- II
- ICI I
- I
- G -I
- 1 Cl
- H
- Cl
- ce qui met bien en évidence les électrons externes groupés par paires.
- A première vue, ces nouvelles formes d’écriture ne correspondant qu’à un nouveau symbolisme, plus subtil que ceux vus précédemment mais, encore bien loin de réalité, car on ne peut
- 1. La Nature, 1947, 75, 363.
- CsC
- 1.20 A
- Fig. 7. — Variation de la distance de liaison covalente avec le nombre
- de liaisoris.
- concevoir que les électrons qui gravitent autour des atomes, viennent se localiser par couple en des positions fixes bien déterminées autour ou entre ces atomes. Si l’on peut concevoir que les électrons des couches profondes des atomes continuent à graviter autour de leurs noyaux positifs respectifs, avec des orbites plus ou moins déformées par suite de l’influence des charges voisines, il est peu probable qu’il en soit de même pour les électrons des couches externes qui doivent former un nuage électronique englobant tous les atomes de la molécule. En fait, ce symbolisme a une signification plus profonde qui découle des considérations de Ileitler et London sur la formation des liaisons covalentes en faisant appel à la mécanique ondulatoire. D’après les théories quantiques, les électrons sont animés d’un pivotement sur eux-mêmes qui peut s’effectuer, suivant l’électron envisagé, dans un sens ou dans le sens .inverse, c’est-à-dire que le moment de rotation de l’électron ou spin peut être positif ou' négatif. Dans les molécules, les électrons se groupent par paires formées de deux électrons à spins de signes opposés ou, comme on dit, à spins antiparallèles. En particulier, la liaison covalente correspond à la mise en commun de deux électrons à spins anliparallèles. Dans les formfiles précédentes, les deux points ou les tirets représentent les électrons appariés.
- Il est remarquable que la mécanique ondulatoire fournisse .une justification théorique à la conception empirique de Lewis sur la mise en commun de deux électrons et donne, en outre, la condition pour que cette mise en commun puisse avoir lieu : à savoir, l’antiparal-lélismc des spins.
- Ainsi, le nouveau symbolisme nous apporte des précisions sur la formation des liaisons inleratomiques dans les molécules, dont nous allons voir par la suite l’utilité à propos des liaisons de coordinences et de la formation des complexes.
- Remarquons auparavant, qu’on pourrait penser que les liaisons multiples correspondent à l’union des atomes par plusieurs doublets électroniques, par exemple, pour l’éthylène, au schéma suivant qui respecterait la règle de l’octet avec deux covalences entre les deux atomes de carbone :
- II
- C
- ii
- h
- c
- ii
- Fig. 8. — Modèles de molécules.
- ÎVaphtalène C10H8, Dichloroéthylène cis et trans Cl — CH = CH — Cl, Dibromo-1,4 butane Br — CH, — CH, — CII, — CH, — Br.
- Nous savons cependant que la liaison éthylénique n’est pas plus solide, bien au contraire, que la liaison saturée formée d’une seule covalence. En fait,
- p.150 - vue 158/406
-
-
-
- 151
- dans l’éthylène, un seul doublet électronique de liaison est normal comme dans la liaison saturée, il est assuré par des électrons dits a\ par contre, l’autre doublet éleclronique dû à des électrons désignés par tt correspond à une énergie de liaison beaucoup plus faible et la réactivité particulièrement grande de la l'onelion élhvlénique, c’est ce qui conduit à représenter parfois
- /H
- 1 élhvlène par la formule 5C ^ Cf pour diflérencier les . ‘ , , H/ MI
- atomes de carbone.
- J1 semble même plus rationnel, d'après Slalcr et Paiding, d'abandonner, pour les atonies de carbone des liaisons étliyIoniques, le schéma tétraédrique et d’adopter un schéma triangulaire. La formule de l’éthylène serait alors plane : deux électrons o assurant la liaison covalente entre les deux atomes de carbone et les deux électrons t: se situant chacun, de façon indéterminée, sur une perpendiculaire au plan des triangles passant par le centre de l’atome de carbone; toutefois ces deux électrons tt, gi’àee à leurs spins antiparallèles permettant leur couplage assez lâche, seraient, suffisants pour empêcher la libre rotation des atomes de carbone et permettre l’existence des isomères ci.s et trans. Le retour au schéma tétraédrique s'effectuerait lors de la mise en commun de ces électrons r: avec des
- Fig. 9. — Répartition de la densité électronique dans une chaîne
- paraffinique.
- Fig. 10. — Répartition de la densité électronique dans un cristal
- de coronène.
- hydrique GUI. Dans l'ammoniac, l’atome d’azote possède cinq, électrons périphériques, l’hydrogène un seul électron. L’union de trois atomes d’hydrogène à l’atome d’azote conduit à la formation de trois doublets électroniques de liaisons partagés et laisse un doublet électronique libre. L’acide chlorhydrique, combinaison héleropolaire, correspond à deux ions : l’ion Cl" avec huit électrons périphériques et l’ion II+ dépourvu d’électron. Dans la réaction de l’acide chlorhydrique1 sur l’ammoniac, l’ion 11+ vient se fixer sur le doublet libre de l’ammoniac en donnant l’ion complexe ammonium (NH.1)+ porteur d’une charge positive. L’ammoniac a fonctionné comme donneur, l’ion 11+ comme accepteur du doublet électronique de liaison; celui-ci est. habituellement figuré par une flèche issue du donneur ou venant vers l’accepteur :
- électrons d’autres groupements atomiques venant sc fixer sur la liaison éthylénique. L'existence d’électrons non appariés dans une molécule (électrons célibataires) se traduit par une grande affinité chimique, comme c’est le cas pour le peroxyde de chlore ou le peroxyde d’azote :
- |0 —Cl —0| |o__n_oj
- peroxyde de chlore. peroxyde d’azote.
- La formation des complexes. Coordinences. — Dans la formation des liaisons covalentes, chacun des atomes liés participe par la mise en commun d’un électron au doublet électronique de liaison, mais il se peut qu’un atome fournisse, à lui seul, les deux électrons du doublet, La liaison ainsi réalisée est moins symétrique que la liaison covalente formée avec une contribution électronique égale des deux atomes liés. Les deux atomes liés conservent donc une certaine polarité de signe contraire, aussi donne-t-on à ce type de liaison le nom de liaison semi-polaire ou encore de liaison de coordinence, car elle intervient dans la formation des complexes; mais, en fait, une fois cette liaison formée, rien ne la distingue nettement d’une covalence ordinaire, sauf peut-être sa rupture plus facile.
- A litre d’exemples, envisageons la formation de deux sels complexes : le chlorure d’ammonium, d’une part, le borofluo-rure de potassium, d’autre part.
- Dans le premier cas, la formation du chlorure d’ammonium ClNIIj résulte de l’action de l’ammoniac NHa sur l’acide chlor-
- H r H -1 +
- H : N : + H+ [: ci :] -> H : N : H ci :]
- H L H J
- II
- II - N
- II
- + H+ [l Cl |]
- r H -, + r H -, j *
- —> ! H — N -> I I 1 [iëi]-- H — N — H l
- \ L IL J I L H J
- Une fois l'ion ammonium formé, les quatre atomes d’hydrogène jouent un i-ôle symétrique et sont absolument indiscernables.
- Le borofluorure de potassium BF4K se forme par action du fluorure de potassium FK sur le tri-fluorure de bore BF3. Dans ce dernier, l’atome de bore qui a trois électrons périphériques, en s’unissant aux trois atomes de fluor qui ont chacun sept électrons périphériques ne s’entoure que de six électrons. Son octet ,. „ . , n’étant, pas formé, on peut pré-
- coronène. voir, comme cela a lieu, qu il
- p.151 - vue 159/406
-
-
-
- ait tendance à fixer deux électrons fournis par un donneur pour compléter cet octet. Effectivement, il s’unit à l’ion F~ du fluorure de potassium, composé hétéropolaire, en donnant l’ion complexe [BFJ~ :
- : F : _
- D*o]
- : F :
- +
- : F : '
- : F : B : F :
- : F :
- [=*=]'
- F — B + [|_F|] [|K|]
- 1 F I
- +
- 1 F| F -
- | f|Kll+ *-* |
- | F — B F | F — B — F
- 1 Fj L — J 1 L F J
- Ici encore, une fois l’ion BF4~ formé, les quatre atomes de fluor unis au bore sont indiscernables.
- Toutefois, si Ja théorie de l’octet explique convenablement la formation des combinaisons organiques et des ions complexes tétracoordinés (c’est-à-dire dont l’atome central est uni à quatre atomes ou groupements atomiques monovalents), elle ne suffit pas pour justifier l’existence des complexes ayant un autre degré de coordination, en particulier celle des très nombreux complexes hexacoordinés, comme l’aluminolluorure de sodium (AlF6)Na.j, pour lequel on doit admettre que l’atome central d’aluminium de l’ion complexe est entouré d’une couche stable de douze électrons :
- : r : •• : r :: Al
- : F : g : F .. ; f ; ..
- 3
- +
- Aussi Langmuir a-t-il été amené à compliquer la théorie de Lewis quant au nombre des électrons formant des couches stables autour des atomes dans les complexes. Il n’en demeure pas moins que le mode de liaison par doublet électronique, c’est-à-dire par covalence, est la caractéristique essentielle de toutes ces combinaisons au sein de leurs ions quand ceux-ci sont formés de plusieurs atomes.
- Réalité des modèles moléculaires. — En définitive, les combinaisons chimiques se ramènent à deux types : les combinaisons hétéropolaires ou ioniques et les combinaisons homéo-
- polaires ou covalentes. Les combinaisons complexes participent à ces deux types de structure, les ions complexes étant formés d’atomes unis par covalence.
- L’élude des cristaux par la diffraction des rayons X a permis de confirmer l’existence de ces deux types fondamentaux de structure et a fourni en meme temps une surprenante justification des • symboles et des modèles adoptés par les chimistes.
- On sait, depuis les
- Fig. 11. — Répartition de la densité électronique dans la phtalocyanine de nickel.
- célèbres expériences de Von Laiie, que les cristaux sont susceptibles il e diffracter 1 e s rayons = X, comme les réseaux lignés le font pour la lumière ordinaire. Cette propriété est due à ce que les atomes ou les ions qui les constituent sont distribués régulière-m e n t et périodiquement dans les trois directions de l'espace et que leurs distances sont du même ordre de grandeur que les longueurs d’onde des radiations X. L’étude des clichés de diffraction de
- Fig. 11 bis.
- Schéma structural de la
- répartition des atomes ou des ions dans finalement leurs distances mutuelles.
- phtalocyanine de nickel.
- X permet donc de connaître la un cristal, c’est-à-dire
- Comme, de plus, ce sont les élections qui sont les centres diffusants des rayons X au sein des atomes ou des ions, il est possible de déterminer, par des méthodes d’analyse délicates, la répartition des élections autour des noyaux atomiques dans le cristal. Si l’on .considère un plan réticulaire particulier dans le cristal, il est commode de représenter les variations de densité électronique de part et d’autre de ce plan par des lignes d’égales densités électroniques projetées sur ce plan à la manière des courbes de niveau sur une carte géographique. Il est donc possible de déterminer une véritable topographie de la répartition des électrons à l’intérieur d’un cristal et, par suite, de connaître comment se distribuent les électrons autour des noyaux atomiques à l’étal cristallin.
- 11 ressort de multiples études que les cristaux formés de molécules hétéropolaires et dénommés cristaux ioniques peuvent cire assimilés, dans le cas des ions simples, à un empilement plus ou moins compact de sphères dont le diamètre est caractéy .ri s tique de l’ion envisagé.
- Hayons de quelques ions dans les cristaux (d’après Paulixc.) (i À = io~s cm).
- Li+ .. Na+ - , K+ ...
- Mg++
- Ca++
- Ba++ .
- A1+++
- Si++++
- Fe++
- F(}4-4-4-
- NH*+ .
- 0,60 A F- 1,36
- 0,95 ci- 1,85
- 1,33 Br- 1,95
- 0,65 I- .... 2,16
- 0,99 0- - 1,40
- 1,35 S 1,84
- 0,50 Se— 1,98
- 0,41 X 1,71
- 0,75 P 9 *| 9
- 0,60 As 9 99
- 1,48 Sb 2,45
- La répartition des lignes d'égale densité électronique en projection.sur un plan réticulaire déterminé met bien en évidence l’individualité des ions dans le cristal (fig. 5).
- Pour les cristaux formés de molécules homéopolaires appelés cristaux moléculaires, la structure est tout à fait différente. Les molécules apparaissent comme des paquets d’atomes isolés les uns des autres. Au sein de chaque molécule, les noyaux des atomes émis par covalences sont à des distances caractéristiques du type de liaison envisagé, quelle que soit la molécule où cette liaison figure.
- p.152 - vue 160/406
-
-
-
- 153
- Dislance des noyaux pour quelques liaisons covalenles.
- c —c 1,54 A C —Cl 1,80 A
- c - c 1.30 C —Rr .. 2,05
- Gf=C 1,20 C —I 2,2S
- C,C (benzène! 1,30 C —N 1,40
- C — O 1 42 C =N 1,18
- C - 0 1,13 N - 0 .. 1,21
- C ~ 8 1,58 C —Si J ,93
- Ce sont les mêmes \aleurs que l’on retrouve pour les di
- tances de liaisons covalentes à l’aide de la diffraction des électrons dans les gaz et les vapeurs. Par contre, entre les molécules homéopolaires dans les cristaux, les distances d’approche des noyaux atomiques les plus voisins sont Uni jours nettement, plus grandes et de l’ordre de 4 A. Il est donc aisé de déceler les atomes que l’on doit considérer comme liés par des liaisons covalentes, c’est-à-dire appartenant à une même molécule, de ceux qui appartiennent à deux molécules voisines. En outre, puisque la distance minimum d’approche, dans un cristal, de deux noyaux atomiques appartenant à deux molécules différentes est plus grande que la distance de liaison covalente simple entre ces atomes dans une même molécule, il est possible de définir pour chaque atome un rayon caractéristique que l’on appelle rayon minimum d'aclion intermoléculaire. Le rayon d’action d’un atome est supérieur de o,8 à 0,9 À à son rayon de simple liaison eo\alente.
- Abandonnant le domaine des symboles, il est alors possible de représenter deux atomes liés par covalence à l’aide d’un modèle formé par deux sphères dont les rayons sont proportionnels à leurs rayons d’action respectifs. Ces deux sphères empiéteront l’une sur l’autre, de manière que leurs centres soient à la distance de liaison covalente (fig. fi). On remarquera que cette interpénétration est d’autant plus marquée que le nombre de liaisons covalenles entre les deux atomes est plus élevé (fig. 7).
- Les modèles ainsi réalisés sont en excellent accord avec la théorie de Lewis; la zone commune des deux sphères corres-
- pond aux électrons mis en commun. En tenant compte également des angles formés par les directions de liaison des atomes, déduits soit des structures cristallines grâce à la diffraction des rayons X ou des électrons, ou encore à l’aide des spectres d’absorption ou des moments électriques, il devient aisé de construire des modèles moléculaires, images agrandies à une échelle énorme des molécules réelles. De tels modèles figurent dans la section de spectrochimie du Palais de la Découverte (fig. 8)
- Mais l’élude de la répartition de la densité électronique dans un cristal à réseau moléculaire est encore beaucoup plus suggestive. Les lignes d’égales densités électroniques dessinent des contours où l’on voit apparaître l’hexagone du benzène, l’angle tétraédrique du carbone, les simples liaisons et les liaisons multiples. Les paquets d’atomes correspondant aux molécules homéopolaires se distinguent nettement les uns des autres, avec toutes leurs particularités structurales. 11 suffit de se reporter à la figure 9 pour voir se dessiner, par les lignes d’égales densités électroniques, le zigzag régulier d’une chaîne paraffinique avec un angle de liaison des atomes de carbone égal à io9°28/. Dans la figure 10 se distinguent nettement les sept cycles benzéni-ques d’un carbure polycyclique, le coronène, tandis que dans la figure 11 se révèlent de manière frappante, les cycles hexagonaux et pentagonaux emprisonnant l’atome de nickel de la phla-locyanine du nickel.
- Ainsi, par des voies complètement différentes, les physiciens retrouvent les particularités structurales que les chimistes avaient été conduits à imaginer pour satisfaire à leurs mécanismes réactionnels. Peut-il y avoir une plus belle justification de la théorie atomique et des symboles qu’elle a conduit à adopter? Confirmée par toutes ses conséquences, la théorie atomique apparaît, sinon comme la réalité elle-même, du moins comme une forme de son expression qui satisfait à la fois chimistes et physiciens, et en laquelle ils peuvent avoir la plus absolue confiance pour traduire les faits expérimentaux.
- G. Champetier Professeur à la Sorbonne.
- La mise en valeur du Rio Grande.
- Les gouvernements du Mexique et des États-Unis vont entreprendre prochainement en commun la réalisation d'une vaste entreprise hydraulique sur le Rio Grande, qui permettra d’en conserver les eaux, d’en contrôler les inondations et d’y produire de l’énergie électrique. Le coût en est estimé à 46 000 000 de dollars. Le barrage de Falcon et les usines hydroélectriques qu’il alimentera seront situés sur le Rio Grande même, à la frontière entre les deux pays. Aux termes du « Traité des Eaux », signé entre les États-Unis et le Mexique en 1044, ce sera la Commission internationale des frontières et des eaux qui supervisera la réalisation de ce projet. Les États-Unis et le Mexique ont travaillé depuis des années à des entreprises communes relatives à la situation sanitaire de cette région et au contrôle des inondations. Le barrage de Falcon et ses usines hydroélectriques constituent le premier projet de contrôle et de conservation combiné des eaux mis au point par la Commission internationale qui en examine actuellement plusieurs autres. Des géologues et des ingénieurs étudient déjà sur place les emplacements possibles d’autres barrages et usines hydroélectriques.
- Le projet actuel envisage la construction du barrage de Falcon, qui sera de terre avec deux murs de retenue, à 120 km en aval
- de Larcdo, dans l’État mexicain de ïamaulipas. On prévoit que la construction de ce barrage commencera cette année. Le Mexique, aussi bien que les États-Unis, ont un besoin urgent de l’eau, au débit contrôlé, de ce barrage pour mettre en culture de vastes étendues dans la A-allée inférieure du Rio Grande, les clauses du « Traité des Eaux » prévoient que la construction du barrage devra être terminée en 1953.
- Ce barrage aura une longueur totale de 7 88S in et une hauteur maximum de 45 m. Il sera prévu des facilités de transport à son sommet pour permettre aux voitures et aux piétons de 'circuler entre le Mexique et les États-Unis.
- Deux usines hydroélectriques identiques comme puissance et fonctionnement, seront construites, l’une sur la rive mexicaine, l’autre sur la rive américaine. On estime que ces deux usines fourniront un maximum de 25 000 000 de kW/h par an, répartis également entre les deux pays.
- La construction de ce barrage permettra la création d’un réservoir de retenue de 04 km de long et d’environ 7 km de large en moyenne. De la superficie totale de ce plan d’eau, 22 000 ha se trouveront aux États-Unis et. 23 600 au Mexique.
- p.153 - vue 161/406
-
-
-
- Les Thonidés de l’Atlantique tropical
- A u moment où le Conseil international pour l’exploration de la mer organise une série de conférences, dont la première s’est, tenue à Malaga et la deuxième à Tunis, sur les poissons du groupe des thons, il est bon, je crois, de signaler les ressources encore inexploitées de l’A. 0. F,
- Les Thonidés, poissons des mers tempérées et chaudes, prennent de jour en jour une importance économique plus considérable. Ils donnent soif à l’huile, soit au naturel d’excellentes
- conserves. La France cherche à développer la pèche du Thon blanc (Germo alalunga) au large des ses côtes, dans l’Atlantique; les pays méditerranéens font de meme pour le Thon rouge ('Thunnus thynnus) qui circule de cap en cap plus près de terre.
- On espère beaucoup d’une coopération internationale dans les études entreprises pour éclaircir la biologie encore •obscure des deux espèces. Les lecteurs de La Nature, tenus au courant des plus récentes découvertes clans ce domaine par les articles de R. Legendre (1), savent tout l’intérêt que présenterait pour les pêcheurs et les conserveurs la possibilité d’allonger de plusieurs mois une campagne de pêche qui ne dure à l’heure actuelle que de fin juin à fin septembre.
- Deux solutions peuvent être envisagées :
- o) rechercher et prospecter les régions où se tiennent les thons rouges et les germons en dehors des courtes périodes d’apparition dans les zones connues;
- b) pêcher d’autres espèces de Thonidés, dont les qualités culinaires égalent celles des animaux déjà appréciés.
- J1 existe dans l’Atlantique tropical huit espèces de Thons, dont trois, rares, ne peuvent intéresser que les zoologistes, mais dont cinq, nombreuses, sont susceptibles d’être exploitées. Ce sont (lig. i) :
- Parathunnus obesus (Lowc), Thon obèse ou patudo.
- Neothunnus albacora (Lowe), Thon à nageoires jaunes ou nlbacore.
- 1. Voir La Nature, 1" septembre 1935, 1" novembre 1947, novembre 194S.
- Santa sarcla (Bloch), Bonite à dos rayé.
- Orcynopsis unicolor (Geof.), Palomelle.
- Enthynnus alleteralus (Raf.), Thonine ou Bacorete.
- Le thon obèse, la palomelle et la thonine possèdent une chair rouge qui supporte facilement la comparaison avec celle de Thunnus thynnus.
- La bonite à dos rayé, l’albacore ont la chair la plus line et la plus délicate; par sa teinte rosée, elle rappelle celle du saumon.
- La biologie des thons tropicaux est encore plus mal connue que celle du Thon rouge et du Germon. Nous aurons vite fait de résumer le peu qu’on en sait.
- Parathunnus obesus. — Le patudo peut dépasser i,8o m de long et le poids de ioo kg. Il approche peu des côtes. Son aire de répartition s’étale du i5c au 35e parallèle Nord et même exceptionnellement jusqu’en Bretagne où Legendre Fa signalé.
- Sa présence dans les eaux du secteur marocain n’est qu’accidentelle.
- 11 fait de courtes apparitions au Sénégal en juin. Il est suffisamment abondant aux abords des lies du Gap Vert pour y alimenter cinq sau-risseries.
- Neothunnus albacora. — l)e taille allant jusqu’à plus de a m, l’albacore a sensiblement la même répartition géographique, mais vient plus volontiers rôder dans les eaux côtières. On capture en mai-juin au Sénégal, à quelques encablures de Ja pointe des Almadies ou de l’Ile des Madeleines, des individus d’une douzaine de kilogrammes, encore immatures, puis dans les mêmes parages, en octobre-novembre des thons d'un poids supérieur à sexes différenciés. Dans les années chaudes le thon à nageoires jaunes fréquente les côtes du sud maro-
- Fîg. 2 et 3. — En fiant : Une Thonine ou Bacorete (Euthynnus alleteratus). — En bas : Un Albacore (Neothunnus albacora).
- (Photo Postel).
- Fig. 1. '— Quelques Thons tropicaux.
- ). Purathunnns obesus. — H. Neothunnus albacora. — III. Sarcla sarcla. — IV. Orcynopsis unicolor. — V. Euthynnus alleteratus (d’après F. de Bcex et Fhade).
- p.154 - vue 162/406
-
-
-
- 155
- cain et de grosses concentrations sont observées tous les ans dans les eaux canariennes.
- Sarda sarda. — La bonite à dos rayé, dont la taille ne dépasse guère 76 cm et le poids
- ée et
- vit en Méditerran
- dans l’Atlantique où elle descend jusqu’à l’entrée de la Gambie. Des individus mûrs viennent à la côte, sans doute pour frayer, au printemps et en été dans le nord de l’habitat, en hiver dans le sud. On trouve des Sardes de diverses tailles, près de terre, dans le Golfe de Gascogne.
- Fig. 4.
- Orcynopsis unicolor. —
- Plus aplatie que les autres tho-
- nidés, la palomelte atteint dans l'Atlantique 1,20 m eL i5 kg. En Méditerranée, oit on la signale jusqu’au Golfe de. Gabès, sa taille est toujours licitement inférieure. Dans le sud de son aire géographique, c’est-à-dire à la latitude du Sénégal, elle évolue à proximité de la côte durant toute la saison froide; on la capture alors à la senne.
- De gros individus maillent fréquemment dans les filets à requins. Comme ces derniers, l’Orcynops/s poursuit les bancs de Clupéidés, base de sa nourriture. Le maximum de concentration s’observe en mai, époque de la maturation. Peu avant l’hivernage, en fin juin, les derniers individus disparaissent. C’est, alors que commencent, au Maroc, dans la baie d’Agadir, des pèches très fructueuses.
- Euthynnus alleteratus. — C’est de tous les Tlionidés tropicaux le plus abondant et celui dont la répartition géographique est la plus vaste. Présente dans l’Adriatique, nombreuse en Tripolitaine où elle constitue une bonne partie des prises des thonnaires, nombreuse également en Tunisie, au Maroc, au Sénégal, la Thonnine vit encore dans le Golfe de Guinée où nous l’avons v.ue en Côte d’ivoire, et probablement jusqu’au Congo, d’après les descriptions qui nous ont été faites par les pêcheurs
- Les lieux de pêche de la Côte occidentale africaine et de la Côte occidentale américaine.
- indigènes. Sa taille peut dépasser 1 m, son poids 10 kg. Les sexes se différencient quand l’animal atteint 45 cm.
- La thonnine est polyphage. Nous avons inventorié plusieurs contenus stomacaux. Des algues vertes voisinaient avec des anchois non encore digérés, des copépodes, des petits mollusques testacés et des débris non identifiables.
- C’est en été qu’elle apparaît dans le nord de son aire de répartition. C’est entre novembre et juin qu’on la voit dans le sud. Au printemps, d’énormes bancs approchent de la côte. Il est facile de les capturer à la senne et c’est alors la pèche miraculeuse. Nous avons assisté en baie de Ilann près de Dakar à un coup de filet qui amena à terre 20 t de ces petits thons.
- Des essais de pêche à la traîne, suivant le système utilisé par les pêcheurs bretons pour le Germon, on été couronnés de succès et. les remarques faites pour celui-ci sont valables pour celle-là. C’est au lever et au coucher du soleil que les captures sont les plus régulières.
- S’il est nécessaire, du double point de vue économique et scientifique, de poursuivre les recherches sur le thon rouge et le germon, il serait avantageux pour les thoniers métropolitains de « descendre « en début de campagne jusqu’au tropique.. Les Américains pèchent à l’heure actuelle jusqu’à l’équateur. Il n’y a pas plus loin des ports bretons (Concarneau, Groix) aux lies du Cap'Vert, que des ports californiens (San Pedro, San Diego) à l’Ile des Cocos et aux Galapagos. Nos pêcheurs sont assez hardis et ont un esprit d’inilitative suffisamment développé pour que notre espoir de les voir travailler d’ici peu dans les eaux tropicales se réalise.
- E. Postel,
- Chef de la Section technique des Pêches Maritimes, Dakar.
- Chromosomes vus au microscope électronique.
- On sait que les théories de l’hérédité admettent que les caractères génétiques sont déterminés par des gènes, particules minuscules alignéés en chapelets le long des chromosomes. Une objection qu’on a faite est que ces chromosomes, très visibles au moment de la division cellulaire, disparaissent pendant tout le temps que la cellule est au repos, comme s’ils s’étaient dissous dans le suc nucléaire, si bien que la permanence des gènes ne semble pas prouvée.
- M. Emile Guyénot et Mwe Mathilde Danon, dans une récente communication à l’Académie des Sciences (Comptes rendus, 1. 230, iqSo, p. 4q8) viennent d’annoncer que, grâce au microscope électronique, ils ont pu constater que le chromosome génétique, invisible au microscope ordinaire, se maintient cependant. sous forme d’un très mince filament qui ne se charge de chromatine et ne devient ainsi colorable qu’au moment de la division.
- Leurs observations ont porté sur des ovocytes de Bati'aciens.
- Chez les animaux jeunes, voisins de la métamorphose, les noyaux sans chromosomes, sortis de la cellule et, placés dans une solution saline isotonique (liquide de Ringer) montrent bientôt de longs filaments formés d’une file de grains déposés sur un axe invisible'; peu à peu, ces grains grossissent, deviennent colorables et forment des chromosomes: au microscope électronique, les filaments eux-mêmes sont visibles et l’on peut suivre leur charge progressive de grains.
- Chez les animaux adultes, rien de pareil ne se produit dans le liquide de Ringer, peut-être pai’ce que les nueléoprotéides* manquent, mais il suffit d’en ajouter à la solution pour que les granulations apparaissent en 12 à 24 heures. Au microscope électronique, les filaments très fins sont visibles, flexucux, longs de plusieurs dizaines de microns, épais d’une cinquantaine d’angstrôms, comparables à ceux des jeunes.
- Le chromosome du généticien serait donc une réalité que n'atteint pas le cytologiste.
- p.155 - vue 163/406
-
-
-
- 156
- L’ancien pays de France
- uani) on parle de la France, immédiatement se présente à l’esprit la carte d’un grand et beau pays encadré à l'ouest par la Manche et l’Océan, au sud par les Pyrénées et la Méditerranée, à l’est par les Alpes, le Jura et les Vosges, au nord par les plaines flamandes. Il n’en fut pas toujours ainsi et du xue siècle au xvme, ce nom s’appliqua particulièrement, à la région naturelle* vaste plaine mollement ondulée et légèrement inclinée du nord au sud qui s’inscrit dans un rectangle dont les sommets seraient Saint-Denis, Luzarches, Dammartin-en-Goële et Meaux.
- C’est un plateau d’àge tertiaire, recouvert d’un limon fertile dont la terre est grasse et fort propice à la culture des céréales. Son contour irrégulier suit le lit de l’izieux qui apparaît en dessous des ruines pittoresques de l’Abbave d’IIé-rivaux dont le parc renferme le château qui abrita en 1796 les amours de Benjamin Constant , célèbre par son « Adolphe » et de Mme de Staël, ce « bas bleu » que délestait Napoléon, puis il passe au bas des collines de Yïonlmélian et de Dammartin, arrive en pointe vers Meaux, longe la Marne, englobe Saint-Denis et sa basilique, frôle les hauteurs de Montmorency et rejoint par la vallée de l’Oise le point de départ.
- De l’est à l’ouest, l’aligne-m e nt. Meaux-Montmorency mesure moins de jo km et celui nord-sud approche
- 25 km. On peut évaluer sa superficie à 5oo km3 et France en occupe le centre.
- Ce fut le noyau, le herccau de la province de l’Ile-de-France, mais il ne faut pas le confondre avec le Parisis qui coexista et
- coïncida avec lui; ce n’était qu’une division ecclésiastique quî devint au xvme siècle .un arehidiaconal de Paris.
- L’appellation « France » se rencontre dès le xne siècle dans les chroniques de l’époque, elle devint plus fréquente aux xme~ et xive, puis très usuelle au xve sous Louis XI et le resta jusqu’à la lin du xixe. A cette date, Lui villages ajoutaient le suffixe « France » à leur nom et ce n’est qu’au moment de la délimitation des départements sous la dévolution qu’il fut supprimé. En donner la liste serait fastidieux, qu’il suffise de citer les communes qui l’ont conservé : M areil-en-France, Chatcnay-en-Franee, Roissy-en-Francc et Bonneuil-en-France.
- La notoriété du pays est confirmée par Saint-Simon dans scs
- Mémoires où l’on peut lire,, t. IX, p. 2/18, édition de 1800 :
- « Comme la plupart des gens sont infatués que les Montmorency sont les premiers barons du royaume, parce qu’ils prennent le titre de premiers barons de France, c’est-à-dire de la France proprement dite comme province, qui est grandi1 comme la main autour de Montmorency et de l’Abbaye de Saint-Denis, dont Montmorency relevait et que de sa situation, on appelle Saint-Denis-en-France ».
- L’architecte Androuet du Cerceau, auteur du livre Les plus excellents bâtiirienls de France, iûyG, dit que « Chantilly est. situé aux confins de la France ».
- Selon le regretté Deman-geon, « La Picardie », les Picards, au début du xixe siècle, allant faire la moisson au mois d’août dans notre région, déclaraient qu’ils se rendaient en France, et encore de nos jours, des Briards des environs de Meaux et de Lagny en traversant la Marne disent parfois : « Nous allons en France ».
- Fig. 1. — Le château d’Hérivaux qui abrita les amours de M"'e de Staël et de Benjamin Constant en 1796.
- Roissv-en-
- p.156 - vue 164/406
-
-
-
- 157
- Fig. 4 et 5. — Le portail de l’église de Mesnil-Amelot. Église de Fosses.
- Le souvenir de relie appellation est donc vivace cl le temps ne l'a pas plongé dans l’oubli.
- Si l’on veut avoir une idée complète du territoire et de son aspect, il faut se rendre à Mareil-en-Franco et monter par- la route de Champlàlreux jusqu’au cimetière, à la cote 187 qui en est le point culminant. La vue s’étend sur un immense espace dont la coloration varie à chaque saison : d’ocre en hiver, elle est verte au printemps pour resplendir d’or et d’émeraude en été. De Montméliau et de Dammartin, sous des angles différents, on jouit du même spectacle; c’est un panorama qui, sans reliefs accusés, sauf aux contours estompés par la brume, repose le regard et donne un aperçu grandiose du labeur de la terre. Celte contrée est sèche; seules de modestes rivières, plutôt des ruisseaux, l’arrosent. La plus importante esl le Groult, Crould ou Croud dont l’orthographe est indécise, car les dernières cartes au i/5o 000e en couleurs de l’Institut géographique national portent Croud sur celle de l’Islc-Adam et Groult: sur celle de Paris. Ces deux cartes avec celle de Dammartin donnent tout l’ensemble de la dition.
- Le Croud naît'd’une source abondante et limpide qui jaillit dans un petit vallon à l’Est du Tillay, mais primitivement son cours remontait plus haut, car on peut en suivre la trace par
- Goussainville, Couvres et Vémars. Elle est parfaitement visible quand on circule pédestrement et la thèse de Martel sur l’enfouissement des eaux se confirme sur place. Du reste, une source, « La carrière d’eau » est toujours existante en face du lotissement de la Grange des Noues dont le nom est évocateur; son faible débit alimente un maigre ru qui se disperse dans un marais, humidifie quelques prairies avant de rejoindre le Croud au Tillay. Cette petite rivière, frêle d’allure, coule paisiblement dans un sillon à peine entamé, mais elle est courageuse et, sur •j.o km, donne de l’énergie à une vingtaine de moulins ou fabriques. Elle baigne Gonesse où naquit Philippe-Auguste, Bonneuil, Arnouville qui lui offre Je tribut du Rosne ou Petit Rhône descendu de Moisselles et dont le nom est une dérision de son homonyme le grand llcuvc, puis Dugny où se verse son principal affinent, La Morée, longue de i5 km et venant de Tremblay-les-Gonesse. Là elle se divise en deux branches, le Croud à gauche et le Bouillon à droite, pour atteindre Saint-Denis et s’évanouir, polluée et souillée, dans la Seine.
- On peut aussi mentionner « La Biberonne. » au nom rustique qui voit le jour à Moussy-lc-Neuf, passe à Moussy-le-Vieux dont le château Henry IV est propriété des « Gueules Cassées » cpd loin du monde qui leur doit tant, exploitent le domaine d’une façon remarquable, s'engage ensuite dans un vallon marécageux avant d’arriver à Thicux et Compans dont les châteaux en briques, style Renaissance, sont bien délabrés; elle arrose Cressy pour se jeter dans la Bemronne qui va mourir dans l’Ourcq un peu plus loin.
- Franchement, cette région n’est pas touristique, mais si l’on voyage à pied, on finit par lui trouver un certain charme qui se dégage de sa solitude à peine troublée par la présence de rares cultivateurs. C’est un royaume de grandes cultures où le blé est roi et la betterave reine. Tour à tour leur règne alterne. Pas de petites exploitations, mais des fermes opulentes occupant un prolétariat agricole. On y rencontre tout un réseau de voies étroites sur lesquelles circulent au moment, des récoltes des Dccauville semblables aux jeux d’enfants, mais, de même que les tracteurs ont supplanté bœufs et chevaux, les camions automobiles tendent à les remplacer. Ils servent à porter aux sucreries et distilleries qui sont nombreuses les produits du sol.
- Les routes aux abords des localités sont chaussées de gros pavés qui virent passer les charrois des ancêtres. Les maisons n’ont qu’un étage, les plus belles avec mansardes. Peu d’écarts et de hameaux, la population se groupe autour des églises. Sur
- Fig. 6. — La grange de Vaulerand (XIVe siècle).
- p.157 - vue 165/406
-
-
-
- 158
- la place, une fontaine en forme d’édifice se dresse, entourée d’arbres. On respire dans ces villages isolés un air d’archaïsme auquel se mêle un modernisme aigu. Sous le porche d’une ferme, il est amusant de voir sortir un tracteur dernier modèle, suivi d’un attelage de bœufs lents et puissants traînant une herse et se rendant aux champs. Les habitants sont peu pratiquants, la plupart des églises souvent fort belles sont fermées; on y officie le dimanche et c’est le curé d’une paroisse voisine qui, à des heures diverses de la matinée, célèbre la messe en des lieux différents.
- Parmi ces églises, signalons celles de Goussainville, construite par Jean Bullant (son retable du xvie mérite une visite), de Gonesse avec ses orgues, de Fontcnay-en-Parisis dont les miséricordes sont de grand intérêt, Mesnil-Aubry de Jean Bullant et son mur de droite dont la corniche sculptée est. d’une exquise délicatesse, Mesnil-Amelot et sa façade, Fosses et ses fenêtres, Survilliers et ses clochetons, Marly-la-Ville du xine ainsi que ,'Jagny de la même époque, Louvres où Saint-Bieul offre une croisée d’ogive qui serait la plus ancienne de France, etc. J’en passe, ne pouvant tout citer.
- Les monuments civils sont plus rares; outre les châteaux d’Ecouen, de Champlâtreux qui sont connus, il ne subsiste plus que des vestiges du château de Roissy-en-France qui appartint au financier Lavv. Le parc fut mis en culture et seuls deux beaux cèdres se dressent orgueilleusement sur la plaine en souvenir du passé. N’omettons pas la grange de Vaulerand du xuie qui était destinée à recevoir la dîme monastique et dont la capacité de io ooo gerbes atteste l’ancienne richesse et du pays et des moines, fine autre plus infime est toujours debout au ïillay, elle est curieuse par son auvent, mais peu connue.
- Une seule voie ferrée traverse le « Pays de France », c’est la grande ligne Paris-Lille-Bruxelles, scs stations sont en dehors des agglomérations, mais un fait d’ordre . économique a fait surgir autour des gares de véritables villes américaines. C’est,
- Figr. 7. — Cour de ferme et pigeonnier à Survilliers.
- Fig. 8 et 9. — Miséricordes de l’église de Fontenay-en-Parisis.
- 8. Œdipe et le sphynx. — 9. Le songe d’f’lie.
- à Villiérs-le-Bel, Goussainville, Survilliers que le phénomène s’est produit. Des lotissements ont amené, il y a 20 ou 3o ans, toute une population sédentaire fuyant la cherté des loyers parisiens. Bicoques et maisonnettes poussèrent comme champignons. Le bon marché des abonnements ou des cartes de semaine faisait de cet exode une affaire avantageuse, mais de nos jours, la hausse des transports freine cette fuite de la capitale et égalise les frais. Au point de vue politique, l’afflux des citadins a changé l’allure des élections qui, de conservatrices, tournent vers la gauche.
- Puisse cette courte esquisse d’une ‘vieille région sise à deux pas de Paris inciter quelques lecteurs curieux à la visiter, c’est mon simple désir (1).
- Cir. Broyer.
- 1. Bibliographie. — L’Ancien Pays de France, pur feu Frédéric Moreau. 2 vol., Paris, 1923-1941. Non mis dans le commerce.
- La Thève et la Nonette, par l'eu L. J. Moreau. Senlis, 1908, plaquette très rare, presque introuvable.
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1 er au 21, sa déclinaison croît do + 22°l' à 4- 23°27', puis décroît jusqu’à + 23°12' le 30 ; la durée du jour passe de IfiMO111 le 1er à 16h7m le 21 et à IG11!111 le 30 ; diamètre apparent le 1er = 31'35",6, le 21 = 31'31",o, le 30 = 31'30",S ; Solstice d’été le 21 à 23h36m20s : le Soleil entre dans le signe du Cancer. — LUNE : Phases : D. Q. le 7 à lih3o>“, N. L. le 15 à loh53m, P. Q. le 23 à oh12m, P. L. le 29 à 19hoSm ; apogée le 12 à Gh, diam. app. 29'26'' ; périgée le 27 à 2-131, diam. app. 33'0" Princi-. pales conjonctions : avec Jupiter le o à 16h37m, à i°33' N. ; avec
- JUIN 1950
- Vénus le 12 à 7]l47“, à o°36' N. ; avec Mercure le 13 à 17h13m, à 7°31' S. ; avec Uranus le 16 à 12h18m, à 4°44' S. ; avec Saturne le 21 à 22h431», à 0°25' N. ; avec Mars le 23 à iliggi», à 0°22' N. ; avec Neptune le 24 à GhlGm, à 2°oS' N. Aucune occultation à signaler. — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du matin le 10, à 23°29' W, difficilement observable dans l’aurore ; Vénus, astre du matin, mais peu visible dans l’aube ; Mars, dans la Vierge, un peu visible le soir, se couche le 18 à 0M8m, diamètre app. 8"6 ; Jupiter, dans le Verseau, visible le matin, se lève le
- p.158 - vue 166/406
-
-
-
- 159
- 18 h 23h2-im, diamètre polaire app. 39",9 ; Saturne, dans le Lion, un peu visible le soir, se couche le 18 à 23h49m, diamètre polaire app. 15",6, anneau gr. axe 39",5, petit axe 3"0 ; Uranus, dans les Gémeaux, inobservable ; Neptune,' dans la Vierge, devient peu visible, — ÉTOILES VARIABLES : Minimum observable tl’/lZ-gol (2m,2-3?n,o) le 17 à 3h6m ; maxima : de T Céphée le 3 (5m,2-10m,8), de R Cygne le 25 (3m,6-14mf4). — ÉTOILE POLAIRE :
- passage inférieur au méridien de Paris : le 10 à 20îl23m57sJ le 20 à 19h44m50s, le 30 à 19h5m44s.
- Phénomène remarquable. — La lumière cendrée de la Lune le matin, du 10 au 12.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l'heure en usage).
- G. Fouumek.
- LES
- LIVRES NOUVEAUX
- La théorie de la relativité restreinte, par
- O. Costa de Beaurkcard. 1 vol. in-8°, 174 p. Masson et '% Paris, 1949. Prix : 800 francs.
- Cet ouvrage fait partie d'une collection de livres de mathématiques à l'usage des physiciens. Ce n'est pas une œuvre de compilation, car l’auteur y a introduit les résultats originaux et importants qu’il a obtenus au cours de ces dernières années. On y trouve des chapitres sur la cinématique, l’optique, l’élcctromagné-lisme, la dynamique relativistes. Une bibliographie sélectionnée termine le livre préfacé par l’un des maîtres de ta physique moderne : Louis de Broglie.
- Histoire de la Terre. T. L’homme avant l’histoire, par Pierre Rousseau. 1 vol. in-8“, 221 p., 34 lig. 10 pl. Nouvelles éditions latines, Paris, 1049.
- Noire excellent collaborateur a entrepris de présenter, avec la clarté d’esprit et le talent de plume qu’on lui connaît « la Terre, ma patrie », puis son histoire et ses habitants. Après avoir, dans un premier volume, exposé la situation de la l’erre dans le ciel, ses mouvements, ses formes, ses dimensions, il aborde ici son histoire, en allant à reculons vers le passé. Cela l’amène aux débuts de l’histoire, en Crète, à Babylone, en Égypte, avant même le déluge, puis à la préhistoire, aux hommes fossiles, au Quaternaire coupé de périodes glaciaires, aux pithécanthropes et sinanthropes, à l’origine des civilisations, puis à celle de l’homme. Comme toujours, sa documentation est impeccable, elle s’étend jusqu’aux données les plus récentes et elle est si agréablement présentée qu’on la lit comme une aventure.
- Perspective artistique. Tome IL Tracés pratiques, par Pierre Oi.mer. 1 vol. in-8°, 350 ci*o-quis, 4 planches hors -texte. Plon, Paris. Prix : 960 fr.
- La première partie de l’ouvrage était consacrée aux principes et méthodes de perspective. La deuxième partie consacrée aux tracés pratiques, est le développement de ta première. Ces tracés pratiques permettent de résoudre les problèmes les plus divers que rencontre un dessinateur dans rétablissement d’un carton perspectif. Architectes, peintres, illustrateurs, décorateurs, graveurs, accueilleront avec intérêt ce second volume.
- Laboratoires. Numéro spécial de L'Architecture d'aujourd'hui, In-4n, 96 p., fig. L’Architecture d’aujourd’hui, 5, rue Bartholdi, Boulogne (Seine). Prix : 600 francs.
- La misère des laboratoires n’est plus de mode, à en juger par tant de constructions spécialement conçues et équipées pour les recherches scientifiques et industrielles, dont ce numéro révèle la réalisation récente ou la construction en cours. Il s’en dégage une architecture nouvelle, une technique d’équipement qui manquait et le sentiment réconfortant d’un grand effort actuel pour baser les productions économiques sur des données neuves, les perfectionner et les contrôler, appuyer les techniques sur les laboratoires et la science.
- Tool Engineers Handbook, par I’American Society of Tool exgineers. 1 vol. in-8°, 2070 p. lit. Mc Graw-IIill, New-York et Londres. Prix : relié, 120 sli.
- Cet ouvrage considérable a été rédigé par 152 spécialistes. Il est divisé en 115 chapitres couvrant tout le champ de l’outillage des industries mécaniques et de leur organisation suivant les principes les plus modernes. Sa rédaction est conçue dans un esprit plus pratique que théorique. Il apporte une documentation remar-
- quable au problème si actuel de la productivité. Celui-ci ne consiste pas à faire travailler davantage la main-d’œuvre mais à lui fournir un outillage et des méthodes susceptibles de produire plus. On y trouvera une étude des plus récentes techniques qui se sont développées ces dernières années avec une étonnante rapidité. Celte encyclopédie de l’outillage moderne sera d’une inappréciable valeur pour les ingénieurs et techniciens qui touchent de près ou de loin à l’usinage dans les industries mécaniques.
- Du coup de bélier en hydraulique au coup de foudre en électricité, par L. Bergeron.
- 1 vol.. in-8°, 336 p., 220 fig. Dunotl, Paris, 1950. Prix : relié, 3.250 francs.
- Sous ce litre original, l’auteur, spécialiste réputé de l’hydraulique, expose une méthode graphique de calcul des variations de régime hydraulique des conduites forcées et l’utilise à un certain nombre d’applications en hydraulique, mais aussi clans d’autres domaines, notamment aux barres métalliques soumises à un effort longitudinal, aux ondes transversales le long d’une corde tendue, aux ondes de torsion le long d’un cylindre rectiligne en rotation, aux variations de régime dans un canal à surface libre et enfin aux ondes sur les lignes électriques, traitant ainsi par les mêmes procédés de calcul des phénomènes aussi disparates que ceux annoncés dans le titre de l’ouvrage.
- Faraday’s discovery of electro-magnetic induction, par Thomas Martin. 1 vol. in-S°, 160 p., 55 fig. Arnold, Londres, 1949. Prix : relié, 10 sli. 6 d.
- Nul n’ignore l’importance des découvertes de Faraday clans le domaine de l’électricité et le caractère légendaire de ses expériences devant la Royal Institution, mais peu d’électriciens sont au courant de la nature précise de ces expériences. La description minutieuse en est faite dans ce livre- qui est une excellente contribution à l’histoire de la physique.
- Radio-tubes, par E. Aïsberg, L. Gaudillat et R. de Schepper. 1 album, 156 p., 858 schémas. Société des Éditions Radio, Paris, 1949. Prix : 350 francs.
- Ouvrage décrivant, classés par ordre alphabétique, plus de 800 tubes européens et américains. Un schéma consacré à chaque tube indique son emploi normal, ses caractéristiques : culottage, tensions et intensités de chauffage, de grille-écran et d’anode, valeurs des résistances de polarisation, de grille-écran et de charge, tensions alternatives des signaux à l’entrée et h la sortie, puissance modulée des tubes de sortie, fonction du tube, pento, résistance interne, polarisation.
- Radio formulaire, par M. Douriau. 1 carnet, 170 p., 2e édition. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949.
- Ensemble de données, de formules et de constantes d’électricité et de radioélectricité présentées de façon commode. On y trouvera des renseignements sur les lampes normalisées, les fonctions des lampes, la piézoélectricité, les filtres, les transformateurs, les conducteurs, des éléments de mathématiques et même un petit vocabulaire anglais-français.
- Cours de chimie et de physique. I. Chimie, par J. Lamirand et M. Joyal. 1 vol. in-8°, 276 p., 115 fig., 3° édition. Masson et C‘% Paris, 1949. Prix : 475 francs.
- Get ouvrage, destiné aux classes de mathématiques supérieures (programme de 1941), s’adresse à un public plus étendu, notamment aux étudiants qui abordent l’enseignement supé-
- rieur. C’est surtout la chimie générale qui fait l’objet de la majeure partie du programme et par suite de l’ouvrage. Une première partie est relative h la constitution de la matière : théorie atomique, structure de l’atome, notions de corps purs et éléments, analyse immédiate, lois générales, masses atomiques et moléculaires, classification des éléments, valences et formules de constitution. La deuxième partie traite des fonctions des composés minéraux : théorie des ions, acides-bases, sels, composés métalliques, analyses qualitative et quantitative. La troisième partie étudie les réactions chimiques : \itesse des réactions, équilibres chimiques, loi d’action de masse. Enfin la quatrième et dernière partie est consacrée à l’étude détaillée de quelques espèces chimiques : hydrogène, oxygène, ozone, eau, eau oxygénée, carbone, gaz carbonique, oxyde de carbone, oxydants et réducteurs. L’ouvrage se termine par un ensemble de problèmes posés dans divers concours et examens. On retrouve dans ce livre toutes les qualités pédagogiques des auteurs qui ont fait le succès de leurs ouvrages.
- Macromolécules et matières plastiques, par Jacques Duclaux. 1 vol. in-16, 199 p., 8 lig. Collection « La science vivante ». Presses universitaires de France, Paris, 1949. Prix : 400 francs.
- Bon exposé, très clair et bien à jour, de la notion récente de macromolécules, de leur obtention par polymérisation# ou condensation, de leurs propriétés à l’état de solution, de gelées, de corps solides et des nombreux produits industriels aujourd'hui obtenus.
- Techniques of histo- and cyto-chemistry,
- par David Glick. 1 vol. in-8°, 531 p., 159 fig. Interscience Publishers, New-York, 1949. Prix : relié, 8 dollars.
- Classiquement, le microscope sert à observer des formes, des structures trop petites pour être vues à l’œil nu. Il est devenu aussi un appareil de microanalyse chimique, soit qu’on décèle par lui dans les tissus et les cellules les éléments, les radicaux, les fonctions, les groupes, les enzymes, soit qu’on recherche ceux-ci par (les moyens physiques ou chimiques. De multiples techniques ont vu le jour depuis moins de vingt ans dont certaines sont maintenant classiques et d’autres encore en voie de perfectionnements. L’auteur en a choisi un grand nombre, les a essayées, triées, groupées et il les présente ici en ordre, montrant tout ce dont on dispose pour préparer les cellules, en distinguer ou en séparer les constituants, reconnaître ceux-ci avec finesse et certitude.
- Contribucion del coeficiente citologico a la fisiologia y patologia de la corrélation hipofisotiroidea, par le Dr Estanislao Del Conte. 1 vol. in-8°, 87 p., 25 fig., 16 pi. Ateneo, Buenos-Aires, 1949.
- En ce moment où les sécrétions thyroïdiennes sont étudiées de toutes parts, l’auteur a appliqué l’examen cytologique à l’élude de l’activité thyroïdienne dans les conditions normales et pathologiques.
- La cellule, par R. J. Gautheret. 1 vol. in-8°, 404 p., 206 fig., 16 pi. Albin Michel, Paris, 1949. Prix : 960 francs.
- La cellule est l’élément constitutif de tous les êtres vivants ; c’est en elle que résident les grands mystères de la biologie. L’auteur fait la mise au point de ce qu’on en sait : beaucoup et très peu. On a observé sa structure, ses éléments constitutifs, chez les animaux, les plantes, les bactéries, les virus ; on y a appliqué les méthodes microchimiques et les physiques :
- p.159 - vue 167/406
-
-
-
- 160
- rayons X,. ultra-violet, ultra-microscope, microscope électronique ; on a expérimenté sa physiologie. Tous lçs curieux de la \io et tous les •étudiants voudront savoir où l’on en. est, ce qui •est acquis, ce qui reste à découvrir.
- .Le bois, par J. Gamphedon. 1 vol. in-16, 128 p., 3 fig. Collection « Que sais-je !' ». Presses universitaires de* France, Paris, 1949.
- L’auteur, directeur de l’Institut national du Lois, s’est dpnnc à tache de réhabiliter le bois en le faisant mieux connaître. 11 examine sa constitution, ses caractéristiques technologiques, physiques et mécaniques et passe ensuite en reMie les principaux Lois commerciaux : feuillus, résineux, importés.
- De l’opium à la pénicilline, par T. J. Williams. 1 vol. in-16, 163 p., 12 pi. Collection « Pointes de la science ». Desœr, Liège ; Eyrolles, Paris, 1948. Prix : 280 francs.
- Les plantes ont toujours servi de remèdes. Certaines sont irremplaçables. L’aulour, biochimiste et médecin, a choisi quelques drogues classiques : la quinine, le hachisch, la digitale, la pénicilline, l’ergot de seigle, l’opium, la cocaïne dont il conte l’histoire, explique la composition et les propriétés, et cela le conduit à prévoir pour les drogues végétales un très grand avenir.
- Natural history of marine animais, par G. E.
- and -Nettie MacGinitie. 1 vol. in-8°, 473 p., 281 fig. Mc Graw-IIill, London, 1949. Prix : relié, 37 sh.
- Directeur d’un laboratoire maritime de Californie, Fauteur présente les êtres marins, leur biologie, leur association, leurs variations de nombre. Chaque groupe- est présenté successivement, d’une manière sommaire, précisée de temps à autre par quelques photographies.
- Les Mammifères sauvages d’Europe, par Robert Hainard. l’orne lit. 1 vol. in-16, 274 p., 54 (ig., 32 pl. Délaehaux et Niestlé, Neuchâtel et Paris, 1949. Prix : relié, 15 francs suisses.
- Naturaliste, chasseur et artiste de talent, l’auteur a parcouru l’Europe pour observer lui-même, sur place, la vie et les mœurs de tous les mammifères d’Europe. Il en a vu un grand nombre, les a dessinés, peints, et a relevé tout ce qu’il a pu en connaître en deux volumes u’cus. Certes, certains groupes ne sont que des listes, tels les mammifères marins : pinnipèdes et cétacés, mais les rongeurs, les suidés, les cervidés, les bovidés lui sont tous familiers et il les montre dans la nature, en familles, dans leur vie de tous les jours.
- Faune des vertébrés du Massif central de la France, par Paul Gantuel. 1 vol. in-8°, 404 p., 244 lig. Encyclopédie biologique,
- Lechevailer, Paris, 1949. Prix : 2 600 francs.
- Apres avoir longtemps observé la faune des vertébrés de la vaste région naturelle du Massif central, l’auteur a dressé la liste de toutes les espèces rencontrées. 11 la fait précéder d’une bonne monographie sur la géographie physique et le climat. Tl donne pour chaque groupe de commodes tableaux de classification et. pour chaque espèce de nombreux renseignements écologiques, fruits de ses constatations.
- Le principe vital, par le Dr II. Niklsex. 1 vol. in-16, 255 p. Hachette, Paris, 1949. Prix : 350 francs.
- L’auteur passe en revue les grandes questions biologiques : origine de la vie et de l’homme, finalité, évolution, hasard, hérédité, etc. Il voit partout un principe vital dont le principal mode d’action est la dissymétrie moléculaire de Pasteur.
- Le système nerveux sympathique, par le Dr Paul Chaucuari). 1 vol. in-16, 364 p., 19 fig. Collection « L’avenir de la science ». Gallimard, Paris, 1949. Prix : 490 francs.
- Un grand effort se poursuit pour comprendre le système nerveux, si complexe, et sa partie la plus diffuse, le sympathique, qui règle l’activité viscérale. De la masse des données accumulées et des travaux en cours, seul un physiologiste pouvait dégager les notions acquises et les espoirs permis. Voici une excellente mise au point, claire et documentée à souhait.
- Laboratory manual for principles and pro-cess of Pharmacy, par JL M. Burlage, S. B. Bout et L. Waif Rising, 1 vol. in-8°, 271 pi Mc Graw-Hill, New-York et Londres, 1949. Prix : relié, 24 sh.
- Manuel de laboratoire destiné aux étudiants en pharmacie. Il décrit les mélhodes d’analyse et de contrôle de la pharmacopée américaine. Une bonne moitié de l’ouvrage est consacrée à des modèles de rapports et de manipulations de laboratoire sur les produits pharmaceutiques.
- Physik fur Mediziner, par Frit/ IIaler. 1 vol. in-8°, 397 p., 498 fig. Urban und Schwarzcn-berg, Vienne, 1949. Prix : relié, 49 schillings.
- Cours de physique médicale professé à FUni-versité de Vienne, très bien ordonné et à jour. H traite de toutes les questions de mesures, de mécanique, acoustique, chaleur, optique, élec-tricilé, radioactivité dans leurs applications à la physiologie et à la médecine, avec clarté et précision. De très nombreux schémas complètent le texte.
- Le sourcier moderne, par Henry de France. 1 vol. in-16, 226 p., fig. Jai Maison rustique, Paris. Prix : 250 francs.
- Radiesthésiste convaincu, l’auteur rappelle l’histoire de la baguette et du pendule, la manière de les employer, tout, ce qu’on en peut obtenir dans la recherche des eaux, des minéraux, des métaux et dans le diagnostic médical, sur place, à distance et même sur pians ou photographies. On sait comme les expériences et les contrôles tant de fois' répétés contredisent ces affirmations.
- Au Thibet, par Laelgie. I.voL, 220 p., 55 fig., 28 photos hors lexle. Collection Voyages et Aventures. Susse, Paris, 1949. Prix : 390 fr.
- Carnet de route d’une artiste au' cours de ses voyages au Thibet, faisant pénétrer dans des régions qui ont toujours sollicité la curiosité par leur isolement, et leur inaccessibilité. L’auteur raconte dans un style très direct ses difficultés pour pénétrer sur ces immenses plateaux où la population a conservé les mœurs qu’elle avait il y a plusieurs siècles. De très beaux dessins de Fauteur illustrent ce livre.
- Car j’aime l’Amérique, par M. Westox. 1 vol. relié, 214 p. Editions de la Paris, Paris, 1949.
- Le sous-titre de l’ouvrage, « Guenilles et dentelles du nouveau continent », résume le contenu du livre écrit par une Britannique qui expose avec beaucoup d’humour et une loyale franchise les beautés et les ridicules d’une grande nation qui a poussé trop vite, sans traditions, mais aussi sans préjugés, sinon celui de la réussite matérielle. Dans ce voyage des gratte-cicls de New-York aux quartiers les plus pauvres des plantations du Sud et aux régions montagneuses encore fort arriérées, le lecteur découvre avec intérêt les multiples aspects de ce grand pays.
- Vos débuts en radiesthésie, par F. Ser-
- vranx. 1 broch. in-8°, 40 p., fig. Desforges, Paris, 1949.
- Initiation à l’emploi du pendule, convaincue mais combien peu convaincante quant à la validité des résultats I
- Lavoisier, économiste, par R. Düjarric de la Rivière. 1 vol. in-8°, 118 p. Masson et Plon, Paris, 1949. Prix : 225 francs.
- Lavoisier a traité avec la même maîtrise des questions d’administration et d'économie politiques et des besoins sociaux de son temps. Ce livre en donne la preuve et montre que l’esprit et la méthode scientifiques s’appliquent également à des problèmes actuels bien mal résolus jusqu’ici par d’autres moyens.
- Chimie, par L. Quévnow, G. Rumeau et J. Li-gxox. 1 vol. broché, 333 p., nombreuses figures. Delagrave, Paris, 1949.
- Ce livre est destiné à la préparation au baccalauréat mathématiques et technique et aux écoles nationales d’arts et métiers. Il comprend la chimie générale, l’étude des principales fonctions numérales et organiques exposées de façon très suggestive et se termine par quelques compléments notamment sur les équilibres chimi-
- ques et les vitesses de réaction ainsi que par des indications sur l’analyse organique. Des exercices et des énoncés de problèmes choisis parmi ceux donnés aux examens pourront aider l’élève à vérifier la sûreté de ses connaissances.
- La télépathie, par' W. Carixgtox. 1 vol- in-8°, 206 p. rayot, Paris, 1948. Prix : 420 francs.
- L’auteur y croit et rappelle les observations et expériences faites en Angleterre. Il l’explique surtout par l’association des idées. 11 y voit un fait naturel riche de conséquences variées. Et il ne nous a pas convaincu.
- Comment finira le monde, par D. Papp. 1 vol., 246 j)., 16 fig: Hachette, Paris, 1949. Prix : 300 francs.
- Si les hommes se sont toujours intéressés à la création du monde et à son évolution, ils n’ont, pas moins été liantes par le désir de connaître comment il finira. L’auteur envisage des hypothèses possibles : obus célestes, chocs de comètes, explosions, incendies cosmiques. Persuadé que les lois naturelles qui déterminent les destinées du globe continueront à agir durant des milliers de millions d’années, l’auteur essaie de concevoir les aspects principaux de ce développement futur : combien de temps durera la vie sur la terre ? le sort de l’humanité, les catastrophes futures, les maîtres du monde après la disparition de l'homme.
- Chiens de garde, chiens de défense, par R. Montenot. 1 broch. 47 p., 21 fig. La Maison rustique, Paris, 1949. Prix : 90 francs.
- Logement, dressage des chiens de police et de défense.
- Contribution à l’étude des pertes de charge
- singulières, par C. IL Cottignies. 1 vol.. 110 p., 25 fig. Service de documentation et d’information technique de l’aéronautique, Paris, 1949.
- Brochure n° 231 de la série des publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air exposant une série de travaux dans le domaine de l’aérodynamique suhsoiiiquc et traitant des diffuseurs des débits supersoniques, des pertes do charge de coudes à 90°, des répartitions des vitesses et des pertes de charge des diffuseurs à 7°.
- PETITES ANNONCES
- PARTICULIER VEND : 1 Microscope B. et Lomb, avec objectif inunon 1/15* oculaire et coffret ; 1 petit micro pr empreintes B. ;
- 6 objectifs dé microscopes, excellents ; Quan-lité de pièces optiques et mécaniques pour microscopes et autres ; 1 lot de petit outillage de précision ; limes, forets, alésoirs, etc. Liste et prix sur demande. Ecr. : La Nature, n° 728,
- VENDS : excell. lunette astron. obj. A. Couder 200 mm, pied et accès. — F. Arago, Astrono-mie populaire, notices scient. (12 vol. rel.). L’Illustration du lpr sem. 1914 au 2e sem. 1919 (10 vol. rel.). J. E. CHEMIN, 2, rue de 1 Industrie, Moulins (Allier).
- A VENDRE en bloc ou par lots : herbier 30 000 parts (nombreux exsiccata classiques), 1 200 minéraux et 8 000 coquilles en cuvettes et boîtes, 8 000 fossiles dans un meuble métallique. Très bon état ; présentation standard. Ecrire à M. ROTHKEGEL, Néoux (Creuse).
- ACHÈTERAI : 4 ch. Renault, Dyna et Juva-quaire avant peu roulé. Ecr. : La Nature, n° 731.
- A VENDRE : petit voilier à dérive, 10 m2 de voilure, peint à neuf, prêt h naviguer. Ecr. : La Nature, n° 732.
- URGENT : Jeune ménage cherche app. 1, 2 ou 3 pièces, cuis., ou chambre bonne, libre suite, repr. jusL Paris ou ligne Sceaux indifférent. Ecrire : La Nature, n° 733.
- . M ---------». . • -----------’ 1 .....................................
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1900, n° 1095. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2147- — 5-1960.
- p.160 - vue 168/406
-
-
-
- N° 3182
- Juin I960
- LA NATURE
- L'ARCHITECTURE MAYA AU YUCATAN
- A U début du xvie siècle, une escadre espagnole commandée par Grijalva partait de Cuba pour les côtes du Yucalan. Elle y /i découvrit un peuple très policé, les Mayas, qui avaient construit des villes aux rues régulières et aux temples pyramidaux, qui portaient, des vêtements de coton multicolores, des bijoux d’or, qui savaient construire, sculpter, peindre, travailler les métaux, écrire des signes inconnus, compter même les années. Ils avaient une religion, une justice, avec des rites sanguinaires. Pierre, martyr d'Anghiera, en rendit compte au Pape. Peu après, Cortès trouvait au Mexique d'autres civilisations analogues. Les progrès de la conquête n'allèrent, pas sans batailles et massacres qui provoquèrent l'abandon des villes bientôt envahies par la végétation, tandis que les indigènes, réduits en nombre, se répandaient dans VAmérique Centrale et se métissaient. Si bien qu’aujourd'hui, il ne reste plus qu'un petit nombre de Mayas de race pure et que leurs monuments ne se révèlent qu'aux archéologues qui-les dégagent et les réparent pour les rendre à notre admiration.
- Le plus bel ensemble est sans doute à Chichen Itza où l'on a retrouvé un pyramide flanquée d'un temple et divers édifices qu'on a dénommés maison du scribe nocturne, maison des normes, maison rouge, tombeau du grand prêtre, temple des jaguars, temple des guerriers, M. le Dr Ulrico Hoepli qui les a visités il y a un an a bien voulu nous en donner la (description
- et les photographies.
- Le Mexique -est le pays des .pyramides, exemple caractéristique de l’architecture indigène et de la culture précolombienne.
- La pyramide mexicaine diffère de l’égyptienne en ce qu’elle n’est pas l’expression d’un culte des morts, mais un autel consacré aux dieux; ce n’est pas un mausolée au sommet pointu, contenant des chambres internes destinées à recevoir les restes d’un pharaon et à perpétuer sa mémoire, c’est la base d’un temple généralement dédié au culte de l’astre suprême, le Soleil, orienté vers l’ouest pour recevoir les derniers rayons.
- Cette architecture en hauteur devait mobiliser des générations
- Fig. 1. — L’autel (partie haute) du temple des guerriers avec ses serpents emplumés stylisés.
- (Cliché U. Hoepli).
- Fig. 2. — Les puissants serpents-pilâtres de la maison des jaguars.
- (Cliché U. Hoepli).
- de travailleurs esclaves pour transformer, comme à Xochicalco dans l’État de Morelos, un monticule en pyramide, au moyen de terrasses, de murailles et de terre-pleins; le panorama qu’on découvre du sommet révèle les conceptions d’urbanisme de leurs constructeurs et leurs capacités, surtout quand on songe que ces monuments datent du ve siècle de notre ère, d’une époque où la roue et les métaux étaient inconnus en Amérique.
- L’art précolombien le plus raffiné se voit au Mexique, dans le Yucatan, la presqu’île qui borde au sud le Golfe du Mexique, et
- p.161 - vue 169/406
-
-
-
- = ' ' 162 ~ :::: =
- particulièrement à Chichen Itza et à Uxmal. Chichen Itza (en maya : la bouche du puits des Itza, c’est-à-dire des substances descendues du ciel) se trouve à 120 km de Merida; c’est la plus étendue des cités archéologiques mexicaines ; elle fut fondée vers l’an 600 et compta 200 000 habitants du vu® au xi® siècle.
- Elle possède la plus belle pyramide dénommée le Castillo, haute de 29 m, longue à la base de 55,60 m, récemment dégagée par l’Institut Carnegie de Washington des terres qui cachaient sa structure.
- Une série de neuf gradins-terrasses soutiennent l’autel du sommet; continués sur deux faces, ils donnent 18 marches, nombre des mois maya d’une année solaire, chaque mois étant de 20 jours; les gradins représentent ainsi l’année de 36o jours à laquelle on ajoutait 5 jours sacrés représentés par les 4 côtés et le toit du temple supérieur.
- Sur les flancs des marches, des motifs sont sculptés, en relief, par trois sur les huit premières terrasses, par deux sur la dernière 3 x 8 = 24, et sur deux faces 2/1x2 = 48, plus 2 sur chaque face de la plus haute font 48 + 4 = 52. C’est la durée du cycle maya en années, au bout duquel est la fin de toutes choses, une sorte de fin du monde comparable à l’an mil. On attendait la 52e année airec épouvante et on se réjouissait de l’avoir franchie comme d’une résurrection. Chacun des quatre escaliers entre les gradins a 91 marches et la base de l’autel forme une plateforme commune, si bien qu’on y retrouve (91 x 4) 4- 1 = 365 jours de l’année. La base, de l’escalier principal est ornée de deux têtes de serpent; le serpent était pour les Mayas symbole de fertilité (culte phallique), de félicité, de vie, d’éternité.
- À Chichen Itza, après le Castillo, le monument le plus intéressant est le temple dénommé des guerriers (fig. 3), construit à trois époques successives et comprenant trois constructions : une pyramide tronquée, quadrangulaire, plus petite que celle du Castillo; au-dessus un temple contenant de nombreux pilastres carrés ornés de figures de guerriers; à la base, des- dizaines de pilastres en partie carrés et ornées (fxg. 5), en partie ronds. A cause de ces pilastres, le monument est aussi appelé temple des mille colonnes.
- Dans le temple supérieur se trouvent, à l’entrée, deux pilastres caractéristiques (fig. 1 et 6) fort bien conservés, représentant le serpent à plumes (Kukulcan) stylisé, synthétisé. À l’intérieur de l’autel est une pierre plate quadrangulaire surélevée, d’environ 1 m à i,5o m, destinée aux sacrifices, où l’on couchait la victime sur le dos pour lui ouvrir la poitrine d’un seul coup de pierre pointue et en extraire le cœur, en holocauste sanguinaire aux dieux.
- La pyramide contient dans son intérieur une autre pyramide plus petite dans laquelle est la chambre des peintures; à l’abri des agents atmosphériques, il s’y trouve des pilastres gravés recouverts encore de stucs polychromes (jaunes, bleus, rouges). Si l’on considère que les pilastres externes devaient être également décorés et colorés, on peut imaginer la beauté et la grandeur d’un tel édifice au milieu de la verdure de la jungle.
- A part une très belle plateforme pour les danses sacrées située devant le Castillo, la troisième construction importante est le « jeu de pelote » et la maison des jaguars; le jeu de pelote est
- un stade rectangulaire de i47,8'5 m sur 36,22; les grands côtés forment escaliers et à une extrémité s’élève-la maison des jaguars dont la figure 4 donne une vue d’ensemble. Son nom lui vient d’une série de jaguars sculptés sur le fronton postérieur (fig. 7) ; contrairement à la rigidité des sculptures égyptiennes, leurs mouvements sont gracieux, vivants, quasi cinématographiques. Dans la partie tournée vers le stade, on admire deux puissants pilastres (fig. 2) dont les chapitaux figurent des serpents à grosses têtes, à queues emplumées, soutenant l’architrave de l’entrée; les serpents-pilastres sont des monolithes pesant chacun 25 t; comment les a-t-on transportés, les Mayas ignorant la roue, reste une question sans réponse; probablement, ce fut par un laborieux glissement sur des plans inclinés de terre et de troncs d’arbres. L’intérieur de la maison des jaguars constitue une chambre sur les parois de laquelle apparaissent des peintures bien conservées qui représentent des huttes semblables à celles qu’on construit encore et des femmes se livrant aux travaux domestiques. En d’autres points, on voit des scènes sur l’eau, avec des pirogues qui font songer à des migrations (les Mayas sont originaires du Guatemala et sont arrivés au Yucatan vers l’an 5oo).
- Le stade a de remarquables propriétés acoustiques et quand on parle à voix basse dans certains angles, la voix s’entend parfaitement à de grandes distances. Vers le milieu, se dressent, jusqu’à 6 m au-dessus du sol, deux grosses pierres en forme de disques, d’environ 2 m de diamètre et percées au centre, Il est probable que la balle du jeu de pelote devait passer à travers ces trous, un peu comme dans le basket-ball.
- Le caracol (le colimaçon) (fig. 9) est un observatoire astronomique circulaire en ruines dont il reste une première terrasse rectangulaire de 63 m sur 45,5o m qu’on atteint par un escalier de 22 gradins larges de i4,20 m et une seconde terrasse qui mesure 23,70 m sur 21. La forme cylindrique et la présence d’un puits, dans l’enceinte devaient permettre aux astronomes d’observer et de déterminèr le passage du soleil au zénith. La construction doit en remonter au ixe siècle.
- L’importance de ces constructions et de celles d’Uxmal montrent le degré de perfection technique de l’architecture, et aussi la culture de la population indigène avant l’arrivée des Espagnols; sans liaison avec le continent américain, les Mayas bâtirent leurs monuments à une époque correspondant au néolithique européen, puisque des cinq éléments de la civilisation, ils en possédaient déjà trois : le feu, l’agriculture, la domestication des animaux, tandis que leur manquaient encore le travail des métaux et l’invention de la roue.
- Aujourd’hui, la population maya du Yucatan compte environ 4oo 000 individus, de petites tailles, de caractères mongols (fig. 10) ; ils cultivent le maïs et l’henequen (fig. 8) dénommé sisal du nom du port d’exportation; la fibre textile qu’on en retire est à peu près l’unique ressource économique de la région. Le Yucatan reste un état isolé, ayant peu de relations avec la capitale, Mexico, qu’on ne joint que par la voie aérienne et par bateau, de Puerto Progresso à Vera Cruz.
- Ulrico IIoepli.
- A propos des curieux groupements de fruits chez le Pin
- (n°s 3157 et 3163).
- La Nature a déjà publié deux observations sur ce sujet, l’une de M. Rudel (mai 1948, p. 134), l’autre de M. Parrot (novembre 1948, p. 327).
- Le Révérend Père Joachim Lulia Massiera, professeur du Collège San Ignacio, à Barcelone-Sarriâ, nous annonce la présence de la même anomalie en Espagne. Il l’a observée sur les pins de l'Observatoire astronomique de l’Ebre, à Roquetas (Tarragone) et le
- Dr Font Quer lui a indiqué que le P. Barnola l’avait déjà signalée en 1907. '
- Les paysans et le surveillant des forêts de l’État attribuent le groupement des pommes de pin à quelque blessure et ils constatent que cette fructification anormale est cause de la mort de l’arbre. L’origine en reste incertaine : attaque d’insectes ou de champignons ?
- p.162 - vue 170/406
-
-
-
- Fig. 3 à 6. — De haut en bas : Le temple des guerriers. — La maison des jaguars. — Colonne sculptée (autrefois polychrome) devant le temple des guerriers. — Serpent emplumé de l’autel du temple des guerriers.
- (Clichés U. Hoepli).
- Fig. 7 à 10. — De haut en bas : Les jaguars sur la façade du jeu de pelote. — Plantation de sisal, cultivé dans tout le Yuca-tan pour ses fibres textiles.— L’observatoire.— Maya' actuelle? de type pur, rappelant une ascendance asiatique : petite taille? brachycéphalie, nez long, peau olivâtre sombre.
- p.163 - vue 171/406
-
-
-
- 104
- L'UTILISATION DU RAYONNEMENT SOLAIRE
- Les moyens proposés pour l’utilisation directe de l’énergie du rayonnement solaire sont de deux ordres. Elle peut d’abord être concentrée par des miroirs et employée à produire de la vapeur ou des réactions à haute température comme l’a fait dernièrement M. Trombe. Mais il ne semble pas que ces procédés soient applicables à de grandes surfaces, de l’ordre du kilomètre carré ou davantage. Pour ces surfaces' la suppression de tout appareil optique et mécanique est souhaitable. Le principe à suivre est que l’énergie solaire est surabondante, et- que la considération de la simplicité remporte sur celle du rendement.
- Nos installations hydro-électriques sont fondées sur l’évaporation de l’eau échauffée par les rayons solaires et sa condensation en altitude par le froid. Il est possible de modifier ce processus naturel, en remplaçant la grande étendue des mers à peine tièdes par des surfaces beaucoup plus petites d’eau très chaude. La question se ramène alors à savoir quelle est la température maxima que peut atteindre l’eau, par simple exposition aux rayons solaires, sans concentration de ces rayons.
- L’eau pure, exposée au soleil et au vent, s’échauffe très peu. Au mois de juillet, époque très favorable, je n’ai pas pu obtenir plus de 3° au-dessus de la température ambiante, et souvent la différence est négative. La raison est l’évaporation, qui atteint en moyenne 7 1 par mètre carré et par jour, soit une perte d’énergie de 4,8 millions de kW/h par kilomètre carré.
- L’eau pure absorbe mal les rayons solaires, pour beaucoup desquels elle est transparente. Elle s’échauffe davantage si on la rend absorbante en la colorant. J’ai ainsi obtenu une élévation de 12° avec le sulfate de cuivre saturé. Mais à ces températures accrues l’évaporation devient aussi rapide que celle de l’eau pure.
- Il est évidemment possible (et on y a déjà pensé) de la diminuer en versant sur l’eau un liquide insoluble et non volatil. Mais la couche doit être assez épaisse, car on sait qu’une couche très mince n’influe pas sur l’évaporation. Avec 1 500 g par mètre carré de phtalatc d’éthyle j’ai obtenu une amélioration de 10°. Mais il s’évapore encore 2,5 1 par mètre carré et par jour. La perte de phtalate n’est d’ailleurs pas négligeable et un liquide encore moins volatil (phtalate de butyle, paraffine) serait préférable.
- Les résultats sont améliorés si la cuvette contenant le liquide est recouverte d’une feuille de verre ou de matière • transparente (cellophane, acétate de cellulose, pliofilm, polythêne). Mais on observe sur cette feuille une condensation abondante, signe d’une grande perte de chaleur.
- Un autre procédé que la pratique montre préférable consiste à substituer à l’eau pure une solution qui doit être stable à la lumière et avoir une tension de vapeur faible, avec une opacité parfaite combinée à un pouvoir émissif réduit. J’ai essayé les sels suivants :
- Chlorures de calcium, de cuivre, de magnésium ;
- Acétates de potassium, de cuivre, de magnésium ;
- Thiocyanate de calcium ;
- Perchlorate de cuivre.
- Dans l’ensemble, le perchlorate de cuivre a donné les meilleurs résultats, mais les expériences n’étant pas strictement comparatives, ce résultat n’est pas définitif. J’ai obtenu avec ce sel 63° le 4 août, la température extérieure étant 24° ; avec les autres, de 47° à 57°.
- Les meilleurs résultats sont obtenus par la combinaison de deux moyens : solution colorée déliquescente recouverte d’une feuille transparente (qui peut être au contact de la solution). La température dépasse alors régulièrement 70° ; les chiffres les plus élevés sont :
- 7 août, perchlorate de cuivre, 77° (extérieur 30°) ;
- 15 août, chlorure de calcium, 82° (extérieur 2C°) ;
- 10 septembre, chlorure de magnésium, 77° (extérieur 25°).
- Ces chiffres sont des minima qui peuvent être largement dépassés pour plusieurs raisons :
- 1° Les essais ont été faits sur des cuvettes de très petites dimensions (18 x 24 cm) et la déperdition par les bords est considérable, comme aussi l’effet réfrigérant du vent, d’autant plus sensible que la surface est plus petite. Le vent a été généralement fort.
- 2° Le lieu d’observation est défavorable : exposition au nord, latitude 45°, altitude 700 m. Une plus grande altitude et une latitude moindre seraient préférables.
- 3° L’isolement thermique s’est montré insuffisant. Les cuvettes étaient posées sur un lit de liège granulé épais de 2 cm, et la perte par conductivité était de l’ordre de 10 pour 100.
- Pour ces raisons, j’estime qu’une température de 90° peut être atteinte, en un lieu convenable, au moins 0 mois par an. Je, rappelle à ce sujet d’anciennes expériences présentées le 19 décembre 1930 à la Société de Physique et d’après lesquelles une surface isolée, exposée normalement aux rayons solaires, a pu atteindre à la fin d’octobre une température de 131°. L’influence de la saison et celle de la nébulosité sont bien moindres qu’on ne le croit.
- Évidemment ce n’est pas à la température maxima qu’il faut s'attacher pour calculer le rendement, puisqu’il est alors nul. Le calcul ne peut être fait que si on connaît la vitesse d’échauffement et la capacité calorifique du système. Mes données sont à cet égard incomplètes. Toutefois, le 8 août, la température d'une cuvette a monté de 61°7 à 70° en 25 min. On peut estimer grossièrement que la quantité de chaleur disponible à 62°, était au moins 0,7 cal par minute et par centimètre carré de surface horizontale, ce qui pour un rendement thermodynamique de 0,1 correspond pour 1 km2 à une puissance de 50 000 kW, chiffre qui pourrait probablement être doublé. Or les surfaces disponibles se chiffrent par milliers de kilomètres carrés.
- Cela ne veut pas du tout dire que le problème de l’utilisation directe du rayonnement solaire puisse être résolu de cette manière, car on ne peut pas extrapoler du dixième de m3 an million. J’ai seulement voulu attirer sur cette question l’attention des chercheurs indépendants qui pourraient disposer de moyens pour réaliser une installation de grandeur intermédiaire,- allant jusqu’à une production réelle de chaleur utilisable ou de force motrice. Il faut bien voir que l’énergie solaire — elle aussi de nature nucléaire — pourrait rendre inutile l’énergie atomique, en n’offrant aucun de ses dangers. Us seraient reportés sur le soleil, qui peut les supporter mieux que nous.
- Jacques Duclaux, Membre de l’Institut
- Congrès national des Ingénieurs de France.
- Du 4 au'6 juin 1949 s’est tenu à Toulouse un Congrès national des Ingénieurs de France, organisé sous l’égide de la Fédération des Associations et Sociétés françaises d’ingénieurs par l’Union des Ingénieurs de la région de Toulouse. Les sujets traités n’étaient pas techniques, ils se rapportaient surtout à la position de l’ingénieur dans la vie moderne, notamment à sa formation, à ses diverses spécialisations,.à ses groupements et associations, à sa position juridique, à son rôle social et à diverses questions accessoires relevant de la propriété industrielle, la documentation technique, etc....
- Vingt-quatre communications ont été présentées au Congrès et des rapports ont été rédigés par cinq commissions, ainsi qu’un rapport général. L’ensemble a été imprimé et mis en circulation ; il constitue un document de synthèse du rôle et de la position de l’ingénieur. L’édition se présente sous la forme d’un volume in-8° de 21)7 pages, qui peut être obtenu à l’Union des Ingénieurs de la Région de Toulouse, 8, rue du Poids de l’huile, à Toulouse (Prix : 400 fr).
- p.164 - vue 172/406
-
-
-
- 165
- Fig. 1. — U « Armagnac » à Vaérodrome d’Orly, le 14 mai 1949, pendant le salon de l’aéronautique.
- DEUX NOUVEAUX AVIONS FRANÇAIS GÉANTS :
- LE S.E. 2010 ARMAGNAC ET LE BRÉGUET A DEUX PONTS TYPE 76
- L'exploitation_ des plus longues lignes aériennes sera-t-elle, dans le proche avenir, rentable avec l’utilisation d’appareils pour 8o ou ioo passagers et plus ? Il semble prématuré de répondre affirmativement à cette question. Les avions actuels les plus., courants : Convair 2/10, Constellation L. 749 et Douglas D. C. 6 disposent respectivement de 4o, 44 et 52 places tandis que le Boeing « Stratocruiser ~n de 79 t est aménagé pour transporter 76 personnes. Certains modèles, non encore en service, mais en période dressais avancés, sont prévus pour emporter 100 passagers et plus sans pour cela exiger deux fois plus de personnel pour leur conduite et leur entretien. Toutes places occupées, ils permettront certainement d’obtenir sur des parcours assez longs un tarif au kilomètre-passager plus avantageux que celui calculé aujourd’hui pour des avions de moins de 5o places. Et encore faudra-'t-il qu’ils aient pu être réalisés à un nombre suffisant d’exemplaires pour ne pas engloutir le bénéfice réalisé sur leur consommation et leur entretien dans le prix de leur amortissement. C’est ici que devrait intervenir tout l’intérêt de la solution proposée aux États-Unis et consistant à étudier des modèles communs, à quelques transformations près, pour l’aviation militaire et l’aviation commerciale. Seul l’aménagement intérieur différerait complètement.
- Ce sont les utilisateurs de la voie aérienne qui, en définitive, décideront de l’avantage que peuvent présenter les avions géants pour l’exploitation des lignes trans-océaniques, suivant que les voyages s’effectueront ou non au complet. Par ailleurs, il reste difficile de dire, dans l’état actuel de la technique, si l’emploi de la propulsion par réaction n’influera pas sensiblement, dans un sens ou dans l’autre, sur rétablissement du prix de revient kilométrique.
- Les avions géants étrangers.
- Les États-Unis disposent déjà sur leurs lignes d’un appareil au gabarit impressionnant : c’est le Boeing « Stratocruiser », dérivé du modèle militaire type 867, qui atteint le poids total de 79 t
- et peut transporter luxueusement 75 passagers. Par ailleurs, en mai et juin 1949, le Constitution, commandé par la marine américaine, promenait ses 76 t durant 85 h de vol dans le ciel de son pays. Cet appareil peut être aisément transformé en avion de ligne pour le transport de 92 passagers.
- Dans le domaine des réalisations à venir, ce sont les Anglais qui, jusqu’ici, ont vu le plus grand en mettant en chantier le Bristol 167 « Brabazon ». Sur plans, cet. appareil avait,-été prévu pour transporter 224 passagers. 11 semble que, depuis, le constructeur soit revenu à des prétenliôns plus modestes, le nombre de places se trouvant ramené à 100 sur le prototype équipé de 8 moteurs Bristol-Centaurus. Il n’empêche que le Brabazon, dont les vols cl'essais ont commencé en septembre 1949, sera au
- •39,64m-
- . Jl.a-0----
- Vue du S.E. 2010 « Armagnac », de dessus, de proül et de face.
- Fig. 2.
- p.165 - vue 173/406
-
-
-
- IGG
- Fig. 3. — L’ » Armagnac » en vol, train d’atterrissage escamoté, pendant ses essais.
- moment de sa mise en exploitation, le plus gros appareil- commercial du monde. Comparaison particulièrement frappante, sa longueur dépasse légèrement celle de‘trois voitures du métro londonien. Les Anglais ont vraiment le droit de se montrer très fiers de leur initiative.
- Le S,E. 2 010 Armagriac.
- C’est le S. E. 2010 Armagnac, dont le prototype construit depuis un an et présente au public sur l’aéroport d’Orly les i4 et i5 mai 19/19, lors des manifestations de plein air qui ont accompagné le. 18e Salon de l’Aéronautique, constitue actuellement l’appareil commercial français ayant le plus fort tonnage. Ses essais en xol sont maintenant très' avancés, s’étendant sur plus de 100 heures, et nous pouvons espérer dans un délai relativement proche voir ce magnifique avion desservir les lignes de l’Atlantique nord et de l’Atlantique sud, ou peut-être celle d’Extrême-Orient.
- Sans atteindre les proportions du Brabazon, celles du S. E. 2010 n’en sont pas moins impressionnantes et nous avons jugé intéressant de mettre en regard, sur le tableau ci-après, les dimensions principales des deux géants anglais et français. Nous avons ajouté à ce tableau les dimensions du cargo Bréguet 76, dont le prototype a terminé ses essais et dont plusieurs exemplaires sont en cours de fabrication.
- Caractéristiques Brabazon Armagnac Bréguet 76
- Poids total ..... 130 t 73 à 75 t 44 et 481
- Charge payante .... 17,5 t 151
- Envergure 70 m 48,95 m 43 m
- Longueur 54 m 39,65 m 29 m
- Surface portante. 404 m2 235,6 m2 178,7 m2
- Puissance totale .... 20 000 ch 14 000 ch 8 500 ch
- Vitesse maximum . 480 km/h 540 km/h 440 km/h
- Vitesse de croisière. 400 km/h 485 km/h 360 km/h
- Aspect général. — Le S. E. 2010 Armagnac se présente ainsi : appareil long courrier, monoplan à aile médiane, équipé de quatre moteurs avec hélices réversibles, disposant d’une cabine étanche et insonorisée prévue pour 80 passagers et d’un atterrisseur tricycle à relevage hydraulique. On voit ainsi que les caractéristiques générales de cet avion géant ne sont aucunement révolutionnaires puisqu’elles se retrouvent sur la totalité des modèles commerciaux actuellement en service. Ce sont surtout les problèmes de résistance des matériaux, appliqués à la réalisation d’éléments constitutifs aux dimensions inusitées qui se sont placés au premier plan dans l’étude de l’appareil. Les 100 heures de vol, dépassées maintenant par 1’ « Armagnac », semblent démontrer que nos techniciens ont parfaitement réussi dans celte tâche extrêmement complexe.
- La voilure du S. E. 2010 se compose de trois parties principales : un caisson en tôle absorbant les efforts de flexion et de torsion et formant l’ensemble des réservoirs d’essence, un bord d’attaque à revêtement de védal constituant dégivreur thermique, et un bord de fuite comportant des ailerons en duralumin et entoilés. Les volets de courbure, du type à fente et à déflecteur, ont un revêtement de tôle.
- Le fuselage, du type « monocoque » à revêtement de védal, est formé de trois parties : la pointe avant, la cabine étanche et la pointe arrière. Son diamètre au maître-couple est de 4,7 m.
- Les empennages, de forme classique mais de dimensions particulièrement impressionnantes, comprennent :
- l’empennage horizontal, de construction identique à celle de la voilure, formé du plan fixe et de deux volets de profondeur;
- l’empennage vertical, comportant la dérive et le gouvernail de direction.
- Le plan fixe est équipé d’un dégivreur.
- Le train d’atterrissage est du type'tricycle, escamotable en vol par système de relevage oléo-pneumalique commandé électriquement. Chaque demi-train est. monté avec deux roues.
- Les groupes moto-propulseurs comportent quatre moteurs
- Fig. 4. — Le prototype Bréguet 761 sur 'sa piste d’envol.
- (Photo Bessard, Versailles).
- Fig. 5. — L’arrière du fuselage du Bréguet 761 ouvert pour le chargement des cotis volumineux (Photo Bessard, Versailles').
- p.166 - vue 174/406
-
-
-
- 167
- Pratt et Whitney, type Wasp Major, d’une puissance unitaire maximum de 3 5oo ch à 2 700 tours/minute au décollage, avec hélices réversibles à quatre pales. La capacité totale des huit réservoirs d’essence formés par le caisson d’aile est de 3i 4oo 1. Les quatre réservoirs d’huile offrent une capacité totale de x 4oo litres.
- Aménagements. — Sur le « paquebot aérien » que constitue 1’ « Armagnaq », les aménagements bénéficient des derniers progrès de la technique. Toute la partie habitable est étanche; la pression correspondant à l’altitude de 2 5oo m peut être rétablie à 6 000 m; et bien entendu l’air est conditionné par des installations de ventilation et de chauffage.
- Le poste d’équipage est occupé par cinq personnes : deux pilotes, un navigateur, un radio et un mécanicien. Il comporte les dispositifs de pilotage avec deux sièges côte à côte pour la double commande et l’ensemble des équipements de radio et de navigation : émetteurs-récepteurs sur toutes longueurs d’onde, radio-goniomètre, récepteur de radiophare, sondeur, radio-compas automatique et tous les instruments de bord habituels dont certains sont disposés sur des tablettes escamotables. Le poste du mécanicien se trouve derrière le siège droit du poste de pilotage.
- Les passagers prennent place dans deux cabines, celle d’avant, prévue pour 24 sièges et celle d’arrière, beaucoup plus vaste, avec ses 5G fauteuils. Un couloir médian sépare les rangées de fauteuils, groupés par trois de chaque côté. Entre les deux cabines, délimités par la partie centrale du caisson de voilure, sônt aménagés le bar, la cuisine et l’office.
- De grandes baies de 5o x 60 cm permettent aux voyageurs de bénéficier du maximum de visibilité. L’ouverture rapide des glaces transformerait, en cas de besoin, toutes les baies en issues de secours.
- Une rampe lumineuse centrale et de petites lampes individuelles disposées dans les appuie-tê'tes assurent l’éclairage de nuit.
- De vastes soutes, d’un volume total de 48 m3, permettent d’emporter 6,7 t de marchandises, en plus du poids des bagages prévus pour les passagers. Le S. E. 2010 est donc susceptible d’être utilisé comme appareil mixte : transport de voyageurs et de fret.
- Les essais. — Les essais de roulement au sol de 1’ « Armagnac » ont commencé avec l’année 1949 sur le terrain de Toulouse-Blagnac et le premier décollage a eu lieu le 12 janvier de la même année. Le 2 aéril 1949, le prototype effectuait, aux mains des pilotes d’essais Nadot et Gally son premier vol en circuit fermé qui dura près d’une heure et lui permit d’atteindre l’altitude de 1 7Ôo m. Depuis, 1’ « Armagnac », qui a volé plusieurs fois au poids total de 67 t, a dépassé 100 h de vol, confirmant tous les espoirs mis en lui. Il est probable qu’il pourra obtenir son certificat de navigabilité à un poids total dépassant 75 t, avec une charge payante atteignant 17,5 t.
- Quinze appareils du même type ont été mis en fabrication, dont quatre sont déjà en cours d’aménagement.
- LE BRÉGUET TYPE 76 A DEUX PONTS
- Les premières études entreprises par la société Louis Bréguet pour réaliser un cargo aérien de fort, tonnage aboutirent à l’établissement d’un modèle quadrimoteur avec carlingue à deux ponts devant atteindre le poids total de 4o t. Une maquette de cet appareil, appelé type 761, fut présentée au Salon de l’Aéronautique de ig46 et la construction du prototype fut entreprise et terminée au début de 1949. Ce premier modèle était équipé de 4 moteurs .S.N.E.C.M.A. type x4 R de 1 600 ch de puissance unitaire au décollage. Mais l’expérience acquise décida le con-
- Fig-. 6. — Le Bréguet 761 en vol.
- structeur à réaliser des exemplaires montés avec des moteurs Pratt et Whitney de -2 ooo ch environ de puissance au décollage. C’est ainsi que naquit le type 763 de 44 t de poids total.
- Les nécessités prochaines du trafic aérien décidèrent également la société Bréguet à prévoir, non seulement un modèle mixte mais aussi un modèle exclusivement destiné au transport des passagers, dont le poids total doit atteindre 48 t.
- En bref, trois formules d’utilisation sont en cours de réalisa- -lion sur les i5 appareils présentement en chantier.
- i° Un cargo susceptible de transporter i4 t de fret réparti sur deux ponts avec une cabine pour 8 passagers aménagée sur le pont supérieur;
- 20 Un modèle mixte dont le pont supérieur est divisé en cabines pour un total de 5g passagei's et le pont inférieur réservé au chargement de 7 t de fret;
- 3° Un modèle réservé au transport de 100 à 110 passagers répartis sur les deux ponts. Ce sera « l’aérobus Bréguet »,
- Les chiffres cités ci-dessus correspondent à l’utilisation de l’appareil pour des vols sans escales de 2 100 km.
- Aspect général. — Les variantes. 761 et 763 du Bréguet quadrimoteur n’étant différenciées que par la marque des moteurs les équipant, la cellule de chacun de ces modèles se désigne désormais sous le nom de type 76.
- Le Bréguet type 76 est un monoplan entièrement métallique à aile médiane et empennage à double dérive. La structure de l’aile se compose d’un caisson formé de deux longerons, 82 nervures et un revêtement travaillant en tôle ondulée entouré d’une tôle lisse. L’bypersustenta’tion est réalisée par huit volets de courbure à fentes. Dans les ailes sont installés quatre réservoirs d’essence offrant une contenance totale de i3 200 1.
- Le fuselage monocoque de forme rectangulaire à flancs arrondis est en duralumin. Il est séparé longitudinalement à mi-hauteur par une paroi réalisant deux ponts.
- Le train d’atterrissage, du type tricycle, est escamotable en vol au moyen de vérins hydrauliques. La béquille est également escamotable.
- L’ensemble moto-propulseur est constitué, nous l’avons vu, soit par quatre moteurs S.N.E.C.M.A., soit par quatre moteurs Pratt et Whitney dont la puissance unitaire peut être portée à 2 4oo ch par injection d’eau au décollage. Les hélices à pas variable en vol sont réversibles, ce qui offre l’avantage d’augmenter le freinage au sol et de diminuer ainsi la longueur d’atterrissage.
- p.167 - vue 175/406
-
-
-
- 168
- Aménagements. — Les aménagements de la version cargo ont été étudiés pour permettre un chargement particulièrement rapide des marchandises les plus volumineuses.
- A cet effet la partie avant dit fuselage comporte une porte latérale et la partie arrière quatre grandes trappes relevables, actionnées deux par deux à l’aide de vérins hydrauliques (fig. 6). Ceci offre la possibilité de charger simultanément les soutes supérieure et inférieure par devant et par derrière.
- Àlïn de faciliter l’entrée des marchandises les plus encombrantes, la parue arrière^ du pont supérieur est amovible. Les colis sont hissés à l’aide de quatre palans développant 760 kg chacun et susceptibles d’être accouplés deux par deux, ce qui double leur force de hissage. Deux treuils de r 000 kg de traction chacun glissent sur des rails fixés au plafond de la carlingue, afin que les charges puissent être commodément réparties dans les soutes.
- Les essais. — Le prototype Bréguet type 761 à quatre moteurs S.N.E.C.M.A. a entièrement terminé ses essais au Centre d’essais en vol de Marignane. Quinze appareils ont été mis en fabrication dans les trois usines de la Société Bréguet et le montage général des appareils a lieu à Villacoublay. Le premier exemplaire de cette série de i5 avions en chantier, équipé de quatre moteurs Pratt et Whilney, a commencé scs vols d’essais sur le terrain de Villacoublay dans le courant du mois de janvier 1900. Les vols se poursuivent actuellement et donnent entière satisfaction.
- Il est réconfortant de penser qu’avec les deux modèles S. E. 2010 Armagnac et Bréguet 7O, notre pays disposera prochainement pour l’exploitation de ses lignes de deux appareils, véritables paquebots aériens, bénéficiant des plus récents progrès de la technique aéronautique.
- Fernand de Laborderie.
- Les sapins du Cirque de la Biche (Puy-de-Dôme).
- En 1930, M. et Mme F. Moreau (Q ont déjà signalé les Sapins extraordinaires du Cirque de la Biche, près de Yassivières, non loin (9 km environ) de Besse-en-Chandesse, sur le flanc méridional du massif des monts Dore. Mais il vaut la peine d’y revenir, d’autant que ces auteurs n’en ont publié ni photographie ni dessin.
- Au fond du Cirque, principalement sur l’éperon qui se dresse au-dessus du confluent des deux torrents (carte d’État-major, feuille de Brioude A.-O., coordonnées Lambert : x = 040,000 ; y = 30,800) s’élèvent, au milieu de la hêtraie, un certain nombre (pas plus de quelques dizaines) de très vieux Sapins, Abirs alba Mil!. = A. peetinata Lrnk. Ces arbres ont été coupés à une époque ancienne, non pas au ras du sol comme on fait habituellement, mais à une certaine hauteur, qv; varie entre J et près de 2 m au-dessus de celui-ci. Ils ont alors repoussé du pied, ou bien
- 1. Moreau (F. et M'"' F.). Une relique forestière dans les Monts-bore : Le cirque do la Biche. Bull. Soc. linn. de Lyon, 1934, n° 4, p. 54-58.
- encore, parfois, les branches inférieures, épargnées par les exploitants, se sont redressées et ont donné des tiges. D’une façon ou de l’autre, il s’en est développé deux, trois et plus, d’abord horizontalement, puis verticalement en forme de baïonnette ou de candélabre, plus accentuée dans fe second cas.
- Il s’est ainsi formé des arbres aux allures extraordinaires, à la ramure immense et dont l’aspect frappe d’étonnement d’autant plus qu’ils se dressent dans une solitude sauvage, assez loin les uns des autres et qu’ils sont couverts de lichens et de mousses. Ils sont les relictes de l’immense sapinière qui couvrait toute la région de son ample manteau, il y a de nombreux millénaires.
- Les photographies ont été prises par M. J. Loiseau, chef des travaux de botanique à la Faculté de Clermont, lors d’une excursion à ce site au début d’août 1949. T ...
- L. Olivier.
- Travail de la Station biologique de Besse.
- p.168 - vue 176/406
-
-
-
- 169
- La population du globe
- Toutes sortes de raisons incitent à étudier le problème de la population du globe et c’est un des sujets qu’examinent actuellement avec le plus d’attention les divers organismes internationaux : ONU, UNESCO1, OAA, FAO, qui se préoccupent de la situation des peuples, de leur santé, de leur nourriture, de leurs ressources et de leurs besoins.
- On trouve des documentations variées dans les publications officielles de ces organisations, dans des séries d’études comme celles sur « Les hommes et leur nourriture » Q) qui commencent à paraître et dans les revues économiques.
- Le même thème a été traité devant l’American Association for the Advancement of Sciences par un spécialiste, le professeur C. B. Fawcett et reproduit dans le dernier rapport annuel de la Smitlisonian Institution qui vient de paraître.
- Le problème est d’importance. Il s’agit d’abord de savoir combien d’hommes vivent actuellement sur la terre, et comme ils y sont très inégalement répartis, de connaître les raisons de leurs groupements, les quantités de nourriture dont ils disposent et par conséquent la moyenne des surfaces dont chacun peut tirer sa subsistance, puis de déterminer leur accroissement, leur taux de fécondité, leur durée de vie, pour prévoir ce que deviendra le peuplement humain dans l’avenir, s’il trouvera
- NWiD'HABITANTS^f y
- I I au dessous de 1 Ü!î de I à 5 El de 6 à 40 |Hj de 41 à 100 au dessus de 100
- Répartition de la population sur le globe.
- Fig. 1.
- encore à se nourrir, s’il devra se rationner de plus en plus, abaisser son niveau de vie, ou limiter les naissances d’autant plus qu’il reculera l’âge de la mort. Pourra-t-on, en intensifiant les cultures et l’élevage, en mettant en valeur les terres incultes, voire même en fabriquant par synthèse de nouveaux aliments, assurer le ravitaillement de la masse d’hommes, toujours et rapidement croissante, ou bien la loi de Malthus est-elle inexorable et doit-elle imposer le contingentement des naissances, la lutte pour la vie et la seule survivance des plus aptes, contrairement aux tendances actuelles de sécurité sociale et de conservation de tous les vivants, même tarés, déficients ou malades ?
- Les données dont on dispose sont insuffisantes pour répondre à toutes ces questions, mais si l’on ne peut guère prédire l’avenir, il faut tout au moins essayer de connaître avec précision la situation présente.
- La population actuelle.
- La population actuelle est à peu près connue par les recensements que les États prescrivent de temps à autre. Ces recensements sont d’autant plus détaillés et exacts que les gouver-
- 1. Les hommes et leur nourriture, publié sous les auspices de l’U.N.E.S.C.O. 13 brochures. Dunod, Paris. 1950.
- nements sont mieux organisés pour en surveiller l’exécution, que les recensés savent lire, écrire et répondre aux questions posées et que la population est stable et fixée. Ils sont toujours approximatifs, mais deviennent très incertains dans les groupes arriérés, illettrés, de vie nomade. Dans les pays civilisés, jusqu’à la dernière guerre, les statistiques étaient régulièrement tenues à jour, publiées et rassemblées dans des annuaires nationaux et internationaux. Les bouleversements de ces dernières années ont été tels qu’il sei’ait fort désirable qu’une entente intervienne pour qu’à la même date et partout un nouveau recensement soit effectué.
- Les États de l’Europe occidentale, les États-Unis d’Amérique et le Canada possèdent des statistiques satisfaisantes; les pays contrôlés par eux ont eu leurs populations assez exactement dénombrées; les États de la zone tempérée Sud n’ont pas pratiqué de recensement depuis plus de trente ans; le Mexique, la Russie présentent plus d’incertitudes encore ; de la Chine, des régions interlropicales d’Amérique, d’Afrique et d’Asie, on ne possède que des estimations ou des suppositions aléatoires.
- Ainsi, dans l’Inde, le recensement de 1941 indiquait 38g 000 000 d’habitants et une évaluation de 19/17 donne à l’Inde 33G 000 000 et au Pakhistan 71 000 000 d’habitants.
- Au Congo belge, les estimations varient de 8 à 3o 000.000 d’habitants : 20 en 1908 (Levasseur), 16 en 1900 et 20 en 1918 (Philips Atlas), i5 en 19x4 et 10 en ig4i (Annuaire de la Belgique).
- En Chine, où un recensement des maisons effectué en 1910 donnait une population calculée de 024 000 000 d’habitants et une estimation officielle de 1931, 4?5 000 000, 49 évaluations récentes oscillent entre 3i5 et 486 000 000, soit un écart de plus du tiers, dépassant le chiffre de la population de l’est de l’Amérique du Nord. Depuis 1910, la Chine a souffert de l'évolutions, de désordi’es intérieurs, de guerres civiles, d’invasions, de famines, d’inondations, sans parler de ses aventures récentes. Quelles pertes d’hommes a-t-elle eues et quand pourra-t-on y pratiquer un recensement P
- La Russie a subi depuis 19x4 deux guerres, une révolution, des famines et elle est sous un régime de déplacements de personnes qui rendrait difficile une statistique exacte, au cas où l’on désirerait l’établir. Le dénombrement de 1939 lui donnait 200 000 000 d’habitants.
- Toutes ces raisons rendent imprécise une estimation globale de la population du globe.
- Fawcett a établi le tableau suivant :
- Source Date Population en milliards
- Levasseur 1908 1,626
- Knibbs 1914 1,649
- Times’Atlas' 1921 1,646
- Institut international d’Àgricul-ture 1921 1,820
- Société des Nations 1931 2,025
- — 1940 2,145
- On évalue de 2 à 2,5 milliards le nombi’e des hommes vivant actuellement à la surface du globe.
- Répartition de la population.
- Les continents couvrent i/|8 8a5 000 km2, soit 28,7 pour 100 de la surface de la terre. Les deux milliards et quelques d’habitants s’y répartissent ti'ès irrégulièrement.. Sur une carte (fig. 1), on les voit massés en certaines régions et très rares en d’autres. Les i’égions polaires arctiques et antarctiques sont vides; le nord de l’ancien et du nouveau continent (Sibérie, Canada), les zones
- p.169 - vue 177/406
-
-
-
- 170 -
- désertiques d’Asie centrale, d’Afrique, de Patagonie et la forêt vierge de l’Amazonie comptent moins d’un habitant par kilomètre carré. Par contre, les hommes forment des masses denses en trois régions relativement peu étendues : l’Inde, l’Est asiatique et l’Europe. L’Inde et Ceylan sont les plus peuplées; on y trouve 4oo ooo ooo d’hommes sur 2 Coo 000 km2, soit i5/| habitants par kilomètre carré. Le Japon au sud du 4o° N., la Corée, la Chine orientale et la région côtière du Tonkin groupent environ 5oo ooo ooo d’hommes sur 4 4oo ooo km2, soit plus de no par kilomètre carré. L’Europe, jusqu’à la Volga, l’Oural, la Caspienne, la Perse, l’Arabie et aussi la vallée du Nil rassemblent 520 ooo ooo d’hommes sur 7 25o ooo km2, soit 72 habitants par kilomètre carré. L’est de l’Amérique du Nord, au sud du Saint-Laurent, constitue une quatrième région de peuplement moins dense où i3o ooo ooo d’hommes vivent sur 5 ooo ooo de kilomètres carrés, soit 26 par kilomètre carré. Ailleurs, on ne voit que quelques agglomérations, à Java (aussi peuplé par kilomètre carré que l’Angleterre), sur une partie des côtes du Golfe de Guinée et de l’Afrique du Sud, autour des grands ports d’Amérique du Sud et d’Australie.
- Ainsi, l’humanité s’est concentrée surtout dans l’ancien continent et particulièrement dans ses régions d’anciennes civilisations. Plus des trois quarts des hommes y vivent; ils y occupent à peu près la moitié des terres. Les terrains les plus fertiles ont le maximum de population ; les terres incultes sont à peu près vides; dans les déserts, seules les oasis ont été occupées (fig. 2). Fawcett estime que 3o pour 100 seulement des terres sont cultivables; un tiers est couvert de forêts et de maigres pâturages ou dé brousses ; le reste est déserts ou glaces.
- Partout, les côtes attirent les hommes parce que le climat y est plus régulier et plus doux, l’humidité plus grande favorable aux cultures et aussi parce que les échanges y sont plus faciles avec les autres pays.
- En bordure des régions glacées ou désertiques, des terres moins froides ou moins arides permettent un certain développement végétal sans être cultivables. En bordure des toundras, on trouve d’immenses forêts de conifères et de maigres pâturages ainsi que sur les flancs des hautes montagnes. Dans la zone tropicale, les déserts font place aux savanes et aux forêts vierges. En quelques points, les régions chaudes sont très peuplées : Indonésie, grands lacs africains, vallée du Niger, haute Guinée, etc., mais presque partout la température et l’humidité rendent le travail impossible, la jungle interdit la pénétration de l’homme, les terres des deltas exigent un trop grand effort et la colonisation y débute à peine; tout au plus, sur les pentes drainées commence-t-on à cultiver le thé, le café, l’hevea, les bananes, les palmiers à l’huile, beaucoup plus pour l’exportation que pour la consommation locale et dans les deltas le riz; d’immenses territoires tels que l’Amazonie restent à peine explorés.
- Fig. 2. — Répartition des terres cultivables.
- Années
- Fig. 3. — Variation des naissances en quelques pays.
- Accroissement de la population.
- Partout, la population augmente.
- En France, pays de vieille civilisation, les statistiques donnent les nombres suivants :
- Années Population Mariages Naissances Décès
- 1801 27 500 000 199 000 904 000 762 000
- 1826 31 600 000 247 000 992 000 838 000
- 1851 35 800 000 287 000 971 000 799 000
- 1876 36 830 000 291 000 967 000 834 000
- 1901 38 980 000 303 000 858 000 785 000
- 1926 40 870 000 345 000 767 000 713 000
- 1938 41 980 000 274 000 612 000 647 000
- La population a donc augmenté de plus de 5o pour 100; les naissances ont diminué de 32 pour 100, les décès de i5 pour 100.
- En Angleterre et Pays de Galles, de 1801 à 1930, la population a plus que quadruplé, passant de 8 893 ooo à 3g 948 ooo, malgré Une assez forte émigration. En Europe, elle s’est accrue de 175 ooo ooo à 5oo ooo ooo.
- A Formose, la population a doublé en moins de 3o ans; au Japon elle est passée de 32 ooo ooo en 1872 à plus de 80 ooo ooo aujourd’hui ; en Egypte elle a doublé en un siècle.
- Certains pays de peuplement ont connu des croissances bien plus rapides. Le Brésil est passé de 3 260 ooo habitants en 1800 à 4o 273 ooo en 1930, l’Australie de 190 ooo en i84o à 6 475 ooo en 1930..
- Les Canadiens français sont aujourd’hui 4 ooo ooo; ils descendent à peu près tous des 5 800 immigrants d’avant 1680, quand les Français cessèrent d’affluer.
- Dans l’ensemble, la population du globe qui était d’environ 545 ooo ooo en i65o a atteint 920 ooo ooo en 1800 et dépasse aujourd’hui deux milliards.
- Depuis le début du xix6 siècle, la population, de l’Asie s’est accrue environ 2,5 fois, celle de l’Afrique 1,75; depuis i84o, celle de l’Amérique a quintuplé, grâce surtout à l’émigration européenne.
- Knibbs a calculé que dans les dix premières années de ce siècle, l’accroissement moyen de population dans les pays régulièrement recensés a été de 1,16 pour 100 par an. A ce taux, la population du globe doublerait au bout de 60 ans et atteindrait mille milliards dans un millénaire !
- En sera-t-il bien ainsi ? Le mouvement de la population est — à part les déplacements en masse — conditionné par deux facteurs opposés, les naissances et les décès.
- La natalité dépend du nombre des mariages et de la fécondité;
- p.170 - vue 178/406
-
-
-
- 171
- elle est assez variable selon les races, les coutumes, les lois (héritage, primes à la naissance, salaires familiaux, etc.), la mortalité à la naissance et infantile. Elle varie très largement selon les pays. On compte par an 5o naissances pour i ooo habitants chez les Musulmans de Palestine, plus de 4o en Egypte, à Formose, an Mexique, à Costa-Rica, au Salvador et à Porto-Rico. Elle serait sans doute du même ordre dans beaucoup de pays musulmans, en Extrême-Orient et aux Indes, si l’on en avait des statistiques. La natalité est de 20 à 4o pour 1 000 au Japon, en Russie, en Afrique du Sud, au Canada, en Hollande. Elle descend à moins de 20 pour 1 000 en Europe (sauf les Pays-Bas), aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle Zélande, à i4 pour 1 000 en Suède et à i3 pour x 000 en Autriche (fig. 3).
- La mortalité présente non moins d’écarts. Les établissements des Détrois malais ont atteint par an 4o décès pour 1 000 habitants et ce taux est probablement dépassé en de nombreux pays sans statistiques. Le taux est de 20 à 3o pour x 000 aux Indes,' en Égypte, au Mexique, en Salvador, à Puerto-Rico, au Chili et en Roumanie, de i5 à 20 pour 1 000 au Japon, en Russie, à Costa-Rica, au Venezuela, en Palestine, en Grèce, en Yougoslavie, en Espagne, au Portugal, en France. Les autres pays à statistiques ont un taux inférieur à i5 pour 1 000 et l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Hollande descendent à 9 pour 1 000 (fig. 4).
- L’accroissement de la population est donné par la différence entre les taux de natalité et de mortalité. Il atteint ou dépasse 20 pour 1 000 à Formose, en Palestine, à Costa-Rica, au Mexique et peut-être en Russie. Il est de 10 à 20 pour 1 000 en Amérique du Sud, au Canada, au Japon, dans l’Inde, en Égypte, en Europe orientale et méridionale et aux Pays-Ras. Il est inférieur à 10 pour 1 000 au Chili, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Europe occidentale, centrale et septentrionale. Avant la guerre, la France et l’Autriche ont eu parfois plus de morts que de naissances, d’où une diminution temporaire de la population.
- Dans tous les pays, les phénomènes démographiques ont une allure du même genre, simplement décalée dans le temps.
- Dans une société agricole, trouvant ses ressources sur place, ayant peu de moyens de communication et pratiquant peu d’échanges, telle la France d’avant la Révolution par exemple, le peuplement dépend avant tout des ressources alimentaires. La population croissante met en culture des terres de plus en plus étendues, déboisant, défrichant pour subvenir à ses besoins. Elle est soumise à de nombreux aléas : mauvaises récoltes provoquant la famine, épidémies, guerres et invasions.
- Quand, au xix® siècle, l’industrie se développe et attire dans les villes une population de plus en plus dense, quand les moyens de communication s’organisent : routes, chemins de fer, navigation à vapeur, la société prend une forme capitaliste. Dans l’ouest de l’Europe, les campagnes se dépeuplent, les ressources alimentaires locales diminuent, mais la production industrielle exportée fournit des moyens d’échange et un appel de produits alimentaires de pays moins évolués. L’Europe occidentale importe de la nourriture et des matières premières; elle conquiert une grande partie du globe pour y pratiquer son commerce; elle vend partout ses produits fabriqués. La terre entière envoie ses excédents de récoltes et ses ressources en Occident; l'Occident lui fournit ses chefs, ses capitaux, ses machines et • ses tissus. Un réseau complexe de trafics s’établit, régularisant la distribution des biens dans l’espace, amortissant les mauvaises récoltes et les crises.
- Depuis la fin du xixe siècle, bien d’autres phénomènes se sont produits. Tout d’abord, les découvertes de Pasteur ont amené la pratique de l’antisepsie, puis de l’asepsie; les vaccins, les sérums ont guéri maintes maladies meurtrières ; la rage a pratiquement disparu, la typhoïde s’est atténuée; la peste, le choléra n’atteignent plus guère l’Europe, les maladies vénériennes sont en décroissance, la fiève jaune ne sera bientôt plus qu’un souvenir; la tuberculose elle-même commence à être efficacement traitée.
- Les interventions chirurgicales se perfectionnent constamment; de nouveaux remèdes voient le jour. La mortalité du jeune âge, de la première année de vie, se réduit progressivement; en France elle est tombée de i55 en i84o à 65 en 1937 pour 1 000 enfants nés vivants; en Australie elle n’est plus que de 38, aux Pays-Ras de 36. La dernière guerre a appris à se débarrasser des insectes vecteurs de germes, causes de contagions; on sait détruire en masses les poux, les puces, les moustiques.
- La durée moyenne de vie s’en trouve singulièrement augmentée. En France, vers 1825, un garçon nouveau-né pouvait espérer atteindre 38 ans; il peut dépasser aujourd’hui 54- La probabilité atteint 59 ans aux États-Unis, 63 en Australie et en Suède, 65 en Nouvelle-Zélande et un peu plus même aux Pays-Bas. Ces vies prolongées sont aussi beaucoup plus saines, plus pleines, coupées de moins de maladies.
- La dernière guerre a provoqué d’autres bouleversements. Certains pays ont été dépeuplés par les combats, les bombardements, les massaçres, les pénuries et les famines. La plupart des belligérants ont été ruinés par leurs efforts et ne peuvent plus maintenir le niveau de vie auquel ils avaient atteint. Enfin, beaucoup d’industries jusque-là concentrées à l’ouest de l’Europe se sont développées dans des pays neufs, éloignés des zones de batailles, si bien que l’équilibre des échanges mondiaux en est fortement troublé. L’Occident reconstruit difficilement ses
- Angleterre
- Années
- Variations des décès en quelques pays.
- Fig. 4.
- villes, ses usines, sa fortune, ne retrouve plus sa supréma'tie et se prive des apports alimentaires d’outre-mer.
- L’évolution de la population est donc difficile à prévoir. Elle dépend d’un grand nombre de facteurs économiques et politiques dont les hommes n’ont pas encore fait l’apprentissage. Pendant le xixe siècle, on avait partout observé le processus suivant : au début, la fécondité était grande et malgré une forte mortalité, le nombre des vivants croissait. L’industrialisation tendit à diminuer les naissances, mais les progrès de la médecine diminuèrent bien plus les décès et l’accroissement s’accéléra; puis un équilibre s’établit entre les deux facteurs opposés et la population tendit à devenir stationnaire ou même à décroître. La France en, était arrivée à cet état avant la guerre (malgré une importante immigration), mais d’autres pays, l’Autriche, la Belgique en approchaient. D’autres n’en étaient qu’à des stades moins avancés d’équilibre. Depuis, la poussée des naissances d’après-guerre et les lois sociales d’aide à la natalité ont encore changé l’allure de la courbe de fécondité sans qu’on sache si ces effets seront durables.
- Une des conséquences de la baisse progressive de mortalité est le vieillissement de la population. On ne sait empêcher ni la décrépitude ni la mort, si l’on a appris à prolonger la durée de la vie. De ce fait, il faut nourrir et entretenir un nombre croissant de vieillards incapables de subvenir eux-mêmes à leurs
- p.171 - vue 179/406
-
-
-
- besoins, que la société doit prendre en charge. Il en est de même des malades chroniques, des infirmes que l’on réussit à sauver. Si la fécondité diminue' également, le nombre des adultes producteurs — la population active — doit faire face à des charges de plus en plus lourdes et prélever sur ses ressources une part toujours plus grande. Le pays s’appauvrit d’autant.
- Est-ce là une évolution générale, fatale de l’espèce humaine allant vers sa réduction, sa disparition progressive après une phase d’expansion ?
- La capacité de population.
- En 1798, Malthus, dans un « Essai » pour défendre contre l’impôt les propriétaires fonciers d’Angleterre, avait émis l’idée que la reproduction sans obstacles des espèces animales provoquerait un accroissement de la population suivant une progression géométrique, tandis que les subsistances ne croîtraient qu’en progression arithmétique et il avait choisi pour termes arbitraires des deux progressions en des périodes de a5 ans : x, 2, 4> 8, 16, 32, 64, 128, 256, 5i2...
- 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10...
- si bien qu’après un siècle, il y aurait moins d’un tiers des vivres nécessaires et après, deux seulement' 1 : 28. Il faudrait donc des freins à la fécondité, tels que famines, épidémies et guerres.
- Le suc.cès de ce pamphlet fut tel que Malthus reprit le même thème en i8o3, précisant les données et faisant œuvre plus scientifique en cherchant les raisons de l’équilibre observé dans l’histoire et qui se maintenait à son époque. On sait le bruit que n’a cessé de faire le malthusianisme et les conclusions imprudentes que certains, de ses disciples en ont tirées, notamment sur la restriction des naissances.
- En fait, les raisons des progressions n’étaient que des images sans réalité; tous les éléments de calcul manquaient alors et d’ailleurs, depuis i5o ans, la population du globe a plus que doublé sans que la famine s’ensuivit; bien plus, dans les pays civilisés, le niveau de rie s’est singulièrement élevé; à la crainte de la surpopulation s’est substituée en certains états comme la France, la crainte de la dépopulation.
- Les facteurs sont bien trop complexes, et les statistiques encore trop peu nombreuses pour qu’on puisse établir une loi historique et pronostiquer l’avenir.
- Nous avons vu que si la mortalité a fléchi, les naissances ont fait de même, si bien que l’accroissement de population s’est ralenti ou même s’est annulé. D’autre part, les productions alimentaires ont fortement augmenté, grâce à une agriculture mieux conduite : cultures intensives, machinisme, choix des semences, lutte contre les parasites, engrais, sélection du bétail, etc. La répartition mondiale de la nourriture s’est tellement améliorée que les famines sont devenues plus rares (1), Et l’on étend constamment les surfaces en culture par l'irrigation, le dry-farming, le choix de plantes à croissance rapide adaptées aux régions froides, etc.
- La limitation de la population en fonction des aliments disponibles n’apparaît pas comme urgente; la « pression démographique » n’est pas la cause unique des guerres; au contraire même, certains voient dans l’accroissement de population une source de richesse, un facteur de puissance.
- 1. Un tiers des hommes est abondamment nourri; une moitié l’est plus pauvrement, en quantité- et en qualité. Les riches mangent plus de viande, de lait, de beurre ; les pauvres en sont rationnés. Le INew-Zélandais consomme chaque jour 61 g de protéines animales et Je Japonais 12; l’Argentin boit en une année 291 1 de lait et le Bulgare 42. Certains s’inquiètent, ou même s’indignent de ces écarts et voudraient une répartition plus égale entre tous les hommes, sur toute la terre. Mais beaucoup travaillent pour manger et ne produiraient plus si la pitance léur était assurée ; peut-on leur accorder tant de loisirs ?' Et puis les mieux nourris ont-ils le bénéfice de vivre plus vieux, d’avoir plus de descendance ? Quels critères pourrait-on choisir ?
- Et puis, les progrès ne sont pas finis. L’agriculture est un transformateur de l’énergie solaire, mais elle n’en utilise qu’une très faible partie; la chimie a fait assez de synthèses, même dans le domaine des vitamines, pour nous laisser espérer qu’elle réussii’a aussi celles des sucres, des graisses, des protides au moyen d’autres énergies disponibles.
- On ne peut prétendre déjà tout savoir et enqore moins prédire l’avenir. Le malthusianisme n’est pas une loi scientifique; c’est bien plus un sentiment, une crainte, qu’on peut développer, exploiter de diverses façons. Malthusiens et antimalthusiens apparaissent souvent comme des adversaires passionnés, des prophètes opposés quand ils ne servent pas d’avocats à des causes politiques.
- Et il semble vain de calculer quel peut être le « chiffre idéal » de population auquel le monde devrait se tenir, l’optimum qu’il ne faudrait pas dépasser et que chacun estime à sa façon.
- Pour le moment il existe deux milliards d’êtres humains qui se partagent les 1 6000 000 000 ha de terres cultivées. Si tous les lots étaient égaux, chacun aurait 80 a, largement suffisants pour produire tout ce qu’il faut de nourriture, à supposer que toutes les terres soient également fertiles.
- Si toute la terre était cultivée comme celle de France, 6,5 milliards d’habitants pourraient y vivre, si elle était comme celle de l’Inde, 10 milliards, et comme Java, 9,6 milliai’ds. D’autres ont calculé qu’en exploitant complètement et rationnellement toutes les ressoui’ces du globe avec nos techniques actuelles, on pourrait nourrir de 3,5 à i3 milliards d’habitants. Il y a donc place -encore pour de nouveaux enfants.
- Certes un accroissement régulier de 1 pour 100 par an nous amènerait au chiffre idéal de population dans quelque 60 ans ou un siècle. Mais qu’adviendrait-il d’ici là des ressources et des consommateurs ?
- A, B.
- Le degré géothermique du fond des mers.
- On sait que les couches profondes de l’écorce terrestre sont beaucoup plus chaudes que la surface du sol. La température augmente quand on creuse un tunnel, un puits, une mine et la vie devient pénible, puis impossible quand on descend trop bas. C’est la raison majeure pour laquelle les mines ne peuvent être forées et exploitées à de très .grandes profondeurs. On appelle degré géothermique la profondeur dont il faut descendre pour observer une élévation de température de 1° C. La valeur de celui-ci est variable selon les lieux et la nature des roche-s ; elle est en moyenne d’une trentaine do. mètres.
- Dans les océans, aux grandes profondeurs, la température de l’eau est voisine de 0°, mais on n’avait pas encore d’indications sur ce qui se produit au-dessus du fond, dans les sédiments. Pendant le voyage autour du monde de VAlbatross, le professeur Hans Petterrson a en deux points sondé les sédiments des fosses de l’Océan Pacifique et relevé leur gradient géothermique. Il en a rendu compte l’année dernière dans Nature. Les valeurs des degrés géothermiques -sont seulement de 22 et 26 m.
- On sait depuis .une dizaine d’années que réchauffement géothermique est lié au flux de chaleur venant des roches profondes et de la conductivité thermique des couches situées au-dessus qu’on a commencé de mesurer en diverses parties des continents. On a calculé que la quantité de chaleur dégagée chaque seconde par une surface d’un centimètre carré, dans une région non volcanique, est de l’ordre de 1,2- x 10-° calories, avec des écarts de + 20 p. 100. Dans les grands fonds océaniques, on ne connaît guère de substrat granitique dont la désintégration radioactive augmente la quantité de chaleur ; par contre, l’eau qui mouille les sédiments a une meilleure conductivité -que la roche, surtout si elle se déplace par convection. Aussi M. Benfield vient-il de proposer dans Nature de mesurer les conductivités thermiques des sédiments pour essayer de chiffrer les échanges entre ceux-ci, les roches sous-jacentes et l’eau qui les recouvre. , -
- p.172 - vue 180/406
-
-
-
- LES TÉLÉTRANSMISSIONS PAR FILS 173
- depuis 20 ans.
- Les télélransmissions rapides par fils et sans fils, sont devenues communes depuis une vingtaine d’années, sans que les unes aient fait tort aux autres. Nous avons vu (x) les principes des techniques des télélransmissions par fils qui ont permis d’augmenter de plus en plus le nombre des communications dans un même câble. Nous passerons maintenant en revue les principales réalisations en ce qui concerne la téléphonie à longues distances, la télégraphie, les télémesures, les télécommandes et les téléréglages.
- Téléphonie à longue distance.
- En France, après les premiers câbles univoie Paris-Strasbourg et Paris-Bordeaux installés en 1926, les systèmes multivoies ont permis petit à petit le passage de 2, 3 et jusqu’à 12- canaux.
- Fig'. 1. — Une station de répéteurs entre Dijon et Mulhouse (1936).
- Les premiers (2 voies), répartis dans tout le pays, nécessitent l’emploi de répéteurs tous les 60 km environ, et transmettent les deux gammes de fréquences 300-2 600 et 3-400-5 700 Hz. Ces appareils sont rassemblés dans des locaux appelés « stations » dont les premières lurent celles des parcours Paris-Strasbourg (1925) et Dijon-Mulhouse (1936)
- (fig. 1). Les conversations cheminent dans des câbles peu chargés (44 mil au maximum pour un pas pupin).
- Les derniers concernent les tronçons de la ligne Paris-Calais qui est l’amorce d’une liaison Paris-Londres (non encore équipée, mais qui pourra, en dehors des lignes réservées à d’autres besoins, contenir 16 systèmes à 12 voies) ; et Paris-Toulouse-Rodez qui est en fonctionnement depuis quelque temps.
- Une fraction des appareils terminaux correspondants est présentée sur la figure 2 (1948).
- Les coaxiaux se développent à un
- rythme rapide. Citons, comme exemple, la transmission à 72 voles sur aérien qui fonctionnera bientôt et dont la figure 3 montre un des bâtis d'extrémité.
- Les principaux coaxiaux s’installent surtout en vue de transmettre par fil les signaux de télévision. C’est sur la ligne de Paris-Bordeaux qu’est posé le premier câble français de 18 mm. En plus des signaux de télévision, 240 conversations sur 4 fils pourront aisément y circuler.
- L’avenir si prometteur de la télévision ne peut que contribuer à l’extension progressive des systèmes à grand nombre de voies. Grâce à eux, la densité du réseau français des L. S. G. D. (lignes souterraines à grande distance) doit de nouveau s’accroître et dépasser largement ce qu’elle était en 1940 avant les destructions énormes dues aux faits de guerre (fig. 4).
- En Allemagne, la grande vogue était, avant- la guerre, au « 2 voies » ; en 1936, 66 000 km et en 1939, 320 000 km, y étaient en service, ainsi que quelques systèmes à 3 voies.
- En Angleterre, les transmissions multiples ont aussi progressé : « le Post Office » utilise des coaxiaux moyens de 9 mm. pour y faire cheminer parallèlement 12 et 240 voies. La moitié des emplacements des répéteurs y sont communs, et des postes auxiliaires peu importants (postes à 2 amplificateurs, un dans chaque sens) sont équipés au milieu des intervalles entre stations communes.
- Aux Etats-Unis, la « Western Electric » utilise le petit coaxial de 6 mm et exploite couramment maintenant le 240 voies ; elle envisage sur certains longs .tronçons, le prochain avènement du 400 voies (téléphonie multiplex et télévision).
- D’ailleurs, à partir de ce degré d’utilisation, les ensembles à courants porteurs et leurs câbles de liaisons doivent, si l’on veut à ia fois amortir vite leur prix de revient et permettre la retransmission lointaine de la télévision, véhiculer obligatoirement 300 ou 400 conversations payantes.
- L’avenir de la technique des courants porteurs est donc désormais assuré, puisque la télévision en noir à 819 lignes (largeur 12 MHz) est d’ores et déjà au point.
- Télégraphie.
- Nous ne citerons que brièvement les systèmes Multiplex de ci télégraphie harmonique ».
- Ils sont un développement du système à diapasons et à mono-
- 1. Voir La Nature, n° 3176, décembre 1949, p. 374 et n° 3179, mars 1950, p. 85.
- Fig-, 2.
- Élément de 2 voies dans un système à 48 voies (1948).
- p.173 - vue 181/406
-
-
-
- téléphones inventé il y a 70 ans par Mercadier (dont l’appareil ne put être exploité parce qu'il produisait un bruit gênant dans les communications téléphoniques voisines).
- Analogue aux systèmes téléphoniques, la télégraphie harmonique comprend en principe dans un sens : un oscillateur engendrant l’onde porteuse pour chaque communication télégraphique ; cette onde est modulée par le relais télégraphique transmetteur (relais Baudot ou autre) ; le circuit téléphonique transmet toutes ces différentes fréquences modulées, séparées à la réception par des dispositifs sélecteurs ; chaque fréquence est ensuite redressée et reçue dans son relais télégraphique particulier qui commande la transcription de la communication.
- Quant au choix, des fréquences, celles anciennement utilisées en télégraphie étaient infra-acoustiques, soit de 0 à 200 Hz et séparées de la' télégraphie par filtres passe-bas et passe-haut. Avec les courants porteurs harmoniques, la largeur de bande « A/ >• et la vitesse de transmission en « Hz/s » ou « Bauds » sont liés directement. L’intervalle choisi est entre chaque poste de 120 Hz, ce qui permet une largeur A/ = 80 Hz et une transmission à une vitesse maximum de G6 Bauds (La télégraphie infra-aooustique passait généralement jusqu’à 50 Bauds).
- Pour éviter les interférences entre les produits de ides différentes, qui sont la demi-somme et la demi-différence des fréquences composantes, il faut que les fréquences porteuses soient des multiples impairs d’une base ; celle-ci a donc été choisie de 60 Hz.
- Enfin, les problèmes de stabilité interviennent ici dans les oscillateurs, quoique à échelle plus réduite que dans les transmissions HF à bande unique (Voir n° 3179, décembre 1949).
- En France, on utilise à l’émission des oscillateurs stabilisés et à la réception des groupes d’amplificateurs sélectifs à « contre-réaction », donc peu dépendants du vieillissement de leurs tubes électroniques. En Allemagne, ce sont les récepteurs à 6 fréquences et à 6 filtres sélectifs qui ont la priorité (procédé « Siemens et Halke »).
- Télémesures, télécommandes et téléréglages.
- Les grandes installations de télémesures que nous connaissons existent principalement en Europe : là où la division de l’inter-
- connexion des lignes de transport de force est très poussée, soit en Angleterre, en Suisse et en France (où le réseau est l’un des plus denses).
- D’une part, les équipements de télémesure à courants porteurs transmis (c’est-à-dire à 3 fréquences émises) permettent de mesurer les puissances de transit à 200 km de distance moyenne : installation des réseaux Est, Sud-Est, Massif Central et Sud-Ouest ; le nombre de « termes ou mesures » admissibles par tronçon, est au maximum de 6.
- D’autre part, les systèmes à bande unique, installés depuis peu commandent les relations entre l’énergie hydraulique du Massif Central et celle des Pyrénées : transmission possible de 12 termes sur 300 km ; plusieurs de ces termes desservent ce qu’on appelle des « téléphasemètres ». Ce sont des appareils spéciaux qui ont pour but de faciliter le recouplage rapide de boucle à boucle après réparation d’un défaut survenu dans la maille du réseau d’interconnexion dont le débit normal est contrôlé par une télémesure.
- Ces systèmes sont en constant développement ; ils desserviront dans un proche avenir la régulation de la région du Centre (Paris-Massif Central) et celle de la région de l’Est (Energie électrique du Rhin).
- Enfin, à Paris, existe une magnifique installation de « dispatching » (mot venu d’Amérique et désignant l’organisme réglant les échanges d’énergie électrique entre régions différentes d’un même réseau d’interconnexion) ; c’est celui de l’Union d’Ëlectri-cité. Il permet à l’U. D. E., grâce aux courants porteurs, d’être renseignée à tout instant sur les disponibilités des centrales qui l’alimentent, sur la marche des postes et sous-stations intermédiaires, sur le fonctionnement des appareils de distribution et de consommation. Nous le décrirons en détail :
- Deux installations de standards téléphoniques y relient Paris avec les usines et avec les divers endroits de la distribution : la première concerne les centres de la région parisienne et la seconde communique avec les usines hydro-électriques du Massif Central, les sous-stations Sud-Ouest de la S. N. C. F. et les postes alimentant les lignes à haute tension (à 90 000, 150 000 et 220 000 V).
- Dans un premier local, deux ingénieurs de quart sont donc en liaison téléphonique avec chaque usine ou chacune des sous-stations du réseau parisien ; des lampes de supervision contrôlent les
- Fig. 4. — Le réseau des lignes souterraines à grande distance en juin 1940, avant les destructions.
- Bruxelles
- Seabroock
- lUloqne-
- jauny /
- _ Rpims 1
- jtrasbôurg
- Evreux
- Miniac
- Orlœn;
- Vierzon
- 'Nantes
- (Angoulèmei
- Grenoble
- Bordeaux
- -Arcachon:
- Mentor
- leFbntet
- /Toulouse
- Fig. 3. — Bâti terminal pour coaxial aérien à 72 Voies.
- modulation principaux de deux
- p.174 - vue 182/406
-
-
-
- 175
- communications échangées. Ces « dispatchcrs » ont de plus, devant les yeux, le schéma complet du réseau de la région parisienne ; de petites lampes allumées ou éteintes représentent dans chaque tableau HT d’usine ou de poste, les interrupteurs fermés ou ouverts, et des barrettes mobiles indiquent 1 e s sectionneurs. Ce schéma est tenu à jour au fur et à mesure des ordres de manoeuvres ou des incidents.
- C’est le dispatcher chef de service, dans une salle voisine, qui, renseigné par des téléwattmètres (télémesures de puissance), donne les ordres à un de ses subordonnes, qui, par télécommande, les exécute tout de suite.
- Dans un autre bureau, se trouve l’installation contrôlant les centrales hydro-électriques et leurs annexes ; elle est reliée téléphoniquement avec le standard de l’usine du barrage d’Eguzon. Un deuxième circuit établit de proche en proche les communications avec les sous-stations, et celles-ci peuvent, en cas de dérangement, appeler dans l’appareillage principal.
- En outre, une installation à ondes porteuses établit d’un côté la liaison entre Eguzon et le poste d’Orléans-Chaingy et, de l’autre, entre les centrales de Coindre et d’Eguzon.
- Enfin, le dispatcher de service a un tableau du réseau sous les yeux, mais celui-ci est moins complexe que le premier cité plus haut.
- Il faut alors tirer le meilleur parti des moyens de production en répartissant la charge quotidienne probable, compte tenu des heures de pointe et autres aléas prévisibles. On a, à l’heure actuelle, intérêt à faire appel le plus possible aux centrales thermiques récentes, tandis que les usines anciennes servent à satisfaire les pointes des demandes (vente alors plus rémunératrice) et les lignes HT à grande distance sont mieux utilisées à fournir l’énergie aux heures creuses.
- À l’aide de tous ces renseignements et suivant la demande, le dispatcher prévoit le « programme » de la marche quotidienne des usines.
- Pour tenir son programme, le dispatcher dispose, grâce aux transmissions par courants porteurs :
- 1° d’un ensemble dé téléwattmètres muraux, renseignant en permanence sur les valeurs des puissances fournies par chaque usine thermique (Gennevilliers, Saint-Denis et, depuis quelques années seulement, Arrighi-Yitry) ainsi que sur la somme de ces puissances ; ,
- 2° puis de deux récepteurs téléwattmétriques mesurant la puissance fournie au réseau de la région parisienne par chaque ligne à 220 ou à 90 kV, et un totalisateur de ces puissances. ;
- 3° d’un régulateur de fréquence-puissance qui permet, chaque fois qu’une perturbation apparaît dans l’état d’un générateur ou d’un réseau, de laisser à un seul des participants au réseau, le soin d.’y remédier (*) ;
- 1. La réalisation de l’appareil permettant d’assurer les compensations de puissance, est la suivante : un totalisateur transcrit, d’une part, en courant continu la puissance hydraulique P h réellement fournie et celle Po prévue au «programme » ; un courant continu proportionnel à A p=(P/i-Po) est envoyé vers un galvanomètre à miroir ; le spot est réfléchi par un miroir cylindrique, puis envoyé sur le miroir d’un fréquencemètre d’écart A/ = fh-fo, lequel dévie de la quantité proportionnelle à l’écart des fréquences des puissances ci-dessus ; enfin, les rayons lumineux tombent sur un écran tournant, de forme spéciale, masquant et démasquant deux cellules photo-
- 4° de l'appareillage accessoire : relais différentiels pour comparer, d’une part, la puissance débitée par chaque usine thermique et la puissance totale d’origine thermique ; d’autre part, la valeur « programme » de la fourniture hydraulique totale et la somme des puissances hydrauliques fournies ; rhéostats pour le réglage de la quote-part de charge défini pour chaque usine parisienne ; programmé tre automatique ;
- o° d’un enregistreur d’écarts A/, gradué en Hz et d’un indicateur d’écart.
- Des variations de fréquences d’au plus 0,2 par rapport à 30 déclenchent eh outre une sonnerie d’alarme.
- Ainsi, grâce à la possibilité des mesures téléwattmétriques, du téléréglage et de la télécommande quasi-instantanée, l’U. D. E. peut remarquablement exercer une surveillance continuelle sur toutes ses usines hydrauliques et thermiques.
- Nous ne pouvons clore ce chapitre, sans mentionner aussi :
- les télémesures de niveaux d’eau (principalement dans les barrages des usines hydro-électriques) ;
- les télémesures de courants ou de tensions continues utilisées principalement dans le contrôle du débit des lignes électrifiées de la S. N. C. F.
- Dans ces mesures télétransmises, les courants porteurs sont uniquement à fréquences musicales. Elles sont en service depuis quelque temps sur la ligne Sète-Nîmes ; d’autres sont prévues pour le contrôle du trafic de la ligne Paris-Lyon dont l’électrification est commencée.
- Conclusions.
- En plus de l’extension prodigieuse des réseaux téléphoniques internationaux due à l’essor des télétransmissions par fil, il ne faut pas oublier les possibilités d’avenir de la technique des courants porteurs U. H. F. par impulsions et de la radio-téléphonie dont les fréquences porteuses sont excessivement élevées (plusieurs milliers de mégacycles), sans omettre celles de la radio-goniométrie et des radars (dans l’aviation et la marine) qui nous réservent bien des surprises.
- Nous ne pouvons mieux faire que de citer à ce sujet les projets des Etats-Unis (dont le dernier vient d’être réalisé), alors qu’il y a si peu de temps encore, il paraissait plutôt utopique : appels téléphoniques à longue distance du Pacifique à l’Atlantique ; ondes de radio transmettant 4 000 messages simultanément en un temps record ; téléphone reliant des véhicules en mouvement à des postes fixes ; bureaux télégraphiques ambulants ; télégraphie à ondes réfléchies par la lune....
- Voilà achevée, en redescendant sur terre, notre trop courte promenade dans le domaine des télécommunications, dont les perfectionnements paraissent illimités et dont les frontières sont maintenant bien loin au delà de celles de notre propre planète.
- A. Thonnelier.
- électriques ; celles-ci émettent, alors des impulsions pour ouvrir ou fermer les régulateurs d’admission des turbines des usines thermiques pour la compensation des puissance. La forme de l’écran est telle que la durée des impulsions télétransmises est, en définitive, proportionnelle à la quantité : A p—K A/ (voir fig. 5).
- Une défense contre les mauvaises herbes.
- Des essais poursuivis dans une station expérimentale du Department of Agriculture des Etats-Unis ont conduit à constater que l’association de bromure de méthyle au 2-4-D (acide dichlorophé-noxyacétique) permet de parvenir à une défense remarquable contre l’envahissement des mauvaises herbes, notamment dans les cultures de coton. Cette technique n’en est encore qu’au stade des essais. Son application étendue permettrait l’économie d’une importante main-d’œuvre.
- Lentille
- /—Lampe
- ijffi / jfl
- Récepteur
- télewaitmétrique
- Miroir
- Ecran
- d'asservissement
- '# Moteur
- Fréquencemètre
- cellules
- Fig. 5. — Schéma du régulateur fréquence-puissance.
- p.175 - vue 183/406
-
-
-
- 176
- forêt
- Fig. 1 à 3. — De haut en bas : En forêt de Halatte, le carrefour du Chêne à l’image. Au premier plan, Hêtres ; ensuite, Chênes et Bouleaux. Au loin, Senlis. — Chênaie-Charmaie-Hêtraie en Halatte. Tapis d’Anémones, Narcisses et Ronces. — Chênaie en Halatte. Sous-bois de Narcisses, d’Anémones et de Lierre.
- (Photos P. Jovet).
- La
- Dans un précédent article (x), nous avons traité de questions générales à propos des groupements végétaux. Des lecteurs nous ayant demandé de préciser quelques-uns de ces groupements et leur écologie dans la région parisienne, nous ne pouvons mieux faire que d’effectuer en leur compagnie une randonnée en territoire boisé, de surcroît pittoresque, situé au nord des forêts de Chantilly et de Senlis, dans la Forêt d’Halatte.
- Le grand spécialiste de cette région du Valois est notre maître et ami, Paul Jovet, lequel vient de publier le fruit de plus de 25 années de recherches en un magnifique ouvrage abondamment illustré et particulièrement passionnant que tous les amis de la nature liront avec intérêt (2). Nous avons effectué quelques excursions en Forêt d’IIalatte, généralement sous la conduite de Paul Jovet, et ce sont quelques-uns des faits saillants de ces randonnées qui seront exposés ici.
- La Forêt d’IIalatte, en grande partie domaniale, est située entre Senlis et Pont-Sainte-Maxence, au sud-est de la vallée de l’Oise, hôte le plus souvent des sables auversiens avec quelques buttes témoins, comme celle d’Aumont (ait. 120 m) et le Mont Alta (ait. 140 m), dont les sommets sont constitués des restes de l’étage bar-tonien (calcaire de Saint-Ouen), le tout reposant sur le calcaire grossier.
- Au centre do la forêt, le village de Fleurines recèle la petite église de Saint Gilles, à deux nefs, dont une clef de voûte porte la date 1419. Chaque année, suivant la coutume instaurée jadis par la Maison de Condé à Chantilly, avant la bénédiction de la meute de l’équipage d’Halatte, on y célébrait, le jour de la Saint Hubert, la messe dite « des chiens ». A 1 km de là, vers l’Est, au lieu dit Saint-Christophe, les rois mérovingiens possédaient une maison de chasse. Au même endroit, Jean-le-Bon fonda, en 1351, l’ordre de l’Etoile ; il y subsiste également les ruines d’un prieuré clunisien datant de 1061. Ainsi, la Forêt d’Halatte, depuis les temps anciens, fut une région cynégétique ainsi qu’un lieu de retraite. Et ceci conditionne Passez bonne conservation de la chênaie sessiliflore dont elle est en majeure partie constituée.
- Comme nous le disions dans notre précédent article, à une association végétale donnée correspondent des conditions de milieu (écologiques) déterminées, c’est aussi l’opinion de Paul Jovet qui, notant qu’ « on ne peut séparer l’écologie de l’étude des associations », distingue en Valois deux catégories de Chênaies, selon leur composition floristique, mais également d’après le substrat sur lequel elles reposent.
- La forêt et le sol.
- Les Chênaies-Charmaies sont situées sur sol siliceux, rarement calcarifère, tandis que les Chênaies-Frênaies sont hébergées par les sols calcaires. Du point de vue de la végétation, le Chêne sessile, la Fougère Grand Aigle, le Muguet, l’Oxalis petite Oseille, la Fougère femelle et la Fougère mâle, le Chèvrefeuille des bois, la Mélique à une fleur, l’Aspérule odorante, et à un degré moindre : le Lamier jaune, le Charme et le Hêtre se rencontrent plus souvent dans- les Chênaies-Charmaies que dans les Chênaies-Frênaies sans qu’ils en soient toutefois exclus. De même, le Bracby-pode des bois, la Mercuriale pérennante, l’Érable champêtre, le Troëne, le Frêne, l’Orme, le Coudrier, sont plus fréquents dans les Chênaies-Frênaies que dans les Chênaies-Charmaies, mais n’en sont point forcément absents. Le Chêne pédoncule (Chêne Rouvre) se retrouve indifféremment dans l’une ou l’autre de ces doux catégories de Chênaies. Aussi l’appellation de « Chênaie pédonculée »
- 1. La Nature, n° 3165, janvier 1949, p. 20-22.
- 2. Jovet (Paul Albert). Le Valois. Phytosociologie et Phytogéograpliie. Paris, Société d’Édition d’Enseignement supérieur, 1949, in-8°, 389 p., 68 flg.
- p.176 - vue 184/406
-
-
-
- 177
- cTHalatte
- employée par différents auteurs, notamment par Àllorge dans le Yexin, pour désigner une Chênaie-Charmaie à Coudrier, sur marnes et sables siliceux frais, peut être valable dans cette région, mais est impropre et prête à confusion en Valois.
- Les 'Chênaies-Gharmaies et les Chênaies-Frênaies se subdivisent en un grand nombre de types selon leur végétation et les conditions de son substrat. Voici un exemple de Chênaie sessiliflorc-Hêtraie appartenant à la catégorie des Chênaies-Gharmaies, que nous avons rencontré à quelques centaines de mètres au S.W. de Fleurines, à l’W. de la route qui mène de ce village à Senlis. Le Chêne sossile y domine en fûts de 20 m de hauteur, le Hêtre, est abondant ; ces deux essences, avec la Fougère Grand Aigle et le Muguet, indiquent qu’on se trouve ici dans la catégorie des Chê-naies-Charmaies et que le substrat a bien des chances d’être siliceux. Accompagnant ces espèces, des ronces, la Jacinthe des bois, l’Anémone sylvie, l’Aiault (nom local de la Jonquille ou Coucou), la Mélique penchée parsèment en plaques, çà et là, l’épaisse litière de fouilles. Si l’on creuse une fosse dans le sol (les pédologues disent : « faire un profil ») pour examiner sa constitution on remarque tout d’abord, sur quelques centimètres de litière, l’accumulation de feuilles récemment tombées, encore intactes (L'), et dessous, les feuilles âgées collées en paquets (L"), puis une couche d’humus acide, non saturé, friable (A/), ensuite un mélange du même humus avec du sable siliceux (A/') et enfin les sables auversiens, dépourvus d’humus et légèrement lessivés de leur sesquioxyde de fer par l’acidité de l’humus supérieur au contact de cet horizon (àB). Le carbonate de calcium est absent tout le long de ce profil. L’activité biologique animale (vers de terre, fourmis, etc...) est très faible. Les différents horizons (L, A, B) sont assez nettement individualisés. C’est ce que les pédologues appellent une terre brune sablonno-siliceuse dégradée, pauvre en argile, à tendance peu nette à la podzolisation. Dans une Chênaie de la même catégorie, à 500 m de la Croix du Bois, le profil du sol correspond à ce que les pédologues nomment un podzol, et dans lequel se rencontrent successivement, de haut en bas : une litière, un épais horizon humique, très acide, non saturé ; un horizon de lessivage du sesquioxyde de fer, blanc cendré, très acide (pH inférieur à 4,7), formé de silice pure, de grains de quartz ; un horizon de précipitation des oxydes de fer et d’alumine, jaune-brun, et enfin les sables siliceux auversiens (de Fellenberg et l’auteur, 1949). Cette catégorie des Chênaies-Charmaies végète sur sol siliceux ; les différences de structure dans les profils, notamment dans les horizons supérieurs de ceux-ci, correspondent à des différences de végétation, particulièrement dans la strate herbacée ; cette question reste à étudier.
- Dans les Chênaies pubescentes-Charmaies-Tillaies, sur sol dépendant directement du calcaire bartonien, la charmante Anemone ranunculoides forme des tapis magnifiques, mêlée à l’Anémone sylvie (avec laquelle elle s’hybride) et à la Mercuriale-pérennante. Paul Jovet signale à ce propos que cette Anemone ranunculoides, « indissolublement liée, pour certains phytosociologues, à des Aul-naies mouillées ou très humides..., ne fréquente sur notre territoire, qu’exceptionnellement ces stations », et avec de nombreux exemples à l’appui, il remarque que la signification écologique d’une plante peut énormément varier d’une région à une autre. « La plus grande prudence se recommande donc à qui commente les travaux relatifs à des contrées qu’il ne connaît pas personnellement », conclut-il.
- Plantes calcicoles et silicicoles.
- Dans le même ordre d’idées, Paul Jovet insiste sur la relativité des notions de plantes calcicoles et calcifuges. Il cite une quantité de faits à ce sujet, le Sarothamne (Genêt à balais, Genêt de Breta-
- Fig. 4 à G. — De haut en bas : Talus ombragé en forêt d’Halatte. En haut et à droite : Fougère grand-aigle ; partout ronces et çà et là Euphorbe des bois. La Graminée est la Mélique à une fleur. — Tapis d’Anemone ranunculoides en forêt d’Halatte. — Sous-bois de Primevères, de Narcisses, d’Anémones et de Scilles en forêt d’Halatte.
- (Photos JP. Jovet).
- p.177 - vue 185/406
-
-
-
- 178
- gne), par exemple, réputé calcifuge exclusif (Gontejean), est « capable de s’installer sur des sols légèrement alcalins ». C’est ainsi que nous l’avons rencontré, en effet, au voisinage de la Forêt d’Halatte, dans un taillis de Chênaie très dégradée, sur limon des plateaux recouvrant le calcaire grossier, et dont la rhizosphère renfermait 4 pour 100 de calcaire dans la terre fine légèrement alcaline — pH 7,6. De même, en Haute-Provence occidentale, sur le Plateau du Revest du Bion, la terre fine enveloppant les radicelles du Sarothamme peut contenir jusqu’à 8 pour 100 de carbonate de calcium, ce qui semble être la plus forte teneur connue que supporterait cette espèce. En 1948, dans un jeune taillis de la Forêt d’Halatte, près d’Apremont, Paul Jovet nous faisait remarquer un mélange de plantes réputées silicicoles et calcico-les, à la limite du calcaire grossier et des sables auversiens : Sarothamne, Aiault, Germandrée, scorodoine (Jovet a d’ailleurs publié, en 1934, une remarquable étude sur le comportement de cette dernière espèce dans le Valois (i)), d’une part, et Mercuriale pérennante, de l’autre. L’analyse des rhizosphères de Sarothamne et de Mercuriale de ce complexe a donné respectivement pH 6,40 et pH 7,05-7,15 ; le sol contenait bien plus d’humus sous la Mercuriale que sous le Genêt, les feuilles de la litière étant retenues par les racines de la première espèce. Il est des cas où l’on peut expliquer les anomalies par rapport à la doctrine couramment pratiquée sur les plantes calcicoles et silicicoles, tel le dernier cas cité dans lequel l’hétérogénéité du substrat semble la cause du mélange des deux catégories d’espèces. Mais le plus souvent, il est bien difficile de trouver une explication satisfaisant la théorie et les faits. La plante, l’aci-doalcalinité (pH) du sol et sa teneur en calcaire sont des conditions interdépendantes des conditions du milieu, de son processus.
- Il semble que, pour un certain équilibre entre les différentes composantes-résultantes d’un complexe écologique, le pourcentage en carbonate de chaux et le pH de son sol soit, entre certaines limites, plus ou moins déterminant vis-à-vis des nécessités et possibilités de la végétation. On connaît, en effet, l’exemple d’espèces telles que la Mélique ciliée, le Carex d’IIaller, le Fer à cheval (Hippocrépis à toupet), le Faux Baguenaudier (Séné-Bâtard), la Petite Coro-nille, le Mahaleb, de Dompte-Venin, etc..., qui réputées calcicoles dans l’Est et dans le Centre de la France, paraissent indifférentes dans le Sud ; nécessitant plutôt la sécheresse que le calcaire, elles semblent trouver vers le Word une siccité plus forte en sol calcaire, ce qui fait dire que ces plantes lui sont liées. Un autre
- 0cm
- vy w yvw y ^ vw ywv
- vo. k y* m y ^
- 20
- Lr
- L"
- Ai
- Ao
- At
- bB
- Fig. 7.— Mélange de plantes dites « calcicoles » (Mercuriale M) et silicicoles (Sarothamne ,S) en forêt d’Halatte.
- (Photo Cl. Ch. Mathon).
- Fig. 8. — Profil du sol de la chênaie sessiliflore-hêtraie de Fleurines.
- I/, litière de feuilles sèches ; L”, feuilles agglomérées ; A'1( humus ; K'\, humus et sable ; bB, sable (d’après de Fellenberg et Mathon, 1949).
- 1. Bulletin de la Société botanique de France, 1934, p. 749.
- exemple fera apparaître la complexité de cette question. La Pilo-selle croît au Danemark, exclusivement sur des sols très acides — pH 4,5 à 4,9 — (Olsen, 1923); or, en France, aux environs de Dijon, elle n’existe que sur les sols neutres ou alcalins — pH 7,1 à plus de 8,2 — (Ilagène, 1931) ; en Haute Provence, on la rencontre indifféremment sur des sols acides — pH 5,0 — ou légèrement alcalins — pli 7,6. Ce processus, dont on connaît d’autres exemples, est absolument contradictoire avec le précédent ; ici, il s’agit d’une plante qui strictement acidicole dans la partie septentrionale de son aire, devient relativement indifférente à l’acido-alcali-nité du sol dans le Sud....
- L’étude de Paul Jovet sur le Valois fourmille d’exemples de phénomènes d’ordres divers, en contradiction avec les théories classiques ; l’auteur en explique certains, mais il reste là une source inépuisable de recherches passionnantes tant pour les naturalistes professionnels que pour les amateurs. Et une simple excursion en Forêt d’Halatte avec ce livre entre les mains fera repenser, sinon remanier, bien des conceptions que l’on peut avoir sur Dame Nature.
- Cl.-Ch. Mathon,
- Attaché de recherches au C. N. R. S.
- L'amélioration des
- La France produit environ 50 pour 100 des graines fourragères nécessaires pour réensemencer ses pâturages, et doit importer le' reste. Un tiers des importations provient des Etats-Unis et lë reste du Canada, de la Grande-Bretagne, du Danemark, de la Hollande et de la Nouvelle-Zélande.
- L’importation de graines fourragères est indispensable pour maintenir en bonne condition les pâturages permanents qui représentent une partie importante des 15 000 000 d’hectares de pacages en France.
- Environ 100 000 livres de graines fourragères américaines, dont un tiers de « paturin des prés » (Kentucky Blue Grass), expédiées
- pâturages français.
- au titre du plan Marshall, sont^en route pour la France afin de permettre aux paysans français d’améliorer leurs pâturages et d’augmenter leur production en viande et produits laitiers. Le paturin des prés est la plus chère des graines fourragères. Il est petit et léger comme de la poudre et peut être employé en quantités minimes, mêlé à d’autres graines, avec d’excellents résultats.
- Le paturin des prés augmente considérablement la production laitière dans les régions humides et fraîches de l’Europe occidentale, en raison de sa croissance exubérante, surtout au printemps et en automne.
- p.178 - vue 186/406
-
-
-
- 179
- LES APPLICATIONS INDUSTRIELLES DE L'AZOTE
- ET LES ENGRAIS AZOTÉS
- Les découvertes de l’azote»
- L’année 1949 a marqué le deuxième centenaire de la naissance de l’un des savants à qui l’on doit l’azote : Rutherford.
- En réalité, le premier chimiste qui parvint à isoler ce gaz, en 1674, fut Mayow.
- En 1749 donc, naissait l’Ecossais Daniel Rutherford (mort en 1819), chimiste à Edimbourg. Dans sa thèse de doctorat « De aere mcphistico » écrile en 1772, il a indiqué qu’il a trouvé un gaz auquel on devait donner, plus tard, le nom d’azote ou nitrogène.
- Mais ces deux savants ne surent pas — ou ne purent pas — tirer parti de leur découverte qui demeura lettre morte pour un certain temps.
- D’autre part, et à la même date (1772), un physicien anglais, d’un comté très voisin de celui de Rutherford, Priestley (1703-
- Fig. I. — Salle des compresseurs d’une usine de synthèse d’ammoniac.
- i8o4) publia ses « Observations sur les différentes espèces d’air », où il est fait mention d’un nouveau gaz.
- C’est en 1784 que Lavoisier, au cours de ses recherches sur la composition de l’air et sur les oxydes d’azote, put reconnaître ses propriétés. D’abord, on le considéra comme un gaz inerte (au point de vue étymologique : privé de vie).
- Bientôt, cependant, les chimistes établirent qu’il jouait- un rôle capital dans le règne animal comme dans le règne végétal.
- L’année suivante, Berthollet parvint à isoler le gaz ammoniac et l’analysa. Un demi-siècle plus tard, Kuhlmann, de Lille, poussa ses investigations assez loin pour obtenir de l’acide nitrique en partant de l’oxydation directe de l’ammoniac.
- Au début du présent siècle, en 1907, Birkeland prépara l’acide azotique en mettant de l’air au contact de l’arc électrique. Ce procédé est, d’ailleurs, d’usage courant en Norvège.
- Il est assez paradoxal de constater que malgré son sens étymologique, qui le condamnait à l’inertie pour en faire un gaz impropre à la combustion et à la respiration, l’azote constitue, au contraire, un des éléments essentiels des tissus animaux et végétaux dont il est, pour ainsi dire, le pain quotidien.
- L'azote dans l'économie mondiale»
- En ces dernières décades, l’azote a pris une importance considérable, tant dans l’économie de paix que dans celle de guerre.
- A la veille de la guerre de 1914-1918, le chiqiiste allemand Fritz Haber, de Breslau (i863-i934), révolutionna l’industrie de ce gaz en réalisant la synthèse directe de l’ammoniac sous pression élevée. Ce problème fut résolu dans les usines de la « Badis-che Anilin und Soda Fabrik », un des foyers de la production chimique d’outre-Rhin. Oppau et Ludwigshafen sont, aujourd’hui, dans la zone française d’occupation.
- Cette trouvaille a permis aux Allemands de fabriquer, durant la première guerre mondiale, une très grande quantité d’explosifs nitrés ou nitratés, malgré le blocus qui les privait des nitrates de soude chiliens.
- Clemenceau répétait volontiers, et aArec force, que si le Reich n’avait pas eu les usines d’Oppau, la victoire de 1918 aurait été avancée de deux ans et nous aurait évité la perte de cinq cent mille hommes.
- Les Alliés ont beaucoup souffert de celte écrasante supériorité de l’ennemi en ce domaine. Il fut certains moments, au cours des hostilités, où la situation prit un tour critique, -voire tragique. De nombreuses cargaisons de nitrates du Chili furent coulées par les sous-marins allemands. Ces circonstances angoissantes firent l’objet d’un télégramme pathétique de Clemenceau au Président Wilson.
- Chez les alliés, cependant, les chercheurs ne restaient pas inactifs. Chimistes français et belges travaillaient à la Poudrerie d’Angoulême avec le Professeur Pascal qui y était mobilisé. On installa une première usine de synthèse d’acide nitrique par oxydation d’ammoniac, ce dernier obtenu par hydrolyse de la cyanamide calcique. Mais ce procédé d’obtention de l’ammoniac était peu économique et difficilement viable pour une exploitation en vue de la satisfaction des besoins agricoles.
- C’est seulement après 1919 que l’industrie de l’azote put se développer en France, quand on parvint à réaliser, directement, la synthèse de l’ammoniac, grâce aux travaux de Georges Claude, et avec la connaissance des procédés allemands.
- Un seul chiffre donnera une idée de l’ordre de grandeur des fabrications azotées : en ig48, 226 000 t d’ammoniac ont été produites en France et transformées en engrais azotés. Le plan Monnet prévoit que ce tonnage sera doublé.
- En raison de la place énorme que tient, aujourd’hui, l’azote dans l’économie mondiale, il convient d’exposer rapidement, d’abord les utilisations industrielles de ce gaz, pour aborder ensuite la fabrication des engrais, depuis que l’azote a été appelé à jouer un rôle capital dans leur fabrication.
- Utilisations industrielles de l’azote»
- Les applications industrielles de l’azote, qui sont fort nombreuses, peuvent se rattacher aux trois formes suivantes :
- i° Azote pur obtenu par distillation et rectification de l’air liquide.
- En voici les principales applications :
- — Synthèse de l’ammoniac.
- — Fabrication de la cyanamide calcique par action directe sur le carbure de calcium, à chaud.
- p.179 - vue 187/406
-
-
-
- 180
- — Utilisation, en métallurgie, pour arriver à former des atmosphères inertes.
- — Préparation des cyanures, employés en métallurgie, à partir des carbonates et- du carbone.
- 2° Ammoniac.
- — Utilisation directe de l’ammoniac anhydre comme engrais.
- — Engrais ammoniacaux, obtenus en neutralisant l’ammoniac par un acide.
- — Préparation de l’urée par action de l’ammoniac sur l’acide carbonique; c’est le procédé Mati-gnon-Frejacques.
- — Carbonate d’ammonium pour teintureries.
- — Préparation des corps azotés organiques amides, nitriles, imides.
- 3° Acide nitrique.
- — Préparation des nitrates (calcium, sodium, ammonium) par action sur la base correspondante. Ces produits servent d’engrais.
- — Obtention des explosifs nitrés (nitroglycérine, nitrocellu-lose, mélinite, tolite...) et nitrates (à base, de nitrate d’ammoniaque).
- — Fabrication de colorants organiques.
- — Catalyseur d’oxydation dans la fabrication de l’acide sulfurique.
- Parmi ces divers et très nombreux emplois de l’azote, il faut retenir que l’utilisation la plus importante de ce corps ou de ses composés est la fabrication des engrais azotés.
- Fig. 2. — Stockage du sulfate d’ammonium.
- Les engrais en général.
- Il semble intéressant de dire ici quelques mots des engrais employés depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, pour mesurer le chemin parcouru en vue d’accroître le rendement du sol cultivé.
- Les engrais sont des matières que l’on mélange à la terre pour la rendre plus fertile : ce problème fut le souci constant des agriculteurs de tous les âges.
- Suivant un vieil adage, « les troupeaux de moutons étaient les producteurs d’engrais par excellence ». Et longtemps on a appelé. « engrais normal » le mélange des fumiers de cheval, de bœuf, de porc.
- La pratique avait démontré que cette fumure était bonne,
- d’autant qu’on y ajoutait aussi des cendres, des déchets organiques divers qui apportaient, avec eux, potasse et acide phos-phorique, indispensables pour former un engrais complet.
- Au fur et à mesure que les sciences réalisaient de nouvelles conquêtes dans les domaines physique et chimique, on s’aperçut que l’on pouvait tirer de bonnes matières fertilisantes du règne animal, du règne végétal et des substances organiques.
- Depuis fort longtemps, ces notions élémentaires étaient bien connues ; on en adoptait les conclusions bien plus par empirisme que par raisonnement.
- Il y a près de trois cents ans, en i663, sir Digby, chimiste tout autant qu'alchimiste, et que Descartes tenait en haute estime, dans son « Discours sur la végétation des plantes » recommandait l’emploi du salpêtre (nitrate de potasse) en agriculture. Et, en i8o4, Théo de Saurnur conseillait l’usage des cendres de plantes.
- Et voici Liebig, le grand chimiste allemand qui, en i84o, fut l’un des premiers savants qui appliqua l’analyse chimique aux phénomènes de la vie organique. Il étudia scientifiquement l’action des engrais : azote, acide phosphorique, potasse.
- Quand les nitrates firent leur apparition, agronomes, techniciens de l’agriculture étudièrent ces problèmes. Boussingault, Stalil, Corewinder avaient saisi toute l’importance des produits azotés. Ils avaient constaté leur présence dans certaines plantes. Plus tard, Berthelot et André démontrèrent leur présence dans tous les végétaux.
- Depuis que l’efficacité de l’azote a conquis hautement son droit de cité, l’industrie, en perpétuelle évolution, a réalisé, à pas de géants, d’excellents produits : il s’agit surtout des engrais azotés. On peut observer qu’il y a environ 25 à 3o ans, la consommation desdits engrais s’élevait, en kilogrammes et par hectai'e, aux chiffres suivants : Hollande, 43 kg, Belgique, 3G kg, Allemagne, i5 kg, France, 5 kg.
- Formes des engrais azotés.
- Leur mode d’action.
- L’agriculture emploie les engrais azotés sous les trois formes suivantes :
- A) L’azote nitrique. — Nitrates de soude et de potasse qui sont très solubles dans l’eau et directement assimilables par les plantes (Les nitrates chiliens sont utilisés à la dose de 200 à 3oo kg à l’hectare, soit 20 à 00 g au mètre, carré. Ce sont clés nitrates de sodium. Ceux de potasse venaient jadis des Indes.
- p.180 - vue 188/406
-
-
-
- 181
- La France en fabriquait de petites quantités par action du chlorure de potassium sur une solution bouillante de nitrate de soude. Les nitrates de chaux sont un produit synthétique et venaient de Norvège, mais on en fabrique aussi en France.
- B) L’azote ammoniacal. — Ce sont les sels ammoniacaux : sulfate, nitrate et phosphate d’ammoniaque, crude ammoniac (sous-produit de l’épuration du gaz d’éclairage), eaux ammoniacales.... Ces diverses matières sont d’un effet moins rapide, car elles doivent subir la nitrification pour fournir l’azote nitrique.
- G) L’azote organique. — Soit engrais organiques, fumier, sang, viande, cornes, poils, tourteaux..., tous produits d’un effet encore plus lent, car pour être assimilable, leur azote doit passer par plusieurs stades : ammonisation, nitrification (on sait que l’ammonisation est la première phase de la nitrification
- Grains Hl/Ha Paille Qx/Ha
- Sol non fertilisé 11,1 13,3
- Engrais minéraux sans azote . 12,8 15,6
- Azote employé seul 17.1 23,5
- Azote et phosphates 20,5 28,6
- Azote, phosphate et potasse 27,4 40,0
- ou transformation de la matière organique des débris divers en azote ammoniacal sous l’influence des micro-organismes du sol). L’influence des éléments fertilisants et en particulier de l’azote
- Fig. 4. — Tracteur-réservoir pour injecter l’ammoniac dans le sol.
- est fortement accusée, ainsi que l’indique le tableau ci-dessus donnant le rendement du blé en Angleterre pendant une période de 56 années :
- Il existe, actuellement, une quinzaine d’engrais azotés qui s’adressent à telle ou telle culture, à tel ou tel terrain. On peut citer, entre autres : les nitrates de soude, de potasse, de chaux; les sulfates et chlorures d’ammonium, les nitrates d’ammonium, les ammonitrates, les cyanamides en granulés ou huilées, le crude ammoniac, l’ammoniac anhydre, le nitropotasse....
- Mais dira-t-on, cette gamme impressionnante fera-t-elle oublier — ou écarter — les vieux engrais classiques : le fumier, les cendres... ? Nullement.
- En de très nombreuses circonstances, et même dans la majo-
- rité des cas, il sera possible, et d’un haut profit, d’associer, d’alterner engrais organiques naturels et engrais minéraux de synthèse.
- Quand et comment employer les engrais azotés?
- Des mesures fort simples s’imposent pour un emploi raisonné des engrais azotés. Il suffit de tenir compte de la saison, de la nature du sol et de la composition chimique du produit à utiliser.
- Pour les nitrates, l’épandage de printemps donne d’excellents résultats, mais on peut également en envisager l’épandage en automne pour les plantes semées à cette époque.
- En ce qui concerne l’azote ammoniacal qui s’incorpore fortement à la terre, on doit l’uiiliser de préférence en automne.
- Quant aux doses à adopter, il est clair qu’elles sont fonction de la nature des terrains et des cultures y pratiquées. On estime, en général, qu’on peut utiliser 3oo à 4oo kg par hectare pour des engrais à 20 pour 100 de teneur en azote. Bien entendu, suivant les besoins, on pourra ajouter des doses de complément.
- Dans certaines régions, on évalue encore la quantité d’engrais à répandre par le « nombre de sacs ». Il est clair que cette manière de faire doit être absolument proscrite : un « sac » n’est pas une mesure définie et, de plus, cette pratique ne tient nul compte de la nature et de la teneur du produit en éléments fertilisants.
- Trop souvent aussi, on néglige l’analyse des terres et pourtant elle renseignerait fort utilement, les cultivateurs, et leur indiquerait ce que demande leur sol en azote. A cet égard, on peut se référer au tableau ci-dessous :
- Terre très pauvre Terre pauvre . Terre moyenne. Terre riche . Terre très riche
- moins de 0,5 pour 1 000 d’azote de 0,5 à 1 » »
- » 1 » »
- de 1 à 2 » »
- plus de 2 . » »
- Les engrais du passé et ceux de l’avenir»
- 1
- Il faut être de son temps.
- L’agriculture a parfois hésité entre les engrais anciens et les produits que lui proposait l’industrie. Elle était prise entre l’héritage ancestral des routines, des préjugés, des habitudes, du moindre effort, et les apports tentants des techniques nouvelles, la commodité des engrais qui lui étaient offerts.
- Aujourd’hui, le choix est fait.
- L’avenir est certainement aux produits à haute concentration : à poids égal on trouve l’économie de transport, de manutention, d’épandage.
- Ainsi, du nitrate d’ammonaique qui titre 35 pour 100 d’azote — au lieu de 20 pour 100 pour le sulfate — paraît fort intéressant. Mais ses propriétés hygroscopiques s’opposent à son emploi direct : on est forcé de lui ajouter une matière inerte, argile ou calcaire pour réaliser un produit de bonne tenue. Il en résulte une diminution de la teneur en azote.
- Au cours de ces toutes dernières années, l’industrie française a réussi à surmonter ces difficultés et à fournir à l’agriculture un certain nombre de produits à base de nitrate d’ammoniaque, à forte teneur en azote, dont la présentation, le stockage et l’épandage ont donné entière satisfaction.
- p.181 - vue 189/406
-
-
-
- 182
- Ces derniers produits peuvent, de plus, servir de base à des engrais composés. La tendance actuelle se porte sur ces derniers qui apportent, à moindres frais, une fumure de fond à compléter.
- C’est pourquoi on constate que l’agriculture exige de plus en plus 1’ « engrais complet », reprenant ainsi une vieille expression fort exacte en son temps. Cette dénomination est d’ailleurs souvent remplacée aujourd’hui par les mots <c engrais composé » s’appliquant à un heureux mélange qui comprend finalement au moins, deux des principaux éléments fertilisants et on réserve l’appellation « engrais complexe » aux combinaisons obtenues par réaction chimique.
- Cette dernière solution, qui retient toute l’attention des exploitants et des cultivateurs, permet d’obtenir des produits très homogènes et concentrés. Peut-être pourrait-on lui reprocher de priver le sol d’éléments de natures variées qui jouent un rôle assez important dans la croissance des végétaux : il s’agit là d’oligo-éléments ou éléments catalytiques, tels que l’iode, le bore, le cuivre, le manganèse qui jouent, vis-à-vis des plantes, le rôle de certains toniques pour le corps humain.
- Voilà donc, dans les grandes lignes, la question des engrais azotés, pour le moment tout au moins, car que nous apportera l’avenir? Beaucoup d’espoirs sont permis.
- A ce propos, il faut dire qu’au cours de l’année 19/19, on a réalisé, en France, diverses expériences dans le but de l’utilisation directe de l’ammoniac anhydre comme engrais. Il y a peut-être là des possibilités nouvelles de la fertilisation azotée.
- Ce procédé présenterait le grand avantage d’employer un produit à très haute concentration, à 82 pour 100 d’azote. De plus, il supprimerait les frais de transformation de l’ammoniac en sels solides.
- La question des prix»
- L’industrie fabrique et. vend, l’agriculture achète et utilise. Y a-t-il concordance entre les prix industriels et les prix agricoles ? C’est toujours le même problème qui se pose et ce n’est pas ici qu’il sera traité. On se bornera à exposer, objectivement, les prix des engrais dans le cadre des produits agricoles.
- Les indices d’augmentation de 1989 à 1949 (début 1949) concernant le blé ix, la viande 19,9, le vin 18,8, la betterave industrielle 16,1, le lait 17,6 se présentent comme suit pour quelques engrais : sulfate d’ammoniaque 19,4, nitrate de soude 17,6, ammonitrates (à l’unité d’azote) i4,4, superphosphate 20,2. Les indices pondérés pour ces deux catégories d’articles sont respectivement 17 pour les prix agricoles et 17,0 pour les engrais.
- D’autre part, les engrais supportent actuellement plus de 18 pour 100 de taxes, chiffre nettement supérieur d’une part à celles supportées par ces engrais en 1939 (seulement 1 pour 100) et, d’autre part, à celles acquittées actuellement pour les produits agricoles.
- Amédée Fayol.
- A propos des Gogonts
- (La Nature, n° 3159, juillet 1948, p. 208).
- Il existe dans la forêt de Chizé (Deux-Sèvres), un chêne du type « Gogant » pour le moins aussi remarquable que celui signalé par M. Ch. Broyer dans la forêt de l’Ouye. Ce chêne, dit ce Les sept chênes, », a un fût d’environ 7 m de circonférence qui se divise, à 1 m du sol, en sept troncs. Ces sept troncs ont, aussitôt la bifurcation, une circonférence de 2 m en moyenne et s’élèvent au milieu de la forêt dans un ensemble très vivace. Ce chêne, ainsi que son voisin a Le chêne empereur », sont bien connus des habitants de la région, mais les touristes les ignorent. Pour y accéder, il faut prendre à partir de Chizé la route GC 1 qui, en allant vers Bauvoir-sur-Niort, tra-
- verse la forêt ; au premier carrefour en forêt, carrefour dit de l ’ A m o n n e r i e, on prend à gauche la route forestière n° 1 qui conduit au carrefour de* Carville et au rond-point des Ouillères; au premier carrefour on prend à droite une ligne forestière verdoyante qui conduit à environ 200 m sur la droite à un sentier sous bois signalé par un panneau cloué à un arbre et portant l’indication « Chêne empereur, Sept chênes ». Après 100 m sous bois, on passe auprès d’un chêne splendide e t droit de 20 à 25 m de haut, avec une circonférence de 5 à 6 m, qui est dit « Chêne empereur ». En continuant, à 200 m après avoir pris à gauche, on arrive aux « Sept chênes » dont voici deux photographies, une vue générale et une vue de la base.
- Fig. 1 et 2. — Les sept chênes de la forêt de Chizé.
- H. Pacaud.
- p.182 - vue 190/406
-
-
-
- 183
- condensations
- Nous avons dans plusieurs publications traité différentes questions concernant l’hydrogénèse aérienne et terrestre. Il paraît hors de doute qu’on doive considérer les condensations occultes comme un apport très important et parfois le seul à l’alimentation des plantes dans des régions à pluies exceptionnellement rares ou à terrains trop perméables. Certains points litigieux, cependant, exigent quelques éclaircissements et démonstrations expérimentales.
- Prenons une caisse dont deux parois opposées sont une vitre et plaçons entre chacune d’elles parfaitement jointée sur ses parties latérales et maintenue entre deux fins treillis métalliques, une masse de terre- d’au moins deux décimètres d’épaisseur et distante d’environ deux centimètres de ces deux vitres. Exposons l’une
- Fig. 4, 5
- En 4,
- Fig. 1. — Caisse chauffante, vitrée sur deux faces opposées et contenant du sable. La condensation de Veau est visible sur les deux faces
- vitrées.
- d’elles normalement aux rayons solaires. De ce côté, la terre s’échauffe, de la vapeur d’eau se dégage qui va se précipiter et ruisseler en avant sur sa vitre, tandis qu’un autre courant de vapeur traverse les porosités de la terre pour aller se condenser en arrière sur la vitre opposée qui est naturellement à l’ombre. C’est très exactement ce qui se passe à la surface de la terre sous l’action directe du soleil ou de tous autres modes d’échauffement (fig. 2). Le même phénomène se reproduit quand on place une vitre sur un sol excavé au-dessous d’elle jusqu’à ses bords sur lesquels elle repose.
- Des gouttes d’eau se forment sur sa face terrestre, soit par le soleil ou par son refroidissement même avant toute rosée plus sujette à l’extérieur à toutes causes d’évaporation (fig. 3). Dès que l’atmosphère se réchauffe et, par conséquent, la vitre et ses gouttes d’eau, celles-ci se vaporisent à nouveau et retournent se condenser sur le sol s’il est imprégné d’eau ou de plus en plus profondément dans ce sol qu’il est plus sec et tant qu’il reste susceptible de produire de la vapeur.
- En tout cas, dès qu’il est à l’état de siccité, aucune vapeur ne remonte plus se condenser à sa surface comme le démontre l’expérience suivante (fig. 4). Enfonçons un tube en tôle de 15 cm de
- diamètre et GO cm de long dans le sol et contenant cette terre complètement desséchée sous le soleil ardent et persévérant de cet été de 1949. Aucune buée n’est apparue sur la vitre qui couvre l’ouverture supérieure. Actuellement encore, malgré les pluies abondantes et les journées de froid de l’hiver, la vitre n’a commencé à subir d’obscurcissement. C’est que cette terre sèche protégée latéralement de toute imbibition est un obstacle à la montée des vapeurs profondes, que la terre mouillée retient son eau par
- et d’absorption et qu’ici en terre
- Vitre -
- t°-
- Gbutte/éttes d'eau de condensation de la vapeur
- Vitre
- Fig. 2 et 3. — L’eau se condense sous la vitre quand celle-ci est plus froide que la terre.
- ses propres forces capillaires libre, on ne peut penser au rôle des vases communiquants qu’après complète imbibition par la pluie jusqu’à l’orifice supérieur du tube.
- Ce phénomène est heureux, parce qu’il nous préserve d’un dessèchement total de la terre et nous explique la persistance de certains oueds africains enfouis sous peu de,sable, mais, par contre, il n’est pas favorable à la végétation de surface. C’est ainsi que nous avons vu des îlots de prés entourés par un petit ruisseau et une
- de ses dérivations être aussi desséchés que les prairies avoisinantes alors que les arbres qui en bordaient les contours avaient une végétation vivace grâce à leurs racines qui allaient puiser leur eau en profondeur. A côté de notre tube plein, nous avions un autre tube de mêmes dimensions, mais vide. Au fond, pendant ces mêmes chaleurs estivales, un petit hygromètre à cheveu marquait 100° et exposé à l’extérieur revenait vers le 50° de sa graduation, le thermomètre à maxima et à minima indiquait entre 15° et 17° et exceptionnellement 18°, tandis que au dehors, il oscillait de' 22° à 28°, rarement plus haut, dans le petit jardinet montmartrois où avaient lieu ces expériences. Dans ces conditions, nous avons placé au fond un petit gobelet cylindrique en verre rempli de 80 g d’eau. A aucun moment, il n’y eut perte d’eau, bien que l’eau de trois gobelets similaires témoins au niveau du sol s’évaporât plusieurs fois et inégalement, quoique très voisins l’un de l’autre. A deux reprises différentes pendant le même temps d’un mois environ, la quantité d’eau du gobelet du fond avait augmenté de deux grammes, ce qui paraît assez conforme proportionnellement aux résultats obtenus par Chaptal. D’autre part, il apparaissait sur
- et 6. — Un puits creusé dans la terre sur 60 cm de profondeur.
- le puits a été empli de terre sèche. — En 5 et 6, il est resté vide.
- Vitre
- t° +
- Vitre
- Gouttelettes d'eau condensées sur les parois du gobelet
- Gouttelettes deconden-‘S/ySation
- </.
- p.183 - vue 191/406
-
-
-
- 184
- les parois extérieures du gobelet de verre des gouttes d’eau de condensation comme celles qui se produisent en cette saison sur une carafe d’eau fraîche. A plusieurs tentatives, aucune buée n'apparut en haut, même la nuit, au-dessous d’une .vitre placée dans cette intention sur l’ouverture du tube et qui laissait libre accès à l’arrivée ou au départ de l’air extérieur. Par contre, ce qui est normal, apparurent, dès les premiers froids, des gouttelettes de condensation des vapeurs venant du fond de la terre restée encore plus chaude que l’air extérieur. Or, l’air pénètre presque aussi facilement dans le sol, comme nous l’avons confirmé en renouvelant l’expérience de Pettenkoffer. L’intervalle entre un grand tube de 1,50 m de long et 0 cm de diamètre et un autre de 1 cm de diamètre occupant son centre est rempli de sable fin non humide. Ce tube central se termine en haut par un tube manométrique en ’U à demi-rempli d’eau. Quand on souffle assez fortement à la surface du sable, le dénivellement de l’eau est tel que l’on est en droit d’admettre qu’il se produirait encore sensiblement avec un tube d’une longueur double. Cette pénétration de l’air dans le sol est encore aidée par les forages et les terriers de toute la faune sous-terrienne, les failles, les diaclases, les crevasses... de certains terrains. Il y est propulsé par les vents ou les pressions atmosphériques ou aspiré par une baisse barométrique et le vide même que provoquent les condensations qui débarrassent ainsi Pair de son humidité, cause seconde de la plus grande sécheresse des déserts {fig. 8). Ayant humecté d’eau la surface du sable de notre tube sur une hauteur de 6 cm environ et visible au changement de teinte du sable, après un temps le manomètre décela de ce côté, contrairement à mon attente, une diminution de pression, accusant sans doute une condensation des vapeurs dans le sable, puis peu à peu l’équilibre se rétablit par libre parcours de l’air.
- Nous arrivons à cette conclusion qu’il existe bien dans les conditions les plus habituelles d’un climat estival et en tous temps, dans un pays chaud à pluies rares, trois zones d’hy-drogénèse du sol. L’une superficielle d’un à deux décimètres d’épaisseur de terre au maximum que la pluie à son passage ou, à son défaut, la rosée, les brumes ou brouillards alimentent en eau. En leur absence et notamment quand la surface du sol s’échauffe et, de plus en plus, les vapeurs d’eau atmosphérique gagnent en profondeur le sol dans la zone des condensations due à sa fraîcheur et dont le niveau est réglé par elle. Ses suintements peuvent être assez importants pour descendre augmenter la quantité des eaux de la nappe d’eau souterraine dite phréatique ou des puits et des sources dont l’approvisionnement est donc, en grande partie, ordinairement assuré par les pluies, qui ne laissent dans les deux premières zones que ce que peut y maintenir leur fraîcheur, l’adsorption et les forces capillaires du sol contraires à l’évaporation et à la gravitation.
- Ainsi s’explique pendant les chaleurs excessives et prolongées de l’été 1949 sans pluie, la presque complète disparition de la végétation de surface des prés dans la plupart des régions de
- Fig. 7 et 8. — L’expérience de Pettenkofer montrant la perméabilité du sol aux gaz et sa variante.
- France quand les blés, les avoines..., les luzernes et particulièrement la vigne dont les racines peuvent atteindre 20 m de longueur et tous les arbres à racines pivotantes allant à la zone des condensations ont eu leurs moissons, leur coupe ou la .récolte de leurs fruits particulièrement abondants et que les feuillages conservaient encore tardivement une teinte verdoyante avant les jaunissements et les rougeoiements retardés de leur frondaison d’automne. On comprend aussi l’humidité des caves et des cavernes en été et leur dessèchement en hiver, le soin qu’il faut apporter dans le choix d’un terrain, la sélection des plantes à cultiver, leur mode de culture, dans la disposition et la construction des locaux, des galeries souterraines, des magasins de réserve..., dont la dessiccation dépendra dé la profondeur et de la nature du sol et de sa température relative avec- celle de l’extérieur, tant il est vrai une fois de plus que l’expérimentation et le laboratoire doivent prendre une place prépondérante dans toutes les branches de l’activité humaine.
- Médecin Général Félix Pasteur.
- 1. Voir La Nature. Hydrogenèse aérienne et terrestre, n° 2902, 1" avril 1933, p. 299 ; Revue scientifique. La Rosée. Radiation terrestre et hydrogenèse du sol, 28 avril 1934 ; L’eau météorique, 22 juin 1935 ; Les cimes nuageuses des rochers, 15 novembre 1937.
- L'assèchement
- En 1931, La Nature (n° 2852, p. 193) exposait le plan d'assèchement du Zuyderzee destiné à agrandir la Hollande de 250 000 ha. Après l’amorce d’une future digue de fermeture entre l’île de Wie-ringen à l’ouest et la côte frisonne au nord-est, le comblement de cette immense nappe' d’eau était prévu par étapes successives. La première était la conquête de 20 000 ha de polders au sud de l’île de Wieringen ; elle débuta en 1927, fut terminée en quatre ans et mise à mal en 1945 par les Allemands qui inondèrent la région. La deuxième fut le remblai des 48 000 ha du polder du nord-est, commencé en 1937 et continué pendant la guerre. Cette année, on va entreprendre la mise à sec de 50 000 nouveaux hectares à l’est.
- du Zuyderzee.
- Déjà on a marqué l'emplacement de la future ville de Ilevostad, qui sera la capitale de la douzième province des Pays-Bas ; une tourelle émergeant des eaux la situe. Autour d’elle, on fera tout d’abord un port pour le matériel flottant, puis on construira 84 km de digue pour délimiter le futur polder. On compte qu’il sera asséché en 1956 et pourra être mis en culture vers 1961. Pour ne pas risquer d’assécher les vieilles terres environnantes, on laissera la nouvelle conquête à l’état d’île, entourée de canaux.
- Ce n’est qu’ensuite qu’on s’attaquera au polder de l’ouest (56 000 ha), puis à celui du sud (46 000 ha).
- La Nature aura l’occasion de parler plus longuement de ces énormes travaux. *
- p.184 - vue 192/406
-
-
-
- 185
- LES COMPOSÉS ORGANO-MAGNÉSIENS
- DE GRIGNARD
- L'histoire de la chimie organique est jalonnée par les dates des grandes découvertes qui l’ont dotée, soit de concepts explicatifs sur l’organisation de la matière, soit de puissants moyens d’analyse ou de synthèse. Au nombre de ces derniers figurent, les composés organo-magnésiens mixtes qui furent révélés en 1900, par le chimiste français Y. Grignard et qui, dans de nombreux pays, portent le nom de réactifs de Grignard. Les grandes associations scientifiques ont célébré au mois de mai dernier le cinquantenaire de la publication de sa première note à l’Académie des Sciences sur les composés organo-magnésiens, qui fut suivie de milliers de publications dans le monde entier.
- L a personnalité d e Victor Grignard. — Victor Grignard, né à Cherbourg en 1871, termina ses études secondaires au collège de sa ville natale. Malgré la modicité de ses ressources, il réussit, avec l’aide d’une série de bourses, à poursuivre à Paris, puis à Lyon, des études supérieures en mathématiques et en chimie.
- Préparant, une thèse de doctorat ès-sciences, son premier travail personnel fut un succès éclatant. Il découvrit en effet les composés organo-magnésiens mixtes, mit au point leur préparation et exploita immédiatement leur emploi comme agents de synthèse dans les domaines les plus variés de la chimie organique.
- Le retentissement de scs travaux fut considérable et, après avoir été distingué plusieurs fois par l’Académie des Sciences, Grignard se vit décerner le prix Nobel de Chimie en 1912.
- Nommé en 1919 professeur de chimie générale à Lyon, Grignard était en outre appelé, deux années plus tard, à diriger l’École de chimie industrielle de cette ville. Il exerça dès lors son activité dans tout le champ de la chimie organique, à la fois comme savant, comme pédagogue et comme organisateur.
- Grignard est mort en 1906, au terme d’une vie entièrement consacrée à la science. S’il connaît la gloire en tant cju’inventeur des organo-magnésiens, il ne fut pas un savant prisonnier de son laboratoire. Le cours qu’il professait, publié après sa mort sous forme d'un Précis de chimie organique, reste un modèle du genre. Sous sa direction, une école d’organiciens réputés s’est formée aux disciplines de la recherche scientifique.
- D’autre part, Grignard participa aux premiers efforts de rationalisation de la nomenclature chimique, tâche délicate pour laquelle les dons psychologiques sont aussi nécessaires que la somme des connaissances.
- Il entreprit également une œuvre monumentale. Avec la collaboration de ses élèves et des principaux organiciens français, Grignard conçut et réalisa un vaste Traité encyclopédique qui expose toutes les acquisitions de la chimie organique. Cet ouvrage sans équivalent au monde compte déjà une vingtaine de volumes publiés, et son édition se poursuit.
- La formation des organo=magnésiens de Grignard.
- — Les composés organo-magnésiens sont des combinaisons ‘
- organo-minérales dans lesquelles le magnésium est associé au carbone. La facilité de leur préparation et leur réactivité ont contribué à leur succès dans la synthèse organique.
- Ils sont préparés en solution le plus souvent dans l’éther ordinaire, suivant une méthode générale très simple.
- Une solution élhérée d’un chlorure, bromure ou iodure organique est coulée goutte à goutte dans un ballon qui contient chi magnésium métallique, en tournures ou en copeaux, recouvert d’une couche d’éther.
- Pour les magnésiens peu compliqués, la réaction s’amorce d’elle-même et se poursuit vivement avec un fort dégagement de chaleur qui porte l’éther à l’ébullition.
- Quand la réaction est terminée, le magnésium a disparu et il reste une solution claire d’organo-magnésien qui est, utilisée sans autre traitement pour les réactions de synthèse.
- En symbolisant par la lettre R un radical hydrocarboné et par X un atome d’halogène (chlore, brome ou iode) la réaction de formation des organo-magnésiens est représentée par l’équation chimique : RX + Mg RMgX.
- A partir de l’iodure de méthyle par exemple, la réaction fournit ainsi de l’iodure de métliyl-magnésium :
- CILjt -f Mg -> CILMgt.
- Les organo-magnésiens sont attaqués et détruits par l’eau, de même que par J’oxygène et le gaz carbonique de l’atmosphère. C’est pourquoi ils doivent être préparés en employant des produits anhydres et en purgeant l’appareil avec, de l’azote ou de l’hydrogène secs.
- La réactivité des magnésiens de Grignard. — La
- constitution des organo-magnésiens a fait l’objet de nombreuses études et de controverses subtiles, mais n’est pas encore connue dans son détail. La formule RMgX proposée par Grignard suffit
- Fig. 1. — Victor Grignard.
- p.185 - vue 193/406
-
-
-
- 186
- cependant pour expliquer les réactions classiques de ces composés, aussi est-elle couramment adoptée.
- Les organo-magnésiens sont sensibles à l’action de certains éléments et d’un grand nombre de composés chimiques. Ils forment avec les éthers-oxvdes, les thio-éthers et les amines tertiaires des associations moléculaires tout en gardant leur composition et leur réactivité propres. La cohésion des complexes est assurée par des forces d’attraction qui sont nettement inférieures aux forces des liaisons chimiques habituelles et qui cèdent à l’élévation de température.
- C’est l’existence des composés d’association, solubles en particulier dans le solvant complexé, qui permet la préparation facile des organo-magnésiens en solution. Ainsi la formation des organo-magnésiens dans l’éther ordinaire (G2Hs)20 s’écrit d’une façon complète : RX + Mg + (C2Hs)aO -> RMgX . (C2It5)20.
- Mais comme les molécules d’éther n’interviennent pas apparemment dans les synthèses classiques de Grignard, les équations sont simplifiées si l’on néglige leur présence.
- D’autre part certains éléments, tels que l’oxygène, le soufre, le sélénium, s’insèrent en quelque sorte entre le radical R et le groupement MgX. Les organo-magnésiens sont notamment oxydés par l’oxygène atmosphérique : RMgX + O -> ROMgX.
- Enfin les organo-magnésiens donnent avec un très grand nombre de composés organiques, soit des réactions d’addition, soit des réactions de double décomposition, si bien que la plupart des fonctions caractéristiques de la chimie organique entrent en réaction avec les composés organo-magnésiens.
- Deux liaisons importantes sont cependant inertes vis-à-vis des réactifs de Grignard : ce sont les liaisons normales carbone-hydrogène et carbone-carbone.
- Le bilan des synthèses de Grignard penche donc vers la création de ce type de liaison stable dans les conditions opératoires courantes.
- On peut ainsi réaliser la synthèse de nombreux hydrocarbures.
- Avec un dérivé halogéné de métal ou de métalloïde, on a par exemple :
- SiGL + 2CH3MgCl -> (CHj),SiCIï + 2MgGh
- tétra- chlorure dichloro- chlorure
- chlorure de méthyl dièthyl- de magné-
- de silicium magnésium silane sium
- C’est la première phase de la préparation des silicones.
- 2° Déplacement du groupement MgX (formation d’un organo-magnésien de deuxième espèce) et synthèse directe de l'hydrocarbure RH.
- Tous les composés organiques porteurs d’un atome d’hydrogène mobile suivent ce comportement :
- RMgX + R'H RII + R'MgX.
- Ce genre de synthèse permet, soit de préparer l’hydrocarbure RH, soit de changer la réactivité du composé R'H en le remplaçant par l’organo-magnésien de deuxième espèce R'MgX, qui peut être employé lui aussi comme agent réactif.
- D’autre part, la réaction étant totale, il est possible dans le cas où RH est un hydrocarbure gazeux, de déduire de la mesure de son volume la quantité de la substance RHI. Cette méthode est fréquemment employée pour la détermination quantitative des composés à hydrogène mobile. Ces composés sont très nombreux : alcools et phénols ROII, mercaptans RSII, amines primaires RNII2 et secondaires R — NH — R, acides RGOOII. Ils comprennent également les composés acétyléniques vrais : RC s CH, le cyclo-pentadiène, l’indène, le fluorène, etc.
- Par exemple, l’alcool ordinaire et l’iodure de méthyl-magné-sium réagissent en donnant du méthane et de l’éthylate d’iodo-magnésium :
- CÆOH + CHjMgl CH* + CALOMgI.
- Les organo-magnésiens dans la synthèse organique. — Les organo-magnésiens, composés fragiles et malaisés à conserver, n’ont aucune application en tant que « produits finis ». La place qu’ils, tiennent dans la chimie organique est celle d’agents réactifs à existence transitoire. Préparés pour les besoins de la cause, leur grande réactivité est immédiatement utilisée pour transformer des molécules, et en fin de compte ils sont toujours détruits.
- Une synthèse de Grignard comprend donc au moins deux stades : préparation de l’organo-magnésien mixte; mise en œuvre de- l’organo-magnésien dans une réaction de synthèse organique. Le produit de la réaction peut être, soit le composé définitif dont la synthèse est ainsi directement réalisée; soit un nouvel organo-magnésien que nous appellerons « organo-magné-sien de deuxième espèce ».
- L’organo-magnésien de deuxième espèce est engagé à son tour dans une nouvelle réaction de synthèse ou est détruit par hydrolyse pour fournir le composé voulu.
- Pour le chimiste, intéressé au premier chef par le bilan de la synthèse, les réactions de Grignard se groupent en trois catégories :
- i° Élimination du groupement MgX à l'état de sel minéral, et synthèse directe d'un nouveau composé organique.
- Telles sont en particulier les réactions des organo-magnésiens avec les halogénures organiques ou anorganiques :
- RMgX -f- AX —r RA -j- MgXs
- L’organo-magnésiens véhicule le radical hydrocarboné R destiné à être soudé au radical A.
- Ainsi, avec un halogénure organique, on obtient par exemple :
- CHaMgI + CHsI -> CAL + Mgla -
- ioduro iodure éthane iodure
- de méthyl- de de magné-
- magnésium méthyle sium
- L’interaction de l’acétylène et du bromure d’éthyl-magnésium fournit de l’éthane et le magnésien acétylénique :
- IIC s CH + CALMgBr -> CAL -f HC =-CMgBr.
- L’action de l’eau sur les organo-magnésiens se déroule suivant le même processus si l’on considère le produit MgXOII comme un organo-magnésien de deuxième espèce.
- HOH + CHsMgI CH* + MglOH eau iodure méthane
- de méthyl magnésium
- Les organo-magnésiens de deuxième espèce, produits dans ce type de réaction, régénèrent par hydrolyse les composés primitifs.
- 3° Addition de Vorgano-magnésien sur un composé ou sur un élément (formation d’un organo-magnésien de deuxième espèce).
- L’action des organo-magnésiens sur les groupements fonctionnels à liaisons multiples, tels que les groupements carbo-xylés C = O et les fonctions nitriles C =s N revient à la rupture de l’une des liaisons multiples. Sur les deux valences ainsi libérées se fixent d’une part le radical. R et d’autre part le groupement MgX. Les cétones, par exemple, réagissent par ouverture de la double liaison C = O.
- CH:j\ CIL.
- >G = 0 -f C*H„MgI -> . >C — OMgl
- CH.,/ CH3/ I
- acétone CAL
- Le magnésien de deuxième espèce ne régénère plus par hydrolyse le composé primitif, mais un composé profondément différent. Dans le cas de l’acétone, par exemple, on obtient finalement un alcool tertiaire :
- CH3 CH3/
- C - OMgl + H*0
- I
- CAL
- CHS
- CH3
- CAL
- COH + MglOH.
- p.186 - vue 194/406
-
-
-
- 187
- L’organo-magnésien a donc provoqué une double modification : fixation d’un radical organique R; transformation du groupement fonctionnel du composé traité.
- Une série de méthodes de synthèse très importantes, dont le mécanisme reproduit le précédent, permet la préparation :
- ques particulières. C’est là que les méthodes de Grignard apportent une contribution inestimable. Conjuguées avec les autres grandes méthodes de synthèse, elles permettent la construction des innombrables composés organiques qui frayent le chemin au produit le plus efficace.
- R.\ \
- à partir des cétones >C = 0 : des alcools tertiaires R2—/’COH ;
- B./ H/
- ^0 Ri\
- •à partir des aldéhydes RiC^ : des alcools secondaires >CH0H ;
- \H R/
- à partir des éther-sels Ri of : des alcools tertiaires ;
- \0R2
- /y0 /OR
- à partir des esters formiques \lw( : des acêtales RGH<;
- \0Ri XORi
- -dont l’hydrolyse fournit dis aldéhydes RCHO ;
- Les organomagnésiens dans l’industrie. — Les
- organo-magnésiens, réactifs privilégiés au laboratoire, ont eu dans l’industrie moins de succès que n’auraient pu le faire prévoir leurs propriétés exceptionnelles.
- C’est que leur emploi entraîne la manipulation de quantités importantes d’éther, liquide extrêmement Volatil et inflammable. De plus la distillation répétée de l’éther anhydre accumule dans les appareils un peroxyde d’éthyle qui peut exploser avec une très grande violence. Enfin la mise en œuvre d’organo-ma-gnésiens est une opération assez coûteuse, dont le prix de revient est notamment grevé par les pertes inévitables d’éther, solvant relativement cher.
- à partir des époxydes : des alcools primaires ou secondaires. Ainsi l’oxyde d’éthylène CH2 — CfI2 donne les alcools propylique,
- N)/
- butylique, etc. ;
- à partir des dérivés nilrosés RiN — 0 ou nitrés R1NO2 : des hydro-
- Ri\
- seylamines substituées ^>N — OH.
- Avec certaines formations azotées, l’hydrolyse de l’organo-magnésien de deuxième espèce peut être accompagnée d’un «dégagement d’ammoniac.
- Enfin, l’addition d’éléments ou de composés simples crée de nouvelles «fonctions sur le radical des organo-magnésiens de Grignard.
- Exemples :
- Le problème industriel des organo-magnésiens est avant tout un problème de solvant.
- Du fait de ces handicaps, l’utilisation des organo-magnésiens dans l’industrie est limitée aux cas indispensables, et pour la synthèse de produits de grande valeur marchande. Les méthodes de Grignard interviennent ainsi dans la préparation de certains composés intéressant la pharmacie et la parfumerie, en particulier les alcools tertiaires.
- Mais la réaction de Grignard vient de connaître une vogue nouvelle, avec l’essor des silicones, nouveaux venus dans la famille des hauts polymères. Les silicones, dont les chaînes R I
- répètent le motif — Si — O —, sont dans une certaine mesure
- C,HeMgBr + 0 CsHsMgBr + S CsfRMgBr + C02 CgHeMgBr + SOs
- CslUOMgBr CïHnSMgBr CïH„COïMgBr CaHiîSOsMgBr, etc
- L’hydrolyse des organo-magnésiens de deuxième espèce ainsi «obtenus fournit des alcools ou phénols ROH; des mercaptans RSH ; des acides RC0'2H; des acides sulfiniqu.es RS02H, etc.
- Cette rapide revue des qualités réactives exceptionnelles des composés organo-magnésiens mixtes montre qu’ils permettent de préparer une grande partie des corps de la chimie organique.
- L’importance des organo=mag;nésiens au labora= toire. — Faire intervenir des organo-magnésiens dans la synthèse organique revient en définitive à faire appel aux dérivés halogènes dont ils sont issus.
- Or il se trouve que les halogénures organiques, obtenus par la fixation d’atomes de chlore, de brome ou d’iode sur des molécules hydrocarbonées, sont des produits aisément accessibles. Il est peu de composés organiques dont on ne puisse préparer des halogénures, et qui ne soient par conséquent susceptibles de fournir un organo-magnésien.
- Cette circonstance heureuse, jointe au fait que les fonctions antagonistes (cétones, aldéhydes, nitriles, etc.) sont également nombreuses et variées, explique la grande généralité des méthodes de Grignard. A l’époque actuelle, les chercheurs de laboratoire ont de plus en plus besoin d’agents réactifs faciles à préparer, souples et omnivalents. En effet, les grandes recherches modernes, menées par de puissantes équipes de chimistes, nécessitent la création de multiples séries de composés nouveaux, différant les uns des autres par un détail de structure.
- Dans le domaine pharmaceutique notamment, la découverte du produit spécifiquement curateur d’une affection n’est plus laissée au hasard de la chance. Des essais systématiques poursuivent la détermination des groupements fonctionnels et des arrangements moléculaires responsables des propriétés thérapeuti-
- R
- comparables à une molécule géante de silice Si02, dans laquelle deux des valences du silicium seraient substituées par des radicaux «organiques.
- L’introduction de ces radicaux organiques dans le monomère est, suivant l’une des méthodes industrielles courantes, réalisée par l’intermédiaire d’un organo-magnésien mixte, qui réagit avec le tétrachlorure de silicium :
- GH3\ /Cl
- SiCL + 2CH3MgCl -* >Si< + 2MgCI2 CHs/ \C1
- L’hydrolyse du dichloro-diméthvl-silane conduit ensuite aux silanols :
- CH3x /Cl
- >Si< + 2HsO CH3/ \C1
- CHjv /OH
- ySi< + 2G1H CH3/ \oh
- puis la polycondensation des silanols fournit les silicones : CH3 . CH3 ch3
- Si — |oh + h|q gh3
- +H 0
- Si-
- 1
- ch3
- OH + H
- — 0
- ch3
- I
- - Si - 0
- I
- ch3
- 0 — Si — 0 H -> . I ch3
- ch3 ch3
- Si — 0 I
- ch3
- Si -
- I
- ch3
- 0
- Les silicones ont été découverts grâce aux organo-magnésiens de Grignard. Il est vrai que l’industrie cherche comme dans les synthèses précédentes à éviter leur emploi en imaginant des méthodes moins coûteuses.
- R. Kullmann, Ingénieur E. N. S. C. S.
- p.187 - vue 195/406
-
-
-
- 188
- Le problème
- L e problème acridien n’est pas un mythe, il se pose même impérativement et d’une façon à peu près identique dans tous les pays du monde. En effet, les Acridiens et plus généralement les Orthoptères nuisibles, dont beaucoup sont migrateurs, sévissent aussi bien en Europe (Espagne, France, U. B. S. S., etc.) qu’en Asie (Chine, Indes, etc.), dans l’Afrique entière, dans les deux Amériques (l’Amérique du Aord ayant surtout affaire à des espèces sédentaires) et en Australie.
- Partout, l’arrivée soudaine ou la pullulation massive d’insectes est rapidement suivie de dégâts étendus à presque toutes les cultures. Les milieux ruraux qui subissent le choc de ces masses ennemies s’émeuvent et ils sont bientôt débordés dans leurs essais de défense, le plus souvent timides et éparpillés. Ils demandent alors aux pouvoirs publics de les aider à lutter contre les Orthoptères et de protéger efficacement leurs cultures qui constituent à la fois leur richesse propre et une ressource essentielle pour la nation. Mais il est déjà bien tard et les ravages sont consommés et étendus avant qu’on ait créé et équipé des organisations assez puissantes en hommes et en matériel pour faire face- à l’ennemi partout à la fois. En outre, les attaques d’acridiens sont discontinues, saisonnières ou même séparées par plusieurs années d’accalmie. On ne peut maintenir en permanence sur pied de guerre, les services de protection, hommes et matériel compris. Aussi les techniciens responsables de la lutte anti-acridienne ont-ils une tâche difficile, entre les incompréhensions des pouvoirs publics et les reproches des agriculteurs.
- Il n’est que de lire les rapports officiels de grands pays comme l’Argentine, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la France, ou, plus modestes dans leurs moyens, comme l’Algérie, le Maroc et
- Fig. 1. — Criquets pèlerins accouplés sur le sol, dans un champ au Nord du Maroc, au printemps 1948.
- (Photo Sduissi).
- problème mondial
- les colonies ou pays associés à l’Angleterre ou à la France en Afrique, pour juger de l’importance du problème acridien.
- *
- * *
- La lutte contre les acridiens, qui n’est encore, malheureusement, dans la plupart des pays qu’une- bataille locale au moment où le fléau atteint son paroxysme et menace de ruiner la région, dépasse les possibilités individuelles et doit être une affaire d’Etat. Comment faut-il envisager ce problème pour le résoudre ?
- Tout d’abord, l’État doit l’aborder par -son côté scientifique. Tout empirisme, toute- improvisation plus ou moins sentimentale ou
- Fig. 2. — La lutte antiacridienne au Maroc : un chantier de préparation de son empoisonné à l’H. C. H.
- (Photo Souissi).
- intempestive, toute action qui ne s’appuie pas sur des données précises, aboutit à des échecs retentissants dus à des méthodes inefficaces et dispendieuses. Il faut choisir, former, entraîner d’avance des techniciens qui sachent reconnaître les insectes, les observer dans la nature, suivre et prévoir leurs groupements et leurs déplacements, qui aient- vu les effets des divers produits anti-acridiens, les méthodes de- lutte, les appareillages à mettre en œuvré sur le terrain, qui aient acquis l’expérience zoologique au laboratoire, biologique dans la nature et technique dans les conditions mêmes où il leur faudra opérer. C’est un apprentissage à faire, puis une surveillance continue à exercer sur des territoires souvent très vastes, un matériel à acquérir : produits toxiques, appareils d’épandage, moyens de transport et même éventuellement avions ou mieux peut-être hélicoptères.
- Les pays les plus riches, les plus instruits et les plus menacés par les Sauterelles, au moins dans les territoires d’outre-mer, ont créé des organismes chargés d’étudier ces problèmes. Il suffit de parcourir les belles publications de l’Anti-Locust Besearch Centre de Londres ou de l’Office national anti-acridien de Paris pour juger de l’effort déjà accompli et de l’orientation multiple des recherches actuelles. Malheureusement, on constate partout, et plus en France peut-être qu’ailleurs, un manque de personnel, un défaut de crédits, une persévérance insuffisante qui diminuent beaucoup l’efficacité des services spécialisés.
- Les criquets apparaissent rarement dans les métropoles ; les capitales en sont protégées par leurs latitudes ; les gouvernements, les parlements, la presse n’ont guère l’occasion de voir les dégâts. Le public ne se rend pas compte, une fois une invasion arrêtée, qu’il faudrait continuer, intensifier l’effort de recherches pour prévenir, si possible, le retour offensif des acridiens et le renouvelle-
- acridien,
- p.188 - vue 196/406
-
-
-
- 180
- ment des désastres dans l’avenir. Peut-être esl-re une question d’information, de propagande, à laquelle pourraient participer la radio, le cinéma, des conférences et des appels tels que celui-ci.
- La préservation et l’accroissemeent des récoltes sont des facteurs déterminants du 'bien-être et de la santé d’une nation où l’agriculture a une place importante. Les récoltes disparues entraînent la sous-alimentation et ses maux multiples et bien connus ; et si l’on y remédie par des importations, on appauvrit le pays. Le problème acridien n’est pas que scientifique et technique ; il a un grave aspect économique. J’en prendrai pour exemple ce que j’ai pu observer au Maroc.
- *
- * *
- Yoici quelques exemples chiffrés choisis parmi les résultats obtenus au Maroc au cours de différentes campagnes de lutte anti-acridicnne. Le Maroc est un pays où, grâce à des chefs compréhensifs et à un dynamisme puissant, une législation solide et efficacement ordonnée a permis de bonne heure d’organiser et d’employer des moyens de lutte suffisants. Malheureusement, ces moyens ne sont que temporaires ; ils sont déclanchés brusquement au moment même de l’apparition des sauterelles, si bien que les services de lutte doivent alors recruter rapidement un personnel non spécialisé, souvent embauché parmi les sans travail et les malchanceux. Malgré tout, des résultats positifs ont été acquis ; ils auraient été meilleurs et plus rapides si un organisme anti-acridien permanent avait disposé, tant en personnel qu’en matériel, de moyens plus entraînés et adaptés.
- Quoi qu’il en soit, voici quelques chiffres qui me paraissent probants :
- En 1929-1930, le Maroc a subi une très forte invasion d’essaims
- de criquets pèlerins qui ont couvert à peu près tout le territoire, déposant des pontes un peu partout, pontes d’où sont éclos des
- multitudes de jeunes ou criquets. A cette époque, la lutte contre
- les adultes n’avait pas encore été envisagée : on jugeait impraticable la poursuite et la destruction de vols trop mobiles ; on assistait impuissants aux ravages déterminés par les essaims dans les plantations et l’on n’agissait, avec efficacité d'ailleurs, que contre les larves dont, la destruction était pratiquement totale. Au cours de cette invasion, les dépenses effectuées pour la lutte, au Maroc, s’élevèrent en gros, à 33 millions de francs, soit, en adoptant le
- coefficient théorique d’augmentation de 20, à un peu plus d’un
- milliard de francs 1949.
- Les dégâts subis par les cultures, presque uniquement commis par les vols d’adultes, ont été évalués, à l’époque à 100 millions de francs, soit 2 milliards de francs 1949.
- Au cours de la même invasion, les services officiels ont estimé la valeur des récoltes préservées (sans tenir compte de la valeur des pâturages naturels) à 500 millions, soit 11,2 milliards de francs actuels. On voit par ces chiffres que, déjà à cette époque, la lutte, quoiqu’imparfaite, était rentable cl: pavait, malgré les dégâts inévitables dus aux adultes composant les essaims contre lesquels on restait alors impuissant.
- Depuis 1930, les méthodes de lutte ont été améliorées en même temps que progressait la connaissance de la biologie du criquet pèlerin ; en pleine guerre, dès 1943, et surtout au cours des deux années suivantes, les techniciens s’attaquèrent aux essaims eux-mêmes, bien avant la ponte. La destruction des femelles à ce stade réduit beaucoup l’importance des dégâts, en arrêtant leurs dommages et empêchant la naissance des jeunes. Les résultats furent si heureux, qu’au cours de l’invasion de 1947-1948, qui présentait à peu près en importance la moitié de celle de 1929-1930, il fut
- Fig. 3. — Une équipe d’épandage d’appât toxique.
- Les camions tous-terrains ravitaillent les Marocains en son empoisonné que chacun d’eux porte clans un couffin en alfa et distribue sur le sol.
- (Photo Souissi).
- p.189 - vue 197/406
-
-
-
- 190
- dépensé moins de 80 millions de francs 1948 et les dégâts furent si limités et localisés qu’ils n’affectèrent en rien l’économie du pays, au point que les experts n’ont pas jugé bon de les chiffrer. J’ajoute que dans cette dépense figure l’achat d’un important matériel automobile qui figure encore à l’actif de l’État Chérifien.
- Il y a dans le simple énoncé de ces chiffres et dans cet exemple marocain, la preuve que la recherche scientifique et l’organisation technique sont efficaces et paient, que les crédits qui y sont affectés sont un bon placement, et constituent une valable assurance sur les risques encourus.
- *
- * *
- La lutte anti-acridienne doit-elle être organisée uniquement dans chaque État sur un plan national ? Les sauterelles n’ont cure des frontières et les franchissent sans s’en douter au cours de leurs migrations, si bien qu’une organisation internationale est également nécessaire. Il est regrettable de constater que les États intéressés aux problèmes acridiens, malgré des réunions et des congrès internationaux où la participation de leurs spécialistes permit quelques échanges de Ame, n’ont guère recherché, jusqu’à la dernière guerre, une collaboration effective, telle que pourrait l’assurer un bureau international d’informations, d’échange de documents et de personnels. Cette organisation pourrait fixer un
- programme coordonné de recherches scientifiques et de techniques de lutte. LL est vrai que les différences considérables entre les budgets affectés à la solution de ce problème dans les différents États est un obstacle sérieux, les États riches hésitant à faire presque seuls les frais d’études qui profiteraient à l’économie d’États plus pauvres. Mais l’Europe A-ient bien de créer, par exemple, un organisme international pour l’étude du Doryphore. Ne pourrait-on- profiter de cette vague de bon sens et de fraternité actuelle pour tenter de mettre sur pied une organisation internationale à laquelle participeraient tous les pays dont l’économie est menacée par les sauterelles. Cet organisme serait chargé de coordonner les recherches, de mettre en commun le stock des acquisitions particulières que chaque pays peut obtenir grâce à la valeur de ses techniciens et à l’importance des moyens dont il dispose. Ceci ne paraît pas impossible et c’est sur ce dernier souhait d’un ouvrier de la lutte acridienne que je terminerai cet article qui résume les réflexions que m’a inspirées une participation modeste à la recherche de quelques-unes des inconnues qui persistent encore dans la solution du problème acridien, véritable problème mondial.
- Cii. Rungs,
- Inspecteur principal de la défense des végétaux du Maroc, Conseiller technique de l’Office national anti-acridien.
- La Fête du Tastech a m pag ne.
- Donc les Chevaliers du Tastechampagne se réunirent afin d’élire leur Président. Les candidats devaient subir avec succès une épreuve originale. Au jour fixé, on leur proposa une collection de coupes et « flûtes w de toutes dimensions, comportant cependant un point commun : la longueur latérale des récipients coniques (l’apothème, précisait le règlement) avait une longueur d’un décimètre.
- On avertissait loyalement les candidats que la contenance de ces verres qui allaient de la coupe très évasée à la flûte très . allongée, était différente pour chacun d’eux. Pour être élu Président, il fallait éAÔdemment choisir le verre contenant le maximum de champagne.
- Or, un candidat tira sournoisement un double décimètre de sa poche, procéda à des mesures rapides, prit un Arerre... et fut élu Président par acclamations. A vrai dire, il avait choisi une coupe aux dimensions bizarres, car son rayon mesurait envi-
- ron 8,i6 cm ( exactement \ /v), et sa hauteur environ 5,77 cm
- yi).
- V 1
- ce qui était possible en raison du fameux
- y exactement
- théorème de l’hypoténuse : R2 + H2 = apothème au carré, ou 2 ^ 1
- Il put ainsi déguster un peu plus de 4o3 cm3 de champagne, en vertu de la formule bien connue du volume du cône :
- s’amusait-il à les trouver par l’algèbre élémentaire, car on peut y parvenir ainsi, bien que cela semble impossible à première vue (voir Note finale).
- On peut expérimentalement réaliser un tel cône. Il suffit de prendre un cercle en papier de 10 cm de rayon. On coupe un
- secteur ayant un angle de
- 36o X v'3 v3
- 2g3°, 56/, 20^ environ,
- et l’on rapproche les bords du secteur pour les faire coïncider. L’angle du sommet du cône a 109°, 28', i6rr environ.
- Quant au secteur restant, on peut en faire un second cône qui sera une « flûte a très allongée. Son Allume n’excède pas 0,0346622.. soit un peu plus de 34 cm3. L’angle du sommet égale 2i°, 8', 56/;.
- En additionnant les deux volumes, on obtient 0,4377281.., soit environ 438 cm3. Mais il est possible d’obtenir un volume supérieur en coupant le cercle en deux secteurs égaux qui donneront deux cônes identiques, dont le volume total est :
- 2 X
- 3,i4i6 X o,5s x Q — o,52 --------------------------= 453 cm3...
- Tirons une conclusion gastronomique de cette récréation : si l’on Arous offre du champagne, évitez les « flûtes » et buvez-le dans une coupe « maximum » (maximum difficile à atteindre à cause de la mousse et des bulles).
- 3,i4i6 x R2 X H_____3,i4i6 x 2 x 1
- 3 9v/3
- soit o,4o3o66...
- Si le récipient avait été un cylindre, il aurait été beaucoup
- . „ . , 3,i4i6 x 2 x 1 . . .
- plus favorise :--------;—=— = 1,20919... soit 1,200 1 environ.
- 3x \/3
- Toute variation dans les dimensions du rayon et de la hauteur de la coupe aboutit à des contenances moindres. Comment diable le candidat connaissait-il les dimensions idéales ? Peut-être son passe-temps favori était-il l’étude des dérivées P Ou bien
- Jacques Heniu-Robebt, Ingénieur civil.
- Note finale
- 7cR2H . TC
- Le volume d’un cône est —^— , mais on peut négliger -y
- qui est une constante et chercher les valeurs de R2 et H dont le produit donnera un maximum.
- p.190 - vue 198/406
-
-
-
- 191
- i° Par les dérivées :
- R2 + H2 = i et R2= i—H2, R2H = (r — H2) x II = H — H3
- La dérivée est Yr — i — 3 H2 et la valeur de II correspondant au maximum est donnée par Y' — o, c’est-à-dire :
- H = 75, d’où R = V i — H2 = — •
- V3 y'3
- 2° Par Valgèbre élémentaire, avec un peu d’astuce....
- Mettons H en fraction, soit H2 = — .
- ’ n
- Alors R2 = ”------- . Puis donnons à n une valeur 2, 3, 4,
- n
- 5... et le produit R2II se matérialisera ainsi :
- R2 X H
- — X 0,35355...
- 3 \i 2
- o,38489...
- ° y o
- 7X7- 0,375, etc.,
- 4 V4
- mais le quotient diminue constamment. Le maximum paraît
- 2 I
- donc atteint pour R2 = et H = — , mais ce n’est qu’une
- hypothèse qu’il convient de vérifier en faisant varier le rayon et la hauteur. Si les produits ainsi obtenus sont inférieurs au produit résultant de l’hypothèse, nous aurons déterminé le maximum.
- Dans notre démonstration, nous porterons tous les éléments au carré, pour éliminer les racines carrées gênantes. Hypothèse
- du volume maximum [ -z- X —=. \ = — •
- l3 V3/ 27
- A) Le carré du rayon est augmenté de X2, celui de la hauteur est diminué d’autant : (R2 + X2) + (H2 — X2) = 1.
- (R2H)2 = -j- X2 j2 X
- 1 y,\ _ 4 27 X* — 27 X6
- 3 27
- plus petit que — .
- R) Faisons l’inverse :
- R2H =
- (R2 — X2) + (H2 + X2) = 1
- 4 27 X4 -j- 27 X6
- 27 27
- 9
- plus petit que — .
- Car 27 X4 est plus grand que 27 X6, étant donné que X est inférieur à 1.
- Donc le rayon ne peut être différent de
- Vf
- v/3
- ni la hauteur dif-
- férente de -7= .
- V3
- Évidemment, j’ai risqué des hypothèses, mais c’est chose courante en calcul : une simple division n’est qu’une suite d’hypothèses qu’on vérifie. Mais cela prouve que l’amateur d’algèbre peut égaler les performances de rivaux de classe professionnelle dans le sport mathématique.
- J. II. R.
- LE CIEL EN JUILLET 1950
- SOLEIL : du 1er au 31 sa déclinaison décroît de + 23°8' à -1- 18°21' ; la durée du jour passe de 16h4m le 1er à 15h7m le 31 ; diamètre apparent le 1er = 3i'30",82, le 31 = 31'33",94 ; apogée le 5, diamètre apparent = 31'30",76. — LUNE : Phases : D. Q. le 7 à 2h53m, N. L. le 13 à 5h3m, P. Q. le 22 à 10h30m, P. L. le 29 à 4h17m ; apogée le 9 à 21h, diam. app. 29'30" ; périgée le 2o à 13h, diam. app. 32'34". Principales conjonctions : avec Jupiter le 4 à 2h37ra, à l°o N. ; avec Vénus le 12- à llh39m, à 6°14' S. ; avec Uranus le 13 à 22h, à 4°45' S. ; avec Mercure le 13 à 14h30m, à 2°49' S. ; avec Saturne le 19 à Sh13m, à 0°48' N. ; avec Neptune le 21 à 12h, à 3°14' N. et avec Mars à 18h, à 1°21' N. ; avec Jupiter lè 31 à 9h, à 0°36' N. Occultation de w Sagittaire (4m,8) le 1er, émersion à 2M2m,2. — PLANÈTES : Mercure inobservable, en conjonction sup. avec le Soleil le 11 ; Vénus, astre du matin, se lève le 12 à lh47ria, soit 2h14m avant le Soleil, diam. app. 12",5 ; Mars, dans la Vierge, se couche le 12 à 22h38m, diam. app. 7",4 ; Jupiter, dans le Verseau, se lève -le 12 à 21h49m, diamètre polaire app, 42",9 ; Saturne, dans le Lion, se couche le 12 à 22MSm, diam. pol. app. loh,0, anneau gr. axe 38", petit axe 2',2 ; Ura-
- nus, dans les Gémeaux, inobservable ; Neptune, dans la Vierge, devient inobservable. — ETOILES FILANTES : Perséides : commencement de l’essaim le 7, radiant initial vers 0 Cassiopée ; Aquarides, du 23 au 30, radiant vers S Verseau. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2m,2-3ra,5) le 10 2h,l, le 30 à 3h,S ; minimum de p Lyre (3m,4-4m,3) le 21 à 4h,7 ; maxima : de R Hydre (3m,5-10m,l) le 3, de R Serpent (p^G-fR111^) le 6, de R Triangle (om,3-12m,0) le 20, de 0 Baleine (2m,0-10rü,l) le 22. — ETOILE POLAIRE : Passage sup. au méridien de Paris : le 10 à 6h28m33s, le 20 à oh49m29s, le 30 à Sh10m23s.
- Phénomènes remarquables. — Lumière cendrée de la Lune, le matin du 10 au 12, et le soir, du 17 au 20 ; Maximum probable de Mira Ceti (0 Baleine) le 22 (voir La Nature, année 1947, p. 382) ; Etoiles filantes Aquarides du 23 au 30, maximum le 28.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- La conquête de la science, par Pierre Rousseau. 36“ édition, 1 vol. in-8°, 347 p., 143 fig. Collection « Savoir ». Fayard, Paris. Prix : 600 francs.
- A qui n’est-il pas arrivé (l’être pris de vertige en découvrant les bases modernes de la connaissance ou en essayant de les coordonner. La géométrie n’est plus euclidienne, l’arithmétique archimédienne, la mécanique newtonienne, la chimie lavoisienne, la physique laplacienne, la logique aristotélicienne, l’épistémologie cartésienne. Tout tremble et s’écroule et le monde nouveau n’est pas complètement construit. Les mathématiques cherchent la voie au delà de l’expérience. Heureusement, notre collaborateur est instruit, sage et de bon conseil ; il mène son lecteur de laboratoire en laboratoire, d’œu-
- vre en œuvre, à travers toutes les routes récentes : l’atomique, la matière, les probabilités, la mécanique ondulatoire, le principe d’incertitude et l’énergie, la théorie des groupes ; il ne s’égare pas, si bien qu’il finit par une vision d’ensemble, une théorie unitaire qui sera peut-être notre vérité de demain et situe déjà bien des questions actuelles.
- Servomécanismes, par G. Leiimann, J. Loeb, P. Golombani, A. Pommelet. Tome II. 1 vol. in-8°, 166 p. ill. Société d’Fdition d’enseignement supérieur, Paris, 1949.
- Ce deuxième volume d’un ouvrage consacré aux problèmes d’automatisme décrit les servomécanismes des équipements de radar. Il traite également de l’importante question des servo-
- mécanismes comportant des liaisons radioélectriques et d’applications spéciales à la marine et à l’aéronautique qui permettent le pilotage automatique, l'atterrissage sans visibilité, les études et essais de prototypes. Ges deux ouvrages reproduisent une série de conférences du Conservatoire des Arts et Métiers exposant l’aspect moderne de techniques riches de promesses dans des domaines d’applications de plus en plus vastes.
- Ma maison, par R. Gazel. 1 vol., 246 p., 250 fig. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949.
- Combien seraient heureux, sinon de construire complètement leur maison, du moins d’en effec--tuer les aménagements intérieurs. Ce petit
- p.191 - vue 199/406
-
-
-
- 192
- ouvrage leur donne cette possibilité et celle d'entretenir leur intérieur. Avec du courage et de rhabilëté, ils pourront même se livrer à des travaux de maçonnerie et de charpente qui sortent du domaine de l'amateur.
- La pratique du vélo, par D. Renoua. 1 vol., 240 p., 169 tig. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949. Prix : 240 francs.
- Les usagers du vélo se comptent par millions, mais combien connaissent l’engin qu’ils utilisent parfois journellement et sont capables de le réparer ou de mieux l’équiper ? Sous une forme simple et directe, ils trouveront ce qu’ils doivent connaître pour le choix d’une bicyclette, son entretien, ses réparations, le cyclo-tourisme, rentraînement et môme la compétition.
- L'automobile, notre amie, par J. Loste. 1 vol. cartonné, 96 p. L’Argus de l’automobile, Paris, 1949. Prix : 690 francs.
- Écrit pour les enfants qui commencent à s’intéresser à l’automobile, ce livre abondamment illustré en noir et en couleurs de dessins pleins d’humour est une excellente histoire de l’automobile. L’auteur expose tout d’abord les multiples découvertes qui ont permis la réalisation d’un engin de locomotion dont l’homme ne saurait plus se passer, il présente l’époque héroïque des courses d’automobiles et les enseignements que les constructeurs ont pu en tirer, puis il initie très simplement le jeune lecteur aux mystères de la mécanique et aux merveilles de la construction d’une auto. Il termine en montrant comment le développement de l’automobile est un des principaux facteurs de la prospérité générale.
- Installations électriques et électro-domestiques, par E. Boïn'nafotjs. 1 vol., 236 p., 265 ftg. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949.
- Bricoleurs et professionnels trouveront dans ces quelques pages l’essentiel pour effectuer tous les travaux courants d’installation électrique dans un intérieur : éclairage, chauffage, sonneries, téléphones intérieurs. Les indications sont données sur les généralités de l'électricité, les relations entre compagnies et abonnés, les règles d’installation et d’entretien, les dangers du courant électrique.
- Les petites turbines hydroélectriques modernes, par II. Lanoy. 1 vol. in-8°, 80 p., 39 fig. Girardot, Paris, 1949.
- En celte période de rationnement d’énergie électrique, il est regrettable de voir inutilisées de nombreuses petites chutes d’eau. Cette étude pratique des turbines modernes qui peuvent équiper les petites chutes rendra service à ceux qui peuvent en exploiter soit pour l’utilisation directe, soit en liaison avec les réseaux, par l’emploi de génératrices asynchrones automatiques.
- Introduction to Chemical engineering thermo-dynamics, par J. M. Smith. 1 vol. in-8°, 38f) p. Mac Graw-ÏIill, Londres, 1949. Prix : relié, 32 sh.
- La thermodynamique devient un des soucis de l’ingénieur chimiste chargé des réalisations d’appareils ou d’atelièrs de grandes fabrications. Ce livre donne les éléments indispensables pour aborder ces études avec le minimum de difficultés théoriques : lois de la thermodynamique, relations pression-volume, température dans les fluides, effets calorifiques, écoulement des fluides, réfrigération, équilibres de phases, réactions chimiques d’équilibre. De nombreux exemples facilitent la compréhension des problèmes pratiques parfois délicats.
- Nouveau diagramme universel de combustion, par M. Véron. 1 broch. in-8°, 93 p. TST0 22 du Bulletin technique de la Société française des constructions Babcock et Wilcox, Paris, 1949.
- Ce nouveau diagramme universel de combustion s’applique à toutes les combustions courantes ; il peut se mécaniser facilement et se prête à l’automatisme pour tous les combustibles. Une deuxième partie est consacrée au recyclage thermique et envisage le parallèle entre le préchauffage de l’air et le recyclage des fumées.
- Optique physiologique, par Yves Le Grand.
- Tome U. Lumière et couleurs. 1 vol. in-8°,
- 490 p., 125 fig. Revue d’Optique, Paris.
- Après avoir traité dans le premier tome de l’œil comme un appareil d’optique donnant une image des objets extérieurs, le professeur du Muséum aborde ici l’une des questions les plus difficiles : la vision de l’intensité (photo-métrie) et de la couleur (colorimétrie). Il développe en physicien les notions d’énergie radiante, de grandeurs lumineuses, de courbes de visibilité, puis de trivariance visuelle, de coordonnées Inchromatiques, de seuils de luminance et de couleur. Il aborde ensuite les données physiologiques : anatomie et photochimie de la rétine, électrophysiologie de l’œil, théories de la vision des couleurs, des seuils de perception, de la fréquence critique. Cet exposé magistral, très clair et très complet, fait le point de toutes les recherches accomplies pour accorder physique et physiologie dans le domaine de la vision, la mieux connue de nos fonctions sensorielles.
- Photomacrographie et photomicrographie,
- par Pierre Pigon. 1 vol. in-8°, 205 p., 62 lig.,
- 16 pl. Revue d’Optique, Paris, 1949.
- Tous ceux qui veulent obtenir des photographies documentaires ont intérêt à lire ce livre pratique, qu’ils cherchent seulement à agrandir leurs clichés ou à prendre des vues grossies au microscope. L’auteur explique les conditions à réaliser, les objectifs, les appareils, les éclairages à choisir (y compris le fond noir, le con-Iraste de phase, la lumière polarisée, l’ultraviolet et l’infra-rouge) ; U indique la présentation des objets, les dispositifs stéréoscopiques, la sensitométrie, l’avantage des écrans colorés, le temps de pose, le tirage des épreuves et des diapositives, l’obtention des clichés en couleurs. Tout y est, les principes, les formules, les tours de main.
- Le microscope. Emploi et applications, par
- E. Séguy. Vol. TL 1 vol. in-16, 630 p., 234 fig.,
- 100 pi. Encyclopédie pratique du naturaliste, , Lechevalier, Paris, 1949. Prix : relié, 2 000 fr.
- Suite du manuel où se trouvent un très grand nombre de renseignements sur l'utiilsa-tion du microscope pour l’examen des animaux, de leurs tissus, de leurs œufs et de leurs larves, des coupes histologiques, des liquides organiques, des produits animaux, des empreintes et des traces intéressant la médecine légale, des végétaux, des roches et des fossiles, des métaux et des produits chimiques, ainsi que la description des appareils spéciaux construits pour la polarimétrie, la fluoroscopie, le métrologie, la projection et la photographie. De nombreuses figures montrent les instruments et les vues qu’en en peut obtenir.
- PETITES ANNONCES
- EX-AGENT des cadres du Haut-Commissariat au Ravitaillement et antérieurement Chef de Service de . la Société des Agriculteurs de France, recherche à Paris poste administratif (direction, secrétariat, Service du Personnel) ou tout poste analogue. Écrire : La Nature, n° 721. ’ .
- ACHÈTE disques Assimil Anglais (ou similaires). Écrire : La Nature, n° 724.
- A VENDRE en bloc ou par lots : herbier 30 000 parts (nombreux exsiccata classiques), 1 200 minéraux et 8 000 coquilles en cuvettes et boîtes, 8 000 fossiles dans un meuble métallique. Très bon état ; présentation standard. Écrire à M. ROTHKÉGEL, Néoux (Creuse).
- A VENDRE : petit voilier à dérive, .10 m2 de voilure, peint à neuf, prêt à naviguer. Écrire La Nature, n° 732.
- URGENT : Jeune ménage employé importante Librairie cherche app. 1, 2 ou 3 pièces, cuis., ou chambre bonne, libre suite, reprise just. Paris ou ligne Sceaux indifférent. Écrire La Nature, n° 733.
- A CÉDER MICROSC. LEITZ inclin, état neuf, 4 obj., 4 ocul. (gross. de 60 à 1 650). Condcns. régi, diaphrag. iris. Révol. 3 obj. et ocul. Goniom. ocul. à spath. Vis microm. à tambour grad. de 62 mm de diam. En cof. acajou. Lames 76/26 et 76/40. Lamelles. Écrire : La Nature, n° 734.
- J. F., 20 ans, dessinati’ice (lettre et création), cherche plein emploi ou temps j^artiel dans Industrie, Commerce (dépliants, encarts, catalogues, etc.). Écrire : La Nature, n° 735.
- A CÉDER D'URGENCE magnifique beagle, cause départ. Écrire : La Nature, n° 736.
- INGÉNIEUR E. C. P., expérience approfondie Propriété Industrielle s’occuperait Service Brevets Slé Industrielle, préférence une ou deux semaines par mois. Écrire : La Nature, n° 737.
- A VENDRE : frigidaire 200 1., excellent état. ÉCOLE GARÇONS, rue la Salle, Saint-Germain-en-Laye.
- A VENDRE : Saxo alto Selmer, état neuf, bec métal, étui. S’adresser : M. AUPOL, 94, rue Pasteur, Fontenay-sous-Bois (Seine) (soir Samedi).
- SUPER-ELGY F = 3,5. Modèle avec obturateur, «à armement préalable. État de neuf, fonctionnement parfait. A vendre, cause double emploi : 5.000 fr. Écrire : La Nature, n° 739.
- CESSIONS DE BREVETS
- M. Wilhelm IIAAG-STREIT offre de céder la propriété ou d’accorder des licences de son Brevet français . n° 837.773 du 10 mai 1938 pour ;
- DISPOSITIF DE RÉGLAGE POUR LES INSTRUMENTS SERVANT A L'EXAMEN DES YEUX, EN PARTICULIER POUR LES LAMPES A FENTE
- Benscignements techniques : Cabinet DAN-ZER et AYMARD, 20, rue Vignon, Paris (9e).
- Le Laboratoire de Recherches et d’Expérimen-tations Scientifiques et Biologiques, 112, avenue Gambetta, Paris (20e), titulaire des brevets :
- 1° n° 589.014 du 20 avril 1950, pour :
- PROCÉDÉ DE STABILISATION DES SOLUTIONS DE GLUCONATE FERREUX ;
- 2° n° 589.087 du 21 avril 1950, pour :
- SOLUTION STABLE DE GLUCONATE DE CALCIUM ET PROCÉDÉ POUR SA FABRICATION ;
- (A noter que cette nouvelle préparation aqueuse est un excellent solvant de la Pénicilline) ;
- 3° n° 589.322 du 26 avril 1950, pour :
- NOUVEAUX VERRES PHARMACEUTIQUES A HAUTE RÉSISTANCE HYDROLYTIQUE ;
- (Ces verres très largement conformes aux prescriptions du Codex français, se travaillent normalement sur les machines automatiques courantes) ;
- serait désireux de traiter pour la vente totale de ces brevets ou pour des licences d’exploitation en France et à l’étranger.
- Pour tous renseignements, s’adresser au Laboratoire.
- Téléphone : Ménilmontant 90-18.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre ipùo, n° 1095. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2l63. — G-ipÔO.
- p.192 - vue 200/406
-
-
-
- N° 3183
- Juillet 1950
- LA NATURE
- Fig. 1. — Vue aérienne de -Vile d’Ouessant
- (Photographie obtenue par la 33° escadrille de l’Armée de l’Air, extraite de « Découverte aérienne du monde », Horizons de France, Paris).
- L’ILE D’OUESSANT
- La réalité géographique d’Ouessant en tant qu’île est rapportée par le géographe grec Erathosthène (me siècle avant J.-C.). Son importance devait être considérable pour que deux siècles plus tard un autre Grec, le grand géographe Stra-bon, la mentionnât à son tour. Placée à l’extrême pointe de l’Europe occidentale, l’île d’Ouessant, « Etiez Eussa », l’île « du dieu qui inspire la terreur », justifie, nous allons le voir, ces rappels multiples au cours des âges.
- Bien que la distance qui la sépare du continent soit faible, quelque vingt kilomètres, on ne saurait dire que l’apport continental soit important. Si la belle saison y amène pour quelques heures un certain nombre de touristes de passage, avides d’horizons ou de sensations nouvelles, la mauvaise saison la voit à peu près totalement désertée. C’est que des courants redoutables, nés peut-être de la rencontre de la Manche et de l’Océan la ceinturent, dont le plus célèbre, le Fromveur, court le long de ses rives méridionales. Le Fromveur (de From, onomatopée qui implique une masse grandiose et en agitation; veur : grande) n’a pas un kilomètre de large, mais accuse un étrange bouillonnement qui étreint le bateau en un instant. Des récifs innombrables et cachés interdisent formellement, le passage par tempête. Vingt-cinq navires gisant à l’une des pointes de l’île sont là pour témoigner d’un effroi constant. De 1876 à
- 189G, 56 navires de haut-bord (paquebots, cargos...) y sombrèrent. Et le phare de la Jument, qui émerge d’un récif, dans une des zones les plus redoutables, se fendit un jour de toute sa longueur sous la violence des vagues. Lorsqu’on releva les deux gardiens, on craignit un moment pour leur raison.
- Récifs, îlots bas forment une longue chevauchée qui prolonge la côte bretonne jusqu’à Ouessant. C’est d’abord l’île Beniguet (île Bénie), à la A’aste plage en arc de cercle, dont le souvenir s’alimente à quelque ancien culte druidique ou au séjour des premiers saints bretons, l’île de Quéménès d’où montent les fumées jaunes des goémoniers qui brûlent le varech pour en extraire la soude et l’iode, c’est Molène au ras des flots et ses vestiges mégalithiques, c’est Balance et plus loin, dans la multitude impressionnante des brisants où s’allumera parfois le soir le feu cl’un phare, l’îlot de Bannec balayé par le Fromveur. Un peu en retrait, un feu signale enfin la Chaussée des Pierres Noires, ligne récifale où se perdit jadis avec son navire le lieutement Mage, explorateur du Niger. Toutes ces terres, débris continentaux, manifestent le travail d’érosion de l’océan (fig. 1).
- Le danger de ces abords est d’ailleurs souligné dans les rares ouvrages où l’étude scientifique de l’île soit ébauchée : « Les courants, y peut-on lire, sont tellement AÛolents dans les gran-
- p.193 - vue 201/406
-
-
-
- 194
- 233 Schistes et micaschistes G3 Gneiss granu/itique
- l-vx-tl Granulite
- ISIS Granité modifié ,
- par la granulite fp Indentations damphibolite Fig. 2. — Géologie de Vile d’Ouessant.
- des marées qu’il ne faut généralement s’attendre, quand on atterrit sur Ouessant, à trouver des pilotes qu’au moment de l’étale, et il n’est jamais prudent de venir reconnaître la terre, par les temps couverts, pendant le grand flot, si l’on vient du S.-W. et de l’ouest, ni pendant le fort du jusant, quand on atterrit par le Nord. Le courant de flot est particulièrement à craindre; si l’on est entraîné dans le Fromveur ou sur la chaussée de Relier, la perte du navire est à peu près inévitable ». Et plus loin : « Tous ces écueils sont situés dans le passage du Fromveur.... La vitesse des courants y atteint au milieu du détroit jusqu’à g nœuds (soit près de 17 km à l’heure) ; l’aspect du Fromveur est alors effrayant, la mer crépite comme si le courant passait sur un récif à fleur d’eau et il faut une grande expérience de ces parages pour oser s’y aventurer, même par beau temps ».
- Géologie. Flore. Faune. — La surface de l’île est évaluée à 1 56o ha et sa population oscille autour de 3 000 habitants dont 260 rassemblés dans l’agglomération de Lampaul.
- Ce petit bourg doit son nom à la présence en ces lieux de saint Paul l’Aurélien qui évangélisa l’île vers 517.
- Ses 8 km de long et 5 km de large lui assurent un développement de côtes de 3o km. Côtes escarpées, généralement découpées, parfois creusées de grottes profondes qui, prétendent les insulaires, se prolongeraient très loin sous l’île, à des centaines de mètres et plus.... Faut-il attribuer à une pareille érosion souterrainè la disparition rapide de certains îlots ? Peut-être, dirons-nous, sans rien conclure... bien que nous y convie ici la puissance de destruction de la mer, particulièrement apparente dans la partie occidentale de l’île où de monstrueux « galets » d’un mètre de diamètre couvrent la côte.
- Sa configuration générale rappelle grossièrement celle d’une molaire dont les deux racines seraient tournées Arers l’ouest. Sa contexture géologique signe son lointain passé, (fig. 2). Les zones nord et nord-ouest sont formées de granulite avec une étroite ligne littorale de granité modifié par cette dernière. Une bande médiane, large de 2 km, courant de l’ouest-sud-ouest à l’est-nord-est est constituée de micaschistes. Enfin toute la zone méridionale est faite de gneiss granulitique avec quelques indentations d’amphibolite. Il y a donc essentiellement deux bandes granulitiques et parallèles, de 7 km de long environ, réunies entre elles par un couloir schisteux. Moins résistant que les deux zones précédentes, il a succombé à ses deux extrémités aux attaques répétées de la mer. Il présente là, en effet, deux échancrures qui, aux antipodes de l’île, avec un écart de 3 km, forment l'a baie de Lampaul au S.-W. et celle du Stiff au N.-E.
- L’îlot Kereller (x), proche, mais séparé par un mauvais chenal est lui-même tout de granulite.
- Ce qui n’est point sans surprendre en un tel terrain est la multiplicité des sources, à l’eau parfaitement pure.
- A première vue, à ne considérer que la flore arborescente, il semblerait que l’île manifeste une grande pauvreté végétale. De véritables arbres, il en est effectivement fort peu : quelques sycomores, ormes, pommiers.... Mais on y relève un certain nombre d’arbrisseaux : Troènes, Ifs, Lauriers-roses, Tamaris, Yuccas, Cactus et Aloès, ces derniers plantés dans les jardinets, souvenirs de croisières lointaines. Grâce à l’aimable concours de M. l’abbé Ilermant, directeur du Petit Apôtre de la Botanique,
- 1. L’îlot de Keller (orthographe de la carte du service vicinal) s’appelle de son vrai nom Kereller (carte d’Ëtat-Major). Il mesure 900 m de long et 33 m d’altitude en son centre.
- Phare de Stiff.
- Figr. 4. — Vue panoramique d’Ouessant,
- p.194 - vue 202/406
-
-
-
- 195
- nous avons pu établir les éléments d’une ilorule de l’îlc, comme en possèdent déjà NoirmoutLer et Belle-Isle ; l’ébauche de cette florule incitera peut-être d’autres chercheurs à la compléter.
- Quant à la faune, il ne paraît pas qu’elle soit caractéristique ou très riche. Nos observations nécessairement lacunaires n’ont pu être complétées par une documentation locale difficile à obtenir et se réduisant vraisemblablement à fort peu de choses....
- Météorologie. —La température y est relativement douce. Les moyennes de température minima y sont plus hautes en décembre, janvier, février qu’à Antibes ou Biarritz. Bien plus, de toutes les régions de France, c’est Ouessant qui présente les minima de température les moins bas.
- Les températures extrêmes ne sauraient s’y rencontrer. De tout le territoire, c’est encore ici que l’amplitude de la variation annuelle de la température (c’est-à-dire la différence entre la température moyenne du
- mois le plus chaud et du mois le plus froid) est la plus-faible.' Elle ne dépasse pas 8°4, alors qu’elle atteint 3o° dans la région d’Avignon. Le nombre annuel moyen de jours de température inférieure à o°, y est de deux, alors qu’Antibes en compte cinq, mais, par contre, on n’y relève point de température moyenne supérieure à 3o°.
- Son ciel est généralement couvert ou demi-couvert. Durant onze mois, on peut le considérer comme intermédiaire entre nuageux et couvert. Alors que l’on compte moins de 80 journées couvertes à Antibes, on en note plus de 180 à Ouessant. Si dans la première station, on accuse par an ioo jours de ciel très pur, on n’en relève à Ouessant pour une même durée qu’une vingtaine.
- Quant aux pluies, pour une période s’étendant de juin à août, on ne compte à Antibes que g jours de pluie, mais 35 à Ouessant et 38 à Biarritz. C’est encore pourtant dans la deuxième de ces stations que le total des précipitations est le plus réduit, inférieur de plus de moitié à ce qu’il est à Biarritz.
- L’amplitude moyenne des marées y est de 6,38 m, donc supérieure à celle des côtes sud de Bretagne, mais inférieure de moitié à celle du fond de la baie du Mont Saint-Michel.
- Paysage ouessantin. — L’île est formée d’une pénéplaine légèrement ridée ne découvrant que deux sillons, vallons plus ou moins marécageux qui partagent son sol en trois tronçons. Comme le montre la carte de la figure 3, celui-ci est sans élé-
- Bourg de Lampaul et l’Église.
- ^ Le port.
- Au 1" plan, baie de Lampaul.
- Au 2° plan, le courant du Fromveur et les récifs.
- côté sud (Photo P. Gaxjboy).
- p.195 - vue 203/406
-
-
-
- 196
- Fig. 5 à 8. — En haut, à gauche, meule de fourrage nattée à sa surface pour la protéger du vent. — A droite, les maisons perpendiculaires à la route, leurs ouvertures à l’abri du vent. — En bas, à gauche, les moutons blancs actuels attachés par deux. — A droite, au premier
- plan, un abri à moutons ; au second plan, une grève d’énormes galets.
- ration notable, le point culminant se trouvant à l’Est, près du Stiff, à 57 m. En quelque point, fùt-on de l’île, c’est presque toujours la mer que l’on voit ou que l’on devine. Et vers l’ouest, par delà le phare géant du Greach se profilent à l’horizon les silhouettes des longs-courriers en partance pour de lointains continents. Ses abords sont, en effet, une des zones les plus fréquentées du globe.
- Herbes folles, plantes naines recouvrent sa lande pauvre d’où émergent çà et là des dômes de goémons qui sèchent et de minuscules champs de blé, d’avoine, d’orge ou de pommes de terre. C’est à la faucille que les moissons seront coupées, c’est au fléau qu’elles seront battues. Travail pénible pour une femme,
- Fig. 9. — La race des moutons d’Ouessant à robe noire (Photo Gatjroy).
- mais qui le ferait puisque les hommes, presque tous les hommes, sont sur mer et servent dans les marines nationale ou marchande ? Ceux que l’âge, la maladie ou le temps de service achevé ont ramené au pays sont rares et ils s’adonnent à la pèche, à l’élevage ou au commerce local, d’ailleurs très réduit. Le travail de la terre est donc de plus en plus délaissé et les vieilles îliennes aiment à rappeler les temps héroïques où les femmes s’adonnaient aux travaux du sol pour assurer leur subsistance. Aujourd’hui, le continent leur envoie ses produits substantiels.
- Mais la note dominante de ce décor insulaire réside dans l’abondance des moutons pâturant de concert, unis deux à deux jusqu’au temps de la moisson par une longe de 8 m et qui trouvent à l’abri de muretins en croix, les « goaskeddou », un refuge précaire contre le déchaînement des tempêtes (1). Grâce aux herbes riches en sel dont ils se nourrissent, ils fourniront des « présalés » renommés, rendus dans l’île à bas prix. Primitivement noire, la race des moutons d’Ouessant, abâtardie par des croisements successifs, est presque exclusivement blanche aujourd’hui; elle a perdu en même temps une partie de ses qualités premières. De cette race originelle, on peut encore voir au Jardin zoologique du Muséum d'Histoire naturelle quelques spécimens (fig. 7. et 9).
- L’habitat et la vie. — La rocaille est semée de petites maisons blanches à deux cheminées, toutes semblables, toutes rectangulaires, maisons à un étage aux toits de schistes gris dont les feuillets, sont unis les uns aux autres par un ciment ; quelques-unes ont encore un toit de chaume, parfois amarré et recouvert par un treillis de paille nattée. Les ouvertures sont
- 1. Pour la môme raison, les meules doivent être nattées.
- p.196 - vue 204/406
-
-
-
- 197
- Fig. 10 et 11. — Le port de Lampaul, à gauche. Le bourg et l’église de Lampaul, à droite (Phoios Gaorov).
- toutes orientées dans le même sens opposé au vent. Quelques routes, quelques chemins les relient, mais on imagine aisément l’extrême rareté des véhicules qui parcourent l’île. Ces maisons ne se groupent qu’autour du fin clocher moderne, carré, à balustrades, du bourg de Lampaul. L’intérieur en est généralement sobre. L’une des particularités qui frappent le visiteur réside dans les souvenirs de naufrage, épaves jetées à la côte et recueillies par les habitants. C’est là une tradition ouessantine, en dépit de la loi qui fait de l’État le propriétaire légal de tout objet provenant d’un naufrage et non réclamé.
- Derrière lés murs clairs et les petites fenêtres, la nuit descend vite et l’électricité n’est pas encore venue jusque-là. C’est ici qu’on peut saisir l’âme de l’île et des îliennes. Ces dernières sont peu disertes avec l’étranger de passage, elles se replient sur elles-mêmes et ne s’éloignent guère de leur demeure, à telle
- enseigne que l’une d’elles nous avoua ne s’être jamais rendue à l’une des pointes de l’île où s’élève le phare de Creach, soit à moins de 3 km. Très certainement non plus, elle n’est allée vers l’îlot proche, dont pointe en son sommet un vieux manoir où depuis 4o ans un homme vit en solitaire et, dans les soirs de tempête et de solitude, écrit ses mémoires et ses impressions... avec une plume de goéland. Elles éprouvent enfin pour la mer une grande frayeur, si justifiée parfois, nous l’avons vu.
- Devant et derrière la maison basse se trouvent généralement de petits jardins, entourés de murs de pierres simplement posées, où croissent les légumes indispensables : carottes, haricots, radis, tomates, artichauts, petits pois, fraisiers et quelques rares arbres : poiriers....
- La vie s’y écoule paisible, au même rythme et avec les mêmes exigences que sur le
- continent. Tout au plus y relèverait-on quelques plats régionaux : une tarte aux goémons, sorbet jaunâtre et le « kik a far », mélange de farine, de lard et de fruits.
- Quelques moulins à vent parsèment l’île, de très petite taille, à cause des tempêtes (flg. 12).
- « L’île des veuves » a-t-on dit d’Ouessant. Tout porterait à le croire : rareté des hommes, vêtements noirs des femmes. Le maire est choisi parmi elles. Combien de maris ou de fds ne reviendront jamais à cette île de leur enfance que la mer ou des expéditions lointaines ont gardés pour toujours ! A ce départ sans retour, une touchante cérémonie est attachée que l’on ne retrouve nulle part en Bretagne. Quand la certitude est acquise de la mort de l’un d’eux, les îliennes se réunissent au foyer
- Fig. 12.
- Un moulin nain.
- Fig. 13. — Le coffret aux croix de Proella, dans le cimetière de Lampaul (Photo Gaujroy),
- p.197 - vue 205/406
-
-
-
- 198
- de la veuve ou de la mère enfermées dans leur douleur; Une croix de cire de quelques centimètres, pieusement déposée là, y rappelle le souvenir de l'absent. Cette croix symbolique est appelée « Croix de Proella » (de deux noms bretons impliquant un rapatriement au pays). La veillée funèbre se déroule où se mêlent regrets et souvenirs.... L’aube grise vient caresser les visages blanchis.... Le clergé procède alors à un simulacre de levée de corps en portant solennellement à l'église les croix de Proella. L’office des morts est chanté.... Et quelques jours, quelques semaines plus tard, unie à d’autres croix, elle sera déposée dans une chapelle miniature, au centre du cimetière si bien entretenu. Sur la pierre délavée, quelques lignes très simples : « Ici nous déposons les Croix de Proella en mémoire de nos marins qui meurent loin de leur pays dans les guerres, les maladies et les naufrages ». Cette coutume paraît remonter fort loin puisqu’on la trouve déjà signalée au xvme siècle (fig. i3).
- La Ouessantine porte un tablier de soie noire, un châle court à franges de même couleur que retiennent de longues épingles harmonieusement disposées et une coiffe généralement noire. Cette dernière est une réduction de la coiffe à l’italienne du xvi° siècle, introduite en France au temps de Catherine de Médi-cis. On a voulu voir là une origine péninsulaire, admissible à première vue et renforcée par l’habitude qu’ont les îliennes de laisser leurs longs cheveux flotter librement sur la nuque. Elles sont d’ailleurs seules en Bretagne à les porter ainsi à la mode toscane du xvi° siècle. Il paraît cependant difficile d’admettre que leur origine puisse en être recherchée dans une colonie italienne venue s’installer dans l’île vers le xve siècle.
- Le phare le plus puissant du globe. — L’île s’enorgueillit encore de posséder le phare le plus puissant du monde. Elevé à la point de Creacli, c’est lui dont les navigateurs aperçoivent la lueur en premier quand ils approchent des côtes françaises. Sa hauteur au sol est de 4g ni et de 69,10 m au-dessus du niveau de la mer. Quatre gardiens et un maître assurent sa marche. Sa puissance est de 5oo millions de bougies. Un tel rayonnement interdit d’ailleurs son usage hors le temps de brume où sa portée serait encore de 80 km. Par temps clair, un feu de 5 millions de bougies assure le balayage de l’horizon qui s’inscrit aux environs de 4o km. Les 5oo millions de bou-
- gies sont fournies par une lampe à filament qui doit être changée toutes les 100 h. Le feu de 5 millions de bougies est alimenté par une lampe à arc dont les charbons, on le conçoit, s’usent vite. Les feux sont disposés sur deux étages solidaires dans leur rotation avec un éclat toutes les 10 sec. Le refroidissement est assuré par douze ventilateurs. Il convient de souligner qu’à l'époque des migrations saisonnières, grand est le nombre des oiseaux qui empruntent ce parcours. Mais l’aveuglement est tel qu’une véritable hécatombe s’ensuit au niveau de la galerie vitrée, à l’étage des feux, alors toute maculée de sang et les oiseaux sont recueillis à l’épuisette. Au phare est annexée une puissante sirène de brume à air comprimé.
- Histoire et préhistoire. — A proximité se trouvaient jadis des dolmens, cromlech ou enceinte sacrée de pierres levées, menhirs et restes d’ancien temple. Ces vestiges ont malheureusement servi à la construction du phare et de l’église. Il semble qu’un cromlech existe encore à l’autre pointe de l’île. On ne saurait s’en étonner puisque, d’après les recherches du Prince Bianchi de Médicis, là auraient résidé les fameuses prêtresses Barrigènes celto-nordiques en un collège sacerdotal célèbre. Enfin, l’île a laissé un nom dans les annales des guerres maritimes. C’est à trente lieues de ses côtes que s’affrontèrent à partir du 27 juillet 1778 la flotte française commandée par l’amiral d’Orvilliers et la flotte anglaise battant pavillon de l’amiral Kepper. La première comprenait 3a vaisseaux de ligne, la seconde 3o. Les adversaires s’observèrent pendant quatre jours durant lesquels ils manœuvrèrent au mieux pour obtenir l’avantage du v-ent. D’Orvilliers ayant pris l’initiative des opérations, les Anglais abandonnèrent la lutte et l’amiral Kepper fut traduit en conseil de guerre.
- *
- # *
- Telle est Ouessant, une grande solitude minérale au péril de la mer sans doute, mais combien enivrante pourtant la féerie de couleurs dont se parent au couchant ses horizons mouvants et redoutables, quand s’évanouit lentement la rocaille de ses falaises dans la brume bleue des soirs d’été.
- Pierre Gauroy.
- L' é d i ti o n
- ’SDUCATION NATIONALE vient de publier la statistique de l’édition en France, établie d’après les relevés du Dépôt légal. On sait combien la guerre, puis l’occupa lion la freinèrent, à tel point que beaucoup d’œuvres furent alors publiées à l’étranger, notamment en Suisse et au Canada. Après la libération, d’autres, difficultés surgirent. : la rareté du papier, la destruction de certaines imprimeries, mais elles ne tardèrent pas à être vaincues et le nombre des ouvrages publiés en France est devenu bien plus grand qu'avant la guerre, plus grand qu’en aucun autre pays.
- Les livres récemment publiés se répartissent entre les catégories suivantes : littérature, 29 pour cent ; classiques, 27 pour cent , populaires, 20 pour cent ; techniques, 14 pour cent ; religieux, 7 pour cent ; arts, 3 pour cent.
- I. Ouvrages édités en France de 1938 à 1948.
- 1,938 1940 8 124 3 400
- 1941 3 888
- 1942 7 008
- 1943 9 718
- 1944 8 680
- 1943 6 988
- 1946 8 S92
- 1947 13 419
- 1948 14 143
- française.
- II. Ouvrages édités en divers pays en 1947.
- France ........................... 13 419
- Grande-Bretagne .................. 10 fi03
- États-Unis ........................ 7 243
- Italie .......................... 3 892
- Suisse ............................ 3 810
- Espagne ........................... 3 G93
- Suède ............................. 3 433
- Finlande ......................... 2’ 041
- Les traductions d’ouvrages étrangers sont plus nombreuses qu'avant la guerre. En 1948, on en a publié 1 088, dont 683 anglais, 93 allemands, 69 italiens, 63 russes, 43 Scandinaves, 30 espagnols, 26 grecs, 13 latins, 12 hongrois, 6 polonais, 6 portugais, 0 tchèques, 4 arabes, 4 hébreux, 2 chinois et 1 roumain.
- Le chiffre d’affaires de l’édition a atteint en 1948 en France 14 milliards, se répartissant entre 3 000 éditeurs dont 300 seulement ont une réelle importance. 70 pour cent des ouvrages sont-vendus par l’intermédiaire des libraires.
- Ces constatations sont fort réconfortantes, elles montrent que notre activité intellectuelle est grande, que la lecture maintient sa place à côté des autres modes d’expression de la pensée, et que l’influence de la langue française est loin d’être en déclin !
- p.198 - vue 206/406
-
-
-
- 199
- ESTIMATION DES TEMPÉRATURES PAR DES COULEURS
- LES PEINTURES THERMOCOLOR ET THERMINDEX
- Les différentes méthodes physiques de mesure des températures permettent d’arriver à une grande précision, mais elles sont souvent délicates à employer, longues et fastidieuses.
- Dans de nombreuses industries se posent des problèmes d’appréciation des températures ne nécessitant pas une aussi grande précision. On peut alors obtenir des résultats satisfaisants, à 5° près, par une méthode colorimétrique d’application simple. Des peintures ou des crayons ont été fabriqués avec des pigments qui changent de couleur avec la température.
- Supposons, par exemple, qu’on enduise la surface d’un moteur d’une de ces peintures, qui est rouge écarlate à la température ordinaire. Quand le moteur fonctionne, ses différentes parties sont portées à différentes températures. Tout ce qui est au-dessous de 285° reste rouge écarlate ; entre 285° et 370°, la peinture vire au rouge brique, entre 370° et 440° au jaune, entre 440° et 625° à l’orange, et les lignes de séparation des diverses zones donnent les isothermes de 285° '370°, 440°. On connaît en une seule opération la répartition des températures sur toute la surface du moteur et il est- même possible d’atteindre des parties inaccessibles aux instruments de physique, tels que les pistons.
- La photographie en couleurs permet de conserver facilement une image des zones de température ainsi délimitées ; et même la photographie en noir et blanc peut être utilisée, si l’on a eu soin de tracer les isothermes.
- Cette méthode colorimétrique a déjà donné de bons résultats dans, diverses catégories d’industries : mécanique, électrique, chimique, métallurgique. Elle permet, comme nous venons de le voir, d’étudier la répartition des températures sur des surfaces de moteurs, et aussi, par exemple, de déceler les échauffements anormaux des installations, d’étudier les problèmes de transfert de chaleur, de trouver les défauts des réfractaires, de contrôler l’uniformité des traitements thermiques des gros objets. Avec les peintures existantes, on peut mesurer des températures entre 30° et 800° C.
- Nature des pigments. — On connaît depuis longtemps des sels- simples,, tels que l’oxyde de plomb ou le carbonate de cadmium, qui n’ont pas la même couleur à chaud qu’à froid. Mais ils sont très peu nombreux et la réversibilité de leur changement de couleur est un inconvénient. C’est pourquoi des recherches ont été entreprises peu avant la guerre de 1939, dans les laboratoires de l’I. G. Farben à Oppau, pour mettre au point une gamme suffisante de sels changeant de couleur avec la température et possédant en même temps un certain nombre de qualités permettant des mesures. Tout d’abord, le changement de couleur doit être, autant que possible, irréversible, pour permettre l’examen des surfaces après refroidissement. Il doit être franc, il ne s’agit pas de passer du gris jaunâtre au blanc sale, mais du rouge au bleu, par exemple. La température de virage doit être précise et les mesures reproductibles. Les recherches de l’I. G. Farben ont conduit à la fabrication et à la mise en vente de peintures dites Thermocolor. Cependant, la demande est restée assez faible et le tonnage fabriqué n’a jamais dépassé quelques centaines de kilogrammes par an. Pendant la guerre, la fabrication a été réduite à cause de la pénurie des métaux nécessaires.
- M. Dérihéré a publié, en 1941, dans La Nature (n° 3074, p. 336) un article sur ce qu’on connaissait alors de ces peintures.
- D’autres recherches ont été entreprises, pendant la guerre, en Angleterre, aux Synthetic and Industrial Finishes ; elles ont conduit aux peintures Thermindex.
- Peintures Thermocolor allemandes. — La mise au point des pigments convenables est le résultat de travaux longs et délicats. Les pigments utilisables sont des sels dont la composition et la préparation sont souvent compliquées et il a fallu en préparer plusieurs centaines pour n’en retenir qu’une vingtaine. En principe, ce sont des sels complexes, souvent des sels d’ammonium, qui changent de couleur en libérant de l’ammoniac sous l’action de la chaleur.
- Les brevets pris par l’I. G. permettaient d’avoir une idée des compositions possibles de ces pigments. Mais on savait aussi que très peu des pigments mentionnés dans les brevets étaient effectivement employés dans les peintures Thermocolor mises en vente.
- Les ingénieurs alliés, après la Victoire, ont pu, en visitant les usines d’Oppau, apprendre qu’il existait 15 volumes de rapports de laboratoire sur les peintures Thermocolor ; 13 d’entre eux ayant été détruits par les bombardements, il n’a été possible d’en consulter que deux, mais ils ont permis de connaître la composition de 12 des peintures Thermocolor. Ce sont des solutions pigmentées de résine urée-formol dans l’alcool butylique.
- Ainsi F 33b est constituée de :
- 4 kg de Cl2Co, 2CcH1,<N,1, 10H20,
- 2 kg de TiCL,
- 2 kg de plastopal (solution à 50 pour 100 de résine urée-formol dans l’alcool butylique).
- Elle vire du rouge au bleu à 33°. C’est une couleur réversible à l’humidité, comme la plupart des peintures virant au-dessous de 100° ; on peut ainsi utiliser plusieurs fois la même peinture. Ces peintures contiennent en général un pigment de cobalt ou de nickel, ici Cl2Co, renfermant de l’hexaméthylènetétramine (CaH12V4) et de l’eau de cristallisation, que le pigment perd ou reprend, en changeant de couleur.
- Les pigments virant au-dessus de 100° sont irréversibles. F 217 est constituée de :
- 7 kg de CuSO.„ 3Cu(0H)2, H20,
- 3,b kg de plastopal.
- Elle passe du jaune au brun-rouge à 230°, pour un temps de
- chauffage de 10 mn, à 220° pour 30 mn, à 210° pour 1 h, à 195°
- pour 2 h de chauffage. Remarquons que la température de virage
- est d’autant plus basse que le chauffage est plus lent.
- On a d’abord préparé des peintures n’ayant qu’un changement de couleur, mais les peintures à changements multiples rendent plus de services. On les prépare soit avec plusieurs pigments à changement simple, soit avec un ou plusieurs pigments à changements multiples. On peut ainsi, avec une seule peinture, mesurer toute une série de températures.
- F 320 a trois températures de virage. Elle passe du gris-vert au bleu clair à 5S°, du bleu clair au vert olive à 125°, du vert olive au brun à\95°. Ele est constituée de :
- 4.5 kg MgNHJPO*, 6H20,
- 1.5 kg CoNIRPO,, 6H20,
- 4,2 kg Pb(0H)2,
- 2.5 kg SOiCu, 3Cu(0H)2, H20,
- 4.5 kg plastopal.
- Les mélanges de sels isomorphes, tels que : MgNHJPO*, 6HS0 et CoNILPO,, GILO paraissent très employés. Le second seul change de couleur. Le premier abaisse la température de virage.
- Peintures Thermindex anglaises. — Les Synthetic and Industrial Finishes, en Angleterre, ont repris la question pendant
- p.199 - vue 207/406
-
-
-
- 200
- la guerre. Ils ont préparé 800 pigments ; après une sélection sévère, il est resté 17 peintures standard dont 12 présentent plusieurs changements de couleur.
- Les peintures Thermindex sont différentes des peintures Ther-mocolor, mais leur composition n’a pas été divulguée, il faut se contenter de numéros d’ordre. Les résines urée-formol n’ont pas donné de bons résultats comme liants, il a fallu les remplacer par d’autres résines, le solvant employé est le xylène.
- La E 102 passe du rose au violet-bleu à 115°, du violet-bleu au gris à 310°. La E 04 présente six températures de virage : elle passe du bleu-violet clair au vert clair à loo°, du vert clair au vert olive à 230°, du vert olive au gris foncé à 285°, du gris foncé au gris clair à 290°, du gris clair au brun clair à 300°, du brun clair au chamois à 340°. La G 0 permet de mesurer les températures jusqu’à 800°. Elle passe du rouge au gris-brun à 410°, du gris-brun au jaune à 490°, du jaune à l’orange à 575°, de l’orange au vert à S00°.
- Application des peintures Thermocolor et Ther= mindex. — Ces peintures n’ont ni un but de protection, ni un but de décoration. Ce sont des instruments de mesure qui doivent être d’un emploi facile et d’un séchage rapide, à l’air libre et à la température ordinaire. On peut les appliquer, suivant les cas, au pinceau ou au pistolet.
- Les peintures Thermocolor ont un mauvais pouvoir couvrant, il faut leur ajouter du blanc de titane, ce qui a pour inconvénient de pâlir la couleur. Au contraire, les peintures Thermindex ont un excellent pouvoir couvrant.
- Les peintures Thermocolor adhèrent bien à la surface traitée, alors que les peintures Thermindex deviennent friables à la chaleur, si bien qu’il est nécessaire de les fixer pour les observer après refroidissement.
- Si l’adhérence des peintures Thermocolor est un avantage pour les examiner, c’est une difficulté pour les éliminer. Il faut quelquefois sabler la surface, alors que les peintures Thermindex s’enlèvent facilement au solvant-.
- On n’a pas réussi jusqu’à présent à faire des peintures dont la température de virage soit indépendante du temps de chauffage. Comme nous l’avons vu pour la peinture Thermocolor F 217, le virage a lieu à température plus basse quand le chauffage est lent que lorsqu’il est brusque. Pour une température de l’ordre de 200°, il y a 35° de différence entre les virages après un chauffage de 10 mn ou un chauffage de 2 h. On convient donc de temps de chauffage standards : 2 h pour les Thermocolor, 10 mn pour les Thermindex, ou bien on étalonne les couleurs avant les mesures.
- Le changement de couleur correspondant souvent à un dégagement gazeux, d’ammoniac par exemple, l’atmosphère de travail peut modifier la couleur, en particulier si elle est oxydante ou réductrice. Là encore un étalonnage est nécessaire.
- Enfin, les couleurs ne résistent pas toujours aux éclaboussures d’huile des machines.
- Malgré ces quelques inconvénients, qui ne sont pas irrémédiables, la méthode colorimétrique de contrôle des températures peut rendre de grands services à l’industrie.
- Mme F. Appell, Ingénieur E. P. C. I.
- Une tomate anormale.
- On sait que le fruit de tomate présente un nombre de carpelles soudés extrêmement variable. Ce nombre, qu’il est difficile de préciser, peut parfois dépasser dix. Dans les fruits normaux, ces carpelles sont intimement soudés et leur nombre ne peut être vérifié que sur une coupe-transversale du fruit où l’on observe alors les cloisons séparatrices plus pâles que la pulpe rose du fruit.
- La tomate monstrueuse, qui fait l’objet de cette courte communication, a été observée et photographiée à Luchon (Haute-Garonne) en septembre 1949. Elle présentait un appendice conique inséré latéralement et obliquement sur le fruit, non loin de l’insertion du pédoncule. Les dimensions suivantes ont été relevées : diamètre de la tomate :
- ,7 cm ; hauteur : 0,5 cm ; longueur de l’appendice : 3 cm ; diamètre : 1 cm.
- Cette curieuse tomate, étudiée par une série de coupes transversales et longitudinales, nous a montré qu’elle résulte de la fusion de sept carpelles normaux, d’ailleurs assez vaguement représentés par quelques dépressions correspondantes à l’extérieur du fruit. L’appendice aberrant, étudié par le même procédé, montrait à son tour une structure anatomique de carpelle. Aussi nous pensons que cette anomalie peut être interprétée de la façon suivante :
- L’appendice supplémentaire ,doit représenter, semble-t-il, un huitième carpelle, incom-
- plètement développé et considérablement atrophié, associé seulement par sa basé à l’ensemble des sept carpelles constituant la majeure partie du fruit. Ce petit carpelle supplémentaire qui fait saillie à l’extérieur sur une longueur de 3 cm est resté libre pour une cause difficile à élucider.
- En effet, alors que la syncarpie,’ c’est-à-dire la soudure de deux ou de plus de deux fruits, est bien connue dans la tomate où l’on observe parfois des fruits doubles, le genre de monstruosité que nous venons de décrire, ne parait pas très fréquent. Cependant une anomalie à peu près identique a été décrite assez récemment à Dijon par le Doyen P. Bugnon, de la Faculté des Sciences, qui interprète la monstruosité dans des termes identiques à ceux qui ont été proposés plus haut. Mais dans le cas, rapporté par cet auteur dans le Bulletin scientifique de Bourgogne (1946-1947, t. XI), l’appendice aberrant, situé un peu plus haut que le milieu de la hauteur du fruit, ne représente que le sommet d’un carpelle supplémentaire dont la base est restée associée au reste du fruit.
- Ce genre d’anomalie, non consigné dans les ouvrages classiques de tératologie végétale que nous avons pu consulter, pourrait être désigné par les termes de : dissociation carpel-laire. Dans le- cas rapporté par le P1' Bugnon, la dissociation serait partielle ; dans le cas que nous décrivons ici, la dissociation carpel-laire est totale.. Aimé G. Parrot.
- Fig. 1. — Tomate anormale.
- (Photo A. G. Parrot).
- p.200 - vue 208/406
-
-
-
- 201
- Les oiseaux et l'eau
- L’idée d’oiseau est celle d’un animal muni d’ailes qui lui permettent de se maintenir et de se déplacer dans l’air, soit sans battements, à la manière d’un planeur, soit, en vol ramé ou battu, un peu à la façon d’un hélicoptère. Mais on sait bien que tous les oiseaux ne volent pas; certains, notamment les plus gros, ne peuvent que marcher et courir; d’autres ne se posent pas ou guère à terre, ils amérissent et décollent d’un plan d’eau; d’autres encore plongent. Si bien qu’on peut bien parler aussi des rapports des' oiseaux avec l’eau.
- r
- La natation» — A la surface de l’eau, l’oiseau progresse par des mouvements alternés ou simultanés de ses membres postérieurs. Il va généralement plus vite par une nage symétrique, d’autant plus que la poussée des deux pattes dans l’eau le déjauge à chaque impulsion. Chez beaucoup, les doigts de la patte postérieure sont réunis par une membrane qui augmente la surface propulsive; cette palmure, étendue à tous les doigts ou seulement aux trois antérieurs s’étale par flexion du pied et écartement des doigts quand la patte s’étend tandis que les doigts se rapprochent pendant le repli de la patte. Quelques oiseaux, tels les Grèbes, ont seulement à chaque doigt deux expansions membraneuses libres qui élargissent la surface propulsive.
- La direction est assurée pour une part par le gouvernail de la queue, mais surtout par l’écartement du mem-. bre qui se trouve vers l’extérieur de la courbe que l’oiseau veut décrire.
- La plongée* — Beaucoup d’Oiseaux aquatiques ne se contentent pas de nager en surface, ni môme de culbuter comme les Canards pour picorer le fond tout proche. Ils peuvent plonger plus ou moins profondément et se déplacer sous l’eau.
- Les uns plongent de la surface en s’immergeant; d’autres sautent d’une assez grande hauteur, tels les Manchots (lîg. i). Beaucoup remontent en surface tandis que d’autres peuvent sauter plus haut (fig. 2).
- Pendant la plongée, certains, tels les Foulques, nagent par des mouvements des pattes postérieures, laissant leurs ailes immobiles collées au corps. D’autres se servent de leurs ailes et Arolent sous l’eau; tels sont les Manchots dont les ailes courtes, très robustes, ont des mouvements hélicoïdaux semblables à ceux du vol ramé; leur nage rapide leur donne une silhouette très hydrodynamique (fig. 3) rappelant celle de certains Cétacés.
- Fig. 2. — Retour à terre du même Manchot, par un saut qui peut atteindre 1,2 m de haut et 3 m de long
- (d’après OEhmichex, inspiré de G. Murray Levick).
- Fig. 1. — Plongeon du Manchot d’Adélie (Pygoscelis adeliæ).
- (d’après une photographie de G. Murray Levick).
- Nous voudrions profiter de la parution du tome NV du Traité de Zoologie (Q pour grouper divers renseignements qu’on y trouve sur les oiseaux aquatiques.
- On connaît des le crétacé des restes d’oiseaux d’eau : Ichlhyornis, bon voilier, ichthyophage, Hesperornis, plongeur, et au tertiaire des ancêtres des manchots (Piveteau, Origine et évolution des oiseaux, p. 792).
- Les espèces actuelles sont les unes d’eau salée, les autres d’eau douce. Les manchots, non voiliers, peuplent les côtes de P Antarctique. Les plongeons, les pingouins, les macareux fréquentent l’hémisphère nord. Les albatros, les fulmars, les pétrels, les océa-nodromes, les fous, les phactons, les frégates sont des animaux du grand large, parcourant les 'mers chaudes et tempérées. Les puffins nichent sur nos côtes et voyagent d’un hémisphère à l’autre. Les sternes, les mouettes, les goélands, les pélicans sont cosmopolites. D’autres vivent au bord de l’eau, de l’eau douce le plus souvent : spatules, ibis, hérons, flamants, cygnes, oies, canards, harl.es,' huîtriers, A-anneaux, avocettes, chevaliers, bécasses, outardes, grues, etc.
- 1. Traité de zoologie, public sous la direction de Pierre-P. Grasse. Tome XV, Oiseaux. 1 vol. in-8°, 1164 p., 743 fig. Masson et C‘% Paris, 1950.
- p.201 - vue 209/406
-
-
-
- La plongée pose toute une série de problèmes physiologiques encore mal élucidés; la possibilité de rester sans respirer alors que les efforts musculaires sont considérables; l’effort à fournir pour vaincre la poussée hydrostatique, alors qut les poumons sont pleins d’air; la pression dé l’eau qui augmente d’une atmosphère par xo m de descente, et bien d’autres qui sont à peine abordés.
- Les Foulques peuvent rester jusqu’à 6 mn sous l’eau. Les Manchots s’y déplacent à une vitesse pouvant atteindre xo nœuds. On a pris souvent des oiseaux au filet jusqu’à des profondeurs d’une centaine de mètres (OEhmicixen. Locomotion terrestre, natation, plongée, p. 171).
- L'eau et la nourriture* — Les oiseaux n’excrétant pas d’urine liquide, mais seulement une bouillie d’acide urique mélangée dans le cloaque aux excréments, et d’autre part
- Fig. 3. — Le vol sous Veau d’un Grand Manchot (Aptenodytes)
- (d’après Neu et Franck).
- On voit les positions successives des ailerons et la forme très hydrodynamique
- de l’animal.
- ayant la peau sans glandes sudoripares protégée par le plumage, éliminent beaucoup moins d’eau que les mammifères. Ceux qui vivent près des cours d’eau peuvent boire à satiété, mais ceux des déserts et aussi ceux du grand large n’ont pas une telle ressource. L’eau de mer est beaucoup plus salée que le sang. Les oiseaux océaniques en boivent-ils ? Le même problème se pose pour les Cétacés et les Pinnipèdes. Chez ces derniers, on a montré qu’ils ne consomment pas d’eau de mer et se contentent, pour compenser les pertes d’eau dues à la respiration et à l’excrétion, de l’eau contenue dans les aliments. Chez les oiseaux, on a soutenu que les Pétrels, les Manchots ne boivent que de l’eau de mer. La question serait à revoir, après des observations plus précises et une expérimentation physiologique permettant de faire le bilan des échanges.
- La nourriture des oiseaux aquatiques est très variable. Cer-
- tains pêchent en surface les petits animaux du plancton et les poissons; près des côtes et en eau douce, d’autres labourent le fond et y picorent crabes, coquillages, poissons, vers; d’autres encore suivent les bateaux jusque dans les ports et avalent les déchets qui tombent à l’eau.
- Certains sont omnivores et on voit souvent Mouettes et Goélands survoler des bancs de sardines, suivre des barques de pèche pour happer les fonds de filet ou les entrailles qu’on rejette à la mer et même suivre les laboureurs dans lés champs pour l’amasser les vers de terre que la charrue met au jour. D'autres ont des préférences plus marquées et vivent seulement de lamellibranches (moides, coques, huîtres) ou de gastéropodes, ou de crabes. Le régime alimentaire varie selon les saisons pour ceux qui se rapprochent de terre pendant l’hiver ou au moment de la ponte. 11 en est qui pêchent de jour, d’autres de nuit quand le plancton est plus abondant, d’autres encore à marée basse dans la zone qui découvre alors.
- L’ÏIuîtrier guette les moules émergées dont la coquille s’entrebâille; d’un coup de bec il fait coin entre les valves, tourne son levier jusqu’à ce que les muscles cèdent et gruge la masse de
- Fig. 4. — Une Macreuse (Melanitta perspicillata) en plongée, explorant le fond (d’après A.. Brooks).
- On voit le rôle de l’alula, rémiges du pouce de l’aile.
- chair. La Macreuse à lunettes (fig. 4) plonge dans les eaux peu profondes, avale les mollusques sans briser la coquille et c’est l’estomac musculeux qui broie le calcaire.
- Les ichthyophages pêchent généralement en plongée, les uns parlant de la surface où ils nagent, les autres de l’air où ils sui’voJent l’eau. Les Fous de Bassan planent jusau’à 5o m au-dessus de l’eau et se laissent tomber, les ailes collées au corps. Les Manchots capturent plusieurs poissons de suite avant de remonter en surface; les Coi’morans font, sui’facé après chaque prise et tournent la proie dans la cavité buccale jusqu’à ce qu’elle se présente tête en avant et l’avalent seulement alors.
- Les Maries, certains Cormorans, les Pélicans, les Manchots se réunissent souvent pour pêcher; ils cernent un banc de poissons ou forment un arc dé cercle qui se déplace vers le rivage, à la manière d’une senne.
- p.202 - vue 210/406
-
-
-
- 203
- Parmi les plus extraordinaires, on peut citer un Héron africain, Melanophoyx ardesiaca (fig. 5 à 7), qui se promène dans une mince couche d’eau; quand il aperçoit un poisson, il l’enveloppe de ses ailes étendues dont les rémiges touchent le fond et dans cette nasse d’un genre nouveau, il allonge le cou pour piquer sa proie (Mayaud, Alimentation, p, 655).
- Oiseaux de pêche et oiseaux pêchés.— Depuis longtemps, les Chinois utilisent le Grand Cormoran (Phalacrocorax var. sinensis) pour pêcher à leur place. L’oiseau dressé porte un anneau autour du cou qui l’empêche d’avaler une proie trop grosse. On l’emmène sur le radeau de bambous qui est la barque de pêche et on lui apprend à plonger au bruit de la rame battant l’eau. Quand le cormoran reparaît en surface, un poisson dans le bec, son maître le recueille au filet, le ramène à sa barque, prend le poisson dont il lui donne quelques morceaux et le renvoie au travail. Les Japonais ont appris à faire de même avec d’autres espèces de Cormorans (Letahd, Origine des oiseaux domestiques, p. 1101).
- A côté des oiseaux de pêche, il y a les oiseaux pêchés. Il arrive qu’un oiseau aquatique s’attaque à trop grosse proie et qu’il y ait bagarre; s’il est maintenu trop longtemps sous l’eau, il périt noyé. A diverses reprises on a trouvé dans l’estomac dé poissons des., oiseaux entiers. Le plus souvent il s’agit de la Baudroie à la gueule aussi large qu’un baquet. Legendre a vu dans l’une d’elles un Guillemot de 44 cm et un Macareux de 27 cm, puis dans un squale peau bleue un autre Guillemot de 42 cm. D’autres Baudroies ont fourni Cormorans, Goélands, Plongeons, Canards, Pingouins, Macreuses, Grèbes, Ilarles, Puf-fins, un échantillonage varié de l’avifaune aquatique.
- René Merle.
- Les figures illustrant cet article ont été empruntées au tome XV du Traité de Zoologie de Grasse. Masson et C'8, Paris, 1950.
- Fig-. 5 à 7. — Le mode de pêche d’un Héron d’Afrique (Melanophoyx ardesiaca).
- L’oiseau marche sur le fond ; quand il voit un poisson, il étend les ailes, en plonge les extrémités jusqu’au fond, formant une sorte de nasse ombreuse sous laquelle il pique du bec sa proie (photos Milon).
- Carte pédologique mondiale.
- Les services d’études du sol du Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis travaillent actuellement à la confection d’une carte des différents sols du monde. Cette carte doit servir à découvrir des régions ayant des possibilités de production agricole encore inexploitées et aussi à appliquer par analogie les résultats des recherches effectuées dans une région à toutes celles ayant des sols et des conditions climatiques analogues.
- « La science du sol est un facteur important dans le programme universel de conservation des terres et d’accroissement de la production alimentaire, programme grâce auquel le ravitaillement convenable du monde pourra devenir une réalité »,„ a déclaré un porte-parole du Ministère américain de l’Agriculture. « Une étroite coopération de nos services avec leur contre-partie dans les autres
- pays est maintenue par les savants américains. Des experts géologues et agronomes de différents pays sont venus aux États-Unis au cours de ces dernières années pour y étudier les méthodes et les principes de la conservation du sol. D’autre part, le Gouvernement des États-Unis a délégué certains de ses experts auprès de plusieurs nations pour aider celles-ci à résoudre leurs problèmes agricoles ».
- Le D1' Charles E. Kellog, chef du Service du sol au Ministère de l’Agriculture, a déclaré que la tâche urgente du monde est de découvrir et de.réaliser un équilibre plus parfait entre les peuples et les ressources existantes. La carte géologique du monde est destinée à guider une nouvelle étape dans la réalisation de cette tâche.
- p.203 - vue 211/406
-
-
-
- 204
- L'AIR COMPRIMÉ
- Parallèlement au développement spectaculaire de l’électricité dans le monde, une autre forme d’énergie, plus souple dans certaines applications, se répand dans l’industrie, les transports, les domaines les plus variés.
- Cette énergie est celle des fluides. L’usage est de donner le nom d’hydrauliques, aux systèmes mettant en jeu les liquides incompressibles — bien qu’il s’agisse d’huile la plupart du temps — et d’appeler pneumatiques les dispositifs utilisant un gaz compressible... qui n’est pas nécessairement, de l’air.
- Un triple exemple va faire sentir cette diversité d’applications. Voici un tour parallèle moderne, permettant l’usinage précis à grande vitesse, isous la direction d’un ouvrier, a L’entraînement de puissance » de la machine, bien entendu, est électrique; seule
- Fig. 1. — Non, il ne s’agit pas d’une usine électrique : ce hall est celui d’une « centrale d’air comprimé », alimentant le réseau de distribution parisien.
- Trois groupes de 5 000 cli comportent turbine à vapeur Leblanc et compresseur rotatif (Compagnie parisienne de l’Air comprime, usine du quai
- de la Gare).
- l’électricité permet d’obtenir des rotations indéfinies, puissantes et rapides. Le centrage automatique et le serrage de la pièce sur le plateau rotatif, par contre, sont confiés à l’air comprimé; en une fraction de seconde, les trois « mors » se rapprochent avec une vigueur strictement déterminée, maintenant solidement la pièce sur l’axe géométrique du tour. Quant à l’avance des chariots porte-outils, elle est confiée à l’huile sous pression, c’est-à-dire qu’elle est hydraulique; une soupape de sûreté à ressort, formant by-pass, permet à l’huile de revenirdirectement à l’entrée de la pompe en cas de résistance imprévue.
- Passons maintenant dans les halls d’une usine d’automobiles où s’exécute le « montage à la chaîne », Les outils : tournevis, clé anglaise, sont, pour la plupart, électriques; de même pour
- l’avancement progressif des « chaînes » d’entraînement général. Mais les manutentions rapides sont, pour une bonne part, confiées à l’air comprimé. Un long cylindre, suspendu à un rail de roulement aérien (monorail) et contenant un piston relié à un crochet, permet de soulever ou de retourner en une seconde un châssis ou un bloc-moteur. L’électricité ne fournirait pas, de loin, une solution aussi parfaite.
- Dans le fracas des bétonnières, les chantiers de construction font, un large appel à l’air comprimé. La rotation de la bétonnière, assurément, est confiée à un moteur électrique, agissant par engrenages. Mais c’est l’air comprimé qui agit, par marteaux pneumatiques, pour la vibration forcenée des moules où s’accomplit la solidification rapide du béton. Les dispositifs électriques, avec leurs masses excentrées et leurs manivelles n’ont guère donné ici que des déboires... Et, faut-il rappeler l’emploi universel de l’air comprimé pour le serrage des freins des véhicules de chemin de fer et jusque sur les camions P
- En simplifiant à dessein, on pourrait dire que l’électricité apporte une solution pour tout ce qui tourne, pour tout ce qui est — au sens le plus strict du terme — puissance mécanique, tandis que l’air comprimé convient aux efforts. Encore serait-ce restreindre abusivement son rôle, puisque le moteur à air comprimé est bien vivant.
- Force et souplesse.
- A quoi tient celte supériorité du fluide gazeux dans les domaines qui lui sont propres ? Un mot l’explique : à sa prodigieuse souplesse. Souplesse des pneus qui épousent le sol; souplesse des freins pneumatiques qui donnent tout leur effort, directement sur les sabots; souplesse de ce te fluide » presque immatériel : le vide, qui, dans les tubes souterrains des grandes villes, transporte à une énorme vitesse les pistons-dépêches sans nécessiter de roues, de moteur, d’engrenages.
- De plus — et cette qualité s’étend aux fluides non compressibles — le fluide est « intelligent ». Une presse mécanique, une cisaille à volant, un laminoir travaillent en aveugles : qu’un obstacle s’oppose au mouvement, et c’est le coincement, la rupture catastrophique. Le fluide, lui, ne dépasse jamais l’effort déterminé par sa pression; il s’adapte aux circonstances; son action modérée, rendue progressive par des pointeaux régleurs à section étranglée, est comparable à celle d’un géant compréhensif, au travail de ces éléphants méthodiques, qui charrient des billes de bois géantes avec une délicatesse de jongleur.
- Une application familière est le lève-voiture, utilisé dans les « stations-service » et les garages, pour soulever les voitures à graisser. La solution la plus élégante et la plus rapide consiste à employer une large tige, formant piston plongeur, qu’on fait monter à l’aide d’huile sous pression; cette huile est refoulée elle-même par de l’air comprimé, emprunté au réseau parisien ou à un réservoir alimenté par un compresseur électrique. On bénéficie ainsi des avantages simultanés de l’air comprimé et de l’hydraulique.
- Une disposition analogue existe dans les installations d’ascenseurs hydrauliques. Ce n’est pas l’eau de la ville, trop coûteuse et à trop faible pression, qui est utilisée pour soulever le piston plongeur supportant la cabine. Le cylindre où s’enfonce ce piston communique avec un autre cylindre beaucoup plus court et plus large, le compensateur, dans lequel plonge un piston, lesté de lourds poids en fonte. A la partie supérieure de ce piston, on envoie de l’air comprimé; dans ces conditions, l’eau du cylindre inférieur est soumise à une pression égale à celle de l’air comprimé, augmentée de celle que produisent les poids. L’air étant admis à la pression de 5 kg par centimètre carré, l’eau sera, par exemple, à une pression de 8 kg, largement suffisante pour sou-
- p.204 - vue 212/406
-
-
-
- 205
- Fig. 2 à 5. — En haut, à gauche : Tout comme l’électricité, l’air comprimé se prête à la production de force motrice. Ce petit moteur pneumatique, en service dans une mine, ne risque pas de mettre le feu au grisou avec ses étincelles 1 II est logé à l’intérieur du treuil et se manœuvre au moyen de deux manettes, l’une pour l’admission d’air, l’autre pour le frein. —- A droite : Marteau fleuret pneumatique, pour le percement des trous de mines. Le piston-marteau, logé dans le cylindre, frappe la queue de la tige perforatrice comme le ferait un marteau à main. — En bas, à gauche : Transporteur pneumatique de béton, dans un chantier. L’ouvrier remplit la goulotte, puis on ferme l’opercule et on envoie l’air sous pression ; le béton est ainsi « soufflé » par un large tuyau vers le point d’utilisation. — A droite : Forage de trous de mine dans le calcaire dur, pour le percement d’une galerie du Métropolitain de Paris. Le percement de la galerie s’effectue par la méthode « de la galerie boisée » ; dans les trous forés au moyen de « drills » pneumatiques, seront placées des gargousses de faible puissance, afin de ne pas disloquer le terrain avoisinant,
- où circulent des canalisations et des égouts (Forges de Meudon).
- lever l’ascenseur. A la descente, inversement, le cylindre à air du compensateur étant mis « à l’échappement », c’est le poids de la cabine qui refoule l’eau dans le compensateur, forçant le gros piston à remonter, et préparant par là même son utilisation pour la montée suivante de l’ascenseur.
- Grâce à l’emploi d’un fluide intermédiaire incompressible, l’ascenseur demeure fixe aux points d’arrêts, alors qu’il ne cesserait de monter et de descendre de la plus inquiétante façon, à mesure que les voyageurs sortiraient ou entreraient, si on le commandait par l’air comprimé seul !
- Quand les moteurs se couvrent de givre!
- Peur la production de l’air comprimé, de curieux compresseurs ro'atifs sont venus s’adjoindre aux classiques compresseurs à pistons. Tels sont le compresseur Planche, à mouvement épi-cycloïdal, dans lequel le piston, en forme de fuseau, monté sur un excentrique à billes, pivote à l’intérieur d’un tambour circulaire. Tels sont également les compresseurs à palettes, dans lesquels la roue tournante se trouve enfermée à l’intérieur du tambour fixe, mais non au centre; les palettes, mobiles dans le
- p.205 - vue 213/406
-
-
-
- 206
- Segmentée) étanchéité
- Moteur
- Compresseur
- Echappement
- | Lumières • Air de
- Air comprimé balayage
- Air comprimé
- Fig. 6. — Principe de la compression de l’air par « pistons libres ».
- Théoriquemennt, il suffit d’un piston, unique (en haut), se déplaçant dans un cylindre, pour produire la compression en B, la partie A fonctionnant comme moteur ; il suffit de ménager, au fond B, un reste d’air comprimé, qui relance le piston vers A, préparant l’explosion suivante. Pratiquement, on est conduit à employer deux pistons identiques, afin d’équilibrer la machine. En I, on aperçoit les pistons à fin de course d’échappement, au moment où l’air de balayage chasse,les gaz brûlés ; en il, on les voit à la fin de leur course de rapprochement, à l’instant où le combustible commence à jaillir par l’injecteur.
- sens radial, viennent s’appuyer contre la paroi fixe, enfermant entre elles des espaces volumétriques variables qui assurent la compression.
- Les moteurs à air comprimé, à pistons, fonctionnent comme des machines à vapeur, sans chaudière, bien entendu; on peut également utiliser un compresseur rotatif, de l’un des types ci-dessus, la machine étant réversible, c’est-à-dire pouvant fonctionner comme moteur.
- Des applications nombreuses ont été faites, notamment dans les mines, de ce genre de moteur, qui présente toutefois un * inconvénient paradoxal. Alors que la plupart des moteurs à
- Dans cette curieuse machine, il n’y a ni volant ni arbre rotatif. Le cylindre unique, horizontal, contient deux lourds pistons qui s’écartent sous l’effet de l’explosion (essence ou gas-oil), comprimant l’air aux deux extrémités, puis reviennent vers le milieu repoussés par l’air comprimé, et ainsi de suite.
- explosions, Diesel ou électriques, chauffent quand on pousse un peu trop le régime, les moteurs à air comprimé se refroidissent fortement par la détente de l’air, au point qu’ils se couvrent de givre et peuvent meme se trouver engorgés par de la neige, provenant de la condensation de l’humidité de l’air! Il faut ajouter qu’un réchauffage de Vadmission, réalisé au moyen d’un brûleur, fournit une solution possible et fort élégante, les calories fournies par le brûleur se trouvant économiquement transformées en énergie mécanique. Cette solution est classique dans, les torpilles marines; elle a été utilisée pour certains tramways.
- A quoi sert l'air comprimé?
- Paris est la seule ville du monde à posséder un réseau de distribution d'air comprimé. Ce réseau fut l’œuvre de Popp, qui voulait distribuer à domicile la force motrice pour tous usages, principalement dans les petits ateliers de la capitale. Il faut se rappeler qu’à cette époque, il n’existait pas de distribution électrique et que le moteur à gaz était dans l’enfance. Popp créa, rue Saint-Fargeau, une usine de compression de 2 000 ch, qui fut remplacée par une usine de 8 000 ch, existant encore quai de la Gare et totalisant aujourd’hui 65 000 ch.
- Les compresseurs actuels, du type turbo-compresseurs, sont des engins de 2 000 à 3 600 ch, qui distribuent l’air comprimé dans un réseau de plus de 5oo km de longueur totale. Des précautions sont prises pour obtenir de l’air à l’état de pureté : prise à grande hauteur, filtration, purges continuelles de l’eau de condensation qui s’amasse, en cours de route, dans les canalisations, et dont le volume peut atteindre i5 000 1 par jour.
- Outre les ascenseurs, de nombreuses applications de l’air comprimé se sont développées à Paris, grâce à l’existence du réseau ; certaines ne sont pas soupçonnées du public. Le décapage, la gravure au jet de sable sont pratiqués dans .de nombreux ateliers; le béton acquiert une compacité et une résistance supérieures lorsqu’il est « vibré » en cours de coulée. Des machines à river, à poinçonner, à ébarber, des tamis, fonctionnent à l’air comprimé dans les ateliers de mécanique; dans les garages, l’air sert au gonflage des pneus, pour actionner les palans, les lève-voilures, pour le nettoyage; dans les imprimeries, on emploie des linotypes pneumatiques. Dans les laboratoires de chimie, l’air comprimé est distribué, comme le gaz, pour les pompes à vide, le brassage et la manipulation des liquides corrosifs, pour les chalumeaux, pour pulvériser les liquides.
- Dans la maçonnerie et les travaux publics, tout le monde connaît les marteaux et les perforateurs à air comprimé, éven-
- Figr. .8. — Compresseur rotatif volumétrique Winterthur.
- A gauche, le moteur électrique. A droite, le compresseur cylindrique, dans lequel tourne un tambour qui n’est pas dans l’axe. Ce tambour porte des ailettes mobiles dans des fentes radiales, qui gardent le contact avec la paroi cylindrique fixe et enferment entre elles des espaces variables, assurant la compression. Ces compresseurs peuvent aussi servir de moteurs pneumatiques.
- p.206 - vue 214/406
-
-
-
- 207
- Fig. 9. « Pulsion » des eaux d’égout de l’île de la Cité par le « siphon » Saint-Michel, au moyen de l’air comprimé.
- Par un procédé analogue à celui des transporteurs de béton (fig. 4), les « eaux usées » peuvent être « relevées », ce qui assure leur circulation,
- sans pompes, sur de longs parcours.
- Irant les chaussées, fissurant l’asphalte; l’air comprimé est employé par les transporteurs de béton, les machines à faire les enduits, pour les sableuses, les soufflettes destinées au nettoyage des coffrages. Dans les théâtres, on l’utilise pour la peinture des décors, la manoeuvre pneumatique des rideaux et jusqu’à la production d’ouragans artificiels ! Le travail du verre est « humanisé » et accéléré par l’emploi de l’air comprimé. La peinture et le vernissage à l’air comprimé sont aujourd’hui d’un emploi général. Le pompage de grands volumes liquides est possible, sans organes mécaniques d’aucune sorte, grâce aux « pompes Mammouth », constituées par un simple tuyau vertical dans lequel l’air comprimé s’engouffre en soulevant le liquide à grande hauteur sous forme de mousse.
- Malgré la concurrence de l’électricité, de nombreux petits moteurs à air comprimé dont les puissances s’échelonnent de 1/2 ch à plusieurs ch, sont utilisés dans la capitale. Le moteur
- à air comprimé présente de nombreux avantages, notamment, une absence à peu près totale d’entretien et la possibilité de fonctionner dans des milieux malpropres et humides. L’air d’échappement, sensiblement refroidi, peut être également utilisé; c’est ainsi que les limonadiers employaient naguère des moteurs pneumatiques, l’air comprimé servant pour refroidir gratuitement les fûts !
- En ce qui concerne l’automatisme, l’air comprimé se prête à des combinaisons, souvent ignorées des ingénieurs, et qui rivalisent avec les classiques contacteurs électriques. Grâce au principe de la « fuite de fluide », il est. possible d’obtenir des détecteurs, des amplificateurs, des servo-moteurs, capables de résoudre la plupart des problèmes d’automaticité, dans l’industrie et la pratique courante, par des voies totalement étrangères à l’électro-technique.
- Pierre Devaux.
- Dispersion des moustiques par le vent.
- Les moustiques ne sont pas organisés pour des vols à grandes distances et l'on admet souvent qu’ils ne s’éloignent guère des lieux où ils ont vu le jour. On a même proposé de débroussailler et d’assécher les lieux entourant les agglomérations d’hommes ou d’animaux domestiques sur une étendue d’un ou, au plus, quelques kilomètres pour se préserver de leurs piqûres. Presque tous se cachent dans des abris quand le vent devient fort et l’on n’a guère signalé que YAecles sollicitans qui, né dans le New-Jersey, vient parfois en une seule nuit à New-York, à 50 km, piquer désagréablement les habitants de certains quartiers.
- Mais cette notion a peut-être besoin d’être revisée, à en juger par les observations que M. C. Garrett-Jones vient de publier dans Nature.
- Pendant la guerre, et notamment les 28 juillet et 25 août 1942, les soldats de la 8e armée anglaise qui opéraient dans le désert à l’ouest de l’Ëgypte, furent attaqués sur une étendue de près de 200 km2 par des nuées de moustiques qui disparurent quelques jours après. Beaucoup furent éveillés par les piqûres des insectes et plusieurs furent pris de fièvre une quinzaine de jours plus tard. Quelques individus recueillis montrèrent une majorité de femelles â’Anopheles pharœnsis et des Culex des deux sexes. Les lieux de
- ponte les plus proches ne pouvaient être que le marais de Mallahet Mary ut, près d’Alexandrie, de 29 à 45 km au nord-est des camps attaqués et il est certain que d’autres moustiques atteignirent encore plus loin vers le sud et l’ouest.
- Le 28 juillet, les hommes de garde affirmèrent qu’il n’y avait pas d’insectes au début de la nuit et qu’ils arrivèrent entre 2 et 3 h du matin comme un nuage de vapeur à la lumière de la lune ; le vent soufflait fort du nord-est et c’est certainement lui qui transporta les millions de moustiques. Le 25 août, le vent venait de la même direction et c’était aussi pleine lune.
- Ces faits confirment l’observation de Kirkpatriclc (1925) qui recueillit Anopheles pharœnsis dans le désert égyptien entre Le Caire et le golfe de Suez, à 5Û km du Nil et à 72 km de la plus proche surface d’eau douce possible pour la ponte et le développement des larves.
- Une autre observation de migration à la pleine lune a été faite en Amérique, par Rees (1945), près de Sait Lake City, sur l'espèce /le de s dorsalis. Il serait curieux que les moustiques présentent un rythme lunaire, comme il en a été tant observé chez des animaux marins.
- p.207 - vue 215/406
-
-
-
- 208
- L'Aven du Caladaïre (Basses-Alpes)
- L’Aven désormais célèbre du Caladaïre était ignoré en 1044 lorsqu’il fut repéré par des Éclaireurs de France du Clan d’Apt, d’après les indications du propriétaire du terrain dans lequel il s’ouvre. Il est situé à l’altïtüde de $85 m, à environ 300 ni E 4- 15° N de la fontaine abreuvoir de l’Obœuf, à 2 km à l’Ouest de Banon, dans la commune de Montsallier (Basses-Alpes) (x).
- Sa bouche, double, est une étroite fissure (0,5 m au maximum) dont l’orientation, E. + 35° N., est à peu près constamment celle du gouffre jusqu’à 325 m de profondeur. Son extrémité N.-E., la plus étroite, domine directement le premier grand puits.
- Celui-ci, d’une soixantaine de mètres, a sa paroi S.-E. rigoureusement verticale, taillée dans la roche vive, tandis que la paroi opposée, fortement concrétionnée, forme un immense surplomb ; de sorte que ce puits dont les dimensions horizontales à la cote — 10 rie dépassent pas 2 m sur 0,4, forme une vaste salle de 35 m sur 18 à la base. A l’aplomb do la fissure d’entrée, un cône d’ébôu-lis de 0 à 7 m, au bas duquel furent trouvés les ossements du Caladaïre (cantonnier) victime du gouffre dont il fut l’involontaire « parrain » : accident, règlement de comptes, rivalité amoureuse ? Nul ne sait plus ; le drame, vieux peut-être d’un siècle, s’est estompé dans les mémoires.
- La partie N.-E., prolongée d’un haut couloir d’une trentaine de mètres, est encombrée de très gros blocs éboulés dans lesquels se faufilèrent à Pâques 1940, lors de la première descente, les inventeurs du gouffre, dirigés par Jean Fady, repérant ainsi l’ouverture du deuxième grand puits dans une petite salle qui, en somme, fait partie intégrante du premier (— 72).
- La Société Spéléologique d’Avignon, informée de la découverte, réalisa à la Pentecôte suivante la descente du deuxième gouffre,
- 1. Son exploration est l’une des plus orientales, et la plus importante, de celles effectuées dans les limites présumées par Martel du bassin d’alimentation de la Fontaine de Vaucluse. Elle révéla une cavité d’une très grande profondeur, remarquablement peu évoluée, qui se développe dans des cassures sans rejet d’une impressionnante ampleur, en bordure môme du champ de failles de Banon.
- légèrement arrosé, et s’arrêta un peu plus bas, dans une diaclase extrêmement étroite.
- Un accord fut alors conclu entre les E. D. F. et la S. S. A. dont le président, Aridré Lenain, dirigea les explorations communes jusqu’à celle de Pâques 1948.
- Le 7 juillet fut trouvé le passage dans la diaclase, agrandie par l’érosion seulement par lits étagés, et qui est restée l’un des endroits les plus pénibles à franchir avec le matériel. En son bas coule un petit filet d’eau qui s’approfondit rapidement par des cascatelles de 2 à 4 m, jusqu’en haut d’une chute de 15 m, concrétionnée, avec départ en hélice (cote—201).
- Ce fut alors que la presse parla pour la première fois de ce « gouffre géant, avec rivière souterraine » (!).
- Un an plus tard, les explorateurs descendirent cette cascade, suivie d’une autre un peu plus petite et plus commode, excepté l’arrivée que l’on fait dans l’eau, si l’on n’y prend pas garde. A ce niveau (— 229), l’eau ruisselante disparaît définitivement.
- La progression se poursuivit d’abord dans un boyau bas, puis dans une haute et étroite diaclase où la bonne voie n’était pas évidente. Après un court passage vers le Sud, les descentes verticales reprirent : 5 m, après laquelle fut repérée, sur la gauche, une dérivation ; 3 m et 22 m. De nouveau se présenta un boyau étroit d’une douzaine de mètres, orienté vers le Sud-Ouest, et d’abord très bas ; faute de matériel, l’exploration se termina là (— 270, 14 juillet 1947).
- La tentative suivante, dirigée conjointement par Lenain et Robert Barone reste la plus connue, grâce à la publicité de la presse et de la radio. Les participants crurent être arrêtés, à —322, dès après la descente du Puits du Rognon (20 m) et de celui de la Lamentation (32 m en plusieurs ressauts) sans prolongement péné-trable, mais le franchissement en opposition de la diaclase crevée par lui permit d’atteindre un vaste puits contigu, suivi d’une galerie peu inclinée, dont le plafond s’abaisse très rapidement. Au bout de 20 m, elle emprunte, par un tournant à angle aigu, un
- Fig. 1. — La région du Caladaïre. ,
- Pierrailles calcaires et touffes de lavande, arbustes épineux et chênes verts. Le grand peuplier, au centre de la photographie, marque la Fontaine de Lobœuf, A droite, sur une croupe, le village abandonné de Montsallier. Aridité, ruines, désolation, sous un ciel magnifique ! i (Photo J. Mauvisseau),
- p.208 - vue 216/406
-
-
-
- 209
- Fig. 2 et 3. — A gauche : Le chef d’expédition Barone s’engage dans l’orifice du Caladaïre. Dix mètres plus bas, il lui faudra s’accrocher au câble du treuil de surface pour descendre dans le puits Audibert. — A droite : Un groupe au bas . du Puits sans nom, à l’entrée du Puits Noir, à —- 394 m. Des rognons de silex encastrés dans la paroi se détachent fréquemment et rendent dangereuse la suite de la descente. Le groupe comprend de gauche à droite : MM. Milon, Jacquet, Sigwalt, Watier, Jean Noir et M110 Mazaud (Photos J. Mauvisseau).
- autre plan de fracture orienté S. + 18° 0., dans lequel elle se développe presque jusqu’au fond. Des dépôts d’argile l’encombrent. 120 m plus loin, on descend, de 20 m en tout, dans une étroite diaclase ; la galerie s’étend encore sur 100 m, beaucoup plus accidentée et de plus en plus boueuse. De très grosses loupes de silex, plus ou moins fracassées, saillent des parois. A —372, un nouveau puits se présente, d’abord incliné à 45°, ensuite vertical après un court, mais fort incommode surplomb. Il est immédiatement suivi du Puits Noir (20 m), aux chutes de pierres très dangereuses (—414, Pâques 1948).
- L’expédition de l’été 1948, comme celle de 1949, fut organisée par les E. D. F. seuls, dirigés par Barone. Elle nécessita un séjour souterrain de 145 h, du 20 au 31 juillet, avec camp-relais dans le grand puits, à —322, le plus profond jamais installé.
- Au bas du Puits Noir, on dut escalader un haut talus d’argile et descendre une succession de courts ressauts jusqu’à un énorme rocher coincé formant balcon, et dominant de 14 m une salle couverte de gros blocs éboulés. D’un côté, un système assez compliqué de cassures ne permit de descendre que d’une dizaine de mètres ; vers le Sud-Est, un étroit et court boyau mena à un petit puits, contenant quelques concrétions excentriques, aussitôt suivi d’un dernier, dont le fond, couvert de boue semi-liquide, n’est prolongé que d’une fissure dont, quelques mètres plus loin, l’étroitesse arrêta l’exploration (—482).
- Très aimablemeent invité par Barone, avec lequel j’étais en correspondance depuis plusieurs mois, je n’avais pu arriver à temps pour participer à la « grande » descente. Du moins, avec l’équipe de relève, je pus'atteindre — 270 m et un peu plus tard, faire la
- connaissance de mon sympathique correspondant, à 230 m sous terre !
- Le programme de 1949 comprenait, outre l’élargissement de l’étroiture terminale, l’établissement d’un relevé topographique précis et des observations aussi nombreuses que possible, de tous ordres.
- Les travaux d’aménagement, au cours desquels Mlle Odette Gou-geaud descendit à — 300, furent entrepris dès le début d’août, sous la direction de Galerne : installation des treuils de surface et de — 72, pose des échelles et de la .ligne téléphonique jusqu’à — 322. Malheureusement, le trop astucieux emploi de la roue arrière d’un camion comme tambour du treuil de surface fut cause d’un accident : l’un des jeunes routiers se lança dans le vide alors que, par suite d’une fausse manœuvre, la boîte des vitesses était au point mort, et fit ainsi une chute de (50 m, freinée seulement par l’entraînement libre des parties tournantes. Assez gravement blessé, il est actuellement à peu près guéri. Naturellement, le treuil à main fut ensuite repris.
- L’équipe de fond commença la descente le lundi 15 août, vers 14 h, aidée jusqu’à — 300 par une équipe de soutien. Elle comprenait 13 personnes : Mlle Geneviève Mazaud, MM. Barone (chef d’expédition), Galerne, Jacquet, Lagrange, Paul Milon, Raquin, Sigwalt, Watier (tous E. d. F.), Mauvisseau (Scout de France), Barozzi, Mistral-Bernard (S. S. A.) et Noir (Spéléo-Club Alpin de Lyon). C’était bien sûr une de trop : Barone fit une chute de 5 m, mais ses blessures, plus douloureuses que graves, ne l’empêchèrent pas de continuer ; le mauvais sort choisit alors une autre victime : Galerne, à — 270, se claqua et dut remonter.
- p.209 - vue 217/406
-
-
-
- 210
- -O -
- Audi'bert
- Grand Puits
- 166 _
- 187 _
- 201 -
- Zone des Cascades
- Puits en Dièdre Puits du Rognon
- Camps-Relais
- Galerie
- argileuse
- Aj Puits Noir Puits du Balcon
- Puits 6. Mazaud
- Fig. 4. — Coupe à travers l’Aven du Caladaïre.
- La température relativement douce de la cavité (11°2) permettait de prévoir un campement sans tentes dans le fond du Puits delà Lamentation, plus petit, mais plus plat, moins humide, et mieux à l’abri du courant d’air que l’emplacement de l’année précédente. Lorsqu’une grande partie de l’équipe y fut arrivée, Watier resté en relais dans la diaclase crevée s’aperçut qu’un gros rocher coincé, qui retenait un volume important de cailloux, commençait de basculer : il fallut tout faire tomber, tandis que les camarades, bien protégés des chutes directes, s’efforçaient d’éviter les rebonds de blocs pesant jusqu’à 50 kg.
- Enfin le mardi soir, l’équipe fut rassemblée sans autre incident, et les camarades de soutien purent nous abandonner.
- Le camp devait être installé dans un espace vaguement en forme de 8, de 6 m sur 2 1/2. L’une des boucles, au sol sableux, fut aplanie et débarrassée de ses cailloux pour servir de chambre à coucher. L’autre, sensiblement exhaussée par les blocs que Watier y avait fait tomber, servit à la fois de salle à manger, de cuisine, et de dépôt de matériel. Quant aux « commodités », elles étaient d’accès compliqué puisqu’il fallait, une fois tout le monde serré dans la a cuisine », à cause des chutes possibles de pierres, grimper une échelle de 11 m le long des parois de la « chambre », redescendre d’autant dans le puits contigu, et faire.au retour la même gymnastique !
- Nous discutâmes la topographie et constatâmes, non sans regret, qu’elle donnait des chiffres sensiblement inférieurs à ceux, provisoires, admis jusqu’alors ; nous prîmes un dernier repas dans une somnolence générale, et, vers 23 h, chacun s’allongea sur la moitié de matelas pneumatique qui lui était attribuée. Prêt l’un des derniers, je ne trouvai plus de place ; je m’allongeai sur deux camarades et, après quelques soubresauts ponctués de violentes protestations de leur part, tout se tassa !
- Réveil mercredi à 13 h. Nous voulions atteindre la fissure du fond, y faire sauter de petites charges creuses, et, après un repos au camp, redescendre pour examiner les effets des explosions.
- Dans la galerie basse argileuse, nous aménageâmes, sous de'faibles suintements (6 1 par 24 h), de petits bassins qui fournirent toute l’eau du camp. Au bas du Puits sans Nom (—394), un ruissellement plus fort nous permit de nous désaltérer. Trente mètres plus bas, je trouvai dans un recoin quelques bélemnites saillant du rocher : au retour, je pus en extraire une et la remonter en surface ; son identification n’a malheureusement pas été possible.
- A 16 h, le jeudi, Mlle Mazaud toucha le fond et s’attribua un beau record mondial 0), tandis que Mauvisseau, vautré dans la boue du boyau terminal, essayait de placer au mieux explosifs, détonateurs électriques et fils. Après un gai repas pris 30 m plus haut et dont les empaquetages firent un bien agréable feu de joie, vint le moment solennel de la mise de feu : hélas, rien ! Nouvel essai : rien ! Mauvisseau alla contrôler son installation, vérifier les contacts et l’isolement, et nous rejoignit ; dernier essai : rien encore ! Les détonateurs étaient trop vieux ou avaient pris l’humidité.
- Fatigués et découragés, nous remontâmes au camp où nous accueillit une forte odeur de lait brûlé : les camarades restés en relais et arrivés les premiers avaient voulu commencer de préparer le « souper » ! MUe Mazaud se moqua gentiment d’eux et, infatigable, limita tant bien que mal les dégâts ; elle arriva même, en faisant remarquer qu’il n’y avait plus d’eau, à nous persuader que, somme toute, « ça n’est pas si mauvais ! ». Vers S h du matin, vendredi, extinction des feux. Au réveil, les montres marquaient 2 h. Était-ce le matin ? Était-ce le soir ? Nous appelâmes la surface au téléphone : c’était la nuit, nous étions samedi, 2- h du matin, et nous avions dormi 18 h !
- Nouvelle descente : l’étroiture est attaquée au burin et au mar-. teau. Après S h de cet exténuant travail, effectué dans d’invraisemblables positions, elle fut suffisamment agrandie pour permettre le passage à Mauvisseau ; à grand’peine, il put se glisser 5 m plus bas, mais un nouveau resserrement des parois, ne laissant aucun espoir de forcement, l’arrêta définitivement, à 487 m au-dessous de l’orifice.
- La remontée commença ; les puits furent déséquipés jusqu’à — 414, et nous regagnâmes le camp où nous nous endormîmes pour un « petit somme » de plus de 19 h.
- Au réveil, lundi vers S h., nous téléphonâmes à la surface : les équipiers de relais doivent se préparer, et celui de—300, Lucien Milonj qui les dirige, doit être en place dans 24 h. Pendant ce temps, nous allâmes chercher le matériel laissé au bas du Puits Noir, et passâmes au camp une dernière « nuit ».
- Mardi, vers S h et demie, la surface nous réveilla ; nous rangeâmes et emballâmes soigneusement tout le matériel, et attendîmes impatiemment le camarade chargé de nous assurer dans ce départ dangereux. Il s’annonça, avec S h de retard, par une grêle de pierres !
- Grâce à la très bonne organisation de l’expédition, nous étions parfaitement reposés : aussi la remontée se fit-elle relativement vite : en moins de 18 h, les premiers colis arrivèrent au bas du second grand gouffre. Mercredi, à 14 h, la manœuvre dans la diaclase fut terminée et, tous réunis, nous savourâmes, accompagné des conserves et des pâtes de fruits dont nous commencions à être écœurés, le pain frais que la surface nous avait fait descendre avec, au lieu du vin réclamé, de l’eau jugée plus inoffensive, mais que du moins nous pouvions boire à volonté. Dehors, la pluie tombait : désagréable sortie en perspective !
- 1. Précédentes détentrices : M"e Hedy Bock, — 261, dans la Tonion-Fleder-maushôhle (Styrie, Autriche), 19 mai 1929 ; Mn,c Elisabeth C aster et, — 303, dans le gouffre Martel (Aritge, France), 22 novembre 1935.
- p.210 - vue 218/406
-
-
-
- 211
- Enfin, jeudi 25 août, vers S h du matin, Barone remonta le dernier du gouffre où il avait passé 231 h consécutives, le plus long séjour jamais effectué dans une caverne.
- Cet abîme immense, le second de France et le huitième du monde (*), nous laisse un regret : le trop faible débit des eaux qui le parcourent empêche toute tentative de coloration en vue de savoir où ressortaient celles qui l’ont jadis formé : la Fontaine de
- 1. Les dix plus grands gouffres mondiaux actuellement explorés sont : le réseau de la Dent de Crolles (658 m) et le Caladaïre (487 m) en France ; les gouffres de la Prêta (637 m) et du Monte Gorcliia (541 m) en Italie ; l’anou Boussouil (539 m) en Algérie ; la Tonion-Fledermaushohle (527 m) et le Geldlocli (514 m) en Autriche ; enfin les abîmes de Verco (518 m), Montenero (480 m) et Bertarelli (450 m) en Istrie naguère italienne, auxquels il faut joindre la sima del Agua (Espagne) qui dépasse 500 m. Les autres cavités françaises de plus de 300 m de dénivellation sont : le clôt de la Ilenne-Morte (446 m), la grotte-gouffre du Biolet (338 m) et le gouffre Martel (303 m).
- Vaucluse est bien loin (2), mais l’examen de la carte ne décèle aucun autre point de résurgence plus probable.
- Du moins, nous a-t-il permis de bien intéressantes observations, des résultats sportifs remarquables et nous laissera-t-il le souvenir d’heures magnifiques et la joie de durables amitiés.
- Jean Noir,
- Ingénieur diplômé de l’École Polytechnique.
- 2. 40 km ligne droite, la pente moyenne depuis le fond du gouffre étant de 0,75 pour 100. La faiblesse de cette pente n’eât pas prohibitive : elle est égale à celle du Timavo entre sa perte de San Canziano et ses résurgences de San Giovanni (Istrie ; distance : 34 km). Si l’hypothèse d’une sortie à Vaucluse ne me séduit pas trop, c’est parce que cette cavité s’ouvre dans une région trop fracturée. Peut-être ses eaux alimentaient-elles des sources thermales ? le problème reste posé.
- La périodicité des tr
- Les sismographes sensibles permettent d’enregistrer en tous lieux les mouvements brusques qui se produisent dans l’écorce terrestre en divers points du globe. A l’observatoire de l’Ebre, le Père L. Rodés ayant relevé 2 643 sismogrammes, y avait reconnu une double périodicité, annuelle et diurne. Il l’attribuait à l’influence thermique du soleil, le maximum se produisant en juillet et août, le minimum de décembre à février, et principalement entre 18 et 22 h. Cette théorie ayant été discutée, et notamment la périodicité diurne ayant été niée en raison de l’incertitude fréquente sur la position de l’épicentre, le Père Antonio Romand et M. Aurora Lobato viennent d’examiner la question (!) en s’appuyant sur 10 266 séismes relevés dans l’International Seismologi-cal Summary de 1918 à 1936 et dans les catalogues de la British Association for the advancement of science, Seismological Commit-tee, de 1913 à 1917. Ils ont obtenu les résultats représentés dans la figure ci-jointe.
- On y voit une variation saisonnière marquée dans l’hémisphère nord, tandis que dans l’hémisphère sud, le nombre des séismes est beaucoup plus petit et sans périodicité régulière. Le fait énoncé par le P. Rodés est donc confirmé. L’explication qu’il en a donnée peut encore servir d’hypothèse de travail si l’on .remarque que les microséismes (non dénombrés ici), qui diminuent au printemps, présentent une fréquence et une amplitude inverse de celles des tremblements de terre dans l’hémisphère nord. Dans l’hémisphère sud, la même variation n’apparaît , pas, mais les épicentres sont presque tous dans la région tropicale, constamment chaude, comme il apparaît dans le tableau ci-contre :
- Nous y avons ajouté la surface des terres émergées dans chaque zone de latitudes. Il apparaît ainsi que l’action de la chaleur solaire sur ces terres n’explique pas tout, puisqu’un maximum très marqué apparaît entre 30° et 45° N., dans la région de la Mésogée.
- Les variations diurnes en chaque longitude ou chaque fuseau horaire sont faibles et inconstantes, même dans les zones de foyers sismiques, telles que les bords du Pacifique ou l’Asie mineure, si
- 1. A. Ro.ma.na et A. Lobato. Sobre el periodo anual y diurno en la fre-cuencia de los • terremotos. Public, del Observatorio del Ebro. Miscelanea, n° 4, 1948.
- mbl ements de terre
- Latitudes Nombre de séismes Terres émergées en 10a/km2
- — — —
- > 60° N , 192 17,15
- 60-43 921 23,14
- 43-30 4 136 23,58
- 30-13 1 580 21,26
- 13-0 1 102 13,15
- Équateur 0-13" S 44 ))
- 1 156 14,81
- 15-30 610 ; 14,30
- 30-43 359 4,73
- 45-60 13S 0,59
- > 60° S 28 14,06
- 10 266 148,S9
- £400
- Hémisphère sud
- Mois
- A M
- bien que l’influence thermique quotidienne du soleil en chaque point ne peut être retenue.
- Il y a donc encore beaucoup à étudier dans cette question de la répartition des tremblements de terre sur le globe.
- p.211 - vue 219/406
-
-
-
- 212
- LES MICROBES DU SOL
- Un important ouvrage vient de paraître (L qui résume 5o ans de recherches et en fait le point. C’est l’œuvre d’un très grand bactériologiste, S. Winogradskv, venu à la microbiologie dès l’époque de Pasteur et qui n’a cessé d’y consacrer toute son activité. Il est depuis 1922 chef du service de microbiologie agricole de l’Institut Pasteur et il a été élu membre de l’Académie des Sciences. On lui doit une longue série de travaux devenus classiques qui ont ouvert un vaste domaine nouveau, celui des actions microbiennes qui, dans le sol et dans les eaux, conditionnent pour une bonne part toute la production végétale.
- L’auteur : Winogradsky.
- Né en Russie, Winogradsky (fig. 1) fut attiré par la bactériologie dès i885, mais des deux grands centres de découvertes, celui de Pasteur en France, était encore peu pourvu de moyens
- et celui de Koch, en Allemagne, était uniquement orienté vers la pathologie humaine. Il se rendit donc à . Strasbourg, dans le laboratoire de botanique de de Bary où il fit ses premières études sur les bactéries filamenteuses des sources sulfureuses et des sources ferrugineuses. En 1889, il aborda à l’Université de Zurich le problème de la nitrification. Retourné en Russie
- en 1891, chef de l’Institut de médecine rimentale de
- il devint service à impérial expé-Saint-
- Fig. 1. — S. Winogradsky.
- Pélersbourg, dont il fut plus tard le directeur. C’est l’époque des recherches
- sur l’attaque bactérienne de la cellulose, le rouissage du lin et aussi' sur la fixation de l’azote atmosphérique. A partir de 1906, son activité fut ralentie et on le retrouve en 1922 professeur à la Faculté des Sciences de Belgrade où Roux, renouvelant une invitation de Pasteur en 1890, lui proposa de venir s’établir à Paris comme chef de service à l’Institut Pasteur, avec un laboratoire à Brie-Comte-Robert. Winogradsky y parfit sa méthode, l’étendit à d’autres microbes aérobies du sol qui transforment l’azote de l’air en ammoniac dont ils fournissent les racines des plantes où ils vivent, il parvint à cette synthèse, la microbiologie écologique, capitale pour l’agriculture, et maintenant, avec de nou-veaux moyens, on commence de toutes parts à suivre ses pas, à
- 1. S. Winogradsky. Microbiologie du sol. Problèmes et méthodes. 1 vol. in-8°, 861 p., fig., 34 pl. Masson et Ci®, Paris, 1949.
- poursuivre son œuvre, à en comprendre l’importance et l’étendue.
- Winogradsky a créé une science.
- Les sulfobactéries.
- On trouve dans les sources d’eaux sulfureuses des masses blanches volumineuses appelées barégine ou glairine. Celles-ci se forment et flottent, près de la surface. Vues au microscope, elles apparaissent comme, des filaments mobiles (Beggialoa) ou fixés à une extrémité par un renflement glaireux (Thiotrix), ou encore comme des colonies cellulaires enfermées dans une masse mucilagineuse (Thiocystis) ou des cellules mobiles parfois pourvues d’un flagelle (Chromalium) (fig. 2).
- On s’est longtemps demandé s’il s’agissait d’espèces différentes ou d’un pléomorphisme d’une espèce dû aux conditions du milieu. On est. aujourd’hui d’accord avec Winogradsky pour reconnaître des formes distinctes qu’on peut grouper ainsi :
- 1. Sulfobactéries incolores ou Sulfurai-res :
- a. Filaments longs d’épaisseur égale,
- libres, rampants ..................
- b. Filaments plus courts, d’épais-
- seur inégale, fixés par une base glaireuse .........................
- 2. Sulfobactéries rouges ou Rhodothio-bactéries :
- Cellules se divisant dans trois directions, vivant en groupes englobés dans une capsule glaireuse.
- b. Cellules se divisant dans trois,
- puis deux directions, vivant en colonies sphériques se désagrégeant .............................
- c. Cellules se divisant dans deux di-
- rections, vivant en colonies qua-drangulaires ......................
- d. Cellules se divisant dans une seule
- direction .........................
- e. Cellules toujours libres et mobiles.
- On y a joint les Chlorolhiobactéries sans pigment rouge mais à pigment vert.
- La culture de ces microorganismes se heurtait à une singulière difficulté : aucun des milieux employés en bactériologie ne leur convient; par contre ils vivent bien dans une eau extrêmement pure, à condition qu’elle contienne une certaine proportion d’hydrogène sulfuré dissous. Winogradsky tourna la difficulté en les plaçant dans une goutte d’eau de source sulfureuse ou dans une goutte chargée artificiellement d’hydrogène sulfuré, qu’il renouvelait fréquemment. Dans ces conditions, il pouvait les suivre au microscope, observer leur biologie. Le milieu restait à peu près aseptique en l’absence de toute matière organique, mais on ne pouvait affirmer que les cultures se maintenaient pures et on ne manqua pas de lui reprocher celte technique hérésiarque. Cependant, il constata que les sulfobactéries ne font pas d’hydrogène sulfuré, mais ont besoin que le milieu leur en fournisse; elles l’oxydent, et. en précipitent le soufre sous forme de gouttelettes réfringentes qui s’accumulent dans leur protoplasma. Si on cesse de leur donner de l’hydrogène sulfuré, leurs gouttelettes diminuent puis disparaissent (fig. 2), le soufre étant oxydé en acide sulfurique et excrété sous
- Beggiatoa.
- Thiotrix.
- Thiocystis, etc.
- Lamprocyslis.
- Thiopedia.
- Amaebobacler, etc. Chromalium, etc.
- p.212 - vue 220/406
-
-
-
- 213
- Fig. 2. -— Quelques Sulfobactéries (d’après Winogradsky) .
- 1. Beggiatoa alba : a, dans l’eaus sulfureuse ; b, après 24 li dans 1 eau privée d hydrogène sulfuié , c, après 48 h. — 2. Thiothrix tenais, fixés par un coussinet glaireux. — 3. Thiocystis violacea dans sa gelée. — 4. Chromatium olcenii. Une cellule s’est divisée et l’une des cellules Allés a sorti son cil.
- ferraginea où l’on volt un long ruban spiralé couleur de rouille partant de deux cellules voisines (1). Winogradsky découvrit que le Leptothrix est aussi un autotrophe qui tire son énergie de l’oxydation du fer ferreux en fer ferrique : '
- 4 Ee++C03 + 03 + 6 II20
- 4 Fe+++(OH)3 + 4 C02.
- D’abord discuté parce que les bactéries n’avaient pas été isolées selon les règles, et aussi parce que Leptothrix est un autotrophe facultatif pouvant se développer sans fer dans un milieu peptoné, le fait a été confirmé en 1911 par Lieske et en 1926 par Cho-lodny.
- Les ferrobactéries ont certainement joué un rôle dans la formation des minerais de fer.
- forme de sulfate (x). L’oxydation du soufre fournit l’énergie que les autres êtres obtiennent de l’oxydation du carbone. Celle-ci leur permet de réduire l’anhydride carbonique.
- Voici donc des bactéries capables de vivre sans autre nourriture qu’un corps abiotique, l’hydrogène sulfuré; il leur sert à faire les synthèses dont elles ont besoin, à commencer par le carbone. Winogradsky qui a le premier mis ces faits en évidence et les a retrouvés dans d’autres groupes a donné à ces bactéries le nom d’inogoxydants ; on les appelle plus souvent autotrophes.
- Les sulfobactéries rouges, anaérobies, photosensibles, y ajouteraient une photosynthèse aboutissant à l’aldéhyde formique, premier élément des hydrates de carbone.
- Les mécanismes, complexes, peuvent être schématisés ainsi : en aérobiose :
- SII2 + 1/2 02 _ S + II20, en anaérobiose :
- 2 Sïl2 + C02 -> II . CIIO + I-I20 + 2 S.
- Ou encore :
- SH, + 2 C02 + 2 II20 -> 2 II . CHO + S04II2.
- Les ferrobactéries.
- Les études sur les sulfobactéries étaient à peine entreprises que Winogradsky abordait un autre groupe qu’on rencontre
- dans les sources et les eaux ferrugineuses. Ce sont des microorganismes filamenteux dont il existe diverses espèces, il utilisa Leptothrix ocracea, qui forme un filament cylindrique de 1 à 5 p, entouré d’une gaine ocliracée de plus en plus épaisse, gélatineuse, imprégnée d’oxyde ferrique Fe2(OII)6 (fig. 3). On connaît d’autres types, notamment Didymohelix
- 1. Ces ferrobactéries pullulent parfois dans les canalisations d’eau au point de les obstruer. Quand elles ont épuisé tout le fer ferreux, elles meurent et entrent en putréfaction si malodorante que l’eau reste imbuvable pendant quelque temps. On a vu de ces accidents dans les condenseurs de glacières et dans les réseaux de distribution d’eau.
- Fig. 3. — Quelques Ferrobactéries (d’après Cholodny).
- A. Leptothrix ochracea ;
- B. Didymohelix ferruginea
- La nitrification.
- En 1878, Schlœsing et Muntz avaient montré qu’une eau d’égout traversant une colonne de terre s’y enrichit en nitrates; si la terre est chauffée à no° ou traitée par le chloroforme ou le sulfure de carbone, rien ne se produit plus; et si l’on mélange à la terre stérile un peu de terre fraîche, le phénomène reprend. Il y faut donc l’action d’êtres vivant dans le sol. Tous les essais * pour cultiver le microbe en cause dans des milieux nutritifs échouèrent. En 1890, Winogradsky, s’inspirant de ses recherches sur les sulfobactéries et les ferrobactéries autotrophes, essaya d’un milieu purement minéral et vit se former sur la couche de carbonate de magnésie ou de chaux, déposée au fond, une pellicule gélatineuse bourrée de bactéries ovales ayant une très grande activité. C’était le ferment nitrique qu’il put ainsi étudier. Il lui faut pour pulluler des carbonates terreux, très peu de sels ammoniacaux et pas du tout de matière organique. Il oxyde l’ammoniac en nitrites, puis en nitrates et assimile l’acide carbonique où il trouve sa source de carbone; c’est donc encore un autotrophe. L’année suivante, Winogradsky eut l’idée d’isoler les colonies dans de la silice colloïdale et il sépara ainsi deux microorganismes, l’un nitrosant, l’autre nitratant, le Nitroso-monas et le Nitrobacter (fig. 4). L’examen de terres de différents pays montra que les microbes nitrosants devaient être de plusieurs espèces. Tous s’attaquent à l’ammoniac et non aux composés azotés plus complexes : protides, acides aminés, amines,
- 1. D’autres bactéries anaérobies réduisent les sulfates et en utilisent l’oxygène. L’une des plus abondantes est le Vibrio desulfaricans, dont on commence à connaître le rôle dans la corrosion, la destruction des gazomètres et des installations de raffinage des pétroles, et aussi, semble-t-il, dans la formation actuelle des hydrocarbures.
- A. Nitrosomonas enropœa d’un sol de Zurich ; cellules mobiles munies d’un flagelle court ; B. Nitrosomonas javanica, d’un sol de Java ; cellules mobiles plus petites à un ou deux flagelles ; C. Nitrobacter, d un sol des environs de Quito (Équateur).
- p.213 - vue 221/406
-
-
-
- 214
- amides; ils l’oxydent jusqu’au stade nitrites, puis, quand tout l’ammoniac a disparu, les Nitrobacter entrent en action et transforment les nitrites en nitrates, achevant la minéralisation de l’azote.
- Winogradsky est revenu à diverses reprises sur cette question, à mesure qu’elle était reprise par d’autres auteurs. On en est aujourd’hui à connaître quatre genres de bactéries nitrosan-tcs : Nitrosomonas, Nitrosocystis, Ni-trosospira, Nhtrosogloea, et quatre genres de bactéries nitrifiantes : Nitrobacter, Nitrocyslis, Bactoderma, Mico-derma.
- Le mécanisme chimique de la nitrification est encore discuté. En tenant
- rnh/IM ^'ill
- wë
- mît
- riï «b i'J
- •yl U\ 1
- rë-
- '-r i -//vy- „ ,
- ' +M
- .A
- A.
- A
- Fig. 6. —
- Cytophaga aurantiaca
- B
- C
- - Quelques bactéries cellulolytiques (d’après Winogradsky). attaquant une fibre de cellulose en voie de désorganisation
- flavescens pullulant sur milieu au gel de silice-papier
- en voie de désorganisation ; B. Cellvibrio C. Cellfalcicula viridis en culture pure.
- compte des hypothèses plausibles, des
- données expérimentales et des calculs thermodynamiques, pourrait admettre, pour la nitrosation, l’hypothèse Meverhoff :
- on
- de
- 2 NH, + 3 0,
- NO,H + 2 H,0
- et pour la nitratation, celle de Wurmser et Fromageot :
- 12 N03H + i/6 C6H1206
- i2 N0„ + 5 02 + C02 +
- h2o
- La fixation de l’azote de l’air.
- En 1888, Berthelot avait constaté qu’un pot plein de terre, mais sans végétation visible, s’enrichit lentement en azote tandis qu’un même pot de terre stérilisée ne varie pas. Il suffit d’ajouter à la terre stérile un peu de terre non traitée pour amorcer le phénomène. Berthelot supposa l’action de microorganismes qui ne purent être mis en évidence par les méthodes bactériologiques ordinaires.
- En i8q3, Winogradsky, opérant dans une solution minérale sucrée, sans composés azotés, y vit croître une espèce microbienne qui, en atmosphère d’azote, anaérobie, utilise le glucose, dégage une odeur butyrique et enrichit le milieu en azote combiné. Il nomma Clostridium Pasteurianum ce bacille autotrophe assez grand qui se renfle quand il forme une spore (fig. 5). Dans le sol, Clostridium vit souvent avec deux autres bactéries aérobies qui ne fixent pas l’azote de l’air, mais permettent sa survie en consommant l’oxygène.
- En ipor, Beijerinck décrivit d’autres microbes aérobies, les Azotobacier, d’une morphologie changeante (fig. 5) et d’une
- Fig. 5. — Bactéries fixatrices de l’azote de l’air (d’après Winogradsky).
- A. Clostridium pasteurianum, anaérobie ; B. Le même, au moment de la formation des spores ; C. Azo-tobacter vinelandii, aérobie : formes jeunes ciliées, adultes en bâtonnets ovalaires ou arrondis, kystes
- au repos et en éclosion.
- biologie complexe, qui fixent aussi l’azote de l’air. Leur culture en milieu liquide était restée incertaine en raison de leur polymorphisme, de leurs besoins d’oxygène et de leur association avec d’autres espèces jusqu’à ce que Winogradsky, à partir de 1926, ait fixé des techniques écologiques très différentes des méthodes classiques. En les cultivant sur terre moulée ou sur gel de silice, on provoque une pullulation telle qu’il est facile d’en isoler des espèces pures, de les expérimenter dans des conditions variées de milieu et de nutrition. C’est ainsi qu’on réussit à doser les pertes d’azote, les enrichissements en ammoniaque, à suivre, à distinguer des espèces à pigment vert vivant dans le sol et dans l’eau (Azotobacter vinelandii et Azomonas gracilis) et d’autres jaunes ou brunes terrestres. Toutes ont besoin de matières carbonées (sucres, alcools, sels d’acides organiques, humus, celluloses) pour y trouver l’énergie nécessaire, toutes réclament un certain minimum de calcium et de phosphore ; toutes consomment l’azote de l’air et produisent de l’ammoniaque,
- À ces agents biologiques des transformations des composés azotés, il faut encore ajouter les bactéries syxnbiotes des légumineuses, les bactéries dénitrifiantes et subsidiairement les bactéries celluloly tiques qui fournissent l’énergie des réactions endo-thermiques.
- O11 sait depuis très longtemps que les légumineuses améliorent les sols où on les cultive et permettent des cultures consécutives de céréales; on sait aussi qu’elles présentent sur leurs racines des nodosités dans lesquelles on voyait des tumeurs, des galles, des piqûres d’insectes, des maladies cryptogamiques. En 188G, Hellriegel et Wilfarth montrèrent qu’un milieu non azoté et stérile empêche la formation des nodosités et le développement de la plante. L’addition d’un peu de nitrate ou même de terre non stérile suffit pour empêcher le dépérissement. Dès 1887, Beijerinck y vit Faction de bactéries visibles dans les cellules des nodosités, cultivables en dehors d’elles, sans doute de plusieurs espèces dont les modalités d’action ne sont pas encore parfaitement précisées. En 1986, Winogradsky a prouvé que les nodosités forment et dégagent de l’ammoniac.
- Bien d’autres micoorganismes sont à l’œuvre. Les uns peuvent réduire les nitrates en nitrites; d’autres peuvent transformer les nitrates en ammoniaque; d’autres encore attaquent les nitrates et rendent l’azote gazeux à l’atmosphère. Tous ceux-là sont hé'té-
- p.214 - vue 222/406
-
-
-
- 215
- rotrophes et trouvent leur énergie dans l’oxydation du carbone organique.
- La dégradation des celluloses.
- Pour toutes les espèces autotrophes, il faut des matières à brûler, à oxyder ou à réduire pour en obtenir l’énergie nécessaire à leurs synthèses. Des composés du carbone, les uns tels que les sucres sont si aisément oxydables que tous les êtres vivants les utilisent et qu’il en reste bien peu intacts dans le sol; d’autres, tels que les phénols, les carbures d’hydrogène, sent trop peu attaquables par la plupart des microorganismes et ne servent qu’à quelques-uns très spéciaux.
- Le sol contient surtout des polyosides complexes tels que le bois, les celluloses, qui doivent être dégradés, hydrolysés pour entrer dans un cycle biologique.
- Chimiquement, au laboratoire, la cellulose n’est détruite que par des moyens violents qu’on n’observe pas dans la nature. Dans le sol, la décomposition des plantes, des .feuilles, des bois se produi spontanément; bien des êtres y contribuent, champignons, bactéries, voire même insectes. En 1902, Omeliansky commença l’élude d’espèces anaérobies qu’il s’efforcait d’isoler par les méthodes bactériologiques classiques ; il trouva des germes faisant fermenter la cellulose avec formation d’acides acétique, butyrique et valérianique, dont on n’a cessé depuis de discuter l’activité, la spécificité, la pureté des cultures. En 1927, Winogradsky aborda le problème en évitant les cultures liquides et se contentant, d’ensemencer de terre des plaques de silice colloïdale qu’on recouvre de papier; les fibres de cellulose se peuplent de microbes aérobies qui en quelques jours les désagrègent et les liquéfient. Winogradsky distingua diverses espèces actives : les unes immobiles ou rampantes qu’il dénomma Cyiophaga, les autres munies d’un cil et très mobiles, en bâtonnets (Ceïlvibrio) ou en fuseaux et en faucille (Celljasciculu), qui tachent le papier de couleurs différentes, auxquelles s’ajoutent des champignons. Depuis, on n’a cessé d’isoler de nouvelles espèces cellulolytiques et l’on en est aujourd’hui à discuter si, dans le sol, la décomposition des débris végétaux est l’œuvre de quelques bactéries seulement, ou d’un très grand nombre d’êtres inférieurs : eubactéries, myxobacléries, actinomycètes et phy-tomycètes.
- Quoi qu’il en soit, Winogradsky avait dès i<8q5 isolé de l’eau dans laquelle le lin est soumis au rouissage une bactérie qu’il ne dénomma pas, qui respecte les fibres de cellulose, mais désagrège leur enduit pectique. C’est donc une opération industrielle sur laquelle on peut intervenir.
- L’importance de l’œuvre de Winogradsky.
- Le bref résumé que nous venons de tracer de l’œuvre de Winogradsky permet de se faire une idée de ses mérites et de ses apports personnels.
- Question de méthode d’abord : alors que la bactériologie s’engageait de plus en plus dans les séparations d’espèces, les cultures en milieux définis (souvent très différents du milieu biologique), les actions isolées de chaque germe, alors qu’elle rétrécissait son champ aux bactéries pathogènes pour l’homme et à la lutte contre celles-ci, Winogradsky eut l’audace de quitter la route commune, d’abandonner les bouillons de culture, les plaques de gélose, les milieux nutritifs bien définis et stériles à base de peptones et de sucres et de leur préférer les milieux très pauvres, souvent sans azote et sans glucides, qui étaient le sol même dont il voulait saisir les changements biologiques, ou encore le substrat solide et poreux des gels de silic.e et au besoin des fibres de papier ou de co'ton. Cela le conduisit, dès le début, à la découverte de ces bactéries autotrophes qui n’ont besoin de rien que de l’air et de l’eau, avec un peu de soufre et. de fer,
- intmauXj
- Figr. 7. — Le cycle de l’azote dans la nature.
- pour créer de toutes pièces de la matière vivante, singuliers organismes qui bouleversent nos notions sur la vie.
- Engagé dans cette voie, il ne tarda pas à trouver les transformateurs d’azote, les microbes qui l’oxydent, ceux qui l’hy-drogènent, ceux qui le' libèrent de ses combinaisons. Plus que tout autre, il contribua à réunir les chaînons de ce cycle biologique de l’azote dont, chacun est l’œuvre d’un groupe particulier de microorganismes. Grâce à lui, on put suivre le gaz inerte de l’air, privatif de vie, jusqu’à la matière vivante et la destruction de celle-ci jusqu’au retour dans l’atmosphère (fig. 7).
- Accessoirement, puisque rien ne se crée sans énergie, il en trouva de nouvelles sources dans la dégradation des celluloses insolubles en glucides prêts à s’oxyder, autre œuvre bactérienne complexe qui fournit au sol et aux plantes le combustible des futures récoltes.
- Et cela l’amena à considérer la microbiologie d’un point de vue écologique, à voir dans le sol une communauté d’êtres inférieurs, chacun vivant des activités de l’autre, s’y associant, y succédant, dans une complexité dont les méthodes classiques ne peuvent donner aucune idée.
- Notamment, toute l’agriculture est conditionnée, par la pullulation et l’équilibre de ces microorganismes et il semble même que les amendements et les engrais sont bien plus directement nécessaires pour l’équilibre1 et la succession des actions microbiennes que pour les plantes supérieures qui ne font qu’utiliser les produits et les excrétions des êtres inférieurs du sol.
- Telle est l’œuvre de Winogradsky. Elle fut si bien pensée et conduite que rien n’en est mort. Méthode, techniques, résultats, ont été amplement utilisés, vérifiés, étendus, et si quelques points de détail restent en discussion, le tout forme une science nouvelle très vivante, la microbiologie écologique, à laquelle maintenant bien des bactériologistes s’adonnent, quittant les voies trop étroites de la microbiologie clinique pour lé plus vaste monde entrevu par Pasteur.
- Daniel Claude.
- Péniche en aluminium.
- Une firme anglaise vient de mettre au point une péniche en alliage d’aluminium résistant à la corrosion et n’ayant pas besoin de peinture. Cette péniche peut se démonter" en 60 éléments préfabriqués pour l’exportation.
- p.215 - vue 223/406
-
-
-
- 216
- sécheresse remarquable de la
- en France
- période 1941-1950
- Le déficit pluviométrique exceptionnel enregistré en France depuis la mi-septembre 1948 et qui semble avoir atteint son maximum d’intensité de juin à août 1949 ne doit pas être considéré comme un phénomène passager limité à quelques mois. Il s’agit, en fait, de la continuation d’une longue période de sécheresse ayant débuté avec le dernier trimestre 1941, et dont l’aggravation au cours de l’année 1949 ne constitue qu’un épisode, au même titre que la raréfaction marquée d.es pluies observée en 1942, 1948 ou 1947 (i). Coupée de temps à autre par quelques semaines pluvieuses — comme le fait s’est produit récemment en novembre 1949 et février 1980 — la sécheresse de ces huit années n’a été véritablement interrompue d’une manière prolongée que de juillet 1944 à janvier 1945 inclus. C’est ce que mettent en évidence les valeurs des écarts aux normales des quantités d’eau tombées dans les diverses régions en chacune des années 1942 à 1949 :
- mars) : on constate alors que le déficit observé depuis 1941 provient presque exclusivement de la diminution des pluies de la saison froide. Dans le bassin parisien, par exemple, on a noté les hauteurs de pluie suivantes (en mm) :
- Saison chaude Saison l'roide Année
- Période 1933-1940........... 336 360 696
- » 1941-1949........... 323 285 608
- Année normale.......... 313 341 654
- Or, les pluies de la saison froide sont seules susceptibles de reconstituer les réserves d’humidité du sol et surtout du sous-sol. C’est donc leur importante raréfaction depuis huit ans qui, à la suite de la forte sécheresse de l’été 1949, a provoqué un abaissement exceptionnel du plan d’eau des fleuves, rivières, lacs, réser-
- Ecarts annuels aux normales (en mm) des hauteurs de pluie dans les diverses régions françaises
- (1942-1949).
- Régions Normales 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949
- Nord-ouest 776 49 78 + 74 — 144 + 4 166 25 — 158
- Bassin parisien .... 654 + 84 — 63 + 3 — 137 — 59 — 52 — 11 — 160
- Nord-est 800 — 134 — 160 + 34 — 165 — 103 — 131 — 4 — 215
- Centre-ouest 736 — 26 93 32 — 204 — 112 — 84 — 80 — 169
- Plateau Central. . . . 828 — 104 + 10 + 134 — 153 — 179 , — 125 — 119 — 219
- Centre-est 993 — 190 144 + 132 — 234 — 142 — 119 + 19 — 287
- Sud-ouest 861 — 146 32 + 21 — 161 — 135 — 34 — 136 — 110
- Sud-est 890 80 + 63 154 — 239 — 172 + 19 22 — 145
- Pour prendre toute leur signification, ces données appellent quelques remarques complémentaires :
- 1° En dehors de 1944 dont, nous l’avons dit, la pluviosité'des six derniers mois a été très largement supérieure à la normale, les hauteurs annuelles d’eau ont, depuis 1942, présenté régulièrement en France un déficit presque continu. A la fin de 1949, la valeur totale de ce déficit pour les huit années 1942 à 1949 arrivait, en plusieurs régions, à dépasser les précipitations d’une année moyenne ;
- 2° Si 1949 a été, dans le bassin parisien, l’Est et le Massif Central, l’année la plus sèche de la période considérée, 1947 et 1945 ont présenté, la première dans le Nord-Ouest et la seconde dans les autres régions de la France, une pluviosité encore plus faible que celle de 1949 ;
- 3° Les précipitations neigeuses ont subi une réduction du même ordre de grandeur que celle des pluies. Cette réduction a été particulièrement sensible au cours des hivers 1947-1948 et surtout 1948-1949. Aux stations de Chamonix (ait. : 1.037 m) et de la Tour (ait. : 1 400 m) dans la Haute-Savoie, où les hauteurs moyennes annuelles de neige sont respectivement de 3,10 m et 8,90 m, on a mesuré : au cours de l’hiver 1947-1948 : 2,30 m à Chamonix et 5,80 m à La Tour ; au cours de l’hiver 1948-1949 : 1,40 m à Chamonix et 3,70 m à La Tour ; soit, pour ce dernier hiver, les deux cinquièmes seulement de la normale !
- 4° Au lieu de déterminer pour l’année entière les valeurs des écarts à la normale, on peut les calculer séparément pour la saison chaude (avril-septembre) et pour la saison froide (octobre-
- 1. Voir dans le numéro du 15 mars 1946 de La Nature notre article : « La sécheresse des années 1941 à 1945 ».
- voir s naturels ou artificiels et du niveau des puits, ainsi que le tarissement de nombreuses sources. Pendant plusieurs semaines, la situation a, de ce fait, été des plus critiques, tant au point de vue de l’hydroélectricité et de l’agriculture que de la santé et de l’hygiène de l’homme et des animaux domestiques, principalement dans celles de nos campagnes où le problème de 1’alimenlation en eau n’a pas encore reçu de solution satisfaisante.
- *
- * #
- L’accroissement de la sécheresse, qui s’est manifesté de la mi-septembre 1948 à la mi-septembre 1949, pendant l’année agricole 1948-1949, est mis en évidence dans le tableau II qui résume les caractères pluviométriques saisonniers de cette année pour dix villes représentant les principales zones climatiques françaises : .
- L’eau tombée pendant la campagne agricole 1948-1949 n’a donc représenté qu’un peu plus de la moitié de la normale dans les régions nord et sud-ouest de la France et les trois à quatre cinquièmes dans le quart sud-est. La répartition de ces précipitations au cours de l’année a d’ailleurs présenté certaines particularités intéressantes :
- a) A l’exception de mai 1949, qui, dans l’ensemble du territoire, a été en général fortement arrosé, aucun mois pluvieux n’a été observé dans les stations de la moitié nord.
- Dans les stations méridionales, les seuls mois ayant eu, outre celui de mai, des hauteurs d’eau excédentaires ont été janvier et juin 1949 à Bordeaux, septembre 1948 et janvier 1949 à Lyon, septembre 1948 à Marseille.
- p.216 - vue 224/406
-
-
-
- 217
- IL — Les pluies de l'année agricole 1948-1949 en France (en mm).
- Automne 1948 Hiver 1948-1949 Printemps 1949 Été 1949 Année 1948-1949
- Rapport Rapport Rapport Rapport Rapport
- Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la
- normale normale normale normale normale
- Nancy 117 0,58 89 0,51 129 0,76 72 0,37 407 0,55
- Dijon 120 0,60 72 0,48 136 0,88 61 0,32 389 0,56
- Lille . 115 0,52 84 0,44 87 0,50 95 0,51 381 0,49
- Paris 113 0,71 H 0,59 80 0,56 65 0,40 339 0,56
- Rennes 132 0,68 107 0,60 109 0,73 61 0,42 409 0,61
- Bordeaux 108 0,47 138 0,59 140 0,66 91 0,57 477 0,57
- Toulouse 75 0.42 39 0,26 171 0,84 99 0,64 384 0,56
- Clermont-Ferrand. . 95 0,55 41 0,41 174 1,00 38 0,18 348 0,53
- Lyon, 238 0,92 98 0,75 204 1,03 55 0,23 595 0,72
- Marseille 194 0,81 44 0,38 193 1,65 26 0,38 457 0,84
- b) Le nombre des mois pendant lesquels les quantités de pluie recueillies n’ont même pas atteint la moitié de la normale a été de 4 à Lyon, o à Dijon, Paris et Rennes, 6 à Bordeaux et Marseille, 7 à Nancy et Toulouse, 8 à Lille et Clermont-Ferrand.
- c) De longues séries de jours consécutifs sans aucune chute d’eau appréciable se sont produites à diverses reprises, notamment du 13 septembre au 13 octobre 1948 ; du 21 janvier au 7 février 1949 (se prolongeant même jusqu’au 28 février dans la moitié sud) ; du 19 mars au 5 avril 1949 ; du 10 juin au la juillet 1949 (ne prenant fin qu’au début d’août dans l’Est et le Massif Central).
- Les effets désastreux de cette raréfaction extrême des pluies au cours de l’été 1949 se sont trouvés amplifiés du fait que d’autres conditions météorologiques également exceptionnelles sont venues s’ajouter à un manque d’eau presque absolu :
- 1° Durée de l’insolation remarquablement longue, surtout en juin et juillet. A Paris, cette durée a atteint en 1949, pour l’ensemble de ces deux mois, 040 h an lieu de- 464, valeur normale ; depuis 70 ans, on ne compte qu’une seule année où le soleil ait-brillé plus longtemps (603 h en juin et juillet 1911).
- 2° Température moyenne très élevée en juillet : elle a le plus souvent dépassé la normale de l°o à 2°5 par suite du nombre important de jours (12 à 16 environ) où le thermomètre a atteint plus de 30°. A Paris, la température moyenne de juillet 1949 (21°6), supérieure à celle de juillet 1947 (21°4), n’a été surpassée qu’une seule fois en juillet 1921 (21°7). Par contre, les maxima absolus se sont en général maintenus à des valeurs normales (3o° à Paris contre 40° en juillet 1947), sauf dans l’extrême Ouest du pays où ont été enregistrées, le 12 juillet 1949, des températures-records de 40° à 41° (Nantes, Cognac, Angoulême, Bergerac, Agen...).
- 3° Evaporation anormalement forte, particulièremeent dans la moitié Ouest et le Sud-Est, ayant atteint du lor juin au 31 août 1949 : 431 mm à Rennes (normale : 240) ; 402 mm à Bordeaux (normale : 320) ; 390 mm à Toulouse (normale : 400) ; 682 mm à Lyon (normale : 380) ; 716 mm à Marseille (normale : 393).
- 4° Etat hygrométrique extrêmement bas. Du 1er juin au 31 août 1949, le nombre de jours pendant lesquels l’humidité relative est descendue au-dessous de 33 s’est élevé à 37 à Paris (normale : 18) et 51 à Baugé (normale : 29). Des recrudescences d’intensité dans les nombreux incendies de forêts survenus durant l’été 1949 ont été signalées chaque fois que l’état hygrométrique devenait inférieur à 33. A Mont-de-Marsan notamment, sur les 73 jours qui se sont écoulés entre le 13 juin et le 24 août 1949, on en a compté 50 au cours desquels les mesures psychrométriques ont donné des valeurs de l’humidité n’atteignant pas 35, dont 13 consécutifs, du 10 au 22 août, journées pendant lesquelles le feu a fait rage dans les Landes (du 13 au 19 août, en particulier, l’enregistreur a marqué chaque jour des états hygrométriques inférieurs à 25).
- *
- * *
- Dans la région parisienne, où existe une série d’observations homogènes de près de 80 ans, la sécheresse 1948-1949 a présenté diverses singularités :
- a) En chacun des mois de septembre 1948 à août 1949 inclus, les hauteurs de pluie sont restées inférieures aux normales. Une telle continuité de mois secs (12) n’a été dépassée qu’une seule fois (14, d'octobre 1883 à novembre 1884).
- b) Le nombre consécutif de jours sans pluie, dont le maximum était jusqu’alors de 28 (du 2 au 29 avril 1893), a atteint 33 (du
- 10 juin au 14 juillet 1949).
- c) La quantité d’eau tombée entre le 10 juin et le 10 août, qui est en moyenne de 109 mm, n’a été, en 1949, que de 15 mm. La hauteur d’eau la plus réduite recueillie pendant ces huit semaines estivales ne s’était jamais abaissée à moins de 28 mm (en 1921), alors que la plus forte s’était élevée à 242 mm (en 1936).
- d) La durée annuelle des chutes de pluie en 1948-1949 a atteint seulement 299 h (pour une moyenne de 541 h). Cette valeur est la plus faible de toute la série, les années agricoles ayant compté le minimum d’heures de pluie étant 1932-1933 avec 313 h et 1920-1921 avec 330.
- L’été 1949, en particulier, n’a été gratifié que de 32 h de pluie, soit un peu plus du tiers de la normale (88 h). Les étés les moins favorisés à ce point de vue, 1921 et 1933, avaient bénéficié respectivement de 47 et 49 h de pluie.
- e) La normale annuelle des pluies est de 602 mm. Seules trois années agricoles avaient, depuis 1S71, reçu moins de 400 mm : 1873-1874 avec 391 ; 1879-1880 avec 384 et 1920-1921 avec 348. L’année agricole 1948-1949, avec ses 339 mm, se trouve être la plus sèche des 80 dernières années : elle est même très probablement la plus sèche des deux derniers siècles, puisque dans la série des observations effectuées à Paris entre 1750 et 1870 — qui présente,
- 11 est vrai, quelques lacunes jusqu’ën 1803 — l’année la moins arrosée, 1752-1753, a reçu 352 mm.
- *
- * *
- Les campagnes agricoles les plus remarquables dans la moitié nord et le centre de la France par l’importance de leur déficit pluviométrique ont été, au cours des 60 dernières années, celles de 1948-1949 ; 1928-1929 ; 1920-1921 ; 1894-1895. Le tableau III permet de comparer ces quatre campagnes au point de vue des hauteurs totales de pluies.
- L’analogie qui existe du point de vue climatologique entre ces quatre années sèches se retrouve au point de vue dynamique. Elles sont toutes, en effet, caractérisées par une prédominance du régime anticyclonique pur sur l’ensemble de la France, ou tout au moins par une très grande fréquence des situations correspondant à des marges affaiblies de systèmes nuageux (tableau IV).
- p.217 - vue 225/406
-
-
-
- 218
- III. — Les pluies des années agricoles les plus sèches en France (en mm).
- Normales 1948-1949 1928-1929 1920-1921 1894-1895
- Nancy 737- 407 658 553 583
- Dijon 6y6 389 650 490 669
- Lille 770 381 566 390 999
- Paris 602 339 433 348 ' 486
- Rennes . 668 409 598 430 628
- Bordeaux 833 477 752 647 651
- Toulouse • 684 384 560 711 660
- Clermont-Ferrand 662 348 641 683 783
- Lyon 827 595 865 644 692
- Marseille ... 542 457 560 793 416
- IV. — Caractères de la situation météorologique générale en France.
- Années agricoles Nombre de jours de :
- (1er septembre-31 août) Temps perturbé Marge de perturbations Temps anticyclonique Régime de transition Total
- 1948-1949 { moitié nord moitié sud 111 115 87 84 167 166 0 0 365 365
- 1928-1929 J moitié nord 135 56 157 17 365
- moitié sud 126 72 150 17 365
- 1920-1921 | moitié nord ..... moitié sud 89 140 140 125 125 89 11 11 365 365
- 1894-1895 j moitié nord 178 50 132 5 365
- moitié sud 205 33 122 5 365
- Lorsqu’on examine les cartes synoptiques de ces quatre années, on observe que ce sont celles de 1920-1921 qui offrent la plus grande ressemblance avec celles de 194S-1949. Dans la moitié nord de la France, on compte, en effet, 254 jours en 1948-1949 et 265 jours en 1920-1921 pendant lesquels rétablissement de hautes pressions sur l’Europe occidentale a maintenu notre pays presque entièrement à l’abri des perturbations atlantiques, dont les trajectoires étaient très nettement décalées vers les latitudes septentrionales. Il n’y a eu que 111 jours en 194S-1949 et 89 en 1920-1921, au cours desquels le temps a été nettement perturbé, et encore îaut-il remarquer que, dans l’une et l’autre de ces années, les passages nuageux caractérisant ces régimes perturbés n’ont très souvent donné lieu qu’à des pluies sporadiques. Dans les régions méridionales, 1948-1949 a compté moins de jours à situation perturbée (115) que 1920-1921 (140).
- Ces deux années agricoles ont été marquées également par l’absence de grands froids, tandis que 1894-1895 et 1928-1929 ont présenté, en janvier et surtout en février, des successions de journées à gelées rigoureuses accompagnées de chutes de neige. Cette situation provenait de l’installation sur le nord-ouest de l’Europe d’un puissant anticyclone constitué par de l’air continental très froid, alors que les perturbations neigeuses étaient alimentées par de l’air chaud apporté par les dépressions méditerranéennes. De ce fait, le nombre de jours à régime perturbé a, dans la moitié nord de la France, été nettement plus élevé en 1S94-1S95 (178) et en 1928-1929 (135) qu’en 1920-1921 (89) et en 1948-1949 (111).
- Il existe malgré tout un trait commun dans l’évolution dynamique de la situation barométrique de ces quatre années : c’est la fréquence relativement faible des jours à régime perturbé, provo-
- quée par un déplacement, d’une durée anormalement longue, de l’anticyclone des Açores vers le nord et le nord-est de l’Europe Centrale.
- On ne manquera pas d’objecter, surtout dans les milieux ruraux, que d’autres sécheresses, notamment celles de 1893, 1911 et 1938, ont présenté un caractère au moins aussi remarquable que celles qui viennent d’être citées. Nous répondrons qu’il s’agissait alors de périodes évidemment très sèches, mais d’une durée limitée à quelques semaines ou au plus à quelques mois, qui furent précédées et suivies de périodes à pluviosité excédentaire ou tout au moins normale. C’est ainsi que la sécheresse intense de 1893 a affecté seulement les mois de mars et d’avril, et que celle de 1911 ne s’est étendue qu’à janvier et février, pour ne reprendre, suivant les régions, que pendant une partie de juillet, août et septembre. En 1938, la raréfaction des précipitations s’est prolongée le plus souvent de février à avril et n’a même pris lin qu’en juin dans une partie de la moitié nord, l’ouest en particulier : durant les cinq mois de février à juin 1938, il est tombé 39 mm d’eau à Rennes (normale : 249 ; en 1949, 131) et 74 mm à Paris (normale : 234 ; en 1949, 126) (tableau Y).
- Il existe donc une différence capitale entre ces sécheresses passagères, si accentuées soient-elles, et le déficit pluviométrique continu de 1948-1949 dont aucun des douze mois n’a pratiquement reçu sa « ration d’eau normale ».
- La sécheresse de 1948-1949, très accentuée dans toute l’Europe occidentale, n’a par .contre affecté ni l’Europe septentrionale, ni
- p.218 - vue 226/406
-
-
-
- 219
- V. — Les sécheresses remarquables de I8ç3, 19II et Iç38.
- Hauteurs totales de pluie (en mm) en :
- Mars et avril Janvier et février Février, mars et avril
- normale 1893 1949 normale 1911 1949 normale 1938 1949
- Nancy . 108 18 43 104 61 54 158 79 67
- Dijon . . 100 11 44 88 39 41 141 29 52
- Lille. . . 114 8 61 112 63 31 162 72 74
- Paris , . 89 6 40 83 25 41 127 33 54
- Rennes. 99 11 62 107 50 35 ' 148 13 76
- Bordeaux . 147 11 78 , 134 36 86 215 29 84
- Toulouse . 129 14 68 91 40 28 172 49 71
- Clermont-Ferrand . 100 24 66 63 40 25 133 29 70
- Lyon . 120 13 92 76 36 49 163 36 101
- Marseille . 85 64 45 71 68 11 121 8 46
- les pays méditerranéens. C’est ainsi qu’en Afrique du Nord française, la pluviosité a été, non seulement excédentaire, mais également très bien répartie au point de vue cultural (à l’exception lu littoral atlantique du Maroc). Aussi, contrairement à ce qui s’était passé en France (où seule la récolte de blé avait été excellente), les productions agricoles de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc (ces dernières par places seulement) ont-elles donné, en 19-49, des rendements satisfaisants, sauf, bien entendu, dans les régions touchées localement par des phénomènes météorologiques adverses (sirocco algérien en août et septembre ; chutes de grêle violentes dans la région de Meknès) (tableau VI).
- Celte différence entre la pluviosité de la France métropolitaine et celle de ses territoires nord-africains pendant la campagne 1948-1949 s’explique facilement. Lorsqu’il se produit, comme en 1949, une transgression de l’anticyclone des Açores, il arrive assez souvent que des perturbations du front polaire, constituées en un courant dérivé de 3NW le long de la face orientale de l’anticyclone, traversent notre pays en direction du Sud et du Sud-Est. Ces perturbations peu actives sur notre territoire, voient l’humidité des masses d’air qui les composent s’accroître au cours de leur trajet sur la Méditerranée ; elles sont dès lors susceptibles d’amener des précipitations, parfois abondantes, lorsqu’elles passent au-dessus
- VI. — Les pluies de l'année agricole I948-I949 en Afrique du Nord française (en mm).
- Automne 1948 Hiver 1948-1949 Printemps 1949 Été 1949 Année 1948-1949
- Rapport Rapport Rapport Rapport Rapport
- Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la
- normale normale normale normale normale
- Sfax 169 1,92 181 3,02 74 1,64 5 1,00 ' 429 2,17
- Tunis 179 1,79 346 1,79 80 0,91 11 0,65 616 1,55
- Bône 245 1,18 391 1,09 253 1,68 15 0,55 904 1,21
- Blida 193 0,98 402 1,39 328 2,17 2 0,13 925 1,42
- Oran 172 1,56 226 1,23 102 1,32 1 0,41 501 1,32
- Oudja 81 0,80 135 - 1,02 230 2,21 17 0,71 463 1,28
- Midélt 47 0,64 65 1,33 252 3,94 34 2,83 398 2,01
- Marrakech 5 0,07 130 1,69 225 3,08 9 0,75 369 1,57 •
- VII. — Les pluies de l'année agricole 1948-1949 sur le littoral de l'Atlantique,
- de la Bretagne à l'A. O. F.
- Automne 1948 Hiver 1948-1949 Printemps 1949 Été 1949 Année 1948-1949
- Rapport Rapport Rapport Rapport Rapport
- Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la Hauteur à la
- normale normale normale normale normale
- Nantes 150 0,65 127 0,56 139 0,79 70 0,46 486 0,62
- Bordeaux 108 0,47 138 0,59 140 0,66 91 0,57 477 0,57
- Lisbonne 5t 0,24 258 1,15 115 0,81 21 0,78 445 0,74
- Tanger 69 0,23 300 0*84 192 0,77 7 0,35 568 0,61
- Casablanca 4 0,03 195 1,15 147 1,36 1 0,12 347 0,82
- Agadir 22 0,33 93 0,85 84 1,68 0 0,00 199 0,88
- Port-Etienne .... 5 0,35 4 0,57 0 0,00 8 2,69 17 0,66
- Dakar 64 0,35 0 0,00 0 0,00 325 0,90 389 0,70
- p.219 - vue 227/406
-
-
-
- des parties septentrionales de l’Afrique du Nord, alors que le littoral occidental de l’Afrique française, qui reste en dehors de leur zone d’action, continue à souffrir d’une forte sécheresse (tableau VII).
- *
- D’après ce que nous avons écrit au début de cet article, des précipitations abondantes durant le semestre d’octobre 1949 à mars 1950 auraient été seules capables de reconstituer, en partie tout au moins, les réserves d’eau du sous-sol. Pendant ces six mois, il n’est tombé que :
- 276 mm à Nancy (Rapport à la normale 0,74)
- 265 )> à Dijon ( » )> 0,76)
- 315 » à Lille ( » » 0,77)
- 261 » à Paris ( * » 0,90)
- 425 » à Rennes ( » » 1,14)
- 569 » à Bordeaux ( » » 1,16)
- 295 » à Toulouse ( » )> 0,89)
- 171 » à Clermont-Ferrand ( » » 0,08)
- 436 » à Lyon ( » )) 1,16)
- 323 )) à Marseille ( » » 0,92)
- Le semestre froid 1949-1950 a continué, dans la plus grande partie du pays, et malgré une forte pluviosité en novembre 1949 et février 1950, à présenter une caractère de sécheresse beaucoup
- reprises vers 1800 dans l’annuaire de la Société Météorologique ».
- Il y aurait un intérêt évident à savoir si ces oscillations pluvio-métriques s’étaient produites avec un rythme analogue dans les siècles antérieurs au xixe ; nous ne disposons malheureusement pour ces époques d’aucune observation instrumentale contrôlée. Le seul moyen de remédier à celte carence consiste à rechercher dans les anciens documents d’archives, vieilles chroniques, registres paroissiaux, « livres de raison », etc..., les indications relatives au « temps » qu’on ne manquait pas d’y inscrire, surtout lorsque l’allure des saisons était remarquablement anormale. C’est en opérant ainsi — sur un nombre de pièces d’ailleurs trop réduit — que nous avons essayé de dresser une liste des groupes d’années pendant lesquelles la sécheresse a revêtu en France l’apparence d’une calamité générale, nettement mise eh évidence par ses con-• séquences : fleuves et rivières traversés à pieds secs ; moulins arrêtés par suite du manque d’eau ; disette générale causée par un dessèchement des récoltes sur pied ; déplacements des troupeaux pour aller s’abreuver à des points d’eau non taris ; prières publiques ordonnées par les évêques pour solliciter la pluie ; processions des reliques des Saints (Sainte Geneviève à Paris) en vue d’obtenir la cessation du fléau.
- Des statistiques analogues établies en Espagne pour le bassin du Douro ont montré que, sur 22 années ayant présenté entre 1513 et 1880 un déficit pluviométrique exceptionnel, 16 s’étaient produites au cours des périodes indiquées ci-dessus comme sèches et 6 seulement pendant les périodes dites pluvieuses (1).
- Vlllt -
- Essai de répartition des périodes sèches et
- pluvieuses en France depuis le début du XVIe siècle.
- Périodes Durée (en années) Caractère dominant de la période Nombre d’années à sécheresse remarquable Années exceptionnellement sèches.
- 1513-1556 44 sec 12 1540'; 1556.
- 1557-1596 40 pluvieux 3 »
- 1597-1639 43 sec 12 1605; 1632; 1636.
- 1640-1679 40 pluvieux 4 1674.
- 1680 1719 .... 40 sec 12 1681 ; 1694; 1719.
- 1720-1759 40 pluvieux 4 ))
- 1760-1805 46 sec 17 1767: 1778; 1793; 1803.
- 1806-1851 46 pluvieux 6 1817; 1825; 1842.
- 1852-1900 . . . . . 49 sec 14 1857; 1858 ; 1895.
- 1901-1941 41 pluvieux 5 1921.
- 1942 ? ? sec ? 1945 ; 1949...
- moins accentué cependant que dans les mois précédents. L’eau tombée pendant cette période a donc été nettement insuffisante pour compenser la raréfaction des précipitations de l’année dernière, et ce n’est pas sans quelque inquiétude qu’ôn peut se demander ce qu’il adviendrait des. nappes d’eau souterraines, sources, puits, etc..., si les saisons prochaines ne recevaient que des quantités de pluie très réduites.
- Peut-on établir à ce sujet quelques pronostics ? Aucun qui soit basé sur des méthodes scientifiques. Tout au plus est-il possible d’émettre sur ce problème certaines idées générales que nous avons exposées en 1949 au Congrès international de Géographie de Lisbonne : « Dans la capitale de la France, une période pluvieuse paraît avoir pris fin vers le milieu du xix8 siècle pour faire place, de 1852 à 1900 environ, à une période plutôt sèche. Un nouveau cycle d’années humides s’est ensuite établi et a persisté jusque vers 1941, début d’une époque à précipitations réduites. Bien qu’une durée d’observations de un à deux siècles soit nettement trop courte pour en tirer des déductions précises, il semble, à première vue, que, dans le climat parisien tout au moins, des périodes à prédominance sèche succèdent, avec une alternance moyenne de 40 à 45 ans, à des périodes à prédominance humide. Cette constatation est d’ailleurs en accord avec la théorie du retour tous les 42 ans environ de certains phénomènes météorologiques, exposés à diverses
- Aucune utilisation pratique immédiate ne peut être basée sur la connaissance de ces cycles qui indiquent seulement Vallure générale présentée par la pluviosité d’un groupe d’années, sans qu’il soit possible de prévoir le caractère particulier de chacune d’elles. C’est ainsi que l’année la plus sèche observée en France, 1921, s’est située en plein milieu de la période humide 1901-1941, 'alors que les précipitations exceptionnellement abondantes du deuxième semestre 1944 sont survenues au cours de la période sèche actuelle. Mais si ces oscillations dans le retour des grandes sécheresses et des périodes de fortes pluies pouvaient être confirmées et précisées par des dépouillements méthodiques de nombreuses archives anciennes, il en résulterait une précieuse contribution à la solution dû problème de la prévision du temps à longue échéance : en s’appuyant, en effet, sur des renseignements basés sur des faits précis observés pendant plusieurs siècles, il serait plus facile de rechercher quelles peuvent être les causes extra-terrestres qui provoquent ces cycles climatologiques à rythme- assez régulier.
- Joseph Saxso.v,
- Inspecteur Général de la Météorologie.
- 1. Sur 20 années dont la sécheresse a provoqué des famines au Maroc du xvi' au xixc siècle, 14 se classent dans les périodes sèches du tableau et 6 dans les périodes pluvieuses (Cf. Ch. Bois, Revue pour l’étude des Calamités, 1949).
- p.220 - vue 228/406
-
-
-
- Le centenaire de Gay-Lussac (1778-1850)
- AFaint-Léonard-de-Xoblat, dans le Limousin, vivait, sous Louis XIV, un médecin, le Dr Gay,'qui laissa le souvenir d’un praticien estimé- de la petite ville, ücre de montrer une église et son clocher remarquable du xu° siècle, et où se trouvaient plusieurs usines de porcelaine.
- Son Ris, Antoine, était procureur et juge. Pour se distinguer d’autres membres de sa famille, il ajouta à son nom, celui de Lus-sac, une de ses propriétés. C’était l’usage ainsi (Philippe Lebon faisait suivre le sien de d’Humbersin, écart lui appartenant).
- C’est donc à Saint-Léonard que naquit, eh décembre 1778, Joseph-Louis Gay, le savant que l’histoire désigne comme Gay-Lussac (i).
- L’enfant, fort intelligent, eut, pour premier maître, l’abbé Bour-deix qui aimait à rappeler combien cet élève avait été turbulent, ch même temps qu’il montrait une vive ardeur au travail. Son frère fut médecin, pendant plus de cinquante ans, dans la petite ville, médecin au diagnostic sur et d’un sens social très averti.
- La Révolution avait ruiné la famille d’Antoine Gay, de petite bourgeoisie. La loi des suspects l’avait contraint à se cacher. Aussi, le jeune homme dut-il étudier seul les mathématiques. Puis, il fut placé dans diverses institutions de Paris ou de banlieue. Il fut reçu brillamment à l’École Polytechnique, au mois de nivôse de l’an VI.
- Gay-Lussac vécut d’abord assez; misérablement, jusqu’au moment où Berthol-let, qui l’avait distingué, le prit comme préparateur à son laboratoire et le fit nommer répétiteur de Fourcroy, à Polytechnique (1 2).
- Pour employer une expression familière, on dirait qu’il avait, dès lors, « le pied à l’étrier ». Aussi bien, s’ouvrait une époque d’une étonnante fécondité scientifique, avec les Proust, Arago, Ampère, Carnot, Biot, Delessert, Vauquelin, Thénard... et au dehors, Davy, Dalton, Faraday, Avogadro, Alexandre de Humboldt.... Ce dernier allait devenir son intime ami et précieux collaborateur. Très loyal, il a sans cesse rendu hommage à Gay-Lussac, à qui il attribuait toujours l’initiative des découvertes communes.
- A peine âgé de 24 ans, le jeune savant donna sa mesure. Il étudia la dilatation des gaz. On était en 1802. Il trouva que, toutes les fois qu’un gaz est entièrement privé d’eau, il se dilate de la 267e partie de son volume à 0°, par chaque degré centigrade d’augmentation dans la température. On reviendra plus loin sur ces recherches, mais il faut dire ici la carrière d’aéronautc du physicien.
- A cette époque, on parlait beaucoup des ballons. Charles (on sait qu'il était le mari d’Elvire) exerçait une profonde influence sur les jeunes savants d’alors. Comme il s’entretenait un jour
- 1. Vers la seconde moitié du xrxü siècle, le nom de Gay-Lussac avait été donné à une rue de Mulhouse. Après la malheureuse guerre de 1870, les Allemands traduisirent, dans leur langue, les appellations françaises, des rues d’Alsace. Ils prirent « Gay » pour l’adjectif « gai » et la rue Gay-Lussac devint la rue « du joyeux Lussac ».
- 2. Bien plus tard, le physicien Henri Régnault fut le préparateur do Gay-Lussac.
- « S’il m’était donné de recommencer l’existence, je ferais, en toute circonstance, ce que j’ai déjà fait une fois. »
- (Dernières paroles de Gaï-Ltjssac).
- avec Gay-Lussac, à qui ses travaux sur les gaz avaient déjà pro-. curé quelque notoriété, il lui dit :
- « Voilà une belle occasion, pour vous, d’arriver d’un bond à la célébrité et à la fortune. On ne manquerait pas de dire que vous ayez démontré votre découverte au péril de votre vie-; outre que vous feriez, certainement, dans les hautes régions de l’atmosphère, des constatations singulières sur la chaleur et la pesanteur de l’air, l’électricité, le magnétisme terrestre... ».
- Gay-Lussac se laissait tenter.
- D’autre part, il importait de vérifier les observations des aéro-nautes anglais Robertson et Lhoest.
- Laplace, Berthollet et Chaptal, ministre de l’Intérieur, décidèrent qu’une mission aérienne serait confiée à Gay-Lussac et à Biot. C’est le 20 août 1804 qu’eut lieu cette célèbre ascension scientifique.
- Une ancienne lithographie montre les savants assis dans la nacelle : Gay-Lussac est coiffé d’un chapeau haut de forme couvrant un madras qui lui cache les oreilles et tient un ballon à la main ; Biot porte une sorte de toque à visière.
- Les aéronautes conclurent que la propriété magnétique n’éprouve aucune diminution appréciable quand on s’éloigne du sol.
- Ils rapportèrent diverses observations thermométriques, hygrométriques, mais il restait bien des points à éclaircir. C’est pourquoi il fut convenu qu’il fallait faire une seconde ascension. Gay-Lussac la ferait seul, car Biot avait mal supporté le voyage.
- Le ballon monta à 6 500 m, hauteur encore jamais atteinte, et qui ne devait être dépassée que 40 ans plus tard, par Barrai et Bixio. Gay-Lussac recueillit de l’air dans un ballon, air que l’analyse démontra de composition identique à celui de la surface. C’était là un résultat d’importance fondamentale à cette date. D’ailleurs, cette constatation venait'confirmer les observations et hypothèses de Berthollet, d’IIumphry Davy, de Saussure.
- Le résultat était donc acquis définitivement pour la physique 0-).
- Lié de grande amitié avec l’érudit allemand de Humboldt, le savant français partit avec lui pour un assez long voyage d’études scientifiques en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie. En ce
- 1. Les ascensions de Biot et do Gay-Lussac n’avaient guère attiré l’attention des princes alors en exil.
- Vers 1820, le duc d’Angoulôme vint visiter l’École Polytechnique et il désira voir Gay-Lussac pour s’entretenir avec lui de ses voyages aériens. La conversation s’engagea, ainsi, dit-on, entre les deux interlocuteurs ;
- « — Mon Dieu ! que vous avez dû être incommodé par la chaleur !
- « — Certainement, mon Prince,. fit le savant qui ne savait trop que répondre, ... seulement....
- « — Allons, interrompit le duc, ne me cachez pas que vous dûtes endurer une chaleur excessive, si près du . soleil. »
- Le duc avait bravement pris le contre-pied des observations normales. Puis l’intrépide naïveté du prince voulut prendre sa revanche :
- « — Quand je suis entré vous parliez du cinabre, veuillez m’apprendre pourquoi le cinabre est d’un si beau rouge ?
- « — J’aurai l’honneur de dire à votre Altesse que cela .tient à l’arrangement des molécules.
- « — J’aurais dû m’en douter, répondit le duc. »
- Fig. 1. — Gay-Lussac, d’après David d’Angers.
- (Photo Giraudon).
- p.221 - vue 229/406
-
-
-
- 222
- dernier pays, ils voulaient se tenir au courant des importants travaux d’Avogadro. Au retour, ils présentèrent ensemble à l’Académie des Sciences un mémoire où se trouve énoncée, pour la première fois, la loi de combinaison des gaz. Les deux savants avaient remarqué que les volumes des gaz qui se combinent sont en rapport simple : 1° entre eux ; 2° avec le composé.
- Dans l’année 1806, Gay-Lussac fut élu à l'Académie des Sciences. Il avait 28 ans.
- A l’instigation de Laplace, Gay-Lussac avait constaté que le coefficient de dilatation était le même pour tous les gaz, et, comme Avogadro devait après lui le confirmer plus tard, il faisait une différence de grandeur entre molécules et atomes. Ces conclusions d’Avogadro. allaient, bientôt, être dépassées par celles d'Ampère qui écrivait à Berthollet en 1824 :
- « Vous savez que l’importante découverte de Gay-Lussac m’a fait naître l’idée d’une théorie qui explique tous les faits découverts par cet illustre chimiste. Les particules de tous les gaz, simples ou composés, sont placées à la même distance les unes des autres. Leur nombre est proportionnel au volume du gaz... ».
- Ses investigations sur les gaz — comme celles de J.-B. Dumas sur les densités des vapeurs — forment les bases de la physicochimie, comme celles de Lavoisier et de Laplace avaient fondé la thermo-chimie. Il préparait la voie à la théorie cinétique des gaz.
- Les lois qui régissent l’intensité du courant, ainsi que la notion de la résistance du circuit avaient été entrevues par Gay-Lussac et Thénard dans leurs expériences de 1811. Davy en donna des aperçus plus poussés quelques années plus tard, aperçus qui devaient être confirmés par Becquerel et Ohm.
- Esprit philosophique, Gay-Lussac a scellé, par ses travaux mémorables, l'union de la physique et de la chimie, en marquant nettement par où ces deux sciences se rejoignent, et comment la plus simple, la physique éclaire la plus complexe qui est la chimie.
- Les lois qu’il formula comptent parmi les plus importantes qu’on ait établies.
- La physique, au sens étymologique, signifie : étude de la nature que les écrivains latins ont appelée philosophie naturelle.
- Parmi ses travaux en sciences naturelles — pour reprendre ce terme — il faut mentionner qu’il a donné une explication de la suspension des nuages.
- Il est encore l’inventeur du baromètre à siphon qui porte 6on nom et qui, modifié par Bunten, évite les erreurs provenant de la capillarité. Peu après, environ les années 1817, il inventa un alcoomètre perfectionné qui est encore l’alcoomètre légal, instrument destiné à faire connaître la richesse en alcool des mélanges d’alcool pur et d’eau pure. 1
- Chez Gay-Lussac, le chimiste venait toujours compléter et prolonger le physicien. Aussi bien, reste-t-il à nos yeux un chimiste. Et, dans ce domaine, ses trouvailles et ses travaux sont fort nombreux.
- Il a démontré que le chlore est un corps simple.
- Ses recherches sur le bore, l’iode et le cyanogène portent l’empreinte d’un esprit élevé et méthodique qui surmonte les difficultés de la raison par une puissante imagination scientifique.
- En 1808, Thénard et lui découvrirent le bore, corps simple et noirâtre qui brûle avec un vif éclat dans l’oxygène et se rapproche du carbone par ses propriétés.
- Les mêmes chimistes ont trouvé et décrit l’acide fluorhydrique.
- En 1815, Gay-Lussac publia un mémoire sur l’acide prussique. Avant lui, on l’obtenait impur, mélangé à l’eau. Il démontra que cet acide est formé d’hydrogène et de cyanogène, lui-même composé d’azote et de carbone.
- Sa compétence en chimie devait bientôt le faire rechercher par l’industrie.
- Un fabricant de salpêtre, Courtois, avait remarqué, dans des cendres de varechs, un produit nouveau. Humphry Davy, Anglais, mis au courant de ce fait, poussait ses investigations dans cette
- voie. Jaloux de conserver-cette découverte à la France C1), Gay-Lussac s’acharna à de telles recherches, et, au bout de très peu de jours, ayant gagné Davy de vitesse, il présenta à l’Académie des Sciences une étude complète sur l’iode.
- D’autre part, les Anglais commencèrent à fabriquer de petites quantités de potasse et de soude. Napoléon encouragea et finança les travaux et essais de Gay-Lussac qui parvint, ici encore, à devancer Davy et produisit de bien plus grandes quantités de ces sels.
- Bien plus tard, sous Louis-Philippe, le savant introduisit à l’usine de Chauny (Société de Saint-Gobain dont il fut en quelque sorte l’ingénieur-chimiste conseil), le premier appareil pour la récupération des produits nitreux, à la sortie des chambres. Ce-dispositif a été appelé « la tour de Gay-Lussac ».
- Le savant avait noué de solides amitiés, avons-nous dit, avec les élites du monde scientifique et industriel. Berthollet était un des amis les plus fidèles et les plus chers. C’est pourquoi il chargea Gay-Lussac, en-lS07, d'organiser la fameuse Société d’Arcueil que Berthollet avait créée dans sa propriété d’Arcueil (2), et qui comptait des membres éminents des milieux intellectuels du moment. Cette nouvelle pléiade (la première a Pléiade » se réunissait aussi à Arcueil) tenait des séances régulières, avait ses publications, et c’est dans ces revues qu’avec Biot, Gay-Lussac fit paraître le résumé de leurs observations « Sur le magnétisme » qui avait formé l’un des buts de leur expédition aérienne.
- Tel Jean-Baptiste Dumas, il voulut goûter à la vie politique. En 1831, il fut élu député par son département. Des interventions peu nombreuses, mais toujours marquées au coin du sens pratique, le faisaient apprécier de ses collègues. Il se présenta une-seconde fois devant ses électeurs, mais sans succès. Louis-Philippe qui l’estimait le nomma Pair de France.
- Les honneurs et les titres ne lui manquèrent pas. Il ne les,brigua pas, étant d’un naturel plutôt réservé, mais les contemporains surent apprécier et reconnaître sa valeur et son mérite. Il fut membre de l’Académie des Sciences, professeur à l’École Polytechnique, essayeur à la Monnaie, professeur à la Faculté des Sciences, au Conservatoire des Arts et Métiers. En outre, Gay-Lussac, à des titres divers, était conseil de plusieurs entreprises industrielles. Ses appointements, de ce fait, atteignaient un total important. Le Gouvernement l’avait logé à l’Arsenal, dans un appartement très confortable. Puis, on remplaça cette habitation par un des plus jolis manoirs du Jardin des Plantes.
- Dans ses chaires, Gay-Lussac avait l’élocution élevée, la parole claire, simple mais toujours correcte ou élégante. Comme il connaissait ù fond l’anglais, l’allemand et l’italien, l’étendue de ses connaissances sur le mouvement intellectuel et scientifique était fort grande.
- Manipulateur, il opérait avec une grande habileté. Toutefois, il lui arriva un jour, raconte Arago, qu’il se blessa assez grièvement au visage. Dupuytren eut beaucoup de peine à lui conserver la vue.
- Au privé, Gay-Lussac se montrait un homme d’un commerce très agréable et son foyer était fort accueillant.
- Tel Monge qui s’était épris, au bout de quelques heures de conversation, d’une jeune veuve, Mme Horbon, Gay-Lussac demanda la main d’une modeste employée de lingerie parce qu’il l’avait vue lisant un livre de chimie. Et ce furent pour ces deux savants des unions exceptionnellement heureuses. Il s’était marié en 1809 et vécut quarante années d’un bonheur sans mélange. Quelques jours avant sa mort, survenue en 4850, il disait à sa femme : « Aimons-nous jusqu’au dernier moment, la sincérité des attachements est le seul bonheur sur la terre ». Elle avait été pour le savant une
- 1, Patriote ardent, il se montrait parfois d’un chauvinisme exagéré. S’il faut en croire Arago, il aima son pays natal jusqu’à n’avoir jamais voulu assister à une représentation de Pourceaugnac, parce que Molière avait fait naître Pourceaugnac à Limoges I
- 2. Plus tard, s’y installa l’École Albert-le-Grand, maison des Dominicains dont on sait la fin tragique en 1871.
- p.222 - vue 230/406
-
-
-
- 223
- vraie collaboratrice, le comprenant, l’ehcourageant. Peu de temps après la mort de son mari, elle reçut, de Berlin, une lettre d’Alexandre de Humboldt dont voici quelques lignes :
- « L’amitié dont m’a honoré ce grand et beau caractère a rempli une belle portion de ma vie. Toutes les phases de son existence active se présentent à ma mémoire avec un charme indicible. Je n’ai besoin de raisonner ni mon admiration, ni mon éternelle
- reconnaissance à celui dont vous avez fait le bonheur par vos nobles qualités du cœur et de l’esprit... ».
- Il y a cent ans que la science française, que la science physicochimique ont perdu Gay-Lussac. Les centenaires donnent l’occasion de rappeler la vie et la carrière des personnages d’autrefois et de recréer l’ambiance dans laquelle ils avaient vécu.
- Amédée Fayol
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1er au 31 sa déclinaison décroît de + 1S°6' à 4- 8°4b' ; la durée du jour passe de 15h4m le 1er à 13h29m le 31 ; diamètre apparent le 1er =31'34", 18, le 31 = 31'44",66. — LUNE : Phases : D. Q. le 5 à 19h36m, N. L. le 13 à 16M8m, P. Q. le 20 à 15h35m, P. L. le 27 à 14hbira ; apogée le 6 à 15h, diamètre apparent 29'34" ; périgée le 20 à bh, diamètre apparent 32'20''. Principales conjonctions : avec Uranus le 10 à 8H9m, à 4°o0' S. ; avec Vénus le 11 à ILMO™, à 4°43' S. ; avec Mercure le lb à 1SJ1, à 2°14' S., et avec Saturne à 20hlm, à 1°11' iN. ; avec Neptune le 17 à 19h2m, à 3°27' N. ; avec Mars le 19 à 4h, à 2°31' N. ; avec Jupiter le 27 à ll^l1", à 1°7' N. Principales occultations : de 20 Poissons (bm,6) le 1er, émersion à 22M9m,8 ; de 23 Taureau, ou Mérope des Pléiades (4jn,2) le 7, immersion à 3h37m,7 ; de e Poissons (4m,4) le 30, immersion à 23h43m,2, émersion le 31 à 0hb0m,0. — PLANETES : Mercure, plus grande élongation du soir le 2-1 à 4h, à 27°20' E., la planète se couchant 1 heure seulement après le Soleil, en conjonction avec a Lion (Régulus) le 1er à tlh, l’étoile à 0°32' S. ; Vénus, astre du matin, se lève le 17 à 2h3Sm, soit 211 avant le Soleil, diam. app. 11",0 ; Mars, entre la Vierge et la Balance, visible le soir, se couche le 17 à 21M5m, diam. app. 6",3 ; Jupiter, dans le Verseau, visible toute la nuit, en opposition avec le Soleil le 26 à 7h, se lève le 17 à 19h22m, diamètre polaire app. 4b",9 ; Saturne,
- AOUT 1950
- dans le Lion, inobservable ; Uranus, dans les Gémeaux, un peu visible le matin à la fin du mois, se lève le 29 à 23hb4m ; Neptune, dans la Vierge, inobservable. — ETOILES EILANTES : Perséides le 11, radiant vers p Persée (rapides, traînées jaunâtres). — ETOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2™ ,2-3m,b) : le 2 à 0h,6, le 4 à 2111,4, le 22 à 2h,3, le 24 à 23^,1 ; minima de § Lyre (3nl,4-4m,3) : le 3 à 3h,0, le 28 à 23 b,7 ; maximum le R Grande Ourse (b“,9-13“\6) le 27. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 9 à 4h31m17s, le 19 à 3hb2m10s, le 29 à 3M3m2s.
- Phénomènes remarquables. — L’occultation des Pléiades le 7 août (heure de l’immersion de Mérope pour Lyon : 3h34m,2, pour Toulouse : 3h27m,2, d’Alcjrone (3m,0) pour Toulouse : 4h13m,4). — L’essaim des Perséides, dont la Terre rencontre la partie la plus dense le 11 ; à observer de part et d’autre de cette- date. — L’opposition de Jupiter le 26 ; rechercher pendant tout le mois les satellites à l’aide d’une jumelle.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Célèbres problèmes mathématiques, par E. Callendreau. 1 vol., 480 p. Albin Michel, Paris, 1949. Prix : 1 500 francs.
- Livre extrêmement intéressant réunissant des problèmes mathématiques auxquels reste attaché un grand nom, ou qui ont donné lieu aux développements les plus féconds ou dont la solution n’a été obtenue qu’après l’effort continu de plusieurs générations de chercheurs. Il est divisé en plusieurs parties ayant trait à l’arithmétique, à l’algèbre et à l’analyse, à la géométrie, à la mécanique et à l’astronomie. Un préambule fixe l’origine de chaque problème, expose l’histoire de son développement, mentionne les noms des savants qui s’y sont intéressés. Les démonstrations sont données le plus souvent sous forme élémentaire.
- Un axiome universel. Ses applications aux Sciences expérimentales, par G. Reboul et J. A. Reboül. 1 vol., 148 p., 15 fig. Gau-thier-Villars, Paris, 1950. Prix : 1 300 francs.
- Appartenant à la série des monographies sur les probabilités, cet ouvrage a ôté rédigé par des expérimentateurs et ramène la solution de la plupart des problèmes qui intéressent toutes les branches scientifiques à des questions de probabilité. Les auteurs posent comme axiome que, dans tout système en évolution, un changement fini de l’état du système est la somme intégrale des changements élémentaires uniquement régis par les lois du hasard. Toutes les lois physiques et biologiques peuvent être considérées comme des lois de probabilité d’action d’une ou plusieurs causes dont les auteurs passent en revue les applications.
- Leçons sur les constructions géométriques, par II. Lebesgue. 1 vol., 304 p. Gauthier-Villars, Paris, 1950.
- Dernières leçons professées au Collège de France en 1940-1941 par un maître des mathématiques. La première partie étudie à la lumière des théories modernes les problèmes célèbres de l’antiquité sur les constructions par la règle et le compas ; il traite aussi des courbes décrites par les points d’un système articulé.
- La deuxième partie est consacrée à la solution des problèmes d’algèbre soulevés par ces constructions géométriques. Une troisième partie s’occupe des points à coordonnées rationnelles situés sur une courbe algébrique et de la construction des points de ces courbes.
- Topographie, théorie et pratique, par M. Barbier. 1 vol. in-8°, 272 p., 181 fig. Technique et Vulgarisation, Paris, 1950. Prix : 750 francs.
- Description des instruments et des modes d’emploi avec exposé des procédés de levés généraux et particuliers. Un chapitre est réservé aux levés d’un genre spécial : tachéométrie, photo-grammétrie, hydrotopographie. Sont décrits aussi les opérations de piquetage, le tracé des courbes, le levé des profils en travers.
- La pratique de la moto, par P. Boyenval. 1 vol. 176 p., 111 fig. Technique et vulgarisation, Paris, 1949. Prix : 270 francs.
- La moto, moyen de locomotion intermédiaire entre la bicyclette et l’auto, a ses fervents adeptes. Us seront heureux de connaître l’engin qu’ils utilisent, comment l’entretenir, le réparer, éviter les pannes. Ils trouveront aussi des renseignements sur la conduite, le garage, les règlements de circulation en France,' en Belgique et en Suissse, les plaisirs qu’elle peut procurer et même sur les courses sportives.
- La pratique de l’automobile, par R. Guerber. 1 vol., 262 p., 224 fig. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949.
- Description, sans détails inutiles, mais de façon très complète, de tout ce qu’un automobiliste doit connaître sur la construction de sa voiture, les différents organes, la conduite, l’entretien, la recherche des pannes, l’équipement élcetrique, la façon de choisir un véhicule d’occasion. Quelques indications sont en outre données sur les véhicules électriques.
- La mécanique ondulatoire des systèmes de corpuscules, par L. de Broglie. 2e édition. 1 vol., 220 p., 18 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 1.050 francs.
- Deuxième édition d’un ouvrage devenu un des classiques de la physique moderne comprenant un rappel des résultats classiques de la mécanique rationnelle, un exposé de la mécanique ondulatoire, les principes de la mécanique ondulatoire des systèmes, la théorie du centre de gravité, un aperçu sur les méthodes de perturbation en mécanique ondulatoire, l’étude des systèmes contenant des particules identiques, puis des particules de même nature, enfin des applications telles que la théorie de la molécule d’hydrogène, l’ortho et le para-hydrogène, les spectres de bandes, le spin des noyaux d’atome.
- L’arme atomique, par P. Genaud. 1 vol., 416 p., 155 fig., 1 pl. Dunod, Paris, 1950. Prix relié : 1 450 francs.
- Ce livre présente un triple aspect : scientifique, médical et militaire assez inquiétant pour ceux qui, après Hiroshima, n’espéraient voir paraître que des ouvrages traitant des bienfaits possibles de l’énergie atomique. La première partie expose de manière plutôt vulgarisée les bases physiques de l’arme atomique ; la deuxième a trait aux effets de l’explosif atomique sur les êtres vivants et si elle est riche en documents, elle est pénible -à lire par les réflexions qu’elle suggère ; la troisième décrit les moyens et mesures de défense, et n’est guère réconfortante. L’auteur, en publiant ce livre riche en renseignements et en enseignements qu’il a rassemblés au cours de ses missions en Angleterre et aux Etats-Unis et en interrogeant des survivants des bombardements de 1945 au Japon a voulu jeter un cri d’alarme. Souhaitons qu’il soit entendu.
- La prospection géophysique, par Louis Ca-gniard. 1 vol. in-16, 203 p., 23 fig. 8 pl. Collection « La science vivante ». Presses universitaires de Prance, Paris, 1950.
- Presque toute la surface des terres a maintenant été explorée en vue d’y reconnaître les gisements de pétrole et de minéraux. On emploie des méthodes gravimétriques, magnétiques, élec-
- p.223 - vue 231/406
-
-
-
- triques, séismiques, on eu essaie bien d’autres, on prospecte meme en avion et le développement des techniques physiques en ces dernières années a transformé l’exploitation de la croûte terrestre. L’auteur, qui a longuement pratiqué ces recherches explique ici, sans appareil mathématique et sans détails géologiques, les principes et les appareils mis en œuvre ; il fait clairement comprendre l’importance et le puissant intérêt de ces nouveaux moyens.
- L’état gazeux, par André Ricci. 1 vol. in-16, 128 p., 29 lig. Collection « Que sais-je P ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- Un des trois états de la matière, soumis à l'état parfait à des lois physiques simples telles que celles de Mariotte, d’Avogadro et celle de Joule qui est à la base de toute la thermodynamique. Les états réels sont plus complexes et ont conduit d’une part à la liquéfaction des gaz et. d’autre part à des théories cinétiques qui rejoignent les conceptions les plus récentes de la physique moderne.
- Chimie générale. Volume II. Cinétique, thermodynamique, équilibre, par P. Pascal. 1 vol. in-8°, 464 p., 230 fig. Masson et Cle, Paris, 1950. Prix : 1 700 francs.
- Dans un premier volume l’auteur avait traité de l’atomistique et des problèmes fondamentaux de structure. Le second volume, inspiré comme le précédent du cours professé par l’auteur à la Sorbonne, concerne l’évolution des systèmes chimiques. Un premier chapitre est consacré à la cinétique chimique et au mécanisme des réactions en milieu homogène et en milieu hétérogène ; les systèmes explosifs viennent ensuite, puis la photochimie. Un important développement est réservé à la thermodynamique chimique, au calcul de l’affinité chimique d’un système et au théorème de Nernst, puis l'auteur passe à l’élude de l’équilibre des systèmes : systèmes unaires, allotropie cristalline, états méso-morphes, systèmes binaires et ternaires, cristallisation des liquides ternaires, distillation des ternaires homogènes, diagrammes carrés, allotropie dynamique. Le livre s'adresse aux étudiants de licence et d'agrégation, aux élèves des grandes écoles, et constitue le premier travail en français consacré de façon complète à la chimie générale.
- Les dérivés chimiques du caoutchouc naturel, par J. Le Bras et A. Delalande. 1 vol. in-8°, 510 p., 47 fig. Dunod, Paris. Prix : 1 880 francs.
- Ce volume de la collection « Matériaux de synthèse » est une excellente mise au point d'une question assez peu connue. Il étudie la préparation, les propriétés et les applications des dérivés chimiques du caoutchouc naturel dont certains, tels les caoutchoucs chlorés, les caoutchoucs chlorhydrates (Pléofilm), les dérivés oxydés, cyclisés, ont pris une place importante
- notamment dans les industries des peintures, vernis, plastiques, etc.
- L’état colloïdal et l'industrie. Tome II, Applications industrielles des propriétés colloïdales, par W. Kopaczewski. 2e édition. 1 vol. in-S0, 606 p., 110 fig. Béranger, Paris, 1949.
- Cette 2e édition comporte des compléments et des chapitres nouveaux. L’ouvrage traite des propriétés et des applications mécaniques et
- électriques des colloïdes, des conditions d’équilibre de l’état colloïdal, des caractères et propriétés des gels, etc. Ce travail apporte nombre de faits expérimentaux et de références sur des sujets maintenant entrés dans la pratique industrielle.
- Mountains in colour, par Frank S. Smytiie. 1 vol. in-4°, 155 p., 57 photos en couleurs de l’auteur. Max Parrish and G0, London, 1949. Prix : relié, 25 sh.
- Les amoureux de la montagne, qu’ils la pratiquent ou qu’ils en rêvent seulement, seront en admiration devant ces 57 planches en couleurs, tirées à- la perfection. Ils envieront l’auteur qui a pu voir de tels paysages, qui a su les photographier à l’heure la plus favorable et du point de vue le mieux choisi, et qui en
- outre, .d’une plume alerte, sait conter' ses escalades dans tous les pays du monde, dans THima-
- laya où il participa aux expéditions yers le mont Everest, aux sites classiques des Alpes suisses et aux Montagnes rocheuses, comme ses promenades dans les collines d’Ecosse, d’Angleterre, du Pays de Galles et dans les montagnes côtières des Etats-Unis et du Canada, près des côtes atlantiques et pacifiques. Certains levers de soleil en haute montagne, sur la neige, certains couchers au bord des lacs, certains paysages de bois à l’automne sont des tableaux accomplis.
- Vocation alpine, par Armand Gharlet. 1 vol. in-8°, 209 p., 12 pl. Collection « Montagne ». Attinger, NeucliâteL et Paris, 1949. Prix ; 450 francs.
- Ces souvenirs d’un des grands guides de Cha-monix sont délicieux. Ils montrent d’abord ce monde des guides, si fermé, si particulier de courage, d’audace et aussi d’effort et de fierté du devoir ; puis ils content sobrement les exploits, notamment les escalades des aiguilles du Diable ; enfin, ils montrent Ja rapide évolution de l’alpinisme, depuis les skis, les crampons, l’équipement léger. Une belle figure s’en dégage que les amateurs de la montagne aimeront.
- Le tapis volant, par R. IIalliburon. 1 vol. cartonné, 282 p. Editions de la Paix, Paris, 1949.
- Le lapis volant est un petit avion rouge et or qui promène son propriétaire, un riche américain et son mécanicien, de Singaiiour à Tombouctou. Ecrit avec bonne humeur, émaillé de détails ou d’anecdotes pittoresques, le livre conduit du lac Tchad au siège de la Légion étrangère à Sidi-Bel-Abbès, du Cervin à Jérusalem, de Bagdad au voisinage de l’Everest. Le lecteur suit les traces d’Alexandre-te-Grand, participe à la vie d’une prison persane et à une réception chez les coupeurs de tète de Bornéo.
- Aventures au Tchad, par M. Bouquant et A. Maiiuzier. 1 vol., 190 p., photographies. Éditions de l’Ermite, Paris, 1949.
- Récit d’un périple on kayaks sur le Chari et sur le Tchad de trois ardents canoéistes que ne découragent ni les difficultés, ni la chaleur, ni les moustiques pour traverser le lac Tchad au milieu d’iles sans terre, de macérages et même de tempêtes. Le livre fait connaître le lac mystérieux aux aspects continuellement changeants qui déroutent les guides. Histoires de chasses, de réceptions par les peuplades nègres, de caravanes dans les sables pour le retour.
- Alaska, terre d’aventure, par Arthur Heye. 1 vol. cartonné, 220 p. Éditions de la Paix, Paris, 1949.
- Ce livre traduit de l’allemand retrace les aventures d’un journaliste et de sa femme partis vivre la vie des trappeurs dans l’isolement le plus complet, avec un unique compagnon que la solitude a rendu à demi fou et qui ne peut plus supporter le contact d’autres humains ; récits de chasses, de pêches au saumon, de tourmentes de neige, de tremblements de terre par une température de — 35° avec les pires ennemis de l’homme dans ces. régions : les moustiques.
- The nature of the bacterial surface. 1 vol.
- in-8°, 179 p., fig., 12 pl. Blackwell, Oxford, 1949. Prix : relié, 15 sh.
- Un symposium organisé par la Society for general Microbiology de Londres, a réuni biologistes, physiciens, chimistes pour discuter de la nature de la surface des bactéries, notamment à la lumière des images de la microscopie électronique. L’accord ne s’est pas fait sur la valeur des images, mais de très beaux documents ont été présentés et des idées nouvelles ont apparu, ce qui est le but de tout symposium.
- La biologie des sols, par Jacques Duché. 1 vol. in-16, 128 p., 11 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- Le sol est la couche superficielle cle terre où vivent les plantes et les virus, les bactéries, les champignons, les algues, des animaux de toutes sortes. Ces êtres vivants réagissent entre eux et sur leur substratum et l'homme intervient aussi pour le modifier par ses cultures. La pédologie commence à se préoccuper de ces faits et à les étudier dans .ce sens.
- An exploratory study of soil groups in the Belgian Congo, par Charles E. Kellogg et Fidelia D. Dayol. 1 vol. in-8°, 73 p., 35 fig. institut national pour l’étude agronomique du Congo belge, Bruxelles, 1949. Prix : 100 francs belges.
- Le chef du service des sols des États-Unis a rapidement visité le Congo belge, analysé les types de sols, proposé leur cartographie. Il donne les caractères des cultures, des savanes, des terres latéritiques diverses : pli, ions échangeables, argiles, et indique les recherches à poursuivre.
- Les tourteaux alimentaires, par Raymond Jacquot et Pierre Merat. 1 vo.l in-8°, 65 p., 2 pl. Institut technique d’études et de recherches des corps gras. Paris, 1949.
- La fabrication des huiles laisse comme sous-produits des tourteaux, devenus par leur richesse en matières azotées de précieux aliments complémentaires pour le bétail. Cette étude rassemble les données sur leur composition, leur valeur protidique, leur teneur en vitamines B, leur digestibilité. et leurs effets dans l’élevage des bovins, des ovins, du porc et des volailles.
- Formulaire de parfumerie et de cosmétologie, par R. M. Gattefossé. 1 vol. in-8°, 367 p. Girardot, Paris, 1950. Prix : relié, 1 600 francs.
- Expert en la matière, grand utilisateur de parfums artificiels et de corps organiques nouveaux, l’auteur n’a cessé de chercher des mélanges heureux et il continue. Il rassemble ici plus de 700 formules d’eaux de toilette, de parfums, de crèmes de beauté, de fards, de lotions, de dentifrices, de produits capillaires et de produits pour les ongles.
- Rythme et modalités de l’évolution, par le
- Dr George Gaylord Simpson. 1 vol. in-16, 354 p., 36 fig. Collection « Sciences d'aujourd’hui ». Albin Michel, Paris, 1950. Prix : 540 francs.
- L’auteur cherche une synthèse des théories de l’évolution en rapprochant- les points de vue du paléontologiste, du génétiste, du systématicien et de l’écologiste ; l’un dispose du temps, l’autre du nombre, le dernier du milieu. Il aboutit à une théorie néo-darwinienne où interviennent le taux de mutation, les discontinuités, l'inertie, l'orientation et la force vive de l'évolution, l’adaptation au milieu, pour aboutir à la différenciation spécifique, l'évolution phylétique et l’évolution quantique.
- Faune de France. 51. Coléoptères Carabi-
- ques (Supplément), par René Jeannel. 1 vol. in-8°, 51 p., 20 pl. Lechevalier, Paris, 1949. Prix : 1 500 francs.
- Après avoir consacré deux volumes à ce groupe, le professeur du Muséum a reçu tant de renseignements, notamment sur la faune des cavernes et celle des Pyrénées qu'il a dû écrire ce supplément pour étendre les aires géographiques, ajouter de nouvelles espèces et sous-espè-ces et même reviser tout un sous-genre. Des planches aux dessins précis complètent les déterminations.
- La ruche album-éventail, par L. Marcoz. 1 broch. in-16', 77 p., 4 fig. La Maison rustique, Paris, 1949. Prix : 140 francs.
- L’auteur a inventé un dispositif pour rendre les cadres des ruches feuilletables afin de trouver facilement la reine qu’on veut remplacer. Il montre son installation et ses avantages.
- Investigations on the « Dana » Octopoda,
- Part I, par Sven Tiiore. 1 vol. in-4°, 85 p., 69 fig. Dana Report, n° 33, 1949. Prix : 15 sh.
- Heteropoda, par J. J. Tescii. 1 vol. in-4°, 53 p., 44 fig., 5 pl. Dana-Report, n° 34, 1949. Prix : 15 sh.
- Reitzels, Copenhague et Oxford University Press, Londres.
- Suite de l’inventaire des très riches collections faites par le Dr Jolis. Schmidt pendant ses expéditions et notamment celle de 1928-1930 autour du monde. Le premier mémoire traite de très rares Céphalopodes, le second de Mollusques hétéropodes encore mal connus. L’abondance des récoltes et la compétence des auteurs
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre ic>5o, n° ioqô. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2l83. — y-IpÔO.
- p.224 - vue 232/406
-
-
-
- N° 3184
- Août 1950
- Fig. 1. — Chenille du Lasiocampe du Pin (Dendrolimus pini), montrant à la fois un cas d’homotypie, par l’aspect du tégument et la couleur, et de dissimulation des contours et de l’ombre portée par la présence de lobes charnus et de poils sur les côtés du corps (la flèche
- indique l’emplacement de la chenille sur une petite branche de Pin).
- La signification biologique des COLORATIONS ANIMALES
- On saiOquc les colorations externes des animaux peuvent être le résultat de deux actions très différentes. Les unes sont dues à des pigments distribués dans les téguments, dont le rôle est d’absorber certains des rayons composant la lumière et de réfléchir le reste, constituant à nos yeux une couleur définie suivant la qualité des rayons absorbés; ces couleurs sont dites pigmentaires ou chimiques. La deuxième catégorie' de colorations résulte de la dissociation de la lumière sur la surface des téguments, produite par des stries très fines ou par des couches minces.; ce sont les couleurs physiques ou d’interférence. Les couleurs physiques ont pour la plupart un aspect brillant, métallique, elles sont le plus souvent bleues ou vertes; les couleurs pigmentaires sont plutôt des rouges, des jaunes, des noirs; les verts peuvent être dus à des pigments ou être le résultat d’une combinaison d’un pigment jaune vu à travers une couche structurale bleue.
- Mais on peut considérer les colorations animales à un autre point de vue, celui de leur signification dans la vie des animaux, particulièrement en ce qui concerne leurs relations avec le milieu où ils vivent. Ce sont les changements rapides de couleurs de certaines espèces qui ont attiré depuis longtemps
- l’attention des naturalistes aussi bien que des simples curieux. Le Caméléon est déjà cité par Aristote pour cette particularité et l’on raconte que les gastronomes romains aimaient à admirer les belles couleurs par lesquelles passaient les Mulets sortis de leurs viviers, avant de mourir. Toutefois, l’étude scientifique des colorations animales ne remonte guère qu’au début du xixe siècle et ce n’est qu’en 1890 qu’un ouvrage d’ensemble sur cette question a été pour la première fois publié. Ce travail est dû à un grand entomologiste anglais, Ed. B. Poulton, qui consacra une longue vie de recherches à l’étude des colorations animales. Dans son livre intitulé The colours of Animais, Poulton donne une classification des couleurs basée non sur leur aspect ou sur leur origine, mais sur leur signification biologique. Cette classification a été acceptée par tous les naturalistes et n’a reçu que de légères retouches, et surtout des complications, de la part des biologistes modernes, en particulier Hugh B. Co'tt et' Julian Huxley. La classification de Poulton est entièrement appuyée sur l’idée de la valeur protectrice des colorations animales et sur l’importance de la sélection naturelle dans la perfection de ces couleurs. De l’ensemble un peu compliqué édifié par Poulton et ses continuateurs, on peut, négligeant les détails, retenir les
- p.225 - vue 233/406
-
-
-
- 226
- Fig. 2. — Une Noctuelle homotypique sur une écorce (Miselia oxyacaivthæ).
- points suivants. Les colorations animales se divisent en deux grands groupes, les couleurs cryptiques et les couleurs sémati-ques. Ainsi que l’étymologie du mot l’indique, les premières semblent avoir pour but de dissimuler l’animal dans son milieu; elles sont le plus souvent ternes, uniformes, sans dessins très marqués. Les couleurs sématiques (du grec criju's, signal) semblent au contraire attirer l’attention sur l’animal par leur vivacité et leur contraste avec le milieu; elles montrent souvent des dessins très nets et des oppositions de teintes vives, rouge et noir, jaune et noir, noir et blanc, etc... Pourquoi avoir donné ce nom de sématiques (ou encore divertissantes, prémonitoires) à ces colorations et comment supposer que l’animal trouve un avantage quelconque à se signaler à l’attention de prédateurs éventuels ? A cette apparente contradiction, Poulton a suggéré une explication fort ingénieuse et, sans doute en partie au moins, valable. On a remarqué que la plupart des animaux pourvus de colorations sématiques semblent avoir en même temps à leur disposition un moyen de défense efficace : émission de liquides caustiques ou d’odeurs nauséabondes, possession de dents ou d’aiguillons venimeux, présence de poils urticants, téguments particulièrement résistants; ou, simplement, qualité des tissus qui les rendent désagréables aux prédateurs, ce que les Anglais expriment par le mot si expressif et difficile à traduire de « unpalatability ». Les prédateurs, avertis par une expérience antérieure, éviteraient de s’attaquer à ces animaux.
- Cependant, tous les animaux à couleurs voyantes ne possèdent pas ces qualités; certains d’entre eux sont parfaitement acceptés par les prédateurs et ne présentent aucune défense spéciale. Mais on remarque alors qu’ils ressemblent, et parfois de façon extraordinaire, aux premiers; on en conclut que cette ressemblance leur permet de profiter de la protection de leurs modèles et l’on dira que les couleurs des espèces réellement défendues sont aposématiques, celles des imitateurs sont pseuda-
- posématiques. Ces deux termes peuvent être opposés au terme cryptique et les deux catégories ainsi définies nous permettent d’aborder avec un peu plus de détails l’étude des colorations animales.
- Colorations cryptiques.
- C’est un fait d’observation courante que bon nombre d’animaux sont peu visibles dans le milieu où ils se tiennent habituellement. Quiconque a vu un lièvre s’échapper brusquement, presque à ses pieds, du sillon où il était tapi, aura une idée assez exacte du phénomène. On dit alors que l’animal est homochrome et l’étude des colorations cryptiques se confond avec celle de l'homochromie.
- Homochromie simple. — Cette ressemblance générale de la teinte d’un animal avec celle de son milieu peut être désignée comme homochromie simple. On en trouve de nombreux exemples dans la nature, mais certains milieux en montrent les cas les plus caractéristiques. Ce sont d’abord les herbes et les feuillages; c’est sans doute le milieu le plus fréquent et le plus étendu, puisqu’il comprend à la fois les prairies et toutes les forêts. A ce milieu sont liés un bon nombre d’animaux verts, en particulier des Insectes, des Reptiles, des Batraciens, et quelques Oiseaux. Bien entendu, il ne s’agit que d’une majorité, car de nombreux animaux hétérochromes vivent également dans les feuillages. La couleur verte elle-même est rarement rigoureusement homochrome; il ne s’agit que d’une approximation, mais généralement suffisante pour apporter à l’animal une certaine protection. Un deuxième exemple extrêmement répandu est celui des terrains ; les animaux qui se tiennent sur le sol montrent le plus souvent une teinte générale se rapprochant de façon remarquable de celle de leur milieu. Le cas des animaux des neiges (Renard blanc, Hermine, Lièvre variable, Lagopède), si souvent cité, n’en est qu’un cas particulier; il en est de même des animaux des déserts qui présentent si fréquemment cette teinte isabelle qui les rend à peu près invisibles sur les sables. Dans la même catégorie, il faut ranger aussi les insectes qui se rencontrent sur les terrains brûlés, sur l’emplacement des meules de charbonniers par exemple, ou dans la savane africaine, à la suite des feux de brousse; ces insectes offrent très souvent une teinte très foncée, qui les rend peu visibles sur le sol noirâtre, et qui diffère profondément de la coloration habituelle de l’espèce. Un très curieux exemple se rapprochant du précédent se rencontre dans ce qu’on a appelé le mélanisme industriel. Il s’agit de différentes espèces de papillons nocturnes, en particulier d’une assez grande Phalène appelée Biston betularia. Cette espèce, commune dans une grande partie de l’Europe, est d’une teinte générale blanchâtre, parsemée de très nombreuses petites taches noires. Or, vers i85o, une forme presque noire de cette espèce fut signalée en Angleterre, aux environs de Manchester; rare d’abord, cette forme devint plus abondante et finit par remplacer presque complètement la forme claire dans les districts industriels. Si j’ai cité spécialement cet exemple, c’est qu’il nous montre un des rares cas où l’évolution d’une forme et son extension aux dépens de la souche qui lui a donné naissance ont pu être suivies presque pas à pas. C’est aussi un des cas les plus favorables à la sélection naturelle; dans les districts industriels, où murs et plantes sont plus ou moins couverts d’une poussière noirâtre, la forme noire se trouve mieux dissimulée que la forme blanche normale aux yeux des prédateurs, d’où sa persistance et l’avantage qu’elle prend peu à peu sur cette dernière. Telle est du moins l’explication fournie par les sélection-nistes; elle n’est pas acceptée par tout le monde.
- Complications de l’homochromie. — L’homochromie ne se borne pas toujours à cette simple ressemblance générale entre l’animal et son milieu; bien souvent, elle se complique de différentes façons. On peut tout d’abord observer une dissi-
- p.226 - vue 234/406
-
-
-
- mulation de la forme et du volume. La dissimulation du volume a pour base la théorie de l’ombre inversée, mise en valeur par l’artiste et naturaliste américain Abott II. Thayer, puis perfectionnée par H. B. Gott. Si l’on observe une boule blanche éclairée par dessus, toute la partie inférieure, placée dans l’ombre, semble plus foncée que la partie supérieure, ce qui donne l’impression de volume; teintons maintenant en gris cette partie supérieure, la lumière qui l’éclaire atténuera cette teinte et tendra à l’ég-aliser, comme valeur, avec la couleur de la partie inférieure restée dans l’ombre; le résultat sera que la sphère prendra l’aspect d’un disque plat. C’est ce principe que Thayer a cherché à appliquer, aux animaux. De fait, on constate chez presque tous les Mammifères, chez beaucoup d’Oiseaux, chez, les Reptiles et Batraciens, les Poissons, chez certains Invertébrés même, que la partie inférieure du corps est beaucoup plus claire que la partie supérieure. Cette disposition semble avoir comme résultat d’aider à la dissimulation de l’animal, en le rendant pratiquement sans volume. Notons que ce résultat peut être obtenu soit par une teinte régulière dégradée, soit par des dessins, bandes ou taches, diminuant régulièrement de la face dorsale à la face ventrale. Dans le même ordre d’idées, on constate souvent la disparition de l’ombre portée, effacée par la présence de lobes charnus ou de loulfes de poils qui s’appliquent sur le substrat (lig. i).
- La dissimulation de la forme se manifeste par un effacement des contours ou de la forme générale. Le premier est produit par des lobes ou des membranes, fréquents surtout chez certains Reptiles, comme les Geckos; citons, par exemple, l'Uroplatus jimbriatus, de Madagascar, qui, appliqué sur un tronc d’arbre, fait tellement corps avec son support qu’il est impossible d’établir, a quelque distance, la limite précise entre l’animal et le substrat. La dissimulation de la forme générale est obtenue de façon remarquable par ce qu’on appelle les dessins .disruptifs, fréquents chez les Insectes, les Batraciens et certains jeunes Oiseaux, parmi les espèces qui nidifient à terre. Sur un fond de couleur plus ou moins foncée, des bandes claires tranchent nettement de telle façon que le corps de l’animal semble divisé en plusieurs parties, dont l’aspect est complètement différent.
- Citons encore une complication de l’homochromie qu’on a appelée coloration-éclair. Considérons un papillon nocturne, à ailes supérieures parfaitement homochromes, mais ailes inférieures vivement colorées en rouge, bleu ou jaune. Au repos, cet Insecte est posé de façon que ses ailes inférieures soient cachées et il est dissimulé par suite de son homochromie ; s’il est dérangé et s’envole, la vive couleur des ailes inférieures
- Fig. 3. — Femelle de Phyllium bioculatum.
- Reproduction d’un dessin de F. Charpentier de Colligues, se trouvant dans une lettre de celui-ci adressée à Réaumur, en 1738 (d’après A. Lacroix, Figures de savants, III, 1938).
- Fig. 4. — Chenille de la Phalène Selenia bilunaria, montrant un des plus remarquables exemples d’homotypte (comparer la chenille, en haut à droite; avec la brindille de poirier, en bas à gauche).
- apparaît brusquement, surprenant le prédateur; mais, aussitôt que l’Insecte se pose à nouveau, il redevient invisible et le contraste entre les deux couleurs rend d’autant plus efficace la protection offerte par l’homochromie des ailes supérieures. Des colorations-éclair ont été citées chez les Papillons, certaines Sauterelles, de petites Grenouilles arboricoles et même quelques Oiseaux.
- L’homochromie variable. — Arrivons maintenant à la plus remarquable complication de l’homochromie, l’homochro-mie variable. Le type le plus classique nous en est fourni par les changements de coloration du Caméléon. Ne cherchons pas ici si ccs changements sont toujours dans le sens de l’homochro-mie; le fait est qu’ils existent et sont extrêmement remarquables parieur rapidité et leur ampleur. L’homochromie variable est liée à la présence de chromatophores, cellules à pigments qui peuvent se contracter ou s’étendre sous une influence nerveuse ou par une action plus compliquée due à des hormones dites expansées ou rétractées. Les chromatophores existent surtout chez les Vertébrés inférieurs, Batraciens, Reptiles et Poissons, mais aussi chez les Mollusques Céphalopodes et les Crustacés. Ces derniers ont fourni un des exemples les plus remarquables d’homochromie variable chez une petite crevette vivant sur les côtes de l’Atlantique, au milieu des algues, VHippolyte varions; parmi les algues vertes ou les Zostères, cette crevette se montre d’une teinte verdâtre, sur les algues brunes; elle est de couleur brunâtre uniforme; mais, si elle se trouve sur des algues rouges, on la voit sous un aspect touti différent, comportant des taches qt lignes rouges qui rappellent très bien les ramifications de l’algue. Enfin, parmi les Céphalopodes, la Seiche montre un des plus beaux exemples de changements rapides de coloration, tant sous l’influence d’excitations d’origines diverses, que comme réponse directe à la coloration du milieu. Rien ne peut être
- p.227 - vue 235/406
-
-
-
- 228
- comparé comme rapidité à ces changements qui peuvent affecter l’ensemble du corps, ou des zones se déplaçant, donnant ainsi l’impression d’ondes qui parcourent toute la surface du tégument de l’animal. Ce dernier cas de variation rapide ne semble plus avoir rapport à l’homochromie et on l’interprète plutôt dans le sens d’une manœuvre d’intimidation.
- Hoirçptypie et hypertélie. — La ressemblance avec le milieu n’est pas toujours limitée à une simple similitude de teinte ou à uns dissimulation de la forme générale; très souvent, au contraire, la forme des animaux se modifie de façon à ressembler à un dcLa.il du milieu; on dit alors qu’il s’agit d’homoty-pie. Ce sont les Insectes qui fournissent les plus nombreux exemples de celte imitation. Très nombreux sont parmi eux ceux qui ressemblent à des feuilles, des écorces (fig. 2), des lichens, des branchettes et môme clés lleurs. Parmi les innombrables exemples qui en ont été donnés, les uns sont plus ou moins discutables, d’autres paraissent évidents à tout observateur de bonne foi. Les plus extraordinaires sont fournis par les imitateurs de feuilles et de branchettes. Les pi'emiers comptent de nombreuses Sauterelles et certains Papillons, ainsi que ces curieux Phasmides aplatis appelés Phvllies (fig. 3), précisément à cause de leur ressemblance avec une feuille. Les seconds sont la grande majorité des Phasmides, dont la forme générale est celle d’un bâtonnet, et les chenilles de Géomètres. Ces dernières se tiennent habituellement dressées obliquement par rapport à une branche et leur corps, couvert de petites aspérités, ressemble à s’y méprendre à un petit rameau muni de bourgeons (fig. 4). Mais l’imitation 11e s’arrête pas à cette copie si remarquable. Dans certains cas, l’insecte ressemble non plus à une feuille verte, mais à une feuille attaquée par des champignons (fig. 5) ou en partie fanée; la coloration est telle qu’une délimitation nette existe entre ce qui paraît une feuille saine et la partie attaquée. Parfois aussi, le bord est déchiqueté et tout à fait comparable comme forme au bord d’une feuille en partie rongée par une chenille; ou encore, une tache transparente, laissant apparaître un fin réseau de nervules, donne l’impression d’une feuille attaquée par une petite larve mineuse. On a désigné sous le nom d’hypertélies ces ressemblances qui semblent véritablement présenter des détails superflus et, suivant l’étymologie du mot, allant au delà du but recherché. Les exemples les plus frappants de ces hypertélies sont fournis par les papillons-feuilles (Kallima) de la région indienne et les sauterelles sud-américaines du groupe des Ptérochrozes (fig. 5). La signification exacte des hypertélies est difficile à préciser car on ne peut guère fixer une limite à l’utilité d’une ressemblance; on peut dire toutefois que toutes les explications qu’on a cherché à en donner se sont heurtées à des difficultés insurmontables.
- Fig. S. — Ùne Sauterelle Ptérochroze (Cycloptera excellens) à coloration et dessins hypertéliques.
- La forme et la couleur générale sont celles d’une feuille ; de plus, des taches à demi transparentes imitent l’attaque de champignons parasites.
- Colorations sématiques.
- Du point de vue biologique, l’intérêt des colorations sématiques se concentre sur la question du mimétisme. Nous avons vu que, parmi les animaux pourvus de colorations voyantes, les uns possèdent réellement des moyens de défense efficaces (colorations aposématiques), les autres, désarmés vis-à-vis des prédateurs, trouvent leur défense dans Limitation des premiers (colorations pseudaposématiques). Tout le mimétisme peut être résumé en ces deux termes.
- Tout d’abord, y a-t-il une différence fondamentale entre homochromie et mimétisme. Dans les deux cas, il s’agit de ressemblance entre un animal et un modèle qui peut être un objet inanimé, mais aussi une partie de plante ou un autre animal; il ne semble donc pas y avoir de différence importante entre les deux types de coloration. On peut cependant remarquer que les colorations cryptiques ont pour objet la ressemblance avec un modèle inanimé, ou vivant et immobile, le plus souvent de couleur terne. Les conditions essentielles pour l’obtention du but 23oux:suivi sont l’invisibilité et l’immobilité; l’animal homo-clirome perd tous ses avantages dès qu’il se met en mouvement. L’animal à coloration sématique cherche au contraire à être le plus visible possible, qu’il soit à l’abjri des attaques des prédateurs ou qu’il ressemble à un modèle protégé. Le plus souvent môme, dans ce dernier cas, l’imitateur ne se contente pas de ressembler à son modèle par la couleur et le dessin, il l’imite dans ses mouvements. Le résultat de l’immobilité est donc exactement opposé à celui apporté aux colorations cryptiques.
- Les exemples de mimétisme s’observent seulement chez les animaux diurnes (fig. 6), ce qui se comprend facilement si l’on accepte l’idée que la sélection pratiquée par les prédateurs est le principe responsable de ces ressemblances. Les plus remarquables de ces exemples sont fournis par les Papillons diurnes et c’est par l’observation de ces Insectes que la théorie a pris naissance. On la doit à II. W. Bâtes qui fit, vers i85o, un séjour de onze années dans la région de l’Amazone; en 1862, il publia les résultats de ses recherches et fit ressortir la ressemblance extraordinaire existant entre des Papillons appartenant à deux groupes différents. Or, les uns, appelés Ithomiines, sont manifestement défendus par une odeur forte qui les fait délaisser des Oiseaux, les autres ne semblent avoir d’autre défense que leur ressemblance avec les premiers. Telle est la théorie du mimétisme exposée dans toute sa simplicité ; on lui a donné le nom de mimétisme baté-sien. On a observé par la suite des complications, en particulier, le cas où des Papillons, ayant sensiblement les mêmes moyens de défense, paraissent s’imiter mutuellement. Ce cas, qui avait fort embarrassé Bâtes, a trouvé une explication ingénieuse de la part de Fritz Müller, qui étudiait vers la même époque, la faune du Brésil. F. Müller suppose que les jeunes Oiseaux ne naissent pas avec une expérience héritée de leurs parents ; ils doivent faire eux-mêmes leur éducation par des essais. Si ces essais portent, d’une part, sur des espèces protégées, d’autre part, sur des espèces leur ressemblant mais comestibles, seules les secondes profiteront du mimétisme. Mais, si l’une et l’autre espèce sont protégées, lés jeunes Oiseaux feront leur éducation sur toutes deux et le mimétisme leur sera également profitable. On a appelé mimétisme müllerien ou isotypique cette forme de ressemblance et les colorations qui lui donnent naissance sont dites synaposémati-ques.
- Outre les Papillons, les Invertébrés et surtout les Insectes montrent des cas innombrables de mimétisme, les uns presque parfaits, les autres plus ou moins discutables. Sans entrer dans des détails inutiles, on peut en citer quelques-uns parmi les plus remarquables. Les Lycides sont des Coléoptères répandus dans toutes les régions tropicales, de forme et de couleur très particulières; leurs élytres sont fortement élargis en arrière et ils offrent toujours des colorations vives où dominent le rouge et le jaune, avec, le plus souvent, des bandes 'transversales noires
- p.228 - vue 236/406
-
-
-
- 229
- ou bleues. Les Lycides émettent en général, par des pores situés à la base des pattes, un liquide blanc cà odeur forte; aussi sont-ils toujours refusés des Insectivores. Or, ces Coléoptères, si typiquement aposématiques, sont imités remarquablement par toutes sortes d’insectes parmi lesquels on trouve d’autres Coléoptères, mais aussi des Hyménoptères et des Papillons; tous ces Insectes montrent la même forme générale et le même type de coloration que les Lycides; non seulement ils vivent dans les mômes régions que ces derniers, mais ils fréquentent les memes milieux et se trouvent souvent en compagnie des Lycides eux-mêmes. Citons encore les guêpes, dont tout le monde connaît le puissant aiguillon, qui sont imitées par des Coléoptères, des Papillons, des Diptères et môme des Sauterelles. Enfin, un autre type est fréquemment imité, ce sont les Fourmis. Les Insectes et les Araignées qui les imitent vivent en général au milieu d’elles et l’on voit des Fourmis extrêmement combatives, comme les Eci'on ou les Magnans, accepter parmi leurs colonnes la présence de ces imitateurs. Le cas de ces myrmécomorphes attire l’attention sur un point particulier du mimétisme, encore plus remarquable que l’imitation des formes et des couleurs; en.effet, on constate bien souvent que ces imitateurs prennent en outre les altitudes et imitent les mouvements de leurs modèles. Rien de plus frappant à ce .sujet que le comportement de certaines petites Araignées qui vivent au milieu des Fourmis. Comme toutes leurs congénères, ces Araignées ont quatre paires de pattes; comment augmenter leur ressemblance avec les Fourmis pourvues de trois paires de pattes et de deux antennes P Par un procédé bien simple, mais très remarquable : marcher sur six pattes et tenir la première paire dressée en avant à la façon d’une paire d’antennes; de-plus, la petite Araignée adopte une démarche saccadée tout à fait différente de l’allure d’une Araignée ordinaire et ressemblant indiscutablement à celle d’une Fourmi. Ce mouvement est si extraordinairement imité qu’un Myrma-rachne (onnicaria, petite espèce qui vit dans notre faune, passe presque inaperçu au milieu des Fourmis.
- Je ne saurais terminer ce court exposé du mimétisme sans rappeler le nom de A. Russell Wallace, compagnon de voyage de Bâtes, qui étudia ensuite particulièrement les grands Papillons de Malaisie. Le grand mérite de Wallace est d’avoir précisé les règles caractérisant le mimétisme. Très brièvement, ces règles peuvent se résumer ainsi : i° l’espèce mimante se trouve dans les mêmes i’égions et occupe les mêmes stations que l’espèce mimée; l’espèce mimante, est peu ou point défendue, alors que l’espèce mimée possède des moyens de défense; 3° l’espèce mimante est beaucoup plus rare que l’espèce mimée; 4° l’espèce mimante diffère du type normal de son groupe; 5° la ressemblance est toute superficielle, indépendante des affinités réelles. Ces règles,- précisées par Wallace en 1889, ont conservé toute leur valeur dans les travaux récents sur le mimétisme.
- Expériences et leur interprétation.
- Je crois avoir donné dans les quelques pages qui précèdent une idée de la complexité et de l’importance des faits concernant les colorations animales; les uns sont indiscutables, les’autres moins probants, mais, dans l’ensemble, ils sont si nombreux qu’ils laissent une indiscutable impression de vérité. D’ailleurs, ces faits en eux-mêmes ne sont plus guère discutés et bien rares sont les biologistes qui ne veulent y voir que le résultat du hasard. Mais, avec leur interprétation commencent les difficultés. La base de toute la théorie de la sélection naturelle, si ardemment défendue par l’école anglaise néo-darwinienne, est l’utilité prouvée de tous les détails de coloration. Les expériences ont plutôt porté sur les colorations homochromes et ont été dirigées dans deux directions. Tout d’abord, l’observation directe de l’action des prédateurs sur des proies, en général des Insectes ou des Poissons, homochromes ou non sur leur substrat. Sans pouvoir entrer dans le détail de ces expériences assez nombreuses,
- Fig. 6. — Un bel exemple de mimétisme.
- En haut : un Papilionide (Papilio paradoxe) ; en bas : son modèle Danaïde (.Euploea diocletianus) ; tous deux volent ensemble en Malaisie, mais le Papilio est. bien plus rare que le Danaïde.
- en peut noter que, si leurs résultats sont assez contradictoires, l’ensemble laisse néanmoins très nettement l’impression que les colorations jouent réellement le rôle qu’on leur a attribué. La deuxième méthode consiste dans l’examen du contenu de l’estomac d’animaux insectivores, Oiseaux, Reptiles ou Batraciens. La plus vaste enquê.e dans ce sens est celle effectuée aux États-Unis par W. L. McAtee; elle réunit les examens d’environ 80 000 estomacs d’Oiseaux et a permis d’identifier le nombre énorme de 287 029 animaux ayant servi de proies, des Insectes pour la plupart. Les conclusions de McAtee sont complètement opposées à la théorie de la sélection; pour lui, les Oiseaux ne font aucun choix dans les proies, mais les capturent uniquement sui\ant leur abondance dans la région. Malgré le poids incontestable de celle enquê.e, le résultat en a été fortement attaqué par l’école anglaise qui estime que la méthode employée par McAtee manque de précision et lui oppose un certain nombre de faits contradictoires.
- Les expériences sur le mimétisme sont plus rares;-j’en citerai cependant quelques-unes qui semblent donner des résultats vraiment intéressants. Récemment II. Muhlmann a fait avec des vers de farine des expériences de mimétisme artificiel très ingénieuses. Il offre à des Oiseaux des vers teintés en rouge et rendus incomeslibles par trempage dans de l’émétique; ces vers représentent les modèles à coloration aposématique. Quand les Oiseaux sent habitués à refuser ces vers, Muhlmann leur présente des vers parfaitement comestibles mais dont il teinte certains segments, étendant peu à peu la partie colorée; il arrive un moment où l’oiseau refuse les vers et l’o-n peut dire alors qu’ils sont protégés et que la coloration rouge est suffisante pour avoir pris le caractère pseudaposématique. Une autre observation extrêmement remarquable a été réalisée par Hugh B. Cott, naturaliste anglais qui doit être considéré actuellement comme une des pins grandes autorités en matière de colorations animales. Se trouvant en Égypte, en 1941, Cott préparait des Oiseaux en peau dans un jardin où abondait une espèce de Frelon. Jetant à terre les corps dépouillés, Cott remarqua que certaines de ces carcasses étaient couvertes de Frelons venus détacher les
- p.229 - vue 237/406
-
-
-
- 230
- lambeaux de chair, alors que d’auti'es étaient complètement délaissées. Sa surprise, et on peut ajouter sa satisfaction, furent grandes en constatant que les corps délaissés étaient ceux qui avaient été recouverts d’un plumage brillant. Une série d’expériences faites avec des couples d’Oiseaux, les uns à plumage cryptique, les autres aposématiques, montrèrent au distingué naturaliste que les seconds étaient toujours délaissés aux dépens des premiers. Cott, grand défenseur de la théorie de la sélection naturelle, y trouva naturellement un argument de premier ordre en faveur de cette théorie.
- Limitons là cette énumération de faits et d’expériences et essayons d’en tirer des conclusions quant à l’origine et à la valeur protectrice des colorations animales. Tout en faisant quelques réserves quant à la généralisation des faits, on peut accepter comme presque prouvée la valeur protectrice de certaines colorations et, par conséquent, l’action possible de la sélection naturelle. Mais, peut-on s’estimer entièrement satisfait avec cette constatation et accepter le postulat du grand biologiste anglais Julian Huxley qui affirme que la sélection est omniprésente et omnipuissante. La sélection peut fort bien expliquer comment certaines formes ou couleurs se sont conservées et même améliorées; mais, elle n’apporte aucune satisfaction en ce qui concerne l’origine même de ces caractères. Il faut
- alors nous adresser à la génétique et aux combinaisons ou altérations de gènes existants; celles-ci peuvent avoir lieu par l’accumulation de petites modifications graduelles ou par de grandes mutations brusques; bref, en dernière analyse, au hasard. Combien les choses nous sembleraient plus faciles à expliquer si l’on n’écartait pas l’influence du milieu. Il est indiscutable que les colorations pâles sont favorisées par un milieu sec et chaud, tandis que l’humidité favorise la production de formes foncées. On sait aussi fort bien qu’il existe dans certains pays tropicaux des types de coloration permettant de reconnaître, par exemple, l’origine probable d’un papillon. Ces types, probablement dépendants des conditions de milieu, ne pourraient-ils servir de point de départ à des ressemblances mimétiques P Mais, pour cela, il faudrait abandonner l’idée de la séparation complète du germen et du ,soma. Les recherches récentes sur l’hérédité cytoplasmique, aussi bien que la production expérimentale de mutations adaptées à l’agent inducteur, semblent ouvrir une voie possible à cette interprétation.
- Lucien Chopard,
- Maître de Recherches au C. N. R. S.
- (Sauf la ligure 3, les clichés illustrant cet article sont de L. Le Guaiu.es).
- Projet d'un barrage géant en Chine
- L
- e Yang-Tse-Kiang ou fleuve Bleu, avec ses 5 300 1cm de longueur, est fa grande voie navigable de la Chine, mais les bateaux de gros tonnage ne peuvent remonter que jusqu’à Itchang, à 2 000 km de la mer, où des gorges abruptes transforment le fleuve en véritables rapides sur une quinzaine de kilomètres.
- On s’est proposé de construire à l’entrée de ces gorges tin
- grand barrage, qui, comme celui de Génissiat, servirait à trois fins : amélioration de la navigation, production d’énergie et irrigation, mais qui aura des dimensions encore plus impressionnantes.
- 'Il aura, en effet, 230 m de hauteur, avec une longueur en crête de 750 xn ; il comprendra un volume de béton de 12 millions de mètres cubes. Le bassin réservoir ainsi créé s’étendra sur 600 km de longueur et aura une capacité de 60 milliards de mètres cubes.
- Quoique le débit du fleuve Bleu, à Itchang, soit de 8 000 à 10 000 m3/s, on n’en emploiera que 7 000 à l’alimentation des usines électriques, le reste étant réservé à l’irrigation. Ces usines, au nombre de deux, seront souterraines et installées sur chacune des rives. Elles comporteront chacune 48 groupes turbo-alterna-teurs de 110 000 kW, soit une puissance totale de 10 560 000 kW. On se préposé d’ailleurs de capter quelques affluents en amont d’Itchang qui apporteraient encore un supplément de 2 500 000 kW.
- Ce barrage permettra aux bateaux de 10 000 t de remonter le Yang - Tse - Kiang jusqu’à Tchoung-King, ville industrielle de plus d’un million d’habitants, qui ne peut maintenant recevoir que des embarcations de 300 t. Pour cela, des écluses sont prévues, dont l'une en forme de puits vertical de 150 m de hauteur complètement percé dans la roche.
- Pour établir de tels
- projets, évalués à un milliard de dollars américains, le gouvernement chinois s’était assuré le concours de M. J. L. Savage, ingénieur en chef du Service des projets des États-Unis, à qui on doit les grands barrages Boulder, de Shasta et du Grand Coulée, sans compter une soixantaine d’autres barrages construits aux États-Unis et ailleurs.
- Après six mois d’études sur place, M. Savage avait conclu que les conditions topographiques, hydrologiques, géographiques et géologiques pour l’établissement du barrage à Itchang sont aussi favorables que possible et que l’exécution ne comporte aucune solution de problèmes nouveaux. Il estimait que les travaux pourraient être achevés en une dizaine d’années avec possibilité d’utiliser 20 pour 100 de l’énergie maxima prévue dès la sixième année. Il reste à savoir ce que va devenir la Chine !
- V. C.
- p.230 - vue 238/406
-
-
-
- 231
- La modulation de
- quelques-unes de ses
- fréquence
- applications.
- Parmi les techniques qui étaient du domaine du laboratoire avant 1939 et qui sont passées au stade industriel, il faut citer la modulation de fréquence. C’est une expression qui n’attire pas les foules comme celles de bombe atomique, pénicilline, radar..., mais pour celui qui a vu aux États-Unis des milliers de récepteurs capables de recevoir les émissions de tout un réseau d’émetteurs dits « F. M. » (frequency modulation), montés sur des voitures de police, de pompiers, équipées de postes « mobiles » et même pour le Parisien qui, chaque jour, peut voir des autobus de dépannage de la R. À. T. P. ou des 11 c.v. et des cars de la police parisienne également munis de postes émetteurs et récepteurs à modulation de fréquence, il est intéressant de chercher à savoir ce que l’on entend par cette expression et pourquoi elle a fait son apparition.
- L'homme cherche actuellement à faire naître et à multiplier des esclaves capables de remplacer son système nerveux et son cerveau. Nous assistons aux débuts d’une science qui ira en se développant énormément comme s’est développée durant ces cent dernières années, la mise au point d’esclaves capables de remplacer son système musculaire. Dans cette voie, l’un des buts les plus simples à atteindre et auquel on s’est d’ailleurs attaqué en premier lieu est la transmission, dans les meilleures conditions possibles, d’une information d’un point à un autre. Par information, il faut, bien entendu, comprendre quelque chose de très général : ce sera un message télégraphique, un message téléphonique, la transmission d’un concert, d’une image de télévision ou les indications d’instruments.
- Cette transmission peut être obtenue de façons très différentes, selon la distance des deux points en question, le degré de distorsion que l’on se permet, les qualités d’émetteur et de récepteur que l’on pourra mettre en œuvre, la bande de fréquence qui est utilisable.
- Il est bien évident que l’on cherchera à obtenir le meilleur rendement pour des raisons d’économie, à réaliser un minimum de distorsion et aussi à encombrer le moins grand nombre de longueurs
- Fig. 1. — Poste émetteur-récepteur mobile pour radiocommunications bilatérales sur un camion de dépannage.
- d’ondes. Chaque problème particulier trouvera une solution qui sera plus avantageuse sous certains rapports que les autres, mais beaucoup n’ont pas encore été résolus définitivement, la radiodiffusion transatlantique, par exemple.
- La modulation. — Nous nous bornerons au cas où l’on désire transmettre de la parole ou de la musique, c’est-à-dire des fréquences comprises dans ce qu’il est convenu d’appeler la « bande basse fréquence » (de 50 Hz à 15 000 Hz). Une bande de fréquence de 300 Hz à 3 000 Hz contient d’ailleurs la majorité des fréquences composant un signal « B. F. ». Les propriétés des antennes sont telles qu’il est pratiquement impossible d’émettre directement dans l’espace à grande distance et de façon commode des ondes électromagnétiques à ces fréquences. D’autre part — et c’est tout aussi grave — il ne pourrait exister qu’un seul émetteur au monde sous peine de brouillage. Il a fallu trouver un moyen d’utiliser les ondes de plus courtes longueurs, depuis 3 000 m (ondes longues de la radiodiffusion) jusqu’à 3 cm (radars)' en attribuant à chaque émetteur une fréquence déterminée fo et une bande de fréquence comprise entre f0 — A / et f0 + A/. Plus A/ sera faible, plus grand sera le nombre d’émetteurs possibles.
- On disposera donc d’un émetteur envoyant dans l’espace des ondes sinusoïdales (comme le ferait une source de lumière monochromatique), soit de façon continue, soit par impulsions régulièrement espacées. Cette sinusoïde ne constitue pas un message en elle-même, elle ne peut que servir de support au message. Dans le cas d’une onde continue, il faudra faire varier soit son amplitude, soit sa fréquence à l’allure du message ; dans le cas d’une suite d’impulsions, soit la taille des impulsions, soit leur décalage par rapport à une position moyenne.
- Nous ne considérons que le premier cas.
- Une onde sinusoïdale non modulée peut être représentée mathématiquement par :
- I = A O COS (ü)ot + <p0).
- Une image peut en être donnée par la projection sur un axe d’un vecteur de longueur constante tournant autour d’une de ses extrémités d’un mouvement uniforme.
- On appellera phase • du phénomène l’angle dont a tourné le vecteur OM depuis l’origine, amplitude la longueur du vecteur OM, fréquence la vitesse angulaire du vecteur OM (fig. 2).
- Une onde modulée en amplitude s’écrira :
- I = A(t) cos (wotf + ®«).
- Une onde d’amplitude constante, mais de fréquence ou de phase variable avec le temps :
- A = A0 cos [a(t)]>
- Fig. 2. — Représentation d'un phénomène sinusoïdal par la projection d'un vecteur tournant.
- Modulation en amplitude. — On s’impose une loi de la
- orme : A = A0 ^1 + “ cos Qt j ce qui donne
- I — (A0 + AA cos Q<) cos wl
- 1 1
- — Ao cos (ot + | AA cos (w + Q)t + ^ AA eos (w — Q)t.
- p.231 - vue 239/406
-
-
-
- la fréquence à l’instant t sera :
- Fig. 3. — Ensemble émetteur-récepteur portable (Walkie talkie) pour radiocommunications bilatérales en modulation de fréquence.
- L’onde, modulée en amplitude contient les fréquences /(<•> = 2tî/'), / 4- A / et / — A f. Four transmettre sans interférence un signal « B. F. » par modulation d'amplitude, il faudra'donc allouer à l’émetteur une bande d’au moins 3 kHz de part et d’autre de sa fréquence.
- Toute l’énergie de modulation est contenue dans les bandes latérales qui sont symétriques, il suffirait théoriquement d’en transmettre une seule pour pouvoir reconstituer le signal à la réception (transmission à bande latérale unique).
- L’émetteur fonctionnera rarement à sa puissance maxima. Le récepteur sera sensible aux variations d’amplitude du signal, donc aussi au fading, à l’éloignement de l’émetteur, aux parasites.
- Modulation de fréquence. — Soit un mobile allant d’un point À à un point B, s’il y va à vitesse constante, on peut parler de la vitesse du mobile entre A et B comme on parle de la fréquence d’un phénomène sinusoïdal s’il peut être représenté par un vecteur tournant régulièrement. Mais si le mobile va de A à B « à sa fantaisie », suivant une loi quelconque dans le temps, on est obligé de définir une vitesse en un point M ou une AÛtesse à l’instant-1, on peut encore parler de vitesse moyenne entre A et B mais non de vitesse entre A et B. De même, pour le vecteur tournant. Avant de parler de modulation de fréquence, il faut savoir ce que l’on entend par fréquence et écrire par définition que pour une onde de la forme :
- I = Ao cos [al/)]
- ____1_ dx(f)
- fL ~ Z- ' at ’
- Si l’on s’impose une loi :
- ft—fo-\- A f cos Qt
- il en résulte que a(t) = ^ sin Qt -fi a et que l’expression
- fi
- d’une onde modulée en fréquence est :
- r À/1
- I — A0 cos u)gt -fi — sin Qt
- Modulation de phase. —' Au lieu de faire varier l’amplitude ou la vitesse de rotation du vecteur, on peut faire varier sa phase et pour cela, a (t) doit être de la forme :
- d’où
- *(/) = «o,,/ -fi A» cos Qt + cp
- I — An eos [w0/ + Ace cos Qt -fi cp].
- Une onde modulée en fréquence ou une onde modulée en phase se présentent sous des aspects voisins, mais non identiques, d’où la dénomination unique de modulation de fréquence.
- Les expressions mathématiques sont assez compliquées, mais il suffit de savoir que pour transmettre correctement une onde modulée en fréquence, il faut pouvoir transmettre les fréquences f», fo±F, /o±2F ... /'0±nF, n étant théoriquement infini, mais les termes contenant n >- o devenant dans certaines conditions d’importance négligeable.
- Ces résultats ont pendant de longues années rebuté tous les chercheurs ; il était déjà si difficile de « caser » les émetteurs modulés en amplitude que l’on ne pouvait se permettre le luxe d’émetteurs « F. M. » occupant une bande de fréquence beaucoup plus large.
- Pourtant, à première vue, la modulation de fréquence offre bien des avantages :
- Les émetteurs fonctionnent avec un excellent rendement (classe C et amplitude constante), des taux de modulation élevés sont facilement réalisables, il y a une diminution de l’influence des parasites, du fading, des interférences à la réception.
- Il a fallu attendre que soient mises au point et utilisées les ondes plus courtes pour que l'importance des bandes latérales vis-à-vis de la fréquence porteuse devienne de plus en plus faible et que l’on puisse se permettre d’attribuer à un émetteur, par exemple 7o kHz autour de 40 MHz.
- Émission. — Le problème se pose de moduler une onde en fréquence, c’est-à-dire par exemple, de faire varier la capacité d’un circuit oscillant d’une lampe.oscillatrice à l’allure de la basse fréquence. Un des moyens utilisés est le tube à réactance : c’est essentiellement une lampe à pente variable dont le gain est contrôlé par la tension basse fréquence et qui superpose à la tension haute
- fréquence une fraction de cette dernière déphasée de ^. En effet, si l’image d’une onde modulée en amplitude peut être formée par
- Fig. 4. — Représentation d’un phénomène modulé en fréquence par deux vecteurs en quadrature.
- p.232 - vue 240/406
-
-
-
- 233
- la résultante de deux vecteurs colinéaires, l’un étant constant, l’autre d’amplitude variable, l’image d’une onde modulée en fréquence sera la résultante de deux vecteurs en quadrature, l’un constant, l’autre variable, ceci dans la mesure où le v7ecteur variable sera petit (fig. 4).
- Tout se passe comme si le tube à réactance était une capacité variable mise en parallèle sur le circuit oscillant aux bornes duquel apparaît la haute fréquence. Malheureusement, on ne sait pas, ni par ce procédé, ni par un autre, créer des variations de capacité, donc de fréquence, suffisamment importantes, on ne saura par
- exemple, créer que — (n dû l’ordre de IG, par exemple). u
- On construira donc l’émetteur pour ~ — ce qui offre de plus
- l’avantage de pouvoir le contrôler facilement par uri quartz. On
- réalisera : — + — et on sera obligé d’utiliser des multiplicateurs 16 16
- de fréquences (par exemple, un quadrupleur et deux doubleurs) pour obtenir fo + désirés.
- Réception. — Il faudra amplifier l’onde H. F. reçue tout comme en modulation d’amplitude, mais en utilisant une bande passante en général plus large.
- On montera ensuite un étage limiteur qui éc.rètera les signaux à une valeur toujours la même, tant qu’ils ne seront pas trop faibles. Ce problème du limiteur est difficile à résoudre, car il faut, notamment, et surtout, limiter les impulsions très brèves (parasites). Un bon limiteur pourra comporter 8 lampes et 16 cristaux redresseurs.
- Il s’agira ensuite de transformer la tension modulée en fréquence en tension alternative B. F. ; pour cela, on utilisera un quadri-
- Fig. 5. — Courbe de réponse d’un discriminateur.
- pôle ayant une impédance de transfert variant linéairement autour d’une fréquence donnée avec la fréquence du signal d’entrée. Ce quadripôle appelé discriminateur (fig. 5) peut être, par exemple, formé de deux circuits oscillants décalés en fréquence et montés en opposition. Il suffira ensuite de monter un amplificateur B. F. classique à la sortie du discriminateur.
- Applications. — Ces quelques indications très brèves permettent de juger dans quels cas il sera intéressant d’utiliser des transmissions par modulation de fréquence :
- a) Chaque fois que l’on craindra une trop grande quantité de parasites (ils seront écrétés par le limiteur du récepteur), les parasites peuvent être dus aux bougies des voitures, aux tramways, aux installations de rayons X, etc., ou provenir d’autres émissions ;
- b) Quand on voudra ne pas consommer trop de courant à l’émission (très bon rendement des émetteurs fonctionnant en classe C et émettant une onde d’amplitude constante) ;
- c) Quand on voudra transmettre un fort taux de modulation. La différence de niveaux entre les piano et les forte est artificiellement diminuée dans les émissions de radio ordinaires (comme sur les disques) et le relief sonore s’en ressent.
- Fig. 6. — Étage de puissance d’un émetteur fixe de 200 W pour radiocommunication bilatérale en modulation de fréquence.
- Les considérations a) et b) font choisir les postes à modulation de fréquence, quand il s’agit d’émetteurs « mobiles » alimentés par des batteries (autos, camions, vedettes, trains, postes de guet, tanks, etc.) fonctionnant dans une région urbaine où les parasites sont nombreux.
- Les considérations a) et c) les font choisir quand on veut réaliser des émissions de très bonne qualité ; malheureusement les récepteurs sont plus chers et il faut créer tout un nouveau réseau d’émetteurs et de récepteurs, ce qui peut stimuler le marché d’un pays relativement saturé. Il est probable que pour la radiodiffusion, les deux systèmes de modulation resteront utilisés conjointement, mais il faut espérer que dans quelque temps, il sera possible d’entendre avec toute la perfection désirable, un orchestre jouant à 10 000 km, problème qui n’a pas jusqu’ici reçu de solution satisfaisante. Nous devrons ce résultat à la modulation de fréquence.
- J. Combiussosn, Ingénieur E. P. C. I.
- Le plus grand dock flottant d'Amsterdam.
- Le dock flottant Henri, le plus grand du port d’Amsterdam, jaugeant 25 000 t et ayant une longueur de 200 m, vient d’être remis en service. Pendant la guerre, en septembre 1944, ce dock avait été coulé. Après la Libération, on procéda à sa remise à flot et on réussit à relever successivement toutes les sections qui, après réparations, furent de nouveau assemblées à mesure que le sauvetage avançait, Ce travail vient d’être terminé et le port d’Amsterdam dispose maintenant de sa capacité de carénage d avant-guerre.
- p.233 - vue 241/406
-
-
-
- Les supports de 1 hérédité
- Il n’est pas de problème plus obscur, plus difficile que celui de l’hérédité. D’une part, les enfants ressemblent aux parents et le proverbe dit : « Tel père, tel fils » ; les caractères se perpétuent de génération en génération, sans qu’on n’ait jamais observé le passage d’une espèce à une. autre. D’autre part, les enfants ne sont pas identiques aux parents, ils s’en écartent par de nombreux petits 'détails et l’on a tendance à expliquer ces variations par l’action du milieu physique, de la nourriture, de l’éducation, de la société ; et comme on voudrait connaître l’évolution passée des êtres vivants et prévoir leurs destinées futures, établir leijr succession, leur hiérarchie, ne serait-ce que pour les mieux classer, on a tendance à voir dans les variations les stades d’une évolution qui serait orientée vers la complexité et le perfectionnement. Ainsi,
- Fig. 1. — Croisement entre deux drosophiles, l’une à ailes longues L, l’autre à ailes vestigiales v.
- Les parents P donnent une première génération Fj à ailes longues vL. Celle-ci donne une deuxième génération Fa dont un quart à ailes vestigiales vv et trois quarts à ailes longues LL, cL, Lu (d’après Morgan).
- constance et variation (d’autres disent progrès) s’opposent comme des antinomies'irréductibles.
- Longtemps, on erra parmi les observations superficielles et confuses. On savait bien qu’il y a une reproduction par l’œuf et la semence, mais on croyait aussi en des générations spontanées : la terre produisait des vers, le linge sale des souris, les arbres des canards, etc. Ce n’est qu’au xvme siècle, après l’invention du microscope, qu’on pénétra plus avant ; on reconnut chez divers êtres l’œuf femelle et l’animalcule mâle, le spermatozoïde, mais comment intervenaient-ils dans la génération ? Pour les uns, le « ver spermatique » posséderait seul les caractères héréditaires, l’œuf ne servirait qu’à le nourrir ; pour les autres, au contraire, l’œuf serait le germe et la semence mâle ne ferait que l’activer. Bien plus, le jeune être contiendrait dès sa formation la prochaine génération toute formée et celle-ci de même, si bien que les germes seraient emboîtés à l’infini et que, comme le disait Swammer-dam, « toute l’humanité était contenue dans les lombes d’Adam
- et d’Ëve ». Cependant, il y a des faits embarrassants : les ressemblances paternelles et maternelles mêlées chez le même enfant, les jumeaux, les monstres, les hybrides tels que le mulet, etc. On discuta, on argumenta sans aller beaucoup plus loin.
- Au xixe siècle, la connaissance du monde vivant augmente rapidement. L’exploration des terres et des mers fournit un nombre croissant de formes variées qu’on s’applique à définir et à classer. Si Cuvier y voit l’action d’un créateur, Lamarck suppose une génération spontanée et une transformation sous l’influence du milieu, une adaptation progressive, une évolution par l’hérédité des nouveaux caractères acquis. Darwin préfère la sélection des variations internes par la lutte pour la vie et la survivance des plus aptes.
- A partir de 1831, on reconnaît dans toutes les cellules une partie centrale, le noyau et une autre qui l’entoure, le protoplasma ou cytoplasma. Une cellule ne reste vivante que ses deux constituants liés. Toute cellule provient de la division d’une autre cellule ; l’œuf fécondé donne naissance à toutes les cellules de l’organisme. A partir de 1875, on observe la fécondation de l’œuf, d’abord chez l’oursin, et on y voit pénétrer le spermatozoïde ; peu après, on assiste aux transformations du noyau pendant la fécondation et la division cellulaire, on y voit un peloton qui se fragmente en tronçons, lesquels se divisent longitudinalemeent, ce sont les chromosomes ; dans la fécondation, le noyau de l’œuf se forme de la moitié des chromosomes de l’ovule et de la moitié de ceux du spermatozoïde ; l’œuf fécondé a donc des caractères du père et de la mère.
- En 1883, Weismann bouleverse les idées en soutenant que tout être vivant est composé de deux sortes de cellules, le soma et le germen ; le soma, c’est tout le corps, il ne se reproduit pas, il meurt avec l’être et les variations qu’il a subies ne sont pas héréditaires ; lamarckisme et darwinisme ne sont plus valables ; seul le germen est immortel, il apparaît dès que l’œuf se divise sous forme de cellules germinales, lesquelles sont seules à posséder tous les caractères héréditaires de l’espèce.
- Déjà, on avait voulu aller plus loin en supposant que chaque caractère serait dû à une particularité matérielle hypothétique ; depuis, par analogie avec les molécules organiques, on a essayé d’y lier des composés chimiques différents et définis.
- D’autres expériences devaient orienter plus largement dans cette voie. En 1SG5, Mendel, croisant des variétés de pois, découvrit les lois de l’hybridation : de deux caractères, l’un est dominant et l’autre récessif ; à la première génération tous les hybrides présentent le caractère dominant, à la deuxième, trois quarts montrent le caractère dominant et un quart le récessif ; chaque paire de caractères se répartit indépendamment des autres (fig. 1). L’hybridation peut donc provoquer un très grand nombre de petites variations héréditaires, de mutations. Au début de ce siècle, Morgan a trouvé dans la Drosophile, la mouche du vinaigre, un matériel de choix, présentant de très nombreuses races, n’ayant que quelques chromosomes bien visibles, s’élevant facilement et rapidement ; elle a révélé plusieurs centaines de mutations. On a vu celles-ci liées à des déformations de certains chromosomes, on a pu en provoquer en altérant des chromosomes par irradiation ou micromanipulation et l’on en est arrivé à dresser des cartes génétiques où dans chaque chromosome on figure des points correspondant à un facteur défini, un gène. Ce gène est-il une particule, une grosse molécule, un agrégat chimique ? Les idées des physiciens sur la discontinuité ont conduit des généticiens à supposer dans les chromosomes des chapelets de particules, dont chacune correspondrait à un caractère. Les variations sont uniquement des mutations ; il n’en est pas de lentes et continues.
- Comme on le voit, il y a dans la génétique actuelle deux tendan-
- p.234 - vue 242/406
-
-
-
- 235
- ces différentes, l’étude de la constance, de l’hérédité des caractères de l’espèce, et celle de leur variation, souvent avec l’espoir d’y trouver une base à l’évolution.
- Discussions scientifiques sur l’hérédité.
- ' Il est rare en biologie que les faits présentent une telle ' généralité et les théories une telle évidence que l’unanimité se fasse sur leur vérité. On assiste plus souvent à des périodes de vogue suivies plus ou moins tôt d’âpres discussions. On a vu successivement triompher le lamarckisme, le darwinisme, le néolamarckisme, le néo-darwinisme ; on en est au mendélisme mutationniste. Sera-t-il plus convaincant et durable que les systèmes précédents ?
- Sans parler de ceux qui ne conçoivent pas le monde vivant sans un créateur ni une finalité et se soucient plus de sa destinée que de ses mécanismes, ce qui dépasse le domaine scientifique, certains ont déjà commencé à discuter des faits si laborieusement accumulés en ces derniers temps et plus encore de leurs interprétations.
- Pour le moment, on en est à ceci.
- Les chromosomes sont des organites intranucléaires qu’on peut révéler, au mieux, au moment de la division cellulaire, au moyen de colorants basiques : carmin, hématoxyline, safranine, rouge Magenta, vert de méthyle, etc., d’où leur nom. Ils apparaissent alors sous forme de bâtonnets droits ou crochus, d’anses, de grains, etc. On les retrouve dans tous les noyaux des cellules, aussi
- d
- IX
- Fig. 2. — Les quatre paires de chromosomes de Drosophila melanogaster.
- A gauche, cellule femelle à deux chromosomes X ; à droite, cellule mâle avec un chromosome X et un chromosome Y (d’après Morgan).
- bien sexuelles que somatiques. Il est même curieux que chez la Drosophile, on examine plus souvent les énormes chromosomes pelotonnés dans les cellules des glandes salivaires que ceux de l’œuf qui sont bien plus petits. Les chromosomes sont également visibles in vivo, sans coloration, au moment de la division cellulaire, preuve de leur existence réelle.
- Ces chromosomes sont en nombre constant dans chaque espèce : 2 par noyau chez Ascaris mégalo cephala, S chez Drosophila melanogaster, 26 chez la grenouille Rana temporaria, 48 chez l’homme, sauf des variations dues à des manques ou à des multiplications ou polyploïdies.
- Chacun a une forme reconnaissable. Ainsi, chez Drosophila melanogaster, on voit deux paires de grands chromosomes en Y, une paire de très petits punctiformes et une paire de taille moyenne, tous deux en forme de bâtonnets dans la cellule femelle, un en crochet dans la cellule mâle (ûg. 2). On connaît de nombreuses variantes par manque d’une partie, division, croisement, inversion, translocation de certains segments.
- Les énormes chromosomes des glandes salivaires montrent après fixation et coloration spéciale des bandes transversales alternativement claires et sombres, continues ou granuleuses (fig. 3), que certains considèrent comme des disques et d’autres comme un filament spiralé ; les grains seraient les gènes disposés en files. On a pu dresser des cartes de ces séries de chromosomes, voir qu’ils présentent souvent des manques, des anomalies de situation correspondant à de petits écarts de la forme ou de la couleur de
- Fig. 3. — Une partie des chromosomes X d’un noyau cellulaire des glandes salivaires de Drosophila melanogaster, montrant les bandes transversales de granulations.
- certaines parties du corps, si bien qu’on est tenté d’y voir Limage ou le signe, le facteur de chaque variation discontinue.
- C’est là un mystère de plus qui s’ajoute à tous ceux de la fécondation et de la division cellulaire, si prodigieusement complexes et constantes dans toutes les cellules des êtres vivants.
- Mais justement, les chromosomes ne paraissent pas permanents pendant toute la vie de la cellule. Ils sont bien visibles seulement peu avant la division, la carvocynèse, sous forme de filaments fins et allongés qui se raccourcissent et deviennent plus colorables ; puis la membrane nucléaire se. dissout et les chromosomes épaissis ne sont plus séparés du cytoplasma ; ils se fissurent longitudinalement et les deux moitiés se dirigent vers les pôles opposés où s’organiseront les deux nouvelles cellules ; puis ils s’amincissent, s’allongent, se fragmentent en grains et amas irréguliers qui se dispersent dans le nouveau noyau. Ils semblent ne reprendre leur individualité et leur forme qu’à la division suivante.
- Peut-on (penser qu’ils subsistent alors qu’on ne les voit plus et qu’ils conservent constamment l’ordre rigoureux de leurs chapelets de gènes ?
- Peut-on imaginer qu’ils n’échangent rien avec le cytoplasma .alors qu’ils y baignent, la membrane nucléaire disparue ?
- Peut-on leur accorder toute la charge de l’hérédité, alors que l’unité vitale est la cellule -et que le noyau isolé ne peut subsister ?
- Ou bien, n’a-t-on pas tendance à refaire un homunculus, à voir dans les chromosomes sinon l’image, du moins le moule, les déterminants exclusifs de l’être futur ?
- Chez la Drosophile, on a bien noté plusieurs centaines de variations, mais toutes infimes et superficielles : couleur des yeux, longueur des ailes, taches du corps, nombre et grandeur des poils, etc., mais rien des organes et des fonctions qui font, l’être vivant, l’insecte, l’espèce.
- Cédant à la tendance du moment qui .est de ne plus voir que du discontinu : grains de matière,
- Fig. 4. — Schéma d’une cellule montrant les divers organites (d’après Aron et Grasse).
- Cr, grains de chromatine du noyau au repos ; ils forment un réseau qui s’organisera en chromosomes au moment de la division cellulaire. — Organites cytoplasmiques doués de continuité génésique : Mi, mitochondries ; G, centrosome. — Autres constituants : N, nucléole ; Sn, suc nucléaire ; D, corps de Golgi ; II, hyaloplasma ; Mh,. membrane cellulaire ; P, enclaves paraplasmiques ; Y, vacuoles.
- p.235 - vue 243/406
-
-
-
- 236
- grains d’énergie, n’a-t-on pas aussi imaginé les chromosomes et - les gènes comme des grains d’homme, de drosophile, d’être vivant P Que seraient ces grains isolés du.monde, sans réaction avec lui P Pourquoi alors les facteurs physiques et chimiques provoqueraient-ils, eux aussi, des mutations ?
- Le problème est bien plus complexe et ne peut être résolu par * des notions ou des images simples, quelles que soient les précisions apportées à la génétique par les lois de Mendel, à l’hérédité par la découverte de la structure des chromosomes.
- Ce que nous venons de dire des chromosomes, nous pourrions le répéter des gènes. Ceux-ci sont trop petits pour être visibles, ce qui ne prouve rien puisque les virus sont également invisibles et les molécules encore plus. On a essayé de les voir au microscope électronique et on y verra sans doute des chapelets de grains, ce qui n’apprendra pas grand chose, d’autant plus que le traitement préparatoire de la matière vivante est d’une terrible brutalité. Morgan a calculé que leurs dimensions doivent être de l’ordre de 20 à 60 millimicrons et les cartes génétiques les plus complètes en comptent une centaine tout au plus sur un chromosome. C’est bien trop peu pour' l’infinité des variations qu’on peut observer entre les individus d’une même espèce.
- Et puis, que faire des gènes et des chromosomes pour aborder l’évolution ? Chaque mutation est bien plus faible que la différence entre deux espèces, deux variétés, deux races même. Comment y voir un facteur de variation ou de progrès continu ?
- Bien plus, après avoir tant poursuivi l’insécable, la molécule, l’atome, l’électron, les particules de la chimie nucléaire, ne reviendra-t-on pas un jour prochain à la notion de continu, d’onde, par une oscillation de l’esprit qui s’est répétée déjà tant de fois ?
- D’une part, la théorie de Weismann est certainement excessive. Il suffit d’avoir fait une bouture, une marcotte, une greffe pour savoir que le soma conserve aussi la spécificité héréditaire. La reconstitution d’une éponge à partir de quelques cellules vivantes quelconques éparses dans l’eau, le bourgeonnement spontané ou provoqué d’une hydre, d’un polype, d’une méduse, le sectionnement d’un ver, s’inscrivent contre le dogme du germen et de son exclusive immortalité. La parthénogenèse continue, naturelle ou provoquée, de certaines espèces montre que le mâle n’est pas toujours indispensable, comme les échecs des croisements d’êtres très dissemblables prouvent que noyau et cytoplasme doivent être harmonieusement soudés. Si bien qu’après une période d’engouement pour la génétique et les gènes, on en est à se demander si c’est bien là la voie royale pour atteindre l’hérédité et l’évolution.
- Le colloque des unités génétiques.
- De cette position critique, un colloque international organisé par le Centre national de la Recherche scientifique, a récemment fait le point (i). Des spécialistes de divers pays se sont réunis et ont exposé leurs récentes recherches.
- Lwoff a parlé d’organites, observés dans le cytoplasma, qui sont eux aussi doués de continuité génétique (fig. 4) ; tels sont les mitochondries de beaucoup de cellules, les chloroplastes des végétaux et des phytoflagellés, le kinétoplasme des trypanosomes, les centrioles au bord des noyaux, les cinétosomes des flagellés et des ciliés, etc. ; ces corpuscules, ont une structure complexe spécifique, sont permanents, se reproduisent à partir de corpuscules homologues ; ils sont doués de continuité génétique tout comme les chromosomes et les gènes ; l’hérédité n’est donc pas l’apanage de ces derniers, toute la cellule y participe.
- Darlington qui a réuni ces structures, sous le nom de plasma-gènes et les a rapprochées des yirus les a plaisamment traitées de « véritable calamité », parce qu’elles, compliquent singulièrement les problèmes du développement spécifique et de la variation.
- A ce colloque, d’autres ont indiqué leurs relations possibles avec
- 1. Un vol. ,in-8°, 205 p. Centre national de la Recherche scientifique, 13, quai Anatole France, Paris, 1949.
- des protides, des acides nucléiques spécifiques, des enzymes, des virus et certains composés chimiques. Le problème de l’hérédité, devenu anatomique et nucléaire avec la configuration des chromosomes et l’alignement des gènes, reparaît chimique, cellulaire et biologique, mais sans beaucoup avancer jusqu’à présent.
- Les discussions politiques.
- Faut-il parler aussi des discussions sans bases scientifiques qui ont récemment eu lieu en U. R. S. S. et qui ont abouti à la mise à l’index du mendélisme, du weismannisme, du morganisme considérés comme idéologie bourgeoise, réactionnaire, antipatriotique, formaliste, métaphysique, absurde, à la fermeture de laboratoires et à l’exclusion de professeurs.
- Lyssenko qui menait la bataille a fait quelques déclarations surprenantes.
- Ëcoutons-le : « L’agriculture socialiste a donné naissance à une science biologique soviétique, fondée par Mitchourine (x), science nouvelle dans son principe». « La théorie matérialiste de l’évolution de la nature vivante est inconcevable sans la reconnaissance de l’hérédité des caractères acquis ». « Il n’est possible de défendre les bases fausses du mendélisme que par des mensonges.' Les idées morganiennes sont complètement étrangères à la conception du monde qu’a le peuple soviétique ».
- Un orateur parla des Drosophiles inutiles ; un autre traita l’étude de leur génétique de « monstrueuse déviation hors des tâches du savant soviétique » et un autre encore parla de la sélection du maïs comme faisant « l’affaire des marchands de graines capitalistes ». Comme on le voit, une même question peut être envisagée sous des angles très différents !
- J’emprunte ces citations à un récent ouvrage de Julian Huxley (2) qui, généticien convaincu, s’est indigné de pareilles attaques, de pareilles hérésies scientifiques. Ayant, comme directeur de l’U.N.E.S.C.O., été en Russie juqu’en ces dernières années, ayant vu les laboratoires, connu les hommes qui les dirigent et leurs travaux, il était particulièrement qualifié pour révéler la mentalité soviétique actuelle en fait d’hérédité comme dans bien d’autres activités intellectuelles et artistiques.
- Lyssenko y apparaît comme un botaniste praticien devenu un politicien astucieux qui se servit du mitchourisme arrangé ou fabriqué par lui pour se débarrasser des autres savants génétistes russes — Vaviloff entre autres qui fut envoyé dans le nord-est de la Sibérie oà il mourut — et devenir héros de l’Union soviétique, puis membre du Comité central du parti communiste. Sa génétique n’est pas celle du reste du monde, elle ne s’embarrasse pas de vérités et elle nous apparaît comme une arme politique camouflée, tout juste bonne pour des ignorants, quelles que soient nos propres incertitudes en ces très difficiles questions.
- R. M.
- 1. Mitchourine (1855-1935) était un jardinier-horticulteur habile, mais peu initié aux questions théoriques. Lyssenko tira de ses dires une théorie voisine du lamarckisme d’après laquelle les caractères acquis deviennent héréditaires après « dislocation » de l’hérédité par une greffe, un croisement, un brusque changement du. milieu tel que la vernalisation.
- 2. Julian Huxley. La génétique soviétique et la science mondiale. 1 vol.,
- 271 p. Stock, Paris, 1950. ,
- A propos d'un gisement d'étain.
- Le gisement d’étain de la concession d’Abbaretz qui s’étend en Loire-Inférieure sur les communes de Nozay et d’Abbaretz va être remis ën exploitation à ciel ouvert. Deux excavateurs de 250 t assureront l’extraction du minerai.
- p.236 - vue 244/406
-
-
-
- 237
- PLANÈTES, MÉTÉORES ET « SOUCOUPES VOLANTES »
- Depuis quelque temps, la hantise des engins aériens a donné naissance à un renouveau d’informations hétéroclites publiées dans la grande presse, avec des commentaires d’une variété et d’une fantaisie qui ne se concilient que de loin avec la rigueur scientifique.
- Dans des circonstances analogues, l’ignorance astronomique, si répandue encore, même dans les milieux cultivés, a toujours été propice aux interprétations de sentiment. Qu’il nous suffise de rappeler le fameux phénomène de Cherbourg, en avril 1905, dont l’origine n’était autre que la planète Vénus à l’époque de son plus grand éclat du soir, et que la rumeur publique désigna comme étant le projecteur d’un appareil aérien en inspection clandestine au-dessus de la rade. A ce moment, il ne s’agissait pas de ce soucoupe volante », mais de dirigeable. L’émotion s’enfla si bien qu’un navire de guerre fut envoyé en reconnaissance, sans qu’il ait pu, et pour cause, rejoindre l’objet perturbateur. Cependant chaque soir, sans dissimulation aucune, celui-ci reprenait sensiblement sa trajectoire de la veille.
- Les plus savants (!) évoquaient doctement pour l’expliquer l’apparition de quelque comète ou meme celle d’un bolide (!),
- Fig. 1. Phases de Vénus le premier jour de chaque mois, en 1949 (image renversée).
- La position de la phase est rapportée au méridien passant par le centre de la planète (figure extraite de VAnnuaire astronomique Flammarion
- pour 1949).
- singulier bolide vraiment acharné à se produire : « ... du xo au ii avril, un bolide a été vu à Tunis. On se demande si ce ne serait pas lui qui serait d’abord venu tous les soirs visiter la racle de Cherbourg. Le phénomène se promène à Perpignan, à Montauban, à Nantes, au Havre, à la Réole, à Aix-les-Bains, etc. Et ainsi de suite » (1).
- Ne croirait-on pas relire ainsi certaines des informations qui ont récemment défrayé la chronique ? Et des avions eussent-ils existé à l’époque, n’eût-ce pas été l’un d’eux aussi, plutôt qu’un croiseur, qu’on eut envoyé à la poursuite de l’astre malencontreux ?
- Précisément, il y a quelques mois, cette môme planète Vénus s’est retrouvée dans une de ses périodes de plus grand éclat, le matin cette fois. A l’aube, vers l’horizon, avec certains effets de brume, c’était une énorme tache de lumière n’ayant rien de commun avec l’aspect d’une étoile, môme parmi les plus brillantes. D’autre part, quand le ciel est pur, il est alors parfaitement possible de suivre la planète en plein jour, une partie
- 1. Bulletin de la Société astronomique de France, 1905, p. 243.
- de la matinée, point brillant traçant lentement sa trajectoire diurne dans l’azur.
- Dans les derniers mois de 19/19, c’est le soir qu’était visible au couchant la splendide planète, véritable étoile du Berger cette fois, dont le plus grand éclat avait eu lieu le 26 décembre. Peu élevée sur l’horizon, elle était alors parfaitement placée pour suggérer un engin lumineux d’origine terrestre.
- Ajoutons qu’à l’une et l’autre époque, vue à l’aide d’une lunette ne renversant pas, Vénus se présentait sous la forme d’un croissant tel que celui de la Lune au cinquième jour de la lunaison, dont la convexité tournée vers le Soleil, et par conséquent vers l’horizon, pouvait évoquer l’aspect, sinon d’une soucoupe, du moins celui d’une coupe.
- Pour ce qui est des dimensions des mystérieux appareils, retenons cette information dont il a été dit qu’elle émane d’un technicien appartenant à un centre de projectiles téléguidés : cpxe la « soucoupe » observée par lui mesurait environ 3o m de diamètre et qu’elle se tenait à une altitude de 90 km. Sans nous arrêter à ces chiffres eux-mêmes, dont l’un conditionne Vautre, constatons seulement qu’ils déterminent un diamètre apparent de l’ordre de la minute d’arc, valeur assez voisine, précisément, du diamètre apparent sous-tendu par le croissant de Vénus vers son plus grand éclat, soit 4o secondes, le 26 décembre 1949 et le 6 mars 1950.
- La planète Jupiter, quoiqu’à un moindre degré, est aussi susceptible de donner naissance aux mêmes méprises, lorsqu’elle est au voisinage de l’horizon par ciel pur; mais elle ne présente jamais de phase.
- Les météores connus sous le nom de bolides, ont sans nul doute retenu l’attention d’un plus grand nombre de spectateui’s, en raison de leur apparition inopinée, de leur aspect insolite et de leur déplacement spectaculaire. Témoin cette lettre reçue d’un de nos abonnés, M. A. Mallié, ingénieur E. G. P. à Mont-mirey-le-Château (Jura), que nous reproduisons in extenso, et qui montre d’ailleurs que, pour son compte, le signataire n’a pas été dupe :
- « Sous le titre « Soucoupe volante ou météorite », un journal signale que, le 16 février, on a aperçu dans le ciel de la région lyonnaise et en Savoie, un phénomène lumineux progressant de gauche à droite. J’ai été un spectateur de cette belle météorite.
- « Vers 18 h i5, donc après S.-W. exactement, et à i5° au-dessus de l’horizon, une météorite d’un vif éclat, à radiation un peu verte au début.
- « Le phénomène a duré deux secondes et demie; il y a eu traînée d’étincelles; la visibilité totale du phénomène n’a pas excédé 5°. La trajectoire plongeante semblait dirigée vers le Soleil, alors sous l’horizon.
- « Ces renseignements comparés à ceux qui ont pu être donnés par les spectateurs de la région lyonnaise, peuvent-ils permettre de situer en hauteur, et aussi d’évaluer l’éloignement de ce mobile par rapport à la Terre ? Mon point d’obseï'- . vation est : Montmirev-le-
- le coucher du Soleil, j’ai vu au
- Fig. 2. — Phase de Vénus au moment de son plus grand éclat.
- p.237 - vue 245/406
-
-
-
- 238
- Château (Jura), à 18 km au Nord de Dole (5a gr 45 lat. N., o gr 5o long. E) »..
- Le météore décrit ici est, en effet, un bolide; mais d’après le titre même de l’information dans le journal local, il a pu être interprété comme l’un de ces mystérieux engins dont il est tant parlé. Ce bolide est du type le plus répandu, ce qui n’enlève rien à la beauté d’un spectacle assez rare en somme.
- Voici une autre communication reçue également d’une abonnée de La Nature, Mme A. Billot, à Saint-Cloud; il s’agit d’une observation faite en ce lieu le 9 décembre 1948 à 19 h 55, heure légale :
- te Un beau météore a cheminé lentement suivant une trajectoire qui semblait horizontale et très longue, d’est en ouest, sous la Lune alors en dernier quartier, traversant toute la partie du ciel découvert. Je crus le voir naître d’abord comme une belle étoile fdante colorée qui s’enfla en un globe de feu orangé et qui, continuant sa course, sembla se perdre et se fondre sans éclatement visible. Il laissa un sillage brillant, jaune orangé, persistant ».
- Ici il n’est nullement question d’assimilation à un quelconque engin. Cependant la confrontation de ces deux relations est fort intéressante en ce qu’elles montrent toutes deux ce que peut être une observation de ce genre de phénomène réalisée dans un esprit positif. Du point de vue physique, l’une et l’autre apparitions sont parfaitement décrites, et semble-t-il, aussi complètement qu’elles pouvaient l’être. Malheureusement, pour en tirer des conclusions d’ordre mathématique telles que les souhaite fait le premier de nos correspondants, elles manquent de précision quant à la position exacte de la trajectoire sur la sphère céleste. Celle-ci doit être rapportée aux étoiles de façon à pouvoir être tracée sans équivoque; et de même les points d’apparition et de disparition doivent être repérés avec soin. Ceci implique une certaine connaissance du ciel étoilé ! Même dans ce cas, le plus souvent, la soudaineté du phénomène et sa brièveté sont des obstacles à la bonne qualité de l’observation. La présence de la Lune, comme c’est le cas dans la communication de Mme Billot, en est un autre, en
- ce sens qu’elle efface les constellations, de même du reste que la présence de quelques nuages.
- L’étude géométrique comparative des trajectoires apparentes bien observées d’un même météore, de deux lieux suffisamment distants — ou mieux encore de plusieurs —, permet de déduire la hauteur réelle de celui-ci et la longueur de sa trajectoire, et aussi de situer géographiquement celte dernière. Dans l’ensemble, la hauteur de l’appariticn est de l’ordre de i3o à 100 km, et celle du point de disparition varie de 8 à i5 km, le parcours dans l’air s’étendant sur quelques centaines de kilomètres.
- C'est par celte même méthode que l’on détermine la trajectoire réelle de ces autres météores que sont les étoiles filantes qui, ainsi qu’on le pense bien, n’ont de commun avec les étoiles que le nom. Cependant le vocable même qui ce phénomène, pour erroné qu’il soit, témoigne que l’étoile filante n'est, pas, en général, considérée comme un fait insolite.
- Il n’en est pas de même d’un bolide qui, lui, paraît bien échapper à l’ordre établi, et dont il est difficile de faire admettre que ce soit un phénomène obéissant aux lois qui gouvernent immuablement les corps célestes; et il est certain qu’un beau bolide constitue un spectacle bien susceptible de faire travailler les imaginations.
- Cependant, la météorite à son origine n’est qu’un astre comme les autres et n’en diffère que par ses dimensions plus ou moins minuscules. Outre le cortège des grandes planètes qui constituent le système solaire, l’espace qui nous environne est semé, en nombre innombrable, de corps dont les dimensions s’échelonnent entre celles d’une véritable planète et celle d’une simple poussière, tous obéissant aux lois de la gravitation, tous décrivant autour du Soleil des orbites qui seraient, elles aussi, parfaitement elliptiques, sans les perturbations introduites par les astres voisins.
- Lorsque l’un d’entre etix pénètre dans l’atmosphère terrestre, il s’échauffe par frottement jusqu’à l’incandescence; les gaz occlus acquièrent une force expansive telle que souvent l’éclatement, se produit. Les fragments projetés à la surface du sol constituent alors ce qui est communément appelé aérolilhe.
- C’est une notion difficile à faire accepter au vulgaire que
- Fig. 5. — Le Meteor Crater, près du Grand Canon Diablo (Arizona).
- (Document aimablement prêté par la Société Astronomique de France).
- p.238 - vue 246/406
-
-
-
- 239
- l’existence de ces corps pesants suspendus dans l’espace : les pierres tombées du ciel ont toujours été considérées avec une méfiance superstitieuse, en vertu de quoi, chez certains peuples, nombre d’entre elles ont été, ou sont encore, l’objet d’un culte (Q.
- Leurs formes irrégulières, aussi bien que leur constitution intime, tendent à établir qu’elles ne sont que les débris d’une planète qui aurait éclaté, à une époque vertigineusement lointaine et bien avant que l’Ilomme soit apparu. Quelques-unes ne diffèrent en rien de certaines roches terrestres : ce sont les météorites pierreuses; mais le plus grand nombre contiennent une notable proportion de fer; un certain nombre môme sont constituées par du fer à peu près pur, avec un peu de. nickel et de cobalt; ce sont les sidérites. Cette forte prédominance du fer dans leur composition est à rapprocher de la constitution de notre globe, dont le noyau a pu être comparé à une énorme sidérite. D’autre part, dans l’ensemble, la densité moyenne déduite d’un grand nombre de météorites analysées serait de 5,57, c’est-à-dire très voisine de celle des planètes les plus proches du Soleil, parmi lesquelles est la Terre, dont la densité est de 5,G.
- Si enfin l’on se base sur la vitesse des météorites, sur leur orbite, déduite de celles constatées sur leurs trajectoires, et compte tenu du mouvement de la Terre qui se déplace à raison de 3o km par seconde autour de l’astre central, on constate que cette vitesse est de l’ordre de la vitesse parabolique •— 4a km — qui correspond à la distance de la Terre au Soleil, et bien supérieure à la vitesse limite, 11 km, que présenterait un corps gravitant autour de la Terre.
- Ces diverses considérations permettent de conclure à la fois que les météorites sont des corps étrangers à notre globe, mais que cependant ils appartiennent bien au système solaire.
- En tant que pierres tombées du ciel, certaines météorites ont atteint des dimensions considérables; celle qui a creusé le « Meteor Crater », dans l’Arizona, est particulièrement célèbre; c’est un immense entonnoir de 1 a5o m de diamètre et de près de 200 m de profondeur. La chute date des âges géologiques.
- Deux autres sont d’une époque contemporaine; toutes deux sont tombées en Sibérie. La première, le 3o juin 1908, a dévasté une étendue de forêts de 100 km de diamètre, sa masse ayant été évaluée à 4o 000 t par le professeur Kulik. La seconde, tombée vers Sihote-Aline, dans les parages du fleuve Amour, le 12 février 1947, d’après les savants russes qui l’ont étudiée sur les lieux mêmes, pouvait peser un millier de tonnes.
- Dans ces trois cas, il s’agissait d’une importante sidérite, et c’est une véritable pluie de fer qui, au moment de l’éclatement, s’est abattue chaque fois autour du point d’impact, sur un vaste espace.
- Quant aux étoiles filantes, leurs dimensions en tant que fi’agmcnts minéraux sont infiniment plus réduites et de l’ordre du millimètre, ou même celles de simples poussières. Les traces de leurs débris s’observent dans les eaux de pluie et sur les neiges éternelles des hauts massifs, sous forme de dépôt ferrugineux.
- Il est des étoiles filantes qui arrivent par essaims de certaines régions du ciel, et à date fixe chaque année. L’astronome italien Schiaparelli a montré que, dans ce cas, elles proviennent de la désagrégation de quelque comète dont l’orbite se rapproche en un certain point de celle de la Terre. Ainsi l’essaim des Per-séides, observable du 9 au i4 août, a pour origine la grande comète de 1862 (1862 III).
- Dans l’ensemble, le nombre des étoiles filantes susceptibles d’être visibles à l’oeil nu s’élèverait annuellement à 9 milliards.
- Des méthodes toutes récentes pour l’étude des essaims d’étoiles filantes viennent d’être introduites par l’emploi du Radar,
- 1. La Pierre Noire de la Caabah, à La Mecque, était une météorite.
- Figr. S.— Météorite d’Eisenheim (Alsace) trouvé le 16 novembre 1492.
- C’est le premier échantillon météoritique dont l’authenticité soit indiscutable (Collections du Muséum national).
- qui permet de détecter ces météores pendant le jour, et même par ciel couvert. Par cette voie, le nombre des étoiles filantes qu’il convient de considérer se trouve considérablement accru.
- Ainsi, de nuit et de jour, sans trêve, par les moyens les plus perfectionnésj et du fait d’observateurs rompus à ce genre de recherches, le ciel est l’objet de la plus intense surveillance pratiquée dans tous les observatoires du monde. Et, sans prétendre mettre en doute la possibilité de l’existence d’appareils aériens de types nouveaux, c’est bien cette surveillance qui, pour revenir en terminant aux préoccupations évoquées au début de cet exposé, peut laisser perplexe quant à la réalité, au moins de quelques-uns, des objets insolites qui ont été signalés de divers endroits, dont aucun, jusqu’à ce jour, n’est un observatoire astronomique.
- G. Fournier.
- Le plus ancien alphabet.
- A l’une des dernières séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, M. Virolleaud a fait connaître une découverte de M. Claude Schaeffer, à Ras-Shamra, en Haute-Syrie. Il sdgit d’une série de signes cunéiformes représentant 22 lettres placées dans le même ordre que celles qu’on connaît en phénicien et en hébreu, plus S autres ajoutées plus tard pour représenter certains sons non représentés en phénicien. Cet abécédaire remonterait au xiv® siècle avant J.-C. et serait le plus ancien connu, puisqu’on ne remontait pas jusqu’ici au delà du ive siècle avant J.-C. avec l’alphabet araméen trouvé à Ouadi-Hamamat, en Haute-Égypte. Ainsi les traces de civilisation reculent-elles peu à peu la fin de la préhistoire.
- p.239 - vue 247/406
-
-
-
- 240
- Images de mondes disparus
- diapré par le clair feuillage des hêtres, les ondulations des
- Paysages biologiques du Trias inférieur
- Nous avons laissé le monde des vivants au moment où les Vertébrés s’essayaient à quitter le domaine des eaux pour se répandre sur la terre ferme. Nous arrivons maintenant au Trias, c’est-à-dire à la première période de l’ère secondaire. Des millénaires se sont écoulés, une nouvelle chaîne de montagnes a surgi, qui dépassait en ampleur nos Alpes et a eu le temps d’être presque nivelée par l’érosion.
- Mais le dessin général du globe en a été changé, et c’est la configuration de cette chaîne hercynienne, en grande partie effondrée et détruite, qui commandera désormais les grands traits du relief terrestre.
- Nous étudierons trois paysages biologiques du Trias inférieur, très éloignés, géographiqi terrien t, les uns des autres : la bordure des Vosges, Madagascar, le Groenland. Ces deux dernières régions, actuellement si différentes dans leur régime climatique, leur faune et leur flore, vont nous montrer, pour cette période, les plus étroites ressemblances.
- I. — La région vosgienne
- Le nom de Vosges évoque pour nous un paysage de forets magnifiques dont la description a maintes fois tenté la plume des géographes et des écrivains. « Assemblée silencieuse de grandes formes dans le peuple paisible des êtres qui ne pensent pas », disait Taine, en une page célèbre consacrée à Sainte-Odile, tandis que dans son Tableau géographique de la France, Vidal de la Blache écrivait : te Partout, soit qu’elle domine effectivement, soit que les défrichements l’aient morcelée, la forêt reste présente. Elle hante l’imagination ou la vue. Elle est le vêtement naturel de la contrée. Sous le manteau sombre,
- 1. Voir La Nature, n°» 3171, 3172, 3173, pp. 207. 249, 278, 1949 ; n° 3181, p. 143., 1950.
- montagnes sont comme enveloppées et comme amorties ».
- Paysage ancien, certes, mais qui se modifia bien des fois, et, au Trias inférieur, le soleil y brilla tout d’abord sur la solitude d’un désert.
- Formant comme une vaste ceinture autour du massif vosgien, pilier immuable et témoin de la chaîne hercynienne, se déposaient alors les « Grès bigarrés » qui montrent actuellement de pittoresques escarpements, portant de vieux burgs romantiques.
- Pour les géologues, ces Grès bigarrés sont la marque d’une formation désertique, comparable, selon M. Gi-gnoux, à celle qui de nos jours s’étend du Sahara à la Mésopotamie. La vie n’en était point complètement absente, mais aussi pauvrement développée que sur les steppes actuelles d’Eurasje.
- A la fin de cet Éotrias, à la période dite des Grès à Volt-zia, du nom d’une plante voisine de nos Araucariées et qui constituait alors l’élément. dominant du paysage végétal, le climat, tout en conservant son caractère désertique, semble adoucir quelque peu ses rigueurs. Il devait se rapprocher de celui qui régna sur le continent des Vieux-Grès Rouges, marqué par une alternance de période sèche et de période pluvieuse. Alors s’est épanouie, en certains points de la région Aosgienne, une vie intense, qui vient de nous être révélée, en ces dernières années, par les remarquables découvertes de M. Louis Grauvogel.
- Il y a, dans la région qui s’étend entre Saverne et Phalsbourg, quelques grandes carrières, activement exploitées pour le grès vosgien. De place en place, intercalés entre les bancs de grès, s’observent des niveaux marneux ou argileux, disposés en couches relativement étendues, ou se présentant sous une forme lenticulaire. M. Grauvogel en a entrepris l’exploration méthodique et patiente. Il a montré que ces zones de marnes ou d’argile offrent, selon ses' propres expressions, « les caractères d’un dépôt périodique, avec alternances maintes fois répétées de lits à grain plus grossier et plus fin. Chacun de ces feuillets, dont
- Fig. 1. —
- 1. Pecopteris Sulziana Moageoti
- 2 3
- Reconstitution d’un paysage du Trias inférieur.
- (Composition de Colette Deciiaseaux).
- ; 2. Nevropteris Dafrenoyi ; 3. Nevropteris Voltzii. ; 4. Equisetites ; 5. Anomopteris Mougeoti ; 6.- Vollzia heterophylla.
- p.240 - vue 248/406
-
-
-
- 241
- l’épaisseur peut varier de quelques millimètres à quelques centimètres, correspond à un véritable cycle de sédimentation en miniature ».
- Toujours selon M. Grauvogel, il faut admettre que ces sédiments ont été déposés par des fleuves ou des rivières aux eaux lentes. L’orientation, dans les bancs argileux, des restes végétaux, suggère que le sens de l’écoulement était le plus souvent dirigé du Nord-Ouest vers le Sud-Est.
- Sur les bords de ees cours d’eau, formant un vert ruban de feuillage, se développaient des plantes variées (fig. i) : Cryptogames vasculaires évoquant nos Prêles et nos Fougères; Gymnospermes rappelant les Araucariées; types aux affinités incertaines. La diversité des stades des organes de reproduction permet de suivre, en quelque sorte, le rythme des saisons. Sur certains cônes mâles de Voltzia, les étamines sont en place; en plusieurs points, on trouve des graines, les unes intactes, d’autres commençant à germer, quelques-unes ayant donné une plantule.
- Une foule d’insectes grouillaient sur la terre ou volaient sur les eaux : d’innombrables Blattes, des Coléoptères constituaient la masse principale de ce monde animal. Des Éphémères, des Libellules de grande taille (l’une d’elles avait 3o cm d’envergure) sillonnaient les airs. Et des larves en quantité prodigieuse, avec des chrysalides parfois écloses, établissent les remarquables conditions de fossilisation de ce milieu (fig. 3). Des Scorpions variés affirmaient le caractère sub-tropical ou tropical du climat.
- Quelques traces de pas, des ossements, viennent attester l’existence de Vertébrés quadrupèdes.
- La vie pullulait également dans les fleuves. De petites Limules se traînaient sur les rives. Les Mollusques étaient représentés par plusieurs genres de Lamellibranches. Les Crustacés, particulièrement variés et nombreux, nous sont connus par leurs formes jeunes et leurs formes adultes. Des Poissons Cœlacanthidés et Actinoptérygiens nageaient dans ces eaux, venant compléter l’un des plus beaux ensembles faunistiques qu’il a été donné aux paléontologistes de contempler.
- Ainsi, dans ce que l’on a parfois appelé, pour cette période du Trias inférieur, le désert de Saverne, les recherches de M. Grauvogel nous ont fait connaître les manifestations d’une vie luxuriante, restées jusqu’alors inaperçues. Ces belles révéla-tions nous permettent de mesurer, une fois de plus, ce que Gauclry, paraphrasant Pascal, appelait les grandeurs et les misères de la Paléontologie.
- Fig. 2. — La bordure gréseuse du Makay. District de Beroroha. Madagascar. Trias inférieur. Éperons gréseux arkosiques à galets de quartz, avec lits d’argilithes.
- (Photo ToivrociiAUx).
- Fig. 3.— Pontes d’insectes, du Trias inférieur de la région de Saverne.
- (Photo L. Grauvogel).
- II. - Madagascar
- Le grand massif cristallin qui constitue le noyau principal de Madagascar est recouvert, sur ses versants septentrional et occidental, par des sédiments gréseux et, schisteux, d’âge variable, s’étageant du Fermier supérieur au Trias supérieur. Un tapis végétal sans variété, la prairie, imprime à tonte cette bordure, un aspect monotone, que viennent rompre, dans le Nord, quelques palmiers grêles, et, dans le Sud, les baobabs au tronc ventru. Partout, l’érosion a fortement agi, créant souvent d'étranges et grandioses reliefs (fig. a).
- Vers la base de la série sédiment-aire, et sur toute la longueur de l’île, on observe les formations correspondant au Trias inférieur. C’est dans la région nord'que les recherches de géologues, au premier rang desquels il convient de placer M. Besairic, nous ont révélé une des plus belles faunes ichthyologiques de cette période.
- Parmi les schistes argileux, on rencontre des nodules fossilifères renfermant généralement un Poisson (fig. 4), plus rarement une Ammonite, parfois les deux associés. Il s’agit donc incontestablement d’un gisement marin, mais la présence sporadique, dans ces nodules, de fragments de végétaux terrestres, et quelques autres indices sur lesquels nous reviendrons plus loin, permettent de supposer que l’on était proche du rivage.
- C’est dans une mer chaude que vivaient ces Poissons, alors que régnait, sur le continent, un régime semi-aride.
- p.241 - vue 249/406
-
-
-
- Fig. 4. — Perleidus madagascariensis, Poisson Actinoptérygien du Trias inférieur
- de Madagascar.
- Crâne dermique vu par-dessus et région antérieure du corps. Grandeur naturelle.
- La présence, dans cette formation marine, d’un Dipneuste voisin du Ceratodus actuel des eaux douces d’Australie, soulève une difficulté d’ordre écologique. L’espèce moderne vit dans de petits lacs ou des rivières, qui, pendant la saison sèche, peuvent être à peu près complètement dépourvus d’eau. Le poisson n'utilise plus ses branchies, mais, grâce à ses poumons, vient directement respirer l’air atmosphérique. La similitude de structure implique un même mode de vie, et l’on peut penser que le Ceratodus du Trias inférieur de Madagascar vivait, lui aussi, dans des lacs périodiquement desséchés. Il a donc été amené accidentellement dans le gisement où on l’a découvert, mais nous avons encore là une raison d’admettre que la terre ferme était proche.
- Très grande est la diversité des Actinopté-rygiens. Tons se rattachent plus ou moins nettement aux formes de l’ère primaire; quelques-uns les prolongent directement. Mais ils montrent une caractéristique nouvelle dans la structure de la nageoire caudale. Un rappel anatomique préalable est indispensable pour en déterminer la signification.
- Chez les Poissons, la région terminale du corps peut se présenter sous trois aspects différents (fig. 6) :
- i° la colonne vertébrale et les muscles qui l’accompagnent se prolongent dans la nageoire caudale, la divisant en deux lobes égaux : c’est le type diphycerque;
- a0 la colonne vertébrale se relève vers le haut et pénètre dans le lobe supérieur de la nageoire caudale, qui, par suite, prend un grand développement : c’est le type hétéro-cerque;
- 3° la colonne vertébrale ne se prolonge pas dans la nageoire caudale dont les deux lobes sont égaux : c’est le type homocerque.
- Les Poissons actinoptérygiens de l’ère primaire ont une caudale hétérocerque. Ceux du Trias inférieur de Madagascar (comme d’ailleurs presque tous les Actinoptérygiens de cette période) montrent une hétérocercie
- Cette faune aquatique comprenait des Cœla-canthidés, parents éloignés de ces Crossopté-rygiens que nous observâmes dans les lacunes du continent des Vieux-Grès Rouges; un Dipneuste, proche du Ceratodus actuel; enfin et surtout des Actinoptérygiens, groupe qui constitue la grande majorité des Poissons peuplant maintenant les mers, la totalité de ceux vivant dans nos rivières et nos étangs.
- Les Cœlacanthidés sont peut-être les précurseurs du Latimeria (fig. 5), récemment découvert non loin des côtes de l’Afrique australe, et qui nous a montré que ce groupe, considéré comme éteint depuis la fin des temps crétacés, persistait encore dans la nature actuelle. Us sont représentés par des types assez variés, surtout par la disposition des nageoires paires ; tous avaient une vessie natatoire à la paroi ossifiée.
- Fig. 5. — Latimeria chalumnæ. Type persistant de Cœlacanthidé, des côtes de l’Afrique australe (d’après J. L. B. Smith).
- p.242 - vue 250/406
-
-
-
- 243
- beaucoup moins accentuée : le lobe supérieur n’est que légèrement plus développé que le lobe inférieur (stade semi-hétérocerque).
- Dans l’histoire des Actinoptérygiens, telle que nous la révèle la paléontologie, il semble donc que la nageoire caudale ait été originellement hétérocerque, pour atteindre ensuite graduellement un état homocerque. Et, comme chez les Téléostéens actuels, le stade adulte homocerque est précédé par un stade larvaire hétérocerque, on a généralement conclu que ceux-ci, au cours de leur développement individuel, traversaient les phases structurales qui avaient caractérisé la série de leurs ancêtres.
- Des recherches récentes, dues à A. J. Grove et G. E. Newel, orientent vers un autre mode d’explication. Évitant d’entrer dans des détails techniques inappropriés, nous dirons simplement que ces auteurs ont établi que le . type de nageoire caudale était en quelque sorte commandé par le rapport entre le poids spécifique du poisson et celui du milieu aquatique : si la densité du poisson est plus grande que celle de l’eau, la nageoire caudale est héléro-cerque; dans le cas contraire, elle tend à devenir homocerque.
- C’est ce que suggère l’étude du développement des Téléostéens actuels. Si nous considérons, par exemple, la Truite arc-en-ciel, on constate que la jeune larve, dont le ' poids spécifique est de 1,076, possède une nageoire caudale très nettement hétérocerque. Au fur et à mesure que le développement progresse, le poids spécifique diminue par suite de la résorption du sac vitellin et de la formation de la vessie natatoire. En même temps, la nageoire caudale se modifie graduellement, et, d’hétérocerque, devient homocerque.
- Des faits analogues peuvent être observés sur d’autres Téléostéens, et leur généralité permet d’affirmer que les changements de forme de la nageoire caudale ne traduisent nullement un phénomène évolutif, ne retracent aucune histoire, mais sont parfaitement susceptibles d’une explication a actuelle ».
- Telle est la leçon que l’on peut tirer de l’étude des Poissons vivants; celle de la Paléontologie n’est point différente.
- Jusqu’au Permien supérieur, c’est dans les eaux douces
- que s’est presque en-
- !
- mw('Æ
- B
- fièrement déroulée l’histoire des Actinoptérygiens ; en tout cas, c’est de ce milieu que proviennent le plus grand nombre des espèces fossiles que nous connaissons. Au contraire, les Poissons du Trias inférieur de Madagascar sont marins ; ils ont donc vécu dans un milieu plus dense que le milieu d’eau douce. La modification de leur na-
- ''////
- C
- \\W\C '
- Fig. 6. — Schéma- des principaux types de nageoires caudales.
- A, type diphycerque ; B, type hétérocerque ; C, type homocerque ; an, arc neural ; ha, arc hémal ; hy, dernières vertèbres fusionnées ; le, lobe supérieur ; Ih, lobe inférieur. (D’après Boule et Piveteau).
- Fig. 7. — Protobatrachus Massinoti, du Trias inférieur de Madagascar.
- En haut, région de la ceinture pelvienne, grossie deux fois. En bas, à gauche, vue par-dessus, et en bas, à droite, vue par-dessous, de l’ensemble du spécimen, en grandeur naturelle.
- geoire caudale est en rapport avec ce changement d’habitat. Dans la nature actuelle, les Téléostéens d’eau douce, grâce en particulier au développement de certains dispositifs comme la vessie natatoire, se trouvent allégés, de sorte que dans ce milieu, ils peuvent présenter, contrairement, aux lourds Actinoptérygiens paléozoïques dont le crâne était fortement ossifié et le corps recouvert d’épaisses écailles ganoïdes, une nageoire caudale homocerque.
- On trouve, en outre, dans ces sédiments marins du Nord de Madagascar, des restes d’animaux qui vivaient sur la terre ferme et dont les cadavres furent entraînés hors de leur habitat normal. En cette région, eut lieu l’une des plus curieuses trouvailles de la paléontologie, la découverte d’une forme ancestrale des Amphibiens Anoures (fig. 7).
- Les Anoures actuels, dont le nom veut signifier l’absence de queue, nous sont des animaux familiers : les grenouilles et les crapauds des jardins et des prairies. Si l’animal du Trias inférieur de Madagascar leur ressemble étroitement par le crâne.
- p.243 - vue 251/406
-
-
-
- 244
- il s’en distingue par la présence d’une queue, queue rudimentaire il est vrai, mais parfaitement discernable.
- D’autres particularités de structure, dans le membre postérieur et la colonne vertébrale, devaient donner à ce Protobatrachus une attitude et une allure différentes de celles de la grenouille, dont le mode de propulsion a été si lumineusement étudié par E. OEhmichen.
- Chez la grenouille, certains traits de l’organisation sont en rapport avec la locomotion terrestre, d’autres avec la locomotion aquatique. Ainsi, convient-il de distinguer, dans la patte postérieure, deux régions fonctionnellement distinctes : celle qui correspond au fémur et aux tibia-péroné, et celle formée par le tarse, dont les deux os de la première rangée •sont fort longs.
- La première joue un rôle essentiel dans les déplacements sur la terre ferme et dans le saut. Une musculature puissante relie le fémur à la ceinture pelvienne et les extenseurs de la jambe sur la cuisse sont également très développés. La seconde agit uniquement pour le déplacement dans le milieu aquatique. .
- L’action propulsive du membre postérieur se trouve renforcée par une disposition, tout à fait exceptionnelle dans la classe des Vertébrés, de la colonne vertébrale. Les dernières vertèbres, chez la grenouille (comme chez tous les Anoures actuels), se soudent en une pièce unique, l’urostyle, et les os ilions, très allongés vers l’avant, s’articulent sur les apophyses transverses de la dernière vertèbre libre. Il existe ainsi, dans la région médiane du corps de ces animaux, une véritable articulation. Et, sur ce point également, E. OEhmichen a bien montré que les mouvement de l’urostyle, vers l’avant ou l’arrière, sous l’action des muscles ilio-coccvgiens ou sous-coccygiens permettaient d’obtenir le maximum d’efficacité pour les déplacements soit sur la terre, soit dans l’eau.
- Le Protobatrachus du Trias inférieur malgache montre seulement un début d’allongement des deux os de la première rangée du tarse et n’a point d’urostyle. On peut, par suite penser que son organisation ne présentait qu’incomplètement cette efficacité pour la locomotion terrestre et aquatique que nous observons chez la grenouille actuelle.
- Mais, par d’autres points de sa physiologie, il ne devait pas différer des formes modernes d’Anoures. Tel paraît être le cas de la circulation lymphatique. Chez les espèces vivantes, les cœurs lymphatiques antérieurs sont placés en dessous des apophyses transverses fortement élargies de la troisième vertèbre (fig. 8). Cette même dilatation des apophyses transverses se retrouve au niveau de la troisième vertèbre de Protobatrachus. Cette correspondance dans la modification des parties squelettiques doit entraîner celle des appareils qui leur sont associés et l’on peut penser que la disposition des coeurs lymphatiques antérieurs des Anoures actuels se trouvait déjà réalisée dans leur forme ancestrale du Trias inférieur.
- Le curieux animal dont nous venons de parler n’a point été le seul représentant des Amphibiens sur le sol triasique malga-
- che. Il y vivait en compagnie de Labyrinthodontes (ainsi nommés parce que l’émail de leurs dents présentait des replis sinueux) caractérisés par leurs corps vertébraux formés d’un centre ossifié et de deux petits nodules cartilagineux. C’est là un stade d’évolution de la vertèbre des Amphibiens très largement répandu au Trias inférieur, depuis l’Afrique australe jusqu’aux régions septentrionales de la Russie. Les anciens paléontologistes insistaient beaucup sur les similitudes de structure chez des êtres d’une même époque ayant vécu en des contrées éloignées. Puis, on fut plus enclin à ne considérer que les différences de rythme dans le développement. En réalité, il existe bien, pour certaines époques et dans certains groupes, un mode général, une analogie structurale : la vertèbre des Labyrinthodontes du Trias inférieur nous en fournit un éclatant exemple.
- III. — Le Groenland
- Des expéditions scientifiques danoises ont recueilli, au cours des années 1929, 1980 et 1982, dans le Trias inférieur du Cape Stock et des régions voisines, au Groenland, une abondante faune de Poissons et un nombre important de restes de Labyrinthodontes (fig. 9).
- Le trait le plus saillant de la faune ichthyologique est son étroite ressemblance, on devrait dire plutôt sa similitude, avec la faune de même âge de Madagascar. Il ne s’agit point, en effet, d’analogies superficielles; l’étude anatomique de ces formes a pu être poussée à un degré de précision incroyable, jusque dans les petits détails du système nerveux, de l’appareil circula-
- Fig. 9. — Lyrocephalus. Amphibien Labyrinthodonte du Trias inférieur du Broënland. Crâne vu par-dessus et latéralement (Sâve-
- SODERBEHGn).
- Les lignes pointillées correspondent aux canaux sensoriels.
- Fig. 8.
- Schéma montrant les rapports
- topographiques des cœurs lymphatiques antérieurs ( C.L.a.) et des apophyses transverses de la troisième vertèbre, chez un Anoure actuel.
- p.244 - vue 252/406
-
-
-
- 245
- toire, etc., sans révéler la moindre différence entre ces Poissons si éloignés géographiquement.
- Une telle bipolarité suggère ou même implique des communications faciles. Nous ne connaissons malheureusement que d’une manière très imparfaite la répartition des Vertébrés au Trias inférieur et le dessin géographique du globe à cette époque. Le seul jalon que l’on puisse retenir, entre Madagascar et le Groënland, nous est fourni par un gisement situé sur l’Iénis-séi, indication encore bien vague et incertaine !
- De toutes façons, une si grande uniformité faunistique ne permet pas de penser qu’il y ait eu alors des provinces zoologiques nettement tranchées.
- Nous pouvons caractériser ainsi brièvement le stade évolutif des Vertébrés au Trias inférieur : les Poissons, désormais bien différents de ceux de l’ère primaire, ne se rapprochent guère encore des formes actuelles; chez les Amphibiens, les lignées-paléozoïques poursuivent leur histoire, cependant que le groupe des Anoures fait sa première apparition; quant aux Reptiles,, si les gisements considérés n’en ont pas fourni le-moindre reste,, nous savons qu’en d’autres lieux ' commençait pour eux cette prodigieuse diversification qui devait leur donner la suprématie sur le monde terrestre pendant toute la durée de l’ère secondaire. T ^
- Jean Pivexeau,
- (à suivre). Professeur à la Sorbonne,
- Le Microbe funambule
- (problème sans chiffres).
- Ce microbe fut mal inspiré le jour où il s’aventura en haut de cette boîte cylindrique pour exécuter des tours d’équilibre. C’était une boîte d’aspect inoffensif, sans couvercle; elle contenait un nombre minimum de boules égales entre elles, qui occupaient la moitié du volume de la boîte. Un mauvais génie avait tendu à la partie supérieure un fil raide comme une corde de piano.... L’infortuné s’engagea sur le fil, perdit l’équilibre et tomba sur le sommet d’une boule. L’enquête sur ce pénible accident fut confiée au célèbre détective Ignotus qui fut chargé de préciser la hauteur de chute de l’apprenti acrobate. Il put apprendre... peu de choses : le rayon de la boîte était trois fois plus grand que le rayon d’une boulé; la hauteur de la boîte, son rayon, et la hauteur de chute étaient des nombres entiers, ce qui était surprenant puisqu’il avait affaire à un mystère généralement pourri de l’insupportable nombre incommensurable t: (3,i4i6).
- En quelques minutes, le détective rédigea son rapport et indiqua la hauteur de chute.
- Nous allons reprendre ses déductions.
- D’après l’énoncé, le volume de la boîte égale deux fois le volume des boules.
- Soit R le rayon de la boîte, II sa hauteur, N le nombre de boules et r le rayon d’une boule, il nota : 3,i4i6 x R2 x H
- 2 x 4 x 3,i4i6 x Nx r‘
- et simplifia : R2 x II =
- 8 x N x U
- 3 ......r““" 3
- Il avait chassé l’odieux 3,1416, il en fît autant du dénominateur : 3R2 x H = 8 x N x r3.
- Il se rappela opportunément que le rayon de la boîte était trois fois plus grand que le rayon d’une boule, d’où R2 = gr2, et inscrivit avec plaisir :
- 27?'2 x H = 8 x r3 x N.
- A quoi bon garder des carrés et des cubes ?
- 27H = 8rN.
- L’énigme du nombre minimum de boules ne le préoccupa que quelques secondes. Cela supposait en hypothèse logique une seule rangée de boules. Quant au nombre N, il remarqua que la relation entre le rayon de la boîte et celui d’une boule permettait, en une seule rangée, de placer un nombre de boules compris entre i et 7 (fig. 1). Donnant alors à N une valeur 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, il en conclut qu’il y avait 7 boules. Toute valeur inférieure à 7 donnait au diamètre des boules une valeur supérieure à la hauteur de la boîte, et le microbe n’aurait pas pu tomber (Voir la note finale). Alors 27 x H = 8r x 7 ou :
- 27 x H = 56 x r.
- Cette équation unique à deux inconnues ne l’embarrassa pas longtemps, puisque les rayons et la hauteur étaient des nombres entiers. Or 27 et 56 ne donnaient aucun quotient entier.
- Il conclut, et il en avait le droit :
- Hauteur de la boîte : 56.
- Rayon d’une boule : 27.
- Diamètre d’une boule : 27 x 2 = 54-
- Dans ces conditions, le microbe était tombé de :
- 56 — 54 = 2.
- Deux quoi ? Cela n’a aucune importance !
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- Si l’on donnait à N une valeur 6, l’équation deviendrait 27 x H — 8rx6 ou 27 x II = 48 r.
- Le diamètre des boules serait toujours 54, mais la hauteur de la boîte ne serait que 48, ce qui aboutirait à une impossibilité. Les valeurs 5, 4, 3, 2 et 1 donnent des différences encore plus grandes.
- p.245 - vue 253/406
-
-
-
- 246
- LA PHYSIQUE A DEUX DIMENSIONS
- Certains capitaines pris dans la tempête calment les flots autour de leurs bâtiments en filant de l'huile sur la mer. Les lames viennent alors se briser au contact de la nappe huileuse qui constitue une zone tranquille entourant le navire. On reste confondu par la quantité infime cl’huile nécessaire pour protéger un navire (quelques litres à l’heure), et si, se référant aux évaluations de la surface calmée, on calcule l’épaisseur de la nappe d’huile qui recouvre l’eau, on trouve qu’elle doit être inférieure à un cent-millième de millimètre. À’est-il pas surprenant qu’une pellicule d’huile de cette épaisseur puisse empêcher les vagues de déferler sur l’étendue qu’elle recouvre ?
- L’étude des phénomènes superficiels et des lames minces a irmis de mettre en évidence l’existence de couches monomoléculaires d’épaisseur encore plus faible. Ces couches, de l’ordre du millionième de millimètre, jouent un rôle considérable dans tous les phénomènes se passant en surface. En outre, elles permettent de déterminer les dimensions des molécules qui les constituent, avec des appareils extrêmement simples.
- La formation et l’extension d’une couche grasse très mince à la surface de l’eau peuvent être rendues visibles d’une façon particulièrement frappante grâce à la technique ingénieuse du Pr IL Devaux. Ayant observé que des grains de talc dispei'sés à la surface de l’eau flottent et se déplacent avec la couche superficielle, cet expérimentateur eut l’idée d’utiliser ces grains pour rendre visibles les modifications de la surface. L’expérience consiste à saupoudrer l’eau de très fins grains de talc sassés dans un tamis à petites mailles, puis à déposer en un point de la surface une trace grasse d’acide oléique par exemple, avec la pointe d'une aiguille. L’acide oléique s’étend aussitôt radialement, d’une façon presqu'explosive, en chassant devant lui les grains de talc (fig, i).
- Plusieurs auteurs ont déterminé avec précision la quantité de matière déposée sur la surface ainsi que l’aire occupée et ont pu calculer que la pellicule d’acide gras ainsi laminé est constituée par une seule assise de molécules. L’épaisseur de la couche superficielle d’acide gras obtenue varie naturellement avec la nature de l’acide; elle est généralement de l’ordre de io à 3o A (soit i à 3 millionièmes de millimètre).
- Des épaisseurs si petites surprennent et l’on conçoit les difficultés auxquelles se sont heurtés les premiers chercheurs et les trésors d’imagination et de patience qu’il leur a fallu dépenser pour faire progresser l’étude des lames minces superficielles.
- Les molécules de l’acide gras étalé à la surface de l’eau ne sont pas disposées au hasard, mais sont orientées sur la surface et il a pu être montré que la partie hydrophile de la molécule, c’est-à-dire le groupe acide est directement au contact de l’eau alors que la partie hydrophobe constituée par la chaîne hydrocarbonée est redressée vers l’air.
- Fig. 1. — Mise en évidence de la formation d’un film superficiel par la méthode du talc du professeur H. Devaux.
- Une trace cl’huile déposée en surface s’étale et chasse les grains cle talc qui flottent sur l’eau.
- Si l’on dispose en travers de la cuve une plaque de verre ou de mica paraffinée s’appuyant sur les bords de la cuve, comme le montre la figure cette barrière partage la surface en deux parties dont l’une contient la tache d’acide oléique. En déplaçant cette plaque, on comprime plus ou moins les grains de talc sans aucun transport de matière d’un côté de la surface vers l’autre. Autrement dit, la plaque paraffinée constitue un piston superficiel étanche qui permet de comprimer ou de détendre la couche superficielle et de lui faire occuper des aires variables.
- Le piston superficiel en physique à deux dimensions a un rôle identique à celui du piston dans l’étude de la compression des fluides ou des solides.
- Une couche monomoléculaire étalée sur l’eau exerce sur les parois du récipient qui la contient une pression superficielle, laquelle peut être mise en évidence par une expérience très simple : découpons dans une feuille de mica un canon et un obus à
- CHa | ch3 1
- 1 L.H» 1 1 1 CH» 1 i
- 1 1 GH* 1 1 1 CH»
- G Ha i | CH» i
- 1 G 0 OH 1 G 0 0
- Eau
- deux dimensions et posons-les à plat sur la surface de l’eau de façon qu’il y ait un espace mort à l’arrière de l’obus (fig. 3). Avec la pointe d’un agitateur, déposons dans l’espace enfermé derrière l’obus, une parcelle d’acide oléique, celui-ci s’étend brusquement et chasse l’obus.
- A côté de cette expérience qui relève de la physique amusante, il existe plusieurs dispositifs qui permettent de prouver l’existence de la pression superficielle et de la mesurer. La plupart de ces dispositifs sont constitués par une bandelette superficielle mobile qui tend à céder sous la poussée d’une couche plus ou moins comprimée. En mesurant la force qu’il faut opposer pour maintenir en place la bandelette, on détermine la pression superficielle. Ces appareils qui mesurent directement la pression superficielle sont appelés manomètres superficiels. La figure 4 schématise un des manomètres superficiels construits par Guastalla. Cet appareil très simple permet d’effectuer des mesures rapides et précises. La surface du liquide sur laquelle on expérimente est limitée par un cadre de mica paraffiné posé sur l’eau. Le cadre est divisé en deux compartiments par une bandelette de mica paraffiné B reliée aux bords du cadre par deux fils de soie vaselines Ft et F2. La bandelette B est unie à une suspension pendulaire qu’elle entraîne dans son mouvement. Après étalonnage, on déduit la force exercée par la pression superficielle sur la bandelette B en mesurant l’amplitude de son déplacement. Un dispositif optique qui amplifie les déplacements augmente la précision des mesures. Avec certains manomètres spécialement conçus, la précision peut atteindre l’ordre du millième de milli-gramme/centimètre. Un piston P constitué par une bande de
- Fig. 2. — Piston superficiel.
- Une plaque de verre ou de mica paraffiné posée sur la surface constitue un piston superficiel étanche qui permet de comprimer ou de détendre les substances étalées.
- p.246 - vue 254/406
-
-
-
- 247
- mica paraffiné analogue à la bande de la figure 2 permet de comprimer à volonté la couche superficielle.
- O11 utilise également pour l’étude des films monomoléculaires superficiels, des appareils reposant sur un principe différent et dénommés tensiomètres. Ces appareils mesurent la tension superficielle du liquide étudié.
- Miss A. Pockels a montré que si l’on désigne par y# la tension superficielle de l’eau pure et par y celle de l’eau recouverte d’un film monomoléculaire, la pression superficielle p que l’on pom-rait déterminer directement à l’aide d’un manomètre superficiel est égale à la différence entre les deux tensions superficielles : l> = yu — y. Par conséquent pour effectuer des mesures sur un lilm monomoléculaire étalé à la surface de l’eau, il revient au même d’opérer avec un manomètre superficiel déterminant p ou avec un tensiomètre donnant la tension superficielle. Connaissant la tension superficielle de l’eau, on en' déduit la pression superficielle.
- Parmi les tensiomètres utilisés couramment, on peut citer celui de Lecomte du Noiiy et celui de Dognon et Abri bat.. Ce dernier, schématisé sur la ligure 7, comprend une lame de platine dépoli affleurant la surface du liquide dont on veut déterminer la tension superficielle et une balance électromagnétique permettant de mesurer avec précision la force exercée par la surface du liquide sur la lame. A l’aide d’un rhéostat R on fait varier le courant électrique qui traverse la bobine de la balance électromagnétique et on la maintient ainsi toujours à sa position d’équilibre repérée par l’index 1. La figure 5 est une photographie d’un prototype de ce tensiomètre.
- * *
- Fig. 4. — Schéma d’un des manomètres de J. Guastalla.
- La pression exercée par le film superficiel comprimé entre le piston P et la bandelette B tend à déplacer cette dernière vers la droite. On déduit la pression superficielle de l’amplitude du déplacement de la bandelette qui entraîne avec elle la suspension pendulaire. Le dispositif optique augmente la précision des mesures.
- A trois dimensions, on a coutume de répartir les milieux matériels entre les trois états : solide, liquide et gazeux. Sous l’influence de facteurs tels que température et pression, la plupart des substances sont susceptibles de passer d’un de ces états dans un autre et s’il s’agit d’un corps pur, chacune de ces transformations se produit sous une pression déterminée à une température parfaitement définie. Par exemple sous une atmosphère, la glace fond à o° et l’eau bout à ioo°. Naturellement, si la pression change, les températures de transformation varient et sous pression réduite l’eau bout à une température inférieure à ioo°. A deux dimensions, la compression à température constante (compression isotherme) de certains films superficiels monomoléculaires met, en évidence l’existence de gaz, de liquides et de solides bidimensionnels.
- Fig. 3. — Mise en évidence de la pression superficielle.
- Sous la poussée exercée par la pression superficielle, créée par l’acide gras qui s’étend superficiellement, l’obus à deux dimensions est chassé hors
- du canon.
- En outre, la substance, étalée à la surface de l’eau est susceptible de passer de l’état liquide à l’état gazeux ou inversement par une transformation réversible analogue à celle qu’on observe entre les mêmes états à trois dimensions. En particulier, de même que la vaporisation d’un liquide ou la condensation d’une vapeur à température donnée se produisent toujours sous une même pression, indépendante des proportions relatives de liquide et de vapeur, de même le passage de l’état- liquide bidimensionnel à l’état gazeux bidimensionnel a toujours lieu pour une pression superficielle bien déterminée, qui est uniquement fonction de la nature de la substance étalée et de la température.
- Notons également que des mesures de viscosité et de rigidité superficielles ont montré que dans certains cas, les propriétés mécaniques des couches monomoléculaires sont comparables aux propriétés correspondantes à trois dimensions.
- L’analogie entre les systèmes à deux et à trois dimensions peut d’ailleurs être poussée beaucoup plus loin. Nous savons que certaines substances telles que la gélatine, le caoutchouc, ... sont susceptibles de gonfler dans des solvants appropriés pour donner des masses facilement déformables ayant cependant une certaine rigidité, qu’on désigne généralement sous le nom de gel. Or l’étude des propriétés mécaniques de certains films monomoléculaires révèle l’existence de gels bidimensionnels ayant des propriétés comparables à celles des gels à trois dimensions.
- De très nombreuses études ont été effectuées sur les films monomoléculaires liquides, solides ou gels et en particulier par des chercheurs français parmi lesquels le Pr II. Devaux fut le grand précurseur.
- L’étude des films superficiels gazeux est certainement beaucoup moins poussée. Ce retard provient des difficultés d’expérimentation auxquelles on se heurte lorsqu’on veut travailler sur des gaz bidimensionnels.
- En particulier, il est indispensable d’étaler la substance étudiée sur une eau préalablement traitée afin de la débarrasser de toute trace de produit pouvant engendrer un film superficiel et de se garantir des poussières qui existent toujours dans l’atmo-
- p.247 - vue 255/406
-
-
-
- sphère. Dans les conditions les plus favorables, on eslirne qu’une mesure ne doit pas durer plus de m minutes pour que la conla-mination par 1 atmosphère reste' négligeable. .On conçoit donc facilement les difficultés énormes rencontrées lors d’études sur des films monomoléculaires gazeux. Ces éludes présentent cependant un très grand intérêt, car elles permettent d’atteindre la structure et la masse des molécules de la substance étalée.
- Langmuir avait prévu, par des considérations théoriques, qu’en poussant assez loin l’extension des couches superficielles, on devrait voir apparaître un étal gazeux superficiel. Ce ne fut qu'après les travaux d’Adam et Jessop, Marcelin, Guastalla, que l’existence de ce gaz superficiel fut montrée expérimentalement.
- Revenons pour un moment à trois dimensions, et considérons un gaz contenu dans un corps de c\lindre. Si l’on comprime ce gaz assez lentement pour laisser à la chaleur dégagée par la compression le temps de se dissiper, en sait que pour chaque pression exercée sur le piston, la pression et le volume sont liés par la relation PV = Constante qui exprime mathématiquement la loi de Mariotte.
- Lorsque la quantité de matière contenue dans le corps du cylindre est égale à une molécule-gramme, cette loi devient la loi de Gay-Lussac qui est traduite mathématiquement par ia relation : PV = RT où R est égal à 8,3 . io7. T est la température absolue, c'est-à-dhe la température centigrade augmentée de 273°.
- A partir de cette formule, on montre que si l’on comprime m grammes d'nn gaz de masse moléculaire M, celle-ci est reliée au volume el à la pression par la formule :
- mfiT
- m = -ÏT •
- Sur cette dernière équation repose une méthode classique de détermination de la masse moléculaire, qui consiste.à vaporiser
- la substance analysée et à mesurer le volume qu’elle occupe sous une pression donnée.
- A deux dimensions, les phénomènes sont exactement les mêmes et les gaz superficiels obéissent aux mêmes lois que les gaz ordinaires. En particulier, les gaz bidimensionnels sont régis par une loi analogue à celle de Mariolte-Gay-Lussac dans laquelle on a remplacé le volume par la surface S recouverte par le film mononucléaire : PS = RT.
- Dans cette équation, le coefficient R est identique à celui qui intervient dans la compression des gaz ordinaires.
- Les lois qui régissent, les gaz à deux et à trois dimensions étant analogues, il est logique que les renseignements susceptibles d’être fournis par l’élude des gaz bidimensionnels soient les mêmes que ceux fournis par l’étude des gaz ordinaires à trois dimensions.
- En particulier, à la méthode envisagée ci-dessus de détermination de la masse moléculaire correspond une nouvelle méthode qui consiste à étaler un poids connu de la substance en un film monomoléculaire gazeux et à déterminer la surface recouverte sous différentes pressions superficielles.
- L’intérêt de cette technique est très grand, car elle permet de mesurer la masse moléculaire de substances que l’on ne peut pas vaporiser, même sous pression réduite, par exemple des produits organiques qui sont décomposés par la chaleur avant de se volatiliser.
- Les résultats des mesures de masse moléculaire effectuées sur plusieurs produits, par la méthode des films superficiels gazeux, ont été comparés avec ceux obtenus sur ces mêmes produits par d’autres méthodes. Ces comparaisons ayant montré que l’accord est très bon, la nouvelle méthode fut. appliquée à l’étude de certains composés chimiques de masses moléculaires élevées (10 000 à 100 000). L’étalement à la surface de l’eau de substances macromoléculaires nécessite généralement une technique différente de celle que nous avons vue pour l’acide oléï-que du fait que beaucoup de ces produits ne s’étalent pas spontanément. Heureusement, on peut les laminer en films monomoléeulaires stables en déposant une ou plusieurs gouttes d’une solution diluée dans un solvant approprié; si le composé chimique est soluble dans un solvant susceptible de s’étaler spontanément à la surface de l’eau (comme l’acétone, les alcools à longue chaîne...'), l’étalement est généra-
- |
- Fig. 5. — A gauche : Prototype du tensiomètre Dognon-Abribat. — Fig. 6. — A droite : Tensiomètre Dognon-Abribat enregistreur.
- On a adjoint au tensiomètre un dispositif électronique qui à chaque instant fournit automatiquement le courant électrique nécessaire pour maintenir le tensiomètre à sa position d’équilibre (photographie de MM. l’ounAniER et Dubois).
- p.248 - vue 256/406
-
-
-
- 249
- 1000u> > 1000 tu
- Fig. 7. — Schéma de principe du tensiomètre Dognon-Abribat.
- La tension superficielle à mesurer exerce sur la lame de platine dépoli L une force dirigée vers le bas. Cette force est mesurée à l’aide de la balance électromagnétique maintenue à sa position d’équilibre en faisant varier le courant électrique qui la traverse au moyen du rhéostat R. La butée B empêche les déplacements brusques de la lame.
- lement facile et complet. Au contraire, si l’on étudie une substance soluble dans l’eau, par exemple une protéine, le problème de l’étalement est plus compliqué et il est souvent nécessaire d’ajouter à la solution une trace d’alcool amylique pour obtenir un étalement complet. Cet artifice dû à Dervichian est appelé méthode de la goutte activée,
- Naturellement, avant d’effectuer une mesure sur le film superficiel, il est obligatoire d’attendre que tout le solvant soit évaporé. A partir des isothermes de compression des films superficiels gazeux, il fut possible de mesurer les masses moléculaires d’échantillons de chlorure de polyvinyle, de gélatine, d’ovalbumine, d’acétate de cellulose, de caoutchouc dégradé. Les masses moléculaires ainsi déterminées, comparées à celles obtenues par d’autres méthodes, donnent généralement des résultats concordants. Si l’on tient compte du fait que celte méthode de mesure de la masse moléculaire est très rapide, qu’elle nécessite seulement quelques milligrammes de matière et un appareillage peu coûteux, on conçoit les grands services qu’elle est susceptible de rendre.
- La compression d’un film superficiel gazeux rapproche les unes des autres les molécules étalées à la surface de l’eau. A un moment donné, les molécules sont disposées côte à côte et il n’y a plus d’espace libre entre elles. Cet état est généralement obtenu pour des pressions superficielles faibles et de nombreux expérimentateurs qui ne disposaient pas d’appareils assez sensibles ou qui ne nettoyaient pas convenablement la surface d’étalement ont réussi à voir cet état de compression, mais n’ont pu réaliser les détentes pour effectuer des mesures sur les films gazeux.
- La connaissance de la surface occupée lorsque les molécules sont jointives permet de calculer la surface et la hauteur de la molécule. La comparaison des dimensions moléculaires ainsi mesurées avec celles déterminées par diffracion des rayons X a révélé un accord très satisfaisant entre les deux techniques.
- *
- * *
- Une conséquence curieuse de l’existence des films superficiels est la catalyse de surface
- En voici un exemple qui, s’il est deArenu aujourd’hui classique, n’en a pas moins surpris pendant longtemps ceux qui l’ont observé. Soit trois morceaux de camphre de même volume placés le premier dans l’eau, le second à l’interface eau-air, le troisième dans l’air (fig. 8). En pesant les trois échantillons après un certain temps, on observe que celui qui était dans l’eau (I) n’a pas changé de poids, celui qui était dans l’air (III) a perdu un peu de son poids par sublimation partielle et celui qui était placé à l’interface eau-air (II) est presque complètement volatilisé. Ces différences de comportement s’expliquent facilement. Le camphre est insoluble dans l’eau, donc il est normal que le premier échantillon soit resté intact. Il se sublime lentement à l’air; la volatilisation du troisième échantil-l’on n’a pu se produire, qu’à travers la surface de l’échantillon, relativement petite. Mais le camphre placé à l’interface eau-air s’est étalé en un film monomoléculaire sur toute la surface de l’eau,et s’est sublimé sur toute cette surface; comme la surface libre de l’eau recouverte du film superficiel de camphre est considérablement plus grande que celle du morceau de camphre, la sublimation a été beaucoup plus rapide. La formation intermédiaire d’un film superficiel volatil catalyse donc la sublimation du camphre.
- Ce rôle de catalyseur joué par la surface a été observé dans
- Fig. 8. —- Catalyse de surface du camphre.
- L’échantillon I ne se dissout ni ne se volatilise ; l’échantillon III se volatilise lentement ; le numéro II se volatilise relativement très vite.
- de nombreux autres cas, parfois très intéressants tant au point de vue biologique que technique.
- Naturellement des films superficiels peuvent se former sur d’autres liquides que sur l’eau et en particulier le mercure fut souvent utilisé par le Pr H. Devaux pour étudier, la structure de composés minéraux comme le sulfate de cuivre..
- En conclusion, l’étalement d’une substance en un film superficiel monomoléculaire à la surface d’un liquide comme l’eau ou le mercure est un phénomène très important; il permet l’étude commode de la structure moléculaire de cette substance. Grâce à celte technique, il n’est pas osé de dire, selon la boutade d’un célèbre physico-chimiste des surfaces, qu’on peut, sans appareillage compliqué, mesurer les dimensions des molécules avec un double décimètre.
- Mme R. Pouradier.
- Un « Vampire » de cinq livres.
- Un modèle du chasseur « Vampire », ne pesant pas tout à fait o livres, et mû par un réacteur, a survolé l’aérodrome de Langley dans île Buckinghamshire, le 2 juillet, à une vitesse de 193 km/h.
- p.249 - vue 257/406
-
-
-
- 250
- Un nouveau diffuseur « sympathique »
- MLeprince-Ringuet vient de présenter à l’Académie des Sciences . un nouvel instrument électro-sonore qui * s’adapte à tous les récepteurs de radio, pick-up, micros, instruments d’ondes, à la place du haut-parleur, et qui améliore dans de remarquables proportions la qualité des sons émis, leur justesse et celle de leurs harmoniques.
- dans le nouveau diffuseur sonore, mais cette fois sur le plan strictement acoustique, à l’aide des vibrations mécaniques des cordes.... Décomposition, « filtration » et synthèse du son sont réalisées dans un unique appareil : la « Palme qui chante ».
- Le haut-parleur est « mort ».
- Nouvelle application des harmoniques.
- Le nom de M. Maurice Martenot est depuis longtemps connu par la création des célèbres « ondes musicales » qui portent son nom. On sait que l’inventeur a réussi à domestiquer et à « mixer » les fâcheux hurlements qui se produisent parfois, par « accrochage » basse fréquence, dans les récepteurs autodynes. Le principe du « martenot » consiste à produire, au moyen de lampes polyodes, des oscillations électriques sinusoïdales pures, que l’on mélange, avant de les envoyer dans le haut-parleur, de façon à obtenir une onde modulée définitive aussi complexe qu’on le désire. Les résultats sont grandioses; non seulement l’instrument permet d’atteindre des puissances gigantesques, tout en conservant une pureté parfaite, mais il est possible de compliquer à volonté la courbe sonore par l’additiqn des harmoniques les plus ... saugrenus; on imite ainsi des timbres extraordinairement variés, allant de celui de la cithare à ceux du violon, du saxophone, de la voix humaine, de l’orgue.
- C’est également un principe de sommation harmonique précédée d’une analyse harmonique « purifiante » qui est appliqué
- Figr. 1. — La « Palme qui chante », nouveau type de diffuseur « multirésonateur », connectée à un « instrument d’ondes » Martenot.
- A l’instrument, Geneviève Martenot.
- Quel que soit l’appareil électro-acoustique dont nous disposions : piano-orgue électro-magnétique (Hammond) ou photoélectrique (Welte), récepteur de radio, micro, pick-up, instrument d’ondes Martenot, « lecteur de sons » d’une cabine de cinéma, le circuit basse fréquence aboutit en fin de compte à un haut-parleur ou « diffuseur ». Là, grâce à un « moteur » généralement électro-dynamique ou électro-magnétique, les vibrations électriques se communiquent, sous forme d’ébranlements de faible amplitude, au cône en carton ou en,papier fort du diffuseur, qui les transmet à son tour à l’air ambiant.
- Il ne faut pas se dissimuler que cette solution est déplorable au point de vue de la pureté de l’audition. Le cône cartonné est obligatoirement apériodique, c’est-à-dire qu’il n’a pas droit à des vibrations propres et doit posséder un décrément d’amor-
- Corde
- Diapason
- Fig. 2. — Vibration d’une corde tendue entre un point fixe F et une branche d’un diapason.
- L’amplitude de la vibration de la corde est maxima quand il y a résonance, la corde vibrant alors deux fois plus lentement que le diapason.
- tissement très élevé. C’est un « esclave acoustique » qui obéit aux lois classiques des vibrations forcées, imposées par le « moteur » électrique, mais en négligeant les plus fines, les plus précieuses, en altérant les inflexions de la voix, en tronquant impitoyablement les harmoniques élevés des notes musicales.
- En outre, dès que l’excitation électrique cesse, le son s’arrête net, comme la voix d’un chanteur saisi à la gorge !
- A ce système mort et mat, l’idéal serait évidemment de substituer un diffuseur vivant, ayant son caractère personnel, ses vibrations propres, capable d’interpréter et de prolonger le son.... Doter le diffuseur de « cordes vocales », telle est la réussite que nous apporte M. Martenot.
- Le « multirésonateur ».
- Le principe de la Palme présente des analogies avec la classique expérience de Melde. Dans cette dernière, une corde vibrante est liée par l’une de ses extrémités à une branche d’un diapason, l’autre bout de la corde étant fixe (fig. 2).
- Par tâtonnements, on constate que la vibration de la corde prend une amplitude maxima lorsqu’il y a résonance.
- Sous cette forme, il est clair que la corde, réglée une fois pour toutes, exerce un effet de filtration. Autrement dit, si le point fixe de la corde est constitué par une caisse de résonance et qu’on la sollicite au moyen de plusieurs diapasons différents,
- p.250 - vue 258/406
-
-
-
- elle transmettra à peu près uniquement à la caisse la vibration du diapason synchrone.
- M. Maurice Martenot a en conséquence modifié l’expérience de Melde dans le sens suivant : au lieu d’être fixée à un diapason, la corde est reliée à un équipage mobile (palette) pouvant suivre les impulsions d’un courant modulé de fréquence variable; en outre, il existe non plus une seule, mais douze cordes, accordées de demi-ton tempéré en demi-ton tempéré, suivant tous les degrés, de la.gamme de ut2 à si2.
- Sur une caisse de résonance plate, analogue à une caisse de cithare, mais dressée verticalement, sont tendues, de part et d’autre, deux nappes de douze cordes en acier de 49 à 65/ioo de millimètre, disposées en éventail. Cette symétrie permet d’épargner aux bois délicats de la caisse des efforts de flexion.
- Dans le bas, les cordes viennent s’attacher, de part et d’autre de l’instrument, aux extrémités d’un tube métallique qui constitue la palette vibrante. Deux cordes tendeuses verticales sollicitent vers le bas le tube, équilibrant la composante verticale des efforts des cordes, qui avoisine 60 kg, tout en autorisant les déplacements du tube dans le sens longitudinal, c’est-à-dire perpendiculairement au plan de l’instrument. A la partie supérieure se trouvent les chevalets des cordes et leurs tendeurs individuels à vis micrométriques de réglage. Quand le tube entre en vibration sous l’action des bobines électro-magnétiques, toutes
- Chevalet de
- Corde
- Caisse de résonnance
- Fig. 3. — Principe de la mise en vibration des cordes de la « Palme ».
- Une lame vibrante, fixée en F, provoque la vibration de la corde, qui se transmet par le chevalet à la caisse. La figure 4 montre la réalisation
- pratique.
- les cordes reçoivent la vibration mais, seules, entrent en vibration effective les cordes correspondant à ce son, soit par leur vibration propre fondamentale, soit par leurs harmoniques.
- Bien loin de transmettre aveuglément, brutalement, la vibration jusqu’à la caisse de résonance, chaque corde vibre pour son compte. A l’œil nu, on distingue la vibration de la corde d’ut2, par exemple, en un fuseau unique pouvant atteindre un centimètre de largeur, ou en deux fuseaux ou davantage, séparés par des « nœuds », lorsque la corde donne les harmoniques. Grâce à ce phénomène d’harmoniques, l’instrument, bien que ne possédant matériellement qu’un octave chromatique, fait entendre parfaitement les cinq octaves supérieurs.
- Quant aux sons inférieurs à ut2, ils sont également reproduits avec une grande puissance, partie du fait d’une transmission par l’ensemble des cordes, partie grâce à cette « reconstruction des sons graves » qui est une des plus curieuses propriétés de l’oreille humaine : autrement dit, l’oreille, percevant des harmoniques convenables, « croit » percevoir également le son fondamental, même si celui-ci n’a. pas été effectivement émis.
- Conséquences techniques et artistiques.
- La caractéristique fondamentale de la Palme chantante est qu’elle reconstruit les sons à l’aide de sons élémentaires nécessairement justes. Rien de plus curieux que de faire jouer, devant le micro relié à la Palme, un violoniste qui donne volontairement un son faux de deux comas (i/5 de ton environ), et d’entendre la Palme qui donne le son juste !
- Suivant l’heureuse expression employée par M. Martenot dans sa communication, le dispositif auto-vibrant « crée un son riche par synthèse do sons individuellement purs »*
- Qu’il s’agiste de réceptions de radio, de pick-up, d'ondes musicales, une audition avec le nouveau « diffuseur vivant »
- est un enchantement. Dès que le commutateur passe du haut-parleur ordinaire sur la Palme, le son prend une profondeur inégalée, un velouté, une personnalité, une résonance qui feraient croire à la présence d’autres instruments. L’utilisation des cordes résonatrices accordées permet, tout en conservant les avantages d’une faible inertie à l’ébranlement, d’obtenir des vibrations libres succédant à chaque vibration forcée, même si la durée de ces dernières est très courte.
- Il serait sans doute prématuré de prédire à la Palme, dès à présent, une aussi gigantesque diffusion commerciale que celle du haut-parleur apériodique. La sujétion d’accorder parfaitement les cordes, ainsi qu’un certain encombrement, semblent la réserver, pour l’instant, à des usages purement artistiques.
- Grâce à cette résonance spéciale, l’instrument crée un « timbre d’espace », une ambiance acoustique qui rend négligeables, dans une large proportion, les caractéristiques acoustiques du lieu. Dans une pièce de faible volume et particulièrement amortie, les sons semblent émis dans une vaste salle, voire dans une cathédrale; simultanément, la matité, toujours reprochée aux diffuseurs à membrane de carton, fait place à un enrichissement du timbre et même à un certain « relief du son », les instruments paraissant séparés dans l’espace, comme si l’on écoutait un orchestre dans une salle de concert.
- Cette faculté nouvelle permettra des réalisations techniques paradoxales, comme la construction de « chambres d’écho » de très faible volume, transportables, résonant entièrement les problèmes d’atmosphère sonore dans les studios d’enregistrement, de radiodiffusion et de sonorisation des films.... Une cathédrale portative! L’ingéniosité technique s’allie ici à la plus incontestable poésie. Pierre Devaux.
- Fig. 4. — La « Palme », ou « diffuseur multirésonateur ».
- Les 12 cordes sont accordées séparément de demi-ton tempéré en demi-ton tempéré ; 12 autres cordes, tendues de l’autre côté de l’instrument, équilibrent l’effort de renversement. En bas, les 24 cordes sont' fixées à un axe mobile perpendiculairement à la caisse et mû par les bobines électriques.
- En haut, chevalets et vis de tension des cordes.
- p.251 - vue 259/406
-
-
-
- 252
- LES SOCIÉTÉS DE GUÊPES
- yeg le commencement de la belle saison les Guêpes sont apparues.
- Dans les lignes qui suivent, il ne sera question que des Guêpes proprement dites, c’est-à-dire des Insectes jaune et noir (le jaune domine), qui pénètrent fréquemment en été dans les maisons pour s’v livrer à la chasse des mouches ou y commettre d’autres méfaits. Elles infligent assez souvent des piqûres douloureuses, à la suite desquelles, contrairement à ce qui se passe pour l’Abeille, l’aiguillon ne reste pas dans la plaie.
- Les Guêpes vivent en sociétés organisées, comprenant de très nombreux individus, parfois plusieurs dizaines de milliers. Le nid, ou guêpier, est en général placé dans la terre, par exemple dans un tei’rier abandonné de quelque rongeur. Sa caractéristique, commune à toutes les Guêpes, est d’être fait de carton, que ces Insectes industrieux fabriquent en raclant des fibres de bois mort, malaxé ensuite et agglutiné à de la salive. La solidité en est suffisante, même lorsque le nid se trouve exposé aux intempéries, car il n’est utilisé que pendant une saison : construit au printemps, il sert tout l’été; mais à la saison froide, la presque totalité de sa population périt, excepté quelques femelles qui passent l’hiver pour fonder chacune une colonie l’année suivante.
- S’il.y a donc quelque ressemblance, toute superficielle, entre les constructions des Guêpes et celles des Abeilles, notamment l’existence d’alvéoles de forme géométrique, il y a, par contre, des différences essentielles : les premières sont faites de carton et ne durent qu’une année, les autres sont faites de cire et durent très longtemps.
- Ce nid se compose de rayons, appelés encore gâteaux, comprenant des loges, ou alvéoles, mais ces derniers sont disposés sur un seul rang, leur ouverture est dirigée vers le bas, et le gâteau est sur un plan horizontal. Le tout est soigneusement
- Fig-. 1. — Nid de Vespula Sylvestris (0,10 m).
- entouré par une enveloppe faite de plusieurs couches de carton,.' qui laisse une seule entrée assez étroite, vers le bas.
- La population de la colonie comprend une femelle fondatrice et reproductrice, des femelles neutres qui ne pondent pas, mais, par contre, exécutent tous les travaux, et des larves de divers âges. A une certaine époque s’y ajoutent des mâles et d’autres femelles, fils et filles de la fondatrice.
- C’est cette dernière qui est vraiment, surtout au'début, l’âme de la colonie.
- Elle a passé l’hiver engourdie dans un abri quelconque. Les premiers rayons du soleil printanier l’ont réveillée, et ce sont ces grosses Guêpes fondatrices qu’on voit errer vers le mois d’avril, souvent mêmfe dans les maisons, à la recherche d’un endroit propice pour s’y établir.
- Au début, la fondatrice doit exécuter tous les travaux : construire les premiers éléments du nid, c’esl-à-dige un rayon simple et une enveloppe rudimentaire, y pondre, élever les larves écloses au dépens de ses propres réserves, car elle n’a pas le temps de s’alimenter et attendre plusieurs semaines que ses premières filles soient écloses. A ce moment, ces dernières se chargeront de tous les travaux, laissant à leur mère le soin de continuer à pondre, car pour leur part elles sont neutres et ne connaîtront jamais que le travail : dans celte communauté, elles ne sont que les servantes, mais combien laborieuses et indispensables.
- On va voir, en effet, que leur rôle n’est pas négligeable, bien au contraire, car c’est sur leur activité que repose tout l’avenir de la colonie.
- Ces quelques détails préliminaires donnés, arrivons à ce qui est la vie et le développement d’une société de Guêpes, c’est-à-dire l’élevage des larves.
- Nous devons noter d’abord un fait curieux. Les Guêpes adultes, comme presque tous les insectes hyménoptères : Abeilles, Fourmis, etc., ne se nourrissent que de nectar. Pourvues d’une langue assez longue, elles lèchent dans la corolle des fleurs le liquide sucré qui s’y trouve. Mais tandis que les larves des Abeilles sont nourries, elles aussi, de nectar et de pollen, celles des Guêpes ont un régime très différent : elles sont carni-voi’cs, et exigent pour leur nourriture des substances animales, c’est-à-dire azotées, au lieu des simples hydrates de carbone des précédentes.
- Nous avons vu que les alvéoles des Guêpes ont l’ouverture tournée vers le bas. Les œufs y sont déposés, sans aucune provision alimentaire et ils adhèrent à la paroi en vertu de leur viscosité. L’alvéole n’est pas fermé. Dès que la larve éclot, elle y reste fixée et va présenter sa bouche à l’entrée. C’est alors que commence le rôle des Guêpes-nourrices.
- Pour satisfaire toutes ces bouches avides, elles sont sans arrêt en chasse. Rien n’est si curieux que d’observer leur manège. Obligées pour alimenter leurs nourrissons de se procurer des substances carnées, elles pourchassent d’autres insectes, car il leur faut, en général, des proies vivantes. C’est pour cela que souvent elles pénètrent dans les maisons, où on les voit se jeter , sur une mouche, par exemple, et la saisir brusquement. Elles n’ont pas toujours besoin de piquer la proie de l’aiguillon, celle-ci étant immédiatement mise en pièces : toutes les parties dures et non digestibles, tête, ailes, pattes, sont coupées avec les mâchoires et rejetées comme une charge inutile. Le reste est trituré, réduit en une boulette de matière nutritive qui est absorbée, mais conservée dans le jabot, première dilatation de l’œsophage.
- Il est facile de faire l’observation de ce fait dans les maisons, mais il se produit de la même manière en plein air : les Guêpes sont sans cesse à la poursuite d’insectes et d’Araignées de toutes
- p.252 - vue 260/406
-
-
-
- 253
- Fig. 2. — Nid de frelons ouvert pour montrer les cellules.
- Hauteur 0,50 m.
- sortes. La quantité qu'elles en attaquent est considérable, puisque dans chaque nid il y a des milliers de bouches à nourrir, et elles jouent ainsi un rôle utile, en détruisant de nombreux Insectes nuisibles, ce qui compense assez bien les désagréments qu’elles causent. On a vu des invasions de chenilles, qui saccageaient des récoltes, enrayées par l’action de certaines Guêpes (des Polistes), qui s’y sont attaquées et les ont fait disparaître en peu de temps.
- Ne cherchent-elles toujours que des proies vivantes ? Certainement non, et il n’est personne qui, l’été, dans les campagnes, n’ait vu la manœuvre des pillardes. Pénétrant dans les maisons, si elles avisent quelque morceau de viande fraîche, elles ne manquent pas de s’inviter à y faire un prélèvement, en arrachant quelques bribes. On a même remarqué la préférence qu’elles semblent avoir pour le foie frais, peut-être à cause de la présence du glycogène, cet organe étant, on le sait, une grande réserve de sucre.
- Ici on peut rappeler une anecdote curieuse.
- Réaumur était, en même temps qu’un physicien et un inventeur de génie, un savant observateur des mœurs des Insectes et il étudia le premier, d’une pianière scientifique, la vie des Guêpes, il y a de cela un peu plus de deux siècles. Il faisait ses observations à Charenton, près de Paris, où il avait une maison de campagne. Or il note dans un ouvrage qu’il écrivit à ce sujet, qu’un boucher de la localité se trouvait fort importuné par la visite indiscrète des Guêpes, qui venaient constamment lui dérober de la viande et détériorer ses plus beaux morceaux. Mais comme ce boucher, bon observateur, avait noté en même temps la prédilection de ces pillardes pour le foie frais, il s’était avisé de leur en sacrifier chaque jour un petit morceau qu’il mettait à leur disposition, et par cette sorte de contrat tacite, il avait fini par avoir la paix et par préserver sa marchandise de choix.
- Revenons à nos Guêpes, que nous avons laissées, le jabot chargé d’une boulette de substance animale, de viande mâchée, pour dire le vrai mot, et qui se mêle à de leur propre salive.
- Elles rentrent ainsi au guêpier et s’y précipitent sur l’un des rayons. Les larves, masses informes et aveugles, sentent cependant très bien que leur nourriture arrive : elles sortent l’avant de leur corps et ouvrent toute grande leur bouche. La Guêpe-nourrice dégorge alors une partie de sa provision alimentaire et l’introduit de sa propre bouche dans celle du nourrisson. C’est donc à proprement parler la nutrition « à la becquée », fait assez rare chez les Insectes (sauf chez les Fourmis) et qui ne trouve sa comparaison que chez certains Oiseaux, en particulier les Pigeons, qui alimentent ainsi leurs pigeonneaux en leur introduisant de bec à bec une pâtée faite de grains déjà en partie digérés.
- Ce sont ainsi des allées et venues incessantes des Guêpes pourvoyeuses. Mais elles nous présentent encore un fait surprenant.
- On a pu soutenir qu’il était dans la nature peu d’actes désintéressés, et que, par exemple, le fait de couver des œufs chez les Oiseaux, ou d’allaiter les petits des Mammifères, ne s’expliquait que par une certaine satisfaction personnelle et égoïste de la part de la mère.
- C’est très exactement ce qui se passe chez les-Guêpes, lorsqu’on les voit nourrir avec tant de sollicitude des larves auxquelles nul lien ne les rattache, puisqu’elles sont elles-mêmes stériles. Des entomologistes français, Charles Janet, puis Robert du Buysson, ont découvert ce qui pouvait stimuler leur zèle : les larves sécrètent, au pourtour de leur bouche, un liquide dont il est facile de .faire sourdre quelques gouttelettes, en les chatouillant légèrement avec un brin de paille. Les Guêpes-nourrices, très au courant de ce fait, sont très avides de ce liquide qu’elles lèchent avec un plaisir qui n’est pas douteux, car elles en provoquent la sécrétion aussi souvent que cela est possible.
- L’opération se réduit à un échange et à des avantages réciproques; les Guêpes neutres vont chercher pour leurs larves des substances dont elles ne tirent pas parti pour elles-mêmes ; mais les soins dont elles entourent les larves sont entachés d’une forte dose d’égoïsme, car elles demandent en contre-partie le liquide sécrété par ces dernières, et l’on peut même se demander en dernière analyse, si elles ne les soignent pas uniquement pour leur propre satisfaction.
- Ajoutons que les ouvrières des Guêpes, qui sont des femelles stériles, pondent quelquefois; mais comme elles n’ont pas été fécondées, leurs œufs ne donnent naissance qu’à des mâles, comme c’est la règle pour les Insectes Hyménoptères.
- Toutes les Guêpes — et il y en a de très nombreuses espèces dans le monde entier — font leur nid avec du papier de bois.
- Fig. 3. — Nid souterrain de guêpes Vespula germanica. Diamètre 0,40 m.
- p.253 - vue 261/406
-
-
-
- 254
- Fig. 4. — Alvéoles d’un nid de guêpes. Diamètre 0,20 m.
- Dès 1720, Réaumur s’en était aperçu, et l’esprit toujours en éveil, il avait proposé de les imiter et de faire du papier avec le bois, car, disait-il, cette .matière commençait à devenir rare, n’étant obtenue que des chiffons; il a fallu plus d’un siècle pour qu’on vienne à ce que Réaumur avait observé, et que les Guêpes connaissaient de tous temps.
- En France, il y a deux sortes de Guêpes, qui appartiennent au groupe Vespa et au groupe Polistes.
- Les Vespa ont pour type le Frelon (Vespa crabro), très grosses Guêpes établissant leur guêpier, qui compte quelques centaines d’individus, dans les arbres creux, les trous des murailles, et assez souvent sous le toit des greniers. Les Frelons sont nuisibles parce que, attirés par les substances sucrées plus que les autres Guêpes, ils font de grands ravages parmi les fruits des vergers et les raisins des treilles. Ils pillent souvent aussi les ruches d’Abeilles. Leur piqûre est douloureuse, mais il n’est pas exact que la piqûre de plusieurs Frelons puisse causer la mort, sauf dans des cas exceptionnels, par exemple pour des personnes affaiblies ou dans des cas d’allergie.
- Les autres Vespa appartiennent au genre Vespula (et autres). Ce sont des Guêpes de taille moindre que le Frelon, dont la plus commune est Vespula germanica et sa proche parente Vespula vulgaris; ce sont celles, surtout germanica, qu’on voit le plus fréquemment en été, et qui entrent dans les maisons. Elles font leur nid dans la terre, profitant d’une excavation déjà existante, par exemple le terrier d’un Rongeur, qu’elles élargissent. Le guêpier, volumineux, ayant jusqu’à 4o cm de diamètre, compte plusieurs couches de rayons, et souvent il a des milliers et même des dizaines de milliers d’habitants.
- Quelques autres espèces : Vespula media, Vespula silvestris, ont au contraire un nid plus petit (io cm de diamètre en moyenne) et aérien, c’est-à-dire fixé aux branches des arbres ou arbustes.
- Tous les guêpiers des Vespa ont plusieurs rayons et sont entourés d’une enveloppe de papier, qui est faite soit de cou-
- ches s’enveloppant les unes les autres, soit de sortes d’écailles imbriquées.
- Il n’en est pas de même pour l’autre groupe, celui des Polistes, qui compte en France plusieurs espèces, et au moins deux genres. Leur nid, de petite taille, est formé d’une seule couche d’alvéoles, fixée par un pédoncule, et jamais entourée d’une enveloppe; le nombre d’alvéoles peut n’être que de 3o à 5o, et s’élève rarement à plus de 100. Ces nids sont attachés aux murailles, sous les pierres, après les plantes, ou sous les toits des maisons; quelques espèces les abritent, mais pas toutes; l’ouverture des alvéoles est dirigée Arers le sol.
- On reconnaît aisément les Polistes des Vespa à l’examen de l’abdomen : chez les premiers, il est aminci régulièrement en avant, chez les autres il est tronqué droit.
- L’espèce la plus commune porte le nom de Polistes gallicus, que lui a donné Fabricius ; quant au nom de Polistes, dû à Latreille, il signifie « fondateur de cité » par allusion à la petite société que constituent ces Guêpes. Le nom de Vespa était déjà employé par les anciens, il est devenu en anglais « wasps », en allemand « Wespen » et en français « guêpe ».
- Contrairement aux Vespa, les Polistes n’ont pas de rapports directs avec l’Homme, bien qu’ils vivent dans son voisinage; ils ne pillent ni les vergers, ni les provisions, et piquent rarement. Par contre, ils détruisent de grandes quantités d’insectes nuisibles.
- Leurs colonies, faciles à élever, ont donné lieu à des études récentes, qui ont permis de mieux connaître leur comportement, et d’observer des faits très curieux (Deleurance et Pardi).
- C’est ainsi que leurs colonies sont souvent polygynes, ce qui signifie que dès le début, deux femelles ou même plusieurs, s’associent pour fonder ensemble le guêpier. Et d’après les observations d’un savant italien, Pardi, il n’y aurait pas égalité entre ces « reines », mais, au contraire, on constate une dominance, la première en date ayant la suprématie sur l’autre, et pouvant l’expulser; une telle hiérarchie se rencontre
- p.254 - vue 262/406
-
-
-
- 255
- aussi chez les ouvrières, elle est toujours en fonction de l’âge; la dominante peut se faire nourrir par la dominée, et obtenir de celle-ci des aliments liquides, par exemple la sécrétion buccale sollicitée des larves quand celles-ci sont soignées.
- Un fait mis en valeur vers ig38 par Steiner est l’emploi de la réfrigération par certains Polistes. En effet, leur guêpier, qui se trouve souvent à l’air libre, n’est pas entouré d’une enveloppe isotherme, comme celui des Vespa, de sorte qu’il est exposé à de grands écarts de température. Lorsque cette dernière dépasse environ 3i°.-36°, c’est nuisible au développement du couvain. Les Guêpes-ouvrières peuvent ventiler en battant des ailes, mais cela ne suffit pas; aussi vont-elles chercher de l’eau dans leur jabot, puis elles la répandent sur la paroi externe du nid, ou encore à l’entrée des alvéoles, ouverts ou fermés; l’évaporation de l’eau cause un abaissement de la température suffisant pour atteindre le degré optimum. Le fait a été constaté et mesuré avec précision; par exemple, un nid de Poliste vide exposé au soleil atteint 55°, tandis qu’un nid pareil, mais peuplé et réfrigéré, ne dépasse pas 37°5. C’est pour cela, peut-on penser, que les Polistes, au moment de la plus forte chaleur, sont vus souvent sur les points d’eau, et même posés à la surface de l’eau, tandis que les Vespa n’y vont pas.
- Un autre fait curieux est la présence de commensaux dans les sociétés de Polistes. Dans certains de ces nids, on trouve des Guêpes, tout à fait semblables aux habitants naturels, dont elles diffèrent par la forme de la tête et des mandibules. Ces caractères morphologiques ont permis de les distinguer sous le nom de Pseudopolistes, ou Sulcupolistes. Des observations suivies ont montré que ce sont des Polistes commensaux, ou plus exactement parasites, au sens exact du mot. En effet, ils n’ont jamais d’ouvrières, de sorte qu’ils vivent aux dépens des sociétés régulières qui les acceptent et les nourrissent, eux et leurs larves. Tout porte à admettre que ce sont des Polistes dégénérés, qui ont perdu la faculté de travailler et sont de ce fait devenus
- parasitaires. La liaison entre hôte et parasite n’est pas le fait du hasard, mais il y a entre eux une spécificité dans les rapports; des trois Sulcopolistes connus dans nos pays, deux se trouvent toujours dans les nids de Polistes gallicus, l’autre dans ceux de Polistes bimaculatus.
- Un pareil commensalisme se rencontre chez les Vespula : l’espèce parasite, ou comme on dit mieux inquiline, s’introduit dans le nid de l’hôte et très probablement tue la reine pour se faire ensuite adopter à sa place; c’est ce qui se produit parfois chez certaines Fourmis; dans certains cas, on a trouvé Vespula. omissa dans des nids de Vespula silvestris dont la reine avait disparu. On sait aussi que Vespula austriaca est parasite de Vespula rufa, et probablement Vespula adulterina de V. saxo-nica.
- Rien de semblable n’est connu chez les Frelons (Tespa).
- Le commensalisme est fréquent chez les Insectes sociaux; il se rencontre à des degrés divers chez les Fourmis, et les Bourdons ont, comme les Polistes, un genre : Psithyrus, qui est devenu leur parasite.
- Les rapports des Guêpes avec l’Homme sont différents pour les trois genres : les Frelons (Vespa) sont franchement nuisibles par les dommages qu’ils causent; les Vespula ne sont que désagréables, en général, mais leur piqûre est très douloureuse, comme celle des Frelons; les Polistes sont indifférents ou même plutôt utiles : ils piquent rarement et les effets de la piqûre sont peu graves, par contre, ils détruisent un grand nombre d’insectes nuisibles.
- Pour détruire les nids de Frelons et de Vespula, divers procédés ont été préconisés, mais actuellement le meilleur semble être l’introduction de D.D.T. dans l’intérieur du guêpier.
- Lucien Berland,
- Sous-Directeur du laboratoire d’Entomologie du Muséum national d’histoire naturelle.
- (Les photographies illustrant cet article sont de L. Le Chaules).
- LE CENTENAIRE DE LA DÉTERMINATION DE LA VITESSE DE LA LUMIÈRE PAR FIZEAU
- Au cours de la deuxième moitié du xviie siècle, Olaus Rômer, jeune astronome danois, avait été appelé, sur l’instiga'tion de l’abbé Jean Picard, l'ami de Colbert, à venir travailler à l’Observatoire de Paris. Dans ce célèbre établissement fondé depuis peu, il examina et discuta les observations de Cas-sini sur les satellites de Jupiter et fut frappé du fait que la durée des révolutions du premier satellite, le plus rapproché de la planète, paraissait varier suivant que celle-ci était plus ou moins éloignée de la Terre. A la réflexion, il attribua cette irrégularité à la propagation de la lumière avec une vitesse finie qu’il déduisit de la différence des temps des immersions consécutives de ce satellite dans le cône d’ombre projeté par Jupiter à l’opposé du Soleil. Cette détermination, en 1676, de la vitesse de la lumière, la fixa à 3io 000 km à la seconde. Par la suite, de nombreuses années devaient s’écouler avant qu’une expérience exécutée sur notre planète permît d’évaluer cette vitesse indépendamment des phénomènes astronomiques. On conçoit, en effet, qu’étant donnée la vertigineuse vitesse de la lumière, toutes les mesures qu’on veut en faire ne peuvent être exécutées que sur des distances immenses comparables à celles du système solaire, à moins qu’on dispose sur les minuscules étendues terrestres d’une technique expérimentale extrêmement raffinée. C’est précisément cette condition que put réaliser Hip-polyte Fizeau, en 1849, il y a cent un ans. Ses expériences ont été exposées à l’Académie des Sciences le 23 juillet i84g dans une note qui modestement débute ainsi : «'Je suis parvenu à rendre sensible la vitesse de la lumière par une méthode qui me paraît fournir un moyen nouveau d’étudier avec précision cet
- important phénomène ». Émile Picard en a relaté les détails remarquablement ingénieux dans ses travaux historiques sur les théories de l’optique (1). Elle consistait à lancer un rayon de lumière entre les dents d’une roue dentée et à le faire réfléchir à une grande distance. Lorsque la vitesse de rotation imprimée à la roue atteint une valeur convenable, la lumière au retour rencontre une dent au lieu du vide de l’intervallè entre deux dents et se trouve arrêtée. Pour une vitesse double, la lumière rencontre l’espace vide suivant et passe de nouveau et ainsi de suite alternativement avec des vitesses croissantes.
- La précision de la détermination repose donç sur la mesure de la vitesse de la roue dentée aux moments des apparitions et disparitions de la lumière réfléchie ainsi que sur la perfection de la taille des dents de cette fameuse « roue dentée » de Fizeau. Ses mémorables expériences furent exécutées entre la maison de son père sur le coteau de Suresnes où il habitait alors et la butte Montmartre, la distance entre ces deux points étant de 8 633 m. La valeur trouvée, 3i5 000 km à la seconde, fut considérée comme une première approximation et non comme une détermination exacte, mais la communication de Fizeau fit sensation dans les milieux scientifiques.. On sait aujourd’hui, à la suite de travaux ultérieurs, que la physique actuelle admet, rigoureusement dans le vide et approximativement dans l’air,> que la vitesse de la lumière atteint 3oo 000 km à la seconde et nul n’ignore le rôle capital que joue cette « constante univer-
- 1. Ëmile Picard. Les théories de l’optique et l’œuvre d’Hippolyte Fizeau. Académie des Sciences, 1923.
- p.255 - vue 263/406
-
-
-
- 256
- selle » à la fois dans l’élude élaborée des mouvements, dans celle de la constitution de la matière et dans la formule de son équivalence avec l’énergie d’après Einstein et Langevin.
- Né à Paris le 23 septembre 1819, Hippolyte Fizeau avait 3o ans lorsqu’il fit cette expérience fameuse. Son père, grand ami de Laënnec, professeur à la Faculté de Médecine de Paris depuis 1823, l’engagea vivement à embrasser la carrière médicale où il remportait beaucoup de succès, notamment en se faisant un des plus ardents protagonistes de l’auscultation médiate. Son fils le fit sans difficulté mais ne put continuer pour raison de santé. C’est alors qu’étant entré en relations avec Arago, toujours à l’affût de nouvelles vocations scientifiques, et suivant ses conseils, il entreprit des i'echerches scientifiques. Il pouvait le faire en toute indépendance, car sa fortune personnelle lui permettait de suivre ses goûts sans aucune entrave matérielle.
- Le bel ensemble des travaux de Fizeau le porta dans les premiers rangs des physiciens de son époque. Alexandre de Hum-boldt écrira un jour à Arago : « Le centre de mon admiration de finesse et de sagacité, c’est M. Fizeau a. Il fut élu à l’Académie des Sciences en 18C0 et la présida en 1878. Au cours de l’année i856, la savante compagnie lui avait déjà donné un témoignage de sa haute estine. Elle l’avait en effet- présenté à l’Assemblée générale de l’Institut qui ratifia son choix pour l’attribution d’un prix triennal de dix mille francs qu’avait fondé Napoléon III.
- Hippolyte Fizeau était un homme d’une allure imposante, très peu communicatif et n’ayant aucun souci de la notoriété que ses travaux pouvaient valoir à son nom. Il vécut très longtemps au château de Yenteuil, y menant- une existence très retirée, n’ayant qu’un pied à terre à Paris où il venait régulièrement pour assister aux séances de l’Académie des Sciences et aux réunions du Bureau des Longitudes. Le château de Yenteuil présente un certain intérêt au point de vue de l’histoire des' sciences. Construit en 1760 par le comte Aimé Magnus, baron de Obenheim, lieutenant-général des armées du Roi, il passa en diverses mains, puis fut acquis en 1816 par Antoine-Laurent de Jussieu, neveu des trois frères Antoine, Bernard et Joseph de Jussieu. Il s’élève sur les coteaux qui bordent la vallée de la Marne au-dessus de La Ferté-sous-Jouarre. Son nouveau propriétaire y travailla beaucoup, entouré de livres rares et de collections d’histoire naturelle de tous genres provenant des voyages de son oncle Joseph de Jussieu. Il eut un fils, Adrien de Jussieu (*), dont une des filles épousa Hippolyte Fizeau. C’est dans cette belle demeure où fréquentèrent un grand nombre des plus éminents savants du xixe siècle — Ampère y avait une chambre réservée — que le 18 septembre 1896, Fizeau ferma, ses yeux à la lumière dont il avait si bien mesuré la vitesse de translation. Albert Ranc
- 1. Alfred Lacroix. Les cinq de Jussieu. Académie des Sciences, 1936.
- LE CIEL EN SEPTEMBRE 1950
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison décroît de + 8°24' à — 2041' ; la durée du jour passe de 13*25® le 1er à 11*43™ le 30 ; diamètre apparent le 1er = 31'4o",10, le 30 = 3i'59"90 ; équinoxe d’automne le 23 à 14M3™43S : le Soleil entre dans le signe de la Balance : éclipse totale le 12, invisible en France (Arctique, Asie, Alaska). — LTJNE : Phases : D. Q. le 4 à 13*53™; 3N. L. le 12 à 3*29“ P. Q. le 18 à 20*54“ P. L. le 26 à 4*21“ ; apogée le 3 à 10*, diamètre apparent 29'34" ; périgée le 15 à 7*, diam. app. 32'3S" ; éclipse totale le 26, entièrement visible à Paris. Principales conjonctions : avec Uranus le 6 à 19*33™, à 4°54' S. ; avec Vénus le 10 à 19*40™, à 1°24' S. ; avec Saturne le 12 à 10*21™, à 1°33' N., et avec Mercure à 16*49™, à 4°35-' S. ; avec Neptune le 14 à 3*43™, à 3®35' N. ; avec Mars le 16 à 17*13®, à 3°26' N. ; avec Jupiter le 23 à 12*37®, à 1°25' N. — Principales occultations : de 50 Verseau (5™,9), immersion à 1S*29™ ; des Pléiades le 30 : 'A Taureau (ou Alcyone, 3™,0) émersion à 20*25™,1, 27 Taureau (ou Atlas, 3™,8) immersion à 20*25®,6, émersion à 21*20™, 28 Taureau (ou Pléione, 5™,2) émersion à 21*23®,2. — PLANETES : Mercure, inobservable ; Vénus, astre du matin, se lève le 10 à 3*44®, soit 2* avant le Soleil, diamètre apparent 10",4 ; Mars, dans la Balance, se couche le 10 à 20*15™, soit 2* après le Soleil, diamètre app. 5",8 ; Jupiter, dans le Verseau, visible presque toute la nuit,
- diamètre polaire app. le 10 45",6 ; Saturne, entre le Lion et la Vierge, inobservable ; Uranus, dans les Gémeaux, se lève le 28 à 22*, diamètre app. 3",6, position 6*41® et 4- 23°25' ; Neptune, dans la Vierge, inobservable. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2®,2-3™,5) le 11 à 4*,0, le 14 à 0*,3, le 16 à 21*,6 ; minima de (3 Lyre (3™,4-4®,3) le 10 à 22*,0, le 23: à 20*,3 ; maxima : de R Verseau (5™,8-10™,8) le 6, de R Aigle (5®,5-11®,8) le 27. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de -Paris : le 8 à 2*33™53s, le 18 à 1*54®43S, le 28 à 1*15®31S.
- Phénomènes remarquables. — L’éclipse totale de Lune du 26 : entrée dans la pénombre à 1*20®, dans l’ombre à 2*31™ ; commencement de la totalité à 3*54™ ; milieu de l’éclipse à 4*17™ ; fin de la totalité à 4*40™ ; sortie de l’ombre à 6*2®, de la pénombre à 7*13® (coucher de la Lune à Paris, 5*50™). L’occultation des Pléiades le 30 : occultation d’Atlas, immersion pour Strasbourg 20*23®,3, pour Lyon 20*19™,7 ; émersion pour Toulouse 21*13®,4.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Cours de calcul opérationnel, par M. Denis Papin et A. Kaufmann. 1 vol., 238 p., 125 fig. Albin Michel, Paris, 1950. Prix : 1 200 francs. Cet ouvrage destiné à l’enseignement supérieur scientifique et technique s’appuie sur la transformation de Laplace et développe les applications du calcul opérationnel à l’étude des régimes transitoires en électricité, mécanique et acoustique. Il s’adresse aux spécialistes de la radio et des télécommunications ainsi qu’aux électrotechniciens.'
- Leçons sur quelques types simples d’équations aux dérivées partielles avec des applications de physique mathématique, par E. Picard. 1 vol. in-8°, 215 p., 73 fig. Prix : 700 francs.
- Leçons sur quelques équations fonctionnel-, les avec des applications à divers problèmes d’analyse et de physique mathématique, par E. Picard. 1 vol. in-8°, 188 p., 61 fig. Gauthier-Villars, Paris. Prix : 650 francs.
- Ces deux ouvrages de la collection des Cahiers scientifiques publiée sous la direction de M. G. Julia, appartiennent aux classiques de la science mathématique. Ce nouveau tirage recevra des étudiants de licences mathématiques et des mathématiciens le même chaleureux accueil que les édilions précédentes.
- La géométrie et le problème de l’espace, par F. Gonsetii. 1 vol. in-8”, 342 p., 5 fig. Dunod, Paris et Editions du Griffon, Neufchâtel, 1949. Prix : 480 francs.
- Ce quatrième tome, intitulé la « synthèse dialectique » est destiné aux étudiants de Facultés et de grandes écoles ; il montre qu’une géométrie qui entend rester une science de l’espace réel présuppose un ensemble de notions fondamentales, telles que l’horizon de réalité, le schéma, la déduction dialectique. Le jeu réel de ces notions ne peut être intégré dans aucune des doctrines traditionnelles. En le décrivant, l’auteur esquisse une nouvelle théorie de la connaissance.
- L’évolution des sciences physiques ; les mathématiques, la physique et la chimie des origines à nos jours, par Sir James Jeans. 1 vol. in-8°, 318 p., 41 fig. Payot, Paris, 1950.
- L’œuvre du Secrétaire de la Société Royale de Londres, professeur à l’Université de Princeton, est bien connue, mais il faut être reconnaissant à M. Sudre d’avoir traduit un de ses livres les plus passionnants sur l’histoire de la science physique depuis la Babylonie et l’Egypte jusqu’aux théories les plus modernes de la relativité et des quanta. Le dernier chapitre sur l’univers en expansion et les théories d’Eddington ouvre de magnifiques horizons sur les développements futurs de l’astronomie.
- Le clergé catholique devant l’astronomie, par l’abbé M. Daisomont. 1 brochure, 50 p. Editions de Tempel, Bruges, 1950.
- Notices bibliographiques des membres du clergé catholique ayant apporté d’intéressantes contributions à l’astronomie, suivies d’un essai
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1950, n° 1096. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2198. — 8-I95o.
- p.256 - vue 264/406
-
-
-
- N° 3185
- Septembre 1950
- LES RAYONS COSMIQülë^T LES MÉSONS
- Les trois épisodes de la découverte cosmique.
- L’histoire de la découverte des rayons cosmiques est un fdm à trois épisodes qui commença de se dérouler en 1910. Le premier épisode, qui dura de 1910 à 1932, pourrait s’intituler « l’àge de l’électroscope ». Le Suisse Gockel venait de découvrir, au cours d’une ascension en ballon, qu’un élec-troscope se décharge plus vite à haute altitude qu’au niveau de la mer. Au sol, il est facile d’expliquer cette fuite, parce que la terre contient des traces de substances radioactives dont le
- Fig. 1. — Une gerbe de rayons cosmiques (photographie stéréoscopique) obtenue à L’Argentière avec une chambre de Wilson de 80 cm de hauteur par M. Leprince-Ringuet et son équipe.
- rayonnement ionise l’air, c’est-à-dire le rend conducteur, et, par conséquent, oblige les corps électrisés à laisser échapper leur charge. Mais, à 4 ooo ou 5 ooo m, il n’était plus possible d’invoquer la radioactivité du sol. Il fallait admettre l’existence d’un rayonnement inconnu, capable, lui aussi, d’ioniser l’air et de décharger l’électroscope.
- C’est pourquoi quelques physiciens, comme Hess et Kolhœrster avant 191.4 et Millikan et Bowen après, s’en allèrent, armés de leur éleclroscope, à la chasse du mystérieux « rayonnement cosmique », le poursuivant tantôt jusqu’à i5 ooo m d’altitude, tantôt sous 3 km d’eau marine.
- Le deuxième épisode, de 1982 à 1946, pourrait recevoir le nom de « triomphe de la chambre de Wilson ». L’électroscope avait été relégué au musée. Les spécialistes du rayonnement cosmique avaient emprunté les instruments de la physique atomique : compteurs de Geiger, chambres d’ionisation, chambres à détente de Wilson (1). S’installant dans des laboratoires de montagne ou s’élevant en ballon à plus de 20 ooo m, ils récoltèrent une abondante moisson de clichés, comme la superbe gerbe de la figure 1, obtenue par M. Leprince-Ringuet avec une chambre de Wilson haute de 80 cm.
- Le troisième épisode, enfin, « l’époque des émulsions », s’est ouvert seulement le Ier janvier 1947. Les engins de l’épisode précédent n’ont nullement perdu de leur importance; ce sont même des chambres de Wilson dernier cri qui équipent les beaux laboratoires français de L’Argentière et de l’Aiguille du Midi de Chamonix. Mais, à côté d’elles, a fait irruption un nouveau venu dont les premiers résultats ont,, d’emblée, révolutionné la physique cosmique ... un nouveau venu, ou plutôt une ancienne connaissance, puisqu’il s’agit de la plaque photographique utilisée seule, sans appareil, comme l’avait fait Becquerel pour découvrir là radioactivité.
- Renaissance de la plaque photographique.
- Rappelez-vous comment procéda Becquerel, en ce jour mémorable du 20 janvier 1896 : il enveloppa sa plaque de papier noir et posa dessus un fragment de sel d’uranium. C’est le voile de la plaque, attribué à une radiation capable de traverser le papier, qui mit le grand physicien sur la piste du rayonnement radioactif. Aujourd’hui, nous savons que toutes les particules électrisées, électrons, protons, corpuscules a, positons, mésons, lorsqu’elles se déplacent dans l’émulsion photographique, en impressionnent les grains comme le ferait la lumière. Ainsi la trajectoire d’une de ces particules se révèle-t-elle comme un chapelet de points noirs. Le résultat est, en somme, le même qu’à la chambre de Wilson, mais avec une facilité d’emploi incomparablement plus grande puisque ladite chambre ne fonctionne que par intermittence, et, chaque fois, durant une fraction de seconde, alors que, pour enregistrer des rayonnements ionisants sur une plaque sensible, il suffit de l’abandonner
- 1. Dernières nouvelles des rayons cosmiques, par Pierre Rousseau, dans La Nature, 15 janvier 1945, p. 21.
- p.257 - vue 265/406
-
-
-
- 258
- émulsion
- scattering
- Fig. 2. — Coupe schématique d’une plaque photographique destinée à l’enregistrement des particules ionisantes.
- La plaque est généralement placée verticalement, de manière que la particule, venant du haut, accomplisse dans l’émulsion la plus longue traversée
- possible.
- n’importe où, pendant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois !
- Cette nouvelle technique fut mise au point par le physicien soviétique Jdanov et son équipe de l’Institut du Radium de l’Académie des sciences de l’U.R.S.S., ainsi que par son confrère anglais PoAvell et son groupe du Physical Laboratory de Bristol. En France, c’est le Laboratoire de M. Leprince-Ringuet, à l’École Polytechnique, qui en fait l’usage le plus courant et le plus fructueux. Souhaitez-vous y suivre le travail ? Ouvrons donc la porte et initions-nous sommairement au détail des opérations.
- Empreintes de rayons cosmiques.
- La plaque d’abord, lame de verre dont le format varie de 3x7 à 10X25 cm. Comme l’intérêt de la méthode est d’obtenir des trajectoires le plus longues possible, on donne à l’émulsion une grande épaisseur, afin que les projectiles cosmiques aient « leurs coudées franches » pour s’y mouvoir et y accomplir collisions et désintégrations. Alors que les couches sensibles ordinaires sont épaisses de 2 ou 3 microns (1), celles des plaques « cosmiques » atteignent ainsi 4oo et 6oo microns — plus d’un demi-millimètre !
- On s’explique alors très bien ce qui se passe, au moment où un corpuscule y pénètre et y matérialise sa trace sous forme d’un chapelet de petits grains noirs (fïg. 2). S’il transporte une grosse charge d’électricité, les grains apparaissent très gros et le chapelet est une ligne très noire et très épaisse (fig. 4) ; s’il va très vite, il n’a pas le temps d’impressionner beaucoup l’émulsion, et les gx-ains sont menus et séparés (fig. 4). Ce sont donc les projectiles les plus rapides — c’est-à-dire, puisque l’énergie est proportionnelle au carré de la vitesse, les plus énergiques — qui montrent les trajectoires les plus fines et les plus déliées. On dit qu’elles sont « au minimum d’ionisation » et, à partir de cette énergie-là, et si grande soit-elle, le nombre de grains n’augmente plus (il y a une sorte de saturation). Les plaques actuelles sont capables d’enregistrer les particules de toute énergie, depuis les électrons les plus timides jusqu’aux mésons de milliards d’électron-Volts (2).
- La chasse aux rayons cosmiques.
- Ces plaques, comment les utilise-t-on ? 1
- Eh bien ! Puisque le rayonnement cosmique est plus abondant et plus riche à haute altitude, il est tout indiqué d’aller l’y
- 1, Rappelons que le micron vaut 1/1 000 de millimètre.
- 2. L’électron-volt est l’énergie d’un électron accéléré par une différence de potentiel d’un volt. Il vaut 1,6 xlO-15 erg.
- cueillir en y faisant transporter les instruments par avion, par fusée ou par ballon. L’avion est très pratique, puisqu’il constitue un véritable laboratoire pourvu d’une puissante source d’énergie; malheureusement, son plafond n’égratigne même pas la stratosphère !
- Les fusées, au contraire, si ingénieusement employées par les Américains, dépassent i5o km, et l’une d’elles, en février 1949, en a même atteint 4oo, mais — il y a toujours un « mais » ! -— la paroi derrière laquelle sont abrités les appareils d’enregistrement altère, systématiquement les phénomènes. Et cet enregistrement lui-même ne dure que 4 minutes, ce qui n’est pas beaucoup pour une expérience qui coûte plusieurs milliers de dollars !
- Restent les ballons. Écartons tout de suite les ballons montés, qui ont trop souvent servi des entrepi’ises publicitaii'es sans intéi'èt scientifique. C’est à des ballons-sondes analogues à ceux de la météorologie que M. Leprince-Ringuet assigne la mission d’emporter les plaques photographiques à haute altitude. Il s’agit de ballonnets de 2,5o m environ de diamètre, assemblés par trains de 8 à 10 (on est même allé jusqu’à 18), sur un même câble de nylon, et au dernier desquels est suspendue une petite nacelle (a).
- Le lancer s’opère à l’Observatoire météorologique de Trappes. L’équipe est arrivée depuis la veille et, dès l’aurore, s’affaire aux préparatifs. Il faut étaler sur le sol le long câble (qui, pour 18 ballons, atteint 3oo m) et gonfler les petits aérostats, chacun maintenu par un membre de l’équipe. La boîte de plaques — elle n’a même pas été ouverte — est glissée dans
- 1. Voir la figure de couverture. On distingue debout, à droite, le professeur Leprince-Ringuet.
- * t
- Fi?» 3. — La camionnette utilisée par les chasseurs de rayons
- cosmiques, avec son antenne de radio.
- (Cliché A. Stelneh).
- p.258 - vue 266/406
-
-
-
- 259
- un étui spécial et placée dans la nacelle. Celle-ci est munie d’un minuscule radio-émetteur, du type de ceux que \L Robert Bureau a créés pour les radiosondages météorologiques. Et, vers 7 h et demie, le « patron » commande le « lâchez-tout ! ».
- C’est alors que l’aventure commence. Il n’est pas question, bien entendu, d’abandonner le train de ballons à son sort : il faut le suivre, le guetter à l’atterrissage et récupérer les précieuses plaques, toutes chargées d’empreintes cosmiques. Sitôt l’envol, l’équipe prend place à bord d’une camionnette (fig. 3). Une antenne permet de recevoir les signaux automatiques émis par la radiosôncle, donc, d’en repérer à chaque instant la direction. Et il n’y a plus qu’à embrayer et à filer dans le sillage de l’engin.
- Celui-ci plafonne entre 19 000 et 35 000 m, et, aprè.s un vol de 2 à 9 h, atterrit à quelques centaines de kilomètres de Paris. Où atterrit-il ? N’importe où. La camionnette s’est efforcée de le suivre, vaille qué vaille, à travers routes, chemins et fondrièi’es, soulevant l’étonnement des populations, tandis que le train de ballons, lorsqu’il se décide à regagner le sol, provoque la panique. Ainsi la gendarmerie, fut-elle, un jour, alertée par une mystérieuse descente de parachutistes dans les profondeurs cl’un bois; après avoir demandé du renfort, elle veilla courageusement toute la nuit, mitraillettes au poing... Ainsi, une autre fois, la douane fut-elle mise en émoi par un colis hermétiquement clos repêché par un chalutier au large de Dieppe ; l’énigmatique envoi, après avoir majestueusement plané dans les hauteurs de la stratosphère, échoua aux Halles de Paris...
- Rassurons nos lecteurs : la majeure partie des appareils rentrent à bon port au bercail, c’est-à-dire au Laboratoire de l’École Polytechnique. Et il ne reste plus qu’à en extraire les plaques et à passer à l’exploitation des résultats.
- />
- Eleebroi de 50h
- I
- r
- NOYAUX D'ATOMES
- ’.1 n.i .•miwrr**^^'k‘————— 1 1 ...————
- ,^0 0.2Bev02Bev
- 'V t :
- II
- > Probon
- \ 'Z=2
- l F) Z*9
- noindk>r^sabîoq a 3
- Meson
- rJéson 1T caas>
- 50fJ ...-;;j
- 200Qsgrosstssem&fi& ‘,
- wmmm
- Fig. 4. — Quelques échantillons de la faune cosmique.
- Ce que Ton voit sur les plaques « cosmiques ».
- Développer des plaques dont la couche sensible dépasse un demi-millimètre d’épaisseur n’est pas une petite affaire. Il n’y faut pas moins d’une semaine, en ayant soin d’employer des bains antiseptiques — car l’émulsion fermente facilement — et d’éviter les variations de température supérieures à i degré. i5 jours de séchage, et les clichés sont prêts à être livrés aux services scientifiques.
- Ce sont de jeunes aides-physiciennes qui, armées de microscopes binoculaires grossissant 2 000 fois, sont chargées d’en débrouiller l’écheveau compliqué. La figure 5 montre ce qu’elles voient dans leur instrument : un semis de petits points noirs — tout simplement des grains d’émulsion impressionnés
- par une radiation parasite — et, çà et là, des points plus gros,, de fines traînées, des étoiles délicates, toutes manifestations des rayons cosmiques. Tel est le nombre de ces phénomènes que, pour les repérer un à un, en décomposant la plaque, en lignes horizontales et en examinant l’émulsion à différentes profondeurs, il ne faut pas moins de deux jours pour une couche de 4oo microns, et d’une semaine pour une de Goo !
- La figure 4 donne un échantillon des diverses particules que l’on détecte ainsi. Vous voyez d’aborcl, à gauche, la trace sinueuse d’un électron de 5o 000 électron-Volts. C’est là une énergie très faible, et l’électron est ballotté à droite et à gauche au gré de l’attraction des noyaux entre lesquels il se faufile.
- A gauche encore, mais dans le bas, s’aperçoit une file rectiligne de points : c’est la trajectoire d’une particule très rapide — probablement un méson — à laquelle sa vitesse n’a pas
- p.259 - vue 267/406
-
-
-
- 260
- laissé le temps d’impressionner beaucoup la plaque. Elle est au minimum d’ionisation.
- Par contraste, admirez, à l’extrême droite, la traînée rugueuse d’un noyau d’arsenic de o,5 billion d'électron-Volts (5oo millions d’é.-Y.) : il a scalpé tous les atomes au passage, en leur arrachant des électrons qui fourmillent autour de lui.
- Vous comprendrez la dissemblance des trajectoires de l’électron, du méson et du noyau d’arsenic en vous rappelant que le méson (méson p) est 2i4 fois plus lourd que l’électron; le proton (noyau d’hydrogène), i 85o fois; le corpuscule a (noyau d’hélium), 7 4oo fois; le noyau de fluor (Fl), 35 000 fois; celui de titane (Ti), 88 Coo fois; et celui d’arsenic, i38 5oo fois.
- C’est grâce à des documents de ce genre que l’on connaît maintenant la composition des rayons cosmiques. L’histoire commence par une pluie de particules primaires — probablement des protons — qui arrose notre haute atmosphère. Entrant en collision avec les noyaux atmosphériques (surtout ceux d’oxygène), ils en font jaillir des mésons. Ces mésons forment le plus gros de l’averse cosmique qu’enregistrent’les clichés. Et l’histoire se termine soit par la disparition des mésons dans l’émulsion photographique, soit par leur désintégration, soit encore par le feu d’artifice d’une collision spectaculaire avec un des noyaux de la couche sensible.
- L'énigme des mésons.
- On ne connaît le méson que depuis ig33. Au début, avouons-le, il ne fit pas grande sensation et le rayonnement cosmique lui-même parut à peu près insignifiant. Mais, depuis, les travaux des physiciens — au premier rang desquels il faut citer ceux de M. Leprince-Rin^uet et de son groupe — mirent progressivement en lumière sa prodigieuse individualité. De sorte que nous sommes aujourd’hui, à son égard, un peu comme nous l’étions à l’égard du noyau d’uranium à la veille de la
- Fig. 5. — Comment on voit au microscope une petite région d’une plaque.
- Remarquer le scattering, c’est-à-dire l’éparpillement des grains, sur la i trajectoire en haut et à droite. f
- Fig. G. —• Une étoile produite par un méson négatif.
- découverte de la fission : nous soupçonnons qu’il s’agit là de quelque chose de fantastique, d’une puissance fabuleuse, encore enchaînée mais dont nous apprenons en tâtonnant à dénouer les liens. Nous sommes devant un géant encore enveloppé d’un manteau de brume, mais dans lequel quelques échancrures laissent apercevoir, par-ci par-là, des détails fulgurants. Ce sont ces détails que nous déchiffrons peu à peu sur les clichés rapportés des grandes altitudes.
- Créé dans le noyau atomique, un peu comme le photon est créé dans la couche électronique, le méson est un personnage-éclair. Sa vie dure à peine deux millionièmes de seconde. Il n’aurait donc pas le temps d’accomplir dans l’air un bien long parcours — quelque 600 m — si sa prodigieuse rapidité, presque égale à celle de la lumière, ne l’amenait à bénéficier des avantages de la théorie de la relativité.
- Le méson ne « croit vivre », si j’ose dire, que 2/100 000 de seconde, mais nous, qui le regardons défiler à toute allure, constatons qu’il vit beaucoup plus longtemps, si bien qu’il a le temps de parcourir plusieurs kilomètres. C’est aussi la relativité qui explique que sa masse soit, en raison de sa vitesse, bien plus grancle que s’il était immobile. Et c’est encore en vertu de la relativité que certains mésons se désintègrent en se transformant intégralement en énergie.
- Certains mésons : le moment est venu, en effet, de préciser, et, pour cela, je vous prie de vous reporter à la figure 6. Rectifions d’abord le schéma un peu simpliste qui a été donné tout à l’heure pour la généalogie des rayons cosmiques. Quand une particule primaire fait irruption dans notre atmosphère et en tamponne un noyau, c’est un méson tc qui est créé et éjecté. La masse de ce méson tc est 286 fois celle de l’électron, et il peut être chargé positivement ou négativement.
- La trajectoire oblique, au bas de la figure 4, nous renseigne sur le sort du méson tc positif. Vous le voyez foncer de la droite et, au point a, disparaître, en laissant, à sa place une autre traînée plus fine. Cela signifie que le méson u s’est désintégré, en donnant naissance à un méson p, plus léger, de masse 214 seulement, et à une particule neutre — sans doute un neutrino, qui, naturellement, n’a pas impressionné l’émulsion.
- Suivez à son tour le destin de ce méson p (positif), sur la deuxième trajectoire de la photographie à partir de la gauche. Cette trajectoire part du bas, et, vers le haut, oblique à droite après un coude brusque (le méson a probablement tamponné un noyau); puis, en d, elle s’évanouit en abandonnant une
- p.260 - vue 268/406
-
-
-
- 2G1
- traînée e. Cela veut dire que le méson s’est désintégré en un électron et deux particules neutres.
- Quant au méson tc négatif, son sort se traduit par l’étoile à cinq branches de la figure 6. Venant du haut, il a été attiré par un noyau d’argent de l’émulsion et, après avoir décrit autour de lui une brève orbite, a été capté par lui et l’a fait éclater. C’est cette explosion que reproduit la photographie, avec les cinq fragments qui en ont jailli. Toute la masse du méson s’est ainsi transformée en énergie.
- s La fulgurante énergie des mésons.
- C’est surtout l’étude de ces étoiles qui préoccupe actuellement l’équipe de l’École Polytechnique affectée au service des émulsions. Travail considérable et fastidieux, certes ! Représentez-vous les jeunes physiciens penchés sur leurs microscopes, repérant une à une les branches de chaque étoile à différentes profondeurs dans l’émulsion, déterminant leur direction, calculant leur cote, et finalement, après avoir rassemblé un dossier bourré de tableaux de chiffres, reconstituant la figure de Eéloile dans l’espace.
- — Eh ! direz-vous peut-être, reste à savoir si l’imtérêt des rayons cosmiques justifie pareil labeur, ainsi que les sommes respectables qu’on y consacre !
- Mais une simple comparaison vous édifiera : l’énergie des particules émises par les radioéléments ne dépasse pas quelques millions d’électrons-Volts; celle des particules nées de la fission de l’uranium atteint xoo millions, et les nouveaux accélérateurs (cyclotrons, synchrotrons) portent ce chiffre à un demi-milliard. Or, c’est là seulement que commence la gamme des énergies cosmiques primaires; cette gamme dépasse io milliards, 20 milliards et s’élève à des hauteurs encore insondées. On mesure cette énergie en évaluant le scattering, c’est-à-dire l’éparpillement des grains vers la fin de la trajectoire (dont celle que l’on voit en
- Fig. 7. — Une étoile produite par un noyau.
- \ : ;1- 50 IJ
- Fig. 8. — Une photographie du méson 1 000.
- haut et à droite de la figure 5 donne un bon exemple). Ainsi, si l’on pouvait construire une « bombe à mésons », la bombe à hydrogène serait, à côté d’elle, comme un pétard de i4 juillet....
- Il y a plus. Dans la faune pullulante du rayonnement cosmique on a découvert, depuis 1948, des noyaux atomiques. D’après une estimation récente de Bradt et Peters (1), pour 4 000 protons, on compterait 1 000 corpuscules a, 35 noyaux de carbone, d’azote et cf’oxygène, et 10 éléments plus lourds jusqu’au fer. Vous vous doutez de l’énergie qui doit être mise en jeu quand un de ces noyaux cosmiques fonce dans un paisible noyau de l’émulsion photographique. On obtient, ainsi des étoiles manifestant un dégagement d’énergie bien supérieure à celle qui est libérée par les étoiles mésoniques (comme dans la fig. 6). C’est le cas de l’étoile de la ügui’e 7, recueillie par M. Leprince-Ringuet et son équipe, et dans laquelle l’énergie du noyau cosmique s’est transformée d’une part en masse, de l’autre en énergie cinétique animant chacun des 5i fragments en lesquels a éclaté le noyau tamponné; le même savant a obtenu une autre étoile dans laquelle l’énergie libérée atteignait 12 milliards d’électron-Volts; Bradt et Peters en ont trouvé dont certaines branches décèlent de 10 à 81 milliards d’électron-Volts; et ils citent enfin le cas d’une étoile produite par l’irruption d’un noyau de calcium cosmique de 100 milliards d’électron-Volts.
- D'où viennent les rayons cosmiques?
- - Et nous voici acculés à la question fatale : quelle est l’origine de ces mésons, de ces particules primaires, de ces noyaux que nous groupons sous le nom passe-partout de « rayonnement cosmique » ?
- Confessons-lc : le mystère est encore entier.
- Sont-ils projetés par le Soleil ? Mais pourquoi paraissent-ils alors venir .non seulement de cet astre, mais de toutes les directions de l’espace ? Jaillissent-ils du champ magnétique tournant de ces gigantesques cyclotrons que sont les étoiles doubles ? Ou bien, comme le suggère Fermi, des nuages interstellaires P Sont-ils plutôt, ainsi que l’assure hardiment l’Abbé Lemaître, des rayonnements fossiles, condamnés à tourner en rond dans notre univers courbe depuis qu’il est sorti de l’atome primitif ? (2).
- Bien d’autres problèmes, d’ailleurs, se posent encore. Et d’abord, celui des mésons : nous connaissons le méson tc et le
- t. Physical Revieiu, 1950 (77, 54).
- 2. Voir : I/univers a-t-il jailli d’un atome géant ? par Pierre Rousseau. La Nature, 1er mars 1948, p. 65.
- p.261 - vue 269/406
-
-
-
- 262
- méson p., mais nous devinons, derrière eux, d’autres mésons encore, que des laboratoires signalent çà et là sans pouvoir obtenir de confirmation décisive. G’est le cas du méson de masse i ooo, photographié à diverses reprises, notamment par M. Le-prince-Ringuet (fig. 8) ; c’est le cas aussi des varitrons, particules de masse variant entre i et 20 000, que les Russes Alichia-now et Alichanian déclarent avoir découverts, mais dont on n’a pas trouvé trace ailleurs (*)
- Voilà l’occasion cl’entonner ce « Chant du Méson » dont la poésie ( !,) est, pour le profane, plus ésotérique encore que celle de M. Paul Claudel, mais, qu'après le Scientific American, je ne résiste pas au plaisir de reproduire :
- We hâve mesons pi and rnesons mu,
- And mesons tliat serve as nuclear glue.
- Whe hâve mesons large and mesons small,
- Plus charge or minus, or no charge at ail.
- 1. Franzinetti. Phil. Mug., 1950 (41, 86).
- Chœur.
- What ? No charge at ail ?
- No ! No charge at ail.
- A very small rest mass,
- And no charge at ail.
- Oh Bose ! Oh Fermi ! Perhaps Einstein too,
- Send a unified theory for both pi and mu,
- With spin and statistics, adjustable range,
- Nuclear structure is vours to arrange.
- Chœur.
- What ? No sense at ail ?
- No ! No sense at ail.
- A very small rest mass,
- And no sense at ail.
- Pierre Rousseau.
- (Photographies obligeamment communiquées par le Laboratoire de 31. I.e prince-IUncu et).
- Les plus grandes serres expérimentales.
- Le 7 juin 1949 a été inauguré à Pasadeüa, à l’Institut de technologie de Californie, le laboratoire Earhart de recherches botaniques dont l’élément principal est une série de serres expérimentales occupant 45 sur 25 m, dont on peut régler tous les facteurs climatiques : éclairement, couleur, température, humidité, composition de l'atmosphère, vent, pluie, brouillard, ainsi que la stérilité de l’air. Le professeur Millikan l’a baptisé du nom de phytotron, par comparaison avec le cyclotron des physiciens. Le professeur J. W. Went compte y entreprendre, avec
- de nombreux collaborateurs, l'étude de tous les facteurs qui interviennent en agronomie, horticulture, sylviculture, génétique, physiologie et phytopathologie. C’est le premier laboratoire où chacun des éléments qui interviennent dans la vie des plantes peut être réglé et contrôlé indépendamment.
- La description du laboratoire Earhart a paru dans le volume 12 de Chronic-a botanica (Waltham, Mass.) auquel nous sommes heureux d’emprunter la figure représentant le nouvel établissement.
- p.262 - vue 270/406
-
-
-
- LE BROYAGE DES PEINTURES
- Uxe peinture est essentiellement composée de deux constituants : un liant et un pigment. Le liant est un liquide fdmogène qui, par évaporation1'(liants cellulosiques ou polyvinyliques), ou par oxydation (huiles siccatives) ou par cuisson (liants glycérophtaliques), donnera un enduit continu imperméable et résistant destiné à protéger le subjectile sur lequel il est appliqué. Le pigment est une matière solide, blanche ou colorée, qui peut également jouer un rôle protecteur et qui intervient par son pouvoir couvrant pour masquer les taches ou les défauts du subjectile et pour réaliser l’effet décoratif désiré.
- La fabrication d’une peinture, surtout s’il s’agit de peintures vendues dans le commerce de détail en petits boîtages, consiste à réaliser une suspension stable du pigment dans le liant, une
- Fig. 1. — Broyeuse raffinease monocylindrique à 4 barres.
- (Cliché Savy-Jeamjean).
- »
- fois ceux-ci choisis pour leurs qualités intrinsèques. Ce n’est pas une opération toujours aisée; c’est en outre un facteur important du prix d’une peinture par la dépense d’énergie mécanique qu’elle nécessite; on l’appelle, d’ailleurs improprement, « broyage », bien qu’il s’agisse, en fait, d’une mise en suspension de fines particules solides dans un liquide. Mais cette opération s’effectue à l’aide d’appareils appelés broyeurs, qu’il s’agisse de broyeurs à boulets, à barre ou à cylindres multiples (fig. i et 2).
- Sédimentation et floculation des peintures.
- Si l’on examine une peinture préparée et conservée dans une boîte, on constate que cette peinture dépose lentement et que le pigment se sépare du liant. C’est un phénomène inéluctable dû à la différence des densités du solide et du liquide et à l’action de la pesanteur. Les particules de pigment, plus denses que le milieu fluide, tombent au fond du récipient; il y a sédimentation. D’une manière générale, la vitesse de chute est proportionnelle à la différence de densité du pigment et du liant et inversement proportionnelle à la viscosité du liant, mais elle dépend également de la forme des particules. S’il s’agit de particules solides sphériques, leur vitesse de chute est proportionnelle au carré de leur rayon (loi de Stokes). Toutefois, si la plupart des pigments amorphes obtenus par précipitation s’écartent assez peu de la forme sphérique ou ovoïde, il
- n’en est pas de même des pigments naturels cristallisés, plus particulièrement de ceux qui se présentent en paillettes comme les oxydes de fer micacés et certaines poudres d’aluminium, ou en aiguilles, comme certains oxydes de zinc. La loi de Stokes est alors inapplicable.
- Néanmoins l’examen de la formule de Stokes suggère de retarder la sédimentation en utilisant des pigments dont les grains aient des dimensions aussi petites que possible. On peut même concevoir que si les dimensions des grains pouvaient atteindre celles des particules colloïdales, la suspension deviendrait indéfiniment stable, le mouvement brownien, dû aux chocs des molécules du liant sur les grains de pigments suffisant alors à s’opposer à leur sédimentation en contribuant à leur redispersion.
- En fait, il n’y a pas intérêt à atteindre des dimensions aussi faibles pour les grains de pigments, car le pouvoir couvrant du pigment diminue au-dessous d’un certain degré de finesse et, même, lorsque le diamètre des grains tombe au-dessous de
- 0,1 u (—-— de mm)i, le film obtenu après séchage est trans-.
- ’ 1 \10 000 / CO
- lucide par suite des effets de diffraction de la lumière autour des grains.
- On admet qu’un pigment se présente dans les conditions les plus favorables lorsque le diamètre moyen des particules est de 10 [r, les particules les plus grosses n’excédant pas 25 p..
- En définitive, il est impossible d’empêcher la sédimentation des peintures préparées, mais il importe qu’elle ne soit pas gênante pour les utilisateurs, c’est-à-dire que ceux-ci puissent aisément remettre les particules en suspension au moment de l’emploi par une simple agitation au moyen d’un bâton ou du pinceau. Or, il arrive que le dépôt soit constitué par une masse dure ou par des amas volumineux; les grains de pigment sédi-mentés se sont soudés en formant des flocons plus ou moins compacts que la simple agitation ne peut plus briser. On dit qu’il y a floculation, dans ce cas. Les particules de pigment s’agglomèrent et se soudent au sein du milieu fluide, quelle que soit leur grosseur. Il n’y a plus dépôt progressif des particules de plus en plus fines comme dans la sédimentation ordinaire. Les flocons se forment au sein même de la masse liquide, qui se déposent et le liant se clarifie complètement (fig. 3).
- Le phénomène de floculation montre l’existence de forces attractives entre les grains du pigment en suspension. Ce sont ces mêmes forces qu’il faut vaincre pour réaliser la peinture en recourant aux appareils de broyage, pour briser les agrégats
- Fig. 2. — Broyeuse à 3 cylindres.
- (Cliché Savy-Jeanjean).
- p.263 - vue 271/406
-
-
-
- 264
- Fig. 3.
- Peinture sédimentée. Peinture Hoculée.
- TSiA , tension superficielle du solide (tension interfaciale solide-air) ;
- T S L , tension interfaciale solide-liquide ;
- TL(A, tension superficielle du liquide (tension interfaciale liquide-air) ;
- 0, angle de raccordement.
- Si donc on verse un liquide sur un solide, la goutte liquide se déforme jusqu’à ce que l’angle de raccordement ait pris la valeur 0 satisfaisant la relation précédente. Toutefois, cela ne sera possible que si l’on peut avoir : cos 8 <( i, c’est-à-dire :
- de grains du pigment sec et disperser ces grains individuellement dans le liant. Ainsi, la préparation des peintures et leur stabilisation posent les mêmes problèmes.
- Les forces attractives qui agissent entre les grains de pigment et tendent à provoquer leur coalescence sont de nature peu connue. On sait seulement que ces forces, dites de cohésion, ne prennent une valeur importante que lorsque la distance entre les particules est devenue extrêmement faible, pratiquement lorsque ces particules sont arrivées au contact, ce qui • implique l’absence de liquide intergranulaire, ou de toute autre couche protectrice.
- On en déduit qu’une condition de la stabilité d’une peinture est que les grains de pigment soient entièrement recouverts d’une couche adhérente de liant, sans solution de continuité. De même, dans la préparation de la peinture, le broyage doit permettre au liant de s’insinuer entre tous les grains formant des agrégats pour détacher ces grains les uns des autres.
- Le mouillage des grains par le liant doit être total pour éviter que certains points restent à découvert et permettent aux forces de cohésion de jouer entre les grains.
- Broyer un pigment dans un liant, de manière à-obtenir une bonne dispersion, de grande stabilité et ne floculant pas, revient donc à réaliser le mouillage complet des grains de pigment par le liant. Cette opération est délicate, car elle met en jeu des phénomènes d’activité superficielle dépendant de la nature chimique du pigment et du liant et qui sont encore très mal connus, faute de moyens précis pour les mesurer.
- Le mouillage des pigments.
- L’une des causes qui s’opposent au mouillage complet des particules de pigment par le liant est la présence d’eau, d’humidité, d’air ou de gaz séchés, qu’il est pratiquement impossible de chasser. Recherchons à quelles conditions doit satisfaire le couple pigment-liant pour que le mouillage soit complet, c’est-à-dire pour que tous les grains soient complètement enrobés par le liant dans la suspension.
- Nous savons que si on fait tomber un liquide sur un solide, le liquide s’étale plus ou moins et la goutte prend une forme plus ou moins aplatie caractérisable par l’angle de raccordement 0. Sur une surface non mouillable, la goutte garde une forme presque sphérique (fig, 4).
- Si l’on considère les trois phases en présence : liquide L, solide S et air A, leur équilibre statique est régi par la relation d’Young entre les forces de tensions superficielles (fig. 5) :
- Te,a TSjA — Ts,l.
- Au cas contraire, si TLiA < TSA — TSjL,, l’équilibre statique ne peut pas être réalisé et le liquide s’étale indéfiniment sur la surface solide : il y a alors mouillage complet. Il conviendrait donc de choisir les couples pigment-liant de manière que l’inégalité précédente soit satisfaite s’il s’agit d’un pigment sec enrobé d’air, ou une relation analogue TUE <( TSiE — TS-L s’il s’agit d’un pigment enrobé d’un couche d’eau d’humidité; TrjE étant alors la tension interfaciale liquide-eau et T S-E la tension interfaciale solide-eau.
- En pratique, si la détermination des tensions superficielles des liquides ou des tensions interfaciales liquide-liquide ne se heurte à aucune dificulté expérimentale, il n’en est pas de même des tensions interfaciales solide-liquide ou solide-air, surtout lorsqu’il s’agit de solides pulvérulents; mais la difficulté a été tournée par le physico-chimiste Bar-tell qui mesure directe- Flsr# 5- Relation de Young.
- ment l’expression
- T? A — TS(L dénommée tension d'adhérence en déterminant en principe, à l’aide d’un appareil spécial, la contre-pression gazeuse nécessaire pour empêcher le liquide de pénétrer dans une colonne du solide pulvérulent comprimé uniformément.
- Un pigment sera d’autant mieux mouillé par un liant qu’il aura pour celui-ci une tension d’adhérence plus forte et que la tension superficielle du liant sera plus faible. Les huiles et les liants utilisés dans l’industrie des peintures satisfont le plus souvent à ces conditions, alors que l’eau a une tension superficielle élevée et des tensions d’adhérence sur les pigments généralement faible. On s’explique alors que, dans le broyage de certaines pâtes aqueuses de pigments, la céruse, notamment, avec de l’huile de lin, il y ait peu à peu élimination de l’eau et obtention d’une pâte à l’huile. L’huile a chassé l’eau de la surface du pigment.
- Ce n’est malheureusement pas toujours le cas et l’industrie recourt alors à l’addition de certaines substances, appelées agents mouillants, qui abaissent la tension superficielle du liant et facilitent le mouillage du pigment.
- Le rôle des agents mouillants.
- TS,A — T S,I, + T
- ll,a
- cos
- Les
- Fig. 4. — Bon mouillage. Mouillage moyen. Absence de mouillage
- agents mouillants utilisés sont des sels d’acides gras (savons), des sels de bases organiques (saponine), des alcools sulfonés, cîes lécithines, etc., c’est-à-dire des composés à molécules importantes douées d’un caractère ionique ou d’une forte polarité. Tous ces corps, en raison de leur, poids moléculaire élevé, déterminent un abaissement
- G
- p.264 - vue 272/406
-
-
-
- 265
- de la tension superficielle du liquide qui les a dissous, en l’occurrence le liant de la peinture; mais, en outre, par suite de leur forte polarité, ils peuvent s’orienter à la surface des pigments et servir de lien entre celui-ci et le liant; ils abaissent la tension interfaciale solide-liquide et accroissent la tension d’adhérence du liant pour le pigment.
- Les phénomènes d e mouillage s’apparentent fortement aux phénomènes de solubilité et sont déterminés par des affinités polaires de même nature. Or, il est bien connu que les corps sont solubles dans des solvants de constitution semblable ou comparable. C’est ainsi que les corps hydroxylés sont solubles dans l’eau, tandis que les corps carbonés ont tendance à se dissoudre dans les hydrocarbures. La molécule d’un savon, agent mouillant, comporte un anion organique formé par une longue chaîne de groupements CII2 terminée à l’une de ses extrémités par le groupement ionogène COO~ négatif, et à l’autre extrémité par le groupement CH+ à caractère positif, ce que l’on peut schématiser comme ün doublet électrique :
- CH3 COO
- •-----------------------------------o
- + -
- L’extrémité COO~ a un caractère hydrophile, tandis que l’extrémité CH^ possède un caractère organophile. Autrement dit, une molécule d’agent mouillant a une extrémité soluble dans l’eau et l’autre extrémité soluble dans les corps organiques non hydroxylés tels que les hydrocarbures ou les huiles.
- L’agent mouillant viendra se fixer sur le pigment (sur les oxydes en particulier) ou sur la couche d’eau qu’il porte adsor-bée par son extrémité hydrophile et tournera vers le liant son extrémité organophile (fig. 6), L’agent mouillant réalise ainsi une véritable transition entre le pigment et le liant,. Le pigment se recouvre d’une couche monomoléculaire d’agent mouillant qui y adhère fortement par une extrémité, tandis que l’autre est soluble dans le liant. Dans ces conditions, le pigment se trouve parfaitement enrobé par le liant.
- En outre, les couches monomoléculaires d’agent mouillant entourant les grains présentent la même polarité extérieure (fig. 7); de ce fait, des actions répulsives électrostatiques se développent entre les grains de pigment et s’opposent à leur coalescence, empêchant les phénomènes de floculation et accroissant la stabilité de la suspension du pigment dans le liant.
- On comprend donc que l’adjonction d’agents mouillants aux liants ait. pris un grand développement dans l’industrie des peintures. Elle a permis de réduire notablement les temps de broyage et, par suite, de faire une économie appréciable d’énergie mécanique et de livrer des peintures préparées qui peuvent être conservées en stock pendant des durées très longues.
- Liant
- Pigment
- Fig. 6. — Courbe monomoléculaire d’agent mouillant sur un pigment.
- Des tentatives ont même été faites avec succès pour supprimer complètement le broyage et réaliser la dispersion des pigments dans les liants par une simple agitation dans des malaxeurs ou dans des cuves à agitateur rotatif. A cet effet, les pigments sont recouverts par la couche d’agent mouillant avant de les mettre en contact avec le liant. Qn peut, par exemple, traiter certains pigments par des Aapeurs d’acides gras, de manière à former une couche superficielle de savon métallique qui jouera le rôle d’agent mouillant. On a préconisé également le traitement des pigments par des savons solubles dans l’eau ou par des polyalcools sulfonés à plus de dix atomes de carbone. O11 obtient alors des pigments spontanément dispersés dans certains liants par simple malaxage.
- Le « flushing process ».
- 4- + +
- + ++
- De nombreux pigments sont actuellement obtenus par des réactions chimiques de précipitation en milieu aqueux. Ils se présentent à cette phase de leur préparation en grains suffisamment fins pour donner d’excel-lents résultats.
- Mais il est nécessaire pour les livrer aux fabricants, de les filtrer et de les sécher.
- C’est au cours de ces opérations que se produisent les phénomènes d’agrégation par forces de cohésion qui donnent naissance aux amas que le broyage en
- présence du liant doit ramener aux grains isolés de la dimen-
- '+++++
- Fig. 7. — Grains de pigment enrobés d’agent mouillant.
- sion initiale.
- On a pensé qu’il était peut-être inutile de sécher le pigment et qu’il devait être possible, par addition d’agents mouillants convenables, de déplacer directement par le liant l’eau contenue dans la pâte aqueuse simplement essorée, comme cela se produit avec les pâtes à l’eau de céruse broyée avec l’huile de lin. Il faut pour cela que la tension d’adhérence du liant pour le pigment soit supérieure à celle du pigment pour l’eau. On arrive-à ce résultat en recourant à des agents mouillants, tels que les sels de base ammonium ou phosphonium quaternaires aliphatiques, des bases sulfonium tertiaires aliphatiques, des bétaïnes, certaines amines aliphatiques. L’agent mouillant peut être ajouté à la pâte aqueuse aussitôt après précipitation du pigment ou bien après filtration et lavages. La proportion doit être déterminée dans chaque cas, de manière à pouvoir obtenir l’élimination complète de l’eau par le liant sans risquer l’émulsification du liant. Cette technique appelée « flushing process » se développe aux États-Unis et permettra peut-être dans l’avenir de supprimer le séchage des pigments et le broyage des peintures, abaissant ainsi notablement leur prix de revient.
- A propos du débarquement des poids lourds.
- Les services techniques de la Marine américaine viennent d’étudier, avec la collaboration d’un professeur de l’université de Princeton, un moyen Me durcir le sable des plages pour permettre d’y débarquer des poids lourds et d’y faire circuler des
- camions. Le produit, non indiqué, peut être épandu à la vitesse de j m/s et il agglomère le sable suffisamment pour porter des camions de 7 t.
- p.265 - vue 273/406
-
-
-
- 268
- L'Ile cTOuessant
- ’ÉTUDE de M. Pierre Ghuroy] parue dans le n° 3 183, de juillet 1950 (p. 193) a suggéré à M. le DT Yves Pruche, médecin de Vile, de nous envoyer les renseignements complémentaires suivants dont nous le remercions.
- L’Ile d’Ouessant qui a été fort heureusement comparée à un homard regardant vers le S.-W., est nettement séparée du système d’îles, d'îlots et de récifs qui constituent l’archipel de Molène.
- Cet Archipel semble à première vue former les restes d’une longue bande de terre rattachant Ouessant à la Pointe Saint-Mathieu. En relevant les fonds, nous voyons qu'alors que la profondeur n’excède nulle part une dizaine de mètres sur toute la superficie de l’Archipel, entre Ouessant et l’îlot de Bannec, le plus rapproché, existe une forte dépression. dépassant par endroits 6o m. C’est dans ce chenal, large à sa partie la plus étroite de plus de 2 km, que les eaux de l’Océan se précipitent lors du flot et du jusant, constitutant le « Fromveur » qui a donné son nom au chenal lui-même.
- De même le « Fronrus » qui longe la côte Nord de l’île est constitué par la masse des eaux, dont une partie forme le « Fromveur », masse d’eau qui, à chaque marée emplit, puis se retire du bassin formé par la côte, de Saint-Mathieu à Argen-ton, et par l’Archipel de Molène.
- Les baies de Lampaul et du Sliff constituant de petits réservoirs accessoires, les mouvement de la mer sont assez complexes. C’est ainsi qu’au niveau des pointes de l’île, le courant est dirigé 9 heui’es dans un sens et 3 heures dans l’autre; les sens étant inversés d’une pointe à l’autre.
- Le chenal du « Fromveur » est absolument libre de tout récif. Les routes normales de navigation l’empruntent. Si depuis la guerre la plupart des navires préfèrent faire le tour de l’île, la raison en est aux réserves faies par la Marine, après la campagne de déminage, sur la possibilité'de la présence de mines dérivantes entraînées là par les courants particulièrement violents.
- C’est à la force de ce courant qu’il faut aussi attribuer les remous parfois impressionnants qui boursouflent la surface de l’eau, soit que ce courant progresse contre le vent, et très vite une houle profonde et courte se forme, soit que le heurt entre le front du courant et les eaux de 1’ « étale » forme une sorte de et barre » qui progresse au cours de la marée, tout le long du chenal.
- La population de l’île était de 2.220 habitants au recensement de 1945. Ce'chiffre ne cesse de décroître, car les familles récemment créées émigrent de plus en plus dans les ports, où l’homme revient à chaque voyage.
- Actuellement il y aurait à peine 2.000 habitants dans l’île.
- C’est là un grave problème de géographie humaine qui peut se résumer assez rapidement.
- Ouessant se trouve sur des lieux.de pêche (langouste surtout, poisson vert, poissons de grands fonds (turbots) fréquentés par les Molénais et les pêcheurs de tous les ports de la côte, de Morlaix à Concarneau.
- Et pourtant : pas un seul pêcheur à Ouessant : les hommes, de tradition, naviguent à la Marine Marchande et surtout au long cours. Un très petit nombre appartient à la Marine de Guerre.
- Plusieurs auraient embarqué volontiers à la pêche mais, et c’est là le grave défaut de l’île, il n’existe aucun port suffisant pour abriter des bateaux de jauge nécessaire pour’la pêche au large.
- Quelques-uns ont essayé quand même avec des embarcations trop petites. Leur pêche insignifiante., car ils sont surclassés par les bateaux des autres ports, s’est terminée très souvent par des catastrophes. Le dernier naufrage ayant entraîné la mort de l’équipage (3 hommes) et- la perte du bateau, date d’à peine 0 ans.
- Ces derniers mois, le dernier pêcheur de l’île a désarmé et s’est enrôlé à nouveau à la Marine Marchande.
- La baie du Stiff, la plus proche du continent, en eaux profondes (de 4 à 12 m au pied des falaises et au o des marées), d’abords aisés, sans aucune ligne de récifs à traverser, ne demande que la construction d’une bonne jetée en protégeant le fond contre les vents d’E.-N.-E., pour se transformer en un très bon port, en eaux profondes qui abriterait une flottille importante de bateaux de pêche, et pourrait encore servir de relâche, en bordure de l’entrée du Fromveur, pour les navires engagés dans la tempête.
- Comme pour beaucoup d'autres projets, les crédits nécessaires à celle construction n’ont pu encore être réunis.
- Si l’on tient compte de la rapidité avec laquelle la population de l’île décroît : plus de 3 000 vers la fin du siècle dernier, 2 200 cm jg45, 2 000 à peine en ig5o!, de la moyenne d’âge très élevée (population de retraités; les jeunes désertent le pays; l’activité sur l’île se réduit à peu près aux travaux entrepris par les Ponts et Chaussées (station du Gréach) l’établissement d’un bon port est une question de vie ou de mort.
- Les îlots situés au N, de l’île sont inscrits sur la carte marine de Ouessant sous le nom de « Keleren ». D’où le nom de « Relier » de l’île principale seule visible de la côte d’Ouessant. Jamais je n’ai entendu appeler cet îlots d’un autre nom, et en particulier de « Ivereller » qui reste parfaiement inconnu pour les Ouessantins interrogés à ce sujet.
- Les maisons, basses en effet, ne sont pas orientées par rapport aux vents ou chemins, mais par rapport aux vents dominants. En conséquence, elles sont doubles : une façade au N.-N.-E. et l’autre au S.-S.-W. Très couramment on ferme porte-et fenêtres du côté du vent.
- A l’intérieur, les portes s’ouvrent aux extrémités d’un couloir soigneusement isolé des deux pièces du rez-de-chaussée : d’un côté une salle commune comportant ordinairement 2 lits clos ; de l’autre côté une pièce pouvant servir de salle d’apparat (souvenirs, verroteries, statues et tableaux) et comportant aussi 2 lits clos ou même 4.
- Il est à remarquer que les derniers lits clos sont en voie de disparition ou de transformation.
- Les maisons sont recouvertes d’ardoises importées du conti-nen et rejointoyées par du ciment. Je ne connais plus guère que deux chaumières encore habitées. Les toits des autres, non entretenus, se sont effondrés.
- L’île possède un réseau ro.utier assez développé (4o à 45 km de routes). Malheureusement jusqu’à cette année aucun entretien n’a été assuré depuis la période d’avant-guerre. Il existe tout de même encore une très bonne route (macadamisée) joignant le Stiff au bourg de Lampaul (3,5 km). Il existe une dizaine de véhicules automobiles, presque tous camions ou camionnettes et plusieurs charrettes hippomobiles dont le nombre est en diminution.
- A part les très vieilles gens, les habitants se déplacent volontiers et se rendent a au continent », à Brest, pour leurs achats ou leurs besoins.
- Les hommes, de par leur navigation, sont familiers des quatre coins du monde et des habitudes de vivre de nombreux pays. On peut voir là la raison pour laquelle la moyenne de la population est beaucoup moins arriérée que d’aucuns voudraient le faire croire. Rares sont les foyers qui ne possèdent pas une installation de gaz butane, et rares les jeunes femmes ou jeunes filles qui ne s’efforcent pas tant soit peu de suivre la mode.
- Le port du costume disparaît de plus en plus pendant la semaine. Beaucoup le reprennent le dimanche ou les jours de fête. Il comporte alors une coiffe blanche en dentelles dont le fond est souligné par un ruhan bleu ou rouge placé intérieurement..
- p.266 - vue 274/406
-
-
-
- 267
- Le costume de grande fête (mariage, première communion) est tout blanc et très seyant; casaque, jupe, châle et tablier sont très travaillés et soulignés d’épingles rares et de bijoux à l’occasion.
- Au sujet de la faune, une seule remarque : on ne peut trouver, et de mémoire d’Ouessantin, il n’a jamais été vu, un seul serpent dans l’île.
- La cuisine, en plus du « kik a far », très commun dans le Finistère, comprend encore le « ragoût d’agneau » et le Far blanc.
- Tous ces plats, pour être bien'faits, doivent être mijotes dans les « feux de mottes », mottes de lichens séchées. On recouvre complètement la marmite de ces mottes, sur le bord du chemin, par exemple, et on v met le feu. La combustion très lente entretient la chaleur nécessaire au « mijotage » une demi-journée durant.
- La station du Créach, dont les Ponts et Chaussées font une station modèle, attire la visite de nombreux techniciens, même sur le plan international.
- Le phare présente huit faisceaux obtenus par 4 lampes à incandescence ou à arc suivant puissance, disposées en 2 étages, et fournit deux éclats espacés de 3 et 7 sec. Il tourne donc d’un tour en 4o sec.
- Le phare du Stiff (rouge), sur la plus haute falaise de l’île, la signale aux navires débouchant de la Manche et le phare de la Jument (rouge) signale les récifs les plus à l’Ouest et l’entrée S.-W. du Fromveur. Ils présentent eux aussi deux éclats.
- Le phare de Ivéréon qui borde le Fromveur du côté Sud (en
- bordure de Bannec) est à occultations (2 occultations). Il a un secteur blanc englobant le Fromveur et son entrée N.-E. et un secteur rouge qui couvre toutes les zones dangereuses.
- Ce phare, édifié sur le rocher de Men-Ten-Cel qui le désigne parfois, est un don de la Marquise de Ivéréon, en mémoire de son fils, lieutenant de vaisseau, disparu en mer.
- Entre le i4 juillet et le i5 août, de très nombreux touristes, dont beaucoup d’étrangers, visitent Ouessant. Si l’été est beau, comme celui de 1949, ces visites causent une surpopulation mouvante qui entretient une certaine atmosphère de foire.
- Des habitués viennent régulièrement passer un ou deux mois de vacances.
- Enfin au cours clu printemps ou de l’automne, d’autres visiteurs, fuyant les cohues de l’été, savent trouver à Ouessant le repos et la tranquillité. Ils peuvent alors admirer en toute quiétude les rochers aux formes étrangement découpées, se prolongeant loin en mer, par des récifs que l’on devine ou qu’on découvre* à marée basse et qui bordent toute la côte Ouest et N.-YV. de l’île, depuis Pern jusqu’à Keller.
- Mais cette côte ne prend tout son caractère que lorsqu’elle est battue par la houle monstrueuse de l’Atlantique, formée depuis plusieurs jours par un vent de S.-W. à N.-W., soufflant à 100 km/h et plus. Ces masses énormes d’eau se ruant à l’assaut des aiguilles, des déchiquetages de la côte, éclatent avec un bruit de tonnerre en giclant à des dizaines de mètres de hauteur.
- On a alors le spectacle des débordements d’une nature qui se révèle dans sa rudesse primitive.
- D1' Yves Pivüche.
- La taille des mammifères et leur
- Un physiologiste anglais, le professeur A. V. ïïill, a établi les relations qui existent chez les mammifères entre leur taille et .leur poids, d’une part, et leur force musculaire et leur aptitude à la course, au saut et à la nage prolongés, d’autre part. Il est arrivé ainsi à des conclusions curieuses, dont quelques-unes, confirmées d’ailleurs par l’observation.
- Il signale tout d’abord qu’entre les plus petits et les plus grands des mammifères, il y a des écarts énormes et comme on n’en rencontre pas dans les autres groupes d’animaux : les plus petits ne pèsent guère que quelques grammes, tandis que les plus grands Cétacés pèsent jusqu’à 150 t, soit 40 millions de fois plus.
- En général, chacun des mouvements s'exécute plus vite chez les quadrupèdes de petite taille que chez les grands, parce que leurs muscles se contractent et se détendent plus vite et que, par suite, ces muscles sont plus puissants par rapport à leurs dimensions. L’éléphant a des mouvements très lents et 11e peut guère marcher que peu de temps et pas très vite, au plus à 5 km/h quand il est chargé ou tire un poids lourd ; il ne court qu’en cas de nécessité et pendant très peu de temps.
- Chez les animaux comparables par leur anatomie, l’aptitude à la course et au saut ne dépend pas de la taille des différentes espèces : les gazelles sont les mieux douées à cet égard ; mais le bouc sauteur (jumping buck) africain est de taille moyenne, bien que sa course ne soit qu’une succession de sauts de plusieurs mètres de hauteur et de longueur, qu’il peut soutenir beaucoup plus longtemps que le léopard qui, cependant, saute aussi bien si ce n’est mieux, mais ne peut faire que quelques bonds de suite.
- L’aptitude au saut et à la course prolongés dépend de nombreux facteurs ; le plus important est l’oxygénation plus ou moins grande
- aptitude à la course et au saut.
- des muscles. C’est chez les Cétacés qu’on peut le mieux l’observer. Leur longueur, depuis les marsouins d’un mètre de longueur jusqu’aux baleines, de plus de 20 m, varie comme 1 à 5 000 ; cependant, la vitesse maxima qu’ils peuvent soutenir est à peu près la même et ne dépasse guère 25 km/h. Le calcul de la résistance que l’eau oppose à leur déplacement montre que leur force musculaire serait tout à fait insuffisante pour se déplacer plus vite, parce qu’alors l’écoulement laminaire de l’eau à la surface de leur corps deviendrait turbulent. C’est aussi l’oxygénation des muscles qui détermine chez les Cétacés le temps pendant lequel ils peuvent plonger sans venir respirer à la surface de l’eau.
- Les vitesses les plus grandes que peuvent soutenir pendant le même temps le cheval de course, le lévrier et un épagneul très bon coureur sont entre elles comme 1,24, 1,10 et 1, en terrain horizontal, bien que leurs poids soient entre eux comme 60, 3 et 1. Mais si on leur fait gravir le terrain en pente d’une colline, ils arrivent au sommet dans l’ordre : épagneul, lévrier et cheval.
- Toutes ces grandes différences chez les mammifères terrestres sont la conséquence, selon le professeur Hill, de ce que, pendant tout le temps qu’ils fournissent l’effort maximum, la fréquence des battements du cœur est plus grande chez les plus petits que chez les plus grands où la fréquence peut descendre à 30 et même 20 pér/min. Comme chez tous, le rapport entre le poids du cœur et celui du corps est à peu près le même, il s’ensuit que la quantité maxima d’oxygène fournie aux muscles par unité de poids et pendant le même temps varie dans les mêmes proportions. Ainsi s’expliquerait que la puissance musculaire soit plus grande chez les petits animaux que chez les grands.
- E. L.
- p.267 - vue 275/406
-
-
-
- 268
- LES PROGRÈS DE L'IMPRIMERIE
- Nous avons étudié, par une suite d’articles parus dans La Nature (x) les trois principaux procédés d’impression classiquement utilisés. Le premier, dit « impression en relief » constitue la typographie ; son emploi est courant pour l’exécution des multiples modèles d’imprimés de commerce et le tirage des journaux quotidiens. Le procédé d’impression « en creux » dont la forme artisanale est la taille-douce et la forme industrielle l’héliogravure permet d’obtenir dans le premier cas cet ensemble de travaux artistiques que sont les estampes ou les illustrations de livres de luxe ainsi que les cartes de visite et faire-part de réalisation particulièrement soignée, et dans le second cas ces revues aux tons dégradés constituant la majorité des publications d’actualité, de sport et de modes. Le troisième procédé, dit « impression à plat » se divise également en deux branches : la lithographie, branche artisanale dont le support est une pierre calcaire spécialement préparée sur laquelle est reproduit à l’envers, à l’aide d’un crayon gras, le sujet à reproduire, et l’off-set, branche industrielle utilisant comme support une plaque de zinc sur laquelle a été gravé le sujet à reproduire par méthode « photo-mécanique ». Tandis que l’offset trouve son application principale dans l’impression de cartes géographiques, de vignettes publicitaires à gros tirage et aussi
- 1. N°“ 3113, l" juin 1946 ; 3115, 1" juillet 1946 ; 3132, 15 mars 1947 ; 3136, 15 mai 1947 ; 3161, 1" septembre 1948 et 3165, 1er janvier 1949.
- Fig. 1. — Machine à composer photographique Hadego, établissant directement la composition sur pellicule photographique.
- de nombreuses revues, la lithographie reste le procédé d’art réservé à la reproduction d’illustrations artistiques.
- Il n’y a pas, autant qu’on l’imagine peut-être, lutte entre la vieille typographie et les jeunes procédés de l’off-set et de l’héliogravure. La typographie a toujours pour elle sa production massive et son exécution rapide, malgré le temps passé pour la mise en train.
- *
- * #
- Nous voudrions compléter notre étude en signalant aujourd’hui quelques nouveautés apparues en ces derniers temps.
- Clichés en matière plastique. — Les États-Unis qui ont, bien plus que les pays d’Europe, les moyens d’étendre leurs recherches sur le matériel d’imprimerie, se sont orientés vers la construction de presses à imprimer formant bloc, dont les engrenages baignent dans l’huile sous carter étanche. Ils ont également poursuivi la mise au point de caractères en nylon et durant la guerre ils sont parvenus à fabriquer des clichés plastiques dont la légèreté autorisait le transport par avion ; c’est ainsi que parvenaient en Europe des textes ou des illustrations prêts à être imprimés sur place dans un délai très bref après leur confection à New-York ou à Chicago.
- Des études ont été faites pour appliquer les cellules photoélectriques au contrôle du repérage dans les impressions en couleurs. Il faut s’attendre à ce que cette technique bénéficie de progrès considérables et qu’avant peu d’années les photographies d’actualité imprimées en couleurs supplantent les ligures en, noir.
- Simplification de la « mise en train ». — La France a également contribué à l’amélioration du matériel et a mis au point une nouvelle technique de mise en train qui, pour les travaux de faible tirage,, apporte à l’imprimerie des gains de temps de !\o à 90 pour xoo selon que les tirages sont de 10 000 ou de 1 000 exemplaires.
- Dans le procédé typographique courant,, les caractères sont de hauteur ou d’épaisseur uniforme, ce qui exige un ajustement rigoureux sous la presse, afin d’obtenir une pression convenable suivant la densité des noirs; cet ajustement, qui dans le langage de l’imprimerie, s’appelle la mise en train, immobilise la presse à imprimer durant de longues heures ; au contraire dans le procédé Letouzey, les caractères ou autres éléments imprimants- ont une hauteur ou épaisseur proportionnelle à leur densité en noir. C’est ainsi, par exemple, que si la lettre T a une densité en noir de 20 pour 100, c’est-à-dire que le trait noir de la lettre représente 20 pour xoo de la surface totale prise par la lettre T, et qu’un point ait une densité en noir de 7 pour 100 seulement, la lettre T sera beaucoup plus haute que le point. De ce fait, lorsque le caractère T et le caractère « point » seront placés sous la presse, le T exercera une pression plus forte puisqu’il est plus haut que le point. M. Letouzey a fait établir chaque caractère de telle manière que la hauteur du type donne automatiquement la pression qu’il doit recevoir pour être correctement imprimé sans avoir à effectuer le moindre ajustement sous presse.
- Si en typographie classique un tirage à 2 000 exemplaires nécessite par exemple 4 h de mise en train, il suffira de quelques minutes avec le procédé Letouzey pour assurer le calage de la forme et commencer l’impx*ession.
- Ce procédé nouveau, exploité industriellement avec plein succès, requiert un outilllage de grande précision, mais il apporte à la typographie une rapidité qui diminue son prix de revient.
- p.268 - vue 276/406
-
-
-
- 269
- Procédés d’impression par attraction électrique.
- — Nous citerons tout d’abord l’invention de l’Américain Hueb-ner, à laquelle il a donné le nom d’électronographie et qui réalise l’impression sans contact, au moyen d'une machine électrique dont il existe actuellement un prototype dans une imprimerie de Chicago. Dans la partie intérieure du cylindre servant de support au papier à imprimer, est monté un dispositif d’attraction électrique chargé d’attirer le cylindre portant l’élément imprimant. Il reste un espace presqu'imperceptible d’un quart de millimètre environ entre le papier à imprimer et la forme imprimante, qui ne subirait ainsi aucune usure si cette curieuse méthode d’impression à distance entrait en application.
- Un procédé aussi curieux, qui supprime l’emploi de l’encre d’imprimerie et la remplace par une poudre fine, a été découvert aux États-Unis : c’est la méthode d'impression xérographique, fondée sur la propriété de certains corps qui, isolants dans l’obscurité, deviennent bons conducteurs de l’électricité à la lumière. Ces corps, chargés d’électricité, attirent des poudres fines grâce au phénomène classique de l’attraction électrostatique.
- Les diverses opérations d’impression se succèdent ainsi :
- i° Par application d’une grille de fils métalliques, portée à haute tension, sur une plaque de métal recouverte d’un produit photo-Sensible tel que l’anlhracène, on charge électriquement cette plaque, et par effet Corona, la charge se répartit également sur toute la surface du métal. L’opération s’effectue dans une salle obscure.
- 2° A l’aide d’un système optique, l’opérateur projette le document à reproduire sur la plaque de métal. Les parties sombres restent isolantes et les claires deviennent conductrices, si bien qu’il se forme une image électrique du document, et seules demeurent imprégnées de charges les surfaces qui n’ont pas été touchées par la lumière.
- 3° Une poudre très fine de résine synthétique est ensuite répandue sur la plaque; elle n’adhère qu’aux parties restées chargées électriquement et trace une image positive et renversée du document.
- 4° On applique alors sur la plaque une feuille de papier chargée positivement ; elle attire la poudre adhérente à la plaque et la détache. La fixation de cette poudre synthétique s’obtient en la faisant fondre par chauffage durant quelques instants au four électrique ou à l’aide de rayons infra-rouges. Par suite des retournements au cours des opérations successives, l’image réalisée est identique au document initial.
- Par mélange de colorants à la poudre, il devient possible d’obtenir des images en couleurs.
- Ce procédé nouveau nécessite encore une sérieuse mise au point pour devenir pratiquement utilisable, mais il semble avoir un certain avenir.
- *
- # *
- Dans le domaine de l’off-set, peut-être verrons-nous apparaître prochainement des machines à composer dont la frappe de caractères s’effectuera directement sur zinc. De telles machines, la Varityper, YI.B.M., etc., existent déjà aux États-Unis. Les imprimeurs en offset se trouveront ainsi dispensés d’établir une composition typographique sur plomb..
- Nous devons également signaler l’apparition des machines à composer photographiques, établissant directement la composition sur pellicule photographique. Citons parmi elles les com-poseuses Fosetter, Iladego, Westover, Lumitype, cette dernière d’invention française. Ces composeuses permettront à l’imprimeur offsetiste de se dispenser de la composition en métal de manière encore plus simple, plus rapide et plus économique qu’en employant les' machines à écrire spéciales dites « justifiantes ».
- *
- # »
- Fig. 2. — Machine de mise en page Rotofoto (Westover).
- Elle réalise la mise en page aux dimensions désirées.
- Il ne fait aucun doute que l’industrie de l’imprimerie évolue vers des méthodes plus précises et plus scientifiques et fait progressivement appel aux laboratoires de recherches. L’activité de ceux-ci, tant aux États-Unis qu’en Europe, laisse entrevoir de nouveaux et importants progrès des méthodes d’impression.
- Fernand de Laborderie.
- Les photographies illustrant cet article nous ont été aimablement communiquées par l’Office technique de l’Imprimerie (O.T.I.), centre d’études techniques et de recherches pour les industries graphiques. .
- Le «Zoo» de Londres.
- A la suite des pertes causées par les renards et autres maraudeurs, le « Zoo » de Londres a adopté un nouveau système pour assurer la protection des oiseaux rares.
- Sur l’île située au centre d’un petit lac où ces oiseaux sont logés, on a installé une lampe émettant des ondes de radar sur un rayon de 15 m. Dès qu’un animal ou un .être humain pénètre dans le faisceau de ces ondes, une sonnerie se déclenche dans le pavillon du gardien et donne l’alarme.
- Le Zoo de Londres s’étend sur une surface d’environ 15 ha. On fait actuellement l’inventaire de sa collection d’animaux, une des plus complètes du monde, qui comprend 6 794 sujets, dont 895 mammifères, 1 836 oiseaux, 787 reptiles et amphibies et 3 276 poissons. Environ 2 250 000 personnes le visitent chaque année ; pendant. l’été, la moyenne dépasse 20 000 par jour. Le Zoo est dirigé, organisé par la Zoological Society de Londres, sans être subventionné ni par l’État, ni par les municipalités. Les droits d’entrée payés par le public et les dons sont ses seules sources de revenu. Fondé il y a 122 ans, il est enrichi constamment d’animaux offerts par de célèbres explorateurs et de divers sujets judicieusement achetés à l’étranger.
- p.269 - vue 277/406
-
-
-
- LES “ IMAGES THERMIQUES ”
- Pour la protection à distance des machines électriques contre des échauffements excessifs, il est souvent mal commode d’installer une ligne de téléindication de température. On est alors conduit à se contenter d’une protection locale; des thermostats, placés en des points convenables de la machine : échappement de l’air de ventilation, résistance et enroulements rotoriques, commandent les disjoncteurs sans que le surveillant de tableau soit tenu au courant des événements. En outre, les groupes de protection sont disséminés sur les différentes machines, travaillant parfois dans des conditions difficiles : humidité, poussières, accessibilité imparfaite, qui compliquent l’entretien.
- Un problème analogue se pose pour le contrôle du chauffage des immeubles. Il est évidemment désirable que l’allure du chauffage soit fonction de la température extérieure, mais ce qui nous intéresse en fin de compte, c’est la température réelle dans
- Fig. 1. — Relais déclencheur à « image thermique » pour contacteur de 160 ampères (Alsthom) (Cliché Alsthom).
- les différents locaux. De là l’emploi, aujourd’hui classique, d’un « thermostat de façade », constitué par”une simple résistance en métal à coefficient thermo-résistant élevé, concurremment avec d’autres thermostats placés dans les différentes pièces.
- La conjugaison de ces thermostats est possible à l’aide de systèmes différentiels, tels que la membrane à pressions opposées ou le montage électrique en pont de Wheatstone (Moreau-Febvre). Très convenable pour une villa ou un pavillon de banlieue, où il suffit d’un seul thermostat d’intérieur, placé dans une « pièce-témoin », ce système se complique exagérément dans le cas des grands immeubles à bureaux, des ateliers et dépôts, où les thermostats d’intérieur se multiplient et où l’on est même conduit à régler séparément plusieurs circuits de chauffage.
- Ici, comme pour la protection des machines, des transformateurs et de certains appareillages,, une solution élégante consiste à réaliser une cc image thermique », reproduisant, de par sa construction même, les variations de température de l’immeuble à contrôler. C’est en définitive, sur celte « image » que seront fixés les thermostats dirigeant tout où partie de la régulation.
- Pourquoi les moteurs « chauffent ».
- Soit à protéger un moteur électrique à courant alternatif, placé dans un lieu peu accessible, tel qu’un moteur de monte-charge, de compresseur ou de manutention, et voyons comment sera construite l’image thermique.
- Qu’un moteur électrique « chauffe » durant son fonctionnement, c’est une conséquence inévitable des lois de la physique; l’essentiel est que les calories soient évacuées assez rapidement pour que la conservation de la machine, nommément des enroulements, des contacts glissants et des l’oulements, soit assurée.
- If
- On admet en France que la limite pratique est de 90° et qu’une machine électrique ne chauffe pas exagérément tant qu’on peut maintenir la main sur l’extérieur de la carcasse. Ce chiffre semble devoir être sensiblement relevé dans l’avenir, grâce à l’emploi de nouveaux matériaux; cela a une grande importance, car l’évacuation des calories à haute température est plus intense.
- D’où provient réchauffement d’une machine électro-magnétique ? Des aimantations et désaimantations successives des parties « fer » (cycles d’hystérésis), des courants induits dans le fer (courants de Foucault) et de réchauffement des conducteurs (effet Joule). Les frottements aux paliers n’interviennent . que pour les très grosses machines.
- Un vieil adage des constructeurs affirme qu’une bonne machine est celle où les pertes « cuivre » et les pertes « fer », en régime moyen, sont égales. C’est là une approximation, surtout valable pour les transformateurs.
- On conçoit qu’un dispositif composé de fer et de cuivre, soumis au même courant que le moteur à protéger (ou à un courant proportionnel à celui-ci) et offrant au refroidissement des caractéristiques surfaces-volumes convenables, pourra se trouver « spontanément » porté à la même température que ledit moteur. Ceci moyennant certaines restrictions, du fait que le système ne tient pas compte de la vitesse du moteur, donc de la rapidité de la variation des aimantations dans la denture de l’induit et de l’intensité de la ventilation naturelle.
- On dit que les « destins thermiques » du moteur et de ce dispositif sont « parallèles », ou encore que le dispositif est l'image thermique du moteur.
- Construction d'une « image thermique ».
- Bien entendu, l’image thermique a pour objet final de commander le fonctionnement de disjoncteurs de protection. Pratiquement, on emploie des bilames à dilatation différentielle, organes essentiels des thermostats « secs » modernes. L’ « image » thermique doit être construite en fonction de ces thermostats.
- Un bilame se compose d’une lame d’acier à faible dilatation (genre Invar), accolée sur toute sa longueur à une lame à forte dilatation, par exemple en laiton. Cette disposition géométrique oblige le bilame à se cambrer fortement en foi’rne d’arc, pour une augmentation relativement faible de température. Dans ce mouvement, qui s’exerce avec une vigueur considérable, le bilame peut manoeuvrer un robinet (principe des phares sans gardiens avec feu à gaz) ou un pointeau, établir ou couper des contacts électriques.
- L’ « image » thermique de notre moteur sera constituée par un bilame formant résistance et parcouru par le courant : ceci pour l’effet Joule. En outre, ce bilame sera placé au voisinage immédiat, ou même à l’intérieur d’un bloc en fer, en acier doux ou en acier au silicium, entouré par une bobine égalemënt parcourue par le courant. Grossièrement feuilleté ou même massif* ce bloc « chauffera » sous l’effet de l’hystérésis.
- p.270 - vue 278/406
-
-
-
- Le courant envoyé dans 1’ « image » thermique pourra être une phase (ou une dérivation aliquote d’une phase) du courant statorique; mais il n’est pas interdit d’utiliser également le courant rotorique s’il s’agit d’un rotor à résistances extérieures. L’ « image'» décèle alors les « glissements » excessifs.
- On conçoit qu’en jouant sur les différents facteurs : résistance du bilame, shunt du bilame, poids, forme et ventilation du bloc, nombre de spires de la bobine, shunt de la bobine, on puisse obtenir une « image » suffisamment sincère, aussi bien aux différentes allures d’alimentation que pendant les périodes de refroidissement à l’arrêt. Les bilames portent par ailleurs des contacts réglables, permettant de déterminer au mieux les points de déclenchement et, éventuellement, de réenclenché-ment.
- Il faut bien noter que 1’ « image » thermique ne constitue pas une protection complète pQur la machine contrôlée, à cause de la lenteur relative de « réponse » des bilames en cas de « coup dur ». On adjoint généralement au dispositif thermique ,un déclenchement purement électro-magnétique, suivant le principe général des disjoncteurs à maximum de courant.
- Aux Transformateur
- ou shunt
- commandes
- Bilame
- Image thermique
- Fig. 2. — Principe d’une « image thermique » employée pour la protection d’un moteur triphasé.
- L’-« image » est formée d'un bloc grossièrement feuilleté, portant un enroulement traversé par une partie déterminée du courant principal ; le bloc contient un bilame alimenté de même. La température à laquelle se trouve soumis ce dernier résulte de l’hystérésis et de l’effet Joule et suit à peu près la température réelle du moteur. Le bilame agit sur les appareils de. commande du moteur.
- Au moteur
- A A A
- Chaud Froid
- Contacteur
- Bilame
- Transformateur
- d’alimentation
- Fig. 3. — Circuits électriques de commande d’un bilame déclanchant l’arrêt d’un moteur quand ce dernier chauffe et sa remise en marche quand il est suffisamment refroidi.
- Quand le bilame est froid, il vient tout à droite et excite la bobine B du contacteur ; le moteur se met en marche, commence à chauffer et le bilame revient un peu vers la gauche, mais le contacteur demeure à la position « marche » grâce à son contact de réalimentation C. Quand la température du moteur, donc également de 1’ « image », devient excessive, le bilame ouvre le contact de gauche et provoque l'ouverture du contacteur.
- par un courant électrique qui est fonction de l’allure du chauffage ; ceci est facile à obtenir.
- Pour que P « image » représente fidèlement l’immeuble, il suffit que le rapport de sa masse à ses surfaces de refroidissement soit le même, et que la conductibilité — résultant de la nature du matériau et de son épaisseur — soit également la même. Ce dernier point est indispensable pour que les répercussions des variations météorologiques se fassent sentir intérieurement, dans l’immeuble et dans P « image »,' avec les mêmes retards.
- Ainsi conçue, 1’ « image » constitue une représentation particulièrement maniable et homogène de l’immeuble et se prête à une régulation souple. L’équipement des bilames ne présente rien de particulier; on utilise généralement un montage équivalent à celui de la figure 4, afin d’éviter des mises en route et des arrêts trop fréquents des brûleurs à mazout.
- Pierre Devaux.
- Image thermique d'un immeuble.
- Pour la régulation automatique du chauffage des immeubles peu importants, il est classique d’utiliser un thermostat d’ambiance, placé dans une « pièce-témoin ». Cette disposition convient également aux gros immeubles comportant plusieurs circuits de chauffage séparés. Un thermostat de chaudière se charge alors de garantir la production d’un fluide chauffant unique au départ, mais différents thermostats d’ambiance-assurent des circulations inégalement rapides, dans les tuyauteries des différents circuits, par l’intermédiaire de vannes motorisées. On utilise avec avantage un système un peu différent, par « mélange des retours » ; la vanne motorisée est à trois voies et fournit au circüit un mélange en proportion variable d’eau chaude arrivant de la chaudière et d’eau relativement froide, revenant des radiateurs.
- L’installation, sur la façade, non plus d’un simple thermostat, mais d’une « image thermique » de l’immeuble, apporte une solution élégante et permet de supprimer les thermostats d’ambiance, donc la sujétion des pièces-témoins. L’ « image » comporte un bloc creux en un matériau convenable, reproduisant les caractéristiques de déperdition calorifique de l’immeuble; le chauffage est cc représenté », à l’échelle thermique voulue, par une résistance chauffante, juxtaposée au bloc, et parcourue
- Résistance
- chauffante
- Courant fonction ' de l’allure de chauffe de l’immeuble
- ___Bilame
- commandes
- Image thermique
- Fig. 4. — « Image thermique » d’un immeuble, pour la régulation automatique du chauffage central.
- L’ « image » est constituée par un bloc d’un matériau convenable, interchangeable suivant l’immeuble et contenant le bilame de contrôle. Le bloc est chaiiffé par une résistance qui est parcourue par un courant dépendant de l’allure effective du chauffage, le plus simple étant « tout ou rien ». Placée sur la façade de l’immeuble, exposée aux intempéries, 1’ « image » suit spontanément le « destin thermique » de cet immeuble.
- p.271 - vue 279/406
-
-
-
- L’ÉLECTRIFICATION PARIS-LYON
- Une grande œuvre longtemps .attendue, l’électrification de l’artère Paris-Lyon, vient d’être inaugurée. Le parcours sur lequel le train officiel a effectivement roulé est celui de Laroche-Dijon. Mais il n’échappera à personne qui si cet important tronçon est complètement terminé, c’est évidemment que les tronçons voisins, notamment Paris-Laroche, sont également très avancés. Cette inauguration limitée annonce, dans un délai relativement bref, l’organisation complète du parcours Paris-Dijon, tandis que la section Dijon-Lyon paraît appelée à un développement plus progressif et que l'électrification en aval, vers Marseille et Nice, se subordonne à l’avancement des grandes centrales hv-d r o é lec t r i q u e s du Rhône C1).
- Pourquoi on électrifie.
- Jusqu’en 1914, 1 e
- champ d’applications de la traction électrique était demeuré limité aux lignes de faible longueur présentant des caractéristiques parliculièi’es : lignes de banlieue, de m'ontagne, tronçons en souterraih.
- Les bouleversements économiques consécutifs à la guerre 1914-19x8, tels que l’élévation du prix du charbon, ainsi que la raréfaction et le renchérissement considérable de main-d’œuvre, donnèi’ent en tous pays une impulsion nouvelle aux études d’électrification. En France, en Suisse, en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Russie, en Espagne, en Suède, en Autriche et mèmè en Angleterre — pays charbonnier par excellence — la traction électrique s’est développée progressivement, de 1918 à 1939, à une cadence dépendant des possibilités en énergie électrique, des l'essources nationales en charbon, des disponibilités financières et, bien entendu, de Dévolution des techniques.
- La deuxième guerre mondiale accumula des ruines qui rendirent plus impérieuse encore, en tous domaines, la recherche du rendement optimum de la main-d’œuvre et de l’énergie disponible. De là une nouvelle « poussée » d’électrification, principalement en France, Angleterre, Belgique, Hollande, Espagne, Italie, Suisse et Suède.
- La décision d’électrifier une ligne de chemin de fer résulte de la comparaison de bilans détaillés.- Les deux sources principales d’économies, résultant de l’emploi de la traction électrique en remplacement de la traction à vapeur, sont la substi-
- 1. Voir notamment une étude de M. Poncet, directeur de la Région Sud-Est de la S.N.G.F., dans L'Année ferroviaire, 1950 (Plon).
- tution de l'énergie électrique au charbon et lu réduction de la main-d’œuvre indispensable à la préparation, l’entretien et la conduite des locomotives.
- En contre-partie, l’électrification nécessite une infrastructure très impox'tante, immobilisant des capitaux considérables.
- L’électrification n’est intéressante, comme toute transformation financière, que si le poste « économies » l’emporte nettement sur les charges nouvelles.
- Pour une ligne déterminée, les économies à réaliser sur le
- combustible et la main-d’œuvre sont sensiblement proportionnelles au trafic. Les frais d’équipement, au contraire, sans être rigoureusement indépendants de ce trafic, ne sont que partiellement influencés par lui.
- On est ainsi conduit à la notion de « valeur critique du trafic » au-dessous de laquelle l’électrification n’est pas « rentable ».
- En réalité, le problème est moins schématique. Outre les avantages économiques directement chiffrables, dont nous venons de parler, la traction électrique présente sur la ti'action à vapeur des avantages techniques, manifestés par une amélioration dé la qualité du service et par des « économies invisibles ». Une locomotive électrique, dont la puissance n’est pratiquement limitée- que par 1’échauffement de ses organes, spécialement des moteurs, peut fournir pendant un certain temps, atteignant une heure, un supplément de puissance appréciable, véritable a coup de collier » qui peimet de maintenir une vitesse l’égulière sur des lignes à profil accidenté, ou, en cas d’incidents de service, de ralti’aper le temps perdu. C’est là une commodité très importante pour l’exploitation.
- La suppression de l’approvisionnement en eau et charbon permet de réduii'e le nombre de locomotives successives nécessaires sur un parcours donné et de supprimer certains arrêts.
- L’électrification d’une ligne permet ainsi, tous comptes faits, d’augmenter le débit de la ligne et donc, soit d’éviter les aménagements coûteux que pourrait nécessiter un acci'oissement du trafic, soit de reporter sur la ligne des courants de trafic empruntant d’autres itinéraires. Tel est, pour nous borner à un exemple connu, le cas du trafic des lignes du Bourbonnais qui pourra être reporté sur la grande ligne de Bourgogne.
- L’extrême simplification des opérations de préparation et d’entretien des machines a, d’autre part, pour conséquence la disparition, dans les dépôts, d’installations coûteuses, une amé-
- PARIS (LYON)
- VILLENEUVE-STGEORGES
- MELUN
- ICORBEll
- .MONTEREAU
- TROYES
- SENS
- [LAROCHE
- LmIGENNES.
- ,S7 FLORENTIN
- MONTARGIS*
- NANCY-LORRAINE
- ts-sur-tille
- STRASBOURG
- DIJON
- Blaisy-bas
- DOLE
- BESANÇON
- NEVERS
- SAIN CAI SE
- # LONS-LE-SAUNIER
- MACON
- GENÈVE
- lOURG
- LÉGENDE
- CULOZ
- IIX-LES-SAINS
- LYON
- [GRENOBLE
- lÉÉlil 4Voies
- Lignes électrifiées
- 6 Voies \
- ST ETIENNE
- Lignes en cours d électrification
- MARSEILLE
- 0 Voies 1 Lignes dont féledrifi-2 1 Stion est envisagée.
- ] ” j Autres lignes
- Fig. l. — Carte du Paris-Lyon et « affluents ».
- (L'Année ferroviaire).
- p.272 - vue 280/406
-
-
-
- = 273
- Fig. 3. — Profil et nombre de voies du Paris-Lyon.
- {L’Année ferroviaire).
- lioration du rendement des machines et une réduction de l’importance du parc des engins moteurs.
- Il ne faut pas oublier que la traction électrique est, en outre, un élément de progrès social qui fait disparaître les travaux les plus pénibles demandés aux agents du service de la traction, ainsi qu’un facteur de a confort » dans le sens le plus large du terme, pour les agents, les voyageurs et les riverains, grâce à la suppression des fumées.
- Le problème du Paris-Lyon.
- L’artère Paris-Lyon, qui relie Paris aux centres industriels et commerciaux de Dijon et de Lyon, au Jura, aux centres industriels de Blanzy et du Creusot, à la Savoie, au Dauphiné, aux Alpes, au bassin de Saint-Étienne, à la Suisse, à l’Italie, à Marseille, au Languedoc, aux stations de la Côte d’Azur, assure un trafic de voyageurs et de marchandises qu’on ne retrouve en France sur aucune ligne de cette longueur.
- En juillet 1949, le trafic comportait 64 trains réguliers, express et rapides, dans les deux sens, entre Paris et Dijon et 4a entre Dijon et Lyon.
- A ce trafic de fond, se superpose un trafic « saisonnier » vers la Savoie et la Côte d’Azur. Les pointes atteignirent, avant la guerre, i55 trains express et rapides par jour, le nombre des trains se maintenant aux environs de 126 en moyenne pendant les trois mois d’été.
- Le trafic de messageries et de marchandises n’est pas moins important et atteint actuellement près de 10 000 t utiles par kilomètre et par jour. Il se trouvera augmenté, après mise en service de la traction électrique sur Paris-Dijon-Lyon, par un grand nombi’e de trains qui devraient normalement emprunter cette ligne, mais que les difficultés de circulation obligent à reporter, soit sur la ligne du Bourbonnais : Lyon-Paray-le-Monial-Nevers-Paris, soit, dans une moindre mesure, sur l’itinéraire Lyon-Ambérieu-Dijon.
- Le nombre journalier de trains de marchandises et de messageries, qui, en 1947, atteignit 43 entre Paris et Dijon et 5i entre Dijon et Lyon, sera porté, après électrification, respectivement à 60 et 80, soit une augmentation de plus de 5o pour 100.
- Un autre critère de la « charge » des lignes est la consommation kilométrique annuelle de charbon. Sur les lignes Paris-
- Fig:. 2. — Locomotive CC-7 000.
- 4 300 cli en régime uni-horaire sous caténaire à 1 350 Y. Poids 98 t tout adhérent. Belle machine de -vitesse, qui atteint 180 km/h aux essais, tire 500 t à 160 km/h en palier et 850 t à 110 km/h en montée de 5 mm ' par mètre.
- Le Mans et Paris-Bordeaux, les chiffres, avant électrification, étaient respectivement de 690 et de 700 t, tandis que la ligne Paris-Lyon atteint,actuellement 1 o5o t annuelles au kilomètre.
- Si l’électrification du Paris-Lyon, malgré la pression de ces circonstances techniques, s’est fait si longuement attendre, il faut en voir la cause principalement dans des raisons d’ordre militaire, résultant de la situation géographique de la ligne et du désir de maintenir, dans toute la région Est du territoire, une traction autonome. Dès 1938, M. Le Besnerais, directeur général de la S.N.G.F., faisait entreprendre les études techniques et engageait les pourparlers avec l’autorité militaire. Le principe d’une électrification partielle Laroche-Lyon fut retenu, mais la guerre et les nécessités de la reconstruction ferroviaire allaient en retarder la réalisation durant dix ans.
- Le bilan, établi sur la base des conditions économiques 1940, et en fonction du trafic 1938-1939, faisait ressortir une économie annuelle de 33g millions pour une dépense totale de 3 54o millions, dont 2 34o millions de travaux et x 200 millions d’acquisitions ou de modifications de matériel roulant.
- L’opération était donc financièrement avantageuse, elle le demeure aujourd’hui. Elle offre, en outre, des avantages indiscutables au point de vue du trafic. L’emploi de la traction électrique doit permettre d’améliorer les horaires et de faciliter la l’emorque des trains sur la partie difficile de la ligne comprise enre Les Laumes et Dijon, dans la région du « seuil de Bourgogne », où de longues rampes de 6 et 8 mm par mètre posent de difficiles problèmes de traction. Moyennant une dépense annuelle de 4oo millions de kilowatts-heure, l’électrification procurera par ailleurs une économie annuelle de 5oo 000 t de charbon cokéfiable, spécialement utilisable dans la métallurgie, ce qui permettra une réduction appréciable de nos importations.
- Choix du courant électrique.
- L’électrification Paris-Lyon est faite en courant continu sous une tension de 1 5oo Y. Oh a considéré, en effet, qu’il existe en France un réseau important de lignes électrifiées en continu 1 5oo V, ce qui impose, pour des raisons de continuité, d’interpénétration et d’utilisation de matériel, le maintien de ce type de courant.
- Avant de prendre une décision définitive, la S.N.CiF. avait fait cependant effectuer, en 1944, une étude des possibilités éventuelles d’utilisation soit de courant continu à 3 000 V, soit de courant alternatif à i5 000 ou 20 000 Y, avec transformateurs sur les locomotives.
- Ces deux solutions, malgré leurs avantages techniques, furent écartées. Elles avaient toutes deux l’inconvénient grave de poser
- p.273 - vue 281/406
-
-
-
- 274
- des problèmes délicats aux points de contact de la ligne Paris-Lyon (ou de ses « antennes » ultérieures) avec les lignes déjà électrifiées en courant à i 5oo V :• Paris-Orléans, Culoz-Modane, Sè’te-Nîmes. plies nécessitent une spécialisation, à la ligne Paris-Lyon, du matériel moteur.
- Si le courant continu 3 ooo V procurait une économie d’infrastructure par la réduction du nombre des sous-stations et de la section des conducteurs, il entraînait en revanche une augmentation non négligeable du prix des locomotives ainsi que diverses complications.
- En ce qui concerne le courant alternatif monophasé à i5 ooo ou 20 ooo Y, il nécessitait, à l’époque où l’étude fut effectuée, en 1944, une fréquence relativement basse, soit 16 périodes 2/3 par seconde sur les réseaux suisse, allemand, autrichien et suédois qui l’avaient adopté. Cette solution nécessite des installations de transformation coûteuses dans les sous-stations, ou la création, comme en Suisse, d’un réseau homogène d’alimentation en énergie spécial aux chemins de fer et « doublant '» le réseau national.
- Ces complications, inévitables à l’époque, contribuèrent à faire rejeter le courant monophasé i5 ooo V. Depuis quelques années, sous l’impulsion personnelle de M. Armand, directeur général de la S.N.C.F., des progrès techniques considérables ont été réalisés dans la construction des moteurs à collecteur pour courant alternatif 5o périodes : on utilise des moteurs plus volumineux, à large collecteur, avec des shuntages non inductifs améliorant les conditions de commutation. Cette intéressante
- technique, déjà utilisée à l’étranger, est actuellement en cours de mise au point et il ne pouvait être question de l’adopter sur le tronçon principal de Paris-Lyon.
- Origine de l’énergie.
- L’énergie électrique nécessaire à la traction sur Paris-Lyon sera prélevée sur le réseau général « interconnecté » Elle pourra être acheminée, à volonté, des usines de la région parisienne, des usines thermiques ou hydrauliques de l’Est pâr le grand poste de Creney, des usines hydrauliques du Massif Central et de la Dordogne, enfin de l’usine de Génissiat, sur le Rhône, dont le rôle sera prépondérant.
- De ce vaste réseau national à 220 ooo ou i5o ooo V, partiront des antennes qui amèneront le courant dans une ligne S.N.C.F. 1 à 6b ooo Y, parallèle à la voie ferrée Paris-Lyon. Sur cette ligne seront branchées, de distance en distance, les sous-stations de transformation, envoyant directement leur courant continu à la caténaire de la voie ferrée, sous 1 5oo V.
- La capacité de production des usines françaises est actuellement d’environ 28 milliards de kilowatts-heure par an. Elle s’accroîtra progressivement pour atteindre 38 milliards de kilowatts-heure à partir de 1962, d’après le plan Monnet. Quels sont, en regard, les besoins de la traction électrique Paris-Lyon ? On peut les évaluer de la façon suivante : en 1900, 85 millions de kilowatts-heure; en 1951, 200 millions; en igôa. 260 mil-
- Fig. 4 à 7. — En haut, à gauche : Locomotive Diesel-électrique de 4 000 ch actuellement en usage sur Paris-Lyon. — En haut, à droite : Locomotive CC-6 OOO. Poids 120 t, entièrement adhérent, puissance uni-horaire : 4 050 ch. Cette machine convient au trafic lourd et en rampe ; elle tire 1 200 t à 48 km à l’heure en montée de 10 pour 1 000. Vitesse maxima 105 km/h. — En bas, à gauche : Locomotive 2-D-2. Puissance continue 4 000 ch, poids 130 t dont 92 adhérent, charge par essieu moteur 23 t. Remorque 950 t voyageurs à 120 km/h en montée de 5 millièmes ; vitesse maxima : 175 km/h. C’est le record des machines électriques eui'Opéennes, locomotives multiples du Saint-Gothard exceptées. — En bas, à droite : Locomotive BB. Poids adhérent et total 92 t; puissance uni-horaire 2 400 ch, continue 1 840 ch, xitesse maxima 115 km/h; démarre un train de marchandises de 1 300 t en montée de 5 pour 1 000. Bonnes machines à toutes fins, « Maîtres-Jacques » du rail. 1
- p.274 - vue 282/406
-
-
-
- 275
- milliers de kw.
- -LYON,
- Heures
- I 2 3 4 5 6 7 8 9 I0 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24
- Fig. 8. — Variation journalière de la consommation électrique prévue pour Paris-Lyon, journée d’hiver, période de pointe.
- (L’Année ferroviaire).
- lions; en 1953, 4oo millions. Ce sont là des chiffres bien modestes en regard de la production nationale, qui doit, dans la même période s’accroître de io milliards de kilowatts-heure. L’alimentation de. Paris-Lyon ne représentera, en 1960, que o,3 pour ioo de la production française.
- A partir de ig5i, on peut estimer que les usines hydrauliques suffiront pendant quatre mois de l’année pour faire face à la consommation de Paris-Lyon ; une fraction importante sera utilisée pendant les heures creuses, en particulier pendant la nuit, au moment des circulations importantes de rapides.
- Même si l’on admet que les 270 millions de kilowatts-heure restants sont produits uniquement par des usines thermiques, ils correspondraient à une dépense de charbon de i5o 000 t au maximum (permettant ainsi une économie nette de 45o 000 t par an), ceci à cause de l’excellent rendement des installations thermiques des centrales. En outre, celles-ci peuvent brûler des charbons cendreux ou maigres, tandis que les locomotives brûlent du charbon cokéfiable, donc « de luxe ». Sur le plan de l’économie nationale, l’électrification Paris-Lyon s’avère donc une excellente opération.
- Équipement de la ligne.
- Les sous-stations riveraines, organes essentiels de l’électrification, reçoivent du courant triphasé 60 000 V et le transforment en courant continu 1 5oo Y. Elles comportent, outre de nombreux appareils de protection, de coupure, de contrôle proche ou a distance, d’alimentation des auxiliaires : les transformateurs abaissant la tension du courant alternatif et les appareils redresseurs, alimentés par ces derniers et fournissant, en définitive, le courant continu à 1 5oo V.
- Les sous-stations du Paris-Lyon seront équipées de redresseurs à vapeur de mercure, qui ont remplacé les anciennes commuta-trices, utilisées dans les premières électrifications. L’expérience des redresseurs, acquise depuis iq35, notamment sur Angou-lême-Bordeaux, Pari's-Le Mans et Brive-Montauban, a prouvé leur supérioi'ité au point de vue prix, encombrement et rendement. Le redresseur, à l’inverse de la commutatrice, conserve un bon rendement en faible charge, ce qui est particulièrement intéressant dans une sous-station de traction électrique, appelée à fonctionner à des régimes de charge très Arariables suivant le nombre et les caractéristiques des trains circulant dans la section qu’elle alimente.
- Chaque groupe de redresseurs aura une puissance nominale
- de 4 000 kW, puissance notablement supérieure à celle des groupes existant sur les autres lignes, qui sont de 1 000, 2 000 ou 2 750 kW. Des redresseurs prototypes, montés sur Avagons, ont subi avec succès des essais approfondis.
- Commande centralisée des sous-stations.
- C’est un problème complexe que celui de 1’ « implantation » des sous-stations. Les données du problème sont fournies par le graphique des trains, que l’ingénieur électricien traduit, pour chaque partie de la ligne, en intensités absorbées, celles-ci étant fonctions de la position, de la charge et de la vitesse des trains. Plusieurs solutions sont toujours possibles, différant par la distance entre les sous-stations (donc leur nombre), la section des lignes d’alimentation, le nombre et la puissance unitaire des groupes redresseurs. En rapprochant les sous-stations, on diminue leur puissance unitaire, ainsi que l’importance des fils d’alimentation, mais on augmente le nombre de ces sous-stations; ce nombre diminue quand on augmente les distances, mais il faut alors accroître la puissance installée et la section des fils.
- D’autres éléments intendennent, fort heureusement, pour emporter la décision. C’est ainsi qu’il faut tenir compte des défaillances possibles d’un groupe redresseur et prévoir les mesures susceptibles d’y parer; il y a lieu également de tenir compte des pointes de puissance exigées par le passage des « batteries » (trains dédoublés, détriplés et ainsi de suite jusqu’à cinq ou six, au moment des grands départs). On a été conduit aux dispositions suivantes :
- 52 sous-stations seront implantées le long de la ligne. Ce seront :
- i° des sous-stations « réparties », avec un seul groupe de 4 000 kW-h, et suffisamment rapprochées pour qu’en cas de défaillance de l’une d’elles, la ligne soit encore alimentée dans des conditions acceptables par les sous-stations encadrantes, sera le cas sur le tronçon Dijon-Lyon;
- 20 Des sous-stations comportant deux groupes de 4 000 kW qui ne fonctionneront simultanément qu’au moment des pointes. Tel sera le cas sur Paris-Dijon ;
- 3° Quelques sous-stations à trois groupes de 4 000 kW, dont un de réseiwe, type adopté en des points particulièrement délicats et surchargés, tels que la banlieue de Paris, la rampe des Laumes et la région lyonnaise.
- Les dispositifs de manutention ont été extrêmement simplifiés; tous les gros appareils, tels que les transformateurs et les
- Fig. 9. — « Dispatcher » ou « régulateur du trafic » à son poste.
- p.275 - vue 283/406
-
-
-
- 276
- redresseurs, sont montés sur galets et peuvent être roulés directement sur la plate-forme d’un wagon.
- Les sous-stations seront commandées à distance, de trois postes centraux situés à Paris, Dijon et Lyon. Ce système, d’une technique hardie, inaugurée sur Paris-Le Mans en 1987, prévoit la commande directe par un agent, situé dans chacun de ces postes, de tous les appareils des sous-stations de sa zone d’action. On réalise ainsi, outre une économie de personnel importante, une « concentration des pouvoirs » très favorable au point de vue de l’exploitation.
- L’agent chargé de la commande à distance est en effet parfaitement renseigné, d’une part, par les instruments de télémesure et de télésignalisation, au point de vue électrique, d’autre part, par des contacts téléphoniques rapides et fréquents avec le « régulateur » (dispatcheur), situé dans le même bâtiment, et responsable de l’état de la circulation ferroviaire dans la même région (hg. 9).
- Voies à « circulations inversées ».
- En vue de profiter au maximum des avantages techniques et économiques inhérents à l’électrification, des travaux d’amélioration doivent être exécutés sur le tronçon Paris-Lyon; on s’efforcera de réaliser tous les accroissements de charge et de vitesse des trains compatibles avec, la puissance des locomotives électriques, tout en portant le débit de la ligne au maximum, de façon à permettre, soit une augmentation du trafic, soit le report sur l’artère électrifiée de trains circulant actuellement sur des lignes à Arapeur.
- L’augmentation de la vitesse des trains, dont la limite supérieure légale sera portée de 120 à i4o km/heure, a nécessité de nombreuses rectifications de voies dans les courbes, les raccordements paraboliques et la traversée de certaines gares. La signalisation de plusieurs de ces dernières a dû être profondément modifiée pour permettre le passage des trains sans arrêt.
- "'Le débit de la voie ferrée sera augmenté par la réalisation du block automatique, ceci permettant de réduire l’espacement des trains, tout en procurant une économie de personnel.
- Le problème de la circulation sur le tronçon Blaizy-Bas-Dijon, soit 26 km, s’est révélé particulièrement difficile. Ce tronçon est actuellement à deux voies et la configuration du terrain interdit, à moins de dépenses prohibitives, le quadruplement ou même le triplement; on a donc décidé, suivant un système qui a fait ses preuves entre Houilles et Sartrouville et qui est couramment employé en Amérique, de « banaliser » les voies.
- Sur les deux voies de ce tronçon de ligne, les trains circuleront indifféremment dans les deux sens, les signaux et les aiguilles étant commandés d’un poste central situé à Dijon. Des bretelles entre ces deux voies permettront de faire passer, dans l’intervalle, les trains de l’une à l’autre suivant les nécessités de la circulation. Il va sans dire que des mesures de sécurité, rigoureusement automatiques et très poussées, ont été prévues. Cette - disposition sera étendue ultérieurement à la section Les Laumes-Saint-Florentin.
- Parmi les travaux rendus nécessaires par l’électrification, n’oublions pas la suppression des circuits téléphoniques aériens, qui seraient fâcheusement influencés par l’induction des caténaires, et leur remplacement par des câbles souterrains. Ce travail, très important, a nécessité la construction de dix stations de « répéteurs » échelonnées le long de la ligne et a été conduit en liaison avec l’administration des P.T.T.
- Le service de banlieue de Paris sera assuré suivant l’organisation « à unités multiples », qui a fait ses preuves. Les trains de banlieue seront donc composés, suivant les besoins, d’un nombre variable d’unités, chaque « unité » comportant elle-même une automotrice et une remorque.
- Fig. 10. — Moteur électrique pour la commande à distance des aiguilles, type H-5.
- Les locomotives.
- L’acquisition de 234 locomotives de ligne, dont 95 étudiées spécialement pour la remorque des trains rapides, a été prévue. Il est possible que ce nombre puisse être réduit de 25 ou 3o unités. Un peu plus de 200 locomotives électriques se substitueront ainsi à près de 700 machines à vapeur, actuellement affectées à la remorque des trains circulant entre Paris et Lyon.
- Les premières locomotives de rapides, actuellement en construction, seront du type 2-D-2 (quatre essieux moteurs encadrés par deux bogies), inspirées des excellentes machines en circulation sur Paris-Bordeaux et Paris-Le Mans. La puissance sera néanmoins augmentée, atteignant 5 000 ch en régime uni-horaire, au lieu de 3 700 et 4 700 ch en régime continu au lieu de 3 5oo. Ces magnifiques machines, pesant i5o t, dont 92 de poids adhérent, sont prévues pour circuler à i4o km à l’heure et pourront remorquer des trains de voyageurs de 85o t à i3o km/h en palier (fig, G).
- Une nouvelle locomotive pour trains rapides, ne comportant que des essieux moteurs, vient d’être construite et mise à l’essai. C’est la célèbre CC-7 000, que nous avons décrite en détail ici-même (x). Son poids adhérent de 102 t dépasse celui des 2-D-2, la charge par essieu restant au contraire inférieure, soit 17 t au lieu de 23 t (fig, 2).
- Les trains de voyageurs autres que les rapides, ainsi que ceux de marchandises et de messageries, seront remorqués par des locomotives du type BB (deux bogies de deux essieux-moteurs) pesant 92 t. Lé nouveau type de locomotive BB tirera un train de marchandises de x 3oo t à 55 km/h sur rampe de 5 mm par mètre, et la vitesse limite sera de n5 km à l’heure, ce qui permettra d’utiliser ces machines, durant les périodes de fort trafic, pour la remorque d’express et de rapides convenablement choisis (fig. 7).
- Toutes les voitures circulant sur la ligne Paris-Lyon seront équipées d’appareils de chauffage électrique, soit par radiateurs, soit par dispositifs à « air pulsé », cet air étant préalablement réchauffé par des résistances, puis envoyé, sous légèi’e pression, dans les compartiments.
- La mise en route de l'électrification-
- On se rend compte par ce bref exposé de l’importance, on devrait peut-être dii’e de l’énormité des problèmes, que pose l’électrification d’une grande artère comme Paris-Lyon. Les tra-
- 1. Voir La Nature, n” 3179, 1950, p. 65.
- p.276 - vue 284/406
-
-
-
- 277
- vaux d’équipement et de transformation ont dû être conduits au milieu de difficultés considérables, sans apporter de gêne au trafic.
- Citons seulement : les opérations de rectification de voies, de transformation de gares, de modifications des ouvrages d’art, de pose des pylônes de caténaires, de déroulement des fils constituant ces caténaires et des câbles téléphoniques. Chaque travail effectué sur les voies doit faire l’objet de programmes concertés entre les services qui dirigent les travaux et ceux qui règlent la circulation des trains.
- L’aspect social n’est pas moins important ni moins délicat. Que nous songions aux conducteurs de locomotives électriques, aux ouvriers chargés de leur entretien, aux agents affectés à la surveillance et à l’entretien des caténaires, des sous-stations, des postes de commande, du block automatique, à tout le personnel d’encadrement, il y a là un effectif très important d’agents qui doivent recevoir une formation professionnelle complète et presque entièrement nouvelle.
- Cette formation a dû être conduite de façon à permettre du jour au lendemain la mise en route de toutes les installations et de toutes les locomotives. Elle a dû être faite avec le souci d’utiliser le personnel rendu disponible : mécaniciens, chauffeurs, ouvriers et manoeuvres des dépôts à vapeur, et de réduire
- au minimum les inconvénients sociaux que provoqueraient des déplacements massifs de personnel. L’organisation adoptée, comportant des cours théoriques et pratiques, ainsi que des stages sur les réseaux électrifiés, représentent un effort méritoire de la part des services intéressés.
- Actuellement le tronçon Laroche-Dijon démarre, à la date prévue. À la fin de la présente année, Paris-Dijon sera totalement électrifié. La date d’achèvement de Dijon-Lyon est plus incertaine, dépendant essentiellement des crédits qui pourront être mis à la disposition de la S.N.C.F. ; on peut espérer que l’année ig53 verra l’achèvement de Paris-Lyon. L’électrification Lyon-Nice viendrait notablement plus tard.
- Les réductions de durée de trajet ci-après sont envisagées : Paris-Nice, 12 h 35 au lieu de i5 h; Paris-Marseille, 9 h ho au lieu de 11 h 35; Paris-Lyon, 5 h 20 (et même 4 h 5o pour quelques trains spéciaux) au lieu de 7 h; Paris-Genève, 8 h 25 au lieu de 9 h 35 ; Paris-Modane, 9 h 45 au lieu de 10 h 5o. Ces temps de trajet seront d’ailleurs très certainement améliorés progressivement par la suite, en profitant des possibilités et des progrès techniques continuels des locomotives électriques dans le domaine des grandes vitesses. '
- Pierre Devaux.
- Si Méziriac avait connu Courteline.... I]
- L’Adjudant Flic n’était pas content, et il « y avait de quoi! ».
- Sur un effectif de 3oo soldats, il avait pu réunir pour la revue sur la Place d’Armes, moins de 200 hommes. Par une ironie du sort, il y avait autant de malades à l’infirmerie que de soldats présents à l’appel; le reste était représenté — si l’on peut risquer cette image — par des permissionnaires.
- La compagnie ainsi réduite devait défiler en colonne en principe par rangs de quatre; mais cette disposition aboutit à un petit ennui : le dernier rang était amputé d’un soldat. L’adjudant Flic sentit naître en lui la flamme périlleuse des initiatives. Sa bonté naturelle l’empêchait de. laisser trois hommes s’ennuyer à la cantine de la caserne; il fallait de toute évidence modifier la composition des rangs, et il plaça ses hommes par trois... Mais le dernier rang fut alors réduit à deux hommes. Il- ne tenta pas de les former par groupes de deux, ce qui aurait nui à l’esthétique de la revue, et il eut raison, car le dernier rang aurait été réduit à un seul homme. L’idée de les faire défiler en file indienne l’effleura un instant....
- Il eut alors un éclair de génie et ordonna : « Colonne par cinq 1 ». Mais le démon veillait, et le dernier rang ne put réunir que quatre hommes. Alors l’adjudant invoqua le Seigneur et fît une suprême tentative qu’on devine aisément (Colonne par six!), et fut totalement découragé quand le dernier rang décidément récalcitrant se révéla composé de cinq hommes. Mais à ce moment l’autorité supérieure se matérialisa opportunément sous les galons du chef d’escadron. On connaît l’anecdote du tas de bois à couper dans la cour du quartier : quand le tas
- 1. Claude Gaspard Bachet de Méziriac, né et mort à Bourg-en-Bresse (1581-1638). Il apprit le grec, le latin, l’hébreu, l’italien, l’espagnol et les mathématiques. L’Académie le reçut en 1635... quoique absent. Ce problème figurait dans ses Problèmes plaisants et délectables et concernait des pommes.
- (J. H.-R.).
- est scié aux trois quarts, le caporal fait remarquer aux hommes fourbus : « Si vous aviez commencé par l’autre côté, il y a longtemps que vous auriez fini 1 ». L’officier supérieur se contenta d’ordonner : « Colonne par sept ! »... et le miracle se produisit. Tous les rangs comptaient sept hommes.
- La troupe enfin constituée put défiler avec un retard qui permit à l’adjudant Flic de se reposer pendant huit jours d’arrêts de rigueur. Pendant cette longue méditation, il décida en bonne justice qu’il honorerait les permissionnaires de ces travaux de, confiance que de mauvais esprits appellent corvées, et que....
- Mais, au fait, combien y avait-il de permissionnaires à bénéficier d’une telle faveur ?
- Trouvons d’abord le nombre de soldats présents.
- Les combinaisons tentées font apparaître des restes qui mettent en évidence que :
- i° X (nombre de soldats) + 1 est multiple de 2, 3, 4, 5, 6;
- 20 X est multiple de 7, ou si l’on préfère X + 1 est multiple de 7 + 1.
- Problème d’arithmétique fort simple qui consiste à trouver le plus petit commun multiple de 2, 3, 4, 5, 6, qui est 60. Alors X + 1 est multiple de 60, c’est-à-dire 60, 120, 180 (mais pas plus puisqu’il y avait moins de 200 présents). ,
- X— 1 = 5g, 11g ou 179. Or, seul 119 est multiple de 7. Il y avait 119 hommes présents, et d’après l’énoncé autant de malades.
- Il y eut donc par la suite : 3oo —(119 + 1x9) = 62 permissionnaires corvéables à merci.
- . Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- p.277 - vue 285/406
-
-
-
- 278
- LE LAC LEMAN
- L ’iîïude d’un milieu aussi hétérogène qu’un lac de quelque étendue réclame à notre époque des moyens d’investigations que nos prédécesseurs qualifieraient d’inconcevables. Les progrès de la technique en matière d’hydrobiologie permettent à l’heure actuelle des recherches et des découvertes importantes, mais celles-ci ne sont rendues possibles que grâce aux pionniers qui se. dépensèrent pour clarifier les problèmes initiaux.
- Le lac Léman, par son caractère de grand lac, a donné nais-sànce, au cours des siècles, à bien des légendes. On pouvait prévoir qu’un jour, quelque observateur aurait l’idée de passer celles-ci au crible de la critique et apporterait, par ses expérien-ses personnelles, des explications raisonnées aux mystères qu’il étudierait.
- C’est ainsi que F. A. Forel, professeur à l’université de Lausanne, se donna pour but de travail la compilation de tout ce qui pouvait intéresser la connaissance du lac, et son labeur, qui l’occupa plus de 3o ans, permit la publication de 3 volumes (1892-1904)) premiers ouvrages d’une nouvelle' branche de la science, la Limnologie.
- Tout, malheureusement, n’est que mode, et depuis 5o ans le Léman n’attire plus les naturalistes. Rares sont les curieux qui viennent glaner quelques observations en ces 89 milliards de mètres cubes d’eau.
- Le milieu du xxe siècle voit s’ouvrir une nouvelle période d’activité et un laboratoire (x) a désormais pour rôle l’étude approfondie de cette immense étendue d’eau douce.
- 1. Station de biologie lacustre des Eaux et Forêts de Thonon-les-Bains (Ilaute-Savoie). Une deuxième station hydrobiologique est en cours d’aménagement à Lausanne (Vaud).
- Cette étude comporte un sujet d’intérêt pour de nombreux spécialistes :
- Les géographes considèrent le Léman comme un lac en forme de croissant de 72 km de long et 8,1 km de largeur moyenne, sa largeur maximum étant de i3 km. D’une superficie de 58a km2, l’altitude moyenne de son plan d’eau est de 372 m au-dessus du niveau moyen des mers.
- Alimenté principalement par le Rhône du Valais (fig, 2), les eaux de ruissellement des quelques 7 5oo km2 (x) de son bassin de réception arrivent également au lac par des affluents secondaires dont les plus importants sont : la Drgnse qui draine tout le Chablais, et, en Suisse, la Venoge qui lui fait face.
- La cuvette lémanique intéresse les géomorphologistes par ses rives, où sables et graviers, remués, roulés et usés montrent le travail d’érosion lacustre. Galets plus ou moins plats viennent s’entasser sur les berges, les plus aplatis étant repoussés très haut sur la grève toujours exondée. Plus loin, dans l’eau toute l’année, les galets sont plus bombés et plus typiquement lacustres. Les sables, eux, montrent, par leur composition granulo-métrique, que le lac n’est pas grand travailleur et ne fait que remanier ce qui est apporté par les torrents des environs.
- Pour le géologue, le» Léman fut longtemps une énigme. Ce creux de 3o9 m de profondeur maximum, d’une régularité presque anormale, posait le problème de son origine. Affaissement ? faille P creusement glaciaire ? relief préalable ? Aucune hypothèse n’était suffisante pour expliquer, seule, tous les détails du relief et de la géologie du lac. Nous devons à E. Gagnebin une
- 1. C’est la superficie du département de l'Aisne ; la Corse a une aire de 8 720 km2 I
- LAUSANNE
- Morges
- Vevey
- Roi! e
- .Ch ill on
- Villeneuve
- Ev ia n
- StGingoIp"
- Nyo n
- THON
- rlf Her
- GENEVE
- Fig. X. — Le lac Léman.
- p.278 - vue 286/406
-
-
-
- 279
- Fig. 2. — L’embouchure du Rhône dans le Léman.
- Au fond, les Alpes. La plaine du Rhône s avance dans le Lac d’un mètre environ par an.
- explication claire de la formation de cette immense cuvette. Primitivement sans relief spécial, la cuvette lémanique est due à l’érosion lluviale de la Dranse, au terliaire affluent du Rhin augmenté du Rhône, pour la partie orientale ou Grand Lac, et d’un affluent de l’Arve pour le Petit Lac ou lac de Genève. Après la première glaciation de l’époque quaternaire (Günz), ce dernier affluent, par le jeu de l’érosion régressive, capta la Dranse et du même coup tout le bassin du Rhône fut dévié vers la Méditerranée. L’érosion fluviale, aidée par un soulèvement du sol a creusé une cuvette que trois nouvelles périodes glaciaires ont modelé, mettant en place les terrains morainiques et les graviers fluvio-glaciaires formant le substrat le plus important de la cuvette du lac et concrétisés par des terrasses où sont bâties les villes (Thcnon, par exemple) (fig. 7).
- Mais le lac a non seulement une histoire dans le passé, il est acteur dans le présent et les sédiments qui arrivent sous forme de matériaux en suspension dans l’eau de ses affluents se déposent sur le fond lacustre, noyant le relief et comblant peu à peu le lac. Ces sédiments n’ont pas môme constitution granulomé-trique, ni chimique, et leur couleur varie avec la saison : l’hiver, dans le Haut Lac (la portion la plus orientale du Grand Lac), les matériaux apportés par le Rhône sont fins et peu micacés, le bassin du Rhône étant presque entièrement gelé. L’été, au contraire, des éléments relativement grossiers, le plus souvent accompagnés de micas, viennent se déposer, et leur couleur est nettement différente de celle des couches déposées en hiver. 11 y a ainsi formation de varves qui permettent de dater les couches et d’étudier la vitesse de sédimentation.
- L'hydrographe trouve intérêt à l’étude de l’eau du Léman et de ses affluents.
- La nappe d’eau, tantôt calme comme un miroir, tantôt agitée comme une mer. en furie, ne présente pas de phénomènes comparables aux marées océaniques (des marées lunaires existent toutefois dans le Léman, mais l’amplitude du phénomène est tellement faible — quelques mm — qu’il est pratiquement impossible de les observer directement; c’est par des méthodes indirectes que L. Mercanton arrive à les étudier); elle n’en est pas moins soumise à des variations de niveaux qui peuvent être périodiques ou apériodiques :
- Périodiques, ce sont les seiches, phénomènes de balancement pouvant se reproduire pendant des heures et qui intéressent toute la masse de l’eau.
- Telle, une bassine venant d’être soulevée par un bord, l’eau du lac se soulève puis s'affaisse toutes les 72 mn ou toutes les 35 mn, ou toutes les 8 mn, suivant les lieux et les conditions d’excitation du phénomène et celui-ci peut avoir une amplitude
- de plusieurs centimètres et même dépasser dans certains cas, le décimètre. Se rendTon compte de l’importance de ces petites dénivellations ? Une élévation de 1 cm du niveau de l’eau correspond à une augmentation de volume de 5 820 000 m3, 10 cm représentent donc 58 millions de m3, ce qui coule à Génissiat en 48 h (L).
- En plus de ces seiches qui furent découvertes par Forel, le Léman présente des vibrations beaucoup plus courtes et de moindre importance.
- Apériodiques, les dénivellations du lac sont dues aux vents et à d’autres causes encore mal connues (2). Elles peuvent être aussi importantes que les seiches, et leur manque de régularité en fait un élément perturbateur dans le calcul du niveau moyen du lac, donc de la réserve hydraulique qu’est celui-ci.
- Il y aurait encore beaucoup à dire sur l’intérêt que portent les hydrographes à l’étude des phénomènes naturels dont le Léman est le siège : variations de viscosité superficielle, phénomènes de turbulence, tourbillons de grands rayons provoqués par les courants, ces courants eux-mêmes, courants de surface et courants de fond, si importants pour la grande pêche aux filets, etc..., sont autant de sujets à traiter.
- 1. Le volume du lac de Génissiat est d’environ 53 millions de m3.
- 2. Grâce au Service hydrographique fédéral à Berne, des recherches détaillées sont en cours, à l’aide de 14 appareils perfectionnés, afin de déceler les causes premières de ces dénivellations (fig. 6).
- Fig. 3. — Baie de Coudrée, à Vembouchure du Foron.
- Au fond, Excenevex. — En arrière-plan, le Jura
- p.279 - vue 287/406
-
-
-
- 280
- Certains d’entre eux, pour l’importance que veulent bien leur donner les hygiénistes, ont fait l’objet dè recherches approfondies. Dans le but d’étudier un projet d’adduction d’eau lacustre pour alimenter en eau potable la ville de Genève, de nombreux travaux ont été effectués, voici quelque 20 ans, tant sur les variations saisonnières de la température et du plancton, que sur les courants dus aux vents, la sédimentation dans le Petit Lac, l’histoire paléozoologique et paléobotanique du Léman, etc... Avec des moyens puissants et une persévérance exemplaire, observations, sondages et récoltes ont été accumulés, durant plusieurs mois et ont permis de très intéressantes publications (Rétant, Favre, Joukowsky, Buffle, Lüdi, etc...).
- Pour l’hydrographe, un autre centre d’attraction est le delta du Rhône. Chaque jour, des millions de mètres cubes d’eau, chargés de limon, viennent se déverser tumultueusement dans les eaux pures du Lac. Les eaux ne semblent pas se mélanger; une « Bataillère » se forme, sorte de combat éternel entre eaux boueuses et eaux claires, et lès eaux boueuses donnent l’apparence de s’enfoncer, vaincues, jusqu’au fond du Lac. Apparence trompeuse des conditions naturelles ! Les eaux s’arrêtent en
- cours de route et s’étalent (( entre deux eaux », vers 20 m de profondeur (sinon durant l’année entière, tout au moins en été).
- Au printemps, au début des grandes crues, elles avancent ainsi lentement, pour s’étendre à tout le Grand Lac en été, et être finalement, à l’automne, mélangées aux vraies eaux lacustres lors du refroidissement hivernal, cause d’homogénéisation de l’ensemble du Lac.
- Chaque année, le Léman montre cette lutte entre eaux fluviales et eaux lacustres, et chaque année, celles-ci « di-
- Fisr. 6. — Le limnigraphe provisoire de Vevey, du Service fédéral des eaux, à Berne. 14 limni-graphes fonctionnent actuellement sur le Lac, dont 2 en France.
- gèrent » en quelque sorte les eaux rhodaniennes, après toute une saison estivale d’attente et de stagnation.
- Le bilan de cette lutte est positif : un onzième du volume du Lac a été remplacé par de l’eau neuve, riche en matières en suspension, mais, hélas, combien pauvre en éléments nutritifs ! Un onzième du volume du Lac a été chassé par le seuil à Genève, et est parti rejoindre la mer. Éternel cycle de l’eau dans la nature !
- Le Umnologue est le spécialiste des questions lacustres. Il s’intéresse donc à tout ce qui se passe dans les eaux lacustres. Il lui est difficile d’avoir des connaissances encyclopédiques, aussi se spécialisera-t-il et deviendra-t-il physicien, chimiste, naturaliste ou biologiste. Celui-ci, qui sera, avant tout, un écologiste, se fera un devoir d’utiliser toutes les données que lui auront fourni ses collègues géographes, hydrographes, physiciens et chimistes. A lui, incombera la délicate tâche de coordonner et, à l’occasion, d’aiguiller les recherches et de penser, en dernière analyse, à l’application de tous ces travaux au point de vue économique et financier.
- Qu’ont à étudier les physiciens...
- Un lac est une masse d’eau soumise à l’action des agents atmosphériques.
- Par sa chaleur spécifique élevée, l’eau doit absorber, l’été, beaucoup d’énergie calorifique en provenance des rayons solaires pour élever sa température. L’hiver, au contraire, elle restitue cette chaleur et le bilan annuel d’un tel échange est la régulation du climat dans les régions proches des lacs.
- A cet effet des rayons solaires sur la vie terrestre voisine, s’ajoute leur effet sur la vie purement aquatique. L’étude de la luminosité et de ses variations est de toute première importance pour entrer sérieusement dans l’étude du pouvoir photo-synthétique des algues planctoniques, de la croissance et de la reproduction de celles-ci. Il faut également connaître d’ailleurs le mode et l’intensité de pénétration de ces rayons solaires chargés d’énergie, pour donner au biologiste des éléments importants de travail.
- Il n’y a, malheureusement, que très peu de physiciens limno-logues et le Léman n’a, jusqu’à présent, attiré aucun spécialiste de cette discipline; tout reste donc à faire dans cette eau à la transparence remarquable (x).
- 1. Une assiette jetée en hiver au centre du lac est envore' visible quand celle-ci atteint une profondeur de 20 ml
- p.280 - vue 288/406
-
-
-
- 281
- L’étude de la thermique lacustre, par contre, a été bien étudiée, à cause de son importance chimique et biologique.
- L’oxygène est aussi nécessaii’e aux organismes aquatiques qu’aux ani-' maux terrestres; or, ce gaz est beaucoup plus soluble dans une eau froide que dans une eau assez chaude. L’étude de l’oxygénation des eaux lacustres ne doit donc pas être effectuée sans une étude thermique parallèle. On a maintenant des moyens d’investigation dans ces domaines et le fragile thermomètre à renversement, lent et d’un maniement délicat, a, été avantageusement remplacé par l’électrothermomètre. Cet appareil, par sa précision et la rapidité de. son utilisation, a permis une étude détaillée des variations de la température dans l’épilimnion et le thermo-cline; et P. Vivier a même décelé, grâce à lui, l’enregistrement, par le Léman, de coups de vents ayant perturbé la stratification thermique du lac.
- Les chimistes, loin de s’en tenir aux gaz dissous dont l’oxygène est le type le plus étudié, s’intéressent encore à deux catégories d’éléments : les éléments caractéristiques, tels les chloru-res pour la mer, les sulfates pour le Léman, et ceux qui, par leur concentration ou leur rareté, ont une importance biologique particulière : la silice, les phosphates, les nitrates, le fer, le manganèse, par exemple.
- Souvent arrêté par des difficultés techniques, il doit étudier les variations de ces éléments dans le temps et dans les trois directions de l’espace. Son travail éclaire l’hydrographe comme le biologiste et nécessite une longue et persévérante compilation de documents. Ne s’en tenant pas à l’eau, il poursuit également ses investigations dans les sédiments où il retrouve alors le géologue et le morphologiste (teneur en carbonates des sédiments, composition chimique des vases, etc...).
- Toutes ces données, toutes ces recherches ont un but théorique et spéculatif : connaître; et un but pratique : éclairer le technicien.
- Les biologistes. — Si le physicien et l’hydrographe font œuvre utile en matière d’hydraulique ou d’hygiène, toutes les recherches précitées sont nécessaires, au biologiste, pour comprendre et suivre le,s processus compliqués de la vie aquatique. Il lui faut encore le concours des systématiciens, zoologistes et botanistes qui détermineront les espèces dont il étudiera le cycle évolutif.
- Là encore, le Léman est relativement peu étudié. Si la liste des espèces de certains groupes (les mollusques par exemple) est assez bien établie, peu nombreux sont les inventaires des systématiciens ! Et il y aurait certainement beaucoup à apprendre encore en fouillant un peu....
- Connaissant 1 a possibilité de photosynthèse et la teneur en substances dissoutes du Lac, le limnologue botaniste pourra déterminer avec quelque précision le stock de matière nutritive que contiendra le Lac à une époque donnée. Le limnolo-guc zoologiste qui • s’intéresse tant au plancton qu’au poisson , pourra ainsi s’appuyer sur des chiffres pour calculer la productivité théorique d’une masse cl’eau dont il étudie la productivité réelle, par l’intermédiaire des statistiques de pêche.
- Celles-ci sont tenues avec régularité depuis 1897, par les Eaux - et - Forêts à Thonon. Dans l’impossibilité d’atteindre là totalité du poisson pêché, ces statistiques ont cependant une valeur relative indéniable. Quelles que soient les erreurs causées par la méfiance des pêcheurs ou simplement leur inertie, il est indubitable qu’il est possible de tirer conclusion de l’observation suivante :
- En 1897, 83 t de corégones (Féras) étaient tirées du Lac, en un an. En 1919, il n’en fut pêché, annuellement, que 860 kg tandis qu’en 1948, 84 t furent déclarées par les marchands de poissons, comme ayant été pris au cours de l’année.
- La part du technicien. — Pourquoi ces fluctuations ? Le technicien a, là, son mot à dire.
- La pêche au Léman est typiquement une pêche au filet. Filets dormants (pics) assemblés en nappes de plusieurs centaines de mètres de long et plus de 10 m de haut, filets à poches (sennes, montes, etc...) également de belle taille ont provoqué au début de ce siècle une hécatombe de corégones, salmonidés fins au goût et appréciés des gastronomes régionaux.
- Il fallut, peu après la Grande Guerre, dresser un plan de protection et de repeuplement, et les pisciculteurs ont eu la lourde tâche de redonner au Lac une richesse qu’il avait presque totalement perdue. L’expérience est concluante, et grâce à des établissements suisses et français toujours plus importants et plus modernes (particulièrement en Suisse...) l’homme-techni-cien s’est opposé victorieusement à l’homme-prédateur peu soucieux, le plus souvent, de ses propres intérêts.
- Les connaissances actuelles relatives au lac Léman sont donc fragmentaires. Bien des disciplines sont dans l’ombre et l’homme de science, sur lequel s’appuie le technicien, se trouve en présence d’un puzzle dont bien des éléments manquent.
- Il faut espérer que dans l’avenir il n’en sera plus ainsi et que le plus grand des lacs d’Europe Occidentale sera aussi le plus étudié.
- B. Dussaut,
- Chargé du Laboratoire de biologie lacustre de Thonon.
- Fig. 7. — Le lac Léman vu du port de Thonon.
- A l’est, le delta de la Dranse, « coupant » le lac. Sur le lac, les « fontaines » ou chemins de Saint-Jacques, plaques d’eau d’apparence plus foncée sur la photo, dues probablement à des variations locales de la viscosité de l’eau. Au premier plan, le Château de Rives et le pittoresque village de pêcheurs. Dans le parc boisé, à droite, l’établissement du Service des recherches piscicoles. Au fond, la côte suisse à 18 km, et à droite, Lausanne.
- p.281 - vue 289/406
-
-
-
- 282
- Une
- méthode récente de production des matières plastiques :
- la polymérisation en suspension
- Une réaction de polymérisation est basée sur la réactivité de composés organiques non saturés, contenant des groupements fonctionnels tels que :
- \ / I \
- >C = Cé ; — CssC — ; — C = N — ; — C = N ; >C = 0.
- d’une manière générale cette réaction de polymérisation a lieu sous l’action de la chaleur, de la lumière, ou d’un catalyseur et transforme le produit de base, appelé monomère, en une résine formée de nombreux chaînons de ces monomères accolés l’un à l’autre (polymère).
- Schématiquement celte réaction peut se représenter par l’équation suivante :
- n
- Xi Xa
- chaleur
- lumière
- catalyseur
- X. XA
- T
- .X, X-i / n
- la nature du groupement X peut varier et permettre ainsi l’obtention de produits finis de propriétés physiques différentes. Dans le tableau suivant, nous donnons des exemples dans lesquels Xx, X2, X3 sont des atomes d’hydrogène et seule la nature de Xd varie.
- Xi Monomère Polymère Caractéristiques physiques
- H CHa = CHa éthylène Polythène Isolant électrique
- — Cr.Hr, CHa = CH — CoHr, styrolène Polystyrolène Isolant électrique
- - Cl CHa = CHCI chlorure de vinyle Poly chlorure de vinyle Caoutchouc synthétique ininflammable
- — OCOCH3 CHa = GHOCOCHs acétate de vinyle Acétate de polyvinyle Adhésif
- - COOR CHa = CH - COOR ester acrylique Polyacrylate Produits transparents
- Cette réaction de polymérisation est d’autant plus facile à réaliser que le monomère est plus dissymétrique par rapport à la double liaison. Par exemple l’éthylène exige pour sa polymérisation en polyéthylène ou polythène des pressions de x 200 alm. et une température de 3oo°. Mais cette double liaison de l’éthylène devient fortement inactive dès qu’un substituant polaire détruit sa symétrie électronique. Le chlorure de vinyle par exemple polymérise spontanément simplement par l’effet de l’atome de chlore qui attire vers lui les électrons tc de la double liaison.
- L'n autre exemple de l’accroissement de la réactivité d’une double liaison est sa position conjuguée par rapport à une autre double liaison. Nous citerons le cas du butadiène et du styrolène CIL = CH — CH = CIL et CHa = CII — C6IL.
- Toutes ces réactions de polymérisation sont fortement exothermiques, dégageant de 20 000 à 3o 000 cal./mol. Dans cet article nous nous bornerons à étudier le cas des réactions spontanées de polymérisation et les problèmes industriels qui en découlent.
- Différents modes opératoires de polymérisation. —
- La première idée qui vient à l’esprit est l’utilisation d’une poly-
- mérisation en système homogène soit en utilisant le monomère pur (polymérisation à sec), soit en utilisant une solution de monomère dans un solvant convenable (polymérisation en solution). Ces deux techniques se sont montrées peu avantageuses. En effet, pour dissiper le grand dégagement de chaleur provoqué par la réaction, il serait nécessaire dans le premier cas d’utiliser des dispositifs compliqués de refroidissement.
- Ces dispositifs, aussi bien conçus soient-ils, ne permettraient pas d’éliminer les surchauffes locales car, à mesure que la réaction évolue, la viscosité du milieu réactionnel s’accroît. Ce manque de contrôle de la température amènerait de grosses hétérogénéités dans la taille des chaînes et la couleur du produit fini. Dans le deuxième cas, polymérisation en solution, s’il n’es't plus besoin d’éliminer la chaleur de réaction qui se trouve répartie dans toute la masse du solvant, par contre, la réaction devient trop lente : les chocs réactifs entre molécules de monomères sont rendus fortement improbables par le bouclier que forment autour d’elles les molécules de solvant. De plus, api’ès réaction, certaines molécules de solvant restent emprisonnées dans le réseau des chaînes macromoléculaires et il est très difficile de les en retirer. C’est pourquoi l’industrie chimique s’est appliquée à trouver un nouveau mode opératoire ne présentant pas ces inconvénients. La technique utilisée est une polymérisation en système hétérogène, soit en émulsion, soit plus récemment en suspension.
- Polymérisation en émulsion. — Ce mode de polymérisation permet d’obtenir fout à la fois un contrôle simple de la tefnpérature, une réaction rapide et des polymères de hauts poids moléculaires. Il a été surtout appliqué dans la préparation des caoutchoucs synthétiques où il a permis une amélioration très notable des produits finis. Le produit de base ou monomère est dispersé en fines gouttelettes, dont le diamètre est d’environ un'micron, dans un excès de produit non solvant qui est presque toujours l’eau. La stabilité de cette émulsion est assurée par des agents émulsifiants qui peuvent être simplement des savons auxquels sont parfois ajoutés des agents de protection comme la caséine, la gélatine ou des dextrines. Vu la taille des gouttes, le transfert des calories est très rapide et l’excès d’eau permet d’évacuer la chaleur de la x'éaction. Pour donner une idée-de la rapidité de la réaction effectuée suivant cette technique, je donnerai l’exemple suivant : le chloroprène maintenu à tempé-
- Fig. X. — Gouttes de styrolène en émulsion.
- p.282 - vue 290/406
-
-
-
- 283
- rature ordinaire se polymérise en io jours alors qu’émulsifié dans une solution de savon, il polymérise en quelques heures. Le polymère obtenu par cette méthode est sous forme d’émulsion ou latex. Il peut être utilisé tel quel comme adhésif ou comme film pour recouvrir des tissus ou des surfaces métalliques. Dans d’autres applications où l’on a besoin du produit en masse, il est nécessaire de briser l’émulsion et d’éliminer les agents émulsifiants. Les procédés de lavage habituellement utilisés dans l’industrie sont ici insuffisants pour éliminer complètement çette couche d’impuretés qui reste incluse dans le polymère coagulé ; les produits finis ainsi obtenus ne sont donc pas rigoureusement purs. Une nouvelle méthode introduite récemment dans l’industrie a réussi à pallier cet inconvénient. C’est une polymérisation en système hétérogène et en suspension.
- Polymérisation en suspension. — Ce type de polymérisation sé distingue de la polymérisation en émulsion par le fait que la suspension du monomère dans l’eau est réalisée en gouttes de i à 5 mm de diamètre, au moyen d’une agitation mécanique (fig. i). La stabilité de cette suspension est assurée par des agents stabilisants tels que des composés minéraux finement divisés et insolubles comme le talc, des colloïdes organiques ou minéraux comme la gélatine, ou enfin des hauts polymères solubles comme l’alcool polyvinylique.
- Contrairement à l'agent émulsifiant, l’agent stabilisant s’élimine facilement, par simple lavage, de la surface de la perle du polymère obtenu. La taille de ces perles varie avec les facteurs suivants : la nature de l’agitation, la température, le pourcentage monomère-eau et enfin la nature et le pourcentage de l’agent stabilisant. Dans le tableau suivant, nous donnons quelques formules de mélanges et les caractéristiques des polymères obtenus après un temps de réaction de 6 h à une température de 90°.
- Eau Styro- lène Cata- lyseur Agent stabilisant Taille des globules
- 300 g 50 g 1 g Talc 0,8 0/0 1 m m
- 300 50 1 Alcool polyvinylique . 0.5 3
- 300 50 1 Gélatine 0,8 2
- 300 50 1 Bentonite 8,0 3
- 300 50 1 0 Carbonate de magnésium 0,2 1,5
- Mécanisme de la réaction. — Le mécanisme de la polymérisation dite en perles se rattache à celui de la polymérisation en masse du monomère, chaque globule de monomère polymérisant séparément. La chaleur de la réaction, comme dans le cas de la polymérisation en émulsion, est dissipée efficacement par
- Diamètres en mm.
- Répartition des diamètres des perles de polystyrolène.
- le milieu aqueux environnant. La goutte de monomère passe à l’état de perle de polymère en trois temps. Dans une. première étape, le pourcentage de polymère dans la goutte est assez petit pour que celui-ci reste en solution dans le monomère; l’agitation mécanique permet à elle seule de séparer les gouttes qui se rencontrent. Dans une deuxième étape, dite étape critique, le pourcentage de polymère est assez élevé pour accroître fortement la viscosité de la goutte. A ce stade, les gouttes peuvent adhérer fortement entre elles et coaguleraient par chocs si leurs surfaces ri’élaient recouvertes d’un film fin de l’agent stabilisant. Dans une troisième étape, la goutte initiale de monomère s’est transformée en une perle solide de polymère, à l’abri de toute agglutination.
- On voit donc le rôle primordial que joue l’agent stabilisant au cours de l’étape critique de la polymérisation. En fin de réaction, il est facilement éliminé par simple lavage et le polymère obtenu est utilisable directement sous forme de perles dans toutes les applications industrielles. L’uniformité de taille de ces perles est très remarquable, comme le montre la courbe de la figure 2 qui donne la répartition des diamètres des perles.
- Tous ces avantages, auxquels s’ajoute celui d’un appareillage très simple, ont donné un grand essor industriel à ce procédé de polymérisation. Des productions à large échelle de polystyrolène ont d’abord été créées suivant ce procédé en Amérique puis en Angleterre, suivies 'bientôt par l’autres polymérisations du type vinylique, comme l’acétate de polyvinyle ou le métacrylate. Ces techniques sont maintenant introduites dans les synthèses diéniques oii elles semblent être appelées à un grand avenir.
- René Aelion,
- Ingénieur chimiste E. P. C. I.
- La fabrication des isotopes aux Etats-Unis.
- La Commission de l’énergie atomique des. États-Unis a fait construire au laboratoire d’Oak Ridge de nouveaux aménagements afin de pouvoir faire face aux demandes chaque jour croissantes d’isotopes radio-actifs pour les recherches scientifiques dans le domaine de la médecine, de la biologie, de l’industrie et de l’agriculture.
- Selon les derniers rapports établis, plus de 7 000 expéditions d’isotopes ont été effectuées au bénéfice de 45o institutions, aussi bien des États-Unis que de 22 pays différents, depuis que le premier envoi a été fait, il y a 0 ans. Sept autres nations ont demandé depuis à recevoir des isotopes radio-actifs. La Commis-
- sion de l’énergie atomique a décidé que ces isotopes seraient expédiés à tous les pays qui en font la demande, s’engageant à les employer conformément aux précisions de leur demande et à faire connaître tous les six mois le résultat de leurs recherches. 90 pour 100 des isotopes expédiés à l’étranger ont été utilisés à des fins de recherches médicales ou physiologiques.
- Ces nouveaux aménagements d’Oak Ridge comportent des machines commandées à distance, ce qui évitera les manutentions à la main et permettra d’accélérer les expéditions. Ces nouveaux aménagements sont utilisés depuis le i5 février.
- p.283 - vue 291/406
-
-
-
- Fig. 1 et 2. — 1. La station expérimentale d’aquiculture et de pêche de Castiglione. — 2. Les bassins d’eau douce dans le jardin
- de la station.
- LA STATION d’AQUICULTURE ET DE PÊCHE DE CASTIGLIONE
- La Station expérimentale d’Aquiculture et de Pêche de Castiglione s’élève à 45 km à l’ouest d’Alger (fig. i). Le Gouvernement Général de l’Algérie la créa en 1921 pour l’étude des problèmes ressortissant de la pêche. Le pittoresque village et les bourgs voisins de Tchifalo et de Bou-IIaroum sont des centres actifs de pêche indigène et plusieurs conserveries de poissons existent dans la région.
- Le bâtiment principal se dresse dans un paysage de dunes consolidées par une exubérante végétation ; on y a installé des laboratoires, une bibliothèque et une collection d’animaux marins recueillis par les deux vedettes à vapeur de l’établissement. Dans les sous-sols, des aquariums présentent divers représentants vivants des faunes marines et fluviatiles nord-africaines (fig. 4 et 5) : poissons, crustacés, tortues, etc.
- Les poissons d’eau douce, la plupart nés et élevés sur place, sont installés dans des bassins disséminés dans le jardin autour du bâtiment (fig. 2). On y remarque les Truites arc-en-ciel du barrage de Ghrib, les Cyprindons de Chellala ou du départe-
- Fig. 3. — Le Dr Dieuzeide, directeur de la station.
- ment de Constantine, les curieux Tilapies de Zill qui incubent leurs œufs dans la bouche, les Tellias apodes pêchés dans les sources chaudes des environs de Batna, etc...
- Une machine frigorifique permet d’abaisser la température jusqu’à — 25° dans des appareillages variés.
- La Station de Castiglione n’est pas qu’un musée et un aquarium. C’est surtout un centre de recherches et de documentation destiné à perfectionner et à enseigner les techniques de pêche d’un intérêt économique. Depuis 1926, elle publie un Bulletin de ses travaux ou l’on trouve la trace des activités de ses dirigeants et de leurs collaborateurs : Louis Boutan, son fondateur, puis L. G. Seurat, mort en juillet 1949, et actuellement le Dr R. Dieuzeide (fig. 3).
- O11 s’est occupé à Castiglione de toutes les questions pratiques intéressant les pêches de la région : la Sardine (Sardina pilchar-dus), l’Allache ou Sardinelle (Sardinella aurita), les Scombridés réunis sous le nom générique de Thons, le Thon commun ou Thon rouge (Thunnus thynnus), le Mérot (Epinephelus gigas) (fig. 4)j la Bonite à ventre rayé (Eulhynnus pelamys), la Sarde [Sarda sarda), la Melva ou Bonitou (Auæis Thazard), la Bacorète ou Thonine (Ewthynnus alleteratus).
- Dans leur Essai sur la technique des conserves de poissons et de crustacés en boîtes métalliques (Alger, 1948), le Dr Dieuzeide et M. Novella, administrateur de l’Inscription maritime ont exposé récemment l’ensemble des résultats obtenus. Pour la Sardine, on a déterminé le type de la race locale, sa vitesse de croissance, les modifications corporelles survenant au cours de sa vie.
- On a préconisé la pêche de nuit, a la lumière, au lamparo, d’ailleurs couramment employée en Méditerranée, bien qu’on lui ait reproché d’être destructrice et d’appauvrir les fonds. On y a étudié en mer un filet tournant de type américain, le Ring-Net, et proposé son emploi pour suppléer au Sardinal, filet de maille à faible rendement. On a également exécuté d’intéressantes recherches biologiques sur le Thon, l’Anchois et les Sar-dinelles.
- Souvent les fabricants de conserves algérois consultent le laboratoire de Castiglione-sur les sujets les plus variés : l’inslal-
- p.284 - vue 292/406
-
-
-
- 285
- lation et l’outillage des usines, les procédés de cuisson ou de salage des poissons, les qualités des huiles, la fermeture des boîtes, la stérilisation et la réglementation des produits de la conserverie algérienne.
- De môme, le Service de la répression des fraudes demande souvent au, Laboratoire de Castiglione d’expertiser des conserves de poissons douteuses et de vérifier leur stérilisation. Actuellement, on y poursuit des expériences sur les méthodes de conservation temporaire de Sardine?, afin d’utiliser les surplus que les fabricants doivent laisser perdre en cas de pêches trop abondantes.
- L’Administration demanda en 1942 à la Station de participer à l’élaboration des textes organisant l’industrie des salaisons de poissons, qui, depuis 1906, se développe beaucoup en Afrique du Nord, On a installé à Castiglione une petite « usine expérimentale », afin de suivre la « maturation » du poisson préparé « à la Sicilienne ». Le Dr Dieuzeide et M. Novella virent qu’elle résulte de fermentations diverses et en ajoutant du nitrate de potasse dans les préparations dites « anchoitées », ils parvinrent à hâter la transformation de la chair du poisson.
- Pour le fumage du poisson, la Station a construit un four et mis au point une technique de préparation que suivent maintenant presque tous les saurisseurs d’Algérie et du Maroc. Elle fit aussi d’intéressantes recherches sur les huiles de déchets de sardines que les fabricants de conserves ou de salaisons n’utilisaient guère. Elle montra qu’avec ces produits résiduels déshuilés puis desséchés, on pouvait fabriquer des farines de poissons suscepti-gles de servir à l’alimentation des porcs et des volailles. En collaboration avec la Faculté de Médecine d’Alger, le laboratoire de Castiglione étudia aussi des huiles de Thon et de Squales, riches en vitamines A. Enfin, avec le concours de la Société de l’Air Liquide, on y a poursuivi de très utiles recherches sur la congélation des poissons et des crustacés.
- Dans le domaine de l’aquiculture, l’établissement de Castiglione a rendu également de signalés services. Les marins du Laboratoire ayant pris 600 Carpes dans le canal de déversement du lac Ilalloula, lors de son dessèchement, les ont mises dans l’Oued Fodda où elles prospèrent parfaitement. La Station a
- réussi l’empoissonnement des eaux du barrage du Ghrib, dans lesquelles foisonnent aujourd’hui des Truites arc-en-ciel. Elle a encore montré la possibilité de l’acclimatation du Cyprin doré ou poisson rouge dans les rivières nord-africaines. Par contre, elle a protesté contre la prolifération des Gambusia répandus dans tous les Oueds, sur les conseils de l’Institut Pasteur d’Algérie. D’après les constatations faites, le Dr Dieuzeide préférerait <c de beaucoup leur voir substituer des Cyprinodons indigènes très friands aussi des larves de moustiques ».
- Malheureusement, aucune réglementation de la pêche n’existant en Algérie, les rivières de la Mitidja sont polluées à l’automne par les eaux résiduaires des caves et des distilleries vinicoles. Chaque année, la station de Castiglione réitère ses protestations, et malgré les inutiles menaces des Services d’hygiène du Gou-A-ernement général, des tonnes de poissons intoxiqués flottent le ventre en l’air dans les oueds et vont pourrir en certains points de la zone e.ôtière dont ils empuantissent l’air.
- Enfin, à la suite d’une forte épidémie de fièvre typhoïde qui causa de nombreux décès dans la population algérienne durant l’été de 1937, décès dus, selon les médecins, à l’absorption de coquillages consommés crus, les pom-oirs publics, par un arrêté du 16 mai 1988, chargèrent la Station de veiller sur les parcs à mollusques. On a créé un laboratoire de bactériologie qui effectue les analyses nécessaires. Au début, son personnel AÛsita toute la côte afin de déterminer les endroits insalubres; il dressa, en connaissance de cause, un classement de zones qui fut unanimement approuvé, tant par l’Inscription maritime que par les médecins et les commissions d’hygiène des trois départements d’Algérie.. Depuis cette époque, la Station, en étroite collaboration avec ces dhrers organismes, assure le contrôle sanitaire des huîtres et autres coquillages. Actuellement, les parcs ostréicoles et établissements similaires algériens doivent être uniquement installés en zone salubre, ce qui diminue beaucoup les risques d’infections intestinales.
- Telles sont les principales activités de la station de Castiglione. On Aroit que des. multiples problèmes que posent les pêches en Afrique du Nord, aucun ne lui a échappé.
- Jacques Boyer.
- p.285 - vue 293/406
-
-
-
- 286
- Un Maître de la Chimie
- JEAN-BAPTISTE DUMAS (isoo-1884)
- « Vous n’êtes jamais descendu dans l’arène sans triompher des obstacles contre lesquels vous aviez à lutter » (Lettre de Liebig à Dumas en juin 1851).
- Voila 150 ans que Jean-Baptiste Dumas est né. A ce nom, monte le passé brillant des découvertes et des travaux de ce savant, un des fondateurs de la chimie moderne.
- La vie d’un tel homme de science est toujours pleine d’intérêt, et souvent riche d’enseignement. On aime à savoir de quel milieu il sortait, quelle fut sa formation, et quel héritage scientifique il a laissé.
- Comme Scheele, Balard et Parmentier, J.-B. Dumas débuta par la pharmacie. Il étudia, d’abord à Alès, sa ville natale. Il était d’une famille modeste et il lui fallut gagner sa vie de bonne heure.
- A 17 ans, il se rendit à Genève à pied, attiré par de Candolle, ce maître incontesté de la botanique, que Paris et la Suisse se disputaient. Il devait occuper un emploi très simqde, garçon de courses, chez Le Royer, pharmacien. Mais le patron, surpris de son intelligence, ne tarda pas à l’introduire dans son laboratoire où il s’initia vite à la botanique, la médecine, la pharmacie et la chimie. Il fut remarqué par de Saussure, Pictet, le Dr Prévost, de Candolle.
- C’est bien à Alès que Dumas a vu le jour, mais c’est à Genève qu’il est né à la vie intellectuelle, à la science. On pourrait, en ces lieux, faire un pèlerinage pour y récolter maints souvenirs intéressants et oubliés.
- Il fonda un cours de chimie experimentale avec de La Rive, construisit une balance de haute précision, fabriqua des spécialités, créa la teinture d’iode pour la médication du goitre....
- Une foule d’anecdotes viennent à l’esprit : la piqûre d’un hippopotame — non sans danger — en vue d’analyser son sang. Pour étudier les reptiles; curieux animaux ovovivipares, il fit venir, de Lyon, une caisse de vipères, qui, arrivées à destination, envahirent la maison, d’où grand émoi des habitants. Un jour, comme il étudiait la couvaison, il emporta deux œufs dans sa poche, et alla chez des amis où il était invité à dîner ; pendant le repas on entendit pépier : les poussins étaient éclos dans son gilet, à l’étonnement et au grand amusement des convives. •
- A quelque temps de là, Dumas reçut la visite d’un personnage vêtu à la mode du Directoire. C’était le grand savant de Hum-boldt qui lui dit ; « Je ne voulais, pas traverser Genève sans avoir l’honneur de vous voir ». La conversation s’engagea et le savant parla de Paris au jeune homme. Dès lors, Paris fut le désir de Dumas. Il le réalisa bientôt.
- A 21 ans, il y partit, léger d’argent, chargé d’espoirs pour l’avenir, muni de lettres de recommandation pour Thénard et Arago. Cependant, même au faîte, de sa gloire, jamais Dumas n’oublia Genève qui lui avait appris à aimer la science.
- Le savant — il avait alors 25 ans — épousa la fille de Brongniart, minéralogiste d’un renom considérable (fils d’Alexandre Brongniart, architecte de la Bourse, urbaniste avant la lettre).
- Ce mariage était, pour Dumas, l’entrée dans une famille et un milieu qui lui faciliteraient l’harmonieux développement de sa carrière. Comme Brongniart marquait quelque hésitation avant de donner son consentement, Thénard lui dit : « Je réponus de Dumas ». Cette attente ne fut jamais déçue.
- L’œuvre de Jean-Baptiste Dumas est considérable. Ses premiers travaux, en collaboration avec le Dr Prévost, portèrent sur la transfusion du sang et ils la jugèrent possible entre animaux de même espèce ; un homme sain et robuste peut ranimer la vie d’un de ses semblables, épuisé par une hémorragie prolongée. Par contre, la transfusion opérée entre animaux d’espèces différentes peut avoir des conséquences fort graves. C’était indiquer, un siècle d’avance, les précautions qui s’imposent dans cette thérapeutique.
- Mentionnons ici, pour mémoire, que Dumas a aidé Daguerre, collaborateur de INiepce, à la réalisation de ses expériences.
- Environ les années 1830, Dumas ayant observé que le chlore possédait « le pouvoir singulier de s’emparer de l’hydrogène et de le remplacer, atome par atome », fut conduit à énoncer la loi des substitutions. A ce propos, il eut à soutenir une assez vive polémique avec Berzélius, dont on disait « qu’il était le savant d’Europe qui souffrait le moins la contradiction ». Pasteur approuvait entièrement cette loi et il précisait : a Les espèces chimiques sont comme des édifices moléculaires dans lesquels on peut remplacer un élément chimique par un autre élément, sans que l’édifice soit modifié dans sa structure, à peu près comme on pourrait substituer, pierre à pierre, aux assises d’un monument, des assises nouvelles.
- Dans son mémoire Sur quelques points de la théorie atomistique, Dumas formulait les deux principes fondamentaux de la chimie organique : l’adaptation à la chimie de la notion moléculaire, et une nouvelle classification des métalloïdes, basée sur leur capacité atomique pour l’hydrogène, sur leur valence, ou pouvoir pour un atome d’absorber un, deux ou trois atomes d’hydrogène.
- Dumas groupait les métaUoïdes en cinq classes qui ont été, durant de longues années, les divisions classiques, retenues dans l’enseignement.
- Ces deux notions de molécule et de valence ont eu, sur la science une influence comparable à cèlle des principes de Lavoisier.
- Cette montée au sommet des connaissances valut à Dumas une lettre d’un chimiste étranger — et non des moindres. Liebig lui écrivait en 1851 :
- Fig. 1. — Jean-Baptiste Dumas,
- 0Cliché Haulingue) .
- p.286 - vue 294/406
-
-
-
- 287
- « Mon cher Dumas.... Non seulement votre pays, mais le monde scientifique entier reconnaît l’étendue, la profondeur, l’importance de vos travaux et de vos découvertes. Personne, toutefois, n’apprécie mieux que moi les difficultés que votre génie a dû surmonter pour parvenir aux résultats précieux qui forment, en grande partie, la base de notre science moderne. Vous n’êtes jamais descendu dans l’arène sans triompher des obstacles contre lesquels vous aviez à lutter ». t
- Dans ses Leçons de chimie philosophique, données au Collège de France, Dumas exposait ses idées sur la question des atomes, telle qu’elle apparaissait, alors, aux intelligences d’élite. Après une rapide revue des connaissances des anciens à ce sujet, il montra où elle en était de son temps, et il laissait grandes ouvertes les portes sur l’avenir.
- J.-B. Dumas admettait que la matière soit formée de. particules infiniment petites et insécables, ou atomes, différant d’un corps à l’autre par Je poids et par la forme.
- « Les premières notions d’atomes datent d’environ 500 ans avant J.-C., puis, elles furent adoptées par l’éoole philosophique d’Elée, en Grèce.
- « Lucrèce admet que les atomes, dans une agitation perpétuelle, se précipitent en haut, en bas, dans le vide. Gassendi, l’adversaire le. plus constant de Descai’tes, compose l’univers d’atomes.
- « On se flattera, peut-être, et non sans raison, de pouvoir, un jour, fouiller les entrailles des corps et de mettre à nu la nature de leurs organes, de connaître les mouvements des petits systèmes qui les constituent. On croira possible de soumettre ces mouvements au calcul, comme Newton l’a fait pour les corps célestes ».
- Et, s'adressant aux élèves, aux auditeurs, Dumas concluait : « Vous verrez la Chimie luttant courageusement avec la nature vivante, l’égaler souvent, la surpasser parfois ».
- Les investigations de Dumas ont porté sur un grand nombre de corps et de substances : matières albuminoïdes, indigo, alcool amylique, amides, oxamides, sans parler de ses belles études sur l’eau, sur l’air, la densité des vapeurs, l’acide carbonique.
- Il est juste' de remarquer que Dumas eut, souvent, des collaborateurs de grande classe, les Thénard, les Orfila, les Cahours, les Debray, les Boussingault.... Mais, comme il passait, à son époque, pour le chimiste le plus en vue de l’Europe, le plus accrédité dans les milieux de la pensée scientifique, le retentissement des découvertes personnelles ou collectives remontait jusqu’à lui.
- Il était bien, d’ailleurs, le chimiste à qui la chimie devait le plus depuis Lavoisier.
- Au demeurant, les hommages qu’il recevait étaient loin de lui déplaire, car ce savant avait un caractère assez personnel, autoritaire ; professeur solennel, il se montrait très favorable aux disciples intelligents et soumis, mais terrible aux natures indépendantes.
- Ambitieux, il recherchait la société des gens influents ; mais, semblable en cela à son contemporain et ami Orfila, il usait de ses relations, tant pour ses satisfactions propres, que pour le bien de la science. Il ne s’oubliait pas, mais il n’avait garde d’oublier son enseignement et ses laboratoires.
- Dumas fut un grand professeur. Dans ses cours à la Sorbonne et au Collège de'France, sa parole facile et élégante, son éloquence, un peu apprêtée parfois, lui attiraient un grand nombre d’auditeurs : il était le professeur à la mode.
- Doyen de la Faculté des Sciences, professeur à l’Ecole Polytechnique où il remplaça Thénard, professeur à l’École de Médecine où il céda sa chaire à Wurtz, son élève préféré, il aimait, avant tout l’École centrale des Arts et Manufactures qu’il avait fondée en 1829 avec Péclet, Olivier, Lavallée.
- L'impression qu’il laissait à son auditoire a été mise en lumière par Pasteur qui disait :
- « Toute sa personne avait quelque chose d’officiel, habit noir, gilet blanc, cravate noire. Il semblait qu’il se présentait devant le public comme devant un juge difficile, presque redoutable ».
- Cette facilité et cette élégance de parole n’étaient pas innées
- chez lui. Il les acquit après de longs efforts, mais quels succès il remportait ! Et cette maîtrise dans la langue devait lui ouvrir, un jour, les portes de l’Académie française.
- (Avant lui, son maître, Thénard, avait connu de grands succès oratoires : il déclamait ses cours, en faisant de grands gestes, et il se disait l’élève de Talma).
- C’est en 1878 que J.-B. Dumas siégea sous la coupole du Palais Mazarin, où il succédait à Guizot-
- Membre de l’Institut dès 1832, il entra à l’Académie des Sciences dont il devint le Secrétaire perpétuel en 1868, remplaçant Jean-Marie Flourens, le physiologiste.
- Parmi ses ouvrages, il convient de mentionner le Traité de chimie appliquée aux Arts qui reste un des monuments de la science chimique.
- En 1869, la Société de Chimie de Londres lui décerna la médaille d’or de Faraday : c’était la première fois qu’un Français 6e voyait attribuer cette haute distinction.
- Mais si les lettres le distrayaient, elles ne le détournaient pas de la science et de ses applications. Du jour où Dumas fut lancé dans le tourbillon de l’enseignement, il ne cessa d’y déployer toutes les ressources de son talent et toutes ses possibilités pour s’y faire une place large, très large.
- Non content de former des élèves éminents, tels Debray, Sainte-Claire-Deville, Pasteur, Wurtz, Gerhardt, il songeait aux jeunes ingénieurs et à tous les techniciens. Il leur dispensait le meilleur de ses connaissances.
- De plus, il pensait à la pénurie de l’outillage scientifique, dont notre pays a toujours souffert. C’est pourquoi, il avait fondé, de ses deniers, en 1838, un laboratoire à l’École Polytechnique ; l’année suivante, il le transféra rue Cuvier, sous l’Empire à la Sorbonne, et en 1868 il en fit don à sa chère École centrale.
- Cet esprit personnel, animé du besoin de paraître, devait le pousser aux honneurs, aux fonctions publiques. La gloire du savant ne lui suffisait plus ; la politique avait, pour lui, un invincible attrait.
- La Grande Chancellerie dè la Légion d’Honneur lui octroya, successivement tous les grades jusqu’à Commandeur en 1843, Grand Officier en 1851 et, enfin suprême distinction, Grand Croix en 1863.
- En 1849, le département du Nord le nomma député à l’Assemblée Nationale. Le Prince-Président lui confia le portefeuille de l’Industrie et du Commerce, puis le fit sénateur.
- Évitant la politique pure, Dumas s’attacha aux seules questions scientifiques, industrielles, économiques et sociales. Sur ce terrain, il se mouvait avec une aisance remarquable. Il eut l’occasion de prononcer des discours et d’établir des rapports aussi clairs dans-la forme que justes dans le fond.
- Conseiller municipal de Paris, puis Président dudit conseil, il s’occupa activement des problèmes de l’assainissement de la capitale : adduction d’eau, quartiers insalubres, hygiène, urbanisme.
- Après la chute de l’Empire, Dumas se consacra de nouveau et exclusivement à la science.
- Et il vint alors prier Pasteur, son élève, son ami, de l’accueillir dans son laboratoire.
- Un tel maître demandant l’hospitalité scientifique à un tel disciple, peut-on rien concevoir de plus beau ?.
- Amédée Fayol.
- Les fermes aux Etats-Unis.
- Plus de 83 pour 100 des fermes des États-Unis ont le courant électrique. II y a quinze ans, 10 pour 100 seulement des fermes américaines étaient électrifiées.
- p.287 - vue 295/406
-
-
-
- 288
- LE CIEL EN OCTOBRE 1950
- SOLEIL : du 1er au 31, ea déclinaison décroît de —3°4' à — 14°r ; la durée du jour passe de llh40in le 1er à 9*56“ le 31 ; diamètre apparent le 1er = 32'0'\44, Le 31 = 32'16",66. — LUNE : Phases : D. Q. le 4 à 1*33™, K. L. le 11 à 13*33“, P. Q. .le 18 à 4h18m, P. L. le 25 à 20*46“ ; apogée le 1er à 4h, diamètre app. 20'30", -périgée le 13 à 4*, diam. app. 33'6" ; apogée le 2S à 20*, diam. app. 29'26". Principales conjonctions : avec Uranus le 4 à 5*2“, à 4°54' S. ; avec Saturne le 10 à 2*2Snl, à 1°57' N., et avec Mercure à 12*32“, à 2°32' N. ; avec Vénus le 11 à G*, à 2°39/ K, et avec Neptune à 14h57m, à 3°40' N. ; avec Mars le 15 à 9*, à 3°52' N. ; avec Jupiter le 20 à 15*, à 1°33' N. ; avec Uranus le 31 à 12h, à 4°46' S. Principales occultations : de 49 Cocher (5m,0) le 4, émersion à 0*i9“,7, de h Verseau m (5m,G) le 21, immersion à 23h31m,0 ; des Pléiades le 1S : 17 Taureau (ou Electre, 3m,8) immersion à 3*2“,S, émers. à 4*23“,3 ; 20 Taureau (ou Maïa, 4“,0) immers, à 3*59“,5, émers. à 4*51“,8 ; 16- Taureau (ou Celaeno, 5m,4) émers. à 4h18“,3 ; ^Taureau (ou Alcyons, 3“,0) immers, à 4*44“,7, émers. à oh42“,4 ; de y Taureau (5m,o) le 28, émers. à 19*51“,3 ; de 47 Gémeaux (5“,6) le 31, émers. à 23*47“,0. — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du matin le 3, 17°52' W., se lève 1*40“ avant Je Soleil, en conjonction avec Saturne le 0 à 8*, à 0°16' S. de Saturne; avec Neptune le 20 à 1*, à 0°13' au S. de Neptune, et avec Vénus le 25 à 4*, à 0°3' au S. de Vénus ; Vénus,astre du matin, se lève 1* avant le Soleil,7 peu visible ; Mars, dans Ophiuchus, peu visible le soir, se couche 2* après -le Soleil ; Jupiter, dans le Verseau,
- se couche le 16 à 1*I7“, diam. pol. app. 42",3 ; Saturne, dans la Vierge, visible le matin, se lève le 16 à 3*45“, diam. pol. app. 14",4, anneau gr. axe 36",3, petit axe i",l ; Uranus, dans les Gémeaux, observable le soir, se lève le 28 à 20*, position 6*41“ et -p 23°25', diam. app. 3",7 ; Neptune, dans la Vierge, observable le matin, se lève le 28 à 4*56“, position 13*8“ et — 5°30', diam. app. 2",4. — ÉTOILES FILANTES : Draconides le 9 ; Orionides du 1(3 au 22, radiant vers v Orion. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2m,2-3m,o), le lor àoM le 4 à 2^,5, le (3 à 23V*, le 9 à 20»,2, le 24 à 4V, le 27 à 0>\3,
- le 29 à 21h,9 ; minima de p Lyre (3m,4-4m,3) le 6 à 18h,6, le 19 à
- l(3h,9 ; inaxiina : de R Corbeau (5m,9-14m,0) le 13, de R Bouvier
- (5VJ-12U\8) le 15, de * Cygne (4m,2-14m,0) le 17. — ÉTOILE
- POLAIRE : passage sup. au méridien de Paris : le 8 à 0h3ômlSs, le 17 à 0h0m58s et à 23h57“2s, le 18 à 23h53m7s, le 28 à 23hi3m49s.
- Phénomènes remarquables. — Lumière cendrée de la Lune, à observer le -matin les 7 et S, et le soir le 14. Étoiles filantes Orionides, maximum le 19. Occultation des Pléiades le 28 : occultation d’Electre, immersion : pour Strasbourg à’ 3hllm,5, pour Lyon à. 3h(Jm,l, pour Toulouse à 3hom,7.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fotjhnieh.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Échelles de conversion des unités anglo-saxonnes en unités métriques, par J. Ber-not. 1 broch, in-8°. Dunod, Paris, 1950.
- Présentation commode sous forme de tableaux et d’échelles superposées de données utiles.
- L’utilisation pratique des mathématiques,
- par A. Sainte-Laguk et IL Masson. 1 vol. in-8% 344 p., 151 fig. Eyrolles, Paris, Prix : 990 francs.
- Appartenant à la série « I.es mathématiques de l’Ingénieur », cet ouvrage auquel a contribué notre regretté collaborateur, donne une série de calculs numériques et de graphiques d’une utilité incontestable pour les ingénieurs et de nombreux chimistes et physiciens. Apres des généralités sur les calculs numériques, les auteurs étudient les machines à calculer, la règle à calcul, les tables numériques, les erreurs d’approximation, les différences d’interpolations, les fonctions empiriques, les unités et la similitude, les graphiques et leur tracé, les constructions de longueur, le calcul géométrique, le calcul graphique et la nomographie.
- Annuaire astronomique et météorologique Flammarion pour 1950. 1 vol. in-16, 399 p.., 85 lig., cart.es et diagrammes. Flammarion, Paris, 1950. Prix : 450 francs.
- 86e année de ce précieux annuaire où les amateurs d’astronomie trouvent tous les renseignements désirables pour satisfaire leur curiosité, augmenter leurs connaissances et guider leurs observations.
- Lehrbuch der theoretischen physik. Tome I, par Walter Weizel. 1 vol. in-8°, 772 p., 270 fig. Springer, Berlin, 1949. Prix : 53 marks.
- Ce premier tome de physique théorique traite de l’électricité, de la chaleur et de l’optique. On y trouve avec les développements les plus modernes des chapitres sur la mécanique du continu, notamment sur la théorie de l’élasticité, sur l’électrodynamique, sur l’optique géométrique, les interférences et l’optique cristalline, la théorie de la relativité, la thermodynamique.
- Éléments de physique théorique, par G. Gui-nieh. 1 vol. in-8°, 159 p., 61 fig. Bibliothèque de la Science moderne. Bordas, Paris, 1949.
- Cet ouvrage est le premier d’une étude d’ensemble de la physique quantique. Il est consa-
- cré au début d’un exposé de la mécanique ondulatoire, de ses applications déjà réalisées et de la prévision qu’elle permet de nombreux faits observables. La rédaction, claire et précise, ne nécessite que les connaissances mathématiques familières aux ingénieurs et aux licenciés en physique."
- Numerical analysis of heat flow, par G. M.
- LusEVBEnnE. 1 vol. in-8°, 227 p. Mac Graw-Ilill, Londres, 1949. Prix : relié, 36 sh.
- Exposé didactique des méthodes modernes de calcul de la transmission de la chaleur dans les solides, destiné aux élèves-ingénieurs des écoles techniques avec de nombreux problèmes et une importante bibliographie.
- L’année ferroviaire 1950. 1 vol. in-8°, 238 p., fig., pi. Plon, Paris, 1950. Prix : 495 francs. Chaque année, ce volume apporte une documentation complète sur les progrès des chemins de fer : statistiques françaises et mondiales, personnel, trafic de voyageurs et de marchandises, locomotives et wagons, voies et liaisons, électrification et môme flotte. A ce tableau s’ajoutent des éludes plus poussées sur diverses questions. Celte année, le général Berges traite du rôle militaire, J. de Coquet du mariage de la vigne et du rail, Doubrère du chemin de fer et du cinéma, Jouffroy de l’origine des grandes lignes, Poncet de l’électrification de la voie Paris-Lyon.
- Outline history of transatlantic steam navigation, par H. P. Spratt. 1 broch, in-8°, 59 p., 9 pi. His Majesty’s Stationery Office, Londres, 1950. Prix : 2 sh.
- Le Science Muséum de Londres conserve une riche collection de modèles de navires. L’auteur décrit ceux qui traversèrent l’Atlantique, depuis les premiers vapeurs du début du xixe siècle jusqu’à la Normandie, la Queen Mary et la Queen Elizabeth. On y suit les progrès de la construction, du bois au fer, puis à l’acier ; de la propulsion, de la roue à l’hélice, de la chaudière à vapeur aux turbines ; des formes et de la voilure du Savannah, de 33 m de long (1818) aux derniers nés, sans voilure, à 11 ou 12 ponts, de 300 m de long. La vitesse, le confort, la sécurité n’ont fait que croître et l’évolution n’est pas finie.
- La Citroën à traction avant, par R. Guerbeb. 1 vol., 124 p., 49 fig. Technique et Vulgarisation, Paris, 1949. Prix : 210 francs.
- On connaît la vogue des tractions avant. Voici des renseignements précis sur la structure
- générale des Citroën, leur moteur, leur transmission, la direction et les freins.
- L’aviation d’Ader et des temps héroïques, par Raymond Caiiisa. 1 vol. in-16, 342 p., 32 pl. Albin Michel, Paris, 1950. Prix : 780 francs.
- Histoire de l’aviation jusqu’en 1914, écrite d’après les témoignages des pionniers survivants et les documents de l’époque. L’aventure commence en 1890 avec Ader et son « Eole » ; elle se poursuit avec les frèrea Wright, 'puis rapidement, on vole de ville à ville, de France en Angleterre, à travers la Méditerranée, etc. Les noms se pressent en foule : Santos-Dumont, Farman, Blériot, Voisin, Morane, Caudron, Ilan-riot, etc., les premiers constructeurs et les premiers pilotes. Des photographies rappellent les silhouettes des appareils et les figures des précurseurs dont beaucoup sont rappelés à notre souvenir.
- Le contraste de phase en optique et en
- microscopie, par M. Françon. 1 vol. in-8°, 109 p., 57 fig., 6 pl. Revue d’Optique, Paris, 1950.
- Le contraste de phase introduit en optique par F. Zernique n’est qu’au début de son développement. C’est un procédé d’un maniement plus simple que les interférences pour la détermination et la mesure des différences de phase observées au cours de la propagation d’une onde par des objets dépourvus d’absorption propre. Le présent ouvrage apporte sous une forme à la fois mathématique et experimentale, une étude générale et une contribution personnelle à l’étude de cette nouvelle technique qui accroît la sensibilité de détection des défauts des pièces optiques et qui trouve ses plus importantes applications actuelles en microscopie, car elle améliore considérablement le pouvoir séparateur. Elle permet l’étude des tissus vivants dans des conditions au moins aussi favorables que les colorations de tissus fixés. Elle s’applique également à la métallographie. Des reproductions photographiques montrent de façon tangible ce que l’on peut attendre du contraste de phase.
- Filtres, par Pierre Selme. 1 vol. 212 p. Photo-Revue, Paris. Prix : 480 francs.
- Dans ce petit livre d’une très belle présentation typographique et illustré de magnifiques photographies, l’auteur a réuni à l’usage des photographes amateurs ou professionnels, une abondante documentation sur les filtres colorés, sélecteurs ou correcteurs et les filtres spéciaux
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre igôo, n° ioq5. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2210. — Q-lQ§0. .
- p.288 - vue 296/406
-
-
-
- N° 3186
- Octobre 1950
- LA NATURE
- MÉTÉORES ET RADAR
- Les météores. — Le terme « météore » a été adopté depuis peu d’années par l’Union astronomique internationale pour désigner les phénomènes lumineux ayant pour siège la haute atmosphère terrestre entre 80 et 120 km et qu’on appelle, en dehors du monde scientifique des noms variés et assez peu précis de « bolides, étoiles filantes, étoiles tombantes ».
- L’impression que nous laisse le passage d’un météore est celle d’une étoile plus ou moins brillante qui apparaît la nuit en un point quelconque du ciel, se déplace rapidement en laissant derrière elle une traînée lumineuse fugace, puis disparaît aussi soudainement qu’elle était née; l’ensemble du phénomène a une durée très brève, de l’ordre de la seconde dans le cas général. On sait que les météores sont dus à de petites masses de matière, appelées météorites, de faible poids, quelques décigrammes pour les plus brillants, qui, parcourant des orbites elliptiques autour du Soleil comme de petites planètes, rencontrent au passage l’atmosphère terrestre. La vitesse de cette rencontre est considérable, car la Terre se déplace autour du Soleil à raison de 3o km par seconde et les météorites ont, de leur côté, des vitesses pouvant atteindre, comme on le verra, 4a km/s. Suivant les directions relatives des déplacements, la vitesse de rencontre, comprise entre la différence et la somme de ces vitesses, a donc en gros pour limites 10 et 70 km/s.
- Luminosité des météores. — On attribue la lumière des météores à deux causes principales. La première est l’excitation par choc des atomes en collision, le retour à l’état stable de ces atomes se faisant avec émission de lumière. Une autre cause, proposée par les physiciens français M. Lévy et Muraour, rési-
- Fig. 1. — Photographie de l’écran d’un appareil de Radar montrant un écho provenant de la traînée d’un météore.
- (D’après S/cy and Teleseope).
- derait dans Tonde de choc qui accompagne les projectiles. La compression adiabatique du gaz raréfié rencontré par la météorite serait suffisante pour que ce gaz devienne le siège de phénomènes lumineux, comme cela se produit pour l’air comprimé brusquement par la détonation d’un explosif brisant. Quoi qu’il en soit, un météore de magnitude 3 Q) dont la masse initiale n’excède pas 0,02 g, a un éclat correspondant à celui d’une lampe électrique de 2 000 bougies située au zénith et à une distance de 100 km de l'observateur. On voit donc que les météores sont produits par de bien petites choses et ne doivent leur aspect spectaculaire qu’à leur grande vitesse.
- Fig. 2. — Antenne directive orientable utilisée à la Station expérimentale de l’Université de Manchester (Grande-Bretagne).
- Le projecteur de D.C.A.. sert simplement d’affût à l’échafaudage portant
- les antennes.
- 1 (Cliché de l’auteur).
- Aérolithes. — Certaines météorites de grandes dimensions et de masses importantes ne se volatilisent que partiellement en traversant notre atmosphère et tombent sur la Terre; ce sont elles plus particulièrement qu’on appelle « bolides ». Le fait est rare, et heureusement pour le genre humain, ces chutes d’aéro-lithes ne constituent pas un danger bien grand, la probabilité d’un accident étant extraordinairement réduite.
- Observation visuelle des météores. — Un observateur attentif peut voir pendant les nuits sans Lune de quatre à dix météores par heure en moyenne. A certaines époques, de Tannée, la Terre traverse des nuages de cette poussière céleste qui, comme elle, gravitent autour du Soleil centi’al suivant les lois immuables de la Mécanique; il en résulte ce que Ton
- 1. On classe les météores observés par analogie d’éclat avec les étoiles du ciel ; c’est là une méthode très subjective, car il est difficile de comparer un trait de feu fugitif avec une étoile fixe, mais on utilise cette convention faute de mieux. Rappelons que la magnitude 3 correspond à l’éclat de l’étoile polaire par exemple.
- p.289 - vue 297/406
-
-
-
- 290
- Tableau I. — Principaux essaims de météores de jour et de nuit observables dans l’hémisphère boréal (*). Les observations au radar sont dues au Professeur Lovell et à ses collaborateurs.
- N- Nom1 de l’essaim Comète associée Mode d’observation Dates du passage Météores par heure (Moy. 1947/48)
- I ' Bootides visuel 2 au 3 janvier
- 2 Lyrides 1861-I 19 au 22 avril
- 3 Aquarides Halley vis.-radar 1-10 mai i3
- 4 Piscides radar 3-i8 mai 20
- 5 54 Perséides . . . . — 2I-2Q mai 3g-6o
- 6-6' Perséides — 3o-4o
- 7 Ariétides — 25 mai-16 juin 3o
- 8 Taurides — 24 juin-4 juillet o-65
- 9 Orionides 3o-4o
- 10 Géminides 12-17 juillet 60
- II Géminides , ( 32
- 12 Aurigaéides — 2 3 juillet-4 août 20
- i3 Perséides 18G2-III visuel q-i4 août
- i4 Draconides Giacobini-Zinner. — 10 octobre
- i5 Orionides Halley — 16-22 octobre
- l6 Léonides 1866-1 — i4-i8 novembre
- 17 Andromédides .... — 17-23 novembre
- 18 Géminides. • . . 9-12 décembre
- 1. Pour les positions des radiants, se référer à la ligure 6.
- nomme les essaims de météores. On a pu établir que plusieurs de ces essaims suivaient l’orbite de comètes bien connues (tableau I), comme si ces astres laissaient derrière eux un sillage de poussière. Pendant la traversée de l’essaim, la fréquence des météores augmente énormément, on peut en voir plusieurs par seconde pour les nuages denses, et, par un effet de perspective, ils semblent tous rayonner autour d’un même point du ciel. Ce point est le radiant de l’essaim. Il est d’usage de donner aux essaims de météores le nom de la constellation qui contient leur radiant ; on a ainsi les Bootides de la constellation du Bouvier, les Lyrides, les Perséides, les Orionides, les Léoni-des du Lion, les Andromédides et les Géminides (Cette énumération respecte l’ordre chronologique des apparitions des essaims au cours d’une année).
- L’observation visuelle des météores est pénible et fastidieuse, elle exige de la part de l’observateur beaucoup de patience et une connaissance approfondie de la carte céleste pour la détermination des trajectoires et, par suite, des radiants. Étant donnée la rareté relative des météores, un observateur solitaire ne récolte qu’un petit nombre d’observations et il a fallu que des groupements d’amateurs d’astronomie (sous l’impulsion de l’astronome Ôpik en particulier) unissent leurs efforts pour faire progresser notre connaissance dans ce domaine de la science.
- Météores et cosmogonie. — Il est en effet d’une très grande importance de connaître la répartition de cette poussière météorique dans les espaces immenses de l’Univers : si les
- .240 _
- Heures T. (J.
- Fig. 3. — Type de graphique montrant la variation apparente de la distance des météores d’un même essaim, en fonction du temps.
- (D’après Lovell et Clegu).
- météorites sont groupées autour de notre Soleil et font partie de son système de planètes, leur intérêt n’est pas bien grand car leur masse totale, dans ce cas, n’est pas considérable; si, par contre, ils étaient aussi nombreux entre les étoiles de notre galaxie qu’aux alentours de la Terre, on pourrait les considérer comme des matériaux importants pour l’édification des soleils. Si, enfin, on pouvait démontrer qu’il en existe aussi entre les nébuleuses spirales, les Univers-îles de Humboldt, leur importance relative deviendrait alors prodigieuse.
- Mais comment atteindre a une telle connaissance sur d’infimes particules aussi lointaines alors que, enfermés dans notre modeste observatoire terrestre, nous ne voyons que celles qui s’illuminent dans la mince (x) pellicule atmosphérique comprise entre 8o et 120 km d’altitude.
- La mécanique céleste va nous fournir la solution du problème. Tout corps : planète, comète ou météorite, si petit soit-il, tournant autour du Soleil, le fait à une vitesse dépendant de sa distance à cet astre. Pour une distance de i5o millions de kilomètres, rayon de l’orbite terrestre, on démontre que cette vitesse ne peut pas dépasser une quarantaine de kilomètres par seconde; donc, si nous voyions passer un météore ayant, relativement au Soleil, une vitesse supérieure à ce chiffre, on pourrait avec certitude en conclure qu’il n’appartient pas au royaume solaire et qu’il décrit une courbe ouverte, une hyperbole, s’enfonçant dans l’espace sans limites.
- On voit qu’il est nécessaire de déterminer la vitesse des météores, comment y parvenir ? Une méthode visuelle consiste à observer les météores dans un miroir oscillant autour d’un axe vertical; dans un tel appareil, les étoiles fixes du ciel décrivent des petits cercles et les météores des courbes comportant un nombre de boucles d’autant plus grand que leur vitesse est plus réduite. Cette méthode très ingénieuse, mais trop subjective avait conduit Opik, après plusieurs séries d’observations faites par un grand nombre d’observateurs, à conclure qu’il existait parmi les météores observés un fort pourcentage de vitesses hyperboliques et que, par suite, le système solaire s’enfuyait
- 1. Une couche atmosphérique de 40 km a, toutes proportions gardées, l’épaisseur d’une coquille d’oeuf.
- p.290 - vue 298/406
-
-
-
- 291
- Fig. 4. — Variation de la distance moyenne des météores observables dans un essaim, en fonction du temps.
- vers l’Apex à travers d’énormes masses de fragments météoriques. L’astronome américain Whipple entreprit de son côté d’autres expériences en photographiant les météores au moyen d’une chambre photographique fixe devant laquelle tourne un disque obturateur percé de trous équidistants. La traînée d’un météore s’inscrit alors en pointillé sur le cliché, les points étant d’autant plus espacés que l’objet se déplace plus rapidement. Avec deux de ces appareils placés aux extrémités d’une base géodésique, on peut déterminer la trajectoire du météore ainsi que sa vitesse. Whipple a pu constater que sur tous les clichés utilisables pour ses mesures, aucun météore n’avait de vitesse hyperbolique, ils appartenaient donc tous à notre système solaire. Toutefois les statisticiens ont fait remarquer que le nombre de clichés obtenus par Whipple (pendant de nombreuses nuits d’observation au cours desquelles des milliers de plaques photographiques avaient été utilisées) ne s’élevait qu’à quelques dizaines et ne permettait pas de conclure à l’évidence expérimentale. C’est alors que la technique du radar arriva juste à point pour départager les partisans des deux théories.
- Le radar détecte les météores. — Dès les premières heures de la dernière guerre, les opérateurs du radar sur ondes métriques remarquaient, de temps à autre, des « échos » fugitifs, à très grande distance, que l’on ne pouvait attribuer à aucun avion. Les physiciens britanniques et particulièrement J. S. Hey, eurent tôt fait de démontrer que ces échos étaient produits par les météores. Après les hostilités, quelques expériences furent faites (1), aux États-Unis en particulier. C’est ainsi que le 9 octobre 1946, vingt et une stations de radar ont pris la veille entre 20 h 3o et a3 h (heure légale de l’Amérique orientale) dans le but d’enregistrer le passage de l’essaim des Draconides (2). Les émetteurs, de différents modèles, utilisaient des ondes de 3 m, 0,6 m, o,3 m, 10 cm et 3 cm. De nombreux échos sur les météores furent observés sur la longueur d’onde de 3 m, tandis que les radars à ondes plus courtes ne décelèrent pratiquement rien. La figure x montre une photographie de l’écran du radar enregistrant un superbe écho météorique à une distance de 188 km. L’appareil utilisé dans ce cas n’avait qu’une portée de 24o km; c’est insuffisant pour une bonne observation des météores dont la distance à un observateur peut atteindre 1 100 km.
- L'énigme des échos. — Comment un corps aussi petit qu’une météorite (qui, comme on l’a vu plus haut, a des dimensions de l’ordre du millimètre) peut-il réfléchir les ondes radio et par quel paradoxe renvoie-t-il mieux les ondes métriques que les ondes centimétriques ?
- L’écho ne se produit pas sur la météorite elle-même, mais
- 1. Voir : La détection des météores par la radio, par M. Laffineur. L’Astronomie, t. 62, avril 1948, pp. 120-124.
- 2. L’essaim des Draconides, peu important l’an dernier, peut être observé au début de l’automne. Il est composé de météorites qui parsèment l’orbite de la comète Giaccobini-Zinner, comète périodique accomplissant sa révolution autour du Soleil en 6,58 années.
- sur la traînée qu’elle laisse derrière elle. Imaginons en effet les phénomènes qui accompagnent l’impact d’une météorite sur notre atmosphère :
- Le petit fragment matériel rencontre à grande vitesse des molécules gazeuses, elles pénètrent dans le réseau cristallin en; élevant la température de l’objet; des électrons sont arrachés aux atomes et éjectés autour de la trajectoire qui s’enrobe ainsi d’une gaine d’ions chargés d’électricité. Ces ions s’écartent de la trajectoire jusqu’à ce qu’ils rencontrent un ion de signe contraire et se recombinent avec lui. Comme l’atmosphère, à une altitude de 100 km est un milieu très raréfié, les distances entre particules sont relativement grandes et les ions parcourent ainsi de longs trajets avant de se recombiner. Cela assure une certaine durée à la gaine ionisée que la météorite laisse derrière elle.. Ce sont les électrons de cette gaine qui réfléchissent les ondes du radar; la traînée agit ainsi comme un fil métallique (un fil réflecteur analogue à ceux que l’on dispose derrière les antennes directives des stations d’émission).
- Un tel réflecteur filiforme ne renvoie les ondes hertziennes vers l’émetteur que si ces ondes arrivent perpendiculairement sur la trajectoire. Cette remarque montre qu’il est possible, par une sexde observation, de connaître le plan dans lequel se déplace le météore.
- Observation radioélectrique des météores. — L’observation au radar des météores a été entreprise sur une grande échelle dans une station expérimentale dépendant de l’Université de Manchester (Grande-Bretagne). De grands physiciens britanniques pensèrent que l’étude de ces particules matérielles circulant à des vitesses irréalisables actuellement en laboratoire ne pourrait qu’augmenter nos connaissances dans divers domaines et ils encouragèrent le Professeur Lovrell à créer cette station d’études spécialisées.
- De puissants appareils de radar émettant principalement sur une longueur d’onde de 4,i m fonctionnent jour et nuit. Une grande antenne composée, très directive, est montée sur un affût orientable dans toutes les directions et projette dans l’espace son faisceau d’énergie rayonnante (fig. 2). Des récepteurs très sensibles détectent les échos qui sont ensuite photographiés automatiquement sur l’écran d’un oscillographe cathodique. Des méthodes ont été élaborées pour déterminer la direction d’arrivée des essaims et, par suite, leurs radiants.
- Quand notre Terre traverse un essaim de météores, l’appareil de radar, braqué dans une direction fixe vers un point de l’horizon, enregistre successivement des météores dont la distance est de plus en plus grande à mesure que l’heure avance. Dans
- Fig. S. — Un des réseaux directifs composé de douze antennes du type Y agi, servant à la détermination des radiants des essaims de
- météores.
- (Jodrell Bank Experimental Station, Université de Manchester).
- p.291 - vue 299/406
-
-
-
- 292
- d’autres cas, la distance d’abord grande devient de plus en plus petite. De toutes façons, la distance des météores observés dans une direction fixe croît ou bien- décroît en fonction du temps (fig. 3). Cette obsei'vation a intrigué les expérimentateurs qui ont bientôt trouvé la cause de cette variation de distance. Elle est purement géométrique. Considérons l’antenne d’un radar dirigée dans le plan du méridien, visant le Sud par exemple. La figure 4 montre une section de la surface terrestre par ce plan méridien. Le radar est en O; en F est la couche atmosphérique, relativement mince dans laquelle appai'aissent et disparaissent les météores; soit a un point de cette couche : pour qu’une trajectoii'e de météore passant en a soit détectée par le radar, il faut qu’elle soit perpendiculaire à Oa, c’est-à-dire contenue dans un plan dont la trace est aP. Le même raisonnement s’applique pour des points b et c auxquels correspondent des plans Q et R. Tous les météores d’un essaim ont des trajectoires parallèles ; la direction commune de ces trajectoires se trouvera devenir parallèle successivement aux plans P, Q, R entraînés par la rotation terrestre et, par suite, les météores
- •' LA VIERGE
- IL SERPENT
- .E PETIT CHIEN • * /
- HERCULE
- DJjAGOfr
- >8 LE COCHER PE Tl TE,OURSE Av*
- C'A LYRE
- lORION
- L AIGLE.
- , • pers.ee-
- Andromède
- PÉGASE
- les-^roissons
- LE VERSEAU
- Fig. S. — Carte générale des radiants des principaux essaims de météores de l’hémisphère boréal.
- Les numéx-os d’ordre correspondent à ceux du tableau I. Les cercles blancs se rapportent aux essaims de jour, les cercles noirs aux essaims de nuit-
- paraîtront provenir exclusivement du point a, puis du point b, puis du point c, donc de distances décroissantes, ce qui explique la figure 3. En disposant deux antennes réceptrices faisant entre elles un certain angle (fig. 5), le Professeur Lovell a pu calculer les radiants des essaims observés.
- Les essaims de jour inconnus jusqu’ici. — Une des
- caractéristiques les’plus avantageuses de l’observation des météores par le radar, en plus de l’automatisme des opérations, est qu’elle peut se faire aussi bien de jour que de nuit. Trois années d’observation continue ont permis de détecter ainsi de nouveaux essaims de météores survenant principalement au printemps et en été, observables exclusivement pendant le jour. Rien entendu, les essaims déjà connus ont été détectés également de nuit et avec une précision accrue. La figure 6 montre une carte générale des radiants des essaims mise à jour grâce au radar.
- Il est remarquable de constater que ces nouveaux météores diurnes sont bien plus nombreux que dans les essaims de nuit, nous sommes ainsi frustrés de bien beaux spectacles naturels,
- puisque dans certains cas la fréquence moyenne d’apparition de ces météores est 200 feis plus grande que pour les plus beaux essaims connus (1). On pourrait même se demander si la lumière solaire n’aurait pas une influence sur l’ionisation météorique, ce qui pourrait expliquer l’importance extraordinaire des essaims de jour, mais l’observation d’essaims connus qui sont a à cheval » entre le jour et la nuit ne permet de déceler aucune particularité de ce genre.
- Mesure des vitesses des météores. — Nous avons vu plus haut que c’était la traînée ionisée laissée derrière elle par la météorite qui réfléchissait l’onde du radar quand la direction d’arrivée de celle-ci se trouvait être perpendiculaire à la trajectoire. Si, au lieu de mesurer simplement la distance du météore, comme dans le cas de la figure 1, on se propose de mesurer l’intensité de l’écho reçu, pendant-tout le temps durant lequel la traînée ionisée conserve ses propriétés réfléchissantes (avant de se dissiper par recombinaison des ions formés), on observe alors un phénomène qu’illustre la figure 7. Cette photographie de l’écran d’un oscillographe cathodique représente la tension de sortie du récepteur de radar pendant 0,26 s après le passage d’un météore à 375 km de la station; les traits verticaux sont les échos successifs des 66 trains d’ondes émis par l’appareil pendant ce temps si bref. L’écho, d’abord faible, augmente d’intensité au fur et à mesure que la traînée ionisée traverse plus complètement le faisceau du radar, puis on distingue des oscillations de cette intensité suivies d’une rapide décroissance due à la dissipation de l’ionisation. A quoi sont dues ces oscillations ? Le professeur Lovell, de Manchester, qui a réalisé ces mémorables expériences, a démontré qu’il s’agissait d’un phénomène d’interférences : la réflexion ne se produit pas seulement suivant la perpendiculaire à la traînée, mais aussi dans un petit angle de part et d’autre de cette perpendiculaire (au total 3 degrés environ), les ondes réfléchies par les différentes parties de la traînée comprises dans cet angle arrivent au récepteur avec des phases différentes. Comme dans les expériences d’interférences sur les ondes lumineuses, les intensités peuvent, soit s’ajouter, soit se retrancher. Le météore joue dans ce cas le rôle du bord d’un écran qui se déplacerait en fonction du temps, tandis que le récepteur, enregistrant les intensités successives, matérialise point par point la figure d’interférence reproduite ci-contre. Connaissant la distance du météore (déduite d’une mesure au radar normal) et l’écartement des franges d’interférence sur l’oscillogramme, il est facile, en tenant compte des constantes de l’instrument, de calculer la vitesse de déplacement du météore. Le météore de la figure 7 observé le 6 décembre 1949, avait une vitesse de 61,7 + 2,0 km/s.
- De telles mesures, simples en théorie, sont d’une interprétation délicate. De multiples causes d’erreurs viennent entacher les résultats qui doivent faire l’objet des réductions que permet le calcul des probabilités. Toutes opérations faites, la conclusion de plusieurs milliers de mesures est que les météores dont la masse est supérieure ou égale à un milligramme, ont des vitesses inférieures ou égales à 73 km par seconde; donc ils appartiennent au système solaire, ils gravitent autour de l’astre central qui les entraîne, comme nous-mêmes, à travers les immenses espaces de la galaxie. Est-ce à dire qu’il n’existe pas de météores à vitesses hyperboliques ? Non, pas exactement, mais ces météores, s’ils existent, sont extrêmement petits et il faudra perfectionner encore les dispositifs de détection pour étudier cette poussière cosmique.
- Les météores et la radiodiffusion. — Certaines particularités de la haute atmosphère terrestre restent encore mystérieuses pour nous : la lumière diffuse du ciel nocturne n’est
- 1. Il est bon de remarquer ici que trois années d’observations représentent un bien petit intervalle de temps pour de tels phénomènes ; il est fort possible que dans l’avenir le déséquilibre relatif signalé s’inverse com-( plètement.
- p.292 - vue 300/406
-
-
-
- 293
- pas encore entièrement expliquée. De même, l’ionisation nocturne de la haute atmosphère qui rabat sur nos antennes les ondes de la radio et nous permet ainsi d’écouter les programmes des stations étrangères, n’a pas reçu, elle non plus, d’explication définitive. Pourtant, ce problème nous intéresse directement, industriellement et financièrement, pourrait-on dire, quand on connaît l’importance actuelle de la radio.
- Des physiciens, se penchant sur ce problème, ont cherché sa solution dans l’arrivée des météores dans ces hautes couches atmosphériques; les sondages de l’ionosphère par échos radioélectriques montrent que.l’altitude moyenne d’une des couches qui réfléchissent les ondes de nos stations émeltrices, la couche E (ou couche d’Heayiside), correspond précisément à l’altitude moyenne des météores. Us ont calculé que l’énergie cinétique de tous les météores, gros et petits (x), que la Terre intercepte à chaque instant, suffirait à ioniser l’atmosphère à un taux suffisant pour rendre compte de la persistance nocturne de la couche E. Cette séduisante théorie ainsi présentée, est actuellement combattue, car elle suppose que toute l’énergie cinétique des météores sert à ioniser l’atmosphère : or, il semble qu’une très petite partie de celte énergie est en réalité dissipée sous cette forme, un dix-millième environ. Par suite, les météores ne pourraient pas former une couche ionisée continue, suffisamment dense pour réfléchir les ondes de la radiodiffusion. A cela, on objecte avec raison que l’existence d’une couche continue n’est pas nécessaire pour provoquer une telle réflexion et que la présence dans la haute atmosphère, à un instant donné, de nombreuses traînées météoriques fortement ionisées localement peut se comporter comme un réseau de conducteurs, une sorte de toile métallique à grandes mailles, et réfléchir les ondes malgré le nombre relativement faible des ions présents à cet instant.
- Signalons en passant que les météores peuvent, dans certaines conditions, produire de brefs sifflements dans un récepteur de radio réglé sur ondes courtes (dix à vingt mètres environ) en présence de l’onde porteuse d’une station émettrice non modulée. Le phénomène s’explique ainsi : dans le récepteur se superposent deux ondes, l’une, directe venant de la station et l’autre, réfléchie par le météore en mouvement. Par suite de l’effet Doppler-Fizeau (3), la fréquence de cette dernière varie avec le temps, provoquant ainsi à un certain moment des « battements » de fréquence audible. Une théorie plus récente conduisant aux mêmes résultats fait intervenir l’effet de diffraction décrit plus haut à propos de la mesure des vitesses.
- Météores persistants. •— Certains météores laissent, après leur passage, un sillage lumineux qui reste visible assez longtemps après la disparition du projectile céleste. Ce sillage devient de plus en plus diffus et disparaît lentement. On en a observé qui ont persisté pendant plusieurs dizaines de minutes et se sont même déformés avant de s’évanouir comme le font les sillages d’avions sous l’influence des vents en altitude. L’une de ces traînées, photographiée au Canada peu après le coucher du Soleil, a persisté pendant une heure et demie; il s’agissait, de toute évidence, d’un nuage de matière pulvérisée laissée derrière lui par le gros météore et éclairée par les rayons rasants du
- 1. L'observation montre que le nombre des météores faibles est bien plus grand que celui des météores brillants ; pour un météore aussi brillant que la belle étoile Sirius, on peut en compter cent tout juste perceptibles à l’œil nu. Il faut remarquer toutefois qu’il y a une limite inférieure à la grosseur des météores, elle est déterminée par le flux de rayonnement du Soleil dont la pression de radiation balaye les très petites poussières qui ont un très grand rapport surface/volume. A. la distance de la Terre, on peut ainsi considérer qu’il ne doit pas exister de météores inférieurs à la trentième magnitude.
- .2. L’effet Doppler-Fizeau est le phénomène par lequel le son. émis par une source en mouvement, le sifflet d’une locomotive par exemple, paraît plus aigu quand la source s’approche de l’observateur et plus grave quand elle s’éloigne. On le remarque fort bien dans le bruit du moteur d’un avion qui passe au-dessus de notre tète. Il apparaît dans tous les phénomènes ondulatoires et en particulier pour la lumière et les ondes radioélectriques.
- Soleil (bien que le Soleil fût couché, à ioo km d’altitude le nuage se trouvait encore en dehors de l’ombre de la Terre).
- Bien plus mystérieuses sont les traînées persistantes survenant au milieu de la nuit, donc dans l’ombre complète. L’observation au radar révèle également des échos persistants pendant plusieurs dizaines de secondes. Aucune explication satisfaisante de ces phénomènes n’a encore été proposée. Les conditions physiques dans lesquelles ils se produisent : atmosphère ultra-raré-fiée, énormes vitesses des petits projectiles, longs parcours, etc., n’ont pas pu, jusqu’ici, être reproduites au laboratoire; les chercheurs doivent se contenter de l’observation de la nature, quelles que soient les difficultés rencontrées (dues surtout à la
- Fig. 7. — Échos successifs obtenus sur une même traînée météorique au fur et à mesure de son passage au travers du faisceau d’ondes émis par l’antenne de la figure 1.
- (Photo originale obligeamment communiquée par M. le Prof. Lovell).
- grande distance de l’observateur au météore et au caractère aléatoire du phénomène).
- Ces recherches ont été principalement conduites jusqu’ici en Grande-Bretagne et aux États-Unis, souvent avec des moyens importants. Elles ont abouti à des résultats d’un grand intérêt scientifique, mais laissent encore bien des problèmes à résoudre. Nous devons nous réjouir d’apprendre que la science française ne se désintéresse pas de ces importantes questions et qu’une étude est engagée grâce à la coopération du Bureau ionosphéri-que français, de l’Institut d’Astropliysique du C.N.R.S. et de l’Observatoire de Paris.
- M. Laffineur,
- Ingénieur à l’Institut d’Astrophysique de Paris.
- Des langoustes qui apprennent.
- llans des notes publiées au Journal of the marine biological Association, M. Douglas P. Wilson conte quelques observations qu’il a faites au laboratoire de Plymouth. En voici une assez curieuse. On avait mis dans un bac d’eau de mer quelques Langoustes et des Bernards l’hermite dans leur coquille de Buccin couverte d'une Actinie. Pendant quelques mois, tout le monde fit bon ménage. Mais vint un moment où la nourriture fut rare et les Langoustes affamées attaquèrent les Bernards l’hermite, les sortirent de leur coquille et mangèrent leur mol abdomen. L’abondance revenue, les Langoustes conservèrent leur fâcheuse habitude, si bien qu’il fut impossible désormais de garder des Bernards dans cet aquarium. Mis dans un autre bac, avec des Langoustes neuves qui n’avaient rien appris, ils restèrent saufs et la paix régna de nouveau dans le royaume des ondes. Les premières Langoustes avaient donc découvert un mets inhabituel et appris à le préférer ; singulière adaptation !
- p.293 - vue 301/406
-
-
-
- Extension de l’aire de de quelques oiseaux
- nidification
- européens
- D’une façon très générale on peut admettre que chaque espèce animale possède une aire de répartition constante ou tout au moins se modifiant de manière insensible, et cela bien entendu à condition que l’action humaine n’intervienne pas, soit par destruction directe, ou, comme cela se passe le plus souvent, par action sur le milieu.
- De très nombreuses espèces présentent il est vrai des variations périodiques d’habitat, plus ou moins régulières, d’amplitude et de périodes très diverses. Ces variations du nombre d’individus, très mal connues d’ailleurs, peuvent amener l’espèce à déborder, pendant les. périodes de maxima, la limite habituelle de son aire de répartition. Parmi les oiseaux de nos régions on peut faire entrer probablement dans ce cas l’extension prise quelques années avant la dernière guerre par la Cisticole des joncs, Cisticola juncidis (Rafmesque). Cette minuscule fauvette, sédentaire dans les marais des régions côtières méditerranéennes, avait atteint les marais de la Vendée au sud de Noirmoutiers et les marais des Dombes. Le dur hiver de 1939-1940 l’a anéantie partout. En sens inverse on pourrait citer un Corvidé, le Crave, Pyrrhocorax pyrrhocorax (L.), qui, autrefois commun dans les Alpes, y est devenu extrêmement
- FAR OER
- SHETLANDS
- HEBRIDES StKilda eX
- Cftambourough
- SORLINGUES
- Oüessant #
- Fig. 1. — Zone d’extension du Fulmar.
- Les traits noirs en bordure des côtes marquent les emplacements de colonies où la ponte est effective, les zones pointillées indiquent les colonies
- nouvelles.
- rare sans qu’on puisse fournir de cela une raison plausible ; en effet le Cbocard, Pyrrhocorax graculus (L.), espèce voisine qui semble avoir les mêmes besoins vitaux et qui vit dans les mêmes régions de rochers, maintient partout ses effectifs. Il est curieux de constater que cette diminution n’a pas affecté que les Craves des Alpes, mais aussi ceux qui vivent dans les rochers des côtes dé l’Atlantique, sans aucun lien avec les populations alpines de la même espèce. En Angleterre cette diminution a été attribuée à la destruction par le Faucon pèlerin, Falco percgrinus Tunstall ; on ne voit pas pourquoi cette action serait plus importante maintenant qu'autrefois ; d’ailleurs depuis quelques années la diminution semble arrêtée et les effectifs restent stationnaires.
- Mais il est aussi des cas où une espèce étend d’une façon considérable et en général brusquement son aire de répartition, colonisant des territoires dont le climat, en particulier, peut être très différent de celui dont elle est partie.
- Voici par exemple parmi les oiseaux marins le cas, bien étudié par les ornithologues anglais, du Fulmar, Fulmarus glacialis (L.). Ce pétrel avait des colonies dispersées dans l’Atlantique nord, de la Nouvelle Zombie et la terre François-Joseph à la terre de Baffin en passant par l’Islande, avec un poste avancé vers le sud à l’île Saint-Kilda à l’ouest des Hébrides. Vers 1820, les colonies islandaises ont commencé à s’étendre de façon considérable et ont colonisé les îles Far-Oer où l’espèce est maintenant abondante. En 1S78, une colonie apparaissait à l’île Foula, au sud-ouest des Shetlands, puis les Shetlands et le nord de l’Ecosse furent colonisés à leur tour et à partir de 1900 environ un courant descendait le long de la côte est de l’Angleterre où des colonies existent depuis 1922 jusque vers le cap Flambourough. En même temps un autre courant descendait le long de la côte ouest d’Irlande, gagnait le sud de l’Irlande, le sud du Pays de Galles et la Cornouaille, puis les îles Sorlingues et atteignait Oüessant. Les zones comprises entre ces courants principaux n’ont reçu les colonies du Fulmar que très tardivement : la mer d’Irlande n’a vu nicher des Fulmars qu’en 1932 et l’île de Skye, pourtant peu éloignée de Saint-Kilda, en 1930 (fig. 1).
- L’installation du Fulmar sur ses colonies ne se fait pas sans préparation. Tout se passe comme si les emplacements étaient « essayés » plusieurs années avant d’être effectivement utilisés à la nidification. C’est le cas actuellement des colonies les plus méridionales — celle d’Ouessant en particulier : les oiseaux s’ÿ installent, choisissent des emplacements de nids et passent leur temps à un simulacre de couvaison sans qu’aucun œuf soit déposé. Le même phénomène a été constaté dans les colonies où la reproduction est maintenant effective et tout laisse supposer que des lieux comme Oüessant verront bientôt' la nidification du Fulmar.
- La progression considérable de ce Pétrel (on estimait en 1939 à 120 000 le nombre d’individus niebeurs en Grande-Bretagne) est d’autant plus remarquable que l’espèce, comme tous les Procella-riidés, est peu prolifique, un seul œuf étant pondu chaque année.
- Dans le même ordre d’idées, mais sur une bien moins grande échelle on constate actuellement l’avance vers le sud du Fou de Bassan, Sula bassana (L.), dont les colonies réparties dans l’Atlantique nord ne descendaient pas au delà du Pays de Galles (Grass-holm) et de la côte sud d’Irlande (Little Skellig et Bull Rock). En 1940, ils nichèrent à l’île anglo-normande d’Aurigny et en 1942 à la Téserve des Sept-Iles en Perros-Guirec (Côtes-du-Nord). Il se peut même qu’en ce dernier point il y ait eu des pontes en 1940, les événements ayant à cette époque empêché un contrôle précis.
- ’ Pour passer maintenant à des oiseaux terrestres, on pourrait citer le cas du Cini, Serinus canaria (L.), dont l’extension vers le nord a fait l’objet de publications nombreuses. Rappelons seulement que cette espèce méditerranéenne s’est étendue dans toute
- p.294 - vue 302/406
-
-
-
- 295
- la France où pratiquement elle niche partout en grand nombre. Normalement migratrice, elle tend à hiverner de plus en plus dans les régions à hivers doux.
- Deux espèces arrivent actuellement en direction de notre pays, venant de l’est, la Grive litorne et la Tourterelle turque (fig. 2).
- La Litorne, Turdus pilaris (L.), est une Grive bien connue dans toute la France comme hôte d’hiver et qui niche dans les régions septentrionales d’Europe et d’Asie. En Europe, sa zone normale de nidification comprend les pays Scandinaves jusqu’à l’extrême nord de la Norvège, tout le nord de la Russie jusqu’à une ligne Kiew-Saratov au sud, et la Prusse orientale. Quelques cas isolés de nidification avaient Lien été signalés très accidentellement ailleurs, en particulier en Hollande et dans l’Est de la France, mais il est vraisemblable que, tout au moins pour le plus grand nombre, il y avait eu confusion ou erreur d’observation. Aux environs de 1S70, partant de Prusse orientale, la zone de nidification de la Litorne s’est étendue régulièrement en direction sud-ouest à travers l’Allemagne. Par la Haute-Bavière elle a atteint vers 1924 la Suisse orientale et est actuellement bien établie en plusieurs points de Suisse Romande. Elle atteint le Jura Bernois dans les Franches Montagnes, là où le Doubs forme la frontière entre la France et la Suisse. Il y en a des colonies prospères dans la vallée de la Broyé au nord de Montreux et, de l’autre côté du lac Léman, dans la vallée de Morgins près de la frontière de Haute-Savoie. Partout elle est en progression et en 1949 un nouveau poste avancé a été découvert à Bussy-sur-Morges, à 15 km environ à l’ouest de Lausanne. Il paraît vraisemblable que cette Grive va bientôt faire son apparition dans notre pays, probablement dans le Jura. Les nids sont généralement en petits groupes (jusqu’à 10 couples nichant près les uns des autres) dans les rangées d’arbres le long des cours d’eau ou en lisière des forêts.
- Si la Litorne a toujours été bien connue en Europe occidentale comme hôte d’hiver, la Tourterelle turque ou Tourterelle rieuse, Streptopelia decaocto (Frivalski), est un oiseau dont les captures signalées dans nos régions provenaient toujours d’échappés de captivité ; c’est en effet une Tourterelle très voisine de l’oiseau de cage si répandu dont elle est probablement la souche sauvage ; elle est entièrement grisâtre avec un étroit collier noir bordé de blanc sur les côtés du cou. Jusqu’en 1930, cette espèce asiatique ne pénétrait en Europe que dans les Balkans, la Bosnie étant sa zone la plus avancée. A partir de cette date elle a commencé à s’étendre vers le nord, atteignant la Hongrie en 1932, puis la Slovaquie et l’Autriche où sa nidification fut constatée en 1943 à Vienne même. Elle s’étendit ensuite vers l’ouest et le nord-ouest et était signalée en 194S à Ludwigsburg, dans le Wurtemberg, à Nuremberg et à Celle, dans le Hanovre. En 1949, sa progression a continué : elle a été vue à l’ouest du Rhin à Ingelheim, en Hesse, à nouveau. dans le Hanovre et jusque dans l’île de Hid-densee, près de Rügen, sur la Baltique, à 1 200 km de Belgrade, un de ses postes avancés de 1930. Sa présence aurait été constatée aussi en Suisse dans le canton d’Argovie.
- On ne sait encore ce qu’il faut penser de l’extension si rapide de cet oiseau pendant ces dernières années. La présence d’individus en quelques points très éloignés l’un de l’autre est évidemment un fait à retenir, mais cela ne veut pas dire que la Tourte-
- Ingeheirn
- Nuremberg * 1948
- Ludwiqsburq
- • IO/. Q ^ 'A
- Vienne
- Budapest
- 1932
- Belgrade
- BOSNIE
- Fig. 2. — Progression de la grive litorne et de la tourterelle turque.
- La flèche indique le sens général de la progression de la grive litorne ; la zone hachurée autour du lac Léman, ses points de nidification les plus occidentaux. Les noms de villes et les dates jalonnent l’avance de la tourterelle turque.
- relie s’établira définitivement partout ; en tout cas sa reproduction a été constatée en 1949, près de Munich, confirmant ainsi l’avance déjà engagée.
- Ces extensions dont jusqu’à présent les causes profondes nous échappent, constituent un problème des plus intéressants pour le biologiste. Elles touchent de très près à la question de l’équilibre dans la nature, équilibre trop souvent modifié par l’homme qui ne sait pas prévoir les conséquences souvent néfastes de son intervention.
- Il faut reconnaître que l’étude de tels problèmes présente de grandes difficultés, principalement en raison de l’inattendu des phénomènes. C’est là que la contribution du plus grand nombre possible d’observateurs locaux — à condition qu’ils aient l’expérience des observations sur le terrain (’) — peut rendre les plus grands services. Leurs résultats rassemblés ensuite par des naturalistes compétents doivent permettre des études générales de ces remarquables phénomènes.
- Paul Bauruel,
- 1. Pour la connaissance des oiseaux sur le terrain, voir en particulier : Paul J'ÎAnruiKL. Les Oiseaux dans la Nature. Description et identification pratique sur le terrain des espèces de France, Suisse et Belgique. Payot, éditeur.
- Analyse des fibres de coton.
- La connaissance du degré de maturité des fibres de coton, très précieuse quand il s’agit de fabriquer des tissus de première qualité, est facilitée grâce à un nouveau procédé chimique uilisé par l’industrie cotonnière américaine.
- Mise au point par des experts du Bureau of Agricultural and Industrial Chemistry du ministère de l’Agriculture des États-Unis, cette méthode utilise un mélange de colorants rouges et verts qui permettent de vérifier comment les fibres réagiront
- au cours du tissage et des divers traitements en manufactures.
- Supérieur à l’examen microscopique des fibres individuelles, jusqu’ici considéré comme le seul moyen sûr mais lent, compliqué et onéreux, pour définir le degré de maturité, le « test des colorants » serait le meilleur qu’on ait réussi jusqu’à présent à mettre au point dans ce domaine. Lorsqu’on les soumet à ce test, les fibres de coton mûres deviennent rouges et celles qui ne sont pas mûres tournent au yert.
- p.295 - vue 303/406
-
-
-
- 296
- Le problème du riz
- De même que le blé est considéré comme l’aliment de base dans le ravitaillement occidental, le riz est la grande ressource du continent asiatique. Son importance est même bien plus grande, puisque la part du pain a diminué chez nous à mesure que la nourriture se diversifiait, que les conditions de vie s’amélioraient, tandis que dans beaucoup de régions d’extrême-orient, le riz est resté dominant dans la constitution de la ration. Tout au plus, a-t-il perdu sa prééminence dans les ports de la côte pacifique et les villes voisines où les Américains (États-Unis et Canada) ont cherché, dans la période d’entre les deux guerres, un exutoire à leurs excédents de récoltes de blé en y créant des silos et des minoteries industrielles. De ce fait, les populations en contact avec le reste du monde ont appris à délaisser le i'iz et à lui préférer le pain. Partout ailleurs, le riz est resté l’aliment essentiel et son rôle ne fait que grandir depuis que l’est asiatique se trouve appauvri et s’isole de la mer.
- On peut dire que le riz est la nourriture d’une moitié de la population du globe, soit un milliard d’individus, accumulés, pressés dans les vallées, de la Chine aux Indes, On estimait sa consommation à un demi-kilogramme par personne et par jour avant la guerre; il n’est plus distribué que i4o g dans les régions urbaines rationnées de l’Asie.
- Ce problème est préoccupant à bien des points de vue et il est aujourd’hui posé devant la F. A. O. (Food and Agriculture Organization) de l’O. N. U.
- M. II. G. Clowes vient de l’examiner dans la revue anglaise Nature (29 juillet 1950) et nous lui empruntons les renseignements qui suivent :
- La production mondiale de riz est d’environ 1/17 000 000 de t, dont i36 000 000 en Asie. Elle a retrouvé cette année à peu près son niveau d’avant-guerre, comme le montre le' tableau suivant publié par M. Clowes, qui indique la récolte de paddy (riz non décortiqué) en millions de t, dans les principales régions de culture :
- Pays Avant-guerre 1949-50
- Chine 52,1 46,7
- Inde 32,2 33,2
- Pakistan 11,2 12,3
- Japon .. ’ 11,0 11,3
- Indonésie 9,9 9,9
- Siam 4,4 5,6
- Indochine 6,3 0,0
- Burina 7,0 4,2
- Corée 3,9 3,5
- Philippines 9 9 2,5
- Brésil 1,4 2,5
- États-Unis 1,0 1,8
- Égypte 0,6 1,2
- Totaux :
- Asie 142,3 136,1
- Antres pays 7,0 10,8
- Monde entier 149,3 146,9
- Sans importations d’autres céréales — même si la répartition était aisée et équitable, sans prélèvements de certains occupants — cela ne ferait qu’une ration de disette pour des populations en constant accroissement. Aussi la F, A. O. a-t-elle créé une commission internationale du riz qui groupe des représentants de 17 états, a son siège à Bangkok et se préoccupe des moyens d’augmenter les ressources disponibles.
- Ces moyens sont de diverses sortes : choix des bonnes variétés de riz, amélioration des irrigations et des cultures, lutte contre les parasites, procédés mécaniques de récolte et de battage, conservation des stocks, utilisations alimentaires.
- On connaît, rien qu’aux Indes, plus de 2 000 variétés de riz. Certaines s’adaptent mieux aux conditions de climat et de ter-
- rain, donnent plus de grains, moins de paille, des grains plus gros; elles résistent mieux aux maladies et aux parasites, quelques-unes supportent les sols salés. Une sélection est à faire des meilleurs types, en petit nombre, qui seraient d’abord distribués comme semences.
- La précocité est une qualité précieuse; les variétés qui la possèdent demandent moins d’eau, ont une paille plus courte et plus résistante qui permet les battages mécaniques ; dans certaines régions, on pourrait en obtenir deux récoltes par an au lieu d’une.
- Les ennemis du riz sont nombreux. Dans l’Inde et au Japon, on connaît une sorte de nielle, Piricularia oryzae, qui détruit de io à 20 pour ioo des plants; certaines variétés sont plus résistantes et cette maladie est plus rare dans les rizières des régions chaudes, non fertilisées par les engrais chimiques azotés. Les taches brunes de 1 ’Helminthosporium font perdre aux Indes jusqu’à 80 pour 100 de la récolte lorsqu’elles deviennent épidémiques. De nombreux insectes attaquent les tiges, surtout en Chine du sud, tandis qu’au Viet Nam un petit poisson {Gobioides anguillaria) creuse des canaux entre les pieds de riz et dessèche ainsi les rizières les plus élevées. En Californie sont apparus depuis ip4G de petits crustacés, Apus oryzaphages et A. biggsi, qui broutent les jeunes pousses. Le sulfate de cuivre détruit l’.4pus, des extraits d’une plante toxique tuent le poisson; une lutte est à entreprendre partout pour sauver les cultures jusqu’à la récolte.
- Le riz égrené et stocké est la proie des rats. La F. A. 0. estime que plus de 12 000 000 de t sont ainsi détruites chaque année, tant aux champs qu’en greniers, soit près de 10 pour 100 de la récolte. La construction de magasins étanches, l’utilisation des serpents pythons, la moisson avant complète maturité peuvent beaucoup restreindre le nombre des rongeurs et diminuer leurs dégâts.
- Là où le riz est une nourriture presque exclusive, où les autres sources de protéines sont rares, il importe d’éviter le béribéri toujours menaçant. Le polissage du riz fait perdre i5 pour 100 des protéines du paddy et 75 pour 100 de la thia-mine qui est l’antidote du béribéri. Il importe donc d’exclure le riz poli, glacé, et aussi de cuire le riz peu de temps et avec peu d’eau pour ne pas lui enlever une part des protéines et la*, plus grande partie de la thiamine qu’il contient.
- La situation actuelle est difficile. Tout d’abord, les prix du riz ont augmenté de 6 à 8 fois depuis la guerre tandis que ceux du blé ont seulement doublé, si bien que là où le blé peut arriver, on trouve maintenant à acheter 2 t de froment pour le même prix qu’une tonne de riz. De ce fait, la culture du riz tend à diminuer, tout au moins comme denrée d’exportation.
- De plus, la situation économique lamentable et les changements politiques interdisent ou limitent énormément les échanges et les transports. Les guérillas de bandes armées, le brigandage ont obligé les fermiers riziculteurs à abandonner les champs éloignés des villages. En Burma, où le riz circulait sur l’Iraouaddy par grandes péniches de 1 000 à 2 000 t, les transports ne se font plus que par convois de 10 ou i5 camions portant chacun i,5 t, armés et escortés. De ce fait, les cours deviennent prohibitifs et les échanges impossibles entre pays de grande production et régions de surpopulation souffrant temporairement d’une mauvaise récolte.
- Si l’on, songe que le destin de l’Asie est conditionné par la menace de la famine autant et plus que par les idéologies, on sent quel effort est à accomplir et combien la F. A. O. peut devenir efficiente. Malheureusement, le programme à mettre en oeuvre est énorme, de réalisation lente et difficile. C’est une raison de plus pour l’aborder sans retard, afin d’éviter à la race jaune une sous-nutrition épuisante.
- p.296 - vue 304/406
-
-
-
- 207
- Fig. 1. — Le sommet du Puy-de-Dôme.
- Étude
- déformations actuelles globe terrestre
- La géologie nous apprend que dans le cours des âges les divers points de la surface terrestre se sont déplacés les uns par rapport aux autres, horizontalement et verticalement. Nous ne considérerons ici, pour le moment, que les déplacements horizontaux.
- Ces déplacements relatifs ont été très grands au cours des époques géologiques. L’ordre de grandeur de ceux qui sont incontestables est au moins de quelques dizaines de kilomètres sur de grandes bases. Et des chiffres bien supérieurs sont souvent admis, puisque d’après certaines hypothèses qui ne sont pas jugées trop hardies, l’Amérique et l’Europe ne formaient dans le passé, qu’un continent unique dont les deux parties se sont progressivement écartées.
- La géologie actuelle se borne à constater ces déplacements relatifs et à en tirer parti pour écrire l’histoire de la Terre. Mais ils peuvent être étudiés par d’autres méthodes, si, comme tout permet de l’admettre, ils se produisent encore de nos jours, de façon variable, selon les divers points du globe. On doit les mettre en évidence en refaisant, de temps à autre, la carte de la Terre. Mais celte méthode serait beaucoup trop lente. En effet, admettons même un déplacement relatif de ioo km sur une grande base : c’est déjà un gros chiffre. Pourtant, s’il a demandé pour se faire régulièrement la durée d’une époque géologique, qui est. de l’ordre de 5o millions d’années, sa vitesse moyenne annuelle n’a été que de 2 mm et, par les
- méthodes actuelles de la géodésie, il ne deviendrait perceptible qu'après plusieurs siècles. Nous devons le regretter, car la question de la déformation actuelle de la Terre est pleine d’intérêt. Contrairement à la Lune, qui nous apparaît comme un astre mort, la Terre est un corps qui vit, et quelquefois terriblement!..., les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, sont les manifestations qui attestent sa vigueur, par des déplacements fantastiques d’énergie qui ne sont plus à notre échelle. Nous avons tout intérêt à connaître les régions dans lesquelles elle est le plus active : il serait insensé, par exemple, de bâtir un très grand barrage dans, une région instable... Or il semble logique de penser que l’instabilité qui est à l’origine de ces manifestations catastrophiques, est en rapport avec les déformations lentes permanentes actuelles, lesquelles peuvent d’ailleurs suffire, si elles sont exceptionnellement importantes, à rendre la région impropre à recevoir le barrage. Si nous pouvions savoir dans quelles régions et de quelle manière elles se produisent, nous poumons éviter quelques grosses sottises, contre les conséquences desquelles nous n’avons actuellement aucune défense si ce n’est... que nous ne serons plus là quand elles se produiront!...
- La connaissance de ces déformations lentes doit donc pouvoir être atteinte en quelques années et non en un siècle.
- Il semble que nous puissions y arriver par la méthode des alignements. Si, à la surface du sol, à un moment donné, trois
- p.297 - vue 305/406
-
-
-
- 298
- points sont en ligne droite et forment ainsi un alignement et si Pécorce terrestre se déforme, cet alignement aura de très grandes chances d’être détruit. Un observateur, placé en l’un des points extrêmes et visant simultanément les deux autres, les verra s’écarter progressivement : les trois points formeront' ainsi les sommets d’un triangle. Évidemment, d’après les nombres que nous avons donnés, le mouvement sera très lent et il suffira que l’observateur vienne tous les ans mettre l’œil à la lunette...
- La méthode consistera donc à choisir quelques alignements de trois points ou davantage, suffisamment distants les uns des autres et particulièrement faciles à observer; on disposera ensuite à l’un des points extrêmes, ou si c’est possible aux deux, des appareils de mesure angulaire et l’on visera, à des intervalles de temps que la pratique fixera, des mires placées aux autres points.
- La difficulté principale, si l’on veut obtenir un résultat dans un délai raisonnable, vient de ce que les mesures angulaires doivent être extrêmement précises, beaucoup plus que celles de la géodésie courànte. C’est pourquoi l’on pourrait donner à ces
- recherches le qualificatif de microgéodésiques. Le calcul montre que le centième de seconde sexagésimale semble à peine suffisant pour la précision’de ces mesures. Nous disons semble, parce qu’il est impossible de rien affirmer sur la vitesse des mouvements relatifs, puisque nous n’en avons qu’une estimation moyenne. Il est possible qu’en certains points ils soient xo fois plus rapides, en d’auti’es io fois plus lents (et c’est ce qui augmente encore l’intérêt de ces recherches). Tout ce que l’on peut dire est que, s’il est possible de mesurer les angles à i/ioo de seconde près, l’expérience xraut là peine d’être tentée.
- Cette erreur absolue minima de i/ioo de seconde qu’il est nécessaire d’atteindre est environ ioo fois inférieure à l’erreur absolue obtenue en géodésie courante. Tous les spécialistes de cette science diront que c’est folie de prétendre arriver à une telle précision.... Mais il faut faire une remarque importante. La géodésie ordinaire mesüre de grands angles, 3o° à 5o° par exemple, tandis que dans notre cas, en microgéodésie, avec la
- méthode des alignements, nous n’avons affaire qu’à de très petits angles, de quelques secondes. Il nous suffit donc de les mesurer avec une erreur relative de l’ordre de i/i ooo, soit à un millième près de leur valeur, tandis que les géodésiens doivent arriver à une erreur relative bien inférieure, le cent-millième de l’angle qu’ils mesurent. Le problème n’est donc pas du tout le même et il n’est pas, a priori, insoluble. Mais il faudra d’autres instruments que ceux des géodésiens et d’autres techniques.
- En fait, les premiers résultats que nous avons obtenus et qui ont déjà été publiés (1), sont encourageants. Deux méthodes peuvent être employées : visuelle et photographique. Par l’une ou l’autre, la précision du centième de seconde d’arc pourra ê(re atteinte. Mais avant de choisir entre ces deux formes de microgéodésie, d’autres problèmes doivent être envisagés et résolus.
- Le premier est le choix d’un observatoire central. Il est logique de penser que les déplacements angulaires vus par l’observateur seront proportionnels aux distances des mires. Il sera donc utile que l’observatoire ait un panorama étendu. D’autre part, les déplacements relatifs pouvant se faire dans toutes les directions, il faudra également que le panorama soit observable, autant que possible, dans tous les azimuts. De plus, l’atmosphère devra y être transparente, car si elle était trouble, il serait illusoire de vouloir viser des objets lointains avec précision. Nous avons choisi le Puy-de-Dôme. Il a l’avantage de porter à son sommet un observatoire habité en .toutes saisons. Malgré son altitude modeste (i 4G5 m) son panorama est très étendu.
- La première partie de ce travail a consisté à étudier ce panorama et à en identifier les points remarquables. Ce travail est beaucoup plus difficile qu’on ne pourrait le croire et demande beaucoup d’attention. Le sommet des montagnes est souvent environné de légendes : tel point de l’horizon auquel la tradition donne un nom, est en réalité tout autre, chose,.. En général aucune identification n’est possible sans mesures. Nous disposions de jumelles de haute et spécialement réglées, munies d’un micromètre oculaire. Leur grossissement était de 16 fois, pour un diamètre d’objectif de 5o mm. Elles étaient montées sur un pied panoramique pourvu de deux cercles gradués, l’un horizontal et l’autre vertical. L’observation au moyen de ce dispositif permet de dresser des croquis cotés et de chiffrer les azimuts des points remarquables, que l’on peut ensuite tenter d’identifier sur la carte en y reportant les angles observés. S’il s’agit d’un sommet remarquable, cette identification est facile. Mais si c’est une croupe arrondie, dépassant à peine ses voisines, elle peut devenir impossible en raison des incertitudes de la carte. Pour réussir toujours, il faudrait disposer d’une carte moderne, et des soucis budgétaires ont jusqu’à présent empêché nos géographes d’en établir pour le Massif Central.
- Du sommet du Puy-de-Dôme, les directions d’observation présentant les meilleures possibilités se trouvent réparties dans le secteur compris entre l’Est et le Sud-Sud-Ouest. Ce secteur est limité d’une part aux monts du Forez, dans l’échancrure desquels se trouve, plein Est, le « record » de visibilité : le Mont-Blanc, distant de 3o5 km, au sujet duquel La Nature a
- 1. J. Duclaux et A. M. Biget. Méthode d’observation des déformations de l’écorce terrestre. Annales de Géophysique, 1, 1944, 113.
- Fig. 2. — Le sommet du Puy-de-Dôme, vu en rase motte.
- De gauche à droite, la tour de l’Observatoire. L’habitation et les laboratoires. En bas, à droite, les ruines du Temple de Mercure.
- p.298 - vue 306/406
-
-
-
- 299
- 5 Millièmes
- Fig. 3. — Observations micrométriques du Mont-Blanc, vu du Puy-de-Dôme.
- F, crête du Forez ; 1, mer de nuages relevée par réfraction masquant le Mont-Blanc, 13 décembre 1945, 7F TMG ; 2, observation cotée du 17 janvier 1944, 16h TMG ; 3, observation cotée du 18 janvier 1944, 7F TMG ; 4, observation cotée du 29 janvier 1944, 9F30m TMG ; 5, observation cotée du 20 septembre 1948, lever de soleil : rayon vert très brillant (hachures) et neige volante illuminée en rouge vif (quadrillé) ; 6, observation cotée du 22 janvier 1950 à 12F TMG ; X, profil pouvant disparaître par faible
- réfraction.
- déjà public une étude (1) ; d’autre part, aux contreforts Ouest au plateau de Millevaches, dont le relief est malheureusement diffus. La direction Sud proprement dite intéresse une région où l’observation reste confuse, car le rayon visuel traverse les couches basses de l’atmosphère qui ne sont pas suffisamment homogènes.
- L'es possibilités s’étendraient largement par l’emploi de signaux lumineux, tels que ceux qu’emploient les géodésiens pour leurs visées à grande distance (jonction du continent aux Baléares, à l’Afrique et à fa Corse). Le calcul montre en effet que le panorama du Puy-de-Dôme est beaucoup plus étendu qu’on ne le croit et comprend par exemple comme points remarquables :
- Château-Chinon ...................... à 162 km
- Bois du Roi (Morvan) ................ à 159 »
- Mont Saint-Vincent .................. à 150 »
- Maure de la Gardille (sources de l’Ailier) ............................à 146 »
- A ces points il faudrait peut-être ajouter le Mont Lozère, à i65 km. Si la carte est exacte, il doit être invisible en temps normal, mais une erreur de io m sur les cotes intermédiaire le rendrait visible et cette erreur n’est pas invraisemblable : il est bien connu par exemple, que l’altitude donnée pour le Peyre-Arse, dans le massif du Cantal est trop basse d’environ 200 m.
- Voici les résultats d’observations déjà obtenus. Cette première étude a montré que le Puy-de-Dôme offre, dans beaucoup de directions, des visibilités à des distances convenables. 11 reste à choisir, entre ces diverses directions, celles qui sont les meilleures pour le but que l’on se propose, c’est-à-dire qui permettent les observations les plus fréquentes et les plus précises. C’est ici qu’apparaissent de sérieuses difficultés liées à la réfraction atmosphérique verticale ou horizontale.
- On sait que le rayon lumineux ne se propage en ligne droite que dans un milieu rigoureusement homogène.. Or l’atmosphère n’est pas homogène, puisque sa pression et sa tempéra-
- 1. Le Mont-Blanc vu du Puy-de-Dôme à 305 km. La Nature, n° 2974, 1936, p. 289.
- Fig. 4. — Observation micrométrique du Gerbier de Jonc.
- 1, 22 janvier 1950, 9F TMG ; 2, 7 janvier 1950, 10F TMG.
- ture varient d’un point à un autre. Il en résulte que le rayon lumineux suit nécessairement une ligne courbe, convexe vers le haut : un objet est vu non pas dans sa direction véritable, mais dans la direction suivant laquelle arrive à'l’oeil le rayon qui en émane. L’écart est très faible aux courtes distances. Par exemple, si nous regardons d’une distance de 2 km un sommet élevé de i5o m, il nous paraîtra avoir 13 cm de plus. Mais la différence augmente très vite si l’objet s’éloigne. On sait que cette réfraction atmosphérique rend difficile la mesure exacte de la hauteur des montagnes.
- Elle a par contre l’avantage de rendre visibles les points qui, sans elle, seraient cachés par les premiers plans. Le Mont-Blanc serait absolument invisible du Puy-de-Dôme sans la réfraction qui le relève de près de 1 000 m... Tout serait donc pour le mieux, à notre point de vue, si elle était, régulière. Mais comme elle dépend, en particulier, des répartitions des températures de l’atmosphère, elle varie d’un, jour à l’autre. Cette variation n’aurait pas grand inconvénient pour nos recherches de microgéodésie si le relèvement apparent de points éloignés se faisait rigoureusement suivant la verticale, puisque nous étudions seulement, dans le cadre de ces premiers travaux, les déformations horizontales. Or on ne peut pas affirmer qu’il doive toujours en être ainsi. En effet, même parallèlement au sol horizontal, la densité de l’air varie d’un point à un autre, comme le montre le tracé des isobares des météorologistes : de telle sorte que la réfraction verticale est toujours accompagnée d’une réfraction horizontale variable, beaucoup plus faible,
- ^------------;
- 10 5 0 5 10 15 Millièmes
- Fig. 5, — Observations micrométriques de la région des monts
- d’Aubrac.
- (2, 3, 4, « Truc de l’Homme »). 1, 17 janvier 1944, à 8F TMG ; 2, 10 août 1948, à 9F TMG ; 3, 16 janvier 1944, à 10F TMG ; 4, 26 novembre 1945,
- à 10F TMG.
- peut-être de l’ordre du millième de la première, mais par sa nature même beaucoup plus gênante.
- Seule l’observation, patiente et prolongée, avec les moyens les plus précis, peut permettre de chiffrer les inconvénients qui en résultent. Chaque région doit donc être étudiée à part, car les difficultés ne sont pas les mêmes pour toutes.
- La région du Mont-Blanc.
- Le Mont-Blanc est particulièrement visible avant le lever du Soleil car il se détache en sombre sur fond clair, généralement rose. Plus rarement, il est visible lorsque ses glaciers sont éclairés en plein Soleil : il paraît alors rose clair sur fond plus sombre et généralement bleuté. L’influence de la réfraction verticale est très forte, comme le montrent les dessins de la figure 3 qui sont exactement cotés. Il n’est pas rare que le profil soit relevé de 1 à 1,5 mm en plus de la normale, soit de 3oo à 45o m : valeur inexplicable par la théorie actuelle de la réfraction. Un phénomène exceptionnel de mirage a été observé (tracé 6). Exceptionnellement, si la réfraction verticale est particulièrement faible, le point X disparaît (Mont-Blanc du Tacul), 4 a48 m). Son influence, pour de telles distances d’observation est donc très considérable. Mais cependant, à l’échelle d’observation utilisée, aucun déplacement en azimut entre la crête du Forez qui constitue le premier plan et les détails sou-'MÏflîemës vent très finement visibles du Mont-Blanc, n’a pu être mis en évidence, ce qui est le point important. La distance entre les points d’alignement (200 km-) doit permettre des relevés photographiques de grande valeur.
- p.299 - vue 307/406
-
-
-
- 300
- L’observation du Mont-Blanc est, de plus, très spectaculaire : c’est ainsi que le 20 septembre iq48, au lever du Soleil, le « rayon vert » extrêmement brillant a été vu, sur les contre-forts du point culminant, tandis que les crêtes étaient illuminées par la neige volante éclairée en rouge par les rayons du soleil levant. Deux observations exceptionnelles ont été faites le 17 janvier iq44 (tracé 2, particulièrement relevé) à 16 h T.M.G., et le i3 décembre 1945 à 7 h. Dans cette dernière (tracé 1) la mer de nuages, située entre le Mont-Blanc et les crêtes du Forez est relevée de 3 millièmes, masquant ainsi le Mont-Blanc.
- Il convient de remarquer que les plus belles visibilités, dans le courant de la journée, sont obtenues lorsqu’il y a une couche de nuages supérieurs masquant le Soleil sur le parcours du rayon visuel.
- Région du Gerbier de Jonc.
- Elle doit, permettre également des alignements remarquables, bien que la distance soit plus courte (i45 km). Elle est perturbée aussi par les variations de la réfraction verticale. Celle-ci
- Fig. 6. — Observations micrométriques des alignements Sancy-Cantal.
- 19 juin 1943, 6^ TMG ; 2, 18 janvier 1945, 10h TMG et 20 décembre 1949, 11b TMG G, Puy Griou (invisible) ; P, Peyre-Arse ; S, contreforts Est du Sancy.
- affecte différemment les divers points, de telle sorte qu’en plus du relèvement général, il y a souvent une déformation des profils (fig. 4). Certains points comme l’arrière plan X paraissent appartenir à des régions plus éloignées non identifiées.
- Région des Monts d'Aubrac.
- mesures précises d’alignement paraît bien incei'taine, à moins qu’un signal bien distinct puisse être établi.
- Région Cantal-Sancy.
- Le rayon visuel reste à une altitude moyenne de 1 000 m, c’est-à-dire très au-dessus du sol : il en résulte que les profils sont beaucoup moins affectées par la réfraction verticale (fig. 6). Le sommet S est un contrefort Est du Puy-de-Sancy ; P est le puy de Peyre-Arse du Cantal (altitude marquée sur la carte : x 567 m. Elle est en réalité de l’ordre de 1 770 m). Le sol est solide et doit permettre l’établissement facile de mires de visée. Mais unè autre considération doit rendre celte direction privilégiée : les plus belles visibilités ont lieu le malin, lorsque l’air est le moins perturbé par la turbulence d’origine thermique. Or, à ce moment, les rayons solaires tombent sur la région à peu près perpendiculairement, à la direction de visée. Il en résulte le meilleur éclairage ainsi que la possibilité d’améliorer encore les conditions d’observation par l’emploi de filtres polarisants.
- Vers, les autres directions, prévues par l’étude théorique du panorama, et pour lesquelles les visibilités sont incertaines, aucun point ix’a encore été identifié. Il .pourrait être utile d’opérer comme l’un de nous l’a déjà fait (x) en observant de nuit et par l’emploi de fusées éclairantes et de feux.
- Ajoutons que si le sommet du Puy-de-Dôme est le meilleur observatoire qu’on puisse trouver pour une première étude, d’autres points de la France centrale ont un panorama plus étendu. Du sommet des monts du Forez (Pierre Surhaute, 1 64o m) bien des sommets des Alpes sont visibles : Mont-Blanc, Belledonne, Grande Casse, Meije, Grand Veymont, etc... ainsi que les points les plus élevés du Jura, du Morvan. Du sommet du Plomb du Cantal (1 858 m) l’horizon s’élargit encore, puisqu’il comprend un point du territoire italien (Mont-Blanc de Courmayeur) ef plusieurs du territoire espagnol (Mala-detta). Mais il ne semble pas avoir été jamais étudié. Nous avons pu faire à ce sujet une observation curieuse, ayant vu au sommet d’une montagne une Table d’orientation qui donnait la direction de Borne et celle de Constantinople... Mais le touriste y aurait vainement cherché l’indication des lieux voisins, pourtant bien visibles.
- Elle serait très intéressante, car elle se présente fort bien au point de vue des alignements. Mais c’est la plus difficile pour l’identification des points culminants observés. Cela tient à l’incertitude des cartes existantes. De plus des phénomènes très importants de réfraction accidentelle apportent des perturbations sur les plateaux de basse altitude où Pair souvent très pur favorise un rayonnement intense du sol qui se refroidit en conséquence et refroidit les couches d’air en contact avec lui. D’un jour à l’autre, le profil est méconnaissable (fig. 5). Le relèvement maximum observé atteint 2 millièmes, soit 2 25 m, ce qui est anormal pour une distance aussi courte (112 km). Le point marqué 2, 3, 4, dans les différents profils de la figure, est le Truc de VHomme (1 275 m) des Monts d’Aubrac, ou un sommet secondaii’e très voisin : c’est un entassement de blocs granitiques émergeant de 175 m seulement du plateau environnant et la déformation du relief par'réfraction accidentelle ne permet pas avec certitude l’identification du point culminant réel. En outre, il ne semble pas que le profil X appartienne à cette même région. Les observations dans cette région sont évidemment pleines d’intérêt, pour l’étude de la réfraction verticale anormale. Mais leur exploitation éventuelle pour des
- Conclusions.
- L’installation d’un système de mires d’alignement sur de très grandes bases peut être d’ores et déjà envisagée, en vue de l’observation visuelle et photographique depuis le sommet du Puy-de-Dôme, Les directions du Mont-Blanc (base de 200 km), du Puy-de-Sancy (base de 5o km) et peut-être du Gerbier-de-Jonc paraissent devoir seules être retenues, car le rayon visuel ne traverse pas les couches basses de l’atmosphère, où la réfraction verticale accidentelle apporte une gêne considérable. Sur de telles bases, il est certain que la finesse des observations, surtout par des jours privilégiés, permettra à coup sûr d’obtenir la précision exigée pour ces recherches microgéodésiques (mesures de très petits angles à 1/100 de sec sexagésimales). De plus, les facilités d’accès et d’installation au sommet du Puy-
- 1. H. Garrigue. On voit du Canigou le Pic du Midi et les sommets des Alpes. La Nature, n° 2878, 1932, p. 302.
- p.300 - vue 308/406
-
-
-
- 301
- de-Dôme, permettront de multiplier les observations en toutes saisons et dans les meilleures conditions opératoires. On pourra ainsi éliminer par moyennes, l'influence restante des variations accidentelles de la réfraction verticale, ainsi que l’influence de la réfraction horizontale. Comme conséquence, la précision des mesures pourra être augmentée. Enfin, la multi-
- plicité des observations permettra d’identifier aussitôt toute déformation éventuelle de plus grande importance.
- J. Duclaux et H. Garrigue,
- Membre de l’Académie Chef de l’Observatoire du sommet des Sciences. du Puy-de-Dôme.
- L'exclusion de la par les groupes
- La recherche de la paternité est une des questions délicates et difficiles dont s’occupe le droit civil.
- En France, sous l’ancien régime, cette recherche était permise sans restriction, mais elle exigeait certaines conditions et certaines preuves, et elle n’accordait pas d’autres droits que le paiement à la mère des frais de gésine .et de premier entretien de l’enfant et une pension alimentaire à l’enfant. Celui-ci n’entrait pas dans la famille du père et ne participait pas à sa succession. Il restait un bâtard.
- Il en était résulté tant d’abus ci de scandales que lé Code civil prit une position inverse et interdit la recherche de la paternité, sauf dans le cas d’enlèvement (art. 340).
- Celle-ci étant également excessive, une loi du 16 novembre 1912 admit que la paternité hors mariage peut être judiciairement déclarée dans certains cas tels que l’enlèvement, la séduction par manœuvres dolosives, le concubinage, l’existence de lettres ou autres écrits privés émanant du père, la participation de celui-ci à l’entretien et à l’éducation de l’enfant. Elle n’est pas recevable en cas d’inconduite de la mère bu d’impossibilité de cohabitation au temps de la conception, ni pour les enfants incestueux ou adultérins.
- La jurisprudence s’est établie de laisser au tribunal toute liberté de l’appréciation des moyens invoqués pour entraîner la reconnaissance.
- La découverte, au début de ce siècle, que les sangs humains ne sont jias tous identiques a provoqué un nouveau problème juridique.
- On sait que si l’on mélange une goutte de sang d’un homme à une goutte de sérum d’un autre individu, tantôt les globules rouges se rassemblent en un amas dense, ils agglutinent, la goutte pâlit ; tantôt, ils restent dispersés et la goutte est uniformément rouge.
- La guerre de 1914, en introduisant la transfusion sanguine comme moyen de secours contre l’hémorragie, a obligé à tenir compte de ces réactions pour sélectionner les donneurs de sang et éviter les incompatibilités pouvant aller jusqu’à la mort. On a alors reconnu divers groupes d’agglutinants, indépendants les uns des autres, caractéristiques de chaque individu.
- Les divers groupes sanguins se transmettent héréditairement des parents aux enfants, si bien qu’aucun agglutinogène ne peut être reconnu chez un enfant qui n’existe aussi chez le père ou la mère. Si donc, on examine le sang d’un enfant et celui de chacun de ses procréateurs supposés, on pourra dans certains cas conclure à la possibilité ou même à la probabilité de la filiation et dans d’autres moins nombreux à l’impossibilité de la paternité supposée. On répondra sinon à la recherche de la paternité, du moins à l’exclusion de celle-ci.
- Pour le juge, cela soulève plusieurs questions délicates : quelle confiance, quelle valeur doit-il accorder à ce test biologique et quelle part doit-il lui faire parmi les éléments qui vont décider de son arrêt ? Et si ce test lui est demandé par la mère ou l’enfant ou encore s’il désire lui-même le voir pratiqué, peut-il prescrire une analyse de sang, opération fort bénigne qui comporte
- paternité sanguins
- seulement une piqûre dans la pulpe du doigt, mais qui n’en est pas moins une atteinte à la personne physique qu’on ne saurait imposer à qui la refuse.
- Cela explique que le Ministre de la Justice ait demandé à l’Académie de Médecine son avis sur la valeur de la recherche des groupes sanguins et les conditions de cet examen. Une commission a été constituée qui s’est adjoint les Docteurs Tzanck et Moullec, et par la voix de son président, le professeur Jolly, elle a abouti au rapport suivant G) que l’Académie a adopté à runanimité.
- « Les globules rouges du sang humain contiennent des éléments appelés agglutinogènes qui permettent d’identifier dans une certaine mesure ces globules rouges, grâce à une réaction simple d’agglutination. La présence de ces agglutinogènes a conduit à diviser l’espèce humaine en plusieurs catégories ou groupes sanguins. Ces derniers sont répartis en plusieurs systèmes distincts qui possèdent la propriété de se transmettre à la descendance d’une façon indépendante les uns des autres. Parmi ces systèmes, les principaux sont : le système ABO, le système Mît, le système Rh, le facteur P. Le système ABO comporte quatre groupes : A, B, AB et O.
- ' Le système MN comporte trois types : M, N et Moi. Le système Rh comporte plusieurs agglutinogènes qni se combinent entre eux d’une façon assez complexe. Le groupe P 6e réduit à deux types sanguins : l’un P +, possesseur de la propriété P, et l’autre P — qui en est dépourvu. II faut citer encore la propriété S, ou sécrétrice, qui est un peu particulière car elle consiste dans l’aptitude que possède ou non un individu de sécréter (notamment dans la salive) des substances de groupes ABO. Cette énumération est incomplète : beaucoup d’autres groupes sanguins existent, mais ils sont, actuellement au moins, peu recherchés dans les expertises d’exclusion de paternité.
- « Les lois qui régissent la transmission héréditaire des groupes sanguins sont aujourd’hui vérifiées par des dizaines de milliers d’examens faits par les plus éminents spécialistes. Les techniques qui servent à la détermination de ces caractères individuels sont parfaitement au point et les résultats qu’elles donnent sont suffisamment clairs pour que l’interprétation en soit facile, à la condition expresse, toutefois, que leur mise en œuvre soit confiée à des expérimentateurs qualifiés.
- « Ainsi la validité des lois de l’hérédité étant solidement établie, et l’expert possédant des moyens qui lui permettent de mettre en évidence sans ambiguïté les groupes sanguins, l’utilisation de ces derniers peut être sans crainte envisagée pour tenter de débrouiller les mystères de la filiation dans les procès où celle-ci est contestée. Dans de nombreux pays étrangers, les milieux juridiques admettent déjà la valeur probatoire de cette détermination dans les cas de filiation contestée, paternelle, ou même maternelle, et elle a pu rendre des services pour résoudre des problèmes difficiles comme celui d’échanges d’enfants.
- « Cependant, il importe de préciser les possibilités et les limites de cette méthode. On l’utilise le plus souvent dans les cas de recherche de paternité et cette expression même peut induire en erreur.
- 1. Bulletin de l’Académie nationale de Médecine, 22 novembre 1949.
- p.301 - vue 309/406
-
-
-
- —- — 302 =-•• .............. ............. .................—
- « Pour que l’on puisse à coup sûr identifier un homme par ses groupes sanguins, il faudrait qu’il existe autant de combinaisons de groupes que d’individus. Le nombre des groupes connus jusqu’à présent ne le permet pas, et d’ailleurs ceux qu’on utilise dans de telles circonstances se limitent le plus souvent aux systèmes ABO, MN, Rb, en leur adjoignant parfois le facteur P et le facteur de sécrétion. Il en résulte que des individus très nombreux possèdent une combinaison de groupes donnée.
- « Quand on examine le sang d’une femme, d’un enfant et d’un homme pour savoir si celui-ci peut être, ou n’est pas, le père de cet enfant, on sait, en connaissant les groupes de l’enfant et de la mère, quels groupes doit posséder l’homme pour qu’il puisse être le père. Mais cet ensemble de groupes qui existe chez ce dernier se retrouve aussi chez d’autres individus et l’on ne peut pas affirmer la paternité de cet homme, mais seulement conclure à sa possibilité. C’est là un point capital.
- « Quand les groupes sanguins de l’homme, étant donné ceux de la mère et de l’enfant, ne sont pas en contradiction avec les lois de l’hérédité, c’est-à-dire quand cet homme peut être le père, on arrive cependant à obtenir des renseignements parfois importants, si l’on considère la probabilité pour que cette paternité soit non seulement possible, mais certaine. Parfois, il se trouve que la combinaison des groupes de l’enfant et celle des groupes de l’homme sont tellement particulières que l’on peut être convaincu que la paternité de cet homme est, non seulement possible, mais très probable, sans jamais être abolument certaine.
- « Cette certitude, que n’entraîne jamais la concordance des groupes, elle est acquise d’emblée lorsqu’un ou plusieurs des groupes sanguins de l’homme ne concordent pas, génétiquement, avec ceux de la mère et de l’enfant. Dans ce cas, en effet, on possède une preuve biologique certaine que l’homme incriminé n’est pas le père. C’est ici le point essentiel, de sorte que, pour désigner cette sorte d’examen, il serait préférable de dire « exclusion de la paternité par les groupes sanguins » plutôt que « recherche de la
- paternité ». C’est dans ce sens que l’examen du sang est amené à rendre les plus grands services aux tribunaux. Ces services seront d’autant plus grands que le sérologiste aura pu mettre en évidence un plus grand nombre de groupes. C’est ainsi que, en admettant que le père désigné ne soit pas le vrai père, les chances que cet homme possède de voir reconnaître la vérité sont de 15 à 17 pour 100 quand on détermine les groupes du système ABO, elles atteignent 35 pour 100 quond on joint le système MN au système ABO. Elles sont de 50 pour 100 environ lorsqu’on a pu déterminer les sous-groupes usuels du système Rh. La détermination des facteurs P et S (de sécrétion) n’augmente que faiblement ce pourcentage, et leur mise en évidence demande une prudence particulière. Quant aux groupes de découverte récente, Lewis, Kell et autres, il semble prématuré de les rechercher au cours de telles expertises, car ils ne sont pas encore complètement étudiés, et les sérums capables de les mettre en évidence sont très rares.
- k En résumé, la recherche des groupes sanguins en cas de filiation contestée apparaît comme légitime. Les règles de transmission héréditaire sur lesquelles se basent les conclusions de l’expert sont parfaitement vérifiées à l’heure actuelle. Les techniques mises en œuvre permettent une détermination sans équivoque de ces groupes, mais il importe que l’expert soit tout particulièrement qualifié et connu pour son expérience dans ce domaine. Une fois établis les résultats sérologiques, la conclusion peut être l’une ou l’autre des deux suivantes :
- 1° Ou bien le procréateur supposé est exclu et cette conclusion est formelle et biologiquement certaine ;
- 2° Ou bien le procréateur supposé n’est pas exclu et la filiation reste possible. Dans ce cas, la probabilité de la paternité (ou parfois de la maternité) est variable, elle est quelquefois assez grande pour entraîner la conviction du juge.
- « Mais il importe de bien souligner que l’examen du sang ne peut donner de certitude que s’il permet de prononcer l’exclusion. »
- Le verre en
- Le verre est un des emballages les plus parfaits. Il est transparent, si bien qu’on voit ce qu'il contient ; il est imperméable et isole parfaitemenet le contenu de l’extérieur, ne laissant pas suinter ou transsuder de liquide à travers ses parois ; -il peut être fermé de façon très hermétique par bouchage ou mieux par auto-soudure à la flamme. Aussi est-il depuis longtemps la matière de choix des bouteilles, des flacons, et depuis peu des ampoules pharmaceutiques de solutions injectables.
- Il a bien aussi quelques défauts. Il est lourd et il est fragile, ce qui fait qu’on lui préfère le fer blanc pour les pots à confitures et certaines conservés. Il se dilate par la chaleur et se contracte par le froid ; il reprend lentement et incomplètement sa forme initiale quand il revient à la température du début, si bien que pour des mesures très précises de volumes, dans de la verrerie jaugée ou graduée, et dans les thermomètres de précision, il faut de temps à autre vérifier la stabilité des graduations et tenir compte de petites corrections. Il n’est pas parfaitement insoluble et il se dissout très faiblement et lentement dans l’eau en contact, la chargeant surtout de silicates dissous, colloïdaux ou même en fines plaques ou paillettes.
- Le verre n’est pas une substance chimique définie. On sait fabriquer des verres mous et des verres durs fusibles à des températures différentes, des verres blancs et des verres verts inégalement solubles, et aussi des verres spéciaux, d’Iéna ou Pyrex, très peu solubles et peu dilatables. Les verres spéciaux sont plus coûteux que les verres à bouteilles ; ils nécessitent des matières premières plus pures et un excédent de combustible, ils se préparent et se coulent à des températures plus élevées, ils se soudent plus difficilement.
- La tendance actuelle de la thérapeutique est d’introduire les médicaments dans le corps humain sans leur faire traverser le tube digestif où ils se trouvent soumis à des actions chimiques intenses qui risquent de les modifier, de les décomposer. On préfère des voies plus directes : inhalations de vapeurs par le poumon, absorption de suppositoires par la muqueuse du rectum, ou plus immé-
- pharmacie.
- diatement encore injections sous la peau, dans le derme et même dans les veines. De là est venue la vogue des médicaments injectables, exactement dosés, stérilisés, conservés en ampoules de verre scellées. Les sérums, la pénicilline, sont aussi stockés en flacons de verre dont le col est soudé à la lampe.
- Le Codex avait, dès 1937, prescrit l’emploi de verres neutres. La guerre a empêché qu’on observât les normes fixées ; notamment, on dut employer des verres mous, alcalins,' trop fusibles et altérables, dans lesquels les solutions limpides se troublaient, se chargeaient de paillettes desquamées de la surface, dès la stérilisation qui suit l’emplissage. L’altération du verre était sensible surtout au contact de certains médicaments particulièrement réagissants. Des accidents furent signalés par quelques médecins. Aussi, après la Libération, on se préoccupa à nouveau de la question ; une commission réunit des représentants des ministères de la Santé publique et de la Production industrielle : laboratoire national de contrôle des médicaments, commission du Codex, inspection des pharmacies, médecins, pharmaciens, fabricants de médicaments hypodermiques, Centre de recherches du verre, verriers. Ces travaux aboutirent à un arrêté du 31 décembre 1946, inséré dans le supplément de la Pharmacopée française en 1947, prescrivant l’emploi de verre neutre très peu soluble, ne provoquant dans les solutions ni paillettes ni augmentation de l’extrait sec pendant la stérilisation.
- Les recherches continuèrent, notamment sur la stabilité du verre dans le temps et donnèrent lieu aux spécifications plus précises de l’arrêté du 31 mars 1949 : le verre doit être neutre, transparent, incolore et ne contenir que des solutions limpides, sans^ aucune substance en suspension ou formant dépôt persistant après agitation ; un essai doit en être fait jusqu’à 144°. Les nouvelles normes sont entrées en application en juillet dernier et dès maintenant les produits pharmaceutiques injectables sont logés dans des ampoules de « verre Codex » ou tout au moins neutre, pour la sécurité des malades d’abord, et ausqi pour le succès de nos exportations.
- p.302 - vue 310/406
-
-
-
- 303
- Images de mondes disparus
- Un aspect de la vie à la fin des temps [urassiques.
- L’histoire de la vie semble présenter de longues périodes de stabilité, comme si toute puissance créatrice était endormie, le monde ne poursuivant son développement que par une sorte de conservation inertiale d’un élan antérieur. C’est sous cet aspect qu’apparaît bien souvent, au géologue, l’ère secondaire : longue suite monotone de niveaux à Ammonites marquant des repères dans la série des millénaires. Pour le paléontologiste attentif au développement des flores terrestres et des faunes de vertébrés, l’impression est tout autre. Il voit la vie s’engager dans le démesuré, l’extraordinaire, le gigantesque : exubérance de la végétation de Cycadées; apogée du monde des Reptiles et de ses formes géantes : Dinosauriens sur la terre ferme, Ichthyosauriens, Plésiosauriens, Mosasauriens dans
- les mers, Ptérosauriens dans les airs, cependant que Mammifères et Oiseaux annoncent timidement, si l’on peut dire, l’aspect moderne du monde animal.
- Le monde végétal aux temps jurassiques
- La flore à Bennettitales
- On dit souvent que la flore terrestre des temps jurassiques (et infra-crétacés) est caractérisée par l’apogée des Cycadées. Pendant longtemps, les paléontologistes ne connurent de ces Cycadées mésozoïques que les organes végétatifs, les feuilles plus spécialement, très semblables à celles des Cycadées actuelles. Puis l’on découvrit les organes de reproduction et de fructification et l’on constata qu’ils différaient profondément de ceux des espèces vivantes. Au lieu des cônes comparables à ceux des Sapins ou des Cèdres, ces Cycadées ’ anciennes avaient, pour la plupart, des fleurs; elles doivent constituer un groupe éteint que l’on désigne communément sous le nom de Bennettitales.
- C’est en 1894 que le paléobotanisle français Lignier décrivit des graines en place sur un tronc et disposées d’une manière toute différente de celle des Cycadées ou Zamiées actuelles. Quelques années après, un savant américain, Wieland, étudiant les magnifiques spécimens du gisement infra-crétacé de Black Hills, dans le Dakota, fit connaître des inflorescences complètes des troncs de Bennettitales.
- Fig. 1. — Cycadoidea marylandica du Crétacé inférieur des États-Unis.
- Fragment de tronc montrant les petites cicatrices en rosette, au milieu des grandes cicatrices foliaires (1/3).
- 1. Voir La Nature, n05 3171, 3172, 3173, pp. 207, 249, 278, 1949 ; n”5 3181, 3184, pp. 143, 240, 1950.
- Fig-, 2. — Cycadoidea dacotensis de l’infra-crétacé des États-Unis.
- Coupe longitudinale d’une fleur restaurée (d'après Wielanb et Scott). De l’extérieur au centre : bractées chevelues, étamines avec leurs sacs polliniques, cône ovulifère.
- Les fleurs, hermaphrodites, étaient disposées entre les bases des feuilles où leurs traces formaient des sortes de rosettes (fig. 1). L’arrangement général des pièces florales était le môme que dans les Magnolias actuels. De nombreuses .bractées, persistant dans le fruit mûr, entouraient la fleur. Les étamines, qui, étalées, pouvaient atteindre 10 cm de longueur, s’inséraient à la base du réceptacle, comme chez les Renonculacées. Leur nombre variait de 10 à 20 selon les espèces. Disposées sur un seul cercle, leurs portions basilaires se soudaient en une sorte de disque entourant l’ovaire, comme chez les Malvacées. La portion supérieure, libre, de ces étamines ressemblait à une feuille composée pennée, c h aq u e penne portant de nombreux sacs polliniques placés sur deux rangées (fig. 2).
- Sur chaque fleur, la quantité de grains de pollen devait être considérable, ce qui suggère que la pollinisation se faisait plutôt par le vent que par les Insectes.
- Un réceptacle coni- | que, sur lequel s’in- ( seraient les ovules, occupait le centre de la fleur. 11 por- <3 tait, à son sommet., ^ une touffe de poils stériles.
- Le fruit des Ben-neltitales prolongeait un pédoncule court et épais. Deux types d’organes entraient dans sa com- ;• position : i° de longs pédicelles grêles, terminés chacun par une graine dont l’ouverture ou micropyle ét.ait dirigée vers l’extérieur; 20 les appendices stériles, ou écailles inter-séminalcs, alternant avec les précédents. Ces appendices s’étalaient à leur partie supérieure, et leurs "extrémités élargies se soudaient en formant une enveloppe, le péricarpe, interrompue seulement au niveau des micropyles (fig. 3).
- Ainsi, dans la flore terrestre des temps jurassiques, pour la première fois, avec les Bennettitales, nous voyons apparaître des fleurs et se constituer un fruit en apparence semblable à celui des Phanérogames angiospermes, mais en apparence seu-
- Fig. 3. — Section d’un fruit de Bennettitale.
- b, bractée stérile ; i, écaille interséminale ; s, graine (d’après Scott).
- Fig. 4. — Coupe d’un atoll jurassique de la région de Solenhofen.
- Sur le pourtour, dolomies et calcaires magnésiens ;- au centre, calcaire lithographique, sur l’emplacement de la lagune (d’après Walther).
- p.303 - vue 311/406
-
-
-
- 304
- lement. Chez les Angiospermes, les carpelles forment le péricarpe; dans les Bennet-titales, les carpelles sont représentés par les pédicelles des graines et le péricarpe dérive des écailles inlersé-
- litales, associés aux Conifères et aux Fougères, pour former des massifs boisés. L’uniformité du paysage végétal fut alors aussi grande dans l’espace que dans le temps : du Spitzberg à l’An-tarctique (terre de Graham), de l’Afrique du Sud à l’Amérique du Nord, on retrouve les mêmes espèces.
- La
- N
- 4 /
- r
- Fig. 5. — Traces d’organisme sur le calcaire lithographique de Solenhofen (d’après Waltihîh)
- minales, d’où une différence fondamentale d’organisation.
- Le fait que la tige est recouverte, sur toute sa hauteur, de fruits mûrs, a conduit certains botanistes à penser que les Bennettitales étaient monocarpiques, c’est-à-dire qu’elles ne fleurissaient qu’une fois et mouraient après la floi’aison. Le même phénomène s’observe, parmi les plantes actuelles, chez certains Palmiers et Bambous.
- C’est dans les régions basses que se développaient les Bennef-
- La vie sur un atoll jurassique
- mer du Jurassique supérieur (étage portlandien), qui s’étendait sur l’emplacement actuel de l’Europe centrale, était parsemée d’une série de récifs coralliens ne différant guère, dans leur constitution générale, de ceux édifiés de nos jours dans les mers tropicales.
- On distingue, parmi les récifs coralliens, les atolls, sortes d’îlots circulaires entourant une lagune centrale; les récifs-barrières, formant une ceinture continue, sauf face aux embouchures des lieu vos, parallèle à la côté dont ils sont séparés par un chenal; les récifs-frangeants, accolés au rivage.
- C’est le milieu biologique d’un atoll de la région de Solenhofen, petite localité de Bavière, que nous allons considérer.
- La partie circulaire de l’atoll est formée d’épaisses séries de dolomies et de calcaires magnésiens, disposés en couches compactes. Dans la partie correspondant à la lagune centrale, on a, s’appuyant sur un lit d’argiles fixes, un calcaire à grain serré, le calcaire lithographique (fig. 4). Une exploitation intensive de celle formation, au cours du siècle dernier, a permis d’y recueillir une faune remarquable, tant par l’excellente conservation des spécimens que par leur ex l r ao rd in air e di ver s i I é.
- Sur les calcaires, s’observent de multiples pistes (fig. 5) tracées par des organismes terrestres et marins, ce qui permet de penser que leur surface se trouvait ramenée, périodiquement, à l’air libre. Pour expliquer ce mouvemenl de va et vient de la mer, il est tout naturel d’invoquer le
- Fig. 6. — à gauche, Compsognathus longipes, du Kimeridgien de Solenhofen (Bavière) (1/3).
- (Photographie d’ùn moulage du Musée de Munich).
- Fig. . 7. — à droite, Os de l’aile d’un Ptérodactyle (en haut), d’une Chauve-souris (au milieu), et d’un Aigle
- (en bas).
- Il, humérus ; fi, radius ; C, cubitus ; 1-2-3-4-5, premier, deuxième, troisième, quatrième et cinquième doigts.
- p.304 - vue 312/406
-
-
-
- 305
- Fig. 8. — Essai de restauration d’un Rhamphorhynque (1/6 environ)
- phénomène des marées, mais une étude des conditions raies du gisement montre cpie la périodicité des marées les serait insuffisante, de même que leur ampleur.
- Si nombre de formes dont nous trouvons les restes dans la lagune de Solenhofen y furent entraînées sans doute par les courants (restes d’Ammonites) ou probablement amenées par le vent (Insectes, par exemple), la vie y était certainement intense, tout comme dans le voisinage des atolls actuels. Des Poissons variés, des Crustacés innombrables, des Limules, des Ophiures, des Crinoïdes, des Méduses, etc., ont laissé leurs empreintes sur la pierre calcaire. Des Reptiles, qui devaient vivre normalement sur un continent proche, y sont représentés par des squelettes complets : Rhynchocépliales voisins du Sphénodon des rivages de la Nouvelle-Zélande; Tortues du groupe des Pleurodires maintenant localisé dans l’hémisphère austral; un petit Dinosau-rien (seul exemplaire connu), le Compsogna-ihus (fig. 6), qui ne dépassait guère les dimensions d’un Chat. Son crâne construit légèrement, ses os, des membres grêles et creux lui donnaient une légèreté d’oiseau.
- Mais le grand intérêt du gisement de Solenhofen est de nous apporter de précieux renseignements sur la A’ie dans les airs à la fin de la période jurassique. D'une manière générale, nous sommes très incomplètement documentés sur l’histoire des animaux volants.
- Leur habitat si particulier ajoute aux difficultés toujours grandes de la fossilisation. Les conditions exceptionnelles de conservation dans la lagune de Solenhofen nous ont révélé un monde de Reptiles volants et deux formes d’Oiseaux évoquant une très ancienne phase de l’histoire de ce groupe.
- Les Reptiles volants de Solenhofen
- L’appellation de Reptiles ne .semble pouvoir s'appliquer qu’à des animaux rampants, rivés au sol- En fait, nul ensemble de vertébrés n’a présenté une si grande diversité de types et d’habitats,‘et au cours de l’ère secondaire (plus exactement du Lias à la fin du Crétacé) il y eut, en particulier, des Reptiles capables de
- géné-
- actuel-
- s’élever dans les airs, des Reptiles volants ou Ptérosauriens (P. L’organe du vol a été réalisé, chez ces animaux, d’une manière particulière, qui n’est ni celle des Oiseaux, ni celle des Chauves-Souris. L’aile des Ptérosauriens est supportée par un seul doigt; dans celle de l’Oiseau, les os du poignet sont réduits à deux, et les trois métacarpiens se soudent ensemble pour constituer un squelette massif; enfin toute la main, sauf le pouce, forme l’aile d’une Chauve-Souris (fIg- 7).'
- Deux types de Ptérosauriens survolaient l’atoll de Solenhofen. L’un était pourvu d’une longue queue, dont l’utilisation, dans le vol, demeure énigmatique; l’autre n’avait qu’une queue très brève. Sur la forme à longue queue, le Rhamphorynque (fig. 8), on a cru observer des indices de glandes sébacées et un revêtement pileux, ce qui indiquerait que le phénomène de régulation thermique se serait effectué
- 1. Du grec itTEpdv, aîle aaupoç, lézard.
- Fig. 9. — Archœornis (Archéoptéryx) siemensi.
- (Exemplaire du Musée de Berlin).
- p.305 - vue 313/406
-
-
-
- 306
- Fig. 10.
- Restauration d’un Ptérodactyle.
- chez ce Reptile d’une manière assez semblable à celle des Mammifères.
- Les formes à queue brève, ou Ptérodactyles (1), ne dépassaient guère la taille d’un moineau; la tète était démesurée par rapport au reste du corps (fig. xo).
- Et comme chez ces derniers, le sens de perception prédominant était la vision. L’orbite, très grande, avait un anneau sclérotique. Le cerveau ressemblait à celui des Oiseaux, notamment par la position latérale des tubei’cules quadrijumeaux et le grand déAeloppement, dans son lobe médian, du cervelet.
- Les Oiseaux de Solenhofen
- Les Oiseaux qui volaient de concert avec les Plérosauriens venaient encore ajouter à l’étrangeté de ce monde aérien. Ces Oiseaux de Solenhofen, les seuls connus de la période jurassique, ne sont jusqu’à maintenant représentés clans nos collections que par deux exemplaires, longtemps confondus sous le même nom générique d’Archœopteryx, qui leur fut donné par le paléontologiste H. von Mayer, mais dont on fait maintenant deux genres distincts : Archœopteryx et Ai'chœornis. .Archœopteryx, trouvé en 1861 à Langenaltheim, près de Solenhofen, est conservé au Musée d’Histoire naturelle britannique; Archœornis (fig. 9), découvert en 1877, dans les schistes de Blumen-berg, appartient au Musée de Berlin. Il existe en outre une plume isolée provenant de Langenaltheim, trouvée un peu avant le squelette d’Archœopteryx.
- Ces deux Oiseaux diffèrent l’un de l’autre par quelques caractères qui justifient leur distinction générique, mais ils présentent un certain nombre de particularités communes qui les placent au même stade dans cette grande transformation qui conduisit certains vertébrés à s’adapter complètement au milieu aérien. Par leur plumage, Archœopteryx et Archœornis étaient d’iixdisculables Oiseaux; par leur tête également (fig. 11). Mais dans l’ensemble du squelette, ils gardaient nombre de caractères reptiliens. Les mâchoires supérieures et inférieures avaient des dents implantées dans des alvéoles, ce qui suffirait à les
- 1. Du grec itxêpôv, aile ; 8axxuÀ0î. doigt.
- distinguer des Oiseaux actuels, qui ne possèdent qu’un bec coi’né.
- La colonne vertébrale comprenait une cinquantaine de vertèbres, et sa partie postérieure, au lieu d’être disposée en « soc de charrue », se prolongeait par une longue queue, formée de :w vertèbres, analogue à celle des Lézards, mais garnie de plumes. Si les ailes étaient construites sur le plan de celles des Oiseaux actuels, la main semble avoir eu trois doigts, avec métacarpiens distincts, et les dernièi’es phalanges portaient des griffes. Ces griffes, comme l’on sait, s’observent fréquemment chez les embryons d’Oiseaux modernes.
- Si Archœopteryx et Archœornis sont des Oiseaux indiscutables, leur mode de vie, et en particulier la manière dont ils accomplissaient la fonction du vol, devait les éloigner beaucoup des espèces vivantes.
- Comme l’a montré E. OEhmichen dans ses Recherches sur les propulseurs et amor-. tisseurs de chocs chez les animaux, leur colonne vertébrale ne présentait pas une rigidité suffisante, leur bassin offrait un développement beaucoup trop faible, pour supporter les chocs d’atterrissage. « Tout concourt, écrit l’éminent anatomiste, à donner à cet étrange animal la faculté de s’aggriper, comme le fait la Chauve-Souris. Il paraît même, a priori, construit pour y arriver de façon parfaite ». Ses doigts détachés de l’aile lui pei’mettaient l’accrochage, et sa longue queue, probablement inutile pour la stabilisation du vol, devait l’aider dans l’action de grimper.
- Ces Oiseaux jurassiques pouvaient peut-être, à la manière des Chauves-Souris, se placer en station la tête en bas, ti'ouvant ainsi, par la chute libre dans l’espace, l’élan nécessaire à la reprise du vol.
- En somme, ni par leur structure anatomique, ni par leur fonctionnement physiologique, Archœopteryx et Archœornis n’avaient pleinement atteint un stade véritablement oiseau. Il faudra attendre la fin de la période crétacée pour voir une telle structure complètement réalisée.
- Tels étaient les aspects essentiels de cet étrange monde des airs dont les calcaires lithographiques de Solenhofen nous ont conservé le témoignage. Au même moment, sur la terre ferme, les grands Dinosauriens marquaient l’apogée de la vie végétative, tandis qu’au milieu des branchages de Bennettitales, quelques petits Mammifères annonçaient une phase nouvelle de l’histoire de la vie, par laquelle les fonctions intellectuelles trouveraient leur plein épanouissement.
- Fig. 11. — Reconstitution de la tête rf’Archœornis (d’après Heilmann).
- (à suivre)
- Jean Piveteau, Professeur à la Sorbonne.
- Un chasseur de nuit à réaction.
- Le premier chasseur de nuit à réaction de la R.A.F., le « Mëtéor » N.F. ix, est maintenant en production.
- Cet avion, qui est mû par deux réacteurs Rolls Royce « Der-went », aura un équipage de deux hommes, le pilote et l’opérateur de. radar. Il sera muni du matériel de radar et de radio le plus perfectionné, afin de rendre le repérage de l’ennemi, la nuit, aussi efficace que possible.
- p.306 - vue 314/406
-
-
-
- 307
- LES CRISTAUX NATURELS ET SYNTHÉTIQUES
- ET LEUR UTILISATION DANS LES SCIENCES PHYSIQUES
- L’état cristallin.
- A l’état solide, presque tous les corps se présentent sous la forme cristallisée. Cet état se manifeste dans l’aspect extérieur; le plus souvent les cristaux sont limités par des faces planes à angles vifs, ces derniers étant toujours les mêmes pour un même corps..
- Cet aspect correspond à la disposition intime des atomes qui constituent le corps, disposition qui au lieu d’être incohérente comme dans le verre (type de la matière amorphe) est parfaitement régulière, car dans un même corps, les atomes sont placés aux sommets de parallélipipèdes égaux. Ainsi, un des corps les plus simples, le sel de cuisine (NaCl) qui fait partie du système cristallographique « cubique » est formé d’atomes disposés suivant le schéma de la figure i. La distance la plus faible entre deux atomes de chlore est de 6 A (60 millionièmes de mm). Les atomes de carbone dans le diamant, sont également disposés suivant la symétrie cubique, tandis que dans le graphite ils forment des figures hexagonales. L’eau congelée appartient aussi au système hexagonal; on en retrouve la symétrie dans les étoiles de neige, toujours à 6 branches, dont les angles sont constants.
- Pour beaucoup de cristaux, on peut en outre rendre manifeste leur structure par « clivage », les cristaux cédant au choc seulement dans certaines directions. Pour d’autres, la cohésion, au contraire, ayant à peu près la même valeur dans toutes les directions, le clivage ne peut se produire.
- Jusqu’à la découverte des rayons X, on ne connaissait des cristaux que leur forme extérieure et leurs propriétés mécaniques, électriques et optiques. Rien ne pouvait faire préjuger de la disposition exacte des atomes dans chaque corps cristallisés. Or les rayons X (vibrations électromagnétiques de longueurs d’onde beaucoup plus petites que celles de la lumière visible) peuvent être « diffractés » sur les divers plans d’atomes d’un cristal, car les distances entre les plans d’atomes des cristaux et les longueurs d’ondes X, sont du même ordre de grandeur (quelques angstrôms seulement). Lorsqu’un faisceau se réfléchit sur les diverses couches d’atomeS, les divers rayons réfléchis interfèrent entre eux, de sorte qu’il n’y a réflexion (pour un cristal donné) que pour un certain angle d’incidence et pour une longueur d’onde donnée. Les rayons X ont pu, ainsi, révéler la structure de nombreux cristaux. Toutefois, cette analyse est extrêmement ardue, et dès que le cristal est un peu compliqué, elle devient même impossible.
- Propriétés des cristaux.
- Nous verrons plus loin quelles sont les utilisations très étendues des cristaux. Plusieurs sont transparents dans des domaines où le verre ne l’est plus : ainsi le quartz, le sel, la fluorine et d’autres, sont employés, en remplacement du verre, pour les systèmes optiques, dans l’infra-rouge et l’ulra-violet. La biréfringence de certains cristaux comme la calcite, le mica et le quartz, les fait utiliser dans les instruments de polarisation; enfin de môme que nous avons vu les rayons X servir à analyser la structure des cristaux, de même à leur tour des cristaux connus servent à l’étude des rayons X,
- Dans le domaine de l’électricité, les cristaux mauvais conducteurs sont employés comme isolants (micas) et les cristaux piézoélectriques (quartz, sel de Seignette) permettent la production des ultra-sons et servent d’intermédiaires dans les pick-up.
- Enfin l’élude des cristaux eux-mêmes a fait faire des progrès considérables à la physique moléculaire et à la chimie. Maintenant on ne se contente plus, quand on a un composé nouveau, de connaître sa formule chimique, on étudie aussi sa structure. La diffusion moléculaire étudiée dans le visible et l’ultra-violet, l’absorption dans l’infra-rouge fournissent des données sur les vibrations des molécules. Des recherches sont également entreprises sur bien d’autres propriétés : conductibilité électrique, constantes élastiques...
- Les cristaux naturels.
- Jusqu’à ces dernières années, les cristaux n’étaient obtenus que par leur récolte dans la nature, en des points connus du globe. On trouve du quartz principalement au Brésil, dans le sud de l’Afrique, à Madagascar, ôn Europe centrale, en Angleterre et en France; il se présente le plus souvent sous forme de
- « canons » à section hexagonale, mais parfois maltraité au cours des millénaires il apparaît aussi en blocs de quartz et roulé » arrondis et ternes. Beaucoup d’échantillons contiennent des inclusions du même cristal, dans des directions différentes (mâcles) ou bien d’autres cristaux, ou encore ils sont salis en très faibles proportions par des impuretés qui les colorent notamment en brun ou en violet (quartz fumé et quartz améthyste).
- La calcite se trouve aussi un peu partout sur le globe mais les blocs transparents de dimensions convenables pour l’optique deviennent de plus en plus rares ; en France on en rencontre souvenl des échantillons laiteux. Les régions où on en trouve sont souvent les mêmes que pour le quartz.
- Le mica accompagne parfois le quartz ; ses variétés sont très nombreuses et il est souvent opaque et irrégulier. Comme isolant il suffit d’avoir des échantillons plans, mais pour l’optique, il faut de plus qu’il soit transparent.
- La fluorine est un des minéraux les plus répandus sur la terre, elle se trouve souvent dans les filons -métallifères; en France elle est généralement bleutée et d’une manière générale elle est rarement incolore et dépourvue de clivage. Il est difficile d’en trouver des échantillons propres aux usages optiques.
- Les mines de sel gemme sont nombreuses en Europe centrale (Tchécoslovaquie, Pologne, Allemagne), mais les blocs assez gros, sans impuretés ou sans inclusion d’eau, sont rares.
- D’une façon générale, la manière dont un cristal se développe dans la nature (en rencontrant des obstacles qui le déforment et des impuretés qui s’y incorporent) ne permet pas de trouver fréquemment des échantillons convenables pour les usages précis qu’on en veut faire.
- Ainsi, la rareté de certains cristaux a montré combien il était
- Fig. 1.
- Structure du chlorure de sodium.
- O, centre des ions Na ; 0, centre des ions Cl.
- p.307 - vue 315/406
-
-
-
- 308
- nécessaire de trouver une matière de remplacement, les mines connues paraissant définitivement vidées.
- Les cristaux synthétiques.
- En même temps que certaines sources de cristaux naturels s’épuisaient, les besoins des laboratoires devenaient plus grands, d’où les essais, puis la réalisation industrielle de cristaux synthétiques par diverses méthodes, dont les plus importantes sont les suivantes :
- Dans l’industrie, on transforme une poudre, très pure, d’une substance en un monocristal en plaçant cette poudre dans un creuset en platine ou en graphite dont on élève la température au-dessus du point de fusion du corps ; on le refroidit ensuite très progressivement de façon à laisser se former sans accident le bloc cristallisé. Pour cela, la température varie d’un point à l’autre de la masse de façon que la cristallisation ne commence pas à la fois en plusieurs points mais parte d’une région pour atteindre de proche en proche toute la masse. Des causes minimes peuvent faire « manquer » la formation du monocristal et donner une multitude de petits cristaux. Il faut attendre souvent 8 jours pour savoir si on a obtenu un bon résultat, ou s’il faut recommencer complètement l’opération. Dans le cas des iluorures, d’autres difficultés apparaissent; ces sels attaquent rapidement leurs creusets et même amènent le platine à cristalliser comme eux-mêmes.
- Une autre méthode voisine de la précédente consiste à plonger dans un bain du cristal amené à l’état liquide, un échantillon solide du même cristal et à le tourner dans le bain en le maintenant lui-même à basse température par son extrémité libre.
- Fig. 2.
- Marche des deux rayons dans un prisme de Nicol.
- La cristallisation se fait autour du germe plus froid en un seul gros cristal. Naturellement, dans les deux procédés précédents, pour annuler les tensions survenues au cours de la cristallisation, en recuit avec soin le cristal ainsi formé en l’amenant à une température de très peu inférieure à son point de fusion et en le faisant refroidir ensuite très lentement.
- La synthèse du quartz vient d’être réalisée pour la première fois en France à une échelle appréciable par transport de silice sur un germe dans une solution alcaline sous pression.
- Dans le cas des cristaux solubles dans un liquide (pratiquement l’eau), il existe des méthodes ne demandant pas un si vaste et si coûteux appareillage, mais qui sont également sujettes à.beaucoup de déboires et cela, souvent, pour des causes infimes.
- Tout d’abord la méthode de l’évaporation :
- Loi'squ’une solution s’évapore, la proportion d’eau et de coi’ps dissous variant,, elle donne naissance à des ci’istaux; c’est ce qui se produit dans les salines industrielles. Mais le chlorure de sodium ne peut cristalliser de cette façon qu’en petites trémies; il en est de même de certains autres cristaux. Par contre, d’autres, tels que le.nitrate de sodium, peuvent par évaporation donner de gros monocristaux sans défauts.
- Les conditions nécessaires pour leur obtention sont difficiles à déterminer car si en principe la matière doit être très pure, l’expérience monti'e que c’est souvent sur une impureté que la
- cristallisation s'amorce; la température doit être conservée aussi uniforme que possible et l’atmosphère en contact avec laquelle se trouve la solution doit avoir une composition bien choisie pour ne pas l’altérer.
- Toutes ces conditions remplies, on voit apparaître au bout d’un certain nombre de jours ou de semaines, dans le fond de la solution, un ou plusieurs cristaux, très défectueux en général dans leurs débuts, mais qui, lorsqu’ils ont atteint une grosseur suffisante, présentent de belles régions limpides utilisables pour des expériences,
- 11 reste cependant à prendre garde que deux individus poussant enchevêtrés mais avec des directions cristallographiques différentes, ne donnent l’impression d’un seul cristal. En général la forme extérieui'e, ou bien un examen optique, permettent de déceler cette anomalie.
- Ainsi, avec des moyens assez réduits, on peut, dans un laboratoire, faire pousser des cristaux très divers, dépourvus de trempe, et qui, s’ils ne sont pas aussi gros que ceux qu’on l’éalise par fusion, sont suffisants cependant pour la plupart des études que l’on se propose de faire sur eux.
- Seulement, si certains ne mettent que quelques semaines à pousser, d’autres demandent des années!...
- Au lieu de laisser le solvant s’évaporer, on peut aussi faire passer une solution concentrée d’une température élevée à une plus basse où les cristaux apparaissent alors. Mais ce procédé demande, outre les conditions précédentes, celle déjà indiquée dans le cas de la fusion, de maintenir un refroidissement, régulier de l’ordre d’un dixième de degré par jour.
- Utilisations diverses des cristaux.
- Les cristaux transparents. — Dès qu’on sort du domaine très restreint du spectre visible, dès qu’on dépasse des longueurs d’ondes inférieures à o,4 p ou supérieures à o,8 p, en même temps que l’œil devient aveugle, le verre devient opaque. Mais comme nous l’avons vu plus haut, plusieurs matières solides sont encore transparentes pour ces régions du spectre et peuvent remplacer le verre dans la fabrication des systèmes optiques permettant de travailler dans ces domaines.
- Dans lTilIra-violet, le quartz (Si02) est un matériau précieux, transparent jusqu’à 0,2 p et aussi stable que le verre.
- O11 trouve dans le quartz naturel des régions transparentes sans défaut, où l’on peut tailler des lentilles, des lames ou des prismes; toutefois, comme il a des propriétés polarisantes, il faut en tenir compte dans son utilisation, afin de n’être pas gêné par les phénomènes qui en découlent.
- Plus dur que le verre, le quartz se raie moins facilement, mais se travaille par les mêmes méthodes : sciage avec une scie au diamant ou au carborundum, ébauchage de la forme et « doucissage » de la surface avec de l’eau et des émeris de plus en plus fins sur des outils en laiton, puis polissage sur des polissoirs en poix avec des poudres à polir très fines (en général des oxydes : oxyde de cérium, silice pure, rouge d’Angleterre).
- La forme de la surface est vérifiée en l’appliquant sur un cali-bi'e de forme complémentaire en veri'e, qui donne, si les écai’ls entre les surfaces sont assez faibles, des franges d’interférences.
- En fondant le quartz naturel, on obtient la silice fondue ou amoi'phe, très employée dans les appareillages de laboratoires, résistant aux différentes températures, et transparente à peu px'ès dans les mêmes domaines; toutefois, elle conserve presque toujours des bulles d’air incluses qui la rendent difficilement utilisable pour de bonnes pièces d’optique; elle n’est donc en général employée pour cet usage que lorsqu’on veut éviter des phénomènes de polarisation parasites, car étant amorphe, elle est isotrope, à condition qu’elle ne se trouve pas accidentellement « trempée ».
- p.308 - vue 316/406
-
-
-
- 309
- Fig. 3. — Spectre de rayons X de l’émeraude.
- (Photo Wyart).
- La fluorine (F2Ca), également transparente dans l’ultra-violet, est beaucoup plus rare dans la nature, du moins sous la forme d’échantillons transparents, incolores et sans clivages; la synthèse en est difficile ainsi que celle du fluorure de lithium transparent dans des domaines analogues.
- En principe les fluorures se travaillent comme le verre. Pratiquement, étant plus tndres, surtout dans certaines directions, ils se raient facilement et laissent longtemps subsister à leur surface, au cours du polissage, les traces du grain d’émeri qui les a travaillés. Leur fragilité nécessite leur enrobement dans du plâtre, avant de les scier, sinon ils risquent de se cliver durant le sciage.
- On taille pour l’ultra-violet des triplets anastigmats quartz-fluorine dont le « liant » est la glycérine, remplaçant le baume du Canada, lui-même opaque. On peut aussi remplacer la lentille en fluorine par une lentille en sel également transparent dans l’ultra-violet, mais la solubilité du sel dans l’eau, et par conséquent l’altération de ses surfaces à l’humidité atmosphérique le fait employer le moins possible. Par contre, nous allons le voir jouer un très grand rôle dans le domaine infra-rouge.
- Le verre, en effet cesse d’être transparent vers la longueur d’onde 2 p (l’infra-rouge commence là où l’œil ne perçoit plus rien, c’est-à-dire vers 0,8 p), les matières qui demeurent transparentes et qui sont le plus employées, sont alors le quartz jusqu’à 3 p et jusqu’à 5 p s’il est fondu, la fluorine jusqu’à 8 p, le sel et le bromure de potassium jusque vers i5 p et la sylvine (KC1) jusqu’à 17 p.
- Les montages qui, dans l’infra-rouge remplacent les systèmes optiques utilisés dans le visible, sont assez différents de ceux-ci car ils utilisent le plus souvent des miroirs métalliques au lieu de lentilles (le pouvoir réflecteur des métaux, étant excellent dans ce domaine) ; on réserve les matières transparentes pour les prismes et les cuves contenant des corps à examiner.
- On taille dans du sel, du bromure de potassium ou de la sylvine des prismes qui ont couramment de 5 à 10 cm de côté. Ces cristaux (obtenus par fusion) sont solubles dans l’eau. On peut donc les scier à l’aide d’un fil de coton humecté d’eau. Leur
- polissage est particulièrement rapide, l’eau activant l’attaque de la surface par les abrasifs; mais' aussi une telle surface reste d’une fragilité extrême vis-à-vis de l’humidité atmosphérique, au moindre réchauffement de l’air, la vapeur d’eau se condensant sur la surface la dépolit aussitôt. Or, tout vernis avec lequel on voudrait protéger ces surfaces serait opaque à l’infra-rouge. Mais les installations infra-rouges sont, en général dans des pièces à peu près isothermes, et, de plus, les surfaces, une fois polies, sont beaucoup plus difficilement attaquées que brutes.
- Le chlorure d’argent que l’on commence à fabriquer maintenant, est transparent beaucoup plus loin (a5 p) ; il est tellement mou qu’on peut le laminer et obtenir les pièces optiques par moulage, mais son pouvoir dispcrsif n'est, pas assez grand pour le rendre utilisable pour la fabrication des prismes. Les sels de thallium, également très mous, sont très transparents et dis-persifs.
- Les rayons X. — Nous avons vu plus haut le rôle des cristaux dans ce domaine, il n’est pas possible d’énumérer tous ceux qu’on utilise et tous ceux dont on fait l’analyse. On se sert des cristaux dans une direction déterminée, mais sans taille spéciale, puisque ce sont les atomes de l’intérieur du cristal qui interviennent, niais il faut qu’ils soient sans défaut.
- Diffusion moléculaire et absorption infrarouge. —
- On complète l’analyse de la structure de la matière par l’étude des vibrations des atomes.
- On observe le spectre de la lumière diffusée par la substance soumise à un rayonnement donné; la lumière'diffusée est. étudiée dans la direction perpendiculaire à celle du faisceau lumineux incident; pour cela on utilise des cristaux de la substance que l’on a fait croître jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment gros pour être taillés en parallélipipèdes rectangles dans une direction bien déterminée par rapport à leurs directions cristallographi-, ques. Leurs faces doivent être aussi peu diffusantes que possible; après leur polissage, on atténue encore cette diffusion en immergeant le cristal, pour la pose photographique, dans un liquide d’indice voisin.
- L’étude des bandes d’absorption dans le domaine infra-i'ouge ajoute encore aux connaissances précédentes; pour que l’absorption de la substance ne soit pas trop grande, il faut souvent l’amincir en lames de si faible épaisseur que des difficultés mécaniques parfois insurmontables interviennent.
- La polarisation. — La structure des cristaux appartenant aux autres systèmes que le système cubique leur confère des
- Fig. 4. — Cristaux de quartz naturels.
- (Photo J. P. Mathieu).
- p.309 - vue 317/406
-
-
-
- 310
- propriétés optiques qui ne sont pas les mêmes dans toutes les directions; on dit qu’ils sont anisotropes (le verre est isotrope). Nous connaissons bien l’exemple de la calcite ou spath d’Islande qui suivant certaines directions dédouble les images. Dans de tels cristaux, la lumière ordinaire est décomposée en deux faisceaux se propageant avec deux vitesses différentes et vibrant dans deux plans perpendiculaires (ces deux plans passant par le rayon lumineux).
- L’étude de la lumière polarisée est un des chapitres les plus étendus de l’optique et ses applications sont maintenant nombreuses dans divers domaines.
- Il serait trop long d’entrer dans tous les détails des divers phénomènes dus à la lumière polarisée et à son utilisation. Disons seulement qu’une lame biréfringente transmettant la lumière sous forme de deux faisceaux ayant, des vitesses différentes, il peut sc faire que dans certaines conditions ces deux faisceaux interfèrent ; la lame présente alors des couleurs très rives de « polarisation chromatique ». Une telle lame est dite « demi-onde » si son épaisseur est telle que les deux faisceaux qui la traversent ont entre eux à la sortie une différence de marche d’une demi-longueur d’onde, qui donne une extinction de la radiation considérée, d’où une couleur résultante obtenue par la soustraction de cette radiation de tout le spectre visible. Des lames « demi-onde », « quart d’onde », « onde », sont employées pour obtenir des transformations diverses de la lumière dans de nombreuses recherches.
- De telles lames peuvent être réalisées en quartz, mais alors il faut qu’elles soient tellement minces (quelques centièmes de millimètre) que leur fabrication est extrêmement difficile et leur manipulation très délicate; aussi n’a-t-on recours au quartz que pour les travaux dans l’ultra-violet où il est transparent; pour le visible, le mica convient parfaitement : c’est un cristal de composition complexe (KAl2AlSi3O]0(OH)2), dont la structure cristalline est telle qu’il se clive avec une extrême facilité suivant un certain pian et possède au contraire une excellente cohésion dans les autres directions; on peut en obtenir aisément des lames de 2 à 3 centièmes de millimètre d’épaisseur, sur une surface de plusieurs centimètres carrés.
- Mais l’inconvénient des lames en mica vient de ce que le clivage est fait au hasard (tandis qu’en usant du quartz, comme on use du verre, on peut s’arrêter à une épaisseur donnée avec une grande précision). Aussi doit-on cliver un très grand nombre de lames de mica avant d’obtenir l’épaisseur exacte dont on a besoin.
- Dans d’autres cas, il ne s’agit plus de conserver ensemble les deux vibrations privilégiées du cristal, mais d’en éliminer une afin de disposer d’une lumière polarisée dans un seul plan. On obtient un tel résultat avec le prisme dit de « Nicol ». Un nicol est taillé dans un cristal de calcite dont la différence des deux indices (ou biréfringence) est très grande. On peut alors en taillant convenablement le cristal, éliminer facilement l’un des faisceaux par réflexion totale (fig. 2). On conçoit que la possibilité d’aA'oir de la lumière polarisée permette toutes sortes d’utilisations : on peut par exemple affaiblir et même éteindre un faisceau lumineux en plaçant l’un derrière l’autre deux niçois, l’un laissant passer les vibrations verticales, l’autre les vibrations horizontales.
- Le spath d’Islande, cristal de plus en plus rare dans la nature, n’a pas encore été fabriqué synthétiquement. Il est très tendre et se travaille avec les mêmes précautions que la fluorine. Sa forme est celle d’un rhomboèdre et ses faces naturelles (qui sont les faces extérieures dans un nicol) s’usent si facilement qu’elles se raient aussi très fréquemment..
- La face interne du-nicol, en biais sur les faces naturelles, est un peu moins difficile à travailler' Mais comme il est presque impossible de scier du spath dans une autre direction que les directions de clivage sans risquer qu’il ne se brise, on doit, pour tailler cette face, enrober tout le cristal -dans du plâtre avant le sciage.
- Le nicol, par suite de l’inclinaison de ses faces sur le faisceau lumineux, déporte un peu celui-ci. à la sortie, de sorte que lorsqu’on tourne le nicol, le faisceau final décrit un cylindre. Pour éviter cet inconvéniènt, on construit d’autres prismes pola-riseurs, tels que le prisme de Glazebrook dont l’orientation par rapport aux faces cristallines oblige à gaspiller beaucoup plus de matière que pour la construction d’un nicol. La taille de ces divers polariseurs est analogue à celle des niçois.
- Outre sa grande fragilité, le spath présente pour les directions différentes des différences de comportement vis-à-vis des abrasifs. Il est par exemple plus dur dans la direction perpendiculaire à l’axe optique que suivant les plans de clivage, mais cependant si l’outil qui le travaille (notamment la poix) exerce un frottement trop fort, il se produit des arrachements en forme de petites pyramides dont les faces sont des faces de clivage. Les fluorures et tous les cristaux de ce genre offrent ainsi des différences très sensibles entre le comportement des faces aux abrasifs.
- La calcite devenant de plus en plus rare, on a cherché à la remplacer; le nitrate de sodium cristallographiquement très voisin de la calcite possède une biréfringence supérieure à la sienne. Ses cristaux se développent bien par évaporation. Malheureusement ils sont très solubles dans l’eau, d’où des difficultés presque insurmontables pour construire des polariseurs.
- A la place des niçois, on se sert maintenant beaucoup de lames polarisantes synthétiques qui sont formées de minuscules cristaux enrobés dans une couche de gélatine et orientés tous de la même façon. On en réalise de grandes dimensions, mais elles sont un peu absorbantes.
- Le pouvoir rotatoire. — On connaît le pouvoir rotatoire des solutions de sucre qui permet de déterminer leur concentration ; certains cristaux possèdent également le pouvoir rotatoire ; traversés par un faisceau lumineux polarisé dans un plan, ils font tourner ce plan de polarisation d’un angle proportionnel à leur épaisseur. Le quartz en particulier possède un très fort pouvoir rotatoire. On peut avec une lame taillée perpendiculairement à l’axe optique, obtenir une rotation déterminée du plan de polarisation. Il est intéressant d’étudier son pouvoir rotatoire en relation avec sa structure atomique; en effet, si dans les liquides le phénomène doit être rattaché à une disposition moléculaire particulière, pour les cristaux elle correspond à une disposition d’atomes, cette disposition pouvant se présenter som. deux formes symétriques suivant que le plan de polarisation tourne à droite ou à gauche.
- Dans l’industrie sucrière, on mesure la concentration des sirops à l’aide de « polarimètres » dans lesquels le liquide est placé entre deux niçois; ils permettent par diverses méthodes d’évaluer l’angle dont le sirop a fait tourner le plan de polarisation.
- Le quartz piézo=électrique. — Nous avons pu constater que presque toutes les utilisations scientifiques des cristaux sont cantonnées dans le domaine de l’optique (étendue à l’infrarouge et à l’opposé jusqu’aux rayons X).
- Il nous reste cependant à rappeler l’application bien connue des propriétés des cristaux dits « piézoélectriques ». Dans un tel cristal (taillé convenablement) une compression donne naissance à des charges électriques sur les faces; d’où la possibilité de mesurer les variations d’une force; inversement, en établissant une différence de potentiel, on obtient une compression. Le quartz piézoélectrique est. surtout employé comme générateur d’ultra-sons ; en faisant varier un grand nombre de fois par seconde la différence de potentiel on émet des vibrations ultra-sonores dont les applications sont bien connues pour la détection des obstacles sous-marins. Le quartz naturel taillé en lames parallèles à l’axe et perpendiculairement à une des faces du prisme hexagonal, permet ainsi l’émission des ultra-sons et aussi
- p.310 - vue 318/406
-
-
-
- 311
- la réception de leur écho. Sa taille pour cet usage est très simple, le polissage n’étant pas nécessaire,- seule la précision d’épaisseur au micron près devant'être rigoureuse.
- La pyroélectricité qui se produit, non quand on comprime, mais quand on chauffe certains cristaux n’a pas jusqu’à présent reçu d’applications pratiques.
- *
- * *
- Ainsi à l’heure actuelle, avec la production de plus en plus développée des cristaux’ synthétiques, que ce soit à grande
- échelle dans l’industrie ou par des moyens relativement simples en laboratoire, on voit s’ouvrir des champs immenses d’investigation scientifique.
- Soit avec des accessoires de plus en plus satisfaisants, comme les prismes transparents dans l’infra-rouge dans des domaines étendus, soit grâce à la création de nouveaux cristaux dont on peut étudier la position des atomes par les rayons X et leurs vibrations par la diffusion moléculaire et l’absorption infrarouge, les domaines de la recherche s’étendent toujours davantage.
- Élise Devaux-Morin.
- UN ÉNORME GISEMENT DE FER AU
- LE « CERRO-BOLIVAR
- VENEZUELA :
- »
- Les grandes nations se préoccupent toutes d’accroître leurs réserves de minerais, avant même que l’épuisement des gisements actuellement reconnus soit devenu menaçant.
- Un exemple récent et particulièrement frappant de cette prévoyance est la recherche systématique, couronnée de succès, entreprise par l’U. S. Steel Corporation. Jusqu’ici, l’industrie américaine de l’acier disposait principalement des gîtes de fer du Lac Supérieur et aussi de minerais importés du Chili. Au Lac Supé-
- '1NITA
- l" BARCELONA
- PETROLE
- EL PAO
- 100 Km
- ARIMAG.UA
- t/oies Ferrées projetées
- CERRO-BOLIVAR
- La région de Cerro-Bolivar.
- Fig. X.
- rieur, les réserves sont énormes, mais la najure du minerai impose des traitements d’une grande complexité, qui rendent l’exploitation coûteuse ; il faut, en effet, broyer le minerai (taconite) à une maille imposée par la taille des cristaux de magnétite, isoler la poudre par séparation magnétique et la réagglomérer avant de l’utiliser dans les hauts-fourneaux.
- Pour échapper, au moins partiellement, à ces difficultés de .préparation mécanique, l’U. S. Steel Corporation entreprit, au début de 1946, une énorme campagne de recherches, à laquelle participèrent plusieurs milliers de personnes, du Brésil au Honduras, de la Suède à Konakry. L’objectif était de trouver « un gîte de fer, de préférence dans la région caraïbe, d’un volume et d’une qualité suffisants pour justifier un plein développement pendant de nombreuses années ».
- L’effort porta particulièrement, au Venezuela, sur la vallée de l’Orénoque où l’on connaissait -déjà des gîtes. Les observations aériennes, la prospection magnétique aérienne (magnétomètre aéroporté) furent largement employées. On commençait à perdre courage quand le géologue en chef de l’U. S. Steel et ses deux adjoints firent exécuter des photographies aériennes de la région au sud de l’Orénoque et à l’ouest du Caroni, considérée jusqu’alors comme ne présentant pas de grandes promesses. L’examen de ces photographies mit en évidence deux petites collines se dégageant de la savane. Au début de 1946, une équipe géologique partit, accompagnée d’un géophysicien muni d’un magnétomètre ; en avril 1947, elle découvrait d’énormes affleurements de fer à La Parida, dénommé depuis Cerro Bolivar, et à Arimagua. Très rapidement, deux sondeuses à diamant entrèrent en action sur ces points. Au début de 1949, les sondages avaient mis en évidence un demi-billion de tonnes d’un minerai à plus de 60 pour 100 de fer. Ce minerai semble être d’origine sédimentaire et semblable, comme type et mode de gisement à ceux, déjà célèbres, de la région de Minas Geràes au Brésil.
- Après avoir exposé ces résultats dans son numéro de février I960, la revue Mining Engineering annonce dans son numéro d’avril que la « Bethleem Steel Corporation » commencera à exporter du minerai de fer 'du Venezuela dans trois mois. Il est vrai qu’il s’agit d’un gisement déjà connu, de la région d’El Pao, à l’est de la rivière Caroni. Le minerai d’El Pao sera évacué par rail jusqu’à l’Orénoque, puis par chalands jusqu’à la côte. En ce qui concerne l’évacuation à partir des gisements beaucoup plus importants du Cerro-Bolivar, à l’ouest de la rivière Caroni, aucune décision n’a encore été annoncée. On peut choisir entre un transport mixte, fer et eau, comparable à celui adopté par la Bethleem ou un transport unique par voie ferrée jusqu’au port de Barcelona, en traversant une partie des champs pétrolifères connus plus au nord. Les experts estiment que, probablement, le riche minerai du Cerro-Bolivar sera rapidement rendu dans presque tous les centres métallurgiques des Etats-Unis à un prix inférieur à celui de toutes autres origines.
- Le Venezuela, déjà célèbre pour son « or noir », va donc devenir un des principaux producteurs mondiaux de minerai de fer.
- L’histoire du « Cerro-Bolivar » montre que si, dans beaucoup de régions du monde, tous les gros affleurements minéralisés ont déjà été reconnus et la recherche de nouveaux gisements incombe surtout au géophysicien et au sondeur, il est encore des régions très peu explorées où la part du géologue « de terrain », ou mieux « de surface », reste encore belle.
- Pierre Routhier.
- p.311 - vue 319/406
-
-
-
- 312
- LES CARBURANTS POUR L'AUTOMOBILE
- L’une des caractéristiques les plus importantes d’un moteur à combustion interne est la pression développée par l’explosion. Elle conditionne, d’une part, la puissance correspondant à une cylindrée donnée et, d’autre part, le rendement thermodynamique.
- Deux moyens permettent d’augmenter cette pression : i° On peut élever le taux de compression, c’est-à-dire le rapport entre les volumes occupés avant et après' compression par le mélange d’air et de carburant. Ce faisant, on ne modifie pas la quantité d’essence consommée à chaque cycle, mais on transforme son pouvoir calorifique en énergie mécanique avec un meilleur rendement, qui se traduit par une augmentation de la puissance du moteur.
- 2° On peut suralimenter le moteur, c’est-à-dire augmenter, au moyen d’un compresseur, la pression du mélange combustible envoyé dans la nourrice. Dans ce cas, ce sont, le taux de compression et le volume final du mélange qui restent inchangés. Le moteur aspire un mélange plus dense; sa consommation d’essence par cycle, et par conséquent la pression après explosion, sont plus élevées. On réalise ainsi tout à la fois une augmentation de la consommation de carburant et une amélioration du rendement énergétique. Pour une même pression finale, l’accroissement de puissance est plus élevé que dans le
- Fig. 1. — Moteur d’essai à taux de compression et à suralimentation
- variables.
- (Cliché Ethyl Corp.).
- cas précédent, alors que l’amélioration du rendement est identique.
- Lorsqu’on veut mettre en pratique l’un ou l’autre des moyens ci-dessus, on se heurte à des difficultés mécaniques, car les cylindres du moteur doivent supporter des pressions et, dans le cas de la suralimentation, des températures élevées, et à des difficultés résultant des carburants : tant le taux de compression que la pression de suralimentation admissibles sont limités par le phénomène de la détonation, qui se traduit, par le cli-quetage du moteur.
- Les progrès réalisés au cours des 20 dernières années dans le domaine du rendement des moteurs ont consisté essentiellement à augmenter la pression développée par l’explosion tout en évitant la détonation. C’est là un problème ardu, car si, dans un moteur donné, la pression maximum admissible dépend de la constitution chimique du carburant, elle dépend, pour un carburant donné, des caractéristiques du moteur.
- Les carburants.
- Mesure de la résistance à la détonation. — Pour pouvoir étudier les relalions existant entre la constitution chimique des carburants et leur résistance à la détonation, il faut disposer d'une méthode d’évaluation de cette dernière. On n’est pas parvenu jusqu’à présent à établir de relation entre le taux de compression que supporte un carburant et une propriété physique ou chimique directement, mesurable. On doit donc, pour étudier la détonation, faire appel à une unité arbitraire et définir une méthode de mesure conventionnelle.
- Les premières éludes qualitatives, concernant le comportement de certains hydrocarbures purs dans les moteurs, ont montré que le n-heptane (Cil, — CIf2 — Cll2 — CI12 — CII2 —: CH, — CIL,) détone dès une pression très faible, alors que l'isooctane (CII3 — C(CII,)2 — CIL — CH(CH,) — Cil,) supporte un taux de compression élevé. On a basé sur ce fait une échelle permettant d’exprimer la résistance à la détonation : l'indice d'octane d’un carburant est le titre en isooctane du mélange d’isooctane et de n-heplane qui détone à partir du même taux de compression que lui.
- Pour que celte unité ait un sens précis, il faut normaliser les conditions dans lesquelles on compare les carburants aux mélanges de référence. Le moteur monocylindrique à taux de compression variable mis au point aux Etats-Unis par le Coor-dinaling Research Council (Moteur C.F.R.) est maintenant adopté dans tous les pays. Deux méthodes sont appliquées à l’étude des carburants d’automobile. Elles sont caractérisées par les conditions suivantes de fonctionnement du moteur :
- Méthode Fl Méthode F2 (Motor) (Research)
- Vitesse du moteur (tours/nui).... 900 600
- Température du mélange (°C).... 149 20
- On caractérise ainsi un carburant par deux indices d’octane et par leur différence, qui mesure sa sensibilité aux variations des conditions d’emploi.
- Ces méthodes supposent que l’on tire parti de l’indétonance des carburants en élevant le taux de compression du moteur. Si le carburant est destiné à un moteur suralimenté, on détermine sa résistance à la détonation en maintenant constant le taux de compression du moteur C.F.R., en faisant varier la pression dans la nourrice et la teneur en carburant du mélange et en mesurant la puissance développée.
- Les relations èntre l’indice d’octane et la consti» tution. — Grâce à des travaux très importants, effectués notamment aux États-Unis, on connaît maintenant les indices d’octane d’un grand nombre d’hydrocarbures purs.
- D’autre part, on a étudié les mélanges obtenus industriellement à partir du pétrole, tant par simple distillation fractionnée que par des procédés tels que le craquage, le reformage, la polymérisation et l’alcoylation des oléfines, qui conduisent à des modifications chimiques de la matière première.
- On a également recherché des adjuvants susceptibles d’élever les indices d’octane des carburants. Ajouté aux essences dans une proportion de 1 pour 1 000, le plomb-tétraéthyle augmente notablement le taux de compression qu’elles supportent. L’importance de cette augmentation varie entre de large.s limites d’une essence à l’autre (susceptibilité au plomb).
- L’addition à un carburant de quelques centièmes d’une amine aromatique permet d’élever la pression de suralimentation sans provoquer de détonation.
- p.312 - vue 320/406
-
-
-
- 313
- Les recherches relatives à l’indice d’octane des produits purs ont conduit à la découverte'd’hydrocarbures plus indétonants que l’isooctane, notamment du triptane, CH3 — C(CH3)2 — CII(CIL) — CH3. Au lieu de les comparer à des mélanges de n-heptane et d’isooctane, on compare ces hydrocarbures à des échantillons d’isooctane pur, additionnés de proportions variables de plomb-tétraéthyle. Ainsi, le triptane supporte le même taux de compression que l’isooctane contenant o,45 cm3 de plomb-tétraéthyle par litre.
- On peut aussi caractériser les carburants par un indice de performance déhni comme étant la puissance développée par le moteur lorsqu’il fonctionne, avec le carburant étudié, au taux de compression ou avec la suralimentation maximum réalisable sans détonation. On affecte à l’isooctane la valeur ioo. Voici quelques indices de performance :
- Sans plomb- Avec 0,9 cm3: 1 de tétraéthyle plomb-tétraéthyle
- n-heptane ....................... 22 35
- isooctane ...................... 100 153
- triptane ........................ t-iO 200
- Les moteurs.
- Les besoins en octane des moteurs. — Pour permettre l’étude des problèmes pratiques, la notion d’indice d’octane doit être complétée par celle de besoin en octane puisque la détonation est conditionnée tant par-la structure chimique du carburant que par le moteur.
- Le besoin en octane d’un moteur d’automobile est le taux en isooclane du mélange de n-hepane et d’isooctane qui permet, sur une route horizontale, de passer en pleine accélération et en prise directe d’une vitesse de i5 km/h à une vitesse de ioo km/h sans qu’il se produise de détonation.
- Le besoin en octane d’un moteur dépend tout- d’abord de son taux de compression. Mais, à taux de compression égal, il diffère d’un modèle de voiture à l’autre, voire, pour une même voiture, d’une détermination à l’autre. C’est qu’il est influencé par de nombreux facteurs très divers, notamment par l’humidité relative de l’air, l’altitude, le réglage de l’avance à l’allumage, les dépôts formés dans les cylindres, la température de l’eau du circuit de refroidissement, etc.
- La plupart de ces fadeurs sont maintenant connus et on peut s’arranger pour les maintenir constants ou effectuer des corrections tenant compte de leurs influences.
- Fig. 2. — Raffinerie produisant de l’essence à .indice d’octane de 100 ; elle comprend des unités de craquage catalytique, d’isomérisation et
- d’alcoylation.
- (Cliché Lummus C°).
- L’indice d’octane sur route. — On parvient ainsi à obtenir des valeurs des besoins en octane précises et reproductibles, mais ceci à condition que les déterminations se fassent toujours au moyen de mélanges de n-heptane et d'isooctane. Si on utilise des carburants de référence secondaires, on obtient des valeurs notablement différentes.
- Les carburants du commerce sont des mélanges très complexes et leurs indices d’octane — déterminés au moyen du moteur C. F. R. — sont des valeurs moyennes. Les différences que l’on observe lorsqu’on détermine le besoin en octane d’un moteur avec plusieurs carburants de référence paraissent résulter de variations dans la répartition de l’indice d’octane en fonction de la volatilité.
- Ce fait a pu être mis en évidence grâce à la nouvelle méthode de détermination de Vindice d'octane sur rouie. Elle se fait tu moyen d’une voiture munie d’une commande manuelle de l’avance à l’allumage et d’un tachymètre. On détermine, pour chaque valeur de l’avance, la vitesse de rotation du moteur à partir de laquelle le moteur cliquette. On obtient ainsi la courbe frontière de détonation.
- La détermination des courbes frontières de détonation d’essences,dont les diverses fractions avaient été étudiées dans un moteur C.F.R., a montré que la détonation aux faibles vitesses est conditionnée par l’indice d’octane des fractions inférieures, alors que les fractions supérieures influent sur la détonation aux grandes vitesses.
- Moteurs pour essences indétonantes. — En satisfaisant., durant la dernière guerre, aux besoins énormes de l’aviation alliée en essences à indice d’octane élevé, les industries américaine et britannique du pétrole ont prouvé que la fabrication à grande échelle de carburants très indétonants est possible.
- Le problème de leur utilisation dans les moteurs d’automobiles est donc posé. A l’heure actuelle, dans les pays les plus favorisés, l’essence de première qualité pour automobiles a un indice d’octane (méthode « Motor ») de 8o. 11 ne saurait être question de le porter rapidement à ioo ou plus; l’augmentation ne peut être que progressive, car il faut laisser aux propriétaires de voitures anciennes le temps de les amortir.
- Les installations de production d’essence à indice d’octane de ioo et plus construites pendant la guerre, notamment aux États-Unis, ont été partiellement désaffectées, ceci d’autant plus que l’aviation militaire s’oriente vers l’emploi de moteurs à réaction.
- Mais la question est posée de savoir si une augmentation progressive de l’indice d’octane de l’essence et une évolution parallèle des moteurs d’automobiles leur permettant d’en tirer parti est économiquement intéressante.
- On peut adapter un moteur à l’emploi d’une essence à indice d’octane élevé en augmentant son taux de compression, en le suralimentant ou en mettant ces deux moyens simultanément en œuvre. Des essais systématiques, effectués aux États-Unis dans les laboratoires de l’Ethyl Corporation (fig. i), ont montré que la dernière solution conduit au meilleur rendement énergétique. Cela s’explique par le fait que ce ne sont pas les memes constituants qui confèrent à l’essence ses résistances à la détonation due à l’élévation du taux de compression et à la détonation résultant de la suralimentation.
- La General Motor Corp. préfère ne faire appel qu’à l’augmentation du taux de compression, ce qui présente l’avantage de ne pas augmenter notablement le prix du moteur. Afin de démontrer que l’industrie automobile est prêle à tirer parti d’essences à indice d’octane élevé, cette société a fabriqué une série de moteurs à 8 cylindres en V, munis de trois jeux de têtes de pistons, permettant de réaliser des taux de compression de 8 : x, io : i et la : i. Des moteurs atteignant ce dernier taux pourront être montés sur les voitures de série dès que la fabrication et la distribution d’une essence à indice d’octane de ioo seront organisées.
- p.313 - vue 321/406
-
-
-
- 314
- L'économ ie de l’essence à indice d'octane élevé.
- Les essais effectués au moyen du moteur ci-dessus ont montré que pour porter de sa valeur actuelle de 7:1a une valeur de 13 : 1 le taux de compression maximum des moteurs d’automobile, il faudrait faire passer de 80 à 100 l’indice d’octane de l’essence de première qualité. Si, ce faisant, on maintenait à sa valeur actuelle la puissance moyenne des voitures, on réduirait d’environ 25 pour 100 leur consommation de carburant.
- Le problème ainsi posé est avant tout économique, car le prix de revient de l’essence est d’autant plus élevé qu’elle est plus indétonante.
- Les hydrocarbures très indétonants ne préexistent qu’en faible proportion dans le pétrole brut. Celui-ci contient, d’autre part, trop peu d’hydrocarbures liquides légers. On y remédie en soumettant les fractions lourdes au craquage,. Celui-ci peut se réaliser de manière relativement peu onéreuse par simple pyrolyse thermique. Mais le supplément d’essence ainsi obtenu est à un indice d’octane relativement bas.
- Pour obtenir de l’essence d’un indice d’octane voisin de 100, il faut mettre en œuvre des procédés plus compliqués, notamment :
- le reformage de l’essence obtenue par distillation fractionnée du pétrole brut ;
- le craquage catalytique des fractions moyennes (gas-oils et kérosène) ;
- la combinaison par alcoylation des hydrocarbures en C3 et Cj, obtenus en tant que sous-produits du craquage catalytique. Cette opération est précédée de Visomérisation du butane en isobulane.
- Ces opérations sont coûteuses. Cela ne provient pas de ce qu’elles conduisent à une diminution notable du rendement, puisque les hydrocarbures gazeux formés lors du reformage et du craquage sont recombinés en essences. La consommation de chaleur augmente, mais ce sont des produits de peu de valeur que l’on brûle. Les frais de fabrication sont moins élevés qu’on ne pourrait le croire à première vue, grâce aux progrès considérables réalisés dans les dispositifs de commande automatique des installations. Le prix élevé de l’essence à indice d’octane de 100 résulte surtout de l’amortissement des installations considérables crue nécessite sa fabrication (fig. 2).
- Les solutions mécaniques du problème de la détonation.
- Le prix de revient de l’essence à indice d’octane élevé est d’une estimation difficile, car il est conditionné dans une large mesure par le taux d’amortissement appliqué aux investissements.
- Or, d’autres solutions au problème de la détonation paraissent possibles. C’est pourquoi les sociétés pétrolières hésitent à se lancer dans ce que l’on a baptisé aux États-Unis « la course à l’octane ». Elles craignent que des modifications profondes de structure des moteurs d’automobiles ne viennent démoder leurs installations avant qu’elles ne soient amorties.
- Le double carburateur et le « Vita=Meter ». — Le
- besoin en octane d’un moteur correspond aux conditions les plus sévères d’accélération. Sur au moins 80 pour 100 de son parcours, une automobile s’accommode fort bien d’une essence à bas indice d’octane. Or, les carburants commerciaux résul-
- AnnÉES
- Fig. 3. — Évolution de l’indice d’octane de l’essence et du taux de compression des moteurs.
- (D’après Ethyl Corp.).
- tent du mélange de fractions de pouvoirs indétonants différents; il serait plus logique de les fournir séparément au moteur. On y parvient en utilisant un double carburateur dont un compartiment est alimenté en essence à indice d’octane élevé et. l’autre en essence à bas indice d’octane. Le passage de l’un à l’autre est commandé par la dépression régnant dans la nourrice.
- Le « Vita-Meter » est basé sur un principe différent. On utilise une seule qualité d’essence, mais lorsque les besoins en octane du moteur sont élevés, on injecte, dans la canalisation reliant le carburateur à la nourrice, un liquide spécial, le « Vitol », qui est un mélange d’eau, d’alcool et de plomb-tétra-éthyle. Il augmente l’indice d’octane du carburant et, grâce à sa chaleur de vaporisation élevée, provoque un abaissement de température dans la nourrice, donc une suralimentation. D’intéressants essais d’injection d’alcool aqueux à la sortie du carburateur ont également été effectués en France (Dynamol).
- Les moteurs à injection directe. — La détonation paraît résulter de l’accumulation, pendant la phase de compression, de produits provenant de l’oxydation lente des hydrocarbures. On peut, de ce fait, l’éviter en comprimant l’air seul et en injectant le carburant liquide dans le cylindre juste avant l’allumage.
- Ce fait a été récemment démontré par la Texas Co, qui a équipé pour l’injection directe un moteur monocylindrique C.F.R. et est parvenue à le faire fonctionner, sans détonation, au taux de compression 1 : 10 en utilisant divers carburants, notamment du n-heplane pur dont l’indice d’octane est, par définition, de 0.
- Le moteur à injection directe présente un autre avantage : il permet de rendre moins sévères les spécifications relatives à la volatilité des carburants, le problème de la vaporisation dans la nourrice n’existant plus.
- La turbine à gaz. — On connaît le succès rencontré par la turbine à gaz dans l’aviation militaire et, plus récemment, dans l’aviation commerciale. Les premiers essais d’application à la propulsion des navires et aux locomotives sont très intéressants. L’étude de turbines à gaz pour l’automobile est activement poussée, notamment en Grande-Bretagne et en France, où la Société Turboméca vient d’introduire un premier modèle sur le marché.
- La turbine à gaz s’accommode en principe de n’importe quel combustible liquide, voire de charbon pulvérisé. Elle permettrait d’alimenter les automobiles en kérosène ou en gas-oil.
- p.314 - vue 322/406
-
-
-
- 315
- Conclusions.
- Les progrès des industries du pétrole et de l’automobile doivent être simultanés, de manière que les moteurs permettent de tirer le meilleur parti possible de l’essence vendue sur le marché. Jusqu’ici, l’évolution a consisté à produire des essences de plus en plus indétonantes et des moteurs à taux de compression de plus en plus élevé (flg. 3).
- En ce qui concerne l’évolution future de ces industries, l’étude des publications récentes montre l’existence de deux courants d’opinions : d’aucuns estiment que le moteur d’automobile actuel doit être perfectionné et que l’industrie du raffinage doit s’outiller pour produire des essences à indice d’octane de plus en plus élevés. Suivant d’autres auteurs, le moteur actuel ne tarderait pas à être remplacé soit par le moteur à injection directe, soit même par la turbine à gaz. Il ne convient donc pas d’investir, dans des installations de production d’essence à indice d'octane élevé, des capitaux énormes que l’on n’aura pas le temps d’amortir.
- Des réalisations telles que le nouveau moteur de la Texas Co ou la turbine à gaz de Turboméca font évidemment pencher en faveur de la seconde alternative.
- Mais ces nouveaux moteurs en sont à leurs premiers essais. L’intérêt économique de la turbine à gaz de petite puissance n’est pas encore démontré. Elle consomme un combustible bon marché, mais son rendement énergétique est bien inférieur à celui du moteur à pistons. En outre, les plus petites turbines actuellement à l’élude ont une puissance de ioo ch. On peut
- prévoir que, même dans les conditions les plus favorables, un temps assez long s’écoulera avant qu’elles puissent détrôner lé moteur de série actuel.
- Le moteur à injection directe paraît susceptible de donner lieu à des réalisations industrielles plus rapides. Mais il ne faut pas perdre de vue le fait que son adoption nécessiterait l’étude complète de voitures nouvelles, la construction de l’outillage indispensable à leur exécution en série, etc. D’autre part, il sera vraisemblablement plus cher que le moteur actuel et l’automobiliste hésitera sans doute devant un supplément de prix, même si une économie d’essence permet de l'amortir rapidement.
- Dans les pays d’Europe qui ont été éprouvés par la guerre, notamment en France, en Grande-Bretagne et en Italie, la première préoccupation de l’industrie du pétrole fut de produire les quantités de carburants et de combustibles liquides nécessaires à la reprise de l’activité économique. Maintenant, les raffineries s’équipent pour produire des essences de même qualités que celles qui sont vendues aux États-Unis.
- Dans ce dernier pays, l’indice d’octane continuera certainement d’augmenter, car de nombreuses unités de craquage et de reformage catalytique sont en cours de construction. On peut supposer qu’un maximum — dont la valeur est difficile à estimer •— sera atteint dans quelques années, puis que l’industrie du raffinage s’orientera progressivement vers la production de carburants moins coûteux, destinés à des moteurs moins exigeants.
- Y. Mayor,
- Ingénieur, chimiste conseil.
- Le martyre du
- disque
- Dans tous les domaines de la science on évalue les pressions par centimètre carré. C’est ainsi qu’un cube ayant un volume de 1 m3 et un poids de 1 000 kg exercera sur le sol une pression de 100 g par centimètre carré. On connaît l’expérience classique du lakir (en anglais faher veut dire truqueur, farceur) qui se couche avec volupté sur une planche garnie de clous, expérience à la portée de tous, à condition de disposer un nombre suffisant de clous (si tous les clous étaient jointifs, on reposerait sur une surface unie). Si cette amusette vous tente, prenez des marges de sécurité, voyez « grand » !
- Cette histoire de clous me fait penser au ramasseur électromagnétique de gravures de disques appelé pick-up, et je vous propose d’évaluer la pression qu’il exerce sur le disque par le truchement de son aiguille. Évidemment ce cas spécial n’avait pas été prévu par nos classiques, puisque, petit ennui très rare, la surface de contact est inférieure au centimètre carré... Que faire, sinon nous conformer à la tradition ? Cherchons donc cette pression par centimètre carré.
- Supposons un pick-up pesant 160 g, muni d’une aiguille dont la pointe a un diamètre de 75 millièmes de millimètre. La surface (?) de cette pointe égale 3.1416 x 0,0375“ = 0,0044178... mm2 et des tas de décimales qui ne nous intéressent pas.
- Pression par centimètre carré (ou 100 mm2) :
- 0,160 x 100 mm2 0,0044178
- = 3 620 kg en chiffres ronds... Un, camion!
- Allons plus loin...
- La surface d’un disque de 30 cm est :
- 3,1416 x lo2 = 700 cm2 environ, soit 70 000 mm2.
- garnie d’aiguilles au bout
- Si cette surface était intégralement de leurs pick-up, il y aurait :
- „ ' - 15 844 990 pick-up sur le disque, et l’infortuné sup-
- 0,0044178
- porterait (si l’on peut dire) un poids total de : 15 844 990 x 0,160 = 2 535 200 kg en chiffres ronds, car nous n’en sommes plus à quelques grammes près.
- Étant donné qu’un disque de 30 cm pèse environ 350 g, ce poids serait atteint en empilant :
- ~ = 7 243 430 disques (à 2 disques près).
- 0,3o0
- Mais pour réaliser une pression de 1 kg par centimètre carré, il suffirait (?) d’empiler :
- - = 2 000 disques, vierges de tout pick-up.
- 0,350 4 un
- En somme, la Tour Eiffel avec ses 7 500 000 kg reposerait facilement (?) sur 3 disques. Et un seul disque ferait une voie de garage pour deux trains de 1 200 tonnes.
- Imaginons encore une colonne d’eau ayant un disque pour base ; sa hauteur serait :
- ----- ?— = 35,700 km environ (Le professeur
- 3,1416 x R2 3,1416 x 1,52
- Piccard n’était monté qu’à 16 km).
- Imaginons tout ce que nous voudrons, puisque notre pauvre disque serait depuis longtemps « atomisé » sous la formidable pression de 3 620 kg par centimètre carré que nous a révélée le modeste pick-up de 160 grammes.
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- p.315 - vue 323/406
-
-
-
- 316
- Le Tsunami des Iles Hawaï
- Tsuxami est un mot japonais qui désigne une série de vagues de grande puissance arrivant sur le rivage ou dans un port. Il en résulte une brusque élévation du niveau de la mer et assez souvent de graves destructions.
- Généralement, le tsunami a son origine en un point très éloigné et s’est formé au moment de tremblements de terre. Il parcourt la mer à très grande vitesse, selon une direction rectiligne et s’enfle avant de déferler au moment' où il atteint les hauts fonds avant la côte. On l’appelle encore train de vagues sismique, maremoto ou tremblement de mer.
- On connaît mal sa cause qu’on a attribuée soit à des brusques mouvements du fond de la mer, soit à des glissements et des ébou-lements de grandes masses sur le fond, soit encore à des activités volcaniques : éruptions, explosions, écroulements de cratères sous-marins. Les tsunamis se produisent plus fréquemment que les déplacements verticaux des surfaces terrestres.
- Ces phénomènes sont particulièrement le lot des côtes de l’Océan Pacifique ; on en a observé sur les côtes de l’Alaska, de la Californie, du Japon. Cela tient à l’immensité du Grand Océan, à ses grandes profondeurs continues, à peine interrompues par une poussière d’îles, et aussi à sa bordure do chaînes volcaniques en activité, tant à l’est (Rocheuses et Andes) qu’au nord (Aléoutiennes, Kouriles) et à l’ouest (Japon, Philippines, Indonésie, Samoa, Tonga).
- PACIFIQUE
- NORD
- Fig. 1. — Le tsunami du Ier avril 1946. Les fronts des vagues aux diverses heures.
- En trait épais, les directions en chaque point (lignes orthogonales) (d’après Shepard, MacDonald et Cox).
- Les îles Hawaï, situées au milieu du Pacifique nord, sont assez fréquemment éprouvées. Elles forment une barrière longue de 2 560 km en travers de l’Océan, dans une direction W.N.W.-E.S.E. Les petites îles de l’ouest jusqu’à Midway, sont entièrement coralliennes ; les grandes de l’est sont seulement bordées d’un mince récif de coraux, elles sont formées de laves basaltiques et présentent des volcans en activité dont le Mauna Loa et le Kilauea, dans l’île Hawaï, sont les plus connus.
- Depuis 1819, on n’a cessé de noter, puis d’enregistrer aux maré-graphes des arrivées de grandes vagues anormales par leur violence et leur hauteur. Certaines ont causé aux Hawaï de très graves dégâts, le 7 novembre 1837, le 2 avril et le 13' août 1868, le 10 mai 1877 et, plus près de nous, le 1er avril 1946. Quelques tsunamis étaient en liaison avec des phénomènes sismiques locaux ; la plupart suivaient des tremblements de terre apparus aux Aléoutiennes, au Kamchatka, aux Kouriles, au Japon, aux Salomon, aux Samoa, aux Tonga, à Kermadec, au Mexique, en Colombie, en Bolivie, au Pérou, au Chili, tout autour du Pacifique.
- L’un des tsunamis les mieux observés jusqu’ici était celui du 15 juin 1896, à Sanriku, au Japon, concomitant avec un séisme, qui fut enregistré par les marégraphes de San Francisco, de l’autre côté du Pacifique à 7 500 km de distance, 10 h 34 mn seulement après le tremblement de terre originel ; il avait traversé l’Océan à la vitesse de 725 1cm à l’heure. A Sanriku, la mer monta en un point de plus de 30 m, comme un mur d’eau ; on compta 27 000 noyés et 10 000 maisons détruites sur la côte. A Honolulu, le dénivellement n’atteignit que 1 dm et ne causa pas de dégâts.
- Il n’en fut pas de même de celui du 1er avril 1946 qui tua aux Hawaï 159 personnes, en blessa gravement 163, détruisit 488 maisons et en endommagea 936, provoqua des dommages évalués à 25 000 000 de dollars.
- Son étude complète a été entreprise et poursuivie par MM. Shepard, MacDonald et Cox, de la Scripps Institution et ils viennent d’en publier les résultats G) que nous résumerons ici.
- La cause du tsunami du 1er avril 1946 fut un mouvement de la croûte terrestre survenu au voisinage des Aléoutiennes, sur les fonds de 2 000 m au sud de l’île Unimak. Il en résulta un violent tremblement de terre qui fut enregistré par tous les sismographes du monde. Son épicentre était par 53°5 N et 163° W. Il se produisit à 1 h 58,9 mn du matin (12 h 28,9 mn en temps de Greenwich). La première vague atteignit Honolulu, sur la côte sud d’Hawaï, à 6 h 33 mn et Kauai, plus à l’ouest, environ une demi-heure plus tôt. La distance à l’épicentre étant de 3 584 km et le temps mis pour la parcourir de 4,57 h, la vitesse des vagues devait être de 784 km/h. Les trois premières vagues se succédèrent à des intervalles de 12 à 15 mn ; les suivantes furent moins régulières. La distance d’une crête à l’autre devait donc être d’environ 196 km. Au large, ces vagues étaient de très faible hauteur, quelques décimètres au plus ; les navires et les barques de pêche ne les ressentirent pas. A la côte, à Honolulu, la troisième ou la quatrième vague était la plus haute et c’est elle qui causa le plus de dommages ; ailleurs, ce fut la sixième, la septième ou la huitième.
- La hauteur des vagues Avaria de 15 cm à 16,5 m selon les points du rivage. Tantôt l’eau monta graduellement et doucement, tantôt elle avança comme un torrent, avec une grande turbulence, selon l’orientation de la côte, la pente, la topographie sous-marine, la présence de récifs coralliens.
- La végétation souffrit des effets mécaniques des vagues et aussi du sel apporté par l’eau.
- Ce fut le hasard qui permit aux trois savants de la Scripps Institution d’être témoins de ce tsunami, d’en prendre des photographies, de rassembler immédiatement sur place tous les témoignages. Ils faisaient escale à Honolulu, en route pour l’atoll de Bikini où ils allaient assister à d’autres phénomènes. Aujourd’hui, ils demandent qu’on organise un service d’observations qui préciserait toutes les conditions de ces étranges vagues et qui alerterait rapidement les populations menacées, en cas de grand séisme lointain.
- 1. F. P. Shepard, G. A. MacDonald et D. G. Cox. The tsunami of april 1. 1946. Bulletin of the Scripps Institution of Oceanography of the Univer-sity of California, vol. V, 1950, pp. 391-528.
- p.316 - vue 324/406
-
-
-
- 317
- Le centenaire de Heaviside
- Le nom de Heaviside, dont le centenaire de la naissance vient d’êti’e célébré simultanément en Grande-Bretagne et en France, n’est guère connu que de ceux qui approchent la haute mathématique, auxquels il faut adjoindi’e certains physiciens, les télégraphistes, téléphonistes et zélateurs des télécommunications. Sans doute, les élèves des écoles techniques et les amateurs éclairés ont-ils entendu parler de la couche de Heaviside, au moins ceux d’il y a quelques décades, car on ne la nomme plus qu’ « ionosphère ».
- Aussi l’initiative de la Société des Radioéleclriciens fut-elle très opportune d’organiser la commémoration de ce centenaire en une séance solennelle présidée par le prince Louis de Broglie, le 30 mai dernier, à la Sorbonne, avec le patronage de la Société française des Électriciens, de la Société mathématique de France, de la Société française de Physique et du Comité français de Radioélectricité scientifique. L’Académie des Sciences y était représentée par MM. Barthélemy, Darieus, Gutton, Lejav, Parodi; la Grande-Bretagne par Sir Edward Appleton pour la Royal Society et par le professeur Wil-lis Jackson pour l’Institution of Electrical Engineers.
- Seul le recul du temps nous révélera ce que la science doit à ce génie britannique très original. Grand mathématicien, il réalisa ce paradoxe de considérer les mathématiques comme un art.
- Si l’amélioration du calcul vectoriel est son œuvre, il peut être considéré comme un précurseur de la Relativité. Dans le domaine électrotechnique, nous lui devons des innovations qui ont acquis droit de cité : les termes désormais classiques d'impédance, d'inductance, de réluctance et autres, mais aussi une théorie de la propagation du courant le long des fds, des formules concernant les câbles conducteurs sans dis-lorsion et les câbles chargés, des théories des alternateurs, du microphone et du téléphone, ainsi que la rationalisation des expressions des unités. Considéré surtout comme le plus éminent successeur de Maxwell en électromagnétisme, cette spécialisation ne l’empêcha pas de développer des idées sur l’âge de la Terre, sur la thermo-électricité et même de pressentir cette ionosphère, dont la découverte effective est due à Sir Edward Appleton.
- La vie du savant.
- Les historiographes ont eu beaucoup de peine à reconstituer la vie très solitaire et effacée de ce savant, qui ne nous est guère connue que par la correspondance qu’il entretint notamment avec J. J. Bethenod jusqu’à sa mort suryenue en 1925. Né à Torquay le i3 mai i85o, Heaviside ne quitta pratiquement pas celte ville. Imprégné de l’œuvre de Maxwell, il écrivit lui-même des ouvrages qui ont fait sa réputation : Electrical Papers, Electrical Theory, Telegraphical Theory. S’il faut le caractériser d’un mot, nous dirons qu’il fut essentiellement un télégraphiste. Sa connaissance profonde de Maxwell est à la base de ses théories mathématiques et physiques. Et c’est ce qui l’a conduit à créer le calcul opérationnel, à s’attacher à la rationalisation des unités
- électriques cl au problème de l’inductance des lignes de télécommunication, dont Pupin lit plus tard l’application. Génie précoce, ses œuvres sont surtout de jeunesse. Dès 1912, il cessait de publier.
- Neveu du physicien Wheatstone, il était désigné pour apporter lui-même d’importantes contributions à l’électrotechnique. Son existence s’est malheureusement ressentie d’une santé délicate. Très affecté par une surdité marquée, il vécut seul, retiré à Torquay, M. Ed. Picault, inspecteur général des P.T.T., qui fut son biographe, raconte qu’Ileaviside, avant un jour fixé un rendez-vous à un savant, fut étonné de ne pas le voir venir et d’apprendre par la suite qu’il avait en vain manœuvré le marteau de la porte d’entrée : « Que n’eût-il sifflé ! s’écria alors Heaviside, comme fait le policeman qui dépose chaque jour les provisions à ma porte ». Le fait est que sa surdité, qui l’empêchait de percevoir les infrasons, lui permettait de capter les notes aiguës. Timide, fier, très indépendant, il vécut à l’écart de tous les
- milieux intellectuels avec une modeste pension de 120 livres.
- Il fut de ces prophètes qui parlent dans le désert, car, de prime abord, son calcul opérationnel ne fut pas reconnu par les mathématiciens, qui suivaient mal l’enchaînement de ses idées et s’expliquaient difficilement l’usage qu’il proposait de séries divergentes. Il faut dire qu’il se refusa toujours à en donner les démonstrations nécessaires et que, ce faisant, il découragea mainte bonne volonté.
- Ce n’est que Arers la fin de sa vie qu’apparut l’importance de son œuvre : ses travaux furent confirmés par l’utilisation des bobines de charge sur les lignes téléphoniques à longue distance, par l’essor des radiocommunications, enfin par le succès de son calcul opérationnel auprès des mathématiciens.
- Malgré sa retraite, Heaviside entretint par lettres des relations avec les plus éminents savants de son temps. Avec Hertz ce furent des échanges d’idées au sujet de la propagation des ondes autour de la terre. D’autres contacts féconds furent établis avec Henri Poincaré, Kennellv, Blondel, Eccles, Bethenod.
- Du calcul opérationnel.
- Comme l’a défini le professeur P. Humbert, de l’Université de Montpellier, le calcul opérationnel de Heaviside est une méthode curieuse consistant à représenter le symbole de la dérivation par un facteur qui ramène le calcul différentiel à l’algèbre. Ainsi Neper remplaça jadis, grâce à l’invention du logarithme, la multiplication par l’addition et la division par la soustraction. Heaviside indiqua son principe de transposition, mais, renouvelant le comportement des savants du xvii° siècle, il s’abstint d’en donner la démonstration. Aujourd’hui, nous savons que les calculs opérationnel et tensoriel se présentent comme les plus grandes découvertes mathématiques de la fin du xixe siècle. Facilitant l’étude des fonctions, ces calculs symboliques ont classé Heaviside comme l’un des meilleurs mathématiciens.
- Fig. 1. — Oliver Heaviside. 1850-1925.
- OCliché Union Internat. Télécommunications Genève).
- p.317 - vue 325/406
-
-
-
- 318
- L’une des caractéristiques des travaux de Heaviside, pour variés qu’ils soient, est la difficulté de leur accession. Continuateur de Maxwell, il eut sur Hertz, qui lui demandait conseil, une influence indéniable, nous dit le professeur S. Colombo, attaché au Centre national de la Recherche scientifique. Sa correspondance avec Fitz-Gerald et Bethenod permit d’élucider bien des points d’électroynamique. Lorenz, qui l’avait en haute estime, avait coutume de dire : « Il y a d’abord Maxwell, puis Heaviside ».
- Les amateurs d’antériorités ont découvert que l’œuvre du savant britannique fut inspirée par Boule, Cauchy, Lagrange qui aurait mis en évidence la règle de transposition, voire même par Leibnitz. Et dans cette voie, Euler avait précédé Lagrange. Bien que ïhéorique, l’œuvre de Heaviside, par sa recherche des méthodes directes, est l’empreinte d’un réalisme pragmatique.
- Ce sont ses continuateurs qui nous l’ont révélé. Dès 1901, G. Giorgi « délectait » Heaviside et en 1904, il publiait une théorie complète du calcul opérationnel. L’absence d’oscillographe rendait alors difficiles les vérifications expérimentales de ses déductions relatives à la propagation. Mais en 1927, le calcul opérationnel faisait officiellement son entrée dans l’enseignement supérieur, grâce au cours de J.-B. Pomey à l’École nationale supérieure des P.T.T. Par la suite, Carson a ouvert, lui aussi, une voie nouvelle et Van der Pol avec sa création du calcul symbolique..
- Téléphonie et propagation.
- Heaviside apporta une contribution fondamentale à la théorie de la téléphonie et à ses applications. C’était, nous dit M. P. M. Prache, président de la Section des Télécommunications à la Société française des Électriciens, en 1886, au moment où, après avoir installé un réseau de lignes aériennes, on se disposait à poser des câbles. J. J. Thomson, qui n’était pas encore Lord Kelvin, venait d’indiquer la théorie de la propagation des signaux à fréquence lente. Ayant constaté que la liaison téléphonique exige des lignes bifilaires, on choisit le cuivre seulement parce que, sous le climat britannique, le fer est trop rapidement rongé par l’atmosphère des usines. Plus tard se révéla la supériorité électrique du cuivre sur le fer, dont l’aimantation freine la transmission des signaux. C’est alors qu’Heaviside intervint pour exposer la théorie de la transmission téléphonique, l’effet de la self-inductance, l’effet de peau, l’affaiblissement, la constante de phase. Il eut beaucoup de peine à réfuter les préjugés des anciens télégraphistes, en démontrant que l’inductance peut avoir un rôle favorable dans la transmission, comme Vaschy l’avait déjà signalé en France en 1888.
- Heaviside étudia d’abord le régime harmonique classique, puis s’attaqua au régime transitoire, dont il vint à bout grâce à son calcul opérationnel.
- C’est à d’autres qu’il appartint de faire aux lignes l’application de ses découvertes. Le Danois Krarup réalisa le premier la charge continue d’un câble par un blindage magnétique. Sur
- la base de ces résultats, les Américains Pupin et Campbell indiquèrent les règles pratiques de la charge des lignes. On sait l’usage courant fait, depuis quelques dizaines d’années, des « bobines Pupin » sur les lignes téléphoniques qui, de ce fait, sont dites « pupinisées ».
- Incidences radioélectriques.
- En dehors de ses recherches sur la propagation des ondes autour de la Terre, qui l’amenèrent à concevoir l’ionosphère, Heaviside apporta diverses contributions à la radio'technique. On retrouve dans The Electrician {1884-1892) ses études sur l’effet pelliculaire qui lui permirent de prévoir l’utilisation des câbles coaxiaux.
- Cette fameuse science moderne qu’est la cybernétique, art du servomécanisme et de la contre-réaction, est dérivée du calcul opérationnel, qui d’ailleurs contient en puissance le germe de la propagation des hyperfréquences dans les guides d’ondes. Les découvertes les plus récentes de la radioélectricité et de l’électronique se trouvent ainsi tout imprégnées de l’œuvre de Heaviside, qui continue à agir comme un ferment catalyseur.
- La rationalisation des unités.
- Au cours de ses analyses, Heaviside devait forcément se heurter aux systèmes d’unités électromagnétiques. C’est ce qui se produisit en 1882 où, s’attaquant à la structure des systèmes c.g.s. et pratique, il stigmatisa véhémentement l’absurdité du facteur 4 tc, qui apparaît trop souvent dans maintes formules et expressions où il n’a aucune raison d’être, n’ayant effectivement aucun rapport avec la théorie de Maxwell, ni avec aucune autre d’ailleurs. Ce qui lui permit, en 1891, de définir un système rationnel. Comme tous les précurseurs, il ne fut guère suivi. Ce n’est que 00 ans plus tard que les conclusions de Heaviside concernant la question du choix des unités, seront admises. Il a montré i'influencé néfaste de ce facteur 4 tc, dont la présence arbitraire obscurcit l’intelligence de l’électromagnétisme. Les nouvelles unités proposées diffèrent des premières par ce facteur, ses multiples ou sous-multiples. Il est évident qu’il en résulte l’inconvénient majeur de modifier les unités pratiques, qui sont devenues d’usage courant. Dans son nouveau système d’unités, proposé en 1935, G. Giorgi a ouvert la porte à une solution selon laquelle chacun reste libre de rationaliser. Cette rationalisation est actuellement en cours et, comme l’indique M. L. Bouthillon, ancien président de la Société des Radioélectriciens, qui a développé l’exposé de cette question, son aboutissement dans le délai le plus rapide serait encore le plus bel hommage qu’on puisse rendre à Heaviside.
- Ajoutons qu’une exposition de lettres, d’ouvrages et des principaux mémoires de Heaviside complétait cette manifestation dédiée à sa mémoire.
- Michel Adam, Ingénieur E. S. E.
- LE CIEL EN NOVEMBRE 1950
- SOLEIL : du 1er an 30 sa déclinaison décroît de —14°20' à — 21°36' ; la durée du jour passe de 9üo2m le l6r à Sh33m le 30 ; diamètre apparent le 1er = 32'17",16 le 30 — 32'29",40. — LUNE : Phases : D. Q. le 3 à lh0m, N. L. le 9 à 23h25m, P. Q. le 16 à 15h6ai ; P. L. le 24 à loh14m ; périgée le 10 à 13h, diamètre appa rent 33'26" ; apogée le 2o à 0h, diamètre apparent 29'24". Principales conjonctions : avec Saturne le 6 à 18h38m, à 2°26' N. ; avec Neptune le 8 à 3h38-m, à 3°48' N. ; avec Vénus le 10 à 0h6m, à 4°S3' N. ; et avec Mercure à QM?™, à 3°45' N. ; avec Mars le 18 à 3h34m, à 3°44' N. ; avec Jupiter le 16 à 23h3m, à i°22' N. ; avec Uranus le 27 à 17h8m, à 4°35' S. Principales occultations :
- de 89 Lion (om,8), émersion à 4hülm,7 ; de e Poissons (4m,4), immersion à 20h50m,l ; de 136 Taureau (4m,5), immersion à 18*21®,6, émersion à 18h57m,6. — PLANÈTES. : Mercure, inobservable, en conjonction avec le Soleil le 1er à, 17h ; Vénus, devient inobservable, en conjonction avec le Soleil le 13 à 23h ; Mars, dans le Sagittaire, se couche le 21 à 18*42m, diamètre app. 4",8 ; Jupiter, dans le Verseau, se couche le 21 à 2ih58m, diamètre polaire app. 37",7 ; Saturne, dans la Vierge, visible le matin, ee lève le 21 à 1 *44m, diamètre polaire app. 15",0, anneau gr. axe 37",8, petit axe 2"2 ; Uranus, dans les Gémeaux, _ visible une grande partie de la nuit, se lève le 27 à 18h0m, position 6h38m et
- p.318 - vue 326/406
-
-
-
- 319
- + 23°29', diamètre = app. 3",8 ; Neptune, dans la Vierge, visible le matin, se lève le 27 à SM1*, position 13hllm et — 5°o2', diamètre app. 2",4. — ÉTOILES FILANTES : Léonides du 14 au 19, radiant Ç Lion ; Andromédides du 17 au 23, radiant 7 Andromède. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d*Algol (2m,2- . 3m,5) le 13 à 6h,0, le 16 à 2*8, le 21 à 20*,4, le 24 à 17* 2 ; maxima : de R Lion (S^h^O-IO111,^) le 12, de T Grande-Ourse (5m,5~ 13m,5) le 18. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 22*34m29s, le 17 à 21h5om8s, le 27 à 21M5rn44®.
- Phénomènes remarquables. — La lueur anti-solaire, à observer vers minuit dans le Taureau, du 7 au 15 ; la lumière cendrée de la Lune, le soir du 11 au 14 ; les étoiles filantes Léonides, maximum le 16 (rapides, avec traînées), et Andro-médides, maximum le 20.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Éléments de calcul tensoriel, par A. Lichne-rowicz. 1 vol. in-16, 216 p. Collection Armand Colin, Paris, 1950.
- Les méthodes tensorielles jouent un rôle de plus en plus important dans les différents domaines de la science et de la technique. Ce livre apparaît donc comme une introduction nécessaire aux grandes théories de la physique moderne pure ou appliquée. La première1 partie consacrée à la théorie reste élémentaire tout en étant rigoureuse, la seconde envisage certaines applications à la dynamique classique des systèmes, à la théorie de la relativité restreinte et à la théorie relativiste de la gravitation.
- Leçons sur les nombres transfinis, par \V. Sierpinski. 1 vol., 240 p. Gauthier-Villars, Paris, 1950.
- Nouvau tirage de la collection des monographies sur la théorie des fonctions traitant dans une première partie des nombres cardinaux et, dans la seconde, des nombres ordinaux.
- A Concise history of Astronomy, par P. Doig.
- 1 vol. in-8°, 320 p. Chapman et Hall, Londres, 1950. Prix : relié, 21 sh.
- L’astronomie est une des sciences les plus passionnantes et son histoire permet de suivre l’évolution de la pensée scientifique depuis la plus haute antiquité, mais il est peu de livres qui retracent cette histoire en s’adressant aux profanes et en gardant un niveau élevé, comme c’est le cas ici. Après un exposé des origines, on suit les travaux des , précurseurs de l’Orient et de l’Extrême-Orient, des Grecs, des Arabes, des astronomes du Moyen Age, pour arriver à Copernic, Tycho Brahe, Kepler : viennent ensuite les développements de Galilée à Newton, les progrès du xvm° siècle et l’œuvre de William Her-schel, les acquisitions des xix° et xx® siècles et les découvertes révolutionnaires de ces dernières années.
- L'image du monde, par Gabriel Monob-Herzen. 1 vol. in-16, 199 p., 15 fig. Collection « L'avenir de la science ». Gallimard, Paris, 1950. Prix : 320 francs.
- Hymne à la gloire de la science qui domine de plus en plus notre richesse, notre politique, notre vie. Elle est une dans sa diversité et continue, lentement construite, jusqu’à sa puissance actuelle. Elle est une méthode, allant des faits aux lois, et une construction dans l’espace. et le temps des mondes, de la vie, de la matière et de l’énergie. Si elle laisse encore de vastes régions inconnues, elle fournit un cadre précis et de plus en plus poussé où situer les valeurs techniques et les découvertes scientifiques qui déterminent notre existence.
- La structure des choses, par Philippe Olmer. 1 vol. in-16, 240 p., 51 fig., 8 pi. Hachette, Paris, 1949. Prix : 350 francs.
- Les progrès dans la connaissance de la matière ont singulièrement bouleversé les idées primitives sur ses états : gazeux, liquide et solide, et sur sa structure : moléculaire, atomique, nucléaire. L’auteur montre les progrès des recherches : microscope, rayons X, jusqu’au microscope électronique, le dernier venu, et protonique, en voie de réalisation. On approche de grossissements de 600 000 fois. Mais cela ne donnera encore qu’une image imparfaite de la structure des choses, qu’il nous sera seulement possible d’imaginer avec une approximation croissante.
- Machines atomiques, par M. E. Natjmias. 1 vol., 310 p., 102 fig. et photographies. Revue d’Optique, Paris, 1950.
- Les machines atomiques, cyclotrons et accélérateurs divers, piles atomiques sont à la hase
- des transmutations atomiques et des nombreuses applications de la radioactivité artificielle. Ce livre fournit une étude du principe et de la réalisation de ces appareils et des applications telles que l’emploi des radio-indicateurs, la neu-trongraphie et la neutronthérapie. Un chapitre important est consacré à la fission nucléaire et aux piles atomiques.
- Artificial radioactivity, par P. B. Moon. 1 vol. in-8°, 102 p., 28 fig. Cambridge University Press, 1949. Prix : relié, 12 sh. 6 d.
- Aperçu d’ensemble des techniques et des phénomènes principaux de la radioactivité artificielle, plus particulièrement en ce qui a trait aux travaux récents dont les références vont jusqu’à 1948. Discussion des propriétés radioactives d’un grand nombre de noyaux à titre d’exemples.
- La pratique du tracteur, par R. Guerber.
- 1 vol. in-8°, 249 p., 162 fig., 5 pl. Technique et vulgarisation, Paris, 1950. Prix : 390 francs.
- Du motoculteur au tracteur de 60 ch, ce livre guide le choix. Il considère le moteur, l’équipement électrique, la direction, les freins, la transmission, la conduite, l’entretien, les pannes et les réparations. Des planches dépliables montrent les principaux types.
- L'étude des jets et la mécanique théorique des fluides, par A. Oudart. 1 vol., 178 p., 80 fig. Service de Documentation et d’information de l’Aéronautique, Paris, 1949.
- Leçons sur la résistance des fluides non visqueux, par Paul Painlevé, rédigées par A. Métral et R. Mazet. Tome IL 1 vol. in-8°, 210 p., 59 fig. Publications scientifiques et techniques du Ministère de l’Air, Paris, 1949. Prix : 1 000 francs.
- Ces leçons, revues par M. Mazet, traitent des résistances dans le mouvement d’un solide en milieu fluide parfait, quand ce mouvement est plan et quand il est dans les trois dimensions. Ce sont des problèmes fondamentaux de l’aéronautique et M. Métral y a ajouté une note sur le vol plané.
- Fresque historique de l'électricité et des techniques connexes, par IL Marty. 1 planche de 1,80 m x 0,60 m. Société pour la diffusion et la vulgarisation des emplois de l’électricité, Toulouse, 1950. Prix : 400 francs.
- Fresque rappelant les grandes découvertes et les grands noms de l’électricité, citant 400 noms de savants et de techniciens et formant un tableau résumé de l’évolution de l’électricité et de ses applications.
- A measure for greatwers, par David O. Woon-bury. 1 vol. in-8°, 230 p. Mac Graw-Hil, Londres, 1949. Prix : relié, 32 sh.
- Courte et précise biographie du célèbre inventeur Weston auquel l'électricité est redevable de si nombreuses acquisitions, notamment dans le domaine des piles. Ecrit avec beaucoup de ferveur, cet ouvrage montre à côté de l’homme de laboratoire, le réalisateur et l’organisateur. Le dernier chapitre fait apparaître la sensibilité de l’homme de cœur.
- Le savant et inventeur Joseph Bethenod (1883-1944), par Amédée Fayol. 1 vol. in-8°, 167 p., 2 fig., 3 pl. Culture et documentation, Paris, 1950. Prix : 500 francs.
- Grande figure d’ingénieur et d’inventeur dans les domaines de l’électricité et de l’automobile, Bethenod fut élève de Blondel, sapeur de l’équipe du général Ferrié, collaborateur de
- nombreux techniciens de la T. S. F, et de grandes sociétés de constructions mécaniques, pour finir membre de l’Académie des Sciences.. Son biographe avait été son ami de jeunesse, dès l’Ecole centrale lyonnaise et l’avait toute sa vie vu dans son intimité comme dans ses travaux. Aussi a-t-il réussi ce portrait qu’il trace avec tout le talent que nos lecteurs connaissent. L’homme apparaît aimable et charmant, le savant est de grande classe et il marque de son génie l’évolution des sciences physiques appliquées dans la première moitié de ce siècle.
- Le fil, le film et le ruban sonores, par
- P. Hémardinquer. 1 vol., 128 p., 51 fig. Imp.
- Fech, Limoges, 1949.
- L’enregistrement et la reproduction magnétique des sens acquièrent chaque jour une importance croissante dans les domaines les plus variés : machines à dicter, enregistrement des communications téléphoniques, reproduction stéréophonique, cinéma, etc. On trouve dans ce livre des indications théoriques et des renseignements pratiques sur les possibilités des machines sonores magnétiques.
- La musique électronique, par C. Martin.
- 1 vol., 224 p., 93 fig. Éditions Technique et
- Vulgarisation, Paris, 1950. Prix : 390 francs.
- La musique électronique a cessé d’être une curiosité et l’on compte maintenant un certain nombre d’orgues et d’instruments électroniques qui ont séduit le public et les artistes. Le musicien moderne ne peut plus négliger les possibilités qui lui sont offertes par ces nouvelles techniques. Ce livre décrit les principales classes d’instruments de musique électronique : instruments monodiques, à polyphonie restreinte, polyphoniques. Il décrit la production électronique des sons, l’accord des instruments de musique, la partition, la traduction des sons, l’amplification, les. lectures de vibrations puis les orgues électroniques, la clavioline, les cloches électroniques et le mutatone.
- Chemical Engineering- Plant Design, par
- F. G. Vilbrandt. 1 vol. in~8°, 608 p., 110 fig.
- McGraw-Hill, New-York et Londres, 1949.
- Prix : relié, 48 sh.
- Cette 3° édition a été largement complétée à la suite de l’expérience acquise au cours de la dernière guerre qui a provoqué un développement considérable des industries chimiques américaines. L’ouvrage étudie les usines du point de vue du choix de leur situation topographique et des sources d’énergie disponibles, de leur construction, de la sélection des appareils, de leurs liaisons, de leur installation; et de leur coût. Des schémas chiffrés d’applications, des tables numériques et des références bibliographiques font de cet ouvrage un guide précieux pour les ingénieurs chimistes, les bureaux d’études, les constructeurs, auxquels il offre une série d’exemples de projets chiffrés.
- A chemistry of plastics and high polymers,
- par P. D. RiTcniE. 1 vol. in-8°, 288 p. Glea-
- ver-Hume Press, Londres, 1949. Prix : relié,
- 25 sh.
- L’auteur qui domine son sujet a réussi une synthèse remarquable illustrée de nombreuses formules et de schémas très clairs, complétée d’une bibliographie. On y trouve des chapitres sur la polymérisation et son mécanisme, les liants polymères synthétiques obtenus par polymérisation et par polycondensation, les liants polymères naturels, les huiles siccatives, les liants polymères minéraux, les relations entre la structure et les propriétés physiques des macromolécules.
- p.319 - vue 327/406
-
-
-
- 320
- Géologie stratigraphique, par Maurice Gignoux.
- 4e édition. 1 vol. in-8% 735 p., 155 fig. Masson et G10, Paris, 1950. Prix : 2.000 francs!
- Cette 40 édition, entièrement refondue et mise à jour d’un ouvrage classique représentant l’enseignement de l’auteur à l’Université de Grenoble est passionnante à lire par l’esprit de synthèse qui l’anime. La stratigraphie y apparaît non comme un catalogue de coupes géologiques et de faciès disparates, avec des listes de couches et de fossiles, mais comme une vue d’ensemble de chaque période géologique basée sur les observations les plus caractéristiques, en s’appuyant sur des exemples choisis en France ou en Europe chaque fois qu’il est possible. À côté des tableaux classiques, on y trouve les idées récemment émises à propos de certaines régions, le massif primaire breton, le montien parisien, le tertiaire de 1’A.frique du nord, le quaternaire des Alpes, elc. On y lit aussi de sages pensées sur les définitions et les méthodes, la sédimentation et la tectonique et une critique des idées régnantes sur le quaternaire, sa chronologie, ses glaciations, ses niveaux. C’est un livre l'emarquable, dominant, qui apprend beaucoup et fait penser.
- Industrial Microbiologry, par S. C. Prescott et
- C. G. Dunn. 1 vol. in-8°, 923 p., 124 fig..
- McGraw-Hill, New-York et Londres, 1949.
- Prix : relié, 68 sh.
- Les fermentations alcoolique, acétique, lactique sont utilisées depuis des millénaires, mais depuis peu d’années, on obtient par l’action des microorganismes, une longue série d’autres produits : acides tai*trique, citrique, gluconique, propionique, fumarique, itaconique, etc. ; des cétones, des alcools propyliques, butyliques, de la glycérine, du bulylèneglycol, etc., également des levures alimentaires, des enzymes, des vitamines, des corps gras et enfin la série des antibiotiques : pénicilline, streptomycine, etc. Cet ouvrage s’adresse aux étudiants et aux spécialistes qui y trouveront une étude très complète de ces techniques et de nombreuses références bibliographiques.
- Adaptation and origin in the plant world,
- par F. E. Cléments, E. Y. Martin et F. L.
- Long. 1 vol. in-8°, 332 p., 28 fig., 85 pi.
- Chronica botanica, Waltham (Mass.) ; Ray-
- mann, Paris, 1950. Prix : relié, 6 dollars.
- Pour connaître le rôle du milieu dans l’évolution, Cléments a pendant plus de 40 ans observé des jardins expérimentaux créés sur les flancs du Pikes Peak, en climats tempérés et arctiques et dans des jardins de Santa Barbara (Californie). Il a cultivé les memes plantes dans ces divers milieux et observé leurs variations.
- Leur adaptation aux facteurs physique est générale et domine les autres facteurs d’évolution.
- Étude botanique des copaliers du Congo
- belge, par J. Léonard. 1 vol. in-8°, 158 p., 23 fig., 3 pl. Publications de l’Institut national pour l’étude agronomique du Congo belge. Bruxelles, 1950. Prix : 130 francs belges.
- Le copal est une résine commercialement mal définie provenant de légumineuses d’Afrique et d’Amérique, de conifères de Manille et de Nouvelle-Zélande. Le vrai copal est une richesse du Congo belge et ce travail est destiné à le définir ; l’auteur en reconnaît 13 espèces de 7 genres différents qu’il décrit avec précision et figures, après étude sur place et dans les herbiers de collections.
- Manuel de paléontologie végétale, par Léon Moret. 2b édition. 1 vol. in-8°, 230 p., 86 fig. Masson et Cie, Paris, 1949. Prix : 650 francs. Le professeur de l’Université de Grenoble a écrit pour les étudiants trois ouvrages devenus classiques : un précis de géologie et deux manuels de paléontologie, animale et végétale. La paléobotanique a moins été étudiée que la paléozoologie et cependant elle pose les memes problèmes d’évolution des formes ; en outre les plantes jouent un rôle important dans l’édification des roches, depuis les plus petites, les bactéries, qu’on retrouve partout depuis qu’on a appris à les rechercher, jusqu’aux formes arborescentes du carbonifère, qui ont donné la houille et aux angiospermes plus récentes, sources des lignites. Ce manuel décrit et classe les divers groupes, étudie leur succession et leur filiation, montre leur intérêt géologique et biologique.
- Handbook of South American Indians. Volume 5. The comparative ethnology of South American Indians. 1 vol. in-8°, 818 p.,
- 190 fig., 22 cartes, 56 pl. Smithsonian Institution, Washington, 1949.
- Le bureau d’ethnologie américaine a entrepris une œuvre collective considérable qui sera complète en 6 volumes. Les quatre premiers ont été des monographies sur les Indiens historiques et préhistoriques, étudiés par tribus et par régions. Voici maintenant le début de la synthèse où tous les éléments de la civilisation sont comparés dans l’ensemble des tribus de l’Amérique du sud : habitations, constructions, technologies, vie politique et sociale, religion, usages, elc. Une énorme documentation, une iconographie, une bibliographie sont rassemblées qui permettent de dégager les principaux traits d’une culture venue sans doute de l’ouest, étendue puis repoussée par la conquête espagnole, dont des îlots importants subsistent encore.
- PETITES ANNONCES
- A VENDRE : 1° Herbier 30.000 parts (ex-sic-catas France, Colonies ; Etranger) en bloc ou parts sur liste de desideratas. 2° Ouvrages d’Histoire naturelle reliés et Collection de Minéraux, Coquilles, et Fossiles en boîtes et cuvettes. Listes adressées, sur demande à M. ROTIIKEGEL, à Néoux (Creuse).
- ÉCHANGERAIS VI0 : appartement style ancien, tt confort, 4 p., bien exposées, cuisine, s. de bains, chauffage individuel, ch. débarras, contre appart. 3-4 p., b. expos., conf., même quartier. Tél. hres des repas : Littré 71-80.
- INGÉNIEUR E. _ C. P. expérience approfondie. Propriété Industrielle, s’occuperait service brevets Sté Industrielle, préfér. une ou deux
- . semaines par mois. Ecr. : La Nature, n° 751.
- CSE DÉPART, disperse biblio. de travail : littér., peinture, chirom., divers et revue Les Temps Modernes 47 premiers numéros. GUERARD, Bavent (Calvados).
- A VENDRE : Appareil photo format 6x9. Bobines pellicules 8 poses. Objectif Boyer. Obturateur 3 vitesses. Viseur type Cuvette Galilée. Poids 500 grammes. Etat neuf. Prix avantageux. Ecr. : R. BUREAU, Cour 6, n° 32 C. D., Montluçon (Allier).
- CHIMISTE (hygiène technique de l’eau) ch. emploi. Ecr. : La Nature, n° 754.
- CESSION DE BREVET,
- La Société dite : BUFFALO ELECTRO CIIEMI-CAL Company Inc. résidant aux Etats-Unis, titulaire du brevet n° 928.836 du 24 avril 1946, pour :
- PROCÉDÉ DE FABRICATION DE PEROXYDE D’HYDROGÈNE
- serait désireuse de traiter pour la vente totale de ce brevet ou pour des licences d’exploitation.
- Pour tous renseignements techniques, s’adresser à MM. C. BLÉTRY, ROGER-PETIT, R. BLÉTRY, Ingénieurs-Conseils, 2, boulevard de Strasbourg, Paris.
- Ancienne Maison GALLE
- Société Anonyme au Capital de 2.250.000 francs
- 144, Avenue Joffre - ÉPINAY-SUR-SEINE (Seine)
- CHAINES pour APPAREILS de LEVAGE
- Manutention mécanique, Transmissions, etc.
- NOUVEAU ET REMARQUABLE TRAITEMENT DE LA SURDITÉ ET DES BOURDONNEMENTS
- M. FAURE a doté la thérapeutique auriculaire d’un nouvel appareil rééducateur et régénérateur de l’ouïe. Invisible, sans pile ni fil, de valeur scientifique reconnue, cet appareil qui porte le nom d'OTO-RENOVEX, produit dans la plupart des cas des résultats remarquables, parfois même inespérés. Tous renseignements sur demande à OTORENOVEX, 53, rue Nationale/
- TOURS.
- MICROSCOPES
- et Accessoires Neufs — Occasions
- Achat - Echange - Transformations - Remise à neuf Chromage - Atelier de Mécanique - Vernissage
- ÉtS \f A A C T - l7' rue de Essieu « VMM 9 I PARIS 5* - GOB. 35.38
- Toutes fournitures pour Sciences et Laboratoire
- Sur demande envoi franco de liste d'appareils d'occasion disponibles.
- TOUS LES PROBLÈMES
- D'AGITATION - D'ÉMULSION ET DE BROYAGE COLLOÏDAL
- sont résolus
- ENTREPRISE René & Jean MORITZ
- 3, Avenue de Pomereu, 3 CHATOU (Seine-et-Oise)
- Tél. : Vésinet 12-61 & 62
- par nos
- TURBO AGITATEURS TURBO ÉMULSEURS TURBO RÉACTEURS TURBO BROYEURS COLLOÏDAUX
- Le gérant : G. Masson. — masson et c16, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre ig5o, n° iog5. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAYAL, N° 223o. — IO-igSo.
- p.320 - vue 328/406
-
-
-
- N° 3187
- Novembre I960
- LA NATURE
- LE VISAGE NOUVEAU DU MONDE Æ*
- AU XXe
- E VISAGE DU MONDE, à ce tournant du demi-siècle, nous apparaît bien différent de ce qu’il était il y a cinquante ans; qu’il s’agisse de l’Univers, ou même simplement de notre Terre, notre angle de vision s’est, en quelques dizaines d'années, transformé du tout au tout. Les causes de cette révolution se doivent chercher, me semble-t-il, d’une part dans les progrès sensationnels de la vitesse, de l’autre, dans un déplacement massif du centre de gravité mondial, nécessitant une révision complète de l’équilibre entre les continents.
- Toute une géographie nouvelle s'impose de ce fait. Nous sommes contraints, en effet, de considérer les pays, les continents, les océans, la planète elle-même, selon des points de vue qui ne s’imposaient nullement à nos grands-pères, ou même à nos pères. Il nous faut en conséquence, non seulement nous faire du monde une image nouvelle, mais en renouveler également la cartographie.
- C’est que les transformations survenues en moins de deux générations dépassent de beaucoup le domaine propre de la politique. C’est toute la civilisation humaine qui est en train de se
- SIÈCLE
- modifier, en s’adaptant à des mesures nouvelles, à des moyeits-:- ' de transport hier encore inconnus et même inconcevables : notre imagination en arrive presque à s’effrayer des instruments de puissance dont l’homme dispose désormais. Je ne suis même pas sûr que nous réalisions la portée immense de la révolution à laquelle nous assistons : à peine s’agit-il d’une nouvelle période historique, mais bien plutôt de quelque chose comme un âge nouveau de l'humanité.
- Celui qui refuse d’admettre ce visage nouveau du monde, avec toutes ses conséquences, presque incalculables, risque de se voir bien vite dépassé et disqualifié. Les deux guerres mondiales paraissent du reste n’avoir joué, en l’espèce, que le rôle d’accélérateurs. La source profonde de la révolution, en interprétant le terme dans son sens le plus fort, se trouve bien davantage dans les découvertes scientifiques, dans les progrès techniques qui ont, depuis un siècle, changé du tout au tout les rapports de l’homme avec la Nature. Protagoras, le sophiste athénien, suggérait que l’homme est la mesure des choses. Le dirait-il encore aujourd’hui?
- Dicéarque avait tracé les premières coordonnées cartographiques. Ërato-liii lit 111111 <. m-id iii
- la Tf i h i « uni ii 11 j* ] li i
- placs i ni * ii11 'li
- Figr. 1. — Le monde connu des Anciens, d’après la carte de Ploléméc, en ISO.
- <
- La carte de Ptolémée incita .Christophe Colomb à atteindre les Indes et la Chine par l’Ouest. Plus taTd, Cook partit vers . U 'mi i i 11 i i In iche des
- p.321 - vue 329/406
-
-
-
- 322
- D'après Paul Morand, cet observateur avisé de notre temps, l'homme moderne a inventé un vice nouveau, la vitesse. C'est, en effet, sous le signe de la vitesse que se sont accomplies les fulgurantes transformations du monde/ contemporain. Entre le rythme de nos déplacements et celui de nos devanciers immédiats, c'est à peine si la comparaison est possible.
- Mon grand-père, sur un brick de 130 tonneau#, mettait en 1822, 65 jours de Marseille à Constantinople, estimant que c’était « une belle traversée » : j'ai, quant à moi, dans un même jour, pris mon petit déjeuner à Karthoum et couché a Bruxelles. Mon père, en 1861, prenait seize jours pour aller, sur un <c vapeur », comme on disait alors, de Brest à Baltimore : nous faisons couramment Paris-New-York en quatorze heures et, dès maintenant, l'avion à réaction peut accomplir le trajet en moitié moins de temps. La distance est donc pratiquement supprimée : un Phi-léas Fogg contemporain ferait aisément le tour du inonde en trois jours et quelques heures.
- C'est, à l’avion que sont dus ces sensationnels progrès et, de ce fait, notre conception des itinéraires se voit sujette à une véritable révolution, la ligne courbe devenant à nos yeux plus réelle que la ligne droite. Sans doute, les navigateurs connaissaient-ils depuis bien longtemps l’arc de grand cercle et en tenaient-ils compte dans l’établissement de leurs routes maritimes, mais ils restaient malgré tout dépendants de la structure des continents et des mers : il leur fallait, patiemment, parfois presque inlassablement, contourner les péninsules ou s'insinuer dans les détroits. L'avion se libère magistralement de ces servitudes, coupant impérieusement les péninsules à Vaisselle, n’étant plus astreint à contourner péniblement l’Espagne ou l’Arabie pour gagner les Indes.
- Cette schématisation demeure en partie théorique, il faut l'admettre, car, pour des raisons de climat, d'infrastructure et surtout d'intérêt commercial, l'avion est amené à s'imposer des détours. Cette dépendance du sol n'est cependant que relative et c'est bien l’arc de grand cercle qui détermine, au moins idéalement, les grands trajets aériens. La projection de Mercator nous avait déshabitués de le considérer comme plus normal que la ligne droite tracée sur un planisphère. Il nous faut un effort d'imagination pour réaliser que le plus court chemin de Chicagp à Calcutta passe par le pôle, la Sibérie et la Chine, que le plus court chemin de San Francisco à Moscou passe par la Baie d'IIudson, le Groenland et la Scandinavie. Les jeunes générations, nées sous le signe de l'avion, trouvent dès maintenant cela tout naturel.
- De ce fait, la Terre se présente de plus en plus à nous sous sa forme véritable, qui est celle d'un globe et, dans ces conditions, c’est la géométrie des cercles, non la géométrie plane qu'il faut avoir dans l'esprit, si l'on veut envisager de façon réaliste et sa forme et les proportions véritables de ses diverses masses continentales. Un intérêt nouveau s’attache dès lors à certaines parties du monde, hier négligées, qui entrent maintenant dans les préoccupations des hommes d’Etat. Le pôle n'est plus pour Byrd ce qu’il était pour Noi'denskiold, ni surtout pour le capitaine Ha-ttéras, ce héros de Jules Verne qui, devenu fou dans sa mystique polaire, se dirigeait instinctivement vers le Nord.
- *
- * *
- La vitesse, centuplée, fait de noti’e monde une peau de chagrin : tous nos horizons sont déplacés. Notre astronomie,
- d’abord pratiquement limitée au système solaire, s’est étendue à la Galaxie, puis à l’Univers extra-galaxique. On nous parle couramment de millions, de centaines de millions d'années-lumière. Il n’y a plus d’autre part, sur notre globe, de terres inconnues : nous sommes entrés, comme le disait Valéry, dans l’ère du monde fini. Que devient, dans ces conditions, l'Europe du myriamètre, dont les mesures dépassées figurent encore dans quelques coins de notre Journal Officiel ?
- Avec les grandes découvertes de la Renaissance, l’Europe était devenue le centre moteur de la planète, et la Révolution industrielle mettait entre ses mains une hégémonie vraiment irrésistible. Dès la fin du xvm° et pendant tout le xixe siècle, la machine, dont nous devions longtemps garder le monopole, nous dotait d'un instrument de puissance incomparable, grâce à quoi nous prenions sans conteste la direction de la mise en valeur mondiale. Quoi d’étonnant, dans ces conditions, que nos pères considérassent cette situation privilégiée comme normale, statutaire et destinée à durer de façon permanente? Ils s'accoutumaient, et nous-mêmes avec eux dans notre enfance, à tout envisager du point de vue de leur petit continent. Cette prédominance était pourtant admise de tous et, même en 1918, nul n’eût songé à régler le sort du monde ailleurs que d’une de nos capitales, et du point de vue de l'Europe.
- Dès cette date fatidique de la première guerre mondiale, la domination européenne était virtuellement condamnée : les sociétés extra-européennes de race blanche revendiquaient leur autonomie, cependant que les autres races, réveillées par nous de leur long sommeil, prétendaient elles aussi se libérer de notre emprise : partout naissaient des industries, partout se dressaient des barrières douanières, en révolte contre le monopole du vieux continent,. La seconde guerre mondiale a achevé ce processus de désagrégation d'un empire séculaire ; les deux vainqueurs de 19Ù5 sont, l'un et l’autre, extra-européens ; c'est de Washington et de Moscou, de Washington ou de Moscou, que se règle désormais le sort politique de la planète. Géographiquement, les congrès de Vienne, de Berlin, de Paris ou de Versailles sont déjà d'un autre âge.
- Dans un équilibre intercontinental ainsi bouleversé, l’Europe demeure sans doute un des centres vitaux de la politique internationale, mais elle ne saurait plus en être, comme hier, le centre unique. La décision d’une nouvelle guerre mondiale se situerait sans doute entre l’Atlantique, la Mer du Noi’d et la Méditerranée, mais pareille guerre se conduirait partout, et singulièrement dans ces espaces polaires qui étaient restés jusqu’alors le domaine du silence, du vide et du froid : les belligérants lutteraient de vitesse pour les occuper, du moins pour empêcher l’adversaire cle s’y établir; il. y a maintenant un impérialisme de l’eau glacée. Si les zones de production industrielle concentrées de l’hémisphère Nord doivent être la cible la plus indiquée, c’est, par les pôles qu'une attaque aérienne peut les atteindre le plus rapidement : le front de défense principal de l'Amérique du Nord regarde moins aujourd’hui vers l’Est ou vers l'Ouest que vers le Nord. S'il s'agit au contraire des lignes de ravitaillement océaniques, elles s’étendent sur la surface entière du globe, rendant vitales, non seulement les étroites portes des canaux de Suez et de Panama, mais les régions économiques se groupant autour de l'Atlantique, du Pacifique, de l'Océan Indien. Subsiste-t-il, dans ces conditions, un seul théâtre de lutte, une seule source de ravitaillement qui ne doivent être tenus pour essentiels ? On pense au mot de Pascal : une sphère
- Fig. 2. — L’auteur dans son cabinet de travail.
- p.322 - vue 330/406
-
-
-
- infinie dont la circonférence est partout et le centre nulle part. Et voici -qui change profondément notre géographie.
- #
- # *
- La projection de Mercator a le grand avantage de présenter l’image de la Terre entière sur une seule feuille. Elle est particulièrement commode pour les tableaux d’ensemble, économiques ou politiques plus que strictement géographiques, mais elle déforme dangereusement, comme on sait, les terres les plus proches du pôle : tout enfant, je m’émerveillais déjà que le Groenland pût être grand comme l’Afrique! A l’âge des communications aériennes fulgurantes empruntant étroitement les arcs de grand cercle, pareille déformation paraît intolérable et l’on est conduit par une sorte d’impératif à chercher des méthodes de représentation cartographique plus ajustées à la réalité.
- A la vérité, le visage réel du monde n’apparaît exactement que si l’on considère un globe terrestre : je voudrais que chaque Français en possédât un, car c’est ainsi seulement que chaque continent se trouve mis, sans adaptation aucune, à sa place : on réalise, par simple évidence et sans besoin d’aucune démonstration, à quel point le Pacifique est immense et combien il est vrai que les Néo-Zélandais ont la tête en bas. S’il s'agit en revanche de représenter, sous forme de mappemonde, des surfaces courbes sur le plan que constitue une feuille ’ d'atlas, le problème devient' évidemment insoluble, on ne peut que s’approcher de la solution. On peut s’en approcher cependant de telle façon que le résultat devienne presque intégralement satisfaisant.
- Durant ces dernières années, et surtout parce que le besoin
- s’en faisait sentir, de nombreux essais ont été tentés dans ce sens ; ce même numéro de La Nature en donne des exemples révélant l’extrême ingéniosité des techniciens de la cartographie pour présenter le monde sous l’angle de vision que notre instinct d’hommes modernes nous pousse instamment à recher- • cher. Je laisse aux spécialistes ces questions qui dépassent ma compétence. Qu’il me soit cependant permis de conclure que les atlas modernes se doivent de présenter le monde d’un point de vue nouveau. Il y a déjà plus d’un quart de siècle, Vidal de la Blache s’était à cet égard révélé un précurseur. Plusieurs de ses cartes répondent par avance à ce que nous demandons aujourd’hui. L’Atlas Larousse, qui vient de paraître, envisage également le problème dans le même esprit. Il s’agit, en somme, de choisir le point d’où l’on considérera telle ou telle partie du monde, tel continent, tel océan, telle mer, tel pôle, austral ou boréal, pour en donner une vision constituant un tableau, conçu, équilibré et axé, comme le ferait un artiste ayant déterminé son sujet.
- Napoléon disait qu'un croquis vaut mieux qu'un long rapport. L’évidence simple d’une belle figure géométrique vaut de même mieux que les plus péremptoires démonstrations. Ne faut-il pas attacher la même vertu aux cartes, bien présentées, du point de vue d’une conception intelligente des choses? Des rapprochements s'indiquent alors à l’esprit et l’on ressent cette « joie des relations pressenties » dont parlait Nicole. Remercions donc les cartographes qui nous invitent à méditer devant le tableau qu'ils nous donnent de notre planète, si magnifiquement, si dangereusement transformée par le génie de l’homme.
- André Siegfried, de l’Académie Française.
- AStEïU'CA StVR INDIA ÏOVA , XoioL-
- j’&jp&.L— f^r~rr Î5 VL.'^'VT' •. CaUriu..'*
- A.
- Ai F R I a
- ma:r dej, zttr. ,
- AK’raiçMCVs
- PACItICO
- - "
- Psit
- i«rt
- C ij C Nf l 1 A
- .N • t, >. .W .1 > O'
- r v l i ^
- Fig-. 3. — Le monde d’après Orteliixs (1570).
- Après la decouverte de l’Amérique par Colomb et le tour de monde par Magellan, on réalise une figuration plus complète et plus exacte de la Terre, sauf dans les régions voisines des pôles qui restent encore inconnues. La cartographie et la géographie se précisent aux xvi° et xvu' siècles. Le premier atlas est le Theatrmn orbis terrarnm d’Ortelius en 1570. La carie de Mercator date de 1595.
- p.323 - vue 331/406
-
-
-
- 324
- LE VRAI VISAGE DE LA TERRE
- Depuis que les progrès de l’aviation ont raccourci les distances sur notre petite Terre et rendu possibles tous les itinéraires, le public a de plus en plus besoin de nou-Arelles cartes générales du Globe.
- Que trouve-t-on, en effet, chez les éditeurs de cartes, ou dans les meilleurs atlas ? Uniquement le grand planisphère en projection de Mercator, ou la mappemonde en deux hémisphères accolés (x). Chacun sent l’insuffisance de ces représentations, qui faussent radicalement certains rapports de distances. Il nous faut autre chose. Il faut notamment cesser de reléguer les pôles à l’extrême bord, ou dans la partie du planisphère où les déformations deviennent inadmissibles.
- C’est le choix et la construction de ces cartes nouvelles qui font l’objet de la présente étude.
- Mais, direz-vous, pourquoi chercher des cartes nouvelles ? Ne vaut-il pas mieux prendre simplement un bon globe terrestre qui, lui, donne une représentation exacte des continents et des mers, représentation qu’aucune carte ne peut donner ?
- Il peut sembler paradoxal de ne pas se ranger à cet avis, mais nous estimons que, malgré ses grandes qualités, un globe ne
- estimer l’intérêt d’un globe terrestre, que nous considérons évidemment comme un instrument d’étude indispensable. Mais personne ne pensera que, sous prétexte qu’il possède un bon globe terrestre, il peut mépriser son atlas. Le travail à plat sur une table est tout de même le plus commode; et la contemplation d’un grand planisphère fixé au mur est une aide plus efficace à des réflexions d’ordre général, que l’examen d’un globe.
- Il faut donc des cartes nouvelles. Quelles cartes ? C’est un problème compliqué et il convient, avant de l’aborder, de rappeler de quels matériaux l’on dispose pour lui trouver une solution.
- *
- * *
- Tout le monde comprend qu’il est impossible de reproduire exactement sur une feuille de papier plane des figures couvrant une sphère : on ne peut pas aplatir une demi-peau d’orange sur la table sans la faire craquer. C’est possible, à la rigueur, si la figure est peu étendue, c’est-à-dire dans la mesure où la sphère peut être confondue avec son plan tangent; mais cela ne
- Fig- 3. — Projection zénithale.
- répond pas complètement aux besoins du public. D’abord, il ne donne de détails suffisants qu’à une échelle à laquelle il devient encombrant et coûteux; il cesse d’être à jour aussi vite qu’une carte, et l’on hésitera bien davantage à le remplacer; enfin, il faut bien reconnaître qu’il ne présente à l’œil, à la fois, que bien moins de la moitié de la Terre, car les régions des bords sont vues- sous une incidence tellement rasante qu’elles sont méconnaissables. Évidemment, on le fait tourner; mais on n’a jamais cette vision d’ensemble que donne un planisphère. Ce planisphère donne des déformations qui, pour certaines régions, vous paraissent inadmissibles P Entièrement d’accord : c’est exactement pour cela que nous sommes en train de vous proposer d'autres planisphères, dans chacun desquels les déformations inadmissibles seront renvoyées dans des régions éloignées de celles constituant le « sujet » de la carte. L’étude simultanée de ces cartes constitue une source inépuisable de comparaisons savoureuses. Elle permet aussi — autant que l’examen d’un globe — de détruire les idées fausses que peut faire germer dans l’esprit des jeunes gens la vue du seul planisphère actuellement donné par nos atlas.
- Entendons-nous bien : il n’est nullement question de sous-
- 1. Rappelons qu’on appelle généralement « Planisphère » une carte représentant à la fois toute la Terre ; et « Mappemonde » une carte représentant la Terre en deux hémisphères accolés. Il ne nous paraît pas correct d’appeler « Mappemonde » un Globe terrestre.
- va évidemment plus pour une demi-sphère, a fortiori pas pour une sphère entière.
- Aussi la sagacité et l’esprit d’invention des géographes ont-ils pu se donner libre carrière pour résoudre ce problème insoluble, depuis plus de a5 siècles qu’il y a des géographes, et qui dessinent. Le problème des cartes a certainement fait couler plus d’encre que celui de la quadrature du cercle. Encore ce dernier est-il pratiquement résolu par des constructions qui permettent d’obtenir, avec la règle et le compas, une approximation bien supérieure à la précision du dessin (environ i/4 de i ooo oooe) ; tandis que le problème des cartes d’ensemble n’a pu recevoir que des solutions bien moins satisfaisantes.
- Ces diverses solutions sont désignées uniformément sous le nom de projections, bien que, pour un grand nombre d’entre elles, les points de la carte n’aient, avec les points correspondants du globe, aucun rapport répondant à la définition géométrique du mot « projection »,
- Il s’agit, en somme, d’établir une loi pour la construction d’un canevas de méridiens et de parallèles représentant les parallèles et les méridiens terrestres. Il sera facile, ensuite, de placer dans ce canevas les côtes, rivières, villes, etc., dont on connaît les coordonnées géographiques : latitude et longitude. Pour ce minutieux travail de remplissage, les photos d’avion donnent évidemment le moyen de gagner un temps immense en comparaison des vieux errements qui obligeaient le topo-
- p.324 - vue 332/406
-
-
-
- 325
- graphe à un véritable travail de fourmi. Les méthodes magnifiques dont la France a doté le monde, grâce à l’ad-mirable ténacité de M. Poivilliers, permet-tent de déduire directement des photos d’avion non seulement la planimétrie, comme chacun le conçoit, mais même le relief, quelque paradoxal que cela puisse paraître aux non _. _ . , ,. initiés.
- Fig. 4. — Projection orthographique.
- Mais le canevas d’ensemble reste à tracer, ainsi que les « signaux » des divers ordres, qui fixent les repères où pourront s’accrocher les photos d’avions; et c’est là le domaine du cartographe et du géodésien. La loi suivant laquelle méridiens et parallèles seront construits constitue ce qui s’appelle le mode de projection de la carte.
- Les solutions seront naturellement bien différentes suivant qu’il s’agira .de représenter un pays de dimensions moyennes, comme la France, ou une contrée comme l’Europe, ou un continent comme l’Afrique, ou un hémisphère, ou même •— et c’est ce que nous visons —• la totalité, du globe sur une seule carte.
- P'
- Pour donner une idée du travail accumulé depuis des siècles sur ces problèmes, nous rappellerons seulement qu’un ouvrage complet indiquant tous les modes de projection existants, leurs théories et leurs lois, et donnant, pour chacun d’eux, les altérations en chaque point de la carte en ce qui concerne les longueurs, les angles et les surfaces, représente un traité en quatre volumes (1), — où les auteurs s’excusent souvent d’être obligés d’abréger, pour éviter des longueurs. Il ne peut évidemment pas être question de parcourir ici un domaine d’une pareille ampleur — et d’ailleurs hérissé, naturellement, des formules mathématiques qu’appelle le sujet. Il faut se borner, dans un court aperçu, à classer cette immense moisson de projections en groupes, dont chacun réunira celles qui jouissent d’une propriété caractéristique.
- Si l’on n’a en vue que la représentation d’une petite portion du globe, l’idée qui vient tout d’abord à l’esprit est de la « projeter » sur le plan tangent au centre de cette petite portion. Voici donc toute une famille de cartes locales, qui différeront les unes des autres par la loi de projection qui sera choisie : on peut projeter, par exemple, par des perpendiculaires au plan; ou bien par des droites issues d’un même point, dont la position arbitraire donnera autant de modes de projection que l’on
- voudra. Cette notion contient en germe toutes les projections qui sont des perspectives ; nous y reviendrons tout à l’heure.
- Si l’on veut s’attaquer à une région plus éten-E’ due, on peut imaginer de faire la projection en deux temps : d’abord sur une surface développable — cône ou cylindre — tangent à la
- P'
- Fig-. 5. — Projection stéréographique.
- 1. Driancourt et Laborde. Hermann, édit.
- sphère (ou même sécant), que l’on pourra ensuite étaler sur le plan de la carte. Les procédés qui ont été imaginés soit pour « projeter » réellement les points du globe sur un cône tangent, soit pour établir entre méridiens et parallèles terrestres une correspondance avec ceux tracés sur le cône, sont tellement innombrables, qu’il est inutile de se lancer dans leur description. Il suffit, pour ce que nous avons en vue, de savoir que la chose existe. L’emploi d’un cône ne convient évidemment que si l’on n’envisage qu’une portion de sphère moindre qu’un hémisphère : au delà, la dissymétrie amènerait des déformations impossibles. C’est pourquoi, ayant en vue des cartes de grands ensembles, nous ne parlerons plus des projections coniques, malgré leur importance de premier plan pour des cartes moins étendues : presque toutes les cartes de nos atlas sont des projections coniques. Un cylindre paraît plus tentant pour des cartes générales. Là aussi, la correspondance entre les points du globe et ceux de la carte pourra se faire soit par une « projection », soit par une loi n’ayant aucun caractère géométrique. Nous y reviendrons en détail.
- *
- * #
- Indépendamment du mode de projection adopté, on peut classer les cartes d’après la position sur la Terre du point choisi pour être le centre de la carte : a) pôle; b) point sur l’équateur;
- P
- Fig. 6. — Projection équivalente de Mollweide, et « photographie » de l’hémisphère auquel elle est équivalente.
- c) point quelconque du globe. On obtient ainsi des projections qui sont généralement appelées :
- a) polaires, ou équatoriales (l’Équateur, représenté par un cercle, formant généralement le bord de la carte, dont le pôle est le centre) (fig. i) ;
- b) méridiennes, ou transverses (la ligne des pôles se confond alors, généralement, avec le méridien central; l’Équateur est représenté par une droite perpendiculaire. C’est le cas des deux hémisphères accolés qui constituent les mappemondes classiques) (fig. 2);
- c) zénithales, ou obliques (fig. 3).
- Les trois figures font saisir cette classification.
- Lorsqu’on a établi le canevas d’une carte du type a), par exemple, dans un système de projection déterminé, on en déduit facilement, par les formules courantes de la trigonométrie sphé-riquë, les canevas, dans le même système, des cartes des types b) et c). Cette remarque nous sera utile.
- #
- * *
- Examinons maintenant les propriétés caractéristiques de divers groupes de projections.
- Nous avons vu qu’il était impossible de dessiner sur un plan
- p.325 - vue 333/406
-
-
-
- 326
- une figure semblable (-1) à une figure un peu grande tracée sur le globe. Cependant, s’il s’agit d’une figure assez petite pour qu’il soit légitime de confondre la sphère avec son plan tangent, le problème est évidemment possible. Pour une figure plus grande, on a été conduit à des projections jouissant de la propriété suivante : chaque petit élément de la carte est bien semblable à l’élé-mcnt correspondant d u globe; mais, en parcourant la carte, Véchelle change : le rapport de similitude des deux ligures varie. Par exemple, pour un hémisphère, représenté par un cercle complet, l’échelle au centre étant de i/ioo ooo 000e, cette échelle ira en croissant vers les bords, où elle sera de i/5o 000 000e. Les parties voisines des bords seront représentées à une échelle double de celles formant le milieu de la carte, mais chaque élément de la carte aura conservé sa physionomie exacte. Les angles locaux sont conservés (voir fig. 5 et lig. 11). Les projections de ce type forment le groupe très important des projections conformes. Elles sont en nombre infini. Elles se sont enrichies récemment d’une foule de cartes nouvelles, dues aux travaux du ( Colonel Laborde, qui a rénové de fond en comble ce sujet déjà si fouillé.
- #
- * *
- Dans un autre groupe de projections, on a cherché à conserver les aires : sur toute la carte, les aires sont dans un rapport fixe avec les aires des pays représentés. Mais il a fallu accepter des altérations graves sur les angles et sur les longueurs. Ces projections sont appelées équivalentes. Les figures 6 et 7, 12 et 10 en montrent des exemples. Les projections équivalentes sont, elles aussi, en nombre infini.
- *
- * *
- U11 autre groupe de projections conserve les longueurs sur les méridiens, mais on est alors obligé d’accepter des altérations suivant les parallèles. Ces projections sont qualifiées équidistantes; il en existe aussi un grand nombre (voir par exemple, fig. 8 et i4).
- *
- . * *
- 1. Rappelons qu’en géométrie deux figures semblables ont leurs angles égaux et leurs côtés proportionnels.
- P'
- Fig. 8. — Projection de Guillaume Postel et « photographie » de l’hémisphère représenté, à même échelle.'
- Dans d’autres systèmes, on accepte à la fois des altérations sur les angles, sur les longueurs et sur les surfaces, mais on arrive à les rendre moindres que dans ceux où l’on a voulu garder l’une de ces grandeurs intacte. Par exemple, pour l’hémisphère dont nous parlions tout à l’heure, le changement d’échelle sera moindre que pour une projection conforme; mais à la vérité, on ne pourra plus parler cl’ « échelle », puisque l’élément de carte n’est plus semblable à l’élément de globe représenté (voir fig. 8 et 9, i4 et i5). C’est généralement une projection de ce genre qui est employée dans les mappemondes classiques.
- *
- # #
- Il convient aussi, comme il a été dit tout à l’heure, de former un groupe avec celles des projections qui sont des perspectives. Le « tableau » est généralement constitué par le plan tangent au point choisi comme centre, ou par le plan du grand cercle qui lui est parallèle. Ces perspectives seront donc polaires, méridiennes ou zénithales. Elles seront caractérisées par la position du « point de vue ».
- Si le point de vue est au centre de la sphère, on obtient sur le plan tangent la projection gnomonique, une des plus anciennes (Thaïes). Elle présente cette propriété remarquable que tout grand cercle de la sphère est représenté par une droite, puisque son plan contient le point de vue.
- Cette particularité lui aurait valu d’èlre préférée» à toute autre, si les déformations ne croissaient pas trop rapidement en s’éloignant du centre de la carie. Elle se prêle donc mal à la représentation d’une très grande partie du globe ; mais clic a cependant pris un regain de faveur, aussi bien pour déterminer la route la plus courte entre deux points, maritime ou aérienne (c’est l’arc de grand cercle, donc, ici, une droite) — que pour les applications de la radiogoniométrie.
- Si le point de vue est aux antipodes du centre de la carte, on a sur le plan diamétral la projection stéréographique, vénérable également (Ilipparque), qui possède la propriété remarquable d’être conforme. Elle est parfois employée dans les mappemondes, bien qu’on lui préfère souvent une autre projection où l’on accepte des altérations d’angles, pour avoir une variation d’échelle moins grande entre le centre et les bords. C’est elle qui donne la variation de 1 à 2 dont nous avons parlé plus haut; la figure 5 en montre un canevas méridien et la figure 11 un canevas polaire.
- Le point de vue rejeté à l’infini donne la projection orthographique, qui est en somme, à peu de chose près, la représentation d’un globe terrestre tel que nous le voyons. Comme nous l’avons dit au début, la partie centrale est fidèlement représentée, mais les déformations augmentent .vite Arers les bords. Aussi cette projection, aussi ancienne que la précédente, est-elle peu employée pour les cartes de la Terre; par contre, elle convient 'parfaitement pour celles de la Lune, puisque c’est ainsi que nous la voyons. Les figures 4 et 10 montrent ses caractères particuliers.
- Un grand nombre de chercheurs ont tenté de mettre en valeur tel ou tel avantage des projections perspectives en choisissant un point de vue à une distance ingénieusement calculée; la place manque ici pour ces détails.
- *
- * *
- Projection équivalente
- Fig. 7.
- de Lambert.
- Fig. 9. — Projection d’Airy « par balance d’erreurs ».
- p.326 - vue 334/406
-
-
-
- 327
- Le rappel des propriétés que nous venons de voir va nous permettre, avec quelques figures, de résumer les caractéristiques des principales projections pouvant servir à représenter un hémisphère, c’est-à-dire à former une mappemonde en deux hémisphères.
- Nous verrons ensuite de quelle façon l’on peut passer de là à la représentation du globe entier, ce qui est, nous le répétons, le but de cette étude.
- Les figures 4 à 9, qui sont des pi'ojections méridiennes, vont nous permettre de toucher du doigt les difficultés inhérentes à la construction de cartes de grands ensembles et de juger de la valeur des subterfuges mis en oeuvre pour les tourner.
- La première de ces difficultés est évidente : les lignes droites PP' et EE' (fig. 4) représentent chacune 20 000 km (1), alors que le demi-méridien PEP' représente les memes 20 000 km. Il y a là un changement d’échelle linéaire : tcR au lieu de 2R, c’est-à-dire Tc/2 = 1,6708 au lieu de 1, contre lequel il n’y a pas de défense.
- En second lieu, on sait que la surface d’une sphère vaut quatre grands cercles. Un hémisphère en vaut donc deux. Nous avons donc à représenter dans notre cercle la surface de deux cercles. Comment en sortir P
- Il est amusant de voir comment chaque projection se tire d’affaire.
- La projection orthographique (fig. 4) emploie des moyens brutaux, d’une simplicité un peu exagérée : elle escamote effrontément les surfaces, de manière à faire tenir dans un cercle unique ce qui devrait en occuper deux. Le centre de la carte est parfait : c’est la figure même du globe de même diamètre; mais plus on se rapproche du bord, plus la fidélité de la carte diminue; et c’est l’évidence même, puisque la carte est, en somme, la photographie de ce globe, dont la surface finit par se présenter, sous une incidence complètement rasante. Il n’y a guère que la moitié centrale de la projection qui soit utilisable; le reste est trop déformé.
- La projection stéréographique (fig. 5) emploie un procédé élégant, qui résout à la fois la première et la seconde des difficultés annoncées : puisque l’échelle est plus grande au bord que suivant les axes, faisons décroître cette échelle du bord au centre : nous gagnerons sur les longueurs, et nous gagnerons sur les surfaces. Et de fait, la loi géométrique simple qui régit la projection se révèle si ingénieuse, que la projection se trouve conforme : chaque élément de la carte est semblable à l’élément du globe représenté. Tout -le long de l’Equateur, les carrés de io° restent des carrés; mais ils vont en diminuant vers le centre, où l’échelle est exactement la moitié de ce qu’elle est au bord : il faut quatre petits carrés du centre pour en former un du bord. Comparée à la projection orthographique, on voit que les carrés de io° sur l’Equateur sont égaux, près du bord, à ce qu’ils sont au centre de la projection oiihographi-que. L’hémisphère entier est représenté par un seul cercle de diamètre égal, et il est bien représenté : méridiens et parallèles se coupent à angles droits sur toute la carte et les trapèzes qu’ils forment sont semblables à ceux du globe. La carte serait parfaite si ce changement d’échelle ne venait pas. fausser les valeurs comparées de ses diverses portions.
- Avec là projection de Mollweide (fig. 6), nous abordons les projections équivalentes. La surface du cercle de la carte vaut exactement celle de l’hémisphère représenté, et cette correspondance se mantient pour chaque portion de la carte. Mais cet hémisphère vaut deux de ses grands cercles ! Il faut donc que chacun de ces grands cercles vaille la moitié du cercle de la carte, c’est-à-dire que son rayon soit avec le rayon de la carte
- 1. A. ces petites échelles, il serait vain de vouloir faire état de l’aplatissement du Globe. Les 43 km de différence entre le diamètre polaire et un diamètre équatorial (12 714 km et 12 757 km) représentent au 100 000 000° 0,4 mm. Nous supposerons donc la Terre sphérique.
- Fig-. 10. — Projection polaire orthographique.
- Fig. 11. — Projection polaire stéréo graphique (conforme).
- dans le rapport i/y 2. Nous avons figuré, à côté de la carte, la « photographie » de l’hémisphère auquel elle est équivalente; et l’on voit en effet, dans la partie centrale, non déformée, de cette (t photographie », que les aires des petits quadrilatères de
- Fig. 12.
- Fig. 13.
- Fig. 12. — Projection polaire équivalente de Mollweide. Fig. 13. — Projection polaire équivalente de Lambert.
- 10° sont bien équivalentes à celles des quadrilatères correspondants de la carte. L’espacement des parallèles est calculé pour que la surface de chaque zone représentée soit équivalente à celle de la zone correspondante du globe. Mais l’équivalence, qui con-
- Fig. 15.
- Fig. 14.
- Fig. 14. — Projection polaire de Guillaume Pastel (équidistante). Fig. 15. — Projection polaire d’Airy.
- serve les surfaces, ne conserve pas les longueurs; et le diamètre EE' de la carte, qui représente le demi-équateur ee' de l’hémisphère (lequel a pour longueur réelle epe') se trouve trop court de 11 pour 100, comme le montre un calcul presque évident. Il faut donc que les hauteurs soient un peu plus grandes,
- p.327 - vue 335/406
-
-
-
- 328
- Fig. 16. — Projection étoilée de Bartholomew
- (d’après Babon).
- pour compenser ce qui manque aux bases. D’où cet aspect rectangulaire de la représentation des carrés équatoriaux.
- Les méridiens coupent l’équateur et les divers parallèles en des points équidistants, puisque, tous les trapèzes de io° étant équivalents dans une même zone et ayant même hauteur, il faut bien qu’ils .aient même base.
- Le résultat est un sabotage des angles, qui devient un peu pénible vers les bords, où un angle droit arrive à être représenté par 20° environ : l’équivalence se paie cher.
- Lambert (fig. 7) a essayé d’une autre formule, en employant, pour réaliser l’équivalence, des parallèles courbes. Les parallèles étant plus rapprochés vers le centre qu’aux bords, il faut bien que les méridiens soient plus espacés vers le centre que vers les bords, de manière à conserver aux quadrilatères de io° la même surface tout le long d’un parallèle. Sur l’Équateur, ces quadrilatères sont plus carrés, au centre, que dans la projection de Mollweide; mais ils le sont moins près des bords. Les angles souffrent moins que dans la projection de Mollweide. L’équivalence avec le demi-globe est réalisée dans les conditions que nous venons de voir pour Mollweide. Pour ces deux projections, le méridien du bord est 1,57 fois plus long que le méridien central.
- *
- * *
- Nous arrivons maintenant aux projections où aucun élément : longueurs, angles, surfaces, n’est plus conservé exactement, afin de limiter les dégâts un peu pour tous.
- L’une des plus anciennes est celle de Guillaume Postel (i58i)
- (fig. 8). Les lignes PP; et EE' sont partagées en parties égales, c’est-à-dire que les distances des parallèles sur ces lignes ( sont données exactement. Ces lignes représentent donc celles d’un globe pour lequel elles seraient le développement du demi-méridien pp1 et du demi-équateur eef.
- Cet hémisphère, vu en « photographie » comme tout à l’heure, se présente donc comme le
- Fig. 17. — Projection étoilée de Petermann.
- petit globe de la figure 8, où l’arc pepr est égal à la longueur PP; de la carte. C’est dire que, R étant le rayon de la carte, le rayon du petit globe est R : tz/2. Il est donc un peu plus petit que celui qui vient de nous servir pour Mollweide et Lambert, puisque le dénominateur tz/2 = 1,57 est un peu plus grand que
- y/ 2 = I,4i. On voit d’ailleurs que les carrés centraux de la carte sont bien égaux à ceux que la « photographie » montre sans déformation dans sa partie centrale. Vers les bords, ils sont évidemment déformés par l’allongement inévitable du méridien extrême.
- Beaucoup plus récemment, Airy a étudié ce problème en cherchant une projection qui réalise un minimum pour une certaine combinaison des erreurs sur les angles et sur les surfaces. C’est ce qu’il appelle projection « par balance d’erreurs ». La figure 9 montre le résultat. Au lieu que le méridien central et l’équateur soient partagés en parties égales, les divisions sont plus serrées vers le centre que près des bords, mais la différence est bien moindre que dans la projection stéréographique (fig. 5). En comparant avec la figure 8, on voit que, à l’extrémité de l’équateur, les quadrilatères de io° restent plus voisins de carrés : le rapport des côtés est de 1,57 dans la figure 8 et de 1,34 dans la figure 9, ce qui est évidemment mieux. Mais les carrés centraux sont plus petits que ceux de la figure 8, ce qui augmente la différence d’échelle entre le centre et les bords. Pratiquement, les meilleurs • atlas français emploient pour leurs
- mappemondes la projection de G. Postel, qui est en somme satisfaisante, malgré la différence de longueur entre le méridien central et celui du bord : on ne conserve pas les surfaces, mais les angles sont beaucoup moins abîmés que dans la projection de Mollweide; on ne conserve pas les angles, mais la variation d’échelle est moins choquante que dans la projection stéréographique.
- Un mot encore avant d’arriver des cartes plus étendues. :
- TV \
- Fig. 18. — Projection interrompue du Prof. Goode (dérivée de Mollweide) (cf. fig. 25). (d’après Driancourt et Laborde. Hermann, édit.), a
- p.328 - vue 336/406
-
-
-
- 329
- il serait intéressant d’examiner avec attention, sous leur variété « polaire » les diverses projections que nous venons de comparer sous leur variété « méridienne » (fîg. io à i5). Sur les deux premières, qui sont des perspectives (13g. io et n), on reconnaît bien leurs caractères propres. Des quatre autres, trois sont définies, précisément, par leur variété polaire, ce qui les rend simples à tracer.' Leurs caractères particuliers ne se manifestent que par de légères différences de position des cercles des divers parallèles. Quant à celle de Molhveide (fig. 12), elle est définie analytiquement par sa variété méridienne et la variété polaire s’en déduit par le calcul. Nous avons eu la curiosité de la construire, ne l’ayant jamais aperçue nulle part. Il y aurait beaucoup à dire sur l’examen comparé de ces six figures; mais cela ne concerne pas directement la question que nous avons en vue, et il faut bien se borner.
- *
- * #
- Nous avons maintenant rassemblé assez d’éléments pour aborder enfin le sujet qui nous préoccupe : la représentation de toute la Terre sur une seule carte.
- Les diverses solutions que nous venons de voir pour la représentation d’un hémisphère donnent, en deux cercles, des mappemondes où figurent tous les lieux du globe; mais cette carte en deux (( épisodes a rend bien mal les rapports de distance entre des points éloignés.
- Comment passer de là à une carte unique ?
- Nous rendrons compte d’abord de certaines tentatives qu’il faut connaître, mais que nous rejetons par principe, parce que, comme ces deux hémisphères, elles ne constituent pas une véritable carte continue. Elles consistent, en somme, à accepter la
- déchirure de la peau d’orange que l’on veut aplatir sur la table : on se résigne à faire des lambeaux de cartes, incomplètement raccordés. Ce sont les projections étoilées, ou interrompues. C(est évidemment un moyen brutal d’éviter les déformations que donne une carte continue; mais nous trouvons le remède pire que le mal : on ne voit plus du tout les rapports des diverses parties entre elles. Cela ne présenterait un peu d’in-’térêt que si les déformations étaient réduites à presque rien, ce qui n’est pas le cas. Les exemples en donnent une idée (fig. 16, 17, 18); mais nous voulons des cartes continues, et nous n’insisterons pas davantage sur les rechei’ches de cet ordre. Cependant, la projection de Goode, par exemple, qui est équivalente (fig. 18) donne, sinon les rapports de positions des différents pays, du moins les valeurs relatives exactes de leurs territoires. Mais les déformations angulaires restent sensibles dans les parties qui n’ont pas pu être coupées; et l’Amérique tient par si peu de chose au reste du monde, qu’on se demande s’il n’est pas aussi simple, pour faire des comparaisons, d’étaler côte à côte sur la table de bonnes cartes, à la même échelle, des divers continents, pour lesquelles les déformations seront bien moindres.
- On peut rattacher au même groupe les projections polyconi-quesr qui donnent des bandes à faible déformation, mais non reliées entre elles. La grande carte du monde au millionième, que tous les Etats civilisés se sont mis d’accord pour réaliser en commun, est du nombre. On peut assembler quelques feuilles-voisines, mais la carte ne reste pas plane si l’on en veut assembler un grand nombre. Il n’est pas question d’employer ce procédé pour réaliser, à plus petite échelle, une carte d’ensemble' du monde. La figure 20 n’est qu’un schéma de carte de ce genre,, sur lequel nous n’insistons pas : il n’a aucun intérêt pour le problème qui nous occupe.
- Fig. 19. — Projection doublement périodique de Peirce.
- p.329 - vue 337/406
-
-
-
- 330
- Dans le même ordre d’idées, nous rejetterons certaines projections périodiques, intéressantes, certes, mais dans lesquelles la représentation de la Terre comporte plusieurs domaines, séparés par des brisures, dont le franchissement pose des problèmes compliqués. Il nous suffira de mentionner les travaux de Peirce, de Guyou, plus récemment de M. O. Adams. L’équateur, ou tout autre grand cercle choisi comme bouc émissaii’e, devient un carré, ou tout autre polygone : triangle, hexagone, dont les sommets sont des points critiques qui brisent la continuité de la carte, et en rendent la lecture impossible. Aussi pensons-nous
- Fig. 20. — Schéma d’une projection polyconique (Hémisphère Nord).
- que,, malgré sa valeur technique, le travail dépensé dans cette direction reste du domaine des récréations mathématiques. Prenons, par exemple la projection doublement périodique de Peirce (fig.,19). Il faut, pour bien comprendre celte carte, •— d’ailleurs tout à fait remarquable, et pour laquelle nous avons une affection toute particulière (mais l’affection n’exclut pas la critique), la répéter un nombre de fois suffisant pour bien voir se former les deux pôles ; mais on éprouve alors un malaise analogue à celui que procurent, à la foire de Neuillv,-les chambres à glaces multiples qui répètent indéfiniment votre image. Les continents sont très bien, car la projection est conforme, et le changement d’échelle peu sensible pour eux; mais les Océans sont complètement saccagés par les points critiques. Ces deux Amériques, qui font face à deux autres Amériques inversées, rendent totalement incompréhensible l’Océan Pacifique. L’Océan Indien est traité de même, et l’Atlantique également; et l’on finit par se demander si ce jeu paradoxal ne constitue pas, surtout, un excellent motif pour papier de tapisserie.
- *
- * *
- Ayant ainsi fait mention de recherches poussées dans des directions que nous ne voulons pas suivre, reprenons nos mappemondes et voyons ce qu’on peut'en tirer.
- Nous avons de bonnes cartes d’hémisphères, — compte tenu des déformations inévitables dont nous avons parlé —, et nous voulons représenter davantage.
- Une idée vient tout de suite à l’esprit : extrapoler. La loi qui a servi à faire le canevas de l’hémisphère ne peut-elle pas être appliquée au delà de ses frontières ? Prenons comme exemple la projection stéréographique, en projection polaire. L’équateur, se projetant suivant le cercle de diamètre AB, limite l’hémisphère N., comme nous l’avons vu figure n. Cherchons à continuer vers le S. Les parallèles de- io° S., 20° S., 3o° S., etc.,
- Bl D F H
- G EC/A,
- Fig. 21. — Construction de la projection stéréographique de l’hémisphère sud.
- Fig. 22. — Extrapolation de la projection stéréographique sous sa variété polaire.
- viendront en CD, EF, G1I, etc.; mais l’on voit tout de suite qu’on ne pourra pas aller bien loin dans cette voie : l’échelle grandit démesurément, puisque les droites PfiD, P4F, PTI, etc,
- • tendent à devenir parallèles au « tableau ». L’échelle par rapport à celle du centre de la carte est, comme nous le savons, double à l’équateur; elle a triplé à Madagascar, quadruplé avant le Cap de Bonne-Espérance, décuplé avant le Cap Horn. Il n’y a donc rien à attendre de bon de ce côté-là, comme le montre surabondamment la figure 22.
- En extrapolant la projection de Guillaume Postel (ce qui est particulièrement simple, puisque les parallèles sont équidistants), on évite l’éclatement total du pôle S., qui se contente de devenir un cercle de diamètre double de l’équateur. Mais sans aller jusqu’à cette absurdité, on peut extrapoler de quelques dizaines de degrés. L’ennui est que, les distances suivant le rayon étant conservées, celles suivant la tangente au parallèle augmentent constamment, ce qui défigure évidemment les régions. Nous avons voulu pousser jusqu’au Cap Ilorn, ce qui est un peu beaucoup; mais la carte donne tout de même un ensemble acceptable des relations mondiales, qu’il est intéressant de comparer au planisphère classique de Mercator (fig. 23). Les continents sont certainement moins bien représentés que dans la projection de Peirce (fig. 19); mais ici les océans sont intelligibles.
- En transformant cette projection polaire en projection méridienne, on obtient une carte où figurent quelques parallèles complets autour des deux pôles. La carte 24 en donne une idée. C’est une tentative ancienne que nous avions faite pour l’étude du Pacifique, mais les déformations angulaires deviennent exagérées vers les bords. On arrive tout de même à représenter les deux tiers ou les trois quarts de la Terre, au lieu de la moitié.
- Ces exemples suffisent pour montrer que cette méthode d’extrapolation ne nous conduit pas sur un terrain bien favorable.
- Mais l’esprit fertile des géographes a bien su trouver une échappatoire : n’extrapoler que dans un sens. L’équateur et le premier méridien sont gradués suivant une certaine loi. Gar-dons-les tels quels, et prolongeons l’équateur à droite et à gauche. Marquons sur ces prolongements des points de divisions établis suivant la même loi (par exemple, si nous partons de la figure 8, ce seront des parties égales). Nous avons ainsi de quoi représenter tout l’équateur. Par ces points de division, nous ferons passer des méridiens, qui toucheront, naturellement, les deux pôles. Ce seront, bien entendu, des courbes à étudier et à
- p.330 - vue 338/406
-
-
-
- 331
- définir avec précision, mais on voit le procédé. On obtient ainsi un ovale, où les 36o° de longitude ont trouvé leur place.
- Les parallèles seront, comme l’équateur, prolongés jusqu’à cet ovale, et l’on aura un canevas pouvant donner la totalité de la Terre.
- On peut concevoir ce doublement de l’équateur comme obtenu par projection. On peut employer deux procédés, qui donnent la même figure, à l’échelle près :
- soit considérer le canevas d’un hémisphère comme la projection orthogonale d’une ellipse le coupant suivant l’axe polaire, et située dans un plan faisant 6o° avec celui de la carte;
- soit, au contraire, projeter le même canevas sur un plan le coupant suivant l’axe équatorial et faisant aussi 6o° avec lui.
- Dans les deux cas, le travail de dessin sera le même :
- dans le deuxième cas, on gardera les x et on divisera les y par 2 ;
- dans le premier cas, on gardera les y et on multipliera les x par 2.
- Cette idée de projection renseigne sur les propriétés de la figure. Si, par exemple, on part des figures 6 ou 7, qui sont des projections équivalentes, on obtiendra encore une projection équivalente, d’après le théorème bien connu sur la pi’ojection d’une aire plane. Mais comme ni les longueurs, ni les angles ne se conservent en projection, cette équivalence se paie par une exagération des déformations locales.
- La figure 25 montre à quel résultat l’on arrive en partant de la projection de Mollweide (fig. 6). Évidemment, les méridiens extrêmes sont terriblement allongés nous avions déploré, dans les cartes d’hémisphères, la nécessité de voir le méridien du bord valoir 1,57 fois le méridien central; ici, c’est 2,43 fois, et les angles montrent bien ce qu’ils en pensent. Quoi qu’il en soit, cette carte est couramment employée, grâce à son mérité de respecter les surfaces relatives des différents territoires qu’elle représente. La tentative ingénieuse du Professeur Goode (fig. 18) permet de n’en employer que les parties centrales (sauf en Asie orientale), mais elle crée des déchirures, et fait apparaître deux pôles N. et quatre pôles S., en sacrifiant les océans. Il est vrai qu’une seconde carte représente les océans, en sacrifiant les
- 160
- 20
- Fig. 23. — Extrapolation de la projection polaire de G. Postel (fig. 14). La carte représente la totalité de la Terre, moins 6,7 pour 100 c’est-à-dire 93,3 pour 100 de la surface du Globe.
- iiifta
- Fig. 24. — Extrapolation de la projection méridienne de G. Postel appliquée à l’étude du Pacifique (cf. fig. 8).
- continents; mais notre préférence va nettement à la carte unique et continue (fig.. 25), malgré ses déformations angulaires plus grandes.
- Le même procédé,, appliqué à la projection équivalente de Lambert (fig. 7), conservera de même l’équivalence, tout en donnant des déformations angulaires moindres : les caractères particuliers des figures 6 et 7 se retrouvent dans les figures 25 et 26.
- Nous continuons les comparaisons en présentant maintenant la transformation, toujours par la même méthode, de la projection de G. Postel. Il n’y a plus d’équivalence, mais la carte est bien équilibrée, et très fréquemment employée.
- Nous n’avons jamais aperçu nulle part d’application de cette méthode à la projection stéréographique ; il nous semble pourtant que la chose valait la peine d’être tentée. La figure 28 montre ce que l’on obtient. Évidemment, la carte ne reste pas ce conforme », puisqu’un angle ne se conserve généralement pas en projection : par exemple, un angle droit, projeté à 6o°, peut augmenter de 37° ou diminuer de 87°, suivant que sa bissectrice est disposée suivant une ligne de plus grande pente ou suivant une horizontale. Le changement d’échelle est un peu plus grand, entre le centre et les bords, que dans les cartes précédentes, mais il n’a rien de si choquant et les angles paraissent moins souffrir.
- Enfin, il fallait bien s’attendre à ce qu’un chercheur intrépide mît sur pied une carte de ce genre répondant aux exigences des projections conformes. C’est chose faite, grâce aux savants calculs de M. O. Adams (fig. 29).
- Malgré le mérite des projections conformes et l’attrait particulier qu’elles ont pour nous, il faut bien reconnaître que la (( conformité » se paie un peu trop cher. Déjà, dans la figure 4, nous avons vu qu’elle exigeait, pour un hémisphère, un changement d’échelle de 1 à 2 entre le centre et le bord de la carte. Ici, c’est bien autre chose : l’échelle varie de 1 à 10 environ le long de l’équateur; et vers les pôles, sans croître indéfiniment, elle atteint des valeurs exagérées à peu près pour les mêmes régions que Mercator. Mais ici, on a, en outre, toute une bande d’environ 4o°, allant d’un pôle à l’autre, et tout le long de
- p.331 - vue 339/406
-
-
-
- 332
- laquelle les déformations sont inadmissibles. Nous préférons donc, de beaucoup, le vieux planisphère classique, malgré le
- Il est assez curieux de voir bien des auteurs agir comme si les points critiques de certaines projections devenaient moins « critiques » lorsqu’ils tombent dans les océans. Ce n’est vraiment pas une raison, parce que nous appelons (bien abusivement d’ailleurs) notre planète « la Terre », pour nous arroger le droit de défigurer les mers, qui forment les trois quarts de la surface à représenter.
- La première idée de ces projections ovales semble bien être due à Nicolas Sanson, qui donne aux divers parallèles — représentés par des droites parallèles espacées de leur vraie distance — leurs longueurs réelles sur la sphère. Les méridiens coupent les parallèles en des points équidistants. Ce sont des sinusoïdes. La projection est équivalente. Comme dans toutes ces projections ovales, l’allongement des méridiens, du centre vers les bords, produit sur les angles des déformations exagérés. Cette projection est souvent désignée sous le nom de Flamsteed, dont les travaux
- ont largement contribué naître.
- la faire con-
- Fig. 26.
- Projection équivalente de Lambert étendue à 360° (cf. flff. 7).
- travail réellement très remarquable que représente cette nouveauté intéressante.
- Fig. 27.
- Projection de G. Postel étendue à 360°
- (cf. flg. 8).
- Après un tour d’horizon des principaux systèmes de projections, et l’étude rapide de ceux pouvant convenir pour la représentation d’un hémisphère, nous avons vu comment on pouvait passer de là à la représentation de toute la Terre, et nous nous trouvons en possession de quelques canevas, qui, malgré les lois bien différentes qui président à leur tracé, ont un grand air de parenté.
- Leur défaut commun est évidemment l’exagération vraiment excessive de la longueur des méridiens en allant du centre vers les bords. Comme nous l’avons dit, le méridien extrême vaut, en général, 2,43 fois le méridien central. Les angles en souffrent cruellement, ou, si l’on veut les respecter (fig. 29), on arrive à une variation d’échelle totalement inacceptable.
- N’y a-t-il donc aucun moyen d’avoir une représentation plus comparable des différents méridiens ?
- Nous avons intentionnellement gardé pour la fin la réponse à cette question. Le moyen existe, en effet. Il exige, comme toujours en matière de cartes, un sacrifice; mais, comme on dit aujourd’hui, ce sacrifice paraît « rentable » : les avantages qu’il apporte compensent largement, croyons-nous, les inconvénients qu’il présente.
- Cette réponse est apportée par les projections cylindriques, qui permettent de représenter tous les méridiens d’une façon identique. Le prix à payer est le sacrifice des régions polaires, qui sont ou bien renvoyées à l’infini, ou bien rendues méconnaissables. Par contre, les contrées tropicales et une large zone au-dessus et au-dessous, sont rendues infiniment mieux que dans toutes les cartes que nous venons de voir.
- p.332 - vue 340/406
-
-
-
- 333
- Comme nous l’avons dit au début, le procédé consiste à faire la projection en deux temps, d’abord sur un cylindre tangent à la Terre tout le long de l’équateur (ou sécant suivant deux parallèles symétriques) et ensuite en déroulant ce cylindre sur le plan de la carte. Ces projections sont naturellement innombrables,'puisque la loi de correspondance entre les points du globe et ceux du cylindre peut être choisie arbitrairement.
- Nous indiquerons rapidement quelques solutions caractéristiques.
- L’une des plus anciennes, et à coup sûr la plus simple, est celle des cartes plates carrées. On se contente de tracer un quadrillage carré : les côtés verticaux seront les méridiens, les côtés horizontaux, les parallèles. Cela va très bien tant qu’on est près de l’équateur, où méridiens et parallèles forment effectivement des carrés ;
- mais plus on s’en écarte, plus l’exagération des largeurs est choquante (fig. 3i). Il faut d’ailleurs faire observer qu’au moment où ces caries étaient en service, on se souciait bien peu des pôles et des régions avoisinantes, et qu’il est certainement contraire à la pensée de leurs auteurs de vouloir les pousser si loin.
- Il en est certainement de même des cartes parallélogrammatiques (pourquoi pas simplement « rectangulaires » ?), encore bien plus anciennes (Anaximandre), qui n’en diffèrent que par le fait que le cylindre est ici sécant suivant deux parallèles symétriques. L’échelle uniforme adoptée •pour les largeurs est celle qui correspond à ces deux parallèles; de sorte qu’il y a « amaigrissement » pour les régions voisines de l’équateur, et que le « gonflement » est moins prononcé pour les régions situées au N. et au S. des deux parallèles de sécance (fig. 32). Il est tout à fait vraisemblable de penser que c’est en méditant, sur ces cartes, aux écartements de
- méridiens qui conviennent le mieux aux diverses latitudes, que Mercator a été conduit à la loi qui caractérise sa projection (voir fig. 34).
- Citons ensuite toute la famille des projections perspectives, le « tableau » étant ici constitué par notre cylindre tangent.
- L’on pense bien que toute une armée de chercheurs s’est acharnée à trouver des « points de vue », fixes ou mobiles, donnant tels ou tels avantages. Ces projections sont donc foison; mais il faut bien se borner, et nous ne nous y arrêterons pas.
- Lambert — on le retrouve toujours —-a poussé la curiosité (on peut dire le paradoxe) jusqu’à établir un canevas de ce genre qui a la propriété d’être équivalent. Mais, sur ces cartes, les distances suivant les parallèles restent fixes en allant vers les pôles, au lieu de diminuer comme elles le font sur la Terre. Donc, pour conserver les surfaces, il faut diminuer les distances suivant les méridiens, au lieu de les laisser fixes. Le résultat est que les quadrilatères de io°, au lieu de former des
- figures de plus en plus allongées, deviennent de plus en plus aplatis, ce qui ne va pas sans désastres du côté des angles. Mais
- Fig. 29.
- Projection conforme de M. O. Adams.
- la tentative est curieuse. Les pôles sont naturellement sacrifiés (fig. 33).
- Cette carte donne l’impression d’une carte plate carrée enrou-
- p.333 - vue 341/406
-
-
-
- 334
- • 60
- 100 90
- Fig. 31. — Projection des cartes plates carrées.
- 11 a paru inutile de dessiner un Planisphère complet.
- JO _20__30__ 40_50__60__70__80
- 10 20 30 40 50 60 70 80
- Fig. 32. — Projection des cartes parallélogrammatiques.
- 1. Sur les parallèles de 30°. — 2. Sur les parallèles do 40°.
- lée sur un cylindre parallèle à l’équateur; et le calcul montre qu’il doit bien en être ainsi pour assurer l’équivalence.
- *
- * *
- Et nous en arrivons enfin à la carte qui nous paraît être la moins mauvaise de toutes celles qu’on a pu imaginer pour représenter toute la Terre : carte qui, malgré ses détracteurs, malgré ses défauts réels, conserve la première place dans tous nos atlas — simplement parce qu’on n’a encore rien trouvé de mieux; la projection cylindrique conforme, celle de Mercator.
- La bande voisine de l’équateur ne diffère pas des projections cylindriques les plus simples : les carrés de io° restent des carrés. Mais comment les choses vont-elles se passer en s’éloignant de l’équateur ? Comment réaliser la conformité, c’est-à-dire la similitude avec le globe ?
- Sur la carte, la distarice entre les méridiens reste la même, à toutes les latitudes, alors que sur le globe elle va en diminuant, les parallèles devenant de plus en plus petits.
- Considérons, comme toujours, les quadrilatères de io° (x).
- 1. Lo raisonnement serait évidemment plus rigoureux en prenant une figure élémentaire plus petite ; mais sa forme serait la môme, et il paraît
- Sur l’équateur (11g. 34), le carré abb'd de la carte est égal au carré ABB/A' du globe. Qu’arrivera-t-il à 4o°, par exemple ? CC' est, sur la sphère, plus petit que AA', tandis que cd, sur la carte, est égal à ad. CC: est donc, sur le globe, plus petit que CD, qui reste égal à .AB. Si donc on veut que la figure locale de la carte reste semblable à celle du globe, il faut que cd soit plus grand que cd, précisément dans le rapport où CD est plus grand que CCL
- C’est pour cela que, dans la projection de Mercator, la distance entre les parallèles va toujours en augmentant. On voit qu’il serait facile de calculer de combien; mais nous ne voulons pas de formules ici (x).
- A 6o° (Léningrad), l’arc EE; sur la sphère est moitié de kk! sur l’équateur. Pour conserver la similitude, il faudra donc que ef soit., sur la carte, double de ed. Ainsi, à 6o°, ed est deux fois trop grand par rapport à ad; mais la carte conserve la similitude; seulement, l’échelle a doublé. Le mal s’aggrave très vite, à partir de là; à 7o032Q l’échelle a triplé ; elle est quadruple à 75°3i/, quintuple à 78°28/, sextuple à 8o°24L
- Aussi les planisphères courants ne dépassent-ils guère 70° ou 76° de latitude N. : il est rare qu’on 'y voit le Nord de la Nouvelle Zcmble ou le Sud du Spitzberg. Vers le pôle S., c’est encore plus simple : sous prétexte qu’il n’y a que des mers, ou un continent inhabité, on coupe froidement la carte à la latitude de 55° ou Go0. Bien souvent le Cap Ilorn n’y figure qu’en dépassant le cadre, ou en le rasant.
- Telle est donc cette carte- qui, tout imparfaite qu’elle soit, rend depuis son apparition, en 1569, d’immenses services. Son succès est dû pour beaucoup au fait que la route maritime appelée « loxodromie » (celle qui, pour aller d’un port à un autre, coupe tous les méridiens sous le même angle, et, par suite, permet d’arriver au but en maintenant constamment la boussole sur ce même angle) y est représentée par une droite. Ce n’est pas le chemin le plus court, mais c’est le plus facile à tracer, et surtout à suivre.
- bien inutile d’introduire des différentielles dans une simple question de bon sens.
- 1. Il est d'ailleurs piquant de constater que Mercator a ainsi été conduit à une loi qui nous apparaît comme logarithmique, alors que les logarithmes ne sont nés (1614) que 20 ans exactement après sa mort (1594).
- p.334 - vue 342/406
-
-
-
- .335
- Elle présente encore le grand avantage que les déformations exagérées ne portent que sur des régions inhabitées, et, jusqu’à ces derniers temps, complètement inaccessibles. Elle permet donc de représenter, avec des changements d’échelle qui ne sont pas trop choquants — et d’ailleurs exactement connus — tous les pays où l’homme vit en société. Enfin, chaque corjtrée locale est représentée fidèlement; seule la comparaison de contrées occupant des latitudes différentes peut sembler gênante, si l’on ne garde pas présente à l’esprit la variation d’échelle avec la latitude.
- Les figures ci-dessous (fig. 35) indiquent la place occupée, sur la carte et sur le globe, par les régions où la déformation est excessive. On voit combien la surface la plus foncée sur la carte occupe peu de place sur le globe.
- Nous disposons donc d’une carte d’ensemble de la Terre qui donne une déformation nulle tout le long des 36o° de l’équateur; très faible dans une zone assez large autour de lui, et qui permet de représenter d’une manière tout à fait satisfaisante
- Fig. 34. — Espacement des parallèles dans la prosection de Mercator.
- une zone de 5o° de part et d’autre, que l’on peut même pousser à 70° de part et d’autre, à titre documentaire.
- On n’abandonne ainsi, pour deux calottes au delà de 70°, que 6 pour 100 de la surface totale de la Terre : 3 pour 100 au N, 3 pour 100 au S. En poussant jusqu’à 75°, il ne manquerait que 3,3 pour 100 en tout : i,65 pour 100 au N. et autant au S.
- Il faut bien reconnaître qu’aucune des nombreuses projections que nous avons passées en revue ne donne, de loin, un résultat aussi satisfaisant.
- #
- # *
- Nous avons rassemblé maintenant un arsenal qui nous permet de reprendre, avec l'espoir de lui trouver une l'éponse, la question posée au début : Nous voulons des cartes nouvelles, mais quelles cartes ?
- Que reprochons-nous au planisphère de Mercator ? De déformer d’une façon inadmissible les régions polaires et, par conséquent, de rendre d’une manière totalement inexacte les rapports de distances, ou‘de situation, des pays à latitude élevée.
- Nous reconnaissons d’ailleurs que tous les atlas sont de cet avis, puisqu’ils adjoignent toujours au grand planisphère deux calottes polaires, où sont exactement représentés — dans la mesure où ils sont connus — les rivages et les continents entourant les deux pôles. Mais il s’agit là, si l’on peut dire, de cartes locales, et non pas de caries générales, où les pôles figureraient en bonne place. Car c’est cela que nous cherchons : faire entrer dans le jeu les pôles et leur banlieue, pour avoir une représentation fidèle de toute la Terre, telle que peut la donner un globe terrestre.
- Vers laquelle des projections que nous venons de voir allons-nous nous tourner pour atteindre ce but ? Comme nous venons de le dire, la projection de Mercator nous paraît être celle qui
- arrive à représenter, avec le minimum de dégâts, la presque totalité du globe. Toutes les autres n’arrivent à en figurer la totalité qu’au prix d’un sabotage des angles qui défigure les régions; La projection de Peirce donne un bon ensemble des continents, mais les océans y sont incompréhensibles.
- Il semble tout d’abord y aA’oir un moyen bien simple de répondre à la question posée : ce moyen résulte de la remarque faite au début sur les diverses « variétés » d’un même système de projection. Les projections cylindriques constituent, il ëst vrai, un cas limite, où la notion de « polaire », « méridiénne » et « zénithale » se définit mal par rapport au « centre » de là carte, qui est rejeté à l’infini; mais on conçoit bien qu’on peut enrouler le cylindre soit autour de l’équateur, ce qui est le cas de la projection de Mercator classique, soit'autour d’un méridien quelconque, soit même àutour d’un grand cercle quelconque.
- Il y a bien longtemps que Lambert a proposé — et que Gauss a travaillé en détail — cette projection cylindrique transverse, obtenue en enroulant le cylindre de Mercator autour d’un méridien. Le canevas fig. 36 montre que les pôles s’y trouvent représentés sans déformation, ainsi qu’une large bande autour du méridien choisi comme ligne de contact du cylindre. Les déformations inadmissibles entourent les deux points de l’équateur qui forment les pôles du méridien choisi comme axe de la carte.
- Pourquoi donc celte projection est-elle si peu employée ? Nous avons eu la surprise — et le plaisir •—de la voir utilisée par le Professeur Camille Vallaux dans ses cartes des océans, aperçues au Musée Océanographique de Monaco, en y allant chercher certains renseignements. Nous avions nous-même tenté, il y a bien près de 3o ans, d’employer ce moyen pour avoir des cartes d’ensemble comprenant les régions polaires ; mais les résultats nous avaient déçù et ces cartes ne nous paraissaient pas destinées à devenir d’un usage courant.
- Quel est donc leur défaut, et dans quelle direction faut-il chercher ?
- Les solutions qui nous paraissent bonnes, et que nous présentons à la fin de cette étude, sont basées sur l’examen attentif d’un globe terrestre, et. sur le choix de cartes cherchant à se plier à la réalité des faits géographiques, au lieu de répondre à telle ou telle idée purement théorique. C’est en étudiant longuement les grands ensembles terrestres, en accumulant des essais de canevas, et en analysant leurs défauts, que nous avons fini par mettre sur pied l’énoncé auquel doivent satisfaire les cartes nouvelles que nous proposons. Ce n’est pas avec une carte unique, adjointe au planisphère classique, que les besoins actuels seront satisfaits. Il en faut plusieurs. Il faut choisir pour chacune un « sujet » déterminé, constitué par l’un des gi’ands ensembles naturels qui forment les faits géographiques essentiels présentés par notre globe.
- Ces grands ensembles offrent une particularité remarquable, qui explique pourquoi les projections de Mercator transverses sont vouées à l’insuccès : leur partie australe est fortement déea-
- Fig; 35. — Report sur un globe des régions pour lesquelles la carte donne une augmentation d’échelle excessive.
- On voit que leur surface réelle est minime.
- p.335 - vue 343/406
-
-
-
- 336
- lée vers l’Est, par rapport à leur partie boréale. C’est la raison pour laquelle une carte de l’Atlantique, faite par exemple -en prenant pour cercle de contact le méridien t\o° W., ne peut rien donner de bon. C’est la raison pour laquelle une carte d’Amérique, faite par exemple sur le méridien 8o° W.,' ou go° W., sera toujours mal venue : l’axe N.-S. de l’Amérique du Nord et l’axe N.-S. de l’Amérique du Sud sont décalés l’un par rapport à l’autre de près de 5o°. Pour le Pacifique, c’est encore bien autre chose.
- Ap rès avoir cherché dans toutes les directions, nous n’avons trouvé qu’une solution satisfaisante, qui se résume dans l’énoncé suivant :
- Faire des projections de Mer-cator enroulées autour de grands cercles obliques, choisis de telle sorte que les portions latérales extrêmes du « sujet » de chaque carte s’écartent le moins possible de l’axe.
- Cet énoncé laissera, pour chacun des « sujets » choisis, les faits décider eux-mêmes de la meilleure solution.
- Aussi rejetons-nous avec énergie' la critique d’après laquelle le choix des axes des cartes proposées serait « arbitraire » —• à moins que l’on ne considère comme « arbitraire » la prétention de vouloir faire, par exemple, une carte convenable de l’Atlantique. Mais, à partir du moment où l’on estime rationnel le désir de faire une bonne carte de l’Atlantique, il n’v a pas deux solutions : il y en a une, et une seule. L’axe de l’Atlantique est ce que Dieu l’a fait, et nous n’avons pas à tergiverser. 11 n’y a rien d’arbitraire là dedans : les faits commandent, et nous n’avons qu’à suivre. Le cercle de contact donnant l’écart minimum entre cet axe et les portions latérales de cet océan, est celui qui coupe l’équateur sur le méridien 3o° W., et qui passe à 20° des pôles. C’est comme cela, et ce n’est pas autrement; nous n’y pouvons rien. On peut ergoter pour i° de plus ici ou là, mais le résultat reste acquis.
- L’ a arbitraire » joue évidemment dans le choix des « sujets »;
- mais il nous a paru raisonnable de chercher à représenter convenablement ce qui nous semble constituer des ensembles ayant une sorte de personnalité : l’Atlantique, le Pacifique, l’Amérique, l’Ancien Continent (relations intérieures) ; et enfin l’Océan Indien, ce dernier étant moins bien défini que les précédents, et jouant surtout par la nécessité d’avoir, entre la carte de l’Atlantique et celle du Pacifique, une carte intermédiaire de la même veine. Mais les faits sont ici beaucoup moins impératifs, et nous sommes d’accord pour accepter un certain « arbitraire » dans ce choix; cependant, f’importance de la grande route Londres-Sydney valait bien un petit effort.
- Ces cinq cartes, jointes au planisphère classique de Merca-tor, donnent de la totalité de la Terre une représentation fidèle. Rappelons que chacune d’elles en représente g4 ou g5 pour 100, en sorte que la partie sacrifiée sur chaque carte est minime. Le nombre des projections existantes est si grand, que d’autres pourront sans doute concevoir d’autres remèdes à ce besoin de cartes nouvelles qui se fait si impérieusement sentir à notre époque. Pour nous, nous estimons qu’il est très avantageux d’avoir des cartes établies d’après la même loi : les déformations sont les mêmes sur toutes les cartes; et comme elles portent sur des régions différentes, qui, altérées ici, sont figurées là sans déformation, chacun se rend compte intuitivement de la fidélité cle chaque carte.
- Il nous reste à passer rapidement en revue les caractéristiques clés cartes proposées et à conclure.
- i° Atlantique. — Nous avons indiqué plus haut sur quelles bases était établie la carte de l’Atlantique que nous présentons. L’axe de la carte est tel qu’il laisse les parties latérales extrêmes du « sujet » à des distances vraiment faibles : le Golfe du Mexique à 4o° ; Walfish Bay à 3o° ; Durban à 4o° ; la Californie à 4o°; la Terre de Feu à 4o° ; le Danemark à 4o°.
- Fig. 36. — Projection de Mercator transverse (Lambert).
- Fig. 37. — Régions sacrifiées dans la carte de VAtlantique et axe
- de la carte.
- 20 40 60 80 100 120 140 160 E 180 I60W 140 120 100 80 60 40 20 W 0 20 E
- Régions sacrifiées dans la carte du Pacifique. Axe de la carte.
- Fig, 38,
- p.336 - vue 344/406
-
-
-
- 337
- Fig. 39. Emploi de la projection de G. Postel étendue à 360° (voir fïg. 27) pour la représentation du Pacifique.
- Les régions sacrifiées comportent deux petites calottes ayant pour centres :
- 6o° E., 20° N., dans la mer d’Oman, près de Mascate et
- 120° W., 20° S., dans le Pacifique, entre Pile de Pâques et les Gambier. La figure 37 indique ces régions.
- On a ainsi, enfin, une carte de l’Atlantique qui représente tout l’Atlantique, tel qu’on peut le voir sur un globe que l’on fait tourner devant soi et y compris les deux pôles. La situation des pays du Nord les uns par rapport aux autres, aussi bien que les mers du Sud et le continent austral, y sont fidèlement rendus. Nous trouvons vraiment très intéressant d’étaler cette carte sur une ,table, à côté du planisphère classique à la même échelle, et de comparer les déformations, qui sont identiques, mais portent sur des régions différentes.
- 20 Pacifique. — En raison de l’immense étendue de cet océan, le problème est autrement difficile et nous a fait travailler bien des années. A force d’accumuler des canevas variés, nous avons enfin fait une constatation qui mène à la bonne solution; mais il faut une certaine attention pour s’en rendre compte sur un globe : l’océan est si vaste que cela ne saute pas aux yeux. Cette constatation est celle-ci : le Pacifique a,
- ISO 140 160 ' 160 160 140 1?0 100 88 60 40 "0 0 ?0 40 60 80 100
- Régions sacrifiées dans la carte d'Amérique.
- Fig. 40.
- grosso modo, la forme d’un rectangle. Le grand axe se rapproche de la ligne Sakhalin-Terre de Feu et a à peu près i6o°, tandis que dans l’autre sens : Moluques-Sitka, ou bien Bris-bane-Los Angeles, ou encore Erebus-Guayaquil, on ne dépasse pas ioo°.
- Dès lors, la solution s’impose : nous disposons d’une projection qui donne une déformation nulle sur les 36o° de son axe, et qui, dans le sens perpendiculaire, rend convenablement une largeur de 5o° à 6o° au-dessus et au-dessous. C’est précisément ce qu’il nous faut pour les ioo° que nous avons à représenter. Il faudra donc enrouler notre cylindre suivant le grand cercle qui constitue le grand axe du rectangle en question, et qui, par expérience (et non « arbitrairement a), coupe l’équateur sur le méridien i6o° W., et passe à 4o° des pôles, c’est-à-dire est tangent aux deux parallèles de 5o°, au N. sur le méridien no° E. et au S. sur le méridien 70° W.
- Tout ceci nous paraît imposé par les faits géographiques et complètement indépendants de notre volonté : les choses sont .ainsi et si nous voulons utiliser rationnellement les propriétés de la projection que nous employons, il n’y a pas moyen de faire autrement.
- Évidemment, l’immensité du Pacifique va avoir un inconvé-
- 100 120 140 160 180 160 j4Q 120
- 40 20
- 100 80
- Fig. 41. — Régions sacrifiées dans la carte de l’Océan Indien et axe de la carte.
- —Jeo
- p.337 - vue 345/406
-
-
-
- 338
- nient : nous devons utiliser 5o° de part et d’autre de l’axe pour représenter l’océan. Il en résulte .que, dans le sens latéral, les continents qui le bordent rrnnt tomber rapidement dans une zone de déformations exagérée. Dans le sens longitudinal, tout va bien, puisque nous disposons d’une longueur illimitée, sans déformations; mais, dans le sens latéral, il faudra arrêter la carte assez rapidement : tant pis : qu’y faire ? Nous avons poussé jusqu’à tout près de 8o°, ce qui pourra épouvanter un peu les gens timorés; on peut s’en tenir à 70° ou 75° de l’axe, comme nous l’avons fait pour l’Atlantique et accepter d’avoir un peu plus de territoire non représenté. Nous cherchons, nous \ l’avons dit, des cartes générales du globe; nous avons donc tâché d’en voir le plus possible.
- Aux personnes qui seraient choquées par l’aspect général de la carte, nous recommandons l’expérience suivante : prenez un petit globe terrestre, non monté sur pied, de manière à pouvoir le manipuler à volonté. Prenez-le entre vos doigts, les doigts de la main droite autour de New-York, les doigts de la main gauche autour de Perth, en Australie. Placez-le de manière à regarder ainsi la Patagonie. Faites-le maintenant tourner autour de ces deux pivots, l’Amérique du Sud descendant vers vous. Vous verrez défiler devant vos yeux tout le Pacifique, jusqu’au Japon; et vous constaterez que l’aspect
- Fig. 42, — Principe de l’éventail pavé.
- donné par le Globe défilant ainsi est exactement celui que donne notre carte; en particulier, le repliement de la côte sud-américaine perpendiculairement à la Californie est frappant. Cela tient à ce que les méridiens sont vus, dans cette expérience, à peu près sous la courbure suivant laquelle ils sont représentés sur la carte et cela confirme que les renseignements donnés par la carte sont précisément ceux que donnerait l’examen d’un globe. La figure des quatre globes jointe aux maquettes en couleurs rend un compte exact de cette expérience.
- Les régions sacrifiées sont ici les deux calottes de centres :
- 70° W., 4o° N., à 4oo km au large de New-York et xio° E., 4o° S., au large de la pointe S.-W. de l’Australie.
- La figure 38 indique ces deux calottes, en exagérant considérablement leur surface, comme le montre leur forme ovale.
- Là aussi, la comparaison de cette carte avec un planisphère de Mercator à la même échelle est pleine d’intérêt.
- Nous ne voulons pas quitter le Pacifique sans rendre compte aussi d’autres efforts tentés pour en obtenir une vue d’ensemble. Nous avons déjà mentionné (fig. 24) une tentative en projection de G. Postel extrapolée. Nous avons voulu voir également ce qu’on , pouvait tirer des projections ovales examinées aux figures a5 à 3o. Le canevas de la figure 27 (auquel nous avons donné la préférence), — transformé pour installer le « grand axe » du Pacifique selon le grand axe de la carte —, donne un résultat qui n’est pas sans intérêt (fig. 3g). Tous les lieux du globe figurent sur cette carte, dont le Pacifique occupe la partie centrale sans trop de déformations. Les continents voisins, au lieu de voir leur échelle augmenter comme cela se produit en faisant appel à Mercator, subissent seulement des déformations angulaires et linéaires, d’ailleurs assez pénibles. Aussi donnons-
- nous nettement la préférence à la carte en projection de Mercator oblique, dans laquelle l’échelle seule change, chaque élément de la carte gardant sa physionomie propre. L’avantage d’un mode de projection unique pour le groupe d’images du globe que nous présentons, sera encore renforcé par les considérations développées plus loin sur la détermination instantanée de la route la plus courte entre deux points quelconques et sa mesure à vue.
- 3° Amérique. — Bien que le double continent américain soit déjà représenté convenablement sur la carte de l’Atlantique, il nous a paru intéressant de dresser une carte où il constitue lui-même le « sujet » central.
- Le problème, ainsi posé, ne comporte qu’une solution : si l’on recherche, sur un globe, un grand cercle laissant à égale distance la Californie et le Labrador, d’une part, et d’autre part l’Ile Chiloë et le Cap Saint-Roch, ce grand cercle est parfaitement déterminé : il coupe l’équateur sur le méridien 70° W. et est tangent aux deux parallèles de 65° : au Nord, sur le méridien 1600 W., au Sud, sur le méridien 20° E. La tentation était grande de prendre 70° au lieu de 65°, et d’employer le canevas calculé pour l’Atlantique. Nous devons dire que nous y avons tout d’abord succombé et bâti une première carte ainsi. Mais la Californie est manifestement trop à gauche et le Cap Saint-Roch trop à droite et il a bien fallu reprendre la table de logarithmes et recalculer les i53 points auxquels se borne, grâce à la symétrie, l’établissement cl’un canevas de 10 en 10 degrés.
- La carte est bien venue ainsi; les deux Amériques ne sortent pas de la zone qui, dans le planisphère classique, est comprise entre les tropiques. C’est dire que, pour le « sujet », les déformations sont insignifiantes. Il est intéressant de comparer cette carte à une- carte d’Amérique habituelle, comme par exemple la carte 126 de l’Atlas Vidal-Lablache, qui s’arrête avant les pôles, alors que la nôtre les donne avec tout ce qui les environne. L’éclatement de l’Afrique est une illustration frappante de ce que sont les déformations dans la projection de Mercator.
- Les régions sacrifiées ont ici pour centres :
- 20° E., 25° N., dans’ l’Oasis de Koufra et
- 1600 W., 25° S., 600 km à l’W. des Iles Tubuaï.
- La figure 4o indique ces deux calottes, comme précédemment.
- 4° Océan Indien. •—• Comme nous l’avons dit en commençant la présentation de ces cartes, le « sujet » est ici beaucoup moins bien défini que dans les précédentes. Mais comme nous voulons réunir un ensemble de cartes donnant une représentation fidèle et totale de la Terre, telle qu’on la voit en faisant tourner un globe, il fallait bien faire le pont entre la carte de l’Atlantique, qui arrive à peine au méridien de Madagascar et celle du Pacifique, qui ne rend convenablement que l’est de l’Australie. C’est donc le globe à la main que nous avons choisi ce « sujet » intermédiaire.
- Cette carte présente aussi la particularité de ressembler curieusement à la demi-mappemonde classique; mais elle a, sur celle-ci — à notre avis — le très grand avantage de ne pas s’arrêter aux pôles et, au contraire, de les donner complètement.
- Enfin, elle correspond à des lignes telles que Londres-Sydney, qui sont vraiment de grandes routes d’aujourd’hui, et qui ne figurent sur les autres cartes que d’une façon trop excentrique.
- Le cercle de contact est ici incliné de 5o° sur l’équateur qu’il coupe sur le méridien 70° E. ; il est donc tangent aux deux parallèles de 5o° sur les méridiens 20° W. au Nord et 1600 E. au Sud.
- Les régions sacrifiées entourent ici les points :
- 1600 E., 4o° N., dans le Pacifique, au large du Japon et 200 W., 4o° S., dans l’Atlantique Sud, un peu à l’W de Tristan da Cunha.
- La figure 4i indique ces régions.
- p.338 - vue 346/406
-
-
-
- 339
- 5° Ancien Continent. — Aucune de ces cartes ne donne de l’Ancien Continent une image comparable à celle que la troisième donne de l’Amérique. Il nous a donc semblé nécessaire de consacrer à notre vieux Monde une carte donnant, avec le minimum de déformations possible, les relations intérieures de ces trois parties du Monde : Europe, Asie, Afrique. En choi-
- II faut remarquer, d’ailleurs, que cette idée de projections de Mcrcator obliques est bien loin d’être nouvelle : il y a bien longtemps que l’aviation l’emploie pour représenter sans déformations l’itinéraire suivi par un avion pour aller du point A au point B. Mais il s’agit, dans ce cas, d’un simple couloir de faible largeur, alors’que nous cherchions des cartes d’ensemble représentant la totalité de la Terre.
- 60 40
- 180 160 140 120 100 60
- 100 120 140 160
- 60 80
- Fig. 43. — Recherche du plus court chemin Honolulu-Le Caire sur le planisphère
- de Mercator ordinaire.
- On voit qu’on trouve environ 14 200 km, par la courbe 8.
- sissant convenablement l’axe de la carte, on arrive à le faire passer à moins d’une quarantaine de degrés des bords du « sujet » : Irlande, Mozambique, Détroit de Behring, Bornéo. Le cercle de contact qui convient pour cela est incliné de 45° sur l’équateur et le coupe sur les méridiens o°-i8o°. Il est donc tangent aux parallèles de 45° sur les méridiens go0 E. au Nord et 90° W. au Sud.
- Les régions sacrifiées sont des calottes entourant les points :
- 90 W., 45° N., dans les grands lacs américains et
- 90° E., 45° S., entre Kerguelen et l’Australie.
- Il ne s’agit d’ailleurs plus ici d’une carte d’ensemble de la Terre, mais seulement — si l’on peut dire — d’une carte locale, dont l’axe ne diffère pas énormément de celui de la carte du Pacifique; mais les exigences de cette carte ne permettaient pas de rattacher toute l’Afrique à l’Eu-rasie.
- On pourrait, là aussi, taxer d’ « arbitraire » la solution choisie. Aussi avons-nous été particulièrement réconforté de découvrir dans un petit carton du texte de la carte n° 2 de l’Atlas classique Schra-der, l’idée même qui nous a guidé pour dresser cette carte, idée qui a conduit l’auteur à choisir exactement le même axe.
- Nous nous trouvons donc en bonne compagnie et la seule différence est qu’il propose une carte en projection plate carrée, alors que nos préférences restent fidèles à la projection cylindrique conforme.
- Il nous reste, avant de conclure, à indiquer la solution d’un problème que pose la projection cylindrique conforme, adoptée uniformément pour toutes ces cartes r celui de l’évaluation des distances.
- Il y aurait un moyen simple de représenter en chaque région de la carte l’échelle Auüable pour cette région : il suffirait, au lieu de tracer les parallèles de 10 en 10 degrés, de supprimer le canevas qui a servi à dresser la carte, et de marquer les parallèles de 9 en 9 degrés, car 9° = 1 000 km. On aurait ainsi, sur toute l’étendue de la carte, des longueurs « rondes » marquées sur tous les méridiens. Ceci est surtout intéressant pour les projections conformes, où des longueurs (pas trop grandes) égales portées à partir d’un point dans une direction quelconque, restent égales sur la carte, tandis que dans les autres projections, il n’en est pas de même. Il peut y avoir là une idée à creuser.
- Mais ce que nous devons signaler de beaucoup plus intéressant, c’est le procédé de détermination instantanée du plus court chemin entre deux points quelconques de ces cartes et sa mesure immédiate à vue. La méthode est due à M. l’Ingénieur hydrographe Favé.
- Deux points étant donnés sur l’une de nos cartes, nous voulons déterminer l’arc de grand cercle qui les joint.
- Imaginons (fig. 42) un éventail de grands cercles passant tous
- 120 100
- • Fig-, 44. — Recherche du même itinéraire sur notre carte du Pacifique.
- On voit qu’on trouve (naturellement) le même itinéraire et la même distance, mais avec la courbe 3 * au lieu de la courbe 8. Avec la carte de l’Atlantique, ou la carte d’Amérique, on trouverait toujours
- * * le même itinéraire, mais avec les courbes 6 et 8,3, et en employant les deux nappes de l’éventail,
- Telles sont donc les quelques cartes d’ensemble que nous proposons d’adjoindre au planisphère classique de Mercator, pour avoir, de l’ensemble de la Terre, une représentation fidèle et complète, plus facile à consulter qu’un globe, plus totale à embrasser d’un coup d’œil.
- #
- car dans ces deux cas, on traverse l’axe de la carte.
- par un même diamètre dans le plan de l’équateur, et faisant entre eux des angles égaux, io° par exemple. Faisons tourner dans le plan de l’équateur l’arête de cet éventail. Quand elle rencontrera le diamètre du grand cercle passant par les deux points, ce dernier se confondra avec l’un des cercles de l’éventail ou tombera entre deux d’entre eux.
- # *
- p.339 - vue 347/406
-
-
-
- 340
- Dans la projection, cette rotation devient une simple translation, puisque l’équateur est devenu une droite. On n’a donc qu’à faire glisser sur l’axe de la carte un calque portant la projection de cet éventail de grands cercles, jusqu’à ce que les deux points en question se trouvent sur un même grand cercle, ou entre deux cercles consécutifs. On interpole à vue et on a l’itinéraire le plus court reliant les deux points. Les grands cercles du calque sont gradués en distances (x ooo km dans les figures 43 et 44), ce qui donne immédiatement la longueur exacte de l’itinéraire trouvé.
- On voit l’intérêt que présente l’adoption pour toutes nos cartes d’un mode de projection unique et d’une échelle unique : le même calque sert pour toutes les cartes.
- Si l’on fait ce travail pour les deux mêmes lieux sur des caries différentes, on trouvera naturellement le même itinéraire, mais correspondant à des grands cercles de numéros différents et, par suite, ayant des courbures bien différentes. Ce petit jeu est plein d’intéi’èt.
- Les figures 43 et 44 montrent la l’echerche de, l’itinéraire Honolulu-Le Caire sur deux cartes.
- On se rend compte de l’aisance avec laquelle on détermine ainsi un itinéraire, en lisant, à vue, sa longueur exacte. Cet exercice est plein d’attrait et d’imprévu : qui se douterait, en regardant le planisphère ordinaire, que la route directe Londres-Sydney passe légèrement au Nord de Moscou, pour franchir ensuite le désert de Gobi et l’Himalaya ? ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas intérêt à choisir une route un peu plus longue, mais traversant des régions de plus grand trafic.
- L’ensemble, de nos cartes, par les visions neuves qu’elles apportent, et qui — nous ne nous lassons pas de le répéter — sont conformes aux x'enseignements fournis par un globe, permet de se faire de toutes ces questions une idée beaucoup plus exacte que ne peut la donner l’unique planisphère actuellement en usage.
- *
- * *
- Nous voici donc parvenus au terme de la présentation quelque peu laborieuse de ces cartes qui, au premier abord, pour des pex'sonnes n’ayant pas eu le courage de lire les raisons de leur choix, peuvent sembler un peu étranges; mais bien étrange aussi a dû sembler, à nos prédécesseurs du xvie siècle, le premier planisphère de Mercator. On s’y est fait; et à tel point, que la conscience de nos maîtres en cet art s’est émue, et qu’il a fallu rappeler aux jeunes, avec quelque véhémence, que les indications de cette carte deviennent fallacieuses vers les bords.
- Associons-lui donc ces cartes nouvelles, ses sœurs, identiquement fallacieuses, mais pour d’autres régions et souhaitons que cet ensemble — l’une corrigeant l’autre — devienne, pour tous ceux que le vrai visage de la Terre intéresse, la base de réflexions et de travaux utiles.
- Devant la carence de cartes d’ensemble dont nous souffrions, il fallait faire quelque chose : choisir dans l’immense fouillis de projections existantes, ou même innover, puisque la porte est largement ouverte aux amateurs de nouveautés. Nous avons admiré les travaux récents du Colonel Laborde, qui a créé du neuf en matière de projections conformes et mis sur pied des théories extrêmement élégantes. Notre penchant personnel pour les projections conformes d’une part et, d’autre part, pour les fonctions de variables complexes, ne pouvait manquer d’être flatté par l’intime parenté de ces domaines : les conditions bien connues de Cauchy, exprimant que u est fonction de z — x + iy sont précisément celles qui expi’iment qu’une représentation est conforme. Déjà en s’en tenant aux transcendantes élémentaires, on a des résultats intéressants : si, par exemple, z, dans soir plan, décrit un certain contour sur une projection de Mercator, ez, dans son plan à lui, décrit le même contour en projection stéréographique. En prenant les logarithmes, on obtient de log z une représentation qui rend compte intuitivement de toutes ses propriétés. Plus généralement, la notion de u fonction de z peut être définie par la correspondance de deux cartes, au lieu de la simple courbe qui lie y à x en géométrie cartésienne. En associant trois plans : le plan des z,.le plan des u et le plan réel, on peut faire, soit du côté cartes, soit du côté fonctions, mille réflexions pleines de charme.
- Mais nous voulions rester dans le domaine terre-à-terre de cartes d’ensemble d’un usage pratique et il nous est apparu que le plus sage était de garder un contact étroit avec nos habitudes de classe, qui sont celles de tout le monde et de corriger simplement ce que notre unique planisphère a de critiquable, en l’entourant d’une famille de son terroir, qui le complète en le faisant mieux comprendre, chaque carte épaulant ses voisines.
- Il appartient maintenant au public de décider si cet ensemble a quelque chance, comme nous le voudrions, d’être largement diffusé, ou s’il va simplement — comme tant d’autres tentatives — aller dormir dans quelque carton.
- Juan-les-Pins, 1925-1945. Paris, 1946-1950.
- L. Stkoiiu,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- Copyright 1950 by Masson et C". Tous droits de reproduction réservés.
- Mémoires de l’Académie royale des Sciences, 1750 (Photb B. JY.).
- p.340 - vue 348/406
-
-
-
- 341
- Un phoque tropical
- : le phoque moine
- Les expéditions polaires ont familiarisé le public avec un ordre très particulier de mammifères marins, voisins des Carnivores, les Pinnipèdes. Leurs représentants les plus connus sont, sans aucun doute, les otaries du Pacifique et de l’An-tarctique, adroites dans les cirques, et les phoques qu’on voit toujours évoluer, en imagination', dans un paysage de banquise.
- Il leur arrive pourtant d’effectuer des incursions sur nos côtes, ou même d’y vivre temporairement. Le phoque commun (.Phoca vitulina) fréquente xxfiontiers la Manche et on l’a vu jusqu’en Portugal.
- On a signalé des Phoca grœnlandica et Phoca hispida en mer du Nord et jusqu’en baie de Somme. Un jeune Iialichœrus gry-pus, capturé au large des Glénans, a vécu une quinzaine de jours au laboratoire maritime de Concarneau où Legendre a noté des détails très précis de sa biologie.
- Mais il s’agit là de rencontres fortuites dans des mers relativement froides et ces apparitions espacées n’éveillent d’intérêt que chez les zoologistes.
- Un autre phoque, du genre Monachus, vit uniquement dans les eaux chaudes.
- Son aire de répartition géographique embrasse la Méditerranée, les archipels de l’Atlantique occidental au sud de Gibraltar (1) et descend même au delà du tropique du Cancer puisqu’une nombreuse colonie de ces animaux habite près du Cap Blanc, par environ 210 de latitude Nord.
- Le genre Monachus qui ne comprend qu’une seule espèce, Monachus albiventer ou phoque moine, est caractérisé par la présence de deux incisives à chaque mâchoire. Il y en a trois à la mâchoire supérieure et deux à la mâchoire inférieure chez le genre Phoca.
- La présence du phoque moine au large de la Mauritanie a été signalée pour la première fois par Monod, en 1923, après examen de pièces osseuses trouvées dans la région de Port-Étienne. Depuis, de nombreuses prospections effectuées, soit par le
- 1. On a exhibé, cet été, dans la région de l’ouest de la France, un phoque moine vivant qui aurait été pris en juin au chalut, au large de La Rochelle. C’était un bel individu de 2,50 m, pesant 300 kg.
- même explorateur, soit par d’autres, tant en territoire français que sur la côte espagnole d’Afrique, ont permis de localiser exactement les Moines. Ils ont leur quartier général à l’extrême sud du Rio de Oro (fig. 1) et limitent leurs évolutions à une portion de côte peu étendue, extrêmement sauvage, située entre deux grottes distantes d’un kilomètre : la grotte du repos et la grotte de la maternité (fig. 3). Toutes deux sont creusées dans un grès calcaire très affouillé.
- Dans la première, peu profonde, le jusant découvre un sol de sable fin où les phoques font des bauges analogues à celles des sangliers. La seconde, séparée .de la mer par un seuil, possède une large piscine en forme de vasque dans laquelle vient mourir un plan rocheux légèrement incliné qui s’enfonce jusqu’à une cinquantaine de mètres sous terre. C’est sur ce plateau que se reposent en général les femelles accompagnées de leurs petits.
- Une visite aux phoques est toujours extrêmement agréable. L’actuel commandant du Cercle de la Baie du Lévrier, le Commandant Bergès, qui les connaît et qui les aime, pilote aimablement les curieux à travers un désert de pierres où la frontière franco-espagnole est marquée de place en place par des blocs dressés.
- L’arrivée sur l’Océan est impressionnante. Une falaise d’une quinzaine de mètres, sculptée par l’érosion éolienne et sapée par les vagues, domine des eaux turbulentes (fig. 2). Des guitares (Rhinobatus) jouent dans les remous.
- Si les « Moines » font la sieste, il suffit de se pencher au-dessus d’une des grottes et d’imiter l’aboiement du chien, très voisin de leur cri. Ils sortent immédiatement, nagent, plongent, font des grâces et manifestent autant de curiosité à votre égard que vous au leur.
- Il est bon d’emporter une échelle de corde qui permet d’accéder à quelques écueils d’où l’on peut observer les phoques de très près.
- La colonie entière compte une soixantaine d’individus dont les tailles s’étagent de 75 cm pour les jeunes à 3 m pour les
- R [ o
- D E
- ORO
- Raie—:
- BAIE
- Etienne
- La Aquerra
- : LÉVRIER
- CAP BLANCJEEEr-
- — La baie des Proques, au nord du Cap Blanc, en A. O. F.
- Fig. 1.
- p.341 - vue 349/406
-
-
-
- 342
- plus gros. Le dos est noir, le ventre blanc et la tête paraît entourée d’un capuchon sombre qui leur a sans doute valu l’appellation courante de « Moine ».
- C’est à Gavard et Dieuzeide que l’on doit la majorité de nos maigres connaissances sur la biologie du Monachus albiventer. Ces deux auteurs ont pu garder, à Castiglione (Algérie), il y a 20 ans, deux femelles vivantes en captivité pendant une durée d’environ six mois. Leur approvisionnement n’était pas toujours simple puisqu'elles arrivaient à avaler en un seul repas le dixième environ de leur poids de poisson, c’est-à-dire, pour la plus petite, 12 kg de sardines..Gavard indique qu’elles ne se sont jamais complètement apprivoisées et qu’elles sont restées dangereuses jusqu’à leur lin. Sans doute la captivité ou des blessures insoupçonnées les avaient-elles rendues méchantes.
- En liberté, les Moines font preuve d’une humeur parfaitement sociable. Un de mes amis, amateur passionné de chasse sous-marine, M. Delais, de l’Office de la Recherche scientifique d’outre-mer, s’est baigné en leur compagnie et n’a été l’objet que d’une sympathie étonnée et d’une démonstration remarquable de plongeons, de virages et de glissades sur l’aile d’une virtuosité extraordinaire.
- UËlie Monnier, revenant des Iles du Cap Vert, après avoir assisté aux essais de plongée profonde du professeur Picard, fit escale à Port-Etienne. Son équipage réussit à capturer deux phoques. L’un fut amené en France, l’autre donné en cadeau
- Fig. 4 et 5. — .4 gauche, Un jeune couple nageant en surface ; à droite, Un adulte pose devant l’objectif (photos Postel).
- aux officiers espagnols de la Agucrra. Ce dernier, une jeune femelle baptisée Pepa, gagna par piste Villa-Cisneros.
- Le Commandant Berges put l’admirer quelques mois plus tard dans une petite piscine construite spécialement pour elle. Pepa semblait heureuse, mangeait avec appétit sa ration journalière de poisson frais et de poulpes et ne manifestait aucune animosité envers qui que ce soit. Qu’est-elle devenue depuis ? Personne n’a malheureusement donné de ses nouvelle,s.
- Les Monachus sont unipares. Ils mettent bas au printemps en Méditerranée et sans doute à la même époque dans le sud de leur habitat où les jeunes suivent encore leurs mères au mois de juillet.
- D’où viennent les phoques du Cap Blanc? Deux thèses sont en présence. La première veut qu’ils aient été amenés des Canaries par le courant froid qui longe en direction nord-sud la côte occidentale d’Afrique, la seconde les considère comme les descendants d’une ancienne population beaucoup plus nombreuse qui peuplait tout le littoral du Rio de Oro.
- Monod rapporte qu’il existait au xve siècle une véritable industrie de l’huile de phoque sur la côte saharienne.
- Quelle que soit leur origine, nos Moines semblent parfaitement à l’aise dans leur petit domaine.
- Les lois espagnoles les protègent. Nous avons cependant plus confiance dans l’âpreté du pays environnant pour qu’ils conservent pendant quelques années encore une complète tranquillité et pour qu’ils échappent à une définitive extermination, fin lamentable de tarit d’espèces que les hommes massacrent avec une si stupide ardeur. E. Postel.
- Le soleil bleu.
- Les journaux des 28 et 29 septembre 1950 ont signalé un phénomène extraordinaire : un aspect bleu du Soleil, qui a été observé en divers endroits, en Europe occidentale et au Maroc.
- Vu d’abord en Écosse le 26, le Soleil apparut bleu le 27 au matin au Danemark et au Portugal (Porto), ensuite, dans l’après-midi, à Lyon, à Bâle et à Casablanca. Le 28, le phénomène a été observé vers 7 h 30 (heure d’été) à Fès, à Taza et à Oujda. Partout la couleur du Soleil était notée bleu clair. À Oujda, j’ai vu le disque de l’astre du jour coloré d’une teinte bleu clair légèrement grisâtre.
- L’état du ciel à Oujda, au moment où j’ai observé ce spectacle, était brumeux. Le quotidien La Vigie marocaine signale qu’à Casablanca, le Soleil était également vu à travers une brume jaunâtre.
- Il n’est donc pas douteux que cette brume ou nuage gazeux était la cause de la belle coloration, d’autant plus que dans les Hautes-Alpes, le Soleil brillait d’ün éclat normal.
- Si l’on reporte les différentes observations sur une mappemonde, on constate que ce nuage se déplaçait sensiblement dans la direction Nord-Ouest-Sud-Est à une vitesse moyenne d’environ 38 km à l’heure, ce qui correspond à un vent de 10 à 11 m/sec.
- Il est donc probable, comme l’hypothèse en a été émise, que la cause en fut la présence dans l’atmosphère de fumées d’incendies de forêts canadiennes. Cette fumée, transportée par les vents à travers l’Atlantique, serait arrivée du côté de l’océan sous la forme d’un nuage de plus de 3 000 1cm de longueur. Le phénomène ayant duré 1 h à 1 h 1/4, suivant les lieux d’observation, on peut en déduire que sa largeur devait être de l’ordre de 50 1cm, ce qui donnerait au nuage l’aspect d’une bande probablement cintrée. Quant à son épaisseur, elle ne devait pas être bien grande, car aucune coloration anormale n’a été signalée en haute montagne.
- W. Groubé.
- p.342 - vue 350/406
-
-
-
- 343
- Les récents progrès des sciences pharmacologiques
- Il est bien peu de branches de l’activité humaine dans lesquelles on n’ait à enregistrer depuis quelques dizaines d’années des progrès spectaculaires.
- Parmi ces progrès, les conquêtes de la grande synthèse chimique ont joué un rôle de tout premier plan, visible pour tous. Elles ont. conduit, en particulier, à un nombre croissant de nouveaux corps de la chimie organique, dont certains se sont révélés doués de propriétés thérapeutiques exceptionnelles.
- Il est- impossible de les rappeler tous, même -sommairement, en quelques lignes. On ne peut qu’indiquer les principaux et, pour les plus récents, esquisser les difficultés qu'ils présentent et les espérances qu’ils donnent.
- Ces recherches demandent beaucoup de temps et de persévérance. On se souvient qu’Erhlich prépara et essaya 006 dérivés organiques de l’arsenic avant d'en obtenir un dont l’action curative sur la syphilis lût plus manifeste que la toxicité. Il poursuivit scs séries de préparations jusqu’à ce qu’un 014e dérivé manifestât une activité bien supérieure.
- La préparation de dérivés du bismuth est venue ensuite appuyer la thérapeutique des arsenobenzols.
- Pour lutter contre la malaria, des séries très nombreuses de corps organiques ont été préparées, en particulier des dérivés de l’acridine ; ils ont permis, notamment pendant la guerre et dans les îles du Pacifique, de lutter efficacement contre le paludisme.
- En dehors de ces cas particuliers, les seules armes efficaces contre- les maladies microbiennes furent longtemps les vaccins et les sérums.
- En. 1933, la situation s’est transformée : le 15 février, une pub'i-cation de Domagk ouvrait une voie nouvelle à la chimiothérapie antibactérienne : la sulfamidothérapic. Après de longues années de recherches, le chimiste allemand et ses collaborateurs annonçaient que des dérivés organiques azoïques sulfamidés ont une action curative puissante sur les infections microbiennes, surtout sur celles causées par des cocci à Gram positifs. Le corps préconisé par Domagk était une matière colorante de synthèse : la sulfamidochrysoïdine. Quelque temps plus tard, Fourneau et Tré-fouel de l’Institut Pasteur, démontrèrent que c’est à la fonction sulfamide qu’est attaché le pouvoir antibactérien.
- Ces découvertes ouvrirent la voie aux chimistes organiciens qui préparèrent des séries variées de dérivés sulfamidés ; physiologistes et médecins choisirent -ensuite les plus actifs contre chaque groupe bactérien, les mieux supportés par les malades, les plus sûrs et les plus commodes d’emploi.
- Les recherches poursuivies dans les laboratoires du monde entier ont sauvé un nombre incalculable de vies humaines ; la sulfami-dothérapie a permis de lutter avec succès contre les infections par des. cocci et trouvé des applications en chirurgie, en vénéro-logie, en dermatologie, en stomatologie, etc...
- Presque simultanément, la thérapeutique s’enrichissait d'autres éléments nouveaux d’une valeur inappréciable pour la lutte contre la maladie : les antibiotiques sécrétés par des micro organismes. Ceux-ci sont nés dans des laboratoires de biologie, ' mais les chimistes sont intervenus bientôt pour la mise au point des préparations industrielles, l’étude de la structure spatiale et les essais de synthèse. Cela démontre une fois de plus que la science n’est pas divisée en compartiments étanches et que des échanges permanents s’établissent entre toutes ses branches.
- Les antibiotiques sont des substances produites par des organismes vivants, germicides ou empêchantes, in vitro et surtout in vivo. L’origine en est l’observation par le biologiste anglais Fleming, -en 1928, du pouvoir bactériostatique d’une substance, la pénicilline, secrétée par un champignon, le Pénicillium notatum.
- Ce n’est que dix ans plus tard, en 1938, que l’étude en fut poursuivie en vue de l’application pratique qui fût réalisée massivement pendant la guerre 1939-1945. Il est impossible de dénombrer le nombre des vies humaines sauvées par la pénicilline et d’apprécier le degré élevé de sécurité qu'elle a apporté aux opérations chirurgicales.
- La pénicilline n'est que le premier terme d’une longue série d’autres corps obtenus par les techniques biologiques : streptomycine, auréomycine, chloromycétine, gramicidine, subtiline, baci-tracine, tyrocidine, etc....
- Il est impossible de prévoir dès maintenant jusqu’où ira l’apport à la thérapeutique de cette série nouvelle.
- Dans un autre domaine, des biologistes, des chimistes, des physiologistes, des cliniciens ont étudié, isolé et en partie reproduit par synthèse des hormones, véritables catalyseurs de- multiples fonctions. La, brillante synthèse des stérols est une belle réalisation à porter à l’actif de la chimie organique moderne.
- Parallèlement, des vitamines ont été isolées, puis reproduites par synthèse. Elles appartiennent aux séries chimiques les plus variées. Leur nombre s’accroît sans cesse en même temps que se développe la connaissance de leurs propriétés générales et de 1eurs actions particulières. On peut signaler une des dernières venues, la vitamine B12 extraite du foie sous forme cristalline. Sa structure spatiale est encore inconnue, mais elle a une action marquée sur la régénération sanguine ; son activité antipernicieuse serait considérable même à très petites doses. Une autre source de vitamine B12 vient d’être révélée tout récemment à une réunion de l’American Chemical Society à Chicago. Il a été découvert qu’il se forme des quantités appréciables de vitamines B13 dans les produits de fermentation résiduaire de la préparation d'un anti-biotique, l’auréomycine, obtenue par cultures de Strep-tomyces aiireofaciens. 11 a été signalé également que cet antibiotique a lui-même la faculté d’accélérer très sensiblement la vitesse de croissance des animaux, ainsi qu’il résulte d’expériences exécutées sur des poulets, des dindes et -des porcs.
- Bien entendu, tous ces produits nouveaux ne peuvent être préconisés aussitôt après leur découverte. Il faut d’abord assurer leur fabrication, leur purification, leur constance. Les premiers essais sur l’homme ne vont pas toujours sans incidents, ni même parfois sans accidents plus graves. À la vérité, cette rançon est légère si on la compare au total des résultats positifs, et le tri s’opère rapidement des substances les plus efficaces, de leurs modes d’utilisation et de leurs limitations d’emploi. On trouvera dans le dernier volume des Actualités pharmacologiques publiées sous la direction du professeur Hazard, une étude du professeur C. Iluriez sur les accidents des médications chimiques et antibiotiques, leur conception générale, leur traitement et leur prophylaxie. Les difficultés d’appréciation exacte dos conditions d’application des produits nouveaux apparaissent bien dans le développement des controverses suscitées actuellement aux États-Unis par un cas particulier typique : l’apparition des antihistaminiques de synthèse. L’histamine est un poison violent isolé de l’ergot de seigle et depuis longtemps connu pour provoquer des contractions intenses de l’utérus et donner lieu à des phénomènes comparables aux chocs anaphylactiques. C’est pourquoi on attribue à l’histamine les accidents d’allergie,* On a considéré l’histamine comme un déchet pathogène de désintégrations cellulaires ; on l’a isolée dans l’intestin, l’hypophyse ; elle proviendrait de la décarboxylation de l’his-tidine par voie biologique, notamment sous Faction de bactéries (B. coli, B. aminophilus).
- Les recherches exécutées sur l’anaphylaxie, supposée due à la présence dans l’organisme de doses excessives d’histamine, a conduit les chimistes organiciens à la préparation de dérivés dés
- p.343 - vue 351/406
-
-
-
- 344
- phénoxyéthylamines et des éthylènediamines, capables d’inhiber les effets pathologiques de l’hyperhistaminie. Des produits très complexes de ces séries ont été mis dans le commerce depuis des années sous forme de spécialités et ont montré leur valeur thérapeutique. Ils sont de plus considérés comme des antidotes du mal de mer.
- Dépassant les données sûrement acquises sur le rôle des antihistaminiques dans les maladies allergiques, des praticiens, américains surtout, leur ont attribué récemment un rôle curatif du rhume de cerveau. En septembre denier, l’U. S. Food and Drug Administration ayant autorisé la vente libre aux États-Unis des antihistaminiques, il y a eu pour ces produits un engouement du public tel qu’on en a acheté en un an pour cent millions de dollars, dans l’espoir de supprimer les rhumes. Leur action en ce domaine est largement controversée et leur valeur curative fortement mise en doute. Pire, on les a accusés d’accidents graves chez des enfants et on a attribué à leur action sédative des accidents causés par des conducteurs de voitures et de machines. Des actions judiciaires auraient même été engagées contre des vendeurs pour publicité abusive.
- Il n'est pas sans saveur de constater qu’il semble plus difficile d’apprécier l’efficacité d’un produit sur un simple rhume de cerveau que sur une maladie grave, comme une pneumonie ou une méningite. Cette constatation n’enlève d’ailleurs rien à la valeur des antihistaminiques de synthèse dans les cas qui relèvent réellement de leur emploi.
- Cela justifie simplement la lenteur et la difficulté des essais sur la valeur curative, l’absence de toxicité et la détermination dés effets connexes des produits nouveaux. Ces techniques d’essai et de contrôle se perfectionnent d’ailleurs sans cesse et l’avenir reste plein de promesses.
- Il est impossible de citer tous les produits à l’étude en ce moment et dont on peut espérer la mise au point dans des délais plus ou moins courts.
- On peut signaler l’apparition sur le marché d’un acide sul-foaminé : la méthionine, à la fois antidote et médicament, qui s’est révélée douée du pouvoir de protéger les cellules hépatiques. D’autres produits organiques de synthèse se sont révélés efficaces dans la maladie de Parkinson. De nouveaux médicaments antiépileptiques sont également à l’étude ; ce sont des produits organiques complexes dérivés notamment de la série des hydan-toïnes, des oxooxazolidines, des urées substituées, etc.... D’autres chercheurs orientent leurs recherches vers la chimiothérapie de la tuberculose, de la lèpre, les antithyroïdiens de synthèse, etc...
- La défense contre les effets meurtriers des radiations nucléaires aura probablement aussi recours à la chimiothérapie. Des spécialistes de l’Atomic Energy Commission ont déjà préconisé à titre préventif les injections d’hormone femelle et d’un acide sulfoa-miné, la cystéine, et à titre curatif les antibiotiques, les transfusions de plasma sanguin et l’administration de produits à action antihéparine pour combattre les hémorragies facilitées par l’excès d’héparine, principe anticoagulant présent dans le foie.
- Ce n’est pas la moindre des contradictions du monde moderne que de voir les hommes de science développer leur efforts simultanément, d’un côté vers la réalisation d’engins atomiques de plus en plus destructeurs et, d’autre part, vers la recherche de produits de plus en plus efficaces pour la défense de l’homme contre les maladies qui l’assaillent.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- Voir : Actualités pharmacologiques, publiées sous la direction de René IIazard. 2° série, 1 vol. in-8°, 230 p. Masson et C", Paris, 1950. Prix : 850 francs.
- L’année thérapeutique 1949, par A.. Ravina. 1 vol. in-8°, 212 p. Masson et Cle, Paris, 1950. Prix : 450 francs.
- Précis de Thérapeutique et de Pharmacologie, par le Professeur Hazabd. 9° édition, 1 vol. in-8°, 1.359 p. Masson et C'“, Paris, 1950. Prix : 3.100 fr.
- A propos de la luminosité des météores.
- Dans son numéro d’octobre 1950, La Nature a publié un fort intéressant article de M. Laffmeur, intitulé « Météores et radar ». A propos de la luminosité des météores, l’auteur signale l’hypothèse que nous avons formulée et qui consiste à admettre que les luminosités ont pour origine principale l’onde de choc créée dans le milieu environnant par le déplaceemnt à grande vitesse du météore. Il est important de signaler que lorsque l’onde de choc se déplace à une vitesse très supérieure à la vitesse du son, ce qui est le cas pour les météores, la température dans l’onde ne doit pas être calculée dans l’hypothèse d’une compression adiabatique, mais en utilisant la formule d’Hugoniot qui conduit à des températures beaucoup plus élevées. Pour les ondes de choc puissantes, il faut, en outre, tenir compte de l’ionisation et de la dissociation en atomes des molécules du gaz environnant. Pour une onde de choc créée dans l’air par un projectile se déplaçant à une vitesse de 10 km/sec, le calcul conduit à une température de l’ordre de 20 000° et pour une vitesse de 15 km/sec à une température de l’ordre de 30 000°.
- Dans un article que nous avons publié en 1947 dans le Mémorial de l’Artillerie française, nous formulions les conclusions suivantes :
- 1° Le globe lumineux qui entoure un bolide pénétrant dans la basse atmosphère, globe dont le diamètre est bien supérieur à celui de ce bolide, a pour origine l’onde de choc ;
- 2° Le spectre métallique est produit par choc de seconde espèce entre les atomes (ou les molécules) d’azote ou d’oxygène excités dans l’onde de choc et les atomes métalliques.
- La question de savoir si l’onde de choc joue un rôle dans la luminosité des étoiles filantes, qui circulent à très hautes altitudes, nous paraît devoir être réservée, car nous ignorons ce qu’est une onde de choc dans un vide très poussé.
- Les lecteurs que la question intéresse pourront se reporter aux divers articles que nous avons publiés dans les périodiques suivants :
- Bulletin de la Société astronomique de France, t. 50, 1936, p. 153.
- Journal des Observateurs, t. 14, 1941, p. 97.
- Chimie et Industrie, vol. 47, n° 1, 1942, p. 3.
- Mémorial de l’Artillerie française, 4e fasc., 1947, p. 1021.
- Voir également : « La Physique des ondes de choc », par André IIerpin, Revue scientifique, août 1947, et « Poudres et Explosifs », Collection « Que sais-je ? », p. 44.
- Dans ces publications, nous avons fait remarquer que les luminosités d’onde de choc doivent également jouer un rôle dans les explosions qui se produisent à la surface du soleil et dans le phénomène des novæ.
- H. Muraour,
- Ingénieur général des Poudres (C. R.).
- p.344 - vue 352/406
-
-
-
- 345
- Ce qu'on peut apprendre d'une statistique
- Le fichier central des électeurs
- A pues la Libération, il était urgent de procéder à des élections. Le Ministre de l’Intérieur prescrivit aux maires de reviser les listes d’électeurs délaissées depuis 1909. Cela s’avéra très laborieux en raison de tous les changements survenus dans le collège électoral : déplacements des réfugiés, inscription des déportés et prisonniers non encore rentrés, question des disparus; il fallait radier les nombreux condamnés à la perte de leurs droits par les Cours de justice et les chambres civiques; enfin, il fallait aussi inscrire tous ceux à qui le droit de vote était nouvellement accordé, les femmes, les militaires en activité, les Algériens domiciliés en France avant 1988. La révision, hâtivement faite, parut insuffisante et susceptible de porter atteinte à la sincérité des scrutins. Le Ministère de l’Intérieur demanda alors à l’Institut national de la Statistique et des Études économiques d’organiser un contrôle et la loi du 28 août 19/1G confia à celui-ci le soin de tenir un fichier général des électeurs, pour l’information permanente des mairies. C’était une besogne considérable et difficile puisque le nombre des électeurs, plus que doublé, approche maintenant de a5 000 000, avec un total annuel de mutations de 2 83o 000 compté en 19/18.
- Le Bulletin mensuel de Statistique vient d’exposer ce qui fut fait et ce qu’on en peut apprendre.
- De ig46 à 19/18, on s’occupa surtout de dépister les irrégularités. Les plus nombreuses étaient les inscriptions multiples du fait de changements de domicile non notifiés aux mairies; on releva 420 000 inscriptions doubles, 2 4oo triples, i5 quadruples, qui furent rectifiées; elles étaient un peu plus fréquentes dans les régions méridionales et les villes importantes, sauf à Paris où se pratique un contrôle annuel à domicile. On découvrit 9G 000 électeurs décédés dont beaucoup de jeunes gens morts avant leur majorité et inscrits systématiquement, d’office, à la fois comme électeurs et comme insoumis. 72 5oo condamnés à la perte du droit dé vote étaient restés inscrits sur les listes. Au total, on corrigea 234 irrégularités pour 10 000 électeurs, dont 169 dues à des inscriptions multiples, 38 à des décès et 27 à des condamnations. En outre, on découvrit que 1 5oo 000 électeurs figuraient sur les listes sous des noms, dates ou lieux de naissance erronés, compliquant les contrôles; beaucoup d’erreurs étaient simplement matérielles; plus de 90000 radiations avaient été prononcées par des mairies sans justification; enfin, quelques usurpations d’état civil furent découvertes.
- Le fichier général des électeurs fut ensuite établi dans 18 directions régionales et un établissement central à Paris. Il reçoit les avis d’inscriptions et de radiations établis par les mairies et les avis de condamnations entraînant la perte des droits électoraux transmis par les greffes des tribunaux. Il coordonne tous ces renseignements et informe les mairies des mutations et des irrégularités qu’il a relevées.
- En ig48, le mouvement des électeurs a été :
- Inscriptions :
- Jeunes gens atteignant 21 ans..'......................... G30 000
- Changements de domicile ................................. 700 000
- Condamnés réhabilités ou amnistiés et étrangers naturalisés français ....................................... 40 000
- 1 370 000
- Radiations :
- Décès ................................................... 442 000
- Changements de domicile ................................. 700 000
- Condamnations ............................................ 88 000
- Irrégularités ........................................... 230 000
- 1 460 000
- #
- * *
- Cet énorme travail de contrôle a fourni de nombreuses données statistiques qu’on commence maintenant à dégager. En voici quelques-unes basées sur la dernière révision de 1949.
- On a relevé 24 601 479 électeurs dont 11 479 975 hommes et i3 121 5o4 femmes. Le nombre des femmes est supérieur à celui des hommes dans tous les départements, sauf en Corse. Cette exception tient à ce que les Corses résidant sur le continent maintiennent très fréquemment leur domicile électoral dans l'île. Le rapport des électrices aux électeurs est sensiblement le même que celui des sexes de la population totale connue par le dernier recensement de 1946.
- Le nombre des électeurs inscrits dépasse celui de la population adulte présente au moment du recensement dans quelques régions seulement : Bretagne, sud du Massif Central, Ariège, Alpes méridionales, Corse, tous pays d’émigration où les originaires conservent souvent leur domicile électoral, alors qu’ils résident ailleurs. Par contre, le nombre des adultes recensés
- 112
- migration
- Emigration
- Fig. 1. — Les mouvements de la population des électeurs français dans chacune des 18 directions régionales du fichier général.
- Pour 100 électeurs nés et domiciliés dans la mémo région, la colonne supérieure à l’axe des X représente le nombre des électeurs qui y sont domiciliés sans y être nés, c’est-à-dire qui y ont immigré ; la colonne inférieure représente le nombre des électeurs qui y sont nés et n’y sont pas domiciliés, c’est-à-dire qui en ont émigré. La résultante est représentée par un point ; ceux au-dessus de l’axe indiquent les régions d’immigration, ceux au-dessous, les régions d’émigration. La hauteur totale des colonnes est fonction des mouvements de population.
- dépasse celui des électeurs inscrits dans les pays d’immigration; l’écart dépasse io pour ioo dans les Alpes maritimes et les Bouches-du-Rhône; il est de 6 à io pour ioo dans la région parisienne, la Seine-Inférieure, le Calvados, l’Aube, la Moselle, la Gironde et la Charente maritime, la Loire et le Rhône, l’FIérault, le Gard, le Vaucluse, le Var. Cela est dû à l’attirance de grands centres urbains ou industriels ou à des afflux d’étrangers.
- Les x’égions d’émigration et d’immigration apparaissent mieux encore quand on considère dans chaque région la proportion des électeurs qui n’y sont pas nés.
- Dans la région parisienne, pour ioo électeurs qui y sont nés et domiciliés, on en compte 112 qui y sont domiciliés sans y
- p.345 - vue 353/406
-
-
-
- 346
- être nés, tandis qu’en Bretagne, pour ioo autochtones, on ne compte que 7 immigrés. Orléans, Marseille, Reims, Nantes sont les centres de régions attirant'les adultes, tandis qu’Orléans, Reims, Limoges, Dijon sont des centres d’émigration dont il part plus d’adultes qu’il n’en arrive. Strasbourg, Lille, Rennes, Lyon', Poitiers présentent un faible mouvement d’électeurs tandis que les régions de Reims, Orléans, Limoges ont une grande proportion de leurs adultes dans d’autres parties de la France.
- L’intensité variable des migrations est bien révélée par les déclarations de changements de. domicile. Sur 707 472 déclarations faites en 1948, 383 236 concei'nent des changements de commune dans le même département et 3 24 236 des changements de département. Les hommes apparaissent plus « mobiles » que les femmes. Les mouvements les plus intenses (plus de 6 pour 100 des électeurs) s’observent dans les régions particulièrement éprouvées par la guerre : Calvados, Eure, Eure-et-Loir; les plus faibles (moins de 3 pour 100 des électeurs) dans la Haute-Savoie, le Puy-de-Dôme, la Loire, la Haute-Loire, l’Hérault, les Hautes-Pyrénées.
- 22 départements accusent un excédent d’immigration : la Seine, la région parisienne, la région de l’Est, les départements côtiers sinistrés de Normandie, de. P Atlantique et de la Méditerranée qui se repeuplent. Par contre, les Côtes-du-Nord, le Loir-et-Cher, l’Indre, le Cher, l’Aveyron, la Lozère, les Hautes-Alpes et la Corse présentent un maximum d’émigrations.
- On sent encore en beaucoup de points l’influence de la guerre et il est probable qu’une image plus normale apparaîtra d’ici quelques années.
- La région parisienne, surtout si on la limite à la Seine et à Seine-et-Oise, apparaît comme un creuset où viennent se mêler toutes les provinces. En 19/18, 62 000 électeurs sont venus s’inscrire dans la Seine et Seine-et-Oise tandis que 38"oob en partaient. L’appel tentaculaire de Paris se fait surtout sentir sur les départements voisins : Oise, Seine-et-Marne, Loiret, - Eure-et-Loir, Eure, Yonne, Nièvre, Loir-et-Cher, mais il marque encore beaucoup l’Indre, la Creuse et les Côtes-du-Nord. La région du Nord y échappe en raison de son activité industrielle propre; les régions frontièrees, les côtes atlantiques et méditerranéennes y répondent peu, tandis que l’attirance de la capitale se fait fortement sentir jusqu’au sud du Massif Central et en Bretagne.
- L’émigration de la région parisienne vers les autres départements est bien plus faible et plus localisée. Elle est grande à faible distance, surtout en Seine-et-Marne, Eure-et-Loir, dans l’Oise et dans l’Yonne et plus loin seulement dans les Alpes-Maritimes, probablement à cause du climat.
- Dans la région parisienne, sur 10 000 électeurs inscrits, on en compte les proportions suivantes nées dans les diverses régions :
- Paris ........................... 4 711
- Lille .................................. 457
- Rouen .................................. 672
- Reims .................................. 414
- Nancy .................................. 210
- Rennes ................................. 486
- Nantes ................................. 300
- Orléans ................................ 367
- Dijon .................................. 472
- Limoges ................................ 366
- Clermont-Ferrand ....................... 192
- Lyon ................................... 208
- Bordeaux ............'........... 143
- Montpellier ........................... 168
- Touloouse .............................. 117
- Marseille .............................. 126
- Poitiers................................ 214
- Strasbourg .............................. 94
- Hors métropole.......................... 404
- Sur 10 000 électeurs français nés dans la région parisienne, on en trouve les nombres suivants électeurs dans les diverses régions : ;
- Paris ..........
- Lille...........
- Rouen .....
- Reims .............
- Nancy ..........
- Rennes .........
- Nantes .........
- Orléans ........
- Dijon ..........
- Limoges ........
- Clermont-Ferrand
- Lyon ...........
- Bordeaux .......
- Montpellier ....
- Toulouse .......
- Marseille ......
- Poitiers .......
- Strasbourg .....
- 4 711 201 460 604 148 134 294 726 463 286 347 167 174 136 146 218 133 48
- 725 000 électeurs inscrits dans la métropole sont nés en dehors des 90 départements qui la composent.
- 106 000' sont nés dans les pays d’outre-mer de l’Union fran-
- çaise et se répartissent ainsi : Départements :
- Algérie 70 239
- Guadeloupe 4 853
- Martinique 4 099
- Guyane 1 409
- Réunion 1 775 S2 375
- Pays :
- Maroc 2 570
- Tunisie 7 191
- A. 0. F 1 887
- A. E. F 261 '
- Madagascar 1 863
- Indochine 6 224
- Pacifique 2 386
- Divers 1 243 23 625
- Le principal contingent provient d’Algérie et est composé en
- majorité de descendants de colons et de fonctionnaires français. i3o 000 Musulmans résidant en France auraient aussi le droit
- de vote, mais 12 000 seulement l’ont demandé. On ne compte que quelques dizaines de femmes électrices de statut musulman.
- 620 000 électeurs sont originaires de l’étranger et ont acquis le droit de vote cinq ans après leur naturalisation. Ils se répartissent ainsi d’après leur pays de naissance :
- Europe :
- Italie .............................. 218 793
- Belgique ............................. 90 629
- Espagne .............................. 67 723
- Allemagne ............................ 54 770
- Suisse .............................. .45 109
- Pologne............................... 40 897
- U. R. S. S............................ 16 753
- Luxembourg ............................ 9 232
- Grande-Bretagne ...................... 9 047
- Roumanie .............................. 4 848
- Monaco .............................. 4 238
- Yougoslavie............................ 3 984
- Portugal .............................. 3 686
- Hongrie ............................. 3 043
- Tchécoslovaquie........................ 2 973
- Grèce.................................. 2 850
- Autriche .............................. 2 429
- Hollande .............................. 1 422
- Autres pays ........................... 2 240
- Asie :
- Turquie et Proche-Orient .......... 12 188
- Autres pays ....................... 1 569
- p.346 - vue 354/406
-
-
-
- 347
- Afrique :
- Égypte ................................ 1 780
- Autres pays ........................... 1 349
- Amérique :
- Argentine............................... 5 628
- U. S. A................................ 4 Coi
- Brésil ................................. 1 058
- Canada ................................ 1 287
- Autres pays .......................... 4 332
- Océanie .................................. 327
- *
- * *
- Tels sont les premiers résultats de l’établissement du fichier central des électeurs. Il a permis de redresser la plupart des nombreuses irrégularités qui s’étaient glissées dans les listes électorales ; il simplifie beaucoup la lâche des municipalités pour la révision annuelle des listes. Mais, organisé par des statisticiens selon les bonnes méthodes de l’Institut national de Statistique, il apporte, en outre, des données nouvelles sur les mouvements de populations à travers la France métropolitaine, importante question de géographie humaine, et à ce titre il méritait d’être cité ici.
- D. C.
- Une mise en boîte
- Si l’on en croit Edmond Rostand, le pâtissier Ragueneau laissait des poètes faméliques s’empiffrer de gâteaux dans sa boutique. Son épouse utilisait, pour en faire des cornets, les feuilles que ces « méchants écriveurs de lignes inégales » laissaient en guise de paiement.
- « Que faites-vous alors, Madame, avec la prose P », soupirait Ragueneau. Pour limiter les ravages, elle crut bien faire, — j’invente ceci de toutes pièces —, en leur distribuant des cartons égaux de forme carrée. « Faites-en des boîtes, leur dit-elle. Ainsi vos rapines se limiteront à leur contenance ».
- Il suffisait de supprimer un carré à chaque coin, et de relever les bords pour les faire coïncider. Mais les poètes remarquèrent que la contenance des boîtes variait sensiblement. Un rimeur avisé .mangeait plus de gâteaux que ses confrères. On peut être poète et calculateur. Pour obtenir une boîte de volume maximum, il avait donné une valeur particulière au côté des quatre carrés à enlever.
- Pour déterminer cette valeur, nous pouvons nous référer à une méthode conformiste, celle qui s’élance sur la grand’route des théorèmes, empruntée par les classiques. Ensuite, selon notre incorrigible habitude, nous prendrons une méthode non-conformiste, >celle qui suit le petit sentier pittoresque de la fantaisie, mais qui parvient cependant au but.
- 1° Par la grand’route :
- Soit a le côté du grand carré et î> le côté des quatre carrés à supprimer.
- Hauteur de la boîte = b.
- Surface du fond de la boîte = (a — 2b)2.
- Volume do la boîte = b x (a — 2b)2, qui sera maximum en même temps que l’expression 2b (a — 2b)2. La somme des facteurs est constante et est égale à a. La maximum a lieu quand
- a
- F '
- - •» -a3
- a — 2b , 2b = —-— d ou
- Volume maximum
- a [ 2a \*
- TX[a-Y)
- Vous retrouvons le dénominateur 27 qui figurait dans le carré
- 4
- du produit R2 x II, soit (R2 x II)2 = — (Volume maximum du -cône, n° 3182, juin 1930).
- 2° Par le petit sentier (le même que nous avions suivi pour le volume du cône).
- Posons a = 1, b = -i- , et donnons à n les valeurs 2, 3, 4, 5, 6, n
- 1, 8, 9.
- V : O
- 0,037...
- :0,0G2a.
- b X (a — 2b? = V
- 1 = O
- ~2 X 0
- 1 x ( 1 y •1
- 3 T) ~ 27
- 1 *( ’ 2 Y 1
- 4 TJ “ 10
- 1
- — X o
- 1
- X
- 1_
- 8
- X
- Y
- ¥
- x
- 2
- = -ÿj- — 0,074 maximum probable... 23
- = — = 0,073 par excès.
- 9
- 0,0703125.
- 128 49
- — 729 — 0,007....
- Le maximum paraît atteint pour b = — , mais ce n’est qu’une
- hypothèse. Pour la vérifier, nous ferons varier le côté b d’une quantité X très petite (infinitésimale) en plus ou en moins. Si les
- produits ainsi obtenus sont inférieurs à — , nous aurons trouvé
- 2t
- le maximum.
- A) ¥ = b + X a' - a — 2b — 2X
- 2 54X* + d08X3
- 27~~ 27
- qui est inférieur à — , car X est très petit (*).
- B) b' = b — X a — a — 2b + 2X
- / 1 \ / 4 \2 2 54X2 — 108X3
- Y/=U-X)x(-0+2X) =2-7"-----------------27----
- 2
- qui est inférieur à - .
- En somme, notre héros avait une double satisfaction. Pique-assiette-, il apaisait sa faim-vallc- avec un maximum de chaux, brioches et dariole-s. Poète, il avait sûrement emprunté le petit sentier qui, si l’on en croit le dictionnaire, l’avait conduit à pratiquer un calcul par différences, domaine généralement affligé d’une réputation inquiétante.
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- 1. La Muse Algèbre fit remarquer à un autre poète qu’il existait (à part
- 2 - 54X2 + 108X3 2
- Zéro) une valeur de X pour laquelle l’équation -------------------ÿz---------~ 27
- est vérifiée. Il suffisait que* 54 X2 égalât 108 X3, d’où X = 0,5 :
- +
- I
- 6
- + °a) X (4
- J2
- 27
- (autre expression du volume maximum).
- Cette équation est exacte... sur le papier. Mais les choses se compliquèrent quand il voulut l’appliquer à son carton.
- 2 1
- En effet : b + X = -£ (a — 25 — 2XS) = ^ •
- 1
- Mais a — 26 — 2X « — y .
- Dans ces conditions, la confection de sa botte lui parut assez délicate.
- J. H. R.
- p.347 - vue 355/406
-
-
-
- 348
- OLIVIER DE SERRES
- Père de
- l'Agricu Iture
- (1539-1619)
- <c C’était un excellent cultivateur et un excellent patriote.... Et Henri IV ne l’eût pas accueilli avec un tel empressement sans sa renommée considérable. »
- Arthur Young.
- Si l’on me demandait un jour de présenter les personnages de notre histoire qui sont demeurés trop longtemps dans l’ombre, au premier rang de ces « oubliés » je placerais volontiers Olivier de Serres.
- Aucun Français ne saurait perdre son souvenir.
- En 1600, il y a donc exactement 35o ans, la toile se levait au « Théâtre d’Agriculture ». Et l’on voyait, au premier plan, l’agriculture de ce temps, et, au second plan, l’agronomie de l’avenir.
- Il sera, sans doute, opportun d’analyser rapidement ce livre consacré aux choses de la terre, mais aussi bien, il importera de considérer que, sous « le laboureur » perçaient un géomètre, un ingénieur, un administrateur social, un écrivain aussi.
- Il naquit en i53g dans le Vivarais, ce rude pays qui a vu naître un certain nombre d’hommes éminents, le cardinal de Tournon, les Séguin, les Mont-gollier, Henri Fayol, Vincent d’Indy....
- La Renaissance, alors, se laissait deviner, véritable réveil de l’esprit humain dans le monde qui sembla renouveler les lettres, les sciences, les arts, la philosophie. Des progrès s’annonçaient dans tous les domaines, des progrès se réalisaient partout. Si François Ier mérita le titre de « Père des Lettres »,
- Olivier de Serres a conquis, à juste titre,.celui de « Père de l’Agriculture ».
- Sa famille résidait au clos de Serres, une dépendance de Villeneuve-de-Berg.
- Dans ce petit village, ancien fort où durant les guerres se réfugiaient les moines de l’abbaye voisine de Mazan,
- Loins XIV devait établir plus tard une cour présidiale, qui devint bailliage et sénéchaussée.
- Orphelin tout jeune, l’enfant fut placé à l’université dé Valence. Il montrait un goût très vif pour les auteurs qui traitaient de l’agriculture, Virgile, Colu-melle. Le jeune homme se maria de bonne heure et le ménage acquit le domaine du Pradel, où il devait passer son existence entière. Dans ce terroir, il était considéré comme le Seigneur du Pradel.
- Olivier avait un frère, Jean, historiographe du roi qui le tenait en haute estime. Les deux frères avaient embrassé la Réforme. A la mort de Jean, Olivier dut aller à Paris, environ les années 1598-1599, pour défendre les intérêts de ses neveux.
- Henri IV avait eu connaissance des travaux de l’agronome, car il avait, précédemment, envoyé au Pradel un de ses commis pour voir sur place les plantations de mûriers. Averti de son voyage, le roi le manda à la Cour et il s’enthousiasma pour les réalisations, projets et vues d’avenir que lui exposa le savant. Il lui montra combien il serait profitable au royaume d’affranchir la France des lourds tributs payés à l’étranger pour l’importation des soies.
- Un roi aussi compréhensif des besoins du peuple, un homme si pleinement averti des possibilités de la terre de France devaient se comprendre, se compléter.
- Henri IV pressa l’agronome de hâter la préparation de son livre : Cueillette de la soie par la nourriture des vers qui la font. Cet opuscule, paru en 1699, précéda d’un an le fameux Théâtre d’agriculture et ménage des champs qu’il mit trente années à composer. Le maître régionaliste Charles Brun le considérait « comme un évangile rustique par la ferveur et le respect ».
- « Olivier de Serres, mentionnent les encyclopédies, a introduit en France la culture du mûrier,, du houblon, et la méthode culturale des prairies artificielles. Ce livre est. d’utilité nationale ».
- Voilà ce qu’on trouve dans cet ouvrage, mais on y voit bien d’autres choses encore.
- « La science de l’agriculture précisait, l’auteur, est une science bien plus utile-que difficile pourvu qu’elle soit entendue par ses principes, appliquée avec raison, conduite par expérience et pratiquée par diligence ».
- Pour Olivier de Serres, pour tous les vrais cultivateurs, l’agriculture fait appel à toutes les branches des connaissances scientifiques et économiques.
- C’est un fait assez rare dans l’histoire des cultures du sol que celle d’un gentilhomme campagnard ayant consigné, il y a trois siècles, et ceci dans un remarquable ouvrage, ses réflexions, ses remarques, scs recettes en agronomie, ses essais. Ce livre marquait d’une-empreinte nouvelle la technique deschamps : il faudrait, désormais, associer la culture scientifique à la culture de la terre. Cet essayiste était doué d’une étonnante imagination, et il possédait cette bonhomie communicative qui faisait partager ses Arues. C’est pourquoi le Théâtre d'agriculture demeura longtemps le lhrre de chevet des gens de la campagne.
- Esprit très ouvert, optimiste, il prenait les choses comme elles viennent, sans récriminations continuelles contre les éléments ou les hommes (quelle leçon!). Il faut tirer parti de ce que la nature nous offre et en améliorer les dons. Le progrès, c’est la grande loi, la loi qui commande l’effort. Singulièrement en avance sur son époque, Olivier raillait les superstitions qui faussaient la vie des champs et qui étaient profondément ancrées dans l’esprit des ruraux.
- « On se méfiera des charlatans et on se fondera ès-choses asseurées, et sur lesquelles, comme presque les touchant du doigt, l’homme d’esprit asserra solides jugements ».
- Le philosophe du Vivarais, rappelait — ®u pour mieux dire — était le premier à énoncer ces vérités éternelles, voici plus de trois siècles. N’était-ce pas préparer la règle fondamentale
- Fig. 1. — Olivier de Serres (1539-1619).
- (iCliché Roger-Viollet).
- p.348 - vue 356/406
-
-
-
- 349
- cartésienne « pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences ».
- Très attaché au terroir par tradition, hardi novateur par tendance naturelle de son esprit, il voulait que l’on respectât, dans chaque région, l’équilibre établi par la nature, tout en cherchant à en corriger les écarts, s’ils détruisaient cet équilibre.
- Dans sa préface, il résumait sa pensée : « C’est donc mon but de persuader au bon père de famille de se plaire en sa terre, •se contenter de ses naturelles facultés et d’en abhorrer et rejeter les incommodités... et de s’efforcer à la rendre, par son industrie et continuelle diligence ou plus fructueuse ou moins incommode ».
- Cet agronome-né avait trouvé l’agriculture routinière, empiri-rique ; il l’a laissée vivante, scientifique.
- On lui doit l’assolement méthodique; il a remplacé le vieux système des jachères par celui des prairies artificielles. Olivier a indiqué le moyen de doubler dans son domaine le rendement de sa terre, et a tenté, avec succès, d’acclimater de nouvelles cultures. 11 entreprit en grand l’élève du mûrier. Dans sa vigne de Montileury, il eut l’idée de soufrer un grand nombre de plants, mais, chose curieuse, c’était pour en chasser les lapins.... Il n’importe, ce procédé serait repris, plus lard, à d’autres fins. Au Pradel, il avait établi « une rizière qui regarde au ciel et à la terre et à l’eau ». La betterave « qui nous est venue d’Italie, il n’y a pas très longtemps, donne, en cuisant, un sirop de sucre très beau à voir pour sa couleur vermeille ». Le houblon importé d’Angleterre, fut planté dans son terroir du Pradel : et, d’ailleurs, ce domaine était, en quelque manière, un laboratoire d’essais. Plus d’un siècle avant Jean Althen, il introduisit la garance, en indiquant les usages qu’on en pouvait tirer. La question a été reprise, avec succès, au xix° siècle par Robi-quet (D.
- Peu instruit des Éléments d’Euclide, il enseignait au « mesna-ger » (lisez au cultivateur) le moyen de mesurer son champ :
- « La figure de la terre peut être parfaitement quarrée, barlon-gue, ou en quarré-lon-g, inégale, estant la figure trapèze, triangulaire ou enfin ronde. Pour les premiers, rien n’est plus aisé ».
- Quant à la ronde, voici ce qu’il prescrit : dans le cercle, on inscrit un triangle équilatéral sur le côté duquel on trace un carré; la surface du carré est égale à celle du cercle, assure-t-il. Calcul fantaisiste (il y a un écart de 8 pour ioo environ), mais il pratiquait une géométrie expérimentale : il pesait un morceau de parchemin rond et un autre carré, correspondant aux deux figures envisagées et il trouvait des poids sensiblement égaux....
- Celte mesure, simpliste, touchant la quadrature du cercle prouve que le seigneur du Pradel, peu nourri aux principes élémentaires des sciences exactes, savait tirer, de ses propres observations, les connaissances pratiques indispensables à sa profession.
- Car il y avait en lui, un ingénieur autodidacte. Dans le huitième (c lieu » (ou chapitre) de son Théâtre, il annonçait un Théâtre d'architecture qui, malheureusement, ne vit jamais le jour. Mais dans l’ouvrage précité, on rencontre ses idées essentielles sur la construction, les canaux, les adductions d’eau.
- Urbaniste avant la lettre, Olivier de Serres écrivait : « Deux choses sont requises aux bastiments : assavoir bonté et beauté afin d’en retirer service agréable ». Il insiste sur l’orientation, la proximité d’eau courante, la grandeur des salles et, à ce propos, il ne faut voir ni trop grand ni trop petit. La mesure, cette qualité si française, présidera à tous arrangements. Aération, hygiène, séparation des étables et écuries de la maison, salle des domestiques, cuisines, et maints détails qui pour nous paraître aujourd’hui puérils, prenaient une importance capitale en ces âges lointains.
- En hydraulique, le savant agronome trouva son chemin de Damas en étudiant « l’ingénieuse invention de Crappone, gen-
- 1. Voir La Nature, n” 3178, t vrier 1950.
- tilhomme provençal qui, en Tannée mil cinq cens cinquante sept, fit conduire à Salon de Craux en Provence, un bras de la Durance, par un large canal, prins à cinq lieues de la dicte ville ».
- Dès lors, et toujours accueillant aux idées nouvelles, 01ivie,r chantait les bienfaits de l’eau « par laquelle toutes habitations sont rendues agréables et saines et tous terroirs fertiles ». Il a assaini ses terres humides par un système de drainage « en pattes de gélines » dont il est l’inventeur et qui a fait ses preuves.
- On Ta vu en extase devant le jus vermeil et sirupeux de la betterave, on le trompe aussi devant ses alambics distillant les « simples » de son jardin. Il a préparé toute une pharmacopée à base d’essences de roses, pharmacopée de bon sens pratique, rationnelle, et qui marquait un progrès considérable sur les thériaques, médicaments officiels du temps et qui — chose véritablement surprenante — figuraient encore sur les codex au début du présent xxe siècle.
- Précurseur encore sc montre-t-il pour la soie artificielle. Dans un charmant ouvrage, à peu près introuvable aujourd’hui : Guide pittoresque du voyageur en France de i835, on relève ces lignes :
- « Le mûrier, introduit par Olivier de Serres, y est très abondant; le produit de chaque arbre dans les localités où l’on se livre à l’éducation des vers à soie, peut être évalué, déduction faite de toutes dépenses, à environ 3o fr. Indépendamment de cette application, le mûrier fournit d’excellents merrains et rouit comme le chanvre. Sa filasse donne un fil presque aussi beau que la soie ».
- Son excellent biographe,- Auguste Jouret. disait : « Olivier s’avisa de la facilité du dépouillement de l’écorce des branches rectilignes du mûrier blanc. De cette écorce souple, il avait fait des liens grossiers pour l’usage des champs et du jardin. On les laisse sécher quelque temps avant de les utiliser. Or, un jour le vent les projeta dans le fossé du manoir. Olivier les en retira et l’écorce laissa apparaître, après battage, les fibres longues et douces de son armature. L’observateur avait compris. Il traita ce nouveau produit et il en obtint un fil, soyeux d’abord, et finalement des tissus en furent tirés. C’est ce qu’il appela la deuxième richesse du mûrier que le roi lui demanda de répandre dans le royaume ».
- Ainsi, plus d’un siècle avant Réaumur, qui avait annoncé la réalisation de la soie artificielle, voilà donc un Français qui en avait eu la prescience; il était bon de le rappeler.
- A bien étudier la carrière d’Olivier de Serres, on découvrirait en lui sous le fin paysan, un philosophe, un sociologue, un administrateur.
- « Il faut aimer ses sujets, disait-il, les chérir comme ses enfants, les soulager, les aider, les soigner, les guider et leur faire bonne justice ».
- Ainsi, au xvn® siècle, il se rencontra chez nous des hommes de grand bon sens, de cœur bien placé, tels Olivier de Serres, Théophraste Rcnaudot, Saint Vincent de Paul, qui avaient posé, trois cents ans à l’avance, les bases de la solidarité humaine, de la Sécurité sociale.
- Le chef donnera toujours l’exemple, car « estant exemple, de diligence, dès lors chacun se range à sa besogne ».
- « Il formera son personnel; il donnera, d’avance, l’emploi du temps, le programme de la journée des prochains jours, et répartira la besogne suivant les aptitudes et les possibilités de chacun. Il les réunira souvent, conférera avec eux, sollicitera parfois leur avis, ne les traitera jamais en esclaves, ni avec brutalité, leur donnera juste rémunération..,. ».
- Ranalités que tous ces avis, dira-t-on. Il se peut. Mais il faut se souvenir que ces recommandations datent de trois siècles et demi. Elles gardent une portée d’autant plus précieuse et sont un enseignement.
- Et, d’ailleurs, dans ce domaine de la direction des affaires,
- p.349 - vue 357/406
-
-
-
- == 350 ....:...' =
- Olivier de Serres fait figure de devancier. Il a donné, épars, il est vrai, un certain nombre de principes d’administration réunis en doctrine par cet autre Ardéchois, Henri Fayol : unité de commandement, conférences, formation des cadres, juste rémunération, prévoyance, contrôle, programme d’action....
- Ce gentilhomme campagnard savait manier avec aisance la langue française. Il venait à une époque où — à l’orthographe près — de grands penseurs employaient notre idiome national tel que nous l’avons reçu d’eux, les saint François de Salles, les Calvin, les Descartes. Le style d’Olivier de Serres est simple, clair, direct, en rapport avec le sujet traité et avec le public auquel l’auteur s’adresse.
- Il y a chez cet écrivain, maints passages qui révèlent une manière de poète : « Quel plaisir est-ce de contempler les belles et claires eaux, à l’entour de votre maison, semblant vous tenir compagnie, qui parlent, qui chantent en musique, qui contrefont le chant des oiseaux, l’escopèterie des arquebuses, le son de l’artillerie, comme pareils miracles se voient en plusieurs lieux ».
- Tel nous apparaît ce grand honnête homme, modèle du pay-
- san attaché à la terre qu’il aime, qu’il s’évertue de servir. Il a partagé la vie des laboureurs à qui il n’a pas ménagé aide et conseils. Le philosophe vivarois a toujours su raison garder,, et montré, en toutes circonstances ce sentiment de la mesure si cher à notre race. ’
- Camille Jullian a dit : « Olivier de Serres est le plus admirable type de Français que je connaisse ».
- Arthur Young, le grand agronome anglais, dans son Voyage en France, livre du plus haut intérêt, raconte qu’il voulut visiter le domaine du Pradel. Et il a consacré à ce pèlerinage de longues pages dont nous détachons quelques lignes :
- « Dans cette ancienne terre du Pradel, je contemplai la demeure du célèbre Père de l’Agriculture française, de l’un des plus grands écrivains en cette matièi’e qui eussent alors paru dans le monde, avec cette vénération que sentent, seuls, ceux qui se sont adonnés à quelque recherche particulière, et dont ils savourent, en un tel moment, les plus exquises jouissances »,
- Amédée Fayol.
- LA TEMPÉRATURE DE L'ÉTÉ DEPUIS 70 ANS
- La récente succession d’étés chauds a modifié à tel point les graphiques thermiques de l’Observatoire météorologique du Parc-Saint-Maur, que la température moyenne des dix dernières saisons estivales, qui atteint x8°79, se révèle supérieure de i°7 à la moyenne de la période décennale 1881-1890. Cet écart est énorme en considération de la durée des périodes examinées et si au lieu d’établir la moyenne sur l’été complet, on envisage le seul mois de juillet, on s’aperçoit que la température moyenne des dix années 1941-1950 est supérieure de 2°26 à celle des dix années 19x1-1920.
- Pour se faire une idée plus précise de l’importance du relèvement de la température estivale dans la capitale, il n’est que de comparer chacune des péi’iodes décennales du tableau ci-dessous :
- Température moyenne des mois d’été a Saint-Maur
- Période Juin Juillet Août Eté
- 1881-1890 16° 26 i7°88- 1701G 17010
- 1891-1900 hj,97 18,5a 18,12 17,87
- 1901-1910 iü, 16 18,19 17,02 17,29
- 1911-1920 16,3i i7,ü:î 17,65 17,1-9
- 1921-1930 1G, 34 18,91 17,72 17,66
- i93i-i94o i7>7i 18, GG 18,72 18,36
- 1941-195° 17.49 19,89 i8,99 i8,79
- Si l’été 1960 a paru moins chaud, cela tient surtout à sa forte nébulosité, ses pluies fréquentes et à l’état fréquemment orageux de l’atmosphère. Il est encore au-dessus de la moyenne décennale 1941-1950, puisque sa température moyenne s’élève à ï9°6, supéi’ieure de o°i à celle de l’été 1949, mieux appi’écié cependant en raison dç sa sécheresse.
- Température moyenne des étés 1949 et 1960 a Saint-Maur
- Années Juin Juillet Août Eté
- 1949 170 14 2i<>5G i9°8i IQ° OO
- 1950 19,75 20,32 18,65 19,07
- La période décennale 1770-1779 présente également une longue succession d’étés chauds; la moyenne s’élève, en effet, à i9°53, supérieure donc à'celle de la période 1941-1950. Toutefois, il faut dire qu’il s’agit d’observations faites à l’Observa-toix’e de Paris, reflétant moins fidèlement le climat parisien que les observations faites depuis 1873 au Parc Saint-Maur.
- Jean Bourgeois.
- LE CIEL EN DÉCEMBRE 1950
- SOLEIL : du 1er au 22 décembre, sa déclinaison décroît de — 21°4G' à — 23°27', puis croît jusqu’à — 23°8' le 31 ; la durée du jour passe de 8*31m le 1er à 8*llm le 22 et à 8*15“ le 31 ; solstice d’hiver le 22 à 10*13m23s ; diamètre apparent le 1er = 32'29",70, le 22 = 32'34",38, le 31 = 32'35",02. — LUNE : Phases : D. Q. le 2 à 16*22“ N. L. le 9 à 9*28“, P. Q. le 16 à 5*56“, P. L. le 24 à 10h23m ; périgée le 9 à 1*, diamètre apparent : 33'30" ; apogée le 22 à 2*, diamètre apparent : 29'24". Principales conjonctions : avec Saturne le 4 à S*24m, à 3°1' N. ; avec Neptune le 5 à 15*33“, à 4°4' N. ; avec Vénus ie 9 à 20*2Sm, à 4°36' N. ; avec Mercure le 10 à 18*19“, à 2°38' -N. ; avec Mars le 12 à 1*19“ à 3°1' A. ; avec Jupiter le 14 à 12*43“, à 0°53' N. ; avec Uranus le 24 à 21*24“,
- à 4°31' S. ; avec Saturne le 31 à 17*57“, à 3°36' N. — Pas d’occultations remarquables. — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du soir le 15 à 17*, à 20°24' E. ; Vénus, invisible à l’œil nu ;.Mars dans le Capricorne, peu visible le soir, se couche le 15 à 18*45m, diamètre app. 4",6 ; Jupiter, dans le Verseau, visible le soir, se couche’ le 15 à 21*41“, diamètre polaire app. 35", 1 ; Saturne, dans la Vierge, visible le matin, se lève le 15 à 0*lSm, diamètre polaire app. 15",6, anneau grand axe 39",2, petit axe 2",8 ; Uranus, dans les Gémeaux, en opposition avec le Soleil le 29, visible toute la nuit, position le 27 : 6*33m et + 23°33', diamètre app. 3",8 ; Neptune, dans la Vierge, visible le matin, se lève le 27 à 1*9“, position : 13*14“ et — C°5', diamètre app. 2",4.
- p.350 - vue 358/406
-
-
-
- 351
- — ETOILES FILANTES : Géminides du 9 au 12, radiant vers a Gémeaux. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2*\2-3m,5) : le 6 à 4* 5, le 9 à 1*3, le 11 à 22*,1, le 14 à 18*,9, le 28 à 6*,2, le 29 à 3*0, le 31 à 23* 8. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 20h36miSs, le 17 à 19h56moOs, le 27 h 19*17m21s.
- Phénomènes remarquables. — Observer la Lumière cendrée de la Lune le soir, du 12 au 14 ; rechercher à la jumelle et h l'œil nu TTranus en opposition.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l'heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES
- NOUVEAUX
- Cours de mécanique rationnelle, par L. Roy. Tome IV. Problèmes et exercices. 1 vol., 276 p., 82 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 1 250 francs.
- Ce quatrième tome illustre les trois précédents de problèmes et exercices traités en conférences à la Faculté des Sciences de Toulouse ou donnés à l'épreuve écrite ou pratique du certificat de mécanique rationnelle. C'est dire tout l’intérêt que présente cet ouvrage pour les étudiants et pour tes maîtres. La plupart des problèmes comportent des applications numériques. Le livre débute par quelques conseils aux candidats, il envisage la cinématique, le point matériel, les systèmes de points matériels, les milieux continus déformables et se termine par un appendice sur le mouvement d’une fusée.
- Réunions d'étude et de documentation sur les eombustibles et leur utilisation. lro série. Office central de chauffe rationnelle, Paris, 1949. Prix : 250 francs.
- Au cours de ces réunions, une importante suite de conférences ont été données sur le chauffage et les combustibles. Les cinq premières publiées en fascicules séparés traitent des perspectives du marché charbonnier dans le monde et en France, du charbon (origine, exploitation, préparation, classification), de l’échantillonnage et des analyses des charbons, de la carbonisation et du coke, des ressources en bois de chauffage. On y trouve une documentation précise sur la situation actuelle et les perspectives prochaines d'une de nos plus importantes sources d’énergie et de chauffage.
- Steàm and Gas Turbines, par B. Skhotzki et W. Vopat. 1 vol. in-8°, 395 p., 357 fig. McGraw-Hill, New-York et Londres, 1950. Prix : relie, 38 sh.
- Cet ouvrage destiné aux ingénieurs et aux techniciens de la production d'énergie étudie les turbines à vapeur modernes et les dernières venues : les turbines à gaz. II expose leurs principes théoriques, les éléments de calcul, les détails de construction ; il s’étend longuement sur les règles de leur conduite pour en obtenir le meilleur rendement.
- L’astronautique, par Alexandre Ananoff. 1 vol. in-16, 498 p., 155 fig. Collection « Savoir ». Arthème Fayard, Paris, 1950. Prix : 800 francs.
- L’auteur, qui a tant étudié la question, rappelle les rêves de jadis, puis aborde les problèmes d’aujourd’hui : les l'usées et l’autopropulsion atomique, le véhicule possible, la vie hors de l’atmosphère, les ti’ajectoires, distances et durées des voyages interplanétaires, et après avoir indiqué les solutions possibles, il affirme sa foi dans une réaiisatiop. d’avenir qui justifie tous les efforts d’aujourd’hui.
- Restitution planimétrique des photographies aériennes. Instruments et méthodes, par 33. Dubuisson. 1 broch., 70 p., 45 fig. Service de Documentation et d’information technique de l’aéronautique, Paris, 1950.
- L'auteur, chargé du Bureau do -documentation aérienne et de pliotogrammétrie aux Services topographiques du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, étudie l’enregistrement-photographique de la verticale gyroscopique en vol, le principe et la pratique du gyro-redresse-ment, la restitution planimétrique des photographies aériennes redressées, le redressement à l’échelle du cliché direct sur matériel spécial, le cheminement photoplanimétrique sur clichés aériens dont les pieds de verticale sont connus et fait l’application de certaines de ces méthodes au contrôle photographique ou cinématographique de la tenue en vol des aéronefs.
- Détermination d’un état plan des contraintes à l’aide d’un extensiomètre à résistance électrique à trois directions (rosette). Abaques pratiques d’emploi, par F. T. Salles. 1 broch., 41 p., 27 fig-, 6 abaques. Service de Documentation et d’information technique de l’aéronautique, Paris,
- 1949.
- Les hautes températures et leurs utilisations en chimie, publié sous la direction de P. Lebeau ; F. Trombe, secrétaire général.
- 2 vol. in-8°, 1397 p., fig. Masson et Cle, Paris,
- 1950. Prix : reliés, 9 000 francs.
- Le comité des hautes températures du Centre national de la Recherche scientifique a réuni pendant plusieurs années scientifiques de laboratoires et techniciens de l’industrie sous l’active présidence du professeur Lebeau. Il a rassemblé toute la documentation, poursuivi de nouvelles recherches et il aboutit dans ces deux volumes à grouper ce qu’on sait aujourd’hui des hautes températures, de leur production (chaleur solaire, combustibles, explosifs, électricité sous ses diverses formes, résistances, conduction, haute fréquence, arc, rayons cathodiques, diélectriques, sous pression et sous vide), de leur mesure, de leur contrôle, de leur régulation. Les enceintes dans lesquelles on opère doivent être isolantes, supporter les charges et les rapides variations de température ; on a le choix entre la silice, l'alumine, la chromite, les oxydes de titane et d’étain, la magnésie pure ou en complexes, la glucine, la chaux, la zircone, la tho-rine, les métaux réfractaires. Chaque question est traitée par le spécialiste qui la connaît le mieux, dans tous ses détails théoriques et pratiques, justifiés par une abondante bibliographie. L'œuvre accomplie ést considérable ; elle intéresse tous ceux qui se servent du feu, de la cuisine à la métallurgie et à la céramique ; elle ouvre la voie vers les progrès futurs, les températures de plus en plus élevéçs.
- Chemical Engineers' Handbook, par J. H.
- Perry. 1 vol. in-8°, 1 942 p., 2 057 fig.
- McGraw-Hill, New-York et Londres, 1950.
- Prix : relié, 136 sh.
- La 3° édition de ce travail considérable rédigé par plus de 140 spécialistes a été complètement renouvelée et mise au courant des récents et rapides progrès réalisés en ces dernières années. Les chapitres classiques ont été complètement revus et de nouvelles sections sont venues les compléter, notamment sur les opérations do séparation par diffusion, les méthodes d’adsorp-tion, d’extraction par solvants, de dialyse, de distillation azéotropique, de distillation moléculaire, etc. A signaler également le développement des chapitres sur les nouveaux matériaux, sur les appareils de mesure, de contrôle et de commande automatique. L’ouvrage, largement illustré, comporte également nombre de diagrammes, de schémas, de tables numériques. Il constitue l’encyclopédie la plus complète de la chimie industrielle moderne considérée du point de vue de l’ingénieur et présente un grand intérêt pour tous ceux qui touchent u l’industrie chimique.
- Cours de chimie industrielle, par G. Dupont.
- Tome I. 1 vol. in-8°, 295 p., 155 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 1 100 francs.
- Dans ce premier tome, l’auteur fait un exposé général des méthodes et de l’appareillage^ des industries chimiques, puis consacre sa deuxième partie à l’étude des combustibles solides, liquides et gazeux, des procédés de distillation, des carburants de synthèse, des lubrifiants et des méthodes du chauffage industriel. Ce cours, qui sera complet en 5 volumes, professé par l’auteur à la Faculté des Sciences de Bordeaux, présente l’orientation actuelle de cette industrie. Il fournit les connaissances générales conduisant à l’assimilation facile de techniques spéciales.
- Il sera aussi bien accueilli par les etudiants que par les ingénieurs.
- L’industrie du gaz d’éclairage, par L. Gaussé et A. Goix. 1 vol. in-16, 192 p., 38 fig. Collection Armand Colin, Paris, 1950. Prix : 180 francs.
- Les auteurs exposent l’état actuel des techniques par lesquelles l’industrie du gaz d’éclairage contribue à l’utilisation maxima de la houille, notamment par ses sous-produits : le coke pour la métallurgie et les goudrons, les benzols, l’ammoniaque pour la chimie industrielle. Ce petit traité, accessible à tous, rendra service aux professionnels et aux étudiants en chimie industrielle.
- Punches and dies, par F. A. Stanley. 1 vol. in-8°, 583 p., 156 fig. McGraw-Hill, New-York et Londres, 1950. Prix : relié, 38 sh.
- 4e édition de ce guide pratique complet des opérations de découpage, d’estampage et d’emboutissage des métaux et de l’outillage nécessaire : poinçons, moules, matrices, sous son aspect le plus moderne, notamment en ce qui concerne l’emploi des carbures de métaux durs.
- Il rendra service aux ingénieurs et techniciens qui utilisent ces techniques en plein essor pour réaliser des pièces métalliques de formes de plus en plus complexes avec des frais d’usinage réduits.
- La météorologie et ses applications, par
- Ch. Maurain. 1 vol. in-16, 258 p., 19 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1950. Prix : 425 francs.
- Constituée en science indépendante il y a un siècle, la météorologie analyse les phénomènes de l’atmosphère. Ceux-ci sont principalement régis par les variations de radiation, de température, de pression à la surface du globe, qui provoquent une circulation générale des masses d’air, troublée facilement par des tourbillons d’où résultent cyclones et anticyclones, fronts nuageux, pluies. Aux observations répétées, s’étendant aujourd’hui jusqu’à la haute atmosphère s’ajoutent les conceptions aérodynamiques dans le but de réussir à prévoir le temps et à définir les climats. En effet, l’aviation, la navigation réclament des informations précises que désirent aussi l’agriculture, les électriciens, les assureurs, les urbanistes et même les médecins. Tous ces aspects sont traités de main de maître par le1 directeur honoraire de l’Institut de Physique du globe de l’Université de Paris.
- Problèmes de géomagnétisme, par J. P. Ro-
- THE, E. Tuellieii, R. Joltaust, A. Daüvillier.
- 1 brochure, 113 p. Bibliothèque cosmophysique. Revue cVOptique, Paris, 1950.
- Conférences-rapports présentés au Congrès cle l’Association française pour l’avancement des Sciences à Genève en 1948, sur le géomagnétisme et la géologie, le géomagnétisme dans le passé, l’état de nos connaissances actuelles sur l’ionosphère et ses relations avec le magnétisme terrestre, le magnétisme terrestre et les rayons cosmiques, l’originé du magnétisme terrestre.
- The sea and its mysterics, par John S. Col-
- man. 1 vol. in-16, 285 p., 37 fig., 17 pi.
- Bell and sons, Londres, 1950. Prix : relié,
- 12 sh. 6 d.
- La mer est si vaste et pose tant de problèmes qu’il est bon cle les exposer d’ensemble et simplement aux jeunes étudiants. L’auteur rassemble les données, y compris les plus récentes, sur la géographie, la physique et la chimie, les courants, les vagues, les marées, les algues et les animaux du plancton et des profondeurs, les coraux, les poissons et les baleines, les expéditions et les appareils d’études, les pêches. Il termine en montrant au naturaliste amateur l’intérêt et le plaisir qu’il peut prendre aux
- p.351 - vue 359/406
-
-
-
- M/fflMp
- L'OCÉAN INDIEN EN AOÛT ÉCHELLE AU CENTRE: l/lOO.OOO.OOOe
- 120W
- 130 W
- 100W
- 120W
- DRESSÉE PAR LUCIEN STROHJ.
- LA NATURE - NOV. 1950
- SUPPLEMENT AU N°3187
- TOUS DROITS DÉ ftEPHODUCT/oM RÈèÊ^VÈS COPYRtôtfT MASSdfJ' tt C>* -1950
- p.352 - vue 360/406
-
-
-
- L'OCÉAN INDIEN EN AOÛT
- ÉCHELLE AU CENTRE: l/lOO.OOO.OOOe
- TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÈèEÏÏVÈS COPYRIGHT MA^ÙWTt...-1960
- pl.n.n. - vue 361/406
-
-
-
- 20 W
- 5 GW
- 30 W
- 4QW
- O) ^
- 50 W
- DRESSEE PAR LUCIEN STROHL
- LA NATURE-NOV. 1950
- SUPPLEMENT AU N°3187
- TOUS DROITS DE REPRODUCTION RESERVES COPYRIGHT MASSON ET C'e 1950
- pl.n.n. - vue 362/406
-
-
-
- L'ATLANTIQUE EN AOUT ÉCHELLE SUR L'AXE DE * LA CARTE: l/lOO.OOO.OOOe
- 160 W
- 160 E 150 E 140 E 130 E 120 E
- 160 W
- DRESSÉE PAR LUCIEN STROHL
- SUPPLEMENT AU N°3187 - LA NATURE - NOV. 1850
- TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVES COPYRIGHT MASSON ET C'e -1950
- pl.n.n. - vue 363/406
-
-
-
- ARGUMENT DES QUATRE CARTES HORS-TEXTE
- /“'es cartes sont établies selon la projection de Mercator, puis-que c’est celle qui donne de l’ensemble du globe la représentation la plus conforme (malgré l’augmentation excessive d’échelle donnée sur les bords), mais celle-ci est employée de manière à rejeter les parties exagérément déformées le plus loin possible du sujet choisi pour chaque carte. Le choix de ces sujets posait un problème difficile : les solutions présentées donnent de divers ensembles terrestres, une vision entièrement neuve, où les deux pôles trouvent leur place sans déformation choquante.
- On sait que la projection de Mercator habituelle est obtenue en enroulant un cylindre autour de l’Equateur, en projetant sur ce cylindre les divers points de -la terre, suivant une certaine loi, choisie pour que la figure projetée reste semblable à la figure correspondante du Globe, puis en fendant ce cylindre suivant une génératrice, et le déroulant sur le plan de la carte.
- Celte'loi de projection rejette les pôles à l’infini, et provoque, en s’éloignant de l’Equateur, des augmentations d’échelle qui deviennent excessives.
- L’originalité des cartes publiées par LA NATURE consiste à utiliser pour chacune, au lieu de l’équateur, un cercle de contact choisi de telle manière que le sujet de la carte reste dans la zone où l’augmentation progressive de l’échelle reste faible.
- Il n’y a donc, pour chaque carte, que deux petites calottes sphériques qui sont sacrifiées, comme sont les pôles dans la projection habituelle ; ici les pôles sont rendus fidèlement, ainsi que tout ce qui les environne.
- On a intentionnellement choisi pour sujets : les Océans Pacifique, Atlantique et Indien, particulièrement mal représentés dans la cartographie traditionnelle, de manière à offrir une vision cartographique correcte et inédite des relations intercontinentales.
- L’ancien continent est présenté de même, en raison de son immensité, pour donner une image rectifiée de ses relations internes.
- L’étude comparée de ces diverses cartes permet de se faire une fdée exacte du vrai, visage de la terre. Chacune d’elles donne d’un seul coup d’œil des ensembles qu’un globe ne donne que par visions successives, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur la planche ci-contre.
- N. B. — Les indications de mois se rapportent à l’extension variable des calottes polaires.
- Supplément au n° 3187, LA NATURE, novembre 1950.
- pl.n.n. - vue 364/406
-
-
-
- - ANCIEN CONTINENT.- Relations intérieures_____________________________échelle sur l/axe-. 1/100.000.000
- 50W 40 W 40W 50 60 70 8090W100110 120 130 140
- 40 50 60 70 80 90 E 100 110 120
- DRESSÉE PAR LUCIEN STR OH L
- SUPPLEMENT AU N°3187
- LA NATURE -NOV. 1350
- TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVÉS COPYRIGHT MASSOM ET C'C- 1350
- pl.n.n. - vue 365/406
-
-
-
- voyages. D’excellentes illustrations agrémentent le texte, écrit avec l'expérience d’un* biologiste marin et d’un professeur.
- Principles of sédimentation, par W. II. Twen-hofel. 2° édition. 1 vol. in-8°, 673 p., 81 fig. McGraw-Hill, London, 1950. Prix relié, 52 shillings.
- Une grande partie de la géologie traite des roches sédimentaircs. Depuis quelque temps, on s’intéresse aux mécanismes de sédimentation actuelle. L'auteur y a largement contribué et a groupé dans cet ouvrage les principales données acquises : origine des sédiments inorganiques et organisés, transport et dépôt, classification en graviers, sables et vases, précipitations chimiques, composition minéralogique, textures et couleurs. Cette deuxième édition tient compte des nombreuses récoltes récentes dans les diverses mers du globe.
- The Actinomycètes, par Selman A. Waksman. 1 vol. in-8°, 230 p., 39 fig. Ghronica Bota-nica C°, Walt-ham (Mass.) ; Raymann, Paris, 1950. Prix : relié, 5 dollars.
- Depuis 35 ans, l’auteur étudie ce groupe de micro-organismes voisins des bactéries dont certains vivent dans le sol et décomposent les maj tières organiques, dont d’autres sont pathogènes pour les plantes, les animaux et l’homme, dont on commence à extraire des enzymes, des vitamines et des antibiotiques. Il discute leur systématique, examine leur mode de vie, leur métabolisme et en donne une monographie tout à fait au point et à jour.
- Botany, par J. Ben IIill, Lee O. Overïioi/ts et Henry IV. Popp. 1 vol. in-8°, 710 p., 335 fig., 1 pl. McGraw Ilil, London, 1950. Prix : relié, 40 sh.
- Ce manuel a l’usage des collèges américains vient d’être réédité avec des additions sur de nouveaux sujets : les antibiotiques, les vitamines, les hormones do croissance, les virus, l’emploi des éléments marqués, les cultures sans sol, etc. Il donne une vue d’ensemble, claire et bien à jour de la structure des plantes, de leur physiologie, de leur classification et de l’hérédité.
- L’arbre fruitier, ce méconnu, par le Dr
- G. Mornac. 1 vol. in-8°, 183 p. La JHaison rustique, Paiûs 1949. Prix : 240 francs.
- Le verger est un trésor, mais il faut savoir choisir non seulement l’arbre, mais le terrain, la nutrition (irrigation, fumure, engrais) et lutter contre les parasites. L’auteur donne tous les conseils utiles aux arboriculteurs praticiens.
- Physiologie de l'insecte, par Rémy Chauvin; 1 vol. in-8% 619 p., 83 fig. Institut national de la Recherche agronomique. Paris, 1949, Prix : 2 500 francs.
- Les physiologistes ont de la chance. Presque en même temps paraissent deux mises au point, celle de Portier sur les Lépidoptères et celle-ci sur les Insectes en général. L’une et l’autre montrent l’activité déployée en ces dernières années, tant dans le domainô expérimental que dans celui de la biochimie pour comprendre les modes de vie d’un groupe très spécialisé, très nombreux et important au point de vue agronomique. On sera dans l’admiration des progrès récemment accomplis et de la manière remarquable de les grouper et synthétiser. L’auteur passe en revue les grandes fonctions communes à tons les animaux, la reproduction si spéciale de l’insecte avec ses mues et ses métamorphoses et aussi l’écologie expérimentale qui s’enrichit de nouvelles méthodes. Une bibliographie abondante conduit aux sources. Ce traité est un livre de fond pour les chercheurs, une lecture de choix, un exemple pour tous : entomologistes, physiologistes, biochimistes, biologistes.
- L’abeille. Son adaptation au travail, par René Moreaux. 1 broch. in-16, 77 p., 40 fig. La Maison rustique, Paris, 1949. Prix : 140 francs. L’auteur étudie les trois sortes d’individus de la ruche : ouvrières, faux-bourdons et reine. L’ouvrière qui ne se reproduit pas présente toute une série de caractères, d’outils, qui manquent à sa mère la reine et à son- père le faux-bourdon. Comment l’expliquer ? Dans une postface, le professeur Guénot y voit une nouvelle preuve de finalité et d’invention.
- Vie et mœurs des Mollusques, par P.-H. Fischer. 1 vol. in-8°, 312 p., 180 fig. Bibliothèque scientifique, Payot, Paris, 1950. Prix : 1 200 francs.
- Certains animaux ont donné lieu h toutes sortes d’écrits sur leur vie, leurs mœurs, leur comportement. Par contre, les Mollusques qui firent la joie des collectionneurs de coquilles et inspirèrent tant de magnifiques iconographies, ont été quelque peu oubliés. L'auleur, fils et petit-fils de malacologistes célèbres, disposant d’une documentation unique et de ses propres observations dans divers pays du monde, montre tout ce qu’on en peut apprendre : leur importance pour dater les couches géologiques, leur rôle dans la sédimentation, leur évolution et leur diversité, leurs peuplements, leurs activités individuelles (locomotion, gîtes, nourriture, reproduction, croissance, maladies et mort) et enfin leur sensibilité, leurs habitudes et leur psychisme dont on s’est trop peu occupé. Ce sera pour beaucoup une révélation et l’on souhaite qu’elle oriente les naturalistes vers un groupe important et fort intéressant.
- Les coquillages comestibles, par Louis Lambert. 1 vol. in-16, 128 p., 9 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- Inspecteur général du contrôle sanitaire des coquillages, Fauteur a beaucoup vu sur toutes les côtes et beaucoup fait pour améliorer la production et l’assainir. Il décrit les huîtres, les moules et les autres mollusques (coques, palourdes, coquilles Saint-Jacques, ormeaux etc.), leurs pêches et leurs cultures, leur valeur alimentaire, les règles imposées actuellement pour leur salubrité.
- La chimiotératogenèse, par P. Ancel. 1 vol. in-8°, 397 p., 80 fig. Encyclopédie scientifique. Doin, Paris, 1950. Prix : 1.600 francs.
- Les monstres ont toujours attiré la curiosité. On a décrit puis classé les divers types observés, puis on a essayé de reproduire les malformations par l’action de nombreux agents physiques et chimiques. Aujourd’hui, une vaste expérimentation est en cours à laquelle l’auteur se consacre depuis le début du siècle. Il fait ici le bilan des résultats obtenus avec les substances chimiques les plus variées et des notions générales qui s’en dégagent. Les substances tératogènes agissent sur les cellules dont le développement troublé provoquera la malformation, soit directement, soit indirectement et à distance ; elles ont une action localisée ou plus ou moins générale ; elles sont efficaces à un certain moment du développement ; elles peuvent agir inégalement sur des organes symétriques. Des mélanges de substances chimiques provoquent des troubles plus ou moins accusés. On obtient ainsi une gamme très variée de monstruosités dont certaines ne sont pas spontanées ; les unes sont héréditairement transmissibles, les autres non. Cela fournit une foule d’indications aux problèmes de la génétique, de la variation, de l’embryogénie, des tumeurs, etc.
- Le dressage du chien, par F. Granderath. 1 vol. in~8û, 232 p., 11 fig. Durel, Paris, Prix : 750 francs.
- Vétérinaire, éleveur, chasseur, l’auteur est connu en Allemagne pour son amour et sa com-
- préhension des chiens de chasse. Il les dresse sans contrainte par des exercices simples, choisis, appliqués par le maître lui-même, tenant compte du tempérament de chaque animal ; il indique comment les conduire à la chasse, les garder en santé.
- Les hommes et leur nourriture. 13 brochures publiées sous les auspices de l’UNESCO.
- Dunod, Paris, 1950.
- Pour fournir une documentation de base aux prochaines discussions sur la production et la répartition des ressources alimentaires dans le monde, l’UNESCO vient de publier cette série de brochures sur les divers thèmes à considérer :
- La double crise, par Aldous Huxley et Pour sortir de l'impasse, par John Russel (45 f.) ;
- Les nations unies s’attaquent au problème"de l’alimentation, par P. ICinss (45 f.) ;
- Alimentation, population et progrès social, par A.. Mayer (45 f.) ;
- La répartition des produits alimentaires dans le monde, par S. Krolikowski (45 f.) ;
- L’ABC de la conservation du sol. par G. iNan-nessi (45 f.) ;
- Quelques progrès scientifiques en matière d’agriculture, par B. A. Keen (72 f.) ;
- Sommes-nous trop nombreux ? par A. Myr-dal et P. Vincent (72 f.) ;
- Le sol, la forêt et l’eau, par R. F-uron (45 f.) ; Les espèces comestibles de mer et d’eau douce, par II. Blegvad (45 f.) ;
- L’expérience de guerre de la Suisse en matière d’alimentation, par F. T. Waiilen (45 f.) ;
- Les problèmes de l’alimentation en Amérique du Sud, par J. de Castro (45 f.) ;
- Les problèmes démocratiques dans l’Inde et le Pakistan, par S. Ciiandrasckiiar (45 f.) ;
- Les problèmes démographiques en Chine, par
- Ta Chen (45 f.).
- On y trouve une vaste information, parfois peut-être ùn peu schématique, répondant aux désirs de paix mondiale de l’O.N.U.
- Ski de descente, par le Dr A. Jacques. 1 vol.,
- 240 p., 200 fig. Arthaud, Paris, 1950.
- Les adeptes toujours plus nombreux du ski trouveront dans ce livre remarquablement illustré de précieux enseignements pour s’initier ou se perfectionner dans la technique d’un sport où les difficultés sont nombreuses. La première partie est consacrée à la technique elle-même, la seconde au milieu et au skieur. Les chapitres ont pour objet les secours d’urgence, l’équipement, l’étude de la neige, les effets du froid sur l’organisme. La plupart des mouvements du skieur sont illustrés par des séries de photos successives très démonstratives.
- PETITES ANNONCES
- INGÉNIEUR E. G. P. expérience approfondie. Propriété Industrielle, s’occuperait service brevets Sté Industrielle, préfér. une ou deux semaines par mois. Écr. : La Nature, n° 751.
- RECHERCHÉ pr École appareil simple d’occasion pr projection films Kodak 16 mm. M. TOUZART, 3, rue Amyot, Paris (5e).
- A VENDRE : État de neuf. 1 micro loupe binoculaire « Durand » ; 5 paires d’objectifs, 2 paires d’oculaires, grossissement 3,3 à 120. Coffret acajou. Pied articulé. — 1 chambre noire 4 1/2x6, pr loupe ci-dessus. Obturateur P. et I. Loupe de mise au point. 3 châssis. Coffret acajou. — 1 petit microscope pr objets opaques, objectif double achrom., 2 oculaires G — 10 x 20. Coffret verni. Plusieurs loupes de poche (triplets achromatiques) G = 10. Écr. : La iVature, n° 756.
- A VENDRE : beau microscope de labo. ét. neuf, chariot mobile, 4 object. dont immersion, 3 ocul. Ëcr. : La Nature, n° 757.
- TECHNICIENNE, de laboratoire ch. emploi Biologie végétale de préf, Écr. : La Nature, n° 758.
- Ets VA A ST
- MICROSCOPES
- — Occasions REMISE A NEUF
- Neufs
- ACHAT - ÉCHANGE - TRANSFORMATION Atelier de Mécanique
- 17, rue de Jussieu — PARIS 50 — gob. 35.38 Toutes fournitures pour Sciences et Laboratoire
- « Sur demande, envoi franco de liste d'appareils d'occasion disponibles »
- Le gérant : G. Masson. masson et cie, éditeurs, paeis. — dépôt légal : 4e trimestre 1950, n° 1096. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET CIe, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 22ÔO. — II-ig5o.
- pl.n.n. - vue 366/406
-
-
-
- N° 3188
- Décembre 1950
- LA NATURE
- HISTQI1® TECHNIQUE DU VITRAIL
- I. LES MATÉRIAUX
- ii/
- Dès le vu0 siècle, l'Angleterre faisait appel aux verriers français. Au xie siècle, un moine allemand, Théophile, écrivait un Traité des divers arts dans lequel il loue beaucoup l’art des verriers français. Plus tard, Le Tasse nota la supériorité des Français sur les Italiens dans l’art du vitrail.
- S’il n’est pas un monopole de la France, le vitrail n’en est pas moins un art spécifiquement français.
- Pi’écisons d’aborcl ce qu’est un vitrail. Ce n’est pas une feuille de verre blanc sur laquelle le verrier pose des couleurs, c’est un assemblage de pièces de verre coloré dans la masse, tenu par un réseau de plomb.
- Dans l’architecture latine, on trouvait déjà des verres de couleur enchâssés dans des résilles de bois ou , de bronze. De leur côté, les Arabes fermaient les baies par des feuilles d’albâtre, de marbre ou de gypse, découpées en grands motifs géométriques, et très tôt l’idée leur était venue de remplir les espaces vides par des morceaux de verres de couleur.
- Les vitraux les plus anciens que nous connaissions ne sont pas antérieurs au xne siècle, mais dès celle époque la technique en est très sûre : il s’agit de mosaïques de pièces relativement petites et de couleurs franches; l’échelle de la composition est adaptée à la taille restreinte des fenêtres de cette époque. Par la suite, la ' surface des pièces de verre augmenta et le vitrail évolua progressivement vers la peinture sur verre (émaux vitrifiables posés sur verre blanc). Le xixe siècle recherchera les secrets de fabrication du verre coloré dans la masse pour le mettre en oeuvre.
- Y est-il parvenu ? Avons-nous retrouvé les secrets perdus ?
- Nous Aoudrions simplement comparer les matériaux anciens et modernes, leur technique de mise en œuvre et les résultats obtenus; nous étudierons aussi les mo-
- 1. Cette mise au point paraîtra en trois articles. Le deuxième qu’on lira dans le prochain numéro du 1er janvier 1951 comportera deux pages de planches hors texte représentant des vitraux anciens en couleurs.
- difications des vitraux anciens sous l’inuflence des siècles, leur protection et leur restauration, sans porter le débat sur le plan artistique.
- Fig. 1. — Four d’Agricola,
- d’après De Re metallica d’AcmcoLA (in L’industrie chimique en France, par P. Baud).
- A. : fistula, la « canne à souffler », en fer, emmanchée dans un tube de bois. — B : fenestrella, l’ouvreau, derrière lequel, dans le four, se trouve le « pot » de verre fondu dans lequel l’ouvrier « cueille » la « paràison » avec sa canne. — C : marmor, le bord horizontal de l’ouvreau, sur lequel l’ouvrier fait reposer sa canne pour réchauffer et ramollir la boule de verre qui s’est refroidie lors du soufflage de la paraison. — D : forceps, la pince avec laquelle on saisit l’objet de verre à demi façonné et encore chaud. — E : instrumenta quibus formae sunt datae, moules de mise
- en forme.
- p.353 - vue 367/406
-
-
-
- Fig. 2. — Ouvrier souffleur au travail.
- (Photo Life).
- Le verre.
- La pâte. — La Nature a consacré il y a quelques années de nombreux articles au verre (x). Rappelons seulement que le moine Théophile indique la composition du verre à vitrail au xi0 siècle : deux parties de cendre de hêtre (potasse), une partie de sable. Souvent les cendres de hêtre étaient remplacées par la poudrelte ou la rochette, potasse plus ou moins concentrée, extraite par incinération de l’herbe kali (salicorne), importée du proche Orient. De plus, les verriers incorporaient toujours de la soude en quantité variable, afin de faciliter le travail du verre en le rendant plus fusible. Dès le xive siècle la potasse fut de plus en plus remplacée par la soude, et au xvi° siècle les verres étaient exclusivement sodiques. Nous verrons plus loin les conséquences de ce changement.
- Les verriers du Moyen Age forçaient la quantité d’alcali par rapport à la silice; mais pour compenser l’excessive fragilité d’un tel verre, ils incorporaient à la pâte des sables ferrugineux contenant, eux-mêmes, de l’alumine. Ce mélange transformait le verre incolore en verre verdâtre, mais l’emploi du « savon de verriers » (bioxyde de manganèse) permettait de remédier à cet inconvénient. En effet le bioxyde de manganèse donne au verre une teinte violet pourpre qui se mélange avec le jaune verdâtre de l’alumine pour donner un verre blanc.
- La même pâte de verre, incolore ou verdâtre, servait à obtenir des feuilles de verre de toutes les couleurs. On y incorporait des oxydes métalliques basiques qui colorent le verre dans la masse. Divers textes renseignent sur les principaux colorants anciens. Les procédés étaient très empiriques. Certaines couleurs étaient obtenues en récupérant les cubes de verre des mosaïques antiques et en les mélangeant à la pâte en fusion, D’autre part, la même pâte, contenant le même oxyde, mais travaillée, de manière différente, permet d’obtenir des
- 1. Lemaire. La Nature, 1946-1947.
- coloris variés. La température, la durée de la cuisson, l’atmosphère (réductrice ou oxydante)' du four, interviennent pour modifier le résultat.
- Colorants. — Voici, pour les principales couleurs, les colorants anciens (d’après les textes et l’analyse), ainsi que les colorants actuels.
- Suger dit avoir utilisé des saphirs pour les bleus des vitraux de Saint-Denis. D’après M. Aubert, il s’agirait en fait du zaplire ou zapher, oxyde de cobalt des Monts de Bohême. L’analyse des verres du xn° siècle indique en effet l’oxyde de cobalt comme colorant, sauf pour certain bleu-vert obtenu par le carbonate de cuivre. Dès le xme siècle, la qualité des bleus diminue. L’analyse révèle la présence de protoxyde de cobalt moins pur qui était additionné de bioxyde de cuivre pour les bleus tirant sur le vert, et d’oxyde de manganèse pour les violacés. Actuellement l’oxyde de cobalt est surtout employé, ainsi que l’oxyde cuivrique, pour les bleus verts et l’oxyde de nickel pour les bleus violacés. Un verre potassique donne d’ailleurs un bleu plus rouge qu’un verre sodique, avec le même colorant.
- ©rr(8î<#r.
- S«n ©fa|frr toar idj (attgt jar/
- ©ut îïriticFgtàfirrÇab idj fùrmart QStpbf }u 9Sirrt>rtbaiKfj$u 2Brûi/
- 21ud) ÇOnubifdj rn'n/
- UnbK^irdjm/wtb fdjdtun 0a(/ 3ud} raueatgfâftr aHjumaf/
- HBtr btr brbarff / tÇu (j« unfmt/ fol von mtrgrfSrbm twm. &
- Fig. 3. —
- Atelier de verrier allemand au XVL siècle.
- p.354 - vue 368/406
-
-
-
- 355
- Figr. 4. — Atelier de verrier au début du XVIIIe siècle.
- 1, Peinture sur le verre. 2-3, Fabrication des plombs au tire-plombs à partir de lingots. 4, Fabrication de lingots à la lingotière. 5. Etirage du plomb
- avant montage 6, Coupe du verre.
- A, Moufle à cuire. B, Creuset à plomb fondu. G, Pupitres. D, Seau à mastic. E, Caisse à verre. G, Table à monter.
- Le vert s’obtenait assez facilement en ne « savonnant » pas la pâte de verre. Les verts plus intenses étaient donnés par le bioxyde de cuivre pour le vert bleuâtre, ou en forçant la dose de sable ferrugineux pour le verre vert (oxyde de fer). Ces deux colorants sont encore employés aujourd’hui.
- Le moine Théophile prétendait obtenir des verres jaunes par un mélange de soufre et de carbone. L’analyse des différents verres jaunes du xn° siècle ne révèle que le sesqui-oxyde de fer, accompagné de bioxyde de manganèse. Ces colorants donnent tous les tons échelonnés entre le jaune orangé et le brun foncé, suivant les proportions employées, la nature de l’atmosphère, la durée de la fonte et de l’afImage, la température de l’affinage.
- D’après Théophile, le pourpre, le grenat, le violet, le rose apparaissaient spontanément dans certains creusets, couleurs claires au début de la cuisson, fonçant progressivement à mesure que celle-ci se prolongeait. Toutes ces nuances s’obtiennent grâce au bioxyde de manganèse, en atmosphère réductrice pour les violets, avec plus ou moins de cobalt pour les grenats et les pourprés.
- Employé dès le début en verre plaqué, le verre rouge posait des problèmes de fabrication un peu particuliers. Nous y reviendrons plus loin. Ces difficultés sont peut-être à l’origine de la légende persistante qui veut que les beaux rouges des vitraux anciens soient à base d’or; en fait, seuls les verriers vénitiens utilisèrent l’oxyde d’or (pourpre de Cassius) pour colorer leurs verres soufflés. Au xne siècle, le l'ouge s’obtenait avec du cuivre rouge, battu en lamelles. Certaines recettes indiquent la présence de traces d’étain et de batlitures de fer comme réducteur. Actuellement encore, les phénomènes physico-chimiques qui permettent d’obtenir certains rouges ne sont pas entièrement expliqués.
- Le rouge sélénium, teinté dans la masse, qui donne des colo-
- ris magnifiques, est un verre sodo-calcique coloré par du sélénium pur ou additionné de sulfure de cadmium, travaillé en atmosphère ( réductrice. A l’étirage, le verre doit rapidement refroidir pour provoquer la précipitation colloïdale du sélénium, un refroidissement lent donnant un brun foncé. C’est cette raison qui empêche le peintre-verrier d’utiliser ce verre pour y peindre des grisailles à cuire au moufle.
- On obtient également des rouges par l’oxydule de cuivre en présence de fer ou en associant le sulfure de fer et le sulfure de cuivre utilisés en atmosphère réductrice.
- Les verres obtenus actuellement sont comparables aux verres anciens : deux verres rouges identiques à l’œil ont été étudiés au spectroscope, un du xm° siècle et un moderne au sulfure de fer; le verre du xnic siècle laisse passer la lumière entre 6 080 et 7 aïo Angstrôms, le verre moderne entre 6 120 et 7 270, ce qui constitue un beau résultat, le verre rouge étant le plus difficile à assortir dans les restaurations (x).
- Fabrication. — Rappelons succinctement qu’il existait deux procédés pour faire du verre à vitrage : le soufflage au plateau et. le soufflage en manchon.
- Dans le soufflage au plateau, le verrier prend du bout de sa canne la « cueillure » et commence à souffler; il obtient alors la « paraison » qu’il souffle en sphère; puis il perce un trou au point diamétralement opposé à l’extrémité de la canne, et en faisant, tourner celle-ci, il agrandit le trou progressivement et. raplatit la sphère jusqu’à obtenir un plateau rond et plan.
- Pour souffler en manchon, le verrier balance la paraison au bout de la canne par un mouvement pendulaire afin de lui donner une forme de cylindre terminé par 2 calottes hémisphériques. Puis il coupe les deux extrémités, fend le cylindre selon une génératrice et, en écartant les deux bords, réalise une feuille plane, rectangulaire.
- 1. D’après Bcrgsthal.
- p.355 - vue 369/406
-
-
-
- 356
- Fig. 5. — Schéma de la fabrication en manchon (en bas), au plateau (en haut).
- Le moine Théophile nous dit que les feuilles de verre étaient obtenues par le procédé du manchon. L’examen de pièces de nombreux vitraux des xixe et xm6 siècles semble cependant prouver que le procédé employé était celui1 du plateau. En effet, de nombreuses stries circulaires sont visibles dans la pâte et paraissent indiquer que les plateaux pouvaient atteindre 60 cm de diamètre.
- Seul le rouge posait des problèmes de fabrication particuliers. Le rouge obtenu avec du cuivre avait une telle intensité de coloration que sous l’épaisseur normale (3 à 6 mm) il aurait paru presque noir en transparence. Au xne siècle, les verriers tournaient la difficulté en commençant à souffler une paraison de verre incolore et en y incorporant au cours de la fabrication de fines lamelles de cuivre. Après recuisson, ils obtenaient un verre où la couleur, inégalement répartie, jouait du blanc au rouge sombre. Dès le xme siècle, les verriers cueillaient une mince pellicule de verre rouge avec une canne déjà garnie d’une paraison incolore et obtenaient ainsi des verres plaqués. Vers 1220, la paraison incolore était quelquefois remplacée par une paraison bleue, ce qui donnait un verre plaqué rouge sur bleu. Puis on fabriqua des verres de plusieurs épaisseurs de couleurs différentes. Au xvie siècle, il y en avait jusqu’à 7 superposées.
- Au xiie siècle, le verre était fabriqué sur le chantier, mais dès le xme siècle des souffleurs de verre installés en lisière de forêt fabriquaient des feuilles de verres de couleur qu’ils vendaient aux peintres-verriers, comme à l’époque actuelle où tous les
- peintres-verriers achètent leurs feuilles de verre à une seule verrerie installée dans le centre de la France.
- Le verre du Moyen Age était très imparfait, il conservait des bulles d’air, des impuretés, des soufflures et des stries. Ses faces n’étaient, pas parallèles; certaines pièces, convexes ou concaves, ont une flèche atteignant i5 à 20 mm. La coloration n’était pas homogène. Au xvi° siècle, la fabrication s’était sensiblémen't améliorée, les verres étaient beaucoup plus réguliers.
- Jusqu’à ces dernières années, la verrerie spécialisée dans le verre antique fournissait du verre fabriqué à la main comparable aux verres du xme siècle par ses irrégularités; ce n’est que tout récemment qu’un procédé
- d’étirage mécanique a été mis au point, qui donne un verre comparable aux verres soufflés à bouche.
- X
- 1
- Fig. 6. -
- 2, xvr
- - Plombs ; 1, XUP ; siècle ; 3, moderne.
- Les plombs.
- On attribue l’idée d’employer le plomb pour maintenir les pièces de verre à l’abbé Didier, au ve siècle.
- L’avantage du plomb est sa grande malléabilité qui lui permet d’épouser la forme de chaque pièce et de conserver au panneau entier une élasticité suffisante pour résister au vent, au tassement de la maçonnerie, etc... D’autre part, il est exceptionnellement facile à souder.
- Un plomb se compose d’une tige centrale, âme ou cœur, et de 4 ailes formant 2 rainures dans lesquelles s’inséreront les tranches des pièces de verre.
- Au xne siècle, les ploftibs étaient coulés dans une lingotière et terminés au rabot; on obtenait ainsi des plombs de faible longueur dont l’âme était large et les ailes courtes et épaisses. Certains de ces plombs ont tenu pendant 5 ou 6 siècles.
- Au xve siècle apparurent des plombs tirés à la filière, plus légers, d’un métal moins pur, avec des manques qui en amoindrissaient la solidité. L’âme et les ailes étant minces, ils étaient beaucoup plus souples et plus faciles à utiliser, mais leur résistance n’excédait pas i5o ans. Actuellement, les plombs sont ébauchés en lingots et terminés au laminoir (tire-plomb). Le cœur a une épaisseur standard de 2 mm, les ailes sont plus ou moins larges.
- (à suivre). D. Monsaingeon,
- Peintre-verrier.
- Nota. — Il n’est pas dans l’esprit de cette élude de comporter une bibliographie qui ne pourrait être qu’incomplète. Cependant nous ne pouvons pas ne pas citer le nom de M. Marcel Aubert et celui de M. Jean Verrier ; les différents ouvrages qu’ils ont consacrés au vitrail forment le fond de toute documentation sur ce sujet.
- L'énergie électrique aux États-Unis.
- La capacité de production d’énergie électrique des États-Unis sera probablement portée d’ici la fin de l’année à 75 OOO 000 de kilowatts, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. L'a capacité actuelle, estiment les milieux de l’industrie électrique, est plus que suffisante pour parer à toute éventualité.
- En 1950, les sociétés productrices privées atteindront une capacité globale de 54 000 000 de kilowatts à quoi s’ajouteront 1$ 500 000 kW des installations génératrices des principales entreprises industrielles du pays et 6 700 000 kW des usines hydro-électriques fonctionnant sous les auspices du gouvernement fédéral.
- L’entreprise gouvernementale de production d’énergie électrique de beaucoup la plus vaste est celle de la Tennessee Valley Àutho-rity (TVA), qui exploite 27 barrages de l’est des États-Unis et distribue le courant dans sept États en Arertu de contrats passés avec les municipalités et les coopératives d’électrification rurale. La capacité de production du système de la TVA, qui s’élève actuellement à 2 825 000 kW, sera augmentée de 1 500 000 kW quand sera complètement exécuté un programme triennal en cours d’application.
- p.356 - vue 370/406
-
-
-
- 357
- Le polystyrène dans l’industrie des peintures
- Huiles et résines alkydes styrénisées.
- Les polystyrènes forment aujourd’hui, aux États-Unis, une des classes de résines synthétiques les moins chères et les plus abondantes. D’énormes quantités en ont été fabriquées pendant la guerre pour l’industrie des caoutchoucs synthétiques. En ig46, la production de polystyrène était de 200 000 t, à côté de 60 000 t pour l’anhydride phtalique, matière première des résines glycéro-phtaliques très employées en peinture. L’in-dusti’ie du caoutchouc et celle des plastiques n’absorbent pas la totalité du polystyrène disponible, aussi lui a-t-on cherché d’autres débouchés, notamment dans l’industrie des peintures, mais comme il n’est pas utilisable directement dans cette industrie, on a essayé de l’associer à d’autres produits. C’est ainsi qu’ont été créées les « huiles styrénisées », qui ont actuellement un très gros succès, surtout en Angleterre et aux États-Unis.
- Ces nouvelles matières premières réuniraient un ensemble remarquable de qualités, tant économiques que techniques, si bien que certains Américains n’hésitent pas à les mettre au quatrième rang des liants synthétiques pour peinture, après les résines glycéro-phtaliques ou alkydes, les résines phénoliques et la nitro-cellulose. Ils établissent un parallèle entre la nitro-cellulose, héritage de la première guerre mondiale, et le polystyrène et ses dérivés, héritages de la seconde.
- Les résines glycéro-phtaliques, modifiées aux huiles appelées résines alkydes, obtenues à partir d’anhydride phtalique, de glycérine et d’huiles végétales diverses sont des produits assez bon marché, très employés dans l’industrie des peintures. Les revêtements qu’ils forment sont remarquables par leur facilité de pigmentation, leur stabilité de teinte, leur adhérence, leur brillant, leur souplesse, leur durabilité.
- Les résines phénoliques, moins employées, sont obtenues à partir de phénol et de formol. Elles sont remarquables par leur résistance à l’eau et aux agents chimiques.
- Enfin les vernis niti'o-cellulosiques rendent de très grands services quand on recherche la rapidité de séchage des revêtements.
- Par contre l’adhérence et la durabilité des peintures aux résines formo-phénoliques, la résistance à l’eau et aux agents chimiques des résines alkydes laissent à désirer et le prix élevé des vernis nilro-cellulosiques limite leurs emplois. Les huiles styrénisées réuniraient les qualités des résines formo-phénoliques, des alkydes et de la nitro-cellulose.
- Huiles styrénisées. — On les obtient en chauffant du styrolène avec des huiles pour peintures.
- Le styrolène n’est pas un produit nouveau. Il a été isolé pour la première fois du baume de l’arbre Liquidambar orientalis par le chimiste français Bonastre, en 1801. C’est un liquide incolore, d’odeur caractéristique et désagréable, qui bout à x45° C. On le prépare industriellement aujourd’hui par synthèse à partir de benzène et d’éthvlène, en présence de chlorure d’aluminium, suivant la réaction classique de Friedel et Crafts. La déshydrogénation catalytique de l’éthylbenzène C6H3 — CH2 — CIL, ainsi obtenu donne le styrolène C6H3 — Cil = CII2.
- Le styrolène, en se polymérisant, donne des résines dures, incolores, solubles dans les hydrocarbures et de nombreux solvants. Ces résines de polystyrène, ou polystyrolènes :
- ... — CHa — CH — CII2 — CII — CII2 — CII — ...
- ont trouvé depuis plusieurs années de nombreuses applications dans l’industrie des plastiques et surtout dans celle du caout-
- chouc : le G.R.S. est un copolymère contenant 25 pour 100 de styrolène et 70 pour 100 de butadiène.
- Les polystyrènes seuls ne sont pas des matières premières intéressantes pour les peintres, malgré leur grande solubilité. Ils sont difficiles à appliquer, manquent de souplesse, ne peuvent pas être plastifiés et sont incompatibles avec la plupart des autres matières premières. Mais leur bas prix et leur abondance ont stimulé les recherches pour leur trouver des utilisations.
- Une « phobie », copolvmère styrolène-butadiène,, était déjà employée dans un domaine limité, celui des péintures routières.
- Mais on cherchait surtout, depuis de nombreuses années déjà, à rendre le polystyrène soluble dans les huiles siccatives. Le premier brevet sur la question a été pris en 1900 par l’I. G. Farben.
- Les polystyrènes de haut poids moléculaire sont insolubles dans les huiles pour peintures et incompatibles avec elles, mais il n’en est pas de même des produits moins polymérisés. On a réussi à préparer des a huiles styrénisées » en chauffant simultanément du styrolène et une huile végétale, de l’huile de lin par exemple. Par analogie avec les copolymères styrène-buta-diène, on est immédiatement tenté de parler de copolymères styrène-huiles. C’est le terme couramment employé en Angleterre et aux États-Unis, à la suite des recherches de structures faites aux laboratoires de la Société Lewis Berger anglaise, en particulier par llewitt et Armitage. L’existence de ces copolymères est cependant discutée. Des chercheurs anglais, et les chercheurs français Petit et Fournier, du laboratoire des .peintures et vernis de Bellevue, ont montré expérimentalement qu’il n’y avait pas copolymérisation entre le styrolène et l’huile de lin ou l’huile de ricin déshydratée.
- La chimie de la polymérisation des huiles seules est déjà une question complexe et toujours très discutée, malgré de nombreuses années de recherches. Il n’est donc pas surprenant que la structure des huiles styrénisées ne soit pas encore définitivement établie. Quoi qu’il en soit, ces nouveaux produits ont certainement un grand avenir, mais un peu de recul est nécessaire pour juger de leur valeur réelle; en particulier, il faut attendre que les essais de vieillissement aient suffisamment duré.
- Préparation des huiles styrénisées. — Deux procédés industriels sont employés, celui de la Lewis Berger Ltd en Angleterre et celui de la Dow Chemical Co aux États-Unis.
- Le procédé1 Lewis Berger consiste à chauffer à reflux un mélange de styrolène, d’huile et de solvant, sans catalyseur. Les meilleurs résultats sont obtenus avec des huiles épaissies à la chaleur.
- A la Dow Chemical Co, on a cherché à éliminer l’odeur désagréable clu-styrolène. Le solvant est supprimé et on emploie un catalyseur. On chauffe un mélange de styrolène, additionné d’alpha-méthyl-styrolène, pour homogénéiser la masse avec une huile et un catalyseur au peroxyde de benzoyle. On obtient des huiles styrénisées de couleur claire, à séchage rapide. Les meilleurs résultats sont obtenus avec l’huile de lin et l’huile de ricin déshydratée; on peut aussi employer un mélange d’huile de soja et d’huile de bois de Chine.
- Peintures aux huiles styrénisées. — Les huiles styrénisées contiennent au plus 5o pour 100 de styrolène. On les emploie en solution dans le white-spirit seul ou additionné de xylène ou de solvant naphta. On les pigmente avec les produits usuels. Le séchage s’effectue comme pour les autres peintures,
- p.357 - vue 371/406
-
-
-
- 358
- d’abord par évaporation du solvant, puis par oxydation et polymérisation, accélérées par les siccatifs habituels. On compte suivant les compositions des huiles styi’énisées de i5 mn à 2 h pour un séchage hors-poussière et de 1 à 16 h pour que la peinture cesse de coller.
- Des peintures aux huiles stvrénisées pigmentées au minimum sont déjà employées en Hollande comme antirouilles pour les constructions métalliques et les navires.
- Résines alkydes styrénisées. — Il est tentant d’essayer de combiner les propriétés des résines alkydes à celles du polystyrène.
- L’American Cyanamid Co a mis au point des résines alkydes styrénisées, les « cycopols »; les Belges proposent les « sty-resols ».
- Ces produits sont obtenus, par exemple, en chauffant simultanément du styrolène, de l’anhydride phtalique, de la glycérine et des huiles. La présence du styrolène communiquerait à ces résines les qualités qui manquent aux résines alkydes, telles que la résistance à l’eau et aux agents chimiques, la dureté, et surtout une très grande rapidité de séchage.
- Ces résines alkydes styrénisées rendraient les mêmes services que les assocations de résines alkydes et d’aihinoplastes pour la peinture des accessoires de cuisine et de salle de bain, des jouets d’enfants, des pièces d’automobiles. Comme les huiles styrénisées, elles paraissent appelées à un certain développement dans l’industrie des peintures et vernis.
- Mme F. Appell, Ingénieur E.P.C.I.
- Le parasitisme des oiseaux dans leur reproduction
- Chacun sait que le Coucou, au chant si sonore et caractéristique, notre Coucou gris (Cuculus canorus L.), pond dans le nid d’autres espèces d’Oiscaux, qui se chargent de l’incubation de ses œufs et de l’élevage de ses petits. Parmi les espèces de Coucous et de Cuculidés du monde entier, il- en est un grand nombre qui agissent de même, si quelques autres (Ànis, Coucals, Coulicous) ont conservé l’habitude d’élever elles-mêmes leurs, nichées. Ces habitudes parasites des Coucous, très spectaculaires, et leur chant si remarquable sont à l’origine de maints dictons populaires.
- Cependant les Cuculidés ne sont pas les seuls Oiseaux à comportement parasite durant la reproduction. On en retrouve dans des groupes très* différents : parmi des Canards, dans une famille proche des Pics (les Indicatoridés), et parmi des Passereaux les plus évolués (Carouges et Veuves). Occasionnellement, on observe chez d’autres groupes des tendances au parasitisme.
- Les Canards nous montrent comment naissent et se développent ces habitudes parasites. Chez un grand nombre de leurs espèces, il n’y a pas de mariage durable et le mâle n’est présent parfois que durant la période qui précède l’incubation, la femelle s’en chargeant seule et s’occupant aussi de l’élevage des jeunes. Dans ce cas, l’attachement au territoire apparaît fugitif, et il arrive même que le nid soit placé en dehors du territoire défendu par le mâle. Le désintéressement du mâle envers la nichée semble souvent à l’origine du parasitisme, comme l’a souligné Friedmann. Il est fréquent parmi les Canards que deux femelles d’une même espèce pondent dans le même nid : une seule couve et élève la double nichée. Mais il n’est pas rare non plus d’en trouver des nids comprenant un lot mélangé d’œufs de deux espèces distinctes : ainsi, en Camargue, où coexistent le Canard col-vert (Anas platyrhynchos) et le Brante roussâtre (N et ta ru final), on a souvent trouvé des œufs des deux espèces dans le même nid. Ce sont des cas sporadiques, quoique très nets, de parasitisme, dus vraisemblablement à une forte densité de population et favorisés par le relâchement du comportement territorial.
- Chez une espèce de Canard de l’Amérique du Sud, Hetero-netta atricapilla, le parasitisme est passé à l’état d’habitude constante et héréditaire. Ce Canard, assez aberrant, et rapproché par Delacour et Mayr du groupe des Oxyura, pond un œuf relativement très gros, et il est possible qu’il possède les mêmes facultés que celui d’Oxyura dans son développement embryon-
- naire, qui, chez Oxyura, peut être assuré par une incubation effectuée d’une façon irrégulière, spécialement à la fin. Cette remarquable préadaptation des Oxyura, si elle se vérifie chez Heteronetta, a pu être utile pour l’établissement du parasitisme. Quoi qu’il en soit, Heteronetta pond normalement dans le nid d’un autre Canard Metopiana peposaka, soit en répartissant ses œufs un à un par nid, soit en déposant toute sa ponte dans le môme nid. Il arrive que d’autres Anatidés, tel que Coscoroba coscoroba ou des Oiseaux d’autres familles reçoivent l’œuf à.’Heteronetta, mais l’hôte le plus fréquent est Metopiana peposaka.
- Un groupe d’Oiseaux qui apparaît entièrement parasite est celui des Indicateurs, tout au moins dans l’état actuel de nos connaissances, car on sait fort peu de chose sur leur biologie et leur reproduction. Ces Oiseaux, proches des Pics et des Barbus sont divisés en un petit nombre de genres et parmi ceux-ci les espèces du genre Indicalor ont la curieuse habitude de mener l’Homme aux nids d’Abeilles et de profiter de leur pillage. Ce comportement, observé aussi envers une sorte de Blaireau mel-lipliage, peut s’exercer parfois envers l’Homme d’une façon dangereuse, le menant sur le gîte d’une bête fauve (Panthère ou Buffle) (Dr Gronder), sans qu’on en comprenne les raisons. Autant qu’on le sache donc, les Indicateurs déposent leurs œufs dans le nid de leurs parents, les Barbus et les Pics, ainsi que dans les nids de bien d’autres espèces : Guêpiers, Hirondelles, Mésanges, Merles, Pies-grièches, Moineaux, etc.... Il semble que les œufs de l’hôte soient détruits par le parasite, mais à cet égard la documentation fait le plus souvent défaut.
- Les Ictéridés, famille américaine, qui comprend les Troupiales, Caciques, Quiscales, et les divers « Étourneaux » du Nouveau Monde (notre Étourneau n’y ayant été introduit que depuis un demi-siècle) compte un certain nombre d’espèces parasites, et, parmi elles, singulièrement celles du genre Molothrus ont été le plus étudiées ; elles nous montrent les divers stades du parasitisme et ses adaptations particulières, exactement comme les Cuculidés : cette remarquable convergence est à souligner.
- Le premier stade nous est fourni par Molothrus badius, le Carouge à ailes baies. Il est encore capable de nidifier, mais il trouve plus pratique de s’emparer du nid d’autres espèces pour y pondre et y élever ses jeunes. Parfois, comme chez les Canards, plusieurs femelles pondent dans le même nid, une seule s’occupant de la nichée.
- Trois autres Carouges sont tout à fait parasites. Molothrus ater
- p.358 - vue 372/406
-
-
-
- (Étourneau ordinaire des Canadiens, Cow-bird) remplit en Amérique du Nord le rôle de parasite du Coucou de chez nous. Le nombre des espèces qui lui servent d’hôtes est considérable et c’est le plus fréquemment certains représentants des Tyrannidés, Parulidés et Fringillidés qui remplissent ce rôle. Le parasite dépose un ou plusieurs œufs dans le nid de l’hôte, en éliminant ou non ceux qui y sont. Son jeune, éclos généralement plus tôt que scs frères d’adoption, ne paraît pas, comme les vrais Coucous, rejeter les œufs ou jeunes de l’hôte hors du nid; mais de croissance rapide et très vigoureux, il concurrence dangereusement les petits de l’iiôte, qui, sous-alimentés, parfois.
- Le Carouge bruyant (Molothms bre-viroslris) est beaucoup moins éclectique, parasitant surtout M. badius, sans qu’il y ait destruction de la nichée de celui-ci. Par contre, le pourcentage des nids parasités de celle espèce apparaît extrêmement élevé, de plus de 90 pour 100 (Friedmann). L’absence de dommage pour l’hôte permet de tels chiffres. Lu pourcentage de 100 pour 100 a même' été trouvé chez' des lcléridés voisins.
- Le Carouge brillant (Mololhras bo-nariensis) parasite en Amérique du Sud un très grand nombre d’espèces diverses de Passereaux, et surtout le « Moineau » du pays, Brachyspiza caperisis.
- 11 nous offre les stades les plus évolués du parasitisme, avec un comportement territorial dégradé; l’absence de mariage durable, la destruction des œufs de l’hôte par la femelle pondeuse, et l’existence de lignées ou de races écologiques adaptées à des espèces particulières avec œufs semblables à ceux de. l’hôte; il y a parfois cependant absence d’adaptation- Le parallélisme de cette évolution et de celle des Coucous est frappant.
- Pour que ce stade le plus évolué du parasitisme, l’établissement de lignées écologiques, puisse être atteint, il faut chez le parasite l’avantage de certaines préadaptations. Elles se constatent chez Molottirus comme chez Caculus. La coquille des œufs parasites est plus épaisse qtie celle des non-parasites. Le développement embryonnaire est rapide, permettant une éclosion précoce; la croissance du Poussin se fait également plus rapidement et vigoureusement que celle des hôtes, permettant au parasite de dominer, parfois d’éliminer ses frères d’adoption. .
- D’autre part, les réactions des hôtes envers l’œuf du parasite, qui se traduisent par l’abandon du nid ou l’enfouissement sous une nouvelle coupe construite au-dessus de la première, sont cl’autanl moins fréquentes que l’homo-chromie de l’œuf du parasite est mieux réalisée, ou que le parasite s’adresse à des espèces moins susceptibles.
- Un autre groupe d’Oiseaux parasites est celui des Veuves, qui constituent
- une sous-famille des Plocéidés, et sont connues des amateurs d’Oiseaux grâce à la beauté de leur plumage.
- Leur parasitisme s’exerce surtout envers les Astrilds, leurs proches parents et aussi envers quelques autres Plocéidés et plusieurs espèces de Cisticoles (Sylvidés). Il semble que chaque espèce de Veuve parasite de préférence certains hôtes et Neunzig avait même fait ressortir une sorte de mimétisme entre le jeune hôte et le jeune parasite, lorsque l’hôte était un Aslrild, mimé-
- Figr. 1 à 4. — Le mimétisme des jeunes veuves parasites (d’après Xeunzig, 1929).
- 1, Jeune de Vidua hypocherina ; 2, Mâle adulte de. la môme espèce, parasite de Estrilda astrilda ; 1 a, Jeune de Estrilda astrilda delamarei ; 2 a, Mlle adulte de la même espèce, hôte de Vidua hypocherina ; 3, Jeune de Vidua serena ; 4, Mâle adulte de la même espèce, parasite de Estrilda astrild ; 3 a, Jeune de Estrilda astrild ; 4 a, Mâle adulte de la même espèce, hôte de Vidua serena. (Figure empruntée au Traité de Zoologie, de Grasse, tome XV, Oiseaux, 1950, p. 451).
- p.359 - vue 373/406
-
-
-
- 360
- tisme portant à la fois sur le plumage juvénile et sur les marques et points brillamment colorés de la bouche des Poussins (fig. i à 4). On objecte toutefois qu’il peut s’agir, non d’un stade d’évolution du parasitisme, mais du simple jeu des affinités phylé tiques d’espèces de la même famille des Plocéidés. Dans le même ordre'd’idées, on constate que l’œuf des Veuves est blanc comme celui des Astrilds quoiqu’un peu plus gros et à coquille plus épaisse. La présence du jeune parasite (un ou deux par nid pour Vid.ua macroura) ne paraît pas causer de dommage à la nichée de l’hôte.
- - L’adaptation semblant exister chez certaines espèces de Veuves à l’égard de certains Astrilds n’empêche pas quelques-unes d’entre elles de parasiter d’autres Plocéidés et même des Sylvidés (Cisticola), envers lesquels elles ne montrent pas d’homochromie de l’œuf. Par contre, un Plocéidé, Anomalospiza 'imberbis, qui parasite des Sylvidés (Prima et Cisticola) a un type d’œuf adapté, qui ressemble beaucoup à celui d’une race de Cisticola juncidis.
- Si nous tentons maintenant de dégager les traits communs des Oiseaux parasites dans la biologie de leur reproduction, on constate d’abord qu’il y a chez tous (Indicatoridés mis à part, pour lesquels on ne sait rien encore) un relâchement très net des liens familiaux avec absence de mariage durable (Coucous, Carouges) ou polygamie simultanée ou successive (Coucous, Carouges, Veuves); le territoire n’est souvent plus défendu, il peut qe pas être le même chez le mâle que chez la femelle (Coucous). L’oeuf est généralement à coquille épaisse et le développement embryonnaire et post-embryonnaire est rapide. Quant à la grosseur de l’œuf, s’il est relativement gros chez les Ictéridés et Plocéidés et chez Heteronetta, il est"généralement proportion-
- nellement très petit chez les Cuculidés qui parasitent la plupart du temps des espèces qui leur sont très inférieures de taille; il en résulte que l’œuf des Coucous est à peu près de la grosseur de ceux de l’hôte.
- Les relations qui existent entre hôte et parasite soulignent le degré d’évolution et d’adaptation de celui-ci. Ces relations sont d’autant plus fréquentes que le parasite pond des œufs ressemblant à ceux de l’hôte (l'homochromie est parfois extraordinaire) et que l’hôte montre de la passivité à l’égard de l’action du parasite. Celle-ci n’est nocive envers l’hôte que dans les cas de destruction des propres descendants de l’hôte, comme chez les vrais Coucous et souvent chez Molothrus : il y a une utilité biologique à cette nocivité nécessaire. Un couple donné d’Oi-seaux ne peut élever qu’un certain poids de Poussins et un jeune Coucou pèse autant à lui tout seul que toute une nichée normale de ses hôtes. Quand il n’y a pas déséquilibre entre le poids du parasite et celui des jeunes hôtes, il n’v a pas éviction de ceux-ci, ou bien elle est limitée. On constate ainsi le phénomène d’éviction chez Cuculus, parasitant des espèces bien pins petites, mais non chez Clamator; et chez Molothrus ater, les jeunes hôtes sont souvent élevés conjointement avec le parasite, s’ils sont assez gros et forts pour résister à sa concurrence. Nous voyons en jeu ici une des lois de la Nature et les divers moyens qu’elle emploie pour assurer la reproduction des espèces d’Oiseaux dont la dégradation de comportement ne les rend plus ' capables de s’occuper eux-mêmes des soins de l’incubation et de l’élevage des jeunes, soins qui sont confiés parfois à des espèces proches parentes (Canards, Veuves, Ictéridés), souvent aussi à des espèces de familles très différentes (Cuculidés, Molothrus ater, etc.).
- Noël Mayaud.
- La population de
- Le Bulletin mensuel de statistique de l’Institut national de la statistique et des études économiques vient de publier les résultats des statistiques trimestrielles établies en 1949 sur le mouvement de la population dans la France métropolitaine.
- En ce qui concerne la nuptialité, on avait compté 273 917 mariages en 1938. En 1946, ils atteignirent 517 000, tant du fait de la lin de la guerre que de l’augmentation du nombre des personnes arrivant aux âges mariables, par suite de l’augmentation des naissances après la fin de la guerre de 1918. Leur nombre est en décroissance depuis : 423 423 en. 1947, 369 48i en 1948, 339 096 en 1949. Le taux de 162 nouveaux mariés pour 10 000 habitants reste cependant supérieur du quart à celui de 1938.
- Le nombre des divorces reste élevé, tout en diminuant : 56 862 en 1947, 46 472 en 1948, 39 171 en 1949. Il était de 24 3i8 en 1938. Il représente près du huitième du nombre des mariages.
- la France en 1949.
- La natalité reste élevée : 862 965 naissances vivantes en 194?) 864 116 en 1948, 865 191 en 1949 contre 612 248 seulement en 1988. Le nombre des mort-nés ne varie guère : 22 137 en ig38, 24 459 en 1947, 22 44o en 1948, 21 980 en 1949. Les décès de la première année sont plus variables : 4o i48 en 1938/56 958 en 1947, 44 294 en 1948, 48 457 en 1949.
- La mortalité est en décroissance depuis la guerre. En 1949, elle s’est trouvée anormalement élevée par l’épidémie de grippe de l’hiver qui a surtout touché les vieillards et les très jeunes enfants. Malgré cela, elle e.st restée inférieure à celle de 1988 : 647 498. On a relevé 533 48g décès en ig47, 5o6 277 en 1948, 567 93o en 1949-
- La balance des naissances et des décès indique un dépeuplement de 35 2.5o habitants en ig38, un surpeuplement de 329 466 en 1947, 357 839 en 1948, 297 261 en ig4g.
- En tenant compte de l’immigration étrangère, la population de la France doit dépasser 42 000 000 d’habitants en 1950.
- Cotonnades
- Porter en hiver des vêtements aussi légers qu’en été tout en protégeant le corps dix fois mieux contre le froid serait un rêve réalisable grâce au procédé, de « métallisation » du nylon, du coton, de la rayonne et de la laine que vient de mettre au point la Deering Milliken Company, l’un des plus grands fabricants de vêtements d’Amérique.
- La nouvelle méthode consisterait à métalliser l’ënvers des tissus à l’aide d’un traitement à base d’aluminium ou d’autres substances métalliques en suspension dans une solution résineuse. Ce liquide métallisé forme à la surface du tissu traité
- métallisées.
- des sortes d’écailles offrant des propriétés isolantes de même nature que celles de la laine, mais « réfléchissant » beaucoup mieux que celle-ci le froid — ou la chaleur en été. On appréciera l’avantage du tissu métallisé à sa juste valeur en considérant que 85 pour xoo de la chaleur du corps humain se trouve gaspillée par temps froid du fait que le corps « émet » la chaleur par radiation. Mais le tissu métallisé ne gêne pas pour autant la respiration par les pores, car il ne s’oppose nullement au passage de l’air. Dans certains cas, pour le nylon en particulier, le tissu traité deviendrait même plus poreux.
- p.360 - vue 374/406
-
-
-
- L'« ABRI DE NAVIGATION»
- L’adaptation du poste de conduite aux réflexes naturels de l’homme est une des questions les plus typiques de la technique actuelle. Elle nous fait toucher du doigt — par des problèmes concrets et non pas par des considérations affectives — le problème de l’adaptation réciproque de l’homme et de la machine et l’utilité d’une collaboration effective entre les neurologues et les mécaniciens.
- Réflexes et conduite.
- Au volant d’une voiture, le conducteur se trouve généralement bien adapté à la conduite. Les mouvements du volant sont instinctifs, ceux des pédales et des leviers le deviennent rapidement par une construction psycho-physiologique qui s’apparente aux et réflexes conditionnés » de Pavlov.
- On sait que ceux-ci ont leur siège principal dans le cortex; si l’on « pèle » le cerveau d’un animal, celui-ci perd les réflexes conditionnés qu’on avait pu lui inculquer. Cette expérience cruelle n’a pas été faite sur les automobilistes, mais on connaît bien, aujourd’hui, le mécanisme de ces complexes de mouvements qui mettent en jeu l’écorce grise, le thalamus et le cervelet.
- La position du conducteur de voiture est bonne; il est mieux placé que les témoins extérieurs pour avoir une vue synthétique et possède, grâce au rétro-viseur, une « vision vers l’arrière » que nous avons perdue depuis que l’évolution a réduit à néant l’activité de notre glande pinéale, ce « troisième œil » de nos ancêtres de l’Évolution (?).
- Pour le mécanicien de locomotives à vapeur, la position n’est pas non plus critiquable; la station debout donne du contrôle, du sens critique, c’est celle que Victor Hugo adoptait pour travailler à Guernesey. Les Anglais nous ont joué un mauvais tour en créant chez nous le précédent de la ligne de Rouen, qui nous a imposé la circulation des trains à gauche, car l’homme se tourne plus facilement vers la gauche, pour diverses raisons physiologiques, en sorte que la place naturelle du conducteur serait à droite. En outre, le mécanicien est sujet à se déplacer, ce qui perturbe son sens de l’orientation; nous avons affaire là à une difficulté spéciale, de « recentre-men't », que nous retrouverons à propos des abris de navigation.
- Le « conducteur-électricien », chargé de piloter les locomotives électriques, , est entièrement libre, avec vue dégagée sur le devant. La station debout ou quasi-debout le rend particulièrement sensible aux finesses du freinage, les accélérations de cet ordre étant perçues par l’homme musculairement. « Le freinage se sent au ventre », disent les conducteurs du Métro.
- La créature humaine se trouve en revanche considérablement dépassée à bord des engins volants : avions à voiture plane et gyravions.
- L’homme n’est pas fait pour
- se déplacer dans trois dimensions et c’est merveille que les réflexes du « manche à balai » et du palonnier puissent être acquis si rapidement, d’autant que le mouvement de ce dernier est inverse du mouvement des genoux du cavalier qui possède, si l’on peut dire une antériorité de quelques millénaires !
- Nous ne développerons pas ce vaste sujet des adaptations de l’homme à la machine volante, que viennent compliquer, au surplus, les perturbations physiologiques provoquées par des accélérations sans aucune commune mesure avec les conditions normales de notre vie. Rappelons seulement que lors des récents essais d’un prototype à réaction, le pilote avait une commande installée sur chaque doigt ; la main gauche avait à opérer diverses manœuvres globales, les deux mains, bien entendu, s’occupaient du « manche à balai » (secteur de pilotage) et un carnet était en outre attaché sur la cuisse droite avec un élastique, sans doute pour permettre au pilote de noter ses impressions !
- Rôle de l'officier de quart.
- Nous voudrions entretenir le lecteur du problème des « abris de navigation », plus significatif et plus général qu’on ne le croirait d’abord. La navigation est vieille à peu près autant que l’humanité. Ses traditions, ses vocables sous-tendent notre langage; nous disons : « rester en panne, embarquer, démarrer, louvoyer, atterrir, aborder, échouer, sombrer, perdre le Nord, se saborder, démasquer ses batteries, amener son pavillon, prendre la barre, faire appel à des pilotes éprouvés »; nous avons tous lu Jules Verne !
- Par ailleurs, l’homme qui conduit un gros bateau — Vofficier de quart — est libre; il va, vient, scrute l’horizon, interpelle l’homme de barre, court aux cartes, retourne au chadburn ou au sifflet. Tous ses réflexes fonctionnent en parallèle avec les mécanismes du navire; il nous offre l’image naturelle de l’homme en plein rendement.
- La première caractéristique du rôle est l’énormité'matérielle de l’engin à diriger, qui interdit à l’officier d’en prendre une
- vue globale : on conduit un canot automobile comme une automobile, mais pas un navire de io ooo t. L’officier a des ordres — « Je vous passe le soin », dit l’officier sortant, à son camarade, au moment du changement de quart. Il a aussi des instruments et des règles de navigation. Les premiers, tels le radar, prolongent ses sens. Les secondes sont de véritables réflexes acquis, qui deviennent ceux du navire. Par exemple, si l’officier voit apparaître subitement, sur sa droite, un feu rouge venant sur son étrave, il ne doit pas avoir à se dire qu’il est menacé d’abordage; il faut qu’il ait déjà crié : « La barre à bâbord toute ! », passé l’ordre aux machines avec le levier du chadburn et qu’il se pende aussitôt à la corde du sifflet.
- Seconde caractéristique : l’officier n’est pas seul. Il faut du monde, pour conduire un
- Fig. 1. — Paquebot français « Liberté » à quai.
- Vue des superstructures avant avec le poste de navigation.
- (Photo C“ G1’ Transatlantique).
- p.361 - vue 375/406
-
-
-
- 362
- grand, navire! Cet homme aux sourcils creusés, les mains sur la grande roue à bâtons, c’est le timonier, 1’ « homme de barre », qui commande le gouvernail par l’intermédiaire d’un servo-moteur. Dans’ les passes difficiles, à l’entrée des ports, un troisième compagnon monte sur la passerelle : le pilote, habitué aux chenaux, qui assume momentanément la responsabilité du navire. En outre, l’officier n’est pas libre; il « a des ordres », les prescriptions du commandant, expert en. loxodromies et en atterrages.
- De nuit, le limonier gouverne en se guidant sur le répétiteur de cap et le compas (boussole) ; il se tient, par exemple, i5° à gauche du nord, suivant l’ordre de l’officier. De jour, il pointe l’étrave du bâtiment sur un repère terrestre ou un nuage; dès que l’étrave commence à s’écarter du repère, il ramène le navire sur sa route, avant même que le compas commence à s’orienter ou que le répétiteur émette son premier cliquetis.
- Fig. 2. — A gauche : Plan rationnel d’un abri de navigation (d’après Llaxso, Pacific Marine Review et Bulletin technique Veritas).
- 1, cloison avant du kiosque ; une fenêtre sur trois peut être ouverte ; 2, indicateur d’angle de barre au-dessus de la fenêtre axiale ; 3, manche d’aération ; 4, répétiteur de gyro ; 5, répétiteurs de gisements des gyros ; 6, pilotage automatique ; 7, central de secours ; 8, armoires tribord et bâbord pour instruments, pavillons, livres, fanaux à pétrole, au-dessous des fenêtres ; 9, entrée du kiosque par l’escalier venant du pont au-dessous ; 10, pupitres des cartes ; à tribord, pour la navigation de jour ; à bâbord, pour celle de nuit, avec éclairage masqué ; à gauche du pupitre de nuit, chronomètres ; en arrière, appareil Loran de direction radioguidée ; 11, portes de secours, normalement verrouillées ; 12, compas magnétique de direction ; 13, cabine de radar ; 14, demi-cercle d’instruments détaillés dans la figure de droite. Le poste de quart est au centre, devant
- la barre d’appui haute de 1 m.
- Fig. 3. — A droite : Détail de la partie avant, montrant la position de l’officier de quart en X, devant la couronne des instruments de renseignements et des appareils de commande.
- A, chronomètres ; B, enrègistreur de sondages ; C, téléphone haut-parleur ; D, indicateur de sondage ; E, radar combiné au répétiteur de gyro ; F, enregistreur de route ; G et II, commandes à main et électrique du sifflet ; I, tachymètre et indicateur du sens de marche des machines ; J, transmetteur d’ordres
- aux machines.
- Cette fonction du timonier rappelle celle du « pilotage » à bord des avions, et nous savons qu’à bord des gros avions longs courriers, le pilotage et le contrôle géographique ont dû être également confiés à deux opérateurs différents. Une firme américaine vient du reste de mettre au point un appareillage automatique, véritable « timonier-robot », analogue aux « gyrq-pilotes » d’avions, qui permet au navire de suivre une « route » (direction) déterminée, sans intervention de l’officier de quart, les menus écarts et la déviation du compas étant compensés par des appareils électroniques.
- Quand un pilote monte à bord, il peut prendre la barre lui-même, passant ses instructions verbalement, au fur et à mesure des manoeuvres, à l’officier de quart : les ordres se trouvent alors « renversés ». Souvent, il se porte en abord, à l’extrémité des passerelles horizontales qui s’étendent à droite et à gauche de l’abri de navigation. De là — souvent dans la pluie et le Vent — il doit crier ses instructions à l’officier, au timonier, voire aux hommes de pont et du guindeau de l’ancre.
- Installations erronées.
- Voilà certes bien des complications, qui peuvent toutefois être diminuées par une rationalisation des dispositions de l’abri de navigation et des instruments (*), en rapport, précisément, avec les réflexes naturels des hommes appelés à s’en servir.
- Commençons par les critiques. Il arrive trop souvent que les fenêires soient peu nombreuses et trop écartées; dans ce cas, des secteurs entiers disparaissent dangereusement aux yeux de l’officier de quart; celui-ci se trouve contraint à des déplacements répétés, au cours desquels il risque de perdre le sens de l’orientation. L’idéal serait qu’il pût utiliser à plein le champ de sa vision naturelle, soit i8o°, rien qu’en tournant les yeux et éventuellement la tête.
- Les apparitions d’images virtuelles sont dangereuses. Elles proviennent de la réflexion, sur les glaces des fenêtres, des lampes d’éclairage ou des lampes de j divers tableaux : lampes d’appel,
- lampes témoins, lampes d’éclairage des cadrans. De là des erreurs graves, surtout dans le cas des lumières colorées.
- Il paraît donc sage de placer à un niveau inférieur aux fenêtres les instruments éclairés n’intervenant pas dans la navigation; tous les autres instruments éclairés doivent être couverts par des écrans et des capotages.
- A l’intérieur des ports, quand on manœuvre au milieu d’un fort trafic, l’incapacité de voir en arrière se fait cruellement sentir; la cheminée est là, ainsi que diverses superstructures, 'barrant la vue directe. L’officier doit alors se déplacer rapidement, souvent sur les ailes latérales de la passerelle, et se trouve exposé à perdre momentanément le sens de l’orientation : il ne faut pas beaucoup de secondes de désorientation pour provoquer un ordre erroné, dont les conséquences, au cours d’une manœuvre serrée, seront irrémédiables.
- De l’avis des commodores les plus austères, un officier de quart ne travaille bien que s’il dispose d’un confort minimum. Charcot • se contentait de quelques pieds car-
- rés, entourés d’un prélart; il y mourut en héros de la mer, mais son exemple technique ne doit pas être encouragé à bord d’un cargo ou d’un paquebot ! Il est difficilement admissible d’obliger ces jeunes gens, faute d’une visibilité suffisante à l’intérieur de l’abri, à se poster en pleine tempête sur l’aile découverte, sans pouvoir parfois ouvrir les yeux, sous une pluie battante.
- Les tables des cartes sont souvent placées en des points éloignés, à l’arrière. Pour se rendre à la chambre des cartes, l’officier doit abandonner son poste et se diriger vers l’arrière, ce qui lui fait perdre son orientation. Il n’y a pas de raison déterminante de placer les cartes dans une chambre séparée.
- Il arrive que les instruments d’observation, donnant la position du navire, celle des objets extérieurs et des repères de navigation, sont orientés de façon absurde. Exemples : un radio-
- 1. Voir, pour ce qui suit, une étude de M. F. J. Llanso in Pacific Marine Revieio, septembre 1949, condensée in Bulletin technique du Bureau Veritas, août- 1950.
- p.362 - vue 376/406
-
-
-
- 363
- goniomètre disposé par le travers, un radar éloigné de l’axe longitudinal du navire, un sondeur installé dans la chambre des cartes.
- Des anomalies plus subtiles sont souvent à signaler en ce qui concerne les organes de commande. Supposons, notamment, que la roue du timonier soit sur le côté, au lieu de se trouver dans l’axe du navire; dans ce cas, lorsque le timonier tiendra l’étrave sur un repère fixe, il fera faire une route incurvée au navire, par suite de l’effet de parallaxe; ceci est très sensible lors de la navigation « dans des eaux restreintes ».
- Si le compas, ou le répétiteur du gyroscope général du navire, se trouvent éloignés de l’axe longitudinal, le changement de cap réel du navire, autrement dit la rotation angulaire du navire par rapport au méridien, n’est plus traduit correctement, pour le timonier, par la rotation du cadran.
- Les ordres à la machine sont transmis par le classique « chad-burn », qui comporte un levier se déplaçant sur un secteur à plusieurs positions. Chaque fois que l’officier déplace le levier, un timbre sonne à la machine, et le mécanicien a son attention attirée vers le grand cadran où l’ordre se trouve reproduit. On recommande que le chadburn soit implanté de telle manière que l’officier se trouve nécessairement placé devant le levier d’une façon invariable; faute de quoi, on risque des ordres erronés.
- Quant à la corde du sifflet, elle doit se trouver constamment à portée de la main, pour les mômes raisons de constance de la position et de temps gagné : il n’est pas de menus détails en matière de sécurité i
- Projet d'un abri rationnel.
- Quelles sont donc les conditions à réaliser ? Il faut qu’à tout instant l’officier et le timonier puissent « faire jouer librement leurs réflexes naturels » (et acquis), tant en ce qui concerné la lecture aux instruments que la manœuvre des organes de commande.
- La position normale de l’homme est face avant, sens de la marche et de l’action; le poste de l’officier est donc à l’avant de l’abri, dans l’axe, face à l’étrave; c’est autour de ce point — ne disons pas de ce centre — qu’il convient de disposer cadrans et leviers.
- Quand l’homme se déplace, il regarde devant lui mais aussi, instinctivement, vers le bas, afin d’apercevoir les obstacles. Il faut donc placer les instruments et organes de commande devant l’officier, en ne réclamant de ce dernier que le minimum de déplacements, surtout angulaires, et au-dessous du plan horizontal des yeux.
- Passons aux bruits et signaux sonores. Pour écouter, l’homme se sert d’abord de l’oreille située du côté de la source sonore; c’est ce qu’on appelle « prêter l’oreille »; il tourne ensuite le visage vers la source, de façon à voir cette source et, à tout le moins, à localiser acoustiquement son emplacement par le phé-
- nomène directionnel de l’audition bi-auri-culaire. Il faut donc, pour assurer une identification rapide, que les sons extérieurs arrivent à l’officier directement; on évite ainsi qu’un coup de sirène en provenance de l’avant lui paraisse venir de l’arrière, par une porte ouverte.
- Le toucher et le « sens céneslliésique » doivent corroborer autant que faire se peut, les indications visuelles. N’oublions pas que l’éclairage doit souvent être réduit pou-r maintenir une bonne visibilité extérieure. On étudiera donc une « différenciation des formes » des organes de commande : leviers, volants, boutons, manettes, permettant à l'officier de les reconnaître au toucher. Un embryon de différenciation existe souvent à bord des voitures, où le bouton des phares, par exemple, sera polygonal, précisément parce qu’on est appelé à l’employer dans l’obscurité.
- Les principaux instruments et organes de commande figurant dans un poste de navigation sont les suivants : indicateur d'angle de barre, matérialisant constamment la position du gouvernail; sondeur automatique à ultra-sons, indiquant la profondeur d’eau sous la quille, ou même fournissant un profil du fond (enregistreur de sondage); téléphone haut-parleur; radar, combiné ou non avec le répétiteur de gyroscope ; enregistreur de route-; commande du sijjlet; indicateur de sens et de la vitesse de rotation des arbres d’hélices; chadburn ou équivalent.
- Ces différents organes doivent se trouver à portée immédiate de l’officier. Si nous nous déplaçons dans l’abri, nous trouvons en outre : la roue de barre (ou le pilote automatique), les pupitres des caries (« jour » et « nuit ») l’appareillage du radar, les armoires à instruments, pavillons, fanaux, catalogue des phares, etc.
- Nous donnons ci-contre — toujours d’après M. Llanso — un plan détaillé d’abri de navigation, où l’on s’est efforcé de réaliser les différentes conditions envisagées en vue d’une meilleure coopération des réflexes humains et des mécanismes techniques.
- On remarquera que la position de l’officier de navigation se trouve dans le demi-cercle des instruments, mais non pas au centre; le rayon, exigé par les nécessités constructives et l’encombrement des instruments, est en effet trop grand pour permetre à l’officier une lecture satisfaisante d’un seul point fixe central.
- ... « Le rayon de courbure des pupitres de commande doit être à la mesure de l’envergure humaine » : voilà qui résume de façon réellement symbolique le vaste problème de l’adaptation efficace de l’homme au monde mécanisé d’aujourd’hui !
- Les mêmes problèmes se posent pour la conduite coordonnée de toutes les machines et, dans chaque cas, il devient de plus en plus nécessaire de procéder à une étude systématique des commandes et des contrôlés, aussi bien à la mer qu’à terre et dans l’air.
- Pierre Devaux.
- (Photo C‘° G‘e Transatlantique).
- p.363 - vue 377/406
-
-
-
- Stations étranges de champignons
- Chacun sait que les champignons sont des végétaux inférieurs à thalle privé de chlorophylle. L’absence de ce pigment vert entraîne pour ces plantes des conséquences importantes du point de vue de leur nutrition, et par cela même, relativement à leur mode de vie. En effet, un grand nombre de champignons sont nettement parasites, vivant aux dépens d’organismes vivants, soit végétaux (maladies cryptogamiques), soit animaux (mycoses). D’autres s’attaquent de préférence aux vestiges ^d’organismes en décomposition, comme les fumiers, ce qui est le cas des Muco-rinées, ou aux feuilles mortes des sous-bois, comme c’est le cas des Agaricacés et autres Hyménomycètes de nos forêts. On dit alors que ces champignons sont saprophytes.
- Les champignons, en effet, affectionnent particulièrement les lieux humides et peu exposés au soleil et se développent avec la plus grande rapidité. Mais l’existence de leurs appareils aériens est de courte durée et ils ne tardent pas à se décomposer. Au contraire, leurs spores sont capables de demeurer assez longtemps à l’état de vie ralentie et comme élis sont véhiculées aisément, soit par l’eau, soit par le vent, ou autrement, il y a des champignons à peu près partout.
- Ces dernières remarques s’appliquent, en tout cas, à deux stations extravagantes occupées par des Coprins, champignons aux carpophores éphémères, observées l’année dernière, l’une à Luchon (Haute-Garonne), l’autre à Biarritz (Basses-Pyrénées).
- Dans le premier cas, il s’agit du Copri-nus tomentosus Boud. qui croît normalement en touffes serrées non loin des lieux fumés et qu’on reconnaît facilement par son chapeau gris, ovoïde allongé,
- couvert d’une sorte de laine fragmentée. Le pied est gris floconneux, les lames sont blanches au début, puis violet-noir, avec une frange piquetée de blanc. Ces champignons, de taille modeste (3 à 7 cm), croissaient en masse sur le revers interne du garde-boue métallique arrière d’un camion effectuant, dans des fermes isolées, le ramassage quotidien du lait pour la ville de Luchon. Il paraît évident que la boue plus ou moins desséchée qui garnissait ce garde-boue était imprégnée des spores de ce vulgaire Coprin et le renouvellement matinal de la boue entretenait l’humidié suffisante à la germination des spores et au développement des carpophores .
- Dans le deuxième cas, il s’agit au contraire du Coprinus congregatus Boud., reconnaissable par son chapeau épais, vaguement striulé' et jaune pâle, ovoïde et visqueux. Ces champignons, de taille réduite (5 cm), au pied blanc, aux lames gris-jaune au début, poussent en troupes serrées dans les endroits fumés. Ceux qui ont été observés et photographiés (fig. 1) occupaient une station peu banale. Ils croissaient entre les brins d’un vieux balai de sorgho servant au nettoyage d’une courette à Biarritz. Le balai, tout imprégné de terre humide, hébergeait évidemment des spores de ce Coprin, dont l’appareil sporifère vit le jour, après une forte pluie, dans le jardin où nous fîmes l’observation. Ce fait, associé au précédent, montre bien l’extrême diversité des stations de champignons et par là-même la grande facilité avec laquelle ils peuvent pousser dans des conditions aussi spéciales que celles dont nous venons de parler.
- Aimé G. Parrot.
- dans un vieux balai.
- La vie
- On sait que M. Paul Becquerel poursuit depuis plus de 4o ans de longues et difficiles recherches sur la vie latente et la reviviscence de graines, bactéries, animaux soumis à des conditions excessives de sécheresse, de vide, de froid, généralement considérées comme mortelles. Peu à peu, il a vu reculer les limites de résistance de la matière vivante à ces facteurs du milieu et il vient de couronner son oeuvre par deux expériences dont il a entretenu l’Académie des Sciences (Comptes rendus, t. 231, ig5o, p. 261).
- Il existe à PUniversité de Leyde un laboratoire cryogène créé par Kamerlingh Onnes où l’on réalise de très grands froids, voisins du o absolu (o° K = — 273° 18 C.). On y obtient couramment la liquéfaction de l’hydrogène (— 252°6 C.), celle de l’hélium (— 268°7 C.) et même depuis peu on y atteint une température un peu plus basse (moins de o°oi K) en démagnétisant de l’alun de fer dans l’hélium liquide, au moyen d’un gros électro-aimant.
- M. Becquerel, ayant inclus divers êtres vivants dans de l’alun de fer, les a ainsi envoyés à M. J. Gorter, directeur actuel du laboratoire de Leyde. On les a soumis deux fois pendant une heure-entière, à des températures inférieures à o°o5 K, descendues à un moment à o°oo75 K. Le vide est alors le plus parfait
- à 0° K.
- qu’on puisse actuellement atteindre et il n’est plus question d’humidité ni de tension de vapeur d’eau.
- Cependant, M. Becquerel, ayant ensuite débarrassé ses préparations de la poudre d’alun et les ayant réchauffées et réhydratées, a vu des organismes revivre, des bactéries ont germé comme les témoins. Des animaux du groupe des Tardigrades : Hypsi-bius Oberhaüseri, Milnesium tardigradum, d’autres du groupe des Rotifères : Callidina constricta, Philodina roseola, desséchés sur un fragment du Lichen Xanthoria parieiina où ils vivaient, sont redevenus actifs au bout de deux heures. Et cependant ceux-ci avaient déjà été plongés dans l’air liquide deux semaines en avril 1948.
- Cela est prodigieusement intéressant. Non seulement , on se demande comment peuvent se conserver la structure protoplasmique, l’état colloïdal, les complexes organiques propres à la matière vivante, dans ces conditions extrêmes de froid, de sécheresse et de vide. Mais aussi on se pose de nouveau le problème du peuplement de la Terre : fut-ce une création ou une synthèse propre à notre planète, ou bien des germes et des êtres vivants peuvent-ils traverser sans périr l’immensité des espaces interstellaires ? Pourrait-il exister une panspermie universelle ?
- p.364 - vue 378/406
-
-
-
- 365
- La limite de la classification périodique des éléments
- Il y a dix ans, l’élément le plus lourd connu était l’uranium, • de numéro atomique 92, qui figurait à la fin de la classification périodique des éléments. Pour certains chimistes, il ne devait pas exister d’autres corps au delà de l’uranium; pour d’autres la classification périodique devait se poursuivre jusqu’à des éléments de numéros atomiques supérieurs à 100. La découverte en 19/10 de l’élément 93, le neptunium, puis de l’élément 94, le plutonium, donna raison à ceux qui ne considéraient pas l’uranium comme le dernier élément susceptible d’exister; l’isolement en 1946, de l’élément 95, l'américium, puis de l’élément 9f, le curium, prolongea encore la classification périodique. Mais la série des transuraniens pouvait-elle se poursuivre au delà de l’élément 9^ ? Les controverses reprirent et deux écoles se trouvèrent à nouveau en présence. Pour l’une, il n’existait plus d’éléments après le curium, pour l’autre on pouvait encore s’attendre à trouver plusieurs dizaines d’éléments. Les arguments mis en avant reposent essentiellement sur la stabilité des noyaux atomiques, fonction du nombre de protons et de neutrons qui les constituent. L’accumulation de protons dans les noyaux atomiques conduit à des éléments de moins en moins stables, et tandis que les 83 premiers éléments de la classification périodique (de l’hydrogène au bismuth) ont des isotopes dépourvus de radioactivité, les éléments 84 à 92 (du polonium à l’uranium) sont des éléments radioactifs naturels. Les éléments 93 et 94 (neptunium et plutonium) sont déjà extrêmement instables et doués d’une très forte radioactivité, si bien qu’ils ne peuvent se trouver qu’à l’état de traces extrêmement faibles dans la nature aux côtés de l’uranium. Les éléments 95 et 96 (américium et curium) n’existent pas à l’état
- naturel et ne sont obtenus que par des transmutations provoquées, en quantités infinitésimales. Il était donc plausible de supposer que la stabilité d’éléments de numéros atomiques supérieurs devait être si faible qu’il serait impossible de les isoler, en admettant qu’on puisse les former par une transmutation provoquée convenable.
- Toutefois les chimistes de l’université de Californie, utilisant le cyclotron de Berkeley, ont coup sur coup annoncé la découverte des éléments 97 et 98 qui ont été dénommés provisoirement Berkelium et Californium. Le premier a été obtenu en bombardant l’americium par des hélions, noyaux d’hélium, le second en soumettant également le curium au bombardement hélionique. Comme il fallait s’y attendre, il s’agit d’éléments à vie très courte. La période du berkelium est seulement de quelques dizaines d’heures et celle du californium paraît encore plus courte. Et la discussion fut à nouveau ouverte. Existait-il après le californium un élément de numéro atomique 99 ? Les théories sur la stabilité des noyaux conduisaient à envisager
- sinon comme impossible, du moins comme fort peu probable l’existence de noyaux atomiques formés de plus de 243 protons ou neutrons. Or ce nombre était atteint avec le californium dont le noyau contient 98 protons et i4» neutrons. Seul l’avenir devait décider si cette théorie était fondée et si l’on pouvait encore reculer la limite de la classification périodique des éléments. Il semble bien que ce soit Te cas car les Américains annoncent maintenant la découverte des éléments 99 et 100 qui bien que d’une existence précaire ont pu être isolés. Sera-t-il possible de pousser encore plus loin la classification périodique des éléments ?
- Fig. 1. —1 Le cyclotron de l’Université de Californie, à Berkeley.
- (Cliché Ambassade des États-Unis).
- Des oiseaux qui
- En beaucoup de régions de Grande-Bretagne et d’Irlande, les laitiers distribuent le lait à domicile, en bouteilles fermées par une cape de métal ou de carton. Ils suspendent généralement les bouteilles au bouton de la porte où le Consommateur vient ensuite les prendre.
- En 1921, on signala pour la première fois, près de Soutbampton, que des mésanges prenaient l’habitude de venir percer du bec les bouchons des bouteilles pour en boire le lait.
- Depuis, cette habitude s’est répandue parmi la gent ailée et MM. James Fisher et R. À. Hinde viennent de rassembler dans British Birds (novembre 1949) 400 observations de ce genre mettant en cause non seulement des mésanges, mais des moineaux, des merles, des étourneaux, des rouges-gorges, des pinsons, des troglodytes, tous oiseaux sédentaires qui se rassemblent plus ou moins l’hiver près des lieux habités.
- On a vu les oiseaux approcher des bouteilles de lait aussitôt celles-ci déposées et même voleter derrière la voiture du laitier, suivant quelque temps celui-ci.
- Leur manière d’ouvrir la bouteille est toujours la même. A coups de bec, ils percent la capsule ; après quoi ils l’arrachent par morceaux ou ils se bornent à un trou central suffisant pour atteindre le liquide.
- boivent du lait.
- Cette façon de faire s’observe seulement dans des localités où la distribution du lait est organisée depuis un certain temps. Elle n’est au début le fait que de quelques oiseaux, puis elle se généralise et "les ouvertures de bouteilles deviennent de plus en plus fréquentes, comme si des découvreurs, des « inventeurs » montraient, enseignaient à d’autres l’art de se nourrir aux dépens de l’homme et de perforer les bouchages.
- Quand les capes sont teintées de diverses couleurs, on constate une préférence pour l’une d’elles. Quelques observateurs ont noté que les oiseaux s’attaquent aussi aux bouteilles bouchées contenant de l’eau ou même vides.
- Cela pose bien des problèmes et demande de nouvelles études. On conçoit qu’en hiver, les petits oiseaux sous-alimentés et en péril de mourir de froid, trouvent dans le lait une provende à leur goût, liquide, riche en graisses et en sucres. Mais lequel d’entre eux a découvert cette nourriture et appris à l’atteindre ? Comment a-t-il pu faire ? Et comment les autres ont-ils suivi, par imitation ou par enseignement ? On aimerait l’apprendre et peut-être quelque naturaliste, sachant ce qu’il en est, pourra-t-il assister à la naissance de cet instinct nouveau dans une région où il apparaîtra.
- p.365 - vue 379/406
-
-
-
- 366
- LE DÉVELOPPEMENT D'ABIDJAN
- CAPITALE ET PORT DE LA CÔTE D’IVOIRE
- Le a3 juillet dernier, quand les premières vagues d’eau de mer pénétrèrent, encore timidement, dans la lagune d’Abidjan, les spectateurs présents sentirent bien que l’union des eaux bleues et vivantes de cette mer scintillant au soleil avec les eaux lagunaires, troubles, immobiles à l’image du vieux continent africain, marquait un tournant dans l’histoire de la Côte d’ivoire. Une idée vieille de 5o ans : Abidjan port de mer se trouvait réalisée. C’est un peu d’histoire de ces cinquante années, pleines d’efforts, de déceptions aussi, et du couronnement acluel, que nous voudrions retracer très simplement, en manière d’hommage à l’ampleur de vue des pionniers qui conçurent le grand projet, à la persévérance de ses défenseurs et au talent de ceux qui le réalisèrent.
- Position géographique et histoire d*Abidjan
- Communauté artificiellement créée par un décret datant de 1898, la Côte d’ivoire s’ouvre largement sur la mer avec 55o km de côte appartenant au Golfe de Guinée ; sa superficie est égale aux six dixièmes de celle de la France, mais elle ne compte que 2 100 000 habitants dont 9 000 Européens. Elle est bordée à- l’ouest par la République du Libéria et la Guinée française, à l’est par la Gold Coast, au nord par le Soudan et la llaute-Volta dont elle constitue le débouché naturel. La zone forestière qui s’étend le long de la côte sur une profondeur de 200 km bénéficie d’un climat équatorial et sub-équatorial caractérisé par une grande et constante humidité et une température (de l’ordre de 270) dont les variations diurnes et annuelles sont faibles; ce climat est éminemment favorable au développement de certaines cultures : cacaoyer, caféier, bananier, palmier à huile, qui, jointe aux bois précieux de la forêt, font la richesse de la Côte d’ivoire.
- Parallèlement à la côte, à une distance variant, entre 200 m et quelques kilomètres s’étend un chapelet de lagunes de 3oo km de long, d’une largeur moyenne de 4 km et dont la profondeur est généralement de quelques mètres. Leur origine reste mal connue, mais leur intérêt comme voie de communication intérieure est immense et largement mis à profit. Les principales agglomérations se sont créées naturellement sur les rives lagunaires.
- Abidjan est située sur une des nombreuses presqu’îles de la rive nord de la lagune Ebrié, la plus importante et la seule qui nous intéressera désormais, à 9 km de la mer. Face à la presqu’île d’Abidjan, l’île de Petit-Bassam divise fort heureusement la lagune, large à cet endroit de 4,5 km, en deux bras étroits franchis par le rail et la route, le bras nord sur le pont flottant de Treichville, le bras sud sur une levée de terre, la digue de Koumassi. C’est par cette voie, aboutissant en mer au wharf de Port-Bouët, que se faisait jusqu’à l’ouverture du port l’essentiel du trafic maritime de la Côte d’ivoire.
- L’évolution d’Abidjan est, historiquement, étroitement liée à celle de Grand-Bassam et de Bingerville. Fréquentés, dit-on, dès le milieu du xive siècle par des voiliers normands, les rivages de Côte d’ivoire restèrent mal connus jusqu’à la croisière de Bouët-Vuillaumez sur la « Malouine », en i838, qui marqua le début de notre expansion commerciale et militaire; arrêtée par la guerre de 1870, elle reprit de 1884 à 1914, période d’exploration intensive et de pacification définitive (jalonnée des grands noms de Treich-Laplène, de Binger, du capitaine Marchand). En 1893 — date du décret créant la Côte d’ivoire — le gouvernement s’installa à Grand-Bassam, située à l’extrémité est de la
- lagune Ebrié, à une quarantaine de kilomètres d’Abidjan, à l’endroit où les eaux de l’importante rivière Comoé pénètrent en lagune puis, ayant rompu le cordon littoral, se jettent en mer. Décision logique, car les deux tiers du commerce se faisaient alors à Grand-Bassam, mais deux épidémies de fièvre jaune y apparurent en 1899 et obligèrent à envisager un transfert. L’autorité locale se fit le champion de l’agglomération qui deviendra Bingerville, à ia km à l’est d’Abidjan, tandis que le Ministre décidait, d’utiliser l’actuel emplacement d’Abidjan : en 1898 en effet, on y avait reconnu des conditions privilégiées pour la création d’un port en lagune. Au cours des années suivantes un certain flottement se manifesta, le gouvernement local tenant toujours pour Bingerville et y commençant, des constructions. Abidjan fut cependant choisie en 1903 comme tête de ligne du chemin de fer qui devait remonter vers le nord, en raison à la fois de ses possibilités portuaires et de la moindre épaisseur de la zone forestière à cet endroit. Ce choix fut décisif pour l’avenir cl’Abidjan qui, en 1908, n’était cependant encore qu’une « vaste chaussée aux maisons clairsemées dans la brousse, comprenant les bâtiments du chemin de fer et quelques factoreries » (1). En 1911 le gouvernement-local, enfin, acquis au transfert à Abidjan, sous l’influence de la Chambre de commerce semble-t-il, reprit activement la question; des obstacles divers, financiers notamment, surgii’ent encore mais n’empêchèrent pas Abidjan de se développer rapidement. Et c’est seulement en 1933 qu’un décret érigea la ville en chef-lieu de la colonie.
- Pour terminer la présentation d’Abidjan avant l’ouverture du port, il nous reste à étudier son rôle économique, ce qui conduit à envisager : les liaisons avec l’arrière-pays; l’instrument du trafic maritime : le wharf, ainsi que les conditions naturelles qui l’ont rendu nécessaire, savoir la barre le long de la côte, et enfin les éléments du trafic.
- Liaisons d’Abidjan avec l'arrière-pays*
- Une voie ferrée métrique doublée d’une route trace un axe nord-sud reliant en 796 km Abidjan à Bobo-Dioulnsso, très important centre commercial et nœud de communication de la Haute-Volla; elle est en cours.de prolongement sur 33o km vers Ouagadougou, capitale de Haute-Volta. Malgré l’augmentation incessante du trafic routier, le rail joue un l'ôle essentiel dans l’acheminement de certains produits, transportant en ig48 les deux tiers des exportations de bananes, la moitié du cacao, le tiers du café et la moitié des combustibles liquides importés.
- Le réseau routier de Côte d’ivoire, considéré avant-guerre comme l’un des meilleurs d’A.O.F. tant par son étendue que par sa qualité, a, depuis, cruellement souffert du manque d’entretien. Il comprend 3o 000 km de routesi (mais 60 seulement sont goudronnés), dont le ti’acé a été étudié pour établir des liaisons entre centres de production et lieux de chargement; à l’exception d’une, les routes convergent sur Abdijan qu’un certain nombre de liaisons régulières relient aux principaux centres. Un gros effort est entrepris actuellement pour la réfection durable des artères principales : cet effort n’était guère encouragé jusqu’ici par l’insuffisance du débouché maritime, mais il devient primordial depuis l’ouverture du port. Il s’agit d’un travail de longue haleine, très onéreux, et il est malheureusement bien probable que les routes, soumises à l’action conjuguée des pluies et des camions lourds, resteront longtemps encore une cause de soucis pour la Côte d’ivoire.
- 1. Gaston Joseph. La Côte d’ivoire, Paris, 1944.
- p.366 - vue 380/406
-
-
-
- 367
- Le réseau hydrographique fait impression sur une carte mais ne permet une liaison régulière avec l’arrière-pays que sur quelques dizaines de kilomètres. Les rivières débouchant en lagune et la lagune elle-même ont un rôle essentiel pour le transport des bois qui sont acheminés en période de crue vers des lieux de stockage, en attendant leur embarquement.
- La barre le long de la côte*
- Déjà favorisée par l’absence d’abri naturel, la côte du Golfe de Guinée est soumise au déferlement continuel et violent de
- la houle. La traversée de cette zone de déferlement, assez improprement appelée barre, par les petites embarcations qui assurent le va-et-vient des marchandises entre la terre et le navire ancré au large est difficile, dangereuse même, se solde fréquemment par la perte ou la détérioration des objets transportés. Depuis longtemps des jetées spéciales : les wharfs, dont nous dirons un mot plus loin, permettent d’éviter le passage de la barre.
- Sans différer essentiellement du déferlement observable sur certaines plages de France, les plages de l’Océan notamment, la barre présente des caractères particulièrement importants :
- SOUDAN
- 3 LT A
- a H AUTE-V
- 'Odienné
- Bounqjaîi
- labakaia
- T 0
- Danane
- limbokro
- Tiassali
- Bingerviile
- 6 U >
- 1_ É. G E. N D E
- Rivière •*—i—i- Chemin de fer
- Route ou piste importante Limite N. delà zone forestière
- Canal lagunaire g-îF©* Lagune
- „ , projeté —+ —+ Frontière
- Fig. 1. — La Côte d’Ivoire.
- p.367 - vue 381/406
-
-
-
- 368
- Sa violence : Devant Abidjan les caractéristiques d’une forte barre moyenne sont les suivantes : hauteur de la vague qui •déferle :2 m; fréquence : 4-à 6 par minute. En 1923, le -wharf de Grand-Bassam a été détruit par une nuit de forte barre. En
- Violence, continuité, direction de propagation à composante ouest, se conjuguent pour créer un important transport vers l’est des sables mis en suspension jusqu’à la profondeur de 7 m par la houle et la barre. Le volume ainsi transporté devant
- Cette carte fait ressortir avec évidence les éléments essentiels de l’installation nouvelle : canal et port en eau profonde d’une part,
- centrale électrique source d’énergie, de l’autre.
- 1944, 28 000 m3 d’enrochements d’une digue en construction ont été déplacés en deux jours.
- Sa continuité : La houle qui vient battre la côte provient des tempêtes quasi-permanentes du lointain Océan Austral, et est donc elle-même quasi-permanente; sa direction de propagation est comprise à l’intérieur du secteur sud.-sud 3o° ouest. L’origine lointaine de la houle rend difficile toute prévision.
- Abidjan a pu être évalué à x 5oo 000 m3 par an. C’est là un fait très important, et fâcheux, pour l’entretien d.’un chenal creusé dans le cordon littoral.
- Les ondulations de la houle arrivant dans la région des faibles profondeurs (une vingtaine de mètres pour la houle d’Abidjan) commencent à se transformer en vagues de translation qui ont tendance à pousser un navire à la côte (contrairement à la houle
- p.368 - vue 382/406
-
-
-
- 369
- tàatÉàmÊÈÊÈÊÉL
- Fig. 3. — Le wharf de Port-Bouet par temps calme.
- (Cliché Ministère France Outre-Mer).
- du large qui le fait seulement osciller sur place). Les navires sont donc obligés de s’ancrer assez au large, bien au delà de la barre, d’où une perte de temps importante dans le déchargement. Au cours des derniers mois deux bateaux ont été mis à la côte po«r avoir mouillé trop près du rivage.
- Le wharf d’Abidjan*
- Une robuste passerelle métallique munie de grues et s’avançant perpendiculairement au rivage à quelques centaines de mètres en mer évite aux embarcations le franchissement de la barre et rapproche du navire le lieu de déchargement. Le wharf d’Abidjan date seulement de i93i; sa construction tardive s’explique par la croyance, depuis i()o3, en l’ouverture du port et aussi par l’existence à Grand-Bassam d’un wharf plus ancien qui, au moment où il fut conçu, paraissait devoir subvenir pendant longtemps aux besoins de la colonie. Très vite pourtant la construction d’un wharf devant Abidjan, à Port-Bouet, s’imposa comme solution d’attente.
- De multiples pieux en acier, vissés dans le sable, supportent à 6 m au-dessus de la mer un tablier long de 4io m qui s’élargit sur les i3o derniers mètres en une plate-forme de 3o m portant io grues de 5 à 20 t. Cette plate-forme constitue le débarcadère proprement dit; il n’est évidemment pas question d’y faire accoster des navires, mais ceux-ci peuvent ancrer à proximité et la liaison est assurée par de solides embarcations de bois traditionnellement appelées « boats ». Nous avons déjà vu que le wharf est relié, en 12 km, à Abidjan par le rail et la route suivant un projet conçu dès 1913 par le colonel du génie Thomasset.
- Le wharf est capable d’assurer un trafic de €00 t par jour, mais ce chiffre s’est montré largement insuffisant ces dernières années : des cargos restaient en rade durant des semaines, voire des mois, en attendant leur tour de déchargement. On conçoit sans plus la répercussion désastreuse d’une telle situation sur l’économie de la Côte d’ivoire, et le peu d’empressement des navires étrangers à venir décharger leurs cargaisons' à Port-Bouet.
- port, dans le trafic maritime de la Côte d’ivoire et fixeront les idées relativement au volume et à la nature de ce trafic (Tableaux I et II).
- Ayant ainsi situé Abidjan dans son cadre géographique et économique, nous pouvons aborder l’éude du port proprement dit, étude qui comprendra l’examen des conditions naturelles favorables à la création d’un port, l’histoire des premières tentatives d’ouverture, et enfin l’examen de la réalisation actuelle.
- Les conditions naturelles*
- En 1898, une mission commandée par le capitaine Houdaille recherchait le long de la côte un emplacement apte à servir de tête de ligne au chemin de fer; elle fut frappée par l’existence, dans la partie de lagune qui s’étend entre la presqu’île d’Abidjan et le cordon littoral, de profondeurs dépassant 25 m. L’isobathe — 10 m délimite un magnifique plan d’eau de 4 km3 dont la liason avec la mer par un canal creusé dans le cordon littoral, là où son épaisseur se réduit à 800 m, apparaissait réalisable avec les moyens de l’époque.
- La lagune Ebrié qui devait être ainsi rendue accessible aux navires de mer s’étend sur i3o km de long et possède des profondeurs suffisantes (4 m en moyenne) pour une navigation par chalands et petites embarcations. Deux autres lagunes l’encadrent à l’ouest et à l’est, un canal permet de communiquer avec la lagune ouest depuis 1918, mais la jonction avec la lagune reste encore en projet; lorsqu’elle sera réalisée, on disposera d’une remarquable voie de communication de près de 3oo km où la position médiane d’Abidjan est. frappante.
- La lagune Ebrié reçoit des rivières importantes et, l’exutoire de Grand-Bassam étant insuffisant, est soumise à un régime de crues biannuelles qui élèvent son niveaù à plusieurs dizaines de centimètres au-dessus de celui de la mer. Dans l’esprit des premiers réalisateurs, le courant qui en résulterait dans la coupure
- Eléments du trafic»
- Quelques chiffres feront ressortir le rôle prééminent joué par Abidjan en 1948, dernière année normale avant l’ouverture du
- Fig. 4. — Le canal reliant la lagune à la mer.
- Au fond, les deux digues ; à gauche, enrochements protégeant les rives du canal ; la petite avancée de sable est ce qui reste du « bouchon ».
- du cordon littoral devait éviter son ensablement. Il n’en fut rien, par suite principalement de la durée insuffisante des crues.
- Nous avons déjà parlé de l’ouverture naturelle créée par la Comoé dans le cordon littoral de Grand-Bassam. Disons pour n’y plus revenir, qu’après l’échec des premières tentatives d’ouverture du port d’Abidjan et à la suite des études des ingé-
- p.369 - vue 383/406
-
-
-
- 370
- I. — Commerce extérieur de la Côte d'ivoire en 1948.
- Importations (en tonnes)
- Quantité totale............................... 107.400
- (dont 47-819 de France et U. F.)
- Détail :
- Pétroie et ses dérivés.................... 29.5oa
- Ciment. 17.96g
- Vins et liqueurs.............................. 4-019
- Fers et aciers................................ 3.749.
- Fruits frais........................................... 3.167
- Sucre......................................... 2.84g
- Automobiles............................................ 2.5i3
- Machines et outils............................ 1.743
- Farine de froment...................................... 1.592
- Exportations (en tonnes)
- Quantité totale........................... 223.5oo
- (dont i5g.2o3 vers le France et l’U. F.)
- Détail :
- Bois.............................................. 73.193
- Café.............................................. 55.3gi
- Cacao..................................... 41 • 220
- Bananes.......................................... 13.7.18
- Animaux vivants................................... io.36i
- Amandes de palme . 8.5i3-
- Amandes de karité......................... 3.758
- Arachides décortiquées............................. i.45g
- II. — Trafic des tvharfs et rades en 1948.
- Nombre Marchandises Marchandises Passagers débarqués Passagers embarqués
- de navires long-courriers débarquées (en tonnes) embarquées (en tonnes)
- W harf de Port-Bouet l52 112.075 161.147 4.877 4.727
- Wharf de Grand-Bassam i43 19.078 76.173 xor i55
- Rade de Sassandra i35 8.280 i3.520 288 367
- Rade de Tabou 55 162 186 201 181
- nieurs Renaud et Aron en 1912-1913, il fut question d’aménager l’ouverture de la Comoé pour permettre aux navires d’y pénétrer puis de remonter sur Abidjan — tête de ligne du chemin de fer — par un chenal de 4o km creusé dans la lagune. Ce projet, où Grand-Bassani devenait en somme l’avant-port d’Abidjan, fut très sérieusement envisagé; son exécution, suspendue par la guerre de 1914, ne fut pas reprise ensuite : outre son prix, celte solution avait contre elle l’insécurité et la lenteur des 4o km de navigation lagunaire.
- Un dernier trait de la topographie locale a finalement été mis à profit dans la réalisai ion du port d’Abidjan. Le « Trou sans fond », qu’il faut plutôt se représenter comme une vallée sous-marine (ce terme ne préjugeant pas de son origine encore inconnue) entaille profondément le plateau continental dans une direction perpendiculaire à la côte : l’isobathe de — 5o m, normalement distante d’une dizaine de kilomètres du rivage, s’en rapproche ici à moins de 3oo m, l’isobathe de — 4oo m passe à 4 km de fa côte au lieu de 3o km... Cette immense fosse, heureusement placée pour cela, sera utilisée pour engloutir les sables qui risqueraient de boucher la coupure du cordon littoral.
- Premières tentatives de coupure du cordon littoral.
- Dès 1903, à la suite de la mission Houdaille, la coupure du cordon littoral devant Abidjan figurait avec la construction du chemin de fer au programme des travaux à exécuter par la colonie. La réalisation suivit de 1905 à 1906 : le canal, creusé à l’endroit, de moindre épaisseur du cordon littoral, avait 800 m de long et 3o m de large; une jetée de 56 m sur le côté ouest du débouché en mer devait faire obstacle au transport des sables. En fin juillet 1906, l’ouverture définitive sur la mer avait été tentée à cinq reprises; chaque fois des apports de sable qu’une drague en mauvais était ne pouvait enlever assez vite l’obstruèrent en quelques heures. On recommença en novembre pour bénéficier de l’effet de chasse de la crue lagunaire qui entraîne-
- rait, croyait-on, les sables gênants dans le Trou sans fond tout proche : l’échec fut total. En 1907 la jetée ouest atteignait 76 m de long et l’on fit un dernier essai au moment de la grande crue lagunaire de juin; l’ouverture se maintint cette fois durant 1 mois 1/2, mais fut encore bouchée par les sables à la fin de la crue.
- Les travaux furent alors suspendus, et c’est au cours des années suivantes que se place le projet Renaud-Aron d’utilisation de l’embouchure de la Comoé dont nous avons déjà parlé. Après la guerre de 1914, une certaine hésitation se manifesta dans les projets portuaires, le développement économique ne créait d’ailleurs pas d’urgence. Cependant la concentration commerciale qui s’était réalisée à Abidjan dans l’attente de l’ouverture du port, pesa d’un poids prédominant dans la balance et, juste retour des choses, obligea à persévérer dans cette direction.
- L’étude des échecs de 1906-1907 mit en évidence : d’une part la longueur trop faible de la digue ouest que le voisinage du Trou sans fond, générateur d.’effondrements, avait empêché de développer suffisamment pour une protection efficace contre le cheminement des sables; d’autre part la largeur insuffisante du canal qui empêchait la propagation de la marée (d’ailleurs naturellement faible : 1,2 m d’amplitude en vive-eau) dans la lagune, et, par suite, supprimait l’effet bienfaisant du courant de chasse à marée descendante.
- En 1927-1928, les établissements Daydé et Schneider étudièrent divers projets tenant compte de ces enseignements.
- Une crue lagunaire exceptionnelle obligea en 1933 à rouvrir l’ancien canal pour éviter l’inondation d’Abidjan; le courant puissant qui en résulta entretint assez bien l’ouverture pendant 5 mois et permit des observations utiles.
- Enfin des expériences minutieuses exécutées sur modèle réduit au laboratoire hydraulique de Delft (Hollande) ont précisé l’emplacement, l’orientation et les dimensions à donner au canal et aux digues.
- Les travaux débutèrent en 1936, furent ralentis fortement par la guerre, reprirent en 1946, et le milieu de l’année 1960 a vu l’achèvement des ouvrages d’accès.
- p.370 - vue 384/406
-
-
-
- 371
- Le percement de \ 950 et le port.
- Le dragage du canal a été poursuivi depuis la fin de 1947 par deux dragues travaillant l’une du côté mer, l’autre du côté lagune, en laissant subsister, pour des raisons pratiques (passage des matériaux nécessaires à la rive occidentale), une étroite bande de sable barrant le canal en son milieu, le fameux « bouchon ». Le 23 juillet 1950, une brèche y fut pratiquée qui s’agrandit très rapidement sous l’effet des courants et, dès le début d’août, cargos et paquebots pouvaient entrer en lagune. La date choisie pour l’ouverture s’explique par le fait qu’à ce moment la crue lagunaire de juin était terminée et celle de septembre-octobre non encore commencée; la lagune étant alors très sensiblement au même niveau que la mer, on évitait des courants trop violents dans le canal encore étranglé par les restes du bouchon.
- Le nouveau canal, situé à quelques kilomètres plus à l’ouest que le précédent, a 2 700 m de long et une orientation sud-est pour ne pas heurter trop violemment les transports littoraux. Son débouché maritime est suffisamment éloigné du Trou sans fond pour que des jetées convenables aient pu être construites ; il en est cependant assez rapproché pour que les sables littoraux, guidés par la jetée ouest, s’y déversent.
- Le principal pro-. blème était d’avoir un courant de chasse suffisant au jusant, donc une forte pénétration de la marée en lagune; pour cela on a donné au canal une largeur de 370 m et une profondeur de i5 m, supérieures à ce qu’exigeaient les besoins de la navigation. A 5oo m de la mer, la largeur du canal commence à diminuer et se réduit à 20 m à l’enracinement des digues; simultanément la profondeur passe de i5 m à 12 m. Au débouché en mer la section est ainsi réduite de près de moitié, d’où une augmentation de la vitesse du courant de jusant qui double presque par rapport à ce qu’elle est dans le reste du canal : on a ainsi assuré un courant de chasse violent là où il est particulièrement nécessaire, sans qu’il soit gênant dans le reste du canal.
- La forme et la longueur des digues ont été étudiées pour assurer, outre la protection du canal contre la houle, une pénétration du courant de flot, le long de la digue est, tandis que le courant de jusant longe la digue ouest le long de laquelle se déposent les sables et les entraîne dans le Trou sans fond. La digue ouest, principal obstacle à la houle, s’avance de 420 m en mer, la digue est de 80 m seulement; toutes deux ont xoo m d’enracinement sur le rivage.
- La protection des rives du canal et du seuil au débouché en mer est assurée par des fascinages de bambous solidement lestés d’enrochements.
- Les dispositions que nous venons de décrire excitent l’admiration et, comme l’écrit M. de Rouville, « les esprits les plus sceptiques pourront au moins admettre que l’entretien du canal sera ainsi réduit au minimum, ce qui est l’essentiel ».
- La seule réalisation du canal et des digues a nécessité le dragage de 17,5 millions de mètres cubes de sable, l’extraction et
- le transport d’un million de tonnes d’enrochement, la confection et l’immersion de 4oo 000 m2 de fascinages.
- Les ouvrages d’accès, canal et digues, qui viennent d’être terminés permettent au navire de pénétrer jusqu’au plan d’eau lagunaire qui forme le port proprement dit, mais non d’accoster. Chargement et déchargement se font toujours par l’intermédiaire des boats et chalands, mais ce travail est considérablement facilité : eau calme, augmentation de la capacité des boats qui n’ont plus à parcourir que de faibles distances et peuvent être facilement déchargés, entreposage direct des marchandises dans les magasins maritimes.
- Signalons incidemment que, depuis août ig48, des postes provisoires installés dans l’avant-eanal en attendant l’ouverture du bouchon permirent d’assurer, grâce à des chalands à moteurs faisant la navette entre le navire mouillé en mer et le poste, un trafic d’exportations au moins égal à celui du wharf. Ce fut le premier résultat tangible des travaux entrepris.
- Quelle que soit l’euphorie de la situation présente (32 navires long-courriers et 10 caboteurs sont entrés dans le port en août), la construction de quais d’accostage munis d’engins mécaniques est nécessaire, et va demander encore 2 ou 3 ans. Les quais
- avaient été initiale-_ ï . ment prévus sur la
- presqu’île d’Abidjan, mais on décida par la suite d’utiliser les rives ouest de l’île du Petit-Bassam qui con-s t i t u e le faubourg industriel d’Abidjan et où des remblaiements relativement réduits permettent de gagner sur la lagune, augmentant d’autant l’arrière-zone réservée aux entrepôts. Abidjan aura pourtant un quai, le quai de bate-lage long de 5oo m, actuellement en construction, où viendront accoster les chalands qui déchargeront les navires amarrés à des coffres en attendant l’achèvement des quais.
- En suivant du nord au sud la rive occidentale de jl’île de Petit-Bassam, on trouvera successivement par fonds de 10 m :
- Un quai à bois long de 3oo m qui assurera également le faible trafic charbonnier; derrière lui s’étendra un parc de stockage qui préservera les billes de l’action destructrice des tarets vivant en lagune. Des hangars métalliques protégeront les bois débités. Un autre projet prévoit, le stockage des billes dans la baie du Banco qui borde Abidjan à l’ouest : une digue isolerait cette baie du reste de la lagune et on y conserverait les billes en eau stérile (où les tarets ne peuvent se développer) dans de meilleures conditions pliysico-chimiques qu’à l’air. De toutes façons la localisation du trafic des bois dans la partie nord du port réduit au minimum les risques d’avaries des bateaux par rencontre avec des billes flottantes isolées.
- Un quai à bananes d’une longueur de 126 m, équipé de tapis roulants pour le transport direct des bananes du hangar au bananier.
- Un quai de b^b m assurera le reste du trafic, celui des passagers en particulier.
- Plus au sud, et par moindres fonds, un quai à chalands est prévu ; il sera utilisé, pour le déchargement des produits locaux acheminés sur Abidjan par la lagune.
- p.371 - vue 385/406
-
-
-
- 372
- Des raisons pratiques ont fait reléguer provisoirement sur la rive est du canal d’accès le quai des hydrocarbures.
- Sur l’île de Petit-Bassam, entre les quais et la route d’Abidjan-Port-Bouet, doivent se construire une gare de triage et de vastes magasins-cales pour le stockage des marchandises à l’abri des intempéries ; un quai abrité permettra le déchargement des wagons quel que soit le temps. Un nouveau pont doit être construit entre Abidjan et l’ile de Petit-Bassam pour remplacer le pont flottant actuel qui ne suffit plus à assurer cette liaison essentielle ; le futur pont aura sans doute trois étages : celui du bas pour le chemin de fer et les piétons ; celui du milieu pour les cyclistes et les charettes, celui du haut pour les véhicules automobiles.
- L’équipement du port tel qu’il vient d’être présenté peut assurer un trafic annuel de 85o ooo t, alors que le trafic annuel prévu pour les dix prochaines années est de 600 000 t.
- L'avenir d’Abidjan*
- Des cérémonies doivent marquer le 01 janvier 1961 l’ouver-tue officielle du port d’Abidjan; à cette occasion le wharf de Port-Bouet fonctionnera symboliquement une dernière fois avant d’être abandonné, ainsi que le wharf de Grand-Bassam, à l’action destructrice de la barre qu’il a si longtemps défiée... Il aura fallu 5o ans pour en arriver là, diront les esprits chagrins, mais nous avons vu que ce retard provient surtout de circonstances défavorables — deux guerres notamment — et que l’évolution de la colonie, dans la mesure où les hommes pouvaient la contrôler, a toujours été axée sur l’idée d’un port à Abidjan.
- A la vérité, faut-il tellement regretter ce retard? Nous ne le croyons pas, puisqu’il nous vaut un port moderne, bien étudié, et conçu pour subvenir au trafic de la Côte d’ivoire au moment où l’économie de ce territoire se développe considérablement à la suite de l’effort de mécanisation entrepris depuis la fin de la guerre. Indépendamment de ses conséquences pratiques immédiates (déchargement et chargement rapides des navires sans bris ni perte de marchandises, développement des transports lagunaires, développement des entreprises de pêche locales qui pourront enfin abriter leurs bateaux, modernisation des routes devenue impérative, etc.) l’ouverture du port doit créer un choc psychologique contribuant efficacement au succès et au développement des efforts matériels actuels.
- Une dernière circonstance est susceptible d’avoir bientôt un grand retentissement sur la vie d’Abidjan. La société d’économie mixte « Énergie des mers » lient prêts, on le sait, les plans d’une centrale de 7 000 kW utilisant l’énergie thermique des mers, la source chaude étant constituée par une partie de la baie de Koumassi, séparée par une digue du reste de la lagune Ebrié, et la source froide par l’eau de mer à 8° pompée à 4oo m de profondeur à une distance de 4 km de la côte seulement, grâce à l’existence du Trou sans fond. L’énergie électrique ainsi disponible, le triple environ de celle dont dispose actuellement Abidjan, aura un prix de revient nettement inférieur à celui de la centrale électrique classique et ne nécessitera pas l’importation de combustibles liquides. Dans ces conditions, il n’est pas téméraire d’envisager dès maintenant, outre une augmentation du nombre des « esclaves électriques » mis à la disposition des abidjanais, la réalisation d’installations d’élec-trolyse et d’extraction des sels de l’eau de mer dont l’importance dépasse le cadre d’Abidjan et peut-être même de la Côte d’ivoire.
- Quelle sera la place d’Abidjan sur la Côte d’Afrique ? La position de Dakar comme port et aéroport d’escale à un sommet du triangle Afrique-Europe-Amérique est exceptionnelle et ne peut que s’affirmer; toutefois cette situation même, à l’extrémité du continent africain, écarte Dakar des centres riches de notre A.O.F. et il est artificiel de vouloir en faire le débouché; Abidjan est beaucoup mieux placée pour cela et doit devenir notre grand port de commerce sur la côte méridionale. Les efforts
- faits par nos voisins sur cette même côte sont d’ailleurs significatifs : les Américains ont dépensé 19 millions de dollars pour construire de 1945 à 1947, sur la côte du Libéria, le port de Monrovia qui doit pouvoir exporter annuellement 800 000 t de minerai de fer; en Gold Coast, Takoradi qui bénéficie d’une baie naturelle et d’une côte rocheuse peut faire face à un trafic annuel dépassant i,5 millions de tonnes; en Nigéria, Lagos, construit comme Abidjan sur une côte de lagunes où l’on a aménagé une ouverture naturelle, assure un trafic d’un million de tonnes. Ces trois ports ne bénéficiant pas du voisinage d’une vallée sous-marine ont dû être protégés par de très longues digues, et si leur trafic dépasse celui prévu actuellement pour Abidjan, Abidjan doit l’emporter par l’étendue du plan d’eau et un prix moindre des opérations portuaires.
- Il est une conséquence de la coupure du cordon littoral que nous voudrions au moins signaler en terminant, c’est le bouleversement profond créé dans la lagune par cette mise en communication avec la mer, beaucoup plus importante que celle qui existe à Grand-Bassam. Le long de la presqu’île d’Abidjan l’amplitude de la marée qui n’était que de quelques centimètres atteint maintenant la moitié de l’ampitude en mer; les courants de marée se font sentir à des dizaines de kilomètres en lagune et en modifient les fonds ; l’eau de mer salée et froide se répand à des distances considérables, changeant complètement température et salinité des eaux lagunaires; la faune et la flore doivent s’habituer aux modifications du milieu ou mourir; les crues lagunaires perdent de leur importance puisqu’elles bénéficient d’un exutoire supplémentaire; dans le canal d’accès lui-même on peut observer à certains moments des courants de sens opposés en surface et au fond correspondant à une stratification très prononcée entre l’eau de mer et l’eau saumâtre de la lagune. L’étude de ces phénomènes dus aux différences de densité est particulièrement intéressante, car ils n’ont pu être réalisés dans les expériences sur modèle réduit de Delft. Ces très sommaires indications montrent qu’il s’agit en somme d’une expérience à une échelle géographique; les organismes scientifiques locaux, et particulièrement l’Institut français d’Afrique Noire, s’efforcent d’en tirer le plus d’enseignements possibles.
- François Varlet.
- A propos de l'île d'Ouessant
- (n° 3183, juillet 1950, p. 193).
- Nous avons dit dans un précédent article sur l’île d'Ouessant, qu’à faible distance se trouvait l’îlot Kereller, officiellement dénommé ainsi sur les cartes d’état-major, géologique, etc..., mais faussement désigné sous le nom de Keller sur les cartes du service vicinal. Il est intéressant de souligner à ce sujet le mécanisme de cette déformation populaire. Parmi bien d’autres, l’explication philologique nous en est apportée par un de nos lecteurs, M. Corby, du Yésinet (S.-et-O.), que nous remercions ici pour ses informations relatives à la toponymie armoricaine. « Ker, village », écrit-il (et non « maison, villa » comme on l’interprète maintenant, ce qui est une création du tourisme contemporain) s’abrège en écriture courante en K. Ceci conduit parfois à des confusions semblables à celle rapportée par R. Largillière in Revue Celtique, année 1924, p. 365 : « Après l’application du nom du Général Kléber à une rue de Lorient, les Lorientais voyaient instinctivement sur les plaques indicatrices de la rue la graphie K = Ker. Ils lisaient en conséquence très logiquement et prononçaient Kerléber pour Kléber ». Renversons la proposition et nous lirons Keller pour la formé réelle Kereller.
- Pierre Gauroy.
- p.372 - vue 386/406
-
-
-
- 373
- La synthèse des polypeptides
- Les protéines, anciennement dénommées matières albuminoïdes, comptent parmi les constituants les plus importants de la matière vivante. Ce sont des composés macromoléculaires formés en totalité ou en partie par la combinaison d’a-amino-acides de formule générale NH2 — CH — C02H, où
- I
- R
- R représente soit de l’hydrogène dans le plus simple d’entre eux, le glycocolle NII2 — CH2 — C02H, soit un radical carboné de nature variable : par exemple un groupement — CH3 dans
- CH3v
- l’alanine, un groupement bCH — CH2 — dans la leucine,
- ch3/
- un groupement HO — C6H4 — CH2 — dans la tyrosine.
- Ces amino-acides se trouvent unis les uns aux autres par des liaisons amide résultant de la réaction du groupe acide d’un amino-acide sur le groupe amine du suivant :
- NH2 — CH — CO IôïF+hInh — CH - COOH
- et ainsi de suite de manière à former de longs enchaînements, appelés polypeptidiques, du type :
- R' R"'
- .... NH—CH—CO—NH—CH-CO-NH-CH-CO-NH-CH—CO ....
- I I
- R R"
- La diversité et le nombre des molécules d’amino-acides entrant dans la constitution des protéines, sont très grands. Ainsi dans l’ovalbumine, dont le poids moléculaire atteint 42 000, on a identifié près d’une vingtaine d’amino-acides différents sans qu’il soit possible de préciser l’ordre suivant lequel ils sont unis. Mais certaines protéines sont encore plus compliquées, par exemple les hémocyanines du sang d’escargot dont les poids moléculaires dépassent 6 000 000.
- Il ne peut donc être question de réaliser chimiquement la synthèse de tels corps; toutefois, depuis plus de 5o ans, diverses tentatives avaient été effectuées pour atteindre un but beaucoup plus modeste, mais d’une importance théorique capitale, la synthèse d’enchaînements polypeptidiques à partir des a-amino-acides les plus simples, le glycocolle, l’alanine, la leucine. Les essais les plus connus sont ceux du chimiste Ëmil Fischer, qui datent de 1907.
- La méthode de Fischer consistait à faire réagir un chlorure d’amino-acide sur un amino-acide :
- NIL - GH - CO Cl + H| NH - GH — CO OH R R
- ce qui donne un dipeptide :
- NH2 — CH — CO — NH — CH — COOH.
- I I
- R R
- Ce nouvel amino-acide était transformé à son tour en chlorure d’acide par l’action du pentachlorure de phosphore PC1S en présence de chlorure d’acétyle CII3 — COC1, puis la réaction sur une nouvelle molécule d’amino-acide fournissait le tripeptide et ainsi de suite.
- Mais par cette méthode pénible et laborieuse, E. Fischer n’avait pu réussir qu’à enchaîner 18 à x9 molécules d’amino-acide, ce qui est fort loin de l’enchaînement polypeptidique des protéines les moins compliquées.
- Il semble toutefois que la difficulté soit maintenant résolue et un procédé récent a permis d’obtenir des enchaînements polypeptidiques dont le poids moléculaire est de quelques dizaines de mille et s’élève même dans quelques cas à la centaine de mille.
- Le point de départ de ces synthèses est, dans tous les cas, un anhydride de N-carboxy-a-amino-acide du type
- OC —NH —CH —CO
- I
- R
- ------0--------
- c’est-à-dire l’amino-acide NH2 — CH — CO,H sur lequel a été
- I
- R
- greffé, à l’azote du groupement aminé, un radical acide supplémentaire formant avec le premier radical acide un anhydride, par élimination d’eau.
- Ces anhydrides, en présence d’eau, se transforment en diacides instables qui régénèrent les a-amino-acides avec dégagement de gaz carbonique :
- OC — NH - CH — CO + H20 HOOC — NH — CH - COOH
- I I I I
- | ^ R J R
- C0a + NH2 — CH — COOH
- I
- R
- L’amino-acide ainsi formé réagit sur l’excès d’anhydride en formant un nouveau diacide :
- NH2 — CH — COOH + OC — NH — CH - CO
- -* HOOC — NH - CH — CO — NH - CH — COOH
- qui se décompose à son tour avec libération de gaz carbonique et formation d’un dipeptide :
- HOOC - NH - CH — CO — NH — CH — COOH I * I
- R R
- -> CO2 + NH2 — CH — CO — NH — CH — COOH
- ! 1
- R R
- Le dipeptide réagit sur une nouvelle molécule d’anhydride et l’on passe par le même méçanisme à un tripeptide, et ainsi de suite.
- On assiste aussi à une véritable réaction de polymérisation donnant des macromolécules linéaires de polypeptide, en amorçant la réaction de l’anhydride de N-carboxy-a-amino-acide avec une petite quantité d’eau. Au total il est possible d’écrire la réaction :
- 71OC — NH — CH — CO + H20
- - 0------1
- ->» nCO* + NH. - CH I
- R
- - CO -r— NH - CH — C0~| - OH
- L R J«-i
- Diverses synthèses ont été réalisées par ce procédé. Katchalski et Spituik ont obtenu une polyarginine qui se rapproche d’une protamine, la salmine, l’une des plus simples protéines naturelles, isolée de la laitance de saumon et qui contient 85 à 88 pour 100 d’arginine. t
- p.373 - vue 387/406
-
-
-
- 374
- Frankel et Berger ont préparé un acide polyaspartique dont le poids moléculaire atteint 20 000.
- Waley et Watson ont de même réalisé la synthèse d’un acide polyglutamique d’un poids moléculaire de i5 000, et d’une poly-sarcosine (fîg. 1).
- Astbury a étudié la structure du polyglycine, le plus simple des polypeptides, elle est en tous points comparable à celles des protéines fibreuses naturelles, comme la fibroïne de la soie.
- Il serait même possible, en opérant avec un mélange d’anhydrides différents, d’obtenir de véritables copolymérisations et par suite des chaînes polypeptidiques correspondant à l’enchaînement d’amino-acides différents.
- L’importance de tels travaux doit être fortement soulignée. Il y a encore de nombreuses étapes à franchir avant de réaliser la synthèse des protéines les plus simples, mais un pas essentiel a été fait. Les polypeptides synthétiques ont permis de vérifier
- les structures que l’on admettait pour les protéines fibreuses naturelles. Les modèles adoptés peuvent dont servir de base sûre pour les développements futurs. Du point de vue purement spéculatif, le progrès est immense, mais du point de vue technique, ces travaux peuvent avoir également d’importantes répercussions. Les essais de polycondensation directe des a-amino-
- acides n’ayant pas permis d’obtenir des macromolécules linéaires de poids moléculaires suffisamment élevés, l’industrie, pour réaliser des fibres de polyamides comparables à la soie, s’était rabattue sur les co-amino-acides dans lesquels les fonctions acide et amine sont écartées d’au moins 5 atomes de carbone et qui conduisent aisément à des macromolécules du type :
- ... — N H — ( CHdp — CO - NH —(CH i)P— CO - NH - (CHs)p— CO - ...
- telles' que le Perlon allemand (polycaproamide) ou le Rilsan français (polyundécanamide) ou encore sur les diacides et les diamines telles que Nylon américain :
- ... — N H — (CH.)* - NH — CO —(CH,)* - CO — Ntl - (CH,)6 - NH — ...
- Grâce à l’intermédiaire des anhydrides de N-carboxy-oc-amino-acides, il sera sans doute possible de réaliser industriellement,
- dans un avenir plus ou moins proche, des enchaînements d’a-amino- acides, tels que le polyglycine, doués de propriétés textiles supérieures à celles des polyamides actuels, par suite du rapprochement des fonctions amides dans les macro-molécules qui permettent un accroissement des interactions moléculaires responsables de la cohésion des fibres. Ainsi sera résolu le véritable problème de la synthèse de la soie, et même sans doute d’une soie plus résistante que la soie naturelle par suite de sa plus grande régularité structurale. Lorsque ce résultat aura été obtenu, et il est logiquemen concevable, l’homme aurait mieux fait que la nature. Il devra néanmoins constater avec beaucoup d’humilité qu’il l’aura fait moins simplement.
- NIL - GH - CO - ~- NII - CH - CO - _ oïl NIL-CH-CO- “-Nil - CH - CO --1 -- OH
- 1 GHî)3 (CIh)2 (CHs)2 1 (CIL>_ |
- NII N H COOH _ COOH H—1
- G = NH C = NH acide polyglutamique
- NHa NIL Il 1
- CHs - NH - CIL-CO —r- N - CHa - CO OH
- polyarginine J,
- L CIL —'71—1
- NIL - CH - CO - —- NH — CH - CO -- - OH polysarcosine
- CHa CHa
- | 1 N Ils - CHa - CO - -f- NH - CHa - CO - - OH
- CO OH _ COOH n—1 L 1 » —4
- acide polyaspartique polyglycine
- Fig. 1. — Formules de quelques polypeptides.
- A propos du "Vrai visage de la terre'7.
- (n° 3 187, novembre 1950).
- En réponse à une question posée par certains de nos lecteurs, nous devons préciser que c’est intentionnellement que la carte de l’Amérique décrite au § 3 de la page 338 n’a pas été publiée : ce continent est, en effet, correctement représenté sur la carte de l’Atlantique et sa figuration spéciale aurait fait double emploi. Néanmoins, il a paru intéressant de faire connaître de quelle manière une carte aussi parfaite que possible du Nouveau Monde devait être établie.
- Nous prions les lecteurs que cette question intéresse de bien vouloir comparer les figures 37 et 40. Ces images font ressortir la différence entre une carte axée sur l’Atlantique et une autre axée sur l’Amérique. Le nouveau continent est représenté d’une manière presque aussi satisfaisante dans les deux cas, mais il n’en est plus de même de l’Afrique, qui « éclate » littéralement dans le second cas, ainsi que le montre la « région sacrifiée » de la figure 40. C’est précisément ce que l’auteur voulait indiquer en maintenant dans son texte la description de la carte, non publiée, de l’Atlantique.
- Vieillissement artificiel des vins.
- Deaucoup de matières organisées demandent un stockage assez ^ long pour acquérir toutes les qualités qu’on leur désire. C’est notamment le cas des bois, des farines, des vins, des eaux-de-vie, etc.
- La nécessité d’un vieillissement lent est une assez lourde charge économique pour la production. Il oblige à lui consacrer de grandes surfaces, à disposer de constructions, de chais, de foudres ; et il immobilise les capitaux pendant assez longtemps, augmentant le fonds de roulement nécessaire à l’exploitation.
- Aussi a-t-on depuis longtemps essayé de hâter la transformation des produits, d’obtenir leur vieillissement artificiel. Les moyens les plus divers ont été mis en œuvre : ozone, ultra-violet, haute fréquence, ultra-sons etc. En ce qui concerne les vins, une vieille tradition voulait que les meilleurs portos aient été embarqués pour le tour du monde.
- Au dernier congrès international des industries agricoles, tenu à Bruxelles en juillet dernier, M. iDéribéré a fait l’éloge de l’infrarouge. Il propose que les vins nouveaux coulent dans des tubes en verre Pyrex éclairés par des lampes infra-rougeâ avant d’être collés et filtrés. On obtiendrait ainsi en quelques minutes un vieillissement d’environ deux ans, avec toutes ses caractéristiques : jaunissement, diminution d’astringence et d’acidité, détartrage et décoloration, déferrisation, sans parler d’une stabilisation et d’une stérilisation relatives. Les eaux-de-vie de marcs gagneraient aussi un meilleur goût.
- p.374 - vue 388/406
-
-
-
- 375
- Fig. 1 à 3. — En hâut, à gauche : Le canot hydrométrique en position de transport sur le toit de la Voiture. — En bas, à gauche : La même barque à Veau, en opération. — A droite : L’avant montrant l’échafaudage et le moulinet enregistreur de vitesse de l’eau.
- BATEAU LÉGER POUR JAUGER LES COURS D'EAU
- On a très souvent besoin de connaître les débits des cours d’eau, qu’on veuille les utiliser pour la navigation ou les irrigations, ou connaître leur régime en vue de se défendre contre leurs crues et les inondations qu’elles provoqufent, ou encore y installer une source d’énergie : moulin ou barrage et turbines. L’inventaire se poursuit un peu partout des ressources hydrauliques et de leurs variations.
- Les mesures doivent être poursuivies chaque jour, aux diverses saisons et même pendant un certain nombre d’années pour tenir compte des périodes de sécheresse et de pluies et des précipitations en amont, très variables selon les conditions météorologiques.
- On a imaginé pour les jaugeages différentes méthodes qui toutes sont longues et délicates à mettre en œuvre.
- La plus sûre est de barrer le cours d’eau et d’y établir un déversoir ou une vanne dont on mesui’e et calcule le débit. Des formules ont été établies pour connaître le débit d’un orifice en mince paroi selon sa position en-dessous de la surface, d’un ajutage ou d’une tuyère en tenant compte de la contraction infligée à la veine d’eau; mais un tel barrage doit être établi étanche, sans aucune fuite sur ses bords, ce qui est gênant et coûteux, et son débit varie selon la hauteur d’eau constamment variable qui le surmonte,‘si bien qu’on préfère n’exécuter aucun travail de fondation et de mise en place avant d’être déjà informé des possibilités d’utilisation.
- L’écoulement de l’eau n’est pas régulier dans un cours d’eau
- dont la section est irrégulière et variable d’un point à un autre. Les frottements ralentissent le débit au voisinage des parois, selon la pente et la nature des matériaux du fond et des bords. Souvent, il s’y forme des mouvements tourbillonnaires ou des contre-courants, si bien qu’on ne peut déduire le débit des mesures faites en un point unique et qu’il faut sonder la tranche d’eau en de multiples endroits.
- En surface, on lâche des flotteurs dont on mesure la vitesse de déplacement, par rapport aux rives, mais le vent interfère avec l’eau et déplace les flotteurs en dehors de l’écoulement. Les flotteurs lestés : bâtons maintenus verticaux par un poids, assemblages de deux bouteilles, l’une en surface, l’autre lestée en profondeur, offrent moins de prise au vent, mais intègrent les mouvements de deux couches différentes. Les estimations par déversement d’une solution saline telle que celle de chlorure de sodium dont on titre la dilution, ne sont possibles que si l’eau est parfaitement brassée par passage dans des turbines ou par les remous répétés d’un torrent, sinon on observe des veines salées et d’autres non mélangées.
- Il reste les mesures mécaniques en divers points de la section, d’une rive à l’autre et de la surface au fond, soft au moyen de tube de Pilot ou de moulinets à hélice étalonnée, dont le type est le loch employé dans la marine pour connaître la vitesse d’un navire. C’est à cette dernière solution qu’on s’arrête généralement.
- Les modèles courants (Voltmann, Ott, Price, etc.) compor-
- p.375 - vue 389/406
-
-
-
- = 376 —= " —
- tent. une hélice dont la vitesse de rotation est proportionnelle à la vitesse des filets liquides; le comptage des tours de l’hélice se fait sur un compteur électrique ou s’inscrit sur un chrono-graphe enregistreur. L’hélice coulisse le long d’une tige verticale et permet ainsi d’opérer à différentes profondeurs.
- Il reste à faire des séries de mesures en travers du cours d’eau, d’une rive à l’autre. Pour cela, on dispose un câble dont les extrémités sont fixées par ancrage sur les deux bords et on y amarre une barque portant le moulinet. On déplace celle-ci en travers e,t en chaque point, tous les mètres par exemple, on fait une série de mesures verticales, de la surface jusqu’au fond. On peut ainsi calculer exactement le débit à un moment donné, quelle que soit la forme du lit.
- En même temps, on installe près de la rive un indicateur du niveau de l’eau, soit une échelle hydrométrique qu’on lit chaque jour, soit un flotteur actionnant un enregistreur continu.
- On peut ainsi connaître les variations de débit- et de vitesse à l’étiage, en crues et en régimes intermédiaires.
- Le jaugeage d’un cours d’eau nécessite donc de longues séries de mesures, répétées souvent en des lieux choisis, tout au long de l’année et même pendant plusieurs années.
- Jusqu’ici on employait des barques ordinaires, en bois ou en acier, mais celles-ci-sont tellement lourdes qu’elles ne peuvent iacilement être mises à sec et transportées d’une station de jaugeage à une autre. On ne pouvait les alléger et les réduire aux
- dimensions d’un kayak ou d’une yole, puisqu’elles doivent être assez stables pour porter la tige de plongée du moulinet et qu’elles doivent servir aussi en période de fortes crues. La barque en acier peut bien être construite en plusieurs éléments, mais il faut alors assurer son montage et son démontage, l’étanchéité des joints et la protection contre la rouille.
- Récemment, le Ministère de l’Industrie, dont dépend la direction des forces hydrauliques, a préféré choisir un modèle de barque en alliage léger qui simplifie beaucoup les opérations. La coque est en tôle d’aluminium-magnésium, du type A-G3, de x,6 mm d’épaisseur, facile à mettre en forme et. à souder. Les bords sont moulurés et des membrures en tôle pliée de même nature et de même épaisseur renforcent la rigidité transversale. Le fond est protégé par des sabots longitudinaux en bois maintenus par des cornières. Aux deux extrémités, des caissons étanches assurent l’insubmersibilité. A l’avant un pontage sert à fixer l’échafaudage de la tige du moulinet et à faciliter les opérations. Le tout pèse 70 kg et peut donc être facilement sorti de l’eau et manœuvré par deux hommes. La barque peut être hissée sur le toit d’une voiture Peugeot 402, équipée d’un porte-manteau amovible pour la mise à terre, après que l’échafaud avant a été démonté.
- C’est une élégante solution qui permettra de multiplier les mesures de débit sur tous les cours d’eau exploitables.
- A. Breton.
- Le trésor de Sutton-Hoo.
- M R.' L. S. Bruce-Mitford, conservateur-adjoint du départe-• ment des antiquités britanniques médiévales du British Muséum, vient de faire connaître dans Nature (4 mars 1960) la plus remarquable découverte des annales archéologiques d’Angleterre.
- Sur le bord de la rivière Deben, à Woodbridge, dans le Suf-folk, on vient de mettre au jour un tumulus dans lequel on a trouvé un amas d’objets précieux à tous points de vue, exactement daté de 65o à 670 après J.-C. L’excavation fut commencée par le Musée d’Ipswich et, devant l’importance des dépôts, on fit appel aux meilleurs archéologues d’Angleterre si bien que la fouille fut méticuleusement conduite.
- On reconnut d’abord un bateau à rames de plus de 24 m de long, le plus ancien des navires d’Angleterre. Le bois en a disparu, mais on a pu distinguer ses traces, ses taches, ainsi que celles des rivets de fer dans le sable.
- Sous la coque, au centre, se trouvait un magnifique dépôt funéraire : des insignes royaux et des monnaies d’or, de nombreux vases d’argent et d’étain, des coupes en corne et des restes de harpe.
- . Les objets d’or, au nombre de 45, sans compter les monnaies, comprennent des armes de cérémonie : un casque et un bouclier ciselés, une épée, son baudrier et un ceinturon incrustés de grenats, un couvercle de bourse, des ép'aulettes, une boucle, le fourreau et le pommeau de l’épéë en cloisonné; les 37 pièces d’or sont d’origine franque et 17 sont poinçonnées; le grand bol de bronze à anses où se trouvaient les restes de harpe est d’origine égyptienne, à peu près sûrement d’Alexandrie; un grand plat d’argent de 68 cm de diamètre porte quatre poinçons de Byzance; quinze autres objets d’argent ont sans doute même origine; des coupes à boire proviennent probablement du sud de la France; d’autres plus minces à crochet, à écussons émaillés sont de facture irlandaise ou galloise; deux énormes corne à boire, montées en argent, avec dessins d’animaux,
- d’une capacité de près de 7 1, sont faites de. cornes d’auroch; cinq autres plus petites sont des cornes de bœuf ; neuf petits vases ornés d’argent sont taillés dans des calebasses desséchées.
- La harpe dont les débris gisaient dans le grand bol de bronze a pu être reconstituée. Elle était faite de bois d’érable, quà-drangulaire, à six cordes, de 45 cm de haut; la caisse de résonance manque. C’est le plus ancien instrument de musique de ce genre connu en Europe.
- II semble probable que cet ensemble d’objets est la tombe, ou plutôt le cénotaphe (puisqu’aucun ossement n’a été trouvé) d’un roi de l’est de l’Angleterre, mort entre 654 et 664. Il s’agissait d’un chrétien, puisque dix des bols et deux cuillers d’argent portent en grec les noms de Saül et de Paul et que sur le fourreau figure une croix. Le casque, le bouclier et l’épée indiquent des relations avec la Suède. On a ainsi la révélation d’échanges et d’influences diverses dans les Iles britanniques du vue siècle, des pièces précieuses à tous points de vue sur l’art et la civilisation à cette époque.
- Pour le moment, le trésor de Sutton lloo est aux mains des archéologues et il faut attendre leurs travaux pour parler plus en détail de ces merveilles.
- A propos du verre en pharmacie
- (n* 3185, octobre l95o, p. 3o2.
- M. Marcel Jeanson nous signale qu’il a étudié le rôle du verre dans l’altération des produits pharmaceutiques injectables et mis au point la technique de vieillissement du verre adoptée par la suite, parmi les essais prescrits par le Codex français (Produits pharmaceutiques, janvier 1948 ; France-Pharmacie, janvier-février 1950).
- p.376 - vue 390/406
-
-
-
- 377
- Pour augmenter la vitesse initiale des projectiles.
- L’intérêt d’augmenter la vitesse initiale d’un projectile apparaît clairement si l’on considère .que la portée croît comme le carré de la vitesse initiale, que le temps de parcours est inversement proportionnel à celle-ci et qu’enfin l’épaisseur de blindage susceptible d’être perforé croît comme la puissance i,4 de la vitesse d’impact. La diminution du temps de parcours augmente d’une façon sensible la probabilité d’atteinte lors de tir sur objectif mobile.
- Pendant la dernière guerre, la première division du National Defense Research Committee (N.D.R.C.) a effectué une série de recherches en vue d’accroître la vitesse initiale des projectiles. Les méthodes suivantes furent expérimentées : i° projectiles sous-calibrés avec ceintures éjectables;
- 2° projectiles sous-calibrés à ceintures déformables, tirés dans des canons coniques;
- 3° projectiles à ceinture rayée d’avance.
- Projectiles sous=calibrés à ceintures éjectables. —
- Ce mode de réalisation est représenté figure x. Le projectile, de calibre inférieur à celui du canon, est monté dans un support muni d’une ceinture classique et conçu de telle manière qu’apxès la sortie du canon, il se sépare du projectile. Cette séparation peut être facilitée par des entailles déterminant la rupture du support sous l’effet de la ghation.
- L’augmentation de vitesse est réalisée avec la pi'ession maximum réglementaire, grâce à l’allègement du projectile.
- L’idée du sous-calibrage n’est pas nouvelle puisqu’elle a été appliquée en i848. Pendant la première guerre mondiale, les Français employaient des ceintures éjectables pour tirer des projectiles de 37 mm dans des canons de 75 mm.
- Par suite de l’insuffisance de vitesse de rotation, le projectile était instable et manquait de précision.
- Au début, les Américains étaient opposés à ce genre de projectiles à cause des inconvénients suivants.: la ceinture éjec-table est dangereuse pour le personnel ami placé en avant du canon; elle absorbe une partie sensible de l’énergie totale.
- Ces projectiles présentent par ailleurs l’avantage de pouvoir être tirés dans le matériel existant.
- Les premiers essais furent effectués en 1942 avec le matériel Hispano-Suiza de 20 mm et des projectiles perforants de xx mm et de i5 mm.
- Sans dépasser' la pression maximum réglementaire, on réalisa des vitesses initiales de 1 070 m/s et 1 220 m/s contre 800 m/s environ avec projectile réglementaire.
- Gi'âce à la diminution du temps de parcours, la précision de tir sur but mobile fut accrue, le pouvoir perforant fut augmenté, surtout, si le projectile avait un noyau interne lourd (en carbure de tungstène). |
- Des résultats similaires furent obtenus avec des projectiles de 57 mm tirés dans le matériel de 76 mm (1943).
- On a également essayé des projectiles de 75 mm dans l’obusier de io5 mm tirant des projectiles réglementaires à 3oo m/s.
- Les ceintures éjectables étaient en duralumin, en acier au en matières plastiques; ces dernières furent abandonnées
- à cause des changements Vie leurs dimensions sous l’effet de l’humidité.
- Le tir des projectiles sous-calibrés a été aussi réalisé dans des canons anti-chars de 76 mm et de 90 mm, munis de frein de bouche. La ceinture éjectable métallique traversait sans dommage le frein de bouche et se séparait à 3 m ou 3,8 m en avant du canon. '
- Avec le matériel de 76 mm, on arriva à perforer le blindage latéral du « Tigre » à 1 800 m et le blindage frontal plus épais (127 mm) à 1 35o m.
- La Commission d’expériences conclut que ce moyen était très pratique pour obtenir de grandes vitesses avec le matériel existant et qu’il assurait une précision suffisante.
- Projectiles sous=calibrés à ceintures déformables tirés dans des canons coniques. — Une des formes de réalisation de ce genre de projectile est représentée par la figure 2. Les ceintures sont monobloc avec le corps du projectile, ou avec l’enveloppe, dans le cas des projectiles à noyau. Lors de la traversée de l’âme conique, les ceintures sont rabattues dans des évidements qui leur sont réservés. Comme dans le cas précédent, l’augmentation de vitesse est obtenue grâce à l’allégement du projectile. Cette formule ne comporte pas les inconvénients des projectiles à ceintures éjectables, mais nécessite un canon spécial de fabrication difficile.
- Les premiers essais furent effectués en 1942 avec le fusil Ger-lich (inventeur allemand) ; on réalisa une vitesse initiale de 1 35o m/s, mais la précision était inférieure à celle du fusil réglementaire américain.
- Cela n’a pas empêché les Allemands d’infliger aux Alliés en Afrique beaucoup de dommages avec des canons coniques de 28/20 mm tirant à 1 200 m/s.
- Le canon Gerlic-h est d’une fabrication difficile, parce que l’âme conique rayée occupe une grande partie de la longueur du canon. Les Américains ont tourné la difficulté en faisant le canon en deux pièces : la plus grande partie de la longueur constituée par l’âme cylindrique rayée et un embout conique non rayé, vissé (formule Janacek). On a pu ainsi équiper d’embouts coniques des fusils réglementaires munis de pas de rayure convenable.
- Le projectile perforant comportait un noyau dur à grande densité, une chemise en acier monobloc avec deux ceintures déformables et une fausse ogive en acier ou en aluminium.
- Étant données les conditions particulièrement sévèi’es imposées à la déformation des ceintures par le laps de temps très court correspondant au passage de l’embout conique (un dix-millième de seconde) et l’incertitude quant au ralentissement de la vitesse de rotation lors de la traversée de l’embout conique lisse, une série d’essais a été effectuée en faisant varier la longueur de l’embout et en le munissant ou non de rayures.-
- Les longueurs suivantes furent essayées : 5o, 100, 200, 4oo
- Pris de la culasse à la bouche
- W777777A
- I
- Fig. 1. — Projectile sous-calibré à ceinture éjectable.
- Fig. 2. — Projectile sous-calibré à ceinture déformable.
- p.377 - vue 391/406
-
-
-
- 378
- et 800 mm; dans chaque cas, on compara un embout rayé et un non rayé, la partie cylindrique étant toujours rayée.
- Il fut constaté que le projectile traversait l’embout sans se briser à partir, d’une longueur de 100 mm et que la perte de vitesse de rotation était négligeable quand on choisissait des embouts lisses de longueurs inférieures à 200 mm.
- La fixation de l’embout fut réalisée par un filetage centré, le
- Fig. 3. — Projectile à ceinture rayée.
- montage se faisant à la main; l’embout se dévissait à la main après le tir sans aucune difficulté.
- Une vitesse de 1 280 m/s fut obtenue avec un projectile à noyau en carbure de tungstène et une vitesse de 1 5go m/s avec un projectile en acier, sans dépasser la pression maximum réglementaire. La précision était supérieure à celle des projectiles à ceintures éjectables.
- Projectiles à ceinture rayée d’avance. — La figure 3 représente un projectile de ce genre. Il comporte une partie rayée en concordance avec les rayures du canon.
- Déjà, pendant la première guerre mondiale, les Allemands avaient employé des projectiles de ce genre à cause de l’impossibilité de réaliser des ceintures classiques assez résistantes.
- Ce fut notamment le cas du fameux projectile de 210 mm avec lequel fut bombardé Paris.
- Les ceintures en cuivre ne résistent pas au delà de 1 070 m/s.
- Les premiers essais furent effectués en 1942 avec du matériel de 12,7 mm. On escomptait que la rayure pratiquée d’avance éliminerait l’érosion du canon par friction. La réalité a dépassé les prévisions. La durée du canon a pu être prolongée d’une façon sensible par le chromage de l’âme. La nécessité d’orienter mécaniquement le projectile prérayé pendant le chargement a provoqué l’étude d’une modification de la culasse de 4o mm Bofors en vue de son adaptation au matériel réglementaire de 37 mm. ..
- Il est à noter que des recherches similaires avaient été effectuées en France avant la dernière guerre, plus particulièrement en ce qui concerne les projectiles sous-calibrés à ceintures éjectables et les projectiles prérayés. Malheureusement, étant donnée l’insuffisance des moyens mis en œuvre, elles n’ont pu être poussées très loin.
- Y. Renigejr,
- Ing. de l'École Polytechnique de Zurich.
- L'élevage du renne en Grande-Bretagne.
- Les Anglais vont entreprendre eh Écosse un essai d’élevage assez inattendu, celui du renne, non pas pour satisfaire à tous les besoins comme chez les Lapons, mais uniquement pour fournir de la viande de boucherie et du cuir. On sait en effet que, malgré le développement apporté en Grande-Bretagne depuis 1941 à l’élevage des bestiaux et les restrictions imposées par le Rationnement, ce pays doit encore importer plus de la moitié de la viande qu’il consomme.
- L’acclimatation du renne dans les régions tempérées semble assez facile ; on en voit de très bien portants dans tous les jardins zoologiques. Contrairement à une idée fort répandue, il ne se contente pas de la mousse et du lichen qu’il va chercher sous la neige ; il leur préfère, et de beaucoup, l’herbe fraîche, les jeunes pousses des arbres et des arbustes, et il apprécie le foin.
- L’essai durera au moins trois ans, et, s’il paraît réussir, on le tentera aussi dans d’autres pays du Gommonwealth britannique. Il n’en coûtera rien à l’État, ni aux Administrations, ni aux contribuables. Il est dû à l’initiative et au concours matériel du Reindeer (renne) Council of the United Kingdom, créé à Cambridge, et dont les membres sont de grands propiûétaires fonciers, des voyageurs, des explorateurs, des naturalistes et des savants experts en tout ce qui concerne les régions arctiques. Ce conseil est présidé par Sir Frederick Whyte.
- L’essai portera sur 25 rennes sélectionnés, importés de la Laponie Scandinave. La difficulté sera de trouver et de former des bergers qualifiés et de savoir dans quelle mesure les rennes pourront porter préjudice à la faune locale, voire à la végétation. Sur ce point, on est moins inquiet, car les grands espaces boisés et les hauts pâturages , très mal ou non encore utilisés ne manquent pas en Écosse, ni même en Angleterre. Une autre difficulté sera d’éviter que des rennes s’écartent du troupeau et aillent commettre des dégâts dans la campagne environnante.
- Il convient de rappeler que, chez les Lapons et les Sibériens, le renne n’est pas à proprement parler un animal domestique : il vit
- en « liberté surveillée » et n’est qu’à moitié apprivoisé. Ce résultat est obtenu grâce à l’utilisation judicieuse par les Lapons de l’instinct grégaire qui est très fort chez le renne.
- A cet essai, il convient de rattacher l’opération grandiose qu’on fit au Canada quelques années avant la guerre. On importa de Sibérie, par voie de terre, un troupeau de plusieurs milliers de rennes, qui traversa le détroit de Bering, gelé en hiver, et tout l’Alaska. Il s’agissait d’assurer la subsistance des Esquimaux et des Indiens du Grand Nord. On y rencontre bien encore le renne américain, le carobiu, et le grand élan, l’original, non apprivoisés, autrefois chassés, qui vivent maintenant isolés et sont protégés parce que menacés de disparition. Le voyage dura de longs mois, et, malgré les difficultés de l’opération, elle réussit parfaitement. Peut-être pourrions-nous tenter un essai du même genre qu’en Écosse aux îles Saint-Pierre et Miquelon et même aussi aux îles Kerguelen. E. L.
- Un pipe-line argentin.
- Le Gouvernement argentin a inauguré en janvier dernier un pipeline de 1 604 km destiné à alimenter la capitale Buenos-Aires en gaz naturel de pétrole provenait de la région militaire de Como-doro-Rivadavia, située plus au sud, à la limite de la Patagonie. Le gaz est comprimé à la source au moyen de huit groupes de compresseurs et transporté dans des tuyaux d’acier protégés contre la corrosion par des revêtements goudronnés. La capacité actuelle du pipe-line en tuyaux de 273 et de 254 mm de diamètre atteint 340 000 ms par jour. Le trajet,a été tracé en arrière de la côte atlantique et franchit les cours d’eau qu’il rencontre au moyen de ponts et d’ouvrages d’art. Des vannes sectionnent la conduite en vue de permettre les réparations.
- p.378 - vue 392/406
-
-
-
- 379
- Les bactéries fossiles
- Nous voudrions profiter de la parution de la nouvelle édition du Manuel de paléontologie végétale du professeur Mo-ret (*) pour attirer l’attention sur l’importance de plus en plus grande qu’on. accorde aux bactéries dans les activités biochimiques à la surface du globe.
- On sait que leur étude a commencé avec Pasteur, découvrant leur rôle dans les fermentations et dans la transmission de certaines maladies. L’intérêt que présentaient ses découvertes pour la chirurgie (asepsie) et la médecine (prophylaxie, thérapeutique par les vaccins et les sérums) fit quelque peu négliger les autres microbes non pathogènes, ceux du sol et des eaux.
- Dès 1879, le botaniste van Tieghcm avait trouvé'des bactéries fossiles dans les racines des plantes de l’époque de la houille. En 1896, Renault confirma le fait et trouva bien d’autres formes dans les végétaux et les animaux fossiles, les unes rondes comme des microcoques, les autres en bâtonnets comme des bacilles, toutes analogues aux espèces actuelles.
- A partir de 1926, aux États-Unis et en Russie, on signala des bactéries anaérobies vivantes dans les eaux de gisements profonds de pétrole. Certains ont affirmé qu’elles proviennent d’une contamination superficielle au cours du forage ou de
- 1, Bacillus permiensis du permien d’A.utun (Renault) ; 2, Sireptothrix anthracis (Renault) ; 3, Bacil-lus'vorax, du carbonifère de Saône-et-Loire (Renault) ; 4, Bactéries ferrugineuses de l’algonkien du Minnesota (Gruner) (d’après Moret, Manuel de paléontologie végétale).
- l’exploitation, mais d’autres ont montré qu’on ne trouve ces •espèces que dans les jaillissements et qu’elles ont dû vivre depuis fort longtemps dans le gisement même, peut-être depuis sa formation. D’ailleurs, on tend de plus en plus à admettre que certains anaérobies décomposent de nombreuses matières organiques avec formation de méthane et même d’hydrocarbu-
- 1. Léon Moret. Paris, 1949.
- Manuel de paléontologie végétale. 2' édition. Masson et C1'
- res, si bien que la production de pétrole serait un phénomène actuel, se poursuivant aujourd’hui comme dans le passé.
- En 1933, Cayeux a découvert des microcoques dans les dépôts de phosphates, puis en 1937 dans les oolithes ferrugineuses de Lorraine aussi bien que dans les minerais de fer liuroniens du Minnesota et les schistes algonkiens de la Colombie britannique.
- On a attribué aux bactéries la précipitation du calcaire dans les massifs coralliens (Drew, 191/1) et Walcott a supposé qu’elles ont joué le principal rôle dans la formation des énormes masses de calcaires algonkiens de la série de Relt de Newland. On ne connaît pas encore le mécanisme de cette précipitation que certains croient plutôt chimique. Si en eaux de mer libres, bien aérées, la formation de carbonate de chaux est faible, dans des milieux riches en matières organiques,- l’ammoniaque libérée par des bactéries dénitrifiantes peut réagir sur les sulfates en présence d’acide carbonique ou de méthane pour donner du carbonate de chaux ou de la dolomie (carbonate double de chaux et de magnésie).
- Toute une série de bactéries anaérobies réduisent les sulfates en sulfites, puis en hyposulfites, et précipitent finalement des sulfures et même du soufre.' On a expliqué ainsi la genèse des gisements de soufre de l’oligocène et du miocène et l’on a même retrouvé des débris de microorganismes dans les dépôts permiens.
- Enfin, les bouilles du carbonifère ont révélé les premières bactéries fossiles et la liste de celles-ci n’a fait que s’allonger depuis van Tieghem et Renault. Elles auraient attaqué la cellulose ou la lignine, transformées en sapropèle, puis en lignite, puis en charbon par enrichissement en carbone.
- Ainsi, les bactéries fossiles se révèlent peu à peu comme de grands agents de formation biochimique des gisements les plus divers : houilles, phosphates, fer, calcaire, soufre. On en a trouvé à toutes les époques, dans les terrains les plus anciens. Elles ressemblent tellement aux espèces actuelles, tant par leurs formes que par leurs actions, qu’on peut se demander si elles ne sont pas parmi les plus anciens êtres vivants du monde, et de ceux qui ont évolué le moins (x).
- René Merle.
- 1. Renault a également trouvé des bactéries dans des écailles altérées de poissons incluses dans des coprolithes des schistes permiens d’.Vutun (flg. 1). Elles montrent que les bactéries intestinales ne datent pas non plus d’aujourd’hui.
- Production
- Le Dr H. W. Harvey, du laboratoire de Plymouth, vient de se livrer à un long et laborieux travail pour calculer la population et la production de la mer, tout au moins dans la Manche C1). Il l’exprime par l’ensemble- des êtres vivants contenus dans une colonne d’eau de 1 m3 de section, allant de la surface au fond. Les algues ne vivent que dans les couches supérieures éclairées et les animaux près de la surface et du fond, les couches intermédiaires étant bien plus pauvres. On peut admettre qu’il existe en moyenne 11 kg de matière vivante dans chaque tranche de 1 m2,
- 1. H. W. Harvey. O11 the production of living matter in the sea off Plymouth. Journal of the marine biological Association, 29, 1950, pp. 97-137.
- de la mer.
- avec de grandes variations d’un lieu à l’autre et selon les saisons. Cela est beaucoup plus que la terre dont le sol renferme cependant un nombre considérable de bactéries, de protozoaires, de vers, d’animaux fouisseurs et d’insectes. C’est beaucoup moins que certains étangs marins, peu profonds, près des côtes, où les Chinois cultivent des algues, puis qu’ils ensemencent du frai de poissons herbivores à croissance rapide, en évitant les animaux prédateurs, ou d’autres que des Philippins et des Hindous assèchent et labourent tous les deux ans et dont ils tirent annuellement 53 à 77 kg de nourriture par mètre carré. Cela justifierait les essais de mise en culture de certains lochs d’Ëcosse.
- p.379 - vue 393/406
-
-
-
- 380 LA POPULATION DE L’AFRIQUE
- Le Bulletin de VInstitut français d’Afrique Noire a publié une étude M. J. .Richard-Molard sur le peuplement de l’Afrique, basée sur les dernières estimations qui ont été publiées. Celles-ci sont assez variables, comme il convient dans une partie du monde où les deux tiers des habitants sont de race noire, beaucoup incapables de répondre à un questionnaire de recensement, certains disséminés dans des régions tropicales encore peu fréquentées. On en. est réduit à se baser soit sur les rapports de fonctionnaires locaux et régionaux, soit au mieux sur des dénombrements faits à différentes dates des logements (cases, huttes, paillotes, tentes, maisons) des nombreux groupes linguistiques et ethniques, mais il est bien aléatoire d’affecter le nombre des cases d’un coefficient moyen exact d’occupation !
- En réalité, la population de l’Afrique reste inconnue, comme celles de l’Asie et de l’Amérique du Sud. On en a seulement une estimation de plus en plus précise et approchée. En 1882, on supposait plus de 200000 000 d’habitants; en iç>34, Weur-lesse n’en comptait que i4o 000 000, y compris les Européens fixés. Cette baisse indiquait-elle un dépeuplement réel ou bien s’explique-t-elle par l’illusion des premiers occupants blancs surestimant la densité d’habitat des régions qu’ils conquéraient P
- Depuis la fin de la guerre, d’autres données ont été produites. En ig/jS, Kuczynski a publié une étude démographique de l’Afrique Occidentale Anglaise; elle compterait de 24,5 à 29 000 000 d’habitants; la population européenne y serait passée de 3oo en 1871 à 2 000 en 1901, à 8 000 en 1981 et à environ 12 000 en 1989. En 1949, le R. P. van Bulck s’est essayé à une répartition par groupes dans son Manuel de linguistique ban-toue.
- L’Annuaire démographique de l’O.N.U. pour 1948 donne une estimation basée sur les déclarations des divers gouvernements; elle semble pour certains d’entre eux singulièrement majorée; par exemple, l’Ethiopie y figure avec i5 000 000 habitants au lieu de G environ !
- Mendes Correa, ci'itiquant les diverses sources d’information a abouti en ig48 à une évaluation de 166 197 107 habitants sur une surface de 00 812 900 km2, soit 5,5 habitants par kilomètre carré.
- Le Statesman’s Year-Book de 1949 arrive à un total un peu supérieur : 173 214 000 après avoir donné les estimations par pays dans le tableau suivant (en milliers d'habitants! :
- Maroc français ....................... 8 175
- Maroc espagnol ....................... 1 290
- Tanger ...........•................... 100
- Algérie et territoires du Sud ........ 8 520
- Tunisie ..................... — ...... 3 23o
- Libye ........................................ 888
- Égypte ............................... 19 100
- Canaries ..................................... 776
- Sahara espagnol ............................... 37
- A. 0. F............................... 16 200
- Gambie ....................................... 220
- Sierra Leone ......................... 2 000
- Gold Coast et Togo .................. 4 xoo
- Nigeria et Cameroun anglais ......... 21 800.
- Guinée portugaise ............................ 35o
- Liberia .............................. 1 5oo
- Iles du Cap-Vert ............................. 181
- Cameroun français .......................... 2816
- Togo français ............................... q43
- A. E. F. ............................. 4 i2o
- Soudan anglo-égyptien ................ 7 545
- Erythrée ..................................... 600
- Somalie italienne .................... 1 022
- Somalie française .......................... 45
- Somalie britannique ....................... 700
- Éthiopie .............................. 6 000 ?
- Kenya ................................... 4 209
- Uganda .................................. 4 o4i
- Zanzibar ................................. 266
- Tanganyka ............................... 5 917
- Ruanda-Urundi ........................... 3 723
- Congo belge ............................ 10 8o5
- Guinée espagnole et Fernando-Po.... 171
- Saint-Thomé et Prince....................... 60
- Angola ................................... 8738
- Swaziland ................................ 187
- Bechuanaland .............................. 285
- Basoutoland ............................... 556
- Nyassaland ........................... 2 3o6
- Rhodésie du Sud ......................... 1 764
- Rhodésie du Nord ........................ 1 565
- Mozambique .............,.......... 5 086
- Sud-Ouest africain ........................ 270
- Union sud-africaine .................... ui 4i8
- Madagascar .............................. 3 900
- Maurice ................................... 4a4
- La Réunion ................................ 221
- Seychelles ................................. 34
- Sainte-Hélène ............................... 5
- Sur plus de 22 pour 100 de la surface totale des terres, l’Afrique n’a que 6 0/0 de la population mondiale.
- Depuis 20 ans, la population africaine augmente, surtout dans les régions de population non noire, plus encore dans les pays où les Blancs sont nombreux et encadrent les autochtones. On a évalué l’accroissement à 7 000 000 au Maroc, 4 4oo 000 en Egypte, 2 goo 000 en Afrique du Sud. La population noire est moins bien comptée et l’on ne peut encore savoir si elle est en voie d’accroissement ou de diminution.
- Sur 178 000 000 d’habitants, 65 4io 000 sont de races non noires, soit près de 38 pour 100. Ceux-ci se répartissent ainsi ;
- Européens .............................. 5 000 000
- Métis d’Européens ...................... 1 5oo 000 ?
- Juifs .........•................... 700 000 (1)
- Asiatiques ........................ 410 000
- Arabes et Berbères..................... 3g 600 000
- Ethiopiens, Sémites et Chamites. ’ 10 000 000
- Malgatehes ............................ 3 gooooo
- Insulaires ............................. 1 700 000
- Il reste pour les Noirs un peu plus de 100 000 000, dont 5 pour les Nilotiques, 5o pour les Soudanais, un peu moins de 5o pour les Bantous.
- Partout, en Afrique noire intertropicale, la population ui'baine est peu nombreuse; elle ne représente que 3 pour xoo dxx total. Par contre, dans l’Union sud-africaine, elle atteint 20,4 pour 100, 20 pour 100 au Sénégal et 18 pour 100 en Afrique du nord. Elle croît rapidement avec les progrès de l’industrialisation, les grands travaux publics et la complexité croissante de l’organisation administrative.
- M. Richard-Molard, après avoir discuté toutes ces données, s’ai’rête un instant sur les territoires de l’Afi’ique de l’ouest, délimités par une ligne allant de Gabès au Tchad puis au Cameroun. On y trouve' trois grandes régions : le Maghreb, le Sahara occidental et l’Afrique occidentale de la région des moussons. Le Maghreb couvre 84o 000 km2, 2,7 pour 100 de
- 1. Dont 412 000 dans le Maroc français, d’après Desfois (1948).
- p.380 - vue 394/406
-
-
-
- 381
- la surface du continent africain; il nourrit 21000000 habitants, soit 12,x pour 100 de la population totale. Le Sahara couvre 4 000 000 km2 (i3,3 pour 100) et nourrit 1 700 000 habitants (1 pour 100), L’Afrique occidentale non saharienne couvre 3 700000 km2 (12,0 pour 100) et nourrit 4? 5oo 000 habitants (27,4 pour 100). Il y a donc en Afrique du nord et de l’ouest une grande région utile et peuplée; on y compte
- i3 habitants au kilomètre carré, au lieu de 5,5 pour 100 pour l’ensemble du continent. Elle rassemble et nourrit plus de 4o pour 100 de la population. La France a la bonne fortune d’en posséder une grande partie. On peut y prévoir un grand essor démographique et un rapide développement économique.
- R. M.
- Une rêverie du
- Professeur Ignotus
- Ce soir-là, le Pr Ignotus avait relu le délicieux livre de Christophe (prénom pseudonyme laissant aisément deviner le nom de famille), « L’idée fixe du savant Cosinus », sympathique ahuri essayant vainement de réaliser le but de sa vie : sortir de Paris. Ayant fait un bon dîner, le professeur laissait coupablement errer ses pensées vers des problèmes insolubles tels que le mouvement perpétuel, la trisection des angles, la quadrature du cercle, etc... Rêverie impardonnable, puisque l’Académie des Sciences jette axx panier, sans les lire, les communications prétendant avoir résolu ces énigmes éternelles.
- Le problème du mouvement perpétuel lui parut indigne de sa béatitude présente. La trisection de l’angle était depuis longtemps résolue par une astuce non-conformiste, une sorte de gabarit diviseur universel, cl’où la règle et le compas classiques sont bannis. Le croquis ci-joint est des plus éloquents :
- 1
- OB est de longueur quelconque, AB = BC = CD. Pour couper un angle XSY en trois angles égaux, on fait coïncider : OB avec le sommet de l’angle et A avec un côté de l’angle, de manière que le demi-cercle soit tangent en D7 à l’autre côté de
- l’angle (cl’après ce La science amusante » de Tom Tit). ASB =
- BSC = GSD7.
- Quant à la quadrature du cercle, mystère qui voudrait comparer en nombres entiers la surface d’un cercle avec celle d’un carré, il lui sembla que ce problème avait reçu une solution satis-
- faisante, tout au moins dans le domaine spirituel, car Tristan Bernard définissait ainsi l’enceinte carrée où s’affrontent les boxeurs ou lutteurs : « Quadratui'e du cercle », pour qualifier le ring, qui signifie « cercle » dans la langue de Shakespeare. Une fois de plus l’Entente cordiale avait joué en faveur de l’humanité.
- Au loin, une locomotive siffla dans la nuit... Une locomotive qui brûlait plusieurs tonnes de charbon à chaque voyage. Le professeur se rappela que M. Marcel Boll portait sur ces engins un jugement sévère mais juste : sur 1 000 kg de charbon brûlés dans le foyer, 100 kg étaient utilisés à tirer le train, et 900 kg servaient à « chauffer libéralement l’air des campagnes... ».
- II. G. Wells avait inventé une machine à voyager dans le temps... Pourquoi ne pas inventer un dispositif thermique de rendement 100 pour 100, par exemple une machine transformant intégralement la chaleur en mouvement ascensionnel ?
- A ce moment, la fidèle servante du Pr Ignotus entra et déposa une tasse de café sur la fameuse machine qui était en réalité une table (de logarithmes). Mais le savant s’était endormi, et il eut un rêve étrange : par suite de la chaleur cédée à la machine par le café brûlant, la tasse montait, montait toujours, et elle s’arrêta à une hauteur de plus de 20 km...
- Deux heures plus tard le professeur se réveilla en frissonnant. La tasse de café reposait sur son lit de logarithmes, et il haussa les épaules. Cependant un doute le taquinait; il prit un crayon et fit des.calculs fort simples :
- Il savait qu’il y avait 3oo cm3'de café à 90° dans la tasse, qui pesait avec son contenu 5oo gr. D’autre part le thermomètre de son bureau ne marquait que xo°. Ainsi le café s’était refroidi de 90° à io°, soit une chute de 8o°, qui, cédés à la fameuse machine auraient produit :
- 80 x 000 = 24 grandes calories qui auraient engendré :
- a4 x 4a5 = 10 200 kgr/rn capables à leur tour d’élever la tasse à :
- 10 aoo o,5oo
- = 20 400 km.
- Alors il prit un comprimé d’aspirine et alla se coucher.
- Jacques Henri-Robert, Ingénieur civil.
- p.381 - vue 395/406
-
-
-
- 382
- LE CIEL EN JANVIER 1951
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison croît de — 23°3' à — 17°32' ; la durée du jour passe de 8h16m le 1er à 9h19m le 31 ; diamètre apparent le 1er = 32'3o",0, le 31 = 32'3i",2 ; périgée le 2 à 4b. — LUNE : Phases : D. Q. le 1er à ohilm, N. L. le 7 à 2(M0:m, P. Q. le 13 à 0h23m, P. L. le 23 à 4h47m ; périgée le 6 à 43h, diamètre app. 32'12" ; apogée le 18 à 14h, diam. app. 29'28". Principales conjonctions : avec Neptune le 2 à ih, à 4°25' N. ; avec Mercure le 7 à 0h, à 8°12' IN. ; avec Vénus le 8 à 48h, à 2°38' N. ; avec Mars le 10 à 2h, à 1°36' N. ; avec Jupiter le 11 à 8h, à 0°13' N. ; avec Uranus le 21 à 2h, à 4°34' S. ; avec Saturne le 27 à 23h, à 3°5S' N. ; avec Neptune le 29 à 7h, à 4°43' N. Principales occultations : de i Vierge ’(5m,6) le 2, émersion à 5h26m,7 ; des Pléiades le 17 : 16 Taureau (Celaeno, 5m,4), immersion à 22h34ra,2 ; 17 Taureau (Electre, 3m,8), immersion à 22h50m,7 ; 19 Taureau (Taygete, 4m,4), immersion à 22h58m,3 ; 20 Taureau (Maïa, 4m,0), immersion à 23h12m,2 ; 21 Taureau (5m,8), immersion à 23h30m,8 ; de x Lion (5m,2) le 26, émersion à 23h8m,S ; de 49 Vierge (5m,3), émersion à 2h8“,3. — PLANÈTES : Mercure, en conjonction inf. avec le Soleil le 1er à 20h, plus grande élongation du matin le 24 à 3h, à 24°29' W. ; Vénus, étoile du soir à la fin du mois, se couche le 25 lh et demie après le Soleil, diam. app. 10",o ; Mars, dans le Capricorne, puis le Verseau, se couche le
- 25 à 19h3, soit 2h et demie après le Soleil, diam. app. 4",3 ; Jupiter, dans le Verseau, se couche le 13 à 20h16m, diam. pol. app. 33",7 ; Saturne, dans la Vierge, se lève le 13 à 22b23m, diam. pol. app. 16",4, anneau : grand axe 41",2, petit axe 3",0 ; Uranus, dans les Gémeaux, observable toute la nuit, position le 31 : 6h26m55s et 4- 23°38', diam. app. 3",8 ; Neptune, dans la Vierge, observable dans la deuxième partie de la nuit, position le 31 : 13h14m32s et — 6°6'41", diam. app. 2",4. — ÉTOILES FILANTES : Bootides, du 2 au 3, radiant vers (3 Bouvier. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2m,2-3m,5) : le 3 à 20h,6, le 6 à -17M, le 18 à 4*6, le 21 à 1*4, le 23 à 22\2, le 26 à 19h,0 ; minima de [3 Lyre (3n\4-4ln,3) : le 5 à 7h, le 18 à 5h, le 31 à 3h. — ÉTOILE POLAIRE : passage sup. au méridien de Paris : le 1er à 18h57m35s, le 11 à 18h18m6s, le 21 à 17h38m34s.
- Phénomènes remarquables. — L’Occultation des Pléiades le 17, à observer à la jumelle. — Les étoiles filantes Bootides, du 2 au 3 ; rapides, longues. — La lumière cendrée de la Lune, le malin du 3 au o et le soir du 10 ail- 12.
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Leçons sur la théorie des fonctions, par E. Borel. 1 vol. in-8°, 296 p. Gauthier-Yil-lars, Paris, 1950. Prix : 1 200 francs.
- Écrit par un des maîtres des mathématiques, cet ouvrage en est à sa quatrième édition. C’est une œuvre classique dont l’éloge n’est plus à faire. Il comporte une note additionnelle sur l’axiome du choix et les définitions asymptotiques.
- L’analysis situs et la géométrie algébrique,
- par S. Lefschetz. 1 vol. in-8°, 152, p., planches. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 650 francs.
- Appartenant à la collection de monographies sur la théorie des fonctions, ce livre traite notamment de la topologie des surfaces algébriques, de l’analysis situs et des systèmes de courbes d’une surface algébrique, des variétés algébriques à plus de deux dimensions, de l’analysis situs et des fonctions abéliennes, des intégrales doubles de seconde espèce et des intégrales simples do troisième espèce des surfaces algébriques et il se termine par une note sur les modèles de V. Y oit erra.
- Contribution à la théorie générale des abaques à plans superposés, par G. R. Boulanger. 1 brochure, 118 p., 30 lig. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 1 200 francs.
- Après le rappel général des abaques à plans superposés et du principe de la représentation schématique, l’auteur fait une étude des formes tangentielles complètes à plans indépendants et à plans groupés. Un appendice est consacré à la représentation symbolique des structures tangentielles et à la notation symbolique.
- Technique du modelage industriel, par
- O. Querut. 1 vol., 126 p., 52 planches. Béranger, Paris.
- Ouvrage traitant des modèles en bois, à l’exclusion des modèles métalliques, destiné à l’enseignement du modelage industriel dans les écoles professionnelles. Des textes concis et précis accompagnent de nombreux dessins et planches.
- Jean-François astronome, par P. Rousseau. 1 vol. in-8°, 168 p., 50 fig. Hachette, Paris, 1950. Prix : 250 francs.
- Les lecteurs de La Nature connaissent bien M. P. Rousseau, dont ils apprécient la haute compétence et les qualités d’exposition dans les domaines passionnants de l’astronomie. Dans ce livre qui s’adresse aux jeunes et leur fera aimer l’un des plus beaux chapitres de la science, l’auteur, avec son enthousiasme habituel, leur montre que la science des astres est loin d’être rébarbative et qu’il est facile à un jeune bachelier de. monter pendant les vacances et à peu de frais, un observatoire avec lunette, cadran solaire, speetroscope et théodolite qui lui ren-
- dra possible de dresser une carte du ciel et de mesurer les taches solaires. Ce livre d’initiation se lit comme un roman.
- L’astronautique, par L. Laming. 1 vol. in-16, 110 p., 10 fig. Collection « Que sais-je? ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- L’astronautique est à la mode et deviendra sans doute une réalité. L’auteur fait le point de la question en rejetant d’abord les projets chimériques, puis en décrivant les fusées et en examinant les rapports de l’astronautique et de l’énergie atomique. Il étudie la navigation et la trajectoire, les problèmes physiologiques, les planètes à explorer et différentes autres applications.
- Les lampes à décharge. Principes, caractéristiques, applications, par P. J. Orange. 1 vol. in-8°, 293 p., 161 fig. Dunod, Paris, 1950. Prix : 1 300 francs.
- La lampe à décharge a révolutionné la technique de l’éclairage. Cet ouvrage de la bibliothèque technique Philips donne les notions essentielles sur les phénomènes de base, étudie les lampes à vapeur de sodium ou à vapeur de mercure, à haute ou à très haute pression, à refroidissement naturel ou forcé, pour l’éclairage public et les lampes fluorescentes pour l’éclairage intérieur. Un appendice donne les caractéristiques des différentes lampes et une bibliographie.
- • La radiotélégraphie par appareils rapides, par J. Brun. 1 vol. 213 p., 86 fig. Albin Michel, Paris, 1950.
- Pour les jeunes gens qui désirent faire carrière dans les services radioélectriques fixes, l’auteur donne une vue d’ensemble des services radioélectriques de l’aéronautique navale, puis un aperçu sur la radio, les services de renseignements météorologiques et ceux de radiocommunications intercontinentales. Il passe ensuite à la détermination de la longueur d’onde optimum, à la propagation des ondes hertziennes et notamment des ondes courtes ; il examine leurs perturbations naturelles et les remèdes à y apporter, puis étudie les divers systèmes de télégraphie : télescripteurs, télétypes, radiorécepteurs et enfin l’organisation et l’exploitation des services fixes télégraphiques et radio et les voies et moyens de télécommunication entre bases aériennes.
- Notions de physique, par J. Chappuis et A. Jacquet. 1 vol. in-8°, 316 p., 318 fig. Dunod, Paris, 1950.
- Ce livre du ccyle du technicien de là bibliothèque de l’enseignement technique en est à sa cinquième édition. Destiné aux élèves des écoles professionnelles et des collèges techniques, il donne de façon très claire les notions fondamentales et se termine par quelques problèmes et des photographies d’appareils et de machines.
- Journées internationales de science photographique. Zurich, 1949. Texte français des communications, publié par L. P. Clerc. 1 brochure, 126 p. Revue d’Optique, Paris, 1950.
- Contribution à l’emploi des méthodes optiques en métallographie microscopique, par
- T. Cambon. 1 broch., 108 p., 25 fig., 35 clichés. Service de documentation et d’information technique de l’aéronautique, Paris, 1950.
- Après description des méthodes d’examen des sections polies, l’auteur en présente l’application aux bronzes, aux alliages cuivre-antimoine et aux alliages contenant du silicium.
- Nouvelles méthodes de préparation des cristaux uniques d’aluminium et leurs applications à l’étude microscopique et cristallographique de l’état métallique, par
- L. Beaujard. 1 vol., 58 p., planches. Service de documentation et d’information de l’Aéronautique, Paris, 1949.
- Analyse qualitative minérale à l’aide des stilliréactions, 2° édition, par R. Delaby et J. A. Gautier. 1 vol. in-8°, 230 p. Masson, Paris, 1950. Prix : 820 francs.
- Les techniques semi-micro-analytiques ont pris au cours de ces dernières années un développement croissant. Les essais à la goutte se sont généralisés et sont devenus d’application courante, aussi bien dans les laboratoires industriels que dans les laboratoires d’enseignement. Ils évitent de longues et fastidieuses séparations par des visas directs sur la liqueur primitive dans un grand nombre de cas. L’ouvrage des deux professeurs de la Faculté de Pharmacie de Paris a un caractère essentiellement pédagogique, il s’adresse aux étudiants de Faculté et des grandes Écoles, mais les analystes confirmés y trouveront de précieux renseignements. Après des généralités sur les stilliréactions, leur sensibilité et leur spécificité, un chapitre est consacré aux techniques : matériel, réactifs, mode opératoire, conseils. Les auteurs passent ensuite en revue les caractères analytiques des principaux cations et allions, leur détermination dans un mélange de sels, leur recherche dans une solution et l’analyse des substances solides.
- Coal, coke and coal Chemicals, par P. J. Wilson et J. II. Wells. 1 vol. in-8 , 510 p., fig. MacGraw-Hill, New-York et Londres, 1950. Prix . relié, 8 dollars.
- La carbonisation du charbon est une source d’importantes matières premières. Cet ouvrage traite avec autorité de la partie chimique, de la distillation de la houille, carbonisation à haute température et à basse température, récupération des sous-produits, purification des gaz, obtention du coke de gaz et du coke métallurgique. Les procédés les plus modernes sont décrits et représentés par des schémas et pho-
- p.382 - vue 396/406
-
-
-
- 383
- tographies. Le livre se termine par des renseignements techniques sur les installations américaines et une bibliographie, sélectionnée.
- Le goudron de houille, par J. Beck. 1 vol. in-16, 128 p. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- Le goudron de houille est Fune des sources les plus importantes de matières premières pour l’industrie chimique. L’auteur passe en revue la distillation de la houille, la récolte et la distillation du goudron, les divers produits issus de son fractionnement et leur utilisation directement ou comme matières intermédiaires. Il termine par les maladies professionnelles provoquées par le goudron et ses dérivés.
- Natural gas and natural gasoline, par R. L.
- Huntington. 1 vol. in-8°, 598 p. MacGraw-Hill, Londres, 1950. Prix : relié, 64 sh.
- Les gaz naturels riches en méthane et les carbures homologues supérieurs sont une source importante de matières premières pour l’industrie chimique quand ils ne sont pas utilisés comme combustibles. Leur traitement constitue une des branches d’activité de l’industrie pétrolière. Cet ouvrage étudie leur exploitation, leur transport, leur fractionnement, leur transformation, la distillation, le fractionnement et la déshydratation. Un chapitre est. consacré aux pipe-lines 5 haute pression. Dans un appendice figurent les propriétés physiques des hydrocarbures, les méthodes d’essais et d’analyse, les spécifications des gazolincs.
- Modem synthetic rubbers, par H. Barron. 1 vol. in-8°, 636 pM 101 fig. Chapman et Hall, Londres, 1949. Prix : 45 sh.
- Les recherches sur les caoutchoucs artificiels ont pris un développement considérable entre les deux guerres mondiales et surtout durant le dernier conflit. A côté d’élastomères destinés à concurrencer le caoutchouc naturel, un grand nombre de produits plus ou moins doués de propriétés élastiques ont été fabriqués qui s’adaptent à des emplois particuliers. Dans cette troisième édition revisée et augmentée, l’auteur fait un magistral exposé de la question des élastomères de synthèse ; il montre l’aspect économique du problème, donne les fondements chimiques et physiques sur lesquels repose leur synthèse avec une intéressante étude des matières premières, de la polymérisation, notamment en émulsions, et de la copolymérisation. Il termine par un important chapitre sur les propriétés comparées de ces substances.
- Modem Plastics, par IL Barron. 2e édition. 1 vol. in-8°, 780 p., 272 fig. Chapman et Hall, Londres, 1949. Prix : relié, 50 sh.
- L’industrie des plastiques livre une gamme sans cesse accrue de produits nouveaux s’adaptant aux usages les plus divers. L’auteur donne une remarquable vue d’ensemble des matières premières, des techniques et des produits finis, sans tomber dans une énumération fastidieuse. Après un examen des matières premières et des techniques de polymérisation, on trouve des chapitres sur les résines tbermo-durcissablcs, les plastiques cellulosiques, les plastiques vinyliques, les polyamides, les résines glyptals et alkydes, la caséine, les silicones, l’analyse et les essais de matières plastiques. Abondante bibliographie. . .
- Lehrbuch der organiseben Chemie, par Paul Karrer. 11e édition. 1 vol. in-8°, 1086 p., 6 fig., 1 pi. Georg Thieme, Stuttgart, 1950. Prix : relié, 45 marks.
- Professeur à l’Université de Zurich, l’auteur a écrit cet excellent manuel qui en est à sa 11e édition mise à jour. Dans le domaine de la chimie du carbone, les composés sont devenus si nombreux, si divers, qu’on ne sait plus comment les classer et les présenter. On a reconnu les analogies de fonctions : acides, alcools, aldéhydes, éthers, etc., et les groupes de mêmes chaînes : aliphatiques, cycliques, mais leurs combinaisons, leurs complexes sont infinis. L’auteur a su mettre de l’ordre dans ce chaos, le rendre didactique, et en suivre les progrès jusqu’aux derniers travaux sur les isotopes. Sa réussite est prouvée par les traductions qu’on a faites de son ouvrage dans de nombi’euses 'langues. Il est un des meilleurs pour s’initier aux multiples aspects de la chimie organique.
- Botanical nomenclature and taxonomy, par
- J. Lanjomo. 1 vol. in-8°, 88 p., fig. Union internationale des sciences biologiques, 57, rue Cuvier, Paris, 1950.
- Compte rendu d’un « symposium » tenu à
- Utrecht pour préparer les règles internationales de nomenclature botanique, les conventions taxonomiques et les noms de familles et de genres à proposer au prochain congrès international de 1950. On sait combien ces règles sont difficiles à fixer et l’importance d’un accord sur les noms des plantes.
- Le lupin doux, par J. Lavoine et M. Motte. 1 broch. in-16, 61 p., 2 fig. La Maison rustique, Paris, 1950. Prix : 110 francs.
- Plante des terres sableuses, le lupin fume la terre et nourrit le bétail. 11 pourrait devenir une richesse pour la Sologne et les Landes. Culture et utilisations sont décrits d’après l’expérience acquise en Allemagne et au Danemark.
- History of tbe Primates, par W. E. Le Gros Clark. 2b édition. 1 vol. in-8°, 117 p., 40 fig. British Muséum (Natural History), Londres, 1950. Prix : 25 sh, 6 d.
- Le British Muséum édite de nombreux guides fort réussis pour aider à la visite de ses collections. Le département de géologie avait ainsi depuis longtemps un excellent ouvrage d’introduction à l’étude de l’homme fossile, mais les decouvertes des dernières années ont été si nombreuses qu’il a fallu le reviser. Le grand spécialiste qu’est le professeur d’Oxford l’a réécrit complètement, traitant de toutes les questions : évolution géologique des Primates, espèces actuelles, caractères spécialisés des Australopithèques, des Pithécanthropes (et Sinanthropes) comparés à Homo sapiens, qui posent le problème de notre espèce.
- The establishment of végétation on industrial waste land, par R. O. Whyte et J. W. B. Sisam. 1 vol. in-8°, 78 p., 60 photos hors texte. Commonwealth Agricultural Bureaux. Penglais, Aberystwyth (Wales). Prix : relié, 10 sh.
- L’industrie encombre les abords des usines de ses résidus, de ses déchets ; elle enlaidit les paysages, rend désagréables les logements ouvriers, couvre des terres cultivables. Il n’est que de songer aux immenses terrils des régions houillères et des centres de grande industrie chimique parfois prêts à ébouler, pour comprendre qu’il y a là un problème important à résoudre. Une enquête étendue montre ce qu’on a fait et indique ce qu’on peut faire : plantation d’arbres et d’arbustes, couverture de plantes herbacées, pâturages et élevages d’abeilles, emploi d’engrais et d’amendements appropriés.
- Problems of morphogenesis in Ciliates, par
- André Lwoff. 1 vol. in-8°, 103 p., 32 fig. John Wiley and sons, New-York. Prix : relié, 2,50 dollars.
- Les protozoaires du groupe des Ciliés présentent dans leur cytoplasma des granules, les Kinétosomes qui donnent naissance à des organites divers et se divisent indépendamment du noyau. Cela pose de nombreux problèmes d’organisation, de différenciation et d’hérédité que l’auteur passe en revue avec toute l’expérience acquise par 20 ans de méticuleuses recherches.
- Parmi les insectes et devant la nature, par
- Marcel Roland. 1 vol. in-8°, 217 p., 8 pl. Collection « Les animaux chez eux ». Durel, Paris, 1950. Prix : 900 francs.
- Dans neuf volumes, l’auteur a déjà conté ce qu'il a vu des. animaux des bois, des champs et des jardins et ce qu’on en peut déduire de philosophie. Il l’a fait en poète, en sage, en savant, dans une langue magnifique. Il continue ici en montrant quelques insectes connus, fort étranges quand on y réfléchit. Il en cite des exemples de force, de ruse, d’amour, d’endurance, d’harmonie, de travail, de beauté, de quoi faire rêver l’homme sur la destinée de tous les êtres.
- Psychologie des animaux, par Jean-C. Fil-loux. 1 vol .in-16, 128 p., 10 fig. Collection (f Que sais-je P ». Presses universitaires de France, Paris, 1950.
- On a beaucoup discuté de la question, faute de s’entendre. L’homme se connaît lui-même par introspection et suppose chez autrui la même psychologie, mais il ne peut appréhender directement la conscience,' la pensée de l’animal. Il observe seulement son comportement et note ses réponses à des stimulations. Ce comportement est surtout inné (réflexes, tropismes, instincts) chez les Invertébrés ; il s’y ajoute des notions, des conduites apprises de plus en plus nombreuses chez les vertébrés, les mammifères, les singes. L’homme dépasse par l’attention, la
- réflexion, l’imagination, le langage, l’abstraction. L’auteur résume heureusement les recherches des biologistes et des psychologues sur les divers groupes d’animaux, sans trancher philosophiquement des positions prises.
- La biologie et l’avenir humain, par Jean Rostand. 1 vol. in-16, 96 p. Albin Michel, Paris, 1950. Prix : 120 francs.
- Avec une belle confiance dans le savoir si incertain de l’homme et dans sa sagesse, dont on peut cependant douter, Rostand voit dans l’avenir de la biologie expérimentale et de la génétique les moyens de créer le surhomme, de choisir les sexes, les hérédités, les mutations qui amélioreront le corps et le cerveau. Mais l’homme osera-t-il avant d’être certain de sa science, ou bien celle-ci fuira-t-elle devant lui en se transmutant ?
- Entretiens de... hygiène naturelle, par le D* J. Poucel. 1 vol. in-16, 178 p. Gabert,
- 1949.
- Conseils d’hygiène naturiste sur la santé, l’alimentation, la respiration, les activités, le repos, le vêtement et la propreté, la santé intellectuelle et morale, tous simples et sages.
- The sociology of the patient, par Earl Lomon Roos. 1 vol. in-8°, 264 p. Mc Graw-Hill, Londres et New-York, 1950. Prix : relié, 24 shillings.
- Série de cours aux infirmières sur les thèmes : le malade est une personne, il a une famille dont il est membre, il vit dans un groupe. Ces données contribuent à le soigner et le guérir.
- Les païens, par W. Howells. 1 vol. in-8°, 335 p. Bibliothèque scientifique, Payot, Paris,
- 1950. Prix : 600 francs.
- Après avoir étudié les Indiens d’Amérique, les Polynésiens, les Aztèques, l’auteur cherche à dégager le fond des croyances des peuples non encore civilisés : notions de sacré et d’interdiction, magie, divination, sorcellerie, culte des ancêtres, totémisme, etc. Il les retrouve comparables chez tous et en signale les traces dans les sociétés modernes, ce qui pose le problème de l’origine et de l’évolution des religions.
- Sorciers, féticheurs et guérisseurs de la Côte dTvoire-Haute Volta, par J. Rerharo et A. Bouquet. 1 vol. in-8°, 144 p., 1 carte, 14 pl. Yigot, Paris, 1950,
- Les auteurs ont recueilli sur place de nombreux renseignements sur les croyances, les pratiques, les opérations magiques des indigènes, la récolte et l’administration des médicaments, les formules thérapeutiques.
- La vie dans les bois, par L. Dickinson-Rich. 1 vol. in-8°, 304 p. Collection « La Croix du Sud ». Juliiard, Paris, 1950. Prix : 450 francs.
- Un ménage américain vit dans une forêt du Maine, partageant la vie des bûcherons. Il ressent le mystère des solitudes, la joie saine de la vie libre, les surprises de l’aventure, la crainte de l’incendie, le risque du mal des bois, sorte de folie des isolés. On assiste à une suite de scènes pittoresques, souvent plaisantes, parfois émouvantes.
- La plongée en scaphandre, par P. Tailliez, F. Dumas, J.-Y. Cousteau, J. Alinat et ï)r F. Devilla. 1 vol. in-8°, 119 p., 17 fig., 8 pl. Éditions Elzévir, Paris, 1949. Prix : relié, 690 francs.
- Le groupe des recherches sous-marines a réussi en peu de temps à simplifier et améliorer les techniques de plongée libre, à tel point que la mode est venue des sports sous-marins : pêche à l’arbalète, promenades sous l’eau, etc. Dans ce volume, l’équipe des officiers de marine à qui l’on doit ces progrès présente les données physiologiques qu’il faut respecter, les modèles d’appareils et de vêtements les mieux adaptés, les accidents à craindre et leurs traitements. Des tableaux fixent les vitesses et les temps de remontée. Il y a là un grand surcroît de sécurité pour les travaux sous l’eau et aussi pour tous la possibilité de pénétrer dans un élément à peu près interdit, d’y circuler, d’en admirer le décor et les habitants.
- Savoir détruire les parasites de l’homme et de Thabitation, par Lucien Danzel. 1 broch. in-16, 76 p., 23 fig. La Maison rustique, Paris, 1949. Prix : 90 francs.
- Connaître les parasites de l’homme, des animaux domestiques, de l’habitation, des aliments,
- p.383 - vue 397/406
-
-
-
- leurs genres de vie, leurs dégâts, les produits qui les tuent, tel est le plan honnêtement traité de ce petit livre.
- L’origine de l'homme* par J. Pommelé 1 vol. in-8°, 59 p., 7 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950. Prix : 300 francs.
- Rassemblant les faits connus sur les anthropoïdes et les hominidés fossiles, hauteur essaie de tracer un diagramme de leur évolution, en fonction de leur âge et de leur psychisme. Il y voit des lignes et des courbes intéressantes qu'il présente en mathématicien, sans en tirer de théories de filiation, comme des rapports dignes d’être considérés.
- L’électricité et l’automobile, par Marc Dory. 2e édition. 1 vol. in-8°, 216 p., 132 fig. Technique et vulgarisation, Paris, 1950.
- Après le rappel des notions techniques nécessaires, l’auteur explique tout l’équipement électrique de la voiture : accus, dynamos, chargeurs, démarreurs, allumage,' éclairage, avertisseurs, essuie-glaces, câblage, contrôle, radio. Il donne les schémas de montage et indique les moyens de dépannage.
- Mécanique de l’aviation. Propulsion et performances, par P. de Valroger. 1 vol. in-8°, 390 p., 23 pl. fig. Gauthier-Villars, Paris, 1950, Prix : 2 500 francs.
- Cet ouvrage est la reproduction du cours professé par l’auteur à l’École supérieure nationale de P Aéronautique. Citons parmi les chapitres traités : le profil d’aile et la sustentation, l’aile et l’avion dans les domaines transonique et supersonique, le vol sans moteur, les diagrammes logarithmiques du planeur, le vol en palier, l’étude générale du plafond et de la montée, la propulsion par fusée, par statoréacteur et par turboréacteur, la propulsion par hélice et par soufflante, les régimes rapides et lents, le problème de l’aérodyne à ailes mobiles, le décollage et l’envol de l’avion, l’atterrissage, le rayon d’action et l’autonomie.
- Problèmes de l’embryologie physio-généti-que. 1 vol. in-8°, 168 p. Union internationale des sciences biologiques, 57, rue Cuvier, Paris, 1950.
- Un « symposium » s’est tenu à Berne pour examiner les problèmes de la formation de l’être dans l’œuf. Des embryologistes y ont confronté leurs recherches expérimentales récentes dégageant des facteurs divers, physiques, chimiques, génétiques, de l’organisation de l’œuf et des débuts du développement. Les rapports réunis situent- l’état de ces difficiles questions ; ils soulignent l’importance actuellement accordée aux acides ribonucléiques et à l’influence du cytoplasma.
- Les derniers progrès de la technique, par Roger Simonet. 1 vol. in-12, 367 p., fig. Calmann-Lévy, Paris, 1950. Prix : 495 francs.
- Suite de chapitres groupés sur deux thèmes très différents : la production de l’énergie et la verrerie, dont aucun n’est traité dans son ensemble, jusqu’à une synthèse. Par exemple, défilent les combustibles, les énergies thermodynamique,
- hydroélectrique, solaire, aéroélectrique, mécanique des eaux marines, présentés par quelques exemples sommaires.
- Guide de l’usager de la clôture électrique.
- 2e édition. 1 vol. in-16, 64 p., 11 g. La maison rustique, Paris, 1950. Prix : 135 francs.
- La clôture des prairies par des fils électriques pour éviter les divagations du bétail est apparue avant-guerre ; elle se développe depuis. Cette brochure de propagande explique ce qu’on peut en attendre et ce qu’il faut faire pour l’installer.
- La pensée causale en médecine, par Walther Riese. 1 vol. in-8°, 93 p. Presses universitaires de France, Paris, 1950. Prix : 240 francs.
- Observation, expérimentation* diagnostic, pronostic, thérapeutique et prévention ne peuvent être rationnels et scientifiques sans le principe de causalité. La disposition, l’habitude, la probabilité statistique ne peuvent s’appliquer à chaque cas concret. L’organisme agit selon un plan, une corrélation des organes qui s’étendent jusqu’aux phénomènes psychiques, selon une hiérarchie mobile de la multiplicité des fonctions.
- Le chant du sabla, par Hcnriqueta Chamberlain. 1 vol. in-16, 252 p., dessins. Hachette, Paris, 1950. Prix : 300 francs.
- Fille d’un missionnaire baptistc des États-Unis, née dans une petite ville du nord du Brésil, l’auteur a grandi dans diverses villes, à Rio, à Sao Paulo, à Santos et s’y est trouvée en contact avec la nature tropicale, les gens et les enfants de diverses couleurs, la vie libre et facile de ces races mêlées, si différente de celle des États-Unis. Elle n’en sent que mieux le charme de la vie brésilienne qu’elle sait faire partager.
- Le rythme des climats, par Ed. Le Danois. 1 vol. in-8°, 204 p., 18 fig. Bibliothèque historique. Payot, Paris, 1950. Prix : 480 francs.
- Dans une vaste synthèse, l’auteur étudie ce rythme dans l’histoire de la terre et de l’humanité. Après avoir analysé les multiples causes des variations de climats et noté leurs diverses périodicités, il suit leurs changements dans les temps géologiques, la préhistoire et l’histoire, note leurs conséquences pour la faune maritime et terrestre, les cultures, les civilisations, les vêtements, etc. Il relève les variations récentes de la banquise et du désert et termine par une série d’hypothèses et de pronostics pour l’avenir.
- CESSIONS DE BREVETS
- M. Tomas FIESTAS ÀGUILAR, résidant en Espagne, titulaire du brevet n° 946.826, du 16 mai 1947, pour :
- PERFECTION AUX PROCÉDÉS DE FABRICATION DE TISSUS COMPORTANT DES FILS ÉLASTIQUES
- serait désireux de traiter pour la vente totale de ce brevet ou pour des licences d’exploitation.
- Pour tous renseignements techniques, s’adresser à MM. C. BLÉTRY, ROGER-PETIT, R. BLÉTRY, Ingénieurs-Conseils, 2, boulevard de Strasbourg, Paris.
- M. Tomas FIESTAS AGUILAR, résidant en Espagne, titulaire du brevet n° 946.827, du 16 mai 1947, pour :
- MÉCANISME ALIMENTATEUR DE FIL TENDU POUR DES MÉTIERS RECTILIGNES A AIGUILLES CROISÉES
- serait désireux de traiter pour la yente totale de ce brevet ou pour des licences d’exploitation.
- Pour tous renseignements techniques, s’adresser à MM. C. BLÉTRY, ROGER-PETIT, R. BLÉTRY, Ingénieurs-Conseils, 2, boulevard de Strasbourg, Paris.
- PETITES ANNONCES
- A VENDRE : lance-flammes dernier modèle d’importation anglaise, état neuf, pr brûler les mauvaises herbes. Robert SERVAN-SCIIREI-BER, 13, r. de Lubeck, Paris (16°).
- BELLE OCCASION : longue vue Bardou 110 mm 30 à 230 x, état neuf, pied de biche : 68 000 fr. Écr. : La Nature, n° 760.
- RADIO-RÉCEPTEUR trafic 11 lampes, 9 gammes de 10 à 2 000 m. Sensibilité et qualité except. Sélectivité variable, Limiteur parasites, Régulateur automatique, Réglage bandes étalées. Px très réduit. Écr. : La Nature, n° 761.
- A VENDRE : Herbier 30 000 parts (ex-siccatas France, Colonies, Étranger) en bloc ou sur liste de desideratas, Ouvrages d’Histoire naturelle reliés. 6 000 coquilles en boîtes et cuvettes. Listes adressées sur demande à M. ROTH-KEGEL, à Néoux (Creuse).,
- PARTICULIER VEND : lunette astronomique, fort grossissement, 10 ocul., prisme, pied équatorial. Écr. : La Nature, n° 763.
- A VENDRE : superbe propriété Dordogne, 12 ha polyculture, maison de maître, tt confort, dépendances, parc, mais, de colon, hangar à tabac, vignoble, le tt parfait état, plein rendement. Écr. : La Nature, n° 764.
- DÉSIRE ACHETER : La Science et la Vie, n° 296, avril 1942. VAN DER BORGIIT, 15, r. Dlercxsens, Anvers (Belgique).
- A CÉDER : Micro diagn. Zeiss 3 object. 8-40-90 pr ult. imm. o. n. 1,25 diaph. Iris, 4 Oc. comp. Gondens. o. n. 1,25-Ghar. Polar. Ghamb. à dess. O.P.L. HURLAUX. 14, av. Jezequel, Vanves (Seine).
- GD MICROSCOPE Ortholux II Leitz à vend, av. Ultrop. et Microphot. ,Ëcr. ; La Nature, n» 766.
- MICROSCOPES
- et Accessoires Neufs — Occasions
- Achat - Échange - Transformations - Remise à neuf Chromage - Atelier de Mécanique - Vernissage
- ÉtS \t A A CT -17, rue de Jussieu -VMMD I PARIS 5* » GOB. 35.38
- Toutes fournitures pour Sciences et Laboratoire
- Sur demande envoi franco de liste d'appareils d'occasion disponibles.
- TOUS LES PROBLÈMES
- D'AGITATION - D'ÉMULSION ET DE BROYAGE COLLOiDAL
- sont résolus par nos
- ENTREPRISE René & Jean MORITZ
- 3, Avenue de Pomereu, 3 CHATOU (Seine-et-Oise)
- Tél. : Vésinet 12-61 & 62
- TURBO AGITATEURS TURBO ÉMULSEURS TURBO RÉACTEURS TURBO BROYEURS COLLOÏDAUX
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1950, n° 1095. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566),' LAVAL, N° 2270. — 12-1900.
- p.384 - vue 398/406
-
-
-
- 1950
- LA NATURE
- SOIXANTE-DIX-HUITIÈME ANNÉE —
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles ; alvéole à miel, 77.
- Abidjan : capitale et port de la Côte d'ivoire, 366.
- Abri de navigation, 301.
- Accumulateurs : recharge, 141.
- Acridiens : problème, 188.
- Actualités et inhumations, C 1, C 33, G 05, C 97, C 129, C 161, C 193, C 223, C 257, C 289, C 321, C 353.
- Agriculture : Olivier de Serres, 348.
- Air comprimé, 204.
- Aire de nidification des oiseaux européens : extension, 294.
- Algérie : moutons, 55.
- Alliages métalliques résistant aux températures élevées, 125.
- Alphabet le plus ancien, 239.
- Aluminium : péniche, 215.
- Alvéole à miel des abeilles, 77.
- Aquiculture et pèche de Castiglionc : station, 284.
- Architecture Maya au Yucatan, 161.
- Art du bois en Bresse, 52.
- Astronomie : bulletin, 31, 63, 94, 128, 158, 191, 223, 256, 288, 318, 350, 382.
- Atomiques : détection des explosions, 76.
- Atterrissage : dispositif à parcours raccourci, C 33.
- Aubes de turbine en céramique, C 1.
- Automobile : carburants, 312.
- Aven du Caladaïre, 208.
- Avions français géants : deux nouveaux, 165.
- Azote et engrais azotés : applications industrielles, 179.
- B
- Bactéries fossiles, 379.
- Baobab : vie nocturne de la fleur, 28.
- Barrage géant en Chine : projet, 230.
- Bateau léger pour jauger les cours d’eau, 375.
- Béluga sur les côles de France, 9.
- Bois en Bresse ; art, 52.
- Bolide dp 25 octobre 1949, 114.
- Bombe à hydrogène, 136.
- Bresse : art du bois, 52.
- Briques : fabrique, 54.
- — : machine à fabriquer, 92.
- Broyage des peintures, 263.
- C
- Carburants poür l’automobile, 312.
- Carte pédologiquc mondiale, 203. Castiglione : station de ])isciculture, 284. Cerro-Bolivar : gisement de fer au Yénézuela, 311.
- Champignons : stations étranges, 364. Chasseur de nuit à réaction, 306. Cheminées : tirage, 73.
- Chromosomes au microscope électronique, 155.
- Cirque de la Biche : sapins, 168.
- Ciel en. chaque mois de l’année, 31, 63, 94, 128, 158, 191, 223, 256, 288, 318, 350, 3S2. Clôtures rurales : observations géographiques et ethnographiques, 1.
- Colorations animales : signification biologique, 225.
- Combustibles : gazéification, 104.
- Composés organo-magnésiens de Grignard, 185.
- Condensations occultes, 183.
- Congrès des Ingénieurs de France, 164. Côte d’ivoire : développement d’Abidjan, 366.
- Coton : analyse des fibres, 295.
- Cotonnades métallisées, 360.
- Crevettes : changements de couleurs, 110. Cristaux naturels et synthétiques, 307.
- D
- Débombage et désobusage, 105. Déformations actuelles du globe terrestre : étude, 297.
- Degré géothermique du fond des mers, 172. Demi-siècle : à propos du, 140.
- Descartes, 121.
- Désobusage et débombage, 105.
- Détection des explosions atomiques, 76. Diffuseur « sympathique » nouveau, 250. Disque : martyrè, 315.
- Dock flottant d’Amsterdam, 233.
- Dumas (Jean-Baptiste), 286.
- E
- Éclipse totale de lpne, 61.
- Édition française, 198.
- Édulcorants puissants, 18.
- Effets de la foudre, 29.
- Électeurs : fichier central, 345. Électrification Paris-Lyon, 272.
- Éléments chimiques : noms, 40.
- Éléments : limite de la classification périodique, 365.
- Énergie : Conférence mondiale, C 97.
- — hydraulique en Finlande : développement, C 289.
- —• électrique aux États-Unis, 356. Équation générale pour les polygones inscrits, 124.
- Estimation des tempérai ures par des couleurs, 199.
- Étain : gisement, 236.
- États-Unis : expansion de la télévision, 8.
- — : fabrication des isotopes, 283.
- — : ferme, 287.
- Exclusion de la paternité par les groupes sanguins, 301.
- Exploration de 1949 à Padirac, 38.
- — du Tassili des Ajjer, 133.
- Explosions atomiques : détection, 76.
- F
- Fatio de Duillier, 93.
- Fer : gisement au Yénézuela, 311.
- Ferme aux États-Unis, 287.
- Nota. — Les numéros de pages précédés de la lettre C renvoient aux pages de couverture en regard de ces numéros.
- p.385 - vue 399/406
-
-
-
- 386
- Fêle du Tastechainpagne, 190.
- Film autopositif, C 289.
- Finlande : développement de l’énergie hydraulique, C 289.
- Fizeau : centenaire de la détermination de la vitesse de la lumière, 255.
- Fond des mers : degré géothermique, 172. Forêt d’IIalatte, 176.
- Formules chimiques et réalités : Les symboles, 115.
- --------: Les modèles, 148.
- France : ancien pays, 156.
- — : population, 360.
- <
- G
- Guy-Lussac : centenaire, 221.
- Gaz de combat allemands : triions, 120.
- — naturels du Texas, C 97.
- Gazéification souterraine des combustibles,
- 104.
- Gelées : protection par infra-rouge, 84. Génétique : Prix, C 289.
- Génétique : Prix de, C 289.
- Gisement d’étain, 236.
- — de fer au Yénézuela : le Cerro-Bolivar, 311.
- Globe terrestre : déformations actuelles, 297.
- Gœthe, 30.
- Gogants, 182.
- Grignard : composés organo-magnésiens, 185.
- Groupes sanguins : exclusion de la paternité, 301.
- Guêpes : sociétés, 252.
- H
- Hawaï : tsunami, 316.
- Heaviside : centenaire, 317.
- Hérédité : supports, 234.
- Himalaya : expédition française, 58. Huile d’olive en Australie, 10.
- Hydrogène : bombe, 136.
- I
- Images thermiques, 270.
- Imprimerie : progrès, 268.
- Inaudi : à la manière, 147.
- Industrie chimique et pétroles, 21.
- Institut do photographie Eastman Kodak, C 1.
- Isotopes aux États-Unis : fabrication, 283.
- L
- Labrador : aspects, 47, 80.
- — : peuplement et ressources, 97.
- Lac Léman, 278.
- Lait de pigeon, 79.
- Laminoir à tôles le plus grand de France, 37.
- Lampes fluorescentes brisées : toxicité, C 289.
- — germicides, 51.
- Langoustes qui apprennent, 293.
- Livres nouveaux, 31, 64, 94, 128, 159,' 191, 223, 256, 288, 319, 351, 382.
- Locomotive de vitesse, 65.
- Londres-Tlome en deux heures, 101.
- M
- Machine à laver ultrasonique, 142.
- Maïs : traitement par voie humide, 70. Mammifères : taille et aptitude à la course et au saut, 267.
- Marronniers fleuris en automne, 46. Martyre du disque, 315. '
- Mathématiques : récréations, 60, 87, 147, 190, 245, 277, 315, 347, 381.
- Matières plastiques : production, 282. Mauvaises herbes : défense, 175.
- Mécanique quantique appliquée à la théorie des solides, 108.
- Médecine : Prix Nobel, 8.
- Mer (production de la), 379.
- Mésons : rayons cosmiques, 257.
- Mesure du temps, 41.
- Métamorphose de la mouche : radiologie, 89.
- Météores : luminosité, 344.
- —, planètes et « soucoupes volantes », 237.
- — et radar, 2S9.
- Microbe funambule, 245.
- Microbes du sol, 212.
- Mise en boite, 347.
- Modulation de fréquence et applications, 231.
- Monde au xxe siècle : visage nouveau, 321. Mondes disparus, 143, 240, 303. Mont-Blanc, Saint-Bernard ou Simplon, C 289.
- Moustiques : dispersion par le vent, 207. Moutons d'Algérie, 55.
- Moyen-Orient : pétroles, 57.
- Multiplication étrange, 87.
- Murène : légende, 16.
- N
- Navigation : abri de, 361.
- Navire atomique : projet, 102.
- Nébuleuses exlragalactiques : élude photométrique, 129.
- Noyau et particules élémentaires, 26. Nylon, 56.
- O
- OEuïs des oiseaux, 113.
- Oiseaux : boivent du lait, 365.
- — œufs, 113.
- — et l’eau, 201.
- — européens : extension de Faire de nidification, 294.
- — : parasitisme dans leur reproduction, 358.
- Oucssant : île, 193, 266, 372.
- P
- Padirac : exploration, 1949, 38.
- Parasitisme des oiseaux dans leur reproduction, 358.
- Particules élémentaires et structure du noyau, 26.
- Paternité et groupes sanguins, 301. Pâturages français : amélioration, 178. Pays de France ancien, 156.
- Peintures : broyage, 263.
- Peintures : polystyrène dans l’industrie, 357.
- Péniche en aluminium, 215.
- Pesanteur et Fatio de Duillier, 93. Pétroles et industrie chimique, 21.
- — du Moyeu-Orient, 57.
- Pharmacie : verre, 302, 376. Pharmacologie : récents progrès, 343. Phonographe, 20.
- Phoque moine, phoque tropical, 341. Physiologie : prix Nobel, 8.'
- Physique à deux dimensions, 246.
- Piano : instrument triplement « logarithmique », 13.
- Pin : curieux groupements de fruits, 162. Pipe-line argentin, 378.
- Planètes, météores et « soucoupes volantes », 237,
- Poids lourds : débarquement, 265,
- Poissons et la guerre, 45.
- Polymérisation en suspension : méthode de production des matières plastiques, 282.
- Polypeptides synthèse, 373.
- Polystyrène dans l’industrie des peintures, 357.
- Population de l’Afrique, 380.
- Population de la France en 1949, 360. Population du globe, 169.
- Pression de radiation, 109.
- Prix Nobel 1949 (Médecine et physiologie),
- 8.
- Projectiles : pour augmenter la vitesse initiale, 377.
- Protection contre gelées : rayons infra-rouges, 84.
- R
- Racines cubiques des nombres inférieurs à 1, 60.
- Radar et météores, 289.
- Radio dans les universités américaines, 135.
- Radiologie de la métamorphose de la mouche, 89.
- Rana Goliath, 70.
- Rayonnement solaire : utilisation, 164. Rayons cosmiques et mésons, 257.
- — infra-rouges et protection contre les gelées, 84.
- Renne : l’élevage du renne en Grande-Bretagne, 278.
- Rêverie du P1' Ignotus, 381.
- Rio Grande : mise en valeur, 153.
- Riz : problèmes, 296.
- Robiquet, 62.
- S
- Sapins du cirque de la Biche, 168.
- Satellites artificiels, 69.
- Sécheresse 1941-1950 en France, 21.6.
- Serres : Olivier de, 348.
- Serres expérimentales, 262.
- Simplon : tunnel, 23.
- Soleil bleu, 342.
- te Soucoupes volantes », planètes, météores, 237.
- Structure du noyau et particules élémentaires, 23.
- Supports de l’hérédité, 234.
- Sulton-lloo : le trésor, 376.
- T
- Tassili des Ajjer : exploration, 133.
- Télé transmissions par courants porteurs II. F., 85.
- — par fils depuis 20 ans, 173.
- p.386 - vue 400/406
-
-
-
- 387
- Télévision aux États-Unis : expansion, 8. Température de l’été depuis 70 ans, 350. Terre : vrai visage, 324, 371.
- Texas : gaz naturels, C 07.
- Thonidés do l’Allan tique tropical, 154. Tirage des cheminées, 73.
- Titane, 130.
- Tomate anormale, 200.
- Tortues : ponte, 50.
- Toxicité des lampes fluorescentes brisées, C 289.
- Tremblements de terre : périodicité, 211. Triions, gaz de combat allemands, 120. Tsunami des îles Hawaï, 31 G.
- Tunnel du Simplon, 23.
- Turbo-réacteur de 100 000 ch, C 33.
- U
- Ultrasonique : machine à laver, 142. Ultrasons et leurs applications, Tl. Unités et étalons principaux, 114 Uranium russe, 71.
- V
- ic Vampire » de 5 livres, 240.
- Venise : peut-on encore sauver, 33. Verre en pharmacie, 302, 370.
- Vie à 0°K, 304.
- Vin (vieillissement artificiel), 374.
- Vitesse initiale des projectiles : pour l’augmenter, 377.
- Vitrail : histoire technique, 353.
- Voitures américaines, 132.
- Voyageurs entre la France et l’étranger,
- 22,
- Y
- Yucatan : architecture Maya, IGL.
- Z
- Zoo de Londres, 2(59.
- Zuyderzee : assèchement, 184.
- p.387 - vue 401/406
-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — Les ultrasons et leurs applications, 11. — Heaviside, centenaire, 317.
- Aelion (Ilcné). •— Une méthode de production des matières plastiques : la polymérisation en suspension, 282.
- Allard (G.). — Particules élémentaires et structure du noyau, 2(5. — La mécanique quantique appliquée à la théorie des solides, 108.
- Appell (Mn!0 F.). •— Estimation des températures par des couleurs, 199. — Le polystyrène dans l’industrie des peintures, 337.
- Aubert de la Rue (E.). — Observations géographiques et ethnographiques sur les clôtures rurales, 1. — Quelques aspects du Labrador, 47, 80. — Peuplement et ressources du Labrador, 97.
- B. (A.). — L’uranium russe, 71. — La population du globe, 169.
- Bally (J.). — Le tirage des cheminées, 73.
- Barrtjel (Paul). — Exlcnsion de l’aire de nidification d’oiseaux européens, 294.
- Berland (Lucien), — Les sociétés de guêpes, 232.
- Bourgeois (Jean). — La température de l’été depuis 70 ans, 330.
- Boîeii (Jacques). — Les moutons d’Algérie, 33. — Récente exploration du Tassili des Ajjer, 133. —• La station d’aquiculture et de pêche de Castiglione, 284.
- Broyer (Ch.). — L’ancien pays de, France, 130.
- C. (D.). — Le fichier central des électeurs, 343.
- C. (V.). — Projet d’un barrage géant en Chine, 230.
- Caullery (Maurice). —• Goethe et la science, 30. — Nicolas Fatio de Duillicr et la théorie do la pesanteur, 93.
- Ciiampetier (G.). — Formules chimiques et réalités. I. Les symboles, 113, II. Les modèles, 148.
- Cijopap.d (Lucien). — La signification biologique des colorations animales, 223.
- Claude (Daniel). — Les microbes du sol, 212.
- Combrisson (J.). — La modulation de fréquence : quelques' applications, 231.
- Cordonnier (Em.L —.Équation générale, 124.
- Devaux (Pierre). — Le piano est un instrument triplement « logarithmique », 13. — Le tunnel du Simplon deviendra-t-il une « usine géothermique » ?, 23. — Peut-on encore sauver Venise ?, 33. — Une nouvelle locomoLive de viteése : la CC-7001, 63. — Un projet de navire atomique, 102. — Recharge ultra-rapide des accumulateurs, 141. — L’air comprimé, 204. — Un nouveau diffuseur (( sympathique », 230. — Les « images thermiques », 270.
- — L’électrification Paris-Lyon, 272. — L’abri do navigation, 361.
- Devaux-Morin (Élise). — Les cristaux naturels et synthétiques, 307.
- Duclaux (Jacques). — L’utilisation du rayonnement solaire, 164.
- Duclaux (Jacques) et Garrigue (IL). —• Étudç. des déformations
- actuelles du globe terrestre, 297.
- Dussaut (B.). — Le lac- Léman, 278.
- Esclangon (Ernest). — L’éclipse totale de lune du 7 octobre 1949, 61.
- Fayod (Amédée). — Un chimiste oublié : Robiquet, 62. — A propos du demi-siècle, 140. — Applications industrielles de l’azote et engrais azotés, 179. — Gay-Lussac, centenaire, 221. — Jean-Baptiste Dumas, 286. — Olivier de Serres, père de l’agriculture, 34S.
- Fournier (G.). — Le ciel en février 1930, 31. — Le ciel en mars 1930, 63. — Le ciel en avril 1930, 94. — Le ciel en mai 1930, 128.
- — Le ciel en juin 1930, 138. — Le ciel en juillet 1950, 191. — Le ciel en août 1950, 223. — Planètes, météores et « soucoupes volantes », 237. — Le ciel en septembre 1950, 256. — Le ciel en octobre 1930, 288. — Le ciel en novembre 1950, 318. — Le ciel en décembre 1950, 350. — Le ciel en janvier 1951, 382.
- Garrigue (IL). — Voir Duclaux.
- Gauroy (Pierre). — La rana goliath au Muséum, 70. — L’île d’Oues-sant, 193, 372.
- Gosselin (J. II.). — L’alvéole à, miel des abeilles, 77
- Groubé (W.). — Le soleil bleu, 342.
- Henri-Robert (Jacques). — Les racines cubiques des nombres inférieurs à 1, (50. — A la manière d’irmudi, 147. — La fête du taste-champagne, 190. — Le microbe funambule, 245. — Si Méziriac avait connu Courtclinc, 277. — Le martyre du disque, 315. — lino mise en boîte, 347. — Une rêverie du Pr Ignotus, 381.
- IIoepli (Ulrico). — L’architeclurc Maya au Yucatan, 161.
- Hubert (Constant). — L’étrange multiplication, 87.
- Jaeger (P.). — La vie nocturne de la ileur de baobab, 28.
- Jeanton (J.). — L’art populaire du bois en Bresse, 52.
- Kullmann (R.). — Les composés organo-magnésiens de Grignard, 185.
- L. (E.). — La taille des mammifères et leur aptitude à la course et au saut, 267.
- Labokderie (Fernand de). — Deux nouveaux avions français géants, 165. — Les progrès de l’imprimerie, 268.
- Laffineur (M.). — Météores et radar, 289.
- Latil (Pierre de). — La légende de la murène, 16.
- Lavàur (Guy de). — L’exploration de la rivière souterraine de Padirac en 1949, 38.
- Lult.e (Raymond). — Deux nouveaux édulcorants puissants, 18.
- M. (R.). —• Les supports de l’hérédité, 234. •—• La population de l’Afrique, 380.
- Mathon (Cl.-Ch.). — La foret d’Halallc, 176.
- Mayaud (Noël). •—• Les œufs des oiseaux, 113. — Le parasitisme des oiseaux dans leur reproduction, 358.
- Mayor (Y.). — Les carburants pour l’automobile, 312.
- Merle (René). — Les poissons et la guerre, 45. — La ponte des tortues, 59. — Les changements de couleurs des crevettes, 110. — Les oiseaux et l’eau, 201. •— Les bactéries fossiles, 379.
- Monsaingon (D.). — Histoire technique du vitrail, 353.
- Muraour (IL). — A propos de la luminosité des météores, 344.
- Naux (Ch.). — La pression de radiation, 109.
- Niort (Paul-Léon). — Un béluga sur les côtes de France, 9.
- Noir (Jean). — L’avcn du Caladaïrc (Basses-Alpes), 208.
- Olivier (L.). — Les sapins du cirque de la Biche, 168.
- P. (L.). — Les lampes germicides, 51.
- Pacaud (II.). — A propos des Gogants, 182.
- Parrot (Aimé G.). — Une tomate anormale, 200. — Stations étranges de champignons, 364.
- Pasteur (Médecin-Général F.). — Les condensations occultes, 183.
- Perruche (Lucien). — Pétroles et industrie chimique, 21. — Le titane, 139. — Les récents progrès des sciences pharmacologiques, 343.
- Pi vf,te au (Jean). — Images de mondes disparus, 143, 240, 303.
- Postel (E.). — Les thonidés de l’Atlantique tropical, 154. — Un phoque tropical : le phoque moine, 341.
- Pouuadier (Mm0 R.). — La physique à deux dimensions, 246.
- Pruche (Dr Y.). — L’île d’Ouessant, 266.
- Ranc (Albert). — Détermination de la vitesse de la lumière par Eizeau : centenaire, 255.
- Reniger (V.). — Alliages métalliques résistant aux températures élevées, 125. — Pour augmenter la vitesse initiale des projectiles, 377.
- Rousseau (Pierre). — La bombe à hydrogène, 136. — Les rayons cosmiques et les mésons, 257.
- p.388 - vue 402/406
-
-
-
- 389
- Routiiier (Pierre). — Un gisement de fer au Venezuela : le « Cerro-Bolivar », 311.
- Rudel (A.). — Marronniers fleuris en automne, 46.
- Ruses (Ch.). — Le problème acridien, problème mondial, 188. Sa.nson (Joseph). — La sécheresse remarquable de 1941-1930 en France, 216.
- Sénart (Jacques). — Débombago et désobusage, -105.
- Siegfried (André). — Le visage nouveau du monde au xxe siècle, 321.
- Stroul (Lucien). — Le vrai visage de la terre, 324.
- Taton (René). — La mesure du temps, 41. — Descartes, 121. Thévenard (Dr). — Radiologie de la métamorphose de la mouche, 89. Tiionnelier (A.). •— Les télétransmissions par courants porteurs à H. F., 85. — Les télétransmissions par fils depuis 20 ans, 173. Varlet (François). — Le développement d’Abidjan, capitale et port de la Côte d’ivoire, 366.
- Vaucouleurs (G de). — I/étude photométrique des nébuleuses extragalactiques, 129.
- p.389 - vue 403/406
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- I. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Les racines cubiques des nombres inférieurs à 1 (Jacques
- Henri-Robert)............................................... 00
- L’éclipse totale de lune du 1) octobre 1949 (Ernest Lsclangox). (H
- L’étrange multiplication (Constant Hubert)..................... 87
- Unités et étalons principaux...................................114
- Équation générale pour les polygones réguliers inscrits
- (Ern. Cordonnier)............................................124
- L’étude photométrique des nébuleuses extmgalaetiqucs (G. de
- Vaucouleurs) •............................................. 121)
- A la manière d’Inaudi (Jacques Henri-Robert)...................147
- La fête du Tastecliampagnc (Jacques Henri-Robert) . . . UK)
- Le microbe funambule (Jacques Henri-Robert)....................245
- Si Méziriae avait connu Courteline (Jacques Henri-Robert) . 277
- Le martyre du disque (Jacques Henri-Robert)....................31b
- Une mise en boîte (Jacques Henri-Robert).......................347
- Une rêverie du Pr Ignotus (Jacques Henri-Robert)...............381
- liulletin astronomique- :
- Le ciel en chaque mois de l’année (G. Fournier), 31, (13, 1)4,
- 128, J57, 11)1, 223, 250, 288, 318, 350, 382
- IL - SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- Les ultrasons et leurs applications (Miche] Adam).......... Il
- Le piano est un instrument triplement c< logarilbmique »
- (P. Devaux)................................................. 15
- Particules élémentaires et structure du noyau (G. Ai.tard) . 20
- La détection des explosions atomiques ......... 70
- La gazéification souterraine des combustibles.................104
- La mécanique quanlique appliquée à ta théorie des solides
- (G. Allard)................................................ 108
- La pression de radiation (Ch. Maux)...........................100
- La bombe à hydrogène (P. Rousseau)............................130
- Estimation des températures par des couleurs (.Vimu F. Appelé) ........................................................ 100
- La physique à deux dimensions (Mine R. Pouiiadier) . . . 240
- La polymérisation en suspension (René Aeuon)...................282
- Les cristaux naturels et synthétiques (Élise Devaux-Morin). 307 La vie à 0°K . ...............................................304
- 2. Chimie.
- Deux nouveaux édulcorants puissants (R. Lui,le) .... J8
- Pétroles et industrie chimique (L. Perruche).................. 22
- Les nouveaux noms des éléments chimiques...................... 40
- À propos du nylon............................................. 50
- L’uranium russe (A. B.)....................................... 71
- Formules chimiques et réalités. I. Les symboles, II. Les modèles (G. Ciiampetier)................................115, 148
- Alliages métalliques résistant aux températures élevées
- (Y. Reniger)................................................125
- Le titane (Lucien Perruche)....................................130
- Les composés organo-magnésiens de Grignard (R. Kullmann). 185 Les récents progrès des sciences pharmacologiques (Lucien
- Perruche) ...................................................343
- La limite de ta classification, périodique des éléments . . . 305
- La synthèse des polypeptides...................................373
- III. - SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Paléontologie.
- Le tunnel du Simplon deviendra-l-il une « usine géothermi-
- que » ? (P. Devaux)...................................... 23
- Les pétroles du Moyen-Orienl................................... 57
- Images de mondes disparus (Jean Piveteau) . . 143, 240, 303
- Carte pédologique mondiale......................................203
- Un gisement il’étain............................................230
- lui énorme gisement de 1er au Venezuela : le « Cerro-
- Bolivar » (Pierre Routiiieh).............................311
- Les gaz naturels du Texas...................................C 07
- Les bactéries fossiles (René Mer le) ...........................370
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Curieux cffeLs de ta foudre.................................. 29
- Le bolide du 25 octobre 1949 ............................. 114
- L’utilisation du rayonnement solaire (Jacques Duc eaux) . . 104
- Le degré géothermique du fond des mers....................172
- Les condensations occultes. (Médecin-Général Pasteur) . . . 183
- La périodicité des tremblements de terre..................211
- La sécheresse remarquable de la période 1941-1950 en France
- (Joseph Sanson).......................................... 210
- Planètes, météores et « soucoupes volantes » (G. Fournier). 237
- Los rayons cosmiques et les mésons (Pierre Rousseau) . . . 257
- Météores et radar (M. Laefineur) . ..................289
- Etude des déformations actuettes du globe terrestre (J. Du-
- clau.x et H. Garrigue).....................................297
- Le Tsunami des îles Hawaï....................................316
- Le soleil bleu (W. Groubé)...................................342
- A propos de ta luminosité des météores (11. Muraoür) • • . 344
- La température do l’été depuis 70 ans (Jean Bourgeois) . . 350
- La conférence mondiale de l’énergie.......................C 97
- 3. Zoologie. — Biologie. — Physiologie.
- Un béluga sur les côtes de France (P. L. Niort)............... 9
- La légende de ta Murène (P. de Latil)......................... 10
- Les poissons et la guerre (René Meri.e)....................' . 45
- Les moutons d’Algérie (Jacques Royer)......................... 55
- La ponte des tortues. (René Merle)............................ 59
- La Rana Goliath du Muséum (Pierre Gauroy)..................... 70
- L’alvéole à miel des abeilles (J. H. Gosselin)................ 77
- Le lait de pigeon............................................. 79
- Radiologie de la métamorphose de la mouche {Dr Thévenard). 89 Les changements de couleurs des crevettes (René Merle) . . 110
- Les œufs des oiseaux (Noël Mayaud)............................113
- Les thonklés de l’Atlantique tropical (E. Poster) .... 154
- Chromosomes vus au microscope électronique.................... 155
- Le problème acridien, problème mondial (Ch. R unes) ... 188
- Les oiseaux et l’eau (René Mf.rt.e)...........................201
- Dispersion des moustiques par te vent.............................207
- La signification biologique des colorations animales (Lucien
- Ciiopard)......................................................225
- Les supports de l’hérédité (R. M.)................................234
- Les sociétés de guêpes (Lucien Berland)....................... . 252
- La taille des mammifères et leur aptitude fi la course et au
- saut (E. L.)...................................................257
- Des oiseaux qui boivent du lait...................................305
- p.390 - vue 404/406
-
-
-
- 391
- Le « Zoo » de Londres......................................20!)
- La station d’aquiculture et la pèche de Uasliglioiie (Jacques
- Boyer)...................................................284
- Les langoustes qui apprennent.................................293
- L’extension de l’aire de nidification de quelques oiseaux européens (Paul Barkuel).........................................2114
- Un phoque tropical : le phoque moine (L. Poster) .... 341
- Prix de génétique..........................................C 28!)
- Le parasitisme des oiseaux dans leur reproduction. (Noël Mayaud) ......................................................308
- 4. Botanique. — Agriculture.
- L’huile d’olive en Australie.................................. 10
- La vie nocturne de la fleur de Baobab (IL Jauger) .... 28
- Marronniers fleuris en automne (A. Riauîi.)................ 46
- Le traitement du maïs par voie humide..................... . 70
- Les rayons infra-rouges et la protection contre les gelées. • 8-4 A propos des curieux groupements de fruits chez le Pin . . 102
- Les sapins' du cirque de la Biche (L. Olivier).............• 108
- Une défense contre les mauvaises herbes.......................173
- L’amélioration des pâturages français.........................178
- A propos des Gogants (H. Pacaud)............................. 182
- Une tomate anormale (Aimé G. Parrot)..........................200
- Les plus grandes serres expérimentales ........ 262
- Les fermes aux Etats-Unis.....................................287
- Analyse des libres de coton...................................295
- Le problème du riz . ............................. . . . . 200
- Stations étranges de champignons (Aimé G. Parrot) . . . 304
- La mesure du temps (René Tato.n)........................... 41
- Une fabrique de briques....................................... 34
- Une machine à fabriquer les briques........................ 92
- Machine ultrasonique à laver le linge......................142
- Les applications industrielles de l’azote et les engrais azotés
- (Amédéc Fayoi.)........................'.................179
- L’air comprimé (Pierre Devaux)................................204
- Le broyage des peintures......................................263
- Les progrès de l'imprimerie (Fernaud de Laborderie) . . . 268
- Les « images thermiques » (Pierre Devaux)..................270
- Le verre en pharmacie................................ 302, 376
- Histoire technique du vitrail (D. Moxsaixgeon).............333
- Le polystyrène dans F indus rie des peintures (Mme F. Appell). 337
- Aubes de turbine en céramique..............................C l
- Turbo-réacteur do 100 000 eh...............................C 33
- .Développement de l’énergie hydraulique en Finlande . . . C 289
- 2. Photographie. — Phonographie. — T. S. F.
- L’institut de photographie Eastman Kodak....................Cl
- Film autopositif............................................C 289
- Expansion de la télévision aux États-Unis................... 8
- A propos du phonographe.................................. 20
- La radio dans les universités américaines...................133
- Un nouveau diffuseur « sympathique » (Pierre Devaux) . . 230
- 3. Électricité.
- IV. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE
- Les clôtures rurales (E. Aubert de la Rük)................. 1
- Peut-on encore sauver Venise ? (P. Devaux)................. 33
- L’exploration de la rivière soutei'rainc de Padirac en 1949
- (Guy de Lavaur).......................................... 38
- L’art populaire du bois en Bresse (J. Jeaxton) ...... 32
- Quelques- aspects du Labrador (E. Aubert de la 1Tüe). 47, 80
- Expédition française à l’Jlimalaya . . . . ’................ 38
- Peuplement et ressources du Labrador (E. Aubert de la R,üe). 97 Récente exploration du Tassiii des Aj]ci* (J. Rover) .... 133
- La mise en valeur du Rio Grande............................133
- L’ancien pays de France (Ch. Broyer).......................136
- L'architecture Maya au Yucalan (Ulrico Hoerli).............161
- La population du globe (A. B.).............................16!)
- La. forêt d’ilalatte (Cl. Ch. Mathon)...................... 176
- L’île d'Ouessant (Pierre Gauroy)......................193, 372
- L’aven du Caladaïre (Jean Noir) ..................... 20S
- Le plus ancien alphabet......................................23!)
- L’île d’Ouessant (Rr Yves Pruciie)............................206
- Le lac Léman (B. Dussaut).....................................278
- Le visage nouveau du monde au xxe siècle (André Siegfried), 321
- Le vrai visage de la terre (Lucien Stroiil)..................324
- Le fichier central des électeurs (D. G.)......................343
- Le développement d’Abidjan, capitale eL port de la Côte
- d’ivoire (François Yarlet)..................................366
- La population de la France en 194!) .......................360
- Le trésor de Sutton-Hoo.......................................376
- La population de l’Afrique (R. M.)............................380
- Les lélélransmissions par courants porteurs à haute fréquence (A. Tonnelier) ......................................... 83
- Recharge ultra-rapide des accumulateurs (Pierre Devaux) . 141
- Les télétransmissions par fils (A. Thonat.lieii)..............173
- La modulation de fréquence : quelques-unes de ses applications (J. Combrisson)...........................................231
- L’énergie électrique aux Etals-Unis..........................336
- 4. Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- Le tirage des cheminées• (J. Bally) . . .
- L’assèchement du Zuvderzée..............
- Projet d’un barrage géant cri Chine (Y. C.) Le plus grand dock flottant d’Amsterdam Le débarquement des poids lourds . . .
- 73
- 184
- 130
- 233
- 265
- 5. Transports.
- Les voyageurs entre la France et l’étranger................... 22
- Une nouvelle locomotive de vitesse (Pierre Devaux) .... 65
- 'Londres-Rome en deux heures.................................... 101
- Les voitures américaines.........................................132
- Péniche en aluminium.............................................215
- L'électrification Paris-Lyon (Pierre Devaux) ....... 272
- Les carburants pour l’aufoinobilc (Y. Mayor)..................312
- Mont-Blanc, Saint-Bernard ou Simplon..........................C 289
- 6. Aviation et aéronautique.
- V. - HYGIÈNE. — MÉDECINE
- Les lampes germicidcs (L. P.)................................ 51
- Les microbes du sol (Daniel Claude)..........................212
- L’exclusion de la paternité par les groupes sanguins . . . 301
- Toxicité des lampes fluorescentes brisées....................C 28!)
- VI. - SCIENCES APPLIQUÉES 1. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- Pétroles et industrie ’chimique (L. Perruche)................. 21
- Le plus grand laminoir à tôles de France ....... 37
- Deux nouveaux avions français géants (Fernand de Laboiide-
- iue) • .....................................................165
- Un « vampire » île cinq livres................................249
- Un chasseur de nuit à réaction................................306
- Dispositif d’atterrissage à parcours raccourci................C 33
- 7. Guerre et marine.
- Satellites artificiels......................................... 69
- Un projet de navire atomique (Pierre Devaux) ..... 102
- Débombage et désobusage (Jacques Sénart) . ....................105
- Les triions, gaz de combat allemands........................... 120
- L’ « abri de navigation- » (Pierre Devaux).....................361
- Pour augmenter la vitesse initiale des projectiles (Y. Remuer); 377
- p.391 - vue 405/406
-
-
-
- O
- 92
- VII. — HISTOIRE DES SCIENCES
- Les prix Nobel 1949 de médecine et de physiologie .... 8
- Goethe et la science (M. Caullery).......................... 30
- Ln chimiste oublié : Robiquc-t (17S0-1840) (Amédéc Faïol) . . 02
- Nicolas Fatio de Duillier (1604-1753) (Maurice Caullery) . . 93
- La vie et l’œuvre scientifique de- Descartes (René Taton) . . 121
- Le centenaire de Gay-Lussac (1778-1850) (Amédéc Faïol). 221
- Le centenaire de la détermination de la vitesse de la lumière
- par Fizcau (Albert Rang).....................................255
- Dn maître de la chimie : Jean-BaptisLe Dumas (1S00-1S84) (Amédée Faïol)..................................................286
- Le centenaire de ileavisidc (Michel Adam)......................317
- Olivier de Serres (1539-1619) (Amédée Faïol)...................348
- VIII. — VARIA
- A propos du demi-siècle (Amédée- Faïol) . ...............140
- Congrès national des ingénieurs de France......................164
- L’édition française............................................198
- Les livres nouveaux, 31, 64, 94, 128, 159, 191, 223, 256, 288,
- 319, 351, 382
- Actualités et informations, C I, C 33, C 65, C 97, C 129, C 161,
- C 193, C 225, C 257, C 289, C 321, C 353
- SUPPLÉMENT AU No 3188 (DÉCEMBRE 1930).
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs. — dépôt légal : 4e trimestre iqôo, n° 1090. — Imprimé en France, barnéoud frères et Cie, IMPRIMEURS (3io566), LAVAL, N° 2275. — 12-1900.
- p.392 - vue 406/406
-
-