La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A .L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- 5119.
- i DÉCEMBRE 1880.
- «t
- IC A N .NEE. —
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- HISTOIRE
- DES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de plaintes
- LE SALISBURIA OU G1NKG0
- Je vais essayer de tracer l’histoire et de reconstituer la généalogie d’un type de plantes encore vivant, bien que menacé d’extinction, et remarquable entre tous par son extrême longévité. En abordant ce travail, je n’userai pas d’une autre méthode que s’il s’agissait des annales d’une famille humaine, dont on suivrait les vicissitudes à travers les siècles, en remontant des fils aux pères, de génération en génération et de branche en branche, jusqu’à la souche première, qui se perdrait enlin dans la nuit des temps. Une étude semblable, impossible à entreprendre dès que, chez l’homme, l’on sort du cadre des documents historiques, n’a rien d’absolument chimérique appliquée à des êtres comme les plantes, dont le passé se trouve attesté par des fossiles c’est-à-dire par des vestiges de nature à nous faire connaître le rôle de certains végétaux et permettant de reproduire sans irrégularités ni lacunes trop sensibles la série des formes spécifiques par lesquelles le type que l’on a en vue a été représenté dans les divers étages dont se compose l’ensemble des formations géologiques.
- Pour beaucoup de types, on s’arrête forcément après avoir remonté un petit nombre d’étages, faute de documents suffisants. Il en est de ces types comme des familles de notre race, dont la notoriété s’efface après un petit nombre de généx-ations au delà desquelles le manque de pièces et l’obscurité de la condition empêchent de s’avancer. Mais pour d’autres types, la paléontologie, moins avare, nous livre des vestiges plus nombreux, plus suivis, plus étroitement enchaînés. Presque toujours, cependant, il en est des groupes de plantes comme des dynasties les plus illustres, et, si loin que l’on pousse les recherches à leur égard, si multipliés que soient les 9* année. — 4,r semestre.
- vestiges de leur présence dans les anciens lits, il arrive un moment où les échelons se dérobent et où le type disparaît sans retour. Alors, s’il n’est pas possible de rattacher ce type naissant, ou du moins se montrant à nous pour la première fois, à un type antérieur qui lui soit allié de plus ou moins près, il faut bien se résigner à en perdre définitivement la trace et renoncer à l’éclaircissement d’un mystère devenu aussi insondable que celui des prédécesseurs directs de Robert le Fort, cette tige de nos Capétiens, dont la filiation ne saurait être poursuivie au delà du neuvième siècle.
- Certains types de plantes, exceptionnellement rares, il est vrai, ont eu une meilleure fortune; ils ont réuni le triple avantage d’être doués d’une grande vitalité, d’une faible variabilité et enfin de l’heureuse chance d’être représentés fréquemment à l’état fossile.
- Les genres Lycopodium et Selaginella, dont l’origine remonte jusqu’au Carbonifère et qui offraient dès lors les mêmes caractères que leurs descendants actuels, ont laissé trop peu de traces de leur existence au sein des couches intermédiaires pour être l’objet d’une étude semblable à celle que nous entreprenons. Les Equiselum ou prèles, qui se montrent avant la fin du terrain houiller et qui n’ont pas cessé depuis de laisser des empreintes dans la plupart des couches de la série géologique, seraient plus à même de fournir les éléments d’une recherche monographique, mais son examen ne nous dévoilerait guère que des modifications de taille et de vigueur décroissantes, tellement le type même a été peu influencé d’âge en âge, en dehors de cette tendance à s’amoindrir graduellement. Le type du Ginkgo, auquel nous nous attacherons, est bien différent. Non seulement son ancienneté est presque aussi reculée que celle des végétaux précédents, mais ses variations sont plus sensibles. L’espèce actuelle Ginkgo biloba, individualisée, se rencontre à letat fossile ; on en suit les migrations, on peut en retrouver le berceau. Après avoir observé l’espèce vivante au sein du passé, on peut en signaler les ancêtres directs, c’est-à-dire en esquisser la filiation. Bien plus, on peut voir ces ancêtres se rattacher ori-
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- ginairement à d’autres formes, sœurs aînées de la nôtre, et enfin celles-là se rejoindre à leurs devancières et par ces dernières à d’autres types associés primitivement à celui du Ginkgo et composant tous ensemble une grande famille, celle des Salisbu-riées, appauvrie peu à peu par l’effet du temps et des révolutions, réduite finalement dans la nature actuelle à un représentant unique. Aux époques lointaines, cette famille avait compris des genres, peut-être même des tribus; au lieu de l’isolement qui l’a frappée, elle avait offert des attenances multiples avec d’autres groupes éteints depuis des milliers de siècles, mais jadis riches et puissants au même titre que les Salisburiées.
- Tel est le tableau succinct de la perspective que notre étude ouvre devant le lecteur. Il en sera d’elle comme si nous disposions des archives d’une race jadis puissante, représentée sous nos yeux par un seul et dernier individu. A l’aide de ces archives, nous parviendrions à la suivre jusqu’à la naissance du peuple qu’elle aurait régi, avec lequel elle aurait émigré, et par cette étude, il nous deviendrait possible de rejoindre cette race à d’autres plus anciennes et d’en déterminer l’origine présumée. On conçoit l’attrait d’une semblable histoire. Il y aura cependant toujours entre l’étude d’une race humaine et celle d’un groupe de plantes, cette divergence radicale que, dans la première, la personnalité de l’individu tient nécessairement la première place : ce sont ses faits et gestes, ses tendances et ce que l'on nomme son caractère, que l’on cherche a considérer, et qui font avant tout l’intérêt des événements qui se déroulent à mesure que d’une génération on passe à une autre. Au contraire, dans l’étude historique d’un type végétal, être vivant, mais non animé et privé de volonté, l’individu n’est rien, tellement il s’efface en se perdant dans la race, et la race, c’est-à-dire la collection des individus engendrés les uns par les autres, est tout, parce qu’elle résume effectivement tous les traits individuels qui distinguent l’ensemble, mais qui reparaissent inévitablement dans chaque être en particulier. Les différences se réduisent ici à d’insensibles variations morphologiques. Cependant, la race elle-même est rarement tout à fait immuable ; elle change à la longue, surtout si elle s’étend ou qu’elle se déplace, et c’est certainement à l’aide des individus qu’elle réalise ces mutations de forme ou de lieu dont j’essayerai de rendre compte en ce qui concerne le Ginkgo. Seulement, ce sont là des changements dus à des mouvements à peine perceptibles, qui s’accentuent peu à peu et ne deviennent saisissables que lorsqu’on examine une longue suite de générations ou une collection très nombreuse d’individus disséminés sur un espace consi-dérabfe. Mais si le temps, concurremment avec l’espace, est le grand facteur des modifications organiques qui peuvent se produire, on conçoit que c’est à l’aide des fossiles, qui en marquent les différents termes, que l’on peut se rendre compte de la
- nature de ces modifications, des migrations de la race qui les éprouve, enfin des liens de parenté qui la rattachent à d’autres races, soit contemporaines, soit antérieures à celle que l’on examine.
- Ce sont là les principes qui vont nous diriger dans l’étude du type des Ginkgos. Nous y procéderons logiquement, c’est-à-dire expérimentalement, de telle sorte que du présent, qui nous fournira une base solide et naturelle, nous remonterons vers le passé en avançant graduellement dans ses profondeurs, allant de jalon en jalon et retirant de chacun d’eux, à mesure que nous en constaterons l’existence, les enseignements qu’ils seraient à même de nous donner.
- En effet, dans l’ordre de recherches qui a pour but la définition des lois de l’évolution du règne végétal, il existe deux procédés d’exposition et d’investigation : l’un, synthétique, s’adresse à ce que ces lois ont de plus élevé ; il consiste à démontrer qu’en dépit de toutes les divergences, un lien commun réunit tous les êtres, conçus en réalité sur un même plan, enchaînés les uns aux autres d’autant plus intimement qu’ils s’écartent moins du point d’origine commun qu’on est en droit de leur attribuer, soit qu’on les considère tels qu’ils sont sous nos yeux, soit que l’on tienne compte des phénomènes anciens qui les ont modifiés à tant de reprises.
- Les enchaînements plus ou moins étroits qui relient ensemble les diverses catégories de végétaux se trouvent, remarquons-le, en rapport constant avec ceux que fait ressortir l’histoire des groupes dont on essaye de tracer les vicissitudes et de suivre les dédoublements. La convergence qui se manifeste dans les types, et qui tend à effacer les différences qui les séparent, à mesure que l’on remonte le passé, ne saurait être trompeuse, puisqu’elle concorde avec les modifications présumées d’un plan dont l’unité persiste plus ou moins reconnaissable. Le fond des choses reste le même, en dépit des diversités infinies qui se manifestent dans les détails.
- Cependant, cet ordre de démonstration n’est pas le seul. Si puissant que soit l’instrument entre des mains habiles à le manier, il en est un autre plus modeste et en un sens plus sûr. Celui qui l’emploie, au lieu de s’appuyer sur des généralisations et d’abstraire pour les condenser les rapports par lesquels tous les êtres se touchent et le fonds commun qu’ils tiennent sans doute de leur origine, s’attache à un procédé purement analytique. Il se contente de choisir une espèce, et après l’avoir définie dans son état présent, puis dans son passé, il remonte avec elle l’échelle des temps, de façon à retrouver autant que possible ses titres de filiation, en allant du rameau actuel vers la branche antérieure, et de celle-ci ju&qu’au tronc primitif. En même temps, il s’efforce de reconnaître les branches sœurs de celles d’où le rameau que l’on examine est sorti et qui toutes ensemble s’élèvent sur une tige mère à laquelle elles appartiennent au même titre. Cette
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- seconde méthode, on le conçoit, est en tout l’opposé de la première, et pourtant, si l’évolution est vraie, elle doit conduire aux mêmes conséquences. Seulement, on part, en s’en servant, d’un sentier de traverse pour regagner la voie secondaire et rejoindre au moyen de celle-ci la route principale qui ramène enfin au point central où tout vient aboutir. Auparavant, c’était le centre même que l’on fixait des yeux, afin de mieux déterminer toutes les voies qui en partent dans des directions divergentes, en donnant lieu à une multitude de sentiers ramifiés en plusieurs sens.
- Dès qu’il s’agit d’un procédé déductif, il est indispensable, avant de l’appliquer, d’en donner une définition rigoureuse. Le moindre contre-sens dans l’emploi de la méthode courrait le risque d’entraîner des déviations fâcheuses et de tout compromettre. J’ai dit plus haut que dans une semblable étude ayant des végétaux pour objet, l’individu n’était rien, pour ainsi dire, et que son rôle s’effaçait presque totalement, tandis que celui de la race dont les individus font partie acquérait au contraire une très grande importance1. La race formée de l’ensemble des individus successifs, issus de parents communs, et revêtus, à raison de cette filiation, de caractères identiques héréditairement fixés, équivaut pour nous à l’espèce. L’espèce une fois constituée persiste tant que dure cette similitude de caractères; elle donne naissance à une race nouvelle, par cela même à une autre espèce, dès que, chez certains individus, la tendance à la variabilité prend le dessus sur la transmission régulière des caractères acquis et entraîne des changements à leur tour héréditairement fixés. -
- C’est à l’espèce ainsi conçue que nous devons nous attacher avant tout; nous devons la considérer d’abord telle qu’elle est sous nos yeux, et, après l’avoir définie dans le présent, la suivre dans le passé, si c’est possible, mais la suivre en tant qu espèce, car l’étude que nous entreprenons serait confuse et perdrait immédiatement sa portée, si l’on ne distinguait avec soin ce qui concerne l’espèce en particulier de ce qui touche au genre, c’est-à-dire à la x'éunion des diverses races héréditairement fixées, qui toutes ensemble relèvent du même type. C’est donc seulement après avoir décrit notre Ginkgo (Ginkgo biloba Kæmpf., Salisburia adiantifolia Sm.), après avoir reconstitué son passé, que nous songerons à examiner comment il se comporte vis-à vis du type ou genre auquel il appartient à titre d’espèce particulière. Ce sera alors le moment de rechercher les traces de la filiation du Ginkgo, c’est-à-dire les formes sœurs aînées et les formes mères d’où l’on peut concevoir qu’il ait autrefois
- 1 Comme la race ne subsiste pourtant que par les individus qui la représentent, et que les changements survenus s’obtiennent nécessairement par eux, au fond les individus sont tout, et rien n’existe que par eux et pour eux. Seulement, au point de vue auquel nous nous plaçons, les mouvements individuels disparaissent dans l’ensemble de ceux qui se produisent.
- dérivé. Nous serons ainsi conduits graduellement, après avoir tenté d’élucider la filiation présumée de l’espèce, à examiner et à éclaircir la marche caractéristique et la descendance du type lui-même, et finalement les liens de parenté de ce type considéré dans son passé le plus reculé avec d’autres genres faisant partie autrefois de la même famille.
- On voit combien en réalité cette seconde étude diffère de la première, et avec quelle raison elle doit en être distinguée. En effet, les vicissitudes, les migrations, l’extension ou le retrait d’une race déterminée, peuvent très bien n’avoir rien eu de commun avec les faits qui relèvent parallèlement de l’histoire d’une race congénère. Deux espèces assez peu éloignées en apparence peuvent bien avoir subi un sort très différent et avoir suivi une marche réellement opposée. Il faut donc se garder de les confondre, en se fiant à de fausses apparences. C’est pour cela que pour mieux distinguer l’espèce, telle que je la conçois, je choisis de préférence le terme de race qui exprime l’unité d’origine et qui désigne une collection successive d’individus ayant une filiation identique comme point de départ, et soumis à travers les siècles à l’influence des mêmes événements. Une semblable collection doit conserver la même apparence morphologique jusqu’au moment où une partie des individus, sous l’ébranlement de circonstances particulières, éprouveront des modifications et se différencieront plus ou moins; mais alors ce mouvement, toujours possible, mais non pas nécessaire, serait le début et le point de départ d’une race distincte, et pour peu qu’il s’accentuât, il conduirait à l’apparition d’une nouvelle espèce.
- Tout semble marquer d’ailleurs que le type auquel nous nous attacherons a fort peu varié en tant que forme spécifique, et qu’il fait partie d’un genre et d’une famille dont les modifications, à partir de leur lointaine origine, n’ont jamais atteint qu’une amplitude d’oscillation assez faible; de telle façon que les variations, soit principales, soit secondaires, n’ont jamais donné naissance qu’à une proportion limitée de genres et à un assez petit nombre de races distinctes au sein de chacun de ces genres. Ces caractères, tels que l’histoire des fossiles nous les fait entrevoir, se trouvent du reste en parfaite concordance avec l’état actuel du groupe, réduit à n’être plus représenté dans le monde entier que par une espèce unique restreinte à une région des moins étendues. Le Ginkgo aurait sans doute depuis longtemps disparu, si la singularité de l’arbre, sa beauté relative, la noblesse de son port, n’avaient fait attacher à sa présence une sorte de prestige religieux, qui, en Chine comme au Japon, a porté les indigènes à le planter auprès de leurs temples.
- Le marquis de Saporta,
- Correspondant de l’Académie des sciences.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- L’ENREGISTREMENT
- DES IMPROVISATIONS MUSICALES
- LE MÉLOGRAPHE DE M. ROMCALLI
- La première question qui se pose au sujet de ce problème est celle de savoir si les enregistreurs des improvisations musicales sont bien utiles et peuvent rendre de réels services aux musiciens, en inscrivant automatiquement et instantanément, dans une écriture conventionnelle , facile à lire et à transcrire ultérieurement, toutes les mélodies qui traversent le cerveau de l’artiste au moment même de l’inspiration.
- Une enquête ouverte, il y a quelques mois, dans la Nature à ce sujet, nous a valu un certain nombre de lettres fort intéressantes, dont nous remercions vivement nos aimables correspondants ; les opinions émises sont très divergentes. En résumé, il semble résulter de cette enquête , qu’un bon enregistreur des improvisations musicales, inutile d’après les uns, indispensable d’après les autres, pourrait rendre néanmoins certains services, et c’est pour cela que nous allons décrire aujourd’hui un système présenté à l’Exposition de Vienne en 1873 par M. l’ingénieur Roncalli, qui offre, sinon une solution parfaite, du moins un premier pas fort intéressant fait dans cette voie.
- Le premier enregistreur musical électrique que nous ayons à signaler a été imaginé et construit par M. du Moncel en 1856. Après quelques expériences, l’appareil fut abandonné, un peu prématurément peut-être, comme ne répondant pas d'une façon assez simple aux fonctions qu’il devait remplir et ne satisfaisant pas d’ailleurs à un véritable besoin.
- N’oublions pas qu’il y a vingt-cinq ans, l’emploi des piles n’était pas aussi simple et aussi répandu qu’aujourd’hui. Un appareil obligé d’avoir recours à elles devait forcément se ressentir de cette sorte d’ostracisme qui frappait, à cette époque, la plupart des appareils électriques, surtout ceux qui, par destination, devaient fonctionner entre les mains de personnes peu habituées à leur manipulation.
- Aujourd’hui la question peut être reprise et la solution poursuivie avec plus de chances de succès pratique.
- L’appareil de M. Roncalli, comme celui de M. du
- Moncel, est fondé sur les réactions chimiques produites par les courants électriques, ce qui ré-duit dans une certaine mesure, l’importance de la partie purement mécanique de l’enregistreur.
- On sait qu’en faisant glisser une pointe d’acier sur une feuille de papier imbibée d’une solution de cyanure jaune de potassium et d’azotate d’ammoniaque, il ne se produit aucune trace ; mais si un courant électrique traverse le papier et la pointe métallique, celle-ci est aussitôt attaquée ; il se forme un sel de protoxyde de fer qui, en présence du cyanure, donne un précipité noir laissant ainsi une trace qui dure autant que le passage du courant.
- La couleur de la trace laissée sur le papier varie avec la nature de la pointe ; ainsi, par exemple, le cuivre et tous ses alliages donnent une trace rouge, le cobalt une trace brune, le bismuth une trace invisible qui devient jaune serin dans un bain d’eau, le nickel et le chrome des traces vertes, l’argent une trace invisible qui brunit sous l’influence de la lumière.
- Le mélographe de M. Roncalli est fondé sur ces propriétés. Il se compose en principe d’un peigne à dents métalliques, immobiles et très rapprochées,
- Fig. 1. Le mélographe enregistreur de la musique disposé sur un orgue.
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- LA NATURE.
- parcourues par le courant (le la pile. Chaque dent est reliée par un fil conducteur à une touche du piano ou de l’harmonium.
- Les dents correspondant aux tons naturels sont en acier, celles qui correspondent aux demi-tons sont en laitonL
- Une bande de papier préparé entraînée par un mouvement d’horlogerie passe d’un mouvement uniforme sous le peigne métallique, reçoit la trace des dents dont les touches sont abaissées ; la longueur des traits tracés sur la bande de papier est proportionnelle à la durée des sons correspondants, c’est-à-dire à la valeur de la note.
- La figure d représente l’ensemble du système
- disposé sur un orgue et la figure 2 donne les détails de l’enregistreur proprement dit, représenté sur la droite de la figure 1. La boîte de gauche est un mouvement d’horlogerie dont, la vitesse est réglée par des ailettes et qui provoque le déroulement du papier; la caisse en forme de pyramide placée au milieu est un métronome dont nous allons voir la fonction tout à l’heure.
- L’enregistreur (fig. 2) se compose d’un cylindre métallique A, relié au pôle zinc d’une pile suffisamment puissante pour produire la décomposition de l’azotate d’ammoniaque (M. Roncalli emploie trois ou quatre éléments au chlorure de sodium). En B est un peigne mobile autour de l’axe C : ce
- Fig. 2. Détails du mécanisme enregistreur du mélographe de M. Koncalli.
- peigne est composé de 41 dents, dont chacune communique par un fil isolé E avec une borne D, d’où part ensuite un second fil isolé G relié à chacune des touches du piano. La manette N permet de rapprocher ou d’éloigner à volonté le peigne B du cylindre A.
- Le papier est entraîné par les deux cylindres F et L entre lesquels il passe. Le cylindre F est actionné par un mouvement d’horlogerie (iig. 1) à
- 1 Nous ferons remarquer ici que l’appareil, pas plus que le musicien en jouant du piano, ne fait de distinction entre une noie diézée et la note bémolisée du ton au-dessus. L’appareil marquera exactement le môme trait pour un do dièze que pour un ré bémol. En traduisant ensuite la musique écrite par le mélographe en musique ordinaire, il est nécessaire que le transcripleur connaisse à fond la science musicale pour éviter ces fautes d’orthographe musicale que commet l’exécutant, et que l’appareil reproduit exactement.
- l’aide de poulies et d’une petite corde. Sa surface porte neuf rainures recevant un nombre égal de cercles dentés, pressés par un ressort contre la surface du cylindre F (fig. 2). Le tambour M reçoit la provision de papier préparé qui passe entre le cylindre A et le peigne B et entre les deux cylindres F et L qui l’entraînent d’un mouvement uniforme.
- Sur le clavier du piano oy de l’orgue, un ruban de laiton s’étend sous les touches tout le long du clavier et est relié au pôle positif de la pile. De petits ressorts placés sous chaque touche établissent la communication entre ce ruban et des pièces métalliques, auxquelles aboutissent les conducteurs G reliés aux bornes correspondantes D du récepteur.
- Le jeu de l’appareil se devine aisément. En appuyant sur une ou plusieurs notes, le courant passe dans les dents correspondantes du peigne et imprime
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- LÀ NATURE.
- sur la bande de papier qui se déroule d’un mouvement uniforme une série de traits dont la position indique la hauteur, la longueur et la durée; la ligne est noire pour un ton naturel, rouge pour un dièze ou un bémol.
- Pour un orgue de cinq octaves, il faudrait un peigne de 61 pointes, et comme l’écartement des pointes est de 2 millimètres environ, c’est-à-dire une largeur de 122 millimètres au moins.
- Pour diminuer la largeur de cette bande, M. Ron-calli redouble les deux octaves extrêmes, la première s’inscrit sur la seconde, la cinquième sur la quatrième; pour distinguer ces octaves, une ligne d’une couleur particulière apparaît verticalement au-dessus ou au-dessous de la bande. Cette ligne est brune et est tracée avec du cobalt.
- Il suffit alors de 39 pointes et d’une bande de papier ayant 82 millimètres de largeur.
- Reste maintenant à indiquer la mesure du mor-cepu. Pour cela, M. Roncalli introduit dans le peigne deux dents nouvelles formées d’un alliage de bismuth et de cuivre, qui fournit des traces orangé. Dans une première disposition, le musicien envoyait le courant à ces pointes en manœuvrant des pédales, et marquait ainsi deux points orangés au commencement de chaque mesure; mais cette manœuvre gênait l’exécutant. Aujourd’hui M. Roncalli emploie un métronome dont l’action est automatique et parfaite, à la condition que le musicien se soumette lui-même au mouvement indiqué par le métronome. En pratique, cela présente un inconvénient au moins aussi grand que dans le premier cas, plus grand peut-être, car, dans le même morceau, les mesures différentes se succèdent assez souvent, et le musicien ne peut pas, au moment même du feu de son inspiration, s’arrêter pour changer le mouvement du métronome et l’adapter au rythme nouveau de la mélodie.
- En fait, l’enregistrement de la mesure, ou, plus exactement, de la séparation des mesures, ne nous paraît résolu dans aucun des systèmes d’enregistrement actuellement connus.
- L’enquête à laquelle nous nous sommes livré dans la Nature nous a fait connaître une trentaine de systèmes plus ou moins ingénieux, parfois singuliers, mais aucun d’eux ne nous a paru résoudre le problème aussi pratiquement que l’appareil de M. Roncalli. L’emploi des papiers chimiques exige cependant certaines précautions auxquelles un artiste ne saurait facilement se plier; l’oxydation et l’usure inégale des pointes demandent aussi un certain entretien qui rendent l’appareil assez délicat à manier, malgré sa simplicité.
- En dehors des questions d’utilité de l’instrument, — utilité contestée comme nous le disions en commençant — il y a un certain nombre de difficultés à surmonter avant de construire un appareil enregistreur des improvisations musicales réellement pratique.
- M. Roncalli voudra bien nous pardonner ces criti-
- ques, qui n’enlèvent rien à l’intérêt de son système, et nous permettre de conclure comme lui en souhaitant qu’un autre mécanicien puisse remplir les lacunes qui restent encore dans son appareil, et que les musiciens soient enfin mis en possession d’une machine que jusqu’à présent ils ont en vain demandée à la science.
- LES
- MOYENS DE TRANSPORT EN INDO-CHINE
- LES VOITURES
- Dans une grande partie de l’Indo-Chine, on se sert pour circuler au travers des forêts et des plaines plus ou moins désertes et broussailleuses, de plusieurs genres de voitures, dont la construction primitive n’exclut pas toujours l’élégance, et qui présentent à étudier certaines particularités intéressantes au point de vue de l’ethnographie.
- Ces voitures, qui se rapprochent sensiblement de certains véhicules employés dans l’Inde, peuvent se rattacher à deux types principaux : les unes, légères, traînées par des bœufs, servent surtout au transport rapide des personnes et de denrées de peu de poids. On ne les trouve guère que dans les parties sèches de notre Cochinchine et dans les provinces les plus habitées du Cambodge. Les autres, plus ou moins massives, de dimensions beaucoup plus vastes, sont traînées en général par des buffles. On les utilise pour porter des matériaux parfois très lourds au travers de routes, ou, pour parler plus exactement, de chemins, semés d’obstacles en apparence infranchissables, traversant les marais, les rivières, sautant par-dessus les troncs d’arbres abattus, ou gravissant sur des roches irrégulières des pentes parfois extrêmement abruptes. C’est surtout au Cambodge, à Siam et dans une faible partie du Laos méridional, qu’on les rencontre; plus haut et sur toute la rive gauche du Mé-Không, on ne se sert plus que des éléphants, des bœufs porteurs, ou simplement des épaules humaines.
- Les animaux, attelés toujours par paire, diffèrent encore plus que les voitures qu’ils traînent. Les bœufs appartiennent à une petite variété de ces ruminants à bosse, que l’on nomme des zébus. Ils sont en général châtrés. Agiles, rapides, souvent pleins de feu, avec leurs jambes fines comme celles d’un cerf, leur robe presque toujours claire, formée d’un poil court et serré, ils présentent des qualités qui les feraient apprécier dans tous les pays du monde, et formeraient des attelages qui ne dépareraient nullement nos promenades les plus aristocratiques. Les jours de fête on enferme les cornes des bœufs dans des étuis d’étoffe rouge du plus heureux effet, et on les couyre de grelots de bronze. Il y en a du reste plusieurs races. Parmi les plus recherchés, il faut citer certains individus à la robe
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- LA NATURE
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- ^ris de fer, à l’ossature plus anguleuse et plus forte, à la taille plus élevée que les autres, aux cornes légèrement lyre'es et assez longues, que l’on voit, mais assez rarement, aux environs des forêts Stiengs ou Chams, du côté de Tay-ninh. On les regarde comme obtenus par le croisement des trotteurs ordinaires avec des animaux sauvages pris jeunes, et dont la domestication parfaite est impossible.
- Il existe d’ailleurs en Cochinchine, au Cambodge et au Laos, plusieurs variétés assez tranchées de bœufs domestiques, se rapprochant plus ou moins par quelques-uns de leurs caractères, des espèces différentes qui vivent dans les forêts à l’état sauvage, et qui sont encore imparfaitement connues.
- Le bœuf trotteur est un charmant animal, doux et craintif, et qui, sur un bon terrain, est capable de fournir, en deux traites chaque jour, des courses remarquablement longues. Quand les voitures ne se brisent pas en route et que le terrain, horizontal, argilo-sablonneux, n’est ni trop fuyant ni trop dur, un bon attelage peut parcourir 80 kilomètres dans la journée. Il faut aux bœufs peu d’eau, et ils se contentent, à la halte, de l’herbe qu’ils vont chercher eux-mêmes aux environs, sans qu’il soit nécessaire de les entraver.
- Le buffle, au contraire, avec sa tête stupide et volumineuse, ses lourdes et puissantes cornes noires, ses jambes basses et massives, ses sabots évasés, ses flancs épais et sa peau glabre, est un animal disgracieux, farouche avec l’Européen, et qui ne peut fournir un bon service qu’à la condition d’avoir de l’eau en abondance. Dans les circonstances ordinaires des voyages, il ne faut pas, avec les charrettes à buffles, compter faire plus de 25 kilomètres par jour. Mais aussi, comme toute machine, ils gagnent en force ce qu’ils perdent en vitesse, et deux bons buffles, travaillant, sous l’aiguillon impitoyable du Cambodgien, à gravir, avec un char pesamment chargé, la berge glissante et raide d’un torrent qu’ils viennent de passer à la nage, présentent un spectacle véritablement beau en son genre.
- Bœufs et buffles sont attelés de la même façon. Le joug fixé aux cornes est inconnu en extrême Orient. Ce qui répond à notre joug, c’est une pièce de bois de forme appropriée, fixée lâchement au timon au moyen d’un lacis de lianes ou de rotin, et qui appuie sur le garrot ou sur le cou de l’animal, qui est toujours pelé en cet endroit, et souvent blessé. Une simple fiche en bois, qui traverse le joug vers son extrémité externe, et qui est munie d’une simple ficelle entourant le cou, empêche les animaux de se dérober. Les rênes, le plus souvent en rotin, quelquefois en lanières de peau de buffle ou de cerf, viennent s’attacher à une boucle passée dans la cloison des naseaux.
- Les attelages sont en général très dociles et bien dressés, obéissant souvent à la voix; mais ils s’effrayent assez facilement, surtout à la vue d’un
- animal dangereux ou inconnu, tel qu’un serpent ou un Européen, ou deviennent quelquefois furieux dans les passages infestés de mouches, qui les saignent cruellement de toutes parts. Certains buffles, cependant, malgré les coups de bâton les plus solidement appliqués, ne peuvent résister à l’envie de se plonger dans les mares les plus bourbeuses, surtout après une marche au soleil, ce qui ne laisse pas que d’avoir parfois des inconvénients sérieux pour les bagages... et aussi pour les voyageurs.
- Les voitures ou charrettes à buffles et à bœufs sont construites à peu près de la même façon et des matériaux plus ou moins résistants, avec plus ou moins de luxe et d’élégance, suivant leur destination. J’ai vu des voitures de course dorées, laquées et couvertes de sculptures rappelant celles des ruines d’Angkor. — Il n’entre pas un atome de métal dans leur construction. Toutes les pièces sont reliées entre elles au moyen de chevilles de bambou et de liens en rotin très artistement faits. Les essieux, indépendants, sont en bois également. Passant dans le moyeu, fort long, de la roue, ils viennent se fixer dans un logement évidé au travers d’une grosse pièce de bois qui passe sous le corps même de la voiture, et sont maintenus extérieurement au milieu d’une sorte de patin recourbé, d’une très grande utilité, et qui contribue pour une bonne part à l’originalité du système. Ce patin, formant avec celui du côté opposé une sorte de cadre élastique et flexible, permet à l’essieu de bois, enapparence si fragile, et qui n’est guère plus gros que le pouce, de résister d’une façon étonnante aux chocs qui viennent l’assaillir à chaque instant. Il protège la roue contre le choc latéral des arbres, des roches et des nids de termites, écarte les broussailles, et enfin, dans les ornières trop profondes et les marécages, il soutient toute la voiture, qui glisse sans verser.
- Les roues sont la partie la plus imparfaite de cette machine, et cependant il faut reconnaître qu’avec les moyens dont disposent les Cambodgiens et les sauvages, il est difficile de mieux faire. Elles ne sont pas cerclées de fer : les jantes se composent de plusieurs morceaux de bois, arcs de cercle d’un même rayon, qui s’emboîtent l’un dans l’autre au moyen d’une simple mortaise, chevillée de bambou. Les rayons sont dans un même plan, et ne présentent pas cette disposition savante que nous nommons ïéquanteur. Enfin le moyeu s’use rapidement ou se fend par suite des mouvements de l’essieu et des changements fréquents que nécessitent l’usure et les accidents de cette pièce.
- Les bois sont choisis avec le plus grand soin, chaque essence ayant sa destination spéciale. Le procédé que l’on emploie pour tourner les moyeux est fort original. On pense bien que ces pauvres gens ne possèdent pas le tour compliqué de l’ouvrier ou du mécanicien européen. Un simple ciseau en acier naturel des sauvages Kouys et une branche d’arbre convenablement disposée leur suffisent pour le remplacer. La pièce à tourner, dégrossie préala-
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- blement et percée suivant l’axe, peut tourner horizontalement autour d’une tige de bois maintenue dans un châssis fixé au sol. L’ouvrier s’accroupit à côté, tenant son ciseau d’une main bien ferme. Une ficelle vient s’enrouler autour de la pièce de bois, et s’attache par ses extrémités à deux longues gaules de bambou disposées en forme de triangle et suspendu par son sommet à une branche d’arbre, et oscillant dans un plan vertical. La main d’un second ouvrier imprime à ce système un mouvement alternatif qui fait tourner la pièce à travailler au devant du ciseau.
- La fabrication des chars est le privilège de certains villages. On en fabrique beaucoup à la frontière des Mois (sauvages), au nord-est de nos possessions. Il en est de même chez les sauvages Kouys, au nord du Grand Lac du Cambodge. Les ouvriers paraissent obéir à des règles empiriques précises pour tailler leurs gabarits. Cette industrie doit remonter à une haute antiquité.
- On peut, en effet, observer sur les bas-reliefs qui couvrent certains monuments de l’ancien Cambodge , notamment au Baïon et à Ang-kor-Wât, de nombreuses voitures dont la forme se rapproche plus ou moins de celle des véhicules actuellement en usage. Les unes sont munies du patin, les autres en sont privées. Le timon, long et recourbé eu forme d’arc, est le même. Les ornements qui décorent l’extrémité des diverses pièces sont souvent identiques à ceux que l’on peut remarquer de nos jours sur les chars de luxe.
- Les attelages sont formés quelquefois par des boeufs fort bien rendus, mais le plus souvent par des chevaux dont le harnachement est très curieux à étudier (lig. 1).
- Les roues, si l’on en juge par l’épaisseur variable de leurs parties, étaient tantôt en bois, tantôt en fer et bois, et même entièrement en fer. Dans ce dernier cas, leur fabrication, légère, soignée et élégante, suppose un outillage perfectionné et une industrie métallurgique très avancée.
- Les voitures actuelles (fig. 2), si bien appropriées qu’elles soient au terrain, se brisent fréquemment, ce qui se comprend quand on connaît l’état des voies de communication de ces pays. Par bonheur, il est rare que les avaries soient assez graves pour qu’avec
- un pansement provisoire appliqué sur la blessure, on ne puisse continuer sa route. Si l'un des essieux se casse, on a bientôt fait d’en couper un tout neuf dans le taillis voisin, qui en contient des milliers. 11 suffit de choisir une tige de grosseur et de rectitude convenables et d’en enlever l’écorce. Deux coups du dos d’un coutelas démontent le cadre et les patins, deux ou trois autres coups enfoncent l’essieu au travers du moyeu, et"'l’on repart. Plus loin, c’est le timon que la chuté d’un animal a rompu, et que l’on racommode avec des lianes, ou bien un rayon qui sera sorti de son logement. Quelques liens de rotin, dont on a toujours une petite provision, le fixeront d’une façon assez solide aux rayons voisins pour atteindre le plus prochain village.
- L’accident le plus grave est la destruction d’une
- des portions d’arcs qui forment les jantes; et encore, avec des lianes et des morceaux d’écorce, on arrive tout de même à se tirer d’affaire.
- Tout cet assemblage marche avec un bruit d’enfer et des grincements aigres qui s’entendent au loin dans la forêt, et qui, la nujt, écartent les animaux féroces. Mais les cahots sont vraiment terribles pour les reins des voyageurs novices. On finit cependant par s’y faire, et même on arrive à dormir profondément à l’abri du toit léger de bambou et de feuilles qui protège contre le soleil ou la pluie.
- 11 est une dernière forme de voitures, beaucoup plus grossière, dont la construction, n’exi- ' géant aucun art, peut être confiée au premier bûcheron venu, et qui, pour cette raison, peut rendre de très grands services au fond des forêts'. C’est l’informe char à roues pleines que l’on voit dans la troisième gravure. Les roues ne sont pas, comme on le croit quelquefois, formées par’ une tranche, une section de tronc d’arbre faite perpendiculairement à l’axe du tronc. Dans ce cas, outre qu’il faudrait avoir recours à la scie, les roues ne présenteraient aucune résistance,et se fendraient en éclats au moindre choc. On les taille avec la plus grande ! facilité aux dépens de ces expansions ligneuses, sortes d’arcs-boutants que présentent à leur base beaucoup de gros arbres des pays chauds, et qu’en d’autres contrées oii appelle arcabas. Il suffit de
- Fig. 1. Un char de guerre de l’ancien Cambodge (d’après une photographie des bas-reliefs d’Angkor-Wât;.
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- LA iXATUHE
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- Fig. 2. Voiture à bœufs de l’Indo-Chiue méridionale.
- Fig. 3. Char à huliles de Cochinchine, à roues pleines.
- (Gravures exécutées d’après des photographies et des croquis de M. le docteur J. Harmand.)
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- LA NATURE.
- détacher à coups de hachette une surface suffisante, de l’arrondir et de l’aplanir plus ou moins parfaitement sur chaque face.
- Du reste, des roues pleines sont souvent adaptées â des voitures plus soignées.
- La figure 5, faite d’après une photographie, présente au second plan un de ces énormes troncs d’arbre, comme on n’en voit plus aujourd’hui, en Fasse-Cochinchine, qu’au fond des forêts les plus reculées, et qui servent à fabriquer ces immences pirogues capables de contenir soixante pagayeurs, et dont je dirai quelques mots en parlant des moyens de transport par eau.
- Ces arbres, appartenant généralement à cette belle famille des diptérocarpées, qui joue, dans ces pays, un rôle économique analogue à celui des conifères dans nos climats tempérés, acquièrent, avec une grosseur dont la gravure ci-jointe donne une idée exacte, une hauteur de plus de 50 mètres, et présentent un tronc, sans branches, d’une rectitude parfaite. Mais on conçoit quel travail il faut développer pour traîner les pirogues, dégrossies et creusées sur place, jusqu’au plus prochain cours d’eau. Ce sont encore les buffles, ces vaillants animaux, que l’on charge de ce soin. Les pièces de charpente ou les pirogues sont portées sur de petites roues pleines, ou traînées directement sur le sol.
- D. J. Harmand,
- Conservateur-adjoint de l’Exposition permanente des Colonies.
- CORRESPONDANCE
- SUR LA PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Mon cher Tissandier,
- J’ai lu avec un vif intérêt vos articles sur la Physique sans appareils et votre volume des Récréations scientifiques.
- Il me revient à la mémoire, en vous lisant, deux expériences qui seraient sans doute fort bien à leur place dans vos articles, et dont la Nature pourra tirer profit.
- La première concerne l’influence de la pression sur le changement d’état des corps. C’est le moyen de faire bouillir l’eau avec du froid.
- On prend un ballon de verre aux deux tiers plein d’eau. On porte le liquide à l’ébullition, et quand la vapeur a chassé tout l’air, on ferme le ballon avec un bouchon. On le renverse et on l’installe sur un support. 11 suffira de verser de l’eau froide ou d’appliquer un corps froid sur la paroi du ballon pour déterminer l’ébullition de l’eau intérieure.
- Le froid condense la vapeur ; la diminution de pression amène nécessairement une nouvelle vaporisation tumultueuse si l’écart des températures est convenable. On peut ainsi avec de la glace porter de l’eau à l’ébullition.
- La seconde expérience a été faite sous mes yeux par M. le baron Séguier en 1864, pour démontrer l’influence des forces brusques sur le canon d’une arme. C’est un bon exemple de transmission rapide des forces et de la compressibilité des gaz.
- On prend un tube de verre, on le place verticalement dans un vase plein d’eau, puis on chasse une petite balle à l’intérienr de cette sarbacane improvisée.
- Au moment où la balle pénètre dans le tube, celui-ci se fendille longitudinalement dans toute la partie immergée; la portion extérieure reste intacte ; seulement le tube se découpe aussi, comme si on s’était servi d’un* diamant au niveau de la surface liquide1.
- Tout à vous,
- Henri de Parville.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 12 novembre 1880. — Présidence de M. Friedet. — M. le Président annonce que le syndicat des produits chimiques a bien voulu faire don à la Société d’une somme de 250 fr., en laissant espérer le renouvellement annuel de ce don. — M. Esbach présente une note intitulée : Urée, sucre et hypobromite de soude. — MM. Allary et Pellieux font connaître un nouveau mode d’obtention de l’iodure de potassium dérivé des varechs. — M. Œchsnera observé que le chloraurate de lutidine subit les mêmes modifications que le chloroplatinate par l’ébullition de sa solution aqueuse. Dans une seconde communication, M. Œchsner annonce qu’en faisant passer du nitrite d’amyle dans un tube de fer porté au rouge sombre naissant, il a obtenu des composés basiques. Ces composés ont une odeur analogue à celle des bases pyridiques ; ils sont solubles dans l’acide chlorhydrique et donnent des chloroplatinates solubles dans l’alcool. L’auteur se réserve l’étude de ces composés, dont il a obtenu une très faible quantité, le rendement n’étant que de 1 pour 100 environ. Enfin M. Œchsner dépose sur le bureau de la Société une note relative à un essai de préparation du cyanhydrate d’éthyle-vinvle. — MM. Richard et Bertrand ont étudié le platinocyanure double de magnésium et de potassium. — M. Bertrand s’est occupé de l’étude d’une combinaison de tétrachlorure de titane avec le chlorure de benzoyle, qu’il a découverte. — MM. Frie-del et Crafts ont réalisé la synthèse de l’acide mellique par l’oxydation de l’hexaméthylbenzine au moyen du permanganate de potasse en solution aqueuse à froid. — M. Friedel a également réalisé la synthèse de l’acide benzinopenta-carbonique en opérant de même ayec la pentaméthylben-zine. Cet acide complète la série des acides benzinocarbo-niques. — MM. Friedel et Balsohn ont étudié les produits de l’oxydation de la tricthylbenzine et trouvé deux acides, dont l’un est l’acide trimétrique et l’autre un acide iso-phtaloacétique C6H3(C0*H)*(CI1*—C02H);ce dernier provient d’une oxydation incomplète. — MM. C. Girard et Pabst utilisent les cristaux de chambres de plomb pour désinfecter les gaz des égouts et des fosses d’aisances. — M. C. Girard fait un rapport sur les falsifications de la bière. — M. Demarçay a étudié le sulfure d’azote et un certain nombre de ses combinaisons avec d’autres corps.
- Société française de Physique. —- Séance du 19 novembre 1880.— Présidence de M. Mascart. — M. le Président communique à la Société les nombreux témoignages de regret qu’il a reçus de toutes parts à l’occasion de la perte douloureuse, que la' science et la Société de physique ont faite en la personne de M. d’Alméida. — M. Bouty est chargé provisoirement de remplir les fonctions de secrétaire général. - M. Mercadier présente ses expériences récentes sur les faits de photophonie découverts par M. Bell. Il a substitué au soleil et à la lumière électrique des sources lumineuses plus faibles, mais plus
- 1 Causeries scientifiques, tome V, 1865.
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- commodes, la lumière Drummond et le pétrole alimentés par l’oxygène. À la sirène de métal de Bell, il substitue une sii’ène en papier noir collé sur verre, afin d’éviter les bruits de sirène accidentels. Cette idée lui est commune avec M. Duboscq. Il fixe la lame à étudier à l’entrée du cornet acoustique, fait de bois et de caoutchouc. Avec le zinc, le cuivre et autres corps opaques, M. Mercadier observe que le poli n’a guère d’influence, et que l’épaisseur, au contraire, en a une considérable ; avec des lames un peu épaisses, on n’entend plus de son. Avec des lames transparentes (verre, quartz), M. Mercadier a obtenu des sons très marqués, contrairement à ce qu’avait remarqué M. Bell; le degré de poli du verre est peu efficace. Une couche opaque d’argent, de blanc de céruse, empêche la production du son. Le noir de fumée agit de même s’il est placé sur la face extérieure du verre; placé au contraire sur la face intérieure, il renforce considérablement le son. L’épaisseur du verre est indifférente. Les corps mous n’ont rien donné à M. Mercadier, tandis que d’après M. Bell, ils produisent des sons. M. A Bréguet pense que cette dernière divergence tient à la faiblesse de la source employée par M. Mercadier. D’ailleurs, la qualité d’une source intervient aussi bien que son intensité. MM. Cros, Alfred Cornu et Lippmann ajoutent, au sujet de cette communication, des observations que nous regrettons de ne pouvoir analyser.— M. Bertin expose et projette devant la Société la première série de ses expériences sur le radiomètre électrique. Lorsque la pression de l’air dans le radiomètre est de 130 millimètres, la rotation commence, mais elle est incertaine ; à 90° elle est décidée, mais toujours déterminée par un défaut de symétrie de l’appareil. A 30 millimètres, elle n’a plus lieu, mais on la produit avec l’étincelle en chauffant l’un des tubes : elle a lieu comme si le vent soufflait du pôle froid au pôle chaud. Cette expérience est projetée avec une pression de 27 millimètres. A 15 millimètres, la rotation électrique a lieu seule, et elle est positive (le son parait venir du pôle +), l’expérience est projetée sous la pression de 13“m,5. A 10 millimètres, la rotation est nulle. De 5 millimètres à 2 millimètres, elle est négative (l’expérience est projetée, pression 3 millimètres). De 2 millimètres à 0mm,2, rotation nulle. De 0mm,l et au-dessous, la rotation est toujours négative ; le tube négatif est fluorescent ; l’expérience est projetée, la pression étant de 0“im,005.
- LE PORTEFEUILLE DE VAUCANSON
- AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
- Nous avons récemment parlé.des agrandissements du Conservatoire des Arts et Métiers1, et nous avons, à ce sujet, passé en revue les différents services de notre établissement national. Parmi ceux-ci, nous avons mentionné le service des Brevets d’invention et du Portefeuille industriel, et nous avons signalé à nos lecteurs, l’exposition remarquable qui a eu lieu de la collection des anciens dessins du portefeuille de Vaucanson. Cette exposition mérite plus qu’une simple mention. Elle se compose de documents historiques d’une haute valeur ; aussi nous y arrêterons-nous aujourd’hui d’une façon spéciale.
- 1 Voy. la Nature, n" 389 du 13 novembre 1880, p. 375
- La plus importante pièce de la collection est assurément le dessin du premier bateau à vapeur de Fulton, dont nous donnons ci-contre la reproduction d’après l’original ; ce dessin est accompagné d’une lettre manuscrite. Nous publions les principaux passages de ce document précieux, on 1rs terminant par un fac-similé de la signature du grand inventeur.
- Paris, le 4 pluviôse an XI (1803).
- Robert Fulton aux citoyens Molar, Bandell et Montgol-fier, amis des arts.
- Je vous envoie ci-joint les dessins esquisses d'une machine que je fais construire, avec laquelle je me propose de faire bientôt des expériences pour faire remonter des bateaux sur des rivières à l’aide des pompes à feu. Mon premier but en m’occupant de cet objet était de le mettre en pratique sur les longs fleuves en Amérique, où il n’y a point de chemin de halage, où ils ne seront guère praticables, et où par conséquent les frais de navigation à l’aide de vapeur seront mis en comparaison avec celui du travail des hommes et non pas des chevaux comme en France.....
- Dans ces dessins vous ne trouverez rien de nouveau, puisque ce ne sont que des roues à eau, moyen qui a été souvent essayé et toujours abandonné, parce qu’on croyait qu’il donnait une prise désavantageuse dans l’eau ; mais d’après les expériences que j’ai déjà faites, je suis convaincu que la faute n’a pas été dans la roue, mais dans l’ignorance des proportions, des vitesses, des puissances, et probablement des combinaisons mécaniques.......
- Citoyens, lorsque mes expériences seront prêtes, j’aurai le plaisir de vous inviter à les voir, et si elles réussissent, je me réserve la faculté ou de faire présent de mes travaux à la République, ou d’en tirer les avantages que la loi m’autorise.
- Actuellement, je dispoSb ces notes entre vos mains afin que si un projet semblable vous parvienne avant que mes expériences soient terminées, il n’ait pas la préférence sur le mien.
- Salut et respect,
- N° 50, rue Vaugirard.
- Nous ajouterons, pour être exact, que la lettre ci-dessus renferme un certain nombre de fautes de français que nous avons rectifiées ; il n’y a pas lieu d’en être surpris de la part de Fulton, qui était étranger. On remarquera la simplicité et la modestie avec laquelle le grand inventeur présente cette découverte admirable ; on se demande même s’il se doutait qu’elle était destinée à changer la face du monde.
- Nous rappellerons que le premier bateau à vapeur de Fulton a été avarié par une bourrasque et que l’inventeur travailla de ses propres mains à le réparer, avec une ardeur extraordinaire. Le 9 août 1803, le bateau de Fulton navigua sur la
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- Seine à Paris, en présence d’une foule considérable, et au milieu des acclamations.
- La collection des dessins du Portefeuille de Vau-canson renferme un grand nombre d’autres pièces curieuses; nous les avons examinées non sans éprouver ce respect et cette émotion particulière qui s’attachent aux grandes choses et au souvenir des grands hommes. Comment voir avec indifférence la série de dessins qui ont pour titre : la Fabrication des canons, par Gaspard Monge ; comment considérer sans admiration, les procédés employés pour fabriquer les canons de fusil, figurés d’autre part à la même époque, pour contribuer aux succès militaires d’une des plus glorieuses époques de notre histoire nationale ? Ces documents nous font voir combien
- les savants de cette époque se préoccupaient du soin de la défense nationale, et avec quelle ardeur les ressources de l’industrie étaient appliquées à forger des armes. A côté des dessins cités précédemment, on remarque des plans très bien exécutés qui retracent la disposition du célèbre camp des élèves de l’Ecole de Mars.
- Plus loin, nous quittons l’art militaire pour considérer les procédés du travail industriel. Voici des dessins de filatures, des plans d’usines à coton, des machines pour tirer et dévider la soie, imaginées et construites par Vaueanson lui-même. Voici des machines à percer, des moutons à mains, précurseurs de nos puissants marteaux-pilons de l’époque moderne, des appareils de blanchiment et quantité d’au-
- Le premier bateau à vapeur de Fulton (d’après les dessins originaux de Fulton, faisant partie de la collection Vaueanson, récemment exposée au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris).
- très systèmes employés dans l’industrie moderne.
- Un certain nombre de dessins se rattachent spécialement aux travaux publics ; nous mentionnerons notamment ceux qui se rapportent à la construction des ponts à Paris. 11 y a entre autres dans la collection, la représentation bien curieuse du Pont-Royal à Paris au dix-septième siècle. C’est un simple pont de bois, formé de pilotis, qui a été emporté par la débâcle des glaces en 1684. Ce pont de bois existait depuis 1632.
- Une série de dessins représentent des carrosses, des voitures et des chaises de poste des temps passés ; d’autres, d’anciennes pompes élévatoires, des machines agricoles, et notamment des charrues pour défricher les prairies, des machines à scier, des échelles à incendie fort ingénieuses. 11 ne manque pas dans la collection de Vaueanson de projets originaux, ou d’appareils exécutés dans un but tout à
- fait spécial. Tel est, par exemple, le chariot qui a servi à transporter des éléphants de Hollande à Paris ; telle encore une série de ballons dirigeables imaginés par un nommé Rénaux en 1791. Nous avons remarqué enfin un curieux dessin figurant un petit canon solaire, semblable à celui du Palais-Royal, et annonçant le midi moyen.
- Toutes ces curiosités sont vraiment bien intéressantes; assurément, nous disions-nous en les examinant, si les résultats de la science contemporaine sont dignes d’exciter notre admiration, l’histoire des découvertes qui les ont précédés, et qui ont en quelque sorte préparé le terrain fertile où ils se développent, ne mérite pas moins d’attirer notre attention et d’être l’objet de nos études.
- Gastox Tissandier.
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- LA NATURE.
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- L’OBSERVATOIRE POPULAIRE
- DO TROCABÉRO, A PARTS
- L’observatoire de recherches et de vulgarisation scientifique que M. Léon Jaubert a fondé au Troca-déro, complète utilement nos établissements d’instruction publique, en permettant à tout le monde de s’initier pratiquement aux connaissances générales de l’univers.
- Pour obtenir immédiatement une carte permanente gra -tuite qui permette d’être admis à l’Observatoire populaire (dans la journée de une heure à quatre heures, et de huit heures et demie à onze heures du soir), il suffit de se faire inscrire au secrétariat.
- Cette même carte sert aussi pour faire partie de l’École pratique d’astronomie, pour assister aux causeries scientifiques qui ont lieu auprès des instruments, pour être admis à la bibliothèque , déjà ouverte; cette carte servira aussi pour le
- laboratoire populaire de micrographie, qui ouvrira d’ici à quelques semaines, ainsi que pour les conférences scientifiques et pour le laboratoire de physique générale de l’univers, etc. Déjà plusieurs centaines de personnes sont venues se faire inscrire. Des cartes ont été remises au secrétariat de l’Académie de Paris pour MM. les professeurs des lycées, et six cents cartes ont aussi déjà été remises au bureau central de l’Enseignement primaire pour les instituteurs et institutrices de la ville de Paris ; les autres établissements d’instruction auront aussi leur part et ne seront pas oubliés dans cette large distribution.
- L’Observatoire du Trocadéro, qui n’est encore (ju’à son début, possède déjà plusieurs télescopes montés équatorialement et deux lunettes équatoriales. Si le généreux fondateur peut tenir toutes ses promesses, l’observatoire aura au printemps prochain déjà, une vingtaine d’instruments astronomiques de diverses formes et de diverses dimensions. L’un d’entre eux, appelé projecteur céleste, projettera, sur un vaste écran formé d’une grande glace de Saint-Gobain blanchie et ornée d’un fin quadrillé,
- une image du Soleil de 3 mètres de diamètre, image que de nombreux observateurs pourront contempler en même temps, soit avec des jumelles ou des microscopes à très long foyer, soit avec des lunettes ou de petits télescopes qui pourront grandir encore les divers points qui la composent de 10, 20, 50 ou 100 fois : les assistants verront les divers phénomènes célestes comme s’ils contemplaient un soleil qui aurait 30, 50, 100, 150 ou 500 mètres de diamètre. Un autre projecteur , de plus grande dimension, permettra
- de projeter les planètes, les constellations entières, les étoiles doubles et les nébuleuses. Cette projection sur des glaces préparées et finement quadrillées donnera la possibilité de mesurer le diamètre du Soleil, celui de la Lune et des planètes, plus exactement que par les procédés ordinaires. Elle permettra de constater les variations de diamètre du Soleil, suivant qu’il est plus ou moins éloigné de la Terre, suivant que sa hauteur est plus ou moins considérable au-dessus de l’horizon. L’on pourra, par ces méthodes, constater ses variations en diamètre, mesurer plus exactement la dimension des taches et la durée de sa rotation.
- Nouveau télescope à court foyer de M. Léon Jaubert.
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- LÀ NATURE.
- Il ne sera pas impossible d’observer le passage de Mercure et de Vénus sur le Soleil d’une manière précise, et on pourra mieux voir le premier, le second, le troisième et le quatrième contact.
- Ces mêmes méthodes d’observation par projection appliquées aux constellations, aux étoiles, aux nébuleuses, permettront de constater la marche et la direction des étoiles, la déformation des constellations, l’écartement et le rapprochement et la rotation des étoiles doubles et les modifications diverses que les nébuleuses subissent.
- En fixant sur ces glaces finement quadrillées, soit par le dessin ou la photographie, les étoiles des diverses constellations, les étoiles doubles et les nébuleuses, on pourra, en les replaçant chaque mois ou chaque année devant l’instrument projecteur, immédiatement constater si les diverses étoiles ont toutes conservé exactement la même place, et si elles se sont déplacées on verra immédiatement sans calcul, la direction et la valeur de ce déplacement. En outre, pour former le public inexpérimenté aux observations exactes, M. Léon Jaubert fera regarder au microscope des photographies des diverses parties du Soleil, de la Lune, et celles des diverses planètes. De plus il mettra prochainement en construction une série de globes représentant les corps célestes : Soleil, Lune, planètes, nébuleuses, etc., et sculptera sur chacun d’eux au jour le jour le résultat des observations faites dans les divers observatoires, de telle sorte qu’en fort peu d’années il sera parvenu à donner un corps tangible à toutes les observations, à tous les documents qui emplissent les cartons des observatoires et dont personne ne peut profiter.
- Les hypothèses, c’est-à-dire ce qui n’est pas encore passé à l'état de fait scientifique, seront reproduites séparément.
- M. Léon Jaubert a mis quinze ans à préparer les éléments de cet établissement d’utilité publique. 11 a créé à cet effet dix types de montures équatoriales, tant lunettes, télescopes, que projecteurs célestes et instruments de photographie céleste, formant autant de séries et comprenant plus de cent vingt instruments de forme et de dimensions différentes. Ce travail est certainement le plus original et le plus considérable qui ait jamais été fait'en France ou ailleurs sur l’optique instrumentale. Nous nous bornerons aujourd’hui à décrire un télescope de 30 centimètres de diamètre qui avait été mis en construction en 1877 pour l’Exposition de 1878. Nous le représentons ci-contre.
- Ce télescope, de forme cassegrain, est à très court foyer, son réflecteur parabolique n’a que la moitié de la longueur focale de ceux de Foucault. Il est à latitude variable, c’est-à-dire qu’il peut servir à tous les points du globe.
- Pour que l’observateur puisse parcourir, sans se déplacer, successivement tous les points du ciel au-dessus de l’horizon, l’oculaire est à l’intersection de l’axe horaire et de l’axe de déclinaison. Le corps tubulaire du télescope est muni latéralement de deux
- bras qui viennent articuler autour de l’axe horaire, traversant deux autres grands bras qui font corps avec l’axe horaire et qui sont reliés entre eux par un cercle tourné qui roule sur deux grands galets. Ce cercle est rendu très rigide par une très large nervure ajourée, et ce cercle et la nervure sont ouverts de manière à laisser passer le corps du télescope lorsque l’instrument est dirigé sur des étoiles qui sont ou à l’équateur céleste ou qui sont près de l’horizon sud. Deux masses, dont les bras qui les portent, sont calés sur l’axe de déclinaison, équilibrent le corps du télescope. L’axe horaire traverse un moyeu qui, par ses deux extrémités tournées en tourillons, viennent reposer dans les deux têtes du sommet des deux larges flasques en fonte de fer reliées entre elles par des entretoises venues aussi de fonte. Ces entretoises sont munies de deux oreilles qui portent un arc contre lequel peut glisser à frottement doux le grand arc. Celui-ci fait corps par une de ses extrémités avec un bras qui descend du moyeu et vient porter la crapaudine dans laquelle repose l’extrémité inférieure de l’axe horaire, et par l’autre il va se relier à un autre bras qui part aussi du moyeu et vient former, en se séparant en deux branches latérales, les chapes qui portent les deux galets sur lesquels roule le cercle tourné, sous l’action de l’horloge qui produit le mouvement diurne. Cette horloge est réglée par un régulateur bien visible sur la figure. Un volant à manette permet de fixer l’instrument à la latitude du lieu où il se trouve placé, de manière à ce que l’axe horaire prolongé soit parallèle à l’axe de la Terre et aille au pôle céleste.
- L’instrument est muni d’un cercle horaire et d’un cercle de déclinaison avec verniers conduits par des vis sans fin, et l’observateur, dans notre figure, a la main posée sur un volant qui actionne à volonté rapidement, ou très lentement, l’axe de déclinaison.
- Pour parcourir tous les points du ciel au-dessus de l’horizon, l’observateur n’a pas à changer de place, il a tout au plus à tourner sur lui-même en vingt-quatre heures.
- Le mouvement de l’horloge se transmet par des roues d’angle et un arbre, à une roue qui tourne folle sur l’axe de latitude formé par les tourillons du grand arc ; de ce point le mouvement est transmis à l’axe de débrayage de la vis sans fin et de celui-ci à la vis sans fin qui actionne l’axe horaire.
- On sait que plusieurs des plans qui représentent les instruments de grande dimension ont été placés l’année dernière sous les yeux de l’Académie des Sciences. D’autres, terminés depuis plus de six mois, lui seront très prochainement soumis.
- M. Léon Jaubert a aussi créé un très grand nombre de modèles de microscopes dont l’élégance et la solidité sont incontestables.
- On ne saurait trop féliciter cet habile constructeur de son zèle pour l’instruction générale et de son dévouement à la science.
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- LA NAT UK E.
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- CHRONIQUE
- Le département de la Seine-Maritime. — Si
- le projet de création de ce département, est appuyé par un grand nombre d’habitants du Havre, et par ceux qui s’intéressent aux développements de l'un des premiers ports de France, nous ajouterons qu’une protestation signée par plusieurs notabilités du département de la Seine-Inférieure, sénateurs, députés, conseillers généraux, conseillers d’arrondissement, maires, etc., etc.» vient d’être adressée à ce sujet au président de la République. Le caractère purement scientifique de notre publication, ne nous permet pas d’intervenir dans ce débat. Nous ferons remarquer cependant que la demande de formation du nouveau département nous paraît légitime de la part d’une des plus grandes villes de France ; et que nos lecteurs ont assurément lu avec intérêt les détails historiques et géographiques que notre savant collaborateur M. R. Cortambert a publiés à ce sujet (voy. n° 390 du 20 novembre, p. 395). Mais on fait appel à notre équité, pour signaler la pétition faite contre le morcellement de la Seine-Inférieure, et dans laquelle les signataires affirment que l’exécution du projet est inutile et nuirait aux intérêts du département. Notre impartialité nous fait un devoir de publier les quelques lignes que l’on vient de lire, pour satisfaire à la demande qui nous a été adressée.
- Notre collaborateur M. le docteur J. Harmand, médecin de la marine, conservateur-adjoint de l'Exposition permanente des Colonies, a commencé, au Palais de l’Industrie, une série de conférences publiques et gratuites sur les colonies françaises. Il passera successivement en revue celles de nos colonies qui sont les moins connues ou les plus nouvelles (Indo-Chine, côtes occidentales d’Afrique, Guyane, Océanie, etc.). Ces conférences auront lieu les 8 et 22 décembre, les 5 et 19 janvier, les 2 et 16 lévrier, à deux heures de l’après-midi.
- — Les cours de l’École d’Anthropologie ont commencé le 16 novembre, à quatre heures. Yoici le programme de ces cours : Anthropologie anatomique, M. Duval (Mathias), mardi, à 5 heures. — Anthropologie biologique, M. Topinard, lundi, à 5 heures. — Ethnologie, M. Daily, vendredi, à 4 heures. •— Anthropologie préhistorique, M. de Mortillet, lundi, à 4 heures. — Anthropologie linguistique, M. Ilovelacque, mercredi, à 4 heures. — Géographie médicale, M. Bordier, samedi, à 4 heures.
- — M. Vinot fera, samedi prochain 4 décembre, à huit heures et demie du soir,, une conférence publique sur l’astronomie, salle du boulevard des Capucines.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 novembre 1880.—Présidence de M. Becqdeuei,
- Nouvelle grotte préhistorique. — Un géologue du Midi de la France, M. Dubalen, annonce l’existence, auprès de Brassempouy, dans les Landes, d’une grotte extrêmement riche en débris préhistoriques. On y a recueilli en grand nombre des silex taillés, du type de Moustier, et en même temps, force pièces sculptées ana-
- logues à celles de la Madelaine. Les unes sont simplement gravées au trait, d’autres sont en relief : ces œuvres d’art représentent divers animaux et spécialement des chevaux et des poissons. Le gisement a fourni aussi une pointe en os, une pointe en corne et une olive en pierre polie toute semblable aux pierres de jet des Calédoniens modernes. L’auteur mentionne enfin des ossements de plusieurs animaux quaternaires et une dent humaine.
- Le Congrès anthropologique de Lisbonne. — Nos lecteurs savent que récemment les anthropologistes de toutes les nations se sont réunis à Lisbonne pour élucider divers points de l’histoire géologique de l’homme. M. Car-tailhac a résumé les travaux de ces assises internationales dans un volume que présente M. de Quatrefages. Comme le rappelle le savant académicien, l’un des objets les plus importants du Congrès, était l’étude de l’homme tertiaire. Après les innombrables découvertes dont ce chapitre de l’anthropologie a été l’objet, on peut regarder comme démontrée l’existence de l’homme dès les temps tertiaires ; mais il y a lieu, pour chacune des régions où les témoignages de cette antiquité ont été observés, de soumettre le gisement à une sévère révision. Aussi, pour Lisbonne en particulier, était-il indiqué de procéder à une double enquête géologique et archéologique, et c’est ce à quoi les membres du Congrès n’ont pas manqué. Leur conclusion est que les couches d’où les silex sont sortis, sont certainement miocènes ; mais ils sont moins affirmatifs en ce qui concerne l’état même des silex travaillés. Les uns les regardent comme d’origine humaine, tandis que d’autres y voient le résultat de fractures accidentelles; le plus grand nombre, et M. de Quatrefages tient à ce qu’on le compte parmi eux, n’a pas cru pouvoir formuler encore une décision définitive.
- Géologie du Sahara. — A la suite de l’expédition du colonel Flatters, à laquelle il était attaché comme géologue, M. Roche, ingénieur des mines, décrit la constitution géologique des régions qu’il a traversées. Le terrain quaternaire est très développé dans cette partie du Sahara. Il recouvre le terrain crétacé, dont les puissantes assises comprennent une zone cénomanienne et une zone turo-nienne; les roches principales du crétacé sont un calcaire à silex et des marnes à cristaux de gypse. Dans le fond des vallées apparait le dévonien moyen, parfaitement caractérisé par ses fossiles. L’auteur insiste beaucoup sur l’hydrologie du Sahara et confirme l’existence d’une nappe d’eau disposée à jaillir par des forages peu profonds.
- Géologie de la Belgique. — C’est le titre d’un très recommandable volume adressé de Bruxelles par M. Michel Mourlon, géologue bien connu par des travaux importants. Ce beau livre, que nous venons de lire avec un puissant intérêt, débute par un historique où l’on verra la part considérable qui revient à nos voisins dans la fondation et dans les perfectionnements de la science géologique. Le pays des d’Omalius, des Dumont, des Schmerling, des Nyst, des Koninck, des Dewalques, n’a rien à envier à aucun autre sous ce rapport. Vient ensuite la description des divers terrains belges, qui, grâce à l’admirable nomenclature de Dumont, se présentent sous des noms qui évoquent à l’esprit leur extension géographique en même temps que leur situation stratigraphique. De nombreuses coupes, dont beaucoup sont dues à M. Mourlon lui-même, illustrent le texte, que viennent compléter heureusement de précieuses listes de fossiles. Nous nous
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- proposons de revenir en détail sur cette œuvre importante lorsque le second volume promis par l’auteur aura paru, mais nous n’avons pas voulu en différer l'annonce, afin qué tous les amis des sciences puissent lui faire sans tarder, dans leur bibl othèque, la place à laquelle elle a droit.
- Composition de la tourbe. — Soumise à des procédés d’analyse particuliers, la tourbe des environs d'Amiens a fourni à M. Guigner, chef de la station agronomique de la Somme : deux espèces de glucose, de la chlorophylle, du tannin et une sorte de cire. On sait que, de son côté, M. de Mollon a commencé l’exploitation de certaines tourbes de sols granitiques à cause de la paraffine qu’il en extrait, à raison de 20 à 30 pour 100 du poids total. M. Dumas voudrait que les botanistes cherchassent par des études phytographiques à expliquer une semblable composition, toute différente de celle que ferait supposer la nature des végétaux analysés jusqu’ici.
- Étude sur les graines fossiles. — Au moment où la mort est venue l’arracher à ses travaux, M. le professeur Adolphe Brongniart étudiait avec un soin minutieux les graines silicifiées des‘terrains carbonifères de Saint-Étienne et d’Âutun. Sa famille a poursuivi la publication de ces recherches, et M. Dumas présente aujourd’hui le splendide volume qui les contient. Nous en parlerons avec plus de détails quand nous aurons examiné et étudié ce bel ouvrage. Rapportons aujourd’hui, d’après le secrétaire perpétuel, l’un des principaux résultats dont il fournit la démonstration. Il s’agit de la découverte dans les graines fossiles d’une chambre pollinique jusque-là inconnue chez aucun végétal vivant et où la poussière staminale était tenue en réserve jusqu’au moment de la fécondation. L’auteur, remarquant que les végétaux paléozoïques qui offrent cette disposition, se rapprochent beaucoup des Cycadées, émit l’opinion que les Cycas modernes doivent la présenter aussi ; et il fut assez heureux pour confirai! r lui-même cette prévision hardie. C’est d’ailleurs la première fois que des études paléontologiques conduisent à une découverte anatomique sur des êtres actuels.
- Signalons en terminant une note de M. Berthelot sur l’oxydation spontanée du mercure à la températyre ordinaire ; — des remarques de M. Léopold Hugo relativement au nombre 305, qui est tel qu’on a :
- 102 -h U2 + 122 = 365 et 132 -f- 142 = 365;
- résultat que l’auteur rattache aux idées de Pythagore sur la formation des nombres ; — une longue lecture de M. Chevreul, sur le contraste des couleurs, — enfin un mémoire de M. le commandant Trêve sur des phénomènes de vision.
- Stanislas Meunier.
- PETIT APPAREIL DOMESTIQUE
- pour l’usage des liquides mousseux
- Quand on débouche une bouteille de vin de champagne, de cidre mousseux, de limonade gazeuse, d’eau de seltz, et en général de toute boisson
- chargée d’acide carbonique à forte pression, le liquide s’échappe souvent avec violence, se répand au dehors et se perd. On ne peut en outre éviter facilement une petite détonation souvent désagréable; ce sont là des inconvénients auxquels remédie complètement J’ingénieux système que nous représentons ci-contre. Ce système se compose d’une tige pointue, creuse à l’intérieur, que l’on enfonce dans le bouchon de la bouteille comme le montre notre gravure. La partie de la Lige qui pénètre dans le liquide porte des trous qu’un piston intérieur maintient fermés. En appuyant le doigt
- Appareil pour l'usage des liquides mousseux.
- sur le bras de levier représenté à gauche de notre figure, on fait remonter ce piston ; les trous se trouvant dégagés, le liquide s’échappe sous l’influence de la pression et s’écoule au dehors par un tube fixé à la partie supérieure du support. Quand le doigt cesse d’agir, le piston s’abaisse, et le conduit adducteur se trouve immédiatement refermé. Une bouteille de liquide gazeux devient ainsi d’un usage aussi pratique que celui d’un syphon d’eau de seltz.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxmf.r.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 503
- 11 DÉCEMBRE 1880.
- LA NATURE
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- LES PUITS INSTANTANES
- L’invention de ce système ingénieux remonte déjà à de nombreuses années, puisqu’on en trouve
- l’origine lors de la guerre de sécession aux États-Unis. Nous avons précédemment rappelé 1,’histoire
- de ces puits tubulaires, si simples et si ingénieux, et nous avons donné la description du système imaginé par M. Don-net1. Dans ce système, les tubes métalliques et le mouton, sont disposés sur une voiture que peut tramer un cheval. Cette disposition , qui paraît au premier examen très avantageuse, offre l’inconvénient de fournir de grands embarras pour le transport à la surface de terres labourées, marécageuses, etc. M. Clark, le concessionnaire eiï France, qui est très compétent dans la pratique des puits instantanés, a adopté le système
- 1 Voy. n° 558 du 10 avril 1880, p. 202.
- 9a année. — 1er semestre.
- primitif de M. Norton, en lui assurant les meilleures conditions de solidité. Les tubes métalliques destinés à être enfoncés dans le sol sont portés à dos d’homme, ainsi que le support du mouton. L’installation se fait très promptement sur le terrain; quand un tube a été enfoncé en terre, à la façon d’un clou dans un mur, un autre tuyau est vissé à l’extrémité supérieure de celui qui vient de disparaître et on continue l’opération jusqu’à ce que la couche d’eau ait été atteinte. Deux hommes suffisent à exécuter cette manœuvre, comme on le voit à la gauche de la figure 1. A la droite de la même figure, une pompe est adaptée à la partie supérieure d’un
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- Fig. 1. Forage de puits instantanés par le système adopté en France.
- Fig. 2. Forage d’un puits instantané (système anglais).
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- LA NAT U R IC.
- puits tubulaire terminé, et un homme en fait jaillir l’eau.
- On a construit en Angleterre un autre système, que représente notre figure 2. Le mouton est mis en action par un treuil, et le choc est modéré par l’action d’accumulateurs de caoutchouc représentés à la partie supérieure du mécanisme. Cet appareil est fort bien construit, mais il est plus compliqué que le système précédent. C’est en somme l'appareil le plus simple qui donne les meilleurs résultats, comme le démontre une pratique de tous les jours, dans les localités où la couche d’eau souterraine n’est pas trop éloignée de la surface du sol.
- Gaston Tissandier.
- * LE DISQUE-SCIE DE REESE
- Le journal anglais YEngineer vient de publier récemment la description d’un appareil dont le fonctionnement paraît tout à fait invraisemblable; mais nous avons cru devoir néanmoins, tout en faisant nos réserves, le placer sous les yeux de nos lecteurs; car si la réalité en était nettement établie, il constituerait certainement un fait du plus haut intérêt au point de vue scientifique.
- On connaît, ces scies métalliques formées habituellement d’un disque mince et circulaire en fer doux, mobile autour de son axe de figure. Ce disque reçoit un mouvement de rotation excessivement rapide, et il coupe la pièce pressée contre lui, en agissant en quelque sorte à la manière d’une meule ; le bord mince du disque s’engage comme le ferait une scie dans la pièce à découper, bien que la circonférence du disque soit absolument lisse et ne présente aucune dent. On réussit ainsi à découper même des pièces en acier, en employant un disque en fer très doux, dont la dureté est beaucoup inférieure à celle de l’acier.
- Cet appareil si curieux déjà, a été inventé il y a quelques années en Amérique, et on commence à le rencontrer maintenant dans nos grandes usines, où il est employé pour affranchir les bouts de rails d’acier, par exemple. Aussitôt que la pièce arrive au contact du disque en mouvement, il se produit une abondante projection d’étincelles, qui vont en augmentant à mesure que la scie pénètre à l’intérieur du rail, et celui-ci se trouve entièrement découpé au bout de quelques minutes seulement; la vitesse de rotation du disque est de 150 à 200 tours à la minute.
- Le disque dont nous allons parler maintenant est constitué absolument comme cette première scie, et il a la même destination qu’elle; seulement l’entaille s’opère dans des conditions tout à fait étranges, car il n’y aurait pas de contact proprement dit entre cette espèce de scie et la pièce à découper. L’installation de l’appareil est représentée en coupe et en plan dans les ligures 1 et 2; on voit que le disque est mobile autour d’un axe horizontal, et il
- est animé d’une vitesse de deux cent trente tours à la minute. En face de lui est disposée, à une distance de 5 millimètres environ, la pièce à découper, qui doit être animée également d’un mouvement de rotation autour d’un axe parallèle avec une vitesse de deux cents tours à la minute. L’épaisseur du disque est de 5 millimètres, et le diamètre de lm,10, de sorte que la vitesse à la circonférence est de 80 mètres à la minute.
- La pièce est mise eu mouvement dans le même sens que le disque, c’est-à-dire qu’elle tourne devant lui, dans un sens inverse à celui d’une roue
- Fig. 1. Disque-scie de M. iieese.
- Fig. 2. Plan de la ligure ci-dessus.
- d’engrenage. D’après les renseignements de l’A-rnerican Manufacturer, confirmés dans une lettre adressée à YEngineer par l’inventeur, M. Reese, dont les ateliers sont installés à Pittsburgh, Diamond Street, il se produit immédiatement dans ces conditions, dans la pièce à découper, lorsque la rotation est établie, même sans contact, une entaille qui va en s’approfondissant à mesure qu’on rapproche le disque en agissant sur le chariot qui le supporte. Le métal fond en quelque sorte et tombe en gouttelettes sur le sol. Il paraît cependant que la température du disque métallique ne s’élève pas beaucoup dans cette opération, comme le fait se produit toujours avec la scie métallique dont nous parlions plus haut; seule, la barre est sensiblement échauffée; quant aux gouttelettes de métal liquéfié, on pourrait les tenir avec la main nue.
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- On remarquera, en considérant la figure 3, qui représente l’entaille commencée sur la barre, que la largeur en est sensiblement supérieure à celle du disque. Celle-ci est en effet de 5 millimètres, tandis que l’entaille a 8 millimètres, ce qui laisse de chaque côté un espace vide de 1 Im,1,5. Ce résultat ne doit pas être attribué au jeu latéral du disque sur ses supports, car on a pu constater qu’il lui était absolument impossible de se déplacer; cependant, on observait toujours la différence d’épaisseur que nous signalons.
- M. Reese explique ces phénomènes tout à fait surprenants et imprévus en disant que l’air se trouve comprimé entre le disque et la pièce en mouvement ; il a pu constater en effet que la pression était plus élevée dans cette région et supérieure de I/20 environ à celle de l’atmosphère ambiante ; la rapidité du mouvement de rotation déterminerait l’élévation de température des molécules d’air en contact avec le disque, et celles-ci se trouveraient projetées en grande quantité et avec violence sur la barre, dont elles élèveraient la température au point de déterminer la fusion du métal. Le courant d’air qui se déve-
- Barre d'acier
- Fig. 3. Barre d’acier coupée par le disque.
- loppe autour du disque rafraîchirait constamment celui-ci, ainsi que nous l’avons dit plus haut. 11 semble, dans ces conditions, que le métal en fusioe devrait se trouver brûlé en quelque sorte au contact des molécules d’air, comme le fait se produit d’ailleurs avec la scie métallique proprement dite, car les projections d’étincelles sont formées par des particules d’oxyde de métal ; cependant M. Reese déclare dans sa lettre, que les gouttes qu’il y a recueillies étaient formées seulement de métal liquide sans aucune addition d’oxyde.
- M. Reese expose ensuite la théorie qu’il a imaginée pour expliquer les résultats dont nous venons de rendre compte; mais comme il est difficile de le suivre dans tous ses développements, basés sur des faits aussi étonnants, nous préférons, après avoir signalé ce qu’ils offrent de curieux et d’imprévu, attendre que l’exactitude en soit entièrement hors de doute, pour essayer d’en hasarder une explication.
- ——
- L’OBSERVATOIRE DE NICE
- On a souvent dit que les donateurs étaient rares parmi nous, dans le domaine de la science, et qu’on ne trouvait point en France comme en Amérique ou
- en Angleterre, des riches protecteurs des arts et des sciences qui sèment l’or, dans le seul but de faciliter le développement des œuvres intellectuelles et de concourir au progrès.
- M. Raphaël Bischolïsheim, dont le nom devient synonyme de générosité, a voulu faire exception dans notre pays. Après s’être pris de passion pour l’astronomie, après avoir doté l’Observatoire de Paris d’un cercle méridien d’une valeur considérable1, M. Bischoffsheim a résolu de créer un observatoire sous le beau ciel du midi de la France, et il a fait à cet effet l’acquisition de 35 hectares de terrain dans le voisinage de Nice. Nous voulons donnera ce sujet quelques renseignements qui nous ont été souvent demandés par nos lecteurs.
- Les travaux du nouvel observatoire sont conduits avec la plus grande activité, et plus de deux cent cinquante ouvriers y sont actuellement employés. Cet établissement scientifique, qui comptera parmi les plus beaux et les plus complets qui soient au monde, sera situé près de la route de la Corniche, sur le mont des Mignons (ou mont Gros), à quelques kilomètres au nord-est de Nice, et à 575 mètres au-dessus du niveau de la mer. Deux vastes maisons d’habitation serviront de logement aux astronomes, et de lieu d’hospitalité aux savants étrangers et aux visiteurs. L’une de ces maisons est terminée, et M. Thollon y a exécuté dans ces derniers temps ses beaux travaux de spectroscopie.
- On s’occupe en même temps de la construction des instruments, dont quelques-uns seront prochainement terminés. Toute l’installation est faite sous les auspices du Bureau des Longitudes; l’Observatoire de Nice comprendra d’abord deux équatoriaux, une lunette méridienne et un certain nombre d’autres instruments accessoirès.
- L’un des équatoriaux pourra être considéré comme la merveille des merveilles. Cet instrument colossal, qui sera probablement le plus grand appareil astronomique du monde, aura 18 mètres de distance focale et O111,76 d’ouverture. La coupole qui l’abritera n’aura pas moins de 22 mètres de diamètre. La construction de l’objectif de ce grand équatorial est confiée aux mains habiles de MM. Paul et Prosper Ilenrv, les jeunes et savants astronomes de l’Observatoire de Paris.
- L’instrument seul coûtera environ 250 000 francs, et la construction de la coupole nécessitera des frais analogues.
- La dépense totale de l’Observatoire de Nice dépassera 2 000 000 (deux millions) de francs.
- Tel est le cadeau que fait à la science et à son pays un homme riche et libéral, qui s’intéressant aux grandes choses, aime à protéger les entreprises utiles, et dont on ne saurait signaler la munificence sans blesser la modestie.
- G. Tissandier.
- 1 Voy. n° 234 du 24 novembre 1877, p. 406.
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- LA NATURE.
- L’ART DES PROJECTIONS
- RtSUMÉ HISTORIQUE
- La cause de Y enseignement par les yeux est gagnée depuis longtemps; il n'est pas nécessaire aujourd’hui d’insister sur l’utilité qu’il peut offrir et sur l’usage de plus en plus important qui en est fait. Les appareils de projection prennent chaque jour un développement considérable, mais ils ne sont pas encore aussi répandus qu’ils devraient l’être, aussi nous semble-t-il intéressant de résumer les avantages qu’on en peut tirer, les ressources qu’ils sont susceptibles d’offrir au profes-
- seur, au savant, à l’amateur, et de rappeler les diverses formes que les constructeurs leur donnent aujourd’hui. Nous présenterons auparavant un tableau succinct de l’historique de la question qui va nous occuper.
- L’histoire de l’art des projections peut être divisée en trois périodes différentes, qui se rattachent à trois appareils distincts : 1° la lanterne magique; 2° les fantasmagories ; 5° les appareils électriques ou oxhydriques.
- La lanterne magique semble avoir été décrite pour la première fois par le P. Kircher, dans son ouvrage intitulé Ars magna Lucis et umbræ in mundo (Rome, 1645 et 1646, in-fol.). Quelques physiciens en attribuent la découverte à Roger Ra-
- Grave par£.. Horu iu
- Fig. 1. Une séance de fantasmagorie par Robertson en 1797 (fac-similé d’une ancienne gravure).
- con, d’autres prétendent, sans preuves suffisantes, que les anciens Égyptiens en avaient connaissance. Le P. Dechalles, qui donne la description de la lanterne magique dans sonMundus Mathemat. (tome lll, liv. n, prop. 20), dit l’avoir vue pour la première fois en 1665, entre les mains d’un savant de Danemark qui passait par Lyon. Quoi qu’il en soit de la date précise de l’origine de la lanterne magique, cet appareil est décrit d’une façon très complète dans tous les traités de physique du dix-huitième siècle. On ne se servait toutefois de ce premier appareil de projection que comme simple objet d’amusement, et les tableaux employés, consistaient en peintures destinées à la récréation des enfants ; on confectionnait habilement des pièces mécanisées où les personnages en projection étaient animés de mouvements correspondant à ceux de la plaque de verre où ils étaient peints.
- A la fin du dix-huitième siècle, Robertson transforma complètement l’art des projections en créant la fantasmagorie. Le célèbre physicien donna dans le couvent des Capucines des représentations publiques qui attirèrent tout Paris et excitèrent l’étonnement de l’Europe entière.
- Robertson nous raconte lui-même, dans ses Mémoires 1, la manière dont il procédait dans ses représentations théâtrales.
- « Après plusieurs détours propres à changer l’impression du bruit profane d’une grande cité, après avoir parcouru les cloîtres carrés de l’ancien couvent, décorés de peintures fantastiques, et traversé mon cabinet de physique, dit Robertson, on
- 1 Mémoires récréatifs scientifiques et anecdotiques du physieicn-aéronaute. E. G. Robertson, 2 vol. in-8°, Paris, 1840.
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- arrivait devant une porte d’une forme antique, couverte d’hiéroglyphes, et qui semblait annoncer l’entrée des mystères d’Isis. On se trouvait alors dans un lieu sombre, tendu de noir, faiblement éclairé par une lampe sépulcrale, et dont quelques images lugubres annonçaient seules la destination; un calme profond, un silence absolu, un isolement subit, au sortir d’une rue bruyante, étaient comme les préludes d’un monde idéal. »
- Robertson prenait alors la parole au milieu du recueillement général ; il parlait de la terreur qu’inspirent les ombres, les sortilèges, de l’amour que l’homme porte instinctivement au merveilleux; puis
- il annonçait que, par la fantasmagorie, il allait faire apparaître des spectres et des ombres connues.
- « Aussitôt que je cessais de parler, continue le physicien dans ses Mémoires, la lampe antique suspendue au-dessus de la tête des spectateurs s’éteignait et les plongeait dans une obscurité profonde, dans des ténèbres affreuses. Au bruit de la pluie, du tonnerre, de la cloche funèbre, évoquant les ombres de leurs tombeaux, succédaient les sons déchirants de l’harmonica; le ciel se découvrait, mais sillonné en tous sens par la foudre. Dans un lointain très reculé, un point lumineux semblait
- Fig. 2. Lanterne de projection à deux objectifs, à lumière oxhydrique, eu 1880.
- surgir : une ligure, d’abord petite, se dessinait, puis s’approchait à pas lents, et à chaque pas semblait grandir; bientôt d’une taille énorme, le fantôme s’avançait jusque sous les yeux du spectateur, et au moment où celui-ci allait jeter un cri, disparaissait avec une promptitude inimaginable. D’autres fois, les spectres sortaient tout formés d’un souterrain, et se présentaient d’une manière inattendue. Les ombres des grands hommes se pressaient autour d’une barque et repassaient le Styx, puis, fuyant une seconde fois la lumière céleste, s’éloignaient insensiblement pour se perdre dans l’immensité der l’espace. »
- N’est-on pas quelque peu surpris, en lisant le récit de l’impression si vive, produite alors par des
- fantasmagories, qui aujourd’hui paraîtraient assurément fort puériles. Le succès de ce spectacle singulier a cependant été considérable, et cela pendant six ou sept années consécutives. Les journaux de l’époque en parlent avec enthousiasme. Voici par exemple ce que dit à ce sujet le Courrier des spectacles, à la date du 4 ventôse de l’an VIII :
- « Robespierre sort de son tombeau, veut se relever. .. la foudre tombe et met en poudre le monstre et son tombeau. Des ombres chéries viennent adoucir le tableau : Voltaire, Lavoisier, J. J. Rousseau, paraissent tour à tour; Diogène, sa lanterne à la main, cherche un homme, et, pour le trouver, traverse pour ainsi dire les rangs, et cause impoliment aux dames une frayeur dont chacune se divertit. Tels
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- sont les effets de l’optique, que chacun croit toucher avec la main ces objets qui s’approchent. »
- Au commencement du siècle, la fantasmagorie de Robertson tombe dans l’oubli. .
- L’art des projections entre dans la troisième période de son histoire avec 1’apparition toute moderne de la lampe photo-électrique, et plus récemment encore de l’appareil à lumière oxhydrique. Cette période, qui peut être appelée la période scientifique, est caractérisée par la lampe à lumière oxhydrique, dont la figure 2 représente le modèle à deux objectifs. L’appareil que nous représentons permet de superposer deux vues sur le même écran et de transformer par exemple un effet de jour en un effet de nuit. L’histoire de la troisième période de l’art des projections offre une trop grande importance pour que nous ne l’examinions pas d’une façon complète. Elle fera l’objet d’un prochain article.
- Dr Z...
- — A suivre. —
- BEURRE ET MARGARINE
- •M. Mège-Mourîès, connu par divers travaux sur les céréales et sur la fabrication du pain, a signalé, il y a quelques années, l’existence d’un nouveau produit industriel alimentaire qu’il a proposé comme succédané du beurre, et désigné sous le nom de margarine, à’ole'o-margarine, et de beurre de margarine, lorsqu’il a été battu avec du lait1.
- Dans l’esprit de l’inventeur, cette matière possède les propriétés alimentaires du beurre. Elle a sur celui-ci le‘précieux avantage de ne pas exhaler, sous l’influence du temps, l’odeur sui generis qui impressionne si désagréablement l’odorat, et elle serait destinée à rendre les plus grands services à la partie peu aisée de la population, parce qu’elle est à meilleur marché que le beurre, et aussi parce qu’il en faut une moins grande quantité pour l’apprêt des mets.
- Qu’il nous soit permis de dire qu’il résulte des renseignements pris à des sources autorisées, que la margarine fabriquée en France est peu employée directement, qu’elle ne sert guère que dans les restaurants à bas prix, non pas pour être mise sur le pain, mais pour préparer les ragoûts et les mets épicés, et que la quantité ainsi consommée ne représente qu’un très minime appoint de la masse fabriquée. La margarine française a deux destinations principales : une très grande proportion est expédiée en Hollande, d’où elle se répand ensuite dans les colonies et en Angleterre; une quantité très importante, hélas! quitte Paris pour la Normandie et la Bretagne, d’où elle revient baptisée du nom de beurre par son mélange au beurre de ces pays. Quant à faire baisser le prix du beurre,
- 1 Voy. le Beurre artificiel, n" 79 du 5 décembre 1874,
- p. 1.
- comme le faisait prévoir l’inventeur, il n’en a rien été, et le proverbe populaire « au prix où est le beurre », n’a pas cessé d’être une expression d’une incontestable vérité.
- En France, on ne fabrique cette margarine qu’à Paris et dans ses environs, et la production dépasse 15 000 kilogrammes par jour.
- Yoici comment M. Mège indiquait d’opérer :
- On enlève des abattoirs la graisse de bœuf dès que l’animal est abattu, et au plus tard le lendemain on la trie et on en déchire les membranes par l’action de deux cylindres armés de dents coniques. La graisse ainsi préparée est introduite dans une cuve chauffée à la vapeur, avec un peu de carbonate de potasse et deux estomacs de porcs ou de veaux par 100 kilogrammes. La température du bain est portée à 45 degrés, et on la maintient en agitant pendant deux heures vers ce point. L’estomac de veau ou de porc aidant, suivant M. Mège, la majeure partie de la graisse s’est extravasée des membranes et flotte en une couche trouble à la surface. On la siphonne dans un bac chauffé au bain-marie, où elle est additionnée de 2 pour 100 de sel, pour hâter la clarification; à ce moment, elle est soutirée dans des vases où elle se solidifie peu à peu, et ce produit constitue ce que l’on appelle le premier jus, qui fond à 35 ou 36 degrés, et dont les acides gras fondent vers 44 degrés.
- Cette graisse est soumise le plus tôt possible à une expression entre des plaques de fer étamé portées à 25 ou 28 degrés, et on actionne la presse hydraulique de façon à obtenir un gâteau solide, résidu formé surtout de stéarine, qui représente environ comme poids la moitié du poids de la graisse. Le produit qui s’écoule est un mélange d’un reste de stéarine, de margarine et d’oléine; il constitue la margarine oléo-margarine.
- Le beurre de margarine s’obtient en barattant cette graisse avec la moitié de son poids de lait, de l’eau dans laquelle on a mis à macérer des mamelles de vache, et enfin une matière colorante, le rocou.
- Aujourd’hui, tout est bien changé. 11 se sépare si peu de graisse à 45 degrés, qu’on a chauffé à 65 degrés ; le produit est plus abondant, mais il est déjà odorant, assurément moins fin. Au lieu d’exprimer de façon à n’avoir que 50 pour 100 de margarine, on fait marcher la presse jusqu’à ce qu’il s’en soit écoulé 60 ou 62 pour 100 ; mais alors le produit a l’inconvénient de se solidifier dans les assiettes, sur les fourchettes, au bord des lèvres.
- Devant cet écueil qui mettait la fabrication en danger, n’allez pas croire qu’on soit revenu à l’indication première de M. Mège, c’est-à-dire à une expression plus modérée.
- Et le rendement, et la concurrence ! On a évité l’écueil par un procédé qui augmente le rendement, toujours, bien entendu, aux dépens de la qualité, ou tout au moins en dénaturant le produit; on ajoute à la graisse une huile qui, par son état li-
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- quide, corrige la solidification trop facile de la margarine et la ramène à n’avoir que le point de fusion du beurre, ou même un point de fusion inférieur. On avait d’abord fait usage d’une buile qui s’écoule des saindoux pressés et qui est importée d’Amérique par les voies anglaises, par suite de nos conventions douanières avec la Grande-Bretagne; mais l’odeur du saindoux dévoilait sa présence, et maintenant on lui substitue l’huile d’arachides, qui a pour le fraudeur les précieuses qualités du bon marché, de la blancheur et de l’absence d’odeur et de goût. On en introduit 10, 20, 30 pour 100 et plus; une seule maison, m’a dit une personne très au courant, en emploierait 5 à 6000 kilogrammes par mois. Inutile d’ajouter que l’estomac du porc et du veau, que les mamelles de la vache, dont l’action était d’ailleurs fort problématique, ne passent plus le seuil de l’usine.
- La concurrence, aiguillonnant les divers fabricants, a produit un autre résultat non moins fâcheux : le suif des abattoirs de Paris s’est bientôt trouvé insuffisant ; aujourd’hui on va chercher le suif dans les abattoirs des départements, et on en extrait le premier jus dans le pays. On y emploie souvent des graisses déjà anciennes, parce qu’on n’a pas chaque jour la quantité de matière suffisante pour une fonte, et on envoie le résultat de cette fusion à Paris, où il est transformé en margarine.
- Tel est le produit industriel, variable dans ses éléments, où de la graisse de porc, de l’huile végétale sont mélangées à la graisse du bœuf, produit que nous ne sommes pas sûrs de ne pas manger à petite dose dans le beurre de Bretagne et de Normandie, et que l’on voudrait faire consommer, sans mélange de beurre, aux malades des asiles de la Seine1.
- Biche,
- Membre de l’Académie de médecine.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société botanique de France. — Séance du 12 novembre 1880. — M. Malinvaud établit l’orthographe du genre (Æcidium d’après des considérations étymologiques. -M.Duchartre mentionne le mode de développement des tubercules secondaires des pommes de terre, observé par M. Carrière. — M. Chastaing envoie quelques observations sur des plantes du centre de la France.— M. Heckel confirme les observations de M. Patouillard sur le Pleurotus glandulosus ; il croit avoir trouvé des spores latérales sur des basides anormales de ce champignon.— M. Petit présente un échantillon d’une jolie fougère, Trichomanes speciosum, recueillie dans les Pyrénées.
- Séance du 26 novembre 1880. — M. Yan Tieghem fait connaître quelques espèces nouvelles de Myxomycètes sans plasmode qu’il propose de réunir avec le Dictyoste-lium mucoroïdesUreî., en une famille sous le nomd’Acra-siées. — M. Fournier présente à la Société quelques es-
- 1 Extrait d’un Rapport présenté à l’Académie de médecine.
- pèces de Filicinées nouvelles, qu’il a reçues récemmen du Mexique. Citons entre autres un Gymtiogramme et un Marsilea nain. — Le Frère Héribaud (Joseph) a découvert dans l’Aveyron, le Carex brevi collis DC, qui était complètement inconnu dans cette région. M. Timballe a découvert aussi cette plante dans les Pyrénées centrales. — M. Duchartre, après avoir rappelé quelques cas intéressants de dimorphisme floral, cite un fait qui s’est produit cette année aux environs de Rouen. Un pommier a produit en même temps des fruits de forme normale et des fruits qu’on aurait pu confondre avec des poires, si leur goût et tous leurs autres caractères n'en avaient révélé la nature. — M. Bureau annonce que le Muséum vient de recevoir une pièce fort intéressante : c’est une inftores-sence et un fruit frais du cocotier des Seychelles (Lodoicea seychellarum) ; c’est la première fois peut-être qu’on a l’occasion d’étudier ce fruit en France dans de bonnes conditions.
- Société géologique de France. — Séance du 22 novembre 1880. — Présidence de M. de Lapparent. — M. Hébert fait une communication sur le terrain crétacé supérieur de la région pyrénéenne. — M. L. Carez indique les principaux résultats de ses études sur le terrain crétacé du nord de l’Espagne. Il a reconnu que les calcaires qui forment la plus grande partie de la province de Santander et de la Biscaye appartiennent au néocomien moyen, comme M. Hébert l’avait publié dès 1867; mais cette opinion n’avait pas été généralement acceptée. Le même étage se poursuit sur tout le versant sud des Pyrénées jusqu’auprès de Barcelone ; il est constamment surmonté par les marnes aptiennes à Ostrea aquila. — M. A. Gaudry présente, de la part de M. E. Roche, une note sur le terrain permien d’Autun. La formation des schistes d’Autun appartient à la base du terrain permien (permo-carbonifère de M. Grand’Eury).—M. A. Gaudry annonce la découverte d’un nouveau reptile dans le terrain permien d’Autun par M. Tarragonet, directeur de l’usine de Margennes. — M. Léon Vaillant pense que la répartition des animaux, en particulier des mollusques, dans les régions littorales et marines rappelle la disposition qu’affectent les êtres dans certains terrains, un animal représenté par de rares individus à la partie inférieure se développant au maximum en un point situé plus haut pour disparaître peu après. — Le Secrétaire donne lecture d une lettre de M. l’abbé Pouech, relative à un ossement de grande taille qu’il a découvert dans les grès crétacés du Mas d’Azil, et qu’il croit appartenir à un mammifère.
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- LE
- CHEMIN DE FER DE LA YALLÉE DE CRÉDIT
- AU CANADA
- ET LE VIADUC DE WESTERN-F0RK
- M. James Dredge, l’éditeur de l'Engineering, a publié des études particulièrement intéressantes sur les chemins de fer américains, et il s’occupe actuellement des voies ferrées du sud du Canada. Nous avons cru devoir lui emprunter quelques renseignements sur ce pays, qui tend à devenir aujourd’hui, avec les Etats de l’Ouest, le grand pourvoyeur de céréales de l’Europe entière, et qui est appelé à exercer une influence de plus en plus
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- LA NATURE.
- considérable sur la situation de l’agriculture en France (voy. la carte, fig. 1).
- 11 y a cinquante années à peine, toute la région comprise, au nord du Saint-Laurent, entre lesGrands Lacs, depuis la baie de Géorgie jusqu’au lac Ontario, était tout entière couverte de forêts, parmi lesquelles les colons n’osaient s’aventurer, et les grandes villes qui sont aujourd’hui les chefs-lieux des dix comtés n’existaient pas encore, même de nom; la population, qui dépasse aujourd’hui 1 million d’habitants, atteignait au plus 200000 âmes en 1840. Les colons nouvellement établis se sont hâtés de défricher le sol et de le mettre en culture, certains de retrouver sur une terre fertile et entièrement vierge un rendement bien supérieur à celui qu’on peut obtenir chez nous sur un sol vieilli et épuisé déjà par l’exploitation des générations antérieures. Comme ils ont pu user en même temps des moyens mécaniques les plus perfectionnés, la culture a pris au Canada une extension tout à fait extraordinaire, et la production y dépasse actuellement 15 millions de bushels de froment, soit 4680000 hectolitres, et 12 millions d’hectolitres, si l’on tient compte de toutes les productions principales (avoine, seigle,
- orge, sarrasin, pois, fèves et pommes de terre). La production par tête d’habitant est de 20 liect. 16, tandis qu’aux États-Unis elle est de 15 hect. 65, et en France elle est seulement de 7 hectolitres. Par 100 habitants, on compte 27 chevaux et 52 vaches à lait, tandis qu’aux Etats-Unis on a seulement 20 et 27.
- L’énorme excédant de céréales ainsi récolté au Canada, est écoulé sur le marché européen grâce à la facilité qu’offrent aujourd’hui les moyens de
- transport, tant à l’intérieur de l’Amérique que pour la traversée de l’Océan. En 1840, le transport d’une tonne de blé de Buffalo à New-York, coûtait encore 500 francs,et le prix s’est trouvé abaissé à 100 francs seulement , par la construction du canal Erié, qui réunit ces deux villes en traversant la chaîne des Alleghanies sur un col de faible hauteur.
- Plus lard la construction des chemins de fer, et surtout la concurrence des nombreuses Compagnies, ont abaissé les prix d’une manière tout à fait décisive et ont permis ces exportations de céréales qui arrivant chez nous en telle abondance, exercent une grande influence sur le marché européen.
- Les prcinicrs chemins de fer construits dans le Ca-
- \ Chute du N iaaar2®
- Fig. 1. Carte des chemins de fer de la vallée de Crédit.
- nada, comme aux États-Unis, étaient placés à proximité des lacs et des cours d’eau, dont ils devenaient les affluents en quelque sorte, et auxquels ils apportaient les chargements de blé à flotter; plus tard, ils essayèrent de pénétrer davantage à l’intérieur des terres et de se frayer un chemin jusqu’aux ports maritimes, afin de n’avoir plus recours aux canaux. Le Grand-Trunk, la première grande voie construite, fut concédé, en 1851, à une Société financière anglaise; il suivit le Saint-Laurent depuis Montréal et le bord septentrional du lac Ontario jusqu’à Toronto, puis il poursuivit jusqu’à Détroit en 1856. Plus tard, il put aller rejoin-
- dre les chemins des États-Unis, lorsqu’il eut jeté à Montréal, par-dessus le Saint-Laurent, ce pont gigantesque de Victoria, de 2750 mètres de long. Quelque temps après, le Great-Western construisit une longue ligne parallèle partant également de Toronto, devenu le port principal d’expédition des farines du Canada, et allant aussi à Détroit, mais en passant par Niagara et London. Enfin, la quasi-indépendance du Canada, proclamée en 1867,donna une nouvelle impulsion aux voies ferrées, et on construisit les lignes dites intercoloniales, allant de Toronto à Halifax dans la Nouvelle-Écosse, à Saint John et à Picton. On commença en même temps
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- les deux lignes à voie étroite de Toronto au lac II u-ron et au lac Nipissing. On réduisit au contraire la largeur de la voie du Grand-Trunck, qui était établie d’abord à lm,68, et qui fut ramenée à lm,44.
- D’autre part, des discussions des tarifs amenèrent des dissentiments très graves entre les deux Compagnies coalisées du Grand-Trunck et de Great-Western et les habitants des pays traversés; il en résulta la formation d’une troisième Société, dite de la Vallée de Crédit, fondée uniquement pour briser le monopole, et elle reçut à cet effet des municipalités des subventions égales aux trois quarts de ses dépenses, sous h seule condition de ne jamais fu-
- sionner avec les autres Compagnies. C’est ainsi que la ligne du Crédit part également de Toronto pour aller à Détroit, en suivant un tracé tout à fait voisin des deux premiers ; elle s’arrête seulement à Saint-Thomas, où elle se relie à la Compagnie du Sou-thern-Canada. Sur son parcours, elle a construit de nombreux ouvrages d’art importants; nous citerons, par exemple, le viaduc en bois de l’Humber, qui a 270 mètres de long, et 40 de haut, et surtout le pont en fer qu’elle construisit à Galt pour franchir la vallée du Grand-River. Ce pont, dont nous donnons un dessin dans la figure 2, offre un intérêt tout particulier en raison des difficultés
- que la construction a présentées à cause de la violence du courant et des crues dangereuses de la rivière. De plus, le pont passe en même temps par-dessus la voie du Grand-Trunck, qui longe la rivière à l’Ouest, et celle du Great-Western, qui la suit à l’Est. Enfin, c’est un pont en fer, métal qu’on rencontre rarement aux États-Unis dans les constructions analogues, et il est le premier qui ait été construit en entier au Canada; il témoigne ainsi de l’importance et de l’activité des mines métallurgiques nouvellement créées dans ce pays.
- Outre la ligne de Toronto à Saint-Laurent, la Société du Crédit possède également un embranchement allant à Orangeville et Elora; celui-ci se détache à Streetsville et remonte le cours du Crédit, petit affluent du lac Ontario. Cette ligne abonde
- également en points de vue pittoresques et en ouvrages d’art remarquables. Elle s’élève jusqu’à Sligo avec une pente moyenne réellement considérable de 5 centimètres par mètre, et elle suit une vallée très étroite et fort encaissée, dans laquelle la rivière forme de belles et imposantes cascades. La station de Cataract forme le point culminant de la ligne, qui traverse la rivière en y arrivant sur un pont de plus de 50 mètres de hauteur, et on y jouit d’un point de vue particulièrement étendu; car on peut apercevoir de là les eaux bleues du lac Ontario. Au delà de Cataract, la ligne descend dans le bassin du Grand-River, dont les chutes imposantes en font un Niagara en miniature. Nous avons représenté dans la gravure ci-dessus (fig. 3) l’un des ponts en bois les plus curieux qu’on ren-
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- LA NATURE.
- contre dans cette région, c’est celui qui traverse le Western-Fork, à 5 kilomètres de, Sligo. Cet ouvrage, long de 4 kilomètres, élevé de 20 mètres au-dessus du niveau de l’eau, forme en alignement une courbe de près de 90°, et il est bâti entièrement en bois, comme la plupart des ponts américains. On sait en effet que dans l’établissement de leurs voies ferrées, les ingénieurs des Etats-Unis se sont préoccupés surtout de construire rapidement et à peu de frais les lignes utiles à la colonisation, et leurs ouvrages d’art sont presque tous en bois seul ou associé avec le fer, et presque jamais en maçonnerie. Les assemblages des pièces sont exécutés d’une manière très simple au moyen de chevilles et d’étriers en fer, et on n’y emploie pas les embrèvements, ni même les tenons et les mortaises de la charpente européenne, considérés comme trop compliqués. Malgré ces conditions défectueuses, les constructeurs arrivent à franchir facilement, avec des poutres en bois, des portées de 40 à 50 mètres, comme dans le système Howa, par exemple ; les poutres sont alors maintenues par des tirants verticaux en fer avec écrous de serrage. Le pont du Western-Fork est construit tout entier en j treillis très simple, permettant de tirer parti de pièces de faible équarrissage. Les essences les plus employées au Canada sont deux espèces de pins désignées sous le nom de rouge et blanc (red et white pine).
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- SOCIÉTÉ SCIENTIFIQUE DE LA JEUNESSE
- Cette Société est fort peu connue. Conçue dans un but très louable, par des jeunes gens très laborieux, elle est cependant digne de prendre un grand développement; aussi sommes-nous heureux de la signaler à nos lecteurs, de la recommander spécialement à la bonne volonté de tous ceux qui aiment la science, heureux si la publicité dont nous disposons peut être efficace.
- La Société scientifique de la Jeunesse a été fondée, il y a deux ans, à la mémoire d’Adolphe Brongniart. Elle se compose de jeunes gens qui, se destinant à la carrière des sciences, veulent s’exercer à parler et à écrire. Les membres de la Société se réunissent toutes les semaines, et à tour de rôle, chaque sociétaire fait une conférence. Rien de meilleur, de plus sain, de plus fortifiant, que ces séances de jeunes gens animés de l’ambition de s’instruire et de s’exercer à l’art d’enseigner. C’est ce que quelques-uns de nos savants les plus illustres ou les plus distingués ont compris, en prenant la Société scientifique de la Jeunesse sous leur patronage. Le président d’honneur est M. A. de Quatrefages, de l’Institut, et parmi les membres honoraires, nous citerons MM. J. B. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences; Hervé Mangon, de l’Institut, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers ; Alfred Cornu, de l’Institut, professeur à l’École Polytechnique ; G. Empis, de l’Académie de médecine; Paul Bert, député, professeur à la Faculté des sciences de Paris; Cloëz, du Muséum d’histoire naturelle.
- L’année dernière, les séances de la Société scientifique de la Jeunesse ont eu lieu tous les samedis, à huit heures du soir, à la mairie du Ve arrondissement de Paris, dans la salle de la Justice de paix, que le maire, M. Dubieff, a bien voulu mettre à la disposition de l’entreprise naissante.
- Parmi les sujets traités, nous citerons les conférences et communications suivantes : la période glaciaire, l'a-natomie et l'embryogénie de la « Nocliluca miliaris », des Spongiaires, de V « Hydra viridis », des Hirudinées, des Trématodes, par M. Charles Brongniart, préparateur à l’Ecole de médecine, président de la Société; la conservation et la transformation des forces, le télégraphe différentiel, une planète hypothétique, les explorateurs électriques de M. Trouvé, les moteurs électriques, le calcul élémentaire des éclipses et des marées, par M. Baret, élève de l’École des hautes études à la Sorbonne ; la fabrication de la bière, par M. Burger; la dynamite, par M. L. de Quatrefages, ingénieur des Arts et Manufactures; les récepteurs solaires, les progrès de la fabrication de l'acier, par M. Alers, ingénieur des Arts et Manufactures ; les causes de Valcoolisme, par M. Pignol, externe des hôpitaux; l'étude de l'acide acétique, la distillation de l'alcool, par M. E. Claudon, ingénieur des Arts et Manufactures ; l'opium et ses alcaloïdes, l'anesthésie par le protoxyde d’azote, par M. Legrain, externe des hôpitaux; le monde lunaire, par M. Barraud; la circulation du sang, les circonvolutions cérébrales, la staphyloraphie, le « Thymus vulgaris », les lobules hèpathiques, par M. Gillet, externe des hôpitaux.
- M. Alfred Cornu, de l’Académie des sciences, voulut bien, le jour de l’anniversaire de la fondation de la Société, faire devant ses jeunes collègues, une intéressante conférence accompagnée d’expériences nombreuses, sur la Télégraphie sous-marine.
- La liste précédente est loin d’être complète ; elle suffit à montrer l’intérêt et l’utilité des séances de la Société scientifique de la Jeunesse, à laquelle nous souhaitons succès et prospérité1.
- G. T.
- LE FER DANS LE VIN
- Le fer a été découvert dans les vins, il y a quarante ans, par Fauré, de Bordeaux. D’après ce chimiste, ce métal existerait dans les vins à l’état de tartrate de fer; on ne le retrouverait en France que dans les vins de la Gironde, et nul vin étranger n’en contiendrait d’aussi grandes proportions. L’assertion de Fauré, acceptée comme vraie par plusieurs auteurs, a fait dire depuis, qu’en administrant aux anémiques et aux convalescents, du vin de Bordeaux, on leur donnait plus de fer qu’avec n’importe quelle eau minérale ferrugineuse.
- Quoique M. Caries considère le vin de Bordeaux comme la boisson la plus hygiénique et la plus convenable pour les convalescents, il contredit les assertions précédentes. A son avis, le fer existe en proportions diverses dans tous les vins, et même en proportion plus élevée dans les vins des contrées méridionales que dans ceux de la Gironde, mais, tandis que dans les vins de Bordeaux de tout âge, la quantité de métal est sensiblement constante, dans les autres au contraire, elle diminue vite avec le temps. On
- 1 Les membres actifs de la Société payent une cotisation annuelle de 15 francs, les correspondants de 10 francs.
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- LA NATURE.
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- ten rouve la cause dans la diversité de composition de la matière colorante des vins. Cette couleur, on le sait, est formée par l’union de trois substances différentes : une bleue, une rouge, une jaune. La première, qui est la moins stable, abonde surtout dans les vins du Midi; c’est elle qui se précipite la première dans les lies. Le fer a pour elle une si grande affinité, qu’il semble faire partie de sa constitution ; aussi s’explique-t-on facilement qu’il suive cette substance bleue lorsque les vins se dépouillent, et comment les gros bleus du Midi, d’abord riches en fer, s’en appauvrissent rapidement, tandis que les vins de la Gironde, plutôt rouges que bleus, conservent leur dose de fer. C’est probablement parce que Fauré a recherché le fer dans des vins vieux du Midi qu’il n’en a que peu ou pas trouvé.
- En résumé, le fer existe dans tous les vins, en proportion constante dans les vins de la Gironde, en proportion variable, au contraire, dans les vins des contrées du midi de l’Europe. La quantité de fer accusée dans les vins de la Gironde est exagérée; les dosages sont à refaire pour éclairer la thérapeutique,
- (Journal de Pharmacie et de Chimie.)
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons de zoologie professées à la Sorbonne, enseignement secondaire des jeunes filles, par Paul Bert, député, professeur à la Faculté des sciences de Paris, membre du Conseil supérieur de l’instruction publique, 1 vol. in-8°, avec 402 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1881. Prix, 12 francs, cartonné, 15 francs.
- Le livre que M. Paul Bert vient de publier est le résumé des leçons que le savant physiologiste a professées depuis dix ans avec un si grand et si légitime succès, sous le patronage de Y Association pour l’enseignement secondaire des jeunes filles, dans les amphithéâtres de la Sorbonne. Nous avons lu ce livre de la première page jusqu’à la dernière, avec le plus vif intérêt, et non sans étonnement, nous devons l’avouer, en voyant avec quel art M. Bert sait constamment, sans jamais défaillir, être clair, concis, méthodique, en restant rigoureusement dans les limites du domaine scientifique proprement dit. Comme le dit l’auteur avec beaucoup de sens, « le zoologiste, pas plus que le chimiste, par exemple, n’a le devoir d’être amusant, ni le droit d’être ennuyeux ; il doit être seulement instructif et utile ». M. Paul Bert a rempli son but. Non seulement on voit que le professeur s’est efforcé d’être instructif, mais on devine le sentiment qui l’a animé sans cesse pour bien remplir sa mission, qu’il considère à juste titre comme très haute : « Instruire les femmes, fortifier leur jugement, discipliner leur imagination, ouvrir leur esprit aux vérités naturelles, c’est le plus sûr moyen de les mettre à l’abri des exagérations mystiques, c’est travailler à la fois à la paix intérieure des familles et au progrès général de la société. Aussi ai-je toujours éprouvé une sorte de respect pour l’importance du rôle que j’avais l’honneur de remplir. » M. Paul Bert a pris soin de répondre à l’avance aux objections de ceux qui prétendent qu’une femme n’a pas besoin de tant de science, et qu’il y a lieu de se déclarer satisfait
- Quand la capacité de son esprit se hausse
- A connaître un pourpoint d’avec un haut-de-chausse.
- Le but de l’éminent professeur n’a pas été de faire à proprement parler des femmes savantes, mais des fem-
- mes instruites. C'est la modestie et non la vanité qu’inspire un enseignement conduit comme le sien.
- Le livre qu’il vient de publier sera bientôt dans toutes les familles, et il contribuera à répandre les notions si utiles à connaître sur l’anatomie, sur la physiologie, sur ce que nous sommes, en un mot; un texte imprimé en caractères bien lisibles, sur beau papier, d’inncmbrahles gravures qui facilitent les explications, font en même temps de l’ouvrage un volume séduisant, et contribueront à son succès. G. T.
- La sociologie, essai de philosophie sociologique, par
- E. de Roberty, 1 vel. in-8°. Paris, Germer Baillière etCie, 1881 ; cartonné à l’anglaise, prix 6 francs.
- Ce volume, publié par la Bibliothèque scientifique internationale, dirigée par M. E. Alglave, n’est ni une œuvre de polémique ni un exposé dogmatique. C’est un essai de philosophie sociale où l’auteur a surtout cherché à définir la place, le caractère, la méthode et les tendances de la science toute nouvelle qui étudie les sociétés humaines avec les procédés précis des sciences naturelles. M. de Roberty se rattache à l’école positiviste d’Auguste Comte et de M. Littré, ce qui ne l’empêche pas de s’écarter à l’occasion des voies tracées par ses illustres maîtres et d’avoir une haute estime pour les doctrines de M. Herbert Spencer, même quand il les'attaque un'peu rudement.
- Histoire générale des grands voyages et des grands voyageurs. Les voyageurs du dix-neuvième siècle, par Jules Verne, avec 51 gravures et 57 fac-similé et cartes, 1 vol. grand in-8°. Paris, Hetzel et Cie.
- Cette histoire des grands voyages et des grands voyageurs, qui traite cette année des voyageurs du dix-neuvième siècle, a commencé avec la conquête de la Toison d’or ; elle doit se terminer avec le récit des explorations contemporaines. C’est là une œuvre considérable, au sujet de laquelle M. Jules Verne s’est attaché dès le début un spécialiste compétent, M. Gabriel Marcel.Nous recommandons à nos lecteurs ce nouveau volume, auquel un grand nombre d’illustrations faites d’après des photographies, des croquis originaux ou des gravures anciennes, et des cartes soignées viennent ajouter, si c’est possible, un surcroît d’intérêt.
- Les poissons d’eau douce et la pisciculture, par Pu. Gauokler, ingénieur en chef des ponts et chaussées, officier de la Légion d’honneur, 1 vol. in-8° avec nombreuses figures dans le texte. Paris, Germer Baillière, i 881 ; prix, 8 francs.
- Éléments d’histoire naturelle. Pierres et terrains, par Gaston Bonnier, ouvrage rédigé conformément aux programmes officiels du 2 août 1880. 1 vol. in-18 avec 91 fig. dans le texte. Paris, Paul Dupont, 1880. Prix, 1 fr. 90.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Bruxelles, 1881, 48e année, 1 vol. in-32. Bruxelles, F. llayez, 1880.
- La mortalité dans ses rapports avec les phénomènes météorologiques dans l’arrondissement d'Avignon, par le docteur A. Pamard, 1 broch. in-8°. Paris, J. B. Baillière, 1880.
- Notes on the french Exploration of « le Travailleur » in the bay of Biscay by the Rev. A. M. Norman, M. A.,
- F. L. S., etc., 1 broch. in-8°. London, 1880.
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- LÀ NATURE.
- APPAREIL INDICATEUR
- DU NIYEAU DE L’EAU
- «
- Les ingénieurs ont souvent besoin d’avoir dans un point éloigné l’indication du niveau actuel de l’eau dans les grands réservoirs qui servent à l’alimentation des villes, dans les grandes cuves qui répondent au service des usines, dans les biefs d’amont et d'aval d’une chute d’eau utilisée à fournir une force motrice.
- C’est ainsi que les réservoirs de la Martinière qui approvisionnent Saint-Chamond sont à une distance de 2500 mètres de la mairie de cette ville et du bureau de l’ingénieur ordinaire des ponts et chaussées chargé de diriger le service.
- L’emploi de transmissions électriques s’impose pour ce genre d'indications; mais la difficulté du problème mécanique est beaucoup plus grande que
- Fig. 1. Appareil indii
- les personnes non prévenues ne peuvent le croire.
- Diverses solutions en ont été données en France et en Allemagne ; celle que nous allons faire connaître se recommande par une simplicité que les précédentes n’ont pas au même degré, à beaucoup près. Elle est due à M. Yeates, de Dublin, et basée sur l’emploi de deux fils sur la ligne.
- La difficulté du problème est dans ce fait que le niveau de l’eau monte ou descend alternativement et de quantités tout à fait irrégulières et capricieuses.
- Par contre, il présente une facilité spéciale, qui tient à ce que les mouvements de l’eau sont très lents. Il en serait autrement si, par exemple, on voulait indiquer les mouvements d’une girouette; on sait, en effet, que le vent saute souvent d’un azimuth à un autre fort éloigné, d’une manière quasi-instantanée.
- Un flotteur est suspendu à une chaîne Vaucanson ; un contre-poids placé à l’autre bout de la chaîne as-
- du niveau de l’eau.
- sure son travail et garantit la prise continuelle des maillons de la chaîne par les dents de la roue sur laquelle elle engrène.
- Les changements du niveau de l’eau font monter ou descendre le flotteur, et par suite tourner à droite ou à gauche la roue dentée et son axe.
- Ce sont ces mouvements qu’il faut reproduire à distance par l’électricité, sur un cadran récepteur.
- Le récepteur se voit dans la figure 1 ; il présente une armature commandée par deux électro-aimants ; l’un d’eux répond à un fil de la ligne, l’autre, à l’autre fil.
- Cette armature peut prendre trois positions. Quand aucun courant n’agit sur l’appareil, elle est dans la position verticale; c’est sa position normale ou de repos. Quand l’électro-aimant de droite est excité, l’armature est attirée vers la droite, l’ancre qu’elle porte à la partie supérieure pousse la roue d’échappement vers la droite, et l’aiguille avance avec elle; ce mouvement s’achève quand le courant est rompu; l’aiguille a avancé de deux demi-divisions ou* d’une division entière vers la
- droite, par le fait de l’envoi momentané d’un courant sur le fil de droite. Quand l’électro-aimant de gauche est excité, tout se passe symétriquement à ce que nous venons de dire.
- Voilà donc une aiguille qui peut avancer à droite ou à gauche, d’une division chaque fois; chacune de ses positions répondra à un niveau particulier de l’eau du réservoir; ces niveaux étant espacés de 10 en 10 centimètres par exemple. Il nous reste à expliquer le mécanisme au moyen duquel les courants sont envoyés, de manière à établir une concordance entre les mouvements de l’axe qui porte l’aiguille du récepteur et ceux de l’axe qui est directement lié au flotteur.
- Ce mécanisme est représenté par la figure 2. La roue à chevilles C est portée par l’extrémité de l’axe commandé par le flotteur. Ces chevilles attaquent les dents d’une roue étoile E à cinq pointes. L’étoile est maintenue par un sautoir S poussé par un ressort R.
- L’objet de cette étoile et de ce sautoir est de produire un tout ou rien; c’est-à-dire que l’étoile
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- ne saute pas tant que la roue à chevilles n’a pas ] atteint une certaine position et n’a pas poussé l’é- j toile jusqu’au point voulu, parce que, si près qu’on en ait approché, le sautoir ramène l’étoile en arrière, tant que le point n’est, pas franchi. Voilà le rien. Mais si le niveau est atteint, si la roue à chevilles arrive à la position voulue, l’étoile se présente sous la dent du sautoir, pointe contre pointe ; aussitôt cet équilibre instable se rompt, le sautoir pousse l’étoile, et l’étoile avance brusquement d’une demi-dent; voilà le tout. En d’autres termes,l’effet pouvait être très voisin de se faire, mais le niveau pouvait baisser après avoir monté et sans avoir atteint la marque; aucun effet mécanique définitif n’avait eu lieu dans l’appareil que nous décrivons; mais à peine le niveau a-t-il atteint la marque, et la roue à chevilles la position voulue, que l’étoile a sauté à une nouvelle position. Voilà ce qu’on appelle l’effet de tout ou rien, sur lequel nous avons dù insister parce qu’il n’est pas très généralement connu.
- 11 faut encore montrer comment ce mouvement brusque de l’étoile entraîne l’envoi momentané d’un courant, et dans le sens voulu.
- La même étoile attaque, comme on voit, une goupille portée par le levier /.
- Au-dessus de ce levier, et mobile avec lui, est un ressort de contacts électriques, qui peut aller toucher la vis platinée v ou celle v', à droite ou à gauche. Le levier l est ramené constamment à sa position moyenne par une fourchette placée derrière et sollicitée par un ressort boudin b.
- Quand l’étoile saute sous l’effort du sautoir, elle pousse brusquement la goupille et le levier l; le ressort vient toucher l’une ou l’autre vis [v et v'), suivant que le mouvement a eu lieu dans un sens ou dans l’autre. Par suite, un courant est envoyé, soit dans un des fils, à l’électro-aimant de droite, soit dans l’autre, à l’électro-aimant de gauche, et par suite l’aiguille du récepteur avance ou vers la droite ou vers la gauche.
- Pour être* complet, il faut dire qu’on a trouvé utile d’ajouter à l’appareil tel que nous venons de le décrire, un amortisseur du mouvement du levier l. Il se compose d’un râteau porté par le levier l, d’une roue intermédiaire et d’un petit volant à ailes ; ces organes ont pour effet de dimi-
- nuer la brusquerie du mouvement communiqué par le sautoir a au levier /.
- Ainsi combiné, l’appareil est d’une sûreté absolue, et son jeu est d’un effet très intéressant à suivre. On approche autant qu’on veut de mettre la pointe de l’étoile sous celle du sautoir, sans rien produire dans le reste de l’appareil ; si on atteint cette limite, brusquement le saut a lieu ; le levier et le ressort de contact sont poussés à droite ou à gauche, suivant le cas; mais leur mouvement est rendu moelleux et lent par l’addition du volant commandé par les engrenages.
- Le contact est momentané, unique, et cependant ce contact est assez prolongé pour assurer complètement et d’une façon certaine le jeu du récepteur.
- Cet indicateur fait, à notre avis, grand honneur à son inventeur, M. Yeates; l’appareil a été construit à Paris, sous la direction de M. Bonis, mécanicien très ingénieux et habile, qui a saisi à première vue le mérite du système; il en a fait l’adaptation la plus heureuse au problème de l’indicateur du niveau, plus intéressant peut-être, mais moins difficile que celui de l’indication de la direction du vent que s’était précédemment posé M. Yeates.
- Nous ajouterons à ce sujet, qu’au moment de mettre sous presse, nous recevons communication d’un nouvel instrument de M. Yeates, un nouvel indicateur de la direction du vent, ou, si l’on veut, des mouvements d’une girouette.
- Nous avons dit plus haut comment la girouette ordinaire fait parfois des sauts tellement brusques qu’elle mettrait en défaut l’indicateur le plus sensible. Aussi a-t-on fait usage d’une girouette spéciale composée d’un moulinet qui tourne au moindre vent autour d’un axe horizontal. Ce moulinet et son axe, sous l’intluence de cette première rotation, tournent eux-mêmes autour d’un axe vertical, jusqu’à ce que le moulinet soit arrivé dans un plan perpendiculaire à celui du vent actuel. Cet appareil n’a pas la même soudaineté dans ses mouvements que la girouette ordinaire et se prête à une indication à distance au moyen de l’appareil récepteur que nous avons décrit.
- A. Niaudet.
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- Fig. 2. Détail du mécanisme.
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- LA NATURE
- CHRONIQUE
- Le gilet de sauvetage. — On a fait récemment aux bains de Sheffield, en Angleterre, des expériences curieuses au sujet d’un nouvel appareil de sauvetage, très ingénieux. Cet appareil consiste en un gilet formé de deux enveloppes imperméables analogues à l’étoffe d’un aérostat. L’eau peut pénétrer à la partie inférieure du gilet, s’il arrive que celui qui le porte tombe dans une rivière ou dans la mer ; elle agit alors sur deux matières pulvérulentes emprisonnées entre la double enveloppe : l’acide tartrique et le sesquicarbonate de soude. Sous l'influence de l’eau, les deux substances se dissolvent, l’acide tartrique décompose le sel de soude, et en dégage l’acide carbonique à l’état gazeux. Le gaz produit, sépare les deux tissus du gilet, en ouvre les plis et les gonfle sous l’action de la pression : voilà le gilet qui se transforme en une vessie de sauvetage. Les bords supérieurs et latéraux du gilet, sont soudés de façon à prévenir toute fuite de gaz ; les bords inférieurs au contraire ne sont fermés que par un treillis de crin, très fin, qui laisse passer l’eau, mais qui oppose un passage aux parcelles formant le mélange pulvérulent. Le gilet de sauvetage peut être placé sous la doublure d’un gilet ordinaire, et les expériences dont il a été l’objet ont été très concluantes en sa faveur.
- Association française pour l’avancement des sciences. — La ville d’Alger se prépare dès à présent à recevoir dignement Y Association française qui tiendra sa prochaine session dans cette ville, le 14 avril 1881. Le Conseil municipal et le Conseil général ont déjà voté des sommes importantes pour assurer l’organisation matérielle du Congrès, et un Comité local largement recruté parmi la population de l’Algérie entière et présidé par M. Pomel, sénateur, directeur de l’École supérieure des sciences, s’occupe de préparer l’installation et de discuter le programme des excursions, qui seront nombreuses. Le Bureau de l’Association française pendant la session prochaine est ainsi composé : président, M. Chauveau, correspondant de l’Institut, directeur -de l’École vétérinaire de Lyon; vice-président, M. Janssen, membre de l’Institut, directeur de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon; secrétaire, M. Maunoir, secrétaire général de la Société de géographie; vice-secrétaire, M. Em. Tré-lat, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, directeur de l’Ecole spéciale d’architecture ; trésorier, M. G. Masson, libraire éditeur; secrétaire du Conseil, M. C. M. Gariel, ingénieur des ponts et chaussées, agrégé de la Faculté de médecine de Paris.
- Étoile variable. — M. Ceraski, de Moscou, a découvert, assez récemment, une nouvelle étoile variable dont les changements d’éclat sont très remarquables et très rapides. En moins d’une heure, son éclat varie d’une grandeur ; en deux ou trois heures, à partir de son éclat minimum, qui est de 9ra%5 grandeur, son intensité lumineuse croît jusqu’à la 7"le,5 grandeur. C’est ce dernier éclat qu’on voit habituellement. L’étoile ne le conserve cependant |que pendant deux jours et demi environ. En deux ou trois heures, cette étoile perd ainsi deux grandeurs : c'est le changement d’éclat le plus rapide qu’on ait rencontré jusqu’à présent dans les étoiles variables. La position de cet astre, dit le journal Ciel et Terre, est .R = 0 h. 51 m. 48 s. tf = + 81° 14', 1. D’après les
- observations de M. Schmidt, d’Athènes, les minimums de cette étoile se présentent vers 9 heures du soir les 17, 23, 28 novembre, 2, 7, 12, etc., décembre, et ainsi de suite de 5 en 5 jours.
- Machine à cirer les buttes. — MM. II. et W. Bc-
- resford, de Manchester, ont imaginé récemment une machine à cirer les bottes qui peut, avec simple changement de l’outil, nettoyer et polir tout objet argenté ou cuivré, les fourchettes, les couteaux, en un mot des pièces métalliques quelconques. Un léger bâti de fonte porte un volant mu au moyen d’une pédale et communiquant par friction la force à une petite poulie calée sur un arbre. Lorsqu’il s’agit de cirer des bottes, on monte sur l’arbre une paire de brosses sphériques qui viennent passer sur les chaussures convenablement placées, et en parcourent toute la surface. Pour nettoyer ou polir l’argenterie, on remplace cet arbre par un arbre muni, d'un côté, d'un gratte-brosse de forme spéciale, au milieu d’une bande de cuir, et d’une brosse dure pour passer dans les dents des fourchettes, et de l’autre côté d’un disque de cuir servant au polissage. (Revue Industrielle.)
- L’agriculture vient de faire une grande perte. M. Louis Moll, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, agronome éminent, est mort la semaine dernière, à l’âge de soixante et onze ans.
- — La plus rapide traversée d’Amérique en Europe vient d’être exécutée par le vapeur anglais Arizona. Ce navire a été. de New-York à Liverpool en huit jours et quatre heures. Il était poussé par une forte tempête soufflant de l’Ouest et n’a pas pu faire l’escale accoutumée à Queenstown, en Irlande.
- — Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le dimanche 28 novembre en Ecosse, le 29 et le 50 du même mois dans le canton de Schaffouse, en Suisse, le 1er décembre à Mistrelta, en Sicile, et à peu près au même moment à Shemdkhi, en Arménie.
- — Une série de conférences sur la takimétrie, de M. Lagout, ont été faites avec grand succès aux trois promotions réunies de l’École nationale d’Agriculture de Grignon.
- — Le téléphoneront l’usage est tout à faitrépandu aux États-Unis, et qui est depuis peu introduit à Londres et à Paris, vient de pénétrer en Suisse. Le 17 novembre, des expériences très intéressantes ont eu lieu de Genève à Lausanne, sous la direction de M. A. de Meuron, représentant pour la Suisse de la Société Bell Téléphoné Company de New-York.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 décembre 1880. — Présidence de M. Becquehel.
- Destruction du phylloxéra.— Chargé par le Ministère de l’Agriculture de présider aux applications de sulfure de carbone aux vignes phylloxérées, M. Catta s’est trouvé à même de faire une observation pratique intéressante. Il s’agit de l’influence exercée par l’humidité du sol sur le succès de l’opération. Le traitement lu vignoble ayant été interrompu par une violente chute de pluie, on constata que les vignes traitées avant l’averse se portaient parfai-
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- ternent bien, tandis que la plupart des autres avaient été tuées. Mis sur la voie par cet accideut, l’auteur suivit une sorte d’enquête, et il regarde comme démontré que le sulfure de carbone est nuisible aux ceps dans un terrain saturé d'eau, tandis qu’il ne leur fait éprouver aucune avarie lorsque le sol est sec.
- Sur le peronospora des vignes. — C’est aussi des maladies de la vigne que s’occupe M. Maxime Cornu. Il s’agit, en effet, d’une mucédinée qui se développe sur les feuilles et les fait périr, et qui, se transmettant parfois d’un cep à l’autre sur de vastes étendues de pays, a pris les proportions d’une véritable catastrophe dans plusieurs régions de l’Europe, par exemple aux environs de Perpignan. De très belles planches jointes au mémoire, mettent sous les yeux du lecteur tous les détails de l’anatomie de peronospore, et toutes les altérations qu’il inflige au malheureux végétal dont il se nourrit. M. Cornu invite en terminant les viticulteurs à faire tous leurs efforts pour découvrir le siège des spores pendant l’hiver ; car c’est seulement par la destruction de ces spores qu’on pourra espérer de mettre fin à la maladie.
- Un parasite du figuier. — Il paraît qu'en Grèce, le figuier n’est guère plus heureux que la vigne chez nous ; son puceron n’est pas un phylloxéra, mais un kermès, et les ravages produits sont très considérables. L’inspecteur de l’agriculture de Grèce, M.Gennarius, se flatte cependant d’avoir trouvé un remède au mal. Il consiste à pratiquer sur l’arbre des incisions qui donnent issue au latex; celui-ci, parait-il, déplaît prodigieusement au parasite, qui fuit devant lui. Des figuiers traités ainsi ont il est vrai, donné moins de fruits, comme si la saignée avait diminué leurs forces, mais ils sont restés purs de tout kermès.
- A propos de pholophone. — Un très intéressant ensemble d’études amène M. Mercadier à ce résultat que les effets photophoniques étudiés par M. Graham Bell sont dus, non pas à l’influence de la lumière, mais à celle de la chaleur rayonnante. Aussi propose-t-il d’en changer le nom en celui de radiophoniques; sa démonstration, exposée par M. Alfred Cornu, paraît tout à fait rigoureuse. Tout d’abord l’auteur s’est assuré qu’on peut, comme récepteur, employer les corps les plus variés, des lames de verre très minces recouvertes de noir de fumée ou de noir de platine, des métaux, et jusqu’à du drap de billard. On peut également remplacer pour les expériences et sans diminuer l’intensité des sons, le soleil ou l’arc électrique, par une lampe au pétrole ou même par un simple bec de gaz. Cela fait, M. Mercadier a construit un récepteur de très petite dimension, et il l’a promené dans le spectre lumineux en notant l’intensité des sons correspondant à chacune des zones de celui-ci. Dans le violet, le bleu et le vert, les effets sont absolument nuis; dans le jaune, ils sont très faibles ; mais ils s’accentuent progressivement à mesure qu’on arrive au rouge, et atteignent leur maximum dans la région obscure qui lui succède.
- Un poisson de La Plata. — II s’agit du Callichlhys facialus (Cuvier), de la famille des Silures, petit poisson dont M. de Quatrefages a raconté l’histoire d’après M. Carbonnier. Ce poisson, originaire de la République Argentine, est depuis plusieurs années l’objet des soins assidus de l’ingénieux pisciculteur du quai de l’Ecole. Il se signale tout d’abord par les manœuvres au prix desquelles il assure la propagation de son espèce. A l’époque où ce chapitre vient à l’ordre du jour, on observe
- que les femelles se promènent isolées les unes des autres tandis que les mâles forment des bandes nombreuses et animées. Une femelle est-elle rencontrée, les mâles se livrent entre eux à de véritables luttes et le vainqueur se précipite sur l'objet de la querelle avec une ardeur qu’on croyait jusqu’ici interdite à la gent poissonneuse. La belle appréhendée, rapproche l'une de l’autre ses nageoires ventrales, de façon à en constituer une sorte de p^che où se réunit la laitance. L’oviducte venant s’ouvrir précisément dans cette poche, les œufs sont fécondés au fur et à mesure de la ponte.
- Le petit poisson argentin a fait preuve en même temps d’une faculté d’adaptation bien curieuse aux circonstances extérieures. A La Plata il pond en novembre, c’est-à- dire pendant les plus fortes chaleurs de l’année. Or, pendant la première année de son séjour ici il n’a pas pondu du tout. La deuxième année, il a pondu en août et en septembre. Enfin les jeunes nés chez nous, ont pondu cette année au mois de juin, c’est-à-dire encore au moment des fortes chaleurs.
- Citons encore à l’actif de la séance : l’exposé par M. Zinger (de Prague), d’une « Loi universelle de mouvements planétaires dans le système solaire » ; — un historique de la mesure des bases géodésiques, par M. Laussedat ; — une analyse de Saxifraga sibirica, par M. Caro ; — une note sur la distribution de la température dans les couches inférieures de l’atmosphère, par M. André; — des remarques sur le phylloxéra, par M. Lischtenstein, par M. Boiteau et par M. Laffitte ; — un mémoire sur le daltonisme, par M. Uantgreen (d’Upsal) ; la description des ossements fossiles des environs d’Anvers, par M. Yan Beneden ; — une étude par M. Brandt (de Saint-Pétersbourg), sur le système nerveux des insectes ; — la découverte par M. Étard de l’acide perbo-rique (BoO4) ; — un procédé de dosage spectroscopique du chlore et du brome, par M. Lccoq de Boisbaudran, — enfin l’élection à l'unanimité de M. Brioschi à la place de correspondant laissée vacante dans la section de géométrie par le décès de M. Borckhardt.
- Stanislas Meunier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JUILLET 1880
- Un changement marqué se produit en juillet dans la distribution des températures, et pour la première fois depuis le mois d’octobre 1879, nous voyons la moyenne mensuelle descendre au-dessous de la normale sur l’ensemble des États-Unis ; les stations maritimes seules signalent encore un excès de température. Les pluies de ce mois présentent cette année une grande analogie avec celles qui tombent l’été dans le midi de la France : elles sont remarquables par leur caractère local, leur courte durée et leur intensité.
- La carte ci-contre (fig. 1), extraite de la Monthly Weather Review, publiée par le Signal Office de Washington, justifie une fois de plus les réserves avec lesquelles il faut accueillir cette assertion, que les bourrasques d’Amérique marchent vers l’Europe, à travers l’Atlantique. Ainsi, on a annoncé de New-York, le 7 au matin, qu’une perturbation atteindrait probablement les côtes de la Grande-Bretagne et de la Norvège entre le 7 et le 9. Nous constatons bien en effet, à ces dates, l’arrivée d’une
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- zone de basses pressions sur les lies Britanniques, mais les observations recueillies à bord des vaisseaux ne permettent pas d’en faire remonter l’origine jusqu’en Amérique. On voit du reste que les trois dépressions dont les trajectoires sont tracées en juillet sur les États-Unis ont été déviées vers les régions polaires avant d’avoir atteint le 50e degré de longitude occidentale, et d’un autre côté les dépressions d’Europe paraissent avoir pris naissance sur l’Océan; il est donc difficile d’identifier ces deux groupes de perturbations.
- Les observations faites à la mer montrent, en outre, qu’une aire de haute pression a persisté sur l'Océan pendant la plus grande partie du mois ; or, il paraît hors de doute que les fortes pressions sur l’Océan ou sur l’Europe occidentale sont un obstacle puissant a la marche des perturbations cycloniques, qui sont refoulées généralement vers le Nord. C’est seulement lorsque le régime des basses pressions est établi dans nos régions, que les bourrasques d’Amérique peuvent trouver les conditions favorables à leur transport vers les côtes d’Europe.
- L’avantage le plus certain des annonces de gros temps
- transmises par le New-York Herald est du moins de renseigner les navires en partance de l’Europe pour l'Amérique sur les conditions générales du temps qu’ils peuvent rencontrer pendant leur traversée : ce résultat suffirait à les justifier.
- AOÛT 1880
- Les perturbations atmosphériques du mois d’août 1880 sont, comme celles de juillet, peu nombreuses et de faible étendue : aucune n’a traversé entièrement l’Amérique du Nord. La carte (fig. 2) montre, comme en juillet encore, que les bourrasques d’été se transportent rarement d’un continent à l’autre en conservant leur identité ; les observations faites pendant le mois d’août à bord des nombreux vaisseaux qui sillonnent l’Atlantique ne permettent pas de rattacher les dépressions d’Europe à celles d’Amérique.
- Même aux États-Unis, les bourrasques d’été venant de l’intérieur du continent n’offrent pas un intérêt marqué, si on les envisage seulement au point de vue des gros temps, mais il en est tout autrement des cyclones des tropiques.
- Carte des cyclones signalés sur i’Atlantique en juillet 1880. Carte des cyclones signalés sur l’Atlantique en août 1880.
- (Les nombres gravés sur les cartes ci-dessus indiquent les dates du passage.)
- Ces cyclones se forment sur l’océan Atlantique à quelques degrés au nord de l’équateur ; ils marchent d’abord dans la direction de l’ouest vers la Floride ou le golfe du Mexique ; leur mouvement de translation se ralentit alors, en même temps leur trajectoire se relève vers le Nord, puis incline vers le Nord-Est et l’Est, affectant ainsi la forme d’une parabole.
- Trois cyclones tropicaux ont, pendant le mois d’août, exercé leurs ravages sur les Antilles et la partie méridionale de l’Amérique du Nord. Le premier a été signalé le 11 sur le golfe du Mexique, où il a vraisemblablement causé la perte du navire le San Salvador, qui avait quitté le Honduras le 7, et dont on n’a pas eu de nouvelles depuis. Le 12 au soir, l’ouragan atteignait Brownsville, à l’embouchure du Rio Grande; vers minuit, le baromètre y était tombé à 719 millimètres, après avoir baissé de 35 millimètres en 2 heures 12 minutes. La navigation dans le golfe et sur le Rio a été très éprouvée, et sur terre des dégâts de toute nature sont venus témoigner également de la violence de la tourmente.
- Un intérêt tout spécial s’attache à l’ouragan qui, dans la nuit du 18 août, a semé la désolation et la ruine dans l’île de la Jamaïque. Depuis plusieurs jours, la marche des instruments de la station de Kingston indiquait le trouble de l’atmosphère, mais comme les cyclones des
- Antilles passent très rarement sur l’île même, ou n’y attacha tout d’abord qu’une importance secondaire. Un se décida pourtant à l'annoncer dans la journée du 18, et la nuit suivante un ouragan terrible dévastait les récoltes, renversait les maisons, et causait de nombreux naufrages.
- Le troisième cyclone a sévi principalement sur les Étals du Sud-Est pendant les derniers jours du mois. Le 29, l’ouragan atteignait la côte de la Floride, et amenait, entre autres naufrages, la perte, corps et biens, du steamer City of Vera Cruz. On se rendra compte de la violence de la tourmente par ce fait que l’anémomètre de la station de Gedar Keys, dans la Floride, fut démonté au moment où il enregistrait une vitesse de 105 kilomètres à l’heure.
- Ces cyclones des tropiques s’observent presque exclusivement pendant les mois d’été ; ils sont généralement de faible étendue, mais leur intensité, pour être plus localisée, atteint, dans la plupart des cas, un degré de violence dont nos tempêtes d’Europe ne sauraient donner une idée.
- Th. Moureaux.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 39 i. — 18 DÉCEMBRE 1880
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- LES FORÊTS FOSSILES
- Nos lecteurs ont sous les yeux la reproduction d'un magnifique échantillon dont viennent de s’enrichir les collections du Muséum d’histoire naturelle. C’est un tronc d’arbre ayant 3 mètres de circonférence et montrant l’attache de puissantes et nombreuses racines. Sa plus grande hauteur au-dessus du sol est de lm,50; mais on voit qu’il provient d’un arbre de très haute taille.
- Ce qui fait son intérêt, c’est qu’il est entièrement à l’état de pierre, fossilisé, comme on dit, et qu’il date d’une très ancienne époque géologique : de cette époque où ont commencé à se produire les accumulations de matières végétales qui, soumises au genre de fermentation découvert par M. Fiérny, se sont progressivement transformées en houille ou charbon de terre.
- Le nouvel échantillon, extrait d’une profondeur relativement faible, provient des houillères de Bessèges (Gard). 11 a été recueilli et donné à notre grande collection nationale par M. Julien, directeur des forges de Terre-Noire.
- A son arrivée à Paris, il était réduit en un nombre énorme de petits fragments informes, au moins deux cents ; résultat de son exposition à l’air pendant tout un hiver où le thermomètre descendit à 20 degrés sous zéro. Il fallut toute la persévérance et toute la science bien connues de M. Renault, aide-naturaliste, qui a fait sa spécialité de l’étude des végétaux houillers, pour venir à bout de ce colossal jeu de patience. C’est grâce à lui que le Syringodendron de Bessèges doit d’avoir repris sa forme. Inutile d’ajouter que le précieux échantillon a été enduit de substances hydrofuges destinées à neutraliser les propriétés gélives de la roche dont il est formé; le froid ne mordra plus sur lui.
- Ce remarquable tronc d’arbre est un reste des immenses forêts de l’époque houillère, et il est évident que dans la même région on retrouverait des séries de souches analogues. Ce serait la reproduction exacte des faits observés aux environs de Saint-Étienne, où l’on rencontre non seulement des forêts entières, encore debout quoique enfouies profondément sous terre, mais encore des successions de forêts superposées les unes aux autres, et dont les arbres pétrifiés sont encore perpendiculaires aux 9" année. — 1er semestre.
- couches du sol où se cramponnaient leurs racines.
- Ainsi que M. Grand’Eury l’a reconnu, il n’y a pas de doute que ces troncs appartiennent à des plantes non marines, mais terrestres; non aquatiques, mais aériennes; non de terre sèche, mais de sol constamment recouvert par des eaux courantes.
- Et il résulte de cette disposition :
- 1° Que le terrain houiller, malgré son étendue, la régularité de son ensemble et les intercalations marines que l’on y rencontre incidemment dans quelques endroits, est de formation terrestre et non marine.
- 2° Que les dépôts se sont souvent, et on peut dire généralement, formés à de faibles profondeurs, pendant que le fond des eaux était soumis à un abaissement lent plus ou moins régulier, et que par conséquent ce terrain n’est pas de formation lacustre , c’est - à - dire • 7 qu’il n’a pas été formé
- dans des lacs profonds où seraient venus s’accumuler tour à tour les matériaux divers qui le composent.
- 3° Qu’il est très évidemment de formation fluviale et pourrait bien s’être déposé à l’embouchure des grands fleuves qui dégradaient de vastes continents ou dont le régime était entretenu par des pluies torrentielles périodiques et fréquentes.
- Soit dit, pour montrer comment l’étude des fossiles peut non seulement, à l’instar de Cuvier, dévoiler tous les caractères d’êtres ayant disparu, mais encore révéler la géographie physique et la météorologie d’une époque prodigieusement antérieure à tous les observateurs.
- Ajoutons que les forêts fossiles sont loin d’être spéciales aux terrains houillers. Sans parler de la célèbre forêt silicifiée de la haute Égypte, extrêmement récente au point de vue géologique, nous citerons les faits que présente le terrain jurassique de diverses localités. Ainsi dans Elle de Porland on observe dans des assises de cet âge, une couche de 50 à 40 centimètres d’épaisseur, dite dirt bed (lit de boue), fortement colorée en brun noirâtre et qui renferme avec des lignites terreux et des cailloux roulés, un nombre immense détrônes silicifiés de Conifères et de Cycadées. Quelques-uns de ces troncs sont couchés dans leur lit de boue, et leurs fragments, rattachés les uns aux autres, indiquent des arbres de 7 mètres environ de hauteur. Leur partie inférieure reste en place à une élévation qui varie de
- Tronc d’arbre fossile (nouvel échantillon de la galerie de minéralogie du Muséum d’histoire naturelle) (1/25 de grandeur naturelle).
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- LA NATURE.
- 50 à 40 centimètres et qui quelquefois atteint 2 mètres. Les racines sont encore fixées à la roche où elles pénétraient jadis.
- Stanislas Meunier.
- LES POÊLES MOBILES
- A ce moment où la réclame emploie tous les moyens pour faire adopter ces appareils dangereux, nous croyons devoir donner quelques extraits d’un rapport fait l’an dernier sur ce sujet, par M du Souisch, au Conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine.
- On doit proscrire absolument l’usage des braseros, des poêles et des calorifères portatifs de tout genre qui n’ont pas de tuyaux d’échappement au dehors. 11 ne suffit pas que les poêles portatifs soient munis d’un bout de tuyau destiné à être simplement engagé sous la cheminée de la pièce à chauffer. Il faut que cette cheminée ait un tirage convenable. Il importe, pour l’emploi de semblables appareils, de vérifier préalablement l’état de ce tirage, par exemple à l’aide de papier enflammé. Si l’ouverture momentanée d’une communication avec l’extérieur ne lui donne pas l’activité nécessaire, on fera directement un peu de feu dans la cheminée avant d’y adapter le poêle, ou au moins avant d’abandonner ce poêle b lui-même. Il sera bon d’ailleurs, dans le même cas, de tenir le poêle un certain temps en grande marche (avec la plus grande ouverture du régulateur).
- On prendra scrupuleusement ces précautions chaque fois que l’on déplacera un poêle mobile. Lorsqu’on transporte un poêle d’une pièce à une autre voisine, on devra éviter de laisser une communication ouverte entre ces deux pièces. On se tiendra en garde, principalement quand le poêle est en petite marche, contre les perturbations atmosphériques qui pourraient venir paralyser le tirage et même déterminer un refoulement des gaz à l'intérieur de la pièce.
- A moins de dispositions exceptionnelles, qui assurent le tirage d’une manière absolument certaine, on s’abstiendra de laisser séjourner un poêle mobile, la nuit, dans une chambre à coucher, surtout un poêle en petite marche.
- On ne saurait trop s’élever contre la pratique dangereuse de fermer complètement la clef d’un poêle ou la trappe intérieure d’une cheminée qui contient encore de la braise allumée. C’est là une des causes d’asphyxie les plus communes. On conserve, il est vrai, la chaleur dans la chambre, mais c’est aux dépens de la santé et quelquefois de la vie1.
- Le docteur Beard a donné à l’assemblée de la Société neurologique américaine tenue à New-York, la relation d’une visite à Mooschead Lake et des nombreuses expériences qui y ont été faites sur des malades appelés « sauteurs » (Jumpers). Ce sont des sujets atteints d’une affection nerveuse singulière, actuellement épidémique dans les districts de New-Hamsphire, du Maine et du Canada. Cette maladie est essentiellement caractérisée par la production tfë réflexes désordonnés à la suite de certaines excitations, par une soumission passive à des ordres donnés d’autorité, enfin par un besoin d'imitation
- 1 Extrait du Journal de Pharmacie et de Chimie.
- irrésistible. Le moindre attouchement brusque fait sursauter le malade; si on le pousse, l’agitation est encore plus violente ; enfin, si on augmente l’excitation il fait des bonds extravagants. Lorsqu’un ordre est donné d’une voix haute et brève, il le répète et obéit. Si par exemple, au bord d’une rivière, on lui ordonne de se jeter dans l'eau, il s’écrie lui-même : « Jette-toi à l’eau », et en même temps, il exécute le mouvement. Lui dit-on de frapper un de ses voisins, il répète : « Frappe-le », et l’acte suit le mot sans la moindre hésitation.
- Le docteur Beard ayant dit à un sauteur de jeter un canif qu’il tenait à la main, le malade lança l’objet si fort, qu’il alla rencontrer une poutre ; en même temps l’ordre était répété, accompagné d’un cri violent analogue b ceux de l’hystérie ou de l’épilepsie. M. Beard récita ensuite devant un autre sauteur, qui était absolument illettré, quelques vers de Virgile et d’Homère, le malade répétait comme un écho chaque syllabe, en même temps qu’il sautait ou exécutait quelques contorsions. Tous les bruits soudains, comme un coup de canon, un coup de pistolet, le claquement d’une porte, déterminent chez les sauteurs, les cris, tressaillements et sauts caractéristiques. — L’un d’eux, tout récemment, se coupa la gorge pour avoir entendu le bruit d’une porte tandis qu’il se rasait; aussi considère-t-on dans le pays comme très dangereux de donner une émotion b ces malades pendant qu’ils ont entre les mains un instrument meurtrier quelconque. Tous ces malades sont désolés autant qu’épuisés par leurs contorsions, b cause de leur fréquence.
- La maladie des sauteurs parait avoir quelque analogie avec les troubles psychiques qui ont régné épidémique-ment au moyen âge, et qui reparaissent quelquefois de nos jours sous l’influence des passions religieuses ou politiques : tel est le cas par exemple de ces convulsionnaires du New-Ilamsphire, qu’on vit, il y a quelques années, se rouler par terre pendant des heures b l’occasion d’une cérémonie religieuse ; mais leur affection présentait cette particularité d’être passagère, au lieu, que la maladie du saut est essentiellement chronique. Cette affection diffère également des convulsions hystériformes, car elle n’est point, comme celfes-ci. particulière aux sujets nerveux ou impressionnables. Les sauteurs sont des hommes vigoureux et capables de durs travaux; ils sont d’une intelligence moyenne et d'un caractère généralement modeste. La maladie du saut est héréditaire; c'est ainsi qu’on a pu voir quatre familles renfermer ensemble 15 de ces malades. Les femmes sont rarement atteintes, et les enfants au-dessous de quatre ans sont épargnés *.
- ——
- CORRESPONDANCE
- SUR UN THÉORÈME MATHÉMATIQUE
- Cannes, le 6 décembre 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je prends la liberté de vous adresser la note suivante, qui complète ce qui a été donné dans la Nature du 4 décembre (p. 16), sur l’égalité :
- 10* +1 -1 * + 4 2* = 15* +14*=365. ( 1 )
- Celle-ci n’est pas spéciale au nombre 565, mais est un cas particulier de ce théorème général :
- 1 Medical Times and Gazette et Progrès médical.
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- LA NATURE.
- Dans toute progression arithmétique ayant pour raison un nombre quelconque r, entier ou fractionnaire, positif ou négatif, et pour premier terme un nombre a multiple de r par -f 10 ou par —2, la somme des carrés des trois premiers termes égale la somme des carrés des deux termes suivants. »
- En effet, soit la progression arithmétique
- 'a • (a + r) • (fl~f 2r) • (a-f 3r) • (a + 4r) • • • -,
- dans laquelle a et r sont indéterminés, et cherchons la relation entre ces quantités pour qu’on ait
- a2 + (a+r)2+ (a.+ 2r)2 = (a + 3r)*+(a + 4r)a, (2) développant et réduisant, il vient
- a2 — 8ar=20rs,
- d’où l’on tire
- a = ir±6r.
- C’est-à-dire qu’on a pour a les deux valeurs -fl Or et —2r,
- solution qui démontre le théorème énoncé ci-dessus.
- Pour r —1, la première valeur de a est 10, et l’on arrive à l’égalité (1) ; quant à la seconde valeur de a, elle est alors — 2, et, d’après l’égalité (2), on a
- (—2)2-f(—l)2-f (0)=(1)2+ (2)* = 5.
- r étant indéterminé, on peut lui donner telle valeur que l’on veut, et par suite avoir pour a autant de valeurs correspondante s.
- 11 resterait à chercher des relations analogues pour les puissances supérieures à la deuxième ; mais il est probable que ce travail a été fait, ce que nous ne pouvons vérifier, étant, en ce moment, loin de Paris, et privé de tout ouvrage à consulter.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Ganot.
- N. B. Le théorème ci-dessus peut recevoir une autre démonstration, mais qui dépasserait les limites d’une simple note.
- SUR LE GAZ UE LIÈGE
- Barcelone, novembre 1880.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Je viens de lire dans le n° 589 de la Nature une notice relative aux essais d’éclairage avec le gaz de liège. Il y a très longtemps que des essais tout à fait semblables ont été exécutés à Barcelone, par le docteur J. Roura, professeur de chimie à l’École de l’ancienne Chambre de Commerce de Catalogne, En 1840 ce savant distingué essaya de remplacer la lampe à huile parle gaz de liège. Il obtenait celui-ci dans des cylindres en fonte semblables à ceux que l’on emploie pour fabriquer le gaz de la bouille. La flamme produite par le gaz de liège était très brillante, et pendant quelques années, il fut adopté par plusieurs Écoles où assistaient plus de mille jeunes gens.
- Malgré le résultat favorable obtenu au point de vue expérimental, on dut abandonner cette fabrication.
- Je vois qu’on y revient quarante années après, quand les déchets du liège alors inusités, sont recherchés comme sciure d’emballage d’objets délicats, tels que les raisins et toutes sortes de fruits, comme tan pour la préparation- des peaux, et comme matière utile à des usages multiples.
- En outre, on entreprend les essais à Paris, où il n’y a
- pas de forêt de chênes-lièges ni de fabriques importantes de bouchons.
- 11 me semble que vous faites très bien de ne pas vous prononcer sur les avantages économiques de cette fabrication. Quant à moi, je suis heureux de vous signaler une antériorité de la part d’un de mes compatriotes qui a contribué aux progrès de notre industrie nationale.
- Veuillez agréer, etc.
- Ramon de Manjarrès,
- Professeur de chimie à l’École d’ingénieurs de Barcelone.
- LA LAMPE ÉLECTRIQUE A INCANDESCENCE
- DE M. SW AN
- On fait quelque bruit en Angleterre, depuis deux mois environ, d’une lampe électrique à incandescence pure, présentée à la Société de littérature et de philosophie de Newcastle, le 20 octobre, par son inventeur, M. J. W. Swan. On désigne sous le nom de lampe à incandescence pure, les appareils dans lesquels il n’y a pas d’usure sensible de la substance incandescente, ce qui les différencie des lampes à incandescence avec combustion. On se rappelle l’émotion causée par l'annonce de la découverte de la lampe à charbon de papier d’Edison, au commencement de la présente année, et le silence qui se fit sur cette affaire presque aussitôt après son apparition. Un système à incandescence pure est assez séduisant par lui-même, ce qui justifie les nombreuses recherches faites jusqu’ici pour sa réalisation.
- Un appareil qui, pendant plusieurs centaines d’heures, s’allume et s’éteint par la manœuvre d’un commutateur, sans entretien, sans changement des charbons, sans déran--gement possible, la lampe ne comportant aucun mécanisme, est en effet fort précieux.
- La lampe de M. Swan paraît avoir la priorité sur la lampe Edison,mais rien n’indique jusqu’ici sa supériorité. La conférence de M. Swan est remplie de promesses et d’espérances, elle donne peu ou point de chiffres. Dans une lecture faite devant la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres, M. Swan a donné des chiffres contradictoires. M. Swan avait allumé ce jour-là trente et une lampes avec le courant fourni par une machine Gramme dépensant quatre chevaux de force sur un moteur à gaz système Otto. Toujours d’après M. Swan, chaque lampe était traversée par un courant de 1 weber et présentait une résistance de 150 omhs. Lorsqu’on calcule l’énergie électrique dépensée par les lampes seides dans ces conditions, en négligeant les conducteurs, la résistance propre de la machine, etc., etc., on trouve qu’elles dépensent ensemble 474kilogrammètres, soit 6,32 chevaux, c’est-à-dire en réalité plus de huit chevaux. Il y a là de telles divergences que nous ne pouvons accepter les faits annoncés sans vérifications ; toutes les réserves que nous avons faites au sujet delà lampe Edison, s’appliquent aussi à la lampe Swan, qui ne paraît avoir sur la première que le mérite de la priorité. M. Swan a fait usage de papier carbonisé il y a déjà vingt ans, alors que les piles à liquides constituaient la seule source puissante d’électricité connue et que les moyens de produire le vide étaient beaucoup moins parfaits qu’aujourd’hui.
- Le fractionnement de la lumière est un fait accompli, nous espérons qu’il nous sera donné de le considérer ! bientôt comme un fait accompli économiquement. E.H.
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- LA NAT U li L.
- i: 1* I S O I) K
- lt’UNE
- EXPÉDITION DE PÊCHE A LÀ BALEINE
- J’ai eu plusieurs fois l’occasion de prendre part, aux expéditions de pêches à la baleine qui se font assez fréquemment à San Francisco. Les engins nouveaux employés pour ce mode de pèche, ne sont pas très connus, les péripéties du voyage sont presque toujours curieuses, parfois émouvantes; j’ai pensé que le lecteur accueillerait avec intérêt le récit d’une entreprise à laquelle j’ai pris part au commencement de cette année.
- Nous partîmes de San Francisco à bord d’un petit bateau à vapeur de 12 mètres de longueur
- environ, la Fusée jaugeant cinq tonnes et demie. Le jour de notre départ était magnifique, aussi notre traversée fut-elle des plus agréables jusqu’à Point-Reyes, localité située à 60 kilomètres environ au nord de San Francisco. Nous ne vîmes rien de particulier, si ce n’est de nombreuses mouettes dans l’atmosphère et quelques marsouins à la surface de l’eau. Nous jetâmes l’ancre dans la baie de Drake, pour y passer la nuit. Le lendemain matin de bonne heure, nous repartîmes pour exécuter une croisière en dehors de la baie. Au bout de quelques heures nous entendîmes un matelot s’écrier : « La voilà qui souille ! » Et le capitaine de dire : « Où donc? » — « Juste sous le vent, à un demi-mille à peu près devant vous. »
- Mettant toutes choses en ordre, nous voguâmes en avant et nous aperçûmes bientôt plusieurs ba-
- la javeline ouverte, après l’explosion de la bombe dans le corps du célacé.
- leines autour de nous; elles nageaient rapidement dans la direction du Nord. Nous en vîmes une qui s’approchait de notre embarcation, c’était une baleine à ventre jaune (Sibbaldius sulphureus fîope); elle avait environ 25 mètres de longueur, elle se trouvait sous le vent du navire, et presque trop près pour qu’il lut possible de la harponner. Le capitaine lança une fusée à baleine connue sous le nom de Fletcher, puis une javeline-bombe que nous décrirons tout à l’heure. Disons de suite que cette bombe quand elle atteint la baleine, fait explosion, et ouvre dans son corps une pièce de fer qui la tient captive, car le système est relié par une corde au navire d'où il a été lancé.
- L’appareil, dans les circonstances où nous nous trouvions, ne produisit pas son effet, parce que la baleine se trouvait, comme je l’ai dit, trop près de nous ; le projectile lui traversa le corps de part en part et lit explosion un peu plus loin. Nous nous
- trouvions cependant attachés à l’animal par l’intermédiaire de la corde; le gigantesquecétacé, dont les forces se trouvaient décuplées par l’effroi et par la douleur, nous remorqua, notre steamer et nous, pendant quatre heures consécutives, et cela avec une vitesse qui par moment atteignait 16 kilomètres à l’heure, quoique parfois nous manœuvrions à pleine vapeur dans une direction contraire. On peut juger par ce fait de la force extraordinaire de l’animal. La baleine à ventre jaune n’est du reste presque jamais attaquée par les baleiniers, à cause de sa vigueur prodigieuse, qui la rend souvent redoutable. Nous fîmes tout ce qu’il était humainement possible d’exécuter pour ne pas abandonner notre proie, et nous nous laissâmes toujours entraîner, dans l’espoir que la baleine épuiserait ses forces, d’autant plus vite, que ses efforts étaient plus énergiques. Nous nous trouvions d’autre part si près du cétacé, que nous ne pouvions employer un autre obus-
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- lance. Nous arrivâmes ainsi à l'heure du coucher du soleil ; il fallut commencer à laisser hier la corde, et voyant que la haleine ne s'arrêtait pas, nous dûmes lui donner la liberté, en perdant une partie de notre câble et notre javeline.
- Ainsi se termina une des plus émouvantes expéditions <{ue j’aie jamais faites dans ce genre particulier de pêche accidentée. Nous retournâmes à la baie de Drake, et après avoir jeté l'ancre, nous y passâmes la nuit. Une autre fois, dans une autre croisière, nous aperçûmes un grand nombre do baleines de la même espèce, mais il nous fût impossible de les atteindre et d’en viser aucune.
- Nous terminerons notre récit en donnant quelques détails sur la javeline-bombe, servant à la pêche à la baleine, et dont les dessins ci-contre représentent les dispositions et le mode d’emploi. Ce! appareil, construit par la maison Suits and Cu, de Californie, consiste en un cylindre métallique terminé par une bombe cylindrique à l’extrémité de laquelle est une tige à pointe barbelée très aiguë. Ce projectile est lancé à l’aide d'une espèce d’arquebuse, posée sur un support mince vertical, et placée d’autre part sur l’épaule de celui qui en fait usage. Au moment où part le coup de feu, une sorte d’écran se relève automatiquement pour protéger la figure du tireur
- Fig. 2. Uue baleine altemle par la javeline-bombe.
- (fig. 1); en même temps le projectile part. 11 est attaché à sa partie postérieure à une corde qu’il entraîne avec lui ; cette corde se déroulant dans l’espace, reste fixée à son autre extrémité, à l’embarcation d’où elle provient. Quand le coup de feu est parti, le projectile, s’il a été bien lancé, pénètre dans le corps de la baleine, l’obus rempli d’une matière fulminante fait alors explosion, il éclate, et détermine l’ouverture d’une pièce de fer qui, formant en quelque sorte un double hameçon, empêche le cétacé de s’échapper. On voit à la partie supérieure de la figure 1, le projectile, avec la pièce de métal ouverte, après l’explosion de la bombe représentée un peu au-dessous. La manœuvre générale du système est donnée par la figure 2. Le projectile est lancé d’une petite embarcation montée
- par quelques rameurs, et la baleine du premier plan est figurée au moment où elle vient d’être atteinte. La scène retrace un épisode de pèche à la baleine faite au milieu d’une mer, où çà et là flottaient des icebergs venant du Nord.
- La javeline-bombe est un instrument puissant ; dans quelques expériences que nous avons faites à terre, à titre d'essai, il fut possible de lancer le projectile jusqu’à 8U mètres de distance ; dans ce cas le projectile et la corde entraînée ne pèsent pas moins de 100 kilogrammes. On voit que c’est là un redoutable engin qui contribue à opérer la dévastation des baleines, dont le nombre décroît sans cesse.
- G. D. Voy,
- de San Francisco.
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- LA NATURE.
- LA NUTRITION CHEZ LES PLANTES
- ET CHEZ LES ANIMAUX
- M. Balfour, professeur de botanique à l’Université de Glasgow, chargé de prononcer le discours d’ouverture de la session 1879-80, devant les étudiants en médecine, a exposé les ressemblances qui existent entre la nutrition des plantes et celle des animaux. Nous croyons que nos lecteurs nous saurons gré d’en résumer les principaux passages. Ainsi que le remarque l’auteur, il subsiste, en effet, une étrange ignorance, eu égard aux phénomènes de la nutrition dans les plantes, et des ouvrages renommés et récents de physiologie fourmillent d’erreurs et d’expressions fausses au sujet de l’antagonisme entre les plantes et les animaux.
- Les principes immédiats de la nourriture des animaux sont de deux sortes : inorganiques et organiques. A la première série appartiennent l’eau et les sels minéraux ; la seconde peut être divisée en trois groupes : les hydrates de carbone amyloïdes, comme l’amidon et le sucre ; les hydrates de carbone gras, et les principes albuminoïdes ou azotés. L’eau et les sels minéraux en dissolution peuvent être absorbés et servir immédiatement à la réparation des tissus ; mais les principes organiques ont besoin de subir une transformation préalable : ils doivent être digérés. Les agents de cette transformation chimique sont les différents sucs digestifs qui contiennent des substances considérées comme ferments. On connaît trois genres de ces ferments digestifs : 1° Vamylolytique; 2° Yémulsif; 3° l'albuminosique. Dans les groupes élevés des mammifères, nous trouvons, comme ferments amylolytiques, la ptyaline, qui effectue dans la salive la transformation de l’amidon en glucose, et le ferment du suc intestinal, qui, à son tour, transforme la glucose. — Le suc pancréatique renferme une deuxième sorte de ferment, dont le rôle spécial est d’émulsionner les principes nutritifs graisseux. — Enfin le suc gastrique renferme la pepsine, qui convertit en peptones solubles les principes albumineux.
- Dans tous les animaux on trouve des ferments analogues, différant seulement par leur puissance relative. Il existe cependant encore des ferments d’une autre sorte, ayant un rôle plus ou moins important dans la digestion ; mais ils ne sont encore qu’imparfaitement connus.
- Ainsi transformées, les substances nutritives sont absorbées et pénètrent dans le sang, qui les transporte dans les diverses parties du corps. Le sang entraîne en même temps, pour les éliminer de l’organisme, les principes nuisibles produits par l’activité fonctionnelle : il remplit ainsi le double rôle de régénérateur des tissus, et d’agent de drainage pour les substances à rejeter. Le travail de combustion qui s’opère dans l’intérieur des tissus
- développe la chaleur nécessaire à l’entretien de la vie, mais dégage de l’acide carbonique, gaz dont l’accumulation serait fatale à l’économie. Il est urgent que ce gaz soit expulsé : c’est encore là le rôle du sang, qui entraîne l’acide carbonique, l’échange contre de l’oxygène, et, grâce à l’affinité pour l’oxygène de l’hémoglobine contenue dans les corpuscules rouges, apporte ce dernier gaz dans les tissus, pour y entretenir la vie, et y maintenir l’activité.
- Ges transformations intimes, profondes, s’accomplissant entre les gaz du sang et les tissus, constituent la respiration vraie ou interne; on appelle plus proprement respiration externe l’échange entre les gaz contenus dans le sang et ceux du milieu dans lequel vit l’animal, échange qui s’établit dans les poumons, dans les branchies, etc.
- Telle est l’esquisse rapide des phénomènes les plus importants do la digestion et de la respiration dans l’organisme animal. Examinons maintenant les phénomènes analogues du règne végétal. Il importe de distinguer d’abord deux grandes catégories : les plantes vertes, et celles qui ne le sont pas.
- La couleur verte des plantes est due à une substance complexe, la chlorophylle, attachée au protoplasma de la cellule, mais pouvant en être séparée. La chlorophylle se lorme généralement sous l’influence de la lumière ; cependant, lorsque la température et les autres conditions sont favorables, elle paraît se former dans l’obscurité (feuilles de fougères et bourgeons de conifères). Les plantes vertes absorbent l’eau, l’acide carbonique, l’ammoniaque et les sels minéraux; et, à l’aide de ces éléments inorganiques, elles forment les composés organiques propres à leur nutrition : l’amidon, la graisse et les matières azotées.
- Sous l’influence de la lumière, l’acide carbonique est absorbé par les parties vertes. Il est décomposé principalement dans les feuilles; l’oxygène se dégage, et le carbone, se combinant avec d’autres éléments, forme un hydrate de carbone dans les cellules chlorophyilées : c’est ainsi que les plantes vertes acquièrent l’amidon et les principes gras propres à leur nutrition. Par une confusion déplorable, les auteurs allemands ont appliqué à ce procédé le nom d'assimilation, et ce terme est si généralement usité en ce sens dans la littérature botanique, qu’il est impossible maintenant d’en opérer la rectification.
- On a émis différentes théories pour rendre compte de ce phénomène de désoxydation de l’acide carbonique. L’opinion la plus généralement admise est qu’il faut l’attribuer aux sels de fer contenus dans la chlorophylle. Cependant suivant les récentes investigations de Pringsheim, le pouvoir désoxydant ne réside pas dans la chlorophylle, mais dans le prutoplasma lui-même, incorporé sans doute à un de ses constituants non encore connu. Pringsheim a découvert, dans le protôplasma des corpuscules chlorophyllés, une substance grasse très sensible à
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- la lumière, qu’il appelle hypochlorine, et qui doit être considérée, suivant lui, comme le premier produit d’assimilation dont les hydrates de carbone sont ensuite formés.
- Les plantes tirent leur azote des composés ammoniacaux et des nitrates du sol, qui sont absorbés avec l’eau et les sels minéraux par les fibres délicates des racines ; celles-ci excrètent une substance acide qui décompose la matière solide, et la fait se transfuser à travers les parois des cellules, et passer ainsi du sol dans les tissus, avec la sève. Les principes azotés, tels que le gluten et la légumine, se forment de cette manière, dans toutes les parties de chaque cellule, sans que le concours de la chlorophylle et même de la lumière soit nécessaire.
- Les plantes vertes incorporent bien une petite portion d’éléments organiques tout formés; mais, en résumé, c’est à l’aide de substances inorganiques qu’elles produisent les composés organiques nécessaires à leur nutrition.
- Les plantes non vertes se rapprochent davantage du monde animal, pour leur nutrition. On sait que dans ce groupe viennent se placer, à côté des champignons, un grand nombre de plantes parasites, et les plantes dites saprophytes, qui se nourrissent de matières végétales décomposées. Toutes ces plantes prennent, comme les animaux, les principes organiques tout formés : elles absorbent directement les hydrates de carbone et les composés azotés.
- Qu’ils soient ou non produits dans la plante même, les principes nutritifs, amidon, sucre, graisse, corps albumineux, ne sont pas propres à la nutrition ; il faut qu’ils soient élaborés, et ce phénomène, qui porte le nom de métastase, est la vraie digestion des plantes1.
- R. Vion.
- — La suite prochainement. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Monde physique, par Amédée Guillemin. Tome premier : la Pesanteur et le Son. 1 vol. gr. in-8° très richement illustré. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- Le Monde physique comprendra trois volumes ; c’est le premier volume que nous annonçons aujourd’hui. Le nom de M. Amédée Guillemin occupe un des premiers rangs parmi les écrivains scientifiques de notre époque, et l’œuvre remarquable à laquelle il se consacre actuellement aura le même succès que le Ciel, que l’on peut considérer comme un des plus beaux ouvrages de notre temps. Le livre abonde en gravures et en planches coloriées exécutées avec grand art ; il ne laisse rien à désirer sous le rapport du luxe typographique.
- Prisonniers dans les glaces. Texte et dessins par Georges Fath. 1 vol. in-8° avec 70 gravures. Paris, E. Plon et Cie. Prix broché, 8 francs.
- Le nouveau livre de M. Georges Fath contient le récit très attachant d’un voyage accompli dans les régions polaires par un gentilhomme russe et trois Parisiens.
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX1
- LE NID DU LORIOT DE BALTIMORE
- Il n’est pas, dit Audubon, un seul voyageur, doué de quelque sens d’observation, qui puisse remonter le cours du Mississipi, dans les premiers jours de l’automne, sans être enchanté parla splendeur et la variété de la végétation qui couvre les rives de ce fleuve extraordinaire. De grands cotonniers baignent leurs racines dans les eaux bondissantes, des frênes élégants entremêlent leurs rameaux à ceux des sombres noyers ; des chênes énormes abritent sous leur feuillage sévère les touffes serrées des roseaux d’où jaillissent des vignes de toutes sortes. Grimpant autour des troncs, serpentant le long des branches, passant d’un arbre à l’autre en s’accrochant par leurs vrilles innombrables, ces vignes forment des dais verdoyants et de riches portiques qui marquent le premier plan du tableau. Plus loin, par quelque échappée, l’œil découvre des collines couvertes de magnolias, de houx et de pins dont la cime se balance gracieusement au souffle de la brise. Le courant devient plus rapide; on franchit quelques-unes des nombreuses sinuosités du fleuve, et de nouvelles scènes s’offrent successivement à nos regards. Ici, pour cacher les berges constamment rongées par le torrent impitoyable, des festons de verdure, suspendus aux branches des cyprès, descendent vers les eaux ; là subsistent encore les restes d’un campement dont l’aspect désolé témoigne que depuis longtemps les Indiens ont cessé d’être les maîtres de ces antiques forêts. A la vue de ces vestiges du passé, qu’une civilisation envahissante efface chaque jour, le voyageur se laisserait facilement entraîner à des réflexions mélancoliques sur l’instabilité des choses d’ici-bas, si tout à coup ses oreilles n’étaient charmées par des sons mélodieux partant du fourré, si ses yeux n’étaient récréés par des Loriots de Baltimore sautillant de branche en branche, cherchant des scarabées parmi les feuilles et les fleurs des tulipiers et faisant resplendir au soleil les teintes dorées de leur plumage.
- Les oiseaux dont parle Audubon, et que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, portent en effet, comme le Loriot de nos pays, une livrée jaune et noire d’une grande richesse, et c’est précisément à cause de cette similitude de coloration qu’ils ont reçu des premiers colons européens le nom de Loriots de Baltimore. Mais il suffit de les mettre en regard du Loriot vulgaire, pour constater dans la forme du bec, des pattes, et dans les proportions des diverses parties du corps, des différences qui excluent toute idée de parenté. Le Loriot de Baltimore n’appartient pas en effet à la famille des Oriolidés, qui a
- 1 D’après M. Bal four et la Revue internationale des sciences.
- 1 Voy. table des matières du précédent volume.
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- pour type le Loriot vulgaire, il se rapporte à la famille des Ictéridés, et doit être considéré comme le cousin des Caciques et des Troupiales. Ces affinités étaient du reste Lien connues d’Audubon, qui, tout en continuant à désigner ÏYphantes baltimore par son nom vulgaire, a cependant eu som de mettre cet oiseau à la place qu’il doit occuper dans la série ornithologique.
- Le Loriot de Baltimore est répandu, pendant la belle saison, sur toute l’étendue des États-Unis; mais il est particulièrement commun dans la Louisiane, où il se montre dès les premiers jours du printemps, venant sans doute du Mexique. Aussitôt après son arrivée, il recherche un endroit convenable pour y établir son nid, et adopte presque toujours un tulipier s’élevant sur la pente d’une eolline. Ce choix fait, le mâle se met en devoir de réunir les matériaux qui sont nécessaires à la construction, et qui sont généralement empruntés à cette sorte de mousse que l’on appelle en Louisiane Barbe espagnole (Spanish beard). Quand il a découvert un des longs filaments de cette plante, il le saisit dans son bec et l’emporte, avec un gazouillement joyeux, vers la branche qu’il a choisie. S’aidant de son bec et de ses pattes, il l’v attache solidement, par un bout, au moyeu d'un nœud qui semble fait par la main exercée d’un matelot; puis il prend l’autre extrémité du filament et l’assujettit de la même façon, mais sur un autre rameau, situé à une faible distance du premier, de telle sorte que la portion médiane de ce cordon végétal décrit une courbe, et forme entre les deux branches une sorte d’escarpolette en miniature. La femelle vient alors en aide à son époux ; elle dispose à son tour une fibre corticale ou un brin de mousse dans une autre direction, et peu à peu, grâce à un travail acharné, des filaments de plus en plus nombreux s’entre-croisent dans tous les sens, une sorte de filet grossier se trouve constitué. Les attaches en sont si solides, qu’il peut défier la tempête, mais les parois sont à claire-voie. Et ne croyez pas que c’est par négligence, pour s’épargner un surcroît de besogne, que les parents ne capitonnent point l’intérieur du nid avec du coton, de la laine ou des plumes; s’ils agissent ainsi, c’est qu’ils savent parfaitement que dans cette partie des États-Unis, ils ont plutôt à redouter, pour leur progéniture, un excès de chaleur qu’un refroidissement subit de la température ambiante. Toujours dans cette préoccupation, ils ont bien soin, en Louisiane, de suspendre leur nid sur le côté d’un arbre qui regarde au nord-est. Au contraire, dans les provinces septentrionales, en Pensylvanie, et aux environs de New-York, ces mêmes Loriots, par une prévoyance admirable, modifient à la fois la structure et l’emplacement de leurs constructions; ils en garnissent les parois de substances moelleuses, et ils l’exposent volontiers à l’action directe des rayons solaires.
- Dans ce berceau aérien, la femelle dépose de quatre à six œufs, de forme ovale, mesurant en-
- viron 2 centimètres de long et offrant des lignes irrégulières, des zigzags d’un brun foncé sur un fond d’un blanc sale. L’incubation dure quatorze jours, et, en Louisiane, il y a fréquemment deux pontes par saison. La veille ou l’avant-veille du jour où les petits doivent quitter le nid, ils essaient leurs forces en grimpant à la manière des jeunes Pics, le long des parois de leur demeure, puis ils suivent leurs parents, qui prennent soin d’eux et les nourrissent pendant une quinzaine, jusqu’à ce qu’ils soient assez forts pour se suffire à eux-mêmes. Quand ce moment est venu, les jeunes tirent chacun de leur côté et se mettent à explorer la contrée.
- Aussitôt que les figues, les mûres, les cerises et les fraises arrivent à maturité, les Loriots de Baltimore se jettent avec avidité sur ces différents fruits ; mais, au printemps, ils se repaissent surtout d’insectes, et notamment de coléoptères, qu’ils saisissent avec beaucoup d’adresse au milieu du feuillage. Bien n’est plus curieux à observer que les mouve -ments de ces oiseaux quand ils se livrent à la recherche de leur nourriture. Ils vont et viennent le long des branches, montent et descendent avec une incroyable rapidité, et se suspendent parfois comme des acrobates, la tête en bas, le cou tendu pour atteindre leur proie.
- Le mâle, dans sa livrée complète, a la tête, la nuque, la gorge et la partie supérieure du dos couvertes d’un capuchon noir, les parties inférieures du corps, la croupe et les épaules d’un jaune très brillant qui tourne à l’orangé sur la poitrine, les ailes noires avec des liserés blancs au bord des rémiges et des couvertures secondaires, la queue noire avec des bordures jaunes assez étroites sur les pennes médianes, très larges au contraire sur les pennes externes. La longueur totale de l’oiseau peut être évaluée à 20 centimètres. Chez la femelle, qui est toujours plus petite que le mâle, les teintes sont beaucoup moins vives, le capuchon est d’un noir brunâtre, le dessous du corps est d’un jaune légèrement rougi avec quelques stries foncées sur le haut de la poitrine, la queue est d’un brun noirâtre et les ailes offrent des liserés blancs non seulement au bord des rémiges, mais au bord des petites couvertures et des couvertures secondaires. Enfin les jeunes, dans leur premier plumage, ressemblent aux femelles, mais ont la tête et toute la région dorsale maculées de brun sur un fond jaune brunâtre; ils acquièrent leur livrée définitive dans l’automne qui suit leur naissance.
- Les Loriots de Baltimore se plaisent particulièrement dans les pays accidentés et arrosés par des cours d’eau; aussi, quoiqu’ils se rencontrent depuis le sud des États-Unis jusque vers le 55e degré de latitude nord, ils sont loin d’être partout également abondants; dans tel canton, il n’en existe pas un seul couple; dans tel autre, distant du premier de quelques kilomètres, plusieurs paires nichent côte à côte.
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- Dans leurs migrations, les Loriots de Baltimore filent en droite ligne, d’un vol continu et à une assez grande hauteur au-dessus des forêts, et d’ordinaire ils voyagent de jour, comme Audubon a pu s’en assurer par des observations directes.
- Ces jolis oiseaux sont recherchés non seulement à cause de l’éclat de leurs couleurs et de la grâce de leurs mouvements, mais encore et surtout à cause de leur chant, qui se compose de quelques notes pleines et sonores, très agréables à entendre. En captivité, ils peuvent être nourris avec des insectes, des raisins secs, des figues et des œufs durs. Pris au nid, ils s’apprivoisent, dit-on, au point de suivre leur maître et d’accourir à son premier appel.
- E. Oüstalet.
- PHOTOGRAPHIE
- AU GÉLATINO-BROMURE D’ARGENT
- Depuis l’invention de NicéphoreNiepce et Daguerre, complétée par M. Fizeau, l’art de fixer et de reproduire les images de la chambre noire a été si complètement transformé par les perfectionnements qui y ont été successivement apportés, que pour beaucoup de personnes, la photographie moderne constitue un art entièrement nouveau : c’est pourquoi il n’est pas inutile de rappeler que si les procédés opératoires ont été profondément modifiés, les réactions principales qui servent de base à toute la photographie n’ont pas été changées. En effet, c’est toujours, même dans les formules les plus récentes, comme dans l’admirable invention de nos célèbres compatriotes, l’action de la lumière sur l’iodure et le bromure d’argent, qui sert de point de départ à tous les procédés. La différence qui existe entre la photographie moderne et le daguerréotype, n’est donc pas aussi grande qu’on le croit généralement, bien que les résultats en soient fort différents.
- Les modifications apportées dans les manipulations photographiques, si nombreuses qu’elles varient presque avec chaque opérateur, peuvent se diviser en trois grandes périodes, qui marquent bien les étapes parcourues par les inventeurs.
- Dans la première période, connue sous le nom de daguerréotype, la couche sensible est formée à la surface d’une plaque d’argent poli, qu’on expose au contact de vapeurs d’iode et de brome ; il se forme des iodures et des bromures d’argent impressionnables à la lumière.
- Dans la seconde période, désignée sous le nom de photographie au collodion, on dissout un iodure et un bromure alcalin dans un véhicule liquide, albumine, gélatine ou collodion ; ce liquide est ensuite étendu en couche mince et régulière sur une glace ; lorsqu’elle est prise, on la plonge dans un bain de nitrate d’argent pour former la couche sensible.
- Enfin, dans la troisième période, appelée photographie aux émulsions, un bromure alcalin est dis-
- sout dans une gelée chaude de gélatine dans laquelle on verse une quantité suffisante de nitrate d’argent pour précipiter le bromure à l’état de bromure d’argent sensible à la lumière; ce bromure reste en suspension dans la gélatine pour former une émulsion laiteuse qui, après avoir été lavée pour la débarrasser des sous-produits inutiles et même nuisibles, est étendue en couche mince sur une glace pour former la plaque sensible, qui sera ensuite exposée dans la chambre noire, soit encore humide, lorsque la gélatine est coagulée, soit après dessiccation complète.
- C’est ce procédé d’invention récente, que nous nous proposons d’étudier et de décrire complètement, car il présente, comparé aux procédés anciens, de très nombreux avantages qui le recommandent autant aux amateurs qu’aux photographes de profession.
- Comme on le verra dans la suite, ces avantages sont si nombreux que nous croyons fermement qu’il remplacera avantageusement toutes les préparations employées jusqu’ici et que joint aux tirages positifs, dits au charbon, il est appelé à opérer une nouvelle transformation dans l’art de la photographie.
- La préparation de l’émulsion au gélatino-bromure d’argent ne présente aucune difficulté sérieuse ; en tous cas, elle n’en présente pas plus que celle du collodion. La partie la plus délicate des manipulations est celle qui a pour but d’obtenir, d’une façon régulière, un précipité vert de bromure d’argent.
- Le bromure d’argent a la propriété de précipiter sous trois états différents, dont un seul sensible à la lumière, et par cela même propre aux impressions photographiques, savoir :
- 1° Sous forme de bromure blanc à particules très fines, donnant des couches oranges transparentes, mais peu sensibles à la lumière, surtout dans les clairs-obscurs;
- 2° Sous forme d'un résidu blanc, cailleboté, à particules très grosses, impropres aux usages photographiques;
- 5° Enfin, sous forme de précipité grenu, franchement verdâtre, à particules assez grosses, mais qui s’émulsionnent bien dans | la gélatine et donnent des couches opaques très sensibles à la lumière.
- L’idée défaire de toutes pièces une émulsion sensible à la lumière n est pas nouvelle, car en août 1853-un savant bien connu, mort depuis quelques mois, M. A. Gaudin, avait déjà fait quelques essais dans ce sens, et rendant compte de ses expériences, ildisait, entre autres choses: «C’est avec le bromure que j’ai le mieux réussi. J’ai fait des essais analogues avec la gélatine et l’albumine. » Et ensuite: « En résumé, tout l’avenir de la photographie me semble résider dans un collodion argentifère composant la matière impressionnable, qu’on pourra mettre en bouteilles, étendre sur le verre, toiles cirées, etc., pour obtenir immédiatement ou le lendemain, des épreuves positives ou négatives à la chambre obscure, ainsi que des épreuves positives ou négatives ayant toute la perfection désirable. » Le temps a parfaitement justifié
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- les prévisions de M. A. Gaudin; espérons qu’il a assez vécu pour voir son rêve se réaliser, si ce n'est aller au delà de ses espérances ; car les qualités qui distinguent le gélatino-bromure semblent devoir dépasser de beaucoup le desiderata que le photographe le plus hardi aurait osé formuler en 1853.
- A la suite des travaux entrepris dans divers pays, on possède aujourd’hui des formules qui permettent de préparer d’une manière régulière les émulsions au gélatino-bromure et d’obtenir des résultats constants.
- En Angleterre, le nouveau procédé a surtout été étudié par MM. Maddox, Kinget Johnston, Kennett, Benett, et le capitaine Abney. En Belgique, M. le docteur V. Monchkoven a publié les résultats de ses consciencieuses recherches dans la septième édition de son Traite' général de photographie.
- En France, M. Alfred Chardon, si bien préparé par ses travaux antérieurs sur le collodion bromure, a publié ses formules et ses procédés opératoires dans un volume intitulé : Photographie par émulsion sensible au bromure d'argent et à la gélatine.
- Enfin M. Bascher, habile amateur de Nantes, a présenté un exposé complet sur le gélatino-bromure d’argent, en une petite brochure dans laquelle il décrit d’une manière très claire, très pratique, les préparations relatives au nouveau procédé.
- Nous renvoyons, pour plus de détails, le lecteur à ces divers ouvrages, ne pouvant donner ici que la description des formules que nous avons adoptées après bien des essais pour notre usage personnel.
- Nous avons déjà parlé des nombreuses qualités qui distinguent le nouveau procédé ; avant d’entrer dans la description de la préparation du gélatinobromure, nous allons en faire ressortir les avantages.
- D’abord la préparation du gélatino-bromure n’exige qu’un matériel spécial peu dispendieux, que les amateurs pourront fabriquer eux-mêmes : la préparation en est facile, bien qu’elle nécessite, comme d’ailleurs tous les procédés, une certaine habitude des manipulations photographiques, de l’attention et de l’observation. Le gélatino-bromure est sensible à toutes les couleurs du spectre, cependant, la partie rouge est celle qui agit le moins ; c’est donc cette couleur que l’on devra adopter pour les verres qui doivent tamiser la lumière du labo, ratoire, on devra les choisir d’un rouge très foncé et les monter sur deux châssis pouvant se superposer, afin d’en doubler l’effet. Les clichés obtenus par le gélatino-bromure seront donc plus harmonieux que ceux des anciens procédés, puisqu’il est plus également sensible à toutes les parties du spectre, surtout dans le vert et le jaune. Lorsque l’émulsion au gélatino-bromure est préparée, on peut la dessécher pour la conserver dans des boîtes en carton ou des flacons à l’abri de la lumière et de l’humidité; pour l’employer, il suffit de la dissoudre à chaud dans deux fois son poids d’eau et de l’étendre en couches régulières sur des glaces préparées. Mais il est beaucoup plus simple de recouvrir les
- glaces immédiatement après la préparation de l’émulsion. Lorsque la gélatine est prise, on peut se servir des glaces humides, ou bien encore attendre leur parfaite dessiccation, ce qui demande environ vingt à vingt-quatre heures; dans cette condition, elles peuvent se conserver très longtemps, mais en les tenant à l’abri de l’humidité et de la lumière, dans des boîtes à rainures. On comprend combien ce procédé est avantageux pour la photographie en plein air, puisqu’il supprime le matériel fragile, lourd et encombrant que nécessitait le collodion humide.
- M. 1). Monckhoven veut aller plus loin encore, car il cherche à substituer le papier au verre pour servir de support aux couches sensibles de gélatine-bromure ; si l’on ajoute à cela que pour révéler l’image après la pose on n’a besoin que d’un nombre de réactifs assez restreint, dont l’emploi ne présente aucune difficulté, et que d’ailleurs on peut retarder de plusieurs heures cette opération, ce qui permet, en voyage, de ne la faire que le soir au moment de la halte, on voit quel précieux auxiliaire les savants et les missionnaires trouveront dans ce nouveau procédé, qui leur permettra de rapporter des images fidèles et facilement obtenues, des objets soumis à leurs études.
- Sous le rapport de la sensibilité, le gélatino-bromure ne iaisse rien à désirer; il est peut-être le plus rapide de tous les produits employés, puisque l’on peut obtenir des couches sensibles impressionnables en quelques fractions de secondes, même à la lumière artificielle : pour les portraits d'enfants, c’est une grande qualité. Pour les opérations en plein air, cette grande sensibilité devient un défaut, et pour éviter les voiles, on est obligé d’envelopper tout l’appareil jusqu’au tube de l’objectif dans un sac de toile épaisse, car le moindre disjoint dans l’ébénisterie suffit pour impressionner la plaque, c’est pourquoi quelques opérateurs ont propesé de préparer l’émulsion avec de la bière, afin d’en diminuer la sensibilité.
- Comme nous l’avons dit, les glaces au gélatinobromure conservent leur sensibilité très longtemps, ce qui permet de les préparer en grand nombre, en sorte que l’amateur qui ne veut pas s’astreindre à les faire lui-même, et qui veut éviter de se noircir les doigts, trouve dans le commerce des glaces parfaitement préparées et d’un prix relativement modéré.
- Les glaces sèches ont aussi l’avantage sur les procédés humides de ne pas mouiller et détériorer les châssis et les chambres noires, qui souvent refusent le service par suite du gonflement du bois.
- On peut exposer les glaces gélatinées à rebours, c’est-à-dire la couche sensible placée derrière le verre; l’image conserve toute sa finesse, mais la pose doit être un peu allongée; par ce moyen on obtient un cliché retourné qui évite le transfert de l’épreuve, lorsque le tirage doit se faire par les procédés dits au charbon.
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- Enfin, comme nous le montrerons par la suite, par le développement on peut corriger, jusqu’à un certain point, les excès ou les manques de pose.
- À. Demoget.
- — La suite prochainement. —
- CRÉMEUSE A FORCE CENTRIFUGE
- Nous avons donné précédemment quelques détails sur'la curieuse crémeuse centrifuge de M. Laval, de Stockholm1; nous complétons aujourd’hui nos renseignements en donnant l’aspect extérieur de
- Fig. 1. Crémeuse à force centrifuge de M. Laval.
- l’appareil (fig. 1) et la coupe du système (lig. 2) qui nous permettra de faire très facilement comprendre son mode de fonctionnement.
- Le lait pénètre par le robinet d dans un tuyau central qui le conduit dans la turbine A. Cette turbine est mise en rotation à l’aide d’une petite poulie p représentée au bas de l’appareil et dans la gorge de laquelle passe la corde qui la relie avec une petite machine à vapeur ou un manège de très grande vitesse; elle ne doit pas accomplir moins de 5000 à 6000 tours à la minute. Sous l’action de la force centrifuge développée par ce mouvement rotatoire, le lait
- fig. 2. Coupe montrant la disposition intérieure de l’appareil.
- se sépare en deux parties : le petit-lait et la crème. Le petit-lait, dont la densité est plus considérable que celle de la crème, est projeté vers la circonférence, tandis que la crème au contraire se rassemble autour de l’axe. Le petit-lait est chassé à la circonférence, dans un tuyau recourbé que l’on voit représenté à gauche de la turbine A dans notre figure 2; il s’élève dans un espace cylindrique placé au-dessus de la turbine. Cet espace cylindrique communique par un tuyau vertical avec la chambre B; le petit-lait s’écoule au dehors par le tuyau t. Quant à la crème, elle remonte par t l’espace annu-
- 1 Yoy. n° 359 du 17 avril 1880, p. 511.
- laire compris entre un tuyau qui enveloppe le tube vertical d’arrivée jusqu’à la chambre supérieure C et s’écoule par le tuyau t'.
- L’écrémeuse à force centrifuge de M. Laval fonctionne très bien, l’appareil n’occupe que très peu de place et peut marcher pendant un temps indéfini, sans nécessiter une force motrice considérable : un demi-cheval vapeur environ. L’écrémage est fait avec ce système au moment même où les vaches sont traites; toute la crème est extraite et sa qualité ne laisse rien à désirer. La quantité de lait que l’on peut écrémer varie entre 130 et 140 litres par heure.
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- UN NOUVEAU VILEBREQUIN
- Percer un trou est certainement une des opérations les plus simples qu’on puisse imaginer; il existe cependant bien peu d’appareils commodes et pratiques pour cet usage.
- Le classique vilebrequin n’est pas facile à manœuvrer dans toutes les positions ; les forets à arcliet ont l’inconvénient de ne pas toujours tourner dans le même sens, et par suite de demander au tranchant de l’outil une forme spéciale, au détriment de la rapidité du travail et de sa bonne exécution.
- L’appareil représenté dans les ligures ci-contre est un nouveau vilebrequin d’invention américaine; il a l’avantage d’être facile à manœuvrer dans toutes les positions ; on peut y adapter indifféremment des outils pour le bois ou pour les métaux : mèches, forets, fraises, mèches américaines, etc.
- Cet appareil constitue un outil très précieux, non seulement pour les menuisiers et serruriers de profession, mais encore pour tous les amateurs qui construisent de leurs mains des appareils d’expériences.
- La ligure 1 le représente disposé pour percer un trou dans une pièce horizontale ; la ligure 2, au contraire, montre le mouvement de l’appareil lorsqu’on perce une paroi verticale, un chambranle de porte, par exemple, pour l’installation de sonneries électriques, que — soit dit en passant — il est toujours beaucoup plus économique de poser soi-même.
- On devine le fonctionnement de l’appareil à la seule inspection de la ligure 1.
- 11 se compose en principe d’un axe à l’extrémité duquel s’ajustent les outils; sur cet axe est fixé un
- disque pesant en mêlai (jui participe à son mouvement de rotation et fait l’office de volant. Une petite cordelette reliée à un anneau qu’on tient de la main droite fait deux tours sur l’axe et vient s'enrouler sur un tambour auquel elle est attachée. Ce tambour est lui-même rattaché à un ressort à (boudin qui a pour effet de provoquer l’enroulement de la cordelette sur le tambour lorsqu’on n’exerce pas d’effort sur l’anneau. En tirant la cordelette, elle entraîne l’axe et le fait tourner dans le sens des aiguilles d’une montre; en ramenant la main, la cordelette n’entraîne plus l’axe, qui continue son mouvement, en vertu de la vitesse acquise ; le tambour, sollicité pàr le ressort à boudin, fait enrouler de nouveau la cordelette, et le même mouvement recommence jusqu’à perforation complète. On
- dirige l’outil et on règle la pression à l’aide de la main gauche, qui tient un manche fixé au support de l’ensemble du système.
- Cet appareil présente sur le vilebrequin classique un second avantage ; il permet de graduer la vitesse de l’outil suivant la forme du tranchant et la nature des matières, souvent très variables, qu’il s’agit de percer.
- Son emploi présente une grande facilité, et nous avons la persuasion qu’on le verra figurer dans les boites d’outils qu’on donne quelquefois aux jeunes gens pour leurs étrennes.
- Fig 1. Nouveau vilebrequin américain agissant sur une pièce horizontale.
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- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 26 novembre 1880. — Présidence de M. Friedel. — MM. Schu-tzenberger et Ionine ont entrepris des recherches sur les pétroles du Caucase, et ont constaté qu’une notable fraction de l’huile de naphte, aussi bien dans les parties légères que dans celles a points d’ébullition moyens et élevés, est formée par des carbures de même composition, isomères des carbures éthyléniques, et s’en distinguent par l’absence d’affinités chimiques marquées, caractère qui les rapproche des carbures forméniques. —MM. Schu-tzenberger et Colson communiquent les résultats de leurs recherches sur le transport des métaux carburables, tels que le fer, le cobalt. Ces métaux, chauffés entre deux couches de noir de fumée, non seulement fixent du carbone, mais ils se transportent eux-mêmes dans la masse du charbon. Ces phénomènes constituent une véritable diffusion sèche qu’il y a intérêt à étudier. — M. Chap-puis entretient la Société des recherches sur l’ozone, qu’il a faites en commun avec M. Hautefeuille. — M. Terreil rend compte des résultats qu’il a obtenus dans l’étude d’un nouveau composé qu’il appelle acide phytolaccique. — M. Silva a étudié l’action du méthylchloracétol sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium et obtenu un carbure nouveau. — M. Jungfleisch rend compte du travail qu’il a entrepris avec M. Lefranc sur la lévulose. M. Demarçay a continué l’étude des dérivés du sulfure d’azote et présente à la Société ces différents corps à l’étJt cristallisé. — M. Burcker a étudié l’action de l’anhydride succinique sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium et obtient ainsi l’acide phénylpro-pionique. — M. Rosensthiehl annonce qu’il soumet à un nouve examen la question de l’isomérie des différentes rosanilines.
- CHRONIQUE
- L’essence minérale de M. Kordig. — Un Hongrois, M. Kordig, a fait cette semaine'à la Société d’encouragement et dans une soirée donnée au Conservatoire des Arts et Métiers, de très curieuses expériences au moyen d’une essence combustible volatile destinée à servir à l’éclairage. M. Kordig, après avoir disposé sur une table plusieurs lampes où brûle l’essence qui donne une magnifique flamme éclairante, annonce que le nouveau liquide combustible n’offre aucun danger d’incendie ou d’explosion, et il le prouve de la manière suivante. Il verse abondamment le liquide sur son chapeau, et il le fait brûler ; une grande flamme s’élève jusqu’au plafond; M. Kordig, au grand étonnement des spectateurs, place son chapeau sur sa tête et attend que la flamme se soit éteinte : le chapeau est intact. L’opérateur répand du liquide sur le parquet, où il le fait brûler, sur un mouchoir qu’il allume ; le parquet et le mouchoir ne sont nullement endommagés. On peut verser quelques gouttes du liquide dans le creux de la main et l’y faire brûler, sans éprouver une sensation de chaleur appréciable. L’essence est enflammée dans un bidon, sans faire explosion. Ces faits, si extraordinaires qu’ils puissent paraître au premier abord, s’expliqueni très facilement. L’essence minérale de M. Kordig bout environ à 35° centésimaux ; la tension de sa vapeur est considérable, de telle sorte que ce n’est pas le liquide qui brûle, mais bien sa vapeur. C’est ainsi que le liquide
- bouillant] à une température très peu élevée, ne produira pas de sensation de chaleur surlamain, malgré la flamme qui se produit au-dessus. On se demandera en quoicon-siste ce produit si intéressant : M. Kordig dit que c’est une essence de naphte, très volatile, additionnée d’un certain mélange ' d’éthers de sa composition. On nous a affirmé d'autre part que la nouvelle essence minérale provient tout simplement de gisements d’huiles naturelles, récemment découverts en Hongrie, et donnant par distillation une essence particulière, très volatile, dont le prix de revient ne serait pas très élevé (1 lr. 60 le kilogramme). Le liquide a une faibleodeur de pétrole ; il produit sur la main la sensation du froid, à la façon de l’éther ; il nous a paru légèrement parfumé par l’addition d’une essence aromatique.
- De la récolte et de la préparation du crin végétal dans la Louisiane. — L’exploitation du crin végétal (Tillandsie usnéoïde de la famille des Til-landsiacées), que l’on emploie pour garnir les matelas et les meubles, constitue à la Louisiane une industrie importante. Ce crin n’est autre qu’une espèce de mousse, que les nègres récoltent et à laquelle on fait subir la préparation suivante. De toutes les variétés, c’est la mousse de cyprès qu’on préfère, parce quelle donne une fibre plus longue et plus résistante que les autres. Quand la mousse est récoltée, on la laisse sécher pendant un mois sur une aire bien exposée à l’action du soleil et du vent. Au bout de ce temps, la fibre se dépouille d’elle-même de son écorce grisâtre et le crin se montre presque nettoyé de lui-même. Certaines variétés n’exigent point de manipulations, tandis que pour d’autres, elles sont indispensables pour les débarrasser d’une grande quantité de poussières, représentant souvent plus de la moitié de leur poids. La fibre, ainsi dépouillée, est achetée au nègre qui l’a récoltée, sur le pied de 1 ou 2 cents la livre suivant la qualité (0 fr. 12 à 0 fr. 24 le kilog.) ; puis on la met en paquets et on l’expédie à la Nouvelle-Orléans. Là, des ateliers spéciaux la sou—J mettent à un lavage dans un appareil cylindrique, muni d’une roue à palettes et rempli d’eau savonneuse bouillante. Après lavage, la matière est mise à sécher sur des claies, et lorsqu’elle est sèche, elle est soumise à l’action d’un appareil spécial qui lui enlève les dernières traces d’hurnidité et la débarrasse des quelques poussières qui ont pu rester encore adhérentes. Après ce dernier traitement, elle a une couleur jaune au début et devient noirâtre au bout de quelque temps. En cet état, elle est triée suivant la longueur de la fibre et mise en ballots de différentes qualités. La qualité la plus fine, qui est celle qu’on exporte le plus, ressemble beaucoup au crin de cheval; la qualité intérieure se consomme sur place.
- (Journal of applied science.)
- Variations de la couleur des fleurs avec l’altitude. — M. Gaston Bonnier a profité d’un voyage qu’il a exécuté récemment en Autriche et en Hongrie pour recueillir quelques observations sur les modifications que présente une même espèce, lorsqu’on se déplace en altitude ; ces recherches ont porté notamment sur la coloration des fleurs. M. Gaston Bonnier, pour comparer les colorations, a eu recours au chromomètre, ou à la reproduction des couleurs par l’aquarelle. On peut ainsi reconnaître des variations qu’il est impossible d’observer au premier coup d’œil. En effet, ces variations sont, en général, moins intenses que celles qui se produisent avec la latitude et dont la vue est immédiatement frappée. Pour
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- un grand nombre d’espèces, la comparaison des teintes en deux, trois, quatre et quelquefois cinq localités d’altitude croissante, a montré d’une façon incontestable une augmentation de coloration avec l’altitude. Cette variation est étonnament prononcée chez les Myosotis silvatica,Cam-panula rotundifolia, Ranunculus silvaticus, Galium cru-ciata; faible au contraire chez les Thymus serpyllum, Géranium silaticum. A mesure qu’on s’élève, on voit apparaître bien plus fréquemment la coloration rose chez les fleurs ordinairement blanches ou peu colorées des Bellidiaslrum Michelii, Silene inflata, Silene rupestris, Bellis perennis. Ajoutons que l’examen microscopique, fait immédiatement sur place en plusieurs cas, montre que faugmentation de teinte n’est pas due à un changement dans la répartition des matières colorantes. C’est l’augmentation du nombre des grains du pigment pour une surface donnée, ou la teinte plus foncée du liquide coloré dans les cellules, qui donne aux plantes leur couleur plus, intense. Rappelons que, par suite de l’atmosphère moins épaisse et surtout de la quantité de vapeur d’eau moins grande, la radiation solaire augmente avec l’altitude. C’est ce qu’ont montré d’une manière précise les mesures faites dans la chaîne du Mont-Blanc par MM. Violle et Margottet. On voit que la production des matières colorantes varie dans le même sens. Bien que l’intensité de cette variation soit très diverse pour les différentes espèces, on voit qu’on peut tirer, des observations qui précèdent, la conclusion suivante : Pour une même espèce, la coloration des fleurs de même âge augmente en général avec l'altitude, à égalité de toutes les autres conditions.
- lin nouveau courant dans l'océan Pacifique.
- — Le capitaine John Mac Kirdy, du navire à vapeur Pe-ruvia, en naviguant récemment dans l’océan Pacifique, a été soudainement surpris par la rapidité de la marche de son bâtiment, qui faisait jusqu’à 322 milles par jour. Des observations attentives lui en ont fait découvrir la cause : il a remarqué, en effet, qu’il suivait la ligne d’un nouveau courant, qu’il n’avait pas encore rencontré, et qui était parfaitement visible à la couleur de l’eau, d’un noir bleu foncé. 11 coule dans la direction du midi en quittant lek côtes du Mexique et de Panama ; puis il tourne à l’ouest en atteignant l’équateur, d’où il est poussé au nord pendant quelque temps par le contre-courant équatorial ; mais il reprend bientôt la direction de l’ouest, après avoir dépassé la courbe du continent sud américain. Ce courant est nettement marqué, non seulement par sa couleur, mais aussi par sa température, qui est d’environ 2° plus élevée que celle des eaux d’alentour. Il y a lieu de croire que c’est la prolongation du Kouro-Siwo, le courant noir du Japon.
- Consommation du charbon par les navires à. vapeur. — La théorie et la pratique de la mécanique ont depuis longtemps prouvé que l’emploi de la pression à haute vapeur est un des plus sûrs moyens d’économiser le combustible. Il y a vingt-cinq ans, dit le journal anglais The Universal Engineer , nos navires de l’Océan n’avaient qu’une pression de 16 livres par pouce (1 kil. 12 par centimètre carré) et brûlaient de 2 kil. 2 à 2 kil. 7 de charbon par heure pour la force d’un cheval. Aujourd’hui ils ont une pression de 75 livres (5 kil. 2 par centimètre carré) et consomment de 1 kil. 1 à 1 kil. 3 de chai'bon à l’heure par force d’un cheval. En 1840, le Britannia, un des meilleurs navires de la ligne « Cunard », faisant la traversée entre l’Amérique et 1’Angleterre, brûlait 2400 kilogrammes de charbon par chaque tonne de
- fret payant qu’il portait, sa vitesse, considérable alors, étant de 8 1/2 nœuds à l’heure. En 1877, la vitesse du Britannia était de 15,6 nœuds à l’heure et il ne brûlait que 249 kilogrammes de charbon par tonne de fret chargé. Quoique nos navires actuels soient doués d’une grande vitesse et soient très économiques comparés avec les navires primitifs, c’est néanmoins un fait regrettable que, sur les plus magnifiques, portant toutes les nouvelles améliorations et les meilleures applications pour réaliser une économie, manœuvrés par les mécaniciens les plus soigneux et les plus intelligents, nous n’obtenons dans notre vapeur qu’un dixième seulement de la chaleur réalisée par le feu de nos chaudières, le restant de la vapeur (neuf dixièmes) étant perdu. Quand nous obtiendrons une plus grande chaleur dans notre vapeur, et que nous la ferons détendre davantage, économiserons-nous du combustible en proportion? C’est dans ce but que le voyage de Y Anthracite est projeté par ses propriétaires, et nous pensons qu'il fera ouvrir un peu les yeux, non seulement dans le pays, mais dans le monde entier. Si un navire de ces petites dimensions, 25 mètres de long, 4m,80 de large et 5 mètres de creux, peut transporter son charbon et son eau au travers de l’Atlantique, avec une pression de 24 à 35 kilogrammes par centimètre carré, et une consommation de charbon de 453 grammes par force de cheval, la déduction naturelle doit être que nos grands navires, quand ils seront aménagés de même produiront des résultats bien meilleurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 décembre 1880.—Présidence de M. Becquerel
- Incorporation du sulfure de carbone. — On se rappelle comment M. Rohart est parvenu à rendre commode l’application agricole du sulfure de carbone, en incorporant ce liquide si volatil dans de petits cubes solides, d’où sa vapeur ne s’échappe que peu à peu. C’est pour atteindre le même but, que M. Laborie a poursuivi des recherches dont il expose aujourd’hui le résultat. Il a recours à un fucus désigné dans le commerce sous le nom à'Algue du Japon. Quatre parties de cette plante étant placées dans cent parties d’eau bouillante, il en résulte une gelée qui, par refroidissement, devient tout à fait solide. Si, avant la solidification, on y émulsionne du sulfure de carbone, on constate que 50 pour 100 du poids de la gelée peuvent s’en incorporer ainsi dans la matière végétale. Une fois refroidie, celle-ci se comporte exactement comme les cubes de M. Rohart et peut comme eux être utilement employée au traitement des vignes phyl-loxérées.
- Le volcan de la Dominique. — La Nature a naguère publié la relation de M. Louis Bert au sujet de l’éruption volcanique dont la Dominique (Antilles anglaises) a été le théâtre au mois de janvier dernier. Depuis lors, ainsi que nous l’apprend M. Daubrée, le lac d’eau bouillante des premiers jours s’est complètement tari ; à sa place se montre seulement une cavité circulaire à parois abruptes. Au centre, pourtant, jaillit une source à près de cent degrés, qui se sépare en quatre ruisseaux charriant des sables et des limons. Ces divers produits, recueillis en avril, ont été examinés au Bureau d’essais de l’École des Mines. L’eau est remarquable avant tout parla prédominance, rarement constatée du chlorure de potassium sur le chlorure de so-
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- LA NATURE.
- dium ; les matériaux solides consistent en débris volcaniques (pyroxène et feldpaths tricliniques) et en pyrite.
- Champignons parasites clés végétaux. — M. Maxime Cornu, dans une note analysée par M. Dumas, montre comment la théorie des germes s’applique à l’histoire des champignons épiphytes. Il s’occupe spécialement des parasites de la vigne. L’auteur remarque que l’oïdium et l’anthrachnose fournissent des germes qui, une fois enfouis dans le fumier, ne sauraient se conserver. Mais il ajoute qu’il est loin d’en être de même pour le péronospoie, et il tire de ce fait la conclusion que tout fragment de vigne contaminée par ce dernier, loin d’être introduit dans un compost, devra être détruit par le feu avec le plus grand soin.
- Élection. — Le décès de M. Lissajous ayant laissé vacante une place de correspondant dans la section de physique, l’Académie y pourvoie aujourd’hui. La liste de présentation portait : en première ligne, M. Abria, à Bordeaux; en deuxième ligne ex æquo et par ordre alphabétique : MM. Crova, à Montpellier, Violle, à Lyon, et Terquem, à Lille Les votants étant au nombre de 49, M. Abria est élu par 45 suffrages; trois se portent sur M. Violle, 2 sur M. Terquem et 1 sur M. Crova.
- La séance a été réelleme*t tronquée par un comité secret dans lequel ont dû être lus sept rapports de Commissions de prix. Cependant, nous devons enregistrer, outre deux très longues communications de M. Chevreul et de M. Trécul : une note de M. Baudet sur une pile impolarisable qui extrairait de l’eau plus d'hydrogène que celle-ci n’en contient ! (16 volumes pour 1 volume d’oxygène); — une réclamation de priorité formulée par M. Durer contre M. de Mondésir, relativement à la loi d’é bullition des liquides ; — les offres de service de M. Leclère, capitaine de frégate, qui se met à la disposition de l’Académie pour observer le prochain passage de Vénus ; — la description d’un avertisseur pour les incendies, par M. Barbier-Pascal; — un mémoire de M. Ditte sur l’action mutuelle de l’acide chlorhydrique et des chlorures métalliques ; — des expériences de M. Chapuis sur le spectre d’absorption de l’ozone; — enfin des recherches médicales et statistiques sur la ville de Cette par M. Louis Amat.
- Stanislas Meunier.
- NOUVEAU MICROPHONE
- I)E M. BOUDET, DE PARIS
- Ce microphone, à contacts multiples, représenté dans la figure ci-contre, se compose d’une embouchure E fixée à l’extrémité d’un tube de verre T d’un centimètre de diamètre, fixé lui-même sur un pied à genou, ce qui permet de faire prendre à l’ensemble de l’appareil toutes les inclinaisons.
- L’embouchure porte une plaque d’ébonite de 1 millimètre d’épaisseur, sur laquelle est fixée une masse de cuivre M1 qui pénètre un peu dans le tube de verre. Dans ce tube, se trouvent six boules de charbon de cornue d’un diamètre un peu plus petit, de façon à pouvoir s’y mouvoir très librement.
- Le microphone est complété par une seconde masse de cuivre M2 s’appuyant sur le fond d’une culasse creuse K, par l’intermédiaire d’un petit ressort en spirale non représenté sur la figure. La vis V fixée sur l’étrier Q sert à régler la pression de la masse M2 contre les boules. Les variations de résistance du microphone se produisent également sur tous les contacts des boules, parce que, en parlant devant l’embouchure, les vibrations se transmettent presque instantanément, comme dans l’expérience bien connue des billes de billard.
- L’appareil fonctionne comme microphone ordinaire avec six éléments Gaiffe moyen modèle (peroxyde de manganèse et chlorure de zinc) montés en tension sur une résistance de 800 ohms1, avec un téléphone Bell comme récepteur.
- Microphotie de M. le docteur Boudet.
- En employant des courants induits et un téléphone récepteur à fil fin, condition nécessaire avec les couranls induits, la distance peut être considérablement augmentée et atteindre, avec des résistances artificielles, jusqu’à 250 000 ohms.
- Nous avons assisté à des expériences faites avec ce microphone, et nous avons constaté qu’il transmet très nettement la voix, sans altérer son timbre et sans crachements.
- 1 Comme valeur pratique, une résistance de 1 ohm représente celle d’un fil de cuivre pur de 1 millimètre de diamètre et de 48m,5 de longueur, ou environ 40 mètres de fil de cuivre du commerce d’un égal diamètre, ou bien encore 97 mètres de fil de fer de 4 millimètres de diamètre (fil télégraphique ordinaire).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandicr.
- In primerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 305. — 25 DECEMBRE 1880.
- LÀ NATURE.
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- LES PALAIS SACERDOTAUX DE MICTLAN, AU MEXIQUE
- La fertile valle'e d’Oasaca était anciennement le civilisation, les Tzapotèques, ou, comme ils s’ap-berceau d’une des nations les plus avancées en pellcnt dans leur propre langue, qui n’a aucune
- Fig. 1. Ruines de Mictlan, dans l’État d'Oaxaca, au Mexique : la Salle des six colonnes (d’après une photographie)
- analogie ni avec l’aztèque ni avee le maya : les Didsasa, Leur capitale politique était Teotzapot-lan, aujourd’hui appelée Zachila, et la capitale religieuse et funéraire était Mictlan ou Mitta, comme on dit actuellement. Mictlan veut dire lien des morts, parce que c’est à Mictlan que se trouvèrent les tombeaux des rois tzapotèques. C’est dans cette ville sacrée que ce curieux peuple nous a laissé, dans les ruines d’une série
- de palais sacerdotaux, d’une architecture mervell- | corrompue. Je suis néanmoins 9* année. — ter semestre
- Fig. 2. Jeunes tilles tehuanlépéquiennes eu costume de bal.
- leuse, un témoignage de sa haute civilisation, malheureusement anéantie au milieu de son développement, par la brutalité des conquérants espa -gnols.
- Il est à jamais regrettable que les Espagnols aient détruit tous les documents concernant l’histoire de ceux qui ont su ériger de si splendides monuments. Ils nous ont seulement conservé les noms de leurs deux derniers rois, mais sous une forme excès sivement parvenu à rétablir 4
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- la véritable forme (les deux noms, qui du reste sont astèques et pas tzapotèques. L’avant-dernier roi s’appelait, d’après les auteurs espagnols, Cosi-joëza et le dernier Cosijopi. Le premier nom est Xochiquelzal, ce qui veut dire fleur de Quetzal, nom d’un célèbre .oiseau du pays, et le dernier Xochiquetzalpilli, c’est-à-dire fils de Xochiquetzal. Pilli, en aztèque, signifie fils.
- Les ruines de Mictlan sont jugées par les améri-canistes comme surpassant en valeur artistique, tous les monuments du continent américain. Cette opinion est bien fondée. En effet, les différentes façades de palais sont décorées d’une manière vraiment admirable et tout à fait originale. Le revêtement extérieur des murailles est formé par une véritable mosaïque de pierres finement taillées. Cette curieuse mosaïque est disposée en panneaux, qui montrent des dessins toujours variés et ingénieusement enchâssés.
- La gravure ci-contre (fig. 1), faite d’après une photographie, que nous avons prise lors de notre séjour à Mitta en 1876, représente la fameuse salle des six colonnes, qui se trouve dans le palais le mieux conservé. Les poutres de la toiture ont toutes disparu. Les murs de la salle étaient anciennement peints en rouge. La peinture rouge était appliquée sur une couche de stuc excessivement mince. J’ai pu constater qu’il y avait trois couches de stuc superposées, chacune montrant la même couleur rouge, analogue au rouge de Pompéi. Cela prouve que la peinture de cette salle a été trois fois renouvelée par ses anciens habitants. Nous avons là un témoignage incontestable de la haute antiquité de ces édifices. Les six colonnes monolithiques n’ont ni base ni chapiteau, mais les fûts nous montrent l’enflure ou « entasis » comme dans les colonnes grecques.
- La race tzapotèque étendait sa domination jusqu’à l’isthme de Tehuantepec. Les habitants delà ville de Tehuantepec se distinguent encore de nos jours par l’extrême régularité de leur corps, la vivacité de leur caractère, et la beauté des costumes de leurs femmes. Le costume des Tehuantépéquiennes est très pittoresque et varié selon les occasions. La photographie que nous avons choisie pour notre deuxième gravure (fig. 2) représente deux jeunes filles en costume de bal. Le plus grand luxe est déployé par les Indiennes de Tehuantepec à l’occasion des bals. C’est alors qu’elles se parent de leurs plus belles robes, et se couvrent de bijoux en or parfois d’un tiès grand prix.
- La splendeur éblouissante de leurs costumes aux couleurs les plus vives, et leur maintien plein de dignité leur donne une majesté vraiment royale. Je n’ai jamais vu chez aucun peuple des costumes aussi riches et aussi beaux que ceux des Indiennes tzapotèques de Tehuantepec, qui du reste jouissent d’une célébrité méritée, dans le Mexique tout entier.
- LES COUPS UE GRISOU
- Une nouvelle catastrophe due au grisou a récemment semé le deuil dans la population charbonnière de la Belgique. Ces terribles accidents provoquent toujours une vive émotion, car ils se répètent assez fréquemment, et il semble qu’on soit en présence d’un ennemi invisible dont les efforts de la science ne peuvent nous débarrasser.
- Celte fois encore, comme à Anderlues au commencement de l’année actuelle, comme à Frameries en avril 1879, l’explosion a coïncidé avec une baisse barométrique considérable, baisse qui accompagnait la tempête ressentie sur une grande partie de l’Europe occidentale. Le mouvement descendant de la colonne mercurielle avait commencé dès la veille de l’accident, d’une manière assez prononcée d’abord, très rapide à partir de 4 heures du soir. Depuis cet instant jusqu’à minuit, soit dans un intervalle de temps de huit heures, le baromètre a baissé de 11 millimètres. Pareille chute du mercure s’observe rarement. A 2 heures du matin, le 18, avait lieu le coup de grisou : le baromètre était près d’atteindre son point le plus bas, 725 millimètres (à Bruxelles), point auquel il n’était plus parvenu depuis le fameux ouragan du 12 mars 1876. On sait qu’il descendit alors jusqu’à 720 millimètres.
- En présence de ces coïncidences qui se renouvellent sans cesse entre les fortes baisses barométriques et les explosions dans les mines, — coïncidences déjà parfaitement établies par des statistiques antérieures, ainsi que nous l’avons montré dans un précédent article sur le même sujet, — le devoir s’impose à toutes les administrations des mines, nous semble-t-il, de considérer le baromètre comme l’un des instruments les plus précieux de leur outillage, et d’en faire suivre la marche avec grand soin, et d’une manière continue, par une personne compétente, spécialement chargée de ce service. Certes, tous les coups de grisou ne se produisent pas sous l’influence de dépressions atmosphériques; il y a d’autres causes qui peuvent donner naissance à des dégagements de ce gaz dangereux ; les cas de négligence, également, sont à considérer. Mais, devant les faits, on doit reconnaître qu’un grand nombre d’explosions surviennent au moment de baisses barométriques extraordinaires. C’est, du reste, ce qu’a parfaitement admis la Commission nommée après la catastrophe d’Anderlues, pour étudier les moyens de prévenir le retour de pareils malheurs, lorsqu’elle disait :
- « La Commission estime qu’il y a lieu de créer un registre spécial destiné à recevoir les observations journalières et périodiques. Il importe que les agents de charbonnages et surtout ceux qui sont chargés de la surveillance de l’aérage soient au courant des variations de l’atmosphère. Les princi-I paux de ces agents sont, outre les. ingénieurs, le
- T. Malek.
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- surveillant de la surface, le machiniste du ventilateur et les porions des divers postes. Il conviendrait que ces derniers fussent astreints à noter, avant leur descente, la pression barométrique, et à la comparer avec les observations du poste précédent. Le machiniste, ou le chef de place, devrait également, à certains moments de la journée, observer le baromètre, et, dans le cas où il constaterait une baisse rapide, en prévenir les surveillants du fond, qui auraient à prendre des mesures en conséquence. En même temps, la marche du ventilateur serait activée. Ces mesures ont d’ailleurs déjà été introduites dans la pratique par les directions de plusieurs mines à grisou. La température devrait aussi être observée ; dans ce but, il serait utile d’établir à la surface des thermomètres à maxima et à minima. »
- Ne pas tenir compte des recommandations qui précèdent serait encourir une lourde responsabilité, dont les conséquences pourraient, dans certains cas, à notre avis, provoquer les rigueurs de la loi.
- Chaque fois qu’une chute barométrique aussi prononcée que celle du 17 de ce mois serait constatée *, toutes les fosses à grisou devraient être évacuées pendant au moins quelques heures. Le travail ne reprendrait qu’avec la hausse du baromètre ; la ventilation serait en outre rendue beaucoup plus active et des recommandations spéciales seraient faites aux mineurs. On nous répondra peut-être que ce système offrirait certains inconvénients dans la pratique ; mais nous ferons observer que ces inconvénients sont peu de chose lorsque la vie d’un grand nombre d’hommes se trouve enjeu.
- Les mesures de précaution que nous préconisons ici pour les mines sont, dans un autre ordre d’idées, les mêmes que celles dont tous les capitaines de navires sont moralement obligés de tenir compte. Leur existence en dépend souvent, du reste. Le vaisseau qui attend le signal du départ est parfois retenu au port par l’annonce d’une tempête ''prochaine. Ce retard à se mettre en route lui est toujours préjudiciable, mais il vaut mieux souffrir ce contre-temps que de s’exposer à périr corps et biens. On a maintes fois vu des capitaines mis en jugement pour avoir fait fi des avis météorologiques présageant des gros temps, et avoir ainsi causé la perte de leur cargaison, ou même du navire tout entier.
- Les responsabilités sont les mêmes pour le commandant d un navire et le directeur d’une mine. L’existence des hommes placés sous leurs ordres est intimement liée à leur prévoyance, à leur sang-froid et à l’observation des règles qui se rapportent à l’exercice de leurs fonctions.
- Il est à espérer que la météorologie, à laquelle
- 1 Depuis plus d’un an, l’Observatoire royal de Bruxelles a pris à tâche de signaler aux mines, par voie télégraphique, les baisses barométriques anormales. Malheureusement ces avis ne peuvent être expédiés dans la soirée ou dans la nuit, comme il eût été si important de pouvoir le faire le 17 novembre.
- la navigation est déjà redevable de beaucoup de bienfaits, pourra, dans un avenir prochain, rendre des services non moins importants à l’industrie houillère. Elle ne sera certainement pas une panacée à tous les malheurs qui arrivent dans les mines, mais on peut affirmer qu’elle servira à en diminuer notablement le nombre. Elle acquerrait par là un nouveau titre à la reconnaissance de l'humanité.
- A. Lancaster.
- APPAREIL AVERTISSEUR DES GELÉES
- Les cultivateurs peuvent construire eux-mênie un appareil capable de les prévenir en faisant marcher automatiquement une sonnerie électrique dès que la gelée sé ferait sentir pendant la nuit. Il suffit de tendre près de terre un fil de fer isolé de dix à quinze mètres de longueur ; de telle façon qu’une de ses extrémités soit fixe et que l’autre soit libre. Si la température s’abaisse, le fil se contracte et diminue de longueur ; le fil peut être disposé de telle façon que lors de sa contraction correspondant à la température de 0 degré, son extrémité libre terminée en crochet établisse un contact et ferme le circuit d’une pile, de manière à faire fonctionner une sonnerie. Il va sans dire que nous n’indiquons ici que le principe d’un système qui peut être établi de plusieurs manières différentes. Un ingénieux physicien a même proposé de compléter cet appareil, en faisant communiquer l’extrémité libre du fil de fer avec un bras de levier qu’il arriverait à toucher en se contractant à la température de 0 degré. Le contact ferait tomber un poids sur une amorce qui mettrait le feu à des matières combustibles. Ces matières en brûlant produiraient un nuage de fumée destiné à préserver les cultures des effets du rayonnement nocturne. Il y a là une idée très originale qu’il serait intéressant de mettre en pratique.
- LES TÉLÉPHONES SPÉCIAUX.
- La plupart des téléphones connus se composent toujours d’un transmetteur, tantôt magnétique, tantôt microphonique, d’une ligne et d’un récepteur dans lequel on retrouve toujours comme parties essentielles :
- 1° Une plaque vibrante;
- 2° Un noyau aimanté ou un électro-aimant ;
- 3° Une bobine traversée par les courants ondulatoires émis par le transmetteur :
- Aucun de ces organes essentiels d’un téléphone récepteur n’est indispensable à son fonctionnement, mais il y a plus, on a pu entendre la parole sans récepteur, ou du moins sans récepteur apparent, et enfin le photophone de Bail nous a montré qu’on pouvait transmettre la parole à distance sans fil conducteur.
- Ce sont les singuliers appareils qui réalisent ces conditions que nous avons cru pouvoir grouper sous le titre général de téléphones spéciaux, à défaut
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- d’une classification qui permette de leur assigner une place bien nette dans la série des systèmes téléphoniques.
- Téléphones sans plaque vibrante. — La première simplification que peut recevoir le téléphone de Bell, dans cet ordre d’idées, consiste dans la suppression de la plaque vibrante. Dans ces conditions, la parole n’est plus transmise distinctement si le transmetteur est un téléphone magnétique, mais le récepteur articule en employant un transmetteur à charbon et les courants induits, comme dans le téléphone d’Edison. La parole est cependant très faible, mais M. du Moncel, qui a fait un grand nombre d’expériences sur ce sujet, a constaté que l’effet est d’autant, plus caractérisé que le noyau est plus fortement aimanté et que sa masse est plus petite.
- En employant un ressort de montre bien aimanté et une petite bobine de fil fin à son extrémité, M. du Moncel a pu cependant entendre la parole en employant un téléphone magnétique de Bell comme transmetteur.
- A côté de ces téléphones sans diaphragme, il convient de placer les expériences de M. Bréguet dans lesquelles on a augmenté l’épaisseur du diaphragme jusqu’à quinze centimètres sans enlever au téléphone sa puissance et ses facultés d’articulation.
- Le rôle du diaphragme dans le téléphone récepteur n’est donc pas indispensable, mais il est très utile, car il accroît dans une très grande mesure la puissance des sons émis par ce récepteur.
- Téléphone sans diaphragme et sans aimant. Expérience de M. Ader.
- — La présence d’un noyau aimanté dans le téléphone récepteur, n’est pas indispensable; l’électrophone de M. Ader emploie des petits électroaimants microscopiques en fer doux. En faisant des expériences sur ces appareils, M. Ader a été conduit à construire un récepteur composé d’une simple tige de fer de un millimètre de diamètre, enroulée d’une bobine de fil fin, et il a pu transmettre la parole dans ces conditions avec une très grande netteté. Le petit fil de fer était piqué sur une planche, et il constata qu’en appliquant contre le second bout libre de cette petite tige de fer une masse pesante, l’intensité des sons était plus que doublée.
- 11 construisit alors le simple téléphone récepteur représenté (fig. 1), formé d’un loquet de porte B, une tige de 1er doux d’un millimètre de diamètre CC', plantée dans une planchette carrée de sapin de 5 centimètres de côté et une petite bobine A roulée sur un tuyau de plume d’oie. Le transmetteur était un transmetteur à charbon quelconque. On peut avec ce petit instrument faire une expérience de
- Fig. 1. Téléphone sans plaque de M. Ader.
- spiritisme assez amusante en fichant le fil de fer CO’ sur une table, par-dessous, en dissimulant habilement les conducteurs et eu faisant parler dans le transmetteur un compère placé dans une pièce un peu éloignée. Si l’expérience est faite dans le silence, à une heure avancée de la nuit, par exemple, toute la table parle, on peut l’entendre en se plaçant assez près tout autour, et cette expérience produit l’effet le plus singulier sur les personnes crédules ou impressionnables.
- M. Ader en continuant ses expériences, a construit un second téléphone encore plus simple: il est formé d’une planchette AB (fig. 2) et d’une bobine C sur laquelle est roulé un fil fin avec des spires très peu serrées, collée sur la planchette. L’appareil parle dans ces conditions sous l’action d’un transmetteur à charbon et de trois piles Leclanché. Si les spires sont trop serrées on noyées dans la gomme laque, le téléphone ne parle plus, mais en introduisant dans la bobine un clou D, un petit fil de fer ou une aiguille aimantée venant -appuyer contre la planchette, aussitôt on perçoit très distinctement la parole. En retirant le clou, le téléphone redevient muet.
- Téléphone sans diaphragme, sans aimant et sans bobine. — Le téléphone récepteur suivant est encore plus simple. Il se compose d’une tige de fer doux A (fig. 5) et d’une planchette de bois B. En appliquant la planchette B contre l’oreille et une masse métallique pesante à l’autre extrémité du fil A, M. Ader a pu reproduire la parole en employant un transmetteur à charbon. De la Rive, en 1846, avait constaté les sons produits dans des conditions analogues avec des courants interrompus, mais M. Ader est le premier qui ait reproduit les sons articulés par des moyens aussi simples.
- M. Percival Jenns a construit aussi un téléphone récepteur sans diaphragme ni aimant formé d’une carcasse de bobine en fer, garnie de fil comme les bobines des électro-aimants ordinaires. L’appareil reproduit la parole en employant comme parleur le transmetteur à charbon d’Edison.
- Tous ces phénomènes s’expliquent, par les effets de Page, que Reiss a appliqués pour la première fois à son téléphone musical.
- Téléphone thermique de M. Preece. — M. Wie-sendanger, en septembre 1878, rapportait la reproduction de la parole dans certains téléphones, à des mouvements vibratoires résultant de dilatations et contractions moléculaires déterminées par des vari i-tions d’échauffement résultant des courants d’intensité variable transmis à travers les circuits téléphoniques.
- Nous avons nous-mème constaté, dans les expérience d’éclairage par incandescence à fil de platine
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- avec les courants alternatifs, que les petites spirales émettent un son dont la hauteur dépend de la vitesse de la machine, et comme, dans ses machines, le courant passe par zéro à chaque changement de sens, il produit un son dù certainement aux éehauffements et aux refroidissements successifs produisant des dilatations et des contractions successives de la spirale.
- M. Wiesendanger, en donnant son explication des mouvements thermiques, leur faisait une abjection tirée de la lenteur des phénomènes calorifiques dont l’action matérielle ne serait pas assez prompte pour produire des vibrations.
- M. Preece, ingénieur en chef du Post-Office de Londres, a repris ses études, et après une série de tâtonnements, est arrivé à construire un véritable téléphoné thermique formé d’un fil de platine de 7 ou 8 centièmes de millimètre de diamètre et de 15 centimètres de longueur, fixé à l’une de ses extrémités à un support et de l’autre à un disque en
- carton ou à toute autre espèce de plaque vibrante.
- L’appareil simple de M. Preece fonctionne avec un parleur à charbon d’Edison ; les effets sont dus à la rapidité avec laquelle les fils fins gagnent et perdent leur température et la sensibilité extrême à la dilatation des fils fins de grande résistance électrique.
- Microphones transmetteurs employés comme récepteurs.— M. Preece attribue aussi à des phénomènes calorifiques les effets observés pour la première fois par M. Hughes, peu de temps après la découverte du microphone. M. Hughes montra que le microphone était réversible, comme le téléphone magnétique, capable de transmettre ou de recevoir les vibrations. 11 n’y a donc plus ici ni plaque ni bobine, ni aimant, ni fil magnétique. Rien que deux morceaux de charbon à chaque poste reliés par deux conducteurs avec une pile intercalée dans le circuit.
- L’expérience est assez délicate, et tous les mi-
- Fig. 2. Téléphone récepteur sans noyau aimanté. Fig. 3. Téléphone sans plaque et sans bobine de M. Aller.
- crophones ne reproduisent pas au même degré le phénomène que nous signalons : le microphone de M. Boudet de Paris, est celui qui donne les meilleurs résultats, mais il faut pour cela que les deux appareils identiques, parleur et récepteur, soient parfaitement réglés. Un seul élément Leclanché suffit alors pour produire ces effets.
- MM. Pollard et Garnier ont pu aussi faire parler leur transmetteur à charbon de la même manière, et M. Carlo-Resio, de Gênes, a pu faire parler un transmetteur à liquides comme récepteur.
- Nous devons encore signaler comme un singulier appareil téléphonique le rustique microphone de M. Blyth.
- Microphone parleur-transmetteur de M. Blyth. — Dans une boîte plate de 30 centimètres de longueur sur 20 de large, M. Blyth dispose des charbons échappés à la combustion et désignés en Angleterre sous le nom de cinders gas, deux plaques de fer-blanc aux extrémités de cette boîte remplie de cinders gas, et le microphone est constitué.
- D’après M. Blyth, en plaçant deux microphones
- semblables sur le circuit d’une pile de deux éléments de Grove, on peut entendre la parole émise devant l’un de ces microphones dans l’autre fonctionnant comme récepteur.
- M. du Moncel a modifié l’appareil de Blyth en employant des fragments de coke un peu gros et deux électrodes, l’une en zinc, l’autre en cuivre. En mettant de l’eau dans la boîte et en attachant les deux électrodes de l’appareil ainsi constitué aux deux bornes d’un téléphone Bell, on constitue un système téléphonique dans lequel la pile sert de transmetteur, et le transmetteur sert de pile. Les variations de résistance intérieures dues aux légers mouvements du charbon dans cette singulière pile-microphone produisent les courants ondulatoires qui se transforment en paroles articulées dans le téléphone de Bell.
- Téléphone à manivelle de M. Dolbear. — Dans l’appareil de M. Dolbear, comme celui d’Edison qui l’a précédé, le récepteur ne fonctionne qu’en tournant une manivelle. C’est un moulin à paroles au sens propre du mot. M. Dolbear emploie un électro-aimant
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- LA NATURE
- droit à rondelles de fer doux monté sur un axe à ma- ! nivelle; une légère pièce de fer disposée de manière à former armature appuie contre cesrondelles,l’autre extrémité étant reliée au diaphragme. En tournant la manivelle, l’électro-aimant mobile recevant le courant ondulatoire du transmetteur, exerce une traction plus ou moins grande sur les tiges et fait vibrer le diaphragme. D’autre fois, le cylindre est en fer et la tige est un petit électro-aimant. On peut encore employer l’appareil à faire un frein plus ou moins énergique sur une bande de papier se déroulant d’un mouvement régulier et prise entre les bandes et l’armature du relais ; en appliquant la bande de papier contre l’oreille, on entend parler cette bande de papier. Il va sans dire que l’arrêt de la manivelle, dans ces trois dispositions téléphoniques, rend l’appareil muet.
- L’idée d’employer cet effet mécanique comme intermédiaire revient cependant entièrement à Edison, dont le téléphone éleetro-chimiqne à manivelle a précédé de beaucoup les appareils de M. Dolhear.
- L’appareil auquel nous faisons allusion a été décrit dans la Nature, nous ne pouvons que le signaler ici.
- Il en est de même du téléphone à mercure de M. Bréguet, dans lequel les effets sont dus aux actions électro-capillaires si bien mises en évidence par M. Lippmann.
- Disons en terminant que les appareils capables de transformer en sons le courant ondulatoire émis par un transmetteur téléphonique à pile peuvent prendre les formes les plus bizarres et les plus inattendues.
- C’est ainsi que M. Gray est arrivé à construire un téléphone dans lequel la main de l'opérateur servait de récepteur, et que M. Créspaux, chef de bataillon du génie à Lunéville, a pu entendre la parole sans téléphone du tout.
- Les expériences de M. Créspaux ont été décrites dans le Bulletin de la Société d’encouragement (séance du 13 juin 1877).
- Toutes ces dispositions téléphoniques singulières, et bien d’autres que nous ne pouvons décrire, sous-peine d’allonger indéfiniment cet article, montrent nettement deux choses, la première que l’oreille est un organe d’une délicatesse et d’une sensibilité prodigieuses, la fécondé que les actions en jeu dans le téléphone sont excessivement faibles et perceptibles surtout à cause de la perfection de notre organe.
- Ces nombreuses recherches et les modifications qu’on a fait subir à l’admirable invention deM. Bell, ont au moins un avantage qu’on ne saurait leur contester.
- Elles ont ouvert un horizon immense à la science acoustique, et ont permis d’établir, au moins qualitativement, le rôle des actions si complexes qui se produisent dans le téléphone d’articulation.
- E. Hospitalier.
- SOCIÉTÉS SAYANTES
- Société française de Physique. — Séance du 3 décembre 1880. —Présidence de M. Mascart. — M. Bel lat donne les résultats des recherches qu’il a faites sur les forces électromotrices de contact des métaux à l’aide d’une méthode qu’il a fait connaître dans une précédente séance. On ne peut déterminer que la différence de potentiels des couches électriques qui résident à la surface même des métaux. On fait varier la force électromotrice du cuivre, en l’exposant à l’action de l’acide sulfhydrique pendant un temps si court que nulle altération n’est apparente; la variation électrique produite est la même, que la couche de sulfure soit invisible ou visible, la force électromotrice superficielle réside donc tout entière dans une couche dont l’épaisseur est très petite par rapport à une longueur d’onde lumineuse. Les altérations physiques ont une action au moins égale à celles des altérations chimiques; la forme de la surface (rugosité, poli) n’intervient pas. Par contre, on change considérablement la force électromotrice d’un métal (cuivre, zinc) en écrouissant superficiellement avec un papier de verre; cette altération dure quelques minutes. M. Pellat a étudié l’action du milieu isolant. La pression et la nature du gaz inerte environnant ont une influence, mais l’action ne se fait sentir qu’avec un retard d’une fraction de minute, ce qui fait supposer qu’elle est liée à une condensation superficielle du gaz. Enfin M. Pellat a comparé la force électromotrice de deux métaux dans l’air à leur force électromotrice dans un liquide. Il a constaté que la force électromotrice est la même dans Pair et dans l'alcool pour tous les couples de métaux examinés, à condition que l’état physique de leur surface soit la même dans les deux c-as, et que l’on prenne dans l’alcool la force électromotrice initiale. — M. Mercadier expose ses dernières recherches relatives à la Radiophonie. Nous renvoyons à ce sujet nos lecteurs à l’un des derniers comptes rendus de l'Académie des sciences.
- Société botanique de France. — Séance du 10 décembre 1880. — M. Bureau présente le fruit frais du Palmier de Seychelles dont il a annoncé l’arrivée dans la dernière séance. — M. Patouillard présente deux espèces de champignons récoltés aux environs de Paris, dont l’une est nouvelle. — M. Henri Vilmorin présente le résultat de ses expériences de culture sur le croisement des blés. Il a pu obtenir les croisements avec graines fertiles sur six espèces de blé, sauf le Triticum monococcum. Quelques-uns de ces hybrides présentent des caractères intermédiaires sans retour ni à l’un ni à l’autre des parents. D’autres ressemblent à des variétés connues telles que le Blé de Sauinur. Il en est enfin qui dans leur postérité, présentent les variations les plus curieuses, offrant parfois des ressemblances avec des espèces de blé qui ne sont pas leurs parents, tandis qu’à la première génération obtenue les plants sont très semblables.. — M. Zeiller présente des échantillons de plantes fossiles provenant de Russie. On avait cru reconnaître les membranes qui constituent ces fossiles comme formées d’une assise de cellules. On peut préparer ces membranes chimiquement ; on s’aperçoit ainsi qu’elles ne sont pas composées de membranes, mais par des cuticules de feuilles. Ce sont des cuticules fossiles conservées. M. Van Tieghem en a reconnu les caractères anatomiques. M. Zeiller a retrouvé les caractères chimiques des cuticules conservées depuis l’époque houillère et de celles conservées depuis l’époque juras-
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- sique. La plante semble ne pas appartenir auxLyeopodia-cées, comme on l’avait cru, mais à une espèce voisine des Sigillaires. —- M. Van Tieghem communique le résultat de ses observations sur la vie de certaines plantes à l’intérieur des huiles. Dans l’huile d’olive il est très facile d’obtenir de semblables développements de champignons. Les graines des plantes phanérogames ne continuent pas à se développer dans l’huile, mais des spores de mucorinées qui sont à la surface, germent et peuvent donner lieu à des développements considérables. Le mycélium de ces champignons, qui se développe si bien dans l’huile, ne peut pas croître lorsqu’il est dans l’eau.
- Société de géographie de Paris. — La deuxième assemblée générale de 1880 a eu lieu le 17 décembre en présence d’une affluence considérable de spectateurs. M. Milne-Ewards, de l’Académie des sciences, présidait en l’absence du vice-amiral baron de la Roncière Le Noury. M. le président a ouvert la séance par une allocution où il a rendu honneur à l’énergie avec laquelle la France a travaillé, depuis dix ans, pour se relever de jes désastres. Il a dit quelle part la science et en particulier la science géographique, avait dans ce réveil national. Chaque jour l’étude de la terre étend son empire ; la géographie trouve partout des apôtres ; l’inconnu est assiégé sur tout les points. Le champ des connaissances s’agrandit sans cesse ; une découverte en appelle une autre. Mais nous sommes encore loin du but. Quand nous aurons tout exploré sur la terre, il nous restera à connaître le dessous ; l'étude des mers, celle des courants, celle des animaux sous-marins (étude encore à peine ébauchée), nous solliciteront. Ainsi la science s’alimente d’elle-même, suivant l’heureuse expression de M. Milne-Edwards. — Le secrétaire général, M. Maunoir, a lu ensuite le rapport annuel sur les travaux de la Société et les progrès des sciences géographiques pendant l’année 1880. — Un membre du Club alpin français, M. Ch. Rabot, a donné communication d’un intéressant extrait de ses excursions dans le nord de la Norvège, illustrées à l’aide de projections à la lumière oxhydrique. — M. de Lesseps, qui assistait à la séance, a annoncé au milieu des applaudisssements que la première expédition pour commencer les travaux de l’isthme de Panama, quitterait la France le 6 janvier prochain.
- BIBLIOGRAPHIE
- Diamant et pierres précieuses ; cristallographie, descriptions, emplois, évaluation, commerce. — Bijoux, joyaux, orfèvrerie, au point de vue de leur histoire et de leur travail; par MM. Jannetaz, Vanderheym, Fontenay et Coutances. 1 vol. in-8° avec vignettes et une planche en couleur; Paris, Rothschild, 1881.
- Ce volume commence par un véritable cours de cristallographie, résumé des conférences que M. Jannetaz professe à la Sorbonne aux candidats à la licence : Fauteur a su traiter son sujet d’une manière tout à fait complète et en retranchant les subtilités qui rendent d’ordinaire si aride une étude par elle-même pleine d’attraits. Nous signalerons ensuite la partie relative à la taille des pierres précieuses où l’auteur réduit beaucoup le mérite attribué ordinairement à Louis de Berquern, d’avoir inventé Yégrisée et l’art de s’en servir. Puis vient un curieux chapitre sur l’étymologie du nom de gemme : il a coûté beaucoup de recherches à l’auteur et démontre sa grande érudition. Enfin une large place est attribuée
- h l’étude géologique du diamant, c’est-à dire à l’examen des divers gisements dans lesquels il se présente. Les plus célèbres comme on sait sont les gemmes de l’Inde, du Brésil et du cap de Bonne-Espérance. Récemment un assez grand nombre de diamants ont été extraits en Australie, des alluvions aurifères de Mudgée. Pour donner une idée complète de l’ouvrage édité par M. Rothschild, il faut signaler aussi les chapitres relatifs au corindon, au spinelle, au chrysobéryl de Werner, à l’émeraude, aux grenats, à la cordiérite, aux pierres de nature feldspathi-que, au péridot, au zircon, àla topaze, au quartz, aux turquoises. Une intéressante partie est celle des pierres d’un rang inférieur, à titre de pierres précieuses, mais dont plusieurs sont très recherchées dans l’ornementation de luxe. Ces pierres sontentre autres ; le jade,la serpentine, l’andalousite, le lapislazuli, parmi les silicates; la malachite parmi les carbonates ; le gypse qu’on taille quelquefois en perles dont on fiût des colliers, parmi les sulfates ; la fluorine dont les variétés pourpres et fibreuses concrétionnées formaient la matière des vases murrhins décrits par Pline ; l’ambre, qui est comme on sait une matière organique, ainsi que le jayet et l’anthracite. De plus les auteurs n’ont pas omis de faire une place à la reproduction et à l’imitation des pierres précieuses. Après une description de ces merveilles qui s'appellent « joyaux et orfèvreries », le livre se teimine par un traité curieux sur la perle et le corail.
- Voyage d’une famille à travers la Méditerranée raconté par la mère Mrs. Brassey. 1 vol. gr. in-8° avec 130 gravures et 2 cartes en couleur. Paris, Maurice Dreyfous. Prix broché, 8 francs.
- Nous avons parlé l’an dernier du Voyage d'une famille autour du monde, ouvrage remarquable donnant le récit authentique d’un voyage qu’une riche famille anglaise, la famille Brassey, a accompli sur un navire à elle. M. Brassey dirigeait le navire, sa femme écrivait le récit du voyage, et un ami dessinait les sites les plus ro-marquables que visitaient les voyageurs. Ce récit, traduit en français, eut un grand succès. Cette année, M. Maurice Dreyfous publie un second livre de Mma Brassey, écrit dans les mêmes conditions. C’est celui que nous annonçons. Sur son navire le Sunbeam, la même famille, composée du père, de la mère et de plusieurs enfants, a visité Athènes, Constantinople, les îles Ioniennes, Naples, Chypre ; puis, l’Espagne, Gibraltar, Cadix, Séville ; puis l’Algérie, Malte, etc. Ce récit contient des observations fort intéressantes sur les mœurs orientales. Mme Brassey a visité de grandes dames musulmanes ; elle en fait le portrait, nous les présente, avec leurs idées, leurs coutumes; elle sait le faire en un style excellent, sous une forme agréable, sans prétention et avec une simplicité peu commune.
- Nouvelle géographie universelle. La terre et les hommes, par Elisée Reclus. Tome VI, l’Asie msse. 1 vol. gr. in-8° illustré de nombreuses gravures. Paris, Hachette et Cic, 1881.
- Il n’est plus nécessaire de faire l’éloge de cette publication, qui atteint les proportions d’un monument géographique. M. Elisée Reclus aura eu l’honneur de relever en France une science si longtemps délaissée parmi nous, celle de l'histoire de la terre et des nations qui l’habitent. Le nouveau volume qui vient de paraître nous montre que Fauteur tient plus que ses promesses, et qu’il sait améliorer son œuvre au fur et à mesure qu’il la poursuit-
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- LA NATURE.
- UNE
- EXCURSION A IA YALLÉE D’ARRACES
- ET AU MONT-PERDU
- (HAUT ARAGOîn)
- Les excursions dans les Pyrénées sont loin de ressembler à celles qu’on peut faire en Suisse ou dans la Haute-Savoie; des abris confortables situés à 3000 mètres dans les neiges, comme celui des Grands-Mulets, n’existent nulle part, et quand on veut parcourir les admirables sites qui entourent le Mont-Perdu notamment, on est réduit à passer les nuits du voyage, soit en plein air, soit dans le creux de rochers, en compagnie de patres espagnols. Il faut emporter des vivres pour plusieurs jours, du charbon et du combustible pour combattre la fraîcheur des nuits.
- On conçoit qu’en raison de ces difticultés, les touristes fréquentent peu ces belles régions du haut Aragon; elles sont à peine connues. C’est seulement depuis le mois d’août 1876 que le chemin de la partie supérieure des hautes murailles naturelles de la vallée d’Arraces a été ouvert.
- A cette époque, MM. Schrader et Lourde-Roche-blave, accompagnés des guides Brioul et Pierre Pujo, exécutèrent pour la première fois cette admirable excursion.
- Le récit de M. Schrader est bien fait pour exciter la curiosité ; au mois d’août dernier,» me trouvant à Gavarnie, je résolus de consacrer quatre jours à visiter ces montagnes si peu explorées. Brioul lut mon guide et Henry Courtade mon porteur.
- La première journée fut employée à faire l’ascension du pic du Pimené, à visiter le lac glacé au pied du Mont-Perdu, à contempler la vue féerique de la vallée de Bielsa, et à parcourir le col du Cylindre; nous passâmes la nuit dans la cabane dont les touristes doivent la construction au comte Russell. Cet abri est formé par trois pans de muraille appuyés sur le rocher même et édifiés sous les assises qui servent de base au Cylindre. Dans l’un des murs, on a pratiqué un trou pour laisser passer la fumée. La porte d’entrée a été récemment enlevée par les Espagnols.
- On se trouve là dans un lieu admirable, en présence du mont Arouebo, remarquable par son aspect desséché et son caractère sauvage, des neiges du Mont-Perdu et du plateau de Gaulis; plus loin, les montagnes aragonaises s’étendent à l’horizon, et autour de soi, les roches usées par Je temps accompagnent cet étrange tableau, qui ne ressemble en rien au paysage pyrénéen du versant français.
- Le lendemain, au lever* du jour, nous, commençons à gravir les pentes rapides du Mont-Perdu ; un brouillard assez épais gêne notre marche. Nous arrivons cependant sur la cime du Mont-Perdu (335i mètres). Le soleil se lève; les brumes ob-
- scures tout à l’heure, deviennent lumineuses, montent dans le ciel, se dissipent peu à peu et dévoilent une à une toutes les cimes des Pyrénées.
- Le froid est très vif; nous descendons, et nous allons prendre un frugal repas au bord du petit étang glacé du col du Cylindre. Bientôt, aidés par la remarquable carte que M. Schrader a faite pour le massif du Mont-Perdu, nous longeons le plateau de Gaulis pour arriver sur les hauteurs des falaises d’Arraces, qui constituent assurément une des plus belles curiosités naturelles que l’on puisse voir.
- Les roches calcaires forment de véritables murailles s’élevant en gradins gigantesques autour de la plaine inférieure, qui constitue un des plus remarquables exemples géologiques d’une vaste vallée d’érosion. A 700 mètres environ au fond de gouffres vertigineux, se précipite le torrent d’Or-desa, encadré par des forêts de sapins séculaires. Chaque détour de murailles réserve à la vue des surprises toujours nouvelles dans l'ensemble capricieux et sauvage de ces rochers qui dominent des océans de verdure.
- Le point le plus remarquable de ces paysages extraordinaires est situé en face de la Brèche-de-Roland et du Taillon. C’est en haut des rochers d’Arraces, - qui n’ont pas moins de 2000 mètres d’altitude, que le spectateur admireleplus merveilleux tableau ; à sa droite, des rochers jaunis par l’âge soutiennent le mont Arouebo, à sa gauche, s’élèvent les immenses murailles du Cotatuero. A quelques mètres plus bas, je découvris une sorte de grotte naturelle, excavation toute tapissée d’une belle et rare plante, la Rnmondia pyrenaica, aux couleurs violettes si éclatantes, et c’est là qu’abrité du soleil ardent, il me fut permis de dessiner à loisir le paysage qui est reproduit ci-contre..
- L’heure du retour est vite arrivée; Brioul et Courtade me pressent, caria petite ville de Torla, où nous devons aller, est à une assez grande distance. Nous descendons les roeher/s d’Arraces, et en longeant le vallon de Diazes, la nuit ne tarde pas à nous surprendre. Dans la belle forêt de buis qu’il faut traverser, l’obscurité devient complète. A neuf heures du soir, après seize heures passées dans la montagne, nous étions seulement à Torla, chez de braves Aragonais qui donnent l’hospitalité aux voyageurs, car il n’y a point là d’auberge accréditée. La dernière heure de notre route s’était faite pour ainsi dire à tâtons par des chemins pierreux et très difficiles.
- Le lendemain matin, nous reprenons notre route dans le fond de la vallée d’Arraces, en suivant le cours de i’Ordesa, charmés par la vue des belles cascades et des arbres de la forêt qui encadrent si bien les immenses murailles d’Arraces. Le soir, nous demandons l’hospitalité à des pâtres du plateau de Gaulis, et nous dormons, au nombre de huit, serrés les uns contre les autres et couchés sur des peaux de mouton.
- Au lever de notre quatrième jour d’excursion,
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- Vue île la vallée d'Arraces, dans le haut Aragon, montrant le mont Arouebo, la brèche de Roland et les rochers du Cotatuero.
- (Dessin d’après nature par M. Albert Tissandier.)
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- LA NATURE.
- nous repartons pour gagner la Brèehe-de-Roland. Je fais l’ascension de la Tour-de-Marboré, afin d’ad-înirer le panorama du cirque de Gavarnie, avec toute la vallée française, et contempler une dernière fois le mont Arouebo et les rochers aragonais. Le soir, nous étions rentrés à l’hôtel, regrettant des journées si belles et trop tôt passées.
- Albert Tissandier.
- LA NUTRITION CHEZ LES PLANTES
- ET CHEZ LES ANIMAUX (Suite et lin. — Voy. p. 38.)
- On sait depuis longtemps que, pendant la germination des graines de céréales, les granules d’amidon se détruisent graduellement, en même temps que la glucose se développe dans les tissus. C’est un phénomène de digestion du à une substance azotée, appelée diastase par MM. Payen et Persoz. Grâce à ce ferment, l’embryon de la plante peut utiliser, pour sa croissance, les éléments nutritifs du grain. Sachs a observé le premier que les granules d’amidon formés par assimilation, pendant le jour, dans les corpuscules chlorophyllés des feuilles, disparaissent pendant la nuit. On sait maintenant qu’il se dissout constamment des granules d’amidon ; mais la régénération par assimilation, surpasse pendant le jour l’action destructive, et il en résulte qu’à la fin de la journée il y a, dans les corpuscules chlorophylliens, accumulation d’amidon. Les travaux récents de Baranetzkv ont fait voir que, dans toutes les cellules contenant de l’amidon, l’on trouve ce ferment, qui le métamorphose et le rend soluble. — Dans certaines plantes (canne à sucre, betteraves, etc.) les produits de l’assimilation prennent, en dernier lieu, la forme de sucre. Claude Bernard a prouvé que, même lorsque la betterave est anesthésiée, le ferment, privé de sensibilité, n’en remplit pas moins sa fonction : la transformation de l’amidon en sucre est soumise à de simples lois chimiques.
- Jusqu’à présent, aucun ferment émulsif n’a été reconu dans les tissus végétaux. Tout indique cependant qu’il en existe, car non seulement on observe des globules huileux dans les cellules assimilatrices, mais dans beaucoup de graines (pavot, lin, ricin, etc.) les substances de réserve prennent la forme de graisses et d’huiles, et Gressner a démontré que cette huile est destinée à la nourriture de l’embrvon. Les graines huileuses, broyées dans un peu d’eau, forment d’ailleurs promptement une émulsion. De plus minutieuses recherches permettront sans doute d’isoler le ferment émulsif.
- La présence de ferments peptiques, dans les plantes où s’opère la métastase de corps albumineux, a grandement attiré l’attention, dans ces dernières années. On se rappelle les recherches de
- Darwin, etc., sur les plantes dites carnivores. Les poils glanduleux des feuilles de la Dionée, par exemple, exsudent un ferment (pepsine), qui agit sur les matières albuminoïdes du corps des insectes englués par la plante, pour les digérer graduellement et les convertir en peptones. Mais ce n’est pas seulement dans les plantes carnivores que nous trouvons la pepsine. Dans beaucoup de plantes, spécialement dans les légumineuses, l’albumine forme dans les graines une partie des matériaux de réserve qui doivent être absorbés par l’embryon. Gorup-Besanez a réussi à extraire d’une espèce de vesce un ferment digestif qui agit puissamment sur les matières albuminoïdes. Wittmack a aussi extrait du Papayer une grande quantité de pepsine. Nægeli a trouvé la pepsine dans les cellules de la levure. Enfin, il existe nn groupe d’organismes simples, connus actuellement sous le nom de Myxomycètes, qui, à l’une des périodes de leur vie, offrent l’aspect de masses de protoplasma se mouvant à la surface de leur nidus, et présentant les caractères des plus simples formes animales, telles que l’Amcebe. Ges masses de protoplasma, qui constituent à la surface des fosses des tanneurs les lleurs de tan, ont, ainsi que l’a observé de Barv, la faculté de digérer, par une absorption graduelle, les particules solides dont leur nourriture est tirée. Dans ces organismes végétaux, proches alliés des champignons, Kühne a démontré l’existence de la pepsine.
- Ainsi les ferments amylolytiques, émulsifs et al-buminosiques, existent dans les végétaux, aussi bien que dans les animaux. Ils sont, dans les deux règnes, indispensables à la digestion. Dans, la plante, les matières nutritives pénètrent ensuite, à travers les parois des cellules, vers les points de croissance, où elles s’accumulent comme réserve, tandis que les particules non nutritives prennent la forme d’excrétions.
- Chez les plantes comme chez les animaux, la combustion qui accompagne la croissance produit un dégagement d’acide carbonique, et un supplément d’oxygène devient nécessaire : la respiration s’effectue encore par l’échange de ces deux gaz. Les phénomènes respira toires existent constamment dans toutes les plantes , vertes ou non. Mais, dans les plantes vertes, ces phénomènes sont, pendant le jour, masqués par l’assimilation ; ils n’apparaissent clairement que lorsque l’assimilation cesse, pendant l’obscurité. Telle est l’origine de la confusion qui s’est malheureusement établie contre l’assimilation et la respiration des végétaux, bien que, dès 1804, Ingenbousz ait indiqué la différence entre les deux phénomènes. Ainsi a pris naissance cette erreur, encore accréditée chez nous, que la respiration des plantes est de deux sortes : l’une qui a pour but d’expirer l’oxygène, et qu’on appelle respiration diurne; l’autre qui produit de l’acide carbonique, et qu ’on nomme respiration nocturne.
- On ne saurait trop le répéter : la respiration des
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- plantes est un phénomène de combustion comme celle des animaux.
- Cependant les plantes peuvent vivre des jours entiers privées d’oxygène ; mais, dans une telle atmosphère, elles ne peuvent croître ni se développer, et elles finissent par mourir. -— Nous devons dire, toutefois, que des observateurs sérieux, entre autres Nægeli, admettent que les végétaux les plus simples, tels que les Schizomycètes et les Saccharomycètes, peuvent vivre et se propager en l’absence de l’oxygène.
- Des études de Pringsheim, il resuite que la chlorophylle agit comme un écran pour préserver le protoplasma des cellules contre l’action trop vive de la lumière; et, comme l’inspiration de l’oxygène croît avec l’intensité lumineuse, la chlorophylle agit comme régulatrice de la respiration ; dans ces circonstances, elle provoque ainsi indirectement l’assimilation.
- La respiration que nous avons appelée interne ou intramoléculaire se continue dans les parties intimes de la plante : dans toutes les cellules digérantes, l’oxygène inspiré sert à la combustion des produits de la métastase. Jamieson a annoncé dernièrement la curieuse découverte d’une substance qui, comme l’hémoglobine du sang, a une grande affinité pour l’oxygène, qu’elle transporte jusqu’à l’extrémité des tissus.
- On conçoit que cette découverte, si elle est confirmée, établit une nouvelle et frappante analogie entre les deux règnes. En résumé, nous sommes partis d’une même substance, le protoplasma, et nous y avons suivi les manifestations variées de la vie, dans le développement animal comme dans la nutrition de la plante h
- R. Vion.
- LA. GLYCERINE DANS LE VIN
- Le Bulletin de la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux nous informe que, dans l’une des dernières séances de cette Société, M. Caries, pharmacien-chimiste, a appelé l’attention de ses collègues sur un nouveau genre de fraude qui se pratique aujourd’hui, paraît-il, dans le Midi, et qui consiste à ajouter aux vins blancs communs une assez forte proportion de glycérine, dans le but de les rendre plus agréables au goût.
- M. Caries, ayant eu à analyser un de ces vins glycéri-nés qui lui avait été soumis par un débitant de Bordeaux, a trouvé qu’il contenait 109 grammes de glycérine par litre. Il est vrai que les vins naturels, ainsi que M. Pasteur l’a découvert, contiennent normalement de la glycérine. Mais il faut savoir que la proportion de cette glycérine naturelle n’atteint pas 8 grammes par litre. Ainsi, d’après cet illustre chimiste, le vin vieux de Bordeaux, de bonne qualité, renferme 7 gr. 41 de glycérine par litre; le vin de Bordeaux ordinaire, 6 gr. 97; le bon vin
- 1 D’après M. Balfour.
- vieux de Bourgogne, 7 gr. 54; le vin d’Arbois vieux, 0 gr. 75.
- M. Caries, étonné de cette forte proportion de 109 grammes par litre, s’est demandé si la glycérine administrée à l’intérieur, à de pareilles doses, n’était pas capable de produire des accidents toxiques, des accidents d’empoisonnement. La question fut soumise par lui 'a la Société de médecine.
- Or, des expériences physiologique, faites dès 1876, permettent de répondre immédiatement à cette question.
- Deux savants distingués, MM. Dujardin-Beaunietz et Audigé, ont, en effet, étudié sur des chiens l’action toxique (du grec toxikon, poison) de la glycérine chimiquement pure, introduite sens la peau ; ils ont montré que cette substance, à la dose de 8 à 10 grammes par kilogramme du poids du corps, déterminait dans les vingt-quatre heures des accidents mortels, en produisant un ensemble de symptômes et de lésions comparables, dans une certaine mesure, à ceux que l’on observe dans l’alcoolisme aigu : aussi, ces physiologistes ont-ils donné à cet ensemble symptomatique le nom de giy-cérisme aigu. Cette analogie dans les propriétés toxiques, entre la glycérine et l’alcool, confirme, du reste, le résultat des recherches de M. Berthelot, qui a démontré qu’on devait ‘considérer la glycérine comme un alcool d’une classe spéciale.
- La conclusion du travail des deux physiologistes est qu’au point de vue thérapeutique, il n’est pas sans danger d’administrer à l’intérieur du corps de trop grandes quantités de glycérine.
- Si, à dose un peu élevée, la glycéi'ine peut déjà être nuisible lorsqu’elle est employée fortuitement comme médicament, quels dangers n’olfrira-t-elle pas si elle doit entrer frauduleusement, dans des proportions telles que celles indiquées plus haut, dans l’alimentation de tous les jours.
- E. Vignes.
- LES JOUETS SCIENTIFIQUES
- Il n’est personne qui ne s’occupe plus ou moins de jouets à l’heure où nous écrivons, aussi nos lecteurs auront-ils quelque indulgence en faveur de la présente notice, à laquelle on ne pourra tout au moins méconnaître son caractère d’actualité, à la veille de Noël et du premier jour de l’an 1881.
- Nous avons eu l’occasion de visiter, ces jours derniers, une grande fabrique de jouets (il en existe quelques-unes à Paris qui ont l’importance d’établissements industriels), nous en sommes sorti tout rempli d’admiration pour ces artistes ignorés, ces inventeurs ingénieux et obscurs, qui confectionnent les poupées parlantes, façonnent les lapins savants et construisent avec tant d’habileté, ces innombrables objets qui ont toujours le privilège de faire la joie des enfants.
- Parmi les jouets de l’enfance, il en est quelques-uns qui constituent de véritables appareils de physique, des utiles objets d’étude, et qui assurément peuvent être considérés comme éminemment utiles à l’enseignement. Ce sont ceux-là qui doivent avoir
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- LA NATURE
- la préférence sur tous les autres, ce sont ceux-là sur lesquels nous voulons appeler l’attention de nos lecteurs à la veille du jour de l’an.
- Voici le zootrope (fig. 1), il se compose, comme on le sait, d’un cylindre de carton tournant autour d’un axe central ; le cylindre est percé de fentes verticales équidistantes , à travers lesquelles on peut voir les dessins qui se succèdent sur une bande de papier adaptée à l’intérieur de l’appareil en rotation. Ces dessins sont exécutés de telle sorte qu’ils figurent les différents temps d’un mouvement compris entre ses deux limites extrêmes; par suite de la persistance des impressions sur la rétine, les phases successives se confondent, et l’observateur croit voir, sans transition, s’exécuter le mouvement tout entier. Nous représentons (fig. 2) quelques spécimens réduits des dessins destinés au zootrope.
- On voit successivement un personnage qui tire le diable par la queue, un voleur qui sort d’un coffre, et qui y rentre sucessivement sous l’action des efforts d’un gendarme; un chasseur qui tue un oiseau, un petit
- canotier qui agite ses rames devant un moulin à eau. Les limites extrêmes du mouvement sont données par les figures de droite et de gauche ; les figures intermédiaires forment les transitions, elles sont généralement égales au nombre de fentes du zootrope. Il ne serait pas très difficile de construire soi-même un semblable instrument; on pourrait faire des dessins moins futiles que ceux qui sont reproduits ci-contre d’après un modèle du commerce; on pourrait, par exemple, représenter le globe terrestre tournant dans l’espace, ou un piston de corps de pompe animé de son mouvement de va-et-vient. Le zootrope ainsi compris, deviendrait un véritable appareil d’étude.
- Parmi les autres jouets basés sur la persistance des impressions sur la rétine, nous citerons la toupie éblouissante. Ce petit appareil est si remarquable qu’il devrait, à notre avis, figurer dans tous les ' cabinets de physique ; c’est un ingénieux perfectionnement de la toupie à disques colorés d’Helmholtz. Il se compose d’une toupie métallique assez massive, que l’on met en
- Fig. 2. Spécimens des figures du zootrope.
- rotation au^moyen d’une cordelette enroulée dans la gorge pratiquée autour de la partie supérieure de son axe. Cet axe est creux et permet de recevoir une tige métallique adaptée à une poignée que l’on tient à la main. On pose la toupie dans un petit godet de porcelaine, on la place en position verticale, au moyen de la tige autour de laquelle elle tourne, et que l’on tient de la main gauche, on déroule violemment la ficelle en la
- tirant de la main droite ; on retire la tige métallique, et la toupie tourne pendant un temps d’une durée assez considérable. On y pose des disques évidés au centre, de couleurs différentes et de différents diamètres ; ces disques tournent avec la toupie, mais leurs couleurs se confondent et produisent des effets très variés. Les disques jaunes, bleus, rouges, successivement superposés pendant la rotation, donnent l’apparence de cercles concentriques
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- verts, violets, oranges, d’un effet très remarquable. La toupie peut en outre recevoir, dans l’orifice de son axe, des longues tiges métalliques, analogues à des
- Fig. 3. Toupie éblouissante; aspect qu’elle présente en rotation.
- et le carton qui s’y trouve adapté, participent au mouvement de rotation de la toupie, et alors le
- Fig. 5. Vélocipède mû par un ressort de caoutchouc.
- offre l’aspect d’un vase (fig. 3), d’une sphère ou d’une coupe, suivant la forme du carton employé. Les effets produits par la toupie éblouissante sont
- aiguilles à tricoter, dans lesquelles on a piqué des cartons minces découpés, semblables à ceux qui sont figurés'à la gauche de notre figure 3. L’aiguille
- Fig. 4. Spirale de papier mise eu rotation à l'aide d’un écrou.
- carton découpé étant aperçu en même temps dans les positions successives qu’il occupe en tournant,
- A’.V
- Fig. 6. Poisson nageur; détail du mécanisme.
- extrêmement variés. On peut encore faire tourner des disques de carton à des niveaux différents et piquer dans l’axe central des cartons à deux faces,
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- LA NATURE.
- qui donnent les effets du tliaumatrope. Cet appareil est très ingénieux et très intéressant.
- La figure 4 représente une hélice de papier mousseline très léger, montée sur un châssis et un cadre circulaire également confectionnés avec un papier très mince. Cette hélice peut être maintenue en l’air sous l’influence d’un courant d’air ascendant habilement produit par un petit écran. Le système se met alors à tourner rapidement.
- De très jolis jouets consistent encore en petits appareils mécaniques, mis en mouvement par des ressorts de caoutchouc. Le véloeipédiste de la figure 5 tourne autour d’un pivot central, quand on a tourné préalablement le ruban de caoutchouc auquel il se trouve adapté comme le montre notre dessin. Il y a là un exemple intéressant de l’em-magasinement de la force par un ressort.
- Le poisson-nageur (fig. 6), qui se meut, dans l’eau, d’une façon très curieuse, par le mouvement de va-et-vient de sa queue, fonctionne d’après le même principe. On tourne le ressort de caoutchouc pour le faire marcher ; mais ici, le caoutchouc est adapté à une roue dentée, qui à la façon d’un échappement d’horlogerie, imprime un mouvement de va-et-vient à la queue mobile autour d’un axe. Ces détails de construction sont utiles à examiner ; il faudrait les faire connaître et les expliquer aux enfants, qui sont curieux naturellement, et qui n’ont pas toujours tort de casser leurs jouets pour voir ce qu il y a dedans. Ce sont parfois alors de petits savants, qui ont recours à la méthode expérimentale et qui font l'analyse de l’objet qu’ils veulent étudier. Il ne resterait plus qu’à leur apprendre à en faire la synthèse, c’est-à-dire à le reconstituer à l’aide de ses différentes parties séparées.
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- CHRONIQUE
- L’hippophagic en France. — La consommation de la viande de cheval, d’àne et de mulet, augmente peu à peu en France, non pas autant que le désireraient les membres de la Société fondée dans le but de propager l’usage de cette viande, mais cependant le progrès est incontestable. C’est ainsi que le poids de viande de cheval consommée,qui en 1866 n’était que d’environ 85 000 kil. a atteint en 1879 plus d’un million et demi de kilogrammes. Des boucheries hippophagiques existent non seulement a Paris où*’’elles sont aü nombre d’une vingtaine, mais encore dans les principales villes de province telles que Marseille, Lyon, Nancy, Reims, etc. Beaucoup de chevaux encore jeunes mais ayant des tares ou des accidents les empêchant de travailler, sont envoyés à l’engrais dans les herbages. La viande qu’ils fournissent est très belle et il suffit pour s’en convaincre de passer devant une boucherie hippophagique; de plus elle est meilleure marché que celle de bœuf, bien que dans les bons morceaux elle soit très recherchée. — Un cheval moyen donne environ 200 kilogrammes de viande
- nets. Cette viande comine goût, se rapproche beaucoup de celle du chevreuil, et dans beaucoup de restaurants « filet de chevreuil », signifie « filet de cheval ».
- Le Congrès international de géologie tenu à Paris en 1878 a nommé une commission chargée d’éludier avant le prochain congrès (Bologne, 1881) la question des règles à suivre pour établir la nomenclature des espèces.
- Voici les membres de celte commission :
- Pour la Paléontologie : MM. Colteau, ancien président de la Société géologique de France ; Douvillé, ingénieur des mines; Gaudry, président de la Société géologique, professeur au Muséum ; Gosselet, professeur à la Faculté des sciences de Lille ; Pomel, sénateur ; de Saporta, correspondant de l’Institut.
- Pour la Minéralogie : MM. Des Cloizeaux, membre de l’Institut; Jannettaz, ancien président de la Société géologique, maître de conférences à la Faculté des sciences.
- — M. Prillieux, professeur de botanique à l’Institut national agronomique, vient d’adresser à M. le ministre de l’agriculture et du commerce, un intéressant rapport sur les dégâts causés aux produits agricoles par les froids de l’hiver 1879-1880.
- — A une récente exposition de brasseurs, en Angleterre, on a pu goûter d’excellente bière faite avec du maïs et avec du riz.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 décembre 1880. —Présidence de M. Becqueukl.
- Michel Chasles.
- La séance, à peine ouverte, a été levée en signe de deuil. Nos lecteurs savent déjà la perte cruelle que la savante Compagnie vient de faire dans la personne de l’illustre doyen de la section de géométrie, M. Michel Chasles.
- Le défunt, qui laisse une trace profonde dans la science, était né à Epernon (Eure-et-Loir), le 15 novembre 1793. En 1814, il sortait l’un des premiers de l’École Polytechnique, où il était entré deux ans auparavant, et où il rentra comme professeur de géodésie en 1840, en remplacement de Savary. Peu après, une chaire de géométrie fut créée pour lui à la Faculté des sciences, et en 1851, il remplaça à l’Académie le trop fameux Libri, expulsé comme indigne.
- Les publications de M. Chasles sont extrêmement nombreuses, et l’apparition de son Traité de géométrie supérieure a été un véritable événement. Très préoccupé de l’histoire de la science, il a réuni une précieuse collection d’autographes, qui était son orgueil, et qui lui a coûté des sommes considérables. Tout le monde sait comment, emporté par son ardeur de collectionneur et aveuglé par son inaltérable bienveillance, qui l’empêchait de croire à une mauvaise action, il fut, de 1867 à 1869, la victime d’un éhonté faussaire; et l’on se rappelle ses longues discussions avec Le Verrier, dont l’imperturbable méthode dévoila tous les détails de l’immense supercherie de Vrain-Lucas.
- M. Chasles appartenait depuis de longues années à l’Académie des sciences de Bruxelles.
- Stanislas Meemeu.
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- LA
- VITESSE DES TRAINS DE CHEMINS DE FER
- JUINS JÆS JUFFj'.JiENTS pays pu monde
- Lors (lu mémorable concours de Rainhill du mois de septembre 1850, qui offre une date si importante dans l'histoire des locomotives, car il amena George Stephenson à construire la première machine d’un type réellement identique à nos machines modernes, les organisateurs de la ligne de Manchesler à Liverpool, ne prévoyaient pas en-coi’e l’immense révolution que ce nouvel engin allait amener dans le monde, lis ne s’étaient décidés qu’avec de grandes difficultés à l’adoption d’une machine mobile, et lorsqu’ils ouvrirent ce concours entre les différents constructeurs, ils se bornèrent à demander un moteur capable de traîner un poids de 20 tonnes à une vitesse de 16 kilomètres, à l’heure. On ne pensait pas alors qu'on put jamais arriver avec un moteur mécanique à dépasser la vitesse d’un bon cheval lancé au galop, aussi est-ce au milieu de l’admiration et de l’étonnement universels, qu’on vit la machine de Stephenson la Fusée (tke Rocket) victorieuse au concours de Rainhill, s’élancer sur la voie ferrée avec une vitesse de 50 kilomètres en entraînant un poids de 15 tonnes, f Les journaux de l’époque, dont on a reproduit dernièrement les principaux extraits à l’occasion du cinquantenaire de ce mémorable événement, nous montrent la population amassée le long de la ligne et payant même souvent un prix très élevé pour jouir de ce spectacle alors entièrement nouveau et tout à fait incroyable d’un moteur dont la rapidité dépassait sans aucune comparaison possible tout ce qu’on avait vu jusque-là.
- Ce spectacle n’excite plus aujourd’hui la même émotion, car tout en conservant les traits essentiels de la locomotive Stephenson, nos machines actuelles ont acquis une puissance bien plus considérable ; celles des trains de marchandises peuvent traîner un poids dépassant parfois 600 tonnes, avec une vitesse de 45 kilomètres à l’heure, et celles des trains express peuvent atteindre parfois 100 kilomètres.
- Dans la plupart des pays d’Europe, la vitesse effective des trains rapides, déduction faite des temps d’arrêt, reste toujours comprise entre 60 et 70 kilomètres ; toutefois en Angleterre, certains trains vont jusqu’à 80 kilomètres et les trains de marchandises vont également beaucoup plus vite, que sur le continent.
- Aux États-Unis la vitesse de marche reste généralement plus faible en raison des conditions défectueuses de l'installation de la voie ; toutefois la vitesse effective est peu inférieure, car l’emploi des haches alimentaires permet, ainsi que nous le dirons tout à l’heure, d’effectuer sans arrêt des parcours tout à fait irréalisables en France.
- Comme le sujet présente un certain intérêt, nous avons relevé dans le tableau suivant les parcours d’un certain nombre de trains d’Europe et d’Amérique, en indiquant également les temps employés (arrêts déduits), ainsi que les vitesses moyennes en kilomètres, afin de faciliter la comparaison.
- Parcours Temps employés Vitesses
- ki loiné- (arrêts déduits) moyen-
- lrains anglais. trique. exprimés nés.
- en minutes.
- Newcastle à Bilton Junction. ;>() 52 01,5
- Durnfriess à Kilmarnock.. 93 80 69
- Mamhcstcr à Edge Bill (près
- Liverpool) 49 39 75,5
- Pétersborough (Prietsgate) à
- KingV-Cross 122 92 80
- Trains allemands
- Dusseldorf à Aix-la-Chapelle
- Berlin à Hanovre..........
- Spandau à Stendal..........
- Trains français.
- Paris au Havre.............
- Paris à Lyon...............
- (Le retour s'opère en 480 minutes).
- Paris à Bordeaux...........
- (Le retour s’opère en 498 minutes).
- Trains américains.
- Toronto à Kingston 259 304 48
- liarrisburgli à Pittsburgh. 400 450 55
- Buffalo à Erie 141 157 54
- Boston à Worcester 70 70 60
- New-York à Philadelphie. Train nouvellement organisé 113 120 71
- effectuant le parcours sans arrêt 143 07 79
- Nous citerons également le train du Pacifique allant de San Francisco à Chicago par Sacramento, Ogden, Cheyenne, Omaha etc., et qui part de San Francisco à 8 heures du matin arrivant au bout de 4 jours 1/2, à 5 heures 40 minutes du soir à Chicago, après avoir ainsi effectué un parcours de 2604 milles (4522 kilomètres) en 105 heures environs, soit 42 kilomètres à l’heure.
- Nous cornplètei’ons ce tableau en donnant quelques renseignements sur la longueur des parcours sans arrêt. C’est là en effet un élément très important qui influe beaucoup sur la vitesse effective, car on supprime ainsi tout le temps perdu par les ralentissements forcés à l’arrivée et au départ des stations. En France, on est arrivé à faire tout ce qui était possible pour augmenter les parcours sans arrêt, sans avoir recours aux installations spéciales. Le trajet de Paris à Lyon s’effectue maintenant en quatre arrêts seulement, ce qui représente plus de 100 kilomètres entre deux stations successives ; le parcours le plus long, de Dijon à Mâcon, qui comprend 126 kilomètres, est effectué en 114 minutes.
- Il n’est guère possible de dépasser ces chiffres, à moins d’augmenter encore les dimensions des réservoirs des graisseurs des différentes bielles, afin
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- d'emporter une provision d’huile suffisante ; mais ia difficulté principale est d’avoir dans les caisses des tenders assez d’eau pour suffire à l’alimentation sur un long parcours.
- Comme on ne peut le faire sans surcharger les essieux outre mesure, dès que la contenance des caisses dépasse une certaine dimension ; on a eu recours en Angleterre et en Amérique à un système d’alimentation permettant au mécanicien de remplir un tender en marche en puisant de l’eau dans des bâches alimentaires installées à cet effet sur la voie. Dans cette disposition, qui a été appliquée pour la première, fois par M. Ramsbotton, ingénieur en chef du JSorth Western
- Railway, on in- 7nnmps enminutesi _________________
- stalle sur la voie des bâches longitudinales ayant 400 mètres de longueur, et on les maintient constam-ment remplies d’eau. Lorsque le tender arrive au-dessus de ces bâches, le mécanicien y descend un long tuyau vertical communiquant avec la caisse à eau du tender, et dont la partie antérieure est évasée et repliée à angle droit.
- La vitesse relative de ce tuyau détermine dans la bâche une différence de pression qui soulève l’eau à l’intérieur, et dès qu’elle dépasse 36 kilomètres, l’eau monte jusqu’à l’orifice supérieure du tube et vient remplir la caisse du tender. On a là une sorte de piézomètre analogue à ceux qu’on emploie pour mesurer la vitesse d’un cours d’eau, et le débit de l’appareil augmente avec la vitesse dn train.
- En employant les bâches Ramsbotton, on est arrivé en Angleterre et surtout aux États-Unis à effectuer sans arrêt des parcours qu’on ne pourrait aucunement songer à réaliser en France. Le train du Pennsylvanian Railroad, allant de Harrisburgh à Pittsburgh, fait ainsi 400 kilomètres avec un seul arrêt, et il franchit sans s’arrêter la distance de 212 kilomètres, qui sépare Altona de Harrisburgh.
- Nous citerons en terminant, le véritable tour de force devenu légendaire effectué par un entrepreneur de théâtre, qui est allé avec un train spécial de New-York à San Francisco en trois jours et demi
- seulement, soit la moitié environ du temps qu’emploient habituellement les trains ordinaires sur la ligne du Grand-Pacifique.
- Le train d’essai comprenait outre la machine et le tender, un fourgon, deux voitures-salons, ainsi qu’un wagon Pullman. Il quitta New-York le 1er juin 1876, à 12 heures 42 minutes du soir, et il arriva à San Francisco, où il fut salué par le son du canon, le 4 juin à 9 heures 29 minutes du matin, après avoir effectué en 83 heures 59 minutes 16 secondes, un trajet de 5498 kilomètres, avec une vitesse moyenne de 63 kilomètres 5. De Fort-Wayn à Chicago, sur un parcours de 247 kilomètres la vitesse s’élèva même à 97 kilom. 6, et à 120killomètres entre Omaha et Oyden. On employa 1 8 locomotives, dont chacune marcha pendant 4 heures 40 sans interruption, et sur une longueur dé 306 kilomètres..La machine du Pennsylvanian traversa même seule tout son réseau, alla de Jersey City à Pittsburgh, et fit un parcours véritablement colossal de 733 kilomètres en 10 heures 5 minutes sans arrêt. La machine puisait de l’eau dans les bâches alimentaire?, et la provision de charbon nécessaire était enfermée dans des saes déposés dans le fourgon qu’on passait
- sur le tender tà mesure des besoins. A partir d’Oyden, sur le réseau du Central-Pacific, une autre locomotive effectua seule un parcours de 1466 kilomètres pour aller jusqu’à Zule, en 23 heures
- 55 minutes. Elle prit un relai à Sanos et s’arrêta 15 fois seulement pendant ce voyage, soit pour prendre de l’eau ou pour visiter le train et rafraîchir les coussinets, qui pouvaient chauffer. La caisse à eau du tender avait un volume de 5700 gallons. Le conducteur de la machine était toujours accompagné sur la plate-forme par un autre mécanicien mieux au courant de la ligne, et qui lui donnait ses indications sur les signaux et les manœuvres-
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras.
- ï>00
- Diagramme représentant la vitesse des trains de chemins de fer dans les différents - pays du monde.
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- N° 396.
- lw JANVIER 1881.
- LA NATURE.
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- BALANCE SANS POIDS
- 1)E M. G. COULON
- Les balances à poids généralement employées dans le commerce, dans les ménages, dans les laboratoires, etc., offrent l’inconvénient d’être d’un usage peu commode; l’emploi des poids nécessite des tâtonnements successifs assez délicats, des opérations multiples peu rapides, leur acquisition est en outre assez coûteuse ; ils peuvent être enfin facilement égarés ou perdus. La nouvelle balance, que nous représen-
- tons ci-dessous, supprime tous ces inconvénients. Les pesées se font pour ainsi dire instantanément, sans poids, au moyen de deux petites masses qui glissent sur des règles divisées et qui, faisant partie de L’instrument, sont toujours les mêmes pour toutes les pesées.
- Le mécanisme de cette intéressante balance, construite par M. G. Coulon, est des plus simples; c’est un demi-système Bérenger associé à une romaine, et l’appareil est uniquement composé de leviers articulés. Lorsqu’on a une pesée à faire, on place dans le plateau l’objet à peser ; sous l’action de la charge, le double fléau se relève du côté opposé aux
- Balance ménagère sans poids de M. G. Coulon.
- zéros. On fait alors glisser] le long de sa règle le plus grand curseur, jusqu’à ce que le fléau ait repris sa position horizontale, et on regarde à quel point de l’échelle le curseur s’est arrêté. S’il se trouve situé entre deux divisions, on le l’amène jusqu’à la division la plus faible, et on rétablit l’équilibre au moyen du second curseur glissant sur la règle inférieure. Le premier' curseur donne les kilogrammes, le second les hectogrammes et les fractions intermédiaires, jusqu’au gramme.
- La balance de M. G. Coulon offre encore un avantage tout à fait précieux; elle permet de vérifier sans calcul et d’un seul coup d’œil le prix de la marchandise qui est pesée. Ce nouveau résultat s’obtient à l’aide d’une réglette entièrement indépendante de la balance, et qui porte une graduation 9® aniiéé. — 1er semestre.
- correspondant au prix du kilogramme de la] marchandise. Cette réglette supplémentaire n’est pas représentée sur notre figure, mais il suffit de dire quelle s’adapte entre les deux règles divisées du double fléau.
- Supposons à présent qu’un fruitier ait livré à un de ses clients 2 kilogr. 350 gr. de raisin à 2fr,25 le kilogramme : la somme à payer sera de 5fr,287 ou 5fr,30, en nombre rond. Pour vérifier la facture, il faut s’assurer que le poids du raisin est exact; il faut en outre poser des chiffres sur le papier, faire un calcul, opérer une multiplication et une division. Tout cela est long, fastidieux et sujet à erreur : avec la nouvelle balance, on place sur le double fléau la réglette marquée 2fr,25 le kilogramme. On met les deux curseurs, ou un seul
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- LA NATURE.
- dans la plupart des cas, en regard du chiffre 5fr,30 de cette réglette, si la balance s’équilibre, c’est que la facture du fruitier est exacte, non seulement pour le prix, mais aussi pour le poids.
- On peut avoir une série de réglettes additionnelles correspondant au prix du kilogramme de viande, de sucre ou de toute espèce de marchandises.
- On voit que l’ingénieux appareil que nous venons de décrire est une véritable balance-barême, tout à fait digne d’être signalée.
- Gaston Tissandier.
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- LA. CÉCITÉ DES COULEURS
- Parmi les dictons populaires, celui qui prétend qu’ « il ne faut pas discuter des goûts ni des couleurs » laisse, selon nous, beaucoup à désirer lorsqu’on le prend trop à la lettre. Il deviendrait une source d’erreurs regrettables si on l’érigeait en règle, quand il s’agit d’appliquer nos sens aux premiers besoins de la vie. C’est, au contraire, *par un contrôle attentif de leurs données que nous les perfectionnons et les plions aux nécessités de notre vie.
- Sans parler des services que rendent tous les jours à leur industrie, les fins dégustateurs de vins, d’alcools, de thés, nous ne pouvons méconnaître l’inlluence qu’exerce sur les progrès constants de la fabrication des tissus et de la céramique, les habiles artistes de Lyon, d’Aubusson, des Gobelins et de Sèvres, et au-dessus de tous, l’illustre Chevreul, le savant initiateur de ces industries aux ressources variées, qu’offrent les contrastes de couleurs fusionnées ou rapprochées. Ces assemblages de nuances si délicates, dont l’effet, fruit de savantes combinaisons, est escompté presque à coup sûr, avec une précision merveilleuse, réclament chez les artistes et les ouvriers qui les accomplissent une sensibilité exceptionnelle de la vue; l’éducation la développe sans doute, mais son degré de certitude, son étendue, dépendent manifestement de la perfection innée qui nous permet l’appréciation des couleurs, et a valu à cette propriété spéciale de la vue le titre légèrement hyperbolique de sens chromatique (%pùpu, couleur).
- Toutefois, même dans le domaine supérieur de l’art, à côté des favorisés de la nature, nous trouvons des infirmes qui n’ont à leur disposition que des sens plus ou moins obtus. Bien plus, parmi ces déshérités, et spécialement pour la vue, l’on trouve des cas d’infirmité partielle ; des vues perçantes du reste, capables de distinguer à toutes distances de très menus objets, sont inhabiles à en saisir la couleur.
- Le physicien anglais Dalton a donné son nom à une catégorie spéciale de ces singuliers déshérités pour lesquels le rouge et le vert se confondent ou pour mieux dire sont plus ou moins effacés de la
- gamme des couleurs qui les impressionnent encore, et remplacés par des teintes bizarres, en général mal définies; nous allons y revenir.
- D’autres anomalies du sens chromatique ont depuis lors été découvertes, et à côté des daltoniens, on a reconnu qu’il convenait de former d’autres groupes plus déshérités encore et heureusement moins nombreux, pour lesquels les autres couleurs du spectre (bleu, jaune et violet) n’existaient pas non plus, ou du moins n’étaient représentées que par des nuances confuses presque indéfinissables, au dire des personnes jouissant d’un sens chromatique normal.
- Ces imperfections se traduisent chez les peintres par un coloris dont la bizarrerie échappe quelquefois à leurs auteurs et peut singulièrement déprécier leurs œuvres, chez les industriels qui manient lés substances colorées (chimistes, tisseurs, teinturiers), par des erreurs qui aboutissent à des contre-sens et à des pertes matérielles sensibles. *
- Toutefois, « plaie d’argent n’est pas mortelle », et aussitôt le vice chromatique constaté, des précautions peuvent en atténuer les inconvénients.
- Mais il est des professions où la cécité des couleurs à ses divers degrés (car il y a de nombreuses variétés) entraîne de bien plus graves conséquences et expose à d’immenses périls, non seulement la bourse, mais encore la vie des daltoniens et autres viciés. Bien plus, quand ceux-ci, comme cela a lieu pour les marins ou employés au service actif des chemins de fer, ne peuvent être sûrs de leur route, en discernant à distance les feux de diverses couleurs dont on jalonne certains points de l’horizon, et par suite sont inaptes à s’orienter, ils peuvent courir les plus grands dangers. En même temps ils y exposent aussi un personnel nombreux, compromettent un matériel d’une grande valeur et parfois d’une pressante utilité.
- On connaît aujourd’hui de trop nombreux désastres incontestablement dus à des erreurs dans l’interprétation des feux-signaux colorés, tant en mer que sur les côtes et les voies ferrées. Comme un certain nombre de ces catastrophes ont eu lieu dans les pays du Nord, où les brumes habituelles peuvent, surtout en altérant la nuance des feux, aider à la confusion, c’est là que tout d’abord l’attention a été portée sur l’impérieuse nécessité de ne rien laissser au hasard pour prévenir le retour de semblables catastrophes *.
- Il a paru résulter des enquêtes auxquelles se sont livrées les Compagnies de chemin de fer, les assurances, les autorités maritimes, etc., qu’un règlement spécial devait assurer à l’avenir le re-
- 1 Enfin, on sait que certaines maladies nerveuses, surtout les empoisonnements lents par l’alcool et le tabac, certaines, blessures, l’anémie qui suit souvent les maladies graves, etc., portent atteinte à l’intégrité du sens des couleurs; le daltonisme acquis s’oppose donc cliniquement au daltonisme congénital; mais, dans la présente note, nous devons nous borner à cette mention sommaire.
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- LA NATURE.
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- crutement d’un personnel soigneusement trié et non suspect de vice chromatique ! Et chaque congrès ophtalmologique international a, dans ces dernières années, formulé des vœux de plus en plus précis et pressants pour que des mesures d’ensemble présidassent à ces opérations et concourussent à éclairer par des statistiques uniformes et des méthodes de plus en plus perfectionnées, l’histoire de la dyschromatopsie (Sùç, difficile; xpwpc, couleur; oÿiç, vue).
- Avant de passer en revue les moyens proposés dans ce but, nous croyons devoir appeler l’attention sur ce fait, que la notion de couleur ne paraissant pas résulter d’une sensation étrangère à la sensation lumineuse, mais n’en étant qu’une expression plus élevée, en quelque sorte, une modalité perfectionnée, complétée, son altération doit nous apparaître comme une atténuation de la sensation complète. Nous distinguerons donc les infirmes pour la couleur, ceux auxquels elle ne se révèle qu’à courte distance ou à l’aide de grandes images colorées, de ceux, véritables viciés pour la couleur, auxquels cette notion exacte, manque à toute distance et de quelque dimension que leur paraisse l’objet dont ils auraient intérêt à saisir la teinte.
- Les déshérités du sens chromatique, non seulement confondent entre eux certains éléments du spectre solaire, les couleurs complémentaires notamment, rouge, vert, bleu, jaune, mais encore et surtout, les perçoivent tout autrement que ne font les voyants normaux. C’est ainsi que les aveugles pour le rouge voient les objets qui sont colorés en rouge revêtus de toutes les nuances orangées, olivâtres ou bleuâtres, grisâtres, brunâtres et finalement noirâtres et même tout à fait sombres.
- Pour les aveugles du vert cette couleur revêt successivement les teintes que les voyants normaux appellent brun ou jaune olivâtre, gris de fer plus ou moins foncé, gris bleuté, etc., et finalement d’un sombre tout à fait innommé. Les personnes atteintes de la cécité bleu-jaune (beaucoup plus rare!) présentent des confusions analogues.
- Dès lors il n’est pas exact de dire que les daltoniens confondent le rouge avec le vert ; il semblerait plus juste d’exprimer leur hésitation et finalement leur erreur en disant qu’ils ne voient ni rouge ni vert, mais bien, discernent un ton gris, de jaune ou d’olive dont l’impression (si c’est un objet dont la comparaison avec d’autres objets voisins leur est familière) est par eux rapportée à un objet, qui d’ordinaire, est par leur entourage qualifié de rouge ou de vert.
- Leur embarras 'serait grand si leurs repères habituels leur faisaient défaut, et c’est un point important à noter pour l’exploration en général.
- En un mot pour les daltoniens et assimilés, le spectre solaire est différent dans sa composition du spectre normal, sinon toujours en étendue, du moins en composition, et dès Lors on peut prévoir que la spectroscopie comparée est appelée à deve-
- nir dans un avenir plus ou moins prochain la méthode d’exploration par excellence de l’anomalie qui nous occupe.
- Il y a plus, cette perversion dans le nombre et l’espèce des couleurs élémentaires perçus par les viciés, ces lacunes dans la palette dont ils disposent, paraissent troubler si profondément le jugement qu’ils doivent quelquefois risquer promptement sur certains faits ou objets à leur portée, que, faute de leurs repères habituels, ils commettent souvent des erreurs qu’ils redresseront ensuite par la réflexion ou la comparaison avec des objets de forme, de couleur ou de dimensions connues. D’où la préoccupation constante des personnes qui se savent atteintes de daltonisme de s’assurer le voisinage d’une sorte de -type ou d’échelle colorée, de façon à pouvoir toujours éviter dans un cas pressant, par une comparaison rapide de l’objet à déterminer exactement toute confusion par trop accentuée.
- Voilà donc, nous semble-t-il, suffisamment justifié le prix que physiologistes et industriels attachent de nos jours à la vue exacte et normale des couleurs ainsi que les précautions par lesquelles ils cherchent à sauvegarder les services publics ou leurs exploitations, contre les méfaits involontaires attribuables aux daltoniens ou assimilés ; mais, en éliminant de leur nombreux personnel tous les infirmes de la vue, ils ont éveillé les justes préoccupations des familles qui avaient, pour l’avenir de leurs enfants, jeté leur de'volu sur l’une des carrières dont on défend avec raison l’accès en exigeant de nouvelles garanties. Tel est le motif pour lequel, du domaine de la science ou des applications industrielles ou artistiques les plus élevées, cette question est venue s’imposer en quelque sorte à l’attention du public par ses conséquences très générales et tout à fait pratiques.
- C’est en effet non seulement pour le présent, mais aussi pour l’avenir, qu’un père voudra pour ainsi dire soupeser la sensibilité spéciale et normale aux couleurs, autrement dit Vacuité chromatique de ses enfants, et chercher dans cette notion préalable un avis judicieux pour le choix dé leur carrière.
- Le bon recrutement de la marine, du personnel actif des voies ferrées, de certains corps de l’armée, etc., a, de prime abord, stimulé l’émulation de tous ceux qu’intéressent des problèmes aussi pratiques que la découverte d’une bonne méthode d’examen et de classement. Le moyen le plus naturel, le premier qui fut employé, consiste uniquement à montrer un objet coloré au sujet en expérience et à lui en faire désigner la nuance à l’aide du langage vulgaire ; il fallait souvent lui rappeler le nom des couleurs principales du spectre et parfois les lui montrer une à une, en un mot faire son éducation à ce point de vue. On ne tarda pas à s’étonner du grand nombre de personnes démunies à cet égard de toute notion précise, et mises par ce lait en présence d’une difficulté presque insurmon-
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- table, ou conduites à rendre compte de leurs sensations en termes impropres, à traduire singulièrement des appréciations toutes nouvelles et peu d’accord avec l’opinion vulgaire et normale.
- On entrevoit d’ici la difficulté que l’on aurait à s’entendre avec des personnes peu instruites ou bien affligées d’un sens chromatique vicié, c’est-à-dire réellement incertain.
- Et pourtant (tant est grande l’influence de la simplicité pour une démonstration pratique), malgré l’incertitude d'une telle méthode, on s’en tint là longtemps; il ne fallut rien moins qu’un faisceau de preuves palpables de son insuffisance envers les daltoniens et autres viciés, pour amener la substitution à la Méthode de dénomination des couleurs, relie plus scientifique et beaucoup plus exacte de la comparaison; voici en quoi elle consiste :
- Étant donnée une couleur pour l’appréciation de laquelle on veut juger une personne, il convient d’abord d’en choisir la nuance et aussi le ton, c’est-à-dire le degré de saturation (clair ou foncé en langage vulgaire) le plus voisin de ceux d’après lesquels cette personne aura plus tard à se prononcer au cours de sa carrière.
- Il n’est en effet pas prudent de choisir les écHan- tillons d’examen parmi les types aux couleurs les plus éclatantes et nettement tranchées; la pratique professionnelle ne tarderait pas à démontrer l’inexactitude des jugements portés avec de semblables données ; combien d’objets usuels en effet conservent longtemps les teintes brillantes du neuf, et ne s’estompent plus ou moins vite, et n’est-ce pas là le cas | our les signaux à l’air libre?
- Le bon choix des échantillons est donc d’une importance capitale, et ce détail a fixé l’attention de bien des physiologistes ; parmi eux le savant professeur Holmgren, de l’Université d’Upsal, s’est signalé par le soin avec lequel il a opéré la sélection non seulement des trois types d’échantillons (fig. 1,1, Ila llb), qui suffisent à sa méthode, toute de comparaison (c’est celle de Seebeck perfectionnée), mais encore des types dits de confusion- (fig. 1, couleur melon d’eau, avec des gris et des roses) ; ceux-ci représentent les teintes que les sujets affectés d’ün sens chromatique vicié confondent avec les types-échantillons durant l’examen. Celte épreuve consiste surtout à assortir, c’est-à-dire à placer à côté d un type-échantillon d’autres objets, écheveaux de laine (Holmgren), papiers, poussières, étoffes, fleurs, etc., qui s’en rapprochent plus ou moins par la couleur.
- C’est un spectacle réellement bien curieux que
- d’assister aux épreuves comparatives d’une personne voyant bien les couleurs et s’acquittant avec prestesse et sans hésitation d’un choix irréprochable, et d’une autre personne daltonienne ou frappée de quelque autre variété de dyschromatopsie, et qui trouve,dans le classement parfois requis de tous les échantillons d’une même couleur, un obstacle insurmontable. L’incertitude du sens chromatique se marque alors par les erreurs les plus inexplicables pour le vulgaire; on voit le violet et le bleu foncé être confondus par les aveugles pour le rouge, avec le mauve clair, et ce même échantillon être sans sourciller réuni au gris-foncé ou au vert-pré parles aveugles pour le vert; bien plus, le rouge cinabre est confondu à un degré plus élevé par les premiers avec l’olive et le brun-chocolat, par les seconds avec le vert-foin et le brun-canelle; du reste, et dans une épreuve préalable, tous ces viciés avaient rapproché du vert-d’eau tous les gris, les jaunes sau-monnés et les diverses nuances de brun-clair-acajou. M. Holmgren a eu des imitateurs qui ont varié ses expériences : le docteur norvégien Daae a fort ingénieusement tenté d’abréger l’épreuve par la disposition d’un petit tableau contenant soixante-dix carrés de 2 centimètres, brodés en laine de différentes couleurs (en dix files horizontales superposées) et associées de telle façon que la confusion éclate dès qu’elle se produit; quelques lignes horizontales ne comportent que des tons gradués de la même espèce colorée; d’autres, au contraire, — à côté de l’échantillon bien choisi parmi les nuances les mieux tranchées mais reconnues comme prêtant le plus à la confusion pour les aveugles rouges ou verts, — fournissent des types d’espèces absolument disparates.
- Dès lors il suffit de demander à l’examiné s’il approuve l’assortiment de chaque ligne comme formé d’une même espèce ou couleur, bien que les tons soient variés, ou bien s’il condamne le rapprochement d’espèces colorées manifestement étrangères l’une à l’autre; de ses réponses et de la façon plus ou moins résolue avec laquelle elles sont faites, on déduit assez facilement la valeur de ses sensations. Cet habile procédé, dérivant de la méthode de comparaison, nous a paru souvent très exact et appelé à un sérieux sùccès.
- Pour les épreuves de nuit, qui (toujours par l’attraction instinctive du public vers les démonstrations pratiques) ont été réclamées pour faire la preuve après les essais de jour, nous avons tenté de résoudre pratiquement la proposition faite par
- couleur melon d’eau
- ht ou b rose ou brun
- gns ou jaune
- mauve
- Fig. 1. Disposition des échantillons colorés de M. Holmgren.
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- M. Holmgren, de se rapprocher des signaux maritimes ou des chemins de fer.
- Dans notre lanterne spécialement usitée pour les examens d’admission à la marine (fig. 2), une
- bougie de l’Étoile projette sa lumière sur un disque postérieur (E) en carton partagé en secteurs de plusieurs couleurs dont un blanc. Ce dernier est d’ordinaire arrêté à la hauteur de la fenêtre U percée
- Fig. 2. Appareil de M. le docteur J. Maréchal pour vérifier le sens des couleurs
- dans la paroi antérieure de la lanterne, lorsque, après les essais pour la lumière incidente, faits avec les différentes couleurs du disque E, on passe aux essais par la lumière transmise à l’aide du disque antérieur D. Ce dernier , également partagé en secteurs, tous (moins un qui est vide pour le passage du rayon lumineux dans la première épreuve ) armés de verres colorés mobiles, peut' présenter des types échantillons et des types de confusion.
- Un diaphragme est placé en avant et permet de graduer l’ouverture de la fenêtre selon les besoins.
- Cet appareil présente un avantage qui nous paraît capital. Grâce à la disposition de cordons (avec poulies de renvoi) enroulés sur l’axe des disques, l’exa-
- miné, placé à n’importe quelle distance de l’appareil, qui est laissé entièrement à sa disposition (sauf le
- diaphragme), peut, sans dire un mot, prouver qu’il apprécie bien la couleur transmise, en reproduisant dans sa fenêtre U la teinte identique à celle que l’examinateur lui présente à même distance dans un appareil semblable au sien,.et qu’à son tour il gouverne seul et silencieusement !
- Pour chaque couleur type, il y a des couleurs de confusion. On peut même ne laisser que celles-ci à la disposition de l’examiné et se borner à lui demander s’il a ou non trouvé sur son disque les éléments d’un assortiment entièrement exact.
- Enfin, une disposition originale permet une épreuve nouvelle à ajouter comme contrôle à toutes
- Fig. 3. Chromatoptomètre de M. Donders.
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- les autres, ou pouvant peut-être s’y substituer.
- Sur la paroi antérieure en avant de la fenêtre U, à l’aide de trois petits galets roulant dans un plan qui lui est parallèle, un disque (I1D, lîg. 2, nos 1 et 3) portant deux verres demi-circulaires dont les types principaux sont représentés ici (fig. 2, n°® 4,5,6 et 7), est soutenu centre pour centre avec cette fenêtre par le rebord de la petite goutière que forment les plaques-support des galets. Une légère pression latérale sur le bord de ce disque le fait tourner dans le plan où il est maintenu ; son orientation seule change.
- Voici comment nous l’utilisons : La sensibilité rétinienne générale (acuité simple), ayant été préalablement trouvée bonne pour les services où l’acuité chromatique est réclamée, il n’y a donc jamais aucune difficulté pour l’examiné à discerner la ligne de contact des deux hémi-disques; il saisit aussi très bien au début de l’épreuve quelle est la moitié la plus claire (translucide), laquelle la plus
- sombre.....(nous ne parlons pas encore de couleur),
- même si l’examinateur lui dérobe ses manœuvres en maintenant une feuille de papier blanc en avant de l’appareil et parallèlement au disque.
- A l’aide de morceaux de papier taillés à l’avance et gommés sur les bords, il est facile d’assombrir successivement l’hémi-disque le plus clair, de l’amener à une égalité de ton presque parfaite avec son voisin, ou même de changer la valeur respective des tons.
- Si l'examiné sait bien la couleur, peu lui importe quel hémi-disque on aura ainsi assombri, puisqu’il le reconnaîtra toujours; mais le vicié s’y laissera prendre infailliblement, car il n’a le plus souvent pour se guider que la luminosité différente des teintes ; son erreur se confirmera dans les essais les plus variés, et, nous pouvons l’assurer, quelles que soient les dimensions de la mire qu’on laisse à sa disposition.
- Ce n’est pas sans intention que nous passons ici sous silence, comme chose étrangère à notre sujet, tout ce qui a trait à la correction indispensable des inégalités de réfraction chez les différents sujets.
- M. le docteur P. Redard dans un intéressant et récent travail1, a présenté à son tour un appareil qui est la simplification du nôtre. On trouvera dans ce résumé très substantiel un index bibliographique assez complet sur toute cette question.
- Mais les limites de cette note nous réduisent à une énumération rapide des autres procédés.
- Les uns, comme les albums de Ghevreul, de Ma-gnus (de Breslaw), de Stilling (de Cassel), les ombres colorées de Ragona-Scina, les contrastes de Pflüger, se rapportant à la Méthode de dénomination.
- Les autres, tels que les tables pseudo-isochromatiques de Donders, celles de Stilling, sous forme
- 1 Rapport officiel au Ministre des Travaux publics sur l’examen de la vision chez les employés des chemins de ter de l’État. — Chez J. B. Baillière, Paris, septembre 1880.
- de broderies en couleurs de confusion; les opto-types avec lunettes colorées de Snellen relèvent de la Méthode de comparaison et nous paraissent se recommander par cela seul aux préférences des expérimentateurs.
- Ce n’est pas tout pourtant. Le rôle du physiologiste et du médecin expert ne se réduit pas à constater l’obtusion ou la perversion du sens des couleurs, à Y analyse qualitative en un mot : c’est un grand pas fait certainement, mais pour l’utiliser pratiquement, pour pouvoir dire à quelles concessions on peut sans trop se risquer, se laisser aller, il convient de déterminer le degré de viciation compatible avec les besoins des services intéressés. Il faut le publier, pratiquer enfin pour chaque candidat à ces emplois, Yanalyse qualitative et arriver en quelque sorte à coter clairement la sensibilité chromatique.
- De nombreux élémfents concourent à la solution de ce problème : d’abord l’acuité simple (mesure de la vue plus ou moins perçante) y joue un rôle prépondérant, car on sait (Mémoires de Landolt et Charpentier) que la sensation chromatique est un perfectionnement de la sensation lumineuse simple. En général on est déjà fixé sur cette valeur par des essais préalables, mais la grandeur des images obtenue soit par leurs dimensions réelles plus ou moins grandes, soit par le rapprochement (leur distance) de l’observateur n’est pas seulement en cause; il faut aussi tenir compte de l'espèce de la couleur et surtout de son intensité, qui dépendent du degré de saturation colorée et de l’éclairement qui le fait valoir.
- C’est donc à une véritable expérience de physique qu’il faut demander cette solution.
- M. Donders, célèbre professeur de l’Université d’Utrecht, en a, dès 1878, formulé les termes, et nous croyons intéressant de reproduire ici l’appareil qu’il exposa l’an dernier au Congrès international d’Amsterdam pour la détermination numérique du pouvoir de distinguer les couleurs. La compétence de l’auteur nous donnait toutes garanties en nous permettant de croire qu'aucune donnée ne serait négligée dans l’emploi de son chromatoptomètre (fig. 3).
- Un disque en bois porte sur sa face libre des petits rectangles de papier de couleur (5 millimètres sur 20 millimètres), qui doivent être vus de jour à une certaine distance; cette distance est ensuite proportionnellement comparée à celle réclamée par le plus grand nombre de vues normales.
- De nuit, on procède de même en faisant r egarder, bien en face, à travers des ouvertures mesurées par le diaphragme millimétrique et par les trous ronds du disque armés de verres colorés et de ton saturé, la lumière d’une lampe dont le rapprochement du disque se lit sur la graduation de la règle-support.
- M. Donders admet comme unités normales :
- 1° Le diaphragme de 1 millimètre;
- 2° La distance de 5mètres comme éloignement de
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- l’examiné. Dès lors on a observé que la petite mire éclairée était discernée par un oeil normal, la lumière étant derrière le disque, à
- 3° La distance de lra,75 pour la lumière blanche, 65 centimètres pour la lumière rouge, 25 centimètres pour la lumière verte ;
- 4° Enfin, on corrige préalablement les vues de réfraction.
- On comprend l’élasticité que donnent de semblables expériences, tout en restant exactes, et la magistrale autorité qu’il faut à un expert pour en faire varier sans conteste les différents termes.
- M. Dor (de Lyon), M. Barthélemy (de Toulon), et nous-même, à l’aide de l’appareil décrit plus haut (et avec lequel nous n’admettons pour les examens de la marine aucune correction de réfraction), avons cherché à opérer avec un éclairage fixé, et à une distance toujours la même. Dès lors c’était la mire éclairée dont les dimensions devaient varier pour chaque examiné et chaque couleur, et entrer en comparaison avec les mêmes éléments obtenus par une vue ditè normale. Car, nous insistons sur ce point, dans la détermination quantitative du sens chromatique, l’élément important du problème est la luminosité de la mire colorée, c’est l’éclat bien homogène qui donne à la couleur toute sa valeur et domine l’expérience, bien plus que* la dimension de l’image colorée, laquelle est plutôt du domaine de l’acuité simple !
- Nous ne pouvons passer sous silence les efforts faits par M. Landolt, au laboratoire de la Sorbonne, pour adapter à ces recherches la toupie à secteurs colorés de Maxwell et le disque rotatif de Masson.
- Les bulletins de la Société d’antropologie de 1878 (p. 288) nous fournissent une description sommaire des dispositions à l’aide desquelles cet habile oph-thalmologiste arrive à juger l’acuité chromatique d'après le temps qu’il faut à une surface colorée de grandeur déterminée, pour impressionner la rétine d’une façon caractéristique.
- Le même auteur faisait au Congrès de Bruxelles, en 1876, une communication sur la distinction à établir entre les sujets reconnus fautifs dans ces essais. Il établissait deux groupes :
- Le premier, d'incurables, auxquels manque absolument le discernement des couleurs, et cela par paires : les complémentaires; ainsi de la cécité
- * rouge-vert, bleu-jaune, etc.....
- Le deuxième, d'obtus, d'infirmes, ceux-là curables par une éducation spéciale.
- C’est à eux que M. le docteur A. Favre, de Lyon, médecin du P.-L.-M. a voué une persévérante assistance, et chez lesquels, avec le docteur Féris, médecin de la marine et quelques autres, il a obtenu d’indiscutables succès.
- Puissent-ils être un stimulant efficace pour ceux qu’une dyschromatopsie légère, inquiète, et les soutenir dans leur patient entraînement.
- Dr J. Marf.chae.
- LA PRODUC riON DU PER ET DE L’ACIER
- EN FRANCE.
- Les tableaux que nous publions ci-dessous sont empruntés à des documents officiels, provenant de la Commission du Tarif général des douanes; ils font connaître la production métallurgique en France, de 1859 à 1878. Nous les reproduisons non seulement à cause de l’intérêt qu’ils présentent au point de vue de la statistique, mais encore pour le fait qu’ils mettent en évidence d’une façon saisissante, de l’accroissement considérable de la production de l’acier, relativement à celle du fer. La production
- POIDS enTONNES 1859 1863 1868 1873 1878
- 750 000 700 000 650 000 600 000 550 000 500 000 A
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- POIDS enTONNES 1859 1863 1868 1873 1878
- 300 000
- 250 000 281 Î00 >
- 200 0Q0 150 000
- 100 000 a: v /
- 50 000
- 16 922
- Courbes de la production du fer et de l’acier en France de 1859 à 1878,
- de l’acier en 1859 était de 16 922 tonnes, tandis que celle du fer atteignait presque 467 000 tonnes. L’application des nouveaux procédés métallurgiques de Bessemer ont opéré une véritable transformation dans la fabrication de l’acier. La production s’élève en 1873 à 155 568 tonnes, pour atteindre 249 500 tonnes en 1877 et le chiffre considérable de 281 800 tonnes en 1878. Notre courbe montre que la production de l’acier a sans cesse été en augmentant, tandis que celle du fer est en voie de décroissance depuis 1873. Les chiffres de production pour l’Angleterre, pour les États-Unis, pour l’Allemagne seraient plus saisissants encore : après l’âge de fer, nous entrons dans une période nouvelle des évolutions de l’humanité, que l’on peut, appeler l’âge de l’acier.
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- LA NATURE.
- UNE RÉVOLUTION
- DANS L’ART TYPOGRAPHIQUE
- LA. PRESSE A DEUX COULEURS DE M. P. ALAUZET
- Quand, au commencement de ce siècle, on vit renaître un art depuis longtemps oublié, celui de la gravure sur bois, qui permet de taire le tirage typographique de gravures insérées dans un texte imprimé, on a pu dire que les ressources du livre allaient se multiplier d’une façon extraordinaire. En effet, les gravures sur cuivre, en taille-douce, à l’eau-forte,etc., presque exclusivement usitées pendant tout le cours du dix-huitième siècle, nécessitent un tirage à part, exécuté en dehors du texte imprimé. Ce tirage est délicat et très coûteux, on ne saurait l’employer pour les livres d’enseigne-
- ment tirés à grand nombre d’exemplaires, et qui doivent être des livres à bon marché. Avec la gravure sur bois et les procédés galvanoplastiques, on a un cliché sur cuivre, en relief, qui est intercalé dans le texte, et qui se tire presque sans frais accessoires avec les caractères typographiques.
- Malgré ses avantages incontestables, la gravure sur bois, et les nouveaux procédés actuels de gravures en relief (procédés Gillot, héliogravure et leurs perfectionnements) , ouvrent la voie à un desideratum : celui de la variété des couleurs dans une même planche, si utile dans la publication d’un grand nombre d’ouvrages et notamment dans l’exécution des cartes géographiques.
- Depuis quelques années, on a vu se développer un procédé nouveau, celui de la chromolithographie, qui permet d’obtenir des planches colorées dont on se sert pour les livres de luxe. Mais la chromolitho-
- Fig. 1. Nouvelle presse typographique de M. P. Alauzet.
- graphie est d’un prix très élevé et son tirage s’exécute hors texte. Un grand problème se posait donc aux chercheurs et aux constructeurs de presses typographiques : trouver le moyen de tirer une gravure en couleur dans le texte, comme cela se pratique pour le cliché de la gravure sur bois.
- Un praticien qui a déjà attaché son nom à bien des perfectionnements dans l’art de la gravure typographique moderne, M. Gillot, n’a pas cessé, depuis plusieurs années, d’étudier avec la plus grande persévérance cette importante question du tirage en couleurs. A la suite de longues recherches, M. Gillot a réussi à obtenir des clichés de zinc, dans des conditions toutes spéciales, qui ont apporté les éléments de la solution du problème qui nous occupe.
- Ce problème vient d’être résolu complètement d’une façon très simple, par un mécanicien de grand mérite, M. P. Alauzet, qui a réalisé déjà de nombreux progrès dans les moyens employés pour l’impression typographique. Nous représentons la nouvelle presse typographique à deux couleurs (fig. 1),
- et en regard, nous donnons un spécimen d’une gravure à six couleurs, tirée avec le texte même de notre livraison. La planche ci-contre a nécessité par conséquent trois tirages consécutifs1.
- Lorsque l’on voit fonctionner cette nouvelle presse et que l’on considère ses résultats, on reste étonné de la simplicité de ses organes, dont l’entretien est presque nul, et l’on demeure surpris qu’une semblable machine n’ait pas été plus tôt inventée.
- Les formes, renfermant les caractères ou les clichés, sont placées sur une table en fonte, appelée marbre de presse, qui est animée d’un mouvement de va-et-vient,comme dans toutes les autres machines ; seulement ce marbre est divisé en deux parties qui reçoivent chacune une forme, pour chaque couleur à imprimer. La pression est donnée par un cylindre sur lequel on place la feuille de papier qui. fait deux tours sur le marbre pendant son mouvement d’aller, et qui reçoit ainsi l’impression de deux couleurs
- 1 Les figures de la page 69 sont tirées de la même façon.
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- SPÉCIMEN DT NE GRAVURE EN COLLEURS
- Tirée à l'Imprimerie générale de M. A. Lahure par la machine typographique de M. P. Alauzet. (Coni|K)sjtinn de M. Albert Tu>»andier.)
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- différentes. Le cylindre dont nous parlons est représenté au milieu de l’appareil, comme on le voit figuré sur notre gravure (fig. 1).
- Pendant l’autre mouvement de retour du marbre, le cylindre s’arrête complètement pour donner le temps de retirer la feuille qui vient d’être imprimée et d’en préparer une autre destinée à recevoir une nouvelle et double impression.
- La feuille de papier est margée, c’est-à-dire exactement mise en place sur le cylindre, avec une extrême facilité et une grande précision pour le repérage, de manière que, si elle a besoin d’être de nouveau margée pour l’impression d’un plus grand nombre de couleurs, elle se retrouvera toujours au même endroit. Ce résultat s’obtient à l’aide de deux pointures ou aiguilles fixées sur la table à marger, qui percent le papier, dans ses marges, de deux trous, dans lesquels on replace les aiguilles pour les tirages successifs : les feuilles retombent alors exactement à la même place quelles occupaient lors de la première impression.
- Les encres de couleur sont renfermées dans des réservoirs à compartiments mobiles nommés encriers, donnant juste la quantité d’encre nécessaire et qui est distribuée ensuite sur des tables à l’aide de rouleaux d’une composition spéciale et dont la combinaison a été inventée par le chimiste Cannai, célèbre par ses embaumements.
- II existe deux encriers à chaque extrémité de la presse; ils reçoivent chacun une encre différente. Ils peuvent même servir à l'encrage de différentes couleurs pour une même forme à la condition que cet encrage puisse être fait dans le sens transversal de l’image à imprimer.
- Les rouleaux qui reçoivent l’encre sur la table à distribuer et qui la répandent sur la forme de caractères ou des clichés à imprimer, sont disposés de façon à ce (pie cette distribution soit bien égale et ne laisse sur la feuille imprimée aucun nuage ni aucune incorrection de touche. Ils agissent automatiquement avec autant de précision et de méthode que le ferait l’ouvrier le plus soigneux et le plus intelligent.
- Cette presse est aussi disposée pour l’impression et le numérotage mécanique dès actions ou autres valeurs industrielles, ainsi exécutées en un seul tirage.
- Dès que la presse Àlauzet est devenue tout à fait pratique, quelques imprimeurs, appréciant les services immenses qu’elle pouvait rendre, en firent aussitôt l’acquisition.
- M. À. Lahure, le premier parmi les grands imprimeurs français, s’empressa d’adopter la machine de M. Alauzet en l’appliquant à l’impression du Cours de géographie de P. Foncin. La machine à deux couleurs offre en effet des ressources considérables à la confection des cartes géographiques qu’elle imprime en plusieurs couleurs avec la plus grande netteté.
- Lorsque le Cercle de l’Imprimerie organisa une exposition modèle, dans laquelle devaient figurer tous les principaux ouvrages édités depuis l’Exposi-
- tion universelle de 1878, on confia à huit imprimeurs membres du Cercle, l’impression du Catalogue; M. Lahure trouva, dans la partie des annonces qui lui fut dévolue, une excellente occasion d’appliquer un procédé d’impression entièrement nouveau et qui lui permettait d’offrir au public un spécimen varié de divers genres d’impression en couleur.
- L’Imprimerie Lahure, qui a aujourd’hui deux machines Alauzet fonctionnant sans cesse, en aura quatre très prochainement.
- Les grands établissements de l’étranger, l’Imprimerie nationale du Brésil et l’Imprimerie impériale *de Saint-Pétersbourg ont fait également des commandes à M. Alauzet, dont l’utile invention profitera bientôt à tous.
- Notre Imprimerie Nationale possède aussi une presse à deux couleurs, mais on pourrait se prendre à regretter que les mérites de la machine Alauzet n’aient pas été signalés par un établissement que nous voudrions considérer comme le Conservatoire de l’art typographique en France.
- Quoi qu’il en soit, nous avons la persuasion que la nouvelle machine à deux couleurs, dont nous sommes heureux de donner pour la première fois un spécimen dans une publication périodique, ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de la typographie, dont les progrès sont si utiles à l’enseignement et à la vulgarisation des sciences et des arts.
- Gaston Tissandier.
- DÉCOUVERTE
- D’UN ANCIEN VAISSEAU SCANDINAVE
- EN NORVÈGE
- Une découverte archéologique très remarquable a récemment attiré l’attention du monde scientifique en Scandinavie; elle est même devenue populaire dans toute la Norvège, où tout le monde s’intéresse aux anciennes et glorieuses traditions nationales.
- Dans la partie sud-ouest du fjord de Christiania, est situé l’établissement de bains de Sandefjord. Le chemin qui conduit de cette localité à la vieille ville de Tansberg, passe près d’un petit village voisin de Gogstad, non loin duquel est un tumulus ou colline funéraire, longtemps connu dans les traditions locales sous le nom de Kangshaug (monticule du roi). Dans les plaines et prairies s’étendant du fjord jusqu’au pied des montagnes, ce môle, qui a près de 50 mètres de diamètre, s’élève en pentes douces ; il est recouvert d’un gazon verdoyant. Un roi puissant, dit la légende, avait choisi ce lieu pour y reposer éternellement, entouré de ses chevaux et de ses chiens de chasse; auprès de son cadavre on avait amoncelé des trésors précieux. Pendant des siècles, la superstition et la crainte qu’inspiraient des ombres vengeresses avaient empêché toute espèce de recherches dans ce tombeau ; mais le zèle investigateur
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- LA NATURE.
- de notre époque a osé pénétrer ce mystère. Des fouilles ont été entreprises; elles ont eu pour résultat la découverte de tout un vaisseau de guerre de Viking (chef Scandinave), à côté duquel était enterré un chef inconnu.
- Les fds du paysan sur le terrain duquel le tumulus est situé, commencèrent des fouilles en janvier et en février 1880; ils détournèrent une source qu’ils avaient trouvée en creusant et bientôt après ils rencontrèrent du bois de construction. Fort heureusement ils suspendirent leurs travaux pour en référer à la Société de Christiania, fondée pour la conservation des monuments historiques. Cette société se chargea de continuer les fouilles, et. envoya à cet effet, sur les lieux M. Nicolaysen, savant et habile' antiquaire. Sous sa direction, les fouilles furent continuées pendant le mois d’avril et de mai ; elles aboutirent à la mise au jour d’un ancien vaisseau de Viking. Ce navire a 22 mètres et demi de longueur,
- 5 mètres de largeur, au milieu; 1 mètre 1/2 de tirant d’eau ; on y compte vingt bancs de rameurs (ribs).
- C’est de beaucoup le plus grand vaisseau que l’antiquité nous ait laissé.
- En 1865, le professeur danois En-gelhardt déterra des tourbières de Ny-dam, dans le Schles-wig, un vaisseau ayant 14 mètres de longueur et l’on en trouva un autre, en 1867, à Tune, en Norvège ; ce dernier avait 15 mètres de long. Mais au-cun de ces navires ne peut, sous le point de vue de sa ! conservation ni de ses dimensions, être comparé à ce- | lui de Gogstadt. Le tumulus est aujourd’hui à près de 1 mille de la mer ; mais la nature de son sol d’alluvion prouve évidemment que jadis les vagues ont dû baigner sa base. Le vaisseau avait donc été retiré immédiatement du fjord et placé sur une couche de fascines ou de claies en coudrier, et de mousse. Les parois avaient ensuite été revêtues d’argile, et le trou comblé de terre et de sable, de manière à former un tumulus. La proue du bâtiment est tournée du côté de la mer. A cette époque-là, on était convaincu que lorsque Dieu appellerait le chef, celui-ci sortirait du tombeau et lancerait son navire tout appareillé sur les flots de l’Océan.
- Sur la proue du vaisseau, on a trouvé quelques objets intéressants, qui avaient d’abord échappé aux regards. Un morceau de bois de charpente prouvait qu’on y attachait l’ancre ; il était perforé pour retenir le fer mais on n’y a retrouvé que des parcelles de ce métal. On a déterré les restes de deux ou trois petits canots en chêne, d’une forme très
- élégante, à côté desquels étaient placées une quantité de rames, destinées les unes aux canots, les autres au vaisseau lui-même, et ayant 6mètres de longueur. La forme de ces rames est très intéressante et se rapproche beaucoup de celle des rames employées en Angleterre pour les régates; elles se terminent en une lame finement amincie, quelques-unes même sont ornées de ciselures. Le plancher du navire était aussi bien conservé que s’il avait été construit d’hier; il est agrémenté de lignes circulaires. Quelques pièces de bois paraissent avoir fait partie de traîneaux. Certaines poutres et planches sont supposées avoir formé des compartiments séparant entre eux les bancs des rameurs et laissant un passage au milieu.
- Sur un tas de copeaux de fragments de bois de chêne, on a trouvé une hachette élégamment façonnée, ayant quelques pouces de longueur et la forme habituelle des hachettes de l’âge de fer le plus rapproché de nous. Quelques poutres détachées d’avec
- les autres, se terminaient par des têtes de dragons grossièrement ciselées et peintes des mêmes couleurs que les parois du vaisseau , savoir en jaune et en noir. Les couleurs, existant encore, attestent que l’eau ne les a pas dissoutes ; comme l’huile d’olive et les autres huiles végétales étaient alors inconnues , on peut supposer que ces couleurs ont été préparées avec une espèce de graisse, peut-être avec de l’huile ne baleine.
- Les fouilles ayant continué, la longueur totale du vaisseau fut mise à nu (tig. 2). Tout le long des parois, depuis la proue jusqu’à la poupe, à l’extérieur, s’étendait une série d’écussons circulaires superposés les uns aux autres comme les écailles d’un poisson; il en reste près de 100, peints en partie jaune et noir. Dans plusieurs endroits, le bois a été détruit et il ne reste que la plaque centrale de fer. La fameuse tapisserie de Bayeux nous a bien appris que les anciens vaisseaux des Vikings étaient munis de ces séries d’écussons ou de boucliers (fig. 1) ; mais on a supposé que c’étaient ceux dont les guerriers se servaient pour combattre et qui étaient suspendus là pour leur commodité. 11 est évident aujourd’hui que ces boucliers-écussons n’avaient qu’un but d’ornementation, étant d’un bois mince, pas plus épais que du carton et ne pouvant résister à un coup d’épée donné' avec force.
- Au milieu du vaisseau, un grand bloc de chêne, solidement fixé au fond, offre un orifice quadrilaté-
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- rai pour recevoir le niât ; plusieurs particularités prouvent que le mât pouvait se coucher. Quelques morceaux de corde et quelques chiffons d'une étoffe de laine, probablement la grande voile, ont été trouvés là. C’est dans un des côtés du tumulus que fut construite la chambre funéraire, formée de fortes planches et de poutres obliquement opposées les unes aux autres, le tout couvrant un espace d’environ deux à trois mètres carrés.
- Quand on ouvrit la chambre funéraire, on pensa qu’on allait y trouver des armes ou des objets précieux. Les explorateurs ont été désappointés. Il est probable que le tombeau a été violé à une époque
- antérieure ; jadis les tumulus ont été souvent profanés, leur contenu pillé et dispersé, et ce qu’on est parvenu à trouver en dernier lieu ne se composait plus que des objets abandonnés par l'effet delà peur ou de la précipitation des violateurs des tombeaux. Quelques os humains, quelques filaments d’une espèce de brocard, quelques fragments de brides, de selles, les mêmes objets en bronze, en argent, en plomb, des boutons en métal, dont l’un représente d’une manière véritablement artistique un cavalier baissant sa lance, voilà tout ce que l’on a pu retirer de la chambre funéraire. Toutefois, dans chacun des côtés de cette chambre, on découvrit les os-
- Fig. 2. Ancien vaisseau Scandinave, découvert dans le tumulus de Gogstail, en Norvège.
- sements d’un cheval et de deux ou plusieurs chiens de chasse.
- Sur l’avant du vaisseau, on trouva un grand vase en cuivre, que l’on suppose avoir été la marmite de l’équipage. Ce vase était fait au marteau et d’une seule feuille de cuivre, ce qui donne une preuve très satisfaisante de l’habileté industrielle dans ces temps reculés. Un autre vase en fer, à anses et à crémaillère, pour être suspendu au-dessus du feu, se trouvait tout près de quantité de gobelets en bois. La description détaillée de chacun de ces ustensiles nous entraînerait trop loin. L’intention primitive était de transporter au Musée de Christiania toute la masse du vaisseau détachée du tumulus. Un grand propriétaire du voisinage, M. Treschaw, offrait de payer cette dépense. Mais un examen
- scrupuleux et une délibération consciencieuse à laquelle prit part un constructeur de navires, firent regarder comme impraticable ou du moins très difficile ce projet de transport. On est aujourd’hui décidé à laisser le vaisseau à l’endroit où il a été trouvé et à le protéger contre les intempéries de l’air en construisant un toit qui recouvre le tout. On se contentera de transporter au Musée de Christiania les trouvailles des menus objets. À cet effet, le gouvernement a voté la subvention jugée nécessaire.
- Quant à l’époque où fut érigé le tumulus, les antiquaires s’accordent à adopter l’âge de fer le plus ancien, en d’autres termes, le neuvième ou dixième siècle de notre ère. Ce n’était pas au temps où Charlemagne fut couronné empereur à Rome (800), mais
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- plutôt sous le règne de Harald à la Belle Chevelure, fondateur de l’Etat et du peuple norvégien, peu d’années après que la Norvège était encore morcelée en royaumes de terre et en royaumes de mer. c’est-à-dire vers la fin du neuvième siècle de l’ère chrétienne.
- Dr M. I).,
- de Christiania.
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- ACADÉMIE' DES SCIENCES
- Séance du 27 décembre 1880.—Présidence de M. Becquerei .
- Zoologie de Madagascar. — Grâce aux très importants envois de M. Humblot, le Muséum s’est trouvé récemment enrichi d’animaux variés capturés à Madagascar. M. le professeur Alphonse M.lne-Edwards, qui les a étudiés, y a reconnu un grand nombre d’espèces nouvelles. Parmi les mammifères, le savant naturaliste mentionne surtout des lémuriens et des chauves-souris, dont plusieurs sont remarquables par la complication des appendices cutanés de leur face. La classe des oiseaux est richement représentée, et l’on remarque des échassiers absolument nouveaux . M. Humblot n’a pas envoyé seulement des animaux morts ; la Ménagerie a reçu de lui des dons non moins précieux, et spécialement plusieurs ave-aye ou paresseux, qui jusqu’ici continuent à prospérer.
- Mollusques de Campbell. — Durant l’expédition du passage de Vénus en 1874, M. Filhol a apporté tous ses soins à recueillir les mollusques marins habitant le littoral de l’île Campbell. Il a réuni ainsi vingt-quatre espèces dont six sont nouvelles pour la science. Leur étude a démontré qu’elles constituent une faune spéciale sans lien
- direct avec la faune des rivages les moins éloignés.
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- Base organique artificielle. — L’action de l’ammoniaque sur certain dérivé de l’aldol a fourni à M. Würtz une substance dont la composition est exprimée par la formule :
- C86H-8Az303.
- Son étude a prouvé qu’elle rentre dans la catégorie des bases organiques et elle offre plus d’une analogie avec les alcaloïdes naturels. Sa solution aqueuse est remarquablement amère. Elle est amorphe et se dépose en écailles de sa solution éthérée soumise à l’évaporation. La chaleur coagule sa dissolution dans l’eau et la masse redevient fluide par simple refroidissement. M. Würtz a préparé le chlorhydrate du nouvel alcali.
- Élections de correspondants. — Les décès de MM. Miller (de Cambridge) et Mac Lear (du Cap de Bonne-Espérance) ont laissé vaeantes deux places de correspondants, l’une dans la section de minéralogie, l’autre dans la section d’astronomie. M. Sella est nommé à la première de ces places par 42 suffrages sur 45 votants ; M. Domèyko réunit 2 voix, et 1 bulletin, évidemment égaré, désigne M. Gould, l’astronome de Pulkowa. Pour la seconde place, c’est M. Warren de la Rue qui est nommé par 40 voix sur 42 votants, M. Owerset M. Gould en ont chacun une.
- Annuaire du Bureau des Longitudes. — M. Faye dépose Y Annuaire pour 1881 et il signale la notice qu’il y a ajoutée sur la Géologie comparée de la Lune et de la Terre. Nous n’avons pas lu encore le travail du savant astronome, mais on nous permettra d’exprimer notre satisfaction de voir un des maîtres de la science adopter cette expression de « géologie comparée »r que depuis
- 1800 nous proposons pour les études du genre de celle dont il s’agit.
- Soulèvement du pays de Bray. — Les géologues sont généralement d’accord pour rapporter à l’époque du calcaire de Saint-Ouen le soulèvement du pavs de Bray. Un jeune géologue déjà connu par un grand nombre de publications importantes, M. G. Dolfuss, a rencontré dans le département de l’Oise, entre Survilliers et Orry-la-Yille, des coupes où le gypse, les marnes supérieures et les meulières elles-mêmes, sont nettement affectées par la dénivellation. Le mouvement est donc beaucoup plus récent qu’on ne l’avait supposé, et on est en droit de le rapprocher de celui qui a ouvert les failles de la Seine, dans lesquelles ont pénétré les alluvions verticales, à éléments granitiques.
- Densité de la vapeur d'iode. — D’après M. Crafts, la densité de la vapeur d’iode reste sensiblement constante jusqu’à 700 degrés ; elle décroît jusqu’à 1400, puis elle reste de nouveau constante jusqu’aux températures les plus élevées que l’on ait pu atteindre. Les choses se passent donc comme si à 1400 degrés l’iode subissait une sorte de dissociation.
- Minéralogie brésilienne. — Les gîtes cristallins de la province de Minas Geraës, ont été récemment étudiés par M. Gorceix, qui les caractérise par l’absence de minéraux magnésiens, remplacés par des schistes micacés. On sait que la condition précisément inverse se rencontre au Gap de Bonne-Espérance. L’auteur signale dans la même région de nombreux gisements de salpêtre.
- Médecine. — Parmi les nombreux mémoires de médecine présentés aujourd’hui, nous citerons : un mémoire de MM. Lépine et Flabart, sur l’excrétion par l’urine, de soufre incomplètement oxydé dans certaines maladies du foie, et dont la proportion croît en même temps que la sécrétion biliaire; — des recherches sur la sensation visuelle par M. Charpentier; — une étude très curieuse de M. Macé (de Marseille) sur la manière dont les daltoniens perçoivent les dibérentes portions du spectre solaire; — des expériences sur l’action exercée par le curare sur la zone du cerveau appelée motrice; elles sont dues à MM. Contil et Blaserda.
- Mentionnons encore : un aperçu sur la constitution de l’Univers physique pap M. Préambert, professeur au collège de Beauvais; — la description d’un nouveau chronomètre par M. Bazin; — celle d’une pile électrique par M. Clémenceau,lieutenant d’infanterie de marine à Cayenne ; —- une réclamation de M. Crova contre M. Mercadier, à l’occasion d’une méthode de production de signaux lumineux intermittents ; — des remarques sur les propriétés alimentaires et hygiéniques du maïs, par M. Fua; — l’observation des satellites de Jupiter faite à Toulouse par M. Bailhaut; et celle de la durée de révolution de la même planète exécutée au Brésil par M. Crooles ; — une note de M. Schuloff relativement à la comète de Ilartwig; — les offres de service de M. Picard à l’occasion du prochain passage de Vénus ; — la description d’un régulateur qui permet àM. d’Arsonval de maintenir dans une enceinte une atmosphère de vapeur à une pression rigoureu. sement constante ; —.la présentation de la seconde partie du tome II des rapports relatifs au passage de Vénus en 1874; ce fascicule contient les recherches de M. Yélain sur la géologie de Saint-Paul, d’Amsterdam et de la Réunion; les observations faites au Japon par M. Tisserant; celles faites à Saigon par M. Hérault, et à Nouméa par MM. André et Angot; — la description par M. Lalannede
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- la NaTüRe.
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- la terminaison des nerfs dans la peau de quelques insectes; — une communication de M. Chevreul sur les phénomènes que présentent les couleurs matérielles en mouvement; — un mémoire de M. Cornu sur la vitesse de propagation de la lumière ; — la découverte d’un nouveau borotungstate, par M. Clain; — l’étude des acides biliaires faite par M. Clèves à l’aide du permanganate de potasse; — enfin la candidature de M. Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, qui voudrait i\ m-placer M. Schimper, décédé, dans la place de correspondant dans la section de botanique.
- Stanislas Meunier.
- LE TAUPIN DES MOISSONS
- Beaucoup de personnes ont remarqué des Coléoptères, aplatis et elliptiques, en général s’atténuant peu à peu en arrière et dont les sauts singuliers amusent les enfants. S’ils sont placés sur le dos, leurs pattes trop courtes ne leur permettent pas de se retourner; mais ils savent sauter et retomber sur le ventre par un ingénieux mécanisme. Leur corps recourbé se cambre, en s’appuyant sur la tête et sur l’extrémité de l’abdomen. Une pointe du dessous du corselet pénètre, par un brusque mouvement de l’insecte, dans une fossette du dessous de l’anneau suivant ; en même temps le dos vient heurter avec force le plan d’appui, l’animal est lancé en l’air par réaction, et recommence ce manège jusqu’à ce qu’il retombe sur ses pattes. De là un bruit sec, qui les fait appeler Toc-Maillets, Maréchaux, Saute-Marteaux, etc., et scientifiquement Élatériem. On les nomme encore Tanpins et Sternoxes.
- Ces insectes, de toutes les régions de la terre, ont de nombreuses espèces assez bien connues par les travaux d’un entomologiste belge, le docteur Can-dèze ; il y a encore beaucoup d’incertitudes et d’ignorance relativement à leurs larves et surtout aux mœurs et au régime.. Ces insectes paraissent vivre, sous cette forme, parfois de végétaux; mais certains genres sont carnassiers, et même probablement la plus grande partie. Les larves des Élatériens sont munies de pattes allongées et revêtues d’écussons durs et cornés, surtout sur les premiers anneaux qui suivent la tête. Elles se rapportent à deux types, bien établis par le docteur Candèze et par Chapuis (Catalogue des larves de Coléoptères, Mérn. Soc. royale des Sciences de Liège, 1853, Y1II, p. 347). Les unes ont le corps aplati et raccourci, avec le dernier anneau très déprimé et à bords diversement dentés ou épineux. De ce groupe est une larve, dont je ne puis encore spécifier l’adulte et qui m a été envoyée de Saône-et-Loire, où les jardiniers l’appellent le Cos et qui est le plus grand ennemi des jardins potagers de la région. Les jardiniers en détruisent, en bêchant, de grandes quantités. Le Cos se loge au printemps et en été dans le collet de la racine des plantes potagères, principalement salades , artichauts, cardons, choux, tubercules de dahlias, etc., et les fait périr. Les larves de l’autre
- type des Taupins ont les anneaux arrondis et le corps cylindroïde. Ce sont elles que les auteurs anglais nomment Vers fil de fer, à cause de leur forme et de la dureté de leurs téguments.
- Parmi les larves du type cylindrique, il en est qui sont essentiellement herbivores; ce sont prin- -eipalement celles du genre Agriotes, Eschscholtz, qui iévorent les racines des céréales et des légumes des jardins et les fourrages-racines. Les espèces de France sont d’un gris jaunâtre ou brunâtre chez les adultes. Le Taupin des moissons, Agriotes segetis, Bjerkander, ou lineatus, Linné, ou striatus, Fabri-cius, est une des espèces les plus nuisibles par sa larve, qui a été décrite et figurée par M. E. Blanchard (.Annales de l'Agric. française, 4e série, 1847, 1, p. 218), avec les ravages qu’elle cause en France, en Italie, en Angleterre, en Suède. L’espèce est de toute l’Europe, du nord de l’Afrique, de l’Asie Mineure et de la Sibérie. Sa larve semble se nourrir avec prédilection des racines de blé, d’avoine, d’orge et de seigle, et dévore aussi l’intérieur des laitues, la racine des choux et des iris, la partie centrale des navets, l’intérieur des carottes et des pommes de terre. D’intéressantes observations, que nous allons rapporter, viennent d’être adressées au journal la Nature, par un de ses abonnés, M. Henri Gadeau de Kerville, de Rouen. En 1880, écrit-il, les blés des environs de Rouen, surtout ceux du canton de Darnétal, et les seigles d’une grande partie de la Bretagne, ont été complètement dévorés par la larve du Taupin des moissons. L’adulte est d’un brun foncé et pu-bescent ; ses élytres présentent des stries longitudinales et sont d’un brun plus clair que le reste du corps. La longueur est d’environ 9 millimètres. Il se trouve très communément l’été d .ns les champs; quelques individus, probablement ceux qui ne se sont pas accouplés l’année précédente, passent l’hiver dans le terreau des saules ; mais ils sont toujours en nombre fort restreint. A l’état adulte, ces Taupins sont à peu près inoffensifs, vivant sur les feuilles des céréales et sur les plantes des champs. Les larves, au contraire,, sont funestes. Enfoncées en terre, elles s’attaquent aux racines des céréales, qu’elles dévorent en entier, puis elle mangent la tige souterraine, de telle sorte que la partie aérienne de la plante, n’ayant plus de communication avec les racines, se penche, jaunit et meurt. Celte larve est d’une couleur jaune d’ocre, de 6 à 20 millimètres de longueur, selon l’âge, très agile sur ses six pattes, cheminant par une sorte de glissement, recourbée en S d’un côté, offrant douze anneaux durs, bordés de poils sur les lianes. A l’aide des fortes mandibules dont , sa bouche est munie, elle .perfore un trou cylindrique dans la partie souterraine des tiges des céréales, un peu au-dessus du second nœud, puis elle entre dans le chaume, creuse de tous côtés et dévore l’intérieur.
- Le Taupin des moissons dépose ses œufs dans le sol à la lin de juin. La larve éclot vers la mi-juillet et passe l’hiver engourdie. D’après Bjerkander, elle
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- vivrait cinq ans avant de parvenir à la forme adulte, et cette longue vie explique les dégâts considérables qu’elle produit. Parvenue à son terme, elle se nourrit encore de mars à mai, puis s’enfonce en terre et se change en nymphe dans une loge ovale qu’elle s’est construite au préalable avec des grains de terre agglutinés. Comme toutes les larves d’Elatériens, elle subit des changements considérables pour passer de sa forme arrondie et effilée à l’aspect aplati et large de l’adulte; elle devient immobile, se raccourcit peu à peu et se dilate au milieu, de façon à arriver à une forme ellipsoidale. La nymphe, sortie de la peau fendue de la larve, et d'une couleur blanchâtre, peut se retourner facilement dans sa cellule. Elle reste environ un mois dans cet état, puis se transforme en insecte parfati, qui sort de terre, prend sa coloration foncée en quelques heures et tarde peu à pondre puis à mourir.
- Les larves de nos diverses espèces d’A-griotes se ressemblent beaucoup, restent dans cet état pendant plusieurs années, et plusieurs espèces autres que le Taupin des moissons sont aussi très nuisibles à l’agriculture.
- Elles sont souvent nombreuses dans les racines des Graminées des prairies. Aussi les Taupes bouleversent les prés avec ardeur pour s’en nourrir et les Faisans en consomment beaucoup dans les clairières des bois. Une espèce très abondante, aussi des céréales, est YAgriotes sputator, Linn., plus petit que le segetis, brun, à pubescence grise, à élytres rougeâtres ou jaunâtres, avec des variétés noires ; YAgriotes ustulatus, Schaller, ou gilvellus, Lacordaire, oblong, plus grand et moins bombé que le précédent, noirâtre, avec des élytres jaunes, dont l’adulte fréquente les fleurs des Om-bellifères, Y A. gallicus, Lacord., assez commun dans les bois des environs de Paris, étroit et allongé, noir, brun ou jaunâtre. Ces deux dernières espèces, également graminivores, sont citées comme ayant ravagé les froments dans le département de la Marne.
- Ce qui est le plus triste à avouer, c’est que nous sommes véritablement désarmés contre les larves
- souterraines et radicivores des Agriotes. Le mieux, pour les détruire, est d’opérer une alternance de culture, de façon à amener une plante que l’insecte ne mange pas et causer ainsi sa mort par famine. Avec le Taupin des moissons, on a la mauvaise chance que sa larve s’accommode à peu près de tout, de sorte qu’elle persiste jusqu’à achèvement de son cycle d’évolution; ce sont les adultes, dans leur vol, qui s’éloignent pour porter leur ponte aux Graminées qu’ils affectionnent. J’ai vu, au village de Clievry-Cassigny (Seine-et-Marne), près de Brie-Comte-Robert, une prairie qu’on tentait de convertir en jardin maraîcher et où la récolte de légumes fut presque perdue la première année, parce que le terrain était infesté de larves à'Agriotes. Il est important de se mettre en garde, par des fouilles préalables, contre les mécomptes de ce genre. D’après M. Gadeau de Kerville, M. Perret, agriculteur à Darnétal, a essayé plusieurs procédés pour détruire la larve du Taupin des moissons, procédés qui ont tous été infructueux. Des hersages et des roulages énergiques n’ont donné aucun résultat. Un rouleau pesant 1000 kilogrammes n’eut aucune action sur la dure carapace de ces larves. Les moyens mécaniques ayant été impuissants à conjurer le fléau, on tenta d’arriver au but par des moyens chimiques. Le sulfate d’ammoniaque, enterré par un léger
- hersage , n’eut pas
- d’influence destructive. Enfin on essaya la chaux
- d’épuration du gaz. Employée en petite quantité, elle demeura sans action. En forçant la dose, on arriva bien à tuer les larves, mais on faisait mourir le blé. Je crois que le sulfocarbonate de potasse, le puissant insecticide contre le Phyl-
- loxéra que nous devons à M. Dumas, serait d’un emploi efficace; mais son prix est bien élevé, eu égard aux cultures à préserver.
- Ma!ï!mce Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdieu.
- Le Taupin des moissons. Adultes et laives.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Pleuras, ü, à Paris.
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- N° 597. — 8 JANVIER 1881.
- LA NATURE.
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- FREIN CONTINU, AUTOMATIQUE ET A VIDE
- DE MM. SANDERS ET BOUTIIO
- La Nature a publié déjà plusieurs descriptions des divers types de freins continus employés actuellement dans l’exploitation des chemins de fer, particulièrement du frein à air comprimé de M. Wes-
- tinghouse, du frein avide de M. Smith, et du frein électrique de M. Aehard.
- En parlant des deux principaux types rivaux, le frein Westinghouse et le frein Smith, qui se disputent actuellement l’attention des ingénieurs, nous avons insisté sur ce fait que le frein à vide ne possédait pas cette propriété précieuse de l’automaticité, qui est un des caractères principaux du frein’à air comprimé. Ce dernier, en effet, révèle de lui-même ses
- Fig. 1. Locomotive munie du frein continu de MM. Sanders et tiolitlio.
- défaillances, et par suite, il entre en action, sans l’intervention d’une cause intentionnelle, dès qu’il se produit une avarie capable de compromettre la
- sécurité, une rupture d’attelages par^exemple ; de telle sorte que le mécanicien peut avancer avec confiance jtant que son train roule sans difficulté, puis-
- Fig. 2. Installation du frein sous le châssis d’un wagon.
- qu’il est toujours sûr d’avoir sous la main un appareil capable de l’arrêter en cas de besoin.
- Depuis cette époque, l’utilité de l’automaticité a été fortement discutée par certains ingénieurs ; et à la réunion des ingénieurs civils d’Angleterre, M. A. T. Riche a lu un mémoire tendant à établir que cette propriété était aussi dangereuse qu’utile, en raison des accidents qu’avaient entraînés, sur des lignes très chargées, les arrêts intempestifs qu’elle avait occasionnés en pleine voie. Sans partager cette opinion, qui a été vivement combattue, d’ailleurs, par la plupart des membres de la réunion, on peut 9e aonét. — t“r semestre
- dire, comme l’a fait remarquer M. Banderali, qu’il serait préférable d’avoir un frein capable d’avertir le mécanicien de ses défaillances sans déterminer cependant l’arrêt du train, puisque le mécanicien saurait alors dans quelles limites il peut compter sur l’action de son frein.
- Le frein Sanders et Rolitho, que nous avons représenté ci-dessus (fig. 1), remplit cette condition dans une certaine mesure, il est également en état de déterminer l’arrêt dans le cas d’une rupture d’attelages; et comme il constitue en même temps la modification la plus simple qui ait été apportée
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- LA NATURE.
- jusqu’à présent au frein Smith pour le rendre automatique, nous avons cru devoir la mettre sous les yeux de nos lecteurs, afin de leur présenter ainsi un résumé à peu près complet de l’état actuel de cette question si intéressante.
- Dans la disposition adoptée par MM. Sanders et Bolitho, une conduite générale C (fig. 2) règne toujours, d’une extrémité à l’autre du train, et elle
- Fig. 3. Coupe du petit éjecteur.
- est reliée par le branchement D au cylindre à frein F disposé sous chaque véhicule, comme dans le frein Smith ; seulement le vide y est maintenu en permanence sous l’action d’un petit éjecteur fonctionnant
- 4. Coupe du cylindre à frein.
- continuellement; et, d’autre part, lorsqu’il veut serrer le frein, le mécanicien doit admettre l’air dans la conduite au lieu d’ouvrir son éjecteur, et il entraîne ainsi le déplacement des pistons des cylindres à frein et par suite le serrage des sabots, comme nous l’expliquerons plus bas. On conçoit immédiatement comment le frein devient automatique dans ces conditions, puisque toute avarie, toute rupture d’attelage qui amènerait une rentrée d’air importante, entraînerait également l’application des sabots, comme l’action du mécanicien. En
- outre, il devient possible au conducteur du train de serrer en cas de besoin les freins dans son fourgon, en ouvrant une soupape placée à sa disposition à cet effet.
- Pour desserrer les freins au moment où le train va se mettre en marche, le mécanicien rétablit le vide dans la conduite, au moyen du gros éjecteur, puis il ouvre le petit éjecteur qui doit rester toujours en action pour enlever les petites quantités d’air qui pourraient pénétrer dans la conduite pendant la marche.
- Nous avons représenté (fig. 5) la coupe du petit éjecteur : on voit que l’orifice du tuyau d’arrivée de vapeur présente une section très réduite afin de diminuer la dépense ; l’air de la conduite arrive par le tuyau B, et il. est entraîné en G avec *le courant de vapeur; la soupape se soulève seulement lorsqu’on rétablit le vide, au départ, sous l’action du gros éjecteur; nous n’avons pas reproduit ce dernier, car nos lecteurs trouveront un dessin analogue dans le numéro du 29 juin 1878.
- Fig. 5. Soupape de rentrée d’air.
- La figure 4 donne la coupe du cylindre à frein F disposé sous chaque wagon. A côté est installé un réservoir R réuni au cylindre F, comme l’indiquent les figures 2 et 3, et destiné seulement à augmenter le volume de la chambre inférieure sans allonger en même temps la course du piston. On voit que la conduite C est en relation directe avec la chambre supérieure A du cylindre, située au-dessus du piston P, et elle est séparée seulement du réservoir et de la chambre inférieure B par la soupape S. Lorsqu’on fait le vide, la dépression se transmet à la fois dans ces deux chambres ; car la soupape S est alors soulevée, et, par suite, le piston P est repoussé vers le haut du cylindre dans la situation indiquée sur la figure, sous l’effort de la pression atmosphérique agissant à l’extrémité T de la tige du piston. Les choses restent dans le même état tant que le vide est maintenu sous l’action du petit éjcctetir; mais si l’air arrive en abondance en C, la soupape S se ferme, le piston P est chassé alors par la pression au bas du cylindre, et dans son mouvement, il applique les freins. Le piston reprend sa position initiale, et les sabots se desserrent aussitôt qu’un
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- rétablit le vide dans la conduite. Le petit trou qu’on voit sur la surface du piston a pour but d’empêcher le serrage en présence d’une rentrée d’air trop faible ; car 1 air se répand alors lentement dans la chambre B sans déplacer le piston.
- La soupape que nous avons représentée figure 5 sert au conducteur du train à actionner les freins d un point quelconque de la conduite. La soupape M est maintenue appliquée sur son siège sous l’action de la pression atmosphérique, et il suffit de la soulever en entraînant le levier L et le diaphragme en acier I) malgré la résistance du ressort pour déterminer une rentrée d’air dans la conduite. Indépendamment de cette action momentanée, résultant seulement d’une cause intentionnelle* la soupape sert en tout temps pour augmenter automatiquement la rapidité dans l’application des freins ; car, lorsqu’il se produit un changement brusque de pression dans la conduite, par suite de l’ouverture en plein du robinet du mécanicien, la pression qui s exerce alors sur la face inferieure du diaphragme amène l’ouverture de la soupape M et fournit ainsi un nouvel orifice pour la rentrée de l’air. y
- Avec un type de frein ainsi installé, tant que le manomètre de la machine indique une dépression suffisante, le mécanicien reste sûr de l’efficacité de son frein; et si la dépression devenait trop faible, il mettrait en action le gros éjecteur pour reconnaître la gravité de l’avarie, sans qu’if en résultât aucun arrêt du train, comme c’est le cas avec le frein Westinghouse.
- Le frein Sanders et Bolitho est appliqué depuis une année environ sur le Great Western Railway, et, d’après les expériences dont il a été l’objet, on peut admettre qu’il arrête en moyenne après un parcours de 295 mètres et au bout d’un temps de 24 secondes un train animé d’une vitesse de 87 kilomètres à Fheure sur une pente d’un millième.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LE LIVADIA
- YACHT I)E i/EMPEREUR DE RUSSIE
- Le 7 juillet 1880, on a lancé à Glascow un navire qui est peut-être le type le plus curieux de tous ceux qui sont actuellement à la mer. C’est le nouveau yacht de l’empereur de Russie, le Livadia, S il justifie.les prévisions de son ingénieur, M. l’amiral Popoff, ce navire est destiné à faire une révolution dans la science des constructions navales.
- L amiral Popoff n’est pas un inconnu pour nos lecteurs ; ils savent que, rompant avec les règles jusqii ici admises, il est le créateur du genre de bâtiments dits à « flottaison circulaire ». La Nature s est étendu suffisamment sur ses popoffkas, pour
- qu’il soit nécessaire d’en reprendre la description L Ajoutons pourtant aux renseignements que nous avons donnés que le Novogorod et le Kiew ont justifié les théories de leur audacieux architecte d’une façon assez évidente pour que le czar ait voulu appliquer son système à la construction, non plus de bateaux destinés, comme les popoffkas, à raser les côtes, mais d’un navire capable de s’élancerdans la haute mer.
- Deux motifs ont déterminé le czar à choisir pour son navire de plaisance les formes imaginées par l’amiral Popoff. Le premier est que, très sujet au mal de mer avec les bâtiments ordinaires, il avait échappé à cette indisposition à bord des popoffkas. Et, sans être marins, nos lecteurs peuvent voir par nos dessins qu’un navire possédant une aussi large assiette que le Livadia doit avoir des oscillations très atténuées. 11 est vrai que ce qu’il gagne en tranquillité, il le perd en vitesse, mais étant donné le but à atteindre, la lenteur cesse d’être un défaut.
- Cette forme assure en outre une sécurité absolue. Il est certain que sans la base sur laquelle il repose, il eût été impossible d’atteindre les 18 mètres d’élévation au-dessus de l’eau qui n’en font pas seulement un véritable monument, mais assurent à ses botes 1 air et la lumière si parcimonieusement distribués sur les autres navires, même sur les transatlantiques les plus récents, YOrient, P Arizona, etc. Des poids trop considérables dans les hauts n’auraient-ils pas-compromis la stabilité du navire, qui eût chaviré dès sa mise à l’eau ?
- Le Livadia est divisé en trois parties :
- 1° Un radeau qui constitue les assises du navire, et dont la forme est celle d’un coussin ovale et gonflé d air. Cette partie contient les appareils moteurs et évaporatoires, les soutes à charbon, les magasins et cales à provisions ; à l’extrême avant sont les machines électriques.
- 2" Le-navire proprement dit, élevé au-dessus de la carène, qui est en acier, et affecte la forme d’ün turbot ou d’une tortue. Il renferme à l’avant les aménagements de l’équipage, au milieu ceux des domestiques du czar, et à l’arrière ceux de l’état-major du yacht.
- 5° La construction supérieure, qui est à deux étages et en bois, et contient les appartements du souverain et de sa suite.
- La première partie mesure 70m,10 de long, 14m,63 de large et 5m,48 de creux. Le fond, qui se trouve être à 1111,83 au-dessous de la ligne de flottaison, a une surface de 1547 mètres'carrés. Cette partie est divisée par des cloisons en une quantité de compartiments étanches dont l’utilité a été démontrée dans la première traversée que vient de faire le Livadia, de Greenockau Ferrol. Aux environs de ce port, le bateau a rencontré une épave qui
- 1 Voy. ri016 du 20 septembre 1873 : les Navires circulaires de l'amiral Popoff, p. 225.
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- a crevé son avant : une des cloisons s’est remplie d’eau, mais pas une goutte n’a pénétré dans les cellules voisines.
- La partie intermédiaire du yacht, c’est-à-dire celle qui s’élève sur l’espèce de carapace, base du
- navire, a 79'“,25 de long, r>5“:,53 de largeur, et une hauteur de 15,n,24. Elle a pour objet de servir d’assise aux deux étages de roufs du palais et de les placera une hauteur assez grande pour qu’ils échappent aux lames qu’une mauvaise mer voudrait
- o h
- O O O
- Fier. 6
- Mètres.
- E Moweu, Sc.
- Fig. 1 à 6. Coupes et plans du Livadia.
- Fig. 1. Section longitudinale. — 1. Grand salon de réception. — 2. Appartements impériaux. — 3. Equipages. — 4. Magasins et^soutes aux provisions. — S, 6. Appartements du grand-duc, amiral en chef, du commandant du yacht, de la suite de l’empereur. — 7. Emménagements de l’état-major.
- Fig. 2. Vue du premier pont ou des roufs supérieurs. — 1. Grand salon de réception. — 2, 3. Appartements du grand-duc et du commandant du yacht. — A. Timonnerie avant. — S. Passerelle. — 6. Vérandahs-fumoirs.
- Fig. 3. Vue du deuxième pont ou du grand rouf inférieur. — 1. Salon de l’empereur. — 2, 3, A, o, 6. Appartements de 1 empereur et de l’impératrice. — b, c. Appartements des grands-ducs et des grandes-duchesses. — d, e. Compartiments des machines et des chaudières. — f, h, i. Salle à manger, office et appartements de la suite de l’empereur. — p. Bains, lavabos, etc. — l. Appareil à gouverner, arrière. — m. Petit yacht et chaloupes à vapeur. — m. Petit yacht et chaloupes à vapeur. — n, Plateforme et galeries de manœuvre
- Fig. A. Section transversale, milieu.
- Fig. 5. Vue du troisième pont. — 1. Poste de l’équipage. — 2. Caissons à hamacs et à sacs, — 3. Office impérial, — A. Domestiques. — S. Officiers de bouche. — 6. Femmes de chambre. — 7, 8. Compartiments des machines et des chaudières. — 9, 10. Cuisine impériale et du bord.— 11. Grande chambre de l’état-major. — 12. Galerie de poupe. — 13. Chambres de l’état-major. — ,1A, 15. Office et lingerie de l’état-major.
- Fig. fi. Vue de la cale. — a Compartiments étanches extérieurs. — b, c. Appareils moteurs et évaporatoires. — d. Soutes à charbon. — e. Tunnels de ligne d’arbre. — f Appareils électriques. — g, h, i. Magasins et soutes à provisions du bord, de l’état-major et de la cour. — k. Pompes à vapeur.
- embarquer. On a utilisé cet étage en y installant les postes de l’équipage, les chambres des sous-officiers, des domestiques, la chambre de chauffe (de 6IU,10 sur 14m,63), les panneaux de chauffe, les cuisines des offices de la cour et du bord, 20
- chambres d’officiers et de mécaniciens, avec cabinets de toilette,bains, lingeries, etc., et enfin, à l’arrière, le salon de l’état-major, de 9 mètres sur 15ffl,50, avec une belle galerie de poupe.
- Mais si l’ingénieur a déployé toute l’originalité
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- de son talent dans les deux premières parties du batiment, l’architecte, qui se souvenait sans doute du vaisseau de Ptolémée Philopator, dont Athénée et Plutarque nous ont dépeint les splendeurs, a tenu à montrer dans la construction de la troisième, la demeure duczar, toutes les ressources du sien.Comme le montrent les figures 2 et 5, ce logement occupe moins d’espace que son sous-sol. C’est qu’on a voulu ménager, autour, une coursive ou galerie continue pour le service du bord, sur laquelle on arrime les ancres, où se fait la manœuvre des amarres et des embarcations. Ces dernières sont au nombre de onze, en y comprenant un petit yacht et deux chaloupes
- à vapeur. Des passerelles latérales et longitudinales s’étendent en dehors des coupées de la galerie et conduisent à quatre échelles de commandement à deux étages.
- Nos dessins représentent trop exactement les divisions des différents ponts pour que nous croyions nécessaire de les énumérer. Il nous suffira de dire que tous ces appartements sont décorés avec un grand luxe. Le style adopté pour ceux de l’empereur est le style dit « criméen-tartare », introduit dans le palais de Livadia, en Crimée, par Morighetti, son architecte. On a cependant fait une exception pour le grand salon de réception, établi sur l’avant du
- Fig. 7. Le Livadia, nouveau yacht de l'empereur de Russie.
- pont supérieur, qui est décoré dans le style Louis XVI français. Une colonnade fait le tour de cette pièce, qui pourrait servir de salle à manger à cinquante personnes ; on y remarque surtout une magnifique fontaine de marbre qui s’élève au milieu d’une corbeille de fleurs et de plantes rares. Elle est chauffée par un calorifère et éclairée par des lampes électriques.
- Mais revenons au navire lui-même. Il a 5 hélices de 4m,88 de diamètre espacées de 5m,56. Elles ont 4 ailes et sont en bronze manganèse. Elles sont mises en action chacune par une force motrice indépendante et capable de développer séparément jusqu’à 5500 chevaux. Elle est produite par 5 jeux de machines composées (compound) à condenseur, à surface à action directe, à pilon. Chaque appareil a 5 cylin-
- dres : i à haute pression, 2 à basse pression. L’appareil évaporatoire se compose de 8 chaudières cylindriques doubles à 6 foyers et de 2 chaudières simples à 5 foyers, ce qui donne un total de 54 foyers. Les produits de la combustion sont reçus par 3 cheminées de section ovale, pour diminuer la résistance au vent, et placées sur le même plan transversal.
- L’indépendance des appareils moteurs n’est pas seulement une idée originale, c’est-à-dire qui n’a encore été appliquée sur aucun bâtiment ; elle offre cet avantage inestimable pour un navire qui aura à porter le czar et peut-être aussi sa fortune, que, dans le cas où une et même deux machines seraient mises hors de service, on pourrait toujours marcher avec la troisième. Il pourrait perdre également son gouvernail sans être désemparé pour cela, car il
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- gouvernerait encore par la manœuvre combinée de ses deux hélices latérales.
- Ajoutons qu’ainsi que sur quelques navires étrangers et particulièrement sur la jolie corvette autrichienne Saïda, des machines ont remplacé, sur une vaste échelle, le travail manuel à bord du yacht. On n’y compte pas moins de 20 appareils à vapeur : 1 appareil à gouverner, 1 cabestan guindeau, 3 cabestans de halage et de manœuvres des canots, 5 treuils à escarbilles, 2 pompes d’épuisement, 1 pompe à incendie et 8 machines pour le service d’éclairage électrique.
- Quant aux instruments nautiques : compas, lochs, sondes, anémomètres, transmetteurs d’ordres, télégraphes, clinomètres, etc., ce sont les plus parfaits qu’on ait pu trouver en Angleterre.
- ' Mis en chantier en décembre 1879, le Livadia a été lancé, nous l’avons dit, le 7 juillet 1880; le 1er octobre il était entièrement achevé, et les 8 et 9 du même mois il faisait ses essais à l’embouchure de la Clyde, confirmant de tous points les prévisions de son architecte et de son constructeur, quand il ne les a pas dépassées. Ainsi le contrat conclu entre le gouvernement russe et MM. Elder et Ce, stipulait une force indiquée de 10 500 chevaux et une vitesse de 14 nœuds. Or, le premier essai a donné 11 000 chevaux et 14n. 92. Au second essai, à grande vitesse, la force convenue, qui devait être de 12 000 chevaux et la vitesse de 15 nœuds, ont atteint l’une 12531 chevaux et l’autre 15 nœuds 2.
- Le 15 octobre le yacht a quitté Greencok, et le 17 est arrivé à Brest, où il a embarqué le grand-duc Constantin. Le 19 il mettait le cap sur le Ferrol. -r • 1
- « Le temps était beau, raconte un des passagers du Livadia, M. Reed, le plus distingué peut-être des ingénieurs contemporains ; mais à peine sortions-nous du port, que le baromètre commença à baisser et le vent à fraîchir. Peut-être eût-il été plus prudent de regagner Brest et d’éviter une mauvaise mer avec un navire si chargé dans ses hauts et tirant si peu d’eau (3m,20); mais le grand-duc ne voulut point laisser échapper une aussi précieuse occasion de juger l’œuvre de l'amiral Popoff. Nous continuâmes notre route à toute vapeur, avec le vent de bout et souftlant comme il souffle dans le golfe de Gascogne, c’est-à-dire avec fureur. Eh bien ! quoique la mer fut « démontée », comme on dit, les mouve-mentsdu yacht étaient très peu accentués. Nous avons relevé 4° pour la plus forte oscillation de roulis simple, et 7° pour le roulis double, tandis que le tangage en avant se mesurait à 5° au plus pour l’oscillation longitudinale simple, et 9° pour la double. Cette immobilité relative est extrêmement remarquable et se recommande aux constructeurs de navires de guerre, dont la forme actuelle rend si peu certain le tir de l’artillerie. »
- L. R.
- LES REPTILES DE FRANCE
- Qui de nous, grands et petits, à ce nom seul, ne se sent frémir d’horreur et n’éprouve un dégoût involontaire, une répulsion presque invincible. Nous voyons de suite la bave immonde du crapaud, nous pensons au terrible venin du crotale ou de la vipère, nous sentons, pour ainsi dire, le froid de la couleuvre se glissant sur nos membres. Il en est d’eux comme de la chauve-souris, comme du hibou, ces autres disgraciés de la nature; proscrits sans discernement, comme sans miséricorde, la peine de mort est édictée contre eux sans appel et sans merci ; mort au reptile ! tel est le cri général.
- Ayant leur place marquée dans la sublime harmonie de la nature et, modestes ouvriers, concourant à l’accomplissement de la tâche qui leur est dévolue, les humbles ont droit à notre pitié, à notre attention tout au moins. Ne prenant pas la peine de les connaître, et les jugeant de suite sur les apparences, nous calomnions presque toujours les bêtes qui nous entourent ; ne nous rendant aucunement compte des services rendus, nous voyons bien rarement les animaux dans le milieu pour lequel ils sont faits.
- Les reptiles, dit-on, sont des animaux hideux. Quoi de plus beau cependant que l’Anolis à la gorge étincelante des couleurs de l’émeraude, au dos tout resplendissant d’azur et de feu qui, dans le Nouveau Monde, le dispute en richesse aux Oiseaux-Mouches, pierreries vivantes voltigeant de fleur en fleur ! Quoi de plus étrange et de plus gracieux tout à la fois que ces grands Iguanes qui habitent les arbres élevés des forêts tropicales ! Les reptiles, ajoute-t-on, sont des animaux nuisibles. Ne sont-ils pas utiles cependant, ces serpents qui vivent au Brésil dans une sorte de domesticité, remplissant le rôle de nos chats dans les habitations infestées de rongeurs ; et le terrible Fer-de-lance lui-même, qu’un auteur du siècle dernier nommait plaisamment la maréchaussée des plantations de cannes à sucre, ne mérite-t-il pas d’être protégé en raison des services qu’il rend à l’agriculture ?
- Pour ne parler que des animaux de nos climats, quel être plus svelte, plus inoffensif et plus gracieux, tout à la fois, que le gentil Lézard qui, pendant un beau jour d’été, alors que le soleil ne darde pas encore ses rayons les plus brûlants, se chauffe le long de quelque vieux mur, guettant l’étourdi moucheron qui voltige auprès de lui ; plus agile .et plus alerte que le rapide Psammodrome courant sur les sables arides qui bordent le pourtour de la Méditerranée ; plus utiles et plus inoffensifs que le fragile Orvet ou la craintive Couleuvre, qui débarrassent nos champs des bêtes malfaisantes, limaces et mulots, terreur des cultivateurs.
- 11 est, on le voit, de quelque intérêt de connaître les reptiles de notre pays. Bien qu’une température
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- moins clémente ne permette pas leur développement comme dans les contrées chaudes, un assez grand nombre de reptiles vivent toutefois en France; nous n’y comptons en effet pas moins de 25 espèces, réparties entre les Tortues, les Geckotiens, les Lacertiens, les Scincoïdiens, les Ophidiens, tant inoffensifs que venimeux, les groupes des Caméléo-niens, des Crocodiliens, des Cyclosauriens, des Aga-miens et deslguaniens faisant toutefois défaut.
- LA CISTUDE D’EUROPE
- L’on voit assez souvent, dans les marais du département de la Gironde, flotter à la surface de l’eau, au milieu des broussailles et des troncs à demi pourris, des tortues d’un noir rougeâtre, ornées de minces lignes jaunâtres rayonnant du centre des écailles;le dessus de la tête est semé de petits points jaunes, le ventre est jaunâtre, marbré de brun rougeâtre ; la gorge est d’un beau jaune citron.
- Cette tortue, qui atteint, en moyenne, de vingt à vingt-cinq centimètres de long, est la seule espèce du groupe qui, chez nous, soit indigène; connue sous le nom de tortue jaune ou de tortue bourbeuse, elle a reçu des zoologistes la dénomination de Cis-tude d’Europe (fig. 1).
- Chez les mâles, la carapace, arrondie et déprimée, est parcourue dans son milieu par une carène surtout saillante en arrière; le plastron, un peu creusé, est à peine échancré. La carapace des femelles a une forme elliptique et n’est pas carénée ; le plastron est très échancré dans sa partie postérieure. Les yeux sont gros et saillants; le cou est enveloppé d’une peau molle dans laquelle la tête peut rentrer en son entier; tandis que les membres antérieurs portent cinq'doigts armés d’ongles aigus et recourbés, nous ne comptons que quatre doigts aux pattes de derrière.
- Passant la plus grande partie de la journée dans l’eau, cette tortue se retire à terre dès la tombée de la nuit. Au commencement de l’automne, elle s’enfouit dans la vase ou se creuse dans la terre sèche un trou d’environ huit pouces de profondeur auquel, dit-on, elle travaille pendant près d’un mois. Après le sommeil hivernal, la femelle sort de son terrier pour pondre ses œufs, qu’elle place dans un trou de sable exposé en plein midi. « L’animal, dit Fatio, creuse le sol avec les pattes et dépose son précieux fardeau dans le trou qu’elle a soin d’aplanir consciencieusement à l’aide de son plastron. Le nombre des œufs est de six à dix ; ils sont blancs, gros à peu près comme ceux des pigeons ou des tourterelles. La croissance de ces tortues est fort lente, et leur vie de très longue durée.»
- La Tortue bourbeuse aime surtout les eaux dormantes, avons-nous dit. Un poisson vient-il à passer à portée de l’une d’elles, la tortue retire doucement sa tête dans la carapace, fixe un instant sa proie, puis s’en approchant avec précaution, se précipite sur elle par une brusque extension du cou,
- et la mord sous le ventre ; épuisée par la perte du sang, la malheureuse victime ne tarde pas à succomber. S’aidant de ses pattes de devant, dont les ongles acérés labourent les chairs, la Tortue déchire sa proie en la tirant avec le bec, tandis que les pattes la retiennent. En captivité, la Cistude est d’humeur batailleuse au moment du repas ; à peine a-t-elle saisi un morceau de viande, qu’elle s’enfuit dans quelque coin, presque toujours poursuivie par ses compagnes qui cherchent à lui arracher sa proie; les plus petites d’entre elles paraissent avoir grand'peur de leurs aînées et aiment souvent mieux lâcher le morceau saisi que de courir les chances d’une lutte inégale. Les insectes, les vers, les limaces, les petits mollusques même, tout est bon au vorace reptile.
- La Cistude d’Europe, seul représentant en France du groupe des Tortues d’eau douce, si abondant dans certaines parties du monde, en Amérique par exemple, habite surtout le pourtour de la Méditerranée; on la connaît, en effet, d’Espagne, d’Italie, de Grèce; elle habite aussi au sud du Volga, l’Oural et les lacs voisins. En France, l’espèce ne dépasse pas la Vienne dans l’Ouest, l’Isère dans l’Est ; elle est signalée dans plusieurs localités à l’Est ; dans l’Ouest, on la retrouve tout le long du littoral, dans la Charente-Inférieure, la Gironde, les Landes et les Basses-Pyrénées; les quelques individus qui ont été capturés dans le département de Maine-et-Loire, dans le Jura, en Suisse, doivent très probablement se rapporter à des animaux accidentellement introduits par l’homme.
- LES GECKOS
- La journée a été brûlante, l’on respire à peine, bien que toutes les fenêtres qui ont vue sur la mer soient largement ouvertes; le soir venu, le vent, bien que soufflant du large, n’apporte qu’orageuses effluves ; les vagues bleues de la Méditerranée battent mollement le pied des grands arbres ; les sauterelles, aubruit strident, troublent seules le silence de la nuit.
- Une ombre vient de courir rapide sur le mur poussiéreux de la bastide; un petit cri guttural s’est tout à coup fait entendre. À la poursuite d’un insecte attardé, d’une araignée tendant sa toile dans un coin sombre, ou de quelque imprudent moucheron, le Tarente ou Gecko (fig. 2), à peine entrevu, s’est blotti dans quelque trou ; vient-on à lui donner la chasse, l’animal disparaît avec une incroyable rapidité, fuyant le long des surfaces les plus lisses.
- En plein jour, aveuglé qu’il est par les rayons du soleil, et pareil à ces rapaces nocturnes n’ayant toute leur vivacité que lorsque la nuit étend ses voiles, le Tarente, peu actif, se repose dans un demi-assoupissement ; il est vrai que sa livrée seule, semblable à un manteau couleur de muraille, le dérobe aux indiscrets regards. Mais vienne | le soir, il retrouve toute son agilité.
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- Qu’après une chasse patiente, l’animal puisse être saisi, il paraîtra des plus étranges, bien fait, en réalité, pour expliquer le sentiment d’effroi et d’invincible répugnance qu'il inspire. Un corps aplati, une peau flasque, vêtement trop large, une tète grosse et déprimée, une bouche démesurément fendue et armée de dents fines et acérées, des oreilles paraissant produites par une déchirure du crâne, deux gros yeux à fleur de tète, d’autant plus saillants qu’ils sont à peine protégés par des paupières rudimentaires, une pupille étroite et verticale comme celle des chats et des hiboux, des pattes élargies à l’extrémité et vous collant aux doigts,
- telle est la bête, hideuse à tous égards, si hideuse même (pie les fables : les plus étranges ont eu cours sur elle, superstitions populaires accréditées par les écrivains de tous les pays, de tous les temps.
- Considéré comme un animal impur par les Hébreux qui le désignaient sous le nom d’Araka (Lévitique, chap. XI, v. 50), le Gecko (tel est le nom scientifique du Tarente) est dans l’extrême Orient l’objet d’un tel effroi qu’on le regarde comme imprégné du plus subtil venin. Les anciens auteurs ont cru, en effet, que les Javanais se servaient de la salive de ces animaux pour empoisonner leurs flèches. Bon-tius rappelle que leui morsure est mortelle ; bien
- Fig. 1. La Cistude d’Europe.
- plus, l’imagination aidant, un auteur . sérieux, Hasselquist, raconte qu’il a vu au Caire trois femmes en grave danger de mort pour avoir mangé d’un romage sur lequel un gecko avait mar«hé.
- Mais hàtons-nous de le dire, bien que cet animal soit, pour le vulgaire, un objet de répulsion et de crainte, il semble être absolument inoffensif. 11 nous est arrivé très souvent de manier sans précautions aucunes des Geckos, même le Gecko d’Egypte, si redouté qu’on le nommait Abou-burz, ou Père de la lèpre, parce que l’on croyait qu’il donnait cette terrible maladie en empoisonnant les aliments par son seul contact; nous n’en avons jamais ressenti le moindre inconvénient. Les Geckos seraient utiles à l’homme. Animaux essentiellement nocturnes, ils vivent de larves d’insectes, de chenilles, de mou-
- ches qu’ils attrapent en se plaçant en embuscade ou en poursuivant leur proie jusque dans les cavités les plus obscures et les plus étroites. Grâce à leurs pattes élargies et garnies de replis qui leur permettent d’adhérer aux surfaces les plus polies, ils peuvent courir avec une extrême rapidité dans toutes les directions ; leurs ongles crochus, acérés et rétraetibles, semblables aux griffes des chats, leur donnent la facilité de grimper le long des murailles, où ils chassent fort lestement de pierre en pierre, ou de s’insinuer dans les moindres trous de rocher dans lesquels leur corps aplati et flexible peut pénétrer.
- Trois espèces, faisant partie de trois genres distincts, appartiennent à la faune française. Certains Geckos ont les doigts élargis dans toute leur Ion-
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- gueur ce sont les Platydactyles ; chez d’autres, au contraire, les doigts ne sont dilatés qu’à leur base, ainsi qu’on le voit chez les lléinidactyles, ou à leur extrémité qui est échancrée et formée de deux plaques, comme chez les Phyllodactyles.
- Ces derniers, que l’on ne connaissait que de la j Nouvelle-Guinée, de l’Australie et du Chilli, ont été ; trouvés en Europe. Genée a fait connaître, en effet, ; sous le nom de Phvllodaetyle européen, une espèce que l’on croyait spéciale à la Sardaigne et à l’ile de ; Tinetto, et qui a été retrouvée tout dernièrement i par M. Lataste dans l’île des Pendus, dans le golfe ! de Marseille. I
- Le Platydactvle vulgaire, qui habite le pourtour de la Méditerranée, était connu des anciens, qui le désignaient vraisemblement sous le nom de Stellio et pensaient que son venin pouvait neutraliser le poison du scorpion ; la morsure de l’animal, mortelle en Grèce, est d’après Pline presque inoffensive en Sicile ; le même auteur rapporte que la peau macérée dans du vinaigre ou incinérée est souveraine dans certaines maladies, principalement dans les douleurs des reins.
- Chez cette espèce, le corps est tantôt d’un gris cendré comme poussiéreux, tandis que les régions inférieures sont blanchâtres ; tantôt, au contraire,
- Fig. 2. Le Gecko des murailles.
- il est d’un brun bronzé, avec des bandes grisâtres disposées en travers du dos et de la queue. La tète, bien que déprimée, est assez épaisse en arrière, le cou étant distinct du corps ; la peau qui l’enveloppe est transversalement plissée. Le dessus du crâne est revêtu de petites plaques convexes disposées en pavés ; des tubercules ovales, fortement carénés, entourés d’autres tubercules plus petits et de fines écailles granuleuses protègent le dos ; la queue est, en dessus, garnie d’épines formant des demi-anneaux.
- La distribution géographique de l’Ilémydactyle verruqueux est la même que celle de l’espèce que nous venons de rapidement décrire. La tète est courte, le museau fort obtus, la surface du crâne légèrement convexe. Des ongles arment tous les
- doigts, qui ne sont pas réunis par une membrane. Depuis la nuque jusqu’à la naissance de la queue, des tubercules ressemblant à de petits clous bas et comprimés sont disposés en rangées longitudinales fort rapprochées les unes des autres. La teinte générale du corps est plus ou moins claire, parfois rous-sâtre avec des marbrures brunes ; J’on voit des individus chez lesquels les couleurs sont, par contre, très foncées, ce qui les fait paraître presque noirs, les régions inférieures, qui sont ordinairement blanchâtres, revêtant une teinte sombre; le plus souvent, les côtés du cou, entre l’œil et la narine, sont marqués d'une bande noire.
- E. Sauvage.
- — La suite piochaiuement. —
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- LA NATURE.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société géologique de France. — Séance du 6 dé' cembre 1880. — Présidence de M. de Lapparent. — M. Charles Brongniart présente à la Société l’ouvrage posthume de son grand-père : Recherches sur les graines fossiles silicifiées, par Adolphe Brongniart, précédées d’une notice sur ses travaux, par J. B. Dumas. — M. Dollfus présente une note sur la géologie de la région traversée par le nouveau chemin de fer de Beaumont-sur-Oise à Hermes (Oise). Cette voie ferrée s’élève lentement sur le versant sud du bombement du Bray et traverse le pays de Thelle.
- Séance du 20 décembre 1880. — Présidence de M. Fischer. — M. Cotteau, en sa qualité de délégué au Congrès tenu à Reims par VAssociation scientifique française, au mois d'aoùt dernier, fait un rapport sur les travaux de la section de géologie; il énumère les principales communications, et insiste sur l’intérêt que présentait l’Exposition d’histoire naturelle installée dans une des salles du Lycée. — M. Gillot fait une communication dans laquelle il combat la théorie newtonienne de la gravitation universelle. — M. Dollfus présente une note sur l’àge du soulèvement du pays de Bray. M. Hébert avait pensé qu’il avait eu lieu à plusieurs reprises, dès avant le Calcaire pisolithique, et que les mers de Bracheux et du Calcaire grossier avaient contourné cette région, qu’enfin il s’était produit un mouvement important lors du dépôt des Sables moyens. M. de Lapparent avait indiqué son âge final après le dépôt du Calcaire de Saint-Ouen. M. Dollfus annonce et expose des observations qui reportent à la fin de la période tertiaire parisienne ce plissement important. Nous avons parlé de cette communication dansle précédent compte rendu de l’Académie des sciences.
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi 10 décembre. — Présidence de M. Friedel. — M. Friedel présente le couple zinc-cuivre deM. Gladstone, et indique à quelles intéressantes réactions chimiques il a donné lieu. — M. Porumbaru expose les résultats qu’il a obtenus en s’occupant des cobaltamines. — M. Tauret a étudié le cédrin, principe amer extrait du fruit du cédron. — M. Klein décrit quelques nouveaux borotungstates. — M. Pabst rend compte des recherches qu’il a entreprises sur l’action du chlorure de nitrosyle sur différents composés de la série aromatique en vue d’obtenir des matières colorantes — M. Œschner signale l’existence de produits neutres dans la quinoléine brute; ces produits se forment en quantité excessivement petite. Les premières fractions paraissent contenir des éthers de la série grasse.
- LES OBSERVATOIRES PUBLICS
- VAnnuaire de l’Observatoire de Bruxelles pour 1881 nous donne la nomenclature, suivant l’ordre alphabétique, des observatoires astronomiques existants et qui présentent le caractère d’établissements publics. Nous y trouvons que 118 de ces observatoires sont actuellement en pleine activité : 84 fonctionnent en Europe, 2 en Asie, 2 en Afrique, 3 en Océanie et 27 dans les deux Amériques. Dans ces continents, les États-Unis à eux seuls en comprennent 27, le Mexique en compte 2, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, la République Argentine et la Nouvelle-Bretagne ont chacun le leur.
- En Europe, la Prusse est l’État qui possède le plus
- d’observatoires publics; elle en compte 29. Viennent en seconde ligne, l’Angleterre et la Russie, qui en ont respectivement 14 et 19, puis l’Italie, qui en possède 9, l’Autriche 8, la France 0, la Suisse 4, la Suède 3, les Pays-Bas, la Norvège, l'Espagne et le Portugal 2, enfin, la Belgique, la Grèce et le Danemark.
- Le plus ancien observatoire encore en activité à cette heure est celui de Leyde, fondé en 1652 ; il a par conséquent près de deux siècles et demi d’existence. Celui de Copenhague fut créé quelques années après ; il date de 1657. Quarante ans après fut construit celui de Paris, et en 1675 fut fondé celui de Greenwich.
- Des observatoires créés dans le dix-huitième siècle, 41 existent encore; 5 ont été fondés entre 1700 et 1725 ; 6 entre 1725 et 1750; 19 entre 1750 et 1775, et 15 entre 1775 et 1800. De ceux créés durant ce siècle, nous en'comptons 19 de 1800 à 1825; 17 de 1825 à 1850;' 39 de 1850 à 1880.
- Les observatoires d’Italie datent de la seconde moitié du dix-huitième siècle.
- En Russie, le plus ancien observatoire, celui de Moscou, a été fondé en 1750 ; ceux de Varsovie, de Wilna, datent de 1714 ; les 9 autres ont été créés dans ce siècle.
- En Allemagne, le plus ancien observatoire est celui de Berlin, fondé en 1705. 4 nouveaux observatoires ont été érigés dans ces deux dernières années.
- En France, après celui de Paris, qui date de 1667, les plus anciens observatoires sont ceux de Marseille (1702), de Toulouse (1775). Ceux de Meudon, de Lyon et de Montsouris sont de création récente.
- Le plus ancien observatoire du Nouveau Monde est celui de Rio-de-Janeiro, fondé en 1780. Après celui-ci, le plus ancien en date est celui de Chicago (1822). Les autres observatoires de l’Amérique ont été construits dans la deuxième moitié de ce siècle.
- L’activité que déploie l’Amérique dans toutes les branches scientifiques se montre aussi dans l’astronomie ; on en a une preuve éclatante en remarquant que depuis 1870, 6 observatoires ont été, non seulement construits dans les meilleures conditions, mais encore outillés d’instruments les plus perfectionnés.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire universel des Contemporains, par G. Vapereau. Cinquième édition entièrement relondue et considérablement augmentée. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- Ce dictionnaire, si utile et si remarquable, n’a plus besoin d’être signalé. Tout le monde le connaît à l'égale de ces publications indispensables que chacun consulte sans cesse et qu’on nomme familièrement le Bouillet ou le Littré. On dit de même le Vapereau. Le dictionnaire de M. Vapereau n’avait pas été revu depuis dix ans ; l’auteur, en publiant la cinquième édition que nous annonçons, en a fait un remaniement complet. Depuis dix ans des hommes qui figuraient dans les éditions précédentes, ont passé à la postérité; ils cessent de figurer dans le Vapereau et entrent dans le Bouillet. Des nouveaux venus ont acquis célébrité ou notoriété, il faut leur ouvrir les colonnes du Dictionnaire des Contemporains ; il faut enfin compléter quelques-unes des biographies précédemment publiées. M. G-Vapereau sait s’acquitter de cette tâche souvent délicate, avec beaucoup de talent. S’il est difficile de parler des morts, combien ne l’est-il pas davantage de parler des
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- vivants ! L’auteur du Dictionnaire des Contemporains le fait avec un tact parfait, et une modération de jugement qui lui ont assuré un succès universel. Parmi les nouveaux venus dans la cinquième édition il est un grand nombre d’hommes politiques, de littérateurs, d'artistes, etc. Les hommes dont les noms se rattachent aux sciences figurent aussi pour une large part. Voici parmi ceux-ci les biographies nouvelles que nous avons remarquées, et que nous citons par ordre alphabétique.
- Alglave, Paul Bert, Bessemer, Dr Cornil, Alfred Cornu, Des Cloizeaux, Dubois Reymond, Edison, Edlund, Henri Giffard, Georges Hachette, Hofmann, Huggins, Kirchoff, Marey, Hervé Mangon, Adrien de Montgolfier, colonel Perrier, Rosenthal, sir William Thomson, Van Tieghem, Albert et Gaston Tissandier, Tisserand, Tyndall, etc.
- Les Télégraphes, par A. L. Ternant, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 192 gravures. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Les Grands froids, par Émile Bol ant, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 51 vignettes. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Les Merveilles du monde polaire, par E. Lesbazeilles,
- 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 38 gravures. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Les Villes retrouvées, par Georges Hanno, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 75 gravures. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Annuaire pour l’an 1881, publié par le Bureau des Longitudes, 1 vol. in-32. Paris, Gauthier-Villars, 1881.
- LES FIGUIERS D’INDE EN ITALIE
- Grâce à un nouveau procédé de culture, les figuiers d’Inde (Cactus opuntia), sont devenus en Sicile une des espèces végétales les plus importantes. Ce procédé est des plus simples. 11 consiste à arracher à la plante tous ses fruits aussitôt qu’ils commencent à grossir pour qu’elle en fasse une seconde production. Les fruits de cette production tardive sont naturellement moins abondants que ceux de la première production, mais en revanche, ils viennent beaucoup plus beaux; et, au lieu d’avoir une écorce tendre qui les rend très faciles à s’altérer, ils ont une écorce épaisse et ferme, qui leur permet de résister aux plus longs voyages.
- Grâce à ce procédé, on a pu envoyer depuis quelques années beaucoup de figues d’Inde à l’étranger, et surtout en Amérique, où elles sont très recherchées. Cela fait que ces fruits, qu’on cédait à vil prix il y a peu de temps, se vendent à présent de 3 à 5 francs le cent, et que le sol où on les cultive donne annuellement un revenu net de 150 à 200 francs par hectare.
- Aussi la culture des figuiers d’Inde s’étend-elle en Sicile avec une rapidité prodigieuse, et l’on voit déjà en plusieurs endroits les belles fleurs jaunes et rouges de ces cactiers se mêler aux feuilles luisantes et aux petites fleurs blanches des orangers et des citronniers.
- Le figuier d’Inde fournit en Sicile un grand nombre de variétés, qui diffèrent entre elles par la grandeur et la forme des articulations, par la longueur des épines et par la couleur et la qualité des fruits. L’espèce la plus répandue est un arbrisseau qui s’élève jusqu’à trois ou quatre mètres de hauteur et qui dans sa vieillesse est porté sur
- un tronc court, ligneux et grisâtre. Il est entièrement composé d’articulations ovales oblongues en forme de raquettes, longues de 30 à 40 centimètres, épaisses de 2 à 6 centimètres, charnues, à bords arrondis, vert tendre et munies de longs aiguillons. Ces articulations naissent toutes les unes sur les autres un peu obliquement et forment des ramifications bizarres et pittoresques, qui font distinguer ces cactiers à première vue. Leurs fleurs sont jaunes ou rouges, à dix pétales ou environ, disposées en rose sur plusieurs rangs et formant une corolle d’environ 4 centimètres de tour. Le nombre des étamines est indéfini. Elles sont insérées au milieu du calice tout autour d’un style couvert par plusieurs stigmates et ont un mouvement particulier de concentration : lorsqu’on les touche avant l’émission de la poussière fécondante, les filets se couchent les uns sur les autres. Le fruit a la grosseur d’un citron et présente la forme d’un baril. Lorsqu’il est mûr, son écorce devient jaunâtre. Elle présente à l’extérieur une nombreuse série d’épines très petites, disposées de manière à comprendre entre eux des carrés d’uu centimètre. La pulpe est tantôt jaune et tantôt d’un rouge très vif. Dans de certaines localités, elle est aussi tout à fait blanche.
- Ces fruits sont frais, délicats et très agréables à manger. Ils forment une nourriture saine et légèrement rafraîchissante. Les Siciliens en font un grand usage et les préfèrent à beaucoup d’autres fruits. Les paysans les sèchent et en font une sorte de pâte consistante qu’ils mangent pendant l’hiver.
- Les pousses tendres du figuier d’Inde servent à nourrir les cochons et les bestiaux, qui les aiment beaucoup. Les troncs, séchés au soleil, forment un combustible excellent.
- Les figuiers d’Inde ne réclament en Sicile ni eau, ni engrais. Ils viennent très bien sur les terrains arides et pierreux et sur la lave poreuse. On dirait même que la nature les a créés exprès pour hâter la désagrégation des produits volcaniques. Il suffit d’un petit creux, où l’on introduit quelques poignées de terre pour qu’ils puissent prospérer. Ils poussent très vite, et leurs longues et puissantes racines filiformes, s’introduisant dans les pores et les petites fissures de la lave, en déterminent la rupture par leur grossissement.
- Aussi sur les régions de l’Etna trouve-t-on des figuiers d’Inde partout : au bord des routes, sur les torrents de lave, sur les cônes d’éruption, sur les murs des vieilles maisons ébranlées, sur les petits îlots et les écueils qui s'élèvent près dô la côte ; et souvent on voit aussi sur des rochers hauts et arides plusieurs de ces cactiers remarquables, couverts de nombreux fruits, gros, frais et succulents.
- V. Tedeschi dl Ercole.
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- LE JEU DU SOLITAIRE
- Beaucoup de personnes connaissent ce jeu dont l’appareil consiste en une tablette dans laquelle on a pratiqué, soit des trous destinés à recevoir des fiches, soit, mieux encore, des alvéoles destinées à recevoir des billes (fig. 1 et 2).
- Le solitaire qu’on rencontre habituellement contient 37 cases (fig. 2, 5 et 6); mais on joue aussi avec le solitaire à 53 cases (fig. 5 et 4), qui
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- ne diffère du premier que par la suppression des 4 cases 34, 35, 36 et 57.
- Quelques auteurs ont étudié la théorie de ce jeu, beaucoup plus savant qu’on ne le suppose au premier abord. Le docteur Reiss, M. Charles Buehonnet1, M. le capitaine d’artillerie Her-mary2 ont publié sur ce sujet des articles scientifiques.
- Pour moi, cher lecteur, je me bornerai à vous indiquer deux règles pratiques qui vous intéresseront à ce jeu élégant.
- La première, celle des équivalents, vous permettra de jouer un coup quelconque , qui vous sera proposé, et d’aboutir à la solution finale.
- La seconde, celle des anneaux, vous permettra d’indiquer d’avance cette solution finale, sans déplacer une seule bille.
- Vous 'connaissez sans doute le mécanisme du jeu, qui consiste à faire passer une bille pardessus sa voisine, non pas en diagonale, comme au jeu de dames, mais suivant la ligne horizontale ou verticale, et à supprimer la bille franchie.
- L’emploi des équivalents consiste à remplacer une bille par deuxautres, ainsi que je vais l’expliquer tout d’abord sur un exemple (fig. 3).
- Supposons qu’après avoir essayé le problème prin-
- 1 Nouvelle Correspondance malhématique, t. III, p. 234.
- 2 Compte rendu de VAssociation française pour l’avancement des sciences. Congrès de Montpellier en 1879, p./284.
- cipal du solitaire à 35 cases, qui consiste, comme vous le savez sans doute, à remplir toutes les cases à l’exception de la case centrale, et à faire disparaître successivement toutes les billes, en n’en laissant qu’une seule au milieu, supposons dis-je, qu’un
- joueur inexpérimenté soit arrivé au système irréductible de 5 billes sur les cases 4, 1 1, 45, 28 et 30.
- Pour rendre le coup soluble, et pour retrouver la solution finale, je remplace la bille 11 par deux équivalentes, 9 et 10, la bille 28 par deux autres, 25 et 16, et la bille 50 par deux autres, 25 et 18. Ces substitutions ne changent pas le coup, puisque je puis le reconstituer en reprenant 10 avec 9, 23 avec 16, et 25 avec 18. Mais il se trouve qu’en procédant ainsi, j’ai
- substitué au système irréductible de 5 billes, un nouveau système composé des 8 billes marquées d’un trait sur la figure, et qui se résout immédiatement par une seule bille au centre, laquelle constitue la solution finale.
- Vous comprenez maintenant, cher lecteur, qu’avec la règle des équivalents vous pourrez toujours concentrer le coup qui vous sera proposé, le rendre soluble, dussiez-vous employer les équivalents à diverses reprises, et aboutir à la solution finale, qui sera nécessairement : sçiit une seule bille, soit un couple de deux billes placées diagonalement, tel que 9-17, 25-29, etc., soit un système de 3 billes continues et en ligne droite, tel que 9-16-25, 4-5-6, etc., c’est-à-dire une tierce.
- Fig. 1. Solitaire à fiches.
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- Il n’y a en effet, sur un solitaire quelconque, que trois solutions finales possibles d’un coup quelconque : la bille unique, le couple et la tierce.
- Ce premier point établi, je vais maintenant vous indiquer quatre transformations très faciles à ef-
- 1 2
- figure 3, je puis remplacer les deux billes 23 et 25 par une seule en 24.
- 12 3 4 5 6 7
- Fig. b.
- 3° On nomme cases correspondantes deux cases situées sur une même rangée et séparées par deux alvéoles.
- Si deux cases correspondantes sont remplies, je puis supprimer les deux billes qui les occupent. Ainsi je puis supprimer 4 et 23.
- 4° Je puis transporter une bille sur l’une de ses
- fectuer, et qui découlent de la règle des équivalents :
- 1° Remplacement de deux billes, situées sur une même rangée et séparées par une case vide, par une seule bille placée sur cette case. Ainsi, dans la
- 1 2 3 4 5 6 7
- yi u . /T 1 O 2 • 3 O
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- 7 / * 7 / / ! • 8 • V 10 • 11 O 12 • 13 O
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- Fig. 4.
- I 2° Suppression des tierces. Ainsi je puis suppri I mer la tierce 9-16-23.
- Fig. 6.
- cases correspondantes, si celle-ci est vide. Ainsi je puis transporter la bille 10 en 29.
- Ce sont ces quatre transformations que nous allons réaliser avec des anneaux, sans déplacer les billes, et qui vont nous permettre de ramener le coup proposé à un système de trois anneaux au plus, compris dans le carré central du solitaire.
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- Pour appliquer la règle des anneaux, il suffit d’en avoir 7 d’un diamètre un peu plus grand.que celui de la bille, ce qui permettra à Panneau de franchir la bille et de venir couronner l’alvéole.
- Je vais l’appliquer successivement sur trois exemples :
- lor exemple (fig. 4). — Solitaire à 55 cases. — Solution finale de la bille unique.
- lre rangée verticale. Les deux cases 7 et 21 étant remplies, et la case intermédiaire 14 étant vide, je
- place............................1 anneau sur 14
- 2e rangée verticale. 8 prend 15 et vient en 22 ;
- je place.........................1 anneau sur 22
- 5e rangée verticale. Je supprime les billes correspondantes 4-25 et 16-51 ; il me reste une seule bille
- en 9. Je place...................1 anneau sur 9
- 4e rangée verticale. Je supprime les deux correspondantes 10-29, je transporte 2 en 17, et je
- place............................1 anneau sur 17
- 5e rangée verticale. Je supprime les deux correspondantes 6-25, je transporte 55 en 18, et je
- place............................1 anneau sur 18
- 6e rangée verticale. J 2 prenant 19 et venant en
- 26, je place.....................1 anneau sur 26
- 7e rangée verticale. 20 étant seul occupé, je
- place............................1 anneau sur 20
- (11 est bien entendu que les opérations que je viens de décrire doivent se faire mentalement sans déplacer une seule bille.)
- Le coup proposé se trouve ainsi réduit au système des 7 anneaux placés sur les 7 cases 14, 22, 9, 17, 18, 26 et 20, lesquels sont indiqués sur la figure par un trait vertical et se trouvent tous compris dans les trois rangées horizontales nos 5, 4 et 5.
- Je vais maintenant opérer sur ces trois rangées horizontales, comme je viens de le faire pour les 7 rangées verticales, en considérant les anneaux comme des billes.
- 5e rangée horizontale. Je trouve et je laisse
- 1 anneau sur 9
- 4e rangée horizontale. Les deux anneaux correspondants 17-20 se détruisant, je les supprime, je transporte l’anneau 14 en 17, je prends 17 avec 18 qui vient en 16, et je laisse.. . 1 anneau sur 16
- 5e rangée horizontale. Je transporte l’anneau 26 en 25, je prends 25 avec 22 qui vient en 24, et je
- laisse...........................1 anneau sur 24
- (Il est bien entendu que les opérations que je viens de décrire et qui portent sur les anneaux, doivent s’effectuer réellement, ce qui est possible sans déplacer une seule bille.)
- Le coup proposé se trouve ainsi réduit au système des trois anneaux 9, 16 et 24, tous trois compris dans le carré central et y occupant une horizontale différente. Ils sont désignés sur la figure par un trait horizontal.
- Il est facile de voir maintenant que l’anneau 9 prend successivement les anneaux 16 et 24 et vient en 25. 11 ne me reste plus alors qu’un seul anneau
- sur 25 indiqué par un cercle concentrique, et qui constitue la solution finale de la bille unique.
- Vous pouvez jouer le coup, cher lecteur, en appliquant la règle des équivalents, et vous arriverez nécessairement à une seule bille en 25.
- 2e exemple (fig. 5). — Solitaire à 57 cases. — Solution finale de la tierce.
- En vous servant des anneaux, comme je viens de le faire dans l’exemple précédent, vous trouverez, cher lecteur, après la première opération, sept anneaux sur les cases 14, 8, 16, 24, 11, 19 et 15, lesquels sont marqués sur la figure par un trait vertical.
- Après la deuxième opération il ne vous restera plus que trois anneaux sur les cases 10, 17 et 24, lesquels sont mai'qués par un trait horizontal et de plus entourés d’un cercle concentrique, attendu qu’ils constituent la solution finale de la tierce.
- 5e exemple (fig. 6). — Solitaire à 57 billes. — Solution finale du couple.
- La première opération donne 6 anneaux sur les cases 7, 15, 16, 10, 11 et 15.
- (Il n’y a pas d’anneaux sur la sixième rangée verticale, par la raison que les trois billes 55, 19 et 57 se réduisent à une tierce qui disparaît.)
- La deuxième opération donne deux anneaux, en 9 et 17, qui constituent la solution finale du couple.
- Le système de trois anneaux au maximum, compris dans le carré central, ne constituera pas toujours, soit une solution finale immédiate, comme dans les exemples 2 et 5, soit une solution finale que l’on peut obtenir sans l’emploi des équivalents, comme dans le premier exemple.
- Ce système peut en effet se présenter sous la forme irréductible dans quatre cas différents. Il faut alors employer les équivalents pour obtenir la solution finale.
- leï cas. — Deux anneaux en écharpe tels que 9 et 18. Remplacez l’anneau 18 par deux équivalents en 17 et 16, et prenez 16 avec 9. Vous aurez alors pour solution finale le couple 17-25.
- 2e cas. — Deux anneaux, aux extrémités de la même diagonale du carré central, tels que 9 et 25. Reportez d’abord 25 en 6, puis remplacez 9 par deux équivalents 10 et 11 ; prenez ensuite 11 avec 6 et vous aurez pour solution finale le couple d’anneaux 10-18.
- 5e cas. — Trois anneaux suivant la même diagonale tels que 9, 17, 25. Reportez d’abord 25 en 6, puis remplacez 17 par deux équivalents en 10 et 5, prenez ensuite 5 et 9 avec 6, et vous obtiendrez pour solution finale le couple d’anneaux 10-16.
- 4e cas. — Trois anneaux tels que 10, 16, 25. Remplacez 16 par deux équivalents en 17 et 18, prenez ensuite 18 et 10 avec 25, et vous aurez le couple d'anneaux 9-17 pour solution finale.
- Vous voici maintenant, cher lecteur, si je me suis bien fait comprendre, en mesure, non seulement de faire aboutir un coup quelconque à sa solution finale, en appliquant la règle des équivalents,
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- mais encore de prédire d’avance cette solution li-nale, en appliquant la règle des anneaux, et sans déranger une seule bille. Avec un peu d’expérience, vous pourrez même vous passer des anneaux.
- PlAIU’.ON DE MoNDESIR.
- CHRONIQUE
- Un train en feu. — Un horrible accident vient d’avoir lieu aux Etats-Unis. Le train entre ïndianopolis et Saint-Louis, marchant à grande vitesse a rencontré un chariot chargé de barils de pétrole qui traversait la voie. Un déraillement s’est produit, les wagons se sont amoncelés les uns sur les autres, et le foyer de la machine enflammant le pétrole répandu sur le sol, cet amas de wagons a bientôt formé un immense brasier. Un certain nombre de voyageurs ont pu être sauvés, mais beaucoup d’autres, pris sous les débris, ont été brûlés vifs, et à travers le pétillement de la fournaise on entendait les cris de douleur des victimes. On ignore le nombre de personnes ayant péri dans cette catastrophe.
- Photographie instantanée. — Un photographe d’Henlcy-on-Thames, près de Londres, vient d’obtenir par le nouveau procédé à la gélatine, des reproductions instantanées d’objets extrêmement mobiles. C’est ainsi, qu’il est parvenu à photographier avec une grande netteté la locomotive de l’express du « Flying Dutchman », sur la ligne du Great Western, à la station de Twyford, lorsque le train était lancé à la vitesse considérable de 80 kilomètres à l’heure. La locomotive a été reproduite dans tous ses détails avec autant d’exactitude que les objets immobiles environnants. A l’aide d’un volet que l’on fait glisser rapidement devant l’appareil, la plaque ne reste exposée à la lumière que pendant 1/500° de seconde, de sorte qu’il serait possible de photographier tous les wagons d’un train express pris en travers.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 janvier 1881. — Présidence de M. Wüktz.
- Renouvellement du Bureau. — Nos lecteurs savent déjà depuis longtemps, que la première séance de chaque année est à l’Académie employée en partie par des affaires intérieures. La plus importante est l’élection du vice-président, destiné à présider la Compagnie l’année courante. 52 votants prennent part à ce scrutin, qui désigne M. Jamin par 52 suffrages contre 17 donnés à M. Rolland et 3 que se partagent MM. Phillips, Hermite et besains. Un autre vote a pour objet de renouveler la • Commission administrative, composée depuis bien des années de MM. Decaisne et Chasles, constamment réélus. Le décès de ce dernier nécessite celte fois son remplacement. Son successeur est M. Ed. Becquerel, président sortant, qui, en quittant le fauteuil, expose suivant l’usage l’état actuel des publications et du personnel de l’Académie. À ce dernier point de vue, il rappelle les morts de l’année : MM. Chasles et Morin, parmi les titulaires; MM. Borchhardt, Peters, Lissajous, Favre, Zinnin, Miller, ^ Schimper, Godron, Brandt et Mulsant, parmi les correspondants. 11 enregistre aussi les nominations de MM. Bresse
- et Perrier, académiciens, et de MM. Brioschi, Warren de la Rue, Abria, Chancel, Stass et Sella, correspondants.
- Élection de correspondant. — Pour en finir avec les sujets de ce genre, ajoutons qu’en remplacement de M. Miller (de Cambridge), l’Académie a élu aujourd’hui correspondant de la [section d’astronomie M. Gould (de Cordowa). Cet astronome qui a réuni l’unanimité des suffrages occupait le premier rang de la liste de présentation ; en seconde ligne, ex æquo et par ordre alphabétique figuraient les noms de MM. Auwers (de Berlin) et Weiss (de Vienne).
- Glace sur la nier. — D’après une lettre de M. Carpen-tin, médecin de marine, on a observé l’année dernière, le 25 janvier 1880, un phénomène très rare, dans le port de Toulon. La mer s’est recouverte d’une couche de glace qui a persisté jusqu’à neuf heures du matin et qui, avec une épaisseur de deux millimètres, s’étendait sur deux kilomètres de longueur et sur cinq cents mètres de largeur. L’auteur attribue surtout sa formation au calme complet de la mer, grâce auquel les eaux douces amenées des terres ont pu s’étendre à sa surface et s’y congeler. Les conditions nécessaires à la production de ce phénomène se sont d’ailleurs très rarement réalisées.
- Étude sur les cyclones. — Par l’intermédiaire de M. Faye, M. Fournier, capitaine de frégate, fait connaître le résultat des études auxquelles il a soumis la baisse barométrique dans l’intérieur des cyclones. La formule :
- /I 1
- où II exprime la pression en dehors du météore, R le rayon de celui-ci et K une constante, permet de trouver la pression h d’un point situé à une distance r du centre. L’auteur fait voir comme confirmation la coïncidence des pressions calculées ainsi avec celles directement observées, pour deux cyclones remarquables apparus à la Réunion en 1818 et en 1859. M. Faye annonce pour une séance ultérieure un mémoire complet sur cet intéressant sujet.
- Fonction du petit oblique de l’œil. — Un fait clinique a permis à M. le docteur Fano de déterminer avec précision la fonction de ce muscle chez l’homme. Il s’agit d’un enfant chez lequel des convulsions déterminent la paralysie de tous les muscles de la face sauf le petit oblique.
- Les organismes des météorites. — Sous ce titre : Die Meteorite und ihre organismen, M. le docteur Otto Hahn adresse un magnifique volume in-4° enrichi de 32 planches de photographies obtenues au microscope d’après nature. La conclusion de cet Allemand est que les météorites sont remplies de débris fossiles, spongiaires et polypiers, les uns appartenant à des genres terrestres, les autres révélant de nouvelles formes aux zoologistes, telle que l’éponge, qu’il appelle poétiquement urania. Or, les rayonnements que M. Hahn a lourdement pris pour des vestiges organiques ne sont que des groupements de cristaux d’enstatite. Parmi toutes les preuves qu’on pourrait citer pour le démontrer, je me bornerai à rappeler qu’en reproduisant artificiellement les météorites par voie ignée on imite rigoureusement les irradiations dont il s’agit. Pour ma part, en opérant au rouge dans l’hydrogène, j’ai fabriqué de toutes pièces des échantillons que M. Hahn n’hésiterait pas à classer parmi les zoophytes.
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- LA NATURE,
- Tous verrez qu’en Allemagne M. Hahn fera école. Il n’en esi pas de même à Paris, et M. Dumas a fait ressortir de telle façon les erreurs dont il s’agit, qu’il a provoqué les rires unanimes du grave auditoire. On sera frappé de l’analogie des illusions de M. Ilahn avec les méprises célèbres de Demaillet (Telliamed), croyant retrouver dans des cailloux accidentellement figurés des preuves de la Nature s'essayant h faire l'homme : la grande différence est que l’auteur du siècle dernier voyait avec ses yeux et que le Germain de nos jours a recours au microscope.
- Éruption volcanique. — Un journal d’IIonolulu transmet le récit d’une gigantesque éruption du Mouna-Loa, qui, le 9 novembre dernier, a vomi un double courant de laves de plus de 10 kilomètres de longueur.
- Varia. — Notons encore : un Mémoire de M. Ber-thelot sur l’oxvde de fer magnétique considéré au point ' de vue thermochimique ; — un nouveau photomètre de M. Crova; — les offres de services de JI. Ilatt pour la prochaine expédition de Vénus; — une étude sur la formation du brouillard, par M.
- André ; — des recherches sur la cellulose, par M.
- Gagnard; — un Mémoire de M.
- Préaubert sur la thermoélectricité;
- — un procédé qui permet à M. Damoiseau de substituer le brome ou ’iode à l’hydrogène des carbures ; — la détermination par M. Baille des forces électromotrices à l’aide de moyens électrostatiques;— enfin un procédé propre, suivant un auteur qu’on n’a pas nommé, à éteindre les volcans en activité !
- Stanislas Meunier.
- MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- WALLACE-FARMER
- Le principe fécond de la disposition en anneau des induits de Pacinotti, si heureusement complété par le collecteur de Gramme, a été l’origine du développement si rapide qu’a pris, depuis quelques années, la transformation du travail mécanique en électricité et les nombreuses applications de cette force à l’éclairage et aux transmissions de force à distance.
- 11 s’est créé dans chaque pays un grand nombre de types de machines, greffés sur ces deux principes : l’inducteur en anneau de Pacinotti et le collecteur de Gramme.
- On a lait varier la longueur de Panneau, sa forme,
- ses dimensions, l’enroulement du fil sur les bobines, la disposition de ces bobines sur l’axe, etc. etc. Les principes généraux n’ont pas changé.
- L’Amérique pour sa part, emploie une demi-douzaine de machines dynamo-électriques à courant continu dans lesquelles on retrouve — à l’exception de Lune d’elles, la machine Brush — les idées réalisées pour la première fois en Europe.
- Les machines les plus répandues en Amérique sont celles de MM. Brush, Hiram-Maxim et Wallace-Farmer. Nous décrirons aujourd’hui cette dernière. Elle a été d’abord imaginée par Moses Farmer, de Boston, en 1875, puis construite et perfectionnée par William Wallace, d’Ansonia (Connecticut).
- Cette machine, représentée ci-dessous, se compose d’un disque portant deux séries de bobines méplates, pour mieux utiliser la surface des disques ; chacune de ces bobines est reliée à la suivante et à
- un collecteur Gramme comme dans la machine de M. Niaudet. Les inducteurs sont, comme dans les machines plus anciennes de Gramme, Siemens et Lon-tin, disposés en tension dans le circuit extérieur. La machine est double et chacune de ses moitiés peut agir indépendamment , ou bien on peut réunir ces deux moitiés, soit en quantité, soit en tension.
- Si l’on en croit MM. Wallace et Farmer, cette machine aurait l’avantage de ne pas trop s’échauffer en présentant à l’air une grande surface de refroidissement, avantage compensé par l’inconvénient d’offrir une résistance assez grande due au frottement de l’air. Malgré ces affirmations, il résulte d’expériences faites par MM. Houston et Thomson en Amérique que la machine chauffait assez pour faire fondre de la cire à cacheter placée préalablement sur ses bobines.
- MM. Wallace et Farmer emploient avec cette machine des régulateurs à plaque de charbon d’une grande simplicité de construction et d’une longue durée de fonctionnement, mais qui, à notre avis, présentent l’inconvénient de noyer le point lnmi-neux et par suite de mal utiliser la lumière produite.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Machine Wallace-Farmer.
- Paris. — Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleuras.
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- N° 398. — 15 JANVIER 1881.
- LA NATURE
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- MICHEL CHASLES
- DISCOURS PRONONCÉ A SES FUNÉRAILLES PAR M . J . BERTRAND
- AU NOM DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES
- La France perd une de ses gloires, les membres de l’Académie des Sciences un ami excellent, dévoué à chacun et à tous, gardien et modèle, tout ensemble, de la bonne confraternité, dont son souvenir vénéré maintiendra parmi nous la tradition plus vivace et plus forte.
- Je n’ai rien à apprendre aux amis, aux admirateurs de M. Chasles, qui se pressent si nombreux autour de son cercueil : accessible à tous, il était pour tous affectueux et confiant ; dévoué sans réserve aux belles études qui ont fait sa gloire, il faisait paraître une égale et active bienveillance pour tous ceux qui, dans les directions les plus diverses , suivaient les grandes voies de la Science.
- L’ardeur communicative de M. Chasles pour la géométrie se montra presque dès l’enfance : élève de mathématiques élémentaires au Lycée impérial, il communiquait aux élèves des collèges rivaux les problèmes et les exercices de chaque semaine, demandant, sans l’exiger, les questions proposées par leurs maîtres; dans cet échange de problèmes difficiles et d’élégantes solutions, organisé par le jeune lycéen, on peut croire aisément que le lutur géomètre avait souvent la meilleure part.
- Lorsqu’en 4814 M. Chasles quitta l’École Polytechnique brusquement licenciée, sa première préoccupation fut pour ses camarades ; plus d’un, dans son embarras, trouva près de lui plus que de bons conseils. Rappelé à Chartres par sa famille, il y offrit l’hospitalité à son jeune et brillant condisciple du Lycée impérial, Gaëtan Giorgini, qui, entraîné par lui vers la géométrie et guidé dans ses premiers pas, avait assez bien profité de ses leçons et fait assez de progrès pour lui enlever le prix d’honneur au Concours général et le premier rang à l’École Polytechnique.
- Les élèves furent admis à subir leurs examens.
- 9° aimée. — l*r semestre.
- M. Chasles, classé dans le génie, s’apprêtait à partir pour Chartres; il voulait embrasser sa mère avant de se rendre à Metz et lui montrer son uniforme d’officier, quand il reçut la visite du père d’un de ses camarades : « Mon fils, lui dit-il, est le « premier des élèves qui n’ont pas obtenu de place ;
- « vous avez hésité, je le sais, à accepter l’épaulette ;
- « votre refus aurait assuré à votre camarade une « carrière qui lui plaît et pour laquelle j’ai fait « les derniers sacrifices ; il m’est impossible de les « continuer pour lui en préparer une autre. » M. Chasles ne répondit rien ; il partit pour Chartres. En arrivant, sa résolution était prise : il annonça à sa mère qu’il resterait près d’elle.
- Toujours passionné pour la géométrie, il résolvait de beaux problèmes, comme au collège, trouvait chaque jour d'élégants théorèmes, inventait des méthodes générales et fécondes, sans attirer l’attention ues maîtres de la Science et sans y prétendre. « Que de talent perdu ! » disaient les plus bienveillants, sans songer même à traiter d’égal ce jeune homme obstiné à approfondir les théories, élémentaires, et qui bientôt peut-être devait, par elles, s’élever bien au-dessus d’eux.
- Sans s’attrister, sans se plaindre, sans se décourager surtout, M. Chasles poursuivait son œuvre, et sur le terrain qu'il aimait il a trouvé la gloire, sans avoir rien fait pour l’atteindre, si ce n’est quelques chefs-d’œuvre.
- Le premier qui s’imposa à l’attention fut l’admirable Aperçu historique, qui, sous ce titre plus que modeste, restera l’œuvre la plus savante, la plus profonde et la plus originale qu’ait jamais inspirée l’histoire de la Science.
- Plus d’une fois. M. Chasles, sans abandonner la méthode géométrique, a montré avec un rare bonheur qu’un même lien mystérieux et étroit réunit et rapproche toutes les vérités mathématiques. On lui doit, dans l’une des théories les plus hautes et les plus difficiles du calcul intégral, d’élégants théorèmes admirés des analystes ; il a ajouté à la mécanique un chapitre devenu classique sur le déplacement des corps solides; il a rencontré dans la théorie de l’attraction les plus beaux théo-
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- LA NATURE.
- rèmes et les plus généraux, qui ont renouvelé la théorie de l’électricité statique. Sans essayer ici une énumération infinie, comment ne pas citer encore, entre tant d’œuvres originales et célèbres, ses beaux travaux sur l'attraction des ellipsoïdes ? Admirés et loués par Poinsot, ils ont eu la fortune d’exciter entre les analystes et les purs géomètres une noble émulation, longtemps prolongée au très grand profit de la Science.
- M. Chasles a poursuivi son œuvre sans interruption depuis sa sortie du lycée jusqu’à l’âge de quatre-vingt-sept ans. Soixante-huit années séparent la première Note de l’élève Chasles, insérée dans la Correspondance sur l’École Polytechnique, du dernier Mémoire présenté à l’Académie des Sciences. Tous les géomètres, sans distinction de nationalité ni d’école, se sont inclinés devant ce vénérable vieillard ; tous ont admiré sa puissance d'invention, sa fécondité, que l’âge semblait rajeunir, son ardeur et son zèle, continués jusqu’aux derniers jours.
- La vie de M. Chasles a été heureuse et simple ; il a trouvé dans la Science, avec les plus grandes joies, une gloire qui sera immortelle, et dans la vive affection de ses amis, dans leur assiduité empressée aux réunions où il les conviait avec une grâce si aimable, dans leur respectueuse déférence en toute circonstance, la consolation de sa vieillesse.
- J. BERTRAND,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences.
- L’EXPOSITION INTERNATIONALE
- D’ÉLECTRICITÉ
- A PARIS, EN 1881
- L’Exposition internationale d’électricité, organisée sous les auspices de M. Cochery, ministre des Postes et des Télégraphes, avec le concours de M. Georges Berger, commissaire général, sera certainement un des principaux événements scientifiques de l’année 1881 ; aussi lui consacrerons-nous dans nos colonnes, une place digne du rôle qu’elle est appelée à jouer dans l’histoire de l’électricité.
- Nous publions aujourd’hui la liste des membres de la Commision consultative qui sera appelée à délibérer sur les questions concernant l’Exposition. Cette Commission, qui s’est déjà réunie pour préparer le règlement, est instituée sous la présidence du Ministre des Postes et des Télégraphes.
- MM. le vice-amiral Pothuau, sénateur; Teisserenc de Bort, sénateur; Brisson, vice-président de la Chambre des Députés; de Lesseps, membre de l’Institut, sont nommés vice-présidents. Les autres membres sont : MM. le comte Horace de Choiseul, Wilson, Turquet, Raynal, députés et sous-secrétaires d’État; MM. Carnot père, Cuvi-not, Dupuy de Lôinc, llébrard, Parent, Ch. Robin, sénateurs; MM. Paul Bert, Crozet-Fourncyron, Develle, Emile de Girardin, Hérault, Mestreau, Naquet, Antonin Proust, F. Reymond, Rouvier, députés; MM. Ed. Becquerel, Berthelol, Bréguet, A. Cornu, Haubrée, J. B. Dumas,
- Faye, Charles Garnier, Hervé Mangon, Jamin, le contre-amiral Mouchez, le C0I0112I Perrier, Würtz, membres de l’Institut. La Commission compte en outre dans son sein, des inspecteurs des ponts et chaussées, des électriciens, des financiers, des professeurs, des industriels, des publicistes, etc., dont les noms suivent :
- MM. Edmond About, Allard, Alphand, J. Bapst, Baron, J. A. Barrai, Bergon, Blavier, Bouilhet, Cernesson, Xavier Charmes, Delaître, Demachy, Deuion-du-Pin, Dielz-Mon-nin, Dumont, Durrieu, le général Gallimard, Gendarme de Révolte, Gracff, Guichard, Huyot, Jacqmin, Jourde, Lalanne, M:mtion,E. Mascart, Henri Ménier, Nobletnaire, le général de Saint-Cyr-Nugues, le général Pittié, Gaston Planté, de Reinach, le baron Alphonse de Rothschild, le baron Gustave de Rothschild, deSourdeval, Sévène, Gaston Tissandier, Vaucorbeil, Georges Cochery.
- Nous sommes heureux d’informer nos lecteurs que S. M. l'Empereur d’Allemagne a signé, le i janvier, le décret de participation de l’Allemagne au Congrès international des électriciens et à l’Exposition internationale d’électricité. Le gouvernement des Pays-Bas a envoyé son adhésion officielle. Le gouvernement belge a désigné pour son commissaire délégué M. Hanneux, ingénieur des télégraphes. En Italie, les Ministères de l’Instruction publique et des Travaux publics sont chargés de préparer la participation des exposants nationaux. On peut compter sur les bonnes dispositions de l’Angleterre, des États-Unis, de la Russie et de l’Autriche-Hongrie. Les exposants suisses ont été invités par leur gouvernement à s'adresser directement au commissariat général français.
- L’Exposition sera ouverte à Paris dans le palais des Champs-Elysées, du 1er août au 15 novembre 1881. Les demandes d’admission étrangères et françaises devront être parvenues au Commissaire général à Paris, le 51 mars 1881 au plus tard1.
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- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de Physique. — Séance du 17 décembre 1880. —Présidencede M. Mascart. — M. le Président annonce que M. d’Àlmeida a légué à la Société deux manuscrits d’Ampère sur l’Électrodynamique. — M. Terquem présente à la Société une lampe de Bunsen perfectionnée. — M. Blondlot décrit les phénomènes électriques qu’il a obtenus en frottant du sélénium sur du platine. Deux crayons de sélénium recuit, appuyés sur une lame de platine, communiquent avec les pôles d’un électromètre capillaire. L’un des crayons demeure immobile, on fait mouvoir l’autre à la surface du platine ; ce dernier prend alors une forte charge négative, bien supérieure à la tension d’un élément Daniell. Le choc et la pression agissent dans le même sens que le frottement. M. Becquerel a décrit autrefois les courants obtenus par le frottement d’un métal ; on a expliqué ces courants par l’effet thermoélectrique du frottement. Dans le cas du sélénium, cetteexplication'serait en défaut, car M. Blondlot a constaté que réchauffement de la surface de contact, agit en sens inverse du frottement. — M. Mercadier décrit ses expériences récentes de radiophonie. Il a pris comme souree de radiation un disque de cuivre chauffé au-dessous du rouge sombre et invisible dans l’obscurité et il a obtenu des sons. Les effets radiophoniques seraient donc dus non à la lumière, mais à la chalenr.
- 1 Le siège du Commissariat général est au palais des Champs-Élysécs, porte n° IV (Paris).
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- LA NATURE.
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- L’UNIFICATION ÜE L’HEURE
- A P A lî I S
- Le besoin d’avoir l’heure exacte se l'ait déplus en plus sentir et l’installation par la Ville de Paris d’un réseau électrique de centres horaires est line heureuse idée exécutée avec succès.
- Donner l’heure exactement est un problème difficile ; il faut d’abord se mettre d’accord sur ce qu’on entend par l’heure exacte ; et, si simple, si nécessaire que cela puisse paraître, il n’y a pas fort longtemps qu’on a arrêté cette convention.
- Avant 1820, toutes les horloges publiques étaient réglées sur le temps vrai, et comme l'heure vraie ne peut pas être donnée par une pendule marchant parfaitement, si bonnes que fussent les horloges, il fallait les retoucher souvent pour qu’elles ne fussent pas dans un grand désaccord.
- M. de Chabrol, préfet de la Seine, fit, vers 1820, cette révolution pacifique qui consista à régler toutes les horloges publiques sur le temps moyen.
- Dès lors le problème se trouvait bien posé ; il devenait possible de donner l’heure exacte conventionnelle à tout Paris. L’heure moyenne est en effet une heure de convention qui suppose un soleil se mouvant régulièrement autour de la terre (ou l'inverse) et qui n’est d’accord avec l’heure vraie, l’heure solaire, que quatre fois par an. L’écart n’est heureusement pas bien grand et ne s’élève pas à plus de vingt minutes au maximum.
- Cette convention a bien quelque inconvénient, mais ses avantages sont tels qu’il a été juste et même nécessaire dépasser outre. L’inconvénient est celui-ci: deux fois par an, l’heure vous trompe sur le commencement ou la fin du jour, et dans les ateliers qui travaillent de C heures du matin à 6 heures du soir pour profiter de la durée du jour et économiser les Irais d’éclairage, on est amené à toucher à la pendule-à ces époques et à lui faire marquer une autre heure que l’heure légale.
- La difficulté du temps vrai et du temps moyen n’est pas la seule qui se présente quand on veut unifier l’heure; une autre beaucoup plus grave se rencontre quand il s’agit non plus d’une ville, mais d’un pays lout entier. Le soleil ne se lève pas à la même heure pour Belfort, Paris et Brest ; l’heure est donc différente dans ces trois points et l’écart s’élève à un quart d’heure environ entre Paris et Brest. L’établissement des chemins de fer a rendu nécessaire une seconde convention ; on a adopté l'heure de Paris dans toute la France, comme on a adopté celle de Greenwich dans toute la Grande-Bretagne, et une autre en Allemagne. C’est là encore une convention nécessaire, mais contraire aux lois de la nature et il n’est possible, ni politiquement, ni pratiquement de donner la même heure à toute l’Europe. L’empereur de Russie ne pourra jamais imposer l’heure de Pétersbourg aux habitants des rives du
- fleuve Amour et des points extrêmes du pays’
- L’umfieation de l’heure, limitée à une villecomme Paris n’est pas sujette à cette dernière objection, et le sentiment qui va croissant, croissant trop lentement, de la valeur du temps, rend chaque jour plus indispensable la connaissance exacte de l’heure.
- L’électricité a paru, il y a quelque trente ans, le moyeu par excellence de donner l’heure d’une horloge choisie à toutes les horloges dans un cercle autour d’elle. Peu de problèmes ont plus exercé la sagacité des inventeurs, mais celui-là n’était pas susceptible d’une solution satisfaisante ; on croyait que, la télégraphie électrique donnant d’admirables résultats, on devait pouvoir télégraphier l’heure de la même façon. Mais on oubliait que : — un télégraphe se compose en réalité d’un fil, de deux appareils et de deux hommes qui sont là constamment pour surveiller les défaillances du mécanisme et corriger les petites erreurs qu’il commet.
- L’horloge électrique est au contraire abandonnée à elle-même et doit pendant les 24 heures de la journée fonctionner sans aucuil répit et sans aucune correction. D’ailleurs un système d’horloges électriques présente tous les inconvénients d’un système centralisé ; il suffit que le régulateur s’arrête ou qu’un élément de pile se casse, ou quelefil se rompe en un point, pour que tout le système soit arrêté. Il suffit d’un maladroit ou d’un mauvais plaisant pour priver de l’heure ou induire en erreur quantité de personnes. On peut à ces défauts trouver quelques palliatifs, mais l’objection subsiste quoi qu’on fasse.
- Aussi les horloges électriques ne sont-elles employées que dans un petit nombre de villes ; à Lyon, grâce au dévouement et à l’amour-propre de M. Bailly, un système de M. Bréguet, excellent en lui-même, donne de bons résultats ; dans quelques villes de Suisse, M. llipp a réussi également avec un système de son invention, très ingénieux ; on n’en citerait pas beaucoup d’autres exemples.
- D’ailleurs les pendules é.ectriques, quelle que soit leur simplicité, coûtent cher, puisqu’il leur faut un conducteur et des piles,
- En résumé les horloges ou pendules électriques entendues à la manière primitive, conduites de seconde en seconde ou de minute en minute par le régulateur, sont des objets qui peuvent être utiles dans certains cas, mais seulement dans des cas très particuliers.
- Ce que la Ville de Paris vient de réaliser, n’est pas sujet*aux mêmes critiques ; le problème tel que Le Verrier l’a posé, et tel qu’il a été résolu pratiquement par le concours de M. Bréguet est celui-ci :
- Corriger l’heure donnée par divers régulateurs répartis dans la ville, au moyen d’un courant électrique envoyé de l’Observatoire.
- Si le courant, par suite d’un accident quelconque, vient à manquer, les régulateurs continuent de marcher avec une très légère avance, sans la correction électrique.
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- LA N AT U UE.
- Le réseau de Paris a son centre à l’Observatoire. 11 y a dans cet établissement un régulateur astronomique placé au premier étage.
- Cet instrument est maintenu à l’heure exacte donnée par les observations astronomiques au moyen d’une disposition qui évitç d’arrêter 1e pendule et de changer sa longueur. On voit au bas de la figure 1, une boîte c, dans laquelle on peut placer de petits poids.
- Les poids ont une forme telle qu’il est facile avec des pinces d’horloger, dites précelles, de les mettre ou de les ôter sans toucher le pendule et sans 1e troubler en rien.
- L’addition d’un poids fait avancer le régulateur ; sa suppression 1e fait retarder. A la partie supérieure du pendule ou balancier, on voit (fig. 1) le mécanisme qui sert à l’envoi des courants; il est double, parce que le balancier bat la seconde et qu’on veut envoyer le courant à chaque seconde. Chacun de ces deux organes se compose de trois pièces identiques, de trois petits leviers placés l’un à côté de l’autre, pivotant à leur extrémité éloignée; leur bout i est soulevé par la vis Y, que porte 1e balancier, à chacune de ses oscillations ; pendant tout le temps que dure ce contact, le courant d’une pile passe par la suspension du pendule, la branche qui porte tes trois vis, et tes trois leviers qui 1e conduisent à la ligne.
- Avec un seul levier, on serait exposé à des interruptions par un grain de poussière; avec trois, 1e contact et la transmission du courant sont absolument assurés.
- De l’Observatoire, partent deux circuits entièrement métalliques; on ne fait pas usage du retour par la terre. Les circuits sont tout entiers dans les égouts comme tes fils de la Société des Téléphones.
- Le plan ci-joint (fig. 5) montre ces deux circuits dont chacun aboutit par ses deux extrémités à l’Observatoire.
- Fig. 1. Régulateur Je l’Observatoire de Paris.
- Fig. 2. Régulateur du centre horaire.
- Ces lignes passent par une série de points et y traversent des régulateurs dont nous allons parler maintenant et qu’on appelle centres horaires. Le balancier de ces régulateurs (fig. 2) présente à sa partie inférieure une pièce de fer doux qui dans les oscillations du balancier, est conduite devant les pôles de deux électro-aimants l’un après l’autre. L’envoi du courant dans ces électro-aimants tend à retarder un peu les mouvements des balanciers et les ramène à être parfaitement synchrones avec celui de l’Observatoire.
- Les régulateurs des centres horaires donnent la seconde; ils sont placés sur la rue et par conséquent à la vue des passants qui peuvent régler leurs montres. Ils sont particulièrement commodes aux horlogers, qui peuvent sans s’éloigner de leur quartier et sans aller jusqu’à l’Observatoire, avoir l’heure aussi exacte qu’ils pourraient l’avoir dans cet établissement.
- Il s’en trouve aujourd’hui dans tes points suivants :
- 1° Circuit Est : mairie du Ve arrondissement, Hôtel-de-Ville, mairies des Xe et XIe arrondissement, boulevard Mazas et Marehé-aux-Chevaux.
- Le Conservatoire des Arts et Métiers est aussi compris dans ce circuit ;' mais il est à part, en ce que 1e régulateur n'appartient pas à la Ville et est seulement autorisé par elle.
- 2° Circuit Ouest : mairies des VIe et XIIe arrondissements, la Trinité (Presbytère), École Saint-Philippe-du-Roule, École rue Eblé, Place d’Enll-r.
- 3° Circuit spécial : porte de l’Observatoire.
- Jusqu’ici nous n’avons pas fait comprendre pourquoi ces régulateurs répartis dans la Ville sont appelés Centres Horaires. En voici l’explication.
- Sur 1e réseau des centres horaires dont nous uvons^ parlé et que 1e plan ci-joint (fig. 3) indique par une ligne noire, s’en greffe un autre accessoire dit
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- de la remise à l’heure. Chaque régulateur du premier réseau est lui-même le centre d'un réseau moins étendu de fils, qui remettront à l’heure des horloges publiques. Pour ce second service, ou n’a pas adopté un système unique et on ne s’est pas astreint à l’uniformité; on a fait une chose plus libérale et plus intelligente. Plusieurs des principaux horlogers de Paris, M.Redier, M Collin, M. Garnier, etc., inventeurs chacun d’un procédé particulier de remise à l'heure, sont autorisés à l’appliquer sur les
- horloges dont ils ont l’entretien, en empruntant l’heure et le courant au centre horaire le plus voisin.
- Le centre horaire le plus intéressant est cemi qui est installé à l’Hôtel-de-Ville (actuellement aux Tuileries) et qui rayonne sur les vingt mairies de Paris. Voici sa disposition : La Ville a un réseau télégraphique qui met la Préfecture de la Seine en communication avec les vingt mairies. Les fils de ce réseau sont coupés environ deux minutes toutes les
- Fig. 2. Réseau de l’unification de l’heure à Paris.
- heures pour remettre l’horloge de chaque mairie d’accord avec le régulateur (centre horaire) de l’Hôtel-de-Yille.
- A côté de ce régulateur sont placés vingt relais dans lesquels il envoie toutes les heures un courant qui a pour effet de couper la ligne d’avec le télégraphe; cette commutation se fait cent secondes avant l’heure. Le même régulateur, environ trente secondes avant l'heure, envoie le courant d’une seconde pile sur les lignes; il l’interrompt à l’heure exacte et par conséquent le maintient continu pendant trente secondes. Enfin dix secondes après l’heure, les relais sont ramenés par la suppression du premier courant dans leur position normale, c’est-à-
- dire que les lignes sont ramenées au télégraphe.
- D’autre part, soixante-cinq secondes avant l’heure, chacune des horloges de mairie fait sa commutation, c’est-à-dire coupe la ligne d’avec le télégraphe et la met avec l’électro-aimant de l’horloge. Et cinq secondes après l’heure, elle fait la commutation inverse et remet la ligne au télégraphe, cinq secondes, comme on voit avant la reprise de la ligne par le télégraphe au centre horaire des Tuileries (Hôtel-de-Ville).
- Comme les horloges sont ainsi réglées toutes les heures, leurs écarts sont extrêmement petits et les opérations de section de ligne et d’envois de courant se succèdent à très peu près comme nous
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- LÀ NATURE
- l’avons dit. Si cependant une horloge se dérange brusquement ou s’arrête, qu’arrive-t-il? Le voici : Le courant du centre horaire est envoyé dans le télégraphe de la mairie pendant trente secondes de suite; ce fait anormal annonce aussitôt au télégraphiste que l’horloge est dérangée et il peut donner des ordres pour la faire remettre en ordre.
- Dans les autres centres horaires l’organisation est moins compliquée ; elle n’est prévue que pour six lignes ; mais sur chacune de ces lignes on peut placer plusieurs horloges. Les lignes établies jusqu’ici sont placées dans les égouts, comme celles du réseau des mairies. Les lignes sont plus courtes et ne rayonnent que dans le quartier qui entoure le centre horaire; mais elles sont spéciales au service des horloges et n’obligent pas à l’opération compliquée qui est nécessaire sur le réseau des mairies, à cause de sa double destination.
- Ce service a été organisé sous la direction des Ingénieurs de la Ville de Paris et nous croyons qu’il leur fait honneur, parce qu’il est dans l’espèce ce qui existe de plus parlait.
- 11 n’y a jusqu’ici que quinze mairies reliées à l’Hôtel-de-Ville et un petit nombre d’horloges réglées par les autres centres horaires ; mais le service se développera bientôt, et les résultats acquis aujourd’hui, permettent de compter sur un ensemble satisfaisant.
- A. Niaudet.
- L’AGE DE LA PIERRE POLIE ET DG RRONZE
- DANS 1,’lNDO-CHINE
- M. Moura a fait connaître il y a déjà quelques mois une importante découverte d’objets de l’âge de la pierre polie et du bronze au Cambodge. J’ai eu l’occasion d’étudier le gisement visité par M. Moura, et la bonne fortune de réunir divers objets de la même époque en quelques autres localités du Cambodge et du Bas-Annam : peut-être lira-t-on avec quelque intérêt, le résumé succinct de mes recherches.
- On trouve des jades et des pétrosilex taillés et polis, sous forme de ciseaux, de gouges, de hachettes et d’er-minetles, sur plusieurs points de nos provinces annamites, mais toujours isolément. Le plus beau spécimen a été découvert dans le jardin de la Mission à Saigon : c’est une erininette d’un remarquable fini ; elle mesure en longueur 165 milhnètres, et 82 millimètres en largeur, à son extrémité tranchante.
- A Ba-té, hameau cambodgien, situé au pied d’une montagne, aux confins des arrondissements, de Long-Xuyen, de Rach-Gia et de Chaudoc, j’ai pu me procurer quelques pierres (ciseaux, pilon, etc.), trouvées par les habitants au voisinage de grottes jadis habitées.
- A Lungprao (Cambodge), un banc de coquilles mélangées à des ossements et à des débris de poteries, un assez grand nombre d’instruments en pierres polies : je n’ai pu étudier ce gisement, qui était recouvert par l’eau au moment de mon passage ; mais j’en ai rapporté divers objets qui ne sauraient laisser aucun doute sur son importance. La localité la plus intéressante, au point de vue préhistorique, et Som-ron-sen. C’est un petit village cam-
- bodgien, situé à 90 kilomètres environ au nord de Pnum-Penh, sur un affluent du Bras du Lac, le Stung-Chinit. Les indigènes y fabriquent de la chaux avec les coquilles qu’ils retirent d’un banc lort riche en ossements, en poteries, en pierres taillées et polies, et même en objets de cuivre ou de bronze.
- Les coquilles appartiennent toutes à des espèces qu’on rencontre encore vivantes dans les pays (cyrènes, roulettes, paludines, ampullaires). Elles sont mélangées à un certain nombre de cailloux roulés; les cyrènes et les mulettes ont parfois leurs valves accolées, et, lorsque celles-ci sont séparées, il n’est pas rare de les voir empilées les unes dans les autres, comme si elles avaient subi une action d’entrainement par l’eau : ces faits me portèrent d’abord à supposer que le banc avait été formé par irruption aqueuse, comme le pense M. Moura; mais un examen plus attentif m’a démontré que Son-ron-sen était bien quelque chose d’analogue aux Kjôkkenmôddings du Danemark (rebuts de repas, Steenstrup). Je me bornerai à donner comme preuves de cette dernière opinion : l°la forme et la limitation du banc, sorte de monticule élevé de 5 à 5 mètres au-dessous du niveau normal du Stung-Chinit, long d’environ 500 mètres et large de 50 à 100. 2" l'existence, dans les puits creusés pour l’extraclion des coquilles, de couches de cendres, mélangées à des fragments de charbon et à des débris de poteries.
- Situé non loin du débouché du lac, peut-être même primitivement placé sur les bords de celui-ci, l’amoncellement de débris qui a produit Son-ron-sen a dû subir chaque année les effets de la crue des eaux : de là les dépôts d’argile qu’on remarque par couches irrégulières sur la paroi des puits, le mélange des coquilles à des cailloux roulés, comme aussi le mélange de coquilles intactes (et de divers âges) à des coquilles ouvertes, le grand nombre de poteries brisées.
- I)r A. Cou UE.
- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de plantes LE SALISBURIA OU GINKGO
- (Suite. — Voy. p. 1.)
- I.- LE GINKGO BILOBA ACTUEL
- C’est au naturaliste voyageur Kæmpfer1 que l’on doit la connaissance de la première description d’un arbre cultivé au Japon et dans le nord de la Chine sous le nom indigène de Ginan et de ltsjo et auquel cet auteur appliqua la dénomination de Ginkgo biloba. Son ouvrage publié en 1712 sous le nom de Amœnitates exoticœ, renferme effectivement une figure fort exacte de la feuille et du fruit du Ginkgo. Ce dernier organe arrivé à maturité consiste en une drupe arrondie et pulpeuse, dont le noyau renferme une amande comestible, estimée et d’un usage fréquent au Japon. Kæmpfer n’avait pas mentionné les organes mâles du Ginkgo, ce qui fit avec raison soupçonner l’arbre de diœcie, c’est-à-dire de la séparation normale des sexes sur des pieds différents, par
- 1 Amœnit. exotic., 811, cum icône.
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- ior>
- les botanistes qui suivirent. Le Ginkgo fut introduit en Angleterre vers le milieu du dix-huitième siècle (en 1754, à ce qu’il paraît), par le célèbre jardinier Gordon. Un pied mâle fleurit trente ans après cette date. M. Ilenkel, dans son SynopsisG mentionne un individu planté en 1770 dans un jardin de Whid-fied (Ilerefordshire), dont la tige aurait atteint 50 pieds anglais et mesurerait un pourtour de 8 pieds à 1 pied anglais au-dessus du sol et de 6 pieds au point où commencent les rameaux. Le Ginkgo, appelé parfois Y Arbre aux quarante écus, par suite du prix élevé de ses plants, obtenus le plus souvent de bouture ou de marcotte, demeura d'abord presque uniquement à l’état de curiosité horticole et constitua à certains égards une sorte de problème botanique, jusque vers la fin du siècle dernier. Linné le passa d’abord sous silence et se contenta plus tard de le mentionner, sans se prononcer sur son classement, dans la seconde de ses notices intitulées Mantissa plantarum1. Il en avait reçu alors d’Angleterre un jeune pied vivant. D’autres pieds en furent apportés successivement dans diverses localités : à Montpellier, à Trianon, à Genève. Cependant, le Ginkgo se trouve omis dans le grand ouvrage de Laurent de Jussieu, Généra plantarum, qui inaugure en 1789 la méthode naturelle.
- C’est en 1797 que Smith, dans un mémoire présenté à la Société linnéenne de Londres, précisa pour la première fois les caractères botaniques du Ginkgo, en indiquant la place naturelle de ce genre auprès des Ifs ou Taxinées. En même temps il proposa la substitution du nom de Salisburia adianti-folia à celui de Ginkgo biloba, entaché selon lui de barbarie et d’inexactitude ; la feuille du type japonais, qui rappelle vivement, en effet, la forme des folioles à'Adiantum, étant loin, comme nous le verrons, d’être constamment bilobée.*
- Cette dualité d’appellation, qui s’est maintenue depuis lors dans la science, selon la préférence ou le caprice des auteurs, n’a pas été sans inconvénient. Il faut convenir que la dénomination de Ginkgo biloba a pour elle la priorité; mais celle de Salisburia adiantifolia, plus harmonieuse et plus conforme à la réalité, provient de l’auteur qui le premier a défini et classé la plante : de là une hésitation des mieux justifiées qui se renouvelle sans cesse et que l’on n’ose trancher à cause des motifs qu’il est possible d’invoquer en faveur de l’une ou l'autre des deux opinions. — A notre sens, le Ginkgo est le nom vulgaire et individuel de l’arbre japonais, tandis que le terme de Salisburia, plus scientifique, s’applique plus naturellement au type considéré d’une façon générale et par extension à la famille qui comprend tous les genres alliés de plus ou moins près à celui de notre Ginkgo, et que nous désignerons du nom de Salisburiées.
- 1 Syn. der Nadelsh. dur caracterist. Merkm., etc., von Dr J. U. Henkel und W. Hochstetter. Stuttgart, 1865, p. 373-377.
- 2 Stockholm, 1771.
- Il faut mentionner ici une notice d’AntoineGouan1, professeur à l’Université de Montpellier. Le pied envoyé d’Angleterre par Banks, grâce à l’entremise de Broussonet, et planté en 1788, avait fleuri pour la première fois le 12 avril 1812. Il donna des chatons mâles qui furent figurés, assez médiocrement du reste, parle vieux savant. La hauteur du pied mâle, cultivé dans le jardin de Gouan, atteignait alors 9 mètres, sur une circonférence de près de 2 pieds à la base du tronc. Ce pied existe encore aujourd’hui dans un enclos annexe du Jardin des Plantes de Montpellier. En 1826, Achille Richard, dans le grand Mémoire sur les Conifères, publié sous le nom de son père, Claude Richard, achevé et complété par lui et imprimé à Stuttgard par les soins de Cotta, figura élégamment les divers organes du Ginkgo, avec une description et des analyses qui avancèrent évidemment les notions, jusqu’alors fort restreintes, que l’on avait de ce type de l’extrême Asie.
- Il existait à cette époque, aux environs de Genève, un pied femelle adulte, le seul qui eût encore donné des organes de ce sexe. Des greffes provenant de ce pied, obtenues après des années d’insistance et transmises par M. Yialars, membre de la Société d’Agriculture de l'Hérault, à son collègue Delile-Raffeneau, professeur de botanique à Montpellier, permirent enfin à ce dernier, à l’aide de greffes successives, de réunir les deux sexes sur un grand pied mâle, issu par bouture de celui de Gouan, en le transformant en un arbre fécond, monoïque ou androgyne. J’emprunte cette phrase significative à la notice même publiée en 1835 par M. Delile et relative à la première récolte des fruits du Ginkgo, obtenue en France2. Delile remarque judicieusement que les boutures et les marcottes, au moyen desquelles on avait essayé jusque-là, faute de graines, de multiplier le Ginkgo, s’enracinaient facilement, mais restaient à l’état de simples branches sans former jamais de Ironc, à moins qu’un drageon sorti d’un bourgeon , adventif ne vint à se développer sur la souche bouturée, en changeant sa nature et lui donnant l’occasion de s’élever verticalement. On sait qu’il en est ainsi des A raucaria, Dammara et Cunningha-mia, ainsi que la plupart des Abiétinées. Cette similitude dans le mode de végéter est un jndiee révélateur du lien réel qui réunit le Ginkgo à l’ensemble des Conifères, particulièrement aux Taxinées, affinité que l’aspect extérieur du type est loin de justifier au premier aspect.
- Bunge, dans son énumération des plantes de la Chine boréale, Siebold et Zuccharini dans leur flore du Japon, ont confirmé les détails relatifs au Ginkgo dus aux botanistes antérieurs, parmi lesquels il faut
- 1 Première récolte des fruits du Ginkgo en France, par M. Delile (Alire Raffeneau). vice-président de la Soc. d’Agric. du départ, de l’Hérault. Extrait du Bulletin de la Société, n° de nov. et oct., 1835.
- 2 Peser, du « Ginkgo biloba », dit noyer du Japon, par Antoine Gouan, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Montpellier, correspondant de l’Institut national de France, etc. Montpellier, 1812.
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- mentionner Thunberg. L’arbre atteint de très hautes proportions, parfois des dimensions étonnantes. Bungc a observé près d’une pagode des environs de Pékin, un tronc de Ginkgo dont la circonférence mesurait près de 40 pieds, avec une hauteur proportionnée.
- En Chine, comme au Japon, le Ginkgo est fréquemment planté auprès des temples et des pagodes, auxquels il sert à former un entourage ou des avenues monumentales. D’après Siehold, les Japonais, qui le cultivent à raison des qualités alimentaires de son fruit, le considèrent comme originaire de la Chine, d’où il aurait été introduit chez eux à une époque des plus anciennes.
- Tous les observateurs, ceux d’Europe aussi bien que les botanistes voyageurs, rendant compte de ce qu’ils ont vu en parcourant les régions de l’extrême orient de l’Asie où croît le Ginkgo, qu’il y soit réellement spontané, ou que la culture et la religion aient tendu à le multiplier, s’accordent à lui attribuer un port élevé, un tronc en colonne revêtu d’une écorce grise, crevassée à la longue, ayant quelque chose de l’aspect d’un peuplier noir ou d’un noyer, avec une cime verte et largement pyramidale, élancée en flèche dans le jeune âge. Le Ginkgo adulte montre des branches étagées l’une sur l’autre, subdivisées de toutes parts, avec les ramifications entrelacées et un feuillage touffu, clair de ton, élégant de forme. L’ensemble offre un mélange de force, de grâce et de majesté qui se grave aisément dans l’esprit du spectateur.
- Le Ginkgo ne redoute pas le froid des hivers de l’Europe centrale. Non seuleineut il réussit en Angleterre, mais l’année dernière (hiver de 1879-80) il a bravé, au Jardin des Plantes de Paris, un froid d’au moins —25° C. J’en ai observé un pied déjà adulte dans l’ancien Jardin botanique de Copenhague, par 55° 41' de lat. N. La moyenne annuelle de cette dernière localité est de 8°,2 G., mais il est vrai avec une moyenne hivernale relativement tempérée (0°,4), celle du mois le plus froid ne descendant pas au-dessous de 1°,4. Le Ginkgo est encore signalé en Saxe (Dresde), en Silésie, dans le Wurtemberg, en Bavière et en Suisse (Bâle, Lausanne, Genève). Les moyennes annuelles de ces divers pays ne s’élèvent guère au-dessus de 9°C., la moyenne du mois le plus chaud étant de 18° et celle du mois le plus froid de 1°. On voit tout de suite qu’un climat froid en hiver et même, par intermittence, exceptionnellement froid, n’est pas un obstacle absolu à la réussite du Ginkgo, qui, du reste, trahit ses aptitudes par la caducité de ses feuilles, qui tombent de bonne heure à l’automne de chaque année, même dans le midi de la France. Le Ginkgo, sous ce rapport, se range dans la même catégorie que le mélèze et le cyprès-chauve de la Louisiane ou Taxodium distichum Rich. Mais si le Ginkgo s’avance en Europe, dans la direction du Nord, bien au delà du 50e degré de latitude, sans que les froids de l’hiver nuisent à sa végétation, il
- n ’en est pas moins vrai que la chaleur de l’Europe méridionale, celle qui correspond à la latitude de Montpellier, de Padoue,de Florence, de Naples, du 40e au 45* degré lat. N., avec des moyennes annuelles de 12°,5 (Padoue), s’élevant à 14°, 15° et jusqu’à 16° (Naples), réalise les conditions les plus favorables à l’entier développement de l’arbre, à l’évolution de ses organes reproducteurs et à la complète maturation de ses fruits. A Pékin et à Nanga-saki (Japon), où le Ginkgo est indigène, les conditions de température sont à peu près les mêmes. La moyenne annuelle est 12°,7 pour Pékin, le mois le plus chaud ayant pour moyenne 29° et le plus froid — 4°, t. Ce sont là, il est vrai, les caractères d’un climat extrême. Pour Nangasaki, la moyenne est de 18° G., avec une tendance vers l’élévation calorique qui nous rapproche sensiblement de ce qui existe à Naples. Mais il faut tenir compte de la latitude de Nangasaki (32°58' lat. N.), ville située à l’extrémité sud de l’archipel japonais.
- Tout compensé, c’est l’isotherme de 15° C. qui marque d’une façon relativement précise la zone géographique actuelle la mieux adaptée aux conditions que réclame le Ginkgo. Cette ligne isothermique traverse File de Nipon, touche au sud de Pékin, coupe la Caspienne, passe au nord de l’Asie Mineure par le Pont et la Bvthinie, et court ensuite obliquement de la Thessalie à l’Épire pour aller aboutir un peu au nord de Florence, puis à Gênes, et ensuite à Marseille, Avignon, Montpellier et Bayonne. Padoue au nord et Naples au sud de cette ligne, marquent les points extrêmes de la zone qui semble réunir les combinaisons d’élévation calorique et de climat les plus favorables à la prospérité du Ginkgo. Je dois ajouter, pour ne rien omettre de ce qui tient aux exigences du type que nous avons en vue,. qu’un certain degré d’humidité ou plutôt de fraîcheur et d’arrosage lui paraît indispensable, dès qu’il est placé dans une région méridionale.
- Le Ginkgo aime la terre franche, plutôt légère que compacte et argileuse ; il ne redoute pas les rayons directs du soleil, bien qu’il préfère l’exposition du Nord; mais dans un climat brûlant et sous un ciel serein durant les mois d’été, il dépérirait promptement ou ne prendrait aucun accroissement, si l’on n’avait soin de le planter dans le voisinage de l’eau. C’est là une condition nécessaire et qui explique les proportions qu’il a atteintes soit à Montpellier, soit à Avignon, partout enfin où il lui a été donné de devenir promptement adulte. Dans un domaine que je possède à Saint-Zacharie (Var), au pied du versant nord de la Sainte-Baume, le Ginkgo a réussi dans de semblables conditions, c’est-à-dire à proximité de l’eau, où ses racines peuvent plonger. Dans le nord de l’Europe, au contraire, et spécialement à Paris et en Angleterre, pays où les pluies estivales ne font pas défaut, le Ginkgo peut s’élever sans qu’il y ait lieu à se préoccuper de l’arroser. Il montre à peu près la suscep-
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- Le f.inkgo actuel. Port générai d’un individu adulte de l’École de botanique du Muséum
- (d’après une photographie).
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- tibilité du hêtre, qui périt inévitablement lorsqu’il est abandonné à lui-même dans le midi de la France, où l’été est généralement privé de précipitations aqueuses Nous verrons du reste les deux types Salisburia et Fagus associés dans les mêmes dépôts du tertiaire supérieur d’Europe.
- Toutes ces notions auront leur importance lorsqu’il s’agira d’aborder l’étude du Ginkgo fossile et des autres types du groupe des Salisburiées.
- Le marquis de Saporta,
- Correspondant de l’Académie des sciences.
- — La suite prochainement —
- PHOTOGRAPHIE
- AU GÉLATINO-BROMURE D’ARGENT (Suite et fin. — Yoy. p. 42.)
- Préparation de l'émidsion au gélatino-bromure l'argent. — La préparation de l’émulsion se fait à chaud au bain-marie à unétchaleur aussi douce que possible ; celle de la veilleuse est la meilleure, parce que l’on peut la modérer ou l’augmenter à volonté en l’éloignant ou en la rapprochant du vase à chauffer.
- La table laboratoire que nous employons se compose d’une tablette à rebords reposant sur quatre pieds, cette tablette est percée de deux trous dans lesquels on introduit deux vases en fer-blanc formant les bains-marie destinés à chauffer l’émulsion contenue dans des lïacons à larges ouvertures ; à gauche on a réservé une étuve en tôle pouvant contenir deux glaces à réchauffer.
- Le dessous de la tablette est occupé par un compartiment clos de toutes parts, dans lequel on place les veilleuses. Le devant est fermé au moyen d’un rideau en drap qui cache la lumière.
- Préparation de la gelée (n° 1) : eau, 100 gr. ; gélatine blanche de bonne qualité, 15 gr. ; faites tremper la gélatine dans l’eau froide pendant une heure et dissoudre ensuite au bain-marie à la température de 40°.
- Bromure (n° 2) : eau, 50 gr. ; bromure d’ammonium, 8 gr. ; gelée chaude, 10 cent, cubes. Pour le paysage on remplace un gramme de bromure d’ammonium par un gramme de bromure de zinc, afin d’obtenir des clichés plus vigoureux. Faites chauffer de 60 à 70°.
- Bain d'argent (n° 3) : eau froide, 50 gr. ; nitrate d’argent, 12 gr.; eau pour rincer l’appareil, 15 gr.
- On ne doit employer que de l’eau distillée pour ces diverses solutions. Cependant si oji veut obtenir plus de sensibilité on peut remplacer l’eau dans le n° 1 et le n" 2 par de l’urine fraîche ; si au contraire on veut la diminuer, on y mettra de la bière non aigrie.
- On fait dissoudre le nitrate d’argent dans un entonnoir à robinet et bouché à l’émeri.
- Toutes ces préparations peuvent se faire à la lumière ordinaire, lorsqu’elles sont achevées ; on ferme le laboratoire et on n’y laisse pénétrer qu’une faible lumière rouge. On prépare le bromure dans
- un flacon à large ouverture pouvant se boucher et que l’on place sous l’entonnoir à robinet; on ouvre doucement le robinet de manière à ne laisser tomber que goutte à goutte une portion du nitrate d’argent contenue dans l’entonnoir, en ayant soin d’agiter sans cesse le flacon au bromure. L’écoulement cesse au bout d’un certain temps à cause du manque d’air à la partie supérieure ; on ferme alors le robinet et on bouche le flacon au bromure, que l’on secoue vigoureusement pour diviser le précipité formé, on soulèvera un peu le bouchon pour faire rentrer l’air de l’entonnoir et on laisse de nouveau couler une certaine quantité de nitrate d’argent en prenant les mêmes précautions, et en ayant soin de réchauffer le flacon de bromure pour maintenir la température à 50 ou 60 degrés.
- On opère ainsi jusqu’à complet épuisement du nitrate d’argent, on ajoute alors les 15 grammes d’eau, et on rince l’entonnoir, on laisse écouler le restant du liquide par gouttes dans l’émulsion ; l’opération ainsi terminée, on bouche le flacon et on le secoue vivement et on le reporte dans l’eau chaude à 100 degrés pendant un quart d’heure, en ayant soin d’agiter le liquide de temps en temps.
- En opérant ainsi, on obtient une émulsion verdâtre très sensible à la lumière, on ajoute alors le restant de la gelée, on chauffe le tout pendant une demi-heure ou trois quarts d’heure, en ayant soin de boucher le flacon de temps en temps et d’en agiter fortement le contenu pour le rendre bien homogène.
- L’émulsion est ensuite coulée en couche mince dans le fond de six assiettes froides où elle se coagule.
- Lavage de l'émulsion. — Lorsque la gélatine est devenue bien ferme, on la coupe en morceaux avec une carte, et on dépose les morceaux dans un sac de canevas assez gros, que l’on pressure sous l’eau; la gélatine se divise en vermiculur^uoue l’on agite dans l’eau avec une baguette de vaRrndin de débarrasser l’émulsion du nitrate d’ammoniùhi, qui est nuisible.
- Au bout d’une demi-heure, on tamise l’eau sur un canevas plus fin que le premier, tendu sur un cadre en bois; l’émulsion reste sur le canevas, on achève le lavage en jetant dessus une grande quantité d’eau, et en la laissant baigner pendant une demi-heure dans le récipient; lorsqu’on suppose l’émulsion suffisamment lavée, on laisse égoutter sur un filtre en mousseline; si on veut conserver l’émulsion sèche, on la lave une dernière fois dans de l’alcool méthylique et on la dépose pour la faire sécher dans l’obscurité par petits fragments, sur des verres légèrement frottés de cire blanche, pour empêcher l’adhérence. Lorsque la dessiccation est complète, après vingt-quatre heures, on détache l’émulsion avec un couteau de bois, et on la renferme dans des flacons bien bouchés, que l’on tient à l’abri de l’humidité et de la lumière*. Si, au contraire, on
- 1 Au moment de l’employer, on dissout l’émulsion sèche
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- veut préparer de suite les glaces, ce qui est préférable, pour simplifier les manipulations, on recueille l’émulsion dans un flacon, et on ajoute de l’eau pour ramener le volume à 500 centimètres cubes, on chauffe pour faire fondre la gélatine, on agite vigoureusement le produit pour rétablir l'homogénéité, et on le filtre sur une touffe de laine cardée.
- Manière d étendre l'émulsion sur les glaces. — Le nettoyage des glaces se fait comme pour les autres procédés, seulement pour assurer l’adhérence de la gélatine, et afin d’éviter les soulèvements au développement, qui sont la cause principale d’insuccès, on plonge les glaces dans un liquide composé de :
- Bière, 1000 gr.; alun de chrome, 20 gr.; sucre, 20 gr. On enlève les bulles avec une petite éponge et on laisse sécher.
- Lorsque les glaces sont sèches, on les fait légèrement chauffer dans l’étuve, et on verse sur chacune d’elles une certaine quantité d’émulsion que l'on étend comme du collodion; si l’on éprouve quelque difficulté, on aide la couche à se former au moyen d’une baguette de verre, il faut qu’elle soit assez épaisse. Ce travail doit se faire au-dessus d’une large cuvette dans laquelle on laisse écouler le gélatino en excès, sauf à le reprendre après. Lorsque la couche sensible est étendue, on dépose la plaque sur une glace ou sur un marbre parfaitement horizontal: au bout d’un quart d’heure, la gélatine est coagulée, et la glace est placée sur des supports disposés ad hoc dans une armoire bien sèche, aérée et à l’abri de la lumière, la dessiccation se fait en vingt-quatre ou trente heures.
- Les glaces sèches sont empaquetées dans des papiers noirs ou mieux encore placées dans des boîtes à rainures ; mises à l’abri de l’humidité et de la lumière, la sensibilité se conserve indéfiniment.
- Comme nous l’avons dit, les glaces peuvent sans inconvénient être exposées lorsqu’elles sont humides ; après que la gélatine est prise, le développement se fait comme pour les glaces sèches.
- Temps de pose. — La pose varie naturellement avec la sensibilité des glaces, et avec l’éclairage du sujet à reproduire : chaque série de plaques préparées avec la même émulsion devra être essayée dans des conditions aussi identiques que possible d’éclairage et d’appareils, afin de déterminer la durée de la pose.
- Développement. — Il existe de nombreuses formules de développements, nous n’en donnons ici qu’une seule, qui se recommande surtout par sa simplicité et qui, employée par un habile praticien, M. Fürst, donne d’excellents résultats.
- Révélateur au fer. 1° Préparez dans un flacon et fdtrez :
- dans dix fois son poids d’eau pure. On peut aussi conserver l’émulsion liquide dans de petits flacons bouchés à l’émeri, en ayant soin de les remplir et de recouvrir la surface avec un peu d’alcool. L’émulsion devient plus rapide. (Bascher.)
- eau, 1000 gr. ; bon vinaigre blanc, 100 gr. ; alcool 50 gr. ; sulfate de fer, 50 gr. Laissez dissoudre et filtrez.
- 2° Dans un autre flacon mettez : eau, 1000 gr. ; oxalate neutre de potasse, 300 gr. ; bromure d’ammonium, 1 gr.
- Mettez dans une cuvette de porcelaine 100 gr. du deuxième flacon dans lequel vous versez doucement et en agitant sans cesse 100 gr. du premier flacon. Dans le bain ainsi préparé plongez, votre glace impressionnée sans temps d’arrêt et balancez doucement la cuvette ; en une demi-minule les grandes lumières apparaissent, en trois minutes le cliché doit être développé dans toutes ses parties si la pose a été bonne.
- S’il y a excès de pose, ce qui se voit à la rapidité de la venue de l’image, retirez la glace du bain et ajoutez quelques gouttes d’une solution de bromure d’ammonium au dixième.
- Si au contraire il y a manque de pose, on prolonge pendant un certain temps l’action du révélateur, et l’on ajoute quelques gouttes d’ammoniaque liquide.
- Lorsque l’épreuve est suffisamment venue, on la lave à grande eau, et on la met dans un bain d’hyposulfite de soude à 10 pour 100 où on la laisse séjourner quelque temps pour la dépouiller, on retire ensuite l’épreuve, qu’on lave doucement sous un filet d’eau et on la dépose dans un baquet d’eau pure.
- Quand toutes les glaces sont développées, on les examine à la lumière, et si quelques-unes ont besoin d’être renforcées, vous les plongez dans un bain composé de : eau, 1000 gr. ; bi chlorure de mercure, 20 gr. ; bromure d’ammonium, 20 gr.
- L’épreuve blanchit rapidement ; plus elle blanchit dans ce bain, plus elle se renforcera lorsqu’on la plongera dans le bain suivant : eau, 1000 gr. ; ammoniaque liquide, 150 gr. L’image noircit rapidement et monte au degré voulu, elle est ensuite lavée et abandonnée vingt minutes dans un bain contenant : eau, 1000 gr. ; alun, 100 gr. ; alcool, 50 gr.
- Lavez ensuite une dernière fois jusqu’à ce que l’eau coule en nappe à la surface de l’épreuve et laissez sécher ; l’image est ensuite retouchée et vernie comme une glace au collodion dont elle a toute l’apparence. Le tirage des épreuves n’a rien de particulier.
- Par ce qui précède, on voit que de toutes les manipulations photographiques qui viennent d’être décrites, pas une seule ne présente de difficultés sérieuses, et qu’avec un peu d’attention et de soin on peut arriver rapidement à se rendre maître du nouveau procédé qui est appelé à être encore plus apprécié des praticiens, lorsqu’il sera mieux connu.
- A. Demoget.
- LES CHEMINS DE FER AÉRIENS
- DE NEW-YORK
- Dans le numéro du 5 août 1878, la Nature annonçait déjà l’ouverture à New-York d’un chemin de fer métropolitain d’un nouveau genre, établi à l’inverse de celui de Londres, par-dessus les rues de la ville. Aujourd’hui le réseau est entièrement achevé, il comprend cinq voies aériennes formant
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- LA NATURE.
- autant de ponts métalliques de chacun dix kilomètres de longueur en moyenne; elles partent toutes du confluent d’East, River et, d’Hudson River, et se dirigent, en restant presque toujours entièrement droites, vers la rivière de Harlem, le Parc Central et Pile de Manhattan. Chacune d’elles comprend quatre lignes différentes, dont deux pour les trains montant et deux pour les trains descendant, comme on le voit sur la figure 3; la circulation y est
- extraordinairement active, et le nombre'Yle voyageurs transportés par an dépasse 60 millions.
- Comme c’est là un travail tout à fait curieux et resté unique jusqu’à présent, nous avons cru devoir y revenir et donner quelques détails sur une entreprise qu’on essaiera peut-être d’imiter plus tard dans certaines grandes capitales, comme le projet en a été discuté déjà pour Paris.
- Les chemins de fer aériens de New-York sont éta-
- Coupe longitudinale
- Elévation longitudinale
- Coupe transversale
- k k
- Fig. i. Voiture des chemins de fer aériens de New-York.
- blis presque tous directement au-dessus des avenues principales de la ville, qu’ils suivent dans toute leur longueur ; ils sont formés par des poutres en fer en treillis d »nt la hauteur varie, au-dessus de la seconde avenue par exemple , de 6m,10 à 15m,20. Ces poutres sont supportées elles-mêmes par des colonnes en fonte, au nombre de deux par travée, qui sont entrecroisées par des croix de Saint-André dans le sens transversal, comme l’indique la figure 3.
- Dans le sens longitudinal , ces colonnes sont distantes de I 3 mètres, et en dehors des tirants diagonaux, elles sont reliées également par une poutre horizontale régnant sur toute la longueur de la voie.
- L’établissement des fondations de ces colonnes a présenté des difficultés très considérables, à cause de la mauvaise nature du terrain. De plus, on se trouva souvent obligé de descendre à des profondeurs considérables pour arriver au-dessous des conduites d’eau et de gaz, ainsi que des égouts. Dans l’ile de Manhattan, par exemple, dont le sol est rocailleux et très inégal, on dut faire sauter 3 à 4 mètres de rocher pour établir les piles, et il fallut ensuite creuser dans le sable jusqu’à une profondeur de 9 mètres en moyenne. Pour citer un exemple qui donne bien une idée de l’importance d’un pareil travail, nous dirons que la construction des 6 kilo-
- mètres de la ligne s’étendant entre la 83e rue et la rivière Harlem n’a pas exigé, pour les travaux souterrains, moins de11500000 briques, 3200 barils de ciment, 1815 piliers, 6880 mètres cubes de béton, et il a fallu enlever 48 200 mètres cubes de terre, 19 000 mètres cubes de rocailles et
- 4900 mètres cubes de rocher.
- Au-dessus du béton, on disposait dans les fondations une dalle en fonte qui supportait elle-même le massif en briques au-dessus duquel était disposé le socle en fonte de la colonne à établir. Ce dernier était relié à la dalle inférieure par quatre boulons de 56 millimètres de diamètre qui traversaient toute la maçonnerie.
- Les colonnes en fonte soutiennent les poutres en treillis qui supportent elles-mêmes la voie ferrée. Ces poutres ont été construites et assemblées dans des conditions de rapidité vraiment surprenantes et qu’on ne rencontre guère qu’aux États-Unis. Un délai de neuf mois seulement avait été accordé par la Compagnie du Métropolitain aux entrepreneurs, MM. Garkc, Rewes et C°, pour la construction de deux sections ayant une longueur totale de 17 kil. 800. Dans ce travail, ils avaient à mettre en œuvre 44 700 tonnes de fer, comprenant 1562 kilomètres de fers cornières, 505 kilomètres de fers en barres, 8090 mètres carrés de tôle, 732200 mètres de co-
- Fig. 2. Locomotive du chemin de fer aérien de New-York.
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- lonnes, et ils devraient employer 5500000 rivets et poinçonner 22 millions de trous. En tenant compte des pertes de temps inévitables pour les travaux préparatoires, il leur restait seulement 190 à 200 jours de travail, et d’après la Revue Generale des Chemins de fer et les journaux étrangers auxquels nous empruntons la plupart de ces renseignements, ils avaient à foui’nir chaque semaine 1540 tonnes de fer, à laminer chaque jour 8 lûlom. 22 de fers cornières et 0 kilom. 206 de fer en barres, à assembler 158 mètres de colonnes, à poser 27 500 rivets et à poinçonner 110000 trous. Le travail se poursuivit nuit et jour, grâce à l’emploi de la lumière électrique, et il aurait été terminé dans le délai exigé, si la Compagnie n’avait pas désiré elle-même retarder volontairement l’ouverture du dernier tronçon.
- Les voies des chemins de fer aériens de New-York ont toutes la largeur du type normal de lm,450; elles restent presque toutes en lignes droites, mais on y rencontre cependant des courbes d’un rayon très faible, s’abaissant même parfois jusqu’à 27 mèt. Toutefois, les véhicules qui sont portés sur.des boggies suivant une disposition constamment adoptée aux Etats-Unis, s’inscrivent facilement dans ces courbes sans amener une usure excessive des rails et des bandages. D’ailleurs, les barres d’attelages des voitures sont fixées directement au centre des boggies, afin de faciliter le déplacement latéral, et dans la traversée des courbes, elles oscillent jusqu’à une distance de 0““,4C de leur position d’équilibre.
- Les voitures ont I lw,50 de long et 2“‘,70 de large,
- Fig. 3. Chemin de fer aérien de New-York. Coupes longitudinale et transversale, de la voie et du pont qui la soutient.
- l’écartement, des centres des boggies est de 91U,10. Elles comportent des plate-formes aux deux extrémités, comme on le voit sur la figure 1, et elles renferment chacune 48 places, dont 32 en long et 16 en travers dans le milieu de la voiture. Elles sont munies du frein à vide de Smith, dont nous avons donné la description dans le numéro 204 de la Nature du 28 avril 1877.
- Les trains sont composés de quatre pareilles voitures au plus, ils sont remorqués par une petite lo-comotive-tender dont nous donnons l’aspect (fîg. 2). Cette machine entraîne avec elle un volume de 1450 litres d’eau, suffisant pour le plus long parcours qu’elle peut avoir à effectuer. Elle a deux essieux accouplés, convenablemeut rapprochés pour permettre le passage dans les courbes, elle est portée également à l’avant, et à l’arrière sur un truck articulé; son poids total est de 5800 kilogrammes, et son poids adhérent de 5700 kilogrammes.
- La circulation sur les chemins de fer aériens pré-
- sente actuellement une activité extraordinaire comme nous le disions plus haut ; malgré ses préventions premières, le publie s’est habitué rapidement à ce mode nouveau de locomotion, qui présente beaucoup plus d’agrément qu’un chemin de fer entièrement souterrain, comme le Métropolitain de Londres, par exemple. Il n’entraîne d’ailleurs aucun danger spécial, caries ponts sont maintenant munis de balustrades et construits avec toutes les précautions nécessaires pour conjurer les conséquences terribles que pourrait avoir un déraillement à pareille hauteur. Les trains se succèdent aujourd’hui de trois en trois minutes sur presque toutes les lignes depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir ; on compte ainsi sur la 3e avenue, par exemple, 850 trains qui ne représentent pas moins de 2975 voitures, et qui entraînent 95929 voyageurs; sur la 6e avenue, le nombre de trains reste peu différent, car il est encore de 859, et comprend 2820 voitures.
- La recette moyenne par voyageur est de 59 centimes;
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- le prix du voyage est fixé à 26 centimes par place, de cinq heures et demie à sept heures et demie du matin, et de cinq heures à sept heures du soir, quelle que soit la longueur du trajet ; il est de 52 centimes pendant le reste de la journée, où la circulation est moins active.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- NÉCROLOGIE
- M. J. Watson.—Les États-Unis ont récemment perdu un de leurs astronomes les plus actifs et les plus distingués, M. J. C. Watson, professeur à l’Université de Michigan et directeur de l’Observatoire de Madison. M. Watson avait été pendant longtemps directeur de l’Observatoire d’Ann-Arbor; c’est durant cette période qu’il découvrit vingt-deux petites planètes et deux comètes nouvelles. En 1870, l’Académie des sciences de Paris lui décerna une médaille d’or pour ces découvertes. M. Watson est aussi connu par un Traité d'astronomie théorique publié en 1868, auquel les astronomes ont fait un favorable accueil. Le savant Américain est mort subitement à Madison, âgé de quarante-deux ans seulement.
- «Jacques Personne. — L’Ecole supérieure de pharmacie a perdu un de ses mai très les plus assidus et les plus dévoués, l’Académie de médecine un de ses membres les plus méritants : Jacques Personne, bien connu de tous les pharmaciens dé Paris par son enseignement de laboratoire et par ses nombreux et remarquables travaux de chimie. Jacques Personne est mort le 11 décembre 1880. Il était le fils de ses œuvres; son père avait exercé jadis, dans un bourg de la Côte-d’Or, l’humble profession de chaufournier. Jacques Personne laisse après lui de bien sympathiques et unanimes regrets.
- Buckland. — Le naturaliste anglais Francis-Treve-lyan Buckland, fils aîné de l’illustre géologue William Buckland, est mort à Londres le 19 décembre 1880. Il était né le 17 décembre 1826. Après s’être consacré spécialement à la pisciculture, Francis Buckland devint inspecteur des pêcheries de saumons en Angleterre. On lui doit une excellente Histoire des poissons britanniques.
- CHRONIQUE
- Avertisseurs électriques «les incendies. —
- MM. Fagot et Pascal Barbier ont construit récemment un avertisseur analogue à ceux que nous avons décriIs, mais qui n’en est pas moins intéressant. 11 se compose de deux petites lames en fer galvanisé, de 2 millimètres d’épaisseur et de 5 millimètres de largeur. La première de ces lames est percée de petites fenêtres rectangulaires uniformément espacées de 20 en 20 centimètres et garnies d’un alliage fusible à 55°, tel que le métal Darcet; revêtue ensuite d’une chemise isolante de papier, elle se juxtapose sur une deuxième lame de mêmes dimensions que la première, mais non pourvue de fenêtres. L’enveloppe de papier, dont le rôle est d’isoler électriquement les deux lames métalliques, est percée elle-même de fenêtres symétriques
- et correspondantes à celles de la première lame. Le pôle positif d’une pile électrique quelconque étant relié à la première lame et le pôle négatif à la deuxième, il est facile de comprendre le fonctionnement du nouvel avertisseur. En effet, l’alliage fusible, dès qu’il se trouvera dans un milieu atteignant une température de 55 degrés, établira sûrement un contact électrique entre les deux lames, et fera sur-le-champ fonctionner une sonnerie et un tableau indicateur révélant le lieu précis où un commencement d’incendie vient de se déclarer.
- On nous envoie, d’autre part, la description d’un avertisseur qui consiste en une balle de plomb pendue à un fil combustible. Si l’incendie se déclare, le fil brûle et la balle de plomb tombe; si la balle est placée au-dessus d’un cône au fond duquel est établi un bouton de sonnette électrique, la balle agit par son poids et fait fonctionner la sonnerie.
- Hua ges lumineux. — M. llildebrandsson, directeur de l’Observatoire météorologique d’Upsal, a remarqué, le 27 septembre 1880, en observant les nuages, une particularité des plus intéressantes. A six heures trente-quatre minutes du soir, des bandes de cirro-stralus d’un gris clair s’étendaient du nord-est au sud-ouest ; ils marchaient lentement vers le sud-est. L’une de ces bandes, passant par la Chèvre et la Polaire, présenta de rapides changements d’éclat ; par moments elle disparaissait presque complètement, pour se dessiner très nettement sur le ciel immédiatement après. La bande la plus voisine de celle-là, du côté du sud-est, présentait les mêmes fluctuations d’intensité, quoique à un moindre degré. Ce n’était point là quelque phénomène subjectif ayant son siège dans l'œil de M. llildebrandsson, car un autre observateur, qui accompagnait ce dernier, voyait en même temps que lui la vivacité de la lumière augmenter et diminuer dans les nuages en question. La durée des intervalles compris entre les maxima et les minima était variable et même très irrégulière; l’intensité lumineuse restait parfois constante durant plusieurs minutes, puis variait subitement dans l’espace de quelques secondes. Les alternatives durèrent une demi-heure, et pendant ce temps la bande où on les observait avec le plus d’intensité, se transporta avec toutes les antres vers le sud-est. Peut-être le phénomène est-il dû à des variations de la charge électrique du nuage ; il ne semble pas pouvoir être attribué à des variations de l’éclairage par le soleil, car en ce moment le crépuscule faiblissait déjà et aucun autre nuage que les cirro-stralus ne se montrait sur le ciel. (Ciel et Terre.)
- Une forêt fossile dansl’Indoustan. — M. le colonel Merriman, secrétaire du gouvernement de l’Inde, a récemment communiqué au journal anglais Nature de très curieux documents sur la découverte des vestiges d’une ancienne forêt des temps géologiques. En creusant les nouveaux Docks du Prince à Bombay, on a rencontré dans un terrain argileux une quantité considérable de troncs d’arbres encore munis de leurs racines. Dans les tranchées ouvertes pour la construction du dock, on a compté jusqu’à 382 arbres, dont 223 étaient encore debout, les autres étaient couchés horizontalement. Le plus grand de ces troncs d’arbres n’avait pas moins de 14 mètres de longueur. Le sol où se sont trouvés ces débris est formé d’une argile noirâtre, où l’on rencontre des fragments de roches variées, formées de trapp et d’un pudding particulier, tellement dur et tranchant, que les fragments qui s’en détachent coupent parfois les mains des terrassiers comme le ferait une lame de couteau.
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- Le ministre de la guerre des Etats-Unis vient de pourvoir définitivement au remplacement de M. le général Albert J. Myer, chef du Corps des Signaux et du Service météorologique, récemment décédé à Buffalo. Par décret du 16 décembre 1880, M. W. B. llazen, colonel d’infanterie, a été nommé Chief Signal Officer.
- — Le gouvernement impérial chinois vient d’accorder à une Compagnie chinoise la concession d’une ligne télégraphique entre Pékin et Shanghaï. Un décret fixant la somme à avancer a déjà paru dans la gazette officielle de l'empire.
- — On a inauguré récemment au Conservatoire des Arts et Métiers, la statue de Denis Papin par M. Millet. Cette statue,placée dans la galerie des Machines, y produit un excellent effet. Le pasteur Dide a retracé l’histoire de la vie du grand inventeur, devant un très nombreux auditoire. M. de Comberousse, professeur à l’Ecole Centrale, a ensuite présenté le tableau des inventions de Denis Papin ; l’orateur a chaleureusement revendiqué pour notre illustre compatriote la découverte de la machine à vapeur, qui ne saurait lui être contestée par aucun historien vraiment impartial.
- — Une Commission de savants anglais vient d’annoncer à M. Léon Jaubert, directeur de l’Observatoire populaire du Trocadéro, qu’une somme de 2500 francs souscrite par eux, est offerte en prix pour le meilleur Mémoire écrit sur la théorie globulaire d’Isaac Newton. Les élèves de l’école pratique du Trocadéro, sont seuls appelés à concourir; ils viennent de décidera l’unanimité que le lauréat consacrerait le montant du prix à l’acquisition d’instruments d’astronomie. Nous annoncerons en même temps que le laboratoire de micrographie du Trocadéro est ouvert depuis peu, tous les dimanches et tous les jeudis.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 janvier 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Le phylloxéra en Californie. — M. Savignan ayant été envoyé en Californie pour y étudier les ravages exercés par le phylloxéra, s’est trouvé en présence de faits bien différents de ceux auxquels nous sommes habitués. En effet les vignerons ont unanimement déclaré avoir toujours connu l’insecte ; ils ne comprennent pas une vigne sans son phylloxéra, qui en est comme un détail obligé. C’est dire que la vigne californienne ne dépérit pas sous les atteintes du puceron, et que par conséquent on n’a jamais rien tenté pour détruire ce dernier. C’est dire aussi que l’allégation était bien fausse d’après laquelle le phylloxéra aurait été introduit en Californie par des ceps originaires du Bordelais. Dans le Sonora, le phylloxéra n’est connu que depuis 1860, mais jusqu’en 1875 personne ne s’était préoccupé de son apparition. Il se développe pourtant lentement et a gagné environ, en quatre ans, huit kilomètres dans la direction du vent dominant. D’ailleurs les lésions de la vigne phylloxérée sont dans le Nouveau Monde exactement, les mêmes qu’ici. Cependant le parasite semble avoir une existence moins tranquille qu’en Europe : partout il est accompagné d’un parasite, le Ptyroglyphus longior, que tous les viticulteurs doivent désirer vivement de voir pénétrer sur leurs terres. On
- sait que M. Planchon en a naguère tenté l’acclimation à Montpellier; mais il ne semble pas que le succès soit venu couronner ses efforts.
- L'acide perazotique. — C’est comme suite à leurs intéressantes études sur l’ozone que MM. Ilautefeuille et Chapuis annoncent aujourd’hui la découverte d’un acide suroxygéné de l’azote. Si on soumet à l’effluve électrique qui doit le transformer en ozone, de l’oxygène non pas pur mais mélangé d’azote, on constate au spectro-scope l’apparition d’une substance caractérisée par des lignes noires, surtout nombreuses dans le rouge. L’expérience toutefois ne réussit qu’avec des gaz bien secs, l’humidité l’empêche et on trouve dans l’eau des réactions acides. La température rouge détruit aussi le nouveau composé, dont les allures sont comparables, comme on voit, à celles de l’acide persulfurique, et que par analogie on est autorisé à nommer acide 'perazotique.
- A cette occasion, M. Berthelot annonce qu’il a lui-même réalisé naguère une expérience encore inédite et qui confirme celles qui précèdent. Elle consiste dans la décoloration complète que subit un mélange d’oxygène et d’aeice hypoazotique sous l’influence de l’effluve électrique. Le produit n’est pas de l’acide azotique anhydre, car le froid le plus intense n’y détermine aucune condensation. De plus, si l’on soustrait le gaz à l’effluve, il reprend au bout de quelques instants la coloration caractéristique de l’hypoazotide.
- Sulfure de bismuth natif — En poursuivant l’étude de minéraux développés dans les roches au sein desquelles la houille s’est enflammée spontanément aux environs de Saint-Étienne et brûle depuis soixante à quatre-vingts ans, M. Maillançon a recueilli des aiguilles extrêmement brillantes dont tous les caractères cristallographiques et chimiques sont ceux du sulfure de bismuth. Le fait est d’autant plus intéressant que le bismuth n’avait pas encore été signalé dans le bassin de Saint-Étienne et on le rapprochera, à cet égard, de la découverte antérieure faite par le même auteur et dans la même localité, du carbonate de lanthane et de cérium.
- Stannine contemporaine. — De récents travaux de captage exécutés en Corse sur les sources de Baracci ont amené la trouvaille de médailles romaines en bronze, constituant évidemment des ex-voto médicaux : l’une d’elles porte l’effigie de la déesse Salus ou Hygie. Avec elles se trouvent des corps circulaires, provenant sans aucun doute de l’altération par l’eau minérale de médailles analogues. En les brisant, on y trouve successivement : une croûte extérieure toute cristalline, une mince couche pulvérulente d’un gris d’acier, enfin une lamelle de bronze représentant le résidu de la pièce corrodée. D’après l’étude qu’en a faite M. Daubrée, la matière cristalline de l’extérieur consiste en un sulfure double de cuivre et d’étain fort analogue à la stannine de la nature, une sorte de sulfure de bronze. Ce résultat tire son principal intérêt de son contraste avec celui qui fut récemment trouvé à Bourbonne dans des conditions cependant fort analogues. Là en effet, le bronze des médailles romaines, au lieu de se sulfurer en bloc, donna lieu à du sulfure de cuivre ou chalkosine et à de l’étain oxydé ou cassitérite.
- Cryptogamie. — L’illustre professeur de culture du Muséum, M. Decaisne, présente à l’Académie le second fascicule des Notes alguologiques de MM. Ed. Bornet et G. Thuret. Ce volume renferme une foule de détails orga-
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- nographiques et biologiques relatifs à diverses algues marines ou d’eau douce. Vingt-cinq planches offrant les qualités d’élégance et de clarté qui distinguent les publications des deux auteurs, accompagnent et éclaircissent le texte. Le premier fascicule de cet ouvrage remarquable a été jugé digne du prix Desmazières de 1876.
- Nouvelle étoile de mer. — Notre savant collaborateur et ami, M. le professeur Edmond Perrier, a reçu récemment de M. Alexandre Àgassiz un 1res nombreux envoi d’animaux ramenés des grandes profondeurs du golfe du Mexique et de la mer des Antilles. 11 en a retiré 70 espèces d’étoi es de mer parmi lesquelles 43 sont nouvelles pour la science. La plupart des genres que l’on ne connaissait encore que par les pêches du Challenger se sont retrouvées dans cette précieuse collection, mais ils y présentent des formes spéciliques nouvelles. Il en est qui sont d’une élégance extrême et plusieurs d’une étrangeté de forme tout à fait remarquable. Par l’étude des Pédicellaires, M. Perrier arrive à proposer la répartition des Astéridées en deux grandes familles tout à fait distinctes.
- Varia. — Signalons en terminant des études thermochimiques de M. Ogier sur l’iodure et le bromure de phosphore ; — le relevé jour par jour des hauteurs de la Seine au pont Royal et au pont de la Tournelle pendant toute l’année 1880 ; — un thermo-régulateur pour les hautes températures, inventé par M. d’Arsonval ; — des recherches de M. Müntz sur l’ensilage des grains; — uue notice de M. Charles Brongniart sur quelques poissons fossiles des ligni-tes de Ménat en Auvergne ; — une nouvelle note sur la vitesse de la lumière par M. A. Cornu; — l’essai d’une géographie médicale de la France par M. Cher vin; — une méthode imaginée par M. Rouget pour permettre à un voyageur de déterminer sa longitude pourvu qu’il connaisse la latitude et le temps sidéral; — des expériences de M. Bochefontaine sur l’arrêt du cœur provoqué par la ligature des artères coronales ; — l’application au diagnostique des maladies, de l’eXamen anatomique du sang par M. Hayem; — une intéressante étude de M. Maire sur la reproduction de Yisoetès lacustris des Vosges; — enfin l’ingénieuse idée de M. Gilles, qui veut faire pousser les trains de chemins de fer par le vent qu'ils produisent eux-mêmes en progressant !
- Stanislas Meunier.
- ART ET NATURE
- Il y a quelque temps, nous avons donné ici même sous le titre : Art et Nature, la représentation exacte (L’une pointe d’aiguille placée à côté d’un dard de guêpe et d’une épine de rose, vus au microscope sous le même grossissement1; la pointe faite par la main humaine, apparaissait grossière et rugueuse, tandis que celles de la nature, étaient d’une finesse et d’une délicatesse inouïes. En feuilletant une des dernières livraisons de la Revue horticole, nous avons lu une intéressante notice de M. E. A. Carrière où nous avons puisé l’idée d’une ré-eipioque, relative à ce que nous avons dit antérieurement. M. Carrière en parlant de la Merise des bois et de la Cerise de Montreuil, nous fait voir que l’art humain a, dans ce cas, singulièrement perfectionné un produit de la nature.
- La gravure ci-jointe donne l’aspect de merises des bois, placées au-dessous de quelques grosses cerises Belles de Montreuil, représentées les unes et les autres de grandeur naturelle. Quelle différence de volume et d’aspect, entre le produit de la culture et celui d’où il a tiré son origine première! Que ne pourrait-on pas dire encore sur la saveur et sur le goût comparatifs des deux types extrêmes !
- L’art ne crée pas à proprement parler, et il ne saura jamais être comparé à la nature, mais par la continuité du travail, il améliore, il perfectionne et il sait même opérer de véritables transformations dans les èlres qui existent à la surface du globe. La cerise en est, comme on le voit, un remarquable exemple.
- Dr Z...
- 1 Voy. n° 351 du 21 février 1880, |> 177.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuiur.
- Imprimerie A. Lahure, rue île Fleurus, 9, à Pans.
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- N0 599.
- 22 JANVIER 188 1.
- LA NATURE.
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- DUNKERQUE
- TRAVAUX d'agrandissement DU TORT
- Dunkerque ne fut pendant d’assez nombreuses années qu’un hameau composé de quelques cabanes de pêcheurs; saint Éloy y lit, dit-on, construire une chapelle, de là son nom, église des dunes, Dunkerque. Quelques habitations se serrent, se groupent autour de la maison de Dieu. La ville grandit peu à peu. Son havre naturel attire quelques milliers de pêcheurs, et, en 904, la petite localité, redoutant les
- attaques du dehors, s’entoure prudemment de murailles. Quelle pénible histoire commence alors pour la pauvre ville ! Prise, reprise, saccagée, incendiée, changeant jusqu’à trois fois de maître dans la même journée, Dunkerque, avant d’être la ville héroïque et bien française de Jean Bart, demeura durant des siècles uniquement flamande, ne pouvant guère songer qu’à ses intérêts personnels, en lace d’ennemis qui la pillaient, qui la rançonnaient et l’avilissaient. Voulez-vous avoir une idée succincte de ses calamités? Philippe le Bel s’en empare; plus tard, les Anglais la brûlent; les Français y rentrent en vainqueurs ; les Espagnols la reprennent ; nous y
- Le nouveau port de Dunkerque, d’après le plan original dressé par les Ponts et Chaussées (la darse n' i a été inaugurée en 1880,
- les darses n”’ 2, 3 et i vont être construites).
- plantons de nouveau notre drapeau; nous la perdons encore; Turenne nous la rend; Louis XIV en fait définitivement une des places les plus fortes du royaume; mais bientôt, par le traité d’Utrecht, il est stipulé que ses murailles tomberont, que son port sera comblé : les Anglais et les Hollandais se vengent ainsi des hauts faits de Jean Bart. Dunkerque sort quand même des ruines, elle se relève; sous Louis XV et sous Louis XVI, elle se venge à son tour. La première République la remercie de sa valeur en décapitant son nom ; puisque la Révolution ne voulait plus d’églises, elle l’appelle ingénieusement Dun libre, et Dun libre, plus soucieuse de sa belle renommée qu’irritée d’une débap-tisation saugrenue, continue bravement son œuvre et se fait de nouveau craindre des ennemis de la 9e année. — 4or semestre.
- France ! En 1793, le? Anglais l’assiègent encore, mais la victoire de Hondschoote la débarrasse de ses adversaires. Depuis cette époque, Dunkerque a eu, fort heureusement pour sa tranquillité, moins à songer aux combats qu’à la lutte commerciale avec les ports voisins. Mais, tandis qu’An vers faisait des enjambées de géant, concentrant une partie du commerce du monde, elle allait lentement au pas, mais d’un pas ferme et résolu, le front haut, et avec la conscience d’arriver quelque jour au but.
- Dunkerque demande une place plus large au soleil, et personne aujourd’hui ne lui conteste ce droit. La vérité est que nos trois ports principaux de la région du Nord, Boulogne, Calais, Dunkerque, apparaissent dans un état d’évidente infériorité lorsqu’on les compare aux ports anglais et belges.
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- LA NATURE.
- L'abandon dans lequel se trouve surtout Dunkerque n’a pas été sans frapper nos voisins d’outre-Manche. « Ce n’est pas, disait déjà en 1872 M. Ruolz, sans une impression douloureuse que, dans un grand nombre de correspondances de nos amis de la Grande-Bretagne, nous retrouvons cette phrase : « Ab ! si nous avions Dunkerque! » 11 faut, en effet, que ce port possède de bien puissants éléments de vitalité pour que, malgré les conditions d’insuffisance où on l’a laissé, le tonnage de sa navigation ait augmenté en dix ans dans le rapport de 100 à 153; sous peine de voir Anvers absorber le commerce de notre port, il faut hâter par tous les moyens le désencombrement des bassins et mettre le port en étal de recevoir les navires de fort tonnage. » Voilà ce qu’on écrivait il y a dix ans. Il y a encore une année, on n’avait rien fait.
- Dunkerque, par sa situation sur la mer du Nord, par sa proximité de la ville d’Anvers, présente donc, au point de vue national, un intérêt tout particulier Dans cette région, on l’a fait justement remarquer au Parlement, c’est le seul port qui possède une rade capable non seulement de recevoir les plus grands navires de commerce, mais encore d’abriter une flotte de bâtiments cuirassés.
- M. de Freycinet n’exagérait donc rien en disant que la question de l’agrandissement de ce port est une question française.
- Grâce à M. de Freycinet, alors ministre, les Chambres ont voté 50 millions pour l’amélioration et l’extension du port. 11 a été également décrété que l’on porterait de 1700 à 8400 mètres le développement des quais et que l’on attribuerait au stationnement des navires 19 hectares nouveaux de bassins à Ilot.
- Voilà donc la ville en pleine voie de prospérité ! L’activité de son port méritait bien cet appui. Ainsi, en 1876, on a compté 2883 navires à l’entrée et 2910 à la sortie. Quant au tonnage total des marchandises, il s’est élevé au chiffre de 1 268 220 tonnes. Dès aujourd'hui, son trafic lui assigne, en France, le quatrième rang; elle vient immédiatement après Bordeaux. Ajoutons que la pêche de la morue y occupe toute une flottille et plus de 1500 marins.
- On n’en est donc plus aux projets : l’œuvre est commencée. Le 31 octobre dernier, on a inauguré solennellement un des nouveaux bassins, la darse n° 1. Ce n’est qu’un début, il faut maintenant entreprendre les autres bassins. Pendant qu’on procédera à l’exécution de ce dernier ouvrage, disait dernièrement notre ami Simonin, on ferait bien de creuser aussi un canal qui mettrait Dunkerque en état de recevoir, avec le moins de frais possible, la houille des mines de Valenciennes, d'en faire usage pour ses nombreuses usines et de l’exporter au dehors. Ainsi arriverait dans ses bassins ce fret de sortie que nos ports réclament avec tant d’insistance.
- Dunkerque, dont la population est de 35 000 habitants (recensement de 1876), est très avantageusement située, vis-à-vis de l’embouclmre de la Ta-
- mise, à la rencontre de plusieurs canaux, et non loin des bouches de l’Escaut, de la Meuse et du Rhin. Des lignes de paquebots l’unissent à Copenhague, à Saint-Pétersbourg, à Londres, à llull, à Leith (port d’Edimbourg), à Anvers, à Rotterdam, au Havre, à Bordeaux. C’est le plus grand débouché des productions naturelles et des fabriques de la Flandre, c’est-à-dire des lins, des toiles, des graines oléagineuses, des céréales, des houilles, des œufs (destinés à l'Angleterre), elc. Dunkerque reçoit surtout des bois du Nord et du poisson, mais son commerce pourrait doubler d’importance.
- La ville de Dunkerque, délaissée, méconnue, relève donc aujourd’hui la tète, et, bien qu’on ait dans le Nord moins de faconde que dans le Midi, vous pourriez déjà entendre de bons Flamands vous dire : « Dans vingt ans, les deux grands ports de la France seront le nôtre et Marseille. Nous voulons être pour le Nord ce que Marseille est pour la Méditerranée ! »
- Nous souhaitons, en attendant, à la ville de Dunkerque de devenir l’émule du Havre et d’être demain la rivale, sans plus d’ambition, d’Anvers. Pour cela, nous venons de le dire, il faut une transformation complète, et ne pas s’en tenir à des travaux de second ordre. Dans la situation actuelle, avec le nombre des navires arrivant, il faudrait parfois plus de 15 000 mètres de quais. L'encombrement est tel aujourd’hui, que l’on voit de grands navires en rade, à l’ancre, attendant quinze, même vingt jours sans pouvoir pénétrer dans le port. Les travaux d’agrandissement sont donc, à une époque pressée comme la notre, une question vitale.
- Aussi, avant peu, l’entrée du port sera améliorée, la superficie des bassins considérablement augmentée. Voilà les deux grands points; de plus, la jetée ouest doit être prolongée. Le bassin ouest sera mis en communication avec le chemin de fer et les canaux extérieurs. Un bassin de chasse sera créé à l’est avec des chantiers de construction, l’arrière-port sera achevé ainsi que le bassin du commerce, le port d’échouage et l’avant-port seront élargis, etc. Tel est le programme qui ne tardera pas sans doute à recevoir son exécution au bénéfice de Dunkerque et, nous le répétons avec M. de Freycinet, au profit de la France entière.
- Richard Cortamberï.
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- LE CONDENSATEUR PARLANT
- Au début du téléphone, MM. Pollard et Garnier combinèrent, en appliquant un principe dù à M. Croimvell Varley, un appareil assez singulier et dont l’application n’est pas encore connue, auquel on donne le nom de condensateur chantant. Nous avons décrit cet appareil à son heure, lorsqu’il provoqua la curiosité publique *.
- Avant de dire comment on est parvenu à faire parler le condensateur, rappelons les dispositions de cet appareil lorsqu’on veut simplement le faire chanter.
- 1 Voy. ne 287 du .">() novembre 1878, p. 429.
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- LA NATURE
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- Il se compose d'un petit condensateur ordmaire formé d’une trentaine de feuilles de papier superposées, du papier à lettre par exemple, entre lesquelles sont placées vingt-huit feuilles d’étain, disposées de telle sorte que toutes les feu lles paires correspondent entre elles à l’un des bouts du cahier et les feuilles impaires à l’autre bout. On ligature l’ensemble en le recouvrant de deux feuilles de carton et on fixe deux bornes d’une façon quelconque aux extrémités de jonction des feuilles d’étain. Les deux bornes sont réunies aux deux extrémités du fil induit d’une petite bobine de Rnlnnkorff, dont on cale le treni-bleur. Le fil inducteur est relié à une pile et a un transmetteur de Reiss qui, lorsqu’on chante devant la plaque, interrompt le courant un certain nombre de lois par seconde, suivant la hauteur de la note émise devant 1 embouchure. Sous l’action de ces interruptions musicales, il se développe dans le fil fin de la bobine des courants induits énergiques qui font chanter le condensateur, assez haut pour être, entendu dans toute une salle.
- En remplaçant le transmetteur à interruptions par un transmetteur à charbon ou un microphone, les courants qui traversaient le til inducteur n’étant plus interrompus, mais ondulatoires, les courants induits développés dans le fil fin de la bobine ne pouvaient agir sur le condensateur, qui restait muet.
- M. le docteur Cornélius llerz d’un côté et M. Dunand d’autre part, sont arrivés à faire parler le condensateur et à lui faire reproduire tous les sons articulés, exactement comme un téléphone Bell, reliéàun transmetteur à charbon.
- M. Cornélius llerz a certainement la priorité sur M. Dunand, car sss expériences datent de janvier 1880 et son brevet du 9 juin de la même année.
- Nous ne pouvons que signaler aujourd’hui celte priorité, nous réservant de faire connaître les procédés employés lorsqu’ils seront rendus publics. M. Dunand a présenté son système à l’Académie des Sciences dans sa séance du 5 janvier, nous ne sommes donc pas tenu à la môme discrétion vis-à-vis de lui. Ajoutons encore que nous avons répété et varié de plusieurs façons les expériences de M. Dunand, avec le concours d’un jeune docteur, M. Paul llanque, toujours des premiers lorsqu’il s'agit de répéter ou d’improviser une expérience électrique, et que nous avons obtenu des résultats remarquables.
- Voici par quel artifice M. Dunant parvient à faire parler le condensateur. Le montage est le même que celui de l’expérience du condensateur chantant que nous venons de rappeler, sauf sur les deux points suivants :
- On remplace le transmetteur à interruption de Reiss ou ses dérivés, par un transmetteur à charbon ou un microphone quelconque, et on intçrcale dans le circuit induit une pile de quelques éléments.
- Ces changements transforment le condensateur chantant en condensateur parlant. Nous avons essayé le parleur de M. Ader, un microphone ordinaire, le modèle le plus simple de M. Hughes, le nouveau microphone de M. Boudet de Paris, avec un égal succès. Tout est reproduit, la parole, le timbre, le chant, le son des instruments de musique et jusqu’aux bruits microphoniques tels que ceux produits par la montre.
- Le nombre des éléments disposés en tension sur le circuit induit, a aussi une certaine influence. Avec deux éléments Leclanché, la parole est déjà très netleinent perçue, son intensité augmente en en mettant quatre, six et huit; au delà, et jusqu’à vingt-quatre éléments, l’augmentation est presque insensible. La résistance intérieure des éléments ne joue aucun rôle, car on peut y
- mettre indifféremment des piles secondaires dont la résistance est très faible ou des petits éléments médicaux de G liffe, sans changer 1 intensité de la parole perçue.
- Nous avons obtenu les meilleurs résultats en employant le transmetteur de M. Ader et deux piles-bouteille au bichromate avec six éléments Leclanché, moyen modèle, disposés en tension sur le circuit induit.
- Telle est l’expérience réalisée par M. Dunand et les conditions dans lesquelles chacun peut facilement la répéter.
- Les difficultés commencent dès qu’on veut expliquer le phénomène.
- Lorsque la pile n’est pas introduite dans le circuit induit, il est facile de se rendre compte qu’en parlant dans le microphone, on produit des courants induits on-dulatoireinent positifs et négatifs qui chargent et déchargent rapidement le condensateur en changeant le sens de la charge.
- La pile introduite dans le circuit induit a pour effet de charger le condensateur à un potentiel donné, qui dépend du nombre d’éléments employés ; les courants ondulatoires développés dans la bobine induite augmentent ou diminuent la charge du condensateur, suiv.mt qu’ils sont de même sens ou de sens contraire au courant de la pile, mais font que sa charge ne change jamais de sens, comme dans le premier cas. Le condensateur reproduit la parole sous l'influence des courants induits ondulatoires à la condition que sa charge soit toujours de même sens. Tel est le fait matériel que les intéressantes expériences de M. Durand semblent mettre en évidence. Ce fait se trouve confirmé en variant l’expérience, en changeant par exemple le sens des pôles de la pile ou en mettant la pile en dérivation sur le condensateur. Dans ce dernier montage, expérimenté par M. Boudet de Paris, la parole est moins intense, ce qui s’explique facilement par la loi des courants dérivés. Elle est plus nette, au contraire, avec deux condensateurs montés en dérivation et appliqués aux deux oreilles.
- Nous n’oserions affirmer que le condensateur parlant présente un grand avenir au point de vue pratique et puisse remplacer comme récepteur le téléphone Bell et ses nombreux dérivés, mais il n’est pas moins vrai que les expériences de M. Dunand offrent un réel intérêt et sont de nature à jeter un jour nouveau sur la nature des actions si complexes qui accompagnent les transmissions téléphoniques et la reproduction électrique des sons articulés.
- E. Hospitalier.
- L’ILE DE PAQUES
- L’ile de Pâques, la plus orientale des sporades australes, est de nature volcanique C’est une terre assez étendue, de forme triangulaire, qui peut avoir 35 kilomètres de tour avec une superficie de 1 1 à 12 000 hectares ; elle présente a chacune de ses extrémités un large cratère supporté par un édifice conique élevé(Rana Aroï au Nord, Rana Raraku à l’Est, Rana Kan à l’Ouest) (11g. 1), et sa surface généralement plate ou seulement ondulée, se trouve encore marquée par un certain nombre de pitons et d'édifices volcaniques semblables, parmi lesquels celui de Tautapu placé, pour ainsi dire, ou centre de l île, se fait remarquer par la grande régularité de ses formes.
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- LÀ NATURE.
- Quoique souvent visitée depuis sa découverte, qui remonte au seizième siècle (6 avril 1722, par l’amiral hollandais Roggewen), on ne possède encore aucun renseignement précis sur la nature et les produits de ses volcans, qui ont été donnés tantôt comme de nature basaltique , tantôt et le plus souvent comme tra-ch y tiques et pon-ceux.
- Tous les navigateurs qui y ont atterri ont été frappés de l’aspect triste et désolé de cet îlot déshérité, perdu au milieu du Pacifique; tous ont mentionné la présence à sa surface d’un nombre considérable de figures colossales, taillées en plein bloc dans les roches volcaniques.
- Ces lourdes et massives pierres taillées représentent des bustes gigantesques de 6 à 7 mètres de haut en moyenne sur 2 mètres de large.
- On en a compté plus de 400, dont beaucoup atteignent une hauteur de 12 mètres; quelques-unes , maintenant brisées, doivent avoir eu des dimensions plus colossales encore. Toutes se ressemblent, elles paraissent avoir été sculptées snr le même modèle, et par la même main, ce qui est inadmissible, car la vie d’un homme n’aurait pas suffi pour en tailler deux ou trois des plus grandes.
- Ces monuments, qui témoignent ainsi d’une population puissante, aujourd’hui disparue, dont la malheureuse peu -plade qui vit actuellement sur Pile ne peut nous donner une idée — elle n’en a même pas conservé la tradition, — étaient bien dignes de fixer l’attention ; tous ceux qui les ont examinés se sont sur-
- tout préoccupés des moyens mécaniques employés pour transporter des masses aussi considérables aux places qu’elles occupent actuellement1. Malgré toutes
- les recherches, ces monstrueuses idoles sont encore à l'état d’énigme.
- Nous devons à l’amiral De La-pelin, qui visita l’ile en janvier 4872, avec la Flore, une de ces statues qu’on peut voir au Muséum d’histoire naturelle, à l’entrée des laboratoires de Paléontologie (fig. 2).
- En 1877, un voyageur bien connu par ses explorations dans l’Alaska, aux îles Aléoutiennes, etc., M. Pinart, vint toucher à l'île de Pâques, avec le Seignelay ;
- un ethnographe aussi distingué ne pouvait rester indifférent devant ces monuments cyelo-péens, il consacra plusieurs jours à leur étude et constata d’abord, ce qui était à présumer, que ces statues n’étaient pour la plupart que des monuments funéraires, qu’elles recelaient des tombeaux, qui lui fournirent une abondante moisson de crânes et d’ossements.
- Dans la relation de son voyage, publiée tout à la fois dans le Tour du Monde et dans le Bulletin de la Société de géographie2, on trouve d’intéressants détails sur ces statues, dont quelques-unes reposent en-
- 1 Voyez le rapport du commandant de la Topaze, novembre 1868 (Annales hydrographiques de la marine, 1869, p. 176). Ceux des officiers de la corvette chilienne le O'Higghins, 1870 ; celui du contre-amiral De Lapelin, commandant en chef de la division navale du Pacifique, 1872 (Revue maritime et coloniale, t. XXXV, p. 105 et suiv.).
- - Le Tour du Monde, 12 octobre 1878, n° 927. Bulletin de
- Baie de la Pérouse
- MoVu. Toula ra
- de Cook
- Kilomètres.
- ** 1+5'5” Ouc&i
- Fig. 1. Carte de l’ile de Pâques.
- Fig. 2. Tète sculptée de l’ile de Pàquesdonnée au Muséum d’histoire naturelle de Paris par M. le contre-amiral de Lapelin.
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- LA NATURE.
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- core sur la roche en place, excavée par derrière afin qu’on puisse circuler tout autour, tandis que le plus grand nombre, ainsi qu’on l’a toujours lait remarquer, sont fort éloignées des points où elles ont été taillées.
- Ce sont, en général, les cratères de l’ile qui ont
- servi d’atelier, c’est du moins sous cet aspect que se présente celui de Rana Ranaku, que M. Pinart décrit comme de forme ovalaire, avec un diamètre de 600 mètres et une profondeur de 180 mètres à 200 mètres.
- Les premières statues se voient sur le flanc inté-
- Fig. 5. Vue des statues de pierre de l’ile de Pâques, d’après un croquis exécuté pendant l’expédition de M. le contre-amiral de Lapelin-
- rieur du cratère, dont les parois couvertes de végétation sont faiblement inclinées; elles sont au nombre de quarante, disposées en trois groupes; toutes se.ressemblent invariablement et tournent leur face
- la Société de géographie, 7e série, t. XVI, p. 193 et suiv., septembre 1878.
- vers le Nord : les unes sont faites d’une roche trachy-tique, issue du volcan, les autres dans une brèche volcanique « sorte d’amalgame de cendres et de pierres ignées ». Mais le principal atelier se rencontre au sommet sud-est du volcan; là, elles sont beaucoup plus nombreuses; les unes complètement terminées, les autres à l’état d’ébauche, entourées encore d’éclats
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- d’obsidienne, taillés en l'orme de lames, de grattoirs et de couUaux qu’il est facile de reconnaître pour les instruments des anciens sculpteurs, circonstance que rend facilement explicable le peu de dureté des roches employées (lig. 5).
- Il en exisle aussi sur toute la surface extérieure du volcan, les sculpteurs choisissant toujours pour tailler ces figures, des roches situées sur un plan incliné, afin de pouvoir les faire g'isser facilement sur celte pente, une fois le travail achevé.
- M. Pinart signale encore une seconde cate'gorie de statues, d’une facture plus grossière, façonnées dans une roche très friable, absolument différente de celles des cratères, et qui se compose de cendres volcaniques agglomérées. Ces lêtesà peine indiquées sont, de plus, coiffées, en manière de chapeau, par un cylindre de lave rouge; elles sont disposées sur les terrasses de monuments funéraires désignés par les indigènes sous le nom de Pakaopa.
- C’est évidemment aux statues de la première catégorie, à celles des cratères formées de brèches volcaniques, qu’appartient la statue donnée au Muséum par l’amiral De Lapeliu1.
- Ch. Vélain.
- LA MÉTÉOROLOGIE EN CHINE
- ET AU J A P O X
- Nous venons de recevoir quelques bulletins mensuels publiés en Chine par le P. Marc Dechevrens, directeur de l’Observatoire magnétique et météorologique de Zi-Ka-Woi; nous sommes heureux d’apprendre à nos lecteurs que 13 nouvelles stations météorologiques se sont ajoutées aux 31 qui déjà avaient assuré à l’Observatoire de Zi Ka-Wei de très utiles documents pour l’étude de la météorologie générale des mers de la Chine : ce sont la douane impériale de Pakhoi dans le midi de la Chine et 12 des principaux phares du Japon. Le bulletin du mois de mai 1880 et la carte qui l'accompagne montrent l’impoi tance des observations faites dans ces stations japonaises, grâce au concours de M. Ilara Takayoshi, directeur des phares du Japon. Le P. Dechevrens prépare une carte qui indiquera la position de ces 44 stations des
- 1 Extrait d’une communication faite à la Société géologique de Fiance sur l’analyse d’un bloc détaché accidentellement de la tète sculptée du Muséum d’histoire naturelle (lig. 2).
- « Chaque année, ajoute M. Vélain, la pluie et le dégel détachent quelques morceaux de la statue du Muséum. M. le docteur Fischer, témoin d’un de ces accidents, a eu la bonne pensée de recueillir un bloc qui s’en était ainsi séparé. Il a bien voulu me le confier pour que j’en fisse l’étude. Cette roche se trouvant être une brèche, composée d’éléments assez variés et constituant vne véritable collection de roches, je puis, de cette façon, donner aujourd’hui quelques renseignements sur les produits de ce petit massif volcanique.
- « Les éléments de celte brèche, qui ne dépassent guère le volume d’une noix, sont les uns compacts, d’un beau noir de poix brillant dans les cassures fraîches, les autres plus friables, scoriacés et. colorés en brun jaunâtre avec un aspect terreux; tous deviennent ternes et grisâtres sur les surfaces exposées depuis longtemps à l’air; ils appartiennent à des laves vitreuses basiques.
- , « La matière vitreuse qui les forme est d’un brun rougeâtre,
- côtes de la Chine et du Japon, dont les observations lui servent à composer ses bulletins mensuels.
- A ces renseignements généraux, nous ajoutons quelques faits particuliers sur les phénomènes météorologiques observés dans l’extrême Orient.
- Pendant le mois de juin 1880, le midi de la Chine s’est vu inondé par des pluies incessantes. Déjà leur fréquence et leur abondance durant le mois de mai avaient fait craindre pour les prochaines récoltes; ce fut un vrai désastre en juin. Aux récoltes ou perdues ou gravement compromises vinrent s’ajouter des pertes matérielles plus sensibles : dans la province de Canton, des villages entiers avec tous leurs habitants, surpris à l’improviste par des torrents dévastateurs, disparurent sans lasser trace. Les quantités de pluie tombée à Hongkong pendant le mois de juin, ne s’étaient élevées qu’à 237mm,9 (9 p. 57) en 1877, à 590 rnillim. (15 p. 3G) en 1878, à 287mm,4 (11 p. 52) en 1879; cette année elles atteignirent le chiffre énorme de 712mm, 4 (28 p. 06)!
- En juillet 1880, on a vu commencer comme de coutume la saison des typhons : « Nous savons aujourd’hui (novembre), dit le P. Dechevrens, qu'elle a été féconde, féconde surtout en désastres de tous genres. Le premier de ces enfants terribles des mers de Chine a fait son apparition du 13 au 19; né probablement entre Bornéo et Maindanao, il s’est avancé dans la direction du Nord-Ouest, coupant les parallèles de 10° et de 20°, le premier par 120° de longitude et le second par 107° environ; il resta assez loin de Manille et traversa l’ile de Hainan et le golfe du Tonquin. La vitesse moyenne de translation du tourbillon n’aurait été que de 13 kilomètres (7 milles) à l’heure, ce qui est ordinaire pour les typhons du Sud. »
- Les nouveaux bulletins de l’Observatoire de Zi-Ka-Wei, contiennent d’autres observations très intéressantes, sur le magnétisme terrestre, la lumière zodiacale, des arcs-en-ciel, des bolides et des trombes.
- Une trombe ou tornado, du 7 au 8 juillet 1880, exerça des ravages si singuliers sur les flancs des collines qui bordent la rive droite du Yan-tze-Kiang au sud de Nang-King, qu« nous croyons devoir en reproduire la description.
- « Le météore que les paysans désignent sous le nom de Dragon d'eau (Chouei kiao), avait un diamètre fort respectable et ne pouvait par conséquent être une simple trombe. Le R. P. Heude, missionnaire et naturaliste, arriva dans celte contrée vers la fin du mois fil remarqua avec étonnement tout le long de ces collines de
- très colorée, et malgré cela bien transparente, parsemée de triehites et de belonites, qui souvent s’alignent en dessinant des zones fluidales. Le fer oxydulé y est rare ; l’augite s’y présente en grands cristaux fort nets, assez colorés et légèrement dichroïques avec des inclusions de magnétite, ou bien en granules verdâtres accolés à des microlithes feldspathiques. Ces derniers sont nombreux, très allongés, composés de deux ou trois bandes hémitropes et mal terminées : ils se rapportent au labrador et à l’anorthite.
- « 11 est à remarquer que ces deux espèces feldspathiques ne se montrent pas associées dans les mêmes fragments qui renferment ainsi invariablement des microlithes de l’une* ou de l’autre, sans mélange des deux; à ce caractère vient se joindre ce fait que les fragments à anorphite renferment toujours des granules d’olivinc légèrement altérés et que les grands cristaux d’augite y sont rares, tandis que le péridot fait absolument défaut là où se reconnaît le labrador.
- « Ces fragments indiquent donc deux catégories de roches différentes : des labradorites à augite et des laves basaltiques à anorthite. »
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- 1 I !*
- grandes taches jaunes tranchant fortement sur le fond verdoyant des pentes : ces taches avaient une forme allongée de liant en bas, quelques-unes paraissaient plus larges et à leur sommet se divisaient en deux ou trois branches divergeant dans diverses directions. Il apprit que ces taches avaient été produites par la fureur du dragon : c’étaient de grandes excavations d’où, disait-on, avaient jailli des torrents d’eau qui avaient entraîné dans les vallées les terres, les pierres et les roches. Le R. P. Heude voulut s’assurer par ses yeux de l’exactitude de ces rapports et alla visiter quelques-unes de ces curieuses taches. II trouva, en effet, les collines profondément excavées, la couleur jaune n’était autre que la couleur des terrains sous-jacents ou des roches mises à nu par une force d’une puissance extrême; les terres meubles et les graviers avaient dû être arrachés et enlevés comme avec un fleuret de mine; ces excavations de 3 à 4 mètres de profondeur sur 5 à 6 de largeur se prolongeaient en descendant les pentes, mais en diminuant de profondeur, et tout indiquait qu’elles avaient été ravinées par un torrent furieux qui, en se précipitant dans les vallons, y avait entraîné des amas de boue, de gravier et d’arbrisseaux de toutes sortes. Ces petits torrents locaux et instantanés produits dans chacune des excavations, avaient été si nombreux, que les eaux du lac de Tong-lieou, qui baigne le pied de toutes ces collines, s’étaient dans la nuit, élevées de 3 à 5 pieds au-dessus de leur niveau ordinaire. Dans la vallée de Ying-kia-houé, beaucoup de bœufs et même des hommes furent surpris et noyés dans ces torrents inattendus. Les déchirures du sol sont très nombreuses dans le bassin qui fait face à Nganking (cette ville est sur la rive gauche du fleuve, à 4 kilom. 1/2 environ des collines) et de la résidence des missionnaires. Le R. P. Heude, avec une longue-vue, pouvait aisément les voir dans leur ensemble; il fit un croquis de ces collines en les longeant sur le lac, et son dessin indique la position de cinquante-huit de ces étranges excavations, visibles sur les pentes qui regardent le Nord. »
- LÀ PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- U n’y a pas un an que nous avons publié ici même, une première et courte notice sous ce titre. Nous étions loin de soupçonner alors, le développement que cette idée de faire des expériences de physique, non pas avec des appareils particuliers, mais bien au moyen d’objets de ménage ou de bureau que tout le monde a sous la main, était susceptible d’acquérir. Le nombre de lettres que nous avons reçues au sujet de la Physique sans appareils a certainement dépassé deux cents ; il nous en a été adressé de toutes les parties du monde. Des savants, des ingénieurs, des professeurs et même des. membres de l’Institut, ont bien voulii devenir nos collaborateurs anonymes : grâce à ce concours précieux et obligeant, il nous a été possible de grouper une si grande quantité d’expériences, que nous avons peu à peu envisagé tous les chapitres de la Physique, depuis la pesanteur jusqu’à l’électricité et l’optique. Les notices publiées
- 1 Voy. Table des matières du précédent volume.
- dans La Nature sont devenues le canevas d’un livre : les. Récréations scientifiques, dont la première édition, préparée comme ouvrage de Jour de l’An, a été si rapidement épuisée qu’il n’en restait plus un seul exemplaire chez l’éditeur dès le 10 décembre. Dans ces circonstances, il nous paraît être de notre devoir, d’adresser nos remerciements à nos nombreux lecteurs et à tous ceux qui nous ont aidé. Nous répondons aux marques de sympathie qui nous ont été adressées, en préparant une nouvelle édition des Récréations scientifiques, où nous ne négligerons rien pour améliorer notre œuvre et la rendre plus digne de l’accueil qui lui a été fait. En attendant que ce travail soit terminé, nous complétons aujourd'hui les Notices de Physique sans appareils, en publiant quelques expériences que nous avons récemment recueillies et exécutées.
- Prenez un sou, posez-le à plat contre une planche de bois verticale, telle que le montant extérieur d’une bibliothèque de chêne par exemple, frottez-le fortement de haut en bas en appuyant avec énergie contre le bois. Retirez la main; la pièce de monnaie reste adhérente à la boiserie, et voici pourquoi. Par le frottement et la pression exercée, vous avez chassé la mince couche d’air comprise entre le sou et la paroi plane de bois ; dans ces conditions la pression de l’air atmosphérique extérieur, suffit pour maintenir l’adhérence.
- L’expérience représentée par la figure 2 est intéressante et peut être variée de différentes manières. On découpe une carte à jouer en une spirale que l’ôn allonge, de manière que le centre puisse être posé sur une tige de fer recourbé. Si cette spirale est placée dans un courant d’air chaud ascendant, comme celui qui s’échappe de l’extrémité supérieure d’un verre de lampe allumée, elle se met à tourner assez rapidement. La spirale de papier peut être encore placée avec son support sur un poêle chaud. Voilà une occasion de faire des dissertations sur le plan incliné, sur le mouvement de l’air, sur la transformation de la chaleur en mouvement, etc.
- Les expériences que nous venons de décrire sont très faciles à exécuter, et tout le monde peut les réussir sans aucun exercice préliminaire. 11 n’en est pas de même de celle que représente notre figure 3. Elle consiste à soulever un rond de serviette que l’on fait tourner autour de l’index, auquel on imprime un rapide mouvement de rotation; cette expérience est difficile et exige une main très agile, mais nous l’avons vu réussir d’une façon parfaite. On place l’index verticalement au milièu du rond de serviette qui doit être léger et peu massif; on fait tourner le rond autour du doigt, et cela le plus rapidement possible; grâce à l’action de la force centrifuge et à la résistance de frottement-, on arrive à entraîner le rond tout en soulevant peu à peu sa main en rotation ; il n’est pas impossible d’amener le rond jusqu’au-dessus du goulot d’une bouteille j où on le laisse tomber. Ce petit exercice est un
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- de ceux que l’on fait à la lin d'un repas; en dehors de son coté futile, il peut être l’objet de considérations physiques intéressantes.
- Nous avons publié déjà un assez grand nombre d’expériences sur le centre de gravité, et sur des exemples curieux d’équilibre. En voici une autre qui est très saisissante et très facile à réussir. On prend une clef, à l’extrémité delaquelle on enfonce un clou à crochet. On adapte le crochet de ce clou à une règle de bois, au moyen d’une cordelette bien liée. A la partie inférieure de la règle, on suspend un poids de 50 à 100 grammes. Cela fait, on implante une épingle à grosse tête sur le bord d’une table ; la clef munie de son système peut y
- être posée en équilibre comme l’indique la figure 4. Elle tourne même sur son étroit support sans tomber. Est-il nécessaire de dire que l’explication de ce fait réside dans l’action du poids, qui, par la déviation de la règle rigide, se trouve situé sous la table? Le centre de gravité du système est exactement au-dessous du point de suspension
- 11 y a quelques semaines, je parcourais les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers à Paris, alors qu’elles sont ouvertes au public et que la foule y afflue ; le nombre des visiteurs qui se pressaient dans le cabinet d’optique devant les curieux miroirs concaves et convexes, où les objets se déforment et prennent un aspeet si singulier, était si consi-
- Fig. 1. Pièce de cinq centimes maintenue adhérente à une paroi de bois verticale, sous l'influence de la pression de l’air.
- dérable, que les gardiens devaient faire défiler méthodiquement les curieux. C’étaient des rires de joie de la part des enfants, des cris à n’en plus finir, quand ils apercevaient l’image de leur visage, allongée dans un des miroirs, ou aplatie dans un autre. Voilà me disais-je des observations d’optique bien simples, qui obtiennent un bien grand succès; peu de personnes songent à les faire, et tout le monde a cependant le moyen de les exécuter. Il suffit de se regarder dans une cuiller bien polie, ou mieux dans une cafetière d’argent. La partie bombée forme un excellent miroir convexe, et quand on en approche la main, on voit l’image de celle-ci s’agrandir et se déformer comme dans les beaux appareils du Conservatoire des Arts et Métiers (fig. 5).
- Les phénomènes les plus remarquables, les plus
- Fig. 2. Spirale de carton posée sur une lige de i'er, mise en rotation par le mouvement ascendant d’un courant d’air chaud.
- brillants, ne sont pas toujours ceux qui exigent les appareils les plus compliqués. Quoi de plus joli qu’une bulle de savon, formée bien facilement à l’extrémité d’un fétu de paille (fig. 6).
- « A l’origine, ditnotre ami, M. A. Guillemin, auquel nous emprunterons les excellentes choses qu’il a écrites à ce sujet, quand la sphère liquide n’a encore qu’un faible diamètre, la pellicule qui en limite les contours est incolore et transparente. Peu à peu l’air qu’on insuffle à l’intérieur, pressant également de toutes parts la surface concave, agrandit le diamètre aux dépens de l’épaisseur; c’est alors qu’on voit apparaître, faibles d’abord, puis plus vives, une série de couleurs naissant les unes à la suite des autres, et formant par leur mélange une multitude de teintes irisées, jusqu’au moment où la bulle, diminuant d’épaisseur, n’offre plus une résis-
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- tance suffisante à l’action du gaz qu’elle renferme. Des taches noires se montrent alors au sommet, et
- Fig. 3. Rond de serviette soulevé par un rapide mouvement de rotation. Force centrifuge et résistance de frottement.
- Fig. o. Deformation des images dans une cafetière d’argent. Miroirs concaves et convexes.
- aux yeux de l’artiste amoureux des couleurs, n’est pas moins belle et moins intéressante aux yeux du
- bientôt la bulle crève. Cette expérience si simple, cette récréation enfantine, qui offre tant d’attraits
- Fig. 4. Expérience d’équilibre faite avec une épingle, un clou, une clef, une règle de bois et un poids. Centre de gravité.
- Fig. 6. Bulle de savon formée à l’extrémité d’un fétu de paille. Phénomène des anneaux colorés.
- savant. Newton en a fait l’objet de ses études et de ses méditations, et depuis ce grand homme, les
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- couleurs de la bulle de savon tiennent une place légitime parmi les plus curieux phénomènes de l’optique ; on les étudie en physique sous la dénomination (Vanneaux colores dans les lames minces. »
- Nous n’avons pas cru pouvoir mieux terminer que sur l’exemple des huiles de savon, pour bien taire voir qu il n’est pas d’observations futiles dans l’étude du monde matériel.
- Galilée découvrit les lois du pendule en considérant les balancements d’une lampe dans une église, Newton dévoila le principe de l’attraction universelle en voyant tomber une pomme, et Pascal fut conduit à etudier les lois de l’acoustique en entendant resonner un plat de faïence, que quelqu’un, pendant qu on était à table, avait par mégarde frappé avec un couteau.
- Gaston Tissandier.
- P• S. —Pendant que nous terminions cet article, nous avons reçu quelques communications intéressantes que nous voulons faire connaître à nos lecteurs.
- 31. Gobin, ingénieur des ponts et chaussées, a bien voulu nous rappeler la curieuse expérience d’optique relative au punctum cæcum de l'œil La figure 7 ci-dessous va vous permettre de la réaliser facilement. Fermez votre œil gauche en y posant la main gauche ; prenez de la main droite la présente livraison, et présentez devant votre œil droit ouvert, la figure 7 tenue à l’extrémité du
- ................—~0?06-...................
- 4- (fo
- Fig. 7, destinée à l’expérience du punctum cæcum de l’œil.
- bras. Regardez de l’œil droit la petite croix noire seulement, et rapprochez peu à peu le dessin de votre visage : il arrivera un moment ou votre œil cessera de voir le rond noir. 'Rapprochez encore la figure, et les deux images, croix et rond apparaîtront de nouveau. Il y a dans l’œil un point qui n’est pas sensible à l’action d’un rayon lumineux, c’est le punctum cæcum.
- M. Gobin nous a indiqué d’autres expériences très curieuses. Percez une carte de visite, ou une carte à jouer d’un trou d’épingle; en considérant un objet de très près (2 centimètres environ), caractères d’imprimerie par exemple, à travers ce trou, vous verrez qu’il agit à la façon d’une loupe et que l’objet considéré se trouve amplifié. Nous donnerons prochainement l’explication de ce phénomène.
- Prenez un ballon de verre dans lequel vous ferez bouillir de l’eau ; quand l’eau est en ébullition, fermez le col du ballon à l’aide d’un tampon plat de papier mouillé. Retournez ce ballon sens desst s dessous, dans une.casserole contenant de l’eau, de telle façon que l’ouverture du col s’appuie contre le fond de la casserole, et de telle sorte que le tampon de papier détermine une fermeture hermétique. Le vide se fait dans le ballon, et la pression de l’air maintient la casserole si solidement adhérente, que l’on peut facilement la soulever avec le ballon.
- Notre excellent collaborateur et ami M. H. Blerzy, directeur des postes et télégraphes du Nord, nous a écrit récemment :
- « Vos articles de Physique sans appareils m’ont rap-
- pelé une expérience que vous connaissez peut-être et qui m a beaucoup frappé lorsque j’étais enfant. On met une marmite en fonte pleine d’eau au-dessus du feu. Lorsque 1 eau bout bien fort, on retire la marmite du feu et si l’on met la main au-dessous, au contact de la fonte, on ne sent qu’une chaleur modérée ; mais dès que l’eau cesse de bouillir, la main reçoit l’impression de la brûlure. L expérience est facile à faire; vous ne risquez que de vous noircir les doigts. Quant à l’explication, elle est inutile pour quiconque connaît les éléments de la physique. »
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE*
- LE DÉVELOPPEMENT DES ANNÉL1DES
- Les Annélides sont loin de sortir de l’œuf sous la forme définitive qu’elles doivent revêtir. On peut donner le nom de larves aux jeunes individus au moment de leur éclosion. Ces larves présentent des formes très variées, adaptées aux conditions dans lesquelles elles doivent vivre, et qui ont plus ou moins modifié leur aspect primitif. Quelques-unes, protégées par leur mère durant leur jeunesse, soustraites de la sorte aux actions qui pourraient tendre à les modifier, paraissent devoir se rapprocher davantage du type. Tel est le cas des larves des Autolytes, dont nous avons précédemment décrit le mode de reproduction par scission. La mère enferme ses œufs dans un sac sphérique qu’elle porte constamment avec elle, et c’est dans ce sac (pie les jeunes se développent. Ils ont, au moment (le leur naissance, la forme de petites Planaires et ne portent ni antennes, ni soies locomotrices, ni appendices d’aucune sorte2; mais seulement deux yeux à l’extrémité antérieure du corps. Le jeune animal ne présente aucune trace d’annulation ; quand il atteint une certaine taille, un étranglement se forme en arrière de ses yeux, puis un autre un peu plus loin; la future Annélide possède alors trois segments; le dernier anneau continuant à s’allonger, se segmente de nouveau, et c’est seulement quand sept anneaux se sont ainsi formés que les soies locomotrices font leur apparition, à raison de quatre faisceaux par anneau. Les anrjeaux de la larve correspondent donc bien à ceux de l’adulte ; l’élongation du corps se produit toujours par le même procédé, la segmentation du dernier anneau, jusqu’à l’âge adulte.
- Nous trouvons donc ici les conditions typiques du développement d’une colonie.
- L’Annéîide, au moment de sa •* naissance, est représentée par un anneau isolé; le fait que cet anneau vit d’une vie indépendante montre bien qu’il est l'équivalent d’un animal complet et suffirait à
- 1 Suite. Voy. Table des matières des années précédentes.
- 8 Voir les figures dans la Nature du 30 octobre (n® 587, page 349, fig. 3, n°» 3 à 7).
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- lui seul à prouver que l’Annélide est une colonie. Ce premier anneau devient plus tard la tête de l’Annélide; la tète est donc bien le premier individu formé dans l’œuf. L'Autolyte, au moment de sa naissance, est absolument réduit à sa tète, comme l’indique la théorie. Mais ce fait n’est pas parti' culier à i’Autolyte. Un très grand nombre d’Anné-lides s’éloignent fort peu au moment de leur naissance d’une forme commune à laquelle on donne souvent le nom de Trochosphère. Cette forme est représentée par un ellipsoïde très raccourci, très voisin souvent de la forme sphérique, et qui serait partagé en deux moitiés le plus souvent inégales par une ceinture ordinairement saillante de cils vibra-tiles (fig. o et 4, il0 1, c). Souvent la plus petite moitié porte des taches oculilormes (o), on la considère comme la moitié antérieure ; la plus grande porte la bouche (b), immédiatement au-dessous de la ceinture de cils vibratiles, et contient le rudiment du tube digestif. Tout cet ensemble ne constitue qu’une unité; on n’y voit aucune trace de division : la Trochosphère ne représente qu’un seul et unique anneau; elle devient plus tard la tète de l’Annélide, dont les segments naissent successivement à son extrémité postérieure. Mais ce n’est pas d’emblée qu’elle atteint une forme analogue à celle de l’adulte. Dans un très grand nombre de larves, on ne tarde pas à voir la moitié inférieure du corps s’allonger, et bientôt apparaît une ceinture postérieure de cils (fig. 3, n°2, v') ; un certain nombre de larves n’en possèdent jamais davantage. Quelquefois, comme chez la Serine cirratulus, à ces deux ceintures s’ajoutent des soies de forme spéciale qui sont destinées à disparaître (fig. 3, n" 2, p).
- Mais on voit aussi dans un assez grand nombre de types, comme le montre la larve de YOphriotrocha puerilis, une ceinture de cils vibratiles apparaître sur chaque anneau, à mesure qu’il se forme, et le nombre des ceintures peut devenir alors tout à fait indéterminé. Chez les jeunes larves que Claparède attribue à la Terébelle coquillère, et dont M. Giard fait des Wartelia, les ceintures intermédiaires de cils sont incomplètes et limitées à la surface dorsale (fig. 2, n° 2, c, c', c") ; d’autres fois elles sont limitées à la surface ventrale (fig. 2, n° 3) ; qui est assez souvent extrêmement recouverte de cils. Les larves présentant ces diverses dispositions ont reçu des noms particuliers ; il est évident cependant que ce ne sont là que caractères secondaires et tout à fait transitoires. Il y a pourtant un cas remarquable, c’est celui où il n’existe qu’une seule ceinture ciliée occupant la région moyenne du corps et en avant de laquelle se trouve la bouche (fig. 4, n° 4, me). Il n’y a guère que les larves des Chétoptèrcs et des animaux voisins qui présentent ce caractère. La position de la ceinture en arrière de la bouche, au lieu d'ètre en avant, suffit à montrer que cette ceinture unique ne correspond nullement à la ceinture unique des Trochosphères ; ces larves sont
- d’ailleurs entièrement couvertes de cils vibratiles, comme les larves toujours dépourvues de ceinture des Euniees, des Lmnbriconeris (fig. 3, n° 1); toutes espèces d’une autre famille; leur développement est très rapide; elles appartiennent à des animaux très modifiés; tout porte à croire qu’elles sont elles-mêmes très éloignées du type primitif et que leur ceinture est un appareil sans analogue ailleurs. U en est ainsi d’un grand nombre de larves d’Ànnélides sédendaires. Des appendices particuliers se développent presque toujours de très bonne heure autour de la région antérieure des larves d’Annélides céphalobranches, comme le montrent nettement les larves de Dasychone lucul-lana (fig. 3, n° 3, v, b) ou de Pileolaria militaris (fig. 3, n° 4, m). Chez les Spio, une sorte de collier en triangle entoure la bouche, et la bouche se trouve à l’intérieur du triangle, près de son sommet (fig. 2, n° 3). Tous ces faits ont une importance que nous ne tarderons pas à faire ressortir, lorsque nous comparerons le développement des Mollusques à celui des Annélides.
- Mais, dans le cours de leur évolution, les larves d’Annélides présentent d’autres phénomènes remarquables. Nous avons vu chez les Àutolytes les anneaux se former un à un lentement ; il en est ainsi dans un certain nombre de cas, et souvent, comme chez les Néréides, la jeune Annélide n’a pas plus de cinq ou six anneaux (fig. 4, n° 3), que son genre est déjà parfaitement caractérisé; mais il arrive aussi (pie les choses se passent autrement: la formation des anneaux à la partie postérieure du corps devient de plus en plus rapide ; un certain nombre d’anneaux paraissent se former simultanément. Finalement, comme chez les larves de Chétoptères, une sorte de bandelette ventrale apparaît, qui se segmente presque en même temps sur toute son étendue et forme ainsi d’un seul coup un grand nombre d’anneaux, ouverts par le haut, mais qui grandissent peu à peu et finissent par se clore complètement et constituent ainsi l’animal (fig. 4, n° 4, s). Ce procédé de développement se retrouve chez les animaux articulés, tels que les insectes et les crustacés ; cette bandelette, que l’on désigne sous le nom de bandelette germinative, n’est pas elle-même sans quelque ressemblance avec la bande que forment les segments vertébraux primitifs chez les vertébrés, de sorte qu’on peut voir là un procédé très répandu de développement.
- Chez les animaux dont les segments se forment ainsi, il semble que l’individu complexe se constitue d’abord et que sa division en segments ne soit qu’un phénomène consécutif, et par conséquent accessoire, une sorte de perfectionnement d’un organisme préexistant; d’autant plus que la segmentation n’envahit pas d’abord l’individu tout entier, mais se localise dans le voisinage de la région qu’occupe la chaîne ganglionnaire où la moelle épinière et même dans un tissu particulier de cette région. Mais lorsqu'on vient à rapprocher les plié-
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- nomènes do développement dans toute la série des Annélides, on arrive à ne plus voir dans l’apparition et la segmentation de la bandelette germinative, que le plus haut degré de raccourcissement du phénomène primitif de la production successive de nouveaux anneaux par la bipartition d’un anneau préexistant. Ce mode de formation des segments dans l’intérieur d’un animal non segmenté n’est donc nullement une objection à la constitution coloniale de l’Annélide.
- Nous avons vu cette colonie se constituer pièce à
- Fig. 1. — Annéi.jdks. — I. Forme femelle du genre Autolylus ou tennes. — 2. Forme mâle de la même espèce ou Polybostrichus. pédieux (Grossissement : 4 fois.). — Fig. 2. — Larves d’Annéliue rt’un grand nombre d’anneaux, b, bouche. I, lèvres, i, intestin, a, t, tentacule, o, bouche. I, lèvre inférieure, v, franges vibratiles c, c\ c'", ceintures vibratiles dorsales. — 3. Très jeune Spio. Li demi-ceintures ailées ventrales. (Grossissement : 150 fois).
- tion particulier qui nous occupe. Les Annélides résultant de ce mode de segmentation sont absolument comparables aux autres sous tous les rapports. On ne peut donc voir dans le procédé qui leur donne naissance qu’une modification du procédé initial, modification analogue à celles que nous avons déjà rencontrées dans d’autres types, que l’on doit chercher à expliquer par des recherches comparatives et devant laquelle il serait antiscientifique de s’arrêter comme devant un obstacle insurmontable. La bandelette germinative doit, eu somme, être considérée comme une sorte de stolon interne assez semblable à celui desSalpes et des Pyrosomes, pro-
- pièce, parle procédé même qui d’ordinaire donne naissance à de nouveaux individus nous avons démontré que chacun des segments était réellement un organisme indépendant; nous avons montré que dans la grande majorité des cas, l’œuf ne donnait naissance qu’à un seul de ces organismes qui engendrait tous les autres et devenait lui-même la tête de la colonie; nous savons que la formation des nouveaux individus tend à s’accélérer de plus en plus; cette accélération peut être suivie pas à pas jusqu’au moment où se montre le mode de segmenta-
- Fig 2.
- Sacconéréide portant ses œufs (Sacconereis helgolandica). d, an-a, c, e, f, antennes. Dans les deux ligures : b, tentacules; d, cirres — 1. Larve de Polynoë, Annélide large et allongée, mais pourvue anus, o, yeux, e, v, couronne vibratile. — 2. Très jeune Wartelia. œ, œsophage, e, estomac, i, intestin, r, anus, a, vésicule auditive, res du n“ 2 et de plus : t, tentacules; s, soies locomotrices; c, c(J,
- (luisant à l’intérieur d’un individu préexistant de nouveaux individus qui se substituent à l’individu primitif, comme les quatre ascidies primitives des Pyrosomes se sont substituées à leur progéniteur, tout en utilisant une portion plus ou moins considérable de leur parent.
- Ges phénomènes peuvent déjà se manifester en partie avant que l’embryon ait quitté les enveloppes de l’œuf; chez les Vers de terre et les Sangsues, qui enferment leurs œufs dans une sorte de cocon, le jeune animal, au moment où il quitte ce cocon, a déjà un assez grand nombre d’anneaux et presque toujours sa forme définitive. Chez les Vers annelés,
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- l’accélération dans les phénomènes de développement ne va pas plus loin; mais nous le verrons bientôt dans le groupe si remarquable des Articulés se précipiter encore et produire des phénomènes qui paraîtraient inexplicables si l’on n’avait suivi la série des transformations qui les ont préparés.
- Nous avons vu dans les colonies irrégulières un certain nombre d’individus se grouper, constituer comme de petites sociétés particulières dans la grande
- et s'élever même au rang d’individualités distinctes : telles sont les Méduses et les polypes Corallaires dans les colonies d’IIydraires, les Eudoxies dans les colonies de Siphonophores, les systèmes étoilés dans les colonies de Botrylles. Un phénomène exactement analogue se produit dans les colonies linéaires. Lorsqu’un segment s!est hautement individualisé, a pris une forme et des fonctions qui lui sont propres, il produit le plus souvent à sa partie postérieure
- Fig. 3. Fig. 4.
- Fig. 3. — Larves d’Annélides. — 1. Larve de Lumbriconereis grossie 35 fois, b, organe de tact, [i, intestin, a, anus, o, œil. v, cils vibratiles. — 2. Larve de Ne fine cirratulus grossie 150 fois. Mêmes lettres et en plus : p, soies temporaires. — 3- Larve d’une Anné-lide sédentaire (Dosychone lucullana), grossie 200 fois. Mêmes lettres, et en plus : c, tcte, b, expansion membraneuse de la tête; pli, pharinx. — 4. Larve de Pileoleria militaris, Annélide sédentaire, ni, expansion céphalique, a, cellules nutritives (Grossissement : 175 lois.). — Fig. 4, — Larves d’Annélides. — 1. Larve de Phyllodoce, Anuélide ayant l’aspect général d’une Néréide (grossie 175 fois). 2. Larve à'Ophriotrocha puerilis (grossie 120 fois). — 3. Jeune Néréide n’ayant que six anneaux, très grossie. — 4. Larve d’une sorte de Chétoptère (Telepravus costar uni), grossie 50 fois, o, bouche, a, anus. i, intestin, ph, pharynx, y, yeux, t, V, antennes, h, organes du tact, m, mâchoires, p, tentacules postérieurs, me, ceinture vibratile. s, soies locomotrices.
- de nouveaux anneaux plus ou moins semblables à lui, qui viennent s’intercaler en avant des autres anneaux du corps ; il se comporte ainsi comme le chef d’une nouvelle colonie qui possède dans la colonie son individualité propre et que l’on peut comparer aux individus nouveaux qui se forment successivement chez une Nais ou une Myrianide, par exemple. Supposons que ces individus, au lieu de se séparer, demeurent toujours unis, supposons en outre qu’ils soient dissemblables, comme on le voit
- réellement chez les Héteronéréides. Nous aurons une Annélide dont le corps sera composé de ré gions bien distinctes. C’est précisément ce qui arrive chez un certain nombre d’Annélides sédentaires. Chez les Térebelles, par exemple, la région thoracique se développe de cette façon et ne se constitue que lorsque l’animal possède déjà trente à quarante anneaux. 11 en est de même chez les Salmacina et chez plusieurs autres espèces ; on est loin d’avoir encore signalé ce phénomène partout
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- où il se produit. On peut donc considérer certaines Annélides comme résultant de la soudure de plusieurs colonies linéaires différentes les unes des autres, et la ressemblance avec les colonies irrégulières se complète ainsi autant que possible.
- Nous verrons prochainement ces divers phénomènes s’accuser encore bien davantage dans une autre catégorie de colonies linéaires, celles qui constituent les animaux articulés, c’est-à-dire les insectes, les Myriapodes ou Mille-pieds, les Arachnides et les Crustacés.
- Edmond Remuer,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Photographie à la lueur d’un éclair. —
- M. Crowe, de Liverpool, rend compte au British Journal of Pholography des essais de photographie de paysage qu’il a faits à la lumière des éclairs. Une plaque de gélaline demandant au jour une exposition de deux secondes, a été exposée de 10 h. 15 du soir à 10 h. 45; pendant ce temps on vit se produire 120 éclairs brillants, et 60 environ d’un éclat moindre. La plupart suivaient une direction horizontale, et 5 ou 6 furent reproduits sur le négatif. Un coup de foudre vertical qui frappa la tour d’une église à 4800 mètres était reproduit avec une netteté et un éclat extraordinaires. Les objets environnants n’étaient que faiblement visibles, malgré la longue durée de l’exposition. M. Crowe croit que malgré le caractère d’activité de la lumière de l’éclair, elle n’offre pas un volume suffisant pour éclairer un éditice ou un paysage et permettre d'en saisir l’image photographique. La difficulté vient plus probablement du défaut de sensibilité des plaques, car Wheatstone a trouvé que la durée de l’éclair était inférieure à un millionième de seconde. Nous ne connaissons pas d’exemple de photographie prise, même avec le plus beau soleil, après une durée d’exposition aussi courte.
- La neige a fait son apparition à Paris avec une grande intensité au commencement de cette semaine. Dimanche dernier, 16 janvier, des flocons épais n’ont cessé de tomber depuis midi jusqu’à 5 heures du soir. Une nouvelle chute de neige a eu lieu très abondamment au milieu de rafales de vent, pendant presque toute la durée de la nuit du lundi 17 au 18.
- — Samedi 25 décembre, à 4 h. 45 m. de l’après-midi, heure de Braïla (3 h. 1 m. heure de Paris), un fort tremblement de terre s’est fait sentir à Brada en Roumanie et à Bucharest.
- — L’Académie des Sciences de Rome vient de décerner le grand prix du roi Humbert, à M. Tempel, directeur de l’Observatoire de Florence, pour ses travaux relatifs aux nébuleuses.
- — Nous apprenons avec grand regret la mort d’un entomologiste français très distingué, Achille Guenée, de Châteaudun.
- M. Wurlz, membre de l’Institut, doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Paris, vient d’être nommé grand-officier de l’ordre national de la Légion d’honneur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 janvier 1881. — Présidence de M. Wimrz.
- Digestion pancréatique. — Les expériences de M. Ré-, champ lui ont démontré que le tissu pancréatique exerce sur les substances albuminoïdes une digestion comparable non pas à celle que déterminent les ferments solubles comme la pepsine et le diastase, mais à celle qui résulte de l’action des ferments figurés. Ses produits, en effet, consistent surtout en leucine et autres composés cristallisés analogues.
- Encore Vozone. — La production de l’acide perazoli-que dont nous parlions l’autre jour, comme résultant d’un mélange d’oxygène et d’azote soumis à l’effluve électrique, n’a lieu que si la température est basse, inférieure à 60°. C’est ce qui résulte d’un nouveau travail de MM. Haute-feuille et Chappuis. À 80 ou 100°, il n’y a plus trace d’acide perazotique dégagé, mais à sa place l’hypoazotide prend naissance. D’ailleurs ces résultats supposent que l’expérience est faite en l’absence de toute humidité. S’il y a de l’eau, quelle que soit la température, on obtient un mélange d’ozone et d’acide azotique. Ce dernier représente, en effet, le produit de l’action de l’eau sur l’acide hypoazotique aussi bien que sur l’acide perazotique.
- Dérivés de la tourbe. — Une petite boite placée sur le bureau renferme en une collection de flacons les nombreux produits que M. de Molon est parvenu à retirer de certaines tourbes dont il adresse en même temps des échantillons. Ces tourbes sont caractérisées par la nature du sol qui les porte et qui consiste en granits et en schistes cambriens ; elles sont constituées par des sphaignes et tout spécialement par le Sphagnum aculifolium. C’est en Bretagne qu’on les a observées. Leur croissance est actuelle, si bien qu’elles se renouvellent au fur et à mesure de leur exploitation.
- Traitée par des réactifs convenables, la tourbe dont il s’agit, donne de la benzine, de la paraffine, des huiles grasses, des phénols, des matières résineuses, du sulfate d’ammoniaque, de l’acide acétique cristallisable et surtout 17 a 18 pour 100 d’une substance cireuse, analogue aux résines et qui fournit par la distillation une quantité de paraffine assez grande pour donner lieu à une exploitation industriellement productive. L’auteur fait remarquer en outre que la tourbe bretonne constitue un combustible de première qualité et qu’appliqué à la fabrication du gaz de l’éclairage, il fournit des résultats très supérieurs à ceux que procure la houille et avec 35 °/o d’économie. Comme le fait remarquer M. Dumas, il y a lieu d’espérer que les autres tourbes existant sur les roches anciennes seront propres à la même exploitation.
- Savorgnan de Brazza et Stanley. — C’est avec le plus vif intérêt qu’on entend M. de Lesseps donner lecture d’un télégramme annonçant le succès de la nouvelle expédition de Brazza. Le voyageur français a quitté le Gabon non plus en remontant l’Ogooué, mais par terre et après avoir conclu un traité de paix avec les Nègres dont il traversait le territoire, il est arrivé sur les rives du Congo en un point où il a fondé une station hospitalière et scientifique. Descendant alors le grand fleuve occidental, il a traversé ensuite le territoire occupé par Stanley et il a reçu du célèbre explorateur américain l’accueil le plus sympathique et le plus cordial, dans la station de Vivik qu’il a fondée. Notre compatriote a continué son
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- 'oyage jusqu’à l'embouchure du Zaïre, d’où sont datés les télégrammes parvenus en Europe.
- Soufre contemporain. — Les travaux de terrassement exécutés tout récemment à Paris sur la place de la République, ont mis à jour des amas de plairas représentant les décharges dont on a comblé il y a plusieurs siècles les fosses de la ville. Sous l'influence d’abondantes matières organiques auxquelles il était mélangé, le sulfate de chaux a subi une réduction si complète, qu’on retrouve maintenant une partie de soufre à l’état de liberté complète, sous tbrme de cristaux mesurables absolument semblables à ceux de la nature. Cette intéressante production de soufre com-lemporain, identique à celle que Jlaüy signalait au siècle dernier dans des conditions identiques, a été soumise par M. Danbréeà une étude complète.
- Varia. — M. Mathieu adresse une théorie nouvelle de Iliaques vibrantes ; —M. MandI, des observations sur l’influence des vapeurs résineuses sur la marche et la terminaison des affections brancho-pnlmonaires; — M. Mer-cadier un travail relatif à des signaux intermittents obtenus à l’aide de la lumière électrique ; — M. lligourdan l’observation de la comète F de 1880; — une dame, dont le secrétaire cache le nom, un remède qui .guérit seulement le choléra, l’épilepsie, les écrouelles, et des maladies qu’il n’v a pas utilité à nommer ici; — M. Müntz, une suite ii ses expériences sur l’ensilage des grains ; — un physicien, dont le nom nous échappe, sur des erreurs de calcul qui seraient échappées h Régnault lors de l’étude sur la chaleur spécifique de l’eau ; — divers auteurs, et parmi eux M. Marès, des notes sur le phylloxéra; — M. Thollon, la détermination de l’angle le plus avantageux au point de vue spectroscopique à donner à un prisme dont la réfringence est connue.
- Stanislas Meunier.
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- MÉTÉOROLOGIE
- J>E NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1880
- Mous devons appeler l’attention sur une modification apportée dans nos cartes mensuelles et destinée à résumer d’une manière plus saisissante pour les yeux, les mouvements de l’atmosphère. Nous avons publié dans les précédents volumes chacune des 1461 cartes qui résultent de la discussion journalière des données météorologiques, à la surface de l’Europe,depuis quatre ans. Les types les plus divers se sont présentés : leur interprétation nous a conduit à nous occuper plus spécialement des dépressions barométriques ou des cyclones qui circulent autour des aires à forte pression barométrique ou anticyclones. Pour se faire une idée nette des changements atmosphériques, il faut donc surtout analyser les cyclones, leur force vive, leurs trajectoires et la vitesse de translation sur cette trajectoire.
- Afin de représenter cette étude, nous avons tracé aussi exactement que possible, les trajectoires des principales bourrasques et nous les avons numérotées en chiffres romains. 8ur ces trajectoires les positions successives du centre de chaque dépression ont été marquées chaque jour : on a même dans des cas importants indiqué la position plusieurs fois par jour, savoir : le matin (m), à 2 heures de l’après-midi et le soir (s). Enfin pour indiquer l’intensité de la dépression, nous avons eu recours à des signes particuliers qui permettent de suivre les variations
- successives de celle intensité aux diverses étapes du cyclone. Nous avons construit ainsi les planches ci-contre.
- L'examen des cartes et des figures ci-joinles conduit aux remarques suivantes :
- Novembre 1880. — Les bourrasques qui sévissaient à la fin d’octobre sur les côtes de la Manche et de la Baltique, se transportent au commencement de novembre dans les pa rages delà Finlande. Dans l’ouest de l’Europe, le baromètre se rélève, la température s’abaisse; les vents qui soufflent d’entre Nord et Est, prennent de la force sous l’influence de la dépression (n°I), la première dont Faction directe se fait sentir sur la France. Venue des parages de la Corogne, cette bourrasque sévit du 2 au 4 novembre sur les côtes de la Gascogne, de la Méditerranée, et amène le 5 et le 4 des vents violents, des pluies torrentielles dans le Sud-Ouest de la France, dans le Midi et dans toute la vallée du Rhône.
- Dans le nord de l’Europe, quatre centres de tempête marchant de l’Ouest à l’Est et non figurés sur la carte apparaissent successivement le 3, le 5, le 6, le 8 et amènent des gros temps à la latitude de la Laponie et de l'Ecosse, tandis que la bourrasque (n° II) pas*e le 8 et le 9 dans les parages de l’Algérie et produit des orages sur toute la Méditerranée (fig. 1).
- Le 10, un changement complet a lieu sur l’Europe occidentale. Une dépression (n° III) venue du Nord-Ouest, a son centre en Danemark. Les vents rallient le Sud-Ouest, sur nos côtes ; ils soufflent bientôt avec violence sous l’influence de Irois dépressions portant sur la carte les n°‘ IV, V et VI.
- La tempête (n° IV) a son centre le 15 au matin à l’ouest de Valentia; elle traverse toute l’Europe en trois jours, et se trouve le 18 en Laponie; elle offre sur son parcours de Dublin à Christiania une intensité exceptionnelle.
- La dépression (n° V), détachée de la précédente, a son centre le 17 dans le Cotentin, puis remonte vers le Nord.
- Enfin la dépression (n° VI), traverse la Manche dans la nuit du 18 au 19, et sévit avec une énergie extrême sur tout notre littoral de Dunkerque à Biarritz, où de nombreux sinistres sont constatés. Dans tout l’intérieur de la France, les vents sont violents du S. 0. pendant celte nuit et les pluies intenses. A Sainte-Ilonorine-du-Fay (Calvados), le baromètre descend avec une extrême rapidité; il marque à 7 heures du soir, 725mm,9 ; à 10 heures, 726m"“,l, et remonte le vendredi 19 novembre vers 743 millimètres. A Bruxelles le baromètre descend jusqu’à 728 millimètres à 5 heures du matin, le 19, et une explosion de grisou causée rar cette baisse subite a lieu vers 4 heures dans le Hainaut.
- Une dernière dépression (n° VII) apparaît le 19 à l’ouest de la Vendée; elle diminue rapidement d’intensité le 20, sur le centre de la France, et se comble vers les Uays-Bas.
- Le baromètre remonte ensuite sur l’Europe occidentale, le ciel devient beau dans la journée du 20, la température s’abaisse au Plateau central et, le 21, pour la première fois de l’année, le thermomètre à Paris (Saint-Maur) reste constamment au-dessous de zéro. Il al teint le 21 et le 23 jusqu’à 3 et 4 degrés de froid, sous Faction d’une dépression méditerranéenne, dont le centre est le 21 près des Baléares. Celle-ci se propage ensuite vers l’est de la France, le 22 elle amène des neiges intenses sur nos frontières de l’Est, ainsi qu'à Lyon et à Clermont, puis se dirige x7ers le Danemark et le sud de lt Norvège.
- Le 24, une zone très étendue à pression barométrique élevée occupe tout le versant méditerranéen, où elle persiste jusqu’au 28. Pendant ce temps, le baromètre est
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- LA NATURE.
- très bas en Angleterre et cinq dépressions passent encore au nord-ouest de cette contrée du 22 au 28. L’une d’elles est de second ordre le 26, et porte sur la carte le n° VIII. Ces dernières bourrasques quoique plus éloignées de nous étendent encore leur action jusque sur nos régions et amènent en France une nouvelle période de vents forts du sud-ouest avec pluies intenses et températures élevées.
- A partir du dimanche 28, les hautes pressions de la Méditerranée remontent vers l’Europe centrale, puis vers la France, où elle se fixent et où le baromètre atteint 777 millimètres à Paris le 29, et 779 millimètres à Lyon le 30. Les pluies cessent et sont remplacées par des brouillards assez épais, la température s’abaisse de nouveau et une zone de froid s’installe encore sur le centre de la France.
- En résumé, de nombreuses tempêtes, quelques-unes très
- violentes, ont sévi sur les côtes de France du 15 au 27 novembre. Le baromètre s’est abaissé beaucoup le 17, le 18 et le 19, est resté très haut du 1er au 13 et du 21 au 30 : il s’est maintenu au-dessus de 776 millimètres les trois derniers jours du mois. Le temps a été froid ; deux périodes de chaleur se sont présentées du 11 au 16 et du 25 au 27. Les vents dominants ont soufflé du Nord les dix premiers jours et du Sud le reste du mois.
- DÉctMBRE 1880. — Pendant la période du l"r au 15 décembre, les tempêtes (n0i I, II, III, IV) ont passé loin de nous dans le nord et l’est de l’Europe (fig. 2). Elles ont amené des gros temps en Écosse, en Allemagne et en Danemark. Le caractère dominant pour nos régions a été la présence d’une zone à fortes pressions barométriques qui occupait d’abord la moitié sud de
- Fig. 1. Trajectoire des principaux minima barométriques de novembre 1880.
- Fig 2. Trajectoire des principaux minima barométriques de décembre 1880.
- l’Europe, et s’est propagée ensuite vers l’Ouest, où le baromètre a atteint 779 millimètres, le 12. Par suite de cet état général, les vents ont été faibles et variables, les brouillards fréquents dans le Nord, parfois très
- épais, surtout le 8, et la pluie presque nulle. En France, malgré ces fortes pressions, la température s’est presque constamment maintenue supérieure à la normale, l’écart entre le minimun de la nuit et le maximum du jour étant du reste peu accentué; les fleuves ont baissé et la Seine marquait seulement 1 mètre le 15 au pont d’Austerlitz.
- A partir du 15, des dépressions importantes (n°8 V, VI, VU, VII, IX) passent snr les Iles Britanniques, le baromètre baisse dans cette région, et descend le 19 jusqu’à 726 millimètres en Ecosse. En même temps, plusieurs bourrasques secondaires qu’on n’a pu figurer sur la carte traversent la Manche et produisent des vents de Sud-Ouest violents, accompagnés de pluies très fortes. La Seine monte rapidement, elle atteint le 31 la cote de 4m,20 au pont d’Austerlitz. Les autres cours d’eau des versants de la Manche et de la mer du Nord débordent, et des inon*
- LEGENDE
- Les lignestraceés sur la carte indiquent les trajectoires des dépressions barométriques Ces trajectoires ont été distinguées parde*N”d'ordre en chiffres romains «avoirl.n.ID «c.
- L'intensité de la dépression est indiquée par les signes suivants
- Signes Ordre delà dépression Hauteur du baromètre au centre de la dépréssion Signes Ordre de la dépression Hauteur du baromètre au certrede la dépression
- £ O Sixième Cinquième Quatrième Au-dessus de 760"Vm 750 7W) • A Troisième 0 euxième Premier Au-dessus de730TVm ... 720 710
- dations désastreuses ont lieu dans le Cotentin, dans toutes nos provinces du Nord et les Pays-Bas.
- En France, sous l’action des courants de Sud-Ouest, la température continue à être supérieure à la normale elle descend à 0°, seulement dans la nuit du 21 et du 25 décembre. Le 24, sous l’influence de la dépression n° VII, des orages nombreux éclatent sur les côtes de Bretagne et de Gascogne : la foudre tombe vers 11 heures sur le Puy-de-Dôme, où elle brûle le paratonnerre du télégraphe, une grêle forte accompagnée d’éclairs et de tonnerre est signalée à Lyon vers midi et demi.
- En résumé, ce mois de décembre a été pluvieux, tempétueux pendant la seconde quinzaine et très chaud tout le temps. Il a donc présenté un caractère entièrement opposé à celui du mois correspondant de l’année dernière.
- E. Filon.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdier.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 400. — 29 JANVIER 1881.
- LA NATURE.
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- ÉCLAIRAGE AU GAZ UES VOITURES DE CHEMINS DE FER
- SYSTÈME W . S U G G
- été, jusqu’à ces dernières années, que fort imparfaitement réalisé. La solution du problème est
- L’éclairage des voitures de chemins de fer présente des difficultés nombreuses, aussi n'a-t-il
- Fig. 1. Élévation, coupe et vue par bout d’un wagon de voyageurs éclairé au gaz par le système Sugg.
- cependant fort importante, au point de vue des voyageurs et aussi des compagnies.
- Avec une bonne suspension des voitures et un bon éclairage, il devient très facile d’employer son temps à de nombreux travaux ou occupations qui, tout en atténuant l’ennui de la route, rendent les voyages moins fastidieux et par suite plus fréquents, pour le plus grand bénéfice des compagnies de chemins de fer.
- Un éclairage confortable et relativement cher peut donc, tout compte fait, se traduire par un bénéfice pour les compagnies, tout en rendant le service et la surveillance du train plus faciles.
- L’éclairage à l’huile, presque exclusivement employé en France, devient chaque jour plus insuffisant. En Angleterre et en Allemagne on emploie à présent, sur une assez grande échelle, l’éclairage au gaz, qui présente à peu près, dans les conditions où on l’utilise, toutes les qualités exigées par cette application spéciale.
- Nous allons décrire le système imaginé par M. William Sugg, un ingénieur anglais auquel nous 9" année. — 1er semestre.
- devons plusieurs inventions remarquables et de nombreux perfectionnements ingénieux dans l’industrie du gaz.
- Dans le système de M. Sugg, le gaz n’est pas distribué par une canalisation générale; chaque wagon emporte avec lui 3a provision et conserve son individualité au point de vue de l’éclairage, ce qui permet d’opérer sans inconvénients le sectionnement des trains, les remaniements, etc.
- Chaque wagon chargé aux stations terminus e mporte donc avec lui sa provision de gaz d’éclairage comprimé à quatre ou cinq atmosphères et renfermé dans deux réservoirs en tôle de fer étamée AA (fig. 1 ) placés sur le toit du wagon.
- Ces réservoirs ont 6 mètres de longueur, 50 centimètres de diamètre et renferment 425 litres de gaz comprimé à 5 ou 6 atmosphères de pression. On n’emmagasine pas dans ce réservoir du gaz d’éclairage ordinaire, mais du gaz enrichi. A cet effet, le gaz venant de l’usine traverse un appareil qui le carbure en lui incorporant des hydrocarbures produits par des huiles de pétrole. Le gaz ordinaire fournit dans un bec Argand une lumière de 14 à
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- Fig. 2. Coupe longitudinale et coupe horizontale du régulateur de pression de M. W. Sugg.
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- LA NATURE.
- 16 bougies en brillant 140 litres à l’heure; le gaz enrichi produit à volume égal et sous la même pression une lumière de 40 bougies1.
- C’est ce gaz enrichi que l’on comprime à l’aide de pompes et qu’on emmagasine dans les réservoirs placés sur chaque voiture. Pour cela, une soupape de chargement B est établie à l’une des extrémités de la voiture (lig. 1), reliée par un tuyau flexible au système de compression.
- Le gaz sort par une soupape C fixée à l’autre extrémité et reliée par un tuyau à un régulateur de pression 1) qui est la partie essentielle du système. Il est nécessaire en effet, pour que le gaz produise beaucoup de lumière, qu’il brûle sous une pression constante et très faible.
- La pression des réservoirs, qui, au commencement de la charge, est de cinq atmosphères, tombe graduellement à mesure qu’ils se vident. Le régulateur D représenté séparément et en coupe figure 2, a pour effet de maintenir très exactement une pression régulière, constante et très faible, quelle que soit la pression dans le réservoir, et a été étudié pour ne pas se déranger malgré les trépidations, les mouvements et les chocs auxquels chaque wagon est sans cesse exposé.
- Ce régulateur se compose d’un gazomètre en cuir, de forme cylindrique, recouvert d’un disque métallique au sommet duquel est attachée une lige creuse R (fig. i).
- Cette tige prend un mouvement vertical de haut en bas et de bas en haut suivant que le soufflet se gonfle ou se dégonfle. Dans ses mouvements, la tige R entraîne un levier L fixé à une vis S portant une soupape cylindrique CV dont l’extrémité est en forme de cône et qu’un ressort tend à éloigner de son siège.
- Les mouvements du levier L ont pour effet d’approcher ou d’éloigner la soupape de ce siège, et par suite de diminuer ou d’augmenter la section de passage du gaz sous pression arrivant des réservoirs par l’ajustage U. Le gaz sous pression arrivant en U remplit le soufflet, le gonfle, soulève le disque et par suite entraîne la tige R, le levier L, qui agit aussitôt sur la soupape et ferme l’orifice d’admission dès que le soufflet est plein. La pression dans le soufflet ne dépasse donc pas celle qui correspond au poids du disque G. Lorsque la consommation du gaz qui s’échappe par O fait descendre le soufflet, le levier S ouvre l’orifice d’admission et il s’établit une position d’équilibre ou de régime telle, qu’à chaque instant la quantité de gaz qui s’écoule par U dans le régulateur, soit égale à la quantité dépensée par les lampes.
- Le disque est guidé par la tige fixe P et la tige creuse R. Les soupapes disposées en G, de chaque côté de la tige P, sont combinées de telle sorte que
- 1 L'unité photométrique anglaise est la bougie ou candie standard, brûlant 120 grains de spcrmaceti à l’bcurc. 11 faut 9,6 bougies pour faire un bec Carcel, soit 10 bougies en nombre rond.
- si le régulateur ne fonctionnait pas bien en U, la pression ne puisse pas s’élever au point de crever le soufflet ou de faire brûler les lampes sous une pression trop élevée.
- Dès que la pression tend à dépasser une certaine valeur et que le soufflet est entièrement gonflé, les soupapes G s’ouvrent et laissent échapper le gaz dans l’atmosphère; ce dispositif a pour effet de donner au régulateur une sécurité absolue.
- M. Sugg a étudié les lampes pour que la flamme soit très brillante et ne puisse être affectée par la vitesse ou les trépidations du train.
- Un petit dispositif adapté au régulateur fournit d’une façon permanente le gaz nécessaire à l’entretien d’un bec de veilleuse lorsqu’on éteint la lampe.
- Lorsqu’on veut rallumer, il suffit d’ouvrir un robinet E (fig. 2) en agissant sur les tiges F, d'un côté ou de l’autre de la voiture : tous les becs se trouvent allumés d’un seul coup.
- Le système de M. William Sugg, dont nous n’avons indiqué que les dispositions principales, forme un ensemble très complet ; toutes les dispositions de détail ont été étudiées avec soin, et le fonctionnement pratique ne laisse rien à désirer. Aussi sommes-nous d’avis, avec la Revue industrielle, que l’adoption de l’éclairage au gaz des voitures de voyageurs serait un grand progrès, principalement pour les trains de banlieue; nous espérons que le système recevra bientôt de nombreuses applications.
- UN N0RDENSKI0LD
- EXPLORATEUR DE I.’aFRIQUE ÉQUATORIALE
- Dans mes recherches relatives à la topographie médicale du Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique *, j’ai constaté la présence de deux savants suédois parmi les premiers colons anglais qui, sous la direction de Clarkson, fondèrent Sierra Leone. L’un de ces savants était Adam Afzelius, professeur de botanique à l’Université d’Upsal, l’autre était un minéralogiste du nom d’August Nordens-kiold, chef des mines de la Finlande.
- Au mois d’août 1792, A. Nordenskiold remonta la rivière de Sierra Leone, jusqu’à l’ile de Robanna, s’embarqua ensuite sur un sloop commandé par un marchand d’esclaves, et remonta la rivière de Scarcies. Débarqué à 12 milles de Porto-Lago, il voulut s’y rendre par terre et fut dépouillé en route de tout ce qu’il possédait. Arrivé à Porto-Logo, à 80 milles au-dessus de Sierra Leone, il tomba malade et se fit ramener dans un canot à la colonie. Il expira sans avoir pu rendre compte de son voyage dans ces contrées alors complètement inconnues (Leyden and Murray, d’après Wakkenaer).
- La similitude de nom, de nationalité et de profession de cet explorateur, et de l’illustre voyageur qui a découvert le passage de l’Est, au nord de l’Asie, attira mon attention. Grâce aux renseignements qu’a bien voulu me procurer M. G. F. Almquist, directeur général de l’administration des prisons du royaume de Suède, il n’y a pas seulement similitude de nom, mais parenté étroite, entre
- 1 Archives de médecine navale, 1880-1881j
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- LA iNATIJHK.
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- l’explorateur de l’Afrique occidentale et l’auteur de la découverte du passage des mers polaires. Le glorieux succès d’un prtiï-neveti ne doit pas faire oublier les titres de son ancêtre, mais servir à rappeler les droits de ce dernier à être inscrit sur la liste des illustres voyageurs.
- l)r À. Bornes.
- UN CANOT LACUSTRE
- DÉCOUVERT DANS LE LAC DE BIEN NE
- Dans le courant du mois d’avril 1880, des vignerons occupés au bord du lac, non loin de la station de l’âge de la pierre de Yingrave, à retourner le terrain d'alluvion pour le mettre en culture, rencontrèrent à une profondeur de 80 centimètres environ, un fragment de tronc d’arbre paraissant creusé à l’intérieur. Ils me firent part de leur découverte, et je constatai qu’il s’agissait d’une pirogue remontant apparemment à l’époque des habitations lacustres.
- Je pris aussitôt toutes les mesures nécessaires, pour en assurer la conservation, et j’en fis opérer le dégagement avec tous les soins possibles. Grâce à l’habileté et aux précautions prises par M. l’ingénieur Schnider, le canot parfaitement intact fut exhumé de la vase et placé dans une grande barque pour être conduit au musée de Neu-veville. Il est en bois de chêne, et de forme un peu différente des canots du même genre trouvés jusqu’ici. L’ar-
- Eanot lacustre découvert dans le lac de Bienne.
- rière, au lieu d’être arrondi, est de forme carrée, comme celui de nos bateaux modernes, et l’avant est orné d’un prolongement qui a assez la forme d’un éperon (voy. fig.). Il mesure 9m,55 de longueur. 8a largeur varie entre 73 et 91) centimètres. 11 a 31 centimètres de profondeur et sa hauteur totale, y compris le fond, est de 46 centimètres. Sur le rebord des (leux parois latérales se trouvent ménagées, de distance en distance, de petites encoches arrondies, qui semblent avoir servi à loger les rames. Près de l’arrière, on remarque sur l’une des parois latérales, une brèche de lm,50 de longueur sur 24 centimètres de hauteur. Cette lacune, à en juger par sa forme régulière, et par les bords coupés net, est ancienne et était apparemment comblée à l’origine par une planchette disposée de manière à empêcher l’entrée de l'eau dans le bateau.
- Afin de conserver au canot sa forme primitive et d’empêcher le travail du bois, qui n’aurait pas manqué de se produire par une dessiccation trop rapide, on a eu soin, quelques jours après sa sortie de l’eau, de l’imbiber sur toutes ses faces d’huile de lin dégraissée bouillante, à laquelle plus tard, on ajouta de la colophane. Cette opération répétée à plusieurs reprises pendant six mois environ, a parfaitement réussi et peut être recommandée aux archéologues qui se trouveraient dans le cas de conserver des objets de bois trop volumineux pour être placés dans de la glycérine.
- Dr Y. Gross.
- Neuvevillc (Suisse), janvier 1881.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de physique. — Séance du 7 janvier 1881. — Présidence de M. Cornu. —M. Ber-tin présente au nom de M. Duboscq un appareil de projection destiné à montrer et à mesurer les phénomènes de polarisation chromatique. Une partie du faisceau lumineux qui doit tomber sur le polariseur traverse une division gravée sur verre, est déviée perpendiculairement à sa direction primitive par un prisme à réflexion totale et à l’aide d’une lentille convergente et d’un miroir convenablement incliné, va former sur l’écran une image nette de la division ; au polariseur est fixé un index qui se projette sur cette image et permet de mesurer la rotation du polariseur. La lame cristalline peut être fixée au polariseur ou en être indépendante. — M. Berlin présente un autre appareil de M. Duboscq où l’on peut à l’aide du déplacement de deux lentilles faire varier à volonté la grandeur d’une image projetée sur un écran fixe. — M. Niaudel présente un appareil de M. Ader destiné à montrer l’action des courants télégraphiques ; c'est une sorte d’électrodynamomètre ; le courant traverse deux bobines fixes et une bobine mobile placée entre les deux premières; cette bobine mobile est fixée à l’extrémité d’une aiguille aimantée dont la force directrice fait équilibre à l’attraction des bobines. L’axe de rotation de celte aiguille est formé de deux parties métalliques communiquant chacune avec une des extrémités du fil de la bobine mobile, et séparées par une pièce isolante en ivoire. La déviation est [dus grande pour les sons aigus que pour les sons graves, très nette avec le son o ou le son ou, faible avec IV.
- Société géologique <lc France. — Séance du
- 10 janvier 1881. — Présidence de M. Fischer. -M. Stuart Menteath présente une Carte géologique au 1/220 000 des Pyrénées occidentales, depuis le pic d’Orhy jusqu’à Orio et Saint-Jean-de-Luz, exécutée entièrement d’après des observations personnelles sur le terrain, aidées par des déterminations de fossiles dont il est redevable à MM. Etheridge, Fischer, Hébert, Muriier-Chalmas et Renault. — M. A. Gaudry présente l’ouvrage de M. Renault intitulé Cours de Botanique fossile, et il communique un résumé de cet ouvrage par M. de Saporta. M. Gaudry transmet à la Société des renseignements que M. Lemoine vient de lui communiquer sur de nouvelles découvertes de mammifères fossiles dans l’éocène inférieur de Cernay près de Reims. Il signale particulièrement une tête entière d’Arr-tocyon Uucilii, de nombreuses pièces d’un genre que M. Lemoine a déjà indiqué sous le nom de Pleurospulo-therium et qui lui paraît établir un lien entre les pachydermes et les lémuriens. La rencontre la plus curieuse, si la nouvelle s’en confirme, serait celle du genre Plagiaulaxt connu seulement jusqu’à ce jour dans l’étage de Purbeck,
- 11 faut citer aussi un crâne de Gastornis Edwardsii deux fois plus volumineux que celui de l’autruche, dont la mâchoire supérieure est remarquable par une série de pseudo-alvéoles qui rappellent des alvéoles atrophiées de reptiles: « C’est là, dit M. Lemoine, une forme transitoire entre le bec à dents des oiseaux de la craie et le bec de nos oiseaux actuels. Le Gastornis ne devait pas avoir de véritables dents, mais des épaississements tout spéciaux de la corne du bec. » — Le Secrétaire donne lecture d’une note de M. O. Reilly sur les corrélations des lignes de failles avec les directions des côtes et des fleuves. — M. de la Harpe envoie quelques observations au sujet de la communication récente de M. Munier-Chalmas sur les Nummulites.
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- LA NATURE.
- L’OBSERVATOIRE UE PARIS
- LE NOUVEAU MUSÉE ASTRONOMIQUE ET LES AGRANDISSEMENTS DE 1,’OBSERVATOIRE
- 11 y a deux ans environ, M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire de Paris, résolut de réunir et d’exposer des instruments, disséminés çà et là, de joindre à cette collection les portraits des grands astronomes, de grouper méthodiquement tous les documents relatifs à l’histoire de l’astronomie , qui pourraient être offerts par des donateurs, et de jeter ainsi les premières bases d’un musée spécial d’un puissant intérêt. Ce projet, qui a reçu l’approbation du Ministre de l’Instruction publique1, est en voie d’exécution.
- L’une des salles du premier étage de l’Observatoire de Paris est complètement installéeaujourd’hui.
- M. le contre-amiral Mouchez a bien voulu nous en faire les honneurs avec une bonne grâce dont nous sommes heureux de le remercier, et nous donner sur la nouvelle collection les explications les plus détaillées, qui nous permettent, d’en publier la description.
- La première salle du musée astronomique est ornée avec beaucoup d’art : elle est de forme circulaire et très bien éclairée par plusieurs fenêtres. Au plafond on exécutera probablement une peinture allégorique représentant le passage de Vénus sur le Soleil ; neuf tableaux ornent la salle, ils représentent Louis XIV, le fondateur de l’Observatoire de Paris et les huit directeurs qui se sont succédé jusqu’à ce jour: Cassini Ier, Lalande, Delambre, Laplace, Bouvard, Arago, Delaunay, Le Verrier. Dans l’embrasure des lenêtres, sont exposés des tableaux astronomiques, représentant des groupes de nébuleuses, les anneaux de Saturne, des volcans lunaires, des amas
- '* Yuy. 11e 30i du 29 mars 1879, p. 262.
- d’étoiles, les remarquables dessins de Jupiter et de Mars exécutés par MM. Paul et Prosper Henry.
- Sur la cheminée de chêne, on admire une magnifique pendule Louis XIV due à Coypel, qui vient d’être restaurée par M. Passerat ; c’est là un objet d’art unique dont des collectionneurs offriraient assurément une somme considérable. Autour de la salle, on remarque quelques globes montés sur des colonnes de marbre et de chêne. Deux d’entre eux surtout sont dignes d’attention, ce sont : la sphère céleste de G érard Mercator (1551), et la sphère terrestre
- du même géographe, datée de 1541 ; ou peut voir figurés sur cette dernière sphère un certain nombre des grands lacs de l’Afrique centrale. Ces sphères, qui constituent des documents d’une haute valeur historique, ont été retrouvées récemment, par la Bibliothèque de Bruxelles, dans une brochure in-folio achetée en mai 1868; elles ont pu être rééditées d’une façon très exacte.
- Les objets exposés sont classés avec soin dans des vitrines à glaces, où le visiteur peut les examiner sans y toucher.
- La première vitrine est consacrée aux instruments d’optique, on y remarque la grande lentille de Fresnel, la première lentille à échelons ; on y voit des objectifs ayant servi à Cassini, et d’autres objets précieux donnés à l’Observatoire par Mme Laugier; ce sont les appareils d’optique dont se servit Arago : le photomètre, les miroirs-prismes, le polarimètre, au moyen desquels le grand astronome enrichit la science de tant de belles découvertes.
- La seconde vitrine renferme des objets relatifs à l’histoire du système métrique ; on y trouve ur mètre étalon et quelques spécimens curieux de mesures étrangères. Les autres vitrines, disposées eirculairement autour de la salle, contiennent des instruments astronomiques divers, parmi lesquels nous citerons, l’appareil de M. Alfred Cornu, ayant servi à mesurer la vitesse de la lumière, un grand
- ÇOUIEVARO
- ARAGO
- Fig. 1. Plan de l'Observatoire de Paris, avec le projet d’annexion des terrains situés le long du boulevard Arago.
- Etat actuel : À. Observatoire. — B. Sidéroslat. — C. Cercle méridien. — D. Grand télescope. — E. Équatoriaux. — M. Fossé actuel devant être comblé. — L, L'. Fossés.
- Terrains d’agrandissement ; F. Equatorial coudé. — G. Grande lunette. — H. Cercle de Fortin. — K. Logement des astronomes.
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- LA NATURE
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- théodolite de Rigaud, un autre théodolite de Brun-ner, un des premiers sextants qui aient été construits ; puis quelques instruments plus modernes : le premier cercle méridien portatif de M. Mouchez, le théodolite de Gambey, etc.
- La vitrine du milieu est particulièrement remarquable. On y admire un certain nombre d’objets astronomiques anciens, en cuivre doré, ciselés avec grand art, et fabriqués au seizième siècle à Nurem-
- berg. Nous avons remarqué parmi ces objets, un curieux appareil mécanique pour agiter des dés à jouer, et ayant servi probablement à des démonstrations relatives au calcul des probabilités, une plaque de cadran solaire en cuivre ciselé datée de 1578, toute constellée de personnages allégoriques (pièce d’une grande valeur), une espèce d’altazi-muth, une belle vis de rappel d’un grand cercle, très ornée, avec aigle à deux têtes de l’Allemagne,
- des astrolabes, des quarts de cercle, des boussoles, un petit cadran solaire en ivoire du seizième siècle, donné par M. Eichens, etc. L’origine de ces instruments, sauf pour le dernier, n’est pas connue. On suppose qu’ils ont été donnés à Louis XIV, ou qu’ils constituent des débris du butin du premier empire, qui auraient échappé aux alliés en 1815.
- Au bas de cette vitrine, sont exposées des photographies d’anciennes gravures, figurant des instruments astronomiques des siècles antérieurs. Nous reproduisons ci-dessus l’un de ces curieux dessins; il représente la lunette astronomique avec objectif simple à long foyer, construite par Hevelius, astro-
- nome du seizième siècle (fig. 2). On peut se rendre compte de quels singuliers et gigantesques instruments se servaient les astronomes des temps passés.
- Dans une salle de l’étage supérieur sont exposées plus spécialement un grand nombre de photographies qui se complètent de jour en jour par de nouveaux documents ; ce sont les photographies de tous les instruments anciens, faites d’après des gravures de l’époque, et de tous les instruments étrangers actuels, exécutées d’après nature. On y voit aussi les dessins représentant les principaux observatoires du monde.
- Tel est le commencement du musée astronomique
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- LA NATURE.
- de l’Observatoire de Paris. 11 va être complété par J l’organisation d’une deuxième salle circulaire, semblable à celle que nous venons de passer rapidement en revue. Cette nouvelle salle sera ornée des portraits des plus illustres astronomes de l’étranger : Newton, Galilée, Tycho-Brahé, Kepler, Copernic, Herschell, Bradley, Lacaille; elle contiendra spécialement quelques grands instruments astronomiques, notamment un quart de cercle de Lalande, un sextant de Lacaille, un quart de cercle de Langlois ayant servi à la commission du Pôle Nord, une lunette méridienne de Delambre.
- Il serait utile de réunir à l’Observatoire de Paris, les instruments astronomiques qui sont disséminés çà et là, dans d’autres établissements nationaux, et de compléter ainsi une collection déjà riche en objets précieux. L’Observatoire de Paris recevrait, en outre, avec reconnaissance, les dons qui pourraient lui être adressés par des particuliers, comme l’a fait Mme Laugier pour les instruments d’Arago et de Delambre, qu’elle avait en sa possession.
- Après avoir visité le nouveau Musée astronomique, il nous reste à dire quelques mots au sujet des agrandissements de l’Observatoire, qui se feront prochainement par l’annexion du terrain Arago (fig. 1). Ce terrain vague n’a pas moins de 9000 mètres de superficie, il est actuellement séparé du jardin de l’Observatoire par un fossé qui sera comblé, il sera uni, sans aucune séparation, au reste de l’établissement. On installera dans ces terrains la grande lunette de 0m,74 dont la construction est très avancée, l’équatorial coudé donné par M. Bis-ehoffsheim et enfin le cercle de Fortin et les instruments plus spécialement destinés aux élèves.
- Le plan que nous publions, d’après des documents officiels (lig. 1), montre quel sera l’ensemble de l’Observatoire de Paris, quand les constructions en projet seront achevées.
- Nous regrettons que les travaux s’exécutent si lentement, malgré la louable activité dont fait preuve la direction de notre grand établissement astronomique. Un fossé à combler, un jardin à dessiner, quelques constructions à édifier, tout cela est peu de' chose assurément, mais avant que les maçons taillent la pierre, et que les jardiniers tracent des allées, il faut passer par un chemin qui n’est pas précisément le plus court et le plus rapide; c’est celui des formalités administratives.
- Gaston Tissandier.
- LE SUCRE DE CHIFFONS
- Il y a quelques années, le docteur Pepper, chimiste anglais, fit grande sensation dans le pays, par une série de conférences populaires sur la chimie et ses principales applicaiions; il annonça notamment à ses auditeurs qu’il venait de faire deux livres et demie de sucre avec de vieilles chemises. Le fait parut inadmissible, rien n’était plus vrai cependant, et le sucre de vieux chiffons se fa-
- brique actuellement en Allemagne dans une manufacture spéciale. Voici comment on procède : Les chiffons recueillis sont traités par l'acide sulfurique et convertis en dextrine, celle-ci est traitée par un lait de chaux, et est ensuite soumise à un nouveau bain d’acide sulfurique qui la convertit en glucose. La glucose obtenue par ce procédé est identiquement semblable à celle du commerce et peut être employée de même aux confitures, gelées, boissons, etc. ; de plus, quand la fabrication sera plus abondante, le prix de revient sera très peu élevé.
- On sait qu’il est un grand nombre de substances qui sont susceptibles de se transformer en glucose. La cellulose qui constitue le tissu fibreux du bois, traitée par l’acide sulfurique, se convertit de même en dextrine et en glucose. Dans 1 industrie, la glucose se fabrique habituellement jusqu’ici, au moyen de l’amidon.
- UNE VILLE MORTE
- Si le voyageur, venant d’Europe et se dirigeant sur Bombay, quitte la route directe pour remonter vers le Nord-Est, laissant sur sa gauche la côte d’Arabie et les États de l’Iman de Mascate ainsi que le détroit d’Ormus, qui joint la mer d’Oman et le golfe Persique, il trouvera sur le côté sud de la presqu’île de Goudjerate, entre le détroit d’Ormus et le golfe de Kutch, par 20° 41' de latitude nord et 60° 47' de longitude est, une petite île d’une douzaine de kilomètres de long sur trois de large.
- En arrivant devant cette île, aujourd’hui de peu d’importance et en dehors de la route habituelle de la navigation, le voyageur sera étonné, cependant, de l’aspect grandiose que lui offriront les restes encore debout, mais complètement abandonnés aujourd’hui, de la ville de Diu, qui eut cependant une bien grande importance commerciale, et montre encore les traces d’une lutte sans merci entre les Portugais, ses fondateurs, et les Arabes de Mascate.
- Les Portugais s’établirent dans l’île de Diu en 1535, y établirent une ville puissante qui devint en peu de temps le centre des relations commerciales entre l’Asie et l’Europe.
- Les .Arabes de Mascate, qui jusque-là avaient été les intermédiaires du commerce de cette partie de l’Inde, devinrent jaloux de l’importance qu’avait acquise la ville depuis que les Portugais avaient découvert la nouvelle route par le cap de Bonne-Espérance, et firent des efforts désespérés pour s’en emparer et en chasser les habitants.
- De là, une lutte gigantesque; plusieurs fois la ville fut assiégée en 1537; deux ans après sa fondation, en 1538 et en 1545; les Portugais firent des prodiges de valeur; néanmoins les Arabes de Mascate s’en rendirent maîtres par surprise en 1570 et la pillèrent.
- La ville fut abandonnée complètement jusqu’en 1717, époque à laquelle elle retourna au Portugal. Depuis lors, Diu n’a jamais repris aucune importance.
- 1 La fondation de Bombay et l’importance que prit ; le commerce des Hollandais fut la cause de la mort
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- de lous ces établissements que le Portugal avait fondés sur la côte de l'Inde : Ormus, sur le golfe Persique, Diu et Bassien, un peu au nord de Bombay; tout cela était condamné et devait périr. De leur importance, ces villes n'olfrent plus que leurs squelettes abandonnés abritant quelques Indiens vivant misérablement dans leurs ruines, envahies par la végétation puissante de l’Inde, qui achèvera, à la longue, l’œuvre du temps et des hommes.
- Diu, dont nous nous occupons aujourd’hui, offre un coup d’œil étrange; telle la ville était lorsque les Arabes s’en sont emparés, telle on la retrouve actuellement, et, si ce n’étaient les stigmates du temps, on pourrait croire être au lendemain de cette lutte gigantesque dont la ville fut le théâtre.
- Les dessins qui accompagnent cet article et la description qui suit, sont dus à l’obligeance de M. l’amiral Paris qui a visité en détail la ville lors d’une campagne qu’il fit avec M. le commandant La Place, pour reconnaître les forteresses de Jaffra-bad, Radjapore et Nova-Bimder.
- La forteresse de Diu est admirablement située pour défendre l’entrée de son port, dont elle bat la passe en enfilade,et des navires qui l’auraient franchie seraient restés exposés au feu de ses batteries, trop élevées pour craindre les coups des navires. Un îlot placé au milieu de la passe servait aussi à sa défense. Depuis la conquête des Portugais, le port s’est comblé à tel point, que les plus petits navires ont peine à y entrer, tandis qu’autrefois les plus grands vaisseaux du temps venaient s’abriter sous la protection des fortifications.
- Aujourd’hui, cette forteresse est occupée par quelques hommes au service du Portugal, commandés par un officier à la fois gouverneur et commandant de place. Son rôle est de pure forme; il garde un drapeau qui indique la possession de ruines inhabitées. Un auteur anglais, Milburn, donnait à Diu une population de deux cents Européens et quatre mille Indiens, mais M. l'amiral Paris affirme que, d’après l’aspect de la ville lorsqu’il l’a visitée, il n’y en avait pas le dixième.
- La citadelle forme un trapèze dont le petit côté est vers l’Est sur la partie la plus élevée, au delà de laquelle se trouve une langue de terre garnie de batteries de mer. Celle-ci baigne toute cette partie ainsi que les grands côtés dont les murs se montrent au-dessus des rochers, de sorte qu’il n’y a que la face occidentale qui puisse être attaquée. Aussi est-ce de ce côté que les moyens de défense ont été accumulés. Tous les murs sont en pierres de taille peu régulières, mais qui ont pourtant bien résisté au temps et à la mer. Les embrasures sont en pierres et garnies de nombreuses pièces de bronze ornées de sculptures. Les affûts sont des plus grossiers, quelques-uns ont cédé par la pourriture; on voit encore à côté les refouloirs et les écouvillons.
- Du côté du large, le rocher est presque à pic et présente une défense naturelle, ainsi que la mer, qui brise constamment au pied. La seule porte d’en-
- trée est sur le milieu du côté nord où se trouve le port; on y arrive par une petite jetée garnie de bornes qui se trouve entre le fossé du grand mur et une petite fortification extérieure garnie seulement de meurtrières. On traverse ce fossé creusé dans le roc, et qui est peu profond, par un pont de bois devant lequel se trouve, en dedans de la porte, un vieux mur percé d’un trou dans lequel on voit paraître l’énorme bouche d'une pièce de 14 pouces (O111,579), et en tournant à droite, on en voit aussitôt une autre de la même dimension dirigée à angle droit de la première et battant sur la jetée qui se prolonge au Nord (21 du plan) et qui est garnie de plusieurs pièces, dont l’une, remarquable par sa longueur; mesurée, on lui trouva 25 pieds (81U,12); son calibre était environ celui de nos anciens 24 livres ; ce qui la rendait remarquable, c’est que, fondue en fer, elle était recouverte d’une forte couche de bronze. D’après sa position, elle était destinée à battre la passe, et, à l’époque où la balistique était inconnue, on devait espérer de grands effets d’une pareille couleuvrine. Son affût, presque pourri, avait deux mauvaises roues pleines à essieux de bois, de la même espèce, du reste, que ceux de toutes les autres pièces.
- La grosse pièce, située à droite en entrant, était couverte de sculptures et d’inscriptions; elle portait deux boucles à la volée et deux autres à la culasse, qui était plate; le bouton de culasse représentait une tête ; la volée n’avait pas de bourrelet. L’affût s’affaissait par la pourriture, et si on avait tiré cette grosse pièce, il eût été probable que le mur voisin se serait éboulé. Le mur qui s’étend de A en B sur le plan est d’une construction moins solide et paraissant plus ancienne; il est percé de fenêtres ayant des balcons en pierre ornés de sculptures. Sur ee mur, • comme sur beaucoup d’autres, on voyait de grands plateaux de pierres polies couvertes d’inscriptions qu’il eût pent-être été curieux de recueillir comfne monuments historiques.
- L’intérieur de la citadelle était triste à voir; des ruines partout, et, au milieu, dans un misérable corps de garde, quelques pauvres soldats qui avaient l’air de comprendre qu’ils n’étaient là que pour la forme. Une caserne en ruine, dont le devant était protégé par une varangue soutenue par de petites colonnes, abritait la petite garnison gardienne de ce désert protégé par le drapeau portugais.
- Le point culminant de la forteresse est une sorte de donjon en forme de batterie demi-circulaire battant l’esplanade au-dessus de l’enceinte extérieure. Là gisaient plusieurs pièces en bronze dont l’âme avait été profondément rayée par les boulets en pierre, les seuls que l’on voit dans le fort. Ces rainures atteignaient près de la bouche près d’un centimètre de profondeur. A côté des pièces, on pouvait voir les refouloirs et les écouvillons, et quelques petits paquets de valets.
- De cette position dominant toute la citadelle, on apercevait entièrement le panorama de la ville ainsi
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- que les deux enceintes venant se réunir vers le port. Les fortifications sont bien construites, mais ne datent pas toutes de l’époque des luttes avec les Arabes. Plus tard, après avoir réoccupé la ville, les Portugais en augmentèrent les défenses; mais elles ne servirent à rien, la fatalité avait condamné Üiu à périr.
- Au milieu de la citadelle, se trouve une grande
- excavation dans laquelle on ne voit aucune trace de construction; il est probable que c’est de là que les Portugais tirèrent les premiers matériaux qui servirent à construire les fortifications. Plus loin on rencontrait d’autres trous bien moins grands, dans lesquels se trouvait de l’eau ; très probablement ils communiquaient avec les citernes de la ville creusées dans le rocher.
- Tableau d’ensemble de la ville de Diu actuellement abandonnée. — Réduction
- A l’angle nord-est, se trouvait un édifice couvert d’une voûte en plein cintre garnie de stuc; la porte, située près d’un angle, était ornée de sculptures surmontées d’armoiries en bas-relief; plusieurs
- plaques couvertes d’inscriptions étaient appliquées contre les murs. On ignore à quel usage servait cet édifice.
- En sortant de la citadelle, on se dirige vers l’Es-
- planade, sorte de forum bien misérable ; cette place est bordée du côté de la mer par un mur de 6 à 8 mètres de hauteur et percé de meurtrières ; dans toute sa longueur, un chemin placé à hauteur voulue, permettait aux soldats de faire le coup de mousquet. A tous les angles de l’Esplanade se trouvaient de petites guérites en pierre comme on en rencontre dans les vieux châteaux gothiques.
- Dans l’angle un peu saillant que fait ce mur, s’élève un monument placé sur une estrade carrée
- de plusieurs marches; c’est une colonne à huit pans et à deux étages. L’humidité et le vent de la mer ont tellement rongé la partie orientale, qu’elle est devenue poreuse comme un madrépore, et qu’il est impossible d’y trouver les traces d’une inscription.
- Plus vers le milieu de la place est un autre monument formé d’une colonne conique, cannelée en spirale et surmontée d’une croix de Malte en pierre. Elle repose sur deux piédestaux carrés posés l’un
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- sur l'autre ; outre les deux s’est introduit une tige de figuier multipliant qui, en croissant, a eu assez de force d’expansion pour soulever la pierre supérieure et faire beaucoup incliner le tout, à tel point que la colonne n’a pas dù tarder à tomber, car il est peu probable qu’un des rares habitants l’ait préservé de la ebute par un coup de hache donné sur la tige de l’arbre.
- Ce monument a environ 8 mètres de haut, et sur la face méridionale de la colonne qui a été respectée par le temps, on peut lire l’inscription suivante :
- SEMDO GOBERNADOR DAIMD A MAN011ELDE SOVSA COVIS MIO VINE A ESTA FORTAEEX A MAZB FAZER ESTE 1ERE 1RO EDERIBAR ESTE SOVTEIR OS VIZIMHOS A ESTA FOIITAE ZA PA SEGURAMSA I). A. 1590.
- d’une gronde vue panoramique dessinée et communiquée par M. l’amiral Paris.
- A l’ouest et à un des autres angles de la place, se trouve un autre monument plus considérable; c’est une grande colonne carrée cannelée sur les quatre faces et posée sur un piédestal assez bas.
- L’humidité l’a complètement détériorée et en a fait tomber partout le stuc. D’après le gouverneur de la ville, ce monument a été élevé en l’honneur de Don Juan de Castries, qui, dans une sortie, tua
- Petit temple hindou dans une rue de Diu (dessiné d’après nature par M. l’amiral Paris).
- à cette place Mosofara, amiral du roi de Cambay, à l’instant où Mascarenhas arrivait en toute hâte de Goa pour lui porter secours et sauver la ville.
- Plus loin sont les citernes, qui sont fort belles et peuvent contenir une énorme quantité d’eau. A P extérieur elles montrent un édifice quadrangulaire à comble stuqué avec des rigoles et des trous dont plusieurs ont des caillehotis taillés dans la pierre pour donner de l’air à l’intérieur. On aperçoit aux environs des vestiges de canaux venant aboutir à la
- citerne et évidemment destinés à amener les eaux des terrasses de tous les édifices environnants pour suppléer à l’exiguïté de la surface de la citerne elle-même. Un fait à signaler, c’est qu’à l’intérieur on voit la terrasse soutenue par des poutres en bois et non par des voûtes, et malgré l’humidité constante à laquelle cette charpente est exposée, son état de conservation paraissait parfait. Un canal conduit cette eau à la jetée où est située la couleu-vrinc et où maintenant les embarcations ne peuvent
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- accoster de basse mer; mais elles sont assez peu éloignées pour pouvoir faire de l’eau avec une manche.
- Derrière la citerne, se trouve une église en ruines avec deux clochers carrés surmontés de pyramides; ces clochers sont la seule partie qui reste debout, le reste étant effondré. C’est, paraît-il, la première église qui fut construite à Diu.
- Non loin de là se trouve la poudrière, en bon état et entourée d’une enceinte. Là commence une longue suite de logis séparés, sans étages et terrassés suivant le contour du mur extérieur; par derrière, se trouvent quelques édifices secondaires. Ces constructions offrent un contraste avec tout le reste par leur bon état et leur propreté. De distance en distance, devant les portes, quatre colonnes soutiennent, une varangue avancée, et le long du mur se trouvent des bancs en stuc L
- St. de Drke.
- — La suite prochainement. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Monographie du diamant, par MM. Jacors et Chatiuan,
- 1 vol. in-8", Paris, J. Seppré, 1880.
- Le volume que nous annonçons sous ce titre est non seulement une œuvre charmante de vulgarisation, mais encore un travail éminemment sérieux, presqu’un mémoire scientifique, où tout ce qu’on sait sur le diamant est soigneusement enregistré, coordonné et clairement exposé. L’un des auteurs apporte sa compétence hors ligne de fils et petit-fils de négociant en diamants, ayant passé sa vie entière « soit au Brésil, où on trouve le diamant, soit à Anvers et à Amsterdam où on le taille, soit à Paris, le plus grand marché du monde où on le vend. » Tous les deux possèdent au suprême degré l’art d’intéresser le lecteur le moins préparé.
- Après un chapitre de cristallographie où rien n’a été admis qui ne soit immédiatement applicable au diamant, nous trouvons un exposé remarquable des propriétés caractéristiques de la gemme incomparable.
- Cette histoire physique terminée, nous pénétrons dans l’examen de la nature intime du diamant. Les auteurs résument avec art les croyances anciennes sur la nature de celui-ci et les expériences qui, enfin, en ont fixé la véritable composition. Puis, nous abordons le côté géologique du sujet. En géologues consommés MM. Jacobs et Chatrian décrivent successivement les mines des Indes, de l'Océanie, du Brésil, du Cap, etc. A ce dernier point de vue ils veulent bien analyser avec détails les recherches auxquelles personnellement nous nous sommes livrés et nous sommes heureux de cette occasion de les remercier publiquement de l’appréciation qu’ils en font. Arrivant à la taille, les auteurs abordent avec une autorité qu’il semble bien difficile de leur contester, la question si souvent discutée des droits d’inventeur de Louis Berghein, et leur conclusion est tout en faveur du diamantaire flamand.
- Enfin, ce beau livre est dignement terminé par une description anecdotique aussi exacte qu’intéressante des
- 1 D’après les documents communiqués par M. l’amiral Paris.
- diamants célèbres : ces astres de première grandeur du ciel minéralogique. Stanislas Meunier.
- LE MOUVEMENT CHEZ LES VÉGÉTAUX
- TAR M. CHARLES DARWIN 1 „
- L’attention du naturaliste doit être tenue en éveil par la publication d’un nouvel ouvrage dù à la plume de M. Ch. Darwin. Le livre en question, comme la plupart des publications récentes de M. Darwin, est consacré à l’exposé d’une série laborieuse d’observations et d’expériences et à l’analyse succincte des conséquences qui en découlent. Comme les autres travaux du même auteur, il se distingue par une patience infinie dans les recherches, une inépuisable accumulation de détails et la clarté dans l’exposition des faits.
- La faculté de se mouvoir est reconnue depuis longtemps au règne végétal2, et M. Darwin lui-même, plus qu’aucun autre, a contribué par ses recherches à étendre le cercle de nos connaissances quant aux mouvements des plantes et à ceux qui dans les fleurs accompagnent ou provoquent l’imprégnation. Bien des observations éparses, bien des études plus ou moins complètes de certains phénomènes , l’excitabilité des plantes sensitives par exemple, ont vu le jour jusqu’à présent, mais aucun traité aussi complet des mouvements qui se manifestent chez les végétaux en voie d’accroissement, aucune œuvre basée sur des recherches personnelles aussi patientes, aussi minutieuses, n’a encore été livrée à la publicité. Combinée au travail du même auteur sur les mouvements et les habitudes des plantes grimpantes, elle représente l’état complet des connaissances actuelles sur ce sujet considéré d’une façon générale — abstraction faite, bien entendu, des mouvements du protoplasma et des sucs cellulaires, auxquels il n’est fait allusion qu’incidemment dans le cours de l’ouvrage.
- Certes, les gens accoutumés à se servir de leurs yeux connaissent le mouvement circulaire des va illes et l’occlusion des feuilles, soit pendant le sommeil, soit consécutive d’une irritation comme dans la Sensitive; ils n’en seront pas moins étonnés en apprenant de la bouche de M. Darwin combien générale est la motilité chez les plantes, combien elle affecte à un haut degré tous les organes, même ceux où un observateur superficiel ne l’a jamais remarquée. Comme ces mouvements sont en corrélation intime avec la croissance des organes, l’influence de la lumière et d’autres agents d’ordre physique, leur existence, à présent que M. Darwin les a constatés, ne soulèvera pas un bien grand éton-
- 1 De la faculté locomotrice des plantes, par Ch. Darwin, L. L. I)., F. R. S assisté de Fr. Darwin-Murray. The Power of movement in plants. 1 vol. in-8. L’analyse que nous publions est traduite du journal anglais The gardener’s chro-nicle.
- a Voy. n° 145 du 11 mars 1876, p. 250.
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- neinent : ce qui surprendra, au contraire, c’est que de tels phénomènes soient demeurés si longtemps inaperçus. Le but de M. Darwin, il nous le dit lui-même, a été « de décrire et de collationner plusieurs grandes classes de mouvements communs à toutes les plantes ». La plupart de ces mouvements sont compris dans ce que l’on nomme « nutation circulaire » : tel est, par exemple, le mouvement de révolution par lequel l’extrémité jeurie d’une plante grimpante interroge successivement les divers points de l’horizon.
- C’est ce genre de mouvement, provoqué par un afilux de liquide occasionnant la turgescence des cellules de l’une ou l’autre face de l’organe en voie d’accroissement et, comme conséquence, le développement exagéré des éléments constitutifs de cette face — la face convexe — que M. Darwin désigne d’une façon générale sous le nom de « eir-eumnutation », et il démontre son existence pendant la période d’accroissement dans toutes les parties des végétaux : radicule, gemmule, cotylédons, tige, branches, feuilles, fleurs. Les expériences à l’appui de ses assertions sont exposées avec une profusion de détails qui impose la conviction.
- La partie la plus étonnante du travail de M. Darwin est peut-être celle où il s’occupe des mouvements giratoires dans les fibrilles radicales, de la sensibilité au toucher dont leur extrémité est douée et grâce à laquelle leur région terminale s’écarte de tout obstacle. Dans le cas particulier des racines, le mouvement, dès leur sortie de la graine, est modifié par la gravité, dont l’influence continue à se faire sentir pendant toute la durée de leur existence. En conséquence de cette double impulsion, les papilles radicales sont capables de pénétrer le sol et de côtoyer les obstacles en suivant infailliblement la ligne de moindre résistance. Pour peu que l’extrémité d’une racine soit légèrement pressée, brûlée, on incisée, l’excitation se transmet à la région supérieure adjacente qui s’écarte de la partie affectée. Ce qu’il y a de plus surprenant encore, c’est que la pointe de la racine paraît capable de distinguer le degré de résistance de deux corps qui la compriment de chaque côté. Si la pression s’exerce au-dessus de l’extrémité de la racine, il n’y a pas d’excitation transmise, mais l’organe s’infléchit brusquement vers l’obstacle. Si l’air est plus humide d’un côté que de l’autre, la pointe de la racine est affectée et transmet l’excitation à la partie adjacente qui s’incurve vers la source d’humidité; même observation pour la lumière et la gravité : le résultat final de ces actions — séparées ou combinées — étant le bien-être de la fibre radicale et l’adaptation de son extrémité, de façon à tirer le meilleur parti possible de la situation où elle se trouve. La sensibilité tactile n’est pas la même à la pointe de la racine et à la région immédiatement supérieure — particularité qui, jointe à diverses autras mentionnées — procure à la ra-
- cine la station la plus avantageuse pour le végétal dans les conditions où il est placé.
- « Une racine », dit M. Darwin, « peut être assimilée à un animal fouisseur, à une taupe par exemple, qui désire pénétrer verticalement dans la profondeur du sol. Par le mouvement continuel de sa tète (circumnutation), il sentira les pierres, les obstacles jetés sur le chemin, l’augmentation de résistance du sol, et s’écartera de cette direction ; il recherchera les régions humides, carvla chasse y sera plus fructueuse. Et après chaque interruption, guidé par le sens de gravité, il saura reprendre sa course descendante et creuser toujours à une plus grande profondeur. »
- L’auteur examine aussi de près, les mouvements des extrémités des jeunes rameaux et des feuilles désignés sous le nom général de « sommeil des plantes », et dirigés sans doute dans le but de mettre ces organes à l’abri de la radiation. Dans l'Oxalis figuré par le docteur AVelwitsch, il est possible que le redressement et le rapprochement des feuilles servent à protéger les jeunes pousses centrales contre les effets destructeurs de la radiation nocturne. Les mouvements similaires des cotylédons sont moins connus : M. Darwin les a étudiés sur pas moins de 153 genres.
- Sous le titre « sommeil des feuilles », M. Darwin s’occupe du déplacement grâce auquel la face inférieure glauque des feuilles de VAbies Nordman-niana, par exemple, se tourne vers la lumière — et cite à ce propos l’opinion de M. Chatin, d’après lequel ce mouvement se produirait surtout la nuit : c’est tout juste au résultat contraire que nous conduisent nos expériences; nous signalons ce point parce qu’il nous semble présenter quelque intérêt. Par parenthèse, le terme « sommeil » est impropre et M. Darwin nous fait voir qu’il s’agit bien moins de repos qu’on ne le supposait dans la position nocturne des feuilles. De jour aussi bien que de nuit, les feuilles en voie de développement, quoique immobiles en apparence, sont douées d’un mouvement intermittent et plus ou moins marqué. Les stolons ou coulants se meuvent circulairement d’une façon bien apparente, pour franchir ou contourner les obstacles. De tels mouvements sont modifiés par des causes innées — accroissement inégal des deux faces de l’organe, etc. — indépendantes des agents extérieurs tels que chaleur ou lumière. C’est le cas, par exemple, pour les plantes grimpantes. L’enroulement des éperons dans les fleurs de l'Angraecum Kotschyi, les uns autour des autres, est dû sans doute* à la faculté de circumnutation combinée à la sensibilité tactile observée déjà dans les vrilles et reconnuejusque dans les fibres radicales. Ailleurs ce sont des causes externes, alternance d’obscurité et de lumière dans le « sommeil » des plantes, fluctuations de température dans l’épanouissement et l’occlusion successive des fleurs qui influencent la régularité des.mouvements de circumnutation.
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- NETTOYAGE AUTOMATIQUE
- DES CHAUDIÈRES A VAPEUR
- SYSTÈME JAMES F. HOTCHKISS
- Les inscrustations des chaudières à vapeur augmentent dans une proportion souvent considérable la dépense de combustible, parce qu’elles opposent au passage de la chaleur une couche de tartre d’autant plus épaisse que l’appareil est depuis plus longtemps en service. Ces incrustations deviennent d’ailleurs, avec le temps, une source permanente de dangers. En effet ces incrustations et ces dépôts s’opèrent toujours sur les parois les plus fortement chauffées, et diminuent le plus la conductibilité précisément aux points où la plus grande somme de chaleur devrait se transmettre dans un temps donné. La tôle recevant alors plus de calorique qu’elle n’en cède à l’eau dans le même temps, va se surchauffer, se rougir, même se brûler et, le plus souvent,se boursoufler sous l’action de la pression intérieure, pareeque sa résistance à 500° n’est déjà plus que la moitié de ce qu’elle est à 100°.
- On a imaginé un grand nombre de systèmes dans le but de combattre ces incrustations, soit en empêchant leur adhérence aux parois, soit en produisant leur extraction à intervalles réguliers, et par une foule d’autres procédés quelquefois ingénieux, souvent bizarres et inefficaces.
- L’appareil représenté ci-dessus remplit le but par des procédés automatiques, il est fondé sur des lois physiques fort judicieusement appliquées.
- Au point de vue pratique, si l’on en croit le Scien-tific American, l’appareil fonctionne, depuis 1876, dans d’excellentes conditions, et a reçu l’approbation d’un grand nombre d’ingénieurs, de constructeurs et de mécaniciens.
- La figure le représente appliqué à une chaudière tubulaire à retour de flamme, mais on conçoit qu’il pourrait être disposé sur une chaudière quelconque.
- Il se compose d’une sorte de cornet en tôle C couché et disposé de telle sorte que la génératrice inférieure du cône affleure à peu près avec le niveau
- moyen de l’eau. Le fond de ce cornet communique par un tuyau vertical D avec une sphère en fonte B divisée en deux moitiés à la partie supérieure par une cloison verticale. Un second tube E, formant tube de retour, descend aussi bas que possible dans la chaudière.
- Il s’établit par suite de réchauffement de l’eau une circulation telle qu’à la surface du liquide le mouvement est en sens inverse de celui de la partie inférieure : le cornet G est tourné de telle sorte — suivant la chaudière employée, — que l’eau chaude s’y engouffre, et il s’établit une circulation rapide dans le système D, B, E, suivant le sens indiqué par les flèches.
- Les corps en suspension et les sels solides formés sont entraînés dans le cornet par suite du mouvement rapide de l’eau, ils viennent dans la sphère B, et comme la vitesse s’y trouve brusquement diminuée à cause de l’augmentation brusque de section et de la paroi verticale qui s’oppose au retour direct dans la chaudière par le tuyau E, il en résulte que les matières solides en suspension se déposent dans la sphère B ' (c’est par un phénomène mécanique analogue que les cours d’eau s’ensablent plus vite dans les endroits où le courant est le moins rapide) ; le petit refroidissement éprouvé par l’eau dans la sphère favorise encore la circulation de l’eau dans ce siphon d’un nouveau genre. Les substances solides pouvant produire l’incrustation s’accumulent au fond de la sphère, et en ouvrant de temps en temps un robinet fixé à l’extrémité d’un tuyau de purge F, on peut faire écouler ces matières solides sans entraîner avec elles un trop grand volume d’eau.
- L’appareil de M. Hotchkiss ne supprime pas les nettoyages des chaudières, mais il a pour effet de les rendre beaucoup moins fréquents et d’économiser le combustible, tout en diminuant le nombre des chômages et des refroidissements des chaudières à vapeur, ce qui augmente d’autant leur durée et leur utilisation.
- Appareil Hotchkiss pour le nettoyage automatique des chaudières à vapeur.
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- LA NAT U HE.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- SEPTEMBRE 1880
- L’abaissement de température survenu pendant les deux mois précédents ne s’est maintenu que dans les Etats du Sud, notamment dans le Texas; mais dans la partie septentrionale du continent, depuis la région des Lacs jusqu’au nord du Canada, le thermomètre est de nouveau en excès.
- La carte de la distribution des pluies est particulièrement intéressante en septembre ; alors que le total de l’eau tombée pendant ce mois atteint une hauteur considérable dans les États du Golfe du Mexique, et, d’une manière générale, sur les régions où la température reste au-dessous de la moyenne, au contraire sur le versant de l’Atlantique les pluies sont rares et de faible intensité. Une sécheresse excessive, préparée depuis le commencement du printemps, est signalée dans les États du Nord-Est; depuis le mois de mars en effet, les pluies
- sont de beaucoup inférieures aux quantités d’eau qui y tombent habituellement; il en est de même sur le versant du Pacifique, où d’ailleurs la saison d’été est toujours très sèche. Dans, la Caroline du Nord, au contraire, on a recueilli, pendant le seul mois de septembre, des tranches d’eau dont l’épaisseur a atteint 400 millimètres ; dans le Texas, il en est tombé plus de 550 millimètres, et des inondations ont amené des pertes de toute nature sur la plupart des cours d’eau.
- Des trêize dépressions barométriques signalées par le réseau d’observations du Signal Service, une seule a traversé entièrement, du 22 au 25, le continent de l’Amérique du Nord. Une autre, venue probablement du Golfe du Mexique, a remonté la côte de l’Atlantique du 8 au 11 ; sous son action, des coups de vent d’une grande intensité ont causé le naufrage d’un grand nombre de barques sur la côte, principalement entre la Caroline du Nord et la Nouvelle-Écosse ; au cap Hatteras, le vent soufflait avec une vitesse de 80 kilomètres à l’heure. Enfin, deux bourrasques importantes ont sévi du 16 au 20 et du 26 au 50 sur la région des Lacs et le Canada.
- Carte des cyclones signalés sur l’Atlantique eu septembre 1880. Carte des cyclones signalés sur l’Atlantique en octobre 1880 (Les nombres gravés sur les cartes ci-dessus indiquent les dates du passage.)
- Le régime d’hiver commence à se manifester. Sur l’Europe occidentale, le beau temps et les hautes pressions régnent pendant les premiers jours du mois, mais à partir du 5 les vents, qui soufflaient de l’est depuis le 10 août, tournent à l’Ouest, et le régimes des faibles pressions s’établit. Ce régime favorise l’arrivée des tempêtes d’Amérique sur nos pays ; la carte ci-contre (fig. 1 ) montre en effet que deux des bourrasques des États-Unis ont traversé l’Atlantique, et on a pu suivre leur marche jusque sur les côtes de l’Europe occidentale. La première, venue des tropiques le 24 août, abordait la côte du Mexique le 51 ; sa trajectoire se relevant alors vers le Nord, puis vers le Nord-Est, elle passait sur Terre-Neuve le 6 septembre, traversait ensuite l’Océan, et abordait l’Europe par le nord des Iles Britanniques, où elle s’est comblée. La-seconde, signalée d’abord sur la Floride le 8 septembre, a longé la côte atlantique jusqu’aux États du Nord-Est, elle passait le 11 au sud de Terre-Neuve, et prenant alors franchement la direction de l’Est, arrivait au sud de l’Irlande le 14; après avoir stationné pendant deux jours sur la Manche, elle s’est éloignée vers la Norvège.
- OCTOBRE 1880
- La température de l’air en octobre est restée voisine de la normale dans les États du Centre et Sud-Est ; mais dans
- tout le reste du pays à l’est des Montagnes Rocheuses, et aussi dans l’intérieur du Canada, la moyenne de ce mois est-généralement faible, les plus grands écarts étant relevés dans le Texas, le Kansas et le Colorado ; sur le versant du Pacifique, la température ne présente rien de particulier à signaler.
- Les plus grandes quantités d’eau tombée ont été recueillies dans les États du Sud-Atlantique et sur la vallée du Mississipi au-dessous de Saint-Louis ; elles diminuent peu à peu vers l’intérieur du continent, sont faibles sur la région des Plateaux et presque milles au delà des Montagnes Rocheuses.
- Les trajectoires de douze centres de dépression sont tracées sur la carte spéciale dressée au Signal Office de Washington ; ces trajectoires sont situées à des latitudes plus élevées que la latitude moyenne à laquelle passent habituellement les dépressions à cette époque de l’année. Bien que la saison soit avancée, trois sont encore des tempêtes tropicales, qui se sont développées au sud de 25eparallèle ; la seule qui ait traversé les Montagnes Rocheuses s’est comblée avant d’avoir atteint la région des Lacs.
- La perturbation la plus importante du mois paraît avoir pris naissance le 15 dans le Texas ; elle a traversé les États-Unis du Sud-Ouest au Nord-Est en augmentant progressivement d’intensité. Les phénomènes météorologiques
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- LA NATURE.
- qui accompagnent d’ordinaire le passage d'une bourrasque d'hiver, ont été particulièrement nets dans le cas actuel ; en avant du centre, une hausse considérable de la température faisait pressentir l’arrivée d’une forte perturbation, tandis qu’à l’arrière une tourmente de neige, chassée par des vents violents du Nord-Ouest, s’abattait sur tout le pays soumis à l'influence du tourbillon, depuis le Kansas jusqu’au Canada. Dans la région comprise entre le Missouri et le Mississipi, des trains de chemin de fer furent bloqués par les neiges, et des observateurs signalent cette tempête comme la plus intense qui ait été constatée depuis vingt ans. Mais c’est principalement sur les Lacs que les gros temps ont sévi avec le plus de violence. Sur le lac Michigan, le steamer Alpena sombra dans la nuit du 15 avec soixante passagers ; de nombreux accidents de même nature sont également survenus dans les eaux du lac Erié. Grâce aux avertissements télégraphiés par le Signal Office, un grand nombre de vaisseaux ou de barques étaient restées prudemment dans les ports, mais ceux qui étaient au large au moment où la tempête a été annoncée ont beaucoup souffert. On compte jusqu’à 84 bâtiments naufragés, dont les 4/5sur le lac Michigan. L’ouragan s’élait déchaîné sur ce lac avec une telle violence, que, vers son extrémité sud, ’eau s’élevait à plus de trois mètres au-dessus du niveau moyen, jetant à la côte un grand nombre d’embarcations. En arrivant sur le Canada dans la journée du 17, la tempête commençait à perdre de son intensité.
- Sur l’océan Atlantique, on signale également des perturbations profondes pendant le mois d’octobre, et les observations faites à la mer s’accordent à constater que les bourrasques dont les trajectoires sont tracées sur la carte (fig. 2), ont toutes été accompagnées par des vents d’une grande violence. Il est à remarquer que celles qui s’avancent vers l’Est ont abordé l’Europe par le sud de l’Irlande; aussi les vents d’Est ont do«miné sur l’Océan au nord du 45e paralèlle pendant le mois entier. Malgré le trouble d’une telle situation, on voit que pourtant aucune dépression n’a traversé complètement l’Atlantique, autant du moins qu’on en peut juger par les documents maritimes qui ont été recueillis jusqu’ici ; tout au plus, des observations plus nombreuses permettraient-elles de rattacher entre elles la dépression qui passait sur Terre-Neuve le 14, et celle qui, suivie sur l’Océan depuis le 18, pénétrait dans la Manche le 23, amenant des pluies torrentielles et prolongées sur toute la moitié nord de la France.
- Th. Moikeaux.
- CORRESPONDANCE
- sur l’observatoire de kice
- Nous avons reçu la lettre suivante ; elle fait honneur au signataire comme au caractère de ceux qui s’y trouvent mentionnés. Nous sommes heureux de la publier. G. T.
- A M. Gaston Tissandier,
- Veuillez me permettre de vous exprimer tous mes remerciements pour l’article trop bienveillant que vous avez consacré à l’Observatoire de Nice1.
- Lorsque l’occasion s’en présentera, veuillez rendre justice à MM. Paul et Prosper Henry et à M. Feil, qui ont montré dans l’affaire du grand équatorial un désintéressement
- 1 Voy. n° 593 du 11 décembre 1880, j> 19.
- qui mérite d’être connu. Vous savez sans doute que l’objectif que le gouvernement russe a commandé à Al van Clarke et qui est seulement de 75 centimètres, tandis que le mien est de 76 centimètres, coûtera 180 000 francs.
- Le mien devait donc coûter environ 200 000 francs. C’était une somme qui dépassait mes moyens et j’aurais dû renoncer à l’acquisition d’un pareil objet, si MM. Feil et Henry n’avaient déclaré ne rien vouloir gagner et n’avaient demandé que le simple remboursement de leurs dépenses.
- Je n’ai pas le droit de dire le chiffre de la réduction qu’ils ont ainsi consentie, mais je puis vous dire qu’elle est énorme ; il n’y a aucun mérite à être généreux, quand on est riche, mais de la part de ces messieurs il y a un grand mérite.
- Veuillez agréer, monsieur, mes compliments les plus dévoués.
- R. Bischoffsheim.
- 19 janvier 1881.
- CHRONIQUE
- Influence du relief du sol sur la chute de la grêle. — Dans une étude sur les orages dans le département de la Gironde (France), publiée récemment, M. Lespiault examine l’influence qu’exerce la configuration du sol sur la chute de la grêle. Par l’examen des bulletins et des cartes d’orages, dit-il, on reconnaît facilement que, toutes choses égales, les vallées sont plus frappées que les coteaux et les plateaux voisins. Il semble qu’une certaine profondeur du sol au-dessous des nuages soit nécessaire ponr que la formation ou la chute de la grêle puisse s’opérer sans obstacle. D’autre part, les directions des vallées traversées ont une influence marquée sur la direction des nuages qui passent au-dessus, bien qu’elles n’occasionnent qu’une déviation momentanée et qu’après les avoir suivies un certain temps les nuages se trouvent entraînés de nouveau dans la direction générale du tourbillon qui les porte. Par exemple, une vallée se trouve-t-elle dans l’axe de la zone de grêle ou peu inclinée sur cet axe, les nuages à grêle semblent entraînés dans cette vallée comme des feuilles mortes poussées par le vent dans un fossé. Se rencontre-t-il un éperon qui subdivise la vallée en deux autres, l’orage se subdivise aussi en deux branches, et les deux vallées secondaires sont ravagées à leur tour, du moins dans toute l’étendue qui se trouve dans l’intérieur de la zone de grêle. Les vallées transversales à cette zone ont elles-mêmes une assez grande influence, bien que moins marquée. Lorsque les nuages viennent à passer au-dessus, ils paraissent avoir une tendance à s’abaisser, à s’épancher pour ainsi dire des deux cotés de la zone, de sorte que celte zone est plus large dans les vallées que sur les plateaux, et partant que les ravages sont plus considérables. On pourrait donner une image physique du phénomène de la grêle en répandant une traînée régulière de sable sur un sol raboteux. Cette traînée figurerait le phénomène tel qu’il se présente sur une carte où l’on se borne à marquer d’un point noir chacune des communes atteintes. Mais si l’on veut voir le phénomène tel qu’il est réellement, il faut passer la main sur celte coulée de sable, de manière à le faire pénétrer dans les ornières. On aura ainsi une représentation approchée des ravages proportionnels produits par la grêle.
- Action «les rayons solaires sur les murs «les I maisons. — La radiation solaire n’est pas sans exercer une influence sur le confort des occupants d’une maison, et
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- LA NATURE.
- ce confort peut être très différent selon l’orientation et l’exposition des habitations. Dans un numéro récent du Zeitschrift fur Biologie, M. A. Vogt, après avoir discuté la question au point de vue théorique, rapporte quelques expériences à l’appui de ses conclusions. Ces expériences, résumées par la revue Ciel et Terre, ont été faites pendant deux jours, sur quatre murs, identiques par leur grandeur, leur forme et leur composition, et tournés respectivement du côté du Sud, de l’Ouest, de l'Est et du Nord ; elles ont conduit aux résultats curieux et inattendus que voici :
- Si l’on fait la somme des calories qui ont passé, en un jour, au travers de chacun des quatre murs, on trouve que le mur situé au Sud a absorbé la moindre quantité de chaleur provenant de la radiation solaire, quoiqu’il ait été exposé aux rayons du soleil pendant deux fois autant de temps que les murs ouest et est. De plus, au moment où la radiation solaire tombait sur ce mur sous l’angle le plus favorable pour être facilement absorbée, elle atteignait son intensité maximum aux deux jours d’expériences. Les rapports entre les quantités de chaleur qui pénétrèrent respectivement dans les murs est, ouest et sud, durant l’intervalle de quatorze heures environ, sont les suivants :
- lr“ expérience E : 0 : S : : 100 : 75 : 68 2"° — E : O : S : : 180 : 88 : 86
- Le premier jour, le maximum de température de l’air eut lieu à 4 heures du soir, le maximum de la radiation solaire à 1 heure du soir; or, derrière le mur est, le thermomètre atteignait son point le plus élevé à 11 heures du matin, derrière le mur sud à 5 heures du soir, et derrière le mur ouest à six heures du soir. Le second jour, les différents maxima de température se sont produits aux mêmes heures, à peu de chose près.
- Le Journal officiel du 10 janvier a publié une longue liste de nominations daus l’ordre national de la Légion d’honneur. M. de Qualrefages de Bréau, membre de l’Institut, a été élevé à la dignité de commandeur; nos excellents amis et collaborateurs Léon Renard, bibliothécaire au Ministère de la Marine, et Camille Flammarion ont été nommés chevaliers.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance cia 24 lancier 1881. — Présidence de M. Wuhtz.
- L'arithmétique des Chinois. — En 1856, un savant sinologue, M. Biernasky, a donné l’analyse des principaux ouvrages composés par les Chinois sur les mathématiques, avant l’invasion des Mogols. La conséquence a été la preuve qu’antérieurement à cette époque néfaste, les sujets de l’empire du Milieu avaient poussé très loin la culture des sciences exactes. Dans quelques cas on avait pu retrouver la trace de méthodes anciennes et fort originales. Aujourd’hui, M. Mathiessen appelle l’attention sur un livre chinois remontant au treizième siècle et qui traite de divers problèmes d’analyse indéterminée; après beaucoup de recherches, l’auteur est parvenu à reconstituer la méthode toute particulière suivie pour la résolution des problèmes dont il s’agit, et il offre aux géomètres les résultats de cette espèce de paléontologie mathématique.
- .4 propos du carbonate de chaux. — M. Raoult, pro-
- fesseur à la Faculté des Sciences de Grenoble, fait arriver de l’acide carbonique sec sur delà chaux vive, et comme on pouvait s’y attendre, il observe une incandescence. Ce résultat a fourni à l’auteur le sujet d’une étude qui peut être intéressante, mais on s’étonnera des critiques qu’il en fait dériver, relativement au beau et classique travail de M. Debray sur la dissociation du carbonate de chaux.
- Viticulture. — Poursuivant des études dont nous avons déjà parlé, M. de Savorgnan adresse une monographie des vignes sauvages de Californie. Les botanistes les réunissent sous le nom unique de Vilis Californica, mais il parait qu’elles se répartissent en cinq variétés extrêmement distinctes. L’auteur en décrit minutieusement les caractères.
- Résistance du verre trempé. — De premières expériences ont montré récemment à M. de la Bastie que le verre modifié par la trempe possède une remarquable résistance au choc. L’auteur signale maintenant le résultat de ses essais sur la résistance à la flexion des verres et des glaces trempés comparée à celle des verres et glaces ordinaires. Voici les conclusions tirées des trente-six premières expériences :
- 1° L’élasticité est plus que doublée dans le verre trempé ;
- 2° Le verre simple trempé a une résistance environ deux fois et* demie plus grande que le verre double ordinaire ;
- 3° Le verre demi-double trempé est environ 5,10 fois plus résistant que le verre double ordinaire.
- Quarante-trois autres essais ont montré ensuite que :
- 1° Tandis que les flèches prises par des glaces ordinaires sont si faibles qu’elles n’ont pu être relevées, les glaces trempées s’infléchissent sous les charges ;
- 2° Les glaces polies trempées ayant des épaisseurs de 6 à 13 millimètres, présentent une résistance 3,67 fois plus grande que celle-des glaces ordinaires d’épaisseur sensiblement égale ; ht,-
- 5° Les glaces brutes! trempées ont une résistance environ 5,33 fois plus grande que celle des glaces brutes ordinaires.
- Sur une maladie nouvelle. — Un enfant ayant été mordu à Choisy-le-lloi par un chien enragé, est venu mourir en décembre dernier d’hydrophobie eÉd’aéropho-bie à l’hôpital Sainte-Eugénie. M. Pasteur a recueilli une certaine quantité de salive provenant de ce sujet et l’a inoculée à des lapins. Ceux-ci moururent au bout de 56 heures : leur sang et leur salive inoculés à d’autres lapins déterminèrent le même résultat fatal. Soumis à l’examen microscopique, le sang de ces animaux se montra dans tous les cas envahi par un microbe qui se présente sous la forme d’un petit bâtonnet, atténué dans sa région moyenne.
- Conformément à la méthode éminemment scientifique qu’il a toujours suivie en pareilles circonstances, l’auteur a réalisé des cultures de microbes dans des conditions telles qu’on ne puisse attribuer les résultats observés à quelque impureté contenue dans le sang. C’est dans du bouillon de veau qu’il est parvenu à voir le nouveau virus se multiplier et d’abord sous la forme de chapelets se résolvant ensuite dans les bâtonnets déjà mentionnés. Cet organisme détermine à coup sur chez le lapin la maladie spéciale signalée ; chose curieuse, les cochons d’Inde paraissent être absolument réfractaires.
- M. Pasteur ne veut pas encore présenter le microbe qu’il a découvert comme le virus de la rage elle-même ; mais il termine en faisant entrevoir celte conquête ines-
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- timable : l’hydrophobie prévenue à tout jamais par une vaccination préventive des chiens. En tout cas on ne peut qu’applaudir au courageux chercheur qui poursuit un genre d’études où la moindre imprudence, la moindre inadvertance, peut faire courir à sa vie les plus grands dangers.
- Élection de correspondant. — La succession de feu 51. Schimper, correspondant de botanique, est accordée à M. Osvvald Heer par 32 voix sur 56 votants.
- Amputation de Vintestin. — Tout le monde regrette que M. Larrey ait annoncé sans aucun détail, que M. Kœ-berlé a obtenu la guérison d’un malade auquel il avait réséqué 2 mètres d'intestin grêle!
- Le portrait d’une nébideusc. — M. Cornu a reçu de M. Draper, et il transmet à l’Académie, une splendide photographie de la nébuleuse d’Orion. La durée de pose a été de 51 minutes et le résultat arrache à M. Faye des démonstrations d’admiration : il voudrait que les Comptes rendus reproduisissent en faveur de tous leurs lecteurs ce portrait d’un genre si nouveau. Toutefois M. Janssen ne partage pas cet enthousiasme ; il fait remarquer que le but à atteindre est de transmettre à la postérité un témoignage qui permette de reconnaître si la nébuleuse est réellement comme on l’a dit le siège de modifications intestines ; or, d’après les essais faits à l’Observatoire de Meu-don, le résultat obtenu en photographiant une môme nébuleuse est loin d’ètre toujours semblable à lui-même. Il varie au contraire très considérablement avec une foule de cireo : s tances.
- M. Janssen est donc d’avis qu’il faut étudier la question et préciser toutes les conditions de l’opération avant de publier une photographie qui devienne un terme de sérieuse comparaison.
- Varia. — Mentionnons en terminant, un projet de M. Dausse, pour préserver Crémone des inondations ; — l’étude d’une petite plante méditerranéenne faite à la villa Tliuret par 51. Guillot ; — un appendice, par M.Berthelot, a son Traité de mécanique chimique ; — la constatation obtenue par M. Yulpian de la non-toxicité de la ptyotétra-pyridine et de l’isopyridine, récemment dérivées de la nicotine par MM. Labours et Etard ; —la description d’un grand rongeur des Antilles par M, le Dr Trouessart; — une étude de M. Sabatier relativement à la formation du blastoderme chez les aranéides; — enfin le relevé par M. Baltzer de la ligne de contact dans l’Oberland bernois du calcaire jurassique et du granit qui le recouvre.
- Stanislas Meunier.
- ALLUMOIR ÉLECTRIQUE
- On a imaginé depuis quelques années un grand nombre d’allumoirs électriques: celui que nous représentons ci-dessous, construit par M. de Com-bettes, présente un grand nombre de qualités et d’avantages de nature à en généraliser l’emploi. 11 se compose essentiellement d’une pile au bichromate de potasse renfermée dans une bouteille et hermétiquement close. Les deux pôles de la pile sont reliés à une spirale de platine très mince placée au-dessus de l’allumoir. Lorsque la pile est dans sa position ordinaire, le liquide ne mouille pas le zinc et le charbon. En l’inclinant comme le
- représente la figure, le liquide vient mouiller l’élément : la pile devient active, fait rougir la spirale, mais le même mouvement a rapproché de cette spirale incandescente la mèche d’une petite lampe à essence de pétrole, qui s’enflamme aussitôt. L’appareil ainsi construit ne présente aucun dangei ; il est facilement transportable et donne du feu et de la lumière en deux secondes.
- On peut produire cinq cents à six cents allumages sans épuiser le liquide ; on remet l’appareil en état, en renouvelant ce liquide, soit à l’aide de sel tout préparé qu’on vend dans le commerce sous le nom de sel chromique, soit en fai-
- Luciphore ou allumoir électrique. — En dessous, coupe de l’uppareil à une plus petite échelle.
- d’eau bouillante et en
- sant dissoudre 100 grammes de bichromate de potasse dans un litre ajoutant 150 grammes d’acide sulfurique du commerce à la dissolution refroidie.
- Il faut avoir soin que le liquide ne dépasse pas le niveau indiqué sur la figure en coupe, afin de ne pas baigner les éléments de la pile lorsqu’elle est au repos. Quand la fermeture est hermétique, ce qui n’est pas toujours facile à bien réaliser, l’appareil est particulièrement apprécié des ménagères, des fumeurs, et en général de tous ceux qui ont besoin d’avoir souvent, sûrement et économiquement, du feu et de la lumière.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus.
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- fl° 401. — FÉVRIER 1881.
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- LES ARBRES NAINS ET MONSTRUEUX
- AU JAPON ET EN CHINE
- Les jardiniers de l’extrême Orient, et notamment ceux du Japon, ont une habileté proverbiale qui a été constatée par tous les voyageurs. On sait qu’ils sont très versés dans la culture; mais on ignore généralement qu’ils connaissent des procédés leur permettant d’atrophier artificiellement les végétaux, de les empêcher de croître, de les rendre difformes
- et de leur donner ainsi cet aspect bizarre et fantastique, qui est en quelque sorte la caractéristique de l’art au Japon et en Chine.
- M. E. A. Carrière a publié sur ce sujet très peu connu, des renseignements fort intéressants que nous lui empruntons en partie dans la présente notice.
- « Nous nommons nanisation, dit le savant directeur de la Revue horticole, l’ensemble des procédés usités par les Japonais pour maintenir certains végétaux à des dimensions plus ou moins réduites, procédés dans lesquels ils excellent, et dont on peut
- Arbustes japonais rendus monstrueux par la culture.
- 1. Hhynchospcrmum japonicutn, nain et difforme. — 2. Jeune Pinus dcnsiflora, nain. — 5. Pinus dmsiflora rendu difforme par le traitement (1/8 grandeur naturelle). — 4. Schiraga m’ats’u (Pinus densiflora) âgé de cent ans.
- dire qu’ils ont fait un art. On peut partager cet art en deux séries : l’une qui consiste à rapetisser les plantes, tout en leur conservant leur aspect naturel ; l’autre qui tout en les nanisant, en modifie les formes. Faute d’une appellation précise, nous donnons à l’ensemble des moyens que comprend cette dernière série, le nom de monslruosisme, qui, du reste, paraît assez bien approprié, puisque, en effet, il ne s’agit pas seulement de rapetisser les végétaux, mais encore de leur donner bien avant l’âge, l’aspect de vieillards rachitiques et difformes, comparés aux individus de ces mêmes espèces qui ont poussé en liberté. »
- On se demandera comment les Japonais obtiennent ces curieux résultats. M. Carrière essaye d’en donner l’explication à l’aide de quelques hypothèses.
- 9* uaée. — 1er semestre.
- On peut supposer que lorsque les Japonais veulent empêcher la croissance d’un végétal, ils choisissent des essences et probablement des variétés qui s’y prêtent, et dont la nature permet de les maintenir à l’état nain, tout en contrariant leur végétation. Alors ils en contournent ou rattachent les branches, et les munissent de ligatures, pour leur faire prendre une forme déterminée. On peut aussi admettre qu’ils les privent de nourriture et ne leur donnent que ce qui est absolument nécessaire à l’entretien de la vie. Ce fait explique comment on voit parfois des végétaux âgés de près d’un siècle et même plus, qui sont très petits et peuvent vivre dans des pots de dimensions relativement très restreintes ; la tige parfois remplit entièrement ces pots comme dans un des spécimens représentés sur la gravure ci-dessus (n° 4).
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- Malgré tout cela, il faut reconnaître que le climat du Japon se prêle merveilleusement à un semblable traitement, si contraire au développement normal, car dans des pays chauds, arides, fortement insolés, il est très douteux que ces arbres pourraient supporter cette culture anormale.
- De tous les végétaux, les Conifères paraissent être ceux sur lesquels les Japonais exercent surtout l’art du nanisme et du monstruosisme, et ce sont principalement des Pins qu’ils soumettent à ce traitement. Les dessins ci-contre montrent des exemples très remarquables des résultats obtenus; la tige très réduite est placée plus ou moins haut, à l’extrémité de racines qui semblent nager dans l’air (n° o), et qui, supportées par des tuteurs, descendent et viennent s’implanter dans la terre, pour y puiser leur nourriture. On ne distingue même plus le point de séparation de la tige et de la racine. L’individu n° 5 n’avait pas moins de 70 centimètres de hauteur; il était âgé de quarante ans. La plante figurée n° 4, a environ trente-cinq ans. Le jeune pin n° 2 est un spécimen qui a été apporté à Paris lors de l’Exposition de 4878; il avait, paraît-il, dix années d’existence.
- L’arbuste représenté à la droite de notre gravure (n°4), d’après des renseignements certains, est âgé d’au moins cent ans; il a lm,20 de hauteur et le vase qui le contient, 50 centimètres de diamètre.
- Nous ajouterons en terminant, que les Chinois comme les Japonais excellent à naniser les arbres, et que ce besoin de rapetisser les choses, s’étend non seulement aux végétaux d’ornement, mais encore aux arbres fruitiers.
- LES UNITÉS ÉLECTRIQUES
- Le rôle de l'électricité devient de jour en jour plus considérable ; le Congrès et l’Exposition qui se préparent contribueront dans une grande mesure aux progrès de cette branche de la science. Parmi les questions importantes que le Congrès aura a discuter, l’adoption d’un système coordonné et rationnel de mesures électriques tiendra certainement l’un des premiers rangs. Il faut avouer cependant que l’Angleterre nous a précédés, et de beaucoup, dans la ques-lion des unités électriques, et que les unités anglaises, de jour en jour plus répandues, sont sur le point d’être universellement adoptées. On entend parler à propos de questions électriques d'ohms, de volts et de webers; examinons donc rapidement l’origine et la valeur pratique de ces unités, sans discuter sur l’exactitude de leur détermination et, comme on le fait quelquefois, sur la valeur de la cinquième décimale. Si l’on ne voulait employer que des mesures d’une précision absolue, il faudrait renoncer à se servir d’aucune unité de mesure ; on serait ainsi conduit à rejeter jusqu’au système métrique, un des plus grands bienfaits de la science moderne.
- Jusqu’à ce que les travaux du comité nommé par l’As-sociation britannique en 1863 pour établir un système coordonné de mesures, aient été publiés, les quantités électriques ont été appréciées par des procédés absolument élémentaires, souvent grossiers, et les valeurs données n’étaient nullement comparables entre elles.
- Aussi n'est-il pas rare de trouver dans les ouvrages français, quelques-uns même assez récents, des intensités de courant estimées en degrés d’un galvanomètre quelconque, et les résistances exprimées en unités, sans autre détermination.
- Des procédés aussi peu scientifiques, ne pouvaient certainement durer indéfiniment. Le Comité de VAssociation britannique, après finit années d’études et d’expériences, étafilit un système d’unités électriques auquel on donna le nom de système de Y Association britannique et qui fut désigné par le symbole B. A. (British Association).
- Dans ce système, toutes les unités se déduisaient les unes des autres par définitions, (des définitions assez compliquées quelquefois), en partant de trois unités fondamentales, faciles à reproduire en tous temps et en tous lieux, commodes à comparer entre elles et de grandeurs convenables pour la pratique du calcul.
- Ces trois unités étaient le mètre, le gramme et la seconde sexagésimale; en 1873, sur les instances de sir William Thomson, on remplaça le mètre par le centimètre, pour mettre les unités d’accord avec les définitions de la densité et de l’unité de volume. Ce changement, d’ordre tout théorique, s’est traduit par des déplacements de la virgule dans l’expression des unités, et le système nouveau ainsi modifié, s’appelle aujourd’hui le centimètre-gramme-seconde,System ofunits ou, par abréviation, syslèmeC. G. S.
- Avant d’aller plus loin, on doit remarquer quel intérêt il y a pour la France à adopter un système de mesures électriques basé à la fois sur le système décimal et le système métrique, et combien, par ce fait seul, son emploi introduit de facilités dans les calculs.
- Pour les simplifier encore, on a adopté, en pratique, non pas les unités elles-mêmes, mais des multiples ou dessous-multiples de ces unités, auxquels on a donné des noms spéciaux, ohm, volt, weber. Enfin, comme ces unités ne se prêteraient pas à toutes les mesures sans l’emploi de grands nombres ou de décimales, pouvant causer des erreurs, on les fait précéder, suivant les besoins, de préfixes indiquant les multiples et les sous-multiples. La préfixe micro ou micr indique le millionième d’une unité; la préfixe milli, le millième ; le mot kilo indique mille fois l’unité ; la préfixe méga ou még se rapporte à un million d’unités. C’est ainsi qu’on dit un microvolt pour exprimer un millionième de volt, un milli-weber pour un millième de weber, un mégohrn pour un million d’ohms, etc.
- Voyons maintenant la valeur réelle et pratique de ces unités, en donnant quelques chiffres qui permettent de s’en faire une idée approchée, au moins par comparaison. Nous nous en tiendrons aux unités les plus employées :
- Unité de résistance, ou ohm.............Symbole K.
- Unité de force électro-motrice, ou volt. Symbole E.
- Unité d’intensité, ou weber.............Symbole I.
- Pour nous rendre compte de ce que signifient ces trois quantités, prenons l’exemple le plus simple : une pile d’un seul élément lonctionnant sur un circuit formé d’un conducteur d’une certaine longueur. Il s’établira, dans le circuit formé par la pile et le conducteur, un courant électri* que sous l'influence de la force électro-motrice E, développée par l’action chimique dans l’élément. Ce courant aura une certaine intensité I qui dépendra de la résistance totale R du circuit (pile et conducteur). Ces trois quantités sont reliées entre elles par la formule de Ohm :
- Connaissant deux d’entre elles, il est toujours facile,
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- à l’aide de cette formule, de déterminer la troisième.
- Si la force électro-motrice est égale à l’unité et que la résistance totale du circuit soit aussi égale à l’unité, on voit que l’intensité du courant est aussi égale à l’unité.
- Si la force électro-motrice delà pile (supposée sans polarisation) est de un volt, et que la résistance totale du circuit soit de un ohm, l’intensité du courant sera de un weber.
- Unités de résistance. — Avant l’établissement du système d’unités C. G S., on a employé un grand nombre d’unités arbitraires, aujourd’hui pour la plupart abandonnées.
- On compte encore souvent en France en kilomètres de résistance. Cette unité établie par Bréguct au commencement de l’établissement des lignes télégraphiques, est représentée par la résistance d’un fil de fer télégraphique de quatre millimètres de diamètre et de mille mètres de longueur. Cette unité vaut environ dix ohms; des étalons de résistance construits sur ce système par Dignez etBré-guet ont prése/.lé des différences notables dépendant de la qualité du fer pris comme étalon. On emploie en Allemagne l’unité Siemens, désignée souvent par le symbole U. S. et qui représente la résistance élastique d’une colonne de mercure de 1 mètre de longueur et de 1 millimètre carré de section. Elle vaut 0,9536 ohm.
- L’unité de résistance, ou ohm, fondée sur le C. G. S. System, dérivée du centimètre, du gramme et de la seconde, comporte une définition fort longue et fort compliquée que nous ne reproduirons pas. Une reproduction matérielle de cette unité est conservée précieusement à Londres comme le mètre étalon l’est à Paris au Conservatoire des Arts et Métiers. Cet étalon type a servi à construire les boîtes de résistance graduées que vendent les fabricants, et qui renferment des bobines de fil, soigneusement ajustées d’après les résistances qu’elles doivent représenter. On peut se faire une idée de cette unité de résistance par les chiffres suivants : un fil de cuivre pur de 1 mètre de longueur et de 1 millimètre de diamètre a une résistance de 0,02 ohm, c’est-à-dire qu’il en faut environ 50 mètre? pour représenter 1 ohm. Le fil de cuivre du commerce a une résistance souvent beaucoup plus grande, et il suffit de 50 ou 40 mètres de fil du même diamètre pour 1 ohm. Le fil de fer a une résistance environ six fois plus grande que le cuivre pur.
- Unités de force électro-motrice. — L’unité de force électro-motrice prend le nom de volt. 11 n’existe pas d’étalon matériel donnant exactement un volt de force électromotrice, mais il existe un certain nombre de piles constantes dont on a mesuré la force électro-motrice très exactement, et qui peuvent servir d’étalon à cause de leur constance.
- Ainsi j par exemple, une pile Daniell dont le cuivre plonge dans une solution saturée de sulfate de cuivre, et le zinc dans une dissolution saturée de sulfate de zinc, a une force électro-motrice de 1,079 volts.
- Une pile étalon imaginée par M. Latimer Clark a une force électro-motrice égale à 1,457 volts et la conserve avec beaucoup de constance. La pile Bunsen, donne de 1,7 à 1,9 volts, suivant la concentration de l’acide azotique et de l’eau acidulée; la pile au bichromate dépasse 2 volts au commencement de son emploi, et enfin la pile secondaire de M. Planté dépasse 2,5 volts lorsqu’elle est bien formée et au commencement de sa décharge,
- On se sert aussi quelquefois, dans les mesures électriques, de la pile Leclanché comme pile étalon, malgré sa polarisation, qui fait tomber rapidement sa force électromotrice, mais cet emploi est limité à la charge des con-
- densateurs, ou lorsque la résistance des circuits est assez grande pour ne pas produire cette polarisation.
- En pratique, on mesure la force électro-motrice à l’aide de g dvanomètres gradués directement en volts, par une simple lecture. Les indications de ces appareils sont d’autant plus exactes que leur résistance propre est plus grande; dans les conditions où on les emploie, ils présentent à la fois une grande simplicité et une suffisante précision.
- Unités d'intensité. — L’unité d’intensité prend le nom de weber. C’est l’intensité d’un courant qui traverse un circuit de un ohm de résistance avec une force électromotrice de un volt. Cette unité est surtout employée dans les applications industrielles de l’électricité, telles que l’éclairage et la transmission de force à distance. Pour les courants télégraphiques, les usages domestiques, les courants médicaux, etc.,on adopte le milliweber, qui n’en est que la millième partie.
- Comme exemples extrêmes nous citerons les courants téléphoniques, d mt l’intensité ne dépasse pas quelques mi-crowebers ; les courants télégraphiques, qui varient entre cinq et vingt milliwebers, et les courants des machines Gramme alimentant les régulateurs Serrin, dont l’intensité varie entre vingt et trente webers. Les machines dites de quantité, employées plus spécialement pour la galvanoplastie, fournissent des courants encore plus intenses, qui dépassent souvent quatre-vingts webers, bien que la force électro-motrice de la machine soit très faible. Cela tient à ce que la résistance propre de la machine et celle des circuits étant très faibles toutes les deux, l’intensité peut atteindre une grande valeur en vertu de la formule de Ohm.
- On a employé un grand nombre d’unités d’intensité fondées sur les actions chimiques des courants. On trouve dans certains travaux scientifiques, l’intensité d’un courant exprimée par le nombre de centimètres cubes de gaz mélangés, dégagés par minute par un voltamètre placé dans le circuit. D’autres fois, cette intensité est exprimée par le nombre de grammes de cuivre déposés par heure dans une cuve électrolytique, traversée par le courant à mesurer. Ces procédés assez compliqués, et bons seulement lorsqu’il s’agit d’étalonner des appareils, sont presque universellement abandonnés. Comme il est très facile de mesurer les résistances d’un circuit et les différences de tension entre deux points quelconques de ce circuit, il est bien plus simple d’en déduire, par une simple division, l’intensité du courant.
- Il existe d’ailleurs des appareils étalonnés et gradués qui donnent directement, par une simple lecture, ces intensités en webers ou milliwebers.
- Nous souhaitons vivement de voir généraliser leur emploi, qui rendra lès observations et les expériences entièrement comparables et fera disparaître, lorsque ces unités seront mieux connues, le vague qui règne toujours sur l’évaluation numérique des éléments électriques en jeu dans un appareil donné.
- Nous en citerons quelques exemples dans un prochain article, en étudiant les piles au point de vue de leur production et de leur montage, dans le but de les mettre dans les conditions de leur maximum de fonctionnement et en établissant les rapports numériques entre les unités électriques, thermiques et mécaniques.
- On comprendra alors bien mieux l’utilité des unités électriques et quels tâtonnements on peut éviter, par un simple calcul préliminaire, indiquant, sans erreur possible, comment et dans quelle mesure le but poursuivi peut être atteint.
- E. Hospitalier»
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- LA NATURE.
- L’ASCENSEUR A AIR COMPRIMÉ
- DE PLAINPALAIS, PRÈS GENÈVE
- Nous avons déjà décrit dans la Nature la plupart des procédés les plus intéressants essayés actuellement pour faciliter la traversée des montagnes par-
- les voies ferrées, notamment les différents types de chemins de fer funiculaires et à crémaillère ; nos lecteurs ont pu reconnaître que ces procédés pouvaient s’appliquer seulement d’une manière locale sur un petit parcours, à des wagons isolés, et qu’ils seraient impuissants pour entraîner un train tout entier sur une voie un peu longue. Le système Agu-dio est le seul qui fasse exception, car il permet
- Fig. 1. Vue extérieure du tube de l’ascenseur.
- La chaine représentée sur la ligure a été employée seulementîpour les essais préliminaires. Elle est sans emploi dans l’ascenseur.
- seul d’employer un câble de section réduite pour motive à simple adhérence pourrait à peine se entraîner un train lourd sur une pente où la loco- remorquer elle-même.
- Fig. 2. Section transversale de la voie et du tube.
- A. Tube de propulsion en fonte. — B. Nervure du tube. ~L C. Petits rails sur lesquels roulent les galets du chariot porte-tampon.
- E. Longrines ramenant les rails au niveau supérieur du tube. t
- Le type d’ascenseur dont nous allons parler, présente également cette propriété; il peut être adapté, comme le système Agudio, à la traction d'un train ordinaire sur une rampe supérieure à 40 millimètres ; il fournit, en un mot, à la locomotive l’effort auxiliaire qui lui est nécessaire pour franchir une pareille montée, et cela sans exiger aucun transbordement, aucune modification du train; de sorte que la locomotive, arrivée au sommet de la rampe, se retrouve avec les wagons qu’elle remorque, dans les mêmes conditions qu’auparavant : il suffit alors de séparer le moteur auxiliaire devenu inutile,
- comme on en détacherait une seconde locomotive quand on a recours à la double traction.
- On voit immédiatement par là, combien l’adoption d’une disposition. analogue faciliterait grandement la construction de$ lignes qui doivent traverser les montagnes, puisqu’on ne serait plus obligé de détourner la voie ferrée du thalweg naturel et de la replier plusieurs fois sur elle-même pour obtenir péniblement le parcours allongé qui est nécessaire, si on veut ne pas dépasser une pente acceptable pour la locomotive. Là, au contraire, on peut suivre presque directement la
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- ligne de plus grande pente, pour ainsi dire, sans avoir à changer aucunement les conditions d’établissement de la voie.
- L’ascenseur à air comprimé installé actuellement sur la colline de Plainpalais, près de Genève, a donc été étudié pour apporter aux locomotives en marche le surcroît d’effort moteur nécessaire pour franchir les rampes supérieures à 40 millimètres. Cet effort est obtenu, comme le nom l’indique, en utilisant la pression de l’air comprimé, qui est refoulé dans le tube de l’ascenseur posé le long de la voie. Ce tube renferme un piston mobile qui est chassé par la pression de l’air, et entraîne avec lui, par l’intermédiaire d’une tige rigide, débordant hors du tube, la locomotive et le train tout entier.
- L’air comprimé qui doit être refoulé dans le tube, est aspiré par un compresseur dans un grand réservoir spécial, et, lorsqu’il a rempli tout le tube, il est ramené dans ce même réservoir par le train descendant qui suit.
- Celui-ci chasse alors le piston devant lui, et se crée ainsi un frein particulièrement sûr et efficace, en même temps qu’il restitue, par la compression de l’air, la plus grande partie de l’effort moteur dépensé pour l’ascension du train précédent.
- Dans ces conditions, le travail de descente des trains est utilisé aussi complètement que possible; et, si l’on considère, d’autre part, que les compresseurs d’air seront actionnés par les chutes d’eau toujours nombreuses dans les pays de montagnes, de la même manière qu’on les utilise actuellement pour le percement des tunnels, par exemple, on voit que la force motrice est recueillie à peu près gratuitement, et qu’un pareil système, s’il est réellement pratique, permet de réduire dans une large proportion les frais de construction et d’exploitation de la voie. En outre, pendant la montée, l’air comprimé, en raison de son élasticité, s’applique beaucoup plus facilement qu’un câble aux variations de l’effort moteur de la locomotive en marche.
- Malheureusement, si l’idée est tout à fait sédui-
- sante en théorie, il faut reconnaître cependant que les difficultés d’exécution ont toujours empêché de la réaliser entièrement. On n’a pas oublié le tube atmosphérique du chemin du Vésinet à Saint-Germain, qui était installé dans des conditions analogues; seulement, on faisait le vide à l’avant du piston au lieu de comprimer l’air à l’arrière. On se trouva bientôt obligé d’y renoncer, comme on sait, en raison des fuites nombreuses qu’on ne put éviter. La barre de connexion qui fait saillie hors du tube, obligeait à pratiquer dans celui-ci une rainure longitudinale qu’on obstruait au moyen d’une soupape flexible formée de deux bandes de cuir, et on ne pouvait réussir à la maintenir bien étanche.
- Nous pourrions citer également les divers essais tentés auparavant en Angleterre et en Irlande, de Kingstown à Dalkey, sur un plan de 3 kilomètres, de Londres à Groydon et de Plymouth à Exeter, sur deux sections de 13 kilomètres de longueur, et qui eurent tous des résultats également défavorables.
- L’ascenseur de Plainpalais se présente dans des conditions beaucoup plus satisfaisantes ; car on a pu profiter des nombreux perfectionnements apportés aux machines à comprimer l’air pendant le percement dés deux grands tunnels du Mont-Cenis et du Saint-Gothard; et, de plus, l’installation du tube et de la soupape longitudinale diffère sensiblement de celle de Saint-Germain ; enfin les résultats obtenus jusqu’à présent permettent d’espérer que les fuites d’air n’y acquerront jamais une intensité dangereuse.
- Le tube de l’ascenseur a un diamètre de 0m,25 ; il est établi, comme l’indique la figure 2, au milieu de la voie ferrée, sur les mêmes traverses que les rails, et ces derniers sont relevés sur des longrines, de manière à se trouver ramenés au niveau du dessus du tube. Celui-ci est consolidé par des nervures extérieures également réparties sur toute la longueur (fig. 1), et il présente à la partie supérieure une fente longitudinale destinée à livrer passage à la barre d’attelage fixée à l’avant du piston
- Fi g. 3. Coupe du tube et du chariot porte-tampon.
- A. Tubè en fonte. — B. Soupape longitudinale composée de
- quatre parties : 1. Bande de fer en goutte-de-suif. 2. Lanière en cuir gras. 3. Coupe de la soupape en bois. 4. Lame en fer plat. — C. Bande de fer plat à laquelle la soupape est suspendue. — D. Nervures du tube. — E. Rails des galets. — F. Rails du chariot. — G. Palier de l’essieu du chariot. — H. Barre d’attelage double en forme de lyre. — M1( Ma. Coupe des barres moirées en fer qui forment la tige du piston et auxquelles est iixée la barre d’attelage. — N. Fourrure entre les deux barres de la tige moirée pour permettre le serrage. — K, L. Galets d’écartement qui maintiennent la soupape pendant le passage de la barre.
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- mobile qui remorque le train. Cette fente doit toujours être fermée à l’arrière, de manière à enlever toute issue à l’air comprimé ; elle est obturée alors par une sorte de soupape trapézoïdale qui forme l’un des traits caractéristiques du système (fig. 5). Cette soupape est soulevée au moment du passage du piston, et elle vient s’appliquer hermétiquement dans le siège de même forme qui lui est ménagé sur les deux lèvres de la baie; l’obturation est d’autant meilleure que la pression est plus forte à l’intérieur du tube, puisque la soupape se trouve alors maintenue par un effort plus énergique. On voit, d’après la figure 5, que la soupape se trouve reliée par des tiges verticales à une barre de fer méplat qui vient s’appliquer contre le tube lorsqu’elle est au repos; mais, lorsque les deux bras verticaux recourbés en forme de lyre de la barre d’attelage viennent à passer, ils soulèvent le fer méplat, comme c’est la position représentée sur la figure; et après le passage des barres, le piston,qui se présente à son tour, applique définitivement la soupape sur son siège.
- Le piston lui-même est en fonte garnie de cuir ; pour obtenir une fermeture aussi étanche que possible, on a pratiqué trois rainures sur le pourtour et placé dans chacune d’elles un anneau en caoutchouc recouvert de bandes de cuir qui frottent de champ contre les parois du tube. De plus, l’air comprimé venant de l’arrière du piston, communique successivement avec les faces intérieures de chacun de ces trois anneaux en caoutchouc, et contribue ainsi à les appliquer sur les parois et à se fermer toute issue. L’air comprimé est amené dans le tube à la pression de six atmosphères, ce qui fournit un effort moteur de 5000 kilogrammes environ, qui diffère peu de l’effort théorique de traction d’une locomotive ordinaire à deux essieux accouplés. L’air refoulé dans le tube est aspiré par un compresseur dans un réservoir de grand volume où la pression atteint déjà 4 kilogrammes environ; on a eu soin de diviser le travail de compression, afin de diminuer réchauffement dangereux qu’il entraînerait autrement. A la descente, au contraire, l’air est aspiré par le compresseur dans le tube et refoulé dans le réservoir, comme nous le disions plus haut.
- L’assemblage du piston et de la locomotive arrivant au bas de la rampe, s’opère avec la plus grande facilité, sans exiger aucun aiguillage, de la manière suivante : la barre d’attelage sortant du tube de propulsion, se termine au jour par un petit chariot guide, qui roule sur de petits rails placés à droite et à gauche de la voie en c (fig. 2), et qui porte à l’avant un tampon fixe destiné à venir butter contre un autre tampon mobile correspondant, fixé sur la locomotive. Pour faire usage de l’ascenseur, le mécanicien abaisse ce second tampon au contact du premier, et tout le train se trouve dès lors entraîné avec le piston mobile. En arrivant au haut de la rampe, le piston et le chariot guide
- s’arrêtent seuls, et le train poursuit sa marche sans arrêt,.
- Au contraire, quand le tampon mobile est relevé, le train tout entier peut passer par-dessus le petit chariot de l’ascenseur sans rencontrer aucun obstacle.
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’Ecole Polytechnique.
- L’ASPHALTE
- SON ORIGINE GÉOLOGIQUE, SA PRÉPARATION SES APPLICATIONS
- 11 existe, dans la nature, un produit minéralogique accidentel, qui se rencontre dans les conditions les plus diverses et souvent les plus inexplicables. Ce produit, connu et utilisé dès les temps bibliques, a reçu des anciens le nom de bitume, que la science moderne lui a conservé.
- Ce bitume se trouve tantôt à l’état natif, tantôt mélangé à des argiles, tantôt agglutinant des sables ou des poudingues, tantôt imprégnant des calcaires. C’est, à ce dernier produit que l’usage a donné le nom d'asphalte.
- Le bitume se présente sous différentes formas : bitume natif; argile bitumineuse provenant des Antilles, île de Trinidad; molasse bitumineuse de Seyssel et d’Auvergne ; enfin, calcaire bitumineux ou asphalte.
- Si, par des procédés chimiques, on isole le bitume contenu dans l’un quelconque de ces corps, on retrouve partout, à très peu près, la même substance, ayant la même composition, la même consistance, des apparences semblables ; l’odeur empvreumatique qui le caractérise varie seule quelquefois et prend un parfum alliacé dans les variétés existant au voisinage'des contrées volcaniques. Les analyses qui en ont été faites s’accordent à lui reconnaître à peu près la composition suivante :
- Je prends pour exemple celle de M. Boussingault : Carbone, 87 p. 100; hydrogène, 11,20 p. 100; oxygène, 1,80 p. 100. Le bitume pur est une substance d’un beau noir, à reflets rougeâtres, solide à basse température, ductile lorsqu’on l’échauffe entre les doigts, liquide vers 50 ou 60°, très fixe, puisque chauffé à 250° il perd à peine 1 p. 100 de son poids. Sa densité s’éloigne peu de celle de l’eau.
- C’est ce bitume qui, pénétrant dans les pores de certains bancs de carbonate de chaux, a donné naissance à l'asphalte.
- L'asphalte est sans contredit la plus considérable et la plus précieuse des manifestations du bitume ; il est devenu la matière première d’une industrie florissante, bien qu’elle date de trente ans à peine, et désormaisNMndispensable aux travaux publics ainsi qu’à l’embellissement des villes.
- C’est un calcaire tendre, imprégné naturellement
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- et intimement de bitume. Si l’on examine, en effet, au microscope un échantillon déroché asphaltique, on remarque que chacun de ses grains est enduit d’une petite pellicule de bitume pur par le moyen de laquelle il se trouve collé aux grains environnants. En sorte que la roche d’asphalte n’est en réalité qu’une espèce de conglomérat, à grain très fin, cimenté par du bitume.
- Si nous prenons un morceau de cette roche et si nous la chauffons à une température de 80 à 100°, la pellicule de bitume se ramollit, se fond et la cohésion de l’asphalte disparait. Chaque grain calcaire, se trouvant mécaniquement séparé des autres, la matière tombe en poussière. Prenons cette poussière encore chaude, ou bien, réchauIfons-la après qu’elle s’est refroidie, puis comprimons-la de façon à rapprocher et à presser énergiquement ses molécules les unes contre les autres, celle-ci se recollent et, lorsque la matière est redevenue froide, la roche se trouve reconstituée exactement comme elle l’était dans son état primitif, avec la même consistance et le même aspect. C’est sur cette singulière propriété qu’on a fondé l’industrie des chaussées en asphalte comprimé.
- L’asphalte ou calcaire bitumeux existe généralement, à l’état de couches régulières, dans le terrain jurassique, à l’étage que les géologues nomment l’urgonien. Ces couches se présentent presque toujours sous forme de lentilles coupées en deux par un cours d’eau. Parfois la couche est unique, ailleurs elle est multiple : on compte dans cer-. tains gisements jusqu’à sept couches superposées et séparées par des bancs de calcaire blanc très nettement distincts d’elles.
- Les rares savants qui se sont, jusqu’à cette heure, occupés de l’asphalte, ont disputé naturellement sur son origine et sur les circonstances de sa formation. Les uns ont voulu que l'apparition du bitume fût contemporaine de la sédimentation du calcaire et que le dépôt s’en soit fait de toutes pièces, les molécules de calcaire se déposant dans une mer bitumineuse. D’autres ont admis Je dépôt, la putréfaction, puis la transformation en matière bitumineuse de la partie organique des coquilles qui ont fourni les matériaux du terrain ooli-tliique. D’autres hypothèses encore plus hasardées ont été mises en avant. Une observation attentive des terrains asphaltiques m’a conduit à en adopter une qui, jusqu’à preuve contraire, me parait la plus plausible.
- 11 est permis de supposer, d’après les indices révélés par l’étude des régions bitumineuses, qu’à des époques géologiques encore mal déterminées, des amas de matières organiques, enfouies sous les énormes massifs du calcaire jurassique et chauffées par le feu central, se sont mis en vapeur et, à cet état, ont cherché une issue à travers l’écorce terrestre (fig. 1 ). Un jour, un craquement se produit dans cette écorce, une fissure se manifeste; les vapeurs bitumineuses comprimées par des pressions incal-
- culables s’y précipitent par le chemin qui leur est ouvert. Ces vapeurs franchissent ainsi les couches trop compactes pour se laisser pénétrer ; mais, arrivées au terrain oolithique, elles rencontrent, à droite et à gauche de la fissure, des couches de calcaire tendre qu elles imprègnent (fig. 2). Tant que la pression persiste, le bitume chemine à travers les pores du calcaire et eu remplit les cavités infinitésimales ; puis, peu à peu, cette pression diminue, l’imprégnation se ralentit et finit par cesser tout à fait.
- L’exploitation des mines d’asphalte se fait d’ordinaire par piliers et galeries, à la poudre (aucun gaz explosif n’y étant à craindre) et, la plupart du temps, les trous de mine peuvent s’y percer au moyen de simples tarières.
- En effet, le minerai asphaltique est une matière relativement tendre; toutefois, sa compacité étant en raison de l’abaissement de température, il a, dans l’intérieur des mines (où au contraire des mines de houille, il fait ordinairement très frais) une dureté qui s’augmente au dehors pendant l’hiver et diminue pendant les chaleurs de l’été, à tel point qu’une simple exposition de quelques jours au soleil, le fait tomber en poussière.
- C’est même cette propriété bizarre qui a amené la découverte du système des chaussées en asphalte comprimé. Dans l’origine de son exploitation, les voitures qui transportaient le minerai du gisement du Val-de-Travers, en laissaient tomber, çà et là, sur la route, des morceaux qui, broyés et comprimés par les roues, avaient fini par former une véritable chaussée en asphalte.
- Un ingénieur suisse, M. Mérian, eut l’idée d’utiliser cette invention du hasard. Il asphalta de cette façon une partie de la route de Travers à Pontarlier. L’application en fut très grossière ; mais le procédé était trouvé.
- Ceci se passait en 1849. En 1850, M. Darey, inspecteur génér al des ponts et chaussées, dans un rapport au ministre des travaux publics, sur la voirie de Paris, déclarait que l’avenir de la viabilité des villes appartenait à l’asphalte. Il proposait en même temps d’en faire l’application sur une partie des boulevards. Néanmoins ce ne fut qu’en 1854 qu’un premier essai fut fait rue Bergère. Tout le monde sait quelle fut, depuis, la carrière de l’asphalte comprimé.
- L’asphalte se présente dans l’industrie sous une autre forme plus utile encore peut-être et, à coup sur, plus répandue : je veux parler de ce qu’on appelle le mastic d'asphalte.
- Si nous prenons le minerai asphaltique, ou calcaire bitumineux, si nous le pulvérisons, soit en le désagrégeant par la chaleur, soit en le broyant à froid par des procédés mécaniques; si nous jetons cette poudre par petites doses dans un bain de bitume fondu, équivalant 7 ou 8 pour 100 du poids de la poudre employée ; si cous faisons cuire ce mélange pendant cinq ou six heures en le malaxant
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- continuellement au moyen d’agitateurs rotatifs, nous obtiendrons une sorte de pâte, qui, coulée dans des moules, donne ce qu’on appelle le mastic d’asphalte.
- Que se passe-t-il dans cette opération de la cuisson ; il est assez difficile de le préciser. Ce qui est certain, c’est qu’elle a produit un corps chimiquement semblable à l’autre, mais physiquement, ce corps est tout à fait différent.
- Analysez ce mastic et analysez cette roche, vous trouverez, sinon en quantité, du moins en qualité, exactement la même chose : du carbonate de chaux et du bitume. Mais, essayez de réduire en poudre
- par la chaleur, le mastic, comme vous l’avez fait de la roche, vous n’y parviendrez pas. Les molécules ne sont plus collées les unes aux autres par un simple ciment de bitume, elles font corps avec lui : le nouveau produit, chauffé, ne tombera plus en poussière, mais en pâte. Il aura une autre constitution physique, une autre structure et d’autres applications.
- La fabrication du mastic d’asphalte constitue une industrie très importante. C’est par quinze ou vingt mille tonnes qu’il faut évaluer la production annuelle des seules usines françaises; auxquelles il convient d’ajouter une quantité dix fois, vingt fois
- peut-être plus grande, due aux imitations et aux contrefaçons, qui atteignent comme on le voit une proportion des plus importantes.
- Abordons maintenant la seconde partie du sujet, c’est-à-dire les usages et méthodes d’application de l’asphalte brut et du mastic d’asphalte.
- La principale des applications de l’asphalte brut est la chaussée dite d’asphalte comprimé.
- Nous avons indiqué précédemment l’origine de ce système et le principe sur lequel il repose. 11 ne nous paraît pas utile d’expliquer ici sa pratique, que la plupart de nos lecteurs connaissent assurément.
- Tout le monde a vu ces chaussées. Je me contenterai de rappeler, pour mémoire, que la roche d’asphalte pulvérisée est réchauffée dans des cylindres rotatifs analogues aux brûloirs â café, puis trans-
- portée, chaude, à pied d’œuvre, où elle est étendue sur un lit de béton (fig. 3), sillonnée puis roulée.
- Les qualités de l’asphalte comprimé et les vices qu’on lui attribue ne sont plus aujourd’hui ignorés de personne. Nous croyons toutefois devoir en donner succinctement l’énumération.
- D’une part, facilité du roulage, insonorité, absence de boue et de poussière, heureuse influence exercée sur la santé publique par l’effet de cette propreté même ; d’autre part, glissement des chevaux par les temps humides, obligation de détruire trop souvent la croûte asphaltique pour atteindre les distributions d’eau et de gaz, enfin réparations relativement fréquentes.
- Les avantages sont hors de discussion ; quant aux défauts, sans les contester formellement, je crois
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- Fig. 4. Application du mastic d'asphalte à la confection d’un trottoir dit en asphalte coulé
- (Travaux de province).
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- pouvoir dire qu’ils sont curables et que, s’ils n’ont pas encore disparu, si même certains d’entre eux se sont encore accentués dans ces derniers temps, le système lui-même en est innocent.
- Le glissement des chevaux sur l’asphalte est un fait indiscutable. Par certains jours de brume ou de pluie fine, la poussière de la chaussée se change en boue savonneuse et, jusqu’à ce que cette boue ait été entraînée par la pluie ou le lavage à grande eau, la surface reste glissante. Cet inconvénient de l’asphalte est réel ; on ne peut que plaider les circonstances atténuantes en disant qu’un cheval abattu sur l’asphalte s’en tire toujours à meilleur compte qu’abattu sur le macadam ou sur le pavé.
- J’ajouterai cependant dans cet ordre d’idées, et à titre de simple curiosité, que, d’après des calculs donnés par M. Darcy, dans le mémoire que je citais tout à l’heure, la circulation sur l’asphalte devait réduire de moitié les frais d’entretien et de renouvellement des chevaux et des voitures; ce qui, d’après les calculs de l’éminent ingénieur, calculs que je n’ai point vérifiés, procurerait une économie probable de neuf millions par an au bénéfice de leurs propriétaires, pour Paris seulement.
- Le second inconvénient est, dans les conditions actuelles, parfaitement établi. Mais, comme la municipalité parisienne ne peut manquer de rejeter prochainement dans les égouts, comme cela se fait d’ailleurs à Londres, les conduits de gaz et d’eau, le mal est destiné à disparaître avec sa cause. Je ne m’en préoccupe donc pas davantage.
- Je vous demande, par exemple, la permission de réfuter la troisième objection, celle qui se réfère aux réparations incessantes dont la chaussée en asphalte comprimé est le théâtre, ainsi qu’aux désagréments qui en résultent, tant pour la circulation des voitures que pour l’équilibre du budget municipal.
- Deux causes principales ont amené jusqu’ici les détériorations.
- La première, c’est l’oubli d’une précaution essentielle, vitale, qui consiste à ne poser l’asphalte en poudre chauffée que sur une assiette sèche, inflexible et imperméable.
- La seconde cause de destruction, c’est l’emploi de matières impropres ou mal préparées.
- Arrivons aux applications du mastic d’asphalte.
- 11 y a quelques années, ces applications jse limitaient à la construction des trottoirs (fig. 4) et à l’établissement des chapes de voûtes. Il paraissait même douteux alors qu’elles pussent s’étendre beaucoup plus loin.
- L’application des aires en asphalte coulé est chose aujourd’hui tellement commune, que je crois superflu d’en parler ici. Elle est entrée dans la pratique usuelle des trayaux et les méthodes en sont à la portée du premier ouvrier venu. Il n’y a pas bien des années encore, le bitumier en titre affectait des prétentions déclarées au monopole de son métier; il avait des secrets, tout comme les
- compagnons du moyen âge, et n’entendait pas que n’importe quel profane lui en remontrât sur la façon de couler le mastic et de pousser la palette. Ces privilèges se sont perdus; les tours de main sont devenus vulgaires; l’outillage en est aujourd’hui à l’usage de tout le monde ; la pose des trottoirs en asphalte est désormais un ouvrage dont la technique n’a même plus besoin de prendre place dans une étude comme celle-ci. Quand j’aurai déclaré qu’une aire d’asphalte destinée à supporter la circulation doit être construite par de bons ouvriers, avec de bons matériaux, c’est-à-dire provenant de mines classées, et pourvus de toutes garanties possibles d’authenticité, j’aurai dit, à peu près, tout ce qu’il importe de savoir à ce sujet.
- Mais une observation attentive des propriétés de ce corps singulier a conduit ceux qui s’en sont occupés avec quelque constance, à lui trouver d’autres usages sur lesquels je vous demande la permission d’arrêter un instant votre attention :
- Si vous étendez le mastic d’asphalte en couche mince, sur un trottoir, par exemple, vous remarquez ceci : en hiver, il est cassant : un choc un peu brusque le brise; en été, il devient mou et malléable; ce n’est qu’à force de gravier qu’on l’empêche de se déformer d’une façon appréciable sous le pied des passants.
- Mais, si, après l’avoir mélangé de sable ou de cailloux, vous le coulez en blocs d’un certain volume, un décimètre cube, par exemple, non seulement il offrira au choc une grande résistance, mais, sous aucune température atmosphérique, il ne se déformera.
- Frappé de cette' propriété inattendue, l’idée me vint de l’utiliser dans la circonstance que voici :
- Vers 1862, j’avais à installer une machine à vapeur horizontale de cinquante chevaux, pour laquelle il me fallait un monolithe de sept mètres de longueur, creusé en son milieu pour le passage de la manivelle. Ne pouvant me le procurer qu’à très grands frais, j’eus la pensée de le remplacer par un bloc de mastic d’asphalte moulé et mélangé de moellons. La machine ainsi montée marche depuis dix-huit ans, dans une chambre où la température varie de 30 à 50 degrés, et le massif d’asphalte ne s’est pas déformé d’un millimètre.
- Encouragé par ce résultat, j’ai tenté d’en étendre l’usage. Entre autres applications, j’ai établi, sur un massif de béton d’asphalte de quatre mètres de hauteur, un broyeur Carr à grande vitesse, qui marche depuis six ans déjà, sans qu’on ait pu constater, au niveau à bulle d’air, la plus légère dénivellation sous ses paliers. A l’Exposition de 1878, M. Delano, directeur de la Compagnie des Asphaltes de France, a construit,,, d’après le même système, les fondations du broyeur Toufflin, qui n’est autre que le broyeur.Carr, disposé pour moudre le blé, et dont la vitesse est de 1400 tours à la minute. Grâce à la légère élasticité de l’asphalte, on obtenait cette vitesse énorme sans produire dans l’ap-
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- pareil la plus faible trépidation. M. Relano a aussi établi, sous la direction de M. le capitaine Naquet, les fondements d’un marteau-pilon pour l’atelier d’artillerie de Vincennes.
- J’ai cité ces exemples pour montrer les propriétés de l’asphalte sous un jour nouveau : rigidité et ténacité extrêmes et en même temps élasticité sans déformation à aucune température météorologique. Je n’ai pas besoin de vous indiquer quel parti l’industrie en pourra tirer, le jour où elle le voudra.
- Une autre propriété plus inattendue encore est celle qui fait de l'asphalte un excellent préservatif contre l’incendie.
- Laissez-moi vous citer à ce sujet un autre fait qui m’est personnel.
- Il y a une vingtaine d’années, j’avais fait couler une couche d’asphalte sur le plancher du premier étage d’une usine. Au rez-de-chaussée de cette usine étaient des fourneaux qui, un jour, mirent le feu aux solives ; en un instant toute la surface i nférieure du plancher fut embrasée et déjà la llamme atteignait la toiture du bâtiment lorsque les solives carbonisées cédèrent et le plancher s’écroula. Alors il se passa un fait bizarre ; la couche d’asphalte, ramollie par la chaleur, tomba d’une seule masse, comme aurait fait une lourde étoffe, enveloppa subitement dans ses plis les fourneaux et étouffa net l’incendie.
- Je signalai ce curieux incident à M. Eugène Fla-chat, qui était alors ingénieur de la Compagnie des Omnibus. M. Flachat répéta l’expérience en petit et, comme conclusion, fit asphalter tous les planchers des greniers à fourrage de la Compagnie des Omnibus. Plusieurs établissements analogues ont suivi cet exemple.
- Ce qui n’empêcha pas les journaux de province de publier en 1871, que, durant le siège, les Parisiens avaient brûlé leurs trottoirs pour se chauffer.
- D’une manière générale, l’usage du mastic en couches minces est indiqué partout où l’on veut obtenir une aire d’une imperméabilité absolue, jointe à une faible élasticité qui lui permet de céder sans se fendre aux tassements du sol ou aux dépressions légères d’une maçonnerie.
- En masses compactes, mélangé de pierres ou d’autres matières lourdes et inertes, il est précieux à employer dans tous les massifs de fondation qui exigent une ténacité considérable et une élasticité sans déformation. Ajoutez-y l’avantage que procure le plus souvent la facilité du moulage et celui d’être absolument inattaquable aux agents atmosphériques et aux sels de la mer.
- C’est donc un corps éminemment intéressant que celui-ci, et digne d’occuper les hommes de science. Cependant, il faut bien en convenir, à l’exception de quelques chimistes et de certains géologues qui, chacun à son point de vue, ont considéré avec intérêt cette curiosité minéralogique, on compte encore bien peu de savants qui lui aient fait l’hon-
- neur d’une étude approfondie. Il a pris, comme par force et sans y avoir été convié, sa place parmi les matériaux de construction les plus utiles, je pourrais presque dire les plus indispensables. Encore aujourd’hui, après tant de preuves données de sa valeur et de scs incontestables qualités, il est regardé de travers parles Travaux publics, qui l’acceptent à contre-cœur, comme un inconnu de mauvaise mine qu’on ne peut mettre dehors, mais dont il importe de se méfier.
- Il faut le reconnaître, cette antipathie n’est pas sans cause; cette méfiance a sa raison d’être. Nulle matière utile ne se prête à la falsification mieux que l’asphalte. A moins d’une grande habitude de sa préparation et de son emploi, il n’est guère facile de distinguer, même entre deux minerais pris au sortir de leur gisement, lequel est le plus propre à l’usage qu’on en veut faire.
- Aussi les tromperies et les malfaçons dont cette difficulté a rendu les administrations publiques victimes, les déboires qu’elle leur a procurés, les saignées sans nombre qu’elle a faites à leurs budgets, ont à la fin fatigué les architectes et les ingénieurs, dont beaucoup ont cessé de regarder l’asphalte comme un allié, pour le considérer comme un ennemi. Aux yeux de nombre d’entre eux, il n’est plus qu’un mal nécessaire et leur préoccupation est trop souvent d’étudier, non la manière de s’en servir, mais les moyens de s’en passer.
- C’est là une tendance regrettable, qui peut s’excuser, mais ne se justifie pas. De ce que les falsificateurs de l’asphalte sont plus subtils et plus audacieux que les autres, il ne s’en suit point qu’il faille, pour cela, se priver de l’un des matériaux les plus précieux que la nature ait mis à la portée des travaux publics, de l’une des ressources les plus fécondes qu’elle ait offertes à l’industrie, au bien-être des populations et à l’embellissement des villes. Au lieu de se décourager et de faire de l’asphalte le bouc émissaire des péchés qui se commettent à son ombre et sous son nom, on serait plus sage et mieux avisé si l’on cherchait résolument les moyens de le délivrer des parasites qui vivent de sa renommée et la compromettent1.
- Léon Malo,
- Ingénieur civil.
- LE CHRONOGRAPHE DENT
- Un des points les plus importants dans les observations astronomiques est la connaissance de l’instant précis auquel se présente un phénomène. Aussi, dans ces dernières années, à mesure que les instruments d’observations acquéraient plus de justesse dans leurs différentes parties, s’est-on appliqué à augmenter la précision des instruments destinés à
- 1 Extrait d’une conférence faite au Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- donner le temps. Il y a quelques années, la précision avec laquelle on pouvait noter l’instant d’un phénomène ne dépassait pas 4/10 de seconde. L’astronome en effet, n’ayant à sa disposition qu’une pendule battant la seconde, lorsqu’il voulait noter, par exemple, l’instant du passage d’une étoile aux
- fils du réticule de la lunette méridienne, prenait l’heure et comptait ensuite le nombre de secondes battues par le balancier de l’horloge. L’instant du passage pouvait se présenter entre deux battements, l’observateur était alors obligé d’estimer l’intervalle, écoulé entre le dernier battement et l’instant
- où l’étoile se trouvait cachée par un des fils; avec un peu d’habitude, l’heure d’un phénomène pouvait ainsi être inscrit à 4 /10 de seconde près. Mais il est à remarquer que cette fraction de seconde provenant d’une simple estimation est sujette à bien des erreurs. De plus, avec cette méthode d’observation, l’astronome doit toujours, et souvent à la hâte, inscrire le résultat de son observation. Aujourd’hui la précision avec laquelle on parvient à noter l’instant
- précis d’un phénomène est beaucoup plus grande, grâce au chronographe, qui écrit lui-même les heures des observations, heures qu'on peut lire ensuite, à son aise, à 4/50 et même à 4/400 de seconde près. L’astronome n’a plus qu’à observer ; le chronographe, aide fidèle, inscrit les observations; l’astronome, tout entier au phénomène qui va se passer, ne s’inquiète plus de compter les secondes ; au moment voulu, le chronographe note, sans
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- erreur possible, l’instant précis de l’observation.
- M. E. Dent, de Londres, dont la réputation dans la construction d’horlogerie de précision n’est plus à faire, vient d’achever trois de ces chronographes qui sont des chefs-d’œuvre d’exécution et d’exactitude. L’un de ces instruments est destiné à l’Observatoire de Bruxelles, l’autre a été commandé par le gouvernement japonais, et le troisième par celui d’É-gypte.
- La figure 1 représente l’appareil tel qu’il doit être monté dans l’Observatoire. CG est le tambour sur lequel on enroule la feuille de papier destinée à recevoir les inscriptions des heures. Sons ce tambour se trouve une vis WW qui reçoit son mouvement de rotation de l’horloge L et qui peut le communiquer au tambour, à l’aide de roues d’engrenage, placées à l’extrémité du tambour et de la vis. Celle-ci s’emboîte dans la partie inférieure du chariot K qui repose sur des rails parallèles à la vis WW, et qui se transporte le long de ces rails pendant que la vis WW tourne sur elle-même.
- L’horloge L qui commande la vis et par suite le tambour et le chariot est réglée par le pendule PP.
- Ce dernier est un pendule conique, c’est-à-dire qu’au lieu d’osciller ce pendule tourne autour du point de suspension SS en décrivant un cône. Le chariot K porte deux marqueurs, dont l’un est en communication avec l’horloge régulatrice de l’Observatoire. A chaque battement de l’horloge régulatrice (excepté à la 60e seconde de chaque minute) le marqueur se soulève et vient pointer le papier enroulé sur le tambour. Le contact électrique étant établi entre le marqueur et l’horloge régulatrice, supposons le cylindre en mouvement : le chariot s’avancera lentement vers la gauche et le marqueur viendra tracer sur le tambour une série de points, qui se trouveront disposés suivant des spires légèrement inclinées les unes sur les autres, et qui
- seront séparés l’un de l'autre par des intervalles correspondant à une seconde. La minute s’indiquera par la non-inscription sur le tambour du 60e point, qui correspond à la 60e seconde. Le chariot K porte un second marqueur placé à côté du premier, c’est celui qui inscrit l’observation. Mis en communication électrique avec l’instrument dont l’astronome se sert, ce marqueur peut, à l’instant voulu, sous la pression d’un simple ressort par l’astronome, se soulever et pointer le papier du cylindre (fig. 2 et détail fig. 3). Le point, ainsi marqué, se trouvera quelque part le long de la spirale des pointés des secondes, et en le rapportant à ceux-ci, il sera aisé de déterminer l’instant précis de l’observation au
- 1/50 de seconde près.
- Examinons les points indiqués sur le tambour (fig. 2). La spirale des pointés de seconde, court -autour du cylindre de gauche à droite. Le tambour fait un tour en deux minutes; il y a donc entre chaque point d’une des spires et le point à même hauteur dans la spire voisine, une différence de deux minutes. Comme nous l’avons dit plus haut, chaque minute est signalée par l’omission d’un point dans la spire. En se rapportant aux chiffres de la figure 2, placés en haut et sur le côté du cylindre, nous voyons que le dernier pointé des secondes correspond à 9 h. 12 m. 46 s. Suivons maintenant la spirale, en descendant vers le marqueur, nous trouvons d’abord la ligne blanche qui indique le commencement des minutes, puis trois pointés d’observations entre la 8e et la 9e seconde, un près de la 22e seconde, un autre à la 24e, et un troisième près de la 25e seconde, enfin tout un groupe près de la 40e seconde. Tous ces pointés pourront être relevés et déterminés, après un peu de pratique, au 1/50 et même au 1/100 de seconde près. Toutes les observations ayant été ainsi soigneusement annotées, la
- Fig 3. Détail du style marqueur.
- Fig. 4. Régulateur^du pendule.
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- feuille de papier est enlevée du cylindre et mise à part pour pouvoir être consultée dans la suite. Ce n’est pas un des moindres avantages de la méthode chvonographique de permettre, dans tous les cas douteux et longtemps après, de recourir aux observations originales.
- 11 est encore un dispositif sur lequel nous appelons l’attention du lecteur. C'est le régulateur du pendule ; la ligure 4 le représente. V est un baquet circulaire rempli d’un mélange de glycérine et d’eau, et dans lequel immerge plus ou moins une palette 1) articulée au pendule V. Celui-ci vient-il à accélérer son mouvement, la palette plonge davantage dans le liquide et le pendule reprend sa marche normale ; vient-il à diminuer au contraire, la palette se relève et le mouvement se trouve corrigé.
- D’autres perfectionnements ont été introduits par M. Dent dans son chronographe et en ont fait un instrument des plus soignés ; ainsi pour éviter tout arrêt brusque dans la marche du cylindre, un frein vient agir sur ce dernier, quand le chariot arrive à l’extrémité de sa course ; et pour empêcher toute détérioration au régulateur et au mouvement d’horlogerie, lors de l’arrêt du tambour, un dispositif permet au pendule de continuer son mouvement et d’arriver graduellement au repos.
- L. Niesten,
- Astronome à l’Observatoire de Uruxelles.
- SOCIÉTÉS SAYÀ1NTES
- Société botanique de France. — Séance du 14 janvier 1881.—Présidence de M. Van Tieghem. — M. Prillieux communique le résultat de ses recherches sur l’influence des températures excessives sur les végétaux. Des germinations de Phaseolus ont subi sous celte influence de remarquables hypertrophies qui intéressent jusqu’aux noyaux ; M. Prillieux y a vu des cellules à noyaux multiples, se multipliant par fragmentation. — M, Bré-vière envoie un cas de fasciation dans les tiges florales du Taraxacum officinale. — M. l’abbé Chaboisseau envoie une note sur les Viscum album, V. laxum et Arceutho-bium Oxycedri. — M. Bureau fait une communication sur la nomenclature des plantes fossiles ; il défend l’opinion que les décisions prises au Congrès de 1867 doivent s’appliquer aux végétaux fossiles aussi bien qu’aux plantes vivantes. — M. Van Tieghem expose les caractères d’un nouveau Myxomycète agrégé, dont le développement n’est pas encore suffisamment connu. —M. Cornu croit que le genre Rupinia (Myxomycète) doit disparaître et fait une étude critique de la spécification des Hypomyces et décrit différents détails de leur structure. — M. Poisson présente les corolles d’une fleur appartenant à la famille comestible des Sapotacées (Bassia), largement exploitée aux Indes.
- CHRONIQUE
- Conférences A Paris. — Les Conférences scientifiques et littéraires de la Sorbonne, laites sous les auspices
- de VAssociation scientifique de France, ont commencé le 15 janvier, et se continueront tous les samedis jusqu’à la fin d’avril.'M. Faye, membre de l’Institut, a. dans la première séance, charmé son auditoire, en faisant l’histoire de la Lune, M. Berlin n’a pas eu moins de succès le 22 janvier, en parlant des Miroirs magiques, et M. Ilément le 29, en traitant cette belle et intéressante que.-tion : l'Art de faire parler les sourds-muets et de les instruire. Aujourd’hui 5 février, M. Wolf, astronome à l’Observatoire de Paris, a pris pour sujet : les Satellites de Mars.
- Voici le programme des autres séances :
- 12 février, M. Simonin, ingénieur : VAfrique occidentale et le chemin de fer transsaharien. — 19 février, M. Gebhart,professeur à la Faculté des Lettres de Paris: le Procès et la mort de Savonarole. — 26 février, M. Davanne, vice-président de la Société française de photographie : la Photographie appliquée aux sciences. —
- 5 mars, M. le docteur Regnard, professeur à l’Institut national agronomique, directeur adjoint du laboratoire de physiologie de l’École des hautes études : Sommeil et Somnambulisme. — 12 mars, M. G. Bonnier, maître de conférences à l’École normale supérieure : Utilisation des fleurs par les insectes. — 19 mars, M. G. Perrot, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des lettres : les Découvertes de M. Schliemann à Troie et à Mycènes. — 26 mars, M. Pasqueau, ingénieur des ponts et chaussées : les Embâcles de glaces en 1879-1880. — 2 avril, M. G. Duruy, professeur d’histoire au lycée Henri IV :Ben-venuto Cellini. — 9 avril, M. Jordan, professeur à l’École centrale des Arts et Manufactures : les Progrès récents de l'industrie du fer. — Jeudi 21 avril, M. Chap-puis, agrégé de l’Université : T Ozone.
- Conférences en province. — Cette année, plusieurs villes de France ont organisé des conférences auxquelles le pul lic des départements semble prendre beaucoup d’intérêt. Des entretiens scientifiques ont lieu régulièrement au Havre, et notre collaborateur Stanislas Meunier y prendra prochainement la parole. A Tours, M. Paul Lesourd, président de la Chambre de commerce, a organisé vendredi 28 janvier, une soirée spéciale, dans la salle du Grand-Theàtre. M. Gaston Tissandier a parlé du Téléphone et du Phonographe, et les expériences exécutées avec le concours de M. Hospitalier, ont fort bien réussi. On a pu faire chanter un téléphone Bell, en se servant d’un transmetteur de Reiss et en intercalant une pile dans le circuit. L'Électrophone Ader et le Condensateur chantant que M. de Combettes avait mis à la disposition de l’orateur, ont obtenu le plus grand succès. On a également fait fonctionner un phonographe d’Edison, à mouvement d’horlogerie, appareil tout à fait remarquable, que son habile constructeur, M. Hardy, ingénieur-électricien, avait obligeamment prêté pour la séance. Après M. Tissandier, M. Coquelin aîné, de la Comédie-Française, a charmé l’auditoire par un délicieux entretien sur les Poésies de Manuel. Dimanche 50 janvier, la Société géographique de Lille, qui a pour président d’honneur M. le général Faidherbe et pour président M. Paul Crépy, a donné dans le local de la Société industrielle, à Lille, sa première assemblée générale. Api’ès un rapport lu parle secrétaire sur les progrès et les travaux de la Société, il y a eu deux conférences faites successivement par M. Léger, professeur à l’Ecole de guerre, sur les Russes et la Russie, et par M. Gaston Tissandier sur VExploration de l'atmosphère par les aérostats. On ne saurait trop applaudir à de semblables exemples d’initiative et de vulgarisation scientifique, donnés par quelques-uns des centres les plus importants de la France.
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- LA NATURE.
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- .Nous avons appris avec la plus vive douleur la mort de (.liarles Frédéric Kuhlmann, âgé de soixante-dix-sept ans ; chimiste émérite, industriel éminent, M. Kuldmann était en outre un grand citoyen qui a rendu de nombreux' services à la science et à son pays. Nous publierons prochainement l’histoire de sa longue et belle carrière.
- —^ >->—
- CORRESPONDANCE
- SUH LA PHYSIQUE SANS APPAREILS Monsieur Gaston Tissandier,
- J’ai lu avec le plus grand intérêt votre dernier article de physique sans appareils ; il m’a remis en mémoire une petite expérience très simple, basée, je crois, sur les impressions conservées par l’œil ; bien que vous la connaissiez sans doute déjà, je vous l’indique à tout hasard :
- Vous regardez fixement la petite figure ci-incluse dessinée sur un fond noir, en fixant plus spécialement le
- Itegurdez bien fixement celte figure en considérant surtout le losange noir du milieu, jusqu’à ce que vos yeux soient un peu fatigués ; dirigez ensuite votre regard vers un point du plafond; au bout de quelques instants, vous y verrez apparaître eu noir l’image blanche de la figure.
- losange du milieu, avec les deux yeux, jusqu’à ce que vous les sentiez un peu fatigués (cela dure une demi-minute), vous fixez alors le plafond au-dessus de votre tête et au bout de quelques secondes (15 à 20) la silhouette du diable apparaît très nettement en noir et cela à plusieurs reprises.
- Cette petite expérience gagne à être faite’ à la lumière, et je vous garantis que si elle est curieuse, il est au moins aussi curieux de voir une réunion de personnes regarder le plafond en attendant l’apparition.
- Veuillez agréer, etc.
- Ch. Rivière,
- Directeur de la cristallerie de Choisy-le-Iîoi.
- Nous avons fait l’expérience que notre honorable correspondant nous indique, et nous avons constaté qu’elle réussit très bien. 11 y a là un phénomène basé sur le principe des couleurs complémentaires. Si l’on fixe, comme nous l'avons expérimenté, un dessin rouge bien éclairé, on voit au plafond la silhouette, de couleur verte.
- G. T.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 51 janvier 1881. — Présidence de M. Wuutz.
- Électricité atmosphérique. — Le mercredi 19 janvier courant, M. Colladon, correspondant de l’Académie, a observé à Genève une très forte bourrasque durant laquelle se succédèrent trois ou quatre éclairs. En même temps tomba un abondant grésil, dont tous les grains parfaitement sphériques et formés d'une glace compacte mesuraient de 5 à 6 millimètres de diamètre. Une fois tombés sur le sol et après quelques secondes d’immobilité complète, ces petits grêlons manifestaient des soubresauts subits, s’écartant brusquement les uns des autres ou se précipitant tout à coup à leur rencontre mutuelle. Leur allure était tellement analogue à celle des balles de sureau ou des petits pantins des expériences classiques de la physique élémentaire, que l’auteur n’hésite pas à l’attribuer à des phénomènes électriques. La chute du grésil fut suivie d’une chute de neige et on n’observa plus les attractions et les répulsions précédemment décrites.
- Recherches sur les faunes antarctiques. — Tel est le litre d’un magistral mémoire de M. le professeur Alphonse Miine Edwards et qui déclaré digne en 1873 du prix Bor-din, ne fut pas publié alors à cause des frais nécessités par la gravure de ses très nombreuses planches. L’auteur y fait connaîlre surtout la distribution géographique des oiseaux caractéristiques de la faune australe. Il démontre que contrairement à la première apparence, ces animaux, malgré leurs puissants moyens de locomotion, sont éminemment propres à révéler l’existence et la position des centres dont les diverses espèces zoologiques ont irradié. Ses persévérantes recherches font voir que les îles polaires voisines de la Terre Victoria sont, par exemple, le berceau de toutes les races de Manchots de l’hémisphère austral. Ceux-ci n’ont eu qu’à suivre les grands courants de la mer pour parvenir au cap Horn, au cap de Bonne-Espérance et jusqu’aux îles Galhipagos, établissant çàet là sur leur route de puissantes colonies dans chacune desquelles se sont fixés solidement les caractères de race nettement différenciées les unes des autres. Grâce à l’itinéraire rétabli par M. A. Milne Edwards, on peut suivre pas à "pas les progrès des transformations subies par le type primitif.
- Contagion de charbon. — C’est aujourd’hui seulement que M. Basteur rend compte à l’Académie des faits si remarquables, qu’il a observés dans la ferme de Bonnières, près Senlis, relativement à la conservation dans la terre végétale des organismes par lesquels se transmet l’infection charbonneuse. 11 existe sur le territoire de cette ferme, des points où depuis douze ans sont ensevelis des moutons morts de la pustule maligne. Un petit troupeau de sept bêtes étant parqué sur ces points, d’ailleurs dépourvus d’herbes, y a contracté l’infection charbonneuse avec des circonstances telles qu’il est certain que le principe morbifique s’était conservé dans le sol depuis cette longue période. On conçoit les conclusions à tirer de ce fait important, au point de vue de l’hygiène publique.
- Chlorures métalliques. — On sait qu’il est beaucoup de chlorures métalliques dont la solution aqueuse est précipitée par l’acide chlorhydrique. C’est le cas par exemple pour le chlorure de calcium. M. Dilte (de Caen) vient d’étudier soigneusement cette précipitation et il a reconnu que la substance insoluble n’est pas un chlorhydrate de chlorure comme on aurait pu le pressentir, mais un hydrate inférieur de chlorure primitivement dissous.
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- LA NATURE.
- Élections. — 29 voix donnent à M. Clos (de Toulouse) la succession de M. Godron, qui de son vivant était correspondant de la section de botanique. M. Sirodot (de Rennes) réunit 8 suffrages et M. Grand’Eury 2.
- L’Académie était chargée aussi de désigner un membre pour faire partie de la Commission chargée de décerner le prix Fould au meilleur travail sur l’histoire des arts du dessin depuis l’antiquité jusqu’à l’époque de Périclès. C’est M. Jamin qui est élu par 21 bulletins ; le reste des 38 suffrages exprimés s’éparpillant sur un grand nombre de membres.
- Percement de Panama. — M. de Lesseps dépose le discours qu’il vient de prononcer au Jockey-Club devant les quatre mille actionnaires du Canal de Panama. Il décrit la séance dont il sort et constate l’unanimité des auditeurs, qui, dit-il, l’ont acclamé tout d’une voix, « comme mus par un ressort ». A quoi M.
- Dumas fait cette courtoise remarque : « Mais le ressort , c’est vous, monsieur de Lesseps ! »
- Varia. — Mentionnons encore : une dissertation de M. Rosensthiel sur la détermination des couleurs qui correspondent aux sensations fondamentales ; — un important mémoire de MM. Müntz et Aubin, relatifau dosage de l’acide carbonique de l’air ;— la description par MM .Vincent et Dela-chanal des substances qui prennent naissance par la réaction mutuelle de la benzine, du per-chlorure de méthyle et du chlorure d’aluminium ; — un procédé de M. Gabriel Pouchet pour retrouver dans des substances organiques en grand excès, de petites quantités de poisons minéraux ; une étude de M. Poincarré sur l’agent de transmission de la péripneumonie contagieuse.
- Stanislas Meunier.
- GRAVURE SUR VERRE
- Tout amateur disposant d’un petit tour à pédale peut aisément exécuter la gravure sur verre, en le disposant comme le montre la figure ci-dessous. Il suffit de se procurer une douzaine de disques en cuivre de plusieurs dimensions, suivant la nature
- des dessins que l’on veut exécuter, et de les monter sur une tige qui permet de les fixer aisément sur l’arbre du tour.
- Les disques sont imprégnés à leur circonférence d’une pâte formée d’huile d’olive et d’émeri assez fin. Le disque doit tourner dans le même sens que lorsque l’on travaille au tour, c’est-à-dire, dans le cas du dessin, si l’on regarde la face antérieure du disque, en sens inverse des aiguilles d’une montre.
- Pour éviter que les poussières d’émeri projetées par la force centrifuge ne viennent frapper les yeux de l’opérateur, on dispose une bande ou une lame
- de métal fixée à un support glissant le long d’une tige, dans le plan même du disque. Les poussières projetées ainsi dans une direction dangereuse sont rabattues sur la table.
- On indique d’abord les contours du tracé à l’aide d’un pinceau trempé dans de l’eau gommée ou du blanc d’Espagne.
- L’amateur doit en commençant, s’exercer à tracer des ciconféren-ces ou des filets avant de s’attaquer aux formes plus compliquées. L’expérience apprend bien vite la vitesse la plus convenable qu’il faut donner aux disques, vitesse qui dépend d’ailleurs de leur diamètre.
- Pour des travaux plus délicats, tels que les camées et gravures sur pierres dures, les disques sont en fer ou en acier, d’un diamètre beaucoup plus petit, et l’émeri est remplacé par de Végrisée ou poussière de diamant.
- Lés amateurs de tour, trouveront dans la gravure sur verre, une série d’exercices intéressants et auront vite acquis l'habileté et le tour de main nécessaires à la bonne exécution de travaux d’agrément souvent fort élégants.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandîer.
- Gravure sur verre avec un tour à pédale.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à l’aris.
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- N° 402.
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- LA NEIGE A PARIS
- La neige est tombée abondamment à Paris, dans le courant du mois de janvier 1881, notamment le dimanche 16 et sui’tout dans la nuit du 17 au 18. L’enlèvement des neiges s’est opéré celte année dans de très bonnes conditions ; cette opération constitue une opération d’une grande importance dans les grandes villes, aussi croyons-nous utile de donner quelques renseignements sur les procédés employés à Paris, et sur le nouvel appareil chasse-
- neige qui a été mis en usage celte année pour la première fois.
- L’enlèvement des neiges C:>t une des grosses dépenses de la voirie parisienne. On s’en rendra facilement compte si on calcule que 15 centimètres de neige, qui étaient l’épaisseur de la couche du 18 janvier, sui une superficie de 78 020 000 mètres carrés, donnent une masse de 11 703000 mètres cubes à enlever. L’hiver dernier, qui a élé, à la vérité, tout à fait exceptionnel, a coûté près de trois millions et demi pour l’enlèvement des neiges seulement. Cet hiver, un système d’organisation entiè-
- Nouveau chasse-neige adopté par la Ville de Paris.
- rement nouveau a été adopté, et dès le mois d’octobre dernier il était prêt à fonctionner.
- Paris a été partagé en vingt-neuf lots qui ont été adjugés chacun à un entrepreneur. Sur les ordres qu’il reçoit, cet entrepreneur doit fournir un certain nomkre de tombereaux, de chevaux et de terrassiers. C est à lui de s’entendre avec les possesseurs de tombereaux et avec les ouvriers. Les années précédentes, l’administration embauchait elle-même et faisait des appels dans les faubourgs ; les volontaires en descendaient par milliers ; mais, touchant leur journée d’avance et abusant de la mansuétude que l’on avait pour des ouvriers sans ouvrage, ils travaillaient quelques heures, mollement, et disparaissaient le plus souvent avant la fin de la journée. Désormais l’entrepreneur, étant 9e innés. — i*r semestre.
- responsable de ses hommes, s’efforce de les bien choisir, et le service se fait beaucoup mieux.
- Les ouvriers qui appartiennent aux divers services de la Ville, les cantonniers, les paveurs, les ouvriers des trottoirs et les balayeurs, au nombre d’environ 5000, ont été répartis de leur côté en 48 sections commandées par des conducteurs des ponts et chaussées. Chaque section est partagée en un certain nombre d’ateliers dont le chef a un territoire nettement délimité. Dès que la neige es tombée, tout autre service cesse, les ouvriers set. réunissent dans leurs ateliers respectifs et le chef les met à l’œuvre pour déblayer.
- La chute de neige ne surprend pas l’administration; sans qu’aucun ordre soit donné, dès que la neige est tombée, chacun sait ce qu’il doit faire.
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- On sait que les trottoirs doivent être déblayés par les riverains, qui sont passibles d’une amende s’ils ne le font pas.
- La Compagnie des omnibus fournit gratuitement 550 chevaux pour aider à déblayer les voies où ses voitures circulent. Les Compagnies des tramways mettent de leur côté leur matériel à la disposition de l'administration.
- Ces chevaux sont employés à traîner les cinquante herses à neige que l’on a fait construire pour le déblaiement des grandes voies. Ces herses se composent d’une charpente triangulaire s’élevant à 30 centimètres au-dessus du sol environ. Deux madriers ferrés, de 6 mètres de longueur, forment les deux côtés du triangle, dont le sommet est muni d’un éperon en tôle d’acier. A la base du triangle est un solide morceau de bois armé de six manches pareils à ceux des charrues, au moyen desquels trois hommes dirigent l’appareil.
- La herse, traînée par six chevaux accouplés deux •à deux, pénètre par l’éperon dans l’épaisseur de la neige et y ouvre une voie de la largeur de sa base (voyez la figure). La chaussée est élargie au fur et à mesure par d’autres herses suivant la première à peu de distance et qui achèvent d’accumuler la neige sur les bords de la chaussée. Une fois le plus gros enlevé, les herses sont garnies d’une armature de balais très serrés qui achèvent de nettoyer les voies.
- Dans les arrondissements voisins de la Seine, la neige est jetée dans le ileuve. Dans les autres, on l’entasse dans des terrains vagues désignés d’avance (le prix du transport d’un mètre cube varie entre 1 fr. 50 et 2 fr.), ou, lorsque les égouts collecteurs ont assez d’eau et de pente pour l’entraîner, on la décharge dans des bouches pratiquées au milieu de la chaussée et que le public est fort étonné de voir ouvrir, car, en temps ordinaire, elles sont cachées sous le pavage.
- Outre les nouveaux engins employés cet hiver, on a utilisé de grandes quantités de sel marin répandues sur la neige. L’action des piétons et des roues des voitures, produit la désagrégation de la neige ; le sel se dissout dans l’eau de neige fondue et l’empêche de se regeler, ce qui facilite son balayage à l’état de boue.
- Ainsi organisée, l’administration a fait de son mieux cette année; des armées de balayeurs, de pio-cheurs se sont ainsi à diverses reprises, répandues dans la ville, et le service a été exécuté dans des conditions très satisfaisantes.
- LE DISQUE-SCIE DE REESE
- Nos lecteurs se rappellent le disque-scie de Reese ou scie à fusion, que nous avons signalé dans leN° de la Nature du 11 décembre 1880. Ce disque formerait, comme on sait, une sorte de scie circulaire en fer à contour entièrement lisse et qui serait suscep-
- tible, d’après les descriptions fournies par les journaux étrangers anglais et américains, de couper eu deux sans la toucher, une barre d’acier posée devant la scie dans certaines conditions déterminées. Il suffirait, en effet, d’animer le disque, posé verticalement, d’un mouvement de rotation très rapide et de placer la barre à découper tout près du disque, parallèlement à l’axe de celui-ci, en la faisant également tourner sur elle-même, mais dans un sens inverse à c.elui de la rotation d’une roue d’engrenage. Dans de pareilles conditions, il se produirait en face du disque une entaille dans la barre, même sans contact avec celui-ci. Le métal entrerait en fusion, et tomberait en gouttelettes à mesure de l’approfondissement de l’entaille.
- Nous avions signalé cet appareil, qui constituerait certainement une découverte merveilleuse et des plus importantes, si l’authenticité en était établie; toutefois nous avions cru devoir faire nos réserves, et par suite nous ne nous étions pas attaché à discuter la théorie émise par M. Reese, pour en donner l’explication. Il n’entrait aucunement d’ailleurs dans notre pensée de contester l’exactitude des idées de M. Reese, nous exprimions seulement nos doutes et nous pensions qu’il était préférable d’attendre des renseignements nouveaux.
- Nous recevons aujourd'hui une lettre que M. Reese a bien voulu nous adresser lui-même à ce sujet, et nous croyons devoir la traduire en entier pour la placer intégralement sous les yeux de nos lecteurs, qui seront ainsi à même de se prononcer sur ce sujet si curieux :
- Pittsburgh, décembre 1880.
- Sir Bâclé, esq.,
- L’intérêt que manifestent les savants pour mon disque-scie en raison de sa propriété de trancher les barres d’acier sans les toucher, m’amène à appeler votre attention sur un phénomène bien plus merveilleux encore que j’ai toujours observé en étudiant le fonctionnement de cet appareil; et permettez-moi de vous dire que, pour ce disque, dont j’ai le brevet, il m’est payé une redevance de 5000 francs pour chaque appareil mis en service; vous voyez donc que c’est une machine réellement pratique et avantageuse.
- Quand la barre à découper est rapprochée du disque en mouvement, le métal entre immédiatement en fusion, et il s’échappe un courant d’étincelles d’une blancheur éclatante. Cependant, on peut alors placer la main dans ce courant de métal fondu sans se brûler aucunement, et la température est même peu différente de celle de l’atmosphère ambiante.
- Une feuille de papier blanc qu’on viendrait y placer, ne s’enflammerait pas, et ne serait même pas noircie; il en serait encore de même avec une mèche de coton toute imbibée d’huile, si on venait la placer dans le courant non loin de la barre à découper.
- En dehors des gouttelettes de métal fondu qui tombent ainsi sur le sol, un certain nombre se trouvent projetées de côté dans toutes les directions. Les étincelles qui traversent ainsi dans l’atmosphère un espace de plus de cinq pieds s’échauffent rapidement et deviennent brûlantes comme un fer rouge.
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- En Amérique, c’est de la France et de l’Allemagne que nous attendons la solution des questions de science abstraite. Quelque savant versé dans l’élude de la physique moléculaire, ne saura-t-il pas nous fournir l’explication d’un phénomène si merveilleux, ces étincelles relativement froides qui deviennent brûlantes comme un fer rouge, tandis que les gouttelettes de métal fondu sont éclatantes sans être échauffées même au point de noircir le papier blanc (The comparatively cold sparks burn like a hot poker, white the glisteniny incandescent mol-ten mass will not burn at ail, and will not discolor white paper).
- La scie par fusion est un disque circulaire en fer de lm,066 de diamètre et 5 millimètres d’épaisseur; il est monté sur un arbre comme une scie circulaire ordinaire, et mis en mouvement à l’aide de poulies et de courroies On lui communique unj vitesse de 2300 tours à la minute, ce qui représente à la circonférence une vitesse tan-gentielle de 7700 mètres; puis on place la barre d’acier froide à découper sur un chariot devant ce disque, et on la fait également tourner sur elle-même avec une vitesse de 200 tours à la minute.
- Dans ces conditions, dès que la barre arrive à proximité du disque, il se produit à la surface une gouttelette de métal fondu, et quelques secondes après, une entaille ; sans que le disque ait cependant jamais touché la barre. Le mouvement de rotation de la barre facilite l’écoulement du métal fondu, et la séparation du métal n’a jamais lieu par contact, mais seulement par fusion.
- Tous les corps entrent en fusion, comme on le sait, à une température convenable, mais cette température n’est-elle pas une mesure sensible de la vitesse des molécules dans leurs mouvements à l'intérieur des corps. Tant que cette vitesse est maintenue dans certaines limites, le corps reste à l’état solide, mais si elle vient à les dépasser, les molécules s’écoulent alors à l’état liquide, c’est alors la fusion qui se produit; même, si allant encore plus loin, on augmente l’écartement et la vitesse des molécules, on arrive à l’état gazeux. La fusion se produit donc ainsi sans aucun contact, et la seule condition nécessaire est d’amener les molécules à la vitesse exigée. La pression atmosphérique s’accroît sensiblement comme vous l’avez signalé dans la description de l’appareil, sur chacune des faces du disque, et elle peut même atteindre pendant l’expérience 1 atmosphère 02. Les molécules d’air sont projetées, en effet, dans des directions divergentes à la vitesse de 7700 mètres par minute, et il se produit un certain accroissement des distances intermoléculaires en même temps qu’une absorption de calorique latent. Les particules gazeuses ainsi projetées viennent heurter la barre avec la vitesse de fusion, et sous l’effet de ces chocs multipliés et de la compression qui en résulte, le calorique latent, redevenu libre, se transmet dans la barre d’acier ; il amène les molécules métalliques à la vitesse de fusion, et dans cette région, le métal s’écoule à, l’état liquide.
- Il y a quelques années, j’entendais dans une de ses conférences, M. Tyndall disant que : « La température est la mesure de la vitesse moléculaire, comme la pesanteur est la mesure de la matière, » et j’ai pensé alors qu’il serait possible de former une démonstration sensible de cette idée théorique. Je fus donc amené à construire la scie par fusion ; à ma grande satisfaction, je vis, à la vitesse de fusion, s’écouler les gouttelettes de métal liquéfié.
- Pour terminer, je pense que cet agent impondérable
- qui échappe à nos sens, et que nous appelons le calorique, est le même qui, en se transmettant à travers les gaz, communique aux molécules la vitesse qui les rend lumineuses, de même qu’il peut amener celles des corps solides à la vitesse de l'incandescence. Et lorsqu’il est obligé d’exercer son action sur un espace rétréci, c’est encore lui qui produit le phénomène que nous attribuons à l’électricité....
- Votre tout dévoué,
- Jacob Reese,
- Métallurgiste, membre (les Sociétés américaines des ingénieurs des mines et des ingénieurs mécaniciens, membre de la Société de ingénieurs dé la Pensvlvanie occidentale, etc., à Pittsburgh, U. S. A., Diamond Street.
- M. Reese semble regretter vivement que nous ayons paru rejeter son hypothèse, alors que nous sommes incapable d’en fournir aucune autre pour expliquer des phe'nomènes aussi singuliers.
- Nous ne faisons nulle difficulté de reconnaître que la théorie de M. Reese ôn donne la seule explication acceptable ; les molécules d’air entraînées par le disque en mouvement, viendraient heurter la barre d’acier tournant en sens contraire, et ces chocs multipliés amèneraient un développement de chaleur suffisant pour fondre le métal en face du disque. Les gouttelettes fondues seraient refroidies rapidement en traversant le courant d’air, tout en conservant cependant un certain éclat, tandis que dans celles qui seraient projetées un peu loin, le métal s’oxyderait après avoir traversé une certaine couche d’air, et cette action ehimique relèverait aussitôt la température des étincelles.
- Nous publierons la semaine prochaine de nouveaux documents que nous venons de recevoir sur ces faits nouveaux et vraiment extraordinaires.
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LÂ COMÈTE D’ENCKE EN 1884
- Une seule comète, à retour périodique, pourra être observée cette année; c’est la comète d'Encke. En 1818, Pons, de Marseille, découvrit une comète dont les éléments calculés étaient analogues à ceux de la comète de 1805. Arago fit remarquer cette analogie lorsque Bouvard présenta les éléments de l’orbite de la comète de Pons. Olbers, de son côté, indiqua que cette comète avait été observée en 1786 et en 1795. Encke, astronome à l’Observatoire de Gotha, calcula alors les éléments elliptiques de cette comète et détermina le temps moyen de sa révolution 3*285. La comète reçut le nom de l’astronome allemand qui en avait démontré la périodicité. L’orbite de la comète d’Encke est intérieure à celle de Jupiter. Depuis 1818, cette comète a été revue à presque tous ses retours au périhélie ; le plus souvent, on ne peut l’observer que dans l’hémisphère austral. En 1878, elle présentait une apparence nébuleuse circulaire. En 1881, son passage au périhélie aura fieu, d’après Y Annuaire de l'Observatoire de Bruxelles, vers le mois d’octobre.
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- RÉGULATEUR DE PRESSION
- PODR LES VAPEURS
- Dans certains cas, il est indispensable :
- 1° De maintenir absolument constante, dans une chaudière, la pression d’une vapeur donnée, quel qu’en soit le débit; 2° de n’user de combustible que proportionnellement à la quantité de vapeur dépensée; 3° enfin, de rendre la marche de l’instrument complètement automatique, en évitant tout danger d’explosion.
- L’instrument représenté résout ce triple problème et a pour lui la sanction d’une pratique journalière de plus de trois années.
- Le combustible employé pour chauffer la chaudière contenant le liquide est le gaz d’éclairage ; le réservoir est une chaudière à vapeur d'une forme et d’une contenance quelconques.
- Le régulateur proprement dit (fig. 1), se compose d’une membrane de caoutchouc 8 serrée entre deux plaques métalliques. La face inférieure de la membrane est mise en rapport avec la vapeur par un tube étroit de plomb se raccordant au tube 1 qui, se remplissant d’eau, reste à la température ambiante, tout en transmettant la pression de la vapeur. La face supérieure de la membrane est pressée par un disque métallique 2, qui par l’intermédiaire d’une tige rigide 5, lui transmet la pression du poids 6 agissant avec une force variable par l’intermédiaire d’un levier. C’est le mécanisme de la soupape de sûreté à poids. A la face supérieure du disque 2 débouche un tube 3 amenant le gaz, qui sort par le tube 4 pour aller de là au brûleur placé sous la chaudière. La membrane se trouve chargée de la sorte comme une véritable soupape de siireté. Si nous la supposons chargée pour se soulever seulement à 5 atmosphères par exemple, tant que cette pression n’est pas atteinte, le gaz afflue au brûleur; mais, lorsque la pression atteint 5 atmosphères, le disque 2 est soulevé par la vapeur et règle l’écoulement du gaz. Dès lors la pression reste invariable, quel que soit l’écoulement de vapeur.
- Le levier est gradué en atmosphères, et un simple déplacement du poids 6 change la pression dans la chaudière, en maintenant constante cette nouvelle pression.
- Celte disposition évite toute surveillance, puisque, si la pression, pour une cause ou pour une
- autre, pouvait dépasser la limite qui lui est assignée, le gaz s’éteindrait.
- J’ai opéré la contre-pression par un pouls et non par un ressort quelconque, dont l’élasticité toujours variable peut devenir une cause d’accident. On pouvait craindre a priori qu’une faible membrane de caoutchouc ne résistât pas à la pression, qui peut être considérable. La pratique a montré qu’il n’en était rien. D’abord, l’appareil étant placé à distance, la membrane reste froide; d’un autre côté, les pressions qu’elle supporte, étant égales sur ses deux faces, s’annulent sans pouvoir la détériorer. Cet appareil si simple m’a rendu de grands services. J’ai pu chauffer une petite marmite de Papin dans laquelle je faisais réagir deux liquides à haute pression, en évitant tout danger d’explosion et toute surveillance. Ce dispositif pourra servir à plus d’un chimiste. Je cite, en terminant, une application industrielle de ce régulateur, faite dans les ateliers de mon habile constructeur, M. Y. Wiesnegg.
- 11 s’agissait de comprimer de l’air à une pression constante de 100 millimètres de mercure pour alimenter les chalumeaux de l’atelier. Ce résultat a été obtenu en entraînant l’air par un jet de vapeur. Le mélange traverse un serpentin refroidi où la vapeur d’eau se condense. La chaudière est chauffée au gaz, et, grâce à mon régulateur, la pression y est maintenue absolument fixe, quel que soit le débit. Ce mode de chauffage, en supprimant l’ouvrier chauffeur, n’est pas plus coûteux pour ces petites applications que le chauffage au charbon. On n’use, en effet, de combustible que proportionnellement à la quantité de vapeur dépensée, et on a l’immense avantage d’avoir un instrument toujours prêt à fonctionner.
- M. Wiesnegg construit sur ce principe un petit modèle de soufflerie à vapeur chauffé au gaz l, qui a déjà rendu de grands services, grâce à sa mobilité et à sa parfaite régularité. Lorsqu’une chaudière doit être maintenue en pression de manière à être prête à fonctionner à chaque instant, ce qui est le cas des pompes à incendie à vapeur, c’est certainement le moyen le plus simple d’obtenir le résultat désiré, en supprimant l’ennui de toute surveillance et la possibilité de toute explosion 2.
- D’Arsojnval.
- 1 Yoy. n° 354 du 13 mars 1880, p. 228.
- 2 Note présentée à l’Académie des Sciences.
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- ANALYSE MICROSCOPIQUE DE L’EAU1
- L’analyse chimique est incapable d’atteindre ces particules délicates qui constituent les germes organiques. 11 n’existe pas de méthode qui permette de
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- doser le poids réel de ces impuretés, et il est impossible au chimiste de dire quelle est la proportion de ces miasmes qui peut porter atteinte à la santé.
- Une eau grossièrement souillée peut parfois être bue pendant longtemps sans causer de mal en ap-
- Organismes contenus dans le sédiment de l’eau de Londres (grossis 800 fois).
- 1. Daplinia pnlex. — 2. Chilodon. — 5. Paramœcium. — 4. Acineria incurvata. — 5. Paranema globulosa. — 6. Cercomonas. — 7. Groupe d’Actinophrys sol. — 8. Arnœbæ. — 0. Amœba diffluens. — 10. Protococcus pluvialis. — 11. Diatomées diverses. — 12. Desmhliées. — 13 Confcives. — 14. Spores de champignons. — 13. Fragments de tissu végétal. — 10. Amœba plus grossie. — 17. Cyclops quadricornis. — 18. Cypris.— 10. Anguillula fluviatilis, etc.
- parence, et tout à coup des accidents surviennent qui provoquent l’attention. C’est une maladie contagieuse qui attaque ceux qui font usage de cette eau, tout en épargnant les voisins qui emploient l’eau
- 1 Dans une série de lettres sur l’eau livrée à l’alimentation à Londres, publiée dans le Times, un célèbre microscopiste, M. Jabez Hogg avait avancé que l’analyse chimique est insuffisante pour permettre de déterminer si une eau est potable i ou non, et qu’il faut, en outre, recourir à l'examen microsco-
- d’une autre provenance. Une enquête est ouverte : elle démontre, ou bien que les déjections d’une personne atteinte d’une maladie infectieuse sè sont infiltrées dans l’eau, ou bien que la source, déjà
- pique de l’eau. Interrogé dans les colonnes _ d’un journal scientifique, 1 ’English Mecanish, et prié de donner son opinion d’uné manière plus précise, M. Jabez Hogg a fait uno réponse que nos lecteurs nous sauront gré de traduire.
- René ViO.'I.
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- impure, a éprouvé une élévation de température suffisante pour amener une putréfaction rapide. 11 est peu de médecins qui n’aient eu à constater de cas de ce genre. Le 6e rapport de la Commission des eaux insalubres et le rapport statistique du 20 juillet 1879 en présentent de nombreux exemples : les faits démontrent que ce n’est pas la matière organique, par elle-même, qui rend l’eau insalubre, mais que ce sont les corps organisés ou les germes qui ont pénétré dans le liquide ou qui s’y sont développés très abondamment sous des conditions favorables.
- Le professeur Frankland établit comme règle, et nous pouvons admettre, que toute eau contenant 1,5 d’azote organique sur 20 000 est une eau réellement dangereuse, et plus la quantité d’azote est petite, en proportion du carbone organique, moins il y a chance de rencontrer des impuretés animales ou organiques. Il faut remarquer, toutefois, qu’il n’est pas possible de tracer une limite bien précise dans une question si délicate. Les données sur lesquelles repose une analyse de l’eau ne serviront donc que pour aider à former un jugement, qui sera modifié par les circonstances, comme la source, l’heure, l’endroit de la prise de l’eau ; il peut se faire qu’elle ait été puisée précisément au-dessus du point où les matières infectieuses pénètrent dans la rivière et en altèrent les eaux.
- Les germes des maladies spécifiques ont jusqu’ici échappé à l’analyse chimique Ja plus habile. Des eaux, en apparence parfaitement claires et limpides, peuvent contenir en solution ou en suspension, de minimes quantités de matières organiques, et se troubleront promptement par la chaleur. Les matières le plus promptement oxydables sont les plus dangereuses. Aucun procédé connu de filtration ne rendra l’eau infectée inoffensive ou suffisamment pure pour pouvoir servir à la consommation. Les formes les plus palpables d’impuretés qui se rencontrent dans l’eau des rivières échappent à l’observation du chimiste, parce que les réactifs qu’il emploie détruisent ces formes embryonnaires de la vie végétale et animale. Et pour toutes ces raisons, l’examen le plus efficace est une analyse physique, et le microscope est un précieux auxiliaire du tube à réactif.
- Lorsqu’on veut soumettre l’eau à un examen microscopique, il faut prendre un flacon assez grand de l’eau à essayer et l’exposer pendant un jour ou deux à une chaleur modérée, dans une chambre bien éclairée. 11 se forme un dépôt qui couvre le fond du vase. On enlève soigneusement ce dépôt à l’aide d’une pipette ou d’un tube de verre assez long pour atteindre le fond du flacon sans produire trop de trouble, et on place ce sédiment sur une lame de verre, pour l’examiner sous un objectif de 6 millimètres. Si l’eau a été souillée par des infiltrations organiques, on y observera un grand nombre de corpuscules ténus : épithélium, fibres musculaires, granules d’amidon, poils, fibres ligneuses, champignons, conferves, diatomées, et parfois des infu-
- soires, comme le paramœcium, ou des entomostra-cés. L’existence dans l’eau de ces différentes sortes d’infusoires n’indique pas toujours un extrême danger ; mais leur abondance prouve généra'ement, surtout en été, qu’il y a dans l’eau une certaine quantité d’impuretés organiques de nature suspecte. En réalité, à moins qu’ils ne trouvent une nourriture suffisante, ces êtres meurent promptement, et leurs débris accumulés fournissent une nouvelle quantité de matière putrescible, qui reste en suspension, et passe facilement à travers tous les filtres. La gravure ci-contre (fig. 1) représente les organismes observés au microscope dans le sédiment déposé par l’eau qui alimente Londres dans la partie sud de la Tamise. On n’y compte pas moins de 19 genres différents.
- Le moyen le plus pratique d’arriver à l'état réel de la question, l’importance de ces organismes au point de vue de la santé, et leur effet probable sur les êtres humains lorsqu’ils sont introduits dans l’économie — c’est d’énumérer les différentes maladies auxquelles ils ont donné naissance.
- 1° Maladies de l’appareil digestif : Dyspepsie, Diarrhée, Cholérine, Dyssenterie, auxquelles il faut ajouter les entozoaires ou parasites intérieurs : Ténias, Ascarides, Filaires et Distomes. Ces derniers sont surtout funestes aux moutons.
- 2° Maladies spécifiques : Fièvres malariennes, Typhoïde ou Fièvre putride, Choléra, Fièvre jaune et Fièvre de famine.
- 3° Maladies de la peau et des tissus sous-cutanés : Furoncles, Clou de Delhi, Clou de Damas, Mal d’A-lep, Mal des Barbades, Tumeurs fongueuses ; et dans certaines localités : Goitre, Calcul, Ostéites.
- On verra ainsi d’un coup d’œil, que le microscope porte une accusation saisissante contre les eaux contaminées ; il nous fait faire un pas de plus dans l’analyse de l’eau, et nous montre que le danger, au point de vue sanitaire, ne saurait être trop hautement apprécié. Tout récemment, par exemple, les investigations ont mis sur la voie d’une nouvelle source d’entérite, qui peut être attribuée à la présence de vers nématoïdes, introduits dans l’organisme 'par l’eau servant à la boisson, ainsi qu’on voit, dans nos animaux domestiques, s’introduire les dangereux Distomes. Le rapport des Bactéries à la fièvre typhoïde est admis généralement. Nous ne possédons pas de pouvoir grossissant capable de montrer la structure de ces formes végétales microscopiques ; néanmoins il est facile d’en démontrer la présence, à cause de leur prodigieuse puissance de reproduction. Elles vivent en colonies, et, grâce à une sorte d’enveloppe gélatineuse, elles sont difficiles à détruire; leur union fait leur force. Ceux de mes confrères qui ont étudié la question avec soin admettent que la bactérie nous présente, sous une forme visible, le contage de la fièvre putride ; et, pour citer les paroles de M. Simon : « Il est difficile de concevoir, dans la production des maladies dans une société civilisée, un tableau plus
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- pénible que celui dont il est ici question. De toutes les maladies qu'on peut imputer à la saleté, celle-ci est bien véritablement le type et la quintessence; se propageant quelquefois par un processus caché, mais le plus souvent de la manière la plus éclatante, elle peut être ramenée invariablement à une source : la saleté. Cette maladie infectieuse poursuit son cours par inoculation d’un être humain à un autre, et les instruments matériels de cette inoculation sont les germes des matières fécales, que la saleté et l’imprévoyance de i’homme laissent se mêler avec l’eau qui lui sert de boisson. »
- Jabez Hogg.
- NÉCROLOGIE
- A. E. Mariette. — Le savant égyptologue français qui avait acquis une si grande célébrité par ses travaux, E. Mariette, est mort récemment à l’âge de. soixante ans. Né à Boulogne, le H février 1821, il se fit remarquer aux débuts de sa carrière par une savante dissertation sur les villes anciennes. L’étude des hiéroglyphes égyptiennes captivait déjà son attention; mais c’est en 1850 seulement, qu’il fut chargé d’une mission scientifique en Égypte. Il entreprit des fouilles nombreuses, retrouva sous le sable du désert, le temple du dieu Sérapis et les tombeaux des bœufs Apis; ses recherches continuées avec une admirable ardeur, pendant quatre années consécutives, le conduisirent à déblayer le fameux Sphynx, et à s’assurer que ce colosse de pierre, avait été taillé sur place, dans un rocher naturel. A son retour d’Égypte, M. Mariette fut nommé conservateur adjoint du Musée égyptien au Louvre. En 1855 il se rendit à Berlin pour y étudier les antiquités égyptiennes rassemblées dans cette ville; il retourna en Égypte, y fut siommé conservateur des monuments et reçut le titre de bey. Depuis cette époque notre célèbre égyptologue était connu sous le nom de Mariette-beÿ. Le nombre des mémoires qu’il a écrit est considérable; sa mort est une perte immense pour les sciences de l’antiquité.
- E. Boricky. — Nous avons le regret d’annoncer à nos lecteurs la mort prématurée de M. le docteur E. Boricky, un des minéralogistes les plus distingués de notre époque, professeur à l’Université de Prague, enlevé à la science, le 28 janvier 1881, à l’âge de quarante ans. Ses travaux sur les basaltes et les porphyres ont une valeur de premier ordre. Boricky peut être considéré comme un des fondateurs de l’analyse microscopique des roches ; il comptait en France de nombreux amis, parmi lesquels nous citerons MM. Fouqué, Michel Lévy et Des Cloiseaux.
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- INSECTES QUI DÉTÉRIORENT LES LIVRES
- Dans un rapport lu à la British Association, le professeur NVestwood a retracé l’histoire des insectes qui détruisent les livres et les papiers imprimés.
- Les chenilles de YAglossa pinguinalis, et d’une espèce de Dcpressaria, détériorent souvent les livres en filant leurs toiles entre les volumes, et en rongeant le papier pour en former leurs cocons. Une petite mite (Cheyletus eru-
- dilus) se rencontre aussi quelquefois dans les livres tenus dans des endroits humides, et en ronge le papier. Un tout petit coléoptère (Hijpothenemus emdilus Westm.) creuse des galeries étroites dans la couverture des livres, la Lepisma saccharina, qu’on trouve dans les tiroirs et les buffets où l’on serre les provisions, se nourrit aussi de papier, comme on en a eu la preuve par une gravure encadrée et sous verre, dont la partie blanche fut rongée, tandis que les endroits couverts par l’encre d’imprimerie restèrent intacts. Cette habitude des Lepismes n’a pas encore été mentionnée. Les fourmis blanches (Termiditœ) sont une source constante de dégâts dans les climats chauds. Les blattes détruisent également les livres.
- Mais ce sont les « horloges de mort » (Anobium perti-nax et striatum) qui font le plus de mal, en rongeant et perforant non seulement les couvertures, mais aussi le volume lui-même. On rapporte un exemple de vingt-sept volumes in-folio placés ensemble sur une tablette, qui avaient été si bien perforés par la larve, qu’on put enfiler une ficelle par le trou qu’elle avait fait, et soulever tous les volumes.
- Four détruire ces insectes il faut avoir recours à la vaporisation, et des volumes attaqués ont été placés dans une grande caisse rendue aussi imperméable à l’air que possible, avec de petites soucoupes contenant de la benzine, ou avec une éponge imbibée d’acide phénique ; une forte infusion de coloquinte ou de quassia, le chloroforme, l’essence de térébenthine, le jus exprimé de noix vertes, l’acide pyroligneux, ont été aussi employés avec succès. Les fumigations sur une grande échelle peuvent également être mises en usage, en remplissant la bibliothèque de vapeurs de soufre, d’acide prussique ou de benzine ; enfin on peut encore mettre un volume attaqué sous la cloche d’une machine pneumatique, et une heure après que le vide aura été fait, on trouvera les larves mortes. •
- UNE YILLE MORTE
- (Suite et lin. — Voy. p. 131.)
- Au milieu des nombreuses églises de la ville de Diu, il faut remarquer l’église des Jésuites, située l’angle sud-ouest de l’Esplanade, et qui est fort remarquable ; on y reconnaît le goût qui a présidé à la construction de toutes celles de la Compagnie de Jésus. Les ornements et les sculptures sont d’un goût que l’on est loin de s’attendre à trouver dans ce s pays. Les pilastres qui séparent les fenêtres de la façade et des côtés sont à trois étages et deviennent de plus en plus simples en s’élevant. Les fenêtres ne sont point semblables, elles sont alternativement en œil-de-bœuf ou rectangulaires, et surmontées d’un triangle à moulures bien sculptées. Le haut des côtés forme une galerie en dehors de la grande voûte cylindrique du comble. L’église est toute d’une venue et n’a point d’ailes ; la façade est plus ornée que le reste. Le cloître se trouve à côté de l’église et paraît être en bon état. Les fenêtres sont garnies de coquilles d’huîtres qui, dans tous les vieux édifices de ces pays, remplacent nos vitres et donnent aux intérieurs une lumière vague dont l’effet est très beau dans les grandes salles et surtout dans les églises.
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- L’intérieur du cloître est très beau ; il est à galerie à voûtes en plein cintre soutenues par des piliers carrés très solides. La corniche est richement sculptée et surmontée d’une galerie qui règne autour de la terrasse; on aperçoit des traces de teintes de fresques sur les murs et sur le plafond des galeries, qui sont très larges.
- Le temps a plus respecté cet édifice que les autres; cependant, en voyant déjà l’humidité filtrer à travers les voûtes et menacer tous les murs, on prévoit malheureusement qu’il aura bientôt le sort des autres monuments que nous avons précédemment décrits.
- Le seul être vivant qu’y rencontra M. l’amiral Paris fut un vieux prêtre de couleur, misérable et paresseux, et vivant au milieu de quelques vieux meubles antiques ; il paraissait avoir quelques élèves auxquels il devait apprendre bien peu de chose, car il était lui-même bien ignorant.
- En laissant l’église des Jésuites à droite, on arrive à une excavation énorme qui offre le spectacle d’un désordre éminemment grandiose. On croirait voir les débris d’un ancien édifice cvclopéen. Le terrain a été creusé profondément, en laissant de côté et d’autre d’immenses blocs taillés à pic ou bien en voûte ; plusieurs sont éboulés et en désordre. Au milieu se trouve un seul bloc vertical très mince et mesurant 30 à 40 mètres d’élévation ; il semble être un pilier ayant soutenu une voûte gigantesque. La pierre paraît poreuse et formée de couches régulières et presque horizontales ; sa couleur est l’ocre, excepté dans les parties supérieures, qui, exposées depuis longtemps à l’air, sont devenues grises et quelquefois presque noires.
- La ville proprement dite, quoique bien abandonnée, n’a point l’aspect de misère que l’on s’attend à trouver lorsqu’on vient de parcourir la citadelle et les monuments qui l’entouraient. On y trouve bien des décombres, mais les maisons sont la plupart en bon état. Les rues sont généralement étroites et tortueuses, faisant de nombreux angles paraissant avoir eu un but militaire. Beaucoup sont de construction portugaise, bien bâties, percées de petites fenêtres et de meurtrières. Les fenêtres ont ordinairement des balcons couverts ornés de nombreuses sculptures très soignées et à jour. Certaines parties de la ville offrent l’aspect d’une saleté tout à fait repoussante.
- Les malheureux habitants sont des banians occupés à fder du coton, tandis que d’autres leur vendent dans le bazar quelques pauvres objets nécessaires à leur vie misérable. Bans la rue où est situé celui-ci, se trouve un petit édifice indien d’une forme assez bizarre, en ce qu’il forme pour ainsi dire une croix dont les branches sont courtes. Le contour est garni de colonnes d’un ordre assez étrange et dont la partie inférieure, comprenant près des deux tiers de la hauteur totale, est carrée. Le dôme a des arêtes peu marquées et est orné intérieurement de beaucoup de sculptures disposées
- à peu près en caissons Les colonnes sont très courtes et reposent sur une partie élevée de 2 mètres, qui est occupée sur le devant par un escalier qui conduit à une porte placée au fond sous le dôme. Ce petit monument, sur le compte duquel il a été impossible de se procurer aucun renseignement, a dû évidemment servir de temple ou de pagode à l’usage de quelque religion de l’Inde.
- Quand on vient de parcourir l)iu dans tous les sens, on en sort saisi d’une impression pénible; tous ces vestiges, témoins muets d'une grande prospérité, vous engagent à faire un retour en arrière, à assister à la période de prospérité comme aux luttes gigantesques que leurs possesseurs ont eu à soutenir pour défendre leur propriété.
- Dans les climats tropicaux, et aux Indes plus qu’ailleurs, le temps, l’air, le soleil brûlant ont pour collaboratrice la végétation, qui est tellement puissante quelle finit par tout envahir et tout recouvrir. Àau Indes, ses effets se font particulièrement sentir. Une essence d’arbre surtout est à elle seule plus envahissante et plus meurtrière que des milliers d’autres; nous parlons du figuier multipliant, appelé vulgairement dans ces pays l’arbre des Banians. Partout où un de ces arbres peut prendre racine, on peut affirmer que dans un temps relativement rapproché, il y aura une forêt. On le rencontre toujours dans les ruines ou les endroits abandonnés, et si l’homme n’est pas là pour le surveiller et l’arrêter, il entreprendra fatalement son œuvre de destruction. Ce figuier forme un grand arbre toujours vert qui vit pendant des siècles et qui étend au loin ses branches sans qu’on puisse fixer leur longueur, car, de distance en distance, elles donnent naissance à de longs jets qui ressemblent d’abord à des cordes et descendent vers la terre pour s’y enraciner. Bientôt après, ces cordes forment des troncs semblables à la tige principale, et ceux-ci produisent à leur tour de nouvelles branches d’où descendent de nouveaux jets qui ne tarderont pas à s’enraciner de la même manière.
- M. l’amiral Paris, dans la visite qu’il a faite à Diu et à Bassien, put y voir plusieurs exemples de la force extrême du multipliant et de l’action destructive qu’il exerce sur les monuments. Le dessin d’un de ces arbres (voy. la gravure), a été copié dans un des albums de l’amiral Paris, ainsi que précédemment les dessins de la ville de Diu. Voilà ce qu’il a écrit dans son journal de voyage :
- « D’abord faible et n’ayant que la grosseur d’un bourgeon, il s’introduit dans les fentes des murs, y suit une route tortueuse, les perce, et va du côté opposé produire des branches et des feuilles. Peu à peu il grossit, disjoint les pierres, qui l’aplatissent, mais qui finissent par céder.
- « Si, d’un côté, il détruit et renverse des murs, de l’autre, il lui arrive d’en enlacer des parties assez étendues dans un réseau qui conserve l’union mieux que les meilleurs ciments.
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- licmarquable liguier multipliant (arbre des Baniansj se développant au milieu des ruines d’un ancien couvent des Jésuites à liassien, ville morte au nord de Bombay (d’après une aquarelle de M. l’amiral Pâris).
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- « J’en vis un exemple frappant en allant aux carrières; j’y trouvai un multipliant dont les branches tenaient en l’air une portion de mur d’environ lm,50 sur 0m,60 et 0,u,30 d’épaisseur; chaque pierre était encore à sa place, mais séparée de la voisine par le gonflement des racines, et cette masse était maintenue au-dessus des décombres des restes du mur. »
- On le voit, ces villes autrefois célèbres et florissantes, Ormus, Diu et Bassien. disparaîtront bientôt étouffées et seront ensevelies sous une exubérance de vie végétale : c’est la période qui précède leur mort et l’oubli des hommes.
- St. de Drée.
- BIBLIOGRAPHIE
- Premières notions de Zoologie, par Paul Bert. Ouvrage rédigé conformément aux programmes d’août 1880 pour la classe de huitième, i vol. in-18 avec 345 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1881. Prix, 2 fr. 50.
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- Leçons, discours et conférences, par Paul Bert. 1 vol. in-18. Paris, G. Charpentier, 1881. Prix, 3 fr. 50.
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- Annuaire de VAcadémie royale des sciences, des lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1 vol. in-18, 47e année. Bruxelles, chez F. Bayez, 1881.
- Annuaire de l’Observatoire royal de Bruxelles, 1881, 48e année. 1 vol. in-32. Bruxelles, F. Hayez, 1880.
- Théorie scientifique des couleurs et leurs applications à l’art et à l’industrie, par O. N. Roon, professeur de physique à Columbia-College de New-York. 1 vol. in-8“ de la Bibliothèque scientifique internationale avec 130 figures et 1 planche en couleurs. Paris, Germer Baillière et Cie, 1881. Prix, 6 fr.
- Congrès internationnal d’Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques. — Bapport sur la session de Lisbonne, par Émile Cartailhac, 1 vol. in-8. Paris, Eugène Boban, 1880. ,
- Excursion au Pic du Midi. Visite à l’Observatoire météorologique du général dé Nansouty, par Félix Régnault, 1 brochure in-8° avec 3 photographies. Toulouse, 1880. '
- Correspondance botanique. — Liste des Jardins, des Chaires, des Musées, des Revues et des Sociétés de botanique du monde, par M. E. Morren, huitième édition. 1 vol. in-8“. Liège, 1880.
- Nouveau Manuel complet du Chaufournier, du Plâtrier, du Carrier et du Bitumier, par M. D. Magnier, ingénieur. Nouvelle édition, par Romain, ingénieur. 1 vol. de la collection des Manuels Roret, avec figures et planches. Paris, librairie Roret, 1881.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LÀ VIE
- (Suite. — Voy. p. 122.)
- LES ANIMAUX ARTICULÉS
- Les phénomènes divers que nous ont montrés les Vers annelés, se retrouvent exactement dans rem-branchement des animaux articulés auquel appartiennent les Crustacés (Crabes, Écrevisses, etc.), les Arachnides, les Myriapodes ou Mille-pieds et les Insectes. Tous ces animaux se laissent rattacher comme les Annélides à un type primitif commun, véritable colonie linéaire formée d’individus tous semblables entre eux, placés bout à bout et qui ont subi par la suite des temps, en raison même de leur indépendance réciproque, des modifications particulières. Ce type primitif est encore à peu près réalisé dans deux classes remarquables à tous égards, celle des Onychophores et celle des Myriapodes.
- La classe des Onychophores ne comprend que le seul genre Péripate. Les Péripates sont des animaux terrestres, vivant dans les lieux humides et obscurs et habitant un petit nombre de localités, très distantes les unes des autres, de l’hémisphère autral : le Cap de Bonne-Espérance, le Chili, la Guyane, l’Australie, etc.; on en trouve aussi une espèce dans les Indes. Cette vaste répartition dans des localités actuellement isolées les unes des autres, indique qu’il s’agit d’un type fort ancien, dont l’origine remonte sans doute à une époque où le climat du globe était beaucoup plus uniforme que de nos jours. Les Péripates ressemblent à des chenilles qui n’auraient que des pattes membraneuses, coniques, terminées par une paire de crochets. Tous leurs anneaux sont exactement semblables entre eux, seuls l’anneau antérieur et Panneau postérieur diffèrent des anneaux intermédiaires. C’est exactement le cas des Annélides errantes.
- Les Myriapodes ont des membres articulés, mais sont encore, au point de vue de la similitude des anneaux de leur corps, à très peu près dans les mêmes conditions que les Péripates ; seulement leur tête est bien plus nettement caractérisée ; elle est pourvue d’antennes, de mandibules, de deux paires de mâchoires et, chez les Scolopendres, d’une paire de crochets qui ne sont autre chose que des pattes modifiées. Cette tête présente une grande ressemblance avec celle des Insectes, et cette ressemblance n’est pas la seule qui unisse ces diverses classes d’animaux. Tout dans leur organisation, témoigne d’une proche parenté, et cela est d’une haute importance, car il est facile de prouver qu’un Myriapode n’est autre chose qu’une colonie linéaire, et cette conclusion s’étend dès lors aux Insectes. La segmentation du corps d’un Myriapode se manifeste, en effet, aussi bien dans ses organes internes que dans ses organes externes; le cœur, la chaîne ganglion-
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- naire ventrale, l’appareil respiratoire y participent également, de sorte que chaque anneau est véritablement un individu distinct. On voit, en effet, les deux moitiés de certaines Scolopendres coupées en deux, continuer à courir et à vivre pendant quelque temps après la section. Toutefois ici les parties perdues ne se réparent pas, et les deux moitiés de l’animal finissent par mourir. On ne voit pas davantage les Myriapodes se segmenter spontanément mais leur mode de développement n’en témoigne pas moins d’une façon certaine de leur nature coloniale. En général, ils ne naissent pas, en effet, tout formés : ils sortent de l’œuf avec un très petit nombre d’anneaux ; les autres poussent un à un à l’extrémité postérieure du corps, exactement comme chez les Annélides. Dans certains genres, au corps très allongé, comme les Géophiles, cette addition d’anneaux dure très longtemps, peut-être pendant toute la vie de l’animal, mais à mesure que le type s’élève, le nombre des anneaux se réduit, et il finit en même temps par devenir absolument fixe, non seulement pour chaque espèce, mais même dans toute l’étendue d’un genre ou d'une famille. Cette fixité est presque absolue chez les Insectes, où l'on voit toujours, en arrière de la tête, dont les organes et les appendices se montrent toujours en nombre constant, le thorax toujours formé de trois anneaux et l’abdomen presque toujours de onze. Ce nombre varie d’ailleurs, moins encore qu’il ne semble au premier abord, car trois ou quatre anneaux abdominaux sont souvent employés à produire des organes spéciaux, tels que les aiguillons, les tarières et les oviscaptes d’un certain nombre d’espèces.
- La classe des Arachnides montre d’une façon bien nette comment peut s’effectuer cette réduction du nombre des anneaux abdominaux. Chez les Scorpions, l’abdomen est suivi, comme chacun sait, d’une sorte de queue qui porte à son extrémité le crochet venimeux de ces animaux. Cette queue est en réalité composée d’anneaux identiques aux autres, car elle contient un prolongement de la chaîne nerveuse et du tube digestif. Elle perd son crochet terminal et s’amincit considérablement chez les Télyphones pour disparaître entièrement chez les Phrynes et les Chelifer. Il y a donc là une véritable atrophie des anneaux abdominaux postérieurs. L’abdomen des Phrynes et des Chelifer ne contient plus que onze anneaux ; ce nombre se réduit encore chez les Araignées, où les anneaux ne sont du reste distincts que chez l’embryon et sont complètement fusionnés à l’éclosion (fig. 1, n° 4).
- L’abdomen des Araignées et des Insectes adultes est dépourvu de pattes, mais on ne saurait douter que ces animaux n’aient eu pour ancêtres des Articulés qui possédaient des pattes abdominales, car on voit des rudiments de membres sur les derniers anneaux de beaucoup de larves et de quelques insectes parfaits ; les Campodea et les Japyx
- possèdent de semblables rudiments sur tous leurs anneaux, et l’on en voit apparaître temporairement sur les quatre premiers anneaux abdominaux des Scorpions, des Chelifer et des Araignées (fig. 1, nos 1 et 2). L’absence de membres abdominaux est donc chez les Articulés le résultat d’un avortement.
- L’histoire du développement des Araignées montre encore un phénomène intéressant. Chez ces animaux il n’y a pas de tête proprement dite. La région qui précède l’abdomen porte le nom de céphalothorax, parce qu’elle correspond à la fois à la tête et au thorax des Insectes. Or, le céphalothorax ,quand il apparaît, se montre formé de six anneaux portant chacun une paire d’appendices ; il est impossible de méconnahre entre ces appendices l’identité la plus absolue, au moment de leur apparition. Ce sont des organes exactement de même nature; ils ont cependant des destinées bien diverses. La première paire forme plus tard les crochets venimeux ou chélicères qui sont situés au-devant de la bouche des Araignées et sont remplacés chez les Scorpions par de petites pinces didactyles ; la seconde paire devient les palpes ou pattes-mâchoires à l’aide desquelles les Araignées maintiennent leur proie, et constitue les grandes pinces des Scorpions. Les quatre autres paires d’appendices ne sont pas autre chose que des pattes locomotrices, et comme tous les appendices sont primitivement identiques, l’on est en droit de conclure que les pinces des Scorpions, les palpes des Araignées et les chélicères des uns et des autres ne sont autre chose que des pattes modifiées.
- Les pattes locomotrices et les palpes reçoivent constamment leurs nerfs de la chaîne ganglionnaire ventrale, les chélicères reçoivent, au contraire, directement leurs nerfs du cerveau. Chez les Insectes et les Myriapodes les antennes seules sont dans ce cas, et les pièces buccales elles-mêmes reçoivent leurs nerfs de la chaîne ganglionnaire. Les chélicères des Arachnides correspondent donc exactement aux antennes des autres Articulés, et les palpes à leurs pièces buccales ; mais ces chélicères et ces palpes sont des pattes modifiées : on est donc en droit de se demander s’il n’en est pas de même des appendices correspondants des autres Articulés. Dans ce cas leur tète, qui porte constamment quatre ou même cinq paires d’appendices, devrait être considérée comme résultant de la fusion de quatre ou même de cinq anneaux primitivement distincts. L’embryogénie est parfaitement d’accord avec cette conclusion, et l’étude comparative des Crustacés permet de l’établir sur des bases inébranlables.
- La classe des Crustacés comprend une multitude de formes échelonnées depuis le Cyclope de nos eaux douces jusqu’au Homard et à la Langouste, à l’organisation compliquée, aux yeux supportés par de longs pédoncules qui ont fait donner le nom d’ordre de Podophthalmes à l’ordre dont ils sont les types. Si l’on examine les divers appendices du plus commun des Crustacés, l’Écrevisse, on reconnaît sans peine qu’ils se composent de deux
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- paires d'antennes en tout semblables à celles des Insectes, d’une paire de mandibules, deux paires de mâchoires, trois paires de pattes-mâchoires et enfin cinq paires de pattes proprement dites, sans compter les pattes abdominales et celles qui concourent à former la queue. Un premier fait attire tout d’abord l’attention, c’est que des mandibules aux pattes, la forme se modifie graduellement : on trouve tous les passages intermédiaires, de telle sorte qu’il devient ainsi évident que tous les organes, aussi bien ceux qui servent à la marche, que les plus modifiés de ceux qui servent à la mastication, sont exactement de même nature. L’identité des mandibules et des mâchoires des Crustacés avec les organes analogues des Insectes est évidente; il est donc certain que ce sont aussi chez ces animaux des pattes modifiées. Restent les antennes.
- Les Écrevisses quittent l’œuf avec une forme peu différente de leur forme définitive ; la plupart des Crustacés podophthalmes ont au moment de leur éclosion une forme differente de la forme adulte, mais déjàélevée, plus ou moins voisine de la Zoë ou larve des Crabes ; à cet état les antennes sont déjà en place et remplissent leurs fonctions définitives, de sorte que les Zoës ne nous renseignent pas davantage que les formes adultes
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- Fig. I. — Déveloitement hes Aiiaignées. — 1. Très jeune embryon où les membres ne se sont pas encore spécialisés et où tous les segments du corps sont distincts. — 2. Embryon plus âgé où les chélicères prennent déjà une forme particulière (ces deux embryons qui suivent la courbure de l’œuf ont été redressés). — 3. Embryon encore un peu plus âgé avec sa forme naturelle, vu par sa face ventrale. — A. Jeune araignée peu de temps avant son éclosion : les segments du corps sont encore distincts et les anneaux de l’abdomen partent des membres rudimentaires; l’abdomen est ' suivi, comme chez les Scorpions, par une sorte de queue. — Dans toutes les ligures : où, lèvre supérieure ; prl, lobes céphaliques ; clu/, ganglions nerveux des chélicères; ch, chélicères; pd, pattes-mâchoires; 1 à IV, pattes locomotrices; pp, pattes abdominales rudimentaires; cl, bords de l’abdomen; q, queue ou post-abdomen.
- sur la véritable nature
- de ces organes ; mais les espèces d’un genre voisin des Crevettes, le genre Penœus, revêtent d’abord une forme beaucoup plus simple, connue sous le nom de Naiiplins, et cette forme (fig. 1 et 3, n° 2) est précisément une forme larvaire commune à tous les Crustacés inférieurs. Elle prend ainsi une importance exceptionnelle, comparable à celle de la Trocho-sphère des Annélides, et on doit la considérer comme la forme primitive d’où tous les Crustacés et peut-
- être même tous les Articulés sont issus. Or ce Nau-plius est particulièrement instructif. A sa naissance c’est un petit animal aplati, transparent, possédant une bouche ventrale et trois paires de membres inarticulés, bifurqués, terminés par de longues soies chitineuses qui en font des rames natatoires. Ce sont de véritables pattes ; il n’existe ni antennes
- ni pièces buccales. Mais bientôt le jeune animal se développe; des anneaux portant de nouveaux appendices se forment à sa partie postérieure, en même, temps les trois paires d’appendices primitifs subissent d’importantes modifications. Les deux premières, dont la situation était ventrale, deviennent décidément dorsales, elles cessent de fonctionner comme des pattes et constituent les deux paires d’antennes ; la troisième paire de pattes forme les mandibules et successivement , les nouvelles paires d’appendices qui apparaissent, après avoir servi un certain temps à la locomotion , deviennent les mâchoires et les pattes-mâchoires. La démonstration ne laisse plus désormais rien à désirer; les antennes, comme les appendices buccaux, sont bien des pattes modifiées ; on les voit naître et fonctionner comme telles pour revêtir seulement plus tard leur forme et leurs fonctions définitives. Les antennes, les mandibules, les mâchoires, les pattes-mâchoires sont
- portées primitivement par des anneaux en tout semblables à ceux qui portent les pattes définitives ; à chaque paire d’appendices correspond uu anneau déterminé et un seul, qui se transforme seulement plus tard ; d’où suit cette conséquence que la tête des Insectes et des Myriapodes comme celle des Arachnides et des Crustacés a absorbé, pour se constituer, un certain nombre d’anneaux, ou pour mieux dire un certain nombre d’individus de la colonie, qui se sont dans les types
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- supérieurs complètement fusionnés. Ce nombre chez les Myriapodes et les Insectes n’est pas inférieur à quatre et est peut-être supérieur. Ces anneaux, chez les Insectes et les Myriapodes sont absolument confondus, ne forment plus qu’un seul tout, très nettement séparé du reste du corps. Chez les Arachnides et les Crustacés, il n’existe aucune séparation tranchée entre eux et les anneaux qui portent les pattes locomotrices, de sorte que la région céphalique peut indifféremment comporter un anneau de plus ou de moins, suivant qu’un plus ou moins grand nombre de pattes s’adaptent à d’autres fonctions que celles de la locomotion.
- Dans les types supérieurs de Crustacés, chez les Myriapodes et chez les Insectes, toutes les transitions que l’on observe chez les types inférieurs s’effacent. Les appendices prennent d’emblée leurs fonctions et parfois leurs formes définitives et naissent à peu près à la place qu’ils devront toujours occuper, les segments céphaliques ne sont même jamais distincts, enfin les anneaux de l’animal, au lieu de se former successivement après sa sortie de l’œuf, se forment à peu près simultanément dans l’œuf, d’où le jeune articulé sort complet de toutes pièces. Ce sont exactement les phénomènes que nous avons constatés dans la classe des Yers annelés et il n’y a encore d’autres expressions pour exprimer les rapports de tous ces faits que celles-ci, grammaticalement vraies en dehors de toute hypothèse :4a durée des phases em-bryogéniques a été raccourcie chez les Articulés supérieurs ou, si l’on aime mieux, les phénomènes embryogéniques se sont précipités chez eux d’une manière de plus en plus grande. Nous retrouvons par conséquent encore le même mécanisme, et de plus, dans les deux cas, le point de départ des phénomènes de condensation est le même.
- Revenons au Nauplius. Ses trois paires de pattes deviennent des antennes et des mandibules. C’est dire que le Nauplius passe tout entier dans la constitution de la tète de l’animal adulte, dans la-
- quelle sont même englobés les premiers anneaux qui se forment à sa partie postérieure. Nous avons vu la même chose chez les Annélides, la larve la plus simple, la Trochosphère, qui n’est autre chose que le premier individu de la colonie est tout entière employée à former la tête de l’Annélide adulte qui englobe également en général un certain nombre des anneaux placés à sa suite. On peut exprimer ce fait d’une façon saisissante mais absolument exacte en disant que les Annélides et les Crustacés naissent réduits à leur tête. Les Crustacés, comme les Annélides commencent donc par n’être que des colonies d’un seul ou d’un très petit nombre d’individus auxquels d’autres individus semblables viennent s’ajouter pour constituer l’animal adulte, c’est là une démonstration rigoureuse de ce fait que chacun de leurs anneaux est véritablement un animal, un organisme indépendant. L’Annélide et le Crustacé tout entier ou d’une manière générale le Ver annelé et l’animal articulé ne sont donc pas autre chose que des colonies linéaires d’organismes primitivement capables de vie indépendante, nés à la partie postérieure d’un individu unique qui devient à lui seul ou en s’associant plus intimement un ou plusieurs de ses semblables la tête de la colonie.
- L’influence modificatrice des conditions d’existence se traduit chez les colonies linéaires un fois constituées d’une manière remarquablement évidente et cette influence produit des effets d’autant plus considérables qu’elle agit sur des types plus inférieurs. Quelques Crustacés se sont adaptés à la vie parasitaire ; d’autres, après une durée plus ou moins longue de liberté, sont revenus se fixer au sol. Les uns et les autres sont devenus méconnaissables à l’état adulte. Les Crustacés parasites ou Lernéens ont perdu leur appareil locomoteur; leurs anneaux se sont confondus de manière à faire de leur corps une niasse énorme remplie d’œufs ; Cuvier plaçait ces Crustacés transformés parmi les Zoophytes. D’autres Crustacés, les Cirripèdes (fig. 2, n° 7), se sont fixés
- Fig. 2- — Développement des crustacés. — 1. Nauplius, tonne larvaire commune à tous les Crustacés inférieurs et au Penœus. — 2. Notodelphys mcditerranæa, forme adulte du Nauplius précédent. — 3. Nauplius d’un Cirripcde (Balanus). — 4. Le même, plus ûgé. — 6. Le même, commençant sa métamorphose mais plus âgé. — 5. Le même fixé et ayant déjà la forme d’un Cirripède. — 7. Balane adulte provenant de ce Nauplius (une moitié de la coquille est enlevée pour montrer l’animal). — Dans toutes les ligures : a,, ai, les deux paires d’antennes ; b, bouche; m, mâchoires; p, pattes. Les lettres majuscules désignent des pièces de la coquille de la Balane.
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- la tête en bas par leurs antennes ; leurs anneaux ont également à peu près disparu ; leurs pieds sont transformés en une espèce de panache servant à la fois à la respiration et à la préhension des aliments (fig. 2, n° 5), leur corps s’est entouré d’une carapace à plusieurs valves qui les a fait longtemps considérer comme des mollusques. Leur qualité de Crustacés est nettement démontrée par la forme qu’ils présentent à la sortie de l’oeuf et qui n’est autre chose que celle du Nauplius le mieux caractérisé (fig. 2, nos 3 et 4. Parmi les Cirripèdes, il en est qui sont devenus parasites : telles sont les Sacculines, qui se fixent sous la queue des Crabes ; ceux-là ont subi une modification nouvelle ; leur tète s’est allongée en un organe arborescent, semblable à une racine de végétal, qui plonge ses ramilications dans le foie et les autres viscères du Crabe. C’est là tout l’appareil digestif du parasite, dont le corps 'est réduit à un simple sac rempli d’oeufs.
- Ainsi les colonies linéaires, nées de certaines conditions d’existence sont capables lorsque cessent ces conditions d’existence de perdre la forme et la symétrie qui semblaient en elles caractéristiques ; preuve nouvelle du lien intime qui lie la formation des organismes au milieu dans lequel doit s’écouler leur existence.
- Edmond Perrier,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- La soirée du 5 février à l’Observatoire de Paris. — Dès 9 heures 50 du soir, les salons de l’Observatoire étaient absolument remplis par plus de douze cents invités que M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire, et Mme Mouchez, avaient convoqués. La grande salle du premier étage était transformée en une salle de conférence, où les dames en très grand nombre, étaient assises. MM. Bertin, Antoine Bréguet et Trouvé ont successivement pris la parole, et ont parlé des miroirs magiques, du photophone et des polyscopes électriques. M. Gambetta, M. Jules Ferry, la plupart des ministres, un grand nombre de députés, de sénateurs et de membres de l’Institut, assistaient à cette instructive séance. Après les conférences, on a circulé dans les salons de l’Observatoire, où fonctionnaient plusieurs appareils intéressants exposés par MM. Marey, Gaston Planté, Duboscq, Trouvé, de Combeltes, Marche, Henri Garnier. Feil, etc. M. Boulanger avait exposé des faïences d'art; on remarquait aussi la collection des dessins aérostatiques de M. Albert Tissandier. A minuit, l’orchestre a ouvert le bal, et les danses se sont prolongées avec beaucoup d’animation jusqu’à six heures du matin.
- Un ouvrier nommé Bourillon vient de se faire remar-- quer à Pressas (Lot-et-Garonne) par l’étonnante faculté qu’il possède de faire des calculs de tète. Les muliplica-tions, les divisions, l’extraction des racines carrées ou cubiques sont un jeu pour lui. En deux minutes, il a cal-
- culé exactement, combien il s’était écoulé de secondes depuis Père chrétienne jusqu’à nos jours. '
- — Les journaux du Havre nous apprennent que notre collaborateur, M. Stanislas Meunier, a obtenu un grand succès lors de sa conférence faite dans la salle du Grand-Théâtre au Havre, le 50 janvier 1881, sur l'Enseignement par les projections.
- — Samedi 12 février, à 8 heures du soir, notre collaborateur M. Ch. Letort, fera, à la salle du boulevard des Capucines, une conférence sur la Bibliothèque nationale et la nouvelle salle de lecture.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 février 1881. — Présidence de M. Wuutz
- Étude des persèides. — On sait que tel est le nom sous lequel les astronomes désignent les étoiles filantes qui donnent aux nuits des 9 au 11 août de chaque année un caractèrs si particulier. Le savant directeur de l’Observatoire de Toulouse, M. Bailhaut, vient de mener à bonne fin, à l’égard de l’averse de 1880, un travail des plus intéressants : son but a été de déterminer, suivant la marche préconisée par M. Tisserant, la trajectoire des étoiles filantes, afin de reconnaître avec précision la position de leurs points radiants. Le nombre des persèides observées l’an dernier, à Toulouse, s’élève à 1172 ; mais 85 trajectoires seulement ont pu être calculées et portées sur la carte. 7 d’entre elles n’appartiennent évidemment pas à des astéroïdes réguliers. Parmi les autres il s’est fait naturellement deux groupes comprenant, l’un-46 étoiles, l’autre* 19, et répondant chacun à un point radiant particulier. L’auteur donne les coordonnées de ces deux points.
- Mathématiques des Chitiois. — Comme suite à un travail dont nous avons précédemment rendu compte, M. Mathiessen signale dans un ancien livre chinois une question d’analyse indéterminée, dont la solution coïncide avec celle que Gauss, étudiant le même problème, a trouvée de son côté. Un pareil résultat fait évidemment, à nos yeux occidentaux, le plus grand honneur aux géomètres de l’Empire du Milieu.
- Les canaux de l'Est. — Parmi les conséquences les plus funestes pour nous de la guerre de 1870, il faut compter la profonde perturbation introduite dans le régime de nos canaux de l’Est. Le canal de la Marne au Rhin et le canal du Rhône au Rhin venaient, comme on sait, se réunir à Strasbourg ; les tronçons qui nous sont restés ne communiquaient plus entre eux que par le territoire devenu étranger. De plus, les sources d’alimentation, placées dans la ohaine des Vosges, avaient également cessé de nous appartenir.
- Heureusement, et malgré un nombre immense de difficultés de tous genres, nos ingénieurs ne se déconragèrcnt pas, et grâce à leurs efforts, ils ont enfin réalisé une œuvre grande à la fois, au point de vue technique et au point de vue patriotique. C’est ce dont fait foi un magnifique ouvrage déposé, au nom de l’auteur, M. Alfred Picard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par M. Lalanne.
- Le travail a consisté à réunir ce qui nous reste des deux canaux sus-nommés suivant une ligne parallèle à la frontière actuelle. L’alimentation de cette nouvelle voie de communication a nécessité une prise d’eau sur la Meuse, canalisée à Givet, puis la jonction de la Meuse
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- à la Saône. Dès maintenant les houilles belges peuvent arriver jusqu’à Nancy, sur 2 mètres de tirant d’eau, et dans deux ans, l’œuvre sera terminée. Au point de vue économique, il est intéressant de savoir que la dépense, s’élevant à moins de 200 000 francs le kilomètre, a été couverte, tout d’abord, par les efforts réunis des cinq départements de l’Est, organisés en syndicat, et mis à même de suppléer ainsi momentanément l’Etat, dont les caisses, au début de l’entreprise, étaient vides.
- Rôle des pédicellaires. — Parmi les innombrables hypothèses faites à l’égard de ces petites pinces à trois branches, dites pédicellaires, dont est recouvert le corps des oursins et des étoiles de mer, la plus vraisemblable est que ce sont de véritables organes de préhension.
- A celte occasion, M. de Lacaze-Duthiers cite l’expérience qu’il fait faire à ses élèves à Roscoff, et qui consiste à appliquer une astérie retournée sur le dos de la main : au bout d’un moment, quand on veut l’enlever, on sent qu’elle s’est saisie de tous les poils qui recouvrent la main. Deux savants écossais qui ont étudié cette question décrivent aujourd’hui les muscles qui font agir les pédi- • cellaires des oursins et ils insistent sur ce fait qu’à l’état de repos ces petites pinces s’ouvrent toutes grandes. Ils nous apprennent aussi qué près des pédicellaires, dont les branches sont disposées en forme de fines aiguilles, existent de nombreuses glandes, comme si le tout constituait alors un appareil venimeux.
- Photographie des nébuleuses. — Nous avions précédemment enregistré les restrictions dont M. J&nssen a cru devoir accompagner la présentation d’une photographie de la nébuleuse d’Orion, offerte par M. Draper, comme un terme de comparaison pour les photographies que pourront exécuter les générations futures. L’illustre astronome complète aujourd’hui l’expression de sa pensée, en exposant une méthode qui lui parait propre à permettre la préparation à des époques quelconques de photographies comparables entre elles. U insiste tout d’abord sur les différences profondes que communiquent à l’image obtenue, les conditions si multiples de l’opération : sensibilité de la plaque, état de l’atmosphère, durée de la pose. A ce dernier point de vue, M. Janssen a bien voulu nous communiquer trois photographies de la même nébuleuse, obténues avec le même collodion et la même lunette; mais après des poses de 5, de 10 et de 15 minutes. On croirait avoir affaire à trois nébuleuses absolument différentes.
- Il faut donc recourir à des témoins auxquels tous les détails de l’image puissent être rapportés. Or, ces témoins, M. Janssen les demande aux étoiles. Pour cela, il a soin de faire que les étoiles comprises dans le champ de la nébuleuse à photographier, ne soient pas absolument au point et donnent sur la plaque sensibilisée, non pas un point géométrique, mais un cercle. Les dimensions et l’éclat de celui-ci, dépendant des mêmes causes que l’intensité de l’image de la nébuleuse, il suffira d’obtenir l’identité pour les premiers, pour qu’on soit sûr d’être vis-à-vis de la seconde, dans les mêmes conditions.
- Nous croyons qu’il y a là une idée très féconde, et M. Janssen parait être sur la voie d’en tirer, relativement à l’étude des étoiles elles-mêmes, d’autres profils importants.
- Physique du globe. — L’élude des relations qui peuvent exister entre la situation re'ative du Soleil et de la Lune et l’intensité de divers phénomènes terrestres a conduit M. Bouquet de la Grye à établir 50 000 équations (trente
- mille) renfermant jusqu’à 41 inconnues et atteignant, sui vant l’expression de M. Villarceau « 40 centimètres de longueur ». L’auteur s’est occupé spécialement des variations du niveau moyen du port de Brest de 1854 à 1868, et il en conclut que le sol de la Bretagne subit un exhaussement continu qu’on peut évaluer à 1 millimètre par an.
- Varia. — M. Berthelot dépose deux notes, l’une sur le caractères des gaz et des vapeurs organiques chlorés, l’autre sur les conditions thermiques de la formation des carbures d’hydrogène. — L’Académie des Sciences de Barcelone exprime la douleur que lui fait ressentir le décès récent de M. Chasles. — M. Oswald Heer et M. Clos, récemment élus correspondants adressent leurs remerciements. — M. Galtier signale la possibilité d’inoculer la morve au chien, qui d’ailleurs a le bon esprit de guérir de cette maladie toujours mortelle pour le cheval et pour l’àne, et si souvent funeste aussi pour l’espèce humaine.
- — M. Mer signale trois causes principales de stérilité chez Visoetes du lac de Longerner. — M. Germain Sée adresse par l’intermédiaire de M. Vulpian, un mémoire relatif à la physiologie de la dyspepsie. — M. Daubrée signale les résultats que lui a. fournis l’étude de matériaux vitrifiés.
- — M. Grimaux étudie les aldéhydes et leurs polymères, qui résultent suivant lui de la condensation de trois molécules en une seule.
- Stanislas Meunier.
- MOTEUR A GAZ
- SYSTÈME RAVEL
- Les moteurs à gaz sont de jour en jour plus appréciés par la petite industrie, qui leur reconnaît des avantages plusieurs fois mis en évidence dans la Nature, et sur lesquels nous ne reviendrons pas. Tous ceux qui ont été construits jusqu’ici, sont fondés sur la détente produite par réchauffement rapide d’un mélange explosif introduit dans un cylindre. Tout se résume donc, dans un moteur de cette nature, à réaliser l’introduction du mélange détonant dans le cylindre et son inflammation dans des conditions pratiques d’économie et de simplicité. Le moteur Ravel, dont nous reproduisons, l’élévation, le profil et une coupe transversale (fig. \, 2 et 3), nous paraît remplir assez bien ces conditions.
- C’est un moteur oscillant à simple effet, c’est-à-dire que l’action motrice se produit une fois par tour, pendant l’ascension du piston. L’admission de l’air et du gaz se fait par la gauche (fig. 5), l'évacuation par le coté droit. Le tiroir de distribution, manœuvré par un excentrique calé sur l’arbre moteur, introduit le mélange pendant environ un tiers de la course; à ce moment, se produit l’inflammation du mélange par un bec de gaz brûlant continuellement à l’extérieur, dans des conditions analogues à celle du moteur Otto, ce qui dispense de l’emploi des piles et de la bobine de Ruhmkorff, comme pour les premiers appareils de Lenoir. L’évacuation se fait par une face glissante, comme dans les distributions des machines oscillantes ordinaires; le bâti creux sert lui-même de conduit
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- d’évacuation. Cette disposition de cylindre oscillant vertical présente deux avantages : le premier est de réduire l’espace occupé par la machine, qui devient
- alors fort peu encombrante; le second de simplifier le mécanisme de distribution et de transmission. Nous venons de dire que le moteur Ravel est à
- simple effet, c’est-à-dire qu’il y a un coup de piston moteur sur deux coups; dans le moteur Otto, qui est à demi-simple effet, il n'y a qu’un coup de piston moteur par deux tours de l’arbre, ou pour quatre coups de piston. 11 en résulte que, pour un volant égal en poids et en dimensions, la régularité du mouvement sera plus grande pour le premier que pour le second. Ce qui contribue encore à la régularité du mouvement, c’est que le régulateur de vitesse agit en modifiant l’arrivée du gaz et par suite la composition du mélange, mais ne supprime jamais complètement le coup de piston moteur. Dans ces conditions, le moteur Ravel, très simplifié dans sa construction, présente une grande régularité de marche, de nature à multiplier le nombre de ses applications dans les cas où cette régularité est nécessaire, et plus spécialement pour l’éclairage électrique.
- Le moteur Ravel dé pense environ un mètre cube par cheval et par heure. Le refroidissement du cylindre s’effectue par une circulation d’eau dans l’enveloppe qui l’entoure; des tujaux en caoutchouc relient l’entrée et la sortie de l’eau dans l’enveloppe du cylindre à deux tuyaux correspondants fixés frur le bâti. 11 faut environ quarante litres d’eau par cheval et par heure. La mise en marche et l’arrêt sont d’une extrême simplicité, ainsi que l’entretien du moteur, qui peut marcher longtemps sans aucune surveillance, aussi ne doutons-nous pas que ses qualités particulières, réunies à celles que présentent les moteurs à gaz en général, ne soient de nature à multiplier son emploi dans la petite industrie.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiur. Imprimerie A. Laliure, rue «le Fleurus, 9, ù Paris.
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- . — 1« FÉVRIER 18» 1.
- L’ASCENSEUR ÉLECTRIQUE
- DE SI. WERMiR SIEMENS
- Nous avons souvent eu l’occasion de mettre en relief les avantages que présente l’électricité au point de vue de la transmission des forces à distance et de son application aux usages domestiques. C’est dans cet ordre d’idées que rentre l’ascenseur électrique exposé à Mannheim par la maison Siemens et Ilalske,
- et dont Y Eleklrotechnische Zeitschrift nous fait connaître les dispositions principales (lig. 1 et 2).
- La plupart des ascenseurs employés aujourd’hui dans les hôtels et les grandes maisons de Paris, sont des appareils hydrauliques. Cette disposition entraîne forcément avec elle l’emploi d’une tige formant piston dont la longueur doit être au moins égale à celle dont l’ascenseur s’élève, et par suite oblige à creuser un puits d’une profondeur égale à cette longueur, car il faut loger cette longue tige lorsque l’appareil est au bas de sa course. Dans ces conditions, l’instal-
- Fig. 1. L'ascenseur électrique au sommet de sa course. Fig. 2. L’ascenseur électrique au bas de sa course.
- L. Crémaillère verticale à échelons en fer, sur laquelle s’engrènent de? roues dentées. — H (lig. 1). Caisse en bois contenant le moteur magnéto-électriqr.e. — D, D. Câbles de 1er destinés à soutenir les contrepoids. — H (lig. 2). Levier d’arrêt et de mise en marche de l’ascenseur manoeuvré par le conducteur.
- lation est fort coûteuse : dans les villes comme Paris, où le prix de l’eau est très élevé, un ascenseur hydraulique, représente une dépense importante comme installation et entretien.
- L’ascenseur électrique de M. Siemens obvie à ces inconvénients, tout en offrant une sûreté égale.
- Cet ascenseur se compose en principe d’une plateforme carrée entourée d’une balustrade et sur laquelle se placent les voyageurs : au-dessous de cette plate-forme, se trouve une machine dynamoélectrique recevant le courant électrique qui l’actionne, d’une seconde machine dynamo-électrique placée à distance et mue par une machine à vapeur.
- 9e «Bée. — semestre.
- L'anneau M (fig. 5) de la machine dynamo-électrique porte, à l’extrémité de son axe de rotation, une vis sans ün S agissant sur deux roues dentées Rx, R qui engrènent sur une crémaillère d’une forme spéciale. Cette crémaillère constitue une chaîne de Vaucanson formée d’échelons distants de 35 millimètres, d’axe en axe, et de 15 millimètres de diamètre, maintenus sur les côtés par des lames d’acier (trois sur chaque face) de 5 millimètres d’épaisseur et de 60 millimètres de largeur. Lorsque le courant passe, il imprime un mouvement de rotation aux roues dentées Rx, R, par l’intermédiaire de la vis sans fin S, et comme la crémaillère verticale est
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- solidement fixée à ses deux extrémités, l’ensemble de l’appareil se déplace, en grimpant ou en descendant le long de cette crémaillère, avec une vitesse qui, dans l’appareil de l’Exposition industrielle de Mannheim, atteignait 50 centimètres par seconde. Un levier H, placé sur l’ascenseur (lig. 2), est relié à un commutateur disposé de telle sorte que, quand ce levier est dans une position intermédiaire, le courant électrique est interrompu ; en le poussant à droite ou à gauche, la machine dynamo-électrique, et avec elle la vis sans fin S (fig. 3), tourne dans un sens ou dans l’autre,, et par suite fait monter ou descendre l’ascenseur. Par une disposition spéciale de ce levier, on peut produire des arrêts automatiques exactement comme dans les ascenseurs hydrauliques. Le pas de la vis sans fin est calculé de telle sorte
- Fig. 3. Coupe longitudinale de l’ascenseur électrique.
- qu’elle puisse commander les roues Rj, R, placées de chaque côté de la crémaillère et dans des plans différents, de façon à mordre ensemble’ sur la crémaillère; mais la réciproque n’est pas possible, les roues R1? R ne peuvent pas entraîner la vis S, quel que soit le poids que supporte la plate-forme. lien résulte que, une fois le circuit rompu, l’ascenseur s’arrête et ne peut plus se remettre en marche sans que le courant agisse de nouveau, ce qui donne une sécurité complète à l’appareil si, par hasard, l’électricité venait à manquer toutù coup par suite d’une rupture accidentelle des conducteurs ou de l’arrêt de la source motrice. Dans ce cas extrême, on pourrait alors se trouver en panne entre deux étages, mais sans le moindre danger. Pour diminuer le travail dépensé au moment de l’ascension, et faire supporter le plus petit effort à la crémaillère, l’ensemble de l’appareil est équilibré par un contre-poids relié à deux lames métalliques fiexibles D qui passent
- sur des poulies placées à la partie supérieure. Ces lames qui servent en même temps à amener le courant jusqu’au commutateur et à la machine dynamoélectrique, permettent tous les déplacements de l’ascenseur, tout en maintenant une communication pratiquement parfaite entre la source et le moteur mobile. La crémaillère forme le fil de retour.
- L’ascenseur installé à Mannheim a servi, pendant la durée de l’Exposition industrielle, à transporter plus de 8000 personnes sur une tour-belvédère de 20 mètres de hauteur, au prix de 20 pfennigs par personne. Il ne s’v est produit aucun accident et aucune interruption, bien que cet appareil soit le premier de ce genre.
- Il nous reste maintenant à dire quelques mots de la question pratique et des applications du système.
- 11 est évident que si chaque propriétaire à Paris, devait installer dans son immeuble une machine à vapeur destinée à actionner la machine génératrice d’électricité qui fournirait le courant électrique à l’ascenseur, aux intervalles, relativement rares, où ce courant est nécessaire, le système n’aurait aucune valeur pratique. Si, au contraire, on peut grouper dans un même quartier, dix propriétaires qui veuillent installer, à frais communs, l’usine électrique nécessaire à leurs dix ascenseurs, les dépenses sont moins considérables et l’ascenseur électrique devient aussi économique que l’ascenseur hydraulique.* Avec vingt propriétaires, l’installation devient certainement économique, et si, étendant l’importance de l’usine électrique, on l’utilise à produire le courant, non pas seulement pour les ascenseurs, mais encore pour les petits moteurs, l’éclairage électrique sous scs différentes formes, et les usages domestiques, sonneries, allumoirs, etc., en réalisant une distribution analogue à celle du gaz, on conçoit tous les avantages qu’une semblable installation présente et quel développement prendraient, en peu d’années, les applications domestiques et industrielles de l’électricité ainsi distribuée.
- La question est aujourd’hui étudiée de plusieurs côtés à la fois, et quelques solutions partielles se feront sans doute connaître à l’Exposition d’électricité qui va avoir lieu à Paris dans peu de mois. En tout cas, cette nouvelle application, indiquée et réalisée par M. Werner Siemens, ajoute une certaine importance au problème de la distribution de l'électricité à domicile, et l’on ne saurait, à notre avis, trop encourager les recherches dans une voie qui promet d’être si féconde en résultats. E. H.
- LA GRANDE COMÈTE DU SUD
- Dans Un Mémoire présenté à la Société Royale de la Nouvelle-Galles du Sud (Australie), M. Tebbutt, directeur de l’Observatoire de Windsor, donne, à la suite de la discussion des éléments paraboliques qu’il a calculés pour l’orbite de la comète, quelques particularités intéressantes relatives ù la marche de la
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- comète pendantson apparition de 1880. — L’identité entre cette comète et celle qui apparut, dans les mêmes conditions, en 1845, peut être considérée comme établie. Prenant pour la valeur de la parallaxe du Soleil la valeur8'',8455, calculée par M.Tupman, qui résulte des observations du premier passage de Vénus sur le disque du Soleil, et adoptant pour le rayon terrestre la valeur donnée par M. Airy (5965 milles 822 = 65 778 kilomètres), M. Tebbutt nous apprend que la comète, vers la lin de janvier 1880, est arrivée des régions de l’espace au sud de l’éclyptique, marchant vers le Soleil avec une vitesse de plus en plus grande.
- Le 27 janvier, à 11 h. 36 m. du matin (temps moyen de Sydney), ou vingt-quatre heures avant son passage au périhélie, la comète se trouvait à une distance du centre du Soleil égale à 3091700 lieues. Le 28, à 10 h. 27 m. du matin, instant où la comète traversait le plan de l’orbite de la Terre, cette distance n’était plus que 346 645 de lieues. A partir de ce moment, la comète traçait sa marche dans les régions de l’espace, au nord de l’écliptique ; 69 minutes après, elle arrivait à son périhélie, c’est-à-dire au point de son orbite le plus proche du Soleil; 200445 lieues seulement la séparaient du centre du Soleil.
- Le rayon du Soleil, à la distance moyenne de la Terre, résultant de douze années d’observations (1836 à 1847) à l’Observatoire de Greenwich, est de 16' 1",82. En admettant cette valeur, on trouve qu’à l’instant du passage du périhélie, le centre de la comète n’était qu’à 61 445 lieues de la surface du Soleil. En ce moment, la chaleur à laquelle la comète fut soumise dépasse toute conception. Vu de la comète, le Soleil sous-tendait un angle de 88°, et devait, par conséquent, paraître 165 fois plus grand que nous ne le voyons de la Terre, il devait briller dans le ciel de la comète comme un disque dont le bord inférieur était encore à l’horizon lorsque déjà le bord supérieur était près du zénith.
- Après son passage au périhélie, la vitesse angulaire de la comète décroît graduellement, tandis que sa distance au Soleil augmente de plus en plus. — A l h. 27 m.,dans l’après-midi du 28, la comète passa du côté nord au côté sud de l’écliptique, à une distance de 475 222 lieues du Soleil.
- De ces données, il résulte donc que la comète ne resta que trois, heures au nord du plan de l’orbite de la Terre, et que, dans ce court laps de temps, elle décrivit un arc de 180°, ou la moitié de sa course apparente dans le ciel, vue du Soleil.— Si le passage périhélique de la comète avait eu lieu soit entre le 1er mars et le 4 avril, soit entre le 28 août et le 15 octobre, nous aurions pu observer le passage delà comète sur le disque solaire.
- Mais pendant toute la période dont nous venons de parler, la comète poursuivait sa course, sans que nous eussions pu nous en douter. Ge ne fut que le lor février que sa queue gigantesque attira l’attention des observatoires de l’hémisphère aus-
- tral. Le 9, elle put être soigneusement observée à l’Observatoire de Melbourne, mais sa distance au Soleil s’était déjà accrue jusqu’à 17 382 000 lieues, et sa distance à la Terre dépassait alors 20000 000 de lieues. Dans la soirée du 17, les astronomes de Melbourne prirent sa dernière position ; les distances de la comète au Soleil et à la Terre étaient, à cet instant, respectivement de 24 290 000 lieues et de 22 422 000 lieues. Le 7 juillet, la comète se trouvait à 97 097 000 lieues du Soleil et atteignait, par conséquent, les régions extérieures de l’anneau des astéroïdes. Enfin, si l’on admet l’identité de la comète de 1880 avec celle de 1843 et si on lui assigne, par conséquent, une période de révolution de trente-sept ans, la comète atteindra son aphélie, c’est-à-dire le point de son orbite le plus éloigné du Soleil, à une distance de 662 000000 de lieues, et restera en deçà de l’orbite de Neptune. A partir de ce point, elle reprendra son voyage de retour vers le Soleil, et en 1917, nous pourrons, espérons-le, être témoin de sa réapparition.
- L. Niestek.
- UN TRAMWAY
- SANS ORNIÈRE DANS LES RAILS
- Dans un précédent article sur les tramways (voyez la Nature, ri0 204 du 28 avril 1877), nous avons donné la section des rails habituellement employés ; nos lecteurs connaissent bien d’ailleurs cette ornière longitudinale qui est pratiquée au milieu,, pour livrer passage au boudin des voitures omnibus, et qui fait en outre le désespoir des cochers et des voyageurs étrangers. Lorsque la roue d’une voiture un peu légère s’engage en effet, par malheur, dans cette ornière, elle n’en peut sortir qu’au prix de difficultés et de secousses sans nombre qui cahotent la voilure, projettent brusquement le voyageur qu’elle renferme, et finalement détériorent rapidement le matériel. L’ornière est cependant inévitable tant qu’on conserve sur l’omnibus la roue ordinaire à mentonnet saillant, puisqu’elle sert à loger ce boudin et à guider la voiture.
- Toutefois, certains inventeurs, frappés des inconvénients que l’ornière entraîne pour la circulation étrangère, ont cherché à supprimer le boudin et à le remplacer par une roue dentée. Les figures 1,2 et 3,1 représentent la disposition adoptée à cet effet par M. Edge, de Birmingham. Ce système est appliqué depuis plus d’une année déjà sur les tramways de la ville de Brunswick, en Allemagne.
- La voiture est supportée sur deux paires de roues calées sur des essieux fixes, mais auxquels on pourrait donner d’ailleurs sans difficulté une certaine convergence pour permettre le passage dans les* courbes à faible rayon. Les deux roues d’un des côtés* du véhicule ont la jante entièrement lisse, comme celle d’une voilure ordinaire, celles de l’autre côté
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- LA NATUHE.
- sont percées de trous dans lesquels on a passé des chevilles maintenus par des écrous vissés, comme l’indique la figure \, et qui sont destinées à guider la voiture dans sa marche. Le rail, dont on voit la section ligures 2 et 3, est percé en effet de trous équidistants dans lesquels viennent se placer successivement les chevilles de la roue directrice, comme dans le cas d’une roue dentée engrenant avec une crémaillère. La roue a 73 centimètres de diamètre, et elle porte dix-huit chevilles pareilles écartées entre elles de 126 millimètres. L’épaisseur de ces chevilles est de 31 millimètres, et on a eu soin de laisser un
- Fig. 1. Vue extérieure de la roue engrenant sur le rail.
- peu de jeu pour en faciliter l’insertion en donnant aux trous des rails un diamètre de 37 millimètres. Dans de pareilles conditions, la voiture roule sans difficulté même à de grandes vitesses; les chevilles ne paraissent aucunement gêner la marche.
- Lorsque la voiture est arrivée à l’extrémité de sa course, elle est retournée sur elle-même, et les
- Fig. 2. Coupe longitudinale de la roue et du rail.
- roues directrices engrènent alors avec le rail de l’autre côté de la voie.
- Lorsque les chevilles sont usées, il suffit de les enlever, et on conserve néanmoins en service la roue avec sa jante entièrement lisse.
- L’emploi de ces chevilles permet de supprimer comme nous le disions plus haut, l’ornière des rails avec tous les inconvénients qu’elle entraîne ; de plus, on voit que le rail forme ainsi même une sorte de canal recouvert qui facilite l’évacuation des eaux; enfin cette disposition appliquée à la machine motrice des tramways, qui se rapproche ainsi des locomotives à crémaillères, en augmente sensiblement l’adhérence, et fournit aussi un accroissement de sécurité pour gravir les rampes un peu
- fortes. Enfin, dans le cas où plusieurs voitures ayant une destination différente conservent néanmoins un tronçon commun, on sait qu’il est assez difficile au conducteur d’un tramway à chevaux d’amener sa voiture dans la direction convenable en arrivant à la bifurcation ; le dispositif de M.Etlge fournit un moyen assez curieux d’éviter cet inconvénient; il suffit, en effet, de disposer sur les rails du tronc commun, les trous destinés à l’une des voitures en dehors de ceux de l'autre, de manière à ce qu’ils chevauchent sur ceux-ci (fig. 4). Chacune des deux voitures a sa voie ainsi tracée sur le
- Fig. o. Coupc transversale de la roue et du rail.
- même rail pour ainsi dire; en arrivant à la bif’ur-caliôn, chaque série de trous se continue du côté convenable, et la roue suit sans difficulté le chemin qui lui est destiné. Toutefois cette disposition nouvelle n’est pas encore appliquée à Brunswick et n’est pas représentée sur nos figures.
- D'après les journaux étrangers, l’expérience tentée dans cette ville a donné jusqu’à présent des ré-
- Fig. A. Disposition du rail à une bifurcation sous chevauchement
- sultats très favorables; il ne s’est produit aucune rupture des chevilles, même pendant l’hiver si rigoureux de l’année dernière. Le tramway sans ornière, a transporté plus de 200 000. passagers sur un parcours de près de 6 kilomètres, sans qu’il se soit jamais produit aucune avarie dans le matériel, et, d’autre part, il a du prolonger sensiblement la durée des véhicules étrangers, dont les roues ne sont plus soumises aux chocs que leur impose l’ornière de tramways ordinaires.
- La disposition de M. Edge va être appliquée également en Angleterre sur la ligne actuellement en construction de Birmingham à Aston; cette ligne doit avoir une longueur de 4 kilomètres environ.
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- MACHINE AMÉRICAINE
- POUR LE PANSAGE ET LE BOUCHONNAGE DES CHEVAUX
- La devise des Américains « Tout à la mécanique » est excellente chaque fois que le nombre ou l’importance des opérations identiques à effectuer dans un temps donné, est assez grand pour justifier l’emploi des machines. C’est le cas de l’opération du bouchonnage et du pansage des chevaux dans les grandes remises, les dépôts de compagnies d’omnibus, les entreprises de roulage, etc.
- A l’inverse de ce qui se fait h l’ordinaire, l’expérience n’a pas été commencée in anima vili. C’est bel et bien l’homme qui a été brossé le premier. La brosse mécanique, qu’on peut voir dans certaines maisons de coiffure de Paris, a donné naissance à la machine destinée aujourd’hui à la plus belle conquête de l’homme. Profitons de l’occasion qui nous est offerte, pour donner d’abord une courte description delà brosse mécanique des coiffeurs, à l’usage de ceux qui ne l’auraient pas encore vu fonctionner.
- La brosse mécanique, ou plutôt les brosses mécaniques, sont de deux systèmes. Le premier, assez rudimentaire, n’est autre chose qu’un cylindre de
- Nouvelle brosse mécanique ou machine à panser et bouchonner les chevaux.
- bois garni de poil, monté sur un cadre muni d’un manche que l’artiste capillaire tieut de la main gauche, tandis que la main droite, attelée à une manivelle fixée sur le cadre, lui imprime un rapide mouvement de rotation. L’artiste promène l’appareil, suspendu au plafond, à l’aide d’une tige à coulisse, sur la tête du patient, et en deux minutes le client est brossé.
- Le second système, en usage dans les maisons plus importantes, se compose d’un arbre de transmission régnant au-dessus des tables de toilette et mis en mouvement à l’extérieur par un gamin et, dans les installations luxueuses, par un petit moteur à gaz. Au-dessus de chaque place, se trouve une poulie fixée sur l’arbre moteur et une courroie en caoutchouc de longueur appropriée. La brosse se
- manœuvre des deux mains et reçoit son mouvement de la transmission par l’intermédiaire de la courroie en caoutchouc qui permet, grâce à son élasticité, de placer la brosse à la distance convenable et de lui faire prendre toutes les positions exigées par la nature de l’opération.
- La machine à panser les chevaux, que nous représentons ci-dessus, n’est qu’une transformation appropriée de la brosse mécanique.
- L’arbre moteur peut être mû à la main par une manivelle ou par une machine à gaz, à l’aide de transmission par courroies. On arrête le mouvement en déplaçant les courroies par un embrayage.
- L'appareil représenté ci-dessus est double et peut être manœuvré par deux palefreniers à la fois. On voit sur notre gravure les brosses, reliées à l’arbre
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- LA NATURE.
- par des tiges et des joints à la Cardan, qui permettent de les déplacer sans arrêter la rotation.
- Des contrepoids, dont un seul est visible sur le dessin que nous publions, ont pour effet d'équilibrer le poids des tiges de transmission, pour ne pas fatiguer inutilement les manœuvres.
- Ici se place une légère critique.
- La brosse tournant à une vitesse normale de 500 à 600 tours par minute, on devrait, à notre avis, remplacer la transmission à axes rigides et à joints de Cardan par l’arbre flexible de Stowe, dont nous avons précédemment donné la description, et qui constitue un perfectionnement tout indiqué pour cette application spéciale. Cet arbre flexible réunit à une grande légèreté une grande souplesse, et son emploi simplifierait beaucoup le mécanisme.
- Telle quelle est construite, la machine présente assez d’avantages pratiques pour être employée par l'administration des Omnibus, où Ton obtient par son emploi l’avantage d’une bonne exécution et une grande rapidité dans le travail. Le bouchonnage se lait en dévissant un écrou et en remplaçant la brosse par un rouleau de feutre. Quand la brosse agit, on voit un nuage de poussière se dégager du corps du cheval. Cet appareil intéressant a récemment fonctionné au Conservatoire des Arts et Métiers.
- NOUVEAU PROCÉDÉ
- poün
- PRÉSERVER LES CHAUDIÈRES A VAPEUR
- UES INCRUSTATIONS
- On sait que les parois des chaudières se recouvrent promptement d’une croûte dure formée par des substances que l’eau produit en se vaporisant. Cette croûte, plus ou moins épaisse suivant la nature des eaux, est plus abondante dans les chaudières des bateaux à vapeur alimentées par l’eau de mer.
- I'our obvier aux graves inconvénients qui résultent des incrustations, divers moyens ont été employés ; en voici un aperçu :
- 1° La pomme de terre et autres légumes, à raison de 1 litre par force de cheval ; par l’effet de l’ébullition prolongée, la fécule contenue dans la pomme de terre se transforme en dextrine, qui lubrifie les surfaces de la chaudière et empêche l’adhérence des sels calcaires devenus insolubles. — Tous les légumes amylacés peuvent donner le même résultat.
- • Mais ce remède, fort coûteux, et peu pratique en raison de la difficulté de conserver ces légumes à bord des navires, présente un grand inconvénient : c’est que la dextrine qui résulte de la transformation de l’amidon, donne à l’eau de la chaudière une certaine viscosité qui la dispose à monter dans les tuyaux de sortie de vapeur et jusque dans les cylindres.
- 2® L’argile, à raison de 1 kilo par force de cheval et par 15 jours de service actif ; on a été oblige d’y renoncer, d’abord, parce que l’argile s’attache au fond de la chaudière et y forme une croûte, produisant ainsi elle-même
- le mal contre lequel on l’a employée comme remède, ensuite, parce que cette croûte, que l’argile a formée, fait brûler la tôle dans la partie soumise immédiatement à l’action du foyer. D’ailleurs, l’argile, susceptible d’être entraînée par la vapeur, encrasse la tubulure des chaudières et use promptement les pistons et les tiroirs.
- 5® Le verre pilé, employé à son tour, présente un grave danger : entraîné dans les boîtes et les cylindres, il les use comme le ferait l'émeri.
- 4° Les rognures de zinc, de fer-blanc, le bois de cam-pêche en poudre ou en copeaux, ou la décoction de ce bois, la sciure d’acajou , la décoction de cachou , ne sont pas d’une sérieuse application ; en effet, il serait impossible de se procurer ces matières en quantité suffisante pour les besoins de la consommation ; de plus, le zinc appliqué dans les chaudières revêtues ou non de dépôts tartriques, n’empêchant pas le tartre de s’attacher aux parois, ne peut avoir qu’une faible action désincrus-tante, car dès lors qu’il n’a pu empêcher la cohésion et l’adhérence du tartre, il ne peut avoir la puissance de le dissoudre une fois formé.
- On a dit que le zinc peut rendre des services sur les eaux qui ne sont pas dures, c’est-à-dire sur les eaux faiblement séléniteuses, et qu’il est de nul effet sur celles qui contiennent un acide libre ; ce qui équivaut à ne rien dire et à passer sur les défauts qu’on lui reconnaît d’user promptement les soupapes, robinets, etc.
- Quant aux rognures de zinc, elles ne sont pas sans danger pour les ouvriers qui descendent dans les chaudières.
- Enfin, les sciures et les copeaux sont, à cause de leur peu de densité, des matières très encombrantes et d’un transport coûteux.
- 5° Le taie, employé en poudre, dans la proportion de 1/10 de poids du dépôt qui se produit, de même que la cassonnade, la mélasse, le sirop de fécule, le chlorure de plomb, ont été abandonnés à cause de leur inefficacité, de leurs difficultés d’application et d’autres inconvénients auxquels on peut ajouter leur coût trop élevé.
- 6® Les matières grasses ou à principe lubrifiant ont toutes la propriété d’empêcher la formation des dépôts tartriques contre les parois des chaudières, lorsque le eaux d’alimentation ne sont pas calcaires ; mais ces matières offrent le grave inconvénient d’attaquer très promptement le métal. On connaît de nombreux cas de chaudières piquées et perdant comme un tamis après un très court usage des produits à matières grasses.
- En présence de l’inefficacité de tous les procédés employés, on en est réduit aujourd’hui, pour débarrasser les chaudières tartrées, à revenir au procédé primitif, consistant à arrêter le chauffage, vider les chaudières et, quand la capacité le permet, y faire entrer un ouvrier qui, à coup de ciseau, fait sauter cette croûte fort épaisse et fort dure. Ce travail, toujours très long, très pénible, est toujours imparfait, à cause du nettoyage presque impossible dans les bouilleurs étroits, où le ringard courbé n'opère que lentement et d’une manière imcomplète.
- De plus, les coups répétés ébranlent les rivures, les clouures, et il arrive aussi que, en portant à faux, les coups du ciseau en acier entament le métal et accélèrent la détérioration des chaudières ; c’est là une perte s’ajoutant à celles qu’ont déjà nécessité le refroidissement des fourneaux, les frais de détartrage et la suspension, pendant 7 ou 8 jours, du travail des chaudières.
- Aux inconvénients et dépenses ci-dessus indiqués, il y a à ajouter les frais de changement des chaudières et
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- ceux plus fréquents encore de leurs tubulures, dont les incrustations plus rapides (incrustations que le ringard ne peut atteindre qu’en partie) obligent les Compagnies de chemins de fer à renouveler tous les 2 ans dans les locomotives à voyageurs, et tous les 2 ans 1 /2 ou 3 ans dans les locomotives à marchandises.
- C’est en considérant l’ensemble des efforts faits en vain jusqu’ici pour arriver à préserver l’emploi de la vapeur, sur terre comme en mer, d’un véritable danger, que l’auteur du nouveau procédé affirme être parvenu à la solution du problème ; cette solution lui parait désormais assurée, après le succès obtenu à la suite des applications qui en ont été faites.
- Le nouveau procédé imaginé par M. J. Pistre, consiste à introduire dans les chaudières 500 grammes d’huiles lourdes (goudron de houille distillée) par 1000 litres d’eau. Cette proportion est celle observée avec les eaux du Rhône. Elle devra être portée à 1 kilo pour les chaudières alimentées par l’eau de mer.
- Cette quantité de 500 grammes par chaque 1000 litres d’eau du Rhône est suffisante pendant un mois du service actif de la chaudière, et celle de 1 kilo par chaque 100 litres est suffisante pendant 15 jours de service actif des chaudières alimentées par l’eau, de mer.
- Au reste, le goudron de houille, vu sa propriété conservatrice des tôles, n’offre aucnn inconvénient pour doubler les doses ci-dessus indiquées dans le cas où les incrustations anciennes résisteraient à son action dissolvante. Si, au contraire, les chaudières se trouvent propres lorsqu’on applique le procédé, les doses peuvent être réduites en raison de la qualité des eaux d’alimentation ; c’est là une question d’appréciation que les mécaniciens sont en état de résoudre.
- Les applications faites établissent d’une manière certaine les résultats suivants :
- 1° D’après le nouveau procédé antitartrique, les principes calcaires et salins donnant lieu à la formation du tartre et des incrustations, sont précipités à l'état liquide au fond de la chaudière ;
- 2® Les anciennes formations tartriques sont détachées en croûtes ou liquéfiées.
- 3° Les économies à réaliser sur le combustible sont de 10 à 15 p. 100.
- Les chaudières qui exigeaient de très fréquents nettoyages, selon la nature des eaux d’alimentation, n’ont plus besoin que d’être vidées de loin en loin et à des époques indéterminées ; on laisse échapper par le robinet de décharge le dépôt liquide des matières tartriques précipitées au fond de la chaudière, laquelle est rendue entièrement propre au moyen de quelques seaux d’eau qui entraînent les résidus plus ou moins liquéfiés.
- Il sera facile de s’assurer de la puissance du nouveau procédé en l’appliquant à des chaudières déjà revêtues à l’intérieur de croûtes tartriques ; elles en seront débarrassées en quelques jours : il suffira, pour cela, d’augmenter avec intelligence la dose du goudron de houille suivant l’épaisseur des incrustations et leur ancienneté. Cette application les rendra intérieurement aussi propres que si elles sortaient de l’atelier du fournisseur.
- Le goudron de houille (coaltar) joint à sa propriété antitartrique celle de conserver les tôles, rivets et métaux, composant l’intérieur des générateurs, en les préservant de l’oxydation produite par l’humidité.
- Les produits employés jusqu’à ce jour ont, au contraire, la propriété d’altérer plus ou moins ces mêmes métaux.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire de botanique, par M. II. Bâillon, publié en livraisons in-4“ avec gravures et planches en couleurs. 13® fascicule. Paris, Hachette etCie.
- Traité expérimental d'électricité et de magnétisme, par J. E. H. Gordon, traduit de l’anglais et annoté par M. J. Raynaud, précédé d’une introduction parM. A. Cornu, tome Ier, avec 27 planches et 177 figures. 1 vol. gr. in-8°. Paris, J. B. Baillière, 1881.
- Nous recommandons à nos lecteurs ce nouveau livre, qui est assurément appelé à rendre de grands services aux professeurs, aux savants, à tous les praticiens, et sur le compte duquel nous reviendrons quand le tome II sera publié.
- LES
- MOYENS DE TRANSPORT EN INDO-CHINE1
- II. - LES BARQUES
- On sait que la Cochinchine et le Cambodge peuvent compter parmi les pays les mieux arrosés du monde entier. Plusieurs grands fleuves se divisant vers leurs embouchures en branches nombreuses, un vaste réseau de canaux naturels ou artificiels, un lac immense forment le système hydrologique de cette belle et riche contrée. En outre, pendant la saison des pluies, qui commence en mai pour se continuer jusqu’en octobre, et surtout vers la fin de cette période, une bonne partie du pays disparaît sous les eaux; les plaines et les forêts se transforment en marécages pour ainsi dire sans limites.
- On comprend le développement qu’a dû prendre dans ces conditions la navigation fluviale. L’existence des indigènes, surtout ceux du Tong-Kin et de la basse Cochinchine, se passe pour ainsi dire sur l’eau. On voit même des villages entiers construits sur des radeaux de bambous, et des centres souvent populeux composés en grande partie d’une infinité de barques de toutes formes et de toutes dimensions, véritables maisons flottantes, où les Annamites naissent, vivent et meurent.
- Les formes de ces barques sont très variées, et appropriées plus ou moins parfaitement aux difficultés particulières de la navigation, ou à des usages spéciaux.
- Dans le haut pays, le grand fleuve Mè-Không est coupé de rapides et semé de roches nombreuses qui en rendent le parcours souvent dangereux et toujours difficile. Aussi, les Laotiens se servent-ils de pirogues très lourdes et à parois très épaisses, creusées dans un seul de ces arbres immenses qui deviennent de jour en jour plus rares. Ce sont les seules embarcations qui soient capables de résister aux chocs violents qu’elles doivent supporter, lorsqu’elles dégringolent, pour ainsi dire, de roc en roc, le long des rapides, quelquefois pendant des heures entières. Elles sont bien plus étroites relati-
- 1 Voy. n° 392 du 4 décembre 4880, p. 6.
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- vement, que les pirogues du Cambodge et de la Cochinrhine, et la stabilité leur est fournie par des faisceaux de gros bambous, dont les cloisons intérieures forment une s'rio de compartiments étan-clict, et que l’on attache le long des flancs des pirogues, de façon à leur servir en même temps de défenses contre les chocs latéraux
- Les Laotiens ne se servent que rarement de la pagaye, sauf dans les endroits trop profonds et dans les joutes, et jamais de l’aviron; ils emploient le plus souvent de longues gaffes, terminées par un crochet de bois ou de fer, pour pousser du fond le long des berges, pour éviter les roches dangereuses avec une habileté consommée, ou se hfder aux lianes ou aux branches enchevêtrées des rives.
- On voit encore au Laos de grands radeaux recouverts d’un toit de feuilles, dont la manœuvre est très difficile au passage des rapides, et qui n’ont qu’une marche très lente. Mais le commerce est si rudimentaire dans cette région, qu’ils paraissent suffire aux besoins des habitants.
- Les Laotiens possèdent aussi de très grandes pirogues, appartenant exclusivement aux mandarins et aux pagodes, finement taillées, ornées avec soin, et beaucoup plus légères que les bateaux de charge. Elles servent soit aux visites officielles et aux cérémonies, soit aux régates qui sont courues à certaines fêtes, genre de sport dont les Siamois, les Laotiens et les Cambodgiens raffolent, et dont les prix sont vaillamment disputés.
- Certaines de ces pirogues peuvent contenir une soixantaine de rameurs, et c’est véritablement merveille de voir avec quelle rapidité elles filent sur la nappe immense du fleuve, soulevées par les coups des pagayes scintillantes, qui s’enfoncent dans l’eau ou en sortent sans qu’une goutte jaillisse, avec une harmonie parfaite, en suivant la cadence précipitée des grands gongs de bronze, et les hurrahs répétés des équipages,
- Au Cambodge et à Siam, ces pirogues de course sont laquées, peintes ou vernies avec soin, couvertes de sculptures dorées, dans le goût ornemental des anciens monuments, et rehaussées de morceaux de verre ou d’inscrustations de lames de mica, qui les font briller de mille leux. L’avant et l’arrière se relèvent avec élégance, figurant, en général, la tête et la queue de quelque monstre fantastique, souvenir de la mythologie brahmanique.
- Pour les voyages, les mandarins et les riches négociants font usage de barques d’un tonnage très variable, formées, comme les nôtres, de bordages assez bien assemblés, calfatées d’écorces, et enduites de l’oléo-résine des Diptérocarpées. Une sorte de maison ou de rouffïe, aménagé d’une façon plus ou moins confortable, occupe la partie la plu? large du pont, protégé par un toit de bambou. Celles qui sont construites ou modifiées par les Européens
- 1 On trouve de très bonnes figures (avec plan, coupe et élévation) de ces pirogues du Laos dans l’atlas du Voyage d'exploration du Mé-Kông.
- constituent le mode de transport le plus commode qui se puisse imaginer; mais, en revanche, il ne faut pas être pressé, car on ne va pas bien vite, malgré les efforts apparents de dix à vingt rameurs.
- Les Annamites, à l’inverse des Laotiens et des Cambodgiens, se servent presque exclusivement de l’aviron, qu’ils manœuvrent debout, face à l’avant, agissant surtout avec le poids du corps. Ils peuvent nager ainsi jusqu’à dix et douze heures par jour, sans autre nourriture que leur riz et un peu de poisson salé, et sans autre excitant que l’indispensable chique de bétel.
- On voit encore au Cambodge un autre genre de construction ne servant qu’au transport des marchandises, poisson salé, riz, coton, marmites de terre, etc. Ces barques sont couvertes de bout en bout d’un immense toit en vannerie, très élevé, qui abrite complètement le chargement. L’équipage et les marchands se tiennent sur le toit; les rameurs sont armés de très longs avirons ou de gaffes qu’ils manœuvrent lentement en chantant du matin au soir.
- En basse Cochinchine, les embarcations fluviales et côtières prennent des formes et des dimensions très diverses, en rapport avec l’activité plus grande des Annamites, avec leurs besoins plus multiples et plus nombreux. Les décrire toutes serait fastidieux et impossible sans de nombreuses gravuresl. Nous ne pouvons citer que les formes les plus répandues.
- Les petites pirogues, d’une seule pièce, sont le plus souvent en bois de sao (Hopea). Les autres bateaux, plus grands et composés de planches assemblées sur une coque dont le dessin est réglé par des lois traditionnelles, sont toujours à fond plat ou arrondi, sans saillie de la quille. Celle-ci est taillée généralement dans une pièce de sao ou de sert (Hopea, Vatica), tandis que la membrure et les bordages sont composés de bin-lin (Vitex) ou de yao (Üipterocarpus) de plusieurs espèces. Les avirons sont en bang-lang (Lagerstrœmia), bois élastique, qui rivalise avec le fi’êne de nos pays. Les voiles sont fabriquées avec les jeunes feuilles d’un palmier (Rhapis). Elles sont très légères, assez résistantes, mais de peu de durée. Les haubans et tout le gréement sont en rotin (Calamus), en fibres de coco ou en bambou.
- Les bateaux qui font le cabotage sur la côte et aux embouchures, mais qui remontent partout dans l’intérieur, sont surtout les suivants :
- Ghebau (bateau arrondi), qui vient en première ligne par ses dimensions. Il est effilé aux deux extrémités, qui sont sensiblement relevées. Mais le centre en est très large. Il en est qui présentent au maître-bau un étranglement assez marqué. Il paraît que cette disposition singulière avait pour but, dans
- 1 Le Musée des Colonies possède une très curieuse collection de modèles réduits de toutes ces Formes de barques et de pirogues
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- Jonque de voyage et pirogue de course à trente-deux avirons, dans la rivière de Pursàt, au Cambodge.
- (D’après une aquarelle de M. le docteur J. Harmand.)
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- le principe, de soustraire les propriétaires aux taxes élevées qui étaient calculées sur la largeur du bateau en ce point.
- Ghe cua (bateau de port de mer), d’une forme analogue, mais de dimensions plus réduites. On s’en sert pour le transport du bois, du sel, du poisson salé, et d'un condiment connu sous le nom de nuoc-mam ou eau de poisson. Ce nuoc-mam alimente un des commerces les plus importants de l’Indo-Chine.
- Sur la côte d’Annam et du Tong-Kin, il existe beaucoup d’autres dénominations appliquées à des constructions très différentes. Dans l’Annam on rencontre, aussi bien sur la côte que dans les rivières, un grand nombre de barques dont les bordages, au lieu d’être fixés par des clous ou des chevilles, sont artistement cousus les uns aux autres au moyen de fibres végétales entrecroisées, passant dans de petits trous espacés sur le bord des planches.
- Les bateaux de rivière les plus répandus en basse Cochinchine, y sont connus sous des noms très différents ; nous citerons ceux de ghe long, ghe be, ghe gian, ghe cui, ghe vât, ghe do, etc.
- Les ghe ca, ou bateaux à poisson, sont enduits de résine intérieurement et extérieurement; ce sont des espèces de viviers flottants qui servent à transporter le poisson vivant sur les divers marchés de la colonie. On voit aussi des citernes flottantes, remplies d’une eau plus ou moins limpide, que l’on vend aux villages privés d’eau douce ou potable.
- Les barques destinées à la pêche présentent des aménagements ingénieux et très originaux pour la manœuvre des filets. Le plus ordinairement {ghe ro) ils portent sur l’avant un système ressemblant à une sorte de grue ou de chèvre, composé de deux longues perches, qui se relèvent ou s’abaissent au moyen de contre-poids en pierre, et qui supportent à leur extrémité un grand filet quadrangulaire, maintenu étalé au moyen de bambous en croix.
- Au Tong-Kin, les habitants ont réussi à suppléer à la pénurie de bois de construction dont souffre tout le Delta. On y voit des embarcations, quelquefois même très grandes, formées tout entières de lames de bambous entrecroisées, enduites de résine, et pouvant porter de lourds chargements. Les petites nacelles qui servent aux indigènes pour traverser les rivières ou se rendre d’un village à l’autre, sont si légères qu’ils les emportent en courant sur leur dos, après avoir débarqué, pour les mettre à l’abri dans leurs cases.
- Toutes les pirogues d’une certaine dimension, et toutes les barques de mer et de rivière sont invariablement décorées à l’avant de deux gros yeux peints ou sculptés avec soin, qui leur donnent une sorte de physionomie vivante, et sans lesquels, paraît-il, ils ne sauraient éviter les dangers et les écueils.
- Dr J. Harmand.
- CORRESPONDANCE
- SÜR LE DISQUE-SCIE DE REESE
- La lettre suivante nous est parvenue deux jours après celle de M. Reese, que nous avons insérée dans notre précédente livraison. On comprendra comment notre correspondant nous parle seulement ici du premier article publié par notre collaborateur M. L. Raclé, puisqu’il n’avait pas encore connaissance de la notice de M. Reese.
- , ïïaarlem (Pays-Bas), 1 er février 1881.
- Monsieur,
- J’ai lu avec beaucoup d’intérêt, dans le numéro du 11 décembre dernier de votre excellent journal la Nature, la description du « disque-scie de Reese ». Comme vous paraissez n’accepter qu’avec réserve les résultats qu’on dit avoir obtenus de cet appareil, surtout quant à son action à distance, vous me permettrez peut-être de fixer ici l’attention de vos lecteurs sur quelques faits bien avérés, qui, s’ils ne sont pas aptes à lever d’avance tous les doutes à cet égard, sont pourtant, je crois, de nature à faire paraître un peu moins improbables ces résultats intéressants.
- 11 y a environ quarante ans, on pouvait voir déjà, l’acier fortement trempé, entamé et coupé par une substance, dont la dureté ne ressemble nullement à celle du fer : le carton. C’était à Londres, dans le Adélaïde Gallery, un musée en tout pareil au Polytechnic Institution, qui, je crois, existe encore. On montrait la un disque de carton, dont j’évalue de mémoire le diamètre à 6 ou 8 décimètres, mis en rotation par la transmission d’une machine à vapeur, on disait qu’il faisait un grand nombre de révolutions par seconde. On présentait à son bord une lame de rasoir, sans paraître beaucoup appuyer, et dans quelques minutes une entaille s’y produisait de plusieurs millimètres de profondeur. Le bord du disque se carbonisait, mais ne s’usait que très peu. La largeur de l’entaille était visiblement plus grande que l’épaisseur du carton. On attribuait cette différence aux oscillations du disque, bien que celui-ci était fixé à l’axe par deux plaques métalliques, qui n’en laissaient de libre qu’un rebord de quelques centimètres de largeur. N’est-il pas probable que l’air entraîné prenait, ici aussi, une grande part au phénomène?
- Quant à la quantité d’air entraîné par un corps en mouvement, on possède, sinon des données précises qui se prêtent au calcul, du moins des exemples frappants dans le mémoire que M. le professeur Melsens a présenté jadis à l'Académie des sciences, dans la séance du 30 septembre 1867. Ce savant a trouvé qu’une balle de plomb de 17 millimètres de diamètre, en tombant d’une hauteur de 1 mètre, emportait dans l’eau un volume d’air égal à plus de vingt fois le sien. Une balle de pistolet, projetée par une faible charge de poudre contre une plaque mince de laiton, emportait à travers d’elle et lâchait seulement dans l’eau en buttant contre une plaque de plomb, un volume d’air de plus de cent fois le sien. Je renvoie aux Comptes rendus pour une foule de détails et de résultats tout aussi remarquables.
- Le disque de M. Reese avait à sa circonférence une vitesse de 8000 mètres par minute, ou plus de 130 mètres par seconde. Cette vitesse est presque trente fois celle de la balle dans la première expérience citée ci-dessus, et
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- LÀ NATURE.
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- nous donne donc, je crois, le droit d’attribuer à ce disque une gaine d’air partageant son mouvement et dont la vitesse, à 1 ou même 2 millimètres de distance de sa surface, ne sera pas de beaucoup inférieure à la sienne. À l’endroit où le disque et le barreau sont très près l’un de l’autre, ses particules rencontrent celles qui entourent le barreau tournant en sens contraire; le choc et la compression momentanée de la masse qui en résulte, doit en élever fortement la température. Au point de faire fondre l’acier ? Je crois que l’on a affaire ici à un effet mixte, tout comine dans la fusion et la vaporisation des fils métalliques par la décharge électrique instantanée. On sait, en effet, qu’en augmentant progressivement son intensité après avoir déterminé par l’expérience la température à laquelle le fil est porté par une décharge assez faible, on arrive à le faire fondre et se vaporiser par une autre, plus forte certainement, mais dont l’intensité n’atteint guère celle voulue pour déterminer dans le métal une température qui lui ferait subir seulement un commencement de fusion. C’est la répulsion mutuelle des éléments d’un même courant, découverte par Ampère, donc un effet purement mécanique, qui concourt ici pour produire l’effet général. Je me figure que dans le phénomène qui nous occupe ici, l’effet calorifique se trouve, de même, grandement augmenté par l'effet mécanique des particules d’air projetées contre le barreau.
- Elles sont certainement assez dures pour exercer un effet très sensible. Et, en outre, leur dureté n’a même pas besoin d'être excessive pour leur permettre de se manifester de cette manière, dès que leur vitesse devient assez grande. Le professeur 0. Reynolds a publié, en 1873 (Philosophi-cal magazine, XLVI, p. 337), un travail mathématique au sujet de la gravure au sable de Filghman. Il y démontre par le calcul, qu’au premier contact, l’action mutuelle de deux corps, dont l’un du moins est animé d’une certaine vitesse, est indépendante de leur volume et ne dépend que de leur densité et de leur compressibi lité. Le calcul lui apprend que pour faire rayer, et par conséquent user le verre par un courant de fragments de la même substance, ces dernières n’ont besoin que d’une vitesse de moins de 10 mètres par seconde, et que de la limaille de plomb, pour produire le même effet, devrait être animée d’une vitesse huit fois plus grande.
- Voilà, monsieur, mes raisons pour croire que les phénomènes décrits comme observés, avec le disque-scie de Reese, peuvent très bien être en tous points réels. S’ils le sont, il est certainement bien à désirer qu’un physicien, expérimentateur consommé, les soumette à un examen consciencieux en faisant varier de mille manières les conditions sous lesquelles ils se produisent.
- Veuillez agréer, monsieur, le témoignage de mon respect.
- W. M. Loceman,
- Professeur de physique à l’École moyenne et au Gymnase de Haarl’em.
- Après la lettre que l’on vient de lire, après les explications si claires et si précises données par M. Reese ici même, il ne nous paraît plus possible de nier les faits obtenus avec le disque-scie ou la scie à fusion, si extraordinaires qu’ils puissent paraître. Nous nous associons au désir de notre correspondant et nous espérons que ces faits seront prochainement Wimis à l’étude, de ce côté de l’Atlantique.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi 14 janvier 1881. — Présidence de M. Friedel. — Le bureau et le conseil de la Société sont cdnstits os comme il suit, pour l’année 1881 : Président d’honneur, M. Dumas; président annuel, M. Grimaux; vice-présidents, MM. Berthelot, Scheurer-Kestner, Le Bel, Terreil; secrétaire de la rédaction du Bulletin, M. Th. Schneider ; secrétaire des séances, M. de Clermont; vice-secrétaires, MM. Millot et Müntz; trésorier, M. A. Petit; archiviste, M. A. Henninger; membres du conseil, MM. Carnot, Ca-ventou, Étard, Friedel, Gautier, Jungfleisch, de Lalande, Poirrier, Salet, Schützenberger, Willm, Würtz.
- Séance du 28 janvier 1881. — Présidence de M. Grimaux. — M. Chapuis communique les recherches entreprises avecM. Hautefeuille concernant l’action de l’effluve sur un mélange d’oxygène et d’azote, et fait connaître l’existence d’un acide perazotique. — M. Henninger, dans l’action réductrice de l’acide formique sur Pérythrite, a obtenu outre le glycol C4H802 et le carbure C4H6, un corps liquide, bouillant à 67° et renfermant C41I60. — M. Pabst fait connaître, au nom de M. Horace Kœchlin, un procédé permettant de faire des réserves sur le noir d’aniline, et présente des échantillons. — M. Œschner a obtenu dans la distillation de la quinoléine brute, une base isomérique de la lutidine. — M. Ilanriot a fait réagir l’ammoniaque sur l’oxychlorure d’éthylidène ; il se forme une base dont le chlorhydrate est cristallisable, mais se décompose rapidement dans le vide. — M. Riban présente un travail de M. de Schulten, qui a reproduit l’analcine en chauffant du silicate et de l’aluminate de soude dans des tubes de fer avec une trace de chaux. — M. Wyroubofi décrit le trichromate de potasse et le frichromate d’ams moniaque. — M. Friedel a déterminé un minéral nouveau trouvé en Toscane, l’hydrocarbonate d’aluminium et de sodium. — MM. Friedel et Balsohn ont obtenu la mel lite, au moyen du mellate de potasse et du chlorure d’a Iuminium. — M. Millot a étudié les scories de déphospho ration de la fonte, qui renferment 18 p. 100 d’acide phosphorique.
- Société française de Physique. — Séance du 21 janvier 1881. — Présidence de M. Cornu.— M. de Mé ritens présente sa machine magnéto-électrique à courant discontinu, dont nos lecteurs connaissent la description. — M. Ayrton communique à la Société des expériences qu’il a faites sur un noyau de fer doux soumis à l’action d’un courant constant, en protégeant le fer doux du rayonnement de la spirale échauffée par un courant d’eau continu. Il n’a pu, dans ces conditions, constater aucun échauffement. — M. de Méritens ajoute quelques détails sur une machine qu’il construit pour M. Spottiswoode, pour exciter une bobine d’induction ; les étincelles sont assez courtes mais très nourries. M. Spottiswoode, en faisant passer cette étincelle dans des tubes vides de grande longueur, a observé que l’étincelle donnait d’autant plus de chaleur qu’il y avait plus d’inversions dans l’unité de temps. — M. Hospitalier annonce qu’il a reproduit avec succès les expériences de M Dunand sur le condensateur parlant.
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- LA NATURE.
- LES ASCALAPHES ET LE DENDROLËON
- Rien de plus gracieux que les Ascalaphes. Ce sont des insectes au corps noir et velu, les quatre ailes élargies en arrière, surtout celles de la seconde paire, ornées de riches couleurs jaunes et noirâtres, qui firent prendre autrefois ces insectes pour des papillons, en raison de leur belle parure et de leurs longues antennes terminées par des boutons. Les vieux auteurs n’étaient pas sévères pour les caractères exacts ; ils n’avaient pas remarqué la différence fondamentale des pièces de la bouche et la pince crochue qui termine l’abdomen du mâle, et qui sert à cramponner la femelle pour l’accouplement. Les yeux offrent une particularité singulière. Ils sont divisés en deux par un sillon transverse, la portion supérieure débordant un peu sur l’inférieure , celle-ci ressemblant câ un petit œil sphérique ordinaire. Le bouton en forme de poire, par lequel se termine brusquement la longue antenne, mérite aussi d’appeler l’attention. Si on le détache sur l’insecte vivant, on voit qu’il est formé d’une douzaine de cerceaux annulaires noirs, séparés par des membranes blanchâtres, permettant aux cerceaux de s’écarter ou de se rapprocher, de manière à faciliter le renflement vésiculeux et variable du bouton, dont l’intérieur offre une pulpe très délicate, remplie de minces trachéoles à air et qui doit être un organe sensorial, probablement de l’odorat et de l’ouïe.
- Les Ascalaphes (fig. 1) appartiennent aux Névro-ptères proprement dits, à métamorphoses complètes, et sont voisins du groupe des Fourmilions. Ce sont des insectivores, à leurs deux états d'activité, ce que dénotent chez les adultes les mandibules noires robustes et aiguës, les pattes courtes, fortes et hérissées de poils raides, terminées par des ongles longs et acérés. Ils volent assez rapidement, si le soleil est vif, mais leur vol est de courte durée et ils se posent fréquemment sur les extrémités des plantes. Ils fréquentent avec prédilection les prairies sèches et les coteaux et s’écartent peu des limites de leur habitation, si on ne les inquiète pas. Le matin, et par les journées chaudes et pluvieuses, on les trouve au repos sur les herbes, les ailes
- repliées en toit sur le corps, les antennes rejetées en arrière. On ne les saisit pas aussi aisément qu’on pourrait croire, tant ils savent se faufiler entre les touffes des gazons ; ils observent les mouvements de celui qui les guette et tournent autour de la tige qui les porte, de façon à demeurer toujours cachés. Quand un mâle passe en volant au-dessus d’une femelle, celle-ci s’élance sur lui verticalement, comme une pierre qu’on jette de bas en haut ; le couple s’accroche aussitôt, puis va tomber obliquement sur les plantes. Quelques jours après l’accouplement, la femelle pond de quarante à cinquante œufs, fixés en deux rangs parallèles sur une tige de gazon. Les jeunes larves, qui éclosent en août dans notre climat, grossissent très lentement jusqu’à la fin de l’hiver ; elles sont alors très difficiles à trouver, se cachant le plus souvent dans la mousse et sous les petites pierres et paraissent vivre de Pucerons. Elles commencent à grossir plus rapidement au printemps et mangent davantage. Ces larves sont poilues, renflées et d’aspect analogue à celui des larves des Fourmilions, qu’on trouve à l’affût au fond des entonnoirs de sable. Elles en diffèrent parce que la tête porte une pince de succion (double tube formé par les mandibules et les mâchoires soudées) beaucoup plus allongée et munie de dentelures; elles s’en distinguent en outre en ceque les segments portent sur les côtés des saillies hérissées de poils raides.
- Les Ascalaphes sont des insectes des régions chaudes, abondants surtout dans les contrées tropicales, pouvant remonter par places assez haut dans l’hémisphère nord, de 40° à 50° lat., d’autant plus que le climat offre un été plus chaud. A leurs deux états ils vivent d’insectes. Les adultes si élégants sont de cruels chasseurs de proie vivante, à la façon des Libellules ou Demoiselles, bien plus justement nommées Mouches-Dragons (Dragon-Fly) par les Anglais. Les Ascalaphes poursuivent au vol divers insectes et surtout les papillons, qu’ils mettent en pièces. Les larves ne creusent pas d’entonnoirs, mais errent çà et là sur les sols secs, en marchant en avant et non à reculons comme les larves à entonnoirs de sable. Elles se cachent dans les petites pierres et les débris végétaux et s’élancent sur les mouches et autres insectes qui passent à portée, sucent tous leurs liquides en enfonçant la longue
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- LA NATURE.
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- pince buccale dans leur corps, et n’abandonnent la dépouille, à la façon des Araignées, que lorsqu’elle est complètement desséchée. On peut dire que ces larves sont aux Fourmilions immobiles et rétrogrades ce que les Araignées sauteuses sont aux Araignées tondeuses de toiles. Au mois de juin ces larves filent des cocons ovoïdes au milieu des plantes basses, gros comme une petite noisette, fixés aux feuilles ou aux fourches des rameaux. A l’intérieur se trouve la nymphe recourbée sur elle-même, les ailes dans des fourreaux, les antennes et les pattes repliées en dessous, nymphe qui donnera l’insecte adulte en juillet.
- Dans les régions tempérées moyennes, ainsi en France, les Ascalaphes sont toujours rares ; aussi leur capture est une bonne aubaine pour l’entomologiste. Les uns ont les ailes d’une couleur jaune roussâtre ou fuligineuse, à réseau très serré, incomplètement opaques, ne présentant pas de taches bien tranchées. A ce type se rapporte l’Ascalaphe à longues antennes (Ascalaphus longicornis, Linn.) Les poils en avant' de la tête sont roussâtres, les antennes noires ; les ailes supérieures ont une tache brune, mal limitée, qui part de la base et va en s’élargissant et une traînée li-néaire brunâtre vers le bord antérieur de l’aile ; les ailes inférieures ont une large tache brune à la base, qui occupe les premiers tiers de l’aile et un croissant presque noir qui cerne son extrémité ; le reste des ailes est transparent, d’un roussâtre enfumé, souvent avec une teinte soufrée, surtout aux ailes inférieures ; les jambes sont jaunes et les tarses noirs, ainsi que dans les autres espèces du même type. L’espèce est figurée au vol dans la gravure. On la rencontre de la fin de juin au commencement de juillet, sur les coteaux secs de Lardy, de Poquency, de Bouray, aux environs de Paris et dans la forêt de Fontainebleau. Elle a été capturée sur les collines sablonneuses du département de l’Eure et aux environs de Chartres (Eure-et-Loir) ; on la trouve aussi dans le Limousin, dans les Pyrénées, etc., en Espagne, en Italie, en Algérie.
- Un second groupe d’Ascalaphes a sur les ailes de larges taches opaques et luisantes, le plus souvent d’un beau jaune soufré, parfois blanches. L’espèce la plus fréquente de ce groupe est l’Ascalaphe méridional ou Italique, représenté dans notre figure 1 accroché à une tige et les ailes à demi pliées. Il est principalement du midi de la France et on assure qu’il remonte par places dans la région centrale, qu’on l’a pris à Lardy, près de Paris; à Nemours, à Fontainebleau, dans le Doubs, etc., mais sa capture près de Paris est bien plus rare et plus accidentelle que celle de l'espèce précédente. Il est signalé éga-
- lement d’Autriche et d’Allemagne jusqu’en Thu-ringe, de Suisse, d’Espagne, d’Italie, de Grèce. On le reconnaîtra tout de suite à ses ailes inférieures très larges au milieu et d’un beau jaune opaque, ayant à la base un large coup de pinceau noir, qui s’étend en pointe jusqu’à l’angle postérieur.
- On ne connaît vulgairement en fait de Fourmilions que les deux espèces des environs immédiats de Paris, dont les larves creusent en marchant à reculons et en spirale ces entonnoirs de sable si réguliers, au fond desquels se tient en embuscade une chasseresse cruelle ; l’une à ailes de gaze tachetées de macules noires, anciennement décrite et figurée en France par Poupart (Mém. Acad, royale des Sciences, 1704, p. 255, pl. VIH, p. 146), et, en Italie, beaucoup moins exactement par Vallis-nieri, l’autre à ailes tout à fait immaculées. On distingue tout de suite ces insectes des Libellules à leur vol doux et comme moelleux et à leurs antennes assez longues, sans avoir la grandeur démesurée de celles des Ascalaphes, et qui vont en grossissant peu à peu jusqu’au bout. Il y a d’autres Fourmilions plus rares, bien moins connus du public et dont les larves errantes ne font pas de pièges en entonnoir, mais restent blotties dans le sable ou dans divers débris pulvérulents, prêtes à se jeter sur les insectes sans défiance qui passent auprès d’elles et à sucer toutes leurs parties liquides ou molles.
- C’est à ce groupe de chasseurs à larves sans industrie qu’il faut rapporter une des espèces d’insectes les plus rares qui existent, en raison des conditions spéciales et peu fréquentes de son existence. La larve en effet ne vit que dans le terreau des arbres décomposés, et pourvu qu’il soit bien sec, la sécheresse réunie à l’état pulvérulent étant nécessaire à la vie et au développement des Fourmilions, ce qui est encore une différence bien tranchée entre ces insectes et les Libellules. L’espèce dont nous parlons constitue le genre Dendro-leon, mot qui signifie lion d'arbre. Il a été établi par M. Brauer pour un insecte rencontré aux environs de Vienne, en Autriche, dans les bois secs d’arbres résineux. 11 a les antennes allongées, les ailes colorées de belles taches brunes, ces taches formant sur le bord postérieur des ailes de devant des ocelles ayant une certaine ressemblance avec les cercles noirs de la robe de la panthère. De là le nom de Dendroleon pantherinus que reçut ce Fourmilion si bien tacheté. Puis M. Brauer rencontra la larve au Prater, dans un terreau rougeâtre de trembles, au mois d’avril ; ses mandibules de succion sont à trois dents et le dernier anneau de l'abdomen, bien détaché, paraît apte à grimper. Elle ne creuse pas d’entonnoir, mais se cache dans le
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- LA N A TU HE,
- terreau d’arbres et s’élance rapidement sur ses victimes. On peut l’élever dans le sable en la nouris-sant de mouches. En juin elle se lile un cocon entremêlé de grains sableux, et, en juillet, six semaines après, éclot l’insecte parfait.
- Telle était la question du Dendroléon, quand, en août 1874, M. Poujade, attaché au laboratoire d’entomologie du Muséum, et qui ne connaissait pas alors l’espèce de M. Brauer, trouva sur le sol une aile isolée de l’insecte, provenant sans doute d'un sujet dévoré par un oiseau de nuit ou une chauve-souris. Il fut frappé immédiatement de la parfaite identité de cette aile avec celle d’un insecte que l’abbé Armand David venait de rapporter des environs de Pékin, ce qui démontre une zone d’habitation immense pour le Dendroléon. C’est au mont Saint-Germain, près du champ de courses de Fontainebleau, que fut rencontrée cette aile précieuse. M. Poujade redoubla d’ardeur dans ses explorations de la forêt de Fontainebleau; le 20 juillet 1876, au carrefour de l’Épine, il trouvait un Fourmilion à ailes encore molles et qui n’avait pas volé, car il venait d’éclore à l’intérieur d’un vieux chêne. Il n’offrait aucune tache et M. Poujade, le prenant pour le Fourmilion immaculé ordinaire, le piqua dans sa boîte de chasse sans y faire grande attention; mais le lendemain, ô surprise ! ô bonheur! les taches se peignaient sur les ailes et nous avions en France le Dendroléon de Vienne et de Pékin. Gette coloration tardive des ailes est sans doute un fait général chez les Fourmilions. Notre figure 2 est dessinée d’après le magnifique exemplaire de Fontainebleau, encore unique, car il n’a plus été retrouvé en France. C’est un avis et un stimulant pour nos amateurs d’entomologie.
- Maurice Girard.
- CHRONIQUE
- La Société végétarienne de Paris. — Il vient de se fonder à Paris une Société savante qui, sous le titre ci-dessus, a pour but de rechercher le régime alimentaire le plus avantageux pour l’espèce humaine. Son président, M. le docteur Abel Hureau de Villeneuve, a récemment publié dans le Bulletin de la Société nouvelle, un discours qui donnerait presque envie aux plus grands amateurs de rosbif et de bifteck, de ne plus garnir leur table que de légumes et de salades. Noti'e aini le docteur Hureau de Villeneuve est devenu végétarien à la suite d’attaques de rhumatismes articulaires, dont plusieurs de ses ancêtres sont morts. Voulant supprimer en lui la production de l’acide urique, qui est la cause du rhumatisme goutteux, il a cessé d’absorber de la créatine, c'est-à-dire de manger de la viande. Après plusieurs années de régime exclusivement végétal, les rhumatismes guérirent et la santé est revenue. M. Hureau de Villeneuve, depuis lors, s’est fait l’apôtre des végétariens, et nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs quelques extraits de la plaidoirie qu’il publie en faveur des légitimistes : « Y a-t-il quelque raison de croire que si l’on ne mange pas de viande, on ne pourra accomplir des
- travaux exigeant une grande force musculaire? Je répondrai d’abord que les animaux qui supportent le plus longtemps la fatigue sont végétariens. Le bœuf, le cheval ne mangent que des végétaux, bien que leur estomac soit très capable de digérer la viande, puisque les femelles de tous les animaux herbivores ont Thabitude de manger leur propre placenta. Les carnivores comme le lion, le tigre et le chat, peuvent développer, pendant un très court espace de temps, une grande vigueur, mais leur énergie ne dure pas et ils passent couchés la plus grande partie de leur existence. »
- Pour ce qui concerne l’homme, M. Hureau de Ville-neuve fait remarquer que ce sont les aliments hydrocarbonés qui servent le plus à la force musculaire. — Les aliments azotés sont assurément utiles. « Mais les substances azotées, fait observer notre savant ami, ne se trouvent pas que dans la viande. Beaucoup de substances végétales, comme le froment, le maïs, les pois, les lentilles, les champignons, en contiennent des quantités notables. Le fromage en contient à poids égal plus que la viande. Il n’y a donc pas lieu de craindre de manquer d’aliments azotés parce qu’on se privera ce viande. Il n’y a pas lieu davantage de se croire, dans ce cas, privé des éléments nécessaires au renouvellement et à l’accroissement de la fibre musculaire.... Il est certain, continue le pré-
- sident de la Société végétarienne, que, pourvu qu’on prenne de l’exercice, on peut, sans manger de viande, être bien portant, fort, vigoureux, intelligent et brave. Un grand nombre d’hommes, connus pour leur énergie morale et leur force physique, ont suivi le régime préconisé par Pythagore. Plutarque, Newton, Milton, Bernardin de Saint-Pierre, Franklin, Monthyon, qui ont vécu fort âgés, ne mangeaient pas de viande. Le président Lincoln, dont la stature était gigantesque, la force musculaire colossale et l’énergie indomptable, était végétarien. Les Trappistes, qui ne mangent jamais de viande, mais qui travaillent au grand air, sont renommés pour leur longévité. Pendant vingt-sept ans', on n’a pas observé à la Grande Trappe un seul cas d’apoplexie, d’anévrisme au cœur, d’hydropisie, de goutte, de gravelle ou de cancer. »
- M. Hureau de Villeneuve signale en terminant, les dangers que peut présenter la viande quand elle est le germe de maladies parasitaires; il conclut en affirmant que lorsqu’on dehors des végétaux on peut disposer du lait, du beurre, du fromage et des œufs, on a entre les mains les ressources nécessaires pour une alimentation reconstituante et agréable.
- La pisciculture aux États-Unis. — Les commissaires de pisciculture de l’État de New-York viennent de recevoir, de la Commission nationale, un millier de carpes allemandes, élevées dans les étangs à carpes de l’État à Washington. Ces poissons ou ceux dont ils proviennent ont été importés, il y a trois ans, et ils se sont multipliés en nombre tel que, l’année dernière, soixante mille jeunes poissons ont été distribués, et que l’alevin disponible actuellement dans ce même établissement est de trois cent mille. Les poissons sont distribués gratuitement ; il suffit, pour avoir droit à cinq jeunes poissons, de faire la demande, de prouver que l’on possède un étang approprié, et d’envoyer un vase convenable pour le transport du poisson, avec les frais d’expédition par grande vitesse. Ces poissons paraissent prospérer d’une façon merveilleuse dans les États du Nord; quelques-uns, envoyés à Brooklyn, pesaient un kilog. et même davantage, après un an de séjour dans les bassins, et dans un autre cas, une douzaine de poissons, de huit à dix centimètres
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- LA NATURE.
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- de long, placés dans un étang vaseux à Orange Mountain (New-Jersey) atteignirent une longueur moyenne de trente-sept centimètres, en moins de quatre mois.
- Aérostation militaire. — On a récemment fait en Angleterre une expérience intéressante sur la distance à laquelle les aérostiers militaires doivent se tenir de l’artillerie pour n’avoir rien à craindre des projectiles. Un ballon du service de campagne, capable de porter un ou deux observateurs, fut gonflé et maintenu captif à une hauteur de 240 mètres, à une distance dç-2600 mètres environ d’une batterie. Les artilleurs furent chargés de déterminer la position du ballon et de tirer sur lui avec un canon de huit pouces. Le premier coup fut perdu, mais en corrigeant la hausse, on envoya un second obus à balles, qui vint éclater juste devant l’aérostat. Un certain nombre de balles traversèrent l’enveloppe, qui tomba rapidement sur le sol.
- Le Concours général agricole de 1881, organisé sous les auspices de M. Tisserand, directeur de l’Agriculture, a été ouvert le lundi 14 janvier au Palais de l’Industrie, à Paris. L’Exposition dont nous parlerons prochainement, offre un intérêt considérable.
- — On a récemment découvert dans un petit village de la province de Syracuse un monument troglodyte creusé dans le roc : c’est une chambre de 26 mètres de long, sur 20 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur.
- — M. Graham Bell a donné au Conservatoire des Arts et Métiers le premier modèle du photophone. C’est là un cadeau dont la valeur historique est inappréciable.
- — Le 14 janvier, par un fort vent de N. et N. E., on a observé à Biarritz un passage considérable de pinsons qui a duré pendant plus de six heures consécutives. Ces oiseaux qui formaient une nuée immense, émigraient vers le Sud.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 février 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Mouvements du sol de la Suisse. — Depuis plusieurs années déjà, M. Plantamour (de Genève), employant de délicats appareils, a pu suivre pas à pas les mouvements lents dont le sol de la Suisse est constamment animé. En 1879, il a observé un affaissement de 85"; il ne s’est produit aucune oscillation en sens contraire.
- Dans la même région, M. Colladon signale un véritable tremblement de terre qui, le 27 janvier dernier, à 2 h. 20 après midi, a jeté par terre plus de cent cheminées dans la ville de Berne. On a senti la secousse dans plusieurs cantons voisins : Bâle, Zurich, Soleure, Genève, etc.
- Météorologie Ibérique. — D’après M. Teisserenc de Bort fils, la météorologie de la Péninsule ibérique est relativement très simple et réglée avant tout, par la différence de température de la terre ferme et de la 'mer qui l’entoure. En hiver, la terre, plus froide que les eaux, détermine un appel d’air de toute la circonférence sur le centre ; en hiver, le phénomène inverse prend naissance.
- Drainage antiphylloxérique. — Grâce à un système de drains où s’établit un courant d’air, M. Bourdon arrive à imprégner de sulfure de carbone l’atmosphère souterraine de tout un vignoble. La dépense d’installation est relati-
- vement grande, mais on réalise sur le sulfure une économie qui va aux quatre cinquièmes de ce que nécessite le pal jusqu’ici employé. De plus, on arrive à une distribution plus uniforme de l’agent antiseptique.
- Magnétisme de l'ozone. —M. Henri Becquerel a eu l’excellente idée de soumettre les hypothèses admises sur la constitution de l’ozone au critérium fourni par les propriétés magnétiques de ce corps. Ses résultats consistent en ce que l’ozone est notablement plus magnétique qu’il ne serait, s’il résultait simplement de la condensation pour ainsi dire mécanique de l’oxygène. L’ozone se comporte réellement comme un corps spécifiquement caractérisé par des propriétés spéciales.
- La station de Roscoff. — C’est avec un très vif intérêt qu’on écoute M. de Lacaze-Duthiers constater les progrès vraiment merveilleux de la station zoologique de Roscoff dont on lui doit l’idée et la création. Depuis 1874, l’organisation toute primitive de cette usine à découvertes a lait place à une installation sinon luxueuse, du moins Irès confortable. Déjà la station possède un aquarium de 100 mètres carrés et un beau bateau pour les excursions en mer ; prochainement elle aura aussi un vivier et un scaphandre. D’après une intéressante étude que M. de Lacaze-Duthiers a bien voulu nous remettre, le nombre des travailleurs s’est rapidement accru : en 1872, il n’était que de 2 ; en 1875, il était de 15; en 1878, de 17; en 1879, de 24. Cette année, il est de 27. Six thèses de docteurs ès sciences viennent d’y être terminées.
- Le travail n’est vraiment commode à Roscoff que pendant la belle saison ; mais la station expédie toute l’année des animaux vivants à des établissements d’instruction, même situés à des distances considérables de la mer : le professeur de zoologie de Clermont-Ferrand a pu montrer à son auditoire des céphalopodes vivants; et à la Sorbonne les élèves ont eu sous les yeux une douzaine d’Amphyoxus frétillant dans une cuvette. Ce service si utile d’envoi d’animaux, suppose la présence toute l’année d’un gardien à Roscoff. Une première fois ce gardien a été rémunéré grâce à une libéralité de l’Association française pour l’Avancement des sciences. Cette année, c’est M. Jullien, professeur à la Faculté de Clermont, qui a fourni les 500 francs nécessaires à son traitement.
- En terminant son intéressant mémoire, M. de Lacaze-Duthiers a annoncé la fondation d’une nouvelle station à Port-Vendres. Une petite citadelle complètement abandonnée fournirait l’installation nécessaire si l’administration de la guerre consentait à s’en dessaisir. En attendant, le zélé promoteur de la zoologie expérimentale y a envoyé deux zoologistes qui y ont déjà fait des découvertes, et il se déclare prêt à payer de ses propres deniers les premiers frais d’une installation provisoire.
- Nécrologie. — La mort de M. Kuhlmann, déjà connue de nos lecteurs, est annoncée officiellement à l’Académie.
- Imitation du basalte. — En fondant un mélange fourni par les minéraux constitutifs du basalte et en soumettant le verre obtenu à une dévitrification réalisée à la température du rouge blanc, MM. Fouqué et Lévy ont obtenu une imitation du basalte.
- Carte des Pyrénées. — Comme résultat de ses constants efforts, M. Schrader soumet à l’Académie une magnifique carte comprenant environ le tiers de toute la chaîne des Pyrénées (150 kilomètres environ). L’auteur s’est principalement attaché à l’étude du versant espagnol, qui était à peine connu et qui renferme* des merveilles, comme
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- LA NATURE.
- celle vallée d’Araces, dont la Nature a publié récemment une si instructive représentation.
- Paléontologie. —M. Alphonse Milne Edwards présente, au nom de M. le docteur Lemoine, une importante communication sur les ossements fossiles des terrains tertiaires inférieurs des environs de Reims L’auteur, qui a fait preuve d’une persévérance peu commune, a exhumé toute une faune puissamment intéressante de couches réputées jusque-là à peu près ozoïques, comme les sables blancs de Rilly. D’innombrables espèces nouvelles de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et même plusieurs genres nouveaux sont venus ainsi enrichir nos catalogues. On remarque avec le plus vif intérêt que beaucoup de ces êtres éocènes ont des caractères intermédiaires entre ceux des types antérieurement décrits. L’œuvre de M. Lemoine comptera parmi celles qui auront le plus fait avancer la géologie parisienne.
- La météorite de Soko Banja. — Le signataire du présent article donne lecture d’un mémoire où il détermine la composition lithologique et la signification géologique de la météorite tombée le 15 octobre 1872 à Soko Banja, en Serbie. Cette météorite remarquable est entièrement élastique, et l’on y remarque, à premièic vue, des galets un peu anguleux, quoique fortement arrondis, empâtés dans une masse bréchoïde dont les éléments sont très petits. Ces parties constituantes : galets et masse bréchoïde générale, sont donc dans la même situation relative que les fragmen ts plus ou moins anguleux de ponce et de trachvte et le conglomérat à grain fin du trass des bords du Rhin.
- La première chose à faire pour étudier la météorite de Soko Banja était, suivant nous, et contrairement à la marche suivie par les chimistes qui se sont occupés de cette masse, de séparer des éléments lithologiques et évidemment différents, et de soumettre chacun d’eux à un examen distinct; il fallait aussi les comparer à des types lithologiques antérieurement définis. Or, pour ce qui concerne les galets, la conclusion de nos études est que la roche dont ils sont formés, appartient au même type que les météorites d’Ensisheiin , d’Erxlcben, de Kernouve, etc. : c'est Yerxlébénite. Quant à la masse bréchoïde générale, elle ne saurait être distinguée de la mon-tréjite dont les météorites de Pégu, de Montréjeau et de Searsmont, entre autres, ont donné des échantillons. Ces deux roches ont des compositions voisines, mais la différence profonde qui les sépare, au point de vue géologique, est de même ordre que celle qui distingue le quartz de filon, des grès quartzeux. Nous décrivons dans notre mémoire les vicissitudes géologiques de la brèche de Soko Banja, et il en résulte un nouvel exemple de l’analogie qui unit la géologie des météorites à la géologie terrestre.
- Varia. — M. Ditte signale l’action de l’acide chlorhydrique sur le bichlorure de mercure. — M. Aristide Dumont poursuit ses études sur le canal d’irrigation du Rhône. — M. Rosensthiel se préoccupe de la détermination des sensations colorées fondamentales à l’aide des couleurs complémentaii’es. — M. Toussaint a découvert que la clavelée des moutons, quoique éi’uptive et non parasitaire, a pour principe un microbe, dont il réalise des cultures. — M. Eckel annonce que la strychnine présente deux modes toxiques différents, suivant qu’elle est concentrée ou non.
- . Stanislas Meunier.
- PESE-BÉBÉS
- DE M. LE DOCTEUR BOUCHUT
- Depuis les travaux de N. Guillot, tous les médecins ont compris l’importance qu’il y avait à se rendre compte des progrès de l’accroissement d’un enfant au moyen de la balance et de pesées fréquentes et bien faites. L’allaitement des enfants ne-peut être bien surveillé ni bien dirigé que si l’on en suit les résultats au moyen de pesées quotidiennes ou hebdomadaires.
- Pour remplacer l’usage fort peu commode de la balance, M. le docteur Bouchut a imaginé un appareil ingénieux, que nous représentons.
- Pour disposer le Pèse-Bébé, on choisit un point
- Pèse-bébé de M. le docteur Bouchut.
- fixe placé à une hauteur convenable : porte-manteaux, patère, clou à crochet. Le dessin montre l’ensemble de la disposition que présente l’appareil en fonction.
- La bretelle étant passée sous les bras de l’enfant, on le place au crochet de l’appareil ; l’aiguille en marque aussitôt le poids. Au moyen du bouton central extérieur, on porte l’index sur l’aiguille. On peut dès lors retirer l’enfant et relever tout à loisir le poids que marque l’index, pour l’inscrire sur le carnet de pesées.
- En laissant l’index en place après chaque pesée, on pourra constater à première vue, lors d’une opération suivante, la valeur de la différence du poids. L’ingénieux appareil de M. le docteur Bouchut est construit par M. H. Galante.
- Le propriètairc~gêrant : G. Tissandiek.
- Paris. — Imprimerie A. Luliurc, 9, rue de Fleurus.
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- .V 40 4. — 20 FÉVRIER 1881.
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- FRÉDÉRIC KUHLMANN
- Né à Colmar, le 22 mai 1805, Frédéric Kulilmann n’avait que sept ans lorsqu’il perdit son père, géomètre de cette ville. Il entra dans la vie par le chemin des difficultés et des épreuves; dès son enfance il comprit que sa destinée était attachée aux seuls efforts de son travail et de sa volonté.
- A peine eut-il terminé de brillantes études, faites à Nancy, que, cédant à son goût pour les recherches chimiques, il se sentit attiré vers les grands maîtres. Ceux-là seuls pouvaient satisfaire les aspirations de cet esprit éminemment pratique, qui aimait déjà à chercher la vérité dans le domaine des faits, beaucoup plus que dans celui des théories. Trois années passées sous la direction de Yauquelin lui suffirent pour se faire un nom par ses recherches scientifiques sur les matières tinctoriales.
- En 1824, la ville de Lille, qui n’avait pas alors de Faculté des sciences, fondait des cours publics. Elle pria le ministre de lui indiquer des professeurs, et celui-ci, plus soucieux de la renommée naissante que de l’extrême jeunesse de Kulilmann, le désigna, quoiqu’il n’eût que vingt ans, comme le plus apte a créer une chaire de chimie dans la grande cité industrielle.
- Pendant trente années, Frédéric Kulilmann professa, avec cette clarté et cette justesse d’expressions, qui sont l’apanage de 1 homme aux conceptions élevées, et l’éloquence du vrai savant. Pelouze fut son élève, devint son préparateur et resta toujours son intime ami. Kulilmann était avec le physicien Dele-zenne et le naturaliste Lestiboudois, à la tête de cette sorte de Faculté indépendante, qu’une Faculté officielle fut appelée à remplacer en 1854. Il n’accepta point les offres pressantes qui lui furent faites d’y continuer ses brillantes leçons : d’autres grandes créations réclamaient à cette époque une partie de son temps.
- Dès son arrivée à Lille, Kulilmann avait compris que la vieille ville manufacturière n’avait pas seulement besoin de l’enseignement de la chimie, mais qu’il lui manquait aussi l’application de cette science aux multiples branches de l’industrie régio-9° iBBéi. — l*r semestre.
- nale. En 1825, ce grand travailleur créa seul une première usine à Loos : bientôt, sous sa vigoureuse impulsion, elle grandit, décupla, centupla d’importance ; d’autres établissements construits successivement à La Madeleine, à Saint-André, à Amiens, forment un vaste ensemble qui a fait de Kuhlmann un des premiers industriels de France.
- C’est à Loos, berceau de son œuvre manufacturière, qu’aimaient à se réunir autour de lui des amis tels que Chevreu), Dumas, Hoffmann, Liebig, Muspralt, AVürtz; c’est là que Kuhlmann vit grandir autour de lui les trois générations d'une nombreuse et belle famille ; c’est là aussi qu’il voulut dormir de son dernier sommeil.
- A côté des soins du professorat-et des occupations du manufacturier, cette belle intelligence savait mener de front et sans efforts, les mandats que lui coudaient ses concitoyens. Membre de nombreuses sociétés savantes, dont il enrichissait les mémoires, il avait été, dès 1847, appelé à l’Institut comme correspondant. Administrateur de la Compagnie du Nord, membre du Conseil de salubrité, du Conseil général, directeur de la Monnaie de Lille, créa-! teur et président jusqu’à son dernier jour d’une des plus importantes sociétés industrielles de France, il était, depuis 1869, membre du Conseil supérieur du commerce et prenait en outre part à toutes les enquêtes économiques. Appelé au jury des Expositions de Londres, de Paris et de Vienne, il avait été honoré du grand prix à l’Exposition de 1878. Tant de travaux ne pouvaient le détourner des recherches chimiques pour lesquelles il avait une prédilection toute particulière.
- L’agriculture lui doit de nombreux mémoires sur ses expériences chimiques et agronomiques, sur la théorie des engrais, sur la formation et le rôle de l’ammoniaque. 11 a généreusement doté l’industrie sucrière de son procédé de saturation, base de tous les progrès que cette industrie a faits depuis.
- Le blanchiment et l’influence de ses divers agents ont été l’objet de quatre études spéciales.
- En teinture, il a publié des -recherches sur les applications de la garance et la fixation des couleurs.
- Frédéric Kuhlmann, né le 22 mai 1803, mort le 27 janvier 1881. (D’après uue photographie.)
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- En chimie, ses expériences sur la vitrification, sur l’action de l’éponge de platine, sur la théorie des alcools et des éthers, sont citées dans tous les cours. La création de l’industrie de la baryte et celle des silicates solubles a enrichi l’impression sur étoffe et l’art décoratif de procédés inaltérables, en même temps que l’art de construire y a trouvé un mode de durcissement des pierres. Aux hygiénistes, Kuhlmann fournissait des documents précieux sur l’emploi de certains sels dans la fabrication du pain, sur l’assainissement des manufactures de produits chimiques, sur le noir animal, l’éclairage et le chauffage au gaz au point de vue de la salubrité ; aux ingénieurs, il donnait une théorie de la consolidation des mortiers et des ciments ; aux géologues, il livrait ses travaux sur la formation des espèces minérales et des roches, sur leur désagrégation et sur la production des cristaux.
- Nous passons sous silence toutes les études relatives aux acides, à la soude et à bien d’autres produits1. Chaque fait que cet esprit fécond recueillait sur son chemin était un objet d’études, et le savant ne l’abandonnait qu’après avoir épuisé toutes les investigations permettant d’en déduire une conséquence utile à l’industrie ou aux arts.
- Telle est en résumé, cette grande et belle existence où le repos n’a guère trouvé de place.
- Elle a justement été récompensée par la distinction de commandeur de la Légion d’honneur, et par quantité d’ordres étrangers. Mais Frédéric Kuhlmann était de ceux qui aiment la science et le bien, pour la satisfaction que leur pratique donne à l’âme élevée, beaucoup plus que pour les honneurs et les richesses qui peuvent en être les résultats. 11 se sentait heureux au milieu de l’estime, de l’affection, de la vénération même, dont la population d’une vaste région de notre territoire ne cessait de lui donner le témoignage. Sa mort a été dans le nord de la France, un grand et douloureux événement qui a pris les proportions d’un deuil public2.
- Gaston Tissandïer.
- APPAREILS A ENCLANGHEMENTS
- DES GARES DE DERRACHE ET DE LA GÜTLLOTIÈRE, A LÏON
- Nous avons reçu de M. A. Gobin, ingénieur en chef des ponts et chaussées, une très intéressante note sur les appareils à enclanrhements installés aux gares de Perra-che et de la Guillotière, à Lyon, dans le but de satisfaire aux exigences croissantes d’un service sans cesse plus actif. Nous allons résumer, pour nos lecteurs, la note de M. A. Gobin, en nous en tenant seulement au principe des appareils employés. Le système a pris naissance
- 1 Recherches scientifiques et Publications diverses, par P. Kuhlmann (Victor Masson, 1877).
- Nous devons les éléments de cette notice à l'obligeance de. M. Kuhlmann lils, qui, nous en sommes persuadé, saura bontiivucr l’œuvre de son père vénéré.
- en France et a été exposé, pour la première fois, en 1867, par M. Vignier, et notablement perfectionné ensuite par MM. Saxby et Farmer.
- Le premier système de M. Vignier était spécialement disposé pour les bifurcations, dans le but d’empêcher d’une manière absolue que les deux directions dans un chemin de fer fussent ouvertes en même temps.
- Je suppose que deux branches A et B aboutissent à un tronc commun C où se trouve l’aiguille, qui est faite, par exemple, sur la voie A. Le disque avancé de A sera ouvert 1 et celui de B sera fermé pour éviter que deux trains se rencontrent en arrivant en même temps de A et de B sur le tronc commun C. Si l’on veut recevoir sur le tronc commun un train venant de B, il faudra :
- 1e Fermer le disque de la voie A, pour arrêter les trains qui pourraient venir de cette ligne ;
- 2° Faire l'aiguille sur la voie B ;
- 5° Ouvrir le disque avancé de B.
- Si l’on changeait l’ordre de ces opérations, par exemple, si l’on faisait l’aiguille sur la voie B avant d’avoir fermé le disque A et surtout si l'on ouvrait le disque B avant d’avoir fait l’aiguille sur celte voie et fermé le disque À, un accident serait possible, car dans l’intervalle des manœuvres, un train pourrait encore venir par A pendant qu’un autre arriverait par B, qu’on vient d’ouvrir.
- Pour que les signaux ne puissent être manœuvrés que dans cet ordre, M. Vignier a établi, entre le levier de manœuvre de l’aiguille et celui de chaque disque» une solidarité telle qu’on ne puisse ouvrir le disque que sur la voie où l’aiguille se trouve faite.
- Pour cela, le levier du disque B est muni d’une tige ou verrou qui ne peut avancer, et par suite permettre au levier de se déplacer, qu’en entrant dans un œil ménagé dans la tringle de manœuvre de l’aiguille, et cet œil se trouve en face du verrou seulement lorsque l’aiguille est faite sur la voie B. Si l’aiguille n’est pas faite sur B, le verrou bute contre le plein de la tringle et le levier du disque ne peut se manœuvrer.
- Le levier du disque de la voie A, s’enclanche de même dans la tige de manœuvre de l’aiguille lorsque celle-ci est faite sur cette voie, en sorte qu’on ne peut faire passer l’aiguille de la voie A sur la voie B sans avoir préalablement déclanché cette aiguille en fermant le disque de la voie A. On voit donc que l’ordre des manœuvres se trouve forcé, et qu’il est matériellement impossible aux agents chargés des aiguilles et signaux de les manœuvrer dans des conditions autres que celles où la sécurité se trouve assurée. On est donc à l’abri d’une erreur, d’une négligence ou même d’un acte de malveillance de la part de ces agents.
- Le perfectionnement apporté au système de M. Vignier par MM. Saxby et Farmer, consiste en un moyen de concentrer sur un même point tous les leviers de manœuvre des aiguilles et des signaux, disques, etc., dépendant d’un même poste d’aiguilleur ou de plusieurs postes voisins. Dans les systèmes antérieurs, la manœuvre devait se faire h l’aiguille même, ce qui obligeait l’aiguilleur à se déplacer et, par suite, diminuait le nombre d’appareils confiés à ses soins. Le système de transmission imaginé par MM. Saxby et Farmer, permet de placer le levier de manœuvre d’une aiguille à une assez grande distance de l’aiguille même, et de réunir en un même point, dans un
- 1 Le disque est dit ouvert ou effacé lorsqu’il est placé para lclcmcnt aux rails; il indique alors que la voie est libre. Lorsque sa face est placée perpendiculairement aux voies, il est d fermé et indique l’arrêt.
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- LA NATURE.
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- pavillon appelé signal-box, établi à une certaine hauteur au-dessus des voies, tous les leviers d’aiguilles et tous es leviers de signaux d’un poste. Cette transmission se compose de tiges rigides en fer creux, clavetées ou réunies par des manchons filetés, des retours d’équerre facilitant les inflexions nécessitées par les circonstances locales. Ces tiges sont supportées, de 2 mètres en 2 mètres, par des galets de fonte, et permettent ainsi la manœuvre des aiguilles jusqu’à une distance de 500 mètres. Des balanciers de compensation permettent d’annuler les effets de la dilatation. Les leviers ainsi réunis dans un même pavillon sont solidaris s par des enclanchements disposés de manière que la manœuvre de chaque levier ne soit possible que lorsque tous les mouvements de signaux qui doivent la précéder ont été effectués eux-mêmes. C’est ce que les Anglais appellent irilerlokimj-system (système à enclanchements).
- Ainsi une voie ne peut être ouverte 'a un train par son disque avancé, sans qu’elle eût été préalablement préparée par l’aiguille correspondante et sans qu’elle ait été fermée par les signaux à tous les autres trains qui peuvent venir d’une direction différente. Une fois le passage donné sur une voie, l’aiguilleur ne peut plus modifier la position des aiguilles sans avoir préalablement changé les signaux.
- Dans ces conditions, on voit combien il est nécessaire que tous les leviers de manœuvre soient réunis en un point unique de façon à effectuer très rapidement tous les signaux qui doivent prédéder l'ouverture d’une voie donnée. Au poste n° 2 de la Guillotière, par exemple, il y a trente-six leviers, dont trente actuellement en fonction. 11 y a trois aiguilleurs dans le poste, deux manœuvrent les leviers et le troisième reçoit les signaux électriques. Us travaillent huit heures par jour, et n’ont pas, pendant leur service, le temps de prendre de repas. 11 y a, sur ce point, cinq cent vingt-cinq passages de trains ou machines par jour.
- Les trains sont signalés aux aiguilleurs par des postes avancés reliés électriquement au signal box. L’aiguilleur ouvre alors la voie demandée après avoir fermé les autres et fait tous les signaux de protection dans l’ordre voulu par les enclanchements. Si, par une fausse interprétation de la demande, l’aiguilleur donnait le passage sur une voie autre que celle qui a été demandée, cette erreur ne pourrait donner lieu à aucun accident, car la voie ouverte à tort aurait été fermée à tous les autres trains pouvant y arriver; il y aurait simplement une fausse manœuvre et le train devrait rebrousser chemin, mais toute chance de collision serait écartée. C’est là ce qui constitue le principal avantage du système. En outre, les signaux peuvent être faits avant l’arrivée des trains, puisque ceux-ci ont été signalés par les postes avancés : tout étant préparé d’avance, les trains attendus franchissent les bifurcations sans s’arrêter, et à la vitesse ordinaire, ce qui fait gagner beaucoup de temps ; tandis qu’autrefois tous les trains, sans exception, devaient s’arrêter aux bifurcations et attendre qn’on leur livrât la voie.
- Cet ensemble de dispositions joint au surcroît de sécurité apporté par l’appareil Tver, qui réalise un block-system absolu et dont nous parlerons quelque jour, rend les accidents à peu près impossibles, du moins en ce qui concerne les signaux et les ordres donnés aux mécaniciens, ainsi que pour les voies ouvertes aux trains aux points de bifurcation, les plus dangereux de. toute voie terrée.
- LE SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE
- u’alsace-loruaine
- La Délégation d’Alsace-Lorraine, qui remplit dans le pays annexé l’office d’Assemblée législative, vient d’adopter, dans sa séance du 9 février dernier, une motion de notre ami et collaborateur M. Charles Grad, député de Colmar, pour l’organisation d’un service météorologique 11 y a actuellement en Alsace-Lorraine une trentaine de stations occupées d’observations météorologiques. Les résultats de ces observations sont disséminées dans les publications des établissements scientifiques du pays, et une partie notable ne reçoit même aucune publicité. M. Grad propose de recueillir toutes les observations faites dans un bureau météorologique spécial institué à Strasbourg, près de l’Observatoire de la nouvelle Université, afin de Iss publier suivant un plan uniforme. Rattaché à un observatoire central, le bureau météréologique sera chargé en même temps de la rédaction d’un bulletin quotidien avec indication du temps probable, qui sera transmis par télégraphe aux communes du pays et affiché aux mairies, afin de donner les avertissements susceptibles de servir à l’agriculture. Le gouvernement a fait un accueil favorable à la motion de M. Grad, et les crédits nécessaires pour l'organisation du service seront inscrits au budget de l’année prochaine.
- —^<>-c—
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société géologique de France. — Séance du 24 janvier 1881. — Présidence de M. Fischer. -M. le Président annonce la mort de M. Danglure, vice-président. — M. Dauitréeprésente l'ouvrage de M. Ballzer sur le contact du granité et des formations calcaires dans l’Oberland bernois. — M. Michel Lévy expose le résultat de ses observations sur les schistes micacés de Saint-Léon (Allier). — M. Jannettaz présente de nouvelles observations sur le parallélisme de la schistosité dans les roches, et de la direction où la chaleur s’y propage le plus facilement. — M. de Boury signale l’existence de tufs près de Seraincourt (Seine-et-Oise). Ces tufs renferment de nombreuses coquilles lacustres et quelques espèces terrestres. — M. Œlbcrt présente un mémoire paléontologique sur les fossiles dévoniens de l’Ouest de la France. Les matériaux qui lui ont servi pour ce travail proviennent de la collection de Yerneuil déposée à l’École des Mines.
- Société botanique de France. — Séance du 13 février 1881. — Présidence de M. Van Tieghem. — M. Magnier offre à la Société un certain nombre d’espèces du nord de la France, parmi lesquelles se trouve une forme nouvelle. — M. Rouy signale les localités nouvelles d’un assez grand nombre de plantes de la flore de France ; il accompagne celte énumération de plusieurs remarques sur leurs variations et leurs habitations. — M. Yan Tieghem expose la suite de ses recherches sur la végétation au milieu de l’huile. Il a observé une huile devenue blanchâtre et laiteuse. Une goutte observée au microscope montre qu’il s’y développe un organisme analogue à la levure de bière; il n’y a pas de dégagement gazeux
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- LÀ NA TUBE.
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- LA FORME DES CELLULES
- DANS LES TISSUS VEGETAUX
- La Nature a donné déjà la description de divers procédés ingénieux destinés à représenter les phénomènes naturels ; nous croyons devoir y ajouter aujourd’hui un mode assez curieux de montrer artificiellement la structure des cellules dans les tissus végétaux. Nous avons reproduit dans la figure ci-dessous, d’après le Friend's Central Schuol de Philadelphie, la disposition adoptée à cet effet par M. Ilollman, et appliquée par lui dans les cours publics pour fournir des projections, et donner une représentation visible à tout un auditoire.
- L’appareil de M. Ilollman comprend une sorte de cuve rectangulaire très mince dont les deux grandes parois sont formées par des glaces en verre épais. Entre ces deux glaces est disposée une bande de caoutchouc formant les parois latérales de la caisse et maintenue comprimée dans les deux cadres au moyen de quatre presses à vis pour former un assemblage étanche. On remplit cette petite cuve plate avec une dissolution de savon d’une certaine consistance et on y envoie, par l’intermédiaire d’un tube à pointe effilée, et en soufflan t au besoin avec la bouche, des bulles d’air qui viennent se dégager régulièrement dans le liquide. Celles-ci s’échappent lentement dans la cuve, en raison de la résistance qu’elles y rencontrent; d’autre part l'attraction capillaire exercée sur elles par les parois en verre les empêche de prendre la forme sphérique, comme elles le feraient sous l’action d’une pression constante dans toutes les directions. Elles se développent donc en s’allongeant à travers le liquide, pour aller d’une paroi à l’autre ; en même temps la réaction mutuelle que les cellules ainsi appliquées contre les parois exercent entre elles, leur donne bientôt une forme entièrement polygonale tout à fait analogue à celle que présentent les tissus des végétaux dont la tige est coupée horizontalement.
- Notre gravure montre l'apparence observée dans ces conditions ; mais elle ne saurait reproduire l’effet véritablement merveilleux qu’on obtient en éclairant cette petite cuve à la lumière transmise. Les rayons qui traversent la cuve rencontrent en effet d’un point à un autre une résistance variable tenant aux faibles différences d’épaisseur des parois si légères des petites bulles ainsi formées ; il en résulte une décomposition de la
- lumière amenant la production de rayons teintés de toutes les couleurs du spectre ; ceux-ci illuminent ainsi ces petites cellules et les rendent visibles à tout un auditoire. Les interférences qui se produisent alors, témoignent d’une façon frappante de la ténuité de l’enveloppe des cellules, puisque 1 épaisseur en est comparable à la longueur d’onde des rayons lumineux; elle ne doit pas dépasser 1/8 000 à 1/10 000 de millimètre.
- On remarquera également, en considérant la figure, que les cellules présentent sur les parois de la cuve, la forme d’un hexagone presque régulier; c’est la même forme qu’on observe dans la plupart des tissus organiques et que tout le monde a remarquée déjà dans les cellules des abeilles, par exemple ; on la rencontre également, comme ou sait, dans beaucoup de phénomènes naturels, lorsqu’on comprime en exerçmt un effort régulier dans tous les sens, une série de corps qui tendraient à adopter chacun la forme circulaire. La réaction mutuelle exercée par les cercles les uns sur les autres les oblige à se déformer, les contours deviennent polygonaux, et il se produit alors autant d’hexagones réguliers. 11 est facile de comprendre qu’il doit en être ainsi, car l’hexagone régulier est le polygone du nombre de côtés le plus considérable qui soit susceptible de paver le plan ; par suite, c’est lui qui se rapproche le plus du cercle, et qui présente dès lors le moindre conlour pour une surface donnée. Pareil phénomène s’observe encore, par exemple, dans ces colonnes basaltiques qui font l’admiration des voyageurs, lorsqu’ils visitent en Ecosse la célèbre Grotte de Fingal, ou en Irlande la Chaussée des Géants,. On rencontre également en France les Orgues d'Espahy, près de la ville du Puy, dont les formes hexagonales sont si régulières qu’elles paraissent avoir été taillées intentionnellement. Ces colonnes résultent en effet, comme on sait, des fissures produites par le refroidissement dans une masse homogène venue à la surface de la terre à l’état liquide: l’effoit de disjonction dû au rétrécissement de la masse, s’exerçant partout avec une égale intensité, a déterminé la production de lignes de séparation dessinant autant d’hexagones réguliers; le travail de rupture s’est opéré ainsi sur le moindre contour, en exigeant par suite le moindre effort, comme le fait se remarque presque toujours dans tous les phénomènes naturels.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’Ecole Polytechnique-
- Expérience sur la forme des cellules.
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- LA NA TU HL.
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- COMPTEUR TOTALISATEUR ÉLECTRIQUE
- DE M. DUMOULIN FROMENT.
- Les appareils qui servent à compter automatiquement le nombre de tours d’un arbre de rotation sont fréquemment employés dans un grand nombre de circonstances qu’il serait sans intérêt aucun d’énumérer ici, d’autant que cette énumération serait nécessairement incomplète. Souvent, le plus souvent même, le compteur est relié mécaniquement à l’arbre de rotation de telle sorte qu’un chiffre nouveau apparaît à chaque tour ou à chaque oscillation. Dans quelques circonstances, la transmis-
- sion se fait électriquement : à chaque tour, un courant est envoyé dans le circuit et, pénétrant dans le compteur, produit un déclanchement qui fait apparaître le nouveau chiffre.
- Mais il peut arriver des circonstances plus compliquées dans lesquelles les indications du compteur ne peuvent plus être obtenues avec la même facilité: c’est ce qui arrive, par exemple, lorsqu’il y a plusieurs appareils indépendants, ayant chacun sa marche propre et que le compteur doit donner à chaque instant et directement l’indication du total des nombres correspondant séparément à chacun des arbres.
- Le cas se présentait par exemple pour l’usine à gaz de la Vilîette, qui possède dix compteurs qui
- Fig. I. Compteur totalisateur électrique de M. Dumoulin-Froment.
- donnent ou peuvent simultanément donner passage à du gaz d’éclairage se rendant des appareils de fabrication dans la canalisation. Chacun de ces compteurs peut être traversé journellement par 40 000 mètres cubes de gaz, soit 400 000 par jour; on voulait avoir à chaque instant le débit total, depuis le commencement de l’année de telle sorte qu’à la fin de l’exercice on sût immédiatement la quantité totale de gaz qui avait été fournie à la consommation, quantité qui peut ainsi s’élever à 146 000 000 mètres cubes.
- Comme on voulait avoir cette donnée à un instant quelconque, jour ou nuit, on ne pouvait songer à établir un compteur relié mécaniquement aux divers arbres de rotation, ce qui eût entraîné la nécessité de pénétrer avec une lumière pour faire les lectures, condition qui devait être évitée. Il fallait donc avoir recours à la transmission électrique.
- Mais ici une difficulté se présentait : les mouvements des divers compteurs à gaz sont tout à fait indépendants, avons-nous dit. Il eût donc pu arriver qu’à certains instants il y eût concordance entre les émissions faites par deux ou plusieurs de ces compteurs ; les divers courants parvenant simultanément au totalisateur n’auraient pas produit plus d’effet qu’un seul et le chiffre marqué eût augmenté seulement d’une unité, alors même que, cas improbable il est vrai, mais non pas impossible, les dix compteurs à gaz eussent été en même temps au même point de leur révolution. Si, par hasard, cette simultanéité se fût prolongée pendant un certain temps, le chiffre indiqué pour cette période eût donc été dix fois trop faible.
- C’est à cette éventualité fâcheuse qu’il s’agissait de parer: M. Dumoulin-Froment, qui était chargé de la construction de cet appareil, parvint à
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- lever la difficulté d’une manière fort ingénieuse.
- Nous rappellerons d’abord en quelques mots que théoriquement un barreau de fer doux s’aimante et se désaimaute instantanément sous l’influence d’un courant passant dans une hélice entourant le barreau ; c’est là ce qui constitue un électro-aimant. En réalité, il y a bien aimantation dans ces conditions, mais, même avec le fer le plus doux, la désaimantation n’est jamais complète au moment de la cessation du passage du courant. Le fer doux reste toujours faiblement aimanté, il y a, comme l’on dit, du magnétisme rémanent. L’aimantation qui subsiste si le fer est doux n’est jamais bien forte d’ailleurs; elle peut maintenir un morceau de fer qui serait en contact, mais elle est incapable d’attirer du fer qui se trouverait à une distance même petite. Ce magnétisme rémanent, dont il faut tenir compte dans tous les appareils de précision où il existe des électro-aimants, est souvent
- Fi". 2. Détail des électro-aimants.
- un inconvénient; quelquefois, quoique plus rarement, son existence a été utilisée avantageusement, et c’est le cas dans l’appareil dont il s’agit et dont la figure 1 donne une vue d’ensemble simplifiée en ce que l’instrument représenté est disposé pour recevoir quatre indications diverses au lieu de dix.
- A la partie supérieure de la boîte que l’on a supposée ouverte, on aperçoit quatre électro-aimants dont le détail est donné dans la figure 2. Chacun d’eux est en communication avec un des compteurs à gaz et est traversé par un courant au moment où une rotation complète est effectuée. À droite, on aperçoit un compteur automatique qui ne présente aucune disposition particulière et qui marque une nouvelle unité en plus chaque fois qu il reçoit un courant. Il faudra donc qu’il reçoive un courant chaque fois qu’un courant aura traversé un électroaimant en évitant absolument qu’il puisse y avoir deux émissions simultanées. Pour arriver à ce résultat, on fait usage d’un distributeur que nous allons décrire.
- Devant chaque électro-aimant À est une lame de
- fer B qu’un faible ressort écarte des pôles de A. Tant qu’elle reste fixée contre l’électro-aimant, aucun courant n’est envoyé au totalisateur par ce système; au contraire il y aura émission lorsquela lame quittera l’électro par suite d’une disposition de détail indiquée ci-dessous. 11 faut donc éviter que deux pièces B ne quittent à la fuis l’électro-aimant correspondant, cc que l’on obtient en réglant à l’avance le moment où cet effet pourra se produire. Pour cela, un mouvement d’horlogerie, mû par un poids et réglé par un pendule conique produit la rotation d’un arbre vu en coupe en G : cet arbre porte une came en face de chaque électro-aimant et ces cames sont calées de telle sorte que les couteaux d’acier qui les terminent soient disposés régulièrement autour de l’arbre de manière à figurer une hélice ; ces cames, dans leur lotation, viennent rencontrer des pièces D fixées à l’extrémité inférieure des lames B lorsque ces lames sont appliquées contre les électros, elles ne les touchent que lorsque les lames B ne sont pas en contact. Ajoutons que ce contact, quand il se produit, a pour effet d’abord d’envoyer un courant dans le totalisateur puis de détacher la lame B, qui reste écartée de i’éleclro-aimant.
- Ajoutons que la durée de la rotation de l’arbre G est notablement plus courte que celle que peut prendre l’arbre de chacun des compteurs à gaz. Nous pouvons maintenant expliquer le fonctionnement du système. ,
- Considérons un des électro-aimants, la lame B en étant écartée ; elle restera en cette position tant que le compteur correspondant n’aura pas fini sa révolution ; à ce moment, un courant sera envoyé dans l’électro A et la lame B sera attirée. Le courant ne passe qne pendant un temps très court, mais la lame B reste fixée à l’électro par suite de l’action du magnétisme rémanent et le totalisateur ne reçoit rien : mais par la rotation de l’arbre C, la came agit à un certain moment, la lame est séparée de l’électro (qui ne peut l’attirer sans être traversé par un courant, parce que le magnétisme rémanent est trop faible pour agir à distance), et à cet instant un courant est envoyé au totalisateur, qui indique une unité de plus.
- En supposant que l’électro-aimant ait agi aussitôt après le passage de la came, le totalisateur ne marquera une unité qu’après un tour complet de l’arbre ; mais cela est sans inconvénient, parce que nous avons dit que les compteurs à gaz tournent moins vite que l’arbre G et que par suite l’électro ne peut agir une seconde fois avant que la came ait détaché la lame B ; on comprend que si cette circonstance se produisait, il y aurait un tour du compteur qui ne serait pas marqué.
- Si d’autre part nous admettons que les quatre compteurs à gaz aient terminé leur révolution ensemble, les quatre électros attireront ensemble les quatre lames, mais les quatre courants seront envoyés successivement au totalisateur puisqu’ils cor-
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- respondront au passage successif des cames devant les pièces D : le totalisateur marquera donc en tout cas les indications effectives.
- Cette solution élégante d’un problème qui n’était pas sans difficulté a reçu d’ailleurs la consécration de la pratique, et l’appareil fonctionne sans interruption depuis plus d’un an ; il méritait donc à tous égards d’être décrit avec quelques détails.
- 0. M. Gariei,.
- L’AGRICULTURE AU TEXAS
- Le Texas, situé dans sa partie médiane sous le 50e degré de latitude, entre le 05e et le 105e méridien à l’Ouest, présente l’aspect des pays chauds. Mais sa superficie est de 84 à 85 millions d’hectares, et dans un État aussi vaste, il y a naturellement une grande variété de climats, de sols et de productions.
- La statistique dressée pour l’année 1874 par les décisions du Congrès international de statistique, dans ses sessions de La Haye, de Saint-Pétersbourg et de Paris, indique que les cultures diverses avaient alors au Texas les étendues suivantes : maïs, 505 000 hectares ; froment, 53 400 hect. ; seigle, 1180 hect. ; avoine, 15 700 hect.; orge, 770 heot. Total pour les grains, 554 050 hect.
- L’ensemble des terres consacrées aux récoltes de grains n’occupait encore que la cent quatre-vingtième partie du pays. Mais dans toutes ses régions on trouvait, comme on trouve encore aujourd’hui, le maïs, qui est le plus facile à cultiver. Les rendements moyens enregistrés par la statistique, et d’après les déclarations envoyées par le gouvernement de Washington, sont les suivants : maïs, par hectare, 1,71 hectolitres ; froment, 15,5 liectol.; seigle, 15,3 liectol.; avoine, 27 hectol. ; orge, 27 hectol.
- La production totale du Texas en grains était, en conséquence, évaluée ainsi qu’il suit par année moyenne : maïs, en totalité, 8 655 500 hectolitres ; froment, 511020 hectol.; seigle, 18050 hectol.; avoine, 569 900 hectol.; orge, 20 800 hectol. Total de la prodution des grains : 9 555 270 hectolitres.
- Ces chiffres ont été un peu augmentés en raison des surfaces ; mais, en moyenne, la production reste la même par hectare. Il convient, toutefois, de dire que dans les bonnes terres, les rendements peuvent parfois être augmentés de 50 p. 100, c’est-à-dire de la moitié en sus.
- Les pommes de terre et les légumes divers sont également cultivés au Texas avec peu de travail et peu de dépenses ; on y fait aussi du tabac et surtout du coton.
- La surface cultivée en pommes de terre ne s’élève qu’entre 1100 à 1200 hectares, avec un rendement moyen de 81 hectolitres ; c’est une récolte
- très florissante quand elle n’est pas atteinte par les insectes.
- Le tabac, qui n’est planté que sur 70 à 80 hectares, fournit jusqu’à 9500 kilog. par hectare ; il constitue un des produits les plus avantageux qu’on puisse obtenir si l’on a un sol profond et si la main-d’œuvre ne fait pas défaut.
- La région du coton dans le Texas comprend environ le tiers de la surface. Les basses terres du Bra-zos, Colorado, Oyster Creek, Old Caney, Sabine, de la Trinité et de la Rivière Rouge sont les plus convenables pour cette production. Dans les années ordinaires, elles peuvent donner une halle de 500 livres par acre, soit 560 à 570 kilog. par hectare. La production totale n’est actuellement pour le Texas que de 60 à 70 millions de lfilogrammes et ne s’étend guère au delà de 120000 hectares. -Mais deux ou trois millions d’hectares des meilleures terres à coton sont encore sans culture et pourraient donner lieu à un développement de richesse considérable; cela se présentera certainement avec la création des chemins de fer.
- La région du blé, au Texas, quoiqu’un peu moinsr étendue que celle du coton, comprend trente comtés situés dans la partie nord-ouest de l’État, où le sol et le climat sont admirablement propres à la prospérité de cette culture ; elle tend à s’accroître de plus en plus, à mesure que les chemins de fer donnent plus de facilités à l’exploration. Le froment mûrit au Texas au moins six semaines plus tôt que dans toutes les autres parties de l’Union; la farine nouvelle peut être livrée au commerce dès le commencement de juin.
- Cette circonstance assure au Texas un avantage marqué sur les autres pays producteurs de froment.
- La canne à sucre commune pousse admirablement dans quelques parties des vallées du Brazos, du Colorado et de la Trinité; mais, à raison du manque de capital et des grandes dépenses qu’exige l’établissement des sucreries, elle n’est cultivée que sur une faible étendue, avec une production annuelle de 700000 kilog. de sucre cristallisée et 1 200 000 kilogrammes de mélasse.
- La plus grande richesse du Texas est aujourd’hui son bétail. Ce n’est pas qu’il y ait encore une grande surface de prairies fauchées, bien loin de là. Ainsi la statistique officielle ne comptait pour 1874 que 15000 hectares de prés naturels fauchés, donnant un rendement moyen en foin de 3750 kilog. par hectare. Ce n’est presque rien quand on constate surtout que la partie occidentale du Texas, en général peu propre à la culture, fournit de vastes et bons pâturages pour d’innombrables têtes de bétail, qui peuvent y être élevées en nombre pour ainsi dire illimité ; dans les bonnes années, ces animaux ne demandent presque pas d’autres dépenses que celles nécessaires pour les mettre en troupeau et les marquer. Dans les années défavorables, il faut réunir pendant quelque temps les animaux dans de bons pâturages. C’est ce que feront, d’une manière
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- générale, les agriculteurs expérimentés possesseurs de terres susceptibles de fournir une bonne nourriture pour le bétail. Aussi, on cite des hommes entreprenants qui, en quatre ou cinq ans, ont pu décupler deux fois le capital par eux possédé. On lit le fait suivant dans le Journal de la Société Royale d’Agriculture d’Angleterre :
- « En 1872, cinq Anglais possédant un capital de 250 000 fr. en argent, achetèrent au Texas des terres de médiocre valeur et commencèrent à y élever du bétail. Ils étaient, en 1877, propriétaires de 10 000 hectares bien clôturés par des fossés; ils
- avaient acheté depuis le commencement de leur entreprise pour 2 500 000 fr. de bétail, ils en avaient vendu pour 3 150 000 fr. Leur propriété était évaluée à 4 250 000 fr. net. Le profit total avait donc été de cinq millions de francs en cinq années. »
- L’auteur du rapport fait sur le bétail américain, M. le professeur Alvord, ajoute que l’on peut citer beaucoup d’autres exemples du même genre et que l’on peut estimer à 25 p. 100 le revenu annuel du capital engagé dans ces sortes de spéculations.
- Les bêtes à cornes, les moutons, les chevaux, les
- Fig. 1. Une ferme au Texas, dans les comtés de Parker et Palo-Pinto. (D’après une photographie rapportée par M. Léon Barrai fils).
- porcs prospèrent dans presque toutes les parties du Texas. Le recensement de 1879 a donné le dénombrement suivant : chevaux, 918 000 tètes; mulets, 173 180 têtes; espèce bovine, 4 800 000 têtes; espèce ovine, 4560 000 têtes; espèce porcine, 1 691 400 têtes.
- Cette population animale se développe constamment en raison des grands espaces qui sont ouverts à la production fourragère naturelle. Il n’est pas rare de trouver des bœufs du poids de 500 kilogrammes dans les vastes plaines qui s’étendent entre le 95e méridien et les Montagnes-Rocheuses.
- Le commerce du bétail se fait au Texas sans qu’on pèse les animaux et d’après une évaluation approximative. On paye sur place dans les ranchos : les bêtes bovines d’un an, 20 francs; celles de deux
- ans, 30 fr.; celles de trois ans et les vaches, 45 lr.; les bœufs, de 60 à 75 fr.
- Mais lorsque les animaux sont bons pour la boucherie, ils se vendent facilement au Texas, pour Chicago, Saint-Louis et même New-York, au prix de 150 à 170 fr., et c’est dans ces conditions que sont réalisés les bénéfices que nous avons constatés plus haut. Les prix que nous citons sont d’accord avec ceux que donne le consul de France à Chicago, dans son rapport sur le mouvement commercial de cette ville en 1879. Les bœufs vivants de premier choix se sont vendus de 45 fr. 69 à 62 fr. 78 les 100 kilog. Pour des animaux de 400 kilog., cela correspond à des prix de 183 à 251 fr., et par conséquent les frais de transport sont largement payés avec un benétice satisfaisant pour l’acheteur.
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- Les immenses facilités, dit notre consul à Chicago, que donnent pour le transport du bétail les nombreuses lignes de chemins de fer se réunissant ici, ainsi que les remarquables installations qui per-
- mettent de garder en bon état, et pendant tout le temps nécessaire, un nombre presque illimité d’animaux, ont fait de cette ville le plus grand marché d’animaux vivants des États-Unis et, quant
- Fig. 2. Un troupeau de moutons au Texas, conduit par des cavaliers mexicains. (D’après une photographie rapportée par M. Léon Barrai fils).
- aux bœuls et aux porcs, le plus grand peut-être du monde. C’est en effet vers le marché de Chicago que les éleveurs de tous les États situés à l’ouest du Mississipi, depuis le golfe du Mexique jusqu’aux possessions anglaises, dirigent leurs bestiaux. Le port de Galveston est néanmoins admirablement placé, surtout depuis l’établissement des chemins de fer qui y aboutissent, pour servir de centre d’ex-
- pédition du bétail du Texas soit vers New-York, soit vers l’Europe. Ce port prend chaque jour une extension considérable, sa population augmente rapidement, et les voies ferrées qui y aboutissent contribuent puissamment à ses progrès.
- Les nombreux établissements créés à Chicago pour faire les salaisons sont très prospères et ils grandissent chaque jour pour le traitement des viandes
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- de bœufs et de porcs. Il n’en est pas tout à fait de même pour les moutons, quoique leurs arrivages augmentent sans cesse à Chicago. Mais la qualité ne s’améliorant pas, on ne peut songer, dit notre consul, à l’exportation de ces animaux; les terres plantureuses du pays leur donnent une abondance de graisse, il est vrai, mais imprègnent leur chair d’un goût détestable. Les prix ont été principalement fixés par la valeur des toisons et ont été en moyenne de près de 40 fr. par 100 kilogr. Parmi les troupeaux de moutons, les plus estimés, sont ceux du Texas ; ils sont préférés par les achetenrs à ceux de tous les autres États américains, et cela paraît dû à la qualité des fourrages de la région texienne.
- Le Texas est donc une région qui appelle l’attention de tous ceux qui s’intéressent à la question si importante de l’agriculture en France, et à celle des exploitations agricoles à l’étranger ; nulle part ailleurs , celles-ci ne peuvent mieux réussir. Aussi l’immigration y est-elle conidérable, et cet État est-il appelé à devenir un des plus peuplés de l’Union américaine. De grands efforts sont faits, d’ailleurs, pour favoriser cette immigration. Les salaires sont suffisants pour appeler les ouvriers. Ainsi, en 1879,on payait les hommes occupés toute l’année dans les fermes ou les ran-chos 57 fr. 43 par mois en leur donnant la nourriture, et 91 fr. 35 par mois s’ils se nourrissaient eux-mêmes.
- Quant aux salaires des ouvriers temporaires, ils étaient par jour, pendant la moisson, de 4 fr. 70 avec la nourriture et de 6 fr. 50 sans nourriture ; et en dehors du temps de la moisson, de 3 fr. avec la nourriture et de 4 fr. 60 sans nourriture. Dans ces conditions, la main-d’œuvre se trouve assez facilement.
- Les travaux des champs sont d’ailleurs bien simplifiés au Texas, et les dépenses de culture sont en conséquence bien moindres qu’en Europe; tout se borne à un simple labour, à la semaille et à la moisson, celle-ci se faisant toujours à la machine. Les journées de chevaux et de bœufs ne reviennent qu’au tiers de ce qu’elles coûtent en France. L’impôt n’est que du vingtième, La location des terres n’est tout au plus que le cinquième, et cela dans les fermes les meilleures. C’est ainsi que la production des grains y est avantageuse, quoiqu’elle ne fournisse pas d’aussi gros bénéfices que l’élevage, dont le succès tient surtout à ce que la nourriture des troupeaux se fait sur les terres non allo-ties, dont l’étendue est une fois et demie la surface de la France.
- Le Texas n’est qu’à vingt jours de l’Europe ; il deviendra certainement un des États dont le commerce avec l’Ancien Monde acquerra la plus grande prospérité.
- J. A. Barral.
- —<K>«—
- CORRESPONDANCE
- SUR UNE CURIEUSE EXPÉRIENCE DE CHIMIE
- Besançon, le 25 janvier 1881.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- J’ai l’honneur de vous adresser la description d’une très intéressante expérience qui ne peut manquer d’intéresser les très nombreux lecteurs de la Nature. Elle offre un’ exemple remarquable de la décomposition mutuelle de deux sels mis en présence. J’ai répété l’expérience un grand nombre de fois, et toujours j’ai obtenu des effets très curieux et très variés.
- L’expérience est la suivante :
- Si dans une dissolution de nitrate de plomb, placée dans une éprouvette de verre allongée, on laisse tomber un petit fragment de sel ammoniac dur et compacte, on voit aussitôt s’élever du sel solide, à travers la liqueur, de petites bulles d’air accompagnées d’un grand nombre de stries fines et blanches. Ces dernières, formées de molécules de chlorure de plomb dues à la double décomposition de l’azotate de plomb et du chlorhydrate d’ammoniaque, et qu’une action mécanique entraîne à la partie supérieure, subissent, de minute en minute, une telle augmentation dans leur consistance, ainsi que dans leur élévation et la diversité de leurs formes, qu’au bout d’un quart d’heure à peine *, elles atteignent assez souvent de 8 à 10 centimètres. Elles offrent alors la ressemblance la plus frappante avec de petits arbrisseaux à ramifications très multipliées. Ces dendrites ont une solidité telle, qu’on peut, en enlevant avec précaution la dissolution saline, les obtenir sous forme solide, à l’endroit où elles se sont formées.
- Cette jolie expérience a été indiquée, en 1844, par M. Boettger.
- Comme renseignements pratiques, je vous dirai que je me suis bien trouvé en employant : 1° une dissolution saline contenant de 30 à 40 p. 100 de sel; 2° un fragment de sel ammoniac de 1 centimètre cube environ ; 3° en ajoutant 5 à 6 gouttes d’acide azotique *.
- Maintenant voici une variante de l’expérience précédente qui m'est personnelle.
- Si à la surface d’une dissolution plombique analogue à la précédente, mais contenue dans un vase de verre large et un peu profond, on répand de la poudre de sel ammoniac, de suite, on voit descendre lentement dans la liqueur, une multitude de petits flocons blancs qui atteignent le fond du vase en simulant très exactement la chute de la neige. Cette expérience est des plus curieuses, et peut être répétée un grand nombre de fois avec la même dissolution.
- Veuillez agréer, etc. G. Sire.
- SUR LE CERF-VOLANT MUSICAL DU CAMBODGE
- Cher Monsieur,
- Les Cambodgiens et les sauvages de l’Indo-Chine méridionale, se servent, entre autres jouets, d’un instrument singulier que je vais vous décrire. C’est un cerf-volant musical, sorte de harpe éolienne que l’on remarque surtout sur les bords du grand fleuve Mê-Khong, produisant
- 1 Quelquefois davantage.
- 2 J’ai opéré sur 15 centilitres de dissolution.
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- des sons bizarres, et qui s’entendent de fort loin, dans le silence des belles nuits tropicales.
- Le cerf-volant, qui est plus ou moins vaste, et qui présente des formes très variées, est en feuilles de palmier ou de pandunus, tendues sur un mince treillage de bambou, renforcé d’un cadre. La partie supérieure supporte une soi'te d’arc en bois léger, que sous-tend une portion de feuille, encore de palmier, ou faite d’une lame mince de bambou, taillée en forme de parallélogramme très allongé A B (Voy. la figure).
- Sous l’influence des vents réguliers, ou moussons, qui soufflent (du moins la mousson de N.-E.) avec une force presque toujours uniforme, les indigènes lancent, vers le
- Cert-volant musical en indo-Chinc
- soir, leur cei'f-volant, qui s’élève plus ou moins haut, et dont la corde est fixée à un pieu de la case ou de son enclos. Il se maintient ainsi, oscillant au gré du vent, qui imprime à la lame tendue des vibrations, de nombre et d’intensité variables, se traduisant par des modulations continues, très graves, et d’une mélancolie inexprimable, qui bercent le sommeil inquiet de ces populations tristes et malheureuses.
- Chose curieuse ! les sons obtenus de cette façon, et qui forment une sorte de gamme descendante, ont une analogie très évidente avec les mélopées plaintives qui composent les chants des sauvages. Ce jouet aurait-il été,leur maître de musique?
- Avec quelques modifications, on pourrait peut-être adapter ce cerf-volant aux jeux de nos enfants, et augmenter l’arsenal de leurs plaisirs. Peut-être même pourrait-on s’en servir pour imaginer un anémomètre
- d’un nouveau genre. Que de choses dans un cerf-volant, dira-t-on! Mais enfin, je vous envoie l’une des formes habituelles de ce curieux joujou.
- Veuillez agréer, etc. Dr J. IIarmand.
- sur l’observation vu soleil au point de vue
- DE LA MÉTÉOROLOGIE TERRESTRE Monsieur,
- Je dois à l’obligeance de M. J. Vinot, officier de l’instruction publique, directeur du journal le Ciel, qui a mis à ma disposition une lunette de 58 millimètres à l’objectif, le moyen d’observer les taches du soleil.
- Dès les premières observations, en explorant les bords du soleil pour y découvrir des taches, j’ai été frappé du mouvement ondulatoire qui règne autour de cet astre et qui peut être comparé aux vagues de la mer.
- Je me demandais si ces ondulations provenaient du soleil, ou si elles avaient pour cause un mouvement de l’atmosphère terrestre, ou si c’était une aberration des yeux.
- Par des observations répétées, j’ai pu me convaincre que c’était à la direction du vent qu’il fallait rapporter ces oscillations, car suivant que le vent était faible ou fort» les ondulations étaient grandes ou à peine sensibles.
- Quand les ondulations sont très sensibles on ne saurait mieux les comparer qu’à des points noirs qui se poursuivent dans l’intérieur d’un cercle, et si ce n’était la fatigue des yeux à regarder longtemps le soleil, on éprouverait un certain plaisir à cette contemplation.
- Généralement les ondulations se font dans le sens de la direction du vent qui règne sur terre ; mais il arrive quelquefois qu’elles ont lieu en sens inverse de cette direction, et c’est par l’observation suivie de ces changements que m'est venue l’idée qu’on pourrait prévoir un changement de temps, ou tout au moins le vent qui régnera le jour suivant. Un certain nombre d’observations ont confirmé cette hypothèse.
- Veuillez agréer, etc. II. Cornillon.
- SUR UNE COUVEUSE POUR ENFANTS, A LA MATERNITÉ
- Monsieur,
- Mantes, 15 février 1881.
- Je visitais hier l’établissement de M. Voitellier, le célèbre fabricant de couveuses artificielles, et j’ai assisté à l’expédition d’un appareil qui m’a paru tellement curieux que je ne puis résister au désir de vous en faire part.
- C’était tout simplement une couveuse pour bébés, destinée à la Maternité de Paris. Le directeur de la Maternité, frappé par la régularité parfaite de la marche des incubateurs Voitellier, a pensé que les enfants venus avant terme, si difficiles à élever à cause de la température chaude et uniforme qui leur est absolument nécessaire, pouvaient fort bien se trouver dans les tiroirs de ces appareils. Il a soumis ses plans à M. Voitellier, et hier était expédiée la première de ces curieuses machines. Le tiroir, au lieu de recevoir des œufs, contient un charmant petit berceau ; et plus d’un bébé trouvant là -une température tiède et constante, qui lui manquerait partout ailleurs, sera certainement arraché à la mort.
- La couveuse pour bébés ! Jamais la grande loi « omne virum ex ovo » n’aura reçu de démonstration plus évidente.
- Veuillez agréer, etc. Pigis fils.
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- VARIATIONS DES CRUES DU NIL
- On sait que les météorologistes et les astronomes sont loin d’être d’accord sur l’intéressante question de l’influence exercéè par les phénomènes cosmiques sur les phénomènes météorologiques terrestres. Nous apportons ici, à propos des crues du Nil, quelques nouveaux éléments à ce sujet.
- La hauteur des eaux du Nil est mesurée sur deux échelles : l’une qui se trouve dans l’île de Roda,
- près du Caire, et l’autre qui est située près du barrage. La Statistique de l'Egypte, publiée chaque année par le gouvernement, donne aujourd’hui des renseignements intéressants relatifs à leur variation et aux déductions qu’on peut en tirer.
- Le premier phénomène, ressortant des tableaux que renferme l’ouvrage, consiste dans la grande régularité des crues du fleuve; cette régularité tout à fait remarquable est mise en évidence par le relevé suivant des hauteurs moyennes des eaux, de mois en mois, pendant une suite d’années :
- Aimées. Janvier. Février. Mars. Avril. Mai. Juin. Juillet. Août. Soptemb. Octobre. Novemb. Décemb.
- 1849-1858 2m,86 2m,24 Im,67 lm,14 0“,77 0m,58 0m,83 5m,76 6m. 6”,37 5ra,57 3“,68
- 1859-1868 5“ ,28 2m,70 2m,19 lm,52 lm,02 0m,86 0m,99 5“,68 6m,12 6m,56 5“,88 4M6
- 1869-1878 5m,42 2m,80 2m,20 lra,55 0m,97 0m,63 0m,75 5m,17 6m,32 7m. 6m,31 4m,56
- On sait que le Nil est alimenté principalement par les pluies qui tombent dans les régions du centre de l’Afrique sur lesquelles s’étend l’anneau de nuages équatorial, formé par les vapeurs qu’amènent les vents alizés des mers situées à l’est de ce continent Les fluctuations de cette alimentation proviennent des déplacements du sud au nord et du nord au sud de la masse des nuages , suivant le mouvement annuel du soleil. Ce n’est pas de cette année seulement que les crues du Nil ont été soumises à des observations régulières, et qu’on en a déduit des conséquences de leur observation régulière.
- Dès l’antiquité on avait constaté l’influence de la hauteur des plus grandes crues sur la fécondité de l’Egypte. D’après Pline, à 5 mètres seulement de hauteur la famine sévissait. Elle menaçait encore avec 6 mètres ; mais on attendait une récolte suffisante dès que la hauteur dépassait 6 mètres. A 7 mètres et plus, on atteignait la crue la plus favorable aux riches moissons. On a noté une hauteur exceptionnelle sous le règne de l’empereur Claude, et en l’an 48 avant notre ère, un minimum extrême de 2m,5.
- En construisant avec les chiffres correspondants aux hauteurs des crues relevées sur le Nilomètre, une courbe des niveaux du fleuve, et en mettant en regard une autre courbe corrélative, pendant les mêmes années, à la quantité des taches du soleil déterminée par l’astronome Wolf, on obtient un ta-
- bleau présentant de l’intérêt par les correspondances générales qu’on y observe (Voy. courbes ci-dessous).
- Pour ajouter à cet aperçu relatif aux influences cosmiques sur les phénomènes météorologiques, • rappelons que M. Meldrum, directeur de l’Observatoire de l’île Maurice, a constaté une remarquable coïncidence entre les époques des maxima du nombre des taches solaires et celles des maxima du nombre des cyclones qui sillonnent l’océan Indien. En Amérique, les observations faites par le gouvernement des Etats-Unis s’accordent pour montrer que le niveau des Grands Lacs est sujet à des variations qui correspondent aux maxima et minima des taches solaires l. Ces observations, ainsi que celles de M. Wolf, demandent à être continuées afin de mieux constater des coïncidences d’une incontestable valeur.
- Il y a lieu de remarquer que la périodicité des saisons favorables, suites des grandes crues, parait avoir été connue de toute antiquité par un certain nombre d’observateurs, témoin le récit biblique du songe de Pharaon, interprété par le jeune sage hébreu Joseph, élevé aux plus grands honneurs par suite de la vérité de ses prévisions.
- F. ZüRCHER.
- 1 Voir ta Nature de 1874, 1er semestre, p. 42; 2* semestre, p. 125.
- )82B 1830
- 50 /
- CHES 0
- U SOLEIL Ncmbre d'après.Wolf.
- *7 métras
- NIVEAU
- DU NIL
- m: ix. des cru as (’Stati ïtiquî de
- Courbes des ladies du Soleil et du niveau du Mil.
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- NOUVEAUX AULUMOIRS ÉLECTRIQUES DE MM. MAIGRET ET RANQUE
- Depuis quelques années, l’application de l’électricité aux usages domestiqués se généralise avec une remarquable rapidité ; mais, il faut bien le reconnaître, son emploi est presque exclusivement réservé jusqu’ici au fonctionnement des sonnettes électriques. 11 existe cependant beaucoup d’autres appareils fort utiles qui peuvent être usités, concurremment avec les sonnettes, sans complication
- d’entretien, et sans exiger de source électrique plus puissante que les sonneries électriques elles mêmes.
- De ce nombre sont les allumoirs électriques, dont nous faisons connaître aujourd’hui deux types particuliers qui présentent tous deux la solution simple, élégante et ingénieuse d’un problème assez singulier. Ce problème peut se poser ainsi :
- Établir un système électrique de telle façon qu'en fermant le circuit par un contact sur ce système, . on puisse allumer une lampe placée à distance, si elle est éteinte, ou l’éteindre, si elle est allumée.
- Dans le système de M. Maigret, représenté figure 1, la lampe à essence ou à pétrole est placée sur un socle qui renferme un électro-aimant horizontal.
- Fig. 1. Alluinoir électrique de M. Maigret.
- Fig. ‘2. Alhnnoir électrique de M. P. Rauque.
- L’armature de cet électro-aimant porte deux longues tiges de cuivre auxquelles on fixe une petite spirale de platine, ces tiges agissant en même temps sur un petit soufflet auquel est fixé un tuyau dont l’extrémité débouche près de la mèche de la lampe, ainsi que le représente la figure.
- En envoyant un courant dans l'appareil (en pratique, il suffit de quatre éléments Leclanché, modèle ordinaire de sonnerie, ou de deux éléments à surface), il se produit l’un des deux effets suivants :
- 1° Si la lampe est éteinte, le courant traverse à la fois l’électro-aimant et la spirale, le premier attire l’armature et rapproche la spirale de la mèche qui s’enflamme, mais le soufflet étant mis en action avant que la spirale ne s’approche de la mèche, il souffle une lampe éteinte, ce qui ne présente aucun inconvénient. Lorsque le courant cesse de
- passer, la spirale reprend sa position primitive et laisse la lampe allumée.
- 2° Si la lampe est allumée, le courant traverse l’électro-aimant, le soufflet agit cette fois, éteint la lampe, et si ce contact électrique n’est pas assez prolongé pour que la spirale ait le temps de rallumer la lampe, au moment où le courant cesse de passer, la spirale reprend sa position première en laissant la lampe éteinte.
- La forme de l’appareil permet de le placer à l’intérieur d’une suspension, dans une chambre à coucher, une antichambre et autres lieux où la lumière n’est nécessaire qu’à intervalles irréguliers et inégaux.
- Le système de M. Paul Ranque (fig. 2) est non moins ingénieux que celui de M. Maigret, et au lieu d’employer l’insufflation pour l’extinction, il agit en
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- venant recouvrir la lampe d’un éteignoir qui s’oppose à l’évaporation de l’essence lorsque la lampe est éteinte. C’est aussi un électro-aimant placé dans le socle qui commande le mouvement de la spirale incandescente et de l’éteignoir. La figure 2 représente la position des pièces mobiles lorsque la lampe est allumée. En envoyant le courant lorsque la lampe est dans cette position, une petite lame élastique, montée sur les tiges qui supportent la spirale, vient exercer un effort sur une seconde lame en forme de crochet qui entraîne le capuchon et le fait retomber sur la lampe. Cette forme recourbée du crochet a pour but de limiter la course de la spirale et s’oppose à ce qu’elle soit détériorée en butant contre l’éteignoir. En faisant passer le courant lorsque la lampe est éteinte, la lame élastique passe par-dessous la lame en forme de crochet, la soulève et relève en même temps le capuchon pendant que la spirale de platine, devenue incaudeseente, s’approche de la mèche et l'enflamme.
- En pratique, les deux systèmes fonctionnent également bien et remplissent exactement le but poursuivi. Ne pouvant décerner la palme à aucun d’eux, nous les faisons connaître l’un et l’autre ex œquo : on voit, une fois de plus, par ces ingénieux appareils, combien la solution de problèmes insolubles en apparence, est rendue aisée lorsqu'on sait avoir recours à propos à cette force merveilleuse qu’on nomme l’électricité.
- CHRONIQUE
- Les Trichines. — L’administration a été informée dans ces derniers temps et à plusieurs reprises que des trichines avaient été découvertes dans certaines viandes de porc salées importées de l’étranger. Le Comité d'hygiène publique de France, saisi de la question, a été unanime à reconnaître que la trichine introduite vivante dans l’appareil digestif de l’homme, lui communique la maladie dite trichinose, maladie dont les effets redoutables entraînent presque toujours la mort. Conformément aux conclusions d’un rapport adressé au Président de la République française, par le Ministre de l’Agriculture et du Commerce, un décret vient d’ètre rendu à la date du 18 février, qui interdit l’importation en France des viandes de porc salées, venant des Etats-Unis d’Amérique. Nous rappellerons d’autre part, que le meilleur préservatif à employer contre la trichinose, consiste dans une forte cuisson des viandes de porc : il a été reconnu que les viandes qui seraient infectées de trichines ne présentent plus aucun danger lorsqu’elles ont été soumises à une température de 100 degrés.
- M. Marcel Deprez, bien connu par ses belles découvertes accomplies dans le domaine de l’électricité, a été récemment nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- — On expérimente depuis quelque temps avec un certain succès, une nouvelle méthode de guérison des phthisiques. Cette méthode consiste à faire séjourner les malades dans une usihe à pétrole, afin qu’ils absorbent les
- vapeurs de l’huile minérale ; on leur fait boire en outre par jour, deux cuillerées de pétrole brut.
- — Le 15 mars prochain, une nouvelle revue d’électricité va paraître à la librairie G. Masson. Ce sera un organe paraissant en livraisons bi-mensuelles. 11 sera dirigé par l’un de nos collaborateurs, M. E. Vignes, le savant rédacteur scientifique de la France, et par M. le Dr de Cyon. Cette publication s’appellera l'Électricien.
- — L’Exposition d’électricité est en pleine voie d’organisation, et nous pouvons affirmer qu’elle obtiendra un succès immense. Les demandes parvenues jusqu’à ce jour au Commissariat général français, sont assez nombreuses pour qu’il soit possible de procéder dès maintenant à l’étude du plan général des installations.
- — Le Génie civil, dans la livraison du 15 février, contient, entre autres excellentes notices, un article sur les poêles mobiles, où l’auteur conclut en disant que ces poêles sont dangereux et ne doivent être employés qu’avec les plus grandes précautions.
- NÉCROLOGIE
- E. J. Ménier. — Le célèbre manufacturier, député de Seine-et-Marne, est mort à Noisiel le 17 février 1881, âgé seulement de cinquante-cinq ans. Émile Justin Ménier, né à Paris le 18 mai 1826, manifesta dès son jeune âge un goût prononcé pour la chimie ; il fut attaché de bonne heure à la maison de droguerie et de chocolaterie fondée par son père à Noisiel-sur-Marne. Devenu seul propriétaire en 1853, il donna à cet établissement comme à la fabrique de produits chimiques de Saint-Denis, une extension considérable. Ménier, dont les affaires prospérèrent rapidement, fonda bientôt une sucrerie dans le département de la Somme, une fabrique de chocolat à Londres, une manufacture de caoutchouc à Grenelle, une colonie agricole au Nicaragua pour la culture exclusive du cacao. Vers 1864, Ménier céda ses usines de produits chimiques et transforma son établissement de Noisiel, dont il fit un modèle de fabrication industrielle. Aucun établissement ne peut-être mieux organisé, tant sous le rapport du matériel que des ouvriers. Ménier a créé là un système de cité ouvrière vraiment remarquable, qui lui assurera la reconnaissance de ses compatriotes. Le député de Seine-et-Marne s’occupait avec une grande activité de l’étude des projets de réformes financières. Il était d’une nature bienveillante et généreuse et sa mort est une grande perte pour l’industrie française.— Ménier laisse trois fils qui sauront marcher sur ses traces.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 février 1881. —- Présidence de M. Wuiitz
- Considérations générales sur la faune carcinologique de la mer des Antilles et du golfe du Mexique. — Tel est le titre d’un Mémoire de M. Alphonse Milne Edwards, qu’on peut à bon droit considérer comme l’événement delà séance et qui aura certainement un immense retentissement dans le monde savant. L’éminent zoologiste, en effet, sortant du domaine exclusif des descriptions spécifiques, parvient aux vues les plus élevées, sur la distribution des animaux* et en tire des conclusions qui devront être fortement mé-
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- ditées par les géologues stratigraphes. M. A. Milne Edwards est frappé des différences qui existent entre la population animale des abîmes de l’Océan et celle de la surface ou des rivages. « Quand on en compare les représentants, dit-il, il semble que l’on ait sous les yeux deux faunes distinctes et n’appartenant ni aux mêmes temps, ni aux mêmes climats. L’importance de ce fait n’échappe a personne, et les géologues, dans la détermination de l’àge d’un terrain, devront en tenir grand compte. En effet, il se forme aujourd’hui, dans les mêmes mers, des dépôts dont la contemporanéité ne saurait être mise en doute et qui contiennent les restes d’êtres tout à fait dissemblables. Les animaux des dépôts littoraux se rapportent à des types plus élevés en organisation; ceux des assises profondes ont un caractère plus ancien. Quelques-uns d’entre eux présentent avec les fossiles de l’époque secondaire d’incontestables affinités, d’autres rappellent l’état larvaire de certaines espèces actuelles. »
- Le savant auteur passe ensuite en revue les espèces recueillies dans les grands fonds de la mer caraïbe. Leur nombre est beaucoup plus considérable qu’on aurait pu le croire, par ce que l’on savait de cette partie de la faune ; leurs formes sont très remarquables et il a souvent été utile de former pour elles des divisions génériques nouvelles. Certains groupes que l’on avait cru étrangers aux mers américaines sont, au contraire, extraordinairement abondants dans les eaux profondes, telle est la famille des Galatheis, dont quarante-une espèces distinctes ont été ainsi découvertes.
- Mais ce qui excite surtout l’étonnement, c’est l’infinie variété des formes zoologiques, qui rend souvent presque impossible l’application des classifications, considérées jusqu’à présent comme les mieux établies. En effet, les types de transition abondent et on trouve de nombreux intermédiaires entre des groupes que l’on était habitué à considérer comme très distincts. L’auteur montre les liens nouveaux qui rattachent la famille des Pagurus ou Bernards-i’Ermite à celle des Écrevisses ; la famille des Homales à celle des Droinies, celle-ci à celle des Dorippes. 11 indique les modifications très curieuses de formes survenues chez certains crustacés pour leur permettre de s’adapter à des conditions biologiques spéciales. 11 termine par les considérations suivantes :
- « Ces recherches sur les animaux des grandes profondeurs ne font que commencer, et quand on compare la faible étendue sur laquelle les dragues ont été traînées, aux espaces immenses qui n’ont jamais été fouillés, quand on réfléchit aux causes multiples qui rendent encore inaccessibles à nos moyens d’investigation les retraites de certains animaux, on acquiert la conviction que les résultats obtenus ne sont qu’une bien petite part de ceux que nous réserve l’avenir. On ne saurait donc trop attirer l’attention des hommes de science de tous les pays, sur l’utilité qu’il y aurait à coordonner leurs efforts et à entreprendre des fouilles méthodiques dans les mers dont l’accès leur est le plus facile. Nos cadres zoologiques présentent aujourd’hui tant de lacunes qu’il est impossible de comprendre le plan d’ensemble qui a présidé au groupement des êtres. Les découvertes paléontologiques d’une part, et d’autre part, celles que nous promettent les explorations sous-marines, combleront peu à peu ces vides et permettront peut-être un jour aux naturalistes de saisit les relations qui existent entre les divers animaux.
- « La France, ajoute M. A. Milne Edwards, n’est pas restée indifférente à ces recherches et je suis heureux de pouvoir annoncer que l’expédition faite l’an dernier par
- le Travailleur dans le golfe de Gascogne, ne sera pas la dernière de ce genre, et que cet été le même navire entreprendra dans la Méditerranée une série de dragages dont j’aurai l’honneur de rendre compte. »
- Sur la distance de la Terre au Soleil. — M. Paye appelle l’attention sur la comparaison qu’on peut établir entre les diverses méthodes propres à nous procurer la parallaxe du Soleil, c’est-à-dire la distance qui nous sépare de notre astre central. Ces méthodes sont au nombre de huit et l’auteur les répartit en trois groupes comprenant successivement : 1° les méthodes géométriques-, 2° les méthodes mécaniques, c’est-à-dire fournies par la mécanique céleste ; 3° les méthodes physiques.
- Les méthodes géométriques sont au nombre de trois. La parallaxe de Mars, mise à profit comme on sait par Cassini, a conduit pour celle du Soleil à la valeur de 8",85, nombre qui résulte des plus récentes discussions établies parM. Newcomb. — Le passage de Vénus, en 1769, donne, comme l’a montré M. Povalky, 8",79. On sait que le dernier passage n’est pas encore calculé complètement. Les Anglais ont tiré, de leurs résultats particuliers, discutés par M. Tipman, le nombre 8",81. — L’observation des petites planètes a également été mise à contribution. A l’aide de Flore, M. Galle a trouvé 8",87 ; à l’aide de Junon, lord Lindsey a obtenu 8",79.
- La moyenne de ces divers résultats est de 8",82.
- Les méthodes mécaniques sont également au nombre de trois. Laplace déduisant la parallaxe solaire de l’inégalité parallactique de la Lune, est arrivé à 8”,81. Au moyen de l’équation lunaire de la Lune, Le Verrier a obtenu 8",85. Enfin le même astronome, en considérant les troubles que la Terre apporte dans les mouvements des planètes les plus voisines, c’est-à-dire de Mars et de Venus, a trouvé 8",83.
- La moyenne des résultats fournis par les méthodes mécaniques est 8",83.
- Restent les méthodes physiques : on en dislingue deux imaginées l’une par M. Fizeau et appliquée plus récemment par M. Cornu, l’autre par Léon Foucault et perfectionnée par M. Michelson. Elles reposent sur la mesure de la vitesse de la lumière et sur la combinaison de cette mesure avec la valeur de l’aberration de Strmve. La première donne 8",799; l’autre, 8",813. En moyenne 8",81.
- La moyenne générale de tous ces résultats est 8",82» avec une erreur probable de 0",016 en plus ou en moins.
- De la discussion approfondie de tous ces chiffres, M. Faye conclut qu'il faut sans hésiter donner la préférence aux méthodes des physiciens sur toutes les autres. Toutefois il est loin de déconseiller l’observation attentive du prochain passage de Vénus, mais il voudrait qu’on l’exécutât surtout parles méthodes photographiques telles que celles recommandées si fortement par M. Janssen. On ne ferait pas non plus intervenir les contacts de la planète avec les bords du Soleil, qui sont toujours flous, mais avec les taches qui ne manqueront sans doute pas et dont les détails sont ordinairement rendus sur les plaques avec une très grande netteté.
- Surfaces laminaires des liquides. — Poursuivant un sujet d’études inauguré comme on sait par M. Plateau, M. Terquem examine les lames qui s’attachent à des réseaux de fils métalliques plongés dans des liquides glycé-riques. Il montre que deux cercles de pareils fils maintenus parallèles par une monture convenable, retiennent deux lamelles circulaires et une enveloppe cylindrique. En faisant varier la pression de l’air renfermé dans ce so*
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- lide creux, on voit cette enveloppe passer par une série de surfaces extrêmement curieuses et qui toutes sont susceptibles d’une définition géométrique.
- Un autographe. — 11 s’agit d’une lettre d’Ainpère dont M. Charpentier fait don à l’Académie. Elle était adressée à la Commission administrative de la Classe des sciences, et avait pour but d’obtenir un subside de nature à l’exonérer de la dépense de 1500 francs où ses études sur l’électricité entraînaient l’immortel physicien. Déjà l’Académie lui avait donné 1000 francs. — Ainsi, suivant la remarque éloquente de M. Dumas, des travaux qui ont doté la France et le monde de la plus grande découverte du siècle, dont les résultats se soldent par des millions et des milliards,ont coûté 2500 fr. : il est bon que l’on sache ce qu’un homme de génie peut faire avec mille écus.
- Varia. — M. Brame a reconnu que des animaux empoisonnés par l’acide cyanhydrique conservent cette substance toxique sans altération, môme au bout d’un mois ; en même temps les tissus sont préservés de toute putréfaction. — D’après 31. Thomassi, l’hydrate de cuivre mélangé aux chlorures alcalins, donne de l’oxychlorure de cuivre et de l’alcali libre. —
- L’oxyde de fer détermine la destruction rapide de la toile de chanvre sur laquelle on l’a fixé comme matière colorante : 31. Tripier signale le cas de six mille paires de draps de lit qui pour cette cause se sont trouvées hors d'usage, après le premier lessivage.
- — Une note de M. Laurent sur des miroirs magiques en verre argenté est déposée par M. Cornu. — M. Robin annonce la découverte du sexe rnàle chez les anguilles, dont le mode de reproduction est encore si mystérieux, comme on sait.
- Appareil pour peler les pommes.
- Stanislas >1euniek.
- PÈLE-P0MMES AMÉRICAIN
- Peler une pomme est une action mécanique fort complexe et très difficile si l’on veut la confier à une machine ; cependant celle que nous représentons ci-dessus accomplit tous les mouvements nécessaires à cette opération. On fixe l’appareil au coin d’une table, à la façon d’un étau; il est aussitôt prêt à remplir son office. Quelle que soit la grosseur de la pomme, elle est pelée en un tour de manivelle et rejetée automatiquement dans un panier.
- Voici comment fonctionne l’appareil :
- L’opérateur tient la manivelle de la main droite,
- il saisit les pommes à peler de la main gauche et les fixe l’une après l’autre, du côté de la queue, sur une broche à trois pointes qui reçoit un mouvement de rotation par l’intermédiaire de la roue dentée sur laquelle la manivelle est disposée. La roue dentée fait tourner aussi un disque supérieur auquel est fixé un levier articulé portant le couteau; ce levier n’est pas fixé rigidement sur la partie supérieure mobile, mais il est toujours poussé vers le centre par un ressort à boudin. Le couteau est disposé comme un fer de rabot, ce qui permet de régler facilement l’épaisseur de la pelure à détacher.
- En tournant la manivelle, la pomme [placée sur la broche, tourne sur elle-même suivant un axe horizontal, le couteau se déplace en s’éloignant du centre et il se déplace de façon à suivre la forme de la pomme, ce qu’il fait aisément, grâce à l’élasticité de son montage et du ressort à boudin. La pomme se trouve pelée en un demi-tour de manivelle qui correspond à sept ou huit tours de la pomme sur elle-même; un petit couteau fixe supplémentaire, enlève la pelure dans la partie renfoncée qui entoure la queue, et le fruit se trouve ainsi parfaitement décortiqué. En continuant la rotation de la manivelle pour compléter le tour, le couteau se trouve maintenu éloigné par une came, et une pièce disposée sur la broche repousse la pomme et la fait tomber dans le panier pendant que le couteau reprend sa place pour agir sur un nouveau fruit. Tous ces mouvements mécaniques sont si bien combinés, qu’avec un peu d’habitude on peut faire tourner la manivelle d’un mouvement continu, sans arrêts, pendant que la main gauche fixe les pommes, dès que la pomme précédente tombe dans le panier. On peut ainsi peler plusieurs centaines de pommes à l’heure, sans aucune difficulté. Cet appareil est surtout utilisé par les fabricants de confitures et de sucre de pomme.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandick. Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Rm*.
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- «• 405. - 5 MARS 1881.
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- L’AURORE BORÉALE
- DU 31 JANVIER 1881
- Le 51 janvier dernier, une magnifique aurore boréale a été observée en Angleterre, en Belgique, dans le Nord de la France, en Italie, et dans d’autres contrées de l’Europe. Au dire de spectateurs compétents, ce phénomène, tout à fait grandiose, est un des plus beaux qui se soient depuis longtemps offert à l’étude des météorologistes. L’excellent journal Ciel et Terre, qui compte parmi ses
- rédacteurs la plupart des astronomes de l’Observatoire de Bruxelles, a publié, au sujet de cette aurore boréale, des renseignements très complets que nous reproduisons en partie.
- A 6 heures 15 minutes du soir, M. Terby, à Louvain, et M. Delessert, à Croix (departement du Nord), constatèrent les premières lueurs aurorales. A Ci-rencester, en Angleterre, elles furent remarquées par M. Provost dès 6 heures, mais si l’on tient compte de la différence de longitude entre cette dernière localité et Bruxelles, l’heure donnée pour le commencement du phénomène par ces trois observateurs est à peu près identique. M. Montigny, à
- Aurore boréale du 51 janvier 1881, observée à Messines, en Belgique (d’après un dessin de M. F. Deleu).
- Bruxelles, avait déjà aperçu une lueur vers 6 heures. Tous les autres observateurs n’ont vu le phénomène que plus tard, lorsque l’horizon nord était déjà éclairé et que des rayons lumineux s’en élançaient et montaient à une grande hauteur. MM. de Boë et Sehleusner ont pu les observer au spectroscope. « L’instrument, disent-ils, montrait la raie lumineuse propre à ce genre de phénomènes. » Les rayons semblaient se former dans le Nord-Est et se déplaçaient ensuite vers la gauche ; ils étaient blancs et très brillants à leur apparition, faiblissaient en se déplaçant et devenaient jaunâtres, puis lorsqu’ils avaient atteint le Nord-Ouest devenaient rougeâtres et s’y transformaient souvent en plaques d’un rouge vif. Vers 7 h. 15 m. l’aurore arrive à son plus grand éclat ; le ciel est alors brillamment éclairé par un 9“ année. — ttr semestre.
- immense arc lumineux s’appuyant sur l’horizon de chaque côté du méridien et sur lequel d’énormes gerbes lumineuses, dépassant parfois l’étoile polaire, défilent en quelque sorte, tout en changeant constamment de couleur.
- M. Deleu, de Messines, a joint à sa description un beau dessin représentant cette phase de l'aurore ; nous l’avons fait reproduire aussi fidèlement que possible ; il donnera à nos lecteurs une bonne idée de l’ensemble de ce beau phénomène.
- L’aurore a faibli ensuite peu à peu, mais en lançant encore, par moments, des rayons d’un grand éclat; une lueur blanche assez intense a persisté longtemps à l’horizon ; elle n’avait pas complètement disparu à 11 heures. Vers 11 h. 1/2, il a été remarqué, tout près de l’horizon nord, deux bandes
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- de nuages noirs qui sont caractéristiques, en ce qu’ils accompagnent presque toujours les aurores.
- Une particularité digne de remarque, signalée par M. Deleu, c’est que l’arc lumineux s’est effacé trois fois ; à chaque réapparition, il n’atteignit plus les dimensions ni l’intensité qu’il avait précédemment.
- Les instruments magnétiques de l’Observatoire de Bruxelles ont été très troublés pendant toute la durée de l’aurore; le barreau de déclinaison était déjà fort agité depuis midi ; à 6 h. 10 m. il a été violemment pousse vers l’Ouest ; ce mouvement coïncide avec l’heure du commencement du phénomène lumineux ; le barreau est revenu ensuite à sa position première, mais à 7 heures il a de nouveau été sollicité dans le même sens avec une force presque égale ; c’était le moment de la plus grande intensité de l’aurore; enfin un troisième mouvement, toujours vers l’Ouest, est accusé à 7 h. 20 m.; il est probablement causé par quelque recrudescence momentanée du phénomène. Ensuite le barreau se dirige vers l’Est, où il stationne quelque temps, puis passe de nouveau à l’Ouest ; ce dernier mouvement correspond avec une augmentation d'éclat d’une lueur blanche qui a le pôle pour centre ; elle est signalée par M. DevSmedt, à Maldeghem, à 8 b. 30 m.
- L’aurore boréale du 31 janvier a été accompagnée par les perturbations ordinaires des courants électriques terrestres. En Angleterre les lignes télégraphiques ont presque partout été arrêtées.
- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de plantes LE SALISBURIA OU GINKGO
- (Suite. — Voy. p. 1 et 102.)
- 1.— LE GINKGO BILOH.l ACTUEL
- Nous allons considérer de près le Ginkgo dans le but d’examiner les caractères qui lui appartiennent en propre, et surtout ceux qui le distinguent comme genre.
- Ces caractères se distribuent sous quatre chefs que nous passerons en revue dans l’ordre suivant : la structure anatomique, la morphologie des organes végétatifs, celle des organes reproducteurs, enfin les détails relatifs à la structure intérieure de l’ovule, au mécanisme de la fécondation et à l’embryogénie.
- La tige du Ginkgo présente d’une façon générale la structure exogène de celle des Taxinées et des autres types d’Aciculariées, parmi lesquels se trouvent comprises toutes les Conifères. Le même plan se retrouve également chez l’iiniversalité des Dicotylédones ou Angiospermes à embryon pourvu de deux feuilles primordiales opposées. De son côté, l’embryon des Aciculariées est pourvu tantôt de deux, tantôt de plusieurs cotylédons verticillés,
- c’est-à-dire rangés en cercle ou formant collerette autour du sommet normal de la jeune tige, encore rudimentaire. L’embryon du Ginkgo a deux cotylédons allongés, linéaires un peu inégaux ; il rappelle par son faciès et ses dimensions celui des Cycadées.
- La tige, devenue adulte, s’accroît à la périphérie par l’adjonction annuelle de nouvelles couches de bois et d’écorce. Chaque nouvelle couche ligneuse se superpose aux précédentes et les recouvre, tandis que par la production d’une nouvelle couche libérienne, intérieure par rapport aux précédentes, les parties anciennes de l’écorce se trouvent repoussées au dehors et finalement crevassées. Ce double effet résulte de l’interposition d’une zone permanente d’activité cambienne à la limite respective du bois et du liber. Le tissu nouveau qui prend naissance chaque année le long de cette zone reproductrice est séparable presque aussitôt en éléments fibro-Ii-gneux et en éléments libériens, et cette séparation s’opère par l’apparition constante d’une nouvelle zone reproductrice ou cambienne qui remplace la précédente au moment où celle-ci achève de s’organiser.
- En pratiquant une coupe transversale (voy. la figure 1 et consultez la légende qui l’accompagne), de la tige ou d’une partie quelconque d’un rameau de Ginkgo, on observe plusieurs régions distribuées dans un ordre déterminé, en s’avançant du centre à la périphérie. Ces régions sont au nombre de cinq. Au centre même, c’est la moelle ou région du parenchyme médullaire (fig. 1, f). Autour delà moelle, c’est la région fibro-ligneuse (fig. 1, de) qui cerne la moelle d’un étui cylindrique, formé d’autant de couches annuelles emboîtées et traver sées par des rayons médullaires, que la partie à laquelle on s'adresse compte d’années. A l’extérieur du bois, se place la zone du cambium, puis le liber (fig. 1, c) et enfin tout à fait au dehors, au-dessous de l’épiderme, la zone subéreuse ou phellogène, qui sert de tégument à tout le reste (fig. 1, a et b). L’écorce d’abord lisse et réduite à l’épiderme, puis grisâtre et crevassée, est formée en dernier lieu des résidus du vieux liber entremêlés de couches subéreuses, devenues inertes et repoussées au dehors par l’action des parties plus jeunes et intérieures.
- Chacune de ces diverses régions offre, dans le Ginkgo, quelque particularité qui mérite d’être notée et que nos figures aideront à saisir.
- La moelle est proportionnellement large, formée de cellules prismatiques ou plus ou moins polyédriques, à parois lisses ou plus souvent finement ponctuées ou réticulées, traversées par des conduits résineux épars (fig. 2, nos 3 et 4). Le Ginkgo est le seul type, parmi les Aciculariées, dont la moelle renferme des conduits ou canaux secréteurs de la résine. La largeur de la moelle se joignant au caractère tiré de la présence des conduits résineux dans la région médullaire, rapproche par contre les Ginkgos des Cycadées, qui présentent ces deux caractères.
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- Sur le pourtour de la moelle, dans le Ginkgo, à l’intérieur de ce que l’on nomme l’étui médullaire, sont situées les trachées et les vaisseaux rayés ou ponctués qui les accompagnent et qui manquent au reste de la région ligneuse, conformément à ce qui existe chez toutes les Gymnospermes.
- La structure de la région ligneuse du Ginkgo présente également des traits caractéristiques. Les fibres (fig. 2', nos 1 et 2) sont larges, à parois convexes, plus ou moins sinueuses, et donnant lieu à une coupe (fig. 1, n° 2) ellipsoïde, allongée dans le sens radial, traversées par des rayons médullaires relativement larges, à deux rangées au plus de cellules superposées. Les ponctuations des fibres ligneuses (fig 2, n° 1 en f), affectent aussi une disposition spéciale : elles sont petites, arrondies, saillantes en apparence, éparses, plus ou moins nombreuses, non contiguës mais reliées entre elles ou séparées les unes des autres par des linéaments qui courent dans leurs intervalles et tracent des compartiments irrégulièrement sinueux. Ce mode de ponctuations aréolées ne saurait être assimilé ni à celui des fibres de Taxinées, qui sont marquées de stries ou bandelettes transversales, ni à celui qui distingue les fibres des Dammara et des Araucaria, dont les ponctuations disposées en quinconce donnent lieu à des'séries contiguës ou même à une mosaïque de compartiments hexagones, par suite de la compression mutuelle des aréoles. Chez les autres Conifères, les fibres laissent voir sur leurs parois des ponctuations aréolées le plus souvent unisériées, c’est-à-dire disposées sur une file unique, ou encore sur plusieurs files, les éléments de chacune des files se trouvant placés à la même hauteur, au lieu d’alterner entre eux. On voit que les fibres ponctuées du Ginkgo diffèrent assez notablement de celles des autres Aciculariées pour se rapprocher de ce qui existe à cet égard chez les Cycadées ou même dans certains bois de Gymnospermes paléozoïques, connue les Paroxvlées de M. Renaultl.
- La région libérienne ou partie intérieure de l’écorce du Ginkgo a offert à M. le professeur Bertrand qui l’a examinée avec soin, le cloisonnement horizontal des fibres libériennes à parois d’abord lisses et minces, le volume excessif des cellules grillagées, enfin la boursoufllure des cellules du parenchyme libérien, dont les paroisse couvrent de réticulations et qui compriment à la fin les deux autres éléments.
- Ces détails suffisent pour démontrer que le Ginkgo, par les éléments anatomiques de sa tige, se distingue réellement des types auxquels on s’est habitué à l’associer.
- En continuant notre revue par l’examen des organes de la végétation, nous remarquerons des caractères de nature à confirmer en nous cette première impression.
- Avant que le Ginkgo soit tout à fait adulte, lors-
- 1 Voy. B. Renault; Structure comparée de quelques tiqes dp la flore carbonifère, pl. xiv, fïfr- g, en b.
- que sa venue est assurée, l’arbre s’élance surmonté par une longue flèche terminale ; ses branches latérales, dirigées horizontalement, s’étendent de côté et d’autres, en se prolongeant d’année en année et elles ne donnent lieu qu’assez tard à des rameaux de deuxième et de troisièmeordre. Cette disposition étalée et longuement ascendante de la cime et des rameaux de l’arbre s’explique à l’aide d'une particularité de végétation sur laquelle l’attention du lecteur doit être dirigée.
- Il existe chez le Ginkgo, conformément du reste avec ce que montrent les cèdres, les mélèzes, parmi les Conifères, et les jujubiers parmi les atbres feuillage ordinaire, deux sortes de jets ou de pousses produisant deux catégories de rameaux qui persistent pendant la durée entière des individus, sans qu’il y ait passage ni confusion de l’une vers l’autre de ces catégories, chacune gardant son rôle et sa place déterminée ; bien que pourtant l’une de ces catégories puisse exceptionnellement se convertir en l’autre, de manière à en revêtir l’apparence et à en remplir désormais les fonctions.
- Ces deux sortes de rameaux sont, d’une part, les jets terminaux et stériles qui continuent la tige et la prolongent dans tous les sens, à mesure qu’elle va en se ramifiant, et, d’autre part, à côté de ces premiers jets, les jets axillaires ou latéraux qui se développent sur les premiers et qui sortent de bourgeons placés à l’aisselle des feuilles de l’année précédente. Ces seconds jets sont courts et fertiles, c’est-à-dire que les organes sexuels se développent constamment sur eux. Ils sont garnis chaque année d’une rosette de feuilles provenant d’une spire à tours très rapprochés et servant d’entourage à un bourgeon terminal d’où sortira la rosette de l’année suivante. Les jets de cette sorte restent constamment courts ; ils s’allongent d’année en année, mais très lentement ; ils grossissent pourtant peu à peu en conservant sur leur pourtour les cicatrices serrées des feuilles et des écailles gemmaires tombées. A la longue, ils prennent l’apparence d’une massue plus ou moins épaisse, selon le temps auquel ils remontent et la vigueur des sujets qui les portent. Cette ordonnance est non seulement curieuse, mais encore importante à connaître ; elle ne distingue pas uniquement notre Ginkgo, mais elle a dû caractériser autrefois la plupart des formes du genre et même la plupart des types, que le groupe, aujourd’hui si diminué des Salisburiées, a jadis compris. C’est dire que des rameaux, soit garnis soit dépouillés de leurs feuilles, et conformés comme ceux du Ginkgo, pourvus par conséquent de ramules latéraux épaissis en massue, se retrouvent à l’état fossile, et que ces traces constituent un moyen précieux de détermination pour les types éteints, dont elles dénotent à la fois l'existence et les affinités.
- Les feuilles du Ginkgo ne ressemblent à aucune autre parmi celles des Aciculariées ou Conifères, qui les ont le plus souvent étroitement linéaires. Leur limbe, au-dessus d’une partie inférieure atté*
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- nuée en pétiole, affecte la forme d’un éventail plus ou moins largement étalé, limbrié le long des bords
- Fig- !• — Coupe transversale schématique d’une tige de « Ginkgo biloba » âgée de trois ans et grossie environ dix fois, pour montrer la distribution des différentes régions dont elle se compose. —On distingue : en a, l’enveloppe ou tissu épidermique et sous-épidermique; en b, la région du liber secondaire, qui donne naissance à la zone génératrice du « suber », dite « phellogène »; en c, la région libérienne ou parenchyme libérien, au sein de laquelle se trouvent dispersés les canaux sécréteurs ou réservoirs de la résine. A l’intérieur de celte région, au point où elle confine à la suivante, se trouve placée la zone « productrice » ou zone cambienne, dans laquelle réside l’activité organisatrice des couches annuelles successives. — En avançant de dehors en dedans, on rencontre, en d, le bois ou région « fibro-ligneuse », disposée ici en trois anneaux concentriques, traversés par les rayons médullaires et dont la plus ancienne, en e, constitue les parois de l’étui médullaire, occupées par les vaisseaux rayés, ponctués et spiralés, organes absents des autres parties de la tige. — L’intérieur de l’étui médullaire est rempli par la moelle ou parenchyme central, dont les rayons médullaires "ne sont que des prolongements, et qui présente comme le liber une rangée irrégulièrement circulaire de canaux résineux épars. — Fig 2. — Détails relatifs à, la structure anatomique du « Ginkgo biloba ». — 1, coupe longitudinale, parallèle aux rayons médullaires, des fibres ligneuses ponctuées, sous un grossissement d’environ 100 fois le diamètre. Cette coupe montre, en f f, la conformation cylindrique, convexo-sinueuse, des parois fibreuses et la disposition caractéristique des ponctuations aréolées, entremêlées de stries, que présentent ces parois. On remarque, en r r, deux rayons médullaires, formés chacun d’une double rangée de cellules accolées et superposées. — 2, coupe transversale des fibres ligueuses vues sous le même grossissement. On distingue, en f f, les fibres ligneuses de la partie large du cercle annuel, dont la coupe donne lieu à une ellipse allongée dans le sens antéro-postérieur; ces fibres correspondent aux premières formées au printemps. En f'f', sont rangées des fibres plus étroites et allongées en sens inverse, plus épaisses et plus rarement ponctuées; ce sont celles qui se développent les dernières et correspondent à la partie extérieure du cercle annuel.— Toutes ces fibres ligneuses, mais spécialement les plus larges, out leurs parois séparées par des vides intercalés, dont les uns sont des « méats intercellulaircs », tandis que les autres coïncident avec les ponctuations aréolées qui représentent des creux lenticulaires, compris dans l’épaisseur de la paroi fibreuse et se répondant d’une fibre à l’autre, de façon à établir entre ces organes une suite de communications. — On distingue, en r r, le trajet d'un rayon médullaire. — 3, coupe longitudinale du parenchyme médullaire sur un point ou ce parenchyme est traversé par un canal résineux, sous un grossissement d’environ 150 fois le diamètre; on distingue, en p p, les cellules médullaires avec leurs parois couvertes d’un réseau de fines ponctuations; en b b, les cellules de bordure, à parois amincies, qui sécrètent la résine et la déversent dans le canal ou réservoir central, c, où cette résine s’accumule. — 4, coupe transversale du même organe sous le même grossissement, montrant, en p, les cellules du parenchyme médullaire; en b, les cellules de bordure à parois amincies, dont l’écartement donne lieu à la lacune centrale c, ou canal servant de déversoir à la résine
- supérieurs et le plus souvent scindé par le milieu en deux lobes ou segments principaux, parfois eux-mômes subdivisés en laci-nies secondaires. Les côtés de l'éventail ou du coin qui vont rejoindre le pétiole sont accompagnés par une nervure marginale ou très légèrement inframarginale d’où se détachent successivement les nervures fines et plusieurs fois ramifiées-di-chotomes qui parcourent le limbe.Cesdeuxnervurescol- Fi latérales d’où proviennent toutes les autres, sont déjà distinctes dans le pétiole, à l’intérieur duquel elles cheminent accolées. Elles s’écartent ensuite insensiblement l’une de l’autre en suivant les bords latéraux de l’éventail, et dès lors elles
- g. 3. — 1 et 2, deux feuilles du « Ginkgo biloba », atténuées en coin à la base, profondément bilobées et laci-niées le long de la marge supérieure du limbe. — Ces feuilles dont les analogues se retrouvent à l’état lossile doivent être comparées à celles que représentent les figures 4 et 5. Ensemble, elles font voir les extrêmes de variation qu’atteignent les feuilles du Ginkgo. L’un des lobes latéraux de la plus grande des deux feuilles reproduites, lïg. 3, esjt lui-même fissuré par une étroite échancrure. 11 existe des exemples de lucinies encore plus nombreuses et plus prononcées.
- émettent le long de
- parmi les Cordaïtées
- leur côté intérieur des rameaux successifs, d’autant plus obliquement dirigés que ces branches mères sont elles-mêmes plus voisines de leur terminaison supérieure.
- Cette ordonnance si nette et si curieuse se retrouve seulement, au sein de la nature vivante, dans les folioles des Adiantum, parmi les Fougères, d’où le nom spécifique deSalisburia « adiantifolia )> imposé par Smith. Elle est inconnue chez les autres Phanérogames ; mais si l’on sort de la nature vivante et que l’on interroge les types fossiles, on observe des formes semblables ou du moins analogues, non seulement parmi les congénères de notre Ginkgo, mais aussi et les Dolérophyllées, qui
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- constituent des groupes entièrement disparus, sans parler de plusieurs types de plantes en assez bon nombre dont nous passerons plus tard la revue, et qui, alliés de plus ou moins près aux Ginkgos, se rangent au même titre que ces derniers dans la famille des Salisburie'es.
- 11 est facile maintenant de saisir le processus végétatif du Ginkgo. A la fin de chaque année, les feuilles tombent, aussi bien les feuilles éparses qui garnissent les jets terminaux que celles qui s’étalent en rosette sur les rameaux raccourcis. Ces derniers portent à leur sommet un bourgeon écailleux qui produira au printemps suivant une nouvelle rosette. Parfois,
- Fig. 1. — Inflorescence et organes mâles du « Ginkgo ». — 1, ramule latéral et florifère montrant un chaton mêle accompagné de jeunes feuilles imparfaitement développées, réduit au quart de sa grandeur naturelle. On distingue à la base du chaton deux bractées bilobées au sommet qui représentent visiblement des feuilles avortées. — 2, deux étamines ou androphylles, figurés à part, formés d’un support terminé par deux ou par trois loges (anthères). — 3, autre étamine dont le pédicelle est surmonté de trois loges à pollen, l’une vue par la face dorsale, les deux autres par le côté opposé où se fait la déhiscence, à l’aide d’une fente longitudinale mettant le pollen en liberté. —4, grain de pollen ou corpuscule pollinique (microspore des Cryptogames), fortement grossi, comprenant sous une enveloppe ou tégument extérieur (exterine) une formation composée de trois cellules; l’une principale supérieure destinée à se développer en tube pollinique, les deux autres beaucoup plus petites, dites « cellules végétatives », représentant le rudiment d’un prothalle mâle. — 5, Grain pollinique après la rupture de ses parois, montrant les débuts du tube pollinique rempli d’un protoplasma granuleux destiné à la fécondation des corpuscules. — 6, tube pollinique dans un état plus avancé de développement. Ces figures dessinées sous un grossissement d’au moins 100 fois sont empruntées à l’ouvrage de M. Strasburger sur les Conifères et les Gnétacées (Die Coniferen und die Gnetaceen, eine morpho lische sludie, von Ed. Strasburger, prof, in leua, atlas, tab. 2, lig. 52, 36 et 37).
- cependant, le bourgeon terminal d’un jet raccourci donne lui-même naissance à un rameau allongé et pourvu de feuilles éparses. Celui-ci revêt dans ce cas toute l’apparence d’un rameau stérile et en joue le rôle. Les jets terminaux et stériles ont pour fonction de prolonger la tige dans toutes les directions ; après la chute des feuilles, ils présentent des bourgeons de deux sortes : les uns, voisins de la sommité du jet, développeront un jet semblable et serviront à le continuer d’année en année; les autres, plus nombreux, situés à l’aisselle des feuilles inférieures, produiront de simples rosettes et donneront lieu, par la suite, à des jets
- Fig. 5. — Feuilles et organes femelles du « Ginkgo biloba ». — 1, feuille normale bilobée, d’après Richard, Mémoire sur les Conifères — 2, rameau court latéral et florifère du sexe femelle, surmonté d’une rosette de feuilles entières et portant deux pédoncules terminés, l’un par deux, l’autre par trois ovules récemment fécondés. — 3, sommité d’un autre pédoncule subdivisé en plusieurs pédicelles supportant chacun un ou deux ovules; l’un de ces ovules se trouve fécondé et parviendra seul à maturité, à l’exclusion des autres, qui avorteront; cette figure est empruntée à l’ouvrage d’Achille Richard. — 4, pédoncule supportant deux graines parvenues à maturité, dont l’une est tombée en laissant la cicatrice de son insertion sur le disque cupuliforme. — 5 et 6. deux noyaux ou « endotesta » montrant la graine dépouillée de son enveloppe charnue et réduite à sa coque intérieure, formée d’un tissu Hgnenx et résistant, lisse à la surface et carénée sur les angles, tantôt trigone (6), tantôt hicarénée (3). — Fig. 6. — Détails de structure anatomique, relatifs à la marche de la fécondation et à l'embryogénie du « Ginkgo biloba ». — 1, profil ou coupe longitudinale de la partie supérieure du sac embryonnaire, surmontée, en m, d’une saillie mameloLnaire (mamelon d’imprégnation) et pourvue, à droite et à gauche, de deux corpuscules, c c, organes femelles destinés à recevoir l’imprégnation fécondante ; sous un grossissement d’environ trois fois le diamètre. — C’est à la saillie dite mamelon d’imprégnation que s’attache le corpuscule pollinique, dont le tube en se développant pénètre à travers les tissus et marche à la rencontre des corpuscules, ou plutôt de l’un d’eux, pour déverser dans leur intérieur son contenu protoplasmique. Ce déversement s’opère par endosmose et par l’intermédiaire d’une cellule nommée « cellule du canal » qui surmonte le corpuscule au point ou celui-ci se trouve en contact avec le bord du sac embryonnaire, par une partie étroite en forme de goulot (voy. les figures suivantes). — 2, 3 et 4, corpuscules ou archégones du Ginkgo. vus sous un grossissement d’environ 25 fois, d’après une coupe longitudinale passant par le col du corpuscule, pour montrer les changements qui s’opèrent dans cet organe à la suite de la fécondation, jusqu’au moment de la formation de l’embryon. — 2, corpuscule au début de la fécondation ; le noyau cellulaire préexistant et situé au centre de l’oospore ou cellule corpusculaire est en voie de résorption. Cette résolution est le premier effet de l’acte fécondateur. Vers l’autre extrémité de l’organe, on aperçoit deux vacuoles du milieu d’un protoplasma fmeincn granuleux. — 5, le noyau central est résorbé et remplacé par une lacune; à sa place on distingue l’apparition simultanée d’une foule de noyaux dispersés au milieu de la masse protoplasmique et destinés à devenir le centre d’autant de cellules nouvelles. — 4, autre corpuscule à un état plus avancé, après la formation des parois cellulaires qui limitent respectivement les noyaux. C’est seulement après la subdivision en un grand nombre de cellules de la masse protoplasmique du corpuscule, que commence à se dessiner la première ébauche de l’embryon qui se constitue aux dépens de quelques-unes d’entre elles, dans une région voisine de la cellule du ooh Le tissu cellnlaire qui cerne à l’extérieur le corpuscule est celui de l’« endosperme » qui remplit le sac embryonnaire et représenti morphologiquement le prothalle des Cryptogames supérieures. — 5, graine mure (réduite) partagée par le milieu et en long.
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- raccourcis. Cette succession et cette alternance de générations de rameaux distincts, les uns stériles et allongés, les autres courts et servant de support aux organes reproducteurs, constitue l’originalité principale du Ginkgo. Il est vrai que de semblables exemples de dimorphisme ne sont pas rares chez les végétaux supérieurs. J’ai parlé des cèdres et des mélè.es, du jujubier; on pourrait ajouter à l’énumération le Taxodium distichum, le lierre et même certains arbres comme les poiriers, qui portent des bourgeons à fruits et des bourgeons à bois, les premiers plus lents à se former, toujours latéraux et ne produisant que de courts rameaux, d’où naissent les fleurs. L’analogie est facile à saisir; elle démontre, non pas l’aflinité de ces divers types, mais la diversité des moyens employés par la nature, qui, par des voies parallèles et même divergentes, sait pourtant aboutir fréquemment à des résultats équivalents, sinon absolument identiques
- Le Ginkgo est dioïque, c’est-à-dire que les individus de cette espèce sont les uns exclusivement mâles, les autres exclusivement femelles. Leur sexualité est en outre des plus tardives à se manifester. Le pied planté par Gouan, à Montpellier, n’a produit des chatons mâles qu’au bout de vingt-quatre ans; celui qui avait été introduit en Angleterre, en 1754, et qui était également mâle, n’émit ses fleurs qu’après trente ans de culture. 11 semble que les pieds femelles, ainsi qu’il arrive souvent aux arbres unisexués ou polygames, entre autres aux Palmiers, aient toujours été plus rares que les mâles. On a vu comment un individu femelle existant aux environs de Genève, avait fourni des greffes et des boutures destinées à rendre fertiles les pieds mâles de Montpellier. Cette séparation des sexes sur des pieds différents remonte du reste, chez les végétaux, à une antiquité des plus reculées; elle existait, selon toute apparence, chez les Cordaïtées, dont le type, comme nous le verrons, semble se ranger à distance à peu près égale des Salisburiées, des Cycadées et des Gnétacées.
- Les organes reproducteurs des Ginkgos naissent au printemps sur les rameaux courts, en même temps que les feuilles disposées en rosette, mais il existe entre les mâles et les femelles des différences de situation et des divergences de structure qui empêchent de croire à une homologie absolue de structure. En allant au fond des choses, on reconnaît en effet que, conformément à ce qui a lieu dans l’universalité des Aciculariées, les organes mâles du Ginkgo ne sont ni du même ordre de génération ni combinés d’après la même symétrie de structure que les organes femelles de ce même type. Les appareils mâles sont des chatons dont les axes servent de support à des feuilles modifiées ou androphylles. Ces axes naissent du pourtour extérieur de la rosette de feuilles et sont accompagnés à leur hase d’une ou deux bractéoles membraneuses (voy. fig. 4, n°l)qui représentent autant de feuilles avortées. Ici donc chaque
- chaton répond à un jet axillaire modifié, subordonné à la pousse centrale, de seconde génération par rapport à elle, et dont l’axe appauvri supporte des feuilles sexuées. Chacune de ces feuilles mâles ou androphylles se compose d’un filet court terminé par une petite protubérance, qui répond au pétiole, et d'où pendent deux à trois loges à pollen, d'abord closes, puis ouvertes inférieurement en forme de coques, à l’aide d’une fente longitudinale. Les corpuscules polliniques du Ginkgo n’ont rien qui les distingue essentiellement de ceux des Cycadées ; ils correspondent morphologiquement aux microspores des Cryptogames hétérosporées.
- Les appareils femelles sont beaucoup plus simples, les plus simples même de tous ceux que présentent les Aciculariées. Quoi qu’on ait pu dire, ils consistent uniquement dans les feuilles les plus intérieures de la rosette, réduites au pétiole et supportant à leur sommet deux ovules, exceptionnellement trois ou même davantage. Chacun de ces ovules est pourvu d’un tégument ouvert et bilabié au sommet en forme d’exostome et assis à sa base sur un disque qui constitue une sorte de cupule. La graine mûre est une drupe, souvent unique par avortement, charnue extérieurement, munie à l’intérieur d’un endotesta ou noyau lisse, bicaréné ou tricaréné, de consistance ligneuse, qui renferme une amande comestible formée de l’endosperme et comprenant l’embryon à son sommet.
- La ressemblance de cette graine et de son noyau avec les semences des Cycas, d’une part, et, d’autre part, avec les Cardiocarpus, les Rhabdocarpus, les Trigonocarpus, si fréquents dans le terrain houil-ler, saute aux yeux, tellement elle est frappante et réellement étroite.
- Il faudrait maintenant, pour compléter le tableau de la structure du Ginkgo, descendre dans des détails tout à fait intimes d’anatomie intérieure, et s’étendre sur l’embryogénie et les processus organiques si curieux qui accompagnent, au sein de bovidé, le phénomène de la fécondation.
- Qu’il me suffise de dire, en renvoyant pour les autres explications à la légende de la figure 6, que de tous les types phanérogamiques encore existant, le Ginkgo est celui qui relie le mieux cette catégorie supérieure à celle des végétaux inférieurs ou Cryptogames.
- L’assimilation de l’ovule ou nucelle au « macrosporange » et du sac embryonnaire des Gymnospermes à une « macrospore » incluse et germant sur place, n’est plus contestée par aucun savant autorisé. Dès lors, 1’ « endosperme », production cellulaire qui remplit le sac embryonnaire, correspond à un prothalle inclus et les corpuscules qui se développent vers le haut et qui communiquent par les cellules du col avec le sommet mamelonné du sac embryonnaire, s’identifient avec les « archégones », qui représentent les cellules oosporiques des Cryptogames à prothalles ; c’est la cellule centrale du corpuscule qui reçoit l’imprégnation fécondante et
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- se change en oospore ou cellule de l’œuf végétal.
- Voici le résumé succinct (voy. fig. 6) des particularités relatives au mode de fécondation et à l’embryogénie du Ginkgo, telles qu’elles résultent des travaux du professeur Strasburger. L’exostome ou ouverture bilabiée du tégument ovulaire exsude, à l’époque de la dissémination du pollen, une gouttelette de liqueur visqueuse qui retient les corpuscules polUniques, les gonfle et facilite leur germination ainsi que la formation de l’appareil tubuleux. Néanmoins celui-ci ne pénètre que lentement dans les tissus du nucelle, et par un phénomène qui rapproche certainement le Ginkgo des Cryptogames, en l’écartant des autres Gymnospermes, c’est seulement après la complète maturité de la graine, qu’elle soit restée sur l’arbre ou qu’elle en soit déjà détachée, alors que l’endotesta est complètement lignifié et le sac embryonnaire soustrait à toute influence extérieure, que le tube pollinique s’étend jusqu’au corpuscule et déverse dans la cellule du canal, et de là, par endosmose, dans la cellule centrale, le contenu de son protoplasma. A la suite de l’acte fécondateur, le noyau de la cellule centrale se résout pour donner lieu à une nouvelle formation, celle d’où résulte l’embryon ; mais, avant l’apparition le plus souvent tardive de ce dernier, il se produit, selon M. Strasburger, une segmentation générale du contenu protoplasmique de l’oosphère, provenant de la production simultanée de plusieurs « nuclei » et entraînant une subdivision de la masse corpusculaire en un grand nombre de cellules. M. Strasburger en a compté plus de 100, et l’apparition de l’embryon leur est toujours postérieure.
- Ce sont là certainement des particularités qui autorisent à considérer le Ginkgo comme un tyje spécial, aussi isolé par les détails intimes de sa structure et par ses caractères extérieurs, que par l’étendue restreinte de son aire d’habitation actuelle. Il nous reste à le retrouver et à le suivre à l’état fossile.
- Le marquis de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- EMPLOI DES COPEAEX DE BOIS
- M. Heilmann fait avec des copeaux de bois des assiettes, des plats, etc., par le procédé suivant : On choisit les copeaux plats et on en fait des bottes qu’on plonge dans une solution faible de gélatine pendant vingt-quatre heures ; on les sèche ensuite et on les coupe de longueur. On coupe dans une feuille de papier fort ou de carton mince des plaques de la dimension des objets à produire, on les humecte avec un liquide formé d’une solution faible de gélatine et de verre fusible ; on les presse ensuite dans des moules métalliques chauffés. Après dessiccation, les feuilles de papier sont couvertes sur les deux faces avec une colle faite de cinq parties de gélatine de Russie et une partie de térébenthine ; on applique les copeaux et on comprime le tout.
- LE MÉTIER A DENTELLES
- DE M. MALIIÈRE
- Il y a quelques semaines on a appris par toutes les voies de la publicité : affiches, articles de journaux, réclames et prospectus, qu’il se fondait une Société pour la fabrication mécanique de la dentelle, au' moyen d’un nouveau métier, qui constituait, avec le métier Jacquard, « la plus grande invention du siècle ». Les organisateurs de la Société dentellière ne parlaient pas moins d’un rapport de 64 pour 100 du capital souscrit ; les organes attachés à l’entreprise, affirmaient que l’affaire était « une des plus belles du siècle. » — « Ce qui vaut 55 centimes, ajoutaient les prospectus, en coûte 5; ce qui vaut 12 francs, coûte à peine
- 1 fr. 25. La consommation ne fera jamais défaut, et la concurrence est impossible ! » (Nous citons textuellement.)
- Les organisateurs déclarent que le capital de
- 2 500 000 francs a été souscrit et au delà. Nous n’avons rien à dire des promesses énoncées, ni de la confiance des souscripteurs, mais nous croyons utile d’aborder le côté purement scientifique de la question, et de signaler le métier à fabriquer la vraie dentelle de M. Malhère, tout en faisant la juste part des éloges et des critiques que cet appareil nous semble mériter. Le métier Malhère, que nous représentons ci-contre, est véritablement une merveille de mécanique ; il met en mouvement 1800 à 2000 fuseaux, en même temps, qu’il place ou déplace 200 à 500 épingles. Mais l’inévitable complication des organes qui le constitue, juste objet d’admiration pour le profane, est pour le praticien une cause bien légitime d’appréhension, au point de vue du fonctionnement régulier de l’appareil. Pour travailler dans des conditions véritablement économiques, le métier à dentelles doit marcher à grande vitesse et sans interruptions trop fréquentes. Cette condition est-elle actuellement réalisée d’une façon complète? 11 est permis d’en douter, faute de preuve expérimentale.
- Le métier Malhère confectionne bien de la vraie dentelle, en imitant le mode de travail de l’ouvrière, mais le produit fabriqué est loin d’être d’une grande finesse, et il nous paraît appartenir seule-.ment à la catégorie des dentelles à bon marché.
- Nous donnons ci-contre la reproduction photographique d’un échantillon de Valenciennes, fabriqué avec le nouvel appareil (fig. 5). Cet échantillon permettra au lecteur de juger par lui-même de la qualité du produit.
- Ces réserves faites, nous allons donner la description technique de la machine; nous le ferons en empruntant les principaux passages du Rapport écrit à ce sujet par M. Jousselin, ingénieur. L’honorable expert près le tribunal de la Seine, commence par expliquer comment l’inventeur a été mis sur la voie de sa construction.
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- Fig. 1.
- « M. Malhère, en étudiant par grossissement à la loupe les entrelacements des fils de la dentelle à la main, constata d’abord que dans tous les genres de dentelles, et dans chacune de leurs parties, soit réseaux, soit Heurs, les fils réalisaient les mêmes actions, mais alternativement inverses. De là, la première conception de la possibilité de produire mécaniquement ces actions.
- En effet, si l’on considère une tresse (fig. 1), entourant les jours de la Valenciennes et formant le nœud de la malines, ou le toilé (fig. 2), constituant les fleurs, on constate par la figure 1, que le fil n° 1 passe successivement sur le fil n° 2, sur le fil n°4 (lequel était passé sur le n° 3) et sous le n° 3 pour revenir sur ses pas en alternant toujours dessus et dessous jusqu’à ce qu’il reprenne le sens de marche primitif, formant ainsi avec les trois autres fils une tresse de quatre fils.
- Dans la figure 2, les fils 1 et 2 peuvent partir de la situation correspondante, vont tout à coup transversalement, se tordant entre eux d’une demi-révolution, laquelle s’exécute ensuite avec les fils voisins dans la même direction, de même qu’ils auraient pu prendre une direction opposée, en traversant des fils longitudinaux symétriques à ceux indiqués dans la figure.
- Ce toilé ne serait, en quelque sorte, qu’une tresse dans laquelle seraient interposés des fils restant droits et qui pourraient être traversés par les mêmes fils transversaux formant un retour sur leur précédente direction, ou par d’autres fils pro-. venant d’entrecroisements identiques ou non, et voisins, pendant que les fils 1 et 2 iraient concourir à la formation d’un autre toilé, ou que, comme dans le cas de la figure 2, ils resteraient longitudinaux, après avoir été tordus ensemble ou non, d’une demi-révolution ou d’une révolution entière.
- Le problème se trouvait donc réduit à faire tordre, deux à deux, les fils voisins de droite ou de gauche, selon les besoins du dessin, et aussi à faire en sorte que cette torsion s’effectuât à volonté, de droite à gauche ou de gauche à droite, pour renverser tel fil au-dessous ou au-dessus.
- Fig. 2.
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- Fig. 3. Valenciennes, mailles rondes de Bruges, fabriquée par le métier à dentelles (cliché photographique).
- La conséquence de cet exposé est que, mécaniquement, il faut réaliser le transport des fils pour mettre en rapport ceux qui sont destinés à évoluer ensemble.
- De là l’idée fondamentale de M. Malhère, de constituer une machine composée de disques rotatifs pouvant contenir deux fils à tordre ensemble d’une demi-révolution ou d’une révolution complète, disques tangentiels deux à deux de manière à faciliter le transport des fils de disque à disque, et tous, épousant dans leur ensemble une surface cylindrique, réalisée par le bâti cylindrique de la machine, afin, que la quantité de fil déroulée restât la même, autant que possible, dans toutes les situations que pourrait occuper la bobine autour de laquelle s’enroule le fil.
- Dans ces conditions, la dentelle devant être produite dans l’axe du bâti cylindrique, chaque fil devra être un rayon du cylindre où mieux sa projection horizontale devait être un rayon du cercle hase du cylindre.
- Pour faciliter l’évolution des fils, cueillir et transporter les croisements, augmenter la production, M. Malhère a adopté pour sa machine la disposition
- horizontale et la superposition des rangs horizontaux et des bandes de dentelles. Puis il a imaginé la combinaison d'un peigne à dents indépendantes, réalisant le rôle des épingles de la dentellière. De là l’intervention de mécaniques Jacquard, dans le
- but de commander tous les organes indépendants devant constituer la machine complète.
- Telle est succinctement la succession des idées qui ont conduit M. Malhère, par la décomposition de la dentelle produite à la main, à réaliser son métier mécanique.
- Après avoir résumé les conditions du travail à la main, il convient d’examiner comment ces conditions ont été remplies par les organes du métier Malhère.
- 1° Forme du métier. — La dentelle au fuseau, on le sait, n’est pas constituée comme le tulle ou comme la dentelle d’imitation par deux groupes distincts de fils, chaîne et trame, mais par de véri-
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- Fig. 4. Vue d’ensemble du métier à fabriquer la vraie dentelle de M. Malhère.
- Étage supérieur : mécanisme des cartons-Jacquard. — Étage inférieur : disposition des fils qui se réunissent en avant de l’appareil.
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- tables tresses, aux entrelacements desquels tous les fils peuvent concourir suivant la fantaisie du dessinateur. Ces entrelacements sont réunis et fixés à la partie centrale du tambour, coussin ou métier de la dentellière au moyen d’épingles.
- Ce mode de travail a conduit M. Malhère à adopter, pour le bâti de son métier automatique, les fractions de deux couronnes concentriques en fonte, posées à hauteur d’appui sur une table également en fonte. Les divers points des arcs de cercles étant à des distances à très peu près égales de la ligne centrale, ou fraction de diamètre, qui limite le cueillage des entrelacements, la tension des fils est uniforme et cette disposition permet à chacune des bobines de circuler à l’intérieur de la surface cylindrique, sans que ces déplacements déterminent le bouclement des fils sur eux-mêmes et leur rupture.
- 2° Décomposition des mouvements. — Hans le travail à la main, la dentellière choisit parmi les fuseaux suspendus autour de son tambour, ceux dont elle a besoin successivement ; elle les fait rouler entre les doigts, soit à droite, soit à gauche, pour tordre les fils et les entrelacer, puis elle plante l’épingle, qui doit fixer la fraction de maille, jusqu’à ce que de nouveaux entrelacements, fixés à leur tour, donnent à l’ouvrière la faculté d’enlever l’épingle précédemment visée.
- Donc trois espèces de mouvements, savoir :
- A. Apport ou translation des fuseaux choisis;
- B. Rotation des fuseaux à droite ou à gauche;
- C. Fixation et déplacement des épingles.
- A. D’après ce qui précède, chaque fil doit agir d’une façon absolument indépendante et cette indépendance entre les divers éléments constituait la grande difficulté du problème mécanique.
- Si l’on se place au centre du métier Malhère, en ayant devant soi la couronne inférieure, on remarque que cette couronne est perforée sur tout le pourtour de trous à peu près tangents, aussi bien dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et que chacun de ces trous est rempli exactement par un cylindre métallique. Le même cylindre, qui forme l’extrémité ou tête de l’organe de rotation appelée broche, est muni d’une rainure diamétrale formant coulisse à recouvrement. Cette rainure sert de guide à de petits chariots de forme appropriée, qui reçoivent les cages porte-bobines, lesquels chariots peuvent se déplacer en glissant d’une broche sur l’autre.
- A cet effet, la rainure diamétrale de la tête de broche se continue dans l’épaisseur du cylindre jusqu'à la rencontre de l’axe creux sur lequel elle est fixée et, dans l’intervalle ménagé entre la glissière à recouvrement et cet axe ou tube, deux pièces articulées, dites pousseurs, peuvent à volonté chasser isolément ou simultanément à droite ou à gauche, un ou deux chariots porte-bobines engagés sur le disque de tête de broche. *
- Pour obtenir ces résultats variables, chacun des deux pousseurs est relié à une tige demi-cylindrique
- logée dans la broche et terminée vers l’extrémité opposée au pousseur par une touche ; sur l’une ou l’autre des touches ou sur les deux à la fois, viennent agir des éperons faisant corps avec l’un des deux parallélogrammes méplats, librement articulés, que commandent du côté opposé les crochets d’une mécanique Jacquard. Selon le perçage des cartons placés sur cette jacquard, les chariots voyageurs chassés de broche en broche par les pousseurs peuvent occuper successivement tous les disques.
- B. Toutefois, pour qu’il y ait entrelacement ou tressage des fils tendus des bobines aux rouleaux d’appel, qui occupent le centre du métier, les translations des bobines doivent être suivies de mouvements circulaires.
- Tel est le but d’une seconde série d’organes montés non plus à l’extérieur, entre les deux couronnes concentriques qui supportent ces broches.
- Deux pignons ou roues à rochet semblables, mais inversement placés sur la broche, peuvent être alternativement actionnés par des doubles chaînes Galles entretoisées, espèces de chaînes Vaucanson. Une seconde mécaniqne Jacquard donne ici encore une transmission économique de mouvements pour transformer dans le sens voulu la traction intermittente des chaînes en une rotation discontinue. De plus, au lieu d’amplitude de courses invariables, qui se traduiraient toujours par des demi-tours de broches, la jacquard, armée de crochets à doubles crans superposés et de doubles épinglettes, fournit des rotations par quarts ou par demi-tours selon le besoin.
- Nous avons dit que les tètes des broches sont tangentes dans le sens vertical comme dans le sens horizontal. Cette construction n’a pas seulement pour but d’augmenter sur la hauteur des couronnes, le nombre des rangées de broches, mais de permettre le transport des bobines d’un rang horizontal déterminé dans les rangs situés immédiatement au-dessous et au-dessus. Lorsqu’un semblable déplacement doit se produire, les broches correspondantes d’un tour évoluent d’un quart de tour seulement, les rainures glissières se trouvent ainsi placées suivant la verticale, puis les pousseurs ayant agi pour chasser les chariots porte-bobines à la place voulue, un second quart de tour des broches remet les glissières en prolongement horizontal des rainures voisines, de manière à reprendre l’entrelacement des fils.
- Les têtes de broches peuvent être comparées à des plaques tournantes de chemin de fer et avec d’autant plus de raison, dans ce cas particulier, que le but est d’apporter ou de retrancher des fils additionnels, comme dans la composition des trains et en de certains points d’une ligne ferrée d’ajouter ou de distraire un ou plusieurs wagons.
- La division des rochets fixés sur les broches a pour effet de les faire tourner exactement d’une ou de deux dents par quart ou par demi-tour. Les chaînes commandant inversement les rochets de sens contraire sont disposées de manière à ne pas se
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- neutraliser mutuellement, lorsque l’une d’elle doit être en prise.
- Si les divers rangs horizontaux des branches devaient toujours effectuer simultanément des mouvements identiques, comme il arrive quand on fabrique douze bandes de dentelle à la fois, il suffirait, pour chaque rangée verticale de douze broches, d’une seule chaîne de commande à droite et d’une chaîne à gauche actionnant la broche supérieure ; celle-ci transmettrait, par des renvois convenablement disposés, la rotation qui lui serait imprimée, aux autres broches situées dans le même plan verticale. Mais il vient d’être observé que, pour certains effets, il est utile d’avoir à sa disposition des fds additionnels qui, logés sur les broches d’une rangée intermédiaire, apportent aux entrelacements de la dentelle fabriquée en dessus de cette rangée, et à des instants déterminés, des éléments complémentaires. Lorsque les rangs intermédiaires, qui forment de véritables réserves, ont fourni ou repris les fds supplémentaires dont il s’agit, leur rôle les condamne momentanément au repos : il faut que les broches des mêmes rangs possèdent une commande distincte.
- En outre, selon le nombre de fds additionnels à employer, un rang de réserve suffit pour deux rangs producteurs; ou bien un dessin très chargé, un réseau très réduit, nécessite les concours de trois rangées horizontales de broches.
- G. Les fils transportés de droite à gauche et de gauche à droite, tordus dans l’une ou l’autre de ces directions, comprennent entre eux des angles dont le sommet est limité par les rouleaux d’appel.
- (Notons en passant, que ces rouleaux, comme les autres organes du métier, sont mus par un crochet de Jacquard, qui actionne au moyen d’un cliquet, le pignon de commande porté sur l’un des rouleaux.)
- Pour fixer les angles ainsi formés, l’insertion des épingles pourrait s’effectuer soit en dessus soit en dessous des entrelacements ; l’inventeur a préféré avec raison la seconde méthode, de manière à dégager complètement les nappes de fils superposées et à trouver sur la table du métier une base solide.
- Chacune de ces épingles est animée d’un mouvement de va-et-vient horizontal et d’un mouvement alternatif d’ascension et de descente.
- Au moment où les entrelacements des fils se produisent, l’épingle placée en arrière et à une certaine distance des rouleaux d’appel doit rester abaissée pour ne pas nuire au jeu des fils ; aussitôt l’entrelacement achevé, l’épingle s’élève, de l’angle formé par les fils situés au-dessus et écartés par le déplacement horizontal des chariots qui les portent. Parvenue, à sa hauteur maxima de manière à dépasser quelque peu la nappe supérieure, l’épingle maintenue latéralement par un plateau métallique, lequel est traversé sur toute son épaisseur de fentes rayonnantes en nombre égal à celui des épingles, et guidée
- à la partie inférieure par un patin glissant dans une rainure ménagée sur un plateau parallèle au premier, s’avance vers les rouleaux d’appel, en produisant l’entrelacement préalablement formé.
- Arrivée au point central et arrêtée, par une sorte de butoir circulaire, l’épingle demeure stationnaire aussi longtemps que son intervention est nécessaire au maintien de la maille. Pour se dégager et avant de revenir à son point de départ, elle s’abaisse au-dessous des nappes de fds, de manière à n’en rencontrer aucune durant le cheminement en arrière, qui s’effectue par glissement comme le mouvement en avant.
- Ces déplacements quadrangulaires devant être imprimés aux diverses épingles indépendamment les unes des autres, c’est encore une mécanique Jacquard qui est chargée de les déterminer.
- L’épingle, montée sur l’une des hases d’un parallélogramme à bras moisés et à articulations libres, se trouve poussée en avant et tirée en arrière au moyen d’une tige rigide horizontale, qui se termine par une crémaillère. La crémaillère engrène avec un pignon supporté verticalement par deux tourillons et ce pignon, est muni de deux gorges parallèles sur lesquelles s’enroulent en sens contraire des chaînes métalliques reliées aux crochets de la Jacquard. Selon que l’un ou l’autre des crochets est soulevé, la chaîne qui est solidaire fait tourner le pignon d’avant en arrière ou d’arrière en avant et, par suite, pousse ou tire l’épingle.
- Afin d’obtenir l’ascension de l’épingle avant son départ, de même que sa descente avant le retour, le patin est retenu, aux deux extrémités de la course, par un ressort à talon qui pénètre dans une coulisse horizontale pratiquée sur le patin même. Aussi longtemps qu’un bossage porté par la tige rigide n’est pas venu au contact du ressort à talon pour le dégager, la poussée ou la traction se transmet uniquement aux articulations du parallélogramme, dont les côtés s’écartent en conséquence ou se rapprochent pour soulever ou abaisser l’epingle. »
- Tel est le métier à dentelles de M. Malhère, qui a été récemment exposé à Paris, et que nous avons examiné, sans cependant l’avoir vu fonctionner à grande vitesse.
- Sous le rapport de la mécanique expérimentale, il est incontestable que cet appareil est un chef-d’œuvre d’habileté et de conception ingénieuse. La gravure qui accompagne notre texte en donne la preuve incontestable (fig. 4.) Mais au point de vue pratique est-il bien apte dès à présent à subvenir aux besoins d’une fabrication véritablement économique et industrielle ?
- C’est ce que l’avenir démontrera.
- Il en est des machines comme des hommes ; on doit les juger, non pas par ce que disent d’elles des amis souvent trop ardents, ou des ennemis parfois trop passionnés, mais bien par ce qu’elles produisent, et par les résultats qui leur sont dus.
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- LE MICROPHONE ET LE FEU GRISOU
- M. E. Michel de Rossi nous a récemment adressé le résultat d’un grand nombre d’observations très curieuses faites par lui et qui tendraient à prouver que les explosions de feu grisou sont précédées de légères oscillations micro-sismiques, et surtout de bruits souterrains très minimes que le microphone met en évidence avec une sensibilité remarquable. M. de Rossi, d’après ses études, demande que l’on établisse dans le voisinage des houillères, des observatoires de météorologie endogène, et que l’on joigne aux baromètres et aux thermomètres déjà usités, le microsismographe et surtout le microphone. « Plus que tous les autres, ce dernier appareil, dit M. de Rossi, avec ses sifflements, scs crachements, ses crépitements, indiquerait les variations et les maxima redoutables de l’accumulation du gaz inflammable dans les entrailles du sol. Ces indications, jointes à celles que fournit l’étude de la pression atmosphérique, fourniraient des symptômes presque certains sur l’imminence du danger, et permettraient de le conjurer. »
- Nous croyons, en effet, qu’il y aurait un très grand intérêt à entreprendre des observations dans ce sens, et nous avons la ferme conviction que le microphone est appelé à rendre de grands services à la science.
- BAROMÈTRE ENREGISTREUR
- DE MM. RICHARD FRÈRES
- Cet instrument se compose d’une série de coquilles ou tubes de baromètre anéroïde, vides d’air, superposés et vissés l’un sur l’autre par leurs centres. Ils sont armés, à leur intérieur, d’un ressort cambré faisant équilibre à la pression de l’air.
- Les tubes se gonflant ou s’aplatissant sous cette pression, leur marche est transmise à une grande aiguille par un système de leviers des plus simples. Cette aiguille porte à son extrémité une plume métallique d’une forme particulière, contenant une certaine quantité d’une encre à base de glycérine.
- Un cylindre sur lequel est enroulé un papier portant imprimé des lignes transversales formant échelle barométrique, tourne devant la plume, assez près pour que celle-ci frotte légèrement le papier, mais seulement juste assez pour que la plume laisse un trait sans que le frottement nuise à l’instrument. Le cylindre tourne sur son axe en
- un temps déterminé, soit une semaine pour les instruments météorologiques courants. La plume, mon -tant et descendant par suite du mouvement qui lui est donné par les tubes de baromètre, laisse un tracé ininterrompu sur le papier, et l’on obtient ainsi une courbe ou diagramme de hauteur barométrique dont la lecture est rendue facile par les ordonnées transversales.
- Le mouvement de rotation du cylindre est obtenu dans cet instrument d’une manière toute nouvelle : le mouvement d’horlogerie, au lieu d’être fixe et de faire mouvoir le cylindre par engrenage, est mobile avec le cylindre dans l’intérieur duquel il est placé, et c’est par un pignon faisant saillie au dehors, que s’accomplit la révolution ; le pignon subit un mouvement d’épicyeloïde autour d’une roue fixe placée sur le bâti de l’instrument.
- Toutes les semaines, l’observateur change le papier du cylindre, remet un peu d’encre dans la plume, remonte le mouvement d’horlogerie, et l’appareil fonctionne une se-maine sans qu’il y ait lieu d’v toucher.
- Le même système s’applique au thermomètre et à l’hygromètre que MM. Richard viennent de construire. Le mouvement moteur de l’aiguille est le seul changement qu’il y ait à faire.
- Entre autres qualités que présentent ces instruments, nous citerons : la stabilité et l’exactitude des indications venant de la grande force motrice de coquilles spéciales employées et permettant de supprimer totalement les chocs, destinées à vaincre l’inertie des organes; la commodité d’emploi; les opérations de mise en marche et de changement de papier, se faisant en quelques secondes et sans aucune difficulté, et la plume écrivant au besoin un mois sans qu’on ait à y toucher ; le peu de volume de l’instrument ; enfin le prix extrêmement réduit auquel il peut être livré, tout en lui conservant ses garanties de qualité. Cette question est capitale pour un tel instrument, car s’il est nécessaire qu’il soit parfait, au point de vue des indications, il faut qu’il puisse être aussi répandu que possible, et pour cela, à la portée de tous ceux qui s’occupent de météorologie. Gastox Tissandier.
- Baromètre anéroïde enregistreur de MM. Richard frères.
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- APPAREIL A PRENDRE DES SILHOUETTES
- DE LAVATER
- Nous reproduisons, à titre de curiosité historique, un appareil qui jadis fit beaucoup parler de lui, obtint un grand succès, attira l’attention des
- savants, des physiologistes, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui : il s’agit de la machine sûre et commode pour tirer des silhouettes. C’est ainsi que Lavater la désigne dans son célèbre ouvrage Sur la Physiognomonie l. La gravure représente si bien l’appareil, qu’il n’est guère nécessaire d’en donner la description. « L’ombre, dit Lavater, doit se ré-
- Fig l Machine à prendre les silhouettes de Lavater (d’après une ancienne gravure de 1783).
- lléchir sur un papier fin, bien huilé et bien séché, claire et polie qui entre dans le dos de la chaise, qu’il faut placer derrière une glace parfaitement Derrière cette glace est assis le dessinateur, d’une
- Spécimens de silhouettes obtenues par Lavater.
- main il saisit le cadre, et de l’autre, il dessine avec le crayon. »
- L’ensemble d’une silhoutte, d’après Lavater, doit être jugé principalement d’après la longueur ou la largeur du visage. « Un profil bien juste et bien proportionné doit être égal en largeur et en hauteur. Une ligne horizontale tirée depuis la pointe
- du nez jusqu’à l’extrémité de la tête (pourvu que la tète ne soit ni inclinée en avant, ni penchée en arrière) ne doit point excéder en longueur la lig-ne
- 1 Essai sur la Physiognomonie, destiné à faire connaître l'homme et à le faire aimer, par Jean Gaspard Lavater. 4 vol. in-4®. La Haye, 1783.
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- perpendiculaire qui s’étend depuis le sommet jusqu’à l’endroit où se fait la jonction du menton et du cou. Toutes les formes qui s’écartent sensiblement de cette règle, l'ont autant d'anomalies, ou très heureuses, ou très malheureuses. »
- A l’appui de ses observations, Lavater donne de nombreux spécimens de silhouettes, et insiste longuement sur les conséquences qu’il tire de leur étude. Nous en donnons ci-dessus cinq reproductions. Dans le n° 1, Lavater voit un esprit juste, un caractère égal, du goût, de la candeur; dans le n° 2, le contour du nez porte l’empreinte infaillible d’un bon esprit; dans le n° 3, il y aurait de la finesse et du jugement, etc.
- On voit combien cette science de la Physiognomonie nous paraît puérile aujourd’hui. II y a peut-être là un objet de récréation agréable, mais rien de plus au point de vue strictement scientifique. Lavater obtint cependant jadis un succès européen; une foule de personnages affluaient à Zurich 1 chez le célèbre philosophe, et lui demandaient le secret de leur caractère ou même de leur destinée. Lavater, doué d’une perspicacité peu commune, ne se trompait pas toujours dans ses jugements ; c’est ainsi qu’il devina Necker, Mirabeau et Mercier.
- L’historien impartial doit reconnaître, que si l’œuvre de Lavater est vague, indécise et erre dans le domaine de l’imagination, Lavater, en lui-même, était un esprit éminent, fidèle aux grands principes de la morale, homme de travail et de devoir. Avec la prétention qu’il avait d’arracher tous les masques et d’ouvrir l’âme humaine comme un livre pour l’éclairer dans ses profondeurs, il produisit une grande sensation parmi ses contemporains.
- IV Z...
- CHRONIQUE
- l*n nouveau fusil prussien. — La nouvelle arme inventée par M. Lœwe, membre du parti progressiste en Prusse et attaché comme tel à la Ligue de la paix, est un fusil à répétition avec lequel on arrive à tirer douze coups en vingt-quatre secondes et dont on peut se servir ensuite comme d’un fusil à un coup. Ce but a été atteint parun magasin à cartouches fait en tôle, pesant 350 grammes et pouvant contenir dix cartouches. Ce magasin peut être mis et ôté à volonté, et il fonctionne automatiquement quand on ouvre et quand on ferme la chambre à cartouches du fusil même; en ouvrant la chambre, la cartouche y tombe; en la fermant, une autre cartouche vient se placer de façon à pouvoir tomber dès que la chambre sera rouverte. Aucun mouvement particulier n’est nécessaire. Le magasin peut être adapté à tout fusil se chargeant par la culasse, à condition que celui-ci soit pourvu d’une fermeture cylindrique, et on obtient ainsi des fusils a répétition. Pour remplir à nouveau le magasin, il faut 15 secondes. Quand il est plein, on peut le
- 1 Lavater est né à Zurich le 15 novembre 17 il ; il y est mort le 2 anvier 1801,
- porter à part et l'adapter au fusil. Là, il s’applique immédiatement à la chambre à cartouches, de telle sorte que le nouveau poids ajouté ainsi au fusil porte sur le point le plus favorable, le centre de gravité du fusil. Celui-ci ne perd par là aucune de ses qualités de fusil à tir rapide. On peut se servir du magasin, même en le remplissant partiellement, ou bien l’on continue à tirer en chargeant à chaque coup.
- De l’utilisation des rognures de fer-blanc.
- — La fabrication des boîtes de conserves et autres objets en fer-blanc est accompagnée d’un déchet d’au .mçins 6 pour 100, qui se chiffre annuellement par plusieurs milliers de tonnes. Les vieilles boîtes rejetées, après avoir servi, forment un tonnage dont on n’a pas l’idée. La Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick produisent, par an, 5 millions de boîtes d’une livre pour conserverie homard, et la partie inférieure de la rivière Columbia, 19 millions de boîtes à saumon. Baltimore en consomme chaque année 45 millions, qui renferment surtout des fruits et légumes. Quant à Nantes, elle consomme pour ses conserves 2750 tonnes de fer-blanc. Parmi tous les procédés essayés avec plus ou moins de succès pour utiliser les rognures de fer-blanc, le suivant semble donner les résultats les plus pratiques : On commence par soumettre les rognures à un grillage oxydant. L’étain en excès et celui qui est combiné au fer s’oxydent; il en est de même du fer combiné, ce qui constitue environ le dixième de l’épaisseur. On arrête le grillage ; les ferrailles se sont recouvertes d’une croûte brune, fragile, dont la partie superficielle est de l’oxyde d’étain et la partie inférieure, de l’oxyde magnétique de fer. On passe le tout entré des cylindres broyeurs, et on obtient une poudre que l’on tamise et qui est un mélange des deux oxydes d’étain et de fer. Quant à la ferraille, qui a été passée au four de grillage, on peut la convertir en fer de bonne qualité ou en faire de la fonte ; mais son meilleur emploi, vu son état de division, c’est la précipitation du cuivre. L’oxyde d’étain, mélangé d’oxyde de fer, est facile à traiter pour étain ; il a l’avantage de ne renfermer ni soufre ni arsenic ; on peut d’ailleurs enlever l’oxyde de fer par l’acide sulfurique.
- Papier électrique. — M. Jamin a récemment présenté à l’Académie des Sciences une intéressante communication qui lui avait été adressée par M. C. AVideman, chimiste, au sujet d’un moyen de réaliser bien facilement quelques expériences électriques. Le papier ordinaire, le papier écolier par exemple, bien chauffé et séché, acquiert des propriétés électriques dès qu’il est vivement brossé; on le sent crépiter à la main, sous l’influence d’une multitude de petites décharges un peu lumineuses dans l’obscurité. Le papier électrisé adhère aux murs. M. Wideman a reconnu que l’on pouvait exagérer considérablement les propriétés électriques du papier quand on lui fait subir un traitement préalable; il suffit de plonger du papier ordinaire non collé, et de préférence le papier à filtre suédois ou le papier de soie qui garnit les copies de lettres, dans un mélange à volume égal d’acide nitrique et d’acide sulfurique ; on lave à grande eau et on sèche. Ce papier, imparfaitement transformé en pvroxile, est extrêmement électrique. Si on le place sur une table en bois, ou mieux, sur une toile cirée, et qu’on le frotte de la main, il attire aussitôt tous les corps légers, barbes de plumes, petits morceaux de papier, pantins de sureau, etc. Dans l’obscurité, au moment où l’on détache le papier de la toile cirée, toute la surface brille comme du phosphore;
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- en approchant le doigt, on voit jaillir une étincelle électrique. On peut charger une bouteille de Leyde avec ce papier, constituer un véritable électrophore, faire en un mot les expériences ordinaires sur l’étincelle et la décharge électrique. Ce papier dégage, quand il a été frotté, l’odeur caractéristique de l’ozone. Ce papier conservera très longtemps ses propriétés curieuses, il suffit, dit M. Wide-inan, si elles s'affaiblissaient, de le chauffer légèrement pour lui rendre toute son énergie. On voit par ce qui précède, que pour quelques centimes on peut ainsi posséder une machine électrique pouvant aider à la démonstration de tous les phénomènes électriques.
- c A .
- Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Adolphe Joanne, l’auteur si connu des célèbres Guides, et un des plus actifs promoteurs du Club alpin français. Nous nous proposons de revenir sur cette existence si bien remplie, et sur les services qu’il n’a cessé de rendre à la vulgarisation des sciences géographiques.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 février 1880. — Présidence de M. Wuhtz.
- Granulations pulmonaires. — On sait que beaucoup de médecins envoient les enfants atteints de coqueluche, respirer l’air des chambres d’épuration des usines à gaz. Or, d’après M. Poincarré (de Nancy), cette pratique peut n'être pas sans inconvénient. En effet, des animaux placés dans les chambres en question , puis sacrifiés, présentaient dans l’intervalle des cellules pulmonaires, d’innombrables granulations épithéliales. Ce résultat est certainement assez grave pour faire réfléchir les médecins.
- Dissociation du fer. — En comparant le spectre du fer et surtout la région de ce spectre comprise entre 5400 et 4900, avec le spectre du soleil, M. Lockycr est parvenu à des conséquences bien inattendues. Tout d’abord il remarque que le nombre des raies n’est pas le même selon qu’on examine une protubérance ou une tache. D’un autre côté, soumettant, dans le laboratoire, du fer à la température du chalumeau oxhydrique, puis à celle de l’arc électrique, il reconnaît que le spectre dans les deux cas ne présente pas le même nombre de raies. A mesure qu’on élève la température, on voit le spectre se modifier successivement, et il arrive un moment où les raies propres du fer font plaçe à d’autres raies, comme si le métal se dissociait œn éléments plus élémentaires encore. Or, si on examine l’une après l'autre des régions solaires dont la température soit progressivement de plus en plus basse, on observe la série inverse de transformations ; comme si des éléments en s’associant donnaient naissance à du fer.
- Retour à la virulence des virus atténués> — On sait déjà que par des dilutions successives, M. Pasteur diminue de plus en plus la virulence d’un virus donné, de'telle façon qu’après avoir produit la mort à coup sûr, ce virus arrive à ne plus déterminer d’accident. Aujourd’hui le savant expérimentateur montre comment un virus atténué peut rentrer en possession de son activité primitive. Par exemple, il prend un liquide tellement dilué qu’une injection sur un cochon d’Inde de quinze jours, de huit jours, de six jours même, ne produit pas d’accident, et il l'injecte à ml animal du même genre) mais âgé seulement
- de vingt-quatre heures. Le petit animal meurt. Son sang injecté à un animal un peu plus âgé, le fait périr également, et successivement de nouvelles injections tuent des animaux de plus en plus robustes. Bientôt le virus est redevenu aussi actif qu’avant toute dilution.
- De ces faits, M. Pasteur tire avec beaucoup de bonheur une théorie toute nouvelle de la contagion. D’après lui un virus tout d’abord inoffensif se trouvant en présence d organismes affaiblis, arrive peu à peu à reprendre plus de force. La contagion du typhus des camps s’expliquerait ainsi, et celle de la plupart des maladies épidémiques.
- La trichinose. — Au moment où l’opinion publiqùe se préoccupe si fortement des viandes trichinées que nous envoie l’Amérique, le travail de M. Johannes Chalin sera lu avec un vif intérêt. Cet observateur reconnaît d’abord que les trichines enkystées des viandes fumées d’outre-Atlantique, présentent à première vue les caractères des kystes capables de pseudo-résurrection. Toutefois, le procédé qu’on emploie d’ordinaire pour s’assurer de leur vitalité est fort imparfait. Il consiste à chauffer la viande vers 40 ou 45 degrés pour voir si des mouvements se manifestei’ont. Or, par cette pratique, on ne reproduit que» l’une entre autres des conditions nécessaires à la résurrection de l’entozoaire. Une autre condition, non moins indispensable, est le séjour dans le tube intestinal d’un animal vivant. Aussi AL Chatin fait-il avaler à des cochons d’Inde la viande suspectée. Avec les viandes américaines il a ainsi déterminé la mort de deux cochons d’Inde, l'un au bout de huit jours, l’autre au bout de quinze jours. Le premier présentait des trichines vivantes et sexuées dans l’intestin ; et l’autre en avait dans la substance même de ses muscles.
- Zoologie expérimentale. — La station zoologique de l‘ort Tendres continue de porter ses fruits. Par l’intermédiaire de M. de Lacaze-Duthiers, M. Jolyet annonce y avoir fait d’intéressantes observations sur la reproduction du Pyrosome. Celui-ci est une colonie animale phosphorescente, dont chaque individu apparaît sous la forme d'un bourgeon qui grossit peu à peu. Comme Huxley l’a découvert, chaque bourgeon est le siège de la production d’œufs destinés à produire de nouvelles colonies, et, chose curieuse, les œufs sont complets avant que le bourgeon d’où ils sortent ne soit parfaitement développé, de sorte que les parents sont réellement plus jeunes que leurs enfants. Or, M. Jolyet vient de trouver la cause de cette constitution en apparence paradoxale : l’ovaire du bourgeon primitif donne lieu à un prolongement qui, arrivé dans le bourgeon en voie de développement, produit un nouvel ovaire. Celui-ci subissant son extension plus vite que le bourgeon, donne ses œufs avant que l’autre ne soit complet.
- Livres. — Le secrétaire perpétuel signale avec beaucoup* d’éloges deux ouvrages dont sont auteurs deux de nos confrères de la presse : M. Louis Figuier et M. le docteur Ad. Nicolas. Le dernier, intitulé la Bourboule actuelle, est une monographie complète et des plus intéressantes d’une des principales stations thermales de la France centrale. L’auteur a divisé son étude en quatre parties, relatives, la première au milieu thermal, la seconde aux eaux et la troisième à la cure. Dans la seconde partie, nous avons remarqué avec beaucoup d’intérêt la description géologique de la Bourboule. Elle est faite de main de maître et montre que la compétence de Fauteur est bien loin d’être restreinte aux questions purement médicales. Le volume de JL Louis Figuier est le
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- LA NATURE .
- vingt-quatrième de son Année scientifique et industrielle. Comme ses aînés, il contient un exposé très complet de tous les résultats constatés durant l’année dans les diverses branches de la science et des arts qui se rattachent à elle. Des notices, très étendues sur les savants que la science a perdus terminent l’ouvrage, dont la collection complète est un monument de plus en plus précieux et de plus en plus recherché.
- Varia. —M. Picard pose sa candidature à la place que le décès deM.
- Chasles a rendu vacante dans la section de géométrie.
- — L’action des hydraeides sur les composés halogènes préoccupe M.
- Berthelot. — Un élève de celui-ci «applique les franges à la mesure des indices de réfraction des liquides.
- — M. de Lesseps fait hommage du cinquième et dernier volume de l’Histoire du canal de Suez; et M. Lésai du sixième et dernier volume de son Traité de mécanique générale. — La distillation d’un mélange de glycérine et de sel ammoniac a donné à M. Étard une base oxygénée homologue inférieure de la Pelletiérine de l’écorce de grenadier. — M. Fabre, médecin des mines de Com-mentry, signale trois cas de pustule maligne, opérée par le thermo-cautère.— MM. Richet et Moutard Martin étudient expérimentalement l’action physiologique de l’urée. — Suivant MM. Couty et de Lacerda, le venin du bo-Ihrops donne lieu à des plaies essentiellement inflammatoires. — M. Contejean a résumé en un volume ses longues études de géographie botanique, dont les conclusions, contraires à celles de Thur-mann, sont que la nature chimique du sol détermine la flore de chaque région, l’état physique du terrain n’intervenant que d’une manière secondaire. — MM. J. Künekel d’Herculais et G. Gazagnaire étudient les rapports du cylindre-axe avec les cellules nerveuses périphériques chez les insectes.
- Stanislas Meunier.
- Fig. 1. I'esou à lettres.
- Fig. 2. Peson domestique.
- BALANCES SANS POIDS
- Nous complétons notre série de balances sans poids en reproduisant deux modèles destinés aux usages domestiques, quoique dans des buts différents.
- Le premier modèle, plus spécialement disposé pour les lettres, n’est autre chose qu’une petite romaine fixée sur un support ; l’équilibre s’obtient en faisant glisser sur une
- division graduée un petit index à bouton auquel est suspendue une sphère métallique convenablement leslée. L’horizontalité du plateau est main-tsnue par un système articulé en forme de parallélogramme, de telle sorte que le bras de gauche reste toujours vertical, et par suite le plateau qui lui est fixé toujours horizontal.
- Le second n’cst qu’une modification du dynamomètre ou du peson à ressort. 11 se compose en principe d’un ressort à boudin vertical sur lequel appuie une tige guidée verticalement et portant une petite plate-forme sur laquelle est posé un plateau ordinaire de balance Roberval. Le corps placé dans la balance fait fléchir plus ou moins le ressort à boudin, et la tige en descendant, entraîne une aiguille indicatrice qui se meut sur un cercle gradué. L’appareil est simple et d’une sensibilité suffisante pour les usages domestiques. Sa puissance varie entre cinq et vingt-cinq kilogrammes ; son prix modique est de nature à en généraliser l’emploi.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissaxdier.
- Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
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- N° 406. — 12 MARS 1881.
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- UNE NOUVELLE DENRÉE COLONIALE
- LES FLEURS DE BASSIA
- Parmi les végétaux exotiques, il en est dont les produits sont utilisés dans leur patrie, mais ceux-ci n’arrivent jamais jusqu’à nous, si ce n’est à titre d’échantillons scientifiques. D’une part, parce qu’en réalité ces produits n’ont souvent qu’une application restreinte, ou seraient peu goûtés des Européens ; ou bien encore parce que leurs analogues sont à notre portée ; enfin , et c’est la cause dominante, les frais de transport ne permettent pas toujours leur introduction en Europe sans déboires pour leurs importateurs.
- Aussi, de temps en temps, voit-on quelques denrées, connues seulement des spécialistes, faire leur apparition dans le commerce , ou seulement sur quelques marchés, puis disparaître sans qu’on puisse en retrouver de traces, si ce n’est dans les collections des musées ou de l’administration des Douanes.
- Le commerce français recevait, il y a quinze mois environ, un produit qui intriguait beaucoup le service des Douanes, et cependant il était apparu une fois déjà, en 1877, à Marseille. Cette matière était sucrée, ressemblait à de petites figues sèches ; mais un examen plus attentif prouvait qu’on était en présence de fleurs charnues et gorgées de sucre, dont la destination était ignorée. Or, dans l’Inde, ces fleurs sont utilisées, depuis fort longtemps, et elles n’existaient, en Europe, qu’en rares spécimens de collections seulement.
- Les arbres qui fournissent ces fleurs appartien-9e année. — i*r semestre.
- Bassia latifolia. — A. Fleur hypertrophiée (grandeur naturelle).
- nent à une famille de végétaux qui n’a aucun représentant dans nos régions ; ce sont des plantes essentiellement tropicales. Les deux ou trois espèces 'qui s’éloignent un peu de ces latitudes sont en partie originaires des États-Unis, et l’une d’elies, qui est un végétal utile, se rencontre exclusivement au Maroc ; c’est la limite extrême de notre hémisphère
- que hantent ces représentants de la famille dite des Sa-potacées.
- Toutes les espèces de Sapotacées sont des arbres, rarement des arbustes, et dont quelques-uns atteignent des dimensions considérables. Leur bois, le plus souvent, est serré, pesant, et parfois, dans aucune autre sorte d’arbres, : on n’en rencontre tl’u-ne densité"'-supérieure. On en connaît dont le bois dépasse de beaucoup le poids de l’eau qu’il déplace. Il joint à cela, dans ce cas, une incorruptibilité très grande. Ces qualités le rendent précieux pour certains usages dans les contrées où on le rencontre. D’autres sont moins résistants, et alors ils deviennent de bons matériaux de construction.
- Les fruits d’un grand nombre de Sapotacées sont très estimés dans les pays chauds, et tous les voyageurs rapportent, presque invariablement, des graines de ceux qu’ils ont mangés sous les noms de Sapotilles, de Jaune-d’œuf, de Caïnito, de Mammei, de Chaimitier, de Star-Appelle-Tree, etc., parce que ces graines, de taille et de forme variables, mais ressemblant souvent à une quille de navire en miniature, ont une enveloppe résistante, luisante, jaune ou brune, et sont recherchées des collectionneurs. Mais par d’autres points, beaucoup de ces végétaux offrent des ressources plus sérieuses, en
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- ce que leurs produits donnent lieu à une importante branche de commerce.
- Gn retire de leurs graines une matière grasse plus ou moins fluide et de qualités différentes, suivant les espèces qui la produisent, et qui devient, au point de vue des échanges, d’un intérêt commercial de premier ordre.
- Sur la côte d’Afrique on fait des chargements de graines oléagineuses de toutes sortes qui sont importées en Europe, et les produits de cette nature, issus de la famille des Sapotacées, sont très prisés. Le beurre de Galam est dans ce cas. Cette matière grasse est fournie par l’amande de la graine de quelques espèces de Bassin et notamment de B. Par-kii. Dans l’Inde, ce sont d’autres types du même genre qui donnent des produits analogues, et là, on leur donne le nom de beurre ou d’huile d’illipé. Ce sont à peu près aux seuls Bassia latifolia, mais surtout au B. longifolia, qu’on a recours pour les obtenir. Un des avantages de cette matière oléagineuse est de rester solidifiée tant que la température n’atteint pas au delà de 50 ou 35° ; par cela même elle devient plus facilement transportable, et la perte est toujours moindre.
- Le beurre d’illipé est employé à faire des savons, à alimenter les lampes des nécessiteux dans certaines régions de l’Inde, luminaire moins coûteux que lorsqu’on emploie l’huile de Coco ; mais cet éclairage a l’inconvénient de faire une fumée épaisse et nauséabonde. La population pauvre s’en sert également dans la cuisine. Enfin les idoles, dans les cérémonies religieuses, sont, paraît-il, ointes de cette matière grasse, dans une intention dont nous ne pouvons guère sonder les mystères, mais qui vraisemblablement rappelle les offrandes de matières de première nécessité, dont on retrouve des traces chez toutes les peuplades livrées au fétichisme.
- Le rendement des graines d’illipé est relativement considérable. M. J. Lépine, ancien pharmacien de la marine, auquel on doit de nombreuses observations sur les produits indiens, estime à 50 ou 60 p. 100 la quantité d’acides gras solides qu?on peut retirer de l’huile de ces graines. La matière solidifiable peut être transformée en^stéarine, et la partie fluide est propre à faire du savon. Le prix de cette huile est en moyenne dans l’Inde de 1 franc le kilogramme.
- La floraison de ces Bassia est remarquable par l’abondance des fleurs dont chacun des arbres se couvre chaque saison, et quoique répandant une odeur quelque peu désagréable, ces fleurs n’en sont pas moins également une ressource pour les populations indiennes, qui, trop souvent, hélas ! sont éprouvées par la famine.
- Au point- de vue morphologique, ces fleurs sont le siège d’un phénomène fort rare, sinon unique, et qui intéresse le naturaliste. Elles sont, lors de la floraison, réunies en bouquets couronnés par les feuilles, au sommet des branches. Chacune de Ces fleurs est composée d’un calice, d’une corolle
- d’une seule pièce à sa base, et en dedans on trouve deux rangées d’étamines incluses. Enfin, au centre, un pistil filiforme ; telle est, sans entrer dans trop de détails techniques, la composition de ces fleurs.
- Au moment où la corolle s’ouvre, elle n’offre rien de particulier ; sa consistance est normale, et ce n’est que quelques jours après la fécondation qu’une modification s’opère dans cet organe. Au lieu de se flétrir et de tomber, cette corolle persiste en épaississant considérablement le tissu dont elle est formée, et son tube, qui est le siège exclusif de l’hypertrophie, devient charnu et pulpeux. Bientôt cette corolle se détache tout d’une pièce et tombe à terre gorgée de sucre emmagasiné dans ses cellules distendues, pendant que le pistil est resté sur l'arbre, continuant à grossir pour devenir un fruit charnu et comestible.
- On ramasse alors les fleurs de Bassia; il faut souvent les disputer aux animaux et aux insectes, qui en sont friands, et, après avoir fait sécher ces fleurs, on les amoncelle en boules pour les vendre ou les échanger contre d’autres denrées. Elles sont mangées ainsi, ou bien on les fait bouillir en y associant des ingrédients flatteurs pour des palais d’indiens.
- Depuis que les Anglais dominent dans l’Inde, les progrès de l’industrie européenne y ont pénétré et les naturels ont appris à tirer un parti nouveau de leurs fleurs d’illipé ou Mowhah. Us les font fermenter, puis les soumettent à la distillation pour en faire de l’alcool et cela en si grande quantité, que dans une île située aux environs de Bombay, le fisc frappait, il y a plus de vingt ans, d’un impôt annuel de 1 500 000 fr., l’alcool qui était produit dans la seule île de Caranja. Or, comme d’après des renseignements authentiques, chaque arbre peut en une saison produire jusqu’à 200 kilogrammes de fleurs et que la proportion de sucre que ces fleurs contiennent est estimée à 60 p. 100, c’est comme on le voit un produit rémunérateur et qui n’exige pas de soins particuliers de culture.
- Aussi dans les contrées où ces arbres sont abondants, on rapporte que lorque les tribus de ces régions manifestaient des sentiments d’indépendance, leurs conquérants les amenaient facilement à composition en les menaçant de faire abattre leurs arbres d’illipé ou de Mowhah.
- L’alcool qu’on extrait des corolles de Bassia a, paraît-il, une odeur nauséabonde que lui communique une huile empyreumatique, entraînée pendant la distillation, et qui cependant diparaîtrait avec le temps. Est-ce à cette huile essentielle qu’il faut attribuer l’action délétère du Mowhah spirit's> dont on signale les effets déplorables sur les Européens qui boivent de cet alcool ?
- La conjecture est probable. Cependant les natifs semblent moins sujets aux accidents qu’il détermine ; mais chez les Occidentaux, il produit des désordres graves dans l’intestin et finalement des fièvres pernicieuses de ces pays dont l’issue est souvent fatale.
- Voilà Une ombre défavorable au tableau si sédui-
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- sant des nombreux produits utiles fournis par les Bassia de l’Inde. Cependant il ne faudrait pas porter un jugement trop sévère sur le Mowhah, dont l’alcool pourrait sans doute être désinfecté à la façon de ceux de betterave et de pomme de terre, qui, on le sait, entrent l’un et l’autre dans la consommation journalière. Jusqu’à présent il paraît que l’usage en France des fleurs de Mowhah est limité à remplacer le raisin sec dans la confection des boissons et des vins artificiels.
- A New-York, où plusieurs tonnes de ce produit ont été importées de Calcutta, on a songé à l’essayer pour la nourriture du bétail, et les résultats auraient été des plus satisfaisants, si l’on s’en rapporte aux journaux américains. L’importation pourrait se faire régulièrement si les prix de vente restaient dans des conditions abordables.
- Doit-on se baser sur une appréciation d’une maison de Londres, qui, ayant reçu une assez grande quantité de Mowhah, pensait qu’il pourrait arriver en Angleterre moyennant la somme de 200 à 250 francs la tonne? Quand on songe à ce qu’il doit falloir de corolles de Bassia pour représenter un tonneau de marchandise1, et qu’on en a importé depuis un an plusieurs centaines de tonnes, on est frappé de la fécondité des arbres qui les produisent, et l’on se demande ce qu’il en faudrait si cette denrée continuait à venir régulièrement sur les marchés européens?
- En France, où l’importation de ce produit a été relativement très faible, il en est arrivé par le seul port de Marseille, pendant les premiers huit mois de l’année 1880, plus de 400 000 kilogrammes.
- Souhaitons bonne chance aux fleurs de Bassia, mais surtout faisons des vœux pour qu’on ne nous fasse pas boire de l’alcool de Mowhah, sans l’avoir préalablement soigneusement dépouillé de l’huile empyreumatique, sa funeste alliée!
- J. Poisson.
- PRODUCTION DU SUCRE D’ÉRABLE
- AUX ÉTATS-UNIS2
- La production du sucre d’érable aux États-Unis a pris un grand développement dans ces dernières années. Les quantités obtenues pendant la période décennale de 1860 à 1870 s’élèvent, par an, à près de 13 millions de kilogrammes de sucre et à 42 000 hectolitres de mélasse.
- L’érable à sucre (Acer saccharinum) et l’érable ne-gundo (Acer negundo) sont les espèces qui produisent le plus de sucre. Au Canada on exploite aussi l’érable rouge (.4. rubram), qui est très abondant dans les forêts.
- On extrait la sève en ouvrant dans les troncs des trous de tarière par lesquels la sève s’écoule plus ou moins vite, suivant la saison. L’époque la plus favorable parait être de mars en avril. Pendant les temps chauds, couverts ou pluvieux, la quantité de sève augmente. L’écoulement ! est influencé par les phénomènes météorologiques, qui J
- 1 400 grammes représentent 400 corolles en moyenne.
- * Revue dés eaux et forêts. — Journal de Pharmacie et de£himie. Note de M. Sordana y Morera.
- varient non seulement par jour, mais par heure. C’est quand le sol est couvert de neige, le temps clair et le vent à l'Ouest, que la récolte est la plus abondante.
- On évalue à 27 kilogrammes de sève la production moyenne d’un arbre. Cette quantité de sève donne environ 907 grammes de sucre. On cite comme un phénomène un érable de Leverett, dans l’Etat de Massachusetts, qui donne 6 kilogrammes de sève produisant 655 grammes de sucre.
- 11 a été fait, en 4875, au collège d’agriculture de Am-herst (Massachusetts), une série d’expériences pour déterminer la marche de la sève dans l’érable et dans d’autres espèces d’arbres susceptibles de produire du sucre. Le noyer, le Carya alba donnent, comme l’érable, du sucre de canne; le bouleau et d’autres espèces produisent du sucre de raisin.
- Il résulte d’observations répétées que la sève coule en plus grande quantité quand la tarière atteint le duramen que lorsqu’elle trouve seulement l’aubier, mais en revanche l’écoulement cesse plus tôt. On obtient une plus grande quantité de sève en enlevant un morceau d’écorce de 5 décimètres de longueur.
- Il a été constaté par ces expériences : 1° que si l’on coupe une tige, la sève s’écoule par les deux faces de la section ; 2° que deux trous de tarière donnent plus de sève qu’un seul, mais pas une quantité double ; 5° que si l’on augmente la profondeur des trous, la quantité de sève augmente, mais cette sève moins concentrée donne moins de sucre.
- Quelquefois pendant des jours entiers, la sève, au lieu de sortir, obéit à une force de succion ou d’absorption très marquée qui paraît rétablir l’équilibre entre les fonctions de nutrition. Jusqu’à présent on n’a pas constaté que l’extraction de la sève ait nui à l’accioissement des arbres soumis à cette opération.
- LES CHEMINS DE FER DE FESTINI0G
- ET LES CHEMINS A VOIE ÉTROITE
- Le pays de Galles est parsemé, comme on le sait, de vallées accidentées bordées souvent par des collines abruptes, qui lui donnent un relief tout à fait irrégulier et pittoresque. Les terrains sont des schistes de formation ancienne, siluriens et dévoniens qui renferment des gîtes ardoisiers dont l’exploitation devint le point de départ de la richesse d’un pays resté ignoré jusque-là. On fut amené en effet à construire des voies ferrées pour relier les ardoisières aux ports d’embarquement, distants de 18 à 20 kilomètres environ; ces petites lignes qui devaient rester dès l’abord exclusivement industrielles, furent desservies plus tard par des locomotives et en vinrent même à transporter des voyageurs dans des conditions identiques à celles des grands chemins de fer anglais. L’exemple des lignes du pays de Galles présente un intérêt particulier, car la nature montagneuse du terrain avait obligé à admettre des courbes à faible rayon, et par suite à adopter une voie moins large que le type normal. Ces chemins sont restés presque jusqu’à ce jour les seules lignes à voie étroite régulièrement exploitées, et ils ont pu cependant, dans de pareilles conditions, suf-
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- fire à un trafic que leur auraient envié bien des lignes à voie normale. Ils forment certainement l’exemple le plus frappant que puissent étudier actuellement les ingénieurs soucieux d’avoir à construire sans trop de frais la dernière partie du réseau secondaire de voies ferrées.
- Les chemins de fer à voie étroite du pays de dalles comprennent dix lignes différentes, dont quatre viennent aboutir à Port-Madoc, où s’embarquent la plus grande partie des ardoises extraites dans les carrières du pays ; on compte également dix autres lignes environ qui ont été établies, par des particuliers pour le raccordement de leurs usines. La principale et la plus
- ancienne de ces voies ferrées est la ligne de Festi-niog allant de Dinas (Rhew-Bryfder) et Dufws à Port-Madoc, qui en est écarté de 21 kilomètres 3. La construction de cette ligne fut autorisée en 1852 par un acte en date du 25 mai qui se renferme non moins de 142 articles, dans lesquels tous les plus minces détails sont prévus et décidés à l’avance avec * la minutieuse prévoyance des lois anglaises. La clarté du texte laisse cependant souvent à désirer ; l’un de ces articles renferme jusqu’à 120 lignes dans une seule phrase. La concession accordée était perpétuelle, mais le tracé de la ligne était soumis à de nombreuses conditions et il ne devait pas s’écarter
- Fig. 1. Le chemin de fer de Festiniog, dans le pays de Galles. La station de Tan-y-Bwlch.
- par exemple à plus de 75 mètres du château abrupt de Plas-tan-y-Bvvlch. La traction était exercée d’abord à l’aide de chevaux, et c’est seulement au bout de trente-deux ans qu’on employa les locomotives.
- La construction de la voie présenta de nombreuses difficultés, surtout dans la traversée de Tan-y-Bwlch, en raison du manque de matériaux, qu’on était obligé d’apporter d’une distance de près d’un kilomètre. Nous avons représenté la vue de cette station, qui occupe une des régions pittoresques d’une ligne si fertile déjà en parties accidentées (fig. 1). Le château de Tan-y-Bwlch est situé dans le bas d’une colline escarpée que la voie ferrée gravit péniblement en faisant de nombreux replis sur elle même et avec une rampe moyenne de 12 millimètres par mètre jusqu’à Penrhyn. Cette rampe atteint même
- plus loin 16 millimètres en arrivant à Dinas.
- Les courbes y sont très nombreuses et très rapprochées, et n’auraient pu être établies dans les mêmes conditions sur une ligne de type normal. On rencontre ainsi certains points où les trains dont la longueur moyennne est de 560 mètres, peuvent occuper à la fois trois courbes dirigées dans des sens différents. La voie du Festiniog y renferme de nombreuses tranchées dont la profondeur varie de 8 à 10 mètres, ainsi que deux tunnels, dont l’un, celui de Tan-y-Grésian, est creusé dans la syénite et présente une longueur de 667 mètres.
- La largeur de la voie est de 60 centimètres seulement, et on a dû par suite employer des voitures à section très réduite avec tampon central pour les faire circuler sur la ligne. Quelques-unes ont au
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- milieu une banquette longitudinale sur laquelle les voyageurs, au nombre de 14 sont assis dos à dos, d'autres au contraire sont partagées en compartiments séparés avec banquettes transversales pouvant contenir chacune trois voyageurs. La longueur de ces voitures dépasse généralement 51U,50, et pour faciliter le passage dans les courbes, elles sont portées aux extrémités sur deux boggies comme les voitures américaines. Le matériel de marchandises beaucoup plus important que celui des voyageurs, comprend 1125 wagons portés également sur des boggies, le transportées marchandises a atteint sur la ligne un développement énorme, et la Compagnie ne possède
- pas moins de 50 wagons par kilomètre exploité. Les locomotives employées pour la traction ont dù être établies dans des conditions toutes spéciales afin de permettre le passage dans les courbes et d’obtenir en même temps sur les rampes un effort de traction suffisant ; trois des machines ont été construites sur le type devenu si célèbre des machines de M. Fairlie. Dans la disposition adoptée par cet éminent ingénieur, les cylindres, ainsi que tout le mécanisme moteur deviennent mobiles par rapport â la chaudière, ils sont fixés en effet sur le truck articulé d’avant dont les roues sont accouplées pour fournir un effort adhérent plus considérable. Deux
- Fi". 2. Chemin de fer à voie étroite de 50 centimètres, à Petit-Bourç;.
- de ces locomotives sont même ormées chacune, en quelque sorte par la réunion de deux machines distinctes, car elles comprennent quatre cylindres portés sur deux trucs articulés séparés avec des mécanismes entièrement distincts. Ces dispositions qui donnent une grande flexibilité à la machine tout en lui conservant toute sa puissance, crée cependant des difficultés spéciales pour conduire la vapeur d’admission de la chaudière aux cylindres mobiles et ramener la vapeur d’échappement.
- La vitesse de marche moyenne sur la ligne de Festiniog est de 16 à 19 kilomètres à l’heure; les recettes annuelles y sont de 50000 francs et donnent un produit net de 14 000 francs. Il est remarquable qu’une voie étroite puisse suffire à un semblable transport. Mais il faut bien recon-
- naître aujourd’hui que la faible largeur de la voie crée des difficultés en présence de l’accroissement du trafic, et oblige à un entretien excessivement soigné; il serait même préférable actuellement d’élargir la voie, si ce travail n’était pas si dispendieux.
- L’exemple des lignes du pays de Galles, montre qu’il est possible d’obtenir une exploitation très fructueuse, même avec une voie dont la largeur est très réduite, et on commence aujourd’hui à se préoccuper sérieusement dè l’imiter en France pour établir des voies ferrées réellement économiques dans des pays un peu accidentés, où l’établissement d’une voie à type normal serait trop dispendieux. Nous citerons par exemple la ligne d’Auvin à Calais, celle de Dermes à Beaumont, la première en date des lignes à voie étroite de! mètre, et toutes ces lignes
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- sont exploitées dans des conditions identiques à celles des grandes voies du type normal. Une usine récemment fondée en France, à Petit-Rourg, par M. Decauville, s’est même créé une spécialité de la Construction des lignes à voie étroite pour les usages industriels (fig. 2) ; elle en a livré dans toutes les parties du monde. Le type spécial de locomotives qu’elle a adopté est moins puissant que la machine Fairlie mais les roues accouplées sont suffisamment rapprochées pour permettre le passage dans les courbes de petit rayon. Un spécimen de chemin de fer à voie étroite a été récemment présenté au public, lors de l’Exposition du dernier concours général agricole, au Palais de l’Industrie à Paris.
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- BIBLIOGRAPHIE
- La météorologie appliquée à la prévision du temps, leçon faite à l’Ecole supérieure de Télégraphie, par M. E. Mascart, directeur du Bureau central météorologique, recueillie par M. Th. Moureaux, météorologiste au Bureau central. 1 vol. in-18 jésus, illustré de figures et de 16 cartes en couleur. — Paris, fiauthier-Villars, 1881.
- La collection des Actualités scientifiques de la maison Gauthier-Villars vient de s’enrichir d’un nouveau volume, dû às l'un de nos collaborateurs. Ce volume contient un exposé clair et concis de la méthode qui sert actuellement de base aux prévisions météorologiques, maritimes et agricoles; il est illustré de 16 planches, gravées par Erhard, destinées à faire ressortir les caractères et les propriétés des bourrasques, dont le transport à la surface du globe est jusqu’ici le phénomène le plus net qui puisse guider dans les prévisions. Cet ouvrage sera apprécié de toutes les personnes s’intéressant à la météorologie.
- CORRESPONDANCE appareils pour l’enseignement de l'optique
- Dans notre n° 586 du 25 octobre 1880, page 529, M. Ad. Guébhard a décrit l'intéressant appareil dont notre collaborateur et ami, M. C. M. Gariel, se sert à l’École de Médecine pour l’enseignement de l’optique. M. Rosenberg, de Saint-Pétersbourg, nous a écrit à ce sujet, une lettre en réclamation d’antériorité. — Le nom de M. Rosenberg a été cité dans l’article de M. Guébhard, cependant pour faire cesser tout malentendu et toute fausse interprétation, nous publions la lettre suivante que nous venons de recevoir de M. Gariel. G. Tissandier.
- Mon cher ami, *
- M. Rosenberg, de Saint-Pétersbourg, paraît croire que je veux m’attribuer la paternité exclusive des appareils de démonstration d'optique que M. Guébhard a décrits dans la Nature; il revendique la priorité absolue et désire que son nom y reste attaché. Je n’y contredis en rien, puisque toutes les fois que j’ai présenté les appareils
- dont je fais usage, j’ai rappelé le dispositif de M. Rosenberg, en indiquant qu’il figurait à l’Exposition de 1878, tandis que je n’ai employé ces appareils officiellement à l’École de Médecine que pendant l’hiver 1878-1879. Ces dates sont rappelées dans l’article de M. Guébhard et établissent sans conteste la priorité de M. Rosenberg; mes appareils ne sont venus qu’ensuite et ne peuvent être considérés dès lors que comme des modifications du sien, c’est la conséquence nécessaire des dates que je n’ai jamais évité d'indiquer (Je ne parle que des figures lumineuses sur écran et non bien entendu, des appareils à réglettes mobiles, que j’ai présentés dès 1874 et que M. Rosenberg n’a construits que plus tard, en 1877, si je ne fais erreur).
- Mais en accordant sans difficulté aucune la priorité de l’idée à M. Rosenberg, je persiste à croire que les dispositions que j’ai adoptées sont préférables aux siennes ; or c’étaient ces dispositions pratiques, réellement applicables à un nombreux auditoire, qu’il s’agissait de faire connaître; c’est cela, et cela seulement, que M.Guébhard, d’une part, et moi, d’autre part, avons fait à diverses reprises. Je regrette que M. Rosenberg ait pu supposer que je voulais le dépouiller du mérite de son idée.
- Votre bien dévoué :
- C. M. Gariel
- LE LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME
- DE NAPLES1
- Autrefois, il y avait quinze ou vingt ans, lorsqu’un naturaliste se trouvait dans la nécessité, pour résoudre un problème, de recourir à quelque espèce marine, il lui en coûtait beaucoup de peine et d’argent. Il devait s’enquérir du lieu, parfois très distant de sa résidence, où se rencontrait l’espèce désirée, s’v transporter, chercher embarcation et pêcheurs, s’installer dans quelque hôtel incommode, et là, seul, sans autres ressources que celles qu’il se créait sur place et qu’il devait à sa propre initiative, il passait des semaines, des mois souvent, en préparatifs, en tentatives infructueuses, perdant du temps faute de bibliothèque, s’arrêtant en chemin faute de réactifs et s’en revenant parfois « Gros Jean comme devant », fort mécontent d’une mauvaise saison imprévue ou de quelque autre contre-temps qui ne lui avait pas permis de recueillir le matériel désiré.
- D’ailleurs, cette bonne fortune de pouvoir se rendre au bord de la mer n’était à la portée que de quelques-uns, le jeune chercheur ou l’étudiant à la bourse légère ne pouvait seulement pas y penser
- 1 Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur la description que nous publions, du bel établissement de zoologie maritime italien. On verra quel importance les organisations de ce genre prennent à l’étranger, et combien on doit savoir de gré aux savants de notre pays qui consacrent leurs efforts à travailler dans le même but. Nous avons longuement parlé de l’expédition du Travailleur, nous avons décrit le laboratoire de Roscoff et ceux du même genre qui existent en France; la notice que l’on va lire complète ces intéressants documents. G. T.
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- dans la plupart des cas. Aujourd’hui, grâce à l’initiative de quelques hommes éminents, les choses ont bien changé à cet égard. On a vu s’établir sur les côtes de la plupart des mers, des stations à poste fixe. Leurs fondateurs, ajoutant à leur expérience personnelle celle des nombreux explorateurs côtiers, les installèrent là où la faune est à la fois la plus abondante et la plus variée. Ils réunirent dans des locaux spéciaux tout ce qui peut être utile au zoologiste : microscopes, instruments de dissection, aquariums, bibliothèque spéciale, etc. Ils dressèrent — qu’on me passe l’expression — des pêcheurs pour la recherche des animaux inférieurs, ils leur apprirent à distinguer les grands groupes, puis les genres, voire même les espèces, à noter leur habitat ordinaire, à établir des listes des objets les plus communs, à signaler ceux qui sont ra-res, etc. Ils achetèrent des embarcations à rames, à voiles, à vapeur, des instruments de sondage et de draguage; puis ils invitèrent, les uns gratuitement, les autres selon rétribution, les savants de tous les pays à venir profiter de ces richesses et de ces commodités. Les recherches au bord de la mer, qui n'étaient l’apanage que de quelques-uns, furent de cette manière mises à la portée de tous.
- On ne se déplace plus qu’à coup sûr, certain par avance de rencontrer un matériel tout préparé pour ainsi dire, et le concours d’individus tout éduqués.
- Le service rendu par là à la zoologie est immense et, pour s’en convaincre, il suffit de feuilleter quelque journaux scientifique où sont partiellement consignées les recherches faites dans ces laboratoires; ouvrir, par exemple, les Archives de zoologie expérimentale de M. de Lacaze Duthiers, le célèbre fondateur du laboratoire de Roscoff (Finistère) ou les Mittheilungen de la station de Naples, dont nous allons parler ici, et l’on verra que de mémoires originaux, que de trouvailles importantes, se sont faits dans ces stations.
- Il serait banal, à l’heure qu’il est, d’accentuer trop longuement l’importance des animaux inférieurs dans les études zoologiques. On est habitué à leur voir jouer un rôle primordial dans les théories modernes, et de fait, ce sont ces organismes élémentaires qui nous font voir le plus loin vers les origines de la vie. Les magnifiques travaux de notre siècle, ceux qui servent de base à la philosophie biologique, doivent beaucoup à leur connaissance. D’un autre côté, la mer est une nourrice infatigable, tous les embranchements zoologiques y sont représentés, depuis la monère jusqu’au mammifère ; l’abondance des individus y est extrême, elle offre sans cesse un matériel immense dont l’étude est devenue un complément indispensable à l’éducation d’un naturaliste. C’est dans ce sens qu’on peut dire que, si les stations zoologiques sont du plus grand secours au savant qui poursuit des recherches originales, elles sont un véritable bienfait pour le jeune homme qui vient y contempler pour la première fois les richesses inouïes de la mer.
- On rencontre des stations zoologiques ou de simples laboratoires sur l’Atlantique, la Manche, la mer du Nord, l’Adriatique, la Méditerranée, etc. Nous pensons intéresser nos lecteurs en leur décrivant la plus vaste et la plus riche de ces stations, celle fondée à Naples, il y a quelques années, par un éminent naturaliste, M. le professeur docteur Dohrn.
- Le choix de Naples pour l’établissement d’une station zoologique s’explique aisément. Son golfe est l’un des plus riches que l’on connaisse, particulièrement en animaux pélagiques; grâce au travail descriptif entrepris à la station et sur lequel nous reviendrons plus bas, la liste des espèces napolitaines augmente chaque jour. D’un autre côté le peuple napolitain, essentiellement pêcheur, peut fournir d’utiles renseignements, et la station a su s’en faire un précieux auxiliaire, Les filets des pêcheurs ne rapportent pas seulement des représentants de cette classe dans laquelle le comte de Mar-sigli faisait entrer tous les poissons qui se mangent, par opposition à la classe des poissons qui ne, se mangent pas, mais leurs mailles retiennent des animaux de toutes sortes, de ces frutti di mare de toutes les espèces qui figurent aux étalages de Santa-Lucia. Il était avantageux, par conséquent, de fixer la station dans le voisinage de la ville, afin que les pêcheurs pussent y apporter ces produits extras de leurs pêches et, sous ce rapport, l’expérience a pleinement confirmé les prévisions. Enfin, M. Dohrn, le fondateur de la station, avait habilement conçu le plan, qui a été exécuté du reste, de' joindre à la station purement scientifique, dont les ressources s’offrent aux savants seuls, un grand aquarium propre à attirer la curiosité du public et à vulgariser de cette manière une étude qui prend de jour en jour plus d’importance. Rien n’était mieux imaginé que de placer cet aquarium dans une ville dont les sites célèbres attirent chaque année un grand nombre d’étrangers. II est vrai que sous ce rapport les espérances du directeur sont loin d’avoir été réalisées. Il avait pensé-que les recettes résultant du droit d’entrée dans l’aquarium (1 franc en été et 2 francs en hiver) suffiraient à l’entretien de la station scientifique ; mais le nombre des visiteurs ne s’est pas montré aussi grand qu’on était en droit de s’y attendre, étant donné la richesse sans égale de cet aquarium, et d’un autre côté, les frais nécessités par son entretien ont dépassé les prévisions. Toutefois, si le but financier n’a pas été atteint, il faut reconnaître que l’aquarium de Naples se place au premier rang des curiosités d’une ville très riche déjà à cet égard.
- C’est le long de la Via Nazionale, la plus belle promenade de Naples, et dans le voisinage immédiat de la mer, que s'élève le beau bâtiment rectangulaire construit à grands frais par M. Dohrn (fig. 1). Je n’entrerai pas dans le détail des difficultés de toutes natures qu’a dû surmonter l’éminent naturaliste. A la suite de mille pourparlers, il obtint de la mu-
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- nicipalité de Naples la concession d'un terrain d’une étendue de 704 mètres carrés, à la condition qu’après trente ans, la station tout entière deviendrait la propriété de la ville ; un contrat ultérieur a porté la durée de la concession à quatre-vingt-dix ans, temps après lequel Naples sera donc propriétaire de l’établissement. Une clause spéciale en assure toujours, du reste, la direction à la famille de M. Dohrn.
- Le bâtiment est solidement construit et son élégante architecture le fait ressembler à un palais-Une large entrée principale conduit dans VAquarium qui est situé à peu près au niveau du sol extérieur.
- Une vaste salle couvrant un espace de 260 mètres carrés porte de trois côtés sur ses parois une série de vastes bassins dont les dimensions varient et dans lesquels se meuvent comme dans leur milieu naturel des représentants de tous les groupes zoologiques. Des bassins analogues sont disposés selon un rectangle au centre de la salle, de telle manière que, dans leur ensemble, ces bassins représentent une véritable petite mer. Ils ne renferment, en effet, pas moins de 440 mètres cubes d’eau ! Le plus grand d’entre eux, situé sur la face ouest, en renferme à lui seul 112 mètres cubes, c’est là que s’ébattent les grands poissons (Scyllum, Serra-
- Fig. 1. Le grand établissement de zoologie maritime de Naples (d'après une photographie).
- nus, etc.). Sur la face sud, 11 bassins contenant ensemble 160 mètres cubes font face aux bassins de la face nord, qui en renferment 135 mètres cubes. Enfin, les bassins centraux ne contiennent qu’environ 35 mètres cubes, et ils donnent asile à certains Crustacés, aux Annélides, Crinoïdes, Cœlentérés, etc.
- La canalisation qui conduit l’eau dans ces divers bassins est un chef-d’œuvre de construction. Je ne puis en donner la description, que l’on trouvera dans le rapport de M. Dohrn l. Je dirai seulement, pour donner une idée de son importance, qu’il passe chaque heure dans les divers bassins un volume
- * Anton Dohrn, Bericht über die zoologische Station wæh-rend der Jahre 1876-78. Mittheilungen aus der zool. Stat zu Neapel, Band I, lleft 1, p. 137.
- d’eau de 10 mètres cubes et que toutes les précautions ont été prises pour éviter les accidents inhérents à une pareille circulation. L’eau est puisée directement à la mer pendant les temps calmes au moyen d’une pompe, système California, construite en Allemagne et alimentée par une machine à vapeur horizontale de la force de quatre chevaux. Elle est conduite d’abord dans le sous-sol du bâtiment, où elle séjourne pendant huit ou dix jours dans trois vastes citernes de; la contenance de 500 mètres cubes environ. Ce séjour est nécessaire afin de laisser déposer les impuretés et lui donner la transparence nécessaire.
- C’est de ces citernes que différentes pompes élèvent l’eau parfaitement claire et limpide jusque dans le réservoir supérieur, d’où elle est distribuée
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- dans chaque bassin. Toutes les conduites sont | en caoutchouc durci comme c'est le cas dans les 1 aquariums anglais. Ce produit est très coûteux, il est vrai, mais il est très solide et il a l’avantage de ne pas s’altérer au contact de l’eau de mer, condition essentielle, on le comprendra, pour le bien-être des animaux.
- Cette abondante circulation est si avantageuse, l’eau si bien aérée, que l’expérience à montré que l’on peut sans inconvénients la suspendre pendant douze heures en hiver et six pendant l’été ; elle suf-
- Fig. 2. Vue d’ensemble des bassins dans le grand laboratoire (d’après une photographie;.
- 11 faut lire, pour s’en convaincre, dans les Mitthei-lungen, les rapports de M. R. Schmidtlein, qui a la haute direction de cette partie de l’établissement.
- C’est ainsi que dans le bassin des Poulpes (Octo-pus vulgaris) se trouve un individu de très belle taille qui l’habite depuis trois ans ; les poissons s’y conservent parfaitement pendant de longs mois, ainsi que les grands crustacés. Mais ce ne sont pas seulement les animaux supérieurs qui s’y ébattent et s’y multiplient « comme chez eux », ce sont ces êtres chétifs, délicats, transparents qui occupent les bas échelons de l’animalité. Rien n’est plus élégant et gracieux à la fois que le balancement des Rhizo-stomes ou des Pelagia, les ondulations de la Cestum
- j fit à elle seule à la respiration des animaux et ne nécessite aucun de ces stratagèmes (insufflation d’air, etc.) mis en usage, très habilement du reste, dans d’autres aquariums, celui de Rerlin, par exemple. Elle est la cause de la bonne santé des animaux qui vivent dans le grand aquarium aussi bien que de ceux mis en observation par les savants à la station dans les bassins particuliers dont nous aurons à reparler. Cette santé est si excellente que la station compte, relativement à la conservation des animaux dans ses bassins, des succès sans précédents.
- Fig. 3. Vue du laboratoire où se répartissent les produits de la pèche (d’après une photographie).
- veneris, la « marche » saccadée des Salpa ou le « vol » léger de certains Ptéropodes.
- On comprend, en dehors de toute considération anatomique, de quel prix est un pareil établissement pour le naturaliste qui veut pénétrer les mœurs des animaux des profondeurs. J'ai dit que tous les grands groupes zoologiques y étaient représentés, et de fait la richesse des familles et des genres divers y est vraiment incomparable. Il a fallu une longue étude pour connaître les affinités de caractères de tous ces animaux, rapprocher les amis et séparer les ennemis. A ce point de vue, l’Aquarium de Naples ne laisse rien à désirer, et quoique je ne puisse entrer dans aucun détail — je ne trace que les traits généraux de cet établissement, que
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- tout naturalise se fait un plaisir et souvent un devoir de visiter — je signalerai comme attirant plus particulièrement la curiosité des visiteurs, les bassins des Annélides tubicoles, des Crinoïdes, des Coraux, Gorgones, etc.; celui des Hydroméduses, celui des Oursins, des gros Gastéropodes, enfin ceux des Poulpes, des Sépias et des Loligos. M. Schmidtlein a publié un Guide à l'Aquarim, dans lequel se trouve une description sommaire des principales espèces qui s’y rencontrent.
- Dans deux petits bassins isolés et mis plus directement à la portée des visiteurs, on trouve toujours cachés dans du sable, quelques exemplaires du dernier des vertébrés, VAmphioxus, « le vénérable Amphioxus », comme l’appelle un de nos plus fameux zoologistes, et un exemplaire de la Torpille, dont la décharge électrique fait le charme et l’effroi de chacun.
- Lorsqu’on entre à l’Aquarium, on est frappé gu premier abord de la mystérieuse obscurité qui y règne. Cette obscurité, qui n’est que très relative du reste, trouve sa cause dans le fait que la lumière ne pénètre dans la salle qu’à travers les grands bassins qu’elle éclaire en premier lieu. L’éclairage est très bon, très égal, et n’est pas une des moindres causes du bel entretien des animaux; il est fourni par dix-neuf fenêtres latérales que l’on peut ouvrir pour la ventilation et par un grand espace ouvert qui laisse tomber la lumière du haut du bâtiment sur les aquariums centraux.
- La station zoologique proprement dite, c’est-à-dire l’ensemble des laboratoires jle recherches, est située au premier étage. Rien n’est plus propre à montrer quelles sont les nécessités actuelles de la zoologie et de l’anatomie comparée qu’une visite à cet établissement, qui est à la hauteur des premiers instituts zoologiques de l’Europe.
- On y arrive par un large escalier, à main droite du vestibule d’entrée, et l’on a un facile accès dans les diverses pièces qui le composent.,
- La plus grande de ces pièces, « le Grand Laboratoire », occupe la face nord du bâtiment et est haute de 25 pieds (fig. 2). Elle est divisée en deux étages par une plate-forme horizontale que l’on atteint au moyen d’un escalier de fer. C’est sur les galeries latérales de la plate-forme qu’est aménagée la collection scientifique très riche déjà et qui s’enrichit encore tous les jours. Dans la salle inférieure se trouvent les tables offertes aux naturalistes, placées à proximité de larges fenêtres ; elles reçoivent une bonne lumière si nécessaire aux travaux microscopiques, et elles portent tous les réactifs employés dans la technique. — En arrière est fixé un long bassin mis à la disposition des travailleurs; en. outre, une infinité de petits aquariums, de cuvettes, de bocaux, permettent à chacun de suivre, minute par minute pour ainsi dire, le développement de tel ou tel animal. C’est dans cette salle et dans celles qui lui sont adjacentes que des travaux importants, ont été exécutés.
- A main droite, en sortant, on rencontre une autre salle également remplie d’aquariums et qui est plus particulièrement destinée à la répartition des produits de pêche (fig. 5). C’est là que se tient l’employé auquel incombe la tâche de traiter directement avec les pêcheurs de la ville qui viennent offrir chaque jour, comme nous le disions tout à l’heure, les curiosités zoologiques retenues dans leurs filets; il doit ensuite les trier et faire tenir aux savants le matériel nécessaire à leurs recherches. Cette salle est aussi très fréquentée par les naturalistes, qui sont presque toujours certains d’y rencontrer quelque surprise nouvelle, tantôt la présence d’une espèce rare, tantôt une monstruosité ou quelque singulier cas de parasitisme, etc.; elle est animée, surtout au retour des expéditions de sondage et de dra-guage, alors que chacun vide ses seaux et ses flacons, sépare, distribue, met en réserve les échantillons qu’il veut conserver et ceux qu’il se prépare à étudier. On trouve également dans cette salle une grande table sur laquelle se pratique la dissection des grandes pièces (cétacés, poissons, etc.).
- Enfin, dans chaque aile du bâtiment sont logés des cabinets de travail particuliers occupés par les assistants scientifiques attachés à la station. Dans tous se retrouvent des tables de travail analogues et le matériel propre aux recherches spéciales de chaque assistant.
- Émile Yung,
- Privât docent à l’Université de Genève-— La suite prochainement. —
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de Physique. — Séance du 4 février 188t. — Présidence de M. Cornu. — M. le Secrétaire général communique une note de M. Germain relative à l’influence de la pression sur le foisonnement de la chaux. La conclusion des expériences est que le foisonnement est en raison inverse de la pression. La chaux éteinte dans le vide avec la quantité d’eau strictement nécessaire est dans un état de division extrême. Sous des pressions un peu fortes, l’hydratation est incomplète. — M. Pope explique les procédés employés dans les horloges pneumatiques. (Yoy. laNature,n°565 du29 mai 1880, p.407).M.Popp,interrogé sur la vitesse de transmission de la pression dans les tuyaux de conduite, répond que dans un tube presque droit de 5 kilomètres, il n'y a que 5 secondes 1/5 de retard; dans un tuyau courbe de 3 kilomètres, le retard est de 7 secondes. Avec des tuyaux très étroits, le retard est plus grand et peut atteindre 12 à 15 secondes par kilomètres. — M. Boistel présente un nouveau bec de gaz dû à M. Siemens. Nous décrirons prochainement ce système intéressant.
- Séance du 18 février. — Présidence de M. Mascart. — M. Blondlot s’est proposé d’étudier la polarisation voltaïque au point de vue de la capacité, c’est-à-dire de la relation qui existe entre la quantité d’électricité fournie par une pile à un voltamètre, et la force électro-motrice acquise par celui-ci. Il a d’abord résolu la question sui-
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- vante : déterminer la plus petite quantité d’électricité capable de communiquer à un voltamètre une force électro-motrice donnée, inférieure à la polarisation limite. A cet effet, il dispose dans un circuit une pile, un galvanomètre à miroir et le voltamètre ; il ferme le circuit pendant un temps déterminé et mesure la quantité d’électricité passée par l’impulsion de l’aiguille; il recommence ensuite, après avoir dépolarisé complètement le voltamètre, et en faisant varier le temps de fermeture. Les forces électro-motrices choisies, très faibles, sont obtenues à l’aide d'un élément à sulfate de cuivre, avec dérivations ; la durée des contacts est réglée par un lourd et long pendule. En construisant graphiquement les résultats des expériences, en prenant pour les temps, et pour ordonnées les quantités totales d’électricité qui ont passé depuis la fermeture du circuit, on obtient une courbe de forme exponentielle d’où on peut déduire la quantité cherchée. Appliquant cette méthode, M. Blondlot a cherché s’il y avait proportionnalité entre la charge et la force électro-motrice, comme dans un condensateur ; il n’en n’est jamais ainsi; la relation entre ces deux quantités est toujours avec fonction plus ou moins complexe, représentée par des courbes de forme variable, suivant la nature du liquide et suivant qu’on polarise par l’oxygène ou par l’hydrogène. Une loi fort simple se présente, si on compare les capacités d’un électrode pour les deux sens de la polarisation : la capacité initiale est indépendante du sens de la polarisation. — M. Lippmann a cherché s’il ne se produit pas quelque modification dans les propriétés optiques d’une surface métallique polarisée par un courant faible, alors qu’on n’observe aucun phénomène à la simple vue. Il a projeté un rayon polarisé recli-lignement sur une électrode formée par un miroir de platine et a reçu le rayon réfléchi sur un compensateur de M. Jamin et un analyseur. Dans ces conditions, il n’a observé aucun changement dans la différence de phase qui existe entre les deux composantes du rayon réfléchi, polarisé, comme on le sait, elliptiquement. Pour vérifier si ces composantes ne varient pas toutes les deux de la même quantité, M. Lippmann a formé des anneaux d’interférences entre une lame de platine polie et un verre mince : le résultat a été encore négatif. Dans cette dernière expérience, quand on force l’intensité du courant, il vient un moment où on voit apparaître les bulles gazeuses, en certains points déterminés, toujours les mêmes; et dans le même ordre, plus une surface est petite, plus il faut pousser loin la limite supérieure de polarisation pour annexer la production de ces bulles. — M. Marcel Deprez présente un interrupteur qui rompt le courant indicateur au moment précis où celui-ci atteint son intensité maxima. C’est un petit levier rigide oscillant autour d’un axe, et dépourvu, autant que possible, de toute vibration propre, contrairement au trembleur ordinaire. La rupture se produit avec un écartement de 1/500 de millimètre. Le mouvement du levier est insensible et le nombre des ruptures est considérablement augmenté. Appliqué ’a une bobine d’induction, cet interrupteur double ou triple le rendement; de plus, l’étincelle prend l’aspect de l’arc voltaïque, jusqu’à une certaine longueur au delà de laquelle elle devient dis— ruptive. — M. Marcel Deprez présente également un exploseur à gros fils, dont le courant, qui a une quantité considérable, envoyé dans une bobine munie du nouveau trembleur, donne une étincelle qui peut aller jusqu’à 8 millimètres, et enflamme aisément du pétrole liquide.
- Société géologique de France. — Séance du
- 7 février 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. A. Gaudrv remet à la Société, au nom de M. Émile Rivière, deux notes paléontologiques : l’une a pour objet le gisement pliocène de Caslel d’Appio, près Vintimille ; M. Rivière y a trouvé 262 espèces fossiles, dont il donne les noms. Le second travail est une étude des hypérostoses de poissons trouvées dans les grottes quaternaires de Menton.
- — M. Hébert dépose un travail de M. Wolgemuth sur le contact du Callovien et du Bathonien sur le bord occidental du bassin de Paris. — M. Cotteau offre à la Société le Mémoire qu’il vient de publier sur les Échinides des terrains tertiaires de la Belgique. — M. Œhlert présente une Note paléontologique sur des fossiles provenant des calcaires de Montjean-Chalonnes, dans le département de Maine-et-Loire. — M. Parran fait une communication au sujet d’une source minérale rencontrée dans une galerie des mines de houille de Gagnières (Gard) et du dépôt calcaire et magnésien auquel cette source donne lieu, en cimentant le ballast de la galerie.
- Séance du 21 février 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. Dagincourt fait une communication sur la géologie des environs de Saint-Amand (Cher). — M. Ameghino fait une communication sur le quaternaire de Chelles. — M. Vasseur annonce qu’il a découvert à Montreuil, il y a déjà plusieurs années, un gisement quaternaire (?) très fossilifère et bien distinct de ceux qui ont été si soigneusement étudiés et fouillés par MM. Martin et Belgrand. — M. Wolgemuth envoie une étude sur le contact du Callovien et du Bathonien sur le bord oriental du bassin de Paris. — Le secrétaire donne lecture d’une note de M. A. de Grossouvre, sur le métamorphisme des calcaires jurassiques au voisinage des gisements sidéro-lithiques.
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi Il février 1881. — Présidence de M. Grimaux.
- — M. R. D. Silva fait connaître le résultat de l’action du propylène monochloré CH5.Cl.CH2 sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium ; il a obtenu un hydrocarbure C13H16 bouillant à 280°, un cumène bouillant à 155° et de la diisopropylbenzine bouillant entre 200 et 210°. — M. Camille Vincent décrit la fabrication du celluloïd, en indique les principales applications et montre à la Société de nombreux échantillons des divers produits obtenus industriellement. — M. Ilanriot a étudié l’action de l’acide chlorhydrique sur l’aldéhyde ; il a obtenu l’oxychlorure d’éthylidène, qui, par l’ammoniaque, fournit le chlorhydrate d’une base très altérable. — M. Demarçay continue ses recherches sur les dérivés du sulfure d’azote ; il fait connaître l’action du chlorure de thiazyle (SAzCl) sur le chlorure de soufre. 11 a soumis à une révision les dérivés du sulfure d’azote décrits par MM. Fordos et Gélis. — M. Étard a obtenu une base pyridique en faisant réagir la glycérine sur le chlorhydrate d’ammoniaque.— M. Friedel indique, au nom de M. Fla-jat, l’action du chlorure de benzoyle sur le toluène en présence du chlorure d’aluminium ; il se forme ainsi de la méthylbenzophénone cristallisée. — MM. Friedel et Crafts ont fait réagir l’anhydride phtalique sur la benzine et le toluène en présence du chlorure d’aluminium, et ont obtenu des acides nouveaux. — MM. Grimaux et Adam ont étudié l’aldéhyde B. chloropropionique (chlorhydrate d’acroléine) et ont pris la densité de vapeur de la méta-croléine, qui doit être représentée par une condensation de trois molécules d'acroléine.
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- LES GRAINES FOSSILES SILICIFIÉES
- TRAVAUX D’ADOLPHE BRONGNIART1
- On sait que l’attention d’Adolphe Brongniart s’était portée depuis longtemps sur les graines fossiles silicifiées que renferment les terrains d’Autun et de Saint-Étienne; l’illustre naturaliste avait trouvé dans leur étude encore absolument vierge, comme un complément de ses grands travaux sur les végétaux fossiles.
- Bien que nos connaissances à cet égard, soient encore bien loin d’être complètes, Brongniart avait pu déjà poser les bases d’une classification de ces intéressants vestiges. Autant au point de vue historique qu’en ce qui concerne la botanique elle-même, on nous saura gré d’en donner ici une idée succincte.
- Les graines dont il s’agit se répartissent en deux groupes principaux :
- A. Graines à symétrie binaire, plus ou moins aplaties et bicarénées. — Ce groupe très naturel comprend les genres Cardiocarpus, Rhabdocarpus, Diplotesla, Sarcotaxus, Taxospermum et Lepto-canjon, analogues aux genres de la famille actuelle des Taxinées.
- B. Graines à symétrie rayonnantes autour de l’axe avec un nombre de divisions qui varie de trois (.Pachytesta, Trigonocarpus, Tripterospermum) à six (Ptychotesta, Hexapterospermum, Polyptero-spermnm, Polylophospermum), ou khuit (Eriotesta, Codonospermum), ou dont la section est circulaire (,Stephanospermum, Ætheotesta). Ces graines paraissent représenter la fructification des Sigillariées et des Calamodendrées, auxquelles il faut joindre quelques genres admis à la suite des Gycadées et des Conifères.
- Fig. 1. Spécimens de quelques échantillons de graines fossiles étudiées par Adolphe Brongniart.
- 1. Cardiopus drupaceus. Coupe par le plan de la carène, d, testa épais ; b, chalaze; c, nucelle et périsperme ; d, extrémité micropylaire du nucelle (grandeur naturelle). — 2. Rhabdocarpus conicus Grand'F.ury. Forme générale d’après un échantillon cassé avant la préparation (grandeur naturelle). — 3. Trigonocarpus pusillus, grandeur naturelle. — f. Coupe longitudinale passant par la chalaze et le micropyle, grossi 5 fois, a, testa; b, chalaze; c, micropyle; d, nucelle; e, cavité du sommet du nucelle avec grains de pollen. — 5. Polypterospermum Rcnaultii. Coupe transversale de grandeur naturelle. — G. Codonospermum anomalum, vu par sa face externe, tel qu’il se présente dans la roche brisée.
- Avant d’aborder l’étude, d’ailleurs encore à compléter de ces diverses catégories de graines, l’auteur expose dans un premier chapitre les périodes de végétation et les flores diverses qui se sont succédé à la surface de la terre. « On peut considérer, dit-il, comme s’étant déposées pendant une même époque de la création du règne végétal et comme appartenant à une même flore ancienne, les diver-
- 1 Recherches sur les graines fossiles silicifiées, par Adolphe Brongniart, 1 vol. in-4° avec 21 planches. Imprimerie Nationale. Chez G. Masson, Paris. — Ce magnifique ouvrage que nous avons sous les yeux, consiste avant tout en un atlas dont les planches, admirables d’exactitude et de délicatesse et dont beaucoup sont élégamment coloriées, sont accompagnées d’explications minutieuses. Le texte, interrompu par la mort de l’auteur bien avant que le programme tracé à l’avance ait été rempli, tire de sa brièveté même une éloquence toute spéciale. D’ailleurs, les légendes des planches ne présentent pas les mêmes lacunes ; rédigées en grande partie par Brongniart à mesure que les préparations auxquelles elles s’appliquent étaient soumises à l’étude, elles ont été complétées et soigneusement confrontées avec les pièces originales elles-mêmes par M. Renault, aidc-naluralistc au Muséum.
- ses couches de terrains dans lesquelles on retrouve le même ensemble d’espèces et pendant le dépôt desquelles quelques-unes de ces espèces au moins ont persisté depuis le commencement jusqu’à la fin du phénomène local.
- « C’est ce qui constitue une époque dans l’étude géologique des végétaux fossiles ; mais plusieurs de ces époques se succèdent souvent en conservant un grand nombre de caractères communs dans la nature et la proportion relative des grandes familles qui leur appartiennent, cette suite d’époques analogues forme une période dans l’histoire du développement successif du règne végétal. »
- La création successive des diverses formes végétales est ainsi divisée en trois longues périodes, appelées le règne des Acrogènes, le règne des Gymnospermes et le règne des Angiospermes ; « expressions indiquant seulement la prédominance successive de Lune de ces trois grandes divisions du règne végétal, sans supposer toujours l’exclusion complète des deux autres. » Le règne des Acrogènes
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- se montre pendant la période carbonifère et pendant la période permienne; le règne des Gymnospermes, pendant les périodes vosgienne et jurassique; le règne des Angiospermes, pendant lès périodes crétacée et tertiaire.
- Adolphe Brongniart étudie ensuite les graines fossiles trouvées à l’état silieifié dans le terrain houiller de Saint-Étienne.
- Puis il passe en revue la structure de l’ovule et de la graine des Cycadées comparée à celle de diverses graines silicifiées du terrain houiller, et relate l’une des découvertes les plus remarquables de toute la botanique fossile. Il s’agit de la lumière jetée par l’étude des fossiles sur l’anatomie intime des êtres actuels.
- Dans ses recherches sur les graines silicifiées du terrain houiller de Saint-Étienne,
- Adolphe Brongniart avait signalé un point très singulier de l’organisation d’un grand nombre d’entre elles. Il consistait dans l’existence, vers le sommet du nucelle et dans la partie correspondant au micropyle du testa, d’une cavité ou grande lactine située dans le tissu cellulaire de cette région, contenant presque toujours des granules ou vésicules libres qu’on ne pouvait considérer que comme des grains de pollen et qui avaient conduit l’auteur à désigner cette cavité sous le nom de chambre pollinique. On ne connaissait rien de semblable dans les familles actuellement existantes de végétaux gymnospermes. Les analogies indiquaient les Cycadées comme devant présenter le même caractère que les plantes palæo-zoïques étudiées. Grâce au bon concours de l’habile jardinier chef des serres chaudes du Muséum, science profonde de M. Renault, venant suppléer à la vue affaiblie du maître, Adolphe Brongniart eut la joie d’obtenir la confirmation complète de cette prévision hardie. On pourra voir dans la 3e planche de l’excellent Cours de botanique fossile
- Fig. 2. Cardiocarpus sclerotesta. Coupe longitudinale passant par le micropyle, la chalaze et le plan principal de la graine (grossis. : 3/1). — a, albumen bien conservé, renfermé dans le sac embryonnaire ; b, restes peu visibles de la membrane du sac embryonnaire ; c, enveloppe du nucelle réduite à son épiderme; co, les deux corpuscules, placés symétriquement dans le pian de la graine, au-dessous de la chambre pollinique ; m, chambre pollinique peu développée dans ce groupe de graines; d, endo-lesta ; mi, canal mieropylaire du testa, conduisant à la chambre pollinique ; ch, région chaiazienne de la graine.
- Fig. 3. Portion de la ligure précédente, grossie 10/1.
- M. Iïoullet , grâce à
- professé au Muséum par M. Renault et qui vient de paraître chez Masson, la reproduction exacte des préparations montrant chez le Ceratozamia mexi-cana l’existence de la chambre pollinique. Nous mettons sous Jes yeux de nos lecteurs la reproduction de quelques graines étudiées par A. Brongniart (fig. I) et plus spécialement celle de la graine du Cardiocarpus sclerotesta (fig. 2 et 3).
- Ce qui mettra le comble à la fortune de l’ouvrage des Graines fossiles, si riche par sa portée, ses idées, l’abondance de ses observations, l'exactitude de ses dessins, c’est la Notice qui le précède et qui est due à la plume magistrale de M. Dumas. Les travaux d’Adolphe Brongniart ont en effet la gloire d’être appréciés comme ils le méritent par l’illustre membre de l’Académie française. En même temps qu’un éloge, cette notice — qui pourrait être un discours — est une leçon pour tous ceux qui se livrent à l’étude des faits naturels, et surtout pour les savants appelés à donner un enseignement :
- « N’est-ce pas dans ses sages et savantes leçons qu Adolphe Brongniart posait les questions suivantes : » Les diverses classes du règne végétal ont-elles « existé de tout <( temps ou bien ont-elles,
- « au contraire, apparu « successivement? Les fa-« milles actuelles elles-{( mêmes ont-elles apparu « simultanément ou bien « ont-elles pris naissance « à des époques différen-« tes? » Et quand il répondait : « Nous l’igno-« rons ! » devant cette ignorance modeste de l’homme qui avait créé la science des végétaux fossiles, comment n’être pas surpris de la facilité avec laquelle les moins autorisés tranchent aujourd’hui ces redoutables problèmes pleins d’assurance et sans hésitation !
- « Le caractère de l’enseignement de M. Adolphe Brongniart avait pour base la plus stricte probité scientifique, et, comme il savait mieux que personne
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- découvrir, dans ces thèses où la science de la nature se met au service des passions, à quel moment précis l’auteur abandonne le rôle de savant pour prendre celui de rhéteur, il se gardait avec soin de tout entraînement. Il n’a jamais prononcé un mot dont il ne lut sùr, émis une opinion dont il ne lut en état de fournir la preuve. Il avait pour système d’exposer devant ses auditeurs les données certaines de l’observation et de l’expérience, enchaînées de manière à former un ensemble étroitement lié, et de les laisser, pour ainsi dire, maîtres de la conclusion. »
- L’ouvrage dont nous venons de donner un trop rapide résumé constitue un véritable monument élevé par de pieuses mains à la mémoire de l’illustre fondateur de la botanique fossile. Il est enrichi d’une magnifique photographie de l’auteur, et malgré le prix très élevé auquel il est obligé de l’offrir, l'éditeur regrettera sans doute d’en avoir tiré trop peu d’exemplaires.
- • Stanislas Meunier.
- NÉCROLOGIE
- Adolphe Joanne. — Nous avons annoncé précédemment la mort de cet infatigable travailleur, et de cet homme de bien, à qui l’on doit tant de publications utiles aux voyageurs et aux sciences géographiques. Nous rappellerons succinctement les principaux événements de sa vie. Adolphe Joanne, né à Dijon le 15 septembre 1813, vint à Paris en 1827, où il fit ses études au collège Charlemagne. 11 écrivit d’abord dans le Journal de VInstruction publique, et, en 1836, il se fit inscrire comme avocat au barreau de Paris. Il ne tarda pas à se consacrer spécialement aux travaux littéraires, et fut successivement attaché à quelques-uns de nos grands journaux. En 1843, il contribua à la fondation de l'Illustratio?i, dirigé par MM. Paulin et Ed. Charton, puis il exécuta des voyages en Suisse, en Allemagne, en Écosse, et commença la publication de ses Itinéraires qui devaient acquérir une réputation universelle sous Je nom plus familier de Gui-des-Joanne. En 1874, M. Joanne a été l’un des fondateurs les plus actifs du Club Alpin français, qui ne. compte pas moins de trois mille adhérents. M. Ad. Joanne a consacré sa belle carrière à des travaux consciencieux entrepris dans le but d’être utile : c’était un honnête homme dans la plus belle acception du mot; il était affable, bienveillant et savait acquérir l’estime et l’amitié de tous ceux qui le connaissaient.
- Eugène Cortambert. — La mort récente de M. Eugène Cortambert est encore une perte bien cruelle pour les sciences géographiques. Né à Toulouse, en 1805, Eugène Cortambert professa la géographie dans plusieurs collèges, et fonda des cours particuliers qui obtinrent un très grand succès. Ses ouvrages, très nombreux, ont illustré son nom ; sa Géographie universelle, ses Éléments de Géographie, ses Atlas, ont été entre toutes les mains et ont rendu les plus grands services à l’enseignement. M. Eugène Cortambert était président honoraire de la Commission d’étude de la Société de Géographie, et bibliothécaire de la Section géographique à la Bibliothèque Nationale. Son fils, M; Richard Cortambert, bien connu de nos lecteurs, le se-
- condait dans ces fonctions, et nous nous associons de tout cœur au deuil et à la douleur de notre excellent collaborateur et ami. M. Eugène Cortambert a bien voulu écrire lui-même quelques articles pour la Nature, et l’année dernière, l’éminent géographe nous donnait une remarquable Notice sur l’annexion de Tahiti aux colonies françaises (n° 386 du 16 octobre 1880, p. 305).
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre en Auvergne. — Une
- secousse de temblement a été ressentie le 1er mars dans une partie du département du Puy-de-Dôme (arrondissement de Thiers, d’Ambert, etc.). La trépidation du sol a été énergique dans les environs de Yeyre, et à Authezat, où elle a eu lieu à dix heures du soir. L’oscillation, qui paraissait dirigée de l’Est à l'Ouest, a duré quatre secondes environ, accompagnée d’un grand bruit souterrain et de sifflements orageux. La secousse, beaucoup plus légère à Ambert, a été cependant très appréciable, ainsi qu’à Saint-Amant, à Ariane et dans les régions du voisinage. Le phénomène a été précédé d’impressions de malaise, ressenties par les hommes et les animaux. L’atmosphère était lourde ; on sentait un trouble nerveux particulier. Les vaches beuglaient, les chevaux piétinaient avec inquiétude et les chiens faisaient entendre des aboiements sinistres. Le Moniteur du Puy-de-Dôme rapporte que le lendemain des bruits très intenses se faisaient encore entendre du cratère de Bellevue. Plusieurs crevasses s’étaient ouvertes dans la grotte de basalte qui existe dans cette localité, et quelques pierres s'étaient détachées de la voûte.
- Nouvelles sources de guano. — Malgré les dépôts considérables de guanos du Chili, du Pérou, l’élévation du prix de cette précieuse substance, due à son emploi de plus en plus grand dans l’agriculture, a fait rechercher, dans différentes régions du globe, des agents de fertilisation analogues, sans parler des guanos fabriqués avec des poissons et des autres engrais artificiels du même genre. D’entreprenants industriels, dit un correspondant de la Revue britannique, ont songé de date récente à tirer parti du guano de chauve-souris, amoncellement des excréments de diverses espèces de chéiroptères qu’on rencontre en grandes quantités dans les cavernes fréquentées par ces animaux dans l’Archipel indien, dans certaines îles de la mer des Antilles, dans les États du Sud de l’Amérique et ailleurs. Ce guano, sans avoir toutes les qualités de celui des îles Chinchas et Lo-bos, n’en serait pas moins un très utile fertilisant du sol. Des cavernes de quelques-unes des Lucaves recèlent des centaines de milliers de tonnes de ce dépôt, aussi bien que de nombreuses cavernes répandues de la Virginie au Texas. On n’a pas estimé à moins de 100 millions de francs le guano des cavernes des États du Sud. Le guano de chauves-souris, quoique moins bon que celui des oiseaux de mer, a encore une très réelle valeur. Le commissaire américain de l’agriculture a parlé en termes favorables des échantillons de ces guanos tirés du Texas. Il estime cet engrais à un prix de 15 à 80 dollars (soit 78 à 420 francs) la tonne, et il lui donne la préférence sur le guano de poisson comme fertilisant. Il existe plusieurs cavernes contenant de ce guano, au Texas, dans la proportion de 15 000 à 20 000 tonnes chacune. Quant aux chauves-souris, elles y sont littéralement innombrables. Le document qui nous renseigne, rapporte qu’un voyageur, qui accompagnait récemment le général Ord dans une
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- caverne située près de la petite ville de Selma, évaluait à des dizaines de millions les chauves-souris qui s’y trouvaient. C’est là un calcul assurément basé sur une estimation approximative. Dans tous les cas, lorsque ce monde ailé sort de sa retraite, l’air en est, paraît-il, obscurci comme par un nuage de fumée.
- Comment on recueille les Diatomées. — M. K.
- M. Cunningham indique, dans Y American monthly mi-croscopical journal, un moyen commode de recueillir et de séparer les Diatomées. Pour les espèces d’eau douce qui se rencontrent parfois abondamment dans la vase des marais, on délaye cette fange, en l’agitant bien, dans un baquet plein d'eau. Le sable se précipite ainsi au fond. On fait alors passer l’eau qui retient en suspension les détritus végétaux, d’abord sur un tamis à mailles assez larges, pour en séparer les particules grossières, puis à travers un tanr.s plus fin. La^nasse qu’on obtient ainsi est exprimée de façon à en faire sortir l’eau, puis exposée graduellement à l’action d’un feu de charbon. Les matières végétales se dessèchent, puis se brûlent en ne laissant qu’une cendre fine. Examinée sous un fort grossissement, cette cendre offre les valves des Diatomées avec une transparence très grande. L’eau résultant des opérations précédentes, abandonne, après un repos de vingt-quatre heures, un sédiment très fin, qui peut être recueilli, séché et incinéré : il contient aussi des Diatomées. Pour obtenir des espèces marines, on peut prendre des écailles d’huîtres fraîches, et en brosser l’extérieur dans un bassin plein d’eau. On peut donner du corps à ce iluide en y plongeant des houppes de coton. La matière sera alors desséchée et incinérée : elle brûlera à la chaleur rouge, et laissera en abondance des Coscinodiscus et des Plenrosigma.
- Lors du recensement général de 1866, on a constaté que le nombre des Français ne sachant ni lire ni écrire était de 51 pour 100 de la population totale. Un nouveau recensement a été opéré en 1872, ce nombre était encore de 48 pour 100 environ.
- — Lundi dernier 7 mars, M. Hervé Mangon a donné au Conservatoire des Arts et Métiers une très intéressante soirée scientifique. M. Ed. Hospitalier, assisté de M. le docteur Ranque, après avoir fait fonctionner quelques appareils relatifs aux plus récentes applications de l’électricité, a exécuté, à l’aide de la balance d’induction, une expérience tout à fait inédite que nous décrirons prochainement et qui a obtenu un très grand succès.
- — Les journaux allemands annoncent que le directeur du Gymnase de Yerbst (duché d’Anhalt) a découvert un manuscrit qui contient un récit détaillé du second voyage de Yasco de Gama aux Indes, en 1502 et en 1503, sur lequel on n’avait encore presque aucune donnée. Cette relation est l’œuvre d’un des compagnons du célèbre voyageur portugais ; elle est écrite en hollandais.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mars 1881. — Présidence de M. Wuitîz.
- La dissymétrie moléculaire. — Depuis les beaux travaux de M. Pasteur sur les acides tartriques, travaux qui remontent à vingt-cinq ans, peu de recherches ont été entreprises dans le but de dédoubler des corps sans action Sur la lumière polarisée en corps déviant à droite et en
- corps déviant à gauche ; à l’Académie, la question a soulevé une longue discussion entre M. Pasteur et M. Würtz. Ce dernier a présenté deux mémoires, l’un de M. Prin^-ton sur l’amylamine, dont ce chimiste a obtenu les deux variétés : l’active et l’inactive ; la variété active possède un pouvoir rotatoire lœvogyre de 5°,30 pour une colonne de 10 centimètres; son chlorhydrate est dextrogyre.
- Le second mémoire présenté par M. Würtz, est de M. Lebel ; ce chimiste, qui poursuit des études sur les relations entre la structure moléculaire et le pouvoir rotatoire, a été conduit à admettre pour le propylglycol une structure dissymétrique; l’expérience est venue confirmer la théorie. En semant des penieillum sur une grande quantité de propylglycol pur étendu d’eau, la variété dextrogyre a disparu la première et il est resté du propylglycol lœvogyre, dont le pouvoir rotatoire a varié de 4°,35 à 1°,35. C’est à ce sujet que M. Pasteur fait observer qu’une différence profonde existe entre les corps de la nature vivante et ceux de la nature morte. Ce n’est que dans la nature vivante que se produisent ces corps dissymétriques, dont la constitution se révèle par leur pouvoir rotatoire; tels sont les sucres, les albumines, etc. ; les végétaux sont dissymétriques et soumis à des actions qui le sont également, telles que l’action éclairante du soleil; à cause de cette constitution, leur action sur les corps qu’ils peuvent influencer est elle-même dissymétrique ; c’est ainsi que le penieillum mis en présence d’un paratartrate ne laisse subsister que le tartrate gauche.
- M. Pasteur est alors entré dans des considérations très élevées, disant qu’il serait possible d’obtenir des espèces nouvelles en changeant le sens des actions qui concourent au développement de la végétation, tel que celui de l’éclairage, qui au lieu de s’effectuer de l’est à l’ouest, s’effectuerait de l’ouest à l’est ; puis revenant aux corps préparés dans les laboratoires, et qui Deuvent se dédoubler en corps doués de pouvoirs rotatoires, il n’admet pas que ces corps dissymétriques existent dans le corps inactif; sur ce point il n’est pas de l’avis de M. Würtz, qui ne trouve pas probable que l’activité rotatoire puisse être créée par l’organisme inférieur en présence.
- Dissémination de l'alcool. — La production de l’alcool par la destruction continue de la matière organique a fait penser à M. Münlz que ce corps devait se rencontrer fréquemment dans la nature. Par des expériences précises il en a démontré la présence dans les eaux de pluie, de neige, dans l’eau de Seine, dans le sol. La réaction qui a servi à caractériser et, jusqu’à un certain point, à doser l’alcool, est celle qui est fondée sur la transformation de ce corps en iodoforme, lorsqu’on le chauffe en présence de l’iode et d’un carbonate alcalin ; cette réaction est d’une extrême sensibilité, et par des distillations fractionnées de grandes quantités de liquide, M. Müntz a établi que l’eau de pluie contient environ 1 millionième de son poids d’alcool.
- La Trichinose. — M. Bouley est sceptique relativement aux ravages causés par la trichine;il croit que les moules et le vitriol produisent beaucoup plus de victimes en France que l’helminthe en question ; comme l’année dernière, dans le cas des odeurs de Paris, il n’y a de déplorable que la publicité exagérée sur un fait qui existait depuis longtemps sans que personne ait songé à s’en plaindre. Autrefois la viande de porc était examinée sans méthode et sans loupe; aujourd’hui, grâce à cet instrument, on découvre des choses qui nuisent à la tranquillité du public.
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- Mais en attendant il se trouve au Havre une très grande quantité de viande de porc dont on ne sait que faire; cette ville reçoit tous les ans 40 000 000 kilogrammes de viande devenue suspecte; il est difficile de faire passer cette énorme masse dans le champ d’un microscope, et M. Bouley a été chargé par le ministre de résoudre la question. Le savant académicien pense qu’on pourrait faire là ce que M. Pasteur a fait dans le Midi et exercer des jeunes gens et des femmes aux préparations microscopiques, ce qui permettrait de faire à bon marché un grand nombre d’observations.
- Photographie lunaire. — M. Jansscn a préparé des plaques tellement sensibles qu’il est arrivé à photographier la lumière cendrée de la lune, c’est-à-dire la lumière solaire après deux réflexions, l’une sur la terre, l’autre sur la lune; une des grandes difficultés de l’opération était de tenir compte d’une manière rigoureuse des mouvements de la lune, ce qui a été fait avec une telle précision que les bords éclairés sont d’une netteté parfaite. Le but est une mesure photométrique.
- Le savant astronome a également photographié des cercles stellaires, dans le même but; il a pu établir ainsi que l’intensité lumineuse de Sirius est des centaines de fois plus grande que celle de notre soleil.
- L'hiver dans le Sahara. — Le terrible hiver de 1879-1880 a exercé aussi une certaine action dans le Sahara. M. Rolland, qui a lait partie d’une des missions qui ont traversé ce désert, a constaté que celte saison y a été exceptionnellement tempérée; beaucoup d’humidité, de nuages, de pluie, amenés par les vents du Nord.
- Varia. — Parmi les autres pièces présentées, citons une note de M. Crouillebois sur la double réfraction circulaire; — un mémoire de M. Puiseux sur les résultats de l’observation du passage de Vénus en 1874 et sur les précautions à prendre pour l’observation de 188£2 ; — un travail de M. Meyer sur la transformation du glucose en dexlrine en présence de l’acide chlorhydrique.
- Stanislas Meunier.
- Reproduction d’un dessin de la collection des Archives, montrant la disposition du Jeu de la Houlette au château de Marly, sous Louis XIV. Chariot glissant sur rails avec plaque tournante.
- PLAQUE TOURNANTE UE CHEMIN DE FER
- AU SIÈCLE DE LOUIS XIV
- Le délicieux petit dessin que nous reproduisons ci-dessus, existe aux Archives, à Paris ; il est catalogué dans les documents relatifs à l’ancien Marly, 1714, sous le n° 11339, tome Ier. Ce dessin représente le Jeu de la Roulette qui était construit dans le parc somptueux du magnifique château de Marly-le-Roi.
- D’après Alex. Guillaumot, ce jeu consistait en une sorte de chemin de fer mis en mouvement à force de bras ; un char décoré aux couleurs royales, recevait les dames et les enfants de France, le Roi debout à l’arrière, semblait, à en juger par la gravure, présider à la course.
- La particularité très remarquable au sujet de laquelle nous fixerons l’attention de nos lecteurs, c’est que ce document nous permet de constater que
- le chariot glissait sur des rails à peu près semblables à ceux des chemins de fer de notre temps, et qu’une plaque tournante servait à changer de direction à angle droit, pour remiser le véhicule sous un petit hangar. Le dessin que nous reproduisons, et nous ferons observer que son authenticité est certaine, nous prouve donc que l’on savait construire au temps de Louis XIV nos plaques tournantes des chemins de fer : c’est là un fait historique qui nous a paru tout à fait curieux à signaler.
- On sait d’ailleurs que l’emploi des voies ferrées dans les mines est très ancien, mais nous ne croyons pas que l’on ait sur l’existence des plaques tournantes dans les siècles antérieurs, des documents aussi précis que celui du Jeu de la Roulette, du château de Marly.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandilr.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 407. — 19 MARS 1881.
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- L’EXPÉRIENCE DU POISSON LUMINEUX
- ET LE POLYSCOPE ÉLECTRIQUE
- Lors de la dernière soirée donnée à l’Observatoire de Paris par M. le contre-amiral Mouchez, M. G. Trouvé a fait fonctionner quelques appareils électriques, devant un auditoire d’élite qui semblait prendre un grand intérêt à ce genre de démonstration expérimentale. Parmi les expériences exécutées, celle du poisson lumineux offre un très grand]intérêt ; c’est assurément l’une des plus cu-
- rieuses que l’on puisse citer ; elle n’est pas très connue et mérite d’être décrite.
- Cette expérience a pour but de faire comprendre l’importance que peut offrir le polyscope électrique au point de vue chirurgical. Le polyscope que nous avons décrit précédemment l, se compose d’une série de réflecteurs, au foyer desquels un courant électrique obtenu à l’aide d’une pile Planté, fait rougir un fil de platine. Ces réflecteurs affectent des formes variées. L’un d’eux peut être placé dans la bouche, et quand on le fait fonctionner, la bouche s’éclaire à tel point que les dents deviennent complètement transparentes, et que l’on ne perd
- Poisson vivant rendu lumineux et transparent au moyen du polyscope électrique.
- aucun détail de leur état. Ce réflecteur placé à l’extrémité d’une sonde œsophagienne, éclaire l’estomac par transparence. Les appareils sont variés pour subvenir de la sorte à tous les besoins d’investigation du dentiste, du médecin ou du chirurgien.
- Dans ce mode d’éclairage, la production du calorique est diminuée autant que possible par l’emploi d’un courant électrique très constant et par celui de fils très lins de platine iridié. La chaleur rayonnante est insignifiante, et l’expérience a démontré que le réflecteur éclairé tenu dans la bouche fermée pendant 30 ou 40 secondes, n’en élève pas la température au-dessus de celle des muqueuses, c’est-à-dire 36 à 38 degrés.
- Arrivons à l’expérience du poisson lumineux.
- M. Trouvé fait avaler à un poisson vivant placé dans un aquarium, un petit réflecteur microscopi-3° année. — 4*r semestre.
- que, relié par des fils conducteurs, au manche de l’appareil qu’il tient à la main. On éteint les lumières, et dès que le réflecteur est éclairé sous l’action du courant, le ccrps entier du poisson devient transparent et lumineux, à tel point que l’on peut compter ses vertèbres et examiner tous les détails de son organisme.
- Cette expérience vraiment remarquable, a obtenu un grand succès. Elle permet de se rendre compte très exactement des effets lumineux obtenus par le polyscope électrique.
- L’importance des appareils d’exploration par la lumière électrique, ressort principalement de ce que la lumière se trouve à proximité immédiate de la partie à examiner et que c’est la lumière qui donne
- 1 Voy. n° 207 du 13 juillet 1878, p. 107.
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- le moins de rayonnement calorifique. Aussi le polvscope s'cst-il rapidement répandu.
- C’est ainsi que nous l’avons" vu employer avec succès par M. le docteur Guyon, à 1 hôpital Necker, pour montrer à ses élèves l’état des muqueuses du rectum et de la vessie ; à l’hôpital Saint-Louis par M. Lailler et par M. le docteur Péan, ce dernier pour s’e'clairer dans une opération d’extraction d’un projectile situé profondément derrière les fosses nasales.
- M. le professeur Collin, à l’École vétérinaire d’Alfort, se sert du polvscope pour éclairer l’intérieur de l’estomac d’un taureau, auquel il a pratiqué une fistule gastrique. 11 montre ainsi à ses élèves, la structure et les fonctions de cet organe, en même temps qu’il y place des animaux qui sont susceptibles de s’y introduire par accident, et y apporter des troubles, comme par exemple, une sangsue, une grenouille, etc.
- Le polyscope ne sert pas seulement à l’éclairage des^ cavités, il peut encore être employé à une autre fonction, distincte de la première, celle de la "cautérisation par le fer rouge; l’appareil est alors muni de cautères de formes spéciales.
- En dehors de la médecine et de la chirurgie, cet appareil peut trouver d’autres usages. M. le capitaine Mauseron, à Saint-Thomas-d’Aquin, l’emploie pour visiter l’intérieur des obus et des canons ; on l’utilise sans aucun danger pour éclairer l’intérieur des poudrières : dans ce cas, le réflecteur est renfermé dans une triple enveloppe de verre. C’est encore un réflecteur analogue dont les scaphandriers, les chercheurs d’huîtres, de corail, de perles, pourraient se servir pour s’éclairer au fond des mers.
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- ' : LA FLORE DE POMPÉI
- Les moyens employés pour déterminer les plantes citées par les anciens dans leurs ouvrages n’ont guère été jusqu’ici qu’au nombre de trois : l’étymologie, quand la philologie pouvait fournir quelque lumière sur le sens du terme et quand celui-ci s’est trouvé conservé dans un idiome plus inoderme; la description et les autres détails dont les auteurs ont accompagné le nom d’une plante; et enfin la connaissance de la distribution des végétaux, faute de laquelle, par exemple, l'Opuntia Ficus indica, plante américaine, s’est trouvé porter le nom de la ville grecque d’Oponte, près de laquelle croissait, selon Théophraste, un végétal analogue au Figuier des Banians.
- A côté de ces trois sources d’informations, M. le docteur Horace Cornes ‘ vient de nous rappeler qu’il en
- * M. le docteur Horace Cornes, professeur d’histoire naturelle à l’Institut technologique de Naples, a fait paraître ré • cemment un élégant mémoire sur les fleurs et les plantes représentées par les frasques de Pompéi (lllustrazi.one dette pianti rappresrntalc nei dipinfi Pompeianï). Ce mémoire fait partie d’une grande publication : Pompéi e la regione sotterranea del Vesuvio'ncll' anno LXXIX, publié par ['Officia tecnico dcgli scavi dette province meridionali. Nous
- existe une quatrième d’une importance peut-être supérieure, quoique malheureusement d’une étendue restreinte. Déjà, en 1851, le botaniste-géographe Schouw avait inséré dans son livre intitulé : Die Erde, die Pflan-zen, der Mensch, quelques documents relatifs aux plantes représentées sur les fresques de Pompéi. Dans la belle publication faite cette année même par la Commission italienne des fouilles à l’occasion du dix-huitième centenaire de l’éruption qui détruisit les cités situées au pied du Vésuve, M. Cornes a passé eu revue non moins de cinquante espèces authentiquement représentées sur les fresques, et il en indique vingt autres douteuses, dont plusieurs citées par Schouw et qu’il n’a pu retrouver. Dans ce nombre se trouvent plusieurs espèces qui n’ont jamais été invoquées par les commentateurs dans leurs tentatives de détermination.
- Parmi elles sont les suivantes : Althœa rosea, Chrysan-themum coronarium, Lagenaria vulgaris et Narcissus pseudonarcissus. L’Althœa rosea, assez connu des anciens pour avoir pris place sur leurs fresques, pourrait bien être la Mauve arborescente (p.aÂâx*! à-JîoS'ev^pcup.svri) dont parle Théophraste, et qu’on a rapportée au Lavatera arborea, bien que son élongation s’effectue en quelques mois, d’après l’auteur grec. Le Narcissus pseudonarcissus correspond par ses propriétés émétiques au Narcissus genus alterum herbaccum de Pline. Le Lactarius deli-ciosus est très reconnaissable sur les fresques, et c’est à lui, sans doute, non à un Bolet (Fraas), ni au Russula integra (Lenz) qu’il faut rapporter le passage de Pline : « Fungorum lætissimi qui rubent, etc, » (Hist. nat., XXII, 23.)
- Il paraît par les fresques, qu’à l’époque de Pline le Naturaliste, les. Romains possédaient par acclimatation, ou connaissaient en tout cas d’une manière certaine, des plantes étrangères à l’Italie : de ce nombre sont le Lagenaria que nous avons nommé plus haut, le Pêcher, Y Acacia nilotica,le Platanus orientalis, le Tamarindus indica, etc. Un des tableaux représente, à côté de l’hippopotame, le Papyrus et le Nelumbium speciosum. Le Morus nigra est au nombre des plantes vues par M. Cornes, ce qui confirme l’opinion de Fraas.
- M. Cornes a classé par ordre alphabétique les plantes dont il s’est occupé. 11 consacre à chacune d’elles un article où il rappelle les principaux pa sages des auteurs et des commentateurs qui en ont parlé. Il attribue au Gladiolus segetum, fuaV.'.vOo; d’Homère; b l'Iris germa-nica, YHyacinlhu\ de Pline, le Vacinium du même auteur et celui de Virgile.
- D1' Eucène Fournier.
- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- EN FÉVRIER ET MARS 1881
- Les tremblements de terre ont été fréquents en Europe dans ces derniers temps. Voici ceux qui ont été signalés :
- 26 février, 5 h. 55 m., Agram (Hongrie) ; — 27 février, 5 h. 30 m , Agram (Hongrie); — 28 février 2 h. 20 m., Kirschberg (Autriche) ; — 1er mars, 10 h. s., Auvergne; — 3 mars, 5 h. 35 m., Suisse (centre dans le haut Valais; aire d’extension : vallée d’Aoste, bas Valais, Grand-Saint-
- «n donnons ici une analyse par M. le docteur Eugène Fournier, insérée dans le Bulletin de la Société botanique de France et dans la Belgique horticole.
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- Bernard, Genève, Vaud, Neuchâtel, Berne, Bâle, Mulhouse, Forêt-Noire, Zurich, Schafhouse, Suisse centrale, Tessin; —4 mars, i h. 30 s., île d’ischia (destruction de la ville de Casamicciola ‘); — 7 mars, 3 heures, Fi-schenthal (Zurich);*— 8 mars, 2 h. 30 m., Lausanne (deux observations seulement, mais elles sont concordantes), Genève (?).
- — On nous demande si les tremblements de terre, qui sont signalés si fréquemment par les journaux, sont plus nombreux actuellement en Suisse qu’ils ne l’étaient autrefois. Voici la récapitulation des tremblements de terre dont nous avons eu connaissance, en Suisse, dans les six dernières années :
- 1876, 6 tremblements de terre; — 1877, 5; — 1878, 8 ; — 1879, 7 ; — 1880, 17 ; — 1881, 8 (en deux mois et demi).
- Nous devons faire remarquer que depuis l’année dernière, l’appel que la Commission sismologique suisse a adressé au public a attiré l’attention sur ces phénomènes; grâce à l’obligeance, soit des journaux, soit du public lui-même, un bon nombre de secousses qui auraient passé inaperçues sont actuellement enregistrées et étudiées. La bonne volonté qui a accueilli notre demande ne sera pas perdue, et nous espérons, avec le temps, pouvoir tirer de ces observations des résultats scientifiques intéressants et précieux.
- Après ces renseignements généraux, nous donnerons quelques détails plus précis sur le tremblement de terre du 3 mars 1881.
- D’après les premiers détails qui nous sont arrivés, le tremblement de terre du 3 mars a été senti dans une grande partie de la Suisse, de Genève à Bienne, Zurich, Stanz, etc., du Jura neuchâtelois jusqu’au sud de le chaîne des Alpes (Gondo). Son centre semble avoir été dans le haut Valais, car on écrit de Brigue que la secousse y aurait été aussi forte, ou plus forte, que le tremblement de terre du 4 juillet 1880. Dans nos cantons de Vaud et de Neuchâtel, la secousse a particulièrement été sentie dans la vallée du bas Rhône, Aigle, Ollon, Bex, Saint-Maurice, et aussi, chose intéressante, à Neuchâtel et dans le Jura neuchâtelois. La vallée de la Broie a, cette fois-ci, très bien senti le phénomène.
- Une première secousse a été notée entre 1 et 2 heures du matin ; la secousse principale a eu lieu au centre, vers 5 h. 35 m. Elle s’est décomposée en plusieurs oscillations secondaires.
- Tous les détails et observations seront reçus avec reconnaissance par
- F. A. Forel,
- , Professeur à Morges.
- ET DES ALCOOLS
- La transformation des alcools mauvais goût en alcools bon goût s'opère de trois façons différentes : 1° la rectification; 2° la désinfection par le noir (filtrage de la vapeur d’alcool sur du charbon de bois) ; 3° les agents chimiques. Parmi ces agents, il faut citer les alcalis caustiques et les carbonates, le chlorure de chaux, le inanganate et le chromate de potasse. Tous ces procédés
- 1 Nous publierons dans notre prochaine livraison des documents très précis à ce sujet ainsi que des renseignements relatifs aux manifestations sismiques du mont Etna.
- tendent à une oxydation de la matière et à la saturation des acides formés.
- MM. Naudin et Schneider ont fait breveter, dans ces derniers temps, un procédé dont le Journal de Pharmacie et de Chimie vient de donner le résumé et qui diffère essentiellement de ceux que nous venons d’indiquer, procédé qui est basé sur les principes suivants : Dans les liquides obtenus par la fermentation des mélasses, des grains de toute nature, il se produit avec de l’alcool pur une certaine quantité d’alcools divers variant avec la matière première mise en fermentation. Ces alcools, étrangers à l’alcool éthylique, sont doués, en général, si ce n’est toujours, d’odeurs particulières caractéristiques; mais une partie de ces alcools est amenée à l’état d’aldéhydes pendant l’acte même de la fermentation. Or, toutes ces aldéhydes sont douées d’odeurs plus prononcées que les alcools dont ils proviennent, et suffisent à infecter l’alcool.
- Le procédé revient donc à hydrogéner les aldéhydes; les auteurs y parviennent en se servant d’une pile spéciale préparée au moyen de zinc et de sulfate de cuivre. On place cette pile dans les flegmes provenant de la première distillation des vins fermentés. On les laisse en contact pendant quatre jours, et le couple zinc, cuivre, agit sur l’eau que contient ces flegmes. 11 se dégage de l’hydrogène en petites quantités et au sein de toute la masse alcoolique : l’hydrogène en excès s’échappe dans l’air.
- L’ALCOOL DANS LA NATURE
- SA PRÉSENCE DANS LA TERRE, DANS LES EAUX ET DANS
- l’atmosphère
- Un chimiste de mérite, qui s’est déjà fait connaître par des travaux importants, et par des recherches analytiques d’une grande précision, M. A. Müntz, chef des laboratoires de l’Institut national agronomique, a été conduit à une découverte très curieuse et tout à fait imprévue, au sujet de laquelle il a bien voulu noms donner les renseignements les plus détaillés que nous transmettons à nos lecteurs *.
- M. Müntz a reconnu que la terre arable, les eaux naturelles, eaux de mer et eaux fluviales, l’atmosphère, renfermaient des traces d’alcool, et que ce composé, formé par la fermentation des matières organiques, était partout répandu dans la nature. Hàtons-nous d’ajouter qu’il ne s’agit que de quantités infinitésimales, atteignant seulement la proportion de millionièmes ; mais le fait en lui-même n’en offre pas moins un puissant intérêt; la méthode analytique qui a permis de le mettre en évidence, tout à fait élégante et d’une exactitude rigoureuse, est non moins digne d’être signalée.
- Voici comment procède M. Müntz : il soumet à la distillation 15 à 20 litres d’eau de neige, d’eau de pluie ou d’eau de mer, dans un appareil spécial que nous représentons ci*conlre (fig. 1). Cet appareil consiste en une boite à lait B, servant de chau-
- 1 Les gravures qui accompagnent notre texte ont été dessinées d’après les appareils montés dans le laboratoire de l’Institut agronomique.
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- LA NATURE.
- dière, dans laquelle on a tiller. Les vapeurs qui se dégagent sous l’action de la chaleur, circulent à travers un long serpentin de plomb de 10 mètres de longueur, qui fractionne parfaitement, elles traversent un tube, enveloppé d’un manchon réfrigérant T, sans cesse refroidi par un courant d’eau froide; elles se condensent enfin dans un ballon de verre R, formant récipient. On arrête l’opération quand on a recueilli dans ce récipient 100 ou 150 centimètres cubes de liquide condensé et qui renferment tout l’alcool.
- Les 100 ou 150 centimètres cubes de liquide ainsi obtenus, sont distillés de nouveau dans un second appareil analogue au précédent, mais beaucoup plus petit (figure 2). Le liquide est chauffé dans le ballon R; la vapeur est condensée dans le tube T après avoir traversé un serpentin de verre. On arrête l’opération dès que l’on a recueilli dans un petit tube bouché R, 5 ou 6 centimètres cubes du liquide condensé.
- On enlève le petit tube récipient de l’appareil, et on ajoute au liquide qu’il contient une petite quantité d’iode et de carbonate de soude ; on chauffe légèrement, et on ne tarde pas à voir se former par précipitation, des petits cristaux constitués par de l’iodo-forme. Dans ces circonstances, l’iodoforme n’a pu prendre naissance que par la présence d’un alcool dans le liquide.
- M. Müntz vérifie ces opérations analytiques par une expérience faite
- placé le liquide à dis- | les mêmes appareils 15 à 20 litres d’eau distillée chimiquement pure, et il s’assure que dans ces coalitions, l’iode et le carbonate de soude ne donnent absolument aucune réaction. Enfin, pour compléter la démonstration et se rendre compte de la quantité approximative d’alcool contenu dans les eaux naturelles, M. Müntz exécute la double distillation fractionnée de 15 litres d’eau pure dans laquelle il a ajouté au préalable 15 milligrammes d’alcool, soit 1 millionième. Dans ces circonstances, l’iode et le carbonate de soude donnent un précipité d’iodoforme, tout à fait comparable à celui que l'on obtient en traitant les eaux naturelles.'
- Dans Je cas de la terre arable, M. Müntz délaye 100 ou 200 grammes de la matière à analyser dans 1/2 litre d’eau; il distille dans le petit appareil, et il décèle l’alcool au moyen des mêmes opérations.
- La formation de l’iodoforme par voie de précipitation sous l’in-lluence de l’iode et du carbonate de soude, est un réactif très sensible de l’alcool. L’iodoforme a des caractères très nets qui permettent de le “distinguer très facilement; sa forme cristalline notamment, est tout à fait typique; il est de couleur légèrement jaunâtre, et quand on le regarde au microscope, on voit qu’il est constitué par des étoiles à six branches dérivées du prisme hexagonal, et qui affectent précisément la forme cristalline de la neige. M. Müntz ne s’est à blanc; il distille dans | pas contenté de soumettre à l’examen microscopi-
- Fig. 1. Premier appareil de distillation.
- Fig. 2. Deuxième appareil de distillation.
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- que les précipités d’iodofbrme obtenus par lui, il a conservé d’une manière durable l’aspect de ses préparations en en prenant la photographie microscopique.
- Les figures ci-jointes reproduisent quelques-unes des épreuves les plus caractérist:ques. La figure 1
- montre les cristaux d’iodoforme obtenus avec une eau pure additionnée de 1 millionnième d’alcool; la figure 2 donne l’aspect des cristaux d’iodoforme obtenus avec 15 litres d’eau de pluie, la figure 5 donne ceux que l’on a préparés avec l’eau de
- Fig. 3. Cristaux d’iodoforme obtenus directement (très grossis).
- Fig. 4. Cristaux d’iodoforme obtenus avec l’eau de pluie.
- neige, et la figure 4 avec la terre arable ou le terreau. Les premières expériences de M. Müntz ont été
- faites il y a quatre années environ ; depuis cette époque, le savant chimiste a traité un nombre con-
- sidérable d’eaux de pluie ou de neige recueillies tant à Paris qu’à la campagne. A chaque distillation les appareils ont été nettoyés par des lavages prolongés au moyen d’un courant de vapeur, et pour confirmer chaque analyse, l’expérience a été chaque fois faite à blanc. Plus de quatre-vingts essais ont donné des résultats identiques.
- La quantité d’alcool contenue dans les eaux de pluie, de neige, et dans Peau de mer, peut être évaluée de 1 à plusieurs millionièmes. Les pluies froides et les eaux de neige semblent en renfermer des proportions un peu plus considérables que les pluies tièdes. On en trouve dans l’eau de Seine des quantités appréciables ; la proportion d’alcool
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- Webers 2,‘tO
- 2,20
- 2
- 1,80
- 1,60
- 1>0
- 1,20
- 1
- 0,80
- 0,60
- 0>0
- 0,20
- 1
- s’élève très sensiblement dans les eaux d’égout.
- La terre végétale paraît en être très riche. 11 est vraisemblable que c’est dans le sol que l’alcool naturel prend naissance par la fermentation des matières organiques qu’il contient, il se répand ensuite dans l’atmosphère à l’état de vapeurs : les eaux météoriques s’en emparent alors au moment de leur condensation.
- Les résultats que nous venons d’exposer sont à notre connaissance absolument nouveaux; ils constituent1 un travail tout à fait original, qui complète d’une façon très heureuse l’histoire de la constitution du sol, comme celle de l’atmosphère, et qui fait le plus grand honneur à son auteur.' e Gaston Tissandier.
- SUR
- LE MONTAGE DES PILES ÉLECTRIQUES
- Les amateurs de physique, quelquefois même les praticiens, sè trouvent embarrassés pour savoir comment il faut disposer une pile dont il s* possèdent un <- nombre déterminé d’éléments, dans le but d’obtenir sur un circuit de résistance donnée, la plus grande intensité de courant possible avec ce nombre déterminé d’éléments. Ce sont les méthodes qui permettent d’établir sûrement ce montage, dans chaque cas particulier, que nous allons exposer aujourd’hui, en évitant les formules compliquées, et en donnant quelques exemples pratiques qui en facilitent l’usage aux électriciens, même les moins habitués aux opérations algébriques. •
- La détermination du meilleur mode de montage est liée à trois quantités qui doivent être exprimées en unités électriques, volts, ohms, afin de pouvoir être introduites dans les formules. Ces quantités sont :
- 1° La force électro-motrice d’un élément L, exprimée en volts *. '
- , 2° La résistance intérieure de cet élément r, exprimée en ohms.
- Ces deux quantités, qui se nomment les constantes de la pile, sont le plus souvent fournies par les constructeurs ; elles varient avec la nature et les dimensions de chaque élément ; nous donnerons quelques chiffres à la fin de cet article pour les cléments les plus usités.
- 3° La résistance du circuit extérieur R, exprimée en ohms,
- Cette résistance comprend d’ailleurs la résistance des conducteurs et celle de l’électro-aimant si c’est une son-
- 1 Nous supposons, ce qui est le cas général, que tous les éléments employés sont identiques.
- élément se du courant
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- —-----
- nerie ou un télégraphe, de la spirale de platine si c’est un allumoir électrique, etc.
- Dans le cas le plus simple, où un seul trouve placé dans le circuit, l’intensité I exprimée en webers est alors :
- i=-5~
- r + R
- ! Lorsqu’on dispose de plusieurs éléments, on peut faire plusieurs montages dont voici les extrêmes :
- 1° Tous les éléments montés en quantité, en batterie, ou en surface, c’est-à-dire, les zincs reliés entre eux, et les charbons entre eux, de façon à former une pile dont la force électro-motrice est celle d’un seul élément, mais dont la résistance intérieure est d’autant plus petite que le nombre des éléments est plus grand.
- 2° Tous les éléments montés en tension, c’est-à dire le zinc du premier élément relié au charbon du second, le zinc du second au charbon du troisième et ainsi de suite. On multiplie ainsi à la fois la force électro-motrice et la résistance intérieure par le nombre des éléments.
- Entre ces montages extrêmes s’en place un certain nombre d’intermédiaires que nous allons préciser par un / . exemple.
- Supposons que nous disposions de vingtéléments;ces vingt éléments donneront lieu aux six combinaisons suivantes :
- 1° 20 éléments en quantité, 1 en tension. — II0 10 éléments en quantité, 2 en tension. — III0 5 éléments en quantité, 4 en tension. — IV0 4 éléments en quantité, 5 en tension.
- Y0 2 éléments en quantité, 10 en
- tension. — YI° 1 élément en quantité, 20 en tension.
- 11 convient d’adopter l’un ou l’autre de ces montages, suivant la résistance du circuit extérieur. On peut représenter par une courbe la variation de l’intensité du courant lorsque l’on fait varier la résistance extérieure. La figure ci-dessus représente ces courbes tracées en portant en abscisses les résistances du circuit extérieur en ohms, et en ordonnées les intensités correspondantes en webers. Pour simplifier les calculs de ces courbes, nous avons supposé une pile type dont la force électro-motrice serait exactement de 1 volt et la résistance intérieure de 1 ohm. Dans la pratique, ce type correspondrait à très peu près à un élément Daniell de très grandes dimensions.
- En consultant les courbes, on voit, par exemple, que sur un circuit extérieur dont la résistance extérieure est de 5 ohms, c’est-à-dire cinq fois celle d’un élément, l’on obtient l’intensité maximum en disposant 10 éléments en tension et 2 en quantité : elle est alors de 1 weber. En disposant les 20 éléments en quantité, on aurait seulement I = 0,22, pas beaucoup plus que ne donnerait un seul élément. Ces courbes montrent donc bien l’influence du montage des piles sur l’intensité du courant. Elles montrent déjà une loi générale, que rious formulerons
- Courbe des variations'de l’intensité des courants avec les variations de résistance
- du circuit.
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- tout à l’heure, et qu’on peut indiquer en disant que le montage en quantité convient aux faibles résistances et le montage en tension aux grandes résistances. En comparant la courbe pointillée qui correspond à un seul élément, à la courbe YI, on voit que sur un circuit sans résistance, 20 éléments en tension ne donnent pas plus d’intensité qu’un seul. La comparaison de la courbe pointillée et de la courbe I montre, d’autre part, que, pour les grandes résistances, un seul élément donne autant d’intensité que 20 éléments en quantité. Les points de croisement de ces courbes indiquent les résistances pour lesquelles il est indifférent d’adopter l’un ou l’autre des montages correspondant aux deux courbes qui se coupent* Voici maintenant les formules qui permettent de déterminer le montage qui donne l’intensité maximum et la valeur de cette intensité.
- Soit t le nombre des éléments disposés en tension, q le nombre des éléments disposés en quantité, n le nombre total des éléments :
- n = tq.
- L’intensité du courant dans un circuit extérieur de résistance R sera, si E est la force électro-motrice d’un élément et r sa résistance intérieure :
- - r + R
- q
- (a)
- En faisant varier t et q de telle sorte que le produit tq reste constant, on aura un maximum pour I lorsque
- i=?C)
- q r
- (*)
- L’intensité du courant est maximum lorsque le nombre des éléments montés en tension (t) est au nombre des éléments disposés en quantité (q) dans le même rapport que la résistance extérieure (R) est à la résistance de chaque élément (r).
- Exemple numérique. — Quel est le meilleur montage d’une pile de 8 éléments Daniell (E = 1,07 volts, r = ô ohms) pour actionner une sonnerie électrique dont la résistance est de 10 ohms placée sur une ligne dont la résistance est de 4 ohms ?
- D'après les données du problème : R = 10 + 4 = 14 ohms. La formule (b) donne :
- En pratique, il faut prendre pour t et q les nombres entiers qui se rapprochent le plus de ce rapport. Dans le cas particulier, c’est en prenant t = 4, q = 2, que l’équation sera le mieux satisfaite.
- Dans ces conditions, l’intensité du courant, calculée par la formule (a), sera :
- 4
- 4x1,07 ___4 x 1,07
- 12 + 10
- j X6 +10 I = 0,19 weber.
- En montant les 8 éléments en tension, t la formule (a) donne :
- 8x1,07
- 8, q — l,
- Y
- 8x6 + 14
- 0,14 weber.
- 1 On trouvera la démonstration de cette formule dans le Traité expérimental d’électricité et de magnétisme de M. J. E. II. Gordon, traduction de M. J. Raynaud.
- En montant les 8 éléments en quantité, t = 1, q = 8, la formule (a) donne :
- 1 07
- U =-7——— = 0,07 weber.
- 3+14
- On voit que ce dernier montage donnerait une intensité près de trois fois moins grande que celui qui correspond au maximum.
- Les formules (a) et (b) permettent donc, lorsqu’on connaît les constantes des piles, le nombre d’éléments dont on dispose et la résistance du circuit extérieur, de déterminer le rapport entre t et q qui rend I maximum, et de calculer exactement la valeur de cette intensité correspondant h chaque montage particulier.
- Nous donnerons en terminant quelques chiffres pratiques relatifs aux piles les plus employées dans les applications domestiques, et qui pourront servir de guide lorsqu’on voudra installer soi-mème des sonneries électriques, des allumoirs, etc.
- Les piles Leclanché à vase poreux ont une force électromotrice de 1,5 volts et une résistance intérieure de 6 ohms. Les nouveaux éléments Leclanché à plaques agglomérées ont la même force électro-motrice, mais la résistance intérieure n’est plus que de 1,2 ohms. Lorsqu’ils sont usés, la force électro-motrice tombe à 1,3 et la résistance intérieure atteint 2,5 ohms.
- Les éléments Daniell ont une force électro-motrice de 1,07 volts. Leur résistance varie beaucoup avec leurs dimensions. Le grand modèle rond de 20 centimètres de hauteur a 3 ohms de résistance; les modèles employés dans la télégraphie varient entre 5 et 20 ohms de résistance.
- La pile Reynier a pour constantes E= 1,35, r — 0,08.
- La pile Bunsen a pour force électro-motrice 1,8 volts, le modèle rond de 20 centimètres de hauteur a pour résistance 0,25 ohm. Le modèle plat de Ruhmkorff n’a que 0,06 de résistance intérieure.
- L’élément au chlorure de chaux de M. Niaudet ' a pour constantes Ë = 1,6, r = 5.
- La pile au bichromate de potasse a une force électromotrice de 2 volts au commencement de sa charge, la pile-bouteille de un litre a une résistance d’environ I ohm.
- Ces chiffres ne sont que des approximations, du moins pour ceux qui se rapportent à la résistance intérieure, très variable avec la saturation des liquides, la surface des plaques, leur distance, etc.; en tout cas, ils peuvent servir de guide dans les mesures et dans les applications, et permettent d’éviter des erreurs grossières.
- L’intensité des courants est très variable, suivant la nature des applications Pour nous en tenir aux applications domestiques et télégraphiques, nous citerons quelques chiffres, résultats d’expériences.
- Les allumoirs à pile à bichromate de potasse fonctionnent avec des courants qui varient entre un weber et un dixième de weber, suivant la grosseur de la spirale incandescente.
- Les sonneries domestiques fonctionnent très bien avec deux éléments Leclanché à plaques agglomérées (E = 1,5, r = 1,2) montés en tension, la résistance des fils ne dépasse pas 2 ohms, celle de la sonnerie varie entre 5 et 10 ohms.
- Dans ces conditions moyennes l’intensité est donc :
- I~~aTô = 0,24 weber.
- 2x1,2 + 10 ’
- 1 Voy. la Nature, n° 342 du 20 décembre 1879.
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- LA NATURE.
- La polarisation des éléments, les mauvais contacts, etc., réduisent cette intensité à 0,20 weber ou 200 milliwe-bers. Les courants télégraphiques, dans les conditions ordinaires, n’ont pas plus de 10 milliwebers d’intensité, soit vingt fois moins. L’attraction de l’armature est la même dans les deux cas. Cette différence tient à ce que dans les sonneries domestiques le fil relativement gros fait un petit nombre de tours sur l’électro-aimant, tandis que dans les appareils télégraphiques le nombre de tours du fil est beaucoup plus grand. La puissance attractive dépendant à la fois de ces deux facteurs, on gagne par l’intensité ce que l'on perd par le nombre de tours, et réciproquement, les électro-aimants des sonneries domestiques étant disposés pour des circuits courts, les électro-aimants télégraphiques étant, au contraire, établis pour des lignes très résistantes.
- Il faudra donc, avant d’établir des éléments de pile sur un appareil donné, déterminer exactement sa résistance propre et l’intensité de courant nécessaire à son bon fonctionnement.
- La formule (a) fera connaître alors le nombre d’éléments d’une pile dont les constantes E et r sont connues, nécessaire pour produire une intensité I dans le circuit de l’appareil, car en la combinant avec la formule (b), on aura un système de deux équations à deux inconnues toujours résoluble. En effet, tes formules (a) et (b) donneront t et q, la valeur de n sera le produit, à condition de prendre pour t et q les nombres entiers immédiatement supérieurs à la valeur exacte, les éléments de pile ne pouvant être fractionnés. Dans le cas où le noinbic d’éléments n est déterminé à l’avance, la formule (b) fera connaître le montage qui donne l’intensité maximum et la formule (a) donnera la valeur de cette intensité. On saura alors si elle est supérieure ou inférieure à celle qu’exige l’appareil pour bien fonctionner.
- E. Hospitalier.
- —
- L’XRCHITECTURE DES 0ISE4UX1
- LE NID DU GLAUCIS HIRSUTA
- Modestes dans leur costume, où dominent les couleurs sombres, les Oiseaux-Mouches du genre Glaucis mériteraient bien le nom d'Ermites, par lequel on les désigne quelquefois, s’ils avaient des allures moins évaporées. Mais au lieu de se tenir confinés dans quelque retraite solitaire, ils voltigent sans cesse d’arbre en arbre, de fleur en fleur. Du reste, ils ne sont guère faits pour- une vie sédentaire : leurs pattes sont si courtes et si grêles qu’elles semblent à peine capables de supporter le poids du corps; leurs ailes, taillées en pointe, constituent des rames à la fois solides et légères qui peuvent frapper l’air de coups précipités; leur queue, aux larges pennes, en s’étalant et*en se repliant tour à tour, détermine, comme un gouvernail puissant, de brusques changements de direction ; leur corps est atténué en arrière, leur tête effilée, enfin il n’est pas jusqu’à leur bec qui ne soit merveilleusement adapté aux nécessités d’une
- 1 Voy n° 594 du 18 décembre 1880, p. 39.
- existence aérienne. Leurs mandibules en effet s’allongent considérablement en décrivant vers le bas une courbe fortement accusée, et forment par leur réunion une sorte de sonde dans laquelle glisse une langue ténue comme un cheveu. L’oiseau possède ainsi un instrument comparable, sinon par la structure, au moins pour les usages, à la trompe d’un papijkin, et, comme ces Sphinx qui pendant l’été bourdonnent autour des Phlox de nos jardins, il peut sans âe poser, tout en se jouant, saisir sa nourriture dans les corolles les plus profondes.
- En passant en revue les espèces nombreuses qui composent la famille des Trochilidés, on voit le bec subir des modifications importantes : chez les Rhamphomicrons, dont nous avons parlé précédemment, cet organe est réduit à un petit poinçon, chez les Docimastes il figure une épée plus longue que le corps de l’oiseau ; chez les Eutoxeres il se recourbe comme le bec d’un Aigle ou plutôt comme la trompe d’un Charançon, chez les Avocettinus au contraire, il se relève à l’extrémité comme le bec de certains Échassiers de rivage. Mais quelles que soient leurs variations, les mandibules des Oiseaux-Mouches conservent toujours une gracilité relative ; elles ne présentent jamais cette brièveté singulière et cet aplatissement que l’on constate chez les Martinets (Cypsélidés) et chez les Engoulevents (Caprimulgidés), dont la bouche semble fendue jusqu’aux oreilles. C’est qu’en effet les Trochilidés, qui présentent d’ailleurs dans leur organisation intérieure et notamment dans leur charpente osseuse des affinités incontestables aveelcsMartiuels, ne poursuivent pas comme ces derniers leur proie à travers les airs; ils ne happent pas au vol les moucherons et les petits lépidoptères, mais ils explorent les fleurs avec le plus grand soin pour y découvrir les insectes microscopiques qui s’enivrent de nectar. Il n’est donc pas téméraire d’affirmer qu’il y a une relation intime entre la forme du bec dans telle ou telle espèce d’Oiseau-Mouche et la structure des corolles que cette espèce est particulièrement appelée à visiter. Les Trochilidés dont nous avons à parler aujourd’hui nous fournissent précisément un exemple à l’appui de cette hypothèse. En effet les plantes autour desquelles on les voit le plus souvent voltiger sont des Orchidées, des Gesnéraeées, des Asclépiadées et des Lobéliacées, qui, pour la plupart, portent des fleurs bilabiées ou à corolle tubulaire. Pour fouiller au cœur même de ces fleurs, il faut évidemment un bec long et recourbé tel que celui que possèdent les Glaucis. M. Kirk, qui a pu observer ces oiseaux dans leurs forêts natales, s’extasie sur la prestesse de leurs mouvements : pendant le jour, dit-il, c’est à peine si les Glaucis prènnent un instant de repos; ils volent de droite et de gauche en zigzag ; quand on s’approche d’eux ils s’enfuient en poussant un cri aigu, ou bien ils s’arrêtent une seconde en face de l’intrus comme s’ils voulaient fondre sur lui, puis
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- brusquement se retournent et disparaissent comme un météore.
- L’espèce de Glaucis la plus connue est celle que Margrave a"vait appelée leGuainumbi et queGmelin a désignée plus tard, je ne sais pourquoi, sous le nom de Colibri hérissé (Trochilus hirsutus). Je ne vois pas trop en effet ce que cet Oiseau-Mouche peut avoir de hérissé, de hirsute dans son aspect, à moins cependant que ce ne soient les_ plumes de sa queue, qui dans le jeune âge se terminent en pointe aiguë. Mais c’est une disposition qui disparaît bientôt, et les adultes ont toujours les rectrices arrondies à l’extrémité. En même temps que les pennes caudales s’émoussent, elles changent de couleur, et perdent plus ou moins complètement les bandes foncées dont elles étaient ornées primitivement.
- Dans la livrée définitive, qui est la même popr les deux sexes, lés parties supérieures du corps sont d'un vert bronzé avec quelques reflets dorés,,, le dessus et les côtés de la tête d’un brun assez foncé avec une petite tache fauve en arrière de l’œil, less ailes d’un brun pourpré en dessus, d’un brun fauve . en dessous, la gorge, la poitrine et l’abdomen d’un.roux vif, les pennes caudales médianes d’un vert métallique, les latérales d’qn brun marron avec un liséré blqnc à l’extrémité et une bande subterminale npire, souvent à peine visible. Le bec est également noir en dessus et couleur de chair en dessous, mais parfois la man- ; dibule inférieure prend aussi une teinte foncée. C’est sur ces légères différences dans la coloration du bec, dans la forme et de dessin des rectrices qu’avaient été fondées quelques espèces nominales, aujourd’hui 'rayées des catalogues 'scientifiques, telles que le Glaucis Mazeppa deLesson, le Glaucis melanura et le Glaucis lanceolata de,,Gould.
- Le Glaucis hérissé est répandu sur une grande partie de l’Amérique tropicale : on le trouve dans l’isthme de Panama, dans les îles de la Trinité et de Tobago, dans toute la Colombie, dans la Guyane et dans le nord du Brésil. Son nid, qui, si je ne me trompe, n’avait pas encore été figuré jusqu’à ce our, est très artistement construit avec des radicelles entrelacées et des crins de cheval ; il se termine inférieurement par une sorte de pendentif formé de détritus végétaux et de toiles d’araignée, et se trouve suspendu de telle sorte qu’il peut se balancer au gré des vents. L’oiseau en effet, dans un but qu'il est difficile de deviner, au lieu d’asseoir solidement à l’enfourchure d’une branche le berceau destiné à recevoir sa progéniture, l’a accroché à la face supérieure d’une feuille qui, sous ce léger fardeau, s’est repliée en dirigeant sa pointe vers le sol. Par suitede nid est vertical, ou très légèrement incliné, avec l’ouverture regardant le ciel, et dans cette position il figure assez bien un de ces petits vide-poches qu’on suspend aux murs d’une chambre pour y serrer de menus objets. Ses dimensions sont fort exiguës et le diamètre de la cupule supérieure est inférieur à la longueur totale
- de l’oiseau, longueur qui cependant ne dépasse pas 12 centimètres. Aussi la femelle accroupie pour couver est-elle obligée de tenir hors du nid son bec, sa tête, son cou et l’extrémité de ses plumes caudales. Mais de cette façon il n’y a point de chaleur perdue.
- Dans les mêmes régions que le Glaucis hirsuta, dans la république de l’Équateur, en Colombie, au Brésil, à Cayenne et à Surinam, vivent encore d’autres espèces du même genre, le Glaucis Dohrnii, le Glaucis leucura, le Glaucis cervinicauda, le Glaucis Antoniœ, le Glaucis Rückeri, qui ont également le bec recourbé et le plumage de teintes foncées, mais qui se distinguent par les proportions des diverses parties de leur corps, la coloration de leur gorge et le dessin de leurs rectrices.
- E. OuSTALET.
- L’AGE DE LA PIERRE POLIE EN ESPAGNE
- UX CAMP FORTIFIÉ PRÉHISTORIQUE
- On connaît en Espagne de nombreuses stations de la période préhistorique ; dans toutes les belles et chaudes provinces du sud et du sud-est de la Péninsule ibérique on a découvert des restes de l’homme quaternaire ou des vestiges de son industrie primitive. Mais jusqu’ici les archéo-géologues n’ont guère porté leur attention sur les débris de l’art militaire de nos premiers ancêtres.
- M. l’abbé Ambrosio Sans a découvert une enceinte fortifiée sur un haut plateau de Maestrazgo, région que connaissent tous ceux qui ont lu l’histoire de l’inimitable hidalgo don Quichotte de la Manche. Cette station préhistorique de la Muela du Chert, qu’a fait connaître M. Lan-derer, et que j’ai visitée récemment, est remarquable tant au point de vue géologique qu’archéologique.
- & Voici d’abord une brève description de la contrée. A environ 6 kilomètres au nord d’un petit village appelé Jana (province de Castillon), s’élèvent les premières rampes escarpées qui constituent le massif nommé la Muela de Chéri, premier échelon du haut plateau de Maestrazgo, qui pénètre dans les trois provinces de Castillon, de Teruel et de. Tarragona. La Muela forme le groupe montagneux le plus élevé de ce plateau, environ 734 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le village de Chert, qui lui a donné son nom, est situé sur son versant sud-ouest; la Mola Morada 1 continue le groupe montagneux sur son versant occidental.
- Le plateau est constitué géologiquement par les horizons supérieurs de l’étage titanique ; son plan terminal est formé d’un revêtement calcaire, à bords élevés, escarpés, inaccessibles presque sur tous leurs points ; ce calcaire supérieur est dur, compact, d’une épaisseur variant de 25 à 50 mètres, et rempli de Requienia Lonsdo-lei. Le sol de ce plateau est très aride, irrégulier, très rocailleux et presque privé de terre végétale. Ce n’est qu’à quelque distance que se montre la végétation arborescente. Arrivé à ce point, si on porte attentivement les regards sur le sol, au lieu d’admirer le magnifique panorama qui se déroule devant les yeux, l’observateur aper-
- 1 Môle habité.
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- çoit à ses pieds une accumulation anormale de pierres noircies par l’action du temps et disposées sans aucun ordre apparent, d’une extrémité à l'autre de la Mola Mo-rada.
- Description de l'enceinte fortifiée. — Ce monticule de pierres forme le mur isolé de l’enceinte fortifiée de la Muela de Chertl. Le mur court tranversalement d’un côté à l’autre de la petite éminence, en isolant la portion orientale ou la plus basse, de la grande butte plus élevée. Cette disposition constitue une véritable enceinte fortifiée, défendue au nord et à l’est par l’escarpement naturel du plateau, qui forme un précipice, et, dans le restant du circuit, par le mur lui-même. La partie courbe du mur, d’environ 250 mètres, est bâtie en pierres sèches placées de plan, provenant non du sol sur lequel il repose, mais des excavations faites à la montagne par les carriers anté-historiques ; on peut évaluer le volume des pierres accumulées de 1800 à 2000 mètres cubes. Au sud, le mur se termine un peu avant d’arriver à l’escarpement. En ce point se trouvent les traces d’une ouverte ou porte pour donner accès à l’enceinte fortifiée ; à la base, sa largeur mesure 5 mètres; sa hauteur actuelle varie de 2 à 5 mètres.
- Dans l’intérieur même de l’enceinte on a trouvé un petit mur encore intact et des tas pierreux, débris d’antiques habitations, formées de matériaux simplement fixés en terre. La plus grande partie de ces constructions intérieures a disparu ; on ne reconnaît aujourd'hui leur existence passée que par les petites excavations qui restent. Ces habitations des naturels du Maestrazgo, de la période néolithique, affectaient une forme ovale; le grand axe de l’ellipse mesure environ 6 mètres, le plus petit 2 mètres ; elles sont tantôt groupées, tantôt isolées : une certaine police devait donc présider à la distribution de ces habitations.
- Antiquité de l'enceinte fortifiée. — Les premiers observateurs qui ont démoli quelques mètres de la muraille en pierres, ont rencontré à sa base des ossements d’animaux disparus de la faune espagnole avec ceux des espèces qui vivent encore dans la contrée. Mais tous ces ossements , enterrés à une faible profondeur, restes de sacrifices probablement, se trouvent en très mauvais état de conservation. Parmi les débris organiques découverts, figurent quelques fragments de tarse, de tibia, des vertèbres, des molaires de chèvre, de chien, de chevreuil, de cheval, etc. De plus, en dehors même de l’enceinte, M. Ambrosio Sans et M. Landerer ont rencontré des instruments de pierre, d’ailleurs assez communs dans le pays, tels que haches polies en silex blanchâtre avec veines rougeâtres, potiites de lance en diorite noirâtre parfaitement polies, enfin divers autres objets de cette même époque.
- Cette remarquable construction stratégique de la période préhistorique du Maestrazgo remonte donc à l’époque de la pierre polie méditerranéenne, comme le constate d’ailleurs la présence des instruments de guerre et de chasse que nous venons de citer. En outre, nous avons une autre preuve de la haute antiquité de cette construction : c’est la présence de ruminants, de céroï-dés disparus de l’Espagne depuis un temps immémorial.
- Les constructions de la Muela de Chert se rattachent donc aux âges néolithiques; elles se sont, sans doute, continuées jusqu’à une époque plus récente, probablement à celle du bronze, qui donne déjà la main à la période historique.
- 1 Butte de Chert.
- Cet ouvrage fixe de défense, ce camp retranché et peuplé exclut l’idée de tribus nomades ; il suppose, durant un long espace de temps, une population assez nombreuse, sédentaire, fixant sa résidence sur ce plateau, exposé cependant aux rigueurs des vents ; mais la nécessité de choisir des points d’une facile défense devait s’imposer aux sauvages primitifs qui ont occupé la Muela de Chert, et cette considération devait l’emporter sur les inconvénients de la rigueur du climat. La Muela de Chert est donc un camp retranché défensif de l’époque de la pierre polie, la tradition ne conserve aucun souvenir de pareilles constructions stratégiques de l’époque des invasions phénicienne, carthaginoise, romaine ou sarrazine. Parmi les peuplades sauvages actuelles, on rencontre au coutraire des ouvrages analogues. Chez les Indiens de l’Amérique du Nord, on connaît des enceintes défensives, situées sur des fortifications naturelles. On attribue à certaines de ces constructions du Nouveau Monde une antiquité d’environ trois mille ans. 11 y a d’ailleurs une très grande analogie entre ces ouvrages de défense des indigènes de l’Amérique et la construction de la Muela de Chert. Dans les deux on constate : position inexpugnable, analogie des habitations intérieures, et enfin une source d’eau potable aux environs.
- À. F. Nogüès,
- Ingénieur civil des mines.
- LA MACHINE DYNAMO-ËLECTRIQDE
- d’edison
- Le célèbre inventeur américain prépare pour l’Exposition universelle d’Électricité, une machine dynamoélectrique gigantesque qui dépasse tout ce qui avait été construit jusqu’à ce jour. Cet appareil colossal ne pèse pas moins de 8000 kilogrammes; il comprend trois pires d’électro-aimants de six pieds de longueur; l'armature a deux pieds de diamètre environ. La Revue, scientifique publie à ce sujet de très intéressants renseignements que nous reproduisons.
- Le moteur est d’une puissance de 100 chevaux-vapeur. La force électro-motrice du courant est de 140 volts et la résistance de la bobine est de 1/200 d’ohm. Le courant est recueilli sur un commutateur cylindrique au moyen de douze balais frotteurs, capables alors de fournir six circuits indépendants les uns des autres. Cette machine gigantesque, que l’on verra dans peu de mois au Palais de l’Industrie, alimente 800 lampes à incandescence. Dans un essai entrepris avec 500 de ces lampes, 6 kilogrammes de houille ont été consommés par heure pour suffire à l’incandescence de 8 lampes 3/4, de deux becs Carcel chacune, ou de 16 lampes d’un bec Carcel chacune. 11 y a déjà plus d’une année que 120 lampes du même système sont employées à bord du vapeur Columbia qui fait le service entre San Francisco et Portland (Oregon). La campagne qui avoisine le laboratoire de Menlo-Park est éclairée chaque soir par 800 lampes sur une surface rectangulaire de 1800 mètres de longueur sur 800 mètres de largeur. Tous les samedis, les ingénieurs d’Edison procèdent à des mesures simultanées de photométrie et de dynamométrie.
- GÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE
- Production artificielle de pisolithes et d'oolithes calcaires. — M. Derennes, chimiste au chemin de fer du Nord, a bien voulu, avec un empres-
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- LÀ NATURE.
- sement dont je tiens à le remercier, me communiquer d’intéressants échantillons de calcaire globulaire obtenus dans les circonstances suivantes : La Compagnie du Nord voulant purifier des eaux calcarifères destinées à l’alimentation des chaudières à vapeur, a eu l’ingénieuse idée de les traiter par de l’eau de chaux, dont la concentration est précisément calculée d’après la teneur en calcaire du liquide à purifier. Les liquides se mélangent dans de vastes réservoirs où ils arrivent par des tuyaux parallèles entre eux et, par conséquent, avec un mouvement de remous très accentué. La transformation du bicarbonate de chaux en carbonate neutre se faisant ainsi avec accompagnement de la gyration, le sel insoluble qui se précipite, au lieu de se déposer à l’état de boue amorphe, se concrète en globules, dont la grosseur est strictement réglée par la vitesse des courants. Ils sont uniformes pour une même opération, mais ils diffèrent beaucoup d’une opération à l’autre, et leur diamètre peut varier ainsi de moins d’un millimètre à 1 centim. 1/2.
- La surface extérieure, lisse chez les petits globules, est rugueuse chez les gros.
- A l’œil nu, on voit déjà sur les globules moyens et gros, qu’ils sont formés de couches concentriques régulièrement superposées. Mais si on taille suivant un de leurs grands cercles une lame suffisamment mince pour être complètement transparente, on reconnaît que le nombre des couches est rable et que ces couches régulières (A). Au microscope on s’assure qu’elles ont environ 0mm,007 d’épaisseur (B).
- L’observation dans la lumière polarisée fait voir que la substance calcaire est partout cristallisée, et la question était de savoir si le carbonate avait pris la forme de l’aragonite ou celle de la calcite. C’est cette dernière solution qui est la vraie. La densité des globules, égale à 2,58, est comparable à celle des variétés ordinaires de calcite. 11 est probable que si on recommençait l’opération à chaud, dans les mêmes conditions, c’est à de l’aragonite qu’on donnerait naissance.
- Sans insister ici sur les applications géologiques possibles de ce procédé de formation des oolithes et des pisolithes calcaires, j’ai cru intéressant de le signaler aux lecteurs de la Nature.
- A et B. — Pisolithes et oolithes calcaires produites artificiellement. — A. Aspect extérieur et coupe des pisolithes. — B. Détail de structure interne vu au microscope.
- C et D. —- Cristaux de chaux anhydre obtenus artificiellement. — C. Cristaux vus au microscope dans la lumière naturelle. — D. Cris taux vus au microscope dans la lumière polarisée. Les marges actives sont constituées par de la calcite épigène.
- extrêmement considé-sont remarquablement
- Sur des cristaux de chaux anhydre. — Nos lecteurs savent déjà comment de la pierre calcaire soumise pendant dix-huit mois à la température de près de 1000 degrés que fournit le four coulant de M. Le-roy-Desclosages, a donné naissance à de la chaux anhydre parfaitement cristallisée. Ils verront aujourd’hui avec intérêt les dessins ci-joints C et I).
- La. figure C les montre tels qu’ils apparaissent à un grossissement de 500 diamètres et l'on sera frappé de leur analogie d’aspect avec les grains du sel de cuisine. Ce sont, en effet, des cubes, souvent parfaits et absolulement inactifs sur la lumière polarisée, comme il convient à une substance du premier système cristallin.
- Toutefois, il est très rare que les cristaux qui nous occupent soient absolument inactifs. Le plus ordinairement, quand les deux niçois sont croisés de façon à produire l’extii.clion, les cristaux fournissent l’apparence représentée en î). C’est-à-dire que, pendant que la portion centrale est tout à fait inactive, on voit sur les marges des zones qui rallument très énergiquement la lumière.
- Le phénomène s’explique par la carbonatation lente de la chaux anhydre sous l’influence de l’air; les couches externes de chaque cristal passent à l'état de carbonate de chaux ou spath d’Islande, lequel, comme on sait, est doué d’une activité très grande sur la lumière polarisée. Cette transformation qui se fait avec maintien de l’étal cristallin, n’amène pas une modification générale de la forme des cristaux et le produit final de la carbonatation est du calcaire à forme cubique, ou, suivant l’expression minéralogique : épigène. Comme la molécule du spath est de forme tout à fait différente de la molécule de chaux, la conservation de la forme du cristal n’est pas absolue, et l’on remarque sur les arêtes du cristal épigénique des rainures correspondant à une perte de substance, et qui sont très visibles par exemple sur le cristal de gauche de la figure D.
- Jusqu’à présent, on ne connaissait la chaux anhydre qu’à l’état amorphe; l’expérience qui la produit , donnerait sans doute naissance aux autres oxydes terreux et même aux oxydes alcalino-terreux également cristallisés.
- Stanislas Meunier.
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- UNE NAINE EXTRAORDINAIRE
- LA PRINCESSE PAULINA A PARIS
- On n’a jamais vu, je crois, de naine plus parfaitement naine que celle qu’on expose depuis quelque temps à Paris sous le nom de princesse Pati-lina.
- Elle n’a que 58 centimètres de haut ; il est vrai aussi qu’elle n’a que quatre ans. d’est bien jeune, et il est probable qu’elle grandira un peu.
- Cependant, un nouveau-né a, en moyenne, 50 centimètres de haut, et serait, par conséquent un colosse à côté d’elle.
- L’effet qu’elle produit, quand on la voit, est très inattendu.
- C’est en ce moment au cirque Fernando qu’on la montre au public; il paraît que Robert Boudin veut s’en servir à son tour pour l’escamoter. Je ne sais si le public pourra la considérer à son théâtre aussi bien que dans le cirque de la rue des Martyrs, où elle se promène successivement à toutes les galeries, de façon que tous peuvent la voir de près, et même causer avec elle, cela à une condition assez dure pourtant, cest de savoir le hollandais, car elle est Hollandaise. Elle est née sur la frontière de la Belgique et des Pays-Bas, à quelques kilomètres d’Anvers.
- C’est une véritable petite poupée vivante; sa tète, quoique petite (elle a 58 centimètres de circonférence), est grosse pour son pauvre petit corps ; elle a un tout petit visage pâlot dont les traits sont déjà formés, ses yeux bleus ne manquent pas d’intelligence ; une jolie chevelure, peu fournie, mais très blonde et très fine et légèrement bouclée, flotte
- autour de sa tête. Ses dents sont en très bon état. Son indice céphalique est de 80,8, sauf correction nécessaire, puisque la mesure a été prise sur le vivant; elle est très remuante, quoique sa marche soit difficile et embarrassée ; de sa petite voix fluette, elle parle souvent en flamand, et aime assez, m’a-t-on dit, les jeux de son âge.
- Elle marche très mal, et ma première pensée
- était qu’elle était mal conformée. 11 paraît que sa colonne vertébrale est normale, mais ses petites jambes maigres n’ont pas la force de la supporter, en sorte qu’elle marche toujours les membres à moitié pliés. Encore u’est-elle arrivée à se soutenir seule que depuis quatorze mois.
- M. Manouvrier, préparateur au laboratoire d’An-thropologie, a mesuré avec moi la longueur de ses membres, et nous publierons ces mesures dans les bulletins de la Société d'anthropologie, mais on n’a découvert devant nous que ses membres, et nous n’avons pu examiner l’état de sa colonne vertébrale.Ses membres sont assez bien conformés, quoique ses pieds soient légèrement déjetés en dehors; mais ils sont maigres et peu musclés; son mollet, dans sa partie la plus forte, a 9 centim. 8 de circonférence ; si l’on songe que l’annulaire d’un homme moyen a une circonférence de 7 centimètres environ, on jugera de l’exiguïté de cette malheureuse petite jambe.
- Elle est le septième enfant de ses parents, qui, bientôt, en auront un huitième ; ses lrères et ses sœurs sont de taille normale ; elle est née au terme ordinaire, et déjà extraordinaire par sa petite taille ; elle n’avait pas grandi depuis sa naissance jusque
- La petite princesse Paulina et son père (d’après nature).
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- LA NATURE.
- dans ces derniers temps, où elle a gagné en hauteur deux travers de doigt. Son poids est, m’a-t-on dit, de six livres et demie.
- Elle jouit d'une bonne santé et dort dix ou onze heures par nuit ; mais son petit cœur bat avec une grande rapidité. Comme elle remue toujours, il est très difficile de lui tâter le pouls ; appliquant mon oreille sur sa poitrine, j’ai compté une centaine de pulsations par minute ; chez les nouveau-nés, ce nombre s’élève ordinairement à cent vingt. Il est remarquable qu’ayant été atteinte d’une coqueluche, elle ait pu résister à cette maladie.
- L’aspect général que présente cette petite naine fait penser de suite aux enfants athreptiques, qui ne profitent pas de ce qu’ils mangent. Cet extérieur chétif est heureusement corrigé par une physionomie relativement assez mobile et assez gaie. Un des assistants lui ayant donné une petite poupée, elle l’embrassa avec transport et parut très heureuse de la posséder. , ‘ s
- Jacques' Bertillon.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Parla. — Séance du vendredi, 25 février 1881. — Présidence de M. Grimaux.
- — M. Réinont expose les recherches qu’il-a faites relativement à la perte de poids qu’éprouve le platine chauffé avec du noir de fumée; celui-ci renferme alors une forte proportion de platine. — M. Schützenberger rappelle qu’il a déjà fait connaître des résultats analogues dans des recherches entreprises avec M. Colâon et que celui-ci continue. 11 y a transport du platiné:’—M. Ré-mont indique ensuite un mode de séparation rapide de l’étain et de l’antimoine par l’acide chlorhydrique à froid.
- — M. Étard décrit les propriétés de la,base qui se produit dans la distillation de la glycérine jayec le chlorhydrate d’ammoniaque; il'en a établi la çpqiposition et la représente par la formule C6Il9ÀzO. —M. Œchsney^ a( obtenu une lutidine bouillant à 165°, ^quMui a fourni par oxydation l’acide nicotinique ; il en décrit les propriétés et indique les nombreuses bases qu’il a pu retirer des produits de la distillation sèche de la eihchonine. ~ M, Grawitz a obtenu un noir d’aniline inverdissable en employant un mélange d’un sel de fer et d’aniline, puis en faisant agir le chlorate de potasse, tandis que tous les noirs au chromate sont verdissables. La théorie actuellement admise ne permet pas de se rendre compte de la formation du noir. — M. Moissan a obtenu le protochlo-riire de chrome en chauffant au rouge du sesquichlorure de chrome et du chlorhydrate d'ammoniaque. M. Chap-puis constate que l’ozone détruit les germes atmosphériques. — M. Grimaux présente, au nom de M. Petrieff, les premiers résultats d’un travail entrepris par ce savant pour déterminer la constitution de l’acide maléique et de l’acide fumarique. M. Petrieff a fait réagir l’acide hypochloreux, le cyanogène sur ces deux acides, et a obtenu des dérivés isomères dont il a étudié les réactions et les produits de transformation.— M. Friedel, au nom de M. Camille Vincent, annonce que ce dernier, en faisant réagir l’acide acétique sur le benzhydrol, a otenu un dérivé cristallisé en prismes orthorhombiques.
- SOCIÉTÉS SAVANTES ÉTRANGÈRES
- Société Royale de Londres. — Séance du 5 février 1881. —• M. le professeur Owen donne lecture d’un travail relatif à l'histoire d’un grand lézard fossile australien (Meg Mania prisca). Les matériaux de cette étude lui ont été transmis de King’s Greek, dans le Queensland.
- Académie des sciences de Vienne. — Séance du 17 février 1881. — M. le professeur Sehiharda présente, au nom de M. Henry Brady, une note sur les Fo-raminifères arctiques, obtenus pendant les sondages opérés par l’expédition polaire austro-hongroise de 1872 à 1874. Nous citerons, parmi les autres communications, celles de M. Brücke sur des composés acides obtenus par l’oxydation de l’albumine, et de M. Rohon sur VAm-phioxus lanceolatus.
- Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg.
- — Sommaire du dernier bulletin. — Docteur F. Mora-witz : Description des espèces de la famille Apides, rapportées de l'Asie centrale. — Ph. Owslannikow et W. Weliky : De l’innervation des glandes salivaires. — A. Brandt : Quelques espèces de Crustacées de la Méditer— rannée appartenant aux genres : Stenorhynchus, Achaeus, Inachus, Herbstia et Pisa. — G. J. Maximowicz : Diagnoses des plantes nouvelles de l’Asie. III. — B. Dorn : Sur les monnaies des Ilkes ou anciens khans de Turkestan. — Docteur F. A. Forel : Les échantillons de limon dragués en 1879, dans les lacs d’Arménie.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau dictionnaire de géographie universelle, par Vivien de Saint-Martin. 15e fascicule, Euro-Foug. 1 broch. in-4°. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Atlas universel de géographie moderne, ancienne et du moyen âge, par Vivien de Saint-Martin, 5° livraison, comprenant Iles Britanniques et Monde connu des anciens, magnifiques cartes gravées sur cuivre. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Les Voyages et découvertes de Paul Soleillet dans le Sahara et dans le Soudan, racontés par lui-même, rédigés sur . ses carnets et sténographiés sur ses conversations, par Jules Gros, avec une préface de E. Levasseur, de l’Institut. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque d'Aventures et de Voyages. Paris, Maurice Dreyfous, 1881.
- L'Homme et Dieu. Méditation physiologique sur l'homme, son origine et son essence, par J. M. A. Péuot. 1 vol. gr. in-8°. Paris, J. Strauss, 1881.
- CHRONIQUE
- Chemin de fer transcontinental en Australie •
- — L’établissement d’une voie ferrée qui relie le nord et le sud de l’Austrtdie, est sur le point de devenir un fait accompli : le résultat le plus important de cette grande entreprise sera de réduire à trente jours la durée du voyage d’Angleterre à Sydney. Le tronçon principal est déjà achevé dans la direction du Nord ; il part de Brisbane et s’étend sur une longueur de 507 kilomètres; pour arriver à atteindre le golfe de Carpentarie, il y a en ligne droite au moins 1560 kilomètres à construire. La ligne toucherait en route le chemin de fer important de Rochampton
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- Emerald-Town ; il reste encore quelques vides à remplir entre Brisbane et Sydney, entre Sydney et Adélaïde, pour que le réseau ne présente aucune solution de continuité. On établira ainsi, dans toule la largeur de l’Australie, une voie ferrée traversant les régions les plus peuplées, et reliant les principales villes, à l’exception de celles de la côte occidentale. La colonie de Queensland paraît avoir pris à cœur l’exécution de ce grand travail : un acte a été passé autorisant la construction, et un syndicat a reçu les pouvoirs nécessaires, à la condition qu'il lui serait alloué, entre autres privilèges, 2000 hectares . de terre par kilomètres de voie ferrée.
- Transmission de la force par l’électricité. —
- A la fonderie de Ruelle, on se sert couramment d'une perceuse mue par l’électricité. La machine réceptrice, rapidement montée sur un petit chariot de service, est bientôt amenée près du point où l’on en a besoin. L’outil est relié à la machine au moyen d’une transmission flexible. Les deux machines, machines Gramme à lumière, type d’atelier, sont réunies par des câbles pour la lumière. Comme la même machine peut avoir à travailler des métaux de diverses duretés, il y a sur le chariot une sorte de petite boîte de bobines de résistance, lesquelles sont intercalées dans une dérivation établie entre les balais. Au moyen d’un commutateur, on introduit la résistance voulue pour réduire la vitesse de l’anneau, et, par suite de l’outil, sans recourir à la machine motrice, située quelquefois pssez loin. D’après la Lumière électrique, on a percé de la fonte à raison de 5 et 4 millimètres par minute, pour des trous de 20 millimètres. Pour l’acier, l’outil travaillait horizontalement, et l’arrosage n’était pas commode dès que le trou était un peu profond. Aussi les résultats seront plus faibles que pour la fonte, tant qu’on n’aura pas de mèches spéciales. En somme, grande commodité et grande rapidité d’installation dans tous les cas. On s’est servi également de la force électrique pour l’épuisement d’un batardeau, concurremment avec d’autres pompes. La pompe ainsi actionnée était du système Brotherhood. Elle donnait 200 à 500 litres par minute, suivant le nombre des machines-outils embrayées à chaque instant par la même turbine. La distance entre les deux machines était de 250 mètres.
- Combats de Fourmis. — M. A. Miller rapporte dans VAmerican Naturalist, d’assez curieux détails observés par lui dans un combat de fourmis. Les adversaires en présence étaient deux colonies de fourmis rouges. L’armée victorieuse se composait de plusieurs milliers de fourmis de moyenne taille. Les vaincus appartenaient à une espèce beaucoup plus grande, mais ils étaient moins nombreux. Après une résistance désespérée, ils furent délogés de leur fort.
- Les grandes fourmis étaient entraînées chacune par quatre ou cinq petites, qui s’attachaient à leurs antennes et à leurs pattes. A peu de distance de la fourmilière, elles étaient mises en liberté par les petites fourmis, qui toutes, sauf une, retournaient prendre part au combat. Celle-ci. cependant, faisait face à sa captive pendant quelques moments, puis, lui saisissant les antennes, elles les tirait à plusieurs reprises. Après une pause d’un instant, elle répétait son mouvement avec plus d’énergie ; puis, si la grosse fourmi n’y répondait pas, elle la secouait plus vigoureusement. Alors celle-ci, se penchant en avant, faisait sortir de sa bouche une goutte de liqueur sucrée que la petite fourmi s’empressait de boire, après quoi elle relevait sa captive, et parlait à son tour. Ce manège se répéta bien des fois pendant la bataille. Quelquefois, la
- grande fourmi cédait son nectar dès les premières sollici talions. La lutte paraissait n’avoir pas d’autre but que la conquête de cette liqueur sucrée contenue dans l’estomac des prisonnières. Après une semaine, les captives furent libérées ; elles partirent en corps, et ne revinrent pas. Il est probable qu’elles restèrent ainsi détenues ; jusqu’à ce que leur provision de nectar fût épuisée.
- M. Jamin, membre de l’Académie des sciences, professeur de physique à l’École Polytechnique, a été nommé commandeur de la Légion d’honneur.
- — Les conférences d’astronomie populaire ont commencé le dimanche 13 février 1881 à l’Observatoire du Trocadéro. M. Léon Jaubert les continue tous les dimanches à 2 heures.
- — L’Assemblée générale du Club Alpin français se réunira le 28 avril 1881, en l’hôtel de la Société de Géographie.
- — La Société générale des Téléphones vient de y installer à Bordeaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 14 mars 1881. Présidence de M. Becquerel.
- La séance s’est composée de trois parties successives : 1° un discours de M. le Président ; 2“ la proclamation des prix décernés pour 1880 et des sujets de prix proposés pour les années suivantes ; 3° enfin l’éloge historique de Régnault par M. J. B. Dumas.
- M. Becquerel a commencé par payer un tribut de justes regrets à la mémoire de M. Michel Chasles, l’illustre doyen de la section de géométrie, mort si récemment. 11 s’est ensuite attaché à faire ressortir l’intérêt de plusieurs des travaux récompensés cette année. Il a terminé en saluant l’achèvement des Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de l'homme et des animaux, de M. Milne Edwards, œuvre capitale, comprenant quatorze volumes, et qui fera époque dans l’histoire des sciences naturelles. Voici la liste des savants récompensés :
- Géométrie. — Grand prix des sciences mathématiques : Ce prix est décerné à M. Halphen; deux mentions très honorables sont accordées à M. Poincaré et à un auteur anonyme.
- Mécanique. — Prix Poncelet : à M. Léauté. — Prix Montyon : à M. Cornut. — Prix Bordin : non décerné, mais M. Lan reçoit une récompense de 1500 francs.
- Astronomie. — Prix Lalande : à M. Stone. — Prix Valz : à M. Tempel.
- Physique. — Prix Vaillant : non décerné, mais une récompense de 5000 francs est accordée à M. Ader.
- Statistique. — Prix Montyon : à M. Ricoux. Une men tion très honorable est accordée àM. Marvaud et une mention honorable à M. Pamard.
- Chimie. — Prix Jecker : à M* Demarçay.
- Géologie. — Prix Bordin : deux prix sont décernés, l’un à M. Gosselet, l’autre à MM. Faisan et Chantre. Une mention honorable est accordée à M. Collot.
- Botanique. — Prix Barbier : à M. Quinquaud. — Prix Desmazières : non accordé, mais un encouragement de 1000 francs est donné à M. Lamy de la Chapelle. — Prix de la Fons-Melicocq : à M. Éloy de Vicq.
- Anatomie et zoologie. — Prix Savigny : à M. Grandidier. | — Prix Thore : à M. Vayssière. Un prix non décerné
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- dans une des années précédentes est en outre accordé à M. Émile Joly.
- Médecine et chirurgie. — Prie Montyon. Trois prix sont décernés : 1° à M. Charcot, 2° à M. Jullien, 3° à M. Sappey. Il y a trois mentions honorables pour MM. Cha-tin, Gréhant et Guibout et des citations honorables pour MM. Leven, Manassei, Masse, Nepveu, Rambosson et Tru-met de Fontarce. — Prix Brêant : à M. Colin. — Prix Godard : à M. Segond. — Prix Dusgate : non décerné, mais des encouragements sont accordés à M. Onimus, à M. Peyraud et à M. Le Bon, — Prix Boudet : à M. Lister.
- Géographie physique. — Prix Gay : non accordé. M. Delage et M. Chèvremont reçoivent chacun un encouragement.
- Physiologie. — Prix Montyon : à M. Bonnier.
- Prix généraux. — Prix des Arts insalubres : non accordé; une récompense de 1500 francs est donnée à M. Birckel. — Prix Tremont : à M Vinot. — Prix Gagner : à M. Jacquclain. — Prix Delalande-Guérineau : à M. Jean Dupuis — Prix Laplace : à M. Termier.
- L’éloge de Régnault, par M Dumas, est l’un des plus beaux morceaux de littérature académique que nous ayons jamais entendu. Jamais l’éloquent écrivain n’a trouvé d’expressions plus heureuses, d’images plus saisissantes. Il suffira ici de citer ce passage de son exorde :
- « Parmi les savants dont les travaux ont pris une place éminente dans nos annales, il n’en est aucun dont la vie ait offert les contrastes qu’on rencontre dans celle de Régnault. Quand la fortune semblait lui sourire et l’accabler de ses dons, au fond toujours irritée et menaçante, elle se réservait de le traiter en marâtre et de le dépouiller de toutes ses faveurs par le plus sauvage des retours. 11 y a vingt ans, entouré d’une famille nombreuse, au milieu de laquelle brillait, dans tout l’éclat de sa renommée naissante, le jeune artiste dont la France en pleurs a consacré la mémoire héroïque, Régnault avait vu, coup sur coup, disparaître tous les siens ; doué de la raison la plus ferme, il avait senti son intelligence s’obscurcir ; habile à tous les exercices du corps, infatigable même, il venait naguère vers nous, affaissé sous le poids d’une vieillesse prématurée, soutenu par un bras charitable et traînant des membres impuissants que la volonté ne dirigeait plus. Entré dans la vie par un chemin difficile et rude, il avait rapidement conquis tous les honneurs, amassé tous les biens, connu toutes les joies; victime d’une fatalité implacable, il descendait avec la même hâte fiévreuse, toutes les étapes de la voie douloureuse. On dirait que deux divinités rivales se rencontrant près de son berceau, tandis que l'une lui promettait tous les succès, l’autre le condamnait à tous les revers. »
- D’unanimes applaudissements ont souligné une foule de passages de cette magistrale étude.
- Stanislas Meunier.
- ANÉMOMÈTRE DE VOYAGE
- Le météorologiste en campagne peut facilement se rendre exactement compte de la température au moyen d’un thermomètre fronde; de l’état hygrométrique de l’air, à l’aide d’un thermomètre à boule mouillée ; il lui est aisé de mesurer aussi la pression atmosphérique avec un bon baromètre Fortin ; mais il lui est jusqu’ici très difficile d’ap-
- précier la vitesse du vent, faute d’un instrument de mesure commode à transporter.
- Un habile physicien anglais vient de construire un anémomètre qui remplit très bien ces conditions. Le petit appareil est représenté ci-dessous en grandeur d’exécution ; l’anémomètre proprement dit, est formé d’ailettes en aluminium d’une grande légèreté tournant autour d’un axe, et protégées par un anneau extérieur de même métal. Les ailettes sont exposées au vent, dans le sens de sa marche ; elles tournent avec plus ou moins de rapidité, suivant la vitesse du courant aérien qui les fait agir, et le nombre de tours est indiqué sur un cadran, où se meuvent plusieurs aiguilles. La première aiguille donne les tours, la deuxième indique les dizaines
- Petit anérnomètni de voyage (grandeur d’exécution).
- de tours, la troisième les centaines de tours, etc. Une échelle indicatrice spéciale, gravée sur les ca-draus, indique en même temps la vitesse du vent calculée en mètres à la seconde, correspondante au nombre de rotations de l’hélice. L’expérience doit être faite pendant un espace de temps déterminé. Cet élément est mesuré à l’aide d’un sablier qui fonctionne pendant une minute. Quand on commence l’expérience, on retourne le sablier ; lorsque le sable est écoulé, on enferme le petit anémomètre dans la boîte qui le contient, et on procède à la lecture des divisions.
- L’appareil est fixé sur un pied en cuivre, auquel est adapté un anneau solide qui permet de le fixer à l’extrémité d’une canne de voyage.
- Le propriétaire~gérant : G. Tissandier.
- Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
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- Si» 408
- 20 MARS 1881
- LA NATURE
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- TROMBES OBSERVÉES À TOULON
- LE 28 FÉVRIER 1881
- Après line période de vingt jours de temps variables et pluvieux avec une prédominance des vents d’Est et de Nord-Est, extraordinaire en février dans notre région, nous avons eu la renverse, c’est-à-dire la brusque invasion du Nord-Ouest ou mistral. Le 27 février, de grands cumulus apparaissaient derrière la chaîne montagneuse de la Sainte-Baume,
- qui s’étend entre Marseille et Toulon, et annonçaient l’affaiblissement des vents d’Est qui soufflaient encore frais sur le littoral. Le 28, vers quatre heures de l’après-midi, la lutte des deux vents contraires présentait sur notre côte un spectacle remarquable. A l’Est, s’amassaient vers la colline Noire des couches d’cpais nuages déchiquetés à leur bord inférieur; ils étaient poussés par le vent de Sud-Ouest, qui régnait déjà dans les hautes régions de l'atmosphère, pendant que dans les basses régions des couches plus légères suivaient encore l’impulsion du vent d’Est. Sous l’influence de ces.cou-
- Trombes formées en mer en vue de Toulon, le 28 février 1881 (d’après un croquis de M. F. Zurcher).
- rants contraires, deux trombes se formèrent successivement non loin de la côte, dans la couche nuageuse supérieure, tendant à descendre vers la zone où cessait le vent d’Est. La première formait une mince colonne qui s’amincissait en se courbant jusqu’à une petite distance de la mer, où nous distinguions très bien le bouillonnement tourbillonnaire de vapeurs blanchâtres qu’on a nommées le buisson. La seconde, plus courte mais d’un plus grand diamètre, descendait en ligne droite d’un cône à large base, et plongeait aussi dans un épais tourbillon d’écume s’élevant plus haut que celui de la première trombe. Toutes deux, se dirigeant vers le Nord-Est, disparurent en atteignant la côte dans la coupée d’une vallée s’ouvrant sur la plaine de La Garde. En d’autres circonstances ana-9e année. — 1er semestre.
- logues, des trombes ont souvent passé par la même coupée, mais, d’après les indications que nous avons pu réunir, celles que nous avons observées se sont dissipées en atteignant la côte, sans y causer de dégâts.
- Pendant la nuit, des nuages orageux venant de l’Ouest ont passé rapidement, accompagnés de quelques violents coups de tonnerre, indiquant probablement l’action de l’électricité atmosphérique sur le phénomène dont nous venions d’être témoins. A la suite de ce court orage, le mistral s’est établi, et s’est mis à souffler fortement avec un ciel clair et un refroidissement marqué de la température.
- Toulon, 10 mars 1881
- F. ZüRCHER.
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- LA NAT U UE.
- LES CAUSES
- 1)ES
- PHÉNOMÈNES PIIÛTOPHONIUUES
- Faut-il chercher dans la chaleur ou dans la lumière la cause des phénomènes photophoniques? Telle est la question qui se pose actuellement à propos de la merveilleuse découverte de M. Graham Bell. Le photophone est-il réellement un photophone ou un thermophone? 11 n’y a là en réalité qu’une simple querelle de mots sans grande importance. En effet, les expériences de M. Bell se rapportent à deux ordres de phénomènes bien distincts :
- 1° L’action d'un rayon (lumineux ou calorifique) rapidement interrompu et venant frapper des lames solides qui reproduisent un son musical dont la hauteur dépend du nombre d’interruptions ; c’est le photophone musical.
- 2° L’action d’un rayon (lumineux jusqu’ici) d’intensité variable, ondulatoire, pour employer l’expression technique, sur du sélénium convenablement préparé et produisant des .changements de résistance électrique qui se traduisent en sons articulés dans un téléphone ; c’est le photophone d’articulation.
- Les expériences récentes entreprises par MM. Mercadier et Tyndall, le premier sur les corps solides, le second sur les gaz et les vapeurs, expériences sur lesquelles nous reviendrons en détail lorsque l’ensemble des travaux de ces deux éminents physiciens sera publié, ne se rapportent qu’au premier phénomène, celui qui a donné naissance au photophone musical. Au point de vue purement photophonique, elles prouvent seulement une chose, c’est que les radiations obscures agissent sur les solides, les gaz et les vapeurs et leur font reproduire des sons. Il faudrait cependant, pour supprimer le nom de photopho-niques appliqué aux phénomènes de cette nature et lui substituer le nom de thermophoniques, établir une distinction absolue entre la lumière et le chaleur, ce qui est impossible dans l’état actuel de nos connaissances. De même que l’échelle des sons n’est pas la même pour tout le monde, et que le chant du grillon n’est pas entendu par tous, à cause de son acuité, de même, certaines radiations, lumineuses, ou plutôt visibles, pour les uns, ne le sont pas pour les autres. Celte distinction entre la lumière et la chaleur est donc plutôt physiologique que physique.
- Les radiations ne sont lumineuses ou calorifiques que par les effets qu'elles produisent, et, en particulier, ne sont lumineuses que par les effets qu’elles produisent sur l’œil, dont l’échelle de perception diffère d’un individu à l’autre. C’est là une distinction purement subjective.
- Quant au deuxième phénomène, c’est-à-dire l’action de la lumière sur la résistance électrique du sélénium, action sur laquelle repose le principe du photophone d’articulation, les expériences faites jusqu’ici sont trop contradictoires pour qu’on en puisse tirer une conclusion.
- Il convient d’attendre avant d'attribuer à la chaleur les effets produits sur le sélénium, que M. Mercadier ait terminé les expériences qu’il a entreprises tout dernièrement sur ce point.
- Si l’on se rappelle, d'autre part, que le photophone d’articulation a fonctionné à 215 mètres de distance, et si l’on tient compte de la puissance d’absorption de l’atmosphère, on peut se demander dans quelle mesure peut se produire l’action de la chaleur rayonnante — au sens ordinaire du mot — à cette distance ?
- On sait qu’une radiation quelconque, eu traversant un prisme, se décompose, suivant la nature des mouvements vibratoires qui la produisent : les plus rapides sont dits rayons chimiques et agissent sur les substances photogéniques, les plus lents sont dits calorifiques et agissent sur le toucher, les rayons moyens sont dits lumineux et agissent sur l’œil.
- Quelle est la nature des radiations qui agissent le plus énergiquement sur la résistance électrique du sélénium? C’est ce qu’aucune expérience précise n’a encore pu nous apprendre.
- 11 convient donc, jusqu’à nouvel ordre, de ne pas rejeter le mot photophone pour lui substituer le mot thermophonc, dont l’exactitude ne nous parait aucunement prouvée.
- Suivons l’exemple dcM. Mercadier, qui désigne simplement sous le nom de radiophonie l’ensemble des phénomènes dans lesquels les radiations, soit calorifiques, soit lumineuses, souvent même toutes les deux à la fois, reproduisent des sons : on pourra ensuite distinguer, dans chaque cas particulier les sons photophoniques, c’est-à-dire les sons produits par des radiations d'amplitude moyennes, des sons thermophoniques ou sons produits par des radiations de petite amplitude.
- Cette distinction pourrait encore nous entraîner un peu loin puisqu’il faudrait aussi faire place aux sons chimico-phoniques, c’est-à-dire aux sons produits par les radiations de grande amplitude, dans lesquelles la chaleur n’est pas sensible, et qui produisent surtout des effets chimiques.
- Le photophone de M. Graham Bell, et tous les appareils construits depuis, sont, en résumé, des radiophones, c’est-à-dire des appareils qui, suivant l’expression fort juste de M. AV. H. Preece, transforment en sons l’énergie rayonnante ou l’énergie de radiation {radiant energij), et l’on doit adopter ce nom général, sans trop ergoter sur les mots, puisque le plus souvent les trois sortes de radiations, chimiques, lumineuses et calorifiques concourent à la production du phénomène.
- Quoi qu’il en soit, le photophone d'articulation de M. Bell a été fort justement appelé ainsi par son inventeur, car cet appareil transmet la parole à distance par l’intermédiaire d’un rayon lumineux. E. H.
- El’ LA THÉORIE DU BAROMÈTRE
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences morales et politiques, M. Nourrisson a fait une très intéressante communication relative à une lettre de Descartes, dans laquelle le grand philosophe indique nettement le principe de la pesanteur de l’air, douze ans avant les expériences de Torricelli sur le baromètre. « Les couches d’air accumulées les unes au-dessus des autres, jusque par delà les nues, dit Descartes en 1631, font une grande pesanteur », et il explique l’expérience delà suspension du mercure dans un tube barométrique, en affirmant que le poids qui refoule la colonne de mercure est égal au poids de l’air qui pèse à la surface libre du métal liquide.
- Torricelli construisit le premier tube barométrique en 1645; c’est en 1647 seulement que Pascal exécuta les célèbres expériences du Puy-de-Dôme et de la Tour Saint-Jacques. 11 semblerait que c’est Descartes qui aurait suggéré à Fauteur des Pensées l’idée de ce mode d’expérimentation.
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- LÀ NATURE.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE (Suite. — Voy. p. 122.)
- LES FORMES ORIGINELLES DES VERS ANNELÉS ET DES ANIMAUX ARTICULÉS
- A chaque sorte d’animaux sociaux que nous avons étudiés jusqu’ici, nous avons vu correspondre des animaux solitaires ne formant jamais de colonies et semblables cependant, sous tous les rapports, à ceux qui vivent engagés dans ces sortes de sociétés. Nous avons même trouvé que les Trématodes ne sont autre chose que la forme solitaire des êtres qui se groupent en colonies linéaires pour constituer les Ténias et autres Vers cestoïdes. Ce serait une importante confirmation des conclusions auxquelles nous sommes arrivés relativement à la nature des Vers annelés et des animaux articulés, si nous pouvions démontrer qu’il existe des organismes complets qui correspondent exactement aux anneaux, segments, zoonites ou somites (tous ces termes sont équivalents), qui constituent le corps de ces animaux.
- Ces êtres existent réellement. On rapporte ordinairement à l'embranchement des Vers un certain nombre d’animaux ambigus que l’on ne saurait considérer cependant ni comme annelés, ni comme articulés, dont on a fait quelquefois des Zoophytes et dont l’organisation, difficile à comprendre quand on veut la comparer à celle des animaux appartenant à ces deux types, devient, au contraire, très simplement intelligible quand on la rapproche de celle d’un anneau d’Ànnélide ou d’insecte. 11 s’en faut, du reste, que ces animaux se ressemblent tous : il est aisé de voir que leurs formes diverses doivent d’une part descendre jusqu’au voisinage des Rhizopodes et d’autre part s’élever même au-dessus de la complexité organique que présentent les anneaux d’Annélides ou d’insectes, puisqu’en leur qualité d’animaux solitaires ils peuvent avoir à accomplir des actes dont l’exécution, chez les animaux sociaux, est répartie entre un certain nombre d’individus.
- A la base de cette série nous croyons devoir placer les Infusoires proprement dits, que l’on qualifie d’ordinaire d’Infusoires ciliés et à'Infusoires suceurs. Ces animaux ont été souvent considérés comme les équivalents de simples cellules ; mais de nombreuses observations conduisent à penser que ce sont réellement des êtres pluricellulaires, de véritables organismes. Outre leurs cils vibratiles, plusieurs espèces, les Oxytriques, les Stylonychies, les Uroleptus (fig. 1, n08 5 et 6), par exemple, possèdent des appendices locomoteurs soumis à la volonté et dont ils se servent comme de véritables membres; un assez grand nombre présentent sous leurs téguments une couche de bâtonnets qui paraissent ressembler beaucoup aux bâtonnets urti-
- 2M»
- eants des Turbellariés. Les Stentor (fig. 2, n° 7), les Spirostomes, les Vorticellcs (fig. 5, n° 1) sont pourvus de fibres contractiles analogues aux fibres musculaires. Les matières alimentaires ne pénètrent pas dans la masse de l’animal par un point quelconque du corps, mais par un orifice particulier comparable à une bouche. Chez les Enchelyodon, Prorodon, Chilodon, Nassula, cet orifice est suivi d’une sorte d’œsophage armé de baguettes cornées fonctionnant comme des dents. Dans cette partie du tube digestif, le Didinium nasutum (fig. 2, nos 1 à 6) tient en réserve des faisceaux de petites flèches microscopiques qu’il lance sur les animaux dont il veut faire sa proie; à ce singulier infusoire, M. Bal-biani a reconnu un tube digestif parcourant toute la longueur du corps et s’ouvrant au dehors à l’extrémité opposée à la bouche (fig. 2, n° 3).
- Chez les Stentor, les Vorticelles, les Ophridiens, on voit les résidus de la digestion être expulsés toujours par un même point du corps, ce qui suppose chez ces animaux un second orifice de l’appareil digestif; mais cet appareil paraît cependant être remplacé par une masse protoplasmique occupant toute la cavité du corps. Dans cette masse on remarque encore une vésicule contractile, souvent entourée de rayons étoilés (fig. 2, n° 8, v), qui sont probablement des rudiments de vaisseaux et qui chez les Stentor,Spirostomes, Stylonychies, etc., sont en rapport avec un appareil vasculaire bien évident. Enfin les organes qui existent chez tous ces animaux et que Siebold avait comparés aux nucléus et au nucléole des cellules, ne sont autre chose que les glandes de la reproduction sexuée.
- Ces organes prennent également une part active à la reproduction par scission, mais c’est d’une toute autre manière que le nucléus et le nucléole des cellules. Ils viennent se placer perpendiculairement au plan suivant lequel l’animal se divise, et se partagent en deux moitiés que chacun des individus nés de la division emportera avec lui (fig. 2, nos 4 à 6, et fig. 3, nos 2 et 3).
- L’orientation du plan de division est à son tour une confirmation qu’il n’est pas inutile de faire ressortir du rapport que nous avons précédemment indiqué entre la constitution d’une colonie et le mode d’existence de l’individu qui l’a fondé. Si cet individu se fixe, avons-nous dit, il donne naissance à une colonie irrégulière; s’il rampe sur le sol, il fondera une colonie linéaire. Or, parmi les Infusoires, il en est qui remplissent ces deux conditions : les Vorticelles se fixent (fig. 3, n° 1); elles se divisent longitudinalement, et dans certaines espèces, les individus résultant de cette division se groupent en colonies arborescentes : tels sont les Carchesium, les Zoothammium, les Epistylis (fig. 3, n° 4). La plupart des autres Infusoires rampent ou nagent ; ils se divisent par le travers (fig. 2, nos 4 à 6), de sorte que le nouvel individu se trouve à l’extrémité postérieure du premier et que tous les individus, s’ils demeuraient unis, former
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- raient une colonie linéaire semblable à celles des Turbellariés.
- Les Infusoires suceurs sont ainsi nommés en raison des longs appendices tubulaires qui leur servent à capturer leur proie et à humer les sucs nutritifs quelle contient : la plupart se fixent comme les Vor-ticelles, et les espèces qui vivent en colonies, comme les Dendrosoma, forment aussi des colonies arborescentes.
- De singuliers parasites des Ophiures et des Né-mertes, les Intoshia el les Rhopalura (lig. 4, n°l), étudiés par M. Giard, et qui semblent au premier abord segmentés, ont la forme d’animaux nelte-
- Fig. 1- — Infusoires. — 1 à 3. Podophrya fixa; forums diverses < paradoxus). — 5 et 6. Deux espèces d’Uroleptus (grossissement repos, chassant, mangeant et se divisant. — 7. Stentor Ræselii ment : 200 fois).
- tails les traits caractéristiques d’un anneau d’Anné-lide. Il en est de même des êtres composant la petite classe des Gastérotriches (fig. 4, n° 2), dont la forme rappelle celle d’un poisson microscopique et qui se meuvent à l’aide de cils vibratiles recouvrant leur région ventrale. L’œsophage de ces petits animaux présente une certaine anologie avec celui de certains Turbellariés et des Vers Nématoïdes. Aussi a-t-on considéré ces Gastérotriches comme les ancêtres communs des Rotifèrcs, des Turbellariés et des Nématoïdes ; cette dernière classe a pour type l’Ascaride lombricoïde, si commun chez les enfants. Elle comprend un grand nombre d’animaux vermi-formes dont les uns sont parasites et peuvent atteindre une très grande taille, tandis que d’autres, vivant en liberté, descendent à des dimensions presque
- ment cellulaires qui se rapprochent moins des Infusoires; par leur mode de reproduction ils rappellent les Trématodes et les Turbellariés.
- Bien au-dessus de ces animaux viennent prendre place les Rotifères (fig. 4, nos 5 et 4), qui peuvent se reproduire pendant l’été au moyen d’œufs non fécondés, mais ne se divisent jamais et ne produisent jamais de bourgeons. Leurs organes de mouvement sont des appendices céphaliques couverts de cils vibratiles qui les font ressembler à des larves céphalotroques d’Annéiides ; leur tube digestif, leur ganglion unique, leur paire d’organes rénaux (fig. 4, n° o, s) reproduisent jusque dans les dé-
- Fig. 2.
- lu la même espèce. — 4. Autre Infusoire suceur (Deiulrocometes 200 fois). — Fig. 2. — Infusoires. — 1 à 6. Didinium nasutum au en voie de division. — 8. Accouplement des Paramécies (grossisse-
- microscopiques. On ne distingue en eux aucune trace de segmentation, ni interne, ni externe; leur développement n’indique pas davantage une tendance à la formation par voie agame d’individualités distinctes ; l’absence totale chez eux des cils vibratiles indique une parenté avec les animaux articulés; mais ils ont surtout des affinités avec les Desmoscolex (fig. 5, n° o) et Echinoderes (fig. 5, n° 2), formes singulières et très inférieures, qui rampent au fond de la mer et sont annelées extérieurement ; quelques auteurs ont vu en eux des Grustacés très inférieurs; cette question de parenté ne pourra être tranchée que par l’embryogénie.
- Mais l’embryogénie amène souvent des surprises. On trouve assez fréquemment, nageant près de la surface de la mer, un petit animal, au corps al-
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- longé, terminé par une tète élargie, armée de crochets cornés fonctionnant comme des mâchoires, et
- pourvu Iatéra ement à sa partie postérieure d’une paire de petites nageoires latérales; c’est la Sagitta
- Fig- ô. Fig. 4.
- Fig. 5. — Infusoires. — 1. Vorticella nebulosa. — 2, 3. Division longitudinale de l'Epistylis nutans (d’après Balbiani).— 4. Colonie d'Epistylis nutans (forts grossissements).— Fig. 4. — Vers inférieurs. — 1. Rhopalura ophiocomæ. — 2, Gastérotriche (Chœtonolus maximns).— 3. Rotifères \Brachion plicalilisj, — 4. Melicerta ringens.
- (fig.5,n°l),dontona fait tantôt un Ver, tantôt un Mollusque, tantôt môme un Vertébré. L’embryogénie éloigne cet organisme de tous les groupes d’où on a voulu le rapprocher et en fait le type d’un petit groupe spécial; il n’est pas certain que la Sagilta soit un animal simple.
- Quelques naturalistes reconnaissent en elles au moins trois segments.
- Il ne nous reste plus, pour compléter cette énumération des êtres qui peuvent avoir servi de point de départ à des colonies linéaires, mais qui n’en sont cependant pas eux-mêmes, qu’à rappeler les Turbellariés. Il existe dans ce groupe deux formes de reproduction aga-me, l’une par simple division transversale qui a fourni les colonies de Mi-crostomes d’une part, les Cestoïdes de l’autre; l’autre par production de bourgeons internes qui semble, au premier abord,
- particulier aux Trémato-des et notamment aux Distomes. Là, on voit un individu de forme particulière désigné, suivant les cas, sous le nom de Sporocyste ou sous celui de Rédie, produire à son intérieur de petits êtres en forme de têtard, con-..i nus sous le nom de Cer-caires. Les Sporocystes et les Rédies sont généralement parasites dans les tissus d’un mollusque. Les Cercaires arrivés à maturité sortent des Mollusques, nagent librement pendant quelque temps, à l’aide de leur queue, puis pénètrent de nou-*-veau dans le corps d’un Mollusque ou d’une larve d’insecte aquatique. Là elles s’enkystent, perdent leur queue, et présentent alors l’apparence d’un jeune Distome. Si quelque animal vertébré, poisson, batracien, reptile ou oiseau, dévore l’hôte dans lequel elles sont emprisonnées, il digère le kyste,
- Fig. 5 — Vers inférieurs. — 1. Sagilta (Spadella) draco. — 2. Echinoderes Dujardim. — 3. Desmoscolex minutas (grossis 40 fois).
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- et le jeune Distome est mis en liberté dans son intestin. Par un singulier rapprochement, les Némertes, qui constituent la forme supérieure des Turbella-riés et qui atteignent parfois à une taille de plus d’un mètre, se développent par un bourgeonnement à l’intérieur d’une larve ciliée, de telle façon que le mode de formation de leurs tissus rappelle de loin le mode de bourgeonnement des Gercaires dans les Rédies.
- On voit, en résumé, que les formes simples se rattachant, de plus ou moins près, aux formes qui ont produit les diverses sortes de colonies linéaires, quoique nettement caractérisées, sont cependant assez peu nombreuses. Elles ne présentent entre elles que des liens assez lâches et on doit les considérer comme les derniers restes d’un groupe, sans doute très étendu jadis, dont un grand nombre de termes ont disparu, laissant entre ceux qui sont demeurés, de profondes lacunes. Ces formes libres pouvaient ne pas être très éloignées des formes fixées, telles que les Olynthus, les Hydres ou les larves de Rryozoaires, qui ont produit les colonies irrégulières.
- On peut réunir en un groupe unique, tous ces êtres qui n’avaient pas encore de type défini, qui ont produit en s’associant de façons diverses, les animaux supérieurs sur lesquels Cuvier a déterminé les caractères de ses embranchements. Ces êtres correspondent aux individus secondaires, aux parties qui constituent les animaux supérieurs ; on peut donc les désigner sous la dénomination générale de Mtrides G Ils sont caractérisés par ce fait qu’on ne peut trouver en eux d’individualité supérieure à celle des éléments anatomiques ou plastides, ils sont le produit de l’association immédiate de ces derniers. Nous désignerons de même sous le nom de Zoïdes8 les associations de Mérides qui forment, comme nous le montrerons bientôt, tous les organismes, depuis les Éponges composées jusqu’aux Vertébrés inclusivement.
- Edmond Perrier,
- Professeur-administrateur au Muséum d’histoire naturelle.
- — La suite prochainement. —
- LÀ VISION ET LA MÉMOIRE DES NOMBRES
- Les lecteurs de la Nature se rappellent peut-être un article que j’ai écrit l’an dernier, sur la faculté bizarre qu’ont, certaines personnes de voir les nombres dans un ordre singulier ou sous une forme extraordinaire. Cet article, dont j’empruntais les éléments à une communication faite à la Société d’Anthropologie par M. d’Abbadie, de l’Institut, à un article du journal anglais Nature, et même, jusqu’à un certain point, à mon expérience personnelle, a excité un certain intérêt. J’ai reçu, à ce sujet, une lettre curieuse qu’on lira plus loin,
- 1 Du grec pripoi, partie.
- * Du grcr Çoiov, animal.
- et que j’aurais déjà fait connaître aux lecteurs de la Nature, si je n’avais eu l’espoir d’en recevoir d’autres sur le même sujet, espoir qui s’est trouvé déçu.
- Voici la lettre qui m’a été adressée de Genève; elle est signée en toutes lettres et porte l’adresse précise de son auteur, que je remercie de son envoi :
- Monsieur,
- ....... Il me semble, comme à vous, que ces cas ne doivent pas être rares. J’en suis un exemple. Voici le tableau sous lequel se présentent à mon esprit les premiers nombres entiers :
- 116
- 1,tS
- %
- 7i
- 7°
- 6'i
- ' O
- ça
- 'Ci
- Au delà, plus rien de clair.— A quel âge ai-je commencé à me représenter ainsi les nombres? Je n’en sais rien. — Pourquoi sous cette forme plutôt que sous une autre? Je l’ignore. — Pourquoi le tableau s’arrête-t-il là? Sans doute parce que dans le calcul mental on ne dépasse guère cette région.
- Dans un ordre d’idées analogue, je puis vous faire part de la remarque suivante : Étant jeune, j’assimilais les sons aux couleurs, au moins quelques sons. Pour moi, un son grave était noir; moins grave, rouge; puis plus rien de distinct. A l’autre extrémité de l’échelle, un son aigu était jaune; très aigu, jaune clair.
- En vous adressant ces notes, monsieur, je vous laisse la liberté d’en faire ce que vous voudrez.
- L. L.,
- Professeur de mathématiques à Genève.
- On voit que M. L. L. présente justement un de ces phénomènes bizarres dont je parlais dans mon premier article, et quoiqu’il ne se rappelle pas à quel âge il a commencé à voir les nombres sous cette forme, il explique que dans son enfance il faisait entre les sons et les nombres des assimilations singulières, et rentrant dans le même ordre d’idées. On remarquera qu’il s’agit ici d’un mathématicien.
- La faculté d’avoir la vision des nombres ne semble d’ailleurs pas en rapport avec l’aptitude plus ou moins grande qu’on peut avoir pour les manier, les additionner ou les multiplier. Aussi est-ce en réalité un sujet tout différent que je vais aborder en parlant du jeune Inaudi, cet enfant italien que son aptitude à faire de tête d’énormes calculs, a | rendu célèbre.
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- LA NATURE.
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- Je n’ai pas l’intention de raconter l’histoire de cet enfant, dont les journaux ont parlé il y a près d’un an, et que nos lecteurs connaissent probablement. Mais M. Julien Yinson, professeur à l’Ecole des langues orientales, et auteur de travaux célèbres sur la linguistique, a noté, en observateur adroit, la façon dont Inaudi fait ses calculs. 11 a communiqué récemment le résultat de ses observations à la Société d’Anthropologie.
- Supposons, dit M- Yinson, qu’on ait demandé à cet enfant de multiplier 9876 par 525.
- Il voit d’avance qu’il aura huit chiffres dans le produit. Puis, commençant, dans sa tête, par la gauche (et non par la droite selon l’usage général), il multiplie 9 par 5, ce qui fait 27, nombre qu’il retient soigneusement. Ensuite, il multiplie le premier chiffre du multiplicateur par le second du multiplicande : 5x8 = 24. Et avant d’aller plus loin il additionne ses deux produits partiels, en reculant d’un rang le premier chiffre du second nombre :
- 2 700 000 240 000
- 2 940 000
- Il case dans sa mémoire le total, et poursuit l’opération par le même procédé : on peut représenter ainsi la suite d’opérations qui se font dans sa tête :
- 9x5=........ 2 700 000
- 8x5=.......... 240 000
- 2 940 000
- 5x7=.......... 21 000
- 2 961 000
- 5x6 ...... 1800
- 2 962 800
- Il continuerait de même, en prenant le chiffre suivant du multiplicateur, s’il n’avait occasion de simplifier son procédé, mais comme ce chiffre est 2, il trouve plus avantageux, d’après M. Yinson, de doubler de tête tout le multiplicande et de l’ajouter au premier produit partiel.
- De même, le dernier chiffre du multiplicateur étant 5 dans l’exemple choisi, l’enfant ajoute mentalement un 0 au multiplicande, puis le divise par 2.
- On voit que le procédé de calcul du jeune Jacques Inaudi est original, mais il n’a rien de surnaturel. 11 exige une mémoire peu commune, mais non pas cette intuition merveilleuse qu’on attribue (à tort sans doute) à plusieurs de ces individus célèbres par les calculs qu’ils savent faire de tête.
- Il est vrai que souvent ces calculateurs prodigieux répondent avec une rapidité remarquable aux problèmes qu’on leur pose. Jacques Inaudi n’est pas dans ce cas; il calcule exactement, mais plus lentement qu’on ne le ferait sur le papier par les procédés ordinaires. Il est vrai encore que cet enfant est à peu près illettré. M. Yinson trouve qu’on
- a exagéré son ignorance, cependant il ne connaît les chiffres que depuis peu de temps et il ignore les principes élémentaires de l’arithmétique : Broea n’a jamais pu lui faire comprendre qu’un nombre terminé par un 6 ne pouvait être le produit d’un nombre terminé par un 5.
- En somme, une mémoire extraordinaire paraît être la faculté la plus originale de cet enfant.
- Jacques BEivriLLON.
- L’ÉCLAIRAGE AU GAZ
- ET UES BECS INTENSIFS
- Le plus souvent les exigences croissantes de la civilisation provoquent les recherches et amènent les progrès industriels; d’autres fois, au contraire, ce sont les progrès qui créent les besoins et reçoivent des applications qui n’auraient même pas été soupçonnées quelques années auparavant.
- Les foyers lumineux puissants, intensifs, pour employer l’expression technique, ont traversé nécessairement ces deux phases, mais en sens inverse de l’ordre naturel, c’est-à-dire que le résultat acquis a devancé le besoin à satisfaire : ce qui n’était tout d’abord qu’un luxe est devenu un besoin, puis une exigeuee, et sera bientôt une nécessité absolument indispensable.
- L’origine des foyers lumineux puissants, à l’exception des feux de phares et de quelques rares applications industrielles, ne remonte qu’à trois années à peine, à l’origine des bougies Jablochkoff. A cette époque, la lumière paraissait trop éblouissante, fatigante même en dehors de ses vacillations et de ses changements de couleur, et par suite d’une application fort limitée. On s’y est vite habitué, et aujourd’hui il semble tout naturel d’employer ces foyers intenses. Le gaz n’a pas voulu rester en arrière en présence des progrès de la lumière électrique, et tandis que les électriciens cherchaient de leur côté la division de la lumière, les ingénieurs de la Compagnie du gaz s’efforcaient au contraire à multiplier la puissance des becs.
- Depuis deux ou trois ans, on a créé une vingtaine de types nouveaux destinés à produire des foyers variant entre cinq et vingt becs Carcel, mais il faut avouer que toutes les recherches ne furent pas heureuses, et que les progrès réalisés jusqu’à ces derniers temps étaient fort contestables. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur le diagramme représenté figure 1, qui indique le rendement lumineux des principaux becs imaginés ; la puissance lumineuse est portée en ordonnées, et la consommation correspondante en abscisses.
- 11 va sans dire que la puissance lumineuse varie avec la qualité du gaz, et que ces courbes se rapportent à un gaz de qualité moyenne, la même pour tous les becs.
- Dès 1845, Fresnel avait établi trois types de becs brûlant, par heure, 100, 140 et 200 litres, et pro-
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- duisanl respectivement 0,77, 1,10 et 1,7*2 Carcel, ce qui correspond à une consommation variant entre 129 et 116 litres par heure et par unité de lumière. Ces becs, indiqués sur le diagramme par les nombres 1, 2, 5 (becs papillon) servent à l'éclairage des villes, et le bec de la Mlle de Paris, qui est le bec de la deuxième série établie par Fresnel, brûle 140 litres par heure et produit 1,10 Carcel, avec une consommation de 127 litres par bec Carcel. Le bec Bengel, du modèle ordinaire, a un rendement lumineux un peu supérieur, et ne consomme que 105 litres par bec Carcel. Tel était, il y a trois ans, le rendement lumineux des becs de gaz, au moment où les recherches commencèrent pour arriver à la production de foyers puissants et économiques, de façon à pouvoir lutter avec la lumière électrique, dont le rapide développement n’était pas sans faire naître quelques inquiétudes.
- La Compagnie parisienne proposa à la Ville de Paris l’essai comparatif de la lumière électrique et du gaz, et créa le type de 1400 litres, désigné souvent aussi sous le nom de Bec de la rue du Quatre-Septembre, parce que c’est là qu’il fut essayé pour la première fois.
- Ce bec, qui a été
- décrit en détails dans la Nature du 12 juillet 1879 (n° 319), brûlait 1400 litres et produisait 13 becs Carcel, il ne présentait donc en réalité aucune économie et ne constituait aucun progrès sur les brûleurs primitivement employés ; on dépensait toujours un volume de gaz proportionnel à la lumière produite, la multiplication de puissance ne représentait aucun bénéfice sur les becs Bengel ordinaires et un bénéfice fort minime sur les types établis par Fresnel dès 1843.
- En se reportant au diagramme, on voit que le bec de la rue du Quatre-Septembre se tenait au-dessous d’une consommation proportionnelle de 100 litres par bec.
- Le bec Marini-Goelzer, établi sur deux types diffé-
- rents, brûlant 800 et 1500 litres, produisant respectivement 8,5 et 17 Carcels, abaissait la dépense à 95 et 90 litres par bec Carcel. Les becs Ulbrich et Messmer, d’origine autrichienne, analogues aux becs Sugg, réduisirent la dépense à 75 litres par bec Carcel. Il y avait donc là un certain bénéfice produit par l’augmentation aie puissance des becs.
- Les becs Siemens, à régénérateur, que nous allons décrire, ont dépassé de beaucoup ces résultats.
- Pour en comprendre le principe, il faut se reporter aux principes émis par Davv sur le poir.oir
- éclairant des flammes. La lumière du gaz est lue à l’incandescence des particules de charbon à l’état de division extrême tenues en suspension da is le corps de la flamme.
- Le pouvoir éclairant dépend donc à la fois :
- 1° De la plus ou moins grande proportion de ces particules ;
- 2° De pérature peuvent dans la
- la tem-qu’elles atteindre flamme.
- 1000
- Libres de gai brûléspar heure.
- Fig. 1. Diagramme représentant la consommation et la puissance lumineuse des principaux becs de gaz employés.
- 916° la lumière est égale à
- ture de 916°, il a trouvé les chiffres A
- 1000°
- 1037°
- 1100°
- 1157°
- 1200°
- Becquerel a fait des expériences sur la quantité de lumière émise par les corps solides chauffés, portés à l’incandescence.
- En prenant pour unité la quantité de lumière émise par un corps porté à une tempéra-suivants : 1 4 4 25 69 126
- Ces quelques chiffres montrent que quelques degrés d’accroissement de température augmentent le pouvoir lumineux dans une très grande proportion.
- 11 s’agissait donc, en principe, d’empêcher le refroidissement de la flamme, en supprimant ou tout au moins en diminuant les causes qui le produisent. La plus importante de toutes est sans contredit l’air nécessaire à la combustion, qui entraîne
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- une grande quantité' d’un gaz inerte, l’azote. Cet azote, pour atteindre la température de la flamme, absorbe une grande quantité de chaleur. Dans les conditions ordinaires, celte chaleur est empruntée à la flamme elle-même, diminue sa température et, par suite, sa puissance lumineuse L Pour diminuer celte cause de refroidissement, il suffit de chauffer le gaz et l’air avant leur arrivée dans la flamme, qui n’a, dans ces conditions, qu’à fournir une quantité de chaleur moins grande, et peut, par suite, atteindre une température plus élevée. En prati—
- Fig. 2. Coupe longitudinale d’un bec Siemens à régénérateur, montrant la circulation de l’air et des gaz.
- que, il est avantageux et économique d’utiliser, pour chauffer l’air et le gaz, les produits de la combustion qui s’échappent à une haute température, et dont la chaleur est complètement perdue au point de vue du rendement lumineux.
- C’est ce qui a été réalisé dans les becs à régénérateur de M. Frédéric Siemens, de Dresde. La figure 2 représente une coupe longitudinale qui montre les dispositions principales de l’appareil; la figure 5 montre une forme particulière du bec appliqué à une suspension ou à un foyer intense pour les ca-
- Fig. 3. Vue d'un bec Siemens disposé dans une suspension pour café ou devanture de magasin.
- fés, magasins, restaurants, devantures diverses, etc.
- Le gaz d’éclairage (fig. 2) arrive en A. dans une chambre annulaire B de laquelle partent un certain nombre de tubes qui débouchent en C, suivant une couronne.
- L’air qui alimente le bec arrive par la partie inférieure du bec en H. La combustion s’effectue donc
- 1 Dans le système de M. Tessié du Motay, expérimenté à Paris en 1872, on augmentait la température de la flamme en supprimant l’azote et en se servant d’oxygène pur pour brûler le gaz d’éclairage. Les difficultés résultant d’une double canalisation et le prix reladvement très élevé de l’oxvgène ont fait renoncer à ce système, dans lequel l’économie réalisée sur le combustible était loin de compenser les dépen scs supplémentaires de la fabrication du comburant.
- un peu au-dessus du point G et la nappe lumineuse formée d’un certain nombre de jets s’élève verticalement et se renverse ensuite, par suite de l’appel d’une cheminée latérale F, autour d’un cylindre en terre réfractaire D, dont elle vient reborder l’arête supérieure en rentrant dans le tube E et la chambre L. Une autre partie des gaz de la combustion s’échappe directement dans la cheminée G. Les gaz qui traversent E et L pour rejoindre ensuite la cheminée G par le tuyau F, échauffent fortement l’air qui arrive par H, et la température atteint près de 500°. Des chicanes disposées en I provoquent le mélange de l’air et du gaz, qui brûle ainsi plus facilement et plus complètement.
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- La flamme ainsi produite est très fixe, tous ceux qui ont visité dernièrement la galerie des machines du Conservatoire des Arts et Métiers ont pu s’en convaincre, et le cylindre en terre réfractaire incandescent contribue, dans une certaine mesure, à cette fixité. La flamme a une grande surface et par suite le tuyau latéral F ne porte aucune ombre.
- La puissance lumineuse de ces becs a été mesurée par M. F. Leblanc, vérificateur du gaz de la Ville de Paris, et les types essayés ont donné les chiffres suivants, indiqués sur le diagramme de la figure 1 :
- Le type n° 4 porte 15 tubes, brûle 300 litres et produit de 5 à 7 Carcels, soit une consommation de 45 à 50 litres par unité de lumière.
- Le type n° 3 porte 18 tubes, brûle 600 litres, produit 13 à 15 Carcels, soit 40 à 45 litres par unité de lumière. On voit sur le diagramme que le bec Siemens, type de 600 litres, produit autant et même plus de lumière que le bec de 1400 litres de la rue du Quaire-Septembre.
- Le type n° 2 porte 24 tubes, brûle 800 litres, produit de 20 à 22 Carcels, soit 38 à 40 litres.
- Enfin, le type n° 1, le plus puissant construit jusqu’à ce jour, brûle 1600 litres et produit de 46 à 48 becs Carcels. La dépense s’abaisse à 33 litres par bec Carcel et par heure.
- Ces chiffres, ' que nous empruntons à l’intéressante communication faite par M. E. Cornuault à la Société des Ingénieurs civils, montrent bien quels progrès réalise le bec à régénérateur, sur les systèmes employés précédemment.
- Signalons deux avantages qui, en dehors de la question économique, militent en laveur du bec Siemens.
- 1 À puissance lumineuse égale, le bec brûlant près de trois fois moins de gaz, développera une quantité de chaleurs trois fois moins grande.
- En second lieu, par sa disposition même, l’appareil aspire dans la pièce même qu’il éclaire l’air nécessaire à la combustion, mais il rejette au dehors les produits de la combustion, qui s’échappent par la cheminée.
- Il y a donc à la fois économie de combustible, moins grande quantité de chaleur produite et enfin ventilation assurée par suite du rejet au dehors de la pièce des produits de la combustion. Disons aussi quelques mots des inconvénients. La forme des premiers appareils était, il faut bien le reconnaître, assez disgracieuse, et dans ces conditions, ils n’auraient guère pu être utilisés que pour l’éclairage des rues et des places. La figure 3 montre un modèle de suspension en forme de lyre, dans lequel les appareilleurs français ont su habilement faire disparaître les inconvénients du tuyau latéral en le divisant en deux branches.
- L’installation des tuyaux de cheminée, dont la section est assez grande, présente aussi certaines difficultés, surtout à cause de la température des gaz qui doivent les traverser.
- Quoi qu’il en soit, ces difficultés ne sont pâs insurmontables, et le bec Siemens ordinaire, avec cheminée verticale débouchant directement dans l’atmosphère, convient très bien aux becs de ville et recevra avant peu de nombreuses applications.
- Les théâtres et les salles de réunion trouveront aussi de grands avantages à son emploi lorsque, par îles artifices de décoration, on sera parvenu à dissimuler habilement les cheminées et les tuyaux d'évacuation.
- Nous ne saurions être exclusif dans nos appréciations, et l’intérêt que nous portons à l’éclairage électrique ne nous empêche, en aucune façon, de signaler les succès du gaz, et de nous en féliciter à l’occasion. La. concurrence provoque l’émulation, et l’émulation fait naître le progrès.
- ; E. Hospitalier. CORRESPONDANCE
- sur un curieux système de télégraphe a petite
- DISTANCE INDIQUÉ AU XVIe SIÈCLE
- Monsieur,
- Le numéro 406 du journal la Nature contient un dessin,qui permet de reculer jusqu’au règne de Louis XIV, l’invention des plaques tournantes de chemins de fer. Cette curieuse indication me donne l’idée de vous signaler un ouvrage beaucoup plus ancien, qui décrit avec une précision remarquable le principe et presque le mécanisme du télégraphe électrique à cadran. C’est un volume in-4° que je crois assez rare, quoique j’en connaisse deux exemplaires dans la bibliothèque d’un de mes amis et dans la mienne. Il est intitulé : Traicté des chiffres ou secrètes manières d’escrire, par Biaise de Vigenere, Bourbonnois. A Paris, chez Abel L’Angelier, au premier pillier de la grand’salle du Palais. MDLXXXVIL Avec privilège du Roy.
- Il est d’ailleurs cité dans les biographies à la suite du nom de l’auteur. Voici ce qu’on y lit textuellement, page 14 :
- «....Et qui proposerait à quelqu’vn, de luy faire lire
- « à travers vne muraille solide de trois pieds despoiz, « ce qu’on escriroit de l’autre costé, ne seroit-il pas re-(< puté pour vn effronté afronteur?
- « Ce neaumoins cela est bien aisé à faire, par le moien « de quelque grosse pièce d’aymant, qui ait le pouuoir, « comme s’en ay assez veu en plusieurs endroicts, d’es-« mouuoir et faire bransler l’esguille d’vn quadran, à « celte interposition et distance ; lequel soit assis sur vn « tiers de cercle diuisé en vingt espaces, chacun seruant « pour vne lettre de nostre alphabet; car tout ainsi que « l’esguille branslera, et s’arrestera à l’vn des costez (il « en faut deux, et du tout semblables, vn de chaque « part, situez à l’opposite) l’autre fera tout de mesme, et « pourtant marquera lettre par lettre tout ce qu’on « voudra exprimer. Je ne diz pas qu’il y ait aucune com-« inodité dont on se peust preualoir ny servir en rien, « mais tant est que cela se faict, et bien aisément, et par « la seule voye de nature ; ce qu’auant qu’en sçauoir la « cause, et manière d’y procéder, seinbloit estre hors de « toute la puissance des hommes : si que ie l’ay seule-« ment allégué pour monstrer, qu’on ne doibt pas du « tout reiecter, ny tenir à fable et mensonge beaucoup
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- LA N A TU K E.
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- « de choses, qui de prime face surpassent nostre appré-« hention. »
- Cette citation montre que les contemporains de Henri IV avaient le pressentiment d’une découverte, dont nous n’avons été mis en possession que deux siècles et demi plus tard. J’ignore si cette remarque a déjà été faite, et je vous la livre pour ce qu’elle vaut.
- Agréez, etc. L. Hkrman,
- Ancien ingénieur des ponts et chaussées.
- Nous ferons observer à notre honorable correspondant qu’il s’agit simplement dans la description ci-dessus de l’action exercée par un aimant sur le fer à petite distance et qu’il y a loin de ce fait, à la découverte de l’aimantation temporaire du fer doux exercée au loin sous l’action d’un courant électrique. C. T.
- LE MARCHÉ DE CHICAGO
- Le développement prodigieux que prennent la population, le commerce et l’industrie des États-Unis d’Amérique, ne saurait trop exciter l’attention de la vieille Europe et de la France en particulier. Nous croyons utile de bien renseigner nos lecteurs à ce sujet, et nous plaçons aujourd’hui sous leurs yeux quelques documents statistiques d’un grand intérêt que publie, non sans un légitime orgueil, YÏnterocean, l’un des principaux journaux de Chicago. On sait que cette ville étonnante s’accroît à la façon de certaines plantes exotiques, avec une telle promptitude, qu’on a quelque peine à mesurer ses progrès.
- Le nombre des habitants de Chicago, qui était de 4000 enl857, de 225 000 en 1867, atteint actuellement 500 000.
- Chicago a emmagasiné en 1880 dans ses gigantesques greniers 55 millions d’hectolitres de céréales (la moitié de la consommation annuelle de la France), et exporté 42 millions d’hectolitres de blé et de maïs (3 200000 tonnes). Cette même année, New-York exportait 2400 000 tonnes de céréales ; Liverpool en importait 1 300 000 et Marseille 700 000.
- Le marché de Chicago a reçu en 1880 plus de 7 millions de porcs, 1 400 000 bœufs et 356 000 moutons, alors que celui de la Yillette ne reçoit guère plus de 2 millions de têtes par an. Les chantiers de Chicago ont débité la même année des planches et madriers jusqu’à concurrence du chiffre énorme de 1 milliard 1/2 de pieds carrés, c’est-à-dire une quantité suffisante pour revêtir 14 000 hectares (à peu près la superficie de 10 communes françaises). Le capital de ces opérations dépasse 750 millions de francs.
- Le Clearing-House, ou banque de compensation des payements, a fait en 1880 des virements s’élevant à 8 milliards 1 /2 de francs
- Un développement aussi prodigieux tient à la situation exceptionnellement favorable de Chicago. Cette ville, si jeune et déjà si prospère, est située vers la pointe méri-dionnale du lac Michigan et sur le bord du lac. Le Lac est navigable comme une mer et communique avec le lac Supérieur d’une part, avec les lacs Huron, Érié, Ontario, de l’autre. Tous ces lacs ont ensemble une superficie de 23 millions d’hectares, égale aux deux cinquièmes de celle de la France.
- Leur émissaire est le fleuve Saint-Laurent, un des plus beaux fleuves du monde. Sur une partie de son parcours, il sépare le Canada des États-Unis et baigne, entre autres villes, Montréal et Québec, ces deux capitales du Dominion. De l’embouchure du Saint-Laurent au fond du Lac Supérieur, on compte sur le fleuve, les canaux et les
- lacs, une ligne d’eau de 4000 kilomètres qu’un navire de 1000 tonneaux peut parcourir sans rompre charge. Des bâtiments sont allés ainsi directement de Chicago à Liverpool, chargés de céréales ou de viandes.
- Par la vallée du Mississipi, qu’elle rejoint d’ailleurs par un canal, Chicago communique, non seulement avec toutes les grandes prairies du Nebraska, du Colorado, du Kansas, du Texas, mais encore avec le golfe du Mexique. Elle a donc comme deux voies naturelles ouvertes sur l’Océan, l’une par le Saint-Laurent, l’autre par le Mississipi.
- Ce n’est pas tout : plusieurs chemins de fer convergent vers cette ville. Elle a une quinzaine de gares; elle donne par là la main aux États du Nord, du Sud, de l'Est et à tous ceux de l’extrême Ouest jusqu’au Pacifique. Elle entend même communiquer ainsi un jour avec Mexico.
- —=•<>«—-
- LE GYROGRÀPHE
- L’appareil dont nous allons entretenir nos lecteurs a été imaginé parM. Nicolas, conducteur des ponts et chaussées à Lyon. Cet appareil est destiné à faciliter le tracé sur le papier, des arcs circulaires à grands rayons.
- Lorsque les dessinateurs ont à tracer des courbes d’un rayon trop considérable pour qu’on puisse employer le compas, ils se servent ordinairement d’une série de gabarits en bois, taillés suivant des courbes dont les rayons varient de cinq en cinq centimètres.
- La difficulté d’avoir constamment à sa disposition un aussi grand nombre de pièces, le prix élevé d’une série assez complète pour suffire aux besoins ordinaires, et enfin les imperfections de courbure que présentent souvent ces gabarits, ont engagé M. Nicolas à composer un .instrument qui permît de tracer non seulement les courbes données par les gabarits ordinaires, mais encore celles de rayons intermédiaires variant d’une manière continue.
- L’appareil se compose :
- 1° D’une série de paires de triangles articulés dont les sommets homologues se trouvent constamment placés sur une circonférence de cercle pour une position quelconque de l’instrument;
- 2° D’un ressort en acier, qui est appuyé sur les sommets saillants des triangles articulés, et qui sert de règle pour tracer la circonférence sur laquelle se trouvent ces sommets;
- 5° De deux guides placés aux points de contact extrêmes du ressort et destinés à maintenir la courbure de ce dernier; les faces de contact de ces guides avec le ressort sont constamment dirigées, au moyen de deux tiges à coulisse, suivant des tangentes à la circonférence des sommets saillants des triangles articulés;
- 4° De deux ressorts à boudin, placés aux extrémités du ressort en acier, dans le but de tenir ce dernier constamment appliqué sur les sommets des triangles ;
- 5° D’une règle destinée à guider les parties extrêmes du système articulé et à en fixer l’écartement ; une vis de pression sert à maintenir l’instrument dans une courbure déterminée dont le rayon
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- LA NATURE.
- se lit sur une graduation de la règle; une vis de rappel permet d’obtenir de très petits déplacements et de placer avec précision l’indicateur des rayons sur une division donnée.
- 11 est facile de voir que si le ressort est bien calibré et bien trempé, sa courbure seia rigoureusement circulaire, puisque tous les points d’appui forment un polygone régulier et sont très rapprochés.
- On voit également que la longueur du ressort, comprise entre deux points d’appui consécutifs, n’est pas constante, puisque ces points se rapprochent lorsque le rayon de courbure diminue; de là la nécessité de fixer ce ressort en un seul point choisi au milieu de sa longueur et de guider seulement les extrémités.
- Les guides employés par M. Nicolas ont des faces de contact planes et d’une certaine étendue, ce qui rend nécessaire le déplacement de direction de ces faces, lorsque le rayon de courbure de l’instrument varie : on pourrait éviter cette sujétion et supprimer les coulisses des guides, en adoptant , pour ces derniers, un simple fcadre pressant le ressort au moyen d’une arête vive, en forme de tranchant. Le contact ayant lieu seulement sur une ligne, l’inclinaison variable du cadre-guide, par rapport au ressort, n’aura aucune influence sur la direction du dernier élément courbe de ce ressort. Du reste, les guides n’agissent pas sur le ressort avec assez de précision pour que le dernier élément courbe soit bien exact, et il convient de ne prendre pour règle que la partie du ressort qui fait suite à cet élément.
- Les dimensions des triangles articulés ont été déterminées par M. Nicolas, de manière à réduire, autant que possible, le jeu du ressort, c’est-à-dire la variation de longueur de la partie comprise entre les points de contact extrêmes. Si l’on passe de la position rectiligne de l’instrument à une forme circulaire, la distance de deux points d’appui consécutifs diminuera, ce qui tendra à réduire la longueur de la partie du ressort comprise entre ces deux points ; mais, d’un autre côté, la courbure donnée au ressort, augmentant sa longueur entre les deux
- mêmes points, on comprend qu’il soit possible d’établir une compensation entre ces deux effets d’allongement et de raccourcissement.
- L’écartement initial des points de contact a été choisi de manière à obtenir cette compensation lorsque l’appareil aune courbure extrême. A partir de la position rectiligne, la longueur totale du ressort augmente à mesure qu’on diminue le rayon de la courbe, jusqu’à la position moyenne ; puis cette même longueur totale diminue lorsqu’on continue à réduire le rayon. Ainsi, dans la première partie du mouvement, la longueur du ressort augmente, puis elle diminue, en sorte que les écarts extrêmes ne sont jamais considérables. Cette remarque justifie l’emploi des ressorts à boudin. •
- Cet instrument, qui est très ingénieux et entièrement nouveau , me paraît résoudre d'une manière très satisfaisante le problème du tracé des courbes circulaires ; on peut lui reprocher d’être un peu lourd, mais il sera facile de faire disparaître ce définit en réduisant le poids des triangles articulés.
- M. Nicolas ne peut pas encore établir le prix de revient de son instrument ; il pense que ce prix sera, dans tous les cas, notablement inférieur à celui d’une série complète de courbes (jeu de courbes : 60 fr. environ), toutes les pièces articulées étant identiques et pouvant se découper à l’emporte-pièce. J’ajouterai qu’on peut simplifier l’appareil en supprimant la vis de rappel, qui me paraît superflue, et en se dispensant d’employer des coulisses pour les guides, comme j’en ai démontré la possibilité.
- L’invention de M. Nicolas me semble donc destinée à recevoir une application utile et immédiate dans tous les bureaux de dessinateurs où l’on a à tracer des courbes circulaires de rayons quelconques; dans tous les cas, le principe sur lequel repose la construction de l’appareil pourra probablement servir de type pour de nouvelles créations.
- Gobin,
- Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. —-<£•<—
- PLAN l’Instrument étant ouvert.
- PLAN l’Instrument étant fermé.
- Gyrographe ou gabarit à courbes concenlriques pour le tracé des arcs de cercle
- à grands rayons.
- AAA. Triangles mobiles articulés. —• ann. Axes de rotation des triangles maintenus par des rondelles. — R. Ressort en acier servant de règle à tracer. — B. Ressort à boudin pour maintenir le jeu du ressort R. — G. Guides aux points de contact extrêmes du ressort R. — l. Tiges coulissantes qui dirigent les guides normalement. — K. Tige sur laquelle est rivé le ressort R par son milieu. — r. Réglette portant une graduation pour fixer l’instrument à la position voulue. — V. Vis d’arrêt. — v. Vis de rappel. — I. Indicateur des rayons.
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- L’AUTOCOPISTE NOIR
- Dans une des dernières séances de la Société il'encouragement, M. le colonel Sebert a lu, au nom du Comité des Arts mécaniques, un intéressant rapport sur ce nouvel appareil construit par Otto Lelm. L’honorable rapporteur a rappelé que le développement toujours croissant des relations commerciales, l’activité imprimée aux différentes branches de l’industrie ont provoqué, dans ces dernières années, de nombreuses recherches pour arriver à un procédé qui permît aux négociants et aux industriels de multiplier sans peine l’écriture ou les dessins.
- D’une part, les procédés ordinaires de la lithographie ou de l’autographie, qui exigent un matériel encombrant et nécessitent un apprentissage assez long, ne peuvent donner la commodité cherchée; d’autre part, les appareils dits copies de lettres, qui sont depuis longtemps usités dans le commerce, ne peuvent fournir qu’un nombre très restreint de reproductions, dont la netteté va d’ailleurs en s’altérant rapidement. On a vu apparaître, par suite, dans différents pays, des inventions tendant à permettre, sans matériel trop coûteux ou trop spécial, et sans apprentissage trop difficile, d’arriver à reproduire à vingt ou trente exemplaires au moins, sinon à cent ou deux cents, les circulaires manuscrites ou môme les dessins.
- L’autocopiste noir de M. Otto Lelm et ses différents accessoires.
- Nos lecteurs connaissent la plupart de ces inventions et nous avons parlé précédemment des machines à écrire, des plumes électriques et mécaniques, du crayon voltaïque, du chromographe, etc.
- Nous allons décrire aujourd’hui le nouvel autocopiste noir en reproduisant ce qui a été dit à son sujet par M. le colonel Sebert.
- Cet appareil que nous représentons, se compose d’un cadre en bois, avec fond mobile. Ce cadre sert à tendre une feuille de papier parchemin préparé qui est employé et à lui servir d’appui pour l’encrage et le tirage.
- Cet appareil contient dans un petit tiroir les accessoires nécessaires : éponge, flacons d’encre, rouleau et plateau pour l’encre d’imprimerie.
- Au moment de l’emploi, on mouille, en la plongeant dans une cuvette, une feuille de papier parchemin, de dimensions convenables, qu’on a découpée dans le rouleau qui accompagne l’appareil.
- On la place sur le cadre, où elle se fixe au moyen d’un système ingénieux qui permet de la tendre fortement d’une façon régulière et sans former de plis.
- Un a préalablement écrit ou dessiné l’original avec l’encre spéciale qu’on a laissé sécher, et on l’applique, en le retournant, sur la surface humide du parchemin, on le laisse séjourner deux minutes, et on l’enlève; le cliché est prêt.
- Il suffit, dès lors, de mouiller de temps en temps avec l’éponge, d’encrer avec le rouleau et d’appliquer une feuille de papier qu’on presse simplement, à la main, pour retirer une copie.
- On peut obtenir, de celte façon, deux cents bonnes copies, parfaitement semblables à l'original.
- L’appareil, quoique d’invention récente, et bien que la préparation du papier spécial ait entraîné certains tâtonnements qui sont à peine terminés, a été déjà mis en service dans de nombreux établisse-
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- ments et clans plusieurs des ministères, où il tend à remplacer, pour certains emplois, le chromo-graphe, que l’on a dù, dans quelques administrations, proscrire pour les travaux un peu longs, par suite de la fatigue que les reproductions obtenues avec cet appareil imposent à la vue.
- Le maniement de l’appareil ne présente pas de difficultés, bien qu’il soit moins simple que celui du chromographe, et quelques instants suffisent pour connaître les précautions à prendre pour en assurer le bon fonctionnement.
- Quand on a terminé le tirage, il faut avoir soin de laver le rouleau, et le plateau d’encre d’imprimerie, avec une solution de potasse. C’est là, nous devons le dire, une opération désagréable qui atténue quelque peu les qualités de l’appareil.
- NÉCROLOGIE
- Eugène Pelouze. — Le fils du célèbre chimiste, membre de l'Académie des sciences, est mort récemment à Cannes, à la suite d’une grave affection de poitrine, dont il souffrait depuis deux années environ. Eugène Pelouze était administrateur de la Compagnie Parisienne du gaz ; il avait imaginé un appareil très ingénieux pour servir à épurer le gaz de la houille et à le débarrasser des impuretés qu’il entraine avec lui lors de la distillation. M. Pelouze avait épousé la sœur de M. Wilson, sous-secrétaire d'Etat au Ministère des Finances. Mme Pelouze est, comme on sait, propriétaire du magnifique château de Chenonceaux, à la restauration duquel elle consacre une partie de sa grande fortune.
- John üoulri. — Ce célèbre ornithologiste anglais vient de mourir à Londres dans sa soixante-dix-huitième année. Les résultats de l’exploration qu’il fit en Australie ont été consignés dans le plus remarquable de ses ouvrages : les Oiseaux d'Australie, 7 volumes in-folio. M. Gould a réuni une magnifique collection d’oiseaux-mouches, qui se trouve au Palais de Cristal de Sydenham.
- (iarini. — Les journaux italiens ont annoncé récemment la mort de cet éminent professeur, décédé à Lodi. Garini a publié des œuvres très intéressantes sur la formation des montagnes, sur la constitution des volcans, et sur quelques autres questions de géologie ou de paléontologie.
- CHRONIQUE
- «L’Électricien ».— Le journal l'Electricien, dont nous avons annoncé la publication pour le 15 mars, va prochainement mettre sous presse son premier numéro, qui sera daté du 15 avril. Le retard apporté à l’apparition de cette nouvelle revue d’électricité, a été causé par des changements apportés à son organisation. L’Électricien sera publié par la librairie G. Masson, sous les auspices d’un Comité de rédaction, composé de MM. Mercadier, C. M. Gariel, A. Niaudet, docteur de Cyon et Gaston Tissandier ; il aura pour secrétaire de rédaction M. Ed. Hospitalier. — Ce journal paraîtra deux fois par mois en livraisons in-8° de 48 pages. Le premier numéro sera envoyé gratuitement, à titre de spécimen, à tous ceux de nos abonnés qui nous en feront la demande.
- Le Phylloxéra en Australie. — Les vignobles paraissent envahis en certains points par le Phylloxéra vastairix, ou par une espèce voisine. C’est ce que vient de constater une Commission nommée par le gouvernement de ce pays et dont faisait partie notre compatriote, M. Louis Boutan, jeune naturaliste, préparateur-adjoint au laboratoire de M. de Lacaze-Dulhiers, à la Sorbonne, et attaché à la section française de l’Exposition australienne de Melbourne. Dans une excursion faite par la Commission aux vignobles du district de Gcelong, à quinze lieues environ de Melbourne, M. Louis Boutan fut d’abord frappé de l’aspect des taches si reconnaissables, pareilles à celles de nos vignobles français. Pourtant, en examinant les racines, on n’y découvrit aucun insecte ; mais, information prise, il fut constaté que ces vignobles avaient été submergés accidentellement pendant plusieurs mois. Dès lors la disparition de l’insecte s’expliquait sur ces vignobles en plaine. M. Louis Boutan eut l’idée d’examiner les vignobles placés sur les coteaux avoisinants et qui n’avaient pas été submergés. Les taches caractéristiques s’y montraient, et là, l’examen des racines constata en abondance l’existence du Phylloxéra.
- La « conférence Faraday » aura lieu à Londres le o avril, dans le grand amphithéâtre de l’Institution Iioyale. Elle sera faite en anglais par le professeur Helmholtz, qui traitera les applications modernes des travaux de Faraday sur l’électricité.
- — Un des grands cafés de Milan est éclairé depuis quelques semaines à la lumière électrique, au moyen du système différentiel de Siemens. Le même système a été adopté à la gare centrale de Florence.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mars 1881. —Présidence de M. Wuutz.
- Terrain tertiaire de Noirmoutiers. — L’ile de Noir-moutiers contient des couches gréseuses que, jusqu’à présent, on a rapportées, d’un commun accord, à la période crétacée. Un savant géologue de Rennes, M. Crié, vient d’y découvrir les vestiges de toute une flore comprenant un Palmier sabal et un Araucacites, et il a soumis le terrain à une étude approfondie. Son résultat est que le grès en question est contemporain des grès de l’Anjou et du Maine, et appartient par conséquent à l’époque éocène.
- Pouvoir absorbant de l'atmosphère. — Déjà M. Langlel a montré que la radiation solaire est absorbée en très grande partie par la couche atmosphérique. Pénétrant davantage dans le cœur de la question, il a étudié successivement et séparément l’absorption subie par chacun des rayons du spectre. Sa conclusion est que ces divers rayons sont très loin d’être absorbés également ; de telle façon qu’à mesure que la radiation est absorbée, elle est modifiée. Une des conséquences de ce fait intéressant est que la couleur du soleil est bien différente de celle que nous lui attribuons.
- Inoculations anticharbonneuses. — Nos lecteurs se souviennent qu’un professeur de Toulouse, M. Toussaint, a annoncé la possibilité de rendre, les moutons réfractaires au charbon par des inoculations de sang provenant d’animaux charbonneux mais convenablement préparé;
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- La méthode de préparation consiste à chauffer le sang préalablement défibriné à la température de 55 degrés. Malgré les contradictions dont ce résultat a été l’objet, il paraît, d’après M. Pasteur, qu’il est parfaitement exact. Quant à sa cause, tandis que M. Toussaint l’aitribue à une matière vaccinale qui serait répandue dans le sang par la bactéridie, M. Pasteur la rapporte à la bactéridie elle-même, modifiée par la chaleur.
- ISouveau fossile humain. — M. de Quatrefages annonce la découverte dans les calcaires quaternaires de Nice, de fossiles humains très bien conservés. M. Desor en a déterminé l’âge géologique, qui ne peut pas être contesté; M. de Quatrefages en a reconnu la race, connue déjà depuis longtemps sous le nom de race de Cro-magnon.
- Fabrication du carbonate de potasse. — C’est comme un digne pendant du procédé Soivay, que M. Würtz signale la méthode proposée par M. Ilagel pour fabriquer industriellement le carbonate de potasse. Le chlorure de potassium est mélangé à du carbonate de magnésie et le tout est soumis à l’action de l’acide carbonique. 11 se fait un carbonate double de potasse et de magnésie. Celui-ci, sous l’influence de la chaleur, se scinde en carbonate de potasse et en carbonate de magnésie. Le premier étant soluble tandis que l’autre ne l’est pas, la séparation est réalisée complètement au moyen de l’eau.
- Géologie de l'Auvergne. —D’après une note présentée par M. de Lacaze-Duthiers, le terrain cambrien serait fort développé en Auvergne, principalement au sud du Buy-de-Dôme.
- Nouvel engrais. — M. Ch. Tellier adresse à l’Académie la note suivante : « La situation de l’agriculture en France, menacée par la concurrence étrangère, s’aggrave chaque jour. Préoccupé de cet état de choses et persuadé que le salut repose plutôt sur des progrès intérieurs que sur des droits protecteurs, qui ont pour inconvénient de restreindre la consommation, tout en n’étant pas efficaces, j’ai pensé que le moyen le plus nécessaire au relèvement de l’industrie culturale, serait la production de l’azote assimilable directement extrait de l’air. J’ai en conséquence repris l’étude de cette question, que déjà j’avais travaillé il y a une quinzaine d'années. A l’heure présente, l’azote revient moyennement à 2 francs le kilogramme aux fabricants et est vendu 2 fr. 50 aux agriculteurs. Par les moyens que j’ai étudiés, et sur lesquels j’adresserai prochainement une seconde note à l’Académie, l’azote assimilable extrait de l’atmosphère pourra être vendu dès la campagne prochaine, à raison de 1 franc le kilogramme, en telles quantités qui seront nécessaires, et ce avec toutes les conditions de garanties désirables, en sorte que les fermiers puissent avoir certitude d’employer un engrais à teneur déterminée. Kn raison de l’intérêt considérable qui se rattache à cette question, et de la haute attention que donne l’Académie à tout ce qui concerne l’agriculture, j’ai cru devoir lui adresser cette présente communication. »
- Les Infiniment petits. — Tel est le titre d’un charmant volume de M. Félix Hément, déposé sur le bureau, au nom de lauteur, par M. Würtz. Cet ouvrage, que nous venons de lire tout d’un trait, est écrit avec ce style séduisant dont 1 auteur a le secret et qui sait présenter au lecteur le moins préparé et sans qu’il en éprouve le moindre fatigue, les points les plus ardus de la science.
- — Nul doute que les Infiniment petits n’obtiennent auprès du public le même succès que les Menus propos sur les sciences, l’Instinct et /’Intelligence, et les autres productions gracieuses sorties de la même plume.
- \aria. — Notons en terminant des documents historiques sur Galilée, recueillis par M. Favero. — Un appareil synthétique destiné par M. Gouy à reproduire les phénomènes de la double polarisation circulaire. — Un Mémoire de M. Dieulafait intitulé : Loi générale de formation des eaux minérales salines. — Une méthode de séparation du nickel et du cobalt par M. Delvaux. — De nouvelles expériences sur le radiophonepar M. Mercadier.
- — Une note de M. Laurent sur les miroirs magiques. — Des expériences de M. Béchamp prouvant que les micro-zymas des pancréas, injectés dans la veine, y déterminent des accidents toxiques. — Des recherches de M. William Crookes sur la viscosité des gaz raréfiés. — Le portrait gravé de Schimper, adressé par M. Ilirn au nom de la Société d’histoire naturelle de Colmar. — Un volume résumant les travaux du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, auquel M. Boussingault et M. Pasteur accordent de grands éloges, — Enfin des recherches de M. Leroux sur la force électromotrice de l’arc voltaïque.
- Stanislas Meunier.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DE r/lLE ll’lSCHIA
- Une épouvantable catastrophe a eu lieu Je 4 mars dans l’île d’ischia. De violentes secousses de tremblement de terre ont fait tomber près de trois cents maisons dans la petite ville de Casamicciola et ont causé la mort de cent cinquante habitants engloutis sous les décombres.
- Ces secousses ont commencé à 1 heure 5 minutes de l’après-midi et ont eu la durée de sept secondes. L’horloge de l'église principale de Casamicciola s’est arrêtée à l’heure que j’ai indiquée.
- La scène qui s’est passée au moment du désastre est indescriptible. Les maisons qui s’écroulaient par centaines produisaient un fracas effrayant. Des nuages de poussière s’élevaient de toutes parts. Une foule de gens ensanglantés couraient par les rues, affolés de terreur, et les cris de centaines de blessés se mêlaient aux râles des mourants et au tocsin sinistre que faisaient entendre les cloches des églises.
- Les secousses se sont répétées deux fois dans l’espace de trente-six heures; mais elles n’ont jamais été si violentes que la première fois. Le second jour elles ont été aussi ressenties dans la petite ville de Lacco, situee à la distance de 4 kilomètres de Casamicciola, et où treize maisons se sont écroulées.
- Quant à Casamicciola, on ne compte plus les maisons renversées. Dans les trois rues principales, aucune n’est restée debout.
- Cette ville comptait près de 5000 habitants.
- L’île d’Lchia est située à une trentaine de kilomètres à l’ouest du Vésuve, qui, au moment du désastre, était en éruption ; elle abonde en sources
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- LA NATURE.
- d’eau minérales, qui en font une des stations thermales les plus estimées. Des témoins oculaires ‘ assurent que, quelques moments avant le tremblement de terre, ces eaux sont entrées dans une espèce d’ébullition et que les secousses ont été accompagnées par de profonds bruits roulants et souterrains. Aussi le professeur'Palmieri a-t-il écrit ce qui suit :
- « La funeste catastrophe qui a désolé Casamic-ciola ne s’est pas propagée jusqu’au sismographe de l’Université de Naples ni à celui du Vésuve; elle ne s’est pas même étendue à toute l’île. On doit donc la considérer comme un phénomène purement local, produit probablement par l’effondrement et l’affaissement du sol, occasionné par les lentes
- corrosions souterraines dues au travail continu des eaux thermales. »
- Mais on ne conçoit pas bien en vérité comment un affaissement de sol ait pu produire le nombre et la répétition des violentes secousses ondulatoires qu’on a ressenties, et il est à remarquer que le lendemain de la catastrophe d’autres secousses aussi très violentes ont été perçues à une distance de 4 kilomètres, ce qui ne permet plus de croire que les mouvements du sol ont été circonscrits à Casa-micciola.
- Ischia est uneîle volcanique ayant près de 25 kilomètres de contour. Trois cônes de cratères éteints se trouvent au milieu de l’île, à une élévation de 400 mètres au-dessus du niveau de la mer et, si je
- Vue d'ensemble de l’île d’Isehia. Tremblement de terre du 4 mars 1881.
- ne me trompe, ils ont fait une dernière éruption de lave vers l’an 1506. Ces volcans appartiennent à la chaîne des Monti Flagrei, qui forment une ramification des Apennins.
- Le sol de l’île se compo-e presque entièrement d’une lave qui abonde en feldspath; au bord de la mer on trouve un sable très riche en titanate de fer. Cette origine ignée de l’île permet donc de penser que des phénomènes volcaniques peuvent n’avoir pas été étrangers a la catastrophe de Casa-micciola et de Lacco.
- Il y a enfin un fait qui mérite d’être enregistré et qui m’a été communiqué par le professeur Ric-ciardi de l'Académie de Turin. Ce savant observateur se trouvait à Paterno, en Sicile, le jour du désastre d’ischia, et, au moment même où les secousses ont été ressenties à Casamicciola, il a assisté au début d’une imposante éruption de boue, s’échappant des cratères situés sur le côté occidental
- de l’Etna. Les jets de la vase atteignaient 5 mètres d’élévation et étaient accompagnés de fortes émissions d’acide carbonique. Le professeur Ricciardi a calculé que l'éjection de la boue a dù être dans toute la journée d’environ 500 mètres cubes.
- Je dois noter aussi qu’à la même époque, les neiges ont fondu tout à coup autour du cratère central de l’Etna, ce qui est un signe presque certain d’excitation volcanique.
- Je ne pi’étends tirer aucune conséquence de toutes ces circonstances. Je me borne à noter les faits avec le plus d’exactitude possible, ce qui est le premier devoir d’un observateur des phénomènes de la nature.
- VlNCENZO TeDESCHI DI ErCOLE.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdilr.
- Imprimerie A. Laliure, rue dé Flcurus, D, à Paris.
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- N* 409. — 2 AVRIL 1881.
- LA NATURE
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- INAUGURATION DU TOMBEAU
- DE
- CROCË-SPINELLI ET SIYEL
- Vendredi 25 mars, nous avons pris part, au cimetière du Père-Lachaise, à l’inauguration du mausolée funèbre élevé aux mânes de nos regrettés amis, Crocé-Spinelli et Sivel, les nobles victimes de la catastrophe du ballon le Zénith h
- Quelques centaines de spectateurs étaient là, les familles et les amis des aéronautes, plusieurs membres de la Société de Navigation aérienne, parmi lesquels son ancien président, M. Hervé
- Mangon, le savant directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, et ses deux secrétaires, MM. le docteur Hureau de Villeneuve et du Hauvel.
- A trois heures, on soulève le voile qui cache le monument : les statues de bronze des deux martyrs apparaissent. Couchés sur un sarcophage de marbre blanc, ils se tiennent par la main dans le trépas, comme ils l’avaient fait pendant la vie pour braver les périls; le même drap funéraire les couvre tous deux. C’est le spectacle de la mort dans son réalisme cruel ; tableau émouvant dans .sa véridique simplicité. L’œuvre est belle et l’on ne saurait trop en féliciter l’habile statuaire, M. Dumilâtre, au talent duquel elle est due.
- Le Conseil municipal de Paris, qui a concédé gratuitement le terrain sur lequel s’élève le monument, a encore voulu subvenir aux frais nécessaires pour la fonte en bronze des statues; le Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts a fait le don du marbre ; le Comité de la souscription du Zénith et les élèves de nos grandes écoles avaient d’autre part apporté le produit d’une souscription ; M. Dumilâtre a donné le fruit de son travail et de sa conception artistique. Tout le monde a contribué de la sorte, avec générosité et désintéressement, à édifier un souvenir durable à la mémoire de ceux qui personnifient si bien l’abnégation et le dévouement.
- M. le pasteur Dide, qui présidait la cérémonie,
- 1 Yoy. la Nature, n° 100 du 1" mai 1875, p 357.
- 9* aimée. — Ier semestre.
- a donné la parole.à M. Paul Bert, et les assistants ont écouté avec recueillement des paroles émues, éloquentes, que nous reproduisons un peu plus loin, et qui sont comme on va le voir, toute vibrantes de patriotisme. L’éminent professeur, après avoir fait l’éloge de Sivel et de Crocé-Spinelli, a protesté énergiquement contre ceux qui traitent de chimères les expéditions de ce genre, entreprises par des âmes vaillantes, dans le but d’aller à la découverte de vérités nouvelles. Il a fait comprendre que de tels hommes concourent puissamment au progrès de la science, qu’ils offrent à leurs contemporains le magnifique exemple du sacrifice et qu’un pays doit être fier de les compter parmi les siens.
- Les assistants se sont retirés après avoir salué la tombe de Sivel et de Crocé-Spinelli.
- Elle 's'élève en face des monuments construits
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- LA NATURE.
- à la gloire des soldats tombés pendant le siège de Paris.
- Ceux qni sont morts pour la science, reposent ainsi dans l’éternité, à côté de ceux qui sont morts pour la patrie.
- Gaston Tissandier.
- ALLOCUTION DE M. PAUL BERT Messieurs,
- Le Comité chargé par la Société de navigation aérienne de recueillir les souscriptions pour les familles Crocé-Spinelli et Sivel m’a fait l'honneur de m’inviter à prononcer quelques paroles à l’inauguration de ce monument. Ce n’est point un discours que je vais vous faire : ni le lieu, ni le temps, ni les circonstances ne le permettraient.
- Je viens ici simplement apporter des remerciements et des souvenirs.
- Il faut remercier d’abord, et qui donc ? Tout le monde. Oui, tout le monde; car lorsqu’il y a six ans déjà, le 15 avril 1875, la nouvelle se répandit de la catastrophe du ballon le Zénith, lorsqu’on apprit que, pour la première fois, deux hommes étaient morts au haut des airs, en ballon, alors qu’ils montaient toujours dans ce qu’on appelle les cieux, une émotion poignante, faite de pitié, d’enthousiasme et de surprise s’empara de tous les cœurs. Puis, lorsque nous fîmes savoir que nos deux amis laissaient derrière eux des familles à qui leur mort léguait la gloire mais enlevait les ressources quotidiennes, la compassion devint active, et nous vimes de toutes parts affluer les dons, grands et petits.
- Ainsi fut réunie, une somme à peine inférieure à 100 000 francs, une somme de l’usage de laquelle nous avons rendu compte en temps utile, et qui nous a permis de corriger la fatalité du destin dans ses conséquences matérielles.
- Grâces soient donc rendues à tous, riches comme pauvres, dont le cœur a battu à l’unisson des nôtres, — à tous ceux dont la main s’est tendue vers nos mains.
- Remercions particulièrement le Conseil municipal de Paris* que je suis heureux de saluer ici dans la personne d’un de ses membres les plus sympathiques, le Conseil municipal qui ne nous a marchandé ni l’appui moral ni les secours matériels.
- C’est à lui que nous devons cette terre où reposent éternellement nos amis ; c’est à lui que nous devons ce bronze qui, manié par un maître, conservera éternellement leurs traits. Mais ce qui nous a plus touché, c’est l’ardente sympathie qu’il nous a témoignée dès le premier jour. Il a compris qu’une telle mort honore la ville qui en a été témoin. Et peut-être aussi la mort de ces aéronautes lui a rappelé ces temps néfastes où les aéro-nautes étaient le seul trait d’union entre Paris et la France en armes, où les ballons traversaient au chant de la Marseillaise le cercle de fer et de feux dont nos ennemis entouraient la cité intrépide.
- Qu’il me soit permis également de rappeler le souvenir d’un homme d’une vaste intelligence et d’un grand cœur, de M. le pasteur Coquerel, qui fut l’ami et le protecteur de nos amis et qui, touché déjà par l’aile de la mort, consacra son dernier souffle d'éloquence à défendre la cause à laquelle nous nous étions attachés.
- Et après les remerciements, les souvenirs. Nous sommes venus ici pour évoquer la mémoire de nos amis, pour réveiller et rajeunir une douleur vieille déjà de six années.
- Ce n’est pas cependant que nous ayons pu oublier. Qui donc parmi ceux qui ont connu ces deux jeunes hommes d’élite pourrait oublier la gracieuse et charmante nature de Crocé-Spinelli, le cœur chaud, l’âme ardente du brave et généreux Sivel? Et la catastrophe, qui donc l’oubliera jamais? Rappelez-vous ces deux jeunes hommes pleins de vie et d’espérance, ce départ joyeux, l’ascension trop rapide, la paralysie soudaine, l’asphvxie, le réveil de Crocé-Spinelli, l’hallucination, le lest jeté en excès, le bond à 8600 mètres, le second sommeil, mortel cette fois, puis la descente foudroyante, la traînée sinistre, et notre brave Tissandier, dont nous serrons ici la main, ba'lotté vivant entre les deux cadavres.— Non, nous n’avons pas oublié! Et les vers du poète charmant et sceptique dont je saluais tout à l’heure eu passant la tombe, et qui dort près d’ici à l’ombre légère du saule, non, ces vers ne s’appliquent point à nous :
- De quelque nom que le regret s’appelle,
- L’homme par tout pays en a bien vite assez.
- Mais ce n’est pas de souvenirs personnels seulement et individuels qu’il s’agit ici. En inaugurant ce monument où le ciseau habile de M. Dumilàtre a reproduit dans une réalité poignante l’image de nos amis morts, nous avons pensé qu’il fallait appeler autour de lui tous ceux qui les ont aimés, afin de mettre en commun nos souvenirs, nos regrets. Sans doute, il y a une sorte de joie amère à chercher au fond de son cœur les cicatrices des blessures anciennes; mais c’est là un égoïsme austère. Combien il est meilleur, et plus fortifiant, et plus fructueux, de s’émouvoir en commun au souvenir des douleurs communes! Il y a dans cette vibration sympathique des âmes une grande consolation et un grand enseignement.
- Oui, un grand enseignement; et ces fêtes funéraires devraient être plus fréquentes. Il serait bon qu’on se réunît périodiquement autour des tombeaux des hommes de génie ou de grands citoyens pour évoquer leurs souvenirs, se recueillir dans leurs pensées, s’inspirer de leurs exemples; du fond de leurs lombes sort une muette et cependant éloquente leçon.
- Et s’il en est ainsi un jour, ce tombeau que nous inaugurons ne devra pas être négligé. Car ces jeunes hommes qui sont allés bravement au-devant de la mort et que la mort a saisis, n’étaient point, comme on a osé le dire, des téméraires et des imprudents. Non, vous le savez bien, c’étaient des savants poursuivant un but déterminé, étudiant des problèmes précis ; et quand ils jouaient en souriant la partie de la mort, c’était au nom et pour le compte de la science.
- Ils étaient comparables en leur nacelle d’osier devenue un laboratoire, dans leurs voyages verticaux à la région des tempêtes, à ces navigateurs que n’airétent dans la recherche de terres nouvelles ni les vents ni les flots furieux.
- J’ai dit « problèmes déterminés », j’ajoute problèmes utiles. Je sais bien que cela a été nié, et qu’on a prononcé le nom de chimères. Cela n’est pas exact, nous l’avons montré d’ailleurs dans les lieux où l’on disserte.
- Mais ici, pourquoi protester?
- Chimères, dit-on ; eh bien soit 1 Honneur à ceux qui savent mourir pour des chimères ! Heureuses et fortes les nations qui comptent des enfants prêts à mourir pour des chimères ! Et d’ailleurs, chimères aujourd’hui, réalités demain ! Chimères pour le cœur sec et l’esprit froid, réalités pour l’âme chaude et vibrante ! Je ne sais quels faux sages ne font-ils pas une chimère de la patrie ! Ah 1 lorsque les armées ennemies couronnèrent ces hauteurs dont
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- nous embrassons d’ici le vaste cercle, chimère, disaient d’autres taux sages, que de résister et de livrer une population de deux millions d’âmes aux horreurs d’un siège prolongé ! Et tout fut supporté : les bombes, le froid, la faim, l’incertitude; et la chimère devint une héroïque réalité. Chimère aussi de combattre encore sans forteresses, sans officiers, sans armes, et cette chimère fit notre honneur ! Et lorsque l’héroïque soldat auquel la France rend aujourd'hui les honneurs funèbres s efforçait d’échauffer les cœurs et s’offrait pour faire sortir de Metz une troupe d’élite : Chimère, lui répondit l’infàine, qui s'apprêtait à livrer et la ville et l’armée.
- La chimère, pour Clinchant1, c’était le devoir militaire. La chimère pour Sivel et Crocé, c'était le devoir scientifique. Pour tous, c’était le devoir civique.
- Honneur à vous qui l’avez accompli! Je vous salue au nom de tous ceux qui m’écoutent, au nom de bien d'autres qui m’ont chargé de ce soin pieux. Je vous salue au nom des pouvoirs publics, car vous avez honoré la patrie; au nom des hommes de science, car vous avez honoré la science ; au nom de la société de navigation aérienne, car vous avez honoré son nom pour toujours. Enfin, je vous salue au nom de ces jeunes gens qui viennent de me prier de parler pour eux, de ces braves cœurs de l'Union française de la jeunesse, qui se connaissent en dévouement et en esprit généreux.
- 11 me semble que c’est à ce dernier salut que vous seriez peut être le plus sensibles. Ils sont comme vous étiez, pleins de jeunesse, de sève et d’espérances. Et tandis qu’ils vous saluent sur votre tombe glorieuse, il me semble en entendre sortir, de cette tombe fermée depuis six ans, une voix qui leur répond par le vers du grand poète :
- Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
- UN COUP DE FOUDRE.
- A CORDOVA (RÉPUBLIQUE ARGENTINE), LE 30 JANVIER 1881
- Notre correspondant de Gordova, M. P. À. Conil, nous envoie le récit des terribles effets produits par un coup de foudre qui, le 30 janvier 1881, a causé la mort de plusieurs de ses concitoyens.
- Le temps était orageux et lourd à partir de midi ; toute la journée des nuages épais obscurcirent le ciel ; à cinq heures du soir, l’orage se déchaîna, une pluie torrentielle détrempa le sol, les éclairs et le tonnerre se succédèrent, sans cependant offrir une intensité extraordinaire. Tout à coup, à cinq heures vingt minutes, la nuée s’illumine, l’atmosphère est sillonnée par l’éclair ; une détonation formidable se fait entendre. La foudre tombe s'jrune des maisons du champ de course, où un grand nombre de personnes se sont réfugiées. Elle semble s’être divisée en deux rameaux distincts; presque tous les assistants sont renversés ; quatre d’entre eux sont frappés de mort : c’est le commissaire de police Denis Liendo; un jeune Français, Martial Montagne; un coureur, Augustin Puebla, et un nommé Louis Yaldez ; deux chevaux, qui stationnaient au dehors, sont également tués, et un autre grièvement blessé. Un des assistants, M. Amuchastegui, est le seul qui a t conservé son sang-froid, quoique ses jambes, complètement paralysées au moment du coup de foudre, lui aient fait éprouver de cruelles douleurs, 11 fut un moment aveuglé par
- t Les obsèques du général Clinchant avaient lieu au moment même où l’allocution de M. Iîert était prononcée. G. T.
- l’éblouissement de l’éclair, puis il vit les assistants, pour la plupart, être projetés à quelque distance, et tomber tout d’une pièce comme des masses inertes. Le caporal llomero, revenu à lui le premier, ne ressentit qu’un engourdissement général accompagné de picotements dans les jambes. — Dès que la nouvelle de cette catastrophe se répandit à Gordova, le gouverneur et le préfet de police, accompagnés des docteurs Michel Juarez Gelman-et Manuel F. Paz, se rendirent sur le lieu dn sinistre. Les blessés, au nombre de sept, furent ramenés chez eux ou conduits à l’hôpital. Le docteur Walker, médecin de la Municipalité, procéda à l’examen des quatre victimes. Le passage de la foudre avait laissé sur leur corps des traces d’un rouge clair vineux; ils étaient frappés a la tète ou sur le dos. Un fait digne de remarque, c’est que, dans les quatre cas, sur quelque point qu’ait d’abord agi le fluide électrique, les traces de sa marche se terminent au cœur.
- Parmi les blessés, nous citerons Roinero, qui a reçu le choc électrique sur le nerf couturier de la cuisse gauche; une contusion circulaire de 4 centimètres de diamètre environ était très apparente.
- Au moment où ce coup de foudre produisit une si épouvantable catastrophe, voici quel était l’état de l’atmosphère, d'après les observations de l’Ubservatoire National, dirigé par M. le docteur Benjamin A. Gould. De cinq heures à cinq heures trente minutes, la situation est restée la même. Le thermomètre à houle sèche marquait 20°,9 ; le thermomètre à boule mouillée 2i°; le baromètre donnait une pression de 714mm,38; la direction du vent était S. E.,et sa vitesse de 14 kilomètres à l’heure.
- LES VliNDES TRICHINÉES
- Depuis quelque temps, le public s’est beaucoup ému de l’invasion en France des viandes triehinées. On se rappelle que les premiers cas de trichine ont été signalés à Lyon sur des viandes de provenance américaine. Il suffit pour faire comprendre l’importance de cette question, de dire que, d’après des documents officiels, l'importation des viandes de porc salé et de lard était en 1880 de 40 164000 kilogrammes, sur lesquels les États-Unis entraient pour le chiffre de 57 102 000 kilogrammes.
- Aussitôt informée de l’invasion, la Préfecture de Police a donné l’ordre aux inspecteurs de la boucherie d’examiner tous les arrivages de viandes de porc salées et fumées dans les différentes gares et spécialement à la gare des Batignolles. Cette gare reçoit en effet tous les envois du Havre, port dans lequel débarquent les quatre cinquièmes des arrivages américains.
- Malheureusement il y avait une grande disproportion entre le service de l’inspection et l’affluence toujours croissante des viandes. Il en résulta un encombrement de viandes soupçonnées contaminées aux points oh se faisait l’inspection. De plus, un certain nombre de commerçants, désireux d’entrer en possession de leurs marchandises pour ne point retarder leurs livraisons, ont cherché à se dérober à l’inspection et pour cela ont profité de ce que le petit nombre des inspecteurs 1 les groupait en cer-
- 1 Ces inspecteurs sont au nombre de quarante-cinq.
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- tains point, laissant ainsi libres de toute vérification certaines entrées ; ils ont alors introduit par ces points leurs marchandises.
- L’Administration devait mettre un terme à cet envahissement. M. le Secrétaire général de la Préfecture de Police, soucieux des intérêts de la santé publique, de concert avec M. le Préfet de Police, a pris les mesures qu’il a jugées opportunes et a chargé le Laboratoire municipal de rechercher les viandes triehinées qui avaient passé les portes.
- Le personnel du Laboratoire , accompagné d’un commissaire de police, s'est transporté chez les débitants signalés comme ayant introduit des viandes non inspectées.L’examen microscopique a montré dans plusieurs cas la présence de la trichine.
- Et à ce propos, nous croyons utile de faire
- connaître le procédé, d’ailleurs très simple, qui a été suivi pour rechercher cette infection.
- On prélève l’échantillon dans la partie musculaire et autant que possible dans le voisinage de l’os ou des tendons, ce qui se fait très aisément au moyen d’un trocart représenté ci-contre (fîg. 1). On coupe avec un ciseau et dans le sens des fibres, un léger fragment de viande qu’on étend sur une plaque de verre. On ajoute une goutte d’alcool dilué ou de potasse étendue et on aplatit la préparation en la recouvrant d’une lamelle de verre (fîg. 2), puis on porte la plaque sur la platine du microscope ; un grossissement de 70
- Fig. 1. Trocart pour prélever un échantillon de viande. 1). Trocart. — E. Etui de l’instrument.
- vue au microscope; deux trichines y sont enfermées dans leur kyste et la troisième se présente libre sur le tissu musculaire.
- Les parasites que l’on rencontre dans les viandes triehinées d’Amérique ne sont pas morts, comme le prouve l’expérience suivante : on fait une coupe de viande tri-chinée en employant au lieu d’alcool de l’eau distillée, et l’on cherche une trichine libre bien visible. On place alors la préparation sur la platine chauffante de Ranvier (fig. 4), et on amène la température à 40°. On aperçoit alors au bout
- Fig. 2. Préparation de la viande trichinée pour l’examen microscopique. — A. Plaque de verre. — B. Lamelle de verre mince. — C. Viande diluée et écrasée.
- diamètres est suffisant pour voir la trichine d’une manière très nette.
- Cependant, il est préférable pour opérer plus rapidement et distinguer la trichine des fibres musculaires striées, d’employer un grossissement de 140 diamètres.
- La figure 3 représente une de ces préparations
- Fig. 3. Filet de porc trichiné vu au microscope (grossiss. : 140 diamètres). — A, A, A. Fibres musculaires. — B, B, B. Trichine enroulée dans son kyste. — C, C. Kyste. — D, D, D. Globules graisseux.
- d’un certain temps quelques déplacements de la trichine. Ces mouvements s’accentuent de 42 à 45°, et à 50° l’animal meurt.
- Le Laboratoire municipal, en employant celte méthode de recherche très simple, a pu, ainsi que nous l’avons dit, retrouver dans Paris des viandes contaminées, et il a fait opérer leur saisie.
- En outre, aussitôt que l’invasion a été signalée, les précautions à prendre ont été portées à la connaissance du public, et tous les journaux ont reproduit la circulaire ministérielle.
- On peut manger sans danger des viandes tri-chinécs ayant subi une cuisson suffisante pour que les parties centrales atteignent au minimum la température de 60 degrés; pour cela il faut environ une heure de cuisson par kilogramme de viande. Le Laboratoire municipal a aussi fait remarquer qu’il était bon d’ajouter du vinaigre pendant la cuisson.
- Tels sont les moyens que l’Administration a opposés de prime abord à l’importation des viandes triehinées.
- Restait maintenant à prendre une décision au sujet de viandes arrêtées à l’entrée comme suspectes. Les inspecteurs étant en petit nombre, con-
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- signaient la totalité d’une caisse dès qu’ils rencontraient une trichine. Il était presque impossible d’opérer autrement, à moins d’avoir une véritable armée de micrographes, comme le fait par exemple l’Allemagne, où les charcutiers sont responsables de la mise en vente de porc trichine, ce qui met 18 000 microscopes à la poursuite de l’infection.
- M. Pasteur, consulté sur la question de savoir si on devait saisir la totalité des viandes d’une caisse quand on a rencontré un seul fragment trichine, s’est prononcé pour l’affirmative, en s’appuyant sur les raisons suivantes :
- « Ce n’est pas, dit-il, que je croie le moins du
- monde à une contamination directe par cheminement des trichines d’un morceau à l’autre, mais, outre que cette contamination peut se faire par simple chute de débris trichinés sur ceux qui ne le seraient pas, la séparation des deux espèces de viandes saines et souillées deviendrait illusoire par la difficulté de l’eflectuer. Enfin, un morceau tri-chiné peut paraître sain, même après un examen soigné. »
- Le Conseil d’Hvgiène et de Salubrité attaché à la Préfecture de Police, a reconnu qu’il était impossible d’examiner au microscope la totalité des salaisons expédiées d’Amérique. Comme on ne peut même
- Fig. i. jiieroàcope disposé pour l'examen de la viande Irieainée, soumise à une élévation de température de 40° au moyen de la platine chauffante de Ranvier (d’après l’appareil du Laboratoire de chimie municipal à Paris).
- examiner que de minuscules parcelles prélevées dans chaque tonneau, le Conseil d’Hygiène a formulé l’opinion que la seule mesure efficace pour sauvegarder la santé publique, consisterait à prohiber d’une façon absolue l’importation en France des viandes salées d’Amérique. Et pour écarter de la consommation les viandes trichinées déjà introduites, le Conseil, adoptant la manière de voir de M. Pasteur, a exprimé l’avis que l’Administration devait faire détruire tout le contenu des tonneaux renfermant un ou plusieurs morceaux reconnus trichinés.
- Dans cet état de choses, nous pensons que la prohibition momentanée était la meilleure mesure que pût prendre le gouvernement. Nous rappellerons d’ailleurs que l’Espagne, le Portugal, la
- Grèce, etc., ont prohibé les viandes américaines; que l’Italie a prohibé tous les arrivages de viandes de porc; l’Allemagne a interdit l’entrée des hachis de porc quelconques, de provenance américaine; enfin depuis quelques jours l’Autriche-Hongrie a pris des mesures analogues.
- On a objecté à la prohibition qu’elle privait la classe ouvrière d’une grande quantité de viande à bon marché; on a objecté aussi l’entrave apportée au commerce. Ces raisons ne nous paraissent point suffisantes, s’il y a réellement danger pour la santé publique, et s’il y a, comme nous l’avons dit, et comme viennent de le montrer encore les expériences de M. Chatin, dans ces jambons d’Amérique des trichines vivantes. Le danger réside surtout dans l’emploi des filets conservés dans la saumure, qui en-
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- trent dans la composition du fromage de cochon et des saucissons ou hachis de toute espèce qu’on mange tels que le charcutier les livre, c’est-à-dire cuits toujours imparfaitement.
- 11 est possible qu’on ait mangé des viandes tri-chinées avant qu’on se fût aperçu de leur contamination, et si l’on n’avait pas signalé de cas de trichinose, cela tient à ce que le diagnostic de cette maladie était mal connu et ne reposait sur aucun caractère bien net.
- En attendant que les travaux des médecins allemands, encore peu répandus en France, nous aient éclairés sur les caractères de cette affection, nous croyons qu’il serait utile d’examiner au microscope les déjections des malades atteints de lièvre typhoïde, afin de chercher si, sous le couvert de cette maladie, on n’aurait pas à faire, comme le cas s’est présenté souvent, à des trichines s’éliminant en partie par cette voie.
- A. Pabst.
- BIBLIOGRAPHIE
- Rapport général sur les travaux du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, depuis 1872 jusqu'à 1877 inclusivement, par M. F. Bezaw-ços, 1 vol. in-4° de 991) pages. Paris, A. Chaix et Cie. 1881.
- Ce magnifique volume, que nous venons de recevoir, offre tout à la fois un caractère de science élevée et d’utilité pratique. Il nous suffira d’énoncer les questions qui y sont étudiées, pour en faire apprécier l’importance. La première partie comprend les chapitres suivants : 1" Alimentation ; 2° Maladies professionnelles ; 5° Maladies épidémiques, secours publics ; 4° Cimetières, Morgue ; 5° Affaires diverses. La deuxième partie traite successivement des industries relatives à l’emploi des matières, animales, minérales ou végétales, et des industries diverses. Cet ouvrage est destiné à rendre les plus grands services à l’hygiène publique.
- Quelques mots sur l'élude des fruits, par Paul Brousse, docteur en médecine, ancien assistant de chimie à l’Université de Berne (Suisse), in-4° de 156 pages avec 16 planches. Montpellier, 1880. Librairie J. B. Baillière et fils, 19, rue Ilautefeuille, Paris.
- L'Année scientifique et industrielle, par Louis Figuier, 24e année, 1880, 1 vol. in-18. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Bulletin de la Société géologique de Normandie. — Exposition géologique et paléontologique du Havre en 1877. 1 vol. in-8°. Havre, imprimerie du journal le Havre, 1880.
- LE LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME
- DE KAPLES (Suite. — Vov. p. 230.)
- La bibliothèque de la station de Naples renferme environ trois mille volumes, mais elle voit ses richesses s’accroître considérablement chaque ann e
- et l’ambition de M. Dohrn est d’y rassembler tout ce qui a été publié sur la faune et la flore marines, surtout celles de la Méditerranée. A l'heure qu’il est, on y rencontre tous les journaux et revues (au nombre d environ soixante) publiés dans les quatre langues principales sur la zoologie et l’anatomie comparée. Depuis les grands in-folios aux superbes planches coloriées, jusqu’aux modestes manuels avec de simples figures sur bois, on trouve sur ses rayons les œuvres principales qui ont contribué à l’avancement de la biologie. M. Dohrn, qui porte un intérêt tout particulier à cette branche de son Institut, reçoit directement des auteurs un grand nombre de mémoires originaux et il a établi un système d’échanges entre les Mittheihingen qui paraissent sous sa direction et la plupart des revues
- étrangères.
- Ceux qui s’adonnent aux recherches scientifiques comprendront combien est précieuse une pareille bibliothèque. Le nombre des travaux publiés est tellement immense et celui des travaux qui se publient augmente tellement de jour en jour que la bibliographie est actuellement un des principaux soucis du savant. Il devient toujours plus difficile de se tenir au courant des connaissances acquises et la concentration dans un même établissement de tous les documents nécessaires à ce travail est une véritable bonne fortune, elle assure déjà à elle seule à M. Dohrn la reconnaissance des naturalistes chercheurs.
- La salle de la bibliothèque est ornée de fresques représentant des scènes maritimes, et l’on y salue les bustes de deux grands initiateurs, K. E. von Baër et Charles Darwin. Un conservateur y est spécialement attaché, qui a pour tâche l’élaboration d’un double catalogue, travail considérable admirablement disposé pour guider dans les recherches.
- J’ai à peine besoin d’ajouter que tous les dons en ouvrages, recueils, mémoires, etc., y sont reçus avec reconnaissance.
- Mais les ressources de la station ne se bornent pa£ là. Il ne suffit pas au naturaliste de pouvoir sonder la structure des animaux, il lui faut encore les observer sur place, s’initier aux différents procédés de pêche, etc. Il doit donc pouvoir se rendre dans le milieu où ils vivent.
- A cet effet, l’Institut de Naples est encore fort bien outillé. Outre les barques qui servent aux excursions à petite distance, il possède un précieux petit bateau à vapeur, le Johannès Muller. Il l’a reçu en cadeau de l’Académie des sciences de Berlin qui y a consacré la somme de 24 000 marks, dont 6000 lui ont été accordés par Son Excellence le Ministre de l’Instruction publique de Prusse. Il est en usage depuis le mois de mai 1877 et il a déjà rendu des services inappréciables. Le Johannès Müller peut recevoir une quinzaine de personnes. Il est dirigé par l’ingénieur de la station, M. Petersen, à qui incombe la tâche de veiller à son entre-
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- tien et à ses perfectionnements. M. Petersen est, du reste, éminemment désigné pour cela, non seulement il est « capitaine » du navire sur mer, mais sur terre, on peut dire qu’il est l ame technique de la station, à la fois mécanicien, physicien, photographe, chimiste, il vaque à tout et rend à chacun de grands services. Outre son chef, le vapeur porte trois marins expérimentés, un mécanicien, un chauffeur, un jeune apprenti et un nombre de naturalistes qui varie selon le but des expéditions. Il prend du charbon pour quatre jours et quatre nuits, supporte bien la grosse mer et file en moyenne 7 à 9 milles marins à l’heure. H avait été primitivement construit entièrement en tôle d’acier, mais l’eau de la Méditerranée étant fort salée, ce métal fut vite altéré et on dut dernièrement lui donner une couverture de bois recouverte elle-même de lames de cuivre. Le gouvernail est entièrement en cuivre, l’hélice en bronze et son axe d’acier recouvert de bronze.
- C’est sur ce bateau que se trouvent les instruments nécessaires aux sondages et aux dragages par lesquels on étudie la faune des profondeurs. Un harpon et un fusil-revolver permettent la chasse des dauphins, qui ne sont pas très rares dans le golfe. Enfin c’est à bord que l'on conserve le plus merveilleux des appareils qui aient ouvert à l’homme la connaissance des profondeurs de la mer : le scaphandre.
- Un scaphandre avec tous ses accessoires coûte environ 3000 francs; le budget de la station ne lui a pas permis jusqu’à présent d’en acquérir un pour son propre compte, et comme un pareil inslrument lui est absolument nécessaire, elle s’est adressée au ministère italien de la marine, qui a mis très libéralement à sa disposition l’un de ceux qu’il possède.
- Chacun connaît le scaphandre et je n’ai pas l’intention d’en donner ici une nouvelle description. Toutefois, ayant eu l’occasion de m’en servir pendant le récent séjour que j’ai fait à Naples, on me permettra de dire quelques mots sur les impressions que l’on éprouve dans le magnifique « royaume des poissons ». Ce qui frappe tout d'abord est la beauté des couleurs, le bleu domine partout, mais dans le bleu on distingue les teintes les plus riches, les nuances les plus variées; puis, lorsqu’on a atteint le fond, ce bleu général, qui n’est autre que la couleur de l’eau sous différentes épaisseurs, s’émaille d’autres teintes empruntées aux algues, aux hydraires, aux bryozoaires qui forment sur les rochers d’énormes touffes mousseuses, aux crinoïdes, aux étoiles de mer, aux mollusques, aux crustacés qui rampent ou s’ébattent entre leurs ramuscules. Les poissons aux écailles miroitantes s’approchent sans crainte du nouvel hôte de la mer, à tel point qu’on pourrait avec un peu d’habileté les capturer à la main ou dans une courte filoche.à la manière des papillons aériens. La transparence de l’eau est si grande jusqu’à une profondeur de 8 à 10 mètres qu’on peut
- apercevoir les plus petites particularités d’un animal ou d’uue plante et en retenir les moindres détails. On peut s’aider de la loupe et saisir à la pince les objets les plus ténus. Il faut remarquer que le scaphandre, et c’est en cela que cet appareil est vraiment admirable, si lourd, si massif, si incommode alors qu’on est encore à l’air, laisse, au contraire, une grande facilité de mouvement dans l’eau. La pression seule du vêtement en caoutchouc est gênante au premier abord, mais on finit par s’y habituer assez rapidement et, avec un peu d'habitude, un plongeur réussirait à accomplir sous l’eau les tours élémentaires de la gymnastique. Cette aisance parfaite des mouvements permet de pénétrer entre les fentes des rochers, de se glisser au-dessous de leurs saillies et d’y poursuivre jusque dans leurs recoins les mieux cachés les algues et leurs hôtes ordinaires.
- La respiration est si normale, qu’à ce point de vue on n’éprouve aucun malaise, la salivation est ordinairement accélérée, surtout chez les novices, mais elle n’est jamais si abondante qu'on ne puisse combattre cet inconvénient par des mouvements répétés de déglutition. Seule, la pression exercée sur le tympan est sensible, mais ici encore un peu d’habitude suffit pour vaincre la douleur et là où elle paraissait intolérable au plongeur lors d’une première descente, elle passera inaperçue à la seconde. Il serait dangereux de descendre pour une première fois un individu au delà de 4 ou 5 mètres. A 10 mètres, la pression est déjà respectable et cependant l’homme exercé descend deux ou trois fois plus bas. C’est ainsi que M. Petersen, notre maître dans l’art de plonger, très robuste et très accoutumé à cet exercice, descend jusqu’à la profondeur de 20 ou 30 mètres, c’est presque la limite du possible et sous l’énorme pression dont on est enveloppé, pression si forte que les vêtements pénètrent la peau, les mouvements respiratoires deviennent extrêmement fatigants et il n’est guère possible d’y demeurer plus de 20 à 30 minutes. On comprendra néanmoins, malgré cette limite imposée par les lois de la physique, comment le scaphandre peut rendre d'immenses services aux naturalistes. 11 faut souhaiter que toutes les stations zoologiques en soient pourvues.
- La sécurité est du reste très grande sous l’eau, on n’éprouve aucun sentiment de danger; ce n’est pas cependant qu’on soit complètement à l’abri de ceux-ci, mais les précautions ordinairement prises les réduisent à un minimum qui n’est que rarement atteint. Le plongeur est suivi dans ses évolutions sous-marines par un petit canot d’où un veilleur est attentif à chacun de ses mouvements et peut signaler le moindre danger. — Une condition essentielle au bien-être du plongeur est la régularité du courant d’air dans le casque de l’appareil, il s’agit par conséquent de confier le maniement de la pompe qui l’envoie dans les profondeurs à des hommes expérimentés. En outre, le plongeur est
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- toujours solidement attaché à une forte corde au moyen de laquelle il est descendu et remonté et dont il se sert pour correspondre avec les personnes qui, sur le bateau, sont attentives à ses mouvements. Ainsi, se présente-t-il une abondante récolte, le plongeur imprimera une secousse à la corde, secousse qui sera traduite à la surlace par la phrase : « descendez le sac », deux secousses signifieront, par exemple : « tout va bien », trois secousses : « je veux remonter », etc. Une série de petits coups brusques et rapidement répétés sur la corde seront un signe d’alarme et immédiatement les veilleurs remonteront le plongeur à la surface.
- Ce moyen de correspondre laisse beaucoup à désirer, il arrive que les mouvements des vagues à la surface impriment à la corde de fausses secousses qui sont interprétées sur le bateau comme si elles provenaient du plongeur; c’est ainsi que celui-ci reçoit parfois sur la tète le sac, au moment où il s’y attend le moins, et il est arrivé à l’un de nos collègues de se sentir brusquement retiré alors qu’il était tranquillement en train de poursuivre une observation importante. Et puis, au moyen de la corde il n’est pas possible de tout dire! Ces défauts ont fait penser, avec raison, à M. Petersen, que ce serait un service à rendre au plongeur que de lui fournir un moyen de se faire entendre facilement à la surface, et cet habile ingénieur a tenté plusieurs expériences en vue d’appliquer le téléphone au scaphandre. Il faut convenir que jusqu’ici ses tentatives n’ont pas été couronnées d’un entier succès, mais M. Petersen n’est pas homme à se décourager, et nous sommes certain qu’il parviendra à surmonter les difficultés.
- On sait que le téléphone affaiblit sensiblement les sons qu’il transmet, et le plongeur ne peut saisir distinctement (c’est du moins le résultat des premières expériences de M. Petersen ) les paroles humaines, ce dont on ne s’étonnera pas si on se rappelle que le plongeur a les oreilles tamponnées de coton et que son attention est toujours distraite par le « glou-glou » de l’air qui circule autour de lui. D’autre part le vent qui souffle, le clapotage des vagues et les mille bruits qui se produisent à la surface du navire, ne permettent pas non plus aux personnes qui l’occupent de percevoir distinctement les réponses du plongeur. La grosse corde doit donc encore servir aux correspondances sous-marines, mais la voie ouverte par M. Petersen conduira sûrement un jour à un progrès dans ce sens,
- il a déjà réussi à suspendre la circulation de l’air pendant quelques minutes 1 et à supprimer ainsi le bruit que produit ce gaz pendant la conversation. D’un autre côté, les perfectionnements apportés chaque jour à la téléphonie laissent espérer une heureuse solution de cette question.
- Les excursions à bord du navire ont le plus souvent pour but l’exploration sous-marine des bas-fonds, dans le voisinage des nombreuses îles qui environnent le golfe de Naples. Lorsque la drague qui est retirée par la machine à vapeur atteint le pont, c’est pour le zoologiste un moment rendu des plus intéressants par la visite des richesses rapportées. Ces richesses varient beaucoup selon la profondeur et selon la nature du fond. Souvent ces explorations sont infructueuses, et après bien des peines, après avoir bravé les fatigues du dragage, on rentre chez soi les mains vides. Mais par contre, quelle rentrée triomphale lorsque la pêche a été abondante ou que l’on a eu le bonheur de capturer quelque espèce nouvelle !
- Chaque fois qu’on laisse tomber la drague en un point quelconque, on a soin de déterminer exactement sa position et d’en déterminer la profondeur. On inscrit ces données sur un registre en même temps que la liste des espèces animales et végétales rapportées. De cette manière la faune des bas-fonds du golfe de Naples sera parfaitement connue, c’est-à-dire qu’on ne sera pas seulement renseigné sur le nombre et la qualité des espèces qu’il renferme, mais encore, et cela est de la plus haute importance dans l’état actuel de la science, sur les conditions physiques dans lesquelles elles vivent. M. Dohrn et ses collaborateurs poursuivent là un travail analogue à celui entrepris sur notre lac par MM. les professeurs Forel et Duplessis, sur les lacs de la Suisse centrale par M. le docteur As-per, de Zurich, sur les lacs italiens par M. le professeur Pavesi, etc. ; mais leur tache est beaucoup plus vaste étant donnée la variété bien plus grande des êtres vivant dans le golfe de Naples et de ceux qui y sont sans cesse amenés de la grande mer par les courants.
- Émile Yüng,
- Privât docent à l’Université de Genève.
- — La fin prochainement. —
- 1 La quantité d’air renfermée dans le casque suffit plus de cinq ou six minutes, selon M. Petersen, à la respiration normale, en sorte qu’on peut interrompre sans danger, pendant ce temps, son introduction dans l’appareil.
- Ascenseur hydraulique dans les Pyrénées. — Coupe de l’une des tours dans le système Edoux.
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- ASCENSEURS HYDRAULIQUES
- DANS LES PYHÉNÉES
- Nos lecteurs se rappellent sans doute l’ascenseur installé dans l’une des tours du Palais du Troca-
- déro, par M. Edoux; ce mécanisme était une des curiosités de l’Exposition universelle de 1878. L’ingénieux constructeur, qui a disposé également avec succès un grand nombre d’ascenseurs hydrauliques dans les maisons particulières de la capitale, vient d’imaginer d’appliquer son appareil dans les mon-
- Vue générale du système d'ascenseurs de M. Edoux, tel qu’il doit être construit dans les Pyrénées, près de Cauterets.
- tagnes, et de s’en servir pour transporter des voyageurs dans un wagon, comme on pourrait le faire sur un plan incliné par exemple; il vient de terminer l’étude d’un projet tout à fait curieux qui paraît devoir être appliqué prochainement dans les Pyrénées par la ville de Cauterets.
- Cette station est fréquentée, comme on sait, pendant la saison d’été par un grand nombre de tou-
- ristes et surtout de baigneurs qui viennent demander la santé à ses eaux thermales sulfureuses, dont les propriétés curatives sont si renommées. Quelques-unes de ces sources, constituant ce qu’on appelle le Groupe du Sud, ne jaillissent pas dans la ville même, elles en sont écartées de près d’un kilomètre en ligne droite, comme celles de La Raillère par exemple, qui occupent le confluent des gaves de Lu-
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- tour et de Mareadau, à une hauteur de 125 mètres au-dessus du niveau de la ville. En outre, la température de eeseaux, qui atteint 59°, est trop élevée pour qu’il soit possible de les amener directement jusqu’à Cau-terets sans les refroidir ou modifier leur composition chimique; les baigneurs sont donc obligés de se rendre chaque jour aux sources, en voiture ou en chaise à porteurs. En présence de cette situation, la ville de Cauterets s’est décidée à installer un appareil de transport entièrement mécanique, et elle a adopté le projet de M. Edoux, dont l’ascenseur peut être appliqué dans des conditions particulièrement favorables, sans exiger aucune dépense de force motrice; car il permettra d’utiliser d’une manière immédiate les eaux fournies par les nombreuses chutes de la montagne.
- Nous avons représenté ci-contre la disposition adoptée par M. Edoux; on voit qu’elle consiste à fractionner cette hauteur si considérable de 125 mètres à franclfr, en cinq étages différents, de 25 mètres chacun d’élévation et desservis par autant d’ascenseurs. Ceux-ci sont répartis sur le flanc de la montagne et sont écartés l’un de l’autre de 40 mètres en moyenne. Le véhicule à transporter est soulevé avec le plateau du premier ascenseur jusqu’au sommet de celui-ci, puis il se rend au pied du second en suivant la voie ferrée établie sur le palier intermédiaire entre les deux, et la même manœuvre se repète toujours pour le passage d’un ascenseur à l’autre.
- L’effort moteur est fourni directement dans les ascenseurs par la pression de l’eau empruntée aux chutes ; quant au passage en palier, il n’exige pas non plus aucune dépense spéciale, car il s’opère automatiquement sous la seule action de la gravité. On a eu soin, en effet, d’élever le sommet de chacun des ascenseurs à un niveau un peu supérieur à celui du point de départ du suivant, de manière à ménager sur le palier qui les réunit une légère pente suffisante pour entraîner le véhicule. Il en est de même à l’arrivée au sommet du dernier ascenseur; celui-ci est élevé de 10 mètres au-dessus du niveau des sources et est relié à celle-ci par un plan incliné à circulation automatique, établi dans des conditions analogues sur une longueur d’un kilomètre environ. Les voitures destinées à ce service sont munies d’ailleurs de freins afin de prévenir tout excès dangereux de vitesse.
- A son arrivée à La Raillière, la voiture qui doit retourner à Cauterets, est reçue sur un truck spécial circulant sur une voie perpendiculaire et ramenée au plan de retour.
- Celui-ci présente également une pente de descente suffisante pour déterminer la mise en marche sans exiger aucune force motrice. En partant de La Raillière, il serpente avec une pente uniforme sur le flanc de la montagne, et il va aboutir au sommet du second ascenseur, en évitant seulement les trois derniers. Cet ascenseur, qui est muni à cet effet d’une installation double, ramène le
- wagon descendant, en même temps qu’il soulève le wagon montant, et la voiture se trouve ensuite ramenée par un palier intermédiaire à circulation automatique, au sommet du premier ascenseur; elle est descendue alors dans les mêmes conditions, et elle arrive enfin à Cauterets à son point de départ.
- Cette installation, qui n’exige pour la circulation des voitures aucun effort moteur, rappelle dans une certaine mesure celle des plans inclinés bisautomo-teurs de la Grand’Combe, dont nous avons donné la description précédemment (voir ta Nature, 1880, 2e semestre, p. 52), et qui permettait également d’effectuer sans dépense un roulage considérable sur une longueur de plusieurs kilomètres.
- L’application des ascenseurs qui va être tentée à Cauterets par M. Edoux, est originale et tout à fait ingénieuse; cependant nous ne pouvons nous empêcher de remarquer en terminant, que la disposition adoptée au Giessbaeh, et que nous avons dernièrement décrite, paraît plus simple et plus commode; combinée avec celle de la Grand’Combe, elle serait peut-être préférable, si toutefois elle n’est pas empêchée par des difficultés topographiques. 11 eût semblé moins dispendieux en effet, d’établir sur le flanc de la montagne un simple plan incliné sur lequel la circulation pût s’opérer automatiquement, en ajoutant dans le wagon descendant, comme au Giessbaeh, un poids d’eau suffisant pour soulever le wagon montant. On eût pu conserver en même temps la circulation double comme à la Grand’Combe, et le wagon descendant, arrivant sur le plan au niveau du sommet du second ascenseur, comme dans le projet de M. Edoux, eût pu remonter; il faudrait rendre les deux mouvements solidaires, au moyen d’une double poulie établie dans des conditions convenables, le wagon montant depuis le bas jusqu’au sommet du plan, confondu avec celui du dernier ascenseur. Dans le cas contraire, si on avait du laisser la montée et la descente indépendantes, on eût pu installer un contrepoids, avec un wagonnet plein d’eau circulant sur une voie auxiliaire. Celte disposition entraînerait peut-être certaines complications de manœuvres; mais elle permettrait d’éviter en partie les constructions dispendieuses et les travaux d’art nécessités par les ascenseurs et les paliers.
- En émettant cette idée, nous ne prétendons aucunement critiquer le projet de M. Edoux, qui est d’ailleurs très ingénieusement disposé ; et il est possible que certaines difficultés matérielles empêchent l’adoption d’un autre tracé plus simple en apparence.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de Physique. — Séance du 4 mars 1881. — Présidence de M. Cornu. — M. Merca-dier expose ses études sur les phénomènes radiophoni-
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- ques : nous nous proposons de publier à ce sujet une notice spéciale, et nous nous bornons actuellement à mentionner la communication du savant physicien. — M. le docteur Boudet, de Paris, présente le nouveau microphone à contacts multiples, formé de six boules, et que nous avons décrit précédemment. M. Boudet a construit également un autre microphone extrêmement sensible, dont l’organe essentiel est un charbon oscillant réulé par un petit ressort de papier. 11 a appliqué cet appareil à l’étude de la voix et à divers instruments physiologiques ou médicaux qu’il présente à la Société : spbygmophone, myo-phone, appareil explorateur du cœur, etc. On peut obtenir une partie au moins des résultats que fournit le microphone avec un appareil plus simple, formé d'un stéthoscope ordinaire, muni d’une plaque mince vibrante de caoutchouc durci, avec bouton explorateur, et dont le pavillon est remplacé par deux tuyaux de caoutchouc aboutissant aux oreilles. Enfin M. Boudet présente un au-diphone multiplicateur fondé sur le même principe. — M. Franck donne quelques détails sur les procédés qu’il emploie pour obtenir des dessins devant servir à des projections. Ces procédés sont au nombre de trois : 1° dessin à la pointe sur verre enfumé, fixé avec du vernis ; 2° décalque sur gélatine ; 3° dessin au crayon sur verre dépoli, rendu ensuite transparent par du vernis copal. On peut colorer certaines parties d; ces dessins avec des couleurs d’aniline. M. Franck présente ensuite un thermographe de M. Marey, constitué par une ampoule de cuivre rouge, communiquant par un tuyau qaétallique fin avec un tube de Bourdon. L’ampoule joue le rôle de réservoir; quand sa température varie, le liquide dont tout l’appareil est rempli, se dilate, et le tube, se déroulant ou s'enroulant, transmet ses mouvements à un levier qui les inscrit sur un papier enfumé. M. Franck présente également un baromètre enregistreur de M. Talin, formé d’une série d’anéroïdes qui agissent sur un levier, lequel agit à son tour sur un fil enroulé autour d’une poulie, et transmet ses mouvements à un crayon inscripteur. Une feuille de papier mue par un mouvement d’horlogerie, complète l’appareil.
- Société géologique de France. — Séance du 7 mars 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. le docteur Pommerol donne la description géologique des tufs basaltiques et bitumineux de la Limagne, sans rien préjuger provisoirement sur leur mode de formation. — M. Bureau fait une communication sur la flore éo-cène du Bois-Gouet (Loire-Inférieure), où il a constaté, parmi les échantillons fournis par M. Vasseur, la présence d’une espèce de Nerium qui lui semble difficile de distinguer de l’espèce actuellement connue au Japon.
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi il mars 1881. — Présidence de M. Grimaux. — M. Schützenberger fait connaître de nouveaux dérivés du silicium ; il a obtenu un azoto-carbure Si2 C2 Az, et un oxycarbure Si2 C2 O1*. Le même azoto-carbure se forme en abondance par l’action du cyanogène sur le silicium chauffé au rouge blanc. Le cyanogène, dirigé sur du platine fortement chauffé, se décompose en donnant un carbure de platine PtC2, tandis que l’azote se dégage. M. Schützenberger présente aussi à la Société le résultat de ses nouvelles recherches sur les pétroles du Caucase. Les carbures O Il!“ contenus dans ces pétroles, se transforment au rouge vif en carbures benzéniques; en les soumettant seulement à la température du rouge sombre, l’auteur a pu retirer, par distillation fractionnée, du bu-
- tilène et du crotonylène, contenus dans le mélange des hydrocarbures qui passent entre 15° et 35°; les fractions les plus élevées, notamment celles qu’on recueille entre 150° et l'iOl), renferment des polymères du crotonylène. L’acide sulfurique transforme rapidement le crotonylène et ses polymères en une matière résineuse renfermant C72II,100. — M. Moissan, en faisant agir l’acide sulfuri-
- ( OK
- que pur sur le chlorochromate de potassium Cr02’r) >
- a obtenu la dichlorydrine ehromique pure, bouillant à 118° et constituant un liquide coloré en rouge clair. — M. Colson annonce les premiers résultats qu’il a obtenus dans l’étude de la diffusion sèche. Il a constaté qu’en chauffant au rouge du fil de clavecin entouré de chaux vive, on observe un transport de fer dans la chaux et de chaux dans le fer. Un mélange de chlorure de sodium et d’argent métallique étant porté au rouge, le métal perd environ 3 p. 100 de son poids, et le chlorure-alcalin renferme du chlorure d’argent. L’auteur fait observer que l’affinité et l’atomicité ne suffisent pas à expliquer les phénomènes, et de plus que l’électricité est très probablement, commelachaleur,une pause de diffusion sèche.—M.Schneider lit une note deM. Delattresur la décomposition du phosphate bicalcique par l’eau. — M. Cochin communique, au nom de M. Boux, des expériences sur une nouvelle levure alcoolique qui amène la fermentation des glucoses, mais qui, ne fournissant pas de ferment inversif, est sans action sur le sucre de canne et sur le sucre de lait. — M. Chap-puis présente un mémoire de MM. Troost et Hautefeuille relatif à un nouveau procédé de préparation des oxychlo-rures de silicium, et qui consiste à faire passer un mélange de 1 volume de chl re, et 1/2 à 1/5 de volume d'oxygène sur du silicium chauffé dans un tube. — M. Suilliot décrit un appareil destiné à utiliser les cristaux des chambres de plomb pour désinfecter les gaz dégagés des égouts ou des fosses d’aisances ; un de ces appareils fonctionne avec succès depuis trois mois à l’hôpital de la Pitié. — M. Grimaux expose à la Société les reche’ches de MM. Musculus et Meyer, qui ont transformé la glucose en une dextrine identique avec la dextrine décrite par M. Musculue.
- Société botanique de France. — Séance du 25 mars 1881. — Présidence de M. Van Tieghem. — M. Nylander est nommé membre honoraire de la Société. — M. Cornu a exammé des pioductions rapportées au champignon qui produit la maladie de la pomme de terre; il a reconnu qu’elles appartiennent à des Saprolégniées qui n’ont pas de rapport avec le Peronospora de la pomme de terre. — M. Duchartre rappelle qu’on peut rendre à volonté les pommes de terre malades ; les années où la maladie de la pomme de terre a été très développée sont celles froides et humides; ainsi, en 18-45l’Irlande a perdu près d’un million de ses habitants par suite de la maladie de la pomme de terre, et cette année 1845 était humide et très froide. M. Cornu pense cependant que, toute autre cause étant égale, la chaleur influe favorablement sur le développement du champignon de la pomme de terre. — M. Mer a étudié le développement des sporanges et des spores chez les Isoeles. — M. Certes signale la coloration violette de la cellulose par la eyanine, notamment chez les diatomées. — M. Mer et M. Van Tieghem font remarquer que certaines matières colorantes peuvent colorer le protoplasma vivant et même, quoi qu’en dise M. Certes, colorer le noyau de lu cellule vivante.
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- TÉLÉGRAPHIE OPTIQUE
- Nous trouvons dans l’intéressant ouvrage que M. Ternant vient de publier sous ce titre: les Télégraphes S des renseignements fort curieux sur les Télégraphes optiques. Nous les utilisons ici pour parler à nos lecteurs de ce sujet peu connu.
- Depuis l’invention de la télégraphie électiique, les appareils optiques ont été supprimés pour l’usage permanent et normal ; mais il ne faut pas croire qu’ils soient abandonnés pour tous les cas. Nous allons rappeler les avantages que présentent les procédés optiques et qu’ils conserveront toujours en dépit des progrès que pourront faire les appareils électriques.
- Le plus simple des systèmes télégraphiques optiques n’exige à proprement parler aucun appareil. M.
- Ternant lui-même a montré à une Commission militaire marseillaise, pendant la guerre, que deux personnes peuvent s’entendre à quelques centaines de mètres, rien que par des mouvements de leur chapeau. On convient que le chapeau levé un moment très court, ou un temps un peu plus long, répond aux points et aux traits de l’alphabet Morse, et voilà un télégraphe réalisé.
- Cette combinaison rudimentaire est certainement la meilleure de toutes,quand la distance n’est pas grande ; mais dès qu’elle augmente il faut des dispositions d’envoi qui peuvent être variées de mille
- maniérés, pour ainsi dire à l’infini, et
- dont nous allons indiquer quelques-unes.
- Héliotélégraphe de Leseurre.—L’appareil désigné
- * Les Télégraphes, par A. L. Terrant, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 192 gravures. Paris, Hachette et Gie. Les gravures qui accompagnent cette notice
- Fig. 2. Appareil de télégraphie optique du colonel Mangin.
- sous ce nom et qui a été modifié de diverses façons depuis la mort de l’inventeur, est fondé sur cette propriété bien connue des miroirs de renvoyer la lumière du soleil avec une intensité extrême. C’est ce phénomène que tous les enfants connaissent et avec lequel ils taquinent leurs camarades ou leurs maîtres. Si la distance n’est pas grande, la vivacité de la lumière est telle qu’une personne placée dans la direction en est gênée même si elle est de profil.
- Sous le ciel de l’Allemagne, l’illustre physicien et mathématicien Gauss, a pu faire des signaux visibles à 40 kilomètres avec un miroir de 4x6 centimètres qu’il tenait à la main.
- En Angleterre, on a perçu à ICO kilomètres les éclairs d'un miroir de 60 centimètres de côté.
- M. Leseurre a fait en Algérie des expériences desquelles il résulte qu’un cercle de 8 centimètres de diamètre envoie à 80 kilomètres une lumière que l’œil peut à peine supporter.
- L’appareil lui-même de M. Leseurre est un hélio-stat à deux miroirs (fig. 1). 11 faut envoyer les rayons réfléchis dans une direction constante, tandis que le soleil se meut. Tel est
- le problème de l’hé-liostat, qu’on étudie dans tous les cours d’optique. Ce problème est d’une grande difficulté quand on ne veut employer qu’un seul miroir pour n’avoir pas une double perte par réflexion. Quand au contraire on consent à employer deux réflecteurs, le problème devient très facile.
- Il faut avoir un axe parallèle à Taxe du monde, sur lequel se monte un premier miroir tourné vers le soleil et incliné de manière à renvoyer les rayons
- sont extraites de cet ouvrage, nous les devons à l’obligeance des éditeurs.
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- dans la direction de l’axe de l’instrument. 11 faut que cet axe tourne d’un mouvement régulier, de manière à suivre le soleil ; mais dans un appareil de voyage on peut se contenter de chercher le soleil à la main et de rectifier la position du miroir de cinq en cinq minutes.
- Un second miroir reçoit les rayons envoyés par le premier et les renvoie dans la direction de la station correspondante comme le montre la figure 1.
- Pour produire les signaux, il suffit de donner un petit mouvement angulaire au second miroir, de 1 manière à changer la direction du rayon qu’il réfléchit ; on obtient ainsi des éclairs de durées différentes qui répondent aux signaux de l’alphabet Morse.
- La figure 1 donne une idée exacte de l’instrument monté sur un pied à trois branches et constituant à lui seul un appareil complet, propre à l’usage d’une colonne expédition -naire. C’est en vue des mouvements militaires à faire dans le sud de l’Algérie, que Leseurre avait imaginé cet appareil, et c’est dans les pays où le soleil est rarement couvert qu’il peut surtout être utile.
- Télégraphe optique de jour et %de nuit. — Pendant la guerre et depuis 1871, on a travaillé cette question, et un appareil combiné par adopté (fîg. 2 et 5).
- 11 présente une grande boîte AA (fig. 2) dont les deux moitiés sont séparées par une cloison B percée d un trou C. Une lampe derrière laquelle est un réflecteur, concentre au moyen d’une lentille ses rayons au point C. Un obturateur D, commandé par un levier M, permet d’arrêter la lumière et de produire des éclairs longs et courts, correspondants aux traits et points de l’alphabet Morse. Une seconde lentille montée sur la face extérieure de la boîte, ramène les rayons au parallélisme. Une lunette LL
- Fig. 3. Mode d’emploi de l’appareil de télégraphie optique du colonel Mangin.
- le colonel Mangin a été
- sert de chercheur, c’est-à-dire à parcourir l’horizon pour trouver la station correspondante.
- Quand on opère Je jour avec un beau soleil, on n’a pas besoin de lampe; on ramène les rayons du soleil dans l’axe de l’appareil, au moyen de deux miroirs et d’une lentille H; tout se passe alors comme nous l’avons dit avec la lampe.
- Appareils fixes. Avantages. — Les deux appareils que nous avons décrits sont des télégraphes
- portatifs. On en fait de plus grands et plus puissants pour les forteresses. Ces instruments sont à poste fixe; ils doivent être à longue portée, car il s’agit de communiquer non pas seulement des forts détachés à la ville, mais d’une ville à l’autre. Toute notre ligne de frontières est ainsi pourvue de télégraphes optiques qui mettent toutes les places fortes en communication les unes avec les autres.
- Les avantages de ce système consistent :
- 1° Dans son économie, puisque toute la dépense se réduit à l’achat des appareils ;
- 2° Dans l’impossibilité où est l’ennemi de couper les communications, puisqu’elles se font par des rayons lumineux visibles seulement dans leur direction ;
- 5° Dans l’impossibilité où est encore l’ennemi de saisir les dépêches au passage, tandisque l’emploi du téléphone permet comme on sait,, par différents moyens, de connaître la dépêche en transmission sans en laisser rien apercevoir aux deux correspondants.
- On peut donner aux télégraphes optiques une portée énorme. Nous n’en citerons qu’un exemple : on a constaté la possibilité de communiquer par rayons lumineux entre la France et la Corse; on a choisi deux points élevés, l’un sur le continent, l’autre sur l’île, où en cas de nécessité, on pourrait en quelques heures monter les appareils qui remplaceraient les câbles télégraphiques rompus par l’ennemi. A. Niaüdet.
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- LA NATURE.
- NOUVEAU RÉCEPTEUR TÉLÉPHONIQUE
- DE W. II. PREECE
- M. Preece vient de présenter à la Société Royale le résultat de ses recherches sur la radiophonie. Elles ont porté sur les phénomènes produits par l’envoi de rayons intermittents sur des disques et des vases de différentes substances. Confirmant et poursuivant les recherches de M. Mercadier, en France, et de M. Tyndall, en Angleterre, il a reconnu que les sons produits dans ces conditions sont dus à des effets calorifiques et non pas à la lumière.
- Le caoutchouc et l’ébonile (caoutchouc durci) sont absolument opaques à la lumière, tandis qu’ils se comportent comme diathermanes ou transparents pour les rayons calorifiques; la chaleur rayonnante peut agir au travers d’écrans de ces matières.
- Des expériences délicates ont prouvé que six vibrations au plus par seconde peuvent être produites par l’action directe et intermittente de la chaleur, produisant une dilatation de la masse du disque. Par conséquent, les phénomènes observés par Bell et Tainter ne sont pas dus à une absorption de chaleur changeant le volume de la substance impressionnée.
- SI. Preece a opéré avec des boîtes ou chambre de construction spéciale et s’est -convaincu que les sons rendus le sont par l’air contenu et non pas par les disques ou surfaces de la chambre. Il y a là un mécanisme qui rappelle celui par lequel le moulinet du radioinètre de Crookcs se meut sous l’influence de la chaleur.
- 11 a vérifié enfin que le pouvoir absorbant pour la chaleur du gaz contenu dans la chambre soumise à l’expérience, a une influence sur les sons produits. Ces expériences ont été répétées sur des bouteilles noircies au noir de la fumée du camphre, sur leurs surfaces extérieure et intérieure.
- M. Preece a été conduit ainsi à penser qu’un fil de platine, traversé par un courant intermittent, pourrait devenir une source propre à envoyer sur des parois convenables des rayons calorifiques capables de faire rendre des sons par réchauffement des gaz au contact de ces parois.
- L’expérience laite fut couronnée de succès; on la fit d’abord en envoyant des courants dans la spirale de platine au moyen d’une roue à interruptions tournée à la main. On alla plus loin, on substitua à la roue un bon microphone, et on obtint la reproduction de la parole.
- Ainsi s’est trouvé réalisé un téléphone récepteur fondé sur un principe entièrement nouveau.
- Nous regrettons de ne pouvoir parler aujourd’hui de cette ingénicse combinaison que sur une description manuscrite sommaire ; nous aurons à revenir sur ce sujet, quand nous connaîtrons l'instrument de visu.
- A; Nuudet.
- CHRONIQUE
- L’Association française pour l’Avancement des Sciences. Congrès d’Alger. — Un certain nombre de nos lecteurs se préparent sans doute à entreprendre le voyage d’Alger, où va se tenir cette année le Congrès de \ Association française. La session offrira un attrait tout particulier, et jamais un aussi grand nombre de membres de Y Association ne se seront trouvés réunis. Cet empressement est assurément dù aux promesses séduisantes d’un voyage entrepris dans un des plus beaux pays du monde ; l’Algérie offre aux savants fi ançais d’au-
- tant plus d’intérêt que son sol, quoique lointain, est celui de la mère-patrie. Sur la demande du Conseil de l’Asso-ciation française, M. Georges Masson, notre excellent éditeur et ami, qui est le trésorier de la Société, vient de se rendre à Alger, où il a pu s’assurer que le Comité local prenait toutes les mesures propres à assurer le succès matériel du Congrès. M. G. Masson a vu le président de ce Comité, M. Potnel, sénateur, ainsi que les membres qui le constituent, et qui comptent parmi eux les principales notabilités de la ville. Il a été reçu par M. Albert Grévy, gouverneur de l’Algérie, et il est revenu avec l’assurance que les habitants de notre colonie se préparent à faire le plus chaleureux accueil à tous leurs compatriotes. Nous tiendrons nos lecteurs au courant du Congrès d'Alger.
- Sauvetage du ballon « le Gabriel » tombé en mer. — Un aéronaute qui s’est déjà fait connaître par des voyages aériens intéressants et souvent très hardis, M. Jovis, a failli être victime de son courage, le dimanche 6 mars dernier. A trois heures de l’après-midi, M. Jovis s’élevait de Nice, il était accompagné de M. Àlioth, délégué de la presse niçoise, et de M. Vivier, sous-lieutenant au 111° de ligne, délégué par M. le général de Carre y de Bellcmare, pour faire des études topographiques. L’aérostat s’est élevé par un courant du S. E. avec une grande force ascensionnelle. Les voyageurs ont été entraînés au-dessus des nuages par un courant N. 0. qui les a emportés en pleine mer. A cinq heures, le ballon, entièrement délesté, descendit vers des régions inférieures, et bientôt le traînage commença à la surface de la mer. On jeta le guide-rope, le cône-ancre ; l’aérostat s’éleva de nouveau, puisa sept heures du soir, après avoir lancé par-dessus bord leurs instruments, leurs vêtements, leurs chaussures, les voyageurs durent se préparer à affronter la plus terrible des morts. Le Gabriel, entraîné par le vent, glissait à la surface des flots, et ses passagers, entièrement immergés, se retenaient aux cordages de la nacelle. Vers huit heures du soir, au moment où ils commençaient à désespérer, ils furent sauvés par un voilier italien; le capitaine Stanislas Peniello conduisit lui-même un canot, à bord duquel il recueillit les aéronautes. Le ballon le Gabriel, dut être abandonné. Les voyageurs et le brave capitaine italien ont été reçus triomphalement à leur retour à Nice.
- RELATIONS ENTRE LES
- UNITÉS ÉLECTRIQUES, THERMIQUES
- ET MECANIQUES
- Lorsqu’un courant électrique traverse un circuit, il produit des effets thermiques, mécaniques ou de décomposition dont la puissance dépend de l’intensité du courant, c’est-à-dire de la quantité d’électricité qui traverse ce circuit, de la force électro-motrice de la source, de la résistance du circuit* etc.
- Ce sont les relations numériques entre les éléments d’une circulation électrique et les effets mécaniques, thermiques et chimiques produits, que nous voulons établir ici en adoptant pour unités électriques les unités de l’Association Britannique, ohms, volts et tvebers1.
- Travail produit par un courant. — Il existe une analogie presque complète entre les effets mécaniques d’un courant électrique et les effets mécaniques d’une chute d’eau.
- 1 Voy. ta Nahirb, du 5 février 1881, n“ 401.
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- LA NATURE.
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- Lorsqu'un poids P (en kilogrammes) tombe d’une hauteur Il (en mètres), celte chute repré-ente un travail disponible de IIP kilogrammètres, qui, suivant les cas, se transforme en puissance vive, en chaleur ou en travail. De même une quantité d’électricité Q, circulant en vertu d’une différence de tension on, comme on dit quelquefois, d’une différence de potentiels E, représente un travail W proportionnel à QE.
- En rapportant ce travail à l’unité de temps, la seconde, la quantité d’électricité Q qui passe pendant cetie unité de temps n’est autre chose que l’intensité du courant I.
- En exprimant cette intensité en webcrs, et la différence des tensions en volts, l’expression de l’énergie en kilo-grammètres est :
- IE
- \V = -x—rr-. kilogrammètres. (1)
- 9,81 x ’
- Le chiffre 9,81 est la valeur de l'accélération g; il intervient dans les calculs lorsqu’on prend le kilogramme pour unité de force.
- On voit déjà qu’il n’existe pas en réalité un équivalent mécanique de l’électricité comme il existe un équivalent mécanique de la chaleur. De même qu’une même somme de travail peut être produite, tantôt par un petit volume d'eau tombant d’une giande hauteur, tantôt par un grand volume avec une petite chute, de même, en électricité, la même somme de travail peut être produite par une source de peu de quantité et de beaucoup de tension ou de beaucoup de quantité et de peu de tension. Lorsqu’une source électrique produit un travail donné dans l’une de ces condiiions, on dit ordinairement qu'elle fournit de la tension, ou qu’elle donne de la quantité, mais on conçoit que ces expressions sont très vagues et ne donnent aucune indication précise et exacte relativement à la nature de la source.
- La tension d’une source électrique, une pile par exemple, dépend de sa force électro-motrice, la quantité est liée à sa résistance intérieure. Ainsi, par exemple, on dit souvent que la pile secondaire de M. Gaston Plante donne de la quantité, tandis que les piles Daniell et les éléments médicaux sont des piles de tension. Cela est absolument inexact, car la pile Planté, dont la force électrounotrice est de 2,4 à 2,5 volts, a plus de deux fois plus de tension qu’un élément Daniell, mais à cause de sa faible résistance intérieure (un dixième à trois centièmes de ohm suivant les dimensions), l’élément secondaire de M. Planté est susceptible de fournir sur un circuit court et peu résistant des courants très intenses, et par suite de donner de la quantité.
- L’expression W
- IE
- 9,81
- kilogrammètres ne donne pas le
- travail effectif que peut produire un courant d’intensité I lorsqu’il traverse un circuit, mais elle représente l'énergie disponible sur ce circuit, de même qu’en hydraulique le produit PII indique le travail utilisable de la chute. Le travail réellement utilisé, dans l’un et l’autre cas, dépend de la nature du moteur, de ses bonnes dispositions, de sa vitesse, etc.
- La formule (1) a cependant l’avantage pratique d’indiquer le maximum de travail disponible que peut fournir une source donnée, et l'insuccès des moteurs électriques actionnés par les piles à liquides, tient en grande partie à l’ignorance absolue dans laquelle on se trouvait autrefois relativement à l’énergie maximum disponible que peut foui nir une source électrique. Nous avons donné quelques chiffres relativement à ces quantités dans la Nature du 29 novembre 1879, n° 559. Nous n’v reviendrons pas.
- L’expression (1) peut se mettre sous deux autres formes, en la combinant avec la formule de Ohm :
- E
- R
- (2)
- En remplaçant successivement I et E par leurs valeurs tirées de la formule de Ohm, on obtient deux nouvelles valeurs de W :
- I2R
- W = g- y kilogrammètres, (5)
- E2
- "W = g ^ ^ kilogrammètres. (4)
- Il va sans dire que les équations (1) (5) et (4) ne sont exactes que si I est exprimé en xvebers, E en volts et R en ohms. On emploiera l’une ou l’autre de ces trois formules suivant que l’on connaitra I et E, I et R, E et R.
- Chaleur produite par un courant. — Lorsqu’un courant traverse un conducteur, il l’échauffe. La quantité de chaleur C dégagée par un courant d’intensité I dans un conducteur de résistance R a pour valeur :
- I2 R
- C = rT7r.----77T7 calories (kilogramme-degré) par seconde,
- 9,81x424 \ o ou
- . C = 0,0002404 I2 R.
- On adopte quelquefois la calorie (gramme-degré) au lieu de la calorie (kilogramme-degré); la première n’est que la millième partie de la seconde ; dans ce cas la formule est :
- C = 0,2404.12R calories (gramme-degré).
- Pour éviter toute erreur, il convient de faire suivre le mot calorie de la désignation kilogramme-degré ou gramme-degré, suivant les cas. La calorie des ingénieurs est ordinairement exprimée en kilogramme-degré, celle des savants et des travaux anglais se rapporte au gramme-degré.
- L’expression de la quantité de chaleur dégagée dans un circuit pendant l’unité de temps est encore donnée par les deux formules '.
- E2
- C = 0,2404 -jy calories (gramme-degré),
- G = 0,2404 IE calories (gramme-degré).
- Ces formules permettent de déterminer, par exemple, la quantité de chaleur dégagée dans l’arc voltaïque lorsqu’on connaît l’intensité du courant et la résistance de l’arc. On peut se convaincre alors que cette quantité de chaleur est très faible, la puissance lumineuse de l’arc provenant, non pas de la quantité de chaleur fournie par le courant électrique, mais seulement de la haute température à laquelle on peut porter les charbons par ce moyen.
- Action chimique d'un courant. — Lorsqu’un courant électrique traverse un voltamètre contenant de l’eau acidulée, il la décompose en hydrogène et oxygène et produit un poids de gaz proportionnel à son intensité. C’est la loi de Faraday.
- Un courant dont l’intensité est de 1 weber décompose 0,000092 grammes d’eau par seconde, soit 0,5512 grammes par heure, et produit 0,00001025 grammes d’hydrogène par seconde, soit 0,0568 grammes par heure.
- En ramenant au volume, on trouve qu’un weber d’électricité traversant un voltamètre produit 0,172 centimètres cubes de gaz mélangés à la température de 0° et à la pression de 7o0 millimètres de mercure. Comme les intensités d’un courant sont exprimées quelquefois en centimètres cubes de gaz mélangés, cette relation permet de
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- LA NATURE.
- calculer facilement l’intensité du courant en webers. 11 suffit pour cela de calculer le volume (en centimètres cubes) de gaz mélangés dégagé pendant une seconde, ce volume, divisé par 0,172, donne la valeur de l’intensité du courant en webers.
- La quantité de métal déposé par un courant d’intensité I pendant l’unité de temps est proportionnelle à l’intensité du courant et au poids atomique du métal déposé; en désignant par a ce poids atomique, on a :
- P = 0,00001025 • « • I grammes par seconde,
- P — 0,0368-a-1 grammes par heure.
- Ce qui permet de calculer P connaissant I ou de calculer I connaissant P.
- Ces quelques formules, que nous pourrions compléter par plusieurs exemples, si elles n’étaient pas d’une aussi grande simplicité peuvent être utiles dans les applications lorsqu’on veut calculer l’énergie mécanique ou chimique transformée en énergie électrique, ou, réciproquement, pour apprécier la valeur d’un récepteur qui transforme l’énergie électrique en travail, en lumière ou en chaleur. E. Hospitalier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- - Seance du 28 mars 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Achille Delesse. — Après un dépouillement rapide de la correspondance, où ont été simplement indiquées par leur titre les communications de SI. Valéry Maillet sur l'œuf d’hiver du phylloxéra, — de MM. Berthelot et Ogier sur la chaleur de formation du diallvle, — de SI. Sloissan sur le protochlorure de chrome, — de M. Duchemin sur un compas circulaire, — de SI. Gaiffe sur une cause de perturbation dans les transmissions télégraphiques, — la séance a été levée en signe de deuil sur l’annonce de la mort de SI. Delesse, membre de la section de Slinéralogie.
- Il nous faut, en effet, enregistrer cette nouvelle et considérable perte de la science. M. Achille Delesse était né en 1817, à Sletz. En 1859 il sortait le premier de l’École Polytechnique, d’où il passait dans le corps des Mines, dont il devait parcourir successivement tous les degrés hiérarchiques. Pourvu du grade de docteur ès sciences, il fut quelque temps professeur à la Faculté des sciences de Besançon. Il revint à Paris en 1848 et fonda à l’École des Mines l’enseignement de l’agriculture, des irrigations et du drainage.
- Les travaux de minéralogie de M. Delesse ont eu particulièrement pour objet de faire connaître des espèces nouvelles, et de rectifier la composition d’espèces mal connues. Il a publié aussi des recherches sur les pseudo-morphoses, sur l’association des minéraux et sur leur magnétisme. En géologie, il a contribué à fonder l’étude des roches, qui, par les procédés fournis par le microscope et par la lumière polarisée, a acquis depuis une si grande précision. La grande question du métamorphisme lui doit des renseignements importants. Tout le monde connaît ses cartes géologiques, ses cartes hydrologiques et ses cartes agronomiques. Un de ses derniers travaux a trait à la nature lithologique du fond 'des mers et aux dépôts de l’époque actuelle.
- Toutes les personnes qui ont eu des relations directes avec M. Delesse s’accordent pour rendre hommage à sa modestie et a l’aménité de son commerce.
- StàiMSLAs Miicn/er.
- CURIEUSE ILLUSION D'OPTIQUE
- M. le docteur Candèze, de Liège, nous a récemment adressé comme complément de notre Physique sans appareils, la description d’une intéressante illusion d’optique que nous allons décrire.
- Prenez un rouleau de papier, de 20 à 25 centimètres de longueur environ, appliquez-le contre votre œil droit, à l’aide de la main gauche, comme le montre la figure; laissez les deux yeux ouverts, et regardez un objet placé à quelques mètres, une petite statuette par exemple. Il vous semblera que l’œil droit, emprisonné dans le tuyau de pffpier, ne voit pas l’objet; l’œil gauche seul le perçoit, et
- il paraît le distinguer à travers un orifice ouvert dans la main gauche. La main gauche tenant le cylindre semblera très nettement percée, et prendra l’apparence que représente le tracé du haut de la figure ci-dessus.
- M. le docteur Sichel, auquel nous avons parlé de cette expérience, nous a indiqué la curieuse variante qui suit :
- Si l’on tient le tube de papier de la main droite, et que l’on applique à gauche contre sa surface extérieure un petit carré de papier, au milieu duquel sera tracé un rond noir, ce rond apparaîtra comme suspendu intérieurement au centre du cylindre. Nous avons exécuté ces deux expériences, qui réussissent très bien et sont très remarquables. G. T.
- Le propriétaire-gérant
- G.
- Tissandier.
- Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rutile Fleurus.
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- N» 410.
- 9 AVRIL 1881.
- LA NATURE.
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- LE LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME DE NAPLES
- (Suite et lin. — Voy. p. 270 et 278.)
- La station de Naples poursuit plusieurs buts ; elle ne se contente pas d’offrir aux zoologistes des
- ressources inépuisables, de présenter au grand public un magnifique aquarium, elle veut encore faire
- Gténophores, animaux marins de consistance gélatineuse) étudiés par M. Chun.
- 1. Lampelia Pancerina. — 2. Euplokanis stationis, — 3. Collaniara biliala, — i. Hormiphora plumosa (grandeur naturelle).
- connaître d’une manière exacte la faune du golfe. La publication de cette faune sera une œuvre considérable, autant par la précision de son texte que 9e année. — 1er semestre.
- par la perfection de ses planches. Ce qu'il nous en a été donné de voir nous a tout à fait émerveillé et chacun peut admirer déjà la première monographie
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- LA NATURE.
- du docteur Chun, de Leipzig, sur les Cténophores.
- Les Cténophores qui ont fait l’objet de la magnifique monographie de M. Chun, dont nous reproduisons quelques figures, sont des animaux de consistance gélatineuse, transparents, de forme plus ou moins globuleuse comme les Béroés, ou rubanée comme la superbe Ceinture de Vénus \Certum Veneris). Ils se meuvent au moyen de palettes natatoires, sortes de rames extrêmement mobiles, disposées en rangées longitudinales. Ce sont des animaux pélagiques apparaissant souvent en grande quantité à la surface de la mer. Ils nagent, le pôle buccal tourné en arrière et en contractant les parois de leur corps. Ils se nourrissent de petits animaux qu’ils capturent à l’aide de fils pêcheurs renfermés dans des capsules urticantes. Leur place est au bas de l’échelle animale, dans l’embranchement des Coélentérés, dont ils constituent une classe particulière.
- Ce n’est pas en effet un des moindres mérites de M. le professeur Dohrn que d’avoir su s’entourer d’hommes éminents qui, tout en l’aidant dans son entreprise, travaillent selon leurs goûts et pour leur propre compte le champ spécial auquel ils se sont voués. A ce point de vue encore, la station présente un grand avantage au jeune naturaliste, tjui n’y rencontre pas seulement, dans la personne
- te Messieurs les assistants, des collègues dévoués, jais encore des maîtres savants et aimables. Ce 'Sont eux qui peuvent le mieux guider les premiers pas dans une recherche, quel que soit du reste le champ dans lequel on la poursuive, car s’adonnant chacun à une branche spéciale de la zoologie, ils représentent dans leur ensemble à peu près l’ensemble de cette science.
- M. le docteur II. Eisig, très connu par ses importants travaux sur les Annélides et l’un des premiei’s connaisseurs de ces animaux, exerce dans la station les fonctions de sous-directeur, tandis que M. le docteur Paul Mayer, dont les travaux sur les Ai'thropodes ont également une haute valeur, donne ses soins assidus à la collection scientifique, qû’il sait faire rapidement progresser. Un de nos jeunes compatriotes de grand avenir, M. le docteur Arnold Lang, qui s’est déjà fait connaître par d’heureuses trouvailles sur les Planaires, travaille la plupart des Platyelmes et avance rapidement dans l’élaboration d’une grande monographie des Planaires; c’est lui qui remplit délicatement les fonctions de bibliothécaire, délicatement, dis-je, car ayant affaire avec tous les naturalistes, quelquefois bourrus et difficiles, il sait toujours les satisfaire avec un tact et une amabilité dont ils lui restent reconnaissants. M. Lang manie avec habileté crayon et pinceau, et sa complaisance sous ce rapport est souvent mise à l’épreuve par ceux qui, moins heureux, n’ont pas la même facilité pour le dessin. .J’ai déjà signalé les multiples et précieux services l’endus par MM. Petersen et Schmidtlein, mais je dois rappeler encore que la slation possède dans la
- personne de MM. Fritz Meyer et docteur Müller, deux collaborateurs importants. Le premier est d’une grande habileté dans la facture des préparations microscopiques et il travaille activement à une collection dont les éléments seront mis sous peu à la disposition de tous les naturalistes. Un catalogue imprimé comprenant toutes les espèces microscopiques que l’on pourra se procurer à la station sera bientôt expédié dans les différents musées et universités.
- M. le docteur Millier, savant chimiste, procède à la préparation et à la conservation des pièces entières; c’est à lui que nous devons ces magnifiques exemplaires qui font actuellement l’ornement de plus d’un institut, ces Physalies, ces Méduses, ces Ceintures de Vénus, si délicats et pourtant si heureusement fixés dans leur fonne, si bien durcis dans leurs éléments, qu’ils peuvent aisément supporter de lointains voyages. Les Mittheilunyen publient des listes des animaux ainsi conservés avec le prix modique pour lequel on peut se les procurer.
- Enfin je ne peux oublier maître Salvatore, chef des pêcheurs, qui joint à une excellente connaissance des animaux celle de leurs lieux d’habitation. C’est à lui que s’adressent les naturalistes pour tout ce qui concerne le matériel zoologique.
- Je regrette que les bornes de cet article m’empêchent de pai'ler des travaux botaniques qui se poursuivent à la station de Naples. Us ne sont ni les moins intéressants, ni les moins importants, plusieurs mémoires des Mittheilungen en font foi. Du reste, un des assistants scientifiques, M. le docteur Berthold, y poursuit, avec un très grand zèle, l’étude des algues du golfeet ses travaux illustreront à leur tour les publications entreprises sous les auspices de M. Dohrn.
- La station zoologique de Naples, telle que nous venons de la décrire dans ses traits principaux, a été ouverte aux naturalistes au mois de janvier 1874 et depuis cette époque elle a toujours progressé.
- Raconter son histoire m’entraînerait trop loin et ce serait faire dans une certaine mesure l’histoii'e de la zoologie dans ces dernières années. Les plus éminents naturalistes tels que Oscar Schmidt, Claus, Ray-Lankester, Carpenter, Ilis, Victor Carus, Cari Vogt, Metzchnikoff, les frères Ilertwig et beaucoup d’autres y ont travaillé. Elle a reçu parmi les botanistes, le comte de Solms, le professeur Reinke de Gœttingen, MM. Falkenberg, Schmitz, etc. C’est dans ses murs que se sont ébauchés les travaux de la plus grande valeur. Balfour y a puisé les éléments de son célèbre travail sur les Elasmobranehes. Ray-Lankester, Botretzky y ont étudié le développement des Céphalopodes et des Gastéropodes. Jhering’ y a beaucoup avancé sa grande publication relative à la phylogénie des centres nerveux chez les Mollusques; enfin les travaux de Grenadier sur l’œil des Arthropodes, de Ilis sur la formation de l’embryon I chez les Requins, de Spengel sur le Balanoglossus,
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- dos frères llertwig sur le système nerveux des Actinies, etc., y sont nés.
- Plus de 130 savants y ont été reçus jusqu’à ce jour et à peu près autant de mémoires y ont été élaborés. On peut bien se rendre compte par là de son importance.
- La détermination des espèces y est facile, grâce aux ouvrages spéciaux que possède la bibliothèque, les travaux anatomiques et miscroscopiques y sont aisés, l’étude du développement s’y fait admirablement, grâce à l’abondante circulation qui assure le bien-être des jeunes larves, il n’est pas jusqu’à la plupart des animaux de grande mer qui n’y vivent et s’y reproduisent, comme nous l’avons dit. Tout ce qui concerne la morphologie y est donc admirablement pourvu. Mais il reste un complément à lui fournir. M. Dohrn l’a compris et ses efforts se dirigent vers ce but à mesure que lui arrivent les moyens matériels nécessaires à son accomplissement.
- La morphologie pure n’est en effet qu’une des faces de la biologie ; à côté d’elle se développe plus modestement, plus difficilement il est vrai, la physiologie comparée. Dans ce champ, la pure observation ne suffit pas, il faut y joindre l’expérience. Un matériel considérable est plus nécessaire pour provoquer des phénomènes nouveaux dans la nature que pour constater purement ceux qu'elle nous offre. La station de Naples devra donc tenir compte de la direction imprimée à la science, dans ces derniers temps, et, petit à petit, elle pourra utilement offrir aux travailleurs un certain matériel expérimental. S’il m’est permis à ce propos d’exprimer un souhait, je dirai encore que l’adjonction d’un petit laboratoire de chimie à celui de physiologie serait très heureuse. Il faut quelques réactifs indispensables pour les études relatives à la digestion, par exemple, et quels progrès n’cst-on pas en droit d'attendre de la connaissance de la composition des tissus et des transformations chimiques qui se passent chez les êtres inférieurs. MM Plateau, Frédericq, Geddes, Kriikenberg ne nous ont-ils pas déjà révélé dans ce domaine des faits d’une haute importance ! L’étude des pigments, des sécrétions, etc., empruntera toujours des secours à la chimie. Cadette parmi ses sœurs, les autres sciences biologiques, la physiologie expérimentale comparée n’en est que plus appelée à rendre des services et à éclaircir nombre de points obscurs.
- Et maintenant, on est en droit de se demander comment se maintient financièrement une pareille entreprise. Le bndget de la station roule annuellement sur une somme moyenne de 100 000 francs, qui donne lieu, comme on peut bien le penser, à une importante comptabilité. Le traitement des assistants scientifiques et celui des nombreux employés (marins, pêcheurs, garçons de laboratoire, gardiens de Faquarium, etc.), les frais de réparation et d’entretien, les achats quotidiens d’animaux, les réactifs et la bibliothèque consomment donc chaque année une somme assez ronde. On sait que
- pour subvenir à ces dépenses, la station loue aux différents gouvernements et aux universités des tables de travail pour la somme annuelle de 1500 marcs.
- Voici un tableau des tables actuellement occupées :
- Le gouvernement prussien . . . L’Académie des sciences de Berlin Le grand-duché de Baden . . .
- Le Wurtemberg................
- La Bavière...................
- La Saxe......................
- Hambourg et Hesse-Darmstadt
- (ens.).....................
- L’Association britannique pour l’avancement des sciences. . . L’Université de Cambridge . . .
- La Hollande...................
- La Belgique...................
- La Suisse ...................
- La Russie.....................
- Le Gouvernement italien. . .
- entretient 3 tables — 1 —
- — 1 —
- — j _
- -- 1 —
- 1 —
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- Chaque possesseur de table a le droit d’y envoyer un naturaliste pendant dix mois de l’année. Ordinairement, une Commission spéciale procède à ce soin. C’est ainsi, par exemple, que chez nous, en Suisse, les cantons qui possèdent une université ou une académie se sont associés à la Société Helvétique dos Sciences naturelles pour parfaire la somme nécessaire à l’entretien d’une table et ils ont nommé une Commission présidée par M. le professeur Rütimeyer, de Bâle, à l’effet de désigner les naturalistes qu’elle juge convenable d’envoyer en séjour à Naples.
- La durée de ces séjours varie beaucoup, et plusieurs naturalistes peuvent s’y succéder dans le courant d’une même année. L’Université de Berne y a été représentée par le docteur A. Lang ; celle de Zurich, par le docteur Keller. L’Académie de Lausanne y a envoyé M le professeur Duplessis ; celle de Neuchâtel, M. le professeur de Rougemont; enfin, cette année même, l’auteur de cet article y a représenté l’Université de Genève.
- On pourrait s’étonner de l’absence de la France et de l’Autriche sur la liste des détenteurs de table. On s’expliquera cette exception par le fait que ces deux pays entretiennent chacun des laboratoires pour la zoologie marine. La France en possède à Roscoff, à Concarneau, à Wimereux; elle en aura bientôt un autre à Marseille. L’Autriche possède la station de Trieste.
- Outre le revenu fourni par ses tables, la station zoologique profite du droit d’entrée à l’aquarium, mais il est vrai d’ajouter que les frais d’entretien de ce dernier engloutissent largement cette somme. La station vend encore depuis quelque temps des animaux conservés, mais ce n’est là qu’une minime’ source de revenu et les dépenses excéderaient de’ beaucoup les recettes si le gouvernement allemand» qui dès la fondation de la station lui a témoigné
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- beaucoup d’intérêt, n’avait voté une subvention annuelle qui lui permet de marcher en avant.
- La station de Naples, outre la grande Faune du golfe, publie encore régulièrement depuis l’année 1878, un recueil qui a pour titre : Mittheilungen aus der zooloyischen Station zu Neapel, zuyleich ein Repertorium fur Mittelmer-Kunde. C’est là que paraissent une partie des travaux qui y sont laits et les rapports que publie son directeur.
- Telle est la station de Naples, une des fondations les plus utiles qui se soient faites à notre époque au profit des sciences biologiques. Si elle a beaucoup demandé, elle a largement rendu, et l’argent qui y a été consacré rapporte le plus noble des intérêts, le progrès scientifique
- On ne peut guère lui souhaiter le succès puisqu’elle y vogue à pleines voiles, mais la continuation du succès; c’est la légitime espérance de son fondateur et le vœu sincère de l’auteur de ces lignes1.
- Émile Yung,
- Privât dorent à l’Université de Genève.
- LA VENTILATION A L’OPÉRA DE VIENNE
- (AUTRICHE)
- La ventilation des théâtres est une question trop souvent négligée, qui présente cependant une grande impoi tance au point dü vue du confort et de l’hygiène. Dans la plupart des cas, elle est traitée d’une manière tout à fait accessoire, et la construction de la salle est terminée avant qu’on ait songé aux moyens d’assurer le renouvellement de l’air à l’intérieur ; on essaie alors seulement de placer quelques conduites de ventilation, en utilisant des espaces qui autrement seraient tout à fait perdus; et dans de pareilles conditions, on n’obtient guère que des résultats défectueux et insuffisants. Cette situation, particulièrement fâcheuse, oblige à interrompre les représentations pendant la saison chaude, car le public évite alors absolument les théâtres qui deviennent de véritables étuves. Une bonne ventilation présente par suite, un intérêt considérable, surtout à Paris par exemple, dont les théâtres forment la principale distraction des habitants, et le plus vif attrait des étrangers; nous avons tenu dès lors à signaler dans la Nature les procédés si remarquables appliqués à l’Opéra deVienne, et qui en ont fait un véritable modèle du genre suivant l’appréciation des juges les plus compétents. Nous citerons, par exemple, MM. Trélat et Tresca, ainsi que MM. Deminuidet
- 1 L’article que l’on vient de lire a été publié dans les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève. L’auteur, qui nous a autorisé à le reproduire, a bien voulu le compléter par des photographies qui nous ont permis d’exécuter les gravures relatives à la vue extérieure de l’établissement et à la disposition intérieure des laboratoires (voy. p. 230). Les documents que nous publions aujourd’hui sur les Cténo-phorcs nous ont été aussi spécialement communiqués.
- Herscher, qui ont pu visiter la ville comme délégués de la Société des Architectes de Pal is, et ont adressé à leur retour à la Société des ingénieurs civils un rapport des plus intéressants sur ce sujet.
- De l’avis unanime d’ailleurs, on n’observe jamais à l’Opéra de Vienne, malgré la grande chaleur développée par les lumières et la présence des spectateurs, cette atmosphère étouffante qu’on subit trop fréquemment dans les autres théâtres
- L’Opéra de Vienne, situé sur le Ring, occupe un terrain couvert de 8000 mètres carrés environ, avec 3060 mètres de cours et jardins. L’édilîce principal a 121 mètres de longueur sur 95 mètres de largeur, et la scène est l’une des plus belles et des plus spacieuses du continent. La salle peut contenir 2700 personnes; elle est éclairée au gaz par un lustre de 90 flammes entouré d’une couronne lumineuse composée de 16 réflecteurs de 21 brûleurs chacun, qui sont placés à l’orifice de la cheminée du lustre.
- Le procédé de ventilation adopté à Vienne consiste à distribuer l’air pur d’une manière régulière dans toutes les parties de la salle, et à l’amener aussi près que possible de chacun des spectateurs, et à une température bien uniforme qui ne doit jamais dépasser 17 à 18° environ. Cette ventilation s’opère également dans les mêmes conditions sur la scène et dans les couloirs, tandis que l’air vicié est évacué vers le haut de la salle dans la cheminée supérieure.
- Le courant d’air est déterminé par l’action de deux ventilateurs installés, l’un dans les contre-bas de la scène, et l’autre dans l’ouverture du lustre, ainsi que l’indique la figure, L’air frais est mélangé en outre avant d’arriver dans la salle avec de l’air plus ou moins chauffé suivant la saison. L’ingénieur chargé de la surveillance, qui est placé en dehors de la salle reste même en relation avec celle-ci au moyen de thermomètres à communications électriques; et par des manœuvres convenables de robinets, il peut y maintenir une température régulière en augmentant ou diminuant la proportion d’air chaud aspiré.
- Les deux figures donnent le dessin de l’installation adoptée, et comme on a représenté les différents parcours d’air par des teintes différentes, on peut se rendre compte immédiatement combien les principes adoptés sont simples et ingénieux.
- L’air frais est aspiré par le ventilateur inférieur dans le jardin voisin du théâtre, il arrive au-dessous de la salle dans une pièce spéciale ménagée à cet effet, il s’échauffe en partie au contact des calorifères à vapeur représentés sur la figure ; puis les deux courants mélangés s’introduisent par le plancher même du parterre et par les points les plus bas des loges et galeries. L’air pur est amené vers le haut de la salle par des conduits ménagés entre les couloirs et les loges ; et dans les étages supérieurs qui comportent des gradins en amphithéâtre, il pénètre par toutes les contre-marches, qui sont percées à jour et fermées par des grilles. Les couloirs et les loges reçoivent également une certaine
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- quantité d’air venant des chambres de préparation ; et, en conservant ainsi la même température à l’intérieur et à l’extérieur de la salle, on arrive à éviter ces courants d’air, qui sont toujours si fâcheux pour les spectateurs.
- La vitesse d’arrivée de l’air est très faible, de 0m,30 seulement, et elle reste absolument insensible.
- L’air vicié est évacué par la cheminée du lustre, il est appelé directement vers le haut de la salle par le mouvement ascensionnel dû à l’atmosphère échauffée de la salle, et l’entraînement, complet est
- CHAUFFAGE ET VENTILATION
- Air pur froid......IMilli'iîmill Air pur mélangé..LlIIZj
- Air pur chaud......f,'„ '.....J Air viçié.....
- Plan et coupe de l’Opéra de Vienne, montrant les
- s’il est nécessaire, au bas de la cheminée d’appel, afin d’assurer le tirage.
- L’air aspiré est puisé dans deux grands puits ménagés à cet effet dans les jardins du théâtre. De là il passe dans un souterrain formant réservoir où on a soin de le rafraîchir, en été, en y produisant de nombreux petits jets d’eau froide retombant en pluie fine. L’air arrive ensuite au ventilateur d’insufflation, dont la vitesse variable, est réglée de manière à produire un appel convenable, suivant les saisons.
- Cet appareil, ainsi que le ventilateur d’aspiration placé dans la cheminée d’appel, est mis en mouvement par une même machine à vapeur de la force de seize chevaux environ.
- Les appareils de chauffage, installés au-dessous
- assuré, en outre, par le ventilateur ménagé dans la cheminée du lustre. Dans les amphithéâtres de troisième et de quatrième galerie, dont le toit remonte vers l’arrière, on a disposé vers le haut des conduites d’évacuation qui restent en communication avec l’espace cylindrique annulaire où s’élèvent les seize cheminées métalliques des foyers à réflecteurs voisins du lustre.
- Des conduites d’air pur et frais ont été ménagées vers le plafond de la salle, comme l’indique la fi-.gure, afin de la rafraîchir facilement en été, suivant les besoins. On envoie même de l’air chaud,
- PLAN SUIVANT A B.
- ra-
- illions adoptées pour la ventilation de la salle.
- du plancher de la salle, sont formés par des tubes en fer étirés de 25 millimètres de diamètre, présentant une longueur totale de 18 000 mètres environ, groupés par batteries à dilatation libre, et chauffés intérieurement par la vapeur à la pression de 5 atmosphères.
- L’air froid est amené dans la chambre de mélange par des gaines cylindriques verticales autour de chacune desquelles est ménagé un espace annulaire pour le passage de l’air échauffé. Ces gaines sont recouvertes d’une cloche mobile, dont on peut faire varier la position afin de régler le débit et la proportion respective des volumes d’air froid et chaud ainsi amenés. La manœuvre de ces soupapes est concentrée entre les mains de l’ingénieur sur-
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- LA N AT U UE.
- veillant, et lui permet ainsi de déterminer la température du mélange.
- Le» orifices d’introduction de l’air pur dans la salle occupent une surface totale de 75 mètres carrés, dont 55 pour l’orchestre et le parterre, 7 pour les deux galeries supérieures, et 12 pour les différents couloirs et les corridors. Les orifices qui amènent l’air frais dans le plafond pendant la saison chaude, représentent en outre une surface de 20 mètres carrés.
- Telles sont les dispositions adoptées pour la ven^ tilation du Grand Opéra de Vienne, dont la salle est considérée à juste titre comme l’une des plus confortables qui puissent être citées en Europe.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de Physique. — Séance (lu 18 mars 1881. — Présidence de M. Cornu. — M. Javal présente l’ophthalmomètre qu’il a construit en collaboration avec M. Schiôtz. Comme dans l’appareil primitif d’Helmholtz, on observe des images réfléchies à la surface de la cornée, et pour se mettre à l’abri des petits mouvements de l’œil on produit le dédoublement des images. Dans l’appareil de M. Javal ce dédoublement se produit à l’aide d’un prisme biréfringent, placé entre deux lentilles disposées de manière à donner une image égale à l’œil observé. Les mires dont on observe la réflexion, consistent en deux petites bandes de papier, vivement éclairées par deux lampes à réflecteur, et disposées sur une règle perpendiculaire à l’axe de l’instrument. Elles ont la forme de triangles rectangles; le grand côté de l’angle droit est vertical, et l’hypoténuse est remplacée par une sorte d’escalier formé de lignes horizontales et verticales. On établit d’abord, en déplaçant les mires, la coïncidence du bord rectiligne d’une des images avec le bord intérieur du premier gradin. En faisant tourner la règle qui porte les mires de 90°, on observe, quand l’œil est astigmate, un déplacement des images. Le bord rectiligne coupe un des gradins de l’autre image ; un déplacement d’un gradin représente une dioptrie; on peut apprécier facilement le quart de dioptrie. On mesure ainsi l’astigmatisme de la cornée ; l’astigmatisme total mesuré par l’optomètre de M. Javal est un peu plus grand. On peut corriger l’astigmatisme sans demander de renseignements au sujet. — M. Baillehache décrit son télégraphe imprimeur à cadran. Le manipulateur est un inverseur, le sens du courant change à chaque lettre qui passe. Les lettres défilent en même temps sur le récepteur, et une rive des types fixée à l’aiguille, présente toujours en bas la lettre sur laquelle est l’aiguille. Au moment de la cessation du courant, un déclanchement se produit et l’impression a lieu. La bande de toile sur laquelle se fait l’impression avance de l’intervalle d’une lettre quand on établit le courant. — M. Cornu communique à la Société les résultats de ses recherches sur la mesure du pouvoir intrinsèque des flammes. Le principe est celui de Bouguet : l’image donnée par une lentille ne dépend pas du contour et l’intensité des divers points de l’image est proportionnelle à la surface de la lentille. L’écran qui sert à diminuer la surface est l'écran dit œil-de-chat, dans lequel deux ouvertures carrées glissent l’une sur l’autre, de manière à présenter toujours un trou carré dont le centre reste immobile. Dans une première disposition de l’appareil, les deux flammes à comparer forment leurs images à travers deux lentilles
- achromatiques, dont l’une est munie d’un œil-de-chat. Les deux images sont reçues sur un petit écran et amenées au contact. Dans la disposition définitive, les images sont reçues dans l’œil. Une source fixe est placée devant une lentille munie d’un œil-de-chat. La lumière est réfléchie dans la direction de l’œil, soit par une glace sans tain placée à 45°, soit par une glace noire qui n’occupe que la moitié du champ. La source à étudier s’observe directement. On examiné les images à l’aide d’un microscope, qui porte dans le plan focal un diaphragme à ouverture très petite, pour limiter les points observés. Quand les sources sont différemment colorées, on ne peut les comparer qu’en en diminuant beaucoup l’inten-lensité. On peut appliquer l’appareil à la spectroscopie. Il suffit d’ajouter un disperseur. Les images se forment sur une fente dont une des moitiés est occupée par l’image de la lampe auxiliaire. M. Cornu indique que l’on peut mesurer des sources très petites en cherchant à faire disparaître l’image en la noyant dans un champ lumineux; l’exlinction a lieu quand le champ est quarante fois plus intense. — M. Javal rappelle qu’il a donné des procédés photométriques pour l’étude de la lumière diffuse en s’appuyant sur l’extinction de points lumineux fournis par un diaphargme percé de trous très petits. Il fait remarquer que l’ordre d’apparition des étoiles dans le ciel donne la mesure de leur éclat.
- PIROGUE ANTIQUE
- TROUVÉE DANS LE LIT DU RHONE A CORDON (aIN)
- LE 8 JANVIER 18821
- Depuis quelques années, le lit du Rhône, en amont du pont de Cordon (Ain), s’est constamment avancé sur la rive droite, en corrodant d’anciens terrains d’alluvion; aujourd’hui le fleuve a complètement abandonné son ancien lit et coule au pied du coteau en faisant ensuite un coude brusque, à angle droit, pour passer sous le pont suspendu.
- Ce déplacement de lit a mis à découvert de vieux troncs de chêne qui pouvaient créer des obstacles à la navigation ; nous les avons fait extraire du lit et c’est en exécutant ce travail que les ouvriers ont trouvé, à moitié enfouie dans la vase, une vieille pirogue en chêne, dont nous allons donner la description.
- Cette pirogue est creusée dans un tronc de chêne dont la forme ronde naturelle a élé maintenue; les deux extrémités ont seulement été aplaties et coupées latéralement pour donner à la proue et à la poupe la forme d’un bec plat; des nervures intérieures saillantes, analogues aux courbes de nos bateaux, ont été ménagées pendant l’opération du creusement pour consolider les bordages; cinq trous, destinés probablement à fixer un nombre égal de paires de rames, ont été percés dans ce bordage.
- La pirogue a llra,80 de longueur, non compris la partie cassée de la poupe, 0m,94 de largeur moyenne totale et 0m,64 de hauteur; le vide intérieur a en moyenne 0ra,84 de largeur et 0m,46 de profondeur; les bordages ont 0m,05 d’épaisseur et le fond 0m,19.
- Cette belle pièce n’est malheureusement pas intacte, la poupe est brisée et le, bordage a été fortement endommagé par les cordages qui ont servi à l’extraction ; mais
- La notice que l’on va lire, forme un intéressant complément des articles que nous avons publiés précédemment sur des sujets analogues (Voy. n° 340 du G décembre 1879, p. 15, et tables des matières des années précédentes).
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- LÀ NATURE’.
- il en reste assez pour qu’on puisse la reconstruire en entier. Le bois est noir, les couches superficielles sont entièrement carbonisées, mais les parties centrales sont intactes et très résistantes.
- Les trous percés dans le bordage sont uniformément répartis et ont dû servir à fixer les rames ; les rameurs devaient être assis sur le fond de la pirogue.
- Nous pensons que cette pièce doit remonter à la plus haute antiquité ; ses dimensions considérables ne permettent pas de supposer que des riverains se soient amusés à la construire depuis qu’on sait faire les barques en assemblant des planches.
- La longueur de la pirogue devait être de 12 mètres au moins. En restituant les parties détruites, on trouve au moyen de profils relevés très exactement que le volume du bois plein qui la compose est de 2 mètres cubes 598 ; la densité du chêne étant de 1015, le poids correspondant est de 2757 kilogrammes.
- Le volume d’eau déplacé par la pirogue, en supposant une ligne de flottaison arrêtée à 8 ou 10 centimètres au-dessous du bordage, est de 4 mètres cubes 405 ; la charge disponible sera donc de 4405 kilogrammes — 2737 kilogrammes = 1068. Si le poids moyen d’un
- PLAN
- Pirogue antique trouvée à Cordon (Ain); vue pittoresque, plan et élévation.
- homme est de 75 kilogrammes, la pirogue pouvait porter 22 hommes; mais l’espace disponible ne permettait d’en placer commodément que 12, chaque homme assis occupant une longueur de 1 mètre environ.
- Cette pirogue a été déposée au Musée de Lyon, où elle se trouve actuellement.
- Gobin,
- Ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- LES MINES DE DIAMANT
- DE L’AFRIQUE AUSTRALE
- Les mines de diamant de l’Afrique australe ont fait beaucoup parler d’elles depuis quelque temps ; mais la situation de ces mines et la nature de ce gîte remarquable sont fort peu connues en France. Nous empruntons les renseignements qui suivent à un livre qui a paru récemment et dans lequel un ingénieur français des plus distingués, M. Maurice Ctiaper, a résumé les observations qu’il a faites sur place l.
- 1 Note sur la région diamantifère de l'Afrique australe, par M. Maurice Chaper, in-8°, Masson, avec 8 phololithogra-phies.
- C’est fort improprement qu’on appelle « diamants du Cap » les diamants de l’Afrique australe. Les mines sont, en effet, fort loin du Cap de Bonne-Espérance, environ à 1200 kilomètres au Nord-Est, à plus de 100 kilomètres au nord du fleuve Orange et tout à côté de la frontière de l’État libre d’Orange. On y arrive par plusieurs routes, dont les deux plus fréquentées sont celles qui partent de Capetown et de Port-Élisabeth; elles se confondent au delà de Marraysburg.
- La zone littorale de toute l’Afrique australe est fort distincte à tous égards de la région intérieure élevée de plus de 1000 mètres en moyenne au-dessus du niveau de la mer, et à laquelle on arrive, non sans difficultés, après avoir franchi une chaîne de montagnes abruptes parallèles à la côte.
- Cette région des hauts plateaux est d’une excessive uniformité. Les couches sédimentaires généralement argileuses dont se compose le sous-sol sont peu perméables et laissent écouler avec une grande facilité l’eau qui tombe à leur surface. Il en tombe du reste rarement, et l’année entière se passe parfois sans que la pluie se soit montrée. Mais quand elle arrive, elle est toujours torrentielle et souvent accompagnée de grêle assez violente pour détruire des troupeaux de moutons. Les rivières, généralement à sec, bien qu’on trouve souvent de l’eau sous le sable, subissent des crues énormes de 6,
- 7 et 8 mètres en quelques heures, qui disparaissent presque aussi vite qu’elles sont venues. La faune et la flore d’un pareil pays sont, bien entendu, particulières, d’autant plus qu’il leur faut en outre s’adapter à des conditions climatériques non moins spéciales; les nuits sont en général très fraîches, avec une rosée abondante. En hiver, elles sont même froides, car le thermomètre y descend au-dessous de— 10°, tandis qu’il monte à + 30° pendant la journée dans cette même saison.
- Ces plateaux, où la circulation est ainsi rendue difficile dans certaines saisons par le manque d’eau, sont sillonnés de nombreuses saillies formées par des épanchements de roches éruptives. Ces roches, dont l'âge n’a pu encore être déterminé, se présentent avec des aspects très variés, bien qu’elles appartiennent toutes au groupe des ophites ou mé-laphvres.
- Les premiers diamants trouvés en cette région, le furent dans les sables d’alluvion du Vaal, en 1869. Cette découverte, d’abord accueillie avec incrédulité, devint tout à coup l’objet d’un engouement extraordinaire, qui entraîna dans ces parages un flot croissant de gens en quête de trésors. Le pays n’était habité que par quelques rares « Boers » ayant fui la domination anglaise et qui s’étaient taillé, dans cette région inoccupée, des domaines dont eux-mêmes ne connaissaient pas trop bien les limites. Ils furent promptement évincés à partir du jour où l’on découvrit le gîte originel du diamant.
- Dans l’espace de moins d’un an, on découvrit les quatre gîtes presque contigus de Du Toit’span,
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- Bultfontein, Old de Beer's et Kimberley. Depuis lors, Coffyfontein, Jagersfontein, et quelques autres mines dans Y Orange free state, sont venues s'ajouter à la liste, mais sans délrôner leurs aînées.
- L’Angleterre ne tardait pas à étendre sa domination sur le territoire des mines, et y introduisait son régime légal, mais modifié de façon singulière pour s’accommoder aux faits et aux droits acquis.
- Les gîtes diamantifères de l’Afrique australe sont d'une nature unique au monde jusqu’à présent. Les terrains sédimentaires schisteux fort puissants qui constituent le sous-sol de cette région ont été percés en certains points par des éruptions d’une boue serpentineuse, entraînant avec elle des débris et fragments des roches sous-jacentes. Ces éruptions, d’âge inconnu, se sont produites à nombreuses reprises, chaque éruption nouvelle agrandissant la cheminée verticale due aux précédentes. Ces coulées successives ont formé des cônes de déjection qui ont été ensuite en grande partie rasés par des érosions ultérieures, de sorte que rien à première vue ne distinguait ces emplacements du reste des terrains avoisinants. Ce sont ces « cheminées », remplies de boue diamantifère , qu’on exploite aujourd’hui. Les diamants se trouvent enchâssés dans une substance verdâtre foncée, qui, exposée à l’air, tombe en poussière (fig. 1).
- Dans la mine de Kimberley, celle qui a été le plus activement travaillée parce qu’elle était jusqu’à présent la plus riche, on est déjà à une profondeur de 120 mètres et plus dans certaines parties. La gravure ci-contre (fig. 2), faite d’après une des photographies rapportées par M. Chaper, ne donne qu’une faible idée de l’impression étrange qu’éprouve toute personne qui, pour la première fois, met le pied sur le bord de cet immense trou, au fond duquel s’agitent en tous sens près de deux mille nègres.
- Ce qui frappe le plus, dit M. Chaper, ce sont ces innombrables câbles ressemblant aux fils d’une colossale toile d’araignée, partant tous du sommet de charpentes établies sur le pourtour de la mine, s’entre-croisant, et aboutissant en mille points divers du fond du trou : des fils à peine visibles, quand on les considère de loin, font monter des bennes pleines et redescendre des bennes vides, suspendues par des poulies à ces câbles.
- Tout autour de la mine sont installés les machines
- à vapeur et les m'anèges à chevaux qui donnent le mouvement à ces fils.
- Mais il y a un autre trait du tableau qui finit par attirer encore plus l’attention ; c'est cette disposition du terrain divisé en parcelles à parois verticales, parallèles et toujours à angles droits les unes sur les autres ; la surface de ces parcelles est tantôt en saillie, tantôt en creux, relativement aux voisines. Cette singularité a pour cause la constitution même de la propriété minière au Griqualand-West. L’unité de surface minière est un « claim », carré de 51 pieds (10 mètres) de côté, subdivisible d’ailleurs, mais seulement suivant des lignes parallèles à celles du réseau principal. Ce svstème, dont l’origine est expliquée dans le livre de M. Chaper, amène les bizarres conséquences que montre la figure, sans compter les procès entre propriétaires mitoyens, et des difficultés sans nombre pour la régularité de l’exploitation.
- On comprend sans peine que les parois de la cheminée d’éruption ne puissent se tenir verticales et qu’il faille leur donner un talus. La création de ce talus est une sujétion qui a causé jusqu’à présent les plus grands embarras à l’exploitation, embarras qui va toujours croissant. La quantité à enlever augmente, en effet, chaque année et les moyens employés sont loin de cioîtrc dans la même proportion : ils ont d’ailleurs toujours été insuffisants. Aussi voit-on sur tout le pourtour de la mine des daims pardessus lesquels s’étend un manteau de déblais qui en empêche l’exploitation; la mine, au lieu de se présenter comme un grand entonnoir dont le fond serait sensiblement plat, a l’aspect d’un trou sans régularité dont le pourtour est accidenté de grandes marches en échelons disparaissant parfois sous des éboulemenis.
- Il serait trop long de décrire ici la méthode de lavage au moyen de laquelle on retire les diamants du minerai préalablement désagrégé par une exposition de plusieurs semaines sur le sol. On trouvera tous ces détails décrits et figurés dans le livre de M. Chaper. Nous ne pouvons qu’y renvoyer également pour tout ce qui concerne l’avenir de ces mines et les modifications à apporter à l’exploitation pour qu’elle soit compatible avec un approfondissement croissant indéfiniment.
- La population des « Diamond fields » est d’en-
- Fig. 1 Diana rit de l'Afrique australe dans sa gangue (d'après un échantillon communiqué par M. Maurice Chaper).
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- Fig. 2. Vue d’ensemble de la mine de diamants de Kimberley, dans l’Afrique australe (d’après une photographie communiquée par M. Maurice Chaper).
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- vif on 18 000 âmes, dont plus des deux tiers sont des nègres : Cafres, Basoutos, Zoulous, Européens et indigènes, vivant tous d’aliments importés à grands frais, car, sauf la viande de bœuf, le pays au loin à la ronde ne produit rien, absolument rien. Les bêtes de somme elles-mêmes sont en grande partie nourries de fourrage sec venant du Sud ou de l’Est. Aussi les accidents climatériques qui viennent troubler le cours des saisons, une trop grande sécheresse, des orages trop violents, sont-ils la cause de variations énormes dans les prix des objets de consommation courante. On peut également se faire une idée du trouble profond qu’apportent aux conditions du travail des événements comme la guerre des Zoulous, celle des Basoutos et celle du Transvaal, qui au renchérissement des approvisionnements, viennent ajouter la pénurie de la main-d’œuvre.
- Gaston Tissandier.
- MÉDAILLE D’HONNEUR
- A M. H. MILNE EDWARDS
- allocutions de m. de quatrefages
- DB M. BLANCHARD ET DE M. J. B. DUMAS.
- On sait que lors de l’achèvement du grand ouvrage de M. H. Milne Edwards sur la Physiologie et l’Anatomie comparée, une Commission s'est formée sous la présidence de M. de Quatrefages, pour offrir à ce savant une médaille commémorative dont l’exécution a été confiée à M. Alphée Dubois. L’appel a été entendu aussi bien en France qu’à l’étranger, et dimanche une délégation a porté à l’illustre doyen des naturalistes de notre pays, cet hommage d’admiration et de gratitude du monde savant. On remarquait parmi les membres de la délégation MM. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences; de Quatrefages, Blanchard, Marey, membres de l’Institut ; Brown Sequard, professeur au Collège de France ; Sappey, professeur à la Faculté de médecine; Vaillant, professeur au Muséum; G. Masson, éditeur des œuvres de M. Milne Edwards.
- M. de Quatrefages, en remettant à M. Milne Edwards le premier exemplaire de la médaille, qui reproduit avec une rare perfection les traits de l’éminent physiologiste, a prononcé les paroles suivantes:
- « Monsieur Edwards, mon bien honoré confrère, notre vénéré maître à tous,
- « Nous venons vous offrir la médaille qui transmettra vos traits à la postérité. Nous vous l’apportons au nom des savants du monde entier ; mais surtout au nom des zoologistes, des anatomistes, des physiologistes.
- « Je n’ajouterai que peu de mots. Un long discours serait déplacé dans cette fête de famille ; il serait d’ailleurs inutile. — Tous ici, nous connaissons vos mérites ; tous nous savons pourquoi notre appel a été si bien entendu, lorsqu’il s’est agi de vous rendre hommage.
- « Le premier mémoire que vous ayez lu à l’Académie date de 1823. — Depuis cette époque, vous n’avez cessé d’agrandir le champ de la science par vos recherches personnelles, et d’enseigner par la parole ou par la plume, vos émules d’abord, puis les générations qui grandissaient à vos côtés.
- « Voilà donc près de soixante ans que durent ces travaux, cet enseignement. Et, pour couronner votre œuvre, vous avez réuni dans un seul livre, les immenses trésors de savoir amassés par ce long et noble labeur. Vos Leçons présentent le tableau complet du passé et du présent des sciences anatomiques et physiologiques, avec leurs détails infinis qu'embrassent et coordonnent des idées générales, toujours précises autant qu'élevées. Ce livre marque dans l’histoire de ces sciences une véritable époque. Il est dès à présent pour nous, il sera pour nos arrière-neveux ce que les écrits de Haller ont été pour ses contemporains et pour la postérité.
- « Voilà ce qu’ont compris même les hommes étrangers à vos études habituelles ; et voilà pourquoi nous sommes autorisés à vous remettre cette médaille au nom du monde savant tout entier. »
- M. Blanchard a ajouté :
- « Monsieur Milne Edwards, je ne vous tiendrai pas un long discours. En cette circonstance, je dois vous faire mon compliment, et ne songeant en aucune façon à vous distribuer des éloges, — de ma part il n’v aurait pas convenance — je veux évoquer quelques souvenirs.
- « Il y a quarante et quelques années, monsieur Milne Edwards, que j’ai eu l’honneur de vous connaître. J’ai bien compté, j’avais tout juste quatorze ans.
- « Vous étiez alors engagé dans la publication de votre Histoire générale des Crustacés, — un ouvrage devenu classique, qui a été le point de départ de toutes les études sur cette grande division du Règne animal.
- « Dans ce temps, on parlait beaucoup de vos découvertes dans l’organisation des animaux marins, de vos recherches exécutées sur le littoral de la France, pour une part en collaboration avec votre ami, Victor Audouin. — En général, les naturalistes avaient étudié les animaux marins dans le cabinet ; vous eûtes l’idée qu'il serait mieux de les observer sur leur domaine, dans les actes de leur vie. — Le monde savant avait applaudi.
- « Vous deveniez professeur au Muséum et vous me trouviez aide-naturaliste attaché à la chaire, à laquelle venaient de vous porter tous les suffrages. Je n’ai rien oublié de ce temps dont nous sépare près de quarante années. Une pensée vous dominait, cher Maître : donner une forte impulsion à notre science. Vous excitiez à la recherche par votre exemple ; par vos conseils, vous indiquiez à de jeunes naturalistes, les voies à suivre. Pris du désir de faire une exploration dans les parties chaudes du littoral de la Méditerranée, vous nous entraîniez en Sicile, M. de Quatrefages et moi. — On en revint avec une moisson.
- « Vous apportiez à la science une lumière nouvelle; vous montriez pour la première fois comment s’accomplissent certaines fonctions de la vie, lorsque les appareils organiques demeurent dans un état d’imperfection relative. Bientôt vous réussissiez à fournir mille preuves que le signe du plus haut perfectionnement des organismes se manifeste par la division du travail physiologique.
- « Vous étiez jeune encore, monsieur Milne Edwards, et déjà on saluait en vous un maître, on reconnaissait un chef.
- « Les témoins, maintenant un peu rares de cette époque, se rappellent combien partout où la science était en honneur, on s’inquiétait des travaux sur l’organisation des animaux marins et des animaux inférieurs qui s’exécutaient en notre pays. Dans l’espace de peu d’années nous avons eu parmi nous la plupart des zoologistes, anatomistes et physiologistes du monde. La première porté où ils frappaient, c'était la vôtre.
- « A cette époque heureuse pour la science, me semble-
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- t-il, on jugeait votre santé assez délicate; il a paru depuis à tous les yeux que votre amour de la science vous avait donné les forces que la nature vous avait refusées.
- « En effet, vous méditiez une œuvre gigantesque où sur l’ensemble d’une science, vos vues seraient exposées. Votre illustre ami, M. Dumas, ne se trompait pas le jour où il disait dans une de ses merveilleuses notices biographiques que le savant a besoin d’une longue vie. Préparé par vos nombreuses investigations personnelles, par votre long enseignement, par vos lectures infinies, vingt-cinq années de travail assidu vous ont été nécessaires pour accomplir l’œuvre immense que nous avons le bonheur de voir aujourd’hui totalement achevée.
- « 11 m’a. été rapporté que divers étrangers de haute compétence avaient plus d’une fois lancé cette parole: Bien des auteurs ont, avec plus ou moins de succès, mis au jour des manuels ou des traités pour ceux qui étudient ; — seul, Milne Edwards en a fait un pour les maîtres. En moins de mots, saurait-on exprimer plus complète vérité ?
- « Dans les Leçons sur la Physiologie et l'Anatomie comparée, tout est résumé, tout est cité. Aussi dans des travaux particuliers, combien d’auteurs étalent une facile érudition. Quelques-uns en laissent voir la source; mais d’autres, et ce né sont pas les moins nombreux, tâchent de ne rien laisser voir du tout ;%ils ont peut-être la naïveté de croire que personne ne reconnaîtra d’où ils ont tiré l’apparence de leur savoir.
- « Dans les Leçons sur la Physiologie et l'Anatomie comparée, les investigateurs trouvent sur chaque question, l’état actuel de la science, les indications les plus précieuses sur les faits controversés ou mal éclairés ; les directions les plus utiles pour de nouvelles recherches. Longtemps, on tirera profit d’un tel ouvrage.
- « Je me figure l'impression que produira la lecture attentive des Leçons sur la Physiologie dans un siècle, dans deux ou trois siècles. La science aura réalisé je pense, de magnifiques progrès. Grâce à votre œuvre, cher Maître, on pourra sans trop de peine en déterminer exactement l’importance et comparer les idées régnantes à diverses époques. C’est à regretter de ne pas revenir en juger soi-même.
- « Pendant de longues années, nous l’espérons, et j’en forme le vœu de toute l’ardeur de mon âme, il vous sera donné de voir les avantages que votre œuvre procure à la science et à ceux qui la cultivent. C’est une joie qui vous sera justement réservée.
- « Souffrez donc, cher Maître, que je joigne mes félicitations à celles qui viennent de vous être adressées en vous offrant l’expression de mes sentiments de vieille et respectueuse affection. »
- M. Dumas, au nom de l’Académie des sciences, a prononcé les paroles suivantes :
- « Désigné par l’Académie pour la représenter dans cette réunion de famille, j’ai accepté cette mission avec bonheur. Le plus ancien de vos amis, mon cher Milne Edwards, je suis aussi le plus intime témoin des travaux qui ont illustré votre vie et mieux que personne je comprends combien sont fondés les sentiments de respect et d’affection dont l’Académie vous entoure.
- « Dans cet établissement sur lequel tant de générations, par les efforts du génie, ont appelé la vénération de tous les esprits élevés, l’Académie voit en vous le gardien de leurs nobles traditions et le représentant le plus autorisé de la science française. Avec la passion du vrai, la hardiesse d’un esprit ferme et la prudence d’un esprit sage, vous avez tracé le tableau complet de la vie,
- sous tous ses aspects, en anatomiste consommé, en physiologiste pénétrant, en physicien ou en chimiste exercé. Avec vous, la physiologie dans son acception la plus haute et la plus large a pénétré pour toujours dans l’étude de la classification des êtres.
- « Vous avez eu, mon cher ami, le rare bonheur de commencer jeune, de poursuivre en vôtre molui ilé cl de terminer dans la plénitude de vos forces un ouvrage qui restera comme un monument.
- « Vous avez eu un bonheur plus rare encore : vous avez vu s’élever auprès de vous, se former à vos leçons, s’inspirer de votre exemple et marcher sur vos traces, un fils digne de vous, un confrère prêt à construire à son tour le monument qui couronnera sa vie, en continuant celui que vous léguez à la postérité; un émule qui n’oubliera jamais le spectacle touchant dont il vient d'être le témoin. »
- M. Milne Edwards a remercié avec émotion le Comité de ce témoignage d’estime dont il a été profondément touché, disant combien il était heureux d’avoir.pu mener à bonne fin cette œuvre, objet de ses constantes préoccupations depuis scs débuts dans la carrière scientifique.
- LE LABORATOIRE DES INGÉNIEURS
- AU COLLÈGE DE L’UNIVERSITÉ, A LONDRES
- Le collège de l’Université, à Londres, embrasse toutes les matières qui peuvent faire l’objet d’un enseignement scientifique, depuis la physiologie jusqu’à la mécanique appliquée ; cet établissement, dont le développement devait suivre celui des sciences elles-mêmes, s’est trouvé bientôt trop à l’étroit dans la première installation qui avait été organisée lors d‘e sa fondation, en 1828.
- On dut se décider, dans ces dernières années, à terminer les bâtiments prévus par le plan primitif, et restés seulement à l’état de projet : l’aile du Nord, récemment bâtie, vient d’être inaugurée dans les premiers jours de l’année courante. Nous croyons devoir profiter de cette occasion pour appeler l’attention sur cet établissement si remarquable et surtout sur son laboratoire d’ingénieurs, qui forme une institution tout à fait unique en son genre, institution dont l’absence se fait vivement sentir en France, par exemple.
- Nos écoles d’ingénieurs, en effet, manquent entièrement d’appareils capables d’exercer chez leurs élèves les habitudes pratiques, elles sont obligées de se borner à un enseignement purement descriptif ou théorique. Le laboratoire du collège de l’Université constitue certainement, à bien des égards, un modèle que nous pourrions imiter avec fruit.
- Dans l’aile du Nord du bâtiment nouveau qui vient d’être inauguré, on a pu installer au rez-de-chaussée un laboratoire de chimie, ainsi que des collections de géologie et d’anatomie comparative ; l’étagé supérieur renferme un cabinet de lecture pour cent soixante-dix étudiants, ainsi que deux autres labo*-rutoires de physiologie et d’études microscopiques. Quant au laboratoire des ingénieurs, il est placé dans les anciens bâtiments du collège, où il occupe une
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- salle devenue libre par les installations nouvelles. Celle-ci, que nous avons représentée (fig. i), couvre un espace rectangulaire de 27 mètres de long sur 15m,50 de large, et elle est munie de l’outillage nécessaire pour y pratiquer les différents essais physiques dont la pratique est nécessaire aux ingénieurs, quelle que soit leur carrière. Elle devra com- ; prendre également les divers types de machines-ou- i tils : machines à tourner, raboter, fraiser, aléser, etc., j qu’on rencontre aujourd’hui dans tous les ateliers, j et qui ont remplacé presque partout le travail di- | rect à la main. Une petite chaudière avec une ma- j chine à vapeur appropriée, seront mises également j
- à la disposition des élèves, et leur permettront de pratiquer toutes sortes d’expériences dans les conditions les plus variées, sur la production de la vapeur, l’influence de la surface de chauffe, la dépense de combustible, le rôle et l’utilité de la détente, ou même sur l’entraînement d’eau dans la vapeur dégagée, entraînement qui joue un rôle si important dans le travail de la vapeur et dont la proportion est loin cependant d’être connue d’une manière précise.
- Le laboratoire possède en outre des machines nécessaires pour pratiquer tous les divers essais des métaux, au choc, à la traction, à la flexion,
- Fig. 1. Le laboratoire des ingénieurs au Collège de rUmversilé, à Londres.
- torsion, compression, etc. On sait le rôle important que jouent aujourd’hui ces différents essais dans l’appréciation de la qualité du métal, et il importait de familiariser les jeunes ingénieurs avec le maniement des machines qui leur permettront plus tard de répéter ces épreuves et d’apprécier surtout le degré de confiance que peuvent mériter des résultats obtenus parfois dans des conditions différentes. On sait, en effet, et les savantes recherches de M. Barba l’ont montré d’une manière évidente, quelle influence des circonstances, presque insignifiantes en apparence, comme le mode de découpage, par exemple, pour ne citer qu’un cas particulier, peuvent exercer sur la résistance d’une tôle d’acier fondu. L’action du poinçon perçant un trou aigrit le métal sur les hords, et peut déterminer
- une rupture prématurée dans une pièce très saine cependant. On ne peut apprécier réellement la résistance du métal si on n’a pas été à même de constater fréquemment tous les effets analogues à celui-ci.
- M. Kennedy, le savant directeur du laboratoire, a acquis aujourd’hui, par ses beaux travaux sur les essais physiques, une autorité incontestée, et c’est toujours à lui qu’on a recours dans les débats importants que ces questions peuvent soulever, comme on l’a fait, par exemple, pour apprécier la qualité du métal employé pour la construction des colonnes et des poutres dans l’enquête relative à la catastrophe du pont de Tay, par exemple. 11 a disposé, pour les essais à la traction, un type de machine qui peut donner des résultats aussi précis et délicats que les meilleurs instruments de physique; toutefois
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- nous ne la décrirons pas ici, car nous avons en France des machines qui nous paraissent susceptibles d’arriver au même degré de précision. En dehors des machines Thomasset, si fréquemment employées aujourd’hui, nous pourrions citer, par exemple, celle du colonel Maillard, qui est munie d’un calhétomè-tre à réticule avec vis mierométrique capable de mesurer les allongements jusqu’aux fractions de millimètre, et qui est réellement un des appareils les plus ingénieux qu’on puisse rencontrer.
- Tous les appareilsdonl nous venons de parler permettent aux jeunes ingénieurs de contrôler à chaque instant les résultats acquis, de refaire les aide-mémoire, pour ainsi dire, en vérifiant dès qu’ils le désirent, jusqu’à quel point et dans quelles conditions sont exactes les données numériques fournies par les essais antérieurs.
- En dehors des essais physiques, le laboratoire des ingénieurs renferme aussi quelques appareils destinés à représenter certains phénomènes purement scientifiques, et nous avons cru devoir signaler en particulier, d’après Y Engineering, celui qu’on voit sur les ligures 2 et 3, i t qui a pour but de rendre sensible par le mouvement de l’eau dans des manomètres, la marche de l’électricité dans une bouteille de Leyde. On sait, en effet, que les savants admettent aujourd’hui qu’il y a pleine analogie entre la marche du fluide électrique dans un conducteur et l’écoulement de l'eau dans un tube. On retrouve là, en effet, ces deux éléments essentiels : le débit, qui doit toujours rester constant malgré les variations de section du tube ou du conducteur, et la pression motrice, qui devient le potentiel dans le cas de l’électricité. Dans une bouteille de Leyde isolée qu’on vient à charger, le fluide s’accumule sur les deux armatures, intérieure et extérieure, avec une pression qu’on peut rendre manifeste au moyen d’un électroscope. L’appareil que nous signalons et qui est dû à M. Lodge, professeur assistant de physique
- à l’Université, reproduit tous les phénomènes qu’on observe dans ce cas, au moyen d’une double bouteille, chargée d’eau pour ainsi dire, comme on va le voir, de la manière suivante :
- Une poche en caoutchouc E est fixée à l’extrémité d’un tube dans lequel la pompe A peut refouler de l’eau. Elle est placée en outre, comme on le voit, à l’intérieur d’un ballon en verre, relié à un autre
- tube II, communiquant avec le premier par le tube coudé L, M, S. L’ensemble des deux ballons, l’un en verre et l’autre en caoutchouc, représente une bouteille de Leyde, dont premier va devenir l'armature extérieure, et le second l’armature intérieure.Le volume d’eau qui remplira l'espace vide entre les deux ballons, et qui se trouvera refoulé ou aspiré, suivant qu’on détendra la poche en caoutchouc ou qu'on la laissera se contracter , représente la quantité d’électricité positive ou négative accumulée sur la bouteille. Le réservoir G, dont l’eau peut se répandre dans les deux ballons par l’intermédiaire des tubes, représente la terre; deux manomètres, placés en S et H, indiquent à chaque instant la pression de l'eau à l’intérieur et à l’extérieur de la poche en caoutchouc, et jouent ainsi le rôle des électromètres. Enfin, les robinets L, G et K permettent d’ouvrir et de fermer la communication des deux ballons entre eux et de les isoler de la pompe et
- du réservoir.
- Tous les tubes et les ballons sont d’abord remplis d’eau, et les robinets ouverts ; les deux manomètres indiquent alors la même pression, qui est celle du réservoir. Si on ferme ensuite L, on isole seulement la poche du ballon sans produire d’autre changement. Si on ferme en outre K, et si on refoule l’eau dans la poche au moyen de la pompe, la pression s'élète également dans les deux manomètres, malgré l’absence d’une communication directe. C’est le cas de la bouteille isolée qu’on essaie de charger. Ouvrez K, les deux manomètres retombent, mais D reste à un
- Fig. 3. Élévation de l’appareil ci-dessus.
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- niveau un peu plus élevé. Fermez alors K, puis recommencez à pomper ; ouvrez-le ensuite et répétez plusieurs fois la même série de manœuvres, vous chargerez peu à peu la bouteille, l’électricité, c’est-à-dire la pression d’eau s’exerce à l’intérieur, et le manomètre D s’élève, tandis que II reste à zéro. Isolez tout à fait la bouteille de la pompe, qui joue ici le rôle de machine électrique en fermant G, et de la terre en fermant K, les deux manomètres restent immobiles ; mais si vous rétablissez la communication entre les deux armatures en ouvrant L, les deux manomètres reviennent à zéro.
- On peut varier ces expériences et reproduire avec cet ingénieux appareil tous les faits qu’on observe avec une bouteille de Leyde ordinaire, ce qui fournit ainsi une preuve frappante à l’appui de l'assimilation que nous signalions plus haut.
- L. Bâclé.
- CORRESPONDANCE
- SD R LES GISEMENTS d’aSPHALTE EN RUSSIE Monsieur le Rédacteur,
- Dans le numéro du 5 février de la Nature, vous avez inséré une excellente étude de M. Léon Malo sur l’asphalte. Je m’associe surtout au vœu de l’auteur que l’asphalte soit l'objet d’une étude plus approfondie et plus détaillée, comme on en a fait pour les naphtes et leurs dérivés (pétroles, etc.). Si l’on entreprenait cette étude, il serait fort important de ne pas se borner aux asphaltes de France et de Suisse, mais de considérer aussi ceux de Russie, qui offrent des particularités très remarquables. Les gisements d’asphalte en Russie se trouvent à l’occident de la grande courbe de laVolga (appelée arc de Samara) un peu en amont de la ville de Svzrau. Ils se trouvent sur la rive droite de la Volga, sur une longueur de plus de 20 kilomètres, et l’on connaît trois couches, dont la plus basse est la meilleure. Elle est inondée par le fleuve pendant le temps de la crue (mi-avril à mi-juillet). L’asphalte se trouve non dans la formation Jurassique comme ceux de France, de Suisse et d’Allemagne, mais dans l’étage inférieur de la formation carbonifère, dans un calcaire dolomitique équivalant, par ses fossiles, au Mainlasis Limestow des Anglais.
- Une analyse récemment faite au laboratoire de l’Institut technologique, sous la direction du professeur Beilstein, a montré que les meilleurs gisements, ceux de l’étage inférieur près du village de Kostytchi, contiennent de 24 p. 100 à 50,6 p. 100 de bitume, c’est-à-dire plus de 5 fois plus que ceux de Seyssel. Lesgisements de qualité inférieure contiennent encore 9 1/2 p. 100 à 15 p. 100 de bitume. Le point de fusion du bitume est de beaucoup supérieur à celui des bitumes de France et de Suisse, il est de 106" à 110° cent, et de 111°-115° pour deux échantillons dont on a fait l’étude, ce qui explique pourquoi, malgré l’extrême richesse en bitumes, l’asphalle de Syzrau ne se comprime pas, — du moins on n’a pas pu y réussir ’us-qu’à présent.
- Los minerais d’asphalte sont exploités depuis 1874. On les extrait par des carrières à ciel ouvert et ils servent à fabriquer du mastic d’asphalte dans trois usines, dont la plus importante est dans la ville de Syzrau. La fabrication annuelle est de 10 000 tonnes et augmente avec beaucoup
- de rapidité. Le bitume libre nécessaire à celte fabrication est extrait de grès bitumineux qui se trouvent aussi dans le district de Syzrau, à 80 kil. à l’est des gisements d’as-pballe.
- Je serais à même de fournir les quantités d’asphalte brut qui seraient nécessaires à une étude détaillée, car je connais bien le pays et je passe l’été dans le voisinage.
- Veuillez agréer, etc.
- A. WOKIKOFKN.
- Saint-Pétersbourg, 26 mars 1881.
- CHRONIQUE
- Association française pour l’Avancement des sciences. — Congrès d’Alger. — La plupart des savants qui prendront part au Congrès d’Alger sont actuellement en route par des voies différentes. Le nombre des membres de VAssociation française inscrits pour entreprendre le voyage, a dépassé 1550. La session d’Alger commencera le jeudi 14 avril. Le discours d’ouverture sera prononcé par M. Chauveau, qui a pris pour sujet les Virus et les ferments : le savant professeur parlera des admirables travaux de M. Pasteur, et des résultats qui en sont la conséquence. M. Maunoir récapitulera l’histoire delà précédente session, et M. Guillemin, maire d’Alger, prendra ensuite la parole pour souhaiter la bienvenue aux nombreux représentants de l'Association française. La session d’Alger offrira un intérêt tout particulier,' par l’intérêt des excursions et par l’éclat des fêtes qui s’y préparent.
- Expériences de téléphonie au Grand Opéra, h Paris. — Il existe peu d’inventions qui aient eu dans un espace de temps si limité, des applications aussi nombreuses et aussi importantes que le téléphone. A peine cette admirable découverte est-elle apparue, que déjà des milliers de fils servent à la mettre en pratique dans la plupart des grandes villes du monde ; mais le téléphone et le microphone, venu après lui, nous réservent encore bien d’autres surprises: les remarquables expériences qui ont eu lieu récemment au Grand Opéra de Paris en sont le témoignage le plus certain. Pendant une représentation, on a disposé en vue de la scène, des microphones de grande puissance, qui communiquaient par des fils conducteurs à des récepteurs Ader de disposition particulière, placés dans une salle retirée et assez lointaine. La transmission de la musique et du chant s’est produite, et le résultat obtenu était tout à fait merveilleux; les modulations de la voix, aussi bien que les chants d’ensemble, étaient très nettement perçus, à l’admiration de ceux qui étaient présents. Nous croyons savoir que cette expérience sera exécutée régulièrement pendant la durée de l’Exposition d’électricité. Il y aura dans le Palais de l’Industrie, aux Champs-Elysées, une salle spéciale, où le soir on pourra entendre la représentation du Grand Opéra. Un jour viendra peut-être où la musique de nos scènes lyriques sera ainsi envoyée par des fils conducteurs, dans des succursales ; on percevra les sons dès que l’on aura fait agir un commutateur, de la même façon qu’on a de l’eau, en tournant un robinet.
- L’éclairage électrique, système Werder-mann. — L’épouvantable catastrophe du théâtre de Nice vient de redonner une nouvelle actualité à la question si importante de l’éclairage électrique des théâtres. Nous
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- avons assisté, mercredi dernier, à de très intéressantes expériences faites avec le système Werdermann, salle de l’ancien Athœneum, dans le but de montrer que l’éclairage électrique, comme le gaz, pouvait se prêter à toutes les variations de puissance exigées par les effets scéniques. Les machines alimentant les lampes, sont du système Gramme, à courants continus ou alternatifs ; il nous a paru’cependant que les premières étaient mieux appropriées que les secondes à l’incandescence du charbon dans cé système. Les lampes sont des lampes Werdermann modifiées par M. Napoli dans le but d’établir un contact sûr et parfait entre le crayon de charbon et les galets ou secteurs qui lui amènent le courant électrique. Le mouvement du charbon s’effectue de haut en bas ou de bas en haut, suivant qu’il est plus commode d’avoir le crayon et son étui au-dessous ou au-dessus du point lumineux. Une machine Gramme, type d’atelier, alimentait huit lampes placées en tension dans le circuit : quatre de ces lampes étaient placées à la rampe et quatre autres sur les côtés du théâtre. A l’aide d’un commutateur manœuvré dans la coulisse, on introduisait dans le circuit général une résistance supplémentaire plus ou moins grande qui affaiblissait plus ou moins la lumière. Quant aux variations delà lumière dans la salle, elles étaient obtenues, dans les expériences que nous relatons, en réagissant sur la vitesse du moteur. Ce moyen est en réalité un peu primitif et ne permet pas le rallumage rapide souvent si nécessaire, car la machine ne peut pas reprendre assez rapidement la vitesse qui correspond à la valeur normale de l’éclairage ; il en résulte une gradation un peu lente, au lieu d’un éclairage presque subit. Il serait facile de faire disparaître l’inconvénient que nous signalons en employant le système des résistances déjà appliqué à la rampe et, pour que la machine ne puisse prendre une vitesse excessive pendant cette manœuvre, d’agir en même temps sur des résistances de compensation, qui maintiendraient constant le travail dépensé par la machine motrice pendant les variations de la puissance lumineuse.
- Quoi qu’il en soit, la lumière est très belle, très fixe, très blanche, et les foyers tamisés par des globes dépolis, ne produisent aucune fatigue sur la vue. Les résultats acquis montrent que l’éclairage électrique des salles de théâtre est possible : réservant la question économique, dont nous n’avons aucun élément d’appréciation, nous croyons que les circonstances et les progrès nouveaux le rendront bientôt indispensable.
- Massacre des membres de la mission Flat-ters. — On sait que l’année dernière une importante mission a été envoyée d’Algérie sous les ordres du colonel Flatters pour explorer la région où pourraient s’entreprendre les travaux du chemin de fer qui doit joindre un jour l’Algérie au Sénégal, par le Sahara et le Soudan. Au moment où la Société de géographie de Paris fêtait l’arrivée du docteur Lentz, le hardi voyageur autrichien qui revient de Tombouctou, où il s’est rendu par le Maroc et le Sahara, elleapprenaitquela mission Flatters, surprise par les Touaregs-lloggar, avait été anéantie. L’expédition était composée de dix Français, et de quatre-vingt-cinq hommes d’escorte, servant à conduire deux cent cinquante chameaux qui portaient de l'eau et quatre mois de vivres. La caravane était divisée en cinq sections ; le colonel Flatters, le capitaine Masson, le Dr Guiard, M. Béringer et M. Roche, qui tous avaient fait partie de la première expédition, commandaient chacun une section. 11 n’v a plus à douter aujourd’hui que les noms du colonel Flatters et de ses compagnons doivent s’ajouter à la longue liste des
- martyrs de l’exploration : saluons nos infortunés et vaillants compatriotes qui sont tombés au service de la France, dans une entreprise de science et de civilisation.
- De terribles secousses de tremblement de terre ont ébranlé le sol de File de Chio, le 3 avril. — La ville de Chio est entièrement détruite.
- — M. Pasteur a reçu de la Société des Agriculteurs de France, la grande médaille d’or, pour les applications médicales et agricoles de ses belles recherches sur les fermentations et les contagions.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 avril 1881. — Présidence de M. Faye.
- Le pulmomètre. — C’est le nom d’un ingénieux appareil queM. le Dr Burcq, qui l’a inventé, fait fonctionner dans la salle des Pas-Perdus. Il est destiné à mesurer le volume d’air mis en mouvement dans l’acte respiratoire; et il remplit excellemment sa fonction. Dans le mémoire, que présente en son nom M. Bertrand, l’auteur signale comme particulièrement favorables à la bonne santé de ia poitrine l’influence des instruments à vent et celle de la déclamation et du chant. 11 insiste aussi sur les propriétés curatives de la poussière de plâtre dans la phthisie et les démontre par des observations aussi nombreuses que précises.
- Hommage à M. Milne Edwards. — On sait qu’un Comité s’est spontanément formé pour faire frapper à l’effigie de Milne Edwards, une médaille destinée à perpétuer le souvenir des éminents services rendus à la science par le doyen de la zoologie française. L’occasion choisie était la terminaison des Leçons sur la physiologie de l'homme et des animaux. Le Comité ayant fait appel au monde savant, les adhésions lui arrivèrent en foule des pays les plus divers, et les souscripteurs ne s:nt pas tous des zoologistes. Comme on a pu le lire plus haut (p. 298), le Comité, présidé par M. de Quatrefages et comptant dans ses rangs MM. Blanchard, Vaillant, Georges Masson, etc., a remis à M. Milne Edwards la médaille dont Fauteur est M. Alphée Dubois. Aujourd’hui M. de Quatrefages dépose un exemplaire sur le bureau de l’Académie, et l’assemblée témoigne à l’unanimité par ses applaudissements ses sentiments de respect à M. Milne Edwards.
- Élection. — La place laissée vacante dans la section de géométrie est donnée aujourd’hui à M. Camille Jordan, par 35 voix, sur 55 votants. M. Mannheim obtient 21 suffrages et M. Darboux, 1.
- Forts vitrifiés. — M. Daubrée a comparé aux matériaux des forts vitrifiés de la France, des roches provenant de constructions écossaises analogues aux précédentes. — Ce ne sont plus des granits ni des gneiss, mais des leptynites dont le degré de fusion est tout à fait comparable. L’analyse microscopique décèle dans la roche du spinelle, de l’enstatite, de la mellilite, du labrador, etc.
- Fer météorique de Sainte-Catherine. — D’après M. Lawrence Smith le fer météorique de Sainte-Catherine qui est peu altérable à l’état naturel, devient très magnétique à la suite du martelage ou du chauffage au rouge.
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- LA NATURE.
- Varia. — Mentionnons des recherches de M. Saint-André sur les conditions qui permettent k la vigne de résister au phylloxéra dans un sol sablonneux; — un nouveau mémoire de M. Schiitzenberger sur l’hydrosulfile de soude ;
- — la description d’un propulseur électrique par M. Michels ; — l’envoi par M. Dalliman d’une bouteille de sève de vigne américaine, dont il voudrait voir faire l’analyse ;
- — une note de M. Julien, sur le terrain devonien dans le département de l’Ailier; — l'étude par M. Violle des radiations émises par le platine incandescent ; — le calcul de la parallaxe du soleil d’après les résultats obtenus k Saint-Paul et à Pékin lors du dernier passage de Vénus. M. Puiseux trouve comme résultat le nombre 9",05; — enfin un mémoire de M. Chauveau sur les maladies charbonneuses.
- Stanislas Meunier.
- NOUVEAU MODE DE SUSPENSION
- DES BANQUETTES DE WAGON
- Les réactions inévitables et les chocs qui se produisent toujours entre les rails et les roues des wagons en marche sur nos voies ferrées, obligent à apporter des précautions spéciales dans la suspension de ces véhicules afin d’amortir ces effets de vibrations si nuisibles pour le matériel et si désagréables pour les voyageurs. Le châssis des voitures repose déjà, comme on sait, sur les fusées des essieux montés, par l’intermédiaire de ressorts à lames qui absorbent déjà la plus grande partie des efforts développés, mais cette action est loin d’être suffisante, surtout aux grandes vitesses; aussi on interpose actuellement, surtout dans les voitures de première classe, entre le châssis et la caisse proprement dite, des ressorts de suspension spéciaux, constitués tantôt par des spirales métalliques et tantôt par des rondelles de caoutchouc, et qui sont destinés à amortir les vibrations transmises à la caisse par le châssis.
- On est même allé plus loin encore, on a interposé de nouveaux ressorts sous les coussins des banquettes qui supportent directement les voyageurs, et on a pu réduire ainsi les oscillations qu’ils devaient subir. Chacune des Compagnies a adopté à cet effet un type varié de ressorts; nous trouvons, par exemple, les sommiers à ressorts à boudin en usage à la Compagnie d’Orléans, les cônes en caoutchouc à l’Ouest, et les ressorts à lames d’acier au Nord. Toutefois, ces divers palliatifs demandent à être réglés judicieusement, comme le remarquait avec tant de raison M. Morandière, à la Société des ingénieurs civils; car, s’ils sont trop mous, ils donnent au voyageur un mouvement oscillatoire aussi désagréable que les chocs auxquels ils doivent remédier, et s’ils sont trop durs, ils ne produisent plus aucun effet. Et il est d’autant plus difficile d’obtenir un bon réglage que la souplesse de la voie influe pour la plus grande partie sur les vibrations transmises au véhicule.
- 11 y a donc là une question de mesure très difficile
- à trancher, car si on augmente la souplesse des ressorts, comme on le fait maintenant, on soumet le corps des voyageurs a des oscillations verticales auxquelles les pieds ne participent pas, et il s’ensuit à la longue une fatigue excessive de la rotule du genou.
- M. Delessert est arrivé à supprimer cet inconvénient par la disposition que nous avons représentée dans la ligure ci-dessous ; le plancher, placé entre les deux banquettes qui se font face, devient solidaire avec elles, et il est isolé absolument de la caisse, de sorte que le corps du voyageur tout entier est supporté par un système invariable, évitant tout mouvement relatif des membres inférieurs par rapport aux autres. Tout cet ensemble est supporté, comme on le voit, par des ressorts à lames établis sous la banquette mobile. D’autre part, pour diminuer les oscillations longitudinales, on a supprimé les menottes sur l’un des 'côtés, et relié
- Coupe d’un wagon montrant un nouveau mode de suspension des banquettes.
- directement la banquette à la lame supérieure du ressort.
- La disposition de M. Delcssert a été essayée sur certaines voitures du chemin de fer de l’Ouest, en l’appliquant seulement sur la moitié des banquettes, et laissant l’autre moitié dans les conditions ordinaires, de manière à faciliter la comparaison entre les deux modes de suspension. Les résultats obtenus ont été très favorables, et malgré la grande flexibilité des ressorts employés, qui se comprimaient de 9 centimètres par 100 kilogrammes, on n’a constaté que des oscillations excessivement faibles ne dépassant jamais quelques millimètres.
- En dehors du matériel de chemin de fer, la suspension de M. Delessert a été appliquée également sur des voitures ordinaires, et là aussi elle adoucit sensiblement les chocs continuels qu’on éprouve toujours dans les rues et sur les routes et qui rendent si pénibles les voyages un peu longs dans les voitures ordinaires.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandilr.
- imprimerie A. Laliure, rue de Flcurus, 0, à Paris.
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- -V 4M. — 10 AVRIL 1881.
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- LES AÏEUX AQUEDUCS DE PARIS
- LES SOURCES DU 5ORI)
- Le bel aqueduc d’Arcueil, auquel l’aqueduc de la Vanne a donné un regain d’actualité, décore trop fièrement le paysage pour pouvoir être oublié, mais les aqueducs des Prés-Saint-Gervais et de Belle-ville, de beaucoup ses aînés, sont bien ignorés aujourd’hui, et pourtant, depuis plus de sept siècles, ils donnent toujours le modeste produit de leurs sources.
- Les moines de Saint-Laurent (dont le monastère
- Fig. 1. Aqueduc de Belleville. Regard de la lanterne.
- recueillirent de même l’eau d’égouttement de Belle-ville et l’amenèrent dans leur couvent.
- En 1182, Philippe-Auguste acheta aux deux congrégations une partie du produit des sources pour établir au cœur de Paris les trois premières fontaines publiques. Jusqu’à l’achèvement des fontaines de l’aqueduc d’Arcueil, en 1628, les fontaines de Paris ne furent alimentées que par les sources de Belleville et des Prés-Saint-Gervais, donnant à elles deux à peine 300 mètres cubes par jour.
- Ces eaux, saturées de plâtre, assez agréables au goût cependant, sont fort mauvaises, aussi ne servent-elles plus en réalité aujourd’hui qu’à laver les égouts ; mais pour cet usage, elles rendent encore assez de services pour que l’on entretienne les canaux avec soin.
- Les Prés-Saint-Gervais sont une petite localité touchant à Paris, et connue par moins de Parisiens 9° année. — 1" semestre.
- existait avant 600) recueillirent dans de nombreuses tranchées les eaux suintant sous la couche superficielle du terrain des Prés-Saint-Gervais, et les conduisirent, par un aqueduc souterrain, jusqu’à la fontaine de la foire Saint-Lazare, sur leur domaine.
- Le très complaisant gardien, M. Varenne, qui nous a fait visiter tout récemment les sources du Nord, appartient au personnel du Service des Eaux depuis plus de quarante ans, et il nous a raconté qu’à cette époque, il existait encore en face de Saint-Lazare une fontaine alimentée par l’eau des Prés-Saint-Gervais.
- Plus tard, les moines de Saint-Martin-des-Champs (le Conservatoire des Arts et Métiers aujourd’hui)
- Fig. 2. Aqueduc de Belleville. Coupe du monument.
- que le Havre assurément ; ce n’est ni le chemin de fer, ni le tramway qui y conduit ; on s’y rend dans une sorte de diligence partant de la rue Jean-Jacques-Rousseau, 41. Sur la place même où s’arrête la voiture, coule l'unique et dernière fontaine versant , encore l’eau recueillie par les moines de Saint-Laurent ; mais avant de la visiter, il faut connaître les sources qui l’alimentent. Pour ceci, on doit escalader la colline, plantée d’arbres fruitiers, et l’on en est récompensé d’abord par une vue vers La Villette, qui ne manque point d’une certaine originalité.
- Le regard le plus élevé est celui des Bruyères, qui ne recueille qu’un filet d’eau s’écoulant dans la fontaine Saint-Pierre, où personne ne vient en puiser ; aussi la porte qui la protège reste-t-elle fermée et le mince jet clair forme-t-il un des cinq affluents qui bouillonnent plus bas, dans le regard du Trou-Morin. Celui-ci est vraiment curieux :
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- les eaux passent dans des bassins de tôle de cuivre, où des orifices jaugent leur débit avant qu’elles ne pénètrent dans la conduite qui les amène à la fontaine des Prés-Saint-Gervais.
- Nous gagnons une autre partie de la colline, où nous trouvons le regard des Moussins, où se rassemblent d’autres sources. Trois basses galeries carrées réunissent le produit des pierrées, et, du côté de la chambre souterraine, les eaux s’engagent dans une conduite forcée en plomb, formée d’une feuille roulée et soudée comme les conduites romaines; nulle part ailleurs, dans l’immense réseau des conduites de Paris, on ne trouverait quelque chose d’analogue, et ceci a tout l’intérêt du dernier échantillon des choses disparues. U y a même aux Prés-Saint-Gervais des conduites plus anciennes que celles-ci ; elles sont en terre cuite, à joint d’étoupe, et une notable longueur en est encore en service. En se glissant, courbé en deux, les jambes écartées de chaque côté du ruisseau central, dans une des trois galeries basses, on arrive à un puisard où se réunissent les pierrées qui les alimentent; ce sont d’autres galeries carrées, inaccessibles, hautes et larges de 40 centimètres, en général, dont les murs latéraux sont fenestrés de fissures étroites laissant suinter les eaux, qui se réunissent dans un lit de glaise battue ; les eaux entraînent une vase qui, peu à peu, s’accumule dans les puisards de jonction ; habituellement ces derniers sont recouverts de madriers et de terre, ce qui permet de les ouvrir poulies curer.
- Un troisième profond regard réunit d’autres courants : c’est celui du Bernage, portant la date de sa réfection, en 1743. Tous ces édicules sont des deux derniers siècles, mais ils en remplacent de bien plus anciens. Tous ces regards sont munis extérieurement d’anneaux auxquels les échevins de Paris faisaient attacher les chevaux de leurs carrosses dans la visite annuelle d’inspection qu’ils étaient tenus de faire, et qui s’est continuée jusqu’à la suppression de l’échevinage, à la Révolution.
- Nous redescendons jusqu’à la modeste fontaine de la place des Prés-Saint-Gervais, qui sert en même temps de regard de distribution. Une inscription nous apprend qu’elle date du temps de Louis « X1III », quand Le Féron était prévôt des marchands (vers 1648). Un frêle escalier intérieur nous élève jusqu’au châleau d’eau — le dernier de tous — qui distribue le produit des sources. Les eaux claires remontent en siphonnant : une triple cuvette de plomb les reçoit de chaque côté ; dans celle de gauche jaillissent les sources captées au Trou-Morin; dans celle de droite, celles que les Moussins rassemblent; dans le soubassement, se dégorgent les eaux du Bernage, qui ne peuvent monter plus haut.
- Des orifices circulaires, d’un pouce de diamètre, laissent couler autant de veines liquides de la plus liaute cuvette du château d’eau. Quelques petites cuves carrées entourent extérieurement la triple cuvette destinée, par les déversements successifs, à
- rendre l’eau ti-anquille, pour qu’ensuite elle s’écoule en quantité exactement jaugée dans les petites cuves cubiques desservant les dernières concessions particulières ; le reste des eaux de toutes les sources, définitivement rassemblées, se rend directement aux égouts de Paris.
- Le réseau des sources et aqueducs des Prés-Saint-Gervais est à peu près intact ; une partie assez importante seulement en a été cédée à Pantin; mais elle verse ses eaux dans cette commune. Le réseau de Belleville est bien autrement morcelé. Les travaux d’égout contemporains ont coupé nombre de fois les aqueducs ; toutes les eaux recueillies en amont s’écoulent dans l’égout au point de la section, et il n’arrive plus à la cuvette de jauge de la rue de la Mare que le quart de l’eau qui y parvenait autrefois ; mais cette perte, pour la plus grande partie, n’est qu’apparente : la même quantité d’eau ruisselle dans les aqueducs et tombe directement dans les égouts, et, comme elle n’est destinée qu’à les laver, elle n’est point jaugée, voilà tout. Cependant, il serait facile, à l’aide de tuyaux siphonnant sous les cunettes d’égout, de rassembler encore presque toutes les eaux, avant qu’elles ne disparaissent sous terre, ce qui permettrait de créer une charmante fontaine à source vive, suivant une des dernières pensées de Belgrand. On en pourrait faire de même, plus facilement encore, avec les eaux des Prés-Saint-Gervais, et, ne fùt-ce qu’à titre historique, ce reste de l’œuvre des aïeux mériterait d’être ainsi mis en lumière et conservé b
- De la place des Prés-Saint-Gervais, nous remontons en rentrant dans Paris, jusqu’à la rue de Belle-ville, que nous suivons jusqu’au delà de la rue Gompans ; tout de suite après, à droite, en arrivant de l’extérieur, au fond d’une sorte d’affreux petit chantier, nous voyons le regard qui, longtemps, a été la tête de l’aqueduc, réunissant les sources de cette région, c’est le regard « dict de la Lenterne », ainsi qu’il est gravé au-dessus de la porte ; c’est une construction ronde et solide, à toit de pierre, surmontée d’une lanterne à jour ; elle a servi de modèle, avec le regard des Moussins, pour ceux de l’aqueduc d’Arcueil. En descendant dans son intérieur, quand le gardien qui nous guide nous en a ouvert la porte, nous trouvons dans la salle souterraine, où commence la galerie, deux inscriptions intéressantes : la première nous apprend que le regard a été refait de 1583 à 1615; la seconde, con-
- * Si l’on réserve le nom d’aqueduc aux galeries parcourables, il n’y en a pas plus de 139 mètres aux Prés-Saint-Gervais, mais si l’on y comprend le réseau des pierrées et des conduites en terre cuite, en plomb, en tôle bitumée, en fonte — suivant leur ancienneté décroissante — la longueur totale s’élève à 6256 mètres, en. outre 2367 mètres ont été cédés aux communes suburbaines, 1678 mètres ont été supprimés dans Paris, la longueur s’est élevée jadis à 10 501 mètres.
- L’aqueduc de Belleville et ses brandies — pierrées et conduites comprises — a eu jusqu’à 6686 mètres; 1445 mètres étaient détruits ou abandonnés à la fin de 1876, il en restait une longueur de 5243 mètres en service, dont 1379 mètres d’aqueducs parcourables (non compris 150 mètres détruits).
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- temporaine des travaux qu’elle décrit, comme la précédente, que la galerie a été refaite sur 96 toises (187 mètres), en 1457.
- 11 est de tradition qu’avant cette époque, les pierrées et certaines sections des galeries étaient à ciel ouvert, simples tranchées, çà et là protégées par des grilles. Ce ne fut que de 1527 à 1550 que l’on acheva de couvrir et transformer en souterrains les aqueducs et pierrées de Belleville.
- Trois pierrées, trois sources se réunissent dans la chambre ronde et s’écoulent dans l’aqueduc; sa hauteur nous permet d’y marcher sans peine ; de grandes pieiTes plates forment le ciel, les parois et le lit; par les fissures, des filets d’eau grossissent les sources.... Brusquement, le mur de l’égout neuf interrompt la vieille galerie, le ruisselet disparaît dans l’égout par une bouche étroite, et nous remontons par le regard Beaufils.
- A quelques pas, au fond d’une cave, le regard Saint-Louis donne accès dans l’aqueduc de ce nom.
- Plus bas, rue des Cascades, le regard Saint-Martin est la tête de l’aqueduc portant la même appellation, qui resta aussi jusqu’à la Révolution la propriété particulière des moines de Saint-Martin-des-Champs ; ils avaient vendu le restant des eaux de Belleville à Philippe-Auguste, et avaient conservé cette source spéciale, dont Charles V loua encore une partie.
- Le regard, ainsi que la date en est gravée, a été refait en 1804; mais on a encastré pieusement dans la construction nouvelle les pierres historiques sur lesquelles sont sculptés saint Martin à cheval, un blason effacé et une inscription latine mentionnant qu’en 1655 le regard avait été refait en commun par « les moines de Saint-Martin et les Templiers » (devenus chevaliers de Rhodes). Le nom même de Templieis prouve que la possession remonte au temps où l’ordre portait ce nom, au douzième siècle.
- Non loin de ce regard, remémorant les plus anciens souvenirs sur les eaux de Paris, une dernière inscription, de novembre 1811, gravée sur le petit regard des Messiers, rappelle qu’il fut refait à cette époque, et prouve que de Philippe-Auguste à Napoléon le Grand, on a accordé aux eaux de Belleville et des Prés-Saint-Gervais une assez grande importance pour nous excuser de leur consacrer un article aujourd’hui.
- CHARLES BoISSAV (Œuvre posthume)1.
- — La suite prochainement. —
- L’ART DES PROJECTIONS
- (Suite et fin. — Voy. p. 30.)
- Cet art si utile à l’enseignement, a commencé comme nous l’avons vu précédemment par la lanterne magique; il a eu tout son éclat dans le passé, à l’époque de la fantasmagorie imaginée par Ro-
- 1 Voy. la notice nécrologique de la p. 318.
- bertson et du mégascope créé par Charles; il se signale aujourd’hui par un caractère éminemment scientifique avec les appareils de projection à la lumière oxydrique Ou à la lumière électrique.
- Si, comme nous l’avons dit précédemment, l’appareil à lumière oxhydrique acquiert de jour en jour une importance de plus en plus considérable, les systèmes anciens sont loin d’être délaissés.
- Les constructeurs modernes ont considérablement perfectionné les instruments si imparfaits construits par nos pères, et ils en ont fait parfois des systèmes très pratiques, parfaitement aptes à servir à l’enseignement élémentaire.
- Tel est le lampascope, qui n’est autre chose qu’une lanterne magique perfectionnée. Les lanternes magiques étaient munies d’une lampe spéciale, presque toujours grossièrement construite, qui éclairait mal, qui nécessitait des mèches et des verres spéciaux, qui fumait, et qui en un mot causait tant d’embarras, qu’elle rendait le fonctionnement de l’appareil embarrassant et quelquefois même impossible.
- Le lampascope est très pratique ; il se place sur la première lampe venue, à la façon d’un globe en verre dépoli (fig. 1 ). On le hausse plus ou moins à l’aide de rondelles, afin que la flamme soit bien en face du centre des lentilles et du réflecteur.
- Les tableaux se glissent dans une fente, que l’on distingue nettement sur notre figure, et une petite cordelette placée à l’arrière de l’appareil, sert à le fixer dans la position voulue.
- Le lampascope a un système optique assez rudimentaire, comme celui de la lanterne magique, aussi les projections obtenues, sont-elles, en vérité, assez grossières; cet appareil ne peut guère être usité que comme objet de récréation.
- M. Lefebvre a imaginé de construire une espèce de double lampascope qui sert de mégascope, c’est-à-dire qui permet de projeter tout à la fois les corps transparents et les corps opaques et qui nous a paru offrir un intérêt tout particulier. Cet appareil se nomme le bi-lampadaire.
- C’est, comme nous venons de le dire, un véritable mégascope qui se pose sur deux lampes, comme le montre la figure 2. Ce mégascope peut être employé pour projeter des photographies sur papier, des gravures, des chromo-lithographies et des corps opaques. La figure 3, indique comment l’appareil est disposé à cet effet. Les deux lampes sont figurées en LL, les réflecteurs en m. La photographie opaque est placée en C; les rayons lumineux, après avoir traversé la lentille O, sont reçus sur un écran, où l’image opaque est projetée.
- La figure 4, montre la disposition adoptée pour transformer l’appareil en une lanterne magique destinée à la projection des corps transparents, photographies ou peintures sur verre. Les deux lampes sont toujours en LL; les réflecteurs en m rejettent la lumière sur deux glaces placées en g sous un certain angle, au fond de la boîle. Une fois réfléchis»
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- LA N AT U HIC
- les deux faisceaux lumineux se confondent en un seul pour passer sur une lentille qui concentre la lumière sur la peinture, absolument comme cela a lieu dans tout autre appareil de projection. Les ta-
- bleaux sont glissés dans la coulisse dont est munie le cylindre 0 à sa partie antérieure.
- Nous arrivons aux appareils de projection spécialement destinés à l’enseignement. M. Molteni est
- Fig. 1. Lampascope ou lanterne magique perfectionnée.
- Fig. 2. Bi-Iampadaire oumégascope perfectionné.
- arrivé à en construire un modèle tout à fait simple qui fonctionne à l’aide d’une lampe ordinaire. On place la lampe à la hauteur voulue, à l’aide d’une planchette qui se lixe entre les rainures intérieures de la boîte de l’appareil (fig. 5).
- Cette boîte, quand on a terminé les projections, sert à enfermer l’instrument tout entier ; il devient ainsi très portatif:
- Dans les systèmes analogues à celui que nous venons de décrire, lorsqu’un tableau a été projeté, il faut le retirer de la lanterne pour le remplacer par un autre sujet; il faut fermer l’objectif, ou laisser l’appareil en pleine lumière, ce qui est assez désavantageux quand
- Fig. Z. Fig. 4.
- Figures explicatives du bi-lampadaire représenté en coupe.
- on veut faire passer sous les yeux d’un auditoire une série de tableaux qui se suivent régulièrement.
- Le polyorama, ou appareil à projection dou -lie, permet d’occuper l’écran d’une façon continue; on pourrait le désigner sous le nom de système à vues fondantes. Les projections se succèdent sans interruption ; elles se fondent pour ainsi dire l’une dans l’autre, la première s’éteint graduellement pendant que celle qui lui succède acquiert de plus en plus de vigueur. Ce système permet d’obtenir plusieurs transformations successives d’une même vue; on peut compléter une scène polaire par l’apparition
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- LA NATURE
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- d’une aurore boréale, montrer les phases successives d’nn halo, figurer les apparitions, passages
- Fig. 5. Appareil de projection de famille, fonctionnant à l’aide d’une lampe ordinaire.
- teni (fig. 6), nous paraît un des systèmes les plus avantageux. Il permet à l’opérateur de manœuvrer simultanément les tableaux des deux appareils. Voici comment on en lait usage. Les deux lanternes superposées sont articulées de telle façon que l’on peut arriver à faire converger les faisceaux lumineux qui s’en échappent, vers le môme point de l’écran.
- Ces lanternes sont munies de diaphragmes mobiles, qui permettent de laisserpasser, oud'intercepter à volonté, les rayons qui sortent des objectifs. Si nous plaçons dans la lanterne supérieure un paysage d’été, et dans la lanterne infé-
- et explosions d’un bolide ou d’une étoile lilante. L’appareil double vertical, construit par M. Mol-
- Fig. 6. Appareil de projection à lumière oxhydrique; polyorama double, vertical, pour les cours.
- rieure le même paysage vu en hiver, le diaphragme du haut étant ouvert et le diaphragme du bas étant fermé, c’est la vue d’été que l’on apercevra sur l’écran. Si pendant que nous fermons graduellement le diaphragme supérieur, nous ouvrons progressivement le diaphragme inférieur, la vue d’été disparaît insensiblement, tandis que la vue d’hiver devient de plus en plus visible, et finit bientôt par occuper seule l’écran, la première ayant complètement disparu. Si l’on replace dans la lanterne supérieure, une troisième vue figurant une aurore boréale, on peut faire apparaître insensiblement
- Fig. 7. Appareil pour préparer le gaz oxygène destiné à la lumière oxhydrique.
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- LA NATURE.
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- ce phénomène, exactement comme on l’a fait pour l’apparition de l’hiver. On voit par ces exemples, comment les lanternes du polyorama fonctionnent, suivant les cas, alternativement ou simultanément.
- L’éclairage est obtenu à l’aide de la lumière oxhydrique : l’hydrogène et l’oxygène nécessaires sont contenus dans des sacs de caoutchouc, placés entre deux planches de bois ; des poids placés sur la planche supérieure, compriment les gaz et les font arriver jusqu’à l’appareil avec la pression,voulue. On peut employer le gaz de l’éclairage à la place de l’hydrogène. 11 suffit alors d’un seul récipient de caoutchouc pour l’oxygène. Ce gaz se prépare en chauffant un mélange de chlorate de potasse et de bioxyde de manganèse. On se sert de l’appareil que représente notre figure 7, et qui se compose d’une cornue en fonte, où se produit la réaction, et d’un laveur où le gaz se purifie avant d’être recueilli dans le récipient de caoutchouc.
- Tel est le système que l'on emploie aujourd’hui dans les cours publics, dans les conférences, et que l’on pourrait utiliser beaucoup plus fréquemment. Les projections, grâce aux progrès de la photographie, sont le mode le plus avantageux pour reproduire l’aspect des pays lointains; elles offrent un grand attrait, tout en étant très instructives; et nous voudrions les voir adopter plus souvent, non seulement dans les écoles, mais dans les réunions de famille, où elles seront toujours accueillies avec faveur.
- Dr Z...
- LA SPECTROSCOPIE
- ET LA DISSOCIATION DES ÉLÉMENTS CHIMIQUES
- Les lecteurs de la Nature n’auront pas encore oublié l’aperçu qui leur a été donné des travaux et des théories du savant physicien anglais Lockyer sur la dissociation des éléments chimiques dans le soleil *. Il résultait de cet exposé qu’une substance terrestre réputée simple pouvait, par suite d’une élévation de température suffisante, se séparer, se dissocier en éléments plus simples encore. C’était à l’analyse spectrale que s’était adressé M. Lockyer pour trouver la preuve de cette dissociation. Celle-ci s’accusait dans le spectre, lors d’une élévation de température, par l’apparition de raies nouvelles plus courtes que les autres, nommées raies longues, existant déjà à une température plus basse. Comme M. Lockyer et d’autres savants avaient constaté dans la chromosphère solaire l’existence de raies spectrales de longueurs différentes, quoique appartenant à une même substance, et qu’ils avaient remarqué que quelques-unes seulement de ces raies obscures se renversaient, c’est-à-dire se transformaient en raies brillantes, on en inférait que les éléments chimiques, tels que nous les connaissons, n’existent pas dans le soleil, que ces éléments y éprouvent une dissociation plus complète que celle dont nous avons
- 1 Discussion de l’hypothèse d’après laquelle les corps élémentaires de la chimie sont en réalité des corps composés, par N. Lockyer. La Nature, lr« partie de 1879, p. 177, 250 et 291.
- l’exemple sur la terre, ou en d’autres termes, que dans le soleil, ils se trouvent séparés en d’autres éléments inconnus, ayant un spectre particulier et plus simple que celui des éléments connus. D’autres expériences étaient de plus signalées par M. Lockyer, notamment eelles de la réduction à une seule raie du spectre de l’hydrogène, de l’azote et du magnésium, sous certaines conditions de température et de pression, comme corroborant cette théorie et indiquant l’existence d’un élément plus simple ayant une raie spectrale unique. Il citait, comme preuve, l’observation de l’astronome Huggins, qui n’avait vu dans le spectre des nébuleuses qu’une seule des raies de l’hydrogène (la raie F); observation qui, d’après lui, venait confirmer l’existence d’un élément plus simple encore que l’hydrogène. L’existence dans le spectre solaire des raies communes à plusieurs métaux était également interprétée par Lockyer comme une indication de la présence dans le soleil, d’un élément commun à ces métaux.
- Par ces observations, l’immutabilité des corps réputés simples, théorie généralement admise en chimie, paraissait ainsi avoir été atteinte dans son essence même. Disons cependant que la théorie de la dissociation des éléments chimiques, quoique basée sur des expériences qui semblaient être concluantes, ne fut,accueillie', des chimistes qu’avec la plus extrême réserve. En outre, et pour ce qui concerne l’astronomie, cette hypothèse impliquait nécessairement l’impossibilité actuelle de déduire la constitution des corps célestes de l’étude spectrale des éléments terrestres, avant d’avoir dissocié ceux-ci et reconnu leurs éléments composants.
- Lorsque M. A. Guébhard * a fait connaître aux lecteurs de la Nature l’invention du spectroscope Thollon, d’une puissance si considérable, il a eu l’occasion de faire remarquer que, grâce à ce nouvel instrument, un grand nombre de raies, considérées comme communes à plusieurs métaux, se séparaient en plusieurs autres appartenant à des éléments différents, ce qui était déjà en opposition formelle avec les idées du physicien anglais. Aujourd’hui les expériences invoquées par M. Lockyer et indiquées par lui comme étant une confirmation de sa nouvelle théorie, viennent d’être interprétées d’une manière beaucoup plus simple et plus rationnelle par M. Fievez, astronome à l’Observatoire de Bruxelles 2. Par une série d’expériences, qui paraissent difficilement contestables, que d’autres spectroscopistes d’ailleurs ont depuis reproduites, M. Fievez vient de démontrer qu’il n’est pas nécessaire de rechercher dans la dissociation d’un corps élémentaire connu, la cause de la disparition de certaines de ses raies, de leur renversement inégal ou de leur différence de longueur; cette cause serait simplement due à l’inégale intensité lumineuse des raies spectrales du corps étudié.
- En effet, on comprend que si l’éclat apparent d’un astre vient à être modifié par une cause étrangère à cet astre, telle que l’état de l’atmosphère, la diversité des instruments, etc., l’intensité du spectre de cet astre sera modifiée aussi. Mais cette altération affectant toutes les
- 1 Le spectroscope et ses derniers perfectionnements, par A. Guébhard. La Nature, 2" semestre 1879, p. 225.
- * Recherches sur l’intensité relative des raies spectrales de l’hydrogène et de l’azote, en rapport avec la constitution des nébuleuses, par Ch. Fievez, astronome adjoint à l’Observatoire royal de Bruxelles. Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2* série, t. LXIX, n° 2, 1880. Recherches sur le spectre du magnésium, en rapport avec la constitution du soleil, ibid. 2* série, t. L, n° 8, 1880.
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- raies spectrales, les plus brillantes comme les plus faibles, il pourra arriver un moment où ces dernières seront éteintes, tandis que les premières seront encore visibles. Ces faits ont été rendus palpables, en observant le spectre de l’hydrogène dans un tube de Geissler, au moyen d’un spectroscope précédé d’un objectif à ouverture variable; on peut ainsi diminuer à volonté la quantité de lumière reçue dans l’instrument et par suite réduire l’intensité lumineuse du spectre. En diminuant seulement l’ouverture de l’objectif, ne faisant varier conséquemment que l’intensité lumineuse seule, laissant la température et la pression constantes, M. Fievez est parvenu à éteindre deux des raies caractéristiques de l’hydrogène pour ne laisser subsister que la raie F, celle dont la présence a été constatée dans le spectre des nébuleuses. Des résultats semblables à ceux du spectre de l'hydrogène, ont été donnés par le spectre de l’azote ; de plus, dans les deux spectres, en diminuant l’ouverture de l’objectif, on constate que les raies deviennent plus courtes avant de s'éteindre, et qu’elles s’allongent de nouveau à mesure qu’on augmente l’intensité lumineuse. M. Fievez n’a pas craint, dès lors, d’affirmer que si la raie observée dans le spectre des nébuleuses était due à l’hydrogène, on arriverait à y reconnaître aussi la présence des autres raies de ce gaz en employant des instruments plus puissants. L’expérience est venue confirmer cette affirmation, ainsi que Huggins l’a fait connaître à l’auteur.
- On ne doit donc pas recourir à la théorie de la dissociation, pour expliquer ces phénomènes.
- « Les applications astronomiques de ces expériences sont faciles à découvrir, dit M. Houzeau dans son rapport sur le travail de M. Fievez. Si l’on reconnaît que certaines des raies caractéristiques d’un corps simple peuvent disparaître, il n’v a plus rien d’étrange à ne rencontrer dans les spectres des nébuleuses que les raies restantes. Celles-ci suffisent dès lors pour établir la présence du corps auquel elles appartiennent, tandis que la disparition des autres s’explique par leur extinction dans le trajet. Cette extinction elle-même nous donnerait peut-être des indices sur la matière qui remplit les espaces célestes et à travers lesquels s'effectue la propagation des ondes lumineuses. »
- En ce qui concerne le spectre du magnésium, M. Fievez a fait voir qu’on pouvait, en faisant varier l’objectif de projection ou celle de la fente du spectroscope, faire paraître ou disparaître à volonté les raies de ce corps et n’en laisser subsister qu’une seule.
- Ün second point sur lequel s’étayait la théorie de la dissociation était le renversement inégal des raies. Or ce renversement inégal a été produit dans le spectre du magnésium, projeté sur celui du spectre solaire, en faisant varier simplement l’intensité lumineuse des deux spectres.
- Enfin, répétant une expérience de M. Lockyer, plaçant, comme l’a fait celui-ci, des électrodes de magnésium dans une atmosphère d’hydrogène où la pression est graduellement réduite, et y faisant passer l’étincelle électrique, on constate à la vérité, qu’il arrive un moment où des trois raies caractéristiques du magnésium (b', b2, bA), une seule (b’) reste visible, maison reconnaît bien vite, en ouvrant largement la fente du spectroscope, que les autres raies réapparaissent sous l’influence de l’augmentation de l’intensité lumineuse.
- Ces expériences, exécutées d'après des procédés rigoureux, n’établissent-elles pas d’une manière peu contestable, qu’une modification dans l’apparence du spectre
- a pour origine une cause physique et non une altération dans la constitution chimique du métal, c’est-'a-dire une dissociation ?
- L. Niestev,
- Astronome à l’Observatoire de Bruxelles.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 25 mars 1881. — Présidence de M. Grimaux. — M. Fauconnier, par la distillation de la mannite avec la soude, a obtenu du glycol propylique, du glycol éthylique et un corps neutre, bouillant à 275°, auquel l’analyse et la densité de vapeur assignent la formule C8I1S03. — M. Vienne présente, en son nom et en celui de M. Steiner, le résultat de leurs recherches sur la préparation de la métatoluidine, par l’hydrogénisation du chlorure de nitrobenzoyle. Les auteurs n’ont pu obtenir la métatoluidine, mais un corps jaune, peu stable, qui se transforme en une masse noire renfermant C14Il3AzC102. — M. Müntz présente ses recherches sur la formation de l’alcool dans la nature. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons précédemment publié à ce sujet (Voy. n° 407, du 19 mars 1881, p. 243).
- — M. Riban présente un nouvel eudiomètre plus solide et d’un emploi plus commode que les anciens. — M. Ilenninger a obtenu par la réduction de l’érythrite le composé G4H6 O très stable et résistant à l’action des acides et des alcalis. Chauffé avec le perchlorure de phosphore en poudre, ce corps donne un liquide bouillant à 30 et 32°, qui est le tétraphénol. Les acides très étendus le transforment à froid en une masse noire. — M. Klein expose la suite de ses recherches sur les tungstoborates.
- — M. Chappuis a étudié l’influence de l’ozone sur la production de la phosphorescence. — MM. Grimaux et Adam ont obtenu le bromure d’acroléine par la distillation dans le vide ; ce corps passe à 79-81° sous une pression de 1 centimètre. Abandonné à lui-même à l’état impur il se transforme en un polymère gommeux qui, par l’action de l’éthylate de sodium, fournit la métacroléine bro-mée 3(C3HsBrO), en aiguilles fusibles à 78°. — M. Poney envoie une note sur quelques nouveaux dérivés phospho-platiniques.
- Société géologique de France, — Séance du 21 mars 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. Dolfus présente à la Société le second volume de Géologie de la Belgique, par M. Mourlon. Il présente ensuite dè la part de M. Van den Broeck un mémoire sur les « phénomènes d’altération des dépôts superficiels par l’infiltration des eaux météoriques ». — M. de Lapparent présente un compte rendu d’excursions géologiques dans l’Eifel, par M. Firket. — M. Daubrée présente une note sur les matériaux provenant de quelques forts vitrifiés de la France. — M. Filhol présente à la Société des ossements fossiles recueillis par lui dans la caverne de Lherm.
- — M. G. Rolland communique les derniers résultats de ses éludes sur le terrain crétacé du Sahara septentrional. Les nombreux fossiles recueillis par lui dans la région d’El Goleah indiquent une correspondance frappante entre les faunes de la craie moyenne au sud et au nord du Sahara algérien, à 500 kilomètres de distance. Parmi ces fossiles, se trouvent trois espèces nouvelles. — M. Cour-bebaisse entretient la Société d’un projet de pont sur la Manche. — M. Alb. Gaudry met sous les yeux de la Société un poisson qui a été recueilli par MM. Roche dans le Permien inférieur d’Igornay.
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- LA NATURE.
- LE PLUS GRAND « FERRY-BOAT »
- DU MONDE
- EMBOUCHURE DU SACRAMENTO (CALIFORNIE)
- Lorsque, dans la construction d’un chemin de fer, on vient à rencontrer un golfe ou un cours d’eau de grande largeur sur lequel il serait trop difficile ou dispendieux d’établir un pont, on est obligé, comme on le sait, d’arrêter les trains sur chacune des deux rives, et de franchir cette solution de continuité au moyen de bateaux à vapeur spéciaux. Ces appareils, qui prennent en Angleterre le nom de floating-
- railways ou de ferry-boats, et en Allemagne celui de Traject-Anstalt, doivent être en état de recevoir des wagons chargés afin d’éviter le transbordement des marchandises; on arrive aujourd’hui à leur donner des dimensions déplus en plus considérables afin d’augmenter la rapidité des manœuvres. On en rencontre encore plusieurs dans la Grande-Bretagne pour la traversée des golfes si nombreux qui sillonnent ses côtes, notamment du firth de Forth, dont nous avons parlé déjà; en Allemagne, sur le Rhin, dans le voisinage de la frontière hollandaise, car la grande largeur de ce fleuve n’a pas permis jusqu’à présent d’v établir de pont. Mais la plupart de ces
- Fig. 1. Vue d’ensemble du ferry-boat le Solano, destine à transpox'teri un train entier [de| chemin dcj 1er, d’une rive à l’autre de
- l’embouchure du Sacramento (Californie).
- bateaux ne [peuvent pas transporter généralement plus de quatre wagons à la fois, de sorte qu’on est toujours obligé de décomposer les trains et d’emmener les wagons sans les locomotives. Il y a quelques an nées, on a construit sur le lac de Constance un ferry-boat qui fait la traversée de Friedrichshafen à Ro-manshorn, pour mettre en relation les chemins de fer de Bavière et du Wurtemberg avec ceux de Suisse. Ce bateau, qui est certainement le plus grand de tous ceux d’Europe, peut emmener douze wagons à la fois en les disposant sur deux files de rails. Il a 70 mètres de longueur, 12 mètres de largeur, un tirant d’eau de lm,80 et des roues de 7 mètres de diamètre. 11 est divisé par des cloisons étanches en neuf compartiments, dont quelques-uns peuvent être au besoin remplis d’eau, selon qu’il est
- nécessaire, en amarrant le bateau pour amener la voie qu’il supporte au niveau de la voie de terre, et faciliter ainsi le passage des véhicules.
- La Nature a donné déjà la description d’un ferry-boat (1870, 1er semestre, n° 158, p. 113) projeté par M. Evan Leigh, et qui était destiné à faire la traversée du Pas de Calais en emmenant des trains entiers de France en Angleterre. Ce bateau, dont la longueur devait dépasser 215 mètres, n’a jamais été construit ; mais celui que nous représentons aujourd’hui, et qui fonctionne en Amérique, réalise en grande partie la conception de M. Leigh; ce gigantesque ferry-boat permet en effet de transporter plusieurs trains à la fois avec leurs locomotives, et c’est sans doute le plus grand du monde.
- Ce bateau porte le nom de Solano; il a été con-
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- LA NATURE
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- struit par la Compagnie du Grand Central Pacific, qui n’cn est plus à compter maintenant avec les projets audacieux, après avoir terminé cette grande ligne du Pacifique qui traverse de part en part le continent américain. Le Solano est en service à l’embouchure du Sacramento, dans la baie 'de Car-quinez, en Californie, qui pénètre profondément à l’intérieur des terres, en formant comme on sait, le prolongement des deux baies réunies de San Paolo et San Francisco; il transporte les trains allant de Benicia à Port Costa en suivant ainsi la ligne la plus directe pour aller de Sacramento en Californie. Cette voie, qui se prolonge jusqu a San
- Francisco, forme en quelque sorte une nouvelle tête de ligne pour le Chemin du Pacifique.
- La longueur totale du pont du bateau le Solano est de 129ra,25, la largeur de la plate-forme est de 55m,35, le tirant d’eau en charge est de 2 mètres, et le tonnage est de oGOO tonnes, d’après les renseignements que nous empruntons au Rail-road Gazette de New-York et à la llevue Générale des Chemins de fer; on voit donc que le Solano a des dimensions qui surpassent de beaucoup celles du bateau du lac de Constance; ses proportions sont d’autre part peu inférieures à celles du bateau de M. Leigli.
- Les deux roues propulsives ont 91U,44 de diamètre
- Fig. 2. Le pont du grand ferry-boat le Solano au moment de l’arrivée à bord d’un train de chemin de fer de la Compagnie du
- Grand Central Pacifique.
- et portent chacune quatorze aubes. Elles sont indépendantes l’une de l’autre pour faciliter les manœuvres, et chacune d’elles est mise en mouvement par une machine à vapeur verticale à balancier, de la force de 2000 chevaux, et dont les pistons ont lm,80 de diamètre et 5m,55 de course. Ces machines sont placées à la suite l’une de l’autre dans l’axe longitudinal du bateau, de manière à laisser de chaque côté, comme on le voit, l’emplacement nécessaire pour deux voies. Le bateau comprend ainsi quatre voies différentes qui sont susceptibles de recevoir à la fois quarante-huit wagons de marchandises avec leurs locomotives ou seulement vingt-quatre voitures de voyageurs supportées sur deux trucks articulés comme le sont les voitures américaines; ces voitures, comme on sait, ont une longueur beau-
- coup supérieure à celle de nos wagons d’Europe.
- Le Solano est guidé à chaque bout par quatre gouvernails équilibrés, de 3m,50 de long sur lm,67 de large; ces gouvernails sont manœuvres à l’aide d’appareils hydrauliques actionnés par des machines à vapeur indépendantes.
- Les becs d’abordage qui réunissent le bac aux deux rives, à Port Costa et à Benicia, ont chacun 50m,50 de long et pèsent 150 tonnes; manœuvres également par des machines hydrauliques spéciales, ils permettent, comme nous l’avons dit, d’amener le train sur le bac sans détacher la locomotive. Ce magnifique système fonctionne avec la plus grande
- régu,arite'- L. Bâclé,
- Ancien élève de l'École Polytechnique — *><^><> . -
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- LA NATURE.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Colonies animales et la formation des organismes, par Edmond Perrier, professeur-administrateur du Muséum d'ilistoire naturelle. 1 vol. in-8 de 798 pages, avec 2 planches et 158 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1881. Prix : 18 fr.
- Notre savant collaborateur, M. Edmond Perrier, dont nos lecteurs ont apprécié les notices magistrales sur les Origines et le développement de la vie, vient de mettre au jour une œuvre capitale, qui sera accueillie avec la plus grande faveur par les naturalistes, et par tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la philosophie naturelle. M. Edmond Perrier occupe au Muséum d’ilistoire naturelle la chaire de Lamarck, où fut professée, pour la première fois, la doctrine de la variabilité des espèces et de leur descendance par voie de filiation naturelle. Le digne successeur du grand maître, a résolument abordé cette théorie de la descendance. Avec une puissance de travai peu commune, il a réuni tous les documents propres à l’éclairer, étudiant l’échelle des êtres, depuis la monère jusqu’au vertébré, en passant par les Radiolaires, les Fora-minifères, les Eponges, les Polypes Hydraires, les Méduses, les Siphonophores, les Coralliaires, les Bryozoaires, les Tuniciers, les Annélides, les Articulés, les Échinodermes et les Mollusques; il a reconstitué la chaîne des organismes dont il ne manque aucun anneau. « Nous nous efforçons, dit le savant naturaliste, d’établir qu’une propriété commune à tous les animaux inférieurs, le pouvoir de se reproduire par division, ou, comme les végétaux, par bourgeonnement, a été la cause première de toute l’évolution organique. Les êtres nés les uns des autres par ce procédé, sont d’abord demeurés associés, et ce sont leurs associations qui portent le nom de colonies. Ces colonies sont ensuite devenues des organismes. » M. Edmond Perrier, cherchant à déterminer les conditions qui ont présidé à cette transformation, montre d’une façon tout à fait saisissante qu’il est possible d’en suivre lès phases, en passant par toutes les formes animales actuellement vivantes. Il fait voir comment des êtres d’abord indépendants, groupés en sociétés et constituant ainsi des colonies animales peuvent devenir» graduellement solidaires au point de ne pouvoir plus être séparés, comment leur individualité s’efface peu à peu devant une individualité plus générale, celle de la colonie elle-même, comment s’est constituée par ce procédé l’individualité de tous les animaux supérieurs. Les lois de l’organisation, celles du développement embrvogénique, sont ainsi ramenées aux lois de formation et de développement des colonies animales, en même temps que le degré de parenté des diverses formes vivantes se trouve nettement précisé. — Le livre du savant naturaliste brille par un talent d’exposition tout particulier, par une forme d’une grande clarté, souvent élégante, toujours strictement scientifique. Les articles publiés ici même, ont en quelque sorte été l’origine et comme le canevas de cet ouvrage ; c’est un honneur pour la Nature. Nous nous promettons de revenir sur les Colonies animales, quand nous aurons terminé dans quelques semaines la publication des excellents articles : « les Origines et le développement de la vie. » Nous n’avons pas voulu tarder plus longtemps à dire tout le bien que nous pensons du grand et beau travail de notre savant collaborateur.
- L'Évolution du Règne végétal. Les Cryptogames, par G. de Saporta et A. F. Marion. 1 vol. in-8° de la Biblio-
- thèque scientifique internationale, avec 85 figures dansle texte. Paris, Germer Baillière et Cie, 1881.
- Cet ouvrage que nous signalons, est encore l’œuvre de l’un de nos plus éminents collaborateurs, M. G. de Saporta, et du savant professeur de la Faculté des Sciences de Marseille, M. A. F. Marion. Ce sont deux disciples de Darwin qui parlent et qui nous montrent comment la flore actuelle tout entière s’est constituée peu à peu par la transformation d’un type primitif. C’est la généalogie du règne végétal, retracée par des maîtres incontestés, qui ont l’un et l’autre enrichi la science de travaux d’une haute valeur, et dont tous nos lecteurs connaissent assurément les mérites de naturalistes et d’écrivains. L'Évolution du Règne végétal comptera parmi les meilleurs livres de cette excellente et substantielle Bibliothèque Internationale qui se publie sous la direction de M. Ém. Alglave.
- Les Arts méconnus. — Les nouveaux Musées du Tro-cadéro, par Émile Soldi. 1 vol. gr. in-8° de 531 pages, orné de 400 gravures. Paris, Ernest Leroux. 1881.
- En parlant des livres précédents, dus à la plume de M. Edmond Perrier, et à celles de MM. G. de Saporta et Marion, nous n’avons eu que des éloges à exprimer. Il en sera de même pour le livre de M. Émile Soldi sur les Musées du Trocadéro. L’auteur passe successivement en revue, l’histoire des nouveaux musées, puis il aborde l’étude successive des arts anciens, les camées et les pierres gravées, les arts du moyen âge, l’art persan, Part khmer, l’art américain et l’art égyptien. Ce livre est d’un intérêt sans cesse soutenu, très instructif, et tout rempli de faits intéressants ; il abonde en magnifiques gravures, extraites de la Gazette des Beaux-Arts, de l’Art, de la Mosaïque, de l’Art pour tous, du Musée Artistique et de la Nature; ses chapitres successifs qui s’appuient sur des exemples tirés des nouvelles collections nationales apportent de solides arguments en faveur de l’utilité de fondations analogues aux musées du Trocadéro. L’auteur dans le chapitre des camées a donné de nombreux spécimens de son talent d’artiste, auquel nous applaudissons sans réserves. Nous ne ferons, en terminant, qu’une critique au titre même de l’ouvrage. Pourquoi les Arts méconnus ? Nous pensions, au contraire, que ces arts de l’antiquité. étaient l’objet d’un véritable culte à notre époque.
- Voyages aériens. Impressions et études. Journal de bord de douze voyages scientifiques en ballon, par Camille Flammarion. — 1 vol. in—18, avec plans topographiques. Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1881.
- Au moment où nous corrigions les épreuves des notices ci-dessus, nous recevions ce livre de notre ami, collaborateur, et confrère aérien. M. Camille Flammarion a réuni les récits qu’il a jadis publiés dans l’ouvrage que nous avons écrit en commun sous le même titre, avec MM. Glaisher et de Fonvielle ( Voyages aériens, 1 vol. in-8° illustré, Hachette et Cie, 1870). Il y a joint le récit de ses trois derniers voyages, et il a très heureusement complété l’histoire de ses ascensions par des diagrammes exécutés avec grand soin, donnant le tracé de chaque voyage. La série d’explorations atmosphériques entreprises par notre vaillant collègue, restera comme une des plus intéressantes de celles qui ont été exécutées depuis l’origine des ballons, tant au point de vue de l’aéronautique que des observations scientifiques. Nous souhaitons grand succès au nouveau livre du sympathique et savant auteur de l’Astronomie populaire.
- Gaston Tissandier.
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- LES POISSONS DE LA FRANCE
- FAR LE DOCTEUR ÉMILE MOREAU1
- Le milieu du quinzième siècle fait date dans l’iiistoire de l’iehthyologie. Trois auteurs, les véritables fondateurs de l’iehthyologie moderne, bien différents des compilateurs d’Aristote et de Théophraste, ont vu et examiné par eux-mêmes les poissons dont ils parlent et les ont fait représenter sous leurs yeux. Hippolvte Salviani publie à Rome, en 1554, scs admirables planches. Pierre Belon, à son retour d’Orient, fait paraître en 1555, chez Charles Estienne, son traité de la Nature et diversité des poissons, rempli d’ingénieux aperçus. Le créateur de l’iehthyologie en France, Guillaume Rondelet, achève en 1554 son Histoire entière des Poissons.
- Ce sont les animaux de la Méditerranée qu’étu-dient plus particulièrement ces trois zoologistes. Salviani figure des poissons d’Italie, d’Illyrie et de l’Archipel. Belon donne de précieux renseignements sur la nomenclature usitée de son temps dans l’Archipel et parle des animaux observés dans ses nombreux voyages. Rondelet, enfin, dans des descriptions qui peuvent servir de modèle et avec un sentiment très vrai des rapports naturels, décrit surtout les espèces qui fréquentent les côtes du Languedoc.
- En 1768, paraissait à Oxford le remarquable Traité d'ichthyologie de Ray et de Willughby, dont les matériaux avaient été recueillis dans un voyage en France, en Allemagne et en Italie; à la même époque, nous trouvons un ouvrage traitant des poissons de nos côtes ; il est dû à Duhamel du Monceau, qui, de 1769 à 1782, publie avec L.de Lamarre un Traité général des Pêches. Au commencement de ce siècle, Lacépède, dans son Histoire des Poissons, parle de toutes les espèces françaises connues de son temps. Cuvier et Valenciennes, dans leur Histoire générale des poissons, ce remarquable monument élevé à la science ichthyologique, décrivent pour la première fois avec exactitude et en les rapportant à leur véritable place, les poissons qui fréquentent nos côles ou peuplent nos cours d’eau.
- Sans parler des articles de dictionnaire qui, pour la faune française, ne sont guère que des compilations, ou des traités généraux, qui, comme le Catalogue du British Muséum par le docteur A. Günther, et l’Histoire des poissons du professeur Auguste Du-méril, citent nos espèces, il n’a paru en France depuis le commencement de ce siècle que des monographies locales ou des catalogues souvent incomplets ou erronés. Nous devons mentionner toutefois l’ouvrage de Risso sur l’iehthyologie de Nice et l’Histoire naturelle des poissons qui fréquentent les côtes des Alpes-Maritimes par le même auteur ; bien
- 1 Histoire naturelle des Poissons de la France, par le docteur Émile Moreau. 5 vol. in-8°, G. Masson, 1881, 60 fr.
- qu’il ait assez souvent méconnu des espèces antérieurement décrites, Risso n’en donne pas moins des renseignements fort précieux sur la faune de la Méditerranée et signale bon nombre d’animaux d’une extrême rareté. En 1868 enfin, M. Émile Blanchard publie le premier la monographie des poissons des eaux douces de la France, accompagnant la description de chaque espèce des documents les plus intéressants sur les noms locaux, sur les mœurs, sur la distiibution ; des figures fort exactes représentent presque tous les animaux étudiés.
- Deux naturalistes, Lesueur et de Blainville, se sont occupés d’une faune ichthyologique de la France.
- Pendant le séjour qu’il fit à Nice, du mois de mars au mois d’août 1809, Lesueur recueillit un grand nombre de poissons qui vivent dans les eaux du département des Alpes-Maritimes, et observa les espèces du bassin de la Seine et de la Manche; ces précieux documents, accompagnés d’admirables figures des espèces étudiées, sont malheureusement restés manuscrits. Chargé d’écrire l’histoire des poissons pour la Faune française, de Blainville donna un aperçu général de cette faune, mais l’œuvre du grand naturaliste est restée inachevée, de telle sorte que l’histoire naturelle des poissons de la France n’avait jamais été traitée d’une façon complète.
- C’est cette lacune que vient de combler le docteur Émile Moreau, en élevant à la science française un véritable monument digne d’elle. Ce n’est pas un ouvrage de compilation que ces trois volumes sur Y Histoire naturelle des poissons de la France, volumes qui comprennent plus de dix-sept cents pages. La vie est partout dans ce livre ; l’on sent que l’auteur a parcouru bien des fois nos rivages à la recherche des petites espèces se réfugiant dans des trous de rochers ou sous les varechs; qu’il a séjourné longtemps au bord de la mer, suivant les pêcheurs et recueillant les animaux qui n’e'tant d’aucune utilité dans l’alimentation, sont presque toujours rejetés des filets; qu’il a vu les poissons dont il parle et noté au sortir de l’eau même leurs couleurs souvent si fugaces ; que de longues heures ont été consacrées à ce travail aride et ingrat qui a pour but la nomenclature.
- La classification n’est rationnelle qu’aulant qu’elle s’appuie sur la connaissance anatomique des êtres ; comme le fait remarquer avec juste raison M. Moreau, ce n’est pas suffisamment connaître un animal que de savoir le distinguer d’un autre; se contenter de pouvoir indiquer le nom de chaque espèce, serait tout simplement vouloir dresser une sorte de catalogue, et non faire une étude qui présente le plus grand intérêt; aussi l’auteur a-t-il disséqué la plupart des animaux dont il parle, nous donnant, sous le titre modeste de Notions sur la structure et les fonctions des organes, l’un des traités généraux les plus complets que nous ayons certainement sur l’anatomie des poissons; ces deux
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- cents pages d’introduction sont accompagnées de nombreuses figures, toutes originales et choisies avec le plus grand soin; nous citerons, entre autres, les bois représentant la coupe d’un corps de vertèbre de fœtus d’Ai-guillat, le cerveau du Milandre, les nerfs crâniens de l’Ange, le canal latéral de l’E-missole, les tubes de Lorenzini chez l’É-missole, l’appareil hyoïdien de la Morue.
- Après quelques remarques critiques sur la classification des poissons, M. Émile Moreau aborde directement l’étude des espèces françaises, fort nombreuses d’ail -leurs. L’auteur ne
- catalogue pas moins, en.effet, de 480 espèces, dont 50 l^bitant les eaux douces et 450 les eaux salées; sur ce nombre, 198 espèces sont spéciales à la Méditerranée, 70 à l’Océan, 162 sont communes à la Méditerranée et à l’Océan, se trouvant surtout dans le littoral sud-ouest. « Les poissons de mer semblent, au premier abord, jouir d’une entière liberté au sein des flots.
- En effet, plusieurs espèces de Squales, de Raies, de Syngnathes, etc., sont répandues sur les différents points de
- la France qui sont baignés soit par la Méditerranée, soit par l’Océan ou par la Manche; mais d’autres espèces sont confinées dans la Méditerranée , ou ne montent pas à l’Ouest plus haut que l’embouchure de l’Adour, que celle de la Gironde; il en est qui restent dans la mer du Nord, le Pas de Calais, la Manche,
- sans jamais descendre sur nos côtes de l’Atlantique, ou qui du moins n’y ont pas encore été pêchées jusqu'à présent. S’il est des poissons qui par-
- Fiof. 1. La Chimère monstrueuse.
- Fig. 5. Le Centrisque bécasse.
- courent de grands espaces, il en est d’autres que leur conformation, leur instinct, leurs besoins
- retiennent cantonnés dans des parages plus ou moins limités. Pour faire connaître l’habitat de ces derniers, il devient nécessaire d’indiquer sur notre littoral un certain nombre de régions particulières.
- « Nous pouvons établir sur les côtes de France cinq régions différentes, cinq zones distinctes. Ces régions sont évidemment plutôt des distributions ich-thyologiques que des divisions géographiques, et même que de véritables distributions zoologiques, ces distributions convenant aux poissons et nullement, sans doute, aux autres animaux qui vivent dans nos mers. — La première région, en allant du Nord au Sud, est la région de la Manche; elle comprend une petite partie de la mer du Nord, le Pas de Calais, la Manche ; elle s’étend de Dunkerque à l’embouchure de l’Aber-Benoît, ou mieux à la baie de Morlaix ; cette dernière limite est réellement la plus naturelle. — La seconde région, ou côte de Bretagne, va jusqu’à l’embouchure de la Loire. — La troisième région est située entre l’emhouchure de la Loire et celle de
- la Gironde ; elle peut être désignée sous le nom de côte du Poitou; elle est formée de l’ancienne province du Poitou, de l’Aunis et d’une petite partie de la Sain-tonge; elle répond aux départements de la Vendée et de la Charente-Inférieure. — La quatrième région est celle du golfe de Gascogne, golfe de Gascogne compris, comme l’indique Duhamel, entre l’embou-
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- cliare de la Gironde et la côte d’Espagne, ayant par conséquent une étendue moindre que celle que lui donnent les marins; cette région, surtout dans la partie qui se trouve entre l’embouchure de l’Adour et celle de la Bidassoa, compte un grand nombre d’espèces identiques à celles qui habitent la Méditerranée. — La cinquième ré -gion, ou région méditerranéen -ne, commence à Port Yendres, ou plutôt au cap Cerbère, et se termine à Menton ; c’est la région la plus riche en espèces ; les vastes étangs qui avoisinent les côtes sont excessivement poissonneux. »
- Les Squales ou Requins sont au nombre de 51 espèces, dont 9 spéciales à la Méditerranée et 29 communes à celte mer et à l’Océan ; parmi ces animaux, citons l’Odontaspis taureau, le Centro-phore granuleux, très rares sur nos côtes; le Requin à museau obtus, découvert à Cette par M. Moreau.
- 28 espèces de Raies vivent sur nos côtes. Dans la Méditerranée se pêche parfois la Chimère monstrueuse (fig. 1). L’Esturgeon commun fréquente les côtes du Poitou, de la Gascogne, du Roussillon, du Languedoc, de la Provence.
- Parmi les poissons osseux, l’on désigne sous le nom de Lopho-branches des animaux dont les organes de la respiration sont disposés en houppe et dont le corps est recouvert de pièces dures formant des anneaux ; tels sont les Hippocampes ou Chevaux marins et les Syngnathes ou Trompettes. M. Moreau a trouvé 5 espèces dans la Méditerranée, 5 dans l’Océan, 9 espèces sont communes aux deux mers; le Syngnathe deDuméril, nouveau pour notre faune, a été découvert au Havre.
- Les Plectognatlies, dont les os de la mâchoire sont soudés au crâne, sont de curieux poissons aux
- formes souvent bizarres ; tels sont les Coffres, les Orbes épineux. Ces animaux sont rares sur nos côtes; nous pouvons citer toutefois le Tetraodon lagocéphale, trouvé à Arcachon etàNoirmoutiers ; le Baliste caprisque (fig. 2), que l'on pèche de temps en temps dans la Méditerranée; le Coffre à bec et le
- Coffre trigone, que Risso signale à Nice; la Mole ou Poisson-lune, espèce plus commune; la Mole oblongue ou Cé-phale allongée.
- Les Chorigna-thes compren -nent tous les autres poissons osseux, à part les Anguilles; ils forment en réalité la masse des espèces qui habitent tant les eaux douces que les eaux salées. Contentons-nous de dire que M. Moreau a trouvé sur nos côtes 4 espèces nouvelles : le Gobie à tète large dans
- la Manche, l’Um-brine de Lalont à Arcachon, le Centrolophe de Valenciennes à Marseille, la Sole à pectorales noires dans le golfe de Gascogne. Parmi les animaux les plus curieux décrits par M. Moreau, nous citerons seulement le Centrisquc bécasse ou Trompette (fig. 5), le Nola-canthe de la Méditerranée, le Macroure célorhynque (fig. 4) et le Macroure trachyrhynque ou Grenadier (fig. 5), le Malacocéphale lisse, le Scombresox
- saurus, le Stomia boa ou Vipère de mer des pêcheurs de Nice, le Chauliode de Sloane, l’Odonto-stome balbo (figure 6), le Pa-ralepis corégo -noïde.
- Chez les Apodes, le cœur est reculé en arrière de la ceinture qui porte les os de l’épaule ; le Congre, l’Anguille, sont le type de cet ordre, qui comprend en France douze espèces : l’Anguille commune et scs variétés habitent les eaux douces; 5 espèces se trouvent à la fois dans l’Océan et dans la Méditerranée, qui possède en propre 8 espèces ; les animaux les plus intéressants de ce groupe sont l’Ophisurc
- Fig. 5. Le Grenadier.
- Fig. 6. L’Odontostomc balbo.
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- d’Espagne, le Spliagebranche imberbe ou Mourna des pécheurs niçois et le Spliagebranche aveugle, connu à Nice sous le nom de Bissa.
- Signalons en finissant les Lamproies appartenant à la sous-classe des Marsipobranches, au squelette libro-cartilagineux, à la bouche en forme de ventouses, aux branchies en forme de bourses, et ce curieux petit poisson, l’Amphioxus, qui semble faire le passage des vertébrés aux invertébrés et sur lequel les naturalistes transformistes ont, dans ces dernières années, élevé tant de théories.
- Une table générale des noms de poissons, noms scientifiques et noms vulgaires, très détaillée et très propre à faciliter les recherches, termine l’ouvrage de M. Emile Moreau. Après avoir parcouru ces trois volumes si consciencieusement écrits, nous dirons avec notre Montaigne : « Gecy est un livre de bonne foy. »
- E. Sauvage.
- NÉCROLOGIE
- Charles Boissay. — La notice qui est en tête du présent numéro, est la dernière qu’ait écrite notre affectueux et affectionné collaborateur, Charles Boissay. Notre malheureux ami est mort le 31 mars. Comme l’a si bien dit Camille Flammarion, pour lequel il avait une grande amitié, « Boissay était du nombre des âmes d’élite.... La délicatesse extrême de son organisation physique tempérait, tout en l’excitant, l’ardeur parfois fiévreuse de ses ambitions intellectuelles, qui prenaient dès lors une forme plus douce et plus suave. Instruit dans presque toutes les branches des connaissances humaines, encyclopédique dans ses études, minutieux et précis dans ses recherches, correct dans son langage, il aurait pu donner un champ plus vaste à ses écrits, et fixer, sous une forme durable, ces pages-intéressantes, ces descriptions pittoresques, ces appréciations compétentes des grandes œuvres de l’industrie humaine : la force corporelle lui a toujours manqué pour compléter une œuvre de longue haleine, et c’est un sujet d’admiration pour nous tous de constater l’énergie surprenante qu’il a dû mettre en œuvre pour faire tout ce qu’il a fait et écrire tout ce qu’il a écrit. »
- Nos lecteurs ont assurément apprécié le talent précis et consciencieux de Charles Boissay, qui, en dehors de ces nombreux articles dans la Nature, a collaboré à plusieurs publications, au Cosmos, au Journal des Économistes, à la Revue britannique, à la Vie domestique, etc Ch. Boissay était bon dans la belle acception du mot : il était bienveillant, affectueux et dévoué ; tous ceux qui l’ont connu l’ont estimé et aimé. 11 est mort dans les bras de son père, vénérable et noble vieillard dont il était l’espérance et la consolation 1
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
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- Association française pour l’Avancement «les Sciences. — Congrès d’Alger. — Nous avons reçu à la date du 11, la dépêche suivante que notre collaborateur M. C. M. Gariel, secrétaire général de l’Association, a eu l’obligeance de nous adresser au moment de
- son arrivée à Alger : « Le Congrès se présente fort bien ; de nombreux membres sont déjà arrivés; chaque bateau en emmène de nouveaux ; le nombre dépassera mille, le succès est assuré. » De nouveaux renseignements qui nous sont parvenus depuis, confirment cette dépêche, et nous avons tout lieu de croire que le Congrès scientifique d’Alger réussira pleinement, malgré les affaires de Tunis et la répression des Kroumirs.
- Ues chemins de fer électriques à Paris et à Berlin. — MM. Siemens frères, les célèbres ingénieurs qui ont immortalisé leur nom par tant de belles découvertes, ont proposé de construire à leurs frais un chemin de fer électrique à Paris, à l’occasion de l’Exposition universelle d’électricité. 11 s’agirait d’établir cette ligne sur un viaduc qui relierait la place de la Concorde au Palais de l’Industrie. MM. Siemens frères demandent au Conseil municipal de Paris de désigner un autre point de la capitale où ils pourraient, après l'exposition, reporter leur installation d’une façon permanente. Le Conseil municipal n’avait pas encore donné de réponse au commencement de cette semaine. Il nous parait impossible que l’on apporte la moindre entrave et le plus petit retard à un si beau projet. L’avenir des moyens de locomotion dans les grandes villes appartient assurément aux chemins de fer électriques qui fonctionnent sans foyer et qui ne dégagent, par conséquent, ni gaz délétères, ni fumée. Leur force motrice peut être produite au loin, dans de vastes usines centrales, qui distribueront en même temps la lumière électrique. Il y a là le germe d’une révolution salutaire dont l’importance ne saurait être méconnue par personne. La ville de Berlin, où est né le premier chemin de fer électrique, a résolu de donner une grande extension à ce système. Une ligne de plus de 2 kilomètres est en voie de construction aux environs de Berlin. Nous apprenons que des essais viennent d’être exécutés dans les ateliers de la maison Siemens et Ilalske, où l’on a fait fonctionner un wagon-tramway électrique d’une disposition toute nouvelle. Les résultats obtenus dans ces expériences préliminaires ont été très favorables.
- Pluie terreuse en Sicile. — Le matin du 27 mars 1881, il commença à tomber à Catane une légère pluie de sable ferrugineux, qui ne dura pas moins de vingt-quatre heures. Vers le commencement de ce phénomène le ciel se couvrit de nuages et le baromètre s’éleva sensiblement sous l’influence d’un vent N. E. assez fort. On prévoyait un orage, mais il ne tomba que quelques gouttes de pluie qui laissaient sur les objets de petites taches d’un jaune rougeâtre. Toute la journée on remarqua dans l’air une espèce de brouillard qui faisait mal aux yeux et le lendemain on vit que les feuilles des arbres étaient couvertes d’une couche de fine poussière semblable à de la brique pilée. J’ai recueilli une certaine quantité de cette substance et j’ai constaté qu’elle était composée de menus fragments de carbonate de fer, ayant des formes irrégulières anguleuses ou sphériques ; le volume des fragments, généralement très petits, variait de un à dix centièmes de millimètre.
- Cette pluie de sable est survenue à la suite de vents très forts de Sud-Ouest qui ont soufflé pendant plusieurs jours, et sous l’influence desquels la température s’est rapidement élevée. V. Tedeschi di Ercole.
- Un Vélocipède électrique. — M. G. Trouvé nous envoie la description d’une curieuse expérience qu’il a exécutée récemment rue de Valois, à Paris. « Sur un tricycle de construction anglaise et très lourd (55 kilogr.),
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- j avais disposé, dit l’habile constructeur, deux de ines petits moteurs électriques, alimentés chacun par trois des éléments secondaires ou accumulateurs d’électricité qui me servent pour mes polyscopes. Le tricycle, monté par un de mes amis, s’est mis en mouvement de lui-même, et sa vitesse s’accélérant, il a parcouru, à plusieurs reprises, la rue de Valois, aussi rapidement certes qu'une bonne voiture de place. Le poids total du véhicule, mon ami compris, s’élevait à 160 kilogrammes, et la force effective produite par les deux moteurs correspondait à 7 kilogrammètres. L’expérience a duré uue heure et demie. En présence de ces résultats, j’ai immédiatement mis en construction un moteur qui produira à lui seul autant que les deux autres, et même jusqu’à 10 kilogrammètres, afin d’obtenir des vitesses encore plus grandes, C’est-à-dire de 20 à 30 kilomètres à l’heure. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 avril 1881. — Présidence de M. Wuivrz.
- Astronomie pratique. — Récemment honoré d’un prix par l’Académie des sciences, M. Joseph Yinot en a utilisé le montant à construire un modèle nouveau de pied de lunette astronomique. « Ce pied peut, dit l’auteur, remplacer approximativement et à très peu de frais le pied équatorial des observatoires. »
- Une pile monstre. — M. Warren de la Rue, de passage à Paris, offre à l’Académie une conférence qu’il a faite récemment à la Société Royale de Londres, sur les effets produits par sa pile de 14 400 éléments au chlorure d’argent. M. Dumas émet le vœu que l’auteur transporte un jour cet instrument unique, afin de faire assister les savants français aux merveilles dont il est capable.
- La dernière crue de la Seine. — Au nom de M. Lemoine, M. Lalanne communique des observations sur la dernière crue de la Seine. Le résultat, sans atteindre le système de prévisions que l’on doit à M. Belgrand, est tout près de la limite où l’on pourrait croire ce système en défaut. La crue a dépassé de 50 centimètres le maximum annoncé, et cette anomalie est due à une circonstance très intéressante qu’on n’avait pas eu encore à faire entrer en ligne de compte. Une couche de glace étalée sur toute la surface de la Brie, avait rendu absolument imperméable le sol de cette région ordinairement accessible à l'eau. A un moment donné, la neige très épaisse tombée sur cette couche de glace, se fondit, et l’eau ainsi produite ruissela sur la glace et fit subir aux ruisseaux, puis à la Seine, une augmentation de crue, qu’on n’avait pas encore observée, mais qu’on saura prévoir à l’avenir dans des conditions de ce genre.
- L'Évolution du Règne végétal. — C’est le titre d’un volume que M. Decaisne présente au nom de MM. de Sa-porta et Marion. « En adoptant l’hypothèse de l’évolution, les auteurs, dit l'illustre académicien, ont voulu tracer un tableau aussi fidèle que possible du développement des végétaux qui composent aujourd’hui le vaste groupe des Crvptogames. Ils ont cherché à montrer l’ordre successif et le degré de complexité organique des principales familles de l'embranchement des Cryptogames, en partant des types les plus simples, tels que les Algues siphonées, pour arriver aux plus élevés en organisation, les Fougères, les Lycopodiacées, etc. Pour atteindre ce but, ils se sont appuyés sur les notions fournies par l’étude comparée des
- espèces vivantes aux fossiles, et pour démontrer ces rapports, ils ont enrichi leur ouvrage de nombreuses figures, les unes originales, les autres empruntées aux travaux des botanistes les plus autorisés. Une deuxième partie comprendra l’évolution des végétaux Dicotylédones gymnospermes et angiospermes. »
- Produit nouveau des houillères embrasées. — U y a bien longtemps que les houillères embrasées de Com-mentry sont célèbres par les cristaux de vivianite ou phosphate de fer qu’on y recueille. Un travail de M. Mallard démontre que ce phosphate résulte de l’altération d’un phosphure de fer, Fe7Ph, dont les couches en question renferment des nodules à éclat métallique. Ce phosphure, identique à celui que M. Sidot a su préparer artificiellement et cristallisé comme lui dans le système quadratique, offre beaucoup d’analogie avec le composé découvert par G. Rose dans le fer météoritique de Brau-nau et désigné par lui sous le nom de rhabdite. Les rognons de phosphure de Commentry sont enchâssés dans des roches résultant de la fusion des schistes, où l’on distingue, sous un état de cristallisation confuse, du pvroxène, de l’anorthite et de Palbite.
- Les cristaux de l'eau de baryte. — Tout le monde a vu se former sur les parois d’eau de baryte, au bout de quelques années, des cristaux très nets et parfaitement mesurables. M. Le Chatellier a reconnu qu’ils consistent en un silicate de baryte dont la formule est BaOSiO*,7HO. La silice leur est fournie par le verre, dont la baryte caustique détermine la décomposition; on les obtient en quelques heures, en mettant de la silice calcinée dans l’eau de baryte.
- L’Ursus Gaudryi — C’est le nom d’un nouvel Ours que M. Filhol vient de découvrir dans la caverne déjà si célèbre de Lherm (Ariège). M. Alphonse Milne Edwards, qui présente, au nom de l'auteur, le nouveau crâne à l’Académie, ajoute des détails du plus haut intérêt sur les divers Ours de Lherm, dont il a devant lui de nombreux échantillons. La conclusion est que YUursus arctos ou Ours brun actuel, ne parait pas descendre de YUrsus spœleus, remarquable par la constance des caractères qu’il offre partout. Au contraire, la caverne de Lherm présente, outre cet Ours et l'U. Gaudryi, des crânes analogues à celui de Y U. ferox ou Grissy des Mon-tagnes-Rocheuses. Ils indiquent un animal d’où l’Ours actuel peut beaucoup plus vraisemblablement descendre.
- Varia. — Mentionnons encore à l’actif de la séance : une note de M. Ogier sur la chaleur de formation du chlorure, du bromure et de l'iodure de soufre, — une recette pour souder l’ambre de façon à faire des blocs compactes avec de petits débris ; — des recherches de M. le docteur Mégnin sur le développement d’un tœnia, dont la Perche renferme les hydatides dans son foie ; — un Mémoire de MM. Cailletet et Ilautefeuille, sur la liquéfaction des mélanges gazeux.
- Stanislas Meunier.
- —» $o—
- EXPÉRIENCE DE PHYSIQUE AMUSANTE
- FAITE AU MOYEN DE LA BALANCE d'iNDUCTION
- Il serait facile d’ètfe bon prestidigitateur si l’on était bon physicien, en mettant au service de l’art les nombreuses et fécondes ressources de la science.
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- En voici un exemple tiré d’un des appareils les plus remarquables de ces deux dernières années : la balance d'induction de M. Hughes, dont nous avons donné précédemment la description '. Cet appareil se prête à un tour fort curieux et amusant qu’a présenté, sous une forme à moitié scientifique, notre collaborateur, M. Hospitalier, dans une soirée donnée au Conservatoire des Arts et Métiers, par M. Hervé Mangon, le 7 mars dernier.
- L’expérience consiste à deviner la valeur et la nature d’une pièce de monnaie, placée à distance dans une boîte en bois fermée par un couvercle, sans toucher à la boîte et sans même s’en approcher.
- L’appareil dans lequel M. Hospitalier ne revendique absolument aucune idée autre que celle de-son application à une expérience amusante, se compose de deux parties, l’une, dissimulée dans la coulisse, représentée sur la gauche de la figure, l’autre d’une sorte de boîte en bois, en forme de
- saint-ciboire, dans laquelle on met les pièces de monnaie dont il faut deviner la nature. Quatre fils conducteurs tressés ensemble, relient les deux parties. Il va sans dire que si l’on voulait faire le tour d’une façon complète et saisissante, il faudrait dissimuler les conducteurs électriques, ce qui est toujours facile, et supprimer les bornes de la boite en les remplaçant par des contacts placés au-dessous du socle, de façon à rendre la boite mobile. On pourrait encore suspendre cette boîte au plafond d’une salle comme dans l’expérience bien connue du tambour magique.
- Dans son essence, l’appareil se compose de quatre bobines, A, A', B, B' ; les deux bobines BB' sont placées dans le même circuit par les conducteurs 1, 2, et le circuit est complété par une pile B et un appareil interrupteur quelconque I, par exemple un mouvement d’horlogerie envoyant dans les deux bobines B, B', d’une façon interrompue, le courant de la pile P; les deux bobines A, À' sont
- Balance 'd’induction de M. Hughes appliquée à la prestidigitation.
- aussi reliées entre elles par les conducteurs 3, 4, et l’on intercale un téléphone T dans le circuit. La pile envoie donc des courants interrompus dans les bobines B, B', qui développent des courants induits dans les bobines A, A', mais l’enroulement est tel que l’action de B sur A équilibre l’action de B' sur A', si les bobines sont bien égales et placées à égale distance. Comme il est impossible de réaliser cela en pratique, la bobine A est placée sur un support mobile, et l’on règle la distance à l’aide de la vis V. Lorsque les courants induits s’équilibrent bien, le téléphone T, placé dans le circuit de A,A', reste muet.
- Si, maintenant que l’expérience est prête, on introduit une pièce de monnaie dans la boîte C, l’équilibre sera rompu, à cause de l'écran d’induction formé par la pièce de monnaie, et l’on entendra dans le téléphone le tic-tac des interruptions produites par le mouvement d’horlogerie. dans le circuit conducteur.
- II faudra, pour rétablir le silence, introduire en-
- tre les bobines A et B une pièce identique. Pratiquement, M. Hospitalier colle la collection des monnaies française sur une, deux ou trois règles de bois qu’il fait glisser rapidement en arrêtant un instant chaque pièce au milieu des bobines ; en continuant la manœuvre jusqu’à ce que le silence soit établi dans le téléphone, la pièce placée à ce moment au milieu des bobines est la même que celle qui se trouve dans la boîte. Si aucune pièce de la collection ne rend le téléphone muet, c’est que la pièce qui se trouve dans la boîte est une pièce étrangère ou une pièce fausse.
- Tel est, dans ses détails, le tour curieux auquel se prête la balance d’induction, appareil qui, par sa nature, touche aux théories les plus élevées de la physique moléculaire. Cette expérience est si remarquable, qu’elle nous paraît très digne d’être signalée et d’être exécutée dans les cours de physique. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Voy. n° 521 du 26 juillet 1879, p. 120.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 412. — 25 AVRIL 1881.
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- LE LABORATOIRE DE CHIMIE MUNICIPAL
- DE IA VILLE DE PAB1S
- 11 y a deux ans, un premier laboratoire fut fondé à la Préfecture de police, sur l’initiative du Conseil municipal. Ce laboratoire avait pour but de com-
- pléter les indications fournies par le Service de la dégustation des boissons et de rechercher en outre les différentes fraudes et falsifications des substances alimentaires. L’idée d’un Laboratoire muni-pal n’était point absolument nouvelle, puisque Lille et Nancy en possédaient déjà, et que les Anglais et les Allemands, comprenant avant nous l’importance
- ENTREE
- REZ-DE-CHAUSSEE
- d’une pareille institution, avaient construit un nombre considérable de laboratoires : cent cinquante pour l’Allemagne, quatre-vingts pour l’Angleterre.
- Bien que limité dans ses moyens d’action, le Laboratoire de la Ville de Paris rendit des services signalés; il attira le premier l’attention sur l’emploi des piquettes de raisins secs et de glucose pour le coupage des vins ; ces fraudes avaient passé inaperçues à la simple dégustation. Il contribua 9e aané«. — 1er semestre.
- à faire diminuer dans une large proportion le mouillage des vins; il signala également les nombreuses falsifications des sirops, confitures, bières, cidres, etc. A la suite de ces faits, on pensa à donner plus d’importance au nouveau service et à le rendre beaucoup plus efficace en y admettant le public.
- Ce projet, qui avait déjà été agité et rejeté par le Conseil d’hygiène, présentait des difficultés réel-
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- les dans son exéculion. Cependant, M. le Secrétaire général de la Préfecture de police, prévoyant les grands services qu’un tel établissement pouvait rendre, n’hésita pas à se préoccuper sérieusement de sa fondation, et à porter la question devant le Conseil municipal. Celui-ci, depuis longtemps prévenu en laveur de cette idée, à la suite de la proposition de MM. Darlot, Siek et Marsou-lan, nomma une Commission, qui discuta un Rapport ofticiel, de M. Andrieux, député, préfet de police.
- La Commission conclut qu’il y avait utilité à ce que le Laboratoire fût ouvert au public. Le Conseil adopta ces conclusions et l’on s’occupa aussitôt de l’aménagement du Laboratoire municipal.
- Il a été ouvert le 1er mars 1881.
- A l’origine, et jusqu’au moment de la nouvelle installation, le Laboratoire ne comprenait que les deux salles du rez-de-chaussée, consacrées maintenant au chef du Laboratoire, et la salle de travail Correspondant au sous-sol.
- On voit, en jetant un coup d’oeil sur le plan, qu’il n’a point fallu perdre de temps pour construire en deux mois le vaste laboratoire qui a été adjoint au rez-de-chaussée et au sous-sol à cette première partie.
- Nous n’entrerons pas dans la description des salles du Laboratoire ; on s’en rendra un compte très exact par l’examen attentif de notre plan ; mais nous donnerons quelques détails sur le fonctionnement même du service auquel il se rattache.
- Le personnel se compose, en outre de M.Ch. Girard, chef, d’un sous-chef, de quatre aide-chimistes et trente-deux inspecteurs, dont seize de première classe et seize de seconde.
- L’admission du public a lieu dans les conditions suivantes : Toute personne ayant des doutes sur la nature ou sur la qualité d’une substance alimentaire, peut se présenter au dépôt des échantillons, avec cette substance. Le dépôt des échantillons se trouve situé dans la caserne de la Cité (escalier F). Il est complètement séparé du Laboratoire, dans lequel le public n’est point admis. Cette séparation du service en deux parties est des plus utiles, on évite ainsi les confusions et le travail du Laboratoire ne peut être troublé d’aucune manière. Les deux parties sont reliées par un téléphone.
- Le déposant remet au contrôle l’échantillon suspect. Les renseignements qu’il peut demander sont de deux sortes : ou bien il désire simplement savoir si l’échantillon est bon ou mauvais, ou bien il désire avoir l’analyse complète du produit. La simple réponse bon ou mauvais est gratuite; quant à l’analyse, son prix est fixé suivant un tarif qui a été affiché dans Paris. Le déposant signe le livre à souche et l’étiquette de l’échantillon, fait connaître l’adresse du vendeur et les conditions de l’achat. On lui indique l’époque à laquelle il pourra réclamer le résultat de l’analyse.
- .Les échantillons sont transportés au Laboratoire,
- inscrits sur le livre d’entrée et distribués aux chimistes. Le travail accompli, le résultat est transmis au contrôle et passe entre les mains du déposant.
- C’est alors que commence véritablement le travail officiel. On relève soigneusement les adresses des vendeurs qui ont livré des échantillons mauvais, et avant même que le résultat de l’analyse soit expédié, on envoie deux inspecteurs du Laboratoire faire une saisie chez ces vendeurs. Ces inspecteurs, qui sont assermentés, font un prélèvement en double : l’un pour l’analyse au Laboratoire et l’autre pour une contre-expertise s’il y a lieu; les deux échantillons sont étiquetés, scellés, et l'étiquette revêtue de la signature des deux inspecteurs et de celle de la personne saisie. Procès-verbal est dressé: les trois pièces, procès-verbal et échantillons, sont transmises au Laboratoire.
- En terminant, nous ajouterons que les inspecteurs sont munis d’une trousse assez complète qui renferme : microscope, densimètres, réactifs pour le vin, etc., ce qui leur permet de faire une sorte d’expertise préliminaire chez le négociant dont ils inspectent les denrées. Ces inspecteurs ont des connaissances spéciales qui les mettent en mesure de remplir leur mission d’intérêt public, avec de très sérieuses garanties.
- Le nouvel établissement fondé par la Ville de Paris, fonctionne actuellement dans les meilleures conditions : il est certainement appelé à rendre de grands services aux consommateurs.
- Gaston Tissandier.
- LES PEINTURES PHOSPHORESCENTES
- Nous avons précédemment publié 1 des détails assez complets sur les matières phosphorescentes artificielles (phosphores de Canton et de Bologne, etc.) ; dans la notice qui a été écrite à ce sujet, on a fait remarquer que ces matières étaient susceptibles d'être utilisées d’une façon pratique pour produire des peintures lumineuses. Nous apprenons avec satisfaction par la Revue industrielle que des essais très heureux ont été récemment entrepris à ce sujet en Angleterre.
- La fabrication des produits phosphorescents a été l’objet de perfectionnements qui ont permis de réduire beaucoup le prix de revient, et, par suite, d’en multiplier les applications.
- On a songé tout d’abord à les employer pour les plafonds, et les essais exécutés soit chez M. Spottiswoode, président de la Société Royale, soit dans les bureaux de la Compagnie qui exploite cette invention, ont été très satisfaisants. L’effet produit est comparable à celui d’un clair de lune : même lorsqu’on vient du jour, on n’éprouve aucune difficulté à se diriger dans une salle ainsi éclairée, à y prendre des papiers ou des objets posés sur une table, et, au bout de quelques minutes, l’œil est assez préparé pour voir l’heure à une montre.
- 11 est question d’utiliser les propriétés phosphorescentes de la peinture pour des lanternes d’un système assurément
- 1 Yoy la Nature, uc 513 du 51 mai 1879, p. 412.
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- LA NATURE.
- original. Elles seront formées d’un caisse oblongue en étain, dont l’extérieur reçoit une couche de peinture. En versant de l’eau chaude à l’intérieur, la phosphorescence est excitée à un très huit degré.
- On sait que si l’on dirige sur une surface convenablement préparée la lumière brillante du magnésium, il se produit un phénomène de phosphorescence dont l'éclat s’éteint assez vile pour ne laisser subsister qu’une faible lueur. La chaleur de l’eau produit le même effet, qui persiste tant que la température se maintient assez élevée. Si l’on introduit seulement un peu d’eau, on peut développer et entretenir la phosphorescence en secouant le récipient de manière à chauffer toute la paroi.
- Nous ajouterons à ces renseignements que les peintures phosphorescentes pourraient encore être utilisées à faire des enseignes de magasin lumineuses dans l’obscurité.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE
- (Suite. — Voy. p. 122 et 259.)
- LES ÉCHINODERMES
- Les Étoiles de mer et les Oursins sont les représentants les plus connus de la classe des Échinoder-mes, dont le nom signifie peau épineuse. Les téguments de ces animaux, toujours encroûtés de calcaire, fréquemment presque solides, portent des épines parfois très robustes, et qui, chez les Oursins , sont tellement serrées, qu’elles font ressembler l’animal à une bogue de châtaignes. U suffit de l’examen le plus superficiel pour faire reconnaître que chez les Oursins, aussi bien que chez les Etoiles de mer, les principales parties du corps affectent une disposition rayonnée aussi nette que celle que nous avons observée chez les Méduses et les Coralliaires ; on retrouve même cette disposition chez les Holothuries, animaux voisins des Oursins, mais dont le corps est mou, allongé, presque cylindrique et dépourvu d’épines. Elle est encore plus marquée que chez les Etoiles de mer proprement dites, chez les Ophiures, formées d’une sorte de disque circulaire autour duquel s’agitent comme des serpents de cinq à sept bras, grêles, allongés, également espacés les uns des autres et tous semblables entre eux. Ces bras paraissent jouir, par rapport au disque, et les uns par rapport aux autres, d’une singulière indépendance ; ils se détachent facilement et continuent alors à se mouvoir comme auparavant; aussi, il y a déjà environ cinquante ans, les naturalistes de Blainville et Duvernoy avaient-ils été conduits à comparer les bras des Étoiles de mer et des Échinodermes voisins à des animaux distincts soudés par la tête, de manière à constituer une véritable colonie rayonnée. « Les Étoiles de mer, disait Duvernoy, sont les serpents des Échinodermes, mais des serpents sans tête, à plusieurs corps et à une seule bouche. » Des faits anciennement connus, mais récemment observés avec soin, ont permis d’appuyer cette idée sur des arguments nouveaux : les bras de certaines Étoiles de mer tombent périodi-
- quement, un à un, et chacun d’eux, loin de mourir, refait une Étoile nouvelle. Dans d’autres espèces, ces bras séparés accidentellement du disque qui les unit, refont également des Étoiles, tandis que le disque mutilé répare ses pertes ; chaque bras, dans ces différents cas, se comporte donc comme un individu parfaitement autonome. C’est ce qui a engagé Hæckel à reprendre, en la précisant, l’idée de Duvernoy, et à soutenir que les Echi-nodermes sont des colonies de Vers, soudés par la tête et libres sur une étendue plus ou moins grande de leur corps.
- Ainsi, du consentement de naturalistes éminents, les Échinodermes se seraient formés de la môme façon que tous les organismes quelque peu comp’i-qués que nous avons étudiés jusqu’ici : ce seraient des colonies individualisées, ils semblent, toutefois, au premier abord, présenter une singulière particularité ; tous les animaux rayonnés que nous connaissons jusqu’ici se sont formés par bourgeonnement sur des colonies dont le premier individu était fixé au sol. La loi qui exprime ce rapport serait-elle infirmée par les Échinodermes? La plupart de ceux qui vivent de nos jours sont, en effet, libres durant toute leur vie ; mais ils ne le sont pas tous. On trouve sur nos côtes un élégant Echinoderme d’un rouge superbe, muni de dix bras barbelés comme des plumes et qui s’insèrent deux par deux autour d’un disque central : c’est la Co-matule (fig. 1), qui s’accroche souvent aux plantes marines à l’aide de longs appendices articulés fixés à la face inférieure de son disque. Or, dans son jeune âge, la Comatule est absolument soudée aux corps sous-marins par la base d’un grêle pédoncule qui la supporte et qui vient s’implanter au centre même de son disque. Cette disposition, qui n’est que transitoire chez les Comatules, dure toute la vie chez les Pentacrines, singuliers Échinodermes dont on ne connaissait, au temps de Cuvier, qu’une seule espèce et qu’un seul échantillon, encore conservé au Jardin des Plantes, et que leur forme avait fait désigner sous le nom de Palmiers marins; les récentes explorations sous-marines ont fait connaître plusieurs genres d’Échino-dermes voisins des Pentacrines et présentant la même particularité. Les plus remarquables sont le Rhizocrinus Lofotensis (fig. 2, n° 2), trouvé par Sars aux îles Lofoden, le Pentacrinus Wyville Thomsoni (fig. 2, n° 1) et le Bathycrinus gracilis (fig. 2, n° 3), dus aux dragages du Porcupine et du Challenger.
- Tous ces êtres forment avec les Comatules, primitivement fixées comme eux, ainsi que le montre son développement, le groupe important des Cri-noïdes. Or, à mesure que l’on s’éloigne dans les temps géologiques, ces Échinodermes fixés deviennent de plus en plus nombreux : ils dominent absolument dans les terrains anciens; en même temps leurs formes deviennent de plus en plus variées, leurs affinités de plus en plus diverses. Les
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- LA NATLHL.
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- uns se rapprochent des Crinoïdes actuels, les autres des Oursins, d’autres des Étoiles de mer, et l’on trouve entre eux tous les passages. C’est précisément le caractère constant des groupes d’où sont sortis des types supérieurs, nettement définis. Il devient donc évident que nos Éehinodermes libres ne sont que les descendants modifiés de Crinoïdes divers, primitivement fixés, et ces animaux rayonnés, quoique libres en apparence, rentrent ainsi dans la règle générale. 11 s’est produit pour eux, avec une généralité plus grande, ce qui s’est produit pour les Actinies, les Cténophores et certaines Méduses, qui, nées primitivement de colonies fixées, sont arrivées cependant à se former d’un coup en demeurant libres toute leur vie.
- On ne saurait méconnaître que ces rapprochements renforcent singulièrement l’idée que les Échi-nodermes sont bien réellement des colonies. Mais dans ces colonies, quel est le mode précis de groupement, quel est le nombre, quelle est la nature des individus composants? Dans une Étoile de mer qui a cinq bras, faut-il voir le résultat pur et simple de la soudure de cinq individus équivalents , comme l’ont pensé de Blainvilleet Du-vernoy, comme le pense Hæ-ckel? Une étude comparative des
- Éehinodermes conduit à une autre conception. Dans tous les Éehinodermes pourvus de bras, il existe une partie centrale, le disque, qui est exclusivement employée à la fonction de digestion ; au contraire les parties vraiment rayonnées, les bras, sont toujours en rapport avec les glandes de la reproduction, dont le nombre varie comme le leur. Dans les Étoiles de mer proprement dites seules, des dépendances de l’appareil digestif pénètrent dans les bras. Dans les Éehinodermes dépourvus de bras, les parties qui les représentent offrent encore le même rapport avec l’appareil reproducteur. Nous retrouvons donc ici des conditions identiques à celles que nous ont offertes les Méduses et les Coralliaires : un individu central, exclusivement nourricier, entouré d'un cercle d'individus, avant tout reproducteurs. Le parallèle est tel que ces derniers s’adaptent chez les Ophiures à la fonction de locomotion comme ils le font habituellement chez les Méduses.
- Si cette manière nouvelle d’envisager les Échino-dermes est fondée, l’embryogénie doit nous montrer encore plus ou moins distincts les différents stades de la formation de la colonie qui les constitue : les Eehinodermes, ou tout au moins les types inférieurs de ce groupe, doivent sortir de l’œuf avec une forme bien dilférente de la forme adulte : les métamorphoses subies par ces animaux sont, en effet, des plus singulières qui se puissent voir.
- L’Oursin, l’Holothurie, l’Étoile de mer, l'Ophrine, la Comatule, dont la charpente et les téguments sont si résistants à l’état adulte, sont, à leur naissance, de petits êtres délicats, d'une parfaite transparence, dont les tissus sont à peine consolidés par de frêles baguettes ou des spiculés calcaires. Ils se meuvent exclusivement à l’aide de cils vibraiiles, et rien dans leur structure ne ferait soupçonner une parenté quelconque avec leurs parents. Ces
- jeunes larves oui du reste elles-mêmes un aspect des plus étranges et leurs formes différentes les ont fait désigner sous des noms particuliers. Les Bi-pinnaires et les Brachiolaires (fig. 5) sont des larves d’Étoiles de mer ; les premières n’ont pas de bras; les bras très allongés des secondes sont mobiles et flexibles d ans tous les sens. Les Pluteus (lig. 5, nos 3 et 4) sont des larves d’Ophiures et d’Our-sins; ils ont la forme d’une pyramide à quatre faces dont les arêtes seraient prolongées par le bas et soutenues chacune par une baguette calcaire qui fait de ces prolongements autant de bras rigides; ces baguettes se réunissent au sommet de la pyramide comme les baleines d’un parapluie, de sorte que le seul mouvement possible des bras est un écartement angulaire plus ou moins considérable. Les Auriculaires sont des larves d’IIolothuries.
- Les Comatules ont des larves plus simples (fig. 4, nos 1 à 3) : quatre ceintures complètes de cils vi-bratiles les font ressembler beaucoup dans leur premier âge à des larves d’Annélides. Ces larves nagent quelque temps dans le liquide ambiant, puis elles se fixent (fig. 4, n° C) : leurs organes subissent d’importantes modifications; une partie de leur corps s’allonge en un pédoncule soutenu par des anneaux calcaires, la partie opposée prend la
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- LA NATURE.
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- forme d’une petite sphère dans laquelle on aperçoit deux séries de plaques calcaires régulièrement superposées, qui permettent déjà de reconnaître un véritable Crinoïde. Mais ce Crinoïde est dépourvu de bras; il rappelle tout à fait ces singuliers Cys-* tidés de la période silurienne dont la structure est si longtemps demeurée énigmatique; il ne représente absolument que le disque, c’est-à-diie la partie digestive de la Coma-tule; les bras, qui forment la partie reproductrice n’apparaissent que plus tard. Ainsi, comme la théorie l'indique, la Co-matule se forme en deux fois : une première partie résulte de la métamorphose directe de la larve; c’est l’individu nourricier, l’individu central; les individus reproducteurs bour-geonnentensuile tout autour de lui.
- Le développement des autres Echinodermes est plus compliqué. Non seulement toutes les parties se forment plus vite, mais elle n’apparaissent que sur une région limitée de la larve, dont le reste se flétrit et est peu à peu résorbé.
- Toutes ces complications disparaissent, quand au lieu d’étudier des larves errantes, on étudie des larves qui sont, en quelque sorte, couvées par leur mère, comme on en trouve dans toutes les classes d'Échi-nodermes, des Holothuries aux Ophiures. La larve a alors une forme très simple : toutes ses parties sont intégralement employées à former l’Èchino-derme; mais chez les Astéries et les Ophiures,
- c’est encore la partie centrale seule qui résulte de cette métamorphose, les rayons n’apparaissent que plus tard : l'identité avec ce qu’on observe chez les Comatulcs est complète. Chez les Oursins et chez les Holothuries, où la fusion des individus reproducteurs et de l’individu nourricier est complète, on voit les canaux garnis de tentacules qui représentent
- les premiers, apparaître de très bonne heure ; c’est une conséquence prévue du degré de fusion de parties qui primitivement étaient distinctes; tous les détails du développement reproduisent d’ailleurs si fidèlement les traits connus du développement des Echinodermes à bras distincts, que l’identité de deux mécanis -mes ne sau -rait faire aucun doute. Nous sommes donc en droit d’énoncer cette proposition générale : la larve d'un Échi-nodemie ne représente que la partie centrale de l'animal a-dulle. Cette partie centrale doit être considérée comme un individu distinct, qui produit par voie de génération agame ceux qui l'entourent. L’embryogénie nous conduit aux mêmes résultats que l’anatomie et la physiologie.
- Les Echinodermes sont donc bien des colonies ; mais des colonies de quoi ? Évidemment on ne saurait prendre à la lettre la comparaison que fait Duvernoy entre les rayons d'une Étoile de mer et des vertébrés tels que les serpents. Le mot Ver est I beaucoup trop vague pour que l’assimilation faite i par llæekel entre ces rayons et des vers ait une
- Fig. 2. Crino'ides des grandes profondeurs de l’océan Atlantique. Échinodermes. — 1. Pentacrinus Wyville Thomsoni. — 2. Rhizocrinus Lofotensis. 5. Balhycrinus gracilis.
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- Fig. 3. Fig. 4.
- Fig. 3. — 1. Brachiolaire vue par sa ace ventrale. — 2. La même, vue de profil. — 5. Brachiolaire sur laquelle la formation de la jeune astérie r est déjà avancée. — 4. Jeune astérie vue de dos, après la résorption de la Brachiolaire. —5. La même, vue du côté de la bouche (fort grossissement). — Fig. 4. — Développement des Gomatules. — 1. Jeune larve de la Comatule représentée ligures 1,2, 5; la même plus âgée, vue de profil et de face et dans laquelle on distingue déjà les parties principales du squelette de la larve fixée. — -1 et 5. Coupes à travers des larves un peu plus âgées. — 6. Larve en forme de pentacrine, après sa lixalion (L i t grossissement).
- signification quelconque. Ce qui fait le Ver, c’est la reptation; or, la larve d’Eehinoderme était primitivement fixée : entre cette larve et une larve d’Annélide ou une jeune îurbella-rié, il n’y a du reste que des ressemblances de détail. L’Échinoderme n’est donc pas une colonie de Vers. C’est une colonie d’organismes à part dont les Cystidés anciens représentent les prototypes, encore apparents dans l’une des phases du développement. Autour du Cys-tidé, de nouveaux individus, considérablement modifiés, sont nés par voie agame et ont formé les bras. Si le polymorphisme. explique suffisamment les différences que l’on constate entre
- Fig. 5. — 1, 2. Phases de la formation de la Brachiolaire. — 5, 4. Pluteus de deux espèces difféi-entes d’Oursins. — o. Jeune Oursin au moment où le Pluteus vient de se résorber.
- individus latéraux, nous ignorons malheureusement encore par quelle voie ces différences se sont produites ; mais cette ignorance ne saurait prévaloir contre les déductions rigoureuses que nous avons tirées de l’histoire même des Eehi-nodermes actuels, et qui sont appuyées d’ailleurs sur tout ce que nous savons déjà du mode de formation des organismes. L’ancêtre des premiers Échinodermes, des premiers Cystidés, était probablement un organisme aussi simple qu’une Hydre et qu’il faudrait connaître pour apprécier l’étendue des différences qui séparent, chez ses descendants, l’individu nourricier des
- l’individu central et les
- individu s reproducteurs. Ces différences sont-elles d’ailleurs plus consi-
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- dérables que celles qui existent entre une Comatule ou une Ophiure et une Holothurie? Quoi de plus étrange que de voir un ensemble formé de parties aussi distinctes que le disque et les bras d’un Échi-noderme étoilé arriver par le changement des proportions, la soudure et la fusion graduelle des parties à revêtir d’abord une forme graduellement sphérique, puis s’allonger en une sorte de cylindre mou où il devient impossible de reconnaître la moindre trace des parties fusionnées ?
- Cette fusion si complète des parties que nous présentent aujourd’hui des colonies rayonnées, s'observe tout aussi bien dans les colonies linéaires; des animaux qu’on a longtemps considérés comme voisins des Echinodermes, les Géphyriens, loin de provenir de colonies rayonnées, résultent au contraire de la fusion complète des anneaux de certaines Annélides : des organismes qui présentent d’incontestables ressemblances ont été ainsi réalisés par des procédés absolument différents. Chez les Crustacés parasites, chez ceux qui habitent des coquilles, comme les Bernard-l’Ermite, chez les Araignées, les segments du corps disparaissent aussi d’une façon souvent complète. Nous sommes donc en présence d’un procédé général de modification des colonies qui va nous permettre de comprendre comment ont pris naissance des organismes tels que les Mollusques, dont la complexité est fort grande et dans lesquels on ne peut cependant reconnaître à l’état adulte aucune division du corps en parties équivalentes, pouvant aspirer au titre d’individus.
- Edmond Perrier,
- Professeur-administrateur au Muséum d’histoire naturelle.
- — La suite prochainement. —
- CHAUFFAGE
- DES WAGONS DE CHEMIN DE FER PAR
- L’ACÉTATE DE SOUDE
- On a parlé l’hiver dernier d’un nouveau procédé qui avait été employé en Angleterre pour chauffer les wagons de chemin de fer, au moyen de i’acétate de soude. Les Annales Industrielles ont récemment publié une lettre de M. Ancelin, ingénieur des Arts et Manufactures, qui revendique la priorité de l’invention, en rappelant qu’il a pris un brevet en France dès 1878, pour ce mode de chauffage très ingénieux et qui est digne d’attirer l’attention.
- Le principe du mode de chauffage imaginé par M. A. Ancelin réside dans l’absorption de la chaleur à l'état latent par les corps solides liquéfiés à une certaine température, chaleur latente qui devient sensible et se dégage au fur et à mesure que le corps se solidifie. O11 peut ainsi emmagasiner dans certains corps, sans élever leur température, une quantité de chaleur notablement plus grande que dans l’eau, qui, à cause de sa grande capacité calorifique, était considérée jusqu’à présent comme le plus grand réservoir de chaleur.
- L’acétate de soude cristallisé G4 H3 O5 Na 0 -j- 6110 éprouve la fusion aqueuse vers 59°; ce passage à l’état liquide demande une quantité de chaleur d’environ 94 calories.
- Une chaufferette de 11 litres, contenant environ 15 kilogrammes d’acétate, dégagera, en supposant sa température initiale de 80°, qui est le maximum des chaufferettes, à eau qui ont souvent moins:
- D’abord sa chaleur sensible de 80° à 60°, puis sa chaleur latente, enfin sa chaleur sensible de 60° à 40°, soit un total de 1731 calories.
- La même chaufferette remplie d’eau et passant de 80° à 40° dégagerait 440 calories : l'acétate donnera donc environ quatre fois autant de chaleur qu’une chaufferette à eau et la pratique cor firme ces données théoriques.
- Les changements de chaufferettes qui ont lieu toutes les deux heures et demie environ sur les chemins de fer, ne seraient donc plus nécessaires que toutes les dix heures, et les Compagnies économiseraient sur les longs parcours les trois quarts de la main-d’œuvre nécessitée parle changement des chaufferettes actuelles. L’économie serait réduite de moitié pour les parcours ne nécessitant que deux on trois changements actuellement.
- Pour les lignes de banlieue, par exemple, on ferait faire aux chaufferettes plusieurs voyages consécutifs et elles pourraient n’être renouvelées que deux fois par jour.
- L’économie de combustible serait considérable aussi : en effet, les chaufferettes à eau sortant des wagons et restant à l’air en attendant d’être de nouveau réchauffées, se refroidissent, et la moyenne de leurs températures ne doit pas dépasser 10°. Il faut donc les réchauffer jusqu’à 90° environ. Sur les 80 calories par litre nécessaires, 40 seulement (de 80° à 40°) sont utilisées pour le chauffage du wagon ; on aura donc employé pour chauffer quatre fois une chaufferette de il litres, 4760 calories qui ne produiront aucun effet utile, et 1760 seulement seront utilisées.
- Pour une chaufferette contenant 15 kilogrammes d’acétate. refroidie elle aussi a 10° et chauffée à 90°, il faudra 4987 calories.
- Le chauffage à l’eau exige donc 3520 calories, et le chauffage au moyen de l’acétate 4 987 calories.
- En outre, autre avantage très notable pour les Compagnies, le nombre des chaufferettes sera inférieur à celui actuellement en service, et cette diminution compensera le prix un peu supérieur des nouvelles chaufferettes.
- Dans l’exploitation, le système actuel nécessite des arrêts plus fréquents et plus longs qu’ils ne devraient être; ces inconvénients disparaîtront par l’emploi du nouveau mode de chauffage. Les trains rapides pourront diminuer la durée de leur trajet, et les voyageurs pourront faire de longs parcours sans être troublés dans leur repos, la nuit surtout.
- L’acétate fondu et porté au-dessus de 400° est introduit dans les chaufferettes, qui sont aussitôt hermétiquement fermées, car il faut éviter toute perte d’acétate et toute rentrée d’eau lorsque, pour réchauffer les chaufferettes, on les plonge dans un bain-marie où on les laisse pendant environ une heure et demie. Certaines précautions sont également nécessaires lors du remplissage des chaufferettes pour éviter le phénomène de la surfusion, qui ne se produit plus que rarement, et que l’inventeur espère éviter complètement au moyen d’une petite modification récemment apportée à son système.
- Des essais ont été faits l’hiver dernier, sur la ligne de Paris au Havre ; d’autres ont eu^ lieu sur la ligne d’Orléans à Châlons appartenant à l’État. Nous espérons que ces intéressantes expériences seront reprises l’hiver prochain.
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- LA NATUKE.
- LA VALLEE DE KASHMYR
- ET LES
- JARDIJNS MARAICHERS FLOTTANTS
- DD LAC DE SRINAGAR
- La magnifique vallée de Kashmyr se trouve à 5800 pieds au-dessus du niveau de la mer; le lac de Srinagar, qui n’a pas moins de 1500 mètres de long, est un des plus beaux ornements de cette incomparable région; à l’Est, il touche à la chaîne de montagnes qui s’y prolonge vers le Budraward Kistawar et Yaviskar; au Sud, il baigne le pied de la montagne où se trouve le temple hindou Turkt-i-Suliman; à l’Ouest, la ville de Srinagar; et au Nord, par les montagnes du petit et central Thibet.
- La partie Est comprend un charmant site qui a été très recherché par les empereurs mogols ; c’est là qu’ils ont établi leur résidence d’été, au pied de la chaîne de montagnes où les eaux provenant des fontes de neige et hauts glaciers ne man-quentjamais ; ils ont tiré parti de ces eaux perpétuelles pour arroser les vastes jardins de Shali-mar Bagh et Nishat Bagh.
- Ces jardins existaient déjà en 1663, lors de la visite de Bernier, qui est le premier Français qui ait visité le Kashmyr; le plus intéressant de ces jardins est celui deShali-mar, fait sous l’empire de Jehan Gir. Un canal d’environ 800 mètres de long, sur 10 de large, communique avec le lac; le canal est bordé d’une belle plantation de mûriers, qui en fait une promenade délicieuse, le jardin est disposé en terrasses et chaque terrasse est ornée d’une cascade. Sur tout le parcours intérieur du canal il y a profusion de jets d’eau, et à chaque terrasse il y a sur le canal central un pavillon de repos avec de grandes tables de granit, où par les plus grandes chaleurs de l’été, on respire la fraîcheur; ces tables se couvraient de tapis et de coussins et formaient un lit de repos aux anciens Mogols. Les jardins sont faits symétriquement, plates-bandes, allées, contre-allées, tout à fait dans notre style et caractère fiançais; c’est, en un mot, un jardin Le Nôtre, le tout y est planté avec beaucoup d’art et de symétrie. Les hommes qui ont exécuté ces travaux, n’étaient pas sans connaissance d’architecture paysagiste ; ce qu’il y a de plus remarquable parmi ces végétaux, ce sont d’énormes platanes, dont les uns mesurent 8 à 10 mètres de circonférence. Tout y est réuni, l’utile et l’agréable : des carrés fruitiers, pommes, poires, abricots, prunes, cerises ; pour la parfumerie, des carrés de jasmins et rosiers; le pavillon
- principal d’habitation est très riche en décoration intérieure, entouré d’une galerie soutenue par des colonnes de marbre noir; c’était autrefois l’habitation privée des dames, Zenana Harême. Ce pavillon est entouré d’un large canal en granit et d’une innombrable quantité de jets d’eaux.
- Lorsque le Maharaja!) Rambir-Sing donne des fêtes aux Européens, souvent il les donne à Shali-mar Bagh; les illuminations y sont féeriques parmi ces jets d’eaux et cascades.
- Non loin de Shalimar et en face d’Azeratbal se trouve l’îlot où notre compatriote Victor Jacquemont, l’illustre naturaliste attaché au Muséum de Paris, a séjourné; il se réfugiait sur cet îlot pour échapper à la curiosité fatigante des habitants de Srinagar, qui, en 1831, n’étaient pas souvent en rapport avec les Européens.
- Une autre partie intéressante, à proximité du lac, est la fontaine royale de Chushma Shahi, qui donne une eau d’une limpidité remarquable; en plein été, cette eau ne dépasse jamais 13 degrés centigrades, c’est dire qu’elle est extrêmement fraîche. Elle a la réputation d’être très digestive, aussi toute la population indigène aisée envoie ses bistis (porteurs d’eau), et ne boit que de l’eau de Chushma Shahi, de même que les Européens touristes qui viennent passer l’été à Srinagar.
- C’est sur la pente de cette partie de la montagne que j’ai établi les premiers vignobles plantés de cépages français, en 1877, et qui ont donné la première vendange dans le Kashmyr, le 4 septembre 1880; c’est une industrie nouvelle dans cette partie de l’Asie ; elle a un immense avenir pour l’Inde anglaise. Le Maharajah a compris (jue les vins et alcools étaient des marchandises de grande valeur; pour l’année 1881, 3 millions de nouvelles vignes seront plantées1.
- J’arrive à présent à la description des curieux jardins maraîchers flottants du lac de Srinagar. Le sujet est bien peu connu, et je crois qu'il intéressera vivement les lecteurs de la Nature.
- Rien n’est plus intéressant que ce mode de culture sur des radeaux flottants ; rien n’est plus beau que les produits qu’on en obtient. Voici comment les habitants établissent ces sortes de jardins flottants.
- Ils commencent par choisir les endroits à leur convenance, puis là, ils plantent des perches en bois de peuplier A, B, C (fig. 1, de 7 à 8 mètres de long, sur
- 4 M. Ermens est récemment venu en France pour enrôler des jardiniers; c’est pendant son séjour parmi nous qu’il a bien voulu nous communiquer les intéressants documents que nous sommes heureux de publier. G. T.
- 1.5o-.jp,S& —
- Fig. 1. Plan de deux jardins flottants du lac de Srinagar et du bateau qui sert à les aborder.
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- Fi". 2. Vue d’ensemble des jardins maraîchers floUants du lac de Srinagar, dans la vallée de Kashmvr (dessin de M. Albert Tissandier, d’après les documents communiqués par M. G. Ermens).
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- LA NATURE.
- deux ou trois rangs, à 4 et 5 mètres de distance les uns des autres, suivant la longueur et la largeur qu’ils veulent donner à leurs plantations. Cette opération terminée, ils réunissent des herbes du lac munies de leurs racines, les entrelacent aux pieux. Ce sont ces herbes qui, en continuant à végéter, forment le fond du plancher. Lorsque ce plancher est terminé, ils retirent du fond du lac d’autres herbes qu’ils mettent sur le radeau, ce qui l’exbausse et en fait un monticule de 60 à 70 centimètres de haut sur 50 centimètres de large à la base. Privées d’eau et exposées au soleil, ces herbes ne tardent pas à se dessécher et à se décomposer. Pendant que l’on fait les radeaux et les mamelons, qui sont distants les uns des autres de 1 à 2 mètres, suivant les végétaux qu’on doit y cultiver, on procède aux semis des légumes, qui se pratiquent à côté de l’habitation du jardin, dans un îlot qui fait partie du lac.
- Bientôt la couche d’herbe inférieure entre en végétation. Alors le jardinier prend d’autre part des débris d’herbe de l’année précédente, et en les disposant à la main en forme de petits monticules ou sortes de nids d’oiseâux disposés les uns à côté des autres et sur lesquels il fait ses semis de potiron, de melon, de pastèque, de courge, tomate, aubergine, etc. Chaque nuit, ces semis sont couverts de paillassons. Quinze à vingt jours au plus tard après le semis, les plants sont enlevés et portés à leur destination définitive sur un radeau préparé précédemment. Dans le premier âge, on arrose les jeunes plants; mais bientôt ce travail n’est plus nécessaire, car les racines qui se sont emparées du mamelon ne tardent pas à descendre et à aspirer l’eau.
- La récolte des légumes se fait pendant tout l’été, au fur et à mesure qu’ils se développent, au moyen de petites embarcations qui circulent entre les radeaux-jardins, Ces légumes sont portés à la ville et vendus au bord de la rivière même, où la population de Srinagar vient s’approvisionner à des prix fabuleux de bon marché. Ces radeaux ou jardins flottants peuvent durer de longues années; la détérioration des perches seule y met un terme, de sorte que pour en prolonger la durée, il n’y a qu’à renouveler les perches. Bien que ces jardins puissent se déplacer, en général ils sont stationnaires et fixes, suivant l’endroit que le cultivateur a jugé être plus avantageux. Si l’eau monte, le jardin flottant suit son mouvement ascensionnel ; de même il s’abaisse suivant la marche des eaux et se déplace dans ce sens, sans que la végétation subisse la moindre altération ni la moindre interruption dans son développement. Quand le soir, on arrive au milieu de ces cultures flottantes, on se croirait dans un port de mer, au milieu de navires qui montent et descendent avec la marée.*
- Ce que le lac de Srinagar produit de légumes est incroyable; outre les produits directs de la culture, il en donne en abondance d’autres qui viennent naturellement, c’est-à-dire spontanément, tels que racines de lotus, qui ont tout à fait l’aspect
- d’énormes asperges, sans en avoir toutefois le goût ni la saveur; mais les grains de lotus sont excellents et rappellent assez des noisettes fraîches. Les nacres (Trappa natans),ou châtaignes d’eau, y abondent, ainsi qu’une très grande quantité de Nym-phéacées, dont on mange les graines ou les racines, souvent les deux, et comme complément le poisson, qui est excellent, varié et très abondant. Aussi le lac de Srinagar fournit-il au gouvernement un excellent revenu, car les pêcheurs comme les jardi-diniers payent chaque année un loyer, en rapport avec la valeur et l’importance de la partie qu’ils ont affermée.
- G. Ermeks,
- Directeur des travaux agricoles et viticoles de S. M. le Maharajah de Kahsmyr et de Jummao, à Srinagar.
- LA FORCE ET LA LDM1ÈRE
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- C’est une tâche assez difficile que celle dont je suis chargé aujourd’hui. L’affaire dont je vais entretenir les lecteurs de la Nature, et qui fait quelque bruit à Paris, ne me permet pas de séparer le point de vue scientifique du point de vue industriel, et c’est précisément cela qui cause mon embarras, car comment, dans des questions aussi délicates, ne pas froisser à la fois quelques intérêts et quelques susceptibilités ?
- Je vais essayer, espérant que le lecteur indulgent voudra bien tenir compte de mes efforts, et que les intéressés me pardonneront ma franchise.
- La force et la lumière par l'électricité, tel est le but que se propose une Société créée par M. S. Philippart, Société qui doit se constituer au capital de 100 millions, — un quart versé seulement. Ceux que le côté purement financier intéresse plus particulièrement, trouveront tous les détails dans la lettre adressée par le fondateur aux actionnaires de la Banque Européenne.
- Au point de vue industriel et technique, la Société en formation se propose d’exploiter les nouveaux brevets de MM. Émile Reynier et Camille Faure, dont elle s’est assuré la propriété. Les brevets de M. Reynier portent sur des perfectionnements apportés aux piles électriques, ceux de M. Faure, sur des perfectionnements apportés aux accumulateurs électriques.
- M. Philippart associe les deux inventions et veut fabriquer industriellement, en grandes quantités, l’électricité à l’aide des piles de M. Reynier, et à l’exclusion des machines dynamo-électriques, emmagasiner l’électricité ainsi produite dans les accumulateurs de M. Faure, et utiliser ensuite cette électricité ainsi emmagasinée à la production de la lumière, de la force motrice, à la traction des tramways et voitures, etc.
- Il y a lieu donc d’examiner séparément :
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- 1° Les piles de M. Émile Reynier;
- 2° Les accumulateurs de M. Camille Faure;
- 3° La combinaison proposée par M. Philippart pour utiliser ensemble ces deux inventions.
- Nous avons peu de choses à dire sur la pile Reynier, prise isolément. Elle est d’f illeurs connue de nos lecteurs, et ses derniers perfectionnements ne portent que sur des points de détail. Le nom de pile métallurgique que lui donne M. Philippart nous paraît cependant un peu prétentieux.
- La pile Reynier, comme toutes les piles hydroélectriques, consomme du zinc, le transforme en un sel qui ne redevient utilisable une seconde fois qu’à la condition de lui faire subir des traitements métallurgiques par la chaleur ou par l’électricité ; dans les deux cas, il faudra dépenser du charbon : nous voilà donc bien loin d’une production d’électricité absolument gratuite, comme l’annonce la lettre aux actionnaires de la Banque Européenne.
- D’autre part, si l’on voulait recueillir les produits dans les éléments, et réaliser véritablement une pile métallurgique, cette opération demanderait une manutention considérable qui absorberait bientôt les bénéfices, car il ne faut pas moins de deux cents éléments pour la production d’un cheval-vapeur (75 ki-logrammètres), 200 000 pour mille chevaux, et à cause des temps d’arrêt, des nettoyages, changements d’appareils, etc., ce chiffre devrait être pratiquement doublé pour assurer un service continu.
- La pile de M. Reynier, excellente dans certaines applications particulières, ne nous paraît donc, en aucune façon, appelée à jouer le rôle de générateur électrique industriel et économique. Le combustible qu’elle emploie est trop cher, elle est trop volumineuse, trop encombrante, et son entretien est trop dispendieux.
- Les accumulateurs de M. Faure, pris isolément, paraissent mériter plus d’attention ; l’inventeur s’est inspiré des remarquables travaux de M. Gaston Planté, à qui l’on peut, à juste titre, décerner le titre de père de la pile secondaire, puisqu’il en fait le sujet constant de ses études depuis plus de vingt ans. M. Faure a cherché à augmenter la capacité de la pile secondaire et la somme d’énergie disponible, sous forme électrique, dans un volume et sous un poids donné ; les expériences qu’on nous rapporte laissent croire qu’il y a réussi dans une certaine mesure.
- La pile secondaire de M. Faure permettrait, si sa puissance est telle qu’on l’annonce, de transporter facilement l’électricité à domicile dans des bouteilles, des boîtes ou des réservoirs, comme on fait aujourd’hui pour le lait et le gaz portatif.
- Nous n’avons aucun chiffre précis ponr vérifier cette assertion, et nous devons, jusqu’à plus ample informé, faire nos réserves à ce sujet, sans vouloir cependant contester la possibilité d’un pareil résultat; nous attendrons, pour porter un jugement. des mesures exactes faites par ceux qui ne sont pas intéressés dans la question. La Na-
- ture décrira prochainement les dispositions des piles secondaires de M. Camille Faure, mais disons à son honneur qu’il les considère seulement, dans ses brevets, comme des perfectionnements de la pile primitive due aux savantes recherches de M. Gaston Planté. La valeur industrielle du progrès réalisé par M. Faure dans ses accumulateurs, dépend donc seulement de la quantité d’énergie accumulée par kilogramme de substance employée.
- On voit par là combien sont distinctes les deux idées de MM. Reynier et Faure. Si chacun des perfectionnements, pris isolément, a quelque valeur, et est susceptible d’applications, leur alliance est une coin' inaison qui ne présente selon nous aucune chance de succès dans le présent.
- En résumé, l’électricité produite par la pile Reynier est trop chère pour l’utiliser industriellement et économiquement en grandes quantités.
- Si la pile Faure constitue un réservoir puissant et léger, il pourra recevoir un certain nombre d’applications, à la condition de produire l’électricité par des machines, et non par l’action chimique dans la pile. L’idée de transporter l’électricité en bouteilles chez les particuliers est séduisante, mais l’idée de la canaliser est plus séduisante et plus pratique encore. L’électricité transportée ne remplacera jamais l’électricité canalisée, pas plus que le gaz portatif ne remplacera jamais le gaz canalisé. La conclusion est facile à tirer ; Puisque chaque particulier ne peut pas fabriquer lui-même l’électricité qui lui est nécessaire, établissons des usines centrales de*distribution, en produisant l’électricité à l’aide de moteurs hydrauliques ou à vapeur, et de machines dynamo-électriques.
- Cette distribution’ n’excluera pas les accumulateurs de M. Faure, qui pourront jouer, par rapport à l’électricité, le rôle que jouent, dans les distributions d’eau, les réservoirs avec robinet de jauge, fis permettront de réduire la section des fils de distribution, en remplaçant un débit intense et interrompu par un débit faible et continu.
- 11 ne faut donc pas, en somme, attacher grande importance à la pyramide de millions édifiée sur la combinaison de M. Philippart. Si la pile de M. Faure constitue vraiment un accumulateur puissant et industriel, les progrès réalisés dans cette voie ne pourront que faciliter la distribution de l’électricité à domicile. Dans le cas contraire, iP restera toujours le moyen de la distribution directe, sans réservoirs, chez les particuliers. Toutes les piles métallurgiques de M. Reynier et les illusions de M. Philippart, n’empêcheront pas que ce soit là la vraie et la seule voie qui présente aujourd’hui quelques chances de succès.
- E. Hospitalier.
- Au moment de mettre sous presse, nous recevons de notre collaborateur M. À. Niaudet une communication sur les piles secondaires de M. Faure ; nous la publierons dans notre prochaine livraison. G. T.
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- L’ART DE DÉCOUPER LE ROIS
- LES SCIES A DÉCOUPER
- Depuis quelques années, l’art de la découpure du bois, autrefois inconnu en France, se développe au contraire parmi nous avec une grande rapidité, et prend une extension très importante, tout particulièrement à Paris. Les progrès de cet art ont suivi tout naturellement les perfectionnements de la scie mécanique, qui permettent de le cultiver d’une façon tout à fait pratique. Nous décrirons aujour-
- Fig. 1. Scie à découper à pédale.
- [à régulariser le jeu du mécanisme et à augmenter la force de pression imprimée par la pédale, est doublé d’une poulie à grand diamètre, dont la courroie en meut une autre de moindre dimension, établie au-dessus et communiquant, par une seconde bielle, son action au porte-scie. Le diamètre de cette seconde poulie n’étant réduit qu’au tiers de la première, le mouvement de va-et-vient de la scie ne se produit que trois fois à chaque pression des pédales. Le porte-scie est installé sur une fiche à deux supports, un bras en dessus et l’autre en dessous. Les mâchoires sont en avant et donnent une profondeur de 60 centimètres. Elles communiquent entre elles par une étroite ouverture, garnie
- d’hui deux appareils très bien exécutés par M. Tier-sot, et qui sont dignes d’ètre recommandés par la facilité de leur maniement.
- La scie à découper, que représente la figure 1, est mise en mouvement très commodément au moyen d’une pédale.
- Deux supports en fonte encadrent le mécanisme et soutiennent la table de travail; leur écartement est maintenu, dans le bas, par deux tiges de fer boulonnées; sur celle de l’avant sont établies deux semelles en fonte communiquant, au moyen d’une bielle, le mouvement au volant. Le volant, destiné
- Fig. 2. Scie à découper, à main.
- d’une plaque de cuivre et pratiquée sur le devant de la plate-forme. Pour aider l’introduction de la scie dans les trous et faciliter l’armature des mâchoires, le bras supérieur est à charnière, se baisse et se lève à volonté, sans contrarier la tension.
- La scie mécanique que nous venons de décrire est d’un prix assez élevé; on peut la remplacer par une petite machine à main qui, malgré sa simplicité, permet encore d’exécuter des travaux assez délicats. La figure 2 montre assez nettement les dispositions de ce mécanisme élémentaire et dispense d’en donner une explication détaillée.
- L’art du découpage est très attrayant; il développe avec avantage l’habileté manuelle, et les ama-
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- teurs qui s’y consacrent, en sont parfois tout à fait passionnés. II y a des traités écrits tout entier sur ce sujet, dont le développement est très considérable. II faut connaître l’instrument et s’initier aux principes de la découpure; il y a des maîtres fort experts en cette matière. Le professeur de découpage nous apprend comment on doit envisager le trait du dessin avant sa découpure, là où il faut laisser des points d’attache, afin que l’ensemble fasse un tout sans solution de continuité; il nous indique comment il faut façonner le bois avant de le soumettre au découpage; comment on remédie à la casse et à la rupture des bois, comment on pro-
- i cède à l’assemblage des motifs lorsque les découpures doivent former un ensemble, et enfin comment | on procède au montage, au polissage et au vernis-j sage des pièces à monter.
- | Les scies employées sont à elles seules de véritables curiosités; elles comprennent : la scie plate j depuis le numéro 00 jusqu’au numéro 16. Notons j en passant que le numéro 00 n’a pas plus d’un tiers de millimètre et que la largeur de la scie numéro 16 ne dépasse pas 5 millimètres.
- « Les scies à employer aux découpures, dit M. Tiersot, doivent être carrées, c’est-à-dire que leur largeur, y compris les saillies de la dentelure,
- Fig. 5. Spécimen d’un cadre en bois découpé.
- doit être égale à l’épaisseur. C’est sur ce carré que reposent le jeu et le fonctionnement de la scie; on a calculé qu’ainsi conditionnée, elle se tourne et se retourne aisément dans sa voie ou dans sa coupe, et que, par conséquent, elle était susceptible non seulement de suivre les courbes les plus restreintes, mais d’obliquer à droite ou à gauche, quelle que soit l’acuité de l’angle à circonscrire, se terminerait-il même en pointe. Cette conformation de la scie est tellement importante, qu’elle résume toute la théorie de la découpure. En effet, que l’on suppose une scie plus large qu’épaisse, se rencontrant à une intersection de ligne : elle se trouvera immobilisée dans son jeu par l’excédent de sa largeur, elle ne pourra ni se retourner pour revenir sur son parcours ni accuser un angle quelconque; une courbe
- en sera la résultante inévitable, et comme dans le dessin, les angles ne doivent pas être moins nettement accentués que les autres lignes, il n’y a pas à s’écarter de l’emploi de la scie carrée, qui seule peut rendre tous les détails des dessins et en parcourir, comme le crayon, le contour et les sinuosités. »
- L’art de découper le bois permet de confectionner soi-même, des étagères, des petites bibliothèques, des consoles, des cadres de petits tableaux ou de photographies (voy. le spécimen, fig. 5), et il ne saurait trop être recommandé à tous ceux qui aiment à mettre en pratique les intelligents exercices qui dépendent de l’habileté manuelle.
- DrZ...
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- LA NATURE.
- CORRESPONDANCE
- SUR LE RÔLE GÉOLOGIQUE DES AI.LUVIONS VERTICALES A M. Gaston Tissandier.
- Mon cher ami,
- Dans votre si intéressant article sur les mines de diamants de l’Afrique australe (n° 410, du 9 avril 1881, page 295), vous dites, avec toute exactitude : « Les gîtes diamantifères de l’Afrique australe sont d’une nature Unique au monde jusqu’à présent. Les terrains sédimen-taires schisteux fort puissants qui constituent le sous-sol de cette région, ont été percés en certains points par des éruptions d’une boue serpentineuse entraînant avec elle des débris et fragments des roches sous-jacentes. »
- Cette nature unique au monde, n'était pas si facile à découvrir qu’il peut le paraître aujourd’hui. Il suffit pour le prouver, de rappeler qu’elle a été complètement méconnue par les géologues et lithologistes très distingués qui ont d’abord étudié la question, soit sur les lieux, comme M. Dunn et M. Slow, soit dans le laboratoire, comme MM. Maskelyue, Fiight, Forbes, Ramsay et autres.
- Préoccupé du rôle géologique des alluvions verticales, j’ai été le premier à reconnaître et à démontrer que les sables à diamants de Dutoit’s Pan doivent être rangés dans cette nouvelle catégorie de terrains. C’est ce dont témoigne un très favorable rapport sur mes travaux lu, en 1877, à l’Académie des Sciences, par M. Daubrée, en son nom et au nom de M. Des Cloizeaux C
- Vous comprendrez, mon cher ami, que je tienne à établir mes droits de priorité sur un sujet qui prend chaque jour plus d’importance, et que je tienne tout spécialement à les faire valoir aux yeux des lecteurs de la Nature. Merci d’avance, et tout à vous.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Tonnerre en boule. — Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. Trécul a cité un exemple très curieux de ce genre de phénomène électrique. Le 25 août 1880, l’observateur, pendant un orage avec tonnerre et éclairs, vît en plein jour sortir d’un nuage sombre un corps lumineux très brillant, légèrement jaune, presque blanc, à contours nettement circonscrits, de forme un peu allongée, ayant en apparence 35 à 40 centimètres de longueur, sur environ 25 de largeur, avec les deux bouts brièvement atténués en cône. Ce corps ne fut visible que pendant quelques instants; il disparut en paraissant rentrer dans le nuage; mais en se retirant, et c’est là surtout ce qui me semble mériter d’être signalé, il abandonna une petite quantité de sa substance, qui tomba verticalement comme un corps grave, comme si elle eût été sous la seule influence de la pesanteur. Elle laissa derrière elle une traînée lumineuse, aux bords de laquelle étaient manifestes des étincelles ou plutôt des globules rougeâtres, car leur lu-m’ère n’était pas radiante. Près du corps tombant, la traînée lumineuse était à peu près en ligne droite, tandis que dans, la partie supérieure elle devenait sinueuse. Le petit corps tombant se divisa pendant sa chute et s’éteignit bientôt après, lorsqu’il était sur le point d'atteindre
- 1 Comptes rendus, t. LXXXIV, p. 124.
- le haut de l’écran formé par les maisons. A son départ et au moment de sa division, aucun bruit ne fut perçu, bien que le nuage ne fût pas éloigné.
- La peste en Mésopotamie. — Une épidémie de peste sévit actuellement avec une violence extrême dans cette partie de la Turquie d’Asie, comprise entre le Tigre et l’Euphrate, et qui s’appelait autrefois la Mésopotamie. Les régions où sévit le fléau ont été entourées de cordons de troupes ayant pour consigne d’empêcher toute personne de sortir de l’endroit circonscrit. Cette peste est très maligne. A Djaara, 550 habitants ont succombé sur 1200, chiffre total de la population. A Abou-Sehir, sur 180 habitants, il n’en reste plus que 45. A Nedjcff, la moyenne est par jour de 30 à 55 attaques et de 20 à 25 décès. En présence de la progression constatée du fléau, le Conseil international de santé a pris'de nouvelles mesures de sauvegarde générale. Les cordons de troupes ont été renforcés, on a établi en arrière un troisième cordon de cavalerie. Les pèlerins persans qui se trouvent dans l’intérieur des cordons, ne recevront l’autorisation de rentrer chez eux que lorsque la maladie sera éteinte. Le Conseil a renouvelé à ses agents la recommandation formelle de brûler inexorablement les effets et les habitations des pestiférés, ce qui est le moyen reconnu comme le plus efficace pour détruire les germes de la maladie.
- Les blés d’Australie vont, paraît-il, faire bientôt une concurrence sérieuse aux blés américains sur nos marchés. On annonce, en effet, qu’il vient de se constituer à Melbourne une grande Société coopérative de culliva-teurs australiens. Cette Société disposera d’un capital de deux millions cinq cent mille francs, et son but sera d’expédier en Europe le blé australien.
- — A Liège on vient de mettre en pratique une ingénieuse application du téléphone. En prévenant dans la journée le bureau central, on peut se faire réveiller la nuit ou le matin à une heure déterminée. Quand celte heure est arrivée, la sonnerie d’appel joue et ne s’airête que lorsque l’abonné a répondu qu’il est complètement réveillé.
- — Un exemple fort rare de fécondité vient de se produire à Catane. Une femme de trente-six ans est accouchée de quatre enfants, un garçon et trois filles. Ces quatre enfants sont nés vivant; mais les trois filles sont mortes, après avoir vécu vingt-quatre heures seulement. Le garçon et la mère sont en parfaite santé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 avril 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Le tremblement de terre de Chio. — Une note de notre consul à Smyrne contient quelques détails sur cette catastrophe.
- La capitale de File de Chio était peuplée de dix-huit mille habitants, dont un grand nombre a péri ; il est à peu près impossible de chiffrer les victimes. Pas une maison ne reste debout dans la ville turque; la ville grecque n’a guère été plus épargnée, et le bouleversement a été encore plus complet dans les villages.
- C’est le matin du dimanche 3 avril qu’a eu lieu la première secousse; elle a duré à peine dix secondes,
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- pendant lesquelles 99 centièmes de la ville se sont effondrés. L’amplitude de cette première secousse était de 15 à 20 centimètres. Vingt minutes après se produisit une secousse aussi violente, puis une troisième Deux cent cinquante secousses ébranlèrent le sol jusqu’au 5 avril. Le sens des oscillations était de l’Est à l’Ouest.
- Quelques instants avant la catastrophe, la mer était unie comme une glace, le ciel couvert et l’atmosphère lourde.
- M. Boussingault s'informe si la note indique la nature de la roche sur laquelle est bâtie la ville; l’expérience a établi que les sols constitués par des roches cristallines sont toujours beaucoup plus secoués que ceux formés par des sables ou de matériaux d’alluvion. La remarque en a été faite depuis longtemps par les habitants des Andes, où dans certaines parties les tremblements de terre sont continuels. Le savant agronome rappelle la terrible catastrophe de Caracas, qui lit vingt mille victimes. C’était le Jeudi-saint ; les églises étaient pleines, il n’en sortit personne. 11 en fut de même dans les casernes, où les troupes étaient rangées, prêtes à partir pour le service religieux. Ce tremblement de terre s’étendit sur une longueur de deux cents lieues ; il fut, on le voit, très intense à Caracas, bâti sur une roche cristalline; il fut peu sensible dans les plaines sablonneuses et reprenait partout où se rencontraient le roches primitives.
- Nouvel appareil inscripteur. — Les anciens appareils destinés à enregistrer les hruits de l’organisme, tels que les mouvements du cœur, ont, d’après M. Marey, plusieurs imperfections parmi lesquelles il faut citer leur impuissance à noter les mouvements rapides. M. Marey montre à l’Académie un petit instrument dont il est l’inventeur et qui peut, d’après lui, inscrire les vibrations de la voix, les bruits de souffle, ceux que produisent les lésions des valvules du cœur. Cet appareil est d’un petit volume, son levier ne donne que des mouvements microscopiques ; grâce à ses petites dimensions, il est susceptible d’être employé là où les anciens inscripteurs n’étaient pas applicables et élargit ainsi le champ des expériences.
- Les débuts d,' Ampère. — La correspondance d’Ampère que possédait M. Charles Lévêque a été donnée à la bibliothèque de l’Institut. Parmi les lettres curieuses qu’elle renferme, M. Bertrand en a extrait une qu’il lit à l’Académie. Cette lettre est datée du 20 germinal an XII; elle est adressée à Lacroix, à qui Ampère se plaint du peu d’attention que l’Académie a apportée à l’un de ses mémoires sur l’une des branches importantes des mathématiques. Le ton de cette lettre est empreint de la plus profonde tristesse ; le futur académicien était alors professeur à Lyon, où l’avaient accablé les plus douloureux chagrins de famille; il demande en grâce une place à Paris, si minime qu’elle fût, où il puisse se livrer exclusivement aux mathématiques et oublier une ville dont le séjour lui est devenu insupportable. Cette lettre, écrite dans un style admirable produisit sans doute quelque effet, car très peu de temps après, Biot faisait avec Lagrange un rapport détaillé sur les travaux d’Ampère.
- Varia. — Citons une rectification de M. Lechatellier qui, ayant appris que le silicate de baryte cristallisé préparé et étudié par lui avait été déjà l’objet d’un travail de M. Pisani, s’empresse de reconnaître la priorité de ce chimiste ; — une note sur l’action de la chaleur sur les bases ammoniées et leur dédoublement en triméthyla-mine et carbure d’hydrogène;— un mémoire de M. Faure sur une modification des piles secondaires de M. Caston
- Planté qui permet d’emmagasiner de grandes quantités d’électricité (voy. plus haut, p. 531). Stamsj.as Meunier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- Novembre 1880. —• Tandis que l’hiver à son début était d’une clémence remarquable en France, et plus généralement sur l’Europe occcidentale, le mois de novembre est un des plus rigoureux qui aient été observés depuis la création du Signal Service; non seulement le froid s’est montré d’une grande intensité, mais il est rarement survenu d’aussi bonne heure, même pendant l’hiver si rude de 1877 ; aussi la navigation sur les rivières, les canaux et les lacs s’est trouvée interrompue beaucoup plus tôt que d’habitude. Dès le 17, le Missouri était gelé sur la plus grande partie de son cours ; le 18, le Mississipi était couvert de glace jusqu’à Saint-Louis. Les Lacs, situés à des latitudes plus élevées, ont subi promptement l’influence du froid; la glace avait suspendu toute communication par eau sur le lac Ontario le 22, sur le lac liuron le 23, sur le lac Érié le 24, sur le lac Supérieur le 28, sur le lac Michigan le 29. A Escanaba, sur ce dernier lac, la congélation fut si prompte et si inattendue que vingt et un bâtiments, dont douze chargés et prêts à prendre le large, se sont trouvés bloqués dans le port.
- La rigueur de la température ne s’est pas fait sentir seulement dans les l’égions de l’intérieur ; on en retrouve les effets jusque vers l’océan Atlantique. A New-York, le 22, le thermomètre s’est abaissé jusqu’à 11 degrés au-dessous de zéro. La rivière d’Hudson, dont le cours esl peu éloigné de la mer, et qui se jette dans l’Atlantique, à New-York, était entièrement gelée le 25; d’après différentes séries d’observations faites non loin de son embouchure, à Newburg, et remontant jusqu’à 1740, on trouve que la rivière n’a gelé en novembre que cinq fois, dont deux seulement pendant ce siècle : en 1820 et en 1823 ; or cette ville est à la latitude de 42 degrés, c’est-à-dire sur le même parallèle que Rome. Si le voisinage de l’Océan place la France dans des conditions désavantageuses au point de vue de la prévision des gros temps, qui nous arrivent par l’Ouest, il nous protège du moins contre les rigueurs d’un climat aussi excessif.
- Le mois de novembre n’est pas moins intéressant au point de vue de la pression atmosphérique. Si l’on considère les hauteurs moyennes du baromètre pendant ce mois ; on voit qu'elles sont partout supérieures à la normale, la relation bien connue de la pression et de la température permettait du reste de prévoir ce résultat, mais les écarts extrêmes des hauteurs barométriques en chaque point présentent une remarquable anomalie. En général, ces écarts augmentent en valeur absolue depuis la côte Atlantique jusque dans l’intérieur vers le 100e méridien; en sorte que si l’on fait passer des courbes par les points où les écarts sont de même ordre, elles seront sensiblement parallèles à la côte; dans les États du Sud, ces lignes s’écartent légèrement de cette règle en s’infléchissant du Nord-Est au Sud-Ouest, et les écarts sont beaucoup plus grands au Texas que dans la Floride. Or, en novembre, l’amplitude des oscillations du baromètre décroît graduellement du golfe du Mexique vers l’intérieur, et dans l’Est elle augmente avec la distance à la côte; sur la région des Plateaux, les écarts augmentent avec la latitude, tandis que sur le versant du Pacifique, les courbes courent du Nord-Ouest au Sud-Est, mettant ainsi en évidence l’influence combinée de la latitude et de l’altitude.
- 16 zones de basses pressions ont été suivies, en novem-
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- bre, dans l’étendue des États-Unis ; sur ce nombre, 3 sont venues de l’Atlantique ou du golfe du Mexique, 4 sont originaires des Montagnes-Rocheuses, 1 s’est développée dans le Minnesota; les autres se sont sans doute formées sur la Nouvelle-Bretagne ou vers la baie d’Iludson; aucune ne semble être venue dn Pacifique. Les bourrasques du Nord ont amené des tempêtes violentes sur la régions des lacs; on en jugera par ce fait que, pendant les 12 premiers jours du mois, la station de sauvetage des naufragés, établie à Oswego, sur le lac Ontario, a sauvé la vie à 45 personnes. L’énergie tout exceptionnelle de ces tempêtes paraît due principalement à la succession rapide des zones de hautes et de basses pressions.
- Parmi les bourrasques qui se dirigeaient vers l’Atlantique, deux ont franchi complètement cet Océan ; la première a abordé l’Europe par l’Écosse, et la seconde par le nord de la Norvège ; la carte ci-dessous montre que leur mouvement de translation, très rapide sur le continent, s’est considérablement ralenti pendant la traversée de l’Océan, circonstance qui ajoute encore à la difficulté de prévoir le moment où les bourrasques venues d’Amérique pourraient affecter les côtes de l’Europe occidentale.
- Carte des cyclones signalés sur l'Atlantique en novembre 1880.
- Décembre 1880. — La période de froid signalée en novembre s’est continuée sur l’Amérique du Nord en s’accentuant encore pendant le mois de décembre. Comme en France, au mois de décembre 1879, ces froids ont coïncidé avec l’existence de zones de hautes pressions. La plus importante de ces zones s’est montrée le 24 dans la vallée supérieure du Missouri ; après être restée stationnaire jusqu’au 28, elle prit tout à coup une direction rapide vers le Sud-Est, atteignait le Texas le 29, et se transportait ensuite vers la côte atlantique; elle était accompagnée de températures extrêmement rigoureuses, qui rangent le mois de décembre 1880 parmi les plus froids qui aient été observés aux Etats-Unis. Le thermomètre est descendu à — 42u centigrades le 28 au fort Garry, et, le 29, l’observateur du fort Benton (Montana), notait une température de 51° au-dessous de zéro. Ce jour-là, le froid surpassait 20° sur une vaste zone comprenant les vallées supérieures du Missouri et du Mississipi, la région des Lacs et les plateaux du Nord-Ouest ; ce froid a persisté en s’étendant progressivement sur les régions avoisinantes, et, le 31, le thermomètre était au-dessous de zéro sur la presque totalité des États-Unis.
- i—11-^"
- Carte des cyclones signalés sur t'Atlantiquc en décembie 1880.
- (Les nombres gravés sur les cartes ci-dessus indiquent les dates du passage.)
- La relation qui existe en hiver entre les zones de hautes pressions et les basses températures, a permis au Signal Office de Washington de prévoir ces froids excessifs d’après la marche des anticyclones, et d’expédier en conséquence des avertissements aux intéressés; c’est ainsi qu’on a pu, dans une grande mesure, protéger les plantations de cannes à sucre; néanmoins, dans la Louisiane et les États limitrophes, les planteurs ont subi des pertes considérables. L’opposition du temps à l’Est et à l’Ouest de l’océan Atlantique a été particulièrement remarquable pendant ce mois, puisque nous avons eu un temps exceptionnellement doux sur l’Europe occidentale : à Paris même, on n’a pas constaté un seul jour de gelée.
- Sur les seize zones de basses pressions signalées en décembre, six sont venues du Pacifique, quatre ont traversé le continent dans toute son étendue, une s’est formée sur la Caroline du Nord, deux dans le golfe du Mexique, et trois dans les Montagnes-Rocheuses; les autres se sont développées dans les régions arctiques.
- Trois dépressions ont franchi l’Atlantique de l’Ouest à l’Est et ont atteint l’Europe occidentale; sur ce nombre, une venait des régions Nord de l’Amérique, une autre du golfe du Mexique; la troisième s’est formée au large de la Floride. C’est surtout lorsque le régime des basses pressions est établi sur nos régions que les bourrasques
- d’Amérique rencontrent moins de résistance à leur mouvement de propagation vers l’Europe.
- La Monthly Wealher Review de décembre 1880 contient le résumé d’un mémoire du P. Declievrens sur une tempête magnétique observée, du 11 au 14 août 1880, à Zi-ka-wei, près de Changhaï. Là, la marche des aiguilles aimantées est extrêmement régulière; les perturbations magnétiques y sont accusées moins par la valeur absolue des oscillations anormales que par un contraste absolu entre les courbes obtenues dans ces circonstances et les courbes relevées dans les conditions ordinaires. La perturbation magnétique du mois d’août 1880 est la plus intense qui ait été observée jusqu’ici ; son étendue paraît avoir été considérable, si l’on en juge par les perturbations survenues dans les lignes télégraphiques aboutissant à Changhaï. Le P. Dechevrens fait remarquer que ses divers enregistreurs météorologiques : baromètre, thermomètre, anémomètre, n’ont nullement été affectés par cette tempête magnétique, qui a laissé les mers de la Chine absolument calmes.
- Th. Moure.vux.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissaxdier.
- l’a ns. — Imprimerie A. Lshure, 9, rue de Fleurus.
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- N® 413. — 3 0 AVRIL 1881.
- LA NATURE.
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- L’OBSERVATOIRE DE L’ETNA
- Nous avons donné, il y Kdttiviron un an, la description de l’Observatoire de l’Etna et nous avons accompagné la notice publiée à ce sujet, d’un plan qui indiquait la disposition adoptée pour l’organisation de cet intéressant établissement scientifique i. Nous sommes heureux de compléter ces documents en plaçant sous les yeux de nos lecteurs la vue d’ensemble de l’Observatoire, d’après le dessin que viennent de publier successivement les Mémoires de la Société Spectroscopique italienne, et notre
- confrère anglais Nature. On voit que le monument est couronné par la coupole destinée à abriter un bel équatorial de 55 centimètres d’ouverture. Le cône volcanique de l’Etna est très visible de l’Observatoire, mais sa distance en est encore assez considérable. La construction, quoique achevée extérieurement, n’est pas encore tout à fait prête à être habitée ; il reste à terminer bien des détails d’aménagement, les portes et les fenêtres notamment; enfin, l’organisation scientifique proprement dite est à peine commencée. L’ouverture de l’Observatoire n’aura pas lieu vraisemblablement avant l’année prochaine ; l’inauguration que veut en faire
- Vue de l'Observatoire de l’Etna, construit à 5200 mètres d’altitude.
- le Club Alpin de Catane en septembre 1881, paraît assurément prématurée. Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de saluer ce nouvel observatoire des hautes régions de l’atmosphère, qui ne s’élève pas à moins de 5200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les astronomes se trouveront là dans des conditions aussi favorables que dans la nacelle d un aérostat, et ils auront bien souvent l’occasion d’étudier des phénomènes célestes qui échapperont aux observateurs situés à des niveaux inférieurs.
- Les brumes ou les nuages qui cachent le ciel à la surface du sol, ne sont très fréquemment situés dans l’atmosphère qu’à des altitudes peu considérables, inférieures à celle du sol où se trouve con-
- 1 Voy. n° 356 du 27 mai 1880, p. 269.
- 9® année. — l®r semestre.
- struit l’Observatoire astronomique et météorologique de l’Etna.
- Les études spectroscopiques offriront un intérêt tout particulier; on a déjà constaté que des raies du spectre invisibles à Palerme, sont aperçues avec une très grande netteté à une altitude de 5000 mètres. Le ciel dans ces régions élevées est presque toujours d’une remarquable pureté, bien propre aussi à faciliter les observations astronomiques.
- L’Observatoire de l’Etna est construit au milieu de scories volcaniques qui donnent un aspect caractéristique au paysage; comme nous l’avons dit précédemment, on a utilisé pour son érection une très ancienne maison que les touristes connaissaient sous le nom de Casa degV Inglesi.
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- LÀ NATURE.
- LA. FORCE ET LA LUMIÈRE
- PAR L’ÉLECTRICITÉ
- Nous publions ci-dessous deux notices dans lesquelles nos lecteurs trouveront des renseignements sur la pile Faure, dont les physiciens se préoccupent si vivement aujourd’hui; on verra que MM. Niaudet et Hospitalier ne partagent pas les mêmes idées au sujet de l’importante question de la distribution de l’électricité. Nous laissons toute liberté d’appréciation et de discussion à nos collaborateurs. Nous ajouterons que M. Hospitalier a commencé cette semaine des mesures très précises sur la somme d’énergie accumulée dans une pile Planté d’un poids déterminé; nous donnerons le résumé de ces mesures, qui n’avaient pas été exécutées jusqu’ici. Tout le monde reconnaîtra qu’il y aurait grand intérêt à effectuer des mesures analogues avec la nouvelle pile de M. Faure. On aurait ainsi, pour baser ses appréciations, des chilfres comparatifs, qui permettraient de se rendre exactement compte du progrès réalisé. G. T.
- PILE SECONDAIRE DE M. FAURE
- Il s’agit d’un moyen d’emmagasiner l’électricité, d’une espèce d’accumulateur d’une énorme capacité, dont on peut dépenser le contenu aussi vite et aussi lentement qu’on le veut.
- M. Dumas s’est chargé de présenter à l’Académie, dans sa séance du 18 avrd, une note de M. Reynier relative à l’invention de M. Faure.
- L’appareil est une pile secondaire, comme celles qu’a combinées M. Planté, qu’il a poussées si loin, et que nous avons fait connaître, il y a quelques années, aux lecteurs de la Nature.
- Cette pile, on s’en souvient, gagne en capacité avec le nombre de fois qu’on l’a chargée et déchargée, avec l’épaisseur de la couche de peroxyde de plomb produite par ces opérations successives.
- M. Faure a eu l’idée de supprimer ce peroxyde de plomb lentement formé par des courants électriques, et de mettre sur les deux électrodes de plomb, deux couches de minium qui, l’expérience le prouve, le remplacent parfaitement. Mais la quantité de peroxyde est incomparablement plus grande et la capacité de l’élément augmentée dans la même proportion.
- Voilà l’appareil ; qu’en peut-on tirer ? 11 va sans dire que l’avenir rectifiera une partie des jugements portés aujourd’hui à l’avance, et que les prophéties qu’on peut faire ne se réaliseront pas à la lettre. 11 faut cependant chercher hardiment à tirer les conséquences de la situation présente.
- Depuis 1871, par l’invention de la machine Gramme et de celles qui l’ont suivie, l’électricité est produite à très bon marché. 11 est fort possible d’ailleurs que par des procédés nouveaux on arrive à une production encore bien plus économique, car si les machines électriques sont très voisines de leur perfection, les machines à vapeur qui les commandent généralement sont encore des appareils très imparfaits au point de vue mécanique absolu.
- Nous avons, disons-nous, l’électricité à bon marché; mais dans l’emploi que nous en faisons, nous en gaspillons une grande partie dans les conducteurs par lesquels nous la cbiiduisons aux appareils qui doivent l’utiliser pour produire ou de la lumière, ou de la force, ou d’autres effets encore.
- Par l’emploi des réservoirs on transportera l’électricité non plus par des conducteurs et au fur et à mesure de sa production, mais dans des appareils qui auront été chargés un temps quelconque plus tôt. Si on emploie un moteur à produire cette électricité et à l’emmagasiner, il pourra travailler vingt-quatre heures par jour et non plus pendant les seules heures de l’éclairage ; les arrêts momentanés de ce moteur, qui aujourd’hui plongent une rue, un magasin, un atelier dans l’obscurité, n’auront d’autre effet que de retarder un peu la production normale et l’emplissement des réservoirs.
- L’idée d’une distribution de l’électricité à chacun chez lui, pour en faire ce qu’il veut, au moment qu’il veut et sans aucune solidarité avec les autres consommateurs, est à nos yeux la plus séduisante du monde. Les canalisations, les distributions faites à tous par une usine centrale commune, nous ont toujours déplu, et nous préférons cent fois un système comparable à celui du gaz comprimé livré chez le consommateur pendant la journée, au système qui est l’analogue de la distribution du gaz par des tuyaux mis dans le sol avec une grande dépense, de grands embarras pour la voie publique, une perte continuelle par les fissures, etc., etc.
- C’est dans cette direction qu’est, selon nous, le succès pour l’éclairage électrique à domicile, la suppression des fuites de gaz, et des accidents qu’elles entraînent, de la chaleur intense produite par cette combustion, de la production énorme d’acide carbonique et de vapeur d’eau. Nous saluons comme prochaine l'introduction de la lumière électrique (par incandescence, bien entendu) jusque dans les petits ménages de bourgeois et d’ouvriers.
- A. Niaudet.
- LA PILE FAURE
- A LA SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT
- La salle ordinaire des séances de la Société d’En-couragement était trop petite, le 22 avi il, pour contenir la foule des curieux attirés par l’annonce de la présentation de la pile secondaire de M. Faure par M. Reynier.
- Nous citerons des chiffres produits par M. Reynier, non sans ajouter que nous voudrions les voir confirmés par des mesures précises. M. Reynier a dit qu’à surface égale, la puissance d’accumulation de la pile Faure était quarante fois plus grande que celle de la pile de M. Gaston Planté. Une pile pesant 73 kilogrammes peut développer 73 kilo-grammètres ou un cheval-vapeur pendant une heure. Il y avait à la séance vingt-quatre couples pesant
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- 7 kilogrammes chacun, soit 168 kilogrammes ensemble. Les vingt-quatre couples, attelés à une machine Siemens moyen modèle, ont fourni pendant quelques minutes, dans une expérience faite sous les yeux de la Société, un travail de quarante-sept kilogrammètres. C’est environ le tiers du ehiffrc indiqué par M Reynier, différence qu’il faut sans doute attribuer aux conditions défavorables de l’expérience.
- On a fait ensuite rougir une bande de platine de 19 millimètres de largeur sur 5 mètres de longueur et 4 dixièmes de millimètre d’épaisseur, puis on a allumé deux lampes à incandescence. En présence de ces expériences, il est impossible de nier que M. Faure est parvenu, dans son système, à augmenter la puissance de la pile Planté.
- Dans quelle mesure cette augmentation de puissance a-t-elle été réalisée? Les expériences de courte durée auxquelles nous avons assisté vendredi dernier ne permettent pas encore de le dire.
- 11 ne s’agit plus maintenant de charger les piles Faure avec les piles métallurgiques de M. Reynier. La force et la lumière par l’électricité présentent donc plus de chances de succès que lors de la première proposition de M. Philippart.
- Reste la question pendante entre la distribution directe de l’électricité à domicile et le transport à domicile des piles chargées. M. Reynier a fort habilement mis en lumière les avantages du transport, mais il a oublié de parler du camionnage des piles, qui présente cependant une certaine importance.
- La séance s’est terminée par une allocution de M. J. B. Dumas, qui a hautement et justement rendu hommage aux beaux travaux de M. Gaston Planté, grâce auxquels se trouve aujourd’hui ouverte une voie qui promet d’ètre féconde en résultats.
- E. Hospitalier.
- L’appareil de sténographie mécanique de M. Antoine Micliela est simple et portatif; il peut, par la manœuvre d’un davier en relation avec un jeu de leviers commandant des tiges verticales qui portent à leurs extrémités les signes phonétiques, imprimer sur une bande de papier qui se déroule, comme cela a lieu dans les télégraphes imprimeurs, les diverses combinaisons représentatives des sons vocaux perçus par l’opérateur.
- A .l’émission de la parole, les mots sont pour ainsi dire décomposés par l’oreille de la personne qui tient le clavier; la représentation graphique des syllabes est imprimée, en petites lignes horizontales distinctes, sur une bandelelte de papier de 44 millimètres de largeur; et il suifit ensuite de lire, de gauche à droite, comme à l’ordinaire, ces petites lignes de 44 millimètres, et de les transcrire en clair, pour avoir, en écriture ordinaire, la langue parlée, quelle qu’elle soit, et que l’opérateur l’ait comprise ou non.
- L’appareil Micliela fournit donc un procédé de sténographie qui offre de précieux avantages sur les méthodes actuelles.
- Il est plus rapide, car au lieu de l’écrire on n’a qu’à faire mouvoir les touches d’un clavier; il est plus correct et plus facile à lire, car au lieu de signes tracés à la plume et à la hâte, signes qui varient du reste sensiblement d’un sténographe à un autre, et même, pour un même sténographe, d’une période de temps à une autre, on obtient des signes invariables, bien imprimés; il est moins pénible, car, tandis qu’un sténographe ordinaire ne peut travailler plus d’un quart d’heure sans se reposer, la même personne peut tenir le clavier Micliela pendant trois heures sans fatigue ; il est de plus universel, car les signes ne représentent non plus des voyelles, des consonnes ou des syllabes, mais des sons phonétiques, et ils sont par suite indépendants de la langue que l’on parle.
- Au point de vue sténographique, la machine dont il s'agit présente donc les avantages les plus indiscutables. Ces avantages sont du reste, à l’heure actuelle, consacrés par l’expérience, puisqu’elle est employée exclusivement pour le service ordinaire sténographique du Sénat italien, et à la veille d’être adoptée par la Chambre des députés d’Italie.
- Nous pe pouvons entrer ici dans les détails phonétiques qui constituent l’essence même du procédé, et qui sortiraient du cadre de cette note, nous *nous bornerons à décrire succinctement l’appareil et à en indiquer le fonctionnement.
- L’appareil se compose de deux parties : lu le mécanisme servant à imprimer les signes sur la bandelette de papier; 2° le mécanisme servant à l’avancement automatique de cette bandelelte.
- Le premier mécanisme comprend deux clavieis, symétriquement placés, de dix touches chacun, six blanches T et quatre noires t (fig. 2). Ces touches, frappées par l’opérateur, exercent, à l’aide de vingt boutons b sur lesquels elles portent quand on les abaisse, et de vingt tiges a, une pression de haut en bas sur l’extrémité de vingt leviers métalliques à bras égaux c. Cette pression détermine le soulèvement de tiges d placées à l’autre extrémité de chaque levier c, et dont chacune porte en relief, à sa partie supérieure, un signe phonétique, un poinçon. Il suffit de frapper une touche pour provoquer le soulèvement du caractère sténographique qui lui correspond, et si l’on attaque plusieurs touches à la fois, on produira à chaque choc le soulèvement d’une combinaison de signes phonétiques connus d’avance par le jeu même de l’appareil.
- La méthode consiste donc à décomposer par le jeu de l’oreille chaque son phonétique émis en parlant, et à frapper les touches susceptibles de produire la combinaison phonétique représentant le son émis. Cette opération, répétée à chaque son phonétique, donne des syllabes, des mots, l’ensemble d’une phrase, celui d’un discours quelconque, quelle que soit la langue parlée. Si l’orateur con»
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- naît bien la langue qu’on lui parle, il peut aller aussi vite que la parole en respectant l'orthographe; s’il ne la connaît pas ou peu, il est indispensable que l’on parle doucement, en prononçant très distinctement chaque syllabe, et l’orthographe souffre naturellement de son ignorance; mais le principe d’universalité qni caractérise le procédé Michela, subsiste tout entier. L’appareil et ses combinaisons, son alphabet, dirons-nous, convient, avec une exactitude et une précision véritablement admirables, à tous les idiomes.
- Le second mécanisme a trait à l’avancement automatique de la bande de papier. Il peut être réalisé, comme le premier du reste, de bien des manières, et, comme lui, faire l’objet de bien des perfectionnements ultérieurs ; mais il consiste en une petite traverse s régnant au-dessous de vingt touches, et à laquelle le choc d’une touche quelconque communique un léger mouvement circulaire. Par ce mouvement, une pression est exercée sur un ressort (fig, 5) r à l’aide d’un petit levier l, un cliquet mengrenant avec une roue à rochet n pousse cette roue, qui commande un cylindre p en entraînant un autre u placé au-dessus, de telle sorte que la bandelette enroulée sur un cylindre h placé entre les deux claviers, une fois pincée entre les
- deux cylindres p et u qui l’entraînent, chaque impulsion du rochet, provoquée par le choc des touches, la fait avancer automatiquement. Une vts de pression f permet de régler l’espacement des deux cylindres frotteurs p et u, et des guides g sont disposés dans le bâti central de l’appareil pour les tiges d portant les caractères.
- Certains types d’appareils, les plus anciens, sont disposés exactement comme nous venons de l’indiquer, et de ce nombre est celui qui est ici. Dans ces appareils, les signes phonétiques ne sont pas imprimés en couleur sur les bandelettes, ils sont repoussés en blanc; ils sont ainsi en saillie. Mais les machines actuellement en construction présentent une disposition un peu différente, celle qui est indi-
- quée sur le dessin et qui fonctionne au Sénat italien.
- Le rouleau h de bandelettes sans fin, placé comme dans le premier type d’appareil, est surmonté d’un rouleau t de bandelettes enduites de couleur noire ou bleue destinée à l’impression en couleur des caractères sténographiques. Le papier bleu qui a servi s’enroule sur un petit cylindre j placé au sommet de l’appareil.
- La machine Michela permet à un opérateur exercé de sténographier deux cents mots à la minute d’une langue qu’il connaît parfaitement. C’est plus qu’il n’en faut pour suivre le débit le plus précipité, le nombre de mots prononcés par les orateurs les plus connus des divers pays variant de quatre -vingts à cent quatre-vingts par minute (soit cent trente en moyenne) . Elle fait, du reste, le meilleur service au Sénat de Home, où, employée exclusive -ment, elle a remplacé, avec d’énormes avan-
- tages
- les
- sténogra-
- Fig. 1. Appareil de sténographie mécanique de M. A. Michela.
- plies à la main, qui se sont mis pour la plupart à se familiariser avec la nouvelle méthode. Elle est sur le point d’être adoptée à la Chambre des députés d’Italie, dont on dresse en ce moment les élèves sténographes ; et les résultats qu’elle a fournis, dans les différentes expérimentations dont elle a été l’objet, permettent de lui prédire de nombreux succès.
- Aujourd’hui plus que jamais, en eftet, dans la vie politique aussi bien que dans la vie des affaires, dans la littérature aussi bien que dans les sciences, on se réunit, on se concerte, on échange ses idées ; les discussions des assemblées délibérantes, les réunions publiques, les réunions commerciales, les meetings, les cours, les conférences de toutes sortes, sont de plus en plus à l’ordre du jour. Aujourd’hui plus que jamais, à ce point de vue, la vie sociale acquiert une intensité considérable et sans cesse croissante; plus que jamais aussi, l’on a besoin de photographier, pour ainsi dire, les discours, les conversations, d’en garder trace, et c’est ce que permet de faire avec la plus grande facilité la sténographie mécanique.
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- Son emploi généralisé permettra, en outre, à la partie la plus intéressante de la population, aux jeunes filles, aux jeunes gens à qui des infirmités ou une faible constitution rendraient des fonctions pénibles impossibles, voire même aux aveugles1, de trouver une occupation lucrative, convenable pour tous et tout à fait à leur portée.
- Toutes les expériences faites ont démontré la su-
- périorité de la sténographie mécanique sur la sténographie à la main. Mais si cette dernière est supprimée, cela ne veut pas dire, comme on le publie à tort, les sténographes le soient également. Les plus jeunes d’entre eux échangeront leur plume contre le clavier, les plus âgés seront exclusivement employés aux travaux de la révision.
- Les fonctions seront ainsi modifiées avantageu-
- Fig. 2. Appareil de sténographie mécanique de M. A. Michela. Coupe.
- sement pour le service, mais les fonctionnaires resteront.
- MM. Michela ont donc rendu, grâce à une patience et une sagacité qu’on ne saurait trop louer, un service important à leur époque. 11 suffit d’ailleurs
- pour le reconnaître de réfléchir quelques instants à l’extension possible de leur conception pour apprécier la part considérable qu’ils viennent de faire vers la réalisation d’une idée dont les avantages n’ont pas besoin d’être énumérés, le langage universel.
- Mais en dehors de la sténographie proprement dite, qui a elle-même une importance qui s’accroît chaque jour, l’invention de M. Michela paraît appelée à rendre bien d'autres services et des plus importants.
- 1 II est à remarquer en effet que le jeu du clavier Michela diffère essentiellement de celui du piano ordinaire en ce que chaque doigt manœuvre constamment les deux mêmes touches, circonstance particulièrement favorublg pour en rendre le jeu accessible, pour certaines applications, aux jeunes aveugles.
- Lille peut permettre de transmettre^ toutes distances, au moyen de l’électricité, un discours quelconque, au moment même où il est prononcé, et cela quelle que soit la langue que parle un orateur. C’est là une conséquence naturelle de la combinaison mécanique de l’appareil de M. Michela.
- C’est la part de l’avenir.
- Nous ne voulons aujourd’hui qu’indiquer la possibilité de ces résultats, et nous en tenir, pour ne pas nous étendre en trop longs détails, aux faits
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- acquis, et aux démonstrations pratiques de ce que nous avons avancé1.
- A. Cassagnes.
- Le charlatanisme et la supercherie ont été tellement mêlés à tous les faits qui regardent l’hypnotisme qu'il est maintenant ordinaire de dire que quiconque s’en est occupé a trompé ou a été trompé. Imposteur ou dupe, il ne semble pas qu’il y ait de milieu : aujourd’hui encore, les meilleurs esprits nient le magnétisme, comme on dit, et trouvent moins dangereux de détourner les yeux que d’examiner un instant.
- On reconnaîtra que les expérimentateurs de la Salpêtrière ont montré un certain courage en rompant avec toutes les traditions, en méprisant toutes les craintes et en abordant le sujet en face.
- Nous avons, pour rédiger ce travail, lu à peu près tout ce qui a été écrit de raisonnable sur le sujet, et, ce qui nous a le plus vivement frappé, c’a été de voir combien une idée erronée, une pure théorie adoptée au début des recherches sur le magnétisme, a amené les auteurs à tomber dans de grotesques erreurs et a fait jeter sur la doctrine un mépris mérité.
- L’apparition des faits bizarres attribués au magnétisme ne pouvait pas manquer de provoquer certaines recherches • Par un grand malheur, ce fut entre les mains de véritables malades que tombèrent les premières observations. Il semblerait que certaines personnes ont l’amour de l’extraordinaire, et, en face d’un fait inexpliqué, aiment mieux s’arrêter à des explications surnaturelles. Leur esprit, imprégné d’idées superstitieuses dès l’enfance, ne répugne pas à admettre de pareilles raisons.
- Pour les premiers adeptes du magnétisme, on se trouvait eu face de forces nouvelles; l’influence psychique se manifestait sous une forme encore non observée, il y avait un lluide nouveau impondérable, passant d’un homme à l’autre et permettant au premier d’imposer au second sa volonté. — Jusque-là tout était contestable, mais on ne sentait pas encore poindre le charlatanisme intéressé. — Bientôt les individus soumis à l’hypnotisme se prirent à parler médecine et à prescrire des médicaments : les premiers expérimentateurs, pleins de bonne foi d’ailleurs, furent assez naïfs pour ne pas s'arrêter net et pour suivre dans leurs divagations des charlatans qui se moquaient d’eux, c’est la deuxième période du magnétisme.
- A ce moment, il a paru des centaines de volumes où l’absurdité s’étale au grand jour; on se demande si on lit des œuvres d’aliénés ou si I auteur ne se moque pas de vous : on voit là des médecins comme Teste ou Deleuze accepter îles consultations où se
- * Communication faite à la Société d'Encouragement.
- diagnostiquent des affections qui n’ont jamais existé même de nom : des hystériques prédisent leurs crises et les ont naturellement à 1 heure dite, et les observateurs prennent cela pour des maladies terribles. La femme meme de Teste prédit qu’elle va mourir tel jour. Quelle anxiété pour le malheureux observateur. Le jour arrive, tous les adeptes se réunissent ; l’heure passe, Mme Teste ne meurt pas. Croyez-vous que l’auteur est démonté? Nullement : si elle n’est pas morte, c’est qu’elle avait pris une léthargie pour la mort. Tout est arrangé.
- Nous pourrions réunir des volumes entiers de faits analogues. A quoi bon? Nous aimons mieux dire au lecteur d’aller aux auteurs originaux, mais nous lui conseillons de ne le point faire : c’est vraiment une douleur de voir où peut s’égarer l’esprit humain.
- Voici d’ailleurs quelques échantillons. Nous copions dans Vasseur-Lombard la manière de guérir le cancer par le magnétisme :
- Le magnétiseur, après la magnétisation préparatoire, fait des passes attractives au siège du mal avec la volonté de soutirer les fluides impurs qui l’alimentent, ensuite il fait des passes répulsives vers le siège du mal avec la volonté de couper le mauvais fluide et de le chasser, et il termine par des passes médiatrices sans mouvements dirigées vers le siège du mal, avec la volonté de calmer les ardeurs du mal et de fortifier le principe vital affaibli.
- Le même magnétiseur n’est pas fier et traite aussi les animaux :
- La magnétisation des animaux malades se fait aussi comme celle de l’homme. Le magnétiseur se place devant l'animal dans la position qu’il lui est la plus convenable de prendre, soit à cause de sa forme, soit à cause de sa grandeur ou de sa petitesse. Il commence par exercer sa puissance fluidique sur l’animal malade par des passes répulsives faites à distance convenable, depuis la tête, en suivant le dos et les côtés, jusqu’à l’extrémité du corps, avec la volonté de dégager les fluides impurs qui forment son atmosphère.
- Ensuite le magnétiseur fait quelques passes médiatrices de la tète, toujours en suivant le dos jusqu’à l’extrémité du corps et en continant le long de ses jambes jusqu’aux pieds avec l’intention de maintenir l’équilibre dans l’organisme de l’animal.
- Le magnétisme est encore applicable à l’horticulture :
- La magnétisation des végétaux malades diffère, dans son application générale, de celle de l’homme ou des animaux, en ce sens qu’elle se fait de la base du végétal au sommet. Le magnétiseur se tient debout en face du végétal à magnétiser et à distance convenable. 11 exerce son action fluidique par des passes répulsives faites de la base au sommet, en suivant le tronc ou la tige et les branches, selon son importance, avec la volonté de chasser les fluides impurs qui forment son atmosphère ambiante. 11 dégage ensuite l’intérieur du végélal par des passes attractives faites avec cette inversion de la base au sommet. 11 continue l’action magnétique par des passes médiatrices faites toujours de la base au sommet, en s’arrêtant un peu aux jointures des brandies avec l'intention de fortifier le principe vital du végélal et de faire circuler
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- la sève depuis ses racines jusqu’aux branches les plus élevées de son sommet. — On peut, à l’aide des mêmes procédés, magnétiser les végétaux d’un jardin, d’un verger, ainsi que toute une récolte de céréales, de légumes ou de fourrages pour les fortifier ou les faire croître, seulement on emploie pour cette magnétisation le fluide vital universel. On peut encore saturer de fluide les végétaux d’un jardin, d’un bois, d’un champ ou d’une prairie pour servir de promenade hygiénique aux malades.
- Et il a été écrit des milliers de volumes de cette force ! — Il est certain qu’en face d’un pareil fatras, il ne restait guère aux hommes de science qu’à se retirer en attendant une période meilleure, un moment où, les naïfs étant désabusés et les trompeurs démasqués, on pourrait reprendre avec fruit les études sur le magnétisme animal : si la mesure n’était pas d’un grand libéralisme scientifique, elle avait au moins l’avantage d’être une bonne précaution et d’arrêter en route bien des esprits prêts à sombrer.
- C’est au milieu de toutes ces difficultés que naquit Vhypnotisme. Si le mot est nouveau la chose ne l’est guère. Dès l’antiquité, on trouve une série de phénomènes qui ne sont explicables que par cette singulière névrose provoquée. Et sans remonter si loin, qu’on nous permette de rappeler quelques exemples qu’il est fréquent de rencontrer de nos jours et au moment même où nous écrivons.
- De tout temps, ce qu’on a appelé l’ascétisme contemplatif a été produit par la fixation prolongée de quelque objet brillant ou non, auquel on attachait quelque vertu, auquel on supposait quelque sainteté. — Ces contemplations, aidées d’une violente excitation intellectuelle, étaient rapidement suivies d’hallucinations, d’apparitions et même de l’attaque d’extase telle qu’elle est décrite à la fois en thaumaturgie et en médecine.
- Les livres des hagiographes chrétiens fourmillent de faits de ce genre et ils sont trop connus de tous pour que nous y insistions plus longtemps.
- Dans l’Inde, les dévots arrivent à un semblable résultat par la fixation de l’espace : ils regardent quelquefois un point imaginaire, souvent aussi le bout de leur nez et l’effet est immanquable. Nous verrons plus tard que c’est précisément ce procédé que nous employons : nous n’avons fait que le régler.
- Chez les moines grecs, l’hypnotisme est peut-être plus en honneur encore que chez les religieux romains. C’est un fait connu de tous, que ces hommes arrivent à tomber en extase par la contemplation prolongée de leur nombril.
- L’islamisme lui-même, si peu mystique qu’il soit, a donné, lui aussi, naissance à des procédés spéciaux d’hypnotisation. Le son prolongé et monotone y entre pour plus que la contemplation.
- Chez les disciples d’Hussein le Martyr, on provoque l’extase au moyen de tambourins frappés sans cesse avec la même cadence rapide et mono-
- tone. Des initiés accompagnent par une mélopée rythmée sur le bruit d’un tambour. La cérémonie a souvent lieu la nuit, et bientôt le adeptes tombent dans une sorte d’extase où l’insensibilité cutanée est telle qu’on peut reproduire sur eux les différentes phases du martyre du maître, sans leur arracher un cri, sans même qu’ils semblent se douter de rien.
- Mais c’est encore dans la secte de Aïssaoua, dont bien des représentants se rencontrent dans notre colonie algérienne, que les phénomènes se montrent avec la plus grande intensité. Ceux qui ont eu la chance, fort rare, d’assister à une de leurs cérémonies ont été frappés du degré d’anesthésie auquel arrivent ces hommes.
- C’est la nuit que la chose se passe, dans quelque plaine isolée; les tambourins font entendre leur bruit monotone. Les adeptes sont assis autour d’un grand feu. Peu à peu, ils tombent en extase, quelques-uns sont même pris de crises convulsives et poussent des cris prolongés : l’anesthésie devient complète et on voit les uns appliquer leur langue sur une barre de fer rouge, tandis que d’autres, inondés de sang, mâchent à pleines dents des figues de barbarie, dont les longues épines leur traversent les joues et viennent sortir en dehors.
- Un certain nombre avalent des araignées et des scorpions vivants, et de graves accidents peuvent survenir de ce fait.
- En réalité, tous ces hypnotiseurs inconscients procèdent toujours de la même manière : fixation d’un point, en général avec strabisme interne, ou fixation de l’ouïe par un bruit toujours le même.
- Ce sont ces procédés que nos prédécesseurs et nous-mêmes nous employons toujours pour reproduire des phénomènes qui sont, on le verra, tout à fait déterminés.
- C’est à Braid, en somme, que l’on doit le premier manuel opératoire bien réglé de l’hypnotisme, et c’est en 1841 que ce chirurgien de Manchester, après avoir été témoin d’expériences, dites magnétiques, reconnut que c’était à la fixité prolongée du regard et de l’attention, et non pas à quelque fluide mystérieux, qu'il était juste d’attribuer les phénomènes incontestables qu’il avait observés. C’est à Braid que commence le magnétisme scientifique. Nous 11e nous occupons ici que du manuel opératoire du magnétisme, ce serait donc sortir de notre sujet que de rester plus longtemps dans la question historique, nous renverrons le lecteur au très remarquable article, publié sur ce point par M. Mathias Du val, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
- Braid se contentait de faire fixer les yeux du su. jet sur les siens, ses successeurs éliminèrent encore davantage la possibilité d’un fluide et l’intervention humaine, en ordonnant à la personne en expérience de fixer simplement quelque objet placé devant elle, et un peu en haut. Cette méthode réussit fort bien, elle est seulement un peu plus lente que la méthode de Braid.
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- LA NATURE
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- C’est là le seul manuel opératoire sérieux : le reste relève du charlatanisme ou de la naïveté. Nous procéderons ainsi, sauf à indiquer au lecteur entre temps, des moyens qui, en agissant vivement sur l’imagination des sujets, permettent d’aller simplement un peu plus vite.
- Dr Bourneville et Dr Regnard.
- — La suite prochainement, —
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX
- LE NID DE l’oiSEAU-MODCHE HÜPPECOL (.Lophornis ornata)
- Ce sont des Oiseaux-Mouches que nous présentons encore aujourd'hui à nos lecteurs; mais ceux-ci n’ont en apparence rien de commun avec les Glands dont nous avons parlé récemment1 : leur corps, en effet, n’est pas plus gros que celui d’un Bourdon; leur bec est droit comme une alêne, et leur plumage est ordinairement rehaussé de teintes métalliques. Souvent leur tète est surmontée d’une huppe élégante, ou les côtés de leur cou sont revêtus de plumes allongées qui peuvent s’étaler comme une fraise du plus gracieux effet. Le nom de Lophornis, qui est tiré du grec, et qui signifie littéralement oiseau huppé, fait allusion à cette disposition particulière, mais semble, à vrai dire, un peu prétentieux pour d’aussi mignonnes créatures. L’espèce la plus anciennement connue de ce groupe est le Huppecol des anciens auteurs (Lophornis ornata), qui a été décrit par Buflon et figuré par Daubenton dans les Planches coloriées. Il n’a pas plus de 7 centimètres de long, du bout du bec à l’extrémité de la queue, et porte une livrée fort agréable à l’œil. Le mâle a le dessus du corps d’un vert foncé, à reflets dorés, avec une petite bande blanche sur le croupion ; le sommet de la tête, orné d’une huppe touffue, d’un brun marron ; le Iront et la gorge d’un vert d’émeraude ; le ventre d’une teinte beaucoup plus terne, tirant au gris noirâtre; les ailes d’un brun pourpré; les pennes caudales rousses avec de larges bordures couleur de bronze florentin. Enfin, de chaque côté de la gorge, immédiatement au-dessus de l’oreille, jaillit une touffe de plumes étroites et de longueurs inégales, les plus petites n’ayant que 5 millimètres, les plus longues atteignant 2 centimètres 1/2. Ces plumes, d’un roux ferrugineux, sont marquées chacune, sur l’extrémité, légèrement élargie en forme de spatule, d’une tache arrondie qui, vue de face, paraît noire, mais qui, sous un certain angle, resplendit des feux de l’émeraude. La femelle, moins coquette que le mâle, ne porte point cette fraise élégamment découpée; elle n’a pas de huppe sur la tête, ni de plastron métallique sur la gorge, et son costume, relativement modeste, n’offre que trois
- 1 Voy. n° 407 du 19 mars 1881, p. 248.
- teintes : du vert bronze sur la tête et le dos, du roux sur la poitrine et sur les pennes caudales, et du brun pourpré sur les ailes.
- Le Huppecol habite les contrées tropicales de l’Amérique du Sud, la Guyane, le Vénézuéla et l'île de la Trinité. Il se nourrit, comme tous les Oiseaux-Mouches, d’insectes microscopiques et peut-être aussi de nectar qu’il va chercher avec son bec ténu dans de magnifiques fleurs d’Orchidées, à la tige violette, aux pétales d’un blanc pur. Son nid, qui se trouve fort exactement représenté dans la planche ci-jointe, est en forme de cupule régulière et logé à l’enfourchure d’une branche. L’extérieur en est revêtu de lichens jaunâtres, analogues à ceux qui couvrent les rameaux voisins, tandis que l’intérieur est capitonné de coton blanc. Sur ce lit moelleux, la femelle dépose un ou deux œufs de couleur blanche et de dimensions considérables relativement au volume de l’oiseau, leur grand diamètre étant de 7 millimètres environ.
- Au Yénézuéla vit une autre espèce de Lophornis qui descend un peu plus vers le Sud que le Iluppe-col, et se 'trouve aussi dans la république de l’Équateur, c’est le Lophornis à huppe tachetée {Loph. stictolopha), ainsi nommé à cause des points verts très brillants qui, chez le mâle, marquent chacune des plumes allongées du sommet de la tète.
- Dans d’autres oiseaux du même genre, les plumes en éventail des côtés de la gorge ne sont plus d’une teinte chamois, mais d’un blanc pur, tout en restant ornées à l’extrémité, soit d’un point, soit d’une raie d’un vert d’émeraude ; c’est le cas, par exemple, du Lophornis magnifique [Loph. magni-fica) et du Lophornis de Gould {Loph. Gouldi), qui se trouvent tous deux au Brésil. Ailleurs, comme chez le Lophornis roitelet {Loph. régulas) de Bolivie et chez le Lophornis de Delattre {Loph. Dela-trii), qui se rencontre depuis l’État de Yeragua jusqu’au Pérou, les plumes occipitales du mâle sont terminées par du noir ou du vert foncé ; ailleurs encore, comme chez le Lophornis cuivré {Loph. chalybea) du Brésil et chez le Lophornis de Yer-reaux {Loph. Verreauxi) du Pérou et de la région du haut Amazone, le milieu de la gorge est dépourvu de plastron métallique, mais en revanche les plumes qui l’encadrent sont d’un beau vert pointillé de blanc. Enfin, dans une espèce récemment découverte sur les flancs du volcan de Chiriqui, dans l’Etat de Yeragua {Loph. adorabilis), les plumes du front sont redressées et teintes en vert cuivré dans leur portion terminale, tandis que les plumes qui leur succèdent, sur le sommet de la tête, s’effilent en une huppe élégante, d’un blanc de neige.
- Chez tous ces Lophornis, quelles que soient les teintes du plumage, la forme de la huppe ou l’ornementation de la collerette, le bec reste toujours droit et la taille très exiguë. Il ne faudrait pas croire cependant que c’est dans ce groupe que se trouvent les plus petits de tous les Oiseaux-Mou-
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- ches; il y a dans les genres voisins, parmi les Acestrura, les Thaumastura, \esDorycha, les Myr-tis, les Mellisuga, beaucoup de formes encore plus réduites, qui sont aux Lophornü ce que l’Abeille est au Bourdon des jardins.
- E. Oustalet.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- SESSION D’ALGER 1881
- Nous avons été bon prophète en annonçant que malgré les alarmes de quelques pessimistes, le Congrès scientifique d’Alger aurait tout le succès qu’on en pouvait attendre. Les lettres que. nous avons reçues de plusieurs correspondants retracent en termes chaleureux l’accueil qui a été fait aux membres de l'Association française, et décrivent non sans un sentiment d’étonnement le côté caractéristique du Congrès d’Alger, c’est-à-dire l’élément pittoresque local. De splendides réceptions ont été faites, des fêtes brillantes ont été données, avec danses d’al-mées et de nègres, des courses et des cavalcades ont eu lieu; un temps magnifique a continuellement favorisé ces manifestations d’une hospitalité fastueuse. L’éclat des fêtes n’a pas nui à l'intérêt des communications présentées aux séances des sections, ni à celui des nombreuses excursions qui ont été entreprises aux environs d’Alger, dans des pays enchanteurs.
- Nous n’avons pas la prétention de traiter en passant toutes les questions que soulève le Congrès d'Alger ; mais nous vouions insister sur ce point que la présence à Alger d’un grand nombre de savants français, parmi lesquels on compte quelques-uns de nos compatriotes les plus éclairés, sera hautement favorable à l’important problème de la colonisation de l’Algérie. C’est à ce titre que nous publions ci-dessous une étude sur le climat de notre colonie; elle servira de documents à tous ceux qui se préoccupent de l'avenir et des progrès de notre seconde patrie. La carte que nous publions plus loin permettra à ceux de nos lecteurs qui auront été en Algérie, de se rappeler leurs voyages et leurs excursions ; c’est à dessein que nous y avons joint la lunisie, afin que cette carte puisse servir en même temps à suivre les événements et les opérations militaires qui s’accomplissent sur la frontière.
- DIX-NEUVIÈME RÉUNION
- DKS DÉLÉGDÉS DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 188l)
- La réunion des délégués des Sociétés savantes à Paris a eu lieu comme les années précédentes dans le local de la Sorbonne. La première séance générale a été tenue mercredi 20 avril ; M. Milne Edwards, l’éminent doyen de la Faculté des Sciences, a prononcé un discours où il a indiqué les modifications et les améliorations apportées aux dispositions antérieures. Les séances générales et les séances particulières, pendant lesquelles on a entendu un nombre considérable de communications sur les diverses branches de la science, ont été suivies avec une grande
- assiduité, les mercredi, jeudi et vendredi dans la matinée et dans l’après-midi. M. Boussinesq, professeur à la Faculté des Sciences de Lille, a été nommé assesseur pour les sciences mathématiques; M. le général de Nari-souty, directeur de l’Observatoire du Pic-du-Midi, pour les sciences physiques et chimiques, et M. Sirodot, doyen de la Faculté des Sciences de Rennes, pour les sciences naturelles.
- La clôture du congrès des Sociétés savantes a eu lieu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le samedi 23 avril : M. Jules Ferry, président du Conseil des Ministres, entouré de plusieurs députés et sénateurs, a prononcé un long discours interrompu fréquemment par les applaudissements.
- Le Ministre de l'Instruction publique s’est longuement étendu sur l’essor donné à l’enseignement artistique, et sur le développement salutaire des études scientifiques en province. Il a signalé quelques créations nouvelles, notamment celle de l’école française du Caire, analogue à nos écoles de Rome et d’Athènes, et dans une éloquente péroraison, il a appelé à l’union dans la science tous les hommes de bonne volonté.
- « Oui, Messieurs, a dit en terminant M. Jules Ferry, il y a place pour tout le monde dans une République, qui au lendemain des crises les plus terribles, a trouvé dans la confiance nationale cette devise qui doit rester la nôtre : « Le rachat de la patrie par le travail et par la science. »
- Après ce discours, le Ministre a fait entendre les noms des savants qui ont reçu les palmes d’officier de l’instruction publique et d’officier d’académie. Il a annoncé auparavant que MM. Clos, professeur à la Faculté des Sciences et directeur du Jardin des Plantes de Toulouse, R. Dezeimeris, correspondant de l’Institut, maire de Lou-piac (Gironde), et Gaston Planté, le savant électricien, avaient été nommés chevaliers de la Légion d'honneur.
- LE CLIMAT DE L’ALGÉRIE
- L’Algérie, comme on le sait, est un pays très montagneux formé par l’Atlas et l’Aurès et leurs ramifications ; on y distingue deux chaînes principales, à peu près parallèles à la mer : l’une voisine du littoral, l’autre qui borde le Sahara.
- Entre ces deux chaînes s’étend un massif élevé, désigné généralement sous le nom de région des grands plateaux et dont l’altitude varie entre 7ü0 et 1200 mètres. Vers l’est de la province d’Oran, la région des hauts plateaux n’est plus aussi nettement délimitée et les deux chaînes se confondent en un massif montagneux.
- Avec cette disposition des reliefs du sol et le voisinage de la Méditerranée, on doit s’attendre à trouver en Algérie des climats assez variés ; c’est ce qui arrive en effet.
- Nous allons étudier les grands traits de la climatologie algérienne, en ramenant la température et la pression à leur valeur au niveau de la mer. Nous examinerons ensuite l’influence de l’altitude sur le climat et les cultures.
- La côte algérienne jouit d’une température plus douce que l’intérieur ; à cause de l’inlluence de la mer, les extrêmes y sont moins distants : en hiver,
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- pendant le mois le plus froid, la température moyenne est voisine de 12°; en juillet, elle s’écarte peu de 25°.
- Mais dès qu’on s’avance un peu dans l’intérieur, si on se trouve abrité des vents de la mer, comme cela arrive dans la vallée du Cheliff, le climat devient beaucoup plus continental et par conséquent plus froid en hiver et plus chaud en été.
- La région des plateaux, par son altitude même, a une température moyenne notablement inférieure à celle de la côte. Lorsqu’on ramène les nombres observés à leur valeur au niveau de la mer, on voit que les plateaux sont plus froids d’une manière absolue que la côte en hiver, et beaucoup plus chauds en été.
- Le versant saharien, même dans les plaines basses, dont l’altitude au-dessus du niveau de la mer est faible, est plus froid que le littoral en hiver.
- Ce fait est dû au calme de l’air et à sa sécheresse, qui favorisent les effets du rayonnement, et surtout à l’absence des vents marins. Ces causes sont assez puissantes pour compenser l’effet de la latitude pendant l’hiver, aussi M. Duveyrier, qui voyageait, en 1861, dans le pays des Thouaregs situé plusieurs degrés de latitude au sud du Sahara algérien, a vu l’eau geler onze fois dans une seule année.
- En été les mêmes conditions sont très propices à réchauffement du sol et de l’air, et la température moyenne est voisine de 54° en juillet.
- Nous donnons ci-contre la carte des isothermes de janvier et de juillet ramenées à leur valeur au niveau de la mer. Le tableau suivant indique d’ailleurs la température des principales régions climatériques de l’Algérie telle qu’elle est observée.
- Températures moyennes observées.
- Janvier. Juillet.
- Alger, 14 ans 12,5 24,8 altitude 25
- Nemours, 5 — 10,4 25,5 — 6
- Géryville, 4 — 5,0 25,6 — 1560
- Atlou, o — 2,2 25,5 — 1550
- Laghouat, 4 — 6,5 28,5 — 780
- Biskra, 14 — 10,7 51,8 - 124
- ^ m \
- On voit d’après ces chiffres que le séjour de l’Algérie doit être assez pénible en été pour les Européens du Nord et de la région centrale. En France, la région méditerranéenne du Sud-Est jouit seule d’un climat un peu analogue à celui du littoral algérien. En s’élevant dans la région montagneuse de l’Atlas à une altitude de 1100 ou 1200 mètres, on trouve une température estivale qui grâce à la sécheresse de l’air, beaucoup plus grande que sur la côte, conviendrait bien, comme résidence d’été, aux Européens.
- La pression barométrique moyenne est distribuée de la manière suivante en Algérie : d’octobre à mars les hautes pressions régnent sur la partie
- montagneuse, tandis que des pressions relativement basses (759-760) se montrent sur la Méditerranée.
- A partir de mars, les pressions de l'intérieur deviennent égales, puis inférieures à celles de la côte, et pendant l’été on constate la présence d’un minimum bien marqué sur la partie centrale.
- 11 est bon de faire remarquer que ces changements s’opèrent en même temps que le continent devient plus chaud que la mer.
- Les vents dominants de l’hiver soufflent du Sud-Ouest sur le ver.-ant méditerranéen des provinces d’Oran et d’Alger, et du Nord-Ouest vers la province de Constantine.
- Dans la région saharienne les vents dominants de la saison froide sont ceux du Nord et du Nord-Ouest.
- En été la zone méditerranéenne est sous l’influence des vents de Nord-Est à Nord-Ouest, sur les plateaux; les observations assez incomplètes semblent indiquer que l’air est souvent calme ou la brise variable. Enfin, les quelques renseignements que nous avons sur le Sahara algérien nous montrent qu’en été les vents du Sud y sont fréquents.
- Le simoun du désert, le sirocco de la Méditerranée, n’est autre chose qu’un vent du Sud assez fort qui apporte avec lui la sécheresse, souvent aussi le sable du désert, et pendant la saison chaude sa température brûlante.
- Dans le Sahara le simoun se produit souvent en été sous l’influence de la dépression barométrique qui existe sur les plateaux de l’Algérie et dont nous avons parlé plus haut.
- Il n’atteint pas alors le littoral, où régnent des vents du nord convergeant aussi vers le minimum barométrique.
- Mais lorsqu’une dépression a son centre au large de la côte et étend son action jusqu’à l’intérieur, de façon à appeler à elle les vents du Sud, alors le sirocco règne sur la côte. Si la dépression se déplace, elle semble emporter avec elle le sable du désert, qui vient retomber en Italie et même sur nos côtes, sans qu’il soit nécessaire pour cela que le vent du Sud souffle simultanément dans le désert et au point où tombe le sable.
- Le régime des pluies n’est pas le même dans toute l’Algérie.
- La côte a surtout des pluies d’hiver produites lorsque l’air de la mer qui est chaud et humide est entraîné sur la terre froide par les tourbillons qui se produisent assez fréquemment dans cette saison.
- Il pleut aussi au printemps et à l’automne, mais très peu en été. A Alger, la hauteur moyenne annuelle de pluie d’après trente années d’observations est de 790mm; l’hiver à lui seul donne 562mm. En exceptant la partie tout à fait élevée de l’Algérie, la pluie va en diminuant vers l’intérieur, c’est alors le printemps qui donne le plus d’eau; vers le désert on trouve deux saisons relativement pluvieuses, le printemps et l’automne. Mais en somme le cli-| mat est très sec; à Biskra par exemple, la hauteur
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- annuelle de pluie est d’environ 22 centimètres et on compte une trentaine de jours de pluie.
- Il n’est pas sans intérêt de rapprocher les données climatologiques du mode de répartition des cultures.
- La zone méditerranéenne reçoit pendant la saison froide assez d’eau pour que beaucoup de cultures européennes puissent y prospérer, en particulier les céréales dpnnent de très beaux rendements ; après la première récolte on peut, à l’aide de l’irrigation, occuper la terre avec une autre plante pendant la saison chaude. Sur les coteaux du Tell, la vigne croît dans de bonnes conditions, et les plaines irrigables se prêtent très bien à la culture du coton; quant à l’olivier, il croit en abondance comme dans presque tout le bassin méditerranéen. Le littoral est très propre à l’acclimatation des plantes de l’Australie et du Cap, parmi lesquelles il faut citer au premier rang Y Eucalyptus globulus, à cause des services qu'il rend pour assainir les terrains marécageux.
- Lorsqu’on s’élève sur les flancs de l’Atlas vers 1100 ou 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer, on arrive à la région des montagnes, où la température offre assez d’analogie avec celle de nos régions, quoiqu’elle soit encore plus chaude en été.
- On retrouve alors un bon nombre des arbres de l’Europe moyenne.
- Dans les parties où se trouvent des sources ou de petits cours d’eau, cette zone agricole et climatologique se prêterait bien à l’élevage, d’autant plus qu’avec le soleil du Midi et de l’eau, la croissance des plantes fourragères est très rapide.
- La région des grands plateaux est sèche et assez aride, on y trouve cependant un assez grand nombre de lacs formés par les eaux qui n’ont pas d’écoulement, mais cette eau est généralement saumâtre et impropre à l’irrigation. La plupart de ces lacs, comme 1 eZahrez Gharbi, sont exploités comme salines. Les steppes algérienne> sont le lieu de production d’une graminée sociale, l’alfa (Stipa tena-cmima), que l’on utilise en grand pour la fabrica-
- Carte des isothermes en Algérie. — Moyennes de janvier. Carte des isothermes en Algérie. — Moyennes de juillet.
- tion de la sparterie, de certains tissus grossiers, du papier.
- Quelques forêts de pins d’Alep, situées non loin de Djelfa, font penser qu’une partie de la région des hauts plateaux pourrait être boisée si on protégeait les jeunes semis contre la dent des troupeaux des nomades.
- Indépendamment de leur valeur propre, les forêts que l’on pourrait créer auraient le grand avantage de régulariser le régime des eaux sur les pentes.
- La zone saharienne, qui commence vers 7 et 800 mètres sur le versant sud de l’Atlas, ne peut être cultivée qu’à l’aide de l’irrigation ; la pluie y est très peu abondante, tandis que l’évaporation est au contraire très considérable.
- Cette zone est le véritable pays du dattier (Phœ-nix dattilifera), qui y trouve la chaleur et surtout la lumière nécessaire à la maturation de ses fruits.
- On sait en effet que la nébulosité du ciel est un des éléments qui influent le plus sur la culture du dattier au point de vue comestible.
- Si on considère la température seule, on voit que le dattier résiste assez bien au froid ; il vient dans le Sud-Est de la France et sur le littoral du golfe
- de Gascogne et y atteint même un assez grand développement. Un froid de — 5 degrés ne le tue pas et il résiste même lorsque la terre est couverte de neige pendant un ou deux jours.
- Mais il ne mûrit ses fruits qu’avec une température estivale supérieure à 26 degrés et un ciel très clair.
- Certaines contrées des tropiques où on a planté des dattiers ont bien mis ce fait en évidence, la température y est suffisante, l’arbre pousse très bien, mais, comme l’été y est pluvieux et couvert, les dattes n’y sont pas comestibles.
- Au contraire auprès de Valence, à Elche, le dattier mûrit très bien ses fruits et fait l’objet d’un commerce assez important. M. Renou a montré que ce fait tenait à la faible nébulosité annuelle de ce pays, qui ne dépasse pas 25 centièmes.
- La datte la plus estimée vient dans le Souf, c’est à-dire dans la partie du Sahara située au sud-esl de Riskra, de l’autre côté des chotths.
- Le palmier ne sert pas seulement par ses fruits et ses fibres ; il abrite de son ombre une foule de plantes qui ne pourraient braver les rayons directs du soleil saharien.
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- Carte de l’Algérie et de la Tunisie, avec la coupe des principales chaînes de montagnes et l’échelle de leur altitude.
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- (l’est là uu bienfait que ne pourra pas donner au même degré l’Eucalyptus, qu'on a proposé de planter dans le désert, parce que les racines d’Eu-calvptus sont tellement avides d’eau qu’elles dessèchent le terrain tout autour du pied de l’arbre, et font périr les plantes qui s’y trouvent si l’arrosage n’est pas très abondant.
- Le problème de la conquête du Sahara algérien à la culture paraît se résumer ainsi : utiliser à l’aide de barrages les eaux qui descendent de la montagne après les pluies et vont se perdre dans les sables, augmenter autant que possible le nombre des sondages artésiens et les forages de puits, ainsi que cela a déjà été fait par un officier de l’armée française, M. Bou rote, dans l’Oued Mya. Quant à compter sur une modification sensible du climat par la création d’une mer intérieure, c’est ne pas tenir compte de ce que nous apprend l’étude de la météorologie de la région désertique située vers 55 degrés de latitude sur tous les grands continents.
- Nous voyons constamment, en effet, dans cette zone que des masses d’eau assez étendues sont bordées de pays arides et desséchés.
- Léon Teisserenc le Bort.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE A LONDRES
- Les expériences commencées à Londres le 31 mars dernier, doivent se prolonger pendant une année entière; elles constituent l’essai le plus important et le plus sérieux qui ait jamais été fait jusqu’à ce jour pour l’éclairage électrique des villes. Ces expériences paraissent devoir fournir des résultats très intéressants sur cette question si souvent discutée et non encore résolue d’un problème qui préoccupe à un si haut degré l’opinion publique.
- Une partie de la Cité, à Londres, a été divisée en trois districts que se sont partagés les Compagnies suivantes :
- 1° L’Anglo-American Electric Light (système Brush) éclaire le district du pont de Blackfriars.
- 2° h’Electric and Magnetic Company (système Jabloch-koff) devait éclairer le district du pont de Southwark, mais par suite de difficultés légales, nous apprend l’Engineering, à qui nous empruntons tous ces détails, The Electric Lighting and Power Génération Company se substitue au système Jablochkoff pour éclairer le deuxième district avec le système Lontin, mais ne sera en mesure de le faire qu’à partir du 1er mai prochain.
- 3° Siemens Brothers and Company Limited (système Siemens) éclairent le district du pont de Londres et Royal Exchange.
- Ce sont donc les 1er et 5e districts qui sont actuellement éclairés par la lumière électrique, dans des conditions que nous allons rapidement faire connaître.
- Système Siemens. — Le district du pont de Londres est éclairé par six puissants foyers à arc voltaïque dont les charbons n’ont pas moins de 2 centimètres de diamètre et peuvent brûler pendant dix-huit heures consécutives.
- La puissance de chaque foyer varie entre 5000 et 0000 bougies (300 à 600 becs Carcel) suivant les points où sont effectuées les mesures ; ces foyers sont placés sur de grands mâts à 80 pieds (24 mètres) de hauteur et sont munis de puissants réflecteurs qui renvoient la lumière
- sur l’espace à éclairer : vingt-huit foyers plus petits complètent l’éclairage de ce district.
- Les six puissants foyers sont alimentés chacun par une machine séparée ; mais les inducteurs des six machines sont excités ensemble par une septième machine Siemens à courants continus employée exclusivement à cet usage.
- Les vingt-huit foyers plus petits sont alimentés par des machines Siemens à courants alternatifs et disposés en deux groupes de sept lampes chacun sur chaque machine. Comme particularité intéressante, les lampes consécutives appartiennent alternativement à la première et à la seconde machine, de sorte qu’en cas d’accident à l’un des générateurs, il ne se produirait que l'extinction d’une lampe.sur deux.
- Toutes les machines sont disposées dans une seule salle et divisées en deux groupes alternés avec deux moteurs séparés et un troisième moteur de réserve intermédiaire. La lampe la plus éloignée est à plus de trois quarts de mille anglais de l’usine électrique, ce qui représente un conducteur de 2500 yards (2400 mètres) de développement. L’ensemble du système a été installé sous la direction de M. Alexandre Siemens.
- Système Brush. — Le système Brush, employé pour l'éclairage du district du pont de Blackfriars demande, pour être compris, une description complète du système, description que nous donnerons prochainement.
- L’éclairage s’étend sur une longueur de plus d’un mille anglais, et, c’est là la particularité intéressante, se compose d'un seul circuit, sur lequel sont disposées trente-deux lampes en tension.
- Le courant qui alimente ces trente-deux lampes est fourni par deux machines du type de seize lampes chacune, les deux machines étant groupées en tension, mais ces deux machines seront prochainement remplacées par une seule qui alimentera ainsi les trente-deux lampes sur un seul circuit, ce qui suppose une tension énorme et une puissance considérable. Il peut y avoir un certain danger d’employer ainsi des tensions élevées, mais le fait d’alimenter trente-deux arcs voltaïques en tension sur un même circuit par des courants continus n’en est pas moins un résultat fort remarquable.
- Les expériences sont encore trop récentes pour qu’on puisse porter un jugement sans appel sur les avantages et les inconvénients des systèmes établis aujourd’hui dans la Cité de Londres. Nous nous proposons d’ailleurs d’aller voir nous-même les expériences et de compléter les renseignements que nous donnons aujourd’hui d’après Y Engineering.
- 11 est indéniable cependant qu’un grand pas vient d’être fait, et que si le gaz n’est pas profondément atteint par la lumière électrique, il se trouve en présence aujourd’hui, d’un concurrent sérieux avec lequel il a le devoir de compter. E. II.
- CHRONIQUE
- Les Kroumirs. — Parmi ces tribus, celle qui est établie aux approches de notre frontière algérienne, est, sinon la plus nombreuse, du moins la plus guerrière et la plus pillarde. Les montagnes inexplorées qu’elle habite servent singulièrement ses habitudes de brigandage; car elle y a trouvé jusqu’à présent un refuge assuré. Les Kroumirs sont à demi nomades, ce qui rend la guerre contre eux beaucoup plus difficile que contre les Kabyles, qui, agriculteurs, étaient attachés au sol qu’ils labouraient. Us paraissent être, cependant, de cette race kabyle
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- qui, dans ses montagnes de Jurjura, opposa une si longue résistance aux années françaises. Ils en ont la sauvagerie et la fierté. Omrne leur pays est pauvre, ou du moins comme ils manquent des moyens nécessaires pour exploiter les richesses naturelles du sol, qui renferme du plomb et de l’argent, ils ont de tout temps vécu par le brigandage et avec le produit de leurs razzias. Tantôt ce sont les tribus algériennes qui sont leurs victimes; tantôt ce sont les tribus tunisiennes elles-mêmes, avec lesquelles ils sont perpétuellement en guerre, par exemple la tribu des Outchelas, qui s’est alliée à eux, cependant, dans l’occasion actuelle. A la différence des Kabyles du Jurjura, ils ne construisent pas. Ils vivent sous la tente, qui est encore plus élémentaire que la tente de l’Arabe du désert. Leur costume est plus simple encore : il se compose d’une ?eule pièce d’étoffe blanche, qu’ils arrangent de façon à ce qu’elle leur serve à la fois de culotte, de veste et de bonnet. Le costume des femmes est semblable ; seulement, comme il faut un peu de coquetterie, les femmes kroumirs se parent avec des anneaux d’argent, quelques verroteries, se talouent le visage et le haut du corps, et se teignent en jaune, mains, ongles, sourcils et cheveux. Elles vont le visage découvert. Les Kroumirs ne pratiquent pas la polygamie. Loin d’obéir aubey, ils en tirent un tribut, sous forme de présents annuels, moyennant quoi ils garantissent la sécurité de certaines routes. Leur maître, un maître absolu celui-là, est leur cheick; d’après le journal VExploration, auquel nous empruntons ces documents, il a la direction de toutes les expéditions et sa part obligée dans tout butin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 avril 1881. — Présidence de SI. Wurtz.
- L'œuf d’hiver du phylloxéra. — Grâce à de nouvelles explorations, M. Valéry Mayet, professeur à l’École d’agriculture de Montpellier, est parvenu à recueillir des centaines d’œufs d’hiver sur des vignes américaines. Les ayant transportés dans son laboratoire, il a pu en suivre l’éclosion, et il a constaté que malgré une égalité pour tous dans les conditions extérieures (température, etc.), l’éclosion fut bien loin de se faire simultanément. Dans la nature, cette éclosion doit prendre au moins un mois, et tout le monde conclura avec l’auteur que c’est là une nouvelle condition singulièrement défavorable à la destruction du fléau.
- Origine du mile anglais. — Un phénomène très rare s’est produit aujourd’hui : l’attention de l’Académie tout entière s’est trouvée captivée par une communication d’ordre purement scientifique. Cela tient à l’art avec lequel M. Faye a su présenter les ingénieuses considérations que lui a inspirées la valeur du mile anglais, et aussi de l’exorde dont il les a précédées. Le mile, a-t-il dit à peu près, est la mesure de l’arc d’une minute. Il vaut 1760 yards, c’est-à-dire 1609 mètres. C’est un nombre qui a joué un grand rôle dans les sciences, car il a retardé de près de vingt ans la découverte de l’attraction universelle.
- On sait en effet que la pomme tombant à Cambridge sous les yeux de Newton le conduisit à rechercher si la force qui sollicite les graves ne serait pas la même qui retient les astres dans leurs orbites. Pour s oumettre cette hypothèse au contrôle du calcul, Newton devait nécessairement partir de la valeur du rayon terrestre, et il déduisit celle-ci de ce qu’il crut être la longueur de l'arc d’une minute, c’est-à-dirs 1609 mètres. Or, il reconnut
- bientôt que la force d’attraction de la Terre pour la pomme était avec ces données de 1 /6e différente de celle qui retient la Lune autour de la Terre; et il renonça à son hvpothèse.
- Toutefois, quinze ou seize ans après, comme on parlait dans une séance de la Société Royale de la mesure que Picard venait d’exécuter d’un arc de méridien, mesure qui fixait à 1852 mètres au lieu de 1609 la longueur de 1 arc d’une minute, Newton reprit ses calculs avec cette nouvelle donnée. Reconnaissant alors, à mesure des progrès du travail, qu’il allait arriver au résultat prévu, son émotion fut telle qu’une crise nerveuse l’empêcha de terminer les opérations, et qu’il dut en charger un de ses élèves. On voit donc bien que la valeur du mile anglais est coupable d’un retard de seize ans dans une des plus grandes découvertes dont s’honore l’humanité. Si Newton était mort dans l'intervalle, on ne sait quand elle aurait été faite. M. Faye a voulu trouver d’où provient une si énorme erreur : 1609 au lieu de 1852. Voici comment il l’explique : Les marins anglais ayant besoin de connaître la valeur du degré, se sont évidemment adressés à leurs géographes, et ceux-ci ne pouvaient mieux faire que de puiser leurs renseignements dans les œuvres de Ptolé-mée. Or, celui-ci n’a pas fait lui-même la mesure en question ; elle lui a été fournie par Ératosthène, qui vivait il y a 2160 ans.
- Eratosthène, excellent géomètre et pourvu de tous les moyens que lui fournissait son roi, un nommé Phila-delphe, qui était très riche, détermina la différence de latitude d Alexandrie et de Syène. 11 employa pour cela le gnomon qui lui donna la hauteur du soleil au solstice d’été. La dilférence obtenue par les deux hauteurs fut de 7° 12'. Grâce à 1 excellent cadastre de l’Égypte, qui fournissait les distances à une coudée près, il sut avec précision que 5000 stades séparaient les deux villes, et il eut "ainsi toutes les données nécessaires à la mesure du degré.
- Nous savons aujourd’hui qu’Alexandrie est par 51° 12' de latitude et Syène par 24° 5'. La dilférence est 7° 7', qui est fort voisine du nombre 7° 12' obtenu par Ératosthène. Le résultat du géomètre égyptien donne pour l’obliquité de 1 écliptique 25° 44'. Or, on sait depuis cent ans environ que cette obliquité n’est pas constante, et si, d’après les résultats modernes, on recherche ce qu’était cette obliquité il y a 2100 ans, on trouve précisément 23° 44'.
- M. Faye a appliqué ces nombres au calcul de la valeur du stade d’Ératosthène. Les 5000 stades correspondant à 797 760 mètres, distance d’Alexandrie à Syène, on trouve que le stade vaut 109m,5 et le pied 0m,2oô.
- Il en résulte que le degré vaut 694,4 stades. Ératosthène, en nombre rond, a donné 700 stades.
- Les choses en étaient là quand Ptoléinée, les reprenant, se borna à traduire cette longueur. Les 700 stades égyptiens devinrent ainsi 500 stades du nouveau module, le pied philélhérien valant en effet 56 centimètres au lieu de 27. Enfin, les Anglais ayant à donner la longueur de l’arc d’une minute, commirent une simple confusion et se comportèrent comme si Ptoléinée s’était servi du pied grec. Ils évaluèrent le stade à 600 pieds grecs, valant 630 pieds anglais, qui, multipliés par 500 et divisés par 3, donnèrent précisément les 105 000 yards attribués au degré terrestre : le 1/G0e de ce nombre est exactement 176 yards, valeur du mile.
- La conclusion de M. Faye est qu’il s’agit dans tout ceci, non pas d’une erreur de calcul, impossible à cause de son énormité même, mais d’une simple méprise de conversion.
- Encore les forts vitrifiés. — JL Daubrée dépose sur le
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- LA NATURE.
- bureau un échantillon de porphyre vitrifié artificiellement provenant de l’enceinte ante-historique de IJurtmamiswil-lerkopf, dans la haute Alsace. L’examen microscopique a prouvé que la matière vitreuse est remplie de cristaux appartenant aux espèces enstatite, labrador,spinelle et hum-holdlilile.
- Météorites. — D'après M. Lawrence Smith, le fer de Cohahuila (Mexique) contient des nodules de fer chromé. Ce minéral, connu depuis les analyses de Laugier dans les météorites pierreuses, n'avait pas encore été signalé dans les masses métalliques. La chromite de Cohahuila n’est pas pourvue de formes géométriques, mais elle est très cristalline, et ses esquilles suffisamment minces se montrent transparentes à la lumière.
- En même temps, M. Daubrée présente un échantillon
- Chute d’eau de Miuiiehaha, près de .Minneapolis
- d’une météorite dont la chute, qui date du 25 janvier 1845, et a eu lieu à Louans (Indre-et-Loire), était restée inédite. Cette roche cosmique appartient à notre type montréjite et ne parait présenter aucun caractère spécial.
- Varia. — Signalons en terminant une note de M. Gaiffe sur une cause perturbatrice des transmissions téléphoniques; — un mémoire sur les applications hygiéniques de l’acide salicylique; — des recherches sur l’optique, par M. Croullebois; — la découverte par M. Morin d’un isomère du camphre de Bornéo dans le bois de rose femelle; — enfin, un volume des Annales de l'Observatoire de Toulouse, présenté par M. Faye avec les plus grands éloges.
- Stanislas Meunier.
- i-Uiiis), congelée peudaul l’hiver de i8citl-i6ol.
- LES CASCADES GLACÉES
- AUX ÉTATS-UNIS
- L’iiiver 1880-1881, qui a été si peu rigoureux en France, s’est montré au contraire tout à fait inclé-ment de l’autre côté de l’Atlantique. On a vu précédemment que le mois de novembre 1880, a été le plus froid qui ait jamais été observé depuis la création du Signal Service des États-Unis1. Les fortes gelées qui ont eu lieu, ont déterminé la congélation de la plupart des grandes chutes d’eau dont le territoire de l’Amérique est si abondamment pourvu. Nous reproduisons ci-dessus l’aspect que présentait en janvier dernier une des plus
- belles et des plus célèbres cascades de l’Etat de Minnesota, celle de Minnehaha; la nappe d’eau offrait à peu près l’aspect ordinaire, mais quand on s’en approchait, on reconnaissait qu’elle était solidifiée et transformée en une masse de glace transparente, au-dessous de laquelle l’eau coulait encore. De magnifiques stalactites de glace pendaient çà et là sur les rivages, et les arbres d’alentour étaient hérissés d’un givre épais. La gravure que nous publions a été faite d’après un croquis que M. G. IL Lane, d’Halifax, a communiqué à l’excellente publication anglaise The Graphie.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanihkr. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- 1 Voy. n° 412 du 23 avril 1881, p. 335.
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- N0 414
- 7 MAI 1881
- LA NATURE
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE DE CHIO
- 3 AVRIL 1881
- Un phénomène semblable à celui qui a eu lieu le 4 mars 1881 dans l’île d’ischia s’est récemment produit dans l’île de Chio, qui appartient à l’Archipel grec.
- Le 3 avril, à une heure quarante minutes du soir, d’épouvantables secousses de tremblement de terre ont tellement ébranlé le sol, que la petite ville de Chio est devenue en peu d’instants un monceau de ruines, et plus de trois mille habitants ont péri sous les décombres. Les secousses se sont répétées pendant plusieurs jours, et elles ont été ressenties dans un rayon de plus de60 kilomètres; au
- moment où j’écris, le télégraphe n’a pas encore annoncé que le sol a repris son immobilité ordinaire, et les vagues de la mer déferlent avec une fureur inouïe sur la pauvre île ébranlée.
- M. Mary Lacau, chancelier du consulat de France, a écrit, au sujet de cette épouvantable catastrophe, une intéressante lettre à M. de Pellissier, consul général à Smyrne. Nous citerons les principaux passages de ce document, qui a été récemment présenté à l’Académie des sciences de Paris.
- C’est le dimanche 3 avril que la première secousse s’est produite, à une heure quarante minutes de relevée; sa durée a été de dix secondes au maximum. C’est à la suite de cette première secousse que 99 pour 100 de la ville ont été détruits. L’amplitude de cette première oscillation a été calculée entre 0m,15 et O®,20 par M. Ilenriet, ingé-
- Vue de l’île de Chio. — Côte Est, avant le tremblement de terre du 3 avril 1881.
- nieur français, mis par le gouvernement français à la disposition du gouvernement ottoman pour la construction des quais de Chio. Vingt minutes après, une seconde oscillation presque aussi violente, puis une troisième égale en intensité, se produisant à trois heures après-midi, venaient achever l’œuvre de destruction à peu près accomplie par la première. Jusqu’au 5 avril on a compté deux cent cinquante secousses, dont trente ou quarante jugées susceptibles de renverser un mur solidement établi. Toutes les oscillations se sont produites dans le sens de l’Est à l’Ouest. Les lézardes, comme j’ai pu le constater dans toutes les parties de la ville praticables aux piétons, commencent toutes direction Est, partie inférieure, pour finir à la partie supérieure en courant vers l’Ouest. Il est à remarquer que le palais du gouverneur, situé non loin du rivage, se signalant par la légèreté de sa construction, mais chaîné sur tout son pourtour à la hauteur de chaque étage, a tenu contre toutes les secousses, tandis que son mur de clôture, dont l’épaisseur était de 0m,70, a été entièrement renversé. Les indices précurseurs du 9e année. — 1er semestre.
- tremblement de terre (la même observation a du reste été faite à Smyrne Tannée dernière) sont les suivants : la mer unie comme une glace, le ciel couvert, l’atmosphère pesant lourdement sur la terre, et le vent soufflant du Sud.
- Chio n’est pas une île volcanique; elle ne se trouve dans le voisinage d’aucun volcan; elle appartient à la période plutonique, ainsi que la plupart des autres îles répandues à peu de distance de la côte occidentale de l’Asie Mineure. Toutefois, il est probable que les effrayants phénomènes sismologiques qui viennent d’y avoir lieu sont dus à des causes volcaniques, car la mer Égée a été souvent, et même à des époques récentes, le théâtre d’importants phénomènes volcaniques, dont l’île de Santorin, située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Chio, est l’exemple le plus frappant. En effet, en 1575 un cône éruptif apparut tout à
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- LA NATURE.
- coup dans la localité de Santorin1. En 1707, les habitants de cette île virent apparaître, à peu de distance de la côte, un écueil qui continua toujours de monter pendant plusieurs jours, puis se lendit ; il en résulta une grande éruption de matières incandescentes qui dura cinq ans, et forma une île ayant 122 mètres d’élévation sur 9 kilomètres de tour. Enfin, en 1866, à la suite de violentes secousses de tremblement de terre, le sol se déchira sur une partie de l’île et donna passage à de grandes quantités de matières volcaniques, tandis que de l’autre côté le sol s’était tellement affaissé que l’on entrait en canot dans des maisons dont le seuil était situé le jour précédent à 3 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Cette éruption dura jusqu’en 1870, et fournit tant de produits que l’île de Santorin fut soudée à cinq autres îlots qui existaient autour d’elle.
- Or, il est à noter que Chio n’est éloigné que d’une centaine de kilomètres du groupe volcanique de Santorin, et de près de 40 kilomètres de l’axe qui réunit ces volcans à ceux du Caucase.
- Chio s’élève à 8 kilomètres de la côte occidentale de l’Asie Mineure. Son contour est de 48 kilomètres et sa position astronomique est comprise entre 31° 21' de lat. bor. et 25° 45' de long. E. Le sol de l-’île est couvert de petites montagnes granitiques, schisteuses et calcaires, abondant en marbres très estimés ; sur les-.versants de ces montagnes et sur les petites vallées, on trouve de beaux vignobles et de délicieux jardins.
- Chio est aussi renommée à cause de l’immense quantité de roses qu’on y trouve au printemps; les femmes de ce pays qui ont gardé la beauté statuaire des Grecques antiques, aiment à en orner leurs longues nattes brunes, les jours de fête.
- Des historiens assurent que, vers le commencement de notre siècle, Chio avait près de 150000 habitants ; mais après l’insurrection de 1822, les Turcs y firent d’horribles massacres. La population y fut réduite à moins de la moitié, et pendant quelques années les campagnes restèrent mal cultivées. Puis peu à peu l’île reprit sa prospérité, et l’on édifia de nouveau la ville de Chio, qui avait été détruite.
- Tout dernièrement cette ville avait acquis une certaine importance commerciale à cause surtout de ses exportations, qui consistent en vin, laine, coton, essences odoriférantes et mastic. C’était une belle ville ayant près de 60000 habitants, et maintenant, hélas! elle n’est plus qu’un monceau de ruines. Parmi les murailles écroulées de ses jolies maisons blanches et les colonnes brisées de ses minarets, pourrissent des milliers de cadavres. Les vagues de la mer se déchaînent avec fureur contre la pauvre ville ruinée, et 40000 malheureux, sans toit et sans pain, errent par la campagne, affolés de terreur.
- VlNCEKZO TeDESCM DI ErCOLK;
- 1 Voy. n° 310 du "21 juin 1879, p. 39.
- BIBLIOGRAPHIE
- Revues scientifiques publiées par le journal « la République française », sous la direction de M. Paul Bebt, 38 année, avec 32 figures dans le texte, 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1881.
- L’éloge de ces « Revues », dont nous annonçons la troisième année, n’est plus à faire. Publiées depuis 1871, sous la direction de M. Paul Bert, qui en rédige un grand nombre, et confie la rédaction des autres à de jeunes savants autorisés, elles ont pris une place à part dans la littérature scientifique de notre temps. Tout en conservant le caractère d’actualité indispensable dans un journal, elles constituent autant d’études sérieuses et dont quelquefois même les savants de profession peuvent faire leur profit. Le volume de 1880, aussi intéressant que ses aînés, contient 31 Revues. En citant au hasard : L’Hiver de 1879-80, la Méridienne de France, les Dangers qui menacent la race française, la Théorie générale des virus, l’Histoire géologique du canal de la Manche, les Hommes à queue, le Photophone, le Diabète et ses théories, le Rôle des sels dans les eaux naturelles, nous aurons donné une idée de la variété et de l’intérêt des sujets qui y sont traités.
- Le Progrès pour tous. Annuaire du liosmos. Les Mondes pour 1881. Revue du progrès scientifique en 1879-1880, par M. l’abbé Moigno, avec la collaboration de M. l’abbé Valette, 1 vol. in-18 illustré, au bureau du journal les Mondes. Paris, 1881.
- M. l’abbé Moigno, pour continuer la série de vulgarisations auxquelles il s’est consacré depuis cinquante ans, a repris cette année la publication de Y Annuaire du > Kosmos. M. l’abbé Moigno, secondé par un jeune collaborateur, M. l’abbé Valette, s’est efforcé de rassembler, dans ce volume, tout ce qui peut intéresser dans chacune des grandes branches de la science. L’Astronomie, la Météorologie, la Physique, la Chimie, la Mécanique, l’Industrie, la Physiologie, la Médecine, l’Hygiène, l’Ilistoire naturelle, l’Agriculture, l’Enseignement, viennent tour à tour déposer le bilan de leurs découvertes et de leurs progrès.
- Conférence de l’Association scientifique de France à la Sorbonne pendant les années 1878, 1879, 1880. Comptes rendus analytiques et critiques, par Henri Grignet. 1 vol. in-18. Paris, Auguste Ghio, 1881.
- M. Henri Grignet a réuni dans ce volume les comptes rendus qu'il a écrits, en auditeur impartial et indépendant des trente-neuf conférences faites successivement pendant trois ans à la Sorbonne sous les auspices de l’Association scientifique de France. Ce livre rendra de grands services à ceux qui enseignent et à ceux qui apprennent. L’auteur a résumé avec un véritable talent des sujets très variés exposés par des spécialistes compétents ; il a su, en quelque sorte, se les assimiler pour les reproduire sous une forme très concise et toujours très exacte.
- Manuel pratique de l'a7ialyse des vins. Fermentation, alcoolisation, falsification. Procédés pour les reconnaître, par Édouard Robinet fils, 3e édition, 1 vol. in-18. Paris, A. Lemoine.
- Bulletin scientifique du département du Nord et des pays voisins, publié sous la direction de M. Alfred Giard et Jules de Guerne. 3“ année, 1880. 1 vol. in-8u. Paris, O. Doin, 1881.
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- Union Géographique du Nord de la France. — Bulletin 2® année. 1 vol. in-8°. Lille, imprimerie Danel, 1881.
- United States Commission of fish and Fisheries. Report of the Commissioner for 1878. 1 vol. grand in-8°. Washington. Government printing Office. 1880.
- M. il. MILNE EDWARDS
- Nous avons précédemment parlé1 de la médaille qui a été offerte à M. Milne Edwards à propos de l’achèvement du grand ouvrage de l’illustre naturaliste, sur la Physiologie et l’Anatomie comparée; nous avons reproduit les discours de MM. de Qua-trefages, Blanchard et J. B. Dumas. Nous complétons aujourd’hui ces documents en représentant la médaille admirablement exécutée par M. Alphée Dubois, et en l’accompagnant de l’énumération des travaux exécutés pendant soixante ans par l’un des plus grands travailleurs de notre époque.
- La liste de ces travaux est si considérable que nous avons dû nous borner, comme on va le voir, à une nomenclature tout à fait sommaire.
- M. II. Milne Edwards est né le 23 octobre 1800, à Bruges, département de la Lys (actuellement Belgique), d’une famille originaire de la Jamaïque qui, après l’invasion de la Belgique en 1814, vint à Paris et s’y établit. M. Milne Edwards fit ses études médicales sous la direction de son frère William Edwards, auteur de l’ouvrage intitulé De l'influence des agents physiques sur la vie (et plus tard membre de l’Institut). Il fut reçu bachelier ès lettres en 1821 et docteur en médecine à Paris en 1823. La même année, il présenta à l’Académie des Sciences plusieurs mémoires; l’un d’eux, relatif à l’influence du système nerveux sur la digestion, fut fait en commun avec Breschet.
- En 1825, il publia, en collaboration avec Vavas-seur, un Manuel de matière médicale (1 vol.in-18), dont une seconde édition parut en 1828; des traductions en furent faites en anglais (1828) et en allemand (1827).
- En 1820, il commença avec V. Audouin une longue série de recherches sur l’anatomie, la physiologie et la zoologie des animaux marins de nos côtes et, dans ce but, il fit, soit seul, soit avec son collaborateur, plusieurs séjours sur les bords de la mer.
- C’est ainsi que de 1826 à 1830 il explora successivement les côtes de Granville, des îles Chausey, de Saint-Malo, de Noirmoutiers et de Naples. 11 réunissait successivement les matériaux nécessaires à la publication de l’ouvrage intitulé : Littoral de la France, qui comprend deux volumes, dont l’un est consacré à l’histoire des Annélides, et fut l’objet d’un long rapport de Cuvier.
- Au commencement de 1827, il présenta à l’Académie un travail fait en commun avec V. Audouin sur la circulation du sang chez les Crustacés. Ce travail reçut le prix de Physiologie expérimentale.
- ‘ Voy. n° 410 du 9 avril 1881, p. 298.
- La même année, il publia un Manuel d’Anatomie chirurgicale (ou Anatomie des régions), qui a été traduit en hollandais et en anglais. Les aimées suivantes il rédigea divers mémoires sur l’Anatomie et la Physiologie des Crustacés et s’occupa beaucoup d’études chimiques dans le laboratoire de son ami, M. Dumas, soit à l’École Polytechnique, soit à l’École Centrale.
- En 1832, il fut nommé professeur d’histoire naturelle au collège Henri IV et professeur d’hygiène publique et d’histoire naturelle à l’École Centrale des Arts et Manufactures.
- En 1853, il rédigea la partie zoologique d’un ouvrage élémentaire d’histoire naturelle par Achille Comte et Milne Edwards (il en a été tiré plus de 100 000 exemplaires).
- En 1834, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur et il publia : 1° Éléments de zoologie (1 vol. in-8°; une seconde édition en quatre parties parut de 1840 à 1843); 2° un livre élémentaire sur la Zoologie pour l’enseignement de l’histoire naturelle dans les lycées. Ce volume, joint à un traité de Botanique par A. de Jussieu et à un précis de Géologie par Beudant-, forme l’ouvrage classique intitulé : Cours élémentaire d'histoire naturelle (la Zoologie, par M. Milne Edwards, a eu douze éditions, dont la dernière date de 1877) ; 3° un ouvrage général sur les Crustacés, composé de trois volumes in-8° et d’un atlas (le dernier volume a été terminé en 1836).
- La même année, 1834, il fit un voyage en Algérie, et à son retour il présenta à l’Académie divers mémoires sur les animaux marins de cette région, ainsi qu’un travail Sur les changements de couleur du caméléon. Ses recherches sur les Polypiers furent commencées à cette époque et continuées avec la collaboration de J. Haime (la plupart de ces Mémoires ont été réunis en un volume intitulé : Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les polypes, in-8°, 1858).
- En 1838, il fut nommé membre de l’Institut en remplacement de Fr. Cuvier. La même année, il fut chargé, comme suppléant, du cours d’anatomie comparée et de zoologie générale, fait auparavant par E. Geoffroy Saint-IIilaire à la Faculté des Sciences de Paris.
- En 1839, on lui doit un ouvrage intitulé : Recherches sur l'embryologie, l'anatomie comparée et la physiologie des Ascidies, faites à Saint-Yaast-la-Ilougue, continuées l’année suivante à Nice (et publiées dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, t. XVIII). La même année, il passa plusieurs mois à Roscoff pour y faire des observations sur la circulation du sang chez les Annélides.
- En 1840, il fut nommé agrégé à la Faculté des Sciences; en 1841, professeur d’entomologie au Muséum d’histoire naturelle, en remplacement de V. Audouin.
- II publia la même année un Mémoire intitulé : Recherches sur les Acalèphes, les Spermatophores
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- LA NATURE.
- des Céphalopodes et l'appareil gastro-vasculaire des Éolidiens, faites à Nice en 1841.
- En 1844, il partit pour la Sicile accompagné de MM. de Quatrefages et E. Blanchard. Les résultats scientifiques de ce voyage furent consignés dans un ouvrage en trois volumes intitulé : Recherches anatomiques et zoologiques faites pendant un voyage sur les côtes de Sicile. Le premier volume, dù à M. Milne Edwards, contient ses études sur la circulation du sang chez les Mollusques.
- A son retour (1844), il fut nommé professeur à la Faculté des Sciences de Paris, en remplacement d’Étienne Geoffroy-Saint-llilaire.
- En 1847, il fut nommé officier de la Légion d’honneur..
- En 1848, il commença avec J. Ilaime la publication des Recherches sur la structure et la classifi-
- cation des Polypiers récents et fossiles, 1 vol. in-8°, 1848-1849.
- En 1849, il fut nommé doyen de la Faculté des Sciences, et à partir de cette époque jusqu’en 1880, il fit partie du Conseil supérieur de l’Instruction publique.
- En 1850, il mit au jour, avec J. Ilaime, un travail fort étendu sur les Coralliaires fossiles de la Grande-Bretagne, qui fut inséré dans la Société Paléontographique de Londres (A monograph of the Rritisch fossil Corals, 1 vol. de texte et 1 d’atlas, 1850-1852).
- En 1851, il lit paraître : 1° une série de Mémoires sur la Morphologie et la classification des Crustacés (ces mémoires furent réunis en un volume avec atlas sous le titre de Mélanges Carcinologiques) ; 2° un livre intitulé Tendances générales de la
- Médaille offerte à M. H. Milne Edwards par ses admirateurs. — Face et revers. — Œuvre de M. Alphée Dubois.
- nature. Ce sujet l'avait occupé depuis longtemps, car ses premières publications sur la vitalité propre des diverses parties de l’organisme animal et sur la loi du perfectionnement des êtres animés par la division du travail physiologique, datent de 1826 et parurent dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle; 5° une Monographie des Polypiers fossiles des terrains palœozoïques, en collaboration avec J. Haime (formant presque en totalité le tome Y des Archives du Muséum).
- En 1856, il reçut de la Société Royale de Londres la médaille de Cowplev.
- De 1857 à 1860, il publia l'Histoire naturelle des Coralliaires proprement dits (en 5 vol. in-8°). C’est aussi en 1857 qu’il commença l’impression de son grand ouvrage intitulé : Leçons sur l'anatomie et la physiologie comparées de l'homme et des animaux (in-8°), qui l’occupa jusqu’en 1880, époque à laquelle parut le quatorzième et dernier volume de cet ouvrage. !
- En 1858, il publia un gros volume in-8° sur les Progrès récents de la zoologie en France.
- En 1861, il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur. En 1880, il reçut de la Société hollandaise des Sciences la grande médaille de Boerhave ; c’était la première fois que l’on décernait cette récompense, destinée à rendre hommage aux recherches les plus importantes faites en histoire naturelle dans les vingt dernières années.
- Telle est l’énumération succincte des travaux accomplis par M. H. Milne Edwards, depuis 1821 jusqu’en 1881. La liste n’en est pas close, car réminent naturaliste conserve malgré les ans toute l’ardeur et l’activité de la jeunesse; sans jamais connaître le repos, il consacre tous ses elforts au progrès seienti/ique, offrant un des plus beaux exemples que l’on puisse citer, d’une magnifique carrière sans cesse fécondée par le Iravail et le génie.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
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- SUR UN
- NOUVEAU GENRE DE POISSON PRIMAIRE
- A côté des curieux reptiles que MM. Roche ont trouvés dans le permien d’Igornay et qu’ils ont généreusement donnés au Muséum, il y a un poisson dont la disposition me semble digne d'intérêt pour les paléontologistes. Au premier abord, ce fossile est difficile à comprendre, parce que la plaque où il est contenu a été brisée de telle sorte que la tête est vue en dessous, tandis que le tronc n’a guère laissé que l’empreinte de sa partie supérieure. Grâce au talent des artistes attachés à l’atelier de moulage du Muséum, il a été possible de rendre la pièce d’Igornay plus intelligible ;
- M. Stahl en a pris une très fine empreinte qui met en saillie tout ce qui était en creux, et avec le pinceau M. Formant a fait ressortir sur le moulage les détails qui étaient peu discernables à l’œil nu sur l’original : la gravure ci-contre représente ce curieux échantillon.
- Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des poissons primaires, les écailles du fossile trouvé par MM. Roche sont très minces ; il en résulte qu’on voit à découvert le squelette interne.
- En le considérant, on est frappé par le contraste que présente l’imperfection de la colonne vertébrale et le grand développement des côtes. La notocorde n’a aucun rudiment de cenlrum dans la région thoracique; au-dessus du vide qu’elle ’a laissé, des lames osseuses, bifurquées à la base, très étroites, longues de O111,050 à 0,u,040, représentent les arcs neuraux dans un état d’extrême simplicité. Au contraire, les côtes sont très grandes; elles atteignent 0,n,l de longueur; j’en compte trente d’un même côté; il y en avait peut-être davantage. Elles se dilatent dans la partie qui devait s’attacher à la gaine notocordale et immédiatement après elles s’amincissent. L’intérieur, qui est creux, devait être rempli d'une subslance gélatineuse, fluide comme dans les os de plusieurs poissons actuels. J’ai vu en Ecosse les poissons dévoniens de Dura Den qui ont été décrits par M. Huxley sous le
- nom de Phaneropleitron ; ils ont des côtes bien développées avec une notocorde persistante; mais le contraste n’est pas aussi grand que dans le poisson du permien d’Igornay.
- Ces animaux primaires peuvent jeter quelque lumière sur la question de l’archétype qui a tant préoccupé les anatomistes : ils ne réalisent en rien la conception de l’archétype vertébral, car ils offrent un élat opposé à l’idée qu’on s’était faite d’êtres primitifs formés de vertèbres placées bout à bout; ils montrent que les côtes n’ont pas dû procéder des vertèbres, puisqu’elles ont été développées avant elles.
- On voit en arrière de la tête de notre poisson fossile des pièces qui, je pense, représentent les opercules ; les autres pièces céphaliques sont dans un état méconnaissable, qui, sans doute, indique un crâne dont l’ossification était très incomplète. A la partie antérieure, il y a deux pièces, malheureusement fort endommagées, qui rappellent les plaques dentaires des Cera-todus ; elles sont courbées du côté interne, anguleuses du côté externe avec cinq denticules; elles sont larges de O^OSG. Je les ai montrées au savant professeur du Muséum chargé spécialement de l’étude des poissons ; M. Vaillant n’a pas hésité à admettre leur ressemblance avec Hes dents des Ceratodus. Ce qui rend cette découverte plus curieuse, c’est que, à en juger par de nombreuses écailles disséminées entre les pièces du squelette, le poisson d’Igornay ne devait pas avoir des écailles cycloïdes comme les Di-pnoés connus jusqu’à présent, mais des écailles en losange comme les Grossoptérygidés rhombifères; cela confirme l’idée émise par quelques naturalistes anglais que plusieurs des Crossoptérygidés primaires doivent peut-être grossir la liste des poissons amphibies dont la respiration à la fois branchiale et pulmonaire a fait imaginer le nom de Dipnoés ; il serait intéressant d’apprendre que ces êtres mixtes ont été nombreux dans les temps anciens.
- Le fossile trouvé par MM. Roche doit constituer un nouveau genre, puisque les genres qui s’en 1 approchent le plus, Phaneropleitron, Ceratodus, Cte
- Megapleuron Rochei, nouveau fossile trouvé dans le permien d’Igornay (Saône-et-Loire). Donné au Muséum d’histoire naturelle par MM. Roche (1/4 de grandeur naturelle)i.
- On voit en d les plaques dentaires qui rappellent les Ceratodus; les opercules sont en op; il y a au milieu du tronc un vide not laissé par la notocorde; de chaque côté s’étendent de grandes côtes ; on remarque en n des épines qui représentent les arcs neuraux ; de nombreuses écailles sont disséminées çà et là ; sur le point marqué é c elles sont restées alignées.
- 1 Pour cette gravure, M. Formant s’est aidé de l’empreinte et de la contre-empreinte en plâtre qui a été faite par M. Stahl.
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- LA N ATI l i K.
- nodus, Dipterus s’en distinguent par leurs écailles cycloïdes. Je propose de l’appeler Megapleuron 1 Rochei; son nom de genre l'ait allusion à la grandeur des côtes. Le morceau que nous possédons a 01U,45 de long ; comme il y a des côtes dans toute l’étendue du tronc, je suppose que nous n’avons rien de la queue. Si les proportions sont les mêmes que dans les Cercitodus actuels, on peut croire que la longueur totale de l’animal n’était pas loin de 1 mètre. A en juger d’après la manière dont la tête et les côtes ont été comprimées, il est vraisemblable qu’il était plus large que haut.
- Le Mégapleuron a été rencontré dans le permien inférieur d’tgornay, c’est-à-dire dans le même étage où MM. Roche ont déjà découvert VEuchyrosaurus, le Stereorachis et des plantes qui, suivant eux, auraient encore tout à lait le caractère Rouiller2.
- A. Gaudry,
- Professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DES PHARES
- En France, trois phares seulement sont actuellement éclairés à la lumière électrique. En Angleterre, on n’en compte que six. Dans le reste du monde il n’y a que deux phares électriques, l’un à Odessa, l’autre à Port-Saïd. M. E. Allart, inspecteur général des ponts et chaussées, a proposé récemnfent à M. le Ministre des Travaux publics d’introduire ce nouveau mode d’éclairage dans quarante-deux phares, non compris ceux qui le possèdent déjà. Avec les feux électriques, M. E. Allart considère que le résultat de visibilité que l’on obtient aujourd’hui pendant la moitié de l’année, pourra l’être pendant les 5/6 dans l’Océan et pendant les 14/15 dans la Méditerranée, de sorte que les périodes de disparition des feux de premier ordre, ou du moins celles pendant lesquelles leurs cercles de portée ne se coupent plus dans les limites prévues, deviendraient trois fois plus petites dans l’Océan et sept fois et demie plus petites dans la Méditerranée.
- ARC YOLTAÏQUE
- La théorie de l’arc voltaïque n’est, pas faite ; on ne connaît que très imparfaitement ce brillant phénomène. Rappelons sommairement ce qu’on en sait.
- Matteucci paraît avoir, le premier, reconnu que l’arc a une résistance assimilable à celle d’un conducteur ordinaire ; on sait que les flammes sont conductrices de l’électricité, il n’y avait donc là rien que de naturel.
- Postérieurement, un physicien suédois éminent, M. Edlund, a découvert un fait capital, à savoir que : l’arc voltaïque a non seulement une résistance à la manière des conducteurs, mais encore une résistance active, ou force électro motrice contraire à celle de la source.
- Quelles sont les mesures de la résistance et de la force électro-motrice inverse de l’arc?—j’entends les
- 1 Mïy«î, grand; -nlsvpôv, côte.
- * A’ole présentée à l’Académie des sciences.
- mesures de l’une et de l’autre séparément. On ne le sait pas encore, et la solution de cette question paraît très difficile.
- J’ai pu, au moyen du galvanomètre de M. Deprez, disposé pour la mesure des forces électro-motrices déterminer la différence de potentiel entre les deux charbons ; j’ai trouvé des nombres qui varient beaucoup pour ia même machine ; je l’ai vu passer d’une manière instantanée de 55 volts à 52,5.
- D’autre part, avec un galvanomètre absolu de Deprez, disposé pour les intensités, j’ai mesuré les intensités du courant correspondant à des longueurs variables de l’arc, et j’ai trouvé des longueurs d’arc très différentes répondant à la même intensité ; on est fondé à en conclure, ce que M. Joubert a aussi reconnu dans ses expériences, que la résistance proprement dite de l’arc est fort petite et que la force électro-motrice est considérable et sujette à des variations fort grandes.
- M. Leroux vient de faire connaître des expériences qui démontrent de la manière la plus irrécusable l’existence de cette force. M. Wartmann a montré autrefois que si on suspend pendant 1/10e de seconde, le passage du courant, on peut, en le rétablissant, voir l’arc se produire à nouveau sans qu’on ait besoin de ramener les charbons au contact. M. Leroux conclut de ce fait que l’arc n’a pas complètement cessé d’exister pendant cet intervalle de temps, et qu’il est possible de reconnaître l’existence de la force électro-motrice de réaction pendant toute cette période. Il a fait l’expérience avec un galvanomètre à dix mille tours, et a pu le faire dévier par l’action de l’arc encore 2/10e de seconde après la cessation du courant.
- L’expérience a réussi également dans l’air et dans le vide des machines pneumatiques ordinaires ; elle a pu être faite encore avec des électrodes de platine.
- J’ai moi-même pris, comme je l’ai dit plus haut, des mesures de la différence de potentiel entre les deux charbons, pendant l’existence normale de l’arc, et trouvé des nombres que je réunirai en un tableau ordonné avec toutes les mesures prises par divers, dès que j’aurai complété ces observations. Mais, sans plus attendre, j’ai voulu signaler un fait bien constaté, et que je crois digne de fixer l’attention. J’ai reconnu que la différence de potentiel change brusquement quand l’arc commence à siffler ou redevient silencieux. Le saut peut être de 25 volts dans des conditions identiques à celle d’une pile de 82 volts; j’opérais avec une machine dynamoélectrique dont les électro-aimants fixes étaient excités par une autre machine, de sorte que la source était entièrement assimilable à une pile.
- Ce qui précède prouve que le phénomène de l’arc voltaïque est encore très incomplètement connu, et que son étude présente la plus grande difficulté.
- A. Niaüdet.
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- LA NAT U R K.
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- UN PEUPLE QUI S’ÉTEINT
- LES ABORIGÈNES DE l’aUSTRALIE
- Depuis quelques années déjà, des études nombreuses sur la faune et la llore de l’Australie, ainsi que sur ses habitants primitifs, ont été publiées par les colons anglais. L’une des plus récentes, due à M. Brougli Smyth, est consacrée spécialement aux indigènes de la province de Victoria; elle renferme, cependant, de curieux détails sur les mœurs et les coutumes des habitants des autres parties de la Nouvelle-Hollande.
- Nous allons résumer quelques-unes des plus intéressantes informations que renferme ce consciencieux ek volumineux travail.
- Tout d’abord, on doit constater que la race indigène n’est pas partout également pure. Dans le nord du continent, on reconnaît parfaitement les traces d’immigrations, déjà anciennes, de Papous de la Nouvelle-Guinée séparée de l’Australie par un détroit peu large et semé d’îles; de Chinois, ainsi qu’en témoignent les objets de laque, les pièces de coton bleu, les bambous, etc., qu’on a trouvés entre les mains des naturels; enfin de Malais, qui, depuis un temps immémorial, se livrent sur la côte nord-ouest à la pêche du tripang. Et cependant, malgré cet apport de sang et cet afflux d’habitudes étrangères, la configuration des indigènes, leurs‘armes, les objets qu’ils fabriquent, ont partout un caractère d’uniformité saisissant, qu’il faut sans doute attribuer au peu de densité de la population et à ses mœurs farouches et sauvages.
- Brutalisés par les premiers Européens qui fréquentèrent leurs côtes, violemment dépossédés et traqués par les convicts, les Australiens se défendirent à leur mode. Ils entamèrent une guerre d’escarmouches et de surprises, maintes fois couronnées de succès, mais que marquèrent une cruauté et une barbarie bientôt égalées, dépassées même par les Anglais.
- La guerre, avec toutes ses horreurs, ne fut cependant pas aussi efficace pour la destruction des naturels que les vices et les maladies importés par les blancs.
- On a bien varié sur la densité de la population australienne, mais tous les voyageurs qui, depuis Dampier, se sont succédé sur les côtes de la Nouvelle-Hollande ont été frappés du petit nombre d’habitants qu’ils rencontrèrent.
- Prenons la colonie de Victoria; d’après les estimations les plus favorables, le nombre de ses habitants, au moment de l’arrivée des Européens, ne dépassait pas 7500 ; les plus faibles réduisent ce total à 3000. Arrêtons-nous à la moyenne de 4500. Or, l’area de la colonie de Victoria est de 229 078 kilomètres carrés, ce qui nous donne ce chiffre dérisoire de 0,019 habitant par kilomètre carré.
- Depuis l’époque où sir Thomas Mitchell, qui avait
- exploré à peu près le septième du continent, n’y supputait la population totale qu’à 6000 individus, des temps meilleurs sont venus pour les indigènes. On ne les considère plus comme des bêtes malfaisantes et dangereuses; un bureau, nous allions dire un ministère, s’est constitué pour leur protection, des terres leur ont été réservées, des écoles se sont fondées.
- Les missionnaires, eux non plus, ne se sont pas épargnés pour la conversion des naturels, mais les résultats obtenus par les laïques aussi bien que par les religieux ont été déplorables, les aborigènes ne voyant dans les tentatives faites pour les amener à une existence régulière et sédentaire que le moyen de se procurer des spiritueux en abondance.
- Deux autres causes viennent encore concourir à l’anéantissement de cette race misérable : la croyance que personne ne peut périr de mort naturelle et la pratique générale de l’infanticide.
- Qu’un membre d’une famille vienne à mourir, c'est pour les naturels le résultat des sortilèges d’une tribu voisine. Les parents du mort s’arment aussitôt et partent dans la direction que; prend le premier insecte ou la mouche qui s’est posée sur la tombe du défunt.
- Bien que la pratique de l’infanticide ne doive pas être envisagée avec la même rigueur que chez les nations civilisées, elle n’en, est pas moins détestable.Ce n’est pas par défaut d’affection qu’une mère tuera son enfant; y
- cest !e plus souvent par impos- rig , Spédinend,„„a sibihte de le nourrir. D autres hache de pierre des fois c’est parce qu’il est trop naturels australiens, lourd, qu’il crie trop, qu’il est ' *
- mal conformé ou faible de constitution. Cependant, à côté de cette incompréhensible dureté de cœur, ces sauvages donnent à leurs enfants de nombreuses marques d’affection. Us ne sont pas insensibles, et le même homme qui tuera à moitié une fille pour en faire sa femme, la protégera et l’aimera tendrement si elle se soumet à sa volonté.
- Le rôle de l’épouse est loin d’être agréable. Esclave de son mari, outre son enfant, elle porte de lourds fardeaux lorsque l’on voyage. C’est elle qui doit aller à la recherche des yams et des racines, qui doit construire la hutte, transporter l’eau, être, en un mot, prête, à tout moment, à obéir aux ordres de son protecteur. Celui-ci est brutal et punit la plus légère peccadille de coups de lance ou de hache.
- La polygamie est universelle, mais ce sont les plus vieux de la tribu qui ont le plus de femmes, parce qu’ils échangent leurs filles pour des épouses, ce qui contraint nombre de jeunes gens au célibat. Lorsqu’un jeune homme a été proclamé guerrier, ce qui ne se fait qu’après des cérémonies cruelles
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- LA NATURE.
- et des torturer horribles qui ont pour but d’éprouver le courage du candidat, il peut prendre femme. Qu’il soit fils d’un guerrier célèbre, une jeune fille pourra lui être accordée sans qu’il en résulte grande émotion dans la tribu. Mais, en thèse générale, le mari doit enlever sa femme ou échanger contre quelque jeune fille, sur laquelle il aura l’autorité d’un frère, d’un oncle ou d’un parent, une fille d’une tribu voisine. La xénogamie, s’il nous est permis de forger ce mot, est universelle, car la tribu n’étant que l’extension de la famille, personne ne peut s’y marier. Il en résulte qu’il y a trois modes de mariage : le libre consentement, le rapt et l’échange.
- On peut supposer que jamais l’amour, tel que nous le comprenons, n’a part à ces unions, toujours accompagnées d’une lutte qui fait une ou deux victimes.
- Les mœurs des indigènes australiens sont en général celles de tous les peuples sauvages et barbares. Chez eux, les mutilations, surtout celles des deux premières phalanges de la main gauche, sont fréquentes ; la circoncision, sans doute importée par les Malais, une sorte de tatouage, non pas régulier et complet comme aux Samoa ou à la Nouvelle-Zélande, mais seulement composé de lignes courbes, sont d’un fréquent usage. Ils se peignent également le corps de raies blanches, jaunes et
- *%'• 2- Fig. 3.
- Naturels de 1 Australie escaladant des arbres et taillant des plaques d’écorce servant à construire leurs canots.
- noires ; le bleu leur était inconnu avant l’arrivée des Européens.
- Les tribus les plus nombreuses et les plus robustes sont celles qui habitent les bords de la mer ou des cours d’eau, car elles y trouvent presque toujours une nourriture suffisante. Celles, au contraire, qui vivent dans l’intérieur, là où ne coulent pas de rivières, où l’eau fait presque complètement défaut, sont misérables, repoussantes, sans aucune vigueur, leurs campements sont plus primitifs, leurs armes moins soignées, le dialecte est lui-même plus rude, bien que dans le continent entier il n’existe pas dans la langue de différences radicales.
- On ne peut nier que l’anthropophagie ait été en usage, à une certaine époque, dans l’Australie tout entière. Ces sauvages mangeaient les petits
- enfants et les cadavres de leurs ennemis, mais ils ne paraissent que très rarement avoir immolé quelqu’un de leurs semblables pour satisfaire cette passion dépravée.
- On a refusé, bien à tort, à ces indigènes, cette qualité de la fourmi, la prévoyance; ils savent cependant faire des provisions pour la mauvaise saison. Grey affirme qu’ils gardent les noix du Zamia, et Coxen nous décrit les méthodes que les indigènes du Nord-Est emploient pour conserver des sacs de graines oléagineuses, des gommes et d’autres aliments. Lorsqu’une baleine ou quelque gros poisson échoue sur le rivage, de grands feux sont aussitôt allumés, et toutes les familles des environs se réunissent pour se partager cette trop rare aubaine.
- Quand une famille vient s’établir dans un en-
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- droit, elle choisit toujours le voisinage d’une forêt, afin d’y trouver le bois nécessaire à la construction de la cabane. Ces huttes sont souvent faites de branchages recouverts de gazon, plus souvent de l’écorce d’un arbre appelé stringy-bark. « L’écorce du stringy-bark, dit le baron de Bougainville, extrêmement épaisse et presque incombustible, car elle ne peut s’enllam-mer, sert à faire des cabanes et à les couvrir; comme elle s’enlève par très grands morceaux, il ne faut que peu d’heures pour avoir une habitation qui mette parfaitement à l’abri. »
- Dès que le sauvage a découvert l’arbre qui lui paraît propre au but qu’il se propose, il prend en main sa hache de pierre (kal baling-eârek) (fig.l), fait une entaille dans l'écorce pour y placer le pouce du pied, embrasse l’arbre, se dresse, fait une seconde entaille pour l’autre pied, et grimpe avec une facilité, une rapidité et
- une grâce dont nous ne- nous faisons pas une idée. Dans l’Australie occidentale, le manche de la hache est pointu, et les naturels, après avoir pratiqué l’entaille, le piquent dans l’écorce, et s’en servent pour se hisser. Ailleurs, à l’aide d’une simple corde de libre végétale, aux deux extrémités de laquelle
- sont des poignées en bois, les naturels escaladent de très gros arbres (fig. 2).
- D’autres fois la corde est passée autour de l’arbre et du grimpeur, de manière à être arrêtée par la chute des reins. L’hom-me embrasse l’arbre avec ses jambes, soulève la corde, se hisse, sans que jamais elle vienne à glisser, et monte en très peu de temps à la hauteur voulue (fig. 5).
- Si l’écorce du stringy-bark sert à faire les toits des huttes, appelées miams, celle de quelques espèces de gommiers est employée pour les canots ou koor-ron; mais la plus recherchée est celle du gommier rouge (Eucalyptus
- Fig. &. Frocédiis employés par les naturels australiens pour enlever l’éeorce destinée à la confection de leurs canots.
- rostrata), parce qu’on peut l’obtenir de grande dimension. Tous les arbres ne se prêtent pas à ce travail; il faut qu’ils soient un peu courbés, de sorte que l’écorce qu’on enlèvera ait une lorme qui ne nécessite pas grand ouvrage, car toute fatigue est odieuse aux indigènes. On coupe l’écorce, suivant une forme spéciale, aux points x et x' (fig. 4, A), qu’on rejoint par une série de coups de hache. On enfonce ensuite le manche du tomahawk et un
- bâton servant de levier, puis, par un^ série d’efforts gradués, on arrive à détacher l’écorce d’un seul morceau (fig. 5).
- D’autres fois, on fait deux sections à trois et à dix pieds au-dessus du sol, puis on les rejoint par une fente verticale (fig. 4, B). On introduit ensuite entre l’arbre et l’écorce des perches qui servent à détacher progressivement cette dernière ; on lui donne ensuite la forme voulue, et les extrémités sont attachées
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- LA NATURE.
- par des cordes végétales ou des branchages, comme nos bûcherons lient leurs fagots. C’est là un des canots les plus primitifs qu’il soit possible d’imaginer.
- Il nous reste à donner deux preuves de l’intelligence de ces sauvages, faites pour étonner, après tout ce que nous venons de raconter de leur barbarie, si voisine de l’état de la brute.
- Durant la reconnaissance si hardie de la côte de l’Australie par le capitaine Baudin, le naturaliste Faure découvrit au fond du Havre-aux-Huîtres, sur une petite rivière, deux digues solidement construites en pierres sèches qui se rattachaient à un îlot et interceptaient tout passage.
- « Cette muraille était percée, dit la relation, par des embrasures placées, pour la plupart, au-dessus de la ligne de marée basse et dont la partie tournée vers la mer était très large, tandis que l’autre était, vers l'intérieur du pays, beaucoup plus étroite.. Par ce moyen, le poisson qui, à mer haute, remontait la rivière, pouvait aisément traverser la chaus-
- Fig. 6. Fac similé d’une main humaine dessinée sur un rocher par des naturels australiens.
- sée ; mais toute retraite lui était à peu près interdite; ce poisson se trouvait dans une espèce de réservoir où il était facile aux pêcheurs de le prendre ensuite à leur gré. »
- Mais ce qui est bien plus curieux, c’est la disposition vraiment géniale de ces peuples pour le dessin. Freycinet raconte que le capitaine King trouva sur les parois et le plafond de grottes de l île Clarke de nombreux dessins exécutés sur un fond rougeâtre dont on avait enduit les schistes rembrunis qui composent la roche. « Ces esquisses, dont le contour était formé de points d’une terre blanche argileuse réduite en pâte, retraçaient des
- scènes diverses...... » Finders en découvrit aussi
- dans une petite île du golfe de Carpentarie, « mais ces derniers dèssins, faits avec du charbon rehaussé de rouge sur le fond blanc du rocher, ne représentaient que des marsouins, des tortues, des kanguros et une main humaine (fig. 6). Sur un autre point de la caverne, était figuré de même un kanguro, suivi d’une file de trente-deux chasseurs ».
- L’atlas de voyage du Perron retrace certains dessins des naturels de Port-Jackson, mais il n’en est pas de plus curieux que ceux donnés par
- M. Brough Smyth, et que nous reproduisons (fig, 5). En haut, c’est un chasseur qui poursuit un cygne sur l’eau, ce sont deux émus avec leur nid qui contient des œufs, puis un naturel qui va frapper un énorme lézard, et des maisons européennes. Dans le bas, on voit une série de neuf indigènes habillés à l’européenne, mais qui, tenant à la main leurs armes nationales, paraissent exécuter une danse de guerre; enfin, dans le coin à droite, près d’un ému, un Anglais, le fouet sortant de la poche, les jambes armées de hottes de chasse, donne le bras à une dame dont la vaste crinoline suffit pour nous indiquer l’époque où fut composé ce dessin, qu’on pourrait presque prendre pour une caricature.
- N’est-ce pas qu’ils ont un haut intérêt, ces premiers essais d’un peuple barbare, et ne doit-on pas regretter que son isolement, son petit nombre et le manque de matériaux ne lui aient pas permis de les pousser plus loin?
- Gabriel Marcel.
- LA GROTTE D’ORCHAISE
- À quelques kilomètres de Blois, sur les confins de la puissante forêt qui porte le nom de cette ville, se trouve une petite vallée verdoyante au fond de laquelle la Cisse déroule ses méandres capricieux.
- Dans cette vallée, sur le bord du chemin vicinal qui relie Orchaise à Chainbon, le voyageur remarque avec étonnement une fente profonde creusée dans les flancs du coteau ; de cette fente sort en bouillonnant un petit ruisseau qui, après avoir traversé le chemin, fait tourner un moulin, puis mêle ses eaux à celles de la Cisse. Cette fente est l’entrée de la grotte d’Orchaise.
- La grotte d’Orchaise est un long boyau irrégulier, creusé dans le terrain crétacé. Une faille produite dans ce terrain, après sa formation, avait été postérieurement remplie d'argile, cette argile, appartenant à l’étage turo-nien supérieur, a été entraînée lentement par l’écoulement des eaux, laissant libre une cavité sinueuse dont la hauteur et la largeur varient de 45 centimètres à 7 et 8 mètres pour l’une, et de 51) centimètres à 10 mètres pour l’autre.
- La profondeur en est inconnue. J’y ai voyagé en compagnie d’un de mes amis : après une heure de marche, nous n’en avions pas encore atteint le fond; et tout faisait supposer qu’il était fort éloigné de l’endroit où nous étions parvenus, lorsqu’il'fallut songer à la retraite, parce que nos bougies étaient déjà plus d’à moitié consumées.
- • Un petit ruisseau coule dans cette longue fente; le lit en est très variable, parfois très étroit et peu profond, parfois disposé en cuvette dont la profondeur dépasse rarement 50 à 60 centimètres.
- A une demi-heure de marche de l’entrée, on trouve une sorte de salle irrégulière où s’arrêtent presque tous les visiteurs; car il faut, pour aller plus loin, remplir certaines conditions morales et physiques qui ne sont pas données à tout le monde.
- En effet, sur l’un des côtés de cette salle, est une fente basse et étroite, d’où sort le ruisseau dont il a été parlé. On s’y introduit la tête la première, comme si l’on voulait se jeter à l’eau; puis, si l’on n’a pas les épaules trop larges ni la poitrine trop forte, on pénètre tout entier
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- dans une sorte de couloir tellement surbaissé, qu’en rampant à plat ventre sur les cailloux qui forment le lit de la rivière (heureusement peu profonde en cet endroit), on touche la voûte de la tête. On chemine ainsi sur une longueur de 4 à 5 mètres, au delà desquels on peut aller à quatre pattes, ce qui est un grand soulagement. Une dizaine de mètres plus loin, on peut enfin reprendre la situation normale des bipèdes. Il va sans dire qu’on est alors couvert de bourbe et trempé des pieds à la tête.
- 11 faut être au moins deux pour tenter ce passage : celui qui s’aventure le premier est éclairé par son compagnon; lorsqu’il a franchi l’espace le plus resserré, il rallume comme il peut sa bougie mise à l'abri de l’eau, puis il guide à son tour le plongeon de son ami.
- Suivant la tradition du pays, au fond de la gi’otte est une chaise d’or qui deviendra la propriété du premier mortel assez heureux pour parvenir jusqu’au lieu où elle se trouve.
- Un habitant de Chambon a voyagé, dit-on, pendant trois heures dans cette grotte sans atteindre la chaise. Une Commission envoyée par la ville de Blois n’a pas été plus heureuse ; après trois heures de marche, elle a dû songer à la retraite, parce que le manque d’air respirable commençait à se faire sentir.
- Je tiens ces deux faits des habitants du pays; mais je ne suis pas en mesure d’en garantir l’authenticité.
- Ces derniers ne s’aventurent guère dans la grotte, parte* qu’ils la croient habitée par des génies malfaisants, gardiens vigilants de la chaise d’or, qui cherchent à égarer le mortel assez téméraire pour s’engager dans leur domaine.
- Je n’ai point rencontré ces génies du mal; mais en revanche, j’ai constaté dans celte groite, du moins dans la première partie, l’existence d’une multitude incroyable de chauves-souris. Ces animaux forment à la voûte des grappes de plusieurs décimètres ; leurs excréments constituent, par endroits, des couches de guano de plus de 50 centimètres d’épaisseur.
- Lorsqu’on pénètre dans leur demeure, elles volent, par nuées et elles sont tellement nombreuses que le bruit de leurs ailes simule un vent violent qui sortirait des profondeurs de la grotte. Souvent, dans leur vol désordonné, elles vous frôlent la figure ou les mains, ou bien encore éteignent votre lumière. Je n’oublierai jamais le spectacle auquel nous avons alors assisté. Celte grotte aux formes bizarres, ces grappes vivantes et grouillantes suspendues au-dessus de nos têtes, ces tourbillons fantastiques, ces rondes échevelées d’êtres hideux et repoussants, ces cris aigus, ces sifflements d’une tempête qui semblait se déchaîner dans les profondeurs de la terre, tout cela éclairé à la lueur vacillante de nos lumières, qui ne mettaient en relief certaines saillies du rocher que pour laisser les autres dans une obscurité plus affreuse et plus lugubre : il y avait là un tableau capable d’inspirer la plume d’un Dante ou le crayon d’un Gustave Doré.
- Quand on a vu de telles choses, on comprend un peu la terreur superstitieuse qui s’est emparée des habitants d’Orchaise au sujet de cette grotte, et l’estime qu’ils ont pour l’étranger capable d’affronter des dangers si horribles. Ils lui appliqueraient volontiers, s’ils les connaissaient, ces vers du bon Horace :
- Illi robur et æs triplex Circa peclus erat...
- L. Godefroy,
- Professeur de sciences.
- La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret).
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- LES CALCULATEURS PRODIGIEUX
- Un de nos correspondants, M. Abel Couturier, d’Agen, nous a envoyé sur notre demande, de très curieux renseignements au sujet d’un nommé Pierre Bourillon, modeste ouvrier cordonnier de Preyssas (Lot-et-Garonne), qui paraît âgé de trente-cinq ans environ, et qui a le don de faire des calculs de tète d’une façon tout à fait extraordinaire. Voici quelques calculs qu’il a résolus :
- 1° Combien s’est-il écoulé de secondes depuis l’ère chrétienne, soit en 1880 ans de 565 jours? — Réponse en deux minutes : 59 287 680 000.
- 2° J’ai 55 ans et 2 mois. Combien ai-je vécu d’heures, les années ayant 565 jours et les 2 mois 50 jours. — Réponse en deux minutes : 508 040.
- 5° Quel est l’intérêt de 554 francs placés à 5,5 p. 100 pendant 84 jours?— Réponse assez prompte : 5 fr. 54 c. ^
- Le même correspondânt nous adresse d’anciens documents tout à fait authentiques, relativement à un jeune pâtre sicilien qui, en 1859, a donné des séances publiques à Bordeaux; ce pâtre, âgé de quatorze ou quinze ans, se nommait Vito Mangiamèle il faisait de tête, des calculs extraordinairement compliqués, dont nous donnerons deux exemples constatés par de nombreux témoins :
- 1° Trouver la 16e puissance de 5. Vito Mangiamèle répondit en cinq minutes et sans hésiter : 152587 890625.
- 2° Multiplier 9665467 par 7 418 027. — Réponse en huit minutes, après avoir souvent passé la main sur son front et parlé à voix basse : •71 685 822029474.1-^4.^
- M. Jacquemet, inspecteur général des ponts et chaussée, a eu l’occasion de voir cet étonnant petit calculateur, et il a écrit à son sujet la note suivante :
- « Le jeune pâtre sicilien de 1859 m’a étonné par la promptitude et la facilité des calculs numériques très compliqués qu’il faisait de tête. Après de nombreuses épreuves auxquelles d’autres personnes et moi l’avions soumis àLauzon (Gironde), et dont il s’était fort bien tiré, j’ai eu l’idée de lui proposer un problème mumérique qui, dans l’état actuel de la science, n’est pas soluble, même à l’aide des logarithmes. En voici un exemple :
- « Quel est le nombre qui, élevé à une puissance égale à lui-même, produit le nombre 587420489?
- « Ce nombre est 9. Je me rappelle très bien qu’il a satisfait à ce problème dans un temps relativement minime. II fallait, suivant moi, qu’il fût très familier avec la formation des puissances des 10 ou 12 premiers nombres entiers, et qu’il ait cherché, par tâtonnements, celui des nombres qui pouvait résoudre le problème. »
- M. Jean Platania, de Gozo (Malte), nous a signalé, d’autre part un jeune homme de douze ans qui fait mentalement des multiplications compliquées.
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- LA NATURE.
- TYPES NOUVEAUX
- D’INJECTEURS PERFECTIONNÉS
- Tous nos lecteurs connaissent au moins le principe de l’injecteur Giffard, aujourd'hui universellement employé pour l’alimentation des locomotives. 11 emprunte, comme on sait, le courant de vapeur motrice à la chaudière elle-même ; le jet ainsi obtenu est amené à l'orifice du tuyau d’alimentation, où il crée un certain vide qui détermine l’appel de l’eau dans l’injecteur, et le courant mixte d’eau et de vapeur condensée qui en résulte possède cependant une force d’impulsion suffisante pour pénétrer dans la chaudière malgré la résistance de la pression intérieure. Ce merveilleux appareil, dont le fonctionnement est absolument parfait, puisqu’il n’entraîne aucune perte inutile de force, comme pourrait le faire un mécanisme quelconque, excita dès son apparition le plus vif étonnement ; et aujourd’hui encore la théorie mécanique de la chaleur, malgré tous les progrès dont elle a été l’objet, fait plutôt entrevoir la possibilité qu’elle n’en montre la nécessité de l’introduction de l’eau dans des conditions pareilles. La raison la plus probable, c’est que le refoulement du courant mixte dans la chaudière exige, en raison de son moindre volume, un travail externe inférieur à celui que fournit en s’écoulant, le jet de vapeur moteur. L’injecteur Giffard a porté dans le monde entier la renommée de son illustre inventeur; car les avantages décisifs qu’il présentait l'ont amené à se substituer rapidement, et dans tous les pays du monde, aux anciennes pompes alimentaires employées autrefois sur les locomotives. Toutefois, tel qu’il était disposé à l’origine, il conservait certains inconvénients qui avaient obligé parfois à conserver sur les machines une pompe à côté de l’injecteur, pour assurer sûrement l’alimentation. Le réglage en était difficile, l'appareil refusait parfois de s’amorcer, et surtout on ne pouvait y réussir avec de l’eau un peu chaude ; par suite il était impossible de réchauffer l’eau d’alimentation, et de tirer aucun parti de la vapeur d’échappement, comme on aurait pu le faire autrement.
- Les types nouveaux d’injeeteurs suppriment aujourd’hui la plupart de ces inconvénients, la mise en marche en est beaucoup plus sure, particulièrement avec les injecteurs en charge, et surtout, ils admettent de l’eau ayant une température élevée tout à fait incompatible avec le bon fonctionnement du type primitif. Ils ont permis par suite de
- supprimer complètement les anciennes pompes sans craindre de compromettre l’alimentation; et dans certains cas, comme sur les machines de la Compagnie de Lyon, par exemple, on n’emploie même plus qu’un seul injecteur, qui fonctionne toujours d’ailleurs sans difficulté.
- Le principe de ces nouveaux appareils reste toujours le même que celui de l’injecteur Giffard primitif, seulement la disposition des tuyères intérieures et des cônes d’arrivée d’eau et de vapeur a été considérablement modifiée, de manière à multiplier les points de contact des deux courants et à faciliter la condensation du jet de vapeur, qui paraît indispensable pour le bon fonctionnement de l’appareil. C’est là le trait commun de tous les nouveaux injecteurs : nous citerons par exemple, les appareils type Nord, Lyon, Ouest, Friedman, Has-well, qui peuvent encore alimenter à des températures de 40°, et dans des limites de pressions relativement étendues, de 2 à 7 atmosphères. Nous avons représenté sur la figure l’un des plus récents, l’in-jecteur Kôrting, qui peut aller jusqu’à 70°, ce -qui constitue l’un des résultats les plus satisfaisants qu’on ait obtenus jusqu’à présent. Nous en décrirons brièvement le fonctionnement, qui diffère peu d’ailleurs de celui de ces autres appareils.
- Il comprend en réalité deux injecteurs successifs F et F' (fig. 1), disposés de telle manière que le courant mixte d’eau et de vapeur sortant du premier en N est repris comme courant d’eau aspirée dans le second injecteur F' ; comme ce dernier est entièrement isolé de l’atmosphère, la vapeur de la chaudière venant de H et arrivant en I)' peut s’y condenser sous l’influence de sa propre pression, malgré la température élevée du courant, et elle communique au nouveau mélange une force d’impulsion suffisante pour le refouler dans la chaudière en G. Avec un injecteur ainsi disposé, l’amorçage s’opère sans difficulté, même à des températures tout à fait inacceptables avec les anciens appareils.
- On voit dès lors qu’il devient possible de tirer un parti plus avantageux de la vapeur d’échappement et de l’employer à réchauffer l’eau d’alimentation, ce qui permet ainsi de réaliser une économie très sensible en recueillant tout le calorique perdu autrement dans l’atmosphère sans avoir fourni tout son effet utile. Nous avons fait voir en effet, dans un article précédent relatif à là pompe Chiazzari (voir la Nature, n° 517), qu’on pouvait arriver ainsi à réduire la dépense de combustible dans une proportion de près de 10p. 100. MM. Kôrting ont cherché
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- Fig. 1. Coupe de l’injecteur Kôrting.
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- egalement à recueillir la vapeur d’échappement, et ils ont ajoute à cet effet à leur injecteur un appareil spécial destiné à la condenser, seulement ils ont évité de la mélanger directement avec l’eau d’alimentation, de crainte de souiller celle-ci au contact des matières grasses que la vapeur sortant des cylindres entraîne toujours avec elle, et ils ont disposé un condenseur à surface comme Je représente la figure 2. L’eau froide allant à l’injecteur arrive en 0, elle traverse les nombreux petits tubes que renferme l’appareil, et la vapeur arrivant en L se répand au contraire à l’extérieur de ceux-ci et elle en réchauffe les parois. L’eau de condensation qui en résulte s’écoule dans l’atmosphère en P.
- L’élévation de température obtenue dans ces conditions est de 25° environ.
- Un autre inventeur, M. Mazza, est même arrivé à un résultat qu on aurait pu considérer comme presque irréalisable autrefois, car il a pu alimenter avec de 1 eau à peu près bouillante ayant une température de 90 à 100°. Son injecteur était entièrement isolé de l’atmosphère, et c’est seulement en créant dans l’appareil une sorte de pression artificielle très considérable qu’il arrivait à déterminer la condensation du jet de vapeur. Toutefois la disposition adoptée était un peu compliquée, et l’auteur y a renoncé depuis pour installer un nouvel injecteur capable d’aspirer directement la vapeur d’échappement : celle-ci vient alors se mélanger dans l’appareil avec la vapeur de la chaudière, et elle ajoute sa force d’impulsion à la sienne pour entraîner l’eau ainsi réchauffée de 30° environ.
- En poursuivant dans cette voie, d’autres inventeurs, MM. Marner et Davie ont même pu réaliser un injecteur dont le fonctionnement paraît presque paradoxal et devient très difficile à justifier par la théorie. Cet appareil, qu’on voit sur la figure 3, présente entièrement l’apparence d’un injecteur ordinaire sans tu}ères mobiles, dans lequel un simple robinet à vis suffit à régler l’arrivée d’eau; la différence essentielle provient de ce qu’il n’em-
- prunte plus à la chaudière le courant de vapeur nécessaire pour assurer le refoulement de l’eau. La vapeur d’échappement arrivant en A y est seule admise; elle suffit à déterminer l’aspiration 'de 1 eau en B, et le courant mixte formé dans l’injec-teur peut pénétrer dans la chaudière en C malgré 1 énorme supériorité de la pression résistante. Cet appareil ne peut plus alimenter au delà de 4 à 5 atmosphères ; mais même dans ces limites, il n’en reste pas moins curieux et tout à fait étrange
- de voir s’opérer l’alimentation d’une manière presque gratuite, pour ainsi dire, sauf une certaine contre - pression inévitable dans de pareilles conditions. M. Gif-fard avait montré d’ailleurs déjà dans ses premières expériences sur son injecteur, que cet appareil pouvait refouler de l’eau même à une pression supérieure à celle de la vapeur motrice, et l’injec-teur Hamer et Davie réalise en quelque sorte l’idée deM. Giffard dans des conditions plus surprenantes encore, puisque la pression motrice due à la vapeur d’échappement est à peine supérieure à celle de l’atmosphère. Il y a là un fait nouveau et très curieux, surtout au point de vue spéculatif; car nous ne croyons pas qu’il ait été prévu encore dans les théories de l’injecteur. Toutefois, malgré l’intérêt qu’il présente, cet appareil ne paraît guère susceptible d’une application pratique un peu étendue, puisqu’il est nécessairement borné aux chaudières des machines à basse pression, et celles-ci sont souvent à condensation pour utiliser plus complètement la vapeur d’échappement. Un outre, la contre-pression, sur laquelle les inventeurs n ont pas encore fourni jusqu’à présent de données précises, doit être assez appréciable, et réduire d’autant l’effort moteur de la machine. Nous ajouterons enfin, que l’injecteur Hamer et Davie ne peut guère être séparé d’un injecteur ordinaire, puisqu’il peut alimenter seulement pendant que la machine est en marche.
- L. Bâclé,
- Ancien clôve de l’École Polytechnique. ——
- Fig. 2. Coupe du réchauffeur Korting.
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- Fig. 3. Vue extérieure de l’injecteur Hamer et Davie.
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- LA NATURE.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société Géologique de France. — Séance du 4 avril 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. Fischer présente de la paît de M. Porumbaru une Etude géologique sur les environs de Cracoia, et offre à la Sociélé les deux premières livraisons de son Manuel de Conchyliologie. — M. Stuart-Menteath présente de nouvelles coupes au 1/20 000e des Pyrénées occidentales depuis Louhoussoa jusqu’à Ochagavia et depuis Fontarabie jusqu’au plateau de Pampelune, — ainsi qu’une carte géologique de la région. — M. Michel-Lévy présente, au nom de M. René llréon, une Note sur les formations volcaniques de l’Islande. — M. J. de Morgan présente un Mémoire sur les terrains crétacés de la Scandinavie et en donne le résumé.
- Société Chimique de Paris. — Séance du vendredi 8 avril 1881. — Présidence de M. Grimaux. — M. Klein décrit de nouveaux boro-tungstates. — M. Mois-san a étudié plusieurs sels de protoxyde de chrome. — M. Riban complète la description du nouvel eudiomètre qu’il a présenté dans la précédente séance. — M. Grimaux rend compte d’un travail de M. U. Gayon, qui a constaté que l’acide succinique ne joue pas de rôle dans la fermentation alcoolique, par l'interversion du sucre, et des recherches de M. Œconomides sur l’aldéhyde isobutylique. L’auteur a obtenu le chlorure d’isobutylédine et l’isobutylène chloré. — M. Grimaux, en traitant la morphine sodée par l’iodure de méthyle, a obtenu l’iodtire de méthyl-codéine identique avec le produit de l’action de l’iodure de méthyle sur la codéine. Il considère la codéine comme un dérivé méthylique de la morphine dans un groupe OH de nature phénolique.
- Société française de Physique. — Réunion annuelle du mercredi 20 avril 1881. — Les expériences faites à la Société dans le courant de l’année ont été répétées dans cette séance. Les auteurs ont donné eux-mêmes toutes les explications qui leur ont été demandées par un grand nombre d’assistants. Celte séance a été très animée et très intéressante.
- NÉCROLOGIE
- Weyprecht. — Les journaux ont annoncé la mort de M. Weyprecht, capitaine de vaisseau de la marine autrichienne, bien connu par ses voyages dans les régions polaires entrepris en 1871 avec Payer sur VIsboern, et en 1872-74 avec l'expédition austro-hongroise à bord du Tegethoff. Le récit de M. Weyprecht a été publié in exlenso dans la Nature. C’est ce courageux explorateur qui, comme chef de l’expédition du Tegethoff, découvrit la terre de François-Joseph, la plus septentrionale qui soit connue. L’expédition qu’il dirigeait était parvenue au 81e degré de latitude nord. On sait qu’il avait dû abandonner avec son équipage son navire pris par les glaces, et qu’il était parvenu, lorsqu’on le croyait déjà perdu, à atteindre, dans une petite chaloupe, un navire russe. De retour à Vienne, M. W’eyprecht avait été l’objet d’ovations enthousiastes, mais les fatigues de son voyage avaient miné sa santé. Il est mort victime de son courage ; c’est dans sa dernière expédition qu’il avait contracté les germes de l’affection de poitrine à laquelle il vient de succomber à Page de quarante-trois ans.
- CHRONIQUE
- Station météorologique française dans les régions polaires. — A la suite de ses voyages d’explorations dans les régions polaires, le capitaine W;ey-precht, de la marine autrichienne, dont nous venons d’annoncer la mort prématurée, a soumis au Congrès météorologique international de Rome, en 1877, un programme d’observations météorologiques et magnétiques à faire simultanément dans diverses stations des deux zones polaires arctique et antarctique. Ces observations devaient avoir un caractère international, et les grands Etats de l’Europe devaient s’engager à organiser chacun une station d’après un plan arrêté en commun dans une conférence internationale. L’Autriche, la Russie, le Danemark, la Norvège et la Suède se sont successivement engagés à faire les frais d’une ou plusieurs de ces stations . Tout récemment, l’Allemagne et les États-Unis d’Amérique se sont prononcés dans le même sens. Nous apprenons avec plaisir que l’Association française pour l’Avancement des sciences vient d’émettre au Congrès d’Alger, sur la proposition de notre collaborateur M. Charles Grad, le sympathique député d’Àlsace-Lorraine, et de la Section de météorologie, un vœu pour la participation de la France à cés observations. Il y a tout lieu d’espérer que le gouvernement et les Chambres consentiront à fournir les crédits nécessaires pour l’établissement d’une station d’observation française dans les régions du pôle Sud.
- Transport électrique de la force. — Tout le monde connaît les ballons du Louvre que nos enfants transportent dans tout Paris, et qui leur causent tant de joie. Ces ballons ont été autrefois gonflés à l’b„ydrogène, puis au gaz d’éclairage ; c’éiaient alors des ballons s’élevant en l’air par leur légèreté spécifique. Quelques petits accidents survenus par l’inflammation du gaz ont décidé MM. Chauchard et Cie à gonfler tout simplement ces ballons avec l’air. La fabrication et le gonflement de ces ballons occupent un atelier situé dans une maison, derrière l’hôtel du Louvre. Une pompe de compression nécessaire à cette opération fonctionnait à bras d’hommes; M. Honoré a eu l’idée d’employer à ce travail une partie de la force, surabondante pendant le jour, des machines à vapeur placées dans les caves du grand bâtiment, transportée dans l’atelier de ballons au moyen de l’électricité. On s’est adressé à M. Gramme, qui a placé deux machines, l’une à la cave de l’hôtel; elle tourne à 1090 tours a la minute ; l’autre rue de Valois ; elle tourne à des vitesses différentes suivant les besoins, comme nous allons le dire. Deux cordes de 7 fils de cuivre de ll/10mm chacun, de 150 mètres de long, constituent un circuit d’une résistance de 3/4 d’Ohm environ. A côté de la machine réceptrice on a placé un rhéostat formé de fils de fer, au moyen duquel on peut mettre dans le circuit des résistances variables, grâce auxquelles on peut donner à cette machine des vitesses variables, de 980 tours par minute, qui répond à un cheval-vapeur, de 885, 710, 600 et 480 pour lesquelles on pourrait mesurer au frein de Prony la force transportée. M. Honoré insiste sur ce point que la machine donne le mouvement sans aucun ébranlement ou trépidation parce que sa marche est absolument continue et régulière, et qu’à ce point de vue elle est infiniment préférable à tout mouvement alternatif. (L'Electricien.)
- Gelée subite dans le Guatemala. — M. de Thier-sant, chargé d’affaires de France à Guatemala, nous adresse, à la date du 27 février 1881, les curieux rensei-
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- gnements suivants : « Un phénomène météorologique, heureusement fort rare dans ces contrées, nous dit notre correspondant, a produit dans la nuit du 1 ü février les effets les plus désastreux pour une des importantes régions agricoles du Guatemala. Tous les caféiers, à l’exception de quelques pieds, ont été gelés dans la vallée de l’Antigna-Guatemala, dont l’altitude est de 1546 mètres. Rien de plus triste, de plus navrant, que l’aspect actuel de cette immense plaine qui, il y a quelques jours à peine, était couverte d’arbres verdoyants et qui n’offre plus que l’image de la destruction. Les feuilles jaunes et comme brûlées ressemblent à celles de nos arbres à l’entrée de l’hiver. »
- Culture du cliêne-liège. — Des divers arbres cultivés dans un but industriel, un des plus utiles, bien certainement, est le chêne-liège, dont le bois sert au chauffage et au bâtiment, le fruit aux engrais domestiques et l’écorce à l'industrie. Le chêne-liège, au point de vue de la production de son écorce, connue sous le nom de liège, a été, jusqu’à présent, laissé sous le coup de conditions défavorables se traduisant, au moment de la récoite, en non-valeurs très préjudiciables, en mécomptes désastreux et en diverses manipulations onéreuses qui pèsent sur le commerce de ce produit, éloignent les propriétaires de cette culture et menacent cette production, devenue véritablement indispensable depuis que le liège a reçu de si nombreuses applications chez tous les peuples civilisés. L’arbre est lent à donner une écorce utilisable. Le chêne-liège ne subit qu’à vingt ou vingt-cinq ans le démasclage (l’enlèvement de l’écorce mâle), qui doit le préparer à produire une écorce utilisable. La récolte obtenue huit ou dix ans après cette première opération n’a pas encore une valeur marchande. M. Capgrand Mothes, a récemment présenté à la Société d'Encouragement un nouveau système de culture du chêne-liège, avançant de dix ans sur les jeunes arbres et d’un an sur tous les autres, la récolte des écorces et ne donnant que des écorces de première qualité.
- Industrie de la soie aux États-Unis. — La sériciculture n’a pas, jusqu’à ce jour, considérablement progressé aux États-Unis; mais eu revanche on a été plus heureux dans la manufacture de la soie. La première fabrique fut construite en 1810, à Mansfield (État de Connecticut). Actuellement deux cent soixante-dix-neuf maisons s’occupent de la fabrication de la soie; la plupart sont situées dans les États de New-York, New-Jersey, Pensylvanie, Connecticut et Massachusetts. Le capital placé dans ces fabriques est de 18 millions de dollars ; — 6 millions de dollars y sont payés annuellement en salaires; la marchandise produite par ces fabriques représente une valeur de 27 millions de dollars. Le centre de la fabrication de la soie, dans l’Amérique du Nord, est Paterson (New-Jersey), où trente-huit maisons emploient huit mille ouvriers, avec un capital de 6 millions de dollars. Actuellement, à ce que prétend Y Atlantic, presque toute espèce de soie est fabriquée aux États-Unis. Le recueil américain avoue que la soie ne peut être produite, ni dévidée aux États-Unis au prix que coûte la soie brute importée de la Chine ou du Japon. On a bien produit, aux États-Unis, des cocons et des œufs de bonne qualité, mais on trouve plus avantageux d’expédier les œufs en France que de les utiliser dans le pays. 11 y a pourtant un essai de sériciculture en ce moment en cours d’exécution dans le Kansas. Cet essai est conduit rationnellement par un Français qui s’est établi dans le Franklin-County, où il a installé une petite fabrique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 mai 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Comète. — M. Rigourdau vient d’observer à Paris une comète dont il a calculé l’orbite. Les résultats ainsi obtenus offrent la plus grande ressemblance avec l’orbite calculée par Ressel pour la comète de 1807. Rien que cette dernière orbite ait été considérée comme parabolique, il y a quelques raisons de supposer qu’elle est réellement elliptique et que la comète actuelle et celle de 1807, ne sont qu’un seul et même astre dont la période serait de 74 ans.
- Entomologie. — En signalant les curieuses migrations du puceron du peuplier,'dont les diverses métamorphoses s’opèrent sur des végétaux distincts, M. Lichtenstein émet l’avis qu’on a dû considérer parfois comme constituant des espèces spéciales les états successifs d’animaux analogues passant d’une plante à une autre pendant le cours de leur développement.
- Station soologique méditerranéenne. — Nous avons, en rendant compte ici même de la séance du 14 février dernier, exposé à nos lecteurs le projet conçu par M. de Lacaze-Duthiers, d’installer à Port-Vendres une station zoologique d’hiver. L’éminent académicien avait choisi, comme emplacement, une petite presqu’île sur laquelle existe une construction dont la tour serait favorable à l’établissement d’un réservoir de pression pour des aquariums. La difficulté était d’obtenir du Ministre de la Guerre la cession de cette presqu’île, qui est sans emploi mais qui appartient à l’autorité militaire. Toutes les influences ayant été infructueusement mises en jeu, M. de Lacaze-Duthiers s’est rendu sur les lieux pour apprécier directement les causes de cet échec, et il s;est trouvé que le Ministère de la Guerre, renonçant enfin à ses droits, les Ponts et Chaussées réclamaient la presqu’île pour la faire traverser par une darse du port.
- Heureusement, en même temps que l’administration centrale témoignait si peu de bon vouloir à un projet dont la science tirerait de si grands fruits, les municipalités faisaient preuve de dispositions toutes contraires; de telle sorte qu’au lieu d’avoir à solliciter comme il s’y attendait, le savant naturaliste eut à répondre aux avances du Conseil municipal de Port-Vendres et à celles du Conseil municipal de Banyuls, aussi désireux l’un que l’autre de voir leur ville honorée par le choix du professeur de Paris.
- Port-Vendres offre 42 000 francs, un emplacement et 500 francs de rente pendant vingt ans. De plus, un habi^ tant de la ville s’engage à verser 25 000 flancs et à faire don d’une première embarcation.
- A Banyuls, le maire, qui a déjà donné les preuves de sa libéralité, se montre disposé à être aussi généreux pour le nouveau laboratoire.
- En outre, le Conseil général des Pyrénées-Orientales a dès maintenant voté en tète de ses dépenses une somme de 20 000 francs en faveur de la nouvelle création.
- Tous les amis de l’histoire naturelle seront heureux de ce magnifique résultat, que M. de Lacaze-Duthiers doit avant tout à l’ardeur infatigable qu’il a mise au service de la bonne cause ; tous les bons citoyens seront fiers de voir un de nos départements les moins avancés jusqu’ici, faire de pareils sacrifices en faveur de la science.
- Médecine. — M. Bouillaud lit des Considérations sur les conditions de la progression, de la station et de l'équilibration.
- Épuration des eaux d'égout. — En présentant un ou-
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- vrage de M. Durand Claye sur l’épuration des eaux d’égout de Dantzig, de Berlin et de Breslau, M. Bouley émet l’avis que malgré les découvertes de M. Pasteur sur les agents de contagion, on doit adopter le système qui consiste à irriguer les champs avec le mélange des vidanges et des eaux d’égout. Plusieurs académiciens, MM.Pasteur,
- Frémy, Dumas, Würtz ,
- Boussingault, protestent contre cette conclusion et sont d’avis que les éléments d’une discussion utile font encore défaut.
- Le prochain passage de Vénus. — La Société Royale de, Londres a constitué un comité chargé d’examiner les mesures à prendre pour observer aussi fructueusement que possible le futur passage de Vénus. Ce comité a résolu de se tenir au courant des décisions prises dans le même but, par les gouvernements étrangers. Aussi l’ambassadeur d’Angleterre à Paris a-t-il prié le Ministre des Affaires étrangères de l’informer des projets de la République. Naturellement le Ministre transmet la question à l’Académie.
- Varia. — Mentionnons, en terminant, quelques observations relatives à la chute de bolides; — des analyses exécutées par M. Filhol des roches d’où sortent les eaux minérales des Pyrénées ; — des vues sur le traitement du choléra, par M. Cha-bassu ; — une méthode de dosage volumétrique de la potasse, par M. Marchand; — la description du protobromure et du protoiodure de chrome, par M. Moissan.
- Stanislas Meunier.
- LES
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES1
- LES VASES TROMPEURS
- L’ouvrage que nous avons publié il y a quelques mois sous
- 1 Les Récréations scientifiques ou VEnseignement par les jeux, par Gaston Tissandibr. La Physique sans appareils, la Chimie sans laboratoire, la Maison d’un amateur de science, la Science appliquée à l’économie domestique, etc. 2e édition, entièrement refondue, avec 225 gravures dans le texte, 1 vol. in-8°, Paris, G. Masson, 1881.
- Fig. 1. Vases trompeurs du dix-liuilième siècle.
- le titre les Récréations scientifiques ou l'Enseignement par les jeux a été si favorablement accueilli par le public que la première édition en a
- été épuisée en quelques semaines. Nous annonçons aujourd’hui à nos lecteurs la publication d’une deuxième édition entièrement refondue, où nous avons fait tous nos efforts pour compléter et pour améliorer notre œuvre. Nous empruntons à cet ouvrage la description curieuse et peu connue des vases trompeurs.
- Nos pères, beaucoup plus que nous, se plaisaient aux récréations scientifiques ; certains objets très anciens en sont un témoignage incontestable. Les vases trompeurs, très répandus au dix-huitième siècle et aux époques antérieures , sont basés sur un principe de physique qui sert à l’emploi des pipettes de laboratoire. Ces vases de terre étaient construits de telle manière que si l’on voulait verser le vin qu’ils contenaient, le liquide coulait par les ouvertures pratiquées tout autour du vase, et ruisselait au dehors. Celui qui savait faire usage de ces pots, mettait le bec A (fig. 2) dans sa bouche, fermait du doigt l’ouverture B, et en aspirant, il faisait monter jusqu’à ses lèvres le liquide E par l’anse creuse et par le canal pratiqué tout autour du vase.
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- Ces vases trompeurs affectaient souvent une forme élégante; il en existe quelques-uns dans nos collections nationales. Ceux que nous représentons, se trouvent au Musée de la Manufacture de Sèvres. On en confectionne actuellement des spécimens qui imitent ces anciens modèles. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiur.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 415. — 14 MAI 1881. LA ÎSATU11E. 569
- SUR LES MŒURS DU F1EBÀSFER
- PETIT POISSON TÉLÉOSTÉEN
- Parmi les animaux qui peuplent le fond des mers, il en est un fort singulier qui se rattache aux Oursins et aux Étoiles de mer par l’ensemble de son organisation, et qui est connu vulgairement, à cause de sa forme cylindrique, sous le nom de Cornichon de mer. Les zoologistes l’appellent Holothurie, et nous lui conserverons cette dénomination.
- Les Holothuries atteignent une taille très variable, selon les espèces, depuis quelques centimètres jusqu’à un mètre de longueur ; elles se meuvent lentement dans le sable et se nourrissent surtout de radiolaires et de foraminifè-res, animalcules microscopiques à enveloppe siliceuse ou calcaire, qui fourmillent dans le limon marin.
- Les pêcheurs savent depuis longtemps que les Holothuries hébergent fréquemment un poisson qui reçut autrefois de Cuvier le nom de Fierasfer. On en connaît actuellement plusieurs espèces ; la plus commune dans la Méditerranée, le Fierasfer acus, mesure une longueur de 10 à 20 centimètres ; elle a été tout dernièrement l’objet d’une belle monographie anatomique due à la plume de M. le professeur Emery, de l’Université de Cagliari, en Sardaigne1. Ce travail a paru sous les auspices de
- 1 Voir Fauna und Fi or a des Golfes von Nenpel und der angrenzenden Meeres-Abschnitte. Herausgegeben von der zoologischen Station zu Neapel. Monographie Le Specie del genere Fierasfer nel golfo di Napoli, del Dr Carlo Emerv, in-4°. Leipsick, 1881.
- 9e année. — 1er semestre.
- la station zoologique de Naples, dont nous parlions naguère à cette place même, et nous lui empruntons les notions suivantes sur les mœurs extrêmement curieuses du Fierasfer. — Sa faiblesse, son peu d’agilité et l’absence complète d’organes de défense, le mettraient à la merci de ses nombreux ennemis s’il ne demandait à l’Holothurie, et quelquefois aussi à certaines Étoiles de mer, un asile protecteur1.
- C’est dans notre siècle seulement que des observations exactes furent faites sur les relations existant entre ces animaux. Les naturalistes français Quov et Gaimard, qui accompagnaient l’expédition de l'Astrolabe, découvrirent avec étonnement un Fierasfer vivant dans les grosses Holothuries de l’océan Pacifique , et cette observation fut souvent répétée depuis. Les savants n’étaient cependant pas d’accord sur le lieu d’habitation du poisson. Résidait-il dans l’intestin ou dans la cavité du corps de son hôte ? Puis on discutait sur le procédé qu’il devait suivre pour y pénétrer. Ce dernier point paraissait si problématique, qu’un natura -liste alla même jusqu’à supposer que le poisson était engendré à l’intérieur de l’Échinoderme, sans toutefois expliquer comment.
- Pour se procurer des Holothuries habitées par le Fierasfer, il faut les pêcher à une certaine profondeur; celles qui vivent sur les grèves n’en possèdent pas ordinairement. Les deux espèces médi-
- 1 D’après Putnam, le Fierasfer s’abriterait aussi entre les valves de la Meleagrina margaritifera (l’huître perlière), et l’on conserve dans le musée de Cambridge, en Amérique, une valve de cette huître renfermant le cadavre d’un Fierasfer recouvert d’une couche de perle-mère.
- Le Fierasfer acus, poisson du groupe des Anacauthines, qui vit en parasite dans les Holothuries (1/2 grandeur naturelle). — Travaux de M. le professeur Emery, de Cagliari.
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- LA NAT UU K
- terranéennes qui sont le plus souvent habitées, sont le Stichopu* regalis et YHolothuria tubulom. Lorsque ces animaux sont accumulés en certaine quantité dans un même bassin, les petits poissons ne tardent pas à en sortir. Selon M. Emerv, qui a ouvert dans ce but des centaines d’ilolotburies, le Eierasfer se logerait le plus souvent dans la cavité du corps. Il pénètre en premier lieu, csmme nous allons le voir, par l’anus dans l'intestin, puis il émigre de là dans les conduits pulmonaires1, dont les parois minces et délicates ne supportent pas longtemps un pareil bote, se déchirent et le laissent passer dans l’espace péri-intestinal.
- Lorsqu’il est libre, le Eierasfer nage ordinairement dans une position oblique, la tête en bas (voy. Jigure) et la queue recourbée sur le dos. Par les mouvements ondulatoires de sa nageoire ventrale, le poisson se meut lentement en avant en se maintenant au même niveau, ou bien obliquement dans la direction de l’axe du corps. En somme, on peut dire qu’il est mauvais nageur, et lorsqu’on le place dans un bassin en compagnie d’autres poissons, il ne tarde pas à être dévoré, incapable de fuir, de se défendre ou de se cacher dans un milieu inhabitable pour lui.
- En nageant la tète en bas, le Eierasfer explore le fond de l’eau et les corps qui y sont déposés; s’il vient à rencontrer une Holothurie, il manifeste aussitôt une certaine agitation, il tourne autour d’elle, l’inspecte jusqu’à ce qu’il arrive à l’une de ses extrémités, qu’il étudie alors attentivement. Si le hasard veut que celle-ci soit l’extrémité céphalique, il retourne brusquement en arrière jusqu’à l’extré-mitc opposée par l’orifice de laquelle l’Holothurie aspire et expulse l’eau nécessaire à son existence. C’est alors que commence le singulier manège si habilement étudié par M. Emery. Dans le temps d’expiration, au moment où rilolothurie lance de l’eau au dehors, le poisson, excité par cette action mécanique, applique vivement son museau contre l’orifice anal, puis recourbant sa queue pointue, il la fait glisser sur l’un des côtés de son corps, et par un rapide mouvement de recul, celle ci est introduite dans le rectum de l’Holothurie. Ceci fait, le Fierasfer, dans un mouvement majestueux, relève la partie antérieure du corps, tandis que sa queue demeure solidement pincée dans l’Holothurie, et y pénètre de plus en plus profondément à chaque aspiration de celle-ci. Au bout d’un temps variable, la partie antérieure disparait à son tour., et le poisson est complètement inclus dans son hôte. —
- M. Emery a vu parfois de petits Eierasfer réussir à prendre la place d’assaut d’un seul coup, d’autres fois, au contraire, les progrès du poisson sont si lents qu’ils finissent par lasser la patience de l'ob-
- 1 On nomme poumons chez les Holothuries deux canaux arborescents en communication avec le cloaque et qui, recevant constamment de l’eau, jouent certainement un rôle dans la respiration.
- servateur. Si le mode général d’introduction du poisson dans l’Holothurie est celui que nous venons d’indiquer, il peut souffrir quelques modifications, c’est ainsi que le Fierasfer peut pénétrer la tète la première, ou bien, victime d’une erreur, il fait quelquefois des efforts, ordinairement infructueux, il est vrai, pour forcer l’entrée de la bouche de l’Holothurie.
- Le Eierasfer n’est pas nécessairement solitaire, il semble, au contraire, partager très volontiers sa demeure avec deux ou trois de ses semblables'. M. Emery a vu, dans l’aquarium de Naples, sept Fierasfer pénétrer successivement dans la même Holothurie, et causer dans ce cas de tels dégâts à l’intérieur de leur hôte, qu’il ne tarda pas à en mourir.
- Nous avons dit plus haut que le Fierasfer ne se tient pas ordinairement dans l’intestin, rendu difficilement habitable par la quantité de sable qu’il renferme; il faut noter cependant qu’il se trouve toujours dans le voisinage de l’anus, à travers lequel il sort de temps en temps la tête pour prendre sa. nourriture. Le Fierasfer s’alimente de petits crustacés dont on rencontre toujours des restes dans son estomac et qu’il doit nécessairement aller pêcher ou happer au passage depuis sa singulière fenêtre. 11 n’est par conséquent en aucune manière ni un parasite, ni un commensal, dans le sens qu’on attache à ces mots dans l’histoire naturelle, c’est-à-dire qu’il ne vit pas aux dépens de l’Holothurie, soit en consommant sa propre substance, soit en lui empruntant la nourriture qu’elle amasse pour elle-même. C’est donc à tort que les premiers naturalistes qui ont étudié les mœurs si remarquables de ce petit animal, s’étaient hâtés de le considérer comme un exemple de parasitisme chez les animaux vertébrés. Nous venons de voir que l’Holothurie n’est que la demeure du Fierasfer, qui trouve en elle un rempart contre la voracité de ses ennemis, et que loin d'être un parasite de l’Echino-derme, le poisson n’en est — pour employer l’heureuse expression de M. E]mery — que « le locataire ».
- J’ajouterai ici que, selon le célèbre naturaliste Semper de Würzbourg, il existe sur les côtes des îles Philippines un petit poisson du genre Enche-liophis, très voisin du Eierasfer, qui, vivant également dans l’Holothurie, se nourrirait des viscères de cet animal. — Nous devrions donc le considérer comme un vrai parasile.
- FjMILE Yung,
- Privat-docent à l’Université de Genève.
- L’ËÏIj'ÜË DES COURANTS DE LA MER
- AUX ÉTATS-UNIS
- Le Gulfstream et les courants de la mer, ont été dans ces dernières années l’objet d'études du plus haut intérêt de la part de la marine des États-Unis. M. le professeur J. E. Hilgard, directeur des travaux scientifiques du
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- LA NATURE.
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- ijiiled States Coast and Géodésie Survey a opéré à bord du slcnmcr Blatte, un grand nombre d’observations sur les profondeurs et les températures du golfe du Mexique. D'autre part, le commander John Russel BarllKI, de la marine des Etats-Unis, a entrepris des observations analogues dans la mer des Antilles. Selon cet officier, le grand courant équatorial en arrivant au voisinage des bouches de l’Orénoque, se trouve en grande partie infléchi vers le Nord par les bas-fonds voisins de la Grenade et de Saint-Vincent.
- La mer des Antilles, que M. Barllett divise en deux parties, sous le rapport des profondeurs, par une ligne de bas-fonds s’étendant de la Jamaïque au cap Gracias a Dios, offre, dans sa partie orientale, un vaste tourbillon où les eaux cheminent à l’Ouest le long de la côte Ferriez, remontent au Nord le long de la cèle de Nicaragua, passent au sud de la Jamaïque et d'Haïti, en se déversant en faible quantité vers l’Ouest, entre les bas-fouds de la Jamaïque au cap Gracias a Dios et en quantité considérable du bud au Nord par la passe de Mona.
- Les profondeurs du golfe du Mexique ont été assez bien étudiées pour que le Coast Survey ait pu en dresser une carte en relief qui montre, d’une manière saisissante, les pentes abruptes par lesquelles on parvient aux profondeurs de 150U et 2000 brasses (2700 à 5700 mètres).
- Une discussion intéressante s’est élevée, d’autre part, à la Société de Géographie de New-York, sur la question du courant d'eau chaude provenant du Kouro-Sivo ou courant du Japon, qu’on prétendait passer dans l’océan Glacial par le détroit de Behring.
- M. \V. II. Dali, attaché au Coast Survey et l’un des voyageurs qui ont le mieux et le (dus souvent étudié la province d’Alaska, est revenu de son dernier voyage après avoir fait de nombreuses observations sur les courants de la mer de Behring. Il a découvert dans le détroit des courants variables qui semblent être le fait des marées, mais il nie qu’il existe dans ce détroit de 50 brasses de profondeur (55 mètres) un courant d’eau chaude pouvant produire le moindre elfet appréciable sur la masse des eaux de l’océan Arctique '.
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- LES RÉGÉNÉRATEURS A GAZ
- POUR FOURS A RÉCHAUFFER, DE M. .JACOB REESE
- Nous avons déjà cité dans la Nature le nom de M. Jacob Reese, le célèbre métallurgiste américain, et nous avons même publié, nos lecteurs se le rappellent, la lettre qu’il nous avait écrite au sujet de la scie par fusion dont il est l'inventeur. Depuis lors, cette lettre a été vivement commentée dans les journaux techniques, et la réalité des assertions de M. Reese a fait l’objet de nombreuses discussions. Sans contester que l’entaille produite dans la barre à découper par le disque en mouvement n’ait une largeur dépassant l’épaisseur de la scie elle-même, plusieurs ingénieurs veulent expliquer ce fait d’une manière plus naturelle par le jeu inévitable du disque sur ses supports, plutôt que par le choc des molécules d'air entraînées dans la rotation rapide du disque. L'Engineering qui a reproduit les pas-
- 1 D’après les documents communiqués par M. James Jackson, de New-York.
- sages principaux de la lettre de M. Reese, se refuse à en accepter les conclusions, et déclare que ses propres expériences donnent des résultats différents de ceux qu’annonçait M Reese, et celui-ci les maintient cependant dans la courte réponse qu’il adresse à la savante revue anglaise. Cette question si curieuse, surtout au point de vue théorique, n’est donc pas encore entièrement tranchée, et nous attendons pour y revenir les nouveaux renseignements que M. Reese voudra bien nous envoyer sans doute pour convaincre ses contradicteurs, et bien préciser les conditions de son expérience, afin qu’il soit possible de l'étudier complètement, et de la reproduire d’une manière tout à fait identique.
- M. Reese a fait également beaucoup d’autres recherches et de découvertes intéressantes sur les questions de métallurgie; et d’après les documents qu’il a bien voulu nous envoyer, ses études sur la déphosphoration lui avaient déjà fait entrevoir les moyens d’éliminer le dangereux métalloïde, lorsque la grande découverte de MM. Thomas et Gilchrist est venue ouvrir une voie nouvelle à la métallurgie du fer, en permetlant de tirer parti des minerais phosphoreux qu’on était obligé de délaisser jusque-là.
- M. Reese s’est occupé en outre d’une autre question très importante, celle de l’utilisation de la chaleur perdue entraînée avec les gaz de combustion des fours, qui viennent se dégager dans l’atmosphère. On sait que M. Siemens a indiqué le premier les moyens de tirer parti de cette énorme quantité de calorique en l’appliquant au réchauffement de l’air et des gaz comburants afin d’obtenir ainsi par leur combustion une température beaucoup plus élevée. Les l’égénérateurs à gaz construits d’après les dessins de M. Siemens ont exercé sur la métallurgie en particulier une influence considérable; car ils ont permis d’amener l’acier sur la sole du four à la température de fusion, qu’on n’avait jamais pu réaliser jusque-là. L’acier fondu, ainsi préparé dans le four Siemens comme dans le convertisseur Bes-semer, possède une homogénéité complète et une résistance bien supérieure à celle du fer puddlé, qu’il tend à remplacer aujourd’hui dans la plupart des applications, de telle sorte que notre époque assiste en quelque sorte à la substitution d’un métal nouveau inconnu jusque-là à un produit aussi commun que le fer forgé, et dont la découverte avait constitué certainement l’un des plus grands progrès de l’humanité dans les temps anciens.
- En dehors de la métallurgie, les régénérateurs à gaz trouvent également leur application dans toutes les industries, comme la verrerie par exemple, où il est nécessaire d’obtenir dans un four une température élevée qu’on puisse maintenir constamment sans aucune variation, et en outre, ils permettent de réduire de beaucoup les dépenses de combustible, et meme de tirer paiti du charbon de mauvaise qualité. La question présente donc une importance considérable, c’est ce qui nous a engagé
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- à y revenir aujourd’hui, pour donner la description des régénérateurs de M. lleese, dont on pourra comparer la disposition à celle qui a été adoptée par M. Siemens, et que nous avons signalée déjà (voir la Nature, oct. 1877).
- Ces régénérateurs se composent de deux grandes tours verticales remplies de briques disposées en
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- Fig. 1. Coupe d’uu four Peniot pour la fusion de l’acier, muui des régénérateurs Reese.
- chicanes, de manière à ménager un vide presque égal au plein, comme on le voit sur la figure. Ces tours sont en relation avec un four à sole tournante, qui est le four Pernot, dont nous avons parlé déjà, et les gaz chauds qui s'en dégagent viennent se rendre successivement dans l’une ou l’autre de ces tours, par les conduites horizontales. Le massif des briques est partagé en quatre parties formant quarts de cercle, par deux cloisons diamétrales disposées perpendiculairement, et la communication reste ouverte entre elles seulement sous le dôme de la tour. Le massif de briques est supporté par autant de voûtes percées, à travers lesquelles s’opère le passage des courants gazeux.
- Le fonctionnement des générateurs s’établit alors de la manière suivante :
- L’un des générateurs est mis en communication avec le four pour recevoir les gaz brûlés, pendant que l’air et les gaz froids venant du gazogène traversent l’autre régénérateur préalablement échauffé. Les gaz chauds arrivant par les deux chambres voisines du four, traversent tous le massif des briques en chicanes, s’élèvent jusqu’au dôme et redescendent à travers les chambres extérieures pour aller sortir par les deux tuyaux d’échappement qu’on voit sur la figure au bas de la tour. Pendant ce trajet, ces gaz se sont débarrassés de la plus grande partie de leur chaleur au contact des briques qu’ils ont rencontrées en si grand nombre et qu’ils ont dû contourner dans leur parcours sinueux; aussi la température de sortie n’est-elle pas supérieure à 250°, tandis qu’à l’entrée, elle est de 1500° environ ; on voit donc qu’ils ont laissé ainsi les 5/0 de
- leur calorique. Au bout d’une demi-heure environ, les briques sont arrivées à la température même des gaz chauds; on renverse alors le courant, et les gaz brûlés sont admis dans l’autre générateur, qu’ils doivent réchauffer à son tour. L’air et les gaz froids venant du gazogène arrivent au contraire dans le premier régénérateur pour y récupérer, dans leur passage, la chaleur qu’il vient d’absorber. Ces deux courants pénètrent isolément par chacun des deux tuyaux extérieurs, ils s’élèvent en contournant les chicanes jusqu’au dôme et redescendent ensuite dans les chambres intérieures en restant toujours séparés jusqu’à la voûte du bas ; ils se mélangent alors librement et la combustion qui en résulte, dans ces conditions, détermine la grande élévation de température qu’on voulait obtenir.
- Le courant gazeux est renversé toutes les demi-heures environ, comme nous l’avons dit, et on restitue ainsi continuellement au régénérateur la chaleur soustraite par le passage du courant froid ; d’ailleurs,
- Fig. o. Vue extérieure du four et des régénérateurs Reese.
- l’énorme masse de briques qu’il renferme se maintient à une température à peu près constante et qui n’est pas inférieure à 600 ou 700°. Le régénérateur représenté a un diamètre de o mètres, et une hauteur de 10m,50. La construction des murs extérieurs et celle des cloisons n’exige pas moins de 40 600 briques, et celle des chicanes 20 580. La surface de chauffe est de 1120 mètres carrés pour les deux régénérateurs réunis. Elle est ainsi bien supérieure à celle qu’on donne habituellement en Europe aux régénérateurs ordinaires de M. Siemens. En outre, ces derniers sont habituellement construits à l’intérieur du sol et sous les fours mêmes ; tandis que la disposition préconisée par M. Reese et qui est identique d’ailleurs à celle des nouveaux appareils à air chaud des hauts fourneaux, présente l’avantage de faciliter les nettoyages et les réparations , et d’empêcher les accidents terribles et les explosions qui se produisent quelquefois lorsque lè métal liquide vient à pénétrer dans le régénérateur par des fissures cachées dans la sole.
- L. Raclé.
- Fig. 2. Élévation du régénérateur, et coupe transversale du four.
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- LA NATURE
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- LE DÊVIOSCOPE
- OU APPAREIL DONNANT DIRECTEMENT I.E RAPPORT QUI EXISTE ENTRE LA VITESSE ANGULAIRE DE LA TERRE ET CELLE D’UN HORIZON QUELCONQUE AUTOUR DE LA VERTICALE DU LIEU.
- Foucault a formulé le premier que la.rotation apparente du plan d’oscillation du pendule est proportionnelle au sinus de la latitude ; autrement dit, que le déplacement angulaire du plan d’oscillation est égal au mouvement angulaire de la terre dans le même temps, multiplié par le sinus de la latitude du lieu d’observation. Dans notre hémisphère, ce déplacement a lieu vers la gauche de l’observateur
- qui regarde le pendule; il a lieu vers la droite dans l’hémisphère austral.
- Si donc on désigne par n la rotation uniforme de la terre, la rotation autour de la verticale à une latitude / sera, n sin 1. — Dans une seconde de temps sidéral, cette rotation est 15" sin >, la rotation uniforme de la terre étant de 15 degrés par heure sidérale.
- Foucault est arrivé à la découverte de cette loi, à l’aide d’une ingénieuse hypothèse qui consiste à admettre que, quand la verticale toujours comprise dans le plan d’oscillation change de direction dans l’espace, les positions successives du plan d’oscillation sont déterminées par la condition de faire entre elles des angles minima. Autrement dit et en
- Fig. 1. Fig. 2.
- Le ilévioseope de M. G. Sire, représenté dans trois positions différentes.
- Fig. 3.
- langue vulgaire : lorsque la verticale sort du plan d’impulsion primitive, le plan d’oscillation la suit en restant aussi parallèle que possible.
- L’exactitude de celte loi du sinus de la latitude a été confirmée dans tous les lieux où la célèbre expérience de Foucault a été répétée; mais nulle part elle n’a reçu une consécration plus éclatante que dans la gigantesque installation au Panthéon, en 1851. Toutefois, la vérification de la loi en question à l’aide du pendule exige de nombreuses expériences faites à diverses latitudes. Or, l’impossibilité de faire cette vérification sans se déplacer, la difficulté le plus souvent de faire l’expérience dans un cours de physique, ont déterminé quelques savants à imaginer des instruments qui pussent indiquer artificiellement, et sur place, ce qui en réalité se produit aux diverses latitudes. On peut notamment citer Wheastone et de Silvestre.
- L’appareil que j’ai construit dans le même but,
- est plus complet que ses devanciers. Il permet de vérifier très simplement la loi en question, en ce que la disposition adoptée est une réalisation mécanique fidèle de l’hypothèse de Foucault.
- Cet appareil est représenté dans trois positions différentes, dans les figures 1, 2 et 3 ci-dessus; ces positions correspondent à l’expérience du pendule exécutée au pôle, à l’équateur, et à une latitude moyenne.
- L’appareil se compose (fig. 1) d’un trépied de fonte P, surmonté d’un axe d’acier qui supporte une sphère de métal ou de bois dur. Dans toutes les expériences, cette sphère reste fixe. Une armature cin? trée mm, sert de support à un petit système d’en-r grenages composé des trois roues A, B, C. La sphère et ces trois roues ont rigoureusement le même diamètre.
- La roue A est fixée à un axe d’acier sur le prolongement duquel est figuré le plan d’oscillation
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- d’un pendule fictif, par deux petites boules de laiton. C’est ce petit pendule que l’on peut établir aux diverses latitudes de la sphère, en déplaçant le système d’engrenages au moyen d’un mouvement de charnière existant sur le milieu de l’armature cintrée mm, et dont l’axe prolongé par la pensée, aboutit au centre de la sphère. Sur la partie supérieure de l’armature, existe un index qui se meut sur le cercle divisé d, ce qui permet de placer exactement le pendule fictif à une latitude quelconque. De cette façon, la verticale du pendule se déplace à volonté, suivant un meme méridien de la sphère eentiale.
- Les roues A et B sont dentées et engrènent ensemble. Quant à la roue C, solidaire avec la roue B, ce n’est en réalité qu’une roulette, au bord tranchant finement denté, destinée à rouler sans glissement sur la sphère, lorsqu’on fait tourner, dans le sens de la rotation terrestre, l’armature mm autour de l’axe vertical de l’instrument. Or, il est visible que dans cette rotation, la roulette C entraîne la roue B, puisque ces deux pièces sont solidaires sur
- Fig. 4.
- le même axe, toujours parallèle à la verticale du lieu d’observation ; par suite, la roue B imprime à la roue A une vitesse angulaire égale à la sienne, mais de sens contraire. D’autre part, comme l’axe de la roue A, dans la figure 1, est placé sur le prolongement du diamètre vertical de la sphère, figurant l’axe terrestre, tandis que la roulette G se meut sur l’équateur de cette même sphère, il en résulte que le plan d’oscillation du pendule fictif reste rigoureusement fixe par rapport aux objets environnants.
- De cette fixité on déduit aisément, à l’aide d’un cadran divisé b figurant un horizon polaire fixé au support tournant, et par une aiguille établie dans le plan d’oscillation, que ce plan semble se déplacer en sens contraire de la rotation de ce suppoit. On vérifie de la sorte qu’au pôle le déplacement du plan d’oscillation du pendule est égal au mouvement angulaire de la terre, mais de sens contraire, et que ce déplacement a lieu vers la gauche de l’observateur qui regarde le pendule.
- Pour vérifier ce qui se passe à l’équateur terrestre, on dispose l’appareil comme; dans la figure 2. On voit alors que le point de contact de la roulette G se trouve précisément au pôle de la sphère, et,
- partant, que le déplacement de tout le système autour de la verticale de l’appareil ne peut produire aucune rotation angulaire de cette roulette autour de son axe, et qu’il en est de même des roues B et A. On démontre ainsi que, à l’équateur, le plan d’oscillation du pendule n’éprouve aucun déplacement angulaire autour de la verticale, quel que soit l’azimut de ce plan.
- En lin, si l’on considère le cas de l’expérience du pendule exécutée à une latitude moyenne, l’appareil doit être disposé comme dans la figure 3. Dans cette disposition, la roulette C est astreinte à se mouvoir sur un parallèle de la sphère, dont la latitude est égale au complément de celle du lieu de l’observation, dès lors cette roulette imprime à la roue A uhe vitesse angulaire &>' = w sin 1, « étant son déplacement angulaire sur la sphère.
- Pour le démontrer, soient :
- PP' (fig. 4) la ligne des pôles de la sphère ; EE' l’équateur, et 1 la latitude du lieu.
- En faisant tourner le système de roues autour de la verticale de l’appareil, on voit facilement que les chemins parcourus par le point de contact b, sur la circonférence de la roulette G, et sur le cercle parallèle de rayon ab, sont respectivement w' Xbd et MXab.
- Or, ces chemins sont égaux, puisque la roulette G se meut sans glissement sur la sphère, on a donc : , ab
- La simple discussion de cette formule élémentaire fait voir que :
- 1° Quand l’expérience est faite au pôle, comme dans la figure 1, ab devient égal à o¥J — bd, par suite w' = w.
- 2U Dans le cas de l’équateur (fig. 2), ab est nul, «' est aussi nul.
- 5° Enfin, pour le cas de la figure 3; comme par construction bd — ob, la formule [I] devient :
- , ab
- w = w —t = w sin a, ob
- ou : w' = w sin
- G. Q. F. D.
- Georges Sire.
- RAVAGES DU SCOLYTE DES PINS
- EN SOLOGNE, EN 1880
- Un nombre considérable de plantations de Pins existent en Sologne ; c’est l’essence forestière par excellence des sols infertiles. 11 y avait à la fois des Pins sylvestres et des Pins maritimes. Ces derniers n’ont pu résister au rigoureux hiver 1879-1880, et, en 1880, les Pins sylvestres, les seuls qui restaient, ont été ravagés de la manière la plus grave par un insecte Coléoptère, qui a dù toujours exister en Sologne comme dans toute 1 Europe, mais qui n’avait pas encore appelé l’attention par la gravité de ses attaques. C’e.-t l’insecte appelé vulgairement le Scolyte des Pins ou le Piniperde.
- Les Scolytiens forment une tribu de Coléoptères voisine
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- LA NATURE
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- des Charançons, et qu’on peut à bon droit appeler les ravageurs des forêts. Tandis que les Anobies ou Vriiletles et les Lyctcs attaquent les bois morts et souvent ouvrés, en charpentes, frises de parquet, boiseries et meubles, les Scolytiens font leurs ravages sur les arbres vivants et en pied dans les bois. Seulement ils respectent volontiers les arbres jeunes et vigoureux, car l’instinct leur apprend que la sève abondante de ces arbres boucherait les galeries des larves et les ferait périr. Les femelles percent l’écorce et creusent dos galeries entre l’écorce et le bois, si visibles souvent sur nos bûches, et y disséminent leurs œufs. Les petites larves, aveugles, sans pattes et courbées, creusent des galeries embranchées sur celles de la mère et qui s’élargissent à mesure que la larve grossit; la configuration de la galerie principale et des galeries annexes offre de bons caractères des espèces.
- Le genre Hylurgus, Latreille, est constitué par des espèces de Scolvtiens qui n’attaq .ent que les Conifères. L'espèce la plus grande et la plus redoutable (celle de Sologne en 1880) est YHylurgus piniperda, Linn., ayant de 4 à 4,5 millimètres, d’un brun noirâtre, ou rougeâtre avec les élytres plus claires, très finement striées ; le corps, couvert de fins poils, est rugueux par ses petites aspérités; le rostre ou museau très court, mais tout le corselet en long tronc de cône, comme un groin, ce qui doit aider la femelle à faire son trou de ponte, à la façon d’une râpe, vu les aspérités. L’espèce n’a qu’une génération par an. Les adultes, qui ont passé l’hiver engourdis et cachés, s’envolent de bonne heure rn énormes essaims, de janvier à mars, suivant que l’on remonte du Midi au Nord, et s’abattent sur les arbres pour la ponte.
- C’est la multiplication des galeries de ponte et des galeries des larves qui occasionne des écoulements excessifs de sève ; ceux-ci par suite amènent le dépérissement et même la mort des arbres attaqués, sur d’immenses étendues de terrain. Les Ilylurges perforent donc, au premier printemps, les écorces des Pins sur pied et aussi des souches restées en terre, décelant leur présence par de petits tas de vermoulure rejetés des galeries; souvent la résine se concrète en tube autour des trous d’entrée. Ceux-ci sont obliques et la galerie de ponte s’étend en long sous l’écorce, sans entamer le bois; celte galerie prend une forme droite, après une petite courbe à l’entrée. Le développement des larves ne devient rapide qu’en mai, et les adultes prennent leur essor en juin et au commencement de juillet. Comme ces adultes provenant de la nouvelle génération doivent vivre jusqu’à l’hiver, où ils s’engourdiront, ils trouvent moyen d’être nuisibles d’une autre manière que les larves qui les précédaient. Ils cherchent un refuge et une nourriture dans les jeunes pousses de Pin de l’année et y creusent un canal en long. La jeune branche se flétrit et pend, prête à céder au vent. On dirait des coups de ciseaux donnés par ces jardiniers de la forêt, qui font souvent tomber les flèches du sommet des jeunes arbres.
- On ne peut songera détruire direclementles Hylurges, non plus au reste que les autres Scolytiens, à cause de leur extrême petitesse et du nombre prodigieux de leurs essaims ailés, que le vent transporte partout. Le meilleur moyen de diminuer leur nombre est de ramasser avec soin toutes les petites branches coupées par les adultes et jetées sur le sol par le vent, de les emporter et de les brûler. On pourra aussi, déplacé en place, abattre des Pins et les coucher dans les allées. Les Ilylurges, au printemps, iront pondre de préférence sur ces arbres-pièges, fortement affaiblis en raison de l'abattage. Bientôt, quand
- ils seront bien remplis de larves, on aura soin de les enlever et de les débiter loin de la forêt.
- Heureusement que des ennemis naturels viennent, au bout de quelques années, à détruire la très majeure partie de l'engeance funeste et à amener un équilibre, un mo-dus vivendi qui limite assez les ravages pour que les forestiers n’éprouvent pas de pertes graves. Il y a de petits Coléoptères de la tribu des Clériens, ressemblant d’aspect à une grosse Fourmi, les Tillus ou Thanasimus mutilla-rius et formicarius Linn., dont les larves font sous les écorces un grand carnage de larves de Scolytiens. Ces utiles espèces ne sont pas assez communes. Heureusement surtout que de très petits Hyménoptères térébrants, à abdomen pédicule, des tribus des Braconiens et des Chal-cidiens, s’introduisent en nombre immense dans les galeries de ponte des Ilylurges. Les femelles percent la peau des larves avec leur tarière et pondent un œuf par larve. 11 en sort une larve carnassière, qui ronge peu à peu les tissus de la larve de l’IIylurge, se transforme et éclot à la place de l’adulte. Ces enlomophages internes, mal à propos appelés parasites, sont le seul secours efficace des forestiers contre les Scolytiens, et on peut dire que, sans ces admirables et comme providentiels Hyménoptères, nous n’aurions pas de forêts. Ce sont eux qui, bientôt, ramèneront en Sologne l’équilibre détruit accidentellement par la mort des Pins maritimes, les Ilylurges ayant dû tous se rejeter sur les Pins sylvestres.
- Maurice Girard.
- LE TÉLÉPHONE DE POLICE
- ET LE SYSTÈME DE PATROUILLES A CHICAGO (ÉTATS-UMS)
- Le Scientific American nous apporte de curieux détails sur l’organisation du service de la police et de la surveillance à Chicago, service aujourd’hui remarquablement organisé et fonctionnant à la satisfaction générale; nous croyons devoir présenter l'ensemble du système à nos lecteurs en résumant les renseignements publiés par notre confrère à diverses reprises sur ce sujet intéressant.
- Dans chaque ville d’Amérique le département de la police a été des premiers à se servir des communications électriques établies dans un intérêt social et commercial ; mais la ville de Chicago tient la tête dans cette application de l’électricité et des communications télégraphiques ou téléphoniques et les considère comme un facteur essentiel du système de police, le plus important.
- Le but du système est double : augmenter d’une part la rapidité et l'efficacité des secours de police en cas d’urgence, diminuer d’autre part le nombre des patrouilles, et par suite, les dépenses qu’elles entraînent, en raison du personnel nombreux qu’elles nécessitent pour être utiles.
- Le besoin urgent d’un gardien ou d’un agent en un point particulier d’une ville est en général exceptionnel, et la tendance actuelle, en Amérique, est d’augmenter l’espace placé sous la surveillance de l’un d’eux. 11 en résulte que, lorsqu’un accident arrive, les agents sont presque toujours loin de l’endroit où leur concours serait nécessaire; les voleurs, qui connaissent bien cette particularité, en ti-
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- rent souvent profil pour troubler l’ordre et porter atteinte aux droits des citoyens.
- La remarque, pouvons-nous ajouter, n’est pas particulière à l’Amérique, et il en est de même à Paris. Pour parci à ces inconvénients, il faudrait augmenter dans de très grandes proportions le nombre des agents ; mais ce procédé est beaucoup moins économique que celui adopté à Chicago. Ce moyen consiste à faciliter et à rendre très rapide le système de police ; pour cela chaque homme en patrouille ou en surveillance est mis en relation, en moins d’un instant, avec la subdivision à laquelle il est attaché, ou, si cela est nécessaire, avec le poste de police d’un district et même le poste central. Chaque citoyen notable ou honorable peut aussi, en cas de besoin, appeler très rapidement la police en un temps très court.
- Voici maintenant la réalisation pratique du système.
- Des postes de police sont établis en certains points convenablement choisis de chaque district ; à chaque poste est adjoint une voiture, un cheval et trois hommes toujours prêts à partir.
- La voiture porte un brancard, des couvertures et les objets nécessaires pour recevoir et soigner une personne malade ou blessée, recueillir un enfant perdu, arrêter les personnes accusées de crime, etc. Les postes de police sont en relation téléphonique avec des stations d'alarme publiques ; semblables à des'guérites, et distribuées le long des rues, de distance en distance. Ces guérites sont juste assez grandes pour renfermer un homme et lui servir de retraite à l’occasion.
- Ces stations d’alarme s’ouvrent au moyen de clefs qu’on remet à tous les notables et honorables citoyens de la ville et à tous les agents de police.
- Pour empêcher l’abus, les serrures des stations d’alarme sont disposées de telle sorte que l’on ne peut plus retirer la clef une fois qu’elle est engagée dans la serrure ; les agents de police seuls peuvent le faire. Comme chaque clef porte un numéro
- d’ordre et que le concours d’un agent de police est nécessaire, la personne qui a donné l’alarme en ouvrant la guérite est ainsi obligée de se faire connaître; l’on évite de la sorte bien des dérangements inutiles, car les détenteurs ouvrent seulement lorsque le secours est nécessaire, et ne prodiguent pas les appels dans la crainte de se faire retirer la clef.
- On voit déjà par là que chaque citoyen concourt, par ce moyen, à la surveillance générale et tpie les secours ne se font pas attendre.
- Voici la série des manœuvres à effectuer : Dès que l’accident arrive, le citoyen le plus voisin possesseur d’une ciel, se dirige vers la boîte d’alarme la plus rapprochée, l’ouvre et fait le signal, comme nous l’indiquerons un peu plus loin.
- Aussitôt une escouade de trois hommes avec une voiture et un cheval arrivent au point d’où vient le signal. Si l’agent de police de garde se trouve près de la guérite, il ouvre la boîte et communique avec le poste de police à l’aide du téléphone qu’elle renferme.
- Lorsque la guérite est ouverte par un citoyen, celui-ci fait l’appel au moyen de l’appareil représenté séparément figure 1 ; cet appareil permet de transmettre onze indications différentes au poste central, en plaçant l’aiguille sur l’une ou l’autre, suivant la nature de l’alarme à donner. Voici ces indications :
- 1. Voiture de police. — 2. Voleurs. — 5. Violences. — 4. Émeute. — 5. Ivrognes. — 6. Meurtre. — 7. Accident. — 8. Violation de domicile. — 9. Rires. — 10. Essai de la ligne. — H. Incendie.
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- Fig. 1. Transmetteur des signaux pour les stations d’alarme à Chicago.
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- Pour donner un signal, l’appelant place l’aiguille sur le signal correspondant et appuie sur le levier représenté sur la droite de l’appareil (fig. 1). En lâchant le levier, l’appareil envoie au poste de police une dépêche conventionnelle indiquant le numéro du poste appelant et la nature de l’appel; le transmetteur est autokinétique; le récepteur est formé d’un télégraphe Morse ordinaire dont la bande est mise en marche automatiquement dès que le premier signal est envoyé.
- La figure 2 montre la disposition de la boite contenue dans la guérite; elle permet à l’agent de
- service de se placer en communication téléphonique avec le poste de police de son district pour des secours ultérieurs. Le parleur à charbon est disposé sur le couvercle même et se trouve ainsi tout naturellement à portée de la bouche lorsque la boîte est ouverte.
- La figure 3 représente le système fonctionnant à propos d’un accident ; le signal a été donné et l’on voit arriver, sur la gauche du dessin, la voiture de secours, pendant que le policeman dans la guérite d’alarme, explique au poste de police la nature de l’accident, son importance, etc.
- Fig. 3, Système téléphonique de police et de surveillance à Chicago.
- Voiture de police accourant au secours d'un hlessé et guérite d’alarme dans laquelle on voit un agent parlant au poste de police
- pour donner les détails de l’accident.
- Chaque heure ou chaque demi-heure, l’officier de ronde vient dans une des stations d’alarme et fait son rapport téléphoniquement au poste de police de son district, ce qui simplifie et facilite beaucoup le service. Le chef du poste peut ainsi diriger et régler son service sans dérangement.
- Le système de Chicago comporte aussi l’installation, dans le domicile particulier de chaque habitant et dans les maisons d’affaires, de boîtes de signaux analogues, avec ou sans adjonction de téléphone. Dans ce dernier cas, les indications se donnent sur le cadran, comme pour les postes d’alarme. Le poste de police a une clef placée sous scellés ouvrant le domicile de chaque abonné. Lorsqu'un appel de nuit est fait, — pour un vol avec effraction
- par exemple — le policeman répond à l’appel en prenant la clef de l’appelant au poste de police, et peut ainsi venir aussitôt saisir le voleur.
- Le nombre des stations d’alarme établies à Chicago est actuellement d’une centaine environ. 11 sera certainement, doublé avant la fin de l’année.
- Le système fonctionne pratiquement de la manière la plus satisfaisante ; le nombre des arrestations dans le district où il est appliqué a été augmenté, ce qui a diminué le nombre des crimes dans une proportion correspondante. Le premier établissement est peu coûteux et son entretien peu dispendieux; il paraît convenir plus spécialement dans les petites villes où le nombre des gardiens est relativement minime. A l’aide des boîtes d’alarme
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- placées chez les particuliers et des stations d’alarme dans les rues, on peut appeler du secours en quelques instants et permettre ainsi à un nombre d’agents relativement restreint de rendre les mêmes services qu’une police nombreuse.
- On voit par cette courte description du système d’alarme de Chicago, que l’initiative de chaque individu joue un rôle dans la sécurité générale et que tous contribuent au repos de chacun.
- Un service de police organisé sur une base semblable pourrait-il fonctionner en France et y rendre de réels services? La réputation de frivolité des Français permettrait d’en douter à première vue, mais en examinant le sujet de plus près, on peut affirmer que nous saurions vite apprécier la valeur pratique d’une semblable installation et nous formons le vœu que le réseau téléphonique à Paris, aujourd’hui si important, soit bientôt complété par un réseau de police téléphonique analogue à celui de Chicago.
- La sécurité des particuliers serait ainsi confiée, en partie du moins, à l'initiative privée : nous nous permettons de croire qu’on ne saurait la placer dans de meilleures mains.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire des îles de la Manche (Jersey, Guernesey, Àurigny, Serk), par Pegot-Ogier. 1 fort vol. in-8°. Paris, E. Plon et Cie.
- Ces îles anglaises peuplées de Français, que nos guerres de religion, nos révolutions et nos malheurs ont tant fait connaître, sont en réalité les plus vieilles républiques d’Europe, aussi singulières par leurs institutions que par leurs usages. L’auteur de cette étude, M. E. P. Ogier, tout en conservant la gravité qui convient à l’historien méthodique, a fait ressortir les événements considérables dont l’archipel a été le théâtre par une narration agréable, quelquefois dramatique et toujours intéressante.
- Le Nombre géométrique de Platon. Interprétation nouvelle, par J. Dupuis. 1 broch. in-8°. Paris, Hachette et Cie.
- Emploi de l'acide salicylique pour la conservation des denrées alimentaires. Avantages. Inocuilé. Protestations contre son interdiction. 1 broch. in-4°. Paris, imprimerie Chaix, 1881.
- Dictionnaire de Chimie pure et appliquée, par Ad. Wurtz. Supplément, 5e fascicule. Paris, Hachette et Cie.
- Maladies cancéreuses. Observations, par le Dr Gérard vos Schmitt. 1 vol. in-8°. Paris, 0. Berlhier, 1881.
- L'Homme et les temps quaternaires au point de vue des glissements polaires et des influences processionnelles,par Jules Perroche. 1 broch. in-8°. Germer Baillière et Cie, 1881.
- Nuovi Studi sulla poligenesi dei minerali, par L. Bom-bici, avec planches hors texte. 2 broch. in-4°. Bologna, 1880 et 1881.
- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de plantes LE SALISBURIA OU GINKGO
- (Suite. — Voy. p. 1 et 102.)
- ii. —Le Ginkgo tertiaire (Salisburia adiantoides Ung.).
- La première mention du Ginkgo européen tertiaire est due à M. Unger ; il le nomma Salisburia adiantoides par analogie au S. adiantifolia de Spiith, après l avoir observé dans les marnes à gypses de Sinigaglia. La formation de Sinigaglia, riche en empreintes végétales, est généralement rapportée à la partie récente du miocène. Les espèces caractéristiques qu’elle comprend présentent une association remarquable de formes, les unes exclusivement miocènes, les autres pliocènes, et dont plusieurs se distinguent difficilement d’espèces encore vivantes dont elles seraient les ancêtres. Je reviendrai plus loin sur cette fioré de Sinigaglia pour l’analyser avec soin; elle a été l’objet d’un grand travail, accompagné de planches nombreuses, dû à MM. Scarabelli et Massalongo, et elle nous traduit fidèlement le tableau de la végétation du midi de l’Europe à une époque où la chaleur tendait à diminuer, entraînant l’élimination graduelle des Palmiers et l’introduction de plantes forestières moins éloignées de celles de la zone tempérée boréale actuelle que dans l’époque immédiatement antérieure, correspondant à l’oligocène et à la molasse proprement dite. Œningen est l’expression la plus complète de cette dernière période, le miroir le plus fidèle de ce qu’était la flore européenne dans un âge où l’Océan découpait encore le centre du continent, joignant la vallée du Rhône à celle du Danube, où les palmiers, les cannelliers et les camphriers atteignaient, au Nord, le 50e degré de latitude. Mais après le retrait au moins partiel de celte mer, l’Europe tendit à devenir plus froide, les Palmiers s’éteignirent ou se retirèrent au sud des Alpes; de nouvelles formes d’un aspect moins exotique commencèrent à se montrer et à se multiplier, tandis que les types antérieurs cédaient à un mouvement de déclin, soit pour disparaître totalement, soit pour se réfugier dans le Midi. C’est à cet âge de transition que répond le niveau des plantes de Sinigaglia, niveau antérieur à celui des tufs de Meximieux et des cinérites du Cantal, mais qui néanmoins partage encore avec la flore de ces dernières localités un nombre considérable d’espèces communes. On pourrait même ajouter que ces espèces sont les plus saillantes, les mieux connues et les plus caractéristiques par suite d’indices de filiation directe qu’elles sont à même de fournir. On connaît du Ginkgo de Sinigaglia un certain nombre de feuilles, dont une seule (fig. 1, n# 4) se trouve bilobée. Celle-ci avait été distinguée, à tort, par Massalongo, sous le nom de Salisburia Procacci-nii. U s’agit bien cependant d’une espèce unique dont
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- les feuilles étaient, il est vrai, plus généralement entières, mais il faut remarquer ici que celles du Ginkgo actuel sont loin d’être constamment lnlo-bées. Le pied femelle du jardin botanique de Montpellier m’a paru exclusivement pourvu de feuilles entières, du moins sur les rameaux que M. le professeur Martins avait bien voulu me commuiquer.
- En comparant les plus intactes des feuilles du Ginkgo de Sinigaglia avec celles de l’arbre de Montpellier (comparez lesfig. l,nos 1 et2,à la fig. 4, n°2), on ne saurait reconnaître de différences d’aucune sorte, sauf que les organes fossiles paraissent avcir eu une dimension un peu moindre en moyenne que celle des parties correspondantes de l’espèce vivante, agrandies peut-être par le seul eflet de la culture. La base du limbe, sa terminaison, les franges ou sinuosités de son pourtour supérieur, le nombre et la direction des nervures flabelh'es-di-chotomes, tout est si pareil de part et d’autre, que l’on ne saurait douter réellement de l’identité des deux espèces, et ne pas admettre que la race chinoise encore vivante ne soit une descendance presque sans modification ou très faiblement modifiée de la race tertiaire.
- Ce serait pourtant commettre une erreur que de vouloir admettre que le Ginkgo biloba chinois ou japonais soit dérivé directement du Ginkgo fossile de Sinigaglia. La race tertiaire européenne n’a pas quitté notre sol pour aller s’implanter dans le nord de la Chine ; elle s’est éteinte en Europe à un moment donné de l’âge pliocène, tandis qu’elle se maintenait, à l’exemple du Glyptostrobus, dans l’extrême orient de l’Asie. Par une circonstance des plus heureuses, nous sommes même en mesure de fournir les preuves de cette persistance, et par conséquent de l’existence ancienne du Ginkgo dans ce périmètre du continent asiatique, dont la Chine et le Japon font eux-mêmes partie. Si, au lieu de s’éteindre, le Ginkgo avait continué à habiter l’Europe, il en serait maintenant de lui comme du hêtre; il aurait revêtu sans doute à la longue quelques nuances différentielles qui lui auraient communiqué une physionomie particulière, et il constituerait par cela même ce que l’on nomme une race locale ou sous-espèce. Il aurait reçu un nom à ce titre, et il en serait de ce Ginkgo européen supposé ce qu’il en est du Fagus Sieboldii Endl. ou Hêtre japonais, comparé à notre Fagus sylvatica européen (lig. 2). Les divergences qui les séparent sont en réalité tellement faibles, elles se prêtent si peu à une définition que si le Fagus Sieboldii avait été rencontré en Europe au lieu d’avoir été observé au Japon, il est douteux qu’il eût réussi à attirer l’attention des botanistes, et qu’il eût été signalé, même à titre de simple variété. Les lacinies de l’involucre, linéaires et longuement atténuées en une pointe molle et foliacée, se retrouvent fréquemment dans notre Fagus sylvatica, particulièrement dans les races de l’Asie Mineure, et les feuilles, dentées sur les bords et pointues au sommet, ne sont pas rares
- chez le hêtre d’Europe. Un résultat pareil aurait eu lieu pour le Ginkgo, s’il avait survécu sur notre continent, et les différences, même en s’accentuant quelque peu, auraient eu tout juste assez de valeur pour justifier l’établissement d’une sous-espèce, à peine distincte du G. biloba de Kæmpièr. L’ancêtre direct du Ginkgo biloba a été heureusement découvert par M. Heer dans la flore tertiaire de l’îlc Sa-chalin. — L’île Sachalin ou Saghulien est une terre étroite qui court du Sud au Nord dans la direction du 14e degré de longitude Est, du 46e au 54e degré parallèle. Séparée au Sud par le détroit de La Pérouse de la plus septentrionale des îles de l’Archipel japonais, celle d’Yeso, elle s’étend sur une longueur de plus de 200 lieues avec une largeur maximum de moins de 20 lieues. A l’Ouest, une étroite passe, nommée la Manche de Tatarie, la sépare de la côte opposée «le la Mantchourie. C’est dans cette passe, que le navigateur russe Krusen-stern a cru interrompu par un isthme, que le fleuve Amour ou Saghalien vient se jeter dans un petit golfe, après avoir arrosé la Mantchourie tout entière, dont la capitale, « Sakalien-Oula-Khoton », est assise sur ce fleuve un peu au delà du 50e degré de latitude Nord.
- L’île Saghalien a été occupée tour à tour ou simultanément par les Chinois, les Japonais et les Russes, qui y ont établi des postes et des colonies. Elle est traversée dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes, dont les roches primitives sont recouvertes, çà et là, le long des plages, par une formation appartenant, à ce qu’il paraît, à l'horizon de la craie cénomanienne, et sur laquelle s’appuient de riches dépôts tertiaires. Ces dépôts, rapportés au miocène par M. Heer, à qui nous empruntons ces détails, consistent en grès, en schistes argileux qui renferment sur divers points de l’argile ferrugineuse et des bancs de lignite, avec des empreintes végétales. C’est par l’intermédiaire des Russes établis au port Hui et à Mgratsch, points situés, le premier un peu au sud, le second un peu au nord du 51e degré, et grâce aux soins actifs du professeur Nordenskiôld, que ces plantes' fossiles ont été recueillies. M. Heer, qui les a examinées et décrites le premier, en parle de la manière suivante1 :
- « Toutes les plantes à moi connues, recueillies jusqu’à présent dans les dépôts de Sachalin, offrent le même aspect. La roche qui les renferme n’a rien qui ait été de nature à favoriser leur conservation ; nous avons bien vu un nombre assez considérable de larges et belles feuilles provenant de Dui et aussi de Mgratsch, ainsi qu’un coup d’œil jeté sur nos figures suffit pour le prouver, mais beaucoup d’autres nous sont arrivées à l’état de fragments, en partie à cause de la cassure irrégulière de la roche, mais en partie aussi parce que ces feuilles étaient endommagées avant le moment où elles furent en-
- 1 Miocene Flora d. Insel Sachalin, p. 3.
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- traînées au fond des sédiments. Çà et là, la roche est recouverte de débris de plantes, comme si les eaux courantes d'un lleuve les avaient charriées. Sur les plus grosses plaques cependant se trouvent assez fréquemment des feuilles d’une belle conservation, réunies plusieurs ensemble. Sur une plaque semblable que nous avons eu soin de figurer, on remarque des feuilles d’espèces différentes accumulées en désordre. — A Mgratseh, les feuilles sont généralement d’un brun jaunâtre ou colorées en brun, et elles ressortent à peine sur le fond de la roche, tandis que celles de Dui affectent une teinte foncée ou même presque noire. Les empreintes provenant de Dui et de Mgratseh représentent sans doute des feuilles entraînées en automne du sein des forêts et qu’un lit de séd’ment est venu recouvrir dans le fond des eaux. La rareté des fruits a quelque chose de surprenant en soi ; ceux d’un érable, d’un prunier et d’une plante de la famille
- des Cypéracées sont les seuls qu’il m’ait été donné d’observer. Comme les peupliers, les ormeaux, les bouleaux et les charmes mûrissent leurs fruits en été, ces fruits se montrent rarement dans les dépôts d’automne. Par contre, on devait s’attendre à rencontrer des fruits de hêtres, de noisetiers, de chênes et de noyers. Il est remarquable que toutes les plantes aquatiques fassent défaut, et parmi les végétaux qui fréquentent les marécages, deux Graminées seulement et un petit nombre d’arbres ou d’arbustes peuvent être signalés. Les mollusques d’eau douce manquent également. Les couches de lignite, si répandues le long de la côte occidentale, autorisent la supposition de l’ancienne existence de vastes marais tourbeux; mais aucun indice probant, tiré du monde organique, n’est encore venu appuyer l’hypothèse de la présence de bassins lacustres. En fait d’arbres et d’arbustes, amis des localités humides et tourbeuses, on doit signaler le Taxodium,
- Fig. 1. — Ginkgo tertiaire de Sinigaglia, Salisburia adiantoides Ung. ; ieuilles diverses. — 1 à 5, feuilles à bords entiers. 4, feuille bilobée de la même espèce signalée par Massalongo sous le nom particulier de Salisburia Procaccinii. — Fig. 2. — Races de hêtres, européenne, japonaise et miocène, comparées. — 1, Fagus sylvatica L., forme ordinaire d’Europe. 2, variété de la même espèce dentée. 3, Fagus Sieboldii Endl., hêtre actuel du Japon. 4 et 5, Fagus Marsigli Mass., hêtre miocène de Sinigaglia, localité où il était associé au Ginkgo tertiaire d’Europe, comme le Fagus Sieboldii l’est actuellement au Ginkgo biloba du Japon.
- les peupliers, saules, bouleaux et aulnes ; mais d’autres végétaux qui croissent de préférence sur un sol relativement accidenté, se montrent associés aux premiers. C’est ce qu’il est permis d’affirmer en constatant la présence répétée des charmes, châtaigniers, hêtres, noisetiers, ormes, noyers, ma-gnoliers et tilleuls, comme enfin, de celle^des Séquoia et du Ginkgo. »
- M. Heer fait plus loin ressortir avec pleine raison la liaison curieuse qui rattache la flore miocène de Saghalien à celle de la zone arctique à la même époque. La proportion des espèces possédées en commun par les deux régions s’élève à 56 p. 100 du nombre total. De nos jours également, l’île de Saghalien partage avec la flore arctique actuelle une partie notable de ses espèces (51 p. 100), mais ces espèces polaires se montrent surtout dans le nord de l’île, tandis que dans la partie sud de la région, on voit apparaître de nombreuses espèces japonaises, dont beaucoup s’avancent jusqu’au port « Dui ». Autrefois, de même que maintenant, on devait observer dans la végétation miocène de Saghalien le même
- assemblage de formes venues de l’extrême Nord et d’autres remontant du Sud. Les attenances avec la région japonaise constituent un courant favorable aux émigrations qui explique très bien la présence simultanée du Ginkgo daîns la flore de Saghalien et dans celle du Groënland, lors du miocène. Il s’agit de 'formes que l’Europe tertiaire possédait aussi pour la plupart au temps où s’opéraient les dépôts de la mer deMoltasse; ces formes, le Groënland du même âge et le Spitzberg lui-même, non encore envahis parles glaces, les comprenaient également. Mais au 5 Ie degré, dans la flore fossile de Saghalien, à ces espèces aux feuilles généralement caduques se joignaient uneCycadée près de s’éteindre (Nilsso-nia serotina Hr.), un Smilax (S- grandifolia Ung.), un Magnolia (M. Nordenskioldi Hr.), plusieurs Myricées à feuilles coriaces (Myrica lignitum Ung., M. solida Hr.), une Sapindacée (Sapindus defunctus Hr.), enfin une Laurinéc offrant le type des Cannelliers (Cinnamomum Scheuchzeri Hr.). Si l’on fait attention que la viorne, le Ginkgo, le cannelier de Saghalien sont des formes nettement
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- japonaises et qu’une Cycadée (Cycas révolu ta) est encore indigène des parties méridionales de l’Archipel, où elle est associée au cannelier (Cinnamomum pedunculatum Thb.) est au camphrier (Camphora ofjxcinarum Nees), si l’on tient compte, d’autre part, des analogies tirées du hêtre, du chêne (Q. Olafseni Ilr.), du principal peuplier (Populus latior Hr.), de l’érable le mieux connu, des Taxodium et Séquoia, dont les homologues actuels habitent la partie tempérée de l’Union américaine, on arrivera à cette conclusion qu’une pareille association nous reporte, en considérant l’ordre actuel, environ 15 degrés plus loin vers le Sud, vers le 55e degré parallèle, qui passe près de Nipon et touche la pointe méridionale de la Corée.
- Quittons l’Asie maintenant pour nous transporter sous une latitude sensiblement rapprochée de celle du dépôt miocène de Saghalien, non loin de Dantzig (53 à 54° lat. N.), sur la côte sud de la Baltique,
- dans ce que l’on nomme la « région de l’ambre »; nous verrons encore le Ginkgo tertiaire mentionné par M. Heer sur un horizon géognostique correspondant à celui des lits tertiaires de Saghalien et qui plus est accompagné en partie des mêmes formes caractéristiques (Taxodium, Séquoia, Cinnamomum Scheuchzeri, Populus Zaddachi et latior, Acer trilobatum, etc.).
- Il est donc certain que le Ginkgo tertiaire, vers le commencement du miocène, existait simultanément sur deux points séparés l’un de l’autre par 120 degrés de longitude, bien que sous une latitude presque semblable. Depuis lors, le Ginkgo tertiaire de Saghalien a dû cheminer du Nord au Sud, pour gagner de proche en proche les points de la Chine septentrionale et du Japon, où il a réussi à se maintenir.
- En Europe, le Ginkgo tertiaire avait suivi la même marche, puisque, après l’avoir rencontré dans
- Fig. 3. Fig. 4.
- Fig. 3. — Espèces caractéristiques de la flore miocène de Saghalien. — 1, Smilax grnndifolia Ung., feuille restaurée. % Nilssoma sero-lina Hr., fragment de fronde. 3, Cinnamomum Scheuchzeri Hr., fragment de feuille. 4, Viburnum Schmidtianum Hr., feuille. — Fig. 4. — Ginkgo tertiaire de la flore miocène de Saghalien, Salisburia adiantoides de Unger et de Heer. — 1-3, feuilles entières sur les bords à comparer avec celles de la figure 1, n°‘ 1 à 3. 4, autre feuille atténuée en coin constituant une variété nommée d’abord Sali;-buria borealis par Heer.
- la région de l’ambre, à l’époque du miocène inférieur, vers la fin de cette même période on le retrouve à Sinigaglia, au cœur de l’Italie (45e degré lat. N.). Il est vrai que moins heureux que son compagnon de l’extrême Asie, il a depuis entièrement disparu du sol de l’Europe ; il n’en est pas moins intéressant d’examiner les caractères de l’association végétale dont il faisait partie à ce moment, avant de le perdre entièrement de vue, soit qu’il se soit éteint peu de temps après l’âge des dépôts de Sinigaglia, soit que (ce qui semble plus probable) le type du Ginkgo ait prolongé son existence en Europe jusque dans le pliocène assez avancé.
- Les formes principales servant de cortège au Ginkgo, dans la flore de Sinigaglia, étaient presque toutes destinées à être éliminées de notre continent; mais elles se montrent en même temps alliées de si près à des espèces encore vivantes et spontanées en dehors de l’Europe, soit en Amérique, soit aux Canaries, soit enfin sur divers points de l’Asie, qu’on est porté invinciblement à considérer ces formes prématurément éteintes comme des sœurs
- aînées de celles qui leur ont survécu. Quelques-unes cependant, légèrement modifiées, ont persisté sur notre sol et vivent encore sous nos yeux. Je vais citer des exemples choisis dans l’une et l’autre de ces deux catégories, en commençant par la seconde.
- A Sinigaglia, le Smilax actuel, Smilax aspera L., est représenté par une forme nommée, S. sagit-tefera par Massalongo. Le Cercis Virgiliana Mass, répond au gaînier actuel, Cercis siliquastrum L. Le Tilia Mastaiana Mass, diffère fort peu du Tilia microphylla d’Europe. On reconnaît sans peine dans la flore de Sinigaglia la présence des formes méridionales, encore existantes en Espagne, en Italie et en Grèce, de Y Acer opulifolium Vill. Enfin il est visible que le hêtre de Sinigaglia (voy. fig. 2, nos 4 et 5), sous les noms multiples que prodigue l’auteur à ses moindres variétés, représente le type ancestral direct de notre Fagus sylva-tica, que les cinérites du Cantal nous montrent, se rapprochant graduellement de celui-ci, lui confinant presque et s’écartant peu à peu de la souche primitive. Cette souche est constituée en Europe, lors
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- du miocène inférieur, par le Fayns pristina Sap., lui-même à peine distinct du Fagus ferruginea d’Amérique qui reproduit encore sous nos yeux les traits caractéristiques de son prédécesseur.
- Les formes de Sinigaglia encore aujourd'hui vivantes, mais devenues exotiques et assimilables par ce côté au Ginkgo lui-même, sont tout aussi nombreuses. Je me contenterai de citer parmi elles les Taxodium et Séquoia, puis le tulipier et le sassafras, qui sont restés américains; le liquidam-bar et le platane plus rapprochés des espèces des États-Unis que de celles de l'Asie antérieure ; enfin, Y Acer lœtum G. A. Mev, décrit par Massalongo sous le nom d’A. integrilobum, et le Que rem pseudo-castanea Mass., qui me paraît ne pas devoir être distingué du Quercus Mongol ica. On voit par cette énumération que le Ginkgo n’a pas succombé isolément, mais que tout un cortège de types végétaux aujourd’hui étrangers à l’Europe en ont été exclus en même temps que lui. Le fait de cette extinction est indubitable, bien que la date précise de son accomplissement n’ait pu encore être déterminée. — Mais d’où venait le Ginkgo dont nous venons de constater la présence simultanée sur deux points aussi écartés l’un de l’autre que la région bal tique et l’île Snghalien, vers la fin du miocène? On ne saurait le dire, si par bonheur les mystères de l’ancienne végétation polaire n’avaient été percés de nos jours.
- Le marquis de Saporta,
- Correspondant de l'Institut.
- — La suite prochainement. —
- Société française de Physique. — Séance du 1er avril 1881. — Présidence de M. Cornu. — M. Mer cadier communique à la Société la suite de ses recherches sur la radiophonie. Il a étudié l’action de la lumière intermittente sur le sélénium, et s’est assuré que l’effet était dû aux radiations lumineuses et non aux radiations thermiques. Les récepteurs sont formés de deux rubans en cuivre mince séparés par du papier parchemin ; ils sont enroulés en spirale et fortement serrés par des vis ; les deux rubans s’attachent aux deux fils d’un téléphone. La surface est limée et polie ; pour la sélénier, on la chauffe sur un bec Bunsen, et on la frotte avec un crayon de sélénium. Les récepteurs sont assez sensibles pour être exposés aux diverses parties d’un spectre. Le spectre tombe sur un écran percé d’une fente de 2 millimètres, derrière laquelle est une lentille cylindrique qui fait converger les rayons sur le récepteur. L’intensité des sons produits est laible dans le bleu, maximum dans le jaune et nulle au delà du rouge. — M. Mascart décrit un élec-tromèlre dont les indications sont inscrites par la photographie, grâce à l’extrême sensibilité du papier au gélatino-bromure. C’est un électromètre Thomson, le miroir est plan et la cage de l’appareil porte une lentille plan-convexe. Les rayons réfléchis sur la face plane de la lentille donnent sur le papier sensible une ligne qui correspond au zéro de l’appareil. La source lumineuse est très petite et consiste en une lampe dit gazogène. M. Mascart décrit le dispositif adopté pour marquer les heures sur la
- feuille de papier sensible. Les photographies mises sous les yeux de la Société, par M. Mascart, metlent en évidence le fait déjà signalé par lui que le potentiel atmosphérique est plus élevé et plus régulier la nuit que le jour. Ce résultat est en contradiction formelle avec les données anciennes relatives à l’électricité atmosphérique; la différence est donc expliquée par le défaut d’isolation des anciens appareils; les indications qu’ils fournissaient étaient plutôt relatives à leur état d’isolation qu’à l’état électrique de l'atmosphère. M Mascart fait remarquer combien il est avantageux pour les appareils magnétiques d’employer des aimants de petites dimensions, et présente un bifilaire dont l’aiguille n’a que 5 ou G centimètres de longueur. L’aimant porte un miroir concave de 50 centimètres de foyer et une mire d’ivoire, divisée en 1/2 millimètres, est placée au foyer du miroir ; on observe avec une lunette réglée à l’infini; on peut ainsi apprécier 10". Pour trouver la composante horizontale en valeur absolue, il suffit de placer l'aimant auxiliaire à 0m,00 ; avec ces faibles dimensions des barreaux, les termes du 5e degré disparaissent. Ces appareils de petites dimensions s’induencent très peu les uns les autres, ce qui facilite l’établissement des observations magnétiques.
- — M. de Mersanne présente son régulateur électrique.. Le mouvement d’horlogerie qui détermine le rapprochement des charbons est embrayé par la palette d'un électro-aimant boiteux placé en dérivation sur le circuit, et qui par suite fonctionne lorsque le courant principal s’affaiblit par un trop grand écartement ; les charbons peuvent alors se rapprocher. Pour l’allumage, un second électro-aimant placé dans la même dérivation, n’agit que si le courant passe entièrement dans la dérivation ; il tend alors à rapprocher les charbons. Quand les charbons sc touchent, l’armature de cet électro-aimant retombe et produit l’écait. Les charbons sont très longs, mais sont guidés par des galets de manière à n’avoir qu’une faible résistance. — M. Àngot présente, au nom de MM. Richard frères, le baromètre et le thermomètre enregistreurs, dont nous avons donné la description (voy. n° 403, du 5 mars 1881, p. 220).
- Société géologique de France. — Séance du 21 avril 1881. — Présidence de M. de Lapparent.— M. Lemoine met sous les yeux de la Société les restaurations de plusieurs types vertébrés de la faune éocène inférieure des environs de Reims. — M. Morière représente une plaque recueillie dans la grande oolithe de l'Orne, sur laquelle se trouvent réunis cinq Apiocrinus et trois Mil-lecrinus avec leurs bras. On y reconnaît les types de l’Apocrinius elegans et A. Parkinsoni, avec les passages de l’une à l’autre espèce. — M. de Sarran d’Allard donne lecture d’une étude de M. Jeanjean sur l’oxfor-dien, le corallien et le néocomien inférieur dans les Cé-vennes. — M. Rey Lescure fait une communication sur les observations faites par lui dans un voyage en Espagne.
- — M. Pillet présente un essai de carte articulée de la Savoie occidentale, indiquant à l’aide de coupes inscrites sur le revers de cartons mobiles la superposition et l’inclinaison des couches.
- Séance du 25 avril 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. Bioche analyse une note de M. Pillet sur les couches à- Apiychus de Lémenc. — M. A. fiaudry présente au nom de M. Amegluno un ouvrage en deux volumes, qui a pour objet l’élude de l’antiquité de l’homme dans la l’iata. M.Ameghino regarde comme impossible de douter que l’homme ait vécu avec plusieurs des animaux fossiles de l’époque pampéenne : Maslodon,
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- Toxodon, Mylodon, Schistopleurum, Panochlus, etc. 11 prétend même que les grandes carapaces des Glyptodontes ont été utilisées par l'homme comme abris. Pour lui, l’époque pampéennc est pliocène et non quaternaire. C’est seulement dans les couches supérieures que l’on trouve des espèces identiques avec les formes actuelles ; dans les aulres couches, non seulement les animaux sont tous d’espèces éteintes, mais encore il y a des genres spéciaux. On a supposé le terrain pampéen de formation récente, parce qu’on a cru y avoir rencontré des coquilles marines d’espèces actuelles; mais M. Ameghino n’y a jamais vu de coquilles marines, bien qu’il ait parcouru les pampas dans toutes les directions. — M. Gosselet rappelle les divisions qu’il a établies dans les schistes dévoniens supérieurs des environs d’Àvesnes et de Chimai. — M. Fontannes résume une note intitulée : Sur la position stratigraphique du groupe de Saint-Ariès, dans le bas Dauphiné septentrional et particulièrement aux environs de Hauterives (Drôme). — M. Douvillé communique à la Société de la part de M. Guillier une Note sur les lingu-les du grès armoricain de la Sarthe, avec descriptions et figures des espèces, par M. Ch. Davidson. »
- CHRONIQUE
- Dégagements de gaz combustible dans un lac. — On lit dans Nature, de Londres, le’ fait suivant, que reproduit le journal les Mondes : « Pendant les derniers froids, le lac Ken, dans le Kirkcubrightshire, fut pris par la gelée à la grande joie des patineurs. Çà et là, cependant, près des bords, de petits espaces résistèrent plus longtemps à la gelée, et ne se couvrirent finalement que d’une couche fort mince de glace, devenant très dangereuse pour les patineurs. H en sortait un dégagement de gaz, et quand la première couche de glace ful'formée, une personne eut la figure dangereusement brûlée pour avoir percé un petit trou dans cette croûte légère et avoir mis le feu avec une allumette, au gaz qui s’en échappait. Au bout d’un certain temps, le gaz parut perdre de sa faculté de combustion, et l’expérience put être répétée impunément. Chaque fois qu’on perçait un trou, on n’obtenait plus qu’une légère flamme. »
- Une découverte remarquable, lisons-nous dans le journal Ciel et Terre, a été faite récemment en Angleterre par M. À. Adams, l’un des fonctionnaires du Département des Dostes et Télégraphes. M. Adams a constaté l’existence de marées électriques dans les lignes télégraphiques. Grâce à des observations poursuivies pendant longtemps et avec soin, il est parvenu à déterminer des variations d’intensité dans les courants terrestres qui se produisent invariablement sur tous les circuits télégraphiques, variations qui sont en relation avec les différentes positions diurnes de la Lune par rapport à la Terre. Cette nouvelle si elle se confirme nous parait offrir une importance considérable, nous en laissons jusqu’à nouvelle information, la responsabilité à notre confrère de Bruxelles.
- — Le gouvernement chinois s’est décidé à organiser en Chine un réseau téléphonique. Les difficultés particulières que présente l’écriture chinoise, avaient été jusqu’ici un obstacle au développement de la télégraphie électrique dans le Céleste Empire; avec le téléphone ces difficultés se trouvent très heureusement supprimées.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 mai 1881. — Présidence de M. Wuutz.
- Magnétisme terrestre. — Une lettre de M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique, informe l’Académie des préparatifs faits pour aller étudier le magnétisme terrestre dans les régions polaires. Tandis que les diverses nations de l’Europe et les États-Unis ont choisi des stations autour du pôle boréal, la France compte s’établir dans les iles du cap Horn. Des crédits vont être dans ce but demandés aux Chambres «1 l’expédition partira sur le même bâtiment où prendront place les astronomes désignés pour l’observation du passage de Vénus. A cette occasion, M. Dumas annonce que la lettre récemment adressée de Londres au sujet des préparatifs de l’expédition astronomique, et dont nous avons antérieurement parlé, a été soumise à une commission. La conclusion est qu’on ne peut s’entendre par correspondance. MM. d’Abbudie et Tisserant partiront prochainement pour Londres, afin de conférer avec les astronomes d’oulre-Manche, et ils inviteront leurs collègues anglais à venir visiter l’Observatoire de Paris.
- Vignes chinoises. — A son retour de ses savantes excursions dans l’Empire du Milieu, M. Armand David a donné à M. Romanet des graines appartenant à deux espèces nouvelles de vignes. Ce sont des végétaux spontanés en Chine, et qu’on n’y soumet à aucune culture. L’un d’eux est épineux et croît à 3500 mètres d’altitude; l’autre est propre aux terrains exclusivement granitiques. Le fruit de ces deux vignes est mangeable et fournit un vin dont le goût rappelle celui de la framboise. L’auteur en transmet des pépins, afin qu’on puisse s’assurer si l’ac-climalation en est possible en France. Les graines sont confiées, comme il convient, à M. Decaisne.
- Nouvelle propriété des terres alcalines. — Si, à la pression ordinaire et à la température de 150 degrés, on fait passer de l’acide carbonique sur de la chaux vive, la combinaison a lieu, d’après M. Raoult, avec une telle énergie, que la substance devient rouge de feu. Dans les mêmes conditions, la baryte et la strontiane atteignent le rouge blanc. La température dégagée est, pour la chaux, de 000 degrés, pour la strontiane de 1050, et pour la baryte de 1200.
- Densité des gaz liquéfiés. — On se souvient des expériences par lesquelles M. Pictet a tenté de déterminer la densité de l’oxygène, de l’hydrogène et de l’azote liquides. MM. CaCletel et llaulefeuiile les ont beaucoup simplifiées en opéranl, non plus sur ces gaz pris à l’état pur, mais préalablement mélangés avec l’acide carbonique ou le protoxyde d’azote. La liquéfaction du mélange est, on le sait, relativement très facile, et comme oa connaît la densité de l’acide carbonique et celle du protoxyde d’azolo, la densité des gaz étudiés est facilement déterminée. La conclusion est que si on fait les mesures à une température très basse, les résulta .s sont favorables aux rapprochements déjà proposés de l’hydrogène et du magnésium, de l’oxygène et du soufre, de l’azote et du phosphore. Mais à mesure qu’on se rapproche de zéro, des écarts considérables se produisent ei s’accentuent de plus en plus.
- Perfectionnement du photophone. — On dépose la copie d'un mémoire lu le 21 avril dernier à l’Academie de Washington par M. Graliam Bell. Celui-ci est parvenu maintenant à entendre un son en appliquant l’oreille sur une substance quelconque échauffée par un rayon de
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- lumière intermittent. Le son, quant à sa hauteur, dépend exactement du nombre des intermittences et non pas de la nature de la matière. Une nouvelle disposition permet de transmettre, non seulement les sons musicaux, mais aussi la parole articulée, et M. Graham Bell cause avec son collaborateur, M. Tainter, à 40 mètres de distance, sans employer ni l’électricité, ni le sélénium. Ayant soumis au spectroscope le rayon lumineux réfléchi par le miroir du photophone, M. Bell y a reconnu de véritables raies dont les unes transmettent les sons, tandis que les autres ne les transmettent pas. La spectrophonie vient donc se ranger dorénavant à côté de la spcctroscopie.
- À la suite de cette communication, M. le Secrétaire perpétuel lit une note de M. Mercadier relative à un thermophone transmettant également, à 20 mètres, la parole articulée. M. Cornu, qui a assisté aux expériences de notre compatriote, donne à leur égard d’intéressants détails.
- Élection de correspondant. — Le décès de M. Kuhl-mann (de Lille) a laissé vacante une place de correspondant dans la section d’économie rurale. 41 voix sur 48 votants désignent pour le remplir M. P. de Gasparin. M. de Monzè et M. Grandeau réunissent chacun 5 suffrages; il y a un billet blanc.
- Conférences de la Sorbonne. — M. Milne Edwards dépose sur le bureau, de la part de l’auteur, un volume intitulé : Conférences de l'Association scientifique de France à la Sorbonne pendant les années 1878-1880; comptes rendus analytiques et critiques, par Henri Gri-gnet. Cet ouvrage, écrit avec beaucoup de charme et de compétence, résume trente-neuf conférences sur les sujets les plus variés. Nul doute qu’il obtienne un très vif succès.
- Varia. — M. Maurnené décrit un appareil propre à l’analyse des gaz. — Dans la salle des Pas-Perdus, M. Yinot fait fonctionner une lunette, inventée par M. Caussin, et qui paraît devoir contribuera l’œuvre de vulgarisation de l’astronomie poursuivie avec tant de dévouement par le directeur du Journal du Ciel. — L’action de la lumière sur le bromure d’argent fournit à M. Georges Noël le sujet d’intéressantes expériences. — M. Bailhaut, directeur de l’Observatoire de Toulouse, a étudié les satellites de Saturne. — D’après M. Barthélemy, les mouvements spontanés des plantes doivent être rattachés à des phénomènes de tension hydrostatique. — MM. Cahours et Étard font connaître les produits de l’action du sélénium sur la nicotine.
- Stanislas Meunier.
- ILLUSIONS DU TACT
- Un de nos lecteurs nous a récemment rappelé l’expérience que représente la figure ci-contre, et que presque tout le monde connaît depuis l’époque du collège. On place le médium de la main pardessus l’index et on touche avec les deux doigts, ayant pris la position indiquée par notre gravure, une bille ou une boulette de mie de pain. Dès que le contact est établi, on éprouve la sensation que donnerait le toucher de deux billes ou de deux boulettes isolées. Nous le répétons, cette illusion du tact est très connue; mais son explication l’est beaucoup moins. Un savant professeur de sciences
- nous l’a récemment donnée dans des termes très précis que nous reproduisons.
- Dans la position normale des doigts une même boule ne peut toucher en même temps les côtés extérieurs de deux doigts voisins.
- Quand on croise les doigts, les conditions normales sont exceptionnellement changées, mais l’interprétation instinctive reste la même, à moins que la fréquente répétition de l’expérience n’ait complété sur ce point l’éducation première. 11 suffit, en effet, de répéter l’expérience un grand nombre de fois pour que l’illusion devienne de moins en moins appréciable.
- Il est facile de se rendre compte que dans le do-
- Figure montrant la position qu’il faut donner au médium et à l'index pour éprouver la sensation de deux billes en n’eu touchant qu’une seule.
- maine du toucher, le jugement porté instinctivement se trouve en défaut quand les conditions normales sont modifiées. C’est ainsi que lorsque l’on a aux lèvres un petit gonflement accidentel (bouton, tumeur, etc.), le verre dans lequel on boit paraît avoir les bords déformés.
- Les faits de cette nature sont très intéressants à étudier au point de vue philosophique. Ils démontrent que le jugement que nous portons sur les réalités matérielles extérieures, est basé sur l’interprétation de no> impressions sensibles.
- L’impression des sens est une chose toute physique et nullement psychologique. L’interprétation est affaire d’habitude et d’éducation.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
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- iV 411». — 21 MAI 1881.
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- LA DÉSINFECTION
- PAU LES OXYDES NITREUX
- L’enlèvement des vidanges ou leur destruction dans les grandes villes, a toujours été' considéré comme un problème de plus en plus difficile à résoudre au fur et à mesure de l’accroissement de la population. Cette question est devenue presque vitale à Paris, encore plus que partout ailleurs, en
- Fig. 1.
- Appareils de désinfection de fosses d’ais
- raison de l’accumulation des habitants sur lin espace plus restreint que dans aucune autre grande ville de l’Europe. Il est à peine nécessaire de remontera cinquante années pour trouver dans la plupart des maisons parisiennes une fosse se perdant dans le sol, empestant tous les puits, ainsi que le sous-sol, et rendant le séjour de Paris malsain.
- Des arrêtés successifs ont remédié à cet état de choses et un grand progrès a été accompli, lorsque chaque propriétaire a été contraint de construire
- Fig. 2.
- i, installés à l’hôpital de la Pitié, à Paris.
- une fosse parfaitement étanche. Des améliorations survinrent avec une meilleure connaissance de l’hygiène des villes, soit dans le mode d’enlèvement, soit dans la désinfection, soit même dans l’aération des fosses, par l’adjonction d’un tuyau d’évent.
- Cependant, vers l’année 1860, il venait déjà à l’esprit d’hommes éminents qu’un moyen beaucoup plus efficace serait l’entraînement des vidanges dans les larges égouts créés pendant les grands travaux de Paris et ce projet fut mis à l’essai vers 1868.
- 11 y avait là toutes les apparences d’une solution complète. Gros profit pour la Ydle, propreté des habitations les plus pauvres par l’emploi constant 9e année. — Ier semestre.
- de l’eau à tous les étages, mais la pratique a démontré que le problème n’était pas encore résolu On ne tarda pas à s’apercevoir, qu’en fait, on diluait les matières pour les porter un peu plus loin, et on se trouva conduit à la nécessité reconnue dé ne plus les jeter dans la Seine quel que fût le volume d’eau qui les avait entraînées.
- Sans aller plus loin dans cet historique, il résulté des faits actuels deux courants d’appréciation bien distincts et pour ainsi dire deux écoles : l’une qui veut l’amélioration continue par les agents chimiques et mécaniques; l’autre qui veut la vidange à l’égout en y ajoutant encore une plus grande
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- LA NATURE.
- quantité d’eau et le filtrage à l’air sur des surfaces perméables très étendues.
- La première école fait valoir le bon marché relatif de l’enlèvement, la conservation des engrais si précieux pour l’agriculture, mais les méthodes qu’elle préconise demandent de nombreuses améliorations à faire dans la transformation des matières extraites et dans la désinfection des gaz passant soit par les tuyaux d’évent, au nombre de plus de 80 000 à Paris, soit par les cheminées des usines à traitement de matières organiques.
- La seconde école recommande des procédés dont l’emploi nécessite une énorme dépense et entraîne la perte absolue des engrais; il est vrai que la facilité d’écoulement est extrême dans ce cas, mais il faut admettre qu’il est permis de se débarrasser de ses vidanges en les rejetant sur ses voisins.
- Fig. 5. Appareil pour produire les vapeurs nitreuses ou l’éther nitreux. Un vase poreux contient l’acide sulfurique nitreux ou les cristaux de chambre de plomb; il est plongé dans un vase de verre contenant l’eau ou l’alcool.
- Quant à l’infeclion, elle est la même dans l’un ou l’autre système. Dans les égouts elle se fait au ras du sol par leurs bouches, dans les fosses elle se produit au sommet des maisons par les tuyaux d’évent.
- Cette question d’infection préoccupe tous les esprits et c’est à ce titre que nous devons signaler une nouvelle amélioration. MM. Charles Girard et Pabst ont trouvé qu’en mettant en contact les gaz des fosses, tous les gaz odorants, tous ceux produits par les fermentations, la chauffe ou même la calcination des matières organiques avec l’acide sulfurique contenant une proportion de cristaux des chambres de plomb (sulfate de nitrosyle), ils sont décomposés par les oxydes nitreux mis en liberté sous l’action de la vapeur d’eau qu’ils contiennent.
- M. IL Suilliot, qui applique le procédé, a obtenu de l’Assistance publique l’autorisation de poser
- deux appareils de son invention sur deux fosses de l’hôpital de la Pitié dont l’infection jusqu’ici n’avait pu être combattue. Cette application prouverait la possibilité de désinfecter tous les tuyaux d’évent, les masses d’air des égouts, les gaz produits par le traitement des vidanges, la cuite des os et leur calcination, la fonte des suifs et de la bougie, etc, etc.
- Par ce procédé, non seulement les odeurs n’existeraient plus, mais tous les germes seraient détruits, et nous considérons que c’est un grand pas de fait dans la question qui nous occupe.
- Nous donnons ci-contre les dessins des deux appareils posés à l’hôpital de la Pitié. Les gaz de la fosse sont appelés par la base du tuyau d’évent dans une colonne en grès d’environ l'",20 de hauteur, remplie de morceaux de coke arrosé d’acide sulfurique nitreux venant s’amasser dans la partie inférieure de l’appareil, au-dessous de la prise des gaz.
- L’on conçoit aisément que là vapeur d’eau toujours contenue dans l’air et les gaz de ces fosses, venant se condenser sur le coke de l’appareil, dégage constamment les oxydes nitreux contenus dans l’acide sulfurique nitreux et que ceux-ci détruisent alors les corps odorants et délétères tels que l’hydrogène sulfuré.
- Le tirage du tuyau d’évent, qui, suivant les dépressions barométriques, est plus ou moins régulier, est aidé dans ces deux appareils par un appel développé au moyen d’une flamme de gaz. Il est d’une activité vraiment surprenante, produisant un tirage tel que l’air extérieur est appelé par les bouches mêmes des cabinets les plus élevés et ne permet plus ainsi aucune rentrée des gaz de la fosse dans ces cabinets.
- L’appareil de la figure 2 est représenté ouvert de façon à montrer la disposition de la colonne de coke et du petit vase poreux, où l’on verse l’acide sulfurique nitreux, par l’intermédiaire d’un entonnoir extérieur. Les becs de gaz destinés au tirage sont visibles dans les deux appareils.
- Les deux fosses de l’hôpital de la Pitié, qui autrefois répandaient dans les chambres des émanations impossibles à combattre, ont été immédiatement assainies à la grande satisfaction du personnel hospitalier.
- Le bienfait ne s’est pas arrêté là. Le jour où il fallait alléger ces fosses, il y avait un véritable danger à enlever la pierre de la fosse. C’est le « coup du plomb » si connu des ouvriers nocturnes. Au moyen de cette ventilation rien n’est plus à craindre; tous les gaz délétères sont appelés par le tirage intense du tuyau d’évent et la fosse peut être remuée et allégée sans aucun danger pour les ouvriers, sans aucun échappement des gaz, qui dans l’habitation ternissent tous les cuivres, les dorures, les métaux, et répandent les odeurs intenses que tout Parisien a été à même d’apprécier.
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- PRÉPARATION DE L’OPIUM A FUMER
- La description qui va suivre est due au fermier de l’opium à llong Kong.
- L’ébullition que l’on fait subir à l’opium est pratiquée à Shek-Tongtsui, à l’extrémité occidentale de Victoria, dans un bâtiment de moyenne grandeur où travaillent quatre-vingts coolies chinois et quelques Indiens employés à leur surveillance. La plus grande partie de ce personnel habite l’étage situé au-dessus de l’atelier, les autres occupent une salle du rez-de-chaussée, laquelle sert de cuisine, de salle à manger, de magasin, et communique avec l’atelier de cuisson.
- La cuisson de l’opium est pratiquée dans deux salles autour desquelles et transversalement on a disposé de . nombreux fourneaux. Les grands fourneaux ont 24 pouces de largeur et les petits 18 pouces; leur profondeur est de 9 pouces ; ils sont construits en briques blanches et chauffés au charbon de bois. Les bassines ont la forme de capsule à évaporer de faible profondeur ; elles sont faites avec un alliage de cuivre. Chaque jour on traite six à huit caisses d’opium de Patna.
- L’opium est débarrassé des feuilles qui l’enveloppent, humecté avec une petite quantité d’eau, et laissé en cet état pendant quatorze heures, après quoi on le divise dans les bassines de cuivre, on met dans chacune d’elles 2 pains 1/2 d’opium et 10 pintes (51U,67) d’eau; on fait bouillir le tout, en agitant jusqu’à ce que le mélange soit bien homogène et qu’il ait la consistance de pâte. Cette opération exige cinq à six heures. La pâte est transvasée dans une chaudière de plus grande dimension, on ajoute 3 gallons (I5m,6) d’eau, on récouvre la chaudière et on l’abandonne au repos pendant quatorze ou quinze heures. Une touffe de tang suin (mèche de lampe, moelle de quelques plantes) est alors introduite dans la masse, puis on décante le liquide d’un brun clair et on le filtre dans du chi mui (papier de bambou). Le résidu est jeté sur un filtre de calicot, puis lavé à l'eau bouillante, finalement à l’eau simple. Ces liquides sont employés le lendemain au traitement de l’opium. Le résidu insoluble laissé sur le calicot ou nai chai est le bénéfice du chef des coolies ; il est aisément revendu sur le marché de Canton pour falsifier l’opium. L’extrait filtré est concentré par l’évaporation ; ce travail exige trois ou quatre heures; on enlève la bassine du fourneau et on agite vigoureusement l’extrait jusqu’à complet refroidissement ; les coolies activent le refroidissement à l’aide de vastes éventails. L’opium préparé est conservé pendant plusieurs mois en magasin avant qu’on le livre aux fumeurs. Cet extrait a la consistance de celui de la pharmacopée britannique ou de la thériaque ; on l’appelle opium bouilli ou opium préparé. On en exporte de Chine de grandes quantités en Amérique, en Australie, soigneusement renfermées dans des petits pots qui portent le nom du fabricant.
- Les Chinois connaissent plusieurs sortes d’opium : 4° le raw opium, ou opium cru qui est importé de l’Inde ; 2° l’opium préparé ou bouilli comme il vient d’être dit; 3° l’opium de rebut (opium dross), qui est obtenu en faisant bouillir les produits du grattage de l’opium à fumer: c’est une seconde qualité d’opium à fumer; enfin le nai chai ou résidu d'opium entièrement épuisé par l’eau «;
- IIügh Mc. Callüm.
- 1 Pharmaceutical journal et Journal de Pharmacie et de Chimie.
- UNE VISITE A « MAMMOTH CANE »
- DANS LE KENTUCKY (ÉTATS-UNIS)
- C’est au milieu du printemps que je visitai cette grande curiosité de la nature que l’on appelle « Mammoth Cave » ou la Caverne géante. Cette caverne n’a pas sa pareille en Amérique ni peut-être dans le monde entier.
- La Caverne géante lut découverte en 1802, mais on ne commença à l’étudier qu’en 1809. Durant l’année de guerre 1812, on exploita le salpêtre qu’on y découvrit.
- Les travailleurs employés à cette opération étaient, pour la plupart, des nègres, dont quelques-uns restèrent une année entière dans la grotte sans en sortir. Après la guerre de 1812-1814, on cessa d’y chercher un produit qui ne pouvait soutenir la concurrence de celui qu’on importait des Indes Orientales.
- La Caverne géante est si vaste qu’on n’en a pas encore actuellement visité toutes les parties. La longueur des couloirs souterrains jusqu’ici explorés est de 242 kilomètres. La caverne est située dans le comté d’Edmonson, portion du Kentucky méridional, à environ 152 kilomètres de Louisville. Presque toute la contrée environnante est minée par les eaux, et il ne serait pas impossible qu’un beau jour le sol s’affaissât sous le poids des voitures qui transportent les curieux jusqu’à l’entrée de la caverne.
- La Caverne géante a des succursales dans le voisinage, telles que la Procter’s Cave, la Wite Cave, Diamond Cave, YIndian Cave, etc. Cette dernière a près d’un mille de longueur. On y admire la beauté des stalactites et des stalagmites, dont quelques-unes entourent une source d’eau pure, limpide et agréable à boire. VIndian Cave doit son nom à quelques squelettes d’indiens qu’on y a découverts, mais qui ont disparu depuis.
- L’hôtel construit à l’entrée de la Caverne géante est assez considérable pour pouvoir loger, au besoin, de quatre cents à cinq cents touristes.
- Des expériences, faites avec soin, ont prouvé que les eaux souterraines communiquent, par des conduits cachés, avec celles de la Green River, qui coule à ciel ouvert. Dans presque toutes les saisons de l’année, on voit planer des brumes légères au-dessus de l’entrée principale de la « Mammoth Cave ». Cela provient des différences de température qui existent entre l’air extérieur et celui de la grotte.
- Lorsque, au fort de l’été, on entre dans la caverne, il en sort un courant d’air assez intense pour éteindre les lampes des visiteurs. On a remarqué toutefois que la température du souterrain est la même dans quelque saison et à quelque heure que ce soit. La composition de l’air intérieur est absolument la même que celle de l’air extérieur pour les quantités proportionnelles d’oxygène et d’azote»
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- Dans la grotte, les matières animales se momifient au lieu de se putréfier, je parle des souterrains les plus éloignés des rivières du dehors. On peut donc, sans éprouver le moindre malaise, rester des heures entières sous les rochers qui forment la caverne.
- Aux visiteurs des deux sexes, l’hôtel de la « Mam-motli Cave » fournit des costumes ad hoc, destinés à les garantir des inconvénients des promenades souterraines.
- Nous primes deux guides au lieu d’un, et nous eûmes à nous féliciter de cette précaution, car une ou deux dames de notre société, composée de quinze personnes, se sentirent trop fatiguées pour pouvoir achever leur excursion sans être aidées par ces guides. Nous entrâmes dans la caverne, chacun une lampe à la main, et d’abord il o u s crûmes qu’avec cette faible lumière nous ne verrions rien ou presque rien ; mais peu à peu, l’effetproduitpar le passage subit de la lumière à l’obscurité se dissipe, et nous fûmes rassurés sur ce point.
- Nous signalerons quelques-unes des particularités les plus remarquables que présente le curieux monde souterrain qu’il nous a été donné d’explorer.
- Une des salles de la grotte est appelée le Tombeau du Géant (Giant's coffin), à cause de sa merveilleuse ressemblance avec un cercueil. On dirait qu’au plafond naturel d’un autre compartiment est suspendu un géant colossal. Le Puits sans fond (Bottomless pit) ne mérite plus aujourd'hui le nom terrifiant qui lui fut donné alors qu’on le découvrit. Il n’a plus que 175 pieds de profondeur. Un passage étroit et tortueux a été appelé le Désespoir de Vhomme obèse (Fat Man s Miserij), parce qu’il est à peu près impossible à une personne obèse d’y passer, ce qui la force d’attendre le retour de ses compagnons que l’excès d’embonpoint n’arrête pas. Au Désespoir de l'homme obèse succède une chambre ditele Grand Soulagement. Elle a de 12 à 18 mètres de large et de lm,50à6 mètres de haut, Dans la Chambre des Jambons, on croirait voir suspendues toutes
- les victuailles qu’offrirait une charcuterie colossale. La Mer Morte, que l’on rencontre en allant plus loin, est un étang de 4m,50 de profondeur, de
- 6 mètres de largeur et de 15 de longueur. La Rivière du Styx, que l’on passe sur le Pont naturel, est, malgré son nom, un véritable étang, long d’environ 140 mètres, large de 15 à 40 et profond de 50 à 40. Le pont la domine de 10 mètres. Le Lac Léthé a 140 mètres de long, de 10 à 40 de large et de o à 30 de profondeur. Le plafond de l’avenue, parallèle à ce lac, a 50 mètres d’élévation au-dessus de la surface du lac. L’eau du Lac Léthé, que nous bûmes, ne nous fit oublier ni nos émotions récentes, ni nos pieds endoloris, ni nos genoux chancelants. A la suite de pluies longues et abondantes, l’eau de ces lacs intérieurs s’élève jusqu’au plafond, et rendent impossible la visite de toutes les parties de la caverne.
- L'Echo River (rivière de l’Écho ) doit sou nom aux échos prolongés que répètent les rochers de ses rives. Le courant d'Echo River change de direction selon que les eaux de Green River haussent ou baissent. Les poissons et les écrevisses d'Echo River sont aveugles; mais il n’en est pas de même des chauves-souris, rats, lézards, grenouilles, etc., qui habitent la caverne. L’organe de la vue n’est point nécessaire à des êtres qui nagent sans cesse dans des eaux que recouvre une obscurité permanente. Le même phénomène a été observé dans les cavernes du Tyrol.
- La Cascade de Hall a 70 mètres de large et
- 7 mètres de hauteur. Le Dôme de Lucy a 30 mètres de large et 100 de haut. Les Rocs suspendus semblent vouloir tomber sur les visiteurs; mais aucun accident de ce genre n’a encore eu lieu depuis la découverte de la caverne. Les Accords (Chi-mes) sont des rochers qui, lorsou’on les frappe, émettent un son musical. La Mystérieuse Rivière a été nommée ainsi parce qu’on n’a pas encore pu déterminer sa source ni la fin de son cours. La Vigne de Martha se compose de quantité de stalactites, qui ressemblent à des grappes de raisin colo-
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- Fig. 1. Carte de la « Mammoth Cave », dans le Kentucky, aux États-Unis.
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- rées en bleu et en violet. Le Saint-Sépulcre se trouve dans une chapelle naturelle d’environ 4 mètres carrés. Les stalactites y forment des draperies d’une variété extrême. La Chambre des pelottes de neige doit son nom aux pierres calcaires globulaires blanches, de toute dimension, qui y jonchent le sol. .L'Avenue de Cleveland enthousiasme les visiteurs, dont l’admiration s’exprime par des cris de joie involontaires. La chambre appelée Rosas bower (le Boudoir de Rose), offre des stalactites qui ont l’aspect de roses et d’autres fleurs. La Table à dîner est un rocher plat, tombé du plafond, et long de 9 mètres sur une largeur de 4m,50. La Grotte du diamant doit son nom à des cristaux de sélénite, dont l’éclat rappelle celui du
- diamant. Au sommet de la Montagne rocheuse, on voit une stalagmite de 1 mètre de haut et de 0m,30 de diamètre; on lui a donné le nom d’Ai-guille de Cléopâtre. Le Maelslrom est un puits de 53 mètres de profondeur et de 20 de largeur. M. William Courtland Prentice eut le courage d’y descendre, à l’aide d’une lampe, jusqu’au fond. A 10 ou 12 mètres de profondeur, il fut assailli par une cataracte, qui ne l’empêcha pas de continuer et de terminer heureusement sa téméraire entreprise. Six hommes tenaient le câble, à l’aide duquel il descendit et remonta sain et sauf.
- Quand on est arrivé au Maelstrom, on est obligé de revenir sur ses pas et de parcourir une seconde fois les 14 kilomètres qui séparent de l’entrée, et
- qui tonnent ce qu’on appelle la Longue Route (voy. la carie, fig. 1). À notre retour, nous constatâmes que nous étions restés douze heures et demie sous terre.
- Le lendemain, ayant pénétré dans la caverne par l’entrée du Nord, nous nous dirigeâmes vers l’Est, c’est-à-dire que nous suivîmes la Route courte, la longue se dirigeant vers l’Ouest. Roaring River, que l’on rencontre sur la Route courte, ressemble à Echo River, mais a des échos encore plus bruyants. Les murs et le plafond de l’avenue, qu’on appelle Paradis, sont recouverts de fleurs en plâtre. La Chambre des étoiles imite parfaitement le ciel constellé et y ajoute même la vue d’une comète. L’Arcade de Proctor passe pour le plus beau tunnel qui soit sorti des mains de la nature. Il a 1200 mètres de long, 15 de haut et 33 de large. On dirait que
- la main de l’homme en a savamment élevé les murailles. La Rotonde a plus de 120 mètres de diamètre et de 3 à 14 mètrej de haut. Le Chef-Lieu ressemble à une ville en mines. Dans Y Arcade gothique, on a découvert les squelettes momifiés d’une Indienne, revêtue de peau de bêtes, et d’un enfant assis et appuyé contre le roc ; ces débris humains ont disparu, et l’on présume qu’ils font aujourd’hui partie de quelque collection publique ou privée.
- L'Avenue gothique a 3 kilomètres de long, 12 mètres de large et 4IU,50 de haut. Dans beaucoup d’endroits le plafond paraît l’œuvre du plus habile ouvrier, quoique la nature seule en ait fait les frais et fourni la main-d’œuvre
- A des époques différentes, deux personnes sont devenues folles à la suite des émotions du voyage dans la « Mammoth Cave » ; séparées involontaire^
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- ment des autres touristes, elles étaient tombées dans des abîmes, au fond desquels on les retrouva longtemps après. Tous les ans, les guides sont forcés de rentrer dans la caverne pour y chercher des touristes victimes de semblables mésaventures.
- Une partie de la caverne est appelée la Chambre du registre, à cause du grand nombre de personnes qui y gravent leur nom sur le roc.
- La Chapelle gothique a sa voûte supportée par des stalactites gigantesques en forme de colonnes (fig. 2). On rapporte qu’un mariage y fut célébré par un couple qui, contrarié dans son dessein, avait promis de ne jamais s’épouser sur la surface de la terre ; cette parole fut tenue au pied de la lettre, mais on se maria sous la surface de la terre, dans la Caverne géante du Kentucky.
- Le Fauteuil du diable a été ainsi nommé par les guides. Il est formé par la rencontre et la jonction des stalactites et des stalagmites. La célèbre cantatrice Jenny Lind, y resta assise- pendant un assez long espace de temps (fig. 3).
- Les phtisiques, qui ont espéré retrouver la santé dans l’air sec et pur de la caverne, ont été cruellement trompés dans leur attente. On prétend toutefois que des individus, atteints de dysenterie et de diarrhée chroniques, ont été guéris dans la grotte, après avoir vainement essayé tous les autres remèdes.
- D’après une monographie de \V. StüMP FoRWOOD.
- BIBLIOGRAPHIE
- Précis de zoologie médicale, parM. G. Carlet, professeur à la Faculté des Sciences et à l’École de médecine de Grenoble. Petit volume in-8° de 556 pages avec 207 figures dans le texte, cartonné, tranche rouge. Paris, G. Masson ; prix, 7 francs.
- M. Carlet est bien connu dans le monde scientifique français par ses beaux travaux sur la locomotion, et sur l’appareil musical de la cigale. 11 donne au public, dans le livre ci-dessus mentionné, la quintessence de son cours à l’École de médecine de Grenoble, c’est-à-dire la somme de tous les matériaux qu’a pu rassembler pendant de longues années d’enseignement un professeur toujours à l’avant-garde des sciences et très au courant de tout ce qui se publie en France et à l’étranger. Rien n’y est omis, et on peut prédire à ce petit manuel le plus grand succès à cause de la bonne méthode qu’a suivie l’auteur, de la clarté de l’exposition, de sa concision extrême, laquelle a permis de condenser, sans nuire à l’intérêt, une masse immense de faits dans un ouvrage aussi commode que portatif. Une grande quantité de figures et de schémas sont intercalés dans le texte avec un sens pratique qui décèle la main du professeur intelligent habitué à manier les élèves et à apprécier les points qu’on leur fait difficilement entrer dans la cervelle. Là où une description longue et difficile est imminente, deux lignes et un schéma clair et limpide s’y substituent. Là où une figure est utile, elle s’y trouva. Mais ce qui fera surtout le succès du livre de M. Carlet, c’est qu’il est parfaitement au courant de l’état actuel de la science. L’auteur n’a pas hésité à rompre avec les classifications rétrogrades et à remiser avec tous les
- autres accessoires de la même époque les quatre embranchements de Cuvier, qui étaient certainement un progrès en 1825. 11 a adopté la classification en sept types, qui est universellement reçue aujourd’hui, partout ailleurs qu’en France. I)e plus, à l’exemple du célèbre professeur d’Iéna, Ilœckel, il a réuni en un .Règne spécial, Règne des Protistes, tous les êtres unicellulaires que des études récentes et nombreuses ne permettent plus de classer ni avec les animaux ni avec les végétaux. Les jeunes gens d j nos Écoles de médecine, dont la faiblesse en zoologie, je devrais dire l’ignorance, est légendaire, ne pourront donc plus se réfugier derrière ce prétexte trop souvent allégué, que les livres de l’enseignement officiel ne leur apprennent ni ce que c’est qu’un microscope, ni ce que c’est qu’une cellule, ni ce que c’est qu’un cœlentéré ou un protozoaire. Il est temps qu’un souffle de renaissance s’étende sur la zoologie française, et le livre de M. Carlet est un des symptômes précurseurs d’une ère nouvelle, l’ère du progrès. J. de B.
- LES YIEUX AQUEDUCS DE PARIS
- (Suite et fin. — Voy. p. 305.)
- LES SOURCES DU SUD
- Trois aqueducs ont été élevés successivement à Ai’cueil au-dessus de la vallée de la Bièvre : le premier, de 292 à 300, par l’empereur Constance Chlore, pour alimenter d’eau de source les bains de son palais des Thermes; le deuxième, de 1613 à 1624, par l’architecte de Brosse, sur l’ordre de la reine Marie de Médicis, principalement pour les besoins de son nouveau palais du Luxembourg; le troisième, de 1868 à 1875, par l’ingénieur Bel-grand, pour abreuver les Parisiens d’eau de source d’une admirable pureté, captée au fond de la Champagne et amenée de quarante lieues pour leur bien-être (Voy. la gravure).
- Ce dernier, le gigantesque aqueduc de la Vanne, suit de très près le tracé des vieux aqueducs d’Ar-cueil, si bien que les fouilles nécessaires pour sa construction ont fait retrouver les ruines souterraines de l’aqueduc romain, détruit au neuvième siècle par les Northmans. Il s’étendait plus loin que l’aqueduc actuel, qui prend sa source à Rungis ; on en a suivi la trace jusqu’à Chilly-Mazarin et, entre Wissous et Rungis, on a reconnu qu’il existait un regard de réunion des rigoles d’alimentation d’où partait l’aqueduc principal1.
- I M. Belgrand a complété scientifiquement ces recherches par une exploration sur le terrain, en 1875; il a reconnu que l’aqueduc principal partait d’un grand regard carré où étaient rassemblées, par une conduite et deux rigoles, les sources de Rungis, Paray et W'issons. L’aqueduc principal coulait à ciel ouvert jusqu’aux Thermes, en recueillant sur son passage les sources de Fresnes et de Longboyau ; sa longueur était de 16057 mètres. Les trois affluents avaient ensemble 3364 mètres. Soixante ans après les travaux de Constance Cblorc, Julien (de 355 à 360) ajoutait à l’aqueduc une longue rigole de 6700 mètres, qui doublait le produit de l’aqueduc en amenant au grand regard de jonction les sources de Petit-Cbilly, de Chilly et de Morangis. La plupart des sources de Julien, retrouvées en 1626 par le maréchal d’El’fiat, alimentent depuis ce temps le château de Chilly.
- II existait à Lutèce un second aqueduc, composé d’une
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- LA NA T (J 15 K.
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- Quant à l’aqueduc d’Arcueil, il est tel que de Brosse l’a construit et, quoique le tribut de ses eaux soit aujourd’hui bien peu de chose dans l’immense consommation de Paris, il n’en est pas moins curieux à visiter.
- Il faut commencer par son origine à Rungis; c’est un petit voyage : le chemin de fer de Sceaux et Limours conduit à la balte de Berny, où se trouve la voiture de correspondance, elle passe par Fresnes et, avant d’arriver à Rungis, on peut voir déjà un curieux regard, isolé dans un champ, noirci par les ans, mais intact et robuste, vierge de toute restauration, qui est, comme celui de Rungis, un véritable petit monument, datant de Louis XIII, à toit de pierre, comme toutes les constructions élevées par de Brosse.
- À Rungis est le grand regard de prise d’eau, auquel est accolée la maisonnette toute récente du gardien.
- À travers la porte de l’édicule on entend le bruissement des cascatelles; le gardien ouvre et nous descendons ; nous sommes dans une sorte de vestibule où aboutissent les galeries collectrices des sources, et d’où part l’aqueduc qui les réunit. A droite sont deux étroites galeries s’enfonçant sous des parcs, dont elles recueillent le suintement, l’une allant jusqu’à l’église ; l’autre s’étend jusqu’à Paray, à près d’un kilomètre ; au fond s’ouvre l’entrée du « carré des eaux », c’est-à-dire de quatre galeries presque à fleur de terre, au point que l’extrados des voûtes forme sous le sol arable des chemins une légère intumescence qui permet de suivre de l’œil extérieurement la trace des galeries du carré, quand on est en dehors ; ces galeries courent sous la plaine pour en rassembler l’égouttement et forment un quadrilatère doilt le quatrième côté aboutit tout près du vestibule.
- Nous allumons des lampes et nous commençons une véritable promenade de casse-cou. A peine avons-nous fait vingt pas qu’il faut nous courber pour avancer plus loin. Nous suivons une étroite banquette glissante, à peine assez large pour les deux pieds ; sur le côté opposé extérieur au carré, de nombreuses fissures ouvertes au bas de la muraille laissent échapper de minces filets d’eau qui se rassemblent dans la rigole coulant doucement le long de la banquette ; il faut se baisser de plus en plus, Pair est calme et chaud, on éprouve un malaise et l’on est heureux de trouver un ou deux soupiraux où l’on peut se relever. Depuis un moment on entend un bruit de cascade et bientôt on est en présence d’un tuyau qui dégorge dans la cunette un jet clair et bouillonnant doublant le vo-
- simple conduite forcée en poterie, qui recueillait les sources d’Auteuil et longeait la rive droite de la Seine jusqu’au delà de la place de l’IIôtel-de-Ville (7 kilomètres), en desservant sur son passage les deux bassins de natation établis sur l’emplacement du jardin du Palais-Roval.
- D’après Belgrand, ce petit aqueduc ne donnait guère que 500 mètres cubes, tandis que celui d’Arcueil en fournissait 2000 après les travaux de Julien.
- lume du ruisseau souterrain. Ce tuyau, aboutissant au côté le plus lointain de Paris du carré des sources, provient de l’aqueduc de la Vanne, qui traverse en souterrain, non loin de là, les m&rnes vertes ; or, l’eau de ces terrains ruisselle en telle abondance qu’on a dù la recueillir dans une cunette établie sous l’aqueduc de la Vanne ; ce tuyau aboutissant à l’aqueduc d’Arcueil, la source première de celui-ci doit être considérée aujourd’hui comme reportée à son origine, et ce drain d’assèchement étant sous l’aqueduc de la Vanne, une première fois les deux aqueducs sont superposés.
- Nous arrivons au quatrième côté ; ici un canal amène de nouvelles eaux, recueillies sous la dérivation de la Vanne; ce côté est celui qui recueille l’égout de la superficie même du « carré des eaux », et ici la marche devient vraiment difficile, il faut avancer les jambes fortement écartées « en compas » sur deux très étroites banquettes mouillées et glissantes avec le ruisseau entre les jambes, où l’on risque à chaque pas de se laisser choir. Le périmètre ne dépasse pas 500 mètres et l’on croit avoir fait une demi-lieue.
- Descendre le grand aqueduc n’est plus après cela qu’une promenade; on marche, debout cette fois, le long de la banquette, coupée à chaque instant par les filets minuscules des innombrables sources qui viennent, goûte à goutte, s’ajouter au produit total; l’eau froide et claire dépose une couche épaisse de calcaire ferrugineux qui tapisse le lit du ruisseau caché et recouvre d’une incrustation pétrifiante tout objet tombé dans le courant.
- A un kilomètre du point de départ, nous remontons par le premier regard; il serait possible de suivre souterrainement l’aqueduc jusqu’aux arcades d’Arcueil, et même jusqu’aux fortifications, mais l’aspect ne variant pas, on achève la route à travers la campagne beaucoup plus agréablement. De Rungis à Arcueil, il y a sept kilomètres ; nous venons d’en faire un sous terre, il ne nous en reste plus que six, et, au bout du premier, nous retrouvons ce joli regard, remarqué de la voiture le matin.
- Ce qui est unique à Arcueil, c’est l'agglomération à quelques pas les uns des autres d’édifices remarquables de six époques différentes1. L’aqueduc de Marie de Médieis cesfe ici d’être en souterrain, il * franchit la vallée sur arcades, et ce monument est « l’aqueduc d’Arcueil » proprement dit. A ce vieil édifice, en majestueuses pierres de grand appareil, de l’architecte de Brosse, l’ingénieur Belgrand a superposé l’aqueduc de la Vanne, en meulières et ciment. Est-ce tout? Non. Immédiatement contre les deux arcades pleines centrales de l’aqueduc de Louis XIII, se dresse encore un pan de mur en
- 1 Pile romaine, fia du troisième siècle ; sept travées de l’église, commencement du treizième siècle; deux travées de l’église, quinzième siècle; maison Renaissance, deuxième moitié du seizième siècle; aqueduc d’Arcueil, commencement du dix-septième siècle; aqueduc de la Vanne, deuxième moitié du dix-neuvième siècle.
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- LA NATURE.
- pierres de petit appareil, avec chaînes de briques, de l’aqueduc romain. Entre ces piles antiques elles-mêmes est encastré partiellement une petite façade du temps de Henri II, dont on ne peut bien voir qu; la partie contiguë, une élégante porte s’ouvrant sous une arche de l’édifice du dix-septième siècle.
- L’ensemble est extraordinaire. L’aqueduc de de Brosse a 579 mètres de longueur, vingt-quatre arcades, dont dix à jour, et 18 mètres 1/2 de hauteur au-dessus de la Bièvre. L’aqueduc de Bel-grand qui le surmonte a 990 mètres de longueur, soixante-dix-sept arcades et 56'",80 de hauteur totale au-dessus du même ruisseau.
- Nous pénétrons chez le gardien des aqueducs, dont nous remontons le jardin, largement arrosé par les eaux surabondantes, et nous visitons avec lui cet édifice à deux étages. Nous rentrons d’abord dans l’aqueduc d’Arcueil. Quoique la galerie soit ici aérienne, elle est encore obscure, et le jour qui filtre par les étroites fenêtres forme seulement des raies blanches zébrant l’obscurité. L’eau apparaît pour la dcrnièie fois au regard d’entrée, le treizième (et ce n’est que l’eau surabondante qui vient jusque-là); plus loin, la cunette est vide; l’eau ne coule plus comme jadis librement dans l’aqueduc, jusqu’au vieux réservoir de l’Observatoire, maintenant supprimé; actuellement elle est captée, au dixième regard, dans une conduite forcée de 50 centimètres de diamètre, qui longe la rigole vide dont elle a absorbé l’eau; la conduite reste dans l’aqueduc jusqu’aux fortifications, puis elle continue son chemin en terre jusqu’au réservoir du Panthéon, où elle mêle à l’eau de Seine le tribut des sources du Sud1.
- Nous sortons de ce couloir sombre où passent par jour 1700 mètres d’une eau un peu dure, et nous montons sur l’étage supérieur, l’aqueduc de la Vanne, le guide nous ayant ouvert la porte qui en interdit l’accès. Le contraste est profond, saisissant.
- Outre ces édifices visibles, Belgrand, en élevant, en 1869, les arches supérieures d’Arcueil, a fait deux trouvailles bien curieuses : à 22 mètres en amont du regard de sortie (le quatorzième) de l’aqueduc, il a trouvé sous les fondations de l’édi-* fice de Maiie de Médicis, la rigole romaine à ciel
- 1 L’aqueduc d’Arcueil avait primitivement une longueur de 12 956 mètres, il n’en a plus que 10 420, depuis qu’on a retranché 2530 mètres dans Paris, des fortifications à l’Observatoire; cette partie est remplacée par la conduite en fonte qui s’étend du rempart au réservoir du Panthéon, sur 3827 mètres. Les aqueducs secondaires qui se réunissent au regard de Rungis ont un développement total de 1570 mètres, deux rigoles romaines encore en service, les pierrées qui versent leurs eaux dans les aqueducs, les drains et conduite amenant celles qui coulent sous la dérivation de la Vanne ajoutent 4002 mètres à l’aqueduc, se développant avec ses embranchements sur 19 820 mètres.
- Ces différentes parties remontent à des époques très différentes : les deux rigoles datent de 292 à 306, l’aqueduc principal de 1613 à 1624, l’aqueduc de l’Église de 1651 à 1655, I l’aqueduc de Paray de 1782 à 1784, la conduite en fonte de : 1858, la conduite et les drains de la Vanne de 1869 à 1875. i
- ouvert, en béton, en parfait état, croisant ('aqueduc à angle droit, en sorte qu’en ce point, les trois aqueducs de la Vanne, d’Arcueil et de Constance Chlore existent matériellement perpendiculairement superposés.
- Ce n est pas tout ; en 1788, l’ingénieur de Fer avait, entrepris la construction d’un canal en terre, se transformant dans les propriétés particulières en aqueduc couvert, qui devait amener à Paris une partie des eaux de la Bièvre prises à Amblainvilliers ; cet aqueduc, dont les travaux furent à jamais suspendus l’année suivante, passait à Arcueil. A quelques mètres au delà du regard 14, au point où l’aqueduc de Médicis rentre en terre, Belgrand a retrouvé dans une propriété particulière, juxtaposé à la galerie de Médicis, l’aqueduc couvert de de Fer, en sorte que la Vanne comprise, trois aqueducs sont encore réunis, et que dans l’espace de moins de 50 mètres, on en trouve quatre.
- Nous étions dans une cave, il nous semble presque que nous sommes dans une nacelle d’aérostat; ce chemin aérien est si étroit, que nous sommes au milieu de l’air et nous éprouvons quelques-unes des sensations du voyage en ballon; sous nos pieds l’horizon paraît immense, l’énorme aqueduc s’épaule aux deux collines fermant l’horizon, enjambant d’un seul coup route, chemin de fer, rivière et village. La hauteur est au moins deux fois égale à celle d’un sixième étage, la largeur à peine supérieure à celle d’un balcon, aussi est-il difficile de résister au vertige en examinant les jardins et les maisonnettes blotties au pied du monument, mais on peut regarder au loin en toute assurance; nous admirons la jolie et vieille église du temps de Philippe-Auguste et, plus loin, la maison historique de La-place; au fond, les deux bras de la Bièvre luisent dans les jardins, le chemin de fer développe sa ligne immense à mi-côte, presque depuis Paris, pendant que les forts de Montrouge et des Ilautes-Bruyères gardent les hauteurs. Et la Vanne, où donc est-elle? Sous nos pieds. Ce chemin bordé d’un léger garde-fou surmonte l’énorme tube circulaire en béton de 2m,14 de diamètre intérieur dans lequel coule lentement, à pleins bords, l’eau bleuâtre, transparente et douce de la Vanne. Ce n’est plus dix-sept cents mètres cubes, comme à l’étage moyen, c’est ici cent mille mètres cubes qui chaque jour, incessamment, glissent sans se presser, entre ciel et terre, pour désaltérer les Parisiens.
- Le guide lève la trappe d’un regard et nous voyons jusqu’au fond, dans son admirable limpidité, cette rivière artificielle, tantôt souterraine, tantôt aérienne, qui nous a été amenée de si loin; il nous apprend qu’il existe un quatrième niveau auquel on peut parcourir cet aqueduc que nous avons longé en dessus, au milieu et en dessous, au fond de la vallée, sur le sol: on peut descendre en batelct la rivière aérienne, dans son noir tunnel, et elle est fréquemment inspectée ainsi... Il existe même un cinquième niveau, car les deux aqueducs, dans
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- Aqueduc de la Vanne, vallée de la Bièvre, — On voit au-dessous, l’aqueduc de Marie de Médicis et l’ancien aqueduc romain.
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- toutes ces régions des environs de Paris, traversent les carrières, et dans ces carrières, sous les aqueducs, règne une double galerie de soutènement.
- Dans la partie abandonnée de l’aqueduc d’Arcueil dans Paris, une galerie, refaite, après un affaissement, sous une déviation de l’aqueduc, sert même de chemin d’accès entre les Catacombes et leur entrée, place Denfert-Rochereau.
- Le public jouit des résultats acquis sans penser à ce qu’ils coûtent, aux travaux qu’ils ont nécessités, et il est bien de le lui rappeler et de les lui faire connaître.
- CHARLES BoiSSAÏ (Œuvre pos(hume).
- LA PROPAGATION DU SON DANS L’AIR
- EXPÉRIENCES DE M. TïNDALL
- M. Tyndall a entrepris, il y a quelques années déjà, à la demande du Comité anglais chargé de la direction des signaux des côtes, une série complète d’expériences pour déterminer l’efficacité des signaux acoustiques destinés à prévenir les marins dans le voisinage des côtes; et il est arrivé à la suite de ses longues et patientes recherches, à des résultats tout à fait nouveaux et inattendus dépassant de beaucoup les limites qu’il s’était tracées d’abord. Les faits qu’il a observés présentent même un intérêt exceptionnel et mériteront de prendre rang dans la science à côté des découvertes antérieures du célèbre physicien ; aussi nous avons cru intéressant d'exposer brièvement ces belles expériences.
- M. Tyndall devait déterminer d’une manière précise, comme nous venons de le dire, la limite d’action des différents types de signaux acoustiques en usage sur les côtes, c’est-à-dire la distance à laquelle leur son pouvait toujours être perçu en pleine mer dans les circonstances les plus défavorables ; il fut ainsi amené à répéter ses observations dans les conditions les plus variées, et même il n’hésita pas à les poursuivre pendant près d’une année entière en les reproduisant chaque jour un nombre de fois considérable, et ne voulant tenir les résultats pour acquis que s’ils étaient démontrés d’une manière tout à fait surabondante. Cette persévérance, qui est déjà l’un des premiers traits du génie de l’observation, fut récompensée; elle permit à l'habile physicien de montrer d’une manière irréfutable l’erreur des opinions trop souvent admises sur la résistance que la propagation du son dans l’air peut rencontrer dans les différentes conditions atmosphériques. On admet volontiers, par exemple, que le son se transmet dans une belle journée, par un temps clair et avec une atmosphère entièrement transparente, beaucoup plus facilement qu’en présence d’un ciel nuageux, à travers un brouillard intense, et surtout à travers la pluie, la neige ou la grêle.
- Il n’en est pas toujours ainsi cependant, la trans mission du son dans l’air rencontre des résistances tout à fait différentes de celles qui peuvent affecter la propagation de la lumière diffuse, et elle s’opère par suite dans des conditions tout à fait distinctes. M. Tyndall a constaté, en effet, que le son des signaux qu’il étudiait se trouvait parfois subitement intercepté à faible distance même par un temps clair, et en l’absence de tout obstacle apparent capable de donner l’explication d’un phénomène aussi singulier. C’est, au contraire, par certains temps de brouillard que les signaux ont atteint leur limite d’action la plus considérable. Ajoutons enfin que les causes qui arrêtent ou favorisent la propagation du son dans l’air sont essentiellement variables, et que, en un seul instant, le passage d’un nuage ou l’action d’un rayon de soleil suffit pour modifier totalement la transparence acoustique de l’atmosphère. Après avoir établi, d’une manière indiscutable, des faits aussi étonnants en apparence, M. Tyndall est même arrivé à en donner l’explication dans une théorie que nous reproduirons tout à l’heure, après avoir exposé les conditions dans lesquelles il a pratiqué ses expériences.
- Les différents signaux soumis à l’essai, comprenaient des trompettes à anche, différents sifflets, ainsi qu’un canon, et on y adjoignit plus tard une sirène. On les installa à South-Foreland, au sommet d’un rocher qui fait saillie sur la côte anglaise de la Manche, dans la baie de Saint-Margaret, presque en face de Calais.
- Les expériences furent dirigées par M. Tyndall, avec le concours de MM. Close, Werre, Atkins, le capitaine Drew, et le Master Deputy de la corporation de Trinity-House; M. l’ingénieur Douglass, M. Edward et l’amiral Collison y prirent également part.
- Les observateurs, montés sur un bateau à vapeur, allaient se placer au large à des distances variables de signaux en activité, afin de déterminer la distance limite où on pouvait encore les entendre.
- Ils arrivèrent ainsi à reconnaître que parmi les signaux essayés, la sirène américaine de M. Holmes était celui qui s’entendait généralement le plus loin, et surtout le son de cet appareil, qui se transmettait parfois jusqu’à 20 kilomètres environ dans les circonstances favorables, était en outre moins facilement étouffé par les bruits extérieurs. Quant au canon, il donnait un son qui pouvait devenir tout à coup presque insensible à quelques kilomètres seulement, si l’état de l’atmosphère n’était pas favorable.
- Nous citerons, par exemple, une des observations les plus frappantes et tout à fait imprévues de M. Tyndall. Le 2 juillet 1875, le temps avait été très brumeux et obscur, et cependant le son s’était transmis jusqu’à la limite de la zone d’action des signaux. Le lendemain, au contraire, le soleil était ardent, l’air calme et l’atmosphère entièrement transparente; cependant le son se transmit d’une
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- manière tout à fait défectueuse, et la détonation du canon, qu’on entendait la veille à 20 kilomètres, ne produisait plus aucun son à une distance de 3 kilomètres seulement, bien que cependant, on aperçut la fumée, qui paraissait très rapprochée des observateurs.
- Après avoir longtemps cherché la raison d’un phénomène aussi étrange, qui se renouvela d’ailleurs très fréquemment pendant la durée de ces expériences, M. Tvndall arriva à se convaincre qu’elle devait être attribuée au manque d’homogénéité de l’atmosphère, résultant de la vapeur d’eau qu’elle tenait en suspension. Toutes les fois qu’un rayon acoustique ou lumineux passe d’un milieu dans un autre, il s’opère, en effet, comme on le sait, une réflexion partielle qui peut diminuer considérablement, suivant les cas, l’intensité de la lumière ou du son transmis. Un phénomène analogue doit s’opérer au point de vue du son dans l’atmosphère lorsque la vapeur d’eau se trouve en suspension à l’état flocculent, suivant l’expression employée par M. Tyndall, bien que la transparence optique ne soit aucunement altérée cependant. Au contraire, lorsque la vapeur se résout en globules qui forment la pluie ou le brouillard, la transparence optique est fortement diminuée, tandis que le son se transmet, au contraire, toujours avec la même facilité.
- Il faut remarquer, en effet, que ces arrêts dans la propagation des sons s’observent toujours dans le voisinage de la mer et des rivières, qui déterminent une évaporation abondante. M. Tyndall a observé plusieurs fois, d’ailleurs, que les sons qui se transmettaient bien dans la matinée, étaient au contraire interceptés vers midi, et il suffisait alors du passage d'un nuage devant le soleil pour les rétablir, et on les entendait de nouveau au coucher du soleil. Il a même pu vérifier l’exactitude de son hypothèse par une expérience plus curieuse encore, en montrant que le son non transmis était renvoyé vers son point de départ, en pleine atmosphère, comme par l’effet d’une muraille invisible et en l’absence de tout obstacle apparent. En se plaçant devant ce nuage imperceptible, il ^entendit l’écho aérien renvoyé des profondeurs de l’atmosphère, tandis qu’à une faible distance au delà, l’air redevenait absolument silencieux.
- M. Tyndall cite, en terminant, un grand nombre de faits historiques analogues auxquels on n’avait pas accordé d’attention jusqu’à présent, faute de pouvoir les expliquer suffisamment. Il est arrivé souvent que des officiers ou même des armées, placés à une faible distance d’un champ de bataille, n’ont entendu aucun bruit, et ne sont pas venus prendre part au combat, comme ils l’auraient fait autrement. Tel est le cas pour la bataille de Montereau, par exemple, entre Napoléon Ier et le roi de Wurtemberg, et dont le bruit ne parvint pas au prince de Schwartzenberg, éloigné de 20 kilomètres seulement. De pareils accidents trou-
- veraient probablement leur explication naturelle dans la théorie de M. Tyndall.
- Nous n’avons rien dit de la transmission du son à travers la neige ou la grêle, car les circonstances atmosphériques ne permirent pas de l’étudier à South-Foreland ; mais des observations faites antérieurement par M. Tyndall sur la Mer de Glace montrent bien que le son peut se propager sans difficulté, même dans ces conditions; on voit par là que les idées généralement admises jusqu’ici au sujet de l’influence du brouillard, de la pluie, de la neige ou de la grêle sur la transparence acoustique de l’atmosphère sont presque toutes erronées.
- SUR LA
- PH0T0MÉTRIE PHOTOGRAPHIQUE
- ET SON APPLICATION A l’ÉTVDE DES POUVOIRS RAYONNANTS COMPARÉS DU SOLEIL ET DES ÉTOILES
- PAR M. J. JANSSEN
- Les applications scientifiques de la photographie ont pris une telle importance, spécialement en astronomie, qu’il y a actuellement un intérêt capital à introduire dans cet art les méthodes rigoureuses de la science, afin de la rendre capable, non plus seulement d’enregistrer les phénomènes lumineux, mais en outre d’en donner la mesure précise, en un mol de créer une photographie photométrique.
- C’est le but que l’auteur s’est proposé, et qu’il poursuit depuis plusieurs années.
- Il prend d’abord pour base de la mesure de l’action de la lumière le degré d’opacité du dépôt métalique qu’elle provoque sur les plaques (dans les procédés actuels), et pour obtenir cette mesure il a créé un instrument qui donne les rapports entre l’intensité de l’action des radiations et l’opacité du dépôt.
- Cet instrument est nommé par M. Janssen le photomètre photographique.
- Il consiste en un châssis qui confient la plaque sensible et devant lequel passe un obturateur percé d’une fenêtre. Cette fenêtre prend, suivant les expériences, des formes particulières et variées, qui déterminent et règlent l’action lumineuse.
- Le mouvement de l’obturateur est déterminé par un mouvement d’horlogerie pour les mouvements lents, et par des ressorts pour les rapides. La vitesse dans ce dernier cas est prise au diapason.
- Quand la fenêtre prend la forme d’un triangle dont la hauteur est perpendiculaire au mouvement, on obtient sur les plaques une teinte décroissant régulièrement d’un bord à l’autre, et qui donne les éléments des rapports entre le degré d’opacité et l’intensité lumineuse.
- L’instrument donne immédiatement la démonstration des principes théoriques de la photométrie.
- Il fournit la mesure des sensibilités des diverses préparations photographiques et donne encore le moyen immédiat de mesurer par la photographie l’intensité variable de la lumière solaire avec la hauteur de l’astre et les circonstances atmosphériques, ainsi que les rapports entre les lumières d’origines diverses, la comparaison de la lumière solaire à celle de la Lune.
- On comprend toute l’importance de l’introduction de la mesure dans les phénomènes photographiques.
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- Comme première application, l’auteur donne les premiers résultats d’une grande étude sur les pouvoirs radiants comparés du Soleil et des étoiles* sujet, comme on sait, d’une importance capitale en astronomie, et qui a occupé les plus célèbres astronomes, les Huggins, les Jlersehel, les Arago.
- L’auteur commence d’abord par l’étude photométrique du Soleil.
- Le photomètre photographique donne avec des plaques au gélatino-bromure une série d’échelles de teintes régulièrement croissantes en intensité, à chacune desquelles correspond un temps d’action solaire déterminé (toutes les circonstances influentes étant notées et appréciées).
- Cela fait, pour obtenir des étoiles des termes de comparaison, l’auteur place dans le télescope la plaque sensible, non pas au foyer, où l’étoile formerait un simple point noirâtre non susceptible de mesure, mais en deçà du foyer, de manière à obtenir un cercle de teinte uniforme, dans toutes ses parties. C’est ce cercle de teinte uniforme ou plate qui sera comparé aux échelles de teintes données par le Soleil. On prend de l’étoile étudiée un certain nombre de ces cercles en donnant à l'action lumineuse des temps d’action croissants mesurés.
- Il n’y a plus qu'à comparer ces cercles stellaires aux échelles solaires, et chaque cercle qui trouve dans les échelles une teinte égale fournit les éléments du rapport des intensités lumineuses apparentes du Soleil et de l’étoile. Il faut dans le calcul tenir compte du temps des actions lumineuses pour le Soleil et l’étoile, du degré de concentration lumineuse donné par le télescope, etc.
- Si, en outre, on connaît la parallaxe de l’étoile, c’est-à-dire sa distance à la Terre, on peut alors passer du rapport apparent au rapport réel des puissances des deux astres.
- L’auteur a déjà abordé l’étude des étoiles Sirius, la Chèvre, Arcturus, etc. On peut déjà dire pour Sirius, bien que les mesures ne soient pas encore terminées, que ce Soleil e^t un colosse qui est des centaines de fois plus puissant que le nôtre, modeste foyer à côté de lui.
- APPAREILS DE LABORATOIRE
- EN FIL MÉTALLIQUE
- M. G. M. Hopkins décrit dans \e Scientific American un certain nombre d’instruments pratiques, fabriqués en fil métallique, à l’usage des laboratoires, instruments dont nous donnons ici le dessin. Quelques-uns sont très nouveaux : tous sont plus ou moins utiles et en suggéreront certainement d’autres à ceux de nos lecteurs qui voudront les fabriquer.
- M. Hopkins dit que souvent, il a fabriqué lui-même ainsi un appareil en fil métallique pendant le temps nécessaire pour en commander et en faire acheter un, économisant ainsi le temps et l’argent.
- Pour la plupart des instruments, on doit choisir un fil métallique qui ne s’oxyde pas, tel que du fil de laiton ou de fer étamé; les outils nécessaires pour fabriquer ces instruments consistent en une paire de pinces à couper, des tenailles et une paire de pinces rondes, quelques mandrins en bois ou en métal de différentes grandeurs et un petit établi.
- La grandeur des instruments, ainsi que l’épaisseur du fil métallique, peuvent varier suivant la destination de l’outil.
- L’appareil représenté en haut du dessin, figure 24, est ancien et fort co mu; il est très utile pour retirer des bouchons tombés dans une bouteille, ou pour tenir un linge ou une éponge pendant le nettoyage des tubes, des bouteilles, etc. Les figures 1 et 2 représentent des pinces pour prendre des braises sur un fourneau, pour tenir un charbon pour l’allumage des pipes, etc. ; pour saisir des tubes et des bouteilles chaudes (fig. 2) ; on peut dans ce cas garnir l’extrémité de ces pinces avec du liège (Yoy. le détail fig. 14).
- Pour les fabriquer, on enroule le fil formant une moitié de l’instrument autour de celui qui donne l’autre moitié ; on obtient ainsi la jointure ; puis recourbant les deux parties à angle droit, on forme à l’une des extrémités deux boucles, à l’autre deux anneaux. En changeant la forme des anneaux, les pinces peuvent servir à manier des creusets et des coupelles dans un moufle.
- La figure 4 donne l’aspect d’un autre modèle de pinces que l’on confectionne aussi facilement.
- La figure 8 indique une autre espèce de pinces. Elles sont munies de deux tiges que l’on sérié quand on désire ouvrir les jointures.
- La figure 5 représente des pinces, ayant d’un côté un fil métallique recourbé en forme d’œillet et s’étendant par une boucle fermée de l’autre côté. Ce fil est recourbé à angle droit à son extrémité et s’engage dans une spirale placée au-dessus et faisant l’office de vis. On forme la spirale en enroulant deux fils métalliques parallèlement l’un à l’autre autour du môme mandrin, et puis les séparant. Le manche se forme à l’aide de pinces. La figure 5 représente des pinces qui doivent êtie faites en bon fil métallique à ressort aplati aux deux bouts. La figure 7 représente un autre genre de pinces pour tenir un tube de caoutchouc. La gravure montre la position normale, qui est fermée; mais l’extrémité a peut s’engager dans la boucle h, de manière à tenir les pinces ouvertes.
- La figure 6 montre une pince à ressort pour tenir un objet qu’on veut souder ou cimenter. La figure 21 représente les différents poids en usage. On les obtient très facilement. Le fil métallique droit a le poids d’un gramme ; celui avec une seule courbure pèse 2 grammes ; celui avec deux courbures formant un triangle pèse 3 grammes, et ainsi de suite. La figure 9 représente une pince pour les tubes de caoutchouc. Elle se confectionne comme les autres petits appareils.
- La meilleure manière de former de bonnes courbes en fil métallique est d’enrouler le fil autour d’un bâton de bois de forme convenable. La figure 12 se passe de toute explication. Elle représente une tige à supports de laboialoire. Si le frottement des spirales contre la tige devenait assez faible pour permettre aux anneaux de tomber, on recourberait
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- M. Fauvel y a reconnu un genre d’altération qui n’était pas soupçonné.
- Ce liquide en effet est rempli de végétations cryptogami-qucs. On retrouve celles-ci dans les tubes de caoutchouc et dans les tubes de verre qui entrent dans la construction du petit appareil alimentaire. Elles abondent tout spécialement dans le renflement de caoutchouc que suce le nourrisson.
- Le nouveau microphyte peut aisément être cultivé dans du petit-lait et l’auteur a ainsi observé le développement d’un mycélium.
- Ce travail n’est d’ailleurs qu’un premier chapitre auquel M. Fauvel se propose de donner une suite. Il a dès maintenant un très vif intérêt, au double point de vue hygiénique et administratif À ce dernier titre il a attiré l’attention du Préfet de police, qui a fait procéder à des enquêtes dans les crèches. Sur trente et une visites de ce genre vingt-huit ont donné des résultats conformes à ceux qui viennent d’être indiqués.
- Le Stéréorachys. — Un nouvel échantillon de ce gigantesque et merveilleux reptile des schistes permien d’Igornay (Saône-et-Loire) est présenté par M. Gaudry, qui en donne une description des plus intéressantes. Parmi les conséquences formulées par le savant paléontologistes, l’une des plus frappantes est relative à la continuité de la vie de l’époque primaire à l’époque secondaire. On arrive de plus en plus, comme on voit, en géologie, aux idées de modifications lentes des conditions terrestres et on s’éloigne de plus en plus par conséquent de la supposition si gratuite des révolutions du globe.
- Fabrication de l'eau de Seltz. — L’eau de Seltz est la première des eaux minérales que l’industrie ait entrepris de fabriquer : on sait dans quelles proportions aujourd’hui. La modicité du prix de ce liquide rafraîchissant, le mettant en effet à la portée de toutes les bourses et de toutes les tables.
- Naturelle, elle vient de Nieder-Selters, village du duché de Nassau, qui possède des eaux gazeuses, acidulés, froides, célèbres depuis longtemps par leurs vertus digestives, et qu'on expédie dans toute l’Europe. Cette eau minérale diffère de l’eau de Seltz artificielle par sa composition chimique : elle renferme, d’après Bischoff, du sulfate de soude, du chlorure de sodium, des carbonates de soude, magnésie et chaux, de la silice, du fer, etc., tandis que l’eau de l’industrie ne contient que de l’acide carbonique, qui entre aussi, mais en proportion différente, dans la première.
- L’eau de Seltz étant, comme nous venons de le dire, d’un usage universel, « l’hygiène publique a le plus grand intérêt à ce qu’elle soit offerte aux consommateurs dans des conditions de salubrité absolue ». Nous empruntons cet axiome au Rapport sur la fabrication des eaux gazeuses, présenté par le docteur Lhéritier au Comité consultatif d’hygiène de France. « Or, continue l’éminent hydrologue, dans la fabrication de l’eau de Seltz, on produit l’acide carbonique par la réaction de l’acide sulfurique sur la craie ; l’un est dangereux, l’autre est impure : — de là ressort la nécessité de soumettre le gaz à une purification qui ne peut s’obtenir qu’au moyen d’un lavage parfait. » Pour cela, il faut que dans toutes les fabriques d’eau de Seltz, le gaz acide carbonique soit lavé dans une eau vive, se renouvelant automatiquement et sans cesse, au fur et à mesure de la fabrication, au moyen de laveurs spéciaux, capable d’assurer la purification continue du gaz.
- D’après les renseignements recueillis par le Comité consultatif d'hygiètie de France, ces conditions sont toujours parfaitement remplies, et la pureté du produit garantie.
- On peut donc continuer à boire de l’eau de Seltz sans crainte, en se souvenant avec reconnaissance des services qu’elle a rendus, lors de la première apparition du choléra en 1852. C’est un digestif, un stimulant de l’appétit, un philtre merveilleux qui donne à un vin médiocre les qualités d’un bon cru, et fait plus contre l’ivrognerie que toutes les Sociétés de tempérance.
- Nouvelle roche du cap de Bonne-Espérance. — MM. Jacob et David m’ont remis, pour en faire l’étude, une remarquable roche qui provient de la mine de diamants de Bultfontein, dans l’Afrique australe. Elle diffère pour l’aspect de toutes les espèces lithologiques que j’ai extraites du sable diamantifère de Dutoit’sPan. Quatre substances nettement caractérisées peuvent aisément en être séparées : des grains rouge très pâle de grenai, des grains verts de pyroxène sahlite, des grains blancs de calcaire cristallin à cassure cireuse, des lamelles d’un bleu verdâtre d’une chlorite, se rapportant à l’espèce désignée sous le nom de vaalite.
- Ce minéral ne se rencontre à Dutoit’s Pan qu’en lamelles isolées et évidemment fort altérées. Ici au contraire on peut reconnaître ses associations naturelles et déterminer sa composition et ses'propriétés, car il paraît tout à fait intact.
- Laissant ce sujet pour une autre étude en cours d’exécution, je me bornerai à dire ici que la remarquable ro-che de Bultfontein paraît avoir donné naissance par voie d’altération à des roches citées à Dutoit’s Pan et à De fieer sous le nom évidemment inexact à'éclogite altérée. Déjà des expériences m’ont prouvé que sous l’action de l’acide carbonique et de la chaleur le vaalite métalloïde tend à se ^approcher de certaines paillettes considérées comme mica dans des descriptions antérieures et même m à de l’argile jaunâtre contenue dans les fausses éclogites.
- Chimie organique. — C’est avec un très vif intérêt qu’on écoute la lecture par M. Grimaux d’un mémoire relatif à la transformation de la morphine en codéine.
- MM. Chamberland et Roux affirment contrairement aux assertions de M. Béchamp que la craie ne renferme point de microzyma capables de provoquer dés fermentations.
- D’après de nouvelles expériences de M. Boussingault, les plantes qui végètent dans l’obscurité, n’empruntent pas plus d’azote que de carbone aux substances fertilisantes renfermées dans le sol.
- Varia. — M. Decaisne transmet, au nom d’un auteur dont le nom nous échappe, des recherches mathématiques sur les lois qui président à la distribution des feuilles sur la tige. — Les observations méridiennes des petites planètes faites le mois dernier à l’Observatoire sont déposées par M. Mouchez. — D'après M. Taillon, quia fait ses expériences au laboratoire de zootechnie de Montpellier, on observe chez les brebis laitières une corrélation inverse entre la quantité de lait et la quantité de laine. — Conformément au doute exprimé par Brongniart, M. de Sa-porta affirme la non-existence des protéacées australiennes dans la flore tertiaire de l’Europe. — Des perfectionnements au radiophone sont décrits par M. Mercadier. — M. Marcel Deprez expose un mode de représentation graphique des phénomènes mis en jeu dans les machines dynamo-électriques. —M. Tresca lit un rapport, concluant à l’insertion aux savants étrangers sur un mémoire de M.
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- LA NATURE
- Graeff relatif à des expériences sur l'écoulement des eaux. — Le terrain houiller de Commenlry est étudié par M. Fayol. — Une nouvelle théorie de la polarisation a pour auteur M. Mallard.
- Stanislas Meunier.
- TRANSPORT DE L’IF DE RUCKLAND
- EN ANGLETERRE
- Dans le cimetière de Buckland, près Douvres, s’élevait un if gigantesque bien souvent visité par les voyageurs. Cet if remarquable est probablement
- le plus vieil arbre de l'Angleterre, car il est le seul de son espèce qui soit mentionné dans le Domesday book. L église de Buckland avait besoin d’être agrandie, mais cette opération ne pouvait se faire sans détruire ou déplacer le vieil if. Le couper et l’abattre eut été un acte de vandalisme, le déplacer était déclaré impossible par les jardiniers les plus experts. Malgré cela, le desservant résolut de consulter M. Barron, des pépinières d’Elvaston, près Derby, qui, depuis quarante ans, a transporté des arbres très vieux et très grands dans toutes les parties du pays, et qui est l’inventeur d’une machine de translation fort en vogue. M. Barron se
- Aspect de l’if de Buckland après son transport.
- chargea de l’entreprise. Enlever la masse de terrain nécessaire à la conservation de l’arbre, et surtout le puissant tronc, était comparativement une tâche aisée. La plus grande difficulté résidait dans les énormes rameaux qui, avec leurs branches, s’étendaient jusqu’à 11 mètres du tronc. On employa un grand chariot en bois, composé de quatre poutres longues et larges. Ce chariot, avec sa charge de rameaux et de branches, fut construit de manière à se mouvoir en même temps que le tronc, resté debout, et la masse de terre contenant l’ensemble des racines, ainsi qu’une voûte en briques qui, environ deux cents ans auparavant, avait été construite tout près du tronc du vieil if. Le tronc a 6m,70 de circonférence; l’étendue des branches, d’une extrémité à l’autre, était de 15 mètres, et
- l’ensemble de la masse déplacée pesait 56 tonnes. En transportant l’arbre à sa nouvelle place, M. Barron s’arrangea de manière à planter la masse entière dans un terrain montant et exposé au Midi ; de la sorte, les parties du nord et du sud du tronc formaient à peu près le même angle. L’opération dont nous parlons a eu lieu il y a un an environ. Elle a pleinement réussi. Dans sa nouvelle situation, l’arbre au vaste feuillage se présente sous un aspect plus imposant qu’auparavant. Cet exemple montre que l’on peut réussir à opérer le transport d’arbres très grands et très âgés; nous avons pensé qu’il était intéressant de le signaler.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiur.
- Imprimerie A. Laliurc, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 417 — 28 MAI 1881.
- LA NAT IJ II K.
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- L’ESSENCE D’ILANG-ILANG OU UE CANANGA
- Depuis quelques années la parfumerie fait un grand usage de ce produit pour confectionner différents produits : savons, eaux de toilette, etc., dont beaucoup de personnes se servent, sans connaître
- l’origine et la nature de la substance odorante que ces produits renferment. Le Journal de Pharmacie et de Chimie vient de publier à ce sujet, d’après une notice de M. Fluckiger, insérée dans le
- Branche et fruits d’Ilaug-llang ou Cananga odorata.
- journal Ârchivder Pharmacie, quelques documents intéressants que nous reproduisons.
- L’essence d’llang-llang ou de Cananga, très estimée en raison de son parfum, provient d’un arbre, le Cananga odorata (Iloooker tils et Thompson) de la famille des Anonacées. On donne à cet arbre les noms d'llang-llang et d'Alanguilan, d’Arbor 9e innée. — 1er semestre.
- Saguisan (Hay), de Uonga Cananga (Rumph), de Tsjampa (en javanais). Lamark et Dunal l’ont désigné sous le nom d'Uvaria odorata et d’Unona odo-rata. La gravure ci-dessus est une copie de celle de la Flore de Java de Rlumc.
- Le Cananga odorata est un arbre de 60 pieds de hauteur, ayant des branches peu nombreuses mais
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- bien ramifiées. Les feuilles atteignent 18 centimètres de longueur et 7 centimètres de largeur ; leur surface est un peu dure, et sur un côté seulement, le long des nervures, elle est faiblement duveteuse. Une courte tige porte jusqu’à quatre lleurs. Les baies vertes sont au nombre de 15 à 20 sur un long pédoncule ; elles contiennent 5 à 8 graines disposées sur deux rangées. La chair du fruit est douce et aromatique ; les lleurs ont un parfum exquis, souvent comparé à ceux de la jacinthe, du narcisse et de l’œillet.
- Le Cananga oclorata est la seule espèce du genre Cananga; on le cultive dans le sud de l’Asie. Dans les forêts vierges il atteint une très grande hauteur, mais ses fleurs sont presque dépourvues de parfum. Vers 1864, L essence de Cananga a été importée à Paris et à Londres; elle provenait de l’archipel Indien, un peu plus tard de Manille. Deux pharmaciens allemands, MM. Oscar Reymann et Adolphe Roensch, en ont préparé à Manille et l’ont envoyée à l’Exposition de Paris en 1878. On la vend 750 francs le kilogramme en Allemagne. D'après Guibourt, on a vendu sous le nom d’huile de Macassar une huile aromatisée avec les fleurs du Cananga et du Michelia Champaca.
- L’étude chimique de l’essence de Cananga a été faite par M. Gai (Comptes rendus, LXXYI, 1875, p. 1428), qui l’a considérée comme un éther benzoïque. Plus récemment, M. Adolphe Convert en a extrait une petite quantité d’acide acétique et y a constaté la présence d’un phénol.
- UNE NOUVELLE SUBSTANCE HILARANTE
- M. le docteur Luton, de Reims, vient de signaler, dans le Bulletin de Thérapeutique, les propriétés hilarantes de la teinture d’ergot de seigle lorsqu’elle est associée au phosphate de soude. Voici dans quels termes l’auteur raconte les circonstances qui l’ont amené à cette découverte si singulière : « Une femme de soixante-deux ans, placée à l’infirmerie de la maison de retraite, à Reims, prenait de l'ergot de seigle, sous forme de teinture, pour une arthrite subaiguë,du genou droit; lorsque, craignant une transformation mauvaise de cette affection, nous avons cru devoir renforcer l’action du premier médicament en lui adjoignant une certaine quantité de phosphate de soude, qui, dans notre pratique, remplace toutes les préparations phosphorées plus ou moins vantées. On administra aussi, dans environ un quart de verre d’eau sucrée, une cuillerée à café de teinture d’ergot de seigle et une cuillerée à bouche d’une solution de phosphate de soude au dixième. L’étonnement fut grand lorsque, au bout de trois quarts d’heure à peu près, il se produisit chez la malade, sans aucun motif, une explosion de rire aux grands éclats, qui, pendant plus d’une heure, ne s'arrêta guère, et revint par accès très rapprochés. Ce rire semblait s’associer à des pensées gaies et trahir une sorte d’ivresse ; et même, lorsqu’il fut apaisé, la personne en cause conserva pendant longtemps encore de l’entrain et de la bonne humeur. N’ayant pas été témoin de ces curieux phénomènes, et les conséquences
- n’en ayant été que bonnes pour la malade, nous la soumîmes à une seconde épreuve, qui fut suivie des mêmes résultats. Une troisième fois, il en fut de même, et nous ne nous arrêtâmes que pour ne pas fatiguer cette dame. »
- Ces expériences, répétées par M. le docteur Luton sur sept ou huit femmes ou jeunes filles, ont toujours amené le même résultat ; chez les hommes, l’action thérapeutique est un peu moins vive : elle ne se manifeste que par la coloration plus vive de la face, par des vertiges et par un faible sentiment de céphalalgie. Il est probable que l’on doit, comme communauté d’origine, rapprocher ces résultats de ceux produits par le pain de seigle, alors que, dans les années pluvieuses, cette céréale contient jusqu’à 5 pour 100 d’ergot. Ce pain détermine alors une sorte d’enivrement que les consommateurs sont loin de dédaigner, et recherchent même quelquefois avec empressement. Le docteur Luton indique, en terminant, la formule suivante, qui se rapporte à une dose moyenne pour une personne suffisamment excitable : teinture d'ergot de seigle, 5 grammes; solution de phosphate de soude au 10% 15 grammes. Mêlez dans un quart de verre d’eau sucrée. A prendre en une fois à jeun.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Bibliothèque utile, volumes de 190 pages, brochés, 60 c. ; cart. à l’anglaise, 1 fr.; Germer Baillière et C'% éditeurs.
- Publier des livres à la portée de tous, faciliter l’étude à ceux qui ne peuvent pas compulser de volumineux ouvrages pour se tenir au courant des progrès de la science, tel est le but que se sont proposé les éditeurs de la Bibliothèque utile. Aussi l’intérêt des sujets traités, la clarté d’exposition, comme la modicité du prix de ces petits volumes, en font, dans toute l'acception du mot, de véritables œuvres populaires.
- Parmi les derniers volumes parus, nous citerons : en histoire, l'Europe contemporaine, par M. L. Bendois ; en géographie, Continents et Océans, de Grove, les lies du Pacifique, par le capitaine de vaisseau Jouân; en sciences, les Premières notions sur les sciences, de Th. Huxley; en philosophie, la Philosophie positive, par le Dr Robinet, L'Homme est-il libre? essai sur le libre arbitre, par
- M. Georges Renard.
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- Traité expérimental d'électricité et de magnétisme, par J. E. 11. Gordon, traduit de l’anglais et annoté par M. J. Raynaud, précédé d’une introduction de M. A. Cornu. Tome second, 1 vol. in-8° de 652 pages avec 31 planches et 194 figures. Paris, J. B. Baillière et fils, 1881.
- Matériaux pour l'élude des glaciers, par Dollfus-Ausset, 12 vol. grand in-8°, avec un atlas de 40 planches. Paris, F. Savy.
- Cet ouvrage capital, véritable monument élevé à la physique du globe par Dollfus-Ausset, nous a été offert par la Société industrielle de Mulhouse sur la demande de M. Ch. Grad, député au Reichstag, et de M.S. Zweifel, conservateur général. Nous aurons souvent l’occasion de le mettre à contribution ; nous nous bornons aujourd’hui à adresser nos remerciements les plus sincères à l’honorable Société Alsacienne, qui dépense une si belle et si louable activité pour le progrès des sciences et de l’industrie.
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- LA PRODUCTION DU SON
- TAR L KiNERGIE RADIANTE
- LE SPECTROPHONE
- Travaux recents de MM. Graham Bell et Sumner Tainter
- A peine de retour aux États-Unis, M. Graham Bell a continué ses magnifiques travaux sur la conversion de l’énergie radiante en sons, et a communiqué le résultat de ses expériences faites en collaboration avec M. Tainter à l’Académie nationale des Aits et des Sciences de New-York, dans sa séance du 21 avril dernier.
- M. Bell a bien voulu nous envoyer les premières épreuves de son intéressante communication ainsi que des photographies de ses appareils ; c’est ce travail important que nous allons résumer pour les lecteurs de la Nature.
- M. Bell avait été conduit à admettre, d’après ses premières expériences, que toutes les substances ont la propriété de rendre des sons sous l'influence d'un rayon de lumière intermittent.
- Pendant le séjour de M. Bell en Europe, en novembre et décembre 1880, son collaborateur, M. Tainter, essaya diverses substances dans le but de constater l’exactitude de la proposition énoncée par M. Bell, et arriva graduellement à cette découverte , que la ouate, la laine et généralement les matières fibreuses, produisaient des sons plus intenses que les corps solides, durs et rigides, cristallisés, ou les diaphragmes primitivement employés.
- Pour étudier ces effets dans les meilleures circonstances, M. Tainter enfermait les substances dans une cavité conique formée d’une pièce en laiton fermée par une glace de verre (fig. 1). Un ajustage en laiton, disposé à l’extrémité du cône, servait à fixer le tube acoustique.
- M. Tainter se servit de cet appareil sur lequel il faisait tomber les rayons interrompus pour consla -ter que le premier effet que nous signalons, c’est-à-dire l’inlluence de la nature physique du corps soumis au rayon lumineux intermittent. En étudiant l’influence de la. couleur des substances, il reconnut que les couleurs les plus foncées donnaient les sons les plus intenses. Le noir de fumée donne les plus grands effets, fait que M. Mercadier constatait de son côté, à Paris, vers la même époque. L’effet était surtout remarquable en plaçant dans la cavité conique des fils de gaze enfumés, comme le représente la figure 1. Un résonnateur, dont l’intérieur était noirci à la lampe par le noir de fumée, donnait surtout des effets très curieux. En faisant tourner le disque interrupteur très vite et en le laissant ensuite venir graduellement au repos, le son, faible d’abord, augmentait ensuite par degrés et, au moment où le nombre des interruptions correspondait avec la note fondamentale du résonnateur, le son était assez fort pour qu’un auditoire de cent personnes pùt l’entendre.
- Ici nous cédons la parole à M. Graham Bell :
- « Lors de ma communication à l’Association américaine, je n’avais pu me convaincre par l’expérience que les substances sonores, sous l’influence directe d’un rayon de soleil intermittent, étaient capables de reproduire des paroles articulées sous l’action d’un rayon ondulatoire envoyé par le transmetteur photophonique. La difficulté de s’assurer de ce fait se comprendra bien en songeant que les sons émis par les diaphragmes minces étaient si faibles qu’il était impossible d’obtenir pratiquement des effets de ces substances à une distance un peu grande du transmetteur; il était alors impossible dé juger des effets produits par le transmetteur articulant, parce que la voix de l’expérimentateur s’entendait alors directement à travers l’air. Les sons si intenses produits par le noir de fumée nous ont démontré la possibilité d’employer cette substance dans un pho-> tophone articulant, au lieu du récepteur électrique1 employé primitivement.
- « La figure 2 montre comment l’expérience fut disposée. Le diaphragme du transmetteur A avait seulement 5 centimètres de diamètre, le récepteur B avait aussi 5 centimètres, et la distance entre les deux était de 40 mètres, soit 800 fois le diamètre du transmetteur. Nous n’avons pas pu expérimenter à des distances plus grandes, à cause des difficultés qu’on éprouve à diriger et à maintenir la lumière sur le récepteur sans le secours d’un héliostat.
- « Les paroles et les phrases prononcées à voix basse dans le transmetteur étaient distinctement reproduites par le récepteur à noir de fumée. »
- Pour produire des rayons intermittents sans se servir de lentilles, M. Bell emploie deux disques identiques percés de fentes, dont l’un est fixe et l’autre tourne rapidement. Le récepteur est un miroir parabolique, au foyer duquel est placé un globe en verre contenant le noir de fumée ou toute autre substance, relié à un tube acoustique.
- On réfléchit le rayon sur le récepteur à l’aide d’un miroir, et il sulfit d’un léger déplacement du miroir pour faire dévier le rayon et produire sur le récepteur les traits et les points de l’alphabet Morse.
- Avec cet appareil, M. Bell est arrivé à cette conclusion que : les sons les plus intenses sont produits par les substances les plus désagrégées, spongieuses et poreuses, et dont la couleur est la plus sombre et la plus absorbante.
- Voici quelle explication peut, d’après M. Bell, recevoir ce fait :
- « Considérons, par exemple, le cas du noir de fumée, substance qui s’échauffe aux rayons de toute réfrangibilité. Je considère une masse de cette substance comme une sorte d’éponge, remplie d’air au lieu d’eau. Lorsqu’un rayon de lumière tombe sur cette masse, les particules de noir de fumée sont chauffées, se dilatent et par suite
- 1 Le récepteur électrique à sélénium (Voir la Nature, n° 387 du 30 octobre 1880, p. 34C)
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- contractent les vides ou les pores. Dans ces conditions, l’air est expulsé, comme si on comprimait l’éponge.
- « La force avec laquelle l’air est expulsé est grandement augmentée par la dilatation de l’air lui-même, qui s’échauffe au contact du noir de fumée. En supprimant la lumière, l’effet inverse se produit. Le noir de fumée se refroidit, se contracte, augmente le volume des pôles, pendant que l’air qui y est renfermé se refroidit.
- « Dans ces conditions, un vide partiel se produit entre les parties ; l’air extérieur est aspiré, comme l’est l’eau par une éponge lorsque la main cesse d’exercer une pression...... »
- On conçoit donc qu'une substance telle que le
- noir de fumée produise des vibrations sonores intenses dans l'air qui l'environne, tandis qu elle communique en même temps une vibration très faible au diaphragme ou au support solide sur lequel elle repose.
- M. Preece avait observé le lait de son côté, et dans une communication faite à la Société Royale de Londres le 10 mars dernier, il avait admis comme prouvé que l’air vibrait seul et que les disques ne vibraient pas du tout (La lin de la communication de M.Preece renferme cependant quelques réserves sur ce point.) M. Bell cite plusieurs expériences qui semblent en contradiction avec les idées de M. Preece.
- En faisant tomber le rayon intermittent sur la
- Fig. I. Appareil de MM. (iraham Bell et Suimicr Tainter pour l’étude des sons produits par différentes substances, sous l’action d'un rayon lumineux intermittent.
- Fig. 2. Expérience de transmission de la parole par l’action d’un rayon lumineux sur une substance enduite de noir de fumée.
- A. Transmetteur. — B. Récepteur.
- plaque d’un transmetteur de BlakeA (fig. 5) : un téléphone C, placé dans le même circuit qu’une pile R et le transmetteur, émet un son intense. On a soin, dans cette expérience, de supprimer les cavités vibrantes de chaque côté de la plaque. 11 est donc évident, dans ces conditions, que la plaque vibre sous l’action du rayon intermittent, indépendamment des dilatations et des contractions de l’air renfermé dans la cavité en arrière du diaphragme.
- Pour déterminer si l’action du rayon intermittent produisait une pression ou une dilatatioii, M. Tainter a imaginé l’expérience ingénieuse représentée figure 4. Une bande À, semblable à celles employées par M. Preece dans ses expériences, était fixée au centre d’un diaphragme B. En faisant tomber un rayon intermittent sur la bande A, on pouvait
- entendre un son musical eu appliquant l’oreille près du tube G. Cette expérience semble indiquer qu’il se produit une rapide dilatation et contraction de la substance soumise à l’expérience.
- Mais la vibration du diaphragme aurait pu être aussi produite par un mouvement de va-et-vient de la lame sous l’action du rayon lumineux ou par la dilatation subite de l’air en contact avec la bande.
- Pour s’assurer de la cause de la vibration, on ajouta à la lame A, une seconde lame plus courte D (lig. 5), fixée à son centre seulement. On pouvait supposer alors que si la vibration du diaphragme R était due à une pression agissant sur la bande, l’addition de la bande D ne changerait pas l’effet. Dans le cas contraire, si l’action était due à une dilatation de la bande A, il est évident que le
- Fig. 5. Expérience faite avec un transmetteur de Blake, pour montrer expérimentalement les vibrations de la plaque.
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- son cesserait ou serait du moins beaucoup affaibli.
- L’expérience fut faite en lançant le disque interrupteur à une grande vitesse et en le laissant s’arrêter graduellement.
- On n’entendit aucun son, excepté à une certaine vitesse pour laquelle on entendit un faible son musical. Ce résultat confirme le premier. L’audition d‘un effet musical à une certaine vitesse suggère
- une explication basée sur la vibration propre de la bande D.
- Lorsque le nombre des interruptions correspond à cette vibration propre, la bande D entre en vibration probablement comme un diapason et transmet ses vibrations à la bande A.
- En résumé, tous les solides ont rendu des sons sous l'action d'un rayon intermittent.
- Fig. I. Appareil servant à déterminer le mode d’action de la lumière sur les corps.
- Fig. 5. Appareil disposé pour une deuxième expérience sur le même sujet.
- Les sons rendus par les liquides sont beaucoup plus difficiles à observer et si faibles qu’on ne les entend qu’en y prêtant la plus grande attention.
- Les gaz et les vapeurs sont au contraire très sonores sous l’action d’un rayon interrompu : vapeur d'eau, gaz d’éclairage, éther sulfurique, alcool, ammoniaque , amylène, bromure d’éthyle, diéthylamiue, vapeurs de mercure, d’iode, et bioxyde d’azote. Les sons les plus intenses ont été obtenus avec la vapeur d’iode et le bioxyde d’azote.
- Lorsque M. Bell fit sa première communication, c’est le sélénium intercalé dans lecircuit d’une pile et d’un téléphone et soumis à l’action d’un rayon
- intermittent qui donnait les plus puissants effets. Mais l’action du sélénium était fort inconstante et dans l’opinion du docteur Chichester Bell, (Univer-sity College), de Londres, cette inconstance devait être attribuée aux impuretés du sélénium, qui contenait du soufre, du fer, du plomb et de l’arsenic, avec des traces de matière organique.
- Le professeur W. G. Adams1 montra que le tel-
- 1 Proc. Roy. Soc., vol. XXIV, p. 163.
- Fig. 6. Élément à noir de fumée produisant un son sous l'influence d'un rayon intermittent ou d'un courant interrompu.
- (D’après les dessins communiqués par M. A. Grahain Bell.)
- En songeant aux
- lure, comme le sélénium, change de résistance sous l’influence de la lumière, et MM. Bell et Tain-ter essayèrent de remplacer le sélénium par le tellure dans leur récepteur photophonique. Le récepteur ainsi construit, bien que ne donnant pas d’indication sur sa sensibilité avec un galvanomètre à réflexion, donnait des sons dans un téléphone.
- M. Bell fit un alliage de sélénium et de tellure, qui, à cause des propriétés électriques extrêmes de ces deux corps, devait avoir des propriétés moyennes. Un alliage de cette nature est sensible à la lumière; M. Bell se réserve de donner plus tard des indications plus précises sur ces alliages, rands mouvements moléculaires produits par l’action d’un rayon intermittent sur le noir de fumée, M. Tainter pensa qu’une variation analogue se produirait dans le courant qui le traverse et qu’on pourrait alors remplacer le sélén tm par le noir de fumée dans le récepteur électrique.
- L’expérience a confirmé cette idée et l’importance de la découverte est grande si l’on tient compte du prix élevé du sélénium et du tellure.
- La figure 6 représente l’élément à noir de fumée
- Fig. 7. Disposition de l’appareil pour l’action simultanée d’un courant électrique interrompu et d’un rayon intermittent.
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- qui a donné les meilleurs résultats. On recouvre une glace d’une couche d’argent et l’on enlève la pellicule suivant une ligne en zigzag, de façon à former deux parties parfaitement isolées ayant l’aspect de deux peignes dont les dents s’emboîtent réciproquement. Chaque peigne est attaché à un écrou, de façon à pouvoir intercaler l’élément dans un circuit électrique.
- On fume alors la surface, de façon à remplir de noir de fumée tout l’intervalle compris entre les dents des deux peignes. Lorsque l’élément à noir de fumée est relié à un téléphone et à une pile, et est exposé à l’influence d’un rayon intermittent, un son musical intense est produit dans le téléphone. Ce résultat semble dû plutôt aux conditions physiques de la substance conductrice qu’à sa nature, et un métal quelconque, à l’état spongieux, produit des effets analogues. En employant une bobine d’induction, on augmente les effets, et les éléments sensibles peuvent être employés aussi bien pour la reproduction de la parole articulée que pour les sons musicaux.
- L’élément à noir de fumée reproduit lui-même des sons lorsqu’il est traversé par un courant électrique interrompu, et peut même être employé comme récepteur téléphonique électrique pour la reproduction des sons articulés.
- La figure 7 montre la disposition d’une expérience fort intéressante basée sur ces deux propriétés. Lorsqu’un courant interrompu traverse l’élément à noir de fumée, ou lorsqu’un rayon intermittent tombe sur l’élément à travers la glace C, on peut entendre un son puissant en appliquant l’oreille contre le tube C. En faisant agir à la fois le courant électrique interrompu et le rayon intermittent, on perçoit deux sons musicaux distincts qui produisent des battements lorsque leur hauteur est à peu près la même.
- Nous passerons sur les appareils combinés par MM. Bell et Tainter pour comparer numériquement les résultats et apprécier les effets produits sur les différentes substances soumises à l’expérience.
- Le mémoire se termine par des considérations sur la nature des radiations qui produisent les effets sonores dans les diverses substances, et montrent comment ces considérations ont amené M. Bell à imaginer le spectrophone.
- Ces considérations et la description du spectrophone feront le sujet d’un nouvel article.
- — La suite prochainement. —
- LE THERMOPHONE
- DE M. MERCADIER
- Pendant que MM. Graham Bell et Sumner Tainter arrivaient, aux États-Unis, aux remarquables résultats dont on vient de lire la description, M. Mercadier, à la suite de ses belles recherches
- sur la Radiophonie, se trouvait conduit à des découvertes tout à fait analogues, et faisait fonctionner un appareil qu’il désignait sous le nom de Thermophone. Cet appareil transmet la parole comme celui que nous venons de décrire plus haut (fig. 2), sans sélénium et sans électricité.
- La ligure ci-dessous représente le thermophone, dont nous donnons la description sommaire. II est un miroir d’héliostat; C est un transmetteur en bois, sorte de cornet acoustique renfermant une lame de verre argenté de 4/15e de millimètre d'épaisseur, P. Une lame mince de micap est fixée au-dessous de ce miroir; entre les deux lames se trouve un réservoir d’air r qui régularise l’action de la voix. E est l’embouchure devant laquelle on parle.
- Le rayon lumineux réfléchi en P, est dirigé vers le récepteur ; il traverse une lentille L, de 16 centimètres de diamètre, placée à 15 ou 20 mètres du transmetteur; il en est séparé par deux portes vitrées. t est le thermophone proprement dit ; il est formé d’un petit tube de verre ienfermant une lame
- Le thermophone de M. Mercadier.
- mince de mica enfumé m ; ce tube aboutit par un tube de caoutchouc de 40 à 50 centimètres, à un cornet acoustique A, où l’on écoute.
- Nous ne rapporterons pas ici toutes les recherches et toutes les expériences de M. Mercadier, mais nous avons voulu rendre un juste hommage au savant physicien français: les découvertes qu’il a faites n’enlèvent rien à la gloire de M. Graham Bell.
- LES PHÉNOMÈNES D’HYPNOTISME
- (Suite."— Voy. p. 3i2),
- À côté des magnétiseurs grotesques, il en est quelques-uns qui, tout en persistant dans leurs erreurs, ont néanmoins utilisé des méthodes assez scientifiques. — Le nom de Teste est souvent venu sous notre plume ; nous l’avons toujours considéré comme un de ces hommes qui se trompent de bonne foi : c’est donc à son livre que nous emprunterons quelques passages sur le manuel opératoire du magnétisme.
- Le lecteur n’en verra que mieux où en était la question, quand les expérimentateurs de la Salpê-
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- LA NATURE.
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- trière eu ont fait le sujet de leurs études. Voici ces quelques extraits :
- MÉTHODE ORDINAIRE D’APRÈS DEREUZE
- Une fois que vous serez d’accord, et bien convenus de traiter gravement la chose, éloignez du malade toutes les personnes qui pourraient vous gêner ; ne gardez auprès de vous que les témoins nécessaires (un seul s’il se peut), et demandez-leur de ne s’occuper nullement des procédés que vous employez et des effets qui en sont la suite, mais de s’unir d’intention avec vous pour faire du bien au malade. Arrangez-vous de manière à n’avoir ni trop chaud ni trop froid, à ce que rien ne gêne la liberté de vos mouvements, et prenez des précautions pour n’être pas interrompu pendant la séance. Faites ensuite asseoir votre malade le plus commodément possible, et placez-vous vis-à-vis de lui, sur un siège un peu plus élevé, et de manière que ses genoux soient entre les vôtres et que vos pieds soient à côté des siens. Demandez-lui d’abord de s'abandonner, de ne penser à rien, de ne passe distraire pour examiner les effets qu’il éprouvera, d’écarter toute crainte, de se livrer à l’espérance, et de ne pas s'inquiéter ou se décourager si l’action du magnétisme produit chez lui des douleurs momentanées.
- Après vous être recueilli, prenez ses pouces entre vos deux doigts, de manière que l’intérieur de vos pouces touche l’intérieur des siens, et fixez vos yeux sur lui. Vous resterez de deux à cinq minutes dans cette situation, ou jusqu'à ce que vous sentiez qu’il s’est établi une chaleur égale entre ses pouces et les vôtres : cela fait, vous retirerez vos mains en les écartant à droite et à gauche, et les tournant de manière à ce que la surface intérieure soit en dehors, et vous les élèverez jusqu’à la hauteur de la tête; alors vous les poserez sur les deux épaules, vous les y laisserez environ une .minute,, et vous les ramènerez le long des bras jusqu’à l’extrémité des doigts, en touchant légèrement. Vous recommencerez cette passe cinq ou six fois, en détournant vos mains et les éloignant un peu du corps pour remonter.- Vous placerez ensuite vos mains au-dessus de la tête, vous les y tiendrez un moment, et vous les descendrez en passant devant le visage à la distance d’un ou deux pouces jusqu’au creux de l’estomac : là, vous vous arrêterez environ deux minutes en posant les pouces sur le creux de l’estomac ; et les autres doigts au-dessous des côtes. Puis vous descendrez lentement le long du corps jusqu’aux genoux, ou mieux, et si vous le pouvez sans vous déranger, jusqu’au bout des pieds. Vous répéterez les mêmes procédés pendant la plus grande partie de la séance. Vous vous rapprocherez aussi quelquefois du malade do manière à poser vos mains derrière ses épaules pour descendre lentement le long de l’épine du dos, et de là sur les hanches, et le long des cuisses jusqu’aux genoux ou jusqu’aux pieds. Après les premières passes, vous pouvez vous dispenser de poser les mains sur la tête, et faire les passes suivantes sur les bras en commençant par les épaules, et sur le corps en commençant par l’estomac.
- La méthode dont on vient de lire la description est en général celle qu’il faut suivre lorsqu’on commence à magnétiser. Cependant, je crois pouvoir observer que le contact absolu des mains sur la tête et l’épigastre n’est point indispensable ; ce contact au contraire est un sujet de distraction et n’ajoute rien à l’efficacité du procédé. J’ai cru remarquer également que les passes que l’on pratiquait le long du rachis n’avaient point une action bien marquée, et pour mon compte, Sj’ai depuis long-
- temps cessé d’en faire usage. — Enfin, règle générale, toute espèce de toucher direct me paraît superflu ; et dans l’intérêt même de leur pratique, comme dans l’intérêt des convenances, j’engage tous les magnétiseurs à s’en abstenir.
- Le plus ordinairement, je me tiens debout devant la personne que je veux magnétiser, et même à une certaine distance d’elle ; après les quelques minutes de recueillement qui doivent précéder toute expérience, je lève ma main droite à la hauteur de son front, et je dirige lentement mes passes de haut en bas, au-devant du visage, de la poitrine et du ventre; seulement, à chaque fois que je relève ma main, j’ai le soin de laisser tomber mes doigts, de telle façon que leur face dorsale regarde le magnétisé pendant mon mouvement d’ascension, et leur face palmaire pendant les passes.
- Ce procédé est simple, trop simple peut-être : aussi ne conseillerai-je de l’employer que sur des sujets accoutumés déjà au magnétisme, et susceptibles de s’endormir facilement. La méthode de Deleuze avec les légères modifications que j’ai indiquées est de beaucoup à préférer pour les premiers essais.
- Mais, en définitive, tous les procédés réussissent lorsqu’ils inspirent la confiance à ceux qui les emploient, et lorsque ceux-ci sont bien pénétrés de leur pouvoir.
- MAGNÉTISATION PAR IA TÊTE
- C’est un des procédés les plus prompts et les plus énergiques que je connaisse ; voici en quoi il consiste : Vous vous asseyez en face de la personne que vous voulez magnétiser ; vous faites d'abord quelques longues passes, de hautenbas, dans la direction des bras, au-devant du visage et suivant l’axe du corps; après quoi, vous étendez vos deux mains à quelques pouces du front et des régions pariétales, et demeurez ainsi pendant quelques minutes. Tout le temps que dure l’opération vous variez peu la position de vos mains, vous contentant de les porter lentement à droite et à gauche, puis à l’occiput pour revenir ensuite au front où vous les laissez indéfiniment, c’est-à-dire jusqu’à ce que le sujet soit endormi. Alors, vous faites des passes sur les genoux et les jambes pour attirer le fluide en bas, suivant l’expression des magnétiseurs.
- Le fait est que l’intervention du fluide est au moins très commode pour expliquer clairement ce que l’on veut faire comprendre, et dans le cas dont je parle, je voudrais bien être sûr que cet impondérable existe, afin de pouvoir dire qu’en recommandant des passes sur les extrémités inférieures, c’est une révulsion ou plutôt une dérivation magnétique que je conseille.
- MAGNÉTISATION AU MOYEN DU REGARD
- Ce procédé ne peut pas être employé par tout le monde. Il exige dans celui qui s’en sert un regard vif, pénétrant, susceptible d’une longue fixité ; encore ne réussirait-il que fort rarement sur des sujets qu’on magnétiserait pour # la première fois, quoiqu’il me soit arriyé dernièrement d’endormir par la simple puissance du regard, et dès la première séance, un homme de trente ans, sans contredit plus robuste que moi. Au surplus, je ne magnétise presque jamais autrement mes somnambules habitués, lorsqu’il s’agit de quelque expérience de vision ; car j’ai cru remarquer que ce genre de magnétisation augmente la clairvoyance. Voici la manière de procéder : vous vous asseyez vis-à-vis de votre sujet; vous l’engagez à vous regarder le plus fixement qu’il pourra, tandis que, de votre côté, vous fixez sans interruption vos yeux sur les siens.
- Quelques profonds soupirs soulèveront d’abord sa poi-
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- Irine ; puis ses paupières clignoteront, s’humecteront de larmes, se contracteront fortement à plusieurs reprises, puis enfin se fermeront. De même que dans le procédé précédemment décrit, c’est encore ici le cas de terminer par quelques passes dérivatrices sur les membres inférieurs; mais encore, si votre sujet vous a offert de la résistance, aurez-vous de la peine à lui éviter les atteintes de migraine que la magnétisation par les veux occasionne volontiers et dont vous-mêmes ne serez pas toujours exempts. L’expérience m’a d’ailleurs démontré que plus le magnétiseur était rapproché du magnétisé, plus l’action du regard était puissante; mais cela n’einpéche pas qu’on ne puisse magnétiser ainsi à des distances considérables.
- MÉTHODE DE PARU
- L’abbé Faria, magnétiseur célèbre, qui montrait ses somnambules en spectacle, et mourut avec la plus belle
- Fig. 1. Manière de déterminer le sommeil hypnotique.
- troisième, et même à une quatrième épreuve ; après quoi il le déclarait incapable d’entrer dans le sommeil lucide.
- Cette méthode ne diffère point essentiellement des précédentes ; seulement l’appareil cabalistique dont l’abbé Faria intimidait les esprits faibles et crédules qui s’abandonnaient à lui, en neutralisant chez ces derniers toute espèce de résistance morale, les préparait à recevoir plus promptement les influences d’une volonté d’ailleurs puissante.
- De cette lecture, et tout en tenant compte des écarts commis par les auteurs en vertu même de leurs idées préconçues, on déduira facilement la manière dont on doit procéder pour produire l’hypnotisme, et le moment est venu de faire connaître à nos lecteurs les procédés dont on se sert à la Salpêtrière.
- Pour produire les phénomènes d’hypnotisme, il
- réputation de charlatan qu’homme du monde ait jamais eue, et surtout mieux méritée, l’abbé Faria, dis-je, pour augmenter le merveilleux de ses expériences et partant donner plus d’éclat à ses représentations, avait imaginé une méthode qui n’eut point d’imitateur et ne réussit guère qu’entre ses mains. 11 faisait commodément asseoir dans un fauteuil la personne qui voulait se soumettre à son action, lui recommandait de fermer les yeux, et après quelques minutes de recueillement, lui disait d’une voix forte et impérative : :< Dormez ! »
- Cette simple parole, jetée au milieu d’un silence prestigieux et solennel par un homme dont on racontait des prodiges, faisait ordinairement sur le patient une impression assez vive pour produire en lui une légère secousse de tout le corps, de la transpiration et quelquefois le somnambulisme. Si cette première tentative ne réussissait pas, il soumettait le patient à une seconde, puis à une
- Fig. 2. Autre manière de déterminer le sommeil hypnotique.
- convient d’abord de choisir son sujet : il est peu de femmes que l’on ne puisse hypnotiser ; il est même certains hommes sur qui la phose est des plus faciles. Mais on ira plus vite et plus sûrement en prenant une hystérique. — De celles-là les jeunes seront préférables, elles sont plus sensibles plus impressionnables. Certaines sont grandes liseuses de romans, elles ont un caractère qui ne manque pas d’une certaine sentimentalité : on les préférera à celles qui sont brutales.
- Chez ces dernières, on arrive bien au sommeil hypnotique, mais plus lentement, et les manifestations sont lourdes, le sentiment sauvage : quelque crise hystéro-épileptique termine généralement l’expérience.
- Le choix étant fait, on asseoit la malade devant soi (fig. 4) et on la regarde dans les yeux. Ici,
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- disent les magnétiseurs, il faut avoir la volonté ser à tout ce qu’on voudra à la condition de main-d'endormir. C’est absolument inutile, on peut ’pen- tenir son regard fixe et de cligner l’œil le moins pos-
- F'g. 5. Hypnotisme produit par la fixation d’un porte-crayon tig. 4. Hypnotisme produit en étendant subitement la main
- place entre les veux. devant la malade.
- Fig. 5. Exploration du nerf cubital excité avec un porte-plume et amenant la contraction de trois doigts de la main.
- Fig. 6. Excitation du nerf facial à l'aide d’un porte-plume, produisant les effets d’un puissant courant électrique.
- sible. On tient les pouces du sujet dans ses doigts refermés uniquement pour les bien fixer et nullement pour le passage d’aucun fluide. Les passes
- sont absolument inutiles, elles ne servent qu’à ralentir Je commencement du sommeil.
- Après deux ou trois minutes de cet état immo-
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- bile, on voit les yeux du sujet rougir, s’injecter légèrement ; les larmes viennent baigner ses paupières, et roulent sur ses joues; il faut persister à regarder fixement ; souvent le sujet ferme de lui-même les yeux et tombe en arrière.
- Si cet effet ne se produit pas spontanément, on laisse aller les mains du sujet et on lui applique les pouces sur les globes oculaires en refermant les paupières supérieures (fig. 2). Le sommeil est alors immédiat; le sujet tombe en arrière en poussant une suite de soupirs ; un peu d’écume vient même quelquefois baigner ses lèvres.
- La simple application des pouces sur les globes oculaires peut quelquefois provoquer l’hypnotisme sans fixation préalable. Le moyen est même commode à employer avec les sujets un peu turbulents dont il est impossible d’arrêter le regard pendant assez longtemps.
- On peut avantageusement combiner encore les deux méthodes : on peut fixer les yeux de la malade en lui appuyant les pouces sur les sourcils, les autres doigts enserrant les tempes : il en résulte une sorte de malaise qui hâte beaucoup l’arrivée du sommeil.
- Dans quelques cas, quand, par exemple, on veut éviter d’être assimilé à un magnétiseur, quand, pour convaincre un auditeur, on veut ôter toute possibilité d’interprétation par un fluide, on procède comme le faisaient les successeurs de Braid.
- On fait encore asseoir la malade sur une chaise, puis on place entre ses yeux un corps quelconque (un crayon, un porte-plume en argent sont excellents), et on lui dit de le regarder fixement (fig. 3). Eh bien, dans ces conditions, le sommeil survient encore, et avec les mêmes avant-coureurs que nous avons décrits tout à l’heure. On le voit, rien de plus simple que de produire l’hypnotisme, rien de mystérieux dans les procédés, rien non plus que de très ordinaire dans les résultats.
- Ce que nous avons dit jusqu’ici s’applique aux premières tentatives que l’on exécute sur un sujet donné. Mais quand on a déjà hypnotisé souvent une malade on arrive à le faire bien plus vite et bien plus facilement. C’est ici que commence le rôle de l’imagination et que les charlatans ont beau jeu. La seule idée qu’elle va être endormie, fait que la malade s’endort presque subitement. Si avec cela on lui a fait croire que le magnétiseur a une influence secrète, une puissance surnaturelle, vous voyez où l’on peut arriver.
- Une malade de la Salpêtrière, G..., persuadée que l’un de nous avait sur elle un pouvoir particulier, tombait hypnotisée, quel que fût l’endroit où elle le rencontrait; nous avons vu la malade s’endormir au milieu des cours, dans les escaliers. Un jour qu’en plaisantant on lui avait fait croire qu’elle serait subitement endormie par la volonté, au milieu d’une cérémonie publique qui devait avoir lieu quelques heures après, elle préféra ne pas se rendre à cette
- cérémonie, tant elle était persuadée que la chose était immanquable.
- Dans ces cas-là, l’imagination est tout : tout se passe dans le sujet. Quelques exemples feront bien comprendre la chose. Vous avez une malade bien exercée qui s’hypnotise vite : il vous suffira d’étendre subitement la main sur la tête, elle tombera comme foudroyée (fig. 4). Je cite ce geste parce qu’il est facile à faire et souvent employé par les thaumaturges ; n’importe lequel réussirait de même. Il nous est arrivé de persuader à des malades qu’elles ne pourraient quitter la salle où elles se trouvaient parce que nous avions magnétisé les boutons des portes. Elles hésitaient longtemps à les toucher, mais dès qu’elles l’avaient fait elles tombaient endormies. Avons-nous besoin de dire que nous n’avions absolument rien magnétisé? Cette expérience est importante, car elle nous explique ces cas où des sujets s’endorment en buvant un verre d’eau magnétisée, où d’autres sont pris en se couchant sous un arbre magnétisé.
- Les expériences de magnétisation à distance sont du même ordre et relèvent de la même cause. Que de fois on lit dans les livres de magnétiseurs qu’ils ont réussi à endormir un sujet depuis leur appartement, à travers une porte, à travers l’espace. Ici encore tout est dans le sujet. Nous avons fait souvent l’expérience : on disait à la malade P... : « Dans la pièce à côté se trouve M. X..., il te magnétise. » Elle montrait alors quelqu’inquiétude et s’endormait tout d’un coup. Nous nous montrions alors, et l’effet aurait été très grand si nous avions voulu. Un jour on lui dit la même chose et le sommeil survint tout aussi vite : seulement nous n’étions pas dans la pièce à côté, nous n’étions même pas en France, et nous ne pensions guère à elle.
- Une autre fois, nous disions à une malade que, de chez nous, nous l’endormirions à trois heures du soir. Dix minutes après, nous avions oublié cette plaisanterie. Le lendemain nous apprenions qu’à trois heures la malade s’élait endormie.
- L’immense majorité des absurdités qui remplissent les livres des magnétiseurs peuvent s’expliquer de cette façon-là : imagination de la malade très vivement frappée et sommeil arrivant subjectivement et sans l’intervention d’aucune manœuvre extérieure.
- Toutes les manœuvres que nous venons de décrire produisent le sommeil hypnotique : il est probable qu’un grand nombre d’autres auraient le même résultat. — Pour éliminer absolument la présence de l’homme, pour éloigner toute idée d’intervention fluidique, nous avons souvent procédé au moyen de simples agents physiques.
- On sait depuis le livre du P. Kircher, que des animaux, des coqs en particulier, peuvent être facilement plongés en état de catalepsie par la simple ' fixation d’un point brillant : on prétend même que les yeux brillants la nuit des animaux félins leur servent à fasciner, à endormir leur proie. Prever a
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- fait sur cette fascination chez les animaux un travail que l’on aura avantage à consulter. La même chose était facile à répéter chez l’homme, et en mettant nos malades devant un point fixe lumineux, nous avons souvent réussi à les endormir; on verra plus loin que cela constitue même la meilleure manière de produire la catalepsie. Quoi qu’il en soit, voici quelques expériences qu’il est possible de reproduire pendant l’état de sommeil. Il suffit d’exciter les muscles légèrement avec la main pour les voir se contracter aussitôt. Je renvoie sur ce sujet le lecteur à tout ce qui en a été dit dans le cours de ce volume. Nous n’insisterons que sur un seul point : l’hyperesthésie musculaire est tellement développée pendant le sommeil hypnotique, qu’il est possible de faire, par le simple contact, une exploration aussi délicate qu’on pourrait la faire au moyen de l’électrisation localisée.
- Nos ligures 5 et 6 montrent, l’une l’exploration du nerf cubital excité avec un porte-plume et amenant la contraction des doigts de la main, sauf le second et le troisième, résultat que donne l’électrisation et qu’explique la distribution même du nerf; l'autre l’excitation du facial dans les mêmes conditions d’hypnotisme, excitation produisant tous les effets que le puissant excitant électrique seul peut produire dans l’état normal.
- l)r Bourneville et Dr Regnard.
- LES INSECTES PENDANT L’HIVER
- C’est une assertion souvent répétée que le froid fait périr les larves d’insectes. Il en est, paraît-il, de cette opinion comme de beaucoup d’autres que chacun adopte sans prendre la peine de s’assurer si elles sont fondées. Les froids rigoureux des deux derniers hivers ont permis de contrôler cette assertion et d’en démontrer l’inexactitude, grâce à miss Ormerod, qui a organisé depuis quatre années des observations suivies d’histoire naturelle sur divers points de l’Angleterre. Les notes ainsi recueillies en 1879, portent sur près de soixante insectes nuisibles. Partout où l’on a pu examiner l’état des larves et des chrysalides exposées au froid, soit à l’air libre, soit sous des écorces ou dans un sol gelé au point de ne se briser que sous le pic, on a constaté que, au dégel, larves ou chrysalides ne paraissaient avoir aucunement souffert. D’autre part l’extrême rigueur des deux derniers hivers a été avantageuse à la conservation des insectes; en effet, beaucoup ont pu échapper aux oiseaux insectivores, grâce à la neige ou à la glace qui couvrait le sol. Le froid excessif a causé d’ailleurs une mortalité presque sans précédents parmi les oiseaux, spécialement les merles et les étourneaux. Les statistiques font voir qu’aucune espèce d’insectes nuisibles n’a été amoindrie l’année dernière; beaucoup de lépidoptères nuisibles, ainsi que des chenilles, se sont, au contraire, montrés fort nombreux. Les charançons n’ont pas manqué, non plus que les diptères nuisibles. En somme, malgré la rigueur de l’hiver, les ravages causés aux récoltes par les insectes ont été plus grands que jamais, — ce qui est attribué, en grande partie, à la destruction des petits oiseaux par le froid. R. Vion.
- DÉTERMINATION
- DE l.A
- LOI DU MOUVEMENT D’UN PROJECTILE
- Dans l'âne d’une p:è:e et dans un milieu résistant
- PROJECTILES ENREGISTREURS SEBERT
- On a longtemps cherché le moyen de déterminer la loi du mouvement d’un projectile dans l’âme même d’une bouche à feu, c’est-à-dire de mesurer, avec précision, les espaces parcourus par ce projectile pendant les courts intervalles de temps successifs dans lesquels on peut subdiviser le temps total de son parcours dans l’âme, durée qui elle-même varie, suivant les armes, entre un et deux centièmes de seconde seulement.
- La connaissance de cette loi présente un grand intérêt pour le service de l’artillerie, car elle permettrait, dans chaque cas particulier, de déterminer la succession des pressions développées dans l’âme pendant la durée de la combustion de la charge de poudre et, par suite, fournirait les éléments nécessaires, tant pour améliorer la fabrication et le mode d’emploi de la poudre que pour arriver au meilleur mode de construction des bouches à feu.
- Deux méthodes principales ont été suivies jusqu’à ce jour pour arriver à ce résultat.
- L’une qu’a employée, pour la première fois, le chevalier d’Arcy, en 1760, consiste à tronçonner successivement la bouche à feu, en mesurant à l’aide des appareils balistiques usuels, la vitesse qu’elle imprime à son projectile après chacun de ces raccourcissements. Elle a été utilisée tout récemment encore par le service de l’artillerie de terre pour l’étude de notre nouveau système de canons de campagne.
- La seconde méthode exige l’emploi de clirono-graphes susceptibles de mesurer des intervalles de temps successifs extrêmement petits et suppose des interrupteurs électriques spéciaux placés, de distance en distance, dans des logements forés dans les parois de la bouche à feu ; elle consiste à noter, à l’aide du chronographe, les temps qui séparent les signaux électriques produits par la rencontre du projectile et de ces interrupteurs successifs.
- Elle a été appliquée d’abord, à Meudon, par M. le capitaine Schultz avec le chronographe à diapason électrique et à étincelles d’induction qu’il a imaginé, puis, en Angleterre, avec le chronographe à étincelles d’induction de MM. Noble et Abel et enfin, à Gâvre, avec le chronographe à diapason et à enregistreurs électro-magnétiques de MM. Marcel Deprez et Sebert.
- Ces deux méthodes ne sont pas d’un emploi commode dans la pratique, parce qu’elles exigent la mise hors de service ou la mutilation de la pièce à laquelle elles s’appliquent; elles ne permettent d’obtenir d’ailleurs qu’un nombre assez restreint de points de la courbe des espaces parcourus par le
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- projectile en fonction des temps, même lorsqu’on réussit, comme l’avait indique M. Schultz et comme l’a fait, à Gàvre, M. le capitaine Bréger, à faire donner, au premier interrupteur placé sur le trajet du projectile, un nombre assez grand de signaux, par la rencontre de nervures convenablement espacées portées par le corps cylindrique de ce dernier.
- Dans des expériences faites à la poudrerie de Sevran-Livry. M. Sebert, lieutenant-colonel d’artillerie de la marine, qui s’occupe depuis longtemps decette question, avait déjà montré le moven de remplacer les interrupteurs logés dans l’épaisseur des parois par des interrupteurs simplement collés dans l’àme et qui évitaient toute détérioration et tout affaiblissement de la bouche à feu ; mais ce perfectionnement ne faisait pas disparaître toutes les difficultés d’emploi du système.
- Dans une communication faite à l’Académie des Sciences en 4 878, M. Sebert, avait également fait connaître un troisième moyen d’obtenir, au moins approximativement., le résultat cherché en faisant usage d’un appareil qu’il a appelé vélocimètre et qui enregistre la loi du mouvement de recul d’une bouche à feu en fonction du temps.
- La connaissance de cette loi, dans les premiers instants du recul, c’est-à-dire pendant les quelques millimètres de longueur du déplacement qui correspond au mouvement du projectile dans l’àme, peut, en effet, dans de certaines conditions d’expériences et sous certaines hypothèses, faire connaître la loi de ce dernier mouvement.
- Mais les déplacements de la bouche à feu étant très faibles par rapport à ceux du projectile, l’appareil, quoique d’un emploi très commode, ne put donner aisément, pour cette application spéciale, la précision qui était nécessaire ; la masse de la bouche à feu est, en effet, environ cent fois celle du projectile dans le matériel d’artillerie en usage, les déplacements du canon ne sont donc que le centième des déplacements correspondants du projectile, et il faut apprécier au centième de millimètre les reculs de la bouche à feu, enregistrés par le vélocimètre, pour connaître à un millimètre près le parcours du projectile.
- M. Sebert a cherché la solution du problème par d’autres voies, et un dernier effort lui a permis d’atteindre le résultat si opiniâtrement cherché. Le canon, cette fois est abandonné, et c’est au projectile
- même qu’il a demandé de faire connaître la vitesse avec laquelle il franchit les diverses parties de l’àme de la pièce. A cet effet, il loge, dans l’axe de ce projectile (fig. 1), un appareil qui se compose simplement d’une tige métallique, à section carrée, et qui sert de guide à une masse mobile formant curseur. Cette masse porte un petit diapason'vibrant dont les branches se terminent par deux petites plumes métalliques qui laissent les traces de leur passage sur l’une des laces de la tige, recouverte, à cet effet, de noir de fumée.
- Cette masse est amenée, avant le tir, contre la face antérieure du projectile, et les branches du diapason sont alors maintenues écartées par l’introduction d’un petit coin qui est fixé sur la tige.
- Au moment du tir, le curseur, par son inertie, tend à rester en place ; le projectile se déplace brusquement en entraînant la tige ; il arrache ainsi le coin et détermine la mise en vibration du diapason, dont les plumes tracent sur le noir de fumée
- deux courbes sinusoïdales symétriques.
- En déplaçant à la main, avant le tir, la masse mobile le long de la tige, mais laissant alors le diapason au repos, on a préalablement tracé deux droites parallèles qui constituent les axes ou médianes de ces traces sinusoïdales. Les intersections de l’une quelconque des deux courbes avec la ligne médiane correspondante font connaître les positions relatives du projectile et de la masse inerte au bout de chacun des intervalles de temps égaux que représentent les vibrations du diapason.
- Il est facile de démontrer que, par suite de l’extrême rapidité du mouvement imprimé au projectile, la masse inerte ne peut se déplacer dans l’espace que d’une quantité négligeable sous l’influence du frottement et des résistances passives qui peuvent tendre à l’entraîner en avant pendant le temps que le projectile met à se déplacer de sa propre longueur, temps qui n’atteint pas un centième de seconde. Par suite, le mouvement relatif de la masse inerte, enregistré par le diapason, peut être considéré comme exactement égal, en sens inverse; au mouvement du projectile que l’on veut déterminer.
- Les premiers essais de projectiles enregistreurs de ce genre ont eu lieu, le 25 mars 1880, au champ de tir de la poudrerie de Sevran-Livry, où les projectiles sont dirigés dans des chambres à sable qui permettent de les recueillir facilement.
- Fig. 1. Projectile enregistreur de M. Sebert, avec le détail du mécanisme qu’il contient.
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- On a opéré avec le canon de 24 centimètres (modèle 1870) de la marine et des projectiles cylindriques du poids réglementaire de 144 kilogrammes.
- Les diapasons employés dans ces expériences donnaient environ 5000 vibrations par seconde; on a tiré aux charges de 14, 21 et 28 kilogrammes de poudre, imprimant aux projectiles des vitesses respectives de 300, 370 et 440 mètres ; la dernière charge est la charge réglementaire. On a obtenu des tracés très nets et très réguliers dont un spécimen, obtenu avec la charge de 28 kilogrammes, est donné par la figure ci-jointe (fîg. 2), qui est en demi-grandeur.
- Ces tracés, relevés au microscope, ont permis d’obtenir, pour chacun, une vingtaine de points de la courbe des1 espaces parcourus par le projectile en fonction des temps, sur une longueur de 40 cen-
- timètres environ. I)e cette courbe on a pu déduire, suivant la méthode connue, la courbe des vitesses acquises et la courb? des forces accélératrices en fonction des temps.
- En supposant connues les résistances passives dues aux rayures et au forcement dans l’àme, résistances que l’on peut déduire d’expériences spéciales, on peut donc déterminer, par ce procédé, la loi des pressions développées par les gaz de la poudre sur le culot des projectiles en fonction des temps. Ces mesures ne s’appliquent qu’à la première partie du parcours dans l’àme; mais c’est cette partie qui présente le plus d’intérêt, car c’est celle pendant laquelle les poudres développent les effets qui les caractérisent.
- Le succès de ces expériences a conduit M. Sebert à appliquer le même système à la mesure de la
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- Fig 2. — Charge 28 kilogrammes. Diapason n° 6 donnant 5073 vibrations (1/2 grandeur).
- loi du mouvement d’un projectile dans un milieu résistant, comme un massif en terre ou même une muraille cuirassée.
- « Si l’on tire un projectile muni du mécanisme enregistreur, dit-il daus la note qu’il a adressée à l’Académie des Sciences, mais en prenant la précaution de placer ce mécanisme à barrière et non à l’avant, la masse inerte reste appliquée contre le culot tant ([ue le projectile éprouve une accélération
- dans son mouvement; mais, aussitôt que le mouvement devient retardé, la masse, en vertu de son inertie, prend, par rapport à la tige qui la guide, un mouvement propre dont le diapason, rendu libre à cet instant même, enregistre la loi.
- « Si l’on munit cette masse d’une goupille de sûreté suffisamment résistante pour que son déplacement ne soit pas provoqué, par la simple résistance de l’air, à une faible distance de la bouche à
- Fig. 3. — Charge 1 kilog, 200. Vitesse restante 270 mètres. Diapason n° 4 donnant 5747 vibrations (1/2 grandeur).
- feu, on arrive à la faire mettre en marche au moment où le projectile éprouve une brusque résistance, en pénétrant, par exemple, dans une chambre à sable. »
- L’expérience a été faite, dans ces conditions, le 15 mai 1880, à la poudrerie de Sevran-Livry, au moyen de projectiles de 10 centimètres du poids de 12 kilogrammes, munis de mécanismes enregistreurs dont le diapason donnait 6000 vibrations par seconde; ces projectiles arrivaient dans la chambre à sable avec une vitesse de 270 mètres.
- Les tracés obtenus sont très satisfaisants, mais moins nets que dans le cas de l’enregistrement du mouvement dans l’âme, ce qui s’explique aisément. L’un d’eux est représenté, en demi-grandeur, par la figure ci-jointe (fig. 3).
- Ces tracés ont permis de déterminer les espaces parcourus par le projectile en fonction des temps à partir de son arrivée dans la chambre à sable et d’en déduire la vitesse pealue, et par consé-
- quent la résistance opposée à chaque instant par le sable. Il est à remarquer que, contrairement à ce qui se passe lors du parcours dans l’âme, le projectile enregistreur fait connaître la loi de son mouvement, dans le cas actuel, sur un parcours plus grand que la longueur de la course laissée à la masse inerte. Cela tient à ce que cette masse n’est plus ici immobile dans l’espace, mais est, au contraire, animée, comme le projectile lui-même, d’une très grande vitesse à son arrivée dans le sable, de sorte qu’elle continue à avancer pendant que se produit le déplacement relatif du projectile.
- Dans les essais effectués, avec un projectile qui ne laissait à la masse inerte qu’une course libre de 20 centimètres environ, le mouvement s’est trouvé enregistré sur un parcours de près de 80 centimètres dans le sable, ce qui correspondait, dans les conditions de l’expérience, à une perte de vitesse de 100 mètres environ.
- Comme on le voit, la réussite de ces essais donne
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- la certitude de pouvoir enregistrer la loi du mouvement d’un projectile au travers d’une muraille cuirassée et, par suite, de déterminer le temps nécessaire pour traverser une semblable muraille ainsi que la résistance qu’elle oppose à chaque instant; ces données seront d’une grande importance pour les ingénieurs chargés de la construction des navires comme pour les artilleurs chargés de les attaquer par le canon.
- La conception de M. Sebert ne représente donc pas seulement une idée originale ; les expériences sont concluantes, et l’on peut dire que son appareil constitue une acquisition de premier ordre pour les sciences qui se rattachent à l’artillerie.
- L. R.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société Chimique de Paris. — Séance du vendredi 22 avril 1881. — Présidence de M. Terreil. — M. Terreil donne connaissance d’un travail qu’il a entrepris sur la solubilité du phosphate de chaux dans les sels ammoniacaux, ainsi que dans les sels qui peuvent se trouver dans les végétaux. Il étudie la solubilité du phosphate dans les divers acides minéraux, dans l’acide acétique, l'acide tartrique, l’acide citrique; c’est pour ce dernier que le phosphate offre le plus grand coefficient de solubilité. M. Terreil fait part, en outre, d’un nouveau procédé de dosage des composés suroxygénés (peroxyde d’hydrogène, peroxyde de plomh, manganèse, chlorures décolorants, etc.). Le procédé consiste à faire agir une quantité déterminée des corps en question sur une solution de sulfate ferreux renfermant, par litre, 100 grammes de ce sel et 200 grammes d’acide sulfurique. La différence de titre de la solution par le permanganate, avant et après l’oxydation, sert à calculer la richesse de l’oxydant. — M. Wihn fournit quelques renseignements sur la composition des eaux de Plombières et de Bour-bonne-les-Bains. 11 signale notamment dans les premières la présence de quantités notables de nitrates, allant de 0sr,004 à 0er,015 par litre. M. .Grandeau, qui a signalé il y a longtemps dans les eaux salines de Bour-bonne, la présence de quantités relativement considérables de césium et de rubidium, y a également constaté la li-thine, mais sans la doser. Les dosages effectués par M. Wilm montrent que de toutes les eaux connues, celle de Bourbonne est certainement la plus riche en lithine, car elle renferme 0“r,08 de chlorure de lithium, c’est-à-dire plus du double de ce que contient l’eau de Royal.
- Soeiété Géologique de France. — Séance du 9 mai 1881. — Présidence de M. Fischer. — M. Villot signale un nouveau gisement de poissons fossiles dans l’Aptien du Vaucluse, sur la rive gauche de la Doua, en face de l’ancienne usine dite du Bas. — M. Munier-Chalmas présente, de la part de M. Toucas, une coupe des environs de Sougraigne (Aude). — M. G. Rolland rend compte de ses observations sur les grandes dunes de sable du Sahara. — M. de Raincourt fait une communication sur le gisement fossilifère d’ilérouval, dont la faune offre un grand intérêt par la relation qu’elle établit entre les sables inférieurs et les calcaires grossiers. — Le Secrétaire donne lecture d’une note de M. Üaubrée sur les caractères géométriques des diaclases, dans les Alpes suisses.
- Société française de Physique. — Séance du G mai 1881. — Présidence de M. Cornu. —M. Bouty communique à la Société les résultats définitifs de ses recherches sur la compression exercée par les dépôts galvaniques. — M. de Romilly décrit et fait fonctionner des appareils à faire le vide. Le liquide, eau ou mercure, est élevé à l’aide d’une turbine, caisse cylindrique tournant à la vitesse de 20 à 30 tours par seconde. Le jet, lancé de bas en haut, pénètre dans un tube un peu plus large et produit un entraînement de l’air. On peut ainsi, à l’aide du mercure, faire en huit minutes le vide dans un réservoir de 5 litres. M. de Romilly propose d’appeler cette trompe le pnéole. Dans un appareil analogue, le tube à air a son extrémité dans la masse d’eau ou de mercure entraînée par la turbine. Il se produit une aspiration. M. de Romilly décrit certains détails de construction : la partie fixe du couvercle a une forme sphérique ; les gouttelettes liquides projetées dans cette fente hémisphérique retombent forcément dans la turbine. Le graissage est automatique, et s’obtient par des turbines plus petites qui servent à élever l’huile dans un réservoir au-dessus des supports fixes de l’axe; la pression et l’écoulement de l’huile augmentent avec la vitesse. Des appareils construits sur ce principe permettent d’élever l’eau à la hauteur de 140 mètres. M. de Romilly indique la forme à donner aux turbines pour avoir le maximum de résistance. — M. Émile Reynier présente à la Société et décrit la pile secondaire de Al. G. Faure. Sur une question de M. Hospitalier, AI. Reynier dit que les piles Planté, telles qu’on les trouve dans le commerce, emmagasinent à poids égal quarante fois moins que les piles Faure. D'après des expériences de AI. Hospitalier, des piles Planté très soignées, appartenant, Lune à Al. Planté, l’autre à Al. Trouvé, emmagasineraient seulement de 1,4 à 3 fois moins que des piles Faure. — Al. Pellat demande si on doit considérer la force électromotrice de la pile secondaire comme constante pendant le chargement. Al. Reynier répond que oui, attendu qu’on recharge les couples alors que leur force électromotrice a très peu baissé.
- CHRONIQUE
- I.a photographie à bon marché. — Quelques maisons de photographie exploitent actuellement, à Paris, un procédé américain de photographie à bon marché, qui est digne d’être signalé, et qui obtient, ajuste litre, un grand succès. Vous entrez chez le photographe, vous posez trois ou quatre secondes devant un appareil spécial, et, séance tenante, après un espace de temps de cinq minutes, on vous livre douze épreuves de votre portrait de la grandeur d’un timbre-poste. Tout cela pour 1 franc seulement. Cette nouveauté a été baptisée du nom de Perroty-pie. — Les portraits obtenus ont beaucoup d’analogie avec ceux que l’on faisait jadis sur verre. On les obtient de la même façon, avec cette différence qu’au lieu d’un on en obtient douze à la fois, et que c'est sur une feuille de tôle très mince que l’on opère, en place d’un verre. Voici comment on procède : La feuille de tôle, substituée au verre, reçoit la préparation photographique bien connue avant d’être exposée à la chambre noire. Cet appareil offre cette particularité qu’il est muni, de douze petits objectifs, d’un foyer identique, qui reproduisent douze fois le même sujet sur la plaque sensible. Revenu au laboratoire, le photographe révèle l’image, la fixe, et enfin chauffe la feuille de tôle, qu’il recouvre d’un vernis
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- protégeant l’image qui est à sa surface. 11 ne lui reste plus qu’à découper, avec des ciseaux, ces douze petites images, qui sont plus vite faites que le secret de leur fabrication n’est raconté. Le photographe opère donc comme d’habitude, seulement il fait douze images d’un seul coup, et il les obtient sur une feuille de tôle qui se fabrique spécialement en Amérique, d’où nous vient le procédé. 11 paraîtrait que ces feuilles de tôle sont les mêmes qui servent à fabriquer les membranes vibrantes des téléphones. Quelques opérateurs ont un appareil à neuf objectifs, et, dans ce cas, ils font seulement neuf portraits à la fois.
- Nouvelles explorations dans les Pyramides d’Égypte. — M. Maspero, le savant professeur du Collège de France auquel le gouvernement égyptien a confié l’honneur de succéder à Mariette, vient de procédera des recherches d’un grand intérêt dans l’une des Pyramides de Sakkarah. Une de ces pyramides a été récemment ouverte. Le 8 mars, M. Maspero, accompagné de M. Vas-sali-Bey, conservateur, de M. Émile Brugsch, conservateur-adjoint, et de M. Arthur Rhoné, attaché à la nouvelle École d’archéologie française, se rendit sur les lieux et pénétra dans l’intérieur du monument. Les voleurs d'époque gréco-romaine et les fouilleurs arabes du moyen âge y étaient déjà entrés avant lui, et c’est le chemin qu’ils s’étaient frayés qu’il lui fallut suivre. Un boyau de deux pieds de haut sur autant de large aboutit derrière la première herse dans une première chambre à moitié ensablée, au fond de laquelle s’ouvre le couloir qui mène aux chambres funéraires. Ce couloir, dont la longueur totale est d’une vingtaine de mètres environ, est barré trois fois par d’énormes herses en pierre que les fouilleurs n’ont eu garde de forcer : ils les ont contournées et le couloir irrégulier qu’ils ont creusé a cet effet est si étroit qu’un homme un peu fort ne pourrait pas s’y engager. Aucune pyramide peut-être n’est plus difficile d'accès, mais aucune ne récompense mieux l’explorateur de ses peines. La dernière herse franchie, le couloir recommence d’abord en granit poli, puis en calcaire compact de Tou-rah. Les deux parois latérales en calcaire sont couvertes de beaux hiéroglyphes peints en vert, et le plafond semé d’étoiles de même couleur. Ce couloir débouche enfin dans une chambre à moitié remplie de débris, sur les murs de laquelle l’inscription continue : à gauche, un couloir conduit dans une chambre basse à trois niches, qui devait servir de serdâb à garder les statues ; à droite, un autre couloir aboutit à la chambre du sarcophage. Le serdâb est nu, mais la chambre du sarcophage est couverte d’hiéroglyphes comme la précédente, à l’exception de la paroi opposée à l’entrée. Cette paroi, de l’albâtre le plus fin, est revêtue d’une couche d’ornements peints du plus bel effet. Le sarcophage est en basalte noir, sans inscription; le couvercle en a été jeté bas dans un coin de la chambre et le corps arraché pour le dépouiller. Un bras presque complet, les morceaux du crâne, une côte du roi Ounas sont déjà venus rejoindre au Musée la momie du roi Mirenzi : peut-être retrouvera-t-on dans les débris qui jonchent la chambre de quoi reconstituer tout ou partie du squelette.
- — Le Laboratoire municipal de chimie de la ville de Paris a été inauguré officiellement le samedi 21 mai à huit heures du soir. MM. Jules Ferry, président du Conseil, Constans et Tirard étaient présents. On remarquait encore, parmi les assistants, MM. Girerd, sous-secrétaire d’État; Wlirtz, président du Comité consultatif d'hygiène et maire du VIIe arrondissement, etc.
- — A Seraing, dans chacune des salles des machines de ventilation des charbonnages de la Société Cokereil, un baromètre anéroïde est installé près d’un manomètre, et à côté figure l’inscription suivante :
- « Beau temps, 75 tours. Variable, 80 tours. Temps pluvieux, 85 tours.»
- C’est-à-dire que le machiniste doit faire faire 75 tours à sa machine, quand le baromètre indique beau temps, 80 quand il indique variable, et 85 quand il indique temps pluvieux et au-dessous; de cette façon l’aérage est d’autant plus actif que la dépression est plus grande.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 mai 1881. — Présidence de M. Wunxz.
- Acide carbonique atmosphérique. — Par l’intermédiaire de M. Hervé Mangon, l’Académie reçoit de MM. Müntz et Aubin une nouvelle confirmation des résultats de M. Rei-set. La proportion d’acide carbonique n’est pas, d’après ces chimistes, constante dans l’atmosphère. Elle varie, pour 10 000 volumes de ce dernier en 5,88 et 4,82 volumes. La teneur maxima correspondant au temps calme et couvert et la teneur miniina au temps pur et agité.
- Cimetière préhistorique. — M. Richer, ingénieur civil à Madrid, annonce la découverte, à 120 kilomètres au N. O. de celte ville, d’une sépulture antéhistorique d’où l’on a extrait plus de 500 squelettes. Us gisaient dans une caverne récemment découverte en poursuivant des travaux sur un gîte de plomb et beaucoup d’entre eux étaient solidement enchâssés dans la stalagmite. Avec eux se trouvaient de nombreux instruments en silex et des fragments de poterie très grossière. D’après l’auteur, qui n’a d’ailleurs pas exécuté de mesure d’angle facial, l’aspect des crânes indique une race intelligente.
- L’astronomie en Égypte. — Nommé récemment président d’honneur de l’Association africaine, en remplacement de feu Mariette-Bey, M. de Lesseps a profité de cette nouvelle situation pour faire faire des recherches dans la Bibliothèque du Caire. On y a retrouvé la collection complète de la Connaissance des Temps depuis 1079, qui manque à notre Bureau des Longitudes. M. Faye a exprimé le désir que cette collection fût prêtée au Bureau, afin d’étre étudiée.
- En même temps, M. de Lesseps donne lecture d’un rapport qu’il va adresser au vice-roi d’Égypte, pour l’engager à restaurer et à mettre en fonction l'Observatoire astronomique du Caire. Le futur directeur de cet établissement est tout trouvé ; ce serait un jeune et savant astronome égyptien que M. de Lesseps a d’abord rencontré il y a dix-huit mois à Washington et qui rentré dans son pays est chargé d’un emploi dans l'octroi!
- Infection charbonneuse. — Déjà MM. Àrlouin, Corde-vin et Thomas ont insisté sur la différence qui sépare le charbon bactéridien, du charbon symptomatique (pustule, maligne). Ils montrent que ce dernier ne peut s’inoculer par injection intra-veineuse : le résultat est une fièvre légère et l’on constate que l'animal ainsi traité devient réfractaire à l’infection charbonneuse. Au contraire, le même virus introduit dans le tissu cellulaire et mieux encore dans les muscles, détermine des accidents immédiats bientôt suivis de mort.
- M. Bouley, qui présente le nouveau travail de ces mes-
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- sieurs, insiste sur l’expérience suivante : on injecte dans les veines d’un animal la substance pulpeuse provenant du raclage d’une pustule maligne. Comme on vient de le dire, on ne provoque que des accidents légers. Cela fait, avec un bistouri passé dans la flamme de l’alcool, on détermine une hémorrhagie dans le tissu cellulaire. Immédiatement les accidents funestes se déclarent et l’on voit la même substance qui donnait la vie dans la veine, puisqu’elle allait rendre l’animal réfractaire à la contagion, donner la mort dans les muscles.
- Ce fait suffit à montrer l’importance de ce genre de recherches. M. Bouley annonce en même temps que dans une ferme du département do la Haute-Marne, 295 animaux de race bovine ont subi l’inoculation préventive intra-veineuse. La saison s’y prêtant maintenant, on va les exposer aux conditions les plus favorables à la contagion et tout fait prévoir que celle-ci n’aura pas lieu.
- Sensibilité de la rétine. — M. le Dr Gillet deGrandmont fait fonctionner devant l’Académie un petit appareil qu’il appelle Cliromatroposcope.
- Il consiste en un disque noir présentant des fenêtres derrière lesquelles on fait apparaître à volonté des surfaces colorées ou des surfaces blanches. Si l’observateur immobilise sa fixation centrale, en dirigeant le rayon visuel sur un point voisin du disque, il s’aperçoit au bout de quelques instants que les sensations lumineuses très nettes produites par les surfaces colorées, s’atténuent peu à peu pour s’éteindre s’il prolonge l’expérience ; mais, à ce moment, s'il substitue brusquement aux surfaces colorées des surfaces blanches de même dimension, impressionnant par conséquent les mêmes points de la rétine, il aperçoit tout à coup les couleurs complémentaires avec une grande pureté et un vif éclat.
- Comme on voit, c’est une variante des expériences de M. Chevreul sur 1 e contraste successif.
- Varia. —M. Stephan adresse la liste de 20 nouvelles nébuleuses découvertes à l’Observatoire de Marseille. — Sous le titre de Stercologie, M. X. décrit une méthode de fabrication d’engrais qui consiste à traiter les vidanges par l’électricité ! — La mesure du rayonnement à haute température a conduit M. Violle à une formule qui exprime les résultats de Dulong et Petit beaucoup mieux que la formule proposée par ces savants eux-mêmes. — M. Girod décrit la disposition des vaisseaux dans la poche à encre des céphalopodes. — Un cryptogame insecticide, funeste aux pucerons, est signalé par M. Lichtenstein. Ce botrytis a été observé dans les serres de Montpellier sur des pieds de Cinéraire. — M. Debray présente des échantillons cristallisés de silicomolybdate de potasse.
- Stanislas Meunier.
- —•»<>•’—
- UN ALLIGATOR EN CHINE
- Lorsque l’on consulte les plus anciens recueils chinois qui font l’énumération des productions naturelles du pays, l’on trouve mentionné, parmi les animaux sauvages qui vivent dans l’eau, le T'O, reptile aquatique ressemblant à un lézard de 10 pieds de long; ce meme animal est indiqué sous le nom de Ngo-yü dans un recueil publié sous la dynastie des long (de 768 à 924). 11 est nettement figuré sur une table de pierre placée
- dans le temple de l’Esprit de la Mer, à l’extrémité de l’ile d’Argent. Cette représentation ne laisse aucun doute; le T'O ou Ngo-yü, est un Crocodilien (voy. la ligure ci-dessous).
- Marco Polo, le célèbre voyageur du treizième siècle, semble avoir eu connaissance de ce reptile ; Martini, en 1656, et l’auteur delà relation de l’ambassade de la Compagnie Orientale vers l’empereur de la Chine (Leyde, 1665), mentionnent expressément des Crocodiles dans le Céieste-Empire.
- Bien que depuis cette époque on ait signalé, à plusieurs reprises, la capture de Crocodiliens dans le fleuve Bleu, ces animaux n’étaient pas connus scientifiquement avant que M. A. Fauvel, attaché au service des douanes chinoises, ait publié à leur sujet un fort intéressant travail paru à Shanghaï, en 1879.
- Le Crocodilien de Chine n’est pas un Crocodile proprement dit, ainsi qu’on devait le penser a priori, mais un Alligator, et l’espèce, voisine du Caïman à museau de brochet du Mississipi, a reçu de M. Fau-
- I
- •Figure d’alligator trouvée sur une table de pierre dans l’île d’Argent, Chinkiang.
- vel le nom de Caïman chinois (Alligator sinensis).
- Depuis quelques années, l’on découvre de nombreuses affinités entre la faune du Céieste-Empire et celle de l’Amérique du Nord, comme si ces deux régions avaient, à une époque géologique relativement récente, fait partie d’un même continent. Nous pouvons mentionner la présence dans le Yang-tse-Kiang de coquilles dont les analogues vivent dans les grands cours d’eau des États-Unis ; quelques poissons de la partie nord de la Chine appartiennent à des groupes qui ne se retrouvent que dans l’Amérique du Nord; l’expédition russe dans le Turkcs-tan nous a fait connaître de curieux poissons, voisins des Esturgeons, dont on n’avait décrit qu’une espèce venant du Mississipi et de ses tributaires. La découverte d’un Alligator en Chine, genre que l’on croyait exclusivement propre au Nouveau Monde, est un nouveau lien qui rattache l’Amérique à la partie Est de l’Asie.
- E. Sauvage.
- Le Propvidlaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Flcurus, à Paris.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des Sciences, 15, 30, 47, 62, 78, 95, 111, 126, 143, 159, 174, 191, 206,223,239, 255,270,288,303, 319, 334, 351, 567, 383, 398, 415.
- Acétate de soude (Chauflage des wagons de chemin de fer par ]'), 327.
- Acide carbonique atmosphérique, 415.
- Acide perazotique, 111.
- Acier (Production du fer et de 1’), 71.
- Aérostation militaire, 191.
- Age de la pierre polie et du bronze en Indo-Chine, 102.
- Alcool dans la nature, 243.
- Alcool (Dissémination de I’), 239.
- Alcools (Désinfection des), 213.
- Algérie (Le climat de P), 346.
- Alligator en Chine, 416.
- Allumoirs électriques, 144, 205.
- Alluvions verticales (fîôle géologique des), 334.
- Ampère (Les débuts d’), 335.
- Anémomètre de voyage, 256.
- Annélidcs (Le développement des), 122.
- Anthropologique de Lisbonne (Congrès),
- 15.
- Appareil inscripteur, 335.
- Aqueducs de Paris (Les vieux), 305, 390.
- Arbres nains et monstrueux au Japon et en Chine, 145.
- Arc voltaïque, 358.
- Arithmétique des Chinois, 143.
- Ascalaphes et le Dendroléon (Les), 188.
- Ascenseurs à air comprimé de Plainpa-lais, 148.
- Ascenseur électrique, 177.
- Ascenseurs hydrauliques dans les Pyrénées, 281.
- Asphalte (L’), 150, 302.
- Association française pour l’avancement des Sciences, congrès d’Alger, 30,286, 302, 318 , 346.
- 9* aînée.— 1" semestre.
- Astronomie en Egypte, 415.
- Astronomie pratique, 319.
- Atmosphère (Pouvoir absorbant de T), 270.
- Aurore boréale du 31 janvier 1881, 209. Australie (Aborigènes de 1’), 359. Australie (Chemin de fer transcontinental en), 254.
- Autocopiste noir (L’) 269.
- Auvergne (Géologie de T). 271. Avertisseurs électriques des incendies, 110.
- B
- Balance d’induction, 319.
- Balance sans poids de M. G. Coulon, 65. Balance sans poids, 224.
- Baleine (Episode d’une expédition de pêche à la), 36.
- Ballon le Gabriel (Sauvetage du), 286. Baromètre enregistreur, 220.
- Baryte (Cristaux de l’eau de), 319. Basalte (Imitation du], 192.
- Base organique artificielle, 78,
- Bassia (Les fleurs de). 225.
- Belgique (Géologie de la), 15.
- Beurre et Margarine), 22.
- Boissay (Ch.), 318.
- Boricki, 167.
- Brazza (Savorgnan de), 126.
- Brosse mécanique pour les chevaux, 181 Buckland, 110.
- G
- Calculateurs prodigieux, 363.
- Canaux de l’Est, 174.
- Canot lacustre (Un), 131.
- Cap de Bonne-Espérance (Roche du), 599. Cascades glacées aux États-Unis, 352. Cécité des couleurs, 66.
- Cellules dans les tissus végétaux, 196. Cerf-volant musical, 202.
- Cerises et merises, 112.
- Champignons parasites des végétaux, 48. Charbon (Contagion du), 159.
- Charbon par les navires à vapeur (Consommation du), 47. ,
- Chasles (Michel), 62, 97.
- Chaudières à vapeur (Nettoyage automatique des), 140.
- Chemin de fer au Canada, 25.
- Chemin de fer (Éclairage au gaz des voitures de), 129.
- Chemins de fer électriques à Paris et à Berlin, 318.
- Chemins de fer aériensde New-York, 107. Chemins de fer à voies étroites, 227. Chemins de fer (Vitesse de trains de), 63. Chêne-liège (Culture du), 567.
- Chicago (Le marché de), 267.
- Chimie (Sur une curieuse expérience de),
- 202.
- Chlorures métalliques, 159. Chromographe Dent (Le), 155.
- Cimetière préhistorique, 415.
- Cistude d’Europe (La), 87.
- Comète, 367.
- Comète d’Enckeen 1881 (La), 163. Comète du Sud (La grande), 178. Compteur totalisateur électrique, 197. Condensateur parlant (Le), 114. Conférences à Paris et en province, 159. Copeaux de bois (Emploi des), 215. Corlambert (E), 238.
- Couleur des fleurs avec l’altitude (Variation de la), 46.
- Couleurs (Cécité des), 66.
- Courant dans l’océan Pacifique (Un nouveau), 47.
- Courants de la mer aux États-Unis (L’étude des), 570.
- Couveuse pour enfants, 203.
- Crémeuse à force centrifuge, 44.
- Crin végétal dans la Louisiane, 46.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Crocé-Spinelli et Sivel (Le tombeau de), 273.
- Cryptogamie, 111.
- D
- Découper le bois (Scies à), 332.
- Delesse (Achille), 288.
- Denrée coloniale (Une nouvelle), 225. Dentelles (Métier à), 215.
- Descartes et la théorie du baromètre, 258. Désinfection par les oxydes nilreux, 385. Dévioscope (Le), 573.
- Diamants et pierres précieuses, 55. Dialomées (Comment on recueille les), 239.
- Digestion pancréatique, 126.
- Dissymétrie moléculaire, 239. Dunkerque, 113.
- E
- Eau (Analyse microscopique de 1’), 165. Éclairage au gaz des voitures de chemin de fer, 129.
- Éclairage au gaz et les becs iutensifs (L’), 263.
- Éclairage électrique, 302, 350.
- Egouts (Epuration des eaux d’), 367. Electricien (U), 270.
- Électricité atmosphérique, 159. Électricité (Exposition internationale r d’), 98.
- Électricité (La force et la lumière pari’), 330.
- Électricité (Transmission de la force par , T), 255.
- Électriques (Les Unités), 146. Électriques, thermiques et mécaniques (llelations entre les unités), 286. Enclanchements (Appareils à), 195. Engrais (Nouvel), 271.
- Essence minérale de M. Kordig, 40. Etna (Observatoire de T), 337.
- Étoile de mer (Nouvelle), 112.
- Étoile variable, 50.
- Exposition internationale d’électricité en
- 1881, 98.
- F
- Faune antarctique (Recherches sur la), 159.
- Faune de la mer des Antilles, 206. Fer-blanc (Utilisation des rognures de), 222.
- Fer et de l’acier (Production du), 71. Fer (Dissociation du), 223.
- Fer météorique de Sainte-Catherine, 303. Ferry-boat du monde (Le plus grand), 312.
- Fierasfer (Sur les mœurs du), 369 Figuiers d’Inde en Italie, 91.
- Figuier (Parasite du), 31.
- Fils métalliques (Appareils de laboratoire en), 396.
- Flatters (Massacre des membres de la mission), 303.
- Forêt fossile dans l’Indoustan, 110. Forêts fossiles (Les), 33,
- Forts vitrifiés, 303, 351.
- Fossile humain (Nouveau), 271.
- Foudre à Cordova (Coup de), 275.
- Fourmis (Combats de), 255.
- Frein continu automatique et à vide, 81. Fusil prussien (Un nouveau), 222.
- G
- Garini, 270.
- Gaz liquéfiés (Densité des), 383.
- Geckos (Les), 87.
- Gelée subite dans le Guatemala, 566. Gelées (Appareil avertisseur des), 51. Géologie expérimentale, 251.
- Gilet de sauvetage, 50.
- Ginkgo (Le) 1,102, 210.
- Glaueis hirsuta, 248.
- Gould (J.), 270.
- Graines fossiles, 16, 236.
- Granulations pulmonaires, 223.
- Giavure sur verre, 160.
- Grêle (Chute de la), 142.
- Grisou (Coups de), 50.
- Grotte d’Orchaisc, 362.
- Grotte préhistorique, 15.
- Guano (Nouvelles sources de), 238. Gyrograplic (Le),267.
- H
- Heure à Paris (Unification de F). 99. Hilarante (Nouvelle substance), 402. Hippophagie en France, 62.
- Houillères embrasées, 319.
- Huppecol (Oiseau-Mouche), 544. Hypnotisme (Les phénomènes d’), 342. 406.
- I
- If de Buckland (Transport de T), 400. Uang-Ilang (Essence d’), 401.
- Ile de Pâques, 115.
- Illusion d’optique (Curieuse), 288. Incendie à l’Opéra de Francfort (Secours d’), 598.
- Incrustations (Procédé pour préserver les chaudières des), 182.
- Indicateur du niveau de l’eau, 28. Indo-Chine (Moyens de transport en), 6, 183.
- Infection charbonneuse, 415.
- Infiniment petits (Les), 271.
- Injccteurs perfectionnés, 564. Inoculations anticharbonneuses, 270. Insectes pendant l’hiver (Les), 411 Intestin (Amputation de F), 144.
- Iode (Densité de la vapeur d’), 78.
- J
- Joanne (A.), 238.
- Jouets scientifiques, 59.
- K
- Kashmyr et les jardins maraîchers flottants du lac de Srinagar, 328. Kroumirs (Les): 350.
- Kuhlmann (Frédéric), 193.
- L
- Laboratoire de Chimie municipal de la Ville de Paris, 321.
- Laboratoire des Ingénieurs au Collège de l’Université, à Londres, 299.
- Laboratoire de zoologie maritime de Naples, 250, 278, 389.
- Lait (Altération du), 398.
- Lampe électrique à incandercence de M. Swan,35.
- La Roncière Le Nourry, 398.
- Liège (Sur le gaz de), 35.
- Livadia, yacht de l'empereur de Russie (Le), 83.
- Lophornis ornata, 314.
- Loriot de Baltimore (Le nid du), 39.
- M
- Machine à cirer les bottes, 50.
- Machine dynamo-électrique d’Edison, 251.
- Machine dynamo-électrique, Vu’allace-Farmer, 96.
- Magnétisme terrestre, 383.
- Maisons américaine^, 398.
- Maladie nouvelle (Sur une), 143.
- « Mammoth Cave », dans le Kentucky, 587.
- Maraîchers flottants (Jardins), 328.
- Margarine (Beurre et), 22.
- Mariette, 167.
- Mathématiques des Chinois, 174.
- Mélographe de M. Roncalli, 4.
- Mcnier, 206
- Mésopotamie (Peste en), 334.
- Météorite, 352.
- Météorite de Soko-Banja, 192.
- Météorologie de novembre, décembre 1880, janvier, février, mars, avril 1881, 127.
- Météorologie en Chine (La), 118.
- Météorologique aux États-Unis (Mois) juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre 1880, 31, 141, 335.
- Météorologique d’Alsace-Lorrainc (Service), 195.
- Météorologique française dans les régions polaires (Station), 368.
- Mexique (Palais sacerdotaux du Mictlan, au), 49.
- Microphone de M. Boudet (de Paris), 48.
- Microphone et le feu grisou (Le), 220.
- Mile anglais (Origine du), 351.
- Milne Edwards (Médaille d’honneur à M.), 298, 303, 355.
- Minéralogie brésilienne, 78.
- Mines de diamant de l’Afrique australe, 295.
- Mollusques de Campbell, 78.
- Moteur à gaz (système Ravel), 175.
- Mousseux (Appareil pour les liquides), 16.
- Murs des maisons (Action des rayons solaires sur les), 142.
- Musicales (Enregistrement des improvisations), 4.
- N
- Naine extraordinaire (Une), 253.
- Nébuleuse (Portrait d’une), 144.
- Nébuleuses (Photographie des), 175.
- Neige à Paris (La), 161.
- Nil (Crues du), 204.
- Nordenskiold explorateur de l’Afrique équatoriale (Un;, 130.
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Nuages lumineux, 110.
- Nutrition chez les plantes et chez les animaux, 38, 58,
- 0
- Observatoire de l’Etna, 337.
- Observatoire de Nice, 19, 142 Observatoire de Paris, 132, 174.
- Obser\ itoire populaire du Trocadéro, 13. Observatoires publics, 90.
- Oiseaux (Architecture des), 39, 248, 344.
- Opium (Préparation de P), 387.
- Ozone (L’), 126.
- Ozone (Magnétisme de P), 191.
- P
- Paléontologie, 192.
- Panama (Percement de), 160.
- Papier électrique, 222.
- Pédicellaires (Hôle des), 175.
- Peintures phosphorescentes, 322.
- Pclouze (E.j, 270.
- Perséides (Etude des), 174.
- Personne (Jacques), 110.
- Pèse-bébés, 192.
- Peste en Mésopotamie, 334.
- Phares (Éclairage électrique des), 358. Photographie à bon marché, 414. Photographie à la lueur d’un éclair, 126. Photographie au gélatino-bromure d’argent, 42, 106.
- Photographie des nébuleuses, 175. Photographie lunaire, 240.
- Photométrie photographique, 395. Photophone (A propos du), 31. Photophone (Perfectionnement du), 383. Photophoniques (Les causes des phénomènes), 258.
- Phylloxéra, 30, 111,350.
- Phylloxéra en Australie, 270.
- Physique amusante (Expérience de), 319. Physique sans appareils, 10, 119, 159. Pierre polie en Espagne (L’âge de la) 250.
- Pile monstre (Une), 319.
- Pile secondaire de M. Faure, 538.
- Piles électriques (Sur le montage des), 246.
- Pirogue antique, 294.
- Pisciculture aux États-Unis, 190.
- Plaque tournante de chemin de fer au siècle de Louis XIV, 240.
- Pluie terreuse en Sicile, 518.
- Poêles mobiles (Les), 34.
- Poisson de la P lata, 31,
- Poisson lumineux etpolyscope électrique, 241.
- Poisson primaire (Sur un nouveau genre de), 357.
- Poissons de la France (Les), 315. Polyscope, 241.
- Pommes (Pèle-), 208.
- Pompéi (La flore de), 242.
- Potasse (Carbonate de), 271.
- Presse à deux couleurs de M. Alauzet, 72. Projectile enregistreur Sebert, 411. Projections (Art des), 20, 307.
- Puits instantanés, 17.
- Pulmomètre. 303.
- Pyramides d’Egypte (Explorations dans les), 415.
- Pyrénées (Carte des), 191.
- R
- Régénérateurs à gaz de M. Jacob Reesc, 370.
- Régulateur de pression pour les vapeurs, 164.
- Reptiles de France (Les), 86.
- Rétine (Sensibilité de la), 416.
- Roscolf (La station de), 191.
- S
- Sahara (Géologie du), 15.
- Sahara (Hiver dans le), 249.
- Salisburia (Le), 1, 102,378.
- Sauteurs (Les), 34.
- Scie de Reese (Disque-), 18, 163,186. Scies à découper le bois, 332.
- Scolyte des pins en Sologne (Ravages du), 374.
- Seine (Dernière crue de la), 319. j Seltz (Eau de), 398.
- Seine-Maritime (Le département de la), 15.
- Silhouettes (Appareil à prendre des), 221, Société botanique de France, 23, 158. 195, 283.
- Société chimique de Paris, 10, 46, 54 90, 187, 235, 254, 283, 311, 414. Société de Géographie, 55.
- Société française de Physique, 10, 54, 98, 131. 187, 235, 282, 294, 414. Société géologique de France, 23, 90, 131, 195, 235, 283, 511.
- Société scientifique de la Jeunesse, 26. Sociétés savantes des départements, 346. Société végétarienne de Paris, 190.
- Soie aux États-Unis (Industrie de la), 367.
- Solitaire (Le jeu du), 91.
- Son dans l’air (Propagation du), 394. Soufre contemporain, 127.
- Soulèvement du pays de Bray, 78. Spectrophone de MM. Bell et S. Tainter, 403.
- Spectroscope et la dissociation des éléments gazeux, 310,
- Stannine contemporaine, 111. Sténographie mécanique 339. Stéréorachys, 398.
- Sucre de chiffons (Le), 134.
- Sucre d’érable aux Etats-Unis, 227. Suisse (Mouvement du sol de la), 191. Sulfure de bismuth natif, M.
- Sulfure de carbone (Incorporation du), 47.
- Surfaces laminaires des liquides, 207.
- T
- Tact (Illusions du), 384.
- Taupin des moissons, 79.
- Télégraphie à petite distance au seizième siècle, 266.
- Télégraphie optique, 284.
- Téléphone au Grand-Opéra (Expériences de), 302.
- Téléphone de police à Chicago, 375.
- Téléphones spéciaux, 51.
- Téléphonique de M. Preece (Nouveau récepteur), 286.
- Terrain tertiaire de Noirmoutiers, 270.
- Terre au Soleil (Distance de la), 207.
- Terres alcalines (Nouvelle propriété des) , 383.
- Texas (Agriculture au), 199.
- Théorème mathématique, 34. Thermophone le M. Mercadicr, 406. Tonnerre en boule, 334.
- Tourbe (Composition de la), 16,126. Tramway sans ornières dans les rails, 179. Transport électrique de la force, 366. Tremblement de terre de Chio, 534, 355. Tremblement de terre de Pile d’ischia, 271.
- Tremblement de terre en Auvergne, 238.
- Tremblement de terre en février et mais 1881, 242.
- Trichinécs (Les viandes), 275.
- Trichines, 206, 223, 239.
- Trombes observées à Toulon le 28 février 1881, 257.
- U
- Unification de l’heure à Paris, 99.
- Unités électriques, 146.
- Ursus Gaudryi, 519.
- y
- • Vaisseau Scandinave en Norvège (Découverte d’un ancien), 75.
- Vallée d’Arraees (Une excursion à la), 56.
- Vases trompeurs (Les), 368.
- Vaucanson (Le portefeuille de), 11. Végétaux (Le mouvement chez les), 138. Vélocipède électrique, 518.
- Ventilation à l’Opéra de Vienne (La), 292. Vénus (Le prochain passage de), 368. Verre trempé (Résistance du), 143.
- Vers annelcs, 259.
- Viaduc de Western Fork, 23.
- Vie (Les origines de la), 122, 170, 259, 323.
- Vignes chinoises, 583.
- "Vignes (Peronospora des), 31.
- Vilebrequin (Un nouveau), 45.
- Ville morte (Une), 134, 167.
- Vin (Fer dans le), 26.
- Vin (Glycérine dans le), 59.
- Virus atténués (Retour à la virulence des), 223.
- Vision et la mémoire des nombres (La) , 262.
- Viticulture, 143.
- Voitures en Indo-Chine, 6.
- Volcan de la Dominique, 47.
- w
- Wagon (Suspension des banquettes de), 304,
- Watson, 110.
- Weyprecht, 566.
- Z
- Zoologie de Madagascar, 78.
- Zoologie maritime de Naples (Le' laboratoire de), 230. s-t.
- Zoologique méditerranéenne (Station), 567.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Bâclé (L.). — Le chemin de fer de la vallée de Crédit au Canada, 23. — Frein continu, automatique et à vide de JIM. Sanders et Bolitho. 81. — Les chemins de fer aériens de New-York, 107. — L’ascenseur à air comprimé de Plainpaluis, près de Genève, 148. — Le disque-scie de Reese, 163. — La forme des cellules dans les tissus végétaux, 196. — Les chemins de fer de Festiniog et les chemins à voie étroite, 227. — Ascenseurs hydrauliques dans les Pyrénées, 281. — Le Laboratoire des Ingénieurs au collège de l’Université, à Londres, 299. — Le plus grand « ferry-boat » du monde, 312. —Types nouveaux d’injecteurs perfectionnés, 564. — Les régénérateurs à gaz pour fours à réchauffer de SI. Jacob Reese, 371.
- Barral (J. A.). — L’agriculture au Texas, 199.
- Bert (Paul). — Allocution prononcée à l’inauguration du tombeau de Crocé-Spinclli et de Sivcl, 274.
- Bertillon (J.). — Une naine extraordinaire. La princesse Pau-lina à Paris, 255. — la vision et la mémoire des nombres, 262.
- Bertrand (J.). — Michel Chasles, 97.
- Bisciiofisiieim (R.). — Sur l’Observatoire de Nice, 142.
- Boissay (Ch.). — Les vieux aqueducs de Paris. Les sources du Nord. Les sources du Sud, 305, 590.
- Borius (Dr A.). — Un Nordenskiold explorateur de 1 Afrique équatoriale, 130.
- Bourneville (Dr). — Les phénomènes d’hypnotisme, 342, 406.
- Callum (Mc). — Préparation de l’opium à fumer, 387.
- Cassagnes (A.). — La sténographie mécanique, 339.
- Cornillon (H.). — Sur l’observation du soleil au point de vue de la météorologie terreslre, 203.
- CoRnE (Dr A.).— L’àge de la pierre polie et du bronze dans l’In-do-Chine, 102.
- Cortambert (Richard). — Dunkerque, travaux d’agrandissement du poit, 115.
- D’Ausonval. —Régulateur de pression pour les vapeurs, 164.
- D... (Dr M.) — Dévouverte d’un ancien vaisseau scaniinave en Norvège, 75.
- Demoget (A). — Photographie au gélatino-bromure d’argent, 43, 106.
- Drée (St. de) — Une ville morte, 135, 167.
- Eiimens (G.). — La vallée de Kashmyr et les jardins maraîchers flottants du lac de Srinagar, 528.
- Forel (F. A). — Les tremblements de terre en février et mars 1881, 242.
- Forwood (Siujip). —Une visite à « Mammoth Cave », dans le Kentucky (États-Unis), 387.
- Fournier (Dr. E.). — La flore de Pompéi, 242.
- Fron(E.)—Météorologie de novembre, décembre 1880, janvier, février, mars, avril 1881, 127.
- Ganot (A.). — Sur un théorème mathématique, 34.
- Gariel (C. M.). — Compteur totalisateur électrique de M. Dumoulin-Froment, 197. — Appareils pour l’enseignement de l’optique, 230.
- Gaudry (A.). — Sur un nouveau genre de poisson primaire, 557.
- Girard (Maurice). — Le taupin des moissons, 79. — Les As-calaphes et le Dendroléon, 188. — Ravages du Scolyte des pins en Sologne, en 1880, 574.
- Gobix. — Le gyrographe, 267. — Pirogue antique trouvée dans le lit du Rhône à Cordon (Ain), 294.
- Godefroy (L.). — La grotte d’Orchaise, 363.
- Gross (Dr V.). — Un canot lacustre découvert dans le lac de Bienne, 131.
- IIarmand (Dr J.). —Les moyens de transport en Indo-Chine. Les voitures. Les barques, 7,183. —Sur le cerf-volant musical du Cambodge, 202.
- Herman (L ). — Sur un curieux système de télégraphie à petite distance indiqué au seizième siècle, 266.
- Hogg (Jabez.) — Analyse microscopique de l’eau, 165.
- Hospitalier (En.). — Lampe électrique à incandescence de M. Swan, 35. — Les téléphones spéciaux, 51. —Le condensateur parlant, 114. — Les unités électriques, 146. — L'ascenseur électrique de M. Werner Siemens, 177. — Le montage des piles électriques, 246. — Les causes des phénomènes photophoniques, 258. — L’éclairage au gaz et les becs intensifs, 263. — Relations entre les unités électriques, thermiques et mécaniques, 286. — La force et la lumière par
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- 421
- l’électricité, 550. — La pile Faure à la Société d'encouragement, 358. — L’éclairage électrique à Londres, 350.
- Janssen (J.). — Sur la photométrie photographique, 595.
- Lancaster (A.). — Les coups de grisou, 51.
- Loclman (W. M.) — Sur le disque-scie de Rcese, 186.
- Maler (T). — Les palais sacerdotaux de Mictlan, au Mexique, 49.
- Malo (Léon). — L’asphalte, son origine géologique, sa préparation, ses applications, 151.
- Marcel (Gabriel). — Un peuple qui s’éteint. Les aborigènes de l’Australie, 359.
- Maréchal (Dr J ). — La cécité des couleurs, 66.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences, 15, 30, 41, 62, 78, 95, 111, 126, 143, 159, 174, 191, 206, 223, 240, 255, 270, 288, 303, 319, 334, 551, 567, 383, 598, 415. — Les forets fossiles, 33. — Les graines fossiles silicifiées ; travaux d’Adolphe Brongniarl, 236. — Géologie expérimentale, 251. — Sur le rôle géologique des alluvions verticales, 534.
- Moureaux (Tii.). — Mois météorologique aux Etats-Unis, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre 1880, 51, 141, 335.
- Niaudet (A). — Appareil indicateur du niveau de l’eau, 28. — L’Unification de l’heure à Paris, 99. —Télégraphie optique, 284. — Nouveau récepteur téléphonique de W. II. I’reece, 286. — La pile secondaire de M. Faure, 558. — Arc voltaïque, 358.
- Niesten (L.). — Le chronographe Dent, 155, — La grande comète du Sud, 178. — La spectroscopie et la dissociation des éléments chimiques, 310.
- Noguès (A. F.). — L’âge de la pierre polie en Espagne. Un camp fortifié préhistorique. 250.
- Oustalet (E.). — L’architecture des oiseaux. Le nid du Loriot de Baltimore, le nid du Glaucis hirsuta, le nid de l’Oiseau-Mouche huppecol, 39, 248, 344.
- Pacst (A.).— Les viandes trichinées, 275.
- Parville (II. de). — La physique sans appareils, 10.
- Pkrrier (Ed ). — les origines et le développement de la vie. Le développement des Annélides; les animaux articulés; les formes originelles des vers annelés et des animaux articulés, les Échinodernes, 122, 170, 259, 323.
- Piarron de Mondesir. — Le jeu du solitaire, 91.
- Pigis fils. — Sur une couveuse pour enfants, 205.
- Poisson (J.). — Une nouvelle denrée coloniale. Les fleurs de Bassia, 225.
- R. (L.). — Le Livadia, yacht de l’empereur de Russie, 83. — Projectiles enregistreurs Sebert, 411.
- Ramon de Montjarrès. — Sur le gaz de liège, 55.
- Regnard (Dr). — Les phénomènes d’hypnotisme, 542, 406.
- Reese (Jacob). — Le disque-scie, 163.
- Biche. — Beurre et margarine, 22.
- Rivière (Cii.). — Sur la physique sans appareils, 159.
- Saporta (marquis de). — Etude des variations morphologiques d’un type de plantes. Le Salisburiaou Ginkgo, 1, 102, 210, 378.
- Sauvage (E.). Les reptiles de France; la Cistude d’Europe, les Geckos, 87. — Les poissons de la France, par le Dr E. Moreau, 3l5. — Un alligator en Chine, 416.
- Sire (G.). — Sur une curieuse expérience de chimie, 202. — Le dévioscope, 373.
- Tedeschi di Ercole (V.). — Les figuiers d’Inde en Italie, 90. — Le tremblement de terre de l’île d’ischia, 271. — Le tremblement de terre de Chio, 3 avril 1881, 353.
- Teisserenc de Bort (Léon). — Le climat de l’Algérie, 346.
- Tissandier (Albert). — Une excursion à la vallée d’Arraces et au Mont-Perdu (haut Aragon), 56.
- Tissandier (Gaston) . — Le portefeuille de Vaucanson au Conservatoire des Arts et Métiers, 11. — Les puits instantanés, 17.
- — L’Observatoire de Nice, 19. — Société scientifique de la jeunesse, 26. — Balance sans poids de M. G. Coulon, 65. — Une révolution dans l’art typographique; la presse à deux couleursdeM. Alauzet, 72. — La physique sans appareils, 119.
- — L’Observatoire de Paris; le nouveau musée astronomique et les agrandissements de l’Observatoire, 132. — Frédéric Kuhlmann, 193. — Baromètre enregistreur de MM. Richard frères, 220. — L’alccol dans la nature. Sa présence dans la terre, dans les eaux et dans l’atmosphère, 243. — Inauguration du tombeau de Crocé-Spinclli et Sivel, 273. — Curieuse illusion d’optique, 288. — Les mines de diamant de l’Afrique australe, 295. — Expérience de physique amusante faite au moyen de la balance d’induction, 319. — Le Laboratoire de Chimie municipal de la Ville de Paris, 321 — M. H. Milne Edwards, 555. — Les Récréations scientifiques; les vases trompeurs, 568.
- Vélain (Ch.). — L’île de Pâques, 115.
- Vignes (E.). — La glycérine dans le vin, 59.
- Vion (R.). — La nutrition chez les plantés et chez les animaux, 38, 58. — Les Insectes pendant l’hiver, 411.
- Vov (C. D.). —Épisode d’une expédition de pèche à la baleine, 36.
- Woeikofen (A.). — Sur les gisements d’asphalte en Russie, 302.
- X... — Les jouets scientifiques, 59.
- Yuxg (E.). — Le laboratoire de zoologie maritime de Naples, 230, 278, 289. — Sur les mœurs du Fierasfer, petit poisson téléostéen, 369.
- Z... (Dr). — L’art des projections, 20, 307. — Art et nature, 112. — Appareil à prendre des silhouettes de Lavater, 221. — L’expérience du poi.-son lumineux et le polyscope électrique, 241. — L’art de découper le bois. Les scies à découper, 332. — La désinfection par les oxydes nitreux, 585.
- Zurcher (F.). — Variations des crues du Nil, 204. — Trombes observées à Toulon le 28 février 1881, 257.
- Articles non signés. — L’enregistrement des improvisations musicales. Le mélographe de M. Roncalli, 4. — L’Observatoire populaire du Trocadéro, 13. — Petit appareil domestique pour l’usage des liquides mousseux, 16. — Le disque-scie de Reese, 18. — Poêles mobiles, 34. — Les sauteurs, 34. — Crémeuse à force centrifuge, 44. — Un nouveau vilebrequin, 45 —Nouveau microphone de M. Bou-det (de Paris), 48. — Appareil avertisseur des gelées, 51.— Vitesse des trains de chemins de fer, 63. — La production du fer et de l’acier en France, 71. — Les observatoires publics, 90. —Machine dynamo-électrique Wallace-Farmer, 96 — L’Exposition internationale d’électricité à Paris en 1881, 98. —La météorologie en Chine et au Japon, 118. — Éclairage au gaz des voitures de chemin de fer, 129. — Le sucre de chiffons, 134. — Le mouvement chez les végétaux, 138. Nettoyage automatique des chaudières à vapeur, 140. — Allumoir électrique, 144. — Les arbres nains et monstrueux au Japon et en Chine, 145. — Gravure sur verre, 160. — La neigea Paris, 162. — La comète d’Encke, 163. — Insectes qui détériorent les livres, 167. — Moteurs à gaz système Ravel, 175.— Un tramway sans ornières dans les rails, 179. — Machine américaine pour le pansage et le bouchonnage des chevaux, 181.— Nouveau procédé pour préserver les chaudières à vapeur des incrustations, 182. — Pèse-bébés de M. le Dr Bouchut, 192. — Appareils à enclancbe-ments, 194. — Allumoirs électriques, 205. — Pèle-pommes
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- américain, 208. — L’aurore boréale du 31 janvier 1881, 209. — Le métier à dentelles de M. Malhère, 215. — Le microphone et le feu grisou, 220. — Balance sans poids, 224. — Production du sucre d’érable aux États-Unis, 227.
- — Plaque tournante de chemin de 1er sous Louis XIV, 240.
- — Anémomètre de voyage, 256. — L’autocopiste noir, 269. ( — Un coup de foudre à Cordova (République Argentine),
- 275. — La ventilation à l’Opéra de Vienne, 292. — Médaille d’honneur à M. Milne Edwards, 298. — Nouveau mode de suspension des banquettes de wagon, 30i. — Peintures phosphorescentes, 322. — Chauffage des wagons de chemin
- de fer par l’acétate de soude, 327. — L’Observaloirc de l’Etna, 337. — Les cascades glacées aux Élats-Unis, 352. — Les calculateurs prodigieux, 363. — L’étude des courants de la mer aux États-Unis, 370. — Le téléphone de police et le système de patrouilles à Chicago (États-Unis), 375. — Illusions du tact, 381. — La propagation du son dans l’air. Expériences de M. Tyndall, 594. — Appareils de laboratoire en fil métallique, 396. — Transport de l’if de Bucktand en Angleterre, 400. — L’essence d’Ilang-Ilang ou de Cananga, 401. — Une nouvelle substance hilarante, 402. — La production du son par l’énergie radiante, 403.
- i.
- , •, i ;
- r,
- i
- P
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- R', B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- L’Observatoire populaire du Trocadéro.................. 15
- L’Observatoire de Nice (G. Tissandier) (R. Bischoffsheim).
- 19, 142
- Les observatoires publics.............................. 90
- L’Observatoire de Paris, le nouveau musée astronomique et les agrandissements (G. Tissandieb).............132
- Le chronographe Dent (L. Niesten)......................155
- La comète d’Encke en 1881..............................163
- La grande comète du Sud (L. Niesten)...................178
- La spectroscopie et la dissociation des éléments chimiques (L. Niesten)......................................510
- L’Observatoire de l’Etna . ............................537
- Le dévioscope (Geobges Sibe)...........................573
- Étoile variable........................................ 50
- Le portrait d'une nébuleuse............................144
- Étude des Per séides...................................174
- Photographie des nébuleuses............................175
- Sur la distance de la Terre au Soleil..................207
- Photographie lunaire...................................240
- Astronomie pratique.................................. 519
- Origine du mile anglais:...............................551
- Comète.................................................367
- Le prochain passage de Vénus...........................368
- L'astronomie en Egypte.................................415
- Physique.
- L’enregistrement des improvisations musicales. Le mélo-
- graphe de M. Roncalli. ................................. 4
- L’art des projections (Dr Z...)...................... 20, 507
- Appareil indicateur du niveau de l’eau. ................ 28
- Lampe à incandescence de M. Swan (E. H.)................ 35
- Nouveau microphone de M. Boudet, de Paris............... 48
- Appareil avertisseur des gelées............................ 51
- Les téléphones spéciaux (E. Hospitalieb)................... 51
- La balance sans poids (G. Tissandieb)................... 65
- Machine dynamo-électrique Wallace-Farmer................... 95
- L’unification de l’heure à Paris (A. Niaddet) . . . . • 99
- La physique sans appareils (G. Tissandier)................. 119
- Allumoir électrique........................................144
- Les unités électriques (E. Hospitalier)....................146
- Régulateur de presssion pour les vapeurs (d’Arsonval) . 164
- L’ascenseur électrique de M. Werner Siemens (E. H.). 177
- Compteur totalisateur électrique de M. Dumoulin-Froment (C. M. Gariel)............................................
- L’électricité domestique. Nouveaux allumoirs électriques
- de MM. Maigret et Ranque. . . ................205
- Baromètre enregistreur de MM. Richard frères (G. Tissandieb) .................................................220
- L’expérience du poisson lumineux et le polyscope électrique (Dr Z...)..........................................241
- Sur le montage des piles électriques (E. Hospitalieb). . 246
- La machine dynamo-électrique d’Edison....................251
- Les causes des phénomènes photophoniques (E. IL). . . 258
- Télégraphie optique (A. Niaudet).........................284
- Nouveau récepteur téléphonique de W. H. Preece (A. 286
- Niaudet)..............................................286
- Relations entre les unités électriques, thermiques et mécaniques (E. Hospitalier).................................286
- Curieuse illusion d’optique (G. T.). ....................288
- Expérience de physique amusante faite au moyen de la
- balance d’induction (G. T.)...........................519
- *La force et la lumière par l’électricité (E. Hospitalier). 350
- Pile secondaire de M. Faure (A. Niaudet).................338
- La pile Faure à la Société d’encouragement (E. Hospitalier) .................................................. 559
- L’éclairage électrique à Londres (E. H.) . .... 350
- Arc voltaïque (A. Niaudet)...............................558
- Les récréations scientifiques. Les vases trompeurs (Gaston
- Tissandier).........-................................568
- Le téléphone de police à Chicago (États-Unis)............375
- La propagation du son dans l’air. Expériences de M. Tyn-
- dall.................................................591
- Sur la phptométrie photographique, par J. Janssen . . . 595
- La production de son par l’énergie ladiante. Le spectro-phona. Travaux récents de MM. Graham Bell et Sumner
- Tainter...............................................405
- Le thermophone de M. Mercadier...........................406
- A propos du photophone................................... 31
- Photographie instantanée................................. 95
- Avertisseurs électriques des incendies...................110
- Photographie à la lueur d’un éclair......................126
- Sur faces laminaires des liquides........................207
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-
-
-
- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Papier électrique.......................................222
- Transmission de la force par Vélectricité...............255
- Expériences de téléphonie au Grand-Opéra à Paris. 302 L’éclairage électrique, système Werdermann. . . . 502
- Vélocipède électrique...................................518
- Une pile monstre. . ,...................................518
- Nouvel appareil inscripteur.............................535
- Densité des gaz liquéfiés...............................383
- Perfectionnement du photophone,.........................583
- La photographie à bon marché.......................... 414
- Chimie
- Beurre et margarine (Riche)............................. 22
- Le fer dans le vin..............'..................... 26
- Sur le gaz de liège (Rajiox de Maxjarrès)............. 55
- Photographie au gélatino-bromure d’argent (A. De-
- moget).......................................42, 100
- La glycérine dans le vin (E. Vignes).................... 59
- Le sucre de chiffons.................................. 134
- Analyse microscopique de l’eau (Jabez Hogg).............165
- Sur une curieuse expérience de chimie (G. Sire) . . . . 202
- Désinfection des flegmes et des alcools.................243
- L’alcool dans la nature, sa présence dans la terre, dans
- les eaux et dans l’atmosphère (G. Tissandieb)........243
- Le Laboratoire de chimie municipal de la Ville de Paris
- (G. Tissandieb)......................................321
- Les peintures phosphorescentes..........................323
- La désinfection par les oxydes nitreux (Dr Z....). . . . 385
- Préparation de l’opium à fumer (Mc Callüm)..............387
- Appareils de laboratoire en fil métallique..............396
- Composition de la tourbe................................ 16
- L’essence minérale de M. Kordig ... 46
- Incorporation du sulfure de carbone..................... 47
- Densité de la vapeur d’iode............................. 78
- Base organique artificielle............................. 78
- L’acide perazotique.................................... 111
- Encore l’ozone....................................... . 126
- Dérivés de la tourbe....................................126
- A propos du carbonate de chaux..........................143
- Bésistance du verre trempé..............................145
- Chlorures métalliques................................. 159
- Magnétisme de l’ozone...................................191
- Dissociation du fer.....................................223
- La dissymétrie moléculaire..............................239
- Dissémination de l’acool.. . .......................... 239
- Fabrication du carbonate de potasse.....................271
- Nouvel engrais..........................................271
- Les cristaux de l’eau de baryte.........................519
- Nouvelle propriété des terres alcalines.................585
- Altération du lait......................................398
- Fabrication de l’eau de Seltz...........................399
- Acide carbonique atmosphérique..........................415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Mois météorologique aux États-Ünis. Juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre 1880 (Th. Mou-
- reaux)......................................31.141, 555
- Les forêts fossiles (S. Meunier.)........................ 55
- La météorologie en Chine et au Japon................ . . 118
- Météorologie de novembre, décembre 1880, janvier,
- février, mars, avril 1881 (E. Fuox)................. 118
- Service météorologique d’Alsace-Lorraine.................195
- Variations des crues du Nil (F. Zurcher).................204
- L’aurore boréale du 31 janvier 1881. ....................209
- Les tremblements de terre en février et mars 1881 (F.
- A. Forel).............................................242
- Géologie expérimentale (S. Meunier)......................251
- Anémomètre de voyage.....................................256
- Trombes observées à Toulon le 28 lévrier 1881 (F. Zur-
- ciier).............................................. 257
- Le tremblement de terre de File d’ischia (V. Tedeschi di Ercole)..................................................271
- Un coup de foudre à Cordova (République Argentine) le
- 30 janvier 1881 ...................................... 275
- Les mines de diamant de l’Afrique australe (G. Tissan-
- dier)...............................................295
- Sur les gisements d’asphalte en Russie (A. Woeikofen). 592
- Le tremblement de terre de l’île de Chio (3 avril 1881)
- (Tedeschi di Ercole)........................334, 553
- Le climat de l’Algérie (L. Teisskrenc de Bort).........546
- Les cascades glacées aux Etats-Unis........ ... 552
- La grotte d’Orchaise (L. Godefroy).....................563
- L’élude des courants de la mer................... . . 570
- Une visite à « Mammoth Cave », dans Je Kentucky (Etats-
- Unis) (Stump Foravood)..............................519
- Un nouveau courant dans l'océan Pacifique.............. 47
- Le volcan de la Dominique.............................. 47
- Soulèvement du pays de Bray............................ 78
- Minéralogie brésilienne................................ 78
- Glace sur la mer....................................... 95
- Élude sur les cyclones................................. 95
- Les organismes des météorites.......................... 95
- Eruption volcanique.................................... 96
- Nuages lumineux........................................110
- Une forêt fossile dans l’hidoustan......................MO
- Sulfure de bismuth natif................................Ml
- Stanninc contemporaine..................................Ml
- Soufre contemporain....................................127
- Influence du relief du sol sur la chute de la grêle. . 142
- Action des rayons solaires sur les murs des maisons. 142
- Électricité atmosphérique..............................159
- Mouvements du sol de la Suisse.........................191
- Météorologie ibérique..................................191
- Imitation du basalte...................................191
- Carie des Pyrénées.....................................191
- La météorite de Soko-Banja Météorites..........192, 352
- Tremblement de terre en Auvergne.......................238
- Nouvelle source de guano...............................238
- L'hiver dans le Sahara.................................240
- Terrain tertiaire de Noirmoutiers......................270
- Pouvoir absorbant de T atmosphère......................270
- Nouveau fossile humain.................................271
- Géologie de l'Auvergne.................................271
- Forts vitrifiés............................ .303, 351
- Fer météorique de Sainte-Catherine................. . 503
- Pluie terreuse en Sicile...............................518
- La dernière crue de la Seine...........................319
- Produit nouveau des houillères embrasées...............519
- Tonnerre en boule......................................554
- Station météorologique française dans les régions
- polaires........................................... 566
- Galée subite dans le Guatemala.........................366
- Dégagements de gaz combustible dans un lac...385
- Magnétisme terrestre...................................583
- Nouvelle roche du Cap de Bonne-Espérance...............599
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Histoire des variations morphologiques d’un type de plantes. Le Salisburia ou Ginkgo (marquis de Saporta),
- 1,102,210, 378
- L’architecture des oiseaux. Le nid du Loriot de Balli-more, le nid du Glaucis hirsuta, le nid de l'Oiseau-
- mouche huppecol (E. Oustalef)............39,248, 344
- I e taupin des moissons (M. Girard).............. 79
- Les reptiles de France. La cistudc d'Europe, les geckos
- (E. Sauvage).................................... 87
- Les origines et le développement de la vie. Le développement des Annélides ; les animaux articulés ; vers nnndés et animaux articulés. Les Echinodermes (Ed.
- Remuer).............................122,170,259, 323
- Le mouvement chez les végétaux, par M. Ch. Darwin. . 138
- Les arbres nains et monstrueux au Japon et en Chine. . 145
- Les Âscalaphes et le Dendroléon (Maurice Girard). . . . 188
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- La forme des cellules dans les tissus végétaux (L. Bâclé). 196 Une nouvelle denrée coloniale. les fleurs de Bassin
- (L. Poisson)...............................................225
- Production du sucre d’érable aux États-Unis. .... 227
- Le laboratoire de zoologie maritime de Naples (Émile
- Les graines fossiles silicifiées. Travaux d’Adolpbe Bron-
- gniart (S. Meunier).................................236
- La flore de Pompéi (Dr E. Fournier)....................242
- Les poissons de la France, par le l)r Émile Moreau (E.
- Sauvage)............................................315
- Sur un nouveau genre de poisson primaire (A. Gaudry) . . 357
- Sur les mœurs du Fierasfer, petit poisson téléostéen
- (E. Yung)...........................................369
- Transport de l’if de Buckland en Angleterre............400
- Essence d’Uang-Uang ou de Cananga......................401
- Les Insectes pendant l’hiver (R. Yion).................411
- Un alligator en Chine (E. Sauvage)................... . 416
- Géologie du Sahara..................................... 15
- Géologie de la Belgique................................ 15
- Étude sur les graines fossiles......................... 16
- Un poisson de la Plata................................. 31
- Variation de la couleur des (leurs avec l’altitude . 46
- Champignons parasites des végétaux............ . 48
- Zoologie de Madagascar................................. 78
- Mollusques de Campbell................................. 78
- Cryptogamie....................................... 111
- Nouvelle étoile de mer.................................112
- Recherches sur les faunes antarctiques, ....... 159
- Rôle des pédicellaires.................................175
- La station de Roscoff.................. ... 191
- Paléontologie.. .......................................192
- Considérations générales sur la faune carcinologique de la merdes Antilles et du golfe du Mexique.. . 206
- Zoologie expérimentale.................................223
- Comment on recueille les Diatomées.....................239
- Combat de Fourmis......................................255
- L’Ursus Gaudryi........................................319
- Station zoologique méditerranéenne.....................367
- Le stéréorochys........................................399
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Les moyens de transport en Indo-Chine. Les voitures. Les
- barques (Dr J. IIarmand)........................6, 183
- Une excursion à la Vallée d’Arraces et au Mont-Perdu
- (haut Aragon) (Albert Tissandier)..................... 56
- Dunkerque, travaux d’agrandissement du port (II. Cor-
- tahbeht)..............................................113
- L’île de Pâques (Ch. Yélain).............................115
- Un Nordenskiokt explorateur de l’Afrique équatoriale
- (Dr A. Borius)....................................... 131
- Une ville morte (St. de Drée)......................134, 167
- Le marché de Chicago.....................................267
- Le climat de l’Algérie (L. Teisserenc de Bort)...........386
- Un peuple qui s’éteint. Les aborigènes de l’Australie (G.
- Marcel)...............................................359
- La grotte d’Orchaise (L. Godefroy).......................363
- Le département de la Seine-Maritime...................... 15
- Savorgnan de Rrazza et Stanley...........................126
- Les Rroumirs.............................................350
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Lespalais sacerdotaux du Mictlan au Mexique (T. Maler.) 49 Découverte d’un ancien vaisseau Scandinave en Norvège
- (Dr M. D.)............................................ 78
- L’âge de la pierre polie et du bronze dans l’Indo-Chine
- (D* A. Cohre).........................................102
- Un canot lacustre découvert dans le lac de Bienne (Dr Y. Gross.)............................................131
- 425
- L’âge de la pierre polie en Espagne. Un camp fortifié préhistorique (A. F. Nogdès)...............................250
- Une naine extraordinaire. La princesse Paulina à Paris
- (J. Bertillon).......................................253
- La vision et la mémoire des nombres (J. Bertillon). . . 262
- Pirogue antique trouvée dans le lit du Rhône (Gobin). 294
- Nouvelle grotte préhistorique........................... 15
- Le Congrès anthropologique de Lisbonne.................. 15
- Nouvelles explorations dans les pyramides d’Egypte 415 Cimetière préhistorique............................... 415
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. —Arts industriels.
- Petit appareil domestique pour l’usage des liquides mous- 16
- seux................................................... 16
- Les puits instantanés (G. Tissandier)................... 17
- Le disque-scie de Reese................................... 18
- Le chemin de fer de la vallée de Crédit au Canada et le
- viaduc de Western-Fork | L. Bâclé)................... 23
- Les poêles mobiles........................................ 34
- Crémeuse à force centrifuge............................... 44
- Un nouveau vilebrequin.................................... 45
- Les coups de grisou (A. Lancaster)........................ 51
- La vitesse des trains de chemins de fer dans les différents pays du monde....................................... 63
- Balance sans poidsdeM. G. Coulon (G. Tissandier). . . 65
- Une révolution dans l’art typographique. La presse à deux couleurs de.M. P. Alauzet (G. Tissandier). ... 72
- Frein continu automatique et à vide de MM. Sanders et
- Bolito (L. Bâclé)...................................... 81
- L’unification de l’heure à Paris (A. Niaudet)............ 99
- Les chemins de fer aériens de New-York (L. Bâclé). . 107
- Dunkerque, Travaux d’agrandissement du port (R. Cor-
- tambeiit)............................................ 113
- Éclairage au gaz des voitures de chemin de fer. Système
- W. Sugg................................................129
- Nettoyage automatique des chaudières à vapeur. . . . 140 L’ascenseur à air comprimé de Plainpalais, près Genève
- (L. Bâclé).............................................148
- L’asphalte, son origine géologique, sa préparation, ses
- applications (Léon Malo) . . .....................150
- Gravure sur verre.........................................160
- La neige à Paris..........................................161
- Le disque-scie (Jacob Reese).....................163, 186
- Moteur à gaz, système Ravel...............................175
- Un tramway sans ornière dans les rails..................179
- Machine américaine pour le pansage et le bouchonnage
- des chevaux.......................................... 181
- Nouveau procédé pour préserver les chaudières à vapeur
- des incrustations......................................182
- Appareils à enclanchements des gares de Perrache et de
- * la Guillotière, à Lyon..................................194
- Cerf-volant musical du Cambodge (Dr IIarmand).............202
- Fèle-pommes américain............................. 208
- Emploi des copeaux de bois................................215
- Le métier à dentelles de M. Malhère.......................215
- Le microphone et le feu grisou............................220
- Balances sans poids...................................... 224
- Les chemins de fer de Festiniog et les chemins à voie
- étroite (L. Bâclé).....................................227
- Plaque tournante de chemin de fer sous Louis XIV. . . 240
- L’éclairage au gaz et les becs intensifs (E. Hospitalier) . 263
- Le gyrographe (Gobin).....................................267
- I/autocopiste noir................r.....................269
- Ascenseurs hydrauliques dans les Pyrénées (L. Bâclé).. 281
- La ventilation à l’Opéra de Vienne (L. Bâclé).............292
- Le laboratoire des Ingénieurs au Collège de l'Université,
- à Londres (L. Bâclé)...................................299
- Nouveau mode de suspension des banquettes de wagon. 304 Les vieux aqueducs de Paris. Les sources du Nord. Les
- sources du Sud (Ch. Boissaï).................. 305, 390
- Le plus grand « ferry-boat s du monde (L. Bâclé). . . 312
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-
-
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- 42'G
- TABLE DES MATIÈRES.
- Chauffage des wagons de chemin de fer par l’acétate de
- soude...............................................327
- L’art de découper le bois. Les scies il découper (Dr Z...).. 532
- La sténographie mécanique (A. Cassagnes).............339
- Éclairage électrique des phares......................358
- Types nouveaux d’injcctcurs perfectionnés (L. Bâclé). . 304
- Les régénérateurs à gaz pour fours à réchauffer de
- M. Jacob Reese (L. Bâclé).........................371
- Le gilet de sauvetage. . . '......................... 50
- Machine à cirer les botles........................... 51
- Consommation du charbon par les navires à vapeur. 47
- Percement de Panama..................................100
- Les canaux de l'Est..................................174
- De l'utilisation des rognures de fer-blanc.............222
- Chemin de fer transcontinental en Australie. . . . 254
- Transmission de la force par l'électricité. . . 255, 300
- Les chemins de fer électriques à Paris et à Berlin. . 318
- Épuration des eaux d’égouts ...........................507
- Les secours d’incendie à l'Opéra de Francfort. . . , 398
- Les maisons américaines................................398
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Les sauteurs......................................... 34
- La nutrition chez les plantes et chez les animaux (R.
- Yion). ...................................38, 58
- La cécité des couleurs (Dr J. Maréchal).............. 00
- Pèse-bébés de M. le Dr. Bouchut........................192
- Sur une couveuse pour enfants à la Maternité (Pigis). . 203
- Machine à prendre des silhouettes de Lavater (Dr Z...). 221
- Les viandes trichinées (A. Pabst)......................275
- Les phénomènes d’hypnotisme (Dr Bourneville et Dr Regnard) ...................................... 342, 406
- Une nouvelle substance hilarante.......................402
- Fonction du petit oblique de l'œil..................... 95
- Digestion pancréatique. . . 120
- Sur une maladie nouvelle...............................143
- Amputation de l’intestin...............................141
- Contagion du charbon...................................159
- La Société végétarienne de Paris.......................190
- Les Trichines........................... 206, 213, 239
- Granulations pulmonaires...............................223
- Retour à la virulence des virus atténués...............223
- Le pulmomètre..........................................303
- hifection charbonneuse.................................415
- Sensibilité de la rétine.............................416
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Épisode d’une expédition de pêche à la baleine (C. D.
- Vot.)............................................. 36
- Crémeuse à force centrifuge........................... 44
- Les figuiers d’Inde en Italie (V. Tedeschi di Ercole) . . 91
- Art et nature. Merises et cerises (Dr Z...)........112
- L’agriculture au Texas (J. A. Barral).................199
- La vallée de Kashmyr et les jardins maraîchers flottants
- du lac de Srinagar IG. Ermens).......................328
- Ravages du Scolyte des pins en Sologne, en 1880 (M. Gi-
- rard!............................................... 374
- Destruction du phylloxéra............................... 30
- Sur le peronospora des vignes........................... 31
- Un parasite du figuier.................................. 31
- De la récolte et de la préparation du crin végétal
- dans la Louisiane.................................... 46
- Le phylloxéra en Californie...........................111
- Viticulture. .......................................... 143
- La pisciculture aux États-Unis. ........................190
- Drainage antiphylloxérique........................... . 191
- L’œuf d'hiver du phylloxéra. ...........................351
- Culture du chéne-liège..................................367
- Industrie de la soie aux États-Unis.....................367
- Vignes chinoises........................................383
- Art militaire. — Marine.
- Le Livadia yacht de l’empereur de Russie (L. R.). . . 83
- Dunkerque. Travaux d’agrandissement du port (R. Cor-
- tambeht)................ ’.........................113
- Le plus grand « ferry-boat » du monde (L. Baclf.). . . 312 Détermination de la loi du mouvement d’un projectile, dans l'âme d’une pièce et dans un milieu résistant.
- Projectiles enregistreurs Scbert (L. R.)...........411
- Un nouveau fusil prussien.............................222
- Aéronautique.
- Aérostation militaire..........................191
- Sauvetage du ballon « le Gabriel » tombé en mer. . 286
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Le portefeuille de Yaucanson au Conservatoire des Arts et
- Métiers (G. Tissandier) . . .-........................ 11
- Michel Chasles (.1. Bertrand).....................62, 97
- J. AYatson...............................................110
- Jacques Personne.........................................110
- Bucldand................................................ 110
- A. E. Mariette.........................................167
- E. Boricky.............................................163
- Frédéric Kuhlmann (G. Tissandier)......................193
- E. J. Menier.............................................206
- Adolphe Joanne.........................................238
- Eugène Cortainbcrt.....................................238
- Descartes et la théorie du baromètre...................258
- Eugène Pelouze......................................... 270
- John Gould...............................................270
- Garini...................................................270
- Inauguration du tombeau de Crocé-Spinelli et de Sivel
- (G. Tissandier).......................................273
- Allocution de M. Padl Bert...............................274
- Achille Dclesse..........................................288
- Médaille d’honneur à M. H. Milne Edwards. Allocutions de MM. de Quatrefages, de M. Blanchard et de
- M. J. B. Dumas.................................298, 355
- Massacre des membres de la mission Flatters..............303
- Charles Boissay..........................................318
- Les débuts d’Ampère......................................335
- Wcyprecht................................................366
- La Roncière Le Nourry..................................398
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Société chimique de Paris. 10, 46, 90, 187, 235, 254,
- 283,311,366, 414
- Société française de physique. 10, 54, 131, 187, 234,
- 282,294,366,382 414
- Académie des sciences (S. Meunier). 15, 30, 47, 62,
- 78, 95,111, 126, 143, 159,174,191, 206, 223,239,
- 255, 270,288, 303, 319, 554, 351, 367, 383, 398,415 Société botanique de France. 23, 54,158,159,195, 283 Société géologique de France. 23, 90, 131, 195, 235,
- 283,311,366,582, 414
- Société scientifique de la Jeunesse (G. T.)..... 27
- Association française pour l’avancement des sciences.
- Congrès d’Alger . .............. 50,286,302,318, 346
- Société de géographie de Paris.................. 55
- L’Exposition internationale d’électricité à Paris en 1881. 98
- Dix-neuvième réunion des délégués des Sociétés savantes
- des départements à la Sorbonne (avril 1881).... 346
- Conférences à Paris.............................158
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 431
- Conférence» en Province................... 458
- La toirée du 5 février à l'Observatoire de Paris.. . 474
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Les jouets scientifiques (X...)......................... 59
- La production du fer et de l’acier en France......... 71
- Le jeu du solitaire (Piarrox de Moxdesir)............ 91
- Les calculateurs prodigieux.............................363
- L’hippophagie en France................................. 62
- On train en feu...........................-.......... 95
- L’arithmétique des Chinois.......................143, 175
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques. 27,38,55,90, 170,230, 278,
- 314,354,378,390, 402
- Annuaire du Bureau des longitudes.................... 78
- Monographie du diamant...............................138
- « L’Electricien »....................................271
- Les Infiniment petits, par F. IIément................271
- Les Colonies animales et la formation des organismes,
- par Ed. Perrier.....................................314
- L'Evolution du règne végétal, par G. de Sapurta et F.
- Marion..............................................314
- Les Arts méconnus, par E. Soldi..................... 314
- Voyages aériens, par G. Fiammarïon...................314
- Les récréations scientifiques, par Gastox Tissaxdier . . 368
- Précis de Zoologie médicale, par G. Carlet ..... 590
- Correspondance.
- Sur la physique sans appareils (11. deParville). ... 10
- Sur la physique sans appareils (Ch. Rivière)...........159
- Sur une curieuse expérience de chimie (G. Sire) . . . . 202
- Sur un cerf volant musical du Cambodge (Dr Hahmaxd). 202 Sur l’observation du soleil au point de vue météorologique (H. Corxillox).........................................203
- Sur une couveuse pour enfants à la Maternité (Pigis) . 203
- Sur un curieux système de télégraphe à petite distance
- indiqué au seizième siècle (L. Herman)..............266
- Sur les gisements d'asphalte en Russie (A. Woeikofen) . . 302 Sur le rôle géologique des alluvions verticales (S.Meunier). 534
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 78, col. 2, ligne 32. Au lieu de : Flabard lisez :
- Flavard
- — — ligne 41. Au lieu de: Contil et Blaserda
- lisez : Couty et de Lacerda
- — — ligne 53. Au lieu de : Crooles lisez :
- Cruls
- Page 90, col. 1, ligne 59. Au lieu de : Les Etats-Unis à
- eux seuls en comprennent 27 lisez : en comprennent 19
- Page 90, col. 2, ligne 3. Au lieu de : 14 et 19 lisez :
- 14 et 12
- Page 337, col. 2, ligne 13 et suiv. Au lieu de: l’inaugura-
- lion que veut en faire le Club Alpin de Cakine en septembre 1881 lisez : l’inauguration du monument n’en a pas moins été faite par le Club Alpin de Ca-tane en septembre 1880
- Imprimerie À. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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