La Nature
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- LA' NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS AITLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an* . »................. 20 fr. » Départements. Un an............... 25 fr. »
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- Les abonnements d’Alsace-Lorraine sont reçus au prix de 25 fr.
- Prix du numéro ; 50 centimes.
- LES DIX-SEPT VOLUMES PRECEDENTS SONT EN VENTE
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEUIIS APPLICATIONS AÜX AHTS ET A L’INMISTIIIE
- JOÜKNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE d’üNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIE R
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATEURS
- PIM. BONNAFOUX, FÉRAT, GIACOMELLI, GILBERT, MESPLÈS, E. JUILLERAT, A. TISSANDIER, etC.
- BXM. BLANADET, DIETRICH, MORIEU, PÉROT, L. POYET, SMEETON-TILLY, etC., etC.
- DIXIEME ANNEE
- 1883
- PREMIER SEMESTRE
- PA RIS
- G. MASSON , ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 10' ANS K K. — S" lit.
- 3 DÉCEMBRE 1881.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA CONTAGION PAR LE LAIT
- I.A LAITERIE MODÈLE d’aïLESBURY
- Un jeune chimiste, M. Fauvel, signalait il y a quelque temps les graves inconvénients engendrés par l’altération du lait donné dans une grande partie des salles d’asile. Par suite du mauvais entretien des biberons, les germes, les bactéries de tous genres, s’accumulent dans le tuyau, dans l’embout, et le lait, aussitôt mis dans le flacon, se transforme en un liquide aigre, fermenté. M. Pasteur disait, à ce propos, qu’on ne saurait prendre trop de précautions pour prévenir la fermentation et l’altération du lait. Au sortir du pis de la vache, il peut contenir des germes si les soins les plus minutieux de propreté ne sont pas employés dans la ferme et l’étable.
- Cette assertion, qui pourrait, aux yeux des sceptiques, passer pour un violent paradoxe, trouve sa confirmation dans les faits, malheureusement déjà nombreux, de contagion par le lait. Les documents rassemblés depuis un certain nombre d’années par nos confrères d’outre-Manche montrent que plusieurs maladies peuvent être transmises par le lait, dans des conditions qu’on ne soupçonnait guère autrefois. Il y a dix ans le docteur Ballard voyait sévir, à Islington, une épidémie de fièvre typhoïde dont il eut, tout d’abord, grand’peine à expliquer le développement. En procédant à une enquête minutieuse, il parvint à se convaincre que la maladie avait été transmise par le lait provenant d’une ferme fort éloignée où régnait à ce moment la fièvre typhoïde. Le fait sembla trop anormal pour arrêter l’attention; mais en présence de nouveaux laits, des mieux observés, il fallut bien se rendre à l’évidence. Dans l’épidémie que Murchison a étudiée dans son quartier et dans sa propre maison, les gens seuls qui avaient bu le lait contaminé étaient frappés par la maladie.
- D’autres médecins vinrent qui signalèrent semblable importation de la scarlatine par le lait. Le docteur Cameron a donné la relation d’une épidémie 10° »dbw. — 1er semestre.
- de ce genre à Dublin, dans le courant de l'été dernier. Tout récemment, enfin, on a signalé des cas de diphtérie propagés de la sorte. On cite, entre autres, le fait d’une épidémie qui frappa sept personnes, d’âge et de sexe différents, à la suite d’une réunion chez un magistrat de South-Kensington ; ces sept personnes avaient goûté de la crème provenant d’une laiterie dont un des habitants était atteint de la maladie en question. Les autres convives, qui n’avaient pas pris de cette crème, n’eurent aucune indisposition. Le docteur E. Hart, qui s’est fait à Londres le champion des réformes hygiéniques nécessitées par ces faits, a lu au Congrès médical un mémoire dans lequel il a réuni 71 obser- -vations d’épidémies de ce genre, 50 se rapportant à la fièvre typhoïde, 14 à la scarlatine et 7 à la diphtérie.
- Dans quelles conditions se fait cette contagion? Comment le lait provoque-t-il la maladie? Tel a été le problème que de nombreuses enquêtes ont permis de bien élucider.
- La chose n’était point aisée. On connaissait la facilité avec laquelle le lait entre en fermentation et devient aigre, acide ; on savait, sans avoir encore de preuves de sa nocuité réelle, que le lait d’une vache phthisique, tuberculeuse, comme il s’en rencontre fréquemment dans les étables des grandes villes, doit être rejeté de l’alimentation. Mais pour des maladies comme la fièvre typhoïde, la scarlatine, comment le lait pouvait-il être un agent de contagion? Les enquêtes ont prouvé que dans un certain nombre de cas, la scarlatine entre autres, les pots de lait avaient séjourné pendant la nuit dans la chambre occupée par le malade. Dans d’autres cas, les plus fréquents, les vases destinés à recevoir le lait étaient lavés avec des eaux de puits ou de sources qui recevaient par infiltrations les eaux de vidanges de la maison, et conséquemment les germes contenus dans les déjections. Un fait très significatif à cet égard est celui auquel donna lieu l’enquête de la ferme de la Reform I)airy. Un inspecteur, envoyé pour examiner le bon aménagement de la laiterie, voulut prouver sa confiance dans l’inocuité du lait
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- en en avalant un grand verre. Mal lui en prit, car il mourait de fièvre typhoïde quelques jours après cette malheureuse expérience.
- Le lait peut donc se charger des germes'voltigeant dans l’air, dans la chambre d’un malade ou dilués dans de grandes quantités d’eau. Les bactéries trouvent peut-être dans ce liquide un milieu propre à leur développement., un vrai liquide de culture, et si petite que soit la quantité qui ait imprégné le lait, elles s’y développent et y pullulent à l’envi. Ceci n’est qu’une hypothèse, mais qui n’a rien de bien invraisemblable, étant donnée la composition propre du lait. Je dis hypothèse, car on n a jamais, par des cultures appropriées, vérifié la nature des germes contenus dans le liquide suspecte ; mais les faits ont donné une preuve matérielle suffisante.
- De pareils dangers appelaient une rétorme. En faisant analyser du lait recueilli dans les principales laiteries de Londres, le docteur Ilart avait constaté que presque tous les échantillons étaient altérés. Celui de la Compagnie d’Aylesbury avait été trouvé le plus pur. Le directeur de cet établissement résolut d’installer la laiterie dans des conditions hygiéniques telles que le lait serait absolument parfait, c’est-à-dire indemne de toute contamination, de tout coupage, de toute fraude, du lait naturel et pur, chose rare par le temps qui court. 11 demanda conseil à M. Hart et les modifications proposées par notre distingué confrère ont été adoptées et suivies de point en point. Elles portent à la lois sur l’organisation des fermes dont la Compagnie est tributaire et sur celle de l’établissement installé à Londres, Saint-Petersburgh Place, Bayswater.
- Les fermiers qui veulent vendre leur lait à l’Aylesbury Dairy doivent s’engager par un contrat, sorte de police d assurances, des plus précis, dont voici les termes principaux :
- Le lait doit être envoyé sans écrémage préalable, sans la moindre addition d’eau ou tout autre ingrédient. 11 doit contenir an moins 12 p. 100 de matières solides. Aussitôt la traite opérée, le lait doit être versé dans des vases, toujours nettoyés avec le plus grand soin à l’eau bouillante. Le lait de deux traites ne doit pas être mélangé; le lait du matin doit être expédié chaque matin et celui de la traite du soir envoyé également aussitôt.
- Le fermier devra veiller avec soin à la propreté des mains du traveur et du pis des vaches. Il n’enverra pas le lait d’une vache qui a récemment vêlé, ou d’une vache indisposée. Les vaches doivent être abreuvées d’eau parfaitement pure et ne doivent être nourries qu’avec du fourrage ou des aliments ne pouvant communiquer au lait aucune saveur.
- Enfin, comme clause principale : en cas de maladie d’un caractère contagieux, telle que fièvre typhoïde, variole, scarlatine ou diphtérie survenant dans la famille du fermier ou chez un des employés de la ferme; en cas de visite d’une personne qui aurait été atteinte de maladie moins d’un mois avant
- sa visite ou en cas de maladie de l’animal, le fermier devra prévenir immédiatement l’administration et ne plus envoyer de lait.
- L’infraction à ce règlement est punie d’une amende de 100 livres (2500 francs). Par contre, l’administration s’engage, en cas d’impossibilité de débit du lait, par suite d'une des conditions susdites, à dédommager le fermier dans la mesure et au prorata de sa vente habituelle.
- La ferme, avant d’être acceptée comme fournisseur, est visitée par l’ingénieur de la Compagnie, M. Eassie, qui installe dans les conditions convenables les prises d’eau dans les ruisseaux et le rejet des eaux d’égout, et par le docteur Hart, inspecteur de santé, qui vérifie les conditions sanitaires de la
- Ï3E Ferblantiers
- Hangar avec ouverture' I sur le ch'.’defer métropolitain
- Ecurie
- t avoir! <
- Cour des marchandises
- Machines (Buanderie
- Entrepôt
- ihambre)
- Ecurie
- Magasin
- ST PETERSBURGH
- PLACE
- Plan de la laiterie c 'ntrale d'Aylesbury, à Londres.
- région et de la maison. L’administration fait installer dans chaque ferme lin réfrigérateur du système Lawrence dans lequel on verse le lait avant de l’enfermer dans les vases.
- Pour l’expédition à Londres, le lait est renfermé dans des vases de cuivre à étroite ouverture munis d’un couvercle spécial. Aussitôt arrivé, le lait est transvasé dans des vases de plus petite dimension, passés à la vapeur surchauffée et fermés pour la distribution en ville. A chaque envoi une analyse est pratiquée dans le laboratoire et comparée à celle d’échantillons pris à l’improviste sur les voitures pendant la distribution : on évite ainsi toute fraude.
- L’installation de la laiterie centrale à Londres mériterait toute une longue description. Séparée par des rues de toutes les habitations voisines, la laiterie est à l’abri, par un système de canalisation spécial,
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- «le toute contamination venue de l’extérieur. Les murailles, enduites d’un revêtement de silicate, sont lavées tous les jours avec une solution d'acide sali-cylique.
- La propreté la plus minutieuse règne dans toutes les salles où s’opèrent la manutention et la fabrication de la crème et du beurre. L’eau chaude, l’eau froide, sont distribuées de tous les côtés, et il est remarquable de voir avec quel soin les divers travaux s’exécutent. L’administration a ajouté depuis quelque temps une fabrication de koumyss, qui se vend à Londres à raison de 1 shelling 2 deniers.
- Les employés sont logés dans des bâtiments, séparés, cela va sans dire, de la laiterie; des chambres, de petits appartements pour les familles, ont été aménagés d’une façon très coquette et dans des conditions d’hygiène et de propreté qu’envieraient bien de nos familles bourgeoises de France. Des instructions sévères sont affichées dans ces locaux et rappellent aux employés les mesures exigées par l’administration. Un prélèvement de 10 p. 100 sur les salaires constitue un fonds de réserve dont on paye les intérêts et qui garantit les amendes encourues.
- Une semblable organisation effaroucherait peut-être au premier abord les fermiers de nos pays. La Compagnie a trouvé de nombreux adhérents; elle ne compte pas moins de 90 fermiers, possédant un troupeau de près de 5000 tètes de bétail, qui ont signé le contrat. Elle s’est trouvée ainsi en mesure de fournir, en 1880, 756 579 gallons de lait, soit 2 945 516 litres de lait; cette année la vente dépassera 900 000 gallons d’un lait aussi pur qu’on peut le désirer. Je ne saurais mieux faire, en terminant, que de citer les quelques mots inscrits par M. Pasteur sur le livre des visiteurs, au mois d’août dernier. La Compagnie d’Àylesbury a reçu là un témoignage de haute valeur pour son admirable organisation : nos laiteries françaises devraient se piquer d’amour-propre et tâcher d’imiter nos voisins.
- « Je suis charmé de ma visite, écrivait M. Pasteur. Nous sommes ici dans le règne de l’hygiène la mieux entendue, appliquée à une des industries les plus intéressantes. La lutte contre le danger des germes morbides qui peuvent s’introduire accidentellement dans le lait est poussée jusqu’à la sûreté dans la victoire. »
- D' A. Caria/.
- BIBLIOGRAPHIE
- Récréations mathématiques, par M. Édouard Lucas, 1 vol. in-8°. Paris, Gauthier-Villars, 1882.
- Nous recommandons à nos lecteurs, ce livre très instructif et très agréable, composé par un mathématicien des plus distingués. 11 comprend une série de récréations sur les Traversées en bateau, les Ponts et les Iles, les Labyrinthes, les Reines, le jeu du Solitaire, le Bague-naudier et le Taquin. Après avoir félicité l’auteur de son
- œuvre, nous féliciterons l’éditeur, qui mérite les plus grands éloges au point de vue typographique.
- La Dalmatie, les îles Ioniennes, Athènes et le mont Athos, par Stanislas de Nolhac, 1 vol. in-18. E. Plon et Cie, 1882.
- La situation que les événements font aujourd’hui aux provinces slaves et grecques de l’Europe orientale donne un vif intérêt d’actualité à ce livre. La description pittoresque des lieux que parcourt le voyageur, la peinture exacte des personnes et des choses, les détails piquants sur les mœurs et les coutumes des pays qu’il rencontre, font de cet ouvrage un livre des plus intéressants et des plus instructifs.
- Essai de Psychologie sur le cerveau et sur le cœur, par A. Riche, 1 vol. in-18. E. Plon et Cie, 1881.
- Électricité, par Fleeming Jenkxn F. R. S., traduit de l’anglais par N. de Tédesco, 1 vol in-18. Paris, J. Baudrv, 1882.
- Bibliothèque utile. Petits volumes à 0 fr. 60. Paris, Germer Baillière. — Les six volumes suivants viennent de paraître : les Grands Singes, par Zaborowski; les Peuples de l'Asie et de l'Europe, par Girard de Rialle; Petit dictionnaire des falsifications, par Dufour ; Histoire contemporaine de la Prusse, par Doneaud ; Histoire contemporaine de l'Italie, par IIexnegly, et Histoire du journal, par Hatin.
- LES TRÉPIEDS MERVEILLEUX D’HOMÈRE
- « Cependant Thétis aux pieds d’argent arrive au palais de Vulcain, demeure d’airain, impérissable, étincelante, superbe parmi celle des immortels, œuvre du dieu difforme. Thétis le trouve actif, couvert de sueur, tournant autour de ses soufflets ; car il a fabriqué vingt trépieds posés autour du mur de son solide palais; il en a mis le fond sur des roues d'or afin que d'eux-mêmes, chose merveilleuse ! ils se rendent à Vassemblée des dieux et reviennent d'eux-mêmes à leur place. »
- Ainsi s’exprime Homère dans le XVIIIe chant de l'Iliade.
- Ces trépieds merveilleux sont considérés certainement par la très grande majorité des lecteurs, comme une création de l’imagination du poète, je ne changerais probablement rien à leur opinion en leur disant qu’Apollonius vit des trépieds semblables chez les sages de l’Inde (Philostrate : Vie d'Appoll., liv. VI, ch. vi), que Platon, dans le dialogue intitulé Memnon, parle d’appareils construits par Dédale, qui fuyaient si on ne les attachait pas, et enfin que Macrobe (Satimial., liv. I, ch. m) a vu à Antium des statues qui se mouvaient d’elles-mêmes.
- Il n’est plus permis de douter de la réalité de ces prodiges après les intéressantes révélations que vient de nous faire M. Prou dans son étude sur les Théâtres d'automate en Grèce au deuxième siècle avant T ère chrétienne. Cet ouvrage est un savant et consciencieux commentaire du Traité des automates par Héron, le physicien d’Alexandrie, qui a composé égale-
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- LA N AT U UH.
- ment un Traité des Pneumatiques dont la Nature a déjà donné quelques extraits.
- Je me bornerai, dans cet article, à indiquer le mécanisme qui servait à amener devant le public et à ramener dans les coulisses après la représentation, le chariot sur lequel s’effectuait cette représentation.
- Le terrain sur.lequel doit marcher l’automate doit être bien battu, horizontal et plan, afin que les roues ne puissent s’y enfoncer sous le poids de l'appareil, se heurter contre quelque aspérité ou se trouver entraînées par l’effet de la déclivité. Si le terrain ne remplit pas ces conditions, il faut le recouvrir de planches transversales jointives sur lesquelles, à l’aide de clous, on fixe des longrines formant une double ornière dont le creux guidera la rotation des roues.
- On peut se convaincre par ce passage, que la voie de nos tramways n’est point une invention nouvelle. Un savant contemporain,
- 31. Caillemer, a prouvé que la plupart des chemins de la Grèce étaient ainsi accommodés avec une double ornière et des gares de croisement de distance en distance. Malheureusement, si deux chars se rencontraient entre les gares, il fallait que l’un d’eux reculât jusqu’au point où il était possible de se croiser ; de là une occasion perpétuelle de querelles. C’est dans une de ces querelles qu’Œdipe tua son père Laïus sans le connaître. Encore un fait singulier de l’antiquité expliqué par l’érudition moderne.
- Je reprends l’explication du mécanisme.
- Le caisson, construit aussi légèrement que possible, est muni de trois roues, dont deux calées sur un essieu commun. Ce sont les roues motrices. La troisième, montée sur un axe très court, est installée dans la paroi antérieure du caisson. Elle roule dans l’axe de la voie et sert uniquement de support au caisson. Son diamètre est arbitraire ; il peut se réduire à un simple galet dont l’axe est à une hauteur convenable pour que le caisson ne penche d’aucun côté.
- Sur la partie médiane de l’essieu est calée une bobine portant un bouton saillant. A ce. bouton s’accroche par une simple boucle facile à dégager un cordon qui s’enroule autour de la bobine un certain nombre de fois.
- Si on tire le cordon, on communique à la bobine et par suite à l’essieu et à la roue un mouvement de rotation qui porte le chariot en avant ou en arrière, suivant que le cordon est enroulé dans un sens ou dans un autre. Le chariot s’arrête quand le cordon
- étant entièrement déroulé, la boucle se dégage naturellement du bouton.
- Pour obtenir automatiquement la traction du cordon, on dispose au centre du caisson un tuyau vertical divisé en deux parties par une cloison, cette cloison est percée au centre d’un petit trou qui se ferme par une vanne à coulisse. Sur la cloison on place un lit épais de grains de millet ou de senevé qui sont à la fois légers et glissants; au-dessus est un contrepoids en plomb auquel vient s’attacher le cordon après avoir passé sur une poulie de renvoi fixée à la partie supérieure du caisson, ainsi que l’indique la figure ci-jointe.
- D’après ce que nous venons de dire, il est facile de comprendre comment en dégageant l’orifice par un glissement de la vanne, on fait couler le grain du compartiment supérieur dans le compartiment inférieur; le contrepoids descend alors peu à peu, en traîna ni le cordon et produisant le mouvement d'aller; il s’agit d’indiquer maintenant comment on obtient le repos, puis le mouvement de retour.
- 11 suffit pour cela de disposer sur la bobine deux cordons enroulés en sens inverse, s’accrochant chacun par une boucle au même bouton et allant ensuite se réunir en un seul avant d’arriver à la poulie. Le cordon qui commande l’aller devant le premier cesser d’agir en se séparant de la bobine, il est clair que sa boucle d’attache doit être superposée à celle du cordon de retour sur le bouton de la bobine.
- Voyons maintenant ce qui se passe.
- Au départ, le coïdon qui commande l’aller est entièrement enroulé sur la bobine, et celui qui commande le retour n’y est encore relié que par sa boucle. — A la fin du mouvement d’aller, lorsque le premier cordon, entièrement dévidé, abandonne la bobine, le second s’y trouve enroulé d autant de tours que l’autre enavaitavant ledépart. — Silesdeux cordons avaient la même longueur le mouvement de retour succéderait immédiatement au mouvement d’aller; pour qu’il y ait repos pendant un temps déterminé, il suffit de donner au cordon de retour un excédant de longueur, calculé d’après la vitesse de descente du contrepoids.
- C’est ainsi que, par l’art ingénieux de Vulcain, Jupiter était parvenu à régler d’une façon précise la longueur des assemblées des dieux et à mettre fin aux discussions les plus animées en éloignant brusquement les interlocuteurs lorsque l’heure de la clôture était arrivée. A. de Rochas.
- Mécanisme ilu chariot faisant mouvoir le trépied merveilleux.
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- LA PHOTOGRAPHIE A LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- M. Liébert a depuis longtemps organisé dans ses ateliers de la rue de Londres une belle installation de photographie à la lumière électrique, qui a aussi fonctionné pendant la durée de l’Exposition d’Élec-
- tricité. Nous en donnons aujourd’hui la description.
- Il ne nous paraît pas nécessaire d’insister sur l’intérêt de cette installation, on le comprendra d’ailleurs par les lignes suivantes empruntées à M. Ya-
- rev, qui a fort bien décrit les avantages du nouveau procédé.
- On ne dispose pas du soleil à son gré. Aussi la photographie, qui est absolument tributaire des rayons solaires, a-t-elle dù se préoccuper depuis longtemps de l’emploi de lumières artificielles possédant un pouvoir photogénique assez grand pour
- remplacer au besoin le soleil, surtout pendant les mois d’hiver.
- La lumière électrique, qui donne un foyer lumineux d’une intensité considérable, devait naturellement attirer l’attention des praticiens. M. de la Rive fit, dès 1841, les premiers essais de la lumière électrique appliquée au daguerréotype. Mais, si l'ar-
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- voltaïque produit une lumière très intense, cette lumière ne part que d’un point, ses rayons ne se divisent pas, et elle ne donne pas de pénombre aux objets éclairés. Par sa nature même, la lumière électrique ne pouvait donc convenir qu’à la reproduction d’objets inanimés, de lieux non éclairés, de mines et de souterrains. Il ne fallait pas songer à la reproduction de portraits.
- D’autres tentatives faites avec diverses lumières artificielles ne furent pas plus heureuses. La lumière oxhydrique, la lumière au moyen d’une lampe à sulfure de carbone et à oxyde d’azote, la lumière au magnésium, d’abord expérimentées, ne tardèrent pas à être abandonnées.
- On est revenu à la lumière électrique et on a eu raison, car cette lumière est éminemment actinique.
- Depuis le dix-septième siècle on sait que le tonnerre est un excellent photographe. Une brochure publiée en 1689 rapporte, en effet, que la foudre tombant sur une église, « imprima le canon de la messe sur une nappe d’autel. » D’autres phénomènes du même genre sont également connus, et il était naturel que l'on songeât tout d’abord, pour les reproductions photographiques, à la lumière électrique ; seulement il fallait trouver un mode d’emploi spécial qui, tout en conservant à la lumière électrique ses qualités, devait faire disparaître les défauts qui l’empêchaient de s’appliquer à la photographie.
- Le mode d’emploi désiré paraît être acquis d’une façon très heureuse par les procédés américains employés par M. Liébert.
- Une demi-sphère de 2 mètres de diamètre environ, et servant de réflecteur, est suspendue au plafond, de façon à présenter sa cavité, face au sujet qu’il s’agit de photographier.
- Cette sphère porte deux crayons de charbon de cornue, dont l’un est fixe, et dont l’autre est rendu mobile par un pas de vis. Les charbons sont rapprochés, en faisant entre eux un angle droit. C’est, en somme, un régulateur à main, avec cette seule différence qu’il n’y a pas de mécanisme, que les charbons sont rapprochés, au fur et à mesure de leur usure, au moyen du charbon mobile. A chaque pose, il faut mettre les deux charbons au point. La durée de pose est si courte que la lumière ne peut venir à manquer.
- La nouveauté du système adopté par M. A. Liébert consiste en ce que la lumière électrique ne vient pas tomber directement sur le modèle. Cette lumière se trouve tout d’abord projetée sur un obturateur qui, à son tour, la renvoie sur les parois du cylindre, qui sont d’une éblouissante blancheur, de telle manière que les rayons lumineux, ainsi dispersés, ainsi divisés, viennent positivement inonder la personne dont l’image doit être reproduite.
- La clarté est superbe. Le visage est doucement éclairé, sans duretés, sans ombres exagérées.
- Les yeux supportent le brillant éclat de cette lumière, sans aucune fatigue, sans avoir à souffrir de scintillements désagréables.
- La lumière électrique ainsi employée est produite' par une machine dynamo-électrique de Gramme type d’atelier, qu’un moteur à gaz de quatre chevaux fait marcher à raison de 900 tours à la minute.
- LÀ DISTRIBUTION DE L’ÉLECTRICITÉ
- Dans un précédent article1, nous avons indiqué les principes généraux appliqués ou proposés pour distribuer l’électricité sous pression constante. Nous avons montré que, dans ces conditions, en faisant varier le volume débité dans chacun des circuits dérivés par une répartition convenable des résistances, on pouvait faire varier aussi la quantité d’énergie distribuée, puisque cette quantité est toujours proportionnelle au produit El, c’est-à-dire à la force électro-motrice multipliée par l’intensité du courant dans chaque dérivation.
- Il existe un second mode général de distribution dont nous voulons dire aujourd’hui quelques mots, c’est celui qui a été proposé par M. G. Cabanellas, et qui est fondé sur le principe du volume constant ou de Yintensité constante.
- Distributions à volume constant ou à intensité constante. — Dans le système de M. Cabanellas, tous les récepteurs — on désigne sous ce nom général tous les appareils qui reçoivent l’électricité et lui font produire, suivant les besoins, lumière, chaleur, force motrice, dépôts chimiques, etc. — sont placés les uns à la suite des autres sur le même circuit. Le courant général les traverse tous avec une intensité constante; le rôle du régulateur à l’usine centrale est de faire varier la force électro-motrice des générateurs pour maintenir constante cette intensité. On conçoit, en effet, qu’il faudra moins de pression initiale lorsque le circuit sera court et que quelques appareils seulement seront intercalés, que lorsque tous les récepteurs seront en fonction. On conçoit aussi que les modes d’arrêt et de mise en marche d’un récepteur donné seront absolument inverses de ceux des systèmes par dérivation ou par pression constante. Dans l’un, on supprime un appareil du circuit en le rompant ; dans l’autre, au contraire, cette opération se fait en établissant une communication directe entre les deux bornes, c’est-à-dire en plaçant le récepteur en court circuit. Le courant passe alors directement dans le fil par le court circuit — le shunt — ainsi établi, sans traverser le récepteur. A l’usine centrale, un mécanisme automatique'; introduit ou supprime des machines du circuit, suivant les besoins, pour augmenter ou diminuer la force électro-motrice initiale, en vertu de laquelle l’intensité générale se maintient constante. M. Cabanellas établit ainsi une série de boucles formant chacune un circuit unique et fermé, allant de maison en maison, d’étage en étage, alimenter les divers appareils de la distribution. Chaque boucle a naturellement son réglage absolument indépendant de celui de toutes les autres.
- Avantages et inconvénients des deux systèmes. — Le système à volume constant, tel que le propose M. Cabanellas, paraît être, et de beaucoup, le plus économique au point de vue de la dépense d’établissement de la canalisation. En effet, le conducteur, quelle que soit la somme d’énergie distribuée dans chaque boucle, aura une section unique relativement faible, et dépendant seulement de l’intensité initiale qu’on aura choisie pour établir la dis—
- 1 Voy. n° 442 du 19 novembre 1881, p. 394.
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- tribution. Dans le système à dérivatiou, les sections des conducteurs devront être combinées d’après le nombre probable des dérivations à établir ; sinon l’augmentation d’importance de la distribution demandera des remaniements dans les conducteurs pour les proportionner à de nouveaux débits. v
- Par contre, l’établissement d’un grand nombre de récepteurs sur un même circuit présente de nombreux inconvénients. Le plus important est la solidarité obligée des appareils ; s’il arrive le moindre accident aux conducteurs dans l'une des boucles, tous les appareils de cette boucle se trouvent aussitôt privés de courant. C’est là un écueil. Le système par pression constante permet de l’éviter parce que chaque dérivation est indépendante des autres, et les soupapes de sûreté, dont nous avons parlé à propos du système Edison, séparent automatiquement la partie du réseau auquel est arrivé l’accident, faisant ainsi en quelque sorte la part du feu.
- Un circuit unique, établi ainsi d’étage en étage, d’appareil à appareil, ne va pas sans un grand développement de fils conducteurs qui augmentent, par suite de leur présence, la force électro-motrice initiale à l’usine, et la dépense en travail moteur.
- Enfin, les forces électro-motrices excessives qu’il faudra employer si l’on ne veut pas multiplier outre mesure le nombre des boucles, nous paraissent aussi un sérieux obstacle au système, dans le cas d’une distribution d’électricité avec un grand nombre de récepteurs. Outre que les fils demanderont un isolement parfait, pour éviter les fuites, il pourra être très dangereux, surtout aux origines des boucles, de toucher toutes les pièces en communication électrique avec le réseau, qui seraient à un potentiel fort élevé. L’électricité constituerait ainsi une source permanente de dangers peu en rapport avec les qualités inoffensives qu’on s’efforce de bien mettre en relief dans les applications domestiques.
- Lorsqu’il s’agit, non pas de distribution d’électricité à domicile, mais seulement de transports de force à distance, par exemple, une force de deux cents chevaux fournie par une chute d’eau placée à plusieurs kilomètres de distance et qu’on irait cueillir électriquement pour la répartir ensuite à un petit nombre d’usines, on pourrait alors employer avantageusement les tensions élevées et la disposition des récepteurs en série, suivant le système que préconise M. Cabanellas. Mais, hâtons-nous de le dire, ce n’est pas là de la distribution, au sens général du mot, mais seulement un transport à distance avec répartition partielle.
- Enfin, c’est le dernier point sur lequel nous voulions insister, parce qu’à notre avis il a une importance majeure, le système par intensité constante ne paraît pas se prêter, jusqu’ici du moins, à l’établissement d’un réseau général à usines multiples, où chacune vient en aide, dans la mesure de ses moyens, ainsi que nous l’avons proposé depuis longtemps, et comme le fait d’ailleurs le gaz, à toutes les autres placées sur ce réseau général.
- On a souvent objecté, en partie avec raison, à tous les systèmes électriques, d’être solidaires d’un moteur, d’une courroie qui glisse ou qui se casse, d’un balai brûlé, etc.
- Cette objection, importante avec un système à volume constant ou à usine unique, perd toute valeur dans un système à réseau général ; il suffit de combiner l’ensemble pour que l’arrêt momentané d’une ou même de plusieurs séries de générateurs alimentant le réseau, n’influe pas sensiblement sur la production totale, les autres machines en activité donneront un coup de collier
- momentané et maintiendront l’équilibre. On pourra même prévoir l’arrêt momentané d’une usine complète sans entraver un instant le service, ce qui est difficile avec une usine unique et des circuits indépendants.
- Pour toutes ces raisons, et bien d’autres qu’il serait trop long de développer ici, nous croyons que, malgré tout l’intérêt que présente le système de distribution à intensité constante, dont M. Cabanellas est le premier et l’unique promoteur, il ne répond pas suffisamment aux besoins si divers d’une distribution d’électricité pour passer dans la pratique.
- Il nous reste à dire maintenant quelques mots des systèmes de distribution proposés, qui n’entrent pas dans notre classification générale, et qui ne nous paraissent pas présenter, jusqu’ici, grande chance de succès.
- Le premier, proposé par M. Philippart, est fondé sur le transport de l’électricité à domicile dans des accumulateurs. La question a été traitée dans la Nature à différents points de vue, nous n’y reviendrons pas ici. La solution, excellente dans quelques cas particuliers, est loin d’être générale ; le poids par trop considérable des accumulateurs, eu égard à leur capacité, leur décharge graduellement décroissante, etc., s’y opposent jusqu’à nouvel ordre. L’accumulateur électrique représente le gaz comprimé, la distribution de l’électricité le gaz canalisé. Au prix où sont les transports dans les grandes villes, on peut juger à l’avance de l’avenir réservé à ce mode d’exploitation.
- Il nous faut enfin dire un mot du système de canalisation, tant soit peu fantaisiste, proposé par M. Parod.
- « M. Parod — c’est le prospectus qui parle — a cherché des conducteurs d’électricité ayant une tension uniforme sur toute leur longueur. Pour atteindre ce résultat il a employé des surfaces conductrices très larges et disposé ces surfaces en regard l’une de l’autre de chaque côté d’une feuille isolante. De cette façon le fluide dégagé par le générateur d’électricité peut s’écouler dans les conducteurs aussi vite qu’il est produit, et la tendance des deux courants -f- et — à se recombiner à travers la feuille isolante, neutralise la tendance au rayonnement (?) (sic). »
- En d’autres termes, M. Parod établit un réseau de conducteurs-condensateurs qui, à son dire, sont ainsi dans les meilleures conditions pour maintenir une pression constante. Le système appartiendrait donc à la première classe, mais tous ceux qui connaissent la faible capacité des condensateurs, surtout dans les conditions où les établit M. Parod, savent que cette capacité est pratiquement nulle, et que le système se réduit alors pratiquement à néant.
- Revenons maintenant aux systèmes plus sérieux. Soit que l’on distribue l’électricité à pression constante, soit qu’on la distribue à volume constant, il ne sera pas possible d’utiliser le courant ainsi distribué pour toutes les applications. Certains appareils ne s’accommodent pas d’une intensité déterminée réglée à l’avance, d’autres demandent des pressions électriques plus grandes ou plus petites que celles fournies par la distribution. D’autres enfin ne fonctionnent qu’avec des courants alternatifs. Comment satisfaire à ces besoins multiples? Comment aussi compter à chaque abonné la quantité d’énergie électrique qui lui est fournie, la seule qu’il doive rigoureusement payer ?
- La réponse à ces questions fera l’objet d’un prochain article.
- E. Hospitalier.
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- LÀ NATURE.
- ËPHÉMÉR1DES DE LA SCIENCE
- L’ASCENSION DE CHARLES ET RORERT
- Li: 1er KiicF.Mimk 1783
- Quand les sujets d’actualité feront défaut, nous consacrerons ici quelques pages de notre publication à revenir sur le passé de la science, et à célébrer, sous le titre d’E-phémérides, les grands événements de l’histoire du progrès.
- Nous commencerons aujourd’hui par le voyage aérien de Charles et Robert, et nous ferons connaître à ce sujet plusieurs documents inédits d’une haute valeur historique.
- Charles naquit à Beaugency, le 12 n o v e in b r e 1746, et mourut à Paris le 7 avril 1825. 11 quitta de bonne heure sa ville natale et vint à Paris, où ses goûts et sa vocation le dirigèrent vers la physique expérimentale. 11 y apporta une habileté demains peu commune, il ne tarda pas à se faire connaître, et à donner des démonstrations publiques qui eurent un succès considérable. Il organisa le plus beau cabinet de physique de l’Europe, et attira à ses cours, qu’il accompagnait de brillantes expériences sur l’optique, sur l’électricité statique, sur la chaleur rayonnante, les savants les plus illustres de l’Europe entière, et les femmes les plus distinguées de son temps. Volta et Franklin notamment suivirent les conférences de physique du physicien Charles. Le grand Franklin admirait le jeune professeur, et disait de lui : <( La nature ne lui refuse rien ; il semble qu’elle lui obéisse. »
- Pendant que le succès de Charles grandissait de jour en jour, on apprit, à Paris, la nouvelle de la découverte des aérostats par les frères Joseph et Etienne de Montgolficr ; on apprit que ces ingénieux inventeurs avaient confectionné une enveloppe légère, de forme sphérique, de 110 pieds de circonférence, et que gonflée par le feu, elle s’était élevée dans
- l’atmosphère, le 5 juin 1785.
- Charles appliqua immédiatement aux montgolfières, gon-tlées à l’air chaud, un perfectionnement des plus importants qui devait lui faire partager avec les inventeurs la gloire de la découverte. Il créa le ballon à gaz hydrogène, imagina de construire une sphère légère en soie, rendue imperméable par un enduit, et gonflée de gaz hydrogène, dont la force ascensionnelle est incomparablement plus considérable que celle de l’air chaud. Au moyen d’un tonneau contenant du fer et de l’eau acidulée, il gonfla un premier ballon de petit volume, comme le représente notre première gravure, faite d’après le livre de Faujas de Saint-Fond, et le fit partir au Champ-de-Mars, à Paris, le 2 août 1785. Cette expérience eut un succès considérable.
- Cependant Pilàtre de Rozier et le marquis d’Àr-landes construisaient une montgolfière de grand volume, et s’élevaient pour la première fois dans les airs, le 21 novembre 1785. Charles, aidé de Robert, mécanicien habile, organisait de son côté un voyage aérien dans un aérostat à gaz hydrogène ; ce voyage eut lieu quelques jours après, le 1er déccmbre£1785. Charles et Robert s’élevèrent près du palais des
- Ciimlleinent du premier billion de Charles lancé au Chaifip-dc-Mars le 2 aoûl 1785 (D'après une gravure du temps )
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- LA NATURE.
- LE TRIOMPHE DE CHARLES
- Coproduction d’une peinture à l'encre de Chine, signée Naigeon 1783, dédiée à MM. Charles et Uohcrt.
- La piété originale lait partie de la collection aérostatique de M. Gaston Tissandier. Celle pièce a été olferte par M. G. Bonleinps, dont
- le père a été l’ami et l'exécuteur testamentaire de Charles.
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- LA NATURE.
- Tuileries, en présence de la population de Paris tout entière. L’habile physicien avait imaginé de toutes pièces l’aérostat tel qu’il se construit encore aujourd’hui ; il avait pensé à le munir d’une soupape à sa partie supérieure, pour le faire descendre en perdant du gaz, de lest dans la nacelle pour le faire monter en en jetant quelques poignées par-dessus bord ; il avait enfin suspendu la nacelle à des cordelettes réunies à un filet que maintenait l’hémisphère supérieure de l’aérostat.
- Charles et Robert descendirent à 56 kilomètres de Paris, dans la plaine de Nesle. Ils avaient à peine touché terre, qu’ils virent arriver au galop des cavaliers : c’étaient d’illustres amateurs des aérostats naissants, le duc de Chartres (Ph. d’Orléans), le duc de Fitz-James et Farrer, gentilhomme anglais, qui avaient suivi l’aérostat à franc étrier depuis son départ de Paris. Charles, entouré des habitants de la localité et de quelques curés des localités voisines, écrivit dans la nacelle même de son ballon, un procès-verbal qui fut signé par ces nombreux témoins. Nous dirons tout à l’heure comment ce procès-verbal authentique est actuellement en notre possession.
- Charles, laissant à terre son compagnon Robert, s’éleva une seconde fois dans les airs jusqu’à l’altitude de 3000 mètres environ.
- L’expérience mémorable que nous venons de résumer succinctement fut le plus grand titre de gloire du physicien Charles : en 1785, il lut nommé membre de l’Académie des Sciences ; mais comme la plupart des novateurs, il n’évita pas les traits de l’envie. On l’accusa d’avoir voulu enlever aux Mont-golfier l’honneur de leur invention ; il fut en butte à des attaques passionnées, et renonçant complètement à l’aéronautique qu’il avait créée, il ne s’en occupa plus de toute sa vie.
- Charles avait son cabinet de physique installé au Louvre, et le 10 août 1792, lorsque le château des Tuileries fut envahi par le peuple, il n’échappa à la fureur de la multitude qu’en lui montrant du doigt la nacelle aérienne dans laquelle il avait accompli son ascension.
- Aussitôt que les temps redevinrent meilleurs, Charles reprit ses travaux, il professa la physique au Conservatoire des Arts et Métiers, où l’on voit encore la plupart de ses appareils, son mégascope et ses ingénieux instruments. Charles entra l’un des premiers dans la nouvelle Académie des sciences, et il continua ses expériences et ses recherches jusqu’à la fin de sa belle carrière.
- Parmi ses élèves les plus aimés, Charles comptait un jeune officier d’une grande distinction, nommé Notaire Bontemps. Le jeune Bontemps avait été élève de l’École Polytechnique à sa création, professeur de physique à l’École Centrale du Pas-de-Calais, puis officier de génie. Il s’occupait beaucoup de sciences en amateur, et avait pour le physicien Charles une affection presque filiale. Quand Charles mourut il nomma Notaire Bontemps son exécuteur testamentaire; son fidèle élève et ami garda pieuse-
- ment tous les papiers relatifs au cours de physique de son maître et à son ascension aérostatique. Ces pièces, d’un intérêt scientifique considérable, restèrent entre les- mains d’un de nos contemporains distingués, M. Georges Bontemps, fils de l’exécuteur testamentaire de Charles.
- M. Georges Bontemps, dans le but d’enrichir ma collection aérostatique, m’a fait l’honneur de me donner tous les papiers de Charles, relatifs à son ascension. C’est un présent qui a pour moi une valeur incomparable ; il y a là des documents tout à fait inédits que je vais faire connaître rapidement.
- Citons d’abord une peinture admirable exécutée à l’encre de Chine, et signée Naigeon, 1785; cette peinture est due à l’artiste célèbre qui fut le frère du grand philosophe ami de Diderot. Cette composition peut s’appeler le Triomphe de Charles. Nous la reproduisons ci-contre. Elle représente Charles et Robert dans le char aérostatique, couronnés par Apollon, tandis que la Renommée chante leur gloire. Cette peinture est accompagnée de l’inscription et des vers suivants écrits sur l’original de la main même de l’artiste.
- Dédié à Messieurs Charles et Robert par leur très humble et très obéissant serviteur Naigeon :
- Emule de l’oiseau qui porte le tonnerre Charle d’un vol audacieux
- S’élance dans les airs et dédaignant la terre Il va s’asseoir au rang des Dieux.
- Des Zéphyrs la troupe légère S’empresse auprès de son char triomphant.
- Mais tandis qu’il parcourt les champs de la lumière Le dieu du jour l’apercevant Soudain s’arrête et d’Uranie Reconnaissant le disciple vanté ;
- Poursuis, dit-il, sur l’aile du génie,
- Cours, vole à l’immortalité.
- Il dit, et détachant son brillant diadème:
- Sur la tête de Charle il le pose lui-même.
- La Renommée alors chante de toutes parts
- Le triomphe de Charle et celui des Beaux-Arts Et tandis que la gloire Grave son nom au temple de mémoire
- Ce mortel désormais partage avec les Dieux
- L’hommage de la terre et l’empire des cieux.
- La belle composition de Naigeon est conservée dans un cadre doré, qui, du vivant de Charles, était pendu au mur au-dessus de son bureau de travail.
- Les autres pièces qui nous ont été données par M. Bontemps sont les suivantes :
- 1° Une carte dédiée à Charles, retraçant l’itinéraire suivi par son aérostat dans son double voyage, ainsi que les routes parcourues par les cinq premiers ballons. Cette carte est très bien gravée et fort rare ; elle est due à Perrier.
- 2° Le certificat authentique de la descente de Charles et Robert dans la prairie de Nesle.
- Cet autographe, de la main de Charles, est un document absolument unique, et d’une grande eu-
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- riosité historique. Il est écrit sur un morceau de papier du format d’un petit papier à lettre. On y lit à l’encre, de la main de Charles :
- Nous soussignés, Charles, Robert, Jean Burgot, curé de Nesle, et Charles Philippet, curé de Fresnoy, Thomas llatin, syndic perpétuel de la dite paroisse, Lheureux, curé d’Hédouville, certifions que la machine aérostatique est descendue entre Nesle et llédouville dans la prairie de Nesle, à 5 heures trois quarts, en foy de quoi nous avons signé ce procès-verbal écrit dans le char aérostatique par moi Charles.
- Signatures : Charles, Robert, P. d’Orléans (duc de Chartres), le duc de Fitz-Jaaies, Philippet, curé de Fresnoy, IIatin, L’Heureix, Farrer.
- La signature de J. Burgot se trouve au verso du papier ; on y lit écrit au crayon le certificat du second voyage aérien de Charles.
- Et il est reparti à quatre heures et un quart dans la même machine, en présence de Mgr le duc de Chartres et d’autres. Signé : Burgot, curé de Nesle.
- 5° Mémoire de Charles sur Vaéronautique.
- 4° Lettres particulières écrites à Charles au sujet de son ascension.
- 5° Mémoire d'un ami de Charles qui a aidé à gonfler le globe aérostatique, écrit au jour le jour, du 26 novembre au 5 décembre 1783. ^e manuscrit renferme des détails très curieux et très piquants sur tous les préliminaires de la grande expérience aérostatique. Mais nous ne saurions entrer ici dans de plus amples détails à ce sujet. Nos lecteurs ne partagent probablement pas tous notre amour pour l’aéronautique ; aussi nous arrêterons-nous ici, en nous rappelant que nous écrivons pour eux.
- Gaston Tissandier.
- BIBLIOTHÈQUE DE LA. NATURE
- EXCURSIONS GÉOLOGIQUES A TRAVERS LA FRANCE1
- Par Stanislas Mednier
- La Bibliothèque de la Nature inaugurée l’an dernier par deux volumes, les Récréations scientifiques, par G. Tissandier, et les Principales applications de l'Électricité, par Ed. Hospitalier, qui tous deux ont vu rapidement leur deuxième édition succéder à la première, se continue cette année par deux nouveaux ouvrages. Nous parlerons d’abord du premier, publié sous le titre Excursions géologiques à travers la France, par Stanislas Meunier. La compétence de notre collaborateur, qui professe au Muséum d’histoire naturelle et qui dirige les excursions géologiques publiques, est trop connue pour que nous ayons à prendre la peine d’insister à ce sujet. M. Stanislas Meunier, le marteau à la main, parcourt successivement les environs de Paris, le
- 1 1 vol- in-8° avec 143 figures et 4 planches hors texte. G. Masson éditeur, 1882.
- Puy-de-Dôme, Soissons, Nemours, Brest et le Con* quet, Montereau, Fleurines, les Ardennes, les Vosges, la Champagne, le Cantal, la région du Mont-Blanc, Granville et Jersey, puis il passe huit jours en Belgique avec ses lecteurs. Il examine tous les terrains, en recueille les richesses fossiles, sans oublier de décrire les beautés naturelles des sites qu’il parcourt. Écrit en un style facile et correct, rempli de magnifiques illustrations et de belles figures géologiques, le livre de M. Stanislas Meunier sera le guide du touriste en même temps que l’encyclopédie pratique de l’amateur. Nous lui prédisons le succès de ses devanciers.
- LES VOIES FERRÉES1
- Par L. Bâclé
- Le second volume de la Bibliothèque de la Nature publié cette année, est intitulé les Voies ferrées: il comprend l’histoire des chemins de fer, avec les divisions suivantes : La Route métallique, le Moteur mécanique, les Trains en marche, les Chemins de fer dans les montagnes, les Voies ferrées dans les villes. L’auteur, M. Bâclé, ancien élève de l’École Polytechnique et ingénieur des mines, n’a pas besoin d’être présenté à nos lecteurs. Son œuvre est écrite avec toute la correction du savant qui a approfondi son sujet et qui le connaissant à fond, sait le rendre accessible à tous. Est-il nécessaire d’insister sur l’importance des chemins de fer, sur l’intérêt que nous avons à les connaître? Leur développement prodigieux en démontre suffisamment le rôle capital. M. Bâclé a réussi à condenser ce vaste sujet en un seul volume, éminemment instructif pour tout le monde, et rempli de documents fort peu connus.
- L’ouvrage renferme 4 planches hors texte et 143 belles gravures donnant les dessins des appareils les plus importants qui sont en service sur les voies ordinaires, et elles reproduisent en même temps de nombreuses vues des lignes les plus curieuses, installées, par exemple, sur le flanc des montagnes, des lignes à voie étroite, des lignes métropolitaines, etc.
- Nous reproduisons ici quelques figures relatives à l’histoire de la locomotive.
- La figure 1 représente la machine Engerth sous sa forme actuelle. Elle est seulement caractérisée maintenant par un tender articulé qui pivote autour d’une cheville fixée au châssis de la machine à l’avant du foyer, de manière à ce que le poids du tender vienne s’ajouter en partie au poids adhérent de la machine. Dans la disposition première de ce type célèbre, qui a joui un instant d’une grande faveur, le poids tout entier du tender était utilisé pour l’adhérence, car les roues du tender étaient rattachées par des chaînes articulées aux roues motrices de la machine; mais cette installation compliquée dut être abandonnée rapidement.
- » 1 vol. in-8° avec 97 figures et 2 planches hors texte. G. Masson éditeur, 1882.
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- Au chemin de fer du Nord, M. Petiet avait imaginé dans la machine à quatre cylindres, représentée figure 2, une solution une peu différente qui est aussi délaissée aujourd’hui.
- Cette machine, qui figurait à l’Exposition de Londres de 1855, possédait 6 essieux moteui's, elle était formée en quelque sorte de deux machines accouplées conservant néanmoins une certaine liberté d’oscillation relative, de telle manière que chacune (Telles pût s’inscrire librement en courbe. Chacune possédait ses deux cylindres agissant sur trois essieux accouplés et susceptibles de se déplacer dans les mêmes conditions qu’une petite machine d’un empâtement moitié moindre. On renonce aujourd’hui à ces solutions compliquées, comme nous le disions, et on a reconnu qu’on pouvait, sans inconvénient, accoupler quatre essieux , par exemple, sur les machines à marchandises pour obtenir un effort moteur considérable, et on les rapproche d’ailleurs suffisamment pour faciliter l’inscription en courbe.
- Sur les machines à voyageurs, on n’hésite plus à
- disposer un boggie à l’avant, comme l’a fait la Compagnie du Nord dans la machine qu’elle avait envoyée à l’Exposition de 1878. L’emploi du boggie, qui est resté si longtemps caractéristique des machines a-méricaines, adoucit sensiblement la marche de la machine, surtout à l'entrée en courbe, et il n’entraîne d’ailleurs aucun des inconvénients qu’on ressentait aux grandes vitesses.
- La figure 5 donne la coupe de cette machine d’un type si bien étudié. La chaudière par exemple est remarquable par son foyer agrandi et peu profond disposé pour brûler du charbon menu, ses tubes racour-cis dont la vaporisation est très active, etc., etc...
- Enfin dans la figure 4 nous repro -(luisons la vue de la célèbre machine disposée par M. Crampton, et qui a suffi pendant longtemps pour assurer la traction des trains les plus rapides, tant que les besoins de l’exploitation n’ont pas obligé à augmenter le poids de ces trains, comme on le fait aujourd’hui en présence de l’accroissement du trafic.
- Fig. 1. Machine Engerth à quatre roues accouplées et tender articulé devant le loyer.
- NORD N°SQ1
- Fig. 2. Locomotive à quatre cylindres et à six essieux accouplés. Chemin de fer du Nord.
- Fig. 5. Machine express à hoggie du chemin de 1er du Mord. Coupe longitudinale.
- Fig. <t. Vue extérieure d une machine Crampton.
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- LA NAT U UK.
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- LES REPTILES DE FRANCE1
- LES COULEUVRES
- Le nom de Vipérine a été donné par Latreille à une Couleuvre qui habite le midi de l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, l’Algérie et l’Egypte. La robe de cette espèce, bien que fort variable, ressemble beaucoup à celle de la Vipère, à ce point que Constant Duméril, professeur d’herpétologie au Muséum, a été lui-mème victime de cette analogie en saisissant imprudemment dans la forêt de Sénart le Pelias bertix.
- Sur la ligne moyenne du dos, se voit une série de taches brunes ou noirâtres, soit contiguës, soit disposées en zigzag, comme chez la Vipère ; une autre série de taches brunes existe vers le milieu des flancs ; une large bande d’un brun jaunâtre parcourt obliquement la joue, venant se réunir, entre les deux yeux, avec la bande du côté opposé; deux bandes jaunes bordent ces bandes brunes, suivies à leur tour par une ou deux bandes brunes, en forme de A renversé, séparées entre elles par des bandes jaunâtres; les plaques du ventre sont noires à leur centre, jaunes à leurs extrémités. Du reste, ainsi que le fait remarquer M. F. Lataste, « en faisant varier
- .Couleuvre vipérine.
- la teinte fondamentale du dos, du brun sale au brun jaune ou au brun rouge, celle du ventre, du jaune gris au jaune pâle ou au jaune rougeâtre; en rendant les taches plus ou moins brillantes, plus ou moins obscures, en donnant surtout plus d’évidence aux espaces clairs des taches des flancs, on obtiendra toutes les variétés de robe que présente cette espèce. Elles sont si nombreuses et il y a tant de transitions de l’une à l’autre, depuis la Vipérine, d’une teinte boueuse à peu près uniforme, jusqu’à l’Ocellée, que je erois inutile d’en décrire aucune. >> La tête est presque aussi haute que large; le cou, peu distinct, se renfle légèrement pour se confondre avec le tronc; ainsi que l’a bien observé M. Lataste,
- 1 Voy. table des matières du précédent volume.
- « iorsque l'animal veut mordre, ou qu’il est irrité, cette tête longue et étroite change subitement de proportions ; les muscles de la joue se contractent et deviennent saillants, les os tympaniques s’écartent fortement à droite et à gauche, et alors elle se présente large en arrière et échancrée en cœur de carte à jouer comme la tète de la vipère. » Les écailles du Tropidonote vipérin sont fortement imbriquées et nettement carénées.
- Bien plus aquatique que la Couleuvre à collier, la Vipérine ne se rencontre que rarement dans les champs ; habitant de préférence les mares remplies de nénuphars et d’autres plantes aquatiques, très agile, elle nage avec la plus grande facilité, la tète seule hors de l’eau, prête à plonger à la moindre alerte ; elle fait la chasse aux grenouilles, aux pois-
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- LA NATURE.
- sons, aux vers, aux insectes, tout en ne dédaignant pas les petits mammifères et les jeunes oiseaux qui se trouvent à sa portée. La Vipérine pond, d’après Fatio, de quinze à vingt œufs qu’elle dépose de la fin de mai au commencement de juillet, dans un endroit chaud et humide, sous la mousse ou entre des pierres; elle hiverne dans la vase, dans de vieux troncs d’arbres, et il n’est point rare de trouver des houles composées d’un grand nombre d’individus étroitement enroulés les uns sur les autres.
- Ce reptile est tout à fait inoffensif, bien que sa malheureuse ressemblance avec la Vipère le fasse partout impitoyablement massacrer. On le distingue facilement de la Vipère, même à une certaine distance, à ses formes un peu plus sveltes, aux grandes plaques qui recouvrent la tête, aux taches en damier qui ornent le dessous du corps; de plus, tandis que la Vipère aspis se tient toujours dans des endroits secs et arides, la Vipérine habite les endroits marécageux.
- L’on doit regarder comme une variété de la Couleuvre vipérine, variété propre au sud de l’Europe, le Tropinodote chersoïdes. Le corps est brun verdâtre en dessus ; deux larges raies, d’un jaune pâle, séparées entre elles par une bande noire, courent parallèlement le long du dos; la coloration des lianes et du dessous du corps est des plus variables.
- Tout aussi commune que les deux espèces dont nous venons de parler, est la Couleuvre lisse ou Coronelle lisse, facilement reconnaissable à l’absence de carènes sur les écailles et à sa coloration. Le corps est luisant, d’un brun jaunâtre, tandis que le ventre est en général marbré de gris bleuâtre ; des taches noirâtres, irrégulières et mal définies, le plus souvent disposées en deux séries longitudinales et parallèles, ornent le dos ; le dessus de la tête offre des lignes et des points d’un brun noirâtre; presque toujours une petite bande noire se voit derrière l’œil. La tête est longue, sensiblement rétrécie au cou, le museau étroit, arrondi à l’extrémité ; la queue, assez courte et ne faisant guère que le cinquième de la longeur totale du corps, est arrondie ; on compte sept plaques le long de la mâchoire supérieure.
- La Couleuvre lisse habite principalement l’Europe moyenne et méridionale. Bien qu’on la trouve assez communément dans les endroits humides, surtout dans les prés et les vallons ombragés, elle semble préférer les lieux secs et arides; on la rencontre fréquemment dans les clairières bien exposées au soleil, près de quelque touffe d’herbes ou le long de quelque chemin poudreux, en chasse de petits lézards ou de jeunes orvets; elle fait annuellement de dix à douze petits qui brisent, en général, la coquille de l’œuf dès qu’ils sont pondus.
- La présence de huit plaques au-dessus de l’œil et la coloration distinguent la Couleuvre bordelaise de la Couleuvre lisse, espèce plus septentrionale. La Bordelaise habite le midi de la France, l’Italie, la
- Grèce, l’Algérie; en France, elle ne remonte guère plus haut que la Charente-Inférieure, fréquentant surtout les endroits secs et rocailleux, les vieilles murailles. La tète est petite, la queue courte. Un gris roux, tout semé de très petits points noirs, recouvre la tête; sur les côtés du cou, et se continuant sur le haut du corps, sont des taches, un peu effacées chez les adultes. « Chaque écaille du dos, sur un fond gris pâle, présente un semis de points noirs et de points rouges brillants et comme saillants. Si les points rouges dominent, ce qui arrive fréquemment, la teinte générale est rougeâtre ; si les points sont noirs, la teinte générale est grisâtre; quand il y a du rouge, il domine surtout sur les flancs (Lataste). » En dessous, la gorge est d’un blanc rougeâtre sale, à l’exception du menton, qui est noirâtre; le ventre, sur un fond jaune sole, porte des taches rectangulaires noires dont l’agencement réciproque est assez variable.
- E. Sauvage.
- — A suivre. —
- CORRESPONDANCE
- SUR LES TUMULI DE VILBOURGEON ( LOIR-ET-CHER )
- 24 novembre 1881.
- Monsieur,
- Dans les plaines de Yilbourgeon. près Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher), il existe encore quelques tu-muli. En ce moment on construit un chemin traversant cette plaine, or, pour la construction de ce chemin, on a coupé juste au milieu l’un de ces tumuli ; ayant eu occasion de passer par là, je recommandai aux ouvriers de faire attention aux objets qu’ils pourraient trouver. Ils trouvèrent un anneau en cuivre et un fragment de ferraille que je crois être un débris de casque ou de cuirasse. On a dù apporter des terres de loin, pour la construction de ces tumuli, car cette terre ne ressemlde point au sol environnant ; elle est mélangée à du charbon de bois. Si quelques amateurs désiraient venir étudier ces tumuli sur place, je suis tout disposé à leur donner toutes les indications nécessaires et mettre à leur disposition les objets trouvés qui sont en ma possession.
- Agréez, etc.
- Sausset-Dumaine,
- à Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher).
- SUR LA VASELINE
- Monsieur,
- Un de vos lecteurs vous ayant demandé des renseignements sur ce produit, je me fais un plaisir de vous adresser les quelques lignes suivantes.
- Quand on distille le pétrole naturel, on recueille une série de corps liquides, demi-solides et solides qui tous sont des hydrocarbures appartenant à la série forménique (série du gaz des marais) et ne différant les uns des autres que par leur consistance et l’élévation de leur équivalent.
- En premier lieu passe l’essence minérale, employée surtout pour l’éclairage, et que sa grande volatilité rend assez dangereuse à manier; puis le pétrole dit rectifié,
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- puis les huiles lourdes de pétrole employées en grande quantité sous différents noms pour le graissage des machines, puis des corps onctueux, mélanges d’oléine et de paraffine ; enfin la paraffine, qui, convenablement blanchie, forme la bougie anglaise transparente, assez semblable aux bougies de spermaceti, mais ayant une flamme fuligineuse. Les corps onctueux, décolorés et purifiés par des procédés variés, sont employés depuis plusieurs années en Amérique sous les noms de vaseline, cosmoline, pctréoline, onguent ou gelée de pétrole, etc.
- Leur emploi médical a été signalé, pour la première fois en France, après l’Exposition centcnniale de 1876, et à cette époque, cherchant inoi-mème un excipient non sa-ponifiable et ne rancissant pas, afin d’y incorporer le bioxyde jaune de mercure, qui est d’un usage journalier en oculistique, j’ai eu le premier en France l’idée d’employer la vaseline, ainsi qu’il appert d’un mémoire que j’ai lu en janvier 1877 à la Société de médecine, où j’ai présenté à mes confrères un certain nombre de pommades à la vaseline, qui s’associe facilement à l’iode, au nitrate d’argent et même à froid aux acides fortement oxydants (acide chromiquc, etc.). Depuis cette époque, j’ai eu la satisfaction de voir que la vaseline était devenue d’un usage général. On peut l’employer pour une foule d’indications, notamment pour le graissage des armes, des instruments de fer, qu’elle préserve de la rouille d’une manière indéfinie 1.
- Veuillez agréer, etc.
- Dr Georges Cameset,
- Mcilecin-oculiste.
- CHRONIQUE
- Ascensions au Mont-Blanc. — Cette année, 64 ascensionnistes ont atteint le sommet du Mont-Blanc. Ces 64 touristes se décomposent ainsi : 19 Français, 17 Anglais, 11 Suisses, 6 Américains, 6 Allemands, o italiens, 2 Autrichiens. Ajoutons que dans l’ensemble de cette nomenclature figurent trois dames : Mme Chafy-Chafy, d’origine anglaise ; Mlle Marguerite Schies de nationalité suisse, et Mlle Dolly-Duret de Langes, notre compatriote, membre du Club alpin fiançais.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 novembre 1881. — Présidence de M. Wdrtz.
- Exploration zoologique des abîmes de la mer. — L’aviso de l’État le Travailleur, qui l’an dernier avait si fructueusement exploré, au point de vue zoologique, les profondeurs du golfe de Gascogne, a repris la mer cette année. La commission de savants qu’il avait à son bord comptait dans ses rangs MM. Alphonse Milne Edwards, Perrier, Vaillant, Fischer, le Dr Cabanne, etc. 11 était commandé comme l’an dernier par M. le lieutenant de vaisseau Richard, dont l’expérience a été de la plus haute utilité pour le succès de l’entreprise. On se rappelle peut-être que le Travailleur est un vapeur à roues de 150 che-
- vaux disposant en outre d’une machine de 16 chevaux spécialement affectée aux dragages.
- Sorti du port de Rochefort le 9 juin, il n’y est rentré que le 19 août, après un trajet de plus de 2000 lieues marines effectué partie dans l’Atlantique et partie dans la Méditerranée. Les récoltes qu’il a rapportées sont inestimables et leur description occupera longtemps encore toute une légion d’observateurs.
- Cependant dès aujourd’hui, le chef de la mission, M. le professeur Alph. Milne Edwards, donne communication d’une partie des résultats obtenus. Ils concernent le trajet méditerranéen ; la contribution atlantique sera fournie dans une prochaine séance.
- Tout d’abord, il faut rappeler que les premiers sondages profonds effectués dans la Méditerranée ont pour auteur le naturaliste Forbes, qui opérait en 1848 dans la mer Égée. Ce zoologiste constata qu’à mesure que la profondeur augmente, l’importance de la faune diminue, si bien qu’a 300 mètres on ne trouve plus aucune forme animale ; et il avait posé en principe que les profondeurs marines sont des solitudes absolues. Malgré l’appui de son expérience, Forbes ne tarda pas à voir qu’il en avait trop généralisé la conséquence. En 1867, un bout du câble télégraphique qui joint Bone à Cagliari ayant été relevé de 2000 mètres de profondeur, M. Alph. Milne Edwards recueillit à sa surface toute une colonie d’animaux qui s’y étaient fixés. Cette découverte fut une grande révélation et on doit la regarder comme le point de départ et l’origine de toutes les expéditions bathimétriques, telles que celles du Porcupine, du Challenger, etc.
- C’est en 1870 que le Porcupine explora la Méditerranée et ses récoltes y furent si pauvres, que Carpenter insiste sur la stérilité de son fonds. Pourtant en 1875 quelques sondages faits au large de Marseille, à 550 mètres de profondeur, avaient fourni à M. Marion des espèces nouvelles, nombreuses et variées.
- Les choses en étaient là quand l’équipage du Travailleur en reprit la question, et à la place de ce désert, dont les explorateurs anglais faisaient la description avec tant de complaisance, il rencontra des légions innombrables d’êtres de tous genres. A plus d’un kilomètre au-dessous de la surface et grâce à son outillage très perfectionné, il a recueilli des poissons ; mais les animaux les plus abondants sont des mollusques, des spongiaires, des cri-noides, des crustacés, des foraminifères, des infusoires Parmi ces habitants actuels des profondeurs on retrouve des formes considérées jusqu’ici comme fossiles, les unes dans le pliocène de Sicile, les autres dans le terrain crétacé.
- Les grandes fosses méditerranéennes sont d’ailleurs pleines d’une vase qui parait impropre au développement de la vie animale et où manquent les roches et autres supports des animaux fixés; mais les câbles transatlantiques, par la faune qui s’y attache, montrent que ce n’est pas la profondeur qui s’oppose à la prospérité des formes vivantes. Une autre condition qui agit peut-être dans le même sens que la vase, c’est l’uniformité de température des bas fonds de la mer intérieure. De 250 a 2600 mètres le thermomètre donne partout + 15°; l’absence de marée et l’impossibilité de pénétrer dans le bassin, opposée aux courants atlantiques, empêche un brassage de la masse liquide. Enfin le courant de fond qui sort constamment par le détroit de Gibraltar repousse la plupart des animaux qui voudraient arriver de l’ouest. %
- Toutefois, c’est par cette voie étroite que la Méditerranée s’est peuplée et M. A. Milne Edwards pose en fait
- 1 M. Guiton, à Vevey, M. E. V., à Anvers, ont eu l’obligeance de nous adresser aussi des documents sur la vaseline. Nous ne les publions pas, parce qu’ils feraient double emploi. M. Wi-deman, chimiste, nous indique d’autre part que l’on trouve tout ce qui a trait à la vaseline page 309 du Répertoire de chimie, année 1881 (117, rue Vieille-du-Temple).
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- qu’il n’y existe aucune forme zoologique spéciale, mais seulement de faibles modifications des types portugais, espagnols et gascons.
- Comme le fait remarquer M. Blanchard, cette conséquence vient confirmer pleinement l’opinion que la Méditerranée est une mer d’origine extrêmement récente.
- Vhomme fossile au Brésil. — Dans une communication qu’il a déjà faite au Congrès anthropologique de Moscou et qu’il renouvelle aujourd’hui, M. de Quatrefagcs s’attache à rendre à la mémoire du Dr Lund l'honneur bien mérité d’avoir le premier découvert l’homme fossile dans les cavernes du Brésil. C’est auprès de l’Agua Santa, dans la province de Minas Geraës, que celte importante trouvaille a été faite d’une brèche osseuse renfermant des débris humains associés intimement à des restes d’animaux d’espèces éteintes. Le savant professeur du Muséum donne à cet égard des détails très intéressants.
- Réclamation de priorité.
- — Comme le fait très justement remarquer M. Blanchard, notre collaborateur, collègue et ami, M. Künckei d’Herculais a dès 1875 décrit les laits si curieux de métamorphoses postein -bryonnaires des diptères, signalés à nouveau l’autre jour par M. Yiallanes.
- Carte géographique. —
- Le secrétaire de la Société de Géographie de l’Est, dont le siège est à Aancy,
- M. J. Barbier, nous adresse en même temps qu’à l’Académie une nouvelle carte de l’Algérie, de la Tunisie et du Sahara central, à l’échelle de 1/5 000 000, soit 1 centimètre pour 50 kilomètres. Cette carte, remarquable par sa clarté, offre cet intérêt de comprendre le tracé exact des deux explorations dirigées par l'infortuné colonel Flatters.
- Varia. — Un Anglais, M. William Ilaxon, relate des faits qui confirment l’opinion de M. Uément au sujet de Vaccent des sourds-muets de naissance qu’on parvient à faire parler. — Des observations de la nouvelle comète faites a l’Observatoire de Paris sont adressées par M. Bi-gourdan. — M. Faye dépose le nouveau volume de la Connaissance des temps. Ce qui le caractérise c’est l’emploi exclusif de tables françaises pour le calcul des éphé-inérides des planètes. — Sous le nom de dosomèlre électrique, M. du Moncel présente de la part de M. Pulver-maclier un appareil propre à mesurer à l’aide d’un voltamètre la quantité d’électricité qui passe par le corps d’un malade. — M. l’amiral Paris continue l’intéressante série de ses dessins de navires de tous les pays et de tous*les temps.
- Stanislas Meunier.
- APPAREILS DE LABORATOIRE
- ÉTUVE A TEMPÉRATURE CONSTANTE
- L’étuve à air de Wiesnegg, que nous allons décrire, est installée au Laboratoire de chimie municipal ; elle a reçu quelques modifications ; les plaques de fonte émaillées, qui s’altéraient assez rapidement, ont été remplacées par des plaques de faïence, et à la porte métallique a été substituée une porte vitrée qui permet de surveiller les évaporations. Une de ces étuves est réglée à -f- 95° ; elle sert au dosage de l’extrait sec des laits.
- Le régulateur est formé d’un tube de verre cylindrique rempli de mercure et plongeant dans l’étuve;
- la partie supérieure de ce tube est renflée et porte deux ouvertures, l’une pour l’arrivée du gaz et l’autre pour sa sortie. Le tuyau d’arrivée est terminé en bec de flûte; il vient affleurer la surface du mercure et ne s’arrête point à la partie supérieure de l’appareil comme le représente la figure. L’orifice de dé-I part du gaz est latéral, i Ce régulateur fonctionne de la manière suivante : L'étuve étant chauffée, il arrive que le mercure se dilate au fur et à mesure que la température s’élève.Cette dernière ayant atteint un certain point, le mercure continuant à se dilater, vient boucher partiellement l’orifice du gaz. 11 en résulte que la température s’abaisse, et après quelques alternatives de haut et de bas, devient constante b
- L’appareil ainsi construit présenterait l’inconvénient de déterminer assez souvent l’extinction complète de la rampe de gaz qui chauffe l’étuve. Pour y remédier, on se sert d’un tube en II, à robinet, disposé comme le montre la figure, on règle l’ouverture du robinet de façon à ce que l’arrivée du gaz par le régulateur étant fermée, le gaz brûle en veilleuse.
- 1 Pour rendre plus clair le mode de fonctionnement du régulateur, nous l'avons supposé rempli de mercure. En réalité, sa partie inférieure est formée d’un réservoir à air traversé par un tube plein de mercure. L’air en se dilatant fait monter lc-mercure, qui vient buucher le tuyau d’arrivée du gaz.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tjssandier.
- Étuve à température constante.
- Imprimerie A. Lahure 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 445. — 10 DÉCEMBRE 1881.
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- LA LUMIÈRE OXHYDRIQUE
- PROCÉDÉ DE M. DE KHOTINSKY
- La lumière oxhydrique a été obtenue pour la première fois par un officier de la marine anglaise, Drummond, qui la produisait par réchauffement jusqu’à l’incandescence d’un morceau de chaux vive, dans la flamme de l’hydrogène alimentée par un jet d’oxygène. La lumière de Drummond est très vive et possède toutes les propriétés physiques de la lumière solaire; si elle n’a pas reçu jusqu’ici des applications industrielles et domestiques, cela tient au prix élevé du gaz oxygène et à la destruction rapide de la matière réfractaire portée à l’incandescence dans la flamme.
- On se rappelle que Tessié du Mot-tay imagina des procédés qui devaient, d’après lui, assurer les usages pratiques de la lumière oxhydrique ; il avait réussi à créer un mode de fabrication 'économique de l’oxygène qui lui permettait d’obtenir ce gaz à un prix de revient assez modéré, mais il ne parvint pas à résoudre le problème de la conservation du corps réfractaire chauffé dans la flamme.
- Tessié du Mot-lay, après avoir fait des expériences publiques, dans le voisinage du passage Jouffroy, à Paris, renonça à l’emploi de la matière incandescente de la lumière de Drummond, et se contenta de blanchir la flamme du gaz de l’éclairage et de lui donner de l’éclat, en y insufflant une assez grande quantité d’oxvgène. Pour ce nouveau système d’éclairage, Tessié du Mottay employait un bec spécial, formé de deux tubes concentriques, dont l’un servait de conduit au gaz hydrogène carboné, et l’autre à l’oxygène. Des expériences furent exécutées place de l’Hôtel-de-Ville, en 1868; mais on reconnut bientôt que la lumière produite n’était pas économique, et les tentatives furent bientôt abandonnées.
- L’intéressant problème de l’éclairage oxhydrique a été repris depuis plusieurs années par un officier distingué de la flotte russe, M. de Khotinskv. Nous 10' année.— 1er semestre.
- avons assisté récemment aux expériences qui ont été faites à Paris, et nous allons en décrire les dispositions.
- M. de Khotinsky a réussi à rendre durable pendant un assez long usage la substance réfractaire de la lumière Drummond, et cela à l’aide d’un brûleur particulier que nous représentons ci-contre (fig. 1 et 2). Le crayon de terre réfractaire, quelle que soit la substance employée, chaux ou magnésie, a une très faible épaisseur; il est maintenu’à sa partie' supérieure par deux pièces métalliques x,m, serrées à l’aide de vis, et placé verticalement dans la flamme. La matière réfractaire entièrement immergée s’échauffe successivement de bas en haut
- sans qu’il y ait jamais une brusque différence de température entre ses différentes parties.
- L’ensemble du brûleur est posé sur un manchon a, et le bec proprement dit se trouve fixé à la partie su-. périeure de deux tubes dont l’un amène du gaz combustible . gaz de l’éclairage par exemple, et l’autre du gaz oxygène. Les deux gaz qui arrivent à la partie inférieure de l’appareil en cd ne se mélangent qu’à la partie supérieure i du bec ou brûleur. Le robinet o p sert à régler le débit. La figure donne le dispositif des différentes pièces du brûleur; les tubes adducteurs sont enveloppés d’un manchon k fixé lui-même à une tige recourbée l à l’extrémité de laquelle est la mortaise m destinée à retenir le crayon de terre réfractaire n. Le support s s sert à soutenir un globe dépoli qui disperse les rayons lumineux et que nous ne représentons pas sur notre figure.
- Le mélange de gaz d’éclairage et d’oxygène allumé à la partie supérieure du bec, donne une flamme peu lumineuse, mais dont la température très élevée porte à l’incandescence à blanc la masse réfractaire, et produit alors une belle lumière brillante et constante. Le même crayon peut servir quinze jours environ en fonctionnant tous les jours.
- Le brûleur que nous venons de décrire dépense environ O"1, cub,,014 d’oxygène par heure, et autant
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- Fig. 1. Vue d’ensemble du brûleur oxhydrique.
- Fig. 2. Coupe explicative du même brûleur.
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- de gaz de l’e'clairage en donnant une lumière égale à 1,5 bec Carcel environ.
- M. de Khostinsky se propose de préparer l’oxygène par le permanganate de potasse (procédé Tessié du Mottay) ou par une méthode pratique qu’il étudie actuellement, et de le porter à domicile par des voitures de gaz comprimé. Chaque abonné aurait un réservoir affecté spécialement à cet usage.
- Nous ne saurions rien dire au point de vue économique du système; nous ne l’avons pas étudié sous ce rapport, mais nous avons vu fonctionner l’appareil, qui donne, au point de vue de la lumière émise et de sa fixité, des résultats très satisfaisants.
- Gaston Tissandier.
- LES PLANÈTES ET LES TACHES SOLAIRES
- M. Adolphe Duponchel, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a présenté récemment à l’Académie des Sciences (séance du 21 novembre 1881) une note relative à une étude qu’il poursuit depuis de longues années, sur la concordance de la courbe des taches solaires avec les actions résultant de Vexcentricité des grosses planètes. Cette note a été l’objet d’objections de M. Paye; nous regrettons de ne pouvoir l’insérer in extenso, le sujet est digne d’intérêt, et sans prendre parti dans la discussion, nous publions l’intéressante lettre que M. Duponchel a bien voulu nous écrire à ce sujet :
- Il me serait difficile d’exposer à vos lecteurs, sans le secours de quelques signes algébriques, eu quoi consiste ma formule rattachant les fluctuations de la courbe des taches à l’action combinée des variations de la force vive des quatre grosses planètes résultant de l’excentricité de leur mouvement. Le tableau des inaxima observés et calculés, joint à la note que je vous ai remise, aurait le mérite de parler aux yeux si vous pouviez l’insérer textuellement. Si la chose ne vous est pas possible, le mieux sera peut-être de formuler mes conclusions pour l’avenir sous forme d’une prévision astronomique que l’observation directe devra confirmer ou infirmer à très bref délai.
- « Par suite du changement de signe de l’action des planètes Uranus et Neptune, qui ont passé ou passeront au périhélie en 1881 et 1882, l’atmosphère solaire va présenter un état d’effervescence analogue à celui qui s’est produit au siècle dernier, de 1715 à 1725, caractérisé par des taches de plus en plus nombreuses, dont le maximum, au lieu de se produire en 1882, comme tout le monde est aujourd’hui d’accord à le prévoir, n’aura lieu qu’en 1890, avec un écart de moins de deux ans, en plus ou en moins; en 1888 peut-être, mais plus probablement en 1892. »
- Si ma prévision se confirme comme j’ai tout lieu de le penser, il serait bon de vérifier l’influence météorologique qui pourra en résulter, notamment, je crois, une température moyennement supérieure en un même lieu pour les douze années qui suivront l’année 1881 par rapport aux douze années qui l’ont précédée.
- Duponchel.
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- RAPIDITÉ DES TRANSMISSIONS
- TÉLÉGRAPHIQUES
- L’Exposition de Melbourne qui a eu lieu vers la fin de l’année 1880, a fourni l’occasion d’un exemple de transmission remarquablement rapide des dépêches télégraphiques d’Australie en Angleterre.
- Cette exposition a été ouverte le 1er octobre à midi. Un télégramme adressé à la reine d’Angleterre par lord Nor-manby, commissaire général, a été expédié du Palais de l’Exposition à midi cinquante minutes, passant par les câbles de l’Eastern Extension et de l’Eastern Telegraph Company, par la voie de Marseille. Ce télégramme est arrivé à Londres à trois heures quarante-huit minutes du matin. La différence des heures étant de neuf heures quarante minutes, entre Londres et Melbourne, il était trois heures c.u matin a Londres au moment où la dépêche a quitté Melbourne. Elle n’est restée par conséquent que trente-huit minutes en transit, pour un parcours de plus de 16 000 kilomètres. Le télégramme était à Singapore (Indo-Chine anglaise, extrémité sud de la presqu’île de Malacca), quatorze minutes après son départ, et n’a occupé que deux minutes pour la transmission de Marseille à Londres, bien qu’il fût composé de soixante-six mots. C’est certainement là un résultat fort remarquable au point de vue de la rapidité dans la transmission des communications télégraphiques par câbles sous-marins.
- Un autre exemple de transmission télégraphique extraordinairement rapide est mentionné par un journal d’Australie, le Sydney Mail du 20 novembre 1880.
- 11 s’agit d’une dépêche envoyée de Londrej^â Sydney, à l’occasion du match Hanlan Crickett. L’étendue totale des lignes, savoir 12000 milles, a été parcourue en une heure vingt minutes. La plus grande partie de ce temps a été employée à transmettre le message à travers l’Inde. De Singapore à Sydney (5(>70 milles;, la dépêche n’a mis que trente-cinq secondes. Elle a été répétée quatorze fois de station à station, entre Londres et Sidney.
- Un autre vrai tour de force de transmission télégraphique est mentionné par les journaux anglais.
- Une distance de 150 lieues sépare les colonies de Pe-nang et de Singapore ; ces deux points sont reliés par un câble sous-marin qui s’était rompu au commencement de cette année. Une personne télégraphia alors de Penang à Singapore, en passant par l’Europe et la Sibérie.
- Voici l’itinéraire et les distances parcourues par sa dépêche : Penang à Madras, 550 lieues de 25 au degré ; Madras à Bombay, 240; Bombay à Aden, 720; Aden à Alexandrie, 620; Alexandrie à Malte, 250; Malte à Marseille, 270; Marseille à Calais, 200; Calais à Fano, 150; Fano à Riga, 200; Riga à Wladiwostock, 1050; Wladi-wostock à Mangarathie, 700; Mangarathie à Hong-Kong, 450; Hong-Kong à Saigon, 400; et enfin de Saigon à Singapore, 500 : soit un total de 6100 lieues de 25 au degré, ou de 27111 kilomètres (la lieue de 25 au degré vaut 4444 mètres, la longueur du degré terrestre moyen étant 111111 mètres).
- Mais le plus fort est que la réponse, qui avait été payée d’avance par l’expéditeur, à Penang, est repassée le même jour par Paris, venant de Singapore. La demande et la réponse avaient ainsi fait deux fois le tour par la Sibérie en moins de trente-six heures. Le mot avait coûté 13 fr. 75.
- E. Vignes.
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- LE GRAND TUNNEL DE L’ARLBERG
- (ALPES tyroliennes)
- La lutte ouverte, au cours de la dernière session parlementaire, entre les partisans d’un nouveau passage transalpin au Simplon ou au Mont-Blanc, — le projet d’accomplissement définitif, depuis si longtemps sur le tapis, de la traversée sous-marine du Pas-de-Calais, donnent un nouvel intérêt d’actualité au grand travail qui s'exécute en ce moment, sous la haute direction du gouvernement autrichien, dans les Alpes tyroliennes, sur la ligne d'Innspiück à Bludenz, pour le creusement du souterrain de l’Arl-berg. Mo ins important, au point de vue de la durée matérielle des travaux, que le tunnel du Gothard —puisque sa longueur ne sur-passe-guère 10 kilomètres (10 270 mètres), tandis que celle du Gothard atteignait 15 ki loinètres (14920 mètres),
- — le souterrain de l’Arlberg n’en offre cependant pas moins matière à une étude nouvelle, la méthode de creusement adoptée, de même que les installations mécaniques servant à la perforation des trous de mine, différant essentiellement de celles que nous avons vues en activité aux deux tètes de la galerie, aujourd’hui achevée, qui traverse le territoire suisse entre Gœschenen et Airolo.
- Si nos lecteurs veulent bien se reporter tout d’abord à notre étude antérieure sur les installations du Gothard l, nous serons dispensés de décrire de nouveau le mécanisme élémentaire du compresseur' d'air et celui de la perforatrice dite « à percussion », c’est-à-dire creusant la roche à coups répétés, que nous allons retrouver à la tête Est du souterrain de l’Arlberg. Production d’air comprimé, canalisation de cet air jusqu’au front d’attaque du rocher souterrain, fonctionnement du fleuret percuteur, charge des trous de mine à la dynamite, explosion de ces trous de mine, relèvement et transport des déblais à l’exté-
- 1 Nous prions le lecteur de se reporter à l’étude que nous avons publiée dans la Nature sur le Grand tunnel du Gothard, (voir 1876, 2* semestre, pages 58, 75, 87, 142, 145.
- rieur par les wagons de service : nous ne reviendrons pas sur ces diverses phases de l’exécution d’un grand tunnel. Notre but est plutôt de faire ressortir les progrès qui ont pu s’accomplir dans l’exécution d’un travail tel que celui qui fait le sujet de cet article, grâce bien entendu à la longue, laborieuse et coûteuse expérience de ses aînés.
- En dehors de toute installation mécanique, le système adopté au tunnel de l’Arlberg pour le creusement de la galerie eutière est complètement différent de celui du Gothard. Tandis que l’entrepreneur suisse, M. Louis Favre, mort, comme l’on sait, à la peine — nous pourrions dire à l’honneur—dans son tunnel, avait tenu, malgré l’opposition constante qui lui était faite, à commencer la perforation de la section entière du souterrain par une petite galerie de direction , de 6 mètres carrés environ de surface, située à la partie supérieure du profil, l’entrepreneur de l’Arlberg a suivi le procédé contraire : il a commencé par le creusement d’une petite galerie à la base du profil. L’établissement de la galerie de direction au niveau de la plate-forme aurait, comme nous le développerons plus tard, une salutaire influence sur la ventilation du tunnel, ainsi que sur le départ de l’air vicié par les explosions.
- L’innovation la plus importante qui se soit produite dans l’installation du travail de l’Arlberg est certainement l’adoption, à l’une de ses embouchures, d’un système de perforation dont nous n’avons point encore parlé, parce qu’il n’était véritablement pas entré dans le domaine pratique, bien qu’il eût fait déjà des preuves suffisantes, soit au percement du tunnel de Sonnstein1, soit dans diverses mines deSaxe ou de Westphalie, soit en dernier lieu, au souterrain hélicoïdal du Pfaffensprung, sur la rampe nord de la ligne du Gothard. Dans ce système, qui porte le nom de son inventeur, M. l'ingénieur Brandt, Y air comprimé qui commande le mouvement des machines à percussion auxquelles nous sommes
- 1 Le tunnel de Sonnstein, d’une longueur de 1450 mètres, fait partie du chemin de fer du Salzkaramergüt, tronçon du chemin Prince-Rodolphe.
- Fig. 1. La perforatrice à eau comprimée système Brandt.
- A. Conduite souterraine d’eau comprimée. — B. Conduite articulée. — C. Cylindre culasse du porte-outil. — D. Mouvement de rotation du porte-outil. — E. Sortie de l’eau des machines hydromolrices. — F. Conduite d’eau pour le soutien de la colonne. — G. Colonne et affût supportant les deux perforatrices. — II. Porte-outil.
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- habitués — qu’elles soient du système Ferroux, du système Mac-Kean, ou de tout autre modèle similaire — est remplacé par Venu comprimée. La perforatrice Brandt, sous l’action d'une forte pression hydraulique, entame le rocher par rotation, tandis que la machine Ferroux creuse le trou de mine par percussion. Avec la machine Brandi, plus de compresseurs d’air au rondement sonore, mais des accumulateurs de pression, emmagasinant silencieusement la force pour la distribuer aux machines souterraines. Si la machine Brandt triom-ple, l'installation de ces grands chantiers où, pour ma part, j’ai vécu de si longues années, y perdra certainement en pittoresque; l’effort lent et muet de la machine allemande aura remplacé l’activité rapide et bruyante du compresseur et
- de la perforatrice, de conception toute latine.
- Entrons donc dans le souterrain, comme nous l’avons déjà fait pour le Gothard, suivons pas à pas la conduite qui mène aux perforatrices. Nous sommes dans la galerie Ouest; celle de l’Est est creusée avec le système construit au Gothard par Ferroux. Nous arrivons au front d’attaque, où travaille la machine dont nous allons suivre l’agencement sur la figure annexée. Pour la compréhension du mécanisme principal, nous avons débarrassé l’affût et ses abords de tout ce qui pouvait contrarier la vue d’ensemble de l’appareil.
- L’outil perforateur, que nous voyons engagé dans le trou de mine (lig. 1 et 2), a la forme d’une tarière annulaire de 80 millimètres de diamètre, énergiquement pressée contre le rocher, et en même temps ani-
- Fig. 2. La machine à eau comprimée Eraudt dans la galerie Ouest du grand tunnel de l’Arlherg.
- mée d’un mouvement de rotation. Le premier de ces deux effets, la compression de l’outil contre la roche, résulte de l’action de l’eau comprimée dans un cylindre qui constitue la culasse du porte-outil. Le mouvement de rotation est donné au lleuret par une roue dentée, calée sur le cylindre formant culasse, et actionnée par une vis sans lin transversale, mise en mouvement par deux petites machines hydromotrices placées de part et d’autre. Le nombre des révolutions de l’outil perforateur varie de 5 à 12 par minute, selon la dureté du rocher.
- Contrairement aux machines à percussion, qui sont portées sur des affûts roulants le long desquels elles peuvent se déplacer, la machine Brandt est supportée par une seule colonne formée de deux parties cylindriques, s’emboîtant l’une dans l’autre, comme les deux parties d’un étui, et à l’intérieur desquelles on fait arriver de Veau comprimée qui tend à ouvrir la
- colonne et à la presser de plus en plus contre les parois du rocher. Cette colonne horizontale, le long et autour de laquelle se meuvent les deux perforatrices du front d’attaque, est supportée elle-même par un petit affût roulant. La perforatrice se place complètement en avant de la colonne, à laquelle elle est reliée au moyen d’une articulation universelle, lui permettant de prendre toutes les directions exigées par la position et l’inclinaison du trou de mine.
- Le système Brandt est donc complètement (libèrent des perforatrices que nous avons vues à l’œuvre jusqu’à ce jour dans les souterrains ou les galeries de mine. Il n’est pas exclusivement employé à l’Arlberg; tandis qu’il travaille au fond de la galerie Ouest, nous retrouvons à la galerie Est le système à percussion Ferroux, dont nous donnons une vue d’ensemble très complète. Nos lecteurs reconnaîtront
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- vite sur la figure o les divers éléments du mouvement de percussion de chacune des six machines accrochées à l’affût, le long duquel elles peuvent se mouvoir en position et direction. A l’arrière de la machine, voici le tube qui conduit l’air comprimé dans la chambre de percussion, munie d'un tiroir analogue à ceux des machines à vapeur. À l’avant, sont placés les organes de rotation du fleuret. Entre ces deux mouvements principaux, se trouve le mécanisme d’avancement ou de recul automatique de l’outil contre la roche. Enfin, les six fleurets, prêts à entamer le rocher, dès que les mécaniciens ouvriront les robinets d’admission d'air comprimé. Pendant huit aimées, ce système a travaillé dans la galerie du Gothard, qu’il a perforée pas à pas, mètre par mètre, avec la ténacité et la régularité
- inconscientes de la machine, régularité si absolue que, le jour du percement de la cloison qui séparait encore les deux galeries Nord et Sud, le dernier coup de fleuret dirigé dans l’axe du côté nord traversa le centre d’un cercle tracé de l’autre côté, dans la même direction.
- Les deux systèmes, aujourd’hui rivaux, sont donc en présence. Lequel des deux ya l’emporter? La merveilleuse découverte de la puissance et de l’application de l’air comprimé à la marche des perforatrices va-t-elle, après ses deux immortelles campagnes du Mont-Cenis et du Gothard, être reléguée au rang des méthodes qui ne vivent plus que dans le souvenir de quelques hommes spéciaux ? Les résultats atteints jusqu’à ce jour à l’Arlberg ne permettent pas de prononcer encore un jugement définitif. Dans
- Fi". 5. Ln machine à ail’ comprimé Ferroux dans ia galerie Est du grand tunnel de l’Arlberg:.
- la galerie Est, où sont installées les machines à percussion Ferroux, l’avancement moyen quotidien, dans les schistes micacés quartzeux, passant parfois au gneiss extrêmement dur, a surpassé 4 mètres en mars. Du côté Ouest, la machine Brandt n’a pu donner tous les résultats qu’elle aurait pu atteindre, les alternatives de parties dures et de schistes désagrégés exigeant des boisages longs et nuisibles au fonctionnement régulier de la perforation. En février par exemple, du 1er au 15, la machine, travaillant dans des parties solides, a donné un progrès quotidien de o,n,56, tandis que dans la deuxième quinzaine, la roche ayant nécessité des boisages, l’avancement n'était plus que de lm,84. En mars, les machines n’ont pu travailler que seize jours.
- Nous ne nous arrêterons pas aux installations hydrauliques, barrages et conduites, qui fournissent
- : la force motrice aux installations mécaniques de | l’Arlberg. A part des détails de chiffres, notre étude ! sur le Gothard suffit amplement à nous faire une i idée juste, bien qu’approximative, de cette partie spéciale, qui est comme l’organisme vital des 1 grands souterrains. La ventilation seule, dont les conditions sont absolument nouvelles, et promettent, il faut l’avouer, detre bien plus favorables aux ‘ Alpes tyroliennes qu’aux Alpes suisses, attirera J seule notre attention. 11 faut certes mettre de côté bien des exagérations intéressées lancées dans le public au sujet de la ventilation défectueuse du I grand tunnel du Gothard, entre autres le dévclop-! peinent chez les mineurs d’un parasite d’une espèce j spéciale, le tunnehvurm ou ver du tunnel, dont j l’existence très problématique n’a jamais du reste été sérieusement confirmée. Quoi qu’il en soit, la ; ventilation du souterrain de l’Arlberg paraît devoir
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- LA NATURE
- s’effectuer plus complètement que celle du Gotliard, et ce n’est pas une remarque sans importance, lorsqu’il s’agit du séjour de plus d’un millier de travailleurs dans une atmosphère viciée par les gaz de la dynamite, par la respiration, par les émanations quelconques, à des températures qui peuvent surpasser 50 degrés.
- La ventilation des chantiers d’attaque, à l'entour duquel l’air est le plus vicié, n’était cependant pas négligée au Gotliard. Après l’explosion des mines, et lorsque le besoin s’en faisait sentir, la conduite qui distribuait l’air aux perforatrices était largement mise à contribution; il suffisait d’ouvrir pendant un certain temps les branchements disposés à cet effet. Mais parfois, l’air comprimé manquant lui-même par suite de la diminution de la force hydraulique, pendant l’hiver par exemple, la ventilation devait s’en tenir à la portion restreinte, au grand détriment de l’assainissement souterrain. En outre, la ventilation n’exigeant pas, pour être salutaire, une pression de plusieurs atmosphères, le travail de la compression se trouvait ainsi dépensé en pure perle. A l’Arlberg, on établira deux conduites souterraines, l’une, à forte pression, servant spécialement à la perforation ; la seconde, à pression faible, destinée uniquement à la ventilation. Cette dernière, d’un diamètre de 0m,40 pour la tête Est, et de 0m,50 pour la tête Ouest, sera poussée jusqu’à 150 ou 200 mètres du fond de la galerie, et distribuera l’air pur sur les différents chantiers de travail au moyen de tubes de plus petit diamètre.
- En même temps que cette seconde conduite de ventilation, l’air vicié sera aspiré, soit par une cheminée d’appel, soit par un ventilateur à force cen_ trifuge placé à l’extérieur, à proximité de l’embouchure du tunnel. La sortie de cet air vicié serait du reste activée par la disposition même du travail souterrain, les puits qui font communiquer entre elles la galerie inférieure de plate-lorme et la galerie supérieure constituant une sorte de cheminée d’appel vers la calotte du souterrain. L’entreprise compte utiliser également un effet curieux produit sur les gaz de l’explosion par la projection de l’eau comprimée sortant, en pluie fine, de petites ouvertures pratiquées sur la conduite. On a remarqué en effet que l’eau précipite ces gaz, en produisant en même temps un abaissement de température. Dans la galerie Ouest, on aurait à sa disposition l’eau pulvérisée de la conduite des machines Brandt, comprimée à 80 ou 100 atmosphères; dans la galerie Est, on établirait une conduite spéciale à la pression de 13 atmosphères. L’effet de cette dernière conduite serait certainement bien inférieur à celui des machines à eau comprimée; maison pense qu’en arrosant simplement les déblais aussitôt après l’explosion, on obtiendra déjà d’excellents résultats.
- Le grand travail de l’Arlberg présente donc, quelques mois après sa mise en activité, des côtés tout nouveaux, et qui peuvent signaler l’introduction d’un progrès réel dans les méthodes ingénieuses inaugu-
- rées au Gothard. L’emploi de la perforatrice à rotation Brandt, si elle parvenait à supplanter la machine à percussion dont l’agencement primordial remonte au percement du premier tunnel des Alpes, renverserait tout le système d’installation mécanique des grands souterrains usité jusqu’à ce jour. Quant au résultat pratique atteint, à l’avancement réel de la galerie en exécution, nous ne pensons pas pour notre compte qu’il s’en ressente outre mesure. En dehors de la perforation même des trous de mine, il faut considérer encore le temps matériel nécessité par leur chargement, par l’explosion des mines et par le relèvement des déblais ; le progrès apporté par la machine à eau comprimée n’exercerait, son in-tluence que sur le premier de ces quatre facteurs. Quoi qu’il en soit, nous suivrons avec intérêt la marche de la perforatrice Brandt à l’Arlberg, et nous lui souhaitons la longue et glorieuse carrière des machines qui, en creusant les massifs alpins au Mont-Eenis et au Gotliard, ont ouvert à l’industrie moderne un champ nouveau d’investigations et de victoires.
- Maxime Hélène.
- CHAUDIÈRE VERTICALE
- A FLAMME RENVERSÉE
- Les chaudières verticales sont celles qui exigent le moins d’emplacement et qui coûtent le meilleur marché pour les petites et moyennes forces. — Malheureusement elles consomment généralement beaucoup de charbon pour deux raisons. — D’abord les gaz du foyer, au lieu de se brasser et de se mélanger intimement avec l’oxv-gène de l’air qui arrive à travers la grille, tendent à s’é-
- Chaiulière verticale à llamine renversée.
- chapper directement à la cheminée par filets distincts, ce qui rend leur combustion très imparfaite. — Ensuite les produits de la combustion arrivent à la cheminée presque directement et tout d’une pièce en quelque sorte, sans avoir été en contact assez intime avec les surfaces de
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- chauffe et sans avoir pu céder à celles-ci la plus grande partie de leur calorique. Ils emportent donc au dehors en pure perte la majeure partie de la chaleur produite.
- Nous signalons un nouveau système de chaudière verticale dû à MM. Lenoir et Belbezet; ce système évite com-plè'ement, à notre avis, les inconvénients signalés plus haut.
- La simplicité en est telle, qu’à la seule inspection de la figure ci-contre et sans aucune explication, on en comprend le fonctionnement.
- La flamme se développe librement au-dessus de la grille sans que rien gène le mouvement des gaz, et vient frapper le dôme du foyer recouvert d’eau. Toute la surface de chauffe de la chambre de combustion est directe, et par conséquent très active. Arrivés au sommet du foyer, les produits de la combustion ne peuvent s’échapper à la cheminée qu’en redescendant par une chambre annulaire; et ce renversement de la flamme détermine le brassage énergique des gaz chauds et leur mélange intime. — Aucune partie n’échappe donc à la combustion, et après la combustion, le refroidissement est complet. La construction de cette chaudière ne comporte que des parties cylindriques non tubulaires, ce qui en rend la fabrication très économique, permet donc de la vendre à bon marché, rend les nettoyages et les réparations faciles, et évite toutes chances de déformations.
- , P. PoiLLON ,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- EXCURSION AU YIGNEMALE
- ET A LA VALLÉE DU NISCLE
- (PYRÉNÉES ESPAGNOLES)
- CINQ JOURS DANS LA MONTAGNE
- .l’étais le 21 juillet dernier à Gavarnie, désireux de faire une expédition de quelques jours dans les .montagnes espagnoles et de visiter la vallée du Nis-cle, située dans la province de lluesca, région du Mont-Perdu.
- Cette vallée est pour ainsi dire inconnue des touristes; M. Lequeutre, membre du Club Alpin français, installé comme moi «à l’hôtel des Voyageurs, avait fait cette excursion, il y a quelques années, avec le guide Henry Passet : eux seuls, à Gavarnie, purent nous donner quelques renseignements. L’excursion est longue, et l’obligation où l’on est de cou cher souvent dans les montagnes à la belle étoile, est sans doute la raison qui empêche les touristes d’aller voir cette admirable vallée, plus pittoresque, plus sauvage encore que celle d’Arraces, sa voisine.
- On parlait beaucoup à Gavarnie des travaux que le comte llenry Russell faisait faire au grand Vignemale. H s’agissait d’un abri situé à 5200 mètres au-dessus du niveau de la mer, et placé dans la région des neiges, à 100 mètres au-dessous de la cime la plus élevée. C’en était assez pour exciter ma curiosité, et malgré le grand détour que l’ascension du Vigne-male m’obligeait de faire pour aller ensuite à la val-
- lée du Niscle, je résolus de consacrer à mon voyage un jour de plus, s’il le fallait. Nous partîmes le 22 juillet, à quatre heures du matin, avec mes deux braves guides, Brioul et Haurrine, munis des provisions nécessaires.
- Les travaux que M. Russel a fait exécuter étaient à peine commencés lors de mon ascension. Les ouvriers ont ouvert à coups de mine une grotte dans la paroi à pic qu’on peut voir sur mon croquis. A cause des difficultés nombreuses qui se sont élevées cette année, il n’a été possible de creuser qu’une cavité sphérique de 2 mètres de diamètre. Quelques voyageurs ont pu cependant s’abriter dans cette sorte de caverne, heureux d’avoir un abri et du feu au milieu des neiges.
- Les ouvriers avaient des vivres en abondance et pour s’abriter, une tente; mais la question importante du combustible leur a coûté bien des efforts. Le bois ne se trouve que dans le fond de la gorge qui descend à Boucharo ; il fallait porter des bûches à dos d’hommes, et faire ainsi de pénibles ascensions de 1200 à 1500 mètres. A trois reprises différentes, des tempêtes de neige ont forcé ces malheureux à quitter leur gîte aérien.
- Le niveau du glacier a baissé de 6 mètres dans l’espace de trois mois sous l’orifice de la caverne, de sorte qu’on ne pouvait plus y pénétrer que par une pente douce faite des débris de la roche. Le plus grand obstacle encore a été dans l’absence d’une forge pour remettre à neuf les pinces à chaque instant émoussées ou brisées dans le travail.
- Dans une lettre que M. le comte Russell m’envoie pour me donner des détails sur ces curieux travaux, il me dit : « Chaque accident aux pinces nécessitait la descente d’un ouvrier à Gèdre! descente de 2200 mètres ! Voilà pourquoi, dans tout l’été, il n’v a eu qu’environ vingt-deux jours de travail effectif et utile, soit cent dix journées en tout, les ouvriers étant cinq. L’été prochain, il nous faudra une forge assez légère pour qu’on puisse la monter là-haut. » Tous les frais nécessités par les travaux sont supportés par M. Russell, qui s’impose ainsi d’assez lourds sacrifices. Cette grotte aura 12 mètres cubes; 5 mètres de longueur sur 2 de largeur et 2 mètres de hauteur; elle sera fermée par une porte de tôle. Au mois de juillet prochain, sans doute, les travaux seront achevés.
- Avec ces intéressants détails, le comte Russell me dit encore : « Sur ma chère grotte, lorsqu’elle sera finie, j’écrirai ces mots : Villa Russell, salve via-tor. — Je ne pourrai jamais y exercer une fastueuse hospitalité, mais il y aura toujours des glaces prêtes. J’y installerai aussi un petit poêle, mais la porte n’aura pas de serrure, et ma villa s’ouvrira pour tout le monde et à toute heure du jour et de la nuit. »
- C’est donc, d’après ces mots gracieux, dans l’idée d’être utile aux touristes, pour leur faire admirer plus longuement un des plus beaux points de vue des Pyrénées et faciliter aux géologues et aux botanistes
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- un séjour dans ces liantes régions, que le comte Russell aura fait cet abri. On ne saurait trop le remercier de sa généreuse pensée.
- Nous séjournons le plus longtemps possible au Vigncmale, mais il faut songer au peu d’beures de jour qui restent encore, et Brioul me donne le signal de la descente. Nous traversons toute la pittoresque vallée de Cerbillonas et la belle foret qui la termine. A neuf heures du soir nous étions à Bou-cbaro, après une étape de quinze heures dans la montagne.
- Nous pouvions espérer une nuit de repos ! mais je dois conseiller aux voyageurs de ne ja-
- mais reposer leur tète dans l'aflreux gîte de Bou-charo. C’est le palais de la malpropreté que le trou où nous sommes ; un escalier vermoulu conduit dans une salle remplie de douaniers et de soldats espagnols, puis une cuisine affreuse ; enfin la grande salle commune. Des toiles d’araignées toutes poussiéreuses forment de fantastiques guirlandes entre les noires solives du plafond ; sur les murs et les meubles, les arabesques pointillées des mouches; tels sont les ornements de ces trois pièces, éclairées par des lampes fumantes et les flammes claires et pétillantes de la cuisine. Quant au sommeil, il est inutile, je pense, d’insister ; ni mes
- Cime du Viguemale et, pic du dot de la Hount au pied duquel est eveusé l'abri de M. le comte Itussel.
- guides ni moi n’avons pu dormir; la nuit tout entière appartenait aux insectes.
- Le lendemain matin nous étions heureux de quitter ces lieux inhospitaliers. Nous nous engageons dans les gorges de Boucharo, puis dans la vallée d’Arraces, et cette vilaine aventure est vite oubliée lorsque assis au bord de l’Ordesa, au milieu des fleurs, nous prenions un frugal repas ayant devant les yeux la vue des imposantes murailles qui soutiennent le montCotatuero1. L’éloignement du Niscle nous oblige à passer la nuit dans la vallée d’Arraces ; nous dormons bien cette fois, sous des hêtres séculaires, couchés sur des lits de feuilles sèches, auprès d’un feu splendide préparé par Brioul.
- 1 Yoy. le n° 595 du 25 décembre 1880.
- Au lever du jour, il faut faire l’ascension de la brèche d’Arraces pour gagner le petit village de Fanio, situé dans des lieux desséchés et déserts. Là au moins nous Irouvons une hospitalité complète chez le signor Ballerin, qui veut bien recevoir les touristes avec la plus gracieuse obligeance. Sa maison est grande et propre, et tout ce qui peut être offert aux voyageurs est aussitôt proposé. Brioul en profite pour renouveler nos provisions épuisées. Fanlo n'offre rien de remarquable par lui-même; les ruelles mal tenues, les maisons bâties avec les pierres foncées de la montagne, offrent un aspect triste et monotone. Dans l’église, quelques étoffes brodées, une belle tapisserie et une croix ciselée d’un travail délicat ; voilà toutes les curiosités.
- Pour gagner le val du Niscle il faut deux heures
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- l u pnvsaoo. de la vallée du Nivelé (Pyrénées espagnoles). (D’après nature par 11. Albert Tissandier,)
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- et demie environ de Fanlo; on traverse Nerini et Cerquos, le dernier village habite'. Nous montons quelques instants dans un étroit sentier tout d’un coup interrompu par un précipice profond, au fond duquel le rio Yellos roule ses eaux bleues. De ce point, le paysage prend subitement un aspect superbe. La vallée est à nos pieds et, devant les yeux, à droite et à gauche, les immenses rochers de Ses-trales et de Crespena, tordus et déchiquetés de la façon la plus fantastique, vous saisissent d’étonnement.
- Les bûcherons espagnols ont pratiqué une sorte de chemin pour descendre jusqu’au torrent; ils ont profité des saillies des rochers, et taillé des marches. On arrive ainsi à un petit pont de bois jeté sur le rio Yellos. Nous sommes au fond d’un gouffre bordé de murailles calcaires fort élevées. Elles s’entassent les unes sur les autres et forment une suite de terrasses remplies d’arbres séculaires, jusqu’à des hauteurs de 600 à 700 mètres. La vallée, fort étroite en cet endroit, augmente l’effet pittoresque de ces paysages extraordinaires. Le rio Vellos se précipite en mille cascades superbes, creusant toujours la vallée.
- Le sentier se poursuit encore pendant un certain temps, mais à cause des accidents de terrain il s’interrompt souvent. Tantôt c’est un pont brisé qui nous oblige à faire un détour, quelquefois c’est un sapin antique, dont les branches desséchées servent d’échelle, et que les bûcherons ont placé dans quelque endroit pour faciliter l’ascension d’une roche trop élevée. 11 faut aussi faire une montée assez difficile dans les roches en s’aidant des branches des arbres, mais malgré ces obstacles divers on retrouve cependant le sentier tracé, et nous traversons une forêt superbe pleine d’ifs et d’arbres séculaires. Le terrain devient assez uni, il est littéralement caché sous les fraises sauvages et les fleurs; notre vue est bornée de chaque côté par les murailles, mais la val-lée est devenue plus large, et le paysage, quoique aussi grandiose, a changé d’aspect; c’est la grande forêt au lieu des précipices et des gouffres de tout à l’heure.
- Arrivés au milieu d’une vaste clairière, où la vallée se divise en trois branchésf nous Voyons que le chemin disparaît complètement. Il faut laisser sur sa gauche la partie du val qu’on nomme Font-Blanca et continuer sa marche entre le rio Vellos et la haute muraille de roche calcaire.
- Nous montons à travers bois parmi des vieux troncs pourris et des branches desséchées ; les pentes sont raides et glissantes à cause des mousses et des feuilles humides. On ne peut rien imaginer de plus intéressant que celte partie de la forêt, vierge encore de la cognée, dont les ifs gigantesques meurent de vieillesse et moisissent sur place au milieu de la plus luxuriante végétation. — Le décor change encore, on rentre dans les rochers ; la vallée se rétrécit tellement dans un endroit qu’elle serait fermée aux voyageurs si le rio Yellos était dans sa pé-
- riode des hautes eaux. Nous le franchissons sans peine en cette saison, et nous voilà à la fin de la vallée au pied du col du Niscle, où nous passons la nuit sous les buis, non loin du torrent. — Le lendemain soir, après avoir passé par des corniches à pic le long des soubassements du Mont-Perdu, sur le glacier, et être descendus par le col d’Estazou, nous étions rentrés à l’hôtel des Voyageurs, gardant le souvenir de ces superbes paysages espagnols, dont le cirque de Gavarnie est encore le plus beau frontispice.
- Albert Tissanbier.
- CORRESPONDANCE si r i/emploi bu block-system dans les tirs Toulouse. 21 novembre 1881.
- Monsieur,
- J’ai lu dans la Nature l’article concernant les appareils électro-sémaphoriques1 et je vous envoie quelques détails sur l’intéressante application qui a été faite de ces appareils en vue d’assurer la sécurité parfaite des observateurs chargés de relever les coups dans les stands de tir.
- Un stand, tel qu’il est organisé dans une cartoucherie, se compose d’un long boyau de 200 mètres. A l’une des extrémités les canons de fusil, au nombre de deux, sont engagés chacun dans un bloc de fonte reposant sur un massif de maçonnerie, les culasses et leur mécanisme faisant, bien entendu, saillie à la partie postérieure. A l’autre extrémité se trouve un petit local communiquant avec l’intérieur du stand au moyen d’une porte, à quelque distance de la plaque cible.
- Malgré les précautions les plus minutieuses et les consignes les plus sévères, deux graves accidents, dont l’un malheureusement mortel, se sont produits en deux localités différentes : un coup de fusil ayant été tiré pendant que les observateurs étaient occupés à relever les coups sur la cible.
- Pour rendre impossible le retour de semblables accidents, on a eu recours au block-system.
- Les appareils employés sont des boîtes sémaphoriques de chemin de fer très légèrement modifiées.
- L’appareil n° 1, placé entre les fusils, commande un levier à came portant deux boîtes en fonte qui peuvent venir, en se relevant, recouvrir les culasses mobiles des fusils de manière à empêcher complètement que l’on puisse s’en servir.
- Quand l’appareil est déclanché, les culasses sont libres; quand on veut manœuvrer l’appareil, on ne peut le faire qu’en relevant les boîtes qui viennent emprisonner les culasses, on peut alors tourner la manivelle de l’appareil, mais ce mouvement exécuté, les boîtes demeurent relevées et ne peuvent être dégagées que par le courant envoyé par l’appareil n° 2.
- Cet appareil est installé au poste des observateurs; il est relié à un vérrou qui vient fermer la porte du poste quand l’appareil est enclanché. De plus le courant passe par un contact qui ne s’établit que lorsque la porte en question est fermée.
- Ceci posé, supposons le tir en pleine activité. Les culasses sont libres, l’appareil n* 1 déclanché, l’appareil
- * Voy. n° 442 du 19 novembre 1881, p. 390.
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- n° 2 enclanché et par conséquent le verrou de la porte du poste des observateurs fermé. Les observateurs ne peuvent donc sortir de leur abri sans que les tireurs aient dégagé leur verrou en enclanchant leur appareil. Or, le tir fini, pour enclancher leur appareil, les tireurs sont obligés de condamner les culasses mobiles qu’ils ne peuvent plus dégager eux-mêmes. Lors donc qu’il sera permis arx observateurs d’entrer dans le stand, il sera impossible aux tireurs de faire usage de leurs armes. Réciproquement, le travail des observateurs fini, pour que le tir puisse recommencer, il faut qu’en enclanchant leur appareil ils déclanchent l’appareil n° 1. Or ils ne peuvent le faire sans que leur porte soit fermée, puisque le courant passe par un contact qui n’est établi que lorsque cette condition est remplie. Ils sont donc obligés de rentrer et de fermer la porte, puis en manœuvrant leur appareil, ils condamnent eux-mêmes cette porte, qui ne pourra plus s’ouvrir que lorsque, le tir fini, les tireurs l’ouvriront eux-mêmes en se condamnant à leur tour.
- La sécurité est donc absolue avec cet appareil, auquel on joint d’habitude un téléphone pour que les deux postes puissent s’entendre facilement s’il survenait quelque incident imprévu.
- Agréez, etc. F. P.
- ACTION DF, LA LCM 1ÈRE SIR 1/OXYGÈNE
- Monsieur,
- Péris, 24 novembre 1881.
- Je prends la liberté de vous écrire, afin de vous faire part du résultat d’une expérience que je viens de faire. Depuis peu de temps, deux ans à peine, j’ai entrepris l’étude de l’ozone, de ce corps singulier qui, depuis 1840, occupe tant l’attention des savants. Parmi les nombreuses questions à résoudre sur l’ozone, je me suis d’abord occupé de celle-ci : La lumière a-t-elle une action sur l’oxv-gène? Mes recherches m’ont permis de conclure que oui. Alors se présentent deux questions :
- 1° La lumière transforme-t-elle directement l’oxygène en ozone, ou bien,
- 2° Agit-elle sur les corps oxydables de façon à les rendre susceptibles de se combiner à l’ozone. Voici les expériences qui m’ont permis de conclure que la lumière transforme directement l’oxygène en ozone.
- L’appareil que j’ai employé est le suivant :
- Il se compose d’un appareil producteur d’oxygène très pur. Je me suis servi de chlorate de potasse.
- L’oxygène après être passé dans une éprouvette contenant de la chaux, et dans un tube plein de chlorure de calcium, était conduit dans un flacon à trois tubulures. Le flacon, petit d’ailleurs, contenait une dissolution d’io-dure de potassium et d’amidon.
- Puis je conduisis l’oxygène dans une cloche en verre mince placée sur une cuve pleine d’eau. Cette cloche communiquait par un tube à un verre contanant une seconde dissolution d’iodure de potassium et d’amidon. Tous ces appareils, sauf la cloche, étaient recouverts de papier noirci.
- Les choses étant dans cet état, j’opérais de la manière suivante :
- L’oxvgène pur arrivant dans la première dissolution en F, n’y produisait rien.
- Alors j’ouvris R et je fermai R'. L’oxygène passa dans la cloche, et lorsqu’il y en eut à la moitié environ, je fermai R, et de suite, j’enlevai l’appareil producteur d’oxygène, en débouchant la tubulure K du flacon F.
- Cela fait, je dirigeai les rayons lumineux, provenant d’un bloc de chaux porté à l’incandescence, sur la cloche, au moyen d’un réflecteur.
- Je laissai les choses dans cet état pendant 25 minutes.
- Puis, j’ouvris R et j’appuyai sur la cloche.
- Le gaz passant dans la dissolution d’iodure de potassium et d’amidon, la fit passer à la couleur bleue.
- C’était donc de l’ozone.
- La première hypothèse était donc démontrée.
- Je fis une seconde expérience qui me prouva que la seconde hypothèse était fausse.
- Au lieu d’oxygène, je pris du gaz carbonique pur, et après m’être assuré qu’il n’avait aucune action sur la dissolution d’iodure de potassium et d’amidon, je le fis passer dans la cloche, où pendant 25 minutes je le soumis àl 'action des rayons lumineux provenant du bloc de chaux incandescent.
- Je fis passer le gaz dans la seconde dissolution et je vis que la couleur du liquide ne changeait pas.
- Il est donc démontré, d’après ces expériences, que la lumière transforme l’oxygène en ozone.
- Appareil pour la production de l’ozone sous l’action de la lumière oxhydrique.
- (Tous les vases ci-dessus, sauf la cloche, qui reçoit les rayons lumineux, sont recouverts de papier noirci.)
- Quoi qu’il en soit, et malgré les grandes précautions que j’ai prises dans ma première expérience, j’ai cru bon de la répéter trois fois, afin de bien confirmer les résultats que je vous annonce.
- Agréez, etc. J. Dessans,
- —*>0
- Chimiste.
- LA TÉLÉGRAPHIE MODERNE
- APPAREILS A TRANSMISSION RAPIDE
- En présence du développement immense qu’a pris depuis une vingtaine d’années la correspondance télégraphique, les systèmes ordinaires de transmission, cadran, Morse, Hughes, se sont vite montrés insuffisants pour assurer le service. En présence des exigences toujours croissantes de l’exploitation, les inventeurs se sont mis à l’œuvre dans différentes directions pour augmenter le débit des lignes et ont produit plusieurs appareils remarquables dont nous nous proposons de présenter aujourd’hui l’ensemble, en ne nous attachant qu’aux principes généraux.
- L’idée la plus simple, lorsqu’il s’agit d’augmenter le débit sur une ligne donnée, est d’augmenter
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- LA NATURE.
- le nombre des fils et des appareils. C’est une solution excellente pour les lignes peu étendues, et certainement la plus économique. Pour les longues lignes il n’y faut pas songer, le capital engagé serait hors de proportion avec l’augmentation de trafic ainsi obtenue. On a donc cherché à augmenter la capacité de débit d’une ligne donnée par plusieurs artifices fort ingénieux, qui peuvent se grouper en trois classes :
- 1° Les transmetteurs ou manipulateurs automatiques ;
- 2° Les transmissions simultanées ;
- 5° Les transmissions multiples.
- Nous allons exposer rapidement les caractères essentiels de ces trois classes.
- ire classe. — Transmetteurs automatiques. — Un employé exercé, manipulant la clef de Morse, envoie en moyenne 25 dépêches de 20 mots par heure, chaque mot étant calculé sur une moyenne de 5 lettres. La ligne peut cependant débiter un nombre de signaux incomparablement plus grand que celui qui correspond à cette vitesse de transmission. Il y a du temps perdu. Supposons que l’employé puisse faire sa manipulation quatre fois plus vite, le récepteur fonctionnerait aussi régulièrement. Ce que l’employé ne peut pas faire, on le confie à un appareil, un transmetteur automatique. Dans cet appareil, imaginé par Wheatstone, et aujourd’hui encore très employé en Angleterre, l’employé perfore des bandes de papier qui servent ensuite à la transmission des dépêches sur la ligne avec une rapidité beaucoup plus grande, puisqu’un seul appareil débite jusqu’à 100 et même 150 dépêches de vingt mots à l’heure, ce qui représente le travail de cinq à six employés. Le transmetteur de Wheatstone ou Jacquard électrique a été d’ailleurs décrit dans la Nature, nous y renvoyons le lecteur h Les dépêches reçues s’impriment tantôt mécaniquement, sur un récepteur Morse convenablement modifié, tantôt chimiquement, comme dans le système Bain.
- 2eclasse.—Systèmes à transmissions simultanées. — Les appareils à transmission simultanée résolvent le problème d’une manière très différente. Ils permettent d’expédier en même temps plusieurs dépêches par un seul et même fil. Lorsque les dépêches sont envoyées en même temps en sens contraire des deux extrémités de la ligne sur le même fil, on a le système duplex. Nous en avons fait connaître le principe, découvert par Gintl, en 1855, dans la Nature.
- On peut encore envoyer deux dépêches à la fois par un même fil, dans le même sens. On a alors le système diplex. Nous décrirons quelque jour un appareil permettant de saisir le principe simple de ce mode de transmission.
- En combinant enfin le duplex et le diplex, on obtient le quadruplex, qui permet l’envoi simultané de quatre dépêches par un seul et même fil, deux dans un sens et deux en sens contraire. Le quadru-
- * Yoy. u0 HO du 10 juillet 1875, p. 84.
- plex d’Edison est le plus connu ; il fonctionne actuellement en Amérique.
- Dans ces conditions, on double ou on quadruple la puissance de débit de la ligne.
- Le système duplex en particulier peut s’appliquer soit au morse ordinaire, soit au télégraphe imprimant de M. Hughes, soit au transmetteur automatique de Wheatstone, et jusqu’aux longs câbles sous-marins. Un wheastone duplexé fournit alors facilement 200 dépêches de 20 mots par heure sur une ligne dont la longueur ne dépasse pas 400 à 500 kilomètres.
- C'est à la même classe qu’appartiennent les télégraphes harmoniques dont M. Elisha Gray, de Chicago, a longtemps poursuivi l’étude pour les amener à l’état pratique.
- Les appareils de M. Gray, tout d’abord étudiés pour envoyer deux, trois ou quatre dépêches dans le même sens, fonctionnent aujourd’hui aussi en duplex, c’est-à-dire qu’ils permettent les transmissions simultanées en sens inverse.
- En voici le principe : Concevons au poste expéditeur quatre employés munis chacun d’un diapason ; ces diapasons sont accordés sur quatre notes différentes.
- Ces diapasons peuvent être mis successivement ou simultanément en vibration, par un procédé quelconque, pendant des intervalles longs ou courts, par chacun des employés respectifs. Les vibrations de ces diapasons sont utilisées pour envoyer dans la ligne une série de courants électriques en nombre égal, pour chacun, aux vibrations du diapason correspondant.
- A 1 autre extrémité de la ligne, au poste récepteur, sont quatre électro-aimants reliés à cette ligne, et dont les armatures sont accordées pour vibrer chacune à Tunisson des diapasons correspondants du poste expéditeur.
- On comprend maintenant que chaque fois que l’employé A, par exemple, du poste expéditeur, fera vibrer son diapason, l’armature de lelectro-aimant correspondant du poste récepteur vibrera à l’unisson, tandis que les autres resteront immobiles.
- On peut utiliser ces vibrations soit pour recevoir au son, soit pour imprimer les dépêches. Chaque groupe est complètement indépendant de tous les autres, et les émissions simultanées de courants se superposent sans se confondre : les récepteurs opèrent une sorte de triage à l’arrivée. En pratique, les diapasons sont remplacés par des électro-aimants à lame vibrante et des manipulateurs, etc.
- Enfin, tout récemment, M. Mercadier a imaginé une sorte de télégraphe harmonique à transmissions simultanées, auquel il a donné le nom de téléra-diophone électrique multiple autoréversible, dans lequel il a mis habilement à profit à la fois les propriétés du téléphone, du radiophone au sélénium et du télégraphe harmonique de M. Elisha Gray. Nous en ferons connaître le principe après cette revue générale.
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- 5e classe. — Transmissions multiples. — Dans les appareils à transmission multiple, on met la ligne successivement en communication avec l’employé 1, puis 2, 5 et 4, par exemple, pendant un temps très court. L’intervalle de temps qui sépare deux mises à la ligne successives sert à préparer le signal suivant. Au poste d’arrivée, les récepteurs correspondants sont mis aussi en relation avec la ligne aux mêmes instants. Tous ces systèmes supposent donc, comme condition essentielle, un synchronisme parlait établi entre les deux postes pour maintenir la coïncidence des communications entre les appareils. Ce mode de transmission est aujourd’hui représenté en France par deux systèmes :
- 1° Le système Meyer, qui a déjà été décrit dans la Nature1 et sur lequel nous ne reviendrons pas. 11 imprime les dépêches en caractères Morse, points et traits.
- 2° Le système Baudot, le plus remarquable et le plus intéressant de tous, qui a d’ailleurs valu à son
- auteur un diplôme d’honneur à l’Exposition internationale d’Electricité et que nous décrirons prochainement en détail. Il permet d’envoyer six dépêches à la fois, par un seul et même fil, imprimées en caractères ordinaires, ce qui évite la transcription.
- Le débit de la ligne atteint 250 dépêches de 20 mots par heure en caractères imprimés. C’est le plus beau résultat qui ait jamais été obtenu jusqu’ici et que l’appareil de M. Baudot a seul permis d’atteindre.
- \oici maintenant les principes sur lesquels est fondé le télégraphe à transmissions simultanées récemment imaginé par M. Mercadier.
- TÉLKRADIOPHONE électrique multiple autoréversible
- Ce système comporte un nombre indéterminé de variantes ; nous prendrons pour le faire saisir, un exemple simple, celui d’un quadruplex permettant à chaque poste de transmettre et de recevoir en
- Poste A.
- Poste B.
- Téléradiophonc multiple aulorévoi'sible île M. E. Mercadier.
- 1\ Pile. — T. Téléphones récepteurs. — S. Éléments au sélénium ou transmetteurs radiophoniques. — I. Roues interruplriees. —
- 0. Obturateurs. — M. Manipulateurs des obturateurs.
- même temps deux dépêches. Le diagramme ci-dessus montre l’installation complète des. deux postes.
- Concevons une ligne télégraphique dont les extrémités sont reliées à la terre aux postes A et B. Intercalons dans le circuit de cette ligne :
- 1° Une pile P, placée à l’un ou l’autre poste;
- 2° Quatre téléphones Tt, T2, T3, T4, deux dans le poste A, deux dans le poste B;
- 5° Quatre éléments au sélénium S*, S2, S5, St, deux à chaque poste.
- On sait que le sélénium change de résistance lorsqu’on fait tomber à sa surface un rayon lumineux. On peut employer soit l’élément à sélénium de M. Bell, soit celui beaucoup plus simple de construction de M. Mercadier.
- Plaçons devant chaque pile au sélénium une roue interruptrice tournant à une vitesse constante et percée d’un certain nombre de trous, variable pour chaque roue, et faisons tomber sur les éléments à
- 1 Voy. n° 66 du 5 septembre 1874, p. ‘211.
- sélénium une lumière suffisante, disposée de telle façon que les rayons tombant sur le sélénium soient interrompus par les trous de chaque roue à intervalles réguliers. Enfin quatre obturateurs 0^ 02,03, 04, deux pour chaque poste, actionnés par quatre manipulateurs M1? M2, M., Mt, permettant d’envoyer ou de ne pas envoyer le rayon intermittent sur chacun des éléments au sélénium.
- Les disques tournent et les quatre manipulateurs sont au repos. La ligne est traversée par un courant continu, fourni par la pile P qui traverse les téléphones et les éléments au sélénium. Chaque fois qu’on agit sur l’un des manipulateurs, on démasque l’obturateur de l’élément au sélénium correspondant, cet élément soumis à l’action d’un rayon lumineux intermittent varie régulièrement, ondu-latoirement, de résistance, tant qu’il reçoit l’action du rayon intermittent.* L’intensité du courant sera ondulatoire elle-même et produira un son continu dans tous les téléphones, même pour des variations très faibles de la résistance électrique de l’élément au sélénium, à cause de l’exquise sensibilité du
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- récepteur. Si deux ou plusieurs manipulateurs sont abaissés, on entendra deux ou plusieurs sons musicaux simultanés dans les téléphones, la hauteur de chacun de ces sons dépendra de la vitesse de rotation de chaque disque interrupteur et du nombre de trous dont il est percé. Outre qu’il est très facile de distinguer, avec un peu d’habitude, les sons de différentes hauteurs, et de lire au son dans un téléphone quelconque, les sons longs et courts produits par un manipulateur donné, il est encore plus simple de munir chaque téléphone récepteur d’un résonnateur qui renforce seulement le son d’un disque interrupteur donné. On opère ainsi le triage d’une façon un peu analogue au système de M. Elislia Gray. Les variations ondulatoires de résistance de chaque appareil produisent des variations ondulatoires correspondantes dans l’intensité du courant, les ondes se superposent sans se confondre ni s’éteindre réciproquement.
- Dans une disposition plus simple, M. Mercadicr remplace les disques perforés par des diapasons entretenus électriquement eu vibration, l’extrémité d’une des branches porte une plaque percée d’un petit trou, les vibrations du diapason produisent les interruptions.
- Un bec de gaz suffit comme source lumineuse.
- En mettant dix récepteurs et dix transmetteurs à chaque poste — au lieu de deux, comme dans notre exemple — et en supposant que chaque appareil ne donne que 20 dépêches de 50 mots à l’heure, le rendement atteindrait 6000 mots par heure, 1 00 mots par minute, près de 2 mots par seconde, transmis dans n’importe quel sens.
- 11 n’est pas nécessaire d’ailleurs d’employer autant d’éléments au sélénium que d’opérateurs distincts. Le même élément peut servir par exemple à quatre opérateurs. Il suffit de faire tourner entre l’élément et le foyer lumineux un disque percé de quatre rangées de trous et de manipuler à distance, par une transmission mécanique convenablement combinée, les quatre obturateurs correspondants aux quatre rangées de notes. Les actions locales sur une partie de l'élément suffisent pour produire une transmission très nette.
- M. Mereadier invoque surtout pour cet appareil sa simplicité et son peu de sensibilité aux effets d’induction.
- En effet, dans le cas d’une induction, les bruissements produits dans le téléphone par les actions des fils voisins extérieurs sont si différents des sons musicaux très purs et très clairs qui se produisent dans les transmissions radiophoniques, qu’ils ne sauraient les troubler.
- La continuité et le peu d’amplitude des variations ondulatoires du courant rendent ce mode de transmission applicable sur des lignes souterraines et sur les câbles sous-marins.
- E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- L'avenir de la inécauiiiiie électrique. — La
- chambre syndicale des chauffeurs mécaniciens s’est réunie récemment en un banquet auquel ont assisté quelques notabilités du momie de la science et de la politique. M. Hervé Mangon, qui présidait la réunion, a prononcé une allocution qui a été très applaudie ; après avoir rappelé les progrès accomplis par la vapeur, il a montré l’avenir qui était réservé à l’électricité. « Depuis le commencement du siècle, a dit le savant député de la Manche, la vapeur a transformé la société, mais la science ne s’arrête pas et nous assistons au spectacle magnifique de la naissance de progrès plus grands encore que ceux du passé. L’électricité vient, en effet, de nous révéler, dans cette merveilleuse Exposition des Champs-Elysées, le moyen de transporter la force mécanique à toute distance, en tous lieux et de la diviser à volonté. Or les chutes d’eau de la France, si on les utilisait, donneraient près de 55 millions de chevaux de force, c'est-à-dire un cheval-vapeur par chaque habitant de notre pays. C’est ce prodigieux instrument de travail, ce capital inépuisable de force mécanique que l’avenir saura mettre à la disposition des ouvriers industriels, comme nos pères de 89 ont mis la terre à la disposition de l’ouvrier rural; car la force mécanique, les mécaniciens ne l’ignorent pas, est le capital de l’industrie, comme la terre est le capital de l’agriculture. •»
- Les oranges en Syrie. — Un rapport du consul d’Angleterre à Beyrouth, que publie le Times, contient d’intéressants détails sur la culture de l’orange en Syrie. C’est dans l’evalet de Saïda (Sidonl, où se trouvent les plaines d’Acre, d’Estrelog, de Sour, de Ilaouié, dont on vante avec raison la fertilité, que se cultivent les meilleures oranges de la Syrie A Jaffe et à Sidon, cette culture a pris depuis quelques années un grand développement et est devenue une industrie des plus productives. Jaffa possède actuellement 540 jardins, ayant chacun une moyenne de 2000 à 2500 orangers, donnant une récolte annuel'e d’environ 50 millions de fruits. Un jardin coûte de 40 à 50 000 francs et rapporte 4 à 5000 francs par an. A plusieurs milles autour de Jaffe s’étend une plaine fertile où l’eau se rencontre toujours à une profondeur de 40 à 50 pieds et où poussent la vigne, le mûrier, le pistachier, le palmier, le citronnier, l’oranger. Le système actuel d’irrigation consiste en petits puits d’où l’on puise l’eau au moyen de mules ; mais des essais récents ont prouvé que des travaux d’art de peu d’importance suffiraient pour détourner le cours de la rivière Andjah, qui coule à 4 milles de Jaffa et dont les eaux fertiliseraient la plaine. Les vergers de Sidon sont cultivés d’après les mêmes principes que ceux de Jaffa ; un acre de terre à Sidon est généralement estimé 6 ou 7000 francs et peut donner un revenu d’environ 600 francs. L’exportation commence en septembre et est d’abord presque exclusivement dirigée par bateaux sur la Uussie, puis sur l’Égypte, Trieste et Marseille.
- La circulation dan« Paris. — Le Times consacre, dans un de ses derniers numéros, une étude sur le chemin de fer métropolitain qui doit être établi à Vienne (Autriche). Cette entreprise nécessitera une dépense de 100 à 120 millions de francs; la voie sera en grande partie en viaducs élégants et solides, et en faible partie en souterrains. Les fonds sont fournis par un groupe
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- anglais, et les études sont dirigées par un état-major d’ingénieurs anglais et autrichiens. La concession est accordée par le gouvernement, et après les dernières formalités à remplir auprès de la municipalité de Vienne, les travaux seront activement menés. La traction adoptée par les ingénieurs, qui sont allés aux Éiats-Unis, à Berlin, à Rotterdam, à Londres, à Paris, pour apprécier divers systèmes, se fera par la locomotive sans foyer, imaginée et perfectionnée en France par l’ingénieur Francq. Le journal les Mondes accompagne ce fait des réflexions suivantes qui ne sont malheureusement que très justes. C’est ainsi que, pendant que nous passons notre temps en discussions, les étrangers tirent profit des découvertes qui se font chez nous. Depuis des années, on discute sous toutes les formes la question du désencombrement de Paris, soit par des chemins de fer souterrains, soit par des voies ferrées aériennes, soit par l’application de la traction mécanique aux tramways, mais les discussions n’amènent aucune solution. Nous inventons, nous étudions, nous discutons, les plans succèdent aux plans, les devis aux devis ; mais plans et devis s’entassent dans les bureaux de messieurs les employés des diverses administrations; nos voisins ont une méthode plus simple : ils agissent. Nos édiles devraient bien en faire autant et ne pas perdre de vue que la force d’un gouvernement et d’une municipalité, c’est le développement de la richesse par les moyens de transport.
- Métallisation des cerveaux pour les études physiologiques. — On a remarqué à l’Exposition d’E-lectrieité une remarquable collection de cerveaux métallisés, exposés par M. le Dr Oré, de Bordeaux. Ce savant spécialiste a fait connaître à l’Académie des Sciences le procédé qu’il emploie pour appliquer la galvanoplastie à la conservation des centres nerveux. Dans la crainte que les cerveaux entourés d’une couche métallique ne vinssent a s’altérer à la longue, l’auteur a imaginé de les remplacer par un moule les reproduisant très exactement. Il opère de la manière suivante : il fait fondre de la gutta-percha dans une boîte profonde et y plonge le cerveau en totalité ou en partie, préparé et durci par un moyen qu’il a déjà fait connaître. La pièce s’enfonce dans la gutta-percha, avec laquelle il l’enveloppe de toute part. Quand la gutta-percha s’est durcie au contact de l’air, il la débarrasse de la substance cérébrale qu’elle renferme, il obtient ainsi un moule qui représente la surface extérieure de l’organe. La surface de ce moule est plombaginée, puis il est mis au bain. Après trois ou quatre jours, on retire du moule une pièce creuse qui est la reproduction fidèle de celle qui a servi à la faire. L’auteur accompagne sa communication d’un hémisphère cérébral nickelé, préparé comme il vient d’être dit.
- On peut encore employer le procédé suivant indiqué dans l’ouvrage de Boitard (naturaliste préparateur) : 1° durcir le cerveau par une macération de 8 jours dans alcool à 90° et 5 ou 6 jours dans alcool absolu; 2° faire macérer l’organe durci dans une solution alcoolique de nitrate d'argent à 10 p. 100 pendant deux heures ; 5° l’exposer, dans une caisse fermée, aux vapeurs d’hydrogène sulfuré. L’argent se trouve réduit et la surface de l’objet se trouve ainsi parfaitement métallisée; 4° mettre au bain de cuivrage galvanoplastique.
- On peut ainsi métallisée des matières organiques diverses, des animaux pour collection, reptiles, lézards, etc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 décembre 1881. — Présidence de M. Wuurz.
- Faune des abîmes de la mer. — Comme il l’avait annoncé lundi dernier, M. Alph. Milne Edwards continue au ourd’hui l’exposé des résultats fournis à la science par l’expédition du Travailleur Après l’étude de la Méditerranée, un complément d’informations au sujet de l’Atlantique devenait tout à fait indispensable. L’exploration de la mer, au large des côtes du Portugal et de l’Espagne, a montré tout d’abord qu’au lieu d’être vaseux comme dans la Méditerranée, il est au contraire très rocheux, et même au point de détériorer fortement les dragues. Les roches rapportées à la surface sont très variées, et, suivant les points, elles consistent en calcaires de diverses variétés, parfois pétris de nummulites, comme certaines couches des environs de Biarritz ; — en diorites, en phyllades, en granits comparables à ceux qui entrent dans la constitution de la chaîne des Pyrénées.
- Les acquisitions zoologiques que M. Milne Edwards a successivement signalées sont innombrables. Il cite des annélides aveugles, des crustacés nouveaux et des éponges siliceuses. Un coup de drague a rapporté dix-neuf exemplaires d’un magnifique oursin, mou, aplati, très voisin du Formosoma histrix (Thomson) et qui jusqu’ici était prodigieusement rare. Des étoiles de mer, du genre Zoroastre, que les zoologistes avaient à peine entrevues, se trouvent de même être extrêmement communes. Au large de La Estaca se présente un fond presque entièrement constitué par des carapaces de foraminifères. C’est une vase grenue dont chaque centimètre cube renferme 116 000 de ces coquilles. La profondeur en cette région est de 5100 mètres et la drague dut être munie de 8000 mètres de corde. Le poids de l’engin était, comme on pense, extrêmement considérable et sa manœuvre exigeait les plus grandes précautions. On commença à le relever à cinq heures du soir et ce n’est qu’à trois heures du matin qu’il parvint sur le pont. La pression dans le fond est de plusieurs centaines d’atmosphères, et cependant la faune y est fort abondante. M. Alph. Milne Edwards cite un crustacé amphipode, trois crustacés oslracodes, de nombreux foraminifères et des radiolaires. On constata à cette occasion que les couches profondes sont plus froides que celles de la surface et d’ailleurs irrégulièrement variables à cause des courants. A 5100 mètres comme à 3000, le thermomètre marqua -f- 3°,5.
- Au sud de Lisbonne, les pêcheurs prennent à la profondeur de 1200 mètres une série de squales jusqu’ici très rares dans les collections et que le Muséum ne possédait pas. Une ligne de 1600 mètres, portant sur 200 mètres de sa longueur, 500 ou 400 hameçons, fut amorcée avec des sardines. Après une heure et demie d’immersion on la retira et le travail très pénible exigea de six à huit heures. On en détacha 21 requins de 10 à 12 kilogrammes, appartenant à trois espèces distinctes. Avec eux se trouvent des gades et par exemple le Morhua mediterra-nea, jusqu’ici si rare. Ces animaux, par suite de la décompression, étaient gonflés comme des Dallons et la vessie natatoire repoussait l’estomac hors de la bouche sous la forme d’une hernie; c’est dire qu’ils étaient morts.
- Un des points les plus saillants fournis par l’étude des richesses recueillies par le Travailleur, c’est que les espèces zoologiques profondes de l’Atlantique sur les côtes d’Espagne et de Portugal ne diffèrent pas sensiblement de celles qu’on recueille soit dans les mers du Nord, soit dans la mer des Antilles. Fit c’est vraiment un sujet bien
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- sérieux (le réflexions pour les géologues qui ont tenté de tirer de la distribution des fossiles, des notions de climatologie aux diverses époques.
- Analyse immédiate végétale. — L’illustre directeur du Muséum, M. Fremy, résume les recherches qui l’occupent depuis des années et dont le but est de déterminer avec précision, la nature, la proportion relative et les propriétés des principes qui concourent à constituer le squelette des végétaux. Ces principes sont la cellulose, la paracellulose, la métacellulose, la vasculose, la cutose. Chacun d’eux peut être isolé à l’état de pureté et l’auteur en montre de magnifiques échantillons.
- Ces recherches rendront certainement des services variés : à la taxonomie en montrant par exemple que tandis que les champignons et les lichens sont à hase de métacellulose, les fougères et les mousses ont une constitution toute différente ; — à l’agronomie en élucidant le mode de décomposition dans le sol de chacun des principes immédiats;— à l’industrie en jetant du jour sur le rouissage, sur le blanchiment, sur la fabrication du papier, de l’es-prit-de-bois, etc.
- Hygiène. — M. de Lesseps présente un Guide hygiénique et médical pour les voyageurs dans V Afrique intertropicale, rédigé au nom d’une Commission de la Société de médecine pratique de Paris, par MM. les docteurs Ad. Nicolas et Lacaze, etM. Signol, vétérinaire. Ce guide n’est autre chose que le rapport de la Commission.
- Biologie du phylloxéra. — Dans une note analysée par M. Dumas, M. Boiteau fait remarquer avec un regret qui ne sera pas partagé par les vignerons, que les phylloxéras ailés sont devenus singulièrement rares depuis deux ans. Le fait tient aux conditions climatologiques de 1880 et de 1881, qui ont été le premier très humide et le second très sec. La grande sécheresse ne permet pas à la vigne d’avoir en juillet les radicelles tendres dont se nourrissent les nymphes destinées à prendre des ailes ; l’humidité empêche l’insecte ailé qui sort de sa coque de se frayer un chemin jusqu’à la surface du sol et le fait périr noyé.
- Varia. — La préparation industrielle de l’acide formique par distillation de l’acide oxalique occupe M. Laurain. — Notre savant collaborateur, M. le professeur Dehérain, étudie en commun avec M. Maquenne, la combinaison mutuelle de l’oxygène et de l’hydrogène sous l’influence de l’effluve électrique. — D’après M. Tacchini le nombre des taches solaires a présenté un maximum très net en juillet dernier ; le maximum des facules s’est montré en septembre. — De jolis échantillons de galvanoplastie
- colorée sont soumis par M. Weill. 11 s’agit d’ornemenls en acier ou en cuivre recouvert d’une couche peu épaisse de sous-oxyde de cuivre dont la nuance varie du rouge au bleu. — Une lettre de M. NVilliamson annonce que la Société Royale de Londres vient de décerner la médaille de Copplev à M. Wurtz.
- Stanislas Meunier.
- LA PHYSIQUE SANS APPAREILS
- EXPÉRIENCE SUR LA FORCE CENTRIFUGE
- Prenez un abat-jour de la main gauche comme le représente la gravure ci-dessous; à l’aide de la main droite faites rouler adroitement une pièce de monnaie, une pièce de dix centimes, par exemple, contre la surface intérieure du cône; au même moment, imprimez un mouvement de rotation à l’abat-
- jour, la pièce de monnaie roulera sans tomber. Si vous diminuez la vitesse de rotation, elle descendra peu à peu, tout en roulant, vers le fond du cône ; si vous augmentez la vitesse, la pièce remontera au con-traire pour se rapprocher de la circonférence supérieure. Le mouvement de la pièce une fois lancée, se continue aussi longtemps qu’on accomplit le mouvement circulaire. Là pièce est maintenue par l’action de la force centrifuge, et tourne inclinée, à la façon de l’écuyer d’un cirque.
- L’expérience que nous indiquons est facile à réaliser ; elle ne nécessite que quelques tâtonnements de mains, surtout pour lancer la pièce au moment du départ ; mais elle n’exige pas de la part de l’opérateur une habileté exceptionnelle. Nous l’avons I exécutée facilement, et nous l’avons fait exécuter à ! plusieurs personnes peu familières avec les jeux d’adresse.
- A défaut d’un abat-jour, on peut se servir d’une cuvette ou d’un saladier; mais l’abat-jour de carton est l’objet avec lequel l’expérience que nous signalons réussit le plus commodément. \
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fieurus, à Paris.
- La force centrifuge démontrée à l’aide d’un abat-jour et d’une pièce de
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- N# 446.
- 17 DÉCEMBRE 1881
- LA N AT* U RE.
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- LE METEOROGRAPHE ENREGISTREUR DE JL THEORELL
- Le télégraphe multiple de M. Baudot, le télémétéo-rographe de MM. Van llysselberghe et Schubart que nous avons décrit1 et le météorographe enregistreur
- de M. Theorell constituaient, sans contredit, les trois appareils de précision les plus curieux et les plus remarquables de l’Exposition d’Électricité.
- *s\ yj.
- Fig. 1. Météorographe enregistreur de M. Theorell, à l'Exposition d’Électricité.
- Nous avons vu que le météorographe de M. Rys-selberghe grave automatiqqement sur une feuille de zinc, sous forme de courbes continues, les princi-pales variations atmosphériques dont la connaissance est indispensable à la météorologie et à la prévision du temps. Les observations s’enregistrent au-
- 4 Voy. la Nature, n° 440 du b novembre 1881, p. 358.
- 10* année. — Ie1 semestre.
- tomatiquement de dix minutes en dix minutes.
- Dans le météorographe enregistreur de M. Theorell construit par M. Sorensen, mécanicien de l’Académie des Sciences de Stockholm, le résultat est le même, mais il est obtenu par des moyens différents.
- L’enregistreur de M. Theorell imprime en chiffres ordinaires, sur une bande de papier sans fin qui se déroule, sur six colonnes distinctes :
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- LA NATURE.
- 5i
- 1° L’heure de l’observation;
- 12° La vitesse du vent en mètres par seconde ;
- 3° La direction du vent ;
- 4° L’indication du thermomètre humide en degrés centigrades ;
- 5° L’indication du thermomètre sec en degrés centigrades ;
- 6° La hauteur du baromètre en millimètres fie mercure.
- Nous n’entreprendrons pas la tâche difficile d’exposer par quel ensemble d’ingénieux mécanismes ce résultat est obtenu. Un coup d’œil sur notre figure montre que le système est fort complexe et une explication même sommaire sortirait de notre cadre. Nous nous contentercns donc d’indiquer le mode général de fonctionnement de l’appareil.
- Tout le mécanisme est commandé par une horloge qui produit un déclanchement mécanique à chaque quart d’heure.
- Le système d'enregistrement proprement dit se compose d’un certain nombre de roues indépendantes montées sur un axe commun et portant à
- leur circonférence des caractères gravés, à peu près comme la roue du télégraphe Hughes.
- Les appareils qui les commandent sont placés à distance : ils agissent par des émissions successives de courants. Un moteur électro-magnétique actionne successivement les cinq systèmes de roues correspondants aux cinq observations à enregistrer, de façon à ce que, pour chacune d’elles, le chiffre à enregistrer se trouve placé en regard de la feuille de papier, là où doit se faire l’impression, à la suite de l’impression précédente.
- Lorsque le premier système de roues a pris la position qui correspond à l’enregistrement, le courant qui l’actionnait est envoyé dans le second système, qui est aussitôt mis en marche, et ainsi de suite jusqu’au cinquième. Lorsque toutes les roues sont ainsi bien en place, le même mécanisme vient appliquer une sorte de tampon encreur monté sur un bâti oscillant qui vient toucher les chiffres, puis le tampon se retire, la bande de papier vient s’appliquer sur les roues et l’impression se produit. Après cette impression, les roues se mettent en
- i Meures. Vitesse du vent en mètres. Direction du vent. Thermomètre humide (centigrades). Thermomètre sec (centigrades). Baromètre.
- 12 4 1 l 13.7 14.3 759.4
- 4 10 13.7 14.35 759.4
- ' 3 ' 9 , 13.7b 1 4.4 759.4
- 3 10 ’ ' 13.8b 14.5 759.5
- I 4 13 14.65 14.55 7 59.4
- 3 14 14.2 14.35 759.45
- 2 1 1 1 4.3 14.95 759.55
- 3 - 15 14.3b 1 5.05 759.6
- Fig. 2. Spécimen des caractères imprimés par le météorographe de M. Theorell.
- marche de nouveau pour reprendre la position de départ; lorsqu’elles y sont toutes arrivées, le mécanisme s’arrête et tout est prêt pour un nouvel enregistrement, lorsque le quart d’heure aura été écoulé.
- Nous reproduisons (fig. 2) un fac simile des enregistrements produits par l’appareil. Ces chiffres s’expliquent d’eux-mêmes. La direction du vent est indiquée par des nombres de 1 à 32 qui correspondent à des directions tracées sur une rose spéciale. Si 1, par exemple, est le nord, 17 sera le sud, 9 l’est, 25 l’ouest, etc. Il y a quatre lignes d’enregistrement par heure, soit 90 par jour ; le déroulement du papier se fait environ à une vitesse de 37 centimètres par jour, on peut donc avec une provision de papier suffisante, laisser fonctionner l’enregistreur pendant plusieurs mois sans y toucher. Le mouvement d’horlogerie est remonté lui-même à chaque quart d’heure par le fait même de l’enregistrement, la dépense et l’entretien se réduisent donc à maintenir les piles en bon état de fonctionnement. Le système a d’ailleurs fonctionné à l'Observatoire d’Upsal pendant plus de deux ans, inscrivant régulièrement quatre observations par heure sans interruption et sans erreur.
- C’est donc là un appareil des plus pratiques, malgré son apparente complication ; la seule objection qu’on puisse lui faire, est peut-être de dépasser le but pour lequel il a été construit. Lorsqu’il s’agit d’observations météorologiques, en effet, l’inscription des observations en chiffres sur une bande de papier continue est d’une lecture pénible et ne permet pas de suivre aussi aisément les phénomènes qu’à l’aide d’une courbe. On est même souvent obligé de retraduire les chilfres en courbes pour étudier d’ensemble et embrasser d’un seul coup d’œil les variations atmosphériques et leurs relations réciproques.
- Il va sans dire que, par contre, les résultats ainsi inscrits en chiffres connus permettent d’envoyer rapidement par le télégraphe les observations enregistrées par l’appareil.
- Il y aura donc lieu de discuter, dans chaque cas, s’il est préférable d’enregistrer les phénomènes par des courbes continues ou par des chiffres ordinaires faciles à lire individuellement, et à transmettre par le télégraphe.
- Dans le premier cas, le météorographe de MM. Rys-selberghe et Schubart résout le problème ; dans le
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- LA NATURE.
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- second cas, le magnifique et ingénieux météorogra-phe imprimeur de M. Theorell offre la solution.
- Il faut d’ailleurs faire remarquer que les principes sur lesquels l’appareil est construit peuvent s’appliquer également avec le même succès à l’enregistrement de phénomènes quelconques, chaque fois que ces phénomènes pourront être liés au mou-ment d’un index et à un contact électrique.
- Le météorographe enregistreur de M. Thorell n’est donc qu’un cas particulier d’une solution générale.
- BOMBARDEMENT D’UNE MONTAGNE
- Il y a quelques mois l’éboulement de la montagne du Tsingelberg, en Suisse, ensevelit presque entièrement le village d’Elm sous une couche de terre de 15 à 25 mètres de hauteur *. La situation des montagnes avoisinant le Tsingelberg éboulé est actuellement menaçante pour quelques localités habitées, et pour conjurer le péril on se livre depuis peu à une canonnade d’un nouveau genre, dont nous allons faire comprendre l’importance après avoir donné quelques détails topographiques.
- Au point où est situé le village d’Elm, la vallée de la Sernf se bifurque. Entre les deux embranchements de la vallée se trouve un vaste massif de montagnes dont les sommets atteignent 5000 mètres et dont le dernier contrefort du côté d’Elm est le fameux Risikopf.
- Lorsqu’on examine de près l’état de la localité, en remontant les éboulis dans la direction du Segness-Pass, on distingue sur la pente du Risikopf plusieurs arêtes longitudinales, séparées par de profondes ravines. C’est une de ces arêtes, la deuxième en commençant par la droite, qu’il s’agit de faire tomber. Elle présente, en effet, un danger permanent pour le reste du village. Le volume en est es’timé à un million de mètres cubes, soit environ la dixième partie de la masse déjà tombée.
- Si cette portion du Risikopf tombait tout d’une pièce et d’elle-mème, — quelques jours de pluie suffiraient peut-être pour cela — deux cas pourraient se produire : ou bien elle inclinerait du côté de sa face orientale, et ses débris viendraient se confondre avec l’éboulement du H septembre, ou bien elle inclinerait à l’Ouest et risquerait d’engloutir le reste du village. On a donc eu l’idée de provoquer sa chute du côté de l’Orient et d’employer, à cet effet, des projectiles d’artillerie.
- On n’a pas dû songer à employer les nënes et la dynamite parce que la place où les mines auraient dû être installées est complètement inaccessible, et quant à commencer l’opération par en haut, en enlevant des couches successives, on n’y pouvait songer. On eût bien pu, de cette façon, déterminer la chute de la montagne, mais il eût été impossible de la faire tomber à l’Orient plutôt qu’à l’Occident. Avec le bombardement, au contraire, on pouvait pratiquer une brèche dans la partie inférieure de la face orientale et, déplaçant ainsi le centre de gravité de la masse, la faire tomber à l’Orient.
- Une petite pièce de campagne a été mise en batterie la semaine dernière, sur le versant du Duneberg, à 1100 mètres d’altitude, juste en face la paroi du Risikopf. La distance est évaluée à 850 mètres.
- Le service de la pièce est fait par quelques sous-officiers volontaires appartenant à la contrée \et par deux
- * Voy. n° 454 du 24 septembre 1881, p. 266.
- sous-instructeurs détachés de l’école d’aspirants de Zurich.
- Le tir est commandé par M. le capitaine Affolter, de l’artillerie de position. Des observateurs ont été placés par M. le professeur Heim sur divers points de la montacne. Au moyen de signaux convenus à l'avance, ils doivent tenir les artilleurs au courant des changements qui viendraient à se produire dans l’état de la masse. Ils font savoir notamment si la crevasse supérieure s’élargit.
- Les premières expériences de canonnade ont déjà donné un résultat appréciable ; mais les opérations ont été interrompues pour les continuer au moyen d’une pièce de canon de plus fort calibre.
- QUARTZ ENHYDRES
- Nous publions ci-contre la reproduction d'un échantillon de minéralogie qu’un de nos correspondants nous a fait parvenir de l’Uruguay1. Il consiste en un caillou translucide formé de cette variété spéciale de quartz agate qu’on connaît sous le nom de calcédoine. Au lieu d’être plein comme la plupart des cailloux, il est creux, et en l’agitant, on reconnaît que malgré l’absence de toute ouverture dans sa paroi continue, il contient de l’eau.
- Cette eau ne remplit pas la cavité de la pierre et avec elle se trouve de l’air. Le gaz, suivant les positions de l’échantillon, s’y déplace comme dans le petit appareil appelé niveau à bulle d'air. Dans la gravure ci-jointe, la tache blanche figure la bulle d’air, très visible par transparence.
- Un autre trait fort caractéristique de l’échantillon est d’offrir une surface non pas lisse, mais marquée de sillons parallèles entre eux et concentriques à certains points.
- Les quartz enhydres sont loin d’être communs, et les amateurs de curiosités naturelles les payent un bon prix, surtout lorsque leur volume est un peu considérable. Plusieurs pays en fournissent, tels que les îles Feroë, l’Islande, le Palatinat, l’Inde ; mais c’est du rio Salto, dans l’Uruguay, que nous proviennent les plus beaux spécimens.
- Il semble tout d’abord bien difficile d’expliquer l’origine de semblables minéraux, car l’insolubilité du quartz et la présence de l’eau dans la cavité que ce minéral ferme de toutes parts, paraissent à première vue, des circonstances contradictoires.
- Le seul procédé pour arriver à la solution des problème consiste, avant tout, à préciser les conditions dans lesquelles se présentent les enhydres.
- 1 Les échantillons dont il est question nous ont été envoyés fort obligeamment de Montevideo par M. Vidiella, auquel nous adressons nos plus sincères remerciements. Notre honorable correspondant nous a donné à ce sujet les quelques renseignements suivants :
- « Je vous envoie deux petites pierres appelées ici vulgairement piedras de agua (pierres à eau), parce qu’elles sont pleines de ce liquide. On ne trouve ces pierres qu’au nord de la Hépubliquc (36° lat. Sud, 57° long Ouest), au département du Salto et au fond du lit d’un ruisseau dit Fres Cruces. Elles sont enveloppées d’une gangue qu’on enlève à l’aide d’un couteau jusqu’à laisser la pierre à découvert. C’est une curiosité très recherchée. »
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- A cet égard, il faut éliminer leur gisement dans le lit de certains cours d’eau, tels que le rio Salto : évidemment ce n’est point là qu’ils' se sont formés, et il faut les chercher ailleurs pour les trouver en place. Or, on reconnaît que loin d’exister dans tous les terrains, les enhydres ne se présentent que dans certaines roches exceptionnelles connues sous le d’a-mygdaloïdes.
- Celles-ci, de la famille lithologique du basalte, consistent avant tout dans le mélange d’un ou de plusieurs feldspaths avec le pvroxène. Leur nom vient de la présence dans leur masse d'amandes de minéraux variés : calcaire spathique, quartz agate, terre verte ou baldogée, zéolitlies de tous genres.
- Si on les examine avec soin, on reconnaît lâchement que ces amandes se sont produites dans la roche après sa consolidation, non pas qu’elles soient venues s’y faire une place, mais parce qu’elles ont incrusté des cavités préexistantes.
- En effet, beaucoup d’amandes ne remplissent pas complètement l’espace vide où on les trouve, et même dans certaines régions on trouve la roche toute criblée de bulles restées vides.
- L’origine de ces bulles est absolument la même que celle des cavités de la mie de pain, car les amyg-daloïdes entrent dans la catégorie des roches éruptives, et leur émission à l’état fluide a été accompagnée de la sortie d’énormes masses de vapeur d’eau. Celle-ci incorporée à la roche, s’est dégagée à l’époque du refroidissement, et vers le haut des coulées, elle a donné lieu aux chambres sphéroïda-les qui nous occupent.
- Les minéraux variés qui constituent les amandes sont venus ordinairement mouler l’intérieur de ces cavités, et cela est vrai tout spécialement pour le quartz agate.
- Ce minéral a une réputation d’insolubilité complète, confirmée par la pratique de tous les jours ; mais l’hydrate de silice est au contraire soluble dans l’eau en proportions très sensible, surtout à haute température.
- Les eaux qui circulaient dans les roches vers l’époque de leur éruption étaient nécessairement fort chaudes et dès lors douées d’une activité chimique énergique. Un de leurs effets a été nécessairement de soumettre la roche qu’elles imbibaient à une sorte de dissection, enlevant les éléments solubles et laissant les autres. La silice ainsi extraite venait
- suinter dans les cavités et enduisait la paroi d’une mince couche d'opale. Celle-ci à la faveur du temps et de la chaleur a pu perdre son eau et passer, par suite d’une modification moléculaire convenable, à 1 état d’agate et même parfois à l’état de cristal de roche.
- Les couches parallèles de quartz se succédant, le vide se combla peu à peu et parfois il se remplit tout à fait, et comme le dépôt changeait de temps en temps de nature par suite du mélange de certains principes étrangers, l’ensemble consista à la fin en ces belles agates zonées que les anciens exploitaient déjà à Oberstein et qui fournissent la substance première des camées. Quand un vide central a subsisté, le cristal de roche y constitue souvent une belle géode.
- Cependant les choses n’avaient ce cours régulier que si le canal d’alimentation restait ouvert et l’on voit dans les collections de beaux échantillons d’agates polies oh le canal est admirablement visible.
- Si par une cause quelconque le canal s’obstruait, le dépôt ne pouvait plus s’accroître et une fois que le liquide emprisonné avait déposé toute sa silice, la concrétion restait indéfiniment in statu quo.
- Or, c’est précisément ce qui est arrivé pour les enhydres et vous voyez que leur origin’e si incompréhensible tout d’abord n’a rien de difficile à comprendre.
- Malgré l’opinion qu’il semble naturel de s’en faire, ces vases naturels ne sont point complètement imperméables. Si on les abandonne trop longtemps dans un lieu tout à fait sec, les enhydres se vident; aussi dans les collections est-on dans l’usage de les conserver dans un llacon fermé au fond duquel on a mis un peu d’eau.
- La perméabilité de l’agate aux liquides était comme on sait connue des Romains et c’est sur elles qu’ils ont fondé un procédé d’avivage des nuances qui est resté un secret des lapidaires d’Ober-stein jusque dans ces derniers temps. Le tour de main consiste à laisser l’agate dans de l’eau miellée jusqu’à ce qu’elle soit imprégnée de liquide ; puis à la plonger ensuite dans l’acide sulfurique. Celui-ci attaquant la matière organique dépose dans les pores de la pierre des particules charbonneuses d’autant plus abondantes en chaque point que le grain de l’agate y est moins serré : les nuances en reçoivent un éclat tout spécial.
- Stanislas Meunieh.
- Enhydrc : caillou de quartz renfermant dans une cavité naturelle de l’eau et une bulle d’air. (D'après uu échantillon envoyé de Montevideo à la Nature par M. Vi-diella.)
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- LE CAML DE PANAMA
- Nons publions ci-dessous une carte panoramique du canal de Panama, conforme au plan de M. de Les-seps. Les principes généraux d’après lesquels ce plan est établi sont maintenant si bien connus, qu’il est inutile de les indiquer en détail, et la carte ci-jointe en donnera une idée beaucoup plus précise que ne pourraient le faire plusieurs colonnes de texte. Cette carte montre le tracé et les positions relatives des rivières. Elle indique également la situation du
- grand barrage qui sert à détourner le cours de .la rivière de Chagres.
- Beaucoup de travaux préliminaires ont été exécutés actuellement en ce qui concerne l'arpentage, le forage et les sondages. On étudie aussi la possibilité d’établir une écluse à barrage à Panama. La marée atteint à Panama la hauteur de 10 mètres environ, tandis que sur le versant de l’Atlantique, elle est seulement de 0m,35. On recherche en ce moment la solution du problème que soulèvent ces différences, mais d’après les ingénieurs, on pense que le courant sera très faible et qu’il ne sera pas difficile de le maîtriser.
- Carte panoramique du canal de Panama.
- Les renseignements ci-dessus ont été fournis à la presse minière des États-Unis par M. Prosper Iluerne, qui arrivait de Panama, où il avait séjourné plusieurs mois, pour diriger la construction de bâtiments dans un des villages placés sur la ligne que suivra le canal. Il y aura quinze ou seize villages semblables, espacés, le long du parcours. M. iluerne a fait construire le premier près de Gabun, et c’est la station qui correspond à cette ville. Ce fut à Gabun que l’on se procura tous les matériaux de construction nécessaires, et ce fut à partir de ce point qu’on les expédia par eau à destination, tout prêts à être mis en place; tout fut exécuté en cet endroit. M. Huerne prit avec lui environ quarante charpentiers américains. Un autre village-station
- sera prochainement établi dans des conditions semblables.
- En fait de batiments, chaque village possède un vaste hangar, un entrepôt, un cottage pour l’ingénieur, un hôpital, une cuisine pour les ouvriers, des salles restaurants où l’on mange, des logements pour les contre-maîtres, une boulangerie, un réservoir d’eau, une glacière, etc. Les villages sont tous installés sur le même modèle. Toutes les précautions hygiéniques possibles ont été prises pour maintenir les hommes en bonne santé. Les bâtiments sont bien ventilés et tous les desiderata sanitaires ont été prévus. L’appropriation des locaux et les plans généraux sont dus à M. Huerne et ont été adoptés sans difficultés. L’eau est distribuée dans toutes les
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- habitations et toutes sont convenablement drainées.
- Sur notre carte panoramique, les n08 1,2, 5, 4, 5 et 6, indiquent des stations du canal, dans lesquelles des vaisseaux se garent pour en laisser passer d’autres. Le n° 7 désigne le barrage installé pour maîtriser les eaux du Chagres supérieur ; la longueur de ce barrage est de 1500 mètres, sa largeur de 960, sa hauteur de 45. Les nus 8, 9, 10 et 11 indiquent des vallées inondées par les eaux des rivières Chagres, Chilibre, Pegueni, Gatuncillo ; la hauteur de l’inondation est de 38 mètres; le volume de l’eau atteint 1 milliard de mètres cubes. Le n° 12 représente le Chagres inférieur, séparé du supérieur par les levées du canal ; le n° 13, le fossé de décharge formé par la base des levées ; le n° 14, la coupe du Calebra, dont la hauteur est de 87 mètres. La longueur du canal est de 74 kilomètres, dont 49 en plaine, 28 dans les montagnes; la largeur du fond de 22 mètres en plaine, 24 mètres dans la partie rocheuse; la surface de l’eau de 50 mètres en plaine, 28 dans la montagne; la profondeur de 8m,50 en plaine, 9 dans la montagne; le raccourcissement des distances par le moyen du canal de 1400 à 4800 lieues.
- La levée des plans et le jalonnage de la ligne du canal ont été exécutés par deux compagnies d’ouvriers différentes, renfermant un grand nombre d’au-tochthones. Les contrôles de levages de plans et de nivelage de la voie ferrée ont été achevés depuis Colon jusqu’à un point placé au delà de Pedro-Miguel, sur les bords du Pacifique. Les jalons de repère du nivelage ont été gravés, aux endroits nécessaires, dans les culées des ponts du chemin de fer ou sur les pierres milliaires.
- Les nivelages de la section longitudinale du grand canal, de même que ceux des portions en croix déjà établies, ont été reliés à la voie ferrée qui sert de base, et dont le niveau, qui commence à l’Océan, a été déterminé par les premières observations du corps hydrographique.
- Le jalonnage du travail effectué dans les régions montagneuses est presque achevé. Il reste cependant encore à effectuer une petite portion du nivelage des fossés entre Obispo et la rivière de Chagres et la traversée des sommets voisins, dont les arbres ont été coupés dans le but de faciliter la triangulation. Deux compagnies d’ouvriers sont en train de travailler au levage du plan du réservoir placé en tête du haut Chagres.
- Une Compagnie a été formée pour suivre une ligne traversant les montagnes et passant par le haut Obispo et la rivière Pedro-Miguel, bien que la reconnaissance qui fut faite de ce district, l’an dernier, semble avoir démontré que ce tracé n'est pas aussi avantageux que celui qui touche à Gamboa (point central du Chagres). Des forages ont été effectués le long de la ligne du canal traversant le Calebra, afin de déterminer la nature du sol. Six puits de sondage ont été établis entre les kilomètres 51 et 56. Le plus profond, celui de la station du 51, a
- 50 mètres de longueur, a rencontré une pierre dure à 43 mètres. Le suivant, celui de la station du 52, à 23 mètres, rencontra une roche très dure, de 2 mètres et plus d’épaisseur. On rencontra ensuite un conglomérat, puis on buta contre un second banc de roche très dure; finalement on passa au travers d’une assise très épaisse de roche fort dure, que l’on avait rencontrée â 31 mètres.
- Les autres puits n’ont indiqué qu’un conglomérat argileux. En définitive, pour déterminer le caractère du sol à Emperador, un large puits, d’une largeur de 10 mètres, a été creusé à une profondeur de 8 mètres, oh traversa des morceaux de dolorite taillés en angles, et couchés dans un lit de sable coloré.
- Les puits sont charpentés en bois et sont à deux compartiments. Six maisons ont été construites à Emperador pour le corps des mineurs. Un vaste atelier de charpentiers, un autre de forgerons, etc., ont été élevés pour satisfaire aux besoins, au centre des constructions du puits. Les cadres de charpente et les appareils nécessaires pour faire descendre le forage jusqu’à 100 mètres, ont été reçus et emmagasinés. Quelques-uns des puits sont recouverts de simples toits en feuilles de palmier, dans le but de garantir les hommes de la pluie et des ardeurs du soleil.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Étoiles et les curiosités du ciel, par M. Camille Flammarion, 1 vol. gr. in-8°, illustré de 400 fig. Paris, C. Marpon et E. Flammarion. — Prix 10 fr., broché.
- Notre ami et collaborateur M. Camille Flammarion vient de terminer le grand travail qu’il avait entrepris à la suite et comme complément de son Astronomie populaire : c’est la description complète du ciel étoilé. Nous n’avions encore en France aucun ouvrage de ce genre, qui permît à tout esprit attentif de se reconnaître facilement dans le ciel, de trouver chaque soir les étoiles qui brillent sur nos tètes et d’avoir un aperçu général de leur histoire, de leur nature, de leur rôle dans l’univers. Les étoiles variables, doubles et colorées, les nébuleuses, les systèmes stellaires différents du nôtre, les univers lointains, les solei's naissants et les mondes à l’agonie : toutes les curiosités de la science sont passées en revue et exposées de main de maître. M. Flammarion a comblé là une importante lacune dans la littérature scientifique, et tous les amis de la science lui en seront reconnaissants. Cette nouvelle œuvre aura le succès de Y Astronomie populaire, qui, comme on s’en souvient, a été couronnée par l’Institut et a déjà été demandée à plus de cinquante mille exemplaires.
- Le Cerveau, organe de la pensée chez l'homme et chez les animaux, par Charlton Bastian, professeur à l’Université de Londres. 2 vol. in-8° avec 184 fig. dans le texte. Paris, Germer Baillière. — Cartonnés, prix 12 fr.
- M. Charlton Bastian est un des membres les plus éminents et les plus hardis de la nouvelle école philosophique qui veut ramener la psychologie aux procédés de la mé-hode expérimentale, et considère la science de la pensée
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- comme la partie la plus élevée de la physiologie. Il examine successivement les différentes classes d’animaux avant d’arriver au cerveau de l’homme, et montre la gradation de toutes les fonctions intellectuelles, au fur et à mesure qu’on monte dans l’échelle animale. Les chapitres consacrés aux singes supérieurs et a l’homme sont très curieux ; dans l’étude de l’intelligence humaine, l’auteur a fait une grande place à l’examen de toutes les déviations intellectuelles, et cite un grand nombre d’observations qui ne sont pas un des moindres attraits du livre.
- Les Cataractes de l'Obi, voyage dans les steppes sibériennes. Texte et dessin par Georges Fath. 1 vol, in-8°. Paris, E. Plon et Cie. — Prix broché, 8 fr.
- Cet ouvrage, destiné à la jeunesse, est une sorte de roman géographique; il renferme le récit très attachant d’un voyage accompli dans les steppes sibériennes par deux pauvres orphelins à la recherche d’un oncle qui se dit aveugle. Celui-ci ne l’est point, il a employé ce gros subterfuge pour contraindre son neveu à faire ce pénible voyage, car lui seul peut l’aider à recueillir des trésors inespérés. — À partir de ce moment, l’action se poursuit à travers les steppes, les marécages, les mines d’or et de pierres précieuses, les montagnes qui s’écroulent, les forêts incendiées et les cataractes, et en dépit de l’âpre chaleur et des terribles moustiques d’un été sibérien.
- Le Monde physique, par âmédée Guillemin. Tome second, la Lumière, 1 vol. gr. in-8°, contenant 87 grandes planches tirées à part, dont 15 en couleur, et 355 vignettes insérées dans le texte. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Notre excellent collaborateur M. Amédée Guillemin, qui a écrit sur l’astronomie le plus beau livre qui ait jamais été publié, le Ciel, continue la publication du plus remarquable traité de physique qu’on ait jamais vu : le Monde physique. Le talent de M. Amédée Guillemin se caractérise par des qualités d'autant plus rares qu’elles sont unies : la science et l’érudition, jointes au charme et h l’attrait de l’exposition. Les gravures qui ornent le livre sont excellentes, très ingénieuses, et d’un fini d’exécution parfait. Les chromolithographies qui nous révèlent tour à tour les merveilles du monde microscopique ou les beautés de l’optique ne laissent rien à désirer. M. Amédée Guillemin se consacre à des œuvres de science qui méritent d’être hautement appréciées.
- Nouvelle Géographie universelle. La Terre et les Hommes, par Élisée Reclus. Tome VIII L'Asie orientale, 1 vol. gr. in-8°, contenant 7 caries en couleur tirées à part, 162 cartes dans le texte et 90 vues et types gravés sur bois. — Paris, Hachette et Cie, 1882.
- M. Élisée Reclus avec la puissance de travail et la persévérance des encyclopédistes, continue patiemment son œuvre immense; semaine par semaine les livraisons succèdent aux livraisons, et d’année en année le volume suit le volume. Le monument s’élève peu à peu, monument considérable qui recèle la description du globe terrestre, tout entier. Nous avons sous les yeux le tome septième qui vient de paraître de la Géographie universelle. Il comprend l’histoire géographique de l’extrême Orient; le Tibet, leTurkestan chinois, la Mongolie, le Chine, la Corée, le Japon. M. Élisée Reclus, avec l’esprit de méthode d’un Littré, coordonne les documents, les cartes, les plans, les photographies, les récits des voyageurs, il compulse des bibliothèques entières, et, pour nous faciliter l’instruction géographique, il nous donne l’extrait et comme la quin-
- tessence de renseignements qu’il faudrait aller chercher dans le monde entier. Roué d’un talent d’exposition rare, d’un style sobre et orné tout à la fois, M. Elisée Reclus, en écrivant sa Géographie universelle, aura donné à notre pays le livre qui lui manquait pour bien connaître l’histoire physique de notre globe.
- Les Moteurs anciens et modernes, par II. de Graffigny.
- 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 106 gravures sur bois. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- L'Écorce terrestre, par Mme Stanislas Meunier. 1 vol, in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 75 vignettes sur bois. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Le Sel, par Eugène Lefebvre. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 49 vignettes sur bois. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Les Sièges célèbres de l'antiquité, du moyen âge et des temps modernes, par Maxime Petit. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des Merveilles, illustré de 52 gravures sur bois par C. Gilbert. Paris, Hachette et Cie, 1882,
- Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par Ad. AVurtz, supplément : 4e fascicule, livraison in-8°. Paris, Hachette et Cie.
- Dictionnaire de botanique, par M. H. Bâillon, 14e fascicule, livraison in-4° avec gravures et chromolithographies. Paris, Hachette et Cie.
- Nouveau Dictionnaire de géographie universelle, par M. Vivien de Saint-Martin, 47“ fascicule, livraison in-49. Paris, Hachette et Cie, 1881.
- Voyages et découvertes de Paul Soleillet dans le Sahara et le Soudan, racontées par lui-même; préface de E. Levasseur, de l’Institut. 1 vol. in-18 illustré de 10 gravures hors texte, d’un autographe et d’une carte. Paris, Maurice Drevfous. Prix relié, 4 fr.
- Voyage au Dahomey, par Armand Dubarry. Ouvrage couronné par la Société d’encouragement au bien (médaille d’or), illustré de 10 gravures par Daniel Vierge, Paris, Maurice Drevfous.
- Voyage de M. de Lesseps du Iiamstchatka en France, avec une préface par Ferdinand de Lesseps. 1 vol. in-18, illustré, hors texte, de nombreux fac-similé des gravu-^ res de l’époque, exécutées sur les indications de M. Jean-Baptiste de Lesseps. Paris, Maurice Drevfous.
- La vie et la santé, ou la médecine est-elle une science ? par A. Bué, 1 vol. in-18. Paris, A. Ghio, 4882.
- Nouvelle industrie de la Bamie, par P. A. Favier, 4 broch. in-8°. Paris, imprimerie typographique du Dictionnaire industriel, par E. Lacroix, 424, boulevard de Vaugirard, 4884. »
- Mémoire sur le nouveau baromètre enregistreur de VObservatoire météorologique de Lausanne, par II. Dufour etDr H. Amstein, 1 broch. in-8°. Lausanne, imprimerie Corbaz et Cie, 4881.
- Conférence sur les applications de l'électricité à l'agriculture, faite au Palais des Champs-Élysées, dans la salle du Congrès des Électriciens, le 26 octobre 1881, par J. A. Barral, 1 broch. in-8°. Paris, G. Masson, 4881.
- Elementary lessons in Electricity et magnétisai by Silvanus P. Tompson. 1 vol. in-18 avec 167 figures. London, Macmillan and C°, 1881.
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- LA NATURE,
- LA MISSION DE LAPONIE
- Le 15 mai 1881, la corvette à roues le Coligny quittait le port de Cherbourg pour entreprendre un voyage et une exploration scientifique de trois mois sur les côtes de Laponie.
- M. Cloué, alors ministre de la Marine, en qui les sciences ont toujours trouvé un auxiliaire dévoué, avait mis le Coligny à la disposition de son collègue de f Instruction publique pour seconder M. Pouchet, professeur au Muséum, dans une mission dont celui-ci avait été chargé par le gouvernement.
- M. Pouchet s’était fait accompagner de MM. de Guerne, préparateur à la Faculté de Lille, Retterer, Th. Barrois, et enfin de M. Phelebon, spécialement chargé des observations météorologiques.
- L’espace nous manque ici pour entrer dans le détail des travaux accomplis par la mission et pour donner les intéressants documents qui ont été recueillis au point de vue de la physique du globe, de la géographie, de la météorologie; il nous suffira de dire que le but principal de l’expédition était de se procurer des squelettes de Balénoptères de la mer Glaciale. Le Muséum, à l’exception du Bnlœ-noptera musculus, n’en possédait aucun spécimen.
- Fig. 1. Le lac Enara. (D’après un croquis de M. G. Pouchet.)
- M. Pouchet a été grandement aidé dans cette tâche par un pêcheur de baleines, M. Foÿn, qui a créé depuis plusieurs années déjà à Vadsô un établissement considérable, où presque chaque jour ses bateaux amènent à la remorque quelque cétacé. Des photographies de ces animaux ont été prises par M. Villiers, lieutenant de vaisseau, et c’est d’après elles que nous donnons une représentation de face et de profil du Megaptera Boops. Cette espèce singulière a de longs bras festonnés, une nageoire caudale immense pour sa taille et découpée en dents de scie ; elle est couverte de parasites ; son menton porte des éminences étranges au sommet de chacune desquelles pousse un poil unique (fig. 2 et 5).
- M. Foÿn a tenu à faire lui-même hommage du squelette de ce curieux animal à notre Muséum,
- qu’il a d’ailleurs enrichi déjà à maintes reprises de dons précieux.
- En plus des squelettes de baleine qui sont actuellement en route pour la France, la mission de Laponie a rapporté à bord du Coligny, ou envoyé directement par les voies ordinaires un nombre considérable, d'objets qui ont été exposés dans le laboratoire d’anatomie comparée du Muséum. Une partie de ces objets est destinée à la ville de Douai, qui avait affecté une somme de 1000 francs à l’acquisition d’objets d’ethnographie pour son musée déjà si riche.
- Pendant son séjour en Laponie, M. Pouchet a résolu de remonter la rivière Paswick jusqu’au lac Enara, dans la Finlande russe. Les rives de ce lac sont certainement un des points les moins connus de l’Europe, et pour arriver jusqu’à lui, MM. Pou*
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- LA NATURE,
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- chet et de Guerne durent remonter dix-neuf cascades I frontière russe, nos voyageurs ne rencontrèrent ou rapides sur un parcours d’une cinquantaine de qu’une seule famille. Le fleuve coule constamment lieues. A partir du point où le Paswick franchit la | au milieu d’une forêt de sapins. Il se déverse du
- Fig. 2. Haleine à longs bras (Megaptera boopsj. (D’après une photographie de M. Yilliers.)
- lac comme d’une vasque, au lieu dit Paatsjoanmska. quand nos explorateurs l’ont visitée. Le lac au loin Il n’y a là qu’une seule habitation, qui était déserte ne laissait pas voir une seule embarcation, pas un
- Fig. 3, Baleine à longs bras vue de lace. (D’après une photographie de M. Yilliers.)
- indice de la présence de l’homme. MM. Pouchet et de Guerne se firent conduire à une lieue environ de Paatsjoanniska sur un îlot élevé, et là, chacun des voyageurs prit des croquis. Nous reproduisons un
- de ces dessins (lig. 1), les premiers selon toute apparence qu’on ait publiés sur ce coin presque inconnu de l’Europe.
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- LA NATURE.
- U DISTRIBUTION DE L’ÉLECTRICITÉ
- LES TRANSFORMATEURS
- Nous avons vu dans les précédents articles comment on pouvait distribuer l’électricité par volume constant et pressions variables ou par pression constante et par volumes variables. Il nous reste à examiner maintenant comment on peut transformer et compter l’énergie électrique distribuée à chaque récepteur.
- Qu’avons-nous fait jusqu’ici?
- Nous avons montré les méthodes générales qui permettent d’établir sur une canalisation électrique un nombre indéterminé de récepteurs indépendants, consommant chacun une somme d’énergie constante pour chacun d’eux et variable de l’un à l’autre.
- Ce résultat ne suffit pas encore pour une solution générale.
- Eh effet, prenons par exemple, pour fixer les idées, — et sans rien préjuger sur la valeur absolue des nombres que nous allons prendre pour* faciliter l’explication — prenons le cas d’une distribution à pression constante, établie sur une base de 100 volts. Nous pourrons, avec cette pression initiale, alimenter directement un certain nombre d’appareils.
- En proportionnant convenablement la grosseur des fils on pourra actionner les sonneries électriques, les avertisseurs d’incendie, les tableaux d’annonces, les allumoirs, etc.
- On pourra aussi alimenter des lampes à incandescence de charbon dans le vide en combinant leur résistance suivant l’intensité qu’elles doivent fournir, un certain nombre de lampes à incandescence avec combustion, systèmes Reynier ou Werdermann, disposées en série sur un même circuit dérivé pris sur la canalisation générale, pour un lustre par exemple ; une série de moteurs de puissances différentes, suivant la longueur et la grosseur du fil qui constitue l’induit et les inducteurs, etc.
- Le courant pris sur la canalisation sera cependant incapable d’actionner directement un tube de Geissler, d’illuminer les lames de kaolin de M. Jablochkoff et ses bougies, d’effectuer économiquement des dépôts chimiques dans une cuve électrolytique, d’entretenir des arcs voltaïques de puissance moyenne et des bougies Jablochkoff, etc., etc.
- Cette difficulté se retrouvera dans trois cas principaux :
- 1° Quel que soit le volume d’électricité fourni par la distribution, la tension disponible ne sera jamais supérieure à 100 volts, on n’aura donc pas assez de tension;
- 2° Le courant, pour des' raisons analogues mais inverses, n’aura pas assez de volume ;
- 3° Le courant fourni par la distribution étant continu par sa nature ne se prêtera pas à l’alimentation des appareils qui ne peuvent fonctionner qu’avec des courants alternatifs.
- Il faut donc, dans l’un de ces cas, intercaler entre le récepteur et les conducteurs de distribution qui amènent le courant chez l’abonné un appareil ou système quelconque qui modifie l’énergie électrique distribuée et lui donne les qualités nécessaires pour les applications qu’on a en vue, soit pour augmenter la tension, soit pour augmenter le volume, soit pour fournir des courants alternatifs. Tous les systèmes qui permettent de réaliser ces conditions sont des transformateurs.
- Nous ne voulons pas les décrire tous ; leur nombre eu
- est d’ailleurs illimité; nous nous contenterons d’indiquer le principe des plus importants et des plus simples.
- Bobines d'induction. — La bobine de Ruhmkorff est le plus simple des transformateurs qu’on puisse imaginer ; elle fournit, lorsqu’on envoie dans le circuit inducteur une série de courants très rapprochés, une série de courants alternatifs dans le circuit induit dont la tension est incomparablement plus grande que celle des courants interrompus qui leur ont donné naissance. La somme d’énergie électrique dépensée dans la bobine et restituée sous forme de courants de haute tension dans le circuit induit dépendra de la longueur des fils, de leur grosseur, du réglage de l’interrupteur, etc. C’est par ce procédé qu’on pourra, en employant la bobine d’induction comme transformateur, alimenter des tubes de Geissler, les lames de kaolin de M. Jablochkoff, les tubes de M. Crookes, etc., par une distribution d’électricité.
- En établissant une série de condensateurs dans le circuit de distribution, on aura encore un moyen d’obtenir des décharges puissantes qui dépendront de leur capacité ; la machine rhéostatique de M. Gaston Planté sera aussi très utile dans le cas où l’on voudra produire des hautes tensions ;^nous ne faisons qu’indiquer ces procédés, parce qu’il s’agit seulement, jusqu'à nouvel ordre, d’expériences de physique et non pas d’applications industrielles ou domestiques, mais on y reviendra dans l’avenir dès qu’on aura trouvé des applications utiles aux courants de haute tension. ^
- Accumulateurs électriques. — Le rôle des accumulateurs dans une distribution d’électricité est multiple. Ils peuvent simultanément servir à augmenter la tension ou le volume d’électricité dont on a besoin suivant la manière dont on les dispose pour l’utilisation après les avoir chargés préalablement. En les disposant en quantité après les avoir chargés en tension, on obtiendra dans un bain gai— vanoplastique des dépôts plus rapides, meilleurs et plus économiques qu’en plaçant les bains sur la distribution même. On pourra ainsi graduer l’énergie du courant suivant les effets à produire et l’étendue des surfaces à recouvrir.
- Si, au contraire, on a besoin de tensions élevées, on pourra charger plusieurs séries d’accumulateurs en dérivation sur la distribution et les disposer ensuite tous en tension pour la décharge,
- Les accumulateurs chargés par la distribution pourront aussi être dépensés à volonté par les consommateurs à intervalles réguliers ou irréguliers, en proportions variables. Ils serviront surtout dans les cas où la distribution directe est inutilisable, pour la téléphonie par exemple. Il suffira de charger les accumulateurs des abonnés et des bureaux centraux quelques minutes chaque semaine pour assurer le service. Le service de l’entretien dés piles se trouvera, par ce fait, supprimé presque complètement.
- Transformateurs de M. Cabanellas. Robinet électrique. — Les transformateurs proposés parM. Cabanellas appartiennent ’a deux classes distinctes. Nous allons essayer d’en faire comprendre le principe, en commençant parle plus compliqué et le moins avantageux dans l’application, mais aussi le plus facile à saisir.
- Concevons deux machines dynamo-électriques dissemblables dont les induits sont montés sur le même arbre et par suite solidaires. Désignons l’une d’elles par A et l’autre par B. La machine A recevra le courant de la distribution, elle agira comme moteur et entraînera l’induit de la seconde B qui fonctionnera alors comme générateur.
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- LA NATURE.
- Nous avons dit que les machines n’étaient pas identiques, la machine B produira donc de l’énergie électrique, mais dans des conditions que nous serons libres de faire varier comme il nous plaira. En mettant sur la machine B du gros fil, nous produirons de Y électricité de quantité *, utilisable aux opérations électro-chimiques, par exemple.
- En mettant sur la machine B du fil fin, nous produirons de l’électricité (le tension pour d’autres applications qui exigent cette qualité spéciale.
- En construisant la machine B de telle sorte qu’elle développe des courants alternatifs, on pourra utiliser ces courants à l’alimentation des bougies électriques et de tous les appareils qui fte peuvent fonctionner avec les courants continus. C’est là le principe du robinet de M. Cabanellas. Il gradue l’électricité à volonté, la modifie et la répand suivant les besoins.
- Ce système présente cependant un grand défaut. La transformation de l’électricité ne s’opère qu’après avoir passé par un intermédiaire, le travail mécanique.
- La double conversion de l’énergie électrique en travail mécanique et de ce travail mécanique en électricité ne va pas sans de grandes pertes, incompatibles, à notre avis, sauf des cas exceptionnels, avec les applications domestiques et industrielles.
- C’est dans le but de réduire les pertes dues à la transformation qu’ont été imaginés les transformateurs plus récents de M. Cabanellas. Nous allons essayer d’expliquer le principe du plus simple.
- > Concevons deux anneaux Gramme concentriques et immobiles, roulés de fils de différents diamètres.
- Appelons l’anneau intérieur A et l’anneau extérieur B.
- Les balais du collecteur de l’anneau A sont reliés à la distribution générale, et les balais de l’anneau B à un cir-jcuit extérieur.
- Faisons tourner les deux paires de balais de chaque anneau A et B, à la même vitesse, par un moyen quelconque. Les pôles se déplaceront sur l’anneau A qui reçoit le courant de la distribution, bien que l’anneau soit matériellement immobile. Les déplacements des pôles dans A induiront dans B des courants alternatifs qui, convenablement recueillis par les balais tournants du collecteur de l’anneau B donneront dans le circuit de B un couvant continu. La partie du courant transformée en travail se réduira à la dépense nécessaire pour faire tourner les balais collecteurs, qui, cela va sans dire, seront actionnés par une dérivation pri«e sur la distribution même. La transformation du courant aura lieu par commutation électro-magnétique. La nature du courant recueilli sur les balais de l’induit B dépendra naturellement de son enroulement, de la puissance du courant qui traverse l’anneau À et de la vitesse des balais.
- Il sera possible aussi de recueillir des courants alternatifs par une simple combinaison de circuits sur l’anneau B. On exprime ce mode spécial de transformation en disant que, au lieu de faire tourner les anneaux, on fait tourner l'induction. Pour simplifier l’explication, nous avons supposé deux anneaux Gramme concentriques. En réalité, la disposition peut être presque quelconque.
- Les deux fils peuvent par exemple être roulés sur le même anneau et réalisent ainsi une bobine d’induction à pôles tournants. Les transformateurs peuvent affecter des
- 1 Nos lecteurs savent ce qu’il faut entendre par électricité de quantité et électricité de tension. Nous employons ces expressions un peu contre notre gré et à défaut d’une terminologie plus précise.
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- formes quelconques, carrée, polygonale, elliptique, être constitués par des parties séparées, placées souvent à distance de la commutation magnétique qui a seule besoin d’être régulière et d’une forme déterminée.
- On peut ainsi obtenir d’un seul transformateur, alimenté par une distribution d’une nature déterminée.plusieurs courants parfaitement distincts par leurs qualités et leur puissance, et réaliser en quelque sorte, en électricité, la bouteille inépuisable aux mille liqueurs de Robert-Houdin, à la condition de fournir au transformateur une quantité d’énergie électrique d’une forme donnée, un peu supérieure à celle qui correspond à la somme de toutes celles mises enjeu dans les transformations.
- On voit par ce que nous venons de dire que les moyens ne manqueront pas pour arriver à donner au courant les qualités nécessaires à toutes les applications dont il est susceptible, quelle que soit la base sur laquelle cette distribution est établie à l’origine.
- En pratique cependant, on aura intérêt à choisir une base telle que l’emploi de ces transformateurs ne soit indispensable que le moins souvent possible.
- Nous savons maintenant répartir Fériergie électrique et la transformer suivant les applications qu’on a en vue.
- Comment compterons-nous, ferons-nous payer cette énergie électrique au'consommateur? Quelles sont les principales applications dont elle est dès à présent susceptible ?
- C’est ce que nous examinerons dans un dernier article.
- E. Hospitalier.
- TRANSPORT D’UN HOTEL
- AUX ÉTATS-UNIS
- Au dernier meeting du Club des ingénieurs de Philadelphie, le secrétaire de la Société a lu une note intéressante concernant le déplacement de l’hôtel Pelham, à Boston. Cet hôtel que l’on a transporté et reculé pour élargir Tre-mont-street, est construit en pierres et en briques ; sa façade mesure29m,25 sur 21 mètres. Cette façade qui donne sur Boylston-street est soutenue par huit colonnes de granit ayant 5m,65 de hauteur. 11 y a un soubassement et sept étages au-dessus du trottoir. Le poids à mettre en mouvement était de 5000 tonnes non compris l’ameublement qui n’a pas été dérangé. Les locataires du premier étage sont restés dans leurs appartements, et quelques autres chambres n’ont pas cessé non plus d’être habitées. Des expériences préalables faites sur des modèles, avaient montré qu’en entretoisant d’une manière parfaite la partie inférieure de la construction, il n’y avait aucun danger de disjoindre la partie supérieure. Vue dans son ensemble, l’opération a consisté à établir des fondations extrêmement solides en pierres et en briques pour poser les rails sur lesquels devaient se mouvoir les chariots. 56 vérins ayant 0m,05 de diamètre et 0”,012 de pas, manœuvres à bras d’homme et agissant contre la construction, lui ont imprimé un déplacement total de 4m,216. Il a fallu deux mois pour les travaux préparatoires, et le mouvement qui a commencé le 21 août a été terminé le 25; il n’a duré en réalité que 13 heures 40 minutes. Le travail a absorbé 4351 journées de travail et a coûté environ 150 000 fr. On n’avait pas encore mis en mouvement une construction de cette importance, bien qu’on ait pu, avec moins de difficultés, en soulever de plus lourdes, (D’après Y Engineering.)
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- LA NATURE.
- LE SERVICE DES SIGNAUX DE L’ARMÉE
- AUX ÉTATS-UNIS1
- Le sea coast service. — Les prévisions météorologiques transmises régulièrement trois fois par jour par le télégraphe, ne sont pas les seuls avantages dont la marine soit, redevable au Signal Service; conformément au vœu du Congrès, il a établi sur
- Fig. 1. Message transmis d’après 1e Code maritime international.
- la côte Atlantique un service de protection des bâtiments à la mer, dont les résultats pratiques se chiffrent chaque année par des sommes considérables. Des postes d’observation, reliés par une ligne télégraphique spéciale, sont échelonnés le long de la
- Fig. 2. Signaux auxiliaires.
- côte, et mis en communication avec les stations de sauvetage; en sorte qu’il est possible de prévenir d’un danger les bâtiments qui passent en vue, de correspondre avec eux, et surtout de leur porter secours en cas de besoin. On fait usage ici des signaux du Code maritime international, élaboré par une Commission anglo-française, et que la plupart des nations maritimes ont adopté depuis l’année
- 1 Suite et fin, Yoy. table des matières du volume précédent.
- 1866. Ce code fournit aux navires de différente8 nationalités les moyens de communiquer entre eux d’une manière simple et sûre, quel que soit d’ailleurs le langage propre de chaque équipage.
- Les signaux de ce code sont à 18 éléments, représentés par les 18 premières consonnes de notre alphabet. Les mots ou les phrases nécessaires pour l’échange des idées sont exprimés par des chiffres
- Fig. 3. Établissement d’une ligne télégraphique de campagne.
- isolés, ou par des groupes de 2, 5 ou 4 chiffres au plus. D’après la règle que nous avons indiquée précédemment, le nombre total des combinaisons que l’on peut réaliser au moyen de 18 symboles distincts, en n’en groupant jamais plus de 4, est
- Fig. 4. Station permanente pour la transmission des signaux.
- de 78 642. Ces différentes combinaisons correspondent à des phrases convenues d’avance et dont le répertoire constitue un fort volume in-8°; leur ensemble répond à tous les besoins.
- Dans les circonstances ordinaires, les 18 symboles élémentaires sont signalés au moyen d’un guidon, 4 flammes et 13 pavillons carrés qui diffèrent par la couleur. Un exemple de dépêche préparée d’après le Code maritime international est donné par la figure 1, Lorsque les communications doivent porter
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- LA NATURE.
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- à des distances au delà desquelles les pavillons cesseraient d’être distingués facilement, les 18 lettres sont figurées par autant de combinaisons obtenues à l’aide de sphères, de cônes et de carrés, groupés diversement au haut d’un mât. Des signaux auxiliaires (fig. 2) servent pour les appels, les demandes de répétitions, etc.
- Grâce à cette langue maritime universelle, les nombreux navires qui sillonnent les océans communiquent entre eux plus facilement qu’ils ne pourraient le faire avec le seul usage de la parole; ils se font connaître à distance, échangent des avis, et formulent des demandes dont l’importance se mesure aux besoins et aux dangers de la navigation. Lorsqu’ils sont en vue des côtes, ils peuvent donner et recevoir eux-mêmes d’utiles renseignements par l’intermé-diaire des sémaphores, obtenir par ce moyen les secours qui leur seraient nécessaires, interroger enfin les avertissements du temps fournis par la météorologie.
- La télégraphie militaire en campagne, dont l’Exposition d’Électri -cité nous a montré les progrès dans les différents pays, est depuis longtemps en usage aux États-Unis. Les trains qui portent les fils, les poteaux et les appareils, sont organisés de telle façon que des hommes exercés peuvent établir de 4 à 5 kilomètres de lignes volantes à l’heure, et les enlever aussi rapidement qu’elles ont été établies (tig. 5).
- Mais, indépendamment de la météorologie, qui constitue un de ses services les plus importants en temps de paix, le Corps des signaux a encore d’autres attributions : le Congrès l’a chargé d’établir et d’exploiter des lignes télégraphiques permanentes, dans l’intérêt de la défense du pays. Au 30 juin 1879, les lignes érigées, entretenues et gardées par le Signal Service avaient un développement total de plus de 7500 kilomètres; elles s’étendent dans le Nord depuis l’État du Maine jusqu’au Lac supérieur, le long de la côte Atlantique, sur le littoral du golfe du Mexique, et vers les frontières du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. La ligne du Nord a été même prolongée depuis, aujourd’hui elle traverse complètement le continent de l’Ouest à l’Est, de l’Atlantique au Pacifique.
- Ces lignes relient entre eux les forts et autres postes militaires; elles permettent, le cas échéant, de protéger efficacement les populations contre les déprédations des Indiens. Les bureaux sont du reste ouverts au public, ce qui permet à l’industrie de se développer, et contribue puissamment aux progrès de la colonisation dans ces vastes régions si délaissées jusqu’à ces dernières années.
- En outre des stations ordinaires organisées pour le service spécial des signaux (fig. 4), on doit encore au Signal Service l’établissement de postes créés dans un but purement scientifique. C’est ainsi qu’une station météorologique est installée au Mont Washington (fig. 5), à 1916 mètres d’altitude, et une autre au sommet du Pike's Peak (Colorado), à 4315 mètres au-dessus du niveau de la mer; cette dernière station est la plus élevée qui existe actuellement à la surface du globe.
- Le personnel du Corps des signaux est recruté parmi les meilleurs soldats de l’armée; ces soldats d’élite passent deux ans dans une école spéciale d’application au fort de Whipple (maintenant fort Myer), dans la Virginie; outre les exercices militaires, auxquels ils restent assujettis, on leur enseigne la théorie et la pratique des signaux de campagne et de protection des côtes, la lecture des instruments et l’interprétation des phénomènes météorologiques, l’établissement de lignes télégraphiques, l’usage des appareils de transmission, etc.
- En élevant le personnel du Signal Service à 150 sergents, 30 caporaux et 270 soldats, le Congrès, par un acte du 20 juin 1878, a décidé que chaque année deux sergents pourraient obtenir le grade de second lieutenant. Cet avantage ouvre une carrière à toute une classe intéressante de citoyens américains.
- Si l’on veut bien se reporter aux notices publiées à diverses époques dans la Nature sur les travaux météorologiques de cet établissement, dirigé maintenant par le général W. B. Hazen, on ne sera pas étonné de la popularité bien légitime dont il jouit aux États-Unis, et de la réputation qu’il s’est acquise dans le monde entier. Tir. Moureaux.
- Fig. 5. Station météorologique du mont Washington (1916 mètres d’altitude).
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le disque-scie de IW. Reese. — Les lecteurs de la Nature doivent se souvenir des articles publiés par notre collaborateur M. L. Bâclé sur cette question, dans les numéros du 11 décembre 1880 et du 12 février 1881. Il s’agissait, en l’espèce, d’un disque d’acier tournant à grande vitesse et coupant une barre de fer sans la toucher. M. Reese a donné une explication fort ingénieuse de ce phénomène qui n’était pas et qui n’est pas encore acceptée par tous. Notre collaborateur, et un correspondant, M Logeman, professeur de physique au Gymnase de Haarlem, concluaient que les phénomènes peuvent être en tous points réels et qu’il serait à désirer qu’un physicien les soumette à un examen consciencieux. La première chose dont il faudrait s’assurer est celle de savoir s’il ri’y a pas contact entre la barre de fer et le disque. M. Emile Lacoine, dans l'Electricien du 15 décembre 1881, suggère une méthode qui permettrait de s’assurer facilement de l’exactitude du fait. M. Lacoine dit que c’est par illusion qu’on croit qu’il n’v a pas contact entre le disque-scie et la barre à couper, mais si on intercalait dans le circuit d’une pile, le disque-scie, la barre et un téléphone, il est probable que ce dernier signalerait l’existence d’un contact qu’un simple galvanomètre ne peut indiquer. Il serait à souhaiter que l’expérience fut faite, soit par M. Reese lui-même, soit par un des possesseurs d’un disque-scie, pour savoir détinitivement à quoi s’en tenir sur ce phénomène qui soulève tant de dilficultés théoriques.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 décembre 1881. — Présidence de M. Wurtz.
- Les parasites du phylloxéra. — M. Gavon, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, délégué de l’Académie pour étudier le phylloxéra, ancien élève de M. Pasteur, tente d’appliquer dans la région qu’il habite, à la destruction de l’affreux parasite, un procédé inspiré par les travaux de son maître. Répondant à une invitation faite naguère par l’Académie à tous ses délégués, il recherche les phylloxéras malades et il se propose de favoriser autant que possible le développement de leur maladie. Avec des tubes capillaires en verre effilés à la lampe, il aspire un peu du liquide contenu dans les insectes et, après s’être mis à l’abri de toute contamination atmosphérique, il introduit ce liquide dans du lait ou dans du bouillon de poule. Au bout d’un certain temps, le lait ou le bouillon se remplissent de micro-organismes auxquels on peut supposerdes propriétés antiphvlloxériques. L’expérience a toujours réussi et c’est ce qui inspire quelques scrupules à l’auteur, car il est difficile de supposer que tous les phylloxéras soient infectés. M. Gayon signale la production dans le lait et dans le bouillon où cette culture s’est opérée d’une substance verte, analogue par la nuance à la chlorophylle, mais qui est nettement cristalline.
- Comme on conçoit, les expériences continuent. M. Dumas pense qu’on doit attribuer à quelque contagion parasitaire, la disparition subite du phylloxéra dans certains vignobles précédemment attaqués.
- Cartes de la Tunisie. —C’est avec un vif intérêt qu'on écoute M. le colonel Perrier exposer le travail d’établissement de plusieurs belles cartes placées dans la salle. La première, en quatre couleurs, représente au 1/40 000 les
- environs de Tunis et de Carthage. On y remarque cet immense lac Bahira dont la profondeur ne dépasse nulle part 1 mètre, de façon que le trajet de la Goulette à Tunis doit nécessairement se faire en bateaux plats suivant un itinéraire marqué par des poteaux.
- Une seconde carte représente la Khroumirie; elle est au 1/100 000 et se raccorde exactement avec la carte d’Algérie déjà publiée.
- Utile publication. — Il s’agit des tables générales des Mémoires de l'Académie de l’an VI à 1878 et des tables générales des Mémoires des savants étrangers de 1806 U 1877, publiées les unes et les autres par MM. les secrétaires perpétuels. Le monde savant applaudira à cette publication, qui fournit un fil conducteur dans de précieuses collections généralement trop oubliées.
- Pile de poche. — Une pile de haute tension de nature à rendre des services à l’électrothérapie est présentée par M. du Moncel au nom de M. Pulvermacher. Elle est formée de 70 éléments articulés entre eux et qui enroulés en hélice tiennent facilement dans une petite boîte. Chaque élément se compose d’un cylindre creux en cuivre dans lequel est placé un cylindre de cuivre enveloppé de coton. Pour actionner la pile, il suffit d’imbiber le coton d’un acide convenable par exemple d’acide chromique. Les fils conducteurs sont terminés par une sorte de ferret métallique qui peut s’engager dans l’un quelconque des trous pratiqués sur chacun des éléments. Il en résulte qu’on peut graduer l’action obtenue et tirer élément par élément la puissance du courant : il suffit pour cela de fixer le bout des fils conducteurs dans deux trous convenablement éloignés l’un de l’autre.
- Eruption volcanique. — Une lettre de M. Green, ministre des affaires étrangères d’Hawaï, informe l’Académie d’une éruption épouvantable du Mauna-Loa. La lave a commencé à couler le 5 novembre 1880 et elle ne s’esl arrêtée qu’au mois d’août 1881. C’est certainement l’éruption la plus considérable qu’on ait signalée depuis 50 ans. Au-dessus du torrent de lave on vit s’élever un nuage de vapeurs qui devint bientôt le siège de tourbillons, puis de véritables trombes d’eau. Celles-ci violemment précipitées sur la lave incandescente se reconstituaient en vapeurs, toutes prêtes à recommencer indéfiniment la même série de phénomènes. Après un parcours de 60 kilomètres, la lave était encore parfaitement fluide et au rouge blanc; on n’en voyait sortir aucune vapeur. Elle parvint au bord d’un escarpement à pic et se précipita dans un petit lac. Douze photographies furent prises de 20 minutes en 20 minutes ; et l’on y voit le comblement de la pièce d’eàu. La chute de lave a rigoureusement l’aspect des chutes d’eau.
- L'accent des sourds-muets. — M. Graham Bell ne pense pas que les sourds-muets auxquels on apprend à parler aient jamais l'accent de leur pays d’origine. Il fonde son opinion sur l’étude qu’il a faite de plus de quatre cents sourds-muets.
- Farta. — A propos des observations de M. Faye au sujet du choix du cap Horn pour y établir une station météorologique, M. Mascart rappelle que la décision a été prise par le Ministre de la Marine après consultation de l’Académie. — M. le général Favé dépose une deuxième série de manuscrits de M. Michel Chasles, destinée aux archives de l’Académie. — La solubilité du sulfate de baryte et du sulfate de strontiane dans l’acide sulfurique occupe MM. Varenne et Proust. — D’après M. le D1 Fano, l’atrophie de la choroïde a une influence directe sur l’a-
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- LA NATURE.
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- cuite de la vision. — JIM. Mallard et Le Chalellier mesurent la chaleur spécifique des gaz aux températures les plus élevées. — Une lecture de M. Davaine est relative aux maladies purulentes.
- Stanislas JIeunier.
- LES TEMPÊTES
- DU 14 OCTOBRE ET Dü 27 NOVEMBRE 1881
- Le mois d’octobre 1881 a été' assez froid et s’est fait remarquer par le petit nombre des dépressions qui ont traversé l’Europe.
- Cependant du 11 au 15 l’atmosphère a été violemment troublée dans nos régions par plusieurs minirna barométriques parmi lesquelles il en est une qui mérite d’appeler notre attention.
- Dès le 10 les basses pressions océaniennes s’étaient rapprochées de nous et une dépression bien formée se montrait sur la péninsule Scandinave.
- Le 13 au soir un tourbillon d’une grande intensité aborde l’Ecosse et le 14 au matin nous trouvons son centre près d’Aberdeen, où le baromètre descend à 735 millimètres. Le vent souffle en tempête sur l’Angleterre et dans les Pays-Bas ; l’atmosphère ne reprend un peu de calme que le 15 au soir, où le centre de la dépression se trouve vers Stockholm.
- Les dégâts causés par le vent dans les Iles Britanniques et par la mer dans les Pays-Bas sont très considérables. Cependant le gradient barométrique dans la dépression du 14 octobre ne dépassait pas sa valeur ordinaire dans les grandes tempêtes de nos régions, comme on pourra en juger par les chiffres suivants :
- Tempête du 14 octobre 1881.
- Pression le matin à Bilbao................ 764mm,9
- — — à Edimbourg................ 7219
- Différence barométrique entre les deux points,
- situés à 1430 kilomètres................ 43““,0
- D’où le gradient par kilomètre = 0mm,03.
- Tempête du 16 novembre 1878.
- Pression à 7 heures malin à Berne......... 755“'”,8
- — — au Helder....... 731““,8
- Différence barométrique entre les deux points,
- situés à 719 kilomètres................. 24“”,0
- D’où le gradient par kilomètre = 0m“,035.
- Tempête du 20 février 1879.
- Pression a 9 heures matin à Madrid........ 702““,7
- — — à Rochebonne.. . 732mm,0
- Différence barométrique entre les deux points,
- situés à 660 kilomètres....... ........ 30““,7
- D’où le gradient par kilomètre — 0m“,046.
- Ces valeurs sont encore loin de celles que l’on obtient dans les cyclones. Aux Bahamas, par exemple, le gradient du cyclone d'octobre 1866 était de 0‘nm,10 par kilomètre.
- Il n’est pas hors de propos de faire remarquer que l’on admet généralement en météorologie qu’en
- dehors du gradient la vitesse de translation du centre de la dépression barométrique a une grande influence sur la vitesse du vent.
- D’ordinaire on estime que la vitesse due au gradient est augmentée de la vitesse de translation du centre lorsque le vent souffle parallèlement à la trajectoire ou diminuée s’il souffle en sens contraire.
- Cependant quelques météorologistes n’admettent pas cette manière de voir et il est assez difficile de trancher le fait, parce que plusieurs circonstances viennent altérer la simplicité du problème dans nos dépressions d’Europe.
- On sait que la plupart d’entre elles se meuvent du S. 0. au N. E. et que ce sont par conséquent les vents d’entre S. et O. qui doivent être généralement les plus violents, et c’est ce qui arrive en effet, mais plusieurs causes y contribuent: d'abord la prédominance bien marquée des vents généraux de S. O. au-dessus de 35 degrés de latitude Nord, ensuite ce fait que dans nos pays les vents de S. 0. viennent de la mer, c’est-à-dire d’une surface unie où les mouvements de l’air sont beaucoup plus faciles et par conséquent plus violents pour un même gradient barométrique. Ensuite, il faut bieu tenir compte de cette circonstance que généralement les dépressions qui nous atteignent en Europe se rattachent plus ou moins directement à de faibles pressions situées vers le Nord-Ouest, tandis que vers le Sud se trouvent presque toujours des massifs de hautes pressions, en sorte que les différences barométriques sont beaucoup plus fortes de ce côté.
- Ces remarques théoriques présentées, nous revenons à la dépression du 14 octobre.
- M. Symons, président de la Société météorologique de Londres, a bien voulu nous communiquer l’intéressante étude qu’il a faite dernièrement sur les effets de la dépression du 44 octobre en Angleterre. Nous en extrayons les renseignements suivants.
- Les cartes d’un de ses collaborateurs, M. Har-dings, montrent que dès le 10 octobre le tourbillon existait sur l’Atlantique et que le 13 à midi, il formait une importante dépression vers le 25e degré à l’ouest de Greenwich, c’est-à-dire à 965 kilomètres de Galway. A ce moment, lien n’indiquait clairement en Angleterre l’approche d’une forte tempête, le baromètre ne descendait pas très rapidement à Valentia, et remontait encore danscertaines stations de l’Ouest de l’Angleterre.
- Dans la nuit suivante, à deux heures du matin, on constatait à Valentia le passage du minimum barométrique et à Norfolk le centre du tourbillon passait à quatre heures de l’après-midi. La courbe du baromètre, présentait cette particularité remarquée déjà dans certaines dépressions, que le minimum s’étalait sur une assez grande longueur au lieu d’offrir un point d'inflexion bien accusé.
- D’après les divers document recueillis, on peut estimer que la vitesse de translation du météore était d’environ 64 kilomètres à l’heure (c’est-à-dire la vitesse d’un train rapide).
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- La surface sur laquelle se sont produits les dégâts, sans être tout à fait extraordinaire, offre une étendue rare. Dans une grande partie de l’Irlande et du S. 0. de l’Angleterre les dégâts n’ont pas été aussi terribles, mais le long des côtes de l’Est et dans l’intérieur du pays, les dommages ont été excessifs et sur les côtes du N. 0. sans aucun précédent.
- Les maisons et les édifices ont eu beaucoup à souffrir, et cela se conçoit quand on voit qu’à Greenwich la pression du vent a atteint 76 livres par pied carré, soit 568 kilogrammes par mètre. # On signale dans plus de douze localités la destruction complète de maisons habitées, qui, il faut le dire, étaient en assez mauvais état. Les églises, malgré la solidité de leur construction, n’ont pas été épargnées, et indépendamment des clochers qui ont été renversés en plusieurs points, on cite dans le Yorkshire la destruction complète de la chapelle de Saint-Ildas, édifice assez vaste bâti il y a douze ans et dont le porche seul est resté debout. Ailleurs, une fonderie appartenant à MM. Smith et Stokers, dont cinq bâtiments ont été détruits.
- Quant aux arbres renversés on les compte par milliers ; à Sangton Dun-see cinq mille arbres ont été jetés à bas, dans le pays d’Haddington la tempête arriva comme un orage et pendant deux heures l’atmosphère fut remplie de débris, de petits rameaux et de branches ; le nombre des arbres arrachés dans deux localités s’élève à trente ou quarante mille.
- M. Symons examine si cette tempête a été plus violente que celles qui l’ont précédée, et fait remarquer combien ce point est difficile à éclaircir. Les appréciations personnelles varient avec l’âge, l’expérience de l’observateur. Les anémomètres, lorsque les instruments sont les mêmes et leurs positions identiques, ne peuvent pas renseigner avec certitude à cause des coefficients de frottement, qui ne restent pas constants ; les’ dégâts causés sur la végétation dépendent de diverses circonstances, comme l’humidité, le degré de ténacité du sol, et paraissent d’autant plus considérables lorsqu’il s’est écoulé un peu longtemps depuis la dernière tempête. La chute d’un clocher bâti en 1830 et la pression du vent notée à Greenwich, qui est la plus forte que
- l’on y ait observée, permettent seulement de croire que la tempête du 14 octobre dernier a été la plus violente des cinquante dernières années.
- Quelque temps après ce terrible ouragan, l’Ouest de l’Europe a été éprouvé de nouveau le 28 novembre par une'autre tempête très violente. Malheureusement les renseignements nous manquent pour savoir si elle a causé plus de dégâts «pie la précédente.
- Dans la journée du samedi 27, un tourbillon aborde l’Irlande; il augmente notablement d’intensité dans la soirée, et amène dans tout l’Ouest de l’Europe une forte tempête qui atteint sa plus grande violence dans la nuit du samedi au dimanche. A celte date le baromètre marque 708‘",u,9 à Storno-way, chiffre remarquablement faible. Sur la haute Italie on trouve encore des pressions supérieures à 765 millimètres, en sorte que la différence entre ces deux régions atteignait 57mm,7, ce qui donne un gradient de 0mm,035.
- Le lendemain 28 le centre de la dépression s’est éloigné et se trouvait au N. de l’Ecosse, où le baromètre marquait seulement 719lim,6; les vents restent encore très forts sur une partie de la Manche et de l’Angleterre. Enfin le 29 la tempête se calme, le centre de la dépression s’étant éloigné vers la Laponie en se comblant.
- Cette dépression a fait bien plus sentir ses effets en France que celle du 14 octobre, bien que les gradients fussent à peu près les mêmes. On en trouve la raison dans ce fait que le cercle d’action du météore s’est beaucoup plus étendu sur nos régions; l’isobare de 760 qui passait à Clermont le 14 avait été refoulé jusqu’à Marseille le 27 novembre.
- Cette dernière tempête a occasionné des dégâts assez importants à Paris. On a signalé en plusieurs points des échafaudages et des clôtures renversés, mais la violence du vent a surtout produit ses effets sur nos côtes, et en particulier au Havre, où un des phares de la jetée a été détruit par la mer.
- Léon Teisserenc de Bort.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Carlo du temps le U octobre 18S1 au matin.
- Paris. — Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras.
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- K* 447. — 24 DÉCEMBRE 1881.
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- LE SASSEUR ÉLECTRIQUE SYSTÈME OSBORNE ET SMITH
- Si l'on'mesure l’importance d’un procédé indus- est applicable, on peut certainement dire que l’ap-
- triel à la quantité de matières à laquelle le procédé pareil dont nous voulons exposer le principe est ap-
- Fig. 1. Vue d’ensemble du sasseur électrique de MM. Osborne et Smith. (D-après l’appareil qui a fonctionné à l’Exposition internationale
- d’Électricité.)
- pelé à jouer un grand rôle économique si, comme il est permis de le croire d’après les expériences faites jusqu’ici, on peut réaliser par son emploi quelques économies sur les procédés antérieurs.
- On sait que le blé sortant des meules porte le nom de boulange. Il se compose d’un mélange de son, de fine farine ou fleiir et de gruaux.
- La séparation du son, de la Heur de farine et des gruaux s’opère dans une bluterie. Pour séparer le son, on met à profit sa différence de densité en 10* année. — 1er semestre.
- opérant la séparation par ventilation. Mais par ce procédé, on enlève la lleur en même temps que le son.
- > Le sasseur électrique de MM. Th. B. Os-bornç et Kings-land Smith opère la séparation des farines et du son dans des conditions toutes différentes et avec des avantages que nous ferons ressortir après avoir fait connaître le procédé et les appareils. C’est, croyons-nous, ht pretnière application industrielle de -l’électricité statique, et à ce titre seul le procédé présenterait déjà
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- Fig. 2. Vue d'un rouleau en ébonite électrisé.
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- un très grand intérêt à hauteur de son importance.
- La figure 1 représente l’ensemble du sasseur électrique, et la ligure 2 un rouleau isolé de l’appareil.
- Cet appareil se compose d’un tamis horizontal animé d’un mouvement rapide de va-et-vient, sur lequel tombe la boulange à une de ses extrémités. Au-dessus de ce tamis sont disposés les rouleaux de triage au nombre de vingt-quatre, disposés en huit groupes de trois sur le même axe. Ces rouleaux sont en ébonite ou caoutchouc durci; ils ont 15 centimètres de diamètre, 25 centimètres de longueur, et tournent à une vitesse d’environ 55 tours par minute à l’aide d’une transmission à engrenages. Pendant leur rotation, ils frottent contre des excitateurs en laine, des peaux de mouton, par exemple, fixées sur des traverses à la partie supérieure de chaque cylindre. Le frottement électrise ces rouleaux, et comme les particules de son surnagent au-dessus de la farine par suite des trépidations imprimées au tamis, ces particules légères sont attirées par les cylindres d’é-bonite contre lesquels elles s’appliquent. La farine et les gruaux tombent à travers le tamis. Quant au son, lorsqu’il arrive à la partie supérieure des cylindres, les peaux de mouton jouent le rôle de brosses, elles le font tomber dans des petits canaux latéraux, d’où il est déversé dans une gouttière commune, et finalement, poussé par une vis d’Archimède, il vient tomber en tas à l’extrémité de l’appareil. Le son enlevé par les rouleaux électrisés est franc de toute matière farineuse, tandis que le système à air entraîne de 5 à 8 pour 100 de fine farine dans la chambre à poussière où se recueillent les déchets.
- Un appareil de 2 mètres carrés de tamis, dépensant un demi-cheval vapeur, pourrait purifier par heure de 200 à 300 kilogrammes de boulange, suivant sa nature; il s’applique aussi bien aux blés tendres qu’aux blés durs, et permet de traiter même les poussières les plus fines.
- Il y aurait donc à la fois économie de force motrice et meilleur rendement, l’espace occupé par le sasseur électrique serait aussi moins grand que celui occupé par les bluteries ordinaires; enfin, on supprimerait toute production de poussière et les nombreux inconvénients qui en résultent, comme les affections du poumon chez les ouvriers, et surtout les dangers d’incendie ou d’explosion, comme à Glascow, en 1872, et à Saint-Louis, en 1881.
- On comprend toute l’importance que présente le procédé pour la meunerie américaine, dont la production en farine dépasse aujourd'hui celle de l’Autriche-Hongrie, qui était restée jusqu’à présent le principal centre de cette industrie1.
- Si les résultats économiques sont tels qu’on les annonce, on peut penser que l’importation de la farine américaine va remplacer bientôt celle du blé en Europe, et il n’est pas inutile de faire remarquer
- 1 Voy. la Nature, n° 429 du 20 août 1881, p. 186.
- que cette révolution commerciale aura eu pour origine une application de l’électricité statique.
- LA CAMPAGNE DE DRAGAGES
- DU « TRAVAILLEUR >
- DANS LA MÉDITERRANÉE ET DANS l’aTLANTIQUE, EN 18S1
- En 1880, nous avons rendu compte dans la Nature des résultats obtenus par la Commission scientifique chargée d’explorer les grandes profondeurs du golfe de Gascogne. Cette année M. le Ministre de l’Instruction publique, comprenant l’importance de semblables recherches, au point de vue du progrès des sciences naturelles et de la physique du globe, s’est entendu avec son collègue de la marine pour que le Travailleur fut encore une fois mis à notre disposition. L’expédition devait d’abord être limitée à la Méditerranée, mais elle a aussi été étendue à l’Océan. M. Milne Edwards, comme président de la Commission des missions, avait pris soin d’organiser l’expédition. Les naturalistes qui devaient s’embarquer étaient :
- MM. A. Milne Edwards, de l’Institut, vice-président ;
- de Folin, directeur du journal lès Fonds de la mer ;
- L. Vaillant, professeur au Muséum ;
- E. Perrier, professeur au Muséum ;
- Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille ;
- Fischer, aide-naturaliste au Muséum.
- M. le docteur Viallanes avait été adjoint à la Commission à titre d’auxiliaire.
- Afin de rendre plus certaine la réussite de cette campagne, M. le Ministre de la Marine avait bien voulu confier encore le commandement du Travailleur à M. le lieutenant de vaisseau E. Richard, qui, l’année précédente, avait dirigé l’expédition, et qui, depuis cette époque, n’avait pas cessé d’étudier la question des dragages à de grandes profondeurs.
- M. Richard a rendu à la Commission de grands services, car l’expérience qu’il avait acquise et les recherches qu’il avait faites lui ont permis d’organiser l’outillage du Travailleur d’une manière à la fois simple et pratique, et de régler les manœuvres avec une précision que nous avons souvent admirée. C’est d’ailleurs avec une véritable satisfaction que nous remercions les officiers de marine de l’ardeur avec laquelle ils nous ont aidés dans nos travaux. M. Jacquet et M. Villegente, qui, en 1880, étaient à bord du Travailleur, avaient tous deux été nommés depuis cette époque lieutenants de vaisseau ; leur nouveau grade les appelait à de nouvelles fonctions ; mais ils ont tenu à poursuivre une tache qu’ils avaient si bien commencée l’année précédente, et ils ont continué leur service à bord.
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- M. Bourget, enseigne de lre classe, et M. Bangé ont été aussi pour nous des collaborateurs précieux, et nous sommes heureux de proclamer au retour, que pendant cette longue navigation un même esprit n’a cessé d’animer les membres de la Commission scientifique et. les officiers de la marine, l’entente la plus cordiale a présidé à leurs relations, et si nous avons pu, malgré l’état de la mer et dans des conditions de navigation parfois difficiles, multiplier nos investigations, nous le devons en majeure partie au zèle des officiers, qui n’ont jamais hésité à doubler leurs heures de service et à surmonter bien des fatigues pour arriver à utiliser tous les moments pendant lesquels des recherches pouvaient être faites, car chaque fois que les circonstances étaient favorables on draguait jour et nuit.
- Le Travailleur avait été muni dans le port de Rochefort d’un outillage excellent et M. le vice-amiral de Jon-quières d’abord, puis M. le vice-amiral Véron, préfets maritimes , n’avaient rien négligé pour assurer le succès de notre expédition. Je n’ai pas à décrire ici le Travailleur, j’ai déjà donné à son sujet dans mon précédent rapport des détails suffisants, il me suffira de rappeler que c’est un aviso à roues actionné par une machine de 150 chevaux, muni pour le service des dragages et sondages d’une chaudière locomobile de la force de 16 chevaux placée sur le pont et d’un treuil à vapeur pourvu de tambours de diverses grosseurs sur lesquels s’enroulent les lignes de drague ou les courroies destinées à mettre en mouvement l’appareil de sondage. Grâce à l’expérience acquise l’année dernière, les sondages ont été faits avec une grande précision à l’aide du fil d’acier désigné sous le nom de corde à piano et mesurant environ 5 millimètres de circonférence. Le poids du kilomètre de fil n’atteint pas 7 kilogrammes et sa résistance à la rupture est de 140 kilogrammes. On ne chargeait pas le sondeur au delà de 25 kilog. et l’on obtenait une vitesse de déroulement de 175 mètres par minute, ce qui permettait d’atteindre en 20 minutes un fond de 5500 mètres. Un compteur recevant le mouvement d’une vis excentrique à l’axe enregistrait chacun des tours de la bobine sur laquelle le fil était enroulé. Le nombre
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- des révolutions de la roue multiplié par la circonférence moyenne des tours de fil d’acier donnait la profondeur. C’est sir W. Thomson qui le premier a imaginé cet excellent procédé de sondage ; il a été employé d’abord par le capitaine Belknap, commandant le Tuscaroa, de la marine des États-Unis, dans une série de sondages reliant San Francisco au Japon, puis par le commandant Sigsbey, à bord du Blake, où M. A. Agassiz faisait ses recherches zoologiques. Aujourd’hui la Charente, navire de l’État destiné à la pose de nos câbles électriques sous-marins, fait usage de ce système. Le sondeur que nous avons employé appartenait au même modèle que celui de la campagne de 1880, mais il avait été modifié de façon à toujours assurer le déclanchement des poids de fonte dont on est obligé de le charger afin d’en activer la descente (fig. 2) L
- Le matériel de dragage se composait de quatre grandes dragues en fer galvanisé, garnies de deux filets emboîtés et protégés par une chemise de toile à voile ; de quatre petites dragues dont l’une d’elles était munie en avant d’un râteau destiné à fouiller la vase ou le sable et à ramener ainsi dans la poche de la drague, les coquilles et les animaux qui vivent enfouis; de deux dragues construites par les soins de M. de Folin, et qui, à l’aide d’un mécanisme particulier, descendaient fermées et ne s’ouvraient que quand elles étaient arrivées sur le fond.
- Les dragues ne ramènent que rarement de grands animaux ; elles se remplissent rapidement de sable ou de vase, et frottant lourdement sur le fond, elles brisent et mutilent souvent les récoltes. Aussi en 1880 avions-nous trouvé un grand avantage à nous servir du chalut, mais la manœuvre de ces filets devient presque impossible à une grande profondeur, parce qu’ils ne tombent pas toujours du côté convenable, parce que la poche du filet se retourne et par d’autres causes qu’il serait superflu d’énumérer ici. Aussi après avoir passé plusieurs heures à immerger cet instrument, nous est-il arrivé plus d’une fois de le relever tout à fait vide. M. É* Bichard, pour remédier à ces inconvénients, avait fait construire
- 1 Voici la description de ce tube sondeur à déclanchement : F est un tube de métal dans lequel glisse une pièce en fer A
- jpm,—
- Machine
- Fig. 1. Plan de l'arrière du Travailleur.
- S. Bobine sur laquelle s’enroule le fil d’acier de sondeur. Elle est mise en mouvement par la courroie du treuil à vapeur placé en arrière. — C. Chaudière du treuil à vapeur. — C'. Poulie et accumulateur destinés à diriger le fil et à amortir les secousses provenant du mouvement du bateau. — B. Bobine sur laquelle était enroulée la petite ligne destinée à l’immersion des bouteilles à eau. — D. Tiges en fer sur lesquelles était enroulée la ligne des dragues. — P. Poulie de bronze située à l’arrière et sur laquelle glissait la ligne de drague quand on remontait celle-ci. — T. Treuil destiné à relever la ligne de drague.
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- LA NAT U HE.
- un grand chalut, dont la bouche était maintenue béante par une armature spéciale de façon à se bien présenter de quelque côté que l’appareil tombât sur le fond ; de larges patins de bois disposés en avant lissaient sur la vase en empêchant le filet de s’y enfoncer. Ce chalut pouvait balayer un espace d’environ 7 mètres de large et nous lui devons de superbes récoltes. Deux autres chaluts plus petits, plus légers et d’un maniement plus facile, avaient été construits sur le même modèle et ont été d’un emploi courant. Enfin une grande toile attachée à une pièce de bois était couverte de fauberts, de filets, et devait balayer le lit de la mer; mais ce dernier instrument ne nous a rendu que peu de services et nous avons renoncé à son usage, préférant attacher simplement de gros paquets d’étoupes, soit à une corde, soit aux côtés ou à l’arrière des dragues.
- Devant opérer à de très grandes profondeurs, et en prévision des accidents inévitables, le Travailleur avait été muni de plus de 15 000 mètres de lignes de drague variant entre 7 centimètres 1/2 et 6 centimètres de circonférence. Nous avions aussi près de 10 000 mètres de lignes plus faibles et disposées sur de grosses bobines. Enfin beaucoup d’autres cordes avaient été embarquées en prévision des besoins de l’expédition.
- Ces lignes de dragues ont en général bien fonctionné, mais elles sont encombrantes ; elles s’immergent et ne se relèvent que lentement, il nous fallait près d’une heure pour en enrouler 1000 mètres, et leur résistance à la traction était très limitée.
- Quand la drague était très chargée ou lorsqu’elle s’engageait dans les rochers, il fallait procéder avec des précautions qui retardaient beaucoup l’opération. 11 y aurait grand avantage à employer, comme l’ont fait les Américains, un câble enfil d’acier d’une circonférence de 28mm,50, qui ne se rompt que sous une charge de près de 4 tonnes. Ce câble, enroulé sur un vaste tambour mu par la vapeur, s’enfonce avec une très grande vitesse et remonte de même. Aussi peut-on dans
- Fig. 2. Tube sondeur à déclanchement.
- un court espace de temps multiplier beaucoup les dragages et ramener des charges plus lourdes sans crainte de rupture. Ce câble d’acier présente pour les dragages la même supériorité sur la ligne de chanvre, que pour les sondages la corde de piano sur les cordes ordinaires. Si une autre expédition s’organise, il y aurait de très grands avantages à modifier dans ce sens l’outillage que nous avons employé.
- Les thermomètres de Milier-Casella, dont nous nous sommes servis, quelque bien protégés qu’ils soient par une enveloppe de cuivre, sont d’un maniement délicat à cause de leur fragilité, et ils ne donnent que des maxima ou des minima; de façon que pour avoir avec certitude la température du fond, il faut en étager plusieurs à des profondeurs graduées. Il faut amsi éviter avec soin les secousses qui pourraient faire glisser les curseurs. Notre savant confrère M. Bréguet, pour remédier à ces inconvénients, a imaginé un instrument beaucoup plus parfait qui pourra fournir à un moment donné la température exacte de la couche d’eau où il sera placé. Cet appareil est en voie de construction et nous espérons en faire usage dans d’autres circonstances.
- L’année dernière nous n’avions aucun appareil pour puiser de l’eau à diverses profondeurs; cependant il y avait un grand intérêt à savoir si la composition de ce liquide variait suivant la couche dans laquelle il était puisé. Les bouteilles à eau employées à bord du Challenger et à bord du Blacke n’auraient pu être construites dans le court espace de temps dont nous disposions, aussi M. E. Richard, aidé de M. Yillegente, a-t-il dû étudier d’une manière toute particulière cette question, et le plan qu’ils ont dressé a été réalisé avec beaucoup de succès dans l’arsenal de Rochefort. C’est ainsi que nous avons eu à notre disposition six de ces bouteilles à eau dont nous avons reconnu les bonnes qualités (fig. 3)1.
- Nous avons toujours eu soin de prendre à une
- sur laquelle sont pratiquées deux encoches B, B destinées à recevoir le fd métallique supportant les poids de lest ; elle porte à sa partie intérieure des ergots D,D qui glissent dans des rainures pratiquées dans le tube. En haut du tube se visse une pièce ogivale en bronze percée pour le passage de la tige A. En bas se visse également une boîte cylindrique en bronze, prolongeant le tube et portant à sa partie inférieure deux clapets f, f s’ouvrant en ailes de papillon de bas en haut. Chacun de ces clapets est pourvu d’un mouvement de sonnette. Les branches t sont verticales lorsque les clapets sont fermés et horizontales quand ils sont ouverts.
- Les poids dont on charge le sondeur ont la forme de disques a b percés d’un trou central ; les uns pèsent 23 kilogrammes, les autres 10 kilogrammes seulement. Deux rainures
- pratiquées suivant deux génératrices opposées reçoivent le fd de suspension.
- Pour faire fonctionner le sondeur on le suspend par l’anneau C. Les poids de lest sont enfdés sur le tube et y sont maintenus par le fd de fer qui se capèlc dans l’encoche B. Quand le tube touche le fond, la tige A s’enfonce en vertu de son poids ; le fd de fer est décroché et les poids sont rendus libres; le sondeur reste seul attaché au fd. Les disques de lest, en glissant le long du tube, brisent les tils qui tiennent les soupapes relevées, ils abaissent celles-ci et ferment l’orifice intérieur de manière à y retenir la vase qui est entrée dans le tube. On remonte alors le sondeur en abandonnant les poids.
- 1 Nous donnons ici la description de cet appareil : ,
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- même station des échantillons d’eau à des profondeurs diverses, nous avons noté la densité et la température afin que l’on puisse en comparer la composition et particulièrement le degré de salure. Ces échantillons ont été remis à M. Bouquet de la Grye, qui a bien voulu se charger de leur analyse.
- Ainsi muni de tout ce qui était nécessaire aux recherches scientifiques, le Travailleur quitta Ro-chefort le 9 juin, pour n’y rentrer que le 19 août. Pendant ces soixante-dix jours de navigation où nous avons parcouru plus de 2000 lieues marines, nous n’avons relâché que le temps strictement nécessaire pour embarquer du charbon et des vivres, à Cadix, Marseille, Villefranche, Ajaccio, Oran, Tanger, Lisbonne et le Ferrol ; tout notre temps a été employé à faire des sondages et des dragages, mais nous ne parlerons d’abord que de ceux qui ont été effectués dans la Méditerranée, pour nous occuper ensuite de ceux de l’Océan.
- Les premières recherches méthodiques faites à une certaine profondeur dans la Méditerranée datent de 1841, et sont dues au naturaliste Edward Forbes, qui les limita c à la mer Égée, et ne poussa ses investigations qu’à 400 mètres environ. Il conclut de ses observations qu’à mesure que l’on descend plus bas, les animaux deviennent de plus en plus rares et que bientôt la vie s’éteint dans les abîmes. Les conditions particulières de la région géographique étudiée par Forbes expliquent peut-être les résultats qu’il a obtenus, mais ils ne pouvaient être généralisés comme donnant la loi de la distribution des êtres, et les découvertes faites en 1861, à l’occasion de la rupture du fil télégraphique immergé entre Bone et Cagliari, montrèrent qu’à plus de 2000 mètres un assez grand nombre d’animaux vivaient dans la Méditerranée, qu’ils
- A. Partie ogivale vissée sur le tube TT. Elle renferme (fig. 3) :
- 1° Un canal a a, serrant pour l’amarrage de l’appareil sur la ligne d’immersion.
- 2° Un logement pour la clef K d’un robinet. Cette clef B est manœuvrée à l’aide d’un long levier C, qui peut être mis de la position verticale représentée dans la figure jusqu’à l’horizontale, c’est-à-dire de 90 degrés de bas en haut et inversement. Un petit arrêt, fixé sur la partie ogivale A et qui n’est pas figuré ici, ne permet pas au levier C de dépasser la position horizontale.
- 3° Un conduit central pour le passage de la tige t de la soupape s.
- 4° Un petit canal b complétant le robinet et formant la continuation du canal de la clef B, lorsque le robinet est ouvert, c’est-à-dire lorsque le levier C est horizontal.
- d est une crépine destinée à prévenir l’engorgement du robinet, dans le cas où l’appareil reposerait sur le fond.
- La clef B est munie en e d’une cavité pratiquée dans le métal et formant une gorge dont les bords viennent se raccorder avec le corps de la clef, par une légère courbure. Sans entrer dans les détails de construction, on peut dire que la cavité c est disposée de telle sorte, que dans le mouvement du robinet elle se présente devant la tige t de la soupape s, dès que la fermeture du robinet est déterminée par le levier C.
- appartiennent à des espèces réputées très rares ou qui avaient échappé auparavant aux recherches des zoologistes, et que quelques-unes ne paraissaient pas différer spécifiquement de certaines espèces fossiles des terrains tertiaires supérieurs du même bassin. Ces faits, bientôt confirmés par d’autres observateurs, devinrent le point de départ d’études très sérieuses faites sur divers points du globe et qui sont trop bien connues pour qu’il soit utile d’y insister. Je rappellerai seulement qu’en 1870 le navire anglais le Porcupine fit le long de la côte septentrionale de l’Afrique jusqu’à la Sicile une série de sondages. « La drague fut plongée à chaque station, mais avec si peu de résultats que le docteur Car-penter fut amené à en conclure que le fond de la Méditerranée, au delà de quelques centaines de brasses, est à peu près dépourvu d’êtres vivants. Les conditions ne sont cependant pas absolument incompatibles avec l’existence de la vie animale, puisqu’à la plupart des stations quelques formes vivantes ont été prises, mais elles lui sont certainement singulièrement défavorables1 ». En 1875, M. Marion fit exécuter au large de Marseille des dragages qui lui fournirent au contraire de nombreuses espèces appartenant à des groupes très variés; mais, dans ses recherches, il ne dépassa pas 350 mètres.
- Les grands fonds restaient donc presque inexplorés, et c’est à leur étude que nous avons consacré une partie du mois de juin et tout le mois de juillet. Souvent dans le cours de nos opérations, nous avons dû * abandonner des régions qui nous semblaient intéressantes à étudier, pour éviter les nombreux câbles télégraphiques sous-marins qui vont de France en Algérie et en Corse, d’Espagne aux Baléares et de Gi-
- T, T, corps de la bouteille, formé par un tube épais, fermé à ses deux extrémités par les plaques métalliques D, D.
- Chacune de ces plaques porte une soupape s et est percée en sa partie centrale d’un conduit pour la tige t et de petits canaux f, f, que la soupape s, dans son mouvement, obture ou laisse ouverts.
- Cette soupape s comprend :
- 1° Un petit dôme h servant de guide à la tige t. Ce dôme est fixé sur la plaque D.
- 2° Tige t.
- 5° Une rondelle de caoutchouc vulcanisé souple, appliquée avec une rondelle métallique faisant corps avec la tige t.
- Cette rondelle de caoutchouc lorsqu’elle est appliquée fortement sur la plaque D, produit l’obturation des canaux f,f.
- 4° Enfin un ressort à boudin r est d’une part fixé à la tige t, et d’autre part s’appuie sur la plaque D. On voit donc que l’effort du ressort r ferme la soupape s, lorsque la tige t est libre, ce qui a lieu quand le robinet étant fermé, la cavité e est vis-à-vis la tige t, quand, au contraire, le robinet est ouvert, la tige t n’étant plus en regard de la cavité e, est repoussée par la clef du robinet et la soupape est ouverte malgré l’antagonisme du ressort r.
- 1 Wyville Thomson. Les Abîmes de la mer. Traduction de Loriot, 1875, page 160.
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- braltar à Malte; cependant le Travailleur, indépendamment de nombreux sondages, a donné dans la Méditerranée plus de 50 coups de drague dont quelques-uns ont dépassé 2600 mètres.
- Nous avons aussi recueilli beaucoup d’observations et de riches collections qui ont été mises à l’étude aussitôt après notre retour.
- M. L. "Vaillant s’est chargé de l’examen des Poissons et des Spongiaires, M. E. Perrier s’est occupé des Échinodermes ; M. Marion de tous les autres Zoophytes et des Annéüdes, M. P. Fischer des Mollusques, M. le Dr Jullien des Bryozoaires, M. Ter-quem des Ostracodes, M. de Folin et M. Schlum-berger des Foraminifères et des Radiolaires, M. Certes des Infusoires et de quelques autres Protozoaires; je me suis réservé l’étude des Crustacés. M. Stanislas Meunier a déterminé quelques-unes des roches arrachées au lit de la mer par la drague; enfin M. Pé-rier, professeur à l’Ecole de médecine et de pharmacie de Bordeaux, doit analyser les échantillons des fonds. Dans le compte rendu sommaire que je présente aujourd’hui, je ne fais qu’indiquer les résultats obtenus par les naturalistes dont je viens de citer les noms ; il sera donc facile de reconnaître la part qui revient à chacun d’eux.
- De même que l’année dernière nos dragages ne nous ont donné que de rares Poissons ; cependant tout semble indiquer que ces animaux vivent assez communément dans les grandes profondeurs, mais les engins dout nous avons fait usage sont peu appropriés à cette pêche et ne permettent pas de capturer des animaux aussi agiles. Parfois cependant quelques Poissons qui avaient mordu comme un appât les paquets d’étoupe attachés à la drague y restaient suspendus et étaient ramenés à la surface. C’est ainsi que nous avons prisa des profondeurs ne dépassant pas 450 mètres, le Phycis mediterranea, plusieurs exemplaires de Plagusia lactea, espèce fort rare de Pleuronecte. Enfin à quelques milles de Marseille, par 1068 mètres, les fauberts ont ramené un Argyropelecus hemigymnus.
- Un grand nombre de Crustacés qui n’étaient connus que dans l’Atlantique habitent aussi les abysses de la Méditerranée. Nous avons constaté la présence du Lispognathus (Dorynchus) Thomsoni (Norman), si abondant dans la golfe de Gascogne, du Geryon que nous avions déjà pêché dans la vallée sous-marine du nord de l’Espagne, qui doit être distingué du G. tridens de Norvège et auquel nous avons donné le nom de G. longipes, de YEbalia Nux (Norman), du Cymonomus (Ethiisa) granulatus (Norman), de la Munida tenuimana (Sars), du Calocaris Macandreœ (Bell), du Lophogaster typi-cus (Sars). Au large de Toulon, par 455 mètres, nous avons pris deux Oxvrhynques nouveaux, l’un appartenant au genre Heterocrypta de Stimpson (H. Marionis, A. M. E.), qui ne comptait jusqu’à présent que trois espèces dont deux sont propres à l’Amérique, et la troisième à la Sénégambie. Le second n’est pas très éloigné des Amathia, nous
- l’avons appelé Ergasticus Clouei, pour rappeler à la fois le nom de notre navire1 et celui de l’amiral Cloué, dont le concours a été des plus utiles à notre expédition. A la même profondeur, au large de Planier, nous avons recueilli une nouvelle espèce du genre Galathodes, si abondamment représenté dans les grands fonds de la mer des Antilles et dont nous avions constaté la présence en 1880 dans le golfe de Gascogne. Ce Galathodes (G. Marionis), de môme que ses congénères, est aveugle; ses yeux existent mais n’ont pas de pigment.
- Parmi les Mollusques, quelques espèces remarquables, draguées par 550 mètres, en vue de Marseille, méritent d’être citées : telles sont la Phola-domya Loveni des côtes de Portugal, la Limopsis aurita, la Terebratella septata, du terrain pliocène de Sicile, et une espèce nouvelle de JSassa. Entre 500 et 2600 mètres, il se forme sur certains points d’énormes amas de coquilles vides de Ptéropodes et d’Hétéropodes pélagiques, au-dessus d’un lit de vase très fine où vivent des JSucula, Syndesmya, Leda, Nassa, Siphonentalis, Dentalium ; dans les fragments de bois coulés sont logés des Xylophaga dorsalis qui attaquent souvent la gutta-percha des câbles télégraphiques. Sur les côtes du Maroc nous avons recueilli la Modiola lutea découverte en 1880 dans le golfe de Gascogne. Enfin les sables et les boues du littoral barbaresque sont remplis de petites Marginelles qui caractérisent les fonds coquilliers de l’Espagne et du Portugal.
- L’étude des Bryozoaires des grands fonds a été jusqu’à présent presque complètement délaissée, aussi M. le docteur Jullien a-t-il trouvé dans les récoltes que nous avons faites beaucoup d’espèces remarquables et qui établissent un passage entre la faune de la Méditerranée et celle de l’Océan. Quelques-unes n’étaient, encore représentées que par des formes considérées comme propres aux terrains crétacés.
- Les Cœlentérés comptent quelques types intéressants et leur étude a révélé des faits qui méritent d’être mentionnés; les Zoanthaires malaeodermés n’ont fourni qu’un grand Ilyanthus à longs tentacules non rétractiles. Les Coralliaires sont peu nombreux. La Caryophyllia clavas a été prise jusqu’à 500 mètres de profondeurs, la Dendrophyllia cor-niyera s’est montrée au large d’Ajaccio, formant des bancs à 540 mètres; sur ses rameaux étaient fixées quelques Garyophyllies identiques à celles recueillies dans l’Atlantique par le Travailleur. Plusieurs Desmophyllum crista Galli semblables aux échantillons du golfe de Gascogne ont été recueillis d’autre part par la Charente, au sud de Planier, sur le câble télégraphique par 450 mètres; ils étaient associés à la Caryophyllia clavus et à la Caryophyllia electrica (A. M. Ldvv.) que Duncan a redécrite récemment sous le nom de C. Calveri. La station coralligène du cap Sicié (50 à 80 mètres) abrite de nombreuses Annélides mais presque toutes
- 1 De epyxsTtxoi, travailleur.
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- ont déjà été signalées au large de Marseille ; l’une d’elles, la Serpula crater, a été retrouvée sur le câble télégraphique jusqu’à 1800 mètres de profondeur. Nous signalerons aussi un petit Géphyrien qui jusqu’ici semblait étranger à la Méditerranée, YOcnesoma Stenstrupii, le compagnon ordinaire du Brisinga dans l'Atlantique.
- A deux reprises différentes la drague a ramené des échantillons de Brisinga, peu nombreux il est vrai et de faibles dimensions relativement à ceux de l’Océan, mais la présence dans la Méditerranée de cette magnifique Étoile de mer que l’on avait cru jusqu’ici propre aux régions froides et profondes de l’Océan est un fait complètement inattendu. Nos Brisinga ont été pêchées entre 550 et 2660 mètres. Nous citerons également YArchaster bifrons, que l’on croyait spécial à l’Atlantique et un Asterias d’espèce nouvelle (A. Bichardi, Perrier), trouvé par 540 mètres et jouissant de la faculté de se reproduire par la division de son corps en deux parties.
- Pendant toute la campagne nous avons recueilli des échantillons des fonds qui ont été traités par l’acide osmique et placés dans des tubes bien fermés pour être ensuite soumis à l’examen de M. Certes; il était en effet intéressant de chercher si dans les grandes profondeurs vivaient des infusoires semblables ou différents de ceux de la surface. Ces organismes ne s’y sont pas rencontrés ; les Rhi-zopodes mous ou à carapace chitineuse qui se trouvent à la surface de la mer sont rares, enfin l’examen des plus fines granulations n’a jamais révélé l’existence de Bactéries ou d’autres Microbes. Un sondage fait entre Nice et la Corse, à 2660 mètres, a fourni plusieurs petits Actinophrys.
- L’étude des Foraminifères est loin detrc achevée, mais les résultats déjà obtenus montrent la variété des espèces et la présence de nombreux types océaniens et de formes connues à l’état fossile. Un Fora-minifère entre autres présente un grand intérêt, parce que dans le jeune âge il revêt les formes d’une Cristeltaria et plus tard celles d’une Nodosaria. M. Schlumberger l’a décrit sous le nom d’Amphi-coryna Edwardsii.
- Les Spongiaires des grands fonds sont très peu abondants. Au delà de 600 mètres et jusqu’à 2660 ils n’étaient représentés que par des Tetilla et par YHoltenia Carpenteri; cette dernière espèce se rapproche beaucoup plus de la surface dans la Méditerranée que dans l’Océan; nous en avons constaté la présence par 507 mètres, au large de Toulon, et dans cette zone elle se rencontre avec certains représentants de la faune littorale tels que le Polymastia mamillaris et le Tethya lyncurium.
- Les recherches faites par le Travailleur montrent que les abîmes de la Méditerranée ne sont pas aussi peuplés que ceux de l’Océan, et si on en cherche la raison on croit la trouver dans la nature des fonds et dans les conditions de température des nappes inférieures de l’eau.
- Les grands fonds sont couverts d’une épaisse
- couche de vase grisâtre, qui est peu favorable au développement de la vie; nulle part nous n’y avons rencontré de rochers, de pierres ou de graviers, les Annélides tubicoles, les Polypiers et tous les êtres qui leur font cortège ne trouvent pas à se fixer. C’est ainsi qu’il faut expliquer leur rareté; car si un corps résistant séjourne pendant quelque temps au fond, il ne tarde pas à se couvrir d’animaux. C’est ce qui a été observé sur le câble allant de Sardaigne en Algérie et relevé en 1861. C’est ce qui plus récemment a été constaté par les ingénieurs du télégraphe embarqués sur la Charente; nous devons à leur obligeance des Polypiers et des Annélides recueillis sur le câble sous-marin entre la Provence et la Corse à une profondeur de 500 et 1800 mètres.
- La température des couches inférieures de la Méditerranée doit être peu favorable à la vie des animaux; elle est d’une constance parfaite. Nos observations très multipliées confirment entièrement celles qui avaient été faites à bord du Porcu-pine, sur d’autres points du bassin méditerranéen. Nous avons vu que variable dans les couches supérieures la température au-dessous de 200 à 250 mètres était uniforme à toutes les profondeurs. Ainsi à 250 mètres ou à 2600 mètres, nous avons trouvé -|-15° avec une variation insignifiante de quelques dixièmes de degré. Il y a donc là une immense nappe d’eau presque immobile; les marées n’existent pour ainsi dire pas dans la Méditerranée et n’agitent même pas la surface ; les grands courants froids qui coulent au fond de l’Océan, du pôle vers l’équateur, ne peuvent pénétrer dans le bassin méditerranéen ; ils s’arrêtent au seuil du détroit de Gibraltar, qui forme pour eux un barrage infranchissable. Par cette étroite ouverture, sort au contraire un courant profond, mais chaud, dû à la salure plus grande des eaux de la Méditerranée, résultant de l’évaporation rapide qui se produit dans ce grand bassin, évaporation que ne compense pas l’afflux des eaux douces déversées par les fleuves. Ce courant profond entraîne donc des eaux à la température de 13°; un courant en sens inverse s’établit à la surface pour relever le niveau de la mer, mais il n’amène que des eaux dont la température est relativement élevée. Ces faits montrent que les animaux des profondeurs de l’Océan ont à vaincre les plus grandes difficultés pour s’introduire dans la Méditerranée, car non seulement ils y trouvent de mauvaises conditions d’existence, mais il leur faut aussi remonter un courant rapide ou profiter des remous qui doivent s’établir près des bords du détroit. Cependant quelques-uns ont pu y pénétrer; mais ils ne s’y développent pas avec autant de puissance que dans l’Océan; ils restent de petite taille et jamais on ne les rencontre en grande abondance. C’est ce que nous avons constaté pour la Brisinga, le Cymonomus Thomsoni, YEthusa granvlata, la Munida tenuimana, le Lophogaster typicus etc.; il est aussi à remarquer que généralement ils occir-
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- pent dans la Méditerranée un niveau supérieur à celui auquel ils vivent dans l’Océan.
- Il résulte aussi de nos recherches que la Méditerranée ne doit pas être considérée comme formant une province zoologique distincte. A mesure que l’on étudie davantage les animaux qu’elle renferme, on reconnaît que les espèces que l’on croyait exactement limitées à cette mer intérieure, se retrouvent ailleurs. Les observations faites à bord du Travailleur donnent une nouvelle force à cette opinion. Nous croyons que la Méditerranée s’est peuplée par l’émigration d’animaux venus de l’Océan. Ceux-ci, trouvant dans ce bassin récemment ouvert un milieu favorable à leur existence, s’y sont établis d’une manière définitive; souvent ils s’y sont développés et reproduits plus activement que dans leur première patrie, et surtout près des rivages, la faune se montre d’une richesse que les autres côtes européennes présentent rarement. On comprend facilement que quelques animaux placés dans des conditions biologiques nouvelles se soient légèrement modifiés dans leur taille ou dans leurs autres caractères extérieurs, ce qui explique les différences très légères qui s’observent entre certaines formes océaniques et les formes correspondantes méditerranéennes. Si on a cru à la séparation primordiale de ces deux faunes, c’est principalement parce que l’on comparait les productions de la Méditerranée avec celles de la mer du Nord, de la Manche ou des côtes de Bretagne, tandis qu’on aurait dû choisir comme terme de comparaison, celles du Portugal, de l’Espagne méridionale, du Maroc et du Sénégal. Ce sont ces animaux qui ont dû, en effet, émigrer les premiers vers la Méditerranée, et à mesure que nous connaissons mieux ces faunes, nous voyons peu à peu disparaître les différences que les zoologistes avaient cru remarquer entre elles.
- À. Milne Edwards.
- — La suite prochainement. —
- LES PAONS DE NUIT A QUEUE
- Dans les régions chaudes des deux continents, en Australie, et, pour quelques espèces, dans les pays tempérés, se trouvent de grands papillons, à antennes fortement pectinées, surtout chez les mâles, ne volant que le soir, ayant les plus grandes dimensions connues comme largeur des ailes, qui, an repos, sont presque toujours étalées à plat sur le plan de position. Vers le milieu de chaque aile est une tache vitrée, translucide, le plus souvent circulaire, elliptique ou ovale, parfois trigone ou en croissant. Aussi ces papillons étaient appelés Phalènes porte-miroirs par les anciens auteurs, et sont communément connus sous le nom de Paons de nuit, les taches vitrées étant ordinairement entourées débandés de diverses couleurs, comme les yeux de la queue du paon. Les chenilles, d’une taille en rapport
- avec celle des papillons, sont munies de tubercules épineux et se filent d’épais cocons, tantôt dévidables en soie grège, tantôt propres à être cardés, et le commerce tire un grand profit des soies de certains Paons de nuit de l’extrême Orient, qui sont souvent mêlées dans les tissus à la soie du Ver du mûrier, à la laine, au coton. Nous avons en France deux Paons de nuit, tous deux à taches vitrées circulaires et à cocons ouverts en nasse à un bout, pour la sortie du papillon. L’un, qui est le plus grand papillon d’Europe, se nomme le Grand Paon de nuit. On trouve souvent, sur les poiriers en espalier, sur les ormes et sur les platanes, sa chenille d’un vert tendre, avec des tubercules d’un bleu de turquoise d’où partent sept poils noirs en étoile. Au mois d’août elle file sous les corniches des murs ou dans les mousses au pied des arbres, un gros cocon brunâtre, très incrusté, d’où le papillon sort en mai. La région de Paris semble être chez nous la zone de prédilection de cette belle espèce, que les amateurs ont essayé en vain d’acclimater dans le département du Nord, et qui manque aussi en Angleterre. On n’y rencontre que le Petit Paon de nuit, appelé the Em-peror Moth, de taille moitié moindre, existant aussi dans toute la France, dont les chenilles polyphages se trouvent sur les feuilles de ronce, de prunellier, de charme, de hêtre, de chêne, etc. Elles s’élèvent très bien en captivité avec le fraisier, le pommier et le poirier.
- Un groupe très remarquable de Paons de nuit, dont Boisduval a fait le genre Actias, présente les ailes inférieures prolongées en queues plus ou moins longues, à la façon des deux grands papillons de jour qu’on appelle le Machaon et le Flambé. Sauf l’Australie, toutes les régions chaudes offrent quelques types de ces Paons de nuit à queue. 11 en existe un au centre de l’Espagne, rencontré par hasard en 1847, par un botaniste en herborisation. Un professeur de Madrid, M. Graëlls, trouva la chenille au printemps de 1848 et l’adulte en 1849. Il fut publié en 1850, dans les Annales de la Société entomolo-gique de France, et dédié à la reine Isabelle II, sous le nom d’d. Isabellæ. C’est un splendide papillon, de 80 millimètres d’envergure, à antennes ferrugineuses très pectinées, les ailes d’un beau vert clair, avec la côte et les larges nervures d’un rouge de pourpre, les ailes inférieures ornées d’une longue queue, recourbée extérieurement. Les quatre miroirs circulaires des ailes sont entourés de pourpre, de jaune de chrome, de blanc bleuâtre, et le tout cerclé de noir. Par une jalousie fort peu scientifique, M. Graëlls voulut se garder le monopole de cette superbe espèce, en laissant ignorer à tous sa localité, où il se rendait en grand mystère, et la plante nourrissant la chenille. On en vint à douter de la provenance européenne de ce papillon, tout à fait exotique par l’aspect. M. Otto Staudinger, de Dresde, se rendit en Espagne tout exprès pour en opérer la recherche. Ce n'est qu’au second voyage qu’il réussit à trouver la chenille sur les pins maritimes
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- rapillon male de YAclias Cometes, kBoisd., de Madagascar (grandeur réduite),
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- croissant non loin de Madrid, sur les collines qui entourent la résidence royale de l’Escurial; à la fin de juin, elle se file un cocon soyeux brunâtre, en forme de poire, ouvert à un bout, fixé entre les feuilles aciculaires du pin, et dont le papillon ne sort qu’en avril de l’année suivante. Grâce à M. Staudinger et aux envois qu’il reçoit d’Espagne, ce beau papillon, d’abord d’un prix excessif, commence à se répandre dans les collections.
- A l’Exposition universelle de 1878, on pouvait voir à la section indienne des soies grèges très douces et d’un brillant gris-chamois, provenant d’un Paon de nuit à queue, des Indes Orientales et du sud de la Chine. C’est VA. Selene, Fabr., de grande taille, à tête rouge, à antennes d’un jaune verdâtre, le thorax et l’abdomen couverts de poils blancs laineux, les ailes supérieures bordées de pourpre à la côte, les quatre ailes d’un vert très tendre, avec des bandes diffuses d’un jaune olivâtre, les taches vitrées entourées de noir, de bleu cendré, de jaune orangé; les queues assez courtes des ailes inférieures commencent par une belle tache d’un rose tendre. La chenille de cette espèce a déjà été élevée plusieurs fois en France, à Pontoise par M. A. Bigot, à Paris-Montrouge par notre habile dessinateur M. A. Clément, à l’air libre, sur des branches coupées de noyer. À toute sa taille, elle a plus d’un décimètre de longueur et s’entoure d’un épais cocon ovoïde, d’un joli gris-chamois; on a obtenu, après l’hiver-nation des chrysalides, des papillons non dégénérés, aussi beaux que ceux des Indes,
- Il y a des Àctias qui poussent les queues des ailes inférieures au maximum de l’exagération. C’est ce qui arrive pour la rarissime espèce de Madagascar que nous représentons réduite, car elle n’a pas pu tenir dans la figure en grandeur naturelle. En effet, cet A. Cometes, Boisd., a 17 centimètres d’envergure, chaque aile supérieure ayant 8 centimètres de long, chaque aile inférieure, jusqu’au bout de la queue, 0m,185; enfin le corps 5 centimètres de long. Le corps et le fond des ailes sont d’un jaune de chrome clair, les antennes étant rousses. La côte et les pointes des ailes supérieures sont d’un fauve violacé piqueté de blanc, et il y a une double rangée de taches fauves au bord externe; les ailes inférieures sont bordées de fauve violet, ce qui est aussi la couleur de la queue, sauf les spatules larges et contournées du bout qui sont jaunes. Sur le disque des quatre ailes se voit un large œil, en partie violacé, avec un point central noirâtre et entouré d’un cercle fauve, que borde au côté interne une fine ligne blanche. C’est à un voyageur français, Goudot, qui résida longtemps à Madagascar, que l’on doit, il y a une cinquantaine d’années, la découverte de cet étrange papillon. Une autre espèce voisine fut trouvée aussi par un Français, Ad. Delegor-gue, émule et continuateur de Levaillant, qui, de 1858 à 1844, chassa, dans l’Afrique australe, les éléphants, les rhinocéros bicornes, les girafes et les derniers grands lions à crinière fauve. Il ne dédai-
- gnait pas les petites proies cntomologiques, et rapporta VA. mimosœ, Boisd., très commun dans les environs de Natal et dans le pays des Amazoulous1, et s’étendant le long de la côte orientale de l'Afrique jusqu’en Abyssinie. Il est de la taille et de la configuration de l’A. Cometes, avec les ailes plus dentées, ayant le fond d’un assez beau vert et non jaune. Les chenilles vivent sur les Mimosées et se filent des cocons très gros et très durs. Les Cafres les percent d’un trou par lequel ils retirent la chrysalide, les bouchent avec une cheville de bois et se font ainsi des tabatières.
- Maurice Girard.
- CORRESPONDANCE
- SUR UA MALADIE DES OUVRIERS DES TUNNELS
- Monsieur,
- Morges, 12 décembre 1880.
- M. Maxime Hélène me permettra une petite rectification à son très intéressant article sur le grand tunnel de l’Arlberg (la Nature, n° 445 du 10 décembre 1881); il s’agit de la maladie des ouvriers du tunnel du Saint-Gothard, que l’on a attribuée au ver du tunnel. La maladie est parfaitement authentique, et elle est due à un ver parasite, Yankyloslome duodénal, qui se fixe sur la muqueuse du jéjunum et du duodénum de l’homme, et en suce le sang comme le ferait une sangsue. M. le docteur Ed. Bugnion, professeur à Lausanne, a publié récemment 2 une remarquable étude dans laquelle il a traité toutes les faces de la question. Il a analysé quarante et un cas bien constatés d’ouvriers du Gothard atteints de chlorose ou d’anémie, chez lesquels on a reconnu la présence de ce parasite, soit par autopsie après la mort, soit sur le vivant par la trouvaille des œufs dans les déjections du patient.
- Quant à l’origine de la maladie, ce n’est point, comme on l’a cru d’abord, un fait nouveau, ou un produit de la haute température et de la mauvaise ventilation dans l’intérieur du tunnel; ce ver est très fréquent, soit en Égypte où il cause la chlorose égyptienne, soit en Italie. Son apparition chez les ouvriers du Gothard s’explique facilement quand on connaît d’une part les habitudes hygiéniques de ces milliers d’ouvriers, tous Italiens, entassés dans les villages d’Àirolo et de Gœschenen, d’une autre part les migrations du ver intestinal que M. Bugnion résume comme suit : « L’ankylostome passe la première phase de son existence dans le limon et la vase des flaques d’eau ; c’est en buvant de l’eau malpropre renfermant de jeunes larves du parasite que l’homme en reçoit l’infection. »
- Depuis que la nature de la maladie a été connue, le traitement par les vermifuges a été appliqué, et les médecins du tunnel du Saint-Gothard n’ont plus perdu de malades atteints par l’affection qu’on avait appelée provisoirement Yanêmie du Gothard, et qu’on doit dorénavant nommer Yankylostomasie.
- Agréez, etc.
- Prof. F. A. Forel.
- 1 Ad. Dclegorgue, Voyage dans l'Afrique australe, exécuté de 1858 à 1844. 2 vol. in-8°, Paris, René et Cie, 1847, t. II, p. 600.
- 2 Revue médicale de la Suisse romande, Genève, 1881, p. 269 et 405.
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- LES TRAMWAYS FUNICULAIRES
- DE SAN FRANCISCO
- la Nature a donné déjà (1878, 1er semestre, p. 92) quelques détails sur ces tramways si curieux qui venaient d’être appliqués à San Francisco dans deux des rues les plus importantes de la ville, la rue Clay et la rue Sutter.
- Depuis cette époque, le système funiculaire a remplacé la traction par chevaux sur un certain nombre de tramways de la ville, particulièrement ceux qui font le service des rues de Californie, Geary et Presidio; on peut donc considérer qu’il a reçu, en quelque sorte, la sanction de la pratique, et malgré toutes les difficultés d'installation qu’il entraîne, il paraît appelé à s’étendre encore davantage. Nos lecteurs liront donc avec intérêt les renseignements que nous donnons d’après le Scientific American sur cette disposition vraiment originale,
- restée limitée jusqu’à présent à la ville de San Francisco.
- Le tramway funiculaire emprunte la force motrice d’un câble sans fin installé à demeure dans l’axe de la voie, et qui est maintenu constamment en mouvement sous l’action d’une machine fixe. Lorsque la voiture veut se mettre en marche, elle saisit le câble qui passe constamment entre les rails, au moyen d’une sorte de mâchoire à griffes, elle se trouve dès lors entraînée avec lui, les roues se mettent en marche comme sous l’action d’un câble de traction directe qui serait accroché à l’avant de la voiture; et celle-ci, arrivée à l’extrémité de son parcours, s’arrête simplement en desserrant les mâchoires qui saisissent le câble, tandis qu’il continue seul son mouvement. Pour revenir à son point de départ, la voiture s’amarre dans des conditions analogues sur le brin du câble montant par la voie de retour, et comme les deux brins se trouvent ainsi également moteurs, le poids de la voiture qui revient contribue à entraîner la voiture qui monte dans une rampe
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- Fig- 1. Coupe de la rue de Californie à San Francisco, exploitée par le tramway funiculaire.
- par exemple, et soulage d’autant la machine fixe.
- Une pareille disposition supprime immédiatement tous les inconvénients des moteurs animaux, et réalise de ce chef une économie notable, elle présente en même temps une capacité de transport presque illimitée, puisque les voitures peuvent se succéder sans interruption, pour ainsi dire, en s’amarrant simplement en un point quelconque sur le câble. Malheureusement, elle présente des difficultés d’installation des plus considérables, elle n’est guère applicable comme tous les chemins funiculaires que sur des voies qui sont presque en ligne droite; et d’autre part, il est impossible de laisser le câble moteur au-dessus du sol, peur ne pas gêner la circulation sur la chaussée, il faut donc le disposer dans un tube souterrain placé au milieu de la voie, et en ménageant sur la génératrice supérieure une fente longitudinale par où puissent pénétrer les mâchoires qui doivent relier la voiture au câble. Enfin, il est nécessaire de soutenir le câble dans ce tube par des galets convenablement disposés suivant la nature de la pente, ce qni entraîne encore des difficultés nouvelles pour la disposition des mâchoires. Enfin, au point de vue de l’entretien, il paraît difficile d’empêcher la boue, la pluie ou la
- neige de pénétrer dans le tube, de salir le câble et d’en gêner peut-être le fonctionnement.
- Cette disposition avait été appliquée à l’origine sur la rue Clay, qui présente une pente assez considérable, et quoiqu’il en soit des difficultés que nous signalons ici, les résultats obtenus furent très satisfaisants et d’autres Compagnies qui appliquaient la traction par chevaux sur des voies en palier se décidèrent même, comme nous le disions tout à l’heure, à recourir au câble funiculaire et à l’appliquer même sur des voies ayant une longueur très considérable, atteignant, par exemple, 2000 mètres environ pour les rues parallèles de Californie, Geary et Clay. Elles réalisèrent ainsi une économie importante, et on ne vit plus, disent les journaux américains, ce spectacle affligeant pour l’humanité, de malheureux chevaux succombant à la fatigue, surchargés par les conducteurs de voitures qui voulaient emmener un nombre trop considérable de voyageurs.
- Nous avons représenté sur la figure 1, la coupe de la rue de Californie exploitée actuellement à l’aide d’un tramway funiculaire, elle part de la rue de Kearney pour aller aboutir à l’Avenue Centrale, elle traverse les quartiers commerçants qu’elle met en relation avec les quartiers plus élégants qui occu-
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- pent actuellement la partie haute de la ville. Ces terrains étaient prescpie inhabités il y a une dizaine d’années environ, mais la construction des tramways leur a donné immédiatement une valeur considérable. Celui qui remonte la rue Clay, le premier de tous, fut installé par M. A. S. Ilallidie, en août 1873, dans une rue relativement étroite, ayant seulement 4'“,60 de largeur.
- Cet exemple fut imité, en 1878, par la Compagnie de la rue Sutter, bien que la pente fût beaucoup moins considérable dans ce cas.
- Le tramway de la rue de Californie, établi en
- Fig 2. Coupe et vues détaillées du tube et de la vis supportant la mâchoire qui saisit le câble.
- 1878, et celui de la rue Geary, en 1880, gravissent tous, comme celui de la rue Clay, la colline de Leavenworth et celle de la rue Octavia, ils coupent tous les mêmes rues à angle droit, la pente seule varie de l’un à l’autre, en certains points elle atteint même 6 pour 100. Les deux points culminants sont élevés l’un de 320 et l’autre de 355 pieds sur la rue Clay (100 mètres environ).
- Ces variations de pente obligent, comme on le comprend facilement, à guider le câble dans le tube par des galets supérieurs et inférieurs pour l’empêcher d’aller buter contre les parois. Dès lors il faut reporter latéralement la fente longitudinale du tube, de même que la barre d’attelage servant à supporter les mâchoires qui saisissent le câble, afin
- qu’elles ne rencontrent pas les galets supérieurs. La disposition adoptée est représentée sur la figure 2 qui donne la coupe du tube et la vue de ces mâchoires (coupes 1 à 3). La barre d’attelage peut glisser, comme on le voit, dans une coulisse verticale fixée sur le plancher de la voiture, elle se termine à la partie inférieure par une pièce en forme de coin qui s’élève ou s’abaisse avec elle et rapproche ou écarte les mâchoires dans ce mouvement d’oscillation. Lorsqu’on soulève la barre en agissant sur la vis, les mâchoires viennent saisir le câble, tandis qu’elles le relâchent dans le cas contraire. De chaque côté
- Fig. 3. Vue de tête de la voiture et de la vis qui commande les mâchoires.
- des mâchoires, sont disposées des poulies à gorge, qui sont appliquées par des ressorts en caoutchouc au contact du câble; elles se'rvent à diriger celui-ci et à le détacher des galets sur lesquels il repose, afin qu’il reste bien dans la direction des mâchoires. Celles-ci sont presque horizontales, de même que les poulies, pour éviter la rencontre des galets supérieurs. Sur la rue Sutter, qui reste en palier dans toute sa longueur, il n’y a pas de galets dans le haut, et les pinces sont plus simples et disposées verticalement.
- La barre d’attelage est en acier, elle a 138 millimètres de long et 1 centimètre d’épaisseur, elle traverse la fente ménagée dans le tube en laissant un jeu de 1 centimètre de chaque côté, cette fente
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- ayant elle-même une largeur de 3 centimètres. Au-dessus de la glissière verticale fixée sur la voiture, cette barre se termine, comme on le voit (fig. 5), par une partie filetée, dont l’écrou fixe est commandé par une manette à la portée du mécanicien. Celui-ci est monté sur la voiture motrice, qui prend le nom de dummij à San Francisco, et il s’arrête à volonté ou se met en mouvement en tournant simplement cette manette.
- Le câble est en acier, il a 7 centimètres de tour, 5550 mètres de long sur la rue Clay, par exemple, il est soutenu par des galets
- verticaux tous les 12 mètres environ; dans les tournants on a même disposé des galets horizontaux pour assurer la déviation. Le câble est tendu sous
- l’action d’un contrepoids de 150 kilogrammes; il reçoit son mouvement d’un tambour moteur de 2m,40 de diamètre, actionné directement par la machine. Celle-ci est disposée avec sa chaudière sur la colline de Leaven-worth, et le câble arrivant au haut de la colline vient passer à découvert, sous la halle motrice, pour s’enrouler sur le tambour, ce qui permet de le visiter à chaque instant et de s’assurer qu’il ne pré-
- Fig. 5. Vue d’ensemble de la voiture d’un tramway funiculaire de San Francisco.
- sente aucune avarie. L’installation comprend en outre une autre machine de réserve avec sa chaudière pour remplacer celle-ci en cas d’accident. Ce câble marche environ dix-sept heures par jour, avec une
- vitesse de 10 kilomètres à l'heure, et la consommation de charbon de la machine est évaluée à 1700 kilogrammes.
- La figure 4 'représente l’installation du tube au
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- milieu de la chaussée, on voit en même temps les rails qui servent à guider les roues des voitures. Ceux-ci sont rattachés aux nervures du tube, de manière à faire un bâti d’une grande solidité ; ils présentent une forme de simple E, et ils ont un poids de 15 kilogrammes au mètre courant. La largeur de la voie dans les rues Clay et de Californie est de 1111,06 ; elle est de lm,50 sur la rue Geary. La voie est double dans toute sa longueur, comme il a été dit, elle est d’ailleurs utilisée sur une grande partie de sa longueur par d’autres voitures de tramways à traction par chevaux.
- Les voitures employées sont représentées sur la figure 5, on voit que chaque train comprend une seule voiture, indépendamment du dummy ou voiture motrice, qui reçoit d’ailleurs également des voyageurs. La voiture renferme 24 places, et le dummy 16, mais on peut même faire monter jusqu’à 44 voyageurs dans l’une et 26 dans l’autre. Le dimanche et les jours de grande circulation, on met en service des voitures d’un type spécial, qui peuvent contenir, avec leurs dummies, jusqu’à 150 voyageurs; mais il faut croire qu’ils sont sans doute alors sensiblement entassés (crowded).
- La voiture s’arrête, comme nous le disions, simplement en relâchant les mâchoires qui la relient au câble; mais dans les pentes il y avait lieu de prendre certaines dispositions particulières afin de la maintenir immobile pendant l’arrêt. Elle est munie à cet effet, de même que la machine, de freins spéciaux très énergiques. En outre, une grosse traverse en bois suspendue sous le châssis, solidairement avec les sabots des freins, vient se placer en travers, au-dessous des roues, de manière à les caler. De plus, un autre frein de détresse est muni de mâchoires qui viennent s’amarrer sur les rails et immobilisent la voiture. Dans ces conditions, le service s’opère avec une grande sécurité, et on évite tout accident aux.arrêts.
- La circulation est très active sur les lignes de San Francisco, les voitures se succèdent toutes les cinq minutes dans la matinée, et toutes les trois minutes dans l’après-midi ; le nombre des voyageurs transportés chaque jour atteint 15 500. Le prix du trajet est de 25 centimes.
- L’entretien du tube ne paraît pas entraîner trop de difficultés dans une ville comme San Francisco, dont le climat est assez doux ; mais dans un pays froid, il semble qu’il se remplirait bientôt d’eau, de boue et surtout de neige en hiver, et qu’il se trouverait par là hors de service. M. llallidie espère toutefois qu’on pourrait le curer facilement en chauffant le tube, et il ajoute qu’on pourrait alors se servir du câble pour y atteler un chasse-neige et déblayer rapidement la voie. Quoi qu’il en soit, il faut attendre pour émettre un jugement définitif sur cette question que l’application en ait été faite sous une » latitude plus froide.
- On rencontre encore d’ailleurs une autre difficulté qui sera toujours un obstacle à l’adoption du sys-
- tème sur un réseau complet de tramways, car il est à peu près impossible d’avoir deux voies qui se croisent et même de les bifurquer sur un tronc commun en un point écarté de la machine motrice. Il faudrait en effet loger deux câbles dans le même tube, ce qui introduirait de nouvelles complications sans nombre-
- L. Bâclé.
- CHRONIQUE
- L’hygiène et l’éclairage électrique. — Il n’est pas sans intérêt, à la veille de la généralisation de la lumière électrique dans nos rues, dans nos établissements publics et bientôt dans nos demeures, de savoir si elle a sur les yeux une influence nocive. Il ressort de la communication faite récemment par M. le docteur Javal à la Société de Médecine publique et d Hygiène professionnelle, que la lumière électrique est absolument sans danger pour la vue, grâce au degré de division où l’on est parvenu à l’amener.
- Aérostat perdu en mer. — Une nouvelle catastrophe est venue grossir la liste des victimes de l’aérostation. MM. le capitaine Templer, A. Gardner etW. Powell, membre du Parlement anglais, s’étaient élevés de Woolwich, le 10 décembre 1881, dans le but d’exécuter des observations météorologiques. La descente eut lieu précipitamment non loin de la mer; MM. Templer et Gardner furent successivement précipités hors de la nacelle, et M. Powell, resté seul dans l’aérostat délesté, fut emporté en mer, où il disparut. Ce drame a causé en Angleterre une vive et légitime impression.
- Le télégraphe en Chine. — La grande Compagnie des télégraphes du Nord a réussi à obtenir le monopole des lignes télégraphiques dans tout l’empire chinois pendant vingt années. Le gouvernement chinois, dans son contrat avec cette Compagnie, s’engage, en effet, à ne pas construire et à ne pas laisser construire aucune ligne concurrente à celles établies par la Compagnie des télégraphes du Nord. Cette Compagnie aura la préférence pour toute ligne à construire, à moins que le gouvernement ne l’établisse à ses propres frais. Elle a le monopole de toutes les lignes sous-marines attérissant en Chine, mais elle devra demander l’autorisation du gouvernement chinois pour en établir de nouvelles. Un collège télégraphique va être établi à Tientsin. Les professeurs, fournis par la Compagnie des télégraphes du .Nord, y sont déjà arrivés. La première ligne partira de Changhaï, touchera à Soochow et Chinkiang et se dirigera, bn longeant le canal du Nord, soit sur Pékin, soit sur Tientsin. Deux navires chargés, l’un, YEmmot, d’isolateurs, l’autre, YEldorado, de fils télégraphiques, sont déjà arrivés à Changhaï.
- Les journaux ambulants. — Les Américains avaient tenté la création d’un journal ambulant qui s’imprimait dans un wagon de chemin de fer. La rédaction recueillait chemin faisant les nouvelles de là ligne. L’in- _ novation n’eut pas de succès, ce qui n’empêche pas qu’un essai d’un nouveau genre vient d’être fait. Dès vapeurs remontent et descendent le Mississipi de Memphis à la Nouvelle-Orléans; on apporte, à toutes les stations où stoppent ces vapeurs les nouvelles et communications, lesquelles sont imprimées pendant le trajet. Le bateau a des
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- locaux pour la rédaction, l’expédition et l’impression de ce journal ambulant.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 décembre 1881. — Présidence de M. Würtz.
- L'âge de la Méditerranée. — Déjà nous avons dit qu’à l’occasion de la récente communication de M. Alph. Milne Edwards relativement au voyage du Travailleur, M. Blanchard avait fait remarquer que son opinion sur l’âge récent de la Méditerranée se trouvait confirmée par ces nouvelles observations. Le savant entomologiste revient aujourd’hui sur cette question. Son argumentation consiste à faire ressortir l’analogie de la faune et de la flore considérées sur un même méridien, aux deux rivages de la Méditerranée. Après avoir cite beaucoup de plantes, telles que les palmiers, les lauriers-roses, les lentisques, etc., qui font comme une sorte de bordure à cette mer fermée, il insiste davantage sur les animaux. Il énumère quelques mammifères dont la liste comprend les ours, maintenant disparus d’Afrique, et les hyènes maintenant disparues de la France du Sud ; puis il arrive aux reptiles tels que le caméléon, le lézard ocellé et le gecko, et il s’arrête de préférence aux insectes. De très belles planches dessinées par M. Clément, si hahile en ces matières, montrent quelques coléoptères, tels que le Pimelia maura, le Megaccphala euphratica, YAmphicoma vittata, le Gla-phyrus serratula, etc., qui se trouvent également sur les deux rives européenne et africaine.
- Pour l’auteur, il est impossible de supposer que ces animaux aient jamais pu franchir la Méditerranée. Par conséquent celle-ci se serait constituée après que ces espèces peuplaient déjà toute la zone dont la portion moyenne a été inondée par une invasion de l’Atlantique.
- De son côté, M. Alphonse Milne Edwards insiste dans le même sens et fixe à la fin des temps pliocènes l’époque de cette inondation.
- Anatomie. — C’est d’une manière tout à fait exceptionnelle que M. Dumas signale un magnifique ouvrage intitulé : Etudes morphologiques et histologiques sur l'organe de l’ouïe des poissons et des batraciens, par Gustave Retzius. Cet ouvrage, imprimé en allemand, fait le plus grand honneur aux typographes de Stockholm. On y admire 53 planches qui sont de vraies œuvres d’art.
- Chromocyanure de potassium. — C’est un sel double analogue au ferrocvanure, à l’égard duquel M. Moissan présente un intéressant mémoire. Il est jaune, anhydre, de densité 1.71, et .se présente en beaux cristaux stables dans les conditions ordinaires de température. La solution de ce sel fournit par double décomposition un certain nombre de réactions colorées. De même que le fer dans les ferrocyanures, le chrome n’est pas décelé dans ce composé par les alcalis et les sulfures alcalins. Enfin l’analogie se poursuit plus loin encore, puisque M. Moissan cite l’expérience suivante qui nous semble assez curieuse. On a injecté à un cobaye adulte au moyen d’une seringue de Pravaz, et par deux piqûres simultanées, l’une au pli de l’aine et l’autre à l’aisselle, 750 milligrammes, de sel en solution. L’injection a été faite à deux heures trente ; à quatre heures l’urine de l’animal a été recueillie et elle a présenté tous les caractères du chromocyanure de potassium. Depuis cette expérience le cobaye se porte très bien et ne présente aucun trouble. ^
- M. Moissan a préparé ce chromocyanure de potassium par quatre procédés différents.
- Le gazon contre le phylloxéra. — D’après les expériences maintenant classiques de MM. Becquerel, la température sous un sol gazonné s’élève beaucoup moins que sous un sol dénudé. Un auteur, dont le nom nous échappe, part de là pour proposer de gazonner le terrain entre les plants de vigne dans les cépages : dans son opinion, les nymphes du phylloxéra ne trouveront plus alors la chaleur nécessaire pour accomplir leurs métamorphoses. L’expérience vaut d’èlre tentée.
- L’accent des sourds-muets. — M. Hément n’accepte pas les critiques de M. Bell et même il trouve dans les faits cités par son contradicteur de nouveaux arguments à l’appui de sa propre thèse. — M. Léopold Ilugo prend occasion de ces recherches pour étudier comment la prononciation d’un même mot a pu varier d’un peuple à l’autre de façon à donner naissance à des mots différents. Il choisit le nom du nombre cinq, qui en gaulois se disait pern, et il le suit au travers de.nombreuses modifications. Un point qui l’arrête, c’est la transformation de p en k, à laquelle se rattache le passage de hippos à equus, évident pour l’auteur, mais qui rappellera à plus d’un lecteur le fameux alfana. Ce mémoire est d’ailleurs renvoyé à l’Académie des inscriptions.
- Varia. — M. Boileau formule une réclamation de priorité au sujet du récent travail de MM. Dehérain et Ma-quenne.— M. Riban et M. Berthelot étudient à deux points de vue différents la décomposition des formiates en présence de l’eau. — M. Lorain décrit un nouveau procédé de fabrication industrielle de l’acide formique. — Les éphémérides de la planète 217 sont déposés par M. Mouchez au nom de M. Callandreau. — M. Denza a rédigé un long travail sur l’amplitude de l’oscillation diurne de la déclinaison magnétique observée à Moncaliéri. — Sous le titre de Diffusion de s solides dans les solides, M. Colson étudie quelques faits relatifs à la cémentation de l’acier. — Un volume intitulé Tactique navale est déposé par l’amiral Jurien de la Gravière, au nom de M. le commandant Trêve.
- Stanislas Meunier.
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- HISTOIRE DE MES ASCENSIONS
- RÉCIT DE VINGT-QUATRE VOYAGES AÉRIENS
- PAR GASTON TISSANDIER 1
- La troisième édition de l'Histoire de mes ascensions vient de paraître æ la librairie Maurice Drey-fous. Cette édition comprend les diagrammes de vingt-quatre voyages aériens. Les diagrammes que nous avons dessinés donnent le tracé complet des voyages : route suivie dans l’atmosphère, projection horizontale sur la carte, état de l’atmosphère, altitude et nature des nuages, températures observées, phénomènes particuliers, etc., etc. À l’inspection de la courbe du voyage on peut pour chaque instant
- 1 Troisième édition de petit format, revue et corrigée, 1 vol. in-18 illustré de gravures hors texte par Albert Tissandier et d’une série de diagrammes. Ouvrage adopté par le Ministère de l’Instruction publique. Paris, Maurice Dreyfous. Prix cartonné, 4 fr.
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- déterminer la position du ballon dans l’espace. Les heures sont cotées sur les courbes à des distances qui varient entre elles suivant la force du vent. Le livre renferme en outre d’excellentes gravures, dues au crayon de mon frère et compagnon de voyages, Albert Tissandier. Nous publions ci-contre deux spécimens de ces gravures qui sont inédits pour les lecteurs de la Nature.
- La figure 1 représente la descente du ballon VHirondelle, qui avait exécuté une ascension le 7 février 1869, par un vent furieux.
- Le ballon parti de fusille à gaz de la Villette à 11 heures 35 minutes du matin, dut atterrir 35 minutes après le départ ; il se trouvait transporté en un si court espace de temps à 80 kilomètres de Paris, à Neuilly-Saint-Front (Aisne). Mon compagnon de voyage et moi, nous fûmes saisis à terre par une rafale d’une intensité inouïe, et l’ancre qui devait, nous retenir fut brisée en morceaux contre une roche. Le ballon, se creusait en une voile concave, et nous emporta jusqu’au moment où maîtrisé par la perte de gaz s’échappant de sa soupape ouverte, il put enfin être arrêté par ses cordes traînantes.
- La figure 2 représente la descente du Jean-Bart dans!la nacelle duquel nous nous trouvions, mon frère et moi, avec cinq autres voyageurs. Cette descente eut lieu précipitamment à la suite du dépôt subit de cristaux de givre sur l’étoffe de l’aérostat ; le ballon alourdi tout à coup, descendit précipitamment malgré le jeu du lest et toucha
- si lourdement le sol qu’un voyageur tomba de la nacelle; le Jean Bart se jeta ensuite sur un pommier qu’il brisa : il s’arrêta enfin peu de temps après.
- Le lecteur ne doit pas se figurer que les descentes d’aérostats sont toujours aussi accidentées que celles
- dont nous représentons l’aspect; quand le ciel est clément et que l’atmosphère est calme, la nacelle aérostatique se pose mollement à terre ; parfois même elle peut être reçue dans les bras des villageois qui ne manquent jamais d’accourir et de prêter le concours de leur vigueur aux voyageurs aériens qui descendent des nues.
- L'Histoire de mes ascensions comprend le récit des voyages aériens les plus variés, exécutés le jour et la nuit, l’hiver et l’été, au-dessus de la mer comme au-
- dessus du sol ; le lecteur y rencontrera des faits météorologiques très nombreux et peu connus, des aventures curieuses, des souvenirs patriotiques du temps du siège de Paris ; il y trouvera même, hélas ! des drames sanglants. Nous faisons des vœux pour qu’il veuille bien continuer à faire bon accueil à ce livre, où, à défaut d’autre mérite, l’auteur peut affirmer hautement, qu’il ne s’est jamais écarté du profond respect qu’il professe pour la vérité.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Fig. 2. Dcsccnle du ballon le Jean-Bart sur un pommier (10 février 1875).
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- N" 418. — 5 I DÉC EM 15 II K 1881.
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- TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE
- LE TRANSMETTEUR AUTOMATIQUE DE MM. SIEMENS ET HAUSEE
- Le développement immense du réseau télégraphique dans le monde entier, et les conditions, variables à l’infini, dans lesquelles il fonctionne, expliquent la multiplicité des problèmes qui se sont rencontrés dans l’application, et le nombre encore plus grand des solutions qui ont été proposées pour les résoudre. L’une des plus curieuses est sans contredit celle dont nous allons exposer le principe.
- L’appareil construit par la maison Siemens et Halské, a été, croyons-nous, imaginé par un de ses ingénieurs électriciens les plus habiles, M. Hefner-Àl-teneck. En Allemagne, le réseau télégraphique souterrain a pris, comme on le sait, une grande importance, puisqu’on compte aujourd’hui près de 7000 kilomètres de cables, la plus grande partie à sept fils, et un petit nombre de kilomètres à quatre fils seulement.
- Sur les longues lignes souterraines, les phénomènes d’induction et de charge ont une grande influence sur la rapidité de la transmission, et l’on est obligé, pour utiliser le mieux la ligne, de procéder, non
- Fig. 1. Transmetteur télégraphique automatique de M. lietner-Alteueck, construit par MM. Siemens et Halske.
- plus par émissions successives de courants toujours dans le même sens, comme dans le système ordinaire, mais par des courants alternativement positifs et négatifs, ce qui constitue une manipulation toujours un peu plus compliquée.
- 11 faut, d’autre part, que ces émissions successives de courants soient faites très régulièrement pour ne pas perdre de temps et obtenir une bonne réception. Ajoutez à cela enfin, que la manipulation des appareils est confiée le plus souvent à d’anciens sous-officiers assez peu expérimentés et d’une adresse souvent médiocre.
- 11 s’agissait avec de tels éléments défavorables dus, d’une part, à la ligne elle-même, d’autre part au personnel, d’arriver à une transmission exacte, simple et suffisamment rapide pour faire produire aux 10' annte. — iei semestre.
- lignes souterraines à peu près le maximum de dépêches eu égard aux conditions dans lesquelles elles sont établies.
- Voici la solution proposée et réalisée par M. Hef-ner-Àlteneck qui a figuré à l’Exposition internationale d’Électricité. Le système comprend naturellement un manipulateur et un récepteur. La transmission se fait en signaux Morse, points et traits. La manœuvre se fait, non pas sur une clef, mais à l’aide d’un clavier un peu analogue à celui de la machine à écrire de M. Remington. Les boutons portent les lettres, les chiffres et les signes; on frappe successivement sur ces boutons et l’appareil transmetteur envoie sur la ligne la succession de courants positifs et négatifs, correspondants à une lettre donnée pour produire l’impression au poste récep-
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- teur. C’est le mode de transformât ion et d'envoi de ces signaux qui constitue la partie vraiment nouvelle et intéressante du transmetteur automatique. Chaque fois qu’on frappe sur une lettre donnée, on agit sur une série de leviers convenablement distribués qui, par une série de combinaisons purement mécaniques, faciles à concevoir, ont pour résultat de déplacer, en avant ou en arrière, un nombre égal de taquets, dont nous allons voir le rôle. Lorsqu’on cesse d’appuyer sur le bouton correspondant à une lettre donnée, les taquets reprennent leur position primitive. À chaque bouton correspond une combinaison particulière, différente par l’ordre, la position ou le nombre des taquet* déplacés. L’idée ingénieuse et nouvelle consiste aemmagasiner\es signaux correspondants à ces séries de déplacements des taquets produits à intervalles réguliers ou irréguliers,
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- Fig. 2. Disposition des taquets et des goupilles.
- Dans la combinaison représentée, les taquet» 1 et 2 ont refoulé les’ goupilles en arrière et le taquet 7 a refoulé la goupille en avant Sur la di'oite sont tes goupilles pour les lettres à venir, sur la gauche, les goupilles ennnaeaMiiant les lettres précédentes; la flèche indique le sens de la rotation du disque.
- et à les débiter ensuite régulièrement sur la ligne, automatiquement, sans autre préoccupation pour Remployé que de frapper exactement sur les boutons correspondants aux lettres de la dépêche à expédier.
- Nous ne pouvons indiquer ici que le principe qui a permis de réaliser cette idée, principe qu’on saisira facilement en s'aidant du diagramme, figure 2.
- Concevons un disque vertical percé, suivant sa circonférence, d’un certain nombre de trous, deux cents, par exemple, régulièrement distribués sur cette circonférence et dans lesquels sont placées de petites goupilles en acier, libres de se mouvoir à frottement dans chacun de ces trous, d’avant en arrière ou d’arrière en avant. Les taquets commandés par les boutons du manipulateur sont placés en regard de cette roue à la partie inférieure, de chaque côté des goupilles, en laissant un jeu de quelques millimètres. Supposons, par exemple, qu’il y
- ait quatre taquets en avant (l, 2, 5, 4) et quatre taquets en arrière (5, 6, 7, 8). En appuyant sur une touche on déplacera une certaine combinaison de taquets qui viendront à leur tour refouler les goupilles correspondantes et les faire saillir en avant ou en arrière, suivant la combinaison correspondant à la lettre. En cessant d’appuyer sur le bouton, les taquets reviendront en arrière, mais chaque goupille conservera, par rapport au disque, la position en avant ou en arrière que le taquet en regard duquel elle se trouvait lui a donné.
- En même temps un mouvement d’horlogerie à poids déclanche et fait tourner la roue à goupilles d’un angle suflisant pour que de nouvelles goupilles non encore refoulées viennent se placer en regard des taquets.
- En touchant une nouvelle lettre on aura une nouvelle combinaison et un nouveau déplacement de goupilles à la suite du premier, et ainsi de suite. Les lettres se succéderont donc ainsi et s’inscriront sous forme de goupilles refoulées dans un ordre méthodique en avant ou en arrière, jusqu’à ce que toute la roue soit remplie, ce dont on sera averti par un timbre qui retentira avant que cette roue ne soit pleine, ce qui indiquera à l’employé qu’il doit arrêter pour un instant la manipulation. C’est là l’emmagasinement de rigueur, emmagasi-nement purement mécanique, comme on peut le voir. 11 reste maintenant à débiter ces signaux sur la ligne, sous forme de courants. A cet effet deux doigts mobiles disposés de chaque côté du disque se promènent devant ce disque dès qu’il est en mouvement et viennent en quelque sorte tâter les extrémités des goupilles, les unes après les autres. Celles qui ont été poussées en avant par les taquets d’arrière touchent le doigt d’avant. Celles qui ont été poussées en arrière par les taquets d’avant touchent le doigt d’arrière. Ces doigts agissent donc successivement suivant la position des goupilles pour établir des contacts électriques et envoyer sur la ligne, automatiquement, la série des signaux préalablement emmagasinés. Tant qu’il y a des signaux à expédier, le mouvement relatif du disque emmaga-sineur et des doigts expéditeurs est régulier. Ce mouvement s’arrête dès qu’il n’y a plus de signaux à expédier. 11 suffit donc que la vitesse moyenne de débit de l'appareil soit un peu inférieure à la vitesse moyenne de manipulation de l’employé pour assurer une transmission régulière et continue. Si l’employé à certains instants va plus vite que l’appareil, ses signaux s'emmagasinent ; si, au contraire, il va plus lentement, les signaux emmagasinés précédemment se débitent sans troubler le régime régulier. Avec deux cents chevilles, on peut emmagasiner un nombre suflisant de lettres pour que l’employé ait, par exemple, largement le temps de se moucher sans perdre une seconde sur la transmission.
- Le timbre l’avertira d’ailleurs que le magasin à lettres est plein, et l’arrêt des doigts expéditeurs annoncera que le magasin à lettres est vide.
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- LA NATURE.
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- Le mécanisme moteur est actionné par un poids qu’on remonte de temps en temps. On voit J i clef de remontage sur la droite de la figure 1.
- A la réception, les dépêches s’enregistrent, soit sur un Morse ordinaire, soit sur un appareil analogue au siphon-recorder et qui convient surtout pou • les longues distances.
- iNous ne voulons rien préjuger de la valeur p‘ati-que du manipulateur automatique que nous venons de décrire ; il y aura peut-être lieu de l’étudier et de le simplifier encore avant de le placer entre les mains d’employés inexpérimentés.
- Il fonctionnait cependant fort bien à l’Exposition d’Elcctricilé et l’ingéniosité du système sutlit à justifier la place que nous lui avons consacrée.
- ACCUMULATEUR DE M. FAURE
- M0DÈLÇ DE SI. E. REYNIER
- Il n’a pas eneore été possible jusqu’ici, pour des raisons que nous n’avons pas à examiner, de se procurer des accumulateurs de M. C. Faure.
- Nous apprenons avec plaisir que cette lacune va être comblée par M. E. Reynier, qui construit aujourd’hui des éléments Faure sous la forme représentée ci-dessous.
- M. Reynier emploie le verre comme réservoir au lieu du vase en plomb préconisé par l’inventeur. Le vase en
- Accumulateur de M. Faure. Modèle de M. E. Reynier.
- verre permet de mieux surveiller la fabrication, la formation et l’allure de la pile.
- Les piles sont construites jusqu’ici sur deux types dont voici les éléments principaux :
- Poids de l’élément . . 4 kilogr. . . 8 kilogr.
- Hauteur............. 18 centim . . 25 centim.
- Diamètre. ......... 10,5 centim. 15 centim.
- Surtace totale..... 12 déc. car . 3fi déc. car
- Volume du liquide. . 1/2litre ... 1 litre
- Sans vouloir penser que les accumulateurs ainsi construits présentent, dans l'état actuel, le maximum de capacité qu’il soit possible d’obtenir sous un poids donné, il sera intéressant de mesurer exactement cette capacité et de la comparer à celle d’accumulateurs de M. Hanté bien formés. INous n’y manquerons pas et nous ferons connaître à nos lecteurs le résultat des expériences que nous entreprendrons à ce sujet. La question des moteurs légers présente une importance assez grande pour justifier nos recherches dans cette voie.
- LES CONFÉRENCES ÜE LA SORBONNE
- Les conférences scientifiques et littéraires de l’.-lsso-ciation scientifique ont commencé vers le milieu du mois, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Le samedi 17 décembre M. Debray a parlé des Travaux chimiques de Henri Sainte-Claire Deville. Le samedi suivant 31. Alglave a traité ce sujet : Les Kabyles et leur organisation sociale. Voici la suite de l’énumération des conférences de la première série :
- 14 janvier. — 31. Faye, de l’Institut : Les comètes.
- 21 janvier. — 31. Velain : Les volcans.
- 28 janvier. — 31. Gorceix : Les diamants du Brésil.
- 4 février. — 31. Lauth : La porcelaine.
- 11 février. — 31. J. R. Paquier : Le Danube et les Balkans. "*
- 18 février. — 31. Jamin : L'Exposition d'Électricité.
- 25 février. — M. A. Bertrand : Les antiquités et la civilisation de l'Irlande antérieurement à la conversion des Irlandais au christianisme.
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- ORTURATEUR - CHRONOMÉTRIQUE
- POUR LA PHOTOGRAPHIE
- M. le colonel Sebert a présenté à la Société d’En-couragement, de la part de M. Paul Boca*, un appareil de photographie qu’il a nommé obturateur chronométrique, et qui règle le temps de pose par fraction de 1 cinquantième de seconde.
- Les photographes réclament depuis longtemps un appareil qui leur permette de régler avec précision le temps de pose, surtout quand il s’agit des opérations de la photographie dite instantanée, opérations qui se multiplient chaque jour, grâce à l’emploi de nouvelles substances extra-sensibles et, surtout, grâce à l’adoption de plus en plus fréquente du procédé au gélatino-bromure d’argent.
- M. Boca s’est attaché à réaliser un appareil qui ne change rien aux habitudes des photographes, qui s’applique aisément aux chambres noires de toutes dimensions et qui laisse même les parties inférieures d’un paysage un peu plus longtemps exposées à la lumière que les parties supérieures, condition qui a été trouvée nécessaire pour obtenir des épreuves satisfaisantes dans ce genre de pliotographie.
- L’appareil de M. Boea, construit par M. Bedier avec son habileté bien connue, forme une petite boîte mesurant 16 centim. de hauteur, 14 de largeur et 5
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- LA NATURE.
- seulement d’épaisseur, qui peut s’appliquer sans difficulté sur la planchette antérieure de toutes les chambres noires, de telle sorte que l’appareil s’interpose entre cette chambre et l’objectif, qui vient se visser sur sa paroi antérieure.
- Cette boite renferme deux volets métalliques, se trouvant verticalement l’un devant l’autre, sous l’action de ressorts qui tendent à abaisser l'un et relever l’autre. Un compteur chronométrique est placé sur la face antérieure de la boite et présente son cadran au-dessous de l’objectif. Ce cadran porte une aiguille qu’on amène à la division correspondante au temps de pose. Dans ce mouvement, elle arme deux déclics qui retiennent, l’un, le premier volet relevé et obturant l’objectif, l’autre, le second
- abaissé, mais prêt à se relever au moment propice après que le premier sera lui-même abaissé. On fait fonctionner l’obturateur à distance, en provoquant le déclanchement de l’aiguille du compteur par la pression exercée sur une poire de caoutchouc reliée à l’appareil par un tube flexible. On opère donc ce déclanchement sans imprimer de secousse à la chambre noire.
- L’aiguille, en se mettant en marche, rend libre immédiatement le premier obturateur, qui est reçu a l’extrémité de sa course sur un ressort flexible disposé pour empêcher tout choc qui ferait vibrer l’appareil. La même aiguille rend libre le second obturateur lorsqu’elle revient au zéro du cadran, après avoir parcouru la course qui lui avait
- Obturateur chronométrique Je M. P. Boca. — Vue intérieure et vue extérieure de l’appareil.
- été fixée. Le second volet se soulève alors brusquement, et vient refermer l’ouverture de la chambre noire.
- Le mouvement de l’aiguille du compteur est commandé par un rouage d’horlogerie réglé par un échappement à marche rapide qui fait 150 vibrations par seconde, de sorte que ce mouvement est immédiatement uniformisé.
- L’aiguille fait le tour du cadran entrois secondes, et ce cadran est divisé en 150 parties, correspondant chacune à 2 centièmes de seconde. Une disposition spéciale permet d’ailleurs de faire faire à l’aiguille deux tours du cadran avant qu’elle ne provoque le départ du second volet, de sorte que l’on peut régler la durée du temps de pose avec cet appareil, depuis zéro jusqu’à six secondes, et par cinquantième de seconde.
- Le réglage se fait avec la plus grande facilité. Il suffit de mettre, par exemple, l’aiguille sur la première division du cadran, laquelle correspond à 2 centièmes ou 1 cinquantième de seconde, et d’armer ensuite les volets pour qu’en s’appuyant sur la poire en caoutchouc, ces volets se mettent successivement en mouvement en laissant entre eux un intervalle de temps égal seulement à 1 cinquantième de seconde. Si, au contraire, on place l’aiguille, avant l’opération, sur la division marquée 20, par exemple, cet intervalle sera de 20 centièmes ou 2 dixièmes de seconde, et ainsi de suite.
- Il est inutile de faire ressortir les applications que peut immédiatement recevoir, entre les mains des photographes, un appareil aussi simple, dont le prix modique favorisera encore la vulgarisation.
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- NOS RÉCOLTES DE BLÉ
- Le blé est de beaucoup la plus importante de nos cultures; elle s’étend sur 7 millions d’hectares, soit environ le quart de nos terres en labour, et la valeur totale du grain récolté annuellement dépasse 2 milliards de francs, c’est-à-dire un peu moins du tiers de la valeur de notre production agricole totale, qui est de 7 milliards et demi environ.
- Les progrès de la culture du blé en France ont été énormes depuis le commencement du siècle. En 1820, les cnsemenoements ne portaient pas encore sur 5 millions d’hectares, et le rendement moyen ne dépassant guère 11 hectolitres par hectare, la récolte totale ne s’élevait qu’à 50 ou 55 millions d’hectolitres. Nous récoltons aujour -d’hui 100 millions d’hectolitres environ sur 7 millions d’hectares, ce qui fait un rendement moyen de plus de 14 hectolitres à l’hectare.
- Par ce double effet de l’extension des superficies et de l’augmentation du rendement, notre production an -nuelle de blé a doublé, ou bien près, depuis 1820.
- Dans le graphique que nous plaçons ici sous les yeux du lecteur, nous avons figuré : 1° par une courbe la marche annuelle de la production du blé, de 1820 à 1880, sans autre lacune que l’année 1870, dont la récolte n’a pu être enregistrée dans nos statistiques officielles; 2° par 12 colonnes de hauteur inégale, correspondant chacune à une période de cinq années, la récolte moyenne de ces périodes. Nous avons donc ici tout à la fois et les moyennes et les éléments dont elles se composent.
- La comparaison des colonnes montre que pendant les neuf périodes quinquennales écoulées de 1820 à 1864, la production du blé en France n’a cessé de s’accroître, passant ainsi de 54 millions 1/2 d’hectolitres, dans la première de ces périodes, à plus de 100 millions d’hectolitres dans la neuvième. A partir de là, il y a interruption dans celte marche
- ascendante, et la moyenne de la dixième période, celle qui précède immédiatement la guerre, tombe au-dessous de 98 millions d’hectolitres. La moyenne quinquennale de la onzième période (1871-1875) remonte au-dessus de 101 millions d’hectolitres; mais celle de la dernière période (1876-1880) descend au-dessous de 94 millions d’hectolitres, c’est-à-dire au niveau de la période de 1855 à 1859.
- La 'courbe qui figure les variations annuelles de la récolte montre qu’il y a parfois d'énormes écarts entre deux récoltes successives. Il est même à remarquer que ces écarts, au lieu de s’atténuer avec les progrès de la culture, sont beaucoup plus grands dans les dernières périodes quinquennales que dans les premières. La onzième de nos périodes est surtout remarquable sous ce rapport : entre le minimum de la période (année 1871, avec 69 millions d’hectolitres) et le maximum (1874, avec 155 millions d’hectolitres), la différence est de 64 mil lions d’hectolitres , c’est-à-dire l’équivalent de la production moyenne de 1850 à 1854. La ^“période (1876 à 1880) a des variations moins étendues ; mais cela tient à ce que cette période, par un fait sans précédent, ne contient pas une seule récolte dépassant la moyenne de la période quinquennale qui précède. Or les récoltes qui restent au-dessous de la moyenne quinquennale antérieure sont mauvaises parce qu’elles sont insuffisantes pour les besoins croissants d’une population qui gagne en nombre et en aisance. Si donc nous n’avons pas eu à subir une famine épouvantable depuis cinq ou six ans, c’est que de grands changements se sont opérés dans nos moyens d’approvisionnement, de grands progrès ont été accomplis dans notre commerce et nos transports.
- Dans les onze périodes antérieures, c’est-à-dire durant l’intervalle compris entre 1820 et 1875, la succession de trois mauvaises récoltes ne se rencontre qu’une seule fois (1865, 1866 et 1867), et deux fois seulement celle de deux mauvaises récoltes, une première fois en 1850 et 1851, une seconde fois en 1845 et 1846. Ce sont trois périodes
- Millions d'hectolitres. 130______________________
- 70____
- 1 '
- 60_____^
- 1620-1624 132V.JÎ9 1830-1834 1833-1639 1840-1844 1843-1649 1830-1634 1833-1839 18604864 18631869 1671-1873 18761880
- Récoltes annuelles de blé et moyennes quinquennales de ces récoltes de 1820 à 1880.
- La ligne brisée a pour but de représenter les variations annuelles de la récolte, d’après la statistique. Chaque point de rebroussement indique exactement par sa hauteur le montant de la récolte d'une année. Quant aux colonnes, elles représentent par des hauteurs proportionnelles les moyennes de cinq récoltes successives. 11 y a donc cinq récoltes indiquées dans l’espace occupé par chaque colonne.
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- LA N AT URL.
- de disette ou de crise de subsistances. En 1850 et 1831, le prix du blé dépassa 30 francs l’hectolitre, ce qui était énorme pour le temps, sur divers point:, du territoire. En 1847, il atteignit jusqu’à près de 50 francs dans quelques-uns de nos départements du Centre et de l’Est. Les souvenirs de Buzan-çais se rattachent à celte période de famine. Enfin, en 1807 et 1808, le prix du blé dépassa presque partout 50 francs l’hectolitre, pour monter, sur quelques points du pays, jusqu’à 55 et 50 francs.
- Ce ne sont pas là les seules crises de subsistances que nous ayons dû subir : la mauvaise récolte de 1855, précédée et suivie de récoltes médiocres quoique supérieures à la moyenne de la période quinquennale antérieure, nous a valu quatre années de cherté pendant lesquelles on a vu reparaître les prix de 30 à 55 et même 58 francs l’hectolitre. C’est au début de cette crise que le gouvernement, pour favoriser notre approvisionnement de blé, décréta la suspension de l’échelle mibile, jugée comme sans efficacité pour l’agriculture, mais non comme sans inconvénient pour le commerce, ni sans danger pour le consommateur,
- A côté des crises de subsistances, il convient de citer aussi les crises de pléthore déterminées par l’abondance de récoltes exceptionnelles ou par la succession de plusieurs récoltes notablement supérieures à la moyenne de la période quinquennale antérieure. Le marché était alors surchargé de blés à vendre, et le prix, en vertu de la loi bien connue de l’offre et de la demande, descendait rapidement à des cours très bas, principalement dans les centres de production où le défaut de voies de communication ne permettait pas d’écouler au dehors le trop-plein des greniers. La situation de l’agriculture devenait alors intolérablé, parce que, malgré l’abondance de ses récoltes et par le fait même de cette abondance, elle ne faisait pas d’argent.
- Parmi les crises remarquables de ce genre, je citerai d’abord celle qui suivit la récolte de 1821. Bien que cette récolte ne fut pas d’une très grande abondance (58 millions d’hectolitres), on n’en vit pas moins le prix du blé s’abaisser, en 1822, jusqu’à 8 ou 9 francs l’hectolitre en Lorraine, et jusqu’à 10 ou 11 francs dans nos départements du Centre.
- En 1824 et 1825, où les récoltes furent successivement de 62 et de 61 millions d'hectolitres, les prix se maintinrent, pendant deux ans, au même niveau qu’en 1822.
- La récolte exceptionnelle de 1832 provoqua une baisse qui dura trois années. En 1854 et 1835, le prix du blé se maintint constamment au-dessous de 10 francs l’hectolitre en Lorraine.
- La récolte de 1817, qui succédait, comme celle de 1832, à deux récoltes mauvaises, fit succéder aussi l’abondance à la disette, et l’avilissement d s cours à l'extrême cherté. On vit de nouveau reparaître, dans le Centre et dans l’Est, les prix de 10 à H francs l’hectolitre, si peu favorables à la prospérité du cultivateur.
- La succession de deux très bonnes récoltes, en 1857 et 1858, amena de nouveau une baisse excessive, après quatre années de cherté. La dépréciation fut toutefois moins grande que dans les périodes antérieures, le prix du blé n’étant descendu nulle part au dessous de 12 francs l’hectolitre.
- Enfin les récoltes plantureuses de 1865 et 1864 produisirent une nouvelle crise de pléthore et de bas prix, connue- sous le nom de crise agricole. C’est au cours de cette crise que fut décrétée l’enquête agricole qui eut lieu sur tous les points de la France, en 1866, et deux ans après, en Algérie.
- Depuis lors et malgré les variations croissantes de nos récoltes, nous n’avons pas eu de ces crises aiguës d’abondance ou de disette dont le passé nous offre tant d’exemples. Quand la récolte a été mauvaise, comme dans la déplorable série d’années où nous sommes, le commerce achète des grains à l’étranger, assure notre approvisionnement et empêche les prix de s'élever trop haut. Quand, au contraire, la récolte a été abondante, le commerce exporte, désencombrant notre marché trop garni et empêchant les cours de s’effondrer. Dans les années de grande abondance, comme en 1872 et 1874, le prix ne descend guère au-dessous de 20 francs l’hectolitre. Dans les années de déficit, il est loin d’atteindre le prix de 50 francs l’hectolitre et au-dessus, si lourd pour le consommateur.
- C’est à l’extension croissante des relations commerciales par le double développement des voies de communication et des franchises de commerce, que le consommateur doit d’être garanti contre le retour de la famine, et le cultivateur contre l’avilissement des cours par l’encombrement du marché. Tout le monde gagne à ce changement : le consommateur est mieux pourvu; le cultivateur bénéficie de prix plus réguliers et plus élevés. Il est à peine besoin de faire remarquer que s’il en était autrement, si une classe de la population perdait à ces changements, le développement des communications, loin d’être un bienfait ou un progrès, ne serait qu’une calamité publique.
- P. G. Dubost.
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- AUGUSTIN NORMAND
- ET FRÉDÉRIC SAUVAGE
- À propos de l’inauguration qui a été faite de la statue de Frédéric Sauvage à Boulogne-sur-Mer, nous avons retracé la vie de l’inventeur d’après M. Paillart qui a publié un intéressant ouvrage à ce sujet l. Nous avons reproduit d’après cet auteur les accusations formulées contre Augustin Normand, constructeur du vaisseau à hélice le Napoléon : il y a eu à cette époque des discussions assez passionnées dans le public et dans la presse. Sauvage après le succès du Napoléon a été emprisonné, tandis que Normand était nommé chevalier de la Légion d’honneur; il semblerait, d’après ces faits, que ceux qui ont accusé Augustin Normand aient eu raison de le faire.
- 1 Frédéric Sauvage, sa vie, ses inventions, par C. Pah.-i.art, 1 vol, in-8". Paris, E. Pentu, 1881.
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- M. J. A. Normand fils vient de nous envoyer une brochure rectificative, où il rétablit les faits sous leur vrai jour. Sans vouloir rien enlever à la gloire de Sauvage, il défend l’honneur de la maison paternelle, et démontre que Augustin Normand n’a agi que très correctement à l’égard de Frédéric Sauvage. Le 15 mai 1845, Augustin Normand écrivait une lettre très touchante à l’amiral Baudin, en rapportant à Sauvage le mérite des expériences de Boulogne, et en implorant un secours pour l’inventeur.
- Nous publierons comme conclusion le passage du discours de M. Tresca relatif à Augustin Normand :
- « Quant à nous, loin de consentir à restreindre les mérites de ceux qui l’ont suivi dans cette voie féconde, nous n’hésitons pas à revendiquer pour Normand la gloire incontestable d’avoir construit en France, avec le consentement de Sauvage, le premier navire à hélice mu par la vapeur; nous lui savons un gré infini d’avoir consacré toutes ses ressources de grand constructeur à la réalisation d’une idée qu’il reconnaissait bonne, mais sur laquelle il avait bien le droit, ne fùt-ce que pour sauvegarder ses graves responsabilités, de greffer ses propres inspirations. Normand aussi était un mécanicien hors ligne, qui a acquis plus d’honneur que de profits dans le développement qu’il a su donner à ses importants chantiers du Havre. Ne trouvez-vous pas que ces grandes figures se définissent mieux les unes par les autres, et qu’elles grandissent à n’ètre pas isolées? »
- Nous renverrons le lecteur qui voudrait avoir sur ce sujet des renseignements plus précis, à l’opuscule de M. J. A. Normand *. G. T.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les principales applications de l'électricité, par E. Hospitalier, ingénieur des arts et manufactures. 2e édition entièrement refondue, I vol. in-8° avec 150 figures dans le texte et 4 planches hors texte. Paris, G. Masson, 1882.
- Notre collaborateur M. E. Hospitalier, dont nos lecteurs ont apprécié depuis longtemps la compétence au point de vue de la science électrique, vient de publier la deuxième édition de cet ouvrage qui fait partie de la Bibliothèque de « la Nature ». Cette nouvelle édition, entièrement refondue, est tenue au courant des plus récentes applications de l’électricité, et des curiosités les plus remarquables qui ont figuré à l’Exposition d’Électricité; elle constitue un véritable traité à l’usage des industriels, des savants, des gens du inonde, et le succès en est assuré. Ce livre, qui répond à un besoin de notre époque, est rédigé avec méthode et clarté, comme savent le faire ceux qui possèdent à fond leur sujet. L’énumération suivante des différentes questions qu’il traite, donnera suffisamment idée de son importance et de son intérêt : les sources d'électricité, l'éclairage électrique, téléphone, microphone et photophone, les moteurs électriques, la transmission de la force à distance, la distribution de l'électricité.
- Élude sur l'osmose des liquides au point de vue historique, physique et de scs principales applications, par le Dr E. Doumerc. 1 vol. in-8°, Bordeaux, imprimerie G. Gounouilhou, 1881.
- 1 Augustin Normand et Frédéric Sauvage, par A. .1. Normand, 1 btoch. in-8°. Paris, Gauthier-Villars, 1881.
- Étude sur la mesure exacte des hautes pressions, par M. Georges Marié. 1 broch. in-8°. Paris, Dunod, 1881.
- Experimental researches into the properties and motions of flitids with theoretical déductions therefrom by W.
- M. Ford Stanley. 1 vol. gr. in-8®, avec 225 figures. London. E. et F. N. Spon, 16, Charing Cross, 1881.
- L’ENSEIGNEMENT PAR LES JEUX
- LES ZOOTROPES
- A cette époque de l'année où les jouets sont à l’ordre du jour, nous signalerons à nos lecteurs un nouveau procédé très simple, qui leur permettra de confectionner eux-mèmes un zootrope sans le secours d’aucun appareil. Ce procédé nous est indiqué par le Scientific American, auquel nous l’empruntons.
- Il consiste à utiliser un disque semblable à celui que représente la figure 1 dessiné sur un carton un peu solide et à s’en servir de la façon suivante : On le découpe d'abord de façon qu’il ait la forme circulaire indiquée par la circonférence extérieure, puis à l’aide d’un canif bien aiguisé on taille des fentes au-dessous de chaque dessin de cheval ; on n'a pour cela qu’à enlever les parties teintées du dessin 1. On fait au milieu du carton un trou à l’emporte-pièce; on place le disque ainsi préparé à l’extrémité d’un clou fixé à la partie supérieure d’une tige de bois, comme le représente la figure 2. Afin que le disque tourne bien dans le même plan, il est bon de fixer au-dessous de la tête du clou, une petite rondelle de carton de la grandeur d’une pièce de 5 francs et de l’y fixer au moyen d’un peu de cire molle. Le disque zootropique tourne autour du clou formant l’axe du système, et il se trouve ainsi compris dans l’espace qui sépare la tige de bois de la rondelle fixe. On tient le disque zootropique à h0 centimètres environ d’une glace; de telle manière que le dessin mis en regard de la glace soit bien franchement éclairé. On place la tête derrière le disque, de façon que le rayon visuel ne parvienne à la glace qu’en passant à travers les fentes supérieures (fig. 2). On imprime un mouvement de rotation au disque, on verra dans la glace les chevaux courir au grand trot, et les jambes de ceux-ci paraissent s’agiter avec une parfaite vérité de mouvement.
- Parmi les mille et une inventions que crée l’industrie parisienne et que fait naître l’approche des élrennes, voici un jouet qui touche aux mêmes principes de l’optique et qui nous semble mériter aussi d’être mentionné.
- La Toupie-Fantoche (ainsi nommée par l’inventeur, M. Reynaud, sans doute à cause d’une certaine analogie extérieure avec une toupie), se com-
- 1 Afin que nos abonnés n’aient pas à détériorer la présente livraison, nous leur envoyons, encartée dans le journal une feuille de carton où se trouve imprimée la figure 1. Ce carton pourra être découpé et monté comme nous l’indiquons. Les acheteurs au numéro le recevront contre un envoi de 10 centimes en timbres-poste, adressé à la librairie G. Masson.
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- Fig. 1. Disque zooiropique d’un cheval au trot. (D’après les photographies instantanées de M. Muybridge )
- pose de quatre petits miroirs triangulaires, dont les surfaces forment une pyramide à base carrée. Les côtés de cette base étant précisément doubles de la hauteur de la pyramide, les miroirs sont inclinés de 45 degrés (fig. 5).
- A la pointe de la pyramide,
- . : Fig. .2. Manière d’employer le disque ci-dessus.
- qui est un peu
- tronquée, se placent successivement des disques | centre, et chaque sujet semble
- de carton, où sont figurés divers sujets, dans quatre attitudes différentes sur chaque disque.
- Une rotation modérée imprimée à l’ensemble autour d’un pivot central tenu à la main, amène devant les yeux les réflexions successives des quatre phases, qui se superposent au s’animer.
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- C’est une petite demoiselle qui saute à la corde (fig. 5), une danseuse qui s’e'lance sur la corde volante, un gymnaste qui évoiae sur son trapèze, un cheval qui franchit une barrière, etc.
- On le voit, ce petit jouet dérive du même principe que le praxinoscope, appareil dû au même
- inventeur, dont nous avons à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs.
- Enfin nous avons vu vendre sur les boulevards un autre appareil zootropique très simple représenté par la figure 4. Il se compose de quatre panneaux de carton montés à angle droit, autour d’un axe creux.
- Fig. 3. Toupie-fantoche. Fig. 4. Le mulet Rigolo.
- Ce carton à quatre pans peut s’enfiler autour d’une tige verticale, fixée sur un pied, où elle tourne très facilement quand on la fait glisser entre
- les doigts. Les quatre angles du cartonnage comprennent un dessin zootropique ; quand on les fait tourner, ils se confondent en un seul par suite de la
- Fig. S. Spécimen Je dessins zootropiques représentant les deux phases extrêmes d’un mouvement.
- persistance des impressions. Sur notre figure, c’est l’indomptable mulet Rigolo, qui rue, tandis que son cavalier le frappe de son bâton. — La figure 5 pourrait servir à représenter un petit personnage grotesque faisant rebondir un gros ballon élastique contre le sol.
- De semblables petits jouets sont très intéressants; ils sont même susceptibles de devenir des objets
- d’enseignement, pour faire comprendre le mouvement de certains organes mécaniques, l’action du piston d’un corps de pompe, par exemple. Il n’y a de futile que la façon dont on se sert des choses ; un esprit observateur peut faire profit de tout ce qu’il voit fonctionner autour de lui, même des jouets du Jour de l’An.
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- U DISTRIBUTION DE L’ÉLECTRICITÉ1
- COMPTEURS D’ÉLECTRICITÉ ----APPLICATIONS
- Nous avons examiné jusqu’ici les principes généraux qui régissent les distributions d’électricité sous pression constante ou sous volume constant, et les transformateurs qui permettent de donner au courant distribué à chaque abonné les qualités qui lui conviennent pour les applications spéciales auxquelles il est destiné.
- 11 nous reste à examiner aujourd’hui les procédés qui permettent de mesurer et de compter l’énergie électrique distribuée à chaque abonné et à passer en revue les principales applications que l’électricité ainsi distribuée est susceptible de recevoir.
- Ce que doit payer chaque abonné, en résumé, c’est la somme de kilograminètres d’énergie électrique fournie par jour, par semaine ou par mois, et qui pour chaque instant considéré est égale à :
- El
- —— kilogrammetres, f,81 D
- Le compteur d’électricité dans le cas le plus général, doit donc enregistrer automatiquement, d’une façon directe ou indirecte, la somme des kilogrammetres ainsi fournis à chaque abonné, seconde par seconde. Dans le cas d’une distribution par pression constante, la question se simplifie parce que E étant constant, il suffit de faire la somme de I, en un mot il faut mesurer la quantité totale d'électricité qui a parcouru la dérivation de l’abonné pendant un temps donné, un mois par exemple, pour fixer les idées.
- Dans certains cas, — assez rares à la vérité, — le problème se simplifiera encore, lorsque l’abonné considéré aura un seul appareil alimenté par la dérivation.
- Dans ce cas, chaque fois que le circuit sera fermé, l’appareil consommera par seconde une quantité d’énergie électrique parfaitement déterminée, proportionnelle à E et à l. Le problème se réduira donc à la mesure du nombre de secondes pendant lequel l’appareil a puisé de l’électricité sur la distribution. Dn système d’enregistrement graphique, faisant un trait continu sur une bande de papier qui se déroule ou sur un cylindre tournant, pendant tout le temps que l’appareil fonctionne et. l’interrompant quand l’appareil ne fonctionne plus, donnera une mesure exacte de la dépense par la longueur totalisée du trait. On pourra ainsi employer une bande de papier qui se déroule d’une façon lente et continue sous l’action d’un mouvement d’horlogerie tout le temps que l’appareil fonctionne et qui s’arrête avec lui. La longueur de la bande de papier déroulée sera proportionnelle au temps d’emploi : en réalité, on mesurerait l’é'ectricitê au mètre courant. Un cadran totalisateur jouerait aussi le même rôle. On voit que les solutions ne manquent pas dans ce cas simple. 11 est évident que les enclanchements et les déclanche-ments peuvent se faire, soit par la manœuvre directe de l’interrupteur, soit par un système électro-magnétique si le compteur est placé à distance du commutateur interrupteur de circuit.
- Le problème est plus complexe lorsque l’abonné a plusieurs appareils branchés sur sa canalisation pouvant fonctionner ensemble ou séparément en nombre à chaque instant variable.
- Dans ce cas, l’intensité varie à chaque instant, et l’on est obligé alors de faire la somme de la quantité d’élec-
- 1 Suite et fin. — Voy. n° 440 du 17 décembre 1881, p. 42.
- tricité qui a traversé le circuit pendant le mois entier. Le procédé proposé; d’une façon indépendante par MM. Spraguc et Edison, et déjà réalisé en partie par ce dernier, consiste à utiliser les propriétés électro-chimiques des courants.
- Lorsqu’un courant électrique traverse un voltamètre à sulfate de cuivre, par exemple, la quantité de cuivre déposée sur la lame négative — la cathode — est proportionnelle à la quantité d’électricité qui le traverse.
- Voici maintenant l’application de cette loi à un compteur d’électricité. On établit entre deux points très rapprochés du conducteur principal de chaque abonné, une dérivation formée par deux lames de cuivre préalablement pesées et plongées dans un bain de sulfate de cuivre.
- Le courant qui arrive chez l’abonné se divise alors en deux parties, l’une qui traverse le conducteur principal, et l'autre qui traverse le voltamètre. Mais les résistances sont combinées de telle sorte que la quantité qui traverse celte dérivation ne soit qu’une fraction très faible du courant
- principal, la partie par exemple. Il sufira donc de
- peser chaque lois la lame de cuivre négative. Son augmentation de poids donnera la mesure de la quantité d’électricité qui a traversé le voltamètre, et par suite, et en multipliant ce résultat par ltlOO, celle du nombre de. coulombs qui ont traversé le compteur *.
- On a alors tous les é'éments pour déterminer l’énergie électrique fournie à l’abonné pendant le mois.
- Ce système de compteur renferme des dispositions ingénieuses; nous le décrirons en détail dans un article spécial, en nous aidant de gravures. Dans un second modèle qui ressemble davantage, comme résultat final, aux compteurs à gaz, M. Edison emploie deux voltamètres liés à un fléau de bascule qui oscille pour une différence de poids déterminée à l’avance, résultant du dépôt de cuivre sur l’une des électrodes. Le mouvement de baseuie du fléau à ce moment intervertit les polarités dans les voltamètres, et fait avancer le compteur d’une dent. Le nombre de mouvements accomplis par le compteur dans un temps donné donne la mesure de la quantité d’électricité quia traversé le voltamètre et par suite celle de l’énergie électrique fournie à l’abonné. Ce système est plus compliqué, mais il évite les pesées ; ce système ne changerait en rien les habitudes des abonnés au gaz et présente, par ce côté spécial, de grandes chances de succès.
- Plus récemment, M. Edison a combiné un troisième système dans lequel le voltamètre est remplacé par un petit moteur électrique actionnant un compteur de tours. La vitesse du moteur étant, entre de certaines limites, à peu près proportionnelle à l’intensité du courant qui le traverse, on a encore ainsi un moyen de mesurer la quantité d’électricité fournie à l’abonné.
- Si le moyen est moins exact que le voltamètre, il est en tout cas plus simple.
- On a enfin combiné récemment des compteurs électriques qui donnent à chaque instant, exprimée en kilo— grammètres, la quantité d’énergie qui traverse un circuit entre deux points donnés, quels que soient E et I.
- Le mesureur d'énergie de M. Marcel Deprez est la première solution que nous connaissions. Il ne totalise pas
- 1 D’après les récentes expérience-s de M. Mascart. chaque fois qu’il a passé dans un voltamèire t)6 oulombs d'électricité, il s’est déposé un poids de mêlai égal à l’équivalent de ce métal p ir rapporta l’hydrogène exprimé en milligrammes. Dans le cas particulier, il se déposera 31,75 milligrammes de cuivre chaque lois qu’il passera % coulombs dans le voltamètre et D6000 dans le circuit général.
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- les indications, mais il serait très facile de le rendre totalisateur en le faisant inscrire, sous forme de courbe continue, les indications qu'il fournit.
- Enfin, il y a un mois environ, M. Boys a présenté à la Société de phy ique de Londres un mesureur d'énergie intégrateur qui donne sous forme de nombre, la quantité totale d’énergie électrique dépensée sur un circuit pendant un temps quelconque.
- On voit donc que les compteurs d’électricité ne manqueront pas le jour où la distribution entrera dans la pratique. On n’aura qu’à choisir le plus simple et le moins coûteux, et à ce point de vue, les progrès ne se feront pas longtemps attendre.
- Examinons à quels usages l’électricité ainsi distribuée, transformée et mesurée, pourrait servir.
- Il faudrait plusieurs livraisons de la Nature pour énumérer les applications dont le courant électrique est dès à présent susceptible, lorsqu’on aura établi une canalisation et une distribution d’electricité à domicile. L’éclairage et la force motrice peuvent compter au nombre des plus importantes. D’autres non moins utiles recevront aussi un immense développement, telles que sonneries, avertisseurs d’incendie, serrures électriques, allumoirs. La petite industrie et les usages domestiques seront aussi les tributaires naturels de la distribution.
- L’électricité saura ouvrir les devantures de l’épicier, moudre son café, couper son sucre, monter et descendre ses bouteilles à la cave, etc., etc.
- On peut entrevoir déjà des applications aussi originales qu’inattendues.
- Nous en citerons deux entre autres qui nous paraissent présenter de l’intérêt.
- Les études sont dirigées aujourd’hui du côté des accumulateurs, et l’on peut espérer que, dans quelques années, on sera arrivé à les construire assez légers pour pouvoir faire fonctionner des véhicules pendant quelques heures à l’aide de l’électricité emmagasinée. Il sera facile alors d’établir en certains points de la capitale de véritables relais où l’on viendra recharger les accumulateurs en les branchant sur la canalisation générale de la distribution. On aura ainsi réalisé le cheval de fiacre électrique et la nourriture électrique.
- Nous n’en sommes pas encore là au point de vue de la pratique, mais combien d’années encore cette utopie mettra-t-elle à devenir une réalité?
- La seconde application est d’un ordre plus simple et dès à présent réalisable avec une distribution. Une canalisation d'électricité distribuée dans une ville serait d’un très grand secours en cas d’incendie. 11 suffirait d’établir des prises de courant à côté des bouches d'eau des trottoirs pour avoir à la fois à sa disposition l’eau et la force motrice, c’est-à-dire l'eau et le moyen de la lancer instantanément sur les édifices. Les pompes seraient alors actionnées par des moteurs électriques. Le matériel léger et peu encombrant (pompe rotative et moteur électrique) serait vite amené au lieu du sinistre et le moteur relié à la prise de courant par deux conducteurs souples serait immédiatement en fonction.
- On voit par ces deux exemples que les applications de l’électricité' sont aussi nombreuses que variées, et que, du jour où elle sera distribuée, on n’aura que l’embarras du choix pour étendre le domaine de ses applications, domaine qu’elle agrandira encore en faisant naître des besoins nouveaux qu’elle seule pourra satisfaire.
- E. Hospitalier.
- LÀ « JEANNETTE » RETROUVÉE
- On sait que le navire américain la Jeannette, envoyé en expédition polaire sous les auspices de M. Gordon Bennett, An New-York Herald, était considéré depuis plusieurs mois comme perdu. On a reçu à la date du 21 décembre les nouvelles suivantes des membres de cette malheureuse exploration :
- La Jeannette a été écrasée par la glace, latitude 77°15' nord, longitude 157°.
- Avec des bateaux et des traîneaux on a fait une bonne retraite à 50 milles nord-ouest de la Léna, où les trois bateaux qui donnaient asile aux naufragés ont été séparés par une bourrasque. La baleinière, commandée par le mécanicien chef Melville, est entrée dans la Léna par l’embouchure Est, le 17 septembre, où elle a été arretée par la glace dans la rivière. Elle arriva près d’un village d’indigènes aussitôt que la rivière fut fermée.
- M, Melville s’est mis en communication avec le commandant àBolemga. Le 20 octobre, il a entendu dire que le premier cutter, monté par le lieutenant Le Long, le l)r Ambler et douze autres, est arrivé à l’embouchure Nord de la Léna. Le commandant à Bolemga a envoyé sur-le-champ des secours à l’équipage de la baleinière, qui se portait bien.
- Nindeman et Noros sont arrivés le 29 octobre pour demander des secours pour le premier cutter, dont l’équipage était dans de très mauvaises conditions, fortement gelé et en danger de mourir de faim. Le commandant à Bolemga a envoyé des coureurs indigènes à leur recherche. Les efforts les plus énergiques et les plus persévérants seront employés jusqu’à ce qu’on les ait trouvés.
- D’après des nouvelles récentes communiquées à la presse par le New-York Herald, les malheureux naufragés auraient traversé plus de lfiOO kilomètres de régions glacées désertes, au milieu de souffrances qu'aucune plume ne saurait décrire.
- PENDULE ÉLECTRIQUE PAPILI0N0ME
- Le plus grand inconvénient des pendules ordinaires à poids ou à ressort moteur réside surtout dans l’obligation où l’on se trouve de les remonter tous les jours, tous les huit jours ou tous les quinze jours, sous peine de les voir s’arrêter. Un système de pendule pouvant fonctionner dix-huit mois ou deux ans sans qu’on ait à s’en préoccuper à intervalles réguliers présente donc un certain intérêt. C’est dans l’électricité que M. Lemoine a cherché la solution de ce problèmel.
- Une pile électrique donnée capable, avant son épuisement complet, de fournir une somme d’énergie limitée et parfaitement déterminée qui dépend du volume du liquide, de sa composition, de l’épaisseur du zinc, etc., serait vite épuisée si elle devait fournir un courant électrique pour donner une impulsion à chaque coup de balancier. L’expérience démontre d’ailleurs que cette impulsion n’est nécessaire que
- 1 M. Personne, de Dijon, nous a écrit pour revendiquer le principe de l’appareil que nous allons décrire, et qui, en effet, lui appartient.
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- LA NATURE.
- de temps en temps. M. Lemoine est arrivé à ne donner cette impulsion qu’à l'instant où elle devient nécessaire, par suite de la diminution d’amplitude d’oscillation du balancier; on réalise ainsi une sérieuse économie sur la pile, qui ne travaille jamais en pure perte et peut fonctionner ainsi beaucoup plus longtemps, puisqu'on évite tout gaspillage d’énergie électrique.
- Arrivons maintenant à la description de la pendule.
- Elle se compose (fig. 1 ) d’une minuterie actionnée par le balancier qui joue ici le rôle d’organe moteur et qui porte à sa partie supérieure une griffe ou un cliquet agissant sur un rochet monté sur l’axe du premier mobile. Supposons le balancier mis en mouvement à la main. En vertu de la résistance de l’air et du travail qu’il effectue en faisant tourner la minuterie , son amplitude d’oscillation diminue graduellement, et il s’arrêterait bientôt si l’on n’entretenait son mouvement. Voici comment :
- Le balancier, qui se compose d’un disque de fer cylindrique à la partie inférieure porte une petite tige (fig. 2) qui peut osciller très librement autour d’un axe horizontal et porte une feuille mince de mica ou de papier découpée en forme de papillon, d’où le nom de papilionome donné au système.
- Pendant le mouvement du balancier, la résistance de l’air fait prendre à la tige convenablement réglée une position plus ou moins inclinée. Lorsque la vitesse et, par suite, l’amplitude du mouvement du balancier sont assez grandes, l’extrémité de la tige
- glisse sans buter à la surface d’un contact très flexible placé sur le socle de la pendule. Lorsque l’amplitude diminue, la tige prend une position plus verticale, ellq coince alors le contact, l’abaisse et envoie un courant dans l’électro-ai-mant placé sur la gauche de la figure 2. Ce dernier devenant actif, attire le balancier et lui donne une impulsion qui lui permet de reprendre son amplitude d’oscillation.
- Le balancier fait ensuite 6, 8, 10, 12 oscillations sans que le coincement se reproduise à nouveau, et par suite sans dépense nouvelle. Par cet ingénieux système le remontage automatique de la pendule s’opère donc au moment opportun, sous forme d’une impulsion nouvelle donnée au balancier chaque fois que l’amplitude d’oscillation atteint une certaine limite inférieure qu’il ne peut dépasser.
- C’est là un système des plus curieux et des plus amusants à voir fonctionner. Pratique -ment, on peut se servir d’une pile séparée ou d’une pile placée dans le socle. Ordinairement M. Lemoine emploie une pile Leclanché d’une forme spéciale disposée pour pouvoir être dissimulée dans le socle sans occuper une trop grande hauteur.
- Dans un autre système dit astéronome les émissions de courant qui alimentent le balancier se font à intervalles réguliers convenablement calculés, mais le mécanisme n’est pas aussi intéressant, à beaucoup près, que celui de la pendule papilionome que nous venons de décrire.
- Fig l. Pendule électrique papilionome.
- Fig. 2. Mécanisme de la pendule papilionome.
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- ROCHES FOUDROYÉES
- Les effets de la foudre sur les hauts sommets montagneux sont souvent très intenses : on a cité, par exemple, le transport à grandes distances de blocs volumineux.
- Ils consistent aussi parfois en développe -ment considérable de chaleur.
- La preuve la plus nette qu’on en ait consiste dans la fusion superficielle des roches, même quand elles sont aussi réfractaires que le granit et les autres roches cristallines.
- II y a longtemps que Saussure a signalé au Mont-Blanc de semblables vitrifications; Ramond les a retrouvées au Pic-du-Midi, de Ilumboldt au Mexique, et partout on leur a reconnu des caractères uniformes.
- Ces viti ifica-tions n’ont que quelques dixièmes de millimètre d’épaisseur, mais elles recouvrent quelquefois des surfaces de près de 1 mètre carré, qui se trouvent vernissées d’une espèce d’émail gris ou jaunâtre, dans lequel on distingue des bulles ou bour-soufflures de plusieurs millimètres de diamètre. L’échantillon représenté ci-dessus (fig. 1), et qui est actuellement exposé dans la galerie de géologie du Muséum, a été recueilli au sommet du Pic-du-Midi, par MM, Baylac et Albert Tissandier. Il présente un intérêt tout spécial.
- La roche consiste en diorite granitoïde, c’est-à-dire en un mélange de feldspath triclinique et d’amphibole hornblende.
- La portion fondue n’y constitue pas une nappe comme dans les exemples précédemment cités ; c’est une traînée qui dessine exactement le trajet de l’étincelle électrique et se ramifie comme elle.
- La portion vitrifiée s’allongeait à la surface naturelle externe de la roche, puis elle plongeait dans
- une fissure, et c’est dans celle-ci qu’elle s’est évanouie.
- Ace titre cette fulguration se rapproche extrêmement d’un autre accident connu sous le nom de fulgurites on tubes fulminai-rcs, et dont on voit au Muséum de splendides échantillons. Ce sont, comme le montrent les deux dessins ci-dessous (fig. 2), des conduits irréguliers dont la substance, sorte de verre naturel, consiste dans le produit de fusion des sables siliceux frappés par la foudre. En dedans, le tube est
- lisse, dehors il est rugueux à cause de l’agglutination de grains sableux incomp lètement fondus.
- Ordinairement les fulgurites se ramifient à leur extrémité inférieure. Le diamètre intérieur est de 1 millimètre à 5 centimètres. Leur longueur, très variable, peut aller jusqu’à 10 mètres.
- Ces curieux accidents ne semblent pas avoir été remarqués avant 1711, où Hermann les observa en Silésie ; depuis lors, tous les musées les ont fait entrer dans leurs collections. Il est cependant difficile de les avoir très longs, et leur prix dans le commerce est assez élevé.
- Au début, on se méprit d’ailleurs complètement sur leur vraie nature. On les 'considéra successive-
- Fig. 2. Fulgurites. Tubes produits par la vitrification du sable par le passage de la foudre dans le sol des déserts de la Pologne. — Échantillon du Muséum, 1/3 nature.
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- ment comme Res incrusta lions laites autour de racines ayant ensuite disparu; comme des cellules construites par des vers d’espèces éteintes ; comme des espèces de stalactites, ilentzen paraît avoir été le premier à les attribuer à la foudre, et son opinion a été démontrée exacte par Blumenbach et par Tiegler.
- Depuis, on a pris la nature sur le fait, c’est-à-dire qu’on a trouvé plusieurs fois des fulgurites dans le sable encore chaud, à l’endroit où l’on avait vu tomber la fouder.
- D’ailleurs divers expérimentateurs, tels que Beudant, Hachette et Savart, ont obtenu des tubes analogues aux fulgurites, en déchargeant la grande batterie électrique du Conservatoire des Arts et Métiers, à travers des couches de verre pilé, ou de sable mêlé de sel marin pour le rendre plus fusible. •
- Les tubes fulminaires se trouvent surtout dans les localités où une couche de sable recouvre un terrain aquifère et par conséquent conducteurde l’électricité; par exemple, en certains points de la Silésie, de la Prusse orientale, de la Pologne, du Cumberland et du Brésil.
- Stanislas Meunier.
- L’ÉPUISEMENT DES MINES DE CHARBON
- Ou s’est souvent préoccupé de l’épuisement des mines de charbon et du trouble qui en résulterait pour l’industrie ; ces craintes sont bien exagérées, comme on va le voir. On a montré que l’Angleterre possède des gisements de charbon pouvant suffire à la consommation du monde entier pendant près de deux siècles; d’un autre coté les États-Unis possèdent de.', bassins houillers d’une étendue vingt fois plus considérable que ceux de l’Angleterre. Si l’on tient compte des gisements qu’on rencontrera probablement dans les pays qui n’ont pas encore été explorés, on peut affirmer que les mines de charbon no seront pas épuisées avant plusieurs milliers d’années, même en supposant un accroissement notable de la consommation. Nous allons montrer, en outre, que quand arrivera cette époque si éloignée de l’épuisement de la houille, l’industrie saura facilement s’en passer même avoc les procédés actuellement connus. Le carbone ne sera pas perdu, car : « rien ne se perd, rien ne se crée » ; le charbon sera remplacé, à celte' époque, par des produits végétaux dont la production sera forcément, comme on va le voir, bieu plus considérable qu’à présent.
- Reportons-nous à l’époque où l’extraction de la houille était nulle ou presque nulle. L’acide carbonique était produit dans la nature par la respiration des animaux et par les fermentations de toutes sortes. 11 est vrai que les hommes employaient déjà du bois pour se chauffer, mais cette source de production d’acide carbonique était peu de chose par rapport aux sources naturelles que nous venons de signaler. D’autre part, l’acide carbonique était, comme on sait, absorbé par la végétation.
- À l’époque actuelle, l’acide carbonique se produit encore, dans la nature, par la respiration des animaux et, en petite quantité, par les fermentations de toutes sortes; cet acide carbonique est absorbé par la végétation Mais il y a, en outre, une nouvelle cause de production d’acide carbonique, c’est la combustion de la houille. Avec la
- métallurgie, les machines à vapeur et le chauffage domestique, il se produit, en France, une quantité d’acide carbonique au moins égale à la quantité produite par les sources naturelles que nous avons citées. Où peut donc aller cet acide carbonique en excès? Reste-t-il dans l’atmosphère? Certainement non, car un calcul bien simple montre que l’atmosphère en contient une provision au plus égale à douze fois la quantité d’acide carbonique absorbée par la végétation, en une année, sur toute l’étendue de la terre. On est donc conduit à admettre que la végétation absorbe beaucoup plus d’acide carbonique qu’autrefois ; comme elle conserve toujours à peu près la même composition, il en résulte qu’elle doit être beaucoup plus active que par le passé. C’est parfaitement exact, comme on peut s’en assurer en constatant les statistiques de l’agriculture dans les pays civilisés.
- Après ces quelques observations, il est bien facile de se rendre compte de ce qui se passera dans l’avenir. A mesure que la houille est consommée, l’acide carbonique est absorbée par les végétaux; ces végétaux sont utilisés de sorte que h houille ne peut plus se reformer dans la terre. En supposant même que la consommation de la houille n’augmente plus, la végétation devra cependant augmenter chaque année d’une quantité suifisante pour absorber toute la houille brûlée dans l’année ; sinon l’acide carbonique s’accumulerait dans l’air et deviendrait une source d’empoisonnement au bout de quelques années. Cette augmentation future de la végétation est très admissible; en effet, les expériences de M. Dehérain (Voir la Nature du 29 octobre 1881). ont montré que la végétation augmente beaucoup d’activité dans une atmosphère contenant un peu plus d’acide carbonique que l’air ordinaire. Enfin on peut constater que l’agriculture donne les meilleurs rendements en Angleterre et en général dans les pays où l’industrie est la plus répandue. Il est donc certain que la végétation augmentera cans une proportion énorme à mesure que les gisements de houille s’épuiseront; il deviendra alors économique d’employer comme combustibles des végétaux ou des déchets de végétaux qui sont à présent délaissés. En résumé, quand les gisements de charbon seront épuisés, le carbone ne sera pas perdu ; on saura toujours le retrouver sous une autre forme.
- Il est probable, cependant, qu’on finira par atteindre un maximum de l’activité de la végétation ; à cette époque on sera gêné par une augmentation de la quantité d’acide carbonique contenu dans l’air bien plus que par le manque de combustible. A partir de ce moment, on ne pourra plus augmenter la quantité de combustible brûlée chaque année, mais il sera facile de recourir aux sources naturelles de mouvement et surtout à l’utilisation directe des rayons du soleil. On sait que M. Mouchot a imaginé un appareil se composant d’une chaudière à vapeur fontionnant sans combustible; les rayons solaires sont recueillis sur un réflecteur qui communique leur chaleur à la chaudière. M. Mouchot a montré que, dans les pays chauds, on peut ainsi alimenter une chaudière de 2 chevaux avec un réflecteur de 4 mètres carrés, ce qui fait une force disponible de 5000 chevaux par hectare. Or, on sait dès à présent transformer le travail en électricité qui peut être employée pour produire de la lumière, de la chaleur pouvant servir à des opérations métallurgiques et des opérations chimiques. En outre, M. Marcel Deprez a montre que l’électricité peut être transmise à plus de 50 kilomètres, en quantité considérable et avec une très faible déperdition. On pourra donc augmenter l’activité
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- de l’industrie, dans une énorme proportion, même quand le maximum d'activité de la végétation sera atteint. 11 est meme probable qu’on aura recours avant celte époque à l’utilisation directe des rayons solaires.
- En résumé, la quantité de chaleur et de mouvement que l’homme peut obtenir sur toute la terre ne fait qu’augmenter à mesure que les gisements de houille s’épuisent; elle ne diminuera pas après cet épuisement complet. 11 n’y a qu’un maximum, c’est la quantité de chaleur tombant du soleil sur la terre ou l’équivalent de cette chaleur en mouvement, lumière, ou Force physique de toute nature. Ce maximum est beaucoup plus considérable que la quantité de mouvement ou de chaleur actuellement utilisée, même dans les pays les plus remplis d’industrie. On voit donc les craintes qui ont été souvent émises sur la situation future de l’industrie, par suite de l’épuisement des mines de charbon, sont purement chimériques. G. M.
- CHRONIQUE
- Eclairage électrique du Menât. — Pendant la prorogation des Chambres, on va faire au Sénat des expériences d'éclairage électrique. Une commission composée de MM. Bcrthelot, Charles Robin et Wurlz, membres de l’Académie des Sciences et sénateurs, et d’un certain nombre de spécialistes, va surveiller ces essais. S’ils réussissent, la lumière électrique sera définitivement appliquée à l’éclairage de la salle des séances et des principales dépendances du Luxembourg.
- Le cœur de Larrey. — Une précieuse découverte a été faite ces jours derniers à l’hôpital militaire de Lyon. On a trouvé au fond d’un placard qui n’avait pas été ouvert depuis longtemps, un bocal contenant le cœur du baron Larrey. On sait que le célébré chirurgien en chef des années du premier Empire avait légué son cœur aux soldats aux milieu desquels il avait vécu.
- Après avoir constaté l’authenticité de cette curieuse trouvaille et relique, il a été décidé que le cœur du baron Larrey serait enfermé dans une urne et placé dans la chapelle. L’hôpital militaire conservera donc le précieux souvenir d’un homme de bien qui avait consacré son immense talent et son dévouement le plus absolu au soulagement des soldats.
- Capacité des poumons. — De la mesure de la capacité des poumons chez 050 garçons et 514 tdles des écoles du district de Saint-IVtersbourg, M. Aagorski a déduit les résultats suivants : La capacité des poumons relativement au poids du corps est de 05 centimètres cubes pour chaque kilogramme du poids du garçon et de 57 centimètres cubes du poids des filles. La loi Quételet étant que pour des enfants au-dessous de 15 aus le poids du corps est proportionnel au carré de la iiauleur, le Dr Nagorski en a conclu qu’il est proportionnel à 2,15 de cette même hauteur, tandis que la capacité des poumons est proportionnelle à 2,4 de la hauteur pour les garçons et au carré de la hauteur pour les filles. Quant au rapport entre le poids de l’homme et la capacité de ses poumons, il est à peu près constant, et. ses variations sont dues pour la plupart à la quantité variable de graisse contenue dans le corps.
- Le bateau « PlioHplior-Bronze ». — On vient de lancer dernièrement sur la Tamise un petit bâtiment entièrement construit en bronze phosphoreux. Ce bâtiment.
- qui appartient à la l’hosphor-Bronze Company, n’a pas plus de I0m,50 de long et une largeur de lm,80 au bail ; il a marché à la vitesse de 20 kilomètres à l'heure, ce qui est très remarquable vu les dimensions du bateau. Le but de la Compagnie a été, avant d’entreprendre la construction de bateaux plus importants, de faire un essai pour s’assurer de la façon dont se comporteraient en service les diverses parties de la construction, telles que Jes tôles et les cornières. Les épreuves ont, paraît-il, pleinement répondu aux espérances de la Compagnie pour la rigidité et l’absence de vibrations. Aussi, malgré le prix de revient de la matière première, on espère arriver, en employant un métal qui n’est pas sujet à s’oxyder, comme le fer ou l’acier, à trouver des avantages dans ce nouveau mode de construction pour les steamers, les bateaux torpilles et autres bâtiments. (Les Momies.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 décembre 1881. — Présidence de M. Wuierz.
- Tremblements de terre en Suisse.— Une très studieuse statistique des tremblements de terre qui ont agité le sol de la Suisse depuis la fin de 1879 est adressée par M. Forel (de Genève). Durant cette période on a eu vingt fois à noter le phénomène, et le total des secousses s’élève à soixante-neuf. A plusieurs reprises il s’est agi de trépidations très nettement sensibles et qui se sont étendues à de vastes territoires. Par exemple, le 50 décembre 1879, la zone ébranlée avait 500 kilomètres sur 150. L’auteur a cherché pour chaque cas à déterminer l’étendue du sol remué, le point de départ du phénomène, son intensité et la rapidité de sa propagation. À ce dernier point de vue le chiffre trouvé est de 400 kilomètres par seconde, mais M. Forel ne se dissimule pas qu’il est encore bien loin d’étre certain. Il faut, en effet, le conclure de l’heure notée dans chaque point au moment de la secousse; or, jusqu’ici les horloges ne sont point comparables et M. Forel, en ce qui concerne la continuation de ses recherches, appelle de tous ses vœux le réglage électrique de l’heure suisse sur tous les points de la Confédération.
- Calcul des probabilités. — M. le général Virgille adresse un mémoire auquel il est juste de faire un accueil particulier. Il a pour auteur M. le capitaine d’artillerie de marine Bréjet qui vient de succomber au Sénégal. Son sujet sort d’ailleurs de la compétence ordinaire de ce journal, étant relatif au calcul des erreurs d’observations très nombreuses. L’auteur est parti d’un théorème classique qui permet de savoir la limite vers laquelle tendent de pareilles erreurs et il en a trouvé une application très nette dans les résultats du tir à la cible.
- Tactique navale. — Déjà nous avons dit dans notre précédent article que M. le commandant Trêve vient de rédiger un travail spécial sur la tactique navale. M. l’amiral Jurien de la Gravière revient aujourd’hui sur ce sujet et fait ressortir toute l’importance du travail dont il s’agit, dans une sorte de conférence fort écoutée. Le public de l’Académie était en effet sorti de son cadre ordinaire et c’est avec grand intérêt qu’on a suivi les évolutions des énormes cuirassés actuels dont la valeur en argent est en moyenne de 20 millions et qui portent 2900 hommes. L’amiral Jurien a trouvé des expressions typiques pour faire sentir cette immense responsabilité du capitaine qui doit se diriger entre ses colossaux compagnons de route,
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- LA NATURE.
- dont le contact est toujours suivi d’épouvantables catastrophes. Nous ne pouvons après une simple audition nous hasarder dans un sujet aussi nouveau pour nous, mais nous croyons que l’ouvrage de M. Trêve pourra trouver plus d’un lecteur en dehors du public spécial pour lequel il a été écrit.
- L'âge (le la Méditerranée. — M. Blanchard revient sur les faits qui le portent à croire que la Méditerranée est unetner toute récente, postérieure au pliocène et peut-être même au début du quaternaire. M. Hébert apporte à cette thèse l’appui de sa très haute autorité en montrant comment la faune mammologique du miocène supérieur (Le-beron, Pikermi, etc.) porte à croire que tout l’espace maintenant occupé par la Méditerranée était alors recouvert d’immenses pâturages. Les dépôts pliocènes montrent qu’il y aurait eu ensuite un affaissement, mais un nouvel exhaussement du sol a pu assécher de nouveau le bassin marin avant son inondation actuelle.
- Varia. — M. Trecul fait une longue lecture d’anatomie végétale.—
- Le secrétaire signale diverses communications au sujet du phylloxéra; une modification de détail à la pile secondaire de M. Planté ; enfin la description d’un réveil-matin qui, après vous avoir tiré du sommeil, pousse les petits soins jusqu’à vous allumer votre bougie.
- Stanislas Meunier.
- APPAREILS DE LABORATOIRE
- ÉTUVES A VIDE
- Les étuves à vide du Laboratoire de chimie municipal sont formées de trois parties : une cuvette sur laquelle s’adapte un couvercle rodé, le tout placé dans un bain-marie.
- La cuvette mesure à l’intérieur 50 centimètres de long sur 30 de large et 15 de profondeur; sa surface interne est complètement émaillée. Elle est
- munie d’un rebord plan, large d’environ 10 centimètres. Sur ce rebord est ménagée une rainure circulaire peu profonde dans laquelle vient se placer une bande épaisse de caoutchouc sans lin.
- Le couvercle porte des bords rodés de mêmes dimensions que ceux de la cuvette sur laquelle ils s’adaptent. Six serre-joints, attachés à cette dernière, le
- pressent solidement contre la bande de caoutchouc et assurent une fermeture hermétique. La partie intérieure du couvercle est émaillée. Celui-ci porte deux regards et trois tubulures munies de robinets (deux robinets pour l’entrée et la sortie de l’air et un manomètre métallique marquant la pression intérieure). Le couvercle, qui pèse environ 50 kilogrammes, est équilibré par un contrepoids; la chaîne de celui-ci s’accroche à une poignée fixée de chaque côté du couvercle.
- Le bain-marie entoure la partie infé-: rieure de l’étuve. Il ne présente rien de particulier. Il porte deux ouvertures; l’une à gauche, pour le thermomètre; l’autre à droite, pour l’arrivée de l’eau par le niveau constant.
- Les deux étuves communiquent aune rampe en verre et on y fait le vide au moyen d’une grosse trompe de Golaz. L’une d’elles est chauffée à 100° au bain-marie et l’autre, munie d’un bain d’huile, peut être portée à une température plus élevée.
- Comme application de ces étuves, nous rappellerons que la dessiccation des extraits de vin dans le vide et à chaud permet d’en chasser la glycérine.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdieu.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue île Fleurus, à Paris,
- Étuve à vide du Laboratoire de ebimie municipal.
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- N” 449.
- 7 JANVIER 1882.
- LA NATURE.
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- LES GALLINACÉS HYBRIDES
- DU JARDIN ZOOLOGIQUE D’ACCLIMATATION
- L’homme arrive quelquefois, à force de soins et de persévérance, à obtenir des produits de deux animaux de familles différentes, mais ces hybrides, c’est le nom que portent ces produits, sont extrêmement rares, et leurs mœurs sont, pour l’observateur, un objet d’étonnement. Sans parler des éclaircissements que pourrait apporter l’étude approfondie et persévérante de ces sortes de phénomènes, dans la
- question si controversée de l’origine des espèces, il est très intéressant de voir quelles qualités sont modifiées par ces croisements et quels caractères des parents se retrouvent le plus habituellement dans les enfants.
- Nous avons en ce moment au Jardin zoologique d’Acclimatation deux spécimens de ces hybrides qui sont d’autant plus curieux qu’ils sont plus rares ; ce sont : d’une part l’hybride d’un coq de Houdan et d’une poule pintade ordinaire, et d’autre part l’hvbride d’un coq de Cochinchine et d’une poule •dinde ordinaire.
- Le premier de ces animaux et de beaucoup le
- Gallinacés hybrides au Jardin d'Acclimatation de Paris. (D'après nature.)
- plus curieux, puisque c’est la première fois que l’on a réussi à l’obtenir au Jardin d’Acclimatation, est celui que l’on peut voir au premier plan de notre gravure.
- C’est un magnifique oiseau, de la taille d’un dindon, au maintien fier et à l’œil hardi. Ses formes rappellent celles de ses parents, mais sont plus vigoureuses. Sa tète est relativement plus petite que celle du coq de Houdan et plus grande que celle de la pintade. Son bec est fort, recourbé légèrement au bout. Ses pattes sont vigoureuses et terminées, c’est là un fait à signaler, par cinq doigts. Or on sait que deux races de poules ont seules cinq doigts aux pattes : ce sont les Dorking et les Houdan. Beaucoup de zoologistes prétendant ne voir dans la race de Houdan qu’une race métisse de Dorking et de Crève-10e année.— 1er semestre.
- cœur, il n’y aurait donc que la race Dorking qui posséderait naturellement cinq doigts. Nous nous trouverions donc en présence d’un caractère important, puisqu’il résisterait à l’influence des croisements non seulement entre races, mais même entre familles différentes. Cette remarque faite en passant, revenons à notre hybride.
- Il porte à la gorge des appendices couverts de plumes qui sont les mêmes que ceux que portent les individus de la race paternelle, mais plus développés; ses joues sont couvertes de plumes et non pas nues comme chez la pintade.
- La couleur du plumage est intermédiaire entre celles des deux parents. La tète est couverte de plumes blanches minces, souples et rejetées en arrière. Deux plumes plus longues que les autres
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- LA NATURE.
- réunies à la naissance du bec et allant en s’écartant donnent à la physionomie de l’animal un aspect singulier, accentué encore par une petite touffe de plumes noires qui garnit le sommet de la tête. Les plumes qui revêtent les joues et l’appendice de la gorge sont blanches ; celles du cou sont noires. Le dos offre un mélange de gris, de noie et de blanc, avec quelques taches roussàtres, qui reproduit assez exactement les dessins du plumage de la pintade, mais avec des proportions plus grandes.
- Le ventre, la poitrine et le dessous du cou sont blancs ; les pattes sont blanches tachées de noir, les plumes du dessus de la queue sont blanches. En somme c’est un oiseau très particulier, et certes, si l’on ne connaissait pas sa provenance, il serait très facile d’en faire une espèce nouvelle, tant il diffère par l'ensemble de ses caractères de tous les gallinacés connus.
- Son voisin et compagnon de cage, quoique très curieux aussi, est moins rare. C’est la seconde fois que le Jardin d’Acclimatation en obtient un spécimen. Chez lui aussi, les caractères des parents se mêlent.
- 11 a du coq de Ceelhnchine, les pattes garnies de plumes et le bec; mais comme aspect général, il rappelle bien plutôt le dindon.
- C’est un oiseau de forte taille, vigoureux, son plumage est blanc moucheté de taches rousses légèrement mêlées de noir sur le cou. Sa tête est celle du dindon, mais elle est caractérisée par l’absence de caroncules et est entièrement revêtue de plumes courtes et lisses.
- Ces deux animaux, qui sont tous deux des mâles ou coqs, sont dépourvus décrété. Ils vivent en bonne intelligence entre eux et avec quelques hybrides de poule ordinaire et de faisan qui se trouvaient dans la même couvée et que nous ne citerons que pour mémoire. Ils sont en effet relativement communs, et il n’est presque pas d’éleveur qui n’ait réussi à en obtenir.
- Nos deux hybrides sont de magnifiques oiseaux qui garniraient admirablement une basse-cour, si l’on pouvait en fixer la race. Malheureusement il est très probable que, comme tous les hybrides, ils sont condamnés à la stérilité.
- D’ailleurs leur naturel féroce et querelleur rend très difficile toute tentative de rapprochement avec d’autres volatiles.
- Dès qu’un autre oiseau est introduit dans leur volière, ils se précipitent sur lui, et grâce à leur bec vigoureux, à leurs pattes athlétiques, ils en viennent rapidement à bout.
- Le directeur de la volière du Jardin d’Acclimatation, qui a plusieurs fois tenté de les faire reproduire, a dû momentanément y renoncer. Après plusieurs essais infructueux, il imagina de placer avec eux une vieille poule de Iloudan, vigoureuse, aguerrie et armée de formidables ergots. 11 espérait qu’elle pourrait se faire respecter, et que peut-être, avec le temps, nos coqs s’habitueraient à la suppor-
- ter. Peut-être alors aurait-on pu attendre quelque résultat.
- Il reconnut bientôt qu’il s’était trompé. Malgré une défense mémorable, la pauvre poule était en train d’être assommée quand on se hâta de l’arracher aux griffes et au bec de nos peu galants animaux. Ces coq paraissent donc absolument insociables, et en dehors des volatiles avec lesquels ils ont été élevés ab ouo, ils ne veulent supporter le voisinage d'aucun intrus.
- Paul Juillerat.
- L’EXPOSITION D’ÉLECTRICITÉ
- ET LES NOMINATIONS DANS LA LÉGION D’HONNEUR
- Par décret en date du 29 décembre 1881, rendu sur la proposition du Ministre des Postes et des Télégraphes, ont été, à la suite de l’Exposition internationale d’Électricité et du Congrès des Électriciens, promus ou nommés dans l’ordre national de la Légion d’honneur :
- Au grade de commandeur.
- MM. Berger (Paul-Louis-Georges), commissaire généra de l’Exposition et du Congrès d’Électricité; Becquerel (Edmond), membre de l’Institut; Blavier (Édouard-Ernest), directeur-ingénieur des télégraphes; Durrieu (Henri), président du Conseil d’administration de la Société Générale d’Électricité.
- Au grade d’officier,
- MM. Maseart (Eleuthère-Élie-Nicolas), professeur au Collège de France, directeur du Bureau central météorologique ; Caël (Emile-Joseph), directeur-ingénieur des télégraphes ; Luuyt (Paul-Bernard), ingénieur en chef au corps des mines ; le comte d’Àrlincourt (Ludovic).
- Au grade de chevalier,
- MM. Bréguet (Antoine),, chef du service des installations de l’Exposition ; Crova (Àndré-Prosper-Paul), professeur de physique à la Faculté des Sciences de Montpellier; Fontaine (Hyppolyte), président du Syndicat de l’éclairage et de la force motrice, président de la Chambre syndicale d’électricité; Jousselin (Paul), ingénieur civil; Lippmaim (Gabriel), maître de conférences à la Faculté des Sciences de Paris ; Yiolle (Louis-Jules-Gabriel), professeur h la Faculté des Sciences de Lyon ; Chabert (Léon), ingénieur civil; Boistel (Georges), ingénieur ; Àder (Clément), auteur de perfectionnements remarquables du téléphone ; Gaiffe (Ladislas-Adolphe), constructeur à Paris; Hardy (Edouard), constructeur k Paris ; Mors (Louis), constructeur à Paris; Lemonnier (Paul), constructeur à Paris; Deschiens (Joseph-Eugène), constructeur à Paris; Ménier (Henri), exposant, usine de fabrication de câbles; Lenoir (Jean-Joseph-Etienne), exposant ; Carpentier (Jules), constructeur a Paris ; Achard (Auguste), inventeur du frein électrique; Trouvé (Gustave), constructeur k Paris'; Carré (Ferdinand), constructeur k Paris; Félix (Clément), appareils de labourage électrique ; Vigouroux (Romain), docteur en médecine ; Banderali (David-Jean-Frédéric), ingénieur civil.
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- MIROIRS MAGIQUES
- EN VERRE ARGENTÉ
- Depuis des temps reculés les Chinois et les Japonais surtout fabriquent des miroirs en métal fondu
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- et poli. Us servent pour les usages de la toilette et sont aussi un objet de culte.
- Le miroir, qui est très mince, porte à son revers des saillies et des creux venus de fonte, représentant des objets divers allégoriques. L’épaisseu." de miroir est rendue ainsi très irrégulière dans ses différents points et lorsqu’ils le travaillent d’une manière particulière pour le polir, la matière se tourmente d’une façon inégale ; elle llécliit plus ou moins en différents endroits, de telle sorte que la surface polie n’est pas unie, elle porte des bosses et des creux, correspondant aux creux et aux saillies du revers. Ces irrégularités sont très faibles et l’on ne les aperçoit que difficilement à l’œil et sous certaines inclinaisons, mais si on éclaire les miroirs avec un point lumineux intense, tel que la lumière solaire, qui a traversé une lentille, par exemple, et que l’on reçoive la lumière rélléchie sur un écran blanc, on obtiendra un espace éclairé de la forme du miroir et agrandi ; mais ce qui paraissait alors merveilleux, c’est que le dessin du revers du miroir est reproduit en partie sur l’écran en blanc et en noir s’il y a des saillies et des creux.
- Aujourd’hui l’explication est devenue très simple et on produit très sûrement et très facilement des miroirs magiques donnant à volonté une image noire ou blanche et complète, mais il s’est passé des siècles avant que l’on connût bien la véritable explication. Elle a été donnée par Person, savant français, et démontrée expérimentalement par M. Govi, savant italien.
- La principale expérience de M. Govi consistait à chauffer dans leur ensemble les miroirs métalliques; par ce moyen, il rendait magiques les miroirs qui ne l’étaient pas ou irrégulièrement, et exagérait cette*propriété chez ceux qui l’étaient déjà.
- MM. Bertin etDuboscq, partant de là, perfectionnèrent le procédé en dilatant, non plus par la chaleur, mais par la pression de l’air; de cette façon ils obtinrent sûrement et facilement des effets magiques, soit en comprimant, soit en déprimant.
- Jusqu’ici tous ces miroirs étaient en métal. M. Léon Laurent eut l’idée d’utiliser le verre, qui est, en effet, assez élastique et très sensible aux effets de la chaleur (ces deux propriétés sont même gênantes pour les opticiens, quand ils cherchent à faire de bonnes surfaces optiques) ; il a cherché à tirer parti de ces deux propriétés dans l’application aux miroirs magiques. Il est arrivé ainsi à deux séries distinctes de miroirs magiques en verre argenté :
- 1° Les miroirs comprimes et les miroirs courbés, à creusures, qui sont un perfectionnement des miroirs métalliques japonais ou autres. Les surfaces sont très bonnes et ont un grand pouvoir réflecteur. Ils sont très élastiques et exigent peu d’efforts, il suffit d’une pression sur une poire de caoutchouc.
- 2° Les m uoirs d’épaisseurs et de formes quelconques : i lans, concaves et convexes, chauffés d'une manière particulière, Les expériences sur
- ces miroirs sont nouvelles, assez inattendues, intéressantes et variées. La netteté est remarquable.
- Miroirs comprimés. — M. Laurent a essayé d’abord le verre moulé du commerce, avec des saillies ; ce verre a réussi, mais il fallait l’amincir, ce qui était dispendieux ; il n’était pas d’égale épaisseur et se dilatait inégalement.
- M. Laurent a pris ensuite des glaces minces du commerce, ayant 0m,001 d’épaisseur, il y a fait graver des dessins, à épaisseur égale ; ces glaces à creusures sont plus flexibles que les verres à saillies. Le verre est ensuite argenté sur la face plane et l’argenture polie.
- Le support se compose d'un tambour T (fig. I)à fond plein fermé par le miroir élastique M ; ce dernier repose sur un anneau en caoutchouc qui est serré par l’anneau À. Le tambour T est fixé sur une colonne au moyen de deux tourillons R, S; l’un est creux et relié à une poire en caoutchouc. On peut comprimer et déprimer, soit à l’aide de la poire, soit avec la bouche. Il suffit de très peu d’efforts. On emploie la lumière divergente au moyen de la bonnette B. Les images sont les plus nettes quand le point lumineux est plus petit et placé loin du miroir, à 2 mètres environ.
- Quand on augmente la pression, l’ensemble du miroir M devient notablement convexe ; on s’en aperçoit sur l’écran, car le champ éclairé s’agrandit beaucoup ; les parties minces correspondant aux creux de la gravure résistent moins, deviennent plus convexes, dispersent davantage la lumière, et la gravure est reproduite en noir. Quand on diminue la pression, le miroir devient concave, le champ est beaucoup diminué. Les parties minces résistent moins, deviennent plus concaves, concentrent plus la lumière, et la gravure est reproduite en blanc. Ces miroirs sont très élastiques, le verre suit tous les mouvements de l’air et les images noire et blanche peuvent se succéder rapidement et ressortent davantage par leur contraste. En regardant la surface du miroir, on la voit se soulever et s’abaisser.
- Ces expériences prêtent souvent à des surprises dans les résultats, par exemple, le renversement de signe de Y éclairement des images, obtenu directement sur le même faisceau réfléchi.
- Miroirs rendus magiques par Vapplication de clichés chauds. — Soit une glace argentée du commerce de 4 millimètres environ d’épaisseur, on prend un cliché G (fig. 1) avec deux initiales, par exemple, et on le chauffe jusqu’à ce qu’il pique un peu, mais de manière à pouvoir encore le toucher, on l’applique sur la partie argentée, et immédiatement, les lettres sont reproduites sur l’écran en blanc et avec une grande netteté.
- La glace s’est échauffée, on remplace ce cliché par un autre, à la température ambiante (ou froid), il se reproduit alors en noir. On remet le premier cliché (réchauffé, s’il y a lieu) et son image est blanche. Si l’on place les deux clichés, un chaud et un froid, l’un à côté de l’autrer on a les deux images, blanche
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- et noire. On peut ensuite intervertir leurs places et par suite leurs images.
- Si l’on emploie des glaces avec argenture Foucault, on peut rendre la démonstration plus complète. On tourne la partie argentée du côté de l’écran, on applique le cliché chaud, on le retire vivement pour apercevoir l’image et l’on voit qu’elle est noire; en effet, la partie chauffée est convexe, elle est tournée vers l’écran, elle doit donner du noir ; l’image est fugitive, mais on a encore le temps de bien constater le phénomène.
- Ces expériences sont très nettes, très vives, durent tant qu’on applique le cliché, et assez longtemps.
- L’épaisseur de la glace est quelconque, avec 70 millimètres l’effet est aussi net qu’avec 1 millimètre.
- Le vernis protecteur de l’argenture n’empêche pas l’effet.
- Du verre, du spath, du quartz, sans argenture, produisent encore l’effet.
- Reproduction de dessins en relief. — Soit une carte de visite, on pose dessus le calque d’un dessin on pique tous les traits avec une épingle, de manière à avoir sur le revers le dessin en relief. On peut prendre aussi le papier d’étain qui sert à recouvrir le chocolat, on le pose sur quelques feuilles de papier et on dessine avec un crayon ordinaire, en appuyant ; le dessin se trouve encore reproduit en saillie sur le revers.
- O11 applique soit la carte, soit l’étain sur la glace argentée, du côté des saillies, et on appuie légèrement dessus le disque chaud D ; le dessin est reproduit en blanc sur l’écran.
- Miroirs sphériques. — Le miroir concave se prête à une expérience très curieuse et dont on ne voit pas a priori l’explication. En effet, le même faisceau renferme sur son trajet les deux espèces d’images, blanche et noire.
- Soit un miroir concave (argenté sur le bombé). Si l’on pose sur la face non argentée un carton, dans lequel on a découpé un dessin à jour, et que l’on place un écran à la main entre le miroir et le
- foyer conjugué du point lumineux, on aura une image blanche (et droite) ; et après le croisement, l’image sera toujours blanche (et renversée) ; cela est bien connu.
- Mais si l’on applique sur la partie bombée argentée un cliché concave chaud, on aura bien encore une image blanche (et droite) avant le croisement, mais après, l’image sera devenue noire (et renversée). L’éclairement de l’image a changé de
- signe.
- Renversement de V éclairement. — Pour expliquer cette anomalie apparente, considérons d’abord (fig. 2) un miroir sphérique concave À à court foyer; tous les rayons réfléchis, a, b, c, se croisent en un point unique F ; le rayon b qui est dans l’intérieur du cône lumineux avant le croisement, s’y retrouve encore après, on sait cela. Mais dans les miroirs magiques, je ferai remarquer que la portion déformée B n’est pas sphérique, c’est une déformation qui commence par être légèrement convexe (pour se raccorder avec la surface du miroir), elle devient un peu. concave, puis davantage, et progressivement, jusqu’au milieu qui est la partie la moins épaisse et conséquemment la plus courbée.
- Les rayons a se croisent en f, mais les rayons intérieurs b étant réfléchis par un élément plus courbé, se croiseront plus près, en fv et après les croisements, ils se trouveront en dehors ; ainsi les rayons qui se trouvent le plus près de l’axe du faisceau avant les croisements, se trouveront le plus loin après ; ils seront d’autant plus dispersés après, qu’ils étaient plus concentrés avant; au lieu d’une image blanche avant, il y aura donc image noire après, d’abord par suite de leur absence à l’endroit de l’image et aussi parce qu’ils en éclairent faiblement les bords et concourent ainsi à faire ressortir cette image ainsi que les rayons réfléchis par les bords de la déformation B.
- Fig. 2.
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- NOUVEAU FER MÉTÉORIQUE
- La galerie de géologie du Muséum d’histoire naturelle s’est récemment enrichie du magnifique échantillon de fer météorique dont nos lecteurs ont le portrait sous les yeux.
- 11 pèse 50 kilogrammes et a été découvert il y a peu d’années au Mexique, aux environs de Coha-liuila. Déjà un fer d’origine céleste avait été recueilli dans la même région, et c’est pour l’en distinguer que le nouvel échantillon a reçu le nom de fer de Butcher.
- Ce splendide bloc, dont la valeur intrinsèque représente plusieurs milliers de francs, a été généreusement olfert à notre grande collection nationale par M. Lawrence Smith, chimiste américain et correspondant de notre Académie des Sciences. Déjà le Muséum doit à ce savant un très grand nombre d’objets de haute valeur et à chacun desquels se rattache quelque découverte remarquable du savant d’ou-tre-mer.
- Le fer de Butcher a été particulièrement riche en faits nouveaux. Considéré dans son ensemble, c’est une masse métallique compacte qu’on peut marteler, scier, limer et polir. Une surface polie traitée par un acide, suivant la méthode de Wid-mannstætten, donne ce réseau régulier qui témoigne de l’association d’alliages inégalement solubles de fer et de nickel.
- Je rappellerai que l’expérience permet maintenant de reproduire ces divers alliages, non seulement isolés, mais associés comme dans la nature, et cela par des procédés qui permettent d’affirmer que la fusion ignée n’a pas présidé à la constitution de ces masses cosmiques.
- Quand on pratique une section plane au travers du fer de Butcher, on est frappé de la présence d’innombrables amas de substances qui, pour avoir un éclat métalloïde, n’en contrastent pas moins profondément avec l’aspect du fer nickelé.
- Ces amas, qui rentrent par leur forme généralement arrondie dans la catégorie des rognons, se signalent par leur constitution souvent fort complexe. Loin d’être entièrement constitués comme d’ordinaire par ce sulfure de fer qu’on a
- appelé troïlite, et qu’il faut bien, depuis mes analyses, se résigner à reconnaître pour de la pyrrhotine ; — loin d’avoir cette composition homogène, ils sont formés le plus souvent du mélange de la pyrrhotine avec un sulfure double de fer et de chrome tout à fait particulier. Celui-ci, au lieu d’être d’un jaune de bronze, comme la pyrrhotine, est d’un gris d’acier, et il a une tendance décidée à affecter des formes cristallines. M. Shepard, qui l’avait entrevu comme existant dans les météorites de Bbhop-ville, l’avait nommé schreiberile et de Haidinger avait proposé" de l’appeler shepardite ;— M. Lawrence Smith, qui vient d’en faire une étude complète, le qualifie de daubréelite. Sa formule chimique paraît être celle d’un fer chromé où l’oxygène serait intégralement remplacé par le soufre : FeS,Cr2S3.
- Le mode d’association de la pyrrhotine et de la daubréelite dans un même rognon est digne de remarque, car ces minéraux n’ont point une forme qui soit déterminée par la forme du rognon. Il n’est pas rare de voir le sulfure chromifère à l’état de fragments extrêmement anguleux empâtés par la pyrrhotine.
- En même temps que les amas dont nous venons de parler, le fer de Butcher contient des rognons d’une toute au-tre nature, et le Muséum possède également une plaque extrêmement importante à cet égard.
- On y voit un amas d’un minéral noir, à cassure conchoïde et à éclat résineux. L’analyse démontre, comme l’a reconnu M. Smith, qu’il consiste en fer chromé.
- Le fer chromé, depuis le travail classique de Laugier, a été reconnu dans une foule de pierres météoriques, mais c’est la première fois qu’on le signale dans une météorite métallique, et il se présente là avec des caractères extrêmement remarquables. On s’assure, par exemple, que contrairement à l’opinion générale, c’est une substance parfaitement transparente pourvu qu’on l’examine en lames assez minces et douées alors d’une superbe nuance rouge.
- Quant à son origine, elle n’est pas encore bien certaine. La disposition des alliages nickelés autour des rognons de ce genre semble indiquer qu’ils sont antérieurs à la constitution des alliages, mais tant que l’expérience n’aura pas permis leur repro-
- I.e fer (le Butcher, de Cohahuila (Mexique), avec les rognons de pyrrhotine et de daubréelite. — Nouvel échantillon de la collection du Muséum. — A. llognou de grandeur naturelle.
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- duction artificielle, on sera réduit sur ce point à de 1 simples conjectures.
- Stanislas Meunier.
- LÀ CAMPAGNE DE DRAGAGES
- DU « TRAVAILLEUR »
- DANS LA MÉDITERRANÉE ET DANS L'ATLANTIQUE, EN 1881 (Suite et fin. — Yoy. p. 50.)
- Les explorations que nous avions faites dans la Méditerranée nécessitaient un complément de recherches dans l’Océan, particulièrement sur les côtes de l’Espagne et du Portugal, aussi M. le Ministre de la Marine, comprenant l’intérêt qu’auraient ces investigations, nous autorisa-t-il à continuer nos dragages à bord du Travailleur pendant le mois d’août.
- A peine étions-nous entrés dans l’Atlantique que nous voyons les conditions de la vie changer dans les couches abyssales ; chaque coup de drague nous ramenait des animaux nombreux et parfois d’un grand intérêt zoologique. Les fonds au lieu d’être uniformément couverts d’une couche épaisse de vase, étaient de nature très variée suivant les localités et parfois tout à fait rocheux, nous en avons eu une preuve aux dépens de nos dragues. Ainsi le 13 juin, à 16 milles au large entre le cap Torinana et le cap Finistère, à une profondeur de plus de 2000 mètres, la drague s’engagea si fortement entre les rochers qu’elle fit ancre et qu’il fallut des tractions considérables pour vaincre la résistance ; elle revint à bord, mais le cadre métallique était déchiré malgré son épaisseur, et un gros fragment du lit rocheux à cassure parfaitement nette, était engagé dans le filet. Ce fragment avait été autrefois perforé par des Mollusques et dans les anfractuosités qu’il présentait, s’étaient logés divers animaux, des Bryozoaires, des Brachiopodes, des Annélides, de petits Crustacés. C’est un beau calcaire saccha-roïde concrétionné rappelant par place l’albâtre proprement dit, et bien qu’il ne paraisse pas renfermer de fossiles, il pourra fournir d’utiles indications sur la nature des fonds de l’Atlantique au nord de l’Espagne. Plus au Sud, en vue de l’embouchure du Rio-Minho, par 1068 mètres, le fond semblait formé de cailloux libres et de débris de coquilles ; sur les cailloux étaient fixés des Polypiers et des Éponges; M. Stanislas Meunier y a reconnu un calcaire compacte.
- Il semble qu’il y ait là, près de la pointe nord-ouest de l’Espagne, un grand courant sous-marin assez rapide pour laver le fond et transporter plus loin les parties vaseuses ; effectivement, plus au Sud, le long de la côte du Portugal et au large de Cadix, nous avions constaté, jusqu’à plus de 3000 mètres de profondeur, la présence d’un limon vaseux remplissant les vallées sous-marines. Plus au Nord, à l’entrée du golfe de Gascogne, le lit de
- la mer semble très accidenté et de place en place sa nature change. Le 14 août, nous venions de trouver le fond à 560 mètres, quand quelques milles plus loin la sonde annonça 4557 mètres, et ramena un sable vaseux d’un gris verdâtre. Quelques instants après, à 15 milles plus loin, le fond s’était relevé à 400 mètres, et la drague revenait complètement tordue et chargée de cailloux à la surface desquels étaient des Bryozoaires, des Polypiers, des Éponges. Un peu plus à l’Est, par 1000 mètres, nous retrouvions ces mêmes cailloux dont l’apparence est uniforme à cause de la patine ocracée qui les recouvre, mais qui, à la cassure, manifestent des caractères fort divers et présentent une analogie remarquable avec la collection des roches pyrénéennes. A l’Est de la pointe de la Es-taca, la drague a arraché d’un fond d’environ 1000 mètres de gros morceaux d’un calcaire argi-lifère contenant de nombreux fossiles dont la plupart sont méconnaissables, sauf les Nummulites, qui paraissent appartenir à deux espèces ; par son aspect ce calcaire ressemble beaucoup à celui des Basses-Pyrénées et particulièrement à celui de Biarritz, sans qu’il y ait cependant identité complète. Nous connaissons si peu de choses sur la nature du lit de l’Océan, que ces premiers essais de géologie sous-marine me semblent devoir fixer l’attention.
- C’est surtout sur ces roches nummulitiques que la faune s’est montrée la plus riche ; chaque coup de drague mettait sous nos jeux de merveilleuses récoltes. Des Polypiers nombreux et pour la plupart inconnus dans nos mers, avaient formé là des bancs considérables à l’abri desquels vivait toute une population des plus actives. De grandes Annélides aveugles s’étaient établies en commensales des Amphihelia ; d’autres espèces de Vers rampaient entre leurs branches, et les retraites formées par leur entrecroisement étaient occupées par des Crustacés d’espèce nouvelle, par des Geryon, par des Éponges à charpente siliceuse; des Mopsea gigantesques s’élevaient au-dessus du banc de Polypiers, et des Desmophyllies fixées par une large base s’épanouissaient avec les teintes de la rose-thé. Je donnerai d’ailleurs une idée de la richesse de ce gisement en disant qu’un chalut promené quelque temps à sa surface a rapporté, entre autres objets, 19 exemplaires du magnifique Oursin aplati et mou découvert l’année dernière par le Travailleur dans le golfe de Gascogne et très voisin du Phor-mosoma hystrix (\V. T.). Ces Échinodermes, qui sont considérés comme une des pièces les plus précieuses de nos musées, sont loin d’être rares au fond de l’Océan. On pourrait en dire autant de certaines espèces d’Étoiles de mer, les Zoroaster, jusqu’ici à peine entrevus, et qui abondent dans ces mêmes fonds; le 16 août, par 1745 mètres, nous avions laissé traîner à l’arrière près de 3000 mètres d’une forte corde portant vers son extrémité de gros paquets d’étoupes. Pendant l’immersion, le
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- vent devint violent, la mer très houleuse et il fallut ramener la ligne aussi rapidement que possible, car la position serait devenue dangereuse ; c’est à peine si la corde avait pu toucher le fond et cependant elle ramenait 12 Zoroasters et beaucoup d’autres Stellérides.
- Au large de la pointe de la Estaca, par 1037 mètres, à très peu de distance de ces lits de graviers et de roches, nous avons rencontré au contraire un fond fort curieux et composé presque uniquement de Foraminifères ; la poche de la drague était revenue pleine d’une vase grenue qui, examinée au microscope par M. Schlumberger, s’est trouvée contenir environ 116000 de ces petites coquilles microscopiques par centimètre cube.
- Ce fut avec un profond regret qu’il fallut quitter ces parages si riches, mais l’état de la mer rendait toute opération ultérieure impossible ; on ne peut draguer profondément quand le vent est très fort, car le navire dérive avec rapidité et les engins de pêche ne s’enfoncent pas. Le temps s’étant amélioré, nous avons pu, le 17 août, à près de 100 milles de la côte d’Espagne, à la hauteur de Tina-Major, draguer à une profondeur qui n’avait jamais été explorée dans les mers d’Europe. Nous avons atteint le fonda 5100 mètres, après un sondage préalable fait très exactement au fil d’acier. Avec les moyens dont disposait le Travailleur, ce dragage peut être considéré, pour ce navire, comme un effort suprême que nous ne pouvions tenter qu’en terminant notre campagne d’exploration. L’opération entière a duré treize heures, la sonde était lancée à deux heures de l’après-midi et la drague n’arrivait à bord qu’à trois heures du matin. Bien qu’on eût employé le plus petit de nos modèles, on avait été obligé de le charger beaucoup afin d’en assurer la descente ; il avait fallu laisser couler près de 8000 mètres de corde, ce qui constituait un poids excessif qu’on ne pouvait remontér qu’avec d’extrêmes précautions. A cette énorme profondeur, sous une pression d’environ 500 atmosphères, vivent encore de nombreux animaux, de petite taille, il est vrai, mais dont quelques-uns appartiennent à des groupes élevés, tels sont un Crustacé amphipode et trois Crustacés os-tracodes ; les autres espèces appartiennent au groupe des Foraminifères et des Radiolaires.
- Les observations de température que nous avons prises montrent, comme on le savait déjà, que les couches profondes sont dans cette partie de l’Océan beaucoup plus froides qu’à la surface. Ce refroidissement ne se fait pas d’une manière tout à fait régulière, et on ne saurait prévoir d’avance quelle sera l’indication du thermomètre dans telle couche dont la profondeur serait connue ; car il y a des courants sous-marins dont la température varie. Les eaux des abîmes du golfe de Gascogne sont moins froides que celles de la partie plus occidentale de l’Océan ; ainsi à 5100 mètres, comme fà 2590 mètres, nous avons trouvé -q- 3°,5,[ tan-
- dis que dans l’Atlantique, à l’entrée du golfe, à 200 milles environ à l’ouest de Ouessant, les naturalistes du Porc-Épic avaient constaté qu’à une profondeur de 4450 mètres la température s’abaissait à H- 1°,65.
- J’ai dit plus haut que généralement les Poissons échappaient à nos recherches ; cependant nous avons fait sur la côte du Portugal, au large du cap Espi-chel, une pêche des plus fructueuses, On sait que dans le port de Sétubal, situé à une petite distance au sud de Lisbonne, les pêcheurs vont loin en mer, prendre à une grande profondeur, différents Squales dont ils mangent la chair, réservant l’huile pour la brûler et la peau rugueuse pour polir les bois. M. Barboza du Bocage et M. Brito-Capello ont donné la liste de ces poissons, dont plusieurs constituaient des espèces nouvelles, se rapportant même à des genres particuliers. Dans quelles conditions vivaient ces animaux? A quelle profondeur se tenaient-ils? Quelle était la température des couches qu’ils habitaient? Comment pouvait-on aller les y chercher? Telles étaient les questions que nous désirions résou dre. M. Barboza du Bocage, le savant directeui du musée de Lisbonne, et son fils, M. Roma du Bocage, nous donnèrent toutes les informations qu’ils avaient pu recueillir et, grâce à leur obligeance et à celle de notre vice-consul à Sétubal, M. O. Neill, nous pûmes nous assurer le concours de l’un des patrons qui se livrent spécialement à la pêche de ces Requins. Sa barque non pontée et très légère, montée par dix hommes, rejoignit le Travailleur, qui la prit à la remorque pour la conduire sur les fonds fréquentés par les Poissons. Le soir même, voulant utiliser tous les instants, nous descendions, à 1865 mètres de profondeur, une drague avec quelques hameçons attachés à l’arrière et, vers le milieu de la nuit, nous ramenions déjà un Requin de petite taille, appartenant à l’une des espèces décrites par MM. Barboza du Bocage et M. Brito-Capello ; le len demain 6 août, la mer était calme et nous avions atteint les parages exploités d’ordinaire par les pêcheurs de Sétubal, l’équipage de la barque disposa alors ses engins, qui consistent en une longue ligne d’environ 1500 à 1600 mètres, connue sous le nom depalangre; à son extrémité, sur une longueur d’environ 200 mètres, sont attachés 300 ou 400 grands hameçons amorcés avec des Sardines. Cette ligne est levée avec soin dans le bateau, car il faut beaucoup d’habitude et d’adresse pour que les hameçons se déploient dans l'eau sans désordre et sans s’emmêler les uns dans les autres. Lorsque le plomb dont est garni le bout de la ligne a atteint le fond, le bateau s’éloigne lentement de façon à promener les hameçons sur la couche de limon vaseux qui forme là le lit de la mer, à 1226 mètres de profondeur. Au bout d’une heure environ, la ligne est remontée sans secousses, à la main, par huit des hommes de l’équipage. L’opération est très pénible et elle dure dans son ensemble de six à huit heures. Nous avons vu prendre ainsi en une seule fois, 21 Squales
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- pesant chacun de 10 à 12 kilogrammes; ils appartenaient à trois espèces difte'rentes, Centrophorus squamosvs, Centrophorus crepidallus et Centro-cymnus cœlolepis. Cette pêche était des plus intéressantes, les Poissons, tous de grande taille, arrivaient presque morts à cause de la décompression trop brusque à laquelle ils avaient été soumis et qui amenait le dégagement des gaz de leur sang. On voyait d’abord paraître dans l’eau leurs yeux énormes et brillants, sous forme de disques verts et à lueurs phosphorescentes, comme celles qu’émettent
- dans l’obscurité les yeux des chats ; le corps de l’animal se montrait ensuite et c’est à peine s’il palpitait encore quand d’un coup de croc les pêcheurs le jetaient dans le bateau. L’estomac de ces Squales était vide, un seul contenait quelques débris d’une chair rouge provenant probablement d’un eétacé qui avait coulé au fond ; beaucoup de femelles portaient des fœtus plus ou moins avancés dans leur développement et généralement au nombre de 12 ou de 14. Sur la même ligne, les hameçons ramenèrent aussi 8 autres Poissons de la famille des Gadidés et appar-
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- Fig. 1. Itinéraire du Travailleur dans l’Atlantique et la Méditerranée.
- tenant à l’espèce très rare, connue des naturalistes sous le nom de Mora medilerranea, Ceux-ci, contrairement aux Squales, possèdent une vessie natatoire. Aussi arrivaient-ils à la surface gonflés comme des ballons, leurs écailles se détachaient de leur peau distendue, leur estomac repoussé en avant par la vessie natatoire démesurément dilatée, se renversait au dehors et faisait hernie hors de leur bouche, leurs yeux même semblaient saillir de leurs orbites, tous étaient morts avant de sortir de l’eau. Ces différents Squales ne quittent pas les grands fonds où nous avons été les chercher, on ne les voit jamais sur les rivages voisins ou à la surface de la mer ; aussi sont-ils presque inconnus des zoologistes; le Muséum de
- Paris n’en possédait aucun exemplaire. Aujourd’hui non seulement cette lacune dans nos collections est comblée, mais M. L. Vaillant a entre les mains les matériaux nécessaires à une étude anatomique et embryologique complète de ces curieux habitants du fond des mers. La couche d’eau où vivent ces Poissons vivipares était à une température de -4- 6°,5.
- Les récoltes de Crustacés qui ont été faites sont fort abondantes et démontrent l’uniformité de la faune bathymétrique par les similitudes ou les analogies que ces animaux présentent, soit avec les espèces du Nord, soit avec celles de la mer des Antilles. Le Lispo-gnathus Thomsoni (Norm.) a été trouvé presque partout depuis 896 mètres jusqu’à 1225 mètres. J’ai déjà
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- eu l'occasion de mentionner la présence de ce Crabe dans la Méditerranée, et il est représenté dans le détroit de la Floride, par le Lispognathus furcillatus (A. Edw.) dont il ne diffère que par des caractères secondaires. La Scyramathia Carpenteri, s’est rencontrée plus rarement que l’année dernière. Le Ge-ryon bngipes> tout à fait identique à celui de la Méditerranée, était représenté par de magnifiques exemplaires pris sur les fonds nummulitiques au large du cap Ortégal. Une autre espèce très curieuse a été trouvée dans la même localité; c’est un Crabe nageur à pattes démesurément longues, et à fortes épines latérales que je ne saurais distinguer du
- Bathynectes longispina, delà mer dés Antilles, décrit par M. \V. Stimpson ; j’ai sous les yeux des individus de cette espèce provenant de ces localités si éloignées l’une de l’autre, et ils ne présentent aucun caractère différentiel, peut-être celui d’Amérique a-t-il les dents frontales un peu plus avancées et la carapace un peu plus étroite, mais ce sont des caractères plutôt individuels que de race. Un Bernard-l’Hermite des grands fonds me semble identique avec une espèce américaine que j’ai décrite sous le nom de Eupagunis Jacobi, et qui a été trouvée par Alex. Agassiz, par 1000 mètres environ, près de la Guadeloupe, de la Martinique et de Sainte-Lucie.
- Fig. 2. A bord du Travailleur. Exaraenjdes filets et des fauberts. (D’après une photographie).
- Le groupe des Galathéides, mal représenté dans la faune côtière, compte au contraire de nombreuses espèces dans la faune abyssale. En 1880, j’ai fait déjà connaître une espèce du genre Galathodes trouvée à 1950 mètres dans le golfe de Gascogne, j’en ai signalé précédemment une seconde jusqu’ici propre à la Méditerranée. Une autre espèce a été pêchée le 16 août, sur la côte nord de l’Espagne par 900 mètres. Sa couleur est d’un rose assez foncé, mais ses yeux sont dépourvus de pigment et de cornéules ; ils sont par conséquent incapables de voir. Tous les autres Galathodes connus, au nombre de dix, ont été rencontrés dans la mer des Antilles à des profondeurs variant entre 300 mètres et 4000 mètres, Je signalerai aussi dans la même famille, un Elasmonotus aveugle, trouvé par 1068 mètres, au
- large de Porto, et bien distinct des quatre espèces de ce genre qui habitent les mers américaines. Enfin, un Diptychas montre que ce genre n’est pas seulement représenté dans la mer des Antilles, mais qu’il existe aussi dans les eaux européennes. Ce Diptychus, comme ses congénères, vit au milieu des branches de Polypiers et il a été retiré avec une Am-phihelia, d’une profondeur de 900 mètres ; il n’est pas aveugle, ses yeux sont bien conformés, mais plus petits que d’ordinaire dans ce genre; sa couleur est d’un beau rose pourpré, rayé longitudinalement de bandes plus claires sur les pinces. La Munida tenuimana s’est aussi montrée très fréquente à des profondeurs de 1000 à 1300 mètres. Le Pontophilus norvegicus, que l’on croyait cantonné dans les mers boréales, se trouve associé aux espèces précédentes; il
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- a été rencontré sur ce même fond nummulitique par 900 mètres. Un autre Pontophilus épineux me semble appartenir à une espèce nouvelle. Un Macroure, de la famille des Hippolytes, et portant le long du sillon cervical une sorte de ceinture de courtes épines, doit constituer un genre nouveau ; il est aveugle, ses yeux n’ont pas de cornée, et ils sont terminés par trois petites épines. Le genre Àcanthephyra, dont j’ai déjà décrit plusieurs espèces de la mer des Antilles, compte un représentant sur nos côtes ; il a été pêché au large des îles Berlingues par 2590 mètres; sa couleur, comme celle des Gnathophausia, est d’un rouge carminé magnifique. Un Pasiphae, trouvé au nord de l’Espagne, par 900 mètres, présentait exac-tèment la même coloration.
- Parmi les acquisitions qui ont été faites dans les mêmes parages, je mentionnerai un Pycnogonide, découvert à 1918 mètres, et remarquable par sa taille; il mesurait, les pattes étendues, 25 centimètres ; par ses caractères extérieurs il se rapproche beaucoup du Collossendeis leptorhynchus, décrit par M. Hoek, et rencontré par le Challenger à Kerguélen, et près de la Patagonie, à une profondeur variant de 800 à 5000 mètres. C’est le géant des Pycnogonides de nos mers.
- La récolte des Mollusques au nord de l’Espagne a été très importante et nous a procuré plusieurs espèces nouvelles, dont le nombre augmentera certainement, puisque le triage des petites espèces n’est pas encore fait.
- Les Bryozoaires figurent pour une proportion notable parmi les animaux que nous avons trouvés sur les fonds de roches et de cailloux. Vingt-sept espèces appartenant à des genres connus, et dix qui devront prendre place dans des genres nouveaux ont déjà été reconnues par M. le I)r Jullien. Des faits intéressants se dégagent de leur étude. La Setosella vulnerata ne présente d’ovicelles que dans les grands fonds de 1000 mètres ; plus près de la surface, soit dans la Méditerranée, soit près des Shétland, elle semble ne pas pouvoir se reproduire. Une autre espèce du même genre se distingue par la disposition unicellulée du Zoarium. Nous signalerons aussi YA-narthropora monodon (Busck), la Mucronella abys-sicola (Norm.), la Schyzoporella unicornis et la Mucronella Peachii (Johns), qui n’avaient pas été rencontrées dans ces parages et paraissaient exister seulement soit sur les côtes des Shétland, soit dans les mers américaines.
- La collection des Coralliaires est surtout remarquable par l’abondance et la beauté des échantillons se rapportant aux genres Lophohelia et Amphi-helia. La Lophohelia proliféra a été draguée par 1000 mètres environ. VAmphihelia oculata provient de la même station, ainsi que l’A. rostrata (Pourtalès), qui n’était encore connue que dans la mer des Antilles. M. Marion indique aussi une série de Desmophyllum crista Galli, deux espèces nouvelles de Caryophilliens, l’une que l’on devra ranger parmi les Caryophyllies vraies, l’autre qui prend
- place dans le groupe des Bathycyathus. Les Ilydrai-res, toujours faiblement représentés, appartiennent à des formes septentrionales (Dicomyne flexuosa, Sars; Lophænia tenais, Sars). Une espèce à'Aglaophenia (A. Foliniï) est nouvelle.
- Nous pouvons signaler parmi les Vers quelques beaux Sipunculiens se rapportant à des types du Nord Atlantique (Ocnesoma Steenstrupi, Sipunculus norvegicus). Un Phascolion et un Aspidosiphon devront être comparés attentivement aux espèces décrites récemment par les naturalistes de Christiania.
- Les Annélides Chétopodes ne sont pas rares. L’une des plus remarquables est une grande Eunice aveugle (Eunice Amphiheliœ, Marion), ti’ouvée dans un tube parcheminé autour duquel s’était dévfe loppé un beau polypier à'Amphihelia oculata. Nous mentionnerons encore une belle Aricie, voisine de l’A. Kupferi (Ehl), une Euphrosyne, une Téré-belle, un Amphorétien, une Nérêis, des Polynoé, une Vermilie, dont le tube est fixé sur les Lophohé-lies.
- Les Alcyonnaires présentent tous un grand intérêt. Ce sont : 1° la Funiculina quadrangularis (Pallas); 2° la Pennatula aculeata (Korenet Daniel-sen) ; 5° le Kophobelemnon stelliferum (Muller) ; 4° YUmbellula ambigua (Marion), espèce fort curieuse qui se rapproche beaucoup de VU. grandi-flora (Koll.), des îles Kerguélen; 5° la Plexaura desiderata (Marion), trouvée à 1094 mètres, et jusqu’ici non décrite; 6° la Muricea paucitubercu-lata (Marion) ; 7° Ylsis (Mopsea) elongata (Esper) ; 8° deux très curieux Gorgonidés,dont les caractères intermédiaires sont fort remarquables, et qui se rapportent à des types nouveaux. Les Échinoder-mes sont fort nombreux, et parmi ces animaux la prédominance appartient d’une manière très marquée aux Stellérides. La drague a ramené de nombreux fragments de Brisinga et même un exemplaire complet de cette belle Étoile de mer. M. Per-rier s’est assuré que les bras subissent avec l’âge des métamorphoses, et leur étude prouve qüe le genre IJymenodiscus se rattache intimement aux Brisinga.
- Parmi les espèces nouvelles d’Astéries, nous signalerons deux Pedicellaster, l’un à cinq, l’autre à six bras, et une petite Astérie fort remarquable qui devra former un genre, sous le nom de Hoplaster spinosus (Perrier). Les Ophiurides sont représentés par les genres Ophioglypha, Ophioderma, Ophia-cantha, Ophiothrix, Amphiura, Asteronyx. Une espèce remarquable par ses bras courts et relevés n’était pas encore connue ; elle a été trouvée par 590 mètres et désignée sous le nom d’Astrophis pyramidalis. Nous citerons encore de nombreux Phormosoma qui semblent se rapporter à deux espèces; l’une identique au Ph. Hystrix (W. Th.); l’autre que nous avons déjà trouvée, l’année dernière, dans le golfe de Gascogne.
- Les Spongiaires ont été recueillis en très grand nombre, la plupart pêchés à plus de 1000 mètres,
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- appartiennent au type des Ilexactinellides. Nous ne pouvons en donner ici la liste complète. Nous signalerons plusieurs Farrea, les Aphrocallistes Bocagei, YHoltenia Carpenteri, le Sympagella nux, YHya-lonema lusitanicum, le Phœronema Carpenteri et un superbe exemplaire de YAskonema Setubalense. Deux beaux spécimens de YEuplectella suberea ont été pris par 5307 mètres au large des Berlingues. Un peu plus au Nord la drague a ramené une espèce nouvelle, voisine des Fieldingia, qui a été appelée par M. Vaillant Parafieldingia socialis. La plupart des familles admises par les auteurs sont d’ailleurs représentées dans cette faune profonde ; une espèce d’Esperia, prise à une profondeur de 1068 mètres, est d’une belle couleur bleu vif, contrastant avec les teintes ternes des autres Spongiaires.
- Dans les échantillons des fonds de la Méditerranée, M. Certes n’avait pu trouver aucun Infusoire; un sondage fait dans l’Océan par 1145 mètres lui a fourni un organisme qui peut-être appartient à ce groupe, et une belle Euglyphe de forme allongée, se rapprochant par sa forme et sa structure des Difflu-gies d’eau douce décrites par M. Leydy.
- Dans un compte rendu aussi sommaire, je n’ai pu indiquer que les résultats les plus remarquables acquis à la science par la campagne du Travailleur. On peut cependant, dès à présent, se faire une idée des nombreux matériaux d’étude que nous avons réunis, et qui serviront de base à des mémoires spéciaux. Les formes zoologiques nouvelles abondent, souvent elles établissent des transitions entre des genres ou des familles déjà connus, qui semblaient fort éloignés les uns des autres. Des liens étroits entre des faunes que l’on croyait nettement circonscrites sont mis en évidence ; on remarque chez quelques-uns des animaux des grands fonds, l'influence des conditions toutes spéciales du milieu où ils vivent ; des faits intéressants relatifs à l’étude physique de la mer, à la température et au degré de salure des différentes couches d’eau, se trouvent établis; des données utiles sur la composition géologique du lit de l’Océan ont été recueillies. Ces travaux ont été poursuivis dans des mers que les pêcheurs et les naturalistes avaient fouillées de tout temps, et je puis affirmer, sans crainte d’être contredit, que l’on ne pourrait aujourd’hui espérer réunir une moisson aussi ample de faits nouveaux en explorant, avec les moyens ordinaires, les régions les plus lointaines et les moins connues du globe.
- Ces investigations sous-marines, impossibles il y a quelques années, promettent encore bien des révélations ; elles ne font que commencer. Nous devons maintenant les continuer, car le champ des recherches à faire est tellement vaste qu’il peut lasser l’activité de bien des naturalistes. 11 ne faut pas que la France laisse à d’autres le soin d’étudier les profondeurs des mers qui baignent ses côtes. C’est une tâche qui lui revient et quelle doit tenir à honneur d’accomplir. À. Milne Edwards.
- BIBLIOGRAPHIE
- La lumière électrique, son histoù'e, sa production el son emploi dans réclairage public ou privé, les phares, les théâtres, l’industrie, les travauv publics, les opérations militaires et maritimes par EmJ Alglave et J. Boulard,
- 1 vol. in-8° orné de 182 figures dans le texte et 24 figures hors texte. Paris, Firmin Didot et Cie, 1882. Prix broché : 10 francs.
- « Ce livre, disent les auteurs, est consacré tout entier à celle des applications de l’électricité qui va sans doute se développer le plus rapidement dans la pratique, à l’éclairage. Mais pour l’économiste comme pour l’ingénieur, l’emploi de la lumière électrique se rattache à l’ensemble des applications de l’électricité par la question de la distribution générale de cet agent physique, qui peut maintenant être mis à la portée de tout le monde. Nous n’aurons l’électricité à bon marché que le jour où elle sera distribuée à domicile par une canalisation générale comme celle du gaz, et alors elle nous apportera la force en même temps que la lumière. » On voit que les auteurs du livre que nous annonçons comprennent le problème de l’éclairage électrique comme l’a toujours posé la Nature, et nous sommes heureux de nous trouver d’accord avec eux. MM. Alglave et Boulard ont écrit un livre remarquable, très complet, très précis, très correct, où la lumière électrique se trouve envisagée dans tous les procédés qui lui donnent naissance et dans toutes ses applications.
- SUR UN GISEMENT DE RENNES
- AUPRÈS DE PARIS
- Dans le mois de février dernier, un paléontologiste de Buenos-Àyres, M. Ameghino, présenta à la Société géologique de France un Mémoire sur le diluvium de Chelles, qui est synchronique de celui de Montreuil, rendu célèbre par les travaux de M. Belgrand. M. Gaston Vasseur annonça alors que, il y a plusieurs années, il avait trouvé au sommet de Montreuil un gisement de Mammifères quaternaires, très différent de celui dont on devait la connaissance à M. Belgrand. MM. Carez, Monthiers, Doll-fus, avaient rencontré des ossements dans la même place. Les espèces des animaux n’avaient pas été déterminées. M. Vasseur m’abandonna généreusement, pour le Muséum, le produit de ses recherches. Je fus très frappé de voir que presque tous les échantillons étaient des débris de Rennes, et je pensai que, si l’on entreprenait des recherches suivies, il pourrait en résulter des révélations intéressantes pour l’histoire des temps quaternaires.
- Depuis plusieurs mois, M. Morlet, préparateur de Paléontologie au Muséum, a bien voulu se charger de recueillir les fossiles du sommet de Montreuil, au fur et à mesure que les travaux d’exploitation les ont mis à découvert. Voici la liste de ces fossiles :
- Rares morceaux d’un Eléphant indéterminé.
- Dents et ossements de Rhinocéros tichorhinus.
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- Dents et ossements d’un Equus.
- Ossements de Bison.
- Plus de cinq cents débris de bois et ossements divers de Rennes, jeunes ou vieux ; il y a une cinquantaine de bois avec leur base ; je n’ai remorqué aucun bois de mue.
- Nombreuses coquilles d’eau douce qui, suivant M. Fischer, aide-naturaliste de paléontologie au Muséum, appartiennent à une dizaine d’espèces réparties entre les genres Limnœa, Planorbis, Yalvata et Pisidium
- Les os sont aussi brisés que dans les abris sous roche de l’âge du Renne ; pourtant, je n’y ai pas aperçu de traces de l’action de l’homme.
- Le terrain où sont les fossiles paraît avoir rempli le lit d’une rivière, qui s’était fait un passage d’environ 25 mètres de large dans l’étage des marnes vertes; j’en ai pris la coupe ci-dessous :
- 1° Couche inférieure, située à la cote 100 mètres, formée de limon argileux, blanchâtre, mêlé de brun, avec gros blocs de meulières ; quelques coquilles ; c’est là le gisement des os ; il a l’apparence d’un dépôt opéré très lentement : 1 mètre d’épaisseur.
- 2° Diluvium qui a l’aspect d’un dépôt de rivière d’un 'courant assez rapide ; il est formé de sable gris, avec
- petits cailloux et quelques gros blocs de meulières ; c’est là surtout que se trouvent les coquilles : 1 mètre d’épaisseur.
- 5° Couche supérieure de limon, sans os et sans coquilles : lm,50.
- Tous les fossiles provenant de la cote 100 mètres présentent un curieux contraste avec ceux qui ont été observés par M. Belgrand à une demi-lieue de là, dans le bas de Montreuil, à la cote 55 mètres, et avec ceux que MM. Cbouquet et Ameghino ont découverts à Chelles : au lieu du Rhinocéros Merckii, de V Elephas antiquus, de l’Hippopotame et des Ruminants du genre Cerf, qui indiquent un climat chaud, on voit le Rhinocéros tichorhinus et des Rennes, qui annoncent un climat froid. Les coquilles sont aussi fort différentes; une de celles du gisement supérieur est une Valvée d’espèce nouvelle qui, d’après M. Fischer, n’a d’analogie qu’avec la Valvata sibi-rica, vivante en Sibérie, et avec la Valvata macros-toma du nord de l’Allemagne et des pays Scandinaves.
- Il ne me semble pas possible de supposer que le
- Mâchoire inférieure de Renne vue par la couronne.
- gisement de Rennes, à la cote 100 mètres, appartienne à la phase appelée âge du renne, car les dépôts de cet âge ont été formés après le creusement des vallées ; or, l’inspection des lieux et les restes des nombreux Mollusques de rivière ou de lac indiquent un gisement qui a été formé lorsque le creusement de la vallée de la Seine était encore peu avancé.
- Tous les géologues savent qu’en Angleterre il y a, au-dessus du forest-bed, le boulder-clay, qui représente ce qu’on appelle la grande époque glaciaire ; on n’étudie pas les falaises du Norfolk, près de Cro-mer ou d’Happisburgh, sans être impressionné par l’importance des dépôts du boulder-clay. Nous ignorions, jusqu’à présent, ce qui s’est passé à Paris pendant la durée des phénomènes glaciaires que les savants anglais ont si bien décrits dans le Norfolk, le pays de Galles et l’Ecosse. Aujourd’hui, je pense que le gisement du haut de Montreuil, à la cote de 100 mètres, est un des représentants de la grande époque glaciaire du boulder-clay. La présence du Renne ne saurait étonner, car on a signalé cet animal en Écosse au-dessous du boulder-clay.
- Si ma supposition est exacte, on pourrait, d’après
- les données paléontologiques, tracer ainsi l’histoire des temps quaternaires dans le bassin parisien :
- 4° Phase chaude : dépôts de Saint-Prest; Elephas meridionalis ; transition entre le monde tertiaire et le monde quaternaire.
- 2° Grande phase glaciaire : dépôt au sommet de Montreuil, à la cote 100 mètres ; troupeaux de Rennes, Rhinocéros tichorhinus.
- 5° Phase chaude : diluvium en bas de Montreuil, à la cote 55 mètres; Hippopotame, Cerfs, Rhinocéros Merckii, Elephas antiquus. Peut-être les figuiers et les lauriers de La Celle, piès Moret, signalés par MM. Chouquet, de Saporta et Trounouër, appartiennent-ils à la même phase.
- 4° Phase tempérée : diluvium des bas niveaux de Grenelle et de Levallois-Perret, à la cote 50 mètres ; Elephas primigenius. Le Rhinocéros tichorhinus et le Renne sont revenus. Mélange d’espèces chaudes et d’espèces froides.
- 5° Retour momentané du froid : âge du Renne; les Rhinocéros ont disparu.
- 6° Climat actuel : âge de la pierre polie.
- Albert Gaüdry.
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- LE FOURNEAU ÉLECTRIQUE
- DK M. LE Dr W. SIEMENS
- Nous avons déjà eu l’occasion de signaler les intéressantes expériences réalisées par M. le Dr William Siemens, de Londres, en 1880 sur la fusion de l’acier par l’électricité 1 ; nous pouvons aujourd’hui compléter nos renseigne -ments en décrivant l’appareil qui a fonctionné à l’Exposition d’Électricité et que représente la figure ci-contre.
- Le fourneau électrique de M.
- Siemens n’est autre chose qu’une sorte de régulateur à arc voltaïque dans lequel l’arc voltaïque est représenté par la matière à fondre ou en fusion, le pôle positif par un creuset en charbon de cornue ou en graphite, et le pôle négatif par une série de crayons de charbon juxtaposés, comme le montre la figure.
- La matière fondue par l’arc est le plus souvent de l’acier provenant de limes brisées.
- C’est la chaleur dégagée par
- le passage du courant qui produit la fusion. Pour régler la longueur et la résistance de l’arc formé dans le creuset, on emploie un solénoïde monté en dérivation entre les charbons supérieurs et le creuset en graphite, et agissant à l’extrémité d’une sorte de fléau de balance, ce solénoïde attire un noyau de fer fixé à l’extrémité du levier de façon a maintenir à chaque instant un écart convenable entre le creuset de graphite et les charbons supé-
- 1 Voy .la Nature du 17 juillet 1880, u° 372, p. 110.
- rieurs, suivant l’état de la matière soumise à la fusion. Le réglage s’effectue par un poids. Le courant est fourni par une puissante machine dynamoélectrique de Siemens à courant continu.
- Pour réaliser la fusion de l’acier, il faut deux choses :
- 1° Produire une température qui atteigne et dépasse 1800 degrés ;
- 2° Fournir une quantité de chaleur qui, théoriquement, doit être d’au moins 450 calories par kilogramme d’acier fondu.
- En employant, comme on le faisait à l’Exposition d’Électricité, un courant de 100 ampères et une différence de potentiel de 50 volts environ, on dégage dans le fourneau une quantité de chaleur égale à une calorie par seconde, ce qui correspond à une dépense d’énergie électrique d’environ 7 chevaux-vapeur, correspondant à un travail de 10 à 12 chevaux effectifs sur la machine génératrice.
- Dans une expérience à laquelle ont assisté plusieurs membres du Congrès international des Électriciens et qui a été rapportée à l’Académie des Sciences par M. J. B. Dumas, on a fondu quelques kilogrammes d’acier en quatorze minutes, et si l’on en croit le savant chimiste, la mise en mouvement de la machine électro-dynamique n’a exigé qu’une dépense de charbon inférieure à celle qu’eût exigé la fusion directe dans un fourneau ordinaire.
- Cela peut être vrai dans le cas particulier, lorsqu’il s’agit de quelques kilogrammes d’acier, et avec des fourneaux à combustion directe trop petits qui produisent un véritable gaspillage. Mais cela cesse-
- Fourneau électrique pour la fusion de l’acier de M. le D' W. Siemens.
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- rait d’être exact dans le cas où l’on voudrait traiter une grande quantité d’acier.
- En effet, dans les conditions que nous venons de citer, le fourneau serait capable de fondre seulement 8 kilogrammes d’acier par heure avec une dépense de 10 chevaux de force sur l’arbre de la machine. En supposant, ce qui est déjà difficile à réaliser industriellement, qu’on puisse produire un cheval-vapeur pendant une heure avec un kilogramme de charbon, la fusion de l’acier coûterait déjà rien qu’en charbon, plus d’un kilogramme par kilogramme d’acier, tandis qu’il est facile, par la fusion directe, de ne dépenser qu’une tonne de houille par tonne d’acier fondu. En pratique cependant, les chiffres minima que nous avons admis pour la fusion électrique seraient de beaucoup dépassés, et il faudrait certainement dépenser plus de deux tonnes de houille pour fondre électriquement une tonne d’acier.
- Nous avons cru utile de faire ces réserves au point vue économique, mais lorsqu’il s’agira de fondre de petites quantités de matières très réfractaires, l’avantage restera toujours au fourneau électrique poulies raisons que nous avons déjà fait connaître et qui se résument ainsi :
- 1° Le degré de température est théoriquement illimité ou du moins fort élevé.
- 2° La fusion peut s’opérer dans une atmosphère parfaitement neutre, puisque le creuset peut être fermé et la matière soustraite à l’action des corps oxydants ou des corps réducteurs : il sera alors préférable de constituer le creuset avec une matière neutre et réfractaire, comme la magnésie, par exemple, et le pôle négatif par un crayon de la matière même dont on veut opérer la fusion.
- L’opération s’effectue simplement, rapidement, proprement dans un laboratoire, sous l’oeil même de l’opérateur.
- - 4" La matière à fondre est toujours à une plus haute température que le creuset, à l’inverse de ce qui se passe ordinairement, ce qui est une bonne condition économique.
- Nous ne saurions d’ailleurs mieux apprécier l’avenir réservé au fourneau électrique qu’en reproduisant les conclusions mêmes de M. William Siemens.
- « Sans vouloir prétendre que le fourneau électrique soit dans des conditions telles qu’il puisse se substituer aux autres appareils métallurgiques dans les applications ordinaires, les avantages qu’il présente en feront, je crois, un agent utile et précieux pour les opérations chimiques à toutes les températures et dans des conditions qu’il avait été impossible d’assurer jusqu’à présent. »
- Le jour où l’on aura réalisé la distribution de l’électricité à domicile, le fourneau électrique jouera •certainement un rôle important dans le raffinage, la füsion et le travail des métaux précieux ou très réfractaires, car l'industriel aura toujours ainsi simplement et instantanément à sa disposition les tem-
- pératures les plus élevées que nous sachions aujourd’hui produire.
- SUR LA SOIE DES ARAIGNÉES1
- Relativement à l’araignée fileuse dont il a été question dans divers organes de la publicité, je n’ai pas d’informations particulières ; mais à l’égard des grandes araignées qui produisent de la soie, nous sommes passablement éclairés. Ces araignées, les grosses épéïres, espèces d’urnes souvent parées de brillantes couleurs, habitent les plus chaudes contrées du globe. Croire à la possibilité d’en acclimater en Europe est une illusion.
- Les épéïres sont représentées dans notre pays par des espèces de taille fort médiocre ; la plus commune, l’épéïre diadème, se voit en abondance vers l’automne dans nos jardins, où l’on remarque ses toiles formées d’un réseau régulier, établies entre les arbres et les arbustes. Ces toiles délicates ne donnent qu’une idée imparfaite des filets ourdis par les grosses espèces des régions tropicales, Dansl’Inde, aux îles de la Sonde, dans la plupart des îles de la Polynésie, à Madagascar, à l’île de la Réunion, à Pile Maurice, les épéïres construisent des toiles d’une dimension extraordinaire. Souvent le voyageur peut s’émerveiller à la vue de ces filets jetés au-dessus des cours d’eau et accrochés aux arbres des deux rives. Les fils de ces araignées sont de plusieurs sortes et proviennent de différentes glandes. La soie qui sert à former des cocons pour envelopper les œufs n’est point celle qui est employée à la confection de la toile ; elle est parfois d’une tout autre couleur. Tandis que les filets de la toile sont blancs, la soie des cocons où reposent les œufs est d’une magnifique couleur d’or.
- Dès le dix-septième siècle, des voyageurs avaient apporté en Europe de la soie de diverses épéïres des pays chauds : on s’extasiait sur la finesse et le brillant de cette matière ; on eut bientôt l’idée d’en fabriquer des tissus et d’en confectionner de menus objets, tels que les gants. Seulement cette jolie soie à un défaut capital : elle n’a pas de résistance, elle manque absolument de solidité. Louis XIV voulant tout de suite encourager une industrie naissante avait demandé un habit de soie d’araignée ; il eut l’habit et s’en dégoûta dès le premier jour ; l’étoffe se déchirait au moindre mouvement.
- Je rappellerai que dans une conférence sur la soie, faite à la Sorbonne, en 1865, j’ai exprimé l’avis qu’on pourrait sans doute utiliser le produit de quelques grosses espèces pour fabriquer de délicats objets de toilette dont le tissu serait d’une finesse sans égale. Voici un procédé qui permet, dans les localités ou les grosses épéïres sont abondantes, de se procurer de la soie qu’aucune poussière n'a souillée. On prend l’araignée qui a toujours un bout de fil appendu à ses filières ; on tire ce bout de fil en
- 1 Note communiquée à la Société nationale d'Agricültui e.
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- le roulant sur une navette, et une notable quantité de soie est obtenue de la sorte sans que l’animal paraisse en souffrir. —Néanmoins si jamais la soie des épéïres donne lieu à une industrie, on peut être assuré que cette industrie demeurera dans des limites fort restreintes.
- Les épéïres ont trois sortes de glandes séricigènes pour trois sortes de soie différentes ; mais cette complication est peut être plus grande chez certaines espèces. A l’appui je citerai le fait suivant :
- Dès le siècle dernier, des voyageurs explorant Madagascar ou l’ile Bourbon, avaient remarqué une espèce d’araignée qui construit des trames assez semblables aux toiles de l’araignée des jardins, mais dans ces toiles on voyait au centre un gros fil d’un blanc d’argent plié en zigzag. Le fait avait été signalé ; personne n’avait pu se douter de l’usage de ce gros fil.
- Il y a aujourd’hui une vingtaine d’années, le docteur Vinson, passant des heures à examiner ces araignées dont la construction et si singulière, ne se lassait de les étudier, cherchant l’usage de ce gros fil, véritable câble, si on le compare aux autres fils. Des mouches venaient se jeter dans le filet ; vite l’araignée se précipitait sur cette proie, jetant au hasard quelques-uns de ses fils légers et enveloppait les mouches. Le câble ne bougeait pas ; plusieurs fois l’observateur détacha le câble ; aussitôt l’araigné en fabriquait un nouveau. Enfin un jour, au milieu d’une toile, se précipita une grosse sauterelle, les fils légers eussent été impuissant à retenir une pareille proie. L’araignée s’élance sur son gros fil et se met à en enrouler la sauterelle avec une agilité sans égale. L’usage du câble était découvert. Pour ne laisser aucune incertitude, l’expérience fut renouvelée. En lançant une grosse proie sur la toile, la manœuvre ordinaire se répétait ; le gros fil restait à sa place quand il s’agissait de prendre des mouches.
- E. Blanchard,
- Membre de l'Institut et de la Société nationale d’agriculture.
- CHRONIQUE
- La photographie devant les tribunaux. — La
- photographie vient de jouer un rôle important dans un procès qui n’a pas manqué d’attirer beaucoup l’attention parmi les hommes de loi et les hommes de science. Voici l’affaire en quelques mots : le nommé Cilting, de New-York, fut accusé d’avoir falsifié certains documents dans une réclamation d’assurance contre l’incendie. Aucun témoignage ne parvenait à le faire condamner, mais un de ses employés, qui avait reçu son congé, eut l’idée de faire photographier une feuille de papier que l’on a trouvée sur le pupitre de l’accusé.
- Cette feuille, d’assez grandes dimensions, était couverte de certains caractères, ou plutôt d’empreintes, comme si l’on avait écrit et chiffré au crayon sur une feuille superposée, qui avait été ensuite emportée. La feuille qui restait était d’ailleurs tout à fait blanche et ne laissait guère rien de visible à l’œil ; on voyait seulement, de ci, de là, qu’elle avait été impressionnée par les traits d’un
- crayon. Les premiers essais photographiques furent infructueux, mais donnaient bien cependant l’espoir de pouvoir beaucoup déchiffrer, si l’on parvenait à rendre les ombres et les lumières plus distinctes les unes que les autres. Pour atteindre ce but on lit reproduire la feuille sur plaque à la gélatine bromurée, et au moyen de la lumière électrique. La révélation fut des plus étonnantes? Toutes les idées frauduleuses de l’individu cité se firent jour d’une manière vraiment miraculeuse. On y voyait non seulement les calculs effectués, mais encore les observations écrites à côté des chiffres, ce qui démontrait parfaitement les méfaits de l’accusé qui, à la fin du procès, a été condamné à cinq ans de travaux forcés.
- l)r Thipson.
- (Le Moniteur de la photographie.)
- Recherche d’une nouvelle source de sucre,
- — Parmi les prix proposés par la Société d'Encouragement pour l'industrie nationale, nous croyons devoir signaler le suivant :
- « Prix de 4000 francs pour la découverte de procédés capables de fournir, par des transformations chimiques quelconques, des espèces organiques utiles telles que la quinine, le sucre normal ou de canne, etc... » Cette question n’est pas nouvelle, mais elle attend toujours sa solution. On a plus d’une fois essayé de transformer la cellulose en sucre ; on sait, en effet, que les acides sulfurique et phosphorique concentrés transforment cette substance en matière amylacée, puis en dextrine, enfin en glucose. D’après cela, tout produit végétal riche en cellulose, le bois par exemple, pourrait devenir le point de départ d’une nouvelle fabrication de sucre, le jour où l’on trouverait le moyen de convertir le glucose en sucre dit de canne. Dans cette revue même, nous avons parlé, en son temps, d’une fabrique de sucre de chiffons exploitée en Allemagne : elle ne fait autre chose que réduire la cellulose des chiffons en glucose. D’autre part, il a été pris des brevets, en France même, pour la transformation du bois ou de la cellulose du bois en alcool. L’inventeur croyait avoir provoqué une révolution dans la distillation. Jusqu’à ce jour, il n’a pas encore réalisé son programme.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 janvier 1882. — Présidence de M. Wuktz.
- Renouvellement du Bureau. — La séance très courte à cause du comité secret qui l’a suivie a été en grande partie remplie par la formalité du renouvellement du Bureau. Suivant l’usage, en effet, le président sortant a rendu compte de l’état des diverses publications de l’Académie et il résume les changements survenus pendant l’année dernière parmi les membres et les correspondants. On pre cède à l’élection du vice-président, qui, cette fois, doit être choisi dans les sections des sciences physiques, et, M. Bouley déclarant renoncer à la candidature que d’abord il avait posée, M. Blanchard est élu à la presque unanimité des suffrages.
- La Commission administrative, composée l’an dernier de MM. Decaisne et Becquerel, est réélue.
- La maladie des mineurs. -* On sait que les ouvriers employés au percement du Saint-Gothard ont été décimés par une anémie dont la cause a longtemps, échappé aux médecins. M. le Dr Perrochito (de Turin) a reconnu
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- que la cause du mal consiste en un ver nématoïde du genre ankylostome qui se développe en abondance dans l’intestin du malade. Le même praticien annonce aujourd’hui que le même entozoaire détermine l’anémie spéciale des mineurs si développée par exemple chez les houilleurs de Saint-Étienne. 11 termine en indiquant une méthode de traitement.
- Tuberculose. — 11 résulte des observations de M. Lau-lanié (de Toulouse) qu’une véritable tuberculose résulte chez le chien du développement du Strongilus vasorum. Cet helminthe se développe dans les vaisseaux et chaque œuf, déposé dans une ramification d’artériole, détermine autour de lui l'accumulation d’un agrégat dont la structure histologique est exactement celle du tubercule proprement dit.
- Organismes non organiques.— Déjà la semaine dernière M. Cari Yogt a réfuté dans un mémoire des plus curieux, l’erreur grossière où est tombé M. Hahn, pour qui des groupements cristallins renfermés dans les météorites seraient des polypes, des crinoïdes et des spongiaires fossiles.
- Aujourd’hui le même physiologiste, en collaboration avec M. Monnier, montre comment par la double décomposition de sels pouvant donner des composés cristallisés on peut déterminer Limitation de véritables cellules, de vaisseaux et de tissus. Nous reviendrons avec détail sur le travail du savant de Genève.
- Varia. —Mentionnons en terminant un mémoire de M. Yiolle sur la chaleur spécifique du Palladium; — des études de
- M. Dorets sur les maladies parasitaires des œufs ; — un mémoire sur le rapport de la potasse à la soude dans les eaux naturelles par M. Clodz ; — des expériences de M. Col-son sur la diffusion des solides ; •— un mémoire sur les erreurs de la boussole à bord des cuirassés par M. Faye ;
- — la présentation par M. de Quatrefages de la dernière livraison des Crania ethnica que le savant professeur du Muséum publie en collaboration avec M. le Dr Ilamy, aide-naturaliste; — une note deM. Baisse sur le potentiel correspondant à des distances explosibles déterminées;
- — enfin des recherches sur la température de couches superficielles de la neige effectuées par M. Georges Pouchet durant le voyage qu’il a récemment effectué en Laponie.
- Stanislas Meunier.
- L’ÉTINCELLE
- Vétincêlle est un petit générateur électrique simple et commode susceptible d’applications nom-
- L’Étincelle. Petite machine magnéto-électrique de M. Chardin.
- breuses et variées, telles que : allumoir à gaz ou à essence, appareil médical, appareil de physique amusante, besoins domestiques, dressage des chevaux, sonneries, etc., etc.
- Par sa construction il participe à la fois de la machine magnéto-électrique et de la machine dynamo-électrique. Il se compose en principe d’un aimant en fer à cheval servant en même temps de poignée, entre les branches duquel on fait tourner, à l’aide d’une manivelle et de roues dentées, une petite bobine de Siemens. Les courants engendrés par celte bobine, redressés par un commutateur de Clarke, traversent des bobines fixes placées sur
- les branches de l’aimant et renforcent ainsi son magnétisme, ce qui augmente la puissance des courants engendrés et présente l’avantage de maintenir toujours l’aimant à saturation.
- Par la rotation de la manivelle, on produit des ruptures du circuit, des extra-courants puissants et, par suite, des étincelles très chaudes qui allument très facilement une lampe à gaz ou à essence placée en regard de l’excentrique qui produit la rupture du circuit. Le même appareil, à peine modifié dans sa forme, peut aussi servir aux moteurs à gaz ou à pétrole pour l’inllam-mation du mélange gazeux.
- Comme appareil médical, l’appareil est complété par une petite bobine d’induction renfermée dans le socle. On gradue le nombre et la puissance des commotions par la vitesse de rotation imprimée à la manivelle. La même bobine peut aussi actionner des tubes de Geissler, et une série d’appareils d’expériences ou de récréation. On y trouve l’avantage de la suppression des piles et des acides, ce qui est une considération qui a son importance lorsqu’il s’agit de confier l’appareil à des enfants, chez lesquels le soin et la précaution ne sont pas toujours les qualités dominantes, et c’est en raison des applications variées dont il est susceptible que nous avons cru utile de signaler ici ce petit appareil.
- Le propriétaire~gérant : G. Tissandier.
- Paris — Iniprimer e A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
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- N° 450. — 14 JANVIER 1881.
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- SUR LA
- FORCE DE LÀ MACHOIRE DES CROCODILES
- Nous devons à notre maître, M. Paul Bert, d’avoir pu opérer dans des conditions vraiment uniques jusqu’à ce jour. M. Paul Bert reçut en effet de M. Jame, notaire à Saigon, dix crocodiles à casque (Crocodilus galeatus, vel siamensis) gigantesques. Ces animaux furent transportés gratuitement de Saigon à Toulon, sur l’ordre de M. le ministre de la marine, dans des cages énormes, qui ne pesaient pas moins de 5000 kilogrammes. La taille de
- quelques-uns de ces crocodiles atteignait 5 mètres, du museau à l’extrémité de la queue, et leur poids était de 70 kilogrammes.
- On comprend, sans que nous y insistions, la difficulté qu’il y a à manier dans un laboratoire, de pareilles bêtes féroces. On y arrive cependant grâce aux procédés usités dans leur pays même, et nous devons ici tous nos remerciements à M. Desguez, commis à la Ménagerie des reptiles du Muséum, qui a bien voulu nous prêter son aide dans cette tâche périlleuse.
- La première expérience que nous ayons cru devoir faire sur ces animaux a été de mesurer au dvnamo-
- Expôrience exécutée au laboratoire de la Sorbonne sur la force musculaire de la mâchoire d'un crocodile.
- mètre la puissance, proverbiale d’ailleurs, de leur masséter. Nous avons procédé pour cela de la manière suhantc : le crocodile était solidement attaché sur une lourde table, retenue au sol par des poids. La mâchoire inférieure était solidement fixée, au moyen d’une corde, à la surface même de la table. La mâchoire supérieure était attachée par une autre corde à un piton vissé à une poutre du plafond de la pièce : sur le trajet de cette corde se trouvait intercalé un dynamomètre. Les choses étant ainsi disposées, on irrite vivement l’animal, soit par un choc, soit mieux encore par une secousse électrique. La mâchoire supérieure s’abaisse en tirant lentement sur le dynamomètre. On lit alors l’indication obtenue.
- En procédant ainsi sur un crocodile de 2ra,42 de longueur et du poids de 55 kilogrammes, on obtient 40* année. — 4or Mmestre.
- 140 kilos. Le dynamomètre était placé à l’extrémité du museau ; cela est une condition nécessaire mais défavorable, puisque le point d’application de la foi’ce se trouve ainsi à l’extrémité d’un long levier et qu’il y a au moins cinq fois plus d’espace entre ce point d’application et l’insertion du masséter qu’entre cette insertion et le condyle de la mâchoire, point d’appui du système de levier. Il en résulte donc que le masséter produit en réalité une force cinq fois plus considérable que celle que nous indique le dynamomètre, soit environ 700 kilogrammes.
- On voit donc quelle puissance extraordinaire réside dans ce masséter, et encore n’avons-nous mesuré sa contraction que sur un animal déjà affaibli et par une température froide.
- Mais le chiffre que nous donnons là, outre qu’il
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- LA NATURE.
- ne tient pas compte des chocs brusques que doit fournir à chaque instant la mâchoire et qui doivent être bien plus puissants, ce chiffre,'disons-nous, s’applique à toute la superficie de la mâchoire et nous donne la force réelle d’un crocodile qui n’aurait pas de dents. En réalité, cette force s’applique au début sur les quatre énormes crocs qui débordent toutes les autres dents de la mâchoire. C’est donc un poids de 140 kilogrammes qui se trouve tout entier appliqué sur une surface bien difficile à mesurer exactement, mais qui certainement ne dépasse guère un quart de centimètre carré pour les quatre crocs réunis. 11 est intéressant dès lors de voir à combien d’atmosphères correspond cette pression : le calcul est des plus simples et l’on voit que, tant que la morsure ‘se fait par l’extrémité des dents, la pression est d’à peu près 400 atmosphères.
- Nous avons voulu comparer cette puissance avec celle d’un animal à sang chaud, d’un chien ordinaire. En opérant de la même manière sur un chien de chasse d’assez grande taille et du poids de 20 kilogrammes, nous avons obtenu une pression de 33 kilogrammes. Chez cet animal, la distance entre les canines, en arrière desquelles était appliqué le dynamomètre, et l’insertion massétérienne est cinq fois plus grands que la distance entre cette insertion et le condyle. L’effet produit au point même de l’insertion massétérienne est donc égala 165 kilogr.
- En calculant la puissance au niveau des pointes des canines, calcul que nous avons fait pour les crocs du crocodile, nous trouvons 100 atmosphères.
- Si l’on rapporte au poids des animaux la puissance des masséters à leur point d’application, on voit que si 1 kilogramme de chien produit 8 kilogr. 25 de force massétérienne, 1 kilogramme de crocodile produit 12 kilogr. 8. Le crocodile est donc, toutes proportions gardées, environ un tiers plus fort qu’un chien qui aurait le même poids que lui,
- Drs P. Regnard et Blanchard.
- CORRESPONDANCE
- CURIEUSE FORMATION d'uN MÉLANGE DÉTONANT
- Saint-Brieuc, 6 janvier 1882.
- Monsieur,
- Dans l’intérêt de beaucoup de lecteurs de la Nature, physiciens ou chimistes, je crois devoir vous faire part d’un accident dont j’ai été victime et*auquel sont exposés la plupart de ceux qui se servent de gaz oxygène.
- Chacun sait que le zinc, mis en présence d’eau acidulée, s’oxyde et met en liberté l’hydrogène de l’eau; c’est le moyen pratique employé dans les laboratoires pour obtenir ce gaz. Mais ce que l’on ne sait pas assez, ou ce à quoi on ne réfléchit pas, c’est que le même effet se produit, plus lentement il est vrai, avec l’eau contenant de l’acide carbonique, même l’eau de pluie, lorsqu’elle se trouve en contact avec le zinc.
- Je me sers depuis longtemps pour recueillir et conserver l’oxygène d’un gazomètre en tôle zinyuée d’une contenance de 100 litres, immergé dans l’eau.
- Il m’arriva l’année dernière de rester plusieurs semaines
- sans me servir de cet appareil, dans lequel il y avait encore 50 à 40 litres de gaz. Pendant ces quelques semaines de repos, la quantité d’hydrogène résultant de la décomposition de l’eau par le zinc à l’intérieur de la cloche où ce gaz demeurait emprisonné, a suffi pour produire un mélange détonant, et lorsque ne croyant avoir affaire qu’à l’oxygène, j’ai voulu projeter un jet de gaz sur une flamme en ouvrant le robinet supérieur de l’appareil, le gazomètre a fait explosion, me fracturant le poignet droit et occasionnant dans mon laboratoire une inondation et quelques dégâts matériels.
- Le gazomètre, dont l’eau n’avait pas été changée depuis longtemps, contenait un dépôt abondant de carbonate de zinc, et je me suis assuré en découpant des fragments de tôle de l’appareil brisé dont j’ai rempli une éprouvette renversée sur l’eau, que la production d’hydrogène se faisait avec une rapidité dont on ne se douterait pas.
- Depuis, j’ai fait reconstruire l’appareil en ayant soin d’enduire l’intérieur de la cloche d’une épaisse couche de vernis ; daiis ces conditions le dégagement d’hydrogène n’est plus à craindre.
- Veuillez agréer, etc. T. Skbère.
- LES TEMULI DE VILBOURGEON (LOIR-ET-CHER) Monsieur,
- Je vous remercie d’avoir publié dans la Nature la lettre de M. Sausset-Dumaine, de Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher) (n° 444 du 3 décembre 1881, p. 14), qui, signalait les tuinuli de Vilbourgeon. Vous allez voir que les communications de ce genre ne sont pas inutiles."
- Cette livraison de la Nature me parvenait à onze heures et demie et j’y lisais les lignes auxquelles je fais allusion. A midi quinze je prenais le train de la Ferté-Saint-Aubin ; à trois heures j’étais dans la plaine de Vilbourgeon, en compagnie de votre aimable correspondant.
- J’ai pu explorer sommairement le tumulus signalé et recueillir pour le musée historique d’Orléans les objets offerts par le propriétaire. Vanneau de bronze est un collier gaulois de 13 centimètres de diamètre, légèrement ouvert et percé à l’une de ses extrémités d’un petit trou destiné à assurer sa fermeture après sa mise en place.
- De nombreux spécimens de cès colliers figurent au musée de Saint-Germain, à Cluny, au Louvre et à Orléans.
- Les morceaux de fer très oxydé qui accompagnent le collier ne peuvent être déterminés. Ils sont trop petits et trop rongés, mais leur présence est un éclaircissement. En effet, elle indique la période gauloise très voisine de l’époque de la domination romaine.
- Ces tombeaux gaulois par incinération font partie d’un système que j’étudie en ce moment et ddnt j’espère écrire quelque jour la monographie. Ils sont nombreux sur notre territoire, disposés en lignes, suivant les règles d’une symétrie variée fort remarquable.
- Celui qui vous a été signalé fait partie d’un groupe de trois tertres semblables, disposés (selon l’expression consacrée dans le pays) « en pieds de pot ».
- Cette disposition se rencontre fréquemment. J’ai relevé la situation topographique du groupe, l’orientation, la forme, la hauteur des trois « tombelles, » la distance qui les sépare et j’établirai dans un l’apport à la Société archéologique dont j’ai l’honneur de faire partie, leur situation exacte relativement à la route romaine qui les avoisine. Cette route est celle de Chartres à Bourges par Châteaudun et Beaugency. '
- Veuillez agréer, etc. Léon Dumuvs.
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- DURÉE PROBABLE
- DES
- GISEMENTS DE HOUILLE EN ANGLETERRE
- On a beaucoup écrit et parlé au sujet de la durée probable des gisements de houille, et l’Association britannique s’est fort justement intéressée à celte question, il y a quelques années. Le grand point sur lequel on n’a pas pu tomber d’accord, c’est de savoir jusqu’à quelle profondeur on peut poursuivre l’exploitation sans mettre en danger la vie humaine. La Commission Royale de 187(5 a fixé la limite à 1200 mètres, en se basant sur l’accroissement de température constaté lorsqu’on pénètre dans le sein de la terre.
- Sans mettre en doute la valeur des raisons invoquées par les.membres de la Commission, il convient de rappeler que la température des galeries varie suivant la méthode d’exploitation, la nature et l’allure des couches traversées, de sorte qu’il semble difficile de préciser une limite de la profondeur à atteindre.
- Des observations récentes du professeur Everett méritent l’attention, en ce sens surtout qu’elles prouvent notre peu de connaissance d’un phénomène pour lequel certains savants ont déjà établi des formules.
- Les expériences ont été exécutées en trois points : à la houillère d’East Manchester, aux mines de plomb de Talargoch dans le pays de Galles, enfin aux houillères de Radstock près de Bath.
- Les observations de Manchester furent conduites en même temps dans trois puits très profonds, et donnèrent les résultats suivants :
- Profondeur 2790 pieds (837m) : température 85°,3 F. (29°,5); profondeur 1020 pieds (306m) : température 62° F. (16°,6); profondeur 1050 pieds (315m) : température 62°,5 F. (17°). La température à la surface était de 49° F. (9°,4) ; les augmentations étaient donc de 36°,3 F. pour 2790 pieds ou 1° F. pour 76,9 pieds; 15° F. pour 1020 pieds ou 1° F. pour 85,8 pieds; et 13°,5 F. pour 1050 pieds ou 1° F. pour 79 pieds.
- Aux mines de Talargoch, avec une température extérieure de 48° F., on a reconnu une augmentation de 14° F. à la profondeur de 660 pieds (198m), soit 1° F. par 47 pieds.
- Dans les trois puits, au voisinage de Bath, on releva les chiffres suivants : à la profondeur de 560 pieds (168m), augmentation de 11°,7 F., ou 1° F. par 48 pieds; à la profondeur de 810 pieds (245“), augmentation de 13° F., soit 1°,25 F. par 62 pieds; à la profondeur de 1000 pieds (300m), augmentation de 15 F., ou 1° F. par 77 pieds.
- Ces résultats sont assez peu concordants pour qu’on soit en droit d’en tirer des conclusions absolues, et les personnes qui ont à fixer la profondeur à laquelle devra cesser l’exploitation des mines auront besoin de documents plus complets pour pouvoir pi’endre des décisions sérieuses *.
- L’ÉLECTRICITË DOMESTIQUE
- Personne n’est plus convaincu que nous de l’utilité d’une distribution d’électricité à domicile, et tout fait espérer qu’avant quelques années cette distribution sera un fait accompli, du moins à Paris et dans un certain nombre de villes de l’Europe et du Nouveau Monde, initiatrices du progrès 1 Bulletin de l’Association scientifique.
- Mais il se passera encore'bien des années avant que cette distribution ne devienne générale, comme l’est aujourd’hui celle du gaz d’éclairage. Tout en envisageant l’avenir avec confiance, il serait bon de se préoccuper aussi du présent, et pour familiariser le public, par anticipation, avec les nombreux avantages que présente la distribution en grand de l’électricité, ne pourrait-on pas déjà étudier ce qu’on pourrait dès aujourd’hui en tirer en petit ?
- C’est ce que nous allons essayer dans cette série d’articles.
- 11 va sans dire que les applications que nous voulons exposer seront tout à fait secondaires dans une distribution en grand de l’électricité pour tous les usages, mais elles n’en présentent pas moins un très réel intérêt, eu égard à la multiplicité des services que l’on peut déjà en tirer en sachant convenablement l’utiliser.
- Pour restreindre tout d’abord notre sujet, nous nous en tiendrons aux usages purement domestiques, d’une application pratique et immédiate, et pour lesquels il suffira d’une source électrique commode, à bon marché, ne demandant que peu de soins et d’entretien, et susceptible de desservir des appareils nombreux et variés, tels que sonneries, avertisseurs d’incendie, téléphones domestiques, allu-moirs, expériences amusantes, prestidigitation, etc.
- Nous pensons que les indications que nous nous proposons de condenser dans ces articles rendront des services aux amateurs qui voudront construire eux-mêmes les systèmes ou les installer. Us y trouveront à la fois occupation, économie, utilité et distraction ; conformément au principe d’Horace, ils pourront ainsi mêler l’utile à l’agréable, et prendre goût à une science dans laquelle la pratique aura guidé leurs premiers pas.
- Lorsqu’on veut utiliser l’électricité, dans le cas où nous nous sommes placé, il faut d’abord la produire. Nous devons donc commencer par étudier quelle est la source électrique la mieux appropriée aux applications multiples que nous avons en vue.
- Les qualités les plus importantes, essentielles en quelque sorte, sont les suivantes : prix d’achat mo déré, montage, entretien et surveillance faciles, absence de toute action chimique intérieure lorsque la pile ne fonctionne pas, pour ne pas être obligé de renouveler trop souvent les éléments actifs, enfin, puissance suffisante pour satisfaire aux exigences multiples des divers appareils desservis.
- La pile qui remplit aujourd’hui le mieux toutes ces conditions est la pile Leclanché à agglomérés dont la figure 1 représente une des dispositions les plus employées pour les sonneries électriques.
- Les premiers éléments Leclanché à vases poreux composaient d’une lame de charbon entourée d’un mélange de poudre grossière de peroxyde de manganèse et de charbon, le tout renfermé dans un vase poreux bouché avec du brai; le pôle négatif était formé d’un crayon de zinc amalgamé placé dans le vase extérieur à moitié rempli d’une solution
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- presque saturée de chlorhydrate d’ammoniaque.
- L’élément Leclanché à vase poreux ainsi constitué présentait une résistance intérieure assez considérable, ce qui restreignait son emploi. Cette résistance a été considérablement réduite dans la pile agglomérée à plaques mobiles (fig. I). Le mélange de charbon et de peroxyde de manganèse est remplacé par deux plaques obtenues en soumettant le mélange à une pression considérable dans des moules en acier surchauffés. Ce sont les plaques ainsi obtenues qu’on applique contre le charbon en les maintenant par des jarretières en caoutchouc.
- La force électro-motrice des éléments Leclanché est de 1,5 volts environ — on sait qu’elle est indépendante de la dimension des éléments;
- — la résistance intérieure de l’élément à deux plaques et à crayon varie entre 1 et 2 ohms, suivant la durée du fonctionnement, la concentration de la solution, etc., tandis que celle des éléments à vase poreux (modèle des télégraphes) dépassait souvent 6 ohms.
- La pile Leclanché à agglomérés convient très
- bien pour les sonneries électriques, les allumoirs et toute la série d'applications que nous indiquerons par la suite. Il ne faut pas perdre de vue cependant qu’elle se polarise rapidement lorsqu’elle travaille d’une façon continue sur un circuit un peu court; elle est donc plus spécialement destinée aux usages in- 4.
- termittents. Les agglomérés servent à produire la dépo-larisalion jusqu’au dernier atome utile; pour les renouveler il suffit de changer les plaques maintenues par les
- bandes de caoutchouc, ce qui est très facile à faire.
- Lorsque la longueur des fils conducteurs qui aboutissent aux appareils ne dépasse pas 100 mètres — et c’est le cas le plus général, — quatre éléments du type que nous venons de décrire suffisent amplement à assurer le service. On les dispose alors en tension, c’est-à-dire le charbon du premier élément relié au zinc du deuxième, le charbon du deuxième au zinc du troisième, et ainsi de suite. On dispose ainsi d’une source électrique dont la force électro-motrice est d’environ six volts et la
- Fi?. 1 Pile Leclanché à agglomérés.
- Fig. 2. Signe conventionnel des piles
- résistance intérieure de cinq à six ohms environ.
- Lorsqu’il s’agit, comme pour certaines expériences de physique, par exemple, d’obtenir des effets intermittents d’intensité, on a intérêt à réduire encore la résistance de l’élément en augmentant la surface du zinc.
- Dans les applications que nous décrirons, nous prendrons toujours comme base une boîte à pile formée de quatre éléments à trois plaques agglomérées et à zinc à grande surface, montés en tension. La résistance intérieure totale des quatre éléments ne dépasse pas alors 2 ohms et permet d’obtenir une intensité plus grande sur un circuit peu résistant.
- Une notation commode, et dont l’usage tend à se généraliser, consiste à représenter les piles par le signe conventionnel représenté figure 2. Le trait gros indique le pôle positif, le trait mince le pôle négatif, et le nombre de traits, gros ou minces, le nombre des éléments. La figure 2 par exemple, représente une pile de cinq éléments, dont le pôle positif est à gauche et le pôle négatif à droite.
- Il n’est pas indispensable d’employer le nombre et la nature des éléments que nous indiquons* pour installer chez soi les différents appareils électriques domestiques.dont nous parlerons par la suite : nous avons choisi cette base, parce que, après expérience faite, les éléments que nous recommandons nous ont paru le mieux appropriés à ces applications multiples. 11 est bien évident cependant que si l’installation se réduit à une sonnette et un bouton placés sur un circuit de quelques mètres, il suffira de deux éléments ordinaires à vase poreux ou à sulfate de plomb.
- Nous nous sommes placé dans un cas plus général, celui d’une distribution en petit d’électricité à domicile. Nous connaissons les qualités et la puissance de notre source électrique ; nous examinerons dans de prochains articles ce que nous allons pouvoir tirer de notre petite boite d'électricité.
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- E. Hospitalier.
- A suivre.
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- OBSERVATOIRE MARITIME DE HAMBOURG
- (Die Senvartc von Hamburg.)
- L’Observatoire maritime de Hambourg a été inauguré le 15 septembre 1881, en présence de l’empereur d’Allemagne. A cette inauguration se trouvaient un assez grand nombre d’officiers et de météorologistes étrangers, parmi lesquels on remarquait MM. Buys-Ballot, directeur de l’Institut météorologique d'Utrecbt; Hoffmeyer, directeur de l’Observatoire de Copenhague; Brault, chef du service
- météorologique au Dépôt de la Marine, etc., etc.
- L'Observatoire maritime de Hambourg n’a rien de commun avec un observatoire astronomique. C'est une institution de l’État créée exclusivement en vue des besoins de la marine marchande, mais la marine de guerre se réserve, bien entendu, s’il y a lieu, de profiter des productions scientifiques de l’Observatoire.
- L’éditice a coûté 600 000 francs. Il est élevé sur un terrain donné par la Ville. Son aspect et ses dimensions suffisent à prouver tout l’intérêt que l’État et la Ville portent à l’institution.
- Le directeur de l’Observatoire est le savant profes-
- Vue du nouvel Observatoire maritime de Hambourg.
- seur Newmayer, voyageur et géologue distingué, qui a beaucoup navigué et qui joint à une grande valeur théorique une connaissance sérieuse des choses de la mer. Le personnel de l’Observatoire est divisé en quatre sections. La première section comprend la météorologie nautique, l’étude des courants, des vents, desitinéraires maritimes, etc., etc. La deuxième section s’occupe des instruments de navigation et principalement des compas (boussoles de marine), des baromètres, thermomètres, elc., etc. La troisième section comprend les avertissements aux ports, l’étude des tempêtes, etc., etc. La quatrième section s’occupe des chronomètres.
- Mais la question des compas est évidemment celle sur laquelle le directeur, M. Newmayer, va concentrer toute son attention. Dans le nouvel observa-
- toire tout est préparé ad hoc, et grâce aux connaissances très approfondies du savant professeur sur le magnétisme terrestre, on peut prévoir qu’avant peu de temps, l’Observatoire de Hambourg sera, sous ce rapport, un véritable modèle.
- LES RÉCENTS TRAVAUX DE M. PASTEUR
- CHOLÉRA DES l'OULES -- CHARBON
- M. Pasteur vient d’être élu membre de l’Académie française. Cette distinction enviée est la juste récompense d’une vie de labeur, consacrée tout entière aux progrès de la science : c’est un hommage rendu au monde savant dans la personne d’un
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- de ses plus illustres représentants. M. Pasteur a dirigé tous ses efforts vers la solution des questions les plus ardues, les plus controversées de îa biologie et de la pathologie, et d’un pas lent, mais sûr, il est arrivé au but. Grâce à sa méthode expérimentale, au moyen de procédés d’une ingéniosité rare, il a pu suivre pas à pas l’évolution des organismes parasitaires et rattacher à ces connaissances des découvertes capitales.
- Ses premiers travaux sur la fermentation des vins, de la bière, sur la maladie des vers à soie, sont trop connus pour qu’il soit nécessaire de nous y arrêter. Mais dans ces dernières années des recherches d’un immense intérêt ont été faites sur l’étiologie des maladies contagieuses; la part qui revient au savant français dans cette étude est considérable. Bien que les lecteurs de la Nature aient été, au jour le jour, mis au courant des principaux résultats par les bulletins hebdomadaires de M. Stanislas Meunier, il nous a semblé qu’il ne serait pas dépourvu d’intérêt de présenter un résumé général de ces recherches, d’indiquer les traits généraux de la méthode et les conséquences qui peuvent résulter de l’extension de ces données premières.
- Les maladies virulentes sont pour la plupart bien connues dans leur marche et leurs modalités pathologiques. Mais leur nature intime est restée jusqu’ici absolument ignorée. Le virus qui donne naissance à telle ou telle affection n’a pas encore pu être isolé. Depuis des temps très anciens, l’observation avait appris qu’une première atteinte de la maladie, quand le sujet en triomphait, donnait une sorte d’immunité contre une invasion nouvelle. Sans être absolu, ce principe de la non-récidive était suffisamment fondé pour encourager la pratique des inoculations préventives. C’est ainsi qu’avant la découverte de Jenner on inoculait la variole avec l’assurance que cette inoculation atténuait les effets virulents. Cette pratique semble, au premier abord, dépourvue de tout sens rationnel ; il n’en est pas moins vrai que dans bon nombre de cas, la maladie ainsi contractée était moins grave. Encore aujourd’hui, ce principe est suffisamment établi et appuyé par les faits pour que, dans quelques pays, on clavelise les moutons pour les préserver de la clavelée et qu’on inocule la péripneumonie pour parer aux effets désastreux de la peste bovine. Je n’ignore pas que sur ce point, on compte bon nombre de dissidents; mais en ne m’attachant pour le moment qu’à l’idée, qu’au principe, on est dans le vrai.
- Les garanties présentées par ce moyen primitif sont tout à fait insuffisantes et le jour où Jenner montra l’existence et la possibilité de transmettre un virus neutralisant les effets d’un autre virus, s’opposant à son développement, on conçut l’espoir de découvrir pour toutes les maladies un vaccin, un agent spécifique aussi sûr et aussi simple. Cet espoir pouvait sembler chimérique, puisque depuis bientôt un siècle, la science n’en a découvert aucun. Mais aujourd’hui la scène a changé. Avec M. Pasteur,
- la doctrine de l'origine parasitaire des maladies contagieuses est entrée dans une phase nouvelle. Aux hypothèses, aux fantaisies plus ou moins scientifiques, il a opposé des faits précis ; s’appuyant sur les procédés d’expérimentation les plus rigoureux, il est parvenu à donner un corps à cette doctrine et qui plus est, à en tirer des déductions pratiques dont on ne saurait méconnaître l’importance. Ses récents travaux sur le choléra des poules et sur le charbon vont nous en fournir la preuve.
- Les basses-cours sont fréquemment décimées par une maladie grave, à allures rapides, maladie éminemment contagieuse, qui se transmet d’un animal à l’autre avec la plus grande facilité. Cette maladie, en raison de certains caractères qui la rapprochent du choléra humain, en raison surtout de sa facile extension, a été nommée choléra des poules. Divers observateurs avaient indiqué qu’elle était causée par un petit organisme parasitaire, par un microbe. M. Toussaint, qui en a fait une étude très complète, essaya vainement de le cultiver en dehors de l’organisme et en envoya un échantillon à M. Pasteur. C’est cet échantillon qui a été l’origine de tous ses travaux et de ses découvertes sur cette affection.
- Sans modifier le principe de sa méthode de cultures en dehors de l’organisme, M. Pasteur reconnut que ce microbe demandait, pour se développer, un milieu spécial. Après bien des recherches, le bouillon de muscles de poule parut le milieu le plus favorable à sa multiplication. Si l’on introduit dans ce bouillon, neutralisé par la potasse, purifié et stérilisé par une température de 110 degrés, un de ces microbes, on voit en quelques heures le liquide, primitivement limpide, devenir louche, se troubler, et en l’examinant au microscope, on le trouve rempli d’une infinité de petits organismes entièrement conformes au premier. Ce liquide est devenu virulent au premier chef : si l’on en dépose quelques gouttes sur du grain présenté à des poules, si on fait à l’animal une piqûre légère avec une aiguille chargée de ce liquide, la maladie éclate au bout de peu de temps avec son intensité et ses caractères habituels. Ce microbe était donc susceptible, comme probablement la plupart de ces organismes, de croître, de se multiplier dans des conditions déterminées. Jusque-là ces faits ne diffèrent pas des expériences antérieures de M. Pasteur. Mais voici leur côté nouveau et saisissant.
- Si on laisse cette culture exposée à l’air pendant un certain temps, on voit le liquide perdre de jour en jour de sa virulence, et devenir à un moment donné à peu près inactif. Le microbe, qui est aérobie, se développe jusqu’à un certain degré, mais il perd graduellement sa puissance infectieuse. A-t-il subi par l’effet des multiplications des transformations intimes, ou a-t-il trouvé dans l’air un principe modifia cateur?C’est précisément l’oxygène de l’air qui arrive, par un contact incessant, à affaiblir et à détruire presque sa virulence. La démonstration de ce fait
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- a été fournie de la façon la plus nette. Si l’on vient alors à inoculer à une poule ce liquide, ce microbe dégénéré, l’animal tombe malade, mais ne meurt pas ; le microbe témoigne encore de sa virulence en déterminant sur le point d’inoculation, des abcès, une mortification des tissus, mais il ne tue pas ; de plus, et c’est là le point capital, l’animal devient réfractaire à l’inoculation du liquide le plus virulent; l’animal est vacciné. L’expression peut être prise à un point de vue générai, comme le fait M. Pasteur : c’est avec la même dose de liquide qu’on a pratiqué l’inoculation, c’est, en apparence, le même microbe, mais son énergie virulente s’est amoindrie et il n’engendrera plus qu’une maladie spéciale, à allures bénignes, suffisante pour préserver l’animal de la maladie mortelle. C’est bien un vaccin du choléra des poules..
- Le cadre de cette Revue et l’espace ne me permettent pas de m’étendre sur les expériences aussi ingénieuses que nombreuses qui ont permis à M. Pasteur d’expliquer ces faits. Qu’il me suffise de dire qu’il a pu démontrer que les extraits de culture du microbe ne contiennent aucune substance capable de s’opposer à son développement. S’il ne peut plus s’y cultiver, c’est qu’il y manque un principe détruit par le microbe lui-même.
- La première atteinte du mal a privé l’organisme d’un élément nécessaire à la nutrition et à la reproduction du microbe.
- On voit que du premier coup, M. Pasteur est arrivé dans l’étude de cette maladie à une solution complète, dont les termes embrassent probablement la généralité des maladies contagieuses. L’idéal souhaité par les anciens est devenu un fait palpable. Une maladie, de nature parasitaire, trouve dans son origine même, dans son essence, l’agent préservateur, son vaccin.
- Ces premiers résultats, établis d’une façon irréfutable, étaient-ils applicables à tous les virus, dans les mêmes conditions. M. Pasteur, on le conçoit sans peine, eut hâte de vérifier la chose. Il étudiait depuis longtemps l’étiologie des maladies charbonneuses : ses recherches furent aussitôt dirigées de ce côté. Mais son attente fut déçue: les cultures de la bactéridie charbonneuse ne perdaient rien de leur virulence au contact de l’air. L’oxygène n’avait plus le même empire sur la bactéridie que sur le microbe du choléra. Au bout de quinze jours, d’un mois, d’un an, la puissance infectieuse du liquide était égale. Il fallait chercher la cause de cette différence de vitalité : c’était la clef du problème. M. Pasteur ne s’arrêta pas devant ces difficultés et l’étude approfondie de la nature de la bactéridie, de l’étiologie du charbon, le conduisirent bientôt à des résultats aussi complets que ceux du choléra.
- La bactéridie charbonneuse, qui se présente sous forme de filaments de 3 à 10 millièmes de millimètre de longueur, peut se reproduire, comme beaucoup d’autres microbes, par scission ou scissiparité. Mais ce mode de reproduction peut être regardé
- comme exceptionnel ; c’est surtout par les spores auxquelles elle donne naissance qu’elle se renouvelle et se multiplie à l’infini. Ces corpuscules brillants, corpuscules-germes, présentent des propriétés bien différentes de la bactéridie elle-même. La bactéridie est aérobie ; elle est détruite par la putréfaction, par une température de H-50°, par l’action des antiseptiques, par l’acide phénique, par l’oxygène comprimé à 10 ou 12 atmosphères; elle résiste pourtant à un froid de — 40°. Les corpuscules-germes au contraire peuvent être maintenus pendant plusieurs jours à l’action de l’oxygène pur à haute pression ; l’alcool absolu, une température de plus de 100°, n'ont aucune action sur leur vitalité. Ils conservent leur énergie virulente à son maximum de puissance.
- C’est grâce à cette connaissance de la vitalité si différente des corpuscules-germes que M. Pasteur a pu résoudre, de la façon la plus brillante, la question de l’étiologie du charbon. On n’admet plus aujourd’hui de charbon spontané ; et cependant la maladie règne dans certains pays à l’état endémique. Quelle est donc la cause de ces réapparitions si fréquentes de l’affection. Eh bien, c’est à cette résistance des spores, des germes, qu’est due la persistance, l’endémicité du charbon. On avait constaté dans la Beauce et dans les pays où sévit annuellement le fléau, que les animaux tombaient malades lorsqu’on les faisait paître dans des champs où avaient été enfouis les cadavres des animaux charbonneux morts plus ou moins longtemps auparavant. Un grand nombre d’auteurs ont montré que la putréfaction détruisait la bactéridie ; n’étaient-ce donc pas les cadavres qui fournissaient le principe contagieux? Le cadavre est bien détruit par la putréfaction et du même coup la bactéridie disparaît, mais dans le voisinage, il peut se répandre une certaine quantité de sang, de liquides organiques qui ne sont pas atteints par la décomposition et qui sèment plus ou moins loin ces principes infectieux. En cueillant de la terre autour de ces fosses, dix mois après l’enfouissement, M. Pasteur a trouvé des germes qu’en moins de vingt-quatre heures il a pu cultiver par milliers. Ces germes se trouvaient non seulement dans la profondeur, mais aussi à la surface du sol et pouvaient dès lors contaminer le bétail parqué dans ces champs. Mais comment expliquer à la surface du sol la présence de ces germes que les eaux n’entraînaient pas, puisque les sources du voisinage étaient absolument pures. C’est la solution de ce problème que M. Pasteur a donnée de la façon la plus péremptoire.
- Ce sont les vers de terre qui sont les messagers de ces germes infectieux ; ils les puisent au fond de la terre et viennent les rejeter à la surface dans ces petits cylindres terreux qui figurent leurs excreta <?t que l’on trouve répandus dans tous les champs. Cette poussière terreuse fourmille de germes, quand on la recueille au niveau des fosses ; elle n’en contient pas si on la recueille sur d’autres points. Et pour démontrer que ce sont bien les vers qui se chargent
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- du transport, M. Pasteur recueille le petit cylindre terreux au sein même de l’animal, en ouvrant l’intestin avec toutes les précautions nécessaires pour que les spores ne viennent pas du dehors et il y trouve les germes à profusion.
- Cette interprétation si remarquable et si nette de la persistance dn charbon et de l’endémicité de la maladie, indiquait le moyen tout naturel de triompher du charbon contracté par le bétail dans ces conditions : c’était d’interdire l’enfouissement des cadavres d’animaux morts du charbon et de les faire disparaître par la crémation.
- C’était déjà une garantie pour les éleveurs, mais ce n’était pas assez d’avoir indiqué la marche et les conditions de la contagion. Il fallait trouver le remède, et puisque la bactéridie charbonneuse n’est pas influencée par l’oxygène de l’air, comme le microbe du choléra, chercher dans quelles conditions on pourrait empêcher, ralentir la reproduction des spores, organe principal du développement de la bactéridie.
- On savait que les rares animaux qui échappent à une première atteinte ne contractaient pas une seconde fois la maladie; certaines espèces même, comme les moutons algériens, présentent une immunité assez curieuse. M. Pasteur en conclut que la première atteinte privait l’organisme d’un élément nécessaire à la reproduction de la bactéridie, comme pour le choléra des poules. Pouvait-on parvenir à se rendre maître de l’énergie vitale, de l’énergie virulente du microbe; pouvait-on, par une action autre que celle de l’oxygène, atténuer le virus? En étudiant l’action de la température sur ses cultures, M. Pasteur reconnut que lorsqu’on cultive la bactéridie charbonneuse à une température voisine de celle oîi elle n’est plus cultivable, vers H- 42°, elle ne donne plus lieu à la formation de spores, même au contact de l’air ; la culture est stérilisée. Dans ces conditions la culture est morte au bout d’un mois, mais au bout de huit jours elle a déjà perdu toute sa virulence. Ce que l’oxvgène de l’air ne suffisait pas à produire, on l’obtient en combinant son action avec celle de la température. L’atténuation est progressive ; du premier jour où elle a encore son entière puissance au huitième où elle en est dépourvue, à chaque jour, à chaque ; heure, on voit la culture perdre de son énergie. Si à ce moment, avant d’être arrivé ; au terme extrême, vous la cultivez dans les conditions ordinaires, elle reprend toute sa nocuité. En inoculant à des animaux le liquide ainsi atténué, M. Pasteur cpnstata que le charbon ne se déclarait pas; il en résultait une légère indisposition, sans gravité, et ces mêmes animaux résistaient alors aux inoculations les plus virulentes. Le premier liquide constituait donc bien un préservatif ; c’était bien le vaccin, du charbon.
- En dehors des conditions qui president à l’atténuation du virus, c’était la même méthoc]e(qui avait conduit l’éminent savant à cette remarquable décou-
- verte. Il avait trouvé dans le virus lui-même le virus diminué, capable d’empêcher le développement de la maladie. A son gré, il pouvait donner la vie ou la mort en apparence avec le même produit. Ces expériences délicates, maintes fois répétées et toujours aussi nettes et aussi démonstratives, donnaient à l’agriculture une garantie contre le fléau qui lui coûte chaque année des millions. Le charbon avait son vaccin, comme la variole. Je n’ai pas à rappeler ici ces expériences solennelles de Pouillv-le-Fort,de Chartres, où M. Pasteur a donné devant un auditoire nombreux la démonstration éclatante de sa découverte ; la Nature en a publié le programme et le résultat absolument conforme aux prévisions du savant *. Il ne s’agit plus en effet de théorie, d’expériences de laboratoire; la prophylaxie du charbon est, grâce à ce procédé d’inoculation, réelle et la puissance de son vaccin est établie par des faits déjà nombreux.
- M. Pasteur a déjà, pour deux maladies, montré que l’on pouvait trouver dans les conditions de vitalité du microbe, modifiées plus ou moins par les procédés expérimentaux, le contre-poison, si je puis dire, de la maladie elle-même. Pourra-t-on appliquer à toutes les maladies contagieuses d’origine parasitaire les principe de.cette méthode? La chose semble probable, mais il ne faudrait pas cependant, dans une question aussi complexe, promettre trop à l’avance. A l’envi, les travailleurs se sont lancés dans la voie si brillamment tracée par M. Pasteur. De tous côtés, en ce moment, on est à la poursuite des virus. Chacun croit voir au bout de son microscope le parasite malfaisant et se croit en possession, par la méthode des cultures, du virus préservateur. La diphtérie, la scarlatine ; — toutes les maladies, en un mot,—sont l’objet de recherches attentives. M. Pasteur lui-même poursuit des études sur une affection restée jusqu’ici absolument incurable et plus enveloppée de mystères qu’aucune autre, je veux parler de la rage. Cet élan passionné ne doit pas être arrêté; de toutes ces investigations hâtives, confuses, il finira par sortir quelque chose: La science et le travail donneront peut-être pour d’autres maladies, ce que le hasard fit découvrir par Jenner, et ce sera ,1a gloire.de M. Pasteur d’avoir montré le premier ce qu’il y avait à faire dans cet ordre d’idées, d’en avoir établi les preuves pour deux épizooties aussi gravesquesle, choléra des poules et,le
- charbon. •» , , , • .... ,
- Dr A. Cautaz. • j
- LE SCARABÉE HERCULE , \
- (Scarabæus Hercules.) • ' '
- Le genre scarabée est, dans l’ordre des coléoptères, un de ceux qui renferment les espèces les plus remarquables par leur taille ainsi que par la forme
- 1 Voy. n* 428 du 13 noût 1881, p. 170,
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- Le Scarabée Hercule, mâlo et femelle, légèrement réduits.
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- LÀ NATURE.
- et la dimension des appendices qui chez la plupart des males surmontent la partie antérieure du corps, c’est-à-dire la tête et le corselet.
- Parmi ces gros insectes, l’un des plus répandus dans les collections et des plus anciennement connus est le scarabée Hercule, dont les mœurs singulières et la forme bizarre (celle du mâle, au moins) ont souvent attiré l’attention des voyageurs et des naturalistes qui ont eu la bonne fortune de pouvoir l’observer vivant, et dont les récits, malgré leur exactitude, et si fantaisistes qu’ils puissent paraître, ont été trop souvent révoqués en doute.
- Élevé à la Guadeloupe où j’ai passé ma première jeunesse, il m’a été donné au cours de longues excursions dans ces régions couvertes d'une végétation exubérante, de rencontrer fréquemment ce superbe insecte, qui dans certaines localités est assez abondant.
- J’ai pu le voir bien des fois à la cime de certains arbres, saisir entre ses deux longues et robustes cornes de jeunes pousses ou de petites branches, puis prendre son vol en tournoyant avec une rapidité vertigineuse, ne s’arrêtant que lorsque la branche entièrement coupée tombait à terre, pendant que l’insecte projeté quelquefois fort loin cherchait à s’accrocher aux branches ou aux feuilles qu’il rencontrait dans sa chute, et gêné alors par ses longues cornes, il finissait souvent de rameau en rameau par tomber sur le sol sans avoir réussi à rien saisir.
- Si étrange que puisse sembler ce fait, il est journellement constaté par les habitants, qui ignoient complètement le but de cette étrange manœuvre, mais qui tous pourraient en affirmer la complète exactitude.
- Nous ne répéterons pas les fables aussi nombreuses que peu vraisemblables dont le scarabée Hercule a été le sujet, et nous n’avons parlé jusqu'ici bien entendu que du mâle de cette énorme espèce. 11 est d’un beau noir luisant avec les pattes également noires et garnies de quelques poils roux. La partie interne de la corne supérieure est tapissée de poils fauves, serrés et disposés en brosse, ne présentant qu’une petite interruption vers l’extrémité, interruption qui correspond exactement à la pointe de la corne inférieure, qui est lisse, bifide à son extrémité, et présentant de fortes dentelures vers la partie médiane et supérieure.
- Les élytres plus ou moins tachetées de noir ont la couleur générale, c’est-à-dire le fond d’un jaune olivâtre, chez les individus frais. Cette couleur devient d’un beau gris cendré clair, chez ceux qui ont été conservés en collection et exposés longtemps à la lumière. 11 arrive aussi quelquefois, comme chez les mâles de beaucoup d’autres insectes, que pendant la dessiccation les élytres prennent une colora-ration noire causée par l’imbibition d’une matière huileuse contenue dans l'abdomen. On pourrait croire alors à une variété noire, mais un simple lavage à la benzine suffit en ce cas pour faire réapparaître, après évaporation complète, la couleur jaune.
- La femelle diffère considérablement du mâle, surtout par l’absence de ces deux énormes cornes dont l’une chez celui-ci surmonte la tète, et dont l’autre, qui atteint un développement toujours plus considérable, prolonge en avant le corselet. Elle a en outre les élytres brunes, légèrement poilues, et rugueuses, ou plutôt fortement chagrinées, surtout vers les épaules.
- Cette absence de cornes ainsi que la granulation des élytres donnent à cette femelle un aspect si différent du mâle, qu’on croirait tout d’abord avoir affaire à deux espèces bien distinctes, mais il n’en est rien et d’ailleurs des différences au moins aussi grandes existent entre les deux sexes de beaucoup d’autres coléoptères, parmi lesquels nous ne pouvons citer un meilleur exemple que le lucane cerf-volant si commun en Europe, dont le mâle offre un développement remarquable des mandibules, qui a fait comparer ces organes à des bois de cerf, tandis que la femelle ne présentant rien de semblable a pris dans le langage vulgaire le nom de biche.
- Ces différences d’organisation entre le mâle et la femelle du scarabée Hercule entraînent nécessairement des différences de mœurs, aussi cette femelle n’est-elle remarquée que par sa taille encore considérable quoique généralement plus petite que celle du mâle, lequel peut atteindre jusqu’à 16 centimètres de longueur totale y compris la corne, qui avec le corselet, dont elle est le prolongement, compte dans cette mesure pour près des deux tiers.
- Ces insectes paraissent rechercher la sèvequi s’écoule des blessures des arbres, quoique leur bouche semble parfaitement organisée pour dévorer les feuilles. Serait-ce dans le but de provoquer l’écoulement de cette sève que le mâle coupe les jeunes branches? Mais alors la femelle, par suite même de l’absence des cornes, semblerait ne pas avoir les mêmes besoins; c’est ce que l’observation seule pourrait nous apprendre
- La larve du scarabée Hercule se rencontre dans les troncs d’arbres décomposés, et s’y transforme en* nymphe dans une coque formée de débris ligneux agglutinés. C’est là aussi que l’on trouve le plus fréquemment les adultes, soit qu’on les y surprenne peu après l’éclosion, soit au moment où la femelle y vient pour opérer sa ponte.
- Cette belle espèce n’appartient pas seulement à la Guadeloupe, elle habite aussi la Colombie, I,a Guyane, la Martinique, et se rencontre jusqu’aux environs de Rio-de-Janeiro. Dans ces différentes localités, elle1 présente quelques variations de taille et de couleur; les individus provenant de la Guadeloupe sont généralement plus grands que les autres, et ont les cornes plus développées, tandis qu’on voit parfois de petits exemplaires dont les cornes atteignent à peine la longueur du corps.
- La figure ci-jointe représente les deux sexes du, scarabée Hercule légèrement réduits.
- J. R.
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- LA NATURE.
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- NOTRE CONSOMMATION DE BLÉ
- Notre consommation de blé s’alimente à deux sources : la production nationale et l’importation étrangère.
- Si la production nationale varie d’une année à l’autre dans d’énormes proportions, ainsi que nous l’avons montré1, il n’en saurait être de même de la consommation, qui suit forcément une allure plus régulière. Quand la récolte est insuffisante, les importations comblent le déficit; quand elle dépasse les besoins, les exportations écoulent le trop-plein de nos greniers. C’est le commerce, dont le rôle est d’opérer sur des différences de prix, qui tantôt importe ainsi du blé, quand il nous en manque, tantôt en exporte quand nous avons de l’excédent. Dans le premier cas, la hausse des prix, résultat d’une récolte insuffisante, appelle l’entrée du grain étranger; dans le second cas, la baisse de prix, effet nécessaire de l’abondance, provoque la sortie du blé national. Cela se fait tout seul, d’autant mieux et d’autant plus vite que le commerce est plus libre, que les voies de communication sont plus parfaites et les transports moins onéreux. On croit communément que c’est le commerce qui fait les prix, c’est une erreur. Les importations et les exportations ne sont pas une cause, mais un effet : c’est la différence des prix de place à place, de nation à nation, qui les détermine.
- Nos récoltes ne passent pas tout entières à la consommation : il faut en prélever chaque année une partie pour être employée comme semences. On n’en sait pas au juste la quantité, mais on peut l’évaluer entre 12 et 14 millions d’hectolitres. Tout porte même à croire que, malgré l’extension incessante de notre culture de blé, il faut moins de semences aujourd’hui qu’il y a trente ans, par suite de l’usage croissant du semoir, qui économise assez notablement la semence.
- Notre consommation de blé se compose donc du total de nos récoltes et de nos importations, moins les exportations et les semences. On comprendra facilement que la consommation, ainsi définie, ne peut s’établir avec exactitude pour une seule année, ni même pour une courte période de quelques années. Suivant que la récolte aura été plus ou moins abondante et que les opérations commerciales auront été plus ou moins rapides, il peut y avoir d’assez grandes différences de réserves entre le lpr janvier qui ouvre l’année ou la période et le 51 décembre qui la clôt. Le moyen d'atténuer ces différences, c’est de faire porter les calculs de moyennes sur des périodes de longue durée, dix ans, par exemple. On peut alors admettre que la consommation moyenne annuelle de la période est très sensiblement égale à l’approvisionnement total de la période divisé par le nombre des années qui la composent.
- La figure ci-contre a pour but de représenter :
- 1 Voy. la Nature, n" 448 du 31 décembre 1881, p. 69.
- 1° la consommation moyenne annuelle du blé, soit indigène, soit étranger, pendant chacune des six périodes décennales comprises entre 1820 et 1880; 2° la quantité totale de blé qui a manqué dans chacune de ces périodes, pour permettre à toute la population de se nourrir de pain de blé, et au déficit de laquelle il a fallu pourvoir par les grains inférieurs, méteil, seigle, maïs, sarrasin, ainsi que par les châtaignes et la pomme de terre.
- Il suffit de jeter un coup d*œil sur ces colonnes pour voir que la consommation du blé, en France, a suivi une marche progressive assez régulière. D’une période à l’autre, l’accroissement de consommation est assez uniformément de 10 millions d’hectolitres, ce qui fait un coefficient d’augmentation d’un million d’hectolitres par an.
- Durant les cinq premières périodes, la production nationale a suffi, à peu de chose près, pour nous assurer cette consommation. Les importations, il est vrai, l’ont toujours emporté sur les exportations, dans chacune de ces périodes, ce qui démontre bien que notre production nationale, malgré tous les progrès que nous avons constatés, n’a jamais rigoureusement suffi, depuis 1820, aux besoins de notre consommation, ou ce qui revient au même, que notre consommation a toujours devancé notre production. Mais, en somme, le rôle des grains étrangers dans notre alimentation est presque insignifiant, durant les cinq premières périodes, si on le compare à celui des blés indigènes. Il n’en est pas de même dans la sixième période, pendant laquelle nous avons dû importer 10 millions d’hectolitres de blé par an, soit plus du dixième de notre consommation totale. Cette importation s’est d’ailleurs concentrée principalement vers les dernières années de la période, par le double effet de récoltes plus insuffisantes et de besoins plus étendus. Là est l’explication de ces importations qui ont eu lieu en 1878, en 1879 et en 1880, et qui, défalcation faite des exportations correspondantes, se sont élevées à 74 millions d’hectolitres, soit près de 25 millions d’hectolitres par an. Au total, la consommation a absorbé, dans cette période décennale, 100 millions d’hectolitres de grains venus de l’extérieur. C’est plus de 2 milliards de francs qu’il a fallu verser aux étrangers pour assurer notre subsistance en comblant le déficit de nos récoltes. Si l’agriculture nationale, par suite de récoltes plus abondantes, avait pu encaisser pareille somme, elle ne serait pas dans la détresse, elle serait en pleine prospérité.
- Répartie sur la population moyenne de chaque période, la consommation totale correspond à une provision annuelle de 146 litres par tête dans la première période, de 160 litres dans la seconde, de 190 litres dans la troisième, de 207 litres dans la quatrième, de 229 litres dans la cinquième et de 258 litres dans la sixième. Dans la provision individuelle de cette dernière période, le grain étranger figure pour 27 litres. C’est, à deux litres près, le total dont s’est accrue notre provision
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- Millions d'hectolitres 130__________________—
- par tête, dans l’espace des dix dernières anne'es.
- Pour déterminer la ration journalière de pain qui correspond à notre provision annuelle de blé dans chacune de ces périodes, nous supposons, conformément aux données généralement admises, que l’hectolitre de blé pèse moyennement 75 kilogrammes, et qu’après conversion en farine, le poids du pain obtenu est égal au poids du grain employé. En partant de ces bases, notre ration journalière de pain de blé aurait été de 500 grammes dans la période de 1820 à 1829, de 529 grammes dans la période de 1850 à 1859, de 590 grammes dans la période de 1840 à 1849, de 425 grammes dans la période de 1850 à 1859, de 470 grammes dans la période de 1860 à 1869, enfin de 550 grammes, dans la période de 1871 à 1880.
- Notre régime alimentaire s’est donc sensiblement amélioré d’une époque à l’autre, mais principalement dans le cours des deux dernières périodes décennales.
- Cependant nous sommes encore loin du moment où chacun de nous pourra faire du pain de blé la base de sa nourriture. Malgré notre production et nos importations réunies, nous n’avons pas assez de blé.
- Mais pour savoir ce qu’il nous manque, il convient de rechercher ce qu’il nous faudrait.
- Le problème est très complexe, parce que la consommation de pain ne dépend pas seulement de l’àge, du sexe, des occupations, elle est encore
- subordonnée à la quantité d’aliments d’origine animale qui entrent, conjointement avec le pain, dans la nourriture de l’homme. La science s’en est d’ailleurs peu occupée jusqu’à ce jour, et nous savons plus de choses sur les rations alimentaires du bétail que sur les rations alimentaires de l’homme. A défaut de données précises, j’ai dû m’appuyer sur certains faits faciles à vérifier, pour fixer à 700 grammes la ration journalière de pain de blé qui serait nécessaire à chacun de nous pour une alimentation normale1. Une ration de 700 grammes par jour, cela
- 1 Voir une étude sur la Question du blé dans le 3e fascicule, année 1881, des Annales agronomiques.
- Consommation moyenne du blé, par périodes décennales, de 1820 à 1880.
- La hauteur totale de chacune de ces six colonnes indique la quantité de blé qui eût été nécessaire pour assurer à la population moyenne des six périodes décennales comprises entre 1820 et 1880 une ration de pain de 700 grammes par jour et par tète. La partie formée de hachures claires représente le blé indigène consommé annuellement dans chaque période ; celle qui est formée de hachures foncées représente le blé étranger consommé dans chacune des années de la période; enfin la partie de la colonne qui est simplement mouchetée représente le déficit auquel il a fallu pourvoir par les grains inférieurs.
- représente une provision de blé de 540 litres par an. A ce compte, il eût fallu, pour fournir à toute la population une ration normale de pain de blé, un supplément de près de 62 millions d’hectolitres dans la première de nos périodes décennales, de 60 millions d’hectolitres dans la seconde, de près de 55 millions d’hectolitres dans la troisième, de près de 48 millions d’hectolitres dans la quatrième, de près de 41 millions d’hectolitres dans la cinquième, enfin de 50 millions d’hectolitres dans la sixième et dernière. Cela revient à dire qu’il n’y
- avait de blé, dans la première période, que pour 14 millions de Français sur 52 millions; dans la seconde, que pour 15 millions 1/2 sur 55 12; dans la troisième, que pour 20 millions sur une population de 55 millions 1/2 ; dans la quatrième, que pour 22 millions sur 56 millions d’habitants; dans la cinquième, que pour 26 millions sur 58 ; enfin, dans la sixième, que pour 28 millions sur 57. Malgré tous les progrès que nous avons accomplis, 9 millions de nos concitoyens n’ont eu aucune part, dans la dernière période décennale, à notre masse disponible de blé indigène ou étranger, et il a fallu suppléer à ce défaut de ressources par les grains inférieurs et ce qu’on appelle farineux alimentaires. Espérons que les progrès de l’agriculture et, au besoin, ceux de l’importation, permettront peu à peu, sinon de combler totalement ce vide, du moins de l’amoindrir de plus en plus. Il en résultera une notable amélioration de régime pour certaines de nos populations, qui sont vraiment trop déshéritées, et cette amélioration du régime alimentaire se traduira par un surcroît de travail, de production et de richesse. Le pain de blé n’est pas seulement le plus agréable au goût, il est encore celui dont s’accommode le mieux notre estomac. A ce double titre, il doit être considéré comme le pain fortifiant et réparateur par excellence.
- P. G. Dl’bost.
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- LA NATURE.
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- LES SIGNES SYMBOLIQUES DES PLANÈTES
- Tous ceux qui ont quelques notions d’astronomie connaissent la série des signes symboliques par lesquels on a coutume de désigner les corps principaux du système . solaire. Nous les reproduisons ci-des-
- sous :
- O..................le Soleil,
- 3..................la Lune,
- .................Mercure,
- ^..................Vénus,
- .................la Terre,
- ^ ....... Mars,
- %..................Jupiter,
- ]).................Saturne,
- .................Uranus,
- $..................Neptune,
- Un remarquera que ces signes ne représentent pas les sons, comme le font les lettres de l’écriture. Ils désignent tout d’une pièce les objets auxquels ils sont affectés. Ce sont à peu près, avec nos chiffres 1, 2, 5, etc., les seuls exemples d’hiéroglyphes ou signes des choses, qui aient subsisté jusqu’à ce jour au milieu de notre écriture phonétique. Ces signes sont, comme les chiffres, employés dans les textes de toutes les langues européennes. Chaque peuple les lit par l’idéographie, dans la langue du texte auquel ils sont incorporés. En rencontrant le signe ÿ, par exemple, le Français prononce Terre, l’Allemand Erde et le Russe Zemlia.
- L’origine des hiéroglyphes des chiffres est plus généralement connue que celle des signes planétaires. On sait que nos caractères arithmétiques ont été imaginés dans l’Inde pour être introduits en Europe par les Arabes, qui les avaient reçus de pre-
- “l
- Mercure. Vénus. Mais. Saturne.
- Figures symboliques des planètes. (D'après Long.)
- mière main. Mais comment et dans quel pays les signes des planètes ont-ils pris naissance?
- Les traités modernes d’astronomie, y compris les plus estimés et les plus complets, dédaignent d’entrer dans de pareils détails, et ne provoquent pas une pensée, n’éveillent pas même un souvenir, au sujet de ces symboles, dont ils nous enseignent à nous servir machinalement et en aveugles. Cette absence de tout accessoire anecdotique ou historique, cette habitude de renfermer toute l’exposition dans l'analyse du sujet, donnent à nos livres didactiques modernes une sécheresse, contre laquelle réagissent, au grand détriment de l’exactitude scientifique, de brillants ouvrages de vulgarisation, qui ne sont trop souvent que des romans astronomiques. Quel plaisir on éprouve, au contraire, à la lecture des traités plus érudits, plus variés sans être moins fidèles, du dix-huitième et du dix-septième siècle ! Ces traités ne peuvent renfermer que les connaissances de leur temps, ils sont donc incomplets comme faits. Mais ce
- qu’ils contiennent est encore la base de la science, et avec quel intérêt ils l’exposent, combien ils nous instruisent, quelle multitude de détails pleins de vie ils joignent à leur tableau !
- Nous citerons particulièrement, en français, l’Astronomie de Lalande, en anglais celle de Long, et parmi les ouvrages un peu plus anciens, YAlma-gestum novum, écrit en latin par Riccioli. Dans Lalande on trouvait encore l’explication des signes planétaires qui s’est, pour ainsi dire, perdue depuis lors. On y voit que est une image du caducée, £ un miroir à manche, ^ une lance dépassant un bouclier qui en couvre la plus grande partie, % un Z grec majuscule (la première lettre du mot Zeus, Jupiter) augmenté d’un trait intersecteur, 1) une faux, enfin O et 3 les images du disque du Soleil et du croissant de la Lune b Huet présente la même explication, dans ses notes sur Manilius, jointes à
- 1 Lalande, Astronomie ; 2” éd., 3 vol. in-4°, Paris, 1771 ; 1.1, p. 249. —5e cd., 3 vol. iu-4°, Paris, 1792; t. I, p. 201.
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- l’édition de ce poète astronome qu’il a donnée dans la collection dite ad usum Delphini i.
- Voici, d’après la restitution de Long 2, les éléments des principaux signes planétaires (voy. la 11 g. ).
- Il serait superflu d’ajouter les signes du Soleil et de la Lune, qui parlent d’eux-mêmes, et se présentaient naturellement au créateur de symboles. Aussi remontent-ils à une haute antiquité. On les voit sur les monuments égyptiens, et dès le deuxième siècle, Clément d’Alexandrie les désignait comme les caractères de l’écriture hiéroglyphique qui représentaient respectivement le Soleil et la Lune 5. Il est extrêmement curieux de voir que les Chinois, dans leur plus ancienne forme d’écriture, qui remonte à plus de quarante' siècles, traçaient aussi un cercle pour désigner le Soleil, et un croissant pour représenter la Lune \
- Mais il faut se garder d’en conclure que les signes des planètes nous viennent des hiéroglyphes de l’Orient, et soient aussi anciens que les deux symboles O et 3- L’antiquité, au contraire, n’a jamais désigné les planètes que par leurs noms, et il n’y a pas encore de traces de leurs signes représentatifs dans les nombreux manuscrits arabes. C’est seulement quand les sciences cabalistiques prirent leur développement, que parurent ces signes, qui étaient associés, chez les alchimistes, à la désignation des métaux, en même temps qu’ils étaient employés, par les astrologues, à la représentation des planètes. On sait que chaque planète avait son métal, bien qu’il y eût d’abord certaines variations dans les termes de correspondance.
- Alexandre de Humboldt ne fait pas remonter les signes des planètes proprement dites au delà du dixième siècle 6 7. La forme n’en fut pas fixée immédiatement. On peut en voir un grand nombre de variantes sur la planche de YAstronomy de Long déjà citée. Les signes y sont pris d’un manuscrit du Trinity College de Cambridge, d’un ouvrage de Saumaise 6, et du glossaire gréco-barbare de Du CangeT. La forme actuelle et fixe des signes ne
- 1 Huet, Ahidmadversiones in Manilium, A ans son édition de Manilii astronomicon, libri Y, in-4°, Parisiis, 1679, p. 79.
- 2 Long, Astronomy ; 2 vol, in-4°, Cambridge, 1742-1764 ; vol. I, planche de la p. 171. Texte, meme vol., p. 196.
- 3 Clément d’Alexandrie, Stromata, lib. V ; dans l’édition gaccque-latinc de Potter {Opéra omnia quœ ex tant), 2 vol. in-l'ol., Oxoniæ, 1715, t. I, p. 657.
- 4 Abel Rémusat, Mélanges asiatiques, 2 vol. in-8°, Paris, 1825-26 ; t. II, p. 36 (dans l’article intitulé : Sur les caractères figuratifs qui ont servi de base à l’écriture chinoise, reproduit dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. VIII, 1827).
- 8 Al. von llumboldt, Kosmos; 5 vol. in-8°. Stullgard und Tübingen ; Bb. III, Ablh. h, 1851, S. 424. — Cosmos (trad. franc.), 5 vol. in-8°. Paris, t. 111, p. 463.
- 6 Salmasius (Saumaise), Plinianœ exercitationes in C. Juin Solini Polyhistora; 2 vol. in-l'ol., Parisiis, 1629; réimprimé 2 vol. in-fol., Trajecti ad Rhenum, 1689; t. II, pp. 1235-1237.
- 7 Du Fresne Du Cange, Glossartum ad scriptores niediœ et infimæ græcitatis, 2 vol. in-fol., Lugduni, 1688; t. II, vers la fln.
- s’établit que par des modifications progressives. Iloefer la signale dans un manuscrit du quinzième siècle de la Bibliothèque Nationale de Paris C
- Letronne, dans un article fort intéressant, ne croit pas que les symboles du caducée, du miroir, du bouclier, de la faux, aient été les premiers employés. Il pense que, dans les plus anciens essais, on s’était simplement servi de lettres initiales, ainsi qu’on a continué à le faire pour Zens, % 2.
- Mais pendant qu’on désignait ainsi les anciennes planètes, il n’y avait pas encore de signe particulier pour la Terre. Celle-ci, en effet, ne comptait pas au nombre des astres. Ce fut seulement après Copernic quelle prit rang parmi les corps du système solaire. La croix qui en couronne le symbole suffirait à elle seule pour indiquer que ce signe est d’origine chrétienne, llumboldt ne fait pas remonter au delà du seizième siècle 3 4.
- Il resterait à mentionner les signes d’Uranus et de Neptune. Ceux-ci furent imaginés lors de la découverte de ces planètes. Uranus, trouvé en 1781 par William llersehel, a été représenté un instant par un cercle surmonté verticalement d’une lance. Quelques ouvrages allemands font encore usage de ce symbole, qui se rapproche trop de celui de Mars et pourrait être une cause de confusion. L’initiale H du nom de llersehel a généralement prévalu, sous une forme un peu altérée (t£t ).
- Quant à Neptune, découvert en 1846, on lui avait d’abord attribué pour symbole un L et un V entrelacés, les initiales de Le Verrier. Mais le trident ($) a été bientôt substitué à ce premier signe.
- Les astéroïdes avaient reçu également, à l’origine, des signes symboliques, imaginés à mesure de leur découverte. Les dix ou douze premiers d’entre eux ont été désignés par de tels signes, qui sont maintenant oubliés. La multiplicité des astéroïdes, dont on énumère aujourd’hui plus de deux cents, aurait rendu la connaissance de ces signes très difficile, et leur composition d’autant plus délicate qu’il fallait éviter l’équivoque entre ces nombreux symboles. On doit s’applaudir de l’abandon de la méthode, en ce qui concerne ces petits corps.
- Au contraire, si l’on considère les signes du Soleil, de la Lune et des planètes principales, on est disposé à penser que l’usage s’en perpétuera. Ils offrent un moyen facile de désigner ces astres, en simplifiant l’écriture. Ils sont même passés comme signes algébriques, dans certains ouvrages de Mécanique Céleste, où ils représentent les moyens mouvements des planètes auxquelles ils se rapportent. On écrit, par exemple, 5 — çh% pour désigner
- cinq fois le moyen mouvement de Saturne moins deux fois le moyen mouvement de Jupiter, quan-
- 1 MS 2329 Bibl. Nat. de Paris; cité par Hocfer, Histoire de la Chimie, 2 vol. in-8«, Paris, 1842-43; t. I, p. 250.
- 3 Letronne, Sur l’amulette de Jules César et les signes planétaires, dans la Revue Archéologique, in-8°, Paris, t. III, 1846, p. 261.
- 3 Al. von Humboldt, endroit cité note 6.
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- LA NATURE.
- Ili
- tité qui sert d’argument à la grande inégalité de ces deux astres.
- Indépendamment des signes des planètes, l’astronomie a encore employé, à partir du moyen âge, beaucoup d’autres caractères d'une nature hiéroglyphique. Tels étaient ceux qui désignaient les nœuds des orbites, les aspects des planètes (conjonctions) octants, quadratures, oppositions), enfin les signes du zodiaque. Les lecteurs qui seraient désireux de remonter à l’introduction de ces signes, ainsi qu’aux formes diverses, par lesquelles ils ont passé, trouveront des renseignements à cet égard dans les ouvrages que nous venons de citer en notes h
- J. C. II.
- CHRONIQUE
- La lumière électrique et les chemins de fer.
- — On a exécuté récemment sur la ligne du Nord quelques expériences intéressantes dans le but d’éclairer la voie et de signaler la présence d’une machine par un loyer électrique. A l’avant de la locomotive, sur le longeron de droite, on a disposé une machine à trois cylindres, système Brotherhood, actionnant directement une machine dynamo-électrique Siemens, placée à côté. La vapeur était fournie à la machine Brotherhood par un long tuyau commandé par un robinet mis à la portée de la main du mécanicien. Le courant produit par la machine électrique était envoyé dans un régulateur à glycérine placé au centre et à l’avant de la machine. 11 paraît que l’on obtient ainsi un éclairage magnifique donnant au mécanicien la possibilité de surveiller la voie en avant ; mais les mécaniciens, marchant en sens inverse, sont, dit-on, quelque peu éblouis. Nous croyons savoir que ces essais ne seront pas continués pour le moment. Il est probable que la lumière électrique sera plus prochainement employée pour l’éelairage des voyageurs dans les wagons. On propose à cet effet l’usage de lampes à incandescence que feraient fonctionner des accumulateurs chargés par des machines dynamo, que l’essieu tournant des roues pourrait actionner pendant la marche des trains. Nous reviendrons sur ce projet ingénieux.
- Extinction des incendies par la vapeur d’eau.
- — Un des meilleurs modes d’extinction des incendies consiste à projeter de la vapeur d’eau à l’intérieur des édifices enflammés, après fermeture de toutes les issues. Ce procédé a été employé avec succès par de nombreuses usines possédant des générateurs toujours en pression. On propose également d’en faire usage pour l’extinction des incendies de théâtres de la façon suivante : Une chaudière serait tenue en pression pendant toute la durée des représentations et communiquerait avec des tuyaux de vapeur placés dans tous les endroits dangereux. Sur chacun de ces tuyaux serait placé un robinet de distribution maintenu fermé par un levier, lequel serait poussé à s’ouvrir sous l’action d’un fort ressort contrebalancé par l’attache d’une cordelette huilée, pdraffmée et rendue à dessein très combustible. Le feu venant à se déclarer brûlerait rapidement la cordelette, et le ressort ouvrirait aussitôt le robinet. Quelques minutes suffisent pour mai-
- 1 Annuaire de l’Observatoire royal de Bruxelles, 1882, 49e année. Bruxelles, F. Hayez, 1881,
- friser ainsi un fort incendie et cela sans être obligé de l’inonder avec des masses d’eau qui descendent dans les sous-sols, ruinent les fondations et causent souvent l’effondrement des édifices.
- . ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 janvier 1882. — Présidence de M. Wurtz.
- Contribution à l'étude de l'hystérie. — Déjà nos lecteurs ont entendu parler des curieuses expériences auxquelles MM. Dumontpallier et Magnin soumettent les hystériques de la Pitié. Ils savent que ces médecins reproduisent une foule de phénomènes qui ont fait la fortune du magnétisme animal et ils en ont peut-être conclu que celui-ci se trouve, en conséquence, réhabilité aux yeux des savants.
- Dans une intéressante communication, M. Bouley vient aujourd’hui préciser la question. Il s’agit, comme on sait, de malades hémianesthésiques, chez qui la sensibilité réapparaît à la suite de passes, d'insufflations et même sous l’influence du simple regard. Suivant l’interprétation de quelques-uns, ces résultats sont dus à un agent dynamique particulier, la force neurique rayonnante, dont les magnétiseurs auraient eu la connaissance et l’emploi avant les physiologistes.
- Dès les premiers mots, M. Bouley repousse cependant toute assimilation avec les magnétiseurs. Il déclare qu’il ne s’est prêté à la communication des faits dont il s’agit qu’à la condition expresse qu’on rechercherait, tout d’abord, si les agents physiques ordinaires, convenablement employés, ne sont pas capables de les produire.
- Des expériences, conduites avec sagacité, ne tardèrent pas à faire voir que le résultat procuré par les passes et par l’application de la main est fourni à un degré égal par toute autre source d’une chaleur de même intensité. — Ce que produit l’insufflation par la bouche, le jet d’air d’un soufflet le détermine aussi. — Le regard est complètement remplacé, quant à ses effets, par un miroir ayant le même pouvoir réflecteur que le globe de l’œil, etc.
- Et la conséquence de ces observations, c’est que la sensibilité chez les malades étudiées est portée à un degré dont on n’aurait eu nulle idée. M. Bouley en donne d’ailleurs un exemple bien probant : on prend un tube de caoutchouc de 7 mètres de long, terminé à un bout par un entonnoir. Dans l’entonnoir on dépose une montre et l’extrémité libre est placée au contact du pied d’une malade qui ne se doute pas de ce qu’on fait; au bout de quelques secondes, le pied, insensible jusque-là, est pris d’un mouvement rythmique dont les oscillations coïncident exactement avec le tic-tac de la montre.
- Chimie générale. — Un chimiste américain dont le nom nous échappe adresse le recueil de ses mémoires auxquels M. Dumas accorde une très grande considération. Il y est surtout question de la détermination des poids atomiques de certains corps simples à l’égard desquels l’opinion des chimistes n’était pas encore bien arrêtée. L’antimoine, par exemple, dont l’équivalent admis est de 112, conformément aux résultats naguère publiés par M. Dumas, doit d’après l’auteur yankee être considéré comme pesant 120. Le secrétaire perpétuel est pour sa part enchanté de ce résultat, qui confirme les vues théoriques qu’il a toujours professées. L’antimoine en effet appartient à la même famille naturelle que l’azote qui pèse 14, que le phos*
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- LA NATURE.
- phore dont l'équivalent est 51 et que l’arsenic (75) ; or, si on additionne ces trois nombres on trouve exactement 120, équivalent de l’antimoine.
- L’auteur américain fixe le brome à 80 et l’argcnfcà 108, faisant ainsi disparaître les équivalents fractionnaires dont les théories chimiques s’accommodent si malaisément.
- On trouve dans le même recueil l’analyse des divers alliages de zinc et d’antimoine, qui conduit à une*grande simplification à l’égard de ces composés métalliques. Il paraît que deux alliages seuls sont bien définis dans cette série, savoir ceux dont les formules sont : SbsZn3 et Sb*Zn*. Ces deux substances sont nettement définies par leur forme cristalline, mais elles ont la faculté d’admettre une quantité relativement considérable de zinc ou d’antimoine, qui, bien que simplement interposée, ne modifie pas la forme de l’ensemble.
- L’iodure d’antimoine parait devoir fournir à la thermochimie un fait intéressant. Jaune dans les conditions ordinaires, il devient rouge quand on le chauffe ; mais ce changement de couleur n’est accompagné d’aucun dimorphisme, et quelle que soit leur nuance, les cristaux ont les mêmes propriétés optiques et géométriques.
- Cuivrage de la fonte. — A propos d’une récente communication de M.
- AVeil, MM. Mignon et Rouart annoncent qu’ils cuivrent la fonte brute dans des conditions d’adhérence parfaites. Ils soumettent à l’examen de l’Académie un tube de tôle qui a été étiré après le cuivrage sans que la cohésion du cuivre sur le fer, malgré un amincissement considérable, ait été aucunement compromise.
- Voyage photographique dans les Alpes. — Tel est le titre d’un splendide ouvrage auquel M. Civiale a consacré vingt-cinq années de travail assidu. 11 s’agit de la réunion de six cents grandes vues photographiques comprenant quarante et un panoramas complets où sont représentés tous les points de vue intéressants de la grande chaîne des Alpes. Un volume de texte et deux grandes cartes topographiques accompagnent cet atlas, qui forme à lui seul dix énormes volumes in piano.
- Varia. — Un transmetteur des sons à table d’harmonie munie de cordes est présenté par M. Bourbouze. — « Pour la troisième ou la quatrième fois, ditM. le secrétaire perpétuel, M. Delaurier propose d’utiliser la puissance mécanique de la mer. » — M. Ogier a exécuté des recherches thermiques sur les oxychlorures de soufre. — Une théorie nouvelle pour l’élude de la philosophie naturelle étant envoyée de Lille, M. Bertrand la caractérise en disant qu’elle
- eût certainement intéressé vivement les philosophes d’il y a deux cents ans. — M. Croullebois démontre deux théorèmes nouveaux d’électricité statique. — Le 17° volume du Journal du Ciel de M. Vinot est offert par M. Bertrand, avec beaucoup d’éloges pour l’auteur.
- Stanislas Meunier.
- LA PHYSIQUE SANS APPAUEILS
- EXPÉRIENCE SCR l’iNERTIE
- Nous avons décrit récemment une curieuse expérience sur la force centrifuge : elle consistait à faire courir dans l’intérieur d’un abat-jour animé d’un mouvement de rotation, une pièce de monnaie1. Quelques lecteurs r.ous ont écrit à ce sujet qu’ils n’avaient pas réussi l'expérience, un plus grand
- nombre nous ont au contraire déclaré qu’ils l’avaient fort bien exécutée après quelques tâtonnements. Nous recommanderons aux premiers de persévérer. Cette expérience a offert à un de nos abonnés, M. L’Esprit, l’occasion de nous rappeler l’exercice d’adresse que font certains saltimbanques et qui consiste à faire courir une pièce de 5 francs en argent sur le sommet d’un parasol japonais en papier, dont on trouve actuellement de si nombreux spécimens à Paris. Le parasol tourne très vite et la pièce de 5 francs semble rester immobile aux yeux du spectateur; c’est en réalité le parasol qui tourne sous la pièce. Notre correspondant nous indique fort bien qu’il y a là un exemple remarquable du principe de l’inertie. Nous avons vu exécuter ce tour d’adresse par des acrobates japonais qui ont jadis donné des représentations au Cirque des Champs-Elysées ; mais contrairement à l’expérience de l’abat-jour, cette expérience nécessite beaucoup d’adresse, et ne réussit qu’entre des mains exercées. Elle se rattache en réalité aux exercices des prestidigitateurs.
- 1 Voy. n° 445 du 10 décembre 4881, p. 32.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tîssandier.
- Expérience sur l’inertie. — Pièce île monnaie roulant sur un parasol japonais.
- Imprimerie A. Laliure 9, rue de Fleurus, à Paris,
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- N° 451. — 21 JANVIER 4 881.
- LA NATURE.
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- LÀ PYRAMIDE DE MEÏDOUN
- Notre gravure représente la pyramide de Meïdoun, dont l’entrée a été découverte par le professeur G. Maspero, le mardi 13 décembre 1881. Le village, la pyramide et la nécropole de Meïdoun sont situés à 60 kilomètres environ du Caire, au Sud, sur la rive occidentale du Nil, mais pas immédiatement, car Meïdoun est en réalité à 6 kilomètres du fleuve, et, par conséquent, dans l’intérieur des terres. Ce village, bâti sur une éminence couverte de décombres, remonte à une haute antiquité, mais on ne
- peut lixer des dates. Il occupe l’emplacement dè l’ancienne ville de Metun, dont il a conservé le nom quelque peu défiguré. On trouve la ville de Metun mentionnée dans différentes inscriptions de la troisième dynastie.
- Quant à la pyramide sur laquelle se porte aujourd’hui l’attention des touristes et des archéologues, on suppose qu’elle sert de tombeau à Seneferoo, dernier roi de la dynastie précitée et prédécesseur immédiat de Khoofoo ou Chéops, premier roi de la quatrième dynastie et fondateur de la grande pyramide de Gizeh. La nécropole qui entoure la pyramide de Méïdoun, abonde en tombeaux de la troisième
- Vue de la pyramide de Meïdoun, récemment visitée par M. G. Maspero.
- dynastie, dont une grande partie renferme les restes de parents des rois et de nobles de la cour de Seneferoo.
- La pyramide de Meïdoun s’élève sur une haute colline, au milieu d’une plaine déserte; quand on la contemple des bords du Nil, elle se dresse avec élégance vers les cieux; avant le coucher du soleil, elle est tout à la fois étrange et imposante. Elle forme trois étages superposés et inclinés du côté de l’intérieur. On dirait trois pyramides tronquées, placées l’une sur l’autre, en formant un angle de 74° 10' ; son sommet domine sa hase d’une altitude de 422 pieds. L’étage inférieur mesure 69 pieds au-dessus du haut de la colline; le deuxième en a 20 1/2 et le troisième 25. Ce dernier est fort délabré et paraît avoir été très élégant. Le revêtement 10« aoiée. — 1" s«me*lre.
- consiste en pierres calcaires de Mokattar, admirablement polies et cimentées. C’est, en réalité, la plus belle maçonnerie extérieure qui reste sur une pyramide quelconque. On avait cru jusqu’ici que cette pyramide n’avait pas d’entrée. Mais le professeur Maspero, a fait creuser au nord de cet édifice, et grâce à une tranchée verticale, il est arrivé à la base de la pyramide, laquelle descend jusqu’au ni* veau de la plaine. La colline n’est elle-même que l’entourage de la pyramide, c’est un monceau de débris de toute espèce et de sable, formé probablement depuis la fin de la période connue sous le nom du nouvel empire. La hauteur totale de ce monument paraît donc être d’environ 41 mètres. Exactement au centre de la face du Nord, c’est-à-dire à environ 20 mètres au-dessus de la plaine, on a découvert
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- une ouverture d’environ lm,60 carré, où commence une descente assez rapide, dont on n'a pas encore trouvé la base, bien qu’on ait déjà déblayé 40 mètres de terrain, à partir du haut de l’ouverture. Les dix premiers mètres sont revêtus d’une superbe maçonnerie. Au delà, on rencontre le roc brut et l’on se trouve dans une espèce de couloir, formant avec la base un angle de 74° 10'. La pyramide est effectivement bâtie autour d’un roc naturel, au centre duquel on espère découvrir bientôt la chambre sépulcrale. A une faible distance de l’entrée, il y avait jadis une pierre qui obstruait le passage et dont on voit encore l’emplacement. Elle doit avoir été détruite et transportée, en morceaux, quelque autre part, on ne sait à quelle époque. Il est évident que l’entrée de la pyramide a été violée et ouverte aux curieux, dès les temps de la vingtième dynastie. Trois graffites ou inscriptions hiéroglyphiques ont été trouvées à l’endroit même où l’entrée était défendue par la pierre précitée. Or, les visiteurs qui écrivirent ces inscriptions vivaient aux temps de la vingtième dynastie.
- La promptitude avec laquelle M. Maspero a procédé aux travaux nécessaires dans cette circonstance, est aussi remarquable que le succès qui a couronné ses efforts. En effet, la tranchée fut commencée à la lin de novembre 1881. La tâche des ouvriers dans de telles circonstances est très rude; car ils n’ont ni air ni lumière et la chaleur à l’intérieur de la pyramide est presque intolérable. Au bout d’une heure de travail, il faut que les terrassiers aillent respirer l’air extérieur, sans quoi ils s’évanouiraient. Le travail de l’explorateur dans la visite de semblables monuments n’est pas non plus exempt de difficultés et parfois même de périls. Il est à craindre souvent que des éboulements ne se produisent sous les pas, ou que des parties peu solides des parois supérieures des galeries ne s’affaissent.
- On espère trouver dans la chambre sépulcrale des inscriptions hiéroglyphiques d’une haute importance archéologique ; mais on ne découvrira ni trésor ni bijoux, les premiers visiteurs ayant du faire disparaître tout ce qui était précieux.
- Suivant Mariette, Sencferoo régnait 4235 ans avant Jésus-Christ; suivant Brugsch, 3766.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES PLOIES EN TUNISIE
- Camp d’Aïn-Draham, 2 janvier 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai pensé que vous recevriez peut-être avec intérêt quelques renseignements météorologiques sur la Khrou-myrie, et je vous envoie ci-joint le relevé des observations pluviométriques du mois de décembre 1881 (voyez la figure).
- La somme des quantités d’eau de pluie tombée chaque
- jour donne, pendant le mois entier, un total vraiment extraordinaire de 45 centimètres, quantité inconnue, je crois, dans les régions les plus pluvieuses.
- Trois centimètres
- Courbe des pluies tombées au camp d’Aïn-Draham (Tunisie), brigade du général Cailliot. Mois de décembre 1881. — Moyenne : température minima, -+-4*; température maxima, -t-16". Altitude 840 mètres.
- Je n’ai pas présente à l’esprit la quantité d’eau qui tombe dans les diverses contrées ou les divers départements ; mais si vous voulez bien me faire l’honneur de publier les résultats graphiques que je vous envoie, il serait certainement du plus grand intérêt de pouvoir faire des comparaisons 1.
- Veuillez agréer, etc.
- Dr Polin,
- Médecin de l’ambulance d’Aïn-Draham.
- LA RIGIDITÉ CADAVÉRIQUE
- La raideur musculaire, qui survient après la mort et qui a reçu le nom de rigidité cadavérique, apparaît d’une façon précoce ou tardive, suivant les conditions de santé antérieure du sujet, suivant les causes de la mort elle-même. Les conditions^qui modifient son époque d’apparition sont très nombreuses. On peut dire cependant que chez les sujets surmenés, quand le muscle a été épuisé ou à la suite de grandes hémorrhagies, on voit la rigidité survenir aussitôt après la mort. Elle est même, dans quelques cas, si complète, que le cadavre peut être immobilisé dans la situation où la mort est venue surprendre l’individu. Les médecins militaires ont décrit depuis longtemps les attitudes singulières que l’on observe parfois sur les champs de bataille. Des cadavres restent debout appuyés contre un arbre, contre un pan de mur, dans les positions les plus excentriques, les plus bizarres.
- On pourrait en citer de nombreux exemples : en voici un rapporté dans le travail de Rondeau. Un soldat assis, tenant un gobelet d’étain délicatement entre le pouce et l’index, l’approchait de ses lèvres, lorsqu’une volée de mitraille lui emporte le crâne et la face, à l’exception de la mâchoire. Plusieurs heures après, le combat étant terminé, on retrouva ce cadavre moitié assis, moitié cou-
- * Nous rappellerons que la hauteur moyenne d’eau recuei.lic annuellement dans les environs de Paris est de 50 à 60 centimètres.
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- ché, tenant encore le gobelet et l’approchant d’une mâchoire à laquelle il manquait toute la tète.
- Pendant la guerre de Sécession, un parti de troupes du Nord surprend un poste de cavaliers sudistes; ceux-ci sautent à cheval aussitôt et s’échappent sous le feu d’une salve nourrie. Un seul reste debout, le pied gauche à l’étrier, le pied droit à terre, la main gauche tenant la crinière du cheval et la droite serrant sa carabine, prêt, en un mot, à monter en selle. On lui crie de se rendre. Pas de réponse. L’ennemi avance, et l’on est tout surpris de trouver le cavalier mort, dans un état de rigidité complète. Il avait été frappé de deux balles, dont l’une avait traversé la tempe et l’autre la poitrine.
- Comment expliquer ces faits? Les muscles sont pour ainsi dire tétanisés d’une façon instantanée, pour que le corps puisse garder l’attitude existant à l’instant de la mort. Aucune des causes qu’on a invoquées, comme l’épuisement des muscles, du système nerveux, les pertes de sang abondantes, ne suffit pour interpréter ces cas bizarres. Elles rendent compte de la possibilité d’une raideur rapide, mais non pas subite.
- M. Brown Sequard a communiqué à l’Académie une série d’expériences qui permettent d’interpréter autrement ce phénomène. Sous l’influence d’une excitation nerveuse provenant de l’encéphale ou des appareils terminaux des nerfs, les muscles peuvent être pris de contracture et cette contracture peut persister après la mort et passer sans transition à l’état de rigidité cadavérique. Ces contractures, qui peuvent s’observer sur le diaphragme, sur les muscles des membres, sont surtout marquées quand la lésion intéresse le bulbe rachidien et plus particulièrement le cervelet ; elles deviennent permanentes et ne disparaissent même pas après la séparation de l’encéphale de la moelle épinière par la section de cette dernière, ou par une section de tous les nerfs émanant d’un membre rigide.
- En appliquant ces données physiologiques, que je résume très sommairement, aux cas que je citais, on peut dire que ces attitudes singulières, observées chez les soldats tués sur les champs de bataille, ne dépendent pas d’une apparition soudaine de la rigidité cadavérique, mais de la production d’une contracture véritable. Toute blessure venant porter sur un gros plexus nerveux, sur une région riche en nerfs et a fortiori sur le cerveau ou la moelle pourra donner naissance à ce phénomène curieux.
- M. Brown Sequard a montré par d’ingénieuses expériences la vérité de ses assertions, mais il est juste de faire observer que, bien avant lui, des médecins militaires avaient émis la même opinion. Falk avait pensé qu’il s’agissait de lésion de la moelle épinière, et, en réalisant sur des lapins certaines des conditions qui se présentent dans les grandes plaies de guerre, il avait pu déterminer l’apparition rapide de la rigidité cadavérique et maintenir ces animaux dans des positions véritablement excentriques, jusqu’à six ou sept heures après la mort. Un autre chirurgien, le docteur Longmon, médecin en chef de l’armée anglaise, admettait que la raideur cadavérique n’est pas plus hâtive que d’ordinaire, mais que les muscles restent contractés jusqu’à son apparition. M. Brown Sequard n’a fait que développer les hypothèses de ses confrères, et montrer d’une façon plus précise le point de départ et les causes de ces raideurs un peu insolites.
- Acakt.
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- (Suite. — Voy. p. 99.)
- LES SONNERIES ÉLECTRIQUES
- L’application la plus ancienne et certainement la plus 'répandue de l’électricité aux usages domestiques est sans contredit celle des sonneries.
- Les dispositions adoptées sont innombrables, et il nous serait impossible de les signaler toutes. Nous nous contenterons d’indiquer les plus simples, les plus employées en pratique, et celles qui ont donné les meilleurs résultats.
- La figure 1 représente le diagramme du montage le plus simple qu’on puisse imaginer : une pile P, un bouton de contact 1 et une sonnerie S.
- Fig. 1. Montage simple d’une sonnerie et d’un bouton.
- La liaison des fils s’indique d’elle-même. Nous avons examiné dans un article précédent la pile qui convient le mieux ; il nous faut étudier maintenant les différents contacts et les sonneries les plus employées, ainsi que la pose des fils conducteurs à l’intérieur des maisons.
- Contacts. — On désigne sous le nom général de contact tout appareil qui, par un simple mouvement mécanique, permet d’établir une communication électrique, de fermer un circuit sur un appareil ou une série d’appareils déterminés.
- Fig. 2. Bouton ordinaire à deux paillettes.
- La disposition la plus simple du contact est le bouton ordinaire à deux paillettes (fig. 2). Il est assez connu pour que nous nous dispensions de le décrire : il varie de forme, de grandeur, de nature, etc., avec les besoins. On le fait en bois, en ébonite, en porcelaine, en bronze, en cuivre, en ivoire, en celluloïd, etc. Le modèle le plus simple coûte 50 centimes. On le fixe simplement contre un mur, un panneau, etc., à l’aide de deux
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- vis à bois, en ayant soin de tamponner préalablement, si le bouton est fixé contre un mur. Pour les portes extérieures on emploie des boutons dont le contact ne se fait pas à l’aide de paillettes, mais à l’aide de pièces métalliques glissantes, de forme conique (fig. 5). On emploie aussi dans le même but des coulisseaux.
- Ces contacts extérieurs sont plus solides, plus rustiques, moins facilement démontables que les boutons ordinaires ; ils sont aussi moins exposés à se déranger par l’oxydation, car le contact se fait
- Bouton à tirage. Bouton à pression
- Fig. 5. Boutons de porte d’entrce.
- par glissement et frottement, ce qui produit un décapage permanent des surfaces.
- Dans les bureaux, les administrations, les hôtels, etc., où l’on a besoin d’appeler plusieurs personnes différentes, on emploie les contacts multiples, dont la figure 4 indique quelques dispositions. La main constitue un système à contacts multiples presse-papier. On fait les appels en appuyantjsur
- Fig. 4. Contacts multiples pour bureaux.
- l’une ou l’autre des pierres du bracelet. Un fil souple à plusieurs conducteurs établit les communications nécessaires.
- 11 est quelquefois plus commode et plus pratique d’avoir un contact mobile ; on le place alors à l’extrémité d’un conducteur souple. La figure 5 représente quelques-unes des dispositions employées. Le n° 4 de la figure 5 donne le type d’un système à tirage. Le contact électrique est placé à la partie supérieure, dissimulé le mieux possible près des corniches du plafond, et le contact s’obtient en exerçant une traction sur un cordon plus ou moins ornementé. Le cordon de tirage offre l’avantage d’être plus facile à trouver et à manœuvrer qu’un bouton ordinaire. A ce point de vue, il est
- très utile dans une antichambre, par exemple, lors-qu’en rentrant le soir on veut se procurer facilement et rapidement de la lumière à l’aide d’allu-
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- Fig. 5. Contacts mobiles.
- 1. Poire pour salle à manger. — 2. Presselle pour malade. — 3. Bouton à plusieurs directions pour bureaux. — 4. Tirage avec son cordon.
- moirs électriques dont nous décrirons quelques types. Les dispositions intérieures de ces tirages sent très variées; la figure 6 montre quelques-unes de leurs dispositions intérieures : a et c sont des tirages
- a b c
- Fig. 6. Tirages de côté et en dessous.
- de côté, b est un tirage en dessous, ce qui permet de mieux dissimuler la boite qui le contient à l’aide d’une rosace faite avec le cordon lui-même, ou une garniture de passementerie fixée à la partie supérieure.
- Contact à soulèvement de M. Charpentier. — Nous devons signaler, à propos des contacts, une disposition assez ingénieuse de M. Charpentier dans laquelle le bouton de tirage ou plutôt le bouton de soulèvement, comme nous allons le voir, sert à la fois de contact ordinaire et d’avertisseur d’incendie. A cet effet, le cordon, assez léger et combustible, est suspendu à C (fig. 7) ; il supporte un poids assez grand pour que la bague métallique D soit abaissée au-dessous des deux points A et B. On établit le contact en soulevant le poids suspendu en C, car sous l’action d’un ressort, la bague D remonte et
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- établit la communication métallique comme le | Le contact de feuillure (fig. 9) rompt le circuit lors-
- montre la figure. L’avantage de cette disposition consiste en ce que, si le fil qui supporte le poids vient à brûler, le poids tombe, la rondelle D remonte et établit le contact d’une façon continue et fait fonctionner la sonnerie en sonnerie d’alarme.
- On voit donc que le système Charpentier, à l’inverse des autres contacts, fonctionne non pas par tirage, mais par soulèvement.
- A propos des avertisseurs d’incendie, nous décrirons d’autres contacts combinés pour jouer à la fois les deux rôles.
- Pour terminer nous signalerons encore deux dispositions de pédales de parquet pour bureaux et salle à manger (fig. 8),
- que la porte est fermée et le fait fonctionner tout le temps que la porte reste ouverte, ce qui est quelquefois un inconvénient auquel on remédie en intercalant un commutateur à main quelque part dans le circuit entre le contact et la sonnerie ou la pile. Le contact de porte ne fonctionne qu’un instant chaque fois que la porte est ouverte ou fermée. La disposition représentée qui fournit un contact par frottement donne beaucoup de sûreté.
- Lorsque la sonnerie ne doit fonctionner qu’en ouvrant la porte et non pas en la fermant, on emploie une disposition spéciale dite pied-de-biche, qui supprime le contact dont on devine sans peine le fonctionnement, Contacta soulèvement électrique au moment de la fermeture, et les contacts de portes (fig. 9) destinés à de M- CharPeiltlcr- Tels sont les principaux contacts em-faire fonctionner automatiquement une son- ployés dans la pratique; leurs dispositions
- nerie lorsqu’on ouvre ou que l’on ferme une porte. | peuvent varier à l’infini suivant les applications
- Figr. 7.
- Contact de feuillure. Contact de porte.
- Fig. 8. Pédales^de parquet.
- Fig. 9/Contacts de portes.
- qu’on a en vue; ce que nous pour résoudre tous les cas ({lie rencontrera l’amateur voulant établir* lui-même ses sonneries électriques.
- Sonneries. — L’on emploie le plus souvent les sonneries trembleuses, dont la figure 10 représente une forme des plus simples et d’un prix très modique. Elle se compose d’une pièce en fonte malléable en forme d’équerre, qui forme, en quelque sorte, la carcasse du système, car elle supporte à la fois le timbre, l’élec-, tro-aimant, le ressort antagoniste, l’armature et le marteau. L’interrupteur avec sa vis de réglage est fixé sur une petite planchette en chêne sur laquelle vient se fixer la boîte qui protège le système de la poussière.
- La sonnerie se fixe sur le mur à l’aide de deux clous à crochet et de deux agrafes.
- Dans des dispositions plus
- en avons 'dit suffit | chères, le support de la vis de réglage du contact
- est placé sur le même sup“ port métallique que l’électro-aimant et le timbre ; on a ainsi un système presque indéréglable, surtout lorsque la vis de réglage est maintenue fortement serrée par un contre-écrou.
- On construit sur ce dernier modèle des sonneries de toutes dimensions, avec des timbres dont le diamè-ert varie entre 5 et 30 centimètres. Pour distinguer les sonnettes entre elles, et suivant le goût des clients, on construit ces timbres en bronze sous forme de timbres, de clochettes, de grelots, en bois de gaïae, qui donne un son mat tout spécial, ou même en cristal. Nous n’avons pas à décrire ici le mode de fonctionnement des sonneries trembleuses, la tendance actuelle est de les construire entière-soignées, mais plus | ment sur plaque métallique pour éviter le déréglage :
- J.BLAKADEL
- Fig. 10. Sonnerie trcmbleuse, modèle simple.
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- lorsqu’on n’emploie pas de tableaux indicateurs, on les munit quelquefois d’un petit index qui tombe lorsque la sonnerie a fonctionné et qui indique qu’on a appelé lorsque la personne à qui l’appel s’adresse s’est absentée un instant. Ce sont là des dispositions faciles à concevoir et à réaliser au besoin, aussi ne les signalons-nous qu’en passant.
- Nous connaissons maintenant notre source électrique, les contacts et les sonneries. Nous examinerons, dans un prochain article, la pose des fds et des appareils dans les maisons, ainsi que les combinaisons de montages les plus utiles à connaître et qui se présentent le plus fréquemment dans la pratique.
- E. Hospitalier.
- — La suite prochainement.—
- OBSERVATIONS
- SUR LES MIGRATIONS DES OISEAUX
- A DE GRANDES HAUTEURS DANS l’aTMOSPHÈRE
- Il y a un an environ, M. W. E. D. Scott, du Collège de New-Jersey, à Princeton (Etats-Unis), faisait voir à quelques amis l’observatoire de ce collège. En plaçant l’œil à l’équatorial, il remarqua le passage d’un grand nombre d’oiseaux dans le champ de la lunette. Il profita immédiatement de cette observation pour chercher à déterminer la hauteur à laquelle se trouvaient ces météores d’un nouveau genre, sachant combien cette donnée est importante pour l’étude des migrations des oiseaux. On ne possédait jusqu’ici, à cet égard, que des renseignements peu certains. D’après les calculs de l’auteur, le gros de la bande passait à une hauteur de 3 kilomètres environ ; les oiseaux observés le plus bas étaient à 1500 mètres au-dessus du sol, le plus haut à 5000 mètres.
- On a souvent émis l’idée que si les oiseaux migrateurs s’élèvent à des distances suffisantes de la surface terrestre, ils peuvent parfaitement, en leur supposant une faculté de vision fort développée, reconnaître les principaux accidents du sol, tels que chaînes de montagnes, collines, cours d’eau, lignes de côtes, etc., et par là parvenir à s’orienter dans leur marche. L’observation de M. Scott met ce fait hors de doute ; il en résulte que, pendant les nuits claires, les oiseaux ne sont pas sans points de repère pour les guider dans leurs voyages, et l’on s’explique aussi comment, pendant les nuits obscures et les mauvais temps, étant privés de ces indices, ils peuvent facilement s’égarer. On n’avait pu, jusqu’à présent, qu’émettre des conjectures à ce sujet; aujourd’hui ces conjectures sont devenues des réalités.
- Les oiseaux dont M. Scott a observé le passage étaient des oiseaux du pays, tels que piverts, pinsons, merles, etc. On voit par là que les plus petits oiseaux émigrent pendant la nuit, et à des hauteurs considérables, bien au delà des limites où l’on pourrait les distinguer par les moyens ordinaires.
- Nous ajouterons à ces remarques quelques renseignements curieux que l’on vient de publier en Angleterre relativement aux migrations d’oiseaux observées d’une manière régulière et systématique à un grand nombre de phares situés en pleine mer ou sur les côtes. D’après les observations recueillies, à cent trois phares et bateaux-feux,
- il y a constamment migration de quelque espèce d’oiseaux ; les migrations principales ont cependant lieu en automne et au printemps. Un nombre considérable d’oiseaux périssent en mer. Les feux fixes blancs les attirent principalement et causent la mort d’un grand nombre d’entre eux. En octobre 1877, la mortalité a atteint le chiffre énorme de 600 à un seul phare, celui de Skerry-vore : les victimes étaient surtout des grives et des-merles. Les feux tournants leur sont aussi fatals : au phare des Casquets, pendant quatre heures, de onze heures du.soir à trois heures du matin, le 7 octobre, par un vent de Sud-Sud-Est et de la pluie, des raies, des bécasses, des merles, des grives et des hirondelles voltigeaient nombreux autour de la lumière. Plusieurs vinrent se jeter contre le verre et trouvèrent la mort de cette façon ; on ramassa entre autres plus de cent hirondelles. Les gros oiseaux viennent se heurter aux phares, mais ils suivent les rayons de lumière. Les observations montrent que tous les oiseaux, à de rares exceptions, sont migrateurs, même le moineau, qui invariablement quitte l’ile d’IIelgdand avant la fin de septembre *.
- PRESSIONS EXERCÉES PAR LE YENT
- PENDANT LES OURAGANS
- Depuis le fatal accident du pont de la Tay, l’attention des ingénieurs a été attirée sur l’étude des pressions exercées par le vent sur les ouvrages d’art et sur les trains. Dans une de ses dernières chroniques de la Revue Industrielle, M. Delahaye nous fait connaître quelques observations transmises par le service des chemins de fer indiens. Nous croyons intéressant de les reproduire.
- Le 5 octobre 1864, sur le Eastern Bengal Railway, deux trains furent renversés pendant une violente tempête. L’un était formé de huit wagons à voyageurs, et l’autre de douze : dans les deux cas, les voitures furent jetées sur le côté. En outre quatre wagons furent chassés par le vent d’uue voie de garage à Buggoolalo et renversés à quelques centaines de mètres de cette station par suite <le leur rencontre avec d’autres wagons qne le vent avait aussi poussés sur la voie.
- Le 21 septembre 1878, un train fort long de marchandises, marchant à la vitesse de 13 kilomètres à l’heure, sur l’Eastern Bengal Railway, fut arrêté par un orage et ramené en arrière sur une longueur de 1500 mètres environ, bien que la machine fût en pleine pression et qu’on eût serré les freins. On détacha alors dix-huit wagons ; mais le train, même diminué de moitié, eut beaucoup de peine à poursuivre sa marche.
- Le 20 novembre 1880, à Negapatam, sur le South Indian Railway, un wagon à marchandises fermé et vide, arrêté sur une voie de garage, fut culbuté par le vent.
- 11 ne manque pas d’autres exemples, dans l’histoire des chemins de fer indiens, de trains arrêtés ou considérablement ralentis dans leur marche par la force des oura* gans. Une élude plus attentive des cyclones a montré depuis peu qu’en Europe, il y avait lieu de prévoir la possibilité d’accidents du même genre, et l’Angleterre en a eu la preuve, dans des circonstances assez tristes pour n’être jamais oubliées.
- 1 Journal Ciel et Terre.
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- LA
- LIGNE INTERNATIONALE DU GOTHARD1
- ET LES SOUTERRAINS HÉLICOÏDAUX DES RAMPES D’ACCÈS AU GRAND TUNNEL
- Le grand tunnel du Gothard, dont l’inauguration officielle a eu lieu dans les derniers jours de décembre, et sur lequel s’est portée, jusqu’à ce jour, toute l’attention du public, n’est cependant point la seule œuvre d’art de cette voie des Alpes Helvétiques, qui ouvrira incessamment au commerce des villes du Nord le marché de l’Italie septentrionale et la route des Indes. I)u lac de Zug à la frontière italienne, à travers les vallées sauvages de la Reuss et du Tessin, sur ses 200 kilomètres de tracé, la grande ligne internationale compte encore cinquante tunnels, d’une longueur totale de plus de 20 kilomètres, et dont plusieurs atteignent 1500 et même 2000 mètres. Sept de ces souterrains présentent, comme une singularité spéciale à cette ligne, un tracé curviligne; ils sont creusés en hélice, afin, comme nous le verrons plus bas, de racheter les rampes trop rapides des vallées qu’ils côtoient.
- Souterrains rectilignes ou hélicoïdaux, tranchées colossales, ponts aux travées grandioses, à cheval sur les précipices, viaducs se profilant majestueusement sur la montagne, murs de soutènement, galeries couvertes protectrices des inondations ou des avalanches, remblais puissants s’allongeant au loin dans la vallée — la science de l’ingénieur a pu donner libre carrière à ses conceptions les plus ingénieuses et les plus variées, dans cette région désolée où la locomotive doit, pour se frayer un sûr et durable passage, vaincre les forces naturelles qui menacent à chaque pas la voie ferrée d’une destruction sinon irrémédiable, du moins coûteuse et pleine de périls.
- A peine a-t-elle quitté les rives du lac de Zug, bien connu de ceux qui ont roulé sur la voie en crémaillère du Righi, la ligne du Gothard se dirige sur Scliwyz, passant à travers le gigantesque ébou-Iement qui ensevelit, au commencement du siècle, le bourg de Goldau, catastrophe plus terrible encore que la destruction récente du village d’Elm par la chute du Tsingelberg. Le chemin de fer longe ensuite le lac de Lowerz, traverse la ville de Schwyz, rejoint le lac des Quatre-Cantons à Brunnen, et coupe en souterrain la plus grande partie des rochers à pic qui bordent cette pittoresque région du lac, où se déroula la légendaire épopée de Tell. De Brunnen à Fluelen, extrémité sud du lac, sur un parcours de 42 kilomètres, la voie reste souterraine sur 5256 mètres, près de la moitié du trajet. Nous trouvons déjà là neuf tunnels, dont trois importants, ceux d’Oel-berg, Stutzeck et de l’Axenberg, le premier mesurant près de 2 kilomètres (1953 mètres).
- 1 Cet article complète la série d’études que nous avons publiées sur le grand tunnel du Gothard. Voy. 4* année 1876, 2* semestre, n°* 159, 161, 162, 166, p. 38, 75, 87 et 145.
- Le tracé suivra désormais la vallée de la Reuss jusqu’à l’embouchure nord du grand souterrain; mais ce n’est qu’à Erstfeld, dépôt de locomotives pour la ligne de montagne, à 6 kilomètres d’Âltorf, que commencent, en même temps que les rampes, les travaux qui donnent à la voie nouvelle une originalité toute spéciale. D’Erstfeld à Gœ-schenen, nous n'allons pas traverser moins de seize tunnels, faisant plus de 7 kilomètres en souterrain, sur un parcours total de 29 kilomètres seulement. Quatre de ces ouvrages ont une longueur supérieure à 4 kilomètre; seul parmi ces derniers, le tunnel de Naxberg (4563 mètres) est rectiligne, les trois autres ont un tracé curviligne *.
- Ces tunnels hélicoïdaux ne sont pas une des moindres curiosités de la ligne du Gothard, et la conformation même de la vallée de la Reuss a imposé leur tracé. Depuis son ouverture au lac des Quatre-Cantons jusqu’au dépôt de locomotives d’Erstfeld, la vallée de la Reuss présente une faible inclinaison, mais bientôt sa déclivité augmente brusquement, et arrive à surpasser de beaucoup la pente maxima de 0”,026 par mètre imposée à la voie ferrée. L’entrée immédiate en souterrain étant impossible, il devenait donc imdispensable d’exhausser la plate-forme de la voie, jusqu’à ce que cette dernière pût de nouveau reprendre son inclinaison normale. Cet exhaus^ sement eût pu se faire au moyen de rebroussements, comme cela se voit sur le chemin de Baltimore à l'Ohio, dans la traversée des Alleghanys, au grand Péninsulaire indien, à la traversée du Thül-Ghaut, et, plus près de nous, sur la ligne de Neuchâtel à la Chaux-de-Fond ; les constructeurs du Gothard, voulant assurer avant tout la continuité du transport, ont adopté l’exhaussement par le développement de la voie en hélices ou boucles, forcément souterraines, l'étroitesse de la vallée de la Reuss et l’absence de vallées latérales ne permettant pas un développement à ciel ouvert, dans la vallée principale comme à Modane, dans une vallée latérale comme au Brenner. Ce retour hélicoïdal est donc chargé de racheter une différence de niveau de la voie reportée à une altitude plus élevée ; jusqu’à un certain point, cela pourrait se traduire par la locution vulgaire « reculer- pour mieux sauter ».
- C’est ainsi que la voie du Gothard. aux alentours de Wasen (fig. 1), s’élève de 436 mètres, au moyen des trois tunnels hélicoïdaux du Pfaffen-sprung (1460”), de Wattingen (4090”), de Leggi-stein (4095”), et suit, avec la rampe prescrite par la Commission internationale des États intéressés, la vallée de la Reuss, dont l’inclinaison est bien plus rapide. La courbe des hélices a 400 mètres de rayon, et la rampe souterraine est de 0”,023 à 0”,026. L’exécution de ces travaux souterrains tout spé-
- 1 Nous avons pensé que cette section nord de la ligne du Gothard, ainsi que celle qui descend vers le lac Majeur du côté sud du grand tunnel, était assez intéressante pour en reproduire, à une échelle suffisante, un plan d’ensemble, sur lequel nos lecteurs pourront suivre le tracé que nous décrivons (fig. 1 ).
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- ciaux fait le pins grand honneur aux habiles ingénieurs qui les ont menés à bonne fin. Nous avons entendu, à maintes reprises, émettre des doutes sur les résultats pratiques de l’exploitation, et en particulier sur le mode d’échappement de la fumée des locomotives ; nous n’avons pas longtemps à attendre pour être pleinement édifiés à ce sujet. La grande différence d’altitudes des têtes activera certainement la ventilation, spécialement dans ces régions élevées où les circonstances atmosphériques varient continuellement.
- Après avoir traversé le tunnel de Naxberg et atteint Gœschenen, la voie suit les 14 920 mètres du grand souterrain transalpin, atteint Airolo, et
- redescend la pente sud qui conduit à Biasca, dépôt des locomotives de montagne de la rampe sud, et ensuite à Lugano ou au lac Majeur. Sur cette section aussi, les travaux d’art abondent; il a fallu, comme dans la vallée de la Reuss, fianchir les gorges rapides et profondes du Tessin, avoir recours, comme à Wasen, aux souterrains hélicoïdaux. Entre Dazio et Faido, nous rencontrons les deux boucles de Freggio et de Prato, visibles sur la figure 1, et, plus loin, en dehors de notre plan partiel d’ensemble, entre Lavorgo et Giornico, les deux boucles de Piano-Tondo et de Travi, plus connues sous le nom de tunnels de la Biaschina. Chacun de ces quatre grands souterrains hélicoïdaux a environ
- Fig. 1. Plan de la ligne du Gothard. — Les rampes d’accès au grand tunnel (les parties courbes et poinlillées marquent les tunnels hélicoïdaux). — 1. Tunnels hélicoïdaux de Pfaffensprung,' de Wattingen et Leggistein. — 2. Tunnels hélicoïdaux de Freggio et de Prato.
- 1500 mètres de longueur; ils sont établis, avec des courbes minima de 300 mètres. Le développement des vingt-six tunnels de la ligne sud est de 8 kilomètres, soit environ le 1/6 delà longueur totale des travaux de cette section. Parmi eux, le souterrain du Monte-Cenere (I675m) sur le tronçon Giubiasco-Lugano.
- A ces cinquante souterrains distribués sur la ligne du Gothard, il faut ajouter encore quantité de ponts, dont les ouvertures varient entre 25 mètres et 77 mètres. Notons seulement sur la rampe nord : le pont de la Muotta, entre Schwyz et Brunnen, de 55 mètres d’ouverture; le pont sur le Kerstelèn-bach, avec deux travées de 56m,50 ; le pont sur la Reuss, près d’Inschi, avec une seule travée de 77 mètres; les deux ponts sur la Mayenreuss, tra-
- vées de 65 mètres et 55 mètres ; le pont sur le Rohr-bach (55m), et enfin le pont sur la Goschenen-Reuss, le dernier avant d’arriver au grand tunnel, avec une ouverture de 65 mètres. A la sortie du grand souterrain, du côté sud : le pont sur le Tessin (50m) ; le pont du Dazio (45m), de Polmengo (65ra), les deux ponts inférieur et supérieur de Giornico, le premier avec une seule travée de 50 mètres, le second avec deux travées de 45 mètres ; le pont sur le Breano, avec ouverture de 50 mètres. Sur le profil en long, nous relevons 45 ponts principaux, 9 viaducs et 7 galeries couvertes contre les avalanches ou les inondations des torrents pendant la fonte des neiges. Citons encore, comme exemple de tranchée colossale, la grande excavation de 2240 mètres de longueur, comprise entre le tunnel de Stalvedro et
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- - - V» u. otl.ard pendant sa construction. deux tunnel, hélicotdaux de Freggio et de I>ratof
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- Je pont de Sordo, sur la rampe sud, et cubant 215 000 mètres cubes de déblais.
- La gravure que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs (fig. 2) représente la traversée du Tessin par la ligne du Gothard, à sa sortie du tunnel hélicoïdal de Freggio. La photographie a été prise au cours des travaux. Sur la gauche, on remarque l'épaisse couche de déblais provenant du creusement du tunnel, dont l'entrée n’est pas visible. Après son passage sur le Tessin, la voie entrera de nouveau dans la montagne, pour parcourir la seconde boucle souterraine de Prato.
- Encore quelques mois de travail, et, le l,r juin prochain, la locomotive franchira, pour la première fois, l’espace qui sépare la frontière allemande du cœur de l’Italie. Les travaux gigantesques dont nous avons suivi pas à pas l’exécution, avec un soin d’autant plus jaloux que, commencés après notre défaite militaire, ils ont été incontestablement dirigés contre notre inüuence commerciale, peuvent toutefois être considérés comme terminés à ce jour, et, dans la rapide tournée que nous avons faite le long du tracé de la grande artère nouvelle, nous n’avons rencontré aucun obstacle sérieux. Les souterrains rectilignes et hélicoïdiaux sont perforés , recouverts presque entièrement de leur revêtement en maçonnerie; les colossales tranchées sont creusées, la voie définitive s’allonge dans la vallée, alignant ses larges remblais sur l’éclatante blancheur de la neige. C’est à peine si de temps à autre quelque coup de mine isolé, jetant bas un dernier bloc rebelle, fait remonter le souvenir aux jours d’ardent travail, quand, sur toute la longueur de la ligne, des milliers de kilogrammes de dynamite renvoyaient leur note bruyante à tous les échos de la montagne, aujourd’hui silencieuse et vaincue.
- Maxime Hélène.
- BIBLIOGRAPHIE
- L’attitude de F homme au point de vue de F équilibre, du travail et de l'expression, par le l)r Ad. Nicolas. 1 vol. in-8\ Paris, G. Masson, 1882.
- « Ce livre sera lu avec beaucoup d’intérêt et de curiosité, car il donne le résumé, fort bien rédigé, d’études très peu connues. L’attitude humaine dans les temps préhistoriques, l’homme et le singe, l’équilibre, le travail et les attitudes du travail, l’expression ; tels sont les chapitres successifs de l’ouvrage publié par M. le Dr Nicolas. L’auteur est à la fois un savant qui sait observer les faits et un -philosophe qui connaît l’art d’approfondir les conséquences qui s’en dégagent. Nous publierons prochainement de M. le Dr Nicolas une notice qui fera mieux comprendre tout l’intérêt de ses observations.
- Physiographie, introduction à l'étude de la nature, par Th. Huxley, de la Société Royale de Londres ; traduit de l’anglais par M. G. Lamy, maître de conférences de géographie à la Faculté des lettres de Douai. 1 vol. in-8°
- avec 128 figures et 2 planches hors texte. Paris, Germer Baillière, 1882.
- Ce livre contient une série de conférences faites à des jeunes gens, pour les initier aux éléments des sciences physiques. Partant de l’étude du bassin de la Tamise, M. Huxley arrive adonner à ses auditeurs des notions générales sur la distribution de eaux et leur composition, sur la formation des terrains et les causes qui peuvent en modifier les dispositions, et en général sur tous les phénomènes naturels et leur dépendance réciproque. Avec l’autorisation de l’auteur, le traducteur a remplacé l’étude du bassin de la Tamise par celui de la Seine, pour permettre au lecteur de suivre de visu l’application de l’ingénieuse méthode de l’éminent professeur anglais.
- Annuaire pour l'année 1882, publié par le Bureau des Longitudes, avec des Notices scientifiques. 1 vol. in-52. Paris, Gauthier-Villars, 1882.
- Annuaire de F Observatoire de Montsouris pour Fan 1882. 1 vol. in-52. Paris, Gauthier-Villars, 1882.
- Almanach de F agriculture pour 1882, publié par J. A. Barral. 1 vol. in-18, 16° année. Paris, G. Masson, 1882.
- Du processus morbide du choléra asiatique, de sa période de mort apparente et de la loi mathématique qui le régit. Mémoire du Dr Philippe Pacini, professeur à l’École de Florence. Traduit par le Dr Bos. 1 broch. in-8°. Marseille, typ. Barlatier-Feissat, 1881.
- Annuaire de F Observatoire Royal de Bruxelles. 1882, 49e année, 1 vol. in-32. Bruxelles, F. Ilayez, 1881.
- Report of the enlomologist of the United States, de-parlement of agriculture for the year 1880, by J. Henry Comstock, with illustrations. 1 vol. in-8e. Washington, Government printing Office, 1881.
- L'Exposition forestière au concours régional d'Amiens, par M. René Vion, 1 broch. in-8”. Amiens, Étienne Vion, 1881.
- CURIEUX EXEMPLE
- DE DÉFORMATION DE RAILS
- usés par le frottement de roues qui patinent.
- Nous reproduisons dans la figure ci-contre un dessin curieux donnant un exemple des plus remarquables des déformations si étranges que peuvent subir les rails sous l’influence du patinage des roues de locomotives.
- Les deux rails dont nous représentons les sections, prises sur chacun en quatre points différents de sa longueur portant les numéros de 1 à 8, comme l’indique la vue longitudinale, sont actuellement exposés dans la cour de l’École des ingénieurs de Milan ; ils sont d’ailleurs brisés tous les deux en des points qui se trouvaient en face l’un de l’autre lorsqu’ils étaient posés sur la voie, le rail de gauche entre les sections 1 et 2, et celui de droite
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- entre les sections 5 et 6 (Vov. la ligure ci-dessous).
- Ces rails étaient en service en Italie sur la ligne de Bologne à Pistoja, ils étaient placés un peu au delà de la sfation de Pitecchio, dans un des nombreux tunnels que présente cette ligne pour la traversée des Apennins.
- On rencontre également sur cette voie, comme on sait, des pentes assez fortes atteignant souvent et dépassant même quelquefois 20 millimètres par mètre ; et enfin des courbes très prononcées d’un rayon assez faible de 200 à 300 mètres seulement; de sorte que la traction est assez difficile pour les locomotives. Dans ces conditions il arrive souvent que l’adhérence est insuffisante pour assurer l’entraînement du train, et on est obligé souvent d’ajouter une seconde machine.
- La situation s’aggrave encore dans la traversée des tunnels, car l’atmosphère des souterrains est ordinairement brumeuse, et les rails se maintien-tiennenl toujours un peu gras et humides ; on sait que c’est là une des conditions les plus favorables pour le patinage, car les roues n’ont plus aucune prise sur les rails et tournent sur place sans avancer.
- De pareils tunnels sont particulièrement fréquents dans la traversée des Apennins, et ils donnent à cette ligne un caractère des plus pittoresques ; mais ils introduisent en même temps, par les patinages fréquents qu’ils déterminent, une cause particulière de retard dans la marche des trains, aussi la vitesse n’est jamais supérieure à 20 kilomètres à l’heure, et il ne faut jamais moins de trois quarts d'heure pour franchir les 12 kilomètres seulement qui séparent Pitecchio de chacune des deux stations voisines.
- C’est dans un de ces tunnels des Apennins que s’est produit le patinage de locomotive qui a déterminé cette curieuse déformation de rails dont nous parlions plus haut. C’était dans la nuit du 9 décembre 1878, le train ordinaire composé de 15 wagons, d’un poids total de 15 000 kilogrammes, avait quitté Pitecchio à 2 heures 24 minutes, se dirigeant vers Bologne, et franchissait péniblement la montée de 23 millimètres de rampe avec des courbes de 300 mètres de rayon qui s’élève, au sortir de la station, sur une longueur de 1660 mètres.
- A une distance de 1450 mètres de là, commence le tunnel de Pitecchio, dont les rails se trouvaient alors recouverts d’une couche de glace lisse et polie comme la surface d’un miroir. Lorsque le train se
- fut engagé sous le tunnel, l’adhérence s’abaissa rapidement dans une mesure énorme, et le patinage prit une telle proportion qu’après un parcours de 300 mètres environ, la machine se trouvait absolument hors d’état d’avancer, tout en dépensant la vapeur comme en marche normale; les roues tournaient sur place et restaient toujours en contact de même point sur les rails. En même temps le vent soufflait avec une grande violence et rabattait la vapeur; .ajoutons enfin qu’une rafale de neige s’abattait sur la plate-forme de la machine, de telle sorte que le mécanicien ne pouvait plus rien apercevoir des objets extérieurs et ne se rendait pas compte de l’immobilité de sa machine.
- Cette situation se prolongea pendant un temps assez long, jusqu’à ce que le conducleur du train reconnût que celui-ci était définitivement arrêté, et vînt prévenir le mécanicien. On jeta du sable à profusion sur la voie, mais sans obtenir aucun effet, et on dut se résigner à fermer le régulateur et à jeter le feu en attendant la machine de secours. Celle-ci
- arriva au bout de deux heures environ, mais bien que la tempête fût déjà presque entièrement apaisée, il lui fut impossible de démarrer le train, et on dut recourir à une seconde machine de secours. Lorsqu’on visita ensuite la voie après le départ du train, on constata que les rails étaient complètement déformés dans les points qui s’étaient trouvés en contact avec les différentes roues pendant le pati-tinage.
- Comme la machine possédait quatre essieux moteurs, on rencontrait sur chacun des rails quatre cavités correspondantes, dans lesquelles la section s’était modifiée comme l’indique la figure. Il s’était opéré en ces points une sorte de laminage qui avait écrasé le champignon et l’avait rabattu de deux côtés sur l’âme du rail, dans des conditions tout à fait surprenantes. Le Railway Review, qui a donné le récit de cet accident si curieux, ne dit pas si les rails étaient en fer ou en acier fondu ; il est fâcheux que ce détail ne soit pas indiqué, car le fait serait encore plus intéressant pour l’acier fondu qui résiste mieux à la déformation que le fer. Il semble en effet qu’un rail en acier se serait usé sans rabattement du champignon, comme le fait doit se produire avec le fer soudé, qui forme un métal beaucoup plus fibreux en quelque sorte.
- L. Bâclé.
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- BALANCE DE PRÉCISION
- FAITE AVEC UNE PAILLE
- Une balance de précision est indispensable au chimiste ou au minéralogiste, qui dans leurs essais doivent peser des quantités très petites de matière. Les étudiants ou les amateurs ne peuvent pas toujours consacrer une somme assez importante à l'acquisition d’une balance de précision, aussi croyons-nous être utile à quelques-uns de nos lecteurs en leur signalant une balance qu’ils pourront faire eux-mêmes avec un fétu de paille et quelques accessoires faciles à se procurer. Cet objet, décrit jadis par un chimiste praticien émérite, M. Violette, est destiné à peser de petits corps très légers comme ceux des essais au chalumeau. Il est presque ignoré aujourd’hui ; nous allons le faire connaître.
- La balance est une espèce de romaine. Une tige de paille ab (fig. 1) est suspendue par son milieu o ; à l’une de ses extrémités a est suspendu un petit plateau fixe c (fig. 5) et sur l’autre brasse meut'un petit poids s (fig. 4) dont la distance à l’axe de suspension o indique le poids du corps placé sur le plateau dans la position d’équilibre.
- Voici quelques détails de construction :
- Fléau. — On choisit une paille bien saine légèrement courbée en forme d’arc de 0,n,22 de longueur environ. On marque avec une plume le point o au milieu à peu près de celte paille, et de chaque côté de ce point, à l’aide du double décimètre, on marque très exactement les longueurs oa et ob de 0m,l0 chacune ; l’une d’elles ob, sera divisée, avec des traits déliés à l’encre, en centimètres et demi-centimètres.
- Faites une légère entaille à mi-paille en a et & pour bien marquer ces points importants. Au point o piquez horizontalement une aiguille des plus fines i, non point dans le milieu de l’épaisseur de la paille, mais supérieurement aussi haut que pos>ible, vers la partie la plus élevée de la courbe ; cette aiguille est l’axe de suspension qui tournera dans de petits tubes en verre m n comme tourillons ; ces tubes sont fixés horizontalement et à frottement sur un grand bouchon de liège t (fig. 2) de 0m,05 de hauteur, taillé comme on le voit, et planté verticalement avec de la colle sur une planchette (fig. 5) ; une aiguille / est plantée au point o dans la paille; nous en dirons plus loin l’usage.
- Flateau. — Faites le petit plateau c (fig. o) ; c’est un petit vase en papier à lettres très fin, arrondi sur une bille par la pression du doigt, ayant la forme d’une capsule de 0m,01 de diamètre environ; ce petit vase sera collé avec un peu de mastic à Ja partie inférieure, dans une espèce d’anse ou anneau en fil métallique extrêmement fin, d’acier ou mieux de platine. Ce petit plateau sera suspendu dans l’entaille faite en a.
- Poids. — Faites un petit anneau en fil métallique très fin (le platine est très convenable) et du poids exact de 1/2 décigramme par exemple, et suspendez cet anneau ou poids étalon s (fig. 4) dans l’entaille faite en b.
- Ajuster. — Cela fait, mettez la balance en équilibre ; placez d’abord le plateau c dans l’entaille a et le poids s dans celle b taillez en bec de flûte l’extrémité dû bras de levier le plus léger ; introduisez de la cire dans la cavité, et sur cette cire implantez successivement et délicatement de petites pierres ou grains de plomb, de manière à placer le fléau dans sa position horizontale. Mais dans la mise en équilibre, qui est une opération longue et difficile, il peut arriver que la balance soit folle ou paresseuse; elle sera folle si le fléau reste incliné tantôt à droite, tantôt à gauche dans la position où on le met; elle sera paresseuse, au contraire, si le fléau revient en peu d’oscillations à sa position horizontale, ce qui prouve que l’instrument n’est pas assez sensible. Dans les deux cas, le centre de gravité du système est-mal placé relativement au point de suspension ; dans le premier, il est au-dessus de celui-ci, et dans le second, il est au-dessous. C’est avec l’aiguille verticale / que nous corrigerons ces défauts par des tâtonnements prolongés : l’aiguille sera placée au-dessous de la paille si la balance est folle et au-dessus, si elle e^t paresseuse. Au reste, si la paille a été choisie de courbure convenable, et si l’aiguille horizontale a été plantée aussi haut que possible, la balance ne sera ni folle ni paresseuse, et on pourra se passer de l’aiguille verticale additionnelle. On a le soin d’établir des deux côtés du support deux petites pièces verticales E et D (fig. 5) en bois ou en carton, collées sur la planchette, destinées à soutenir le fléau dans ses oscillations, sur l’un d’eux D est marqué un petit trait servant de repère, et placé de manière que l’extrémité du fléau se trouvant à sa hauteur et tout vis-à-vis, celui-ci soit horizontal.
- Pesée. —L’équilibre étant établi, rien déplus facile que de peser un petit corps placé dans le
- 1
- Fig. 1, 2, 3 et i. — Détails de la balance.
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- plateau, pourvu qu’il soit d’un poids inférieur à celui qui sert d’unité, celui de J/2 décigramme par exemple. A cet effet, poussez avec un fétu de paille, une barbe de plume ou la lame d’un canif, très délicatement e, peu à peu, l’anneau B (fig. 5) vers l’axe de suspension, en le faisant glisser sur la paille : il arrivera à une position où le fléau se relèvera et se placera horizontalement après quelques oscillations ; comptez à l’aide du double décimètre, le nombre de millimètres qui séparent le point o (fig. 1) de celui où s’est arreté le poids,multipliez ce nombre par la valeur du poids, divisez le produit par 100, et vous aurez le poids du corps pesé.
- Supposons que le poids s (fig. 4) soit de 0^,05, et qu’après la pesée d’un certain corps le nombre de millimètres comptés comme ci-dessus soit de 87, le
- •i î 0«r,05 X 87 ^
- poids de ce corps sera----j^q-----= 0g',04oD ou
- 45 milligrammes 1/2.
- Nous avons choisi 0gr,05 pour unité de poids ; il sera bon d’avoir un poids plus petit de 0gr,0l par exemple, qu’on fera avec la balance elle-même, mais il faudra faire un autre plateau c tel qu’il fasse équilibre à vide à ce nouveau poids placé 'à l’extrémité b du fléau. Un calcul semblable au précédent donnera le poids du corps pesé. Ainsi dans les mêmes circonstances d’équilibre que ci-dessus, le corps
- pesera —[qq--------- = 0,0087 ou 8 milligram-
- mes 7/10..
- Cette balance est si délicate et si sensible qu’on ne peut s’en servir dans l’air, ordinairement trop
- Fig. 5. Vue d’ensemble de la balance de précision, dont le fléau est lormé d’nn fétu de paille.
- agité. Il faut peser sous une cage : à cet effet, vous ferez avec cinq feuilles de carton une boite, fermée en avant par une lame de verre ; celle-ci sera fixée inférieurement par une charnière faite avec un morceau de toile collé qui lui permettra de s’abattre, et se fermera en haut par deux petits crochets (fig. 5). Il faudra toujours fermer la cage pour faire les pesées.
- CHRONIQUE
- Ascensions aérostatiques. — On ne se douterait certainement pas du nombre considérable de voyages aériens qui s’exécutent en France; une statistique relevée à ce sujet par M. Rouland nous montre que la passion des ballons est toujours à l’ordre du jour. On a exécuté 79 ascensions en 1876, 81 en 1877, 82 en 1878, 95 en
- 1879,117 en 1880 et 125 en 1881. — A la fin de l’année 1881, le 26 décembre, M. Lachambre a exécuté en compagnie de M. Favry un intéressant voyage aérien à la Souterraine (Creuse) à l’occasion de l’inauguration de l’usine à gaz. Le départ a eu lieu à deux heures vingt-cinq minutes par un vent assez fort; à 1700 mètres d’altitude la température était de 15 degrés centigrades. A trois heures dix minutes les voyageurs touchaient terre à Gajoubert (Haute-Vienne), à 62 kilomètres du point de départ. La vitesse de l’aérostat a donc été de 62 kilomètres en quarante-cinq minutes.
- La production des vins en 1881. — Le bulletin de statistique du ministère des finances a récemment publié les résultats de ses informations sur le montant de la production des vendanges en 1881. On a obtenu un peu plus de 34 millions d’hectolitres de vin, contre 29 700 000 en 1880 et 25 800 000 en 1879. On a cette année à peu près le produit réalisé en 1873; mais en 1871, 1872 et 1877, on avait chaque fois récolté plus de
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- 50 millions d’hectolitres, et l’on cite les chiffres exceptionnels de 65 millions en 1874 et 83 millions en 1875. C’est dire, une fois de plus, que rien n’est plus variable, d’une année à l’autre, que le produit de la vigne; ce sont les circonstances météorologiques qui le déterminent. Pour l’année 1881, la belle apparence des vignobles aux premiers jours du printemps avait fait espérer un résultat plus avantageux; mais les gelées de mai, puis des chaleurs prolongées en été, des pluies survenues mal à propos en septembre et en octobre, ont fait souffrir la vigne; bref on n’a que 4 millions de plus qu’en 1880. Le phylloxéra a continué son rôle dévastateur ; malgré les replantations nombreuses qui ont été faites, il y a encore un déficit d’environ 500 000 hectares dans l’étendue du vignoble français.
- L’homme le plus âgé de la terre. — C’est sans doute un habitant de Bogota (Colombie!. 11 dit avoir cent quatre-vingts années; mais ses voisins affirment qu’il est beaucoup plus vieux. Il est d’origine espagnole et il s’appelle Miguel Sollo. Le Dr Ilermandez, médecin de Bogota, se rappelle avoir entendu dire, dans son enfance, à plusieurs vieillards, que Miguel Sollo était plus que centenaire. La signature de Sollo figure au bas d’un procès-verbal relatif à la construction d’un couvent, daté de 1742.
- (Les Mondes.)
- Le service des eaux â Li ver pool. — De très importants travaux sont entrepris depuis le 14 juillet, à Liverpool, pour fournir à ce grand centre industriel du Lancashiie la quantité d’eau nécessaire à son alimentation et à son hygiène. Ces travaux furent décidés en 1865 à la suite d’un été excessivement chaud qui, en dépit d’un rationnement rigoureux, compromit sérieusement la santé publique. Une première série de travaux réalisés en 1876 ne donna qu’un résultat insuffisant. On prit donc le parti de capter, pour les amener à Liverpool, toutes les sources alimentant un assez fort cours d’eau, le Vyrnwy. La captation s’étend sur une surface de 176 hectares acquise par la Ville et sur laquelle aucune industrie malsaine ou dangereuse ne peut s’établir. Les eaux recueillies séront retenues dans un immense réservoir constitué latéralement par Rencaissement naturel du Vyrnwy et fermé par un mur de 37“,80 de hauteur dont 12m,20 en fondations. L’épaisseur de ce mur sera de 50 mètres à la base et de 5“,20 au couronnement, lequel servira de route pour les voitures et les piétons. L’aqueduc allant du réservoir à Liverpool parcourt une distance de 110 kilomètres, tantôt en tunnels, tantôt dans des tuyaux en fonte. Le réservoir, véritable lac artificiel de 8000 mètres de longueur sur 1600 mètres de largeur, contiendra 53 600 000 mètres cubes fournissant par jour 234 000 mètres cubes d’eau à la ville. Le devis établi s’élève à 31 250 000 francs pour l’ensemble des travaux, qui seront terminés en 1885.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 janvier 1882. — Présidence de M. Wurtz.
- Élection de M. Albert Gaudry. — Voici une bonne journée pour l’Académie, car l'illustre Compagnie vient d’ouvrir ses rangs à l’un de nos savants les plus distingués. M. Albert Gaudry est appelé à succéder à Henri Saint-Claire Deville, et avec lui entre à l’Institut une science tout entière, qui n’était jusqu’ici de la spécialité
- d’aucun académicien : la paléontologie. La liste de présentation dressée par la section de minéralogie ne faisait d ailleurs pas prévoir ce résultat, car M. Gaudry n’y figurait qu’en seconde ligne : 40 suffrages l’ont cependant élu, tandis que son concurrent, M. Lory, le géologue bien connu des Alpes dauphinoises, n’en a réuni que 18.
- Avertissement à Vagriculture vampire. — Tout le monde sait qu’une des plus grandes productions du département du Nord consiste en sucre de betterave. Cette fabrication suppose la consommation de beaucoup de noir animal, riche en phosphate et fort recherché comme amendement agricole. Or, il est passé à l’état de proverbe que la terre du département du Nord est indéfiniment riche en phosphate, de sorte que depuis trente ou quarante ans on exporte tout le noir en Bretagne, où il est avidement recherché. Cependant l’agriculture du Nord se livre imperturbablement à la rotation biennale, la betterave et le blé alternant sur chaque champ. Mais depuis quelques années on s’aperçoit que la production en blé subit une diminution sensible : le grain n’est plus aussi abondant et la paille plus frêle est plus disposée a verser. M. Ladureau, directeur de la station agronomique du Nord, ayant recherché la cause de cet état de choses, a reconnu que le sol, jusqu’à 60 centimètres de profondeur, est absolument dépourvu de phosphate de chaux, c’est-à-dire de l’un des éléments indispensables au complet développement des céréales. La contre-épreuve est venue confirmer ce résultat, car l’addition à la terre d’engrais phosphatés, a rendu au blé dans les cultures où on a expérimenté, son abondance et ses qualités premières. C’est là certainement une des plus belles expériences de chimie agricole qu’on ait faites depuis longtemps et un des arguments les plus décisifs contre ces pratiques de cultures épuisantes du sol, si légitimement réunies sous le nom A'agriculture vampire.
- La vascidose. — Comme suite au beau travail dont nous avons antérieurement analysé la première partie, MM. Fremy et Aubin décrivent les propriétés de la vascu-lose. On se rappelle que cette substance, répandue dans tout le tissu végétal, est la base du squelette des plantes. C’est elle qui communique au ligneux sa densité caractéristique, attribuée à tort à une substance incrustante d’ailleurs non définie. Tous les bois en contiennent beaucoup, le peuplier 34 pour 100, le chêne 40 pour 100, etc. ; mais c’est dans les coques de noix qu’on en trouve le plus, environ 60 pour 100. Les auteurs indiquent les méthodes propres à l’obtenir à l’état de pureté et ils annoncent par un nouveau travail l’examen des procédés propres à en débarrasser les fibres textiles, telles que celles de la Ramie, dont la culture pourra dès lors devenir une nouvelle source de richesse pour le midi de la France.
- Géologie du Japon. — Par l’intermédiaire de M. Fou-qué, M. Mentschichkoff fait connaître les résultats de ses études géologiques sur une grande partie du Japon. Contrairement à l’opinion généralement accréditée, les hautes montagnes de ce pays ne sont pas entièrement volcaniques. Depuis leur base jusqu’à une fraction considérable de leurs 3000 mètres d’altitude, elles sont constituées par des roches métamorphiques anciennes. Les épanchements volcaniques se bornent à les couronner. On observe ça et là des lambeaux de terrain carbonifère et de terrain jurassique. Sur les côtés se montrent quelques dépôts tertiaires. Ces études commencées par des Européens vont être continuées par des géologues japonais.
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- Paléontologie. — M. Àlph. Milne Edwards dépose sur le bureau plusieurs mémoires de paléontologie par M. Filhol. Il s’agit d’abord de mammifères fossiles observés dans les dépôts miocènes de Saint-Gérand-le-I’uy (Allier) ; l’auteur étudie aussi les carnassiers fossiles qui se rapprochent le plus nés chiens actuels; il fait enfin connaître un genre nouveau Coïburus (de Saint-Gérand-le-Puy) offrant des analogies évidentes avec un carnassier actuel de Madagascar ; et des herbivores voisins des porte-muscs, que lui ont fourni les phosphorites du Quercy.
- Varia.— L’aménagement des eaux dans les diverses parties des terrains agricoles de la France occupe M. Barbier. — M. Rolland lit une lettre de M. Hirn au sujet de certains phénomènes de condensation et d’évaporation qui prennent naissance dans les chaudières à vapeur. — Deux récentes épidémies de peste observées dans le Khorassan sont décrites par M. le Dr Tholozan. — L’anatomie du Spatangus purpureus et surtout de l’appareil vasculaire de cet échinoderine occupe M. Relier. — Enfin M. Manouvrier offre, par l’intermédiaire de M. de Quatrefages, des Études sur le cerveau. Pour pouvoir comparer le poids de cet organe chez les diverses races humaines et chez les animaux intelligents, l’auteur commence par retrancher du poids total le poids de substance cérébrale nécessaire à l’accomplissement des fonctions animales ; le reste, spécialement propre à la vie intellectuelle, est seul utile à considérer. Seulement on ne nous a même pas laissé entrevoir comment on peut déterminer le poids de substance cérébrale correspondant à la vie végétative ; c’est une lacune que nous ne nous sentirons pas capable de combler par nous-même.
- Stanislas Meunier.
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- LES REPTILES DE FRANCE1
- (Suite. — Voy. p. 15)
- LES COULEUVRES (suite).
- L’une de nos plus belles Couleuvres est, à coup sûr, la Verte et jaune qui, en France, est presque confinée dans la partie méridionale. C’est dans les endroits secs et rocailleux, couverts de broussailles, dans les vallées rocheuses bien exposées au soleil, sur la lisière des bois, que ce serpent se tient de préférence; bien que nageant avec facilité, il ne va presque jamais à l’eau, pendant l’àge adulte tout au moins. Quoi qu’en disent certains naturalistes, qui lui attribuent des mœurs fort douces, la Verte et jaune est certainement l’une de nos Couleuvres les plus irascibles; elle se défend énergiquement et mord avec rage, conservant en captivité son caractère farouche, s’élançant parfois intrépidement contre ceux qui veulent la saisir; atteignant la taille de cinq pieds, cette couleuvre est fort redoutée dans la plupart des campagnes; très vorace, elle grimpe souvent sur les buissons et même aux arbres pour rechercher les jeunes oiseaux; elle fait aussi la chasse aux petits mammifères, aux lézards et aux serpents, s’emparant au besoin des individus de sa propre espèce, lorsqu’elle se trouve être la plus forte. D’après Fatio, la ponte a lieu vers la fin de juin ou
- au commencement de juillet, se composant de huit à quinze œufs qui sont soigneusement cachés dans une chaude retraite.
- Le Zamenis vert jaune a une livrée des plus caractéristiques. Le dos et les flancs sont marqués, en avant, de grosses taches d’un brun foncé disposées suivant quatre séries parallèles et semées sur un fond d’un jaune paille; puis apparaissent sur le dessus du corps des lignes longitudinales alternativement jaunes et verdâtres ou brunâtres qui donnent à l’animal un aspect rayé; le dessus de la tête,d’un noir bleuâtre, est agréablement semé de lignes et de points jaunes; les mâchoires sont garnies de grandes écailles d’un jaune plus ou moins pâle et bordées de noir; les yeux sont entourés d’écailles de couleur d’or rehaussées de minces lignes noires qui ajoutent encore à leur vivacité. Le ventre, d’un blanc porce-lainé, a des reflets verdâtres, chaque écaille présentant parfois deux taches, l’une d’un brun foncé, l’autre d’un noir bleuâtre, parfois une mince ligne rougeâtre irrégulièrement pointillée de brun. Suivant M. Lataste, chez les jeunes, le corps, d’une couleur générale gris de lin, présente en quelque sorte les deux teintes de l’adulte fondues ensemble et affaiblies; chez les individus âgés, le jaune paille qui orne le dos devient jaune serin et le blanc des parties inférieures passe également au jaune. Les deux dernières dents de la mâchoire supérieure, plus longues que les autres, sont séparées de celles qui les précèdent par un intervalle dépourvu de crochets, tandis que chez les espèces précédemment étudiées toutes les dents se suivent régulièrement.
- Sous le consulat de Q. Fabius et de G. Brutus, une horrible peste dévastait les bords du Tibre. Les augures et les aruspices solennellement consultés rendirent leurs oracles ; pour apaiser les dieux irrités, le serpent cher à Esculape devait être apporté en grande pompe dans Rome et déposé dans le temple consacré au dieu de la médecine. L’on voit encore à l’île du Tibre, dans les jardins de Saint-Bar tholomé , la représentation de la couleuvre sculptée comme ex voto sur une barque en marbre.
- La couleuvre à laquelle tous les naturalistes, depuis Gesner, ont appliqué le nom de Couleuvre d’Esculape, sait se défendre contre quiconque l’attaque et cherche à mordre; capturée et maltraitée, elle se raidit contre la douleur, mais s’adoucissant bientôt, s’apprivoise facilement et devient docile. Ce serpent a été pris dès les temps les plus reculés de l’histoire grecque comme la représentation maté-térielle du dieu de la médecine. Très commun aux environs de Rome, il a été introduit en Suisse et en Gaule par les colons romains transportant avec eux leur divinité protectrice ; il était regardé, en effet, comme le serpent d'Epidaurc entourant la massue d’Esculape. De même la couleuvre était l’attribut d’Hygie, la déesse de la santé;-le serpent changeant fréquemment de peau est l’emblème de l’homme qui, en recouvrant de nouvelles forces, renaît à la
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- LA NATURE.
- vie. Le serpent avait, du reste, dans l’opinion des anciens, quelcpie chose de prophétique, ainsi que nous le voyons dans YÉnéide, sans doute en souvenir de la victoire d’Apollon sur le Python.
- L’Elaphe d’Esculape est une couleuvre dont la taille peut atteindre un mètre et demi. D’un brun olivâtre uniforme en dessus, d’un blanc jaune verdâtre en dessous, l’animal présente sur les lianes de petites taches blanchâtres, la réunion de ces taches formant un piqueté irrégulier peu marqué, plus apparent cependant dans la partie antérieure du corps ; derrière la tête et près de l’œil se voit une tache d’un jaune assez vif; un trait noir vertical placé sous
- l’œil traverse les deux mâchoires; en Sicile existe une variété ornée d’une ligne bleuâtre le long des lianes; dans les Apennins, ce serpent est souvent jaunâtre. Le corps est allongé; la tète offre parfois une étroitesse remarquable au niveau des tempes; le museau est peu proéminent.
- La Couleuvre d’Esculape hante les haies et les buissons, grimpant facilement aux arbres pour donner la chasse aux oiseaux. D’après le docteur \iaud-Grand-Marais, cet agile serpent rampe dans les chaumes, après les moissons, à la grande terreur des paysans qui lui attribuent la faculté de se lancer à la poursuite de l’homme. Il a la singulière habi-
- Couleuvre d’Esculape mangeant une souris.
- tude, comme le rapporte M. Millet, de se coucher à travers les sentiers pour barrer le passage aux mulots, aux lézards et aux autres petits animaux qu’il veut surprendre ; il est alors souvent victime de sa sécurité et tué par les passants. Près de Paris, à Fontainebleau, où nous avons eu l’occasion d’observer l’espèce en compagnie de M. Desguez, la Couleuvre d’Esculape habite les grands bois; on la trouve dans la vallée de la Solle, aux Ventes à la Reine, au mont Chauvet. C’est un animal assez farouche qui mord fortement; comme la plupart des serpents il étouffe sa proie. Les œufs, gros et cylindriques, sont déposés d’ordinaire dans le fumier ou dans des amas de feuilles.
- Chez le Serpent d’Esculape, le dos est couvert d’écailles lisses; sur la partie postérieure du corps,
- des carènes, quoique faibles, sont toutefois bien apparentes. Toutes les écailles sont carénées chez l’Elaphe à quatre raies, surtout commune dans les parties moyennes de l’Italie; l’espèce vit également en Grèce, en Dalmatie, en Hongrie, en Espagne et dans la partie méridionale de la France. M. Millet la cite des environs de Saumur, mais, d’après MM. Lataste et de l’Isle, l’individu de grande taille capturé dans Maine-et-Loire était une curieuse variété du Serpent d’Esculape.
- E. Sauvage.
- — A suivre. —
- Le wopriétairc-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue île Fleurus, à Paris.
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- iV 4o2. — ‘28 J A XY IKII 188‘2.
- LA XATITUE.
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- LA. PHOTOGRAPHIE MICROSCOPIQUE
- APPLIQUÉE A IA CHIMIE
- Si le microscope rend les plus grands services aux sciences naturelles, son emploi n’est pas moins précieux en ce qui concerne les sciences physiques et particulièrement la chimie. L’examen microscopique de certaines substances permet en quelque sorte d’en faire l’analyse avec une rapidité et une sûreté que ne présenteraient pas souvent les méthodes basées sur l’emploi des réactifs, quand il s’agit surtout de certaines matières organiques. Le chimiste a-t-il par exemple à s’assurer de la pureté d’un
- échantillon de fécule du commerce, il jette une petite pincée de la substance qu’il veut examiner dans un peu d’eau distillée, il agite à l’aide d’une baguette de verre, et à l’extrémité de cette baguette il transporte une goutte du liquide ainsi formé sur une lamelle de verre qu’il soumet à l’examen microscopique. 11 peut alors considérer l’ensemble des grains de fécule qui ont tous une forme ovoïdale caractéristique; si le falsificateur a mélangé la substance d’une poudre formée de gypse porphvrisé par exemple, celte substance trahira immédiatement sa présence par l’apparition de grains angulaires et d’aspect cristallin. Le café, le chocolat, le poivre, le lait, etc., ainsi examinés au microscope, sont immédiatement analysés par un observateur habitué à étudier de
- Appareil de photographie microscopique au Laboratoire de chimie municipal de Paris.
- la sorte les différentes espèces de ces substances et les produits qui servent le plus communément à les falsifier. C’est le microscope qui permet de découvrir j les trichines dans la viande de porc ; c’est lui qui ! sert encore fréquemment à déterminer la nature | d’un sel que l’on voit cristalliser dans la goutte d’eau placée sur le porte-objet de l’instrument.
- L’inspection microscopique faite directement comme nous venons de l’indiquer, offre l’inconvénient de ne point laisser de trace durable des observations auxquelles elle a donné lieu. On comprend toute l’importance que doit offrir la photographie de l’image amplifiée d’un objet soumis à l’examen. Si un chimiste a vu des trichines dans une viande de porc, non seulement il pourra affirmer que l’observation en a été faite au microscope, mais il lui sera possible de montrer des épreuves photo-tü* alliée. — 4*r semestre.
- graphiques du cliché qu’ii aura obtenu directement, et de multiplier ainsi en les fixant d’une manière permanente, les preuves matérielles de son analyse.
- Nous avons récemment visité le Laboratoire de chimie municipal où grâce à l’obligeance de M. Ch. Girard, directeur du Laboratoire, et de M. Pabst, nous avons eu occasion de voir fonctionner plusieurs appareils de photographie microscopique, qui sont, croyons-nous, ce qu’il y a de plus complet dans ce genre d’installation. Ces systèmes sont nouveaux ; ils peuvent être employés pour les études microscopiques de tous genres. Aussi nous semble-t-il intéressant de les faire connaître.
- Le système de photographie microscopique le plus simple consiste à appliquer directement une petite chambre noire photographique ordinaire à l’oculaire d’un microscope placé verticalement comme lors de
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- LA NATURE.
- l’observation directe. L’éclairage est obtenu à l’aide d’un rayon de lumière oxhydrique ou de lumière électrique projeté sur le miroir.
- On transforme d’abord l’image virtuelle en image réelle en déplaçant l’oculaire. Dans le microscope, l’image fournie par l’objectif se forme dans l’intérieur de l’oculaire en avant du verre oculaire, entre lui et son foyer. Si on recule l’oculaire de sorte que l’image formée par l’objectif soit entre le foyer du verre oculaire et son centre de courbure, l’image se forme alors de l’autre côté du verre oculaire, elle devient réelle, et on peut la recevoir sur un verre dépoli. On ajuste alors la chambre noire et on met au point.
- L’autre méthode, due à M. Yogel, de Berlin, consiste à chercher l’image virtuelle, située dans le microscope, au moyen d’une chambre noire, avec son objectif à court foyer ; on sait que l’image se forme virtuellement en avant de l’oculaire, à 0m,12 ou 0m, 18 environ, suivant le grossissement du verre oculaire. L’objectif photographique est presque en contact avec l’oculaire du microscope.
- Ces deux méthodes s’appliquent à un microscope ordinaire, placé dans une pièce quelconque, cabinet de travail ou laboratoire.
- Le troisième système que nous allons décrire et que représente la figure ci-jointe, nécessite une organisation toute spéciale dans un cabinet noir installé pour son fonctionnement. 11 permet de prendre la photographie d’un objet à plusieurs plans, et s’applique très bien notamment aux coupes histologiques, trichines, cristaux, etc.
- Le microscope placé horizontalement est représenté au milieu de notre figure ; à droite est la chambre noire photographique, dont l’objectif est relié à celui du microscope par l’intermédiaire d’un long tuyau ; à gauche est fixée sur une planchette la lampe oxhydrique ou électrique. L’éclairage oxhydrique sert pour obtenir des clichés avec des grossissements de 300 diamètres ; au delà jusqu’à 800 diamètres, on emploie la lumière électrique.
- L’appareil dont nous parlons ici est basé sur ce principe que les pinceaux lumineux avec une grande distance de foyer conjugué deviennent presque parallèles et que les points situés dans les plans voisins du plan focal se reproduisent par des points à peine plus gros que ceux du plan focal.
- Il est installé à poste fixe dans un cabinet noir muni de tous les accessoires nécessaires aux opérations photographiques, cuvettes, robinets d’eau pour les lavages, etc., et les opérateurs qui s’en servent en obtiennent des résultats excellents par les nouveaux procédés au gélatino-bromure d’argent.
- Nous avons feuilleté, au Laboratoire de chimie municipal, un album photographique très remarquable, où l’on voit de très bonnes épreuves des photographies microscopiques de chocolat, de farine, de poivre, de café, de lait, de trichines et des principales substances alimentaires, pour l’analyse desquelles il y a intérêt à faire usage du microscope.
- Il serait intéressant de publier ces photographies ou tout au moins d’en faciliter la vulgarisation. Elles serviraient de types aux amateurs très nombreux qui possédant un microscope, voudraient s’assurer de la pureté des substances alimentaires dont ils font usage, farine, lait, chocolat, café, thé, etc. Ils auraient sous les yeux le portrait exact de ces différents produits exempts de tout mélange et ils seraient à même, par des comparaisons faciles à faire, de s’assurer de la bonne qualité des substances alimentaires consommées dans leur ménage. Un ne saurait trop recommander, sous ce rapport, l’emploi d’un bon microscope : nul instrument n’est mieux fait pour montrer ce que l’on nous permettra d’appeler le bout de l'oreille du falsificateur.
- Gaston Tissandier.
- LE CHEMIN DE FER DE L’HIMALAYA
- L’un des ouvrages les plus curieux, récemment construits dans l’Inde, est le tramway de Darjeeling ou chemin de fer de l’IIimalaya.
- Dans le discours qu’il a prononcé à l’inauguration, Sir Ashley Eden a réclamé pour cette entreprise le mérite d’avoir « résolu un problème comme il ne s’en était pas encore rencontré dans l’histoire des chemins de fer. » Il n’existe pas en effet, ’a notre connaissance, de ligne qui gravisse une hauteur de 2255 mètres avec un développement de 80 kilomètres, soit environ 28m,20 par kilomètre ; qui présente des pentes de 0m,047 à 0m,050 par mètre, et sur laquelle on rencontre des courbes de 21m,35 de rayon.
- Suivant l’expression des ingénieurs anglais, la ligne, par sa configuration, a l’aspect d’un serpent qui se perd dans les nuages. Elle permet de faire en vingt-quatre heures le voyage de Calcutta au terminus, c’est-à-dire de parcourir dans ce temps une longueur d’environ 580 kilomètres. Le terminus, à Darjeeling, est à 2545 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les travaux, dans le principe, devaient être terminés dans le délai de dix-huit mois, mais leur durée a été bien plus longue.
- Ils ont été commencés en 1879 et le premier rail a été placé au mois de mai de cette même année. La dernière partie, comprise entre lore Bungalow (altitude 2377 mètres) et Darjeeling (altitude 2255 mètres), a été terminée au mois de juin dernier. La voie a 0“,61 de largeur. Les rails sont en acier affiné ; on en a employé environ 24 000 dans la construction de la ligne entière. Les traverses ordinaires sont espacées de 0m,81 ; des traverses supplémentaires sont placées sous les joints des rails. Le travail a exigé l’emploi d’environ 100 000 traverses. Pour maintenir la rigidité de la voie, on a appliqué des plaques d’appui sous rails extérieurs dans toutes les courbes de 56 mètres de rayon et de rayon moindre. Si l’on considère la montée entière, qui commence à 15 kilomètres environ de Silliguri, au delà de Lukua, la pente que l’on rencontre le plus généralement sur la voie est celle de 0",04 par mètre; dans quelques parties isolées, elle s’élève jusqu’à O",05. Le tracé a présenté les plus grandes difficultés en raison de la nature tourmentée du terrain.
- Pour la traction, on se sert actuellement de machines-tenders, de modèle réduit ; ces machines traînent des voitures extrêmement légères, analogues à celles que
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- LA NATURE.
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- quelques compagnies de tramways emploient dans la saison chaude; elles laissent, paraît-il, beaucoup à désirer au point de vue de la construction et du confort que les voyageurs sont en droit de réc amer.
- Les locomotives sont semblables à celles qui circulent sur les voies ordinaires; la vitesse h la descente est modérée à l’aide de freins très puissants. On ne fait toutefois pas connaître quel est le poids remorqué normalement, quelle est la dépense de traction et quelle est la vitesse de marche. L’ouverture de la ligne étant relativement récente, l’expérience n’a pas encore pu démontrer s’il sera toujours possible de faire un service régulier dans toutes les saisons ; ce point semble être au moins douteux avec le système de traction actuel.
- MOTEURS A TAPEUR A GRANDE VITESSE
- SYSTÈMES BUOTHERHOOD ET DOLGOROCKI
- Sans vouloir exprimer ici un paradoxe, on pourrait presque dire qu’il n’y a pas de mauvaises machines, mais qu’il y a seulement de mauvaises applications. Cette réflexion nous est suggérée par les moteurs à vapeur rotatifs à grande vitesse que nous allons décrire aujourd’hui.
- Comme il est impossible d’établir une machine quelconque parfaite, une machine est bonne ou mauvaise, suivant que, dans chaque cas particulier, la somme des avantages qu’elle présente est supérieure ou inférieure à la somme des inconvénients. 11 est telles circonstances où une qualité particulière compensera largement un grand nombre d’autres défauts secondaires, et qu’il est impossible d’éviter lorsqu’on veut donner à la machine cette qualité à laquelle on attache une importance toute spéciale. Nous ne saurions choisir un meilleur exemple qu’en le prenant dans une question aujourd’hui à l’ordre du jour : l’éclairage électrique.
- L’installation des générateurs dynamo-électriques se présente souvent dans des conditions assez difficiles : sur un canot ou une locomobile, par exemple, il faudra que le moteur soit léger et peu encombrant, car la place fait souvent défaut ; pour que le moteur soit léger, il devra donc tourner à grande vitesse et actionner directement la ou les machines génératrices. La grande vitesse imprimée au moteur obligera à le construire bien équilibré pour éviter les chocs et les vibrations; on devra aussi se préoccuper de s’opposer le mieux possible à l’usure des pièces et aux chocs qui pourraient en résulter.
- On voit que le problème se complique puisqu’il faut réunir sur le même moteur à la fois légèreté, petit volume, grande vitesse et absence de chocs nuisibles.
- On peut alors faire quelques sacrifices, sur la consommation de vapeur, par exemple, en réduisant beaucoup la détente et en supprimant la condensation. Les deux types de moteurs que nous allons rapidement décrire présentent, à très peu près, toutes les qualités exigées par l’application que nous avons
- eue en vue, et sont aujourd’hui entrés dans la pratique, qui a déjà sanctionne leur emploi.
- Moteur Broiherhood. — Avec des modifications de détail, le moteur que nous allons décrire s’emploie comme moteur à vapeur, à air comprimé ou hydraulique; sa vitesse varie entre 80 tours lorsqu’il actionne un cabestan de quai, par de l’eau à 50 atmosphères de pression, 950 tours lorsqu’il commande directement une machine Gramme avec de la vapeur à 4 atmosphères, ou 2000 tours lorsqu'il fait tourner directement l’hélice d’une torpille avec de l’air comprimé à 45 atmosphères. Nous décrirons un type à vapeur (fig. 1) actionnant deux machines dynamo-électiiques de Gramme établies dans le prolongement de l’arbre moteur, une à chaque extrémité.
- Le moteur se compose d’un corps central cylindrique K (fig. 2) sur lequel sont établis trois cylindres à vapeur B, disposés sur la circonférence, à 120 degrés l’un de l’autre.
- Dans chacun de ces cylindres se meut un piston G, dont la hauteur est très grande par rapport à son diamètre, ce qui assure son guidage, car il n’y a ni presse-étoupe ni glissières comme dans les moteurs ordinaires.
- Les bielles D sont attachées au piston au moyen de douilles en bronze phosphoreux ; les autres extrémités agissent sur la manivelle E par une seconde douille, de même métal, coupée en trois parties reliées ensemble par les bagues F F'.
- La vapeur arrive seulement par la face extérieure du cylindre; ces cylindres ne travaillent donc qu’à simple effet et toujours par pression. Lorsque le piston est au bout du cylindre, la vapeur lui arrive, le pousse et le fait avancer; pendant le retour du piston, il est poussé par la manivelle, sur laquelle les autres pistons agissent à leur tour, et ainsi de suite.
- Grâce à l’emploi de trois cylindres, on évite les points morts, et la pression sur les bielles et les coussinets étant toujours de même sens, l’usure est aussi faible que possible, et il n’y a jamais de chocs.
- La distribution de vapeur se fait à l’aide d’un tiroir rotatif K fixé sur l’arbre. Les positions et les dimensions relatives des lumières des cylindres et des tiroirs déterminent les conditions delà distribution, c'est-à-dire les durées relatives de l’admission, de la détente, de l’échappement et de la compression.
- Dans la manœuvre des grues, des cabestans, des machines pour bateaux, etc., on a souvent besoin de changer le sens de la rotation de l’arbre. Ce résultat s’obtient aisément par le même tiroir, à l’aide d’un mécanisme très simple qui permet de changer instantanément, par la manœuvre d’un levier, le calage du tiroir sur l’arbre de la machine. Le changement de marche s’opère alors dans des conditions semblables à celles de la coulisse de Slephenson ; des crans intermédiaires permettent de faire varier la détente et par suite la puissance de la machine. Pour donner une idée de cette puissance, nous cite-
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- LA NATURE.
- rons quelques chiffres donnés par M. Correv, dans un rapport adressé à la Société industrielle de Rouen. Avec trois cylindres de 18 centimètres de diamètre et de 15 centimètres de course, la machine pesant
- 510 kilogrammes développait une force indiquée de 20 chevaux à la vitesse de 500 tours par minute.
- Le rendement du mécanisme est très satisfaisant, malgré la grande vitesse de rotation, car, dans une
- Fig. 1. Moteur à vapeur à grande vitesse, système Brotlierhood.
- expérience exécutée a\ec précision, le travail mesuré au frein a été trouvé égal aux soixante-dix-huit centièmes du travail indiqué par les diagrammes.
- Chaque fois qu’on a des outils ou des machines à faire mouvoir à des vitesses considérables, on devra employer des machines Brotlierhood à cause de leur
- Fig. 2. Coupes longitudinale et transversale du moteur Brotlierhood.
- poids relativement faible, du peu d’emplacement qui leur est nécessaire, de leur prix peu élevé d’achat et d’installation, de la suppression du point mort et des transmissions intermédiaires.
- Le modèle destiné aux applications de l’éclairage électrique (lig. 1 ) ne comporte pas de changement de marche, puisqu’il n’est pas nécessaire, et que d’autre part, ce changement de sens de la rotation
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- LA NA TU K E.
- serait plutôt nuisible en prenant les balais à re-brousse-poil. Par contre, il comporte un petit volant qu’on voit sur la gauche de la figure, et un petit régulateur à force centrifuge, placé sur la droite, et agissant sur la valve d’admission de vapeur. En tendant plus ou moins le ressort qui contrebalance le régulateur à force centrifuge, on règle instantanément l’allure de la machine.
- Moteur Doi.gorouki. — Le moteur Dolgorouki
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- est d'une date plus récente, et n’a pas encore, à notre connaissance du moins, fait ses preuves en France. Il a figuré à l’Exposition internationale d’E-lectricité, dans la section russe et dans la section allemande, chez MM. Siemens et Ilalske, où un de ces moteurs, destiné au chemin de ter de Lichter-l’elde, doit actionner une machine dynamo-électrique de Siemens à courant continu. Ce moteur (fig. o) est rotatif; il se compose de deux pistons creux
- Fig. 3. Moteur à vapeur rotatif, système Dolgorouki.
- demi-cylindriques, tournant dans un double cylindre, autour de deux axes fixes et solidarisés dans leur mouvement de rotation par des engrenages.
- La machine est Combinée de telle sorte que les pressions sur ces pistons demi-cylindriques s’équilibrent à chaque instant, ce qui réduit l’usure à un minimum.
- Le tiroir de distribution de chaque cylindre tourne avec lui, et les orifices sont combinés de façon à réaliser dans le moteur une détente fixe, déterminée à l’avance par construction. La puissance du moteur se règle «à la main en manœuvrant le levier qu’on
- voit en avant des cylindres (fig. 5). Ce levier fait manœuvrer un tiroir rotatif à ailettes, analogue aux bouches de chaleur des calorifères, et règle la section de passage de la vapeur dans les cylindres. Le régulateur à force centrifuge, qu’on voit sur la gauche, à la partie supérieure du tuyau d’arrivée de vapeur, sert à régler la vitesse du moteur, en agissant aussi sur le même élément, c’est-à-dire sur l’arrivée de vapeur aux cylindres. On a ainsi un moteur simple sans points morts, à détente fixe, et présentant cependant une certaine élasticité de puissance, une régularité et une vitesse suffisantes pour commander directement
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- LA NATURE.
- les machines dynamo-électriques placées soit à une seule, soit aux deux extrémités de l’arbre relié au piston demi-sphérique inférieur. Sans vouloir établir de comparaison entre les moteurs Brolherhood et Dolgorouki, on peut dire qu’ils présentent des qualités analogues et que l’emploi de l’un ou de l’autre de ces systèmes est tout dicté lorsqu’il s’agit d’avoir un moteur à grande vitesse sans point mort, léger et peu encombrant.
- LES ANTICYCLONES
- F.T LE MAXIMUM BAROMÉTRIQUE DU 17 JANVIER 1 S8"2
- On désigne communément sous le nom de dépressions barométriques, bourrasques, cyclones, ces immenses tourbillons aériens dont le transport à la surface du globe constitue encore aujourd hui l’indice le plus certain sur lequel on puisse s’appuyer pour la prévision du temps. La collection de la Nature contient de nombreux exemples de ces tourbillons; nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à la tempête du 14 octobre 1881, dont la carte à été publiée dans l’un des derniers numéros l.
- Dans les cyclones, l’atmosphère est profondément troublée; le baromètre décroît depuis le pourtour jusqu’au centre, lieu du minimum; les vents acquièrent souvent une vitesse considérable, et, dans notre hémisphère, l’air exécute autour du centre un mouvement de rotation qui se produit toujours en sens inverse de celui des aiguilles d’une montre. Us sont en outre animés d’un mouvement de translation plus ou moins rapide, et sont le plus souvent accompagnés de températures douces et de pluies.
- Mais l’observation montre qu’il existe un autre système, présentant avec le précédent le contraste le plus frappant, et dont la considération n’est pas moins importante : nous voulons parler des aires (le hantes pressions, que l’on appelle aussi anticyclones. Dans ces systèmes (voir la carte), la pression croit depuis la circonférence jusqu’au centre, où le baromètre est le plus élevé; les vents sont très faibles, et le mouvement de l’air a lieu dans le sens direct de celui des aiguilles d’une montre. De plus, leur mouvement de translation est extrêmement lent, au moins dans nos régions, et l’on en voit rester stationnaires pendant plus d’une semaine. Les fortes chaleurs de l’été, comme les grands froids de l’hiver, se produisent généralement lorsque la situation atmosphérique présente cet aspect particulier.
- Les aires de hautes pressions jouissent donc de propriétés qui sont pour ainsi dire la contre-partie des propriétés des cyclones ; c’est pour cette raison que les météorologistes les désignent souvent sous le nom d'anticyclones, expression dont on peut
- 1 Voy. la Nature, n° 446 du 17 décembre 1881, p. 48.
- contester l’exactitude au point de vue théorique, mais qui a l’avantage de rappeler parfaitement cette opposition dont nous venons de parler.
- Un remarquable phénomène de ce genre a été observé en Europe pendant le mois de janvier. Dès le fi, un anticyclone se montre en Portugal ; sa marche est très lente; il se dirige d’abord vers le Nord-Est à travers l’Europe centrale, et le 13, nous le trouvons en Prusse, où le baromètre atteint déjà 780 millimètres. La pression augmente encore les jours suivants, et l’isobare de 780 millimètres augmente graduellement d’étendue; le 16 elle comprend l’Angleterre et toute l'Europe continentale jusqu’au méridien de Saint-Pétersbourg. Le 17, la situation s’aflermit encore, et le baromètre continue son mouvement de hausse en France et sur les Iles
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- Autieycloup du 17 janvier 1882 en Europe,
- Britanniques : à 7 heures du matin, il marquait 785mm,5 à Londres, 780lmn,3 à Paris, 787mu*,5 à Belfort, 787ram,7 à Berne. Les vents soufflent du Nord-Ouest en Autriche, du Nord en Italie et sur la Méditerranée, de l’Est sur l’Océan et la Manche, du Sud-Ouest sur la Baltique et la mer du Nord. Pendant trois jours l’aire de hautes pressions se déplace à peine; elle rétrograde ensuite très lentement vers l’Ouest. Un faible mouvement de baisse commence à se manifester le 18, mais le baromètre se tient encore très élevé, et ce n’est que le 22 que nous le voyons descendre au-dessous de 780 millimètres.
- A Paris, le maximum s’est produit le 17, à 10 heures du matin ; à ce moment, M. Renou observait à Saint-Maur 782mm,l, hauteur qui, ramenée au niveau de la mer, correspond au chiffre tout à fait exceptionnel de 787‘“m,0. En consultant le tableau si intéressant, dressé par M. Renou, des
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- maxima annuels relevés à Paris depuis l’origine de l’observation du baromètre, c’est-à-dire depuis plus de deux siècles, on constate en effet que le maximum du 17 janvier n’a été dépassé qu’une seule fois : le 6 février 1821, le baromètre de l’Observatoire a atteint 787mm,2. Ce chiffre, le plus élevé qui ait été noté à Paris, ne dépasse celui du 17 janvier que de deux dixièmes de millimètre. Les maxima qui s’en rapprochent le plus, dans ce siècle, sont ceux du 11 février 1849 (784mm,9) et du 10 janvier 1859 (784mm,7).
- C’est du reste pendant les mois d'hiver que les fluctuations barométriques sont le plus accentuées ; les maxima absolus, aussi bien que les minima, se produisent toujours pendant la saison froide. Si nous considérons les maxima absolus annuels de 1781 à 1880, nous en trouvons 29 en janvier, 21 en février, 8 en mars, 5 en avril, 1 en mai, 1 en septembre, 4 en octobre, 10 en novembre, et 25 en décembre. 75 maxima sur 100 tombent donc pendant les trois mois de l'hiver météorologique, et c’est en janvier que l’on en rencontre le plus grand nombre.
- Une dépêche d’Amérique avait annoncé l’arrivée d’une violante perturbation sur les côtes de France entre le 16 et le 18 janvier ; or, celte période correspond précisément, même sur les côtes, à des hauteurs barométriques exceptionnellement élevées : on a noté 785mm,l à Brest et 786mm,0 à Valentia. Ce nouvel échec montre, une fois de plus, que le succès des prévisions de cette nature est essentiellement subordonné à la situation atmosphérique de l’Europe. L’annonce qu’une perturbation quitte l’Amérique en se dirigeant vers nous, est incontestablement d’un grand intérêt pour la marine, mais des exemples nombreux prouvent que le système adopté par le célèbre journal américain est insuffisant pour que l’on puisse préciser le lieu et l’heure de l’arrivée des gros temps sur les côtes d’Europe.
- Th. Moureaux.
- ERUPTION DU MAUNA-LOA1
- (île d’uawaï;
- DE NOVEMBRE 18S0 A AOÛT 1881
- Lettre de M. W. L. Green à M. William Martin, présentée à l'Académie des sciences par M. Daubrée.
- Jo vous envoie sous ce pli une série de photographies du récent courant de laves de l’ile d’Hawaï, avec une liste explicative.
- Cet écoulement de lave est peut-être le plus considérable qu’ait produit le Mauna-Loa depuis cinquante ans. La lave commença à couler le 5 novembre 1880, et elle a continué régulièrement et
- 1 Voy. Eruption du Mauna-Loa de février 1877, n° 208 de la Nature du 26 mai 1877.
- sans interruption depuis cette date jusqu’au milieu du présent mois d’août. Peut-être jamais aucun courant de lave n’a été plus complètement examiné et reproduit. Outre les photographies, un peintre, M. Furneaux, a été occupé depuis plusieurs mois à en faire des vues prises dans toutes les directions.
- Il a fait trente-huit peintures à l’huile représentant différentes phases de l’éruption, et il paraît l’avoir étudiée dans toutes ses manifestations.
- Une vue d’une trombe volcanique m’a frappé comme extrêmement intéressante, et M. Furneaux me dit qu’il en a observé de semblables à plusieurs reprises.
- Lorsque la lave s'accumule sur une grande surface, un nuage permanent reste ordinairement suspendu au-dessus. Suivant mon interprétation des faits, il se forme par les mêmes causes que tout autre nuage, c’est-à-dire que l’air chaud, chargé de vapeurs invisibles, s’élève jusqu’à une couche froide, où il se condense et se mélange avec les gaz et la fumée qui peuvent provenir de la lave ou des végétaux qu’elle brûle. Quand ce nuage devient trop dense, la vapeur refroidie descend, en formant une sorte de tourbillon circulaire, à travers l’air chaud et léger qui se trouve au-dessous, et finalement la trombe d’eau vient frapper la coulée de lave incandescente et est de nouveau réduite en vapeur. Remarquez qu’à l’endroit où la trombe se produit ordinairement il y a plusieurs milles carrés de laves à la chaleur rouge et plus ou moins en fusion. Il me semble donc que ce tableau nous donne une indication sur ce qui se passe, sur une immensément plus grande échelle, à la surface du Soleil, comme le montrent quelques taches, les protubérances, etc.
- Les photographies de cette lave, au moins dans la partie voisine de Hilo, où elles ont été prises, montrent qu’elle est entièrement formée de ce que nous appelons pahoehoe, et qu’après avoir parcouru 50 à 50 milles (48 à 64 kilomètres), elle est encore dans un état très liquide. Plus haut, cependant, elle a formé, en descendant, les remblais scoriacés habituels, se frayant un tunnel dans sa propre croûte refroidie.
- Partout où la lave a pu être aperçue à travers quelques ouvertures accidentelles de cette croûte, on l’a vu couler en apparence aussi liquide que de l’eau et à une chaleur rouge-blanc. Je crois que la plupart de ceux qui l’ont observée sont convaincus que c’est une pure fusion ignée; on ne voit s’en élever aucune vapeur, aucun gaz, à moins qu’elle ne tombe dans de l’eau ou qu'elle ne traverse de la végétation. Quelques-unes des photographies, prises pendant quelle coulait, le montrent clairement. On a même observé la lave à la chaleur rouge couler sous l’eau, et pourtant on a vu à peine une apparence de vapeur s’élever à la surface.
- Huit photographies représentent un lac à parois verticales, situé à 2 milles (5 kilomètres) de Hilo, qui a été rempli jusqu’au bord en une heure
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- quarante minutes1. Elles ont été prises de vingt prises pendant que la lave était en mouvement et minutes en vingt minutes. Cinq d’entre elles ont été coulait par-dessus les parois du lac (les fig. 1 à 5 en
- Fig. 1. Éruption du Mauna-Loa (1880-1881). — Vue d’un lac situé dans le voisinage de Hilo, qui a été rempli de lave en 1 heure 40 minutes. — Commencement de la coulée de lave. (D’après une photographie.)
- reproduisent trois spécimens) ; une dernière quand plusieurs autres donnent une idée très exacte de notre elle avait comblé le creux (fig. 4). Cette dernière et lave pahoehoe, avec sa couleur et son brillant.
- Fi
- g. 2. Suite du phénomène de la coulée de lave. (D’après une photographie exécutée 20 minutes après la précédente.)
- J’étais à Ililo au commencement de ce mois, juste
- ' Nous reproduisons ci-dessus quatre de ce? photographies les plus caractéristiques. Nous en devons 1j communication à
- à temps pour voir le courant de lave paraissant sur
- l'obligeance de M. Daubréc, de l’Institut, auquel nous adressons ici l’expression de nos remerciements les plus sincères. G. T.
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- le point d’engloutir cette jolie petite ville. Du côté cercle de feu. On avait appelé le surintendant des de la terre, elle semblait être environnée d’un demi- Travaux publics avec l’outillage nécessaire, dans
- Fig. 5. Suite du phénomène. — L’écoulement des laves augmente, et des torrents impétueux se déversent dans le lac (D’après une photographie exécutée 20 minutes après celle de la figure 2.)
- l’espoir de pouvoir faire une digue pour détourner et aussi pour faire sauter à la dynamite et obstruer le courant des parties les plus précieuses de la ville, les canaux d’arrivée de la lave, afin de diriger la
- Fig. 4. Fin du phénomène. — Le;lae est entièrement comblé par la lave. (D’après une photographie exécutée 1 heure 40 minutes après
- la première apparition de lave sur le bord.)
- coulée vers des terres de moindre valeur. Je crois que ces deux tentatives auraient pu être couronnées de succès. Heureusement, quand ouest arrivé, l’ccou-
- lement avait cessé, et le canal s’était vidé de lave en fusion ; le refroidissement et la contraction ont fait tomber, tous les quelque cent mètres, la
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- croûte qui formait une voûte assez plate, et le canal s’est trouvé obstrué. De la sorte, Ililo paraît être comparativement en sûreté pour quelques mois, quand même l'activité de la source se réveillerait, ce que, du reste, rien ne semble bure prévoir.
- W. L. G P. F, EN.
- Honolulu, 26 août 1881.
- LES LAVES DU MAUNA-LOA
- Les laves du Mauna-Loa doivent leur fluidité exceptionnelle à leur état vilreux, qui provient lui-même de ce qu’elles sont éminemment basiques, c’est-à-dire pauvres en silice; elles ont la composition du verre noir naturel qu’on nomme hyalomé-tane.
- Quand on les examine au microscope on les voit constituées par un verre brunâtre, bien transparent, présentant une belle structure fluidale, indiquée surtout par des traînées de productions cristalliti-ques, affectant souvent ces formes singulières qui leur ont valu les noms de trichites et de béloniles; quelques grands cristaux de feldspath (anortliite), accolés à des granules d’augite et à du fer oxydulé, apparaissent noyés dans cette masse vitreuse, où ont pris naissance, par places, des microlithes appartenant aux mêmes substances minérales et notamment à l’anorthite. Ces microlithes, souvent bien développés, orientés dans le sens de la fluidalité de la lave, sont plus fréquents que les éléments charriés et en débris, cités plus haut, auxquels s’associe parfois le péridot.
- Cette lave est à ce point fluide que souvent elle paraît étirée et prend tout à fait l’aspect d’un paquet de verre filé.
- Sur le trajet des coulées, alors qu’une mince enveloppe s’est consolidée à la surface de la lave en fusion par voie de refroidissement, il se produit souvent au travers des crevasses et surtout des petites fentes, qui traversent en grand nombre cette écorce fragile, des jets de lave occasionnés par la poussée du courant qui circule au-dessous. Ces petits jets, qui se multiplient ainsi à l’infini, n’ont à peine que quelques millimètres de diamètre et s’élèvent encore à une certaine hauteur. Ils retombent en filaments étirés, d’une finesse extrême, qui sont alors entraînés par les vents et souvent transportés au loin. — Les indigènes les connaissent sous le nom de cheveux de Pelé. Pelé étant, à leur dire, la déesse qui réside dans les profondeurs du volcan.
- Ch. Yélain.
- 1 M. Ch Vélain, qui devait faire samedi d.rnier à la Sorbonne une conférence sur les volcans, en a été empêché par une cause accidentelle, une chute assez grave qui, nous l’espérons, n’aura pas de suite. Lejruneet savant géologue avait bien voulu nous communiquer au préalable, sur la nature des laves du Mauna Loa, une notice que nous publions ci-dessus. Nous ajeuterons que la conférence de JI. Lh. Vélain aura probablement lieu à un# époque ultérieure. G. T.
- CORRESPONDANCE
- SUR LA SOIE DES ARAIGNÉES Monsieur le Rédacteur,
- Je me permets de vous soumettre ces quelques lignes, persuadé que, si vous les jugez dignes de paraître dans la Nalure, elles ne manqueront pas d’intéresser les lecteurs de votre estimable journal.
- Dans une note sur la soie des araignées (n° 440 du 7 janvier 1882, p. 94), M. Blanchard disait dernièrement que cette soie, à cause de son peu de résistance, est tout à fait impropre aux usages domestiques et ne peut être utilisée pour la confection de vêtements.
- Si j’en croyais pourtant un ancien ouvrage, que j’ai le bonheur de posséder, il ne faudrait pas se hâter de conclure à la non utilité de celte soie, et l’araignée ne devrait pas être classée au rang des insectes inutiles.
- L’opuscule en question a pour titre : Dissertation sur l'tdïlilé de la soye des araignées, avec l'analyse chimique de la même soye, la manière de composer les Gouttes appellées Gouttes de Montpellier et celle de s'en servir dans plusieurs maladies (Montpellier, 1726).
- L’auteur est M. Bon, premier président en la Cour des Comptes, Aydes et Finances.
- Ce savant magistrat découvrit, en 1709, l’utilité de la soie des araignées, et c’est pour expliquer cette découverte que le 5 décembre de la même année il prononça devant la Société Royale de Montpellier la dissertation que j’ai entre les mains.
- Le public érudit dut pourtant s’émouvoir de cette nouvelle, car cette dissertation eut une deuxième édition dans laquelle on trouve, en outre, une thèse latine sur l’usage médical des Gouttes de Montpellier, une lettre sur le même sujet écrite à l’auteur par M. Fagon, premier médecin de Louis XIV, une églogue latine du P. Vanière, et enfin une lettre du P. Pouyet, docteur de Sorbonne.
- Après une description générale des araignées et de leur appareil sérieigène, M. Bon s’exprime ainsi : « Le premier fil qu’elles dévident est faible et ne leur sert qu’à faire cette espèce de toile dans laquelle les mouches vont s’embarrasser. »
- Ici, permeltez-moi une remarque. M. Blanchard semble n’avoir fait des expériences que sur cette première soie qui ne peut donner aucun résultat.
- « Le second, continue l’auteur, est beaucoup plus fort que le premier, elles en enveloppent leurs œufs, qui par ce moyen sont à couvert du froid et des insectes qui pourraient les ronger. Ces derniers fils sont entortillets d’une manière fort lâche autour de leurs œufs, et d’une figure semblable aux coques des vers à soye qu’on a préparées et ramolies pour les mettre sur une quenouille; les coques d’araignée (je les appellerai ainsi) sont d’une couleur grise lorsqu’elles sont récentes, mais elles deviennent noirâtres, lorsqu’elles ont été exposées longtemps à l’air. Il est bien vrai qu’on trouverait plusieurs autres coques d’araignées de différentes couleurs et d’une meilleure soye, surtout celles de la Tarentule; mais la rareté en rendrait les expériences plus difficiles : ainsi il faut se contenter des coques d’araignées les plus communes, qui sont celles à jambes courtes.... C’est en ramassant plu-
- sieurs de ces coques qu’on fait cette nouvelle soye, qui ne cède en rien à la beauté de la soye ordinaire; elle prend aisément toutes sortes de couleurs et l’on en peut faire des étoffes, puisque j’en ai fait faire les bas et les mitaines que je vous présente.
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- « Voici maintenant de quelle manière j’ai fait préparer ces coques pour en tirer la soye que vous voyez.
- « Après avoir fait ramasser douze à treize onces de ces eoques d’araignées, je les lis bien battre pendant quelque temps avec la main et avec un petit bâton, pour en faire sortir toute la poussière; on les lava ensuite dans de l’eau tiède, jusqu’à ce que l’eau qui en sortait fut bien nette; après quoi je fis mettre à tremper ces coques dans un grand pot avec du savon et du salpêtre et quelques pincées de gomme arabique. Je laissai bouillir le tout à petit feu pendant deux ou trois heures: je fis ensuite relaver avec de l’eau tiède toutes ces coques d’araignées pour en bien ôter tout le savon; je les laissai sécher pendant quelques jours, et les fis ramollir un peu entre les doigts pour les faire carder plus facilement par les cardeurs ordinaires de la soye, excepté que j’ai fait faire des cardes beaucoup plus fines. J’ai eu par ce moyen une soye d’un gris très particulier. On peut la filer aisément et le fil que l’on en tire est plus fort et plus fin que celui de la soye ordinaire et tel que vous le vovez, ce qui prouve qu’on peut s’en servir pour faire toutes sortes d’ouvrages. L’on ne doit pas craindre qu’il ne soutienne toutes les secousses des métiers, ayant résisté à celle des faiseurs de bas. »
- L’utilité et la possibilité d’en faire des ouvrages étant prouvée, la difficulté, pour M. Bon, se réduit à se procurer les coques d’araignées en assez grand nombre. 11 ne faut pas cependant s’exagérer cette difficulté. En effet, les araignées sont plus fécondes que les vers à soie ; leurs œufs éclosent plus sûrement, leurs vers ne sont pas sujets aux maladies qui, dans les magnaneries, détruisent jusqu’à 40 pour 100 de la graine. La soie obtenue par M. Bon était légère et d’une finesse irréprochable. Les bas présentés comme preuve de sa théorie, pesaient 2 onces 1 /4 ; les mitaines ne pesaient qu’environ 3/4 d’once.
- Tels sont les résultats rapportés dans l’ouvrage de M. Bon.
- Je souhaite, en terminant, que ces lignes tombent sous les yeux d’un expérimentateur habile qui, avec ces données, contrôlerait la valeur scientifique de ces curieuses expériences.
- Agréez, etc. Jules Rouanet.
- Clermont-rilérault, 12 janvier 1882.
- L’ANATOMIE DE LA RACINE
- Un jeune savant bien connu de nos lecteurs, M. Louis Olivier, a récemment publié sur ce sujet un important ouvrage, que nous prendrons pour guide dans l’exposé qui va suivre1. Ses recherches viennent de compléter de la façon la plus heureuse les travaux remarquables de Molli, Trécul, Nægeli et Yan Tieghem sur l’histologie de la racine. Elles nous permettront de décrire, d’après les plus récentes découvertes, l’organisation très compliquée de cette intéressante partie de la plante.
- Au point de vue anatomique, la racine est définie par la structure particulière de son sommet végéta-
- 1 Recherches sur l'appareil te'gumentaire des racines, par Louis Olivier, docteur ès sciences. Paris, G. Masson éditeur, 1881.
- tif; ce sommet est recouvert d’un tissu cellulaire qui l'enveloppe à la manière d’un doigt de gant, et que l’on désigne sous le nom de coiffe. Elle se distingue par ce caractère des deux autres membres du corps de la plante différenciée : la tige et la feuille.
- Destinée à puiser dans le sol des aliments qui seront ensuite distribués à toutes les régions de l’organisme, elle n’existe que chez les végétaux pourvus de vaisseaux; c’est, en effet, par ces organes que s’effectue en majeure partie le transport des matières nutritives. Les plantes qui en sont privées (Algues, Champignons, Mousses, etc.) n’ont pas de racines.
- Lorsqu’à l’aide d’un rasoir on pratique sur une mousse des coupes successives de façon à obtenir des tranches très minces du tissu de la plante, chaque tranche présente au microscope l’aspect d’un réseau formé par des membranes qui circonscrivent des cavités le plus souvent arrondies (fig. 5). Cet aspect persistant, quel que soit le sens, transversal, longitudinal, oblique, radial ou tangen-tiel de la coupe, on en conclut que les alvéoles limitées par les membranes sont sphériques ou polyédriques. Au premier abord ces alvéoles peuvent paraître vides ; mais l’emploi de réactifs appropriés a conduit à y reconnaître la présence d’un corps de nature albuminoïde et de consistance pâteuse, le protoplasma. Chacune de ces alvéoles, comprenant une masse protoplasmique et une enveloppe membraneuse, a reçu le nom de cellule. Ainsi tout le corps de la mousse se compose uniquement de cellules associées en tissu. Leur nombre est très variable. On connaît beaucoup d’Algues et de Champignons inférieurs où il se réduit à deux, et, pendant un certain temps de la vie de la plante, à l’unité.
- Or, que l’on considère une cellule associée en tissu ou à l’état de liberté, dans les deux cas elle présente les mêmes phénomènes généraux. La membrane dite cellulaire qui l’entoure est ternaire ; elle est engendrée par le protoplasma qui seul est le corps vivant et formateur de la cellule. La membrane peut ne pas exister. Quand elle se produit, elle est toujours postérieure au protoplasma : c’est lui seul qui l’organise; lui seul qui, différencié ou non en un noyau et une masse moins dense, détermine la division de la cellule. La cloison mitoyenne qui sépare deux cellules-filles ne provient pas de la paroi de la cellule-mère ; elle résulte uniquement de l’activité commune des deux masses protoplasmiques qui s’isolent l’une de l’autre (fig. 5).
- Chaque cellule fille se divisant à son tour, il en résulte des agrégations de cellules qui, suivant le sens de la segmentation, constituent des files linéaires, des nappes planes ou des solides géométriques.
- Les cellules disposées bout à bout en direction rectiligne sont susceptibles de devenir indépendantes par suite de la gélification ou de la scission de la portion moyenne de leur paroi commune (fig. 6). Lorsqu’elles demeurent unies, leurs cloisons trans-
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- versales peuvent, dans certains cas, se résorber, après Ja disparition du protoplasma ; leurs parois latérales constituent alors la surface d’un long cylindre creux que l’on appelle un vaisseau (fig. 7).
- Les tubes conducteurs des sucs nourriciers se forment ainsi chez les plantes à Heurs ou Phanérogames et toute une section de Cryptogames (Lycopodes, Prêles, Fougères, etc.), auxquelles on donne pour cette raison la qualification de vasculaires. C’est exclusivement chez ces végétaux que la racine existe.
- Elle offre une structure fondamentale qui est identique chez toutes les plantes vasculaires; et de plus, selon les groupes où on la considère, des caractères distinctifs.
- Pour nous rendre compte de l’organisation générale, étudions les caractères communs que présente au microscope la coupe transversale de la racine chez une Fougère, un Iris, un If et un Houx.
- Sur la coupe transversale de la racine de l’Iris on distingue deux régions : l’une intérieure, circulaire, renfermant tous les vaisseaux de la racine ; l’autre, extérieure, uniquement cellulaire, dépourvue de vaisseaux. La première s’appelle le cylindre centrai, la seconde Yécorce.
- La figure schématique n° 8, représente la disposition générale de ces deux parties de la racine. Le cylindre central commence presque toujours par une assise périphérique, dont les cellules alternent avec les éléments «à parois plissées de Y endoderme ou dernière assise interne de l’écorce. Contre l’assise périphérique sont situés des groupes rayonnants et symétriques d? vaisseaux porteurs de la sève ascendante ; on leur donne le nom de faisceaux ligneux. Ils alternent avec un nombre égal de faisceaux libériens, composés de tubes cri b leux et de cellules grillagées dans lesquels coule la sève descen -dante.
- Le nombre des faisceaux varie selon les espèces, quelquefois dans la même espèce. Dans chacun d’eux le premier vaisseau formé est le plus éloigné du centre. Leur développement est donc centripète. On le reconnaît sur les coupes axiales ou au moyen de coupes transversales successives pratiquées depuis le sommet complètement cellulaire jusque dans les régions âgées.
- Les deux sortes de faisceaux sont reliés les uns aux autres par un tissu cellulaire dit conjonctif qui occupe dans le cylindre central tout l’espace dépourvu d’éléments conducteurs.
- Toute coupe transversale pratiquée dans la racine chez une Fougère et un Iris, d’une façon générale chez les Cryptogames vasculaires et les Monocotylé-dones, met en évidence cette structure fondamentale. Pour l’observer chez l’If et le Houx, en général chez les Gymnospermes et les Dycotylédones, la coupe doit être faite à une très faible distance, quelquefois à 1 millimètre du sommet. Car un peu plus loin de l’extrémité le cylindre central devient le siège de productions secondaires qui en modifient profondément la structure primitive et déterminent
- dans l’organisation de l’appareil tégumentaire des changements correspondants.
- À ce point de vue on peut, d’après M. L. Olivier, répartir les plantes vasculaires en plusieurs groupes. Commençons par celui qui comprend les Cryptogames vasculaires et les Monocotylédones.
- Chez ces végétaux, la structure primitive du cylindre central que nous avons décrite comme absolument générale chez les plantes, vasculaires, se conserve autant de temps que la racine elle-même. Sauf peut-être chez les Yucca, les Dracœna et quelques genres voisins, aucun vaisseau secondaire ne s’y forme. Alors le tissu cellulaire qui constitue l’écorce est persistant ; c'est ce parenchyme cortical primaire qui est générateur des éléments tégumentaires secondaires. La première, la seconde ou la troisième assise externe peuvent s’exfolier ; mais immédiatement au-dessous d’elles se trouve une assise dont toutes les cellules, lorsqu’elles se multiplient dans les parties âgées, se cloisonnent en direction tangentielle ; par une série de divisions parallèles, elles donnent naissance à un tissu subéreux (fig. 10), comparable, quant à la structure, la composition chimique et les fonctions physiologiques, au liège dont la tige du Chêne-liège est entourée, et que l’industrie utilise pour la fabrication des bouclions.
- Il en est tout autrement chez les Gymnospermes et les Dicotylédones. Le schéma n° 11 fait comprendre le mode suivant lequel les productions secondaires se développent dans la racine de ces végétaux. Les vaisseaux secondaires sont engendrés par les arcs infralibériens du tissu conjonctif qui se rejoignent en dehors des faisceaux ligneux à l’aide d’un dédoublement des éléments de Y assise périphé-que du cvlindrj central. Tantôt la zone cambiale ainsi formée engendre vers l’intérieur un anneau complet de bois secondaire, et vers l’extérieur un manchon continu de liber secondaire; tantôt au contraire les arcs cambiaux que recouvre le liber primaire sont seuls générateurs de bois et de liber secondaires, tandis que les arcs intermédiaires, situés en regard des faisceaux ligneux primaires organisent des rayons de tissu conjonctif. Dans les deux cas les faisceaux libériens primaires se trouvent refoulés vers la périphérie du cylindre central et souvent se résorbent ; quant aux faisceaux ligneux primaires, ils n’occupent plus sur la coupe transversale de ce cylindre agrandi qu’un tout petit espace près du centre du membre.
- Ce développement souvent énorme du cylindre central, entraîne chez les Gymnospermes la chute de toute l’écorce primaire. Au point de vue physiologique, cette écorce est remplacée par les productions secondaires de l’assise périphérique du cylindre central. En effet, toutes les cellules de cette assise se cloisonnent tangentiellement à la fois vers leur bord interne et vers leur bord externe, donnant ainsi naissance vers l’intérieur à un parenchyme tégumentaire secondaire où s’accumulent les réser-
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- Fig. 1 à 13. l'igures destinées à l’étude de l’anatomie de la racine (très grossies).
- 1. Coifle d’une grosse racine aérienne de Pandanus stenophyllus. La coiffe est très développée chez cette espèce. — 2. Schéma de la coupe axiale de l’extrémité d’une racine de Phœnix dactylifera; a. per., assise périphérique du cylindre central; c, coiffe, a. pii., assise pilifère externe de la racine. 3. Coupe transversale de la tige d’une mousse (Spliagnuni cymbifoliutn)\ a, cellules à parois épaisses ; b, cellules à parois minces ; c, perforations des parois transversales établissant une communication d’une cellule à l’autre dans le sens vertical. 4. Cellules sectionnées dans le même plan pour montrer en chacune d’elles la membrane, le protoplasma (qui, dans le cas spécial représenté ici, est granuleux), les vacuoles qui s’y établissent, le noyau qu’il contient et le nucléole visible à 1 intérieur du noyau. 5. Section d un groupe de cellules selon le même plan pour montrer la division de chacune d’elles en deux cellules-iilles et la formation de la cloison commune à l’une et à l’autre des deux cellules nouvelles. — 6. Filaments de Bacillus constitués par des files linéaires de cellules; lorsque le lilamcnt a atteint une certaine longueur, il se brise en deux portions par la scission dune membrane perpendiculaire à son grand axe. Les différentes cellules qui le composent peuvent aussi, suivant les espèces, s isoler les unes des autres par suite de la gélitîcation de la partie médiane de leur paroi commune, et devenir libres, comme le dessin le fait voir. — 7. Coupes longitudinales de cellules à parois munies de renflements spiralés ou annelés. En A on voit nettement les parois transversales ou obliques des cellules. En B, qui représente un état plus âgé, les parois transversales ou obliques de deux files longitudinales de cellules se sont résorbées, de sorte que ces files constituent des vaisseaux affectés au transport des liquides nutritifs. — 8. Schéma rie la coupe transversale d’une racine de Monocotylédone ; f. lign., faisceau ligneux; /. lib., faisceau libérien; a. per., assise périphérique du cylindre central: end., endoderme ou assise interne de l’écorce ; a. piL, assise pilifère externe. — 9. Coupe transversale de l’endoderme et de la région environnante chez certaines Monocotylédones. Mêmes lettres que dans la ligure précédente. Chez ces plantes l’endoderme et l’assise périphérique du cylindre central conservent leurs parois minces exclusivement en regard des faisceaux ligneux. — 10. Liège chez les Monocotylédones, formé dans la région externe de l’écorce primaire (Asphodelus enropæm). a, n* 2, deuxième assise de l'écorce; l, liège. — 11. Schéma de l’organisation secondaire chez les Dicotylédones à écorce primaire caduque et chez les Gymnospermes (coupe transversale). — 12. Parenchyme tégumen-laire secondaire et liège chez les Dicotylédones à écorce primaire caduque. — 13. Liège chez le Ruyschia Souroiibea, Dicotylédou# ligneuse à écorce primaire persistante.
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- ves nutritives de lu plante, vers l’extérieur à un tissu subéreux dont la fonction est essentiellement protectrice (fig. 12).
- Le même phénomène s’observe chez les Dicotylédones, dans la racine desquelles les productions vasculaires secondaires sont à la fois précoces, rapides, abondantes et prolongées (exemple : Lierre, Cerfeuil, Sureau, Joubarbe, Cactus, Troène, Hêtre, Betterave, Radis, etc.).
- Lorsque les vaisseaux secondaires, bien que précoces, ne se forment qu’en petit nombre et pendant peu de temps, comme chez la Fève, le Pissenlit, l’assise périphérique du cylindre central organise seulement un parenchyme tégumentaire secondaire; mais elle ne produit pas de liège et l’écorce primaire subsiste.
- Enfin si les vaisseaux secondaires sont tardifs, l’assise périphérique du cylindre central n’engendre aucun tissu. Deux cas peuvent alors se présenter, suivant que la plante est herbacée ou ligneuse : dans le premier (Renoncules, Nénuphar, etc.), le parenchyme cortical, qui est persistant, conserve son organisation primaire; dans le second (Jasmin, lluyscliia, etc.), il donne naissance vers sa périphérie à un tissu subéreux semblable à celui qui se produit chez les Cryptogames vasculaires et les Mo-nocotylédones (fig. 15).
- Chez ces trois sortes de végétaux la production subéreuse est fonction du diamètre transversal de la racine; elle n’a pas lieu dans les racines grêles. Elle est aussi soumise à l’iniluence du milieu physique; à égalité des autres conditions, elle est plus précoce et plus abondante dans les racines aériennes que dans les racines souterraines.
- Telles sont, d’une façon très générale, les conclusions du travail de M. L. Olivier. Nous les considérons comme définitivement acquises à la science.
- D' Z...
- CHRONIQUE
- Ëssai d’un torpilleur. — Au point de vue des moteurs légers, il est intéressant de signaler les essais faits récemment près de Dant/ig sur un nouveau torpilleur construit pour l’Amirauté allemande, par M. T. Schichau, d’Elbing (Drusse). Les machines, eau et chaudières comprises, devaient développer 100 chevaux indiqués, — c’est-à-dire sur le diagramme fourni par l’indicateur — et le poids total ne pas dépasser 4485 kilogrammes, soit moins de 45 kilogrammes par cheval. Ces conditions ont été largement dépassées, car la machine, pendant un essai de cinq heures, a développé 170 chevaux; son poids réel étant de 4475 kilogrammes, le poids par cheval indiqué n’est que de 20k,55. La machine est du type dit Com-pound; les cylindres ont 44 centimètres de course et leurs diamètres sont respectivement de 23 et 44 centimètres. La vitesse varie entre 400 et 440 tours par minute. On rencontre des difficultés à relever le diagramme à ces grandes vitesses, aussi a-t on fait usage oes indicateurs spéciaux pour appareils à grande vitesse de Schaefler et Budenberg.
- Destruction des insectes nuisibles. — Un instituteur de Nice, 11. Fournier, a fondé parmi les enfants du pays, une petite Société protectrice des produits delà terre. Les membres de la Société doivent eux-mêmes s’occuper dans leurs moments de loisirs de détruire les larves nuisibles, de protéger les oiseaux utiles. On nomme des lauréats, ou offre des primes aux enfants qui se sont signalés. 11 y a là une idée excellente qui consiste à stimuler le zèle de l’enfance vers le bien; cette idée est digne d’étre partout encouragée et imitée. On va voir comme elle est féconde. Du 1er avril au 1er août 4881, il a été détruit 4555 bourres de chenilles (bombyx processionnaires), ne représentant pas moins de 1 565 500 chenilles; 494 528 chenilles des choux; 4585 sauterelles; 629 papillons; 58 944 limaces et limaçons; 4274 vers blancs; 55 724 insectes divers. Pendant que l’on détruisait tous ces insectes, dont le total atteint 4 665 578, la petite Société est arrivée à protéger 96 nids comprenant 529 oiseaux.
- Un chemin de fer à voie étroite. — Dans l’Etat de Massachussets, entre Bedford et Norlh-Billerica, existe un chemin de fer de 14 kilomètres de longueur qui est bien certainement le plus petit qui ait été construit jusqu’à présent. La voie n’a que 10 pouces (25 centimètres) de largeur; elle compte plusieurs ouvrages d’art, entre autres onze ponts, dont l’un a 50 mètres de longueur. Les voitures à voyageurs pèsent 4 tonnes 1/2 ; elles peuvent contenir trente personnes, les sièges sont disposés en deux rangées suivant la longueur de la voiture avec un passage au milieu. Les locomotives pèsent 8 tonnes en service; elles remorquent à la vitesse de 52 kilomètres à l’heure des trains qui se composent, en général, de deux voitures à voyageurs et de deux wagons à marchandises.
- Ligne télégraphique souterraine de Paris à Lyon. — L’administration des télégraphes termine en ce moment la pose d’une ligne télégraphique souterraine de Paris à Lyon par la Bourgogne. Cette ligne se compose de trois câbles isolés contenant chacun sept fils distincts : elle est divisée en tronçons de 5U0 mètres permettant de reconnaître en cas d’accident, d’une façon très rapide, le point qui doit être mis en réparation. Le tout est renfermé dans des tubes en fer de 50 centimètres, de diamètre, enfouis à un mètre de profondeur. On a attribué à tort à cet établissement un intérêt militaire et stratégique. Il est trop difficile de dissimuler un pareil travail pour qu’il puisse rendre des services de longue durée en cas de guerre. Son véritable avantage est de mettre les communications télégraphiques à l’abri de l’électricité atmosphérique, d’une part, et d’autre part, des intempéries, gelées, neiges ou tourmentes, qui cassent les fils aériens et renversent les poteaux ; nous ne parlerons que pour mémoire des entreprises de la malveillance, qui atteignent à peu près également les deux systèmes. Disons toutefois que, dans ces lignes souterraines comme dans les lignes sous-marines, mais à un moindre degré, il faut compter avec des courants d’induction violents, accidentels, et dont les effets sont encore, à l’heure qu’il est, entièrement à l’étude.
- Pigeons voyageurs au service des médecins.
- — Les docteurs américains commencent à utiliser les services des pigeons voyageurs. Dans les Etats de New-York et de l'ensylvanie ils remettent aux pharmaciens des pigeons voyageurs qui préviennent le médecin dans les cas graves, maladies subites, accidents, accouchements, etc. Le pharmacien transmet aussi, au moyen de ces messagers rapides, les bulletins de santé dans les cas criti-
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- LA NATUllE.
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- ques : on assure même que plus d’une ibis le pigeon voyageur a sauvé un malade.
- La vallée *le la mort à Java. — Dans l’ile de Java, volcanique dans toute son étendue, se trouve la célèbre vallée dont la Cronica de los Angeles de la Californie parle en ces termes :
- « En approchant de cette vallée, nommée Grevo-Oupas, nous éprouvâmes des nausées très fortes et une sorte d’étourdissement ; en même temps nous percevions une odeur suffocante. A mesure que nous avancions vers ses limites, ces symptômes se dissipaient, et nous pûmes examiner tout à notre aise le spectacle qui s’offrait à nos yeux. Cette vallée de mauvais augure peut avoir environ un mille de tour ; sa forme est ovale et sa profondeur au-dessous des terrains contigus est de 50 à 55 pieds. La partie inférieure est absolument plate, sèche, sans végétation, et parsemée de squelettes d’hommes, de tigres, de sangliers, d’oiseaux, de cerfs, etc., gisant parmi d’énormes quartiers de roches. On ne remarque, dans toute son étendue, ni vapeur ni'crevasse dans le sol qui paraît aussi dur et compacte que de la pierre. Les collines escarpées qui circonscrivent celle vallée de désolation sont couvertes, de leur hase jusqu’à leur cime, d’arbres et d’arbustes de la plus robuste végétation. Nous descendîmes sur le flanc d’une de ces collines en nous aidant de nos hâtons de bambous jusqu’à environ 18 pieds du fond; arrivés à ce point, nous fîmes descendre un chien jusqu’en bas. En moins de cinq secondes il tomba sans mouvement, mais il respira encore l’espace de dix-huit minutes, Un autre chien que nous avions, succomba à l’influence mortelle de la vallée au bout de dix minutes. Un poulet ne résista qu’une minute et demie et périt môme avant d’atteindre le fond. Devant nous se voyait un squelette humain. Les os acquièrent dans ce lieu la blancheur et l’aspect du marbre, et l’on croit que ceux d’espèce humaine qui s’v trouvent, proviennent de malfaiteurs ou de scélérats qui, se voyant traqués dans les régions habitées, sont venus s’y réfugier et chercher un asile, ignorant les effets pernicieux de l’atmosphère qu’on y respire. Les montagnes voisines sont volcaniques, mais on n’v remarque aucune odeur sulfureuse, ni aucune éruption. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 janvier 1882. — Présidence de M. Wuhtz
- La pression atmosphérique. — Au point de vue météorologique, nous traversons en ce moment une période tout à fait singulière'. Comme le constate M. Renou, le baromètre atteint un niveau que peu de personnes peuvent se vanter d’avoir déjà observé : le 17 janvier dernier il était à Paris à 786 millimètres, et il faut se reporter au 6 février 1821 pour retrouver une pression comparable. Dans l’intervalle il n’a jamais dépassé 778 ou 776. Le météorologiste Cotte citait la pression du 26 décembre 1778, qui atteignit 775mra,6, comme tout à fait exceptionnelle. Dans ce siècle on a noté 778mm,5 le 11 février 1849 et 778""",56 le 10 janvier 1859.
- Quant à la cause de la forte pression actuelle, M. Renou l’attribue à un anticyclone dû à la collaboration de deux vents superposés dont l’inférieur est du N. E., tandis que le supérieur est du S. W. L’auteur fait remarquer qu’un point plus remarquable encore que l’énergie de la pression barométrique, c’est la vaste surface, comprenant
- 1 Voy. Les Anticyclones, page 134.
- l’Europe et le nord de l’Afrique, sur laquelle elle s’étend.
- M. Faye rapproche la hausse actuelle de celle, moins considérable toutefois, qui accompagna le si grand froid de l’hiver 1879-1880. On se rappelle que pendant trois semaines le baromètre donna de très fortes indications, mais alors le temps resta constamment beau, tandis que celle fois le ciel est couvert. Il y a deux ans on constata à cette occasion un remarquable renversement des températures suivant une même verticale. Au niveau de la mer le thermomètre donnait — 20°, tandis qu’à 1500 mètres d’altitude on avait -f 5°. Or, comme le prouvent les bulletins météorologiques de ces jours derniers, le même fait se reproduit actuellement et le sommet du Puy-de-Dôme est de plusieurs degrés moins froid que la ville de Clermond-Ferrand.
- M. Faye saisit l’occasion pour protester contre l’expression A'anticyclone qui tend à s’introduire en météorologie. On sait que dans son opinion le cyclone est un phénomène agissant de haut en bas : l’anticyclone devrait donc agir dans le sens inverse, ce qui ne saurait donner lieu à une augmentation de pression. Ce nom est donc mauvais. Tandis que le cyclone se déplace avec une vitesse de train express, la pression actuelle agit sur le sol sans changer de place. C’est aux recherches futures à nous éclairer sur sa nature.
- En attendant, M. Naudin en signale un effet bien remarquable : un abaissement du niveau de la Méditerranée qui, auprès d’Antibes, aurait actuellement 50 centimètres de hauteur tout le long des côtes. Ces 50 centimètres d’eau équivaudraient à la différence des colonnes mercurielles, actuelle et normale, et le fait confirmerait les vues exposées naguère par Daussy.
- Nouveaux observatoires météorologiques. - C’est avec intérêt qu’on apprendra de M. Dira l’entrée en fonction régulière de quatre observatoires météorologiques installés dans les Vosges. Le premier est à Colmar même, un second est à Thann (altitude 550 mètres), dans une vallée étroite où ne se font sentir que les vents dirigés comme elle ; le troisième à Munster, à 500 mètres, et le dernier au Chalet de la Schlucht, c’est-à-dire à 1150 mètres. Les noms des observateurs, en tête desquels figurent M. Hirn et M. Ilallauer, permettent de compter sur des résultats importants.
- Application du microphone. — Un physicien romain, M. Serraga, emploie le microphone pour étudier les vibrations de l’air dans les tuyaux sonores. Une petite sonde microphonique de construction spéciale est descendue progressivement dans le tuyau pendant qu’on écoule le téléphone auquel elle est attachée. On constate alors des elfets sonores extrêmement différents suivant que la sonde traverse un ventre de vibrations ou un nœud.
- Varia. — Des études sur la réfraction lumineuse sont adressées de Prague par M. Zeuger. — Un savant étranger a imaginé un procédé d’agglomération des débris d’ambre donnant lieu à une substance translucide pouvant être utilisée comme l’ambre naturel. — Un remède contre le phylloxéra est de l’invention de M. Mathieu, qui d’ailleurs ne l’a pas expérimenté. — D’après M. Dareste, l’am-nios joue un grand rô!e, par sa pression, dans le développement des monstruosités chez les oiseaux. — Signalons en terminant la présentation par M. Milne Edwards, de l’excellent livre du Dr Nicolas, intitulé : l'Attitude de l'homme. Déjà nos lecteurs ont eu un résumé de cet important ouvrage. Rornons-nous donc à prédire le retentissement que ne peut manquer de produire une œuvre
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- LU
- dont l’auteur, marchant droit à son but, n’est retenu dans sa recherche de la vérité par aucune considération de convention. 11 ne craint pas d’écrire en commençant : « Ch. Darwin, le père putatif du transformisme, e&t certainement l’un des observateurs les plus perspicaces de notre temps, mais c’est un pauvre philosophe. » On verra comment M. Nicolas justifie cejugement sévère.
- Stanislas Meunier.
- LE BATEAU-VÉLOCIPÈDE DE BOSTON
- (états-unis)
- Si le vélocipède terrestre est devenu d’un usage très fréquent, surtout en Amérique et en Angleterre, où les exercices du corps sont en grande faveur, il n’en est pas de même des vélocipèdes aqua-
- Fig. 1. Le baleau-vélocipède du Jardin publie de Boston (Etals-l'uis).
- tiques. Jusqu’ici, ces derniers appareils ne sont pas encore sortis du domaine des curiosités expérimentales, et tandis que le bicycle terrestre offre de grands avantages, au point de vue de la vitesse notamment, il 11’cn est pas de môme des essais d’appareils destinés à aller sur l’eau. Ils n’en sont pas moins dignes d’è-tre signalés quand il s’en présente de nouveaux systèmes. Nous avons parlé déjà de plusieurs vélocipèdes aquatiques. Nous donnonsljci-dessus l'aspect d’un curieux appareil du même genre qui, pendant la belle saison, fonctionne sur le lac du jardin public de Boston, aux États-Unis. Ce vélocipède est formé d’un double bateau; les deux bateaux sont reliés ensemble par un plancher qui les unit et les rend solidaires. A l’avant, des sièges sont fixés où tiennent place quatre passagers ; une tente légère protège les voyageurs des rayons solaires. A l’ar-
- rière est le pilote qui, à l’aide de pédales, met en mouvement le mécanisme forme d’une roue à aube.
- Cette roue est disïi-muléc au milieu d’une enveloppe qui prend extérieurement la forme d’un cygne gigantesque. La figure I montre l’aspect extérieur de ce bateau-vélocipède. La figure 2 donne l’explication du système, en représentant les coupes longitudinales et transversales de l’appareil de propulsion.
- L’ensemble du bateau-vélocipède de Boston est d’une construction très légère; il ne peut être animé que d’une assez faible vitesse, mais il est d’un usage agréable pour la promenade sur l’eau, et offre un aspect original et gracieux.
- Le propriétaire-gérant ; G. Tissandier.
- Fig.p. Coupes du mécanisme de propulsion
- Paris.
- Imprimerie A, Labure, 9, rue de Fleuras,
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- iV 15". — 4 F K VH 1ER 1 882.
- LA NATLUE.
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- LE MËLOGRAPHE RÉPÉTITEUR
- Le désir de suppléer aux talents qu’on n’a pas peut être un stimulant actif pour l’esprit d’invention. En ce qui me concerne, je puis bien dire que mon goût prononcé pour la musique, joint à ma complète ignorance du jeu d’aucun instrument, m’a toujours poussé à chercher dans les procédés mécaniques le moyen de satisfaire mon penchant naturel. Les boîtes à musique, les orgues de Barbarie, toujours m’ont fait plaisir, et, n’était la monotonie qui
- résulte de la répétition des mêmes airs, je me résoudrais volontiers à tourner pendant des heures une manivelle, afin de me procurer, sans avoir besoin de personne, la jouissance que me fait éprouver la sensation de la mesure et du rythme, l’audition de la mélodie. Les pianos mécaniques, avec leur série illimitée de bois piqués ou de cartons percés, seraient une belle ressource pour des dilettanti de mon genre. Mais ils sont encombrants, très chers, et, au prix où se vendent les morceaux, la constitution d’une bibliothèque musicale serait ruineuse.
- Toutes ces considérations, qui m’ont repassé mille fois dans l’esprit, m’amenèrent,il y «quelques
- Fig. 1. Le mélogiajihe répétiteur de M. Carpentier, appareil enregistrant et reproduisant la musique.
- années, à imaginer et à réaliser un petit appareil que j’appelai le mélophone, et qui était composé de la manière suivante :
- Une petite boîte parallélipipédique, fermée de toutes parts ; à l’intérieur, sous le couvercle, juxtaposées, trente petites anches d’harmonium, bien mignonnes, tenant peu de place et fixées à la manière ordinaire; sous chaque anche, une mortaise pratiquée dans le sommier commun, et servant de chambre de vibration : au fond de chaque mortaise, un petit orifice débouchant à l’extérieur sur le couvercle. Sur un côté de la boîte, un tube permettant d’y pousser du vent à l’aide d’une soufflerie quelconque.
- Les trente petits trous bien alignés donnaient à l’instr ument un air de flûte champêtre qui veut de-tO* iiïée. — 4,r semestre.
- venir quelque chose : un musicien, muni de trente doigts et de quelque habileté, en aurait peut-être tiré un certain parti. Moi je n’avais que dix doigts et pas d’habileté du tout, de sorte que j’avais recours à un subterfuge pour obtenir de mon mélophone ce que j’en attendais. Avec une manivelle, commandant des cylindres entraîneurs, je faisais glisser sur la face perforée de la caisse, dans une direction perpendiculaire à la ligne des orifices, une bande large de papier, que j’avais soin de maintenir bien appliquée contre le plan, par un moyen inutile à décrire. Le lecteur devine déjà que le papier était percé de trous longs et courts, dans un arrangement spécial ; que, dans sa progression, la bande amenait ces trous en coïncidence avec les diverses lumières donnant issue au venta travers les anches, et que le
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- LA NATURE.
- mélophone jouait automatiquement le morceau préalablement inscrit.
- Les moyens étaient simples, l’instrument n’était pas parfait, tant s’en faut, mais il donnait quelque chose, et pour moi, c’était beaucoup. Depuis, j’ai eu connaissance d’instruments analogues faits en Amérique. J’ignore si leur conception est antérieure ou postérieure à la mienne.
- Quoi qu’il en soit, en possession de mon mélo-phone, je dus songer à la confection des bandes. La traduction de la musique ordinaire dans le langage de Jacquart, devait occuper mes loisirs, dans les soirées d’hiver. Je m’aperçus promptement que cet exercice était long et fastidieux, et je me proposai aussitôt de simplifier ma besogne, en chargeant les musiciens de ma connaissance de me préparer mes bandes, sans qu’ils pussent se douter seulement du travail que je leur ferais exécuter. Je combinai un mélographe destiné à sténographier les morceaux joués sur un instrument à clavier, mais employant les caractères que savait lire mon mélophone, c’est-
- à-dire en perforant du papier. J’ajouterai que mon méléphone lui-même fut transformé, je le rendis propre à lire des bandes plus larges et à actionner l’instrument même, piano ou orgue, sur lequel on avait joué le morceau inscrit par le mélographe.
- Mes appareils ont liguré à l’Exposition internationale d’Electricité. Avant de les décrire, qu’il me soit permis de donner au lecteur un aperçu pittoresque des résultats que je peux obtenir :
- 1° Un compositeur se met à mon clavier : il joue quelque improvisation, inspiration fugitive, inédite. 11 se lève. Je tourne trois boutons, et l’instrument, plus fort qu’aucun des auditeurs, se met de suite à répéter automatiquement le morceau qu’il vient d’entendre, ou plutôt de chanter une première fois, sous les doigts de l’artiste.
- 2° A côté du mérite d’un auteur, celui de l’exécutant est bien quelque chose aussi, et le même morceau, joué par deux personnes, produit des effets très différents. Mon instrument est très docile, il conserve et reproduit la façon de chacun. Il va
- Fig-. 2. Diagramme de l'harmonium. Fig. 5. Diagramme du mélographe.
- même trop loin, il rejoue les fausses notes.
- 3° Maintenant, un tour de force. Plusieurs personnes se réunissent chez moi pour jouer un concerto; je leur procure violon, violoncelle, flûte, hautbois, piston (accommodés à ma manière, bien entendu). Le concerto se joue, le concerto est joué. Ecoutez : Mon instrument, passé maître dans l’art de transcrire, va jouer immédiatement sur un piano ou sur orgue le concerto, parfaitement réduit, et vous entendrez toutes ses parties, telles qu’elles viennent d’être conduites.
- 4° Enfin, dernière application, fort utile : je fais passer ma bande dans un appareil imprimeur et le morceau, au lieu d’être joué, s’écrit en caractères ordinaires, sur portée. Cette presse musicale, j’en avertis le lecteur, n’est encore qu’à l’état de projet mais enfin elle est réalisable.
- Passons maintenant à la description des appareils exposés.
- On doit distinguer tout d’abord l’harmonium, d’une part, et le mélographe, proprement dit, d’autre part. Cinquante fils, dissimulés sous le plancher, mettent en communication les deux instruments distants de 5 mètres environ.
- Inscription.—Cinquante des touches de l’harmonium sont munies d’organes tels, que leur simple abaissement lance un courant électrique dans les fils correspondants.
- Chaque courant, recueilli dans le mélographe, met en jeu la série d’outils de perforation chargés d’inscrire les mouvements de la touche qui l’envoie sur une bande de papier, entraîné dans l’appareil d’un mouvement uniforme.
- Repétition. — Dans un second déroulement de la bande, préalablement ramenée en arrière, cinquante petits pinceaux en fil d’argent placés dans l’instrument, cherchent à prendre contact, à travers les trous, sur une traverse métallique, contre laquelle ils pressent le papier. Dès qu’un trou permet à un pinceau de toucher la traverse, un courant circule dans un des fils de ligne, et, mettant en action le mécanisme d’abaissement de la touche correspondante, détermine l’émission du son, maintenu jusqu’à la substitution sous le pinceau d’un plein au vide.
- Cet exposé général, ayant établi le lien qui existe entre les différentes parties de l’appareil, je puis décrire séparément les organes principaux, qui sont représentés figures 2 et 3.
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- LA NATURE
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- Émission des courants. — Au-dessous de chaque touche un ressort a (fig. 2) tend à se poser sur une bande d’argent b, régnant le long de la traverse c, qui couvre la partie postérieure du clavier. Un pilote d, glissant librement dans un petit conduit cylindrique, maintient le ressort soulevé, en s’appuyant sur la touche, quand celle-ci est à la position de repos. Quand la touche s’abaisse, le pilote la suit dans son mouvement, et le ressort, devenu libre, vient faire contact. Deux vis de réglage permettent de faire varier la course et la tension du ressort. Le courant émis par une touche est dirigé sur un fil de ligne, en passant par un commutateur e dont nous verrons plus loin le rôle.
- liéception. — Je n'entends point entrer ici dans le détail du mécanisme qui produit la progression uniforme du papier.
- Les courants, émis par l’harmonium et reçus dans le mélographe, y produisent le mouvement des pièces par l’intermédiaire d’électro-aimants a (fig. 5) de forme spéciale. L’espace réservé dans l’appareil à une série d’organes élémentaires étant fort restreint (il est compris entre deux plans parallèles distants de quatre millimètres seulement), les électros forment une batterie, sur quatre rangs, en lignes obliques. Le mouvement des armatures b est transmis par des tiges c à des leviers coudés d, et c’est à l’extrémité du bras horizontal de chaque levier que se trouve un organe essentiel dans l’appareil, le gauf-froir e. Le nom seul de cet organe désigne sa fonction ; c’est lui qui vient appuyer sur le papier et y marquer, pour ainsi dire, la trace de la pression que le musicien exerce sur les touches de l’harmonium.
- Le gauffroir, en détonnant le papier, l’oblige à pénétrer dans l’une des mortaises pratiquées dans la platine f, sous laquelle circule la bande, et l’approche ainsi d’une fraise à deux dents, animée d’un mouvement de rotation extrêmement rapide. Les régions du papier, qui sont ainsi présentées à l’action de cet outil, se trouvent immédiatement découpées, et les gauffrages sont convertis en perforations. Hàtons-nous de remarquer que, pour éviter le double écueil ou bien de percer incomplètement le papier, ou bien de provoquer la rencontre des gauffroirs et des dents de la fraise, j’emploie deux bandes de papier superposées l’une à l’autre, la première est complètement traversée, et la deuxième travaillée ' seulement sur une partie de son épaisseur. Cette dernière joue donc uniquement le rôle d’un support, s’usant sans cesse, mais sans cesse renouvelé, et la bande supérieure est seule conservée pour servir.
- Tel est, en gros, le fonctionnement de l’appareil inscripteur, il va sans dire que la précision avec laquelle on est obligé d’opérer a nécessité l’organisation d’un système complet de réglages. Le présent article ne comporte pas de développement sur ce point, capital en pratique.
- Répétition. — Je n’insisterai pas non plus sur la série de pinceaux h en fds d’argent destinés à opérer
- la lecture des perforations. Un trouverait ailleurs des exemples analogues. Je considère du reste ce système comme défectueux, et je lui substitue actuellement un autre système, qui fera l’objet d’une description spéciale.
- Dans la lecture des bandes, c’est le mélographe qui émet les courants et l’harmonium qui les reçoit Le commutateur e, placé dans cet instrument, et dont nous avons parlé plus haut, permet de mettre les bis de lignes en relation, tantôt avec les ressorts d’émission, tantôt avec les organes de réception.
- Pour chaque note de l’harmonium, l’organe principal de réception des courants est un électro f, semblable à ceux du mélographe. Au-dessous du clavier, à toutes les touches sont suspendus, par des liens flexibles, de petits sabots de bois : ceux-ci s’engagent dans les rainures d’un cylindre h tournant d’un mouvement continu et assez rapide. Le rôle des électros est d’exercer, quand ils sont traversés par un courant, et par l’intermédiaire de petits galets i, une pression sur le dos du sabot, et déterminant ainsi un véritable embrayage, de provoquer le mouvement des touches et l’émission des sons.
- Je m’arrête : cette description, bien incomplète, est déjà trop longue. Si je voulais entrer dans l’exposé des combinaisons que j’ai accumulées dans mon appareil, il me faudrait parler encore bien longtemps. Je terminerai en disant que le mélographe répétiteur a été construit avec une précision toute particulière : les mouvements des gauffroirs, l’avance des lames de la fraise, la hauteur de son axe se règlent au centième de millimètre. J’aurais peut-être renoncé à réaliser cet instrument, plutôt curieux qu’utile, et compliqué malgré son apparente simplicité, si je n’avais été précieusement aidé par le concours adroit et dévoué de M. Durand, le chef de mes ateliers de la rue Delambre.
- J. Carokxtibr.
- L’ÉMIORATION AUX ÉTATS-UNIS
- Le nombre total des passagers d’entrepont de nationalités étrangères débarqués à New-York pendant les onze premiers mois de 1881 a été de 406 738. Divisés par nationalités, ces émigrants se décomposent comme il suit :
- Iles Britanniques, 116 262; Allemagne, 182550; Autriche, 4029; Hongrie, 5964; Suède, 35169; Norvège, 15 764; Danemark, 8553; Néerlande, 7649; Belgique, 1716; Suisse, 10850; France, 2645; Italie, 12767; Roumanie, 26; Malte, 9; Grèce, 11; Espagne, 55; Portugal, 9; Russie, 9102; Luxembourg, 507; Bohême, 9226; Turquie d’Europe, 42; Chine, 117 ; Antilles britanniques, 4; Egypte, 1; Afrique du Sud, 10; Canada, 54; Antilles, 15; Mexique, 3; Amérique du Sud, 5; Iles Sandwich, 1 ; Australie, 8; Nouvelle-Zélande, 4. On remarquera que le Japon, l’Amérique Centrale, l’Islande et le Groenland n’ont pas envoyé un seul émigrant aux États-Unis pendant ces onze mois, quoique plusieurs passagers de cabine soient arrivés de chacun de ces pays. Le nombre des passagers de cabine venus de France pendant la même période a été de 1265.
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- LA NATURE.
- LE PERFORATEUR k MR COMPRIME
- DANS LES MINES A GRISOU
- Les perforateurs à air comprimé rendent journellement, comme on sait, les plus grands services dans le creusement des galeries souterraines, et ce sont eux seuls qui ont permis d'achever en quelques années ces grands tunnels du Mont-Cenis et du Go-thard, par exemple, qui auraient occupé autrefois, comme les petites galeries des mines du Harz, plusieurs générations de mineurs. L’emploi de ces perforateurs, combiné avec celui de la poudre, a permis de supprimer complètement ce travail si pénible d’abattage à la main, puisque le perforateur creuse lui-même le trou destiné à loger la poudre, et celle-ci éclatant brusquement dans ce milieu rétréci, brise la roche complètement, et sur une large étendue, de sorte que le mineur n’a plus qu’à en ramasser les débris dans les bennes qui les ramènent au jour.
- La question du percement mécanique se trouve ainsi complètement résolue, d’autant plus que l’air comprimé, qui amène si facilement la force motrice au fond des galeries, présente en même temps cet avantage inappréciable d’en assurer la ventilation et de purifier l’atmosphère souillée par tous les gaz provenant de la décomposition de la poudre.
- Le perforateur à air comprimé a été appliqué également, et avec le même succès, dans les mines de charbon pour le creusement des galeries en roche ; mais dans les mines grisouteuses on n’avait pu jusqu’à présent en tirer le même parti, car on est obligé de renoncer à la poudre, dont les explosions peuvent enflammer l’atmosphère chargée de gaz hy-drocarburés de la mine. MM. Dubois et François, les ingénieurs éminents qui ont attaché leurs noms à la construction de ces perforateurs, ont résolu cette difficulté par la construction d’un appareil appelé bosseyeuse, formant une sorte d’aiguille-coin qui s’enfonce, sous l’action du perforateur, dans le trou déjà creusé par le fleuret, et fend ainsi la roche sans projeter les morceaux comme le ferait la poudre. Cet appareil, très ingénieux, est appliqué actuellement dans différentes mines gri-souteuses du bassin houiller belge, comme Mari-have, Flémale et Seraing, et il a réduit dans une proportion considérable le nombre des coups
- de grisou qui sont si funestes pour les mineurs. MM. Dubois et François ont apporté également des perfectionnements importants à leur perforateur lui-même, et nous avons cru intéressant, avant de parler de la bosseyeuse, d’en décrire le fonctionnement, d’après un dessin qu’ils ont bien voulu nous adresser et qui représente le type le plus récent adopté par eux.
- Le perforateur, dont on voit la coupe sur les figures 5 et 0, est un cylindre A avec piston P, lumières, échappement E et tiroir T, comme les cylindres de machine à vapeur; toutefois, sa destination spéciale amène diverses modifications importantes : le fleuret qui doit percer le trou dans le front de taille est emmanché directement sur le piston, et il convient par suite que les mouvements de celui-ci s’opèrent d'une manière brusque et rapide afin que le fleuret soit projeté violemment contre la roche et agisse
- par son choc pour la désagréger ; contrairement à ce qui se passe dans les machines à vapeur, il ne faut pas qu’il y ait de liaison rigide entre le tiroir et le piston, car autrement les mécanismes se trouveraient rapidement brisés sous l’elfet des chocs violents qu’ils subiraient ; et comme le fleuret se coince fréquemment dans la roche, il faut que le tiroir aille rétablir automatique -ment l’admission d’air comprimé sur la face opposée, afin de ramener le piston en arrière. De plus, il faut communiquer au fleuret un certain mouvement de rotation sur lui-même, car il pénétrera beaucoup mieux dans la roche en agissant comme un tire-bouchon en quelque sorte, que par un choc purement direct. Enfin, l’appareil doit aller se rapprochant du front de taille, soit automatiquement, soit à la main, au fur et à mesure de l’approfondissement du trou.
- Ces conditions sont pleinement réalisées dans l’appareil représenté : l’air comprimé est admis d’une manière permanente dans la boîte B et peut se répandre lentement par le canal T' dans le compartiment de gauche, isolé de la boîte par une cloison dans laquelle glisse la tige du tiroir T. Tant que l’équilibre de pression n’est pas établi, le tiroir est repoussé vers la gauche par la pression exercée sur la base de droite de la tige, et la lumière de droite se trouve ainsi démasquée, comme c’est la situation sur la figura. L’air comprimé se répandant dans la chambre de droite du cylindre, projette vivement le piston, pendant que l’air contenu à l’a-
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- vant, provenant de la course précédente, s’écoule dans l’atmosphère par la lumière d’échappement ménagée sous le tiroir.
- Pendant cette opération, l’air comprimé s’est répandu dans le compartiment gauche de la chambre à air, la pression ainsi exercée devient prédominante sur la base agrandie de gauche, en D, et elle repousse le tiroir vers la droite. La lumière de gauche est alors découverte, et l’air comprimé, admis sur la face avant, ramène le piston vers l’arrière en dégageant le fleuret. Pour que le mouvement puisse se rétallir dans les conditions précédentes, il suffît de détruire la pression d’air comprimé dans la chambre de gauche, afin que le tiroir puisse être ramené dans cette direction et découvre ainsi la lumière d’arrière. A cet effet, la tige du piston est munie d’un ergot F qui, dans son mouvement en retour, vient rencontrer le levier L, et celui-ci, en se soulevant, déplace la soupape S et fournit ainsi une issue à l’air contenu dans la chambre de gauche D. Le petit ressort ménagé sur la tige de la soupape la ramène ensuite à sa position primitive.
- La figure 6, qui donne la coupe de l’appareil, représente en même temps la disposition adoptée pour communiquer un mouvement de rotation alternatif au fleuret. Deux cames C et G" sont montées sur un axe parallèle au piston et relié avec lui par l’intermédiaire d’un long pignon denté; ces cames sont commandées par deux pistons oscillant dans des cylindres verticaux H, et elles sont alternativement soulevées et abaissées, suivant que l’air comprimé est admis dans l’un ou l’autre de ces cylindres. Cette distribution s’opère automatiquement sous l’action du fleuret lui-même, qui, dans son mouvement de va-
- et-vient, commande un robinet d’admission à double voie.
- Quant au mouvement d’avancement de l’appareil devant le front de taille, on le réalise à la main en agissant sur une manivelle qui commande la vis M, dont la rotation communique un mouvement de
- translation à l’appareil tout entier, qu’elle entraîne par l’intermédiaire de son écrou. Les anciennes dispositions réalisaient un avancement automatique, gradué d'après la dureté de la roche, mais on y a renoncé depuis, et on a reconnu qu’il était généralement plus avantageux de
- commander l’appareil à la manie.
- Lorsque le trou ainsi creusé a atteint une profondeur de 0m,70 environ, on y introduit la charge de
- poudre dont on se sert habituellement pour broyer la roche. Dans les mines grisouteuses, on remplace la poudre par l’aiguille-coin, comme nous le disions plus haut. Cet appareil", qui est représenté sur les figures 1 à 4, comprend deux tiges de fer en forme de secteurs de cercle mises en contact par leur corde, et dont la réunion constitue un cylindre creusé, suivant son axe, d’un trou conique. La section des deux segments est égale au trou creusé par le fleuret, de sorte qu’elles le bouchent complètement, une fois mises en place dans ce trou. Quand celui-ci est creusé sur une profondeur convenable, on y pose ces deux tiges, et on remplace alors le fleuret par une aiguille conique en acier qu’on introduit dans le trou central du cylindre métallique ainsi obtenu. La tige du piston du perforateur vient heurter la tête de l’aiguille, qui, sous l’action de ces chocs brusques et répétés, s’enfonce comme un coin en écartant les deux segments, et brise ainsi la roche.
- Fig. 5. et 6. Coupe du perforateur à air comprimé, système Dubois et François.
- A. Coupe du cylindre du perforateur. — B. Chambre de distribution de l'air comprimé. — T. Tiroir de distribution de l'air. — T'. Canal établissant la communication entre la chambre B et le compartiment D. — S. Soupape mue par le levier L et donnant une issue dans l’atmosphère. — M. Vis servant à régler l’avancement du perforateur. — C, C'. Cames déterminant la rotation du fleuret.
- Fig. 7. Coupe d’une galerie en veine dans une mine de charbon, indiquant les trous à percer avec le perforateur pour achever l’abattage de la roche stérile en quatre opérations successives.
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- On multiplie le nombre des trous autant qu’il est nécessaire, d’après la dureté de la roche, pour l’abattre entièrement sur toute la section de la galerie. La figure 7 représente la coupe d’une galerie en veine dans une mine de charbon, et elle indique en même temps la position des trous percés pour achever l’abattage en quatre opérations successives. L’appareil perforateur se manie d'ailleurs sans aucune difficulté, il peut être élevé ou abaissé ou même dirigé obliquement devant le front de taille, de manière à atteindre un point quelconque dans les angles de la galerie ; enfin il est très facile à déplacer, même dans les galeries basses, car il n’a pas un volume supérieur à celui des bennes qui portent le charbon, et il est muni, d’autre part, d’un réservoir d’air comprimé qui en augmente la stabilité et permet de réduire le diamètre des tuyaux de transmission. Dans les galeries exemptes de grisou on peut s’en servir pour opérer le havage sur le front de taille et terminer ensuite l’abattage à la poudre en employant alors des charges beaucoup moindres.
- D’après les renseignements fournis par MM. Dubois et François, l’emploi de la bosseyeuse dans les veines d’épaisseur moyenne assure un abattage presque aussi rapide qu’avec la poudre. Le creusement dans un terrain très dur, formé de psammites avec bandes de grès, d’un trou de 0m,70 de profondeur et 0m,10 de diamètre, a demandé dans les premières expériences quinze minutes environ, y compris le déplacement du fleuret, et l’introduction et l’enfoncement de l’aiguille-coin a exigé dix minutes seulement. On obtient ainsi presque les mêmes résultats qu’avec un fourneau de mine ordinaire, de 0ra,70 de longueur, en évitant sûrement tout danger d’explosion en présence du grisou.
- L. Raclé.
- YISITE A L’OASIS DE LAGEOUAT
- (algéiue)
- Laghouat est aujourd’hui la position la plus avancée occupée en permanence par les Français en Algérie, sur la lisière du Sahara. Quand on arrive du Nord par Metlili, station d’étape à 20 kilomètres de l’oasis, après la traversée d’une dépression cultivée, où les eaux de pluie s’accumulent parfois, les graviers et le sable à la surface du sol présentent de loin des reflets bleuâtres, quelque chose comme l’aspect d’une rivière ou d’une eau courante. C’est le large lit de l’oued Mzi, presque à sec, et qui présente à peine pour le moment un mince filet liquide. Le pont à une arche en maçonnerie, construit sur le lit de la rivière, se trouve actuellement séparé de la rive par une trouée due à l’une des dernières crues du courant d’eau. On ne distingue pas encore bien la ville. Quelques cavaliers arabes, vêtus de grands manteaux noirs ou rouges, caraco-
- lant sur des chevaux magnifiques, avec des selles en peaux de panthères, viennent au-devant de nous et s’arrêtent devant la diligence. Ce sont des spahis qui attendent mon compagnon de route, l’agha de Ouargla, Abd-el-Kader-ben-Amar. L’agha monte un des chevaux amenés par ses cavaliers, non sans avoir salué chacun en portant la main au cœur. Nous suivons lentement les cavaliers repartis au galop. Quels beaux hommes, et surtout quelle fière allure, en comparaison de la lourde boîte qui nous sert de véhicule et dont les roues enfoncent dans le sable, avançant si péniblement que nous nous décidons à descendre à notre tour pour aller à pied, du moins jusque sur l’autre bord du lit de la rivière, en dehors des sables. Un quart d’heure après nous sommes devant la ville de Laghouat, avec ses murs, ses maisons en forme de dés, ses minarets, ses forts, ses palmiers.
- On entre par une porte fortifiée, gardée par des tirailleurs indigènes, en costume bleu et au teint bronzé. Une rue à arcades conduit dans le quartier français, dont les nouvelles constructions contrastent avec les anciennes maisons arabes, presque toutes bâties en terre. A vrai dire l’ancienne ville arabe, dont Fromentin, le peintre du Sahara, a donné de si pittoresques descriptions, est aujourd’hui à peu près transformée, comme vous en jugerez demain. Les principaux édifices publics : hôtel du commandant supérieur, bureau arabe, cercle des officiers, service du génie, postes et télégraphes, sont groupés autour d’une jolie place, la place du Gouvernement, bien à l’ombre. Quelques rues larges, assez propres, avec arcades comme les constructions de la place, rayonnent autour de ce centre, communiquant avec un dédale de petites ruelles, véritable fouillis, restes de la vieille cité arabe que dénoncent ses exhalaisons, où une voiture ne peut passer à l’aise. Notre diligence, arrivée au grand trot de ses six chevaux et au son du clairon, retentissant, alerte, que le conducteur fait vibrer de toute la force de ses poumons, dépose le courrier au bureau de poste où les habitants, militaires et civils, accourent chercher leurs lettres d’Alger ou de France. Elle n’a pas marché si vite, malgré son nom de diligence, notre voiture, à travers les steppes des hauts plateaux et les dunes de sable. Elle n'arrive pas toujours à sa destination, quand les tourbillons de poussière la font tomber dans les ravins. Sa carcasse rapiécée et sa portière sans vitres en disent assez sur ses chutes. Nous-mêmes, nous avons fait le chemin sans verser une seule fois, sans incident aucun, sans émotion. Ne nous en plaignons pas. Peut-être aurons-nous un dédommagement, à ce point de vue, pendant le voyage de retour, car il nous reste à , recommencer le même trajet ’'Ge 455 kilomètres pour centrer de Laghouat à Blidah et à Alger, en droite ligne. Ce chemin n’exige pas moins de vingt et une journées d’étapes, arrêts non compris, pour les mouvements de troupes à pied ou à cheval. Le courrier l’effectue en quatre ou cinq
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- journées de dix-huit à vingt heures chacune, le trajet de 453 kilomètres se décomposant ainsi : La-ghouat à l’Oued-Seddcur, 96 kilomètres ; Oued Seddeur à Guelt-es-S’tel, 95 kilomètres ; Guelt-es-S’tel à Boghari, 95 kilomètres ; Boghari à Mé-déah, 87 kilomètres; Médéah à Alger, 90 kilomètres. Au retour, grâce au chemin de fer de Bli-dah, le trajet de Boghari à Alger peut s’accomplir en une journée. Mais la route cairossahle en bon état finit au delà de Bougzoul, à une vingtaine de kilomètres de Boghari. Plus loin elle ne présente guère que des tronçons inachevés, un tracé marqué par la ligne des poteaux télégraphiques ou par une simple piste avec des ornières. Des ravins, des bancs de sables, des dunes, des marais, des inégalités de terrain trop difficiles pour les voitures, obligent souvent le courrier à aller de côté et d’autres, non sans cahots violents, ni sans obliger les voyageurs à se mettre à pied, heureux quand ils ne sont pas obligés de pousser aux roues ou de raccommoder les pièces du véhicule renversé à terre. Sur certains points, les ravins et les lits de quelques cours d’eau, maintenant à sec, sont franchis par des ponts de construction récente, en maçonnerie ou en fer. Vienne une rivière plus large , force vous est de la traverser à gué, comme nous avons dû faire au passage de l’Oued Mêla, affluent du lac Zahrez et de l’Oued Djedi, qui se déverse dans les grands Chotts où le commandant Roudaire a proposé de créer sa mer intérieure artificielle.
- J’ai pris gîte avec mes deux compagnons de route à l’hôtel du Commerce, où nous trouvons tout le confort désirable. Après cinq journées de voiture, chacune de dix-huit à vingt heures, par des chemins comme ceux que je viens de décrire, on ne doit pas être exigeant sur les confins du désert. L’amabilité de mes compagnons, le Dr Dagonnet, directeur de l’asile Sainte-Anne, et son fils, élève de l’École de médecine à Paris, m’a rendu fort agréable toute cette excursion. MM. Dagonnet étaient venus comme moi au Congrès d’Alger : j’ai eu la bonne fortune de les décider à venir jusqu’à Laghouat, où je désirais reprendre mes observations sur les formations quaternaires de la lisière du Sahara commencées dix ans auparavant, entre Biskra et Touggourt, plus à l’Est. Deux cents membres, lout au moins, de l’Association pour l’avancement des sciences s’étaient inscrits au Congrès d’Alger pour aller à Laghouat au moyen d’un convoi organisé par l’administration militaire. Malheureusement la guerre de Tunisie obligea de réquisitionner tous les chevaux et mulets de transports disponibles pour faire campagne d’un autre côté. Les congressistes, privés de leur convoi, renoncèrent à l’excursion. Force me fut de partir tout seul, certain de trouver des compagnons en chemin.
- • Avant de circuler dans le labyrinthe de rues tortueuses, de maisons entassées, de jardins enclos de murs qui forment la ville et l’oasis, nous montons pour nous orienter au minaret de la grande mosquée. Nulle part on ne juge mieux de l’aspect de Laghouat
- dans son ensemble. Le minaret de la grande mosquée — car Laghouat a plusieurs mosquées — se prête fort bien, comme point d’observation, par sa position centrale. Situé au sommet d’un monticule, au milieu de la ville, cet édifice s’élève à peu près au niveau des rochers que dominent aux extrémités deux forts construits pour la défense. C’est un monument de construction française, bâti en pierres et en briques, d’un style simple, mais léger et de bel effet, dressé fièrement au-dessus de son éminence. L’église catholique se trouve dans un autre quartier, à côté de notre hôtel. Comme nous étions arrêtés devant la porte close, une espèce de sacristain, qui cumule, dans une boutique en face, la profession de marchand de bric-à-brac, vint nous ouvrir. Partout ailleurs les mosquées sont habituellement ouvertes; mais à Laghouat les fidèles dorment trop pour être assidus à la prière. Des nattes recouvrent le parvis à l’intérieur. Il y a des vitraux en couleurs, des colonnettes supportant la voûte, une chaire pour le muezzin, sans autre ornement ou mobilier, sauf une outre en peau de bouc suspendue au bout d’une corde et remplie d’eau avec un biberon. « C'est pour les voyageurs altérés, dit le sacristain ; Mahomet veut qu’ils trouvent à boire dans les mosquées. » Chez nous, en Alsace, les marguilliers et les conseillers municipaux du temps jadis emportaient aussi aux processions, pour rafraîchissement, de grandes cantines pleines de vin.
- Quelle vue et quelle perspective ! J’entends la perspective et la vue au haut du minaret, non celles des cantines de vin aux processions alsaciennes. Au pied de la mosquée, la ville, avec tous ses édifices et ses maisons grises ou blanches ; autour de la ville et de son mur d’enceinte, des jardins avec leurs palmiers d’un vert sombre, couvrant tout l’espace où les irrigations peuvent s’étendre ; au delà, la plaine au sol pierreux ou sableux, limité d’un côté par des montagnes aux tons jaunes, se confondant de l’autre avec l’horizon immense du désert, où les oasis des Ksours apparaissent seulement de loin en loin comme de petites taches sur une terre desséchée et sous un ciel de feu. Laghouat s’étend sur les deux flancs d’une crête déprimée du Djebel Tisgrarine, où l’Oued Mzi s’écoule à travers unê coupure qui donne accès à la rivière dans le Sahara. La mosquée avec son minaret occupe le haut d’un bourrelet de la crête au milieu de la ville, les deux forts deux autres bourrelets plus élevés aux extrémités. Presque toutes les maisons indigènes sont construites en boue durcie, de nuance grise, avec terrasse et cour intérieure ; quelques-unes seulement sont en pierre ou en briques badigeonnées de chaux blanche. Point de plan d’ensemble d’ailleurs ni d’alignement continu. Vous croiriez quelques pelletées de cubes plus ou moins grands, des sortes de dés jetés ou lancés au hasard sur les trois bourrelets rocheux qui dessinent à travers la ville un axe et lui constituent une sorte de ligne vertébrale. Une seule rue principale, parallèle à cette ligne, traverse la ville d’un bout
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- à l’autre, comme un sillon. Des rues ou des ruelles latérales s’en détachent, toutes étroites et tortueuses, à peine suffisantes, la plupart, pour livrer passage à un chameau chargé. Mur d’enceinte et de défense, en maçonnerie ordinaire celui-là, comme tous les éditices de construction française, appuyé sur les deux forts aux extrémités, avec plusieurs portes, et par places percé de meurtrières. Des casernes spacieuses logent les troupes de la garnison à l’intérieur, mais dont une partie occupe hors ville, près des bords de l’Oued-Mzi, et non loin de la porte du Nord, les baraquements du camp des zouaves. Peu de maisons s’écartent, hors du mur d’enceinte, dans les jardins. Les jardins sont eux-mêmes enclos de murs plus ou moins hauts, en pisé ou en boue sèche.
- Cette boue ou cette terre se compose d’un mélange d’argile et de sable. Pour construire, les maçons de l’oasis de Laghouat, comme ceux de Biskra et des villes du Soudan, façonnent avec la terre des prismes rectangulaires à base carrée, d’environ 30 centimètres de haut sur 15 d'équarrissage. Ils disposent un premier lit de prismes bout à bout, suivant leur longueur, en deux ou trois rangées suivant l’épaisseur voulue pour la muraille. Par-dessus ils étendent une couche de terre argileuse gâchée avec de l’eau, épaisse d’un doigt ; puis vient une deuxième assise de mottes, dont les axes sont perpendiculaires à ceux de la première. On continue ainsi, et les deux parois du mur se recouvrent d’un enduit de terre comme tout le reste. Quelquefois les mottes sont mélangées de paille hachée, pour plus de solidité. Les mottes fraîches sèchent au soleil pendant trois ou quatre heures seulement avant d’être employées. Pour préserver la base des murs contre l’humidité et le ravinement des eaux coulant dans les rues, elle doit être construite avec des moellons qui proviennent des carrières de la Montagne des Chiens, Kef-el-Kelb, tout près de la ville. Néanmoins, pendant les hivers pluvieux, quantité de terrasses et de pans de murs s’écroulent subitement. Peu de maisons arabes ont un étage, mais toutes sont à terrasses, avec des poutrelles en bois de palmier. La rareté du combustible renchérit beaucoup la fabrication de la chaux. C’est ce qui explique le mode de construction des indigènes, et qui oblige même les officiers français du génie d’adopter, pour les bâtiments militaires, l’emploi des mottes de lerre sèche combiné avec des maçonneries de pierre et de chaux, le tout recouvert d’un mortier de chaux, de plâtre et de sable.
- Les constructions françaises autour de la place Randon et de la rue Pélissier se présentent bien, avec leurs arcades sur piliers élevés comme ceux de la place du Gouvernement à Alger. Elles ont un cachet qui plaît à l’œil et se marie agréablement aux beaux jardins de palmiers qui les entourent. Au fort Bouscarin, élevé sur une des dentelures du Djebel-Tisgrarine, que je vous ai déjà montré au bout sud-ouest de la ville, se trouve en ce moment
- l’hôpital militaire dans une situation très saine. L’hôpital occupe une partie de la grande caserne. Nous y voyons peu de malade:.. Très sec, le climat de Laghouat, malgré l’élévation de sa température, ne paraît pas malsain et ne présente point de fièvres pernicieuses endémiques. Un monument funéraire a été placé dans la cour, en mémoire du général Bouscarin et de ses compagnons d’armes, tués ici, le 5 décembre 1852, en montant à l’assaut de la ville. A côté, un observatoire météorologique. Les observations régulières, cependant, ne se font plus maintenant à l’hôpital, mais dans les jardins du génie. Notre regretté ami, Charles Sainte-Claire Deville, le promoteur infatigable de la Société météorologique de France, a installé cette station, avec tout le réseau d’observations de l’Algérie, qui fonctionne parfaitement depuis 1873, sous la direction du génie militaire. D’après les relevés du capitaine Brocard, la température moyenne de Laghouat est de 21 degrés centigrades, s’élevant parfois jusqu’à 42 degrés à l’ombre. Je recommande à l’actif directeur du service de bien vouloir porter son attention sur les phénomènes qui accompagnent le sirocco, le gehli des Sahariens, vent chaud du Sud, dont je recherche les rapports avec le fœhn des Alpes.
- Au fort Morand, nous trouvons les portes intérieures fermées. Rien qu’un zouave à l’ombre de la poterne extérieure, placé là comme factionnaire, mais sans fusil et faisant sa sieste. Ne lui en voulons pas, pav un soleil si chaud, une journée si longue dans son isolement! Le fort Morand s’appuie au nord-est de la ville sur un rocher poli, dérasé au sommet pour l’assiette des constructions. Les couches du rocher sont redressées verticalement ou à peu près, comme au fort Bouscarin, comme au Rocher-des-Ghiens. Celui-ci, dit la tradition, tient son nom de ce fait que tous les chiens de Laghouat se sont retirés là, après la mort de leurs maîtres, lors du sac de la ville. Séparé par un escarpement abrupt du fort Bouscarin, mais sur le prolongement du même axe, le Rocher-des-Ghiens forme une quatrième dentelure au-dessus de la plaine, en dehors de la ville, d’une plus grande hauteur que les rochers des forts. Sa crête déchiquetée est si aiguë quelle ressemble au tranchant d’un couteau. Elle consiste en bancs de calcaires crétacés, avec des intercalations de grès et de schistes argileux. J’y ai recueilli en fait de fossiles des serpules, des spatangues, avec des empâtements de coquilles sili-cifiées. Magnifique coup d’œil depuis le sommet, sur la ville et l’oasis d’abord, puis sur la plaine, au delà, avec ses trois rangs successifs de montagnes,, courant ensemble parallèlement, presque sans échancrure, depuis le Nord-Ouest où plonge le soleil à son coucher, jusqu’à l’Est. La première de ces rangées, marbrée de bronze et d’or, forme le prolongement des dunes de Raz-el-Aïoun ; la seconde, appelée Djebel-Milok, se colore,,de reflets lilas; la troisième, couleur d’améthyste, porte le nom de Djebel-Azrek ou Montagne bleue, parfaitement adapté à son aspect.
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- Vue générale de l’oasis de Laghouat, en Algérie. (D’après une photographie '
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- Dans un pli de sable étincelant, se dessine le lit grisâtre de l’Oued Mzi, par où nous sommes venus hier soir, une rivière sans eau en ce moment, mais violente et terrible à certains jours, s’il faut en juger de l’état du pont, séparé de sa rive à la suite d’un débordement. Ces torrents du Sahara ont d’indomptables caprices à certains moments.
- Ch. Grau,
- Député do l’Alsace au Parlement allemand.
- — A suivre. —
- DESCRIPTION
- D’UNE TROUSSE CHIRURGICALE
- de l’époque de gai.ie.n
- L’histoire de la chirurgie antique est encore fort obscure, et les notions qu’on possède aujourd’hui sont surtout relatives à la pathologie. La chirurgie opératoire est restée longtemps dans l’enfance, et, par suite, n’était pas séparée de la médecine. La chirurgie des tumeurs existait à peine, la chirurgie réparatrice n’existait pas, seules, les lésions traumatiques étaient l’objet d’une élude suivie. Les guerres étaient l’origine d’un grand nombre de blessures à la euérison desquelles on s’appliquait. Il est difficile de se faire une idée exacte des moyens dont on pouvait disposer à telle ou telle époque, d'autant plus que les progrès imaginés dans un pays restaient longtemps secrets pour les autres.
- Le plus petit indice de l’état de la science antique acquiert une grande importance à cause de sa rareté. Or, dans des fouilles faites en octobre 1880 dans le quartier de Saint-Marcel, à Paris, un de nos archéologues les plus distingués, depuis longtemps connu par ses nombreuses découvertes, a trouvé une série complète d’instruments de chirurgie constituant dans leur ensemble ce que nous pourrons appeler une trousse du temps. Ces objets, parfaitement conservés, remontent au troisième siècle, sous l’empire de Tetricus, et ne sont pas moins curieux au point de vue chirurgical qu’au point de vue de l’art. M. Toulouze, nous ayant fait l’honneur de nous montrer ces précieux objets d’art et nous ayant autorisé à en publier une description, nous croyons être agréable à nos confrères en leur faisant connaître des instruments probablement uniques dans leur genre, mais que M. Toulouze se fait un plaisir de mettre sous les yeux des archéo-philes.
- Toutes ces pièces se trouvaient placées dans un vase de bronze arrondi, dans lequel étaient aussi deux boucles et toute une série composée de soixante-quinze pièces de monnaie à l’effigie de Tetricus. Les boucles, d’un usage difficile ’a déterminer, peuvent avoir servi au passage de liens destinés à soutenir l’ensemble de l’appareil que le chirurgien portait avec lui. L’une d’elles, en très bon état, possède son ardillon qui servait à arrêter la courroie ; l’autre représente un anneau non fermé et dont les deux extrémités sont terminées par deux fêtes de reptiles se regardant avec fureur, image fidèle de la confra-ternilé du temps.
- Les instruments tranchants sont représentés par deux couteaux pointus à double tranchant, dont les lames de 6 centimètres font corps avec un manche de même longueur, peu volumineux et hexagonal.
- Les pinces sont richement représentées. Les unes sont
- à griffes, les autres sont de simples pinces fines pointues* d’autres à mors plats.
- Un instrument ayant la forme d’une petite pelle de 5 centimètres de diamètre, montée sur manche creux, long de 18 centimètres, avait évidemment l’usage d’insut-flateur et servait a introduire dans les cavités naturelles les agents médicamentaux déposés sur le plateau, ou à doser les médicaments.
- Une capsule hémisphérique de 4 centimètres de diamètre, présentant un bec pour l’écoulement des liquides, munie d’un long manche, semble avoir servi à chauffer les pommades et onguents. Une usure qu’elle présente vers son fonds paraît résulter de son contact avec le feu.
- Nous devons parler d’un instrument dont le rôle est difficile à interpréter et qui n’a rien d’analogue parmi ceux qui servent actuellement. Il est long de 20 centimètres ; composé de deux branches articulées, à la. manière des ciseaux, chacune présente à sa terminaison une surface formant le quart de la circonférence d’un ovoïde. Les manches sont ornementés, et, lorsque l’instrument est fermé, ils restent encore écartés d’environ 4 centimètres. L’articulation est plus rapprochée de l’extrémité dentelée que de l’extrémité des manches. Cet instrument, lorsqu’il est fermé,,peut être introduit sans danger dans les cavités ou les plaies, et, lorsqu’il est ouvert, il peut saisir les corps, sectionner les tissus en les écrasant, servant ainsi d’agent hémostatique, et recueillir dans sa concavité la partie détachée.
- Tous les instruments sont en bronze mêlé d’une partie d’argent. Peut-être doit-on leur conservation à cet alliage précieux? Au temps de Galien, l’art de travailler le bronze était en honneur, et d’habiles ouvriers s’y adonnaient.
- Au point de vue médical, la composition de ces instruments semble montrer que l’usage des onguents, l’extraction des corps étrangers, jouaient un grand rôle dans la chirurgie, et que, d’ailleurs, la médecine et la pharmacie lui étaient associées *.
- UN BAL A LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Le 28 janvier a eu lieu au Ministère de la Guerre, avec l’autorisation de M. le général Campenon, le quatrième bal annuel donné par l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole polytechnique au profit de sa caisse de secours. L’éclat de cette fête a été singulièrement rehaussé par l’application dans trois des vastes salons ouverts aux invités, de divers systèmes d’éclairage électrique, dont l’installation a été effectuée par la Société générale d'électricité avec le plus généreux désintéressement. La grande salle du Ministère, dite Salle des Armures, éclairée déjà par trois cents bougies ordinaires, l’était de plus par un lustre portant seize foyers Werdermann. Le moteur affecté à ces seize lampes était une locomobile Weyer et Riche-mond du type n° 5, soit de 15 chevaux nominaux, actionnant une machine auto-type n° 1 à fil renforcé.
- Une annexe servant de buffet et mesurant 120 mètres carrés de surface était éclairée, en même temps que par trois grands lustres à gaz, par quatre foyers du système Jablochkoff, à bougies de 5 millimètres. Ces foyers étaient commandés, avec douze autres répartis entre la cour de l’hôtel et la grande salle de danse dont il va être parlé, par une locomobile Weyer et Richemond du type n° 3, soit de 7 chevaux nominaux, actionnant une machine Gramme auto-excitatrice du type n° 1 bis. Enfin, dans une
- 1 Extrait d’une notice de M. le Dr Mook. (Union médicale.
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- salle rectangulaire de 250 mètres carrés de superficie, provisoirement construite pour la circonstance dans le jardin, il avait été installé, outre huit foyers Jablochkoff, montes sur un même lustre, cent soixante lampes à incandescence du système Maxim distribuées sur six magnifiques lustres à cristaux prêtés par le Mobilier national, tics cent soixante lampes étaient commandées par une machine à vapeur demi-fixe Weyer et Riche7nond du type n° 7, soi,t de 25 chevaux nominaux, actionnant huit machines Gramme (type d’atelier) à courants continus. Ce splendide éclairage était renforcé encore, vers la fin du bal, par la lumière que projetaient dans la salle, par des ouvertures ménagées à cet effet dans son plafond, deux régulateurs Jaspar, auxquels était spécialement attribuée une machine à vapeur Piller de la force de 0 chevaux actionnant deux machines Gramme du type d’atelier. De l’aveu unanime des personnes présentes, l’effet de ces diverses combinaisons de lumières, d’éclats et de tons variés a pleinement répondu à l’attente des organisateurs de la fête. Le plus grand succès, toutefois, a été pour les lampes à incandescence, dont la lumière douce et dorée mettait en pleine valeur les tentures rouges et les bronzes de la grande salle de bal.
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- (Suite. — Vov. p. 99 et 115.)
- POSE DES CONDUCTEURS -------- MONTAGES
- Les conducteurs placés à l’intérieur des maisons sont presque exclusivement en cuivre rouge. On les enduit d’un mélange de poix, de bitume et de gomme laque; on les garnit encore d’une gaine de gutta-percha plus ou moins épaisse pour les isoler.
- On peut aussi se servir pour des installations de peu de longueur et dans des endroits bien secs, de fil simplement recouvert de soie ou de coton, ou même de fil de cuivre nu, dont le prix est moins élevé, mais l’installation des fils demande alors des précautions toutes particulières pour l’isolement, et l’on préfère en général le fil recouvert de gutta, qui est le meilleur et le plus facile à installer. On désigne en France les fils par un numéro. C’est là un système que nous n’adopterons pas pour deux raisons. Le numéro d’un fil n’indique rien à l’esprit relativement à son diamètre, surtout pour les amateurs qui n’ont pas souvent occasion d’en faire usage ; d’autre part il existe, en France seulement, deux jauges différentes, la jauge décimale et la jauge carcasse, et si on n’a pas soin de bien spécifier le nom de la jauge, il en résulte des confusions.
- Nous désignerons donc les fils par leur diamètre en dixièmes ou en centièmes de millimètre, ce diamètre se rapportant au fil de cuivre nu, sans sa gaine de gutta, de soie ou de coton.
- Les grosseurs des fils à employer dans les installations varient avec la longueur du circuit, la nature des appareils desservis et le nombre des éléments dont on dispose. Nous donnerons quelques chiffres qu’on peut considérer commé des moyennes dans la pratique.
- Prenons pour exemple une installation, assez fré-
- quente à présent, et qui consiste à placer une pile de trois à quatre éléments dans le sous-sol ou dans la loge du concierge d’une maison pour actionner toutes les sonneries de porte d’entrée et des intérieurs de différents étages (fig. 1).
- Dans ces conditions, on fera usage de trois grosseurs de fils :
- 1° Entre la pile placée dans le sous-sol et l’escalier on mettra du fil de onze dixièmes (sous-entendu de millimètre) ;
- 2° Dans les escaliers comme colonne montante du fil de dix dixièmes ou d’un millimètre;
- 5° Pour les communications à l’intérieur des appartements le fil de neuf dixièmes sera très suffisant.
- En principe, sauf la réserve relative au prix d’achat du fil, il ne faut pas craindre d’employer du fil trop gros.
- Dans le cas où nous nous sommes placé, on peut d’ailleurs économiser la moitié de ce fil dans les grandes villes en reliant le négatif de la pile aux tuyaux d’eau et de gaz ainsi que tous les branchements qui aboutissent à ce pôle négatif ; les tuyaux d’eau et de gaz jouent ainsi parfaitement le rôle de fil de retour et simplifient l’installation.
- Les fils recouverts de soie et de coton de toutes nuances s’assortissent très facilement aux papiers et aux tentures. On doit les poser en les tendant sur les murs en évitant autant que possible qu’ils les touchent, surtout dans les parties saillantes qui finiraient par couper l’isolant; on les dissimule dans les moulures, les corniches, les coins, et quelquefois dans des baguettes creuses, pour les installations de luxe.
- Pour maintenir les fils en place, on se sert pour les parties droites d’isolateurs en os (fig. 2, n° 1) maintenus sur le mur à l’aide de clous) et on y arrête le fil en lui faisant faire un tour sur lui-même ; pour les angles rentrants on se sert de crochets émaillés (fig. 2, n° 2) de grosseur convenable. On s’est servi aussi de clous recourbés en U (fig. 2, n° 5) dont la pose est des plus simples et le prix très modique, mais on y renonce parce qu’ils coupent l’isolant et quelquefois même le conducteur. Cependant ils peuvent rendre de réels services, surtout -dans les installations provisoires.
- Lorsque les fils traversent les murs, il est important de les préserver de l’humidité ; on les recouvre alors d’un tube en caoutchouc d’un diamètre conve-venable et dépassant de deux ou trois centimètres de chaque côté du mur, pour préserver les fils du contact des arêtes vives du percement.
- Les jonctions des fils entre eux se font en dénudant les deux extrémités à jonctionner sur une longueur de 4 à 5 centimètres, on les nettoie avec du papier de verre et on corde les deux bouts en enroulant le fil n° 1 cinq ou six fois sur le n° 2 et réciproquement.
- On recouvre ensuite la jonction d’une feuille mince de gutta ramollie en la roulant entre les doigts, et ensuite avec une garniture de coton ana-
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- logue à l’enveloppe des fils reliés. Lorsque le fil est double, il est prudent de ne pas faire les jonctions à la môme hauteur, on les espace alors de 5 à 6 centimètres, juste assez pour qu’elles ne soient plus en regard, une fois le fil tendu.
- Il est souvent commode d’employer deux fils re-
- Fig. 1. Installation d’une pile dans le sous-sol pour alimenter les différents étages d’une maison.
- couverts de gutta enfermés dans la même gaine de coton ou de soie.
- Il est facile d’utiliser ces fils doubles, sans augmentation sensible de prix, comme avertisseurs automatiques d’incendie en les établissant comme le
- Fig. 2. Pose des conducteurs.
- 1. Clou et isoloir en os. — 2. Clou à crochet émaillé.
- 3. Clou en U.
- fait M. Charpentier. Les deux conducteurs parallèles sont séparés par un fil mince d’alliage fusible. En cas d’incendie, l’isolant brûle, l’alliage fusible fond rapidement et établit une communication électrique permanente entre les deux conducteurs. La sonnerie correspondante fonctionne alors d’une manière continue et avertit de l’accident. Nous reviendrons sur ce sujet à propos des avertisseurs d’incendie.
- La liaison des fils avec les paillettes des contacts
- ou les bornes de sonnerie ne présente aucune difficulté. Bien que les fils de cuivre recouverts de gutta soient généralement employés dans les installations domestiques, on se sert quelquefois de câbles ou de fils galvanisés tendus sur poteaux lorsque les distances sont un peu grandes ; mais ces installations se font surtout pour la pose des communications téléphoniques, et nous en parlerons à propos des téléphones.
- Montages de postes. — Nous avons déjà vu comment se fait le montage dans le cas le plus simple, celui d’une pile, d’une sonnette et d’un bouton.
- t
- Fig. 5. Montage d’une sonnerie unique actionnée par plusieurs boutons distincts.
- Nous avons également examiné le cas où une pile unique alimente plusieurs sonneries actionnées par plusieurs boutons distincts (fig. 1).
- La figure 5 représente le montage d’une pile P faisant fonctionner une sonnerie S actionnée par trois boutons distincts 1, 2, 3. Si le gaz est installé dans l’appartement, le fil représenté par une ligne ponctuée sur la figure peut être facilementsupprimé; il suffit de relier la borne de gauche de la sonnerie S et le pôle négatif de la pile aux tuyaux de gaz.
- Fig. i. Moulage de deux sonneries réciproques.
- A l’aide de trois fils et d’une seule pile il est possible d’établir deux boutons et deux sonneries réciproques, c’est-à-dire qu’en appuyant sur le bouton 1 (fig. 4), la sonnerie Sj fonctionne seule, et que le bouton S2 n’actionne que • la sonnerie S3. Le diagramme suffit pour indiquer le montage.
- Dans certains cas, où l’on dispose d’une seule sonnerie et où l’on installe trois appels distincts A, B
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- cl C (fig. 5), il est facile d’utiliser cette sonnerie unique, sans tableau d'appel, pour distinguer facilement quel est le bouton A, B ou C qui a appelé. Pour cela, il suffit de prendre une sonnerie ordinaire (fig. 6) et de lui ajouter une borne 2 reliée électriquement au support de l’armature. On établit le montage comme l’indique la figure 5 en ayant soin d intercaler une résistance R de longueur convenable entre la borne 5 de la sonnerie et le bouton G. On aura alors trois appels distincts et bien caractérisés :
- 1° En appuyant sur A, le son sera celui d’une trembleuse ordinaire puissante;
- 2° En appuyant sur B, l’armature sera attirée une seule fois et frappera un coup unique, on aura ainsi une sonnerie à un coup ;
- o° En appuyant sur G, la trembleuse donnera un son affaibli par la résistance R, et qu’il sera impossible de confondre avec celui de A.
- 2 C~%----
- Fig. b. Montage d’un appel à trois directions distinctes.
- Il sera pratique d’établir Je conlactB comme tiw bre à la porte d entrée, le contact à trembleuse ordinaire pour le salon ou la chambre à coucher, et le contact aflaibli dans la salle à manger parce qu’à l’heure où l’on en fait usage, la personne à qui l’appel s adresse se trouve toujours, par la nature de son service, à proximité de la sonnerie et n’a pas besoin par conséquent d’un appel bruyant. On évite ainsi la dépense d’un tableau indicateur à trois numéros pour les petites installations, ce qui constitue une certaine économie.
- La sonnerie à trois bornes, mais un peu modifiée dans son réglage et son montage (fig. 7) permet de réaliser une sonnerie continue. Chaque fois qu’on appuie sur le contact, quelle que soit la durée de ce contact, la sonnerie continue fonctionne jusqu’à ce qu’on soit venu arrêter son fonctionnement par une manœuvre spéciale, ce qui constitue, dans bien des cas, une sécurité ou un contrôle.
- 11 suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 7 pour
- comprendre le montage. En temps ordinaire, le commutateur T intercalé entre la borne 1 de la sonnerie et le pôle positif de la., pile ferme le circuit, mais il n’y a pas contact entre le grain de l’armature et celui du ressort relié à la borne 5, la sonnerie ne
- Fig. 0. Souuerie double à uu coup et trembleuse.
- fonctionne donc pas. En appuyant sur le contact B, le courant de la pile passe par 2 et 1, l’armature est attirée et reste appliquée contre l’électro-aimant ;
- Fig. 7. Sonnerie continue.
- lorsqu’on cesse d’appuyer, elle s’éloigne en vertu de l’élasticité du ressort auquel elle est fixée, mais par suile.de la vitesse acquise elle dépasse la position primitive, les deux grains se touchent, il passe alors un courant dans l’électro par 3 et 1, l'armature est attirée, le contact se rompt, l’armature recule, rétablit le contact, est attirée de nouveau, et ainsi de suite,
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- jusqu a ce que l’on ait interrompu pendant un instant le circuit en T et que l’armature ait repris sa position de repos.
- Voici un cas où ce montage est tort utile. Lorsqu’une maison de campagne est un peu éloignée de la grille d’entrée, les domestiques laissent souvent le visiteur sonner sans répondre. Avec la sonnerie continue, si l’on a la précaution de placer l’interrupteur près de la grille, il faudra forcément que l’on aille à la porte pour faire cesser la sonnerie continue.
- La disposition est aussi à recommander pour une boîte aux lettres ; chaque fois que le facteur apportera des papiers, il soulèvera la petite porte oblon-gue qui ferme l’entrée de la boîte; on peut utiliser ce contact pour faire fonctionner la sonnerie continue... jusqu’à ce que le domestique soit venu recueillir les lettres.
- Comme il est à craindre que le domestique oublie sciemment de rétablir le contact en T, il est facile de forcer sa bonne volonté en disposant ce contact île telle sorte qu’il soit obligé de le rompre pour ouvrir la grille ou la porte de la boîte aux lettres et qu’il soit obligé de le rétablir pour refermer la grille ou la boîte.
- On voit par ces quelques exemples que le montage des sonneries électriques peut varier à l’infini et ne présente pas de difficultés bien sérieuses. Il suffit d’un peu de soin et d’attention pour la pose des fils.
- E. Hospitalier.
- — La suite prochainement. —
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 janvier 1882. — Présidence de 51. VVi urz.
- Les victimes de la science. — Tous les amis des sciences ont applaudi à la décision de M. Paul Bert, qui, comme ministre de l’Instruction publique, a demandé à l’Académie de dresser la liste de tous les chercheurs blessés ou tués depuis trente ans par des accidents de laboratoire, afin que l’Etat puisse leur venir en aide, à eux ou à leur famille. Seulement cet avis n’a pas été compris de tout le monde et le Secrétaire perpéluel signale un nombre énorme de demandes auxquelles il ne pourra' être fait aucune réponse. Les unes en effet se rapportent à des accidents plus anciens que la période déterminée par le Ministre, d’autres des personnes blessées ou tuées ailleurs que dans des laboratoires, au cours de voyages d’explorations par exemple. Une note très explicite ligurei a au prochain Compte rendu pour bien préciser les termes de la question.
- Inversion de température. — A l’occasion de la récente communication de M. Kenou sur les perturbations météorologiques que nous venons de traverser, M. le général de Nansouty écrit du Pic-du-Midi à M. Vinot que la température n’a pas été très froide cet hiver à l’Observatoire. Elle n’est pas descendue au-dessous de — 5°. Par contre, elle a été parfois incroyablement élevée, de telle sorte que le thermomètre au sommet du Pic marquait + 26° ! On était bien loin d’avoir cette température à Bagnères-de-Bigorre.
- M. de Nansouty signale en même temps l’observation, si rare en cette saison de la lumière zodiacale.
- Régime des taches solaires. — Par l’intermédiaire de M. Faye, un observateur allemand recherche la cause oscillatoire qui détermine les variations dans le nombre des taches solaires. On sait que les taches n’existent ni dans les régions circumpolaires ni dans la zone équatoriale. Elles sont propres dans chaque hémisphère à une bande moyenne et l’on sait depuis longtemps qu’elles sont surtout abondantes vers le milieu de cette bande. Or il résulte d’observations récentes qu’elles apparaissent vers le parallèle qui sépare la zone à taches de la calotte circumpolaire qui en est dépourvue; elles progressent dans la direction de l’équateur et en même temps elles augmentent en nombre et en surface jusque vers 15 degrés; puis elles diminuent de façon à disparaître vers la ligne de démarcation entre la zone à taches et la bande équatoriale. C’est là, suivant M. Faye, un phénomène de la plus parfaite netteté et dont la considération ne peut manquer de jeter un grand jour sur l’étude de la physique solaire.
- L'hydrate d'acide carbonique. — On a cherché à produire un hydrate d’acide carbonique en soumettant à une très forte compression un mélange d’eau et d’acide carbonique. Mais le résultat a été simplement la superposition d’une couche d’acide carbonique liquide sur une couche d’eau. M. Borosky (?) opère autrement : il comprime le mélange jusqu’au point où la liquéfaction va se produire, puis il fait intervenir la détente. Une poudre cristalline se produit qui persiste à la température ordinaire, ce qui ne permet pas de la confondre avec du givre d’eau, et dont on a pu mesurer la tension de dissociation à diverses températures. La conclusion de ces études est que ce composé représente réellement de l’acide carbonique hv-draté.
- Le blé niellé. — Conlirmant les résultats obtenus naguère par M. Davaine, M. Prillieux annonce que le b\é niellé résulte de l’hypertrophie des étamines du blé à la suite de la piqûre des angüillules. Le savant botaniste avant semé du blé mélangé de grains niellés, a parfaitement vu les anguillules pénétrer dans la jeune fleur, piquer les trois étamines et se laisser envelopper par le tube résultant de leur développement anormal. La théorie de M. Braun pour qui la nielle résulterait de l’hypertrophie de l’ovaire doit donc être abandonnée.
- Paléontologie rémoise. — Les paléontologistes apprendront avec le plus vif intérêt l’apparition de la deuxième partie des Recherches de M. le Dr Victor Lemoine sur les oiseaux fossiles des terrains tertiaires inférieurs des en virons de Reims. 11 s’agit surtout de la restauration de trois oiseaux que l’auteur désigne sous les noms de Remi-ornis Heberti, d’Eupterornis Remensis et de Gastornis Edwardsii. Ce dernier, haut de 5 mètres, présentant des analogies avec les échassiers comme avec les palmipèdes, semble posséder des caractères ordinairement propres aux reptiles. La conformation des débris de son bec conduit l’auteur à lui supposer des dents comme en avaient les oiseaux bien plus anciens désignés sous les noms A'Ichthyornis, à’Archéoptéryx et d'Hesperornis. Nous reviendrons prochainement d’une manière spéciale sur ce singulier animal, et nous nous bornerons pour le moment à adresser à M. Lemoine nos sincères félicitations.
- Les terrains tertiaires de Rretagnc. — M. Gaston Vas-
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- seur, docteur ès sciences, \ieut de publier uue liés importante monographie des terrains tertiaires de la Bretagne. Les géologues y trouveront de véritables révélations à l’égard d’un pays dont généralement on regarde le sol comme exclusivement intéressant par ses couches anciennes. Les cartes qui accompagnent ce beau travail, qui n’a pas moins de 452 pages et dont plusieurs représentent les contours des mers tertiaires dans notre péninsule occidentale, sont d’un très vif intérêt.
- Leçons sur l'électricité et le magnétisme. — La théorie égare au lieu de diriger une science pendant ses premiers pas, aussi ne convient-il pas de l'introduire prématurément dans son étude; mais aujourd’hui l’électricité est assez avancée pour que la théorie et le calcul [missent prendre place avec fruit dans l’étude des phénomènes électriques. C’est ce qu’ont pensé MM. E. Mascart et J. Joubert en publiant les Leçons sur l'électricité et le magnétisme dont M. Bertrand présente le premier volume 1. On peut considérer ce volume comme une théorie mécanique de l’électricité, car les auteurs, après avoir rappelé et coordonné les faits qui servent à l’établissement de la théorie, en ont étudié les conséquences mécaniques. Le titre n’est pas trop ambitieux, car il résume bien la pensée de l’ouvrage, quoique les auteurs semblent vouloir le récuser par modestie. Les démonstrations présentent, en général, toute la simplicité nécessaire pour être comprises par le physicien, sans cependant sacrifier la rigueur des raisonnements. Les parties qui font appel à la haute analyse mathématique pourraient être passées, sans inconvénient, à une première lecture, elles ne sont indispensables que pour suivre le développement de la théorie. Nous enregistrons donc avec un vif plaisir l’apparition d’un livre utile aux physiciens et qui fera honneur à la science française.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- SUR DES FLEURS DE GLACE
- Clennond-Ferrand, 24 janvier 1882.
- Monsieur le rédacteur,
- J’ai l’honneur de vous adresser deux photographies a de fleurs de glace, que j’ai laites le 51 décembre dernier, et dont m’a donné l’idée la communication de M. de Tou-chimbert, publiée dans le n° 550 de la Nature (14 février 1880).
- Ce n est pas a la surface de la neige (il n’en est pas tombé à Clermont depuis plus d’un mois), mais bien sur le sol de la cour de la Faculté des sciences, et surtout sur les feuilles mortes, les brins d’herbe et les morceaux de bois, que j’ai observé ce phénomène. Il ne s’est reproduit nettement depuis que deux fois, et dans les mêmes conditions. Il exige, je crois, un calme parfait de l’atmosphère, et je le considérerais volontiers comme une variété de givre. La chambre noire que j’avais à ma disposition ne m’a permis de reproduire ces fleurs curieuses qu’au tiers de leur grandeur; cependant on peut distinguer assez nettement leurs pétales translucides.
- Veuillez agréer, etc.
- Ch. Tuuchot.
- 1 1 vol. gr. in-8°, Paris, G. Masson, 1882.
- Ces deux photographies ressemblent aux dessins que nous avons publiés précédemment, n" 350 du 14 février 1880, p. 170.
- CURIEUX EXEMPLE DE FONTAINE INTERMITTENTE
- La Roche-sur-Yon, 18 janvier 1882.
- Monsieur le rédacteur,
- A environ 2 kilomètres de la mer, dans un terrain sablonneux, se trouvent trois ou quatre trous d’eau douce, mesurant environ ln‘,50 de profondeur. Lorsque la mer baisse, l’eau augmente dans les réservoirs, et lorsque la mer monte, l’eau descend d’environ 75 centimètres, sans acquérir pour cela la moindre amertume ; au contraire, elle est même si douce que l’on ne peut la boire. J’ai vu cela plusieurs fois se répéter, et les habitants des environs m’ont assuré qu’ils n’avaient jamais vu le niveau rester stationnaire pendant une journée; il arrive même quelquefois qu’aux grandes marées les réservoirs sont à sec.
- Veuillez agréer, etc.
- Eugène Bled.
- SUR LA PHYSIQUE SANS APPAREILS Monsieur le rédacteur,
- Je viens vous transmettre aujourd’hui deux expériences propres à démontrer certains phénomènes de science pure et dignes d’être insérées, ce me semble, dans votre intéressante petite encyclopédie de VEnseignement par les jeux ou de la Physique sans appareils.
- 1° Illusion d'optique. — Une personne place sur sa tète un chapeau haut de forme et s’éloigne de deux ou trois pas de son interlocuteur, puis lui pose le problème suivant : Indiquez-moi, avec votre daigt, au long du pied de ce meuble (cbaise, table, cheminée, etc.), la hauteur que vous reconnaissez au chapeau que je porte sur la tète?
- L’interlocuteur regarde, s’abaisse et marque généralement, au pied de la dite table, une hauteur de 50 ou 40 centimètres.
- Vous le priez de maintenu* son doigt à la place qu’il a marquée en manière d’index, puis déposant le chapeau sur le sol au long du meuble, vous lui démontrez neuf fois sur dix qu’il s’est trompé de près de moitié et au moins d'un quart de la hauteur réelle.
- Il est à remarquer que les ouvriers le mieux habitués à évaluer, à l'œil, les distances d’un point à un autre, se trompent aussi aisément en cette circonstance que le premier venu.
- Vous conviendrez qu’il y a là un singulier phénomène d’optique, puisque même des personnes prévenues se trompent une seconde fois si vous les soumettez à l’expérience dans une autre partie de l’appartement.
- J’en comprends le principe mais il me serait difficile d'expliquer la cause spéciale. — Dans un cas l’œil apprécie une distance supérieure, dans l’autre une distance inférieure à lui : cette différence de situation peut être une cause d’erreur mais me paraît insuffisante.
- 2° Force d'inertie, Résistance moléculaire, Compressibilité des métaux, démontrées dans une même expérience. — Prenez un cachet de cire (tel que ceux des lettres chargées), placez-le sur une enclume ou un tas de fer bien solidement calé ; ayez d’autre part une balle de plomb fondu (et non comprimé), ronde, de fusil ou de pistolet, proportionnée, quant à son diamètre, avec la largeur du cachet adopté pour l’expérience. Mettez cette balle en équilibre sur le cachet de cire et donnez sur elle un violent coup de marteau, sec, unique, assuré :
- Effet produit : Relevez la balle aplatie et vous constaterez qu’elle a pris l’empreinte du cachet de cire dans
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- ses moindres détails, sans le briser, si l'expérience est parfaite. Enfin à l’aide de celte matrice obtenue vous pourrez imiler le cachet copié dont vous n’aviez qu’une empreinte susceptible.
- Remarquez, monsieur, que je ne me donne pas comme l’inventeur de cette expérience qui fut créée dans un but pratique sous le second empire (m’a-t-on dit) par un Corse, directeur des postes, travaillant pour la section de l’administration connue encore aujourd’hui sous le nom de cabinet noir.
- C’est avec peine que j’admis cette expérience quand elle me fut expliquée et peut-être serez-vous momentanément incrédule vous-même à mes paroles. J’ai donc l’honneur de vous adresser divers spécimens que j’ai obtenus dans mon atelier sans outillage spécial.
- Mes résultats me permettent d’admettre qu’a l’aide d'un mouton d'estampeur, d’un peu d’étude sur les rapports devant exister entre la grosseur de la masse du plomb et l’intensité du choc on doit obtenir des résultats étonnants.
- A. lialle de plomb portant i’empreitilo obtenue par percussion du cachet de cire B (ligures grossies du doublé).
- C. Balle de plomb portant l'empreinte du cachet de cire D (légèrement grossi).
- Voilà ce me semble une expérience facile à faire et susceptible de démontrer bien des théories physiques en un seul coup de marteau. Elle me parait digne d’être indiquée aux lecteurs de la Nature
- Je joins à celte lettre : cachets, balles fondues, balles aplaties, etc. (reproduits par la figure ci-dessus).
- Les plombs laminés, vous le devinez sans peine, ne donnent pas un bon résultat. Ils sont presque à leur maximum d’écrasement moléculaire en sortant du laminoir.
- Une plaque de plomb ne donne pas à beaucoup près le résultat de la balle aplatie.
- Veuillez agréer, etc.
- Léon Duiuvs.
- SUR LE cour DE FOUDRE DU 20 DÉCEMBRE 1881. Monsieur le Rédacteur,
- Je vous envoie le récit succinct d’un phénomène météorologique curieux et assez rare qui s’est produit le
- 20 décembre 1881, dans les environs de Douai. C’était à la suite de la bourrasque qui a passé sur les Iles Britanniques et dont nous avons ressenti les effets.
- A 10 heures 1/2 du soir, un unique et violent coup de tonnerre s’est fait entendre; il était accompagné d’un éclair très intense. Des averses de pluie et de grêle avaient eu lieu à différentes reprises dans la journée.
- La foudre est tombée à Lin-le-Noble sur la cheminée de la sucrerie et raffinerie de M. Frévet, une des plus importantes de cette région. Cette cheminée, haute d’environ 50 mètres, est complètement découronnée. Une échancrure d’environ 9 mètres s’est produite au faîte. La foudre en est descendue le long, où elle a occasionné des crevasses et des éraillures assez profondes.
- Elle a ensuite enlevé la gargouille, inondé de suie les chauffeurs, parcouru les ateliers, éteint les^becs de
- Effet du coup do foudre du 20 décembre sur une cheminée d'usiu ; près de Douai. (D’après une photographie.)
- gaz, puis est sortie par un soupirail pour se perdre dans la terre.
- Durant ce trajet, elle a entouré de flammes un ouvrier sans lui faire le moindre mal. Du reste personne n’en a ressenti aucune atteinte.
- Plusieurs carreaux d’une maison voisine ont été cassés par le contre-coup de la foudre.
- La photographie que nous vous adressons (voy. la gravure), montre bien les dégâts occasionnés par ce météore ainsi que son trajet fait sur la cheminée.
- Les hangars voisins ont été endommagés par la chute des matériaux.
- Veuillez agréer, etc.
- Paul Desjiarest.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Labure, D, rue de Fleuras, à Paris. t
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- iN° 45 4,
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- . — 11 FÉVRIER 1882.
- VACCINATIONS CHARBONNEUSES
- DES ANIMAUX DOMESTIQUES
- Nous avons eu l’occasion d’assister récemment à la curieuse opération de la vaccination des moutons d’après la méthode de M. Pasteur; il nous a paru intéressant d’en décrire la pratique et de compléter ainsi les notions théoriques qui ont été présentées aux lecteurs de la Nature*. Sans vouloir répéter ce qui a été dit ici-meme par notre collègue M. le docteur Cartaz, nous rappellerons que le prin-
- cipe de la vaccination charbonneuse repose sur les faits suivants.
- La bactéridie cause de la mort d’un animal par le charbon est douée d’une virulence telle, qu’une goutte du sang de cet animal, introduite sous la peau d’un autre animal bien portant, détermine la mort de ce dernier en deux ou trois jours. MM. Pasteur, Chamberland et Roux sont parvenus à atténuer la virulence de cette bactéridie, et à obtenir des bactéridies d’espèces nouvelles, dont la virulence va en diminuant.
- Quand un animal a eu la maladie bénigne, par suite de l’introduction sous la peau de bactéridies
- Manière d'opérer la vaccination d’un mouton.
- dont la virulence est atténuée, il n’est plus apte à i contracter la maladie mortelle; en d’autres termes j il est préservé de la mort par le charbon au moins pendant un certain temps dont la durée reste encore à déterminer.
- On fait sur les animaux à préserver deux inoculations successives : la première avec une bactéridie très atténuée (premier vaccin), elle a pour résultat de communiquer aux animaux une fièvre très légère; la deuxième quinze jours après, avec une bactéridie plus virulente (deuxième vaccin) qui tuerait parfois d’autres animaux s’ils n’avaient pas été soumis à la première inoculation. Ce deuxième vaccin se traduit encore par une légère fièvre, mais alors
- 1 Voy. n° 450 du 14 janvier 1881, page 101 10* innée. — 1" semestre.
- les animaux sont définitivement vaccinés, c'est-à-dire préservés de la maladie charbonneuse. On peut vacciner non seulement des moutons, mais d’autres animaux domestiques, tels que des chevaux, des vaches et des chèvres.
- Le liquide vaccinal est envoyé à destination dans des tubes de verre fermés par un bouchon. Pour l’introduire sous la peau d’un animal on se sert de la petite seringue de Pravaz, dont la canule est munie d’une aiguille, et dont les médecins et les vétérinaires se servent pour les injections hypodermiques. La seringue doit être complètement pleine de liquide, ce qu’on fait par aspiration du piston, la canule plongeant dans le liquide. On tourne le curseur qui est en haut de la tige de façon à le faire descendre à la division n° 1.
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- Quand la seringue est pleine, un aide saisit le mouton à vacciner et le présente à l’opérateur comme l’indique la gravure ci-jointe. On introduit l’aiguille de la seringue sous la peau, vers le milieu de la cuisse droite, puis on pousse le piston jusqu’à ce que le curseur touche la seringue. La première inoculation est terminée. On tourne le curseur pour l’amener à la division n° 2, on inocule alors un second mouton et ainsi de suite, le contenu de la seringue servant pour huit animaux. Un opérateur habile arrive à vacciner plus de cent cinquante moutons en une heure de temps. Quinze jours après on pratique la même opération avec le deuxième vaccin, en piquant cette fois la cuisse gauche.
- Quand on veut opérer sur les bœufs, les vaches ou les chevaux, on introduit le vaccin à double dose, et au lieu d’opérer la piqûre à la cuisse, on la pratique derrière l’épaule pour les vaches et les bœufs, et à l’encolure pour les chevaux.
- Nous ajouterons en terminant, comme remarque très importante, que le liquide vaccinal introduit sous la peau doit être à l’état de pureté absolue. Si ce liquide était souillé par de l’eau non bouillie, par des poussières, etc., on pourrait introduire dans le sang, des organismes étrangers qui empêcheraient la vaccination ou qui pourraient même être la cause d’autres maladies (septicémie, phlegmon, etc.). La seringue doit être neuve, et quand elle a servi, elle doit être remise à neuf et entièrement purifiée.
- Le liquide vaccinal doit être conservé au frais, dans une cave par exemple.
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- COMMUNICATION TÉLÉGRAPHIQUE
- ENTRE LES TRAINS EN MARCHE
- M. Menuisier a présenté récemment à la Société cl'Encouragement un système qui permet, d’après cet inventeur, de relier télégraphiquement un train en marche avec d’autres trains et avec les gares de la ligne. Voici en quoi consiste le procédé :
- Sur la voie, entre les rails, on place un fil télégraphique tendu par les moyens ordinaires, et soutenu à une hauteur de 15 à 20 centimètres par de petits poteaux isolateurs fixés sur les traverses. Sur l’essieu du fourgon est une brosse à fils métalliques en forme de roue, placée de manière à se trouver profondément à cheval sur le lil électrique. Cette brosse rotative tourne en même temps que les roues du fourgon, reste constamment enfoncée sur le fil et établit par conséquent un courant constant, soit que le train marche, soit qu’il reste stationnaire, et cela malgré les bonds, les oscillations, les mouvements en lacet de la locomotive dans les courbes.
- En outre, puisque cette roue tourne, le frottement, et par suite l’usure, sont considérablement diminués et il se forme un courant d’air autour du fil. Cette brosse est reliée à l’un des pôles d’un appareil télégraphique placé dans chaque fourgon; l’autre pôle communique avec la terre par les roues et les rails. Le circuit est donc parfait. On conçoit maintenant qu’un courant envoyé du fourgon
- dans la brosse passera dans le fil de la voie, montera dans le fourgon de tous les trains également par sa brosse et y fera fonctionner le télégraphe, ainsi qu’avec toutes les gares et stations de la ligne, c’est-à-dire qu’un chef de train pourra à tout instant se mettre en rapport direct avec tous les trains en marche qui le précéderont ou le suivront. Bien plus, un simple cantonnier, muni d’une petite boîte, pourra, s’il survient quelque obstacle sur la voie, en avertir immédiatement les trains et les gares. Pour cela, il n’aura qu’à accrocher un fil au fil de la voie et à planter un clou en terre pour établir entre lui, tous les trains et toutes les gares, une communication directe et instantanée.
- Nous venons de résumer très succinctement une communication qui a priori semble très intéressante, mais que nous ne croyons pas devoir être considérée comme pratique. L’auteur semble oublier les passages à niveau, les bifurcations, les croisements de voie, les services intérieurs des gares, les plaques tournantes, qui ruinent le principe de son système; il faut ajouter encore l’embarras causé par un fil tendu entre deux rails. L’idée de M. Menuisier n’est d’ailleurs pas nouvelle; elle a été proposée antérieurement par Bonelli.
- PILE AU SÉLÉNIUM DE M. MERCADIER
- En parlant du téléradiophone, nous avons signalé en passant l’élément au sélénium employé par M. Mercadier dans cet appareil, sans faire connaître ses dispositions particulières.
- Ce petit système est analogue, en principe et comme but, à l’élément de sélénium employé par M. Graham Bell, dans son photophone ; c’est un appareil à résistance variable, sous l’influence d’un rayon lumineux plus ou moins intense qui le frappe. Il en diffère cependant sous certains points par sa construction beaucoup plus simple, plus rapide et plus facile, et mérite à ce titre d’être décrit à part, car il s’applique également à toutes les recherches radiophoniques.
- La figure ci-contre représente un des éléments à sélénium en grandeur naturelle. Il a été construit sous cette forme par MM. Mercadier et Humblot pour pouvoir être établi à peu de frais et remis rapidement en bon état s’il venait à se détériorer.
- Pour construire cet élément, on prend deux rubans de laiton a et b d’un dixième de millimètre d’épaisseur environ et d’un centimètre de largeur. On les sépare par deux rubans de papier parchemin qui sert d’isolant et l’on enroule les quatre rubans en spirale, comme l’indique la figure ci-contre dans laquelle l’un des rubans de laiton est représenté par un trait plein, le second par un trait, ponctué et le papier par l’intervalle blanc qui les sépare. Le bloc ainsi formé est pris entre deux lames de laiton c et d, en contact respectivement avec les extrémités a' et b' des rubans métalliques : le tout est fortement serré entre deux morceaux de bois dur maintenus par deux entretoises M et N. Deux bornes A et B, en communication métallique avec les lames c et d, servent à relier l’élément au circuit dans lequel on doit l’intercaler. On lime alors une des faces et on la polit avec soin au papier émeri'. Après avoir ainsi poli le bloc et constaté avec un galvanomètre sensible l’absence de communications métalliques, on recouvre la face polie de sélénium de la manière suivante :
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- On chauffe l’appareil dans un bain de sable ou en le posant à plat sur une plaque épaisse de cuivre chauffée par la flamme d’un bec Bunsen jusqu’au moment précis où un crayon de sélénium appuyé dessus commence U fondre; on promène alors le crayon le long de la surface de façon à la recouvrir d’une couche aussi mince que possible. En ne laissant pas la température s’élever au-dessus de ce point, le sélénium prend la teinte ardoisée qui caractérise l’état où il est le plus sensible à la lumière. Il est inutile de le recuire ; en laissant refroidir l’appareil il est prêt à fonctionner. Pour préserver la surface on peut la protéger par une lame mince de mica ou la recouvrir d’une couche de vernis à la gomme laque déposé à chaud. Si l’appareil vient à être détérioré, il
- Pile au sélénium de M. Mercadier.
- suffit de relimer la surface, de la repolir et de la sélénier de nouveau pour le remettre en état. Les résistances de ces éléments varient dans de très grandes proportions avec les dimensions, la nature du sélénium, le mode de préparation, etc.
- Construit comme nous venons de l’indiquer, le récepteur à sélénium convient pour tous les appareils radiophoniques et photophoniques, ainsi que pour les nombreuses expériences par lesquelles on démontre les singulières propriétés électriques de ce corps si peu connu jusqu’ici.
- Pour obtenir de bons résultats, il faut environ dix éléments Leclanché en tension et des téléphones très résistants, c’est-à-dire dont le til très fin ait un grand nombre de tours sur le noyau aimanté.
- UTILISATION DES CHUTES DU NIAGARA
- Il est sérieusement question aux États-Unis d’exploiter le pouvoir hydraulique des chutes du Niagara. Voici quelques détails sur le projet. Il y aura trois turbines, chacune de lm,22 de diamètre, desservant une chute de 24 mètres par l’intermédiaire d’un tuyau de 2m,15 de diamètre. Chacune des trois turbines aura une force de 1000 chevaux, et puisque c’est des Grands Lacs et du Niagara qu’elles tireront l’eau, l’alimentation sera à peu près inépuisable. Les ingénieurs-mécaniciens ne manqueront pas de suivre avec le plus grand intérêt l’expérience qui se fera avec des turbines de dimensions aussi considérables. Voici du reste le tableau des forces que l’on retire des chutes des principales rivières des États-Unis : le Passaic, à Paterson N. J, 1000 chevaux; le Merrimac, à Lowell, 10 000 chevaux; le Mohawk, à Cahoes, 14 000
- chevaux; le Connecticut, à Hadley, 17 000 chevaux ; l’Àn-droscoggrin, à Lewiston, 11 000 chevaux; le Ilousatonic, à Canaan Falls, 3000 chevaux; le Mississippi aux chutes Saint-Anthony, 15 000 chevaux; l’Oswego, à Oswego, 4000 chevaux. La force totale de ces chutes s’élève à 75 000 chevaux, dont chacun sert au moins à deux reprises, de sorte que cela représente un total agrandi de 225 000 chevaux. Dans la partie montagneuse du continent, les petites rivières abondent également, et leur force totale n’est guère au-dessous de 225 000 chevaux; ainsi il y a dans les États-Unis réunis une force hydraulique de 500 000 chevaux, desservant une population d’environ 50 millions d’individus. Mais ce ne sont là, pour ainsi dire, que les forces secondaires des montagnes et des vallées. Le Niagara est toujours la puissance principale qui semble absorber toutes les autres et qui en renferme quatre fois la force. Les données publiées par le Bureau des relevés géométriques des États-Unis en 1875, démontrent qu’il coule environ une quantité de 285 000 mètres cubes par minute au-dessus des chutes. En multipliant ce chiffre par 61 mètres, hauteur de la chute moyenne, on arrive à une force totale de 5 millions de chevaux, force immense qui suffirait aux besoins économiques d’une population de 200 millions d’âmes.
- LES TÉLÉPHONES A PARIS
- SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TÉLÉPHONES
- Nous croyons que le réseau téléphonique de Paris est le plus parfait de tous ceux fonctionnant aujourd’hui, tant en Europe qu’aux États-Unis.
- D’ahord il est presque entièrement souterrain ; il profite des égouts de la Ville de Paris, et trouve là un avantage qu’aucun autre réseau urbain n’aura de longtemps. Il n’est pas impossible d’établir un réseau téléphonique souterrain, sans recourir aux égouts, mais la méthode adoptée par la Société générale des Téléphones a l’avantage énorme de ne nécessiter aucun remaniement du sol, ni pour la pose, ni pour la réparation des lignes. C’est seulement le rattachement de l'appareil de chaque abonné à la ligne souterraine qui exige un petit travail de terrassement, de fort peu d’importance.
- Nous avons dit du réseau parisien, qu’il est presque entièrement souterrain. En effet dans quelques cas il faut continuer la ligne souterraine à un endroit où s’arrête l’égout, par une ligne aérienne allant aboutir chez un abonné. C’est là l’exception, on ne rencontre ces lignes aériennes que dans les quartiers éloignés du centre.
- Un second mérite du réseau parisien, qui le distingue encore de tous les autres, c’est qu’il est entièrement métallique, c’est-à-dire que les lignes sont doubles1; elles sont composées d’un fd d’aller et d’un fil de retour, sans communication avec la terre. Il y a là une très grande augmentation de
- * Toutes les lignes nouvelles sont établies à deux fils; mais les anciennes ne sont pas encore toutes mises au nouveau système.
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- dépense, mais il résulte de l’emploi du double fil, la suppression de ce qu’on appelle les bruits d’induction.
- Quoique la plupart des lecteurs de la Nature soient familiers avec ce phénomène et ses causes, nous nous y arrêterons un instant. Quand deux fils sont placés parallèlement l’un à l’autre, et que le premier est parcouru par un courant variable, le second fil devient le siège de courants dits d’indue-tion, produits sous l’influence du premier. Si, par exemple, le premier fil sert à une transmission télé-
- gra phique Morse, c’est-à-dire à l’envoi de courants intermittents d’une durée très courte ou un peu plus longue, il se produit dans le second des courants instantanés au moment de la fermeture du premier circuit (inducteur) et au moment de la rupture. Ces courants instantanés agissent sur des appareils sensibles et particulièrement sur les téléphones, et leur font produire des bruits qui s’ajoutent et se mêlent aux sons articulés que le téléphone est destiné à faire entendre. Il peut arriver que ces bruits télégraphiques soient assez intenses pour rendre la corres-
- Fig. 1. Carte des bureaux téléphoniques de Faris en 1882.
- pondance téléphonique impossible; mais cela est fort rare; en général, ce bruit étranger n’empêche pas la conversation par le téléphone, qui a lieu de* la même façon qu’entre deux interlocuteurs causant dans une salle où il se fait du bruit. On parle au travers d’un bruit de friture suivant l’expression fort juste qui a cours. Mais cette induction a un autre inconvénient encore plus marqué. La sensibilité de ces effets est telle que les courants téléphoniques qui circulent dans un fil, en produisent de correspondants dans un fil voisin, de telle sorte que si deux lignes téléphoniques se côtoient, on peut entendre aux deux bouts de la seconde ce qui se dit dans la première et inversement. Il n’est pas même
- nécessaire que les deux lignes se suivent dans toute leur longueur pour que ces effets s’observent et il suffit qu’elles soient voisines sur une certaine étendue pour qu’on entende de l’une sur l’autre.
- 11 y a plusieurs moyens de soustraire une ligne téléphonique a cette cause de trouble.
- Le premier moyen devait venir à l'esprit de tout le monde, mais je crois avoir été le premier à le formuler, quand je présentai le téléphone, à ses débuts, à la Société de Physique, le 22 novembre 1877. 11 a été depuis pris des brevets pour ce moyen; mais jamais personne n’a essayé de tirer parti de cette soi-disant invention. Il consiste simplement à renoncer à l’emploi de la terre, à faire usage d’un
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- fil d’aller et d’un fil de retour, comme on faisait dans les premiers temps de la télégraphie, avant que Steinheil montrât qu’on pouvait correspondre avec un seul. Il n’y a pas besoin d’être électricien pour comprendre que si le courant inducteur circule à la fois dans les deux fils d’un circuit, placés côte à côte, il y circule en deux sens contraires et l’induc-
- tion qu& chacun d’eux exerce sur un conducteur voisin est compensée par celle de l’autre.
- On comprend égalementque l’induction quis’exerce à la fois sur les deux fils formant un circuit double, y produit deux actions de même sens qui arrivent au récepteur par des chemins opposés, s’y compensent et suppriment leurs effets.
- Fig. 2. Installation du bureau central téléphonique de l’avenue de l’Opéra, à Paris.
- A. Égout de l’avenue de l'Opéra. — B. Branchement particulier. — G. Rosaces des lignes d’ahonnés. — D. Rosaces des lignes auxiliaires.
- E. Commutateurs. — F. Table à piles. — G. Bureau de vente.
- Pour ces deux raisons, deux lignes téléphoniques doubles sont sans action l’une sur l’autre.
- Il faut cependant observer que cette suppression des effets d’induction ou plutôt cette compensation de deux effets l’un par l’autre, n’est complète que si les lignes sont régulièrement placées, de façon que les différences de distance, s’il y en a, soient compensées. Pour nous faire comprendre, nous prendrons l’exemple d’une ligne téléphonique aérienne double (les deux fils placés à la même hauteur sur les poteaux). Elle subira l’influence des fils télégraphiques placés au-dessus d’elle, parce qu’ils ne seront pas à égale distance des deux brins de la ligne téléphonique. Pour tourner cette difficulté, il suffit d’éloigner fa ligne téléphonique des lignes télégraphiques. Il en résulte deux effets : 1° la distance générale augmente et l’induction diminue; 2° la différence de distance diminue et les deux actions inductrices se rapprochent d’être égales.
- Les lignes de la Société générale, placées en égout, sont dans les meilleures conditions, dans des conditions vraiment théoriques, comme on va le voir. Les grands câbles se composent de quatorze fils ou sept
- lignes doubles pour sept abonnés, et de sept couleurs différentes ; chaque couple de fils de même teinte est tordu, de sorte que leur distance moyenne à un autre conducteur quel qu’il soit, est la même pour tous deux et que, quelle que soit la distance ou la position d’un conducteur voit in, il est sans action inductrice sur la ligne double tordue, de même qu’elle est sans influence sur lui.
- Un second moyen consiste à envelopper d’une gaîne de plomb chaque fil isolé. Ce moyen a été mis en œuvre par MM. Berthoud, Borel et Cie, qui ont fait pour la Société générale des Téléphones quelques kilomètres de câbles à sept conducteurs. Chacun d’eux est recouvert d’un isolant particulier et de coton, puis enveloppé d’un tube de plomb. Ces sept conducteurs ainsi recouverts, sont réunis dans un gros tuyau de plomb. Il n’a pas été fait sur ces fils d’expériences suffisantes, depuis qu’ils sont posés dans les égouts; mais des essais ont été faits dans l’usine, desquels il résulte que, quand les communications se font en circuit entièrement métallique, fil intérieur pour l’allée, tube de plomb pour le retour, les bruits d’induction sont complètement supprimés.
- COUPE TRANSVERSALE
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- Fig. 3. Coupe transversale de l’installation.
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- Un autre moyen a été proposé par M. Brooks. On se rappelle avoir vu à l’Exposition d’Électricité, dans la travée de la India Rubber, Gutta-Percha and Telegraph Works C°, un tube de plomb dans lequel étaient quarante fils recouverts chacun de coton et baignant dans la paraffine liquide. 11 paraît que l’isolement est excellent et durable ; des expériences faites en France et en Angleterre sont sur ce point très concluantes. M. Brooks affirme que des courants téléphoniques sont sans action inductrice dans ces conditions et la raison qu’il en donne est que l’induction de chaque conducteur se partage entre les trente-neuf autres et est insensible dans chacun d’eux. Quoi qu’il en soit de l’explication, si la chose se vérifie, l’invention de Brooks contribuera singulièrement au progrès des réseaux téléphoniques souterrains.
- Il y a enfin des moyens fondés sur diverses modifications faites aux appareils; nous n’en parlerons pas ici, parce qu’aucun d’eux n’est employé par la Société générale des Téléphones, ni à notre connaissance par aucune Compagnie étrangère.
- Distribution du service. — Le réseau parisien de la Société générale des Téléphones est borné par les fortifications; il est divisé en dix réseaux ayant chacun pour centre un bureau dit central (fig. 1); ces divers bureaux centraux sont reliés entre eux par des câbles qui viennent tous se joindre à un centre général, 27, avenue de l’Opéra.
- Quand un abonné veut parler à un autre, il peut se présenter deux cas : 1° le second abonné habite le même arrondissement téléphonique; la téléphoniste du bureau, appelée par le premier, appelle le second et quand elle a reçu sa réponse, elle le met en communication avec le premier en leur disant à tous deux à la fois la phrase sacramentelle : « Parlez, messieurs, parlez. » C’est le cas le plus simple. 2° Le second abonné habite un autre arrondissement ; la téléphoniste du bureau A, appelée par le premier abonné, appelle le bureau D, qui appelle à son tour le second abonné. Quand il a reçu sa réponse, la communication est donnée aux deux abonnés.
- Ces préliminaires posés, nous arrivons à la description d’un bureau central.
- DESCRIPTION d’un BUREAU CENTRAL
- Nous choisirons pour le décrire, le bureau A sis avenue de l’Opéra, n° 27. Il se compose en réalité de deux bureaux adossés l’un à l’autre (E, E, fig. 5); mais reliés l’un à l’autre électriquement, comme si une grande distance les séparait. Nous les appellerons bureau de droite, et de gauche, pour abréger le discours.
- Arrivée des fils à la cave. — Pour procéder dans l’ordre logique, nous devons prendre les fils à leur sortie de l’égout et à leur entrée dans la maison. Les figures 2 et 3 montrent clairement la disposition gé nérale; elles représentent en coupe longitudinale et transversale tout l’établissement. A gauche (fig. 2)
- on voit l’avenue de l’Opéra et par-dessous, l’égout. Les câbles en suivent le plafond, pénètrent dans le branchement particulier de la maison et traversent le mur. Les voilà entrés dans le sous-sol, dans la cave. Ils se séparent, moitié allant au plafond, moitié au plancher. L’œil les suit jusqu’à une grande guérite de bois carrée, C, avec des angles abattus présentant des portes. Cette guérite est la rosace des lignes d’abonnés.
- Cette rosace se voit à plus grande, échelle dans la figure 4, où elle est au premier plan. Les câbles arrivent à l’intérieur de la guérite et viennent s’étaler sur les quatre faces, à l’intérieur. Là s’arrête l’enveloppe de plomb. Les fils traversent deux à deux la paroi de la guérite (fig. 4) et viennent aboutir à des pièces métalliques isolées sur une petite base d’ébo-nite, qu’on appelle serre-fils.
- Chaque câble porte son numéro gravé sur corne bien lisible (fig. 5). On retrouve ces étiquettes dans la figure 4, tout autour du cercle dans lequel se groupent les attaches, comme nous allons le voir.
- Chaque fil double porte le nom de l’abonné auquel il appartient : Ader, Opéra, Huet, Pérot, etc., etc. (fig. 3). Ces sept fils doubles sont de sept couleurs, toujours les mêmes et toujours placées dans le même ordre, pour faciliter et abréger les recherches.
- Les deux fils d’un abonné aboutissent, avons-nous dit, à deux pièces de laiton isolées sur une plaque de caoutchouc durci. Aux autres bouts de ces serre-fils, viennent aboutir deux fils venant du tableau. Ces deux fils nortent un numéro commun 105, 901, 760, 41, etc. (fig. 5). Ces numéros ne se suivent pas et indiquent le numéro auquel ils aboutissent dans le tableau indicateur, que nous trouverons tout à l’heure dans le bureau central.
- C’est ici que va se justifier l’emploi de la rosace qui ne s’est pas encore expliqué au lecteur. Nous allons en montrer la raison d’être.
- Quoique nous n’ayons pas encore parlé du bureau, des indicateurs et des manœuvres qui s’y font, on comprend que la mise en communication de deux abonnés se fera d’autant plus rapidement qu’ils seront plus voisins l’un de l’autre, dans le bureau, surtout s’il a une grande longueur. Il y a donc lieu de réunir, autant que possible, les abonnés en groupes sympathiques, si on nous permet cette expression, c’est-à-dire en groupes de personnes causant plus habituellement ensemble. Cette distribution des abonnés n’est pas une chose une fois faite; il y a des mutations fréquentes pour diverses raisons : changement de domicile d’un abonné, arrivée de nouveaux abonnés, etc., etc. Il faut pouvoir faire ces changements d’une manière prompte, sans déranger les autres abonnés et de telle façon que la nouvelle communication soit aussi parfaite que l’ancienne.
- Ce but est atteint par l’emploi delà rosace.
- On voit figure 4 par le grand trou circulaire de la rosace antérieure et par la porte enlevée à l’angle de la guérite, les fils recouverts de gutta-percha qui montent au bureau. Tous ces fils passent par un
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- point central qui est à égale distance des quatre cercles ou rosaces des quatre faces de la guérite. Ils ont donc tous théoriquement la même longueur et peuvent être changés de place sans qu’on ait à les allonger. En réalité ces fds ont une grande longueur supplémentaire qui répond aux petits accidents fréquents dans le serrage des fds métalliques sous les vis.
- Avec cette disposition excellente, il faut une ou deux minutes au plus pour changer un abonné de place dans le tableau indicateur des appels que nous allons voir au bureau tout à l’heure, de telle sorte que le déplacement de cet abonné sera fait sans qu’il s’en doute.
- Cette rosace quadruple du bureau de l’avenue de l’Opéra est la plus complète qui existe en Europe. Il a toujours fallu dans les grands bureaux télégraphiques des dispositions de ce genre, mais elles étaient bien loin d’avoir cette importance et cette perfection.
- Les lecteurs qui veulent avoir une complète intelligence de ce que nous venons de dire, voudront bien y revenir après avoir lu ce qui va suivre sur les bureaux proprement dits.
- Bureau proprement dit. — La figure 6 montre l’ensemble d’un des deux bureaux jumeaux de l’avenue de l’Opéra. Il s’étale comme on voit sur un panneau de bois, qui porte les appareils que les demoiselles ont à manoeuvrer pour le service. Le second bureau est identique au premier. Us sont parallèles et se tournent le dos, si on nous permet cette expression.
- Entre les deux panneaux est un couloir étroit, où pénètrent seuls les agents du service spécial et dans lequel sont, sur les revers des panneaux, les électroaimants des indicateurs, les bobines d’induction, et les nombreux fils isolés à la gutta-percha, auxquels il est tout à fait précieux d’avoir accès pour les réparations ou changements de toute sorte, en même temps qu’il est utile de les protéger contre la curiosité maladroite des visiteurs.
- Cette disposition d’ensemble mérite les plus grands éloges; l’idée n’en est pas tout à fait nouvelle; mais elle est mise en œuvre à l’avenue de l’Opéra d’une manière tout à fait satisfaisante. La figure 2 la fait bien comprendre; elle montre à droite l’un des bureaux avec sa pendule et ses appareils téléphoniques, et à gauche la face postérieure de l’autre bureau. La coupe transversale (fig. 3) montre les deux bureaux E, E et entre eux le couloir.
- Nous avons vu tout à l’heure, les fils arriver de l’égout dans la cave, s’étaler autour des quatre rosaces et se réunir de nouveau au centre. De là ils montent au rez-de-chaussée, dans le couloir intermédiaire, et se distribuent sur toute la surface intérieure des panneaux dans les divers appareils.
- Le premier dans l’ordre logique est l’indicateur ou annonciateur, qui (son nom le dit) annonce que l’abonné correspondant a appelé. Les indicateurs sont
- placés à la partie supérieure du panneau (fig. 6).
- On les fait de formes variées ; celle qui est employée par la Société générale des Téléphones présente un petit disque mobile autour d’un axe horizontal à sa partie inférieure et retenu par un petit crochet à sa partie supérieure. Ce crochet est porté par l’armature de l’électro-aimant monté derrière le panneau. Quand l’abonné appelle le bureau, de chez lui, il appuie sur un bouton et lance le courant de la pile entière sur la ligne. Ce courant arrive dans l’électro-aimant de l’indicateur; l’armature est attirée, le crochet se lève et le disque tombe, découvrant un numéro caché jusque-là, qui est celui de l’abonné. En même temps cette chute du disque produit un effet de relais, ferme un circuit local et une sonnerie se met en branle. Cette sonnerie est d’un fort petit modèle, bien suffisant dans la journée. La nuit on lui en substitue une autre beaucoup plus bruyante et suffisante à réveiller les employés endormis dans leurs fauteuils.
- La téléphoniste entend la sonnette, relève le disque de l’indicateur et arrête la sonnerie.
- Pour répondre, elle appuie sur un bouton placé entre les tableaux; la figure 6 montre clairement celui qui est placé entre le premier tableau (1 à 25) et le second (26 à 50). Cette manœuvre a pour résultat de faire tinter la sonnerie de l’abonné; c’est l’accusé de réception de son appel. Cela fait, l’abonné et la téléphoniste commencent à parler ; nous n’avons pas à décrire ici le téléphone transmetteur et récepteur de l’abonné. Celui du bureau central est fort commode pour le service; il se tient à la main et présente à la fois le récepteur à l’oreille et le transmetteur devant la bouche. Il est plus à propos de le tenir de la main gauche et de garder la droite libre pour les manœuvres. Cet appareil est composé d’un transmetteur Edison et d’un récepteur Bell dont l’aimant nickelé porte à sa seconde extrémité le transmetteur. Un cordon souple attaché au téléphone se termine par une cheville qu’on enfonce dans l’un des trous du Jackknife correspondant à l’abonné.
- Voici ce qu’est le Jackknife 1 :
- Une petite barre carrée de laiton placée sur le tableau à la partie inférieure et présentant deux trous sur la même ligne. Nous n’expliquerons pas ici la raison d’être des deux trous, qu’il serait difficile de donner sans un dessin à plus grande échelle et sans une introduction assez longue.
- Ces barres ou Jackknives se voient au nombre de vingt-cinq (fig. 6) sur chacun des tableaux;
- 1 Le mot anglais Jackknife, dont le pluriel est Jackknive», est un mot composé de Jack, qui veut dire Jeannot, et de knife, qui signifie couteau. L’apparence peut faire croire que Jack est la forme anglaise de Jacques. 11 n’en est rien. Jacques en anglais est James et Jack est le diminutif de John, Jean. La seconde partie du mot, knife, se justifie parce que l’objet en question présente latéralement un ressort comme celui d’un couteau. Jack dans la langue familière désigne le matelot, le vieux loup-de-mer, et Jack’s knife, qu’on a condensé en Jackknife, veut dire le couteau du vieux marin.
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- chacun d’eux correspond à un des vingt-cinq indicateurs et par suite à un abonné. Les indicateurs portent des numéros se suivant dans l’ordre naturel,
- et les Jackknives ont chacun une petite plaque d’ivoire placée au-dessus et portant le nom de l’abonné. Quand la jeune personne a enfoncé la cheville
- Fig. i. Bureau. ceriU-al . téléphonique de l'avenue de l’Opéra, à Paris. Vue des rosaces du sous-sol, reliant les fils des abonnés.
- (Voy. C' et D, coupes d’ensemble, fig. 2 et 5, page 165.)
- dans le Jackknife, son téléphone est en communication avec l’abonné; elle peut lui parler et l’entendre.
- En général l’abonné X demande à parler à .« un autre Y; dès qu’elle l’a compris, la téléphoniste lui répond ;
- « Bien, veuillez attendre, je vais appeler Y.»
- Elle enlève aussitôt la cheville de son téléphone du Jackknife de X et va le mettre au Jackknife de Y; elle presse le bouton d’appel, sonne l’abonné Y, qui répond par un coup de sonnette. Elle parle à Y, qui accepte d’être mis en communication avec X. Elle
- joint alors les deux lignes de X et de Y qui peuvent parler l’un à l’autre. Cette dernière manœuvre se fait avec une extrême rapidité ; mais il nous faudra bien des mots et des phrases pour l’expliquer. Les appareils qui y servent sont différents dans les di-
- Fig. 5. Détail de la rosace
- vers pays et dans les divers bureaux et font partie de l’originalité de chaque système. Nous ne parlerons bien entendu que des appareils de l’avenue de l’Opéra.
- Supposons que l’abonné X étant parmi les vingt-cinq du premier tableau, Y y soit aussi ou dans le tableau voisin (de 25 à 50) ; c’est-à-dire qu’ils soient voisins l’un de l’autre dans le bureau.
- Dans ce cas, très favorable, la téléphoniste prend une corde métallique enveloppée d’une tresse de soie et terminée à chaque bout par une cheville métallique; elle met ces deux chevilles dans les deux Jackknives des deux abonnés, qui sont ainsi mis en communication.
- Si au contraire, les deux abonnés sont dans des tableaux éloignés l’un de l’autre, il n’est pas pos-
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- sible de mettre une corde souple de l’un à l’autre, comme dans le premier cas. Cela est impossible, parce que les cordes seraient fort longues et d’un maniement difficile, et parce que les nombreuses cordes ainsi placées à la fois sur la ligne des tableaux s’emmêleraient et qu’on détacherait souvent l’une d’elles, en enlevant l’autre.
- La difficulté a été résolue d’une manière très heureuse au moyen d’une autre série de Jackknives qui se voient à la partie inférieure du panneau. Ils sont disposés en groupes correspondant chacun à un groupe de deux tableaux indicateurs. Ainsi, les deux premiers tableaux (1 à 25) et (26 à 50) ont
- au-dessous d’eux un groupe de Jacks1 composé de 8 lignes horizonta'es numérotées de 1 à 8 et de 8 lignes verticales, distinguées par les lettres A, B, C, etc.
- Tous les groupes de Jacks ont le même nombre de pièces et la même numération double, qui en fait une table à double entrée.
- Tous les nos 1 A sont réunis ensemble par un fil de communication placé derrière; de même tous les nHS 2 A, de même les nos 1 R, etc., etc.
- En un mot, dans toute la série de Jacks, tous ceux de même nom (les C.7., par exemple) sont en communication entre eux.
- Fig. 6. L’un des bureaux centraux téléphoniques de l’avenue de l’Opéra, à Paris. Mise en communication des abonnés.
- (Yoy. E, E, coupe d’ensemble, fig. 2 et 3, page 165.)
- Par suite pour mettre un abonné X du groupe | de tableaux n° 1 par exemple, en rapport avec un autre Y d’un tableau éloigné, il faudra mettre un cordon du Jackknife de X à un des Jacks B inférieurs de la ligne n° 1, puis aller au tableau où est l’abonné Y et mettre un cordon de communication du Jack n° 1 B du groupe correspondant au tableau de Y au Jackknife de Y. Il faut donc faire deux manœuvres au lieu d’une, qui suffisait dans le premier cas.
- Le lecteur comprend mieux maintenant la raison d’être des rosaces de la cave qui donnent un moyen facile de changer le groupement des abonnés et la place des nouveaux, à mesure qu’on reconnaît avec quels autres ils ont le plus souvent à parler.
- Les précautions qu’on a prises pour éviter des
- confusions dans l’emploi de ces conducteurs si nombreux qui suivent toute cette longueur de 12 mètres de tableaux, etc., etc., ces précautions, dis-je, ont été extrêmement bien entendues.
- D'abord les Jacks du bas sont de deux couleurs alternant, une ligne horizontale noire, une claire; puis une autre noire et une autre claire. Cela facilite la recherche du Jack cherché. Ensuite la ligne horizontale n° 1 est affectée au groupe n° 1 des deux tableaux de 1 à 50 ; la ligne horizontale n° 2 au groupe d’abonnés qui ont les nos 51 à 100 ainsi de suite. On voit donc que les abonnés du groupe de 1 à 50 peuvent en même temps parler à
- 1 Nous les appelons Jacks tout court, pour faire une distinction et parce qu’ils n’ont qu’un trou et pas de ressort comme un couteau (knife).
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- des abonnés des autres groupes. En même temps d’autres abonnés d’un groupe quelconque, 201 à 250 par exemple, peuvent parler aux abonnés du premier groupe par des Jacks de la ligne horizontale n° 5. Toute confusion est évitée par cette simple règle que l’abonné qui appelle, parle à l’autre par la ligne de Jacks qui a le même numéro que son groupe.
- Dans ce qui précède, nous n’avons parlé que des communications entre deux abonnés du bureau même qui est l’objet de notre examen actuel. Nous arrivons maintenant aux communications échangées entre les abonnés de ce bureau et ceux des autres.
- Et d’abord parlons du second bureau le l’avenue de l’Opéra, celui qui est le jumeau du premier. La communication entre ces deux bureaux est pratiquée comme entre deux bureaux quelconques, et les échanges d’appels et de conversations se font tout comme si les deux bureaux étaient séparés par un kilomètre, au lieu de l’être par un corridor étroit. Mais comme les abonnés sont du même quartier et du quartier le plus actif au point de vue des conversations téléphoniques, on a mis entre les deux bureaux 25 lignes. Ces lignes aboutissent dans le poste à un tableau de 25 indicateurs désignés par un petit bloc peint de trois bandes de couleurs différentes, rouge, vert et marron. Quand un abonné du premier bureau demande un abonné du bureau jumeau, la téléphoniste choisit un fil libre parmi ceux qui vont à l’autre, appelle l’autre bureau; et ensuite met son abonné en communication avec le second bureau au moyen de Jacks spéciaux qui sont placés au-dessus de ceux numérotés dont nous avons parlé plus haut. Ces Jacks spéciaux sont disposés en trois lignes désignées, non par des numéros, mais par des boutons des trois couleurs rouge, vert et marron.
- Les communications avec les autres bureaux sont données précisément de la même façon ; c’est-à-dire qu’il y a quatre tableaux auxquels aboutissent les fils qui viennent des autres bureaux, et que la liaison est établie entre les abonnés du bureau qui nous occupe et les bureaux des autres quartiers, au moyen de Jacks spéciaux placés en quatre lignes horizontales, au-dessous des huit lignes numérotées.
- Ces quatre lignes de Jacks sont désignées par des boutons de quatre couleurs, blanc, bleu, jaune et noir.
- En résumé, on voit qu’il y & li-
- gnes de Jacks qui fournissent un grand nombre de communications simultanées possibles, aux abonnés.
- Communication à double fil. — Nous avons décrit toutes les dispositions du bureau, comme si les liaisons électriques étaient faites au moyen d’un seul conducteur. Nous avons cru devoir le faire pour ne pas compliquer nos explications. Nous devons dire maintenant que toutes les liaisons sont à double conducteur. Tous les Jackknives sont composés de deux plaques de cuivre isolées l’une de l’autre par une lame d’ébonite. Toutes les chevilles, qui ter-
- minent les cordons souples pour la mise en communication des abonnés, sont doubles ; elles sont formées de deux parties concentriques isolées ; l’une au milieu est une cheville massive, sciée en deux suivant un plan diamétral pour lui donner du ressort; l’autre est autour et est formée d’un petit morceau de tube de laiton également scié sur quatre génératrices. La cheville intérieure est plus longue pour aller s’enfoncer dans la partie postérieure du Jackknife; le tube extérieur est moins long et s’engage dans un trou ménagé dans la partie antérieure du Jackknife.
- Les chevilles portées par le cordon du téléphone mobile sont également doubles et du modèle que nous venons de décrire.
- Les Jacks (au bas du meuble) sont également en deux parties isolées l’une de l’autre, et doubles par conséquent.
- CENTRE DIT RÉSEAU
- Nous avons dit plus haut que les fils qui joignent les divers bureaux centraux de Paris passaient tous par un point central situé 27, avenue de l’Opéra.
- On aurait pu établir des lignes allant par le chemin le plus court du bureau A à chacun des autres, du bureau B à tous ceux des lettres suivantes, du bureau G aux suivants, etc., etc. Gette méthode aurait même diminué la longueur totale de câble employé à ce service. On a cependant préféré le système du point central, d’où rayonnent les fils vers tous les bureaux. Les avantages de cette manière de faire ressortiront de la description qui suit.
- Nous avons montré au lecteur dans la cave du n° 27, avenue de l’Opéra, l’entrée des câbles ; nous avons parlé seulement de eeux qui vont à la rosace quadruple du bureau double A. Nous avons alors passé sous silence les câbles qui vont à la seconde guérite, qui est la Rosace des lignes auxiliaires (Voir fig. 2 (rosace D) et fig. 4 la rosace du second plan).
- Gette rosace est actuellement triple ; la quatrième face reste libre pour les besoins à venir,
- Tous les câbles auxiliaires, venant des bureaux centraux, y arrivent. Leur enveloppe de plomb est enlevée, et les sept doubles fils sont conduits à de petits serre-fils, comme nous l’avons dit à propos de la prerflière rosace. A la seconde extrémité de ces serre-fils s’attachent deux fils parallèles et câblés ensemble qui vont au centre de la guérite et retournent ensuite à la même ou à une autre rosace, se relier à un autre câble double, d’une autre origine.
- Si on reconnaît que le bureau C fait un usage peu actif de ses fils auxiliaires avec D tandis que les communications entre D et 1 sont actives et sont quelquefois retardées par le manque de lignes, la manœuvre à faire est facile, et ne demande que quelques minutes. On disjoint un fil double CD (fil de l’intérieur de la rosace) à son extrémité C et on le relie à un câble libre venant du bureau I.
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- DU PERSONNEL DES BUREAUX.
- On a vu, par ce qui précède, que le service est fait dans les bureaux par des demoiselles, dans la journée; la nuit seulement, on emploie des hommes. Dispenser les femmes d’un travail de nuit est une chose qui se justifie trop d’elle-même, pour que nous nous y arrêtions un instant. Quant à les employer pendant la journée, je crois qu’on en doit savoir gré à la Société générale des Téléphones, qui a suivi l’exemple donné par le Ministère des Postes et Télégraphes (France), par le Post-Office (Angleterre) et par les grandes Compagnies télégraphiques et téléphoniques américaines. A part les raisons d’ordre moral qui se rencontrent ici comme ailleurs, et les motifs d’économie, on a pour ce service une raison particulière de les préférer, c’est que leur voix plus aiguë s’entend mieux par le téléphone que celle des hommes.
- Nous ne pouvons terminer cette note descriptive sans nommer les ingénieurs qui ont conçu le plan de cette installation et l’ont menée à bien : M. Lartigue, d’abord, Directeur de la Société, dès longtemps connu par ses importantes inventions de signaux électriques pour les chemins de fer; M. Ber-thon, ingénieur, chef du service technique ; M. Brown, électricien, et M. Gilquin, chef de l’atelier de la Société.
- A. Niaudet.
- LE SECRET DES LETTRES
- La précédente livraison de la Nature (n° 453 du 4 février 1882, p. 160), fait connaître le moyen d’obtenir sur plomb F empreinte d’un cachet de cire. L’expérience indiquée est intéressante et réussit souvent, en effet ; mais il arrive quelquefois que le cachet est détérioré, et je doute qu’un moyen aussi peu sûr ait été employé par le Cabinet noir. Pour obtenir l’empreinte d’un cachet que l’on veut reproduire une ou deux fois*, le moyen le plus simple consiste à former une pâte avec de la mie de pain, un peu humectée au besoin, et trois ou quatre fois son poids de vermillon. La pâte molle prend l’empreinte la plus délicate ; séchée à une douce chaleur, elle devient très rapidement assez dure pour servir de cachet. Les reproductions au moyen de la pâte précédente sont moins parfaites que celles obtenues avec le plâtre de mouleur, mais l’opération est plus facile et ne risque pas de salir et de détériorer la lettre et le cachet qui la ferme. Je dois ajouter du reste que je suis persuadé que le Cabinet noir employait pour violer le secret des lettres des moyens très différents de ceux dont on vient de parler, mais qui exigeaient une adresse considérable. Quoi qu’il en soit, il importe à tout le monde de se mettre à l’abri des indiscrétions que trop de personnes n’hésitent pas h commettre. L’usage des enveloppes gommées s’y prête avec une dangereuse facilité. 11 suffit d’exposer l’enveloppe à la vapeur de l’eau chaude pour ouvrir la lettre,-qui peut être refermée sans que l’opération ait laissé de traces. L’emploi des cachets de cire rend l’indiscrétion un peu plus difficile, mais les moyens dont on vient de parler permettent encore d’opérer facilement. On prend l’em-
- preinte du cachet, on chauffe la cii’e, on ouvre la lettre et on la referme sans laisser de traces, grâce à l’empreinte primitivement obtenue. — Quelques personnes croient se mettre à l’abri de toute indiscrétion, en plaçant un cachet de cire sur l’enveloppe gommée. C’est une erreur. Chacun devinera, d’après ce qui précède, comment on peut prendre connaissance d’une lettre ainsi fermée.
- Nous venons d’indiquer les moyens faciles d’ouvrir indiscrètement les lettres, disons par quels moyens on peut les mettre à l’abri de ces abus de confiance.
- Voici comment on peut rendre la fermeture d’une lettre, non pas inviolable, car rien ne résiste à la coupable habileté de certains individus, mais au moins excessivement difieile à ouvrir sans laisser de traces. On colle l’enveloppe avec une dissolution concentrée d’albumine (blanc d’œuf avec la moitié de son poids d’eau), on donne un coup de fer à repasser, modérément chauffé, après quoi on applique un cachet de cire à cacheter ordinaire. Une lettre ainsi fermée résiste aux moyens des indiscrets ordinaires et les met dans un grand embarras par la coloration que prend facilement l’albumine chauffée sans précaution.
- LES RÉCITS DE MARCO POLO
- Parmi les plus curieux et les plus importants monuments géographiques que nous aient légués les siècles passés, on doit citer cet ouvrage incomparable intitulé le Livre des Diversités et Merveilles du monde dicté par messire Marco Polo, citoyen de Venise, ancien conseiller privé et commissaire enquêteur de Khoubilaï-Khan, empereur mongol, à Rusticien de Pise en 1298. — Le prologue du Livre des Merveilles est une description, complète de l’Asie orientale, alors inconnue. Quand cet ouvrage fut publié, il produisit une sensation profonde ; c’était un monde nouveau d’une richesse merveilleuse que le voyageur révélait à l’Europe. La découverte de l’Amérique est due à la lecture de ce livre par Christophe Colomb ; celle du Cap de Bonne-Espérance, et celle de la vraie forme de la Terre en ont encore été les conséquences immédiates. Quand ce livre parut, il fut traduit dans toutes les langues alors connues, et depuis l’inven-vention de l’imprimerie, de nombreuses éditions s’en sont succédées. Mais ces éditions présentent toutes à notre point de vue, le même défaut; elles ne sont point écrites en français, et l’édition primitive n’est guère plus facile à comprendre, car notre langue du treizième siècle a vieilli ; il faut l’avoir étudiée pour la lire couramment.
- M. Henri Bellenger vient de publier à la librairie Maurice Dreyfous le texte original français des Récits de Marco Polo rajeuni et annoté1. — U y a joint des reproductions par l’héliogravure de quelques spécimens des belles et naïves miniatures ori-
- 1 Les Récits de Marco Polo, citoyen de Venise, texte ori ginal français du treizième siècle, rajeuni et annoté par Henri Bellenger. 1 vol. in-t8 illustré de fac-similé des miniatures du manuscrit original. Paris, Maurice Dreyfous.
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- ginales qui sont à la Bibliothèque Nationale de Paris. On peut désormais lire sans fatigue cet ouvrage extraordinaire.
- Nous n’entreprendrons pas ici de raconter la vie de Marco Polo ; on se souvient que lors d’un voyage exécuté à Constantinople en 1255, son père Nicolas Polo et son oncle Matteo, tous deux marchands vénitiens, résolurent d’aller dans la mer Noire pour y faire du commerce. « Us achetèrent des joyaux, partirent de Constantinople, et vinrent par mer à Sou-dakJ. Venus là, il leur sembla bon d’aller plus avant ; ils partirent de Soudak et chevauchèrent tant, qu’ils arrivèrent chez un seigneur tartare, nommé Barca-Khan, dont les capitales étaient Sara et Bolghara ».
- Après un séjour d’un an dans ce pays, les deux frères, à la suite d’une guerre locale, furent résolus « d’aller devant eux, car ils ne pouvaient retourner ». Us traversèrent le fleuve Tigeri, arrivèrent à Bokhare, où ils furent conduits à la cour du Grand Khan. Ce puissant monarque accueillit avec une grande faveur les voyageurs vénitiens, et les envoya, après plus d’un an de séjour à sa cour, en ambassade auprès du pape.
- Les deux frères Polo reviennent en Europe, arrivent à Saint-Jean-d’Acre, où ils apprennent la mort du pape, et ils retournent à Venise, attendant que le pape fût élu. — « Quand les deux frères eurent attendu autant que vous avez ouï, et virent que l’a-
- Fig. 1. « Les éléphants s'eri allaient fuyant... »
- (Reproduction par l’héliogravure d’une miniature du Livre des Merveilles de Marco, Polo.)
- postille ne se faisait point, ils se dirent que ce serait trop tarder désormais pour retourner vers le Grand Khan ». Us partirent donc de Venise, emmenant avec eux le jeune Marc, le futur auteur du Livre des Merveilles, s’en retournèrent à Acre, et trouvèrent le légat Tebaldo, qui précisément fut élu pape sous le nom de Grégoire de Plaisance (Grégoire X). « Ils s’humilièrent beaucoup devant lui. Le pape les reçut en très grand honneur ; il leur donna ses privilèges et les lettres de messages qu’il envoyait au Grand Seigneur. »
- Quelque temps après, le Grand Khan apprit que ses messagers Nicolas et Matteo Polo revenaient avec le jeune Marco Polo ; il envoya des messagers à
- 1 Ville de Crimée.
- leur rencontre et les reçut avec de grands honneurs. Marco Polo devint le favori du Grand Khan, et celui-ci, charmé de son esprit observateur, lui confia d’importantes missions dans son immense empire. On voit comment le voyageur fut conduit à visiter dans des conditions exceptionnelles et extraordinaires, des pays entièrement inconnus de son temps. Pour satisfaire la curiosité du Grand Khan, Marco Polo s’attacha à observer les mœurs et les coutumes des nations qu’il parcourut, pour en faire, à son retour, le récit détaillé à son seigneur.
- Nous ne saurions donner ici un aperçu, même sommaire, des récits de Marco Polo, mais nous avons cru devoir en rappeler l’origine, après les avoir lus avec la plus vive curiosité. Terminons rapidement l’histoire de Polo.
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- Après vingt-six ans d’absence, les voyageurs, qui avaient vécu tout ce temps parmi les Asiatiques, revinrent à Venise, dans leur patrie; ils étaient devenus méconnaissables. Leurs parents setaient installés dans leur maison patrimoniale. On ne voulait plus les reconnaître. On les reconnut cependant, et ils ne tardèrent pas à devenir l’objet de la curiosité générale. Us furent recherchés par tout ce que Venise comptait d’hommes distingués; on admirait leurs riches costumes de l’Asie et les pierreries cousues dans les plis de leurs robes. Après avoir repris possession de leur demeure, ils exposèrent aux yeux des visiteurs des objets rares, précieux, absolument inconnus, qui leur valurent une réputa-
- tion européenne. Marco Polo, lassé d’avoir sans cesse à recommencer le récit de ses aventures, le dicta à un littérateur connu de son temps, Rusticien, de Pise. C’est ce texte original que les copistes du moyen âge ont appelé le Livre des Diversités et Merveilles du monde. L’un des manuscrits de ce temps, se trouve à la Bibliothèque Nationale, avec de très curieuses miniatures, dont nous reproduisons deux spécimens.
- La tigure 1 se rapporte au récit dramatique d’une grande bataille livrée entre l’armée et le sénéchal du grand Khan et le roi de Mien, en « l’an 1272 du Christ ». Le roi de Mien et de Bengale, pour résister à l’armée du Grand Khan, avait une armée
- Fig. 2. « Comment le Grand Khan l'ait planter des arbres sur la route... » (Reproduction par l’héliogravure d’une miniature du Livre des Merveilles de Marco Polo.)
- formidable, « et je vous dirai, dit Marco Polo, qu’il eut deux mille éléphants très grands, et fit faire sur chacun un château de bois (une tour) très bien fait et fort pour combattre. Et de plus, il avait jusqu’à douze et seize mille hommes pour combattre. Et de plus, il y avait bien soixante mille gens à cheval et à pied,.... »
- Le récit de la rencontre des deux armées est plein d’animation et de mouvement ; Marco Polo raconte l’épouvante des Tartares en présence des éléphants chargés de combattants.... « Mais leur chef, continue le narrateur, agit en homme sage. Il commanda que chacun descendit de son cheval, et que l’on attachât les chevaux aux arbres du bois qui était près d’eux, et que tous les hommes missent la main aux arcs : laquelle chose ils savaient bien mieux
- faire que nulles gens qui soient au monde ». Les éléphants et leurs combattants attaqués à coups de flèches, sont à leur tour en proie à la terreur. « Us s’en allaient fuyant, faisant si grande noise et si grand bruit qu’il semblait que le monde dût fondre ».
- Le Grand Khan ne se contentait pas de doter son pays d’une armée valeureuse et aguerrie, il cultivait aussi les arts de la paix, comme le montre la figure 2.
- « Sachez que le Seigneur a ordonné, dit Marco Polo, que par toutes les routes où vont les messagers et autres gens, il soit planté de grands arbres à deux ou trois pas l’un de l’autre, de sorte que toutes ces voies sont ainsi bordées de très grands arbres qui se voient de loin, afin que les chemi-
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- nants (ceux qui suivent la route), n’en dévient ni de jour ni de nuit. Car on trouve ces grands arbres par les chemins déserts, et ils sont très grand confort aux voyageurs qui cheminent a .
- Nous nous arrêterons ici, car il faudrait recopier tous les récits de Marco Polo pour les bien faire connaître ; nous avons pensé qu’il était intéressant de rappeler l’histoire d'un ouvrage qui a exercé une influence considérable dans l’histoire de la géographie et qu’il faut lire tout entier.
- Gaston Tissandier.
- CORRESPONDANCE
- PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES DANS LA MER IONIENNE Calanc, le 28 janvier 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- M. Mallet, consul de France à Corfou, a eu la bonté de me transmettre (en les empruntant à des journaux grecs) les informations suivantes sur les phénomènes apparemment volcaniques, qu’on a remarqués récemment dans la mer Ionienne, à l’entrée du golfe de Patras.
- « Le 5 janvier 1882, vers minuit, les habitants d’Étolie furent frappés par une étrange odeur on ne peut plus dégoûtante, se développant dans toute la ville et qui dura jusqu’au matin. On entendit en même temps un bruit très sensible et après cela on vit apparaître sur la surface de la mer une quantité de poissons presque morts.
- « Le lendemain on remarqua avec étonnement que tous les métaux existant dans les pharmacies et partout ailleurs avaient changé de couleur. En outre, tous les objets en cire avaient pris une teinte d’argent et le rouge était devenu noir.
- « Toutes ces circonstances, dans lesquelles on croyait voir le prélude d’une prochaine catastrophe, furent cause d’une grande terreur parmi les habitants, particulièrement parmi les femmes.
- « Cependant il n’arriva plus rien d’important, mais la mer, dont la nuance s’était quelque peu modifiée, n’a pu encore reprendre son calme et sa surface reste toujours couverte d’une grande quantité de poissons et de certaines substances, qu’on ne saurait pas bien définir, pesant environ deux oques et que les gamins s’amusent à pêcher.
- « On ne connaît pas encore la cause de ces phénomènes, mais probablement ils sont de nature volcanique.
- « Dans la ville et dans les îles voisines, ainsi que sur le continent, on n’a eu aucune catastrophe a signaler. »
- Ce sont là, comme on le voit, des phénomènes qui méritent bien d’être signalés à l’attention de la science. Voici une remarque qui ajoute quelque chose à la probabilité qu’ils sont de nature volcanique : L’entrée du golfe de Patras est près du point d’intersection entre l’axe qui réunit le district volcanique des Chainps-Plégréens à celui de Santorin et l’axe qui réunit le district volcanique de la Sicile àcelui du Caucase en passant par l’île de Chio.
- Quant au changement de couleur des métaux et de la teinte d’argent donnée aux objets de cire, ce sont des faits qui, réunis à celui d’une odeur repoussante, décèlent d’une façon presque certaine la présence dans l’air de fortes doses d’hydrogène sulfuré. Le changement de la couleur rouge en noir est dû apparemment à ce que ladite couleur a été obtenue par l’emploi de substances minérales (minium probablement).
- D’autre part la manifestation de phénomènes volcaniques dans la localité indiquée me semble un fait d’autant plus remarquable que la partie occidentale de la péninsule grecque ne paraît avoir jamais été le théâtre de semblables phénomènes.
- 11 n’existe du reste dans la terre ferme de Grèce qu’un seul point volcanique; il est situé dans la presqu’île de Méthana. Intercalé pour ainsi dire entre le trachyte et les terrains calcaires qui composent cette péninsule, on trouve un petit cône cratérique ayant une hauteur propre de 200 mètres. Ce cône n’est apparu, selon Strabon et Pausanias, qu’en 575 avant Jésus-Christ, à la suite d’une forte éruption; et depuis lors on n’a plus eu à remarquer dans la même localité d’autres phénomènes volcaniques.
- Veuillez agréer, etc.
- V. Tedeschi di Ercole.
- APPLICATION DU MICROPHONE A L’ÉTUDE DE L’ACOUSTIQUE
- Instituto lecnico di Roma, 1er février 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je viens de lire dans la Nature (n° 452 du 28 janvier 1882, p. 143), un extrait de mes recherches sur la détermination des nœuds et des ventres, au moyen du microphone, dans les colonnes d'air vibrantes. Je vous demande la permission de vous indiquer deux nouvelles expériences relatives au même sujet.
- On peut rendre visibles même à une nombreuse réunion les passages de la sonde microphonique à l’endroit du nœud ou d’un ventre d’un tuyau sonore, à l’aide d’un galvanomètre. Lorsque la sonde passe par un nœud, alors le galvanomètre donne l’indication du passage du courant, lorsque la sonde au contraire passe par un ventre, l’aiguille fait des oscillations égales d’un côté et de l’autre, parce que (pour des notes assez graves) il n’y a pas circulation du courant.
- On peut placer le microphone même au dehors du tube, en l’appuyant contre une des membranes tendues devant des trous percés dans la paroi du tuyau sonore. Si le tuyau donne successivement des sons différents, pour lesquels correspondent des trous alternativement pratiqués à l’endroit des nœuds et des ventres, on entend au téléphone un roulement pour lé nœud et un calme total poulies ventres. Le bruit du microphone est, dans ce cas, tellement fort, qu’on l’entend même à 5 mètres de distance et sans l’aide du téléphone. Cette expérience diffère de la première en ce qu’il n’y a pas besoin d’introduire aucun objet dans le tuyau.
- Veuillez agréer, etc.
- Joseph Serra-Carpi1.
- SOURCES d’eau DOUCE PRÈS DE LA MER
- 4 février 1882.
- Monsieur,
- Permettez-moi d’appeler votre attention sur le phénomène que décrit M. Bled dans votre dernière livraison (n° 453 du 4 février 1882, page 159).
- Je crois que son application repose sur ce fait bien connu que, dans les plages sablonneuses surtout, l’eau de mer, à cause de sa densité, refoule et maintient dans le
- 1 Dans un de nos précédents numéros désigné dans la lettre ci-dessus, une erreur typographique a dénaturé le nom de l’honorable professeur italien; nous le rectifions ici. G. T.
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- sol l’eau douce, qui y arrive incessamment par infiltration.
- En Algérie, on installe dans le sable, tout près de la mer, des « noria » qui fournissent de l’eau douce en abondance, tandis que, plus loin, dans l’intérieur, on ne trouve plus d’eau en creusant. 11 en est de même dans le cas cité par votre correspondant, à cette différence près, que le phénomène est modifié par les marées.
- En effet, dans un puits foré sur le rivage, l’eau s’élèverait et s’abaisserait sensiblement en même temps que le niveau de l’Océan, car l’eau douce est contenue à marée haute et peut s’écouler à marée basse. Cette action du flux et du reflux doit se propager dans le sol de proche en proche jusqu’à une certaine distance, mais lentement et en s’affaiblissant.
- Il n’est donc pas étonnant qu’à 2 kilomètres du rivage le phénomène soit en retard d’une demi-marée et ait l’air d’être inverse de ce qu’il devrait être. C’est ainsi que les marées sont en retard au fond des golfes.
- E. Rolocanachi.
- CHRONIQUE
- Ascenseurs à air comprimé. — M. Louis Gonin, ingénieur en chef des ponts et chaussées du canton de Yaud, nous écrit que c’est sur son initiative et d’après ses projets que furent entreprises les expériences si intéressantes dont nous avons rendu compte dans le numéro du 5 février 1881, pour l’application des ascenseurs à air comprimé à la traction sur les voies ferrées. L’ascenseur installé sur la colline de Plainpalais, près Genève, a été construit par M. Turettini aux frais de M. Gonin. L’auteur ajoute enfin qu’il prépare actuellement un nouveau projet d’un tube de propulsion hydraulique pour une entreprise importante de travaux publics. Nous remercions vivement M. Gonin de sa communication qui nous permet de compléter notre description, et nous recevrons avec plaisir les renseignements nouveaux qu’il veut bien nous promettre sur cette application si curieuse.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- SÉANCE ANNUELLE DU 6 FÉVRIER 1882 PRKSIDEXCK DE M. WCUTZ
- Discours de M. le Président; — proclamation des prix décernés pour 1881 et des sujets de prix proposés pour les années suivantes; — éloge historique de Léon Foucault par M. Bertrand, secrétaire perpétuel, tel était l’ordre des lectures.
- Selon l’usage, dans son allocution, M. Wurtz a rendu hommage aux morts de l’Académie pendant l’année 1881 : Delesse, II. Sainte-Claire Deville, Bouillaud. « Les confrères que nous avons perdus, a dit l’illustre Président, avaient payé leur dette, laissant à ceux qui restent, avec de nobles exemples, le triste devoir de serrer les rangs. Et dans la science, toujours jeune, comme dans la vie, les rangs se reforment sans cesse. J’en ai pour preuve l’activité féconde qu’ont déployée dans tous les domaines du savoir tant d’hommes variés au travail, et dont quelques-uns ont obtenu, dans cette lutte contre l’inconnu, des résultats dignes d’être proclamés par l’Académie. »
- Et par cette heureuse transition, M. Wurtz arrive aux auteurs des grandes découvertes faites pendant l’année qui vient de s’écouler. Les électriciens d’abord sont féli-
- cités dans la personne de M. Graham Bell, à qui l’Académie a décerné le prix Volta, et dans celle de M. G. Planté, qui reçoit le prix Lacaze pour la physique. Et disons à l’honneur de notre sympathique collaborateur que M. Planté abandonne l’argent, une somme de 10 000 francs, à la Société des Amis des Sciences, fondée par Thénard. Les autres savants couronnés, dont le Président mentionne les travaux, sont MM. Ilaulefeuille, d’Ar-sonval et Le Bel. M. Wurtz finit par cette réflexion, qui est dans la pensée de tout le monde : « A en juger par les progrès accomplis depuis cinquante ans, on se demande quelles surprises sont réservées à nos successeurs. Qui sait? elles dépasseront peut-être nos rêves d’aujourd’hui, et nous serions tentés de nous écrier : « Quo non ascen-« dam ! » si l’expérience de chaque jour ne nous apprenait pas à nous défier des prévisions et des espérances. Ce que nous savons, c’est que le champ des découvertes futures est illimité, sinon en profondeur, du moins en surface, et que notre science n’épuisera jamais notre curiosité. »
- Parmi les autres prix décernés nous signalerons :
- Mécanique. — Prix extraordinaire de 6000 francs : Le prix est partagé entre M. Sebert et M. Brault. — Prix Poncelet : M. Briot. — Prix Monthtjon : Le prix est partagé à titre d’encouragement entre M. Annengaud père et M. G. Sire. — Prix Plumey : M. Fleuriais.
- Astronomie. — Prix Lalande : M. Swift. — Prix Valz : M. D. Gill.
- Statistique. — Prix Monthyon : MM. Roulliet et Be-zançon.
- Géologie. — Grand prix des sciences physiques : Le prix n’est pas décerné, mais une mention honorable et un encouragement sont accordés à MM. Fontannes et G. Vasseur.
- Botanique. — Prix Alhumhcrt : M. Gayon. — Prix Desmazières : M. Paul Petit. — Prix Thore : M. Em. Bescherelle. -— Prix Bardin : M. L. Olivier.
- Anatomie et Zoologie. —Grand prix des sciences physiques : M, Yves Delage.
- Médecine et Chirurgie. — Prix Monthyon : MM. Bé-renger-Féraud, Favre et Paul Richer. — Prix Bréaut : M. Léon Collin. — Prix Godard : M. Dubar. — Prix Serres : M. Edouard van Beneden. — Prix Lallemand ; Dr Luys.
- Physiologie. — Prix Monthyon, Physiologie expérimentale ; M. d’Arsonval. — Prix Lacaze : M. Brown-Séquard.
- Prix généraux. — Prix Monthyon, Arts insalubres ; MM. Camille Vincent et Tilloy-Delaune. — Prix Trémont : M Golaz. — Prix Gegner : M. Lemonnier. — Prix J. Rcynaud : à feu Henri Sainte-Claire Deville. — Prix Laplace : M. Janet.
- L’Eloge historique de Léon Foucault a été un fort beau discours de M. Bertrand. Les travaux du grand physicien ont été savamment analysés, le caractère bien étudié. Nous citerons ce passage curieux : « Foucault jugeait avec choix, avec étude et réflexion, sans accorder ni promettre aucune complaisance. Ce jeune homme inconnu, dont on ne citait aucun travail scientifique, dont aucune découverte ne justifiait l’autorité rapidement acquise, osait impatienter par sa tranquille assurance, irriter par son audacieuse franchise, exaspérer quelquefois par sa fine ironie ceux qui superbement se croyaient ses maîtres et qu’attendait souventl’oubli. Il excitait de vifs ressentiments et faisait naître de patientes rancunes. » Et plus loin : « Quand un trait piquant se présentait sous sa plume, il
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- n’aimait pas à l’émousser. » Quant à la vie de Foucault, elle ne prèle pas aux anecdotes. « Jamais il n’a voyagé, jamais il n’a brigué ni accepté, même pour s’y faire suppléer, les fonctions de professeur; il n’a composé aucun livre, et, quoique très habile à manier la plume, c’est dans les cabinets de physique, dans les observatoires, dans les ateliers, qu’il aspirait à laisser sa trace et que vivra surtout son souvenir. »
- Stanislas Meunier.
- UNE TIRE-LIRE MECANIQUE
- B'LL-DOG BANK
- Voici un nouveau jouet mécanique qui nous vient d’Angleterre et qui tranche d’une manière très heu-
- reuse avec la désespérante monotonie des tire-lires données jusqu’ici aux enfants pour leur enseigner de bonne heure les principes de l’économie. Le Bulldog Bank réalise très simplement et très ingénieusement le petit tour d’adresse et de gourmandise, si familier aux chiens caniches et aux chiens savants, et qu’un coup d’œil sur la figure ci-dessous indique suffisamment. Seulement, dans le cas particulier, le morceau de sucre traditionnel est avantageusement remplacé par une pièce de monnaie dont la valeur n’a aucune inlluence sur le résultat final : monnaie d’or, monnaie blanche et monnaie de billon s’engloutissent avee la même facilité dans la gueule toujours en appétit du toutou mécanique. Il suffit de placer la pièce de monnaie sur le museau de l’a-
- nimal, de tirer la queue... et le tour est joué.
- La première position sur la gauche de la figure est la position de repos ; celle de droite représente le moment psychologique, celui où l’on vient d’exciter mécaniquement la gloutonnerie du toutou en lui tirant la queue. Cette action produit trois mouvements distincts, nécessaires et suffisants pour que l’animal avale infailliblement la pièce de monnaie : la tète entière est ramenée en arrière, le cou rentre dans le corps pendant que la mâchoire inférieure s’ouvre démesurément et donne au chien un aspect tout particulier de voracité.
- Lorsque la tête est arrivée presque à fond de course, un petit bouton, placé sur le museau, un peu en arrière, se soulève mécaniquement et fait basculer la pièce qui tombe dans la gueule béante et glisse dans le ventre de l’animal. En lâchant la queue, la tête remonte sous l’action d’un res-
- sort antagoniste ; le petit boulon reprend son niveau, la gueule se referme et l’animal est tout prêt à recommencer son manège. La construction de ce curieux jouet, tout en fonte, est aussi à remarquer. Les pièces s’emboîtent très simplement les unes dans les autres, et le tout est ensuite assemblé et maintenu par quelques vis. Au-dessous de la tire-lire, un disque tournant permet de dégager une ouverture et de sortir les pièces de monnaie. La tire-lire mécanique pi’ésente à la fois un multiple intérêt de curiosité, d’ingéniosité et de construction, qui justifie amplement la place que nous lui avons consacrée dans la Nature à titre d’objet domestique utile et d<j récréation mécanique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanbier.
- Imprimerie K. Laiiure 9, rue de Fleurus, à Paris,
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- N* 155. — 18 F É Y 11 1K R 1 882.
- LA NATLHE.
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- CONFERENCES DE LA SORBONNE1
- LA PORCELAINE
- 1IISTOIUE. FABRICATION, DÉCORATION
- Les usages de la porcelaine sont si multiples, l’emploi de celte matière est devenu si général, que peu de personnes dans cette enceinte même, se rappellent le temps peu éloigné cependant où elle était considérée comme un objet de luxe et où la faïence seule était à la portée de tous.
- . Quels avantages la porcelaine présente-t-elle sur la faïence? quels sont les procédés au moyen desquels on arrive à la fabriquer et à la décorer, tels sont les points que M. le Président de l’Association m’a demandé de développer devant vous; je le remercie d’avoir bien voulu me fournir l’occasion de traiter un sujet aussi intéressant, mais ce n’est pas sans une grande hésitation que j’ai accepté l’honneur périlleux de prendre la parole, devant un auditoire habitué à entendre les princes de la science. Je fais appel à toute sa bienveillance, dont je sens combien j’ai besoin en ce moment.
- Je diviserai cette conférence en trois parties :
- La nouvelle Manufacture de Sèvres. — Atelier de tournage.
- j’examinerai d’abord la nature de la porcelaine et l'histoire de sa découverte; je traiterai ensuite des points principaux de sa fabrication ; enfin je vous exposerai les différents moyens employés pour la décorer.
- Caractères distinctifs. — Vous savez tous que la porcelaine est, d’une façon générale, le résultat de l’action du feu sur une certaine argile.
- En quoi diffère-t-elle de ce que l’on appelle les terres cuites et les faïences? Personne ne s’y méprendra quant aux caractères extérieurs : xroici un objet en terre cuite ordinaire, vous voyez quelle en est la couleur, vous savez également combien la résistance en est faible.
- 1 Conférence de Y Association scientifique de France, faite le 4 février 1882 par M. Ch. Lauth.
- 10e innée. — 4** semestre.
- La faïence, comme aspect, se rapproche, vous le voyez, de la porcelaine ; elle est blanche à l’extérieur, quelquefois même à l’intérieur. Mais elle est Taxable au couteau et elle est absolument opaque.
- La porcelaine, au contraire, toujours blanche, d’une transparence parfaite, présente sur les deux autre» produits l’avantage d’être plus dure que l’acier ; au point de vue des emplois domestiques cet avantage est capital : les objets de service de table attaqués par le couteau deviennent rapidement malpropres, ils répandent une odeur repoussante, ils exercent enfin sur l’économie une action délétère : car cette couverte blanche qui recouvre la terre est toxique.
- Je ne puis, vous le comprendrez aisément, entrer dans le détail de la fabrication de toutes les pote-
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- ries; ce serait vous faire un cours complet de céramique : qu’il me suffise de vous dire que les terres cuites sont obtenues par la simple action du feu sur des argiles ordinaires ; que les faïences sont des terres cuites plus ou moins colorées, recouvertes d’un émail plombifère rendu opaque par de l’étain (et c’est la présence du plomb qui peut les rendre dangereuses pour les emplois domestiques) ; que la porcelaine dure, enfin, est obtenue avec une argile blanche, le kaolin, et avec une couverte spéciale, le felspath.
- Le kaolin, silicate d’alumine hydraté naturel, est absolument réfractaire et opaque; c’est lui qui constitue la partie résistante de la porcelaine. (Juant au felspath (ou à la pegmatite), ce sont des silicates d’alumine et de potasse, fusibles à une très haute température, en un beau verre transparent. Si donc on mêle une petite quantité de felspath à du kaolin, si l’on recouvre ce mélange d’une couche de felspath et qu’on chauffe le tout à une température très élevée, le felspath fondra, donnera à l’argile opaque une transparence plus ou moins grande par la portion qui lui est mélangée, et par la portion qui est h sa surface lui communiquera cette belle glaçure que vous connaissez tous.
- En réalité les choses ne se passent pas aussi simplement : ce n’est pas seulement une action physique en présence de laquelle nous nous trouvons : il y a en réalité une attaque de l’argile par le felspath, c’est une véritable action chimique dont le résultat entraîne sans doute la formation d’un silicate nouveau, cristallisél, tous ces éléments se combinant ensemble, plus ou moins; mais je ne puis entrer aujourd’hui dans ces détails qui donneraient à ma conférence une étendue trop considérable.
- Origines. — Comment est-on arrivé à réaliser la production de la porcelaine? 11 faut pour le comprendre, savoir que cette argile, ce kaolin est le produit de la décomposition de la roche felspathique, qui, sous des influences peu déterminées encore, a perdu son silicate de potasse et se transforme ainsi en silicate d’alumine; les deux corps se rencontrent donc fréquemment juxtaposés dans la nature et on peut expliquer ainsi l’idée qui a poussé les créateurs de cette industrie à les employer l’un avec l’autre. Mais un point plus intéressant à rechercher serait celui de savoir comment on est arrivé à réaliser cette fabrication. Le felspath, en effet, fond à une température excessive, au rouge blanc, aux environs de 1600°. Comment a-t-on pu avoir l’idée que cette roche fondrait ? Comment a-t-on pu ensuite chercher et obtenir dans des appareils de grande dimension ces températures élevées, alors que les terres réfractaires de première qualité peuvent seules y résister?
- Ces questions ne peuvent guère être résolues.
- J’ai cru utile d’y faire allusion, parce que je ne
- 1 Le microscope permet eu effet do constater la présence de eristaux dans des lamelles très lines de porcelaine.
- puis m’empêcher d’être saisi d’admiration pour la sagacité, la patience et l’audace de ces inventeurs orientaux qui, sans connaissances scientifiques sérieuses, ont pu, il y a plus de mille ans, créer une industrie dont les difficultés, aujourd’hui encore, sont des plus considérables.
- C’est, en effet, à une haute antiquité que remonte la découverte de la porcelaine en Chine ; il est certain que les Chinois la fabriquaient couramment, il y a au moins mille ans; plusieurs auteurs font remonter cette découverte à quinze cents ou dix-huit cents ans, mais les études consciencieuses qui sont faites journellement sur ce point ne permettent pas de lui attribuer une origine plus ancienne que celle dont j’ai parlé.
- Il est probable que les premières pièces qui arrivèrent en Europe y furent apportées par les Vénitiens à la fin du treizième siècle; au milieu du quinzième siècle, Charles Vil, roi de France, reçut en cadeau du sultan de Babylone des porcelaines chinoises; mais ce ne fut qu’au seizième siècle, par l’intermédiaire des marchands portugais et hollandais, que l’importation de ces produits orientaux prit une véritable importance.
- Il est facile de comprendre l’étonnement et l’admiration que provoquèrent à leur arrivée en Europe ces objets, de matière inconnue, revêtus de couleurs éclatantes, avec leurs formes multiples, bizarres, élégants à la fois ! Il est facile aussi de comprendre que les savants et les artistes portèrent avec passion leurs recherches de ce côté; mais il ne faut pas oublier que la chimie n’existait point alors et que rien pour ainsi dire ne pouvait servir de guide à l’esprit des chercheurs.
- Découverte de la porcelaine tendre. — Nous n’en devons admirer que davantage la découverte que deux Français firent à la fin du dix-septième siècle, je veux parler de celle de la porcelaine tendre. Paris et Rouen se disputent l’honneur d’avoir été le berceau de cette découverte ; que ce soit Louis Poterat ou Reverend à qui nous en sommes redevables, nous n’en saluons pas moins avec fierté et reconnaissance les noms de ces travailleurs émérites qui ont doté la France d’une industrie charmante dont aujourd'hui encore les produits sont recherchés avec le plus vif empressement parles amateurs et les artistes.
- Nous devons insister sur le caractère français de cette découverte et dans un temps ou par envie, par scepticisme ou par découragement, tant d’esprits se laissent aller à douter du génie de notre pays, nous devons saluer par nos applaudissements la mémoire de tous ceux qui ont accru le patrimoine glorieux de la France !
- La porcelaine tendre n’a aucun rapport avec la porcelaine ordinaire; elle ne renferme ni kaolin, ni felspath; c’est un produit artificiel, presqu’un verre, qu’on obtient avec une fritte composée essentiellement de sable, de chaux, de potasse, de soude et une petite quantité de marne calcaire. Ce mélange,
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- rendu plastique par l’addition de savon noir ou de divers mucilages, est façonné, cuit sans émail et recouvert après cuisson, d’un cristal composé de silice, de plomb, de potasse et de soude. La beauté de cette matière, sa glaçure parfaite, la facilité avec laquelle les couleurs vitrifiables s’y fixent, font de la porcelaine tendre une combinaison exceptionelle-ment favorable à la décoration. Chacun de vous, Messieurs, en connaît la valeur artistique et je me contente de vous en présenter un échantillon pour rappeler à votre souvenir les qualités de cette belle matière.
- Origines de la porcelaine dure en Europe. — La découverte de la porcelaine tendre n’arrêta pas les recherches des savants et des potiers, qui voyaient bien qu’elle ne présentait aucun des caractères de la porcelaine de Chine. Un hasard heureux ht découvrir en Saxe un gisement de kaolin (1709) et permit à Bottger de créér à Meissen la première fabrique européenne de porcelaine dure.
- Cinquante ans après seulement (1758), Cuettard à Alençon, puis Mme Darnet à Saint-Yrieix, près de Limoges (1765), découvrirent nos gisements français et c’est ce qui explique comment, malgré les recherches et les découvertes de notre compatriote Ilanong, la fabrication industrielle de la porcelaine dure ne fut réalisée en France qu’un demi-siècle (1774) après la fondation des manufactures allemandes.
- La porcelaine tendre succomba assez rapidement dans sa lutte avec la porcelaine dure; au point de vue artistique, ce fut un malheur, car cette dernière matière est bien ingrate pour le décorateur, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agissait surtout à cette époque de créer pour l’économie domestique une industrie absolument salubre, et je pense être dans le vrai en disant que l’illustre Brongniart a rendu à notre pays un service capital en portant tous les efforts de son puissant génie sur l’étude de la fabrication de la porcelaine kaolinique, à laquelle, par ses découvertes savantes, ses recherches méthodiques, ses admirables publications, il a donné des bases scientifiques absolument inébranlables.
- Fabrication. — 1° Préparation des pâtes. — Le kaolin naturel n’est jamais de l’argile pure; il renferme, et en quantités variables, du sable, du felspath non décomposé, etc. ; comme il importe dans la fabrication d’avoir des pâtes toujours identiques, il faut commencer par purifier le kaolin : à cet effet, on concasse la masse que je vous présente, on la délaie dans l’eau, et par des lévigations successives on sépare les produits en plusieurs catégories : l’argile se déposant extrêmement lentement est entraînée la première et on peut assez facilement l’obtenir presque pure; les dépôts ultérieurs composés de sables plus ou moins felspathiques sont broyés dans des moulins et entreront à leur tour dans la préparation des pûtes.
- La nature de la porcelaine, ses propriétés physiques et chimiques, varient à l’infini selon les proportions des deux éléments constituants (kaolin et
- felspath), et l’addition des autres matières, chaux, sables siliceux, tessons, etc., qu’on y fait fréquemment. Chaque pays, chaque fabrique pour ainsi dire, a sa composition, qui est basée sur l’emploi auquel on destine la porcelaine, sur le degré de résistance qu’on exige d’elle et aussi sur le genre de décoration qu’on lui réserve. D’une façon générale la porcelaine est d’autant plus solide qu’elle est plus argileuse, et elle exigera alors pour sa cuisson une température plus élevée; si, au contraire, on augmente la proportion de felspath, elle deviendra plus fusible, cuira par conséquent à une température plus basse et se prêtera mieux à la décoration, mais sa plasticité, la possibilité d’être facilement travaillée, diminueront rapidement.
- Le mélange des diverses matières adoptées doit être parfait ; on le réalise en les délayant dans l’eau et en les mettant en contact intime par des agitateurs mécaniques ; puis on laisse le tout se déposer au fond de l’eau, on décante et on enlève l’excédent de l’eau soit à l’aide de filtres-presses, soit par le vide, soit enfin par le contact de substances poreuses comme des réservoirs en plâtre.
- On obtient ainsi une masse qu’on conserve plus ou moins longtemps, et qui, en vieillissant, acquiert une plasticité de plus en plus grande ; on prétend que les Chinois, dont certaines pâtes très siliceuses sont peu plastiques, les conservaient pendant des périodes d’un siècle! Mais cette affirmation est loin d’être démontrée. L’expérience a d’ailleurs prouvé que les qualités requises d’une bonne pâte peuvent lui être communiquées par un pétrissage prolongé ou par le tournassage. D’excellents appareils mécaniques sont fabriqués aujourd’hui dans ce but.
- Le but qu’on poursuit en travaillant ainsi la pâte en la marchant, ou en la battant, est non seulement de lui donner de la plasticité et une homogénéité parfaite, mais encore d’en extraire les bulles d’air qui y sont emprisonnées ; si l’on ne prenait pas ce soin, ces bulles se dilateraient plus tard, au moment de la cuisson des pièces, et provoqueraient des accidents graves.
- 2° Façonnage des objets de porcelaine. — Voici notre terre convenablement préparée ; il s’agit maintenant de lui donner la forme, qu’une étude préalable, du domaine du sculpteur, a arrêtée et qui nécessite une connaissance approfondie de l’ensemble de la fabrication. On se tromperait fort, et en fait on se trompe fréquemment, en admettant qu’un objet d'une forme quelconque peut être fait en porcelaine ; on oublie, en raisonnant ainsi, qu’au moment de la cuisson la porcelaine se ramollit, que pour conserver sa forme elle doit être soutenue, et que comme elle est recouverte d’un verre fondu à ce moment, il est indispensable de trouver dans toute pièce des endroits de supportage, non émaillés, sous peine d’avoir des collages qui pourraient entraîner la perte de l’objet.
- Vous saisissez ainsi l’une des difficultés de la
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- fabrication de Ja porcelaine et l’nn des points qui la différencient le plus de la faïence.
- La fabrication des objets en porcelaine peut être réalisée de deux façons absolument distinctes, sans moules, ou avec des moules.
- a. Tournage. — Occupons-nous d'abord de la première méthode, au moyen de laquelle on produit toutes les formes qui peuvent être obtenues sur un tour ; l’opération se divise en deux parties : l'ébauche et le tournassage.
- M. Morin, l’un de nos excellents ouvriers de la Manufacture de Sèvres, va successivement les réaliser sous vos yeux ; il jette sur le milieu de la girelle de son tour une masse de pâte en rapport avec le volume de l’objet qu’il s’agit de produire et dont il a le dessin à côté de lui; il donne, à l’aide de son pied, un mouvement de rotation au plateau du tour, puis comprimant la pâte avec ses deux mains, il la force à monter, à redescendre et à prendre ainsi une homogénéité absolue, indispensable, sous peine de déformations ultérieures; quand il juge ce résultat atteint, il creuse l’intérieur de la pièce avec ses pouces et il force avec ses autres doigts la pâte à monter; il obtient ainsi une sorte de cylindre qui pourrait être considéré comme l’ébauche d’une première pièce, mais il va en même temps vous montrer comment on pourrait produire, par le même procédé, un cornet, un vase, une bouteille, une coupe.
- Ces différents objets ne sont qu'ébauchés, c’est-à-dire qu’ils reproduisent à peu près la forme définitive qu’ils doivent affecter. On les laisse sécher, et cette opération doit être réalisée avec toutes sortes de précautions, car Ja moindre précipitation entraînerait des fissures.
- Lorsque la pièce est arrivée au point voulu, l'ouvrier la remet sur son tour et commence la seconde opération, le tournassage, qui a pour but de terminer l’objet, de lui donner l’épaisseur et la forme exacte, arrêtées par le dessin, d’y produire les moulures, les filets, en un mot les ornements réguliers qui le décorent. Vous voyez que les instruments qui servent au tournassage sont d’une simplicité extrême ; ils ne font valoir que davantage l’habileté extrême de l’ouvrier et je saisis avec empressement cette occasion de rendre hommage à la merveilleuse adresse des tourneurs de la Manufacture de Sèvres.
- b. Moulage. — J’arrive maintenant à l’autre méthode, dans laquelle intervient l’emploi des moules ; elle est destinée à la fabrication des objets qui ne présentent pas de surface de révolution, mais souvent aussi, comme nous le verrons avec le coulage, elle sert à obtenir des pièces très légères ou au contraire de très grands objets que le tournage ne donnerait que difficilement.
- Supposons qu’il s’agisse de reproduire en porcelaine un objet de sculpture, soit par exemple ce médaillon sorti de la main d’un habile sculpteur. Le modèle en terre sera moulé en plâtre, et dans
- ce moule, bien sec, on appliquera une galette de pâte, une croûte, qu’on comprimera avec grand soin et aussi également que possible; la terre épousera tous les détails de la sculpture, et au bout de peu d’instants, le plâtre ayant absorbé l’eau de la pâte avec laquelle il se trouve en contact, il s’opérera un retrait grâce auquel l’épreuve va se détacher pour ainsi dire d’elle-même. Si le modèle a été bien compris, c’est-à-dire s’il ne présente pas de creux qui s’opposent au démoulage, l’opération réussit à coup sur et elle présente des résultats parfaits, comme celui que je vous présente.
- Mais ceci est le cas le plus simple ; lorsqu’il s’agit au contraire d’obtenir des objets en ronde-bosse, des statuettes, des bustes, ces groupes élégants, si appréciés sous le nom de « biscuits de Sèvres », ou ces vases somptueux dont la décoration sculpturale est souvent le seul ornement, les choses sont bien autrement compliquées.
- S'agit-il, par rxemple, de reproduire cette charmante Baigneuse de Falconet, le mouleur en plâtre commencera par dépecer l’objet en un certain nombre de morceaux dont la quantité sera fixée par la possibilité du démoulage ; puis il fera, en plâtre, autant de moules qu’il y a de fragments ; ces moules, à leur tour, serviront à la reproduction de chacun de ces fragments (et je ne vous retrace ici qu’à grands traits l’ensemble de cette fabrication bien autrement compliquée), puis ils seront réunis et collés à l’aide de pâte délayée dans l’eau. Ici intervient une autre main, celle du répareur. Le moulage donne forcément des coutures, il ne reproduit qu’imparfaitement les finesses de la sculpture ; le répareur a pour mission de transformer en un objet d’art <-ette ébauche grossière, et c’est grâce à l’intelligence, au goût et à l’adresse de ces artistes que la Manufacture de Sèvres a su obtenir ces biscuits si estimés, qui fréquemment ne le cèdent en rien aux marbres les plus précieux.
- Je ne puis quitter ce sujet sans parler d’une propriété importante de la porcelaine au moment de sa cuisson, le retrait. Au moment où les éléments de la pâte se combinent, ils diminuent de volume, dans une proportion de 10 à 15 pour 100 ; c’est ce qu’on nomme le retrait.
- Je mets sous vos yeux trois objets : l’un cru, le second dégourdi, le troisième cuit, qui vous feront comprendre combien il est nécessaire de tenir compte de cette propriété ; la moindre irrégularité dans le façonnage, une compression inégale dans le moulage, une différence dans l’état de la terrre, une résistance matérielle opposée au mouvement que suivra l’objet dans son retrait, sont autant de causes d’accidents qu’il faut éviter et qu’on ne peut malheureusement pas toujours prévoir.
- c. Coulage. — L’emploi des moules n’est pas seulement réservé aux pièces de sculpture, comme je l’ai dit il y a un instant, il permet encore, par un artifice des plus ingénieux, de fabriquer rapidement et économiquement les pièces les plus variées ;
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- le procédé auquel je fais allusion, est celui du coulage.
- D’après Drongniart, le procédé du coulage fut découvert en 1784, à Tournay ; lui-même y introduisit de nombreux perfectionnements.
- Rien n’est plus simple que la fabrication, par coulage, d’un objet de petite dimension : voici le moule en plâtre d’une tasse ; nous coulons dans ce moule de la barbotine, c’est-à-dire de la terre à porcelaine délayée dans l’eau ; les parois du moule absorbent l’eau avec laquelle ils se trouvent en contact, et déterminent ainsi la formation d’une couche moins liquide que le reste et qui se fixe contre ces
- parois; lorsque l’épaisseur en est jugée convenable, on vide l’excès de barbotine, et ce qui reste dans le moule constitue la tasse; on la laisse sécher, et au bout de peu de temps, elle a pris assez de consistance pour pouvoir être retirée de son moule sans crainte de déformation.
- Je fais circuler dans l'amphithéâtre un certain nombre de ces objets; vous voyez que ce procédé permet de leur donner une légèreté et une délicatesse extrêmes; vous voyez aussi qu’il suffit de la plus légère pression des doigts pour les anéantir.
- Ce même procédé du coulage sert à Sèvres à la fabrication des grandes pièces, mais dans ce cas il
- La nouvelle Mauufaclurc^Yle Sèvres. — Atelier de l'émaillage.
- est indispensable d’avoir recours à un tour de main spécial. Lorsqu’après avoir rempli un moule d’un mètre de hauteur et de soixante centimètres de diamètre par exemple, on laisse écouler l’excès de barbotine par l’ouverture inférieure du moule, la pâte suspendue contre les parois (et qui dans un cas pareil doit atteindre plusieurs centimètres d’épaisseur), tend à s’affaisser et à tomber; le moindre déplacement perdra la pièce, il faut donc l’éviter à tout prix.
- Comment retenir cette masse presque liquide? Mon illustre prédécesseur Ebelmen paraît avoir conçu en 1848 le projet d'en empêcher la chute en soutenant la pâte contre les parois du moule par une poche en caoutchouc qu’on aurait gonflée d’air au moment de l’écoulement du liquide et qui
- aurait ainsi épousé la forme du moule. Cette idée, si tant est qu’elle ait été mise à exécution, n’a pas laissé de traces sérieuses de son application.
- Le procédé actuellement suivi depuis 1857 est dû à M. Milet, l’habile chef actuel de la fabrication à Sèvres, qui avec le concours d’un intelligent ouvrier, M. Delacour, a déterminé toutes les conditions d’une réussite parfaite; il consiste à diriger dans l’intérieur du moule, au moment où on juge nécessaire l’écoulement de la barbotine, de l’air comprimé qui remplace le liquident maintient la pâle contre les parois; cette idée,qui paraît si simple aujourd’hui et qui doiine de si excellents résultats, a nécessité des recherches laborieuses. M. Régnault ultérieurement a remplacé l’air comprimé par l’action de l’air raréfié agissant à l’extérieur des moules,
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- ce qui dans bien des cas rend l’opération plus pratique.
- Le résultat est le même; la pâte est soutenue contre les parois ; le moule peut être vidé sans danger et fournit une pièce parfaite.
- L’absence de coutures, la pureté des contours, la netteté des surfaces, rendent le procédé du coulage inappréciable lorsqu’il s’agit d’obtenir un objet d’art et le mettent bien au-dessus du procédé du moulage.
- Les détails d’une pareille opération sont extrêmement minutieux, aucun cependant n’est à négliger et vous vous rendrez compte de l'importance qu’il convient de leur attribuer en réfléchissant qu’un défaut caché dans l’intérieur d’une grande pièce une bulle d’air emprisonnée, un manque d'homogénéité dans la pâte, etc., peut ne s’apercevoir qu’après la cuisson, lorsqu’elle aura été décorée et qu’elle aura souvent acquis une valeur de plusieurs milliers de francs; la moindre faute dans le coulage peut anéantir cette valeur.
- Cette opération délicate est aujourd’hui confiée à Sèvres à M. Constant Renard, qui l’améliore journellement ; il a bien voulu faire ce modèle d’un atelier de grand coulage, que nous ferons fonctionner à la fin de cette conférence.
- Charles Lauth,
- Administrateur de la Manufacture nationale de Sèvres.
- — La suite prochainement. —
- DANGER DES ABEILLES
- On s’imagine assez généralement que les abeilles sont inoffensives; c’est une opinion sur laquelle il faudra certainement revenir. On nous permettra d’entrer à cet égard dans quelques développements.
- Depuis plusieurs années, le préfet de police recevait des réclamations nombreuses au sujet des ruches à abeilles installées sur différents points de Paris. Dans le dix-neuvième arrondissement (Buttes-Chaumont), rue de Tanger, un propriétaire n’avait pas moins de 550 et, au dire des voisins, peut-être 1000 ruches. Dans le treizième arrondissement, près de la gare des marchandises d’Ivry, on se plaignait aussi d’un autre rucher très considérable. Lorsqu’on sait que chaque ruche peut contenir 40 000 ouvrières, on conçoit tous les inconvénients et même le danger d’un pareil voisinage.
- A la raffinerie Say, on évalue à 25 000 francs par an le préjudice causé par les abeilles. En moins de deux heures, un verre rempli de sirop est complètement vidé. On tend des pièges, et l’on prend journellement plus d’un hectolitre d’abeilles. Les ouvriers, obligés de travailler nus, et dont la peau est couverte de liquides sucrés, sont constamment assaillis par ces mouches, et éprouvent' quelquefois des accidents qui entraînent une suspension de travail. Précisément pour suppléer à la rareté des sucs de fleurs dans la banlieue de Paris, les éleveurs d’abeilles ont soin d’établir leurs ruches au voisinage des grandes raffineries.
- Dans une école voisine du rucher de la rue de Tanger et fréquentée par 1200 enfants, 104 garçons ont été piqués; plusieurs l’ont été trois ou quatre fois; à l’école des filles, le nombre d’enfants atteintes a été encore plus considérable. En outre, les animaux qui passent près des ruchers sont souvent poursuivis par les insectes, entrent en fureur et deviennent la cause d’accidents quelquefois graves.
- M. Delpech, au nom du Conseil d’hygiène du département de la Seine, a rédigé sur cette intéressante question un rapport très instructif. Non seulement les abeilles peuvent occasionner de véritables dommages, mais leur piqûre, loin d’être inoffensive, peut quelquefois entraîner la mort.
- L’abeille est pourvue d’un appareil vulnérant, arme de défense ou d’attaque, qui, dans l’intérieur des ruches, sert aux ouvrières à tuer, après la fécondation de la reine, les males et les larves de mâle. La reine possède la même arme et s’en sert de son côté pour donner la mort à toutes les nymphes qui pourraient lui porter ombrage. Singulier gouvernement que celui des abeilles!
- L’appareil vulnérant est formé de glandes sécrétant un venin particulier et d'un dard ou aiguillon divisé en deux stylets longs et déliés, très aigus, dont le sommet est garni de petites dents dirigées vers la" base comme les barbolures d’une flèche. L’aiguillon, caché dans l'intérieur de l’abdomen, à l’extrémité duquel il fait saillie lorsque l'insecte veut en faire usage, introduit dans la plaie le venin renfermé dans les réservoirs alimentés par des glandes spéciales. Un canal sécréteur porte le liquide à la base même de l’aiguillon.
- Au moment où la piqûre vient d’être faite, il se produit une douleur aiguë; puis une tuméfaction plus ou moins considérable, suivant le point du corps touché. Le gonflement est intense quand la piqûre est faite à la tête, au voisinage des lèvres et des paupières. En général, les accidents s’apaisent assez promptement; quelquefois ils acquièrent de la gravité et se terminent même par la mort. On peut les classer comme suit :
- lre série. — Accidents légers, brûlure, gonflement, puis sensation ou démangeaison très gênante.
- 2e série. — Accidents à forme grave, suivis 'de guérison. Au début, mêmes symptômes que précédemment; puis, sentiment de faiblesse profonde, anxiété précordiale, froid aux extrémités, nausées, céphalalgie insupportable ; fréquemment de l’urticaire et parfois des accidents nerveux à forme convulsive et tétanique.
- 5a série. — Accidents terminés par la mort. Nous in sisterons sur cette série, parce que les piqûres suivies de mort sont plus nombreuses qu’on ne le suppose généralement. Les morts rapides sont consécutives h la piqûre de la face, de la tête, du cou, ou 'a un nombre considérable de piqûres.
- Les symptômes qui amènent la terminaison funeste sont de deux espèces : les uns résultent d’une lésion locale à laquelle son siège donne une gravité exceptionnelle, à savoir œdème de l’arrière-gorge, et l’asphyxie qui en est la conséquence. Dans les autres, l’action toxique du venin introduit dans la circulation parait être la cause immédiate de la mort. État syncopal et asphyxique; manifestations convulsives et tétaniformes.
- M. Delpech admet avec M. Philouze que la quantité de venin introduite dans l’organisme exerce une influence décisive sur la rapidité des accidents. Il suffit de prendre avec une aiguille une très petite quantité de venin et de l’introduire sous la peau pour voir naître immédiatement
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- des symptômes analogues à ceux que détermine la piqûre de l’abeille.
- Citons quelques exemples de piqûres funestes.
- Un enfant de six ans est piqué à la tempe gauche près d’un rucher. La douleur est vive; il court au magasin de son père; celui-ci extrait l’aiguillon resté dans la plaie. L’enfant pâlit, son corps se couvre de sueur; les jambes chancellent; les yeux deviennent saillants. Tout à coup une douleur intense se fait sentir à l’épigastre, la respi-lation devient pénible et cesse bientôt.
- L’enfant mourut une demi-heure après la piqûre.
- Henri Stizel, riche fermier du comté de Berkès, dans le Massachussets, revenant des champs, veut se désaltérer; ne trouvant pas de verre, il prend un entonnoir, y verse du cidre et boit en ouvrant largement la bouche.
- Il se sent tout à coup piqué. Bientôt sa gorge se tuméfie et la respiration se fait difficilement. On a recours aussitôt à une application de sangsues. On retire vainement plus de 700 grammes de sang. La suffocation était extrême; on se décide à pratiquer la trachéotomie. A peine trois inspirations se font-elles par la fente du cou que le patient rend le dernier soupir.
- Un cas analogue a été signalé par la Gazette de santé. Un jardinier piqué au voile du palais est mort en quelques heures.
- John Grevalli, du comté de Chester, dans l’État de Pensylvanie, fut piqué à la tempe pendant qu’il coupait les branches d’un arbre devant sa maison. 11 tomba en syncope et mourut dix minutes après la piqûre.
- M. White, de Louisville, est atteint à la paupière droite. On enlève l’aiguillon ; les accidents se déclarent : « Je vais mourir, » dit M. White. On court chercher le médecin. A l’arrivée du praticien, soit vingt-cinq minutes, M. White avait succombé.
- A Bagyan, près Ghemnitz, en Hongrie, un jeune homme très vigoureux est piqué au cou par une abeille furieuse. La douleur qu’il ressent est tellement violente qu’il en pousse des cris. On accourt, on extirpe le dard ; mais le jeune homme chancelle et tombe mort.
- M. Fischer, en examinant des ruches, est piqué à la cloison du nez. Il rentre chez lui et se couche. Ne pouvant rester en place, il se relève brusquement, fait un faux pas et tombe. Une minute après, il était mort.
- Ces quelques exemples, qu’il est inutile de multiplier, montrent qu’il ne faut pas jouer avec les abeilles.
- La gravité des piqûres à la face s’explique par le voisinage des centres nerveux, le cerveau, le cervelet, la protubérance, le bulbe rachidien, la moelle épinière. Le sang modifié par le venin, ne peut plus exciter le système nerveux moteur, et l’asphyxie survient rapidement.
- C’est donc avec raison que M. Delpech a insisté sur les inconvénients qui résultent de l’installation des ruchers dans un grand centre de population. Préjudice matériel, incommodité très gênante, dangers très réels : ce sont trois arguments indiscutables qui légitiment la proposition faite par le rapporteur de ranger désormais les dépôts d’abeilles .dans la première classe des établissements insalubres, incommodes ou dangereux. Cette proposition a été adoptée par le Conseil d’hvgiène de la Seinej
- Nous pouvons donc compter que l’on reléguera désormais les ruchers et les abeilles à une grande distance des habitations particulières. C’est une très sage mesure à laquelle on ne saurait trop applaudir.
- Henri de Parvjele.
- LÀ PRODUCTION DE L’OR
- Le rendement de l’année 1881 sera inférieur à 100 millions de schellings, à cause de la diminution du produit des mines d’Australie et des États Unis, la Californie exceptée. La Russie et la Californie fournissent depuis une dizaine d’années un rapport assez régulier, qui s’élèvera pour l’année courante, en Californie, à 19 ou 20 millions de dollars. En Russie, comme en Californie, l’or qu’on extrait provient en grande partie d’anciens dépôts graveleux, et ce sont les seuls districts connus où les grands gisements aurifères soient permanents et assurés. La production totale de l’or dans le monde entier avant la découverte des mines de la Californie et de l’Australie ne montait pas à 20 millions de dollars. En 1852 et en 1853, elle atteignait la somme énorme de 160 millions par an, dont la majeure partie provenait des riches placers de ces deux derniers pays. Depuis lors, la production a diminué jusqu’en 1879, où, selon le docteur Burchard, directeur de la Monnaie des États-Unis, elle se chiffrait comme suit en schellings de 1 fr. 25. Californie : 17 166 166 ; autres États de l’Union : 21 733 692 ; Australie : 29 018 223 ; Russie : 26 583 000 ; Europe : 1 311 761 ; Mexique : 989161 ; Amérique du Sud : 6 072 346; Afrique : 1 993 800; Japon : 466 548, Ce qui donnait un total de 105 865 697 schellings.
- UNE L0C0M0TIYE
- FAISANT 150 KILOMÈTRES A L HEURE
- Nous avons représenté dans la figure ci-contre une locomotive d’une disposition tout à fait originale, récemment construite aux États-Unis, par M. Fontaine. Cette locomotive est restée quelque temps en service sur l’une des lignes du Sud du Canada, et aurait donné, paraît-il, des résultats très satisfaisants. Une seconde machine du même type serait même en construction dans les grands ateliers de Paterson, pour être essayée sur la ligne du lac Érié. *
- Cette locomotive a été disposée spécialement en vue d’obtenir une marche rapide, et elle peut atteindre sans difficulté une vitesse de 150 kilomètres à l’heure, tout en ayant cependant des roues motrices d’un diamètre réduit. Celui-ci, en effet, reste limité à dm,77, tandis qu’en France on a donné jusqu’à 2m,10 aux roues motrices des machines Cramp-ton et à celles des machines express à deux essieux accouplés des types les plus récents.
- M. Fontaine n’a pas voulu aller jusqu’à un chiffre aussi considérable, pour ne pas trop relever l’axe de la chaudière, ce qui augmente, comme on sait, les oscillations en marche et entraîne également certaines chances de déraillement, surtout sur des voies manquant de stabilité, comme c’est généralement le cas pour la plupart des chemins de fer américains. Dans ces conditions, pour obtenir une grande vitesse avec des roues de faible diamètre, il eût fallu multiplier le nombre de tours par unité de temps, et par suite aussi le nombre de coups de
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- LÀ NATU l\E.
- piston. C’était là une solution difficilement acceptable en pratique, et si on considère en effet qu’une locomotive à grandes roues de 2 mètres de diamètre lancée avec une vitesse de 100 kilomètres à l’heure, par exemple, n’effectue pas moins de 250 tours et donne 500 coups de piston par minute, soit donc environ 8 à 9 par seconde, on reconnaîtra qu’il était dangereux d'aller au delà, et d’ailleurs il eût été peu économique de le faire, car la distribution normale avec détente de la vapeur se trouve gravement troublée dans des conditions de marche aussi précipitée. En présence de ces difficultés, M. Fontaine s’est arrêté à une solution curieuse dont sa machine forme un exemple unique jusqu’à présent : il a relevé au-dessus de la chaudière la roue directement actionnée par le piston, qui dès lors ne repose plus sur les rails, comme dans les types ordinaires, mais elle commande seulement la roue adhérente
- aux rails par l’intermédiaire d’une seconde roue à friction, d’un diamètre plus petit, calée sur l’essieu de celle-ci. On obtient ainsi la disposition représentée sur la ligure, et on comprend immédiatement que la vitesse de la roue à friction supérieure se trouve augmentée dans le rapport des rayons des deux roues inférieures concentriques, et donne ainsi une vitesse de marche beaucoup plus élevée. La roue supérieure entraîne par friction la roue motrice par adhérence, dans les mêmes conditions que celle-ci entraîne le train en tournant au contact des rails ; d’ailleurs on a disposé un compresseur spécial qui assure continuellement sur les roues un frottement suffisant pour l’entraînement. La machine est munie à cet effet d’une pompe à air placée à la main du mécanicien, et commandant l’essieu supérieur par l’intermédiaire d’une série de leviers convenablement disposés : on règle l’adhérence
- Nouvelle locomolive américaine à grande vitesse (130 kilomètres à l’heure).
- d’après l’effort à développer suivant les circonstances, et on arrive à éviter sûrement tout patinage.
- Les cylindres sont reportés avec leurs glissières au niveau de l’axe de la chaudière, suivant une disposition qui rappelle celle des premiers types de locomotives, et ils sont inclinés sur l’horizontale pour diminuer l’espace ainsi occupé. Les pistons ont une course de 0ni,60 et un diamètre de 0,u,40; le volume des cylindres est donc relativement peu différent de ceux des cylindres de nos machines express. Le corps cylindrique a lm,20 de diamètre et seulement 3m,50 de longueur. La surface totale du foyer est de lm,20.
- Cette machine, d’un type tout à fait spécial, présente d’ailleurs la plupart des dispositions caractéristiques des locomotives des États-Unis. On re trouve à l’avant, par exemple, le boggie ou truck articulé destiné à faciliter la circulation sur les voies en courbe, et qu’on commence aujourd’hui seulement à adopter en France.
- Signalons encore l’énorme chasse-boeuf d’avant
- nécessaire dans un pays où la voie n’est pas close, la grosse lanterne, la cloche d’avertissement pour la traversée des lieux habités, et surtout l’abri confortable si bien aménagé d’arrière, tout à fait inconnu de nos mécaniciens français, etc.
- Telle qu’elle est disposée av.ee ses roues de friction, la locomotive de M. Fontaine présente certainement un intérêt de curiosité très réel ; mais il n’est pas probable qu’elle trouve jamais beaucoup d’imitateurs, car l’installation en devient particulièrement compliquée, et elle ne peut donner qu’un effort moteur très limité. D’ailleurs on n’hésite plus aujourd’hui, en France surtout, peut-être un peu sans doute au détriment de la stabilité, à relever l’axe de la chaudière, s’il est nécessaire, pour obtenir des roues motrices d’un diamètre plus considérable, et on atteint ainsi plus directement des vitesses comparables à celle de la locomotive Fontaine.
- L. Bâclé.
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- L.4 NATURE.
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- PARHËLIES OBSERVÉS A TOULON
- ET DAMS LA CAMARGUE
- Pendant que le maximum barométrique se maintenait dans le nord de la France à une élévation inconnue depuis 1821, suivant le tableau intéressant dressé par M. Renou \ et y était accompagné de brouillards intenses très froids, nous avions un temps magnifique dans le Midi, l’atmosphère calme et sereine, le thermomètre, assez élevé pour la saison, dépassant presque toujours zéro.
- [ Dans la matinée du 27 janvier le ciel s’est couvert, et le soleil, en se levant derrière un rideau brumeux, a été accompagné, à huit heures et demie, d'un remarquable paihélie. L'astre élevé d’environ 12° au-dessus de l'horizon, se trouvait au centre d’un halo circulaire ayant 23° de rayon. La surface du cercle paraissait un peu plus sombre que l’espace environ-- nant. Aux points où un diamètre horizontal, passant par le centre du soleil, coupait le halo, on voyait deux autres images de cet astre, les partielles, revêtues des vives couleurs de l'arc-en-ciel et dans lesquelles le rouge se trouvait en dedans, c’est-à-dire du côté du centre, et le bleu en dehors.
- ParhéJie observé dans la Camargue le 16 décembre 1881. (D'après un croquis de M. Zurcher.)
- Une lueur blanche s’étendait encore extérieurement aux faux soleils, à quelque distance dans la direction du diamètre. Au point où la verticale du soleil coupait le halo, paraissait en outre une lueur blanchâtre formant un parhélie confus.
- Le phénomène resta visible dans toute sa beauté pendant une heure environ, en suivant le soleil dans son ascension; il pâlit ensuite et les parhélies disparurent, mais le halo resta encore visible jusque vers onze heures. Une relation étroite liait probablement ce système de réflexions à une invasion de brises glacées du Nord, qui se substituaient au vent d’Est régnant depuis plusieurs jours.
- Dans le courant du mois de décembre, un très beau
- 1 Voy. la Nature, n° 452 du 28 janvier 1882, p. 155.
- parhélie a été aussi observé par mon fils, ingénieur des ponts et chaussées, dans une excursion à travers la Camargue. La description suivante, accompagnée d’un dessin, est extraite des notes prises par lui sur les lieu même :
- « Le 16 décembre 1881, vers trois heures de l’après-midi, un halo se montra, avec deux taches lumineuses légèrement colorées, sur le diamètre horizontal.
- « A mesure que le soleil baissait sur l’horizon, le phénomène s’accentuait, et l’on put voir, à la suite des taches très brillantes, les prolongements des rayons horizontaux, tandis que, au-dessus du soleil, une troisième tache apparaissait.
- « Dès que le soleil commença à pénétrer dans une bande de nuages qui régnait sur tout l’horizon, une
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- LA NATURE.
- colonne lumineuse verticale vint compléter le par-hélie, qui présenta alors l’aspect que montre le croquis.
- « A l’emplacement des taches lumineuses, on pouvait voir, en regardant attentivement, le ciel strié de petites lignes parallèles très fines.
- « Le point d’observation du phénomène était situé au bord de la mer, à 2 kilomètres environ du phare de Faramari, dans la Camargue.
- « Le lendemain un changement dans la direction du vent, de l’Est à l’Ouest, amenait un ciel couvert et une baisse du baromètre. »
- F. Zit.ciier.
- 507 MOUVEMENTS MÉCANIQUES ‘
- Nous venons de recevoir un petit volume qui se présente sous une forme à la fois simple et pratique, et qui nous paraît devoir être utile à tous ceux qui, par la nature de leurs travaux, ont besoin de réaliser des combinaisons et des transformations de mouvement. Le lecteur en consultant ce volume s’évitera bien des recherches et souvent bien du temps perdu. Chaque combinaison y est expliquée clairement en quelques lignes, le texte en regard du diagramme, sans redites et sans phrases inutiles.
- Bien que les dessins, comme le dit l’auteur dans sa préface, ne soient pas méthodiquement classés, ce défaut est largement compensé par la table des matières et par l’arrangement tout nouveau des dessins et du texte explicatif mis en regard, ce qui a rendu la collection beaucoup plus commode, au point de vue des recherches, qu’aucune autre qui ait été publiée précédemment.
- Nous reproduisons ici, à titre de spécimen, quelques-uns des petits diagrammes que cet ouvrage renferme. On s’expliquera ainsi bien mieux son utilité, et les raisons qui ont engagé le gouvernement belge à prêter son concours à ce petit livre publié sous les auspices du Musée Royal de l’Industrie.
- 1. Roue multiple. — Transmission de mouvement entre deux arbres parallèles très rapprochés dans le rapport des vitesses de 1 à 2. La petite roue triangulaire conduit la plus grande par le seul mouvement de ses rouleaux de friction dans les rainures radiales.
- 2. Pinces de charpentier. — En poussant la pièce de bois contre les mâchoires, celles-ci tournent sur leur axe et serrent les côtés de la traverse.
- 3. Moyen de faire faire à une manivelle un tour complet pour chaque coup du piston moteur. A cet effet, le piston est guidé suivant une ligne en dehors de l’axe et ne passant pas par cet axe.
- 4. Poulie de friction. — Quand la jante de la roue tourne dans une direction opposée à la flèche, le mouvement est communiqué à l’arbre par l’intermédiaire de bras excentriques; mais quand elle tourne dans le sens de la flèche, les bras tournent sur leurs pivots, et l’arbre est en repos. Des ressorts appliquent les bras contre la partie interne de la jante d’une façon continue.
- 5. Régulateur de montre. — Le ressort du balancier est attaché, à son extrémité extérieure, à un bouton fixe R, et, à son extrémité intérieure, à l’axe du balancier. Un point neutre est déterminé sur le ressort, en P, en faisant tourner autour de l’axe du balancier une sorte de pince fixée à une aiguille et qui vient saisir le ressort en un point plus ou moins éloigné de l’attache fixe R. Le ressort fonctionne donc seulement entre le point neutre et l’axe. En faisant mouvoir l’aiguille à droite, on raccourcit la partie active du ressort, les oscillations deviennent plus rapides; en faisant mouvoir l’aiguille à gauche, l'effet inverse se produit.
- Fig. 6.
- 1 507 mouvements mécaniques, renfermant tous ceux qui sont les plus importants et beaucoup de mouvements inédits,
- 6. Pédale sans point mort. — La disposition consiste à ajouter à la pédale ordinaire un ressort hélicoïdal A dont la tendance est de faire mouvoir la manivelle dans une direction à angle droit avec les points morts.
- 7. Hélicographe, ou instrument pour décrire des hélices. — La petite roulette, en se mouvant autour du centre fixe, décrit une hélice ou spirale en parcourant la tige filetée, et transmet la même figure au papier, sur lequel un papier à décalquer est placé, le côté coloré fixé en bas.
- par M. T. Brown, éditeur de VAmerican artisan, traduit de l’anglais, par M. Henri Stevart. 1 vol. Paris, Gauthier-Villars, et Bruxelles, G. Mayolez.
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- 8. Paradoxe mécanique de Fergusson, dessiné pour montrer une curieuse propriété du train épicycloïdal. — La roue A est fixée sur un arbre autour duquel tourne la barre CI). Cette barre supporte deux axes M et N. Sur l’axe M est une roue dentée folle B engrenant avec À; sur l’axe N sont trois roues folies E, F, G, engrenant toutes trois avec B. Quand la barre CD tourne autour de l’axe, le mouvement est communiqué aux trois roues E, F, G, qui forment avec la roue B et la roue À, trois trains épicycloïdaux distincts. — Supposons que A ait 22 dents, F, 20, E, 21 et G, 19. En faisant tourner le bras Cl),
- F ne paraîtra pas tourner sur son axe, et chaque point de sa circonférence tournera cependant toujours dans une même direction, E paraîtra tourner dans un sens et G en sens contraire, ce qui est un paradoxe apparent, — d’où le nom donné à l’appareil.
- LE TUNNEL SOUS-MARIN DE MESSINE
- Depuis le grand projet de traversée du Pas-de-Calais, l’attention des ingénieurs s’est portée sur l’étude sous-marine des détroits, et sur le choix que l’on pouvait foire des plus propices à un travail similaire à celui proposé par Thomé de Gamond.
- Le bassin méditerranéen, avec ses multiples découpures, ses passes relativement étroites, offre, à première inspection, de nombreux sujets de traversée lacustre. La porte de Gibraltar, le détroit de Messine, celui de Boni-facio, les deux canaux asiatiques des Dardanelles et du Bosphore, la passe de Kertch entre la mer Noire et la iner d’Azov, ne présentent en effet à la surface que des largeurs compatibles avec un projet de passage sous-marin, ou même de pont jeté par-dessus les flots.
- Si nous examinons en particulier le détroit de Messine, qui vient d’être l’objet d’un rapport présenté au gouvernement italien par une grande entreprise de travaux publics, nous voyons que la largeur du bras de mer qui sépare la Sicile de l’extrémité méridionale de la Péninsule ne surpasse guère 5 kilomètres, dans sa partie la plus resserrée. La légende ne rapporte-t-elle pas que le comte normand Roger, et, plus loin de nous, Timoléon de Corinthe et Appins Claudius, attachèrent, pour le traverser, leurs chevaux à la proue de leurs navires ! Entre le cap sicilien de Faro et les monts italiens d’Aspromonte, célèbres par la bataille des Mille, la largeur réelle du détroit est de 3147 mètres, la profondeur moyenne du seuil étant de 75 mètres.
- En conservant une épaisseur de rocher de 50 à 40 mètres au-dessous du sol sous-marin, le rail pourra être posé à 110 ou 120 mètres au-dessous du niveau de la mer. Les deux embouchures de la galerie partiront de deux puits de même profondeur creusés sur les deux rives. Quant au raccordement aux lignes qui longent, ou longeront dans un bref délai, les littoraux sicilien et italien, il se fera au moyen de tunnels hélicoïdaux, avec rampes appropriées, analogues à ceux que l’on rencontre sur la nouvelle ligne
- du Golhard, et que nous avons récemment décrits. Ces galeries hélicoïdales souterraines pourront ainsi regagner la différence de niveau existant, d’un côté entre la bouche italienne de la galerie sous-marine et Reggio, de l’autre entre la bouche sicilienne et la ville de Messine.
- Si nous nous reportons au mode d’exécution, si simple dans sa compréhension, et que nous avons si souvent rappelé, des tunnels, nous ne verrons aucun obstacle à l’accomplissement du projet de traversée italo-sicilienne. La vitesse d’exécution des trois tunnels — galerie sous-marine, tunnel hélicoïdal italien, tunnel hélicoïdal sicilien, — qui peuvent être perforés simultanément, est assurée par l’emploi simultané des perforatrices et de la dynamite. La dureté de la roche ne sera donc point un obstacle.
- Reste la question de subvention nécessaire à l’exécution d’un travail onéreux. A la vérité, ce côté de la question ne rentre pas dans nos études habituelles. Nous sommes toutefois certain que le gouvernement italien, qui a récemment voté l’achèvement du réseau de ses voies ferrées, et spécialement plusieurs importantes traversées des Apennins, ne ménagera pas son concours à une œuvre dont le premier résultat sera de rattacher la Péninsule à l’une de ses plus riches provinces, la métropole méditerranéenne du soufre.
- Maxime Hélène.
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- (Suite. — Voy. p. 99, 115 et 155.)
- LES ALLDMOIRS
- Parmi les services les plus précieux — et jusqu’ici les moins appréciés en général — que peut rendre l’électricité appliquée aux usages domestiques figurent les allumoirs.
- Par le temps d’allumettes déplorables qui court, avoir instantanément dii feu et de la lumière en tirant un cordon, en appuyant sur un bouton ou en tournant un robinet est une chose à prendre en sérieuse considération, et notre expérience personnelle nous permet d’affirmer que l’électricité peut nous rendre chaque jour, à ce point de vue, d'inappréciables services.
- Les allumoirs électriques varient beaucoup de formes et de dispositions, avec la nature des usages auxquels on les destine, les endroits où ils doivent être placés, le combustible qu’ils doivent enflammer, etc.
- Nous nous contenterons d’indiquer les plus simples et les plus pratiques parmi les nombreux modèles construits jusqu’ici. Tous ceux que nous décrirons sont fondés sur l’incandescence d’un fil de platine; on en a aussi construit quelques-uns basés sur l’étincelle d’induction, mais ils sont plus compliqués et par conséquent plus chers, et ne sont pas passés dans la pratique. Avant de commencer la description de ces appareils, nous ferons une remarque relative aux piles qui doivent les alimenter et qui expliquera pourquoi nous avons donné la préférence, au commencement de cette
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- LA NATURE.
- série d’articlesi, aux éléments Leclanclié avec plaques agglomérées et zinc à grande surface.
- Pour produire l’inflammation d’une substance combustible donnée, il faut lui présenter un corps incandescent porté à une certaine température variant avec la nature de cette substance, assez faible avec le gaz d’éclairage, plus élevée avec le pétrole, et rouge blanc pour l’inflammation directe d'un rat-de-cave ou d’une bougie. Nous avons dit que nous faisions exclusivement usage de fil de platine porté momentanément à l’incandescence par le passage d’un courant électrique. La température de ce fil dépendra surtout de l’intensité du courant qui le traverse : si cette intensité est trop grande, le fil de platine, choisi cependant à cause de son inoxvdabi-
- lité et de son point élevé de fusion, fondra rapidement; si l’intensité est trop faible, la température à laquelle le fil arrivera sera elle-même trop basse, et l’inflammation ne se produira pas. La pratique indique rapidement le moyen d’obvier à ces deux inconvénients et de placer chaque appareil dans des conditions telles que le fil ne fonde presque jamais et que l’allumage se produise toujours. Pour la même intensité de courant qui traverse le fil, on pourra faire varier la température de ce fil en augmentant ou en diminuant son diamètre. Un fil très fin rougira pour un courant très faible, mais il sera alors très fragile et sujet à se rompre au moindre accident. On est alors conduit à faire usa^e de fils un peu plus forts (variant en général de un dixième
- Fig. 1. Allumoir ordinaire à essence de pétrole de M. Loiseau.
- à deux dixièmes de millimètre de diamètre). Le courant a alors besoin d’être un peu plus intense. On obtient facilement l’intensité nécessaire avec les éléments à grande surface, qui ont une bien plus faible résistance intérieure que les éléments à vase poreux, et comme, pour un nombre d’éléments donnés, l’intensité du courant diminue à mesure que la résistance intérieure des éléments augmente, on a tout intérêt à diminuer le plus possible cette résistance intérieure 2.
- Les fils de platine sont ordinairement roulés en spirale. Le but de cette disposition est de concen-
- 1 Voy. n° 450 du 14 janvier 1882, p. 100.
- * La formule de Ohm permet de se rendre facilement compte de ce fait. Soit n le nombre des éléments montés en tension; r la résistance intérieure de chaque élément: H, la résistance totale du circuit, conducteur et fil de platine; E, la force élec-
- Fig. 2. Nouvelle forme de l’alluinoir extincteur de M. Paul Ranque.
- trer la chaleur en un petit espace pour élever le plus possible la température du fil. On a ainsi besoin d’un courant moins intense pour produire l’inflammation qu’avec un fil simplement tendu. En effet, le même fil traversé par un courant d’une intensité constante arrive à peine au rouge lorsqu'il est développé tandis qu’il atteint le blanc lorsqu’il
- tro-motrice d’un élément ; I, l’intensité du courant, on aura, d’après la formule de Ohm :
- j _ nE nr -f- R
- On voit d’après celle formule que pour augmenter I sans changer le nombre des éléments n, il faut diminuer le dénominateur, c’est-à-dire diminuer la résistance intérieure r de chaque élément pour diminuer le facteur nr, ou bien diminner la résistance extérieure R, c’est-à-dire employer de gros conducteurs.
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- Fisr. 5: Mlumoir de M. Barbier.
- est roulé en spirale, parce que la surface de refroidissement est moins grande dans le second cas.
- Passons maintenant à l’examen de quelques formes pratiques d’allumoirs domestiques.
- Voici d’abord une disposition assez commode (fig. 1) d’un allumoir à essence ou à pétrole construit plus spécialement à l’usage des fumeurs.
- 11 est établi sous forme d’applique : en poussant la lampe contre le mur, on rapproche la mèche de la spirale et la lampe agit à son tour sur un bouton placé en arrière qui ferme le courant de la pile sur la spirale. En cessant d’appuyer, la lampe est ramenée un peu en avant par un petit ressort qui pousse le bouton : grâce à cette disposition simple et ingénieuse, la spirale ne se trouve jamais au contact de la flamme et peut ainsi durer très longtemps. M. Loiscau emploie un til de platine très fin et aplati en forme de lame ; il suffit du courant d'un seul élément pour produire l'inflammation. Le système est disposé pour que chacun puisse facilement remplacer en un instant la spirale accidentellement mise hors de service. A cet effet, M. Loiscau établit la spirale sur une petite pièce distincte nommée conflagrateur; le eon-llagrateur se compose de deux petits tubes minces de laiton maintenus parallèlement et d’une façon rigide par une sorte de double bague également en laiton qui vient saisir les tubes en leur milieu (fig. 1). Un petit morceau de papier roulé sur chaque tube en regard de la bague assure l’isolement.
- L’extrémité antérieure des deux tubes porte la spirale en platine, qui leur est fixée très simplement à l’aide de deux petites aiguilles en laiton, de forme conique, qui pincent le fil dans le tube et le maintiennent en place.
- Rien de plus facile que de remplacer le fil : il suffit de retirer les deux petites tiges à l’aide
- d’une pince, de faire une spirale de longueur convenable, suivant les appareils, en roulant le fil de platine sur une épingle ordinaire, et de le fixer sur le conflagrateur en pinçant ses extrémités dans les
- Fig. a. Allumoir de fourneau à gaz
- tubes, comme nous venons de le dire. Avec deux ou trois conflagrateurs de rechange, on est sûr de ne jamais se trouver dans l’embarras.
- Dans une antichambre, lorsqu’il s’agit d’allumer, par exemple, une petite lanterne de suspension, il est commode d’employer les allumeurs et extincteurs automatiques de MM. Maigret et Ranque, qui ont déjà été décrits précédemment dans la Nature1. Ces appareils ont d’ailleurs été perfectionnés depuis une année, et M. Bôliné construit aujourd’hui les allumoirs à soufflet de M. Maigret, sous forme d’applique, où l’on ne voit absolument, comme mécanisme, que la lampe et son support.
- M. Ranque a donné aussi une forme simple et nouvelle à son allumoir (fig. 2). Un électro-aimant, dissimulé dans le socle, rapproche la spirale de platine de la mèche. L’éteignoir, équilibré par un ^ . contrepoids, oscille autour d’un axe
- horizontal. Le support de cet étei-é gnoir porte deux petites goupilles
- contre lesquelles viennent agir successivement deux crans placés sur une pièce en forme d’ovale, fixée sur le côté des tiges mobiles.
- Dans la position représentée figure 2, à la première émission de courant, le cran supérieur agit pour abattre l’éteignoir, mais la course des tiges porte-spirale est limitée pour que la spirale ne vienne pas buter contre l’éteignoir qui la détériorerait. A l’émission suivante, le cran inférieur agit pour relever l’é-teignoir, tandis que la spirale s’approche de la mèche et l’enflamme.
- Il est commode d’actionner ces allumoirs-extincteurs, qui peuvent être placés à distance, non pas par un bouton de contact, mais par un système à tirage, qu’il est toujours plus facile de retrouver dans l’obscurité sans de grands tâtonne -ments. On pourrait utiliser dans le même but le mouvement même de la porte d’entrée, pour éclairer l’antichambre par le fait seul d’ouvrir la porte d’entrée, mais cela
- 1 Voy. n° 404 du 20 février 1881, p. 205.
- Fig. 4. Allumoir des liées de gaz de M. Loiseau.
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- . offre l’inconvénient de fonctionner aussi pendant le jour, et d’user inutilement la pile et le pétrole.
- Dans tous ces allumoirs, à essence ou à pétrole, il est important que la spirale ne touche pas la mèche, elle doit être placée un peu au-dessus et sur le côté, dans le mélange li’air et de vapeur combustible.
- On a combiné aussi plusieurs appareils pour l’allumage électrique du gaz ; nous décrirons quelques-uns de ces appareils.
- La forme la plus simple (fig. 5) est celle de l’al-lumoir de M. Rarbier pour fumeurs, pour bougies d’appartement, pour cacheter une lettre, etc., etc.
- Il se compose d’un petit bec de gaz B fixé sur une boîte ronde de 7 à 8 centimètres de diamètre et relié à la canalisation du gaz par un tuyau de caoutchouc A. En manœuvrant la manette M, on ouvre le robinet, et on établit un contact électrique d’une durée suffisante pour faire rougir la spirale GG' et enflammer le bec. Il est commode, dans ce cas, pour économiser un fil, d’utiliser le tuyau de gaz en plomb comme fil de retour, surtout si la pile est un peu éloignée de l’allumoir.
- Dans la disposition représentée (fig. o), la clef est munie d’un ressort spécial qui tend à la faire tourner ponr lui faire prendre la position verticale, et d’une dent qui, en s’enclanchant sur une pièce articulée D, la maintient dans la position horizontale aussitôt qu’on l’y a conduite. Pour éteindre le bec, il suffit d’abaisser le levier D, qui permet à la clef de reprendre la position verticale, c’est-à-dire la position de fermeture de l’orifice d’écoulement du gaz. Dans la disposition nouvelle, le cran, le ressort et le levier!) sont supprimés, le robinet prend seulement deux positions, ouvert ou fermé.
- Un autre système fort ingénieux est celui de M. Loiseau (fig. 4). Il se compose d’un robinet de gaz ordinaire, à papillon, Argand, Manchester, etc., portant sur le côté un conlîagrateur analogue à celui de l’allumoir à essence (fig. I), mais disposé verticalement. Une des tiges du conflagrateur est reliée au positif de la pile, l’autre à une petite tige horizontale en laiton qu’on voit sur le bas de la figure. En tournant le robinet pour l’ouvrir, on provoque une petite fuite de gaz en regard de la spirale de platine, en même temps qu’une oreille rigide fixée sur le robinet repousse une petite pièce métallique verticale et l’amène au contact de la tige de laiton ; le circuit se trouve alors fermé pendant un instant, par la terre, la spirale rougit et enflamme le gaz, la flamme monte et vient finalement allumer le bec. 11 va sans dire qu’en continuant le mouvement le contact se rompt pour ne pas user inutilement la pile et que la fuite se referme.
- Pour l’allumage des becs de gaz à genouillère, M. Loiseau construit des allumoirs fixes très commodes, qui se composent simplement d’un bouton et d’une petite spirale de platine. On fixe l’applique à proximité de la genouillère, il suffit alors, pour allumer, d’appuyer sur le bouton d’une main en rap-
- prochant le bec de l’applique de l’autre main.
- Pour les fourneaux à gaz, M. Loiseau construit un manche-allumoir (fig. 5) qui se place à côté du fourneau et qui se relie à la pile à l’aide de cordons souples. Le bouton de contact se trouve sur le manch<: même, et la spirale se trouve protégée contre les chocs par une garniture métallique fendue en forme de griffe et repliée à son extrémité.
- Tous ces allumoirs fonctionnent bien et rendent de réels services ; on peut les considérer comme des auxiliaires naturels et indispensables des sonneries électriques domestiques, et c’est certainement la pile Leclanché qui a rendu leur emploi pratique.
- E. Hospitalier.
- — A suivre. —
- —><?<-—
- CORRESPONDANCE
- ÉCLIPSE DE LUNE DU 5 DÉCEMBRE 1881 OBSERVÉE A BAGDAD
- Bagdad, 10 janvier I88k2.
- Monsieur,
- ... Nous ignorions à Bagdad que ce fût le jour de l'éclipse; mais quelque brave indigène s’en aperçut à temps pour donner l’éveil à ses concitoyens effrayés. Le vulgaire s’imagine bonnement que l’aslre est attaqué par quelque gros poisson, et pour empêcher le monstre de l’engloutir, ils déchargent leurs fusils en l’air. Autrefois c’était encore mieux : on y joignait un tintamarre de chaudrons et de casseroles, pour obliger l’animal à lâcher prise.
- Etant donc sorti pour voir ce que signifiait ce tumulte, j’ai pu, avec une bonne jumelle, observer l’éclipse, de sept heures à neuf heures et demie, heure de Bagdad; la lune était teinte en rouge, comme par une tache de sang qui aurait été versé sur son bord N. N. 0,et allait en se dégradant jusqu’au bas, où la mince tranche éclairée se détachait vivement; la partie rouge, dans une pénombre, laissait parfaitement distinguer les détails. Le froid était assez vif. — Cet hiver est très doux et trop sec; jusqu’ici il a à peine plu une demi-douzaine de fois depuis dix mois : on se croirait en Provence, sauf l’aspect désolé du pays.
- Agréez, etc.
- L. PlAT,
- Chancelier du consulat de France.
- CHRONIQUE
- , Fibregélatinée.— Cette nouvelle substance, qui nous vient d’Amérique, rappelle par son aspect, sa dureté, son poli et ses propriétés isolantes, l’éhonite et le bois durci dont on a fait un si grand usage, il y a quelques années, pour des bijoux moulés à bon marché. Elle se compose d’une fibre végétale spéciale préparée à grande pression, ayant l’aspect de l’ivoire ou de la corne et susceptible d’être tournée, coupée, percée, sciée, rivée, estampée, polie, etc. Elle peut recevoir toutes les applications de l’ébonite, tout en coûtant deux fois moins cher, car elle ne lui cède en rien au point de vue des propriétés isolantes. Quant à sa durée, les fabricants, MM. Courtenay et Trull, de New-York, garantissent qu’elle durera au moins autant, sinon davantage, que l’appareil électrique où on l’appliquera. La
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- fibre gélatinée se trouve dans le commerce sous forme de plaques dont l’épaisseur varie entre deux tiers de millimètre et 25 millimètres, et de 5 à 10 pieds carrés de surface. Elle revient à environ 6 francs le kilogramme. Sous le nom de fibre gélatinée flexible, MM. Courtenay et Tull fabriquent aussi un autre produit qui peut remplacer le cuir dans bon nombre d’applications, telles que les capotes de voiture, les garnitures de piston des pompes à huile, à eau, à pétrole, etc. Un grand avantage de la fibre gélatine est d’être insoluble dans l’eau chaude ou froide, l’huile, la graisse, le pétrole, le gaz, l’alcool, l’éther, l’essence de térébenthine et les acides.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 février 1882. — Présidence de M. Wuiitz.
- M. Dccaisne et M. Bussy. — Depuis la dernière séance la science a éprouvé deux pertes cruelles. Coup sur coup, M. Bussy et M. Decaisne ont été emportés. Le premier, académicien libre, était l’un de nos chimistes les plus éminents et l’on sait qu’il fut le premier à obtenir le magnésium à l’état métallique. M. Decaisne, membre de la section d’économie rurale, a publié d’innombrables travaux de botanique. Entré au Muséum en 1826 comme simple garçon jardinier, il a, grâce à sa valeur exceptionnelle, gravi un à un tous les échelons de la hiérarchie scientifique et quand la mort est venue i’arracher à ses recherches il était professeur de Culture au Muséum, ancien président de l’Académie des sciences, membre de la Société Royale de Londres, etc. Son exemple restera un encouragement éloquent pour ceux qui ont à lutter contre les difficultés des carrières libérales.
- L'Observatoire du Irocadéro. — Dans une note qui fait partie de la correspondance, M. Jaubert énumère les services dès maintenant rendus par l’Observatoire populaire qu’il a ouvert, comme on sait, au Trocadéro, le 14 juillet 1880. Plusieurs milliers de personnes sont allées observer les astres et plus de deux mille se sont fait inscrire pour suivre les observations astronomiques et microscopiques ou les conférences. Les éièves de l’École populaire d’astronomie ont déjà fait un grand nombre d’observations relatées dans un journal. Plusieurs d’entre eux se sont réunis pour installer à leurs frais un laboratoire. M. Jaubert a organisé pour les jeudis et les dimanches tout un enseignement de vulgarisation scientifique pour lequel il s’est assuré le concours de collaborateurs d’élite, appartenant en grande partie au corps enseignant.
- Nouvelle source thermale. — En effectuant un forage dans le terrain houiller de Montzond, auprès de Saint-Étienne, on a donné issue, suivant une lettre de M. Laur, à un violent dégagement d’acide carbonique, dont la puissance se révèle par la projection à 26 mètres de hauteur d’une eau échauffée d’ailleurs à 45° centigrades. On se propose de bétoner le forage pour capter cette source précieuse et l’auteur invite l’Académie à désigner une commission qui irait auparavant s’assurer de visu de la réalité des faits annoncés.
- Nouvelle espèce minérale. — M. Cossa a récemment recueilli à Yolcano des masses stalactiformes fournissant à l’analyse la composition du fluosilicate de potasse. Cette nouvelle espèce sera inscrite dans les catalogues de minéralogie sous le nom d'Hiératile.
- Histoire géographique du Pacifique. — Reprenant une thèse naguère défendue avec le plus grand talent par M. Alphonse Milne Edwards, M. Blanchard conclut de la comparaison des flores et surtout des faunes qu’à une époque très récente l'Océan Pacifique baignait un vaste continent austral, dont la Nouvelle-Zélande et les îles Campbell, Maquarie, Chatam, des Antipodes, etc., ne sont que des vestiges. 11 insiste surtout sur la dispersion à la surface de ces régions si distantes les unes des autres, d’animaux que leurs moyens de locomotion n’ont pas mis à même de passer d’une de ces stations dans les autres. Parmi les oiseaux il cite l’aptéryx, le dinornis, le pala-ptéryx, le strygops (ce perroquet nocturne qui ne peut voler et n’a pas de bréchet), le nestor, etc.
- M. Alphonse Milne Edwards rappelant à cette occasion ses belles recherches de 1867 et de 1873, ajoute que les îles Mascareigne, malgré leur énorme distance, se rattachent aussi intimement au groupe néo-zélandais. On sait que Maurice, Bourbon, Rodrigues, quelque voisines qu’elles soient de Madagascar, n’olfrent avec celle-ci aucun rapport zoologique. Au contraire, on y retrouve la même absence de mammifères terrestres qu’à la Nouvelle-Zélande et les mêmes oiseaux, tels que cet ocydroine que Le Gnat qualifiait si pittoresquement de Poule (Veau à bec de bé casse.
- Le bitume contre le phylloxéra. — Nos lecteurs se rappelleront peut-être que des érudits ont signalé des passages d’anciens textes où il est dit qu’en Asie Mineure et en Palestine on préserve les arbres et la vigne des parasites au moyen de bitume de Judée. M de Lesseps s’était offert pour recueillir des documents et M. Dumas annonce pour la prochaine séance des renseignements à cet égard. Il se borne pour aujourd’hui à constater que l’analyse décèle du soufre dans le bitume de Judée dont les propriétés antiseptiques sont ainsi augmentées. En attendant, la correspondance fournit une lettre de M. Lortet (de Lyon) qui transmet des détails fournis par son frère, en ce moment en Orient. Le point le plus important est relatif au mode d’application du bitume, lequel, paraît-il, est dissous dans l’huile avant d’être étalé au pinceau sur les végétaux.
- Chimie. — La thermochimie a fourni à M. Berthelot deux notes concernant l’une l’action du trichloracétate de potasse sur le cyanure de potassium, et l’autre les sels doubles de mercure. M. André a étudié l’oxychlorure de magnésium, M. Ogier le composé correspondant du soufre et M. Loumis la chaleur de formation de l’acide ferro-cyanhydrique.
- D’après M. Müntz la graine de luzerne renferme beaucoup d’une gomme nouvelle avec laquelle on peut préparer la lactine en abondance.
- Varia. — Un oomplément d’observations est adressé par M. Renou, au sujet des récentes perturbations de la pression atmosphérique. — M. Mouchez transmet des observations de petites planètes faites à l’Observatoire. — Un polarimètrc à lumière ordinaire est exposé par M. Laurent dans la salle des Pas-Perdus. — Notre savant collaborateur, M. Guébhard, adresse un mémoire intitulé : Généralisation de la méthode électro-chimique pour la mensuration des lignes équipotentielles. — Enfin, on doit signaler encore trois notes du même écrivain, relatives, la première à la bourre de soie, la seconde à la chute des corps et la troisième à la quadrature du cercle !
- Stanislas Meunier.
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- L’OBSERVATOIRE DE NICE
- Nous avons déjà publié quelques renseignements sur le magnifique Observatoire de Nice1 dont la construction s’achève actuellement. C’est un véritable palais que M. Raphaël Bischoffsheim a voulu dédier à l’Astronomie.
- Au point de vue scientifique et technique, les constructions s’exécutent sous la direction de nos plus éminents astronomes du Bureau des longitudes; les instruments, qui compteront parmi les plus beaux du monde, sont confectionnés avec le plus gé-
- néreux désintéressement par MM. Paul et Prosper Henry et Feil ; la direction de l’Observatoire est confiée à M. Perrotin. L’ensemble de l’installation ne laisse non plus rien à désirer au point de vue de l’art, puisque l’architecte est M. Charles Garnier. Le dessin que nous publions permet, du reste, de juger de l’œuvre telle qu’elle pourra être prochainement admirée.
- A droite de notre gravure, en haut du dessin, est le pavillon du concierge; c’est la porte d’entrée. Eu pénétrant dans le vaste terrain de 55 hectares consacré à l'ensemble des constructions, on passe successivement devant le pavillon météorologique, devant la coupole du petit équatorial ; puis on ren-
- Pavillon/ magnétiques Usine' à gcuc Gronde Méridienne- fuite Méridienne Pad’P'spectrvstvpijue JhàtSfua&rùU
- Grand, EqacUoriaO Administration, piblwthèguc' Directeur , '* favondu,a>nciêrg%
- Vue d’ensemble de l'Observatoire de Nice, fondé par M. R. Bischoffsheim.
- posés sur une élégante terrasse qui serait digne des jardins de Versailles : c’est l’Administration, la Bibliothèque et l’habitation du Directeur. Le jardin sera embelli de statues représentant les grands astronomes, et l’installation constituera une création unique, dont un État pourrait être fier.
- L’Observatoire de Nice coûtera assurément plus de 2 millions de francs.
- Quelle belle chose que la richesse, quand on sait en faire un si digne et si généreux emploi !
- Gaston Tissakdier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- contre les uns après les autres, le pavillon spectroscopique où M. Thollon continue ses beaux travaux ; le pavillon destiné à la petite lunette méridienne et celui qui contient la grande méridienne. Le grand équatorial doit dominer l’ensemble de sa vaste coupole. Cet instrument colossal sera une merveille ; il représente à lui seul une valeur de plus de 250000 francs. A côté du grand équatorial est une petite usine à gaz destinés à fournir la lumière à tout l’établissement.
- A gauche de la gravure, on voit au premier plan du dessin le pavillon destiné aux observations magnétiques. Au milieu et un peu à droite, se trouvent représentés trois monuments gracieusement
- * Voy. n° 393 du 21 décembre 1880, page 19.
- Paris. — Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras.
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- N» 456. - 25 FÉVRIER 1882.
- LA NATURE.
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- LES COUPEURS DE TÈTES
- DE BORNÉO
- Le laboratoire d’Anthropologie du Muséum d’histoire naturelle a reçu, il y a quelque temps déjà, de M. le ï)r llarmand, consul et commissaire du gouvernement français à Bangkok, une curieuse photographie dont la réduction accompagne cette petite notice. Nous n’avons pas pu malheureusement établir avec netteté la provenance exacte de l’épreuve que notre confrère et ami nous faisait ainsi
- tenir. Nous savons seulement qu’elle a été exécutée à Bornéo, et représente une habitation sur pilotis des Davaks de l’intérieur de cette grande île. Elle met d’ailleurs en évidence l’une des particularités les plus caractéristiques de l’ethnographie de ces insulaires, que les Hollandais désignent assez habituellement sous les noms de coupeurs ou chasseurs de têtes, en raison des rites singuliers et barbares qui imposent aux Dayaks, dans certaines circonstances de la vie, le meurtre d’un ennemi qu’ils décapitent ensuite pour orner de son crâne leur habitation.
- Leyden, un des premiers auteurs qui aient signalé cette cruelle coutume, nous apprend qu’un Dayak
- Habitation des Dayaks de Bornéo. (D’après une photographie.)
- ne trouverait pas de lernme à épouser s’il n’avait pas un crâne humain à déposer dans la corbeille de noces. M. Tromp ajoute que le veuf ne peut se remarier qu’après avoir coupé la tête d’un nouvel ennemi. Dans d’autres occasions encore, ces sauvages, isolés ou réunis en petites bandes, se mettent en route pour couper des têtes. Pendant l’absence des chasseurs, leurs femmes, ou s’ils sont garçons ou veufs, leurs sœurs, ne doivent s’occuper qu’à concasser le riz ou à tresser des nattes. Elles portent pendant tout ce temps le parang (couperet), qui ne les quitte même pas la nuit. Il leur est interdit de dormir le jour, et elles ne peuvent se coucher que fort tard, etc., etc.
- L’homme revient-il avec une tête, qu’il a presque toujours obtenue par la ruse et par l’embùche, les fem-iO* anaée. — 1er semestre.
- mes du karnpong, prévenues par un émissaire, se mettent en costume de fête, vont recevoir la hideuse dépouille sur le plus beau plat que possède le village, et rentrent en l’escortant au bruit du tawah et des gendangs. On lave la tête, on la prépare et on la fixe dans le lieu qui lui est assigné. De ces trophées, les uns, élégamment ciselés ou incrustés d’étain, ornés d’yeux en résine et en coquilles sciées, sont déposés à l’intérieur des maisons, où ils deviennent de précieux fétiches que l’on consulte dans les circonstances difficiles, auxquels on fait des offrandes de nasi, etc. Les autres, moins importants sans doute, sont seulement percés d’un trou généralement au voisinage du vertex, et attachés à l’aide de lianes ou de cordelettes au-dessus de la porte qui donne accès dans l'habitation aérienne. C’est une chaîne de têtes
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- LA NATURE.
- ainsi préparées que l’on voit se balancer au-dessus de l’entrée de la maison dayake de notre gravure, maison de chef, sans doute, de haut personnage, tout au moins, car le nombre des crânes qu’il a collectionnés est relativement considérable. Ce n’est pas assurément sans quelque peine que le photographe est parvenu à obtenir l’autorisation de reproduire ces objets sacrés. 11 lui eût, sans nul doute, été bien impossible d’acquérir, à quelque prix que ce fût, la plus mauvaise de ces pièces. C’est seulement, en effet, dans les expéditions militaires à l’intérieur que les Hollandais ont pu s’emparer des trophées dayaks que l’on voit dans leurs musées d’ethnographie; ceux que l’on possède en Angleterre, en Allemagne, en Suède, ont la même origine. Le Muséum de Paris tient la plupart de ceux qu’il possède d’un de ses correspondants, le Dr Riedel, résident hollandais à Holontalo. Nous reviendrons peut-être quelque jour sur la description détaillée de la précieuse collection dont ce savant ethnographe a récemment enrichi notre Musée national.
- E. T. Haut.
- L’OBSEMÀTOIRE MÉTÉOROLOGIQUE
- DE DOUAI ?
- L’inauguration d?un nouvel observatoire météorologique français, fondé à Douai par M. Paul Desmarest, a eu lieu le 26 janvier 1882. La plupart des notabilités de la ville ont pris part à cette cérémonie et plusieurs savants étran*' gers avaient été invités pour cette circonstance.
- La création d’un observatoire météorologique de cette importance, était devenue nécessaire dans le Nord, qui se trouvait dépourvu d’une station d’observations grandement organisée. —L’établissement possède actuellement les instruments d’étude les plus complets, et M.. Paul Desmarest se propose de se livrer à des travaux particulièrement intéressants, ceux de la photographie des nuages; on ne saurait trop applaudir à ces tentatives, qui fourniront de précieux documents à la science de l’atmosphère.
- L’Observatoire météorologique de Douai augmentera le plus possible le nombre de ses appareils.
- 11 établira prochainement un poste pour l’observation de l’électricité atmosphérique et du magnétisme terrestre. 11 forme aussi une bibliothèque concernant la météorologie et les sciences qui s’y rattachent ; cette bibliothèque sera mise à la disposition du public.
- Depuis le 1er janvier 1882, un bulletin mensuel très complet et fort bien disposé pour la représentation des variations atmosphériques à l’aide de courbes, paraît avec les observations faites au cours du mois précédent.
- LA MESURE DU TRAVAIL
- La mesure exacte du travail produit ou dépensé par une machine quelconque est un problème qui s’impose chaque jour davantage à l’industrie, car elle seule permet de se rendre compte scientifiquement de la valeur réelle d'une invention ou d’un perfectionnement.
- Sans vouloir traiter ici complètement la question, ce qui nous entraînerait hors du cadre de cette publication, nous nous proposons d’indiquer à grands traits les principes généraux, et de décrire quelques-uns des appareils qui ont donné de bons résultats dans la pratique. Nous donnerons rapidement quelques définitions importantes qui auront pour effet de faciliter beaucoup notre tâche, et de rappeler à plusieurs de nos lecteurs des choses trop souvent oubliées lorsqu’on n’en fait pas un usage pratique journalier.
- Le travail produit ou dépensé par une machine a pour valeur l’effort exercé suivant la direction du mouvement, multiplié par le chemin parcouru. En France, on emploie comme unité de travail le kilogrammètre, c’est-à-dire le travail dépensé pour élever un poids de un kilogramme à un mètre de hauteur, ou inversement, le travail produit par un poids de 1 kilogramme tombant d’une hauteur de 1 mètre. L’unité de travail est donc indépendante du temps. Cependant, pour apprécier la puissance d’une machine, il est important de rapporter le travail qu’elle produit ou qu’elle dépense à un temps donné, et on exprime alors sa puissance en kilogrammètres par seconde. Ainsi lorsqu’on parle d’une machine de 25 kilogrammètres, cela veut dire qu’elle produit 25 kilogrammètres par seconde.
- Le cheval-vapeur est égal à 75 kilogrammètres par seconde; une machine de 4 chevaux développe donc 75 x4 = 300 kilogrammètres par seconde.
- Dans chaque cas particulier, la mesure du travail par seconde se réduit donc à mesurer l’espace parcouru en mètres par seconde, l’effort exercé dans la direction du mouvement en kilogrammes, ou l’effort moyen, si cet effort varie pendant la seconde,
- . et à faire le produit pour avoir le travail en kilogrammètres. En divisant ensuite par 75, on a l’expression de ce travail en chevaux-vapeur.
- Supposons par exemple qu’il s’agisse de déterminer le travail dépensé pour la traction d’un omnibus. On intercale entre les chevaux et la voiture un dynamomètre ou peson à ressort donnant l’effort de traction, et on mesure la vitesse moyenne en comptant le nombre de secondes employé à parcourir une longueur donnée; en faisant le produit, on aune valeur du travail moyen dépensé pour la traction du véhicule et du travail utile produit par les chevaux pour remorquer ce véhicule. Le même procédé est applicable aux locomotives.
- Lorsque, ce qui arrive le plus souvent, les machines sont à rotation, il faut déterminer la vitesse de rotation et l’effort moteur ou résistant pour avoir l’expression du travail.
- La vitesse de rotation se mesure à l’aide de compteurs de tours et d’indicateurs de vitesse. Nous avons déjà décrit le cycloscope1 et l’indicateur de
- 1 Voy. «• 319 du 12 juillet 1879, p. 84.
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- LA NATURE
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- vitesses deM. Napier1. Nous décrirons prochainement le tachymètre de M. Buss et quelques compteurs de tours.
- Pour mesurer l’effort moteur ou résistant, il existe deux classes d’appareils très distincts suivant qu’on a à mesurer le travail dépensé par une machine ou le travail produit :
- 1° La mesure du travail dépensé se fait à l’aide de dynamomètres de transmission, ainsi nommés parce qu’on les interpose entre le moteur qui produit et la machine qui dépense le travail ;
- 2° La mesure du travail produit se fait à l’aide de dynamomètres d'absorption ou freins dynamométriques. On leur fait absorber le travail produit par la machine sous forme de frottement, et l’on mesure ce travail de frottement par des procédés très simples, basés tous, en principe, sur le frein de Prony.
- Lorsque l’appareil enregistre à la fois l’effort moteur et la vitesse, et en fait mécaniquement le produit, on l’appelle dynamomètre enregistreur ou totalisateur. Nous en verrons quelques exemples par la suite.
- A côté de ces méthodes générales et directes s’en trouvent d’autres plus particulières et indirectes qu’il serait impossible de réunir dans une classification méthodique, car elles varient à l’infini avec les circonstances; il nous suffit d’avoir indiqué les méthodes directes les plus importantes.
- Comme exemple d’application et dispositions pratiques du dynamomètre d’absorption, nous décrirons aujourd’hui le frein funiculaire de M. J, Carpentier et la balance dynamométrique de M. J. Raffard.
- Frein funiculaire de M. Carpentier. — On peut considérer le frein de M. Carpentier comme un frein de Prony à serrage automatique. Il a été imaginé dans le but de mesurer avec assez d’exactitude le travail produit par les petits moteurs à bobine de Siemens de M. Marcel Deprez. La mesure du travail produit par des moteurs de petite puissance et tournant à de grandes vitesses présente en effet de grandes difficultés. Il aurait été impossible de faire usage d’un frein de Prony ordinaire et de dimensions réduites, car la moindre différence dans le serrage des mâchoires aurait modifié considérablement l’allure du moteur ainsi que toutes les variations du coefficient de frottement dues à un graissage plus ou moins parfait des substances frottantes, etc.
- Pour que le frein fonctionne régulièrement, il faut donc que l’effort de frottement soit constant, malgré les nombreuses variations du coefficient de frottement avec les circonstances et les conditions de fonctionnement, c’est-à-dire que l’appareil doit régler automatiquement et instantanément son .serrage, l’augmenter lorsque le coefficient diminue et le diminuer lorsque le coefficient augmente. M. Carpentier a résolu très élégamment et très simplement
- 1 Voy. n° 340 du 0 décembre 1879, page 11.
- le problème en appliquant dans son appareil la loi du frottement des cordes, en vertu de laquelle le frottement d’une corde croît beaucoup plus vite que l’arc d’enroulement de cette corde sur sa poulie1, d’où le nom de frein funiculaire donné au système.
- L’appareil se compose de deux poulies A et B (fig.l) montées sur l’arbre même du moteur à essayer. La poulie A est calée sur l’arbre, la poulie B est folle. Une corde très flexible portant un poids p est fixée à la jante delà poulie B et s’enroule sur la poulie A. Une seconde corde portant un poids P est enroulée sur la poulie B à laquelle elle est attachée en un point de sa circonférence. Dans les nouveaux modèles, les cordes sont remplacées par de petites lames d’acier, mais le principe reste le même.
- Si l’on fait tourner l’arbre dans le sens où agit le poids p, la corde qui porte ce poids subit le irot-
- —(“H---
- Fig. 1. Frein funiculaire de M, Carpentier.
- tement de la poulie mobile, la différence des tensions aux deux extrémités de l’arc embrassé croît très rapidement avec cet arc. La poulie folle tendrait à se mouvoir sous l’effort exercé par P, mais elle est retenue par p qui agit sur l’autre corde; il y a équilibre lorsque l’arc embrassé a une amplitude telle que la tension de la corde du poids P ait, à son point d’attache, une tension égale à p. Les variations du coefficient de frottement font varier dans le sens convenable l’arc embrassé pour maintenir toujours l’équilibre.
- Les deux poulies A et B ayant le même diamètre, le travail par seconde est donné par la formule :
- 1 Cette loi est souvent mise en application : c’est sur ce principe de mécanique qu’est fondé, par exemple, l’arrêt rapide des bateaux-mouches lorsqu’ils arrivent en face des pontons de débarquement.
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- LA NATURE.
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- T, travail par seconde en kilogrammèlres; — I d, diamètre des poulies en mètres ; — n, nombre I de tours par minute ; — P, poids accroché au brin | de la poulie folle B en kilogrammes ; — p, poids accroché au brin de la poulie calée A en kilogrammes.
- Balance dvnamométri-QUE DE M. N. J. RaFFARD.
- —Le frein funiculaire de M. Carpentier est combiné plus spécialement pour les petites forces, il se place directement à l’extrémité de l’arbre en porte-à-faux, ce qui tend à modifier les résultats, à cause du frottement additionnel produit sur les coussinets du moteur par les poids Pet p, enfin le point d’attache de la corde qui glisse sur l'a poulie fixe n’est pas dans le même plan que celui de la poulie folle, il en résulte un effort de gauchissement qui produit une usure inégale et rapide de l’arbre et de la poulie.
- Dans sa balance d y namométrique,
- M. Raffard, tout en se servant du principe ingénieux du frein funiculaire de M. Carpentier, l’a construit dans des conditions indus -trielles plus favora-’ blés, il en a fait un appareil distinct (figures 2 et 5) pouvant s’adapter aisément en quelques minutes à un moteur quelconque et permettant de mesurer depuis des forcés de quelques ki-logrammètres jusqu’à des forces qui dépassent* six chevaux-vapeur, suivant les dimensions de l’appareil.
- La figure 2 permet de s’expliquer le fonctionnement du frein, tandis que la figure 3 en montre”la forme pratique.
- L’appareil se compose d’une poulie A (fig. 2), calée sur l’arbre et de deux poulies folles B et B'.
- T est le fléau d’une balance à laquelle on suspend le poids P. C est un étrier qui reçoit les attaches des
- sangles a et b. Cet étrier est équilibré par rapport à son axe par un contrepoids fixé aux branches d.
- L’action est identique à celle du frein de M. Carpentier. Le poids P exerçant son action de bas en haut sur la poulie, tend à équilibrer le système. Il n’y a pas de gauchissement, les forces s’exerçant dans le plan même des poulies, et comme il peut y avoir un déplacement relatif des poulies et des courroies de sangle, il en résulte que ces poulies ne s’ovalisent pas en tournant toujours dans la même position.
- Le diamètre des poulies est calculé pour présenter un développement exact de 20, 50 ou 100 centimètres, ce qui simplifie beaucoup le calcul, car en connaissant la valeur (P—p) en kilogrammes et le nombre de tours par minute n, on en déduit le
- travail pioduit, par une simple multiplication.
- La partie inférieure des poulies plonge dans une petite cave plate en zinc (fig. 3), remplie d’eau ordinaire ou d'eau de savon pour lubrifier les sangles.
- La balance dynamométrique de M. Raffard forme un système complet, compact et coin-, mode qui s’applique très facilement à un moteur quelconque à l’aide d’un joint de Cardan fixé à chaque extrémité de l’arbre du frein, suivant le sens naturel de rotation de la machine, et de quelques vis de serrage qui fixent l’arbre du moteur sur celui de la balance et permettent de les placer dans le prolongement l’un de l’autre.
- Cet appareil est fort bien approprié à la mesure du travail produit par les machines dynamo-électriques fonctionnant comme moteurs.
- —•
- Fig. 2. Diagramme de la balance dynamométrique de Jl. J. Raffard.
- Fig. 3. Vue d'ensemble de la balance dynamométrique.
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- CONFERENCES DE LA SORBONNE
- LA PORCELAINE (HISTOIRE, FABRICATION, DÉCORATION)
- (Suite et lin. — Voy. p. 177.)
- 3° Cuisson. — Les objets fabriqués par l’une ou vous, doivent maintenant être transformés en por-l’autre des méthodes que je viens d’esquisser devant celaine, c’est-à-dire soumis à l’action du feu, qui
- Nouvelle Manufacture de Sèvres. — Vue d’enseni)de d'un tour à porcelaine.
- combinera les divers éléments de la pâte et déterminera la fusion de la couverte.
- La cuisson se fait en deux lois ; dans la première opération, où la température est relativement peu élevée (elle ne dépasse pas 1000 à 1200 degrés), la terre se transforme en ce que l’on appelle le dégourdi ; elle est devenue très résistante, sonore, et
- extrêmement poreuse; c’est dans cet état qu’elle est soumise à l’émaillage.
- L’opération est des plus simples, elle consiste en une immersion rapide dans de l’eau tenant en suspension la roche fclspathique (felspath ou pegma-tite, selon les fabrications) réduite préalablement à l’état de poudre absolument impalpable.
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- Mais quelque simple que paraisse l’émaillage il nécessite les plus grands soins : il faut que la couche d’émail ait l’épaisseur qui convient à la pièce, ni trop, ni trop peu, sous peine d’accidents irrémédiables; il faut que cette couche soit aussi uniforme que possible, qu’il n’y ait ni bourrelets, ni maigreurs; ces diverses qualités ne peuvent être obtenues par le trempage seul, qui est toujours suivi d’une retouche au pinceau.
- Nous arrivons enfin à la cuisson au grand feu, pour laquelle il est nécessaire d’atteindre une température del600 à 1800 degrés, point auquel a lieu la fusion du felspath.
- Quelques détails vous feront comprendre la marche et les difficultés de cette opération.
- La terre à porcelaine ne peut être cuite au contact direct des flammes, de la cendre et de la fumée sans être profondément altérée; il faut donc pour le dégourdi comme pour le grand feu, l’enfermer dans des enveloppes protectrices auxquelles on donne le nom de gazettes ou casettes; ce sont des étuis en terre aussi réfractaire que possible, et dans lesquels, sur des supports convenablement aménagés, les pièces sont disposées avec le plus grand soin. Vous n’avez pas oublié que la porcelaine doit, pour être cuite, atteindre son point de ramollissement; il faut donc au moment de l’encastage prévoir ce ramollissement et à cet effet soutenir toutes les parties qui pourraient se déformer; mais il faut qu’en même temps les supports ne collent pas à la pièce ; ce n’est qu’à l’aide d’artifices de toutes sortes qu’on réalise ce problème sans que ces supports laissent ultérieurement des traces visibles.
- Je mets sous vos yeux deux exemples de ces supportages où l’habileté et l'ingéniosité de l’otivrier trouvent fréquemment matière à s’exercer.
- Voici nos pièces encastées et prêtes à être portées au four, les unes pour être dégourdies, les autres émaillées pour être cuites au grand feu.
- Arrivons au four.
- Un coup d’œil jeté sur ce dessin et sur ce plan vous permettra de compi’endre en quoi il consiste : tout d’abord vous voyez qu’il a deux étages : le supérieur représente le globe ou dégourdi; il est chauffé par la chaleur perdue qui s’échappe de l’étage inférieur et pénètre dans le globe par les carneaux de la voûte; l’étage inférieur, où s’opère la cuisson de grand feu, se nomme le laboratoire ; il est chauffé au moyen d’un certain nombre de foyers faisant saillie sur le pourtour du four et que l’on nomme alandiers.
- Les gazettes remplies d’objets de toutes sortes sont disposées dans l’intérieur du laboratoire, bien verticalement, aussi symétriquement que possible et soutenues par des accots; quand le four est entièrement garni, on ferme l’entrée par une double porte en matériaux réfractaires et on allume le feu dans les divers alandiers ; la température doit être élevée très lentement et très régulièrement pour éviter les dilatations inégales qui entraîneraient la rupture de
- objets; on en suit l’ascension par de petites ouvertures ménagées à cet effet dans le massif du four et qui permettent de voir la couleur du feu; successivement on le voit passer du rouge sombre, au rouge vif; il atteindra, lorsque par la marche dite de grand feu on aura diminué l’entrée de l’air, l’orangé, l’orangé vif et enfin le blanc.
- A ce moment, auquel on arrive selon les appareils et la marche suivie, après vingt-quatre, trente-six ou même soixante heures, la porcelaine est près de son point de cuisson; comme malheureusement il n’existe jusqu’ici aucun appareil capable de fournir un renseignement précis et régulier sur la température du four, on est obligé de préjuger de l’état général de la cuisson, en retirant des diverses parties du four de petits morceaux de porcelaine, des montres, qui renseignent d’ailleurs assez exactement sur la marche de l’opération. Quelques heures avant la fin de la cuisson, les montres sont glacées mais elles tressaillent, c’est-à-dire qu’elles se fendillent par le refroidissement; si l’on s’arrêtait à ce moment, les pièces enfermées dans le four se blaseraient inévitablement et la fournée serait perdue; on continue donc à chauffer jusqu’à ce que les montres parfaitement glacées et transparentes ne présentent plus ce phénomène, mais on ne saurait prolonger bien longtemps la cuisson à ce moment sous peine d’altérer la porcelaine ou de risquer dans l’intérieur du four des effondrements désastreux. En réalité ce point est toujours délicat à saisir, car il est également difficile d’éviter à la fois les deux écueils.
- Lorsque la cuisson est jugée complète, on couvre le feu, on ferme toutes les issues et on laisse refroidir le four, ce qui exige quatre à huit jours.
- Je n’ai parlé jusqu’ici que de la température à laquelle il faut arriver pour cuire la porcelaine ; il est un point tout aussi important à étudier, c’est la nature des gaz qui existent dans le four. Si l’on ne cuit que de la porcelaine* blanche on aura généralement intérêt à avoir une atmosphère réductrice parce que les petites quantités de fer. de titane, elc., que renferment les argiles, seront amenées au minimum d’oxydation et ne coloreront pas la masse en jaune comme le ferait une flamme oxydante ; si au contraire la porcelaine est décorée, il est en général avantageux d’avoir une atmosphère oxydante et comme presque toujours on cuit les deux en même temps, ce n’est qu’avec une série de tours de main, comme par exemple, l’introduction artificielle dans les piles, de courants gazeux appropriés à tel ou tel objet, qu’on peut arriver à un résultat convenable.
- Pour nous renseigner sur la nature des gaz existant dans le four, je trouve avantageux de faire faire par un de nos ingénieurs, M. Auscher, des analyses fréquentes de ces gaz pendant la cuisson ; l’appareil Orsat1 nous rend à ce point de vue des services réels.
- 1 Voy. la Nature, n" 254 du 13 avril 1878, p. 514.
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- La nature du combustible employé est très variable ; on se sert de bois de diverses essences ou de houille : tous nos efforts doivent tendre à l’application de gazogènes, qui seuls nous permettront d’être maîtres de nos cuissons.
- Je ne puis évidemment mettre sous vos yeux une cuisson industrielle de porcelaine, mais j’ai cru intéressant de vous montrer un moyen pratique de faire des essais de cuisson au laboratoire.
- J’ai eu l’idée d’employer à ces essais le four bien connu de M. Perrot et j’ai eu la satisfaction de constater qu’en deux heures environ on y peut cuire de la porcelaine. L’emploi de cet excellent appareil nous a rendu des services inappréciables, puisqu’il nous a permis d’étudier toute une série de phénomènes peu déterminés et de faire, à des températures variables, des expériences très intéressantes; je le recommande non seulement aux chimistes, mais encore aux industriels, qui pourront ainsi rapidement faire des essais et même obtenir une production facile de petits objets délicats.
- Vous avez vu allumer le four au commencement de cette conférence ; je pense que la cuisson doit être terminée en ce moment; nous allons éteindre le gaz et dans un quart d’heure je vous présenterai des objets qui auront été émaillés, enfournés et cuits sous vos yeux.
- 4° Décoration. — Messieurs, après vous avoir donné un aperçu aussi succinct que possible des points principaux de la fabrication de la porcelaine, je désire vous dire quelques mots des procédés employés pour décorer et enrichir cette belle matière. L’art de fixer les couleurs sur une poterie diffère essentiellement de celui qui consiste à fixer des couleurs sur tissus, sur bois, sur papier; on exige d’ailleurs de la décoration céramique des qualités spéciales qui la distinguent de toute autre. Une adhérence parfaite, une résistance absolue aux agents atmosphériques, une glaçure qui permette de confondre les couleurs avec celle de l’objet lui-même, telles sont les qualités caractéristiques d’une belle décoration céramique.
- Comme la couverte de la porcelaine est une roche, une des substances les plus dures du règne minéral, on comprend que pour y faire adhérer une couleur, il faille adopter des procédés absolument spéciaux. C’est par l’intervention d’une température élevée, seulement, qu’on peut arriver à ce résultat, et cette circonstance élimine tout d’abord de la palette du céramiste toutes les matières colorantes organiques et les couleurs minérales peu stables. C’est à des oxydes, à des silicates métalliques ou à des métaux qu’on a recours.
- Et la fixation de ces couleurs est toujours le résultat d’une action chimique, d’une combinaison qui a lieu à haute température entre le corps ou la couverte de la porcelaine et les matières employées pour la décorer.
- Plusieurs méthodes très différentes sont appliquées dans ce but; elles se distinguent en deux
- grandes classes : la décoration de grand feu, la décoration de moufle.
- a. Couleurs de grand feu. — La première consiste à appliquer sur la porcelaine des substances colorantes qui s’y fixent et s’y développent à la température même de la cuisson de la porcelaine ; c’est elle qui donne les résultats les plus estimés ; comme l’émail couvre la couleur, elle prend un éclat et une profondeur extrêmes; elle fait corps avec l’objet.
- C’est par ce procédé qu’on obtient le magnifique bleu de Sèvres, certains bruns, des noirs et quelques autres nuances.
- La couleur peut être ou mélangée à la pâte, ou mise sur l’objet façonné, avant l’émaillage, ou mélangée à la couverte elle-même ; on peut également l’appliquer sur la porcelaine déjà cuite et cuire une seconde fois au grand feu. C’est notamment le procédé que nous employons à Sèvres pour nos bleus ; voici un objet de porcelaine blanche, nous le badigeonnons avec un mélange d’oxyde de cobalt et de couverte et dans cet état il repassera au grand feu, d’où il sortira avec la magnifique couleur que vous connaissez.
- L’une des variétés les plus brillantes de la décoration au grand feu consiste dans ce que l’on appelle le procédé des pâtes d’application.
- Connu depuis fort longtemps par les Chinois, il a passé par des phases diverses avant d’arriver à la perfection actuelle; les recherches de MM. Discry et Talmours (1839) ; les essais de M. Régnier à Sèvres (1840); ceux de M. Halot à Montreuil-sous-Bois (1843) ; les observations de M. Riocreux, enfin les travaux de M. Fisehbag de Sèvres (1849) ont successivement ouvert la voie ; les premiers essais du procédé actuel paraissent avoir été faits à Sèvres par M. Louis Robert, mon prédécesseur distingué.
- La méthode des pâtes d’application consiste à peindre au pinceau avec de la barbotine, sur la porcelaine crue ou dégourdie ; on peut arriver par des applications successives et ménagées à une épaisseur très grande dans laquelle l’artiste vient ensuite, en sculptant, donner à sa décoration un fini et un précieux remarquables. On dégourdit, on émaillé et on cuit au grand feu.
- Lorsque la barbotine a été appliquée sur un fond teinté, on obtient par transparence des effets charmants qui font ressembler la porcelaine à de véritables camées.
- Si l’on ajoute à cette barbotine des oxydes colorants, on réalisera une véritable peinture au grand feu qui a quelquefois une grande puissance.
- Nous sommes malheureusement obligés de reconnaître que la décoration au grand feu, par cela seul qu’elle nécessite l’intervention d’une température excessive, est très limitée dans le nombre des couleurs qu’elle peut obtenir.
- b. Couleurs de moufle — Il n’en est plus de même de la décoration au feu de moufle ; dans cette méthode, on peint toujours sur porcelaine
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- cuite, par conséquent sur émail, et on chauffe à une température relativement basse. La couverte ne pouvant plus fondre, comme dans le cas du grand feu, il faut pour faire adhérer les couleurs ou les métaux, l’or, le platine, etc., avoir recours à un intermédiaire, qu’on appelle le fondant; c’est en général un silicate ou un silico-borate de plomb (pour les métaux on emploie le sous-nitrate de bismuth) .
- Par l’élévation de la température, ces corps fondent, ils attaquent la couverte, s’y combinent et en même temps déterminent par cette réaction l’adhérence de la couleur.
- Selon la nature des fondants et des couleurs, on devra chauffer plus ou moins haut ; et comme certaines couleurs sont plus sensibles que d’autres, on sera fréquemment, dans l’obligation de cuire à des feux successifs et différents.
- La cuisson des couleurs de moufle nécessite une grande expérience; là encore l’absence d’instruments de précision nous fait défaut et nous n’avons d’autre moyen de nous assurer de la température qui règne dans les m miles que d’observer sur des montres de porcelaine les change -ments de couleur que subissent certaines préparations très sensibles aux différences de température. Nous avons tenté de réaliser ici, dans cette moufle chauffée au gaz, une cuisson de couleurs : dans un instant vous pourrez juger si nous avons réussi.
- La palette de Sèvres est absolument complète ; elle a permis de reproduire d’une façon merveilleuse les chefs-d’œuvre des plus grands peintres,
- et depuis que M. François Richard a constitué ce que l’on appelle la palette de demi-grand feu, on peut obtenir en moufle des couleurs d'un glacé et d’un éclat remarquables.
- c. Émaux. — Malgré la beauté de nos couleurs fie grand feu et la richesse de notre palette de peinture, la décoration de la porcelaine dure française laisse beaucoup à désirer : les couleurs de grand feu sont trop peu nombreuses et trop délicates pour qu’on puisse en tirer des effets très variés ; quant aux couleurs de moufles, elles possèdent malgré toute leur richesse un défaut capital; elles sont opaques, elles couvrent la porcelaine et masquent toutes les qualités de cette matière précieuse.
- Vous comprendrez mieux ma pensée, en comparant ces trois objets : un vase de porcelaine peint, un objet de faïence décorée, enfin une porcelaine de Chine. Tandis que sur le premier, les couleurs sont opaques à ce pointqu’elles nepermettent plus de juger si elles sont 'appliquées sur de la porcelaine ou sur toute autre substance, elles sont, dans les deux autres cas, absolument transparentes et vibrent sous l’œil comme de.’ pierres précieuses; c’est que dans ces deux cas on n’a plus affaire à des oxydes métalliques, opaques, mais bien à des émaux, c’est-à-dire à des verres, à des cristaux colorés.
- La découverte de ces procédés de décoration a préoccupé de tous temps les céramistes et je serais oublieux de tous mes devoirs si je ne rendais ici un public hommage aux recherches remarquables que
- Spécimen [de la fabrication de Sèvres. — Vase commémoratif du voyage de M. Nordenskiold. Offert par le gouvernement de la République française à S. A. R. le prince Oscar de Suède. (1/8 de grandeur d’exécution.)
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- Spécimen de la fabrication de Sèvres. — Vase commémoratif du Passage de Vénus sur le Soleil en 1871, par M. Joseph Chéret Ce vase, en cours d’exécution, est destiné à la galerie Mazarine de la Bibliothèque Nationale. (1/10 de grandeur d'exécution.)
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- M. Sa! vetat, ancien chef des travaux chimiques de la Manufacture, a publiées naguère sur ce point en collaboration avec M. Ebelmen. Il a pu à la suite de ces recherches jeter les bases d’une fabrication que les circonstances ne lui ont malheureusement pas permis d’établir d’une façon industrielle.
- La Manufacture de Sèvres est aujourd’hui en possession de ces nouveaux moyens de décoration ; vous me permettrez de ne pas traiter aujourd’hui de cette découverte, à laquelle je suis trop personnellement intéressé; j’ai tenu à en dire un mot afin d'avoir le très grand plaisir de remercier mon ami et collaborateur M. Vogt, chef actuel des travaux chimiques à Sèvres, pour la part importante qu’il a prise dans ces travaux; je dois également remercier mon préparateur, M. Giraud, qui nous a aidés fort intelligemment.
- J’attache une importance réelle à ces nouveaux procédés ; ils nous permettront, je le crois, de remplacer la peinture proprement dite par une déco-•ration vive et brillante, aussi éclatante que celle de la faïence, sur laquelle elle devra l’emporter par le précieux et la délicatesse de la matière elle-même.
- Je ne doute pas que l’habileté proverbiale des éminents artistes de Sèvres sache en tirer un parti remarquable et qu’appliquant leur talent à la recherche d’effets décoratifs nouveaux, ils arrivent à réaliser non pas des copies banales de ce qui s’est fait en Orient, mais un genre national français, qui rendra à la porcelaine le rang élevé que les faïences artistiques ont été sur le point de lui enlever.
- J’ai terminé, Mesdames et Messieurs, cette trop longue conférence; je ne puis cependant renoncer à la parole sans dire un mot du rôle que doit, à mon sens, jouer cet établissement que j’ai l’honneur de diriger et dont le nom est revenu si souvent sur mes lèvres ce soir.
- Sous les gouvernements monarchiques, la Manufacture de Sèvres, entretenue par la liste civile, dépendait du souverain qui pouvait disposer à son gré de ses produits et de ses procédés.
- Les savants qui ont dirigé Sèvres ont compris de tout temps qu’ils devaient faire bénéficier l’industrie privée des libéralités royales.
- Ce devoir s’impose à nous aujourd’hui avec une gravité d’autant plus grande que la Manufacture est devenue un établissement national, entretenu par le pays lui-même.
- J’estime donc qu’elle doit être une école de céramique et perdre absolument le caractère d’une fabrique; son rôle consiste à chercher des procédés nouveaux, des formes et des décorations originales, à créer des artisans et des artistes qui soient des maîtres en leur art; elle doit, et c’est son devoir absolu, répandre dans l’industrie française le résultat de ses recherches; j’ai la conviction qu’en agissant ainsi la Manufacture de Sèvres fera une
- chose utile pour notre industrie nationale et glorieuse pour la France et la République L
- Charles Lauth,
- Administrateur de la Manufacture nationale de Sèvres.
- BIBLIOGRAPHIE
- Ferments et maladies, par E. Duclaux, professeur h l’Institut agronomique, chargé du cours de chimie biologique à la Sorbonne, 4 vol. in-8° avec 12 planches hors texte et figures intercalées. Paris, G. Masson, 1882.
- Ce livre est un résumé très complet de tout ce que l’on sait aujourd’hui de l’histoire des ferments et de leurs rapports avec les maladies. On y trouve l’exposé des travaux de M. Pasteur et de ses élèves, on y apprend à connaître les résultats obtenus par la science moderne dans la voie nouvelle qui lui a été ouverte dès les premières découvertes de notre grand chimiste. Nous analyserons plus complètement le beau travail ^de M. Duclaux en reproduisant quelques-unes des figures intéressantes qui l’accompagnent.
- Physiologie des muscles et des nerfs ; leçons professées à la Faculté de médecine en 1881, par Charles Richet, agrégé à la Faculté de médecine de Paris, docteur ès sciences, 1 vol. in-8° avec 100 figures dans le texte. Paris, Germer Baillière et Cie, 1882.
- M. Charles Richet a publié sous ce titre, en leur donnant tout le développement que comporte un livre, quelques-unes des leçons qu’il a professées à la Faculté de médecine. Le savant physiologiste a surtout développé les points sur lesquels ont porté ses recherches personnelles, et il s’est principalement attaché à l’étude, de l’irritabilité :
- « J’ai cherché à établir, dit M. Richet, les lois suivant lesquelles une fibre musculaire, une cellule nerveuse, un segment nerveux périphérique, répondent à l’excitation extérieure. » La difficulté de la tâche était grande, mais M. Charles Richet, avec l’esprit d’observation et de méthode qui caractérise ses travaux, a su jeter la lumière sur une question qui offre un si grand intérêt pour les physiologistes.
- L'âge du bronze. Instruments, armes et ornements de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, par John Evans, traduit de l’anglais par Battier, 1 vol. in-8° avec 540 figures dans le texte. Paris, Germer Baillière et Cie, 4882.
- Bien que l’auteur traite principalement des antiquités recueillies dans le Royaume-Uni, le lecteur y trouvera beaucoup de faits se rapportant à l’archéologie française; d’ailleurs, des deux côtés de la Manche, on trouve des armes et des outils en pierre et en bronze quelquefois absolument identiques, et dans d’autres cas, si rapprochés les uns des autres, que sans la connaissance des deux, l’histoire de la famille serait incomplète. Cet ouvrage complète très heureusement les Âges de pierre du même auteur. f
- Traité élémentaire d’entomologie, par Maurice Girard. Tome II, fascicule second. — Orthoptères, Névroptères, Hyménoptères, Porte-Aiguillon. — 4 vol. in-8° avec planches. Paris, J. B. Baillière et fils.
- 1 Les dessins qui accompagnent ma conférence ont été faits sur place par M. Albert Tissandier, à la gracieuseté et au talent duquel je suis heureux de rendre hommage. Ch. L.
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- EXTINCTEURS AUTOMATIQUES D’INCENDIE
- DE M. HIRAM MAXIM
- L’on ne parviendra sans doute jamais à supprimer les incendies dans les théâtres, mais l’on peut espérer, par des mesures énergiques et des dispositions bien étudiées, en voir diminuer à la fois le nombre et surtout l’importance, et il est peu probable que, dans l’avenir, nous ayons souvent à enregistrer des catastrophes analogues à celles du théâtre de Nice et du Ring-Theater de Vienne.
- Les mesures à prendre en prévision d’un incendie toujours menaçant et pouvant éclater d’un moment à l’autre sont, les unes morales, les autres matérielles.
- Les mesures morales ne sont malheureusement pas d’une application immédiate et facile. Il faut faire l’éducation du public, le familiariser en quelque sorte avec le danger, en lui montrant les précautions prises, le débouché le plus direct que chaque place lui offre en cas d’incendie, afin d’éviter ou plutôt d’atténuer les conséquences d’un écrasement de la masse du public affolé, se précipitant en un instant vers les issues, dans le terrible strug-gle for life qui accompagne la moindre panique : il faudrait, en un mot, méthodiser le sauve-qui-peut pour le rendre plus efficace. Les lampes à huile, les pancartes d’indication de sortie, les élargissements des couloirs et des corridors, la multiplicité des portes de sortie et des escaliers, etc., sont autant de mesures utiles, et dont l’application se poursuit aujourd’hui énergiquement.
- A côté de ces moyens, qui ont surtout pour but de diminuer le nombre des victimes lorsqu’on n’a pas pu arrêter les progrès de l’incendie, s’en trouvent d’autres qui s’attaquent à l’incendie lui-même, et ee proposent d’enrayer sa^marche en l’étouffant dès sa naissance.
- La scène est sans contredit le point le plus dangereux, par la nature même des matériaux qui la composent ; les décors se promènent au milieu des herses enflammées, et c’est miracle que les accidents ne soient pas plus fréquents; c'est donc sur la scène que doivent être installés surtout les moyens d’extinction les plus énergiques. Il est important aussi que l’action soit rapide, car il est toujours plus facile de se rendre maître d’un incendie pendant les premiers instants, avant qu’il ait eu le temps de se développer et que le mal soit sans remède. Ce remède sera souvent trop tardif, si on le met à la disposition du personnel de la scène, souvent soumis lui-même à l’influence d’une panique prématurée, ou bien trop souvent éloigné du point attaqué par l’incendie, et n’arrivant que trop tard pour arrêter ses progrès. Dans ces conditions, M. H. Maxim a pensé qu’il serait utile de faire appel à des moyens automatiques, et il a combiné dans ce but une série d’appareils très ingénieux,
- dont nous allons faire connaître les principes. M. Maxim s’est proposé d’établir un système de protection tel que, lorsqu’un commencement d’incendie se déclare en un point donné de la scène, l’accident produise lui-même, automatiquement et instantanément, la série de manœuvres nécessaires pour inonder le point menacé et arrêter la propagation de l’incendie. Les manœuvres sont produites tantôt par des actions mécaniques, tantôt par des actions électriques ; nous examinerons séparément les deux systèmes.
- Système mécanique. — La partie supérieure de la scène, les côtés, les sous-sols et les frises sont traversés par un réseau de canalisation de tuyaux de différents diamètres convenablement distribués. Ces tuyaux viennent tous se brancher sur un tuyau commun relié avec la canalisation d’eau sous pression de la ville. En temps ordinaire, un robinet placé près du branchement se trouve fermé, et la canalisation établie sur la scène se trouve remplie d'air légèrement comprimé. De distance en distance se trouvent placés des robinets qui sont eux-mêmes fermés et maintenus dans cette position à l’aide de petits enelanchements. Ces enclanchements sont reliés à des cordelettes tendues en des points convenables, à proximité des robinets correspondants.
- Lorsque l’ineendie se déclare en un point donné, une ou plusieurs cordelettes brûlent et déclanchent les robinets correspondants qui s’ouvrent et laissent échapper l’air comprimé qui remplissait la canalisation. Cette dépression de l’air comprimé dans la canalisation fait abaisser une soupape qui déclanche un poids. Ce poids en tombant ouvre le robinet du branchement, l’eau sous pression envahit la canalisation et se répand aussitôt par les ouvertures correspondant aux cordelettes brûlées. Grâce à cette combinaison, un mouvement élémentaire, produit par la rupture d’une cordelette combustible, suffit pour manœuvrer tous les robinets, inonder le point menacé et circonscrire l’incendie.
- Pour ouvrir une bouche de prise d’eau en un point donné, M. Maxim emploie aussi de petites cordelettes combustibles pendantes, qui s’enflamment et viennent mettre le feu à un peu de coton-poudre placé dans une sorte de chapeau qui ferme la bouche de prise. L’explosion fait sauter le chapeau, l’air s’échappe, la série de manœuvres décrites ci-dessus se produit et l’eau vient finalement sortir par l’ouverture que l’explosion a débouchée.
- Le système des cordelettes tendues est cependant sujet à des objections, car la manœuvre des décors peut souvent, pendant un moment de presse, rompre les cordelettes, ouvrir les robinets et... inonder les machinistes, causant ainsi une fausse alerte et souvent des dégâts inutiles. C’est là une objection à laquelle le système électrique échappe.
- Système électrique. — Dans l’appareil extincteur automatique électrique, le réseau de canalisation est établi comme dans le système mécanique, mais | il n’est pas rempli d’air comprimé.
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- L’ensemble du système comprend trois parties distinctes :
- 1° Un appareil fermant un circuit électrique sous l’action de l’élévation de température produite par l’incendie ;
- 2° Un robinet automatique envoyant l’eau sous
- pression de la ville dans la canalisation de la scène;
- 3° Un système ouvrant les bouches d’écoulement aux points dangereux.
- L’appareil fermant le circuit électrique sous l’action de l’élévation de température produite par le commencement d’incendie est des plus simples.
- Fig. 1. Extincteur automatique-électrique tle M. Maxim. — Appareil fermant le circuit et ouvrant le robinet de prise d’eau sous pression.
- Il se compose (fig. 1) de deux lames métalliques R, R formant ressorts et séparées par une petite pièce de métal fusible S isolée des lames R, R par du papier ou tout autre corps isolant. L’échauffement produit
- par l’incendie fond le métal et établit un contact entre les lames qui ferme le circuit de la pile sur le robinet automatique de prise d’eau.
- Ce robinet automatique (fig. 1) se compose d’un
- Fig. 2. Ouverture d’une bouche par combustion d’un fil.
- Fig. 3. Ouverture d’une bouche par le passage d’un courant électrique.
- électro-aimant M qui sous l'action du courant devient actif, attire son armature N qui déclanche le levier E. Le poids F tourne alors de gauche à droite et, après avoir décrit un quart de cercle, vient s’appliquer sur le levier H, tandis que le talon fi déclanche un arrêt qui maintenait le levier P. Sous l’action du poids F, et par l’intermédiaire du levier P, dont le point d’appui est en J, par l’inter-
- médiaire de la petite bielle K, le robinet G s’ouvre et l’eau sous pression envahit la conduite par le tuyau A.
- Le robinet B, qui se manœuvre par un volant à main, sert à arrêter l’eau lorsque l’incendie est éteint, ou en cas de réparation; dans la position d’attente et de protection, il doit être toujours ouvert, car, sans cette précaution, le jeu du robinet
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- automatique serait sans effet en cas d’accident.
- L’eau qui envahit les conduites montantes doit se déverser sur le point ou les points où l’incendie
- s’est déclaré; on pourrait faire usage de tuyaux simplement perforés, mais il est préférable de localiser l’émission d’eau sur le point même où l’in-
- Fig. 4. Extincteur automatique électrique de M. Maxim. — Établissement de la canalisation au-dessus et au-dessous de la scène,
- cendie a éclaté. Cet effet est obtenu à l’aide d’orifices d’écoulement s’ouvrant par explosion de coton-poudre.
- Cette explosion se produit (fig. 2) soit par l’in-llammation de cordelettes pendantes très combusti-
- bles K, mettant le feu par des conduits t) à du coton-poudre placé dans des petits pistons B, soit électriquement (fig. 5) par un fil mince de platine N rendu incandescent par le passage du courant et enflammant le coton-poudre.
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- LA NATURE.
- A cet effet les deux fils conducteurs O et P sont séparés par une matière isolante combustible et une substance conductrice fusible, à peu près comme dans les conducteurs de M. Charpentier. L’élévation de température ferme alors le circuit et produit l’explosion.
- Enfin, lorsqu’on ne dispose pas d’eau,sous pression, ce qui est souvent le cas dans une petite ville, M. Maxim utilise alors le déclanchement produit par le courant électrique de la façon suivante : le poids déclanché tombe sur une tige de fer qui brise une bouteille d’acide sulfurique placée au-dessus d’un réservoir à moitié rempli d'eau et renfermant une certaine quantité de craie. Il se produit aussitôt une grande quantité d’acide carbonique, et comme le réservoir est fermé, la pression produite refoule l’eau dans la canalisation.
- La figure 4 qui représente la coupe d’un grand théâtre, montre comment on peut disposer la canalisation autour de la scène.
- Tel est, en substance, le principe des appareils proposés par M. Maxim, pour protéger contre l’incendie les salles de spectacle et en général tous les lieux de réunion ainsi que les grands magasins, hôtels, etc.
- Sans vouloir en rien préjuger les services que ces appareils pourront rendre, nous espérons qu’on les soumettra bientôt à la sanction de l’expérience, tout en souhaitant qu’ils n’aient jamais l’occasion de mettre en relief leurs avantages et leur efficacité.
- L. I).
- CHRONIQUE
- Les Chinois en Europe. — Il y a quelques semaines le Maifco, steamer appartenant à la Compagnie de navigation à vapeur des marchands chinois, a quitté Hong-Kong pour Londres avec un total chargement de thé provenant de Shanghaï et de Foochou. Le fait est déjà digne de remarque, le Maifoo étant le premier navire à vapeur marchand à destination de la Tamise ayant le dragon impérial estampé sur son pavillon. Mais ce n’est pas tout : le même bateau emporte avec lui une légion de passagers chinois — gens de condition élevée — qui viennent fonder un comptoir en Europe. La somme consacrée à cette entreprise est de 4 millions de francs. Ce capital permettra à la Compagnie d’ouvrir une ligne suivie de bateaux à vapeur entre la Chine et l’Europe. Le Maifoo et les autres bateaux que la Compagnie des marchands chinois pourra construire, ne parviendront évidemment jamais à transporter les millions de livres de thé qui tous les ans se consomment en Europe, mais la concurrence que les Asiatiques vont eux-mêmes nous faire sur nos marchés n’en est pas moins redoutable. Aujourd’hui c’est le thé, demain ce sera la soie, dans cinquante ans peut-être viendra l’exploitation de nos propres produits. Quoi qu’il en soit, cette tentative de marchands chinois doit être considérée comme un fait industriel important.
- Constitution chimique de la tourbe. —M. Ch.
- Guignet, le savant directeur de la station agronomique
- d’Amiens, a fait récemment l’analyse immédiate des tourbes de la Somme. Traitées par l’eau, dans l’appareil à épuisement de M. Cloëz, elles donnent une solution de couleur ambrée, qui renferme les acides crénique et apo-crénique. L’eau dissout, en outre, un peu de sulfate de chaux. — La benzine enlève aux tourbes une matière cireuse peu abondante. L’alcool à 90° donne une solution vert-clair qui laisse déposer d’abondants flocons de cire végétale ; la matière verte a conservé les caractères de la chlorophylle. Outre les substances précédentes, les tourbes renferment des glucosides et des matières brunes dont M. Guiguet se réserve de déterminer ultérieurement la nature. Ces matières rentrent dans la série des corps bruns azotés étudiés par M. Paul Thénard. Rappelons que, en 1874, M. Kolb avait étudié la constitution chimique des tourbes du département de la Somme. Il s’était attaché à démontrer la défectuosité du mode actuel d’utilisation de la tourbe, l’incinération détruisant les matières ulmiques précieuses pour l’agriculture, qu’il faudrait, au contraire, s’efforcer de rendre solubles et assimilables.
- (Société linnéenne du nord de la France.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 février 1882. — Présidence de M. Wurtz.
- Le parasite de la malaria. — D’après M. Richard, médecin-major à l’hôpital militaire de Philippeville, le parasite qui cause la malaria et dont on a fait YOscillaria malariœ, est un microbe qui élit spécialement domicile dans les globules sanguins. Dans cette situation, l’auteur le compare à un charançon dans une lentille. Il y subit une série de transformations au cours desquelles le globule s’altère progressivement, si bien qu’au moment où l’être parfait s’échappe dans le plasma, le globule est entièrement désorganisé.
- Le permanganate de potasse contre la morsure des serpents. — Déjà nous avons mentionné les recherches de M. Lacerda, faites pour une part en collaboration avec M. Couty, et d’où il résulte que l’injection de permanganate de potasse conjure les effets funestes de la morsure des serpents les plus venimeux, tels que le Bothrops lancéolé. M. de Quatrefages revient aujourd’hui sur la même question pour demander que le remède soit appliqué en France même dans les cas d’accidents causés par les vipères. Le mode opératoire est en effet des plus simples et on peut croire qu’il sauvera non seulement des enfants, mais même des animaux (moutons et autres), si souvent victimes du reptile.
- Embryogénie. — De curieuses études sur l’embryogénie de la baleine sont adressées par M. Pouchet. Il s’agit surtout de l’existence de dents aux époques fœtales et de leur résorption progressive. L’auteur a suivi pas à pas ce curieux phénomène.
- Le pus bleu. — U y a déjà longtemps que M. Fordos a soumis à une étude chimique la matière qui colore accidentellement en bleu les linges de pansement. Dans une note présentée par M. Pasteur, un physiologiste appelle l’attention sur l’organisme très agile qui provoque le phénomène. Cet organisme, appelé déjà par Fuclis Vibrio cya-nescens, ne paraît d’ailleurs pas être bleu par lui-même; mais il provoque le développement de la coloration bleue dans le pus où il vit
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- LÀ NATURE.
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- Troubles de l'équilibration chez les jeunes sourds-muets à la suite d'une compression exercée sur le nerf acoustique. — Tel est à peu près le titre d'une note présentée par M. Bouley au nom de M. le Dr Boucheron. On sait que les excitations variées des nerfs des canaux semi-circulaires à un point quelconque de leur trajet, déterminent des troubles bien connus dans l’équilibration, des vertiges, des titubations, des tournoiements, etc. Partant de là, M. Boucheron a pensé que les troubles de l’équilibration chez certains sourds-muets peuvent s’expliquer par une pareille compression du nerf et sont guérissables si la compression cesse. C’est ce que des observations du genre de celle qui va suivre lui ont permis de vérifier.
- Chez un jeune enfant qui avait entendu, parlé et marché jusqu’à dix-huit mois, survint une affection mal déterminée, méningiforme, qui laissa le petit malade sourd, muet, et impotent des membres inférieurs. Mais il était resté intelligent. Cette situation durait depuis six mois quand en examinant, l’analyse des symptômes qu’il présentait fit supposer que les accidents dérivaient de la compression du nerf acoustique par suite d’un vide relatif dans la caisse du tympan. Quelques bulles d’air ayant été introduites dans la caisse, l’enfant put immédiatement marcher et prolonger cet exercice pendant toute l’après-midi. Peu à peu l’ouïe et la parole revinrent et la marche continua d’être exécutée comme à l’état normal.
- Physiologie. — M. le Dr Brown-Sequart lit un mémoire relatif à l’action du système nerveux sur l’arrêt des échanges entre le sang et les tissus.
- Varia. — M. Berthclot continue l’étude thermo-chimique des sels doubles de mercure. — En traitant à haute température la naphtaline par l’iode, M. Bleunard est parvenu à y substituer 1 équivalent de ce métalloïde à 1 équivalent d’hydrogène. — La distribution sur le Soleil des protubérances, des facules et des taches occupe M. Tac-chini. — Citons une communication de M. Tellier sur les applications de la thermodynamique à la production du froid et de la force motrice; nous regrettons vivement que ce travail n’ait pas été analysé. — M. Serret offre un nouveau volume des Œuvres de Lagrange et M. Mouchez deux volumes des Annales de l'Observatoire. — Par l’intermédiaire de M. Blanchard, M. Künckel d’IIerculais fait hommage d’un grand travail sur la morphologie des Diptères, illustré de 15 planches gravées. — M. Dumas fait mention d’une pièce de vers contre le phylloxéra.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- A PROUOS DE L’EMPREINTE d’uN CACHET DE CIRE SUR UNE MASSE DE PLttMB
- Lyon, le 7 février 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- En répétant l’intéressante expérience dont parle M. Léon Dumuys dans le numéro de la Nature du 4 février 1882 (p. 160), et en variant les conditions dans lesquelles elle peut être réalisée, je suis arrivé à quelques constatations qui me semblent offrir un intérêt réel pour l’explication du phénomène.
- Comme le dit très bien votre correspondant, on obtient l’empreinte exacte d’un cachet de cire en imprimant à la balle de plomb qui le recouvre un coup de marteau sec
- et bien assuré. — La balle de plomb peut d’ailleurs comme je m’en suis assuré, être remplacé par un disque de même métal non martelé, de 5 à 6 millimètres d’épaisseur. — On peut également bien réussir en faisant l’expérience pour ainsi dire à rebours. Le cachet de cire étant fixé à l’aide d’un peu de colle sur la tête du marteau, on se sert de ce dernier ainsi préparé, pour percuter vivement et aussi normalement que possible, un disque de plomb placé sur une enclume ou sur tout autre plan suffisamment résistant.
- Mais — et c’est là le point nouveau sur lequel je prends la liberté d’appeler votre attention — le résultat obtenu est encore très satisfaisant si l’on se contente de comprimer fortement le cachet et le disque de plomb entre les deux mors d'un étau. La compression peut être aussi lente et aussi progressive qu’on le désire ; si le rapprochement des deux mors se fait bien parallèlement, l’empreinte formée sera aussi parfaite que celle qu’avait donnée la percussion à l’aide du marteau.
- L’inertie invoquée pour expliquer le moulage du cachet dans le plomb n’a, à mon avis, rien à faire en la circonstance. Le phénomène n’est pas, en effet, de l’ordre de ceux qui reconnaissent pour cause la force d’inertie mise en jeu au moment de la rencontre de deux corps dont l’un possède une très grande vitesse, phénomènes dont vous avez donné quelques très intéressants exemples dans vos Récréations scientifiques.
- Tout s’explique ici, et de la manière la plus simple, par la dureté relative des deux corps en présence. La cire à cacheter est plus dure que le plomb, qu’elle raye avec facilité, ainsi qu’on peut aisément s’en assurer ; et sa pénétration dans ce métal, sous l’action d’une pression énergique, brusque ou lente, se comprend d’autant mieux qu’à son défaut de dureté, le plomb allie une malléabilité très prononcée.
- Veuillez agréer, etc.
- Jules Péteaux,
- Professeur à l’École vétérinaire
- PROJET DE VÉLOCIPÈDE SPHÉRIQUE 1 »
- Marseille, 8 février 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Imaginez une sphère creuse, en matière transparente et assez résistante, de lm,50 à 2 mètres de diamètre, pas trop fragile cependant. Elle est percée d’une ouverture circulaire, pouvant donner passage à un homme, et qui se referme solidement au moyen d’une calotte sphérique à vis, de façon à ce que la porte ne fasse aucune courbe irrégulière dans l’intérieur de la sphère.
- Au milieu de la boule se trouve une tringle de fer coudée, portant à ses extrémités des coupes dont l’ouverture regarde les parois de la sphère. Ces coupes, un peu plus évasées que des demi-circonférences, reçoivent des sphères métalliques de la grosseur du poing, parfaitement
- 1 La lettre que l’on va lire est écrite par un de nos constructeurs de vélocipèdes les plus compétents; le signataire nous a prié de prévenir le lecteur que le projet qu’il expose appartient plutôt au domaine de la théorie qu’à celui de la pratique. Ce projet, quelque utopique qu’il puisse paraître à bien des points de vue, n’est peut-être pas matériellement irréalisable; nous ne le présentons toutefois qu’à titre de curiosité scientitique, voisine du domaine de la fantaisie.
- G. T» *
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- polies, qui ne remplissent pas tout à fait la concavité des coupes, La longueur de la tringle, y compris les coupes et les boules, est exactement celle d’un grand diamètre de la sphère.
- Grâce à l’extrême mobilité des boules et au poli des parois intérieures de la sphère, la tringle peut se placer dans toutes les positions possibles, à condition de passer par le milieu de l’appareil.
- Mais le coude dont j’ai parlé déplace son centre de gravité, d'autant qu’il supporte un siège à dossier d’un poids assez tort, sur lequel s’exerce l’action de la pesanteur.
- 11 est facile de voir que, dans quelque situation que la sphère se présente, le siège se maintiendra dans une position inférieure et horizontale, les extrémités de la tringle étant essentiellement mobiles. Le centre de gravité, placé très près du siège, rend cela évident, et l’on peut d’ailleurs l’expérimenter.
- Il est clair que si quelqu’un s’asseoit sur ce siège un
- peu au-dessous du centre de la sphère, l’équilibre n’en sera que plus stable dans quelque sens que l’on oblige la sphère à se mouvoir.
- L’appareil ainsi disposé, un sphéro-veloceman s’introduit dans la boule, provisoirement arrêtée et maintenue ; il s’y enferme et s’assied sur la sphère qui est venue naturellement se mettre à sa portée, en vertu de son propre poids et de son mouvement libre. Étant assis, il prend des deux mains la tringle de fer pour assurer son aplomb, avance les jambes et appuie le pied sur les parois de la sphère.
- Les figures ci-dessous représentent sa position.
- Il fait un pas, puis deux, et la sphère, sollicitée à la façon des roues à écureuils, tourne sous les pieds du coureur comme si la tringle lui servait d’axe. Elle avance en même temps et l’on se souvient que son mouvement, quel qu’il soit, ne peut déranger la position horizontale du coureur.
- Projet de vélocipède sphérique, fabriqué en une matière transparente.
- Veut-il aller à droite ou à gauche? H n’a qu’à faire ses pas en inclinant du même côté, et la sphère docile obéit à l’impulsion. Veut-il s’arrêter? Il appuie ses pieds sur la partie qui touche le sol, sans quitter le siège, de manière à produire par le frottement, une résistance qui fait l’effet d’ua enrayage et ne tarde pas à paralyser l’élan de la machine. Veut-il aller en arrière? 11 fait contre la sphère des pas à reculons, et quoique cette allure soit la moins commode, il obtient immédiatement un mouvement de recul.
- Ce n’est rien encore. Une rivière se présente à lui : ne la supposons pas trop large, s’il vous plaît ; il prend son essor et se laisse rouler sur la berge avec une rapidité qui doit le conduire au but. En effet, la boule pénètre dans l’eau, surnage, et profitant de l’impulsion reçue, ne tarde pas à toucher la x-ive opposée.
- Essayez de me poser des objections ! Si l’on veut aller vite, on fait de grands pas; si l’on veut aller lentement» on en fait de petits ; si l’on ne veut pas aller du tout, on reste tranquille.
- J’avoue qu’il faut des routes fort douces pour un pareil véhicule, mais ce n’est pas là un motif de proscription. On a bien fait des chemins de fer pour les locomotives.
- L’argument le plus redoutable que l’on puisse faire valoir contre cette machine est la fermeture hermétique de la sphère qui ne permet pas à l’air de se renouveler. Ce n’est pas une affaire. Une sphère de 2 mètres de diamètre contient plus de 4 mètres cubes d’air. Le veloceman sera donc approvisionné pour près de deux heures ; mais rien ne l’empêche de prendre toutes les heures un peu de repos et de mettre la tète à la fenêtre.
- Il suffirait d’ailleurs de renoncer aux voyages maritimes pour pouvoir percer l’appareil de petits trous qui donneraient toute satisfaction à l’hygiène.
- À. Rousseau.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 457. — 4 MARS 1882.
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- JOSEPH DECÀISNE
- L’homme éminent dont la Nature reproduit les traits, est né à Bruxelles en 1807, d’une famille sans fortune; le père était mort jeune encore, laissant quatre enfants et une veuve courageuse ; l’aîné, Henri, qui devint un peintre célèbre, arriva le premier à Paris, et à vingt-cinq ans, déjà certain de faire vivre de son pinceau sa mère, sa soeur et ses deux jeunes frères, il les décida à venir le retrouver. Les trois Decaisne devaient illustrer leur nom, le second fut Joseph, le botaniste, que nous pleurons ; le troisième, Pierre, le seul survivant, commença en France ses études médicales, puis retourna en Belgique en 1850, fit la campagne en qualité de médecin militaire et se tixa dans son pays natal, où il prit naguère sa retraite, après avoir obtenu le plus haut grade du corps de santé de l’armée belge.
- Dès 1824, Joseph Decaisne entra au Muséum d’histoire naturelle, qu’il ne devait plus quitter; simple ouvrier jardinier, il lui fallut passer huit années de rude labeur dans les diverses parties du service de Culture, avant que son zèle et son ardeur fussent récompensés ; cependant on l’avait chargé de suivre les herborisations; Adrien de Jussieu, qui les dirigeait, remarqua bientôt les heureuses dispositions et les qualités exceptionnelles de Decaisne, il semis, puis raliste.
- J. Decaisne, né à Bruxelles le 18 mars 1807, mort à Paris le 5 février 1882. (D’après une photographie de M. Truchelut.)
- le fit nommer chef des en 1855, il le prit comme aide-natu-
- Ce qu’il fallut d’efforts à ce jeune jardinier, dont les études avaient été bien incomplètes, pour acquérir les connaissances variées qu’exigeait sa nouvelle position, c’est ce qu’on peut imafeiner quand on sait qu’après avoir passé la journée dans l’Herbier à nommer les plantes nouvelles et à les classer, il consacrait au travail la plus grande partie des nuits; parfois il était vaincu par le sommeil, il se jetait alors tout habillé sur une natte, sans couverture, pour que le froid le réveillât et qu’il pût reprendre la besogne interrompue.
- Ce labeur acharné, mis au service d’une rare aptitude, devait porter ses fruits : ce furent d’abord fi)' année. — semestre.
- des travaux de botanique descriptive, l’étude des plantes nouvelles rapportées du Japon, d’Égvpte, du Sinaï, une étude sur la végétation de Timor, puis l’achèvement du grand ouvrage entrepris par Victor Jacquemont sur les plantes de l’Inde. « Dans tous ces travaux, M. Decaisne eut à fixer et à démêler les affinités souvent très complexes d’un grand nombre de genres nouveaux et de plusieurs familles nouvelles. Il le fit avec le jugement le plus sûr et avec la connaissance la plus approfondie de l’organisation des plantes. C’était assez pour lui conquérir un des premiers rangs parmi les botanistes descripteurs de l’Europe. Cette place d’honneur, il l’a toujours conservée ; mais il voulut aller plus loin 1 ».
- A ces travaux de botanique descriptive, bientôt, en effet, il ajouta des recherches anatomiques sur le gui, sur la tige des végétaux dico-tylédonés, puis passant à la physiologie, il s’attaqua, avec la collaboration de son élève Gùs-tave Thuret, dont il reconnut et encouragea la vocation, à la famille des Algues, fit connaître la structure des organes reproducteurs des Füca-cées, et fournit les premières preuves de leur sexualité.
- L’idée d’être utile, de rendre service, a souvent poussé M. Decaisne à diriger ses travaux, vers les application agricoles; en 1855, if publia, avec M. Peligot, une étude anatomique de la racine de la betterave à sucre, à laquelle on n’a rien ajouté depuis ; il s’occupait de la racine de la garance et découvrait la cause qui détermine l’apparition de la matière colorante; un peu plus tard il faisait connaître la Ramie, préconisait sa culture et prévoyait ses importants emplois industriels. Ses efforts longtemps stériles paraissent devoir enfin aboutir, et la Nature a publié récemment une reproduction des premiers écrits qu’il avait consacrés à cette plante textile qui semble appelée au plus brillant avenir.
- Quand, en 1846, la pomme de terre fut atteinte par la maladie qui sévit sur toute l’Europe et amena en Irlande une terrible famine, Decaisne étudia avec soin la cause de cette maladie et rassura les effarés qui croyaient la pomme de terre perdue pour
- 1 Discours prononcé par M. Van Tieghern, au nom du Muséum aux obsèques de M. Decaisne,
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- LA NATURE.
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- la culture européenne; quelques années après cependant, il introduisit en France l’igname de Chine, dont il espérait faire un succédané de la pomme de terre.
- C’est sans doute grâce à ces travaux de botanique appliquée, que Decaisne entra, en 1847, à l’Académie des Sciences dans la section d’Économie rurale, et non dans celle de Botanique vers laquelle il s’était dirigé d’abord; depuis plusieurs années déjà, il suppléait au Muséum M. de Mirbel, et quand ce savant éminent mourut, Becaisne fut appelé à lui succéder.
- Le modeste jardinier de 1824 était professeur de Culture au Muséum en 1851; en 1865 il présidait l’Académie des Sciences, et en 1880 il était associé de la Société Royale de Londres; il ne fut pas enivré de cette haute fortune scientifique, et continua comme par le passé à consacrer tout son temps au travail. Il dirigeait lui-même le lourd service des cultures du Jardin, il faisait régulièrement son cours, qu’il n’abandonna jamais complètement, mais dont il confia, à partir de 1875, une partie seulement, d’abord à celui qui écrit ces lignes, puis à M. Vesque, son dernier aide-naturaliste ; ces obligations multiples n’épuisaient pas son activité, il publiait tous les ans les deux volumes de botanique des Annales des Sciences naturelles, il dirigeait les Nouvelles Archives du Muséum, enfin il écrivait avec M. Le Maout son Traité de Botanique, dans lequel prenaient place les nombreuses analyses de plantes qu’il avait accumulées pendant bien des années ; ce livre aussi répandu à l’étranger qu’en Fiance, et qu’une traduction a popularisé tant en Amérique qu’en Angleterre, est devenu classique; on le trouve ouvert sur la table de tous les laboratoires. A ces ouvrages s’ajoute encore un Traité d'Horticulture, publié avec la collaboration de M. Naudin, son ancien aide-naturaliste, qui aujourd’hui dirige le Jardin Thuret, la succursale méditerranéenne du Muséum.
- M. Decaisne voulut laisser une trace ineffaçable de son passage dans la chaire de Culture, illustrée déjà par Thouin, Bosc et Mirbel, et il commença la longue série de descriptions exactes, qu’il a réunies dans le Jardin fruitier du Muséum; il porta tous ses soins, toute son attention, sur les poiriers : que faire de cette masse de plantes si prodigieusement différentes bien qu’ayant des affinités si étroites?Faut-il les distribuer en genres, en espèces? M. Decaisne ne voulut consulter qu’un seul guide : l'expérience; en 1855, il semait des pépins provenant de quatre poiriers parfaitement déterminés, les arbres se développèrent; en 1862, ils portaient des fruits... absolument différents de ceux dont les pépins avaient été extraits; il n’y avait donc là aucun des caractères de fixité qu’on est en droit d’exiger d’espèces bien définies, et il dut conclure que l’espèce Poirier est une, mais prodigieusement polymorphe, et cette expérience bien conduite apportait un solide appui aux idées autrefois émises par La-
- marck, puis défendues de nouveau par Darwin et Naudin, sur la variabilité des espèces.
- Rien n’était plus éloigné de la manière d’être de M. Decaisne que cette banalité aimable, indifférente au bien ou au mal, si fréquente à toutes les époques; il avait des opinions et savait les défendre; cette netteté de convictions, cette fermeté de langage, assure des amitiés solides, inaltérables, mais aussi, provoque des rancunes tenaces; ni les unes ni les autres ne lui ont fait défaut. M. Decaisne aimait passionnément ses amis, il réussissait à les servir par l’ardeur qu’il mettait à les défendre, il s’engageait tout entier dans la lutte et n’hésitait pas à se compromettre pour assurer le succès. Sa franchise a pu blesser quelques vanités bouffies, mais elle plaisait aux esprits droits, qui reconnaissaient bien vite qu’elle prenait sa source dans les sentiments les plus purs et les plus élevés, l’amour de la science et de la vérité. « J’aime tout de M. Decaisne, disait un botaniste éminent, même ses brusqueries. » Et on avait raison d’aimer tout de lui, car cette nature rigide, inaccessible à la crainte, insensible à l’intérêt, fléchissait au moindre mot parti du cœur.
- M. Decaisne avait une bonté inépuisable, sa bourse était ouverte à toutes les infortunes, et comme l’a rappelé M. Fremv, qui pendant bien des années a vécu avec lui dans les liens de la plus étroite amitié, si dès le matin, M. Decaisne n’était ni dans le jardin à surveiller les ouvriers, ni assis à sa table de travail, il parcourait le pauvre quartier qui entoure le Jardin des Plantes, allant de porte en porte distribuer des secours. Quelque secrètes que fussent ses bonnes œuvres, elles avaient fini par se dévoiler, et une amie qui disparut le même jour que lui, Mme Thuret, la généreuse donatrice du Jardin d’Antibes illustré par son beau-frère, s’associait à ses charités.
- Dur pour lui-même, d’une extrême simplicité dans sa vie, sans besoins, M. Decaisne devenait prodigue quand il s’agissait de secourir une infortune : il donnait, il donnait toujours.
- Il considérait comme un devoir étroit d’encourager les jeunes gens, de les guider, de les conseiller, il aimait à s’entretenir avec eux; jusqu’à la fin de sa vie il conserva son modeste cours de botanique du collège Chaptal qu’il avait commencé en 1844, et il faudrait causer avec ses anciens élèves pour savoir tout ce qu’il versait d’idées élevées, d’amour de la patrie dans ces jeunes intelligences toutes vibrantes d’émotion sous sa parole imprégnée des grands sentiments qui l’animaient.
- M. Decaisne concourut à la création de la Société Botanique, et M. Duchartre, dans le discours qu’il prononça aux obsèques de son ami, a rappelé en paroles touchantes ces premières séances où des savants illustres et dévoués, attirant de l’éclat da leur nom les jeunes travailleurs, assurèrent le succès de cette association naissante.
- Au Muséum, M. Decaisne laisse un vide qui ne sera
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- jamais comblé, il était pour nous une tradition vivante, il avait connu tous les grands hommes qui, au commencement de ce siècle, ont illustré le Jardin des Plantes : Cuvier, les Geoffroy, les de Jussieu, Gay-Lussac, Yauquelin, les Brongniart, et dont M. Che-vreul, notre illustre doyen, reste le seul survivant; nous écoutions avec respect ses paroles qui nous apportaient comme un écho de ce qu’avaient dit, pensé et décidé nos grands devanciers.
- Jusqu’au moment du siège de Paris, la santé de M. Decaisne avait été excellente, les privations qui l’atteignirent pendant cette triste année amenèrent un premier affaiblissement; pendant le bombardement il ne quitta pas le Muséum un seul jour ; passant la nuit avec les employés du Jardin réfugiés sous les corridors des serres, où une épaisse couche de terre les préservait des obus, il cherchait pendant le jour à faire réparer les vitrages des serres, pour sauver les plantes des atteintes du froid, mais bientôt le nombre de vitres cassées fut tellement grand qu’il ne fut plus possible de les remplacer et M. Decaisne eut le chagrin de voir dépérir ses collections; pendant la Commune il resta encore au Jardin, soutenant le courage de tous et montrant une vaillance à toute épreuve.
- En 1872, il paraissait remis et aux herborisations, il étonnait tous ses auditeurs par sa résistance à la fatigue ; un peu plus tard, cependant, l’âge commença à se faire sentir, il ne marchait plus avec le même entrain, il surveillait ses travaux du Jardin, mais au lieu de le voir alerte comme autrefois, on le trouvait assis sur un banc et de là donnant ses ordres; il avait gardé, toutefois, toute sa bonne grâce enjouée, et rien ne faisait prévoir une catastrophe, quand il mourut subitement, le 8 février ; il allait avoir soixante-quinze ans.
- Le long cortège qui l’accompagna jusqu’à sa dernière demeure disait assez dans quelle estime le tenait le monde savant. L’Institut était représenté par MM. Jamin, président, Bertrand, secrétaire perpétuel, et Bouley, membre de la section d’Économie rurale, qui rappela ses principaux travaux, Berthe-lot, Cahours, Phillips, Bonnet et bien d’autres encore, Tout le Muséum suivait un de ses maîtres : MM. Fremy et Van Tieghem prononcèrent sur sa tombe entr’ou-verte des paroles profondément empreintes de l’émotion qu’ils ressentaient; M. Duchartre, de la Faculté des sciences, exprima avec éloquence les regrets de la Société Botanique, MM. Barrai et Lavallée ceux des Sociétés d’Agriculture et d’Horti-culture.
- Deux passions ont rempli la longue vie de M. Decaisne, l’amour de la science, la charité, et on ne saurait dire quel éloge il mérite davantage : savant illustre ou homme de bien.
- P. P. DehéraIn,
- Professeur au Muséum d’Histoire naturelle.
- LE MUSÉE DE L’INDUSTRIE DU GAZ
- a l’usine de i,a villette
- La Compagnie l’arisienne du Gaz a récemment organisé à l’usine à gaz de la Villette, qui est un de ses plus importants centres de production, un très intéressant Musée de l’industrie de la distillation de la houille.
- On voit là les échantillons des principaux gisements de houille employés, les spécimens de tous les produits qui dérivent du charbon de terre et du goudron, depuis le coke, les huiles lourdes et les sels ammoniacaux, jusqu’aux matières colorantes de l’aniline, dont le nombre est si considérable et dont les propriétés sont si remarquables.
- Le musée contient encore des types des principaux systèmes de canalisation, de branchement, de compteurs ; on y remarque aussi parmi les curiosités historiques la première machine à gaz construite par Lenoir.
- Les murs sont garnis de tableaux statistiques fort curieux auxquels nous empruntons le diagramme que nous Charbon ° • A » 100 K
- publions ci-contre.
- On voit par ce tableau que 100 ki- Diagramme des produits extraits de la . ” , , houille, représentés en volume,
- logrammes de charbon de terre produisent 71 kilogrammes de coke, 8 kilogrammes d’eau ammoniacale, 8 kilogrammes de goudron et 15 kilogrammes de gaz de l’éclairage. Ces chiffres sont connus et se trouvent dans la plupart des traités de chimie. Mais ce qui l’est moins, c’est le volume respectif occupé par ces différents produits. Le diagramme en donne la proportion très exacte, et sa reproduction nous a paru vraiment intéressante.
- L’ÉBOULEMENT D’ELM
- EN SUISSE (11 septembre 1881)
- Lorsqu’on examine depuis une sommité suffisamment élevée la disposition des montagnes dans les environs d’Elm, on remarque une ligne parfaitement tranchée qui se prolonge presque horizontalement à une grande hauteur (environ 2700 mètres) le long du Sardonastoek» sous les pointes du Tschingel et
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- le Vorab, et qui, s’inclinant vers le Nord, se répète de la même manière au sommet du Hausstock et sous le groupe de Karpf. Au-dessous de cette ligne sont des conglomérats quartzifères verts ou rouges, tantôt schisteux et tantôt divisés en couches plus massives. Ces roches, appelées serni-fi te par le professeur Oswald Ileer, en raison de leur présence dans le bassin du Sernf, ou désignées par Studer comme verruca-no, forment des arêtes escarpées telles que le Tschingel et le Kârpfstok, etc., par suite de leur ténacité et de leur cassure à arêtes vives. Une paroi de calcaire plus clair s’étend immédiatement au-dessous du verrucano avec une épaisseur variable; au-dessous viennent, jusque dans le fond de la vallée, avec une stratification tout à fait différente, des schistes argileux, entremêlés de couches de grès, de quartzite et de calcaire. D’une manière générale, les ardoises s’inclinent vers le Sud-Ouest avec une pente de 50 à 40 degrés, mais d’innombrables plissements ramènent souvent les couches les unes par-dessus les autres.
- Ce sont ces couches qui constituent les parois de la vallée du Sernf jusqu’au-dessus de la région des forêts, et c’est là que l’on exploite l’ardoise en différentes localités. Les fossiles nombreux qu’elle contient montrent que l’on a affaire à des dépôts marins de l’époque éocène. Les mêmes formations se prolongent sous le groupe de Karpf à travers le Linththal, à travers le Schæchenthal et plus loin
- vers l’Ouest; à l’Est nous les trouvons dans le Weis-tannenthal, le Kalfeusenthal et dans la gorge de la Tamina.
- L’ardoisière à Elm a toujours été exploitée à ciel ouvert comme une carrière ordinaire; dans l’ardoisière beaucoup plus ancienne d’Engi, une pente
- presque aussi rapide a été minée depuis bien des années, et même depuis des siècles , sans que jusqu’à présent il se soit produit de grands éboule -ments U
- D’après ce précédent, les habitants d’Elm ne pouvaient s’attendre à des effondrements dangereux dans leur carrière. Maisau-" dessus de l’exploitation étaient des ardoises de mau-vaise qualité, présentant une stratification différente, une plus grande tendance qu’à Engi à se fendre perpendiculairement ; l’effet de ces éléments défavorables et spéciaux auTschingelwald ne pouvait guère se prévoir d’une manière suffisante. L’exploitation souterraine, en laissant des piliers et en remplissant complètement et constamment par les débris les vides formés, aurait été la seule méthode sûre : dans une paroi aussi rapide et immédiatement au-dessus de localités ha-
- 1 Déjà du temps des Romains on exploitait probablement des ardoises à cet endroit; en 1544 et en 1565, la production avait, parait-il, déjà une certaine importance; en 1680, les carrières d’Eugi sont désignées comme célèbres; l’exploitation prit un nouvel élan en 1823, après la construction de la route qui conduit de Schwanden dans le Sernfthal. Voir pour l’histoire détaillée de ces carrières le livre de Ileer et Blumer, le Canton de Claris, 1846, p. 441 à 445.
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- Eboulement d’Elm, en Suisse, du 11 septembre 1881, Plan et coupe en travers.
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- LA NA TLDE
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- bitées, l’exploitation à ciel ouvert est inadmissible, car la nature finit toujours par rétablir la pente naturelle, et l’éboulement se produit.
- Pendant les dix années de la concession (1868-1878), les carrière; d’Elm avaient acquis pi’esque exactement 150 mètres de long. Au milieu descendait un petit ravin. En 1871 (ou 1872?) une avalanche tomba par là et ensevelit quatre ouvriers, dont deux ne purent être sauvés. On arrêta ces avalanches eu plantant des pieux au-dessus de la carrière jusqu’au point de rassemblement des neiges. — En 1879, la carrière fut encore poussée de 50 mètres jdus à l’Est, ce qui lui donna une longueur de 180 mètres1.
- On remarquait depuis plusieurs années que les mauvaises ardoises au-dessus de la carrière se déplaçaient en avant; les excavations ne se maintenaient jamais longtemps. Souvent les parties surplombantes s’écroulaient d’elles-mêmes; d’autres fois on devait les abattre. Les ouvriers observaient souvent dans les parties les plus profondes de la carrière des mouvements et comme un effondrement lent de la montagne; ils mettaient des pierres dans les crevasses, qui s’étaient formées souvent en une nuit; parfois elles restaient quelques jours sans changement, puis elles s’élargissaient de nouveau, et l’on pouvait y enfoncer des pierres deux fois plus gros-
- Éboulement d’Elin, en Suisse. (D'après un dessin fait sur nalure après la catastrophe.)
- ses. Les éboulements augmentaient d’année en année. Souvent des ouvriers étaient blessés ou tués. Mais on creusait toujours plus loin et on continuait à travailler de la même manière. Certains ouvriers mettaient leur gloire à être imprudents. On faisait journellement sauter des mines de poudre et de dynamite poussées quelquefois jusqu’à 5 pieds de profondeur dans la montagne.
- En 1876, il se forma dans le rocher, à une certaine hauteur, une fente particulièrement visible qui garda pendant plusieurs années une ouverture d’environ lm,50. Les faucheurs au Stàfeli sentaient depuis longtemps un ébranlement particulier du sol et des arbres quand on faisait sauter des mines dans
- 1 Je dois ccs indications précises à M. G. Rtiyner, maître de poste à Elm.
- l’ardoisière. Le désagrégement de la roche s’étendait lentement, toujours plus haut.
- Dans les derniers temps, la carrière s’enfonçait au-dessous du Plattcnbergkopf jusqu’à environ 65 mètres de la surface primitive. Des rangées de maisons auraient pu s’abriter au-dessous des roches qui surplombaient, les débris que l’on aurait dû employer à combler les vides étaient toujours rejetés en dehors.
- En 1879, les faucheurs remarquèrent un agrandissement lent, mais continuel, des anciennes crevasses au haut du Tschingehvald.
- Au printemps de 1881, la fente principale avait atteint la petite ravine indiquée plus haut. Cette ravine amenait un peu d’eau dans la carrière, mais vers le mois de mai de cette année, elle fut coupée
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- par la grande crevasse et l’eau disparut, pour former une nouvelle source, environ 40 mètres au-dessous de l’exploitation.
- A la fin d’août, les faucheurs annoncèrent que la grande crevasse s’était étendue depuis le Gelbkopf, derrière le Plattenbergkopf, jusqu’au Risikopf (c’est-à-dire jusqu’à la Mooseroos formée en 1760), qu’elle avait déjà 2 à 5 mètres de large et que le terrain au-dessous était descendu de 4 à 5 mètres.
- Cette fente séparait ainsi et entourait complètement le domaine de l’éboulement ; elle coïncide presque exactement avec ce qui en forme aujourd’hui la limite supérieure, à l’exception du Risikopf qui est encore debout en avant de cette ligne. Tout le monde était convaincu que la montagne devait s’écrouler, mais on ignorait quand et comment. Ici comme à Goldau et comme à Plurs, on a vu venir la catastrophe ; ici comme là-bas on songea trop tard à s’enfuir.
- Les pluies extraordinaires de la fin du mois d’août et du commencement de septembre aggravèrent encore la situation.
- Le mouvement allait toujours en augmentant. Le 7 septembre 1881 de grosses masses de pierres tombent fréquemment du Gelbkopf à la partie Est du bord supérieur de l’éboulement ; le même jour une députation du Conseil communal vint examiner les lieux.
- Le jeudi 8, à cinq heures du soir, il y eut dans un coin de l’ardoisière un fort effondrement auquel les ouvriers purent à peine échapper ; on entendait des craquements dans l’intérieur de la montagne, les travaux furent arrêtés et les instruments transportés dans les magasins, à Unterthal, où l’on pensait qu’ils seraient en sûreté ; les ouvriers ne retournèrent plus au Plattenberg. Le Conseil communal avertit la police cantonale et demanda une expertise. En conséquence, le samedi 10 septembre, les forestiers Seeli et Marti, ainsi que quelques membres du Conseil communal, allèrent examiner la crevasse.
- Us la trouvèrent complètement sèche, à l’exception du petit ruisseau dont nous avons parlé, qui s’y perdait. La plupart des arbres étaient déplacés et bousculés, quelques-uns même avaient leurs racines en partie sorties de terre. Plus bas la pente ne présentait pas de grands changements, mais il tombait constamment des pierres.
- Fait caractéristique de l’état d’esprit des habitants d'Elm à ce moment : comme le forestier cantonal, qui devinait la cause du mal, informait le président de la commune qu’il faudrait interrompre les travaux à l’ardoisière au moins jusqu’au printemps, celui-ci fut fort étonné et insista sur les inconvénients d’un si long chômage.
- On prévoyait sans doute un éboulement prochain, mais on ne pouvait prévoir que les proportions en seraient aussi gigantesques, ni surtout que les débris ne s’arrêteraient pas au pied de la pente.
- Le samedi 10 et le dimanche matin, de grosses
- pierres descendirent à des intervalles d’un quart d’heure ou d’une demi-heure à peine en soulevant des nuages de poussière. Le dimanche 11 septembre, entre cinq heures et onze heures du matin, et à une heure de l’après-midi, il se produisit des éboulements plus forts dont on entendit le bruit pendant le service dans l’église d’Elm ; deux petits blocs partis du milieu de la pente tombèrent vers onze heures et demie, prouvant qu’il ne s’agissait pas seulement d’un mouvement dans la partie supérieure, mais que la pente elle-même s’effondrait. L’après-midi, on entendit souvent des bruits dans la montagne.
- D’après le récit de M. l’instituteur Wyss, le premier grand éboulement eut lieu exactement le dimanche il septembre, à cinq heures quinze minutes de l’après-midi : les masses de rochers se précipitèrent dans la vallée avec la rapidité de la foudre, elles couvrirent la carrière, les magasins de la commune remplis d’ardoises et d’outils, le terrain de Allmeindli avec l’auberge de Marlinsloch dont les habitants s’étaient enfuis deux jours auparavant. Les ravines du Tsehingelbach et du Raminbaeh furent aussi comblées, les habitants d’Unterthal s’enfuirent sur les hauteurs d’Alpegli et de Jàgliweid, au-dessous de Duniberg, où ils se crurent en sûreté : quelques hommes d’Elm se précipitèrent vers Unterthal pour aider art sauvetage.
- Le deuxième éboulement, encore plus considérable, eut lieu dix-sept minutes plus tard, à cinq heures trente-deux minutes; il s’élança par-dessus le premier, ensevelissant plusieurs propriétés à Unterthal.
- Enfin, au bout de quatre minutes vint le troisième éboulement principal ; l’énorme masse s’effondra par en bas avec un effroyable craquement. M. Wyss sortit en hâte de sa maison et n’avait pas fait plus de vingt pas qu’il entendit derrière lui l’écrasement des maisons à Müslil.
- L’éboulement d’Elm a consisté en une chute de rochers résultant de fentes perpendiculaires à la stratification et parallèles à la pente.
- Au bord de la déchirure, l’ardoise est couverte d’une couche de terre rougeâtre de 1 à 5 mètres au plus; ce terrain n’a donc joué qu’un rôle insignifiant en comparaison de la masse *le rochers qui s’est précipitée. Le domaine de l’éboulement ne contenait qu’une quantité d’eau presque nulle.
- Un énorme nuage de poussière provenant du choc des rochers presque secs couvrit immédiatement tous les environs et s’étendit jusqu’à Matt, bien qu’il n’y eût presque point de vent. Le bruit de l’éboulement a été entendu fortement à Matt et à Engi, mais on ne s’en est pas aperçu à Schwanden, qui est situé beaucoup plus bas et qui est caché derrière des montagnes.
- Il semble que la masse écroulée devait s’arrêter sur le sol horizontal au pied de la pente. Mais c’est
- 1 D’après mes essais, il faut, pour sortir d'une maison et faire encore vingt pas, 10 à 25 secondes au plus.
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- Jà le fait le plus extraordinaire dans la catastrophe que nous décrivons, cette masse se précipita d’abord contre le Düniberg qui la détourna de sa direction primitive, et la rejeta dans la direction de la vallée où elle glissa sur près de 1500 mètres sur un sol presque horizontal. Ce fait sans exemple ne pouvait être prévu; beaucoup des victimes de la catastrophe ont été subitement enlevées alors que, ne se doutant pas du danger qu’elles couraient, elles regardaient de loin la chute de la montagne.
- Comme dans tous les grands éboulements, l’énorme avalanche a comprimé l’air devant elle et l’a forcé de s’échapper en violents tourbillons. On peut facilement constater que cette poussée de l’air ne s’est fait sentir fortement qu’en avant des rochers, et a été insignifiante sur les côtés. Elle a été ensuite plus forte près de la pente, à Unterthal, que plus loin à Müsli.
- A Unterthal, quelques maisons entières furent d’abord lancées au Nord vers le Diiniberg, à quelque 100 mètres de leur position primitive, puis recouvertes en partie par des blocs de rochers. On a trouvé sur le Düniberg des vêtements, des livres, des cahiers d’école, un fourneau, des toits, des escaliers, etc., qui appartenaient à des maisons situées 100 mètres plus bas dans la vallée. A la grande étable du Düniberg, les murailles et une partie de la poutraison sont restées debout, tandis que la toiture a été poussée de quelques mètres vers le Nord. Les maisons les plus solides du Müsli sont ensevelies, mais leui's toitures et les constructions plus légères ont été emportées au Midi, direction du courant en cet endroit, jusqu’au bord de l’éboule-ment.
- Plusieurs témoins ont vu également les hommes, les arbres, les toits tourbillonner en l’air avant l’arrivée de l’avalanche, et disparaître ensuite ensevelis par les débris. Quelques-uns ont été sauvés par ce. tourbillon qui les a rejetés en dehors du chemin de l’éboulement. Les maisons complètement ensevelies ont dû être d’abord arrachées par le courant d’air.
- Des phénomènes analogues ont accompagné l’éboulement de Goldau.
- Tandis que l’effet de l’air a été très considérable à la tête de l’éboulement, particulièrement à Unterthal, au Düniberg et aussi à Müsli, nous n’observons rien de semblable sur les parties latérales. La maison de Gehren est restée intacte tout près du bord. Les maisons de Müsli qui n’ont pas été atteintes par les débris, n’ont pas souffert du courant d’air; les maisons d’Elm les plus rapprochées du chemin parcouru par l’avalanche sont intactes. Il ne manque pas une ardoise aux toits. Au bord de l’éboulement, plusieurs monceaux de foin ont été laissés intacts à moins de 2 mètres des débris.
- Le sol sur lequel l’éboulement a passé n’a, depuis les magasins de la carrière jusqu’à Schwendi, que 5 à 3 1/2 pour 100 de pente. L’éboulement a sur sa ligne médiane 1400 à 1450 mètres de longueur
- dans sa partie horizontale. Entre Unterthal et Elm il a 400 mètres, de Müsli à Eschen 500 mètres de largeur. Sa surface est d’environ 580000 mètres carrés.
- Depuis la déchirure supérieure de la montagne îusqu’à l’extrémité la plus basse du monceau de débris, les rochers ont parcouru un espace de 2300 à 2400 mètres en deux minutes environ, ce qui suppose une vitesse moyenne de 20 mètres par seconde. Dans les moments d’extrême excitation et d’angoisse, les secondes semblent souvent être des minutes, et les minutes des heures; et je suis convaincu que la masse principale a parcouru ce chemin en moins de deux minutes. Si nous admettons les données de M. Wyss, que depuis l’instant où l’on aperçut le grand écroulement au haut des rochers, on n’eut que le temps de sortir des maisons et de courir une vingtaine de pas, ce qui exige dix à trente secondes au plus, nous obtenons une vitesse moyenne d’environ 120 mètres par seconde.
- Le courant de débris peut avoir une épaisseur moyenne de 15 à 20 mètres. On peut ainsi estimer son volume entre 8 700 000 et Tl 600 000 mètres cubes; en nombre rond ce serait 10 millions de rochers qui ont été précipités dans la vallée. Cette masse est si considérable qu’elle suffirait à bâtir plus de deux cents villes de la grandeur de Zurich. La chute de cette masse énorme n’a du reste pas changé sensiblement la forme de la montagne; la déchirure du Tschingel se fait remarquer plus par sa couleur que par sa forme. La hauteur moyenne dont sont tombés les rochers est d’environ 450 mètres. En résumé nous voyons que l’éboulement d’Elm a consisté en 10 millions de mètres cubes de rochers, tombant d’une hauteur de 450 mètres sur une pente d’environ 50 degrés, rebondissant à une hauteur de 100 mètres sur le versant opposé de la vallée, puis glissant encore pendant environ 1500 mètres presque horizontalement; tout cela s’est opéré probablement en moins de deux minutes. La surface dévastée, en y comprenant la déchirure, le chemin parcouru par les débris et les terrains qu’ils couvrent occupe environ 895000 mètres carrés.
- Le 13 septembre 1881, sur la demande du gouvernement de Glaris, de nouvelles recherches ont été entreprises relativement au danger qui peut encore exister.
- La partie dangereuse est le Risikopf; à l’Ouest dn côté de la ravine de Moose, il paraît peu altéré, mais à gauche il forme une arête séparée de la montagne par la grande crevasse. Les ardoises, traversées d’une foule de fentes perpendiculaires, se recourbent du côté de la vallée; c’était l’apparence du rocher de l’enfoncement principal immédiatement avant l’éboulement. Actuellement il se produit une pluie de pierres ininterrompue à l’Est, dans la déchirure, et à l’Ouest du côté de la ravine. Les pierres tombent en grande partie du bord supérieur où le mouvement semble actuellement le plus con-
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- LÀ NATURE.
- sidérable, mais par-ci par-là elles se séparent aussi de plus bas.
- 11 nous semble certain que le Risikopf s’écroulera prochainement : la seule question est de savoir comment et dans quelle direction.
- Il est impossible de décider si le Risikopf s’écroulera ou non d’un coup, et si sa chute aura lieu du côté de l’Est ou du côté de l’Ouest. S’il tombe du côté d’Elm, c’est une hauteur de chute de 450 à 620 mètres, pour une distance horizontale du village d’Elm de 1000 mètres seulement; il n’y a aucun obstacle sur le chemin, et la pente est très accentuée jusqu’à 500 mètres de l’église. Il est certain que la conséquence serait la destruction complète d’Elm et l’obstruction du cours du Sernf1.
- Prof. Albert Heim.
- ESSAI DE BOMBARDEMENT DU RISIKOPF
- Le 2 décembre on parvint à pointer la pièce. On devait tirer sous un angle de 23° à 24°, à une distance horizontale de 900 à 1000 mètres et en montant d’environ 500 mètres. — Le 2 décembre il put être tiré quarante coups, et le 5 décembre, à la nuit, le cent-soixantième obus frappa le Risikopf. — L’effet produit n’était pas ce que nous avions espéré. Les obus qui pénétraient dans les fentes produisaient seuls des trous de 50 centimètres à 1 mètre de profondeur; la plupart tombaient sur le rocher et y éclataient, presque sans y pénélrer, et par conséquent sans effet appréciable. Nous n’obtenions ainsi que dès brèches irrégulières, et point d’entaille continue. Les roulements de pierres que l’on entendait de temps en temps, provenaient seulement des trous de mines isolés, et non de rochers ébranlés. Il n’v a eu aucun éboulement consécutif.
- Le 4 décembre nous visitâmes la montagne pour nous rendre compte d’aussi près que possible de l'effet des projectiles, et nous pûmes nous assurer qu’il faudrait au moins cinq cents ou mille obus d’une pièce de 15 centimètres pour produire l’entaille voulue. Nous avons déjà fait remarquer les difficultés que présenterait le’transport et l’établissement d’un aussi gros canon; les frais seraient très considérables, et le résultat pourrait fort bien n’ètre atteint que partiellement.
- - L’essai a donc été abandonné. Nous avons perdu la bataille que nous avions essayé de livrer aux dangers de la nature. Le seul résultat positif pour nous, pour Ehn et pour le canton, c’est la conscience d’avoir fait ce qui était humainement possible pour détourner le danger.
- Le mouvement du Risikopf s’est arrêté depuis lors, et ne reparaîtra sans doute pas avant le printemps. Le service de surveillance continue régulièrement et est parfaitement conduit. D’après nos avis, la commune d’Elm a chargé M. l’ingénieur Becker d’effectuer des mesures destinées à contrôler exactement les mouvements du Risikopf.
- La situation est donc provisoirement celle-ci : Il est plus probable, par différentes raisons, que la chute totale
- 1 Extraits d’un mémoire publié par M. le professeur Albert Heim dans les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, n* 1 du 15 janvier 1882,
- du Risikopf aura lieu du côté de l’Est, qui ne présente pas de danger, mais ce n'est pas certain. Puisse la nature épargner de nouveaux malheurs au village d’Elm!
- Prof. Albert Heim.
- LES GRANDES PUNAISES D’EAU
- Tout est intéressant en histoire naturelle, même les Punaises, malgré le dégoût bien mérité qu’excite l’odieuse Punaise des lits. Ces insectes n’ont que des métamorphoses incomplètes, c’est-à-dire que, depuis la sortie de l'œuf jusqu’à l’état adulte, ils ne diffèrent que par la taille et le développement progressif des ailes, agiles pendant toute leur vie et se nourrissant toujours de la même manière, soit en suçant le sang des animaux vivants, soit aux dépens de la sève des plantes ou du suc des fruits. Us sont munis de quatre ailes, celles de la première paire en partie coriaces, de la base à une portion plus ou moins voisine de l'extrémité, celle-ci étant toujours mince et membraneuse; quant aux ailes de la seconde paire elles sont membraneuses en entier. Cette conformation des ailes de la première paire a fait donner aux Insectes de cet ordre le nom (['Hémiptères, ce qui veut dire demi-ailes. Ce sont des Insectes suceurs, au moyen d’un rostre droit, articulé, plus ou moins rigide, ne s’enroulant jamais en spirale, comme la trompe des papillons, et couché au repos entre les pattes, le long de la poitrine; on voit très bien cette organisation en examinant, en automne, les Punaises vertes des jardins, qui courent sur les légumes, surtout les choux, et ces Punaises grises, d’une très mauvaise odeur, qui sont parfois très communes sur le tronc des arbustes et sur les fruits.
- Un certain nombre d'insectes de cet ordre, dits Punaises d’eau par opposition aux Punaises de terre, sont des carnassiers qui nagent dans les eaux douces, vivant de proie animale, et dont le rostre acéré pique cruellement les doigts quand on les saisit; on connaît surtout les Notonectes, qui nagent renversées sur le dos. H est un groupe de ces Punaises d’eau, les Népiens, dont les pattes de devant sont ravisseuses, c’est à-dire présentent la jambe et le tarse se repliant en pince contre la cuisse, de façon à saisir, comme dans une tenaille, les petits animaux aquatiques dont la Punaise d’eau fait sa proie. Les plus communs de ces insectes sont appelés Scorpions aquatiques par Geoffroy, le vieil historien des Insectes des environs de Paris et sont compris dans deux genres, offrant tous deux; l’abdomen terminé par une sort.! de queue formée de deux longs filets tubuleux ; ce sont des appareils de respiration au moyen desquels l’insecte vient puiser à la surface de l’eau, l’air qui doit servir à l’hématose du sang. Le type de l’un de ces genres est la Ranâtre linéaire, Linné, le Scorpion aquatique à corps allongé, de couleur jaune brunâtre en dessus, d’un^rouge jau-
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- Le Bélostome indien (adulte, grandeur naturelle)
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- nâtre en dessous, à corps cylindrique, très allongé, I linéaire ; le type de l’autre est la Nèpe cendrée, Linn., d’un brun cendré avec l’abdomen d’un rouge jaunâtre; c’est le Scorpion aquatique à corps ovale de Geoffroy, en raison de la forme du corps qui n’est plus cylindroïde comme chez l’espèce précédente. Les Insectes de ces deux genres n’ont pas de vivacité, se laissent prendre sans chercher à fuir et se traînent lentement au fond des eaux dans la vase. Les quatre pattes postérieures servent, de temps à autre, à nager, les pattes de devant, ravisseuses, saisissent dans leur pince les Insectes et les Mollusques d’eau, et aussi les très jeunes alevins de Poissons, dans le corps desquels ces Népiens enfoncent leur rostre acéré et robuste. Par les nuits calmes, quand la proie fait défaut ou que l'instinct avertit les Ranâtres et les Nèpes que le marécage va se dessécher, ces Insectes s’envolent, cherchant des eaux plus propices. C’est ainsi que les nouvelles mares se peuplent d’elles-mêmes de ces carnassiers des eaux. On trouve ces espèces dans les eaux stagnantes de toute l’Europe, sur les bords, parmi les plantes aquatiques auxquelles les femelles attachent leurs œufs. Elles ont une distribution géographique très étendue, comme toutes les espèces aquatiques, car la température de l’eau est partout beaucoup plus uniforme que celle de l’air. Ainsi la Ranâtre et la Nèpe se rencontrent en Algérie, surtout au printemps et en été, dans le cercle de La Galle, habitant les marais qui bordent le lac Tonga et dans les flaques d’eau des bois du lac Houbeira.
- A côté de ces espèces, aquatiques comme elles et de mœurs analogues, se trouvent les plus grands Hémiptères connus, au moins pour la dimension du corps, qu’on nomme les Bélostomes (bouche en dard) ; ils habitent les eaux douces des régions chaudes des deux continents. Ce sont d’énormes Insectes, à corps ovalaire et allongé, l’abdomen terminé en pointe et à bords très aplatis. La tête est proportionnellement petite, courte, triangulaire, inclinée presque verticalement, les yeux gros et saillants, bombés, déformé triangulaire en dessus, cachant de courtes antennes, le rostre de trois articles, le prothorax en trapèze régulier, suivi d’un grand écusson en triangle équilatéral. Les ailes supérieures, qui recouvrent tout l’abdomen quand elles sont au repos, se terminent en pointe, avec la région coriace beaucoup plus grande que la partie membraneuse, les ailes inférieures amples, presque aussi grandes que les hémé-lytres, avec trois nervures longitudinales prononcées. Les pattes sont très fortes, celles de devant à cuisses larges et déprimées, les jambes arquées, ayant au côté interne une rainure poilue, dont les bords tranchants s’insèrent dans une cavité correspondante delà cuisse, formant ainsi un cruel étau qui enchâsse la victime du vorace animal. Leurs tarses sont courts et de deux articles. Les autres pattes, dont les postérieures bien plus longues que les intermédiaires, ont les bords internes chargés de longues franges et forment de puissants avirons, permettant
- à ces Insectes de nager à la poursuite de la proie.
- L’espèce de Bélostome la plus anciennement connue est le Bélostome grand, Linné, des Guyanes et du Rrésil, de 6 à 7 centimètres de longueur. L’habile iconographe du dernier siècle, Mlle Sibylle Mérian, qui dessinait les animaux des jardins de Surinam, a représenté ce Bélostome tenant dans les pinces ravisseuses de ses pattes de devant une petite grenouille qu’il paraît vouloir sucer. De plus grande taille encore est le Bélostome indien, Encycl. méth., le grand Scorpion aquatique de Stoll, atteignant 8 à 9 centimètres de longueur, d’un jaune verdâtre assez pâle, ayant le dessus du prothorax et l’écusson brunâtres, avec des bandes jaunâtres; les pattes sont également jaunâtres avec des bandes noirâtres. Cette espèce, comme tous les Bélostomes, est encore très mal connue; elle est représentée au vol et à la nage dans notre dessin, où figure une plante aquatique de l’extrême Orient, VAchorus Japonicus. Cette gigantesque Punaise se trouve de temps à autre dans les cadres d’insectes achetés aux marchands chinois; les auteurs l’indiquent de la Chine, des Indes Orientales, de Java et aussi des environs du Caire. Peut-être plusieurs espèces voisines sont confondues. Un grand Bélostome, très voisin sinon identique, a été trouvé dans l’est de l’Algérie, d’après ce que nous apprend M. II. Lucas dans la description des Insectes de Pexploration de l’Algérie, Le général Levaillant, un des fils du célèbre voyageur, a rencontré un exemplaire de grand Bélostome, mutilé et mort, à l’embouchure de la rivière du lac Houbeira et un autre sujet, vivant et capturé au vol, aux environs de Philippeville. Il est bien probable qu’une espèce citée d’Égypte et d’Algérie doit se rencontrer aussi en Tunisie. L’étude des Bélostomes et de leurs mœurs se recommande donc aux explorateurs qui peuvent appartenir à notre expédition de Tunisie. Il est à espérer que ces énormes Punaises d’eau pourront être rapportées vivantes à Paris.
- Maurice Girard.
- PROJETS
- DE CHEMINS DE FER VERS LE SOUDAN
- Il n’y a pas cinq ans, on ne songeait pas le moins du monde aux projets de chemins de fer transsahariens. Quel a été l’auteur de l’idée? On ne saurait le dire précisément. Un peu tout le monde. La France, à la suite de la crise de 1870-71, après avoir pansé ses plaies les plus vives, se prit à respirer. Elle envisagea les fautes du passé, le progrès, incomparablement plus rapide que le sien, du commerce et de la population des autres peuples. Elle sentit qu’elle ne pouvait réparer les vides occasionnés dans la fortune publique par les onze milliards que lui coûtait la guerre qu’en se développant, en s’épanchant au dehors dans des œuvres pacifiques. On voulait du
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- même coup « faire grand ». De là l’idée du transsaharien.
- Et, en effet, voici le raisonnement que l’on faisait à l’appui de cette idée. La France a une grande colonie, à sa porte, pour ainsi dire ; cette colonie est susceptible d’un très sérieux développement. Elle est enfermée dans un cercle de feu au Midi. Le Sahara est une barrière plus difficile à surmonter que celle des océans les plus immenses et surtout plus isolante. Cependant, il y aurait, par delà le Sahara, des régions fertiles, très riches, abondant en ressources de toutes sortes susceptibles d’être exploitées avec profit par des Européens. Si on supprimait le Sahara, on mettrait le Soudan aux portes mêmes de l’Algérie. Un certain nombre de caravanes traversent le Sahara, chargées de ces produits ; mais elles pourraient être encore plus nombreuses, car le transport à dos de chameau est beaucoup plus onéreux que le transport par charrettes, par voie ferrée ou par voie d’eau. Elles ont perdu beaucoup de leur importance par la suppression ou plutôt par l’atténuation de l’esclavage. L’esclave était une marchandise qui se « transportait toute seule », et cependant ce transport coûtait encore plus cher que le transport à dos de chameau. Les villes du désert ont perdu leur prospérité par le fait de la suppression de la plupart des débouchés du commerce des esclaves.
- On a donc eu l’idée de supprimer le Sahara, c’est-à-dire ces 2000 kilomètres de désert sablonneux ou rocheux, inhospitalier, dépeuplé, sans sécurité, qui s’étend entre les dernières pentes du Grand Atlas, au midi des Hauts Plateaux algériens, et le coude décrit par le Niger, vers Kabara, le port de Tin-bouc-tou sur ce fleuve. En effet, Tin-bouctou même ne se trouve guère qu’à une lieue de sa rive gauche.
- Le moyen de supprimer le Sahara, s’est-on dit, c’est de construire une voie ferrée qui le traverse de part en part, qui aille de l’Algérie au Soudan. On substituera le wagon au chameau ; ce sera plus économique, plus rapide. L’effet de la distance sera annulé, et au delà on trouvera le Soudan. Or, le Soudan, ce sont les Indes de l’Algérie !
- On examina donc la question de principe. M. Du-ponehel était censé avoir fait une étude spéciale de la solution cherchée. Il avait calculé les devis, le trafic et les bénéfices. M. de Freycinet lui passa donc la parole à la première séance. Mais M. Dupon-chel n’en savait pas plus que ce qu’il avait écrit et que n’en savaient les membres mêmes de la Commission. — « Quoi ! c’est là tout ce que vous avez à nous dire! » ajouta M. de Freycinet, désappointé. Et l’on se mit alors résolument au travail à l’effet de poursuivre l’étude de la question sous ses diverses faces :
- 1° Utilité du chemin de fer;
- 2° Difficultés physiques à surmonter; études du tracé ;
- 5° Difficultés politiques ;
- 4° Difficultés économiques.
- Or, quand on est soixante pour étudier un problème, généralement l’examen n’en avance guère rapidement. C’est ce qui est arrivé.
- Examinons donc attentivement ces divers points.
- Utilité du chemin de fer. — Voici ce que disent à ce propos les partisans des projets de chemins de fer transsahariens. Le Soudan renferme une population de 200 millions d’habitants. 11 y a là des richesses insondables, inconnues, qui alimenteront et seront les éléments d’un trafic considérable. « Ne fût-ce que les dattes ! s’écrie M. Sabatier, admi-nistrateurduFort-National, mais vous aurez 150000 tonnes de dattes à transporter. Et puis, le Sahara se colonisera, se fertilisera. On y creusera des puits artésiens ; il y a des eaux souterraines à peu de protondeur. On pourra planter une avenue continue de palmiers, de dattiers, depuis le midi de l’Algérie jusqu’à Tin-bouctou. »
- Le sel coûte cher dans le Sahara, dit-on encore. On pourra le transporter avec profit pour tous. Dans ce territoire, où fleurit l’esclavage, un homme s’échange contre son poids de sel.
- Le chemin de fer remplacera les caravanes, et il en vient un grand nombre dans l’année en Algérie, au Maroc, à Tripoli. Elles aboutissent aux ports du Maroc, dans le midi du département d’Oran, à Wargla, à Tripoli. On évalue actuellement l’importance totale du trafic, qui se fait dans ces diverses directions, à 100 millions de francs environ.
- Enfin, de cette façon, quand même le chemin de fer coûterait à la France plus, pécuniairement parlant, qu’il ne lui rapporterait, il étendrait au moins son action et son autorité morale ; il répandrait sa langue. On fonderait des écoles dans tout le Soudan. Le Sahara deviendrait absolument florissant, et les Français trouveraient là un prolongement indéfini de leurs colonies africaines.
- Us en pourraient faire autant du côté du Sénégal. Le Sénégal serait susceptible, lui aussi, d’un très grand développement. Construisez un chemin de fer de Médine au Niger ; profitez du traité conclu par Galliéni avec Ahmadou, sultan de Ségou, pour faire circuler des canonnières et des marchandises sur le Niger, et voyez d’ici comme tous les produits de l’Afrique vont affluer sur nos marchés coloniaux. Les Français deviendraient ainsi les maîtres du Soudan tout entier, surtout si le projet du sultan du Fouta-Dhialon se réalise. Le Fouta-Dhialon est le plateau qui domine la région comprise entre les vallées du Sénégal, de la Gambie, du Rio Grande, au Nord et à l’Ouest, et celle du Niger au Sud-Est. Il y a là un État considérable qui s’étend presque jusqu’à la côte et qui a pour capitale Timbo, centre commercial important. Ce centre pourrait être, lui aussi, le nœud des relations à établir entre l’Europe et le Soudan. Eh bien ! le chef du Fouta-Dhialon a autorisé M. Pastrie, de Marseille, à construire un chemin de fer entre Timbo et la mer.
- Y a-t-il lieu d’hésiter un seul instant? La France doit aller de l’avant à la conquête de ces Indes afri-
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- caines et construire le transsaharien comme les Américains ont construit leur chemin de fer du Pacifique, qui est devenu un moyen de colonisation sur toute l’étendue de son parcours.
- Voilà ce que disent les enthousiastes, les partisans des projets de chemins de fer au travers du Sahara. On verra plus tard quelles difficultés doit rencontrer la réalisation de cette grandiose entreprise.
- — La suite prochainement. — Gf.OROES ReNAUD.
- APPAREILS DE LABORATOIRE1
- SPECTROSCOPE
- Le spectroscope est devenu l’uu des instruments londamentaux de l’analyse chimique ; il dévoile avec une délicatesse que ne présente aucune réaction,l’existence de quantités infinitésimales d’un corps, et tous les laboratoires bien organisés possèdent actuellement un spectroscope. Mais tous ne l’ont pas aussi bien construit et aussi bien organisé que l’est celui du Laboratoire de chimie munici -pal, que l’on
- peut considérer comme le type d’une disposition avantageuse et bien conçue.
- Nous continuerons la description de notre série d’appareils de laboratoire en parlant de-cet instrument véritablement précieux qui rend de si grands services aux chimistes.
- L’installation spectroscopique que nous allons décrire pourra être utile aux praticiens' qui veulent employer cet instrument.
- Le spectroscope, monté à poste fixe dans une chambre noire, est disposé pour la recherche des métaux. Quand on fait éclater l’étincelle k la surface d’une solution saline, cette étincelle, observée au spectroscope, présente des raies caractéristiques des métaux que renferme la solution. M. Dupré, sous-chef du Laboratoire, a fait construire un petit
- * Voy. n# 448 du 31 décembre 1881, page 80.
- Spectroscope d’un laboratoire de chimie.
- appareil rendant très pratique l’observation continue. Nous essayerons de le décrire avec l’aide de la figure qui en donne une idée très exacte.
- En avant de la fente, protégée par une plaque de verre, se visse une petite plate-forme en gutta-percha. Sur celle-ci sont fixées deux tiges : l’une à la partie supérieure (à droite sur la figure), communiquant avec le pôle positif; l’autre à la partie inférieure (à gauche, un peu masquée sur la figure) et communiquant avec le pôle négatif. Sur cette tige inférieure glisse un petit cylindre portant une vis légèrement creusée dans sa partie supérieure. Cette vis maintient un petit montant isolé muni d’une pince métallique.
- On place une goutte de mercure dans la partie
- creuse de la vis, ainsi que dans la tige creuse portant la pince métallique. Un fil de platine relie cette dernière à la tige qui communique au pôle positif. Il résulte de cela que la goutte de mercure placée dans la vis creuse est en communication avec le pôle négatif, tandis que la pince communique au pôle positif.
- Pour les observations, on possède une série de gros fils de platine de 5 centimètres de long et de petites coupelles de verre, dont le fond est traversé par un fil de platine. La solution à observer est placée dans une coupelle qu’on pose sur la vis; on adapte à la pince métallique un til de platine ; on fait jaillir l'étincelle, et on note les raies obtenucs. Cette opération terminée, on arrête le courant électrique, on enlève la coupelle et le fil de platine. Ces pièces simples ont le grand avantage de se nettoyer facilement. Rien n’est plus facile que de faire successivement un grand nombre d’essais en peu de temps, puisqu’il suffit de placer une nouvelle coupelle et un fil de pialine propre.
- Ce dispositif a sur ceux de Delachanal et Mermet, par exemple, l’avantage des contacts facilement établis au moyen du mercure, et la facilité de changer les coupelles sans déranger le centrage.
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- RÈGLE A CALCUL A DEUX RÉGLETTES
- DE M. PÉRAUX1
- La règle à calcul ou règle logarithmique est un instrument qui donne à vue, très promptement, les résultats de toutes les opérations arithmétiques, excepté ceux de l’addition et de la soustraction. Ces résultats ne sont souvent qu’approximatifs. La règle à calcul dans sa forme la plus généralement
- adoptée a 25 millimètres de largeur sur 26 centimètres de longueur. Elle se compose d’une partie fixe analogue au double décimètre, qui est, à proprement parler, la règle, et d’une partie mobile appelée réglette qui glisse à l’intérieur de la première. La règle et la réglette portent sur leurs rives des échelles graduées.
- La règle de M. Péraux a 40 millimètres de largeur et contient deux réglettes au lieu d’une, ce qui lui donne une précieuse propriété, celle de recevoir les divisions que porterait une règle ordi-
- Fig. 1. Nouvelle règle à calcul de M. Péraux.
- naire quatre fois plus longue et d’indiquer un chiftre de plus, ce qui en décuple la portée.
- La figure 1 représente la nouvelle règle à deux réglettes à l’échelle 0m,25 et porte des divisions deux fois plus grandes que celle d’une règle ordinaire de 26 centimètres. De même la nouvelle règle de 26 centimètres à l’échelle 0m,50 équivaut à une îègle ordinaire de 1 mètre, et une de 51 centimètres
- à l’échelle 1 mètre équivaut à une règle ordinaire de 2 mètres, qui ne serait pas maniable et que l’on ne pourrait construire avec précision.
- Pour arriver à ce résultat, M. Péraux a imaginé de partager en deux parties égales chacune des deux échelles logarithmiques entières et consécutives que porte la règle ordinaire et de répartir ces quatre demi-échelles sur les deux rives des réglettes qui
- E Moxjev Sc.
- Fig. 2. Position des réglettes pour l’explication d^patrument.
- sont identiques, ainsi que sur les rives de la règle fixe. Le milieu d’une échelle logarithmique se compte à l’endroit dont la graduation exprimerait la racine carrée de 10 ou 3.16... environ. C’est pourquoi il y a des rives dont la graduation commence entre 31 et 32.
- Les divisions de la réglette supérieure correspondent par leurs deux rives aux divisions de la règle fixe. Elles ne correspondent pas sur la réglette inférieure, où une demi-échelle de 1 à 3.16..’. est en contact avec une demi-échelle de 3.16... à 1. Il y a quatre chiffres 1 à gauche et trois à droite. Suivant
- 1 Chez M. Tavernier-Gravet, fabricant de règles à calculs, rue Mayet, 19, Paris. Instruction spéciale.
- le cas on emploie l’un des chiffres 1, extrémité d’une échelle, appelé souvent index. Les réglettes peuvent être manœuvrées dans les deux sens, soit seules, soit simultanément. Lorsque l’emploi simultané des deux réglettes est nécessaire, on tire une des réglettes à droite, l’autre à gauche, en faisant marquer le même nombre par le chiffre 1 pris à gauche d’une réglette et par le chiffre 1 pris à droite de l’autre réglette. Une des réglettes devient ainsi complémentaire de l’autre et toutes les divisions de la règle fixe sont en relation avec les divisions des réglettes qui, ainsi disposées, représentent une réglette unique de double longueur.
- Il y a une autre manœuvre qui donne le même
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- résultat, les deux réglettes étant tirées à gauche, comme elles sont disposées sur la figure 2.
- On veut multiplier 2 par 4; le chiffre 1 gauche de la réglette supérieure est amené sous le 2 de la règle, on voit le chiffre 4 pris à la rive inférieure de la réglette indiquer le produit 8. Si l’on avait 7 à multiplier par 2 on placerait le 2 de la réglette inférieure sous le chiffre 1 pris à droite sur la règle et le 7 pris sur la règle indiquerait le produit 14 sur la réglette. Les réglettes étant ainsi disposées on obtient les produits de tous les nombres multipliés par 2. D’après la première manière on pourrait tirer à gauche la réglette inférieure et amener son chiffre 1 de droite au-dessus du 2 de la règle fixe. La pratique de la règle indique la réglette à employer. Ainsi, si l’on veut opérer avec o comme multiplicateur, en faisant très peu sortir à droite la réglette inférieure on amène le o sous le chiffre 1 de droite de la règle fixe.
- La règle à deux réglettes présente dans sa manœuvre un peu plus de complication quela règle ordinaire; mais ce léger désavantage est largement compensé par l’agrandissement des échelles divisées. Le revers des réglettes reçoit des échelles accessoires pour le calcul des puissances et des logarithmes.
- La nouvelle règle sera très utile aux calculateurs, négociants, industriels, pour lesquels les résultats obtenus sur la règle ordinaire sont, dans bien des cas, insuffisants. Elle contribuera à répandre l’usage de la règle à calcul, encore si peu connue en France pour diverses causes. L’une de ces causes est une sorte de répugnance qu’éprouvent pour cet instrument la plupart de ceux qui enseignent. Cela tient surtout à la difficulté de démontrer la théorie de F instrument, celle des logarithmes. Cet obstacle vient de disparaître. M. Lagout, ingénieur en chef des ponts et chaussées, inventeur de la tachymétrie, vient, dans une brochure de quelques pages, de mettre la théorie de la règle à calcul et celle des logarithmes à la portée de tous, en y appliquant sa nouvelle méthode b
- BIBLIOGRAPHE*
- Théorie de la règle à calcul mise au^ortée de tous par les diagrammes, par Édouard Lagout, ingénieur en chef des ponts et chaussées. 1 broch. in-8°*chez fauteur,
- à Nogent-sur-Marne.
- M. Lagout, le créateur de la tachymétrie, avec l’infatigable persévérance qui caractérise son zèle pour vulgariser les notions mathématiques, veut répandre aujourd’hui l’usage si utile de la règle à calcul. Nous nous associons volontiers à ses efforts, et nous reproduisons les lignes suivantes que nous avons reçues de lui avec sa brochure : « D’Àlembert, dans la grande Encyclopédie, dit à propos du calcul infinitésimal, que les dénigreurs
- 1 Yoy. la brochure de M. Lagout annoncée ci-dessns. Voy. aussi Instruction sur la règle à calcul à deux réglettes, par E. Péraux, négociant à Nancy, 1 broch, in-8°, Paris, Eugène Lacroix.
- acharnés de cette splendide découverte, ont dù mourir eux et leur postérité hargneuse pendant deux cents années, avant que ce calcul rendît des services à la science. Eh bien ! Gunter, l’inventeur de la première règle à calcul, est mort depuis près de deux siècles; le moment est venu de jouir de sa découverte. »
- Graphodoxie, nouvel art des diagrammes. Enseignement prompt par des figures démonstratives, par Edouard Lagout, ingénieur en chef des ponts et chaussées. 1 broch. in-8°, chez l’auteur, à Nogent-sur-Marne.
- Dans ce second recueil, M. Lagout reproduit un grand nombre de spécimens de la méthode graphique que les lecteurs de la Nature connaissent par l’usage fréquent qui en est fait ici-même. Nous recommandons ce petit livre comme très instructif et très utile.
- CORRESPONDANCE
- SECOUSSES DE TREMBLEMENT DE TERRE DANS LA SOMME
- Eu, 25 février 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Il y a quelques jours j’entendis des paysans raconter qu’il y avait eu un tremblement de terre très prononcé chez eux (à Offeux, près Saint-Blémont (Somme), au nord-nord-est du Tréport).
- L’un d’eux me raconta qu’il avait cru que l’on brisait sa persienne avec une hache ; sa femme et lui ont été très effrayés. (Les pendules ne se sont pas arrêtées, les meubles ne se sont pas déplacés, pas de dégâts, mais grande angoisse chez les personnes et surtout chez les animaux).
- Un fait particulier, certains de ces hommes prétendaient qu’ils attendaient ce tremblement de terre parce que les terrains avaient été inondés (sans aucune cause connue d’inondation).
- Il y a quinze ans un tremblement de terre eut lieu dans cette contrée exactement dans les mêmes conditions; c’est de tradition, paraît-il. Comme dans ce pays il n’y a ni journaux ni personne s’occupant de météorologie, j’ai demandé quelques renseignements à M. de Faulereau dont je vous communique ci-dessous la réponse.
- Un de vos plus anciens abonnés,
- A...,
- Capitaine au 24” de ligne, à Eu.
- Monsieur,
- Oftcux, 24 février 1882.
- Le phénomène terrestre dont beaucoup de personnes ont ressenti l’elfet dans la nuit du 17 au 18 est ainsi commenté par la plupart :
- 1° De dix heures a minuit, bruit sourd accompagné d’un mouvement de trépidation ;
- 2° De quatre heures à cinq heures bruit plus prononcé et un peu plus prolongé; accompagné selon les uns, suivi selon d’autres d’un mouvement d’ondulation du Sud-Ouest au Nord-Est.
- Voilà les renseignements que j’ai pu recueillir et que je m’empresse de vous transmettre. Maintenant je crois que les deux coups sérieux ont été à minuit moins un quart et à cinq heures du malin.
- Veuillez agréer, etc.
- De Fautereau.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Exposition générale de Bordeaux. — La Société Philomathique de Bordeaux ouvrira, le 1er juin 1882, sa douzième Exposition générale des produits de l’agriculture, de l’industrie, des arts industriels et de l’art ancien. Sous le patronage et avec le concours de l’État, du Conseil général de la Gironde, de la Municipalité et de la Chambre de Commerce de Bordeaux, cette Exposition admettra dans ses galeries, édifiées au cœur de la ville, sur la magnifique esplanade des Quinconces, les produits provenant de la France, de l’Algérie, des colonies françaises, de l’Espagne et du Portugal. En ce qui concerne les vins et spiritueux, l’Exposition sera universelle, c’est-à-dire qu’elle admettra les produits du monde entier, dans des conditions de classement et d’authenticité des plus satisfaisantes. Par sa position topographique, le nombre de ses habitants et celui des étrangers qui la traversent à ce moment de l’année, scs relations commerciales chaque jour plus développées avec le monde entier, la ville de Bordeaux se prête admirablement à une exposition d’une très grande importance, tant au point de vue de l’attrait qu’elle offre à ses visiteurs qu'à celui des nombreuses transactions particulières dont une entreprise de ce genre doit être l’occasion.
- Préparation du bronze phosphoreux. — Lorsqu’on chauffe l’éponge d’étain (obtenue par la précipitation du sel d’étain, Su Cl-, par le zinc) avec du phosphore, dans une telle proportion, que sur .4) atomes'du premier, on emploie un peu plus d’ùn atome du dernier, on obtient un phosphure d’étain Sn9P. Celui-ci ressemble au zinc fondu, il est cristallin et fond à une température de 570°. Une addition de phosphore rend le bronze ordinaire beaucoup plus dur, plus élastique et plus tenace. On obtient le bronze phosphoreux en fondant le cuivre avec le phosphure d’étain en proportion convenable, en y ajoutant quelquefois un peu de plomb. Ce bronze contient 1/4 à 2 1/2 pour 101) de phosphore et 5 à 15 pour 100 d’étain. En dehors de son emploi pour les pièces d’artillerie, on l’emploie (surtout les alliages contenant de 7 à 8 pour 100 d’étain) pour les parties dures et résistantes de certaines machines. Avec plus d’étain, le bronze phosphoreux sert à la fonte des cloches. Les qualités supérieures du bronze phosphoreux sont dues à la propriété du phosphure d’étain de former, avec le cuivre, un alliage homogène, ne présentant pas les phénomènes encombrants de la liquation; puis le phosphore empêche les oxydes métalliques de se dissoudre dans l’alliage. Plusieurs analyses de bronze phosphoreux ont donné environ 0,5 pour 100 de phosphore.
- Pluie de toiles d'araignée. — Vers la fin d’octobre 1881, les habitants de la ville de Milwaukee et des localités voisines (États-Unis, Wisconsin), assistèrent à un spectacle d’un genre tout nouveau pour eux et d’ailleurs extrêmement rare. Ils virent tomber du ciel une pluie de todes d’araignée, paraissant venir d’une grande hauteur, et qui, par places, étaient si compactes qu’elles affaiblissaient le bleu du ciel. Ces fils d’araignée avaient de un à plusieurs mètres de longueur; à Green Bay ils atteignaient même vingt mètres et on en voyait aussi haut que l’œil pouvait les apercevoir. Ils étaient d’une solide texture et très blancs. On ne signale nulle part la pré-
- sence d’araignées dans cette chute de leurs toiles. Des pluies de fils de la Vierge ont déjà été constatées en différents points du globe. White en décrit plusieurs dans son histoire de Selborne. L’une d’elles dura une journée entière, et avait son siège dans les régions les plus hautes de l’atmosphère. Darwin rapporte une pluie semblable observée par lui à bord du Beagle, au large de l’embouchure de La Plata, à 20 lieues de la côte. 11 fut sans doute le premier à constater que chaque touffe de fil portait un aéronaute lilliputien. Il observa les araignées après leur chute sur le pont, et vit la plupart d’entre elles filer une nouvelle toile et reprendre leur voyage aérien. D’autres observateurs ont relaté les mêmes faits. Le but de ces migrations d’araignées — si ce sont en réalité des migrations — est un mystère qu’il serait difficile d’expliquer. D’après la solidilé des toiles recueillies à Milwaukee et aux environs, il parait peu probable que ce fussent de simples fils de la Vierge. La pluie en question peut être due à un voyage accidentel de l’araignée ordinaire, cette espèce possédant aussi la faculté de filer des toiles qui peuvent flotter dans l’air et qui, parfois, servent de véhicules aériens à leurs constructeurs. L’histoire naturelle des araignées offre encore, on le voit, un vaste champ de recherches et d’études.
- Un nouveau canon. — On vient de fabriquer en Amérique une pièce d’artillerie d’un modèle entièrement nouveau. Dans tous les canons connus jusqu’à ce jour, la charge a toujours été placée au fond de la pièce et derrière le projectile. Dans la pièce en question, Ja charge est répartie de la culasse à la bouche, par portions égales, dont la déflagration successive augmente notablement la vitesse du projectile, à ce que dit l’jnven-teur. La charge totale étant de 128 livres de poudre, il n’en place que 18 livres au fond de l’âme; le reste est réparti dans quatre chambres contenant chacune 27 livres. La poudre de la culasse n’est pas la même que celle qui est disposée le long du tube. Ce tube lui-même n’a pas moins de 25 pieds, ce qui rapproche cet engin de la dimension du canon primitif. D’après les inventeurs, la portée dépasse 15 kilomètres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 février 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- Histoire de hMkirine. — Poursuivant ses curieux travaux d’éruditio^B^ciale dont les résultats se traduisent en enrichissements du Musée de Marine, dont il est le directeur, M. l’amiral Paris présente aujourd’hui la restauration complète de la galéasse La Royale de l’époque de Louis XIV. Il s’agit d’un modèle du temps construit avec le plus $Tand soin et restauré au Musée de Marine, d’après des documents de 1690. Cette galéasse était comme on voit une énorme galère pontée, portant 1001 hommes d’équipage, dont 482 rameurs. Ceux-ci serrés sur leurs bancs, surveillés constamment par des gardes-chiourmes armés de fouets, restaient huit ans consécutifs à la peine sans disposer d’une place suffisante pour jamais s’étendre. L’embarcation avait 58 mètres de long, et le pont n’était qu’à 70 centimètres au-dessus de l’eau, de sorte qu’il suffisait de la moindre mer pour que les vagues passassent entre les pieds des rameurs. Cette énorme galère était armée de canons, mais sans pointage
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- LA NATUItK.
- de hauteur ni de direction. La place manquait tellement que pour éeouvillonner comme pour charger il fallait se mettre à cheval sur la pièce. La batterie pouvait lancer en tout 110 kilogrammes de projectiles par l’avant, 70 kilogrammes par le travers et à peu près autant pour l’arrière. Il y avait 'a peu près 500 mètres carrés de voiles.
- A propos de cette restauration qui a demandé beaucoup de travail à son auteur, M. l’amiral Jurien de la Gravière fait remarquer qu’il n’est pas étonnant que l’étude de la marine antique présente des difficultés considérables. Déjà nous avons mentionné il y a quelque temps le travail de M. l’amiral Serre sur la trière athénienne et l’on se rappelle que l’auteur, partant surtout de l’étude de bas-reliefs qui figurent sur le Parthénon, admet qu’il y avait trois rangs superposés d’avirons. Mais M. Jurien est d’avis que, malgré l’autorité invoquée, cette disposition n’est pas probable et il ne répugne pas à penser que la galère du Parthénon, à peu près copiée sur la colonne Trajane, est une sorte de vaisseau héraldique, comparable au navire des armes de Paris, qui n’a jamais navigué et qui même, suivant la remarque de l’amiral Paris, marche à reculons. A l’appui de son opinion, M. Jurien annonce que M. Du-puy de Lomé répudie la restauration de la trirème qu’il avait en d’autres temps réalisée à Asnières, qui fut pourvue de tout ce qu’on pouvait désirer et qui malgré les témoignages enthousiastes qu’elle re -cueillit, « no marcha jamais. »
- Il paraît d’ailleurs que la question de la marine antique sera prochainement reprise devant l’Académie par la Commission chargée d’é-tudier le mémoire de M.
- Serre.
- Piège à hannetons de M. Voilellier.
- Électricité. — Une très savante communication est faite par M. du Moncel au sujet des courants d’induction qui prennent naissance dans les .machines destinées aux applications de l’électricité et tout spécialement de celles qui servent à l’éclairage.
- Médecine. — De nouveaux cas de rappel à la vie de nouveau-nés en état de mort apparente par immersion dans un bain à 50 degrés sont présentés par M. le DrCam-pardon.
- M. Jules Guérin lit un très important mémoire sur les caractères physiologiques de la contraction des tendons.
- Varia. — Nous regrettons de n’avoir pu saisir avec assez de précision le contenu d’un mémoire de M. Filhol sur la géologie de la Nouvelle-Zélande. — M. Ledieu
- s’occupe de la théorie vibratoire de la matière. — Des observations de petites planètes sont adressées de Marseille par M. Borclly. — Le rôle des microzymas gastriques fournit à M. Déchamp le sujet d’une note.
- Stanislas Meunier.
- PIÈGE A HANNETONS
- Cet appareil est construit par M. Voitellier, à Mantes ; il est d’une grande simplicité, en même temps que d’une eflicacité absolue, d’après les expériences
- qui ont été Dûtes.
- L’appareil consiste en une lampe placée à la partie supérieure d’un bâti mobile, elle est placée au centre de réllec-teurs métalliques, et elle est protégée par une glace. Au pied de cette glace est pratiquée une ouverture en forme d’entonnoir, qui aboutit à un sac placé au-dessous. Les supports de cet ensemble sont à coulisse sur les montants du bâti, de telle sorte que l’appareil peut être monté à la hauteur des taillis ou des arbres qu’on veut débarrasser des hannetons. Cette description et le dessin,iqui l’accompagne suffisent pour faire comprendre que l’emploi de cet appareil repose sur la grande attraction que la lumière exerce sur les hannetons et la plupart des insectes crépusculaires et nocturnes.
- On place l’appareil dans le bois, le soir, à la tombée de la nuit. Les hannetons, attirés par la lumière, viennent en foule se précipiter sur la lampe, et se heurtent à la glace qui l’entoure ; ils tombent, par le choc, dans l’entonnoir, et disparaissent dans le sac d’où ils ne peuvent plus sortir. Les expériences les plus concluantes ont été faites l’année dernière1 devant les représentants de plusieurs Sociétés agricoles ; c’est par milliers que les hannetons ont été ramassés en quelques minutes.
- L. Sardriac.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandieh. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N» 458. — 1 1 MARS 1882.
- LA NATURE.
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- L’AMIANTE
- ET SES APPLICATIONS INDUSTRIELLES
- On sait que l’amiante est une matière minérale naturelle de nature fibreuse et soyeuse qui est susceptible d’être tissée. La propriété que possède cette substance d’être incombustible ou tout au moins de ne fondre que sous l’action d’un feu très intense, la rend particulièrement précieuse.
- On peut, au moyen de l’amiante, confectionner des tissus ou des papiers incombustibles; mais
- malgré l’intérêt que présentent de semblables produits, ils ont toujours été à peu près délaissés et sont tombés dans l’oubli.
- Dans ces derniers temps, MM. llamelleet A. Fieu-telot ont fait revivre une industrie trop négligée en fabriquant à l’aide de la matière minérale dont nous parlons, un grand nombre de produits utiles. Avant de les faire connaître, rappelons la nature et les propriétés de l’amiante.
- L’amiante, qui signifie inaltérable, ou l’asbeste, qui veut dire inextinguible, sont les désignations d’une même substance qui se rattache à une espèce minéralogique appelée trémolite ou grammatite
- (Haiiy). Cette substance minérale est formée de silice, de magnésie, de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer; elle se présente fréquemment sous forme de filaments flexibles, soyeux, dont la masse est aussi souple que l’étoupe de lin ou de soie. Cette matière étrange a de tout temps attiré l’attention par son incombustibilité, qui la distingue si nettement des matières organiques, auxquelles elle ressemble par ses caractères extérieurs.
- « L’asbeste, dit M. G. Delafosse dans son Cours de Minéralogie, n’est pas toujours blanc, souple et soyeux, comme celui que l’on désigne plus particulièrement sous le nom d’amiante. Il devient quelquefois dur, épais, coloré, et selon sa texture, sa forme et sa consistance, il prend les noms de bois, 10* année, — Ie' semestre.
- de liège, de cuir, de carton ou de papier fossiles. La variété d’amiante la plus belle et la plus recherchée est une substance blanche ou grise, qui se sépare en filaments déliés, soyeux, longs et flexibles, susceptibles de se filer à la .manière du chanvre et du coton, sinon seuls, du moins lorsqu’on les mêle à une petite quantité de ces matières végétales qu’on fait ensuite disparaître en les brûlant. L’amiante résiste à la flamme de nos foyers ordinaires ; mais il fond quand on l’expose à un feu plus intense, celui du chalumeau par exemple. »
- Les anciens connaissaient l’amiante, ils n’ignoraient point l’art de le tisser. Avec la toile, d’amiante ils confectionnaient des linceuls, dans lesquels on | faisait brûler le corps de ceux que la mort venait
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- d’enlever. On en fabriquait aussi des nappes et des draps qu’il suffisait de jeter au feu quand ils étaient sales, remplaçant ainsi le bain de lessive par une llamme. — Les anciens avaient encore des lampes perpétuelles dont la mèche était formée d’un tissu d’amiante et dont la substance combustible provenait de sources de bitume.
- L’amiante tapisse de ses filaments les fissures des roches magnésiennes, telles que les serpentines, les schistes talqueux et chloriteux. On en rencontre dans les montagnes de la Corse, en Savoie, dans le Piémont, en Italie, dans les Alpes du Saint-Gothard. On le trouve aussi très abondamment dans le Canada.
- Pour donner une idée des applications auxquelles se prête l’amiante, il nous suffira d’énumérer les produits que MM. Hainelle et Fleutelot ont soumis à notre appréciation :
- 1° Échantillons d'amiante naturel du Canada, d’Italie fibreux et vitreux. — C’est l’amiante du Canada de nature fibreuse et soyeuse qui donne les meilleurs résultats et permet la filature et le feutrage (voy. fig. n° 1). — L’amiante d’Italie (n° 2) se file difficilement ; l’amiante vitreux n’a aucune consistance et se pulvérise sous le doigt, il ne semble pas devoir être utilisé.
- 2° Amiante en corde nattée pour presse-étoupe de machine à vapeur. — Cette corde remplace le bourrage d’amiante de coton, qui n’a plus de consistance dès que l’enveloppe est détériorée par la vapeur (n° 3).
- 3° Toile d’amiante pur. — Ce tissu est employé pour la filtration des acides (n° 4). Il sert aussi comme mèche incombustible dans plusieurs appareils et, entre autres, dans l’appareil Bourbon de Perpignan, pour la destruction du phylloxéra. Cette toile d’amiante pourrait être employée comme rideau dans les théâtres. L’emploi du rideau en toile métallique n’empêche pas la fumée de s’échapper et de produire l’asphyxie des spectateurs dans la salle. Avec un rideau en toile d’amiante on remédierait à ce grave inconvénient.
- 4° Carton amiante. — Ce carton sert à faire des joints pour machine à vapeur et tuyauterie en général. Il résiste à l’action de la chaleur et même en plein fourneau.
- 5° Feutre d'amiante. — Ce feutre est employé pour les rouleaux de calandre à Lyon ; c’est M. Gau-tillon, apprêteur de cette ville, qui, le premier, a eu l’idée d’appliquer ce feutre d’amiante aux rouleaux de calandre, lesquels ont besoin de résister à une température qui va quelquefois jusqu’à 500 degrés. Il sert aussi pour remplacer les feutres de laine dans certaines piles où les liquides acidulés détériorent promptement le feutre ou les tissus d’origine animale ou végétale. On fabrique aussi du mastic d’amiante pour des joints et des tubes.
- 6° Papier d’amiante. — Ce papier est très intéressant ; il offre l’aspect du papier ordinaire (n° 5), mais quand on le place dans une flamme, quand on le
- jette au milieu de charbons incandescents, il ne brûle pas : il reparaît avec sa blancheur primitive quand il est refroidi. On nous apprend que M. Glück, ingénieur civil, a trouvé une encre avec laquelle on peut écrire sur ce papier sans crainte que le feu le plus ardent ne détruise l’écriture. II y aurait là des recherches bien curieuses à entreprendre pour la confection des billets de banque, des titres, etc., qui se trouveraient protégés, dans certaines mesures, de l’action du feu. Nous répéterons ici qu’un feu violent pourrait les fondre et les vitrifier.
- On voit que les applications de l’amiante sont très variées et que ce produit est capable de rendre bien des services à l’industrie.
- Gaston Tissanmer.
- LES HABITUDES DES FOURMIS
- Après les nombreux et importants travaux qui ont été publiés déjà sur les mœurs et les habitudes des fourmis, on pourrait croire que tout doit être connu sur ces intéressants et industrieux insectes. Nous pensons néanmoins que le résumé de quelques nouvelles observations, présentées par Sir John Lubbock à la Société Linnéenne de Londres, ne sera pas dépourvu d’intérêt.
- L’habile naturaliste s’est assuré que les fourmis possèdent la faculté de communiquer à leurs compagnes leurs découvertes, et de les appeler à l’aide. Elles reconnaissent leurs proches, et de jeunes fourmis, réintroduites dans leur fourmillière, quelques jours après leur éclosion, ont été toujours reconnues par les vieilles fourmis, comme des membres de la communauté. Il n’y avait pas ici de connaissance préalable, et ce n’est pas comme des compagnes déjà vues que les jeunes fourmis étaient accueillies ; les autres les voyaient pour la première fois.
- Il arrive parfois que, dans les nids privés de reines, les ouvrières pondent des œufs : invariablement, le produit de l’éclosion est alors une fourmi mâle ; jamais une ouvrière ou une reine.
- La fourmi peut vivre plusieurs années ; Sir J. Lubbock possède des spécimens de Formica fusca et de F. sanyui-nea, âgés de quatre et même cinq années.,
- Introduite dans une fourmilière, une reine étrangère est tuée sans pitié. M. Mc. Cook a cependant rapporté un cas d’adoption d’une reine féconde (Cremaioyaster lineo-lata), par une fourmilière de son espèce. Sir John n’a jamais observé un fait semblable, et il explique cette différence de conduite par cette raison que ses fourmis avaient vécu en république : des fourmis qui sont restées longtemps sans reine sont plus éloignées d’en accepter une. D’autre part, si l’on introduit avec une reine quelques fourmis étrangères, elles ne l’attaquent pas, et, si l’on ajoute peu à peu de nouvelles fourmis, la monarchie est définitivement assurée.
- Les fourmis possèdent le sens de la direction. Un disque circulaire de papier, placé sur un pont également en papier, fut mis en rotation au moment où une fourmi le traversait pour chercher sa nourriture ; mais la fourmi tourna en rond avec le disque, et regagna sa route. Un carton à chapeau percé de deux trous opposés fut mis en travers de son chemin, et, lorsqu’elle fut entrée, on fit tourner la boîte ; mais la fourmi tourna également et conserva sa direction. Toutefois, lorsque le disque ou la boîte
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- étaient simplement transportés du côté opposé de la nourriture, sans mouvement de rotation, la fourmi continuait directement son chemin, et paraissait surprise de ne plus retrouver sa proie.
- Non seulement les fourmis protègent et conservent les pucerons, mais elles prennent dans leurs nids les œufs d’Aphides déposés sur les plantes en octobre, et qui seraient exposés aux rigueurs de l’hiver, et elles vont les replacer, au mois de mars, sur de jeunes tiges des mêmes plantes. 11 y a là une preuve remarquable de prévoyance chez des insectes qui, dans nos climats, n’amassent pas d’approvisionnements pour l’hiver.
- U. Vio.n.
- LES EMBACLES DE LA SAÔNE
- PENDANT L’HIVER DE 1S7IM880 ET LE MODE DE FORMATION DE CES GLACES d’après m. pasqueau
- Nous reproduisons ici d’après une note publiée par M. Pasqueau dans les Annales des Ponts et Chaussées, certains détails curieux concernant les embâcles de la Saône pendant le terrible hiver de 1879-1880, et les travaux exécutés à cette occasion sous la direction de cet éminent ingénieur pour débarrasser la rivière et creuser un chenal à travers un glacier de 2 kilomètres de longueur. Ces travaux présentent d’ailleurs un intérêt général même au point de vue purement scientifique, car ils ont jeté un jour nouveau sur le mode de formation de ces glaciers, et par suite ils ont permis de déterminer exactement les procédés à suivre pour s’en rendre maître, et prévenir ainsi les dangers terribles qu’ils peuvent entraîner dans leur débâcle.
- Au mois de décembre 1879, la température était restée pendant quelque temps inférieure à 18° au-dessous de zéro, et la Saône charria de nombreux glaçons qui vinrent s’accumuler en arrivant à Lyon dans une mouille large et profonde située entre Yaise et l’île Barbe, et servant à la fois de port pour les radeaux, et de chantier pour les bateaux en construction. Arrivés là, ces glaçons se soudèrent avec une grande rapidité, et formèrent bientôt une nappe continue, véritable mer de glace qui couvrit entièrement le lit de la rivière sur une longueur de plus de o kilomètres, et engloba les nombreux radeaux restés dans la mouille.
- On procéda immédiatement au dégagement de ces radeaux, et on creusa un chenal pour les détacher de la glace et les emmener ensuite en aval dans les parties abritées de la rivière. On essaya d’abord à cet effet de briser la glace en se servant de batelets suivant un procédé anciennement usité. Les petits bateaux employés étaient en bois armés à l’avant d’une fourrure en sapin ; on les lançait avec violence contre le massif de glace en les tirant à l’avant avec des cordes, et le bateau cédant à cette impulsion venait s’élever sur la glace de la
- moitié de sa longueur. Les mariniers qui le montaient sautaient alors en cadence à l’avant du bateau et fendaient la glace par leur poids, ils emmenaient ensuite dans le chenal les blocs ainsi détachés. Ces batelets montés rendirent de grands services pour briser les embâcles flottantes ; mais pour attaquer le massif compact lui-même, on dut employer la dynamite de préférence. On perçait à la hache une série de dix à douze trous formant une ligne circulaire qui découpait une banquise de 25 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large, et on y déposait des cartouches de dynamite fabriquées spécialement à cet effet dans un petit atelier installé sur le bord de la rivière. Les trous étaient ensuite recouverts de blocs de glace, et on allumait les mèches de manière à obtenir une explosion simultanée qui détachait la banquise sur tout son pourtour, et celle-ci était ensuite emmenée avec des leviers ou avec un batelet monté, ou même un petit remorqueur à vapeur.
- Les radeaux dégagés par ces premiers travaux furent amarrés à quelque distance dans les parties un peu abritées par les coudes de la rivière, ainsi que nous l’avons dit plus haut. On essaya de les descendre hors de Lyon, mais il fut impossible de le faire, car ils présentaient à la partie inférieure une couche de glace tellement épaisse qu’ils buttaient contre le fond de la rivière. On se borna donc à les couvrir et à les fixer par des amarres. Malgré ces précautions, il fut impossible de sauver ces radeaux, et ils se trouvèrent complètement brisés dans la première débâcle partielle survenue le 7 janvier. Sous l’influence d’une crue subite, le glacier se déplaça tout entier d’une seule pièce avec une puissance irrésistible, et broya tout ce qui se trouvait sur son passage. Les poutres des radeaux brisés furent entraînées par le courant et projetées avec fracas contre les piliers des trois ponts de la Saône qu’elles obstruèrent presque complètement.
- Pour dégager les ponts, il fallut alors enlever successivement toutes ces pièces entassées dans un amas inextricable, et ce travail fut poursuivi au milieu de dangers et de difficultés sans nombre : quelques-unes de ces pièces avaient plus de 0m,60 d’équarrissage et 25 mètres de long, en outre elles étaient absolument collées et enchevêtrées les unes dans les autres, et on dut souvent avoir recours à la dynamite pour les détacher. Les pièces qu’on pouvait séparer étaient ensuite tirées avec des cordes soit à la main ou avec des treuils ou même des bateaux à vapeur. Celles qu’on ne put détacher durent être sciées sur place ou brisées à la dynamite, ce qui donnait des résultats encore plus rapides. Les pièces ainsi détachées, dont le nombre dépassait 1500, furent emmenées à l’aval de manière à dégager entièrement la traversée, ce qui permit d’attendre la grande débâcle de la mer de glace proprement dite.
- Cet énorme glacier, qui était depuis longtemps déjà une menace permanente pour la ville, ne eu*
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- LÀ NATURE.
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- bait pas, d'après les calculs et les relevés de M. Pas-queau, moins de 5 à 4 millions de mètres cubes, et il avait une épaisseur qui allait eu diminuant de l'aval vers l’amont, depuis 12 mètres jusqu’à 4 ou 5 mètres seulement. C’est là un fait d’une grande importance qui a exercé, comme on va le voir, une influence décisive sur les travaux et qui est d’autant plus remarquable que le niveau du glacier allait au contraire en s’élevant depuis l’aval jusqu’à l’amont, de sorte que le glacier présentait en coupe la forme d’une voûte appuyée à l’aval sur le lit de la rivière, comme l’indique la figure 1.
- La surface supérieure du glacier était toute hérissée de blocs amoncelés et soudés entre eux par la glace, et la circulation y était presque impossible, comme on peut s’en rendre compte d’après la figure 2 qui reproduit une vue photographique dont nous devons la communication à l’obligeance de M. Pasqueau.
- La mer de glace, dont le niveau allait en se relevant vers l’amont, comme nous l’avons déjà dit, couvrait entièrement le barrage de l’île Barbe, elle s’étendait sur une longueur de 2100 mètres et formait un barrage qui tendait les eaux à l’amont sur une étendue très considérable : M. Pasqueau a constaté au moyen des échelles d’étiage que la hauteur de chute ainsi produite a atteint 5m,07 le 9 janvier. Dans de pareilles conditions, si ce barrage s’était trouvé brisé subitement dans un dégel, une débâcle, ou sous l’influence d’une crue importante, l’énorme masse d’eau qu’il soutenait se serait écoulée tout à coup en se ruant sur les ponts, brisant tous les obstacles, et, en un mot, entraînant avec elle les plus grands ravages.
- Pour prévenir un pareil désastre, on dut donc entreprendre d’ouvrir un chenal à travers tout le massif du glacier, malgré les difficultés énormes et
- PLAN GENERAL.
- L&S&bhere
- PROFIL EN LONG.
- 200™.-i 3oo™~.
- Fig. 1. Plan général et profil en long de l’embâcle de la Saône en 1878-1880.
- insurmontables en apparence que présentait un pareil travail. Comme il devenait impossible de se servir encore des batelets à la main ou des remorqueurs à vapeur, on dut employer exclusivement la dynamite. La préparation des cartouches, le dégelage et l’amorçage exigèrent, comme on le comprend, des précautions toutes spéciales, qui sont exposées dans la Note de M. Pasqueau, mais nous ne pouvons nous y arrêter ici*, disons seulement qu’on consomma par jour 1000 kilogr. de dynamite répartis entre 600 à 800 pots. On traça ainsi un chenal de 40 mètres de largeur qu’on agrandissait ensuite au fur et à mesure de l’avancement des travaux pour laisser un libre passage aux banquises lancées en dérive ; du reste, celles-ci, dont le volume dépassait souvent 1000 mètres cubes, étaient encore divisées après avoir été détachées du massif du glacier. Des mineurs s’embarquaient sur ces îles flottantes et creusaient des trous dans lesquels ils déposaient les pots de dynamite dont ils allumaient les mèches, ils s’éloignaient ensuite rapidement en batelets,
- et l’explosion brisait les banquises, dont les morceaux passaient librement sous arches des ponts.
- A l’aval du glacier en C, le massif des glaces était complètement adhérent sur le sol, et il fallut abattre la glace sur toute la hauteur, comme on aurait fait dans une véritable carrière.
- Les travaux furent poussés avec une activité infatigable au milieu de toutes ces difficultés, et au bout de sept jours, le chenal n’avait pas moins de 800 mètres de long sur 80 de large, et il occupait ainsi seulement la moitié delà longueur du glacier; mais alors ces travaux amenèrent un résultat tout à fait inespéré : le lac supérieur se vida, le glacier dont les lames de fond avaient été coupées par ces travaux s’affaissa et se creusa suivant une vallée dont les bords avaient 5 à 6 mètres de hauteur, les eaux pénétrèrent alors dans cette vallée, et formèrent ainsi un chenal qui vint à la rencontre du canal artificiel déjà creusé et supprima la moitié du travail dans toute la partie d’amont où le niveau des glaces était le plus élevé.
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- LA NATURE
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- Ces beaux travaux conduits avec tant de persé-ve'rance et d’habileté, outre qu’ils protégèrent la ville contre les désastres que la débâcle aurait pu entraîner, fournirent en même temps, comme nous le disions, sur le mode de formation des glaciers
- des données très précieuses déjà au point de vue purement scientifique et qui pourront être utilisées avantageusement dans les circonstances analogues. D’après les recherches de M. Pasqueau, il faut I admettre que la formation du glacier s’opère de la
- Fig. 2. Vue générale de l’embâcle de la Saône en 1879-1880. (D’après une photographie.)
- manière suivante : La rivière se barre d’abord au niveau de l’eau en un point déterminé, et les glaces venant d’amont doivent alors passer sous la nappe ainsi formée dont elles suivent la face inférieure jusqu’à ce qu’elles soient arrêtées par un obstacle quelconque, un rétrécissement du lit, un haut-fond, etc. Elles s’agglomèrent en ce point et forment bientôt un barrage étanche ; dès lors les eaux sont
- arrêtées et tendent à refluer par-dessus la nappe de glace, le niveau s’élève peu à peu, les nouveaux glaçons qui surviennent se soudent au-dessus de la première nappe et surélèvent encore le barrage. On comprend qu’il se produit ainsi une série d’étages surhaussés qui font du massif une véritable voûte relevée à l’amont et arc-boutée à l’aval sur le lit de la rivière, ce qui donne bien l’aspect observé dans
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- LA NATURE.
- le glacier de la Saône. Dès lors on voit immédiatement que c’est à l’aval qu’il faut attaquer le glacier pour enlever à cette voûte le point d’appui qui la soutient. Dès qu’elle est ébranlée, la glace s’affaisse d’elle-même dans la partie haute de la voûte, comme le fait s’est produit à Lyon, le chenal se poursuit de lui-même jusqu’à l’amont, et traverse ainsi complètement le glacier. Autrement, si on attaquait à l’amont, la voûte resterait toujours debout jusqu’à ce qu’on arrive à l’aval, les travaux exigeraient donc ainsi un temps deux fois plus long, et la débâcle se produirait souvent avant que le chenal soit complètement terminé.
- : L. Bâclé.
- BOÎTES DE CONSERVES ALIMENTAIRES
- M. Bobierre, chimiste nantais, a été amené par des expertises sur des boites de sardines, grande branche de fabrication de la ville de Nantes, à examiner les boîtes de conserves alimentaires provenant de l’importation. Il a constaté, sur plusieurs échantillons, que la soudure, faite à la hâte et sans assujettissement préalable suffisant du couvercle, avait reflué à l’intérieur de la boîte, de façon à mettre intérieurement en contact avec les aliments, une surface qui, dans les grandes boites de conserves de viande, atteint parfois 4 à 5 décimètres carrés. Or, l’analyse a montré que les alliages d’étain employés pour ces soudures contiennent souvent jusqu’à 45 p. 100 de plomb. Il y a donc, dans ces conditions, pour le consommateur, des chances assez fortes (Fintoxication saturnine.
- M. Bobierre signale, à ce sujet, l’inégalité de législation existant entre ces produits d’importation et ceux de notre fabrication nationale. A la suite de plaintes diverses provenant de l’armée de terré et de mer, MM. Schutzenberger et Boutmv, chimistes-experts, ont examiné, dans le courant de l’année dernière, des échantillons de boîtes de conserves provenant de nos forts et de nos arsenaux. Malgré les prescriptions très nettes du cahier des charges, la soudure employée, au lieu d’être en étain pur, contenait fréquemment 75 à 90 p. 100 d’étain pur, environ, contre 15 à 20 p. 100 de plomb et 8 à 10 p. 100 de cuivre. La portion de viande d’une de ces boîtes, en contact avec le couvercle soudé et étamé, a donné ainsi jusqu’à 0"\148 de plomb à l’analyse.
- Comme conséquence du rapport déposé, à ce sujet, par MM. Schutzenberger et Boutmy, une circulaire ministérielle, exécutoire à partir du mois d’août 1881, est intervenue, prescrivant, à l’avenir, l’observation rigoureuse des conditions de soudure et d’étamage des boîtes de conserves, exigeant, notamment, que la soudure soit faite exclusivement à Vextérieur, après application parfaite du couvercle. La fabrication nationale sera donc, désormais, réglementée. Il n’en est pas moins vrai que ces prescriptions n’atteignent en rien les conserves alimentaires provenant d’Amérique et d’Australie, protégées qu’elles sont par les règlements supérieurs sur l’importation.
- Le danger d’empoisonnement par l’introduction du plomb dans les conserves alimentaires étant mis en évidence, on a dû se préoccuper de trouver un moyen rapide et sûr pour déceler l’impureté des étains employés aux étamages. Ce moyen, proposé par M. Maistrasse, a été soumis à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale par M. Schutzenberger, dans la séance du 14 jan-
- vier 1881. Il est fondé sur les aspects différents que présentent les moirés obtenus avec des alliages contenant une plus ou moins grande quantité d’étain. On sait que ces moirés sont réalisés, tout simplement, en lavant la surface métallique avec de l’acide chlorhydrique pur, étendu ou mêlé d’un peu d’acide nitrique.
- Des recherches patientes et méthodiques ont permis à M. Maistrasse de constituer une série de types moirés, étain et plomb, dont la teneur en plomb croît de 1 à 50 p. 100; la différence du moirage de l’étain pur ou d’un alliage commence à être très sensible dès que la dose de plomb dépasse 5 p. 100.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau manuel complet du Mécanicien-Fontainier, contenant la conduite et la distribution de l’eau, la mesure de l’eau à la jauge et par les compteurs, la fdtration des eaux, la fabrication des robinets de tous systèmes, des fontaines, bornes-fontaines, bouches d’eau, jets d’eau et garde-robes, par MM. Boston Janvier et Maiæpeyre, nouvelle édition entièrement refondue par M. A. Romain. 1 vol. in-52 accompagné de figures et de planches. Paris, Librairie encyclopédique Roret, 1882.
- Les sciences physiques à l'école primaire et dans les classes préparatoires, par René Leblanc. lre partie, Physique. 1 vol. in-18. Paris, André-Guédon, 1882.
- De la culture au point de vue ornemental des plantes indigènes de la Vendée et des départements voisins, par Jules Richard. 1 broch. in-8°, L. Gaslé, à La Roche-sur-Yon, 1881.
- LE TÉLÉGRAPHE BAUDOT
- A propos des systèmes télégraphiques à transmission rapide \ nous avons déjà exposé les principes généraux sur lesquels sont fondés les appareils qui permettent d'augmenter la capacité• de débit d’une ligne donnée. Tous ces systèmes sont fondés sur ce fait que la rapidité de transmission des actions électriques étant incomparablement plus grande que celle que l’employé le plus exercé peut atteindre dans la manœuvre directe des manipulateurs, on peut utiliser le temps perdu, soit en employant des manipulateurs automatiques rapides, soit en faisant des transmissions simultanées par les deux extrémités de la ligne à la fois, soit enfin par des transmissions multiples.
- C’est à la classe des appareils à transmission multiple qu’appartient le remarquable télégraphe imprimeur de M. Baudot. Nous en exposerons aujourd’hui le mode général de fonctionnement.
- On peut définir l’appareil Bâti dot : un télégraphe permettant de transmettre à distance et par un seul fil le travail de quatre ou six employés manipulant à la fois six claviers distincts et permettant de recevoir quatre ou six dépêches distinctes, imprimées à l’arrivée en caractères ordinaires, sur des bandes
- 1 Voy. n° 445 du 10 décembre 1881, p. 27.
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- qu’il suffit de coller et de faire parvenir au destinataire, comme dans le système Hughes.
- Le nom de télégraphe multiple imprimeur lui convient donc parfaitement, puisqu’il réalise à la fois la transmission multiple et qu’il imprime directement la dépêche à l’arrivée. Lorsque l’appareil est disposé pour débiter le travail de quatre employés à la fois, on le nomme quadruple, lorsqu’il débite le travail de six employés, c’est un sextuple. Le quadruple et le sextuple sont fondés sur les mêmes principes et ne diffèrent que par le nombre des appareils et des employés, c’est ce dernier plus complet que nous aurons toujours en vue dans notre description.
- Pour bien saisir le fonctionnement d’un appareil aussi complexe que le Baudot, il faut aller du simple au composé, et étudier les organes dans leur ensemble, en supposant toutes les difficultés pratiques supprimées : une fois l’appareil théorique bien compris, il est plus facile de saisir la fonction des organes établis pour surmonter les difficultés négligées à l’origine. Nous allons donc tout d’abord décrire un télégraphe Baudot de fantaisie très simplifié avant d’entreprendre la description du télégraphe Baudot dont on fait usage en réalité.
- Supposons, pour fixer les idées, deux appareils Baudot en communication entre Paris et Bordeaux, et les communications disposées de telle sorte que les six employés de Paris transmettent à Bordeaux.
- Concevons deux axes verticaux placés, l’un à Paris, l’autre à Bordeaux et tournant identiquement à' la même vitesse, synchroniquement, par un procédé que nous examinerons par la suite. La vitesse de ces deux arbres est de cent cinquante tours par minute, soit deux tours et demi par seconde. Chacun de ces axes porte un bras horizontal tournant au-dessus d’un plateau divisé en six secteurs égaux. Désignons chacun de ces secteurs par À, B, C, D, E, F, pour Paris, et par A', B', G', D', E', F', pour Bordeaux. Les axes tournant à la même vitesse, les bras seront toujours au même instant sur les secteurs correspondants, A et A' ; B et B', etc. Supposons qu’à Paris le secteur A soit en communication avec le premier manipulateur, le secteur B avec le second, etc., et qu’au poste récepteur, à Bordeaux, les six secteurs communiquent avec six appareils récepteurs distincts (fig. 1). Si les deux axes sont reliés au fil de ligne, il s’ensuivra que, une fois par tour, et pour une durée égale à un sixième de tour, chaque manipulateur sera en communication avec la ligne et avec le récepteur correspondant. À la vitesse de cent cinquante tours par minute, cette durée de communications des appareils correspondants entre eux sera d’un quinzième de seconde. Si, pendant ce quinzième de seconde, par un artifice convenable, on peut transmettre la série de signaux conventionnels nécessaires pour reproduire une lettre à l’arrivée, le récepteur correspondant, toujours en communication avec le manipulateur, par l’intermédiaire de la ligne, recevra seul tous ces signaux et les reproduira fidè-
- lement. C’est là le principe général de la transmission multiple. 11 consiste à mettre successivement la ligne en relation à intervalles réguliers, et pendant un court instant, avec chaque marlipulateur et le récepteur correspondant, qui enregistre les signaux à l’arrivée. Les intervalles entre deux communications ou mises à la ligne successives servent à préparer le signal suivant.
- Chaque fois que la ligne est mise en relation avec un manipulateur donné et le récepteur correspondant, la combinaison de signaux électriques transmis aboutit finalement à l’impression d’une lettre sur le récepteur correspondant. En admettant qu’il n’y ait aucun arrêt ni interruption dans la transmission, l’appareil débitera 150 X 6 = 900 lettres, chiffres ou signaux par minute, soit 900 XfiO = 54 000 signaux par heure pour les six appareils employés. En tenant compte des blancs de séparation des mots, etc., à raison de six signaux par mot, et de vingt mots par dépêche, l’appareil Baudot, à la vitesse de cent cinquante tours par minute, peut transmettre théoriquement quatre cent cinquante dépêches de vingt mots par heure. Avec des employés exercés, la vitesse de rotation des axes peut atteindre cent quatre-vingts tours, et le débit augmente encore d’un cinquième. En pratique, à cause des arrêts, des interruptions, répétitions, etc., la moyenne est de trois cents dépêches de vingt mots transmises sur un seul fil et imprimées directement en caractères ordinaires. C’est là un résultat des plus remarquables et que M. Baudot a été jusqu’ici le premier et le seul à obtenir.
- Revenons maintenant à la description générale de l’appareil. Nous avons vu que, pendant un tour entier des deux axes en mouvement synchrone, les frotteurs établissent la communication entre un manipulateur et le récepteur correspondant pendant un sixième de tour (fig. 1).
- Que se passe-t-il pendant que les deux bras fixés sur les deux axes parcourent synchroniquement ce sixième de tour ?
- Pour le comprendre, il faut subdiviser chaque secteur en cinq parties, comme nous avions tout à l’heure divisé le cercle entier en six parties. Les cinq parties de chaque secteur sont formées de touches métalliques, isolées les unes des autres, et mises en relation, au poste transmetteur, avec cinq touches d’un manipulateur, et au poste récepteur, avec cinq électro-aimants distincts (fig. 2). Les cinq touches du manipulateur pourront être levées ou baissées en nombre variable par l’opérateur. Les combinaisons possibles, en faisant varier le nombre des touches abaissées et leurs positions respectives, sont au nombre de trente-deux. Une touche abaissée produira une émission de courant dans le fil, au moment du passage du frotteur sur la touche en cuivre, ce courant actionnera l’électro-aimant du récepteur correspondant qui attirera son armature. Lorsque les axes auront accompli un sixième de tour, les cinq électro-aimants auront attiré les armatures corres-
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- Pile
- PARIS
- T ransmission
- Diagramme 1. — Montage théorique d’un télégraphe multiple à transmission
- sextuple.
- Pendant la rotation synchronique des frotteurs L, L', on voit que les manipulateurs A, B, C, D, E, F sont en communication avec les récepteurs correspondants A', B', C', D', E', F' chacun pendant un sixième de tour, par l’intermédiaire des secteurs des deux frotteurs tournants et de la ligne. Toutes les émissions de courant d’un manipulateur faites pendant le sixième de tour qui le met en relation avec la ligne arriveront donc au récepteur correspondant seulement à la condition que le synchronisme soit bien établi.
- pondantes, du moins pour les touches abaissées, et ces armatures reproduiront, par leur position, la combinaison même des touches abaissées au départ. Un télégraphiste habile pourrait donc, par la simple inspection des positions des cinq armatures, désigner le signal envoyé,
- et lire ainsi la HZ I ZL
- f»i ni lu Tl 111
- dépêche. Hâtons-nous de dire que ce lecteur habile n’existe pas, surtout lorsque les positions des armatures changent deux fois et demi par seconde. Ce qu’un être humain est impuissant à lire, M. Baudot le fait écrire à son appareil.
- Un mécanisme merveilleux d’ingéniosité, auquel l’inventeur a donné le nom de com-
- binateur, et dont nous ne pouvons, pour le moment, qu’indiquer l’action, vient cueillir en quelque sorte la combinaison que les électro-aimants récepteurs ont réalisée, et traduit finalement cette combinaison par Yimpression de la lettre correspondante sur la bande de papier du récepteur. C’est là un résultat qui dépasse l’imagination et que le lecteur saisira s’il veut bien nous suivre jusqu’au bout dans la description que nous venons d’entreprendre.
- En résumé, le télégraphe Baudot comprend cinq parties principales distinctes, qui se décomposent ainsi :
- d0 Le distributeur, qui établit la concordance des communications entre les différents manipulateurs et les récepteurs correspondants, ainsi qu’entre les touches des manipulateurs transmetteurs et des électro-aimants récepteurs;
- 2° Le manipulateur à cinq touches, qui permet d’envoyer au poste récepteur les diverses combinaisons de courants ;
- 3° Le récepteur, qui enregistre les émissions de
- BORDEAUX
- Réception
- Diagramme 2. — Montage théorique des cinq touches d’un manipulateur Baudot et des cinq électro-aimants du récepteur correspondant.
- En suivant les communications sur le diagramme, on voit que pendant que les leviers L et L' parcourent le sixième de tour correspondant au manipulateur considéré sur le distributeur, ils établissent les communications successivement et synchroniquement avec les touches 1, 2, 3, 4, 5. Il en résulte que si, par exemple, les touches 1, 3 et 5 du manipulateur sont abaissées pendant que les frotteurs L et L' passent sur les contacts 1, 2, 3, 4 et 5, il y aura émission de courant de • la pile pour les contacts 1, 3 et 3, et les armatures correspondantes 1, 3 et 5 seront attirées et prendront les positions représentées en pointillé. La combinaison faite au départ se trouve donc identiquement reproduite à l’arrivée. C’est cette combinaison que le combina-teur reprendra ultérieurement et traduira sous forme d’une lettre imprimée sur la bande de papier du récepteur.
- courant du manipulateur correspondant en agissant sur les armatures d’électro-aimants ;
- 4° Le combinateur, qui recueille la combinaison reçue par les électro-récepteurs et la traduit par l'impression de la lettre, du chiffre ou du signe
- correspondant. Le 1 I ^ système étant fon-
- dé sur le synchronisme presque absolu de la rotation de deux axes, il faut maintenir ce synchronisme. C’est ce que réali se le système cor-recteur ;
- 5° Le système correcteur, qui agit à chaque tour automatiquement. La correction se produisant à chaque tour, les erreurs ne s’additionnent pas, et les différences de position des deux frotteurs ne sont pas assez grandes pour que la transmission en soit troublée par suite du chevauchement des secteurs les uns sur les autres.
- Dans un prochain article, nous examinerons les dispositions principales des appareils que nous venons d’énumérer.
- En se reportant au diagramme 1 et à la légende qui l’accompagne, on verra comment les communications passent d’un secteur à l’autre et, par suite, d'un manipula teu. et son récepteur correspondant à un second manipulateur et le second récepteur correspondant. Le diagramme 2 montre les communications des cinq contacts du manipulateur pour l’un des secteurs. En suivant la marche des courants, on comprendra comment les armatures des électro-aimants reproduisent la combinaison des touches abaissées du manipulateur au départ : on s’expliquera aussi pourquoi la combinaison faite par l’employé sur le manipulateur un peu avant le passage des frotteurs n’est transmise qu’au mo-
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- 1 .............. ........................................................................
- Télégraphe multiple imprimeur de M. Baudot, permettant à six employés manipulant à la fois les six appareils figurés sur la table du premier plan de transmettre ou de recevoir ° 1 P distinctes par un même fil. (Installation de l’Administration des Télégraphes, à Pans. Quatre employés seulement fonctionnent sur la figure.)
- simultanément six dépêches
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- ment où ils passent sur les touches correspondantes. En pratique, il se pre'sente une se'rie de phénomènes secondaires qui s’opposent à la marche de l’appareil théorique dont nous venons de supposer l’existence. C’est à l’étude des formes réelles de l’appareil que le prochain article sera consacré.
- E. Hospitalier.
- — A suivre. —
- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- La réalisation du tunnel sous la Manche avance chaque jour. Voici l’état actuel des travaux préparatoires :
- Du côté de Douvres, deux puits ont été d’abord creusés et du fond de l’un d’eux une galerie transversale a été poussée à une distance de 800 mètres sous la mer.
- Le terrain qu’on aura à traverser dans le tunnel sous la Manche fait partie de celui que les géologues appellent le terrain crétacé, et l’assise qu’on percera spécialement est ce qu’on nomme la craie grise de Rouen. Au-dessus, il y a un lit d’argile qui se trouve là fort heureusement interposé pour arrêter les infiltrations. Le seul péril à craindre est ainsi évité, d’autant plus que les géologues assurent qu’on ne rencontrera aucune faille ou fissure dans la craie grise.
- La galerie de Douvres, qui formera le noyau du tunnel, a 7 pieds ou 2m.10 de diamètre; elle est forée au moyen d’une machine automatique inventée pour ce cas spécial par le colonel Beaumont, laquelle taille directement dans la roche et sur les dimensions voulues, sans qu’il soit besoin d’employer la poudre. Cette circonstance permet d’établir une bonne ventilation de la galerie.
- Du côté de Calais, à Sangatte, des puits ont été également creusés et une galerie poussée sous la mer, marchant à la rencontre de l’autre, dans l’axe géométrique du tunnel. Un jour les deux galeries se rencontreront mathématiquement comme se sont rencontrées les deux sections opposées du tunnel du Saint-Gothard.
- Le tunnel de Calais est dans la craie de Rouen, comme celui de Douvres, et l’on peut dire que toute cette assise crétacée traverse la Manche, reparaissant d’une rive à l’autre en forme de fond de bateau.
- 11 a été décidé récemment de continuer l’une et l’autre galerie sur une longueur de 800 mètres chacune, de manière à avoir de part et d’autre une longueur totale de 1000 mètres. A ces points, qui seront bientôt atteints, on aura parcouru le dixième de la longueur totale du tunnel, qui doit être de 32 kilomètres.
- —*<>«—
- PLANTES SÈCHES
- TROUVÉES SUR DES MOMIES
- Les détails qui suivent sont extraits d’une lettre de M. le Dr Schxveinfurth, le célèbre explorateur de l’Afrique tropicale.
- « J’ai examiné les guirlandes qui recouvrent la poitrine de la momie du roi Aaines 1er, qui fait partie de la grande trouvaille de Deir el Bahari1 ; les guirlandes se
- 1 M. Schweinturtb fait ici allusion à la découveete faite en juillet 1881 par MM. Brugsch et Maspero à Deir el Bahari, près de Tlièbes, d’un caveau funéraire qui contenait les tombeaux , et les momies admirablement conservés de plusieurs des plus
- composent de feuilles du saule égyptien (Salix Sa/saf) pliées deux fois et cousues l’une à côté de l’autre le long d un de ces rameaux qui forment le régime du Dattier, de manière à former des agrafes qui retiennent des fleurs isolées insérées entre les plis.
- « Ces fleurs pour les guirlandes pectorales du roi Aames Ier, sont celles de VAcacia Nilotica, du Nymphæa cærulea en pétales isolés, de VAlcea ficifolia, enfin d’un Delphinium que je crois être l'orientale. Veuillez me faire part de quelques fleurs desséchées de cette dernière espèce afin que je puisse être certain de l’identité.
- « Les guirlandes des autres rois contiennent des fleurs du Carthamus tinctorius et les feuilles pliées en agrafes sont celles du Mimusops Kummel.
- a On a aussi trouvé des feuilles de la Pastèque commune (Cucumis citrullus) dans le cercueil de Neb Seni, grand-prêtre de la XXe dynastie.
- « Ces feuilles et ces fleurs datent de quelques siècles avant l’époque de la guerre de Troie ; j’en ai conservé un grand nombre en les humectant, les mettant ensuite dans l’alcool, puis les étalant et les séchant. Elles forment ainsi un petit herbier de trente-cinq siècles de durée. Ce qu’il y a de très remarquable, c’est la conservation de la couleur de la chlorophylle, violette dans le Delphinium, verte dans la feuille de Pastèque. »
- Le Salix Safsaf, VAcacia Nilotica, le Nymphæa cærulea, croissent encore aujourd’hui spontanément en Égypte, leur aire géographique embrassant aussi l’Afrique tropicale. Le Mimusops Kummel n’a été observé de nos jours qu’en Abyssinie. Le Delphinium orientale, espèce de Pied-d’alouette très voisine du Delphinium Ajacis, l’espèce commune, est répandue dans tout l’Orient, mais paraît se trouver seulement sporadiquement dans l’Afrique septentrionale, où elle est cultivée comme plante d’ornement et où elle l’était déjà à cette époque reculée si son identité avec les fleurs des momies est confirmée. Enfin, le Carthamus tinctorius est cultivé encore aujourd’hui en Egypte et dans tout l’Orient comme plante tinctoriale; on ne le connaît pas spontané, mais M. Alphonse de Can-dolle pense que sa patrie pourrait bien être le plateau central de l’Arabie Heureuse. Indépendamment de la merveilleuse conservation de ces fleurs délicates et de leur couleur, conservation due sans doute à l’absence complète de lumière et d’humidité dans le caveau où elles étaient enfermées, nous avons ainsi un nouvel exemple d’espèces, les unes spontanées, les autres cultivées, qui, depuis une longue série de siècles, n’ont subi aucune variation *.
- Edm. Boissier.
- LES REPTILES DE FRANCE
- (Suite. — Voy. p. 13 et 147.)
- LES COULEUVRES
- La Couleuvre à quatre raies est le plus grand des serpents d’Europe, sa taille pouvant atteindre six et même sept pieds. Pline rapporte que des « serpents
- illustres et des plus anciens pharaons : Amenophis I,r, Thout-mes III. Seti Ier, Ahmes Ier, le vainqueur des Ilycsos, Ramsès II, etc. Ces tombeaux et leurs momies sont maintenant au musée de Boulaq. Voy. le Journal des Débats du 18 janvier 1882.
- 1 Archives des sciences physiques el naturelles de Genève.
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- LA NATURE,
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- appelés Boas en Italie, atteignent de telles dimensions que, sous l’empereur Claude, on trouva un enfant tout entier dans les entrailles de l’un de ces animaux tué dans le Vatican. » Si ce récit n’est point une fable comme il en existe tant dans l’œuvre du naturaliste romain, il serait question de l’Elaphe à quatre raies, ainsi que le suppose Metaxa, qui a si bien étudié les serpents des environs de Rome et nous a laissé sur eux d’intéressants détails. « Les plus grands serpents d’Italie, la Couleuvre d’Esculape et la Couleuvre quatre raies, dit Cuvier dans ses annotations à Pline, ne dépassent pas deux mètres, Il faut donc supposer que le serpent tué dans le Vatican était véritablement un Boa ou un Python. Mais comment un semblable ophidien se trouvait-il là ? » A cette époque, les maîtres du monde réunissaient à grands frais des animaux de toute sorte ; les serpents figuraient dans les jeux du cirque; il est peut-être permis de supposer que l’un de ces animaux avait pu s’échapper.
- Chez l’Elaphe à quatre raies, la teinte générale est d’un brun jaune plus ou moins foncé, d’une nuance plus claire à la région inférieure, où elle es presque uniforme, ne présentant que quelques ma-eulatures de couleur grisâtre ; quatre raies d’un noir brunâtre parcourent les flancs, deux de chaque côté. La tête est brune; l’on voit deux lignes noires se dirigeant obliquement de l’œil à l’angle de la bouche qui porte des dents toutes d’égale longueur. La coloration varie du reste, et sans vouloir entrer ici dans des détails sur la livrée de l’espèce, nous dirons que le fond de la couleur de la tête s’éclaircit à mesure que les taches qui l’ornaient dans le jeune âge tendent à disparaître. De noir qu’il était, le vertex devient jaune blanchâtre, tandis qu’il reste brunâtre chez quelques individus; le dos, d’abord maculé de taches rondes, carrées ou triangulaires, revêt peu à peu la livrée de l’adulte et les bandes apparaissent à tout âge se Voient les lignes noires qui de l’œil vont à la bouche.
- Ce serpent, que nous n’avons pas eu l’occasion d’observer en vie, est, d’après Metaxa et Cantrair e sociable et intelligent.
- Tout autres sont les mœurs de la Couleuvre à échelons ou Rhinechis, qui habite l’Italie, la Sicile, la Péninsule ibérique, le midi de la France; d’humeur batailleuse, cette espèce mord avec férocité et fait bravement face à l’ennemi. Pouvant atteindre en Espagne une longueur de près de deux mètres, elle ne cesse pas d’être un ennemi redoutable, faisant une chasse active aux jeunes lièvres, aux lapereaux ; de taille généralement moindre dans le midi de la France, le Rhinechis se nourrit de jeunes oiseaux et de petits mammifères ; paraissant se plaire surtout dans les endroits arides, cette couleuvre est fréquemment enroulée dans les branches des buissons ; elle grimpe du reste aux arbres avec la plus grande facilité.
- La coloration du Rhinechis est des plus caractéristiques. Sur un fond d’un jaune roussâtre s’éten
- dent, le long du dos et de la queue, deux bandes noires réunies le plus souvent de distance en distance, et à intervalles réguliers par des lignes transversales figurant comme les barreaux d’une échelle. Les flancs portent des taches noires formant par leur ensemble de petites barres obliques qui alternent avec les raies transversales du dos. Le ventre, d’un gris blanchâtre, est parsemé dans presque toute son étendue de taches d’un gris noirâtre. Dans le jeune âge la coloration est différente ; le fond, au lieu d’être d’un jaune roussâtre, est d’un gris clair; les taches noires transversales existent seules, les bandes longitudinales n’apparaissent que plus tard ; les lignes obliques des flancs sont très marquées, ainsi que les taches du ventre, où le noir l’emporte de beaucoup sur le blanc. La tète est distincte du tronc, courte, large à sa base, conique ; le museau est saillant au-dessus de la mâchoire inférieure et a la forme d’une sorte de boutoir ; les côtés du ventre sont anguleux; les écailles sont lisses et losangi-ques ; la queue égale la septième ou la sixième partie de la longueur totale du corps.
- Tous les serpents dont nous venons de tracer rapidement l’histoire sont inoffensifs ; il n’en est pas de même de la Couleuvre maillée ou Couleuvre de Montpellier, seul représentant en France de tout un groupe qui semble former passage des Couleuvres aux Vipères. Tandis que chez ces dernières, les crochets venimeux sont implantés à la partie antérieure des mâchoires et disposés de manière à frapper directement la victime, chez les serpents auxquel nous faisons allusion la partie postérieure des mâchoires porte les dents venimeuses, d’où le nom d’Opistho-glyphes donné aux serpents qui présentent cette disposition. S’emparant de leur proie vivante, comme les autres Couleuvres, les Opisthoglyphes l’empoisonnent au moment où elle va être avalée. « C’est le long du sillon des dents postérieures, écrivent Du-méril et Bibron, que doit s’écouler le venin destiné à pénétrer dans les chairs de la victime, et y déterminer probablement, et fort heureusement sans doute, l’insensibilité pour l’animal vivant ou l’anesthésie qui précède la perte de la vie. Ce virus, en modifiant la sensation pénible de la douleur, si même elle n’est pas entièrement anéantie, réduit le corps animé de la victime à l’état de matière inerte, abondante en sucs nutritifs déjà tout préparés, et dont le serpent pourra extraire lentement, mais complètement, toutes les parties alibiles que cette proie fournira, en parcourant le tube digestif, pendant le long séjour obligé que la matière animale est appelée à y faire, quoique ce canal intestinal soit très court et ne présente pas beaucoup de sinuosités. »
- Dugès, qui a observé avec soin la Couleuvre de Montpellier, écrit que « comme tant d’autres reptiles, cette espèce fuit à l’approche de l’homme et ne cherche à se défendre que quand on la saisit, ou quand on l’irrite dans un lieu où la fuite lui est impossible ; elle stouffle alors avec violence, de même que
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- les autres Couleuvres, et frappe souvent du nmseau au lieu de mordre. Les jeunes individus s’apprivoisent aisément ; nous avons meme conservé longtemps une femelle de près de quatre pieds de longueur, et qui s’était familiarisée au point de se laisser manier et caresser avec complaisance et de prendre dans nos mains sa nourriture, consistant en oiseaux, souris, rainettes , sauterelles même; une fois de la viande de boucherie ; d’autres fois des débris de Couleuvre vipérine furent également avalés ; les petits oiseaux, même morts, paraissaient être l’objet de ses préférences. D’autres individus, surtout du sexe masculin, se montrent beaucoup plus farouches, quoique plus jeunes ; plusieurs fois même j’ai senti leur morsure. « Nous avons assez fréquemment trouvé la Couleuvre maillée aux environs de Montpellier, dans les garrigues, dans les petits bois de chênes kermès ; elle nous a semblé être d’humeur assez pacifique, ne cherchant à mordre que lorsqu’on la saisissait sans précautions.
- L’espèce habite le midi de la France, la Dalmatie, l’Italie, la Sicile, l’Egypte même, d’après Du-méril et Bibron.
- La Couleuvre de Montpellier peut arriver jusqu’à la taille de cinq pieds ; le museau est un peu déprimé, portant un sillon longitudinal au-devant des yeux ; la plaque qui recouvre le front est étroite, allongée; les plaques qui entourent l’œil sont saillantes, les écailles qui garnissent le dos sont distinctes les unes des autres, comme séparées, concaves et lancéolées. La queue est grêle et ne forme guère que le cinquième de la longueur du corps. Chez l’adulte, chez le mâle surtout, le dessus du corps est d’un beau vert légèrement teinté de noirâtre, comme si de l’encre avait été renversée sur l’animal, suivant
- Couleuvre à échelons.
- l’expression de Dugès ; parfois le dos est vert olive ou même grisâtre, lorsque la hête n’a pas mué depuis quelque temps. Le ventre est d’un beau jaune clair, le plus souvent parsemé de nuages bleuâtres ou noirâtres; les lianes sont comme glacés de bleuâtre. Des taches vertes ornent les lèvres et le museau. D’après Dugès, qui a eu l'occasion d’observer l’animal vivant,
- « chez les très jeunes individus, la robe est toute différente ; les couleurs sont moins vives, mais les dessins plus variés. Le fond est cendré sur le dos et semé de taches brunes ou d’un gris plus foncé, formant une série longitudinale de taches médianes assez larges, à peine séparées par de petites raies transversales plus claires, et de chaque côté deux séries de taches brunes, bordées de jaunâtre. Sur la nuque est une tache plus grande encore que les premières et en forme de croissant. Les flancs offrent du blanc et des points bruns. Le ventre présente quatre bandes blanches, irrégulières , réparées par trois bandes d’un jaune rougeâtre, irrégulières aussi ; le dessous de la tète et ses côtés sont également jaspés de taches et de bandes blanches et jaunes... Ces dessins persistent surtout chez les femelles jusqu’à un âge assez avancé, deux ou trois pieds de longueur par exemple, mais ensuite ils s’effacent et se ternissent de plus en plus. Chez quelques sujets, il ne reste plus qu’une teinte cendrée, semée de points noirs ou bruns en dessus; chez d’autres, le noir se mêle avec la teinte générale, mais beaucoup d’écailles.restent mouchetées ou bordées de blanchâtre. »
- E. Sauvage.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
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- LES CARRÉS MAGIQUES
- Le problème des carrés magiques est de ceux qui remontent à la plus haute antiquité. Toute solution qu’on en donnera aujourd’hui pourra offrir un certain attrait, mais il est probable qu’elle ne sera pas nouvelle.
- Quoi qu’il en soit, celles que je présente ici aux lecteurs de la Nature, pour les carrés impairs et pour les carrés pairs, ont le mérite de la simplicité, et cela surtout me fait espérer qu’elles pourront les intéresser.
- Qu’est-ce qu’un carré magique? Pour bien le comprendre, dessinons d’abord la figure géométrique qu’on nomme un carré, divisons ce carré en un certain nombre N de petits carrés tous égaux
- 35 24 13 2 ® 70 59 48 37
- 25 14 3 73 71 60 49 38 ©
- 15 4 74 © 61 50 39 28 26
- 5 75 64 62 51 40 29 © 16
- 76 65 © 52 41 30 19 17 6
- 66 55 53 42 31 20 © 7 77
- 56 © 43 32 21 10 8 78 67
- 46 44 33 22 11 © 79 68 57
- © 34 23 12 1 80 69 58 47
- Fig. 1. Carre magique de 81 cases. Impair.
- nous aurons, d’après une formule connue :
- s=^±ix«-=^-
- Or la somme constante A des additions faites, soit verticalement, soit horizontalement, soit diago-
- g
- nalement, est évidemment égale à-, ce qui donne pour le nombre constant :
- . a’+a k=-$-
- Ainsi, pour la ligure 1, nous avons a — 9, et par suite :
- 93 -h- 9 729 + 9 738
- A = -i-=—= t- = 3C9.
- Pour la figure 2, nous avons a = 8, et par suite :
- 83 + 8 512 + 8 520 OÛA
- A = — =—— = -f=260-
- entre eux, puis inscrivons dans les N cases, ainsi obtenues, les nombres 1, 2, 3..............N.
- Le carré deviendra magique quand les trois conditions suivantes seront remplies : 1° l’addition des nombres inscrits dans une rangée horizontale quelconque devra donner la même somme A ; 2° idem pour une colonne verticale quelconque; 3° idem pour les deux diagonales.
- Nous donnons ci-dessous deux exemples de carrés magiques qui ne laisseront aucune incertitude dans l’esprit du lecteur (fig. 1 et 2) :
- Si nous désignons en général par a le nombre des cases contenu dans une colonne quelconque du carré magique, il est clair que le nombre total des cases désigné ci-dessus par N, sera précisément le carré de a, c’est-à-dire a*.
- Si, d’autre part, nous désignons par S la somme de tous les nombres de la série, 1, 2, 3, 4.......a2,
- Fig. 2. Carré magique de 64 cases. Pair.
- Ce qu’il est facile de vérifier.
- Je prie le lecteur de vouloir bien me pardonner cette petite excursion dans le domaine de l’algèbre la plus élémentaire. Elle m’a semblé indispensable pour bien poser la question.
- Je vais maintenant indiquer les deux méthodes qui m’ont servi à tracer les deux carrés magiques représentés dans les figures 1 et 2.
- Pour obtenir le carré magique impair de 81 cases, je commence par écrire 1 au bas de la colonne verticale médiane, et 81 au sommet de cette même colonne. J’écris ensuite 2 à la gauche de 81, puis 3, 4 et 5, en descendant en diagonale de droite à gauche. Le nombre 5 occupe alors la case extrême de gauche de la quatrième rangée horizontale. Quant au nombre 6, qui sortirait du tableau, je le reporte sur la case extrême de droite de la cinquième rangée horizontale, puis j’écris à la suite, et diagonalo-ment, les nombres 7, 8 et 9.
- Je ne puis continuer ce tracé, puisque le nombre 10 tomberait précisément sur la case occupée par 1.
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- LA NATURE.
- Le premier cycle se trouve alors fermé sur le nombre 9, et l’on voit qu’il a été obtenu au moyen de l’évolution verticale (1-2) et de l'évolution horizontale (8-6).
- Où placerons-nous le nombre 10?
- Précisément au-dessus de 9, en faisant ainsi un cran.
- Nous placerons 11 et 12 diagonalemenl au-dessous de 10, et comme 12 tombe sur la rangée horizontale inférieure, nous reporterons 13, sur la rangée horizontale supérieure, à la gauche de 2, ce qui constitue l’évolution verticale (12-15). Le tracé diagonal amènera 15 à la limite du tableau, sur la troisième rangée horizontale, et nous reporterons 16 sur la limite opposée, quatrième rangée horizontale, au moyen de l’évolution horizontale (15-16). Enfin 17 et 18 s’inscriront diagonalement à la suite de 16, et le deuxième cycle sera fermé sur 18, puisque 19 tomberait sur la case déjà occupée par 10.
- 11 faut alors placer 19 au-dessus de 18, en faisant un second cran, et continuer le tracé diagonal jusqu’à ce que toutes les cases soient remplies.
- On voit que le tracé complet comporte 9 cycles, qui se ferment sur les nombres 9, 18, 27, 56, 45, 54, 63, 72 et 81, lesquels sont tous multiples de 9.
- Chaque cycle comporte une évolution verticale, une évolution horizontale et un cran. Le cycle central (57-45), dont tous les nombres occupent la diagonale, est le seul qui ne présente pas les deux évolutions.
- Tous les crans se produisent au-dessus des divers multiples de 9, et l’on remarquera que ces multiples sont disposés suivant la marche du cavalier des échecs.
- Telle est la méthode de la diagonale. Elle est applicable à tous les carrés magiques impairs.
- Le lecteur en appréciera la simplicité et l’élégance. Elle est due à MM. Tournier et Georges de Mondesir, lieutenant d’artillerie.
- Pour tracer maintenant le carré magique de 64 cases de la figure 2, la méthode que je vais décrire est toute différente.
- On commencera par ombrer légèrement la moitié des cases du tableau, par groupes de quatre, en ayant soin d’ombrer les quatre cases centrales. On formera ainsi une sorte de damier.
- Après cette opération préliminaire, on prendra la rangée horizontale supérieure, et l’on y inscrira, en allant de gauche à droite, les huit premiers nombres, en effaçant ensuite ceux qui se trouveront inscrits sur les quatre cases ombrées, de manière à ne laisser subsister que les quatre nombres 2, 3, 6 et 7 sur les quatre cases blanches. Il sera évidemment plus simple de compter à la muette sur les cases ombrées, et de ne remplir que les cases blanches.
- En continuant l’opération sur toutes les rangées horizontales, toujours de gauche à droite, toutes les cases blanches se trouveront ainsi remplies.
- Il suffira alors de recommencer l’opération de
- droite à gauche, en partant de la rangée horizontale inférieure, et en comptant à la muette sur les cases blanches.
- Les cases ombrées se trouveront ainsi remplies à leur tour, et le problème sera résolu.
- Cette solution, aussi simple qu’ingénieuse, est duc à MM. Julien Delauney, capitaine d’artillerie de marine, et Lucien de Mondesir, lieutenant du génie. C’est la méthode du damier.
- Elle n’est applicable qu’aux carrés comportant un nombre de cases divisible par 16, tels que ceux de 16, 64, 144, 256, etc., cases. Ces carrés sont, en effet, les seuls qu’on puisse disposer, par groupes de 4, en un damier comprenant autant de cases ombrées que de cases blanches. Les carrés de 4, 56, 100, 196, etc., etc., cases échappent à la méthode.
- I)u reste, le problème est impossible pour cette dernière série de carrés, quelle que soit la méthode employée, par la simple raison qu’il est impossible de réaliser un carré magique de quatre cases.
- Piarron de Mondesir.
- CHRONIQUE
- L'n laboratoire central d’électricité. — Le
- Journal officiel a publié la semaine dernière un déeret par lequel il est institué à Paris, sous la haute direction du Ministre des Postes et des Télégraphes, un laboratoire central d’électricité. La somme de 525 000 francs dès à présent disponible sur les bénéfices de l’Exposition internationale d’électricité, est consacrée 'a l’organisation et à l’entretien de ce laboratoire. Un arrêté ministériel réglera l’organisation et les conditions du fonctionnement du laboratoire.
- I*’Obserxratoire en fer de Boston. — L’Atlantic bon Works Society de Boston vient de voter les fonds nécessaires pour la construction d’un observatoire entièrement en fer, destiné aux observations astronomiques et météorologiques. Cet observatoire offrira l’aspect d’une tour à section en forme de croix, pesant 260 tonnes, d’une hauteur de 90 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un escalier tournant de lm,10 de diamètre occupera l’axe du monument. Afin d’empêcher le renversement par les coups de vent, la tour sera maintenue au sol par 16 haubans en fil d’acier galvanisé, de la résistance de 40 tonnes chacun, et de section octogonale, ancrés dans le sol à une profondeur de 5 mètres sous un scellement très fort en pierre et ciment. A deux des angles opposés de la tour seront placés deux ascenseurs mus par des machines indépendantes. Vers le milieu de la tour seront disposées deux galeries pour les visiteurs, pouvant contenir chacune 25 ou 30 personnes; à la partie supérieure se trouvera une rotonde de 7m,60 de diamètre, contenant tous les instruments, lunettes et appareils : une plate-forme portant le paratonnerre couronnera le tout. Entre les deux seront étagés les logements du personnel. Cet observatoire, de forme et de dimensions uniques dans leur genre, sera relié par communications télégraphiques avec les observatoires de New-York et de Washington.
- Jardin botanique de Saigon. — Dans notre colonie de Cochinchinc, à Saigon, il y a un Jardin botanique
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- Là NATURE.
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- et une ferme expérimentale dite des Mares. I/année dernière on comptait au Jardin botanique de Saigon il 000 plantes dites économiques, caféiers, cotonniers, indigotiers, vanille, tubercules, etc. ; 3804 arbres de plantations tels que bois de teck, tamariniers et autres; 14 194 plantes d’ornements, acanthes, gardénias, hibiscus, jasmins, roses, etc. Les volières des jardins sont remplies d’oiseaux. Pas de fauves; dans un pays où les bêtes féroces abondent, on se garde bien d’en nourrir dans une douce oisiveté et pour l’amusement du public. On les tue autant que possible. Le nombre des fauves détruits ou pris pendant l’année 1880 a été de 123, dont 84 tigres, 22 panthères et buffles sauvages. Il a été également capturé 361 caïmans. L’arrondissement de Soctrang en a fourni à lui seul 258. Pendant cette même période, le gouverneur de la Cochinchine a envoyé à destination de divers établissements scientifiques de France 6 tigres, 6 panthères, 22 faisans, 11 ibis, 10 cigognes et 2 colaos.
- (.L'Exploration.)
- Revue d’astronomie populaire. — Notre collaborateur et ami M. Camille Flammarion vient d’avoir l’heureuse idée de créer, à la librairie Gauthier-Yillars, une revue mensuelle d’astronomie et de physique, destinée à tenir tous les amis de la science au courant des découvertes et des progrès réalisés dans la connaissance de l’univers. M. Flammarion est aidé dans cette œuvre par les principaux astronomes. Le premier numéro, qui a paru la semaine dernière, sera envoyé en spécimen à tous ceux de nos lecteurs qui en feront la demande à l’éditeur, quai des Grands-Àugustins, 55, Paris. Les articles contenus dans la première livraison nous ont paru fort bien exposés, et nous avons lu avec un intérêt tout particulier une notice sur le passé et l’avenir de l’Observatoire de
- Deux excellentes conférences relatives à l’électricité ont été faites ces jours derniers : la première par M. Maurice Lévy a eu lieu le samedi 4 mars à la Société d’encouragement, sur les Unités électriques ; la seconde par M. Lartigue, le savant directeur de la Société des téléphones, a été prononcée le dimanche 5 mars, au Conservatoire des Arts et Métiers, sur les Applications de Vélectricité a l'exploitation des chemins de fer. >
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 mars 1882. — Présidence de M. I!i.an<;kaiu>.
- Anatomie des étoiles de mer. — L’appareil circulatoire des étoiles de mer a été l’objet de beaucoup de recherches dues à des anatomistes très habiles, parmi lesquels nous citerons M. Jourdain, M. Ludwig et M. Hoffmann. On en a donné une description très compliquée., et le sujet est un des plus difficiles de l’anatomie comparée.
- Or, dans un mémoire très important présenté par M. de Quatrefages, MM. Perrier, professeur au Muséum, et Poirier, aide-naturaliste, démontrent que tous les savants qui ont étudié cette question se sont complètement trompés. 11 est acquis désormais que l’étoile de mer ne possède pas d’appareil circulatoire proprement dit. Ce qu’on a pris pour le cœur est une glande ; les prétendus vaisseaux sont de simples replis d’une membrane interne limitant des prolongements rayonnants de la cavité générale du corps. Les beaux dessins joints par les auteurs à leur communication ne laissent aucun doute à cet égard.
- Densité des gaz. — M. Chanccl, doyen de la Faculté des sciences de Montpellier, décrit un appareil qui permet d’obtenir, d’une manière expéditive, la densité des gaz. C’est un petit ballon dont on connaît exactement le volume et qu’on dispose de façon à pouvoir y diriger un courant longtemps continué du fluide à l’étude. Quand il est bien plein on le pèse et on a du même coup tout ce qu’il faut pour calculer la densité par rapport ’a l’eau.
- Electricité. — D’une grande expérience récemment exécutée au Conservatoire, M. Tresca a conclu qu’avec une pile secondaire complète de 35 éléments construits suivant le système Faure, on peut produire 9 569 800 kilo— grammètres, d’où l’on a pu retirer 40 p. 100 de travail utile.
- Le permangamite de potasse comme contre-poison. — On se rappelle l’invitation faite récemment par M. de Quatrefages, d’essayer l’efficacité du permanganate en injections sous-cutanées ou veineuses contre le venin de la vipère. M. Vulpian a fait quelques expériences, d’où il résulte que le permanganate ne saurait avoir réellement l’efficacité qu’on lui attribue. Tout d’abord, il est certain que ce prétendu antidote doit être décomposé immédiatement par le seul contact du sang et des matières organiques, qui s’oxydent à ses dépens. En outre, l’auteur s’est assuré que des closes, même très faibles, sont funestes aux animaux qui subissent l’injection. On ne saurait, sans la plus grande imprudence, recommander ce moyen dans le traitement des blessés.
- Acide carbonique atmosphérique. — Comme conclusion d’un magistral travail, où le philosophe tient une place égale à celle du chimiste, M. Dumas demande que les diverses missions qui vont être envoyées pour observer le passage de Vénus, attachent une grande attention au dosage de l’acide carbonique de l'atmosphère. Il faut qu’en-fin nous ayons à léguer à la postérité des nombres précis à cet égard, permettant de reconnaître ultérieurement les modifications qui pourront intervenir; il faut aussi que nous commencions une série de mesures destinées à préciser les causes générales de variation que peut éprouver, suivant les saisons ou d’autres causes, la proportion dont il s’agit.
- Température de l'hiver. — 11 résulte des mesures thermométriques prises en divers points du bassin de la Seine, qu’avant les très fortes pressions récemment observées, les températures suivant la verticale ont subi l’interversion déjà signalée plusieurs fois. Tandis qu’à Saint-Maur le thermomètre marquait + 0°,5, vers les sources de l’Eure, par 596 mètres d’altitude, on avait + 7°. Cependant les minima de température n’ont pas suivi la même loi et se sont montrés de plus en plus marqués à mesure que l’altitude était plus grande.
- Opliites des Pyrénées. — D’après M. Dieulafait, l’éruption des opliites des Pyrénées se rapporte à trois dates parfaitement distinctes : 1° antérieurement au calcaire à gonratites ; 2° immédiatement après le dépôt de ce calcaire ; 3° un peu avant l’époque du lias inférieur.
- Varia. — M. le Dr Poulet, de Plancher-les-Mines, prépare de la benzine en distillant un mélange de potasse et de suc gastrique de poulet ! — Un phosphate et un arsé-niate de soude neutres au tournesol sont décrits par M. Filhol. — M. Hollande s’occupe du terrain quaternaire de la plaine de Vincennes. — MM. Hautefeuille et Chapus précisent diverses circonstances de la production de
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- LA NATURE.
- l'ozone.— C’est avec des éloges bien mérités que M. Dumas signale parmi les pièces imprimées de la correspondance le 25e volume de l’Année scientifique et industrielle de 31. Louis Figuier. Ce volume, digne en tous points des précédents, donne un tableau complet des acquisitions scientifiques de 1881. 11 tire un intérêt tout spécial de la large place que l’auteur y a fait à la description de l'Exposition d’Electricité. 11 se termine par une revue nécrologique où on lira des notices élégamment et savamment écrites sur toutes les personnalités marquantes perdues l’année dernière par la science. Souhaitons que l’auteur continue longtemps encore son utile publication, maintenant sans rivale et dont le succès s’affirme chaque année davantage.
- Stanislas Meunier.
- PLUME
- STYLOGRAPHIQUE
- A RÉSERVOIR d’eNCRE
- On a très souvent essayé de confectionner des porte-plumes contenant dans l’intérieur d’un manche creux l’encre nécessaire à alimenter la plume qui écrit. Les essais de ce genre ont été nombreux, mais ils n’ont toujours donné que des résultats fort peu satisfaisants. La plume sty-lographique que nous allons décrire est au contraire d’un emploi très pratique et très satisfaisant, quand elle est bien construite.
- L’objet est représenté grandeur d’exécution dans la ligure ci-jointe en A. C’est un cylindre creux rempli d’encre, il est hermétiquement fermé à sa partie supérieure; il est terminé à sa partie inférieure par un orifice très petit à travers lequel passe la pointe d’une fine aiguille représentée en B. L’encre ne peut s’écouler par ce mince orifice, mais la pointe n’en est pas moins constamment entourée d encre, dont elle laisse une trace, quand on la fait circuler sur le papier à la façon d’une plume.
- La plume stylographique doit être tenue dans une
- position moins inclinée qu’une plume ordinaire; il est bon de la tenir presque perpendiculaire au plan du papier sur lequel on écrit. Les caractères formés sont absolument dépourvus de pleins et de déliés, le trait en est continu et de même épaisseur, mais il est assez fin pour que l’écriture soit bonne. La fermeture supérieure du réservoir est réglée au
- moyen d’une vis; quand on la serre ou qu’on la dessert, l’écoulement de l’encre est plus ou moins considérable, et le trait formé plus ou moins gros.
- Le style peut être fermé au moyen d’un petit couvercle représenté au-dessous de A.
- La plume stylograpbique fixée dans un porte-feuille, ou placée directement dans la poche, est ainsi transportée sans qu’il y ait aucun risque de voir l’encre qu’elle contient s’échapper. On l’utilise à la façon d’un crayon, mais le tracé obtenu a l’avantage d’être formé avec de l’encre.
- La quantité d’encre contenue dans le réservoir est assez considérable pour servir pendant un long espace de temps; mais la provision ne s’en épuise pas moins à la suite d’un usage prolongé. Pour remplir la plume sty-îographique, on la retourne la pointe en haut, on dévisse un petit cylindre conique, fixé à sa partie inférieure, on le retire, et on dégage ainsi le style, qui reste fixé au petit ressort qui le retient. A l’aide d’une petite pipette à poire de caoutchouc, dont l’instrument est accompagné, on aspire de l’encre dans un encrier et on la déverse dans le cylindre de la plume (voy. la figure). Quand le réservoir est plein, on le referme, et la plume est prête à fonctionner.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandier.
- Porte-pimno à réservoir d'encre, représenté avec la manière de le remplir.
- Imprimerie A. Lalmre, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 459. — 18 MARS 1882.
- LA NATURE.
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- LES LITS MILITAIRES
- L’Administration de l’armée a mis récemment au concoms la construction d’un lit militaire. La question soulève une quantité de petits problèmes de mécanique usuelle, et mérite d'attirer l’attention.
- Plus de cent modèles ont été présentés au choix de la commission d’exa-nien. Elle a procédé par éliminations successives. Aujourd’hui une dizaine de concurrents sont seuls restés sur les rangs. Plusieurs d’entre eux ont présenté des modèles ingénieux qui sont actuellement mis à l’essai dans une caserne de Paris, et qui rendraient d’excellents services même à de simples pekins.
- Nous allons indiquer ceux qui nous ont paru les plus originaux.
- Précisons d’a-hord les termes du problème :
- L'Administra -tion de l’armée demandait un lit tel que le soldat pût, pendant le jour, le relever et l’appliquer au mur (de façon à prendre moins de place). Elle exprimait en outre le vœu que ce lit, ainsi relevé, put présenter au soldat une petite table où il pût manger, écrire, etc. Enfin, comme elle a en magasins un grand nombre de châlits du modèle actuel, elle demandait un lit tel que ces châlits pussent y être utilisés. '
- Deux autres conditions s’imposaient d’elles-mêmes aux concurrents : c’est d’abord que ces lits fussent aussi bon marché que possible, et qu’ils n’entraînassent pas à des réparations onéreuses pour le soldat, qui paye actuellement un lourd impôt à la 10" aaioe. —t*1 semestre
- Compagnie des Lits militaires. Il fallait enfin qu’ils continssent aussi peu de punaises que possible.
- Ces affreux insectes sont en effet une des plaies de l’armée française. Sans entrer dans une étude approfondie des mœurs de ces vilains animaux, — recherche entomologique qui pourrait nous mener beaucoup trop loin — nous dirons que c’est dans
- les coins qu’elles cherchent ordi -nairement refuge. Ce n’est pas dans les paillas- ’ ses des casernes quelles se nichent de préférence; c’est entre. les planches qui constituent les1 lits actuels des soldats ; c’est dans les trous qui fixent ces planches qu’elles-vont faire leurs œufs, et qu’elles se retirent pendant le jour. Donc, tout lit où les anfracluosi -tés, les fentes, les joints, les trous, etc., sont nombreux, est un mauvais lit militaire. Mieux vaudrait encore une simple paillasse.
- Telles sont les données du problème. Voyons maintenant comment on l’a résolu.
- Deux pièces des lits que nous allons décrire doivent attirer notre attention : 1° le sommier ou ce qui en tient lieu ; 2° les pieds du lit, et notamment ceux du chevet; ce sont eux qui servent de point d’appui dans le mouvement de relèvement du lit contre la muraille, qui était imposé par le programme du concours. -Plusieurs concurrents ont présenté des sommiers métalliques. Le tort commun de ces sommiers est d’être froids; les soldats se plaignent de geler dans ces sortes de lits. Aussi tous les inventeurs ont-ils recouvert leur sommier d’une toile, qui garde la chaleur et protège le matelas contre le frottement
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- des pièces de métal. Cette toile a été reconnue indispensable. Alors à quoi bon le sommier, et pourquoi ne pas se contenter d’une toile tendue?
- Cela dit, il faut remarquer le lit Wyss, dont le sommier est d’une élasticité remarquable ; le treillis qui le constitue est tendu au moyen d’un système de vis assez compliqué. Mais que d’anfractuosités dans ce lit; que de refuges pour ces affreux parasites plus redoutables que les Kroumirs!
- Dans le lit de M. Luciani et dans celui de MM. Guyot et Oudry, le treillis qui forme sommier est constitué par de gros fils de fer ayant plus ou moins la forme de V attachés les uns aux autres par leurs branches; aucun de ces V n’est bien élastique, mais chacun l’est un peu ; en somme, ces treillis présentent une certaine élasticité.
- Le lit Ilock est plus original : il est constitué par des chaînes de fer longitudinales ; elles sont aplaties, et ont environ deux centimètres de large. Elles sont soutenues par de puissants et pesants ressorts transversaux qui ressemblent à des ressorts de voiture, et donnent au lit la très faible élasticité dont il jouit.
- Le sommier du lit Thuau n’est pas métallique :
- dûôV-y W-V-
- Fig. 2. Lit militaire étendu.
- il est constitué par une corde qui partant par exemple de la tête du lit se dirige tout droit vers le pied ;
- - Rt elle tourne autour d’une poulie de renvoi ; elle reinfèfo$ervers la tête du lit; tourne autour d’une seconde poulie et redescend vers le pied du lit, et ainsi de suite. Ce lit a l’avantage qu’il est facile, grâce à toutes ces poulies, de tendre la corde quand elle s’est allongée par l’usage. Mais les soldats se
- rplaignent d’y avoir froid.
- En somme, il importe de le remarquer, aucun de > ces systèmes ne dispense de l’usage d’une toile. Alors pourquoi compliquer le lit du soldat d’un sommier, et ne pas se contenter de la toile tendue des lits de camp ?
- C’est ce qu’ont pensé plusieurs inventeurs. L’inconvénieîit de la toile tendue, c’est qu’elle s’use : la corde qui la tend s’use au niveau des anneaux de fer que lui présente le cadre du lit, et enfin les œillets dont la toile est percée, s’arrachent.
- Le lieutenant Bertillon a paré à ces deux inconvénients, comme on le voit aisément par nos gravures.
- Les anneaux de fer du lit de camp classique sont supprimés. La corde tourne autour d’une tringle en
- fer, passant dans un des œillets de la toile puis revenant à la tringle de support. Il résulte de cette disposition simple et ingénieuse, que la résistance à opposer au poids de l’homme se répartit dans toute la longueur de la corde sans que jamais une de ses parties soit plus chargée que l’autre. Il est donc impossible que cette corde se lime comme elle le fait dans un lit de camp au niveau des anneaux de support.
- Les œillets de la toile ne peuvent s’arracher, car ils sont fixés dans des pattes de cuir. Et ces pattes — notez ce point — sont au nombre de 64. Cdiacun des œillets n’a donc qu’une très faible partie du poids de l’homme à supporter.
- On a fait aux toiles tendues une autre objection; c’est qu’il faut les laver une fois par an, et que le jour du lavage on ne saura comment coucher les soldats. Il nous semble pourtant qu’en une journée de soleil, on a dix fois le temps de les laver et de les sécher.
- Examinons à présent comment ont été conçus, dans les différents modèles proposés, les pieds du lit, et notamment les pieds du chevet.
- Sous ce rapport tous les modèles se ressemblent, sauf celui du lieutenant Bertillon.
- Dans tous les autres, ces pieds sont constitués par une sorte de tréteau en fer ; réuni au cadre du lit par un écrou faisant office de Fig. 5. Lit relevé contre le mur.
- charnière, c’est
- îiutour de ce pivot que tourne le lit quand on veut le relever vers la muraille. L’inconvénient de ce système, c’est que ces tréteaux ne sont pas assez stables pour se prêter à cette manœuvre, qu’ils rendent pénible et difficile : ils chavirent aisément même quand l’homme est couché dans le lit; il suffit qu’il se couche sur le côté du lit pour s’exposer à un réveil pittoresque mais désagréable.
- Le système du lieutenant Bertillon est très différent. Pour faciliter le relèvement du lit, le lieutenant Bertillon a imaginé de remplacer les pieds du chevet par deux patins en fer ayant la forme d’un quart de cercle et qu’on voit sur nos gravures 1 et 2. Une planche maintient leur écartement.
- *A l’autre extrémité du lit, les pieds sont remplacés par un petit tréteau en fer ayant la forme d’un banc, et qui reste indépendant du lit.
- Relevons maintenant le lit contre la muraille
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- LA NATURE.
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- (fig. 3). Rien n’est plus facile : ces patins aa font l’office d’une roue ; leur courbure a été calculée de façon qu’au commencement de l’opération, l’effort du petit doigt suffit à soulever le lit ; à la fin, ce faible effort est même inutile, la pesanteur du lit suffit à le redresser.
- Le voici debout; nous le fixons, pour plus de sûreté, à la muraille par un crochet, et alors la planche qui maintenait tout à l’heure l’écartement des deux patins et constituait le support du lit présente tout naturellement l’aspect d’une table b (fig. 5). Le tréteau qui portait le pied du lit est une excellente banquette pour nous asseoir auprès de cette table et nous permettre d’y écrire ou d’y manger (fig. 1).
- Supposons à présent que nous voulions nous priver de cette table pour ménager la place, rien de plus aisé, car la planchette tourne autour de ses points d’attache au cadre du lit : on peut donc la relever; de même les deux patins peuvent être rabattus contre le lit, qui occupe alors aussi peu de place que possible.
- Ce lit est donc très commode ; ajoutons qu’il est élégant, ce qui ne gâte rien. Il est facilement transportable et prend peu de place en magasin.
- LES DÉTROITS ARTIFICIELS
- SUEZ ET PANAMA
- Depuis sa fondation, la Nature a publié, récemment encore, des chapitres détachés de l’histoire des grandes voies de communication internationales, et de la destruction des obstacles naturels qui s’opposent à leur libre parcours. Les projets, exécutés ou à l’étude, de traversée souterraine des montagnes, au Mont-Cenis, au Gothard, au Simplon, au Mont-Blanc, à l’Arlberg, aux Pyrénées; la traversée sous-marine des détroits, au Pas-de-Calais, à Messine; les canaux maritimes, véritables détroits artificiels, coupant les isthmes, à Suez, à Panama, à Corinthe, à Malacca, sont autant de faces différentes de cette question si intéressante à tous les points de vue. Dans une nouvelle série d’études, nous nous proposons de traiter, le plus complètement possible, tout en restant dans le cadre qui nous est tracé, ce qui regarde spécialement les isthmes, et en particulier, le grand travail qui couronnera l’œuvre surprenante — le rétablissement de la ceinture du monde — accomplie par M. de Lesseps dans la faible durée d’une existence humaine.
- La préface obligée du travail de Panama est certainement l’histoire rétrospective de l’isthme de Suez. Nous commencerons donc par la résumer.
- I. — Canal maritime de Suez.
- Entre la Méditerranée et la mer Rouge, fermant, il y a encore douze années, la route des Indes et du monde oriental aux produits des places méditerranéennes ou transatlantiques, se dresse la mince barrière de l’isthme de Suez, soudant les deux continents jumeaux, asiatique et africain. Longtemps
- et à maintes reprises, le problème de la traversée de l’isthme de Suez occupa les anciens. L’histoire des tentatives et des réalisations plus ou moins parfaites qui précédèrent l’œuvre merveilleuse de M. de Lesseps, commence aux temps les plus reculés de la vie égyptienne. Le projet ne devait toutefois, après avoir passé par mille péripéties, recevoir sa consécration complète et devenir le sujet d’études vraiment sérieuses, que lorsque la découverte du Nouveau Monde et le prodigieux développement des relations internationales eurent imposé l’établissement de routes maritimes rapides, permettant de multiplier les échanges, et par suite la richesse commerciale. Aussi voyons-nous les peuples anciens s’occuper plus particulièrement d’unir les plaines du Delta à la mer Rouge, en vue des échanges de contrée à contrée, entre l’Égypte et l’Arabie principalement, tandis que le monde moderne, élargissant la conception antique, s’évertue à créer le véritable canal, reliant la Méditerranée à l’Océan Indien, ou, pour mieux dire, les océans et les mondes les uns avec les autres.
- L’isthme qui sépare les deux mers n’a pas plus de H3 kilomètres de largeur en ligne droite, du golfe Arabique à la Méditerranée; l’isthme de Panama qui, dans la direction du canal transocéanique, compte seulement 75 kilomètres, est donc encore plus étroit. La différence de latitude entre Suez — 29° 58' 37" — et l’emplacement de l’ancienne Péluse — 31° 3' 37" — n’est que de 1° 5'. Du Sud au Nord, sensiblement dans la direction précédente, règne une longue dépression, utilisée pour l’établissement du canal maritime, de même que la vallée de l’Ouadé, l’ancienne terre de Gessen des Hébreux, a reçu le lit du canal d’eau douce qui alimente Is-maïlia, Suez et Port-Saïd. Le sol général de l’isthme ne présente qu’un très faible relief au-dessus du niveau de la mer; les élévations peu nombreuses, celles d’El-Guisr, du Sérapeum et de Chalouf, ne sont que des ondulations, des seuils, de 10 à 15 mètres de hauteur. Les dépressions n’offrent également qu’une importance secondaire. En réalité, le parcours du canal ne se heurte à aucun obstacle important, comparable à la traversée colossale du massif rocheux de l’isthme de Panama.
- Suivons, de Port-Saïd à Suez, le tracé de l’œuvre. Derrière l’étroite lande de sable qui s’étend en arc de cercle de Damiette à Jaffa, sur une largeur qui ne surpasse guère 100 à 200 mètres, nous traversons les 45 kilomètres de marais auxquels on a donné le nom de lacs Menzaleh. A peine sommes-nous atterris à Kantarah, que nous rentrons dans le lac Rallah, pour nous arrêter à la première ondulation, au premier seuil d’El-Guisr, point culminant de l’isthme. Derrière ce seuil, nous entrons dans le lac Timsah, dont le fond, presque toujours à sec avant l’achèvement des travaux, sauf dans les grandes crues du Nil, n’est qu’à 6 mètres au-dessous du niveau de la mer. Aujourd’hui le lac Timsah contient environ 80 millions de mètres cubes
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- LA NATURE.
- d’eau. La rive sud du lac Timsah s’appuie sur le second seuil du Sérapeum, et après 12 kilomètres de traversée, aboutit au vaste bassin des lacs Amers. Ici le canal traverse une double cuvette elliptique, divisée en deux parties par un emliguement naturel dont le sommet est à lm,50 environ au-dessous de la ligne d’eau. Le plus grand de ces deux lacs a reçu, pour son remplissage, près de un milliard et demi de mètres cubes d’eau. Après le passage des lacs Amers, le canal coupe le troisième seuil de Chalouf et se dirige vers la mer Rouge à travers la plaine de Suez.
- En résumé, les 160 kilomètres — exactement, 157k,956 — qui composent le tracé du canal maritime pouvaient, au point de vue des travaux à exécuter, être partagés en trois catégories, suivant leurs altitudes. Les marais de Menzaleh, la plaine de Suez
- et les abords des lacs intérieurs étaient considérés comme au niveau de la mer; les lacs eux-mêmes composant la partie basse du travail, et les trois barrières d’El-Guisr, du Sérapeum et de Chalouf formant la partie à ouvrir en tranchées. Le canal ayant 8 mètres de profon leur, 22 mètres de largeur au plafond et 100 mètres à la ligne d’eau, le cube total des déblais à enlever, eu égard aux circonstances énoncées plus liant, s’élevait à 74 millions de mètres cubes. Rapprochement curieux, le canal de Panama, d’une ossature toute différente, puisqu’il n’a que 75 kilomètres de longueur, et qu’il comporte le percement de la plus colossale tranchée «pie nous connaissions — mesurant 15 kilomètres de longueur sur 80 mètres de hauteur, et cubant plus de 20 millions de mètres cubes en roches dures — le canal de Panama nécessite l’enlèvement de la
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- Fi;r. 1 Plan et profil du canal
- même quantité de déblais, 75 millions de mètres cubes. Nos lecteurs pourront comparer à ce sujet le profil du canal de Suez que nous publions ci-contre, avec celui du canal de Panama, publié dans un précédent numéro de la Nature *.
- Il suffit de jeter les yeux sur la carte topographique de l’isthme et de se remémorer ensuite les récits du désert, souvent exagérés il est vrai, mais qui ont trop frappé l’imagination populaire pour être facilement contredits, pour se faire une idée exacte de l’appréhension que suscita dans le public l’annonce de l’audacieux projet de M. de Lesseps. Établir un canal au milieu des sables, endiguer le désert, promesse tout au moins téméraire! Avouons même que quelques-uns d’entre nous, qui trouvons aujourd’hui ridicule l’opposition faite au grand novateur, n’eussent peut-être pas été inaccessibles à un certain doute. Le désert n’était du reste point le
- 1 Voy. n°3I7 du 28 juin 1879.
- maritime de Port-Saïd à Suez.
- seul ennemi. La longue traversée des marais qui recouvrent l’emplacement de l’ancienne portion du Delta où se déversaient les cinq branches aujourd'hui oblitérées du Nil, parmi lesquelles la branche pélusiaque qui s’en allait jusqu’à Péluse — les lacs Menzaleh—ne devaient-ils point cacher sous la mince couche liquide de leurs eaux, des dépôts séculaires d’une vase infranchissable! Était-ce sur cette étroite lande sableuse, qui marque d’une façon toute géométrique la séparation entre la mer et les marais de Menzaleh, qu’il fallait songer à établir un port d’entrée du canal! Objection suprême : le niveau respectif des deux mers était-il, comme l’annonçait M. de Lesseps, et comme l’avait annoncé également M. Talabost après les études de M. Bourdaloue, sensiblement le même, ou bien, comme l’avait affirmé la Commission d’Egypte chargée par Bonaparte d’étudier cette question, n’existait-il pas une différence notable entre ces deux altitudes, présage d’une inondation diluvienne après l’ouverture du canal !
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- Ces craintes, analogues à celles qui avaient e'té formulées par les adversaires du percement du tunnel du Mont-Cenis lorsque Cavour proposa la première traversée des Alpes, ne se propageaient pas seulement dans le public même; des hommes de science éminents, des ingénieurs du plus haut mérite, s’efforcaient d’entraver l’exécution définitive de l’œuvre annoncée. Le canal même fùt-il exécutable, où l’entreprise trouverait-elle les milliers de travailleurs destinés à creuser le sable brûlant du désert, à 150 kilomètres des terres habitées, sans vivres, sans eau surtout!
- M. de Lesseps, on le sait, réfuta victorieusement
- toutes les objections. Quatre années passées dafis l’isthme, des observations multiples, lui permirent d’affirmer, sans réponse possible, que les sables du désert ne s’accumulent pas, suivant la croyance vulgaire, et qu’il n’y avait nullement à craindre le comblement précipité du canal. De nouvelles triangulations confirmèrent que le niveau des deux mers était le même, et qu’il fallait faire son deuil du déluge annoncé. Un séjour d’une année sur la plage des lacs Menzaleh démontra que l’étroite lande pouvait parfaitement offrir un sûr abri aux navires, et un emplacement où il pussent facilement jeter l’ancre. Enfin, des sondages répétés sur tout le par-
- Fig. 2 Port-Saïd et l’entrée du canal maritime dans le lac Menzaleh.
- cours du futur canal renseignèrent exactement, et sur l’absence des vases et des sables mobiles, et, ce qui était plus sérieux, sur la constitution des terrains de l’isthme au point de vue des travaux.
- Dix-neuf forages furent exécutés de la mer Rouge à la Méditerranée, aux points principaux du parcours qui peut être suivi sur notre plan, soit : la rade de Suez, de seuil qui sépare la plaine de Suez des lacs Amers, le bassin même des lacs, le seuil du Séra-peum, le lac Timsah, le seuil d’El-Guisr, et enfin le lac Menzaleh. Cette inspection minutieuse de l’isthme servit tout d’abord à montrer que le sol entier est parfaitement fixé, soit par le gravier, soit par la végétation du désert. Si, du reste, les craintes émises sur le comblement du canal eussent été justifiées, le dépôt séculaire des sables mobiles eût-il
- laissé subsister les dépressions à sec des lacs Amer et du lac Timsah? Ne nous arrêtons donc plus aux objections intéressées de la première heure — qui n’ont pour nous qu’un intérêt historique, mais qu’il était bon toutefois de rappeler, parce qu’elles se renouvellent à chaque annonce d’un travail nouveau — et suivons le profil géologique de l’isthme, tel qu’il a été reconstruit après les observations superficielles et les sondages.
- Sur toute la longueur du lac Menzaleh, le canal traverse des sables fins, plus ou moins vaseux, des argiles assez compactes, des bancs minces de sables agglomérés, médiocrement durs, des vases de consistance variable. De Kantarah aux lacs Amers, sur 55 kilomètres environ de longueur, le terrain est composé presque entièrement de sable fin, parfois
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- LA NATURE.
- légèrement aggloméré, dans lequel se rencontrent çà et là quelques couches d’argile, quelques bancs de calcaire et de gypse plus ou moins dur, d’une faible épaisseur. En se rapprochant des lacs Amers, le terrain devient argileux, et une argile gvpseuse forme le fond de la plus petite cuvette sud. Jusqu’à Suez, le même terrain se présente, avec quelques alternances de sable. La constitution géologique de l’isthme ne comprend donc que des sables et des argiles, suffisamment compactes et pouvant être extraites à la drague. Seule, entre les lacs Amers et la plaine de Suez, la tranchée de Chalouf mit à nu, à 5 mètres au-dessous du niveau de la mer, une lentille de roche dure, de 20 000 mètres cubes, qu’il fallut détruire à la mine, travail facile en réalité, et qui ne saurait nous arrêter, aujourd’hui que, grâce à la dynamite, les sautages de rochers sont devenus presque un jeu d’enfant.
- Vpilà donc le problème nettement posé, les objections réduites à néant. Il n’existe aucune différence de niveau entre les deux mers : le projet de canal est réalisable, sans écluses. Ce sera mieux encore qu’un canal, un véritable détroit artificiel. Le terrain est suffisamment solide, les sables mobiles du désert, les vases du lac Menzaleh, les seuils, sont facilement franchissables et feront place à des ouvrages résistants; les lacs seront remplis régulièrement et redeviendront ce qu’ils étaient dans les âges écoulés, des prolongements de la mer Rouge. L’existence de l’armée de travailleurs, disséminés sur le long parcours de la ligne, sera assurée par l’établissement du canal d’eau douce alimenté par le Nil, suivant la vallée de Gcssen pour aboutir au Sérapeum et de là verser ses eaux jusqu’à Suez et Port-Saïd. La construction du détroit de Suez n’est plus qu’une question financière qui va se résoudre, grâce à l’énergie et à la ténacité du promoteur de l’œuvre merveilleuse du dix-neuvième siècle.
- A lord Palmerston qui, parlant du futur canal, disait : « C’est une intrigue et une mystification déshonnête », M. de Lesseps répondait avec son audace tranquille : « C’est un fleuve qui roulera de l’or. » Aujourd’hui le détroit de Suez est créé; l’antique prédiction de la légende orientale, montrant, dans un avenir lointain, l’union de la mer des perles et de la mer du corail — de la mer Rouge et de la Méditerranée — est réalisée. Le fleuve « roule de l’or ».
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement. —
- LES GERBOISES
- Par rsa forme générale, comme par ses allures, la Gerboise présente quelque ressemblance avec l’Oiseau. Son corps, comme celui de l’Oiseau, est supporté par deux longues jambes ; et, dans les deux cas, l’excessif allongement du membre postérieur porte surtout sur cette partie du pied qu’on appelle le
- tarse et le métatarse, de telle sorte que le talon se trouve, dans la station normale, fort élevé au-dessus du sol. Les os du métatarse, normalement au nombre de cinq chez les vertébrés, se trouvent ici réduits à trois, ou même à un seul. Chez les Oiseaux aussi, bien que la disposition de ses éléments primitifs soit différente, un seul os constitue cette partie du squelette qui s’étend du talon aux orteils. Enfin les orteils sont presque entièrement immobiles les uns par rapport aux autres, et le plus souvent réduits à trois, comme ceux de certains Oiseaux coureurs. Quand il y en a quatre ou cinq, trois seulement servent à la progression ; les autres sont rudimentaires et ne touchent pas le sol.
- Les membres antérieurs sont si petits qu’ils ne comptent pas plus dans la physionomie de l’animal que l’aile repliée de l’Oiseau.
- Chez l’Oiseau, les vertèbres dorsales sont le plus souvent soudées les unes aux autres et forment une seule masse rigide, capable de fournir un solide point d’appui aux muscles du vol ; chez les Gerboises typiques, comme sont celles d’Algérie, les vertèbres dorsales sont libres, mais les cervicales sont enkylosées.
- En poussanf l’analogie plus loin, on peut encore rapprocher le crâne large et carré de la Gerboise du crâne de beaucoup d’Oiseaux.
- Évidemment ce ne sont là que des ressemblances extérieures et d’adaptation; elles sont absolument indépendantes de la constitution intime, et il ne faudrait pas en conclure une parenté quelconque entre les Gerboises et les Oiseaux; mais ce sont justement ces caractères purement extérieurs qui font la physionomie d’un animal, et c’est à ce titre que nous les signalons.
- Animons cette tête un peu grosse par deux yeux noirs énormes, pleins de douceur, et terminons-la, en avant par un petit muffle qui n’a rien de disgracieux, en arrière par deux longues et fines oreilles; ornons le tronc d’une longue queue, cylindrique dans sa plus grande longueur, élargie à son extrémité par un pinceau de poils longs et fourrés divergeant à droite et à gauche; épaississons la face interne des orteils de façon à les protéger contre les chocs par des coussinets élastiques, et, pour mieux atteindre notre but, garnissons-les, ainsi que la plante des pieds, d’un tapis de poils longs, raides et serrés; enfin habillons ce petit animal d’une fourrure fine, soyeuse, bien fournie, d’une blancheur éclatante dans sa partie tournée vers le sol, d’une agréable couleur rousse ou isabelle, plus ou moins mêlée de brun, dans sa partie exposée aux regards ; — et nous aurons reconstruit à grands traits le type de la Gerboise.
- Les Gerboises sont presque exclusivement propres à l’Ancien Monde ; une seule espèce fait exception et vit en Amérique. Elles habitent de préférence les déserts de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe orientale.
- L’Algérie en nourrit deux espèces ; YËgyplienne
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- LA NATURE.
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- (Dipus œgyptins), la plus commune, celle qui est figurée ici et dont il est le plus souvent question dans cet article; elle est répandue dans toute la région des llauts-Plateaux ; et ÏHirtipède (Dipus hirtipes), plus rare, de la limite saharienne des Hauts-Plateaux et du Sahara. Cette dernière est plus petite, sa robe plus claire, sa fourrure plus fine. On la distingue aisément de la précédente à ses oreilles plus courtes (longues comme la moitié de la tête), à ses pieds revêtus en dessous de poils exclusivement blancs, et à ses longues moustaches blanches dans toute leur longueur. La Gerboise égyptienne a les oreilles plus longues que les deux tiers de la tête, la couverture interne de ses pieds bicolore, blanche en avant, brune en arrière, et ses grandes moustaches également bicolores, brunes à la base, blanches à la pointe.
- La Gerboise vit par colonies, celles-ci d’ailleurs, beaucoup moins populeuses qu’on ne supposerait, si l’on oubliait avec quelle facilité elle peut fouir le sol le plus résistant, et si l’on ne tenait compte que du nombre des terriers qu’on peut constater en un même point. Ceux-ci présentent de nombreuses ouvertures, sont profonds et très ramifiés. C’est cependant en les déterrant que les Arabes s’emparent de ces animaux, soit pour les manger (leur chair est très délicate), soit pour les vendre aux Européens ; mais cette chasse ne réussit guère qu’à une seule époque de l’année, au moment de la reproduction. En effet, la femelle, comme celle du lapin et de beaucoup d’autres espèces fouisseuses, quand elle sent venir le moment de la par-turition, fuit le domicile commun et cherche un emplacement isolé, où elle creuse un nouveau terrier, simple et peu profond, et où elle fait son nid avec des débris d’étoffes et des chiffons.
- Même quand elle n’a pas de progéniture à élever, et en captivité, la Gerboise aime à se construire un nid, au milieu duquel elle passe les longues heures de son repos, ramassée en boule, ou couchée de tout son long, sur le flanc, les jambes étendues au hasard, comme une personne à l’aise dans un grand lit; et son talent de Pénélope à rebours est tel, elle travaille si prestement des dents et des ongles, qu’il lui suffit de quelques heures pour tirer, d’un morceau de grosse corde, le matelas le plus douillet. Trop souvent j’ai fait à mon détriment l’expérience de son aptitude à pareille besogne : mes rideaux de fenêtre et de lit en peuvent témoigner.
- Son indomptable instinct de rongeur ne s’attaque pas seulement aux étoffes. Vous l’avez laissée libre dans une chambre, et elle a disparu derrière un meuble, derrière une porte entrouverte, dans un angle obscur ; approchez-vous doucement, vous la verrez à l’œuvre. S’il y a là une boiserie, elle la ronge; si c’est un mur en pierre tendre, elle le gratte et y fait un trou à passer le poing.
- Dans ce dernier cas elle trouve double avantage à sa besogne ; en donnant carrière à son instinct des-
- tructeur, elle fait un tas de poussière dans lequel elle se roule avec volupté; car c’est encore là une satisfaction qu’elle aime à se procurer, au grand déplaisir de son maître. S’il y a un crachoir dans la chambre, elle a bien vite fuit d’en faire jaillir à droite et à gauche tout le contenu. L’avez-vous déjà corrigée pour ce méfait? elle s’en souvient, mais l’instinct l’emporte sur la crainte. Elle s’approche sournoisement du meuble tentateur, elle s’arrête un instant en observation, immobile ; tantôt elle baisse et relève brusquement la tête, par un geste si fréquent chez les Oiseaux ; tantôt elle se dresse de tout son haut, et vous regarde ; puis elle se décide, se roule, se relève, lance au loin le sable ou la sciure, et se roule de nouveau. Si alors vous l’apercevez et criez après elle, elle vous regarde un instant, et, comprenant bien le motif de votre colère, elle s’enfuit, et saute si joyeusement qu’elle vous force à sourire.
- Ses allures sont si vives, si gracieuses et si bizarres à la fois, qu’on lui pardonne volontiers ses dégâts. Je vois encore les trois que j’avais l’habitude de laisser gambader librement dans ma chambre, l’an dernier. Elles bondissaient à droite, à gauche, de la façon la plus imprévue! Prenant un point d’appui sur l’aire à l’aide de leur queue longue et touffue, elles pirouettaient dans l’espace comme des clowns. Le soir, pendant que les jeunes s'escrimaient contre les portes à sauter plus haut que leur ombre, leur mère, qui m’avait voué une affection parfois gênante, grimpait dans les plis de ma robe de chambre jusque sur mes genoux, de là gagnait ma ceinture, mes bras, mes épaules, arrivait même jusque sur ma tête. Elle sautait sur ma table, posant les pieds n’importe où, jusque dans mon encrier. Je me fâchais : elle sautait par terre et remontait aussitôt.
- En liberté, dans les terrains arides et rocailleux qu’elle affectionne, les chiens les plus rapides, les Sloughis qui prennent le lièvre et la gazelle, ne peuvent atteindre la Gerboise. Elle les déroute autant par l’irrégularité de sa course que par sa rapidité. Le chien bondit sur elle : quand il touche le sol, elle a déjà fait deux ou trois sauts de côté, et se trouve à 10 mètres à droite ou à gauche. Son tir serait beaucoup plus difficile que celui de la bécassine ; car elle ne se détache pas sur le sol comme un oiseau dans l’air, et le panache noir et blanc qu’elle offre comme point de mire à l’extrémité de sa queue s’agite constamment à droite et à gauche et se trouve toujours à une certaine distance du corps.
- D’ailleurs, quelle que soit son allure, qu’elle marche paisiblement ou bondisse avec rapidité, la Gerboise progresse exclusivement à l’aide de ses deux robustes pattes postérieures : ses bras et ses mains sont ramenés sous le menton, et il faut regarder de près pour les distinguer dans cette posture.
- En somme, la Gerboise est un animal propre, doux, intelligent, agréable. « De tous les rongeurs
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- LÀ NATURE.
- que j’ai eus en captivité, dit Brœlim, c’est la Gerboise qui m’a causé le plus de plaisir. Ses qualités du reste la font aimer de chacun. Toutes les personnes qui ont vu celle que je possède en ont été enchantées. Elle est si inolfensive, si douce, si gentille, si gaie et si joyeuse quand on l’a réveillée; ses poses sont si particulières, si variées, qu’on peut sans ennui rester des heures entières à l’observer. »
- Elle vit de grains, d’herbages, de légumes. Elle mange fort bien le pain.
- Les Gerboises forment une famille naturelle, celle des Djpodidks, que l’on divise en trois tribus :
- 1° Celle des Zapodinés, à queue nue, écailleuse, sans coussinets sous les orteils. Une seule espèce, de la taille d’une souris, la Gerboise du Canada (Zapus hudsonius), de l’Amérique du Nord.
- 2° Celle des Pédétinés, caractérisée par ses molaires, au nombre de quatre à chaque mâchoire, lisses d’un côté, à replis d’émail de l’autre; les supérieures lisses en dedans, les inférieures lisses en dehors. Encore une seule espèce, de la taille du lièvre, le Pédète cafre (.Pedetes cafer), de. l’Afrique méridionale.
- 5° Enfin, celle des Dipodinés, à queue velue, à coussinets sous les orteils; à molaires plissées sur
- Gerboises. (D’après les individus actuellement vivants chez M. Lat.aste, à Paris.
- les deux faces et au nombre de trois seulement à la mâchoire inférieure.
- Cette tribu comprend à son tour trois genres. Seul le genre Dipus (les vraies Gerboises) a la face antérieure de ses incisives supérieures parcourue par un sillon longitudinal, ses tarses soudés en un seul os, et ses pieds tridacfyles. Les deux autres genres, nommés Âlactaga et Platycercomys, ont les incisives lisses, le tarse composé de deux os, et quatre ou cinq orteils. Ce dernier genre se distingue par sa queue largement aplatie et horizontalement étalée, tandis que la queue du premier est semblable à celle des vraies Gerboises.
- Le genre Platycercomys, d’une seule espèce, habite, à l’est de la mer Caspienne, les steppes des Kirghiz et du Turkestan.
- Le genre Alactaga, de huit à dix espèces, est répandu dans presque toute l’Asie, à l’exception de ses trois presqu’îles méridionales. Une espèce se rencontre en Europe, dans la Russie méridionale, et une autre, la seule à quatre orteils, dans le nord de l’Egypte, entre Alexandrie et Sirwah.
- Enfin, le genre Dipus est partagé en deux groupes : l’un à incisives orangées, de trois espèces, se rencontre sur les limites de l’Europe et de l’Asie; et l’autre, à incisives blanches, qui comprend quatre espèces dont les deux algériennes, habite le nord de l’Afrique et une partie de l’Asie, s’étendant vers l’Ouest jusqu’en Perse, à travers la Syrie et l’Arabie, et remontant vers le Nord jusqu’en Tartarie et au sud de la Sibérie. Fernand Lataste,
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- LA NATURE.
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- PROJETS DE CHEMINS DE FER NERS LE SOUDAN
- (Suite et fin. — Voy. p. 21P.1
- Difficultés physiques à surmonter. Études du tracé. — L’exécution du chemin de fer projeté ne
- rencontrera-t-elle point des difficultés matérielles provenant de la nature du sol ou de la configuration
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- Carte des projets de chemins de fer transsahariens.
- du terrain 7 C’est la première question qui se pose naturellement. C’était la première à résoudre. A cet effet, on a organisé diverses explorations. Quelques-unes n’ont pas été poussées bien loin et n’ont pas servi à grand’chose. D’autres ont été lancées bien plus avant dans l’intérieur des terres et se sont terminées d’une manière lugubre. On a envoyé M. l’ingénieur Clioisy avec M. Rolland, ingénieur des
- mines, et d’autres savants lever le pays entre Wargla et El Goléa, point extrême de la domination française vers le ijésert. Ce n’était là qu’une entreprise très ordinaire, relativement facile à exécuter, et cette mission ne pouvait rien apprendre de nouveau, car ce pays est connu depuis longtemps.
- Les précédents explorateurs, Soleillet, Louis Say, Henri Duveyrier, avaient fait bien davantage pour
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- préparer le terrain. Ils avaient recueilli des notions plus ou moins précises. La mission Flatters devait les compléter.
- Flatters était un colonel plein d’énergie, mais un peu trop enthousiaste, un peu trop confiant. 11 avait entre autres deux terribles chances d’insuccès contre lui : il était envoyé par le gouvernement et il était militaire. C’était une double raison pour inquiéter les populations indigènes du Sahara, qui nous considèrent comme leur plus grand ennemi ; et pourquoi ? Parce que nous sommes à leur porte et qu’elles redoutent toujours de voir arriver à un moment ou à un autre nos bataillons sur leurs territoires. Flatters n’a donc pas réussi et cet insuccès lui a coûté cher.
- II semble démontré que le sol est généralement plat, qu’il n’y a guère, par conséquent, de travaux d’art à y effectuer.
- Mais quelle direction cependant faut-il choisir de préférence pour le tracé? Il a été formulé à cet égard différentes propositions. Chaque département algérien veut être tête de ligne, et le Sénégal réclame également. Enfin Tripoli a aussi ses ambitions, lesquelles répondent aux désirs intimes des Allemands et aux intérêts ostensibles des Anglais. C’est qu’en effet le courant commercial qui aboutit à Tripoli se dirige ensuite sur Malte, où les navires des diverses nations viennent chercher les marchandises pour les transporter dans toutes les directions.
- Il existe un projet de tracé d’Alger à Sétif, allant rejoindre la ligne qui va actuellement de Sétif à Constantine. Sur ce chemin s’embrancherait, à El Guerra, le chemin de fer transsaharien qui passerait par Batna, par Biskra, qui filerait le long du ehott Melrir par M’raïer, par exemple, sur Toug-gourt, puis sur Wargla. De là, la ligne pourrait prendre une des deux directions suivantes.
- Elle s’acheminerait, par exemple, par la vallée de l’Igharghar, passerait à Temassinin, contournerait à l’Ouest le plateau du Tasili septentrional, franchirait le Iloggar par Idelès, desservirait l’oasis du Air (ou de l’Àsben) et, à Tintelloust, s’infléchirait vers l’Ouest pour aboutir à Sokoto. De là, la ligne serait prolongée directement au Sud sur la vallée du Niger, mais elle enverrait un embranchement au lac Tchad, sur Kouka (dans le Bornou), et un autre, en remontant le Niger, par Say, Bamba et Tin-bouctou.
- L’exécution de ce tracé nous paraît devoir se heurter à un grand obstacle; c’est le massif du Iloggar, qu’on voudrait lui faire franchir, au lieu qu'il serait plus rationnel de le lui faire contourner, car le Iloggar a des sommets de 2000 mètres, et il y aurait là nécessairement de grands travaux d’art à exécuter.
- Au lieu de franchir le Hoggar, il pourrait contourner le massif à l’Est ; alors il s’écarterait nota blement de notre zone d’action pour traverser des contrées où il n’y a rien à faire pour nous et où il
- n’existe pas de centre de population. C’est un projet * superbe, grandiose, que le prolongement de ce tracé par le Air, par Sokoto, avec ses embranchements dans toutes les directions de la rose des vents. Ce serait prendre possession de l’Afrique centrale entière. Le tout est de savoir s’il est possible de le réaliser et quel profit on en retirerait.
- Le tracé de Wargla par El Goléa, le Gourara, le Tidikelt, la vallée du Messaoura, traversant le pays situé à l’ouest du Iloggar, qu’on appelle le Tanèsrouft, et se dirigeant en droite ligne sur le Niger pour aboutir à Bamba, puis, de là, à Tin-bouatou, en remontant ce fleuve sur un certain parcours, paraîtrait infiniment préférable. L’avant-dernier s’écartait de la zone d’action française, comprise, à proprement parler, entre le Sénégal et l’Algérie. Cet éloignement serait une cause d’affaiblissement sérieux. Le dernier tracé, au contraire, reste tout le temps dans notre zone d’opérations et serait placé d’une façon plus immédiate dans le rayon de notre protection. Enfin il ne se heurte pas aux obstacles du Hoggar. Toutefois ce tracé présente une variante. Il pourrait partir de Laghouat et non de Wargla; mais cela supposerait que Laghouat serait relié à la ligne d’Alger à Oran vers Miliana, par exemple, par une voie ferrée passant à Djclfa et à Boghar, au travers des hauts plateaux. Ici encore nous observerons que Wargla nous paraîtrait une meilleure tête de ligne que Laghouat; c’est, en effet, un centre commercial plus important, qui s’appuie sur Touggourt, Biskra, Batna, Constantine. Par là, le parcours serait moins long pour atteindre la mer à la hauteur de Philippeville. Laghouat, au contraire, est un poste avancé, isolé, ne s’appuyant que sur les hauts plateaux, vaste région qui isole le Tell de Laghouat, au lieu de les rapprocher.
- Le quatrième tracé reste à peu près le même que ce dernier entre le Gourara et Tin-bouctou. Mais il aurait pour tête de ligne le département d’Oran, par exemple Saïda, et pourrait emprunter la ligne stratégique de Saïda au Kreider et à Méchéria, que l’on prolongerait sur El-Abiod. De là, elle gagnerait la vallée de l’Oued-Namous, que le général Dastu-gue nous a fort bien fait connaître; elle rejoindrait le tracé précédent au Gourara. Selon nous, les deux seuls tracés entre lesquels on puisse hésiter sont ceux du Gourara au chott El Chergui ou du Gourara à Wargla; tous deux ont des titres équivalents. S’il fallait choisir cependant, ce serait celui du chott El Chergui qui nous paraîtrait devoir être préféré, parce que le mouvement commercial est bien plus important, bien plus considérable, bien mieux établi dans la partie nord-ouest du Sahara que dans la partie nord-est.
- Ce n’est pas tout. Certaines personnes ont pensé que le transsaharien ne pourrait s’exécuter de longtemps, et alors elles ont mis en avant un autre projet ayant le Sénégal pour point de départ au lieu de l’Algérie. Elles ont pensé que, pour aller de là au Niger, la route est bien plus courte et qu’on
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- rencontrerait de bien moindres difficultés par cette voie-là. Le gouvernement s’est préoccupé de la question.
- Ce n’est qu’à Médine que le gouvernement fait commencer ses projets de chemins de fer vers le Niger; il les dirige sur Bafoulabé, qui deviendra désormais notre poste le plus avancé dans cette direction. C’est près de là qu’en effet nous avons soumis, il y a peu d’années, un chef indigène ayant pour capitale Sabouciré. Plus loin, le tracé n'est pas encore bien arrêté; il pourrait passer par Kita pour aboutir à Bamakou, sur le Niger, ou bien il se dirigerait en droite ligne sur Yamina. Enfin un autre projet a été conçu, mais sans de grandes chances de pouvoir être accepté, lequel partirait de Bakel et traverserait le pays des Bambaras par Marcoïa, Ja-Salomé, Joarau, Arkadcha, pour aboutir à Tin-bouctou. C’est le premier tracé qui l’a emporté nécessairement, parce qu’il a pour effet de fortifier notre domination dans une direction où elle est déjà engagée. Il n’y a que 4 à 500 kilomètres de chemin de fer pour arriver à Bomakou ou à Yamina. De là il sera facile de construire un chemin de fer jusqu’à Tin-bouctou par la vallée du Niger, si le besoin s’en fait sentir.
- Enfin, il faut mentionner le chemin de fer qui vient d’être concédé par le chef du Fouta-Dhialon à M. Pastrie, de Marseille, pour relier Timbo à la côte. Ce même chef vient de conclure un traité de commerce avec la France. Mais par où passera le chemin de fer? Par la vallée du Bafing, on rejoindrait le chemin de fer de Médine à Bafoulabé; ce serait le plus simple, sinon le plus court, pour arriver à la côte. Le plus direct serait de suivre soit la vallée de la Gambie, soit celle du Rio Grande.
- Les Allemands, les Drs Rôhlfs et Nachtigal, ont opposé un projet aux projets français. Ce projet partirait de Tripoli, irait au Fezzan, à Mourzouk, soit par Gharia, soit par Sokna et Fougha. De Mourzouk, il s’en irait contourner le Djebel Tummo par son extrémité orientale. Il atteindrait successivement l’oasis Iat, l’oasis Bilma, Agadem, longerait le lac Tchad jusqu’à Kouka puis le contournerait au midi, traversant le Bornou pour revenir au Ba-ghirmi. A Kouka, ce projet, s’il était exécuté, pourrait se rattacher aux embranchements indiqués dans l’un des projets français.
- Difficultés politiques. — Mais le tout n’est pas de faire des projets. On peut en concevoir autant que l’on veut, et l’on n’est pas un grand homme parce qu’on a formé un projet. Rien n’est plus charmant, plus séduisant, plus facile et plus oiseux. La question est de faire un projet bien étudié, pratique, réalisable, et ensuite de le mettre à exécution.
- La réalisation de presque tous ces projets vient échouer contre des obstacles de premier ordre, contre des obstacles politiques. Aucune puissance régulière n’est maîtresse du Sahara. Nous avons bien, nous, Français, un pied en Algérie ; nous en avons un au Sénégal, mais nous n’en avons pas au golfe
- de Guinée. Or, on sait ce qu’il en coûte de se hasarder dans ces régions inhospitalières. Le colonel Flatters en a fait la triste expérience lorsqu’il a été massacré, avec tous les siens, près de la sebklia d’Amadghor, entre le Tasili et le Iloggar. Le Sahara ne renferme pas cependant une nombreuse population entre le Sahara algérien, le Maroc, le Sénégal, Tin-bouctou, le lac Tchad, le Djebel Tummo, Rhadamès et El Goléa. On est d’accord pour admettre que la population ne dépasse pas 2 millions d’habitants : 900 000 à l’ouest du Iloggar ou dans le Hoggar même, et le reste à l’est du Hoggar. Ces deux millions d’hommes sont deux millions de nomades, réfractaires à la civilisation européenne. Ils vivent de pillage ou des produits de leurs troupeaux. Ils dominent le pays en maîtres, protégés comme ils le sont par ces interminables déserts sans eau, sans produits alimentaires, sans ressources aucunes, par le climat saharien, le seul climat qui nous offre des moyennes de 50 à 55 degrés de chaleur pour le mois de juillet. Il appartient, en effet, à cette zone isothérique qui va de l’indous à l’Âdrar, des hauts plateaux algériens au Gabon, d’une part, et au détroit de Bab-el-Man-deb, de l’autre.
- Ces deux millions d’hommes sont donc protégés contre toute espèce de poursuite de la part des troupes européennes pendant plus de la moitié de l’année.
- Pour garder le chemin de fer, il faudrait, chaque hiver, organiser des expéditions comme celles qui existent actuellement dans le Sud oranais. II faudrait aller chercher les nomades chez eux. Mais ils s’enfuiraient à notre approche ; ils feraient le vide devant nos troupes. Où et comment pourraient-elles se ravitailler ?
- Et comment pourra-t-on occuper le Hoggar, qui renferme des sommets de 2000 mètres, qui est une sorte de petite Suisse saharienne. A lui seul, il retiendrait toute une armée.
- Du côté du Sénégal, il n’en est pas ainsi. On ne compte que 400 à 500 kilomètres de Médine à Bamakou. Les populations ne sont pas difficiles à dominer. Elles sont clairsemées; la mission Galliéni a établi qu’il y a à peine cent mille âmes éparses sur tout cet espace, et que ce sont des populations faibles.-Cependant, pour aller jusqu’à Bamakou, en construisant des fortins de distance en distance, il faudrait encore bien trois à quatre mille hommes de troupes de plus au Sénégal que nous n’en avons actuellement.
- Y trouverions-nous notre bénéfice? Cela nous amène à la dernière partie de notre étude, à l’examen des difficultés économiques.
- Difficultés économiques. — S’il y avait pour la France de grands avantages matériels à retirer de cette construction du transsaharien, on pourrait encore hésiter, bien qu’il soit toujours grave pour la France d’avoir sans cesse cent mille hommes occupés sur le sol africain, lesquels pourraient lui man-
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- quer absolument en cas de guerre sur le continent européen. Mais quels avantages pourrait-elle en retirer ? Ce chemin de fer coûtera au moins 500 millions de construction; les frais d’exploitation en seront exorbitants, ainsi que U entretien annuel et la force armée nécessaire pour le garder. Cela coûtera bien 150 millions par an.
- « Oui, mais dit-on, en cherchant à nous faire venir l’eau à la bouche, les Indes africaines nous dédommageront ! » Ces Indes, quelles sont-elles ? Le Soudan.
- Les uns attribuent au Soudan deux cent millions d’habitants.
- Les gens raisonnables, sérieux, d’après les données des voyageurs, l’évaluent à vingt ou trente fi millions au plus, et ces trente millions d’habitants I
- sont de médiocres f
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- peu et ne travail- !
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- portion. Donc peu !||
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- longtemps, et les marchandises qui leur sont destinées continueront à venir par mer, par la côte Q
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- Gabon, puisque |
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- plus court et moins coûteux.
- Donc, pas d’illusions; méfions-nous des utopies, et, si du côté de l’Afrique centrale il ne semble pas raisonnable d’espérer un important développement ultérieur pour la France, regardons si, en Asie, il n’y aurait pas mieux à faire et avec de plus grandes chances de succès!
- Cela ne nous empêchera pas d’établir en Afrique des comptoirs et des factoreries partout où il pourra y avoir des opérations faciles, rapides et avantageuses à effectuer, ainsi que nous l’avons toujours fait, en tout temps.
- Georges Renaud.
- APPAREILS D’ÉLECTROTHÉRAPIE
- I)E M. G. TROUVÉ
- A l’Exposition d’Électricité, M. G. Trouvé avait réuni une collection de très intéressants appareils électrothérapiqucs ; nous ne ferons que mentionner les polyscopes, l’explorateur électrique, qui ont été décrits dans la Nature. Nous parlerons aujourd’hui
- d’un grand appareil qui peut être très utile aux praticiens, et dont l’ensemble est représenté dans la figure 1 ci-contre.
- Cet appareil est contenu dans un meuble qui est formé de plusieurs parties distinctes que nous énumérerons successivement :
- 1° Batteries superposées de trente éléments Trouvé - Gallaud au sulfate de cuivre, qui sont, comme l’on sait, d’une grande constance ; les batte-ries occupent toute la partie inférieure du meuble, dont la porte est représentée ouverte sur notre gravure. Cette pile est trop connue pour la décrire ici, il nous suffira de dire qu’elle est économique et simple; aussi, elle est recommandée par les physiologistes et les médecins spécialistes, comme Duchesne de Boulogne, Charcot, Hammon, Onimus, Bardet, Neumann, etc.;
- 2° Un collecteur E situé à la partie inférieure du meuble. Ce collecteur comporte deux manettes qui pivotent sur les deux séries de boulons numérotés 0, 2, 5, 10, 15, 20, 50, et est muni d’un galvanomètre et d’un inverseur de courant, placé immédiatement au-dessous du galvanomètre. Il a pour fonction de grouper le nombre des éléments contenus dans le meuble que le médecin désire employer. L’intensité des courants est modifiée à sa vo-
- Eig. 1. Vue d’ensemble de l'appareil d’éleclrotbérapie de M. Trouvé.
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- Fig. 2. Grand appareil à chariot à régulateur des intermittences et à mouvement d’horlogerie.
- lontépar un appareil de résistance gradué en ohms.
- Un appareil à chariot à plusieurs bobines, M, N, N', est muni d’un interrupteur G, à mouvement d’horlogerie d’une très grande précision. Nous représentons cet appareil avec détails un peu plus haut (fig. 2).
- Un commutateur spécial G à plusieurs directions permet à l’opérateur d’agir instantanément, soit avec les courants continus, soit avec les courants induits, sans changer les électrodes de position.
- A l’examen de la figure 3, on voit les deux serre-fils, négatif, positif, où viennent aboutir, sur le meuble, les deux fils conducteurs, munis de leurs électrodes ou tampons en charbon recouverts de peau de chamois, et l’on comprend très bien qu’il suffit de placer les deux manettes accouplées, soit à droite, où est écrit : courant continu; soit à gauche, où on lit : courant induit, pout recueillir l’un ou l’autre de ces courants.
- Le meuble contient encore clans le tiroir du bas, représenté légèrement ouvert, des électrodes variés, comme ceux fixés sous le couvercle du meuble, que la glace transparente permet d’apercevoir à la partie supérieure du dessin.
- Le couvercle du meuble, qui s'ouvre comme celui d’un piano, se comporte comme une glace transpa-
- rente; il laisse entrevoir tous les appareils qui y sont renfermés, tout en les maintenant à l’abri des poussières qui pourraient les endommager pendant le temps que l’on n’en fait pas usage.
- Cet excellent appareil était exposé au Palais de l’Industrie, dans la Salle de bains. M. Trouvé a, en effet, construit un électrode tout spécial pour bains électriques, qui permet de localiser à volonté les effets des courants continus ou des induits sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à une baignoire toute particulière, comme avec les autres méthodes en usage. La première baignoire venue suffit. Cet électrode, recouvert de toutes parts d une matière très isolante, ne laisse passer le courant que dans
- une direction déterminée.
- La figure 4 représente l’interrupteur à mouvement d’horlogerie de la figure 2. Dans cet appareil, les intermittences sont obtenues à l’aide de l’interrupteur d’horlogerie connu sous le nom de Trouvé-Onimus, que l’on trouve décrit dans les ouvrages spéciaux ; nous en dirons néanmoins quelques mots. Cet interrupteur se compose d’un cylindre muni de chevilles dont le nombre croît suivant une progression arithmétique, c’est-à-dire qu’à la première division il y a une cheville, à la deuxième
- Fig. ô. Detail du commutateur.
- J 1
- Fig. 4. Petit appareil Trouvé-Ouimus.
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- deux, à la troisième trois, à la vingtième vingt, etc.
- Le cylindre E, qui est mû par un mouvement d’horlogerie, est parcouru parallèlement, et dans toute sa longueur, par un stylet II, qui peut en occuper toutes les positions. Supposons que le stylet II se trouve à la première division où il n’y a qu’une touche : si le cylindre ne fait qu’un tour par seconde, le courant sera interrompu toutes les secondes, et si on lui fait occuper successivement toutes les positions jusqu’à la vingtième, on aura,
- 2, 3, 4.......20 interruptions du courant par se-
- conde. Donnant donc au cylindre une vitesse de 1, 2,
- 3, 4, 5.......10 tours par seconde, chaque touche
- sera mutiplie'e par ce même nombre de tours, et l’on obtiendra avec la plus grande précision, depuis 1 interruption jusqu’à 200 par seconde et au delà. Il produit encore des courants induits successifs, rigoureusement égaux entre eux, quel qu’en soit le nombre, ce qui n’a lieu qu’avec cet appareil.
- Pour les études de l’audition, on peut remplacer les tampons T T' par un téléphone, et en mettant l’interrupteur en mouvement, il se produit un roulement dans le téléphone très perceptible à l’oreille. Il suffit d’éloigner la bobine induite N de l’inductrice M, pour passer par toutes les graduations des sons dont l’intensité est mesurée. Par sa grande délicatesse, cet appareil s’adresse plus particulièrement aux spécialistes qui étudient les organes de l’ouïe, tant au point de vue physiologique qu’au point de vue thérapeutique. Pour la pratique ordinaire, M. Trouvé construit deux autres appareils plus simples et portatifs (nous représentons l’un d’eux fig. 5), qui possèdent les qualités du premier appareil. Dans ces appareils, l’interrupteur à mouvement d’horlogerie est remplacé par un interrupteur àbalancierde pendule, oscillant horizontalement, d’une extrême simplicité. Une aiguille, par ses différentes positions sur un cadran, indique le nombre des oscillations du pendule, et par cela même le nombre des émissions du courant induit par chaque seconde de temps.
- Dr Z....
- CHRONIQUE
- Réseau téléphonique de Zurich. — Nous avons sous les yeux le Rapport présenté aux actionnaires de la Compagnie Téléphonique de Zurich par le prési-
- dent du Conseil, I)r Ryf. Ce document montre les efforts intelligents faits par l’administration de cette Compagnie, qui a aujourd’hui trois cent soixante-dix-huit abonnés reliés à deux bureaux centraux. Nous y trouvons d’abord une institution du plus grand intérêt; celle de bureaux téléphoniques ouverts au public. Chacun peut, moyennant une faible redevance, entrer dans l’un de ces bureaux et parler, en passant par un bureau central, à tel abonné qu’il veut. Le téléphone est, pour un prix minime, à sa disposition pendant un quart d’heure. Ces bureaux publics sont au nombre de onze, installés dans des boutiques sur la rue. Il y en a quatre chez des marchands de tabac, deux dans des bureaux de poste, et les autres chez divers négociants. On ne saurait trop louer cette institution et la manière économique et simple dont elle est mise en œuvre. Il y a là un exemple qui ne peut manquer d’être suivi. L’administration a établi également un service de commissions. Le bureau reçoit les ordres des abonnés et les fait exécuter au tarif en usage par les commissionnaires ; c’est un service analogue à celui que font certaines Compagnies américaines. On a établi des appareils de sûreté,
- contre les effractions pendant la nuit. Un commutateur monté sur le coffre-fort, annonce au bureau central l’ouverture du coffre; on prévient la police; on est malheureusement obligé d’aller pédestrement la prévenir, parce que la police, rétive au progrès, n’est pas encore reliée au réseau téléphonique. Les bureaux centraux se chargent de réveiller leurs abonnés à toute heure de la nuit, et cela sans redevance aucune. Une autre institution importante est la liaison du réseau téléphonique avec le bureau télégraphique central de la ville. Il en résulte qu’un abonné quelconque peut dicter son télégramme à l’employé du télégraphe, et gagner le temps que son domestique aurait mis à le porter jusque-là. De plus, quand un télégramme arrive pour cet abonné, le bureau télégraphique le lui lit par le téléphone; ce qui fait gagner encore du temps à l’abonné. Quant à l’intérêt de l’État télégraphiste, on le voit clairement. Il réalise une économie sur le port du télégramme adressé à l’abonné. De plus, les abonnés ayant une facilité nouvelle à envoyer des dépêches, en envoient davantage. Pendant l’année 1881, il a été transmis 8914 télégrammes par le téléphone. On pourrait croire que l’État, comprenant les avantages qu’il tire de cette combinaison, paye ces services par une redevance. Loin de là, le gouvernement de la République helvétique impose 10 centimes par dépêche ainsi reçue ou transmise.
- Tortue du désert. — Voici un moyen de se procurer de l’eau dans des déserts américains, où l’on ne rencontre ni sources ni puits. Il a été indiqué à la dernière séance de l’Académie des sciences de San Francisco par un savant naturaliste. Ce dernier a présenté à l’Académie un beau spécimen d’une tortue de terre capturée
- Fig. 5. Petit appareil portatif.
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- LÀ NATURE.
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- à Cajon Pass, dans le comté de San Bernardino, et il a donné des détails généralement peu connus sur ces curieux chéloniens. La tortue californienne, dont la grosseur atteint d’assez fortes proportions, habite les régions arides de la Californie et de l’Arizona. En la disséquant on trouve qu’elle porte de chaque côté une membrane, attachée à la partie inférieure de sa carapace, et que cette membrane contient environ -une pinte d’eau claire. On croit que l’eau ainsi conservée provient des sécrétions du cactus géant, dont se nourrit la tortue du désert. Ce cactus renferme beaucoup d’eau. C’est dans les parties du pays où il n’y a pas d’eau et ou la seule plante est le cactus que séjourne cette singulière tortue. (U Exploration.)
- —»$><»—
- La grande soirée annuelle de l’Observatoire de Paris a eu lieu le lundi 15 mars. Plus de quinze cents personnes avaient répondu à l’invitation de M. le contre-amiral Mouchez et de M“e Mouchez. Après les expériences scientifiques et les conférences qui ont eu lieu jusqu’à onze heures, le bal a commencé et a duré jusqu’à l’aurore.
- CORRESPONDANCE
- - SUR L A SOIE d’aRAIUNÉE 1
- Monsieur,
- Peut-être serait-il intéressant de rapprocher d’un rapport de M. Blanchard à l’Académie des sciences, que vous avez publié dans le n° 449 de la Nature, quelques renseignements que donne le Dr Chenu dans son Encyclopédie d'histoire naturelle. I)e 1777 à 1791, Raymondo Maria de Treineyer fit, en Espagne, des expériences nouvelles sur la soie des Araignées, et principalement sur celle de l’Epéire Diadème (Epeira Diadema Clerk), tout en faisant remarquer qu’il y aurait avantage à employer les espèces exotiques; il parvint à fabriquer divers objets ayant l’éclat et la finesse de la soie ordinaire. Un négociant anglais, M. Rolt, a été encore plus heureux : c’est aussi sur l’Epéire Diadème qu’il a opéré. 11 mit en communication, avec une machine à vapeur et avec une vitesse de 50 mètres par minute, un dévidoir très léger, autour duquel il enroula le fil d’une araignée à mesure qu’elle l’abandonnait; l’animal fournissait un fil continu pendant 5 à 5 minutes. Un échantillon de soie présenté à la Société des Arts de Londres, avait près de 6000 mètres, et avait été filé en moins de 2 heures par 22 araignées. Ce fil est cinq fois plus fin que le fil du ver à soie, et en supposant que la force relative soit proportionnelle à la finesse, et qu’une araignée fournisse deux fois l’an un fil de 250 mètres, tandis que celui du Bombyx mori est de 5000 mètres, on voit que le produit de ce dernier est égal à celui de 6 araignées et demie.
- Par conséquent, il semble que l’industrie puisse, malgré ce qu’a dit M. Blanchard, employer la soie de certaines araignées de nos contrées.
- M. Blanchard a dit aussi que ce qui empêchait cette industrie de pouvoir se fonder, c’est que la soie d’araignée est extrêmement fragile, et il citait l’exemple de Louis XIV qui se fit faire un vêtement de soie d’araignée, et fut forcé de l’abandonner parce qu’il se déchirait sans cesse. Cependant Alcide d’Orbigny a dit que, dans son voyage dans l’Amérique méridionale, il s’était fait fabri-
- 1 Voy. n° 449 du 7 jinvier 1882, p. 94, et n°452, p. 138.
- quer avec des fils d’Aranéides un vêtement qui avait pu résister aux plus fortes fatigues.
- Tout cela réuni semble bien prouver qu’il y aurait dans cette voie la source d’une industrie nouvelle; il faudrait un expérimentateur habile qui pùt en faire l’essai.
- Veuillez agréer, etc. 1). Beu,et
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 mars 1882.— Présidence de M. Blasciiaud.
- Le vol des oiseaux photographié. — Tous nos lecteurs ont encore présentes, les photographies obtenues par M. Muybridge et reproduites par la Nature, qui représentent des chevaux pris aux différentes phases de leurs mouvements. Ce que le savant américain a réalisé pour les chevaux en train de courir, M. Marey vient de le reproduire pour les oiseaux et les insectes en train de voler. Il a fait entrer le revolver photographique dans un appareil qui a grossièrement la forme d’un fusil et visant avec cet instrument, comme s’il le voulait tuer, l’animal volant, il en obtient une série d’épreuves dont chacune représente un temps du vol. La pose qui pourrait n’ètre que de 1/1500 de seconde, a été prolongée jusqu’à 1/700 de seconde et les résultats sont, paraît-il, extrêmement satisfaisants. Espérons que la Nature sera prochainement à même de nous les faire apprécier par nous-mêmes.
- Spcctroscopie astronomique. — M. Huggins annonce que la photographie du spectre des comètes révèle des raies dans la portion ultra-violette que l’observation directe ne permettait pas de soupçonner. Les plus brillantes sont relatives à l’hydrogène.
- Température (Fébullition du zinc. — D'après II. Sainte-Claire Deville le zinc bout à 1040°, M. Edmond Becquerel a trouvé 952°, ce qui est très différent. Reprenant la question par une méthode nouvelle, M. Violle, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, reconnaît que c’est M. Becquerel qui avait raison.
- M. Poitevin. — Par une exception des plus honorables en faveur d’une personne étrangère à l’Académie, M. Dumas rend hommage à la mémoire de M. Poitevin qui vient de mourir. On sait que M. Poitevin a contribué plus que personne à transformer la photographie en un art vraiment industriel produisant les épreuves en grand nombre et à bas prix.
- La trempe de l'acier. — Il résulte d’un travail de M. Clémandot que l’on peut remplacer la trempe ordinaire de l’acier par une puissante compression Imposée au métal porté au rouge et continuée jusqu’à refroidissement complet. La pression obtenue par la presse hydraulique a été de 1000 kilogrammes par centimètre carré.
- Influence du système nerveux sur les vaisseaux lymphatiques. — C’est le titre d’un mémoire présenté par M. Bouley, au nom de MM. Paul Bert et Lafond. 11 y a déjà longtemps qu’on a étudié, et avec beaucoup de soin, les propriétés des vaso-moteurs des vaisseaux sanguins. Pour ceux des vaisseaux lymphatiques, on était beaucoup moins avancé, et bien qu’on ait reconnu leur irritabilité sous l’action d’une pointe de scapel ou de l’électricité, on ne savait pas sous la dépendance de quels nerfs ils se trouvent. La difficulté principale des observations provient de ce que, sous l’influence de l’air froid, les vais-saux mis à découvert lors des préparations se vident complètement. Les auteurs s’adressant au système mésenthé*
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- iique du lapin, animal qui, mangeant toujours, est en état de digestion chronique, ont eu l’excellente idée d'ouvrir le cadavre dans un bain d’eau à 40°. Dans ces conditions les vaisseaux restent remplis, et il est possible de reconnaître que le système nerveux central préside à leurs contractions, tandis que l’excitation du système sympathique provoque leur dilatation.
- Varia. — M. Decbarme imite les anneaux de Nobili par la chute d’un filet d’eau. — M. Balbiani expose ses idées sur l’épuisement spontané du phylloxéra souterrain, réduit à la seule génération parthogénique et privée de la collaboration de l’œuf d’hiver. — Des recherches sur la capillarité sont adressées par M. Terquem. —M. Sar-ron continue l’étude du point critique des gaz comprimés.
- — L’étude du bassin houiller de la Loire occupe M. Grti-ner. — M. Pasteur dépose un travail de M. Duclaux sur le rôle des organismes microscopiques dans la digestion gastrique. — Un oxychlorure hydraté de gallium est décrit par M. Lecoq de Boisbaudran.
- Stanislas Meunier.
- LES FORÊTS PRIMITIVES DE LV BOHÈME
- Notre confrère danois, le journal Naturen, vient de publier un article intéressant dans lequel il signale quelques forets qui existent encore en Europe
- à l’état primitif. Elles sont situées dans la Bohême boisée, sur les vastes territoires qui appartiennent au prince de Schwarzenberg.
- Dans ces forêts, des troncs de hêtre s’élèvent à une hauteur de 100 à 120 pieds, leur diamètre est de 5 à 4 pieds et leur cime est entourée d’une couronne luxuriante de v.erdure. A côté d’eux surgissent, gros comme des tours, des pins de 4 à 8 pieds de diamètre et de 120 à 200 pieds d’altitude. Quant aux sapins, leur grosseur et leur hauteur leur donnent l’aspect de véritables pyramides.
- L’épais feuillage de ces végétaux gigantesques repousse les rayons du soleil et entretient autour d’eux une obscurité impénétrable. Les oiseaux effrayés n’osent y faire entendre leur voix et le silence de cette solitude n’est troublé que par la vio-
- lence des vents qui s’engouffrent dans le feuillage de ces arbres colosses.
- Sur l’espèce de plateau que forme la surface tronquée et élargie d’un vieil arbre, croissent de jeunes pins et mélèzes, qui seront supportés encore pendant des siècles par cette base tout à la fois solide et délabrée. Les forêts de la Bohême sont, comme on le voit, encore aujourd’hui dans l’état où étaient jadis les nôtres dans presque toute l’Europe. — Notre gravure représente des pins dont les ra- • cines ont poussé autour d’un de leurs ancêtres tombé à terre.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.- '
- Paris. — Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
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- N® 460. — 25 MARS 1882.
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- LE FOUTAH-DJALLON
- LES AMBASSADEURS DU FOÜTAH-DJALLOX A PARIS
- On donne le nom de Foutah-Djallon à la région montagneuse où naissent le Sénégal, la Falemé, le Rio Grande, le Rio Nunez et quelques affluents du Niger. Ni au point de vue physique, ni au point de vue politique, on ne peut exactement en déterminer l’étendue. C’est une contrée allongée de l’Est à l’Ouest, entre le 10e et le 12° degré de latitude Nord et qui n’a aucune limite naturelle. Elle s’arrête à quelque distance du littoral. Cet empire, qui sera quelque jour démembré, fut fondé au commencement de notre siècle par un marabout du Haoussa nommé Alfa Sidi, qui conquit le pays. Les habitants sont des Toucouleurs. L’islamisme est
- leur religion, mais ils y mêlent toutes les superstitions des noirs.
- Le Foutah-Djallon est un plateau relativement salubre, si on le compare à d’autres régions du voisinage. Il passe pour être habité par une des populations les plus intelligentes de l’Ouest africain. La résidence du chef est Timbo, et après cette petite capitale la ville la plus importante est Labé, sur la rivière Dombelé. Faucoumba, la ville sainte des Fo'ulahs, s’élève entre ces deux cités, qui ne sont, à proprement parler, que de grandes bourgades.
- De l’or, du fer, du café, du maïs, du riz, de l’arachide, du coton, du caoutchouc,' des graines oléagineuses de tous genres, particulièrement de VEuphorbia lathyris, du sésame, etc., tels sont les principaux produits de cette riche contrée, qui avait autrefois charmé le pauvre Caillié, par son relief mouvementé, par ses sites pittoresques : « Je suis dans les Alpes du Foutah-Djallon, » disait-il.
- Carte du Foutah-Djallon, à propos de l’ambassade récemment envoyée à Taris.
- Politiquement, affirme M. Rayol, le Foutah-Djallon est certainement un des premiers États du Soudan. Sa population est de 350 000 habitants. Deux chefs, les Almamys, alternativement en exercice, se partagent le pouvoir et résident à Timbo. L’instruction est plus répandue qu’on ne serait tenté de le supposer, mais les superstitions s’introduisent dans tout et gâtent tout. L’armée compte, dit-on, 25 000 hommes parfaitement en état de combattre.. Bien que les fusils soient aujourd’hui entre toutes les mains, les indigènes n’ont pas abandonné leurs arcs et leurs flèches empoisonnées.
- La côte voisine du Foutah-Djallon appartient aux Français et aux Portugais. Le poste français est Boké, sur le Rio Nunez. 11 s’agit donc pou!r nous d’un pays qui touche à nos possessions et sur lequel nous devons nécessairement étendre notre influence. Bien que le climat ne passe pas précisément pour malsain, reconnaissons cependant que M. Olivier de Sanderval, M. Moustier et M. Billet (compagnon du Dr Bayol), y ont contracté des fièvres assez sérieuses.
- 10* aimée. — 1" semestre.
- L’eau, surtout dans la région la moins montagneuse, est chargée de débris organiques et c’est là certainement une des principales causes des affections qui frappent les étrangers. On ne saurait également prendre trop de précautions à l’égard du soleil, que l’on peut considérer comme meurtrier pendant plusieurs heures du jour. Son ardeur est surtout terrible à partir de neuf heures du matin, et les Européens assez imprudents pour l’affronter, échappent rarement à des insolations. Pourtant, qu’on n’aille pas croire que la contrée est brûlée par un ciel de feu ; dans les hauts plateaux, l’on rencontre des cantons assez tempérés avec des torrents limpides et frais, avec de belles cascades. C’est également là que d’excellents pâturages bien arrosés nourrissent de beaux troupeaux de bœufs. Les indigènes ont une prédilection marquée pour le lait caillé et le lait frais. Plusieurs voyageurs nous ont déjà signalé cette alimentation presque exclusive, Les fruits ne manquent pas cependant aux arbres,*et la terre fertile peut donner la plupart des
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- LÀ NATURE.
- produits. De l’Ouest à l’Est, la végétation est, en effet, des plus actives, on peut même dire luxuriante. Des arbres de grande taille, aux rameaux touffus, des orangers, des bananiers, des lauriers roses, mille plantes aux fleurs odorantes, font de ce haut plateau un paradis terrestre, — mais un paradis pendant le péché, dit M. Olivier de Sanderval, — car les indigènes n’ont aucun principe de moralité; ils sont paresseux, cupides et d’une curiosité poussée jusqu’à l’impertinence. Us demandent sans cesse des présents, des cadeaux, avec une sorte d’inconsciente effronterie. Gens du peuple ou grands seigneurs n’ont aucune notion de la dignité personnelle.
- D’après M. Olivier de Sanderval, qui a dernièrement fait un remarquable voyage dans cette contrée, c’est là la clef du Soudan. On peut, en effet, remonter les cours d’eau jusqu’au pied des premières collines. Notre compatriote a obtenu de FAlmamy la concession d’un chemin de 1er allant de la côte à Timbo, il espère que cette voie pourra plus tard être continuée encore plus à l’Est. Le Foulah-Djallon deviendrait ainsi la route du Niger, route assez courte et tracée dans un pays habité par des populations pacifiques. Pourtant, nous ne pensons pas que cette route, à coup sûr moins longue, détrône celle du Sénégal au Niger, qui a l’avantage de partir de notre colonie même. Qu’on ne se dissimule pas que là ou ailleurs, quels que soient les témoignages d’amitié et les prétendus traités noués avec les souverains indigènes, une ligne ferrée sera extrêmement difficile à établir entre Saint-Louis et le bassin du Niger; et ces obstacles ne sont rien si on les compare à ceux que présentera la traversée du Sahara, d’Alger à Timbouctou.
- M. Bayol, qu’il nous a été donné de voir et d’entendre à Paris, il y a quelques semaines, nous assure que grâce aux efforts de nos compatriotes, depuis le Rio Nunez jusqu’au haut Sénégal, sur plus de 400 lieues, l’influence française semble aujourd’hui complètement dominer. Tout entier le Bambouk, qui renferme des gisements aurifères, paraît être également acquis à la suzeraineté de la France.
- Nos lecteurs se rappellent peut-être que le docteur Bayol a dernièrement accompagné en France quelques délégués du Foutah-Djallon, les princes Modi-Mamadou-Seydou et Modi-Ibrahim-Sory et les grands seigneurs Alpha-Medina et Modi-Ibrahim-Sora.
- Les envoyés des Almamys ont débarqué à Bordeaux, sont venus à Paris et remportent, paraît-il, les plus favorables impressions de leur voyage. Us n’ont pas cessé de nous dire « que nous étions bien bons et que le Foutah-Djallon nous aimait beaucoup! » Voilà certainement d’excellentes paroles. Est-il permis d’ajouter une foi entière aux affirmations de ces pauvres enfants d’Afrique, plus mobiles, plus versatiles encore que nous! La vérité est que la majeure partie de ces nègres du Sénégal, s’ils ont le moindre sentiment de patriotisme ou la vue assez juste, doivent nous considérer avec effroi, et plus en ennemis qu’en amis. On les entretient de travaux
- grandioses, de chemins de fer perçant les montagnes, de communications rapides, mais que leur importe ! Us sont trop loin de notre civilisation pour en entrevoir même les éléments.
- U paraît que dans leur excursion en France, ce qui les a surtout frappés, ce sont les tunnels de nos voies ferrées. On a même inutilement tenté de leur expliquer que l’on pratiquait un trou au-dessous des montagnes et que l’on pouvait ainsi abréger les distances. On les areçus à Paris en véritables princes ; nos ministres, nos grands dignitaires, sont allés les complimenter! Que de poignées de main chaleureuses semblant signer un pacte d’amitié et ne promettant rien ! Le Foutah-Djallon a eu son heure de retentissement dans cette grande ville où le lendemain est l’oubli de la veille.
- Quoi qu’il en soit, il importe à l’extension de notre autorité dans l’Ouest africain que nous soyons en bonnes relations avec les populations les plus intelligentes, avec les pays qui offrent le plus de produits, le plus de ressources. Avant l’espiit de conquête, proclamons-le en notre honneur, nous sommes pénétrés de l’esprit de justice et d’équité. Les nations ont rarement souffert par nous; aussi, y a-t-il très peu de taches dans notre histoire coloniale.
- Richard Gortambekt.
- FABRICATION DE LAINE MINÉRALE
- L’idée d’utiliser le laitier des hauts-fourneaux pour en faire un produit appelé laine minérale, a pris naissance en Allemagne, où elle a été réalisée pour la première fois par Lürmann, dans une fabrique de Osnabrück. Pendant plusieurs années, ce produit a été fabriqué sur une petite échelle 'a un haut-fourneau peu important de Greens-wood, New-Jersey (États-Unis), et sa demande étant devenue plus grande, on-en a installé une autre manufacture à Stanhope, N.-J., où le fourneau livre vingt chariots par jour de laitier aux fabricants de laine minérale. Les procédés de fabrication diffèrent en plusieurs points, aujourd’hui, de ceux qui furent d’abord suivis et qui ont été déjà décrits ; et il n’est pas sans intérêt de donner quelques détails sur les améliorations, qui sont principalement dues à M. R. D. A. Parrott. La longueur et la finesse fie la fibre, qu’on obtient en projetant de la vapeur d’eau à travers un courant de laitier fondu, dépendent surtout de la composition et de la température de la matière fluide, la scorie tout à fait liquide et brûlante fournissant un percentage considérable d’une fibre très fine, qui est le principal objet à produire. A Stanhope, on fait échapper un jet de vapeur sous une pression de 3 à 6 kilogrammes, d’une ouverture formée en croissant de 5,7 millimètres sur 3,5 millimètres ; ce jet vient frapper un courant de laitier fondu, d’un doigt d’épaisseur environ, qui coule des cendres sur une gouttière qui dirige le courant. La vapeur divise le laitier en un nombre infini de corps pareils à de petites balles qui, en se détachant, arrachent un lil ou une fibre. La conversion est entièrement due à la force mécanique des particules de vapeur, dont le trajet a une vitesse estimée à 610 mètres par seconde.
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- Ces particules frappent contre un mur en briques élevé dans une grande chambre destinée à recueillir la laine. Les petits corps se séparent brusquement de la laine qui ne les enveloppe plus et tombent, tels qu’ils ont été formés, sur le plancher de la chambre. A Stanhope, il y a deux de ces chambres, dans chacune desquelles viennent déboucher quatre jets de vapeur, disposés par couples. Pendant qu’une des chambres est en fonction, on nettoie complètement l’autre, et on la laisse ainsi se refroidir après le travail d’une demi-journée. La laine qui est dans la chambre, mélangée avec les petits corps solides ou grenailles, est recueillie, portée dehors et criblée au moyen d’une petite machine à vapeur. Elle demande à être fortement agitée pour être débarrassée des corps solides, et l’on ne retire du tout que 6 livres environ par pied cube, qu’un chariot transporte au magasin. 80 pour 100 environ du produit sont classés comme qualité ordinaire de laine minérale, et pèsent 25 livres par pied cube ; l’autre portion ou qualité extra, qui est de 20 pour 100, complètement débarrassé des corps solides, pèse 15 livres par pied cube. Les courants d’air produits dans la chambre par les jets de vapeur entraînent les fibres les plus légères au-dessus du mur en briques dans une arrière-chambre, où elles s’accumulent et constituent la matière du degré le plus fin. Le crible éîst une simple disposition consistant en une caisse de 2m,45 de long sur 91 centimètres de large et 60 centimètres de hauteur, qui est couverte à la partie supérieure d’un tissu métallique à mailles de 6 millimètres. La caisse est suspendue de manière que la surface du crible soit un peu inclinée, et elle reçoit un mouvement de va-et-vient au moyen d’une roue à excentrique. On lance de l’air d’en haut sur le crible au moyen d’un ventilateur pour faire partir la poussière fine. Pour l’instant on n’utilise qu’une partie de la scorie, lorsqu’elle est refroidie, mais on croit que la construction d’un fourneau à réverbère, dans lequel on conserverait la scorie tondue à sa sortie du haut-fourneau jusqu’au moment de s’en servir, donnerait plus de régularité à l’opération, car on aurait ainsi une provision de matière qu’on pourrait travailler à volonté, et qui se trouverait toujours être à une température convenable. La fabrication actuelle à Stanhope s’élève à 907 kilogrammes par jour, et l’on pourrait augmenter la production, si cela était nécessaire, en opérant au fourneau de Greenwood, Orange C°, N.-J.
- On emploie principalement la laine minérale comme matière non conductrice de la chaleur, et les expériences suivantes, faites par M. C. E. Emery et publiées dans un Mémoire lu devant la Société américaine des ingénieurs mécaniciens au Congrès d’Hartford, doivent être citées pour montrer l’utilité de ce produit.
- » L’auteur rappelle les résultats d’un grand nombre d’expériences soigneuses qui ont été faites sur des matières non conductrices, appliquées toutes à la protection des tuyaux de vapeur. Les expériences ont été faites de manière à reproduire autant que possible la condition des tuyaux de vapeur et de leurs couvertures d’un usage pratique. M. Emery a trouvé que le feutre de poil était la meilleure matière non conductrice. Prenant sa valeur pour 100, il estime celle des autres substances expérimentées de la manière suivante :
- Laine minérale, n° 2. Sciure de bois.... Laine minérale, n° 1. Charbon de bois. . . Sapin coupé en travers
- épaisseur 5 centimètres. 85,02
- — 68,00
- — 67,60
- — 63,20
- — 55,50
- Terre glaise.......... épaisseur 5 centimètres. 55,00
- Asbeste............... — - 36,30
- Chemise d'air......... — 15,60
- M. Emery, s’appuyant sur les résultats ci-dessus, appelle l'attention sur le peu d’efficacité de la chemise d’air, résultat tout à fait contraire à l’opinion vulgairement reçue. Il l’attribue au fait d’une circulation qui se produit, c’est-à-dire à ce que l’air se refroidissant sur un côté de l’enveloppe, descend et remonte de l’autre côté ; il est donc nécessaire de supprimer les espaces d’air, et cette suppression explique l’efficacité de ces différentes matières employées. Il ajoute que c’est l’air, probablement, qui est mauvais conducteur, mais qu’il est indispensable de le maintenir immobile au lieu de le laisser circuler. La chemise d’air n’a de valeur que si l’on empêche la circulation l.
- BIBLIOGRAPHIE
- Anatomie et physiologie animales, par Edmond Per-rier, professeur au Muséum, 1 vol. in-8°, avec 328 fig. Paris, 1882, Hachette et Cie.
- Cet ouvrage, rédigé d’après le programme de la classe de philosophie, comprend deux parties. La première étudie les types d’organisation dans le règne animal, puis la variabilité de leurs formes selon les milieux où ils doivent vivre, les espèces commensales et parasites, etc. L’auteur y a rattaché la question de la variabilité animale, la lutte pour l’existence et la sélection naturelle, le transformisme et le darwinisme. La seconde partie est l’histoire détaillée de l’homme, avec les plus récentes découvertes sur les organes des sens et le système nerveux.
- Traité élémentaire d'entomologie, par Maurice Girard, tome III, fascicule premier. Hyménoptères térébrants, Lépidoptères, avec 23 pl. col. Paris, 1882, J. B. Baillière et fils.
- Ce volume de notre collaborateur contient l’indication de la nouvelle découverte de la génération alternante des Cynips, producteurs de galles sur les végétaux, surtout sur le chêne. Les amateurs de papillons y trouveront la description des principales espèces de la France et leurs mœurs. Une partie très étendue du volume consacrée à la sériciculture comprend l’étude du ver à soie du mûrier, ses maladies et les travaux de M. Pasteur, l’histoire des espèces succédanées d’Asie et d’Amérique, notamment les vers à soie du chêne et de l’ailante. et
- Annuaire de l'Académie Royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. 1882, 48e année, 1 vol. in-18. Bruxelles, chez F. Hayez, 1882.
- L’Olivier, son histoire, sa culture, ses ennemis, ses' maladies et ses amis, 1 vol. in-8°, par A. Peragallo, 2e édition. Nice, Cauvin-Empereur, 1, place de la Préfecture, 1882.
- Le Furoncle de l'oreille et la furonculose, par le DrB. Lœwenberg, 1 broch. in-8°. Paris, A. Delahaye et E. Le-crosnier, 1881. -
- A study of the problem of aerial navigation as af-fected by recent mechanîcal improvements, bv William Pôle, 1 broch. in-8°. London, 1882. *
- 1 The Engineering and minitig Journal et Bulletin de la Société d’Encouragement.
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- LA NATURE.
- IA JUMELLE PHOTOGRAPHIQUE
- Quel est le touriste qui, devant un site pittoresque, n’a pas éprouvé le désir d’en conserver une impression moins fugitive que celle du souvenir? Mais, le plus souvent, on n’est ni peintre, ni dessinateur, le bagage photographique ordinaire est embarrassant et exige des manipulations ennuyeuses et dont une grande pratique peut seule assurer le succès.
- Nous avons l’intention de faire connaî -tre aujourd’hui un appareil qui nous paraît devoir com -hier cette lacune.
- Cet appareil est la J umelle photographi -que.
- La jumelle photographique se compose d’une excellente jumelle marine ayant 54 millimètres à l’objectif.
- Pour la convertir en appareil photographique on retire les objectifs qui sont montés à baïonnette et on dévisse les oculaires. On substitue à ces derniers les objectifs photographiques. Ces objectifs, qui sont aplanatiques et dont l’un est muni d’un obturateur à bascule, portent les numéros 1 et 2. Il faut avoir le soin de les visser chacun sur le côté qui porte le numéro correspondant inscrit.
- A la place des objectifs de la jumelle on adapte du côté qui porte l’obturateur le châssis photographique et de l’autre le châssis à verre dépoli.
- La partie supérieure du châssis photographique s’ouvre à charnière, c’est par là que s’introduisent les glaces, le côté sensibilisé faisant face à l’ouverture circulaire fermée par le rideau mobile. Ce rideau s’ouvre au moyen d’un ressort qu’on bande en tirant sur l’agrafe qu’on remarque à la partie postérieure du châssis et qui vient se fixer au bas du
- châssis. La glace se trouve alors à nu, le côté sensibilisé en regard de l’obturateur et, par conséquent, tourné du côté de la lumière.
- On met au point sur le châssis dépoli en agissant sur la molette comme dans une jumelle ordinaire, et comme les foyers des objectifs sont égaux et que toutes les pièces de l’appareil sont bien ajustées, l’image qui est au point sur la glace dépolie l’est également sur la glace sensibilisée.
- En faisant jouer avec le doigt la bascule de l’obturateur, on découvre l’objectif pendant un temps très court, la plaque s’impressionne et on obtient un cliché négatif instantané ( figure 1).
- On dégage l’agrafe du rideau, le ressort se détend et le rideau se referme en abritant la glace de toute nouvelle, impression lumineuse; on retire le châssis photographique et en substitue à la glace impressionnée une glace nouvelle.
- L'introduction des glaces dans le châssis se fait
- au moyen du sac laboratoire représenté en coupe figure 2. Ce sac est confectionné en étoffe imperméable à la lumière : il porte deux ouvertures fermées par deux bracelets en caoutchouc. Ces deux ouvertures servent à l’introduction du châssis photographique des glaces renfermées dans leur étui en caoutchouc, et des mains de l’opérateur.
- Il est bon, quand on opère, d’engager les ouvertures du sac laboratoire dans les manches du vêtement, de manière à intercepter tout passage à la lumière.
- La manipulation dans ce sac est des plus simples, on ouvre le couvercle du châssis et après avoir dégagé la glace de son enveloppe on l’introduit dans le châssis, le côté sensibilisé faisant face à la lumière, comme il a été dit plus haut. La face sen-
- Fig. 2. Coupe du sac laboratoire pour montrer la manipulation.
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- Fig. 5. Sac à bandoulière, contenant la jumelle et ses accessoires.
- sibilisée de la glace produisant au toucher la sensation d’une légère rugosité, il est facile de reconnaître, bien que ne le voyant pas, le côté qui doit faire face à l’objectif. On referme hermétiquement le couvercle, on retire le châssis du sac laboratoire et on l’adapte au corps de la jumelle, le couvercle en bas, en ayant soin de le faire appliquer bien exactement et à fond contre le bandeau de la jumelle.
- Pour retirer la glace impressionnée on fait l'opération inverse, mais il faut avoir soin, en remettant la glace dans son étui de caoutchouc, de bien en rabattre les bords et les
- plis les uns sur les autres, de façon à abriter la glace hermétiquement contre l’action des rayons lumineux.
- 11 est bien entendu que le temps de pose est en rapport avec l’intensité de la lumière.
- Pour la parfaite réussile des clichés, il est important que pendant l’impression l’appareil soit'dans la plus grande immobilité, il faut, donc l’appuyer sur un support quelconque, angle ou crête de mur, tronc d’arbre, etc.; il faut aussi s’exercer à faire fonctionner la bascule de l’obturateur sans donner la moindre secousse à la jumelle.
- Tout l’instrument est renfermé avec douze glaces préparées dans un sac en cuir à bandoulière, qui a de 28 à 50 centimètres de long sur 20 de hauteur
- et 5 d’épaisseur, c’est à peu près la dimension des sacoches de voyage (fig. 3).
- Le développement et la fixation des clichés négatifs se font comme il suit, dans une chambre noire munie d’une lanterne à verre rouge, ou éclairée par un châssis vitré de même couleur.
- On peut, une fois impressionnés, conserver ces clichés plusieurs mois avant de les développer, en les tenant au sec et complètement à l’abri de la lumière.
- Développement des épreuves. — On peut développer ensemble plusieurs glaces ; les formules suivantes peuvent développer quatre petites glaces à la fois. L’inventeur recommande d’une façon toute particulière que les glaces, avant comme après l’opération, soient rigoureusement préservées de toute lumière, sans quoi chaque épreuve serait couverte d’un voile et perdue.
- 4. Spécimen d’une photographie obtenue avec la jumelle. Vue prise du Pont Neuf, à Paris.
- Formule n° 1.
- Alcool à 40 degrés......... 150 grammes
- Acide pyrogallique......... 30 —
- Faire fondre environ 5 grammes de sucre dans le moins d’eau possible et l’ajouter à l’alcool.
- Formule n° 2.
- Eau ordinaire....... 150®r
- Ammoniaque liquide.. 15®r
- Chlorure d’ammonium 2®r
- Pour développer les clichés, on verse dans une cuvette ou tout autre récipient approprié le déve-loppateur suivant :
- Eau ordinaire....... 50*r
- Formule n° 1 ......... 3®r
- — n° 2............. 5*r
- Vous agitez cette solution, et vous plongez les clichés dans ce bain en les y laissant jusqu’à ce que par transparence on perde les détails, c’est-à-dire que la plaque présente une couche noire et presque opaque : alors on retire la glace du bain révélateur, on la plonge dans l’eau quelques secondes, et on la fixe en
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- LA NATURE.
- la mettant dans un bain dont voici la composition :
- Eau.................... 200 grammes
- Hyposulfite de soude.... 50 —
- On la retire quand l’épreuve est parfaitement claire, c’est-à-dire débarrassée du bromure d’argent, on la lave à grande eau, on la laisse sécher parfai-tément et on passe à l’impression sur papier.
- Impression des épreuves sur papier. Cliché pris dans la jumelle. — Etant donné le négatif, on le met du côté verni en regard avec un papier sensibilisé sur un bain de nitrate d’argent à 14 pour 100.
- Le papier albuminé se trouve tout préparé et sensibilisé dans nos magasins et dans toutes les maisons vendant notre article ; sî on désire le sensibiliser soi-même, on fait flotter une feuille de papier albuminé, pendant environ trois minutes, sur un bain de :
- souvent pressés par le temps, pourront prendre un croquis fidèle et rapide d’un monument, d’un paysage, etc. Le militaire en campagne pourra saisir sûrement la configuration et les accidents de terrain d’une position, un mouvement de troupes, etc.
- Comme on a pu le voir, les manipulations immédiates n’existent pas, ou, du moins, se réduisent à opérer dans un sac imperméable à la lumière la substitution des glaces à impressionner à celles qui viennent de l’être. Ces glaces étant sensibilisées au gélatino-bromure d’argent sont sèches et ne présentent aucun des inconvénients des glaces au collodion humide.
- Les autres manipulations nécessaires pour la révélation et la fixation des images peuvent être ajournées à l’époque du retour de voyage et être exécutées par l’opérateur lui-même ou confiées à un photographe de profession.
- Eau distillée.............. 100 c. c.
- Nitrate d’argent........... 14 grammes
- Ce papier séché est placé par petits carrés de la grandeur des glaces et exposé à la lumière dans un châssis-presse, spécial à cet usage ; quand l’épreuve est dépassée, c’est-à-dire une fois plus noire qu’elle ne doit être lorsqu’elle est terminée, on la plonge dans un bain abondant d’eau ordinaire, que l’on change deux ou trois fois; puis on la vire, c’est-à-dire on lui donne un ton plus agréable en la plongeant jusqu’à ce quelle prenne un beau ton bleu dans un bain de virage, qui est :
- Dans une première bouteille :
- Eau distillée................ 1000 grammes
- Chlorure d’or neutre............... 1 —
- Dans une deuxième bouteille :
- Acétate de soude fondue.... 15 grammes
- Phosphate de soude................ 15 —
- Eau distillée .................. 1000 —
- On verse la dissolution d’or goutte à goutte en remuant fortement, et vingt-quatre heures après ce bain peut servir.
- Enfin, quand cette épreuve est virée au bleu foncé, on la fixe dans un bain d’hyposulfite de soude à 14 pour 100, en l’y laissant séjourner environ dix à douze minutes; ensuite l’épreuve est lavée à grande eau pendant six heures, séchée et montée sur un carton, en la collant à l’aide de colle d’amidon ou de dextrine.
- Quand l’opération photographique est terminée, et que l’on doit reconstituer sa jumelle, on fixera, pour conserver le parfait centrage des verres, la paire de bonnettes ainsi que les barillets numérotés 1 et 2 en regard des coulants de la jumelle munis des mêmes numéros.
- Telle est la jumelle photographique. Avec elle, nous l’espérons, le voyageur pourra conserver une image durable de ses voyages. Le peintre, l’artiste,
- VISITE A L’OASIS DE LAGH0UAT
- (algérie)
- (Suite et fin. — Voy. p. 150.)
- Le fort Morand, de même que le fort Bouscarin, occupe l’emplacement d’un ancienne tour arabe détruite depuis le sac de 1852. Tous deux sont bâtis en maçonnerie compacte, très résistante, en moellons et en pierres de taille. Un mur d’enceinte continu les relie l’un à l’autre, laissant les jardins en dehors. La principale rue traverse la ville dans sa longueur de l’Est à l’Ouest, à mi-côte de la colline qui porte la grande mosquée, de manière à réunir les deux quartiers séparés par cette élévation. Raboteuse, glissante, pavée de blanc, éblouissante sous le soleil de midi, cette voie exige un grand aplomb des cavaliers qui veulent y lancer leur cheval au galop. Si par malheur vous y rencontrez un convoi de chameaux, il vous faut ou rebrousser chemin, ou vous glisser entre les jambes des animaux, ou attendre sous une porte que le convoi ait défilé. La grand’rue de Laghouat, toute formée de boutiques, représente le quartier marchand, sans avoir pourtant le monopole exclusif du commerce. Ces boutiques sont des cafés, des étaux de bouchers, des échoppes de mercerie, de petits magasins de comestibles ou d’étoffes, entremêlés d’ateliers de tailleurs, de selliers. Des gens du M’zab, ou Mozabites, détiennent la plupart des magasins ou des boutiques ; mais le grand commerce est entre les mains de négociants français ou d’israélites francisés par naturalisation. Aux endroits écartés, dans quelques loges étroites, plus enfermées que les autres, nous apercevons de maigres vieillards, à barbe en pointe, fort sales, soufflant sur des charbons avec un petit soufflet tenu en main, ou bien façonnant à coups de marteaux, sur une enclume posée à terre, entre leurs talons, de petits objets en métal : peignes, anneaux,
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- bracelets, boutons en filigrane, épingles pour kaïks, bref, toute la bijouterie du lieu. Ces bijoutiers sont juifs aussi, comme ceux que j’ai vu travailler à Tanger, au Maroc. Pas un Arabe ne s’assied devant leurs boutiques. Comme détail de costume, nous leur remarquons des turbans noirs que ne portent pas les Arabes. Leurs femmes ont pour parure un voile bariolé de dessins voyants. Belles et à l’expression triste, ces femmes juives passent devant nous silencieuses.
- Non loin de là se trouvent quelques maisons à étages, avec des lanternes au-dessus de la porte, et sous la porte des jeunes filles vêtues de blanc, avec un diadème chargé de pièces d’or enfilées, sans voile sur la figure, fumant des cigarettes et pas timides du tout. Ce sont des Ouleds-Naïls venues là pour chercher fortune. Elles vous interpellent en français.
- Si vous désirez voir quelques intérieurs arabes moins suspects, le commandant Hessling, des tirailleurs indigènes, offre de nous conduire chez le grand marabout Tagini, qui demeure dans une villa, au milieu des jardins, hors de la place. Nous ferons aussi notre visite à Cheik Ali, le bach-agha du cercle de Laghouat, chef indigène qui porte fièrement sur sa poitrine la croix de commandeur de la Légion d’honneur et vient de mettre à notre disposition un excellent landau et ses chevaux pour nos excursions aux environs. Les Arabes n’aiment pas beaucoup introduire des étrangers dans leur intérieur. Mais nous sommes si curieux, si peu au fait des coutumes locales, que, nos habitudes de naturalistes aidant, nous pénétrons partout, sans souci des usages ni même des défenses de police, au risque de quelques inconvénients. Je l’ai déjà dit d’ailleurs, les demeures du commun peuple se ressemblent beaucoup entre elles. Une petite cour carrée, avec un logement sur deux ou trois de ses faces, voilà le type des habitations indigènes, où deux ou trois familles restent ensemble. Une porte basse, toujours ouverte, où le soleil pénètre seulement quand il devient tout à fait oblique, au lever et au coucher, donne accès dans le logement, composé d’une ou deux pièces, sans autre ouverture, sans fenêtre. Ainsi la lumière n’éclaire l’intérieur que par rellet. Les murs sont noirs, enduits d’une sorte de suie, de quelque chose ressemblant à un long dépôt de fumée. Pour tout mobilier un coffre, des nattes, un métier à tisser, une meule à broyer le grain avant chaque repas, quelques poteries. Rien d’étonnant que la porte reste ouverte avec cela.
- Tandis que les hommes passent leur journée dehors à dormir ou à ne rien faire, la plupart du temps, les femmes restent à la maison occupées sans relâche. Quand vous pénétrez dans ces logis obscurs, vous n’apercevez rien d’abord. Regardez bien, toutefois. Derrière vous, près de la porte, une femme silencieuse tourne lentement la meule que je vous ai signalée tout à l’heure dans l’inventaire du mobilier. Dans la pièce à côté, nous voyons aussi
- dans la partie éclairée le métier à tisser, où d’autres femmes passent à la main, sans navette, les fils de trame entre les fils de chaîne tendus, puis serrent la trame avec une sorte de fourchette en fer, qui représente un peigne. Métier bien simple, digne de nos ancêtres de l’âge de pierre, et dont je n’ai pas soupçonné la simplicité primitive avant de l’avoir vu fonctionner. Ses organes se composent d’une pièce de bois arrondie, fixée au plafond, d’un rouleau pour enrouler le tissu sur le sol, plus quelques baguettes intermédiaires. Les fils de chaîne formant nappe sont enroulés sur le l'ouleau supérieur et tendus par le rouleau d’en bas, tandis que les baguettes intermédiaires traversent la chaîne en faisant office de harnais. Bâtis, engrenages, poulies, rouages divers, arbres de transmission, tous ces organes multiples et variés qui constituent les machines à tisser de nos grandes manufactures, manquent complètement dans les ateliers de tissage arabes. Que l’on fabrique des burnous ou des tapis aux dessins compliqués, l’appareil est le même, et les instruments de préparation sont également simples. La laine lavée se carde par mèches sur une fourchette de fer fixée sur une pièce de bois. Un fuseau tient lieu de machine à filer ou remplace le rouet de nos paysans d’Europe. Ce sont les doigts de l’ouvrière qui doivent suffire à tout. Tout au plus avons-nous à ajouter à cet outillage élémentaire une ou plusieurs petites cuves à teinture pour les ateliers fabriquant des tapis en couleur.
- Le premier ménage où nous entrons fabrique justement un tapis en fils teints et de grande largeur. La largeur suffit pour occuper à la fois trois femmes, assises à terre, et qui passent les fils de trame par les fils de chaîne entrecroisés. Les ouvrières ont la poitrine et les bras nus, point de voile. Elles vous regardent avec leurs grands yeux surpris, mais sans souffler mot. Une autre ouvrière carde les mèches de laine blanche. Une autre encore file les mêmes mèches, tout à côté, balançant le fuseau au bout du fil, avec un enfant sur l’un des bras. Ces femmes accusent des âges différents. Sont-elles toutes épouses du même seigneur et maître, ou bien les filles travaillent-elles à côté des épouses. Je ne les ai pas consultées sur leur position dans le ménage, pour me servir d’une expression consacrée sur nos feuilles de recensement. Ce que je puis assurer, c’est que l’enfance passée, chaque jour de leur existence ressemble aux autres jours, avec les mêmes peines, dans son accablante monotonie et son labeur uniforme. Comment font ces êtres humains pour supporter pareille vie? Pensent-elles seulement, ces femmes? Et, si elles pensent, où peut s’étendre, où s’élève la sphère de leur pensée, dans l’ignorance et dans l’abaissement moral où les retient leur sort? Vivre ainsi n’est pas vivre ! C’est végéter dans une condition inférieure, plus misérable que celle des bêtes sauvages, affranchies celles-là des soucis inséparables de notre âme humaine et jouissant de l’entière liberté de leurs mouvements.
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- Avec leurs procédés de travail, les tissages de Laghouat ne doivent pas donner un rendement considérable. Je ne sais si les tisseurs sans navettes placent plus de cinq fils de trame à la minute. Peu de chose assurément en regard de nos métiers mécaniques qui battent cent soixante et jusqu’à deux cents coups dans le même temps. Le prix d’un burnous en laine, tout achevé, s’élève de 15 à 50 francs, pris chez le marchand, qui prélève le plus gros bénéfice. Cette industrie à domicile est donc peu rémunératrice pour l’artisan, beaucoup moins profitable certainement que dans nos tissages d’Alsace. Dans nos grandes manufactures de Colmar ou de Mulhouse, une femme gagne aisément 2 francs par jour et même plus; à Laghouat de 4 à 6 sous et peut-être moins. Mais dans les oasis sahariennes, il ne faut pas 4 sous par jour pour l’entretien d'un homme.
- Les cavaliers des goums, gens des mieux posés, touchent du gouvernement une solde de 20 sous par jour, en temps de mobilisation, et avec cette somme, ils ont une famille à entretenir.
- Juge; de la situation pécuniaire du peuple indigène par cet exemple. Que demande d’ailleurs un Arabe pour vivre ?
- Une galette le matin, une portion de kouss-kouss le soir, quand le jeûne n’est pas complet. Jeûne obligatoire, bien entendu ! car si la sobriété des Arabes est proverbiale, elle n’a d’égale que leur gloutonnerie, quand ils peuvent manger sans payer. Témoins les diffas, où nous avons vu en un clin d’oeil engloutir dans ces admirables estomacs des moutons entiers rôtis dans leur jus, avec force plats de kousskouss.
- Actuellement Laghouat a une population de 5000 habitants et 1500 hommes de garnison en temps ordinaires. Sur ce nombre comptez une vingtaine de Français électeurs dans la population civile et autant de Français non électeurs pour différents accrocs consignés au dossier judiciaire. Parmi les électeurs figurent une dizaine de fonctionnaires et employés du gouvernement : juge de paix,
- huissier, greffier, receveur des contributions, agents de la poste, etc. Une trentaine de juifs indigènes ont aussi acquis le droit de voter. Il y a encore quelques Européens de nationalité douteuse. Tout le reste est indigène. Laghouat forme au point de vue administratif actuel une commune mixte, commune mixte parce que l’administration civile se trouve entre les mains du commandant militaire du cercle, assisté d’un adjoint et d’un conseil municipal. Le conseil municipal, nommé par l’administration supérieure, se compose moitié de Français, moitié d’Arabes. En même temps qu’il s’occupe des affaires civiles de la
- population urbaine sédentaire, le commandant supérieur militaire est administrateur de la commune indigène formée par les nomades du cercle, assisté, dans ces fonctions par le chef du bureau arabe, le juge de paix et les chefs indigènes, réunis à époques fixes pour voter le budget et régler les comptes administratifs. Peu nombreux, les Européens établis à Laghouat sont débitants, fournisseurs, épiciers, artisans de professions diverses cumulées par le même individu. Entre autres, le maçon français de la place répare les montres; le serrurier fait de la photographie et remet les carreaux de vitres. J’ai vu aussi un brasseur lyonnais, qui fabrique de bonne bière à côté du camp des zouaves, qui se plaint aussi de la concurrence de l’absinthe, dont les troupes de la garnison consomment par jour 250 litres pour 1500 hommes !
- Autour de la ville s’étendent les jardins arrosés par les eaux de l’Oued Mzi. Un barrage rudimentaire en terre, enlevé par chaque grande crue quand il pleut abondamment, mais reconstruit aussitôt, retient les eaux de la rivière dans un petit réservoir, d’où part un réseau de canaux ou de rigoles pour alimenter la ville et l’oasis. Au mois de décembre 1880, M. Béringer, qui accompagnait la mission Flatters en qualité d’ingénieur, constata un débit de 125 litres par seconde au réservoir. A la fin d’avril, j’ai trouvé moins, mais on pourrait décupler ce
- Fig. 1. Type d’une femme de Laghouat (d’après une photographie).
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- débit au moyen d’un barrage en maçonnerie étanche, descendant jusqu’à la roche compacte et arrêtant les eaux qui filtrent aujourd’hui à travers les sables, sans emploi pour les cultures. L’emplacement de ce barrage est tout indiqué, entre le rocher dolomiti-que du Djebel Tisgrarine et la base du Djebel Schreiga. Outre les eaux dérivées de l’Oued Mzi, il y a en ville et dans les oasis des puits creusés dans les alluvions diluviennes. Ces puits donnent beaucoup d’eau entre 8 et 15 mètres de profondeur. Selon les habitants, les eaux de puits sont moins bonnes que celles de la rivière pour les usages domestiques, à cause des veines de gypse qui abondent dans la
- terre argileuse verdâtre du sous-sol à Laghouat même. M. Ville, dans son Exploration géologique du Sahara, publiée en 1872, indique une quantité de 2,5 grammes de sels divers, sulfates, carbonates, chlorures, par litre d’eau prise dans les puits de l’oasis, au nord de la ville. M. Bousson, pharmacien en chef de l’hôpital militaire, m’a communiqué des analyses indiquant des différences de composition suivant les saisons, selon l’abondance ou la diminution de l’eau dans le lit de la rivière : au lieu de 1,1 grammes de résidu fixe constaté par litre, après des pluies abondantes au mois de janvier 1880, il y avait 2,9 grammes le 25 mai de la même
- Fig. 2. Un intérieur arabe à Laghouat. — Le métier à tisser.
- année, à la prise d’eau qui alimente l’hôpital.
- On évalue la quantité de palmiers cultivables à un nombre équivalent à six fois le débit d’eau disponible par minute pour les irrigations. L’oasis de Laghouat compte maintenant 25000 de ces arbres précieux. Un dattier bien venu et d’un bon rapport peut valoir jusqu’à 200 francs et donne 40 à 50 kilogrammes de dattes sur un sol bien fumé, 15 kilogrammes seulement quand le fumier manque. Pour se procurer de l’engrais, nombre d’habitants de la ville arabe établissent dans un coin de leur maison, donnant sur la rue, des lieux d’aisance publics. Des trous de 2 à 5 mètres de profondeur, creusés dans le sol argileux, reçoivent les excréments des passants. De temps en temps le propriétaire ajoute dessus une couche de terre. Une fois la fosse pleine, le contenu
- est extrait, séché au soleil, réduit en poudrette et transporté dans les jardins. Quand les vents d’Est soufflent avec violence, ils accumulent contre les murs des jardins des amas de sables mouvants qui atteignent trop souvent la crête de la clôture pour retomber à l’intérieur. Toutes les faces de la muraille de ceinture des jardins au nord de la ville, entre Ras-el-Aïoun et le Rocher-des-Chiens, présentent une bordure de sables, contre lesquels les propriétaires ont à lutter constamment. Dans la partie de l’oasis au sud de la ville, les sables s’accumulent seulement au pied des murs tournés vers l’Est, non à l’Ouest. Sur le flanc sud-est du Rocher-des-Chiens ou du Djebel Tisgrarine, les sables forment des dunes d’une grande élévation et d’un grain plus gros. On donne aux jardins tous les soins possibles. A l’ombre
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- LÀ NATURE.
- des dattiers, si les dattiers donnent de l’ombre, viennent d’autres arbres fruitiers, le néflier du Japon, l’abricotier, le grenadier, quelques vignes et des légumes ; puis à côté des champs d’orge, des céréales. Mais ce sont les dattiers qui donnent aux oasis du Sahara leur caractère propre et leur charme. Chaque propriété est enclose de murailles en terre sèche, plus ou moins, avec une petite porte fermée à clef. D’interminables ruelles glissent entre ces murs, généralement bordées de canaux d’irrigation, de rigoles qui traversent l’oasis en tous sens, formant un véritable labyrinthe. Au retour d’une de nos promenades au milieu des jardins, le 25 avril, un courrier d’Ouargla, venu à dos de mehara, apporta au bureau arabe une dépêche du khalifa annonçant que les Chaambas avaient recueilli les derniers survivants de la mission Flatters, dont le massacre se confirmait définitivement. En même temps arrivait la nouvelle du soulèvement deBou Amema et d’autres massacres au milieu des plateaux à alfa. Le lendemain je repris avec mes compagnons la direction d’Alger, à travers les steppes du Sersou.
- ’ * Charles Grad,
- Député de l’Alsace au Parlement allemand.
- Au Congrès d’Alger, avril 1881.
- DE LA VISION DES NOMBRES
- Je ne sais si le lecteur se rappellera deux articles que j’ai publiés en 1880 et en 1881 dans la Nature, sur la façon étrange dont certaines personnes se représentent la série des nombres*.
- Il est clair que raisonnablement les nombres, choses abstraites, n’ont aucune forme et aucune couleur; mais certaines personnes, soit par une habitude qui date de l’enfance, soit autrement, ne peuvent songer à un chiffre sans que leur imagination le leur figure sous une forme déterminée. Tantôt ils voient la série des nombres disposée en cercle, tantôt en ligne ascendante ou descendante, tantôt enfin avec des variations de couleur plus ou moins singulières.
- Les deux articles que j’ai publiés sur ce sujet dans la Nature ont excité chez plusieurs personnes un certain étonnement. Il leur semblait extrêmement singulier qu’on pût voir un nombre, puisque c’est, en effet, une chose abstraite qui en elle-même n’existe pas.
- J’ai, au contraire, reçu d’autres lettres dont les auteurs présentaient cette particularité de voir les nombres, et n’y attachaient pas grande importance « croyant que c’était là un fait assez général ».
- J’ai déjà publié une de ces lettres. En voici quelques autres ; elles sont signées en toutes lettres ; mais, n’étant pas explicitement autorisé à publier
- 1 Yoy. n® 378 du 28 août 1880, p. 196, et n* 408 du 26 mars 1881, p. 262.
- le nom de leurs auteurs, je remplace les signatures par des initiales.
- Je vois les chiffres suivant le dessin ci-joint (fig. 1) : les dix premiers nombres entiers sur une ligne horizontale, les dix nombres suivants perpendiculaires aux dix premiers.
- 90 91 92 93 9*r
- 1 2 m # 7 n u
- Fig. 1.
- Les chiffres de vingt à trente arrivent ensuite en remontant une diagonale de droite à gauche. Tous les autres chiffres de trente à quatre-vingt-dix s’élèvent encore parallèlement à la seconde série, et enfin les chiffres de 90 à 100 reprennent une direction parallèle à celle des dix premiers, en allant cette fois de gauche à droite.
- Après le nombre 1000, je ne vois plus rien; le tout in’apparaît sans coloration d’aucune sorte.
- Ch. B.
- À la forme bizarre de cette vision des quatre-vingt-dix premiers nombres, M. Ch. B. ne donne aucune explication, et il est probable qu’il n’en connaît aucune.
- L’observation suivante ressemble à celle qui précède, mais avec cette différence que la vision des nombres s’y accompagne de changements bizarres dans la largeur des chiffres : tantôt ils augmentent, tantôt ils diminuent de grandeur, sans qu’il y ait à ces changements d’explication raisonnable :
- Lorsque je pense un peu rapidement à la série des nombres à partir de l’unité, je vois une figure dans laquelle les chiffres ne se distinguent pas très clairement les uns des autres, et qui peut se définir ainsi : d’abord une colonne descendante, très étroite, jusqu’au nombre 10 où elle double de largeur; de 16 à 20 cette colonne s’enfle, s’élargit de manière à former un rectangle deux fois plus large que la colonne double de 10 à 16; à partir de 20, la colonne se rétrécit et sa direction change ; elle remonte perpendiculairement sans que je puisse bien me rendre compte de la manière dont se fait la soudure entre la colonne descendante et la colonne montante. Quoi qu’il en soit, la colonne continue en présentant un renflement rectangulaire à chaque dizaine. À partir de 50, la colonne s’incurve vers la droite, en conservant ses dimensions et ses renflements à chaque dizaine, puis redescend en courbe jusqu’à 100 ; après 100, je ne vois plus
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- rien. Il va sans dire que si j’arrête ma pensée un peu longtemps sur les chiffres, tout disparaît, sauf l’élargissement de la colonne de 16 à 20, qui persiste malgré la réflexion.
- M. de B. de M.
- Dans les deux observations qui suivent, l’auteur se représente sous une forme tangible d’autres abstractions que les nombres :
- Un de nos parents auquel nous avons montré votre article sur la Vision et la mémoire des nombres, nous a raconté que lui-même voyait les nombres dans un ordre particulier. Il a également la faculté de se représenter les mois sous une forme extraordinaire.
- Voici la figure (fig. 2) sous laquelle les mois se présentent toujours à son imagination.
- J. B., à Paris.
- Septembre
- Juillet
- Octobre
- Novembre’
- Avril
- Décembre
- ^/Mars
- Février
- Janvier
- Cette manière de se représenter les mois de l’année n’est pas en somme très illogique : depuis longtemps déjà on parle du cycle des saisons et des mois, et cette comparaison de l’année avec un cercle se trouve être assez conforme à la vérité astronomique.
- Mais pourquoi l’auteur d’une autre lettre voit-il les événements historiques se dérouler dans un ordre particulier qu’il leur assigne? Il est probable qu’il ne le sait pas lui-même, pas plus que nous.
- Un autre nous écrit : Je vois les nombres ainsi (fig. 3) :
- Après 100, les chiffres ne se continuent pas, mais je recommence ensuite la même série, sans cependant voir les chiffres des centaines.
- Les négatifs (comme pour l’échelle barométrique) se trouvent en bas, du côté de B, mais un peu confus.
- C’est de la même manière que je suis forcé de me représenter les dates des années et des siècles.
- J. R., à Amsterdam.
- M. E. C. m’envoie l’observation qu’il a faite sur lui-même de la vision des nombres. C’est très compliqué : tandis que les personnes dont je viens de parler voient les chiffres sur un seul plan, ils se suivent chez M. E. C. dans l’espace. Cet abonné m’envoie un dessin de géométrie descriptive pour m’en rendre compte. Pour plus de clarté, je le traduis par la figure ci-jointe (fig. 4). Imaginez un prisme à trois faces ; une ligne en zig-zag monte
- .1000000
- 30000
- 10000
- 20000
- 300000
- A 100000
- Fig. 4.
- comme une spirale autour des faces de ce prisme; c’est le long de cette ligne que M. E. C. voit les chiffres se succéder.
- La première face, dit mon correspondant, porte seulement les trente premiers chiffres, et ils sont disposés en zigzag; 10 étant situé sur un premier sommet; 20 dans un angle rentrant, et 30, au contraire, formant un second sommet.
- La deuxième face du prisme porte les nombres de 30 à 100 ; ils sont disposés en ligne droite et horizontale. La
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- troisième face du prisme porte les nombres de 100 à 1000 en ligne droite et ascendante.
- La spirale continuant à monter en tournant, nous sommes ramenés vers la première face du prisme, et de même que nous y avions vu tout à l’heure les trente premiers nombres, nous y trouvons maintenant les nombres de 1000 à 50 000, formant des zigzags parallèles à ceux que nous avons décrits tout 'a l’heure.
- La spirale nous conduit ensuite sur la deuxième face du prisme ; nous y avions vu tout à l’heure les nombres i e succéder en ligne droite depuis 30 jusqu’à 100. Nous y trouvons à présent les nombres depuis 50 000 jusqu’à 100 000.
- Enfin la troisième face qui porte en bas les nombres depuis 100 jusqu’à 1000, porte en haut ceux depuis 100000 jusqu’à 1 million.
- Au delà, M. E. C. cesse “d’avoir une vision bien nette des chiffres.
- J’ai déjà expliqué pourquoi ces représentations singulières doivent probablement être rattachées, pour la plupart, à des souvenirs d’enfance. En ce qui me concerne personnellement, cela est bien évident, puisque je me représente instinctivement la série des nombres dans le jardin où j’ai été élevé.
- Je remercie très vivement tous mes correspondants bénévoles de leurs intéressantes communications. Ces observations n’ont évidemment pas d’intérêt pratique, mais en psychologie comme dans les autres sciences, ce n’est pas l’intérêt pratique des observations qu’il faut rechercher; c’est leur sincérité et leur exactitude.
- Les arbres a' et c tournent dans des paliers invariablement fixés au bâti M, mais l’arbre de la roue B tourne dans une douille portée par un balancier dont l’axe fixe passe exactement par le contact des circonférences primitives des roues A et B, il en résulte que le moment de la force exercée par la roue A sur la roue B, est nul par rapport à l’arête du couteau sur lequel oscille le balancier, et que conséquemment cette force n’a aucune tendance à mouvoir le balancier dans un sens plutôt que dans l’autre; ce balancier est donc uniquement sollicité par la résistance que la roue G oppose au mouvement de la roue B, et c’est cette résistance que, par un système de leviers, dans le rapport de 1 à 10, on mesure au moyen du poids P.
- Afin de simplifier les calculs on fait la circonférence primitive de la roue C égale à 5 mètres, la formule du travail devient alors très simple :
- T
- P X 10 X 5 x n GO
- Pu
- Jacqoes Bertillon.
- Dynamomètre de transmission.
- DYNAMOMÈTRE DE TRANSMISSION
- DE M. RAFFARD
- La gravure ci-dessus représente un dynamomètre de transmission, c’est-à-dire destiné à mesurer le travail dépensé par les machines-outils. Le moteur agit directement sur l’arbre de la roue A, dans le sens indiqué par la flèche; cette roue entraîne la roue intermédiaire B, qui transmet le mouvement à la roue à denture intérieure C; celle-ci est reliée à l’outil à expérimenter par l’arbre c et le joint de Cardan c'.
- dans laquelle T est le travail par seconde, P le poids situé à l’extrémité du système de levier, n le nombre de tours par minute.
- Il est à remarquer que ce dynamomètre permettra «l’obtenir des résultats qui s’éloigneront fort peu de la vérité, car, sauf les frottements de la roue C, tous les frottements de l’appareil sont en dehors de la mesure; or la force qui agit sur la roue C, étant dirigée en sens contraire de la pesanteur, le frottement dû au poids de cette roue devient négligeable ; reste le frottement de la denture, mais on sait que les roues à dentures intérieures, surtout lorsqu’elles sont commandées par un pignon relativement grand, n’occasionnent que fort peu de frottement.
- Si on compare les causes d’erreur du nouveau dynamomètre avec celles qui existent dans l’appareil de White fort employé aux États-Unis, on voit qu’elles sont environ quatre à cinq fois moindres.
- En remplaçant le poids P par un ressort on peut très bien appliquer un totalisateur quelconque au nouvel appareil.
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- LES BÉNITIERS A TIRE-LIRE
- ET A TOURNIQUET
- DANS LES TEMPLES DE l/.\NCIENNE ÉGYPTE
- On trouve dans la Nature 1 la description d’une tire-lire américaine qui distribuait automatiquement aux visiteurs de l’Exposition de Philadelphie des photographies d’hommes célèbres, sous la condition de déposer dans l’appareil un certain nombre de pièces de cinq cents.
- C’était là une invention renouvelée des prêtres égyptiens, qui vendaient, il y a deux mille ans, de l’eau bénite aux fidèles par un procédé analogue.
- Voici comment Héron d’Alexandrie décrit la
- Fig. 1. Bénitier à tire-lire, d’après Héron.
- que le plateau R mais plus léger que le plateau et ta pièce de monnaie.
- Quand on jette une pièce par l’orifice A elle tombe sur le plateau et son poids fait incliner la règle on, ce qui fait soulever le couvercle et couler l'eau; mais, la pièce coulant ensuite au fond, le couvercle bouche de nouveau le cylindre et arrête l’écoulement.
- Il y avait encore d’autres bénitiers qui étaient à tourniquet. Voici ce qu’en dit l’ingénieur alexandrin :
- « On place dans les sanctuaires égyptiens près du
- PORTIQOE DES RODES DE BRONZE MOBILES QUE CEDX QUI ENTRENT FONT TODRNER PARCE QUE l’aIRAIN PASSE POUR PURIFIER. Il CONVIENT DE LES DISPOSER DE TELLE MANIÈRE QUE LA ROTATION DE LA ROUE FASSE COULER L’EAU POUR L’ABLUTION DONT ON VIENT DE PARLER. ))
- Soit ABrA un vase à eau, caché derrière un des jambages de la porte d’entrée (fig 2). Ce vase est
- 1 Voy. n° 209 du 2 juin 1877, p. 13.
- tire-lire sacerdotale dans son Traité des Pneuma-%. tiques :
- (( Il Y A DES VASES A ABLUTIONS TELS QUE, SI l/0N Y JETTE UNE PIÈCE DE CINQ DRACHMES, IL s’EN ÉCOULERA DE L’EAU POUR LES ABLUTIONS. )) (fig. 1).
- Soit un vase à ablutions ou un coffre ABrA dont l’orifice A s’ouvre à la partie supérieure. Dans ce coffre se trouve un vase ZH0K contenant de l'eau et un petit cylindre A, fermé par le bas, d'où part un tuyau AM qui débouche à l'extérieur. Près de ce vase on place une règle verticale NS autour de l'extrémité supérieure de laquelle se meut une autre règle on terminée en O par un plateau R parallèle au fond du vase. A l'autre bout n est suspendu un couvercle 2 qui s'ajuste au cylindre A de manière à empêcher l'eau de couler par le canal AM. Il faut que ce couvercle soit plus lourd
- Fig. 2. Bénitier à tourniquet, d'après Héron»
- percé au fond dun trou E et sous ce fond est fixé un tuyau ZH@K ayant également un trou en face de celui du fond et dans lequel on place un autre tuyau AM fixé en A à ce même tuyau ZR0K; le tuyau AM est percé d’un trou n en regard du trou E. Entre ces deux tuyaux, on en adapte un troisième NSOR mobile à frottement sur chacun d’eux et qui a un trou 2 en regard de E.
- Si ces trois trous se trouvent en ligne droite, quand on versera de l'eau dans le vase ABrA, elle coulera par le tuyau AM; mais, si on fait tourner le tube NSOR de manière à déplacer le trou 2, l'écoulement cessera. Il suffit donc de fixer la roue NSOR pour qu’en la faisant tourner, l’eau coule.
- Cet ingénieux système de robinet à plusieurs entrées a été reproduit au seizième siècle par Jacques Besson dans son Theatrum instrumentorum et machinarum. Besson l’appliquait à un tonneau muni de cloisons qui donnait à volonté des liqueurs diverses par le même orifice. Quelques années plus
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- LA NATURE.
- tard, Denis Papin le proposait pour les machines à vapeur à haute pression ; en se perfectionnant il est devenu le tiroir de Walt.
- A. de Rochas.
- CORRESPONDANCE
- CHARBON A l’aMIANTE
- Toulouse, 16 mars 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je viens de lire, dans le n° 453 de la Nature, un intéressant article traitant de l’amiante et de ses applications industrielles. M’étant occupé assez sérieusement de ce sujet, j’ai pu constater l’exactitude rigoureuse des renseignements qui y sont donnés, et que, si vous voulez bien, je me permettrai de compléter.
- 11 existe dans le nord de l’Espagne, et même en France, dans les Pyrénées, des gisements d’amiante d’un gris bleuté, un peu moins fibreux que celui du Canada; réduit en petits fragments et plongé dans l’eau, même froide, il se désagrège au bout d’un certain temps et prend la consistance d’une pâte agglutinante. Soumise à la dessiccation cette pâte devient dure comme la pierre, et si par un effort assez grand on parvient à rompre sa masse, on constate que le corps s’est de nouveau cristallisé en aiguilles aussi belles que celles du bloc primitif.
- Cette propriété véritablement remarquable a été très avantageusement utilisée par un industriel de Toulouse qui a.eu l’heureuse idée de l’introduire comme substance agglomérante dans la composition d’un charbon chimique de son invention.
- Le charbon h l’amiante est aujourd’hui utilisé pour le chauffage des wagons, dans les chaufferettes portatives, dans la marmite américaine actuellement en vente à Paris, et c’est à lui que cet excellent appareil de cuisine doit ses plus précieuses qualités.
- Il y a quelque temps on a fait l’expérience suivante, dont je garantis l’exactitude. Un cavalier muni à son côté d’une petite marmite en forme de bidon à fermeture hermétique et chauffée avec deux petites briquettes de charbon amianté a pu se rendre de Paris à Versailles et en revenir en faisant la soupe ; son cheval prenant toutes les allures possibles, sans que la moindre projection de feu se soit produite. On comprend toute l’importance d’une pareille application au point de vue surtout de la tactique militaire, si un jour cet appareil était adopté pour l’usage de l’armée.
- Quoi qu’il en soit, on ne peut douter du succès déjà acquis de cette nouvelle application de l’amiante. Une usine à vapeur construite depuis peu à Toulouse pour la fabrication de ce charbon étant déjà devenue insuffisante, une nouvelle usine plus importante s’installe en ce moment à Grenelle sous la direction d’habiles ingénieurs.
- Veuillez agréer, etc.
- Victor Graxd.
- CHRONIQUE
- Société de Géographie — La Société de Géographie s’est réunie le 19 mars pour entendre deux voyageurs depuis peu revenus à Paris : MM. J. Garnier et de Ujfalvy. M. Garnier, ingénieur et géologue, a parlé du pays des Cosaques du Don, de la houille et du fer qu’il
- recèle, des chances de réussite qu’y peuvent trouver les Français. M. de Ujfalvy a décrit en observateur de la nature et des mœurs, en archéologue et en anthropologiste, les régions de l’IIimalaya d’où il a rapporté la belle collection qu’il offre à l’État. Il a mis sous les yeux des assistants, grâce à d’excellentes projections et surtout grâce à une conférence fort bien distribuée ekfort bien dite, le pays des Koulous où règne encore la polyandrie, la vallée de Cachemire, le Dardistan et le Baltistan.
- M. Chevreul. — Le 5 mars 1882, la Société nationale d’Agriculture de France a offert un banquet à M. Chevreul, membre de l’Institut, président de la Société, pour fêter le cinquantième anniversaise de son élection de membre de la Société et sa quatre-vingt-dix-septième année. M. de Mahy, ministre de l’Agriculture, a prononcé le toast suivant :
- « Au nom de M. le président de la République et avec son autorisation, j’ai l’honneur de porter un toast au vénérable président de la Société nationale d’agriculture, au doyen de la science française, ou, pour mieux dire, au doyen de tous les savants de ce monde terrestre, à notre très excellent, très illustre et très cher M. Chevreul.
- « C’est une heureuse fortune pour un ministre que son passage aux affaires, coïncidant avec un pareil anniversaire, lui donne la mission d’exprimer à un homme tel que M. Chevreul la sympathie, l’admiration, le respect du gouvernement et du pays ! Accoutumé depuis longues années, par la direction même de mes études, au prestige du nom de M. Chevreul, j’apprécie très haut l’honneur qui m’est échu, et je pourrais être tenté de retracer l’existence de cet immortel h qui la nature a départi tous.ses dons, et qui, ayant franchi les limites de la longévité humaine, a conservé son exquise bonté et la plénitude de la santé et du génie, et voit en ce moment autour de lui, la postérité respectueuse et reconnaissante.
- « Mais je ne veux pas oublier que dans cette assemblée, où se rencontrent tant de savants illustres, il en est un qui est particulièrement qualifié pour faire aujourd’hui l’éloge de M. Chevreul et parler de ses travaux : c’est le président de ce banquet, le vice-président de votre Société, Messieurs, le compagnon et l’émule de M. Chevreul, M. Dumas.
- « Je ne me pardonnerais pas de garder plus longtemps la parole ; je remercie M. Dumas de me l’avoir accordée, je m’excuse de l’avoir acceptée avant lui, et je termine en vous annonçant qu’avec l’approbation de M. le président de la République et du conseil des ministres, mon honorable collègue de l’instruction publique et des beaux-arts, M. Jules Ferry, appréciateur compétent du mérite et juste admirateur de M. Chevreul, a décidé que le buste de M. Chevreul, membre de l’Institut de France, professeur au Muséum, président de la Société nationale d’Agriculture, sera fait aux frais de l’État, pour être offert à la Société nationale par M. Chevreul lui-même. »
- Passage «le Vénus en 188®. — Les huit missions que le gouvernement français organise pour l’observation de ce phénomène, sont réparties comme suit :
- Au Sud. — Mission de Santa-Cruz : M. Fleuriais, capitaine de frégate. — Mission de Chubut (Patagonie) : M. Ilatt, ingénieur hydrographe de la Marine. — Mission de Rio-Negro : M. Perrotin, directeur de l’Observatoire de Nice. — Mission du Chili : M. de Bernadières, lieutenant de vaisseau.
- Au Nord. — Mission de Cuba : M. Tisserand, membre de l’Institut. — Mission du Mexique : M. Bouquet de la Grye, ingénieur hydrographe de la Marine. — Mission de
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- la Floride : M. le lieutenant-colonel Perrier, membre de l’Institut. — Mission de Porto-Rico : M. d’Àbbadie, membre de l’Institut.
- Les départs des missions se feront vers le mois de juillet prochain.
- Les œuvres de Fermât. — MM. Laisant, Paul Bert et Hervé Mangon ont demandé à la Chambre qu’un crédit de 25 000 francs soit affecté à la publication des œuvres de Fermât. M. Viette, au nom de la quatrième commission d’initiative, a récemment déposé un rapport concluant à la prise en considération de cette proposition. Le rapporteur rappelle que Fermât, conseiller au Parlement de Toulouse, fut un des savants les plus considérables du siècle de Louis XIV, et que, dès 1845, M. Ville-main voulait faire éditer ses œuvres par le ministère de l’instruction publique. Des vœux analogues ont été émis en 1880 par le Congrès de l’Association pour l’avancement des sciences, et, nous devançant, les Allemands ont publié, en 1861, un recueil des œuvres de notre illustre compatriote, mais très incomplet.
- Fermât, qui doit être considéré comme le véritable inventeur du calcul différentiel, a possédé et fait progresser toutes les branches des mathématiques : analyse, géométrie, théorie des nombres surtout.
- C’est à lui que Pascal écrivait :
- « Cherchez ailleurs qui vous suive dans vos inventions numériques ; je vous confesse que cela me passe bien loin. Je ne suis capable que de les admirer. »
- C’est à lui encore qu’il s’adressait en ces termes :
- « ....Je vous dirai donc, monsieur, que si j’étais en
- santé, je serais volé à Tolose, et que je n’aurais pas souffert qu’un homme comme vous eût fait un pas pour un homme comme moi. Je vous dirai aussi que, quoique vous soyez celui de toute l’Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, ce ne serait pas cette qualité-là qui m’aurait attiré, mais que je me figure tant d’esprit et d’honnêteté en votre conversation, que c’est pour cela que je vous rechercherais. Car, pour vous parler franchement de la géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l’esprit, mais en même temps je la connais pour si inutile que je fais peu de différence entre un homme qui n’est que géomètre et un habile artisan. Aussi je l’appelle le plus beau métier du monde, mais enfin ce n'est qu'un métier... Voilà, monsieur, tout l’état de ma vie présente, dont je suis obligé de vous rendre compte, pour vous assurer de l’impossibilité où je suis de recevoir l’honneur que vous daignez m’offrir, et que je souhaite de tout mon cœur de pouvoir un jour reconnaître en vous ou en messieurs vos enfants, auxquels je suis tout dévoué, ayant une vénération particulière pour ceux qui portent le nom du premier homme du monde. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 mars 1882.
- L’hémoglobine des lamas. — Dans une note présentée à l’Académie par M. Milne Edwards, M. Paul Bert signale un fait des plus remarquables et qui frappera tout le monde. 11 s’agit de la composition du sang des lamas et des autres animaux qui malgré leur habitat dans l’atmosphère raréfiée des hautes régions des Andes où les autres êtres sont accablés, sont néanmoins capables de puissants efforts mécaniques. Ce sang renferme une quantité d’hémoglobine supérieure d’un tiers à la dose normale des
- autres mammifères. Il en résulte un véritable emmagasi-nement d’oxvgène qui rend bien compte de l’énergie vitale constatée. Un fait imprévu sur lequel insiste l’auteur, c’est la prodigieuse stabilité chimique de l’hémoglobine, qui, nonobstant sa constitution et son origine organiques, subsiste inaltérée dans le sang putréfié. C’est justement ce qui a permis le travail que nous analysons aujourd’hui, car les dosages ont été exécutés sur du sang envoyé de La Paz à M. Paul Bert, et où par conséquent toute trace d’organisation avait disparu depuis longtemps.
- Petites planètes. — On annonce la découverte de trois petites planètes qui prendront dans les catalogues les n09 221, 222 et 225.
- Propriétés de l’ozone. — M. Maquenne annonce qu’eu réagissant sur les sels de protoxyde de manganèse, l’ozone donne lieu à la production de l’acide permanganique.
- Le déplacement du Gulf-Stream — Il est bien naturel que l’attention des météorologistes soit appelée sur les anomalies de température et de pression observées ces temps derniers. Un ingénieur des mines, M. Blavier, leur joint l’absence de la sardine sur les côtes de Bretagne et de Vendée et attribue le tout à des changements notables dans la direction moyenne des vents. On donne ces changements comme constatés, mais on les explique par une hypothèse : le Gulf-Stream subirait lui-même des modifications dans son cours. A l’appui de celte opinion l’auteur réunit des faits variés, par exemple la légère élévation de température constatée récemment au nord des Shett-land par M. Pouchet, et l’accumulation des glaces à notre station d’Islande. M. Blanchard se joint à lui pour rappeler qu’en Angleterre, où déjà on a cru observer des anomalies dans le régime du Gulf-Stream, une commission est chargée d’en suivre et d’en noter tous les détails. C’est évidemment un sujet digne d’examen.
- Mentionnons ici une communication adressée par M. Vignier au sujet de l’observation dans le midi de la France, des hautes pressions barométriques déjà étudiées dans le centre et dans le nord au mois de janvier dernier. Les résultats sont conformes à ceux déjà connus, et l’auteur rappelle à cette occasion les nombres obtenus par d’Hombres-Firmas, en 1821, lors d’un maximum analogue à celui que nous venons d’éprouver.
- Chimie. — Au sujet du récent mémoire de M. Violle sur le point d’ébullition du zinc, M. Troost rappelle qu’en 1880 il a publié, en collaboration avec M. Deville, des résultats d’expériences montrant que ce point se trouve entre 925 et 940 degrés, c’est-à-dire très près de 952 degrés, trouvé par M. Becquerel et qu’on doit désormais adopter.
- En même temps, M. Troost décrit de nombreux azotates et acétates d’ammoniaque qu’il vient de préparer. Parmi ces sels nous signalerons seulement deux azotates dont l’un contient 5 équivalents de base pour 2 d’acide et dont l’autre résulte de l’union de 5 équivalents d’ammoniaque avec 1 équivalent d’azotate neutre d’ammoniaque. Ce sont là, comme on voit, des compositions beaucoup plus complexes que toutes celles auxquelles on a généralement accordé de l’attention et leur étude élargit singulièrement le cercle des considérations chimiques.
- Succédané du café. — Par l’intermédiaire de M. Chatin, l'Académie reçoit une élude sur la graine d’une Stercu-liacée ayant une composition et des propriétés fort analogues à celles du café et dont le commerce ne tardera sans doute pas à s’emparer. i
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- Varia. — Dans une brillante improvisation, M. de ! Lesseps s’élève contre le système des quarantaines, mais j la discussion que plusieurs membres paraissent disposés à entamer à cet égard est renvoyée au Comité secret. —
- M. Brown-Sequart pose sa candidature à la place vacante dans la Section de médecine et de chirurgie. — M. Dette, pi’ofesseur à la Faculté des sciences de Caen, étudie l’action des dissolutions acides sur le protoxyde d’étain.
- Stanislas Meunier.
- APPAREILS DE LABORATOIRE
- CAGE A DESSICCATION
- Au sortir des étuves, les différents vases et capsules, renfermant les matières à peser, ne peuvent être portés directement sur la balance ; il faut aupa-
- Fig. 1. Cage à dessiccation.
- ravantles laisser refroidir dans l’air sec. Pour cela, on les porte dans la cage à dessiccation. C’est une sorte de petite armoire vitrée, soigneusement close et divisée en deux étages égaux. Dans chacun d’eux est placée une cuvette de porcelaine remplie de pierre ponce sulfurique. Une plaque métallique percée de trous et une galerie vitrée reçoivent les capsules. Les portes de la cage sont garnies de pe -tites bandes de caoutchouc ; leur fermeture est donc aussi hermétique que possible.
- APPAREIL POUR L’EXTRACTION ET LE DOSAGE DES GAZ
- L’appareil que représente la figure 2 ci-contre a servi à extraire et à doser les gaz renfermés dans les boues d’égout. Il peut être employé pour extraire les gaz d’autres substances (sang, etc.).
- La partie la plus importante de cet appareil est celle placée à gauche dans la figure; c’est un réci- j
- I pient partagé en deux parties au moyen d’un robi-! net à large voie. La partie inférieure est cylindrique et se ferme parfaitement au moyen d’un bouchon de caoutchouc. La partie supérieure, renflée trois fois, est surmontée d’un entonnoir dont le tube pénètre jusque dans la boule inférieure (au lieu de s’arrêter au centre de la première, comme l’indique la figure).
- La boule la plus élevée communique latéralement avec un récipient refroidi, puis avec un tube en U rempli de petites billes de verre arrosées d’acide sulfurique concentré. Ce tube en U communique lui-même avec la pompe à mercure d’Alvergniat, au moyen de laquelle on peut faire le vide et recueillir les gaz dégagés
- Quand on veut introduire de la boue dans l’appareil, on commence par renverser le récipient, et après avoir
- Fig. 2. Appareil pour l’extraction, des gaz
- fermé le robinet médian et avoir enlevé le bouchon de caoutchouc, on remplit entièrement de boue le cylindre ; on rebouche et on dispose le tout dans la position indiquée par la figure. On a soin de graisser la surface extérieure du tube de l’entonnoir de manière à ce que les bulles de gaz qui peuvent se dégager de la boue se crèvent dans le tube à boules. Les robinets du récipient à boue étant toujours fermés, on fait le vide de façon à enlever l’air du tube à boules, du réfrigérant et du tube en U. Ce résultat obtenu, on ouvre le robinet placé au-dessus de la boue. Les gaz de celle-ci se dégagent; on fait fonctionner la pompe d’Alvergniat, et on les recueille.
- Par le tube à entonnoir, on peut introduire un acide dilué pour attaquer les carbonates et sulfures.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 40 1. — 1" AVRIL 1882.
- LA NATURE.
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- PILE ÉLECTRIQUE DE LABORATOIRE ET D’APPARTEMENT
- On a peut-être gardé souvenir du couple zinc, soude-cuivre, sulfate de cuivre, proposé par nous
- il y a deux ansl. Celte pile, énergique autant que celles à acide nitrique, était exempte d’émanations,
- Fig. 1. Vue d’ensemble des piles au sulfate de cuivre, installées devant une maison d’habitation. (D’après nature.)
- et n’exigeait la manipulation d’aucun acide.
- Pour la rendre applicable aux usages domestiques, il nous restait à réduire sa dépense, et nous comptions y parvenir par la régénération électrolytique des résidus ; mais les perfectionnements apportés par M. C.
- Faure aux accumulateurs Planté, sont venus presque aussitôt démontrer que la solution du
- problème des piles régénérables est dans les couples secondaires, la charge des accumulateurs n’exigeant aucune manipulation préalable de résidus.
- 10* année. — l*r semestre.
- Fig. 2. Coupe d’un élément au sulfate de cuivre de SI. iîeynier. A. Zinc. — B. Parchemin. — C. Toile.
- La question des piles primaires n’en demeurait pas moins intéressante au point de vue de la production commode et indépendante du courant ; d’ailleurs les accumulateurs , en supplantant les piles primaires dans leur application au voiturage de l'énergie, leur apportaient, par compensation , un nouvel élément de succès : la possibilité de
- prolonger utilement, au delà des heures de consom-
- 1 Voir n" 375 du 7 août 1880, p. 155, l’article de M. Alfred ÎSiaudet sur la pile Reynier.
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- LA NATURE.
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- mation, la production de l’électricité, pour /'accumuler, et amplifier l’intensité du travail électrique pendant la décharge. Une pile d’un faible débit peut ainsi, en travaillant sans interruption pendant vingt-quatre heures, suffire à une dépense plus abondante, mais de moindre durée.
- Certaines combinaisons voltaïques, d’abord écartées comme trop peu énergiques, pouvaient donc être reprises : en première ligne, le couple zinc, sulfate de zinc —cuivre, sulfate de cuivre, qui est très constant, tout à fait inodore et relativement économique.
- Ce couple, généralement connu sous le nom de Daniell, bien que son principe ait été donné par becquerel, avait autrefois reçu de M. F. Carré et de sir W. Thomson des perfectionnements qui avaient rendu sa résistance intérieure très petite. 11 était donc prouvé déjà que les piles de ce genre peuvent, sans dépasser des dimensions acceptables, donner des effets de quantité; il ne leur manquait que peu de chose pour devenir, les accumulateurs aidant, des producteurs d’électricité commodes pour les laboratoires et les usages domestiques.
- C’est ce peu de chose que nous avons fait en simplifiant le service de la pile, et en diminuant, dans une certaine mesure, sa dépense quotidienne.
- La figure 2, qui montre les diverses parties d’un couple, permet d’en suivre aisément la description.
- Le récipient est en cuivre et fait fonction d’électrode positive. Le zinc, de forme rectangulaire, est habillé d’un vase poreux en papier parchemin, formé de la môme manière que ceux de notre ancienne pilel, mais beaucoup plus étroit; le zinc remplit presque entièrement ce vase poreux spécial, que nous appelons cloisonnement. Une toile mince, cousue par-dessus, protège le papier.
- Un zinc ainsi cloisonné, baignant dans une solution de sulfate de cuivre, constitue, avec la paroi du récipient, un couple constant à petite résistance.
- Dans le compartiment très étroit qui renferme le zinc, le sulfate de zinc se forme d’abord par action locale, aux dépens de l’électrode et d’une petite quantité de sulfate de cuivre qui arrive sur elle* à travers le cloisonnement. Le couple se met donc, de lui-mème, dans les conditions de son fonctionnement normal. L’excès de sulfate de zinc qui s’élaborera ultérieurement par la fermeture du circuit, se diffusera vers le compartiment extérieur. Celte action d’osmose est suffisamment rapide, favorisée qu’elle est par la grande solubilité du sel, et par un phénomène de transport effectué du négatif au positif dans l’intérieur du couple, par le courant lui-même. Ainsi, l’osmose devient énergique justement quand il est nécessaire qu’elle le soit.
- On n’a donc pas à s’occuper du compartiment zinc ; le service de l’appareil est pratiquement ramené à celui d’une pile à un seul liquide2.
- Encore le renouvellement du sulfate de cuivre
- 1 Voir la Nature, toc. cil.
- * Nous comptons mettre bientôt à profit les propriétés des
- est-il des plus simples : ce travail consiste à abaisser le tube de caoutchouc dont chaque couple de la pile est pourvu, pour laisser écouler une partie du liquide épuisé ; à relever ensuite ces caoutchoucs pour ajouter de l’eau ordinaire, et à jeter une dose pesée d’avance de sulfate de cuivre dans une nacelle d’osier suspendue à la partie supérieure des récipients.
- Pour diminuer la résistance intérieure, on peut jeter dans les couples quelques grammes d’un mélange conducteur, composé de plusieurs sels neutres ou acides, solubles et peu coûteux, tels que chlorures et sulfates de potassium et de sodium, sulfate d’ammoniaque, nitrate et bisulfate de soude, etc.
- Une fois par mois, on démonte la pile pour changer les zincs cloisonnés et recueillir le cuivre réduit, qui se dépose en tables épaisses sur les parois des cuves, d’oii on le détache aisément au moyen d’un couteau de bois. Ce cuivre, exempt de métalloïdes, sera recherché à un cours élevé pour la fabrication des fils conducteurs et de certains alliages. Son prix vient naturellement en déduction sur la dépense générale.
- Rien ne nous limite dans le choix des formes et dimensions à donner aux cuves et aux zincs, ceux-ci pouvant, d’ailleurs, être ployés ou pliés avec leurs cloisonnements, ce qui permet de multiplier les surfaces en présence dans une capacité donnée, toujours comme s’il s’agissait d’une pile à un seul liquide.
- Les couples de notre plus petit modèle ont les dimensions suivantes : Zinc : longueur 0m,333, largeur 0in,160; — cuve : longueur O111,440, largeur 0IU,050, hauteur 0m,220.
- Les constantes sont, pour ce format : E = lVult,07 ; R = 0ohm,141.
- La dépense par vingt-quatre heures, pour un travail voisin des conditions de maximum, est, pratiquement, de : sulfate de cuivre, 0k,400 ; zinc, environ 0k,100; avec une production de cuivre de 0k,090 à peu près.
- Nous avons mis en service chez nous une pile de soixante-huit petits couples. On l’a représentée, figure 1, dans la place même qu’elle occupe, sous les fenêtres du salon, dans une petite cour large de 2 mètres, qui sépare la maison de la rue. Cette pile est tour à tour employée à la formation des accumulateurs Faure, aux travaux du laboratoire et à l’éclairage du logis.
- Pour la formationj elle se montre supérieure aux machines au point de vue de la qualité du travail obtenu2.
- électrodes négatives cloisonnées dans des combinaisons voltaïques autres que celle-ci.
- 2 Le travail extérieur maximum, calculé au moyen de l'expression ;
- est donc égal à 0,2 kilogrammètre environ, par seconde.
- 2 Nous parlons de la formation seulement. Pour charger économiquement des accumulateurs, il faut nécessairement recourir aux machines.
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- Pour le laboratoire, e’est un éleetromoteur commode et sûr, dont Remploi aplanit bien des difficultés d’expérience.
- Appliquée à l’éclairage, la pile, conjuguée avec trente-six accumulateurs Faure, peut faire fonctionner cinq lampes à incandescence air libre, de notre système, pendant cinq heures. Nous estimons qu’elle pourrait illuminer dix-huit à vingt lampes Edison pendant le même temps. Dans l’un et l’autre cas, la dépense serait, à lumière égale, très supérieure à celle du gaz, mais un peu inférieure à celle de la bougie stéarique.
- Appliquée à la production de la force motrice, la même pile dépenserait environ 2 fr. 70 cent, pour 560000 kilogrammètres effectifs.
- La dépense, beaucoup plus élevée que celle des machines, est cependant moindre qu’avec les piles jusqu’ici en usage. Nous travaillons à adoucir encore les prix de revient.
- Mais nous croyons que dans les conditions mêmes où elle est offerte aujourd’hui, notre pile peut déjà être admise dans les laboratoires, et domestiquée chez quelques amateurs.
- Émile Reynier.
- ALPHONSE POITEVIN
- Alphonse Poitevin, que la mort a récemment enlevé k la science, et auquel la photographie doit tant de progrès, est né à Conflans en 1819; son père, fabricant d’étoffes de laine, avait acquis une fortune suffisante pour lui donner une instruction complète. 11 fut d’abord élevé au collège de Saint-Calais, puis, après avoir passé son baccalauréat ès lettres à la Faculté d’Angers, il vint b Paris faire des éludes préparatoires pour être admis b l’École centrale des arts et manufactures. Il y entra en 1840, et en sortit en 1843, le troisième de sa promotion. Il entra alors en qualité d’ingénieur dans les Salines de l’Est, où il se distingua par une direction intelligente grâce b laquelle de sérieuses économies furent réalisées dans l’exploitation de ces établissements. Nommé ensuite ingénieur d’une fabrique de produits chimiques à Lyon, de la maison Pereirc, il la quitta pour venir b Paris en 1850, où il suivit la voie que lui traçait sa vocation et qui devait le conduire aux importantes découvertes que l’on sait : b celle de l’action de la lumière sur les mucilages biehromatés : photogravure chimique, hélioplastie , procédés au charbon, impressions b l’encre grasse. Durant deux années il se livra b l’exploitalion spéciale du procédé d’impression aux encres grasses. Mais, au début de l’application de ce procédé, aujourd’hui si complet et si pratique, il eut à lutter contre de nombreux tâtonnements, et finalement, s’apercevant qu’il était un savant plutôt qu’un praticien, découragé aussi par les dépenses considérables que nécessitaient les premiers pas dans cette voie nouvelle, il vendit ses droits qui furent acquis moyennant 20 000 francs par la maison Lemercier. Ses brevets et la publication de ses divers procédés lui valurent en deux allocations successives le prix total du duc de Luy-nes de 10 000 francs. Tandis qu’il cherchait b tirer le meilleur parti possible de ses inventions et b vulgariser leur mise en pratique industrielle, il avait complètement
- abandonné sa situation d’ingénieur civil. Force lui fut d’y revenir en 1869, car scs travaux ne lui rapportaient pas assez pour qu’il pût subvenir b l’entretien et b l’éducation de sa famille. C’est alors qu’il alla b Ahun-les-Mines (Creuse), diriger une verrerie, puis à Foleinbray, autre verrerie très importante, où, grâce à son esprit d’initiative et b ses découvertes toujours frappées au coin du génie, il appporta b la fabrication de très grands perfectionnements dont le résultat le plus sérieux fut d’augmenter la production dans une proportion considérable. Enfin, un peu plus tard, il fut appelé b Marseille comme ingénieur d’une compagnie des mines de plomb argentifère de Kefoun-Théboul, située en Afrique, où il dut aller passer quelques mois. Nous fûmes alors témoin de l’activité qu’il déployait dans ses recherches ayant pour objet l’utilisation d’une immense quantité de résidus de ces mines.
- La mort précipitée de son père le rappela b Conflans. où il séjourna jusqu’en 1873, s’occupant de gérer la modeste fortune en biens-fonds dont il venait d’hériter. Voyant s’accroître sa famille, il sentit encore la nécessité de chercher une situation lucrative, et il entra dans une fabrique d’alun b Saint-Germain-Lambron, en Auvergne, où il ne resta que très peu de temps, puis en 1875, dans une verrerie de la Sarthe, qu’il quitta bientôt, se trouvant déjà incapable de supporter les dures fatigues d’un travail continu.
- Pendant qu’il usait son existence à la recherche de travaux immédiatement utiles b l’existence des siens, Poitevin ne perdit jamais de vue son œuvre de prédilection, mais il ne pouvait, malheureusement, en retirer d’autre profit que celui d’une notoriété de plus en plus étendue, d’une gloire universellement consacrée. Après avoir été nommé chevalier de la Légion d’honneur par le gouvernement français, il fut l’objet d’autres distinctions de grande valeur. L’Académie des Sciences lui a décerné le prix Trémont de 2000 francs.
- Lors de l’Exposition universelle de 1878, le jury international lui décerna une grande médaille, prix exceptionnel accordé sur la présentation de la Fabrique de papiers d’État b Saint-Pétersbourg, de la Société française de photographie b Paris et de la Société photographique de Vienne. Plus récemment, il y a trois annéq$> environ, la Société d’Encouragement lui a attribué le prix de 12 000 francs fondé par le marquis d’Argen-teuil.
- Poitevin n’a pas beaucoup écrit; b part quelques mémoires présentés à l’Académie des Sciences, il ne laisse qu’un traité publié en 1862 ayant pour litre : Traité de Vimpression photographique sans sels d'argent, contenant l’histoire, la théorie et la pratique des méthodes et procédés de l’impression au charbon, de l’hélioplaslie, de la phololithographie, de la gravure pholochimiquc *.
- Léon Vidal.
- DENSITÉ DE LA TERRE
- Le professeur von Jolly, de Munich, a cherché récemment b déterminer la densité moyenne de la terre par l’expérience dont voici la description : M. von Jollv plaça une balance au sommet d’une tour, et de chacun des plateaux fit descendre un fil métallique (dans un tube de
- 1 Extrait d'uue notice publiée par le Moniteur de la l‘ho-tographic,
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- zinc) jusqu’à 21 inèlres plus bas. Aux extrémités de ces fils, de nouveaux plateaux furent suspendus; ceux-ci se trouvaient à un peu plus d’un mètre du sol. Sous l’un d’eux, il plaça une sphère de plomb de 1 mètre de diamètre. Or, on sait qu’un corps placé à une certaine élévation augmente de poids lorsqu’on le rapproche de la terre, puisqu’il se trouve alors plus près du centre de celle-ci. C’est ce que l’auteur a pu vérifier en pesant successivement un corps quelconque dans l’un des bassins supérieurs de la balance et dans l’un des bassins inférieurs. D’autre part, ce même corps, placé dans le bassin inférieur, a un poids variable suivant que la masse de plomb se trouve au-dessous du bassin ou est retirée de cette position. La différence de ces poids indique le degré d’attraction de cette masse. La valeur que l’on obtient ainsi comparée à l’attraction seule de la terre, fournit le moyen, d’après les lois de la gravitation, d’établir un rapport entre la densité de la terre et celle du plomb, et, connaissant cette dernière, de déterminer la densité moyenne de notre globe. Les expériences de RI. von Jolly ont assigné à celle-ci le chiffre 5692, avec une erreur
- probable de ± 0,068. Ce nombre s’accorde plus ou moins avec d’autres déterminations, notamment avec celles de Bail y, qui ont donné le chiffre 5,67 *.
- LES PHOTOGRAPHIES INSTANTANÉES
- DE M. MUYBRIDGE
- Il y a trois ans environ, nous faisions connaître à nos lecteurs les étonnants résultats qu’un habile physicien de San Francisco, M. Muybridge, avait obtenus sur les allures du cheval représentées par la photographie instantanée 2 ; grâce à l’obligeance de l’opérateur, nous reproduisions par l’héliogravure une série de clichés représentant dans ses positions successives un cheval au trot, au petit galop et meme au grand galop de course. Ces gravures eurent un certain retentissement; elles furent repro-
- Fig. 1. Un lévrier au galop. (Esquisse faile d’après les photographies instantanées de M. Muybridge.)
- duites dans un grand nombre de journaux illustrés de tous les pays; quelques jours après leur publication, notre savant ami M. le professeur Marey nous écrivait : « Je suis dans l’admiration de photographies de M. Muybridge------» L et nous annonçait
- qu’il avait depuis longtemps le projet de construire un fusil photographique qui saisirait le vol de l’oiseau. M. Marey a créé aujourd’hui ce fusil photographique; il s’en est servi avec succès.
- Nous aurons le plaisir de décrire prochainement ce remarquable appareil et de présenter les résultats surprenants qu’on en obtient. M. Muybridge, de son côté, n’est pas resté inactif; grâce au généreux patronage du richissime M. Stanford, ex-gouverneur de Californie, il a été donné au photographe américain de continuer ses études et de compléter son œuvre, en faisant pour les allures d’un grand nombre de quadrupèdes : bœuf, chien, cerf, et pour celles de l’homme même, ce qu’il avait exécuté à l'égard du cheval. M. Muybridge a passé une partie
- 1 Yqy. n° 291 du 28 décembre 1878, page 54.
- de l’hiver dernier à Paris ; il a successivement montré les projections de ses photographies, chez M. Marey, chez M. Meissonnicr, et au cercle de l’Union artistique de la place Vendôme. Grâce à un zootrope de projection, il a fait passer sur un écran les images de ses photographies reproduites sur un disque circulaire, de sorte que l’on voyait sur le tableau des chiens et des chevaux courir, des hommes marcher, des clowns sauter, etc.
- L’effet est extraordinaire : c’est la vérité de Fallut e prise sur le fait; il y a là pour le physiologiste, au point de vue de la science, et pour le peintre, au point de vue de l’art, d’innombrables sujets d’études. Pour tout le monde, il y a sujet d’enseignement et de curiosité.
- M. Muybridge a obtenu un nombre de clichés considérable qui représentent une somme de travail énorme, une dose de patience considérable et une habileté consommée. M. Muybridge prend une photographie en moins de 1/500 de seconde. 11 lui est
- 1 D’iiprès le journal Ciel et Terre.
- * Voy. n® 289 du 14 décembre 1878, page 23.
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- facile pendant qu’un clown fait un saut périlleux, d’obtenir huit fois son portrait dans les positions successives qu’il occupe dans l’espace et cela au moyen de plusieurs appareils photographiques différents dont les objectifs se démasquent tour à tour et dans un intervalle de temps extrêmement court.
- L’allure des animaux forme une collection tout à fait nouvelle et curieuse ; nous donnons une esquisse des épreuves photographiques qui représentent les différentes positions d’un lévrier lancé à toute vitesse (fig. 1) : il est remarquable de voir comme les pattes se réunissent au-dessous du corps pour s’allonger à la façon d'un ressort ; la photographie
- nous permet là d’étudier ce que l’œil ne nous montre pas; c’est l’analyse d’un mouvement qui échappe à la vision.
- On se demandera comment M. Muybridge a pu obtenir de tels résultats. Nous aurons encore le plaisir de renseigner nos lecteurs à cet égard, en reproduisant, d’après une photographie, la disposition de l’ensemble des appareils dont l’habile opérateur s’est servi en Californie, sur le domaine même de M. Stanford. L’animal en mouvement dont il s’agit de prendre la photographie passe sur une piste que l’on voit sur notre figure ; en y passant lorsqu’il court, il casse une série de fils très ténus, tendus à
- Fig. 2. Disposition de la piste et du hangar contenant les vingt-quatre objectifs photographiques pour la photographie instantanée des
- animaux ou de l’homme en mouvement.
- proximité du sol ; chacun de ces fils en se rompant détermine, par un mécanisme simple, la fermeture d’un circuit électrique, qui agit sur des électroaimants; ceux-ci attirent des bras de levier métalliques qui démasquent les objectifs d’appareils photographiques correspondants. Notre gravure montre à droite le hangar, où se trouvent disposés les uns à côté des autres vingt-quatre appareils photographiques, qui fonctionnent quand un cheval, par exemple, lancé au galop sur la piste, casse les vingt-, quatre fils tendus. L’animal passe devant un grand châssis tendu de toile blanche, représenté à gauche de la gravure ; il se découpe ainsi très convenablement pour le succès de l’épreuve, sur un fond lumineux. Pendant que les vingt-quatre appareils photographiques opèrent ainsi successivement et
- automatiquement, quatre autres appareils prennent encore l’aspect de l’animal de trois quarts, à droite et à gauche, par devant et par derrière. On voit aussi trois de ces appareils mis en place sur notre gravure qui représente la piste avant l’opération, au moment où des aides s’assurent que tout est prêt à bien fonctionner.
- Voilà au moyen de quelles dispositions ingénieuses, M. Muybridge a réalisé son œuvre. Nous faisons des vœux pour qu’elle soit publiée tout entière, afin qu’elle profite à tous. Tout le monde alors sera à même de reconnaître qu’elle constitue l’un des plus beaux résultats de la photographie moderne.
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
- LA PERSISTANCE
- DES SENSATIONS LUMINEUSES
- THAUMATItOPE, PHÉNAKISTICOFE, ZOOTHOPE
- Les propriétés physiologiques de l’œil sont toutes, on peut le dire avec certitude, fort intéressantes à connaître et sont en relations intimes avec un certain nombre de phénomènes dont quelques-uns ont été déjà indiqués et étudiés dans la Nature. Les zootropes qui 4mt été décrits dans le numéro du 31 décembre dernier1 ont donné lieu, de la part de plusieurs lecteurs, à quelques observations et nous croyons qu’il peut n’ètre pas sans utilité de revenir sur le principe même de ces appareils.
- La fonction de la vue comprend deux parties distinctes : l’une, physique absolument, qui a pour résultat de produire une image réelle des objets extérieurs sur une membrane sensible : la rétine; et l’autre organique, physiologique, en vertu de laquelle, et par un mécanisme encore ignoré, la rétine est mise en activité et nous donne une sensation spéciale, grâce à laquelle nous sommes renseignés sur les objets extérieurs placés en face de nous. Ce sont les propriétés physiologiques de la rétine qui doivent nous occuper aujourd'hui.
- La mise en activité de là rétine, grâce à laquelle nous connaissons l’existence des corps placés devant nos yeux, leur forme, leur couleur, ne se produit que si l’excitation a duré un certain temps, temps très court d’une manière absolue. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est que cette activité de la rétine se prolonge un peu au delà de l’instant où l’image cesse réellement d’exister sur la rétine : c’est cette propriété qui est connue sous le nom de persistance des impressions lumineuses.
- On voit tout d’abord que cette propriété nous empêche complètement d’avoir une idée précise sur la durée d’un phénomène lumineux ou sur le moment exact où il cesse, puisque la rétine continue de fonctionner comme agent de transmission au cerveau, alors que la cause a effectivement cessé : cette prolongation est courte et varie de 1 /10 à 1 /25 de seconde.
- Cette même propriété nous fait comprendre que des phénomènes lumineux intermittents et identiques donneront naissance à une sensation continue, si la durée des intermittences est moindre que celle de la persistance des impressions. Cette remarque donne l’explication d’un grand nombre de faits trop connus pour qu’il y ait lieu d’insister ici et parmi lesquels nous citerons l’apparence de traits ou de rubans lumineux que l’on observe lorsque l’on déplace avec rapidité un point lumineux, un charbon enflammé, une allumette présentant une partie en ignition. De là aussi l’apparence fusiforme des cordes vibrantes; de là, l’aspect d’un disque plan que présentent les roues de voiture tournant avec rapi-
- 1 Voy. n* 448 du 51 décembre 1881, p. 72.
- dite, etc. De nombreuses applications de cette propriété ont été faites en physique, parmi lesquelles nous citerons l’expérience du kaléidophone de Wheatstone, la production des figures acoustiques de Lissajous, dans, lesquelles le déplacement d’un point lumineux donne naissance à des lignes lumineuses; et dans un autre ordre d’idées, les expériences de Fizeau et celles de Foucault relatives à la détermination de la vitesse de la lumière et dans lesquelles la production intermittente d’une image en un même point donne naissance à la sensation d’une image immobile et continue. Enfin, c’est à la persistance des impressions qu’il faut également, rattacher toutes les expériences faites avec des disques colorés diversement, expériences qui comprennent le disque de Newton, ainsi que les diverses toupies chromatiques qui ont servi à l’étude du mélange des couleurs, ou plutôt à l’étude du mélange des sensations colorées.
- Ces premières indications fournies, considérons le zootrope -qui a été donné avec la Nature du 31 décembre et supposons qu’il soit monté et découpé. Si nous le faisons tourner devant nos yeux en regardant directement les dessins, ceux-ci disparaîtront, dès que la vitesse de rotation sera un peu notable et l’on verra à la place qu’ils occupent une bande noire ou grise : l’effet serait le même s’il v avait un moindre nombre de dessins et même s’il n’y en avait qu’un : seulement alors la vitesse de rotation devrait être plus considérable d’une part, et d’autre part, la bande circulaire serait d’autant moins noire que l’impression produite par le dessin noir, impression qui subsisterait pendant un tour entier, serait mélangée de l’impression du blanc du papier qui successivement passerait devant l’œil. Il va sans dire que la forme des dessins est absolument impossible à distinguer.
- Supposons, d’autre part, que plaçant l’œil au niveau des fentes, nous fassions tourner le disque assez vite : nous verrons les objets situés de l’autre côté du disque, sans interruption. Il est évident cependant que la lumière émanée des objets que nous regardons n’arrive à notre œil que par intermittence, puisqu’elle est arrêtée par les parties pleines qui séparent les fentes; mais, pourvu que le temps que met chacune de ces parties pleines à passer devant l’œil ne dépasse pas la durée de la persistance de l’impression, l’effet est le même pour nous que si la lumière arrivait d’une manière continue, avec cette différence que les objets paraissent moins éclairés que si on les regardait directement, puisque, au total, pour un même temps, notre œil reçoit moins de lumière. Disons en passant que cette dernière remarque a été utilisée pour la construction d’un photomètre.
- Lorsque deux objets, deux dessins, sont disposés de manière à être vus alternativement, mais de telle sorte que la durée qui sépare deux impressions consécutives produites par le même objet soit moindre que la durée de la persistance, chaque
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- objet est vu d’une manière continue et les deux objets sont vus simultanément. C’est là l’explication de diverses expériences, de divers jouets, tels que le thaumatrope. On sait que ce dernier appareil est constitué par un carton que l’on fait tourner rapidement autour d’une ligne située dans son plan et sur les deux faces duquel sont dessinées ou peintes deux figures ou deux inscriptions qui se complètent et que l’on voit ensemble lors de la rotation 1.
- Mais les effets les plus curieux que l’on puisse obtenir grâce à la propriété que nous étudions sont ceux qui dépendent des jugements que nous portons instinctivement dans certains cas lorsque, par exemple, nous voyons successivement un objet dans certaines positions distinctes ou dans certaines situations différentes. Nous complétons, pour ainsi dire, les positions, les situations intermédiaires, et l’objet nous paraît se mouvoir d’une manière continue. C’est ce qui arrive lorsque, par exemple, nous regardons un objet en mouvement à travers les fentes du disque dont nous nous sommes déjà servis alors qu’il est en rotation : bien que, en réalité, nous ne voyions cet objet que dans des positions distinctes, séparées, correspondant aux moments des passages des fentes, le mouvement nous parait absolument continu.
- Cette propriété a été mise à profit pour étudier et mettre en évidence des mouvements vibratoires trop rapides pour être vus directement : lorsque l’on regarde une corde vibrante, on la voit à la fois dans toutes les positions qu’elle occupe pendant le temps qui correspond à la durée de la persistance des impressions, durée qui embrasse le temps de plusieurs vibrations. Regardons la corde vibrante à travers les fentes du disque mis en mouvement : si sa vitesse était réglée de telle sorte que le temps qui s’écoule entre le passage de deux fentes fut égal à la durée des vibrations, on verrait la corde toujours dans la même situation et elle paraîtrait immobile. Mais si cet accord, presque impossible à réaliser d’ailleurs, n’existe pas, la corde sera vue successivement en des positions différentes correspondant à diverses périodes de son mouvement vibratoire; nous fusionnerons ces impressions en un mouvement continu, assez lent pour être facilement distinct et dont la vitesse dépendra de la vitesse des vibrations et de celle du disque. L’effet est le même si l’on examine dans les mêmes conditions les llammes vibrantes des expériences d’acoustique.
- Le même procédé peut être appliqué dans le cas où il s’agit non du mouvement vibratoire d’un corps, mais de mouvements successifs de divers corps qui se meuvent avec rapidité et se succèdent à de très courts intervalles de temps : les impressions produites par les divers corps se totalisent, pour ainsi dire, et nous avons une impression générale dans laquelle nous ne pouvons distinguer les éléments constitutifs. C’est ce qui arrive par exemple
- 1 Voy. n° 377 du 21 août 1880, p. 184.
- dans le cas d’une veine fluide qui est constituée par une succession rapide de gouttes distinctes : en l’examinant à travers les fentes du pbénakisticope, comme l’a fait M. Plateau, on peut distinguer des gouttes successives qui paraissent se mouvoir avec une certaine lenteur.
- On peut arriver à avoir des indications précises dans des cas de ce genre par d’autres moyens, comme le miroir tournant, l’éclairage instantané par des étincelles électriques; mais bien que, au fond, il y ait analogie de principes, leur étude même sommaire nous entraînerait trop loin.
- Nous avons maintenant tous les éléments nécessaires pour comprendre le fonctionnement du phé-nakisticope. Nous voyons, en effet, avons-nous dit, un mouvement continu lorsque nous regardons à travers les fentes, ce qui ne peut nous donner que des sensations intermittentes correspondant à des positions distinctes et séparées. Si donc, nous reproduisons, par des dessins, ces positions distinctes et séparées et que nous les regardions successivement et avec les mêmes intervalles de temps qui précédemment correspondaient au passage des fentes, nous devrons avoir la même impression, c’est-à-dire celle d’un mouvement continu. On comprend, sans qu’il soit nécessaire d’insister ici, que tel est précisément l’effet que produisent les appareils désignés sous le nom de phénakisticope, zootrope, etc.
- Entrons maintenant dans quelques détails pour répondre plus spécialement à certaines observations présentées par des lecteurs de la Nature.
- Si le nombre des images est égal au nombre des fentes comme cela a lieu dans le phénakisticope qui a paru dans le numéro du 31 décembre-1881, aux moments où les fentes passeront successivement devant l’œil, les images aussi bien que les fentes occuperont par rapport à l’œil les mêmes positions. Les fentes ne paraîtront pas se déplacer dès lors et il semblera de même des images : si celles-ci étaient identiques, l’image semblerait immobile, ou plutôt toutes les images du disque que l’on voit à la fois paraîtraient immobiles; si elles sont différentes, elles semblent se mouvoir sur place. Pour que ces images paraissent avoir un mouvement de translation propre, il faut quelles occupent successivement des positions différentes par rapport à l’œil, c’est-à-dire, par conséquent, par rapport aux diverses fentes qui arrivent successivement devant l’œil. Cette condition correspond évidemment à avoir un nombre de figures différent du nombre des fentes : le mouvement se reproduirait alors dans un sens ou dans l’autre, suivant que la rotation s’effectuerait aussi dans l’un et l’autre sens. Si, comme dans certains modèles de phénakisticope (et dans les phénakisticopes de projection dont nous n’avons pu parler), les figures et les fentes appartiennent à deux disques différents, le nombre des dessins pourrait être égal au nombre des fentes
- ‘Yoy. n° 349 du 7 février 1880, p. 148, et n° 377 du 21 août 1880, p. 184.
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- pourvu que l’on ne. communique pas la même vitesse aux deux disques.
- La largeur des fentes a une double influence dont il est facile de se rendre compte. D’une part, les diverses impressions seront d’autant plus nettes que la fente sera plus étroite, c’est-à-dire que pendant le temps qu’elle passe devant l’œil, l’image regardée se sera moins déplacée : à cet égard les fentes du phénakisticope de la Nature sont un peu trop larges et les images présentent par suite un peu de flou. Il s’agit d’ailleurs de la largeur angulaire et non de la largeur absolue, de telle sorte qu’avec des fentes de même largeur, mais placées sur une couronne extérieure aux figures, les impressions gagnent de la netteté. Mais, d’autre part, comme nous l’avons dit, la quantité de lumière qui passe dépend de la largeur angulaire des fentes; de telle sorte que, en rétrécissant celles-ci, l’image s’assombrit. Nous avons obtenu des effets satisfaisants en réduisant à moitié la largeur des fentes du disque de la Nature.
- Enfin, un correspondant a signalé un effet curieux et qui, à notre connaissance, n’avait pas encore été indiqué : c’est que les chevaux paraissent allongés, étirés, dans l’appareil en question. 11 ajoutait que cet effet avait disparu en mettant les mêmes dessins sur un autre phénakisticope où les fentes étaient en dehors du cercle des images.
- L’effet signalé est exact comme il est facile de le vérifier, mais il ne disparaît pas par l’emploi de fentes extérieures au cercle des images. 11 dépend d’ailleurs principalement des distances de l’œil, du disque et du miroir dans lequel se fait la réflexion, l’effet devenant considérable lorsque le disque est près du miroir et loin de l’œil.
- Il y a d’ailleurs une remarque que nous avons faite et qui complète celle que nous venons de signaler : Si, par la fente supérieure, on regarde non l’image correspondante, mais l’image inférieure, le cheval, loin de paraître allongé, sera notablement raccourci, ramassé, et, bien entendu, l’effet sera analogue lorsque à travers une fente quelconque, on regarde successivement les images situées aux extrémités du diamètre correspondant : l’une sera allongée, l’autre raccourcie.
- Cette remarque ne paraît pas se rattacher directement aux effets indiqués plus haut et mérite d’être étudiée à part; nous y reviendrons ultérieurement en même temps que nous signalerons quelques autres faits en relation avec le phénomène de la persistance des impressions.
- C. M. Gariel.
- LA BIRMANIE ANGLAISE
- Le spécimen d’architecture que nous reproduisons ici est l’entrée du grand temple de Rangoon. Ce temple, bâti en partie en briques sur une hauteur qui domine la ville, était en même temps une
- forteresse, et durant la deuxième guerre, alors que les Anglais firent le siège de Rangoon, ils eurent beaucoup de mal à s’emparer de ce temple entouré de bastions. Dans son enceinte se voient encore les tombeaux des Anglais qui ont été tués à cette attaque.
- A l’extérieur sont des autels décorés de statues gigantesques de Bouddha et d’autres divinités. Ces temples sont extrêmement riches, décorés qu’ils sont par la générosité des fidèles, de diamants et de rubis qu’on enchâsse dans la maçonnerie ou qu’on enterre dans les fondations. Ils sont desservis par une foule de prêtres qui vivent du temple dans des sortes de monastères pour ainsi dire accolés au sanctuaire. On peut juger par la photographie que nous reproduisons ici combien cette architecture a de rapports avec celle des pays voisins, Siam et le Cambodge.
- On désigne sous le nom de Birmanie anglaise (British Burmah) un ensemble de territoires conquis parles Anglais en 1825 et en 1852 qui comprend les trois provinces d’Arakan, de Pégu et de Tenassé-rim. Cet immence areâ qui s’enfonce, dans sa plus grande largeur, de 400 kilomètres dans l’intérieur, s’étend sur la côte occidentale du golfe du Bengale, depuis la frontière du Bengale jusqu’à l’isthme de Kraw, au milieu de la presqu’île de Malacca. Il est évident que la partie méridionale de cette péninsule, sur laquelle les Anglais possèdent les établissements de Pulo-Penang, de Malacca et de Singapore, tombera dans leurs mains à un moment donné.
- Comme toujours, les Anglais n’ont, pas fait ces annexions successives à l’aveuglette, à la suite d’explorations de quelques officiers, mais bien d’accord avec un nombre respectable de commerçants qui avaient su se créer d’importantes relations commerciales dans le pays, qui en connaissaient les ressources naturelles et les productions, qui savaient quel merveilleux débouché il allait offrir aux produits de la vieille Angleterre.
- Mais ces négociants et ces consuls dont les rapports annuels, trop peu connus en France, et qui font absolument défaut à la Bibliothèque Nationale, sont la source la plus autorisée, la mieux informée pour le commerce du monde entier, ces consuls, disons-nous, n’avaient pas envisagé seulement les résultats qu’amènerait la conquête des trois provinces que venons de citer, ils voyaient plus loin et entendaient ainsi se frayer la route vers la Birmanie indépendante, le Yunnan et cette partie méridionale si riche de l’Empire du Milieu.
- Pour cela, ils avaient un grand fleuve, l’Iraouady, navigable pour les bâtiments à vapeur jusqu’à Bahmo, c’est-à-dire jusqu’à 1200 kilomètres, et qui jrend sa source dans le Thibet oriental. C’était la route la plus directe et la plus facile vers le Yunnan, aussi les Anglais n’ont-ils pas manqué de mettre à profit cette importante artère. Aujourd’hui, entre Rangoon, port situé non loin de l’embouchure du fleuve et Mandalay, capitale de la Birmanie indé-
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- Entrée du grand temple de Rangoon, en Birmanie.
- (D’après une photographie communiquée à la Nature par M. le comte Mahé de la Bourdonnais.)
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- pendante, existe une ligne de bateaux à vapeur. Cette Compagnie, assure M. Louis Vossion dans un « Rapport sur la possibilité d’établir des relations commerciales entre la France et la Birmanie1 », ne possède pas moins de douze steamers et une trentaine de grandes barges au moyen desquels elle fait un service régulier deux fois par semaine pour Mandalay et trois fois par mois pour Bahmo.
- L’Annuaire de Martin2 donne à la Birmanie anglaise un area de 88 556 milles carrés, une population de 2 747 148 habitants, 13151 villages et 535535 maisons habitées.
- La population se décompose pour les trois provinces, de la manière suivante :
- Habitants. Hommes. Femmes.
- Arakan. . . . 461 156 240 675 220 461
- Pegu........ 1524 422 781459 742 965
- Tenasserim. . 576 765 298 796 277 969
- Chiffres qui ne se rapportent pas absolument à ceux que nous avons cités plus haut, puisque nous aurions ainsi un total de 2 562 523 individus, et qui ne sont pas non plus d’accord avec le dénombrement des différentes sectes, qui nous donnent un total de 2 636 634 habitants.
- Hindous................ 56 658
- Mahométans. ...... 99846
- Bouddhistes............ 2 447 851
- Chrétiens.............. 52 299
- Ensemble....... 2 656 654
- Et cependant ne sont pas compris dans cette énumération les tribus montagnardes de Khyens habitant la chaîne des Youmadoung, qui sont absolument païens,
- Nous ne nous chargerons pas de mettre d’accord les différents totaux donnés par Martin, auteur géné-lement bien informé, mais dont les chiffres n’ont pas, cette fois, résisté à un rapprochement, à une simple comparaison.
- Cependant avant de pousser plus loin notre examen de statistiques qui s’arrêtent à 1879, il importe de donner quelques détails sur la constitution physique du pays et ses ressources naturelles. L’Arakan, la plus septentrionale des trois provinces, est séparé du Burmah indépendant par la chaîne des monts Youmadoung, qui s’élèvent jusqu’à 200Q, mètres. Ses côtes sont frangées de nombreuses indentations et bordées d’îles innombrables, vraies perles de la mer, entre lesquelles il convient de citer Ramree et Che-dooba.
- Cette province, à plusieurs reprises, a été le théâtre de manifestations volcaniques peu importantes mais qu’il est cependant nécessaire d’enregistrer parce que la plupart des îles sont d’origine plutonienne. C’est ainsi qu’au mois de juin 1843, le
- 1 Adressé à la Société académique indo-chinoise en 1879.
- 8 Stateman’s year-book for 1881.
- capitaine Hopkinson avait constaté une éruption de gaz et de boue à l’extrémité méridionale de la Fiat Island. Plus récemment, le 12 mars 1879, le major Pool avait appris que dans File de Chedooba (district de Sandoway) des pêcheurs avaient été témoins pendant la nuit d’une éruption qu’il attribuait à la combustion, par uue cause qu’il ne pouvait définir, de pétrole ou de gaz renfermé dans les cavernes des collines *.
- Le territoire est découpé en un certain nombre de lanières par une multitude de rivières qui, à cause du peu d’éloignement de la mer, n’ont pas un cours très long et dont les plus importantes sont le Koladyng et le Leïmyou, qui se réunissent et se jettent dans la baie du Bengale sous le nom de rivière d’Arakan après avoir été en état de porter pendant 50 kilomètres des navires de 500 tonneaux. C’est à l’embouchure de ce fleuve qu’est placée la ville d’Akyab.
- La vallée de l’Iraouady, à son extrémité inférieure, se réunit à la vallée de Siltang pour former une plaine immense s’étendant du cap Negrais à l’Ouest à Martaban à l’Est. La ligne de partage des eaux entre ces deux fleuves est la chaîne de Pegu Yoma, qui, courant nord-sud, s’abaisse et se termine en collines peu élevées à Rangoon.
- Avec la chaleur, l’humidité et un sol d’alluvion comme est celui d’Arakan comment l’agriculteur, ne trouverait-il pas une ample récompense de ses peines? Et cependant le pays, presque entièrement inculte au moment où les Anglais s’en sont emparés, est encore, dans sa plus grande partie, couvert de jungles et de forêts épaisses où se rencontrent, avec le teck, mille essences propres à l’ébénisterie sans compter des fougères, des orchidées et des plantes grimpantes dont les fleurs éclatantes et le feuillage bizarre donnent à ces forêts l’aspect le plus étrange.
- Des bois de construction, nous apprend le Dr Mac Clelland2, le teck est le plus précieux pour l’exportation et pour l’usage domestique et forme, après le riz, le produit le plus important du pays. On en compte une vingtaine de variétés qui, rangées suivant leur densité, ont été mises par le Naval depart-ment of the East India compagny à la grande exposition de 1851.
- L’area des forêts réservées par l’État dans la province en 1875-1876 était de 392 793 acres dont 335 880 étaient couvertes de teck. Le produit de ces réserves fut, pendant la même année, de 46 597 tonnes dont le prix moyen par tonne vendue à l’encan fut de 2 liv. sterl. 18 sch.
- A la même époque, on comptait 2379001 acres de terre cultivées en riz et cette culture a pris dans le Burmah une extension considérable depuis la grande famine de l’Inde. L’exportation de cette denrée a été pendant l’exercice 1877-1878 de
- 1 Records of the geological survey of India. Vol. XIII, part. 3, 1880, pages 206 et suivantes; voir aussi vol. XII,
- p. 66.
- 8 Report on the teak forest of Pegu, 1854.
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- 653 803 tonnes dont 551 344 furent expédiées pour le Royaume-Uni1 2.
- Le Pegu, qui est situé au sud del’Arakan,doitsa naissance à l’Irawaddi et comprend tout son delta ; bien qu’on y rencontre quelques chaînes de montagnes, le Pegu peut passer pour un pays plat. Avant d’être sous la domination birmane, le Pegu était renommé pour son agriculture et les Peguans passaient pour connaître tous les secrets de l’assolement et les pratiques de l’irrigation. Avec l’Iraouadi, citons encore la grande rivière Setang, qui tombe dans le golfe de Martaban, et la Saluen ou Lou-Kiang qui prend sa source sur le revers oriental du Goolan-Sigou Ra.
- Quant au Tenasserim, c’est une assez longue et étroite bande de territoire séparée par une chaîne de montagnes de 5 ou 4000 pieds de haut, des rivières qui coulent dans le golfe de Siam. L’Àtta-yen, le Tavoy, le Tenasserim, qui sont navigables jusqu’à 50 milles de la mer, sont les plus importantes des innombrables rivières qui traversent une série de plaines ondulées alternant avec des collines de gneiss ou de calcaire. Leurs détritus, mêlés aux dépôts alluvionnaires constituent un sol admirablement adapté pour toutes les cultures tropicales.
- Un voyageur qui a résidé longtemps dans la Birmanie anglaise, le Rév. Mason, qui a publié sur les ressources naturelles du Burmah, sur sa faune et sa flore ainsi que sur son ethnographie des renseignements très complets, est émerveillé de la richesse de ce sol d’alluvion *.
- Au long de la côte s’étendent l’île Balu-Gyun, d’une étonnante fertilité, Tavoy et l’archipel des Mergui, dont les îles séparées par d’étroits bras de mer ou réunies par des bancs de sable immergés sont couvertes d’une végétation luxuriante et servent de repaire à une multitude d’animaux sauvages et féroces.
- Gabriel Marcel.
- — A suivre. —
- LES DÉTROITS ARTIFICIELS
- (Suite. — Voy. p. 245.)
- X. — Canal maritime de Suez.
- Si nous nous reportons au profil de l’isthme suivant le tracé du canal, et à la classification sommaire des terrains qu’il renferme, sables, argiles ou vases, ne comprenant aucune roche d’une dureté même secondaire, nous nous rendrons facilement compte des moyens d’excavation qui ont dû être adoptés pour mener le colossal ouvrage à bonne fin. Le creusement du canal maritime, de Port-Saïd à Suez, sur ses 160 kilomètres de parcours, n’a été, à
- 1 Report on the trade and navigation of British Burmah for 1875-76.
- 2 Rev. Mason. Burmah, its resources... — Rangoon 1860, in-8“.
- la vérité, qu’un long « coup de drague » dans les plaines sableuses du désert.
- La réalisation pratique surpasse toutefois de beaucoup la conception si simple que nous exposons. Quel gigantesque travail, en effet, qne celui qui va employer à la fois près de quatre-vingts grandes dragues ! Vingt d’entre elles supportent un couloir dont la longueur surpasse de moitié celle de la colonne Vendôme, et déversent ensemble en un mois, sur la berge du canal, assez de déblais pour couvrir toute la chaussée des Champs-Elysées, entre l’Obélisque et l’Arc-de-Triomphe, jusqu’à la hauteur des arbres. Ce chiffre de 2 millions de mètres cubes, enlevé mensuellement par les dragues de Suez, a donné lieu à des évaluations non moins curieuses que la précédente. Cette montagne de déblais, étalée de la Madeleine à la Bastille, comblerait le boulevard jusqu’au premier étage. Versée dans la place Vendôme, il faudrait élever, les unes sur les autres, cinq circonférences de maisons identiques à celles existant déjà pour la renfermer. Quant au cube total de 73 millions de mètres du canal entier, on pourrait construire avec lui une pyramide gigantesque, analogue à la pyramide des Pharaons, mais ayant un kilomètre de côté à la base, et 250 mètres de hauteur !
- L’immense matériel de creusement du canal, en dehors des engins accessoires dont nous donnerons plus loin l’énumération succincte, comprendra donc, avant tout, des appareils de dragage, proportionnés, il est vrai, à la grandeur du travail à accomplir, mais dont cependant les dragues ordinaires, que nous voyons fonctionner chaque jour sous nos yeux, soit sur les berges de la Seine, soit dans un bassin quelconque, donnent une idée exacte. L’intérêt qui s’attache à la description du matériel de l’isthme réside surtout, comme nous allons le voir, dans le mode de déversement des déblais recueillis par les godets et transportés sur le rivage, soit au moyen de longs couloirs, soit à l’aide à'élévateurs, soit enfin par les wagonnets annexés à Y excavateur à sec. Lorsque les déblais provenant du travail n’étaient point rejetés sur la rive pour assujettir les berges du canal, ou lorsque le travail était effectué à proximité de la mer ou des lacs intérieurs, ils étaient reçus dans des bateaux porteurs à clapets qui les déversaient en mer ou dans des lacs.
- La drague à long couloir, que nous représentons ci-contre, se compose essentiellement d’une drague ordinaire dont on a allongé le déversoir, jusqu’à ce qu’il forme un long conduit semi-elliptique de 70 mètres de longueur, lw,50 de largeur et 0m,60 de profondeur, soutenu par une charpente en fer, supportée elle-même par un chaland. Le système entier est rendu rigide par des entretoises reliant la drague au bateau porteur de la charpente métallique. Une chaîne balayeuse, ou un jet d’eau entretenu par une pompe, active dans le couloir la descente des sables, qui se déversent ainsi sous des inclinaisons de 0ni,04 à 0m,05 par mètre. Les vases
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- LA NATURE.
- descendent naturellement sous une pente à peine sensible. Le couloir peut être élevé ou abaissé, suivant l’inclinaison voulue, au moyen de deux petites presses hydrauliques. Le chaland qui supporte la charpente reçoit une plaque tournante, autour de laquelle le couloir peut se mouvoir en direction. Quatre ancres maintiennent le système entier.
- Le fonctionnement de la drague à long couloir est donc entièrement automatique. L’appareil complet fait à lui seul le creusement du canal et le déversement du déblai qui en résulte, reproduisant à l’extérieur le cube de l’excavation sous-marine. Le mécanicien qui surveille la machine n’a qu’à tourner
- le robinet d’introduction de la vapeur dans le cylindre moteur; la chaîne qui supporte les godets prend son mouvement régulier de descente et de montée, et chaque godet vient rejeter à l’entrée du long couloir 400 litres de sable ou de vase arrachés au désert. Entre l’arrachement du déblai et son dépôt sur la rive, il n’existe aucune opération intermédiaire de transport par chalands, comme nous allons le constater pour le dragage servi par les élévateurs.
- Si ingénieux que soit son fonctionnement, la drague à long couloir ne permettait point de surpasser, dans la hauteur des déblais versés sur le
- Fig. 1. Creusement du canal maritime de Suez. — La dr.iguc à long couloir.
- rivage, une certaine limite, en rapport avec la hauteur du point d’attache du couloir lui-même au sommet de la drague excavatrice, et avec la pente indispensable pour le glissement des sables, activé encore par la chaîne balayeuse, ou même simplement par des ouvriers munis de râteaux. Le point d’attache du couloir ne pouvant être à plus de 14 ou 15 mètres au-dessus du niveau de l’eau, la hauteur des déblais déposés ne surpassait guère 5 à 6 mètres. Force fut donc d'installer, à côté de la drague à long couloir, un autre système permettant de déposer une hauteur de sable plus considérable. Nos lecteurs voudront bien suivre la courte description que nous allons faire, sur la figure annexée, qui icprésente l’élévateur de déblais, construit sous la direction de MM. Bord et Lavalley.
- Notons tout d’abord que l’appareil est un simple élévateur, une sorte de voie ferrée artificielle, un plan incliné, si l’on veut, desservi par des dragues fonctionnant sur le canal à des distances variables, et envoyant sous l’élévateur le cube de déblais qu’elles ont excavé.
- L'élévateur se compose d’un système métallique triangulaire irrégulier, dont la base porte deux voies ferrées, sur lesquelles peuvent rouler les caisses remplies des déblais du canal. Le plus petit des côtés du triangle regarde le canal; le plus grand regarde la rive. Le système entier peut se mouvoir sur une voie ferrée établie sur la berge. Le fonctionnement est très simple. Un bateau flotteur garni de caisses de déblais est amené sous l’extrémité inférieure de l’élévateur. Une manœuvre quelconque
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- permet de saisir la caisse et de lui faire parcourir la longueur du plan incliné jusqu’à son extrémité supérieure, où elle se déverse sur la berge. La caisse redescend vide, vient se replacer dans le chaland flotteur, et on verse ainsi une à une toutes les caisses. Le flotteur quitte alors sa position pour retourner se remplir à la drague, et un nouveau bateau garni de caisses pleines vient se placer sous l’élévateur, qui peut se déplacer à volonté sur sa voie ferrée, lorsque la hauteur maxima de la berge, environ 14 mètres, est atteinte.
- Les deux appareils que nous venons de décrire, la drague à long couloir et l'élévateur, ce dernier
- accompagné des dragues ordinaires et des bateaux porteurs de déblais qui le desservent, ont servi à creuser la partie du canal maritime dans laquelle l’eau avait déjà pu être-introduite. Ainsi s’est accomplie la longue et laborieuse traversée du lac Menzaleh, du Serapeum, du lac Timsah, des lacs Amers. Dans certaines parties de la traversée de l’isthme, dans le seuil d’El-Guisr par exemple, où l’eau nécessaire à la flottaison des dragues ne put être introduite dès le commencement de l’excavation, on dut avoir recours à un troisième appareil, désormais usuel dans l’exécution des grands travaux publics, Yexcavateur à sec, dù à M. Cou-
- Fij. 2. Creusement du canal maritime de Suez. — L'élévateur de déblais.
- vreux, entrepreneur de l’une des sections du canal, et aujourd’hui entrepreneur, avec M. Hersent, du percement de Fanaina.
- L'excavateur de M. Couvrcux présente l’aspect d’une drague dont la chaîne à godets est manœu-vrée par une machine à vapeur placée sur le talus de la tranchée à excaver. Le système entier peut se mouvoir sur une voie ferrée, et les godets se déversent dans des wagonnets remorqués par une locomotive. L’élinde de la drague reçoit l’inclinaison voulue au moyen d’un palan qui la soutient. A mesure que la tranchée s’élargit, la voie est déplacée. Le fonctionnement de l’excavateur peut être suivi très simplement sur la gravure annexée à l’article publié par la ISature sur les beaux travaux de régularisation du cours du Danube, exécutés à
- Vienne par MM. Couvreux et Hersent1. Lorsque la tranchée, ainsi creusée à sec, était arrivée à 20 mètres de largeur, les excavateurs l’approfondissaient jusqu’à 2m,20 au-dessous du niveau de la mer, qui, amenée dans ce premier canal, permettait le travail d’excavation sous-marine, au moyen des dragues à long couloir et des élévateurs.
- Côte à côte avec ces trois engins principaux — la drague à long couloir, l’élévateur et l’excavateur à sec — le gigantesque travail de Suez a nécessité l’emploi d’un matériel colossal — dragues ordinaires ou à couloir, élévateurs, excavateurs, gabarres à clapets, allant déverser les déblais à la mer ou dans les lacs, chalands flotteurs et leurs caisses à
- * Régularisation du cours du Danube à Vienne. — La Nature, 1870, 4" année, l'r semestre.
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- déblais, grues à vapeur, chalands citernes à vapeur, chalands de transport, bateaux en fer pour le transport du charbon, canots à vapeur, locomobiles, locomotives, wagonnets — exigeant 10 000 chevaux de force, consommant par mois 10 000 francs de charbon. Vingt-deux mille ouvriers apportaient leur contingent de force intelligente à ce matériel, dont le coût se chiffrait par 40 millions de francs.
- Puissance incomparable de la machine ! Qu’il s’agisse de percer des montagnes, comme le Mont-Cenis ou le Gothard, de creuser des détroits, comme Suez ou Panama, de traverser des élévations sous-marines, comme le Pas-de-Calais, la machine, inconsciente par elle-même, remporte toujours la victoire. Lorsque nous nous trouvons en face des travaux accomplis, des Alpes perforées, des isthmes creusés, des mers traversées dans leurs assises éternelles, nous oublions volontiers les durs labeurs qui ont précédé ces conquêtes brillantes du génie humain. Se souviendra-t-on, se souvient-on déjà aujourd’hui, des fellahs courbés dans la vase séculaire du lac Menzaleh, arrachant péniblement aux anciens lits du delta pélusiaque les sables mouvants dont ils ont fait, pièce par pièce, poignée par poignée, les premières berges du grand canal international. Pauvres fellahs, outils disparus, dont les 200 000 ancêtres ont jonché les rives du canal de Néchos, aussi oubliés que ceux qui bâtirent jadis les Pyramides, ou qui creusèrent les tombes orgueilleuses du Serapeum de Memphis !
- Et, cependant, à l’histoire mécanique du canal de Suez, il est impossible de ne pas joindre ce que l’on est convenu d’appeler le récit « héroïque » des travaux, lorsque, aux premiers jours de lutte, la puissance de la machine n’était point encore venue prêter à l’homme son invulnérable appui. La traversée première du lac Menzaleh rappelle les travaux antiques. Avant que les dragues pussent être introduites dans ces longs marais, où la couche de vase n’était guère recouverte que de 20 à 40 centimètres d’eau, 400 000 mètres cubes de cette vase semi-liquide furent extraits, sur 4 à 5 mètres de largeur de rigole, par des fellahs qui la recueillaient entre leurs mains, la pressaient sur leur poitrine pour l’égoutter et en former des poignées solides. Souvent même la vase était plaquée sur le dos du fellah voisin qui la retenait entre ses bras croisés et l’emportait sur la berge, comme le ferait un manœuvre-maçon avec sa hotte. L’ouvrier européen était rare, sinon totalement absent, de ces travaux qui nous rappellent les corvées des âges primitifs.
- Les travaux des seuils, celui d’El-Guisr, par exemple, sur lequel nous nous proposons de revenir dans notre prochain article, furent, dans une certaine proportion, exécutés à la main, avant d’être attaqués à la machine. Quarante mille fellahs travaillèrent au creusement du seuil, et les corbeilles de déblais qu’ils ont extraites, mises les unes au
- bout des autres, feraient trois fois le tour du monde. Là, au moins, le travail est normal, l’entreprise est installée, les vivres abondants, l’état sanitaire assez satisfaisant pour que les décès dans cette population irrégulière ne se chiffrent que par 2 pour 100 des hommes.
- Machines et fellahs ont achevé l’œuvre en dix années. Le 25 août 1859, M. de Lesseps donnait, sur la plage déserte où s’élève en ce moment Port-Saïd, le premier coup de pioche qui marquait l’embouchure du futur canal maritime. Le 15 août 1869, Ali-Pacha perçait le dernier rempart qui s’opposait artificiellement à l unioii complète des deux mers à Suez. Trois mois après, le 17 novembre, les flottes de toutes les nations traversaient, dans une marche triomphale, mille fois plus grandiose que celle des anciens triomphes romains, la nouvelle route de l’Orient. Plus valeureux encore que les canons couchés après la bataille sur leur affût, les couloirs des dragues, les élévateurs et excavateurs, ayant accompli leur tâche pacifique, profilaient sur le ciel leurs longs bras noirs au repos.
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Influence de la pression atmosphérique sur le niveau des mers. — L’un des phénomènes intéressants de l’hiver qui vient de finir a été l’abaissement remarquable du niveau de la Méditerranée, sous l’influence des hautes pressions barométriques qui ont régné en décembre et en janvier. A Antibes, tout particulièrement, la diminution de la mer a été considérable. Pendant la première quinzaine de janvier, son niveau a baissé de plus de «50 centimètres, laissant à nu des fonds sur lesquels de petites barques naviguaient très aisément jusque-là. Sur les côtes d’Italie, entre autre à Fiumicino, un semblable abaissement du niveau de la mer a été constaté également. L'influence de la pression atmosphérique sur le niveau de l’eau des mers est un fait connu et déjà étudié. Un savant français, M. Daussy, a même soumis au calcul cette influence; la diminution de niveau serait égale au produit de l’excès de hauteur barométrique sur la valeur normale, parla densité du mercure. Dans la Méditerranée d’ailleurs, l’action de la pression atmosphérique est si manifeste, selon le Dr Niepce, de Nice, qu’elle constitue à peu près à elle seule les mouvements de la marée. C’est ce que nous voyons confirmé dans une étude sur le climat de Venise, que vient de faire paraître le Directeur de l’Observatoire météorologique de cette ville, M. Tono. Nous relevons dans son travail, l’intéressant tableau que nous reproduisons ci-après, donnant les instants critiques à la fois de la marche diurne du baromètre à Venise et de la marée dans l’Adriatique.
- Daro- ( lerminiin.: 4h 8m mat. 2“miniin.: 4b 2msoir,
- mètre, j lermaxim.: 10b lm » 2'maxim.: 10h 8m »
- , I lerminim.: 4b30m » 2"minim.: 4h 0m «
- aiee. j maxjm10h50m » 2emaxim.: 10h26m »
- On remarquera la grande concordance des heures entre
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- LA NATURE.
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- les moments extrêmes des deux ordres de phénomènes. L’accord est vraiment digne d’attention
- (Ciel et Terre.)
- Les séances de l’Assemblée générale des météorologistes français, prévues par le décret du 14 mai 1878, se tiendront cette année les 11 et 13 avril, au Ministère de l’Instruction publique, sous la présidence de M. Hervé Alan-gon, député, président du Conseil du Bureau central météorologique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mars 1882.
- La séance a été très courte à cause du comité secret qui l’a suivie et dans lequel on a dù discuter les titres des candidats à la place vacante dans la Section de médecine et de chirurgie par suite du décès de M. Bouillaud. Le secrétaire perpétuel a dépouillé la correspondance de la manière la plus laconique et les membres qui avaient des présentations à faire se sont bornés à peu près à mentionner le titre des mémoires qu’ils déposaient. Même M. Ala-rey qui communiquait ses recherches personnelles sur la reproduciion par la photographie instantanée d’oiseau en train de voler, n’a fait qu’effleurer son sujet. 11 a promis d’y revenir prochainement et nous attendrons d’avoir le travail complet pour en entretenir nos lecteurs.
- Comète. — D’après une lettre de M. Stéphan, une nouvelle comète a été vue à Marseille le 22 mars. Elle avait l’éclat d’une étoile de onzième grandeur et sa queue était longue de 6 secondes. A cette nouvelle M. Bigourdan a recherché l’astre à l’Observatoire de Paris : il lui assigne la neuvième grandeur et attribue 10 secondes à sa queue.
- Physique solaire. — D’après M. Tacchini les taches et les facules sont en ce moment deux fois plus nombreuses au nord qu’au sud du soleil.
- Histoire de la science. — En visitant, chez M. de Cha-zelles, la bibliothèque de Lavoisier, M. Dumas remarqua trois dossiers pleins de manuscrits de Béauinur, illustrés d’une foule de très beaux dessins originaux. Avec eux se trouve une lettre de Lyonnet sur la génération des pucerons. Le tout est mis par le professeur à la disposition de l'Académie, et la Section de zoologie est chargée de voir si ces papiers ont quelque intérêt pour la science.
- Ciments hydrauliques. — Partant des classiques recherches de Al. Fremy sur l’hydraulicité, Al. Le Chatellier a cherché à déterminer les substances dont se compose le ciment après sa cuisson. En combinant les données de l’observation microscopique avec les résultats d’expériences synthétiques, l’auteur distingue trois composés très nets, savoir : un silicate de chaux, Si O3,2CaO, ayant comme on voit la constitution générale des péridots ; — un aluminate neutre Al*05,3Ca0, rentrant dans la catégorie des spinelles; — un alumino-ferrite de chaux.
- Viandes trichinées. — D’une présentation faite très vite par AL Gosselin, il paraît résulter que Al. Collin (d’Alfort) estime que les viandes trichinées venant d’Amérique ne contiennent guère que des trichines mortes et par conséquent non dangereuses.
- Météorologie. — Une lecture est f;yle par Al. Broch, au sujet des variations que peuvent subir les courants réguliers de la mer. AI. Hébert, professeur à Rennes, adresse des Etudes sur les lois des grands mouvements de l’atmosphère et sur la formation et la translation des tourbillons aériens. Ce travail, dont l’auteur vient de faire une thèse de doctorat ès sciences physiques et qui est accompagné de six planches, est dédié à la mémoire de Le Verrier,
- « créateur de la météorologie internationale ». Ce mémoire est, pour une part, la reproduction d’une notice publiée dès 1870 dans Y Atlas météorologique de l’Observatoire et qui, sous cette première forme, avait reçu l’adhésion des météorologistes les plus autorisés. Après avoir étudié en détail les phénomènes de siroco qui se sont reproduits avec puissance dans le sud-ouest de la France pendant l’hiver 1876-77, l’auteur les a comparés aux phénomènes du même genre constatés au même moment ou à d’autres époques en Algérie, en Suisse et dans les diverses régions de l’Europe, et il a cherché à dégager de cette étude les causes et les lois de ces intéressants phénomènes.
- Varia. — Alentionnons encore : une note de AL Ama-gat sur la dilatation des gaz sous volume constant ; — la découverte, par AL Boulet, de l’acide hippurique dans le suc gastrique ; — des recherches sur l’appareil reproducteur des étoiles de mer, par AI AL Perrier et Poirier; — une suite au travail de AL Béchamp sur les mycrozyina pancréatiques ; — des expériences, faites en commun par AIM. Berthelot et Vielle, au sujet de la vitesse avec laquelle se transmettent, dans les gaz, les phénomènes explosifs ; — un mémoire posthume de AL Leplay sur la saponification des fécules.
- Stanislas AIeunier.
- LE VIEUX SAPIN DE L’ALLIAZ
- EN SUISSE
- Lors du séjour que je fis l’aimée dernière aux bains de l’Alliaz, dans le canton de Vaud, en Suisse, j’eus l’occasion de faire quelques observations curieuses sur la végétation de ces régions alpestres.
- La vallée de l’Alliaz est située à deux lieues et demie nord-est de Yevey, à une altitude de 1051 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle est en plein dans la région alpestre. À l’Ouest, elle est bornée pai les monts des Pléiades; à l’Est, par ceux du Folly, dont les eaux forment le torrent nommé Baye de Clarens qui va se jeter dans le lac Léman. Au Sud, on voit le mont Cubly, au-dessus duquel on aperçoit les sommets couverts de neiges éternelles de la Dent-du-Midi. Au fond de cette vallée, se trouve l’établissement de bains qui est alimenté par une source froide d’eau sulfureuse.
- Derrière le bâtiment, sur la hauteur, de même que du sommet des Pléiades, on découvre la chaîne du Monléson, une partie du Jura, les lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne. On jouit d’un des points de vue les plus beaux et les plus étendus du canton de Vaud, sur tout le bassin du Léman et sur une pal lie du canton de Fribourg, du Valais et de la Haute-Savoie.
- A 400 mètres plus haut que l’hôtel de l’Alliaz
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- LA NATURE.
- (c’est-à-dire à une altitude de 1400 mètres), dans une forêt de sapins qui couvre le flanc de la montagne, j’ai observé une véritable merveille de végétation. C’est un vieux sapin qui domine d’une dizaine de mètres tous ceux qui l’entourent, et, sans doute, c’est l’arbre le plus ancien et le plus remarquable du canton de Vaud et peut-être de toute la Suisse.
- On peut voir ci-joint une représentation très exacte de ce géant du règne végétal.
- A la base, son tronc mesure environ 10 mètres de circonférence.
- A une hauteur d’un mètre et demi du sol et du côté du Midi, naissent sept rejets qui sont devenus autant d’arbres aussi vigoureux que les autres sapins de la forêt. I)’a bord recourbés et tordus à la base, ils se redressent pour s’élever ensuite perpendiculairement en suivant une direction parallèle à la maîtresse tige.
- Mais le fait le plus curieux à signaler ici, c’est que les deux plus gros de ces rejetons sont reliés au tronc principal par des contreforts subqua-drangulaires présentant l’aspect de véritables sommiers et pro1 venant de branches anastomosées. Mais comment cette soudure s’est-elle produite? On sait que les anastomoses, qui sont si communes chez les Angiospermes, sont très rares chez les Conifères. Il m’a été impossible de découvrir l’endroit de la soudure. Une branche partie de la maîtresse tige est-elle allée se souder au tronc du rejeton par une sorte de greffe par approche? Ou bien deux branches parties en même temps du rejeton et de la maîtresse lige se sont-elles rencontrées et soudées par leurs extrémités? La première hypothèse me
- paraît la plus probable. Quoi qu’il en soit, il y a là, me semble-t-il, un curieux exemple d’adaptation. Voilà une branche qui change complètement de destination ; au lieu de servir de support aux organes appendiculaires, elle se fait arc-boutant et elle remplit l’olfice de contrefort. Elle ne diffère du reste e n rien d’une branche ordinaire ; elle est
- revêtue d’une écorce en tous
- points sembla -
- ble à celle de
- la maîtresse tige et du rejeton qu’elle soutient.
- L’espace compris entre le plancher raboteux formé par l'enchevêtrement des rejetons à leur point de départ et les deux arcs-boutants, est assez vaste pour qu’on puisse y construire une habitation dans laquelle un ermite se trouverait fort à l’aise.
- On a beaucoup parlé des vieux châtaigniers des bords du Léman et de l’ancien tilleul de Fribourg, qui remonte, dit-on, à l’époque de la lutte que la Suisse eut à soutenir contre Charles le Téméraire ; je n’ai trouvé nulle part la moindre mention du vieil Epicéa de l’Alliaz qui, sans nul doute, remonte beaucoup plus haut que le tilleul de Fribourg. Je pense qu’on pourrait, sans être taxé d’exagération, lui assigner sept à huit cents ans d’existence.
- Louis Pire,
- Président de la Société royale de Botanique de Belgique.
- Le propriétaire-gérant: G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Le sapin de l’Alliaz. (D'après uu croquis de Jl‘““ A. Pire.J
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- N° 462. — 8 AVRIL 1882.
- LA NATURE.
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- LAMPE A INCANDESCENCE
- DE M. LE Dr REGNARD
- On cherche depuis longtemps un procédé pour obtenir une vive lumière qui permette de faire facilement des projections. Dans les pays où l’on possède la lumière électrique, la chose est bien simple ; elle est encore facile dans les endroits où on a le gaz, et encore faut-il de l’oxygène, et les appareils sont alors assez difficiles à agencer et à transporter. Mais dans toutes les localités où l’on n’a même pas le gaz, on a été obligé de renoncer presque absolument à une méthode d’enseignement qui, pourtant, de l’aveu de tous, est excellente.
- Tout récemment, le ministre de l’Instruction publique demandait à une Commission spéciale de lui désigner les appareils qui pourraient le plus facilement servir à faire, des projections dans les écoles primaires..
- Il résulte de l’exa- ; men de cette Commission que si les appareils simples pour projeter ne manquent pas, il s’en faut de beaucoup qu’on ait des foyers lumineux assez intenses pour obtenir des images un peu grandes.
- M. le Dr Regnard a eu l’idée, pour avoir une lumière vive, de faire brûler sur une toile métallique en platine un mélange d’air et de vapeur de pétrole.
- Il en résulte une chaleur intense qui porte au blanc les fds de platine ; de là une lumière égale à la moitié environ de la lumière oxhydrique.
- L’appareil est très simple ; c’est un bec de Bunsen ordinaire, terminé par une petite cage en fil de platine. Au lieu d’envoyer du gaz dans ce bec Bunsen, on y fait arriver un mélange d’air et de vapeur de pétrole suivant le procédé connu depuis longtemps et utilisé récemment par les nombreux inventeurs de thermo-cautères. Un simple soufflet de cuisine à deux vents ou une poire de Richardson sont très suffisants pour provoquer ce courant d’yir.
- Pour diriger toute la lumière dans un seul sens on peut recouvrir le bec Bunsen d’un ajutage ayant la forme d’un pavillon de trompette fermé ' précisément par un treillis de platine. Il suffit de régler par l’anneau du bec Bunsen l’arrivée du mélange d’air et de vapeur pour avoir, tout le temps qu’on souffle, une lumière extrêmement vive.
- Si, au lieu de se servir d’un soufflet, on envoie le courant d’air par un ventilateur ou une trompe, on peut alimenter un nombre considérable de becs et éclairer avec une lumière qui a l’aspect et la puissance des lampes électriques à incandescence, des .
- salles, des usines, etc., dans les pays où le gaz n’existe pas. L’appareil de M. le Dr Regnard dérive du bec Bour-bouze, mais il a sur lui cette supériorité qu’il n’exige pas de gaz d’éclairage.
- Il pourra servir aux médecins pour les examens laryn-goscopiques et otoscopiques. 11 a en- , eore un avantage appréciable : il ne coûte presque .rien et ne dépense que quelques centimes • par heure quand il fonctionne au maximum.
- Si on veut donner à l’appareil une grande constance et le faire servir à un éclairage régulier, je suppose, il faut faire un peu plus de frais et augmenter le volume du carburateur afin que l’appauvrissement de l’essence de pétrole ne se fasse pas trop vite sentir : on fera alors barbotter l’air dans une de-ces touries que l’on trouve chez tous les pharmaciens et dans lesquelles on mettra cinq ou six litres de liquide. Uette tourie peut être placée sous la table où se trouve l’appareil ou même plus loin.
- Si on ne veut pas souffler à la main on peut disposer sous la table un grand soufflet que chacun peut fabriquer en chargeant de poids un sac plein d’air. Si le sac es^un peu grand la lampe pourra fonctionner plusieurs heures sans qu’on s’en occupe.
- Le liquide que l’on doit mettre dans le carburateur est l’essence minérale du commerce.
- D' Z...
- Lampe à incandescence du Dr Regnard.
- 10* année, —- 1er semestre.
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- LA NATURE.
- A. A. B. BUSSY1
- Bussy (Antoine-Alexandre-Brutus), qui est mort récemment à l’âge de quatre-vingt-huit ans, est né à Marseille, le 10 mai 1794. Il lit au lycée de Lyon de solides études, qui lui ouvrirent, en 1815, les portes de l’École Polytechnique, où il se trouvait en 1814 et 1815 avec Chasles et Morin. Il était donc de ces promotions qui se sont vaillamment conduites sous les murs de .Paris lors de l’invasion; Bussy fut même blessé dans les fossés de Vincennes par la lance d’un Cosaque, et il lui en était resté une légère cicatrice sous la lèvre inférieure.
- Il entra dans une pharmacie à Lyon, où il resta trois ans. Il revint en 1818 à Paris, où l’appelait le désir de se perfectionner dans l’étude des sciences, et surtout de la chimie pour laquelle il avait une préférence marquée qu’avait encouragée Robiquet, qui occupait les fonctions de répétiteur de Thénard, lorsque Bussy était élève à l’École Polytechnique.
- En 1821 il fut nommé préparateur de chimie à l’École de pharmacie de Paris, où il s’éleva, par son travail, aux divers échelons de l’enseignement : professeur adjoint, professeur titulaire en 1830, administrateur en 1840, et enfin directeur en 1844, à la place de Bouillon-Lagrange qui avait succédé à Vauquelin. Membre de l’Académie de Médecine dès 1823, il fut élu membre libre de l’Académie des Sciences en 1850.
- Les travaux publiés par Bussy dans sa longue carrière sont considérables. Il a donné, en 1822, la première analyse de l’acide subérique; il a fait la première analyse exacte des alcaloïdes et de la morphine notamment.
- Plus tard Bussy obtint à la Société de Pharmacie le premier prix, pour son important mémoire sur les charbons décolorants, où il indique l’importante idée de la revivification du charbon animal.
- Ce savant chimiste a le premier liquéfié l’acide sulfureux et plusieurs autres gaz par un simple abaissement de température; il a découvert l’anhydride sulfurique ; on lui doit d’importants travaux sur les corps gras, des recherches pleines d’intérêt sur le magnésium, sur la saponine et la paraffine, sur l’iode, sur l’acide arsénieux, sur le plâtrage du vin, sur l’acide cyanhydrique, etc,, etc.
- Lorsque Bussy résigna, en 1875, ses fonctions de directeur de l’École de Pharmacie, et qu’il n’eut plus la charge de ses intérêts matériels, il ne cessa pas pour cela de se préoccuper d’élever le niveau de l’instruction dans le corps pharmaceutique, question qui, pour lui, primait toutes les autres et qui avait été son principal objectif.
- Au physique Bussy avait un grand air; il est resté droit et sans aucune infirmité jusqu’au dernier instant. L’esprit n'avait rien à envier au corps. Mais les dons du corps et de l’esprit le cédaient aux qualités de son âme, et si sa longue administration a été prospère, s’il a laissé un impérissable souvenir dans le cœur de ses collaborateurs, et dans celui des nombreuses générations d’élèves qui se sont succédées pendant les quarante années de sa direction, c’est qu’il était d’une loyauté et d’une justice irréprochables, c’est qu’il ne faisait pas étalage de principes, mais que sa conduite réservée était une rigoureuse application de l’honnêteté qui était le fond de sa nature.
- 1 Nous empruntons les éléments de cette notice nécrologique à un excellent article publié par M. Alf. Riche dans le Journal de Pharmacie et de Chimie.
- L’ABCHIPEL HAYAÏEN ET SES Y0LCANS
- L’archipel havaïen, plus connu sous le nom d’ «îles Sandwich », situé presque au centre du Pacifique, comprend un certain nombre d’iles élevées, de formes et de dimensions différentes, qui sont régulièrement espacées sur une étendue de 400 milles, suivant une ligne de fracture orientée 0. N. O. — E. S. E. (fig. 1).
- Toutes sont d’origine exclusivement volcanique; elles sont de date relativement récente et semblent avoir apparu successivement. Les plus anciennes situées au Nord-Ouest, ne présentent plus trace d’activité ; les laves et les scories basaltiques dont elles sont formées, en partie décomposées, ont donné lieu à un sol fertile sur lequel s’est établi une luxuriante végétation, et les cratères qui leur avaient donné naissance, maintenant envahis par les eaux, sont transformés en lacs où pullulent des poissons aux mille couleurs. Les îles du Sud sont plus déshéritées et celle située la dernière dans cette direction, à l’extrémité de la fracture, est encore dévastée actuellement par des volcans qui peuvent compter comme les plus actifs et les plus célèbres qui soient au monde.
- L’ile Kauaï, la plus septentrionale du groupe, se compose d’un massif conique assez régulier, sillonné de profondes découpures, qui se dresse pour ainsi dire subitement de la mer jusqu’à l’altitude de 2400 mètres. Deux cônes (le tufs, Kaula et Lé-hua, constituant chacun un gros îlot isolé, séparé parla petite île allongée de Nühau, l’avoisinent dans l’Ouest.
- Vue du large, Kauaï se présente sous un aspect menaçant; des falaises à pic, environnées de brisants sur lesquels la mer déferle sans cesse, semblent en défendre l’accès. Le seul point de débarquement facile est situé dans le Sud, dans l’anse de Koloa, encore n’est-il abordable que par certains vents. Cette île est pourtant la plus fertile de toutes celles de l’archipel. C’est la seule qui porte des rivières méritant véritablement ce nom, et encore, ne sont-elles navigables qu’en partie. En raison du relief accidenté de l’ile, tous ces cours d’eau, qui sont nombreux, ont des allures torrentielles et donnent lieu à d’innombrables cascades, qui parfois tombent de plusieurs centaines de mètres de haut dans des gorges profondes dont on ne voit pas le fond.
- Oahu, qui vient ensuite, est traversé dans toute sa longueur (35 milles) par une belle chaîne de montagnes, dirigée dans le sens de l’allongement des îles, N. O.—S. E. Honolulu, capitale du royaume et siège du gouvernement, est située à l’extrémité sud de cet accident montagneux, dans la partie la plus aride et la plus exposée aux vents. Le versant Est, exposé aux pluies, est couvert d’une végétation riche et épaisse. Cette île, composée en grande partie de tufs j et de conglomérats basaltiques, présente un grand
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- nombre de cônes de projections fort élevés qui sont tous éteints et en partie démantelés.
- Molokaï, située dans le prolongement de la chaîne d’Oahu, se compose également d’un massif montagneux allongé, aujourd’hui inactif, qui ne dépasse guère 1800 mètres en altitude.
- Maui est plus importante; elle est formée de deux presqu’îles d’inégale grandeur qui supportent chacune un massif montagneux élevé : Halé-a-ké-la (la maison du Soleil), dans la presqu’île orientale, qui supporte un cratère immense (40 kilomètres de circonférence) dont le fond est occupé par une plaine de laves d’où s’élèvent une multitude de petits cônes de scories aux formes géométriques, rejetant constamment des vapeurs sulfureuses ; YEeka, dans la péninsule occidentale, qui atteint à peine 2000 mètres et se termine par un cratère rempli de débris de laves et de scories.
- L’île Maui est escortée, dans l’Ouest, p ar deux petites îles, Lanài et Kahulawe, habitées seulement par quelques familles de pêcheurs; un cône de tuf assez étalé, Molokini, qui a servi pendant longtemps de lieu de déportation, se dresse entre les deux.
- L’île Bavai, qui termine cette série, est de beaucoup la plus importante. C’est aussi la plus intéressante et la plus connue, en raison de ses grands volcans en activité continue, qui lui donnent une place tout à fait exceptionnelle au milieu des manifestations volcaniques actuelles.
- Elle est à elle seule plus grande que toutes les autres réunies ; c’est aussi la plus considérable de toute la Polynésie : elle occupe une surface de 4000 milles carrés. Sa forme est quadrangulaire.
- Quand on l’aborde par l’Ouest, en venant d’Hono-lulu, le spectacle qu’elle présente est imposant (fig. 2). Ses rives ont un aspect sauvage et désolé ; pas un brin d’herbe, pas un arbre, à l’exception de quelques cocotiers qui apparaissent rares et isolés au milieu d’un entassement singulier de sombres rochers. Par contre une belle ligne de végétation aux tons verdoyants les couronne, formant une longue traînée continue au-dessus de laquelle se dressent, dans le lointain, les sommets neigeux du Mauna-Kea et du Mauna-Loa, les deux géants de l’île Havaï, dont la hauteur dépasse celle du Mont-Blanc. Rien n’égale la surprise qu’on éprouve, en voyant sous ce ciel tropical ces cimes neigeuses blanches, qui étincellent sous un soleil brûlant.
- Bientôt, en approchant, tous les accidents qui donnent à l’île Havaï son relief si accentué apparaissent plus distincts. Dans le Nord, les petites montagnes de Kohala se montrent boisées jusqu’au sommet, tandis que le sombre massif du Hualalui (5049 mètres), avec ses laves et ses scories, sur lesquelles aucune végétation ne s’est encore établie, fait contraste sur la côte ouest.
- Dans un horizon plus lointain, le Mauna-Kea (Montagne Mère), aux flancs abrupts et profondément découpés, se dresse pour ainsi dire tout d’un jet à une altitude de 4255 mètres; plus loin, vers le Sud, la
- cime neigeuse du Mauna-Loa (la Grande Montagne) apparaît avec ses pentes douces et arrondies, couver* tes de laves qui se disposent en traînées noires, serpentant à la manière d’un fleuve, et descendant à travers monts et vallées jusqu’à la mer. Rien n’égale la splendeur d’un pareil tableau; tous les voyageurs qui ont atterri aux Sandwich l’ont décrit et n’ont pu se défendre d’un sentiment d’inquiétude en con*-templant ces colosses montagneux, toujours menaçants, dont la tranquillité n’est qu’apparente et qui contiennent en leur sein des torrents de feu, toujours prêts à s’échapper.
- En contournant l’île par le Nord, pour gagner la baie de Hilo, l’aspect change ; dans l’Est, la côte basse, déserte et aride, fait place à de sombres et hautes falaises, formées de laves noires en bancs épais, qui s’élèvent brusquement de la mer, à la manière de remparts verticaux. Une épaisse végétation recouvre leurs sommets; des lianes grimpantes, des fougères au feuillage découpé, s’accrochent à toutes les aspérités des laves, formant par places, de véritables tapis de verdure, appliqués contre la paroi du rocher. D’innombrables cascades tombant, du haut de ces lalaises, directement dans la mer, viennent mêler leurs eaux jaillissantes à celles déjà blanchies d’écume projetées par les vagues sur les brisants ; ou d’autres fois elles s’échappent par une série de chutes et de sauts dans le tond de gorges resserrées, entaillées à pic, qui semblent comme autant de blessures entamant le massif sur une grande étendue1, r ' • -
- Dans le Sud-Est la côte s’abaisse et devient de nouveau aride et sèche, la végétation cesse de ce côté qui semble plus soumis que les autres aux feux du volcan, qui se dresse de ce côté. Dans cette direction, la côte s’élève en pente douce depuis la mar, jusqu’au plateau délavés qui supporte le Mauna-Loa.
- Dans l’intérieur, le relief de l’île est peu accidenté. La petite chaîne de Kohala, qui forme la pointe nord, s’élève doucement au-dessus d’une région boisée, elle est elle-même couverte de forêts où dominent de grandes myrtacées. Les laves et les scories qui la composent sont très altérées et recouvertes par un sol rougeâtre argileux,jouvent fort épais, qui résulte de leur décomposition. C’est là un massif éteint depuis fort longtemps.
- Une grande plaine lui succède dans le Sud. Cette plaine, dite de Waimea, est couverte d’herbages, où paissent d’innombrables troupeaux de bœufs sauvages et de sangliers, descendants révoltés du bétail importé par Vancouver en 1795. Elle vient s’arrêter brusquement dans l’Ouest devant le massif montagneux du Hualalui, tandis quelle se relève doucement, dans le Sud-Est, sur les pentes du Mauna-Kea.
- Ces deux montagnes, avec le Mauna-Loa qui s’élève plus loin, dans le Sud, circonscrivent ensuite
- * M. da Varigny, dans la relation de son séjour aux îles Havai (Tourdu Monde, t. XXVI, 667e liv., 1873). donne une description saisissante de ces côtes où il a pu compter, réunies sur un petit espace, plus de quarante de ces chutes dont la dernière, celle de Waipio, tombe d’une hauteur de plus de 2000 pieds.
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- un vaste plateau désertique, couvert de laves, celui de Kalaika, qui occupe ainsi dans l’île une position centrale, et auquel fait suite, mais à un niveau plus bas, sur le versant opposé du Mauna-Loa, la grande plaine de laves de Kilauea.
- L’île Havaï se compose ainsi d’une succession de plateaux au-dessus desquels émergent trois édifices volcaniques, Hualalui, Mauna-Kea, Mauna-Loa, qui se signalent eux-mêmes par leur forme aplatie, occasionnée par la faible inclinaison de leurs pentes.
- Tel est surtout le Mauna-Loa, dont la forme en dôme est très remarquable (fig. 2).
- Hualalui est le seul qui prenne l’aspect extérieur d’un volcan, c’est-à-dire cette forme régulièrement conique qui constitue le trait saillant de ces appareils (fig. 3).
- Sa base est très étalée; son sommet largement tronqué, porté à l’altitude de 5049 mètres, présente deux saillies séparées par une dépression en forme de col, au fond de laquelle on remarque, quand on en fait l'ascension* deux grands cratères jumeaux, larges de 500 mètres
- environ, avec une profondeur de plus de 100. Les laves refroidies reposent maintenant au fond de chacun de ces cratères, formant une croûte épaissie, comme tuméfiée, traversée par de profondes crevasses, couverte en certains points par des scories noires entassées. Des traînées jaunâtres, serpentant le long des parois, indiquent le passage d’anciens dégagements de vapeurs sulfureuses qui
- maintenant ont totalement disparu.
- Ce volcan était encore en pleine activité au commencement du siècle ; il a donné en 1801 une énorme coulée qui s’est échappée d’un des cratères du sommet et s’est dirigée vers la mer en s’étalant sur un espace de plusieurs kilomètres. Cette coulée, qui a duré plusieurs mois * s’est avancée en mer jusqu’à une grande distance, elle forme maintenant la pointe ouest de l’île (Lae Mano). Un grand nombre de cônes de projections et de cratères ad-ventifs qui s’étagent sur les flancs de la montagne, témoignent encore par leur belle conservation d’une grande;
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- Fig. 1. Carte de l’île Havaï et de l’archipel des Sandwich.
- Mauna Loa
- NI aura Kohala
- Niauna Hualalui
- Fig. 2. Côte ouest d’Havai, vue parle travers de la baie de Kawaïhae.
- activité ralentie depuis une époque peu éloignée.
- Dans l’Est, le Mauna-Kea dresse au-dessus des fos-rêts son large front couronné de neige (fig. 5). C’est la plus haute montagne de l’île (4253 mètres); elle est encore uniquement formée de coulées de laves superposées. Ses flancs sont sillonnés par de profondes découpures qui rendent son accès difficile. Aussi son ascension est-elle rarement tentée; du reste, elle
- présente peu d’intérêt, toute trace d’activité ayant maintenant disparu de ce majsif. Son sommet très étalé supporte une rangée de cônes de scories assez élevés, qui émergent au-dessus d’un plateau de laves représentant le fond du cratère principal, dont les parois sont maintenant détruites.
- Ce volcan qui maintenant sommeille et ne donne plus que de temps à autre quelques fumerolles,
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- a dû présenter, dans sa période active, des phases paroxysmales d’une grande intensité si on en juge par l’étendue et la masse imposante des coulées qui en sont issues. Des neiges perpétuelles ont succédé aux feux du volcan et sur ce sommet autrefois brûlant, règne maintenant un froid rigoureux.
- On le considère, ainsi que le Hualalui, comme
- Fig. 3. Hualalui, vu dans le Nord.
- Complètement éteint. Toute l’activité volcanique se trouve donc aujourd'hui concentrée dans le massif du Mauna-Loa, c’est-à-dire dans la partie méridionale de l’ile. Cette grande montagne, presque aussi élevée que le Mauna-Kea (4253 mètres), présente, en effet, une surface stérile d’environ 60 kilomètres
- Fig. 4. Cratère sud du Hualalui. (D’après Birgham.)
- de diamètre, couverte de laves et de scories, qui toujours est en éruption en quelques points.
- Sur ses pentes, les laves sont entassées par blocs énormes aux arêtes vives, entremêlées de scories et de portions de laves vitreuses tuméfiées, qui cèdent facilement sous les pas ; on d’autres fois elles s’étalent
- Fig. 5. Mauua-Kea, vu dans l’Est.
- en grandes nappes continues dont les surfaces unies sont interrompues par de profondes cassures, au-dessus desquelles s’amoncellent par places, d e-normes tas de scories. La marche est difficile sur un sol si accidenté et si bouleversé ; le capitaine Wil-kcs, commandant de l’expédition américaine de Vin-cennes, un des premiers qui ait fait cette aseens-cion, raconte qu’il lui a fallu trois journées de grandes fatigues pour atteindre le sommet du Mauna-Loa, en partant de la plaine de laves du Kilaüea,
- qui déjà est à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- Fig. 6. Le Mokua-Weo-Weo (cratère terminal du Mauna-Loa) en 1840. (D’après Wilkes.)
- Fig. 7. Le Mokua-Weo-Weo en 1875. (D’après Birgham.)
- Rien n’égale la scène de dévastation qu’offre ce sommet dénudé. Un immense champ de laves se
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- développe à perte de vue offrant l’image de la désolation absolue. En avançant vers le milieu de ce plateau désertique, on se trouve bientôt sur le bord d’un abîme vaste et profond dont rien ne ferait soupçonner la présence. L’immense cratère qui termine le Mauna-Loa affleure, en effet, au ras du sol; aucune dénivellation, aucune saillie ne laisse soupçonner sa présence même à une faible distance.
- Ce cratère terminal, qui porte le nom de Mokua-weo-weo, est de forme elliptique, il s'étend, dans une direction N. S., sur une longueur de près de 5 kilomètres, sa plus grande largeur étant de 2700 mètres (fig. 7). Ses parois verticales tombent à pic sur une hauteur de 50 à 60 mètres ; elles montrent dans toute leur étendue une longue succession de coulées de laves épaisses et compactes qui se superposent avec une extrême régularité. Celte vaste enceinte circonscrit un premier fond, percé en son centre par une vaste dépression circulaire, entaillée comme à l’emporte-pièce et dont on ne voit pas le fond. C’est là le cratère principal, sa profondeur moyenne est de 250 mètres, il est escorté par deux autres cratères, situés l’un au Nord, large et profond, l’autre au Sud, de moindre étendue, connu des indigènes sous le nom de Poha-kuo hanalei. Un petit cratère secondaire se voit encore plus au Sud au travers d’un large courant de laves, à proximité d’unè belle rangée de cônes de scories qui se dressent dans cette direction. A l’extrémité opposée, un peu au delà du cratère du Nord, on rencontre également un petit groupe de cônes de même nature au nombre de quatre, très rapprochés et qui se font encore remarquer par leurs formes presque géométriques. Ils doivent être par cela même de date récente. Des sables volcaniques répandus aux alentours sur le cliamp de laves témoignent de leur activité. ï Les laves superficielles qui entourent ces cratères paraissent également de fraîche date; elles ne portent aucune trace de décomposition et présentent cet éclat satiné et miroitant qui forme le caractère spécial des laves récentes de l’île Havaï, et qui leur a valu, de la part des indigènes, le nom bien significatif de pahoehoe (qui reluit comme du Satin). Suivant toute évidence ces laves ont été produites par déversement au-dessus des orifices era-tériformes, à la manière d’un trop-plein ; on les voit, en effet, maintenant dans certaines parties des orifices, s’étendre en surplomb par-dessus le bord, formant un revêtement épais qui figure d’immenses draperies retombant en longs festonnements. Ces laves noires, vitreuses, qui prennent tout l’aspect d’une masse de goudron figé, sont bien différentes de celles qui forment les parois intérieures des cratères dont elles sont issues. Ces dernières sont en effet compactes, grisâtres, sans traces decelluleset remplies de cristaux de feldspath.
- Ces cratères ont fréquemment changé d’aspect; la grande muraille qui les circonscrit représente un état ancien. Le cratère était alors unique et occupait toute l’étendue de cette immense cavité. Des restes de
- cet état primitif sont bien indiqués par les deux terrasses qui se voient au Nord et au Sud du grand cratère central, cratère qui ne s’est formé que plus tard par effondrement.
- Le capitaine Wilkes, qui en 1836 a séjourné un mois sur cette montagne pour faire des opérations géo-désiques, a décrit le fond du cratère principal comme occupé par une plaine de lave uniformément répandue partout, complètement refroidie, traversée par quelques fissures qui laissaient seulement échapper quelques vapeurs sulfureuses. C’est de lui que vient le tracé du Moku-weo-weo que nous avons reproduit dans la figure.
- Plus récemment, M. Birgham S dans une ascension faite en 1875, a trouvé ce même cratère présentant, dans le Sud-Ouest, un lac de feu circulaire, large de 125 mètres, d’où s’élevaient, sans discontinuité, des jets de lave en fusion hauts de 25 à 30 mètres, accompagnés de torrents de vapeurs. Au fond du cratère se dressaient des cônes de scories dont l’un situé dans l’Est paraissait fort élevé (fig. 7).
- Ce cratère terminal a eu de nombreuses et violentes éruptions, entre autres en 1832, 1843, 1852, 1859, 1866; la dernière en 1875, par conséquent à des époques qui se renouvellent avec une certaine régularité tous les dix ans. Dans les intervalles, il reste toujours en activité solfatarique, sans présenter de phases paroxysmales. Parfois les laves apparaissent dans le fond du cratère et s’y maintiennent en fusion pendant quelque temps, ainsi que l’a observé M. Birgham.
- L’éruption de 1843 a été terrible; elle a eu pour témoins MM. Andrews et Coan, missionnaires anglais qui en ont donné une relation très détaillée dans le Missionnary-Herald (xxxix, p. 43 et 381 ; x, p. 44) :
- « Dans la matinée du 10 janvier 1843, on vit de grandes flammes s’élever près du sommet du Mauna-Loa. On découvrit bientôt qu’un nouvel orifice volcanique s’était ouvert au flanc nord-est de la montagne, à une hauteur de 1300 pieds, et que des torrents de lave s’en échappaient. L’éruption augmenta rapidement en violence; la montagne tout entière parut couverte de feu, et pendant plusieurs jours de véritables jets de laves s’élancèrent de ses flancs, se répandant ensuite sur ses pentes à la manière de torrents de feu. Ces flots de lave vinrent se réunir dans la grande plaine qui sépare le Mauna-Loa du Mauna-Kea et là s’étendirent sur ce vaste espace en donnant lieu à une véritable mer de feu, qui la nuit jetait sur le ciel une lumière assez vive pour éclairer toute l’île. Ce spectacle dura plusieurs jours ; la grande élévation des jets de lave, leur rapide écoulement et l’inondation subite qui en était résultée, tinrent tout le monde en éveil pendant plusieurs nuits. »
- Six semaines durant, les laves s’écoulèrent avec une pareille intensité ; à cette date, quelques points
- 1 Peterman's Geograph. Mittheilungen. Jahrgang 1876.
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- seulement de la fracture étaient encore actifs; les coulées s’avançaient lentement, on put juger de leur étendue. Une large coulée issue du sommet s’était dirigée à l’Ouest vers le district de Kona ; une autre traînée beaucoup plus étendue, sortie d’un point plus bas, s’écoulant vers le Nord, était venue butter contre le massif du Mauna-Kea; là elle s’était étalée sur une grande surface, puis s’était divisée en deux branches l’une dirigée au Nord-Ouest vers la plaine de Waimea, l’autre, à l’Est, sur Kilo. L’étendue de ce fleuve de lave est ainsi de 40 milles.
- Au commencement du mois de mars, M. Coan entreprit l’exploration de ce massif et fit l’ascension du cratère, au prix des plus grandes fatigues et des plus grands dangers; le récit de ce voyage périlleux exécuté en grande partie sur la coulée même, à peine refroidie, alors que 'la lave fluide circulait encore au-dessous d’une faible écorce qui parfois était mouvante et semblait céder sous les pas, est rempli d’intérêt.
- Dans sa partie basse, la coulée s’était répandue au milieu des forêts. Ces jungles impénétrables avaient été saccagées ; des arbres énormes, violemment arrachés et longtemps charriés sur la lave, étaient venus s’accumuler sur son front, formant un barrage inextricable. Sur les côtés épaissis, ces troncs d’arbres empâtés par moitié, formaient de véritables chevaux de frise, tandis que d’autres dressés au milieu de la coulée, semblaient comme autant de pieux implantés au sein de la masse liquide par la main des géants. Dans la plaine, sous le Mauna-Loa, les laves refroidies donnaient l’image d’une mer consolidée à l’état de tempêta ; ce n’étaient que blocs heurtés, dressés les uns contre les autres. Au milieu de ces masses saillantes, noires et informes, violemment emboîtés, s’élevant jusqu’à 10 mètres au-dessus du niveau de la plaine, des traînées de scories se faisaient remarquer par leurs protubérances aiguës et anguleuses. Enfin en d’autres points la lave fluide présentait une surface unie et vitreuse marquée seulement de replis concentriques et d’ondulations, ayant leur convexité tournée dans le sens de l’écoulement.- Ces courants étaient alors divisés par de profondes crevasses, au fond desquelles on voyait encore le fleuve igné rouler ses ondes avec une grande rapidité. Ces larges fissures laissaient échapper d’abondantes vapeurs qui les signalaient de. loin et permettaient de les éviter.
- En cherchant à atteindre le sommet du volcan, après une ascension dont les difieultés s’accrurent à ehaque pas, M. Coan et ses compagnons arrivèrent jusqu’au point d’émission de la première coulée. Ils se trouvèrent là à une faible distance du plateau terminal, en présence de deux immenses cratères contigus et remplis presque jusqu’au bord par des laves incandescentes, en complète ébullition. Séjourner en un pareil lieu, sur un sol échauffé à ce point qu’on ne pouvait tenir en place, et sous une pluie de projections brûlantes, était impossible. Leur exploration déjà si aventureuse dut s’arrêter là, ils ne
- purent gagner le sommet et furent obligés de revenir en toute hâte à leur dernier campement.
- Ch. Yélain.
- — La suite prochainement.—
- LES HUILES DE PIN
- Une intéressante industrie a été créée depuis quelques années dans la région landaise par un savant industriel, M. Charavel ; il s’agit de l’extraction et des applications des huiles de pin au sujet desquelles nous allons donner quelques renseignements généralement peu connus.
- Les huiles extraites du pin sont de deux sortes : les huiles lourdes employées pour la peinture et la conservation des bois et les huiles légères employées à l’éclairage.
- Le pinoleum ou huile lourde de pin, s’obtient en distillant les bois résineux à basse température ; il se compose d’essence de térébenthine (55 pour 100), d’huile de résine métanaphtaline, acide phénique, créosote, paraffine (40 pour 100) et goudron, benzol, retène, créosote, etc. (25 pour 100).
- Le pinoleum est, paraît-il, très précieux pour l’injection des bois, et remplace avec avantage les sels métalliques généralement employés ; il peut aussi rendre de grands services à la peinture.
- L’huile légère de pin pour l’éclairage est extraite directement du bois en le soumettant à la distillation dans des appareils particuliers. L’huile brute ainsi obtenue est trai-j tée dans d’autres appareils distillatoires par des agents chimiques qui ont pour but de l’épurer convenablementd Cette huile ainsi préparée est légèrement jaunâtre, et peut être employée immédiatement.
- Appartenant à la catégorie des huiles essentielles et isomères de l’essence de térébenthine, cette huile possède la même composition chimique C20H,B, distille à la même température de 150 à 160°, mais a sur l’essence de térébenthine le grand avantage de ne pas résinifier, ne contenant ni acide pinique, ni acide sylvique.
- N’émettant de vapeurs qu’à une température élevée, l’inexplosibilité de l’huile de pin est complète; son emploi à l’éclairage n’offre donc aucun danger. Son intensité lumineuse est bien plus grande que celle donnée par le pétrole, elle est d’ailleurs en rapport de la quantité de carbone que contiennent ces deux produits. On sait, en effet, que plus un carbure d’hydrogène contient de carbone, plus il est éclairant ; aussi le pétrole, qui contient en moyenne 82 pour 100 de carbone, sera moins éclairant que l’huile de pin qui en contient 88 pour 100. Deux becs de même dimension ont donné, en faveur de l’huile de pin, 33 pour 100 d’intensité de plus ; sa consommation est en même temps moins grande, elle peut se chiffrer par une dépense de 2 centimes par heure, avec un bec à mèche plate de 10 lignes.
- L’application de l’huile de pin à l’éclairage est un fait considérable pour le département des Landes ; les racines, les vieilles souches de pins inutilisées jusqu’ici, peuvent rendre des quantités d’huile aussi considérables que celles que fournissent les meilleures têtes de pins. Le pin qui commençait à être délaissé devra donc être cultivé avec soin1.
- 1 D’après le Bulletin de la Société landaise de Géographie. *
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- LA NATURE.
- UN NOUVEAU BATEAU A VAPEUR
- « THE CITY-OF-WORCESTER ))
- La City-of-Worcester, tel est le nom que l’on vient de donner à un gigantesque navire à vapeur construit par la Compagnie Ilarlan et Hollingsworth, de Wilmington (Delaware, États-Unis) et destiné à faire un service actif entre New-York et New-London. La City-of-Worceüer est un des plus beaux spécimens des navires commerciaux de notre époque. La gravure ci-jointe pourra en donner une idée aux lecteurs qui n’auront pas l’occasion d’étudier de
- près ce géant de la navigation. C’est le plus grand batiment en fer que le commerce possède aujourd’hui sur les mers de notre globe. Les dispositions prises pour les marchandises comme pour les passagers atteignent la perfection autant que faire se peut. La longueur du bâtiment est de 158 mètres, son tirant d’eau de 5 mètres environ. La carcasse en fer a 20 millimètres d’épaisseur. Le navire se partage en six compartiments étanches. Quand meme une collision détruirait deux de ces compartiments, les quatre autres surnageraient et sauveraient peut-être l’équipage ainsi que les passagers. Les roues de la principale machine à vapeur ont llm,50 de
- Le nouveau bateau à vapeur la Ville-de-Woroester.
- diamètre. Les bateaux de sauvetage à bord de la City-of-Worcester ont chacun leur machine à vapeur distincte. Une pompe à vapeur, établie sur le pont, est prête à porter secours, en cas d’incendie. Le dépôt de houille à bord, destiné à la consommation des machines à vapeur grandes et petites, est de 125 tonnes à l’avant, le navire est assez bien caparaçonné pour pouvoir fondre, en pleine marche, les bancs de glace qu’il pourrait rencontrer. La cale est pavée en ciment de Portland, première qualité. Quand ce vaisseau fut lancé à la mer, le 12 mars 1881, on avait employé pour le construire ou le doubler plus d’un million de livres de fer. La City-of-Worcester peut transporter 519 voyageurs de première classe et 225 de seconde classe, en tout 742. Six bateaux de sauvetage sont en fer; le septième
- est en bois. Outre la pompe à vapeur, dont nous avons parlé, il n’y a pas de précaution qui n’ait été prise contre les incendies éventuels. Les hamacs des passagers sont disposés de telle façon que la ventilation du navire fonctionne dans la perfection. Le salon principal à bord jouit de l’éclairage électrique. Des deux ancres, l’une pèse 4100 livres et l’autre 5000. Toutes les mesures sont prises pour que la totalité du navire puisse être chauffée en hiver. La City-of-Worcester est si facile à diriger qu’au besoin un enfant de six ans suffirait à cette tâche. (A six year oid boy can steer her.) Solidité, capacité, vélocité et confort, voilà les conditions qui ont présidé à la construction de ce grand et beau navire, (Scientific American.)
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- LES MAMMIFÈRES DU KAMTCHATKA
- Un naturaliste polonais des plus distingués, le Dr Dybowski, connu par des publications remarquables et notamment par ses travaux sur les poissons et les crustacés du lac Baïkal, vient de s’établir dans la ville de Petropawlosk, au Kamtchatka, pour s’y livrer tout spécialement à la recherche et à l’étude des mammifères de cette presqu'île. Les renseignements que nous allons faire connaître au public sont extraits d’une lettre écrite par ce savant à un de ses amis à Varsovie, et qui est comme le résumé succinct des
- résultats qu’il a obtenus jusqu’à ce jour, résultats d’autant plus précieux qu’ils concernent le castor de mer ou loutre marine (Enhydris marina), animal dont on considérait la race presque éteinte au Kamtchatka, déjà même du temps de Steller.
- « Au commencement de ce siècle, écrit le br Dybowski, on y avait fait de nombreuses explorations à la suite desquelles on avait acquis la conviction que les rivages, ancienne patrie de ces mammifères, s’en trouvaient entièrement dépourvus, mais cette année (1881), des Àléoutiens, naturels des Kouriles, établis depuis quelques années à Petropawlosk, ayant été envoyés de nouveau à la chasse, vers la
- Castor de mer ou loutre marine du Kamtchatka.
- pointe méridionale de la péninsule appelée Lopatka, en rapportèrent vingt-deux peaux de ces animaux, ce qui prouve que non seulement la race n’en est pas entièrement détruite, mais qu’au contraire ils s’v sont multipliés.
- « Cette nouvelle, continue le Dr Dybowski*, aussitôt répandue, aura sans doute pour résultat de nous amener l’année prochaine une flottille d’Américains qui viendront les chasser et qui les détruiront en peu d’années. Rien ni personne ne pourra s’opposer aux entreprises de ces incurseurs qui ne respectent ni le droit des gens ni les lois internationales. Déjà cette année, profitant de la stagnation des flotilles sibériennes, ils ont poussé leurs excursions sur les bords de l’île de Behring, de l’île au Cuivre et des îles sibériennes, chassant indifférem-
- ment le phoque et la loutre. Sur un seul de leurs canots, on s’empara de quatre peaux de loutre, et l’année précédente on leur en avait saisi plusieurs douzaines. Mais le nombre de ces aventuriers s’accroît chaque année, attirés qu’ils sont par l’appât d’un gain facile sur des côtes livrées sans défense à leur rapacité; d’ailleurs les Kamtchadales eux-mêmes ne manqueront pas de suivre leur exemple et de les aider dans cette œuvre de ravage et de destruction. Dès aujourd’hui l’heureux résultat de l’expédition des Aléoutiens les a naturellement encouragés à la renouveler, et la certitude des immenses bénéfices qu’on peut y réaliser, leur a fait trouver immédiatement des entrepreneurs qui leur ont fourni argent, vivres, armes et munitions dans l’espoir d’être largement couverts de leurs avanesé
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- par la valeur des peaux qu’on leur rapportera en échange. L’activité de l’expédition se. prolongera pendant tout l'hiver et le printemps suivant, et il est probable que, s’il reste quelques-uns de ces animaux, les Américains, qui viendront après eux, ne les laisseront pas échapper, de sorte que malheureusement nous ne nous réjouirons pas longtemps de la certitude que nous venons d’acquérir, qu’il existe encore des loutres marines sur les côtes du Kamtchatka. La chasse à la loutre, en elle-même, est des plus originales, et pour un amateur c’est, selon moi, la plus agréable qu’on puisse imaginer, bien entendu à la manière dont les Aléoutiens la pratiquent, car la chasse à l’américaine, qui consiste à tirer des barques, n’a rien de bien intéressant.
- « La loutre marine se tient sur les bords couverts d’épaisses touffes de varech ; c’est là qu’elle se repose le plus ordinairement et qu’elle nage sur le dos, le ventre en l’air. Ce curieux animal nage le corps horizontal, la tête élevée et inclinée sur la poitrine, les pattes de devant jointes comme pour la prière ; son arrière-train est muni de pieds recouverts de poils et ayant la forme de larges nageoires qui exécutent des mouvements vigoureux ; c’est comme une large palette dont l’impulsion mue avec la régularité d’un balancier, pousse l’animal en avant, tout en le maintenant à la surface de l’eau. La femelle porte son petit snr la poitrine, lui tenant l’arrière-train dans ses pattes de devant.
- « C’est au printemps, vers la fin du mois de mai, que les Aléoutiens s’embarquent pour les parages où la loutre marine choisit de préférence son gîte, mais ils se gardent bien d’y aborder dans la crainte d’effrayer l’animal. Il est également défendu d’y tirer, car une explosion pourrait le faire fuir. Les Aléoutiens montent des barques légères semblables à celles des Groënlandais, recouvertes entièrement de peaux de phoque, et ayant une ouverture au milieu, ménagée pour le chasseur qui s’y introduit jusqu’aux hanches, et la ferme hermétiquement au moyen d’un tablier, couvert qu’il est lui-même d’un vêtement en boyau de phoque. 11 semble alors que l’homme et la barque ne soient plus que les parties intégrantes d’un appareil flottant. Si un poète a pu dire que le Cosaque, la steppe et le cheval ne font qu’une grande âme, je trouve qu’il y a plus de majesté encore dans l’ensemble que présentent ici l’A-léoutien, sa barque et l’Océan. C’est là seulement qu’il faut le voir pour comprendre quels résultats étonnants peut produire cette union intime de l’homme et de l’élément.
- « Mais je reviens à mon sujet. Les Aléoutiens, chacun dans son canot, qu’il manœuvre à l’aide de deux rames, avancent sur une même ligne, et espacés de manière à pouvoir surveiller l’intervalle qui les sépare l’un de l’autre. A peine l’un d’eux a-t-il aperçu la tête d’une loutre émergeant de l’eau, qu’il lève aussitôt une rame en l’air. A ce signal toutes les autres barques convergent vers celle qui l’a donné, épiant en silence le point où la tête va apparaître de
- nouveau. Le même signal et la même manœuvre se renouvellent jusqu’au moment où l’un des chasseurs se trouve à portée pour tirer sur l’animal. Les Aléoutiens ont l’œil juste et manquent rarement leur coup. Pour cette chasse ils se servent de flèches, et la loutre appartient à celui dont la flèche a porté la première, car il arrive très souvent que l’animal, blessé d’un premier trait, remonte à la surface de l’eau, où d’autres traits l’achèvent. Le procédé pour lancer les flèches n’est pas le même chez tous les Aléoutiens : ceux d’ici, qui viennent des îles du Commandeur, se servent d’une planchette, ceux de l’île Kadjak se servent de l’arc. Parfois on tend des filets qu’on place perpendiculairement au rivage dans les endroits fréquentés par les loutres qui, en plongeant et en nageant parmi les épaisses touffes d’algues marines, s’embarrassent dans les mailles et se trouvent prises vivantes. Enfin les Aléoutiens de Petropawlosk chassent la loutre marine au fusil, se souciant fort peu d’éteindre la race : « Après nous le déluge ! »
- Voyons maintenant ce que rapporte le Dr Dybowski au sujet de l’autre animal également précieux qu’on trouve aussi au Kamtchatka, la zibeline. Lors de la première invasion des hordes cosaques (ce sont ses propres expressions), les zibelines y étaient si communes qu’une peau de chien y avait plus de valeur, et les indigènes se moquaient de la simplicité des Cosaques qui donnaient un couteau en échange d’une peau de cet animal. Si l’on en croit le témoignage des vieillards, le nombre en était jadis si considérable qu’on en trouvait partout. Chaque chasseur pouvait tuer, dans une seule chasse, vingt à quarante pièces. Steller dit qu’il avait suffi de quelques années de séjour au Kamtchatka à certains fonctionnaires du gouvernement, pour s’y enrichir, et qu’au commencement de ce siècle la presqu’île fournissait encore plusieurs dizaines de milliers de zibelines par an. Peu à peu cependant leur nombre commença à diminuer; d’abord on attribua cette diminution à une année mauvaise, mais quand on vit ces années mauvaises se succéder invariablement, on. finit par s’apercevoir qu’on en arrivait à la destruction de la race, et l’on peut prévoir aujourd’hui que, si l’on n’y change pas le genre de chasse, dans dix ans, vingt ans au plus, il n’y aura plus une seule zibeline au Kamtchatka. Cette année, par exemple, où la chasse s’est faite dans les conditions les plus favorables, elle n’a produit que le chiffre relativement modeste de 2883 pièces.
- « Après avoir étudié la question à fond et fait mes observations les plus attentives et les plus minutieuses sur la manière dont la chasse à la zibeline se pratique aujourd’hui, j’ai adressé un rapport au gouvernement sur l’état dans lequel se trouve actuellement une des sources de richesse de ce pays, et j’ai présenté un projet ayant pour but de soumettre cette chasse à des règlements différents. En résultera-t-il quelque avantage au point de vue de la conservation de la zibeline? C’est ce que
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- l’avenir montrera. Je me bornerai ici à exposer succinctement les causes de cette destruction et à donner un aperçu des rétormes que je crois indispensables, si l’on veut en éviter la destruction complète à bref délai.
- « Autrefois les Kamtcbadales et les Koriates fixés dans la presqu’île, se considéraient comme les seuls propriétaires légitimes du droit de chasse et seuls ils chassaient la zibeline. Les habitants des villes et des campagnes et les Cosaques, occupés à l’agriculture, au commerce ou au service militaire, ne leur faisaient aucune concurrence dans l’exercice de ce droit soumis à des règlements très sévères auxquels d’ailleurs ils se soumettaient avec l’exactitude et la rigidité propres à ces races. Dans chaque village on gardait soigneusement les filets destinés à la chasse de la zibeline; ils étaient livrés puis rendus à une époque déterminée, et personne ne songeait à chasser pendant la saison prohibée. Mais avec le temps les rapports sociaux ont changé. Aujourd’hui paysans, citadins, Cosaques, tous abandonnent leurs occupations journalières. On ne les oblige plus à s’adonner à l’élevage ou à l’agriculture : bien plus, beaucoup d’entre eux, pour ne plus avoir à faucher leurs foins, se sont défaits de leur bétail, d’autres ont abandonné tout souci de la propriété, afin d’avoir leur temps libre pour la chasse. Avec les premières neiges et même plus tôt, quiconque le peut se rend dans les réserves à gibier. On y arrive même avant l’époque fixée, car la destruction de la zibeline commence à la fin d’octobre et ne se termine qu’en mai, c’est-à-dire après l’époque fixée pour la fermeture de la chasse. On y tue même les individus à poils ras et les femelles pleines, tout cela pour faire nombre, car la catégorie d’habitants que je viens de citer, ne connaît aucun règlement ; pour eux aucun territoire n’a été délimité; ils sont maîtres absolus partout et en tout temps, et le temps ne leur manque pas; aucun devoir ne les retient : s’ils en ont, ils savent bien s’en dégager. Il faut dire aussi que, depuis l’impératrice Catherine jusqu’à ce jour, l’organisation sociale au Kamtchatka n’a pas changé. Chaque village est gouverné par un staroste nommé par l’empereur ; il y règne en véritable souverain absolu du moyen âge, et cela quelquefois pendant toute sa vie. C’est un véritable despote, à la fois juge et exécuteur de ses arrêts, et pour lequel ses sujets travaillent sans cesse. Chaque staroste est assisté d’un autre fonctionnaire qu’on appelle assaoul. C’est le staroste qui reçoit lui-même les personnages officiels chargés du contrôle, et ce n’est que par lui que ceux-ci connaissent le nombre et la situation de ses administrés. De plus, chaque village forme comme un petit État indépendant et en cette qualité il doit supporter toutes les charges qui lui incombent, sans avoir égard au chiffre de sa population. Ainsi pendant que les villages de paysans ou de Cosaques et les petites villes de marchands ne sont jamais subdivisés ni déplacés par l’administration, les vil-
- lages kamtchadales, au contraire, sont peu peuplés et fort souvent changés de place. Ils sont en outre séparés entre eux par des distances assez considérables, tandis que les autres villages sont toujours rapprochés; il en résulte que tous les frais qu’ocea-sionnent la poste, les déplacements du juge, du médecin et du prêtre, sont des charges qui retombent entièrement sur les Kamtchadales qui, en outre, ne peuvent s’éloigner de leurs habitations pendant l’hiver, car ils doivent y attendre pendant plusieurs semaines le passage des personnages officiels. Il faut alors que tout le village attelle ses chiens aux traîneaux pour les transports, qu’il supporte des frais et surtout qu’il perde inutilement un temps que les autres emploient à la chasse, car dans les villages populeux l’obligation de transporter les fonctionnaires du gouvernement est restreinte à une certaine partie de la population impropre à la chasse, qui se charge de ces transports moyennant une légère rétribution. C’est ce qui fait que cette chasse n’est plus possible qu’aux paysans, aux artisans ou aux marchands des villes et aux Cosaques.
- « Les destructeurs de zibelines .que je viens de citer, ont trouvé tout récemment de nouveaux concurrents. Ce sont les Lomoutes, tribu errante de Toungouzes et que Middendorf appelle les Français du Nord. La comparaison qu’évoque cette dénomination ne me paraît guère juste qu’en un point : c’est que la forme de leur vêtement de dessus rappelle assez l’habit français, le frac. Pour moi, si je devais leur chercher une ressemblance dans le monde animal, je les appellerais félins. Leur cruauté, leur dissimulation, leur haine de la vie sédentaire, la difficulté qu’on éprouve à les habituer et même à les soumettre à nos mœurs ; leur vivacité dans les mouvements et d’autres particularités propres à la race féline, les placent dans des conditions si avantageuses par rapport aux indigènes et principalement aux Kamtcbadales (qui ont dans le caractère beaucoup de nos qualités), qu’aujourd’hui la chasse à la zibeline est devenue presque exclusivement leur partage.
- « Pendant longtemps l’entrée du Kamtchatka à été interdite aux Lomoutes ; les Koriates et les indigènes les détestaient et les craignaient, mais ici on fait peu de cas de l’opinion publique. À l’aide de flatteries, de cadeaux et d’autres moyens du même genre, les Lomoutes ont su plaire à l’autorité et en obtenir la permission de franchir la frontière et de s’établir dans les montagnes, c’est-à-dire au centre des localités fréquentées par les zibelines. Une fois qu’ils ont eu obtenu le libre passage, leur_ nombre s’est accru par de nouveaux établissements dont le chiffre s’augmente de jour en jour, de sorte qu’ils sont arrivés à se rendre maîtres de la chasse à la zibeline. Il est impossible de contrôler leurs actions; ils habitent des lieux inaccessibles que le pied de l’administration ne foulera jamais.
- — A suivre. —
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- TIRELIRES MÉCANIQUES
- La tirelire mécanique Bull doy bank que nous ! (n° 454, page 476), nous a valu un assez grand avons décrite dans notre livraison du 11 février 4882 J nombre de lettres de nos lecteurs : la plupart de
- Fig. 1. Première position du Tarnany bank, tirelire mécanique Fig. 2, La pièce de monnaie, après avoir fait basculer le bras, américaine. disparaît dans la poclie du personnage.
- ceux-ci ont demandé simplement l’adresse du fabricant, nous prouvant ainsi, qu’ils avaient comme nous, trouvé cet objet ingénieux, attrayant et bien conçu. Mais l’un de nos correspondants, un jeune et distingué médecin de Paris, nous a fait savoir qu’il avait rapporté des États-Unis toute une collection de tirelires mécani -ques américai -nés, et que le bouledogue de fonte qui avale des sous ne représentait qu’une fraction des mécanismes semblables qu’ont imaginé dans le même but les ingénieux constructeurs des
- | Etats-Unis. Notre obligeant lecteur a bien voulu
- i nous confier sa précieuse collection de tirelires américaines ; a-près avoir eu tout le loisir d’en apprécier le mérite, nous aurons le plaisir de les faire connaître aujourd’hui.
- Voici la première tirelire mécanique qui ait été faite, il y a dix ans environ, à New-York (figures 1 et 2). Elle représente le directeur de la Ta-many bank, qui a été jadis condamné à douze
- ans de prison pour malversations et détournements dans son administration. Quand on place un sou ou
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- une pièce de monnaie quelconque dans la main de ce trop célèbre banquier (fig. 1), il baisse la tête en signe d’approbation, mais il baisse en même temps le bras, et la pièce disparaît immédiatement dans sa
- poche (fig. 2). Le bonhomme est en fonte et peint de couleurs voyantes; l’objet a pour nom Tamany bank.
- On a compris, sans doute, que le poids de la
- Fig. i. Magic bank. Le caissier reçoit sur un plateau la pièce qui lui est donnée.
- Fig. 5. La porte a pivoté sur un axe ; le caissier de la Magic bank est rentré dans la maison.
- pièce placée dans la rainure de la main, détermine l’abaissement d’un petit bras de levier qui bascule, et que la pièce pénètre par l’orifice de la poche, dans l’intérieur du personnage.
- La .figure 5 représente une autre tirelire d’un mécanisme original : on place une pièce de monnaie dans la bouche toujours ouverte d’un jockey nègre; cela l'ait on appuie le doigt contre un bouton placé sous l’animal ; par un mécanisme à ressorts, le cheval se cabre, le jockey se Irappe la tête contre le sol, et la pièce de monnaie à
- Fij. 6. Tirelire représentant un lireir.
- ce moment, disparaît dans un orifice, auquel le
- système la fait aboutir. Notre figure représente la première phase du mouvement.
- La Magic bank est une autre tirelire tout à fait curieuse. Cet objet représente une petite maison de banque en miniature. Le caissier lient un plateau dans ses bras; il est debout devant la porte de la banque ; vous placez une pièce de monnaie sur le plateau (fig.4), vous pressez un res-
- sort en appuyant sur autour de son axe,
- un bouton, la porte pivote et le caissier disparaît avec
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- le capital que vous lui avez confié (fig. 5).
- La tirelire représentée figure 6 est peut-être plus intéressante encore. Elle représente un soldat sur le fusil duquel on place une pièce de monnaie. En appuyant sur le pied du soldat, on détend un ressort qui fait agir le mécanisme; la pièce est lancée avec force dans la cavité d’un tronc d’arbre.
- A la partie inférieure de chaque tirelire un orifice peut s’ouvrir pour retirer à volonté les pièces qu’elles contiennent. Ces petits objets sont fort bien confectionnés en fonte assez légère, ils sont assez petits et ne dépassent pas 15 centimètres de hauteur; ils fonctionnent bien, le mécanisme en est simple, ils offrent enfin un véritable intérêt au point de vue domestique, car ils stimulent la pratique de l’économie, par le plaisir que les enfants ne manquent pas d’éprouver en les voyant fonctionner.
- Nous avons admiré ces amusantes tirelires et beaucoup de lecteurs assurément auront le désir de les posséder ; nous aurons le regret de les prévenir à l’avance qu’elles ne se trouvent pas encore en Europe. On les vend en Amérique, où elles se rencontrent communément : l’aimable correspondant qui nous les a confiées, les a achetées en passant dans des magasins de New-York ; il n’a pas su nous donner l’adresse de leur fabricant. G. T.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 avril 1882.
- M. Paul Bert. — L’événement du jour est l’élection de M. Paul Bert à la place d’académicien laissée vacante dans la Section de médecine et de chirurgie par le décès de M. Bouillaud. Le public avait envahi la salle en très grand nombre et le résultat du vote fut accueilli par quelques bravos aussitôt réprimés. Suivant l'usage, la section avait présenté sa liste de candidats, mais réduite à trois membres, et animée de sentiments qu’elle regrettera sans doute, elle avait certainement dans son classement méconnu la valeur des compétiteurs. Après M. Davaine porté en première ligne et M. Charcot en seconde, on y voyait avec stupéfaction : en troisième ligne, ex æquo et par ordre alphabétique : MM. Paul Bert et Brown-Sequart. L’Académie heureusement a su remettre les choses dans leur ordre naturel : 30 voix ont désigné M. Paul Bert pour la place vacante, M. Davaine a eu 26 suffrages et M. Brown-Sequart 1. On nous permettra d’exprimer ici le sentiment de très vive satisfaction avec lequel nous avons vu triompher ainsi le physiologiste éminent, dont tant de fois nous avons analysé les beaux travaux.
- Les Microbes. — Parmi les pièces imprimées de la correspondance figure un volume de M. John Tyndall, traduit en français par M. Louis Dollo et qui traitant d’une question toute d’actualité porte ce simple titre : les Microbes. La place nous manque pour analyser en détail cette œuvre très importante ; disons seulement qu’on y trouvera un tableau très exact de l’état présent de la question des germes. — L’illustre auteur, complètement d’accord avec M. Pasteur, démontre pour chacun des innombrables cas qu’il examine, la nécessité de l’intervention dos poussières comme cause du développement des
- micro-organismes. On verra à cet égard des expériences extrêmement curieuses et qui entraînent avec elles la conviction. On saura gré à la librairie Savy d’avoir édité une édition française de cet ouvrage qui sera rapidement entre toutes les mains.
- Le fœhn. — Nous avons mentionné l’autre jour un mémoire très considérable de M. Hébert, sur les mouvements tournants de l’atmosphère et spécialement sur le fœhn. M. Faye, qui s’est fait une spécialité de ces questions, revient aujourd’hui sur le travail de M. Hébert et se félicite à cette occasion de voir sa théorie tourbillonnaire de plus en plus acceptée.
- Photographie. — A l’occasion de l’annonce faite par M. Marey de photographies obtenues d’après des oiseaux au vol, M. Janssen annonce qu’il a imaginé un appareil qui permet de photographier instantanément des objets en mouvement très rapide, par exemple des insectes en train de voler. La description ne saurait être claire sans l’appui d’un dessin; la Nature y reviendra.
- Chimie. — On sait qu’en 1840, Wœhler a signalé la formation sous pression et à froid d’un hydrate d’acide sulfhydrique. Profitant de la facilité procurée pour de pareilles recherches par l’appareil de M. Cailletet, M. Faure fait de cet hydrate, jusqu’ici mal connu, une étude tout à fait complète. — M. Antony Guyard parvient à réaliser le dosage de l’azote nitrique à l’état d’ammoniaque. — D’après M. Béchamp fils, diverses matières albuminoïdes normalement renfermées dans l'organisme ont les propriétés des ptomaïnes.
- Physique. — Conformément à des résultats bien anciens de Joule, M. Pilleux s’est assuré que l’aimantation du fer et de l’acier dégage de la chaleur. — Il résulte des expériences de M. Tommasi que l’eau distillée regardée en général comme réfractaire à l’électrolyse, peut se décomposer aisément sous l’inttuence du courant de la pile. M. de Saint-Venant étudie les mouvements des molécules liquides dans un vase d’où elles s’écoulent par un orifice.
- Paléontologie végétale. — Dans le cours de son voyage en Russie, M. Grand’Eury a recueilli, au milieu des couches permiennes de l'Oural, des empreintes végétales que M. de Saporta a examinées. Elles appartiennent, parait-il, au genre Salisburia, dont le Gincko bilobé est actuellement le seul représentant. M. de Saporta lui attribue le nom de Salisburia primigenia.
- Varia. — M. Vélain adresse un travail sur les Canaries. — Un supplément au Traité des machines marines de M. Ledieu est signalé par le secrétaire. — Nous signalerons un rapport adressé au ministre, par M. Hément, sur le congrès réuni à Bordeaux en août 1881 pour l’amélioration du sort des sourds-muets. — On dépose un système de protection des voyageurs contre les collisions des trains sur les chemins de fer. — M. Béchamp continue d’étudier les mycrozymas gastriques. — Un auteur propose d employer la bobine d’induction à la destruction du phylloxéra.
- Stanislas Meunier.
- L’ouverture de l’Exposition Horticole de la Société nationale et centrale d’IIorticulture de France a eu lieu à Paris, le 30 mars, dans l’hôtel de la Société, rue de Grenelle.
- — Une exposition d’ÉlecIricité va avoir lieu dans le Palais-Royal de Munich, sous les auspices d’un comité ayant à sa tête le Dr G. de Beetz, professeur à l’École royale des Sciences et membre de l’Académie.
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- LA NATURE.
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- CAPACITÉ D’EMMAGASINEMENT
- ET RENDEMENT DES ACCUMULATEURS
- DE M. C, FAURE
- Une Commission composée de MM. Allard, F. Le Blanc, Joubert, Potier et Tresca, a fait, au Conservatoire des Arts et Métiers, une série d’expériences sur 35 accumulateurs Faure à lames spirales pesant chacun 45k,700, soit 1530 kilogrammes comme poids total.
- Ces expériences ont en lieu les 4,5, 6,7 et9 janvier 1882. Les résultats obtenus ont été présentés à l’Académie des sciences dans sa séance du 6 mars 1882. Nous reproduisons les principaux chiffres de cette communication qui donnent enfin des indications précises sur la capacité réelle des accumulateurs de M. Faure.
- Les expériences comportent deux phases distinctes : la charge des accumulateurs et leur décharge.
- 1° Charge. — Les 35 accumulateurs ont été chargés en tension par une machine Siemens excitée en dérivation.
- Le travail dépensé pour la charge se décompose ainsi : Travail total du moteur. . 9 569 798 kilogrammètres.
- Travail de la transmisssion. 808 750 —
- Travail dépensé par la machine déchargé. . . . 8 761 048 —
- Travail qui se décompose ainsi :
- 1° Frottements du générateur électrique .... 225 548 kilogrammètres.
- 2° Travail électrique d’excitation .................. 1 883 600 —
- 3° Travail d’échauffement
- de l’anneau........... 269 800 —
- 4° Travail électrique de la charge................... 6 382 100 —
- Total. ... 8 761 048 kilogrammètres.
- La quantité d’électricité qui a traversé le circuit pendant la charge est de 694 500 eouiombs.
- 2° Décharge. — Pendant la décharge effectuée sur douze lampes Maxim montées en dérivation, les accumulateurs ont fourni 619600 coulombs d’électricité et un travail électrique extérieur de 3 809 000 kilogrammètres, en débitant l’électricité sous une intensité moyenne de 16, 2 ampères.
- Il résulte des mesures photométriques effectuées pendant la décharge que les lampes Maxim dépensaient 5kem,8 d’énergie électrique par seconde et par bec Carcel.
- Rendement. — Entre la quantité d’électricité introduite dans la pile,694 500 coulombs, et celle qui en est sortie, 619 600, la différence est seulement de 74 900 coulombs, correspondant à une perle de 10 pour 100 environ (0,108). Ce chiffre coïncide parfaitement avec les expériences citées par M. Gaston Planté dans ses Recherches sur l'électricité. Le rendement au point de vue de la quantité d’électricité est donc de 89 à 90 pour 100.
- Au point de vue du travail dépensé pour la charge et du travail électrique restitué pendant la décharge, on trouve que l’accumulateur ne rend que 40 pour 100 du travail total dépensé pour la charge et 60 pour 100 du travail emmagasiné.
- Il s’agit ici bien entendu de l’énergie électrique disponible. Si on utilisait celte énergie électrique sur un moteur pour la transformer en travail mécanique, le rendement s’abaisserait encore et on ne recueillerait finalement que 25 pour 100 du travail total dépensé sur le moteur.
- L’accumulateur chargé complètement donne en énergie électrique disponible 2500 kilogrammètres par kilogramme, soit 108 kilogrammes par cheval-heure et
- 150 kilogrammes par cheval-heure de travail mécanique effectif, en dépensant l’électricité sur un moteur, dans les meilleures conditions de rendement.
- Le dernier mot n’est cependant pas dit au point de vue de la légèreté et de la capacité d’emmagasinement des accumulateurs, mais les chiffres que nous venons de donner peuvent servir de base utile et montrent sur quoi l’on peut dès à présent compter dans les diverses applications dont les accumulateurs sont susceptibles.
- Le rapport de la Commission fait justement observer que la perte résultant du faible rendement des accumulateurs se trouverait utilement rachetée en bien des circonstances par l’avantage que l’on pourrait avoir à conserver sous la main, et entièrement à sa disposition, une source (plus exactement, à notre avis, un réservoir) aussi abondante d’électricité.
- La pile constitue d’ailleurs un régulateur puissant dont l’action suffirait au besoin pour suppléer, dans certaines applications, et pendant un temps assez long, à l’arrêt même de la machine motrice.
- Considéré comme volant et régulateur électrique, l’accumulateur de M. Faure peut jouer un rôle utile, rôle que la pile de M. Gaston Planté remplirait aussi bien.
- Les expériences de la Commission ont ramené à de |ustes proportions les affirmations un peu hasardées de la première heure, et nous ne saurions mieux faire que de nous associer à ses conclusions. E. H.
- LA TEMPÊTE DU 26 MARS 1882
- Il y a quelques mois nous avons rendu compte aux lecteurs de la Nature des circonstances météorologiques dans lesquelles se sont produites les deux principales tempêtes de l'automne dernier ; depuis cette époque l’atmosphère a offert de grandes périodes de calme et n’a guère été troublée d’une manière un peu profonde sur nos régions que les 18 et 19 décembre et le 1er mars dernier.
- Tout récemment, le 26 mars, une dépression dont le centre a passé près de Paris a été accompagnée d’une véritable tempête. Le 2o la situation était assez calme en France et les isobares peu rapprochées, le centre des basses pressions se trouvait au large de Bodoë les hautes pressions s’étendaient sur l’Espagne; les vents sur toute l’Europe occidentale soufflaient de l’Ouest ou du Nord-Ouest. Sur l’Ital'ie se voyait un centre de dépression peu intense. A Paris, le baromètre commença à baisser rapidement à partir de quatre heures et atteignit son point le plus bas (739mm,7) vers sept heures du matin le 26.
- La carte du Bulletin international construite pour ce moment montre qu’un centre de dépression, où le baromètre descendait à 736 millimètres, se trouvait près de Flessingue, étendant son action sur nos régions, où la pluie était générale. Une violente tempête régnait autour de ce minimum barométrique, excepté vers le Nord et le Nord-Est.
- La dépression de la Méditerranée avait été refoulée vers la Hongrie, mais un petit minimum persistait sur le golfe de Gênes. Le 27, le tourbillon des Pays-Bas avait gagné l’Allemagne en se comblant.
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- LA NATURE.
- Les renseignements du service météorologique anglais nous apprennent que le centre de la dépression du 26 traversa les Iles Britanniques dans la nuit du samedi au dimanche. La carte du Bulletin international du 26 au matin nous montre : 1° que les gradients barométriques étaient assez forts à l’ouest du centre, faibles à l’est presque nuis au nord. La force du vent suivait une progression analogue ; 2° que près des côtes de la Norvège il existait un minimum barométrique assez étendu et dans lequel la pression était inférieure à celle du minimum des Pays-Bas; entre les deux régnaient des pressions basses et presque uniformes.
- Cet ensemble de caractères nous fait reconnaître la dépression du 26 comme une dépression secondaire se rattachant à la dépression principale située près des côtes de Norvège.
- Les dépressions secondaires offrent fréquemment une grande violence dans nos régions, d’abord parce que leurs centres passent souvent près de nous, ce qui est assez rare pour les dépressions principales, et parce que leur diamètre est généralement faible.
- La tempête du 20 février 1879, si bien étudiée par M. Rollin, appartenait à cette catégorie et se rattachait à une dépression située sur la mer du Nord.
- La tempête du 26 mars 1882 à Paris. — Catastrophe du jardin des Tuileries; femme tuée par Ja chute d’un arbre.
- La dépression du dimanche 26 mars a été accompagnée de vents du Sud-Ouest très violents, et de grains du Nord-Ouest avec rafales très intenses dues à la hausse rapide du baromètre après le passage du centre du tourbillon. Au parc de Saint-Maur, cette hausse a été de 10 millimètres de six heures à dix heures du matin.
- La grande force du vent a causé d’assez nombreux accidents et plusieurs sinistres maritimes.
- Au Havre, un canot de sauvetage qui avait déjà réussi à sauver un équipage a chaviré en portant secours à un autre navire. Les dix-neuf personnes qui le montaient ont péri. Un brick a été jeté à la çôte près de Cherbourg.
- A Paris, une quinzaine de personnes ont été contusionnées par des débris de cheminées, des
- branches d'arbre, etc.; dans le jardin des Tuileries une malheureuse femme a eu le crâne fracassé par la chute d’un arbre, et n’a pas tardé à succomber. Elle passait à trois heures environ au moment de la rafale à côté de la porte qui fait face au pont de Solferino. Elle était accompagnée de l’un des concierges du Louvre et des deux filles de celui-ci ; l’arbre en tombant renversa en même temps le concierge, qui en fut quitte pour des contusions sans gravité. Nous avons, dans la gravure ci-dessus, reconstitué cette catastrophe d’après le témoignage des assistants. L. T. B.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 403. — 15 AVRIL 1882.
- LA NATURE.
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- TRAVERSÉE DE LA MANCHE EN BALLON
- Dans les premiers jours du mois de mars dernier, le colonel F. Brine résolut de traverser la Manche dans la nacelle d’un aérostat, avec le concours d’un de ses compatriotes, M. Joseph Simmons, aéro-naute anglais. Quand le vent parut favorable, le ballon, tout disposé à l’avance, fut gonllé àCanterhury; les voyageurs s’élevèrent en présence de nombreux spectateurs, et on les vit se diriger dans la direction du Pas-de-Calais. Ils s’engagèrent au-dessus de la mer, mais ils reconnurent que non loin du rivage,
- les courants aériens n’avaient plus la même direction, et les entraînaient dans la direction de la mer du Nord ; ils durent opérer leur descente en mer, où le bateau à vapeur de Douvres à Calais les recueillit, eux et leur aérostat.
- Depuis cette tentative, la plupait des journaux politiques ont annoncé qu’un autre colonel anglais, M. Burnaby, avait traversé la Manche dans un ballon parti de Douvres.
- Les détails complémentaires de ce voyage ont, depuis, confirmé ces premières nouvelles, et montré comment le colonel Burnaby a pu réussir sa courageuse expédition. Il est parti seul dans l’aérostat F Éclipse; dès le début de son ascension tout alla
- Le ballon de Blanchard quittant^Douvres le 7 janvier 1785. (D’après un tableau de l’époque, peint par Rowlandson.)
- pour le mieux, un vent favorable Remportait dans la direction de Paris, mais vers midi la situation devint mauvaise, le vent changea, dévia vers l’Est, et pendant plusieurs heures, le voyageur se trouvait sans cesse au-dessus de la mer, entraîné tantôt dans une direction tantôt dans une autre. Peu après le vent tomba, un calme plat se produisit, et l'Éclipse plana immobile à une altitude de 300 à 400 mètres au-dessus de la surface des flots. Cela devenait grave. Le colonel Burnaby eut l’heureuse inspiration de monter dans les régions supérieures de l’atmosphère afin d’y chercher un courant favorable ; il se mit à jeter du lest et s’éleva peu à peu jusqu’à une altitude de 3000 mètres environ. L’aéronaute eut la bonne fortune de rencontrer là une bonne brise qui le transporta vers les côtes de la Normandie ; il passa au-dessus de Dieppe, et descendit à une certaine 10* année.— t0r semestre.
- distance de la côte, après être resté huit heures consécutives dans l’atmosphère1.
- La question 5e la traversée de la Manche en ballon est intéressante à étudier au point de vue aérostatique, et nous résumerons aujourd’hui l’histoire des tentatives qui ont été faites à ce sujet depuis l’origine des aérostats jusqu’à nos jours.
- Le premier ballon qui traversa la Manche fut lancé à Sandwich dans le Kent, le vendredi 22 février 1784. C’était un ballon libre de lm,5Q de diamètre, et gonflé de gaz hydrogène pur. Il portait une simple lettre de son propriétaire, M. William Boys, qui priait de lui écrire le lieu de l’atterrissage. Le petit ballon fut lancé à midi et demi, il s’éleva rapidement et ne tarda pas à être porté sur la mër.
- 1 D’y près les journaux "anglais.
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- LA NATURE.
- Il fut trouvé le même jour à trois heures de l’après-midi, dans une prairie voisine de Warneton, dans la Flandre française, à 3 lieues de Lille. La distance en ligne droite de Sandwich à Warneton est de 120 kilomètres environ. Le ballon avait fait à peu près 48 kilomètres à l’heure.
- Le 7 janvier 1785, un célèbre aéronaute français, Blanchard, allait réussira traverser le détroit en ballon en compagnie d’un Anglais, le l)r Jeffries. Les deux voyageurs s’élevèrent à une heure de l’après-midi, non loin du vieux château de Douvres ; le temps était beau et assez chaud. On les vit, non sans émotion, s’éloigner vers les côtes françaises. Ils passèrent au-dessus de plusieurs vaisseaux, et d’après l’expression d’un de leurs historiographes du temps, « jouirent d’une perspective peut être la plus étendue et la plus belle de tout ce qui s’est offert jusqu’à présent à la vue des hommes1 ». A deux heures vingt-cinq minutes, ils étaient environ aux trois quarts du chemin, les côtes de France leur offraient un coup d’œil enchanteur, mais la machine descendait, et ils étaient bien incertains de jamais toucher cette terre si désirée. Ils jetèrent successivement à la mer leurs provisions de bouche, les ancres, les cordages, une partie de leurs vêtements même ; grâce à ce délestage, ils remontèrent légèrement, ils atteignirent enfin les côtes de France, et descendirent près de Calais, au milieu des arbres de la forêt de Guines.
- Le lendemain on célébra à Calais cet événement par une fête magnifique. On présenta à Blanchard, dans une boîte d’or, des lettres de citoyen de cette ville, et le corps municipal écrivit au Ministre, pour demander la permission d’acheter le ballon et de le déposer dans l’église principale, comme un monument de cette expérience 2.
- L’éclatant succès de l'entreprise de Blanchard fut indirectement la cause de l’une des plus terribles catastrophes qui aient marqué l’histoire des aérostats. Bien avant le voyage de Blanchard, Pilâtre de Rozier avait annoncé qu’il franchirait la mer, de Boulogne à Londres, dans une aéro-montgolfière de son invention. Pilâtre de Rozier et Romain s’élevèrent de Boulogne, le 15 juin 1785 ; par suite d’un accident encore mal expliqué, leur aérostat s’ouvrit en l’air, ils lurent précipités sur le rivage, oit les deux premiers martyrs de l’aérostation trouvèrent la mort.
- Le 7 novembre 1836, l’aéronaute anglais Green réussit à traverser la Manche en ballon, dans des conditions tout à fait remarquables. Il partit de Londres dans un aérostat de 2500 mètres cubes et avait pour compagnons de voyage MM. Robert Ilol-lond et Monk-Mason. Il était une heure trente minutes de l’après-midi. Les voyageurs traversèrent l’Angleterre et la Manche, après une série d’aventures dont nous ne saurions donner le récit sans dépasser outre mesure les limites d’un simple résumé
- 1 Histoire et pratique de Vaérostation, par M. Tibère Ca-Vallo, traduit de l’anglais. 1 vcl. in-S°, à Paris, 1786.
- 2 Le matériel aérostatique de Blanchard se trouve encore
- aujourd’hui au musée de Calais.
- historique. Quand la nuit arriva, ils passèrent au-dessus de la France et de la Belgique, franchirent le Rhin, traversèrent une partie de la Prusse et descendirent à sept heures trente minutes du matin près de la ville de Weilberg, dans le duché de Nassau1.
- Les voyageurs étaient restés seize heures consécutives en ballon 2.
- Depuis cette époque déjà lointaine, aucune traversée du détroit n’a eu lieu par la voie des airs. Quelques ascensions maritimes ont été exécutées cependant, non plus en Angleterre, mais en France et notamment à Calais. Le 16 août 1868, Duruof et moi, nous avons réussi à nous aventurer à deux reprises différentes dans la nacelle du ballon lé JSeplune, au-dessus de la mer du Nord, et à revenir deux fois sur le rivage, en profitant de contre-courants aériens superposés3. Quelques années auparavant, un aéronaute, nommé Deschamps, était tombé sur le rivage même de Calais, au-dessus duquel nous avions passé si heureusement.
- Un peu plus tard, le 51 août 1874, Duruof et sa femme partaient encore de Calais pour entreprendre ce voyage aérien qui eut alors un si grand retentissement, et qui devait se terminer par un dramatique traînage au milieu de la mer du Nord, et un sauvetage presque merveilleux. Le 21 août 1876, l’intrépide Duruof, parti de Cherbourg dans le ballon la Ville-de-Calais, descendit encore en mer, au large de llarlleur.
- Telles sont, jusqu’à la tentative de MM. Brine et Simmons, et au remarquable voyage de M. Burnaby, dont nous avons parlé au commencement de cet le notice, les différentes expéditions aérostatiques qui ont eu la Manche ou le détroit du Pas-de-Calais pour théâtre. On voit que l’on a réussi à franchir la mer pour aller d’Angleterre en France, mais que jamais aucun ballon n’a exécuté le trajet inverse, de France en Angleterre. De Calais ou de Boulogne, ce trajet est très difficile, car les vents sont presque toujours contraires, et à Calais notamment les vents d’Est favorables ne régnent presque jamais. On réussirait plus facilement en partant de Cherbourg; la traversée serait assurément beaucoup plus longue, mais la chance de succès beaucoup plus grande. Il suffirait de gonfler un ballon bien confectionné par une bonne brise de Sud, et en quelques heures, on apercevrait les côtes anglaises. En jetant les yeux sur une carte d’Europe on peut voir qu’en partant de ce point, les vents favorables sont fréquents, puisqu’ils sont compris entre l’E. S. 0. et l’O. S. O. Il y aurait là une belle expédition à tenter.
- Gaston Tissandier.
- 1 Aeronautica comprising an enlarged account of the late expédition to Germany by Monck-Mason, esq., 1 vol in-8° illustré. London, 1838.
- 2 Dans sa première ascension, le ballon le Zénith resta vingt-trois heures consécutives dans l’atmosphère. (Voy. La Nature, n° 97 du 10 avril 1875, p. 293.)
- 3 Voy. Histoire de mes ascensions, 1 vol. in-8° chez Maurice Dreyfous.
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- LÀ NATURE.
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- LES KRIYOSCIENS
- A PROPOS DE L’INSURRECTION DE LA DALMATIE
- Il y a quelque temps, les journaux ont annoncé qu’une insurrection venait d’éclater parmi les Krivosciens de la Dalmatie méridionale. Peu à peu ce mouvement insurrectionnel a gagné les parties' avoisinant le plateau de Krivoscie; actuellement il s’étend depuis les Bouches de Cattaro jusqu’à l’Herzégovine et la Bosnie méridionale. La coïncidence de cette insurrection avec les arrestations des panslavistes en Galicie, les discours du général Sco-belefl et quelques autres faits, ont fourni même l’occasion à la presse d’entrevoir un conflit imminent entre la Russie et l’Autriche. Il serait déplacé de discuter ici la question, de chercher si l’insurrection actuelle est une simple émeute locale, provoquée par des causes spéciales, ou bien si elle a une portée politique plus grande et peut amener des complications de nature à troubler l’équilibre européen.
- Mais il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil rapide sur le pays où le mouvement a éclaté et sur les habitants de ce pays; c’est ce que je vais faire, en m’aidant des souvenirs de mon voyage en Dalmatie, fait il y a deux ans.
- Il est à peine nécessaire de dire que la Dalmatie se divise au point de vue géographique et ethnographique assez naturellement en trois parties d’inégale grandeur : la Dalmatie septentrionale, comprenant les districts de Zara et Spalato ; la Dalmatie centrale, district de Raguse, et enfin la Dalmatie méridionale, formée par le district de Cattaro. Il ne sera question ici que de cette dernière partie, qui entoure les Bouches de Cattaro et se prolonge un peu au Sud, jusqu’à Spizza, dernier poste militaire autrichien, sur la nouvelle frontière monténégrine. La principauté du Monténégro longe toute la frontière au sud et à l’est du district, qui touche seulement par sa frontière du Nord à l’Herzégovine et au reste de la Dalmatie; à l’Ouest il est baigné par l’Adriatique.
- C’est précisément dans cette région que les Alpes Dinariques viennent se confondre, par le plateau de Krivoscie, avec le dédale montagneux de la Tserna-gora; la cime la plus élevée de ces Alpes, VOrjen (1900 mètres) se trouve au nord-ouest du plateau krivoscien.
- Nulle part en Europe on ne peut voir un golfe plus étrangement découpé et disposé d’une manière plus fantaisiste que les Bouches de Cattaro. C’est un ensemble des cinq baies arrondies, enclavées dans de hautes montagnes et réunies par des canaux étroits. Tous les voyageurs qui ont vu les Bouches n’ont pu s’empêcher de les comparer au lac des Quatre-Cantons en Suisse. La comparaison est juste quant à la configuration du terrain ; mais
- quelle différence entre ces montagnes dénudées, au pied desquelles une étroite lisière de verdure abrite quelques pauvres cases, et les cimes neigeuses, les pentes cultivées, les chalets et hôtels des étrangers suisses! Tout est sombre, grave et morne dans les baies dalmates, tout est riant, calme et doux sur le lac des Quatre-Cantons. Les habitants aussi ne sont plus les mêmes; au lieu des bons bourgeois et des paysans affairés, au lieu de la foule cosmopolite des touristes empressés, vous voyez ici les braves Bocchese dans leurs costumes éclatants, fumant apathiquement leur énorme tchobouk sous l’ombre des peupliers, ou allant d’un village à l’autre dans des barques conduites par des femmes vêtues de blanc.
- En venant de Raguse en bateau à vapeur, on entre dans les Bouches de Cattaro par un détroit en contournant la Punta d'Oslro (Ostri Rat en serbe). On passe entre la terre ferme et la petite île Ma-mula couronnée d’un fort et on se trouve au milieu de la première baie qui mouille au Nord le territoire de Souttorina, ancienne enclave turque, appartenant à l’Autriche depuis l’occupation de la Bosnie-Herzégovine. Cette première baie communique à l’Est avec'une autre, dans le fond de laquelle est située Castelnuovo, une petite ville dominée par un fort, construit jadis par les Espagnols, mais à moitié ruiné aujourd’hui. Par un canal étroit on entre dans la troisième baie, la plus large de toutes, la baie de Teodo. Au Nord, les montagnes à pentes douces, bien cultivées, les nombreuses maisonnettes, noyées dans l’épaisse verdure des jardins, contrastent vivement avec le rivage du Sud presque désert; entre deux chaînes de montagnes on voit la plaine sablonneuse et presque inhabitable de Jouppa, qui se prolonge au Sud, jusqu’à Boudua, ancienne ville frontière entre l’Autriche et l’Albanie. Sorti de la baie de Teodo, on entre dans un canal tellement étroit que du temps des guerres entre les Vénitiens et les Turcs, les premiers fermaient ce passage par des chaînes, d’où vient le nom ue Catene donné à ce détroit. Après avoir quitté ce défilé on a devant soi une immense montagne au pied de laquelle est situé le village de Perasto; à droite et à gauche se trouvent deux derniers golfes. À droite, le golfe de Cattaro présente quelques beaux sites, comme, par exemple, les deux villages Stolivo dont nous donnons le dessin; tout à fait au fond de ce golfe se trouve Cattaro, chef-lieu de district, adossé à un rocher à pic et entouré de tous les côtés par des montagnes abruptes et dénudées. L’aspect de la ville est triste, on s’y trouve comme emprisonné et séparé du reste du monde. Deux routes, une ancienne, praticable aux piétons et aux cavaliers seulement, et une nouvelle, carrossable, qui était encore en construction lors de mon séjour à Cattaro, mènent de cette ville à Cettinie, capitale du Monténégro. Mais retournons à Perasto; à gauche de cette petite ville se trouve une autre baie, plus petite, au fond de laquelle s’abrite Risano, une
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- LA N ATI RE.
- bourgade de 4000 habitants aujourd’hui, mais qui fut florissante jadis; les Romains en avaient fait la capitale des Bouches, que les géographes anciens désignaient sous le nom de Sinus Rhizonicus. C’est de Risano que part la petite route, pratiquée dans es flancs de la montagne, qui passe par Ledenioe pour aboutir àKnezlac, dans le pays krivoscien. Les deux localités que je viens de nommer ont été occupées dans ces derniers jours par les troupes autrichiennes après un combat assez vit.
- Outre Knezlac, les principaux villages de Krivoscie sont :
- Ubli, Krivoscie et Dragali; ce dernier situé à la frontière monténégrine.
- Les Krivosciens , • qui occupent cette région montagneuse, ne sont autre chose que les Monténégrins dépendant de l’Autriche. Ni par les traits de la physionomie, ni par le costume, ni par la langue et les mœurs, ils ne se distinguent de leurs compatriotes de la principauté. Le dessin ci-contre représente un chef krivoscien ; il a bien tous les traits caractéristiques des Monténégrins ; son costume consiste, comme celui des riches habitants de la Montagne-Noire, en une toque noire (ka-pa), un gilet rouge, soutaché d’or (dja-madan), une sorte de redingote (gunj) blanche ou verte, et enfin un large pantalon (gatché) et des guêtres ; une ceinture en étoffe et une autre en cuir (kolan), ceignent les reins et soutiennent tout un arsenal : deux pistolets, un grand poignard (handschar), et une longue aiguille destinée à remuer la cendre dans la pipe. Les bottines sont le plus souvent remplacées par les topanke, sorte de chaussure en cuir souple très commode pour la marche dans les montagnes.
- J’ai dit que les Krivosciens reconnaissent nominalement la domination autrichienne. Quand, en
- 1869, le gouvernement impérial voulut exiger d’eux l’impôt et lever des conscrits, il s’ensuivit une révolte qui coûta cher à l’Autriche. Sans raconter toutes les péripéties émouvantes de cette lutte de quelques centaines d’hommes contre plusieurs régiments, il suffit de dire que dans la seule bataille de Main, deux compagnies autrichiennes furent détruites jusqu’au dernier homme, tandis que les Krivosciens
- ne perdirent pendant toute la durée de la campagne que 11 morts et 74 blessés! Le commandant des forces autri-chiennes, voyant au bout de quelque temps, que pour forcer les Krivosciens à donner quelques dizaines de conscrits il eût fallu sacrifier des régiments entiers de vieux soldats, résolut de con-; dure la paix avec les insurgés. Cette paix fut signée à Knezlac et les Krivosciens continuèrent à ne pas payer d’impôts ni de donner de soldats pour l’armée. Tout en maintenant de fait leur indépendance, ils ne cessaient de témoigner le plus grand respect pour la personne de i’em-pereur. Comme exemple de ce sentiment, je peux donner ici la traduction de l’allocution que le doyen des Krivosciens a adressée à François-Joseph, lors de sa visite au fort Dragali, en 1875 :
- « Enfin, tu apparais, notre brillant soleil! Nous couvrons de nos baisers le sol que foule ton pied ; ce sol, que nous considérons comme l’héritage sacré, reçu de nos ancêtres. Nous l’avons arraché aux Turcs au prix de notre sang et nous sommes heureux de te voir le prendre sous ton aile protectrice. Par le courage et la vertu, nous ne sommes pas les derniers de tes sujets; nous verserons notre sang pour la gloire de ton empire. Les ennemis ne nous font pas peur; donne-nous des armes et nous sommes prêts à suivre ton commandement. Vive, etc. »
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- Sept ans à peine sont écoulés, depuis que ce simple et naïf discours fut prononcé et nous voyons
- de nouveau les Krivosciens prendre les armes. Quelle en est la cause? D’après les journaux, ce
- serait de nouveau l’exigence du gouvernement autrichien, qui voudrait, coûte que coûte, assimiler ce peuple semi-civilisé aux autres habitants de l’empire, en fait de payement des taxes et de service militaire.
- Outre les Krivosciens, la population principale du district de Cattaro est formée, comme dans le reste de la Dalmatie, par des Slaves dal-mates ; les Italiens , ou les Slaves italianisés, ne se trouvent que dans
- les villes. Les Slaves de cette région, les Bocchese, se distinguent beaucoup des autres Dalmates : des
- Fig. 3. Carte de la Dalraatie.
- Morlaques1, habitant les districts de Zara et Spalato,
- et des Ragu -sains. Les Morlaques sont d’une taille plutôt petite, au visage carré, au nez aplati ; on rencontre souvent, parmi eux, des blonds aux yeux clairs; en somme , leur type est assez grossier. Le type des Bocchese est tout autre : ce sont des hommes d’une belle taille, bruns, aux yeux foncés ; leur visage est allongé, leur nez droit ou aquilin, leurs sourcils droits et
- réunis. Us sont très gracieux dans leurs mouvements 1 Les Morlaques sont probablement issus du mélange de
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- LA NATURE.
- et se rapprochent beaucoup plus du beau type slave qu’on trouve en Herzégovine et au Monténégro, tout en présentant quelques traits de ressemblance avec les Albanais-Mirdites, leurs voisins.
- Le costume des Bocchese varie d’une commune à l’autre, comme dans le reste de la Dalmatie. Quant à leur langue, c’est toujours le serbo-horvate, qui est parlé depuis la Croatie jusqu’à la Serbie et le Monténégro.
- L’occupation principale des Bocchese est la navigation; la plupart des hommes se trouvent constamment en voyage, soit sur de petits bateaux, qui font le cabotage le long des côtes dalmates et turques, soit sur de grands navires au long cours du Lloyd autrichien et autres. La pêche, l’agriculture et le jardinage 11e sont que des occupations secondaires, abandonnées souvent aux femmes. C’est surtout chez les Krivosciens que les femmes sont chargées de tous les travaux agricoles et domestiques ; les hommes vont à la chasse, attendant l’occasion de faire la guerre et passent le reste de leur temps à converser ou à écouter les chansons des rapsodes aveugles (gouslars) qui racontent les exploits des guerriers slaves dans leurs luttes séculaires avec les Turcs. Il est curieux de noter que chez les Krivosciens, comme chez les Monténégrins et une foule d’autres peuples encore moins civilisés, le métier de forgeron est considéré comme impur et est abandonné aux Tziganes ou Bohémiens errants.
- J. Deniker.
- SUR
- LES TRICHINES DANS LES SALAISONS
- Le but de ce travail est de déterminer le moment où les trichines périssent, par l’action du sel, dans les différentes préparations qu’on fait subir à la viande de porc pour en assurer la conservation et la livrer au commerce, par conséquent de préciser les conditions dans lesquelles les salaisons peuvent être consommées sans danger.
- Mes observations et mes expériences ont porté, d’une part, sur des animaux entiers qui avaient contracté la trichinose par ingestion de chairs trichinées, d’autre part sur les salaisons d’origine américaine qui sont importées, en grande quantité, depuis quelques années, dans presque toutes les parties du monde.
- Voici comment j’ai procédé à l’égard des animaux affectés de la trichinose. Après avoir développé, sur des porcs, la maladie à un haut degré d’intensité, observé ses symptômes, sa marche et ses terminaisons, puis constaté, par le harponnage, la dissémination des helminthes dans les muscles, la formation des kystes, j’ai tué ces porcs, qu’on a découpés dans les formes habituelles. Le lard, les épaules et les jambons ont été salés partie à sec, partie dans la saumure; le maigre a été employé à la confection de saucisses de dimensions variées. Après des semaines et des mois, j’ai Soumis ces préparations à
- l’élément ethnique autochtone (Lihournes ?) avec les Avars et les Slaves (Serbes); ces derniers sont venus en Dalmatie au sixième siècle après Jésus-Christ.
- l’examen microscopique et j’en ai distribué des portions à des animaux chez lesquels les trichines peuvent subir leur évolution intestinale et musculaire.
- L’un des porcs, qui avait contracté la maladie en mangeant seulement le quart d’un rat trichiné, fut préparé dans une saumure formée de 3 parties d’eau dont 1 de sel, et on fit de ses muscles des saucisses salées à 2, 3, 4 et 5 pour 100 de viande.
- Après huit, dix et douze jours d’immersion dans la saumure, le lard conservait toutes ses trichines vivantes; elles se déroulèrent dans l’intestin de divers oiseaux et y devinrent sexuées aussi rapidement qu’en sortant des muscles frais. Mais, à compter du quinzième jour de l’immersion du lard dans la saumure, elles se trouvaient mortes dans les parties superficielles, jusqu’à une profondeur de 5 centimètres. Elles l’étaient également à 5 centimètres dans les muscles en contact avec le tibia et le fémur. Aussi les moineaux et les rats qui mangèrent le maigre de ces parties superficielles ne montrèrent-ils aucune trichine vivante dans l’intestin. Toutefois, après deux semaines, les parties profondes d’un jambon plus volumineux conservaient un grand nombre de ces néma-toïdes vivants. Ils étaient tous morts à la fin du deuxième mois.
- Dans les préparations faites avec un hachis de viande salée à 2 pour 100, c’est-à-dire à un titre très faible, qui ne permet pas une conservation de longue durée, il ne restait plus de trichines vivantes dès la fin de la deuxième ou au commencement de la troisième semaine. Toutes ces trichines étaient mortes également dans les pièces où le hachis renfermait 3, 4 et 5 pour 100 de sel marin avec quelques centièmes de poivre. La mort des vers devait nécessairement survenir avec une rapidité proportionnée à la quantité de sel dont les préparations se trouvaient chargées.
- Les pièces de charcuterie provenant des autres animaux se sont comportées à peu près comme les précédentes. Seulement, dans les pièces volumineuses qui prenaient mal le sel par les fortes chaleurs de l’été, les trichines n’étaient entièrement tuées qu’au bout de six semaines à deux mois. Il n’en restait plus une seule vivante au centre des jambons d'un porc de grande taille tué avant le siège de Paris et examiné au mois d’avril suivant.
- Dans les expériences faites pour constater la mort ou la persistance de la vie des trichines, aucune incertitude ne pouvait planer sur les résultats obtenus, car les échantillons de viande étaient toujours donnés aux petits animaux d’essai, de deux manières : d’une part, tels qu’ils se trouvaient pris au centre des salaisons ; d’autre part, après avoir été tenus dans l’eau tiède pendant douze à dix-huit heures, afin qu’ils pussent se dépouiller d’une partie de leur sel, dont les propriétés irritantes sont de nature à entraver plus ou moins l’évolution des helminthes dans le tube digestif.
- Les salaisons américaines, lards, jambons, épaules et filets que j’ai pu soumettre à mon examen peu de temps après leur arrivée en France et leur saisie ne m’ont fait voir que des trichines mortes. Leurs kystes trichineux étaient cependant le plus souvent d’un très bel aspect, réguliers, à délimitation nette. Des échantillons pris au centre de pièces saisies à Lyon, à Paris et à Bordeaux, ont été avalés par des séries de moineaux, de souris, de rats, de lapins, sans que, dans l’intestin de ces petits animaux, aùcune trichine se soit déroulée après la dissolution de son enveloppe et ait exécuté des mouvements
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- appréciables. Toutes ces pièces n’offraient que des trichines mortes depuis un temps indéterminé ; elles 'auraient pu être, sans le moindre inconvénient, livrées à la consommation.
- Pour mieux m’assurer qu’aucune trichine vivante n’échappait à mon observation, j’ai donné des morceaux de lard, de jambons, de filets, à des rats, des lapins et à un porc, qui ont été suivis attentivement pendant un, deux mois et plus avant d’être abattus. Aucun des animaux de cette seconde série n’a éprouvé de troubles digestifs ou d’autres indispositions imputables à la trichinose. Harponnés à la cuisse au bout d’un mois, ils n’ont montré dans les muscles aucun kyste trichineux ni aucune trichine en voie d’inclusion. Tués ensuite, après deux mois et plus, et examinés avec soin, ils n’ont pas offert de traces de trichines ou de kystes dans les muscles des diverses régions du corps.
- Tous ces -résultats sont en rapport avec ceux de mes anciennes expériences; ils concordent d’ailleurs avec ceux des recherches plus récentes de M. Corradi, de Pavie, et avec les faits constatés au laboratoire des Hautes Études, sous la direction de MM. Ch. Robin et G. Pouchet.
- Les salaisons américaines, dans les conditions et les délais où elles arrivent, ne paraissent donc pas aptes à transmettre la trichinose, à supposer qu’elles soient consommées crues ou après une cuisson imparfaite. Néanmoins, il est possible que, parfois, dans les plus récentes, dans celles d’un grand volume ou mal imprégnées de sel, il reste quelques helminthes vivants. Aussi, en prévision d’un danger, certainement rare et peu grave, serait-il sage de surveiller encore ces salaisons, si les mesures de prohibition qui les frappent étaient rapportées *.
- G. Colin.
- COMMENT NOUS SONT PARVENUS
- LES
- OUTRAGES SCIENTIFIQUES DE L’ANTIQUITÉ
- Plusieurs lecteurs de la Nature ont manifesté le désir de savoir où j’avais puisé les éléments des articles publiés dans cette revue sur les appareils de Héron. Je vais répondre à leur demande en exposant d’une façon sommaire l’histoire des ouvrages scientifiques de l’antiquité.
- Les premiers écrits de cette nature sur lesquels il nous reste quelques notions un peu précises apparurent en Grèce, vers l’an 600 avant Jésus-Christ. A cette époque Thaïes et Pythagore, tous deux nés dans les colonies grecques de l’Asie Mineure, fondèrent deux écoles, l’une à Milet, l’autre à Crotone. Tous deux paraissent avoir puisé leur instruction dans les temples de l’Égypte, mais nous ne savons rien de positif sur les mystères qui s’y enseignaient. Les philosophes de ces deux écoles composèrent de nombreux traités sur les sciences physiques : nous ne les connaissons que par des extraits plus ou moins altérés qui nous ont été con-
- 1 Note présentée à l’Académie des Sciences par M. le Dr Gosselin.
- serve's par des écrivains postérieurs au quatrième siècle avant notre ère.
- C’est en effet dans le courant du quatrième siècle que parut Platon, le premier philosophe dont les écrits nous soient parvenus à peu près intacts. Les écrits d’Aristote son disciple ont eu la même fortune. Malheureusement ces deux grands génies se sont plutôt occupés de métaphysique que de physique et ils ont dédaigné de nous transmettre les faits d’observation sur lesquels ils appuyaient leurs théories brillantes mais prématurées sur les causes premières.
- II faut arriver au règne des Lagides pour trouver des documents positifs sur les sciences telles que nous les comprenons aujourd’hui.
- On sait que Ptolémée Lagus, à qui échut l’Égypte dans le partage de l’empire d’Alexandre, fonda à Alexandrie un magnifique palais où il entretint à grands frais les savants les plus célèbres. Ce prince et ses successeurs firent copier pour leur bibliothèque, devenue si célèbre, tous les manuscrits qu’ils purent se procurer; de plus ils achetèrent ou firent construire les appareils et instruments propres à enseigner la science ou à faire connaître les applications curieuses qu’avaient su en tirer les prêtres de l’Orient.
- Parmi les savants qui se rattachent à cette époque, les plus célèbres sont Euclide, Archimède, Eratos-thène, Hipparque, Ctésibius, Philon et Héron.
- Ce dernier était, à proprement parler, un ingénieur, ce qu’on appelait alors un mécanopoios, c’est-à-dire un faiseur de mécaniques. Il a laissé des traités sur la mécanique, l’arpentage, les horloges hydrauliques, les automates et la pneumatique.
- La pneumatique, dont j’ai tiré les différents articles publiés dans la Nature, s’occupe de l’équilibre des fluides. Après une introduction où l’auteur prouve la matérialité de l’air et cherche à expliquer son élasticité, il donne la théorie du siphon; puis il décrit une série d’applications plus ou moins intéressantes.
- L’école d’Alexandrie fut dispersée par les événements politiques dans le commencement du premier siècle avant notre ère. Elle se reforma plus tard, mais ne donna plus que quelques astronomes et mathématiciens, notamment Ptolémée. La physique fut abandonnée par les philosophes qui, reprenant les idées de Platon sur l’existence d’une foule d’êtres intermédiaires entre Dieu et l’homme, ne virent plus, dans les phénomènes de la nature, que des actes régis par les démons, et cherchèrent dès lors uniquement à les dominer par des incantations magiques. Ils finirent par être chassés de la ville après la mort de Julien l’Apostat; ils se réfugièrent soit à Athènes soit à Constantinople.
- La bibliothèque d’Alexandrie, brûlée une première fois lorsque César s’empara de la ville, fut reconstituée par la bibliothèque des rois de Per-game, presque aussi riche que celle des Ptolémées,
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- LA NATURE.
- qu’Antoine donna à Cléopâtre; mais elle devint de nouveau la proie des flammes sous Théodose. Il ne devait en rester que bien peu de choses lorsque les Arabes s’emparèrent de la ville ; l’érudition moderne a du reste prouvé que la fameuse légende d’Omar était très probablement apocryphe.
- Les bibliothèques formées par les empereurs soit à Rome’soit à Constantinople furent également incendiées et dispersées à plusieurs reprises au milieu des troubles sans fin qui agitèrent le monde à l’époque de l’invasion des barbares.
- Les débris des connaissances antiques commencèrent à être recueillis par les Arabes vers le neuvième siècle. Les califes fondèrent à Ragdad et en Espagne des bibliothèques comparables aux plus belles qui eussent existé où ils firent copier et traduire tout ce qu’ils avaient pu retrouver. C’est en Espagne que les autres contrées de l'Europe, et notamment l’Angleterre qui était alors à leur tête au point de vue intellectuel, envoyèrent s’instruire leurs savants quand elles voulurent secouer le joug de l’ignorance sous lequel elles étaient courbées depuis si longtemps. Les moines traduisirent alors de l’arabe en latin un grand nombre d’ouvrages anciens, notamment les traités de géométrie, de mathématiques, d’astronomie et d’optique.
- Les croisades rétablirent les rapports entre l’Orient et l’Occident, rapports qui devinrent extrêmement fréquents au commencement du quinzième siècle à propos des projets de réunion des deux églises.
- Il en résulta, en Italie, un véritable engouement pour les études grecques. On créa des chaires de littérature hellénique; on rechercha avec une ardeur sans pareille tous les anciens manuscrits, et on les fit copier pour en enrichir les bibliothèques des papes, des rois, des grands seigneurs et des couvents, qui commençaient à se réformer.
- La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 ne fit qu’accélérer ce mouvement de renaissance en amenant à Venise et dans les villes voisines la plupart des savants qui avaient pu échapper au désastre. Beaucoup d’entre eux arrivèrent en Italie avec de précieux manuscrits et trouvèrent leurs moyens d’existence en les copiant et en vendant ces copies.
- L’invention de l’imprimerie ne porta aucune atteinte à cette industrie; car, pendant bien longtemps, on n’eut que des caractères latins. Elle fut même la cause de la perte d’un certain nombre d’ouvrages antiques et spécialement de traités scientifiques grecs, par suite du discrédit où ne tardèrent point à tomber les manuscrits. Ceux qui avaient été imprimés, étant désormais considérés comme sans valeur, servaient à faire les reliures et il arriva malheureusement quelquefois à d’ignorants propriétaires de condamner en bloc à des usages analogues tous ceux qu’ils possédaient.
- Les imprimeurs ont du reste, de tout temps, mis leurs intérêts propres au-dessus de ceux de la science. Aussi se préoccupèrent-ils d’abord de pu-
- blier, au lieu des textes grecs s’adressant seulement à quelques érudits, des traductions en langue latine, langue de l’enseignement dans toute l’Europe. Le seizième siècle suffit à cette œuvre et l’on vit alors se produire à des milliers d’exemplaires et se répandre dans le public tout ce qui nous était resté de l’époque alexandrine : Euclide eut plus de vingt éditions successives; Archimède presque autant, Héron quatre ou cinq.
- Les textes grecs et les traductions en langues vulgaires ne furent publiés que plus tard, quand ils l’ont été. Ainsi le texte des Pneumatiques de Héron, dont j’ai tiré les appareils publiés dans la Nature, n’a été publié qu’une fois en 1693, à l’Imprimerie Royale, dans le recueil intitulé Veteres mathema-tici ; il n’y en a pas eu encore de traduction française.
- Ce petit livre a eu cependant sur la renaissance des études scientifiques en Europe une influence prépondérante ; c’est à lui qu’on doit le retour tà la méthode expérimentale; c’est en répétant les expériences qu’il décrit que les savants du dix-septième siècle ont été conduits aux découvertes qui sont la base d’unepartie de la physique moderne : machine pneumatique, hémisphères de Magdcbourg, tube de Toricelli, loi de Mariotte, etc.
- A. de Rochas.
- LE PRINTEMPS
- M. Giaeomelli a dessiné pour la Nature quatre compositions qui représentent les saisons, par les insectes ou les fleurs naissant avec elles; nous les publierons successivement et nous commencerons aujourd’hui à offrir à nos lecteurs la touffe de lilas et la branche d’aubépine que reproduit la gravure ci-contre. Deux papillons blancs voltigent autour des fleurs odorantes : celte scène gracieuse est en quelque sorte l’emblème de la nouvelle saison où nous venons de pénétrer depuis peu.
- Le lilas, l’anémone et la primevère sont les premières fleurs de cette époque ; les papillons blancs qui volent souvent en troupe à cette saison, appartiennent à la famille des Piérides. Le genre Pieris comprend le Pieris brassicœ ou Papillon du chou, représenté sur la gravure, le'Pieris cratœgi ou Piéride de l’aubépine, le Pieris rapœ ou Piéride de la rave, et le Pieris napi ou Piéride du navet. Avec les Piérides, parmi les papillons du printemps, on peut encore citer les Aurores, qui chez les mâles offrent l’extrémité des ailes supérieures d’un beau jaune orangé. Le reste des ailes est blanc dans l’espèce des environs de Paris (Anthocharis cardami-nes) et jaune soufre chez l’Aurore de Provence (A. Eupheno), de nos départements les plus méridionaux. Ajoutons que l’on voit voler dès le milieu de février les papillons nommé citrons à cause de leur couleur, d’un beau jaune chez les mâles, d’un jaune verdâtre pâle chez les femelles.
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- Le Printemps. Lilas, aubépine et papillons blancs. — Composition inédite de M. Giacomelli,
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- LA NATURE.
- » Le printemps a commencé le 20 mars à 5h14m du soir. Au printemps le soleil entre dans la constellation des Poissons.
- CORRESPONDANCE
- INSTALLATION d’un MICROPHONE APPLIQUÉ AUX USAGES DOMESTIQUES
- Remiremont, 20 mars 1882.
- Monsieur,
- Abonné h la Nature, j’ai constaté souvent que cette Revue ne dédaigne pas d’indiquer des procédés pratiques pour construire facilement et à peu de frais certains appareils qui permettent défaire des expériences intéressantes ; je pense donc être utile en vous communiquant les renseignements suivants qui rentrent dans cet ordre d’idées et dans le domaine des applications de l’électricité aux usages domestiques.
- Il s’agit d’une installation micro-téléphonique d’appar-
- Disposition d’un microphone.
- ement, installation que bien des personnes voudraient faire, mais à laquelle la plupart renoncent, à cause du prix élevé des transmetteurs ou du manque de données nécessaires pour construire sans trop de peine ces appareils. Celles qui voudront profiter du résultat que j’ai obtenu seront dispensées des nombreux tâtonnements par lesquels j’ai dû passer avant d’arriver à quelque chose de satisfaisant.
- Dans le circuit d’une pile de quatre éléments Leclanché à agglomérés, petit modèle, sont intercalés : d’une part le transmetteur des vibrations sonores, dont je vais donner la description, d’autre part une paire de téléphones Bell ordinaires (à 12 francs la paire).
- Le transmetteur est formé d’une petite boîte en sapin, dont le couvercle est enlevé ; sur le fond, retourné, on fixe, au moyen de petits fils de laiton passant dans des trous pratiqués à cet effet, trois petits bâtons ronds a, de mine de crayon ordinaire (les plus durs sont les meilleurs) ayant lmm,50 à 2 millimètres de diamètre, et 5 à 6 centimètres de longueur ; leur écartement est de 3 centimètres environ.
- Les deux bâtons extrêmes sont reliés au moyen des fils de laiton, l’un à l’une des deux vis V fixées dans les parois latérales de la boîte, l’autre à l’autre vis.
- Le bâton intermédiaire sert seulement à augmenter la
- surface de contact de ces crayons fixes avec la planchette vibrante.
- Sur ces bâtons reposent quatre autres b, d’une longueur de 5 centimètres ; ceux-ci sont retenus par des fils ordinaires à des épingles e plantées dans le bois, et sont disposés comme il est indiqué sur la figure.
- La boîte est suspendue au moyen de vis V aux extrémités recourbées du fil de ligne.
- Un crochet à vis c, auquel on peut suspendre des objets •quelconques, permet de régler l’inclinaison de la boîte et par conséquent la valeur du contact entre les crayons fixes et les crayons mobiles.
- Le conducteur du circuit est un fil de cuivre de 9/10 de millimètre, simplement isolé à la gutta-percha, et tourné, pour les changements de direction, autour de petits crochets à vis ordinaires fixés à la partie inférieure des boiseries; son faible diamètre lui permet de passer sous les portes.
- Sous l’influence du poids du crochet, la boîte prend une faible inclinaison, les crayons mobiles reposent délicatement sur les crayons fixes; les moindres sons qui se produisent dans la chambre où est placé l’appareil sont transmis au téléphone dans une chambre éloignée ; la respiration d’un enfant s’entend très distinctement; il en est de même des paroles prononcées sur le ton de la conversation à 4 ou 5 mètres de la boîte ; si les sons deviennent plus forts, le téléphone les reproduit sans qu’il soit nécessaire de l’appliquer contre l’oreille ; encore plus forts, comme des paroles près de l’appareil, ou des cris d’enfants dans la chambre, ils produisent dans le téléphone des crachements.
- Si on augmente un peu l’inclinaison de la boîte sur la verticale, on entend très nettement un chant ou des paroles émis dans une partie quelconque de la chambre, et les crachements disparaissent. Il faut régler dans chaque cas la sensibilité du transmetteur en vue de la nature des sons à transmettre, en suspendant au crochet des objets plus ou moins lourds.
- Cette organisation donne des résultats surprenants, surtout si l’on songe combien la dépense en est faible et l’installation facile.
- Agréez, etc. R. Colson.
- LE TÉLÉGRAPHE BAUDOT
- (Suite. — Voy. p. 230.)
- Nous avons montré, dans notre premier article, comment s’établit la communication synchronique des six manipulateurs et des six récepteurs correspondants, et comment une combinaison effectuée au départ sur un manipulateur se reproduit identiquement à l’arrivée sur la série d’électro-aimants ré- i cepteurs. Nous avons supposé, pour simplifier une première explication, que les armatures de ces électro-aimants étaient influencées par de simples émissions de courant correspondant à chaque touche abaissée.
- En pratique il n’en est pas ainsi, et il y a toujours une émission de courant à chaque passage des frotteurs sur un secteur, seulement cette émission de courant est positive si la touche est abaissée ou dans la position de travail, et négative si la touche
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- n’est pas abaissée et se trouve dans la position de repos.
- Au poste récepteur l’électro-aimant, au lieu d’être simple, est à deux branches entre lesquelles se meut une armature polarisée qui prend deux positions distinctes suivant que le courant venant de la ligne est positif ou négatif.
- Le diagramme (fig. 1 ) montre les combinaisons qui permettent de réaliser ces effets. Les touches noires (inférieures) du manipulateur correspondent aux positions de repos, aux émissions de courants négatifs, et à la position sur butoirs noirs des armatures polarisées des électro-aimants récepteurs. Les touches blanches (supérieures) correspondent aux positions de travail, aux émissions de courants positifs et à la position sur butoirs blancs des armatures des électros récepteurs. Grâce à cette combinaison, il suffit, pour effacer une combinaison des électros récepteurs avant de recevoir la suivante, d’envoyer dans chacun de ces électros un courant négatif qui remet les armatures polarisées dans la position de repos. C’est ce que fait au moment voulu le distributeur, à l’aide d’un frotteur spécial qui joue le rôle d'effaceur.
- Si, pendant un tour complet des distributeurs, l’un des manipulateurs ne transmet pas, les cinq touches du récepteur correspondant resteront sur la position de repos, la ligne sera traversée par cinq courants négatifs successits qui traverseront nécessairement les cinq électros récepteurs correspondants et laisseront les cinq armatures dans leurs positions de repos. Au tour suivant, si l’on abaisse, par exemple, les touches 1, 3 et 5, les cinq émissions seront successivement : H-, —, -f-, —, -K les armatures 1, 3 et 5 viendront contre les butoirs de travail, tandis que les armatures 2 et 4 resteront dans leur position de repos. La combinaison ainsi réalisée sur les électros récepteurs persistera jusqu’à ce qu’elle soit détruite par les courants négatifs de l’effaceur : c’est dans cet intervalle que le combina-teur la recueillera pour la transformer en une lettre imprimée sur la bande, comme nous le verrons par la suite.
- Avant d’aller plus loin, voyons les formes pratiques des trois organes dont nous venons d’étudier le fonctionnement : manipulateur, récepteur et distributeur.
- Le manipulateur (fig. 2) se compose d’un clavier à cinq touches, analogues à celles d’un piano ; les deux touches de gauche sont manipulées par le médium et l’index de la main gauche, les trois touches de droite par l’index, le médium et l’annulaire de la main droite. L’intèrvalle entre les deux groupes de touches est une bande fixe qui ménage la place des pouces en séparant un peu les mains. La manipulation consiste donc à plaquer une série d’accords en faisant varier le nombre et l’ordre des touches abaissées, suivant une combinaison déterminée pour chaque lettre, ce qui correspond à trente-deux combinaisons possibles et trente et nne effectives, car
- on ne peut pas compter comme combinaison utile celle dans laquelle aucune touche n’est abaissée. Comme les mains ne changent jamais de place, il est facile de manipuler très vite et, avec des employés exercés, sur des lignes dont la longueur n’est pas trop grande, le distributeur peut tourner à cent quatre-vingts tours par minute, ce qui correspond à trois lettres par seconde et par employé. On remarque au-dessus de la boîte du manipulateur, à côté de la planche-pupitre destinée à supporter les dépêches qu’on veut transmettre, un petit électro-aimant qui porte le nom de frappeur (le cadence. 11 a pour but d’indiquer à l’employé, en donnant un petit coup sec, l’instant où il doit frapper la touche ou la combinaison de touches, c’est-à-dire qu’il bat la mesure de la manipulation. Nous savons que la ligne n’est en correspondance avec chaque manipulateur et le récepteur correspondant que pendant un quinzième de seconde environ par tour. C’est pendant ce quinzième de seconde que doivent se faire les cinq émissions positives ou négatives. Si les touches ne sont pas abaissées à ce moment, la combinaison n’est pas reçue et l’employé manipule pour rien, dans le vide. Le frappeur de cadence indique nettement le moment où il faut frapper la combinaison, un peu avant que le frotteur du distributeur ne passe sur le secteur correspondant à ce manipulateur. Un frotteur spécial commandé par le distributeur passe sur des contacts calés un peu en avance sur les secteurs des manipulateurs correspondants, et envoie un courant qui actionne chaque frappeur de cadence au moment opportun.
- La cadence est la même pour chaque employé, puisque la vitesse du distributeur est constante, mais on conçoit que les coups frappés par les différents frappeurs de cadence soient successifs, et se produisent à mesure que le frotteur du distributeur s’approche de chacun des secteurs sur le point d’être mis en relation avec la ligne. Un appareil sextuple comprend six manipulateurs semblables à chaque poste.
- Récepteur. — Les- électro-aimants récepteurs (fig. 3) sont disposés par groupes de cinq, correspondant chacun à un manipulateur. Ils sont formés d’électro-aimants droits placés dans le prolongement l’un de l’autre, entre les extrémités desquels se meuvent les armatures polarisées. Il faut donc six groupes d’électro-récepteurs pour desservir les six manipulateurs ; mais grâce à une disposition ingénieuse, et en tenant compte de ce fait que le combi-nateur ne demande qu'un instant pour cueillir la combinaison réalisée par les récepteurs, on fait servir chaque groupe d’électros deux fois par tour, un seul récepteur peut donc desservir deux manipulateurs distincts, en ayant soin de grouper sur le même récepteur deux manipulateurs diamétralement opposés. Il suffit alors de trois récepteurs : le premier desservant les manipulateurs A et D, le second B et E, et le troisième C et F. C’est là une disposition qutr
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- nous ne pouvons que signaler, dont le but est de réaliser quelques économies sur le prix de l’appareil. Dans ce qui va suivre, nous supposerons, pour
- simplifier, que les six manipulateurs sont en relation avec six groupes d’électros récepteurs distincts. L’armature polarisée se compose d’une petite
- Distributeur
- Récepteur.
- Fig. 1. Diagramme des liaisons électriques d'un manipulateur à cinq touches et des électro-aimants du récepteur correspondant.
- En suivant sur le diagramme, on voit que si aucune des touches du manipulateur n’est abaissée, il y aura cinq émissions de courant négatives, les cinq armatures polarisées resteront contre les butoirs de repos (noirs), tandis que si quelques touches, 1, 3 et 3, par exemple, sont abaissées, les électros récepteurs correspondants 1, 3 et 5 seront traversés par des courants positifs; les armatures s’inclineront de gauche à droite et viendront s’appliquer contre les butoirs de travail (blancs). La combinaison réalisée au départ se trouvera donc ainsi identiquement reproduite à l’arrivée.
- lame de fer doux, dont l’extrémité repose sur l’extrémité d’un aimant en fer à cheval à trois branches superposées, muni d'une semelle en fer doux, sur laquelle est pratiquée une encoche dans laquelle l’armature vient reposer. L’extrémité supérieure de la lame porte un contact en argent qui oscille entre deux butoirs, l’un dit butoir de repos, correspondant à l’émission de courants négatifs, l’autre dit butoir de travail, correspondant à l’émission de courants positifs. Comme l’armature est polarisée, elle se maintient dans la position qui lui a été donnée par le passage du courant qui vient de traverser l’électro-aimant , même lorsque celui-ci a cessé de passer, et ne se déplace qu’au moment du passage d’un courant de sens inverse.
- Distributeur. —Nous avons supposé jusqu’ici que les relations entre le poste sextuple transmetteur et le poste sextuple récepteur étaient établies à l’aide
- de deux arbres tournant synchroniquement à distance, reliés à la ligne et portant chacun un frotteur passant au même instant sur les secteurs correspondants de transmission et de réception. En pratique, le distributeur est loin de présenter une aussi grande simplicité, et il ne comporte pas moins de dix frotteurs et de neuf cercles concentriques sur lesquels ces dix frotteurs se promènent régulièrement pour établir en temps voulu les communications nécessaires au fonctionnement pratique du système.
- La figure 4 représente le distributeur sous sa forme réelle; les deux appareils sont d’ailleurs identiques au dé,-part et à l’arrivée. Ils sont mis en mouvement mécaniquement. Dans le principe, M. Baudot faisait usage de moteurs à poids, comme dans le télégraphe Hughes, ce qui demandait de la part de l’employé un travail considérable; il emploie au-
- Fig, 2. Manipulateur
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- jourd’hui des petites turbines du système Humblot, qui ont été décrites dans le n° 360 du 24 avril 1880 de la Nature, page 324. Le moteur est placé sous la table et transmet le mouvement au distributeur par une petite courroie sans fin. Le mouvement est régularisé par un volant, un régulateur à lame vibrante, identique à celui des appareils Hu -ghes, et un modérateur à frottement. On fait .aussi quelquefois usage de petits moteurs électriques à bobine de Sie -mens.
- Le fonctionnement du système étant intimement lié au synchronisme parfait des deux distributeurs, on conçoit que le maintien de ce synchronisme demande
- un appareil spécial, dont nous allons indiquer le principe.
- Paris sera, par exemple, la station de départ, et Bordeaux la station d’arrivée. On commence par régler la vitesse du distributeur de Paris à une vitesse déterminée, soit cent cinquante tours par minute, en déplaçant le contre-poids de la tige vibrante, comme dans le système Hughes, et on règle la vitesse du distributeur de Bordeaux de telle façon qu’il tourne un peu plus vite que le distributeur de Paris.
- Dans ces conditions, le mouvement des appareils pourra être maintenu synchronique dans des limites pratiques, à la condition d’impri-
- Fig. 4. Distributeur
- mer un ralentissement convenable au distributeur i très et détruiraient la concordance indispensable, de Bordeaux, chaque fois' que le décalage des deux I C’est le distributeur qui accomplit automatique-distributeurs sera sur le point d’atteindre la limite { ment cette fonction. A cet effet, le distributeur, au pour laquelle la transmission ne serait plus régulière, [ lieu d’être divisé en six secteurs, comme nous Paies secteurs chevaucheraient les uns sur les au- i vions supposé au début, est divisé en sept secteurs, ce
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- LA NATURE.
- septième secteur occupant un angle d’environ 40 degrés. C’est pendant que les frotteurs parcourent cet angle de 40 degrés que la correction s’effectue. En réalité, le sextuple Baudot est un septuple dans lequel, pour un tour complet du distributeur, les six employés transmettent leurs six combinaisons, qui correspondent aux six lettres pendant les six septièmes d’un tour environ, et le septième employé, automatique celui-là, transmet la correction pendant le dernier septième de tour. Le secteur consacré à cette opération prend le nom de secteur de correction.
- Lorsque le décalage des deux distributeurs dépasse une certaine quantité, il en résulte l’émission d’un courant qui agit sur un électro-aimant relais analogue aux électros récepteurs. Cet électro-aimant ferme le circuit d’une^pile locale à Bordeaux sur un électro-aimant puissant qui, par une série de mécanismes ingénieux, produit finalement un décalage de l’arbre des frotteurs et de l’arbre du moteur, et retarde le premier de 4/225 de tour. Il faut remarquer que ce décalage du distributeur ne change en rien l’allure du système moteur et que ce réglage de 1/225 de tour réalisé par le système correcteur est bien inférieur au décalage que le fonctionnement pratique du système tolère.
- Si la différence de vitesse des deux distributeurs est très grande, le décalage se produira à chaque tour, l’employé chargé de surveiller le synchronisme diminuera un peu la vitesse du distributeur d’arrivée, pour que le décalage ne se produise que tous les cinq à six tours. Dans ces conditions, le système correcteur sera efficace, car il pourra agir, si la différence de vitesse tend à s’accroître, en décalant tous les trois ou quatre tours seulement, et, au contraire, tous les dix ou douze tours, si cette différence de vitesse vient à diminuer.
- Il nous reste maintenant, pour achever la description du distributeur, à indiquer la nécessité d’un aussi grand nombre de frotteurs, alors que le système théorique n’en comportait qu’un seul.
- Faisons remarquer tout d’abord que la ligne n’est pas reliée directement à l’axe, mais à un cercle fixe, et que le courant de la pile arrivant à la ligne par les secteurs doit passer dans ce cercle par un second frotteur se promenant sur lui.
- Nous avons supposé ensuite, toujours pour simplifier une première explication, que les six appareils de Paris étaient transmetteurs à la fois et que les six appareils de Bordeaux étaient récepteurs. C’est là une condition qui enlèverait tout intérêt pratique au système : il faut que chaque groupe conjugué puisse indifféremment transmettre ou recevoir, suivant les exigences du service ; en général la moitié des postes de Paris transmet, tandis que l’autre reçoit à Bordeaux et réciproquement, mais cela n’a rien d’absolu, et le rapport des appareils transmetteurs et récepteurs doit pouvoir varier à chaque instant sans troubler le service. Aussi voit-on sur le manipulateur (fig. 2) une manette qui peut prendre
- deux positions distinctes, transmission ou réception, suivant les besoins. Cette réciprocité nécessaire des appareils demande l’emploi de deux groupes de deux frotteurs distincts; l’un des groupes réservé à la transmission et en relation avec les manipulateurs ; l’autre groupe pour la réception et relié aux récepteurs. Yoilà le rôle des quatre premiers frotteurs.
- Pour produire une transmission nette, il est important de décharger la ligne après chaque émission de courant, en la mettant en communication avec la terre pendant un court instant. Deux cercles et une paire de frotteurs sont chargés de cette fonction spéciale.
- Le distributeur est aussi chargé de commander les frappeurs de cadence en envoyant le courant d’une pile locale au moment opportun dans chacun des frappeurs. Cette fonction demande encore une paire de frotteurs et deux cercles correspondants, ce qui porte à huit le nombre des frotteurs utiles.
- Enfin le neuvième et le dixième frotteur servent à établir les communications nécessaires- pour effacer les combinaisons des électros récepteurs et les replacer contre les butoirs de repos.
- Chaque pièce a donc son rôle nettement défini, et le système Baudot présente plus de complexité que de complication réelle.
- Grâce à cet ensemble ingénieux de dispositions, dont nous ne pouvons ici qu’indiquer le principe, toute combinaison réalisée sur l’un des manipulateurs au départ se trouve fidèlement reproduite à l’arrivée dans les électros récepteurs : à chaque touche abaissée sur le manipulateur correspond sûrement et fidèlement une armature déplacée dans le récepteur et placée sur le butoir de travail.
- Il nous faut à présent examiner comment le com-binateur va transformer la combinaison reçue en un caractère ordinaire imprimé sur la bande de papier du récepteur. Ce sera l’objet d’un prochain article.
- E. Hospitalier.
- — La (in prochainement. —
- CHRONIQUE
- La Potelïne. — M. Potel a récemment soumis à la Société d’Encouragement de France, une matière nouvelle qui nous paraît susceptible de plusieurs applications. Il l’a appelée, en lui donnant son nom, poteline. C’est tout simplement un mélange de gélatine, de glycérine et de tannin. Cette substance serait absolument imperméable à l’air, selon l’auteur. Chauffée, elle est liquide, à très peu près, et prend tous les contours d’un objet. M. Potel en fait des bouchons, qui remplacent économiquement les capsules métalliques et assurent une fermeture hermétique. L’inventeur s’en sert pour conserver la viande avec cet enduit à 50 degrés. A «ette température, il enrobe celle-ci, tue les germes de putréfaction, et comme l’enveloppe est hermétique, aucun nouveau germe ne peut passer du dehors dans l’intérieur. Aussi la viande se conserve. D’après M. Potel, elle garderait même après deux mois
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- LA NATURE.
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- toute son apparence de fraîcheur. M. Potel a enrobé devant la Société un gigot : « Je vous prierai, dit-il, de conserver ce gigot jusqu’à notre prochaine réunion ; je pense que c’est là un moyen excellent de vous montrer l’efficacité du procédé. » Oui, si le gigot rôti et savouré est reconnu bon! Quoi qu’il en soit, la nouvelle substance paraît donner des joints absolument étanches. Ne fùt-ce qu’à ce point de vue, elle méritait d’être signalée.
- Une conférence d’électricité au Havre. —
- Nous trouvons dans le Journal du Havre l’intéressant résumé d’une conférence faite par M. Offret, sur les applications de l’électricité. Après le savant professeur, M. Trouvé a exécuté une belle série d’expériences sur le polyscope et le poisson lumineux, le cahier contant, etc. Dans la journée l’ingénieux constructeur avait fait fonctionner son bateau électrique dans le bassin du Commerce et le lendemain, il conduisait son embarcation sur la Seine, devant la foule réunie sur les quais de Rouen.
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- On a récemment construit à Londres, à l’usine de Old Kent Road, un gazomètre qui a 151 000 mètres cubes de capacité. Ce gazomètre a trois étages; l’étage supérieur a 16m,30 de hauteur, sur 63“,60 de diamètre, celui du milieu 16m,10 sur 64 mètres, celui du bas 15m,90 sur 63 mètres. Les plus grands gazomètres de Paris ont 50 000 mètres cubes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 avril 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- La séance a été fort courte. A part une communication de M. Marey, sur la reproduction photographique du vol des oiseaux, dont nos lecteurs auront dans le pro- > chain numéro de la Nature tout le détail, avec figures, l’ordre du jour ne contenait rien de particulièrement saillant.
- Astronomie. — La comète A de 1882 préoccupe fortement les astronomes. M. André transmet les observations dont elle a été l’objet à Lyon, à l’aide d’un équatorial Brunner de 6 pouces; et M. Tacchini adresse le résumé des études faites au Collège romain. Le même astronome étudie les éruptions métalliques dont le Soleil a été le théâtre durant l’année 1881.
- Phylloxéra. — C’est avec bien de la raison que M. Bal-biani insiste sur la nécessité de prendre sans tarder les mesures propres à entraver le développement de l’œuf d’hiver du phylloxéra. Il rappelle combien sont satisfaits les vignerons qui ont attaché à ce sujet toute l’attention qu’il mérite.
- Salure de la mer. — M, Alphonse Milne Edwards transmet des études relatives à la densité et à la chloruration de l’eau de la mer. Ces observations ont été exécutées durant la dernière campagne du Travailleur, et confirment les faits trouvés déjà par M. Bourdaloue pour l’Atlantique.
- La Société des naturalistes de Moscou. — J1 résulte d’une lettre de M. Fischer de Waldheim que la Société des naturalistes de Moscou se propose de célébrer, en 1882, le cinquantenaire de la vice-présidence de M. le
- Dr Renard. L’Académie décide quelle enverra à la célèbre Compagnie russe et à son zélé promoteur une marque de ses sentiments les plus sympathiques.
- La force neurique rayonnante. — Sous ce titre, M. Bouley présente, au nom de M. le Dr Baretti, une brochure relative aux phénomènes que M. Dumonlpallier a signalés et dont il poursuit l’étude. Quoique partant d’une hypothèse inadmissible, dit à peu près M. Bouley, l’auteur n’en signale pas moins une foule de faits intéressants et impartialement observés.
- Poisons métalliques. — D’après un auteur, dont M. Wurtz présente le travail à l’Académie, le toxicité des métaux est en rapport avec leur fonction chimique, et spécialement avec leur poids atomique.
- Varia. — M. Castagna s’occupe de navigation aérienne. — M. de Saint-Venant poursuit l’étude du mouvement des liquides dans les vases d’où ils s’échappent par un orifice. — Une réponse à M. Béchamp au sujet des pepto-nes est adressée par M. Tauret. — Dans un livre déposé par M. Bouley, M. Labbé étudie les rapports des maladies avec les milieux géographiques.
- Stanislas Meunier.
- SIGNAUX DE CHEMINS DE FER
- APPAREILS A CLOCHES DITES ALLEMANDES
- Les passages à niveau des chemins de fer ne sont que trop fréquemment le théâtre d’accidents dus, pour la plupart, à l’ignorance où est le garde-barrière de l’approche d’un train ayant du retard ou lancé en dehors du service régulier. On conçoit donc l’utilité d’appareils destinés à prévenir ces accidents, en mettant l’employé en relation avec les stations entre lesquelles est placé le passage commis à sa garde. Leur importance ressort surtout en ce moment où, par l’extension du réseau des chemins de fer secondaires, va s’accroître beaucoup le nombre de ces passages, plus économiques, pour des lignes de trafic médiocre, que des ponts en dessus ou en dessous.
- Des appareils répondant au but énoncé ci-dessus sont employés depuis plusieurs années, principalement en Allemagne et en Autriche, d’où leur nom de cloches allemandes. Après en avoir donné la description sommaire, nous indiquerons les différents usages que l’on peut en faire.
- Un appareil à cloche se compose d’un gros timbre dont le marteau est mu par un mouvement d’horlogerie, qu’on peut déclancher à distance par l’électricité. Dans le type Siemens, le courant est produit à l’aide d’une petite machine électro-magnétique ou inducteur : une bobine Siemens est placée entre les pôles d’une série d’aimants en fer à cheval juxtaposés, généralement au nombre de douze. En tournant une manivelle, .on donne à la bobine un mouvement de rotation autour de son axe (fig. 1 ). Par l’emploi d’engrenages, la bobine fait 13 révolutions pour un tour de manivelle, ce qui correspond à la production de 26 courants alternativement positifs
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- et négatifs. Ces courants, lancés dans le fil de ligne, actionnent les cloches de la manière suivante. L’armature polarisée d’un électro-aimant est tour à tour attirée et repoussée par suite des renversements de courant; elle porte un échappement qui engrène avec un secteur denté fixé à l’extrémité d’un levier. Ce levier, sollicité par un ressort, se déplace donc peu à peu jusqu’à ce qu’il atteigne un point où il déclenche l’appareil d’horlogerie, qui actionne le marteau du timbre (figure 2).
- Les appareils à cloche se placent : aux stations, une pour le sens montant, une pour le sens descendant ; aux passages à niveau et, en général, dans les points dangereux. Au moment où un train quitte une station, l’agent préposé au service tourne la manivelle de l’inducteur ; le courant produit fait résonner le timbre de la station et ceux des passages à niveau jusqu’à la station suivante et les gardes-barrières sont a-vertis de l’approche du train.
- Là ne se borne pas le rôle de ces appareils ; ils peuvent encore être employés comme de véritables télégraphes permettant aux agents de la voie de signaler les accidents et de demander du secours aux stations ou d’en recevoir des instructions. Supposons, par exemple, qu’un tour de la manivelle produise deux coups de cloche, on pourra, en faisant un nombre de tours de manivelle convenu, avec un intervalle entre chaque tour, produire tel signal qu’on voudra, par exemple :
- 00. Train montant.
- 00 00. Train descendant.
- 00 00 00 00 00 00 00.. Arrêtez tous les trains.
- Comme il faudrait beaucoup d’attention pour saisir des signaux un peu compliqués, d’autant plus que ces signaux ne laissent pas de traces sen-
- sibles, on a été amené au perfectionnement suivant.
- Chaque garde-barrière a en sa possession un certain nombre de disques armés de cames sur leur pourtour et percés d’un trou carré permettant de les monter sur un axe dans l’appareil à cloche.
- Chacun d’eux, entraîné par le mouvement d’horlogerie, peut transmettre un signal spécial en interrompant le courant fourni par une pile locale et le répète jusqu’à ce qu’on ait arrêté le mouvement d’horlogerie. L’employé de la station, averti par le bruit du timbre, peut recevoir matériellement le signal au moyen d’un enregistreur Morse volant, qu’il suffit d’introduire dans le circuit de l’appareil; les cames longues et courtes du disque dont nous avons parlé, produisent par des interruptions de courant les signes ordinaires — traits et points — de l’alphabet Morse.
- On conçoit enfin que l’appareil à cloche puisse servir à effectuer un block-system, car les agents de la voie, entendant deux sonneries contradictoires, peuvent arrêter tous les trains par les signaux d’usage. C’est ainsi que la Compagnie P. L. M. applique le système Leopolder sur ses lignes à voie unique. Ce système ne diffère que par quelques détails de construction du système Siemens que nous avons décrit ; l’appareil électro-magnétique y est remplacé par une pile Meidinger, sorte de pile Callaud. Les appels de secours se font au moyen d’un commutateur placé sous une plaque scellée à la cire; il faut briser le scellé pour s’en servir. Ces appareils rendent des services très satisfaisants. E. Y.,
- Ingénieur civil.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- ___________________________________ /a
- Hg. 1. Appareil Siemens pour la production du c aura ut électrique dans le système de signaux à cloche.
- Fig. 2. Disposition du timbre et de la maison à signaux. '
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à^Paris*
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- N° 404. — 22 AVRIL 1882.
- LA NATURE.
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- Fig. 1. Vue d’ensemble de la lampe électrique de M. Solignac montiant le mécanisme qui sollicite le rapprochement des charbons.
- LAMPE ÉLECTRIQUE DE M. SOLIGNAC
- U semblerait que la question des régulateurs à arc voltaïque soit épuisée et que les inventeurs doivent à l’avenir tourner dans le même cercle, et n’apporter aux lampes électriques que des modifications de forme, de construction ou de détails. Il n’en est rien cependant, car l’ingénieux appareil que nous allons aujourd’hui décrire est nouveau de tous points ; le régi âge automatique de la distance des charbons s’y produit sans aucun mécanisme et le système est fondé sur un principe qui n’avait pas encore reçu d’application jusqu’à présent.
- Voici en quoi consiste ce principe. Lorsque l’intensité du courant qui traverse un arc voltaïque entre deux pointes de charbon est constante, la quantité de chaleur développée dans l’arc par unité de temps est proportionnelle à la résistance de cet arc. D’autre part, si l’on suppose le milieu de l’arc immobile dans l’espace, la tem-pérature de deux points donnés situés à une petite distance ’ de cet arc augmente lorsque l’arc s’allonge et
- Fig. 2. Détail du mécanisme régulateur (charbon de gauche)
- diminue lorsqu’il se raccourcit, et cela pour une double cause : 1° parce que la quantité de chaleur produite augmente avec l’allongement de l’arc, comme nous venons de le dire; 2° parce que l’allongement de l’arc rapproche les pointes de charbon des deux points considérés. Le raccourcissement de l’arc produit naturellement l’effet inverse, pour les deux mêmes causas inverses. C’est sur ce phénomène qu’est basé la nouvelle lampe électrique de M. Solignac, et la simplicité des moyens mis en œuvre pour l’utiliser ne constitue pas le moindre mérite du système.
- 10* année, — t‘ semestre.
- L’appareil comprend deux charbons cylindriques disposés horizontalement et constamment sollicités à se rapprocher par l’action de deux cordelettes tendues par deux ressorts à barillet indépendants qui les poussent par l’arrière. A la partie inférieure de chaque charbon est fixée une petite baguette de verre disposée suivant une génératrice et occupant toute la longueur du charbon. L’extrémité de la baguette de verre placée du côté de la pointe vient buter contre un
- arrêt en nickel qui maintient les charbons en place et les empêche de se toucher.
- Dans la position d’équilibre, l’arc a sa longueur normale : par l’usure des charbons, l’arc tend,
- à s'allonger et à se rapprocher des butoirs en nickel.. La température s’élève de plus en plus dans le voisinage de ces butoirs, elle s’élève assez pour ramollir le verre et l’obliger à se recourber en A, comme on le
- voitfigure2. , La pression exercée sur les extrémités des charbons tend donc à les rapprocher, l’arc se ^ raccourcit, s’é-Joigne des bu-/îUoirs, le verre cesse de se ramollir et de céder. En pratique, le réglage que nous avons supposé se produire par intervalles a lieu d’une manière continue ; l’usure des charbons est régu-, lière, de même
- que le ramolissement des baguettes de verre, et la progression des charbons continue, aussi la lumière est-elle remarquablement fixe, et il ne s’y produit aucune de ces vacillations qui caractérisent la plupart des régulateurs fondés sur les variations de l’intensité du courant. Cette simple disposition permet d’obtenir une parfaite fixité du point lumineux dans l’espace, car le fonctionnement même du système équilibre à chaque instant les déplacements qui tendent à se produire dans un sens ou dans l’autre, par suite d’une différence dans la rapidité
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- de combustion des charbons, quelle que soit la cause qui la produise. Aussi le régulateur fonctionne-t-il également bien et sans modifications spéciales avec des courants continus ou alternatifs. Dans le premier cas, le charbon positif s’use deux fois plus vite que le négatif; dans le second cas, ils s’usent également vite; mais c’est là toute la différence.
- Au fur et à mesure de l’usure des charbons, les baguettes de verre se roulent sur elles-mêmes en spirales qui rappellent vaguement par leur forme les serpents de Pharaon, mais elles ne se brisent jamais.
- Pour l’avancement, la partie inférieure de la baguette de verre glisse sur un petit plan, tandis que la partie supérieure du charbon glisse contre un galet nickelé, maintenu avec une pression suffisante pour assurer un bon contact, car c’est, par ce galet que le courant arrive au charbon. La pression du galet sur le charbon se règle à l’aide d’un ressort et d’une vis qui permet d’en graduer la tension (fig. 2). La longueur de charbon traversée par le courant est donc toujours la même, quelle que soit la période de la combustion, ce qui assure une économie et un régime plus régulier de la machine. On règle la longueur de l’arc en rapprochant ou en éloignant plus ou moins les deux porte-charbons à l’aide d’une vis de rappel placée à la partie supérieure. Dans les appareils qui ont fonctionné à la soirée de l’Observatoire le 11 mars dernier et à la Société française de physique le L2 avril, l’on est obligé d’amener les charbons au contact pour amorcer l’arc et de les éloigner ensuite par une manoeuvre de la vis de rappel; M. Solignac combine actuellement un système qui permettra de réaliser l’allumage et le réallumage automatiques. Cette vis d’amorçage sert en même temps au réglage de la longueur de l’arc, suivant la nature des courants dont on fait usage et le nombre de lampes intercalées dans le circuit. On peut voir facilement sur la figure 1 comment le mouvement des barillets produit le rapprochement des charbons en enroulant la corde qui tend à se raccourcir, et pousse chacun des charbons vers le centre de la lampe. L’indépendance des barillets assure l’indépendance complète de l’avancement des charbons, et par suite une progression proportionnelle, pour chacun d’eux, à leur usure. Les baguettes de verre de forme méplate sont fixées très simplement contre le charbon, à l’aide de quelques anneaux de fil qui brûlent à mesure qu’ils s’approchent de l’arc ; le prix des charbons ne s’en trouve augmenté que d’une quantité insignifiante. Les avantages du régulateur de M. Solignac nous paraissent très nombreux, et dn pourrait, sans trop de prétention, lui donner le nom de régulateur universel, car c’est à notre connaissance le seul appareil qui, jusqu’à ce jour, puisse fonctionner indifféremment avec des courants continus ou alternatifs, faibles ou intenses, des arcs longs ou courts, et des charbons de grosseur varia-
- ble, sans apporter aucune modification à l’appareil. C’est là une propriété beaucoup plus importante qu’on ne le croit, au point de vue industriel et pratique, car avec l’infinie variété des machines magnéto- et dynamo-électriques jetées sur le marché par les constructeurs depuis quelques années, il est souvent difficile d’indiquer à l’avance la lampe qui convient le mieux pour une machine dont on ne connaît pas exactement les éléments de fonctionnement. Dans ces conditions, il sera toujours facile d’y appliquer un régulateur Solignac en faisant quelques expériences préliminaires pour déterminer la grosseur des charbons et la longueur d’arc la plus convenable pour la machine donnée.
- En dehors de cette considération, la simplicité, la rusticité et le bon fonctionnement du régulateur Solignac en recommandent suffisamment l’emploi, et le succès industriel qui lui est réservé nous paraît devoir être au moins égal à l’intérêt scientifique qu’il présente.
- E. II.
- NÉCROLOGIE
- M. Le Play. — M. F. Le Play a succombé à une maladie de cœur dont il souffrait depuis une couple d’années. Sorti le premier de l’École Polytechnique en 1827, ingénieur des mines bientôt hors de pair, profes-fesseur de docimasie à l’École des Mines, puis directeur des études, chargé de missions importantes, surtout en Russie, où il avait longtemps dirigé les mines de fer, de cuivre, d’or et d’argent que la famille Demidoff possède dans l’Oural, M. Le Play fut commissaire général des Expositions universelles de Paris en 1855, de Londres en 1862, et enfin de cette Exposition de 1867 qui est demeurée à tant d’égards un modèle. Il fut successivement conseiller d’État, sénateur, grand officier de la Légion d’honneur. A partir de 1870, il s’éloigna de la vie politique pour se renfermer exclusivement dans les études par lesquelles il s’était déjà acquis une grande notoriété et une autorité reconnue même de ses adversaires. Appliquant 'a l’étude des phénomènes sociaux la méthode d’observation, M. Le Play a exécuté et inspiré de nombreux et intéressants travaux statistiques et descriptifs qui forment pour la science de précieux matériaux. Profondément préoccupé de l’amélioration du sort des classes laborieuses, il est devenu le chef et le maître d’une école de réformateurs qui, au lieu dé chercher la solution du problème de la misère dans des utopies révolutionnaires, tendent au contraire à restaurer en les rajeunissant certaines institutions du passé. C’est avec le concours de disciples fervents, recrutés dans les classes les plus aisées et les plus instruites de la société, que M. Le Play a fondé la Revue sociale, revue bi-mensuelle et organe de la Société internationale d’économie sociale, dont il était anssi le fondateur et le secrétaire général. M. Le Play laisse des ouvrages considérables : les Ouvriers européens, recueil de monographies de famille ; — la Réforme sociale en France; — VOrganisation de la famille; — la Constitution essentielle, etc.
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- LA NATURE.
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- L’ARCHIPEL HAYAÏEN ET SES AOLCANS
- (Suite. — Voy. p. 2C0.)
- Dix années après les événements dont nous avons précédemment donné le récit, en 1852, le Mauna-Loa était de nouveau en éruption. Les phénomènes se présentèrent au même point et dans les mêmes conditions qu’en 1843 ; au début un jet de laves incandescentes s’élança du volcan à 150 mètres de hauteur sans secousses préalables, sans que rien eût fait soupçonner une pareille reprise d’activité. Les laves s’écoulèrent pendant deux jours vers l’Est dans la direction de Hilo, puis s’arrêtèrent'brusquement. Une nouvelle bouche s’ouvrit alors à 25 kilomètres de la première, en donnant lieu à une colonne de feu élevée de plus de 100 mètres et large de 300, accompagnée de projections. Ce phénomène, qui la nuit éclairait toute l’île et devenait ainsi un phare gigantesque, dura vingt jours. Il fut accompagné d’un débordement de laves qui produisit une coulée de 40 kilomètres d’étendue.
- En août 1855 éclata une éruption encore plus terrible commençant toujours par un jet brillant de gouttelettes de laves étincelantes au sommet du dôme, suivi immédiatement par l’émission, sur le liane nord, d’un énorme courant de laves, sans accompagnement, cette fois, de projection d’aucune sorte. Les laves s’écoulèrent ainsi pendant dix mois; elles vinrent encore s’étaler dans la vallée qui sépare les deux monts, puis elles se dirigèrent vers l’Est, en s’arrêtant devant Ililo, après avoir franchi une distance de 112 kilomètres, emportant dans leur course des forêts entières, et s’accumulant sur quelques points sur des épaisseurs considérables, quand des barrages naturels venaient interrompre leur marche.
- Pendant l’écoulement tranquille de ce torrent de lave, le Révérend Coan gravit de nouveau la montagne en feu en suivant encore la coulée alors qu’elle était à peine refroidie, longeant et quelquefois traversant sa surface durcie, tandis que la lave coulait encore au-dessous, « comme l’eau sous une rivière gelée ». La croûte superficielle se fendait avec bruit, en émettant des vapeurs suffocantes en mille endroits. Sur le bord étaient des arbres écrasés, à demi brûlés et tombant en cendres sur la lave mouvante. « Nous passions plusieurs crevasses, à travers lesquelles nous regardions dans le fleuve igné qui se précipitait dans l’intérieur de ses conduits vitrifiés, avec une rapidité de plusieurs kilomètres à l’heure. Cette lave était incandescente et avait une épaisseur de 25 à 100 pieds; les ouvertures ou crevasses de la surface mesuraient de 1 à 40 brasses de large. Nous jetâmes dans ces crevasses de grosses pierres, qui dès qu’elles touchaient la surface de ce torrent, provoquaient immédiatement des jets de flammes i. Nous pouvions voir aussi des cataractes
- 1 C’est là un phénomène semblable à celui observé par lilas de Castillo dans la bouche du Massaya (Amérique centrale),
- souterraines de roche fondue, roulant dans des précipices de 10 à 20 mètres, »
- En atteignant le sommet de la montagne, les voyageurs ne virent point de cratère régulier, mais « des fissures béantes, sur chaque bord desquelles d’immenses masses de scories, de laves et de cendres étaient empilées à la manière de cônes allongés, déchirés dans leur longueur et dont les côtés étaient tapissés de stalactites de lave vitreuse. Ces masses allongées, surplombant les fissures, se précipitaient souvent en avalanche dans l’abîme au-dessous et le comblaient momentanément. La lave, s’écoulant par une ouverture faite à 300 mètres au-dessous du fond du cratère, ne pouvait se voir de ce point. On ne commençait à la voir que par des ouvertures à quelques kilomètres plus bas sur le flanc de la montagne, mais les formidables jets de fumée blanche et de vapeurs sulfureuses qui- s’échappaient de ces fissures défendaient leur approche1. »
- En 1859, les laves issues d’une fracture ouverte sur le flanc nord, à un niveau assez bas, se dirigèrent entre Hualalui et Mauna-Kea, puis s’infléchissant brusquement vers l’Ouest, elles atteignirent en quelques jours la mer près de Kihôlo. Malgré son étendue, ce grand fleuve ne causa pas grand dommage, sa route ayanttoujoursété tracée au travers de régions désertes. Cette grande traînée, longue de 40 milles, se distingue de loin quand on aborde l’ile par l’Ouest.
- L’éruption de 1866 est la plus forte qui ait jamais eu lieu ; un nouveau cratère s’étant formé à une hauteur de plus de 3300 mètres, sur le versant nord-ouest de la montagne, on vit s’échapper, pendant trois jours, un immense courant de lave qui se déversa dans l’Ouest presque jusqu’à la mer. A peine cet épanchement eut-il cessé, qu’une seconde coulée se faisait jour sur le versant est à mi-hauteur environ de la montagne. Les laves furent expulsées avec une telle force qu’elles jaillirent à plus de 300 mètres de hauteur, formant un jet oblique de 30 mètres d’épaisseur ; pendant la nuit toute la partie orientale d’Havaï était éclairée par ce jet de feu comme pendant le jour. L’éruption continua pendant vingt jours avec la même violence. Des marins aperçurent la lueur de ce brasier à une distance de plus de 300 kilomètres.
- Au mois d’avril 1868, le Mauna-Loa fut de nouveau le siège d’une éruption très considérable. Des courants de laves issus d’un cratère établi sur le versant méridional de la montagne, ravagèrent l’île dans cette direction et vinrent aboutir jusqu’à la mer, où ils forment maintenant un cap avancé (Ka-lae), la pointe sud de l’île.
- Le tableau abrégé des manifestations volcaniques du Mauna-Loa, que je viens de présenter, d’après les récits de témoins dignes de foi, montre que le
- lorsque, dans son langage à la fois naïf et expressif, il dit que le cralère brûlait comme une chandelle quand on y lançait des pierres. (Castillo, in Boscowilh, p. 67.)
- 1 Rev. Coan, Journal of Géol. soc., 1856*
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- LA NATURE
- fait capital dans chacune d’elles, c’est l’épanchement des laves ; et le caractère tout æ fait remarquable de ces émissions, c’est qu’elles s’effectuent sans violence, avec calme, sans le secours d’actions mécaniques puissantes, analogues à celles qui président habituellement à la sortie des laves dans les volcans. C’est ainsi que les secousses et les convulsions du sol, les bruits souterrains, les détonations violentes, les projections de cendres et de scories, tout le cortège des phénomènes, en un mot, qui signalent le déploiement des forces souterraines dans les appareils volcaniques habituels, font ici complètement défaut.
- La première indication de l’approche d’une éruption, c’est ce flamboiement au sommet de la montagne occasionné par l’apparition des laves en fusion, dans le cratère, qu’on a toujours décrit comme des jets de flamme. Il est immédiatement suivi par l’épanchement des laves, qui se lait sans secousses, tantôt à la partie supérieure du cratère par débordement, à la manière d’un trop-plein, tantôt, et le plus souvent, par une fissure ouverte, en contre-bas, au sein de la montagne. Les laves ruissellent alors à la manière de rubans de feu, se répandant, en raison
- de leur grande fluidité, avec une vitesse prodigieuse dans les espaces qui leur sont en quelque sorte réservés, et s’écoulent ainsi tranquillement, s’arrêtant au moindre obstacle, comblant les dépressions, s’étalant sur les espaces plats, à la manière d’une immense masse de goudron qui se répand entraînée par son propre poids; et cela, sous les yeux des spectateurs et des indigènes, qui contemplent avec avidité et sans effroi ce spectacle grandiose et imposant, d’un fleuve roulant des ondes de feu.
- Les volcans sont ainsi loin d’être un objet de terreur pour les Havaïens; dans ces derniers temps une brusque cessation des phénomènes au Mauna-Loa dans son cratère adventif du Kilauea, les avait plongés dans l’inquiétude. L’île de ce fait aurait perdu toute sa célébrité.
- Le Mauna-Loa présente encore un phénomène unique en son genre. Sur son versant méridional est situé, à 25 kilomètres de distance du Mokua-weo-weo, et à 5000 mètres plus bas, un immense cratère en activité continue, sans cesse occupé par un lac de feu. C’est, le plus considérable et le plus remarquable de tous les volcans actuels, aussi de tout temps l’attention s’est-elle portée sur ce foyer
- Mauna. Loa
- lj.120™
- Mauna Hea lf.2 5om
- Fig. 1. Coupe en travers de l'ile Hava'ï (Se-No), montrant la disposition des deux massifs volcaniques.
- qui en raison de la grandeur et de la singularité de ses effets a pris une place tout à fait à part au milieu des manifestations de l’activité interne du globe.
- Ce cratère, bien connu sous le nom de Kilauea, est de forme ovalaire, son plus grand diamètre est de 6400 mètres; il atteint 16 kilomètres de tour1. Ses parois élevées, tombant à pic sur près de 200 mètres de haut, constituent ainsi un vaste cirque dont le fond est occupé par une immense plaine de laves, elle-même entaillée par une large et profonde dépression, au fond de laquelle se trouve, à l’état permanent, le lac en question, rempli de lave bouillante. Situé vers le milieu d’un vaste plateau de lave, sans qu’aucune dénivellation du sol vienne annoncer sa présence, ce volcan ne répond en rien à l’idée qu’on se fait généralement d’un appareil volcanique ; point de cône, point d’amas de projections; il apparaît tout d’un coup, entamant brusquement le sol qui semble ainsi s’être effondré sur un espace considérable, dont on a peine à mesurer du regard toute l’étendue, quand on en a atteint le bord.
- On se fera une idée de la grandeur de cette cavité en songeant qu’une ville telle que New-York,
- 1 D’après Birgham, 1875.
- y tiendrait toute entière et qu’on l’apercevrait à peine avec ses tours et ses monuments si elle était située dans le fond.
- Pendant le jour, du sommet on aperçoit au fond de cet abîme une vive lueur, éclairant d’un reflet sinistre les roches noires calcinées qui l’entourent (lig. 2). La nuit ce spectacle devient merveilleux, la lave incandescente illumine toute l’étendue du cratère et jette sur le ciel une lumière si vive, qu’il paraît en feu.
- Les parois de ce cratère sont formées de coulées de laves noires, compactes, directement superposées par bancs horizontaux stratiformes, sans scories intercalées. Elles sont entrecoupées par de profondes crevasses, d’où sortent parfois d’abondantes vapeurs, qui viennent se condenser à la surface, et entretiennent une végétation épaisse, composée de mousses, de fougères et de quelques buissons. On peut les franchir en divers points, pour atteindre la terrasse qui supporte le Kilauea. Cette descente ne peut se faire sans difficultés; la crevasse qu’on suit habituellement pour l’effectuer, présente quelques passages dangereux, le chemin ne consistant qu’en une simple arête de rochers surplombant un précipice de plusieurs centaines de mètres.
- Cette première terrasse, qui du sommet paraît unie et comme nivelée, se montre bientôt très
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- LA XATUKE.
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- mouvementée. Par places, il s’en détache de hautes colonnes qui sont dues à des jets de lave consolidés, d’autres fois la lave s’amoncelle et figure des pîquets de cordages entrelacés (fig. 3). On voit encore la surlace
- des coulées s’élever sous forme de dôme ; ces ampoules crevassées sont souvent perçées au sommet d’une large ouverture évasée, qui leur donne tout l’aspect d’une énorme bulle crevée, au sein d’une masse
- Fig. 2. Vue générale du cratère de Kilauea et du grand lac de feu.
- pâteuse. Autour de ces accidents la lave se déroule en longs serpents tortueux, ou s’étale en présentant une surface raboteuse, comme si elle était composée de blocs anguleux, détachés, violemment pressés et emboîtés les uns dans les autres.
- Au travers de ces masses inertes, • qui figurent des monceaux de ruines incendiées, on peut encore apercevoir de grandes crevasses qui laissent échapper des torrents de vapeurs suffocantes, et parfois, en s’approchant, on distingue dans le fond un trait de lumière rouge pareil au zigzag de la foudre, qui indique la présence des masses en fusion au-dessous.
- Ces laves sont vitreuses, d’un beau noir franc, quand elles ne sont pas altérées, avec un éclat satiné elles présentent des reflets irisés; bien différentes de celles, compactes et résistantes, qui forment les parois de la cavité, elles cèdent facilement sous les pas. M. Wilke raconte qu’en les traversant il lui sem-
- blait marcher sur une couche de glace peu épaisse; il compare les craquements de leur surface cassante à ceux que fait entendre la neige gelée par un temps très froid.
- On n’y rencontre pas de blocs projetés, ni même de scories. A la surface des laves et principalement dans les anfractuosités, au fond des crevasses, on voit seulement, réunies par couches assez épaisses, des petites gouttelettes étirées minces et fragiles comme du verre, dont les formes varient à l’infini. Ces larmes laviques sont dues à de petits jets de laves qui se produisent sous la poussée des gaz, au travers de petites fissures qui n’ont à peine qu’un millimètre d’écartement. La fluidité de ces laves est si grande que parfois, dans ces conditions, elles s’étirent à la manière du verre filé, et donnent lieu à des filaments capillaires soyeux, qui atteignent la finesse de l’étoupe et sont alors transportés au loin par les vents.
- Fig. 5. Jet de lave sur les coulées formant la terrasse de Kilauea.
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- LÀ NATURE.
- Ces productions filiformes sont tout à fait remarquables, elles sont répandues dans toute File ; dans la plaine qui s’étend autour de Kilauea, sous le vent du cratère, elles sont si abondantes, que le sol paraît couvert de toiles d’araignées. On les trouve encore réunies dans les crevasses, par touffes ressemblant à de la filasse; elles en ont la couleur blonde. Tantôt elles sont droites, tantôt elles sont Irisées ou recourbées, elles présentent souvent des terminaisons en gouttelettes.
- Les indigènes les connaissent sous le nom de Cheveux de Pelé. Pelé, c’est la déesse des volcans ; c’est la divinité suprême de l’archipel Havaïen ; elle a son temple dans le Lua-Pelé, c’est ainsi qu’on désigne aux Sandwich le lac de feu de Kilauea. C’est elle qui a créé les îles, mais ce sont aussi ses colères qui les ont tant de fois bouleversées. Maintenant encore les indigènes ne s’approchent du terrible séjour de la malicieuse déesse qu’avec une terreur superstitieuse; ils jettent des offrandes dans le lac, pour obtenir d’elle de pouvoir traverser sains et sauf son territoire. Le témoignage suivant de M. de Vari-gny, qui date de 1857, en fait foi : « Au moment où nous approchions du bord, nos Kanaques se déchaussèrent et se découvrirent. Après quelques mots balbutiés àvoix basse, et dont le sens nous échappa, ils attachèrent à des pierres quelques petits objets de verroterie, apportés évidemment pour cela de Hilo, et les lançèrent dans le gouffre mugissant, en s’écriant à trois reprises : Aloha, Pelé. (Je te salue, Pélé.) »
- La terrasse que nous Venons de décrire s’étend d’une façon continue autour du cratère central; il faut une heure de marche pour atteindre le bord de cette seconde dépression, et c’est alors qu’on peut juger de l’étendue et de la majestueuse beauté du lac de feu qui en occupe le fond.
- Ch. Vélmn.
- — La suite prochainement.—
- CONTRASTES
- ENTRE LES
- COULEURS DES FLEURS ET 'DES FRUITS
- Sous ce titre, M. Saunders donne, dans le Science Gos-sip, un ensemble d’observations qui, bien qu’écrites au point de vue de la flore des Iles Britanniques, s’appliquent également bien à notre région du nord de la France, et que nous résumons de l’excellent périodique anglais auquel nous avons déjà fait plus d’un emprunt.
- Les couleurs qui se rencontrent le moins fréquemment dans les fleurs sont le noir et l’écarlate. Aucune fleur n’est entièrement noire ; mais le Papaver hybndum présente, à la base de ses pétales écarlates, de petits disques noirs bien marqués. Les fleurs écarlates sont numériquement fort abondantes dans les champs cultivés ; mais elles ne se rencontrent que dans trois genres appartenant à trois ordres différents : l’Adonis goutte-de-sang (Renon-culacées), les coquelicots, quatre espèces (Papavéracées)
- elle mouron rouge, Ànayallis arvensis (Primulacées). Il est remarquable que ces plantes, dont une au moins est d’origine exotique, ne se trouvent que dans les endroits exposés en plein soleil. 1
- Contraste frappant : tandis que ces couleurs sont fort rares parmi les fleurs, près de la moitié de nos fruits succulents ou de nos baies sont noirs ; et environ quarante pour cent sont rouges ou écarlates. Qu’on songé aux baies des ronces, du nerprun, du prunellier, du sureau, du troène, du genévrier et de la parisettc, — et d’autre part aux fruits de l’épine, de l’alisier, du sorbier, du cerisier, de la douce-amère, delà bryone, et aux pseudofruits de la rose et du fraisier.
- Par contre, un très grand nombre de fleurs sont blanches; celles môme qui sont normalement bleues ou rouges présentent des variétés blanches. L’intensité de la blancheur paraît encore s’accroître dans les plantes qui sont fertilisées par des insectes nocturnes. Dans les fruits, au contraire, la blancheur est fort rare ; on n’en trouve1 guère d’exemple que dans les baies du gui.
- On rencontre bien un arbrisseau aux fruits blancs et opaques, le Symphoricarpus, mais c’est une plante cultivée originaire de l’Amérique du Nord.
- Le jaune franc n’est pas commun dans les fruits de nos pays; on le trouve dans le lierre quelquefois et dans la pomme sauvage; la couleur orange se rencîntre dans l’épine-vinette et dans YHippophæ rhamnoides, si commun dans nos dunes. — Les fleurs jaunes sont très coro-munes; il n’y a qu’à se rappeler les Composées, les renoncules, les senves, et beaucoup de Primulacées.
- Le cramoisi est rare dans les fleurs comme dans les fruits; on peut citer cependant le Carduus nutans, d’une part, et de l’autre, les baies du chèvrefeuille et celles du fusain. Le vert se rencontre assez souvent dtfns les fleurs ; mais il échappe à l’attention. Rappelons néanmoins le Ta-mus communis, les euphorbes et l’hellébore. De fruit vert succulent, on ne trouve, comme indigène, que la groseille verte.
- Un fait curieux à noter, c’est qu’il n’est pas une fleur bleue qui donne dans notre pays un fruit succulent ; la grande majorité de ces fruits proviennent de fleurs blanches, ou passant au rose ou au pourpre.
- On le voit, les contrastes sont marqués entre les fleurs et les fruits. Il existe sans doute une cause de ces différences, et ce ne sont point là des coïncidences purement fortuites. M. Saunders semble vouloir en trouver la raison dans l’adaptation de la plante, qui doit plaire successivement à deux 6ens esthétiques différents : celui des insectes, nécessaires pour la fécondation de la plante, et celui des oiseaux, nécessaires à leur tour pour la dissémination de la graine. L’auteur ne fait qu’insinuer celte possibilité. Nous nous contenterons aussi de l’indiquer après lui ; mais nous pensons que la raison de ces contrastes doit être cherchée plutôt dans le domaine des sciences physiques, et que les lois de l’optique et de la chimie en fourniraient peut-être l’interprétation.
- —«o R’ v'
- LE FUSIL PHOTOGRAPHIQUE
- Les expériences que je vais décrire se rattachent aux études que j’ai faites il y a une douzaine d’années sur la locomotion animale1, études que j’ai dû
- 1 Voy. n° 278 du 28 septembre 1878, page 273.
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- suspendre, mais que je compte reprendre aujourd’hui en les développant davantage.
- Mes premières expériences sur la locomotion étaient faites au moyen de la chronographie; elles traduisaient fidèlement les rythmes des allures de l’homme et des animaux, c’est-à-dire l’instant et la durée des appuis de chaque membre sur le sol. Plus tard, par une méthode déjà plus délicate, j’inscrivais les phases d’élévation et d’abaissement des ailes d’un oiseau qui vole, la trajectoire décrite dans l’espace par la pointe de l’aile, les changements du plan alaire, les oscillations du corps dans leurs rapports avec les mouvements du voli.
- Les renseignements donnés par la méthode graphique étaient d’une grande préeision ; ils corrigeaient bien des erreurs d’observation et résolvaient certaines questions litigieuses de mécanique animale ; mais les notions fournies par cette méthode étaient encore incomplètes. Ainsi, en ce qui concerne les allures du cheval, j’ai essayé de faire représenter les attitudes de cet animal à différents instants du pas de chaque allure; or, les figures faites d’après les données de la chronographie, parfaitement correctes pour la position des membres à l’appui, présentaient parfois des incorrections pour celle des membres au levé. J’en eus la preuve lorsque parurent les belles photographies instantanées de M. Muy-bridge, de San Francisco. L’image d’un cheval saisie en 1/500 de seconde donnant, même aux allures les plus rapides, l’attitude réelle de l’animal presque aussi nettement que s’il eût été immobile.
- Le journal la Nature venait de publier quelques-unes des figures de M. Muybridge ; je m’empressai d’écrire au rédacteur en chef, mon ami G. Tissan-' dier, pour lui exprimer mon admiration pour ces belles expériences et pour le prier d’engager leur auteur à appliquer la photographie instantanée à l’étude du vol des oiseaux. J’émettais alors l’idée d’un fusil photographique à répétition analogue au revolver astronomique imaginé par mon confrère M. Janssen pour observer le dernier passage de Vénus. Ce fusil donnerait une série d’images successives prises à différents instants de la révolution de l’aile. Enfin, ces images, disposées sur un phéna-kisticope de Plateau, devraient reproduire l’apparence du mouvement des animaux ainsi représentés.
- Cette lettre me valut, de la part de M. Muybridge, l’envoi d’une collection de ses belles photographies et l’assurance qu’il appliquerait ses appareils à l’étude du mécanisme du vol; en outre, différents auteurs adaptèrent à des zootropes, soit des figures construites d’après mes notations chronographiques, soit les images obtenues par le célèbre photographe américain, et obtinrent ainsi une représentation saisissante d’animaux en mouvement2.
- 1 La Machine animale, lre édition, 1873.
- 8 Parmi les auteurs qui ont réalisé des zootropes avec les photographies instantanées, on doit citer M. Muybridge lui-même; en France, M. Mathias Duval, professeur d’anatomie à l’École des Beaux-Arts, et lé colonel Duhousset ; en Hongrie,
- Au mois de septembre dernier, M. Muybridge vint à Paris apportant une riche collection de phoT tographies instantanées qui représentaient non seule7 ment le cheval à diverses allures, mais l’homme se livrant à différents exercices : la course, le saut* l’escrime, la lutte, etc. Dans la collection de M. Muybridge il y avait aussi quelques photographies d’oiseaux au vol, mais ce n’était plus comme pour l’homme ou le cheval, la représentation d’attitudes successives : c’étaient des images analogues à celles que M. Cailletet avait obtenues quelques années auparavant et montrant les ailes de l’oiseau tantôt dans une position unique, tantôt en élévation, tantôt en abaissement ou dans quelque phase intermédiaire. Ces photographies étaient cependant fort intéressantes : elles vérifiaient ce que la méthode graphique m’avait fait saisir relativement au mécanisme du vol, mais surtout promettaient des renseignements précieux, si l’on pouvait obtenir ces images en série, comme M. Muybridge l’avait fait pour l’homme et pour les quadrupèdes. ,
- Je résolus de consacrer cet hiver à réaliser mon ancien projet de fusil photographique. Le procédé au gélatino-bromure d’argent me faisait espérer des images assez nettes avec un temps de pose très court, mais la vitesse avec laquelle devaient se répéter les mouvements qui présenteraient au foyer de l’objectif des points différents de la plaque sensible entraînait certaines difficultés dans la construction de l’instrument. Il fallait, en effet, recueillir au moins dix ou douze images par seconde, afin d’avoir plusieurs attitudes de l’oiseau à chaque révolution de son aile. En outre, cette vitesse m’était imposée par le projet que j’avais formé de disposer dans un phénakisticope la série d’images obtenues, afin de reproduire l’apparence des mouvements du vol de l’oiseau ; or on sait que la faible durée de la persistance des images sur la rétine nécessite une répétition fréquente des apparitions lumineuses pour donner à notre œil une sensation continue.
- Je réussis à construire, dans les dimensions d’un fusil de chasse, un appareil qui photographie douze fois par seconde l’objet que l’on vise ; chaque image n’exigeant, comme temps de pose, que 1/720 de seconde (fig. 1). î
- Le canon de ce fusil est un tube qui contient un objectif photographique. En arrière, et solidement montée sur la crosse, est une large culasse cylindrique dans laquelle est contenu un rouage d’horlogerie dont le barillet se voit extérieurement en1 B (fig. 2, n° 1). Quand on presse la détente du fusil, le rouage se met en marche et imprime aux différentes pièces de l’instrument le mouvement nécessaire. Un axe central, qui fait douze tours par seconde, commande toutes les pièces de l’appareil. C’est d’abord un disque de métal opaque et percé
- M. Ziekty, également professeur à l’École des Beaux-Arts; enfin, en Angleterre, plusieurs industriels vendaient, l’an dernier, des zootropes formés avec les figures que M. Muybridge a publiées.
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- d’une étroite fenêtre. Ce disque forme obturateur et ne laisse pénétrer la lumière émanant de l’objectif que douze fois par seconde, et chaque fois pendant 1/720 'de seconde. Derrière ce premier disque, et tournant librement sur le même arbre, s’en trouve un autre qui porte douze fenêtres et en arrière duquel vient s’appliquer la glace sensible, de forme circulaire ou octogonale (fig. 2, n°2). Ce disque fcnêtré doit tourner d’une manière intermittente, de façon à s’arrêter douze fois par seconde en face du faisceau de lumière qui pénètre dans l’instrument.
- Un excentrique E placé sur l’arbre produit cette rotation saccadée, en imprimant un va-et-vient régulier à une tige munie d’un cliquet C qui saisit à chaque oscillation une des dents qui forment une couronne au disque fenètré.
- Un obturateur spécial O arrête définitivement la pénétration de la lumière dans l’instrument aussitôt que les douze images ont été obtenues. D’autres dispositions ont pour but d’empêcher la plaque sensible de dépasser par sa vitesse acquise la position où le cliquet l’amène, et où elle doit être parfaitement immobile pen-dantla durée de l’impression lumineuse.
- Un bouton de pression b (fig. 2, n° 1) appuie énergiquement sur la plaque dès que celle-ci est introduite dans le fusil. Sous l’influence de cette pression, la plaque sensible adhère à la face postérieure de la roue-fenêtre. Cette face est recouverte de velours noir pour éviter les glissements.
- On fait la mise au point en allongeant ou en raccourcissant le canon, ce qui déplace l’objectif en avant ou en arrière ; enfin on vérifie cette mise au point en observant, par une ouverture faite à la culasse du fusil, la netteté de l’image reçue sur un verre dépoli.
- Une boite à escamoter, de forme circulaire, analogue à celles qui existent déjà dans le commerce, me sert à loger vingt-cinq plaques sensibles et à les faire passer dans le fusil- sans qu’elles soient exposées à la lumière (fig. 2, n° 3).
- Avant d’appliquer cet instrument à l’étude du vol, je le soumis à certaines épreuves expérimentales, et les résultats que j’obtins furent satisfaisants.
- On dispose, par exemple, une flèche noire sur un axe central autour duquel elle tourne en se détachant sur un fond blanc bien éclairé par le soleil. La vitesse de rotation de la flèche est telle que ses extrémités parcourent environ 5 mètres par seconde, ce qui représentait six tours. Le tireur, placé à 10 mètres, vise le centre de la cible sur lequel on n’aperçoit rien qu’une légère teinte grise générale, à cause de la vitesse de rotation. La plaque sensible, une fois développée, montre douze images disposées cireulairement. Sur chacune d’elles la flèche se voit, avec son ombre portée, à peu près aussi nettement que si elle eût été immobile.
- Une autre fois je photographiai un pendule noir oscillant au-devant d’une règle blanche portant des divisions. Le pendule battait les secondes, et j’obtins, en effet, douze images représentant les positions successives occupées par le pendule aux différentes phases d’une oscillation complète.
- Pour plus de sûreté dans la mesure des durées, j’adaptai au fusil un appareil chronographique formé d’une capsule à air qui reçoit un choc à chacun des déplacements de la plaque sensible; un tube de caoutchouc relie cette capsule à un appareil inscripteur qui trace sur un cylindre tournant en même temps qu’un ehronographe ou qu’un diapason d’un nombre de vibrations connu. De cette manière,
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- la durée de l’impression lumineuse et l’intervalle très, sont mesurés avec une précision satisfaisante, de temps qui sépare les images les unes des au- Après ces expériences d’essai, j’abordai la photo-
- Fig. 2. Mécanisme du fusil photographique.
- 1 Vue d’ensemble de l’appareil. — 2. Vue de l'obturateur et du disque à fenêtre, — ?, Boite contenant vingt-cinq plaques sensibles.
- graphie d’animaux en mouvement. On voit (figure 5) une mouette qui volait et dont on peut comparer les douze attitudes successives pendant la durée d’une seconde. Ce vol est irrégulier et présente des alternatives de vol ramé et de plane-ment. Dans d’autres expériences, j’ai réussi à photographier la mouette tandis qu’elle volait en plein travers. Comme l’oiseau donnait exactement trois coups d’aile par seconde, on trouve dans les douze figures quatre attitudes successives qui se reproduisent périodiquement. Les ailes sont d’abord élevées au maximum, puis elles commencent à s’abaisser; dans
- l’image suivante, elles sont au plus bas de leur course, et dans la quatrième elles se relèvent. Une nouvelle série pareille de mouvements revient ensuite.
- En agrandissant ces figures, on obtient des images visibles à distance, mais dont la netteté laisse à désirer, car mes clichés négatifs sont légèrement grenus, ce que j’attribue à mon peu d’expérience des procédés photogra -phiques. La reproduction de ces images par l’héliogravure ne donne qu’une silhouette noire (fig. 4 et 5). 11 ne faudrait pas croire, toutefois, qu’on ne puisse jamais obtenir un certain modelé dans les images. J’ai placé
- Fig. 5, Photographie d'une mouette pendant son vol. Reproduction par l’héliogravure d’un cliché obtenu à l’aide du fusil photographique.
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- sous un microscope à faible grossissement des négatifs obtenus avec une mise au point bien exacte : sur ces images, qui représentent l’oiseau vu d’en haut, on peut aisément compter les rémiges et saisir l’imbrication de ces plumes.
- Si l’on dispose des photographies d’oiseaux sur un phénakisticope, on reproduit bien l'apparence des mouvements du vol, mais lès images correspondant à chaque révolution de l’aile sont encore trop peu nombreuses pour se bien prêter à l’analyse des mouvements du vol : il faudra donc en augmenter le nombre. On y peut arriver, par exemple, en doublant la vitesse du mouvement de la plaque et des obturateurs, ce que j’ai pu faire avec ce même fusil, tout en ayant encore assez de lumière pour la production des images : la durée de l’éclairage de la plaque n’était alors que de 1/1440 de seconde; encore l’objectif employé n’était-il pas des plus rapides.
- En photographiant l’oiseau dans d’autres condi-
- Fig. L Agrandissement par l’héliogravure d’une image obtenue à l’aide du fusil photographique.
- Début de l'abaissement de l'aile.
- tions, par exemple lorsqu'il s’éloigne de l’observateur ou qu’il s’en rapproche, lorsqu’il est vu par en dessous ou par en dessus, on obtient d’autres renseignements sur Je mécanisme du vol; ainsi, on observe aisément les changements d’inclinaison du plan de l’aile, l’inflexion des rémiges sur la résistance de l’air, les mouvements par lesquels le corps se porte en avant pendant l’abaissement de l’aile, en arrière pendant l’élévation.
- J’ai déjà comparé, à cet égard, les renseignements donnés par la photographie à ceux que m’avait autrefois donnés la méthode graphique, et j’ai obtenu ainsi la confirmation des points principaux que je croyais avoir établis par la première de ces méthodes. Il ne paraît pas douteux que les images photographiques n’ajoutent beaucoup de connaissances nouvelles à celles que nous avons sur le mécanisme du vol. J’attends, pour émettre à cet égard une opinion fondée, d’avoir recueilli les éléments nécessaires, c’est-à-dire un grand nombre d’images d’oiseaux d’espèces différentes, exécutant le vol ramé ou le planement, soit en temps calme, soit avec du vent soufflant dans des directions variées.
- La chauve-souris est difficile à photographier, à cause de son vol capricieux, de sa petite taille et de l’heure tardive à laquelle elle se montre. Mes meilleures plaques ne m’ont donné que cinq ou six images sur les douze changements de position de la plaque photographique; encore ces images étaient-elles parfois sur la limite du champ de l’instrument. Les rares expériences que j’ai pu faire sur cet animal m’ont toutefois montré certains faits intéressants. On voit, sur les photographies, que l’angle d’oscillation des ailes de la chauve-souris est très étendu, surtout par en bas, où les deux ailes forment deux plans verticaux sensiblement parallèles. On constate, en outre, que la chauve-souris peut voler malgré l’ablation d'une notable étendue de la membrane de ses ailes, pourvu que la partie restante corresponde aux espaces interdigitaux. Ainsi, parmi les images que j’ai recueillies, il en est une qui se re-trouxe plusieurs fois : il s’agissait d’une chauve-souris dont l’humérus et l’avant-bras apparaissent
- Fig. 5. Agrandissement par l'héliogravure d’une autre image obtenue à l'aide du fusil photographique.
- Fin de rabaissement de l’aile.
- entièrement dépourvus de membranes; à l’extrémité de l’aile on voit seulement une sorte de petit éventail formé des membranes interdigitales. L’aile ainsi mutilée exécute des mouvements beaucoup plus étendus que celle qui est intacte.
- Le fusil photographique se prêle également à l’étude du mouvement de différentes espèces d’animaux : j’ai photographié des chevaux, des ânes, des chiens, des hommes à pied ou sur des vélocipèdes; mais je n’ai pas donné suite à ces expériences : elles rentrent dans le programme que M. Muybridge remplit avec tant de succès. Je me propose surtout d’étudier au moyen de la photographie le mécanisme du vol chez les diverses espèces animales. On entrevoit déjà qu’aux différentes formes des oiseaux et des insectes correspondent des différences dans la manière de voler; or rien ne paraît plus propre à éclairer le mécanisme du vol que cette comparaison de la fonction avec la conformation des organes chez les différentes espèces.
- E. J. Mariîy.
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- L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE
- DU SEMNOZ-ALPES
- La prévision rationnelle du temps, telle qu’elle est pratiquée, dans les différents centres météorologiques, est basée principalement sur les relations qui existent entre le transport des cyclones à la surface du globe et les variations correspondantes des divers éléments météorologiques; les conditions générales du temps présentent fréquemment, en effet, des caractères particuliers dans les différents secteurs du cercle d’action d’un tourbillon. Cette observation a une grande importance pratique, mais elle ne s’applique pas rigoureusement à tous les cas et ne saurait être considérée comme une loi; la comparaison du temps observé avec les prévisions montre que le problème comporte certaines inconnues qui restent encore à dégager.
- Les solutions pratiques dont la météorologie poursuit la recherche, sont subordonnées à l’extension du champ d’études; il faut, en effet, considérer l’atmosphère terrestre comme un ensemble dont les diverses parties sont dans une dépendance réciproque, et avant que la prévision soit établie sur des règles fixes, il sera peut-être nécessaire d’attendre que le réseau d’observations, déjà considérablement agrandi par l’entente commune des services météorologiques des deux continents, se soit étendu à tout l’hémisphère nord, aussi bien sur mer que sur terre, et même à la surface entière du globe.
- Mais l’extension en surface n’est qu’un des côtés du problème, et il n’est pas moins utile d’observer régulièrement ce qui se passe dans les régions supérieures de l’atmosphère; la discussion des observations faites sur différents sommets élevés, a déjà conduit à des résultats dont la science a pu tirer quelque profit. Le 22 juin 1875, si l’Observatoire du Pic-du-Midi avait été, comme aujourd’hui, relié par un fil télégraphique aux stations de la plaine, M. le général de Nansouty aurait pu prévenir les populations de la vallée de la Garonne, de l’inondation qui les menaçait. De son côté, M. Alluard, en comparant les observations faites simultanément à Clermont et au sommet du Puy-de-Dôme, a remarqué que les variations de la pression dans les deux stations ne suivent pas toujours une marche parallèle, et qu’elles sont même quelquefois de signes contraires; il a constaté, en outre, que la loi de décroissance de la température avec la hauteur subit de remarquables interversions dans certaines conditions spéciales, notamment par le régime des hautes pressions : l’étude de ces anomalies peut concourir à faciliter l’interprétation des signes du temps.
- L’utilité des observatoires de montagne n’a donc pas besoin d’être démontrée, et il n’est pas nécessaire d’insister sur l’importance des résultats qu’on peut raisonnablement attendre de l’exploration systé-
- matique des couches élevées de l’atmosphère; outre que de telles observations, transmises chaque jour par le télégraphe, apportent des éléments d’information dont la prévision peut tirer parti, leur dis-r cussion rétrospective sera très précieuse dans la recherche des lois générales qui régissent les phénomènes météorologiques.
- De nombreux établissements de ce genre existent actuellement dans les diverses parties du monde. En France, M. le général de Nansouty a entrepris au Pic-du-Midi, sous les auspices de la Société Ra-mond, une série d'observations qui remonte à la fin de l’année 1873; installé provisoirement au col de Sencours (altitude 2366 mètres), le vaillant observateur a pu, au commencement du mois d’octobre dernier, s’établir définitivement au sommet du Pic, à l’altitude de 2859 mètres. L’Observatoire météorologique du Puy-de-Dôme (1467 mètres) a été inauguré le 22 août 1876, et M. Alluard avait pu y commencer les observations dès le mois de décembre précédent. Le service du génie à Rriançon a établi des stations dans la plupart des forts qui dépendent de cette place, et dont le plus élevé, l’Infernet, est à la cote 2367. Deux autres stations de montagne ont été créées en 1880 : l’une au fort qui couronne le Ballon de Servance (Vosges), l’autre dans les environs d’Annecy, au sommet du Semnoz : c’est sur cette dernière station que nous voulons attirer un instant l’attention. Enfin, d’autres postes d’observations sont actuellement en voie d’organisation ou à l’étude, au mont Ventoux (Vaucluse), à l’Aigoual (Cévennes), au mont Mézenc, sur la rive droite et non loin de la source de la Loire.
- La montagne du Semnoz (fig. 1) est un contrefort détaché du massif des Beauges; presque isolée, placée entre les bassins des lacs d’Annecy, du Bourget et du Léman, elle domine les vallées du Rhône et de l’Isère, et fait face au massif du Mont-Blanc. Son point culminant est à 1708 mètres d’altitude; du sommet, on découvre un des horizons les plus splendides qu’il soit possible d’imaginer. Le Righi offre sans doute des points de vue admirables; depuis le Kuhn, le regard se promène sur douze cantons de la Suisse et sur quatorze de ses lacs, mais une chaîne intermédiaire empêche de voir celle qui sépare la Suisse de l’Italie; le Finsteri Aarhorn masque le Mont-Rose, et le Blumlis-Alp cache le Mont-Blanc. Au Semnoz, au contraire, les sommités les plus rapprochées sont à une certaine distance; la vue embrasse la grande chaîne des Alpes dans son ensemble, et le Mont-Blanc y apparaît dans toute sa grandeur (fig. 3) ; par un ciel clair, elle s’étend depuis les Alpes Bernoises jusqu’aux montagnes qui vont par delà le mont Viso, du côté d’Antibes. On y distingue parfaitement les sommités voisines du Grand-Saint-Bernard, et, vers les dernières limites de l’horizon, on remarque une pyramide aux reflets cuivrés, s’élevant à une hauteur immense au-dessus des dômes argentés qui l’entou-r rent : ce doit être le Cervin, dans la vallçe du Zer-
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- LA NATURE.
- matt. Et si l’on veut se détacher de ce spectacle grandiose, on trouve à portée la nappe du Léman, les riantes collines qui vont en s’abaissant du côté de la France, et les flots bleus des beaux lacs de la Savoie. Cette situation splendide se présentât donc dans des conditions exceptionnelles pour une station météorologique.
- En 1878, M. Marins Vallin, architecte à Annecy, offrait de mettre à la disposition de l’État, pour le service d’un observatoire météorologique, une ou plusieurs pièces indépendantes dans le ehàlet-hôtel qu’il possède au sommet du Semnoz. Cette proposition, appuyée par la Commission météorolo-
- Fig. \. Carte du Semnoz et des environs d’Annecv.
- Haute-Savoie, par M. Jules Philippe, député d’Annecy, fut soumise, en 1879, au Bureau central météorologique. Une seconde station devait être établie au village de Les-chaux (altitude 929 mètres), au pied du Semnoz (voir fig. 1), et confiée à l’instituteur. Enfin, la Commission se chargeait de centraliser les observations, dont la discussion ne pouvait manquer de fournir des résultats intéressants, en les comparant à celles d’une troisième station, existant depuis longtemps dans le Jardin public d’Annecy, à l’altitude de 448 mètres, et dirigée par M. Mangé, architecte de la ville, secrétaire de la Commission météorologique. Le
- gique départementale, par le Conseil général de la | 28 septembre 1880, le Bureau central faisait instal-
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- Plan à la hauteur des fondations.
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- Plan à la hauteur du plancher.
- Fig. 2. Le pavillon météorologique de la station de Semnoz.
- 1. Thermomètres. — 2. Baromètre Tonnelot. — 3 et 4. Baromètres enregistreurs. — 5. Anémomètre. — 6. Pluviomètre.
- 7. Paratonnerre.
- 1er dans les deux stations projetées des instruments i dit, que M. Vallin a fait construire, d’après ses précis, comparés à ses étalons. | plans, à la slation du sommet. Il ne sera pas inutile
- La figure 2 représente l’observatoire proprement ! de donner quelques détails sur les dispositions
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- simples et pratiques employées pour cette construction, et grâce auxquelles on a pu se soustraire complètement à l’influence de l’humidité, dont il est si difficile de se garantir en pays de montagnes. La maçonnerie au milieu de laquelle se trouvent noyés les poteaux avec semelles et jambes de force qui constituent la partie principale de la charpente, a été faite au moyen de matériaux secs, de moellons calcaires. Le parement intérieur a reçu un enduit de mortier de chaux hydraulique, tandis que la surface extérieure a été revêtue d'un lambrissage avec bardeaux (tavillons) en bois de sapin. Dans la salle des instruments, une cloison en briques et
- mortier, qui dans la partie supérieure suit la forme de la couverture, achève la construction du local. On a donné à l’édifice une base octogonale, et à la couverture une forme sphérique, en vue de diminuer autant que possible l’action des vents; des arêtiers de fer-blanc fixés par des clous recouverts d'une calotte étanche ont été placés à tous les angles. Comme la neige accumulée pendant l’hiver atteint fréquemment plus de 2 mètres d’épaisseur, on a élevé le plancher de la salle à 3 mètres au-dessus du sol.
- Les instruments dont est munie cette station sont : un baromètre Tonnelot à large cuvette, un baro-
- Fig. 3. Vue générale du Semnoz-Alpes, montrant à gauche le lac d’Annecy et à droite le Mont-Blanc.
- mètre enregistreur Richard installé l’été dernier, un psycbromètre, des thermomètres à minima et à maxima, un pluviomètre, et un anémomètre enregistreur de M. Hervé Mangon. Ce dernier appareil, qui donne à la fois la direction et la vitesse du vent, a été concédé par le service des ponts et chaussées; l’observateur peut l’examiner de près aussi souvent que cela est nécessaire, au moyen d’une échelle extérieure, terminée à sa partie supérieure par une plate-forme à galerie. Les thermomètres sont placés sous un auvent à persiennes, fixé en avant de la fenêtre nord (fig. 2).
- La station inférieure est établie dans le jardin de l’école communale de Leschaux, à l’altitude de 929 mètres, soit à 721 mètres de distance verticale et à 3 kilomètres à vol d’oiseau, de la station
- principale, avec laquelle elle communique par un chemin à mulets très praticable, et très fréquenté pai les touristes. Un fil télégraphique relie, du reste, les deux stations; l’extrémité de cette ligne aboutit, à Leschaux, sur la route d’Annecy à Aix-les-Bains et au Châtelard, et pour la rattacher au réseau, il suffirait de construire une ligne de 11 kilomètres, entre Leschaux et Saint-Jorioz, sur le lac d’Annecy ; des communications rapides pourraient donc, au besoin, être facilement établies avec le Bureau central météorologique.
- Les observations sont faites trois fois par jour à la station inférieure, par l'instituteur de Leschaux. Au Semnoz, les observations sont faites également chaque jour, pendant les mois d’été, par le guide attaché à l’hôtel, qui a été dressé à la lecture des
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- divers instruments et à la surveillance des enregistreurs ; à son défaut, le personnel résidant au chalet pendant toute la belle saison, peut remplacer l’observateur habituel. En attendant que la Commission météorologique de la Haute-Savoie dispose d’un crédit qui lui permette d’installer un observateur à poste fixe au Semnoz, les observations, en hiver, sont faites une fois par semaine seulement.
- Le dévouement des guides des Alpes est proverbial. Pendant l’hiver de 1880-81, le guide Gaillard, qui habile Lescliaux, n’a pas manqué une seule fois de faire l’ascension de la montagne au jour convenu; ce n’était pas toujours chose aisée, car l’épaisseur de la neige et la violence du yent rendaient souvent la marche très pénible, et plusieurs fois il dut se faire aider pour .arriver à se frayer un passage. C’est encore dans ces conditions que le service a eu lieu l’hiver dernier, mais les difficultés d’accès ont été à peu près nulles, et les habitants de la montagne ont joui pendant longtemps d’un soleil splendide, tandis que les plaines étaient, comme la région du nord de la France, plongées dans un brouillard épais.
- Cette organisation est nécessairement incomplète; lorsque les phénomènes météorologiques seront observés sur la montagne, au moins aussi fréquemment que dans les stations inférieures, la création due à l’initiative de M. Vallin pourra produire alors tous les résultats qu’il est permis d’en attendre. Nous faisons des vœux pour que cette amélioration .puisse être réalisée prochainement.
- Th. Moüreadx.
- LE TUNNEL TRANSPYRÉNËEN
- Il suffit de jeter les yeux sur la carte des chemins de fer de l’Europe méridionale pour s’assurer que la péninsule Ibérique est bien mal partagée au point de vue de .la facilité de ses relations internationales. Sur toute la longueur des 500 kilomètres de la chaîne des Pyrénées, deux seules ouvertures, l’uue à l’Ouest par Irun, l’autre à l’Est par Port-Vendres, réunissent les lignes ferrées du midi de la France aux voies espagnoles. En dehors de ces deux chemins extrêmes, le long éventail dont le sommet est à Madrid et les deux extrémités aux attaches de la chaîne avec la Méditerranée et l’Océan, renfermant une partie des riches provinces d’Aragon, de Catalogne, de Navarre et de Castille, vient se heurter contre la muraille colossale que la parole célèbre du « grand roi » n’a su abaisser que d’une façon toute platonique.
- Cette situation anormale, cette séparation de deux pays voisins, pouvant faire entre eux un commerce actif d’échanges, devait attirer l’attention des économistes et des ingénieurs. Le 2 janvier dernier, les Cortès espagnoles promulguaient la loi votée en novembre 1881, déclarant comprise parmi les chemins de fer d’intérêt général une ligne nouvelle, partant d’Huesca, coupant la chaîne pyrénéenne au col de Canfranc, et rejoignant les lignes française à Oloron. Le nouveau chemin transpyrénéen suit, à peu de chose près, l’arête centrale de l’éventail que nous tracions plus haut, et coupe le massif montagneux dans les environs de Somport, dirigeant son trafic vers Tou-
- louse, Bordeaux et Nîmes, et raccourcissant de 100 kilomètres la distance entre Paris et Madrid.
- Déjà, en juillet 1870, les Cortès avaient ordonné au gouvernement espagnol de présenter, en temps opportun, un projet de loi spécial pour la construction d’une ligue destinée à pénétrer en France ; la guerre carliste, les discussions au sein des commissions, retardèrent l’exécution de ce projet. La question est aujourd’hui jugée, du moins de l’autre côté des Pyrénées. La loi du 2 janvier spécifie les conditions d’exécution définitive de la ligne, qui recevra une subvention de construction de 60 000 francs par kilomètre. Les travaux, après approbation de l’adjudication, devront être terminés en six années. Le gouvernement espagnol fera la moitié des frais de construction du tunnel international, et les ministres d’État et des Travaux publics sont autorisés à signer avec le gouvernement français une convention spéciale pour le raccoi1-dement du souterrain aux voies ferrées du Midi.
- La longueur du tunnel transpyrénéen ne sera que de 6600 mètres; ce sera donc le plus court des grands passages internationaux. Le Mont-Cenis a 12 233 mètres, le Golhard 14 920 mètres, l’Arlberg 10270 mètres. Le Simplon aurait, d’après les projets connus, environ 18 kilomètres; le tunnel sous-marin du Pas-de-Calais 34 kilomètres, sans compter les galeries de raccordement avec les voies anglaise et française. Quant aux moyens d’exécution qui devront être employés, ils nous sont aujourd’hui familiers. Nous verrons appliquer, au col des Canfranc, comme aux souterrains dont nous avons déjà raconté l’histoire, la dynamite et la perforation mécanique, activée par les compresseurs et leurs conduites d’air comprimé, à moins que, ce qui ne sort pas complètement des limites des prévisions scientifiques, l’application économique des forces électriques ne vienne remplacer le merveilleux matériel inauguré au Mont-Cenis, et appliqué avec tant de succès au Gothard.
- Maxime Hélène.
- ' CHRONIQUE
- Réunion des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne. — Cette vingtième réunion annuelle a eu lieu la semaine dernière. La section d’histoire et d’archéologie a été présidée par M. Maury , la section des sciences par M. Milne Edwards. Samedi 15, la distribution des récompenses s’est faite sous les auspices de M. le ministre de l’Instruction publique. M. Jules Ferry a prononcé un discours qui a été fréquemment interrompu par les applaudissements
- Le musée d’Ethnographie. — Vendredi 14, le musée d’Ethnographie, organisé auTrocadéro par MM.E.T. llainy et Landrin, a été ouvert aux membres de la Presse et aux délégués des Sociétés savantes. L’ouverture publique a eu lieu dimanche. La salle que l’on peut visiter actuellement et qui comprend les antiquités, les costumes, les armes relatifs.aux peuplades des deux Amériques, offre un puissant intérêt; ce musée constitue déjà une des plus belles collections ethnographiques du monde.
- Le vin électrisé, — On nous apprend que des expériences ont été faites sur les effets de l’électricité sur les vins. En plaçant les deux électrodes d’une pile dans une pièce de vin, on s’est aperçu, paraît-il, que le vin avait acquis du moelleux, était devenu beaucoup meilleur. Ce
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- fuit serait surtout sensible avec les vins durs, les vins apres. L’électricité aurait sur ces vins une action analogue à celle du chauffage, c’est-à-dire qu’elle les modifie, qu’elle les vieillit par la décomposition du bi-tartrate de potasse. On sait que déjà l’électricité est employée à la rectification des alcools de mauvais goût. Nous attendrons le résultat de nouvelles expériences pour rien conclure au sujet de cette nouvelle que nous publions sous réserve.
- La séance publique annuelle de la Société française de Physique a attiré dans le local de la Société d'Encouragement un nombre considérable de visiteurs, le mercredi 12 avril, à huit heures du soir. Un grand nombre d’appareils, parmi lesquels la plupart des nouveautés de la physique, ont fonctionné jusqu’à une heure avancée de la soirée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 avril 1882.
- M. Henry Giffard. — Nos lecteurs connaissent déjà la porte considérable que les sciences et l'industrie française viennent de faire dans la personne de M. Giffard : et ils auront dans la prochaine livraison de la Nature une notice biographique à laquelle travaille pour eux notre rédacteur en chef Aussi devons-nous nous borner à constater ici que M. Dumas a informé officiellement aujourd’hui l’Académie de la mort de l’illustre inventeur de Yinjec-teur. « Il nous appartenait d’ailleurs, a dit à peu près le Secrétaire perpétuel, étant lauréat de l’Académie : un prix de mécanique lui fut décerné en 1867. Tout le monde a présent à la mémoire les deux ballons captifs qu’en 1867 et en 1878, à l’occasion des deux dernières Expositions universelles tenues à Paris, il mit à la disposition du public. Ce que l’on sait moins, c’est que malgré la grande fortune que lui valut l’invention de l’injccteur, il fut à peu près le seul à qui elle ne profitât point. Son existence était restée celle d’un ouvrier aisé, tandis que sa main était toujours ouverte pour venir en aide aux travailleurs engagés dans quelques recherches ou même simplement aux prises avec les difficultés de la vie. J’en parle avec émotion, ajoute M. Dumas, ayant été trop de fois dans le cas de recourir à lui en faveur d’intéressantes infortunes et n’ayant jamais trouvé son cœur fermé à ma prière. » M. Giffard a légué des sommes fort importantes à l’Académie, à la Société des Amis des sciences, à la Société d’Encouragement et à la Société des Ingénieurs civils.
- Mammifères tertiaires. — Au nom de M. le I)r Lemoine, professeur à l’Ecole de médecine de Reims, M. Gaudry fait une bien intéressante communication. 11 s’agit de l’étude du cerveau chez deux mammifères de l’éocène inférieur, VArclocyon Dueillii et le Pleuraspidotherium Aumônier i.
- Il y a déjà quelque temps que M. Lemoine a recueilli le crâne de l’arctocyon avec une conservation parfaite, permettant de constater un aplatissement tout particulier de la face qui ne se rencontre guère actuellement au même degré que dans la classe des reptiles. La boîte crânienne, fort petite, est surmontée d’une crête verticale d un développement des plus étranges. Quand on ouvre la tête, on voit que le cerveau est encore bien plus petit quelle, ses parois étant d’une épaisseur absolument excep-
- tionnelle. Les os du crâne sont perforés en tous sens de canaux anastomosés où passait vraisemblablement un système veineux spécial. Obtenu par moulage interne de la cavité céphalique, le cerveau présente une forme imprévue. Les hémisphères ne recouvrent pas le cerveau moyen qui vient à sa suite avec un volume égal au leur et qui est suivi lui-même du cervelet. L’ensemble a l’aspect d’un cerveau de reptile ou plus exactement d’un cerveau d’embryon de mammifère. Les dessins que M. Lemoine a bien voulu me communiquer sont frappants à cet égard. Le volume relatif des éléments de l’cncéphale permet de supposer que chez Y Arclocyon Dueillii l’odorat était extrêmement développé aux dépens du sens de la vue et de celui de l’ouïe. L’animal actuel le plus comparable est le sarcophile oursin.
- Le Pleuraspidotherium Aumonieri est représenté dans la collection de M. Lemoine par de nombreux échantillons dont un squelette entier. Un crâne tout à fait intact présente un développement spécial des crêtes occipitales latérales. C’est en ce point que se trouve le diamètre transversal le plus considérable de la tète, puis le crâne s’amincit de plus en plus de façon à former une sorte de pédicule au niveau du point de jonction de la face. Cet amincissement si étrange de la région crânienne a comme résultat de rendre droites ou concaves les diverses lignes de contour qui se trouvent convexes chez les mammifères actuels. Ce serait actuellement dans la classe des Marsupiaux que l’on trouverait la conformation crânienne qui s’éloignerait le moins de ce type. La disposition du cerveau confirme ce rapprochement ; M. Lemoine en a obtenu un moulage qui permet de décrire des détails intimes de la disposition des nerfs. On voit que l’odorat est moins prépondérant que chez l’arctocyon de tout à l’heure et que l’ouïe et la vue ont acquis le développement qui convient à un animal dont l’ambition est d’échapper le plus possible à son destin, qui est de servir de pâture aux carnassiers. Dans la faune actuelle, c’est le Phalangista Vulpina d’Australie qui s’éloigne le moins de la bête éocène ; mais celui-ci présente des molaires coniques d’un type tout à fait reptilien.
- Chimie. — MM. Haulefeuille et Chapus étudient l’acide pernitrique. M. Ditte fait connaître des réactions propres aux sels de protoxyde d’étain. Le Secrétaire perpétuel ayant reçu de M. Sachs une monographie chimique des cucurbitacées, a prié M. Berthelot d’en faire un extrait propre aux Comptes rendus. « Mais, dit-il, notre confrère a fait comme un personnage de comédie : il a tout effacé. » M. Berthelot proteste qu’ayant supprimé tout le texte il a cependant maintenu les analyses et celles-ci seront servies toutes nues aux lecteurs. C’est à côté de ce travail qu’il faut mentionner des recherches de M. Perrey sur l’origine de la matière sucrée des betteraves. M. Raoult étudie les combinaisons de l’ammoniaque avec le sel ammoniac.
- Médecine. — Un très long mémoire est lu par M. Fau-" vel contre les opinions émises par M. de Lesseps à l’égard des quarantaines. On renvoie à la Commission des prix de médecine et de chirurgie la collection des mémoires de M. le Dr Liégey (de Choisy-le-Roi). Ces mémoires, remarquables par leur originalité en même temps que par la précision des faits qui y sont consignés, constituent de curieux chapitres de médecine comparée.
- Varia. — La comète A de 1882 préoccupe, à Paris,' M. Bigourdan, et à Marseille, M. Coggia. Ce dernier
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- étudie aussi la planète n°284 (Palissa). — M. Berlioz décrit un système d’aspiration des vidanges par le vide. — Un nouveau mémoire sur la source jaillissante de Montrond est adressé par M. Laur, avec des photographies. — M. Faye lit un rapport sur les voyages photographiques de M. Civiale, dans les Alpes. — Notons enfin que M. Tarry (d’Alger) a cru devoir recourir au télégraphe pour informer plus tôt l’Académie qu’il a découvert un théorème de mécanique.
- Stanislas Meunier.
- UNE PETITE ILLUSION
- Qu’il me soit permis de décrire une expérience qui, au premier aperçu, semble devoir réaliser le mouvement perpétuel. Dans une capsule cylindrique de dimensions suffisantes, versons une couche d’eau distillée d’environ 1 centimètre de hauteur ; faisons plonger dans cette couche l’une des extrémités d’un tube en verre de petit diamètre intérieur, lmm,5, par exemple, et long de 8 à 9 centimètres ; maintenons ce tube dans une position convenablement inclinée, de sorte que l’eau qui s’y élèvera par l’action capillaire, occupe une assez grande partie de sa longueur. Procurons-nous un second tube ayant, je suppose, 3 millimètres de diamètre intérieur, et long de quelques centimètres ; effilons ce second tube à une extrémité, et replions la portion effilée, de manière qu’elle fasse un angle plus ou moins aigu avec la portion large. Introduisons la portion effilée dans l’orifice supérieur du tube incliné, jusqu’à ce qu’elle atteigne l’eau contenue dans celui-ci, et donnons à la portion large une position verticalement descendante ; on obtiendra cette dernière condition en modifiant soit l’angle ci-dessus, soit l’inclinaison de l’autre tube. Supposons que l’orifice de la portion verticale n’atteigne pas le liquide de la capsule; enfin imaginons la portion effilée et le tube vertical tous deux pleins d’eau. Pour plus de clarté, je représente en coupe, dans la figure ci-contre, le haut du système.
- ab est le tube incliné, et cd est le tube vertical. Yu le peu de largeur de l’espace compris entre la portion effilée et l’intérieur du tube ab, la capillarité maintiendra l’eau près de l’orifice a de celui-ci; supposons qu’elle s’arrête en a’. L’extrémité inférieure du tube cd n’atteignant pas le liquide de la capsule, ce dernier tube avec sa portion effilée constituera un siphon dont la courte branche plonge dans un liquide en équilibre, et dont la longue branche descend à plusieurs centimètres plus bas que la surface de ce liquide. Ne semble-t-il pas dès lors que l’eau doit* s’écouler incessamment par ce siphon, pour aller rejoindre celle de la capsule ? Or, si cela arrivait, ce serait évidemment le mouvement perpétuel.
- Mais l’impossibilité du mouvement perpétuel étant démontrée, je me suis demandé ce qui se passerait en réalité dans les conditions ci-dessus. J’ai prié conséquemment M. Van der Mensbrugghe d’effectuer l’expérience, ce qu’il a fait d’après mes indications, en employant des tubes ayant les dimensions admises plus haut. Je passe sous silence la construction des supports des tubes, ainsi que les petites manipulations de l’expérience ; le lecteur qui serait curieux de la répéter, trouvera lui-même ces détails. Voici maintenant ce que nous avons constaté : au lieu de s’écouler par le tube cd, l’eau remonte, au contraire, dans celui-ci, et continue à être aspirée jusqu’à ce que sa surface libre atteigne un
- certain point de la portion effilée, après quoi tout s’arrête. Seulement il faut, pour que l’aspiration ait lieu, que l’orifice du tube cd soit à plusieurs millimètres au-dessus du liquide de la capsule ; s’il est plus bas, le tube cd reste plein, l’eau y demeure suspendue.
- Un peu de réflexion m’a bientôt fait comprendre la cause de ces phénomènes en apparence singuliers : la petite surface qui termine en a' le liquide entre les deux tubes, est concave dans le sens transversal ; elle exerce donc, en vertu de cette courbure, une succion sur toute la masse liquide à laquelle elle appartient, c’est-à-dire sur le liquide du tube ab et sur celui du tube cd, ce dernier liquide communiquant avec le premier par le tube effilé. Dans le tube ab, cette succion a pour effet de maintenir l’eau soulevée jusqu’en a', et elle est équilibrée par l’action de la pesanteur, action mesurée par la différence de niveau entre la petite surface en a' et l’eau de la capsule. Pour qu’elle soit équilibrée de même dans le tube cd, il semble nécessaire, au premier abord, que la différence de niveau entre la petite surface en a' et l’orifice de ce tube cd, soit égale à la précédente, ce qui exigerait que cet orifice atteignît l’eau de la capsule ; et cependant nous avons vu que l’équilibre subsiste alors même que l’orifice dont il s’agit est de plusieurs millimètres plus haut ; mais
- c’est que, dans ce cas, par suite d’une tendance à l’absorption, l’eau présente, à l’orifice en question, une surface légèrement concave, et que celle-ci exerce, de son côté, une petite succion dirigée de haut en bas, laquelle s’ajoutant à l’action incomplète de la pesanteur, compense la succion émanée de a'. Pour une distance plus grande de l’orifice à l’eau de la capsule, la succion en a' est en excès, le liquide est tiré de bas en haut dans le tube cd, et ce mouvement s’arrête lorsque la surface libre du liquide est parvenue, dans la portion effilée, en un point où la succion due à sa forte courbure concave fait équilibre à celle de a'1. Telle est l’explication simple des effets observés, et cette petite expérience offre un exemple curieux de la succion exercée par les surfaces liquides concaves ; elle nous montre, en outre, une exception également curieuse au fonctionnement des siphons. Avis aux chercheurs de mouvement perpétuel.
- J. Plateau.
- 1 Dans notre expérience, la distance verticale de a' au liquide de la capsule était de près de 4 centimètres, et la plus petite distance de l’orifice du tube cd à -ce même liquide pour laquelle l’absorption se produisait, était d’environ 5 millimétrés.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. 1 ahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N# 465. — 2« AVRIL 1882.
- LA NATURE.
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- HENRI GIFFARD
- Henri Giffard est un de ces hommes privilégiés dont les œuvres honorent non seulement leur pays, mais la science tout entière. La lumière d’une telle intelligence peut s’éteindre, mais le rayonnement qu’elle a émis dure toujours. Le nom de Giffard ne périra pas.
- Né à Paris, le 8 janvier 1825, le célèbre ingénieur fit ses études au Collège Bourbon, et dès son plus jeune âge, le génie de la mécanique était déjà développé dans son cerveau. Il nous a souvent raconté qu’en 1859 et 1840, alors qu’il n’avait que quatorze ou quinze ans, il trouvait le moyen de s’échapper de sa pension pour aller voir passer les premières locomotives du chemin de 1er de Paris à Saint-Germain.
- Deux ans après, il entrait comme employé dans les ateliers de ce chemin de fer ; mais son ambition était de conduire lui-même les locomotives. Il y réussit, et il eut le plaisir de faire glisser sur les rails, aussi vite qu’il le pouvait, les premiers trains de chemin de fer.
- Henri Giffard n’avait que dix-huit ans quand il commença à s’occuper de navigation aérienne; il ne tarda pas à exécuter quelques ascensions en ballon, et c’est en joignant la pratique à la théorie qu’il fut conduit à réaliser sa grande expérience de 1852.
- Cette expérience est une des plus mémorables de l’histoire scientifique de notre époque. Le jeune ingénieur, au milieu de mille difficultés matérielles, avait construit un aérostat allongé de 44 mètres de longueur et de 12 mètres de diamètre au fort. Ce navire aérien, qui cubait 2500 mètres, était muni d’un propulseur à hélice, actionné par une maehine'à vapeur de 5 chevaux-vapeur. Henri Giffard s’éleva seul dans les airs, fièrement assis sur le tender de sa machine, et suivi dans l’espace par les acclamations des spectateurs. Il réussit à se dévier sensiblement de la ligne du vent ; il démontra que l’aérostat allongé, le seul que l’on puisse avantageusement diriger, offre une stabilité parfaite et obéit avec une grande précision à l’action du gouvernail. La voie de la navigation aérienne par les 10e année.— 1er semestre.
- aérostats allongés était tracée. En 1855, le courageux mécanicien renouvela celte expérience dans un autre aérostat non moins remarquable. Mais le vent était, ce jour-là, trop intense pour que l’expérience réussît.
- De semblables tentatives coûtaient fort cher et ne rapportaient rien. Henri Giffard abandonna momentanément les ballons, pour construire un nouveau modèle de machines à vapeur à grande vitesse et pour donner enfin naissance à Yinjecteur qui devait faire sa fortune.
- Henri Giffard devint plusieurs fois millionnaire, mais il ne cessa jamais d’être le travailleur modeste et simple qu’on avait pu connaître au début de sa
- carrière. Les ballons restèrent sa préoccupation constante, et l’objet de ses travaux les plus assidus. Il construisit le premier aérostat captif à vapeur, lors de l’Exposition universélle de 1807. L’année suivante, il fit installer à Londres un second aérostat captif qui cubait 12 000 mètres et qui avait nécessité des constructions gigantesques. Ce maté-7 r i e 1 c o û t a p 1 h# «-d e 700000 francs, que M. Henri Giffard perdit entièrement, sans proférer une seule plainte. L’éminent ingénieur ne regrettait jamais la dépense d’une expérience, si coûteuse qu’elle fût, parce que, disait-il, on en tirait toujours quelque profit.
- Henri Giffard fut ainsi conduit peu à peu à donner naissance au grand ballon captif à vapeur de 1878, véritable monument aérostatique, que l’on peut appeler une des merveilles de la mécanique moderne. Tout le monde a encore présent à l’esprit ce globe de 25 000 mètres cubes, qui enlevait dans l’espace quarante voyageurs à la fois et ouvrit le panorama de Paris à plus de trente mille personnes pendant la durée de l’Exposition1. Tout était nouveau dans cette œuvre colossale, l’aéronautique s’y trouvait transformée de toutes pièces : tissu imperméable, préparation en grand de l’hydrogène, détails de construction modifiés et perfectionnés, Henri Giffard avait tout conçu, tout essayé, tout réalisé. Sa puissance de conception était inouïe; il pensait à tout et prévoyait tout. C’était un
- 1 Voy. sixième année, 1878, 2e semestre.
- Henri Giflard.
- Né à Paris le 8 janvier 1825, mort à Paris le 15 avril 1882. (D’après un portrait exécuté en 18t>3.)
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- LA NATURE.
- expérimentateur émérite, un calculateur éminent, un esprit d’une ingéniosité exceptionnelle, un mécanicien hors ligne.
- Les grandes constructions aérostatiques, auxquelles il s’était si vaillamment exercé, devaient lui permettre de réaliser le rêve de toute sa vie, de reprendre son expérience de 1852, et d’apporter enfin au monde la solution définitive du problème de la direction des aérostats. Il avait conçu un projet grandiose, celui de la construction d’un aérostat de 50 000 mètres cubes, muni d’un moteur très puissant actionné par deux chaudières, l’une à gaz du ballon, l’autre à pétrole, afin que les pertes de poids de force ascensionnelle puissent s’équilibrer. La vapeur formée par la combustion, aurait été recueillie à l’état liquide dans un condensateur à grande surface de manière à équilibrer les pertes d’eau de la chaudière.
- Que de fois notre regretté maître ne nous a-t-il pas donné dans ses détails la description de ce monitor de l’air. Tout était calculé, tout était prêt, jusqu’au million qui devait lui permettre de l’exécuter et que l’illustre ingénieur tenait toujours en réserve, dans quelques-unes des grandes maisons de banque de Paris. D’autres projets germaient encore dans son cerveau, voiture à vapeur, locomotive à très haute pression, bateau à grande vitesse; conceptions puissantes, étudiées avec une persévérance à toute épreuve et marquées au sceau du génie.
- Mais au-dessus de la volonté et de la prévoyance humaines, il y a les lois fatales de la destinée : les plus forts doivent s’y soumettre. La maladie est venue lutter contre les efforts du grand inventeur ; sa vue s’affaiblit, lui rendant tout travail impossible, ce qui le plongea dans une douleur extrême. 11 y avait un peu de l’athlète dans l’âme de Giffard, et l’idée de se trouver réduit à l’impuissance, le rendit inconsolable. Il s’enferma, et lui, qui avait tant aimé la lumière, l’indépendance et l’action, il vécut dans la solitude et s’éteignit graduellement.
- Chez Henri Giffard l’homme n’était pas moins remarquable que l’ingénieur. Il était mince et nerveux, souple, agile et d’une grande habileté de mains. Il savait tout faire par lui-même, et je me rappelle l’avoir un jour surpris éventrant un fauteuil de son salon pour en arracher un ressort dont il avait besoin pour une expérience ; une autre fois je le vis confectionner un photomètre avec deux crayons fixés dans le carton d’un almanach. Il se rendait compte de tout ce qu’il voulait faire, par des expériences. Il écrivait avec un soin minutieux les résultats de toutes ses recherches, de tous ses travaux, et il laisse d’innombrables manuscrits où l’on trouvera des richesses scientifiques.
- Sa physionomie était charmante, et ses yeux clairs, limpides, pleins de loyauté et de franchise, brillaient d’un éclat peu commun. C’était un causeur fin, spirituel, un esprit d’une érudition technique incomparable. Il était réservé, haïssait les banalités et les frivolités du monde; aussi passait-il parfois, aux
- yeux des étrangers, pour avoir un abord un peu sévère et froid. Ceux qui le jugeaient ainsi ne le connaissaient pas : il avait un coeur chaud, une générosité inépuisable et une délicatesse exquise.
- Il dédaignait les honneurs, aimait par-dessus tout le travail. Ennemi des manifestations d’un luxe apparent, il se plaisait dans la pratique d’une vie simple et laborieuse; mais quand il s’agissait de faire des machines, le millionnaire reparaissait. On le voyait dépenser 50 000 francs pour exécuter un wagon suspendu ou un appareil à gaz et plusieurs centaines de mille francs pour construire un ballon captif.
- Quand il fallait aider un ami ou faire acte de charité, il puisait l’or à pleines mains dans sa caisse. Il a été le Mécène de tous les aéronautes, le bienfaiteur de tous ceux qu’il a connus. 11 faisait des rentes à ses amis malheureux, et il possédait près de Paris une maison où l’on n’était admis comme locataire, qu’à la condition d’être pauvre et de ne jamais payer son terme.
- Henri Giffard se cachait pour faire le bien, et les bonnes actions dont sa vie abonde, il les accomplissait dans l’ombre.
- L’homme que nous pleurons est de ceux que l’on n’ouhlie pas ! Quelle que soit la distance qui sépare les disciples du maître, promettons-lui de tout faire pour marcher sur ses traces et pour continuer son œuvre. Que son nom béni nous protège! S’il survient des heures de lassitude ou de faiblesse, rappelons-nous que nous n’aurons qu’à venir sur sa tombe, pour y puiser des forces1.
- Gaston Tissandieu.
- LES OBSÈQUES DE M. HENRI GIFFARD
- Les funérailles de l’éminent ingénieur ont eu lieu le 19 avril, au milieu d’une affluence considérable de spectateurs. Le deuil était conduit par M. Legay, notaire, exécuteur testamentaire du défunt. À midi, le corbillard, traîné par quatre chevaux, se rendait à l’église Saint-Pierre de Chaillot. Les cordons du poêle étaient tenus par M. Hervé Màngon, membre de l’Académie des sciences, Emile Barrault, ingénieur, Gaston Tissandier, et Gustave Flaud, représentant l’usine dans laquelle tous les appareils créés par l’inventeur de l’injecteur, ont été construits. Les ouvriers de cette usine portaient derrière le char une immense couronne de Heurs naturelles.
- Nous avons remarqué dans l’assistance MM. le directeur des Domaines de l’État, le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers; Janssen, de l’Académie des Sciences; Gustave Doré, Camille Flammarion, W. de Fonvielle ; la plupart des aéronautes français, Eugène et Jules Godard, Camille Dartois, Jules Duruof, Gabriel Mangin, Lachambre, Brissonnet, la plupart des membres de la Société française de Navigation aérienne, parmi lesquels MM. Bureau de Villeneuve, Armengaud; les élèves de l’École d’aérostation météorologique, etc.
- 1 Paroles prononcées au cimetière du Père-Lachaise le 19 avril 1882.
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- Au cimetière du Père-Lachaise plusieurs discours ont été prononcés.
- M. Hervé Mangon, membre de l’Académie des Sciences, a fait éloquemment l’apologie des travaux de Giffard.
- « L’injecteur, a dit le savant académicien, est une des grandes découvertes mécaniques du siècle, son principe est tellement singulier que des milliers d’appareils fonctionnaient avant que les mathématiciens aient pu en donner une théorie suffisante. L’injecteur n’a reçu depuis vingt-quatre ans que des modifications insignifiantes; il est aujourd’hui d’un emploi général. Toutes les locomotives, sans exception, en sont munies, et portent dans le monde entier le nom de notre cher compatriote....
- « Constamment absorbé par un travail d’invention et de recherches les plus difficiles, qu’aucune distraction ne venait interrompre, H. Giffard a succombé à l’excès de la fatigue intellectuelle. Tous les instants de sa vie, sans en excepter un seul, ont été consacrés à faire le bien, à rechercher des vérités nouvelles, à enrichir de ses grandes inventions le patrimoine de l’humanité. Heureux celui qui a pu consacrer ainsi toutes ses forces au service de la science et de l’industrie ! Heureux l’homme qui a su faire de sa belle intelligence un si noble emploi ! Nous conserverons toujours le souvenir de ses travaux et de son grand mérite. »
- M. Ch. de Comberousse, prenant ensuite la parole, au nom de la Société d’Encouragement et au nom de la Société des Ingénieurs civils, a rappelé que Giffard n’avait appartenu à aucune école, qu’il s’était formé seul, mais que cependant, il empruntait dans sa jeunesse les cahiers de jeunes amis qu’il avait à l’Ecole Centrale et que cet établissement peut en quelque sorte le réclamer comme un de ses élèves.
- M. de Comberousse a protesté contre l’oubli qu’on fit de Giffard, en 1878, pour la croix d’officier de la Légion d’honneur, malgré la demande qui en avait été faite par l’Académie des Sciences tout entière.
- « Chose étrange, a dit l’éminent professeur, tantôt l’inventeur fait brillamment fortune, et les récompenses honorifiques qu’il mérite lui sont strictement mesurées. D’autres fois, ce sont les récompenses honorifiques dont il est surchargé, tandis que le nécessaire lui manque pour continuer son œuvre...
- «... Adieu, Giffard! Ta croix de chevalier n’empêchera pas l'avenir de te saluer Commandeur de l’Industrie ! »
- M. Gaston Tissandier, président de la Société de Navigation aérienne et ami du défunt, a résumé la vie et les travaux de Henri Giffard. La notice qu’on a pu lire précédemment, reproduit les paroles prononcées.
- M. Legrand a adressé des remerciements à la mémoire de Giffard au nom de la Société des Amis des sciences. M. Peyron, vice-président de l’Académie d’aérostation, a exprimé sa douleur et celle de ses collègues ; M. Cohendet, ingénieur de la maison Flaud, et M. Gabriel Yon ont d’autre part adressé quelque paroles d’adieu au grand ingénieur.
- Henri Giffard a laissé 100000 francs aux pauvres de Paris, 50000 francs à l’Académie des Sciences et 50000 francs à chacune des Sociétés suivantes : Société d’Encouragement, Société des Ingénieurs civilsj Société des Amis des sciences. Il laisse 100000 francs au personnel de la maison Flaud, des souvenirs et des rentes viagères à la plupart de ses amis, de ses collaborateurs ou à ses serviteurs, plusieurs centaines de mille francs à sa famille, et plusieurs millions de francs à l’Étal, émettant le vœu que ce capital considérable soit consacré à des œuvres scientifiques.
- LES COMPTEURS D’ÉLECTRICITÉ
- A propos de la distribu lion de l’électricité, nous avons déjà fait ressortir l’importance pratique que présente, pour le producteur et le consommateur, un système de compteur d’électricité permettant de mesurer exactement l’énergie électrique consommée par un abonné et de ne lui faire payer équitablement que ce qu’il dépense1.
- Dans une distribution par pression constante, on n’a besoin que de mesurer la quantité d’électricité fournie à l’abonné pendant un temps donné, puisque la quantité d’énergie consommée lui est proportionnelle : les compteurs d’électricité fondés sur ce principe pourraient donc s’appeler, suivant la nouvelle terminologie adoptée par le Congrès international des électriciens, des coulombs-mètres ou, pour abréger, des coulomètres.
- Le procédé le plus simple pour mesurer la quantité totale d’électricité qui traverse un circuit est de faire usage d’un voltamètre. On avait pensé tout d’abord à faire usage d’un voltamètre ordinaire décomposant l’eau, la mesure du volume des gaz dégagés aurait fait connaître exactement la quantité d’électricité.
- En pratique, la mesure volumétrique des gaz n’est pas une opération commode, et il vaut, mieux faire usage d’une petite cuve électrolytique. Les compteurs d’électricité d’Edison sont fondés sur le dépôt de cuivre effectué par le passage d’une certaine quantité d’électricité dans un voltamètre à sulfate de cuivre. Ce voltamètre n’est pas établi directement sur le circuit qui alimente l’abonné, mais il est placé en dérivation sur ce circuit, de façon à ce qu’il ne passe dans le voltamètre que la centième partie du courant. La dérivation est établie à l’entrée du conducteur chez l’abonné; la résistance du conducteur principal entre les deux points où elle est établie, et celle du circuit de voltamètre, sont réglées à l’aide de bobines convenablement étalonnées, pour que le rapport de 1/100 soit exactement maintenu.
- Dans le compteur d’électricité le plus simple (fîg. 1), on voit deux voltamètres distincts, formés chacun de deux lames de cuivre plongeant dans du sulfate de cuivre. L’un des appai’eils sert à la mesure, l’autre, fermé à clef, dans la boîte de fonte qui enveloppe l’ensemble du compteur, ne sert que pour le contrôle et n’est traversé que par une fraction beaucoup plus faible du courant, 1/1000 ou 1/10000. La mesure se fait en pesant les lames de cuivre, tous les mois par exemple, l’augmentation de poids de la lame négative étant proportionnelle à la quantité d’électricité qui a traversé le circuit et égale à la perte de poids de la lame positive. En rattachant les lames, il faut avoir soin de renverser leur position pour que la lame qui avait augmenté
- 1 Voy. n° 448 du 15 décembre 1881, p. 74.
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- de poids pendant le mois préce'dent diminue de poids pendant Je mois suivant, et réciproquement.
- Un voit dans le bas de la boite de fonte qui renferme le compteur, une lampe électrique à incandescence qui a pour but d’empêcher automatiquement le compteur de geler f endant les grands froids, car la gelée empêcherait le voltamètre de fonctionner pendant un certain temps et donnerait des indications totales trop faibles, au détriment de la Compagnie et au bénéfice de l’abonné. Au-dessus de la lampe, se trouve une lame horizontale zinc-cuivre formant thermomè-tremétallique. Lorsque la température s’abaisse, la lame se courbe et vient, à un moment donné, toucher un contact et fermer le circuit de la distribution sur la lampe à incandescence qui s’allume Le peu de chaleur dégagée par la lampe dans le compteur hermétiquement lermé — dans la figure 1, on a enlevé la plaque de devant pour montrer la lamne— suf-1
- fit pour élever la température de l’appareil transformé momentanément en étuve chauffée électriquement, et empêcher la solution des voltamètres de geler.
- Les résistances introduites dans le circuit du voltamètre servent non seulement à le régler, mais encore à maintenir le rapport des résistances constant malgré les variations de température.
- En effet, supposons le voltamètre branché directement en dérivation sur le circuit et le rapport des résistances exactement établi pour une température de 15° par exemple. Si la température s’élève, la résistance du voltamètre diminuera parce que réchauffement diminue la résistance électrique des liquides, tandis que la résistance du conducteur principal intercalé entre les deux points de la dérivation augmentera, parce que la résistance des métaux augmente avec la température. Il en résulte que le voltamètre recevra une plus grande quantité
- d’électricité qu’à la température normale de 15° pour laquelle il a été réglé. L’effet inverse se produirait si la température baissait. Le compteur indiquerait donc une trop grande consommation pendant l’été, au bénéfice de la Compagnie, et une trop petite consommation pendant l’hiver, à son détriment. Les résistances métalliques intercalées dans le circuit du voltamètre compensent ces effets, car leur résistance augmente quand celle du voltamètre diminue, ce qui tend à maintenir l’équilibre.
- 1 a quantité de métal transportée d’une lame sur l’autre est complètement indépendante de l’intensité du courant, et c’est bien à tort qu’on a donné à cet appareil le nom d’ampèremètre : il totalise en réalité la quantité d’électricité qui a traversé le circuit dans un temps donné, un mois par exemple, quelle qu’ait été, pendant cet intervalle, l’intensité du courant à un instant déterminé.
- L’inspecteur de la Compagnie vient chaque semaine, chaque mois ou chaque trimestre, peser la lame de cuivre, et il en déduit, parmi calcul très simple, le nombre de coulombs fournis au consommateur depuis la dernière vérification , et par suite la somme à payer, à peu près comme l’inspecteur du Gaz compte les mètres-cubes qui ont traversé le compteur de l’abonné pendant le dernier mois.
- Le pesage des lames de cuivre est une opération délicate et fastidieuse dont on peut se passer en employant le second système de compteur d’Edison représenté figure 2. Cet appareil, dont nous allons seulement indiquer le fonctionnement général, est un voltamètre double qui s’établit aussi en dérivation sur le circuit, comme le premier système. 11 se compose de deux paires de lames de cuivre cylindriques, formant chacune un voltamètre distinct. Les lames cylindriques extérieures sont fixes et
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- plongent dans des vases en verre, les lames intérieures sont suspendues aux deux extrémités du fléau d’une balance très sensible. Les liaisons électriques des deux voltamètres sont telles que le courant qui les traverse tend à augmenter le poids de l’une des lames suspendues au fléau de la balance et à diminuer le poids de l’autre de la même quantité. La manœuvre d’un simple commutateur produira l’effet inverse.
- La balance est réglée pour incliner d’un coté ou de l’autre sous l’influence d’une différence de poids
- déterminée, un gramme par exemple, {tour fixer les idées. Chaque fois que le compteur d’électricité aura été traversé par le nombre de coulombs correspondant à un dépôt de cuivre d’un côté et à une usure de la lame opposée de l’autre côté égal à un gramme, le fléau basculera. Le fléau en basculant manœuvrera un commutateur qui inversera le courant et fera avancer d’une unité l’aiguille d’un compteur ordinaire.
- La manœuvre du système inverseur et de l’aiguille du compteur demande un certain travail mé-
- Fig. 2. Compteur d’électricité totalisateur d’Edison.
- canique que le fléau ne pourrait pas produire par son déplacement, le fléau en se déplaçant ferme un circuit électrique et envoie le courant de la distribution générale dans des électro-aimants qui produisent le travail nécessaire au fonctionnement de l’inverseur et à la manœuvre de l’aiguille du cadran. Supposons, par exemple, que le fléau bascule pour un dépôt de cuivre correspondant à une quantité d’électricité égale à 1000 coulombs. Il suifîra de connaître, à la fin du mois, le nombre de fois que le système a basculé — et ce nombre se lira directement sur le cadran du compteur — pour savoir, à 1000 coulombs près, la quantité d’électricité
- fournie à l’abonné et par suite la somme à payer.
- L’opération est donc, en apparence, identique à celle de la mesure du gaz. L’imitation est même poussée un peu trop loin dans l’appareil que nous décrivons, car le cadran est divisé en pieds cubes, indication qui, rapportée à de l’électricité, n’a plus aucune espèce de signification : il est probable que les constructeurs ont été guidés par l’envie de ne rien changer aux habitudes des abonnés au gaz, mais le procédé est peu fait, à notre avis, pour les familiariser avec les procédés électriques.
- Quoi qu’il en soit, les appareils d’Edison sont ingénieux, et s’ils ne présentent pas encore tout le
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- degré de simplicité qu on doit demander à des appareils pratiques, ils sont néanmoins propres à fonctionner dès à présent, et prêts à rendre d’utiles services dans une distribution d’électricité au compteur. Ils vont d’ailleurs être mis en service courant en Angleterre, et nous saurons bientôt à quoi nous en tenir sur leur compte au point de vue pratique.
- Le problème est aujourd’hui posé, et nous aurons bientôt à décrire d’autres appareils sinon plus ingénieux, du moins plus complets, car ils totalisent , non pas seulement la quantité d’électricité fournie à un abonné pendant un temps donné, mais la quantité d’énergie électrique fournie à l’abonné dans un temps donné, c’est-à-dire ce qu’il doit strictement payer, car ils tiennent compte à la fois des deux facteurs de la distribution, quantité et tension, tandis que les coulombs-mètres d’Edison n’enregistrent et ne totalisent que l’un des facteurs, la quantité d’électricité fournie, et supposent la pression de distribution constante, ce qui n’est pas toujours exact dans la pratique.
- LES DÉTROITS ARTIFICIELS
- (Suite. — V’oy. p, 243 et 285.)
- I. — Le Canal maritime de Suez.
- La salle spéciale du Musée de la Marine — salle de Lesseps — affectée à l’histoire du canal maritime, renferme de remarquables modèles des puissantes machines que nous avons décrites dans notre dernier article— dragues à long couloir, élévateurs des sables, excavateurs à sec — donnant une idée très exacte de la marche du colossal travail. Ceux de nos lecteurs qui habitent Paris pourront donc, pour compléter une description que nous avons tenté de rendre la plus claire et la plus brève possible, aller faire une courte station devant les dragues minuscules, réduites avec une exactitude merveilleuse, ancrées sur le fond sableux de la tranchée, versant le sable du désert dans le long couloir qui aboutit au monticule déjà exhaussé de la rive. Sous les élévateurs, les chalands montrent leurs caisses remplies de déblais; l’excavateur à sec allonge sa chaîne de godets sur le talus de la tranchée ; et la microscopique machine à vapeur, qui commande à tout cet assemblage, semble prête à fonctionner. Pour que l’illusion fût complète, il suffirait d’avoir disposé ce joujou mécanique de telle façon qu’un simple effort imprimé au système fit tourner les chaînes à godets et rouler les wagons sur leur plan incliné.
- Donnons pour quelques instants la vie à chacun de ces appareils, et nous reconstituerons fidèlement le mode de travail adopté pour chacune des grandes sections de creusement de l’isthme. Si nous faisons fonctionner les dragues et les élévateurs, nous verrons creuser sous nos yeux les parties basses du dé-
- sert, les marais de Menzaleh, les abords des lacs Timsah et Amers, la plaine de Suez. Mettons en marche l’excavateur, et nous reproduirons l’installation de la grande tranchée d’El-Guisr (fig.i), exécutée parM. Couvreux. Sur le talus déjà approfondi par les premiers travaux des fellahs égyptiens, sont montés la charpente de l’excavateur et le moteur qui commande le mouvement de la chaîne à godets. Le déblai arraché se déverse sans interruption dans des trains de wagonnets qui l’emportent au chantier de décharge. L’appareil entier, moteur et excavateur, roule sur rails et peut être déplacé sur des voies appropriées, lorsque la marche du travail l’exige. Le fonctionnement de l’excavateur, comme celui des dragues qui viendront après lui parachever le creusement sous-marin, est certainement très facile à comprendre ; nous n’avons besoin d’entrer à cet égard dans aucun détail mécanique, chacun de nos lecteurs se représentant sans effort le progrès accompli chaque jour, jusqu’à ce que les 4 500 000 mètres cubes de la tranchée soient enlevés. Ce que nous ne pouvons toutefois pas décrire, et que les modèles du Musée de la Marine ne sauraient reproduire davantage, c’est le mouvement grandiose qui anime un chantier semblable à celui d’El-Guisr, faisant de la machine en activité une sorte d’être vivant, dont l’outil au repos n’est que la forme inerte.
- À côté des spécimens de machines, le Musée de la Marine possède encore un plan en relief de l’isthme tout entier, établi sous la savante direction de M. le vice-amiral Paris, conservateur du Musée. L’examen de ce plan, qui mesure 10 mètres de longueur sur 2m,40 de largeur, et qui a été dressé à l’échelle de 0m,06 par kilomètre, est presque indispensable à ceux qui veulent acquérir une conception nette de la superficie de l’isthme. Lorsque l’on parle de travail colossal, de millions de mètres cubes de sable ou d’argile à enlever, il nous a toujours semblé que le lecteur était porté à se faire une idée préconçue de l’œuvre, qu’il aime à se figurer grandiose, avec de hautes montagnes à perforer, semée d’obstacles naturels presque insurmontables ! Nous l’avons déjà dit, le canal de Suez était loin de présenter ces conditions de difficultés extraordinaires. L’isthme est une langue que l’on peut considérer comme au niveau de la mer. Les seuils d’El-Guisr, du Serapeum et de Chalouf se reconnaissent à peine sur le plan en relief du Musée, dont on a cependant exagéré l’échelle des hauteurs.
- Aussi, la gloire d’avoir achevé le canal, et d’avoir, en tranchant cette soudure de l’Afrique à l’Asie, créé entre deux mondes une route nouvelle, réside-t-elle principalement, non dans l’opération mécanique de l’enlèvement des sables, avec quelque intelligence qu’elle ait été exécutée, mais dans l’installation générale de l’œuvre tout entière, dans le caractère de grandeur que M. de Lesseps a su imprimer à son entreprise, avec une confiance assez grande dans sa durée et dans sa prospérité, pour qu’il prédise
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- à Port-Saïd l'avenir d’une Venise nouvelle. La fondation de cette ville de Port-Saïd, audacieusement élevée sur l’étroit lido méditerranéen, l’achèvement du canal d’eau douce, qui dessert Ismaïlia, et vivifiant l’isthme entier, dirige ensuite ses eaux vers la mer Rouge et vers la Méditerranée, sont deux des plus intéressants chapitres de l’histoire du canal maiûtime.
- Lorsque l’on voit le Port-Saïd actuel, avec ses bassins admirables, ses deux jetées gigantesques, entre lesquelles naviguent les steamers avant de s’engager dans le canal et ensuite dans les plaines marécageuses de Menzaleh, on a certainement peine à se représenter les commencements de cette ville improvisée, lorsque, il y a seulement vingt années, dans ce que l’on est convenu d’appeler la période « héroïque » des travaux, l’aménagement des premiers travailleurs, campés dans des cabanes élevées sur pilotis, battues par les vagues méditerranéennes, ressemblait assez aux cités lacustres des âges préhistoriques. En 1859, la population du coin de lande déserte qui devait, dix années plus tard, offrir une hospitalité splendide aux représentants des puissances du monde entier, se composait de douze Européens et de cent fellahs ! En 1860, on élève les premiers abris; en 1861, on reçoit quelques pelles et quelques brouettes. L’eau douce — plus souvent saumâtre — vient de Damiette, dans une citerne ; plus tard, elle arrive par le lac Menzaleh, et coûte seize francs le mètre cube ! « On se battait presque à son arrivée. » Enfin, la première drague, qui n’avait encore rien de comparable aux imposantes machines de la période réelle de travail, est traînée à grand’peine, morceau par morceau, à travers les boues du lac Menzaleh. A partir de cette époque, Port-Saïd s’élève comme par enchantement.
- Sur toute la longueur de l’arc de cercle qui sépare la Méditerranée des marais jadis arrosés par les branches oblitérées du Nil, le choix de Port-Saïd n’avait point été confié au hasard. On avait d’abord songé à choisir la haie de Péluse comme embouchure du futur canal; mais, pour trouver devant Péluse un fond de 8 mètres, nécessaire aussi bien pour l’ancrage des navires que pour le fond du chenal, il fallait s’éloigner en mer jusqu’à 7500 mètres de la plage. A Port-Saïd, il suffisait de prolonger les jetées sur 2300 mètres pour assurer le service maritime. Port-Saïd fut donc choisi, et, après des travaux préliminaires, les deux superbes jetées que nous voyons s’allonger, comme deux bras immenses, au-devant du port, montrèrent peu à peu leurs blocs énormes au-dessus des vagues. L’une de ces jetées a 5000 mètres de longueur, l’autre 2000 mètres. Disons tout de suite que, contrairement au port méditerranéen, Suez n’a pas de jetées, les eaux du golfe étant suffisamment calmes. A Suez, le canal débouche entre les deux quais de la ville (fig. 2).
- La construction des jetées de Port-Saïd a été l’un des travaux les plus curieux de l’exécution du ca-
- nal. Ces deux jetées ont été formées par l’entassement de blocs de 10 mètres cubes de volume et pesant chacun 20000 kilogrammes. Ces blocs, amenés au point d’immersion qui leur était assigné, étaient coulés en mer « à bloc perdu », sur l’emplacement de la jetée, soit au moyen de plans inclinés, soit au moyen de grues qui les soulevaient pour les laisser retomber à la mer. Le talus de la jetée se formait ainsi avec l’inclinaison que prenaient d’eux-mêmes les blocs immergés. Il ne fallait pas songer à apporter jusqu’à Port-Saïd des blocs naturels; les pierres de la jetée furent donc créées artificiellement avec du sable et de la chaux de l’Ardèche, à raison de 525 kilogrammes de chaux par mètre cube. Ces deux admirables ouvrages ont été construits par MM. Dussaud frères, entrepreneurs marseillais, qui avaient déjà exécuté les travaux des ports de Cherbourg, Marseille et Alger, et. que nous avons vus à l’œuvre, l’an dernier, sur les chantiers de construction du nouveau port de Gênes.
- Entre Port-Saïd et Suez, à égale distance des deux mers, s’élève, sur les bords du lac Timsah, la troisième capitale du royaume conquis sur le désert par M. de Lesseps — Ismaïlia. Ismaïlia donne la vie à l’isthme entier. C’est par son canal d’eau douce, amenant l’eau du Nil, prise au Caire, à 10m,56 au-dessus de la mer Rouge, que l’existence du canal maritime et de ses deux embouchures est assurée. La largeur du canal est de 17 mètres, et il peut débiter par jour, du Caire à Ismaïlia, 330 000 mètres cubes d’eau. A 4 kilomètres d’Ismaïlia, à Néfiche, il se bifurque, pour arroser Suez et Port-Saïd : Suez, par un prolongement du canal lui-même; Port-Saïd, par une double conduite en fonte de 80 kilomètres de longueur, placée sur la berge du canal maritime. Cette'magnifique installation permit, pendant la durée des travaux, de faire vivre les vingt-cinq mille ouvriers disséminés sur toute la longueur des chantiers, et pour lesquels on avait dû aménager, dans le principe, une véritable armée de deux mille chameaux, allant chercher l’eau à 25 kilomètres d’Ismaïlia, et rapportant chacun deux barils de 60 litres. Avant l’établissement du canal d’eau douce, les trains d’eau qui desservaient Suez occasionnaient une dépense annuelle de 1 200 000 francs ! Aujourd’hui, Suez, comme Port-Saïd, est largement approvisionné, et, sur tout le parcours du canal d’eau douce, l’antique vallée de Gessen des Hébreux est rendue à la fertilité.
- L’importance du canal d’eau douce ne saurait, à notre avis, être mieux représentée que par la comparaison humoristique qu’établissait M. de Lesseps, dans le discours qu’il prononça le jour où, pour la première fois, l’eau du Nil arriva sur les rives du lac Timsah : « Il y a sept ans,, disait M. de Lesseps, en décembre 1854, je devais faire la première exploration du désert de l’isthme; il m’a fallu quinze jours de préparatifs, quarante chameaux, dont vingt pour l’eau, des tentes, des provisions de toute espèce, des gens d’escorte, de service, le tout
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- pour quatre personnes. Avant d’arriver au lieu où nous nous trouvons réunis, nous avions employé quinze jours et une dizaine de mille francs. — En janvier 1862, il y a trois jours, je suis parti du
- Caire dans une barque; après quarante heures de trajet, j’ai débarqué à quelques pas d’ici, n’ayant dépensé que 20 francs! »
- Cette spirituelle appréciation du rôle du canal
- Fig. 1. Creusement du canal maritime de Suez. L’excavateur Couvreux dans la grande tranchée d’El-Guisr. (D’après une photographie.)
- d’eau douce par le créateur du détroit de Suez, | time lui-même. Il y a peu d’années encore, dans la peut, en l'élargissant, être appliquée au canal mari- j première moitié de ce siècle, les échanges entre le
- Fig. 2. Entrée du canal maritime dans la plaine de Suez.
- continent asiatique et les divers pays du globe s’effectuaient par la longue route du cap de Bonne-Espérance: ou par celle du cap Horn, doublant ainsi soit la pointe africaine, soit celle de l’Amérique du Sud. De Bombay à Marseille ou Bordeaux, par exemple, la route par le cap de Bonne-Espérance
- n’était pas moindre de 5650 lieues. Jusqu’au Havre, on comptait 5800 lieues; jusqu’à Londres, Trieste ou Amsterdam, 5950 lieues; jusqu’à New-York, 6200 lieues! Depuis l’ouverture du canal maritime, ces distances se sont réduites d’une façon considérable. De Bombay à Marseille, au lieu de 5650 lieues,
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- 3. Aspect actuel du canal maritime de Suez, à
- Port-Saïd. (D’après une photographie exécutée lors du passage du Sérapis.)
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- nous n’en avons plus que 2375; de Bombay à Londres, 3100 au lieu de 5050; de Bombay à New-York, 3760 au lieu de 6200! La roule des Indes est aujourd’hui une voie directe; le Vieux Monde ne forme plus, à la vérité, qu’un seul et même continent commercial, dont le centre vital est sur cette lande déserte de Suez.
- Dans la dernière année 1881, 2727 navires, jaugeant 5 794400 tonneaux, ont transité par le canal. D’année en année, la progression s’accentue; en 1880, on avait compté seulement 2026 navires avec 4 344400 tonneaux, et, en 1879, 1477 navires avec
- 3 237 000 tonneaux. Comme nous le répétions au commencement de cette étude, le fleuve nouveau « roule de l’or » ; il ne pouvait en être autrement d’une œuvre qui, en raccourcissant les distances, imposait un nouvel essor à la vie commerciale des peuples, tout en réduisant les éléments du trafic à la plus stricte économie. Sait-on que de Bombay ou Shangaï à Marseille et Londres, le frêt n’est pas supérieur aujourd’hui à 3 livres sterling la tonne; de Melbourne aux mêmes ports, on charge pour
- 4 livres sterling ! La navigation à voile par les caps peut-elle soutenir la concurrence avec la voie rapide du canal, même en s’imposant les mêmes conditions? La route par l’islhme est désormais sans rivale, et ce canal qui, d’après les prédictions funèbres de la première heure, devait être sitôt comblé par les sables du désert, M. de Lesseps songe à l’élargir. L’infatigable travailleur était récemment encore à Alexandrie pour installer cette phase nouvelle de l’histoire du canal maritime.
- En dehors des travaux, que l’on peut appeler préhistoriques, exécutés dans l’islhme par les Anciens, par le pharaon Nechos, par les Ptolémées, par les Califes, l’histoire du percement de l’isthme de Suez, avant l’adoption du projet définitif de M. de Lesseps, est longue et instructive. Au cours de l’expédition d’Égypte, Bonaparte reconnaît l’ancien canal égyptien, et forme le projet de l’ouvrir de nouveau du Caire à Suez : il charge l’ingénieur Lepère du nivellement de l'isthme, mais, comme nous l’avons signalé, Lepère trouve une différence de niveau entre les deux mers de près de 10 mètres; du reste, le conquérant allait avoir d’autres soucis que rétablissement d’une voie toute pacifique : le projet fut abandonné. En 1840, M. Linant de Bellefonds; en 1846, Enfantin; en 1847, M. Talabot, puis M. Barrault, proposent des projets différents. Au cours des études du projet Talabot, les nivellements de M. Bourdaloue constatent pour la première fois l’égalité de niveau des deux mers, confirmant ainsi les assertions de Laplace et de Fourier.
- • Il serait injuste de ne point nommer encore, à côté de M. de Lesseps, deux hommes qui, à des titres absolument différents, ont mérité la reconnaissance publique : Mohamed-Saïd et Waghorn. Mohamed-Saïd est le khédive qui accorda à M. de Lesseps la concession du canal, concession sans laquelle l’œuvre
- ne pouvait être entreprise; au cours des travaux, le souverain égyptien eut à combattre à maintes reprises l’influence anglaise, hostile au canal, et dont le jugement à cette époque se reflétait dans les paroles de Palmerston. Waghorn est ce capitaine anglais qui, pendant sept années, de 1829 à 1857, lutta contre l’opinion avec une ténacité sans exemple. Pour montrer que, même par voie de terre, au milieu de difficultés naturelles sans nombre, la route de l’isthme était encore préférable comme rapidité à celle du Cap, Waghorn transportait, sur des bateaux arabes et à dos de chameaux, les duplicata des lettres envoyées par la route de Bonne-Espérance. C’est à la suite de preuves matérielles accumulées ainsi par Waghorn que la Compagnie Péninsulaire organisa son premier service de steamers dans la mer Rouge, et qu’un service de diligences fut établi de Suez au Caire; la route de l’isthme était créée en principe. Le khédive a donné son nom au port méditerranéen de l’isthme, et, par une attention pleine d’une délicate modestie, M. de Lesseps a voulu que le buste du pionnier de l’istlnne, Waghorn, s’élevât sur le quai de Suez.
- Ce tribut de reconnaissance et d’admiration payé aux deux hommes dont les études ou la puissance l’avaient aidé dans l’accomplissement de son œuvre, les derniers feux d’artifice des fêtes de l’inauguration éteints, tout autre que M. de Lesseps se fût peut-être retiré dans une retraite bien gagnée ; mais l’audacieux travailleur roulait déjà dans son esprit le projet de percement de l’isthme américain. Dix ans plus tard, nous retrouverons le créateur du premier canal maritime, parcourant, comme jadis le désert de Suez, les plaines marécageuses de Panama, franchissant les cols de l’isthme, ordonnant les sondages, marquant le premier tracé de la nouvelle route transocéanique, convoquant à Paris un Congrès d’ingénieurs et de savants, infatigable, plein d’espoir dans le succès final de son œuvre, se prodiguant en démarches, en conférences, en voyages, aplanissant les difficultés de tous ordres, diplomatiques, techniques, financières, obéissant ainsi à la fière devise qu’il a adoptée — Aperire terram gentibus.
- • Maxime Hélène.
- LES THÉÂTRES DE MARIONNETTES
- CHEZ LES GUECS
- Les anciens, surtout les Grecs, étaient tort amateurs de représentations théâtrales; mais, comme l’a fait remarquer M. Magnin dans ses Origines du théâtre moderne, les représentations solennelles étaient très dispendieuses et par cela même très rares ; de plus, ceux qui n’étaient pas de condition libre en étaient exclus ; enfin toutes les villes ne pouvaient pas avoir un grand théâtre et subvenir aux dépenses qu’il entraînait. Il fallut donc, pour les besoins
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- de tous les jours, de toutes les conditions et de tous les lieux, qu’il y eût des comédiens d’un ordre inférieur, chargés de procurer, continuellement et à peu de frais, les émotions du drame à toutes les classes d’habitants.
- Autrefois comme aujourd’hui on voyait errer de bourgade en bourgade les ménageries, les théâtres de marionnette, les diseurs de bonne aventure, les escamoteurs et les faiseurs de tours de toute espèce. Ces prestigiateurs arrivaient même parfois à jouir d’une telle vogue que l’histoire nous a conservé le nom de deux d’entre eux,Eucyclide et Théodose,àqui leurs contemporains élevèrent des statues; l’une se dressait à Athènes en plein théâtre de Bacchus, à côté de celle du grand tragique Eschyle; l’autre se voyait sur le théâtre des Istiéens, tenant à la main une petite boule. Le grammairien Athénée, qui rapporte ces faits dans son Banquet des sages, profite de l’occasion pour déplorer le goût des Athéniens qui préféraient les inventions de la mécanique à la culture de l’esprit, et les histrions aux philosophes. Il ajoute avec dépit que Diophite de Locres est passé à la postérité tout simplement parce qu’il vint un jour à Thèbes ayant autour du corps des vessies pleines de vin et de lait disposées de telle sorte qu’il faisait jaillir à volonté l’un de ces liquides en paraissant le tirer de sa bouche ; que dirait Athénée s’il savait que c’est par lui seul que le nom de cet histrion nous est parvenu?
- Philon de Byzance et Héron d’Alexandrie, auxquels il faut toujours avoir recours quand on veut avoir des documents précis sur les arts mécaniques dans l’antiquité, ont composé de véritables traités sur les théâtres de marionnettes. Celui de Philon est perdu, mais le traité de Héron nous a été conservé et récemment traduit en partie par M. Proui.
- D’après l’ingénieur grec, il y eut plusieurs espèces de théâtres de marionnettes.
- Les plus anciens et les plus simples se composaient d’un édicule fixe isolé de toutes parts, où la scène était fermée par des portes qui s’ouvraient d’elles-mêmes à plusieurs reprises pour montrer différents tableaux.
- Le thème de la représentation était, en général, le suivant : Le premier tableau laissait voir une tête peinte sur le fond de la scène ; cette tète remuait les yeux, les élevant et les abaissant tour à tour. Les portes ayant été fermées et ouvertes de nouveau, on voyait à la place de la tête, un groupe de personnages; enfin, la scène s’ouvrait une troisième fois pour montrer un nouveau groupe qui complétait la représentation. Il n’y avait donc que trois mouvements à produire : celui des portes, celui des yeux et celui des changements de fonds.
- Ces représentations se donnant souvent sur la scène des grands théâtres, on imagina plus tard de faire partir l’édicule de la coulisse où il était caché
- 1 Les Théâtres d’automates en Grèce, par M. Victor Prou, Paris, Imprim. Nat., 1881. (Extrait des notices et manuscrits de l’Ac. des inscr. et belles-lettres.)
- à la vue des spectateurs, de le faire se porter automatiquement sur le devant de la scène où il exposait successivement les différents tableaux; après quoi, il revenait, toujours automatiquement, dans la coulisse.
- Voici l’un des scénarios indiqués par Héron : le Triomphe de Bacchus :
- Le caisson mobile présente, à sa partie supérieure, une plate-forme sur laquelle s’élève un édicule circulaire dont le faîte, en forme de tourelle conique, repose sur six colonnes et est surmonté d’une Victoire aux ailes éployées, tenant dans sa main droite une couronne. Au centre de l’édicule, Bacchus debout se montre, un thyrse dans la main gauche et une coupe dans la droite. A ses pieds est couchée une panthère. En avant et en arrière du dieu, sur la plate-forme de la scène, sont dressés deux autels garnis de copeaux combustibles. Tout près des colonnes, mais par dehors, se tiennent des bacchantes, dans telle posture 'que l’on voudra. « Tout étant ainsi préparé, dit Héron, on met erî mouvement l’appareil automatique ; le théâtre se rend de lui-même jusqu’à l’endroit choisi; là il s’arrête; alors l’autel nlacé en avant de Bacchus s’allume et, en même temps, du lait ou de l’eau jaillit de son thyrse, tandis que sa coupe répand du vin sur la panthère. Les quatre faces du soubassement se ceignent de couronnes, et, au bruit des tambours et des cymbales, les bacchantes dansent en rond autour de l’édicule. Bientôt, le bruit ayant cessé, Bacchus et la Victoire debout au sommet de la tourelle font ensemble volte-face. L’autel situé d’abord derrière le dieu, se trouve alors amené en avant et s’allume à son tour ; nouvel épanchement du thyrse et de la coupe ; nouvelle ronde des bacchantes au bruit des cymbales et tambours. La danse achevée, le théâtre revient à sa station première. Ainsi finit l’apothéose. »
- Je vais essayer d’indiquer brièvement les procédés qui permettaient d’effectuer ces diverses opérations, procédés qui offrent un intérêt beaucoup plus général qu’on ne serait tenté de le supposer au premier abord ; car presque tous avaient été employés dans les temps antérieurs pour produire les prestiges à l’aide desquels les religions anciennes assuraient leur puissance.
- Dans un précédent numéro de la Nature (3 décembre 1881) nous avons déjà vu comment le mouvement des trépieds merveilleux d’Homère était obtenu à l’aide d’un contrepoids et de deux cordons convenablement disposés qui permettaient de produire sur un plan horizontal un mouvement d’aller, suivi d’un repos, puis d’un mouvement de retour.
- Supposons les cordons moteurs convenablement enroulés autour de bobines verticales au lieu de l’être autour d’une bobine horizontale et vous aurez le demi-tour de Bacchus et de la Victoire, ainsi que le tour complet des bacchantes.
- L’allumage successif des deux autels, l’écoulement du lait ou du vin, le bruit des cymbales et
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- tambours, s’obtenaient à l’aide de cordons également mus par le contrepoids et dont les longueurs étaient graduées de manière à ouvrir et à refermer aux moments convenables des orifices, en agissant par traction sur les vannes ou soupapes à glissière qui les maintenaient fermés.
- Sur les deux autels de menus copeaux ont été préalablement entassés; le corps de l’autel est métallique et dans son intérieur est cachée une petite lampe, séparée des copeaux par une lamelle de métal qu’une chaînette écarte à l’instant voulu. La flamme, traversant l’orifice, se communique ainsi aux copeaux.
- Le lait et le vin répandus, à deux reprises successives, par le Ibyrse et par la coupe de Bac-chus, proviennent d’un double réservoir caché sous le comble de l’édicule en contre-haut des orifices d’épanchement.
- Ceux-ci communiquent chacun avec l’une des moitiés du réservoir par deux tubes logés dans les colonnes du petit édifice, recourbés sous le plancher de la scène, puis remontant jusqu’aux mains de Bac-chus. Une clef, manoeu-vrée par des cordons de commande, ouvre et ferme tour à tour le passage aux deux liquides.
- Quant aux bruits des tambours et des cymbales qui, à deux reprises également, accompagne la ronde des bacchantes, il résulte de la chute de grains de plomb renfermés dans une boîte invisible et munie d’une vanne automatique, sur un tambourin incliné, d’où ils rebondissent contre de petites cymbales à l’intérieur du soubassement du chariot.
- Enfin les couronnes et guirlandes, qui apparaissent tout à coup sur les quatre faces du soubassement de la scène, y ont été cachées d’avance entre les deux parois qui régnent autour du soubassement. L’espace ainsi ménagé aux couronnes est fermé en dessous, le long de chaque face, par une trappe horizontale, pivotant autour de charnières qui la relient à la paroi interne du soubassement, mais maintenue provisoirement fixe au moyen d’un loqueteau. Les couronnes sont attachées au sommet de leur compartiment par des cordons qui les laisse-
- raient tomber au niveau du socle si elles n’étaient pas soutenues par les trappes. Au moment voulu, le loqueteau, dont la queue est commandée par un cordon spécial, cesse de caler la trappe qui se rabat verticalement autour de ses charnières, donnant passage aux festons et couronnes que de petites masses de plomb entraînent avec toute la vivacité nécessaire.
- Deux points méritent ici d’attirer plus spécialement l’attention, l’écoulement du vin ou du lait de la statuette de Bacchus et l’embrasement spontané de l’autel. C’étaient là en effet deux des prestiges les plus admirés dans l’antiquité et pour lesquels il y avait plusieurs procédés.
- Le P. Kircher possédait, dans son musée, un appareil qu’il décrit dans 1’ (Edipus Ægyptia-ens (t. II, p. 555) et qui provenait vraisembla -blement d’un ancien temple égyptien (fig. I).
- Il se composait d’un dôme hémisphérique creux, supporté par quatre colonnes et placé au-dessus de la statue de la déesse aux nombreuses mamelles. A deux des colonnes étaient ada-.tés des bras mobiles, à l’extrémité desquels étaient fixées des lampes ; l’hémisphère était hermétiquement clos en dessous par une plaque métallique.
- On remplissait de lait le petit autel qui supportait la statue, à l’intérieur de laquelle il communiquait par un tube arrivant presque jusqu’au fond. L’autel communiquait également avec le dôme creux par un tube deux fois recourbé. Au moment du sacrifice, on allumait les deux lampes en tournant les bras de telle manière que la flamme allât échauffer la plaque inférieure du dôme. L’air renfermé dans celui-ci, se dilatant, sortait par le tube XM, pressait le lait renfermé dans l’autel et le faisait remonter par le tube droit jusque dans l’intérieur de la statue à la hauteur des mamelles. Une série de petits conduits, entre lesquels se divisait le tube principal, portait le liquide jusqu’aux mamelles par où il jaillissait au dehors à la grande admiration des spectateurs qui criaient au miracle. Ce sacrifice fini, on éteignait les lampes et le lait cessait de couler.
- Fig. 1. Statue merveilleuse de Cybèle, d'après le P. Ivircher.
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- Héron d’Alexandrie décrit dans ses Pneumatiques | dans un renflement pour plusieurs appareils analogues. Voici l’un d'eux ; je traduis littéralement le texte grec :
- « Construire un autel de telle manière que quand on allume du feu pardessus, les statues qui sont sur les côtés fassent des libations («g- 2).
- « Soit un piédestal ABrA sur lequel sont placés des statues et un autel EZII fermé de toute part.
- Le piédestal doit aussi être hermétiquement clos, mais il communique avec l’autel par un tube central; il est traversé également par le tube eA (dans l’intérieur du personnage de droite), peu éloigné du fond et venant aboutir à une coupe que tient la statue en e. On verte de l’eau dans le piédestal par un trou M que l’on bouche ensuite.
- « Si donc on allume du feu sur l’autel, il arrivera que l’air intérieur dilaté pénétrera dans le piédestal et en chassera l’eau ; mais celle-ci, n'ayant d’autre issue que le tube eA, monte dans la coupe et la statue fait ainsi une libation. Cela dure aussi longtemps que dure le feu. En éteignant le feu, la libation cesse et elle recommence autant de fois qu’on le rallume.
- « Il faut que le tube par lequel la chaleur doit s’introduire soit plus large au milieu; il est nécessaire en effet que la chaleur, ou plutôt que le souffle qu’elle
- avoir plus d’effet. » Suivant le Père Kireher (loc. cit.), un auteur qu’il appelle Bitho, rapporte qu’il y avait à Sais un temple de Minerve dans lequel se trouvait un autel où, quand on allumait le feu, Dyo-nysos et Artémis (Bac-clius et Diane) répandaient du lait et du vin pendant qu’un dragon, en forme d’é-pervier, faisait entendre son sifflement.
- 11 est facile de concevoir la modification à apporter à l’appareil ci-dessus décrit par Iléron, pour faire sortir d’un côté du lait, de l’autre du vin.
- Après l’avoir indiquée, le Père Kireher ajoute :
- « C’est ainsi que Bacchus et Diane paraissent répandre l’un du vin, l’autre du lait, et le dragon semblait applaudir leur action par des sifflements. Comme le peuple qui assistait à ce spectacle ne voyait pas ce qui se passait à l’intérieur, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il crût à une intervention divine. On sait, en effet, qu’Osiris ou Bacchus passait pour l’inventeur de la vigne et du lait, qu’Iris était le génie de l’eau du Nil, et que le serpent ou bon génie solaire était le principe de toutes ces choses ; comme de plus on devait faire des sacrifices aux dieux pour obtenir les biens susdits, l’écoulement du lait et du vin ou de l’eau, ainsi que le sifflement du serpent, aussitôt que Fig. 3. Autre autel merveilleux, du prés llerou. la flamme du sacrifice
- était allumée, parais-
- produit, s’accumule | saient démontrer clairement l’existence des dieux. »
- Fig. 2. Autel merveilleux, d’après Héron.
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- Dans un autre appareil analogue de lle'ron, c’est la vapeur d’eau qui remplissait le rôle que nous venons de voir jouer à l’air dilaté; mais les anciens paraissent n’avoir jamais senti la différence essentielle qui existait, au point de vue de la force motrice, entre ces deux agents; l’air avait même toutes leurs préférences, bien que les effets produits fussent naturellement peu considérables. Je pourrais citer plusieurs petites machines de cette espèce; je me bornerai à un exemple qui a quelques rapports avec notre sujet. 11 est encore emprunté aux Pneumatiques de Héron (fig. 3) : ’
- « Du feu étant allumé sur un autel, des figures paraîtront exécuter une ronde. Les autels doivent être transparents, en verre ou en corne.
- « Du foyer part un tube allant jusqu'à la base de l’autel, où il tourne sur un pivot pendant que sa partie supérieure tourne dans un tuyau fixé au foyer. Au tube doivent être ajustés d’autres tubes (horizontaux) en communication avec lui, qui se croisent entre eux à angle droit et qui sont recourbés à leurs extrémités en sens contraire. On lui fixe également un disque sur lequel sont attachées des figures qui forment une ronde. Lorsque le feu de l’autel est allumé, l’air, s’échauffant, passera à travers le tuypu dans le tube; mais, chassé de ce tube
- à travers les petits tubes recourbés et....., il fait
- tourner le tube ainsi que les figures qui forment la ronde. »
- Le Père Kircher, qui avait à sa disposition, ou bien des documents que nous ne connaissons pas, ou bien une imagination très vive, prétend (OEd. Æg., t. II, p. 338) que le roi Ménès s’amusait beaucoup à voir tourner ces chœurs.
- Les exemples de loyers sacrés s’allumant spontanément ne manquent point non plus dans l’antiquité.
- Pline (Hist. nat., II, 7) et Horace (Serm., sat. V) rapportent que ce phénomène se produisait dans le temple de Gnatia, et Solin (ch. V) qu’on le voyait également sur un autel prèsd’Agrigente. — Athénée (Deipn. I, 15) dit que le prestigiateur Cratisthène, de Phlionte, élève d’un autre prestigiateur célèbre nommé Xénophon, savait préparer un feu qui s’allumait de lui-même.
- Pausanias raconte que dans une ville de Lydie, dont les habitants, tombés sous le joug des Perses, avaient embrassé la religion des mages, « il existe un autel sur lequel il y a toujours de la cendre qui par sa couleur ne ressemble à aucune autre, le mage met des bois sur l’autel, invoque je ne sais quel dieu par des oraisons tirées d’un livre écrit dans une langue barbare et inconnue aux Grecs ; le bois s’allume bientôt de lui-même sans feu et la flamme en est très claire. »
- Le secret, ou plutôt l’un des secrets des mages, nous a été révélé par un Père de l’Eglise (saint llippolyte, à ce que l’on croit), qui a laissé, dans un ouvrage intitulé Philosophumena, destiné à réfuter les doctrines des païens, un chapitre sur les prestiges
- de leurs prêtres. D’après saint llippolyte, les autels où ce miracle se produisait contenaient, au lieu de cendres, de la chaux calcinée et une grande quantité d'encens réduit en poudre; ainsi s’expliquerait la couleur insolite de la cendre observée par Pausanias. Le procédé du reste est excellent et il suffit de jeter un peu d’eau sur la chaux avec certaines précautions pour développer une chaleur capable d’enflammer l’encens ou toute autre matière plus facilement combustible, comme le soufre et le phosphore. L’auteur sacré indique encore un autre moyen qui consistait à cacher des tisons dans de petits grelots que l’on recouvrait ensuite de copeaux ; ces copeaux étaient au préalable enduits d’une composition faite avec du naphte et du bitume (le feu grégeois). On voit qu’il suffisait d’un très petit mouvement pour provoquer leur combustion.
- A. de Rochas.
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- CHRONIQUE
- La mer intérieure d’Algérie. — MM. de Les-seps et Roudaire ont eu récemment une entrevue avec M. le Président du Conseil des Ministres, qui a longuement conféré avec ces messieurs, au sujet de la création de la mer intérieure d’Algérie. Le gouvernement semble disposé à adopter le projet du commandant Roudaire. Une Commission de quarante-cinq membres, composée des représentants des divers ministères intéressés et de membres des corps savants, va être incessamment constituée, à l’effet d’examiner cette importante question, dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs à diverses reprises. Nous développerons dans l’un de nos prochains numéros l’état actuel du projet, qui repose aujourd’hui sur des bases définitives, grâce aux observations scientifiques faites dans les chotts algériens et tunisiens par le promoteur de l’œuvre, M. le commandant Roudaire. L’appui que prête à l’entreprise l’illustre créateur des canaux de Suez et de Panama est un sûr garant de la prompte réalisation, ou tout au moins un heureux présage de succès.
- La plus grande courroie du monde. — Certaines industries exigent que le mouvement du moteur soit transmis aux outils — dans les tissages, par exemple — par une seule et unique courroie qui prend alors des proportions considérables. La plus puissante jusqu’à ce jour est sans contredit celle qui a été construite par MM. Sampson et Cie, de Manchester, pour la Société anonyme de Loth (Belgique). Sa largeur est de 75 pouces (lœ,88) et sa longueur de 153 pieds 1/2 (46m,80) ; son poids est d’environ 25 c.w.t. (1270 kilogr.), et elle doit transmettre un travail de 600 chevaux indiqués; la poulie du moteur a 28 pieds de diamètre (8m,54) et la poulie de la transmission 8 pieds 1/2 (2m,60) ; elle est formée de bandes d’une seule pièce, découpées en spirale sur la partie la meilleure de la peau entière. La largeur moyenne de ces bandes est de 6 centimètres ; la courroie est faite de deux épaisseurs, chevillée et non cousue ; il y a trente-deux largeurs sur une des épaisseurs et trente-trois sur l’autre, ce qui a permis de briser les joints. Cette pièce de corroierie, remarquable par sa fabrication et sa puissance, n’est pas sans exciter un peu l’amour-propre natio*
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- nal anglais, car The Mechanical world, auquel nous empruntons ces détails, fait remarquer en terminant son article, que cette pièce unique jusqu’à présent est destinée à remplacer une courroie analogue fournie par une manufacture étrangère, et qui cessa de fonctionner quelques mois après sa mise en service.
- Ch. Darwin est mort la semaine dernière. Dans une de nos prochaines livraisons, nous publierons une notice sur la vie et les œuvres du célèbre naturaliste anglais.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 avril 1882.
- Faune malacologique abyssale de la Méditerranée. — Tel est le titre sous lequel mon collègue et ami M. le Dr Fischer décrit l’ensemble des mollusques recueillis lors de la dernière expédition du Travailleur. Un premier fait bien intéressant, c’est la présence dans cette faune profonde d’une série de formes qu’on retrouve dans les dépôts pliocènes de la Sicile. Un autre, c’est l’uniformité remarquable des produits dragués depuis 400 mètres jusqu’à 5600. Il y a ici un contraste des plus frappants avec ce qu’a fourni l’étude bathymétrique de l’Océan où les formes varient avec la profondeur, de telle sorte qu’entre les animaux de 450 mètres et de 1000 mètres il n’y a pas de termes communs. Dans le fond de la Méditerranée on ne trouve pas d’espèces ayant le faciès septentrional et il faut noter qu’il en est tout autrement pour les fossiles pliocènes de Tigarazzi. Cela s’explique par la séparation actuelle de la Méditerranée et par sa libre communication à l’époque tertiaire avec l’Océan du Nord, sans doute par les bassins de la mer Noire, de la Caspienne et du lac Baikal.
- Hybridation des oursins. — Par l’intermédiaire de M. Alphonse Milne Edwards, M. Kceler adresse de Marseille le résumé des résultats qu’il a obtenus en croisant deux à deux diverses espèces d’échinodermes, au nombre de dix ou douze. L’auteur a reconnu que si les espèces croisées sont voisines, le développement des hybrides se continue longtemps ; tandis qu’il s’arrête bientôt si les espèces mélangées sont plus éloignées les unes des autres.
- Élection. — L’Académie procède à l’élection d’une Commission chargée de présenter la liste des candidats à la place d’académicien libre laissée vacante par le décès de M. Bussy. Cette Commission se compose de MM. Rolland, Phillips, Dumas, Chevrcul, Larrey et de Lesseps.
- Vitalité des trichines. — Contrairement à des assertions produites récemment, M. Fourmant s’est assuré que la salaison des viandes ne tue pas les trichines. Un morceau de lard trichiné conservé dans le sel pendant quinze mois et abandonné alors à des souris a déterminé chez ces rongeurs le développement de la trichinose véritablement foudroyante. C’est là un résultat qui mérite d’être signalé à tout le monde.
- Le venin des serpents. — En adressant à M. de Qua-trefages une brochure sur le venin des serpents, M. de Lacerda annonce que le nombre des cures obtenues au moyen du permanganate de potasse augmente tous les
- jours, de telle sorte que les voyageurs emportent avec eux l’appareil à injection à peu près comme les promeneurs de Fontainebleau mettent dans leur poche le petit llacon d’ammoniaque. De même des observateurs résidant aux Indes proclament l’efficacité du permanganate contre la morsure du Cobra capello. Cependant, en Italie, le venin de la vipère s’est montré rebelle au traitement préconisé et M. de Quatrefages se demande si une pareille discordance ne tient pas à ce que les virus sécrétés par les divers serpents n’ont pas la même constitution.
- Varia. — M. Mascart signale les perturbations magnétiques qui ont caractérisé tout le mois qui finit, et qui le 15 avril ont pris les proportions d’un véritable orage magnétique. — Ayant répété, sur les diamants du Cap, les expériences faites par M. Stass sur le diamant du Brésil, M. Roscoe (de Manchester) y a découvert de même la présence de l’hydrogène et de cendres, d’ailleurs en proportion trop faible pour qu’une analyse soit possible. — Des procédés de séparation et de dosage de l’oxyde de gallium sont exposés par M. Lecoq de Boisbaudran. — M. Desains étudie les variations de la chaleur rayonnante transmise par l’atmosphère terrestre. — On signale une faunule du Mont-Blanc, publiée par M. Payot (de Cha-monix). — M. Ditte étudie la décomposition des sels de plomb par les alcalis. — L’anatomie de l’estomac des crustacés podophtalmaires occupe M. Mocart.
- Stanislas Meunier.
- TRAVERSÉE DE LA MANCHE EN BALLON
- PAR LE COLONEL F. BURNABY (23 mars 1882)
- M. Fret!. Burnaby, qui a exécuté le 25 mars 1882 la remarquable ascension aérostatique dont nous avons précédemment retracé un aperçu sommaire1, vient de publier en Angleterre l’intéressant récit de son expédition, sous forme d’un volume rempli d’attrait2. M. Fred. Burnaby, colonel d’un des régiments de la garde à cheval de la Reine, membre du Conseil de la Société’ aéronautique d'Angleterre, grand amateur d’aérostation, a exécuté déjà plusieurs voyages aériens, ce n’est pas un débutant dans la navigation aérienne; son voyage d’Angleterre en France l’a fait passer maître. Nous trouvons, d’autre part, dans une toute récente brochure que la librairie Ghio vient de publier sur la traversée de la Manche en ballonr’, quelques renseignements de nature à faire bien apprécier de nos lecteurs le héros aérien du jour.
- « Le colonel Burnaby, dit l’auteur, M. de Fon-vielle, appartient, en Angleterre, au parti qui a donné tant de précieuses sympathies pour la France pendant la guerre franco-allemande. Le colonel Bur-
- 1 Voy. n° 463 du 15 avril 1882, p. 305.
- * A ride across the Channel [and other adventures in the air l>y Col. Frcd. Burnaby. London, Sampson Low, Mar-ston, Searle et Rivington, 1882.
- 3 Les Grandes ascensions maritimes ; la traversée de la Manche, avec 3 gravures. 1 broch. in-18, par W. de Fün-viELLE, Paris, A. Ghio, 1882.
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- naby est un homme dont le nom est très populaire de l’autre côté du détroit. 11 a publié un livre, Voyage à Khiva, dans lequel il retrace l’histoire d’un grand voyage ’d’exploration qu’il a exécuté et qui lui a valu une réputation méritée dans le monde, littéraire en Angleterre. »
- C’est à dix heures dix minutes du matin que le colonel Burnaby s’est élevé en ballon, de Douvres, dans la nacelle de l’aérostat l'Eclipse, appartenant à l’aéronaute anglais M. Wright. A l’altitude de 800 mètres, on le vit prendre la direction de la France, comme l’indique le tracé ci-contre que M. Burnaby a bien voulu nous autoriser à reproduire; le ballon suivit la bonne direction jusqu’en vue de Boulogne, où les habitants de la ville purent très distinctement l’apercevoir planant au-dessus de la mer.
- A ce moment, le vent devint très faible et dirigea le ballon non plus vers les côtes de France, mais dans l’axe du détroit; c’est après une longue excursion au-dessus de la mer que le colonel Burnaby, a-près s’être rapproché des flots de manière à n’en être plus séparé que de 152 mètres, se décida à aller chercher un courant aérien favorable, dans les hautes régions de l’atmosphère ; il jeta une grande quantité de lest, s’éleva jusqu’à 2300, puis 3047 mètres, et, dans ces régions, lut emporté par un vent rapide qui lui permit de pénétrer en France, au-dessus de Dieppe1.
- Le colonel Burnaby est resté huit heures dans la nacelle de l’aérostat l'Éclipse; il descendit très heureusement dans le voisinage d’Envermeu, et fut cbau-
- 1 Voici les observations recueillies par M. le colonel Burnaby au-dessus de la mer: 10h2o”, altitude 1127 mètres, température 21° centigrades; — 1 lh 15”, altitude 1676'“, temp. 4°,44 (en vue de Boulogne). — De Boulogne jusqu’en vue de Dieppe l’aérostat est descendu | rès de la mer; altitudes successives,
- dément reçu par tous les habitants et par le propriétaire du château de Montigny. Après avoir trouvé là une hospitalité cordiale, dont le colonel raconte les péripéties avee beaucoup d'humour et d’esprit, il prit aussitôt la ligne de Normandie pour se rendre à Dieppe, et de là en Angleterre.
- Nous avons cru devoir appeler l’attention d’une façon toute particulière sur l'expédition du colonel Burnaby, parce qu’elle montre encore une fois tout le parti que l’on peut tirer des courants aériens superposés au point de vue de la navigation aérienne. Il
- y a quatorze ans environ, après l’ascension maritime que nous avons exécutée avec J. Duruof, au-dessus du Pas-de-Calais, et pen-dant laquelle nous avions réussi à mettre en évidence d’une manière toute particulière, ce fait des courants superposés se mouvant au sein de l’atmosphère dans des directions différentes, nous disions déjà : « Bien souvent l’aéronaute pourra se diriger en quelque sorte, si, comme l’oiseau qui plane, il sait chercher à différentes altitudes le courant aérien qui lui est favorable. »
- C’est ce qu’a su faire le colonel Burnaby avec grande habileté, grand sang-froid et grand courage, et c’est ce dont nous sommes heureux de le féliciter bien cordialement.
- Gaston Tissandier.
- 1229“, 274”, 152”, 452” et 426” à 12h50”. A ce moment la température est de 8°,80. En jetant du lest, le colonel Burnaby s’élève à 228G mètres, puis à 5047”, où il se trouve enveloppé de nuages; l’air est très froid à ce moment, et le thermomètre marque 2°,2 au-dessous de zéro.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- • Kilomètres.
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- Tracé du voyage aérien exécuté par le colonel Burnaby au-dessus de la Manche, le 23 mars 1882, de Douvres (Angleterre) à Envermeu, Seine-Inférieure (France).
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- S* Mit). — (Ï MAI 1882.
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- LE GASTORNIS
- U est vraiment dans le domaine scientifique des personnalités privilégiées : M. Gaston Planté, qui devait procurer à nos connaissances électriques de si gigantesques progrès, avait eu, dès 1855, et dans une direction absolument différente, l’occasion de faire en paléontologie une découverte qui fut un véritable événement.
- Une couche glaiseuse bien bizarre, et maintenant à peu près disparue, connue sous le nom de conglomérat ossi -fère de Meudon, lui avait livré un tibia d’oiseau qui, bien qu’incomplet, mesurait 45 centimètres de long. A première vue, cet os gigantesque a une grande analogie avec l’ossement correspondant du cygne et n’en diffère que par la présence de la fossette sub-trochléenne et par la situation relativement élevée de l’arcade osseuse et de l’attache musculaire externe. Mais quel contraste pour la taille ! Nous représentons un peu plus loin à la même échelle (fig. 2, A et B) le tibia de l’oiseau de Meudon — auquel avec tant de justice Constant Prévost a imposé le nom de Gastornis (oiseau de Gaston) — et le tibia du cygne ordinaire.
- Depuis l’époque de la belle découverte de M. Planté une formation géologique correspondant exactement au conglomérat de Meudon fut découverte aux environs de Reims. Tout récemment M. le Dr Lemoine a resserré encore les liens qui rattachent l’un a l’autre les terrains de Reims et de Meudon en découvrant en Champagne des débris de Gastornis. Il s’agit d’une espèce nouvelle à laquelle est attribué le nom de 10* lance. — t*r semestre
- Gastornis Edwardsii. Il n'avait pas moins de 3 mètres de hauteur quand il se tenait debout et c’est ce que montre la figure 1. L’auteur en possède le fémur, le tibia, le tarso-métatarsien, ainsi que diverses phalanges des doigts. Le bassin est représenté dans sa collection par un ischion et l’extrémité supérieure du pubis. Une vertèbre cervicale, une vertèbre
- caudale, un fragment de sternum, des extrémités de côtes lui ont fourni des observations intéressantes. M. Lemoine a recueilli des pièces osseuses qu’il considère,comme une moitié de la fourchette et un os coracoïdien; il décrit également; l’extrémité inférieure de l’humérus,, un radius, un métacar-, pien et la phalange terminale de l’aile. Enfin, une grande partie des os de la tête a été recueillie par l’auteur durant ses, fouilles paléon-tologiques et lui permettent de compléter la description de ce type ornithologique si particulier.
- Dans la figure I on a dessiné toutes les portions du squelette dès à présent découvertes ; on les a placées de, manière à reconsti-j tuer le squelette! dans sa position normale.
- Cette richesse de matériaux a conduit M. le Dr Lemoine à des notions précises sur l’oiseau géant des environs de Reims. Suivant sa remarque1, le crâne devait être relativement volumineux et moins disproportionné que le crâne de l’autruche, ainsi que l’indiquent l'os quadrate, une partie de la cavité orbitaire et la presque totalité de la base du crâne, offrant le condyle occipital, la fosse sous-condyliennc, les tubérosités basilaires, l’écusson sphénoïdal, et
- 1 Recherches sur les oiseaux fossiles.
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- Fig. 1. Restauration du squelette de Gastornis Edwardsii, oiseau éocène de 3 mètres de hauteur.
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- les apophyses basiptérygoïdes avec des facettes articulaires bien accentuées. D’après M. Huxley, ce caractère se rencontre actuellement chez divers oiseaux, chez les ratites, les tinamous, les plongeurs, les canards, les poulets et chez divers la-certiens et ophidiens.
- La mandibule supérieure retrouvée presque entière est très remarquable par une série de pseudo-alvéoles rappelant les alvéoles atrophiées des reptiles et devant correspondre, non à des dents véritables, mais à des épaississements de la corne du bec.
- Celui-ci, cependant, vers son tiers antérieur, devait présenter une véritable dent, mais de nature osseuse et en continuité de substance avec le bec lui-même.
- On sait que ce mode de dentition a déjà été observé par Richard Owen, chez Y Odontopteryx to-liapica.
- La mandibule inférieure est connue par son extrémité terminale qui devait être effilée, et par sa moitié postérieure présentant des attaches musculaires peu accentuées.
- Une portion du sternum ne permet pas de dire si cette portion du squelette portait une carène. L’épaule semble avoir été composée d’une fourchette assez courte à large surface articulaire postérieure d’un os coraeoïdien et d’un soapulum isolés et assez différents de la pièce osseuse unique, que l’on rencontre chez l’autruche. L’humérus est, ainsi que les autres pièces osseuses de l’aile, plus volumineux que chez l'autruche. Le cubitus rappelle davantage la forme de cet os chez les oiseaux ordinaires; il offre des empreintes qui indiquent les plumes. Le radius était grêle, les métacarpiens paraissent avoir été indépendants, caractère de la plus grande valeur, puisqu’il ne se rencontre que chez les Sausuræ et les Ar-chœopterygidæ. L’os iliaque, très distinct, est remarquable par 1 échancrure qu’il présente à son bord postérieur.
- En présence de pareils caractères il est très difficile de trouver les affinités du Gastornis. MM. Hébert, Ed. Lartet, R. Owen ont émis des vues à cet égard, et ce dernier penche à rapprocher l’oiseau fossile de l’ordre des échassiers et dans cet ordre des râles. Au
- Fig. 2. — A. Tibia du Gastornis de Meudou (réduction 1/3 de grandeur naturelle). — B. Tibia du cygne ordinaire (réduction 1/3 de grandeur naturelle).
- contraire, M. Alphonse Milne Edwards fait remarquer qu’à l’inverse de ces derniers, le Gastornis n’offre pas au tibia la profonde coulisse, souvent même recouverte d’une arcade osseuse et qui est destinée à loger le tendon du muscle péronier inférieur. S’appuyant sur divers caractères ostéologiques, il est plutôt d’avis de rapprocher les Gastornis des Canards. Mais il s’empresse de reconnaître que l’animal éocène présente des particularités si différentes de tout ce que montre la nature actuellement vivante, qu’il est impossible de ranger le Gastornis dans aucun des groupes naturels déjà établis.
- Il importe d’ajouter qu’à Reims le Gastornis Edwardsii ne représente pas seul la faune ornithologique des premiers temps tertiaires. Outre qu’avec lui se présente un autre Gastornis que M. le Dr Lemoine décrira sous le nom de G. minor, l’auteur a recueilli des débris de deux genres d’oiseaux tout à fait dift'érents. L’infatigable paléontologiste les désigne sous les noms de Remiornis Heberti et Eupterornis remensis, mais il n’en a pas encore fait connaître les caractères. Nous reviendrons d’ailleurs sur les richesses pa-léontologiques des environs de Reims, dont le sol contient non seulement des os d’oiseaux,mais une nombreuse série de mammifères (parmi lesquels nous citerons les Artocyon Gervai-sii et Dueillii, le Proviverra palœoniclides, plusieurs Proto-adapis, des Plesiadapis, des Pleuraspidotlierium, des Pa-chynolophus, des Lophiodon et des Plagiavlax), de reptiles et de poissons dont l’exhumation est une des acquisitions les plus précieuses qu’ait faite en ces derniers temps l’histoire des terrains tertiaires.
- Stanislas Meunier.
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- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- L’Assemblée générale qui a eu fieu à Reims, le 10 août 1880, a désigné la ville de La Rochelle pour la tenue du Congrèsde 1882.
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- La date d’ouverture du Congrès a été fixée au 24 août. Le Bureau s’est mis en relation directe avec les membres que l’Association comptait déjà à La Rochelle et, sur leur proposition, a présenté au Conseil d’administration la liste des personnes devant constituer le Comité local.
- Les personnes qui désireraient faire des communications au Congrès de La Rochelle, sont invitées à faire parvenir l’indication du sujet qu’elles veulent traiter à l’un des secrétaires : 51. C. il. Gariel, secrétaire du Conseil, 4, rue Antoine-Dubois, place de l’École-de-Médecine, à Paris ; M. Callot, secrétaire général du Comité local, à La Rochelle.
- VAssociation française a, d’autre part, décidé que des subventions seraient accordées, en 1882, comme les années précédentes, à un certain nombre de savants pour contribuer aux frais de recherches scientifiques.
- Voici la liste de ces subventions :
- MM. André, pour aider à la publication d’un ouvrage sur les parasites et les maladies de là vigne 200
- Borelly, pour fouilles relatives b des sépultures préhistoriques en Algérie, .... 800
- Brillouin, pour continuer sesrecherchessur les courants électriques (subvention B, Brunet), 4 000 Brongniart, pour aider à la publication d’un
- ouvrage sur les Hyménoptères fossiles . . 200
- Capus et Bonvalot, pour aider à la publication des résultats de leur voyage d’exploration
- dans le Turkestan......................... 2000
- Debrun, pour continuation de ses recherches
- sur l’électricité............................ 200
- Dujardin, Beaumetz et Audigé, pour la continuation de leurs recherches sur l’alcoolisme chronique (subvention delà Ville de Paris). 400
- Flahaut, pour aider à la continuation de ses
- recherches sur divers points de botanique. 500
- Giard, pour continuation de ses recherches au laboratoire de zoologie maritime de Wi-
- mereux...................................... 500
- Manouvrier, pour participer à la continuation
- de ses recherches sur le cerveau , . . . 4200
- Patouillard et Doassons, pour aider à la publication d’un ouvrage sur les Champignons figurés et desséchés. ......... 400
- Sabatier, pour continuation de ses recherches sur les organes reproducteurs. ..... 500
- Salmon, pour la continuation de ses recher-
- ches sur les dolmens de l’Aube ...... 200
- Société de géographie commerciale de Bordeaux/ pour l’organisation de cours publics, conférences, etc. . ......................... 500
- Société scientifique d’Arcachon, pour contribuer aux dépenses d’entretien des laboratoires, , , 200
- M. Tissandier (Gaston), pour aider h la continuation de ses recherches sur les moteurs électriques légers . 800
- De plus, l’Association française confie b M. Gaurau, médecin aide-major à bord de la Ctorinde, qui doit stationner à Terre-Neuve, un thermomètre b renversement dont elle fait l’acquisition (400 francs) à cette occasion, pour qu’il puisse faire une étude suivie des températures sous-
- marines ....................................... 400
- Les fonds nécessaires aux bourses de sessions seront votés ultérieurement.
- ><>«
- LA COLLECTION DE M. DE ÜJFALVY
- (voyages au cachemire et au petit-thibet)
- M. de Ujfalvy, qui est connu par ses voyages au Turkestan, a visité l’an dernier le Cachemire et le Petit-Thibet. Il a rapporté de ce voyage une collection ethnographique et artistique très considérable, dont il a l'ait don à PÉtat. Cette collection, qui se compose de plus de vingt costumes, une série de bijoux anciens et modernes, cent cinquante cuivres et bronzes des quinzième, seizième et dix-septième siècles, des bois découpés, des fragments d’anciens temples, une grande quantité de modèles de toüte espèce (bois peints, travaux en papier mâché, ustensiles de ménage, outils d’artisans, etc.), des échantillons d’étofles et de tapis, plus de deux cent cinquante photographies (vues et types), enfin une série de miniatures indiennes de la fin du dernier siècle. Parmi tous ces objets (il y en a plus de huit cents), récemment exposés dans le local de la Société de Géographie, nous avons surtout remarqué les cuivres anciens, les bijoux du Cliamba et du Baltistan, et les miniatures indiennes.
- Les bijoux du Chamba se distinguent par des représentations de figures humaines exécutées d’une façon grotesque à côté de détails d’ornementation faits avec goût (tîg. 1). Ce sont généralement des plaques que les hommes et quelquefois aussi les femmes portent au cou et qui représentent, dit-on, la veuve précédée des deux frères de son défunt mari. Les bagues en argent, souvent ornées de turquoises, que les hommes portent aux doigts et les femmes à l’orteil, affectent des formes étranges qui ressemblent parfois à nos emblèmes maçonniques.
- Les bijoux du Petit-Thibet (Baltistan) présentent cela de particulier qu’ils sont, sans aucun doute, d’un travail arabe. Us rappellent vivement les ornements que l’on trouve en Kabylie. Ces bijoux sont fort anciens et aujourd'hui on ne les fabrique plus dans le Baltistan. Une belle plaque de cou enchâssée de turquoises a été notamment troirvée à Shigar, au nord de ITndas, dans une vallée des monts Karakorum. Il est probable qne les princes de ce petit pays faisaient venir autrefois des artistes arabes à leur cour.
- Les cuivres anciens du Petit-TInbet et du Cachemire figurent pour la première fois à une exposition en Europe. Le Kensîngton-Museum, le plus riche pour tout ce qui concerne les Indes, n’en possédait pas jusqu’à présent et il n’y en avait point à l’Exposition universelle de 1878. Nous ne trouvons que fort peu de traces concernant ces objets dans les récits des voyageurs qui ont visité successivement le Cachemire ; ainsi ni Bernier, ni Jacquemont, ni Lejean n’en parlent. Il est toujours question des tissus, mais jamais des cuivres. MM. Purdon-CIarke, voyageant pour le compte du Kensington-Museum, un Américain de Porest et notre compatriote de
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- Ujfalvy furent les premiers qui cherchant dans les intérieurs des familles découvrirent ces objets à la fois ethnographiques , au premier chef, par l’usage qu’on en fait, et artistiques par leur forme et leur décoration.
- Les musées de Londres, New-York et Paris, seront donc les premiers à posséder ces curieux spécimens. 11 ne peut y avoir de doute sur la prove -nance de ces af-tabé, bassins, théières ( chd-dân), cafetières (kahveh -josh), plat [bartan), samovars, coupes, chaudrons, crachoirs, pipes, lampes, etc., toujours en cuivre rouge repoussé, niellé
- et étamé ensuite. Les anses en laiton affectant la forme du dragon de Chine, d’une finesse de forme
- vraiment remarquable, rehaussent encore la valeur artistique de ces aiguières. Beaucoup de ces vases sont décorés d’in scrip-tions persanes de la plus belle facture.
- Il n’y a pas de doute sur la provenance de ces cuivres. Ils ont été fabriqués dans le Cachemire; trois raisons militent en faveur de cette opinion :
- 1° La décoration cachemi -rienne se distingue absolument de celle usitée en Perse pour orner les cuivres. Au Cachemire on reproduit sur les vases
- Fig. 2. Vases de cuivre ciselé, du Petit-Thibet, destinés au Musée de Sèvres.
- les mêmes dessins qui se trouvent sur les shawls, sur les bijoux, les bois peints, les papiers mâchés, etc. Les quelques cuivres décorés à la per-
- sane trouvés au Cachemire sont évidemment des imitations exécutées à Sirinagar ;
- 2° Le Cachemire est trop inaccessible pendant
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- une grande partie de l’année, les habitants sont trop pauvres pour pouvoir faire venir leurs ustensiles de ménage d’une contrée qui, en proportion des
- voies de communication, est plus éloignée que les grands ports des Indes. Il y a à peine trois ans les habitants du Cachemire se mouraient de faim parce
- Fig. 3. Spécimen (l’une miniature indienne donnée à M. de l'jlalvy par le prince de Cliamba.
- qu’on ne pouvait leur faire parvenir des vivres à cause de la difficulté des voies de communication, et on voudrait que ce pauvre peuple fasse venir de Perse des objets de première nécessité!
- 3° Beaucoup de ces plats, de ces coupes et de ces chaudrons sont ornés d’inscriptions qui disent que l’objet a été fabriqué par un tel à Sirinagar, au Cachemire. Et les Orientaux n’ont pas l’habitude,
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- comme cela se fait ailleurs, de démarquer les objets.
- U n’y a donc pas de doute à avoir sur la provenance de ces objets, qui présentent une importance réelle pour l'histoire de l’art et pour notre industrie, tant par la forme que par les détails de décoration,
- Les vases du Petit-Thibet sont plus massifs de forme que ceux du Cachemire. Ils rappellent presque toujours les anciennes faïences de la Chine. Leur ornementation est également intéressante à étudier. Nous avons reproduit deux vases que M. Carrier-Relieuse a choisis pour le musée de Sèvres (fig. 2).
- Les miniatures indiennes ont été données à M, de Ujfalvy par le jeune prince du Chamba, principauté suzeraine qui est située au sud-est du Cachemire, dans niimalaya occidental. Elles ont fait partie d’un grand album de famille composé de plus de cinquante pièces, représentant les aïeux du jeune prince. Ce sont presque toujours des scènes de la vie intime exécutées avec une fidélité extrême et une grande finesse de dessin et de coloris. Nous en reproduisons celle qui nous a paru la plus intéressante, celle qui représente un prince et sa jeune femme parcourant leur jardin, à pas comptés et les yeux dans les yeux (fig. 3), Cette scène est à la fois touchante et exquise. Malheureusement la gravure, qui en figure bien le dessin, n’en donne pas les couleurs ; celles-ci sur l’original sont d’une harmonie délicieuse et d’une richesse incomparable.
- IV Z...
- EXPÉDITION FRANÇAISE
- DANS CES RÉGIONS AUSTRALES1
- Le projet des expéditions polaires internationales destinées à l’étude de la météorologie et de la physique du globe est h la veille d’être mis à exécution. Cette entreprise, dont je vous ai déjà parlé les années précédentes, touche de trop près aux intérêts de la science pour que je puisse me dispenser de vous en entretenir un instant avant de nous séparer,
- 11 y a deux ans, j’avais le regret de vous annoncer que la France ne paraissait pas disposée à s’associer à cette grande oeuvre scientifique des autres nations civilisées. Mais cette résolution, heureusement, n’était pas définitive, car tout porte à penser aujourd’hui que notre pays organisera l’une des stations les plus importantes.
- Dès l’année dernière je pouvais vous annoncer que le ministre de la marine, notre éminent collègue M. l’amiral Cloué, avait l’intention de présenter un projet de loi pour obtenir les fonds nécessaires à l’expédition. Malheureuse, ment le projet ne put pas être présenté aux Chambres en temps utile, et il paraissait même tombé dans l’oubli, lorsque M. le ministre de l’instruction publique, gardien vigilant de l’honneur de la science française, rappela cette affaire au nouveau ministre de la marine, M. l’amiral
- 1 Extrait du Rapport annuel présenté à la quatrième réunion générale de MM. les délégués des Commissions départementale, par M. Hervé Mangon, président du Conseil du Bu-1 reau Central, le 13 avril 1882.
- Jauréguiberry. Le projet de loi a été déposé le 7 mars dernier; la Commission des crédits supplémentaires lui a donné son approbation et je ne doute pas que la Chambre et le Sénat voteront cette loi aussitôt après la reprise des travaux parlementaires. En assurant par sa puissante intervention auprès du ministère de la marine le succès do cette belle expédition, M. Jules Ferry a rendu à l’étude de la physique du globe un nouveau et signalé service. Vous vous joindrez à moi, messieurs, pour l’en remercier ici, au nom du monde savant tout entier.
- La France, à laquelle on doit les grands voyages scientifiques de d’Entrecasteaux, de Duperrey, de Dumont d’Urville et de tant d’autres marins illustres, ne saurait se désintéresser aujourd’hui d’une œuvre à laquelle la plupart des nations prêtent un concours empressé ; à l’heure actuelle, en effet, la Russie, la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Autriche, la Hollande, les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne et l’Angleterre ont adhéré au programme d’études présenté dès 1875 par le regretté M. Weyprecht, de Vienne, et arrêté dans les conférences internationales tenues à Hambourg en 1879, à Berne en 1880, à Saint-Pétersbourg en 1881 et auxquelles M, Mascart a pris part comme délégué de la France. Toutes les nations que l’on vient de nommer enverront leurs expéditions dans l’hémisphère nord, à l’exception de l’Allemagne, qui organise deux expéditions, dont l’une sera dirigée vers la Nouvelle-Géorgie du Sud.
- Les régions australes sont moins connues que les régions boréales, et, par cela même, plus intéressantes encore s’il est possible. En tenant compte, d’une part, de la nécessité d’installer la mission à terre dans des conditions qui garantissent les observateurs, et, d’autre part, du vœu exprimé lors des conférences, de se rapprocher le plus possible du pôle Sud, le choix des points d’études s’est porté, pour la France, sur les îles voisines du cap Ilorn, qui ont l’avantage d’une latitude élevée et d’un climat habitable,
- La position de ces parages sur une des routes maritimes les plus fréquentées donnera un intérêt particulier aux résultats que l’on espère obtenir. Les îles comprises entre le parallèle du cap Ilorn et le détroit do Magellan présentent entre elles de nombreux détroits, où le bâtiment chargé de la mission aura des facilités pour stationner. Entre tous, il a paru préférable d’indiquer deux points : la baie Orange dans la Terre de Feu et l’anse Saint-Martin dans l’ile Hermite. Il appartiendra au navire même qui fera le voyage de choisir entre ces deux stations, peu éloignées l’une de l’autre.
- Les observations de météorologie et de magnétisme seront faites par des officiers de marine accompagnés de deux naturalistes, dont un médecin, et escortés par le nombre d’hommes, de grades et de professions divers, indispensables à leur installation et à leur sécurité.
- Les expéditions de l’hémisphère Sud, comme on vient de le dire, seront beaucoup moins nombreuses que celles de l’hémisphère Nord, ce qui donne à chacune d’elles une importance beaucoup plus considérable. Les observatoires permanents du cap de Bonne-Espérance et de l’Australie formeront d’ailleurs avec les stations du cap Ilorn et la Nouvelle-Géorgie du Sud un réseau suffisant pour suivre, dans leur ensemble, les phénomènes de cette partie du globe.
- D’après le programme adopté, les observations auront lieu pendant une année entière simultanément aux instants convenus à l’avance, dans les stations polaires et dans les observatoires du monde entier. En réunissant ulté-
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- rieurement ces observations simultanées, il sera possible de suivre, par la pensée, à chacun des instants d’une révolution annuelle de la terre autour du soleil, les mouvements des vents et des courants marins, les variations de la chaleur, de l’électricité et du magnétisme; de saisir, en un mot, dans une vue d’ensemble, les grands phénomènes de la vie de notre planète.
- L’intérêt que les directeurs des services météorologiques de tous les pays portent aux expéditions projetées suffirait à prouver leur utilité scientifique, mais quelques explications à ce sujet ne seront peut-être pas inutiles.
- Pour les météorologistes, aucune partie de la terre ne présente un aussi vif intérêt que les régions circumpolaires. Autour du parallèle de 70 degrés de latitude nord, en effet, on trouve des points, comme les îles Lofoden, où la température moyenne annuelle est de plus de 5 degrés centigrades, et où la différence des mois froids et des mois chauds ne dépasse pas 10 degrés, tandis que sur le même parallèle, en Sibérie et dans les terres arctiques américaines, la température annuelle tombe à 17 degrés au-dessous de zéi’o et présente des différences extrêmes de plus de 60 degrés. Dans l’hémisphère Sud, la barrière de glaces ne permet pas de s'approcher beaucoup du pôle, mais au cap Horn, par 55° 30' environ de latitude Sud, on peut déjà constater les faits les plus singuliers. Le baromètre éprouve sans cesse de brusques oscillations; il descend souvent à 0”,700, sans que cet énorme abaissement soit toujours accompagné de vents d’une grande violence. La pluie et le vent se succèdent constamment, la brise saute rapidement par toutes les aires de vents du compas, les grains, mêlés de trombes, semblent dénoter la lutte constante des éléments. Les courants marins courent, dans ces parages, avec une vitesse de 5 à 6 nœuds et interviennent peut-être pour une forte part dans le caractère de ce climat singulier.
- Les observations faites régulièrement, pendant un an, aux extrémités habitables des deux hémisphères, fourniront sur la météorologie, à peine connue de ces contrées, les renseignements les plus utiles à la science et les plus nécessaires au succès des reconnaissances géographiques à entreprendre plus tard dans les régions polaires.
- Parmi les études les plus importantes des expéditions internationales figurent, en première ligne, les recherches relatives à l’électricité et au magnétisme.
- D’après les idées d’Àmpère, généralement admises aujourd’hui, le globe terrestre ne serait qu’un aimant gigantesque produit par la circulation, autour de la terre, dans des plans à peu près perpendiculaires à l’axe magnétique du monde, de courants électriques d’une grande puissance. Les variations journalières ou à longues périodes de la direction de l’aiguille aimantée auraient pour cause, dans cette hypothèse, les variations d’intensité et de direction des courants électriques eux-mêmes. Observer l’aiguille aimantée, c’est donc observer, dans sa manifestation élémentaire, la force la plus mystérieuse encore, mais probablement la plus considérable de notre planète.
- Les mouvements de l’aiguille aimantée, le spectacle magnifique des aurores boréales, visibles quelquefois jusque dans nos climats, comme en 1870, et une foule d’autres phénomènes n’ont pas d’autre origine que ces grands courants électriques terrestres soupçonnés depuis quelques années seulement et à peine étudiés jusqu’à présent.
- Les observations simultanées des expéditions internationales nous apprendront si les forces électriques du globe augmentent ou diminuent à la fois, aux deux extré-
- mités du monde, ou bien si la puissance électrique totale est constante et si ses manifestations diminuent en certains points, dans la proportion même où elles augmentent ailleurs. Nous saurons dans quel sens et avec quelle vitesse se transmettent ces variations d’intensité. Nous saurons comment les effluves électriques des hautes régions de l’atmosphère, qui forment les aurores, réagissent sur les courants telluriques. Nous avons fait, en un mot, un premier pas dans la connaissance du régime électrique du globe, et quand on sera parvenu à connaître le mode de propagation de ces immenses courants électriques, qui pourrait affirmer que l’humanité ne trouvera pas le moyen d’en détourner une partie à son profit et d’emprunter à ce fluide vital du globe quelques-uns des éléments nécessaires à ses travaux et à l’accomplissement de sa destinée sur la terre ?
- Les expéditions polaires internationales, indépendamment de leurs importantes études sur la'météorologie, sur la mesure de la pesanteur, sur l’histoire naturelle, sur la géographie, fourniront les premières bases de la science de l’électricité terrestre. Jamais problème plus magnifique et plus rempli d’avenir n’a été posé par la science. Jamais entreprise plus grande et plus opportune n’a été tentée. Honneur aux nations qui s’y associent, honneur aux marins et aux savants assez heureux pour y prendre part!
- Hervé Mangon,
- Membre de l’Institut.
- CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE
- A ACCUMULATEURS
- Une installation industrielle d’un intérêt considérable vient d’être organisée dans une grande usine du département du Calvados; il s’agit d’un chemin de fer électrique fonctionnant à l’aide d'accumulateurs. Nous allons en donner la description, après avoir indiqué succinctement dans quel but ce chemin de fer a été construit.
- La blanchisserie de toile de lin de M. Paul Du-chesne-Fournet, dont M. Clovis Dupuy est l’ingénieur-directeur, est située à Le Breuil-en-Auge (Calvados) . C’est un établissement considérable, où l’on traite, pour les blanchir, les toiles écrues fabriquées à Lisieux. L’opération du blanchiment consiste à soumettre successivement les pièces de toile à l’action du chlore, de lessives alcalines et des rayons solaires. L’action du soleil s’exécute en plein air, sur de grands prés où les pièces de toile sont étalées, puis relevées. Chaque pièce de toile a i00 mètres de longueur ; il y a 15 hectares de terrain qui peuvent être ainsi couverts de toiles. L’opération du relevage des pièces est très longue; elle nécessite plusieurs ouvriers et beaucoup de temps.
- M. Clovis Dupuy a songé à relever ces pièces mécaniquement à l’aide d’un chemin de fer portant un mécanisme spécial ; mais un chemin de fer à vapeur ne saurait être utilisé dans une blanchisserie, car la fumée de charbon et les scories entraînées ne manqueraient pas de noircir ou de brûler les pièces de toile étalées sur le pré. L’habile ingé-
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- LA NATU R K
- r»«o
- nietir résolut de construire un chemin de fer électrique : l’installation complète est terminée et fonctionne très avantageusement; nous allons la faire connaître.
- Le chemin de fer électrique de Le Breuil-en-Auge passe en tête de toutes les lignes de pièces sur 2040 mètres environ, avec 500 mètres de voie droite ; il y a vingt et un branchements. Ce chemin de fer est à voie étroite de 0m,80, type de rails Vi-gnole.
- Le train, qui est mis en marche à l’aide d’un mo-
- Fig. 1. Locomotive du chemin de fer électrique représentée de manière à montrer Je rhéostat.
- teur dynamo-électrique (fig. 1), actionné par des accumulateurs Faure (fig. 2), part de l’usine avec les wagons vides. Quand il arrive sur le terrain, il s’arrête; le moteur actionne les rouleaux ramas-seurs, entre lesquels on engage le bout de la première pièce a ramasser. La toile sortant des rouleaux passe dans une tournette et un homme la place dans le wagon (fig. 5). Préalablement toutes les pièces de toile étalées sur le pré sont attachées les unes à l’extrémité des autres, de sorte qu’un seul homme peut ramasser 5000 mètres de toile en trente minu-
- Fig. o, Tender détaché de la locomotive et vu en avant. Ce tender porte soixante accumulateurs Faure.
- tes, ce qu’il ne pouvait faire en onze heures dans les circonstances ordinaires. Le petit train représenté tout chargé dans la figure 4, montre la rentrée de 10000 mètres de toile.
- Après avoir expliqué l’ensemble du système, examinons de plus près le détail de chaque organe.
- Le moteur, ou la locomotive (fig. 1), se compose d’une machine Siemens à renversement de marche, qui peut donner 120 kilogrammètres. On obtient un ralentissement de vitesse dans le rapport de 1 à 9, âu moyen d’une transmission par chaîne de Gall. Un levier de manœuvre (fig. 1 et fig. 5) sert à gouverner la machine. Dans la position verticale où il est dessiné (fig. 5), le frein est desserré, et au-
- cune action électrique n’a lieu. En abaissant le levier, le contact électrique s’établit; la chaîne rhéostat se trouve de plus en plus tendue, les anneaux se touchent mieux ce qui diminue la résistance électrique et augmente la vitesse1. La vitesse du train varie donc selon que l’on dirige le levier dans un sens ou dans un autre; quand ce levier est à la position de repos, il serre en même temps le frein. Un second levier est disposé pour le changement de marche, en agissant sur les balais de la machine dynamo-électrique. Un
- 1 Le rhéostat-chaîne a été imaginé par M. E. Reynier, qui l’avait appliqué, l’an dernier, à une machine à coudre système Journaux, fonctionnant à l’Exposition d’Electricité.
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- TSi
- troisième levier permet enfin de mettre à volonté le moteur en prise, soit avec l’essieu locomoteur pour faire marcher le train, soit avec le système ra-
- masseur, pour relever les toiles étendues sur le pré.
- Le tender du chemin de fer électrique renferme les accumulateurs Faure, construits par M. Rey-
- Fig. 5. Chemin de 1er électrique à accumulateurs de l’usine de Le lîrouil-en-Auge (Calvados). — La locomotive étant arrêtée, le moteur
- actionne ,1e .ruinassent1.
- nier (grand modèle) (fig. 2). Ils sont disposés cun six accumulateurs ; chaque étage contient qua-sur trois étages, dans des paniers contenant clia- tre paniers, sauf le troisième étage qui n’en renferme
- Fig. 4. Le train chargé de toiles rentre à l’usine. (D'après des photographies.)
- que deux. lies soixante accumulateurs pèsent 500 kilogrammes1.
- 4 Le poids de la locomotive est de 935 kilogrammes. Celui du teuder de 700 kilogrammes et de chaque wagon chargé de
- Ces accumulateurs sont chargés par le courant de la machine Gramme qui sert à éclairer l’usine de-
- 800 kilogrammes. Avec les ouvriers et six passagers le poids total du train est de 6400 kilogrammes.
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- puis 1879, au moyen de onze lampes Reynier. L’usine peut produire 60 chevaux de force motrice ; on n’en utilise que 3 pendant le temps de la charge, qui est de cinq à huit heures de durée.
- A la partie supérieure du tender, est un commutateur (fig. 2) qui permet de faire travailler successivement les accumulateurs, d’abord au nombre minimum de vingt-quatre, en augmentant successivement de six en six jusqu’à soixante.
- Le chemin de fer électrique que nous venons de décrire fonctionne depuis six semaines, sans qu’on n’ait eu encore qu’à signaler ses avantages et la commodité de son emploi. La vitesse du train est de 12 kilomètres à l’heure; imüs dans le cas spécial où l'on s’est placé, on n’a nullement cherché la rapidité. La durée de fonctionnement, d’après les renseignements qui nous ont été donnés par M. Clovis
- Fig. 5. Levier de manœuvre à triple fonction.
- ABC. Levier à encliquetage fonctionnant entre les deux barres du secteur DE. — FG. Secteur de bois portant deux lames de contact, où arrive le courant. — H. Frotteur élastique établissant le contact.— IJI\ Rhéostat-cliaîne agissant sur le circuit général. Cette phaîne passe sur un galet J relié au levier par un ressort K. — M. Sabot du frein. — C. Articulation du levier.
- Dupuy, est de trois heures; cette durée est limitée par la charge des accumulateurs.
- Si l’on employait ce système pour transporter les voyageurs dans les tramways, toute la partie de l’appareil qui sert à ramasser les toiles disparaîtrait, et ferait place aux accumulateurs, ce qui permettrait de supprimer complètement le tender. Sans rien conclure au point de vue de cette application spéciale, nous félicitons l’ingénieur et les propriétaires de la grande Blanchisserie du Calvados de l’intelligent et heureux emploi qu’ils ont su faire de l’électricité. On voit une fois de plus par cet exemple, que c’est presque toujours l’industrie privée qui entraîne le progrès et ouvre la marche en avant.
- Gaston Tissandier.
- ROUES DE WAGONS EN PAPIER
- Les premières roues de wagon en papier ont été fabriquées en 1809 par Richard Norton Allen, à Brandon, et mises pour la première fois en service sur les Pullman Sleeping cars en 1871. Depuis, leur usage s’est beaucoup répandu en Amérique, et leur fabrication est monopolisée aujourd’hui dans les ateliers de la A lien Paper Car Wheel C\
- Le carton employé est le carton de paille ordinaire du commerce ; on le coupe mécaniquement en disques circulaires d’un diamètre un peu plus grand que celui des roues qu’il doit servir à fabriquer, en ayant soin de réserver un trou au milieu pour le moyeu. Ces roues, construites sur trois types, ont respectivement 26, 33 et 42 pouces de diamètre (65, 73 et 105 centimètres).
- On colle trois de ces disques à l’aide de colle de pâte étendue avec la main à la brosse pour en faire une feuille unique, et ces feuilles triplées sont ensuite superposées sur une épaisseur de 3 à 4 pieds (90 h 120 centimètres). La masse est ensuite soumise pendant trois heures à une pression de 650 tonnes. Après cette opération, chaque feuille triple ne forme plus qu’un bloc solide qu’on soumet ensuite pendant quinze jours à une température de 120 degrés Farenheit, pour faire disparaître toute trace d’humidité. Par des séchages, des collages et des pressages successifs, au nombre de trois en moyenne, on arrive à donner aux disques l’épaisseur voulue, qui varie de 3 à 5 pouces (8 à 13 centimètres). Il ne faut pas moins de cent soixante-dix feuilles de carton pour les roues de 42 pouces, et cent feuilles pour les roues de 26 pouces. Le bloc de papier, convenablement sec, est placé sur un tour pour y fixer le bandage en acier. Le disque est tourné à un diamètre extérieur un peu supérieur à celui du diamètre intérieur du bandage ; ce bandage est fixé sur le moyeu à la presse hydraulique avec une pression de 3000 livres par pouce carré, de sorte que bandage et moyeu ne forment plus qu’une masse compacte. On dispose enfin le moyeu au centre et on l’y maintient par des fers méplats disposés sur chaque face du disque et solidement fixés h l’aide de boulons qui le traversent. La roue est alors terminée et prête à servir.
- Une roue de 42 pouces pèse environ 1115 livres anglaises : le papier y entre pour 185 livres, le bandage pour 560, le moyeu pour 200, les fers méplats pour 140 et les boulons pour 50. On ne fabrique pas moins de sept cent cinquante roues par mois. Une roue en papier de 53 pouces coûte 80 dollars (400 francs) tandis qu’une roue en fer de mè ne diamètre n’en coûte que 15 (75 fr. ). Malgré l’énorme différence de prix d’achat, la roue en papier constitue une économie eu égard à sa longue durée. Les roues en fer ne peuvent fournir qu’un parcours maximum de 100 000 milles (160 000 kilomètres), tandis que les roues en papier font jusqu’à 400 000 milles. Cette différence est attribuée à ce que le disque de papier-carton interposé entre le bandage et le moyeu, amortit les vibrations produites pas le roulement du bandage sur le rail.
- Le disque en papier est pratiquement indestructible, et il suffit d’y ajouter un nouveau bandage lorsque l’ancien est usé. Depuis dix Sus que les roues en papier sont employées par la Pullman Palace Car Company, il n’est arrivé aucun accident causé par la rupture d’une roue. Qui donc aurait cru, il y a quinze ans, que les roues de wagon en papier seraient meilleures et plus sûres que les roues en fer ?
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- UTILISATION DU MOUVEMENT DE LA MER
- PROJET DE M- VICTOR GADCHEZ
- La mer forme, comme on sait, un immense réservoir de force motrice, le plus grand peut-être de la nature, dont l’énergie est inutilement dépensée ; l'agitation incessante de ses vagues et l’oscillation des marées sont absorbées sans profit à polir les cailloux roulés sur les grèves, ou modifient seulement le contour et le relief dés côtes qu’elles battent continuellement. Il y a là une force énorme qui s’offre d’elle-même pour ainsi dire et toute gratuite, car elle est dérivée du soleil, comme toutes celles dont nous jouissons sur la terre, puisque la houille elle-même représente seulement la chaleur solaire accumulée depuis les âges passés, et de plus il n'y a pas à craindre de la voir jamais défaillir, comme certains peuples commencent à le redouter déjà pour la bouille, restée jusqu’à présent le pain quotidien de l’industrie, Aussi a-t-on cherché depuis longtemps, comme on y a réussi pour les cours d’eau, par exemple, à recueillir cette force par des moteurs appropriés pour la faire servir à son tour aux besoins de l’homme. Toutefois, les nombreux essais entrepris à cet effet n’ont jamais donné jusqu’à présent d’appareils réellement pratiques, et d’ailleurs le succès obtenu dans notre siècle par la machine à vapeur avait détourné complètement les esprits de cette question de l’utilisation des forces naturelles. Cependant, la machine à vapeur est loin d’être un appareil économique et avantageux au point de vue de la mécanique rationnelle, et sans aller jusqu’à dire avec M. Le Bon (Revue scientifique, n° du 8 octobre 1881), « que le dernier exemplaire de ce grossier appareil doit aller, avant vingt années, rejoindre dans les musées, les haches en pierre de nos primitifs aïeux », on ne saurait méconnaître qu’elle ne réalise un véritable gaspillage de la force motrice, puisque son rendement dépasse à peine 10 pour 100 de l’effort moteur dépensé, et il n’y a même pas à espérer qu’on puisse obtenir une amélioration importante malgré tous les perfectionnements dont elle a été l’objet, car le rendement théorique maximum déterminé par les propriétés physiques de la vapeur d’eau est limité à 20 pour 100 environ.
- Les progrès récents des machines électriques ramènent maintenant l’attention sur cette question de la production économique de la force, et aujourd’hui qu’on dispose d'un intermédiaire capable de transformer et d’utiliser à distance le mouvement produit pour toutes sortes d'applications, les moteurs électriques détrôneront définitivement la machine à vapeur lorsqu’ils ne seront plus obligés de lui demander l’effort moteur.
- L’utilisation des forces naturelles est donc appe-
- lée à jouer un rôle décisif dans la mécanique de l’avenir, et il y a lieu d’espérer que cette question, aujourd'hui définitivement posée, recevra sa solution dans un avenir peu lointain. A ce titre, nos lecteurs ne liront pas sans intérêt quelques détails que nous donnons ici sur des essais récents, et notamment sur l’appareil de M. Victor Gauchez, qui figurait à l’Exposition de Bruxelles de 1880,
- Avant M. Gauchez, M. de Coligny avait réussi à utiliser le mouvement d’oscillation des eaux de la mer pour élever de l’eau à une certaine hauteur, et son appareil a été appliqué avec succès au dessèchement de lacs voisins des côtes. M. de Coligny est aussi l’inventeur d’un appareil des plus ingénieux, fondé sur un principe analogue, qui permet de recueillir dans les écluses des canaux une partie du volume d’eau inutilement dépensé lors du passage des bateaux d’un bief à un autre en la ramenant au bief d’amont. Il utilise seulement l’élévation de niveau que prennent les eaux lorsqu’elles sont animées d’un mouvement oscillant, ou encore dans ce qu'on appelle le coup de bélier, résultant d’un courant brusquement interrompu. Convenablement manœuvré, son appareil peut économiser, paraît-il, un volume d’eau atteignant 70 pour 100 de la dépense inutile d’une écluse ordinaire, et quelquefois même jusqu’à 90 pour 100, comme l’expérience en aurait été faite sur une écluse voisine de Fourchambault.
- On a entrepris aussi quelques essais pour utiliser directement le mouvement même de flux et de reflux, en recueillant l’eau à la marée haute dans de grands bassins, d’où elle s’écoulait ensuite en fournissant l’effort moteur à marée basse. On a pu actionner dans le Finistère un moulin renfermant huit paires de meule par ce procédé, qui a été appliquée également, sous une forme différente, en Égypte, à Alexandrie. On a essayé aussi, mais sans grand succès, de comprimer l’air dans de grandes cloches immergées qui se remplissent d’eau de mer à la marée haute.
- En dehors môme des marées, on peut aussi utiliser le mouvement même des vagues à la surface de la mer : on se trouve alors obligé d’installer les appareils à une certaine distance des côtes pour n’ê-tre pas gêné par la marée, et d’autre part la force qu’on veut recueillir devient beaucoup plus capricieuse, très aléatoire et variable dans ses effets, depuis la simple houle qui ride doucement la surface, jusqu’à la vague furieuse qui atteint plusieurs mètres de hauteur et renverse parfois les bateaux. Seulement ce mouvement ondulatoire de la vague est très facile à recueillir : il se propage, en effet, dans les mêmes conditions que le son ou la lumière, c’est-à-dire que les molécules d’eau, comme les molécules d’air ou d’éther, sont alternativement soulevées ou abaissées, sans qu’il y ait jamais transport longitudinal, on constate facilement d’ailleurs qu’un objet léger qui flotte à la surface de la mer ne change pas de place, et on peut dès lors installer sans difficulté un simple flotteur oscillant, placé à l’extrémité d’un levier
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- dont l’arbre reçoit ainsi on mouvement de rotation.
- Cette idée, émise il y a quelque temps déjà par M. Roche, de Nîmes, qui avait fait quelques expériences à ce sujet sur la Méditerranée, a été reprise dans des conditions plus générales par M. Victor Gauchez, dans l’appareil représenté figures 1 et 2, et en employant l’intermédiaire de l’air comprimé qui se trouve emmagasiné dans des réservoirs pour être ensuite distribué à la demande. Cette disposition présente l’avantage d’emmagasiner la force et de prévenir les chômages, et, du reste, il semble que des trans -missions mécaniques ordinaires se trouveraient rapidement brisées sous la violence des chocs.
- L’appareil de M.
- Gauchez se compose d’un flotteur immergé, d’un poids pouvant atteindre 40 000 à 100000 kilogr., suivant les dimensions, d’une cloche compresseur en fer, reliée au flotteur par des cordes enroulées sur des poulies, comme l’indique la figure 1, et de réservoirs d’air allant jus-, qu’à une pression de 25 kilogrammes, installés sur la côte à une certaine distance, et rattachés au compresseur par des conduites spéciales (fig. 2). Le flotteur s’élève ou s’abaisse avec la vague* et, dans son mouvement de descente, il soulève la cloche par l’intermédiaire des deux cordes enroulées en sens inverse sur les poulies. Dans ce mouvement, la cloche aspire l’air par les ouvertures ménagées à la partie supérieure, et lorsque les cordes se relâchent pendant que le flotteur se relève, elle retombe par son propre poids et refoule l’air aspiré dans les réservoirs. Un autre poids maintient toujours les chaînes convenablement tendues. La cloche est fermée à la partie inférieure par une membrane en caoutchouc rattachée au massif en maçonnerie qui la supporte. La longueur des chaînes est limitée de manière à suivre la marée seulement, depuis la demi-vague sous basse mer jusqu’à la demi-vague de haute mer, en supposant que la plus forte barre ne dépasse pas 3 mètres. On arrive ainsi à utiliser les moindres houles et à se garer des perturbations si fréquem-
- ment occasionnées par des marées anormales.
- La grande difficulté que présentera cette disposition si simple autrement, consistera à empêcher réchauffement exagéré de l’air, et surtout à lui assurer un écoulement rapide dans les réservoirs, les vagues se succédant, en effet, toutes les neuf à dix secondes, en moyenne, et il faut arriver dans un si court intervalle à remplir et à vider complètement la cloche. L’auteur prévoit que celle-ci pourrait avoir un diamètre de 25 mètres environ avec une hauteur totale de 7 mètres ; elle pèserait environ
- 60 000 kilogrammes avec tous ses agrès; on pourrait limiter sa course à 2 mètres, de manière à n’aspirer qu’un volume de 8 .à 900 mètres cubes d’air. Il serait nécessaire de réduire les dimensions des orifices pour limiter les prises d’air, et de munir d’autre part la cloche de puissantes soupapes de sûreté pour assurer l’écoulement d’une partie de l’air dans l’almosphère lorsque la pression, devenue un peu élevée dans le réservoir, s’opposerait à l’introduction du volume total. Nous n’insisterons pas autrement sur ces graves difficultés d’exécution, car on ne peut guère, dans une question de cetie nature, les trancher complètement par un simple calcul, et le modèle, très soigné d’ailleurs, construit par M. Gauchez, établi à l’échelle du dixième, ne peut donner qu’une idée approximative de ce que deviendrait l’appareil dans la réalité. Toutefois, il y a lieu de penser que ces difficultés n’auraient rien d’insurmontable, surtout en présence des progrès réalisés déjà dans les grands travaux du Mont-Cenis et du Gothard, par exemple, où l’air comprimé était employé sous des pressions également très considérables, et probablement il nous sera donné de voir un jour, dans une première application, tout au moins, la plus puissante et la plus redoutée peut-être des forces naturelles mise au service de l’industrie, au moyen de l’appareil de M. Gauchez, perfectionné sans doute, s’il y a lieu.
- L. Bâclé.
- ——
- Q ' j. .i
- Fig. I. Projet d’utilisation du mouvement de la mer. Flotteur et cloche compresseur
- en ter.
- Fig. 2. Disposition d’ensemble du système, montrant le réservoir d’air sur la côte.
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- LE REPTILE LIGNIFIÉ DE MATT0-GR0SS0
- La science explique aujourd’hui très simplement des faits qui, il y a plusieurs siècles, eussent été tenus pour merveilleux, magiques et, sans aucun
- doute, œuvres du diable. Il est probable que si le curieux dessin qui accompagne ces lignes (fig. 1) avait été publié au moyen âge, l’imagination populaire se fût effrayée du serpent que l’on y voit incorporé à un morceau de bois. Qui n’eût reconnu sous cette forme symbolique le grand Tentateur, Satan
- Fig. 1. Le Reptile lignifié' de Matto-Grosso, d’après nature. (Réduction 1/2.)
- lui-même enlaçant de ses perfides étreintes l’arbre du bien et du mal?
- Il est vrai que ce qui eût été un sujet de terreur pour le vulgaire, eût paru la chose la plus naturelle du monde aux gens graves. Familiers avec les oiseaux arbori-gènes, les érudits du temps eussent vu sans la moindre surprise un arbre donner naissance à un rep'ile. Saxo Grammaticus,
- Sébastien Mun -ster, Thomas de Cantimpré,01aüs Magnus et bien d’autres ne nous parlent-il s pas dans leurs doctes ouvrages de Macreuses ou deBer-naches sorties des fruits de plusieurs arbres de la Grande Scotie et des îles du Nord?
- Avant de s’emplumer les futurs oiseaux devaient présenter une apparence végétale. Celte phase transitoire est bien celle dont l’une des deux gravures ci-jointes donne l’idée (fig. 1). Elle a été faite à la réduction de moitié, d’après nature. Le morceau de bois qu’elle représente offre, à l’état
- ligneux, sur l’une de âes faces, une figure singulière, dont le relief, la forme générale et la structure extérieure sont d’un servent. J’en dois communication à M. Lopès-Netto, envoyé extraordinaire et ministre plénipo -tentiaire de S. M. l’empereur du Brésil aux États-Unis d’Amérique. On sait que ce souvèrain, membre correspon -dant de l’Institut de France, accorde *aux sciences une protection efficace, s’efforçant d’en répandre les bienfaits dans son immense empire. Ayant réuni à Rio-de-Janeiro une Société de savants européens, il a constitué autour de lui une sorte d’Académic où sont discutées avec ardeur toutes les questions scientifiques. C’est dans ce milieu cultivé que le morceau de bois, dont nous entretenons nos lecteurs, a été l’objet d’un curieux examen. En présence des opinions contradictoires qui se produisirent au sujet du phénomène insolite que l’on y obsérve, M. Lopès-Netto a pensé qu’il y aurait intérêt pour la science à le faire con-
- Fig. 2. — A. Morceau d’un tronc d’arbre sur lequel on avait gravé au fer rouge une lettre @. — B. Fragments 1, 2, 5 séparés de ce morceau, montrant la lettre gravée sur les morceaux 1 et 3 et non marquée sur le morceau 2. (Collection du musée Noury.)
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- LA NATURE
- naître en Europe, et, dès son arrivée en France, il s’est empressé d’en demander l’explication. 11 a bien voulu me permettre d’en faire l’étude détaillée, puis d’en soumettre le résultat à la Société Botanique.
- Ce contrôle d’une assemblée très compétente me paraissait surtout nécessaire en une matière où la supercherie est souvent à craindre. L’observation à la loupe m’avait convaincu que le relief du serpent ne saurait être attribué à l’intervention de la main humaine, et mes collègues ont pu constater comme moi ce caractère irrécusable d’authenticité, sans lequel l’objet perdrait tout son prix. 11 n’était cependant, pas possible de ne voir qu’un jeu du hasard dans celte étrange figure de reptile où la tête, le cou et les autres parties du corps sont si nettement indiquées. En plusieurs régions, des détails très délicats de l’organisation de l’animal sont bien visibles; il en est ainsi des narines et des orbites oculaires; sur toute une moitié de la surface de la tête on distingue la disposition des écailles et des plaques céphaliques. C’est donc bien un véritable serpent que l’on a sous les yeux. Et pour qui connaît le petit Jararaca du Brésil, l’identité semble évidente.
- Cet animal, l’un des plus venimeux que l’on ait à redouter dans le pays, est très commun dans la province de Matto-Grosso, au nord des Amazones ; or c’est précisément de cette contrée que provient la tige d'Ipé-Mirim à l’intérieur de laquelle l’image du serpent a été trouvée. Il faut donc bien admettre que le reptile s’y est introduit. Mais ce qui étonne, c’est que tout le corps du serpent soit lignilié1. L’étude anatomique que j’en ai faite m’a montré qu’il se compose de cellules et de fibres semblables aux cellules et aux libres du bois secondaire qui l’entoure. 11 est impossible d’expliquer le fait en disant qu’il y a eu formation de ces éléments dans un canal qui, ayant été traversé par l’animal, en aurait conservé la forme; car sur le morceau de bois ce n’est pas seulement le contour du serpent qui est reconnaissable, mais bien tout le relief de son corps.
- Dans le prolongement de la tête on aperçoit aussi en relief un petit cylindre qui paraît se rapporter à une larve d’insecte. Il semble donc que le reptile, poursuivant la bestiole dans une fissure de l’arbre, se soit insinuéylà même où le proverbe interdit de mettre le doigt, entre le bois et l’écorce, c’est-à-dire dans cette zone cambiale que l’on sait être génératrice du bois et du liber secondaires. Le jeu de ce tissu cambial est double : à l’intérieur il donne naissance en direction centripète à des éléments ligneux dont les plus jeunes se trouvent par conséquent à la périphérie du bois ; vers l’extérieur, au contraire, il produit dans le sens centrifuge des fibres libériennes, des cellules grillagées, des éléments prosenchymateux, dont les plus jeunes sont partant situés à la surface interne de l’écorce. Si donc un corps étranger est introduit à la limite externe du bois, au bout de quelques années, il
- 1 Sauf le centre, où l’on retrouve les éléments constitutifs de l’animal.
- sera recouvert d’une série de couches ligneuses, protégées elles-mêmes par une écorce abondante. Or, dans le cas qui nous occupe, non seulement il y a eu revêtement de zones concentriques autour du reptile, mais, en outre, des cellules et des fibres ligneuses dérivées du tissu cambial se sont substituées aux éléments constitutifs des parties périphériques du serpent, à mesure que celles-ci se sont résorbées. Les places qu’elles occupaient ont été, à toutes les phases de la disparition, envahies par le bois secondaire dont l’hypertrophie est attestée par le relief même du corps de l’animal.
- Il y a environ dix ans, on abattit près d’Elueuf une forêt dont un arbre avait été longtemps auparavant marqué de la lettre 13 pour indiquer une limite. La marque avait été faite, selon l’usage, au fer rouge, et elle avait pénétré profondément dans l’arbre. Quand on le coupa en tronçons elle était encore très prononcée à la surface de l’écorce (fig. 2); un coup de hache donné par le bûcheron parallèlement au grand axe de la tige dans la région externe du bois, vulgairement désignée sous le nom d’aubier, découvrit deux surfaces absolument planes, dont aucune ne portait trace de la lettre imprimée ; mais un peu plus loin du bord du disque ligneux, un second coup de hache mit en évidence la marque B, identique à celle que présente la surface même de l’écorce. Ce remarquable exemple du jeu double de la zone cambiale, que l’on peut voir au musée de M. Noury, n’est pas le seul que l’on connaisse dans cet ordre de formations cellulaires* La galerie de Botanique du Muséum d’histoire naturelle de Paris possède un tronc d’arbre dont toute une partie a enveloppé la base d’une corne de cerf. Mais à vrai dire cet échantillon n’offre qu’un phénomène de croissance autour d’un corps étranger, tandis que le serpent lignifié du Brésil, mort comme son congénère de la fable, pour s’être pris à plus dur que lui, donne la preuve d’une substitution des cellules végétales aux éléments divers dont le reptile vivant se composait. Il y a là un fait très important pour l’histoire des tissus organisés, et l’on doit savoir 'gré à M. Lopès-èietto, qui en a le premier pressenti la valeur, d’avoir permis de l’établir. La question ne paraîtra cependant pas à tout le monde complètement élucidée, et peut-être convient-il, avant d’émettre un jugement définitif, d’attendre l’examen que, sur l’invitation du possesseur, les savants de l’Italie, de la Suède et des États-Unis vont faire de ce reptile énigmatique,
- Louis Olivier.
- ACADÉMIE ,DES SCIENCES
- Séance du 1°' mai 1882,
- Sources intermittentes. — Il existerait à 20 kilomètres de Tours, une source qui chaque jour alimente un ruisseau pendant douze à quatorze heures, puis le laisse à sec le reste du temps. Une autre source de la même ré-
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- gion jaillit toutes les demi-heures. Le secrétaire perpétuel constate avec surprise que pour invoquer cet ordre Lien connu de phénomènes, l’auteur invoque l’électricité.
- Ozone liquide. — Jusqu’ici, pour liquéfier les gaz les moins coercibles, on a fait agir concurremment avec la pression soit le froid produit par le mélange d’acide carbonique solide et de protoxyde d’azote liquide, soit ce dernier corps seul soumis à l’évaporation. M. Cailletet a eu l’idée de faire usage de l’éthylène liquifié qui, en reprenant l’état gazeux, détermine un froid de 105 degrés au-dessous de zéro. Grâce à cette substance et à la pression de 150 atmosphères, il a pu liquéfier très nettement l’oxvgène. De leur côté, MM. Hautefeuille et Chapus ont employé les mêmes moyens à la liquéfaction de l’ozone pur, qui s’est transformé en un liquide d’un bleu indigo, conservant son état, même à la pression ordinaire, pendant un temps assez long.
- Mesure contre tincendie. — Un auteur dont le nom nous échappe, voudrait que dans les théâtres et les autres lieux oùles incendies sont si fortement à redouter, on eût constamment un petit réservoir renfermant sous pression de l’eau chargée d’alun. Ce liquide, en effet, comme la solution du chlorure de calcium, rend incombustibles tous les corps qu’il a mouillés et son emploi serait décisif contre les commencements d’incendie.
- Ch. Darwin. — Après avoir annoncé la mort de M. Charles Darwin, le président prie M. de Quatrefages de lire sur l’illustre défunt une notice biographique.
- La grotte Lympia. — En 1875, dans une précédente communication à l’Académie, M. Emile Rivière avait soutenu, contrairement a l’opinion de Cuvier, que la grotte du Mont-du-Château de Nice, était contemporaine de l’homme. Les fouilles faites en 1879 par M. Rivière dans la grotte Lympia, découverte par hasard en 1878, dans des travaux de terrassement, confirment les idées émises par lui.
- En effet ce qui caractérise la nature des dépôts bréchi-l'ormes qu’elle renferme, et démontre nettement leur contemporanéité avec l'homme dans la contrée, ce sont : 1° les ossements d’animaux brûlés, brisés et fendus pour en extraire la moelle; 2° trois haches en calcaire compacte, du type dit de Saiut-Acheul, ainsi qu’un nucléus et de nombreux éclats de rebut. Quant à la forme, les pièces les plus caractéristiques sont une tête de fémur d’éléphant et des os de lagomys.
- Les ruminants comprennent trois cerfs de grandeur différente, une grande chèvre ainsi qu’un bœuf de grande taille. Les oiseaux sont des rapaces tels que l’aigle, des passereaux et des gallinacés. Enfin les coquilles, peu nombreuses, sont des espèces terrestres, un seule excepté, qui est d’origine méditerranéenne, et presque toutes appartiennent au genre Hélix.
- Nouveau reptile fossile. — Par l’intermédiaire de M. Gaudry, notre savant collaborateur M. le Dr Sauvage, aide-naturaliste au Muséum, adresse la description de onze espèces de reptiles qu’il a découverts dans le terrain crétacé de l’est de la France. Le plus remarquable est le Megalosaurus superbus, qui appartient à la catégorie des dinosauriens, c’est-à-dire de ces lézards qui ont révélé des liens si curieux et si inattendus entre les reptiles et les oiseaux.
- Spectroscopie astronomique.— Dans une lettre adressée à M. Cornu, M. Draper (de New-York) annonce qu’il a obtenu des photographies du spectre de la nébuleuse
- d’Orion. Les lignes de l’hydrogène y et ^ sont indiquées ainsi que d’autres lignes dont les longueurs d’onde sont comprises entre 410 et 455. Dans la région voisine du Trapèze, la comète donne un spectre continu. La pose a été de deux heures.
- Varia. — Des précautions à prendre dans l’emploi de l’injecteur Giffard sont signalées par M. Delaurier. — M. de Clermont étudie l’oxydation du pyrogallone en présence de la gomme arabique. — Une carte hypsométri-que des cours d’eau de la Russie d’Europe est adressée par M. de Tillo. — M. Filhol décrit un pachyderme tertiaire présentant une dentition simienne.
- Stanislas Meunier.
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- LE SYLLABAIRE « VEI »
- Il y a quelque cinquante ans, à l’époque même où le Cherokee Sequoyah imaginait son alphabet, on eût bien surpris les savants d’Europe, en leur apprenant qu’un sauvage avait inventé un mode d’écriture phonétique aussitôt adopté par ses compatriotes. Plus d’une lois, en effet, des linguistes européens ont tenté de combler les lacunes de nos alphabets, en y insérant des lettres nouvelles de manière à reproduire tous les sons du langage. Wilkins, Dal-garno et Lodwick, chez les Anglais; Leibnitz, en Allemagne; Desbrosses et Yolney chez nous, ont tour à tour échoué dans cette tentative de la création d’un alphabet universel; et aujourd’hui encore l’entreprise paraîtrait plus que téméraire.
- J’étais moi-même dans cette conviction, lorsque, me trouvant au Congo, en J 859, en rapports fréquents avec des nègres, en ma qualité de délégué du gouvernement de l’Immigration africaine, je lus très surpris de voir un de nos contre-maîtres nègres, nommé James Curtis, homme, d’ailleurs, relativement intelligent, écrire son journal en caractères inconnus. Je l’interrogeai et il m’apprit que cette écriture avait été inventée par un homme de son pays, qui l’avait enseignée à ses compatriotes; que lui-même l’avait apprise à l’école; et que depuis longtemps il tenait ainsi un journal de sa vie. Je l’avais eu à mon service dans une campagne antérieure au Gabon et je iie l’avais jamais vu tenir de journal, si bien que je doutais un peu de l’authenticité de son histoire. Cependant j’en avais une preuve sous les yeux; et, à tout hasard, je fis ce que devraient bien toujours faire les voyageurs, et ce que je me repens de n’avoir pas toujours fait moi-même : je me fis écrire par Curlis une page de mots anglais avec la traduction en regard. Je gardai longtemps ce spécimen d’écriture dans mes cartons; et ee fut par hasard que le soumettant à mon ami le Dr Daily, j’appris de lui qu’il existait, sous ce titre : Outlmes of Grammar of the Vei lan-guage, un livre imprimé où le missionnaire Koelle devait élucider le fait en question. Je me mis à la recherche de cette grammaire et je rédigeai après en avoir pris connaissance une note qui fut présentée par M. Daily à la Société d'anthropologie de
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- Paris et qui ligure à son Bulletin (séance du 17 mai 1877).
- Quoiqu'il y ait lieu de penser que le fait est aujourd’hui très connu, j’ai acquis la certitude, au contraire, qu’il a passé inaperçu, aucun écrivain français n’en ayant lait mention ; et je pense intéresser les lecteurs de la Nature, en reprenant pour eux cette question si intéressante.
- J’aurais voulu reproduire ici le spécimen d’écriture de James Curtis, parce que, traduisant certains noms propres, ou certains noms de choses identiques en anglais et en vei, il faisait mieux saisir le caractère de cette écriture. Mais, à mon grand regret, on n’a pu retrouver ce modeste document dans les archives de la Société d’anthropologie et je suis forcé d’emprunter quelques lignes à la grammaire de Koelle qui donne un long extrait du journal de l’inventeur même de l’écriture vei.
- Nous donnons ci-dessous ce spécimen :
- A la seule inspection de cette écriture, le lecteur a pu reconnaître une langue polysyllabique, à formes agglutinées, où les consonnes initiales peuvent varier si l’euphonie l’exige, où certaines lettres telles que / et r se substituent indifféremment l’une à l’autre, pour la facilité de l’articulation, où des syllabes se contractent [Ida pour keya), où des voyelles se transforment également par simple euphonie ; et les lois d’euphonie, ne sont pas les mêmes pour l’oreille des sauvages qu’elles le sont pour les nôtres. On sait, d’ailleurs, combien, en Europe même, chaque peuple diffère à cet égard.
- J’ajouterai que certaines particularités spécialisent le vei comme langue africaine. Le pluriel y est formé par l’addition d’une syllabe terminale : nu, au lieu de l’être par une préfixe comme dans les langues de la zone équatoriale. 11 emploie la nu-
- ¥ W
- 5 E H + î I H, L g B: 11= 11= TH B m tz
- Fa to ma. Sert/ a* bas ta, ru, Gu ra, as ra/ mu, ruy ris fis ni us ro ke
- Fatomay Sem/ a, b a/ Tario Givras a, ras muras djfimuro ke nuis kiyas
- Fatoma Seli sa mère Tarn Gula elle lui enfanta dans la nuit ou alorsnous dormîmes
- m tn
- miis b is y eu
- fc K ^ CH ^ ^ ~H £ E H fMl en V ¥ 11= ^ ^
- mas gb e y a/ mu tes res y b e, ris dsene nui kes y a a mit mu. a Dit ruy
- gbeyay mu teres gbero d esc rem U, kia amu muas Du ru
- matin il se levait nous passâmes tous soir arriva alors nous brouillard
- sa, a . samay
- un ih n k w c n . b g "i-i
- km ro ke, res nia, dse di Jli bi ri, as me re haro keremay dse difï. biris \,ço mere/
- E 6 Ê U B ^ 3 S
- b as n ku ro do g b a. ke don do kas nkiindo qbn ke don do
- lune
- grand
- vîmes nuit même il ne sera sortir dans ma tête du tout cela un
- (Fantoma Seli naquit de Taru Gula sa mère dans la nuit qui précéda celle où nous vîmes pour la première lois la grande lune brumeuse (dans la dernière nuit de décembre). Je n’oublierai jamais cette nuit-là; ce fut un événement.)
- mération par 5, comme le wolof, et non la numération par 10, comme le wpongwée du Gabon et le fiote du Loango et du Congo. C’est là une remarque capitale. Le vei compte : un, deux, trois, quatre, cinq, cinq-un (pour six), cinq-deux (pour sept), etc. : dondo, fera, sagba, nani, sovu, sun-dondo (six), sumfera (sept), sunani (neuf), tan (dix), tandondo (onze), tansundondo (seize), mo-bande (vingt), mobande ako dondo (vingt et un), mobande ako sundondo (vingt-six).
- Le verbe est plus remarquable encore. Ils disent : na ta, je vais ; na dia, j’aime ; moa ta, nous allons ; moa dia, nous aimons. Et c’est tout. Ils n’emploieraient aucune de ces formes bizarres des langues africaines, dont le breton offre un exemple dans la construction verbale : kârein e rhan, mot à mot : aimer que je fais, pour : j'aime.
- Pour en revenir à l’écriture, on voit que les lettres, dans le vei, ne s’unissent pas l’une à l’autre, comme chez nous, mais demeurent isolées, comme dans l’hébreu. Pas de ponctuation, ni de séparation
- de mots, qui se suivent en séries continues, ainsi qu’on le voit dans les anciens manuscrits grecs. On peut écrire de gauche à droite, ou de droite à gauche, ou même de haut en bas. Les lettrés du pays écrivent de droite à gauche, mais la plupart des Véiens écrivent comme nous.
- Cette écriture n’est pas symbolique, mais phonétique. Les trois seuls caractères symboliques que Koelle signale sont : 1° le signe traduisant la syllabe bu et le mot conon qui la représente; 2° le signe tshi représenté par un trait ondulé et correspondant au mot eau, en vei : tschi; 5° enfin la syllabe gbi, représentée par deux petits cercles qui rappellent la monnaie ; gbi en vei signifie, en effet : argent monnayé.
- Dr Ad. Nicolas.
- — La suite prochainement. —
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandter.
- Imprimerie A. Labure, 9, rue do Fleurus, à Paris.
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- N» 46 7. — 15 MAI 1 882.
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- CHARLES-ROBERT DARWIN
- Ch. Darwin, que la mort a récemment enlevé à la science, est incontestablement l’un des plus remarquables naturalistes de notre siècle, et l’un des plus grands philosophes qui aient jamais existé. Fils du I)r R. W. Darwin, petit-fils du célèbre Érasme Darwin, il naquit à Sbrewsbury, en 1809. Le futur auteur de l'Origine des espèces, élevé à l’école primaire de sa ville natale, lit un peu plus tard ses études aux Universités d’Edimbourg et de Cambridge.
- En 1831, lorsque l’amiral Filzroy faisait les pré-paratii's de la grande expédition qu’il devait exécuter autour du monde, il offrit de donner l’hospitalité de sa cabine à un naturaliste qui voudrait l’accompagner. Le jeune Darwin se présenta sans demander aucune rétribution, mais à la condition d’avoir la libre et entière disposition des collections qu’il pourrait recueillir pendant la route. Darwin disposa plus tard en faveur de plusieurs institutions scientifiques des véritables richesses qu’il recueillit ét qui offraient une valeur incomparable. Cli. Darwin, pendant cette longue croisière,1 fit preuve d’une volonté et d’une persévérance à toute épreuve ; il ne cessa pas d’être affligé du mal de mer, mais la souffrance ne lui faisait pas perdre de vue l’importance de sa mission. 11 parcourut ainsi le Brésil, visita le détroit de Magellan, les côtes ouest de l’Amérique du Sud, les îles de l’océan Pacifique, et après une navigation de cinq années, il revint en Angleterre. Jamais exploration ne fut plus profitable à la science ; des publications hors ligne, tels que le Journal de recherches géologiques et naturelles dans divers pays, la Constitution et distribution des bancs de coraux, et l'Histoire zoologique de l'expédition en furent le résultat, et donnèrent la mesure du talent d’observation du nouveau naturaliste qui se révélait au monde scientifique. Ces premiers travaux furent suivis d’autres ouvrages, parmi lesquels nous citerons la Description des îles volcaniques visitées pendant te voyage, les Observations géographiques dans le Sud-Amérique, et un mé-t0“ année.— Ier semestre.
- moire sur la Formation de la terre végétale, que le grand observateur devait compléter par des recherches étonnantes qu’il publia plus tard, pour ainsi dire, la veille de sa mort.
- En 1859, Darwin épousa sa cousine Emma Wedgwood, petite-fille du célèbre inventeur de la poterie moderne. En 1842, il s’installa à Down, près de Beckenham, dans le Kent, où il devait résider jusqu’à sa mort. L’existence du grand penseur fut toujours heureuse et tranquille; en dehors de ses devoirs de famille, il se consacra tout entier, avec une incomparable puissance de travail, aux recherches scientifiques et aux méditations de l’intelligence. Il faut remonter à Newton, pour trouver un génie aussi vaste qui ait éclairé la philosophie naturelle d’une lumière si brillante.
- L'Origine des espèces, publiée en 1859, produisit une véritable révolution, et souleva des clameurs de protestation. Mais à la suite des années on se fit aux idées nouvelles, qui n’expriment sou vent que la réalité des faits, et le philosophe, qui rencontra d’abord tant d’ennemis, n’eut plus la fin de sa vie que des adeptes et des admirateurs. Ajoutons d’ailleurs à la gloire de notre génie national, que Darwin eut pour maître et pour précurseur notre grand Lamarck. C’est dans la Philosophie zoologique, dans ce livre « jusque-là sans modèle », suivant l’expression d’Isidore Geoffroy Saint-Bilaire, que le naturaliste anglais trouva les premiers fondements du transformisme ou de la descendance modifiée. Lamarck, en effet, affirme pour la première fois, et avec une complète assurance, que les animaux et les végétaux actuels n’ont pas apparu sur la terre tels qu’ils existent de nos jours, mais dérivent d’autres animaux et d’autres végétaux, par des modifications successives et continues.
- C’est sur cette théorie que Darwin devait édifier le monument du transformisme, en y apportant les innombrables matériaux de faits observés avec une prodigieuse sûreté de coup d’œil, tout en les cimentant par des conceptions puissantes. Nous ne reproduirons pas ici les principes de la philosophie de Danvin, tous nos lecteurs connaissent la
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- Cliai'les-Kobert Darwin.
- Né le 12 lévrier 1809, mort le 11) avril 1882.
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- doctrine de la variabilité des espèces, prouvée par la concurrence vitale et la sélection naturelle. La conclusion de l’œuvre du grand naturaliste, peut être formulée ainsi : « Toutes les espèces anciennes et actuelles, y compris l’espèce humaine, descendent par voie de transformations graduelles et successives, d’un ou de plusieurs types primitifs d’une extrême simplicité. »
- L’opinion des partisans de Darwin est résumée par celte appréciation d'un naturaliste distingué, disciple convaincu du célèbre philosophe anglais : « L’étude de nos organes inutiles, celle des monstruosités, l'histoire de la succession des êtres à travers l’immense série des temps géologiques, depuis l’aube de la vie jusqu’à l’époque actuelle, l’histoire même des commencements de l'humanité, l’étude de l’homme moral aussi bien que celle de l’homme physique, tout concourt à appuyer la doctrine généalogique fondée par notre illustre Lamarck et développée par le génie de Darwin. »
- Quelques autres savants, au contraire, tout en reconnaissant que la doctrine de Darwin est sur plusieurs points inattaquable, notamment en ce qui concerne la lutte pour l’existence et la sélection naturelle, signalent des faits qui militent en faveur de ses adversaires. Darwin, disent ceux-là, ne sait rien sur l’apparition de l’archétype primitif, ancêtre de tous les êtres organisés, et il n’explique pas comment il se rencontre tant de lacunes dans l’échelle des êtres.
- Quoi qu'il en soit, le point de départ de la doctrine darwinienne est l’observation patiente et minutieuse des phénomènes de variation chez les animaux domestiques ou les plantes cultivées, et cette observation continue de la nature a conduit Darwin à écrire les nombreux ouvrages qui ont fait sa gloire scientifique. Nous citerons spécialement : De la Fécondation des orchidées par les insectes, et des bons résultats des croisements, — la Descendance de l’homme et la sélection sexuelle, — l'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, — les Plantes insectivores, — les Mouvements et les habitudes des plantes grimpantes, — Des effets de la fécondation croisée et directe dans le règne végétal, et enfin la Formation de la Terre végétale par les vers, dont nous publierons prochainement une analyse. Ces livres divers ont été traduits dans toutes les langues de l’Europe, et ceux même qui ne partagent pas toutes les opinions de l’auteur ne lui refusent pas un talent exceptionnel d’observateur et un rare génie d’investigation.
- Ch. Darwin n’était pas seulement un savant hors ligne, un profond philosophe, un écrivain émérite, il avait un jugement sûr, et professait un grand amour de la vérité. Quand au début de sa carrière, il entendit dans son pays les protestations indignées d’une bigoterie exagérée, il ne s’en émut nullement; il continua patiemment son œuvre avec la conviction qu’en accumulant les preuves,, les clameurs seraient étouffées. Darwin ne se trompa pas.
- A sa mort, personne ne se présenta pour protester contre le grand penseur. Ses funérailles furent faites avec la plus grande solennité, on conduisit' ses dépouilles mortelles dans l'abbaye de Westminster à Londres, et tout ce que l’Angleterre compte d'hommes illustres rendit hommage à sa mémoire.
- Le cercueil de Charles Darwin a été placé en face du tombeau d’Isaac Newton.
- l)r Z....
- BIBLIOGRAPHIE
- Dans les champs. Lectures pour les cultivateurs et les écoles rurales, par Henry Sagnier, 1 vol. in-18, orné de 33 gravures. Paris, G. Masson, 1882.
- Le but de cet ouvrage est de répandre dans les campagnes, des connaissances utiles, des faits positifs qu’il n’est plus permis d’ignorer. Ce petit livre sera utile aux cultivateurs comme il tous ceux qui s’intéressent à l’agriculture; il est très clairement exposé par un écrivain érudit, dont la compétence en agronomie est connue de tous.
- La Chimie du laboratoire, par F. Pisani et Pu. 1)ir-yell, 1 vol. in-18. Paris, Germer Baillière et Gie, 1882.
- Ce livre, où se trouve envisagée l’étude de la chimie au point de vue purement pratique, s’adresse à ceux qui, ayant les notions théoriques que l’on acquiert à l’école, se destinent aux travaux du laboratoire. 11 peut être considéré comme un Vade-mecum du praticien.
- Agenda du chimiste à l'usage des ingénieurs, physiciens, chimistes, fabricants de produits chimiques, pharmaciens, essayeurs du commerce, distillateurs, agriculteurs, fabricants de sucre, teinturiers, photographes, etc.,
- 1 vol. in-18. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Ministère de VAgriculture. Direction de VAgriculture. Commission supérieure du phylloxéra. Session de 1881. Compte rendu et pièces annexes, 1 vol. gr. in-8° avec carte. Paris, Imprimerie Nationale, 1882.
- Rapport annuel sur l'Observatoire de Paris, pour
- 1881, présenté au Conseil dans sa séance du 20 janvier
- 1882, par M. le contre-amiral Mouchez, 1 broch. in-4°. Paris, Gaulhier-Villars, 1882.
- Thèses présentées à la Facidlé des Sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences physiques, par F. F. IIérert. Etudes stir les lois des grands mouvements de l'atmosphère et sur la formation et la translation des tourbillons aériens, 1 vol. in-8° avec cartes. Versailles, imprimerie E. Aubert, 0, avenue de Sceaux, 1882.
- Revue d'Ethnographie. — Nous avons reçu la première livraison de cette revue, publiée sous la direction de notre savant collaborateur M. le Dr Hamy, conservateur du musée d’Ethnographie (Ernest Leroux, éditeur). Le nom de M. Hamy suffit à indiquer la valeur de ce nouveau périodique, qui sera lu par tous ceux qui s’intéressent à une science aujourd’hui si cultivée et si féconde. La Revue d'Ethnographie paraît tous les deux mois par fascicules de cinq k six feuilles d’impression richement illustrées de gravures et de planches hors texte.
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- LA NATURE.
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- L’ARCHIPEL HAYAIEN ET SES VOLCANS
- (Suite. — Voy. p. 2S0 et 523.)
- La l’orme et les dimensions du grand lac de feu sont soumises à des variations incessantes. En 1840, lors de la visite de Dana, à qui la carte ci-jointe (lig. 1) est empruntée l, il occupait l’extrémité Sud-Ouest du cratère. Son diamètre ne dépassait pas 500 mètres. La lave bouillante et couverte d’écume, constamment agitée, était soumise à des mouvements oscillatoires qui s’effectuaient avec une remarquable tranquillité.
- Dans ces périodes de calme, on peut s’approcher du bord de cette chaudière bouillante et contempler sans danger tous les phénomènes qui s’y passent. C'est ce que fit le commandant Wil-kes, qui l’année suivante consacra tout un mois à l’exploration du Mauna-Loa).
- Le lac, de forme ovalaire, avait alors 400 mè-
- Fig.pl. Le cratère du Kilauea. (D’après Dana.) a. Lac de lave. — b. Seconde dépression. — c. Première dépression. — d. Kilaueiki. — e. Terrasse et seuil intermédiaire. — /'. Terrasses avec fumerolles sulfureuses. — g. Petit cratère latéral.
- très de long, sur 200 mètres
- environ de large.
- Première dépression
- i Deuxième dépression
- « En approchant du bord, raconte M. Wilkes, nous nous trouvâmes directement au-dessus du lac de feu, à une hauteur d'environ 500 pieds.... Je fus frappé du silence qui régnait autour de nous. Le seul bruit que l’on entendît était un sourd murmure, semblable à celui que produit en bouillant un liquide épais. L'ébullition était plus violente du côté nord, comme si la lave avait été soumise de ce seul côté à l’action de la chaleur. Les vapeurs qui s’en
- échappaient constamment étaient assez pour ne pas gêner la vue, et ne devenaient visibles que dans le nuage brillant qui planait au-dessous de nous. Nous apercevions parfois des globes de lave rougis qui, lancés à une hauteur de 60 pieds environ, retombaient ensuite dans le lac. )>
- Il semblait que la lave montait et que bientôt elle allait dépasser ses rives, M. Wilkes fut obligé de regagner son campement, en toute hâte, déjà le sol était devenu à ce point brûlant qu’on ne pouvait plus s’y tenir debout.
- 1 Dana, American Journal, vol. îx, p. 364.
- Fig. 2. Coupe au travers du cratère de Kilauea. (D’après Birgham.)
- légères
- Mais ce cratère est aussi sujet à des paroxysmes par suite desquels la lave, soumise à des agitations violentes, s’élève par jets au-dessus de la surface du lac; en même temps elle paraît traversée par descourants, qui amènent la formation de véritables vagues de feu. C’est alors que, sous l’influence des actions mécaniques puissantes exercées par ces laves mises ainsi en mouvement par des dégagements tumultueux de gaz, les parois du cratère cèdent et s’effondrent et que la cavité s’agrandit.
- C’est dans cet état que M. de Varigny a trouvé le Kilauea en 1857 : « Dans ce lac d’où rayonnait une épouvantable chaleur, s’agitait dans tous les sens une masse noire cl liquide, semblable aux flots d’une mer agitée, se heurtant aux parois qui l’emprisonnaient. Après quelques instants de violentes convulsions, une vague plus considérable que les autres se souleva à plusieurs pieds de hauteur, l’écume se fendit sous l’effort et laissa à découvert une vagye rouge de feu liquide, qui s’avança, par un mouvement lent et régulier, d’un des côtés du cratère vers le centre, engloutissant sur son passage toute l’écume quelle refoulait devant elle (fig. 3). Du côté opposé, le même phénomène s’était produit, en plus forte proportion, autant du moins que nous en pouvions juger à cette distance, et une autre vague de feu marchait à la rencontre de la première. On eût dit que
- l’écume noire qui, un instant auparavant, recouvrait le tout, avait été repliée comme un voile. Le bruit qui frappait nos oreilles n’avait rien de commun avec celui de la mer; on se fût cru entouré d’une centaine de torrents roulant des avalanches de cailloux et de pierres. Nous restions les yeux fixés sur ces deux vagues, attendant avec une curiosité mêlée d’effroi ce qui allait résulter de leur choc inévitable.
- « Les deux montagnes mouvantes, dont la hauteur atteignait alors plus de 20 pieds, semblaient se dresser comme pour mesurer leurs forces. Un bruit formidable comme celui d’un immense craquement souterrain marqua le moment de leur choc. Le sol oscillait autour de nous et sous nous. Elles se soulevèrent en une pyramide de feu de plus de 60 pieds de hauteur, au centre même du volcan, lançant leur écume brûlante dans toutes les directions.
- Seuil intermédiaire
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- Pais la plus forte des deux vagues l'emporta, et refoulant devant elle sa rivale, s’étendit comine une nappe rouge et vint battre avec fureur les parois volcaniques, qui se fondirent sous l’étreinte de cette effroyable chaleur, et disparurent dans le bassin, comme le sable d’une falaise que la mer mine, sape et engloutit avec elle. Ce spectacle avait duré près d’un quart d’heure, il fut suivi d’une période d’accalmie : la nappe de lave noircie se reforma, fendillée cà et là en zigzags de feu, puis la masse reprit son mouvement lent et régulier comme celui du Ilot. » Parfois les laves en fusion apparaissent en d’autres points du cratère et à une grande distance du
- Fig. 5. Une vague incaudesceute dans le grand lac de leu du Kilauea. (D'après un dessin de M. de Variguv.)
- lac du Sud. Dans l’angle nord-est du cratère une gorge étroite conduit dans un cratère secondaire assez profond (150 mètres), Kilaueiki (le petit Kilauea), connu sous le nom de puits (le Pelé, qui presque toujours est occupé par des laves noires refroidies. En descendant du Mauna-Loa,M, Judd, qui accompagnait M. Wilkes dans l’exploration du massif dont nous avons déjà parlé, dirigea ses investigations vers ce dernier cratère. Tandis qu’il avançait péniblement sur ses flancs, il vit tout à coup un mouvement se produire dans la lave à une faible distance, et ce mouvement s’étant répété plusieurs fois, la curiosité le poussa à s’approcher de l’endroit
- ou il s’était produit. Tout à coup une secousse terrible fit rompre la croûte, et un jet de lave fondue de 15 pieds de diamètre s’éleva à une hauteur d’environ 40 pieds, en produisant un bruit effroyable.
- Lorsque M. Wilkes eut rejoint son ami, il était hors de danger. Le cratère avait été rempli en moins de douze minutes et les laves maintenant se déversaient, dans le Nord, par le côté le plus bas.
- « Je pensais, raconte l’explorateur américain, que rien ne pouvait avoir un aspect comparable à celui que le grand lac brûlant présentait lors de ma première visite ; je lus cependant détrompé. Les plus brillants effets de la pyrotechnie auraient pâli devant le spectacle dont nous fûmes témoins Tout le fond du cratère était couvert, sur un espace d’un mille et demi, d’une lave fluide qui s’écoulait sur
- ses flancs comme de l'eau, tantôt se séparant, tantôt se rejoignant, formant des rapides et des chutes sui toutes les saillies rocheuses. Ces torrents, d’un rouge cerise des plus éclatants, illuminaient toute l’étendue du cirque qui nous enveloppait.
- « Le grand lac de Kilauea semblait grossir et s’animer plus loin; nous nous attendions à le voir à chaque instant déborder. Nous restâmes pendant plusieurs heures à contempler les progrès des deux lacs; nous fûmes témoins de la formation successive de petits étangs de liquide incandescent, bientôt ils se réunirent les uns aux autres, débordèrent et lancèrent à leur tour des torrents de lave qui ruisselaient de tous côtés.... Le grand lac s’était alors abaissé, au point que ses laves avaient disparu à nos yeux, tandis que le petit cratère débordait en-
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- core, ce qui prouve qu’il n’existe entre leurs leux aucune communication. »
- M. Wilkes se dirigea alors vers le Kilauea, dont il put s’approcher, la lave s’étant abaissée de 100 pieds au-dessous du bord; elle paraissait fort peu agitée.
- Les roches en saillie qui formaient la bordure étaient revêtues d’un enduit lavique qui figurait comme de la poix consolidée. Ce lac avait alors 575 mètres de long sur 250 mètres de large.
- La lave dans le grand lac du Sud, qui porte encore le nom de Halemaunau, est soumise à des changements de niveau pour ainsi dire incessants. Tan-
- tôt elle s’abaisse à des profondeurs de 100 à 150 mètres, tantôt elle vient affleurer près des bords, retenue par une sorle de bourrelet annulaire formé par le déversement des laves. On l’a vue débordant ainsi au-dessus de son orifice, remplir toute l’étendue du cratère central, et s’y élever jusqu’à des hauteurs de 120 et de 150 mètres.
- Dans ces conditions, sous l’influence de l’énorme pression exercée par une pareille colonne de lave, la montagne cède, ses flancs s’entr’ouvrcnt et la lave s’échappe au dehors avec une telle violence qu’elle s’élance souvent dans les airs en formant un véritable jet qui s’élève à une grande hauteur. Quand un
- Ki". 1. L> cratère du Kilau.-a pendant une éruption. (D’après un dessin de M. Wilkes.)
- pareil soutirage se produit, le niveau des laves baisse dans le Kilauea. En 1825, M. Élis a été témoin d’un pareil fait, il a vu les laves s’abaisser ainsi de 150 mètres; en 1854, M. Douglas nous représente le niveau du lac de feu à 500 mètres au dessous de l’orifice1.
- En 1859, le cratère était tout entier rempli jusqu’au bord de lave bouillante, plus ou moins recouverte d’une croûte solide, qui disparaissait par instants pour se reformer plus loin. Tout à coup une crevasse se fit au sein de la montagne à 10 kilomètres au-dessous du Kilauea, laissant passage à de violents jets de lave incandescente ; le lendemain il se déclara un nouvel orifice plus bas, bientôt suivi de
- xTran*ac.l. de la Soc. Ilot/. Geo/., t. VI.
- plusieurs autres dirigés sur la même ligne de fracture. De tous s’échappèrent des torrenls de lave qui s’étendirent jusque sous la mer, où ils vinrent former à une certaine distance une série de petites îles. A la suite de cette violente éruption, les laves au sommet s’abaissèrent à 450 mètres; quelques années après, le lac se trouvait de nouveau comblé.
- Je pourrais multiplier ces exemples. L’éruption de 1868, dont j’ai déjà parlé, qui eut lieu dans la partie méridionale, a eu la même origine. Pendant plusieurs jours, les habitants du district de Kau entendirent la lave circuler sous terre; ils purent suivre les progrès de ce fleuve souterrain et le virent atteindre bientôt la surface à une grande distance du Kilauea, formant un immense torrent qui se rendit à la mer, en donnant lieu après son refroidisse-
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- ment à une pointe avancée d’une assez grande étendue.
- Cette énorme coulée dura quarante jours. Les laves disparurent complètement du Kilauea,à ce point que M. Coan 1 put descendre dans la cavité ainsi évacuée, et constater qu’elle avait alors un diamètre de 450 mètres. Cette disparition des laves fut accompagnée d’un effondrement qui abaissa le niveau du cratère à 960 mètres, ainsi que le représente la section (tig. 2) donnée par Birgliam, à la suite d’une exploration faite par lui en 1874.
- A cette date, M. Birgham trouva le lac de feu séparé en deux bassins par une cloison de lave. Dans le premier, la lave en fusion se tenait à quelques mètres au-dessous du bord; dans le second, elle atteignait un niveau un peu plus élevé. Sur le côté ouest du cratère, on voyait alors un certain nombre de cônes volcaniques plus ou moins élevés, dont trois en activité continue donnaient des vapeurs et quelques projections.
- Tout récemment, en avril 1879, le Kilauea se vida tout d’un coup, sans qu’aucun signe précurseur eût fait prévoir cet événement et sans qu’aucune
- AfoAua-weo-we»
- ,95 j‘Ulométn\i
- Fig-. 5. Coupe théorique du Mauna-Loa.
- coulée vînt indiquer le point par lequel les laves avaient pu s’échapper2. Pendant quelque temps on crut que c’en était fait du célèbre lac de Kilauea, mais bientôt il revenait à son état normal; les laves reprirent possession de leur ancien domaine, à la grande joie des habitants, car ce spectacle attire dans l’ile un grand nombre de visiteurs.
- Cette disparition subite des laves dans le cratère du Kilauea, peut se concilier avec l’existence de cavités souterraines sous le Mauna-Loa, entièrement formé par des coulées successives de lave au travers desquelles la roche en fusion se fraye un passage quand elle a acquis le degré de température et de tension suffisant pour refondre les parois qui l'encaissent.
- C’est alors, par suite de cet affaissement des laves, que se produisent, dans le cratère, ces effondrements qui ont amené, dans sa forme et dans sa position, ces changements que nous avons décrits, et surtout cette succession de terrasses étagées contre les parois de la grande cavité qui représentent les divers niveaux atteints par les laves dans leurs périodes de débordement.
- La parfaite horizontalité des coulées qui constituent ces parois entaillées à pic nous indique encore que ce cratère lui-même n’a pas d’autre origine et
- 1 Dr Coan, American Journal, 3e série, XIX, p. 227.
- * De Lapparent, Traité de Géologie.
- doit son immense étendue à une suite d’effondrements successifs, qui vraisemblablement ont suivi de près l’explosion initiale qui a présidé à l’ouverture de cette cavité. Sous l’effort des laves, combiné avec les actions de refusion produites, la montagne a cédé en divers points; c’est ainsi que se sont établis, à la suite du Kilauea, une série de petites dépressions cralériformes, orientées sur une ligne de fracture dirigée E. 0., qui maintenant inactives et en partie comblées par les laves, ont toutes été occupées pendant un certain temps par des lacs de feu.
- Nous avons vu que le Mokua-Weo-Weo devait être attribué à une action du même genre; la disposition régulière des laves aux alentours de cet orifice, jointe à l’absence complète de projections, sont autant de faits qui viennent à l’appui de cette hypothèse.
- C’est l’émission pour ainsi dire continue, et poursuivie pendant un long espace de temps, de laves très fluides par cet orifice central qui a porté ainsi le Mauna-Loa à 4200 mètres, en lui donnant cette forme en dôme aplati qui résulte de leur accumulation successive. Sur ses pentes, à une époque fort ancienne qu’il est impossible de préciser, le Kilauea s’est établi et son activité ne paraît pas s’en être ressentie. Ces deux appareils complètement indépendants ont, en effet, fonctionné isolément en contribuant, chacun de leur côté, à l’accroissement régulier du massif qui les supporte.
- C’est ainsi que pendant les violentes éruptions du Mokua-Weo-Weo, que nous avons signalées, le cratère ouvert du Kilauea demeure dans un état de tranquillité habituelle, sans paraître impressionné par l’énorme développement de forces qui se manifeste dans l’axe central du volcan pour amener la lave en fusion jusqu’à son sommet. Line colonne de lave se maintenant à une pareille hauteur atteste la solidité de cette montagne, qui n’offre une telle résistance que parce que ses pentes sont très affaiblies (elles ne dépassent pas 8 degrés) ; autrement, s’il existait une communication souterraine entre ces deux orifices, celui situé en contre-bas ferait office de siphon et les laves jaillissantes s’en échapperaient pour se mettre à niveau (fig. 5).
- Le défaut de correspondance entre ces deux cratères doit tenir à ce que tous deux ne sont pas toujours en communication directe avec la nappe souterraine qui fournit la matière aux éruptions.
- On peut concevoir que dans un pareil massif volcanique un des conduits de décharge soit temporairement intercepté par suite de la consolidation des laves çn son intérieur en raison de conditions spéciales qui amènent leur refroidissement, tandis que le conduit voisin, situé en contre-bas, reste en communication constante avec l’intérieur et subit alors un accroissement graduel de température et de tension qui permet aux laves de se maintenir à l’état fluide.
- Les éruptions du Mokua-Weo-Weo doivent provenir, suivant toute apparence, d’un foyer situé à
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- une grande prolondeur sous la montagne, dont la température et la force expansive ne sont pas atténuées par un dégagement lent et continu comme celui du Kilauea. Aussi ces forces s’accumulent et quand les conditions d’éruption se réalisent, ce qui ne se fait qu’à des intervalles très éloignés, elles se font violentes et sont, relativement de courte durée; elles se traduisent par des effets violents. Elles se produisent ainsi quand les masses laviques contenues dans l’intérieur ont acquis graduellement par l’accroissement de chaleur et la tension des gaz ce degré qui leur permet d’atteindre une température telle qu’elles peuvent remettre en fusion les laves consolidées qui obturent la cheminée, et arriver ainsi à la surface sans cataclysmes, sans détonations, sans ces bouleversements du sol et ces explosions qui précèdent en général l’apparition des laves et forment le cortège habituel des éruptions dans les appareils volcaniques classiques.
- Mais les conditions de fluidité de la masse lavique qui remplit la cheminée du Mokua-Weo-Weo ne sont que temporaires, et ce volcan est ainsi soumis à des alternatives d’activité et de calme qui se font, ainsi que nous l’avons vu, à des époques déterminées.
- Ces effets de refusion produits par des laves portées à une haute température sont fréquents dans le lac de feu du Kilauea. La lave exposée à l’air se recouvre, en partie, d’une croûte solide ; grâce à sa fluidité exceptionnelle, sous cette enveloppe qui la protège contre le rayonnement, elle se maintient à l’état liquide et bientôt le bain redevient assez chaud pour refondre sa couverture. Il en résulte des alternatives de fusion et de solidification, qui constituent le jeu normal du Kilauea 1.
- Le caractère spécial des phénomènes volcaniques qui se passent dans le cratère, qu’on ne saurait considérer, ainsi qu’on l’a fait bien souvent, à une soupape de sûreté ou à un regard placé au centre du grand cercle volcanique qui entoure l’Océan Pacifique, tient donc à l’extrême fluidité de cette lave; fluidité qui explique également la rapidité de son écoulement, quand elle s’échappe en jets brûlants au travers des fissures ouvertes sur les pentes basses de la montagne, et son maintien à l’état liquide dans l’intérieur des coulées, pendant de longs mois, après l’extinction des feux qui les ont animées. Longtemps après que la sortie des laves en fusion a cessé, quand toute trace d’incandescence a disparu à la surface, la lave reste encore à l’état liquide au-dessous de cette écorce consolidée; elle glisse lentement sur les pentes avec une consistance de miel épais, entraînant avec elle sa croûte scoriacée qui se disloque et se brise, en subissant des fusions partielles quand elle arrive en contact avec le fleuve de feu qui l’emporte.
- Ch. Yélain.
- De Lapparent, Traité de Géologie, p. 425.
- FABRICATION DES VÉLOCIPÈDES
- EX ANGLETERRE
- Personne ne se douterait, en voyant circuler sur les promenades publiques quelques rares vélocipèdes, que leur fabrication constitue aux Etats-Unis et surtout en Angleterre, une industrie excessivement importante, occupant des milliers d’ouvriers et nécessitant l’emploi d’un nombre considéiable de machines spéciales.
- Aux États-Unis et en Angleterre, les vélocipédistes ont constitué des sociétés nombreuses : le Bicycle Touring Club de Londres, entre autres, compte près de quatre mille membres; le Bicycle Union en compte presque autant; aux États-Unis, le L. A. W., ou League of American Wheelmen a plus de mille membres.
- Ces Sociétés ont leurs revues spéciales qui ne traitent exclusivement que les questions qui se rattachent aux vélocipèdes ; des matchs nombreux sont organisés et donnent lieu à des paris extravagants.
- Jusqu’en 1880, les vélocipèdes à deux roues ont été seuls à recueillir tous ces honneurs; mais depuis cette époque, les vélocipèdes à trois roues ont fait leur apparition ; timide d’abord, cette nouvelle industrie n’a pas tardé à se développer à son tour; les tricyclistes ont déclaré la g’uerre aux bicyclistes, de nouvelles sociétés se sont constituées, de nouvelles revues ont été créées; le nouveau venu s’est définitivement établi à côté de son rival et continue à se multiplier et à se répandre partout.
- Le reproche le plus grave qui était formulé contre le vélocipède à trois roues et qui semblait toujours devoir lui faire occuper une position inférieure vis-à-vis de son concurrent, était sa moindre rapidité; mais d’après le Moniteur industriel, auquel nous empruntons ces renseignements, un inventeur, Sir Thomas Parkins, aurait définitivement résolu le problème en faveur des tricvles, en en construisant un mu par la vapeur et qu'on peut se procurer au prix de 45 livres.
- Les principaux avantages des tricyles sont la facilité de leur manœuvre et la possibilité de les maintenir en repos.
- Nous n’entreprendrons pas de donner la description des principaux vélocipèdes, ni même d’en donner la nomenclature; nous nous bornerons à dire qu’à l’heure actuelle il existe plus de quatre cents types principaux de vélocipèdes à deux roues et plus de cent à trois roues, ayant chacun leur nom particulier et ayant donné lieu à des brevets spéciaux.
- Le nombre des vélocipèdes connus est bien plus considérable, mais nous ne tenons pas compte ici des systèmes qui sont actuellement abandonnés comme n’étant plus à la hauteur des perfectionnements modernes.
- Un vélocipède moderne, du système le plus simple, comprend plus de cent cinquante pièces distinctes, et dans un vélocipède perfectionné, ce nombre dépasse trois cents.
- La description complète d’un de ses appareils, avec les perfectionnements qui ont été apportés aux diverses pièces qui le composent, exigerait un volume.
- Pour donner une idée de l’extension que cette industrie a prise en Angleterre seulement, nous indiquerons ci-après les localités dans lesquelles sont établies les principales fabriques de vélocipèdes à deux et à trois roues :
- A Sheffield, il existe 5 fabriques de vélocipèdes; à Birmingham, 15; à Londres, 20; à Nottingham, 5; à Coventry, 15; à Wolverhampton, 21; à Brighton, 3; à
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- LA NATURE.
- Manchester, 5; à Lincester, 4; à Dri«tol, 5; dans les j autres villes d'Angleterre, il existe encore environ 40 fabriques, sans compter celles dans lesquelles la fabrication des vélocipèdes n’est qu’un accessoire sans importance.
- Dans les 140 fabriques que nous venons de mentionner, il y en a une centaine qui ne construisent pas autre chose que des vélocipèdes à trois roues. C’est surtout à Con-ventry et à Londres que la fabrication des tricycles a pris le plus d’extension : dans la première de ces villes, il y a 3 fabriques qui ne font exclusivement que des tricycles, et dans la seconde, 5.
- Les dimensions des roues généralement adoptées pour les bicycles sont de 50 et 40 pouces (de lm,27 à 1 mètre! et les vélocipèdes complets pèsent : les grands, de 28 à 44 livres (de 12 k. 700 à 20 kilogr.) et les petits, de 18 à 40 livres (de 8 à 19 kilogr). Les prix varient de 3 livres (75 francs) à 25 livres (625 francs).
- Les dimensions de la roue motrice des tricycles sont très variables; il y en a depuis 30 jusqu’à 54 pouces (de 0°",76 à 1 m,37), et ils coûtent de 81 iv. 16 d. à 26 liv. 2 d. (de 200 à 650 francs environ). E. 1).
- LA BIRMANIE ANGLAISE
- (Suite et fin. — Voy. p. 280.)
- Les villes principales sont aujourd’hui bien décimes de leur antique splendeur ou ne sont nées pour ainsi dire que d'hier, c’est-à-dire depuis la soumission du pays à l’Angleterre. Dans l’Arakan, ce sont Akyab, la capitale actuelle, ville maritime bâtie depuis la conquête; Ramree, qui n’a guère plus de 400 habitants, Arakan qui, au moment où elle fût prise, n’avait pas moins de 18 000 maisons et de 100 000 habitants et qui n’en compte aujourd’hui qu’environ 7000, Pegu qui comptait 15000 habitants, Bassaïn, Rangoon et Maulmein, aujourd’hui bien déchue. Rangoon ne comptait pas moins de 98 745 habitants en 1879 et c’était, si l’on en croit les chiffres de Martin, la 18e ville par ordre d’importance de l’Inde tout entière. C’est qu’elle est admirablement située à 26 milles de la mer, sur la rive gauche de la branche orientale de l’Irawadi. Aussi constitue-t-elle le port principal de tout le Burmah anglais. Bien qu’un peu éloignée de la mer, Rangoon est d’un facile accès, même pour des navires de 1200 tonnes. De plus elle offre toute sorte de facilités pour la construction des bâtiments à cause du voisinage de ses admirables forêts de teck. Mac Culloeh1, qui, dans son excellent ouvrage, a consacré à cette ville un article extrêmement important, nous apprend qu’elle fait un commerce considérable avec Calcutta, Madras, Penang et les golfes Arabique et Persique. Les principaux articles qu’elle exporte sont le riz, dont en 1865-1866 elle avait vendu pour 2 millions 1/2 de livres sterling, les bois de teck et d’ébénisterie, le coton, le tabac, la noix de bétel, l’ivoire, la noix de coco, le cachou, la gomme laque, le jade, les essences, les pierres précieuses parmi lesquelles des rubis, des grenats, des turquoises ; du fer qui se rencontre dans les collines tertiaires de
- Tavoy, l’étain, l’or, le cuivre, le bismuth, l'antimoine et le manganèse. Telles sont du moins les principales des productions que Mac Culloeh énumère avec complaisance.
- Le lieutenant général Fytche nous apprend que le charbon à été découvert en plusieurs localités, qu’il brûle avec une flamme blanche, brillante, ne donnant que très peu de cendres, en somme il est très propre à l’usage que se proposent les steamers l.
- De son côté M. Vossion, que nous avons déjà cité, estime que l’exportation du riz monte à 250000 tonnes par an, celle des soieries à 17 ou 18 millions. Il attribue au port de Rangoon en 1876 un mouvement de 850 navires jaugeant 570000 tonnes.
- Pour ce voyageur, il y aurait pour les Français de très belles affaires à traiter avec les Birmans en tissus de soie et de coton, en draps de couleur, en tapis, flanelles, mousselines, satins, toiles, .velours, etc., et nous attachons la plus grande importance à ces déclarations, car elles émanent d’un homme qui a longtemps résidé dans le pays et qui s’est trouvé à même d’en connaître les besoins2.
- D’un autre côté, un voyageur français, M. Dutreuil de Rhins, celui-là même à qui nous devons les belles cartes de l’Indo-Chine orientale, voudrait nous voir prendre pied dans la Birmanie anglaise3 afin de gagner par là le Yunnanet les provinces méridionales de la Chine, qui offriraient à notre commerce de nouveaux et d’importants débouchés.
- Il est facile de voir par les détails qui précèdent quel immense intérêt nous avons à connaître la Birmanie, c’est la route la plus courte pour atteindre la Chine et sous ce rapport elle l’emporte sur celle du fleuve Rouge, bien que l’on doive s’attacher en France à développer la vie commerciale de noire jeune colonie de Cochinchine.
- Nous ne voulons pas cependant quitter la Birmanie sans donner quelques détails sur ses habitants. Les Birmans considèrent l’Arakan comme le berceau de leur race et c’est sans doute à cette raison qu’il faut attribuer la résistance vigoureuse qu’ils opposèrent aux Anglais.
- Convertis d’abord au brahmanisme, les Birmans ont adopté le bouddhisme vers le cinquième siècle de notre ère. La partie du Tenasserim, où l’on rencontre le plus grand nombre d’édifices religieux, est celle qui avoisine Maulmein.
- Les Birmans sont tout particulièrement adonnés à l’agriculture, et la culture la plus répandue est celle du riz, que favorisent singulièrement la fertilité du sol, la quantité des rivières et la longueur des pluies hivernales. Beaucoup de Siamois et de Birmans, depuis la conquête du pays par les Anglais, se sont établis dans le Tenasserim attirés par la sécurité et la bonne administration introduites par les Anglo-
- 1 Burma, past and présent. — London, Kegan Paul, 1878, 2 vol. in-8°.
- i Impérial Gazetter, a general diciionnary of geogra-pliy et Bulletin de la Société de Géographie, janvier 1881.
- 5 Bulletin de la Société de Géographie. Janvier 1887.
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- Un théâtre de marionnettes en Birmanie. (D’après une photographie communiquée à la Nature par
- M. le comte Mahc de la Bourdonnais.)
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- Saxons. Ils se sont adonnés principalement à la culture de la canne à sucre et à la chasse des éléphants ou des bêles féroces.
- On doit également rappeler l’existence d’un certain nombre de tribus montagnardes qui ont toujours su conserver une sorte d’indépendance. Tels sont les Karéens,qui d’abord confinés dans l’isthmede Kraw, vivent aujourd'hui dans les montagnes voisines de Siam. Mais au-dessous des Karéens, au dernier échelon de l’échelle de la civilisation, il convient de placer les Seelongs, hardis pêcheurs des îles Mer-gui, habitants temporaires de huttes de bambou pendant l’hiver, qui se contentent pendant le reste de l’année de l’ombre épaisse des arbres, qui vivent de tortues, de coquillages et d’autres fruits de la mer.
- L’immigration chinoise est aussi devenue assez considérable ; les Célestes, qui vivent presque exclusivement dans les villes de la côte, y ont apporté leurs qualités et leurs défauts bien connus.
- Un voyageur qui a résidé pendant une année entière dans la Birmanie anglaise, à qui nous devons une partie des détails qui précèdent, nous a également fourni quelques renseignements qui viennent s’ajouter avec fruit aux photographies que nous reproduisons ici. M. le comte Mahé de la Bourdonnais, ingénieur civil, qui a longtemps résidé à Calcutta et dans l’Inde anglaise, qui a ensuite visité Rangoon, Maulmein et une partie du Tenas-serim, nous racontait il y a quelques jours que les montreurs de marionnettes (voir fig.) parcourent le pays et donnent des représentations gratuites à l’occasion des fêtes religieuses ou lors du passage de quelque riche particulier. Les pièces qu’ils représentent sont pour la plupart tirées de l’histoire nationale et les personnages, princes, princesses, bouffons, égaient la trame sombre d’un drame à la Pixérécourt par des lazzis et force jeux de mots qui excitent les exclamations des assistants, femmes, enfants et vieillards, qui, sans souci d’une température souvent assez froide, suivent pendant une nuit entière, avec le plus vif intérêt, les péripéties de l’action qui se déroule sous leurs yeux.
- Les Birmans ont aussi des danseuses dont les exercices sont aussi indécents que ceux des baya-dères, mais en général ces femmes sont mal faites, ne sont pas cambrées et, contrairement aux Hotten-totes, ont la chute des reins très peu développée.
- Aux plaisanteries fortement épicées que débite un personnage ayant certains rapports avec le Karagheuz des Turcs, plaisanteries qui soulèvent les rires et certaines exclamations qui marquent la surprise et l’étonnement, succède une musique étourdissante. Les instruments les plus usités sont une grosse caisse en bois avec cymbales métalliques de plusieurs dimensions, des trompettes, des flûtes et des flageolets et une sorte de pipeaux qu’on ne rencontre nulle part ailleurs et qui permettent d’émettre tantôt les sons les plus harmonieux, tantôt les plus discordants.
- Tels sont les détails que nous avons jugé utile de donner sur la Birmanie anglaise. Us prennent nn intérêt tout particulier d’actualité au moment où tout semble se préparer pour l’annexion du Burmah indépendant. Le roi Thibau, dont les cruautés ont soulevé l’indignation et le dégoût de toute l’Europe, paraît atteint de delirium tremens. Sa mort sera certainement le signal de la guerre civile ; s’il vit, ses accès de folie peuvent amener quelque catastrophe épouvantable. Mandalay, sa capitale, est habitée par un petit nombre d'Anglais, de Français et d’Italiens dont la vie est entre les mains de ce despote aviné et inconscient, si bien que l’Angleterre est à la veille d’intervenir et de mettre fin par l’annexion du pays, aux sombres tragédies dont il est le théâtre.
- Gabriel Marcel.
- LES TRAVAUX DU PORT D’ANVERS
- Nous extrayons ici quelques renseignements intéressants d’une communication récemment adressée à la Société des Ingénieurs civils sur les travaux du port d’Anvers, par MM. Couvreux et Hersent, les entrepreneurs si connus qui ont attaché leurs noms aux principaux travaux publics accomplis à notre époque. Ceux qui ont été entrepris à Anvers pour l’agrandissement du port et la régularisation du cours de l’Escaut, présentent d’ailleurs une importance considérable à tous les égards, et ils vont donner sans doute encore au commerce de cette ville une extension nouvelle. Le tonnage des navires qui viennent au port d’Anvers atteint annuellement déjà 5 600000 tonnes, et il dépasse ainsi le double du tonnage de Marseille, limité à 2 6Ü0000; il est trois fois supérieur à celui du Havre (1 800 000); il y a lieu de penser que, après l’ouverture définitive de la ligne du Saint-Gotliard, il attirera définitivement à lui le grand mouvement de transit allant de la mer du Nord à la Méditerranée, car son port est mieux aménagé, il présente plus de facilité pour l’abordage des bateaux, qui trouvent toujours un mouillage de 8 mètres de profondeur. Il est admirablement desservi par des voies de navigation intérieure, il jouit généralement sur les voies ferrées de tarifs de transport très favorables, et en même temps les formalités diverses y sont moins longues et compliquées que dans les autres ports du littoral, surtout en France. D’autre part, au point de vue même de l’installation, le port d’Anvers est un des mieux outillés pour assurer le chargement et le déchargement des bateaux, le réseau de voies ferrées qu’il renferme comprend une longueur supérieure à 65 kilomètres et occupe une superficie de 32 hectares, il possède en même temps plus de 32 000 mètres carrés de hangars couverts. Ce port, de construction récente, comprenait déjà avant ces derniers travaux sept bassins à flot, occupant une
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- surface totale de 40 hectares, avec des quais de 4 kilomètres de longueur ; il est devenu cependant rapidement insuffisant pour les navires si nombreux qui y viennent maintenant, et un mètre de quai, qui correspondait autrefois, en 1855, par exemple, à 175 tonnes de jauge moyenne, devait suffire en 1876 à un trafic de 500 tonnes.
- En présence de cette situation, le gouvernement belge et la ville d’Anvers se décidèrent à faire les sacrifices nécessaires pour lui donner les agrandissements imposés par l’extension de son trafic.
- La Commission chargée de l'étude des travaux à accomplir reconnut qu’il fallait d’abord régulariser le cours de l'Escaut pour faciliter la circulation des eaux, et donner au fleuve une section uniforme avec une largeur de 550 mètres et une profondeur de 8 mètres dans toute l’étendue de la ville. En outre, il était nécessaire de prolonger sur une longueur de 5500 mètres environ les quais du fleuve, qui n’étaient pas accostables pour les navires sur plus de 500 mètres. Le mur qui va être construit à cet effet, et qui doit aller detmis l’écluse du bassin de Kattendyk jusqu’à l’extrémité des terrains de la citadelle, a son tracé général donné, comme l’indique la figure 6 qui représente le plan de la ville avec les nouveaux travaux, par deux arcs de cercle raccordés au moyen d’une tangente commune.
- On doit construire en outre un bassin de batelage de 4 hectares de superficie, avec des quais dont le développement longitudinal atteindra 4800 mètres, en laissant une largeur de 50 mètres devant la façade des maisons. Ce bassin sera rattaché à l'Escaut par l’intermédiaire d’une écluse à sas de 15 mètres de largeur avec un chenal d’entrée permettant aux bateaux de stationner en dehors du courant. Enfin une digue de raccordement spéciale sera construite à l’amont du quai pour prolonger la nouvelle rive de l’Escaut.
- Ces travaux considérables, qui comptent parmi les grandes entreprises de notre époque, furent adjugés à MM. Couvreux et Hersent pour la somme de 58 millions de francs, et sont actuellement en cours d’exécution.
- Legrand mur de soutènement du quai'de l’Escaut, dont nous venons de parler, doit avoir 7 mètres de largeur au-dessus des fondations avec un fruit de 1/10, et il aura une hauteur moyenne de 14in,55. Les fondations ont une largeur de 9 mètres, elles descendent dans le lit de la rivière à des profondeurs variant de 2m,50 à 5 mètres, suivant la nature du sol. L’établissement de ces fondations en particulier, présentait des difficultés considérables dont les entrepreneurs sont parvenus à se rendre maîtres, grâce à leur habileté et à leur expérience consommées. Comme il fallait creuser à 8 mètres de profondeur au-dessous du niveau de l’eau, ils durent avoir recours à l’air comprimé. Le travail était exécuté par tronçons de 25 mètres de longueur ; on établissait les fondations à l’intérieur d’un premier caisson fixe de 25 mètres, installé au fond de la rivière. Ce
- caisson, destiné à rester au fond de l’eau après l’achèvement des travaux, était surmonté pendant le travail, d’un batardeau mobile assemblé exactement sur lui, qui permettait en outre d’édifier la maçon- • nerie au-dessus du plafond du caisson jusqu’à l’amener au niveau de l’eau (fig. 1 et 2).
- Le caisson lui-même avait une section uniforme de 25 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, et une hauteur variant de 2m,6Ü à 6 mètres, suivant la nature du sol dans lequel on devait l’enfoncer. La chambre de travail, à la partie inférieure, qui servait à l’extraction des déblais, avait lm,90 de hauteur ; elle était surmontée d’un plafond formé d’une tôle de 6 millimètres, raidie par des poutres transversales espacées de mètre en mètre. On avait ménagé, d’autre part, cinq cheminées donnant accès dans la chambre à air pour l’entrée des ouvriers et l’introduction de l’air comprimé et du béton qui devait remplir finalement la chambre.
- Quant au batardeau mobile, il présentait la forme d une grande caisse en fer sans fond, de 14 mètres de hauteur, dont les parois avaient 0U\50 d’épaisseur, ce qui lui laissait à l’intérieur 24 mètres de long sur 8 mètres de large. A la partie inférieure des parois était ménagée une chambre complètement étanche, qu’on pouvait remplir d’air comprimé et dans la base de laquelle étaient percés les trous, d’assemblage correspondant avec ceux du caisson. Les cheminées du caisson étaient également prolongées sur le batardeau par des tubes débouchant à l’air libre. Le batardeau avec tous ses accessoires pesait 200 tonnes environ ; il était emmené sur un échafaudage flottant porté lui-même par deux bateaux de 26 mètres de long et 5 mètres de largeur. Ceux-ci étaient espacés de 10 mètres et supportaient six fermes de 12 mètres de hauteur, l’ensemble formant une sorte de cage dans laquelle était enfermé le batardeau (fig. 1 et 2).
- Le levage et la descente de cette énorme masse pour l’amener sur l’échafaudage s’opéraient à l’aide de douze palans actionnés par autant de treuils à noix commandés eux-mêmes par une machine à vapeur. C’était là une opération des plus délicates exigeant des précautions spéciales, aussi les chaînes étaient-elles rigoureusement calibrées pour obtenir une descente régulière et éviter toute déviation : on avait même ajouté à l’extrémité supérieure de chaque palan un ressort à cinq disques en caoutchouc pour régulariser la charge qu’il soutenait. La machine à vapeur qui commandait les palans était installée sur le ponton de l’échafaudage flottant, et elle actionnait également deux pompes à air pouvant fournir chacune 500 mètres cubes à l’heure pour alimenter les caissons ; elle commandait en outre deux grues qui soulevaient les matériaux pour les introduire dans le batardeau. Les broyeurs à mortier et les grues qui les desservent étaient commandés enfin par une machine spéciale installée aussi sur le ponton, de sorte que tout le travail s’opérait mécaniquement.
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- On comprend dès lors dans quelles conditions s’effectue la construction de chaque tronçon de 25 mètres de mur : on amène d’abord l’échafaudage flottant avec le batardeau à la place que doit occuper le tronçon à la suite de la partie déjà construite et on l’y maintient solidement au moyen de douze ancres de 500 kilogr. chacune. Le caisson est ensuite amené des chantiers simplement en le flottant et on vient le placer au-dessous et au contact du batardeau dont la base inférieure est élevée à 70 centimètres au-dessus du niveau des eaux. On pose un caoutchouc sur le caisson pour faire le joint et
- on l’assemble avec le batardeau en introduisant de l'air comprimé dans la chambre quand les trous sont bien en lace, puis on serre les trois cent soixante boulons de joints, en descendant dans la galerie d’assemblage. On pose alors le béton sur le plafond jusqu’au niveau supérieur des poutres ; on commence au-dessus la construction en maçonnerie, et on continue,ainsi jusqu’à ce que le caisson touche terre à marée basse. On rectifie alors, s’il y a lieu, la position de cet appareil flottant, on l’amène exactement à sa position, puis on l’y laisse définitivement en lâchant la pression. Si le caisson vient à
- Fig. 1 et 2.— Échafaudage flottant. Batardeau mobile, etc. — Fig.3 à 3. Construction d’une galerie souterraine au moyen de l’air comprimé.
- s’incliner dans ce travail, les hommes descendent dans la chambre à air à marée basse, ils règlent rapidement le terrain dans le lit de la rivière sous les parois du caisson, puis ils remontent immédiatement au jour. Quand le caisson est assez chargé pour ne plus être soulevé même à marée haute, on remplit la chambre de travail d’air comprimé et on nettoie l’intérieur en déblayant le sable et les matières vaseuses. Ces déblais sont versés à la pelle dans une caisse pleine d’eau sous pression d’oîi ils sont évacués au dehors.
- Quand on est arrivé au sol de fondation, on procède au remplissage de la chambre de travail et on y introduit le béton par quatre cheminées à écluses.
- On a soin de répartir celui-ci bien uniformément par couches successives qu’on pilonne fortement. Après avoir terminé ce travail, on déboulonne les cheminées pour les enlever avec le batardeau qu’on détache définitivement dès que la maçonnerie est arrivée au-dessus du niveau des eaux, et on le reprend alors pour une nouvelle opération avec un autre caisson. On achève enfin la maçonnerie supérieure à l’air libre, et il ne reste plus qu’à remplir l’espace qu’occupaient les cheminées, et à raccorder deux tronçons successifs de 25 mètres de manière à faire une muraille continue. Comme celle-ci est à 100 mètres de la rive actuelle, il faut remblayer une quantité de terre considérable pour terminer
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- le quai ; il est important, dans cette opération, de I prévenir les infdtrations en employant des argiles d’alluvion, pour luter les joints avant de poser les remblais formés ordinairement de sablés de dragages. La construction de chaque tronçon de 25 mètres exige actuellement vingt-cinq jours environ.
- Nous dirons peu de chose des autres travaux exécutés à Anvers concurremment avec les murs des quais de l’Escaut; toutefois nous signalerons spécialement la construction des murs des quais du bassin de batelage creusé dans le terre-plein de la citadelle du Sud ; car ces murs ont été édifiés sans caissons et par un procédé différent de celui que nous venons de décrire. On s’est borné en effet à couler
- au niveau du fond du bassin une couche de béton de 1 mètre d’épaisseur sur 5 mètres de largeur encaissée entre deux files de pieux et de palplanches, la maçonnerie a été ensuite posée sur le béton, et élevée à une hauteur de 8m,55. La fouille nécessaire a été creusée en épuisant les eaux au moyen de deux pompes centrifuges, et le battage des pieux et palplanches, effectué d’abord au moyen d'une sonnette à vapeur, a été poursuivi ensuite sous pression d’eau dans des conditions curieuses. Le sol étant composé de sable lin, on creusait d’abord un trou de 2 mètres de profondeur par simple injection d’eau au moyen d’une lance à incendie, puis on mettait le pieu en place à côté de la lance et celui-ci s'enfonçait alors facilement sous une faible pre-sion
- g. Moribu 5c.
- Fig. 6. Plan du la ville d’Anvers indiquant lus travaux en cours d’exécution pour l'alignement des quais de l’Escaut et l’agrandissement
- des bassins.
- jusqu’à sa position définitive; quand on enlève ensuite la lance, le sable se referme autour du pieu qui présente ainsi une grande solidité.
- Les travaux exécutés par M. Hersent pour l’agran dissement du bassin de Kattendyk méritent également d’être signalés, car ils fournissent un exemple intéressant et sans doute unique jusqu’à présent de l’application de l’air comprimé dans les travaux de percement des galeries à travers des terrains formés exclusivement de sables mouvants.
- On s’est trouvé amené, en effet, pour assurer l’écoulement des eaux, à percer une galerie de jonction allant des cales nouvellement construites jusqu’à l’ancienne machine d’épuisement, et on dut traverser à cet effet des couches de sables sans aucune consistance à 8,n,50 en contre-bas du bassin. Le travail dans un pareil terrain présentait en quelque sorte les mêmes difficultés que sous l’eau, et
- il fallut encore recourir à l’intermédiaire de l’air comprimé pour soutenir le terrain pendant les travaux.
- On perça d’abord un puits de 12m,25 de profondeur, qui devait servir de point de départ à la galerie à construire. Ce puits, qui traverse des couches constamment sablonneuses, dut être creusé en partie à l’air comprimé, il fut garni d’un cuvelage en fonte qui .maintenait les parois à mesure de l’approfondissement, tandis que la partie supérieure était hermétiquement fermée par un plateau métallique muni d’une écluse qui permettait de maintenir à l’intérieur la pression d’air nécessaire.
- Lorsqu’on fut arrivé au niveau de la galerie à construire, on déboulonna une porte préparée à l’avance dans la virole intérieure, et on commença le travail de la manière suivante : on déblayait le terrain sur une longueur de 50 centimètres, de manière
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- à pouvoir mettre en place un anneau de la galerie, et on soutenait le terrain comme il a e'té dit par une pression d’air comprimé juste suffisante pour ne pas créer de fuites à la surface. Aussitôt que l’anneau était mis en place et boulonné, on le garnissait soigneusement de sable tout autour et on le lutait avec de l’argile pour éviter toute fuite. On voit sur les ligures 5 et 4 la coupe d'une galerie creusée dans ces conditions, les anneaux sont mis en place, sur une certaine longueur, tandis que le front de taille est creusé à l’avant et assez loin pour recevoir un nouvel anneau. Ces anneaux sont représentés en coupe et en vue extérieure dans les ligures 4 et 5 ; ils sont en fonte consolidée par des nervures en dehors, ils ont à l'intérieur lm,50 de hauteur et lm,20 de largeur, chacun d’eux est composé de quatre pièces qui sont boulonnées ensemble au moment de la mise en place, les joints sont faits avec de la corde goudronnée qui se trouve fortement comprimée par le serrage.
- Les déblais sont emmenés par un wagonnet roulant sur la voie de la galerie et remontés au jour dans une benne en traversant l’écluse du puits, comme l’indique la ligure 5.
- L. B.
- CORRESPONDANCE
- sur l’amélioration des vins par l’électricité
- Lyon, le 5 mai 1882.
- Monsieur G. Tissaudier,
- Avant lu dans la Nature du 22 avril, que vous publiez avec beaucoup de réserve les résultats obtenus par l’élcc-trolysation des vins, et aussi que vous sembliez attendre d’autres expériences pour vous prononcer, je vous communique celles que j’ai faites dans le même but et qui m’ont donné des résultats tellement satisfaisants que je n’hésite pas à les publier. Connaissant par votre article les avantages fournis par l’électricité pour la rectification des alcools mauvais goût sur les procédés ordinaires *, et avant aussi, quoique vaguement, entendu parler des effets du merveilleux agent sur les vins âpres et verts, disposant enlin, d’une machine Gramme ('ype normal), je résolus de m’assurer d& cela, et voici comment j’ai opéré :
- Je fis d’abord une espèce de voltamètre en perçant le fond d’un vase en faïence, d’une contenance de 2 litres et demi environ, pour y disposer deux lames de platine, les électrodes, que je reliai, aux bornes de la machine par des fils de cuivre recouverts de soie d’un diamètre assez petit, mais en rapport cependant avec la section des lames de platine. Quoique l’emploi d’électrodes et de fils plus gros m’eût donné une action plus rapide, j’ai préféré en employer de petits, parce que les gaz en se dégageant plus lentement et en moins grande quantité, doivent mieux pénétrer la masse du liquide et ainsi réduire plus complètement les sels et acides du vin. Ensuite, tout étant disposé, je versai dans le vase 2 litres d’un vin venu en plaine, aux environs de Lyon, et par conséquent très âpre, puis je fis mettre en marche.
- N’ayant pas d’instrument pour cela, je n’ai pu mesurer
- 1 Voy. la Nature, n° 443 du 26 novembre 1881, p. 403.
- l’intensité du courant, mais d’après les bulles gazeuses qui se dégageaient aux électrodes, je l’ai estimée à trois ou quatre ampères. Après quinze minutes de traitement je goûtai le vin avec plusieurs personnes qui assistaient à l’expérience, et nous le trouvâmes bien moins âpre, moins happant, plus doux et meilleur. Je continuai l’expérience encore un quart d’heure, puis ayant de nouveau goûté le vin, nous constatâmes qu’il était complètement transformé; il n’était plus du tout âpre et avait un ton moelleux qui flattait agréablement le palais. Toutefois son odeur n’avait pas changé d’une manière sensible. Un traitement plus prolongé ne m’a pas paru ajouter beaucoup aux résultats acquis en trente minutes. Sans doute pour cette quantité (2 litres), ce temps suffit pour que la réaction soit complète.
- J’ai renouvelé l’expérience plusieurs fois et sur différentes qualités de vins et j’ai toujours observé les mêmes effets. Aussi quoique je n’aie pas opéré sur de grandes quantités, je suis convaincu que l’électricité donne le moyen d’améliorer beaucoup les vins et de les taire vieillir prématurément.
- J’ai conservé des échantillons de tous les vins que j’ai traités, afin de voir si, dans la bouteille, avec le temps, ils perdraient les qualités que l’électricité leur a données, ou s’ils peuvent encore devenir meilleurs.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Anuelier.
- SUR UNE EXPÉRIENCE d’hïURAULIQUE Monsieur,
- Voici une expérience très simple qui peut être ajoutée au tourniquet hydraulique et au chariot à réaction, pour démontrer l’existence des pressions sur les parois d’un vase contenant de l’eau.
- On adapte à un robinet à eau un tube en caoutchouc (il vaut mieux le choisir vieux, de manière qu’il soit
- Positions prises par un caoutchouc sous l'inlluence d’un courant d'eau assez puissant. — 1. Manière d’exécuter l’expérience. Les lignes pointillées indiquent d’autres positions. 2. Position prise par un caoutchouc mince.
- assez flexible). A l’extrémité libre du tube on fixe un tube de verre recourbé formant un angle plus ou moins aigu ou plus ou moins obtus. On ouvre le robinet. La réaction de l’eau sur le tube le déplace, mais grâce à l’élasticité du caoutchouc, la direction de cette force change très rapidement, et le tube prend les mouvements les plus variés et les plus étranges : tantôt on dirait les mouvements d’un cygne, tantôt ceux d’un serpent.
- Si l’on emploie un caoutchouc très mince, les mouve-
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- ments sont encore plus compliqués ; il n’est même pas nécessaire alors de terminer le caoutchouc par un tube de verre, pourvu que l’on dispose d’une pression d'eau suffisante.
- Ces expériences, que nous faisons dans notre cours au lycée, mon collègue et moi, ont eu beaucoup de succès, surtout auprès des élèves les plus jeunes. Peut-être pourriez-vous les indiquer dans votre journal, à la suite de votre intéressante série : la Physique sans appareils.
- .1. G...,
- Ancien élève de l’Ecole Normale, Professeur au lycée de X ..
- CHRONIQUE
- L’éMipse totale de soleil du 19 mai 188%.
- — Ce phénomène astronomique, qui fournira l’occasion d’observations intéressantes, sera partiellement visible à Paris et dans presque toute la France. Le commencement de l’éclipse aura lieu à 6 h. 11 m. 6 du matin et la fin, à 7 h. 35 m. 6. La grandeur de l’éclipse augmente à mesure que l’on avance vers le S. E. ; comme l’indique Y Annuaire du Bureau des Longitudes, cette grandeur sera de 0,245 à Paris, de 0,313 à Lyon et de 0,560 à Marseille. « Plusieurs expéditions astronomiques, ditM. C. Flammarion, dans Y Astronomie, se sont déjà mises en route pour l’observation de cette éclipse, notamment celle de l’Observatoire de Nice, dont M. Thollon sera le principal observateur. Divers savants anglais, parmi lesquels nous remarquons MM. Ranyard, Lewis Swift, Lockyer et Abney, se préparent à la même observation. On a choisi pour station un pointf de la ligne centrale situé sur les bords du Nil, à 100 kilomètres au sud de Siout. »
- Chemin de fer de Puris ù. Xcw-lork. — Un
- nouveau projet proposé par plusieurs ingénieurs vient de prendre naissance aux Etats-Unis. 11 s’agirait de construire un chemin de fer qui permettrait d’aller de New-York à Paris, en cinq jours et demi ; le voyage de terre ne serait interrompu que par une traversée de deux heures de mer près du détroit de Behring. Le tracé partant de New-York, traverse le Canada, la Nouvelle-Géorgie et l’Alaska jusqu’au cap du Prince-de-Galles, d’où les voyageurs seraient transportés par steamer au cap de l’Est, sur la côte asiatique opposée au détroit de Behring, et à une distance d’environ 40 milles de l’extrémité occidentale du nord du continent américain. Du cap de l’Est le chemin de fer projeté traverserait le territoire russe jusqu’à son croisement avec le réseau des chemins de fer sibériens, lesquels sont déjà en correspondance par la voie de Moscou et de Saint-Pétersbourg, avec les capitales européennes. On calcule que la distance entre New-York et Paris pourrait être franchie par cette route en une dizaine de jours ; il nous semble qu’il faudrait au moins trois fois le temps qu’on met actuellement pour faire le voyage en chemin de fer de New-York à San Francisco.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Se'ance du 8 mai 1882.
- M. de Freycinet. — On s’aperçoit dès l’entrée dans la salle que ce n’est pas aujourd’hui un jour ordinaire. Soixante-quatre académiciens sont à leur place; le public
- remplit les sièges qui lui sont attribués. Il s’agit, en effet, de l’élection d’un académicien libre en remplacement de feu M. Bussy, et l’on sait que le président du Conseil, M. de Freycinet, est candidat. Aussi jusqu’au moment du vote, l’attention de l’assistance est-elle fort distraite aux communications; le résultat une foisconnu, la salle se vide comme par enchantement. La Commission de candidature avait présenté : en première ligne, M. de Freycinet ; en seconde ligne, ex æquo et par ordre alphabétique, MM. Bertin, Cailletet et Gruner ; en troisième ligne, M. Bourgoin. M. de Freycinet est élu par 42 suffrages, contre 17 donnés à M. Gruner 2 à M. Bertin et 2 à M. Cailletet. Le soixante-quatrième bulletin désigne M. Émile Olivier.
- Etude des matières albuminoïdes. — M. Dumas lit un rapport des plus favorables sur les longues recherches que M. Béchamp a consacrées dans ces dernières années aux solutions albuminoïdes. Ces substances, dont le rôle est si considérable dans la constitution des animaux et des plantes, comptent parmi les moins connues de toute la chimie organique. Elles ne sont, en effet, ni volatiles, ni cristallisables, et on s’aperçoit bien souvent en faisant leur étude que ce qu’on prenait pour un composé déterminé est réellement un mélange de plusieurs corps différents. Enfin, quand on essaie d’exprimer la composition des matières albuminoïdes par des formules, on obtient des résultats si compliqués qu’on a bien de la peine à les lier avec les équations fondamentales de la chimie organique.
- Aussi est-ce un très grand progrès dont on sera redevable à M. Béchamp que d’avoir constaté dans le pouvoir rotatoire des substances albuminoïdes vis-à-vis du plan de polarisation de la lumière polarisée, un caractère qui permet de spécifier chacune d’elles.
- Parmi les notions nouvelles qui nous sont ainsi aequises d’une manière positive, M. Dumas insiste sur ce fait imprévu que le blanc d’œuf résulte du mélange de trois corps différents : un premier qui précipite par le sous-acétate de plomb, un second qui précipite par le sous-acétate de plomb ammoniacal, un dernier non coagulable, soluble dans l’eau et qui manifeste toutes les propriétés des ferments. Ce même ferment, dont le rôle d’ailleurs n’est pas connu, se retrouve dans le sérum du sang, dans le lait, dans le jaune d’œuf et dans une foule d’autres liquides organiques.
- M. Béchamp a étudié la fibrine. L’acide chlorhydrique étendu dissout presque complètement cette substance. Le résidu grumeleux est encore un corps albuminoïde et, chose bien intéressante, c’est chez lui qu’est localisée la curieuse propriété de la fibrine déjà signalée par Thénard, de décomposer l’eau oxygénée. On sait que c’est la seule substance organique jouissant de cette action décomposante et il est naturel de se demander, comme l’a fait naguère M. Dumas, si là n’est pas le secret de quelqu’une des propriétés du sang. Bien que les recherches de l’illustre chimiste aient été négatives, il ne désespère pas de voir un jour un opérateur plus heureux démontrer que le sang renferme, ne fùt-ce que d’une manière transitoire, une proportion plus ou moins considérable d’eau oxygénée.
- La trière athénienne. — L’Académie était aujourd’hui en veine de rapports. M. Dupuy de Lomé signale les rares mérites des essais de reconstitution tentés par l’amiral Serres à l’égard de la trière athénienne. A cette occasion, M. Jurien de la Gravière explique que si les études de ee genre ont pour les officiers généraux de la marine un intérêt très vif, c’est que depuis quelque temps on songe
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- sérieusement à retourner à certaines pratiques de la tactique navale antique. Aux grandes flottes on veut de plus en plus associer des flottilles permettant à l’arme de la marine de prendre une part plus active aux opérations de guerre. Far exemple, on étudie le moyen de faire passer rapidement une flottille de bateaux torpilleurs d’un faible tirant d’eau de la Méditerranée jusque dans la Manche par les canaux dès maintenant existants.
- Mer d'Algérie. — M. Colson annonce qu’il se propose de reprendre lundi prochain les critiques qu’il se croit autorisé à opposer au projetée mer intérieure en Algérie.
- L'Origine des êtres vivants. — C’est le titre d’un volume très bien illustré que M. lléiucnt publie à la librairie Famé et Nathan. On y trouvera un exposé clair et méthodique des faits concernant le développement des
- .Nouveaux accumulateurs gaufrés. — 1,2, 5. Détails de la
- qui offrent une importance capitale, se développe et prend de l’extension au fur et à mesure que progressent les applications de l’électricité. Les accumulateurs de M. Faure, dont nous avons donné la description à plusieurs reprises1, ont reçu et reçoivent chaque jour d’intéressantes applications industrielles. Les accumulateurs gaufrés, dont nous avons également parlé2 nous paraissent aussi appelés à rendre des services. Ils sont aujourd’hui fabriqués en grand par M. de Kabatli, qui a mis à profit tous les principes découverts par M. Gaston Planté et qui a cherché principalement à augmenter considérablement la surface du plomb dans les accumulateurs, dans le but de multiplier les effets d’accumulation ou d’emmagasinement. La confection des accumulateurs gaufrés est ingénieuse ; ces
- 1 Voy. n° 448 du 51 décembre 1881, p. 67.
- * Voy. n" 442 du 19 novembre 1881, page 596.
- œufs et des graines, ainsi qu’un résumé des éludes récentes sur le;s germes atmosphériques.
- Varia. — Au nom de M. F. Fischer, aide-naturaliste au Muséum, M. Gaudry présente une nouvelle livraison de l’excellent Manuel de Conchyliologie. — M. Robinet étudie certaines propriétés de l’acide salieylique. — Les composés earbo-silicés occupent M. Colson. — On signale plusieurs notes sur la navigation aérienne.
- Stanislas Mkcnilk
- NOUVEAUX ACCUMULATEURS ÉLECTRIQUES
- La découverte des piles secondaires ou accumulateurs, due à M. Gaston Planté, comme toutes celles
- ricatiou. — i. Dite industrielle. — îj. Pile de laboratoire.
- appareils sont formés de petites lames de plomb très minces, dont la surface est ondulée; ces petites lames juxtaposées sont maintenues dans deux feuilles de plomb percées de trous (n° 1 de la figure). Elles forment des prismes rectangulaires de plomb (n° 2) qui constituent les éléments de la pile (n° 5). Le tout est solidement maintenu dans une boîte de bois doublée de plomb qui contient l’eau acidulée et qui forme la pile industrielle (fig. 4). Un modèle plus petit sert de pile de laboratoire. Nous nous bornons à signaler les accumulateurs gaufrés, nous promettant de revenir sur leur compte quand nous aurons pu apprécier par nous-même leur véritable valeur et leur rendement.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissakdieh.
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, ù Paris.
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- N° 468
- 20 MAI 1 882,
- LA NATURE,
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- LES PTER0CHR0ZES
- C’est assurément dans l'ordre des Orthoptères que nous trouvons les insectes aux formes les plus singulières, et cependant ils ont été presque com-
- plètement négligés par les entomologistes, qui leur ont préféré les Coléoptères et les Lépidoptères, dont l’élégance des formes et les riches couleurs attirent
- l'téroclirozes. — Pleruchrosa ocellata L. (à gauche) — Plerochroza picturala Scrv. (en haut). — l'teroc'troza pavoni.folia Walk. (à
- droite et en bas). Grandeur naturelle.
- tous les regards ; aussi n’est-il pas sans intérêt d'en faire connaître ici les principaux-groupes. Déjà mon savant collègue M. J. Kiinckel d’Herculais nous a parlé des types les plus remarquables de cet ordre, les Phyllophores, les Eurycanlhes et les Kéraocranes1;
- 1 Voir la Nature, ami. 1879, 1er sern., p. 55 et 408, ci 2* sem., p. 172.
- 10* mee. —
- étudions à présent plus spécialement lesPtérochrozes Les Ptérochrozes sont des Orthoptères appartenant à la famille des Locustiens et à la tribu des Fléro-chrozides, qui habitent les contrées les plus chaudes du globe. On les trouve au Brésil, à Cayenne, à Surinam et en général dans l’Amérique équatoriale. Ce sont des insectes essentiellement sauteurs, ainsi
- 25
- l*r semestre
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- LA N AT UK E.
- que le prouve le grand développement de leurs pattes postérieures ; mais ils se servent fréquemment de leurs ailes. Leur vol est lourd, ,peu soutenu, aussi ne peuvent-ils pas entreprendre ces grandes migrations, si funestes aux.végétaux., comme le font certains Acridiens, notamment le Criquet voyageur, considéré, dans les pays chauds, comme le fléau de l’agriculture. Du reste, ils ne sont jamais très nombreux.
- Ce qui frappe surtout, en examinant une Ptéro-chroze, c’est la nervation particulière et la couleur de ses élytres qui lui donne l’apparence d’une feuille verte ou d’une feuille sèche, lorsqu’elle est au repos, les ailes repliées. Il existe également dans une famille voisine, celle des Phasmides, des Orthoptères fort curieux, tes Phyllies1, qui ressemblent étonnamment à des feuilles, et quand ces insectes sont posés sur les arbres, le naturaliste lui-même a beaucoup de mal à les découvrir. Ne pouvons-nous pas voir, dans cette ressemblance, un nouveau moyen donné par la nature à ces faibles animaux pour se soustraire aux poursuites de leurs nombreux ennemis. Les Ptéro-chrozes se nourrissent exclusivement de végétaux et se tiennent au milieu des herbes des forêts tropicales ou sur les branches des arbres. Seize espèces environ sont connues et décrites aujourd’hui. On ne rencontre l’insecte parfait qu’à la fin de l’été et en automne; pendant les autres mois ils sont à l’état de larve et de nymphe et ne diffèrent de l’adulte que par l’absence d’ailes. Rappelons que les métamorphoses de ces insectes n’ont rien de comparable avec celles des Coléoptères et des Lépidoptères. Au moment de sa naissance, le jeune Orthoptère ressemble à ses parents et prend son accroissement définitif par une succession de changements de peau ; sa nymphe possède des rudiments d’ély très et d’ailes et conserve toute son activité.
- Les femelles dés Ptérocbrozes possèdent une tarière à œufs ou oviscapte, formée de deux lames, creusées d’une gouttière. Ces lames, accolées l’une contre l’autre, sont introduites dans la terre par l’insecte et se séparent alors pour livrer passage aux œufs; elles sont presque toujours recourbées en dessus, ce qui les fait ressembler à un sabre. Les mâles ont un organe stridulant situé à la base de leurs élytres.
- Nous voyons représentée, dans la planche ci-contre, l’espèce la plus anciennement connue, la Ptéro-cliroze ocellée [Pterochrom ocellata, L.). Son corps est brun ; ses antennes longues, multiartieulées et légèrement pubescentes. Les élytres sont opaques, rougeâtres, parsemés de taches irrégulières noires et de petits points blancs. Les ailes, transparentes et d’un blanc grisâtre, ont leurs nervures, transversales brunes; elles offrent à leur extrémité une tache ocellée d’un brun rougeâtre, circonscrite intérieurement par un large croissant noir et dont le centre présente quelques taches allongées et blanches.
- 1 Voir la Nature, ami. 1874, 1er sem., p. ‘2'Jl.
- La gravure nous montre aussi la Ptérochroze peinte (Pterochroza picturata, Serv.) et la Plero-chroza (Cycloplera) pavonifolia, Walk, dont le corps est verdâtre, les élytres verts, tachetés de noir et de brun et les ailes blanchâtres, ornées à leur extrémité, comme dans les autres espèces, d’une belle tache ocellée.
- Henri Gadeau de Kekvillk.
- LE
- PERCEMENT DE L’ISTHME DE CORINTHE
- Moins vaste que les Océans, réunis aujourd’hui, ou près de l’être, par les détroits de Suez et de Panama, la Méditerranée, dont la surface n’est que six fois celle de la France, n’en possède pas moins un mouvement commercial considérable. Pendant de longs siècles, la « mer du Milieu » fut le centre des échanges du monde civilisé; et les écrivains anciens, en considérant les sinuosités admirables de ses rives, aux golfes profonds et sûrs, aux promontoires et aux îles distribués à profusion dans ses eaux, ne craignaient pas de comparer sa merveilleuse configuration aux plis et replis du cerveau du monde. La découverte de l’Amérique, celle du cap de Bonne-Espérance, l’élargissement infini de nos connaissances maritimes, reléguèrent la Méditerranée dans un rôle plus modeste. Elle n’en montre pas moins encore sur ses bords quelques-unes des premières places commerciales, Barcelone, Marseille, Gênes, Trieste, Constantinople. Les ports de la Méditerranée possèdent trente mille navires, sans compter les embarcations de pêche, d’une capacité totale de 2 millions 1/2 de tonneaux, soit plus du quart de la flotte commerciale du monde entier et le sixième de son tonnage. Quiconque a eu l’occasion de visiter les ports méditerranéens, n’a point oublié le coup d’œil vraiment féerique que présentent leurs bassins, avec leurs longues files de navires, vapeurs ou voiliers, supportant l’épaisse forêt de mâtures, balançant au gré de la mer leurs pavillons multicolores. Au chiffre déjà colossal de la flotte méditerranéenne, il convient d’ajouter encore le tonnage des navires de toutes nations, principalement anglais, qui viennent trafiquer sur ses côtes, de Gibraltar à la mer d’Azof, apportant les charbons de Cardiff ou de Newcastle, les pétroles d’Amérique, toutes les matières premières ou fabriquées du Nouveau Monde, remportant les blés de Russie, les soufres de Sicile, les minerais de Sardaigne, d’Afrique ou de Grèce, toutes les productions si variées de ce bassin sur lequel trois continents, trois mondes différents, viennent affleurer. Le commerce méditerranéen tout entier est représenté par un trafic de 82 millions de tonnes, d’une valeur de 8 milliards de francs.
- Cette appréciation générale du mouvement auquel la Méditerranée sert de véhicule suffirait presque
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- pour nous faire apprécier l’utilité de l’œuvre qui vient s imposer à nous, après ses deux aînées de Suez et de Panama. Placé sur la route directe que suivent, dans la voie de leurs échanges, les places orientales et occidentales de la Méditerranée, le canal qui coupera l’isthme de Corinthe ne peut manquer d attirer dans ses eaux la totalité des navires qui contournent aujourd’hui les promontoires de la Grèce. Un simple examen de la carte de cette partie du bassin maritime suffira pour nous en convaincre. L’isthme de Corinthe étant situé sur le 58° degré de latitude, et le cap Matapan sur le 56e, les navires qui font le commerce des ports occidentaux français, espagnols, italiens, autrichiens, avec les ports orientaux de la Grèce, de la Turquie d’Europe, de l’Asie Mineure, du bas Danube, de la mer Noire, gagneront ainsi un parcours qui peut s’évaluer de 95 à 185 milles, soit 180 à 545 kilomètres, suivant qu’ils viendront de la Méditerranée elle-même ou de l’Adriatique. Sur la carte annexée (fig. 1), nous avons indiqué avec un trait fort la route nouvelle par l’isthme, partant de Messine pour les navires venant de la Méditerranée, de Brindisi pour les provenances de l’Adriatique, et se dirigeant tous deux vers l’isthme par le golfe de Patras et la baie de Corinthe. Les traits plus légers, qui réunissent entre eux les différents ports, indiquent les routes maritimes suivies à ce jour, en particulier celle qui contourne la presqu’île grecque du Péloponèsc.
- A côté de l’économie de temps dont bénéficieront voyageurs et marchandises, on peut encore faire valoir, en faveur de la traversée par l’isthme, la suppression pour les navires du dangereux passage des caps de la presqu’île. De toute antiquité, les deux promontoires grecs ont joui de la plus détestable réputation. Le plus rapproché de la côte asiatique, le cap Malia, était la terreur des marins hellènes ou phéniciens forcés de s’aventurer dans cette passe terrible, où la mer, rendue furieuse par le choc de courants contraires, passait pour être sans merci. « As-tu doublé le cap, disaient les anciens navigateurs, oublie le nom de ta patrie. » Le promontoire voisin du Ténare, avec ses deux caps, le Matapan et le Grosso, était redouté à l’égal du cap Malia. C’est aux grottes profondes du Grosso, dans lesquelles s’engouffrent avec un clapotis lugubre les rafales de mer, que la mythologie faisait entendre les aboiements de Cerbère. Quant au cap lui-même, il était pour nos ancêtres « le grand tueur d’hommes ». Pour s’être soustraits de nos jours à la glorieuse et terrible vénération que lui portaient les anciens, le cap Matapan-et l’archipel qui l’avoisine n’en ont pas moins conservé leur mer inhospitalière, peu favorable à la navigation, si nous nous rappelons surtout qu’une très grosse part du mouvement maritime s'y fait avec des voiliers d’assez faible tonnage.
- La réalisation du vaste et utile projet à la tête duquel est placé le général Türr, et que patronne, comme toutes les grandes œuvres de civilisa-
- tion, M. de Lesseps, avait été rêvée maintes fois par les anciens. Déjà, 628 ans avant notre ère, Périandre, tyran de Corinthe, songe à la percée de l’isthme; trois siècles plus tard, Démétrius Poliorcète, l’un des successeurs d’Alexandre le Grand» remet à des ingénieurs égyptiens la mission d’explorer le futur passage, et les charge d’établir un plan d’exécution ; mais les savants de l’antiquité déclarent que le niveau du golfe de Corinthe est supérieur à celui du golfe d’Égine. Rapprochement curieux : deux mille années plus tard, — vingt siècles ! — une erreur similaire devait entraver le percement de l’isthme africain. Jules César songe au percement de Corinthe, comme il voulait entreprendre le dessèchement du lac Fuccino et la création du port d’Ostie. Caligula a un instant l’idée de reprendre le projet de César, mais pour lui comme pour le conquérant des Gaules, une mort tragique vient renverser le projet que reprendra Néron.
- Avec Néron, la traversée de l’isthme entre réellement dans une phase de travail sérieux. Nous pouvons en juger aujourd’hui par les vestiges imposants qu’ont laissés derrière eux les travailleurs anciens. Au dernier Congrès géographique de Venise, M. le général Türr, dans le remarquable exposé qu’il fit de son projet, signalait les travaux de Néron, qui. comme nous allons nous en rendre compte, présentent une importance réelle. Au point où l’isthme offre sa plus faible largeur, sur la ligne qui coïncide avec le tracé actuel, les excavations anciennes se montrent sur les deux rives. Du côté du golfe d’Égine, règne, sur 1500 mètres de longueur, une vaste dépression d’environ 40 mètres de largeur à la base. Les roches enlevées ont été déposées latéralement, et elles forment des remblais parfaitement reconnaissables. Cette tranchée présente plusieurs gradins d’attaque, qui s’élèvent jusqu’à 59 mètres d’altitude, mais chaque gradin n’est creusé que sur quelques mètres de profondeur; Sur le versant opposé du golfe de Corinthe, les vestiges de la tranchée sont visibles jusqu’à 2 kilomètres de la mer. Le plan isométrique que nous publions (fig. 2) montre, par les inflexions de ses courbes de niveau, dentelées sur une partie du parcours du canal, les excavations des ingénieurs romains. Entre les deux tranchées antiques, on trouve encore en ligne droite une succession de puits carrés, au nombre de vingt-six, creusés à des profondeurs qui varient de 5 jusqu'à 16 mètres, dont les parois**verticales sont restées à peu près intactes. A côté des puits, deux vastes citernes de la même époque, dont l’une mesure 15 mètres de diamètre, montrent leurs ouvertures, béantes depuis dix-huit siècles. '
- Dion Gassius èt Pline rapportent que, lors de l’inauguration des travaux d’excavation, Néron, qui s’était rendu à l’isthme, prit une pioche d’or, creusa la terre dont il emplit une corbeille, la chargea sur ses épaules et s’en alla la verser lui-même
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- sur l’emplacement des déblais futurs. Le tragique empereur, dont le nom reste encore attache aux premiers travaux du lac Fuccino, avait donc d’autres soucis que de chausser le cothurne et pincer la harpe d’or aux fêtes du Cirque; la persévérance qu’il mit à poursuivre la réalisation de grandes œuvres d’utilité publique tend à faire croire que, pour lui connue pour beaucoup d’autres, l'histoire ne nous a légué que des documents incomplets ou même inexacts, exagérant les vices et passant sous silence les qualités du tyran. Les travaux entrepris par Néron furent malheureusement entravés par le fanatisme des prêtres de Corinthe, qui, craignant de voir leux' temple oublié par les voyageurs, et les offrandes diminuer par la même occasion, entretinrent parmi les travailleurs l’idée d’une inondation subite résultant de l’inégalité de niveau des deux mers. On racontait que, en certains endroits, la pioche faisait jaillir du sang, et que des cris souterrains annonçaient une catastrophe imminente. Les gradins furent délaissés, ethientôt, ces chantiers dont Néron avait détaché la première pierre, furent complètement déserts. De combien de sueurs cependant avaient-ils dù être arrosés, si insuftisants que nous semblent les l'ésul-tats, dans un temps où le matériel d’exploitation, sans machines et sans poudi'es explosives,' ne comportait que les outils les plus rudimentaires !
- Jusqu’aux époques modernes, les travaux de percement de l’isthme devaient rester ce que les avait faits Néron. Au temps de la grandeur de Venise, ils furent l'epris, puis vite abandonnés, et nous retrouvons seulement en 1821) un projet de percement, 'dressé par M. Virlet d’Aoust, membre de la Commission scientifique attachée au corps expédition-naix'e français, sur la demande du comte Capo d’istria, alors président de la Grèce. Ce projet se montait à 40 millions, et consistait à reprendre en principe les travaux des Romains et des Vénitiens. En 1852, M. Léonidas Lyghounès, ingénieur crétois, directeur des travaux du barrage du Nil, reprend l’idée d’une coupure de l’isthme, mais sans succès pratique ; le percement de Suez était à cette époque en trop grande défaveur pour que l’on pût songer à une entreprise analogue. M. Grimaud de Caux fait
- effectuer, en 1852, le nivellement de l’isthme, par M. de Dubuitz, ingénieur bavarois. Le 24 juillet 1869, au milieu de son triomphe de Suez, M. de Lcsseps visite le tracé du futur canal. Le projet traverse, dans les années suivantes, diverses péripéties; deux fois la concession est accordée, et enfin elle est donnée définitivement à M. le général Türr. Cette concession coïncide très heureusement avec la construction des nouveaux chemins de fer grecs, qui doivent traverser la presqu’île sur toute sa longueur, pour aller, en coupant l’isthme, se relier par Athènes aux chemins turcs à Salonique. Canal maritime et voies ferrées vont vivifier de nouveau cette terre qui fut jadis le berceau du monde méditerranéen, et sur laquelle la nuit ne s’est jamais complètement étendue. « Après vingt siècles de déchéance — dit Elisée Reclus— la Grèce n’a cessé de nous éclairer, comme ces étoiles déjà éteintes dont les rayons
- continuent d’illuminer la terre. »
- La carte Loin étriqué que nous publions, dressée par les soins de M. Ger-sler, ingénieur en chef des travaux, nous donne, mieux que ne pourrait le faire une vue pittoresque, le relief de l’isthme et des terrains qui l’entourent. Resserré entre deux pics dont l’altitude ne dépasse pas, d’après les courbes de niveau, 150 mètres, l’isthme qui, du sommet des montagnes environnantes, des monts Oniens ou de l’Acrocorinthe, apparaît comme une langue de terre plate, n’en présente pas moins un relief assez prononcé, qui atteint 78 mètres au-dessus du niveau de la mer. À 1200 mètres ou 1500 mètres environ de la baie de Corinthe, le canal, qui a jusque-là traversé des alluvions pouvant s’enlever à la drague, s’engage dans la montagne, formée de calcaire tertiaire, d’une teinte gris jaunâtre, d’une dureté moyenne, et d’une « tenue » parfaitement suffisante pour que les frais d’entretien de la tranchée excavée puissent être considérés comme nuis. Le massif montagneux s’élève assez brusquement; au deuxième kilomètre, l’altitude est de près de 50 mètres ; à 3500 mètres de la baie de Corinthe, de 78 mètres, soit 86 mètres au-dessus du plafond du canal, qui aura, comme celui de Suez, 8 mètres de profondeur. La montagne redescend avec une pente plus rapide encore vers le golfe d’Egine, et après le
- Fig. 1. Carie de la Mediterranée, montrant la îoute maritime minimum après le percement de l'isthme de Corinthe.
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- cinquième kilomètre, à 800 mètres environ de la mer, le canal est de nouveau creusé dans les sables d’alluvions. En résumé, le percement de l’isthme
- nécessitera l’enlèvement d’environ 9 millions 1/2 de mètres cubes de déblais, dont la plus grande partie en roches consistantes ; sa longueur totale, y com-
- Fig. 2. Carte isométrique de l’isthme de Corinthe, montrant le tracé du canal maritime.
- pris le chenal qu’il faudra creuser dans chacune des deux baies pour rejoindre les fonds de 8 mètres
- à 200 ou 500 mètres du rivage, sera de 6300 mètres. Les figures 3, 4 et 5 nous renseignent suffisam-
- Profil en long par la ligne A.B.
- Profil c.d.
- Fi3. 5-
- Profil dans les terras.
- Fig. 4.
- Profil en long du canal maritime.
- • Fig. o.
- Profil dans les roches.
- ment sur le profil du canal à excaver, sans qu’il soit besoin d’entrer dans des détails plus longs. La figure 3 représente la section du canal dans les sables des plages; la figure 5, le canal en tranchée, qui sera, comme celui de Panama, blindé en bois
- jusqu’à une certaine hauteur, pour éviter le choc des navires sur la paroi rocheuse.
- En dehors de ce tracé direct, en ligne droite, épousant absolument le tracé de Néron, M. le général Türr avait fait étudier deux autres tracés,
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- représentés sur notre plan isométrique, sous l’indication de « variantes n° 1 et n° 2 ». Tandis que. le tracé définitivement adopté a 6342 mètres de longueur et 78 mètres d’altitude au sommet, la variante n° 1, suivant les deux vallées qui contournent le massif, a 6740 mètres de longueur et 73 mètres d’altitude; la variante n° 2, plus au Sud, partant deKechrioës, sur le golfe d’Égine, suit une vallée à peu près parallèle à celle du tracé n° 2, puis coupe plusieurs fois des gorges sinueuses, entre dans la vallée de la rivière Levka sur l’autre versant, et, après en avoir épousé le cours sur une faible distance, aboutit enfin à la mer, au sud de la nouvelle ville de Corintbe. Ce tracé a un développement de 11 kilomètres, soit de 4600 mètres supérieur au tracé direct. Le tracé des anciens, soit le canal actuel, et la variante n° 1, ont, à peu de chose près, le même cube de déblais, 9430000 met. cub. pour le premier, 9 186 000 mèt. cub. pour le second ; le troisième tracé, variante sud n° 2, a 12 424 000 mètres cubes. Remarquons encore que les deux variantes présentent forcément des courbes, dont le rayon minimum avait été fixé à 2000 mètres, tandis que le tracé définitif conserve la précieuse direction de la ligne droite, garantie d’une navigation rapide et facile. Les deux variantes devraient traverser en outre des grès beaucoup plus durs que les calcaires et les grès tendres du tracé direct.
- La question technique d’exécution des travaux sera résolue sur les mêmes bases que le travail beaucoup plus considérable de Panama. Les allu-vions des tranchées en plaine seront enlevées à la drague, le massif rocheux avec l’emploi simultané de la perforation mécanique des trous de mine et des puissants explosifs dont la science dispose à ce jour. Ce que nous connaissons des projets d’installation mécanique de perforation de la grande tranchée rocheuse de l’isthme, de la disposition des perforatrices et de leurs affûts, du relèvement des déblais projetés par l’explosion au moyen de dragues puissantes, nous permet de prédire à l’œuvre de percement un développement rapide. Au point où en sont arrivées aujourd’hui, depuis la grande trouée du Gothard, les méthodes de creusement des trous de mine et d’enlèvement des roches, on peut dire hardiment que le problème d’achèvement de tranchées colossales, comme celles de Panama et de Corinthe, est d’avance résolu. De même que l’enlèvement des sables n’est qu’un long « coup de drague », l’enlèvement des roches n’est qu’une gigantesque série de trous de mine, perforés côte à côte, faisant explosion à mesure, et approfondissant d’autant le lit du futur canal maritime. Ces travaux en tranchées, où les, mètres cubes à enlever se chiffrent par millions, ne sont du reste pas les premiers qui aient été exécutés dans ces dimensions. La grande tranchée mexicaine du Desa-gue de Huehuetoca, établie pour détourner les eaux de la rivièré de Couantillan, dont les crues menacent d’inonder Mexico à certaines .époques de
- l’année, a 20 kilomètres de longueur, et atteint parfois 50 mètres à 60 mètres de hauteur. La tranchée du Gabelbach, en Bavière, a 730 mètres de longueur sur 27m,40 de hauteur; celle de Ilarbastofen, 500 mètres de longueur sur 32 mètres de hauteur maxima.
- Laissant de côté maintenant la question technique elle-même,, le coût et la durée des travaux, est més à 24 600 000 francs et à quatre années, par M. Dauzats, ingénieur en chef des travaux du canal de Suez et conseil technique du canal de Panama, examinons brièvement quel peut être le rôle commercial du canal de Corinthe dans le mouvement des échanges méditerranéens, dont nous avons déjà fait ressortir l’importance générale. M. le général Tiirr, se basant sur les statistiques marines des divers pays en rapport avec le Levant, estime à 5 900 000 tonnes le passage du canal de Corinthe pendant les premières années de son exploitation, soit : 750 000 tonnes pour les ports français, et 650 000 pour Marseille seul, dont le mouvement d’échanges avec l’Orient atteignait un million de tonnes en 1879 — 1 800 000 tonnes pour les ports italiens — un million pour Constantinople — 200 000 tonnes pour les autres nations — et enfin un million de tonnes pour la Grèce elle-même, dont le mouvement s’est chiffré, en 1875, par plus de 8 millions de tonnes. 11 faut compter encore qu’en dehors des nombreux voiliers, le cap Matapan est doublé annuellement par environ 5800 grands bateaux à vapeur postaux et de commerce, et 300 navires de guerre, dont le plus grand nombre auront intérêt à passer par le canal. En fixant, comme le fait le général Tiirr, à 1 franc pour les bateaux venant de l’Adriatique, et à 50 centimes pour ceux qui viennent de la Méditerranée, la redevance par personne et par tonne traversant le canal, le revenu annuel du canal atteindrait ainsi un chiffre supérieur à 4 millions 1/2 de francs, rémunérant le capital de 30 millions nécessaire pour l’achèvement de l’œuvre.
- Le percement de l’isthme de Corinthe et le développement du transit du canal, après 'son achèvement, se présentent donc sous les meilleurs auspices. Abréviation de la route maritime pour les navires ne quittant plus, de Messine au golfe d’Athènes, le 36e degré de latitude, au lieu de descendre jusqu’au 38fl ; — suppression du dangereux passage des promontoires de la presqu’île et des mers de l’Archipel ; — exécution relativement facile et rapide de l’œuvre par des méthodes aujourd’hui perfectionnées et connues ; — certitude d’un tonnage important attiré encore par la faible redevance du passage; — il nous semble que ce sont là autant de motifs suffisants pour que l’isthme de Corinthe, après toutes les tentatives faites depuis les anciens jusqu’à nos jours, soit enfin doté d’un canal navigable. En ce moment, la pioche ouvre de nouveau les antiques tranchées commencées par Néron, et, à la place même où le maître du monde
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- romain déposa la première corbeille de rocher arraché à l’isthme de sa main impériale, les fils de l’Italie nouvelle, mineurs piémontais ou terrassiers napolitains, manient la barre à mine ou roulent la brouette de déblais. En même temps que se creusera le canal, bientôt, sur les rives du golfe, d’Athènes à Patras, traversant Éleusis, Mégare, Corinthe, et sur toute la longueur de la presqu’île, la première grande voie ferrée grecque s’établira. Si tous ces beaux projets se réalisent, la Grèce •nouvelle sera fondée, et la vie commerciale européenne entrera enfin, pour s’y épanouir à son aise, dans ce coin de terre que les ruines de la grande muraille du Péloponèse semblaient clore comme une nécropole sacrée, inaccessible à toute autre chose qu’au lointain souvenir d’un passé plein de splendeurs.
- Maxime Hélène.
- BIBLIOGRAPHIE
- Deux éventails du Musée du Louvre, par Germain Bapst, 1 broch. in-8°, avec 2 planches. Paris, Morgand et Fa-tout, 55, passage des Panoramas, 1882.
- L’éventail fut probablement introduit en Europe par les Portugais établis à Goa, mais le fait positif, « c’est cpie l’éventail était d’un usage universel sous le règne de Henri III, comme nous le prouvent le recueil de Gaignè-res, le tableau des Noces de Joyeuse (Musée de Rennes) et le passage suivant du Journal de Henri III (édit, de 1744, t. IY, p. 26 et 27).
- « On lui mettait à la main droite (à Henri III) un instrument qui s’estendoit et se replioit en y donnant seulement un coup de doigt, que nous appelons ici un esven-tail ; il estoit d’un velin aussi délicatement découpé qu’il estoit possible, avec de la dentelle à l’entour de pareille étoffe. Il estoit grand, car cela devoit servir comme d’un parasol pour se conserver une hûsle, et pour donner quelque rafraîchissement à ce teint délicat... Tous ceux que je pus voir aux autres chambres en avaient un aussi de mesme étoffe, ou de taffetas avec de la dentelle d’or et d’argent à l’entour. »
- L’éventail en question, dont Henri fil se servait, reste depuis longtemps enfermé au Louvre, dans une des salles situées sous les combles ; c’est celui dont M. Germain Bapst donne d’abord la description. Le second éventail, non moins remarquable, dont parle le savant antiquaire, est vénitien, et provient de la collection Sauvageot. C’est, avec le précédent, le plus ancien éventail que l’on connaisse. Cet éventail est découpé avec un art incomparable, et quand on l’agite, des paillettes de mica et de soie lui donnent un ton chatoyant très remarquable.
- Manuel d'hygiène industrielle, comprenant la législation française et étrangère et les prescriptions les plus habituelles des Conseils d’hygiène et de salubrité relatives aux établissements insalubres, incommodes et dangereux, par le Dr Henri Napias, 1 vol. in-8° avec figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1882.
- Hygiène et maladies des paysans. Étude sur la vie matérielle des campagnards en Europe, par Alexandre Layet, avec une préface de M. Dechambre, de l’Académie de Médecine, 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1882.
- Revues scientifiques publiées par le journal « la République française », sous la direction de M. Paul Bert. Quatrième année, 1 vol. in-8° avec figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1882.
- Nouveau manuel complet de la télégraphie électrique et de ses applications, contenant les installations télégraphiques, le téléphone, le microphone, le phonographe, etc., par A. Romain, 1 vol. avec figures et planches. Paris, librairie encyclopédique Roret, 1882.
- Désinfections par l'anhydride sulfureux, appareils siphonoïdes avec transvaseur spécicd, par Victor Fatio,
- 1 broch. in-8°. Genève, II. Georg, 1882.
- Anales de la oficina méteorologica ergentina, por su director Benjamin A. Gocld. Tomo I. Clima de Buenos Aires. 1 vol. gr. in-4° avec planches. Buenos Aires, im-> prenta de Pablo e Coni.
- Die elektrische Beleuchtung und ihre Anwendung in der Praxis, 1 vol. in-8°. AVien,Pest, Leipzig, 1882.
- ——o<0 «-
- ETUDES PRELIMINAIRES
- POUR LA
- CONSTRUCTION D’UN MOTEUR ÉLECTRIQUE
- LÉGER
- Depuis un an bientôt que nous avons commencé nos premières études relatives à la propulsion des aérostats par les moteurs électriques, la construction des accumulateurs que nous avons indiqués dès l’origine de nos recherches comme les piles les plus favorables à servir de source électrique, a fait des progrès considérables ; mais quand on les emploie en grand, les accumulateurs Faure, comme les accumulateurs Planté construits par M. de Kabath, offrent encore un poids assez considérable en comparaison du travail qu’ils sont susceptibles de fournir par unité de temps. Avec les modèles industriels qu’il est possible de se procurer aujourd’hui, il ne faut guère moins de 250 kilogrammes d’accumulateurs, pour produire un cheval. Il ne serait pas impossible de construire des accumulateurs spéciaux beaucoup plus légers, et à grand débit; mais sans renoncer en aucune façon aux piles secondaires dans le but que nous poursuivons, nous avons voulu nous rendre compte de ce qu’il était permis d’obtenir avec des piles primaires à grand débit. Les piles à grand débit ne sont guère qu’au nombre de trois : la pile Bunsen, la pile Daniell (modèle Thomson ou modèle Reynier) et la pile au bichromate de potasse. Cette dernière est de beaucoup la plus avantageuse dans le cas qui nous occuper C’est celle que nous avons étudiée. A la suite de nombreuses expériences pour déterminer la meilleure composition du liquide excitateur, la nature des récipients légers et solides, les épaisseurs limite que l’on pouvait donner aux charbons et aux zincs, le nombre de ceux-ci dans chaque élément, afin d’avoir un débit maximum sous
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- un poids minimum, nous avons été conduit à construire un modèle à grande surface qui nous a donné, comme on va le voir, des résultats préliminaires satisfaisants.
- Nous avons eu l’idée de ces expériences en voyant fonctionner les, piles au bichromate employées par M. G. Trouvé dans son canot électrique, et nos premières expériences ont été précisément faites avec quatre batteries de M. Trouvé. Ces expériences, comme toutes celles que nous allons décrire, ont été exécutées avec l’obligeant concours de notre collaborateur et ami M. Ed. Hospitalier.
- Les vingt-quatre éléments montés en tension actionnaient un petit moteur Gramme d’un demi-cheval. Le travail produit, mesuré au frein Raffard, a été de 14 kilogrammètres par seconde pendant une heure, et de 10 kilogrammètres pendant l’heure suivante. Le moteur Gramme que nous avons employé n’avait nullement été construit four fonctionner avec les piles, et l’expérience était assurément faite dans de mauvaises conditions pour celles-ci, mais il n’en était pas moins démontré que les piles au bichromate offrent beaucoup plus de constance qu’on ne le croit communément.
- Le nouveau type de pile que nous avons construit se compose d’une auge d’ébonite de 3 millimètres d’épaisseur, mesurant 0m,55 de longueur, 0nyl6 de hauteur, sur 0“*,14 de largeur. Dans cette auge sont placés verticalement treize charbons et douze zincs amalgamés disposés alternativement en regard les uns des autres. Les lames de charbon ont 2 millimètres 1 /2 d’épaisseur, les lames de zinc 1 millimètre environ. Ces lames sont fixées par des pinces à des bandes de cuivre longitudinales, qui sont elles-mêmes vissées sur les bords extérieurs de l’auge d’énonite. Malgré sa légèreté, l’élément ainsi monté est’très solide, et il peut êlre secoué violemment sans que les charbons ou les zincs soient en aucune façon dérangés.
- Le vase d’ébonite est muni à sa partie inférieure d’une tubulure qui, à l’aide d’un conduit de caoutchouc, communique à un récipient contenant la solution de bichromate. En levant ou en abaissant ce récipient au-dessus ou au-dessous de l’élément de pile, on peut remplir ou vider celui-ci d’après le principe des vases communiquants, c’est-ù-dire le
- faire fonctionner ou l’arrêter. L’élément contient environ 4 litres de liquide très chargé de bichromate et d’acide sulfurique1; la solution étant ainsi très concentrée, sa résistance électrique est moins grande, ce qui diminue la résistance intérieure de la pile au profit de son débit; son poids total n’atteint pas 8 kilogrammes.
- Le débit de cette pile est très variable et peut devenir tout à fait considérable quand la résistance extérieure est très faible. Dans une expérience exécutée avec un liquide chaud et très concentré, on* ^ a obtenu pendant vingt minutes un courant moyen de 110 ampères, avec une dilférence de potentiel aux bornes de 1,68 volts. Cela représente un débit en travail disponible de 18 kilogrammètres par seconde. L’ébullition était si impétueuse que le liquide s’est échappé violemment en dehors du vase, ce qui a mis fin à l’expérience. Dans ces conditions, l’énergie électrique disponible correspondait à un
- cheval - vapeur sous un poids de 33 kilogram- l mes. Il ne faudrait pas songer à obtenir ce résultat pratiquement, mais le rendement dont on peut disposer dans les conditions normales de fonctionne -ment sont encore assez favorables avec un débit moindre, et alors la pile peut fonctionner d’une manière continue et constante pendant une heure et demie à deux heures.
- Voici des chiffres qui donneront une juste idée de ce qu’il est permis d’obtenir; ces chiffres sont la moyenne d’une série d’expériences faites sur des résistances de décharge variable.
- Une batterie de dix-huit éléments montés en tension pèserait 140 kilogrammes. Sur un circuit de 0,54 ohms de résistance elle donnerait une énergie électrique disponible de 135 kilogrammètres par seconde pendant une heure et demie environ, avec un courant de 50 ampères. Un moteur convenablement approprié pourra rendre au frein 100 kilogrammètres sur les 135 dont on dispose dans le circuit extérieur. Le moteur pèserait environ 50 kilogrammes, le résultat acquis aujourd’hui est donc le suivant :
- Avec un poids de 200 kilogrammes, piles et moteur, il est possible de produire un travail continu
- 1 Voici la composition du liquide (en poids) : eau, 100 parties; bichromate de potasse, 10; acide sulfurique, 57.
- Fig. 1. Élément de pile au bichromate de potasse à grande surface.
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- et constant de 100 kilogrammètres par seconde pendant une heure et demie.
- Mais ce résultat obtenu dans nos recherches préliminaires est loin d’étre le dernier mot de la solution des piles légères à grand débit. Quelques expériences déjà exécutées nous permettent d’affirmer que l’on peut prolonger la production d’électricité : 1° en agitant le liquide, ce qui est facilité par l’emploi des vases communicants; 2° en ajoutant de nouvelles quantités de bichromate de potasse dans le liquide chaud et épuisé; 5° en essayant le cloisonnement du négatif préconisé par M. Reynier.
- Uue batterie de dix-huit éléments pesant 140 kilogrammes, le poids de deux hommes, pourrait ainsi, très probablement, fournir pendant plus de deux heures un travail de 1 cheval 1/4 à 1 cheval 1/2, ou de 12 à 15 hommes vigoureux. Une semblable batterie avec son moteur serait facilement enlevée dans un aérostat allongé, de très petite dimension, de faible diamètre au fort, et offrant, par conséquent, peu de résistance à l’air.
- En même temps que nous avons étudié la batterie, c’est-à-dire la chaudière du moteur électrique, nous avons aussi voulu nous rendre compte du mode de fonctionnement d’une hélice attelée à un moteur dvnamo-électrique.
- Une hélice de 2m,80 de diamètre a été fixée par l’intermédiaire d’une transmission, à un petit moteur dynamo-électrique Siemens pesant 65 kilogrammes et monté sur un grand escabeau (fig. 2). L’hélice destinée à ces études d’essai se composait de deux palettes planes formées par des supports de bois de cornouiller, où de la soie vernie à la gomme laque était tendue de manière à former une surface lisse et rigide. Des bandes de 1er mince consolidaient l’axe de bois, et des fils tendeurs empêchaient l’hélice de se déformer pendant la rotation. Les palettes offraient une inclinaison de 55 degrés environ. Le moteur était actionné par des accumulateurs Faure, construits par M. Reynier. Les expériences ont été faites dans les ateliers de la maison Siemens, où le directeur, M. G. Boistel, avait bien voulu nous donner l’hospitalité. Avec quarante accumulateurs montés en tension, l’hélice faisait cent tours à la minute, la bobine du moteur en faisant mille; le travail était de 80 kilogrammètres environ.
- Dans ces conditions, il est facile de se rendre compte par la colonne d’air déplacée que l’hélice agit d’une façon très énergique ; le courant d’air à 1 ou 2 mètres de l’appareil, était 'intense, et il se faisait sentir nettement jusqu’à 10 mètres de distance ; on a d’ailleurs constaté le fait à la grande soirée de l’Observatoire où le système était exposé.
- Sans entrer dans plus de détails sur ces expériences d’essai, nous ajouterons qu’elles nous ont paru suffisamment concluantes pour aller plus loin; nous présenterons prochainement une nouvelle machine, actuellement en construction, qui, nous l’es-
- pérons, sera un pas de plus exécuté dans la voie de confection des moteurs électriques légers.
- Gaston Tissandier.
- SENSATIONS D’UN AYEUGLE
- Il y a maintenant près de quarante ans que j’ai perdu complètement la vue, par suite d’une inflammation de la choroïde ; mes yeux sont tout à fait insensibles à la lumière extérieure : je puis les diriger vers le soleil sans que je perçoive la moindre clarté objective. Et cependant j’ai constamment dans les yeux des sensations de lumière : mon champ visuel est partagé en espaces dont les uns sont assez clairs, et les autres sombres ou presque noirs. Ces espaces ne sont pas nettement limités, ils se fondent par leurs bords les uns dans les autres ; mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que leur teinte générale alterne du gris au rougeâtre : si, par exemple, c’est le gris que je perçois maintenant,, dans quelques heures ce sera le rougeâtre, puis, quelques heures plus tard, de nouveau le gris, et ainsi de suite. La teinte rougeâtre est celle qu’on obtiendrait en mêlant du rose pâle, ou plutôt de la couleur de chair, avec une certaine quantité de noir.
- La diposition relative de ces différents espaces est toujours la même, mais l’intensité de leurs teintes varie : l’espace central se montre tantôt assez clair, tantôt très sombre; au-dessus et au-dessous, jusqu’aux limites du champ visuel, il y a tantôt clarté, tantôt obscurité; il en est de même de l’espace central, il y a généralement une bande verticale presque noire, et l’espace situé à droite de celle-ci jusqu’à la limite, est presque toujours clair et rougeâtre.
- Ces apparences me semblent remplir toute l’étendue du champ visuel ordinaire. Quant à la distance à laquelle je les rapporte, je crois qu’elle est petite. Ces mêmes apparences suivent tous les mouvements des yeux, comme si elles résultaient d’une modification des rétines. Il me parait probable que les deux yeux ne participent pas de la même manière aux teintes en question ; mais je suis absolument incapable de distinguer ce qui appartient à l’un de ce qui provient de l’autre. Je n’ai pas constaté de coïncidence entre les changements de la teinte générale et le travail de la digestion.
- Ces observations ont peut-être quelque intérêt au point de vue physiologique et médical, c’est pourquoi je me hasarde à les faire connaître. Je répéterai ici ce que j’ai déjà dit dans une publication antérieure : j’attribue le mal qui m’a privé de la vue à ce qu'un jour, poussé par une curiosité insensée, j’ai regardé fixement, pendant assez longtemps, le soleil dans tout son éclat, afin d’observer les apparences subséquentes dans mes yeux ; je ne puis donc engager assez fortement les savants qui s’occupent des phénomènes subjectifs à s’abstenir d’une semblable’ expérience. Ce n’est qu’environ quatorze ans plus tard que la choroïdite a fait irruption; mais, dans cet intervalle, j’ai vu souvent autour des lumières, flammes de gaz, bougies, etc,, des halos vivement colorés et persistants. Si je ne me trompe, Galilée, avant sa cécité, avait constaté de semblables halos; les personnes chez lesquelles ils se montreraient feront donc bien, si le phénomène se répète et devient fréquent, de consulter un oculiste exercé.
- J. Plateau,
- Membre de l'Académie royale de Belgique.
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- L’ACIDE CARBONIQUE DE L’AIR
- RECHERCHES DE MM. A. MÜNTZ ET E. AURIN
- L’étude de la composition de l’atmosphère est une de celles qui ont le plus attiré l’attention des savants. Un nombre considérable de travaux a été entrepris sur les proportions d’oxygène et d’azote que renferme l’air ; et MM. Dumas et Boussingault, et après eux Régnault, ont montré, par des méthodes irréprochables, que ces deux gaz, qui constituent la grande masse de l’atmosphère, ne subissaient, dans leurs proportions, que des variations extrêmement faibles, dues principalement à des influences locales. Mais l’étude de l’acide carbonique, qui a été l’objet d’un bien plus grand nombre de recherches, n’a pas abouti jusqu’à présent à des résultats aussi nets.. Depuis que la présence de ce gaz a été signalée dans l’atmosphère, et depuis que le rôle immense qu’il accomplit dans la nature a été compris, des expéiimentateurs nombreux se sont efforcés, depuis le commencement de ce siècle jusqu’à nos jours, d’en déterminer Les proportions dans l’air.
- Fourcroy et de Ilumboldt admettaient que l’air renfermait 1 à 2 pour 400 d’acide carbonique. Th. de Saussure, dans une première série de recherches, trouve que la moyenne de l’hiver est de 4vol,19 et celle de l’été de 7V0l,15 d’acide carbonique pour 40000 volumes d’air; son minimum est de 4,25.
- Ces chiffres, si divergents, sont critiqués d’une manière très judicieuse par Gay-Lussac, qui dès ce moment n’admet pas que des différences pareilles soient possibles, étant donnée l’intensité des phénomènes qui sont une cause de production ou d’absorption de ce gaz.
- Dans une nouvelle série d’expériences, de Saussure trouve un minimum de 5,7 et un maximum de 6,2 ; il constate en outre que cette quantité augmente la nuit. Thénard trouve des chiffres moins élevés, cependant (3,91 en moyenne). Brunner arrive à des résultats peu différents de ceux de de Saussure.
- M. Lévy, en opérant en divers points du globe, présente des chiffres si divergents avec ceux qu’on admet aujourd’hui, qu’ils ne peuvent être attribués qu’à des causes locales, d’une grande intensité, ou à des accidents dans les appareils.
- M. Boussingault, dans une importante série de recherches, a trouvé, à Paris, des chiffres variant entre 2,5 et 6,7 ; la moyenne trouvée pour le jour a été de 4; celle trouvée pour la nuit a été de 4,3.
- Les observations simultanées, établies par MM. Boussingault et Lévy, à Paris et à Andilly, donnent des chiffres compris entre 2,8 et 5,2.
- M. Gaston Tissandier- a fait, employant un procédé imaginé par M. Hervé Mangon, et dont le principe est le même que celui de la méthode à laquelle MM. Müntz et Aubin se sont arrêtés, plusieurs
- dosages d’acide carbonique, dans des ascensions en ballon, et a obtenu 2,4 à 800 mètres d’altitude et 5 à 1000 mètres.
- M. F. Schulze et divers observateurs allemands trouvent les chiffres précédents trop élevés et constatent que les variations dans le taux de l’acide carbonique, sont très faibles. M. Forsky obtient en Autriche une moyenne de 3,45; MM. Fittbogen et Ilaesselbart, M. Henneberg, dans diverses localités de l’Allemagne, des moyennes de 3,2 et 3,4; MM. Y. Pet-tenkofer, dans le désert Lybique, des chiffres variant entre 4,4 et 4,9. Enfin, M. Cleasson annonce une moyenne de 2,79, avec un maximum de 3,27 et un minimum de 2,57.
- Malgré tous les travaux que nous avons cités, le sujet n’était point épuisé, puisque de nouvelles observations ont paru nécessaires.
- M. Marié-Davy a institué, à l’Observatoire de Mont-souris, une série de dosages d’acide carbonique. Les résultats divergents qu’il obtient lui semblent coïncider avec les courants atmosphériques, et il se croit autorisé à fonder sur cette coïncidence une théorie sur les grands mouvements de l’atmosphère.
- Enfin, M. Reiset a dosé l’acide carbonique dans l’air de Paris et dans celui des environs de Dieppe, sur le bord de la mer, en absorbant ce gaz par l’eau de baryte, qu’on titrait alcalimétriquement avant et après le dosage. Après une longuesérie d’expériences, M. Reiset conclut que les variations du taux de l’acide carbonique d’air sont très faibles, la moyenne qu’il obtient est 2,94, son maximum ne dépasse pas 3,41 ; encore ce dernier chiffre est-il tout à fait exceptionnel. Les variations notables constatées à l’Observatoire de Montsouris parM. Marié-Davy, et celles constatées par M. Truchot sur le sommet du l'ay-de-Dôme et sur le pic duSancy, lui paraissent dues à des erreurs d’expérimentation.
- En présence des résultats contradictoires contenus dans les travaux que nous venons de citer, MM. Müntz et Aubin se sont proposés de résoudre les questions suivantes :
- 1° Y a-t-il lieu, d’adopter les chiffres* donnés par les anciens observateurs, indiquant des proportions variant entre 4 et 6 dix-millièmes d’acide carbonique, ou ceux des expérimentateurs récents, qui regardent ces chiffres comme beaucoup trop élevés ;
- 2° La teneur de l’air, en acide carbonique, varie-t-elle entre des limites très écartées, ou se maintient-elle sensiblement constante?
- 3° Y a-t-il ou non une différence considérable dans l’air des diverses couches atmosphériques?
- Pour leurs expériences, MM. Müntz et Aubin se sont servis d’une méthode basée sur l’absorption de l’acide carbonique par la ponce potassée contenue dans un tube en verre ; ce gaz, ainsi fixé, était de nouveau dégagé et mesuré en volume. Cette détermination des gaz, par le volume, permet en effet un degré de précision très grand.
- Quand le tube a fixé l’acide carbonique d’un volume d’air mesuré, on le place en A (fig. 2) dans
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- un manchon C, à travers lequel circule de la vapeur d’eau fournie par le ballon G. On insuffle de l’eau acidulée dans le tube A cà l’aide d’une pis-sette qui communique au moyen d’un caoutchouc à pince a. — B est un ballon tubulé relié au tube A et surmonté d’un réfrigérant R; T est une trompe à mercure et E représente la cloche graduée pour recevoir et mesurer l’acide carbonique.
- Le tube, servant à fixer l’acide carbonique, avait 90 centimètres de longueur et 20 à 21 millimètres de diamètre. L’une de ses extrémités était étirée et scellée à la lampe. La ponce, calcinée avec de l’acide sulfurique, était introduite encore chaude dans le
- tube, puis on terminait la préparation du tube en étirant l’extrémité ouverte.
- Pour opérer l’imbibition de la ponce par une solution de potasse exempte d’acide carbonique, MM. Müntz et Aubin se sont servis d’un dispositif qui leur a permis de mesurer le volume de la solution, et d’opérer complètement à l’abri de l’acide carbonique de l’air. Nous représentons ci-contre l’appareil employé (fig. 5). X est un tube rempli de ponce potassée, destiné à fournir de l’air exempt d’acide carbonique; K, le réservoir rempli de potasse exempte d’acide carbonique; M, éprouvette graduée pour mesurer la potasse; d, tubulure par laquelle
- Fig. 1.’Dosage de l’acide carbonique de l'air exécuté par MM. Müntz et Aubin au sommet du I’ic-du-Midi.
- on fait le vide; T, tube préparé pour recevoir la potasse; a, b, c, pinces. Immédiatement après chaque remplissage, l’extrémité ouverte du tube est scellée à la lampe.
- Dans ces conditions, les tubes peuvent se conserver indéfiniment exempts d’acide carbonique.
- Ces tubes ont permis d’effectuer de : prises d’air loin du laboratoire et de conserver ces prises j usqu’au moment où l’analyse est possible. Ce procédé peut se comparer, à certains égards, à celuicque Régnault a employé pour effectuer ses prises. Mais il offre plus de difficultés, en ce sens qu’il faut procéder sur place à la mesure de l’air employé, l’acide carbonique contenu dans cet air étant seul emporté au laboratoire pour être extrait et déterminé en volume.
- Pour opérer une prise, on casse l’une des extrémités du tube à ponce et on la met en rapport avec un canal permettant d’aller puiser l’air, loin de l’observateur, et à 5 ou 6 mètres au-dessus du sol. L’autre bout est également coupé, et relié à un aspirateur de 500 litres si l’on opère dans un endroit d’un accès facile, ou bien à un petit gazomètre à renversement (fig. 1) lorsqu’il s’agit d’expérimenter sur le sommet d’une montagne. Après le passage d’un volume mesuré d’air, les deux extrémités du tube sont scellées immédiatement.
- Deux stations ont été établies, l’une à Paris, au Conservatoire des Arts et Métiers, l’autre à Joinville-le-Pont, dans la plaine de Yincennes qui s’étend de la ferme de l’Institut agionomique au polygone de Yincennes.
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- Fig. 2. Appareil de MM. Müntz et Aubin pour le dosage de l'acide carbonique.
- Dans la plaine de Yincennes, on a trouvé pour la moyenne de trente-cinq dosages 2.84 d’acide carbonique pour 10 000 parties d’air, en volume.
- Dans la cour de la ferme de l’Institut agronomique, la moyenne de douze dosages a été de 2,98 pour 10 000 parties d’air.
- Dans Taris, au Conservatoire des Arts et Métiers, la moyenne de vingt-huit dosages a été de 5,19. Mais, ici, on se trouvait dans un foyer de production intense d’acide carbonique.
- Dans des expériences simultanées à Paris et à la ferme de l’Institut agronomique, on a trouvé pour la première station une moyenne de 2,97
- et pour la seconde 2,77, par un temps très clair.
- Fig. 3. Mode de remplissage des tubes à pierre ponce
- MM. Müntz et Aubin ont constaté que la proportion de l’acide carbonique est à son minimum lorsque le ciel est clair et l’air agité ; elle est à son maximum par les temps couverts et calmes. Us ont encore remarqué qu'il se produit une légère augmentation pendant la nuit.
- Ainsi, dans l’air normal, le minimum a été de 2,7 et le maximum de 5,17. Encore ce dernier chiffre est-il exceptionnel, et Ton peut regarder les variations qui se produisent dans l’air, pris dans la plaine de Yincennes, comme comprises entre 2,70 et 5. Ces chiffres confirment ceux de M. Reisct.
- Pour déterminer la proportion de l’acide carbonique dans les régions élevées de l’atmosphère,
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- MM. Müntz et Aubin se sont munis du matériel représenté par le dessin (fig. 1), et ont fait des prises d’air dans les Pyrénées, sur le sommet du Pic-du-Midi,à2877 mètres d’altitude. L’Observatoire, construit sur ce sommet par M. le général de Nan-souty et de M. l’ingénieur Yaussenat, offrait un abri mis obligeafnment à la disposition de ces observateurs.
- La moyenne de quatorze dosages a été de 2,86 pour 10000 parties d’air.
- La moyenne de trois prises exécutées dans les vallées, au milieu d’une végétation puissante, a été de 2,81.
- Tous les chiffres qui ont été obtenus, sont donc voisins de ceux trouvés dans les parties inférieures de l’atmosphère, tant par MM. Müntz et Aubin que par M. Reiset et M. Schulze, dans des stations très variées.
- Ces observations vérifient celles de M. Reiset et confirment la théorie de M. Schlœsing sur l’échange de l’acide carbonique entre l’air et les mers, ces dernières faisant fonction de régulateur. En effet, les ihers sont des réservoirs immenses de bicarbonates qui peuvent, suivant que la tension de l’acide carbonique augmente ou diminue dans l’air, absorber ou céder une partie de leur acide carbonique et rétablir ainsi l’équilibre quand il est rompu par le fait de la végétation ou de la combustion des matières organiques à la surface du globe.
- En résumé, ces recherches montrent que l’acide carbonique est répandu d’une manière uniforme dans l’atmosphère et que sa proportion ne subit, sous l'influence de l’altitude et de la direction des courants, que des variations peu considérables.
- CHRONIQUE
- Les •vagues calmées. — C’est un fait scientifique bien établi que le procédé qui consiste à jeter de l’huile sur la mer déchaînée a pour effet de calmer les vagues. De nombreuses expériences couronnées de succès ont été faites par des capitaines de navires et d’autres, et dans plusieurs cas, des navires qu’on allait abandonner ont été sauvés avec leurs équipages par ce moyen simple de verser par-dessus bord une quantité d’huile et de donner ainsi aux vagues un calme relatif. Mais c’est à M. John Shields, de Perth, que nous sommes surtout redevables pour l’application de ce procédé sur une grande échelle. Pendant deux ans il a fait des essais sur les mers violentes, qui par les gros temps font rage devant le port de Peterhead; avec une grande patience et beaucoup de persévérance, il a réussi à amener son appareil à un degré de perfection et d’efficacité hautement satisfaisant. L’huile est amenée au moyen d’une pompe foulante, d’une citerne sur le bord, par un lourd tuyau de plomb, d’un pouce de diamètre, à un point en eau profonde, à environ 180 mètres en dehors de la barre. Cette huile, poussée au dehors des soupapes qui terminent le tuyau, s’élève naturellement au-dessus de l’eau et s’étale en couche mince sur la surface de l’eau. Elle a pour effet de
- changer l’action violente et brisante de la mer, en un doux mouvement d’ondulation. Le dernier essai, du 1er mars, fut fait par une forte brise d’Est-Nord-Ouest, qui aurait empêché tout navire d’entrer au port ; après une demi-heure de travail à la pompe, le moindre bateau pêcheur aurait pu pénétrer en parfaite sécurité. L’inventeur a l’espoir d’améliorer encore son appareil et d’obtenir une plus grande efficacité avec une moindre dépense d’huile.
- La couleur de l'eau. — On propose deux théories pour expliquer la couleur bleue de l’eau vue en grandes masses, comme dans le lac de Genève ou la Méditerranée. L’une, soutenue par le professeur Tyndall, suppose que de petites particules solides en suspension dans l’eau ne réfléchissent pas les rayons inférieurs ou rayons rouges du spectre, L’autre théorie suppose que la couleur est due à l’action absorbante de l’eau elle-même sur la lumière blanche, avant et après sa réflexion par ces particules. Dans un récent mémoire adressé à la Société royale, M. John Aitken a donné le résultat d’expériences qu’il a faites l’année dernière et a montré que la dernière théorie était la plus vraisemblable. Plus le nombre des particules blanches réfléchissantes est grand et plus l’eau paraît verte, et par suite, de là vient le changement gradué du vert foncé au bleu, au fur et à mesure qu’on quitte le rivage. Les eaux du lac de Corne doivent leur couleur sombre à l’absence de particules réfléchissantes, comme l’a prouvé ingénieusement M. Aitken en répandant de la craie finement pulvérisée au milieu de ce lac, ce qui a produit une couleur bleue très brillante. La vivacité de la teinte dépend de la couleur des particules et la plus grande avec des particules blanches. Près des récifs de coraux, qui sont généralement entourés de sable, l’eau prend aussi une teinte bleue ou verte très brillante. La teinte sombre des eaux fluviales anglaises est due à la couleur noire du limon qui y est en suspension ; les sources ont au contraire souvent une teinte bleu clair, par suite de la blancheur de la craie qu’elles contiennent en suspension.
- Les Journaux du monde entier. — Un peu de
- statistique à propos des journaux ; elle est d’ailleurs curieuse. Un monsieur Hubbard a eu la patience de rechercher le nombre des publications périodiques qui paraissent dans le monde entier. Voici les principaux résultats de ses recherches : Toutes les publications réunies de la terre, tant quotidiennes qu’hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles, tous les périodiques, en un mot, s’élèvent au nombre de 34 274; et en additionnant toutes les moyennes auxquelles chaque journal est tiré, on obtient un tirage total d’environ 116 060 000 d’exemplaires pour chaque apparition de ces journaux. Si, tenant compte de la fréquence plus ou moins grande de leur publication, on forme la moyenne de tous les exemplaires tirés dans l’année, ou arrive au chiffre fabuleux, quoique très près de la vérité, de dix milliards six cents millions d’exemplaires par an. C’est un joli chiffre! Sur les 34 274 périodiques, l’Europe en produit 19 557 , l’Amérique du Nord 12 450, l’Asie en a 775, l’Amérique du Sud 699, l’Australie 661, l’Afrique 132. Relativement à la langue dans laquelle ils paraissent, 16 500 sont imprimés en anglais, 7800 en allemand, 3850 en français, environ 1600 en espagnol, et le reste ou 4524 en diverses autres langues.
- Procédé facile d’aimantation. — Feu M. Elias était un physicien amateur très distingué; c’est à lui
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- qu’on doit la méthode pour l’aimantation connue sous le nom de méthode d'Élias. Cette méthode, qui a été employée par M. Jamin dans toute la série de ses études sur les aimants, et qui a été étudiée avec grand soin par Gaugain, est la suivante : Une bobine de gros fil est parcourue par un courant intense ; elle est composée de dix ou vingt spires et très ramassée, très courte dans le sens de l’axe. On y fait passer la lame ou barreau d’acier qu’on veut aimanter; il suffit de quelques passes pour obtenir la saturation. 11 est indifférent de promener le barreau alternativement dans les deux sens ou de le faire passer dans un seul sens; mais la première manière est plus expéditive. M. Gaugain a pu obtenir la saturation avec une seule passe. M. Niaudet, qui a beaucoup pratiqué cette méthode, croit pouvoir dire que, si on a de nombreuses lames minces d’acier à aimanter, il est utile de mettre les spires du til sur un cadre qui n’a que la dimension nécessaire pour donner passage aux lames ; on réduit ainsi au minimum la longueur du fil qui est'sur " la bobine et par suite la résistance. On fait une bobine pour chaque dimension de lame qu’on a à aimanter. La source d’électricité qui convient est une pile Bunsen de très grande dimension ou montée en quantité. La force électro-motrice d’un seul Bunsen peut suffire ; on arrive à une très grande intensité par la petitesse de la résistance. Il est clair que la méthode d’Élias n’est pas applicable à des formes contournées d’aimants.
- La trempe de l’acier par compression. —
- M. Clémandot, ingénieur des Arts et Manufactures, a récemment exposé devant la Société d’Encouragement le résultat d’une série de très intéressantes recherches sur la trempe de l’acier par compression. Son procédé consiste à chauffer l’acier à la température du rouge cerise, à le comprimer fortement à l’aide d’une presse hydraulique ou par tout autre moyen, puis à le laisser refroidir sous pression. On obtient ainsi un acier à grains serrés, très dur, difficile à casser et susceptible de s’aimanter, possédant en un mot toutes les qualités qui résultent de l'action de la trempe, c’est-à-dire du passage brusque d’un corps d’une température à une autre. Bien des théories ont été faites au sujet de la trempe : la plus simple consiste à supposer que la couche extérieure de la pièce trempée, en se refroidissant la première, se durcit, se contracte et presse sur les molécules intérieures restées encore chaudes et ductiles, de façon à les resserrer, à les l'approcher. Le colonel Caron, spécialiste en cette question, assimile l’action de la trempe à celle d’une fretle qui, en comprimant la masse, lui donne une homogénéité parfaite. M. Clémandot s’est proposé de réaliser par une pression mécanique convenable les mômes effets et de substituer une méthode rationnelle et uniforme à l’espèce d’empirisme qui préside actuellement aux opérations de la trempe dans l’industrie. Ses expériences ont été faites d’abord à la Société l'Hydraulique, avec le concours de M. Thomasset, ingénieur des Arts et Manufactures, puis à Briare, où M. Bapterosses mit à sa disposition des moufles pour chauffer le métal, des presses hydrauliques et des accumulateurs susceptibles de donner instantanémment une pression énergique, un choc duquel résulte le groupement moléculaire qui donne à l’acier trempé sa finesse de grain, sa dureté et sa propriété coercitive. Les pressions exercées sur différents échantillons ont été de 1000, 1500 et 200 kilogr. par centimètre carré ; on remarque, ainsi qu’il était facile de s’y attendre, que la dureté croit eu raison directe de la pression. L’auteur insiste sur les qualités d’aimantation acquises et sur l’inutilité de procéder
- au recuit avec des pièces trempées par compression. 11 continue d’ailleurs avec persévérance ses études à ce sujet, hautement approuvées et encouragées par M. J. B. Dumas.
- La bière «1e ri*. — Un chimiste anglais, M. R.-Y. Atkinson, donne au Sanitary Enyineer des détails sur la fabrication de la bière de riz, très usitée dans les contrées chaudes, et au Japon principalement, sous le nom de saké. Cette opération se fait en deux parties : dans la première, on prépare une sorte de malt de riz appelé koji; la deuxième comprend le brassage et la fermentation. Pour faire le koji, les grains de riz sont décortiqués, nettoyés, puis soumis à l’action de la vapeur jusqu’à consistance gélatineuse. On laisse alors refroidir, puis on sème dans la masse un peu de levure de bière et on abandonne le tout à la fermentation dans une pièce maintenue à la température de 41° C. Il suffit dès lors de retourner de temps à autre la masse pour faciliter ’l’expulsion de l’acide carbonique formé, jusqu’au moment de se servir du koji. Le brassage se fait en mélangeant dans des cuves peu profondes, à serpentin de vapeur, du riz passé à la vapeur, du koji et de l’eau bouillante. On laisse fermenter pendant cinq à six jours, puis on soutire. Le liquide obtenu filtré sur de la toile est la bière de riz ou saké.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du-15 mai 1882.
- Expériences de Lavoisier sur la respiration. — C’est avec l’intérêt le plus profond qu’on écoute les détails donnés par M. Dumas sur une découverte faite récemment par M. de Chazelle dans les papiers provenant de Lavoisier. 11 s’agit de deux dessins à la sépia, dus sans doute à la main de Mme Lavoisier et dont il nous sera facile de faire comprendre tout le prix Ces dessins, en effet, représentent Lavoisier occupé à l’aide d’un appareil particulier à soumettre son collaborateur Seguin à la respiration dans des gaz de composition déterminée. Seguin, assis dans un fauteuil, a la face recouverte d’un masq'ie mis en communication avec le générateur du gaz ; Lavoisier dirige l’expérience, qui est exécutée par un aide et pendant qu’un-médecin suit les phases des phénomènes en tenant le pouls du patient, Mme Lavoisier, assise à une petite table, note, comme secrétaire, les résultats obtenus. La valeur artistique de ces jolis dessins ajoute encore à leur grand prix historique et on les étudiera avec d’autant plus d’attention qu’il représentent un appareil dont on ne retrouve pas la description dans les écrits de Lavoisier.
- La mer d’Algérie. — La plus grande partie de la séance, qui a été longue, a été occupée par une communication de M. Cosson relativement au projet de mer inté* rieure dù à M. Roudaire. On sait déjà que l’éminent académicien est contraire à la création qu’il s’agit de réaliser, mais on sera étonné d’apprendre que ses critiques d’aujourd’hui se bornent absolument à la reproduction de ses critiques d’autrefois. M. de Lesseps, M. Hébert, M. le général Favé, n’ont pas de peine à montrer que les prétendues objections de M. Cosson sont sans valeur, et l’opinion générale est que le peu de consistance de celles-ci contribueront certainement à faire adopter d’autant plus vite le projet grandiose de M. Roudaire.
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- LA NATUHL.
- Histoire naturelle de Madagascar. — Au nom de M. Grandidier comme au sien, M. Alphonse Milne Edwards dépose sur le bureau trois nouveaux volumes de la Description zoologique de Madagascar. Cc’magnifique ouvrage, rempli de planches coloriées, est un véritable amas de découvertes.
- Varia. — MM. Deprez et d’Arsonval décrivent un nou-veau galvanomètre. — D’après M. Dieulafait, les eaux de j la mer Morte contiennent de la lithine. — MM. Burat, Prillieux et Schlœsing posent leur candidature à la place rendue vacante dans la Section d’économie rurale par le décès de M. Decaisne.
- Stanislas Meunier.
- INSTALLATION DU MICROGRAPHE
- Tous ceux qui font usage du microscope savent combien il est indispensable de disposer d'un bon éclairage, et combien il est avantageux et commode d’avoir à portée de la main les objets divers qui peuvent être nécessaires dans la suite des observations.
- Nous représentons ci-contre l’ingénieux nécessaire-écran de M. Maurice de Thierry.
- Cet appareil, tel qu’il est construit par M. Yérick, se compose de deux parties distinctes que nous allons décrire :
- 1° Le nécessaire est constitué par deux boîtes A et C (l’une pouvant recouvrir l’autre). Une de ces boîtes A est divisée en deux compartiments, l’un pour mettre les lamelles couvre-objet, et l’autre les lames porte-objet ; la seconde boîte B contient huit flacons à réactifs avec bouclions à l’émeri munis d’une tige compte-gouttes et d’un agitateur;
- 2° [.'écran est formé par trois panneaux en bois léger noirci, réunis ensemble par un système de
- charnières, les deuxpanneauxde droite et de gauche pouvant se replier sur celui du milieu, ce qui rend l’appareil peu embarras -sant. Le panneau central est percé d'une ouverture rectangulaire C, donnant passage aux rayons lumineux. Sur les bords de cette ouverture se trouve une coulisse permettant de glisser soit une glace dépolie, soit une glace bleue pour diminuer l’intensité de la lumière. De chaque côté de cette ouverture se trouvent deux planchettes mobiles sur lesquelles se placent les deux boîtes du nécessaire; une pipette fine 1), d’un modèle spécial et nouveau, est suspendue à droite de l’ouverture, sous la planchette.
- Le micrographe, tout en ayant sous la main tout ce qui peut lui être utile pour ses observaltion courantes, se trouve à l’abri d’une lumière trop vive, qui gêne non seulement une bonne observation, mais encore fatigue les yeux à tel point qu’au bout de peu de temps il est souvent obligé d’interrompre complètement les travaux microscopiques, sous peine de perdre la vue.
- Le propriétaire-gérant ; G. Tissandier.
- Maladie des haricots verts. — Il résulte d; recherches de M. Prillieux, professeur à l’Institut agronomique, que la maladie qui décime en ce moment les haricots verts est causée par le développement d’un champignon particulier. Le mycélium se développe sous forme d’un feutrage cotonneux très épais, et les filaments qui pénètrent dans le tissu de la plante donnent lieu au développement de petites masses sphériques, blanches, à écorce noire, dans lesquelles la vie du parasite se trouve comme emmagasinée. En plaçant ces sphérules, ces sclérotes, comme disent les botanistes , dans des conditions favorables, le savant auteur en a provoqué le développement et il en a vu sortir des champignons du genre Peziza.
- Ces cryptogames attaquent des végétaux variés, tels que le trèfle, le chanvre, la rave, et l’on peut craindre qu’il n’amène de véri tables désastres en se propageant. Heureusement qu’on peut espérer de le détruire sans retour en brûlant les tiges chargées de sclérotes, et c’est à quoi il faut inviter sans retard les cultivateurs dont les récoltes sont atteintes.
- Nécessaire-écran pour microscope.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N» U»U. — 27 MAI 1 8 82.
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- LES REPTILES DE FRANCE
- (Suite cl lin. —Vov. p. 15, 147 et 236.
- LES V.PÈRES
- De grands rochers aux formes pittoresques, bizarrement découpés et brillant au soleil, sables soulevés depuis de nombreux siècles par le vent de la mer tertiaire, des genévriers rabougris, d’odorantes bruyères, des hou'x aux feuilles coriaces et épineuses, de noirs sapins élevant vers le ciel leurs
- branches tordues par la tempête, un sol rendu glissant par les aiguilles des pins et les fragments de grès, telles sont les gorges d’Apremont, célèbres entre toutes dans cette admirable forêt de Fontainebleau, chère aux touristes et aux artistes, aux aspects si grandioses et si divers.
- Bien qu’il soit à peine neuf heures, la journée promet d’être chaude; le soleil ne lance point encore ses rayons les plus brûlants, et déjà les lleurs altérées se penchent sur leur tige ; les folâtres papillons, les agiles cicindèles voltigent deçà delà. Le soupir du vent à travers les feuilles des pins, quelques cris d’oiseau, le bruissement des insectes;
- c’est à se croire loin, bien loin de Paris; nous sommes en pleine forêt.
- Un sifflement aigu se fait tout à coup entendre près de nous. Dans le chemin poudreux, près d’une touffe de genêts, un serpent est enroulé sur lui-même et sa tète, relevée d’un air de défi, veille immobile; on le dirait endormi, si son œil, à la pupille étroite et verticale, ne lançait un éclair sinistre ; placé en embuscade, il guette sa proie, quelque mulot ou quelque musaraigue sans doute.
- A notre vue, l’animal montre de l’inquiétude, déroule ses anneaux, fuit lentement et se met à l’abri sous la touffe de genêts. Nous nous dissimulons derrière un pin au tronc vigoureux et attendons; tout danger semblant passé pour lrn, le reptile, assassin de grand chemin, retourne à son •10" muée.— l*r semestre.
- embuscade; nous lui brisons à ce moment, les rçins d’un coup de baguette. Des formes lourdes et ramassées, une queue courte et conique, une tête large et déprimée, en forme de cœur de carte à jouer, un cou nettement arrêté, des écailles au lieu de plaques revêtant le dessus de la tête, des bandes disposées en zigzag sur le dos, des traits obliques et en forme de \ renversé sur la nuque, nous ont fait reconnaître, en effet, la Vipère aspic (fig. 1) trop commune malheureusement encore dans la plus grande partie de la France.
- La taille de l’animal ne dépasse guère soixante centimètres. Indiquer toutes les variétés de coloration serait impossible, deux individus n’étant guère semblables entre eux ; aussi les espèces décrites par les auteurs anciens sont-elles nombreuses. L’on peut
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- dire, d’une manière générale, que le corps est lavé de brun, de roux, d’olivâtre, la teinte rousse prédominant; parfois aussi la coloration varie du verdâtre, du noirâtre ou du gris cendré au jaunâtre, au fauve ou au rouge brique, teintes sur lesquelles les taches tranchent par leurs tons plus foncés. Sur la tète se voit une ligne transversale brune, sur le vertex des points de même couleur, puis une grosse tache noirâtre commençant la série des taches du dos, qui forment le plus souvent une ligne sinueuse; sur les lianes se trouvent des taches correspondant à chacun des angles rentrants de la ligne brisée du dos; le bord des lèvres est blanc, gris ou rosé; les teintes du ventre varient presque autant que celles des parties supérieures, les plus communes étant le gris d’acier et le noir. Nous dirons cependant que les chasseurs et les paysans distinguent, en général, trois variétés, la grise, la rouge et la noire, ces deux dernières passant, à tort ou à raison, comme plus dangereuses.
- Sur les coteaux secs et rocailleux, inclinés vers le Midi et couverts de ronces et de taillis, se trouve la retraite de l’Aspic, bien que pendant les chaudes journées le reptile puisse venir jusque dans les champs à la recherche des cailles ou des autres oiseaux qui déposent leur nichée sur le sol. La Vipère craint la pluie et le froid et ne chasse guère par le mauvais temps, si ce n’est parfois avant l’orage; dès que le soleil reparaît, on la voit sortir de son repaire et ramper avec rapidité; on la trouve souvent mollement étendue sous les branches d’un buisson, ou enroulée immobile en plein soleil ; peu raatineuse, elle ne se montre guère au printemps et à l’automne qu’après la disparition de la rosée; bien que la forme de la pupille puisse faire croire a des habitudes essentiellement nocturnes, la Vipère ne sort la nuit que pendant l’été ; lorsque la chaleur devient excessive, elle se cache dans les fourrés et descendrait même dans les prés humides et sur le bord de l’eau ; les formes lourdes de l’Aspic en font cependant un bien mauvais nageur.
- Les vipères ne se nourrissent que de proie vivante et font surtout la chasse aux mulots, aux campagnols, aux musaraignes ; elles mangent aussi des orvets, des lézards, des batraciens; friande de jeunes couvées, la vipère s’attaque aux oiseaux dont le nid est près du sol ; jeune, elle vit surtout de vers et d’insectes. En liberté, le reptile est toujours sur ses gardes, rien n’égalant son extrême prudence ; il supplée par la ruse à son défaut d’agilité. « Un animal puissant vient-il troubler l’affût, la Vipère montre de l’inquiétude, cependant elle ne quitte son poste que lorsqu’elle se voit sur le point d’être attaquée. Ses sens lui ont-ils signalé l’approche d’un être faihle, pas un mouvement ne trahit sa joie; elle attend avec patience que sa victime soit à sa portée, puis fond sur elle comme un trait. Si la proie est un animal à sang froid, le serpent se met immédiatement à la dévorer; mais s’il s’agit d’un oiseau ou d’un petit mammifère, la vipère le blesse
- d’un premier jet, puis se replie sur elle-même pour ne revenir qu’au moment où, sous l’influence du venin, les dernières convulsions ont cessé; elle engouffre alors l’animal tout d’une pièce, l’inonde de bave et le digère lentement. » (Viaud-Grand-Marais.)
- Pour la Vipère, plus encore que pour les Couleuvres, l’on prétend que le reptile exerce par son regard un pouvoir magnétique sur les petits ani-j maux, qu’il les charme, qu’il les fascine. Quel-qu’ennui que nous éprouvions d’aller ainsi à l’encontre d’un préjugé si universellement répandu, de combattre une légende qui fait si bien dans les récits des romanciers et de certains voyageurs, nous devons à la vérité de dire que nous n’avons jamais vu l’oiseau, glacé de terreur, voltiger en poussant des cris plaintifs et aller se jeter de lui-même dans la gueule de l’animal maudit. Ce qui est certain, c’est que le serpent se jette sur sa proie avec la rapidité d’une flèche, avec la force d’un ressort qui se détend, de telle sorte que la victime semble courir au-devant de son bourreau ; il peut parfois arriver, nous l’avouons, que des animaux effrayés tombent d’eux-mêmes dans le péril qu’ils voulaient éviter, et c’est ainsi que l’on voit un enfant effrayé, perdre la tète et se précipiter sous les roues d’une voiture. Bien loin d’être fascinés, les animaux qui ne peuvent fuir attaquent souvent résolument leur ennemi. Une souris, raconte M. Viaud-Grand-Marais, fut placée dans une cloche en verre où se trouvait déjà un Aspic; la courageuse petite bête se jeta intrépidement dix à douze fois sur le reptile et le mordit de toutes ses forces ; la Vipère déconcertée ne cherchait qu’à fuir. Nous nous rappelons d’avoir mis un soir un campagnol dans une cage contenant une vipère; en ouvrant la cage le lendemain, nous vîmes, non sans étonnement, que la vipère avait la tête à moitié dévorée. Les gros serpents, le Boa, le Python, 11e fascinent pas davantage leur victime. Que l’on mette un lapin en présence d'un Python non affamé, et l’on verra le plus souvent Maître Jeannot, le premier moment de surprise passé, grimper sur le dos de son ennemi, et de ce poste d’ohservation, explorer les environs.
- Mais revenons à la Vipère, dont cette petite digression sur la fascination, nous a quelque peu éloigné.
- Vers la fin d’octobre, ou au commencement de novembre, vipères et vipéreaux se retirent dans quelque galerie souterraine, sous la mousse, dans un trou d’arbre ou dans un vieux mur, pour y attendre, le plus souvent roulés en paquet et entrelacées entre elles, que le printemps vienne les fendre à la vie; l’iiivernation cesse généralement vers le milieu de mars, et c’est alors que les animaux se recherchent. Vers le commencement d’avril, les vipères mettent au monde des petits vivants qui entraînent avec eux les débris des œufs dans lesquels ils étaient renfermés ; la portée est généralement de six à quinze vipéreaux mesurant chacun de quinze à dix-sept centimètres de long. D’après M. Viaud-
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- Grand-Marais, « les anciens attribuaient aux serpents venimeux des mœurs de famille dignes des Atrides; entre autres griefs ils reprochaient aux vipères de dévorer leurs petits. Des vipéreaux ont, en effet, été trouvés dans le tube digestif de leur mère; mais il y a erreur dans l’observation de ce j fait singulier. Les femelles d’Àspie et de Péliade | veillent sur leurs petits jusqu’à ce que leurs crochets soient soudés aux os qui les supportent; elles les défendent avec courage et exposent leur propre vie pour les sauver; à la moindre alerte elles les reçoivent dans leur gueule et fuient avec eux; ainsi fait un serpent proche parent des Vipères, le Fer de lance de la Martinique. »
- La Vipère aspic dont nous venons de parler aime, avons-nous dit, les endroits secs et rocailleux. La Vipère à trois plaques ou Péliade bérus, Petite vipère, Vipère du Nord, recherche plutôt les endroits boisés et les forêts un peu humides. Cette espèce, qui l’essemble surtout au Tropidonote vipérin, a la tête moins triangulaire que celle de l’Aspic; sur le dessus du crâne, qui est un peu convexe, se voient, en général, entre les yeux, trois plaques beaucoup plus larges que les écailles qui les entourent. La livrée a les plus grands rapports avec celle de l’Aspic. La robe est grise, verdâtre, d’un ton gris pâle, d’un acier brunâtre, la teinte générale se mêlant au jaune, au rougeâtre, au noirâtre; sur le dos existe une large raie brune ou noire, parfois disposée en une série de taches ; sur les flancs se voient des taches arrondies. La couleur du ventre est différente suivant les variétés ; chez les animaux à dos gris ou verdâtre, le dessous du corps est noir, ayant parfois de petites taches blanches au bord de chaque écaille; chez les individus d’un noir uniforme, il est d’un noir bleuâtre ; le ventre est roussâtre ou tacheté de brun chez les animaux dont le dessus du corps est rougeâtre, l’ensemble de la coloration varie, du reste, à l’infini.
- Une troisième espèce de Vipère, l’Ammodyte, se trouverait en France; Duméril et Bibron la signalent, en effet, dans le Dauphiné. Diaprés ces auteurs,
- « l’Ammodyte recherche particulièrement les lieux montueux et arides, exposés aux plus vives ardeurs du soleil du printemps. Dans l’été, lorsque la chaleur devient plus forte, ce reptile descend dans les régions inférieures au milieu des grandes herbes pour y trouver sa nourriture, qui consiste en petits quadrupèdes, en lézards et en oiseaux dont il recherche les nids pour s’emparer de la progéniture ; il est possible qu’il poursuive aussi sa proie pendant la nuit, ayant la fente de la pupille linéaire comme tous les animaux nocturnes. » Les formes de l’Àm-modyte sont celles de la Vipère aspic, le museau étant toutefois relevé en une pointe molle recouverte de petites écailles. L’espèce habite l’Espagne, l’Italie, la Hongrie, l’Istrie, k Dalmatie, l’IIerzégo-vine, la Morée, la Sicile, et se retrouverait aux environs de Vienne, en Autriche.
- Le Pelias ber us (fig. 2) aurait une bien plus
- grande extension et l’espèce serait signalée au Japon ; c’est, du reste, le serpent venimeux qui s’avance le plus vers le Nord; l’Aspic, commun dans toute la partie moyenne de l’Europe, se retrouve jusque dans la Tartarie russe, aux environs du lac Alakul.
- Nos trois espèces de Vipères sont également dangereuses et, bien qu’en aient écrit certains observateurs, fort consciencieux sans doute, leur blessure est certainement des plus graves; nous n’en voulons citer comme preuve que les nombreuses observations rapportées par le docteur Viaud-Grand-Marais dans son intéressant ouvrage intitulé Études médicales sur les serpents de la Vendée et de la Loire-Inférieure. Nous empruntons, du reste, à ce consciencieux mémoire la plupart des faits qu’il nous reste à indiquer.
- Pour faire connaître l'appareil venimeux des Vipères, quelques rapides notions d’anatomie nous paraissent indispensables.
- Tandis que chez les Couleuvres, les maxillaires, ou os de la mâchoire supérieure, sont assez grands et garnis d’un nombre variable de dents servant à la préhension de la proie, chez les Serpents venimeux proprement dits, ou Solénogly-phes, la Vipère, le Céraste, le Serpent à sonnettes, le Fer-de-lance, l’os maxillaire, aussi réduit que possible dans ses dimensions, jouit d’une grande mobilité par rapport aux autres os de la face; cet os ne porte que des crochets à venin. Ceux-ci, couchés dans la bouche à l’état de repos, deviennent verticaux par suite du mouvement de bascule de l’os qui les porte; ce crochet tombe souvent, aussi des crochets de remplacement se trouvent-ils derrière la dent en exercice. Le crochet n’est pas une dent pleine comme la dent de la couleuvre, mais une dent perforée par un canal ; son extrémité, très aiguë, est percée, un peu avant la pointe, par une ouverture exactement semblable à celle de l’instrument connu des chirurgiens sous le nom de troehart, et se trouve être admirablement disposée pour inoculer le poison dans la plaie. Le venin est sécrété dans une glande se rendant par un conduit spécial à la base du crochet; lorsqu’il ouvre la gueule, l’animal met en action les muscles de sesmâchoires, comprime la glande et une gouttelette de venin vient faire saillie.
- Ce venin, d’après Fontana, quia examiné près de trois mille vipères, et dont les expériences sont restées classiques, est presque incolore ou légèrement jaunâtre; il doit ses propriétés toxiques à un principe, l’échidnine. analogue au principe actif de la salive, la ptyaline; l’échidnine est très probablement un poison du sang dont il altérerait les éléments figurés ou globules pour réagir ensuite, et secondairement, sur les centres nerveux. Le Pélias, moins dangereux que l’Aspic, aurait environ dix centigrammes de venin dans ses deux glandes, tandis que l’Aspic sécréterait près de quinze centigrammes de venin, la quantité de venin que le serpent verse dans chaque plaie étant de quelques centigrammes
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- seulement; c’est cette faible quantité qui, introduite dans le sang, peut suffire pour tuer un enfant, un homme même, qui occasionne en tous cas de graves accidents.
- Le venin conserve longtemps ses propriétés toxiques, bien que desséché; cette activité du venin à l’état sec a permis de l’utiliser comme un moyen de rendre les armes plus dangereuses. D’après Celse, nos pères les Gaulois connaissaient l’art d’empoisonner leurs flèches avec des venins; suivant Pline, les Scythes avaient une semblable recette : « Scy-thœ sagittas tingunt viperina sanie et hvmano sanguine : irremediabile i<l scelus; mortem illico
- levi tractu affect1. » La légende des armes d’Her-cule trempées dans le sang de l’Hydre de Lerne, montre combien est vieille cette méthode d’utiliser pour la guerre et pour la chasse le terrible venin des Ophidiens. « Philoctète, héritier de l’arc et des flèches du grand Alcide, se blessa au pied avec l’une d’elles pendant qu’il découvrait aux Grecs l’endroit où il les avait cachés. Redi fait judicieusement remarquer que les symptômes éprouvés par Philoctète, tels que les décrivent les auteurs, sont ceux d’une plaie contaminée par le poison de la vipère. » (Viaud-Grand-Marais.)
- Ce n’est point icile lieu d’étudier l’action de ce
- Fig. 2. Vipère bonis.
- venin sur les animaux, sur l’homme en particulier, de décrire les symptômes tant primitifs que secondaires, locaux et généraux, d’indiquer la marche, la durée, les terminaisons de la maladie, d’essayer le diagnostic de la morsure et de parler des nombreux remèdes proposés; la nature de notre article ne comporte pas de semblables questions, qui sont du reste magistralement traitées dans l’ouvrage tant de fois cité de M. Viaud-Grand-Marais. Nous nous contenterons de dire qu’en cas de piqûre le meilleur moyen à employer est d’élargir de suite la plaie, de la sucer, d'appliquer une ligature au-dessus du point blessé et de cautériser la plaie avec une mixture à parties égales d’alcool et d’acide phéniquc; ces premiers soins donnés, il est prudent d’appeler un médecin aussitôt que possible. *
- Nous ne pouvons ne pas parler cependant des charmeurs, qui, en France même, passent pour jeter des sorts ou les détourner, savent la composition des philtres et possèdent le don du mauvais œil; presque tous ont des formules magiques grâce auxquels ils rejettent le maléfice sur la vipère ou prétendent guérir rapidement sa morsure. Matthiole, dans ses commentaires sur Dioscoride, nous rapporte que deson temps, la formule suivante était en grand renom « Carocaruge, sanum reduce, reputasanum, Emmanuel Paracletus; » grâce à cette formule, l’initié pouvait manier sans danger les serpents venimeux, et une curieuse gravure de la première édition
- 1 « Les Scythes trempent leurs llèches dans du venin de vipère et du sang humain, l’action de ce poison est terrible; la mort arrive de suite par la plus légère blessure. »
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- publiée à Venise en 1558 montre un charmeur attirant les vipères (fig. 5). En Vendée, l’on croit encore à l’efticacité de certaines formules magiques et M. Viaud-Grand-Marais raconte la curieuse anecdote suivante qui montre bien à quel point la superstition est encore enracinée dans nos campagnes : « Auguste, domestique, se rendait un soir, à la fin de juillet 1854, au bourg avec son maître; chemin faisant, il aperçut une vipère étendue sur la route. Auguste s’était vanté, quelques jours auparavant, de conjurer tellement bien les reptiles, qu’il pouvait les prendre sans aucune espèce de danger... Auguste fit trois signes de croix sur le reptile, en prononçant à chacun de ces signes l’une des trois paroles suivantes : ozi, oza, ozoa. La vipère se laissa prendre ; Auguste la garda quelque temps dans ses
- mains, la faisant glisser de l’une dans l’autre, puis la lança avec violence contre la terre. La vipère prit sans colère le chemin du buisson voisin... Auguste étendit de nouveau la main vers la vipère, en renouvelant ses manœuvres cabalistiques, et l’arrêta sur-le-champ, puis il la plaça dans sa main gauche comme la première fois. Mais ici la scène changea ; l’animal s’élança sur la main qui le tenait, et la mordit à la naissance des doigts... Malgré tout ce qu’on put lui dire, Auguste préféra les soins des empiriques à ceux d’un homme de l’art, et leur attribua sa guérison, qui survint quelques jours après. »
- Une singulière interprétation du dicton qui dit que la nature place toujours le remède à côté du mal a fait employer contre le venin de la vipère cer-
- V I P E \ A
- Fig. 5. Charmeur de vipères, d'après Mattiole (1558).
- taines parties de la vipère elle-même, telles que le sang, la chair, le foie, les cendres ; la poudre, préparée avec le foie et le cœur du reptile, portait le nom de bézoard animal et passait pour très active ; le fiel était employé comme sudorifique à la dose de deux gouttes; dans le célèbre emplâtre de Vigo entrait de la graisse de vipère mêlée à des grenouilles et à des vers de terre cuits vivants ! La thériaque, chaos informe dans lequel toutes les drogues de l’ancienne pharmacopée venaient se confondre, devait sa réputation aux vipères qui entraient dans sa composition; les vipères de France étaient tout particulièrement employées et il s’enexportaitdu Poitou une quantité réellement considérable jusqu’à Venise, lieu de fabrication du célèbre électuaire; il est mutile, sans doute, de faire remarquer que la vipère a disparu de l’officine, allant rejoindre dans un juste oubli ces étranges médicaments tels que la mousse recueillie sur un crâne de pendu, remède
- contre l’épilepsie; si la thériaque a quelque efficacité, elle le doit à l’opium.
- Pline rapporte que l’odeur du frêne fait fuir les serpents, la vipère en particulier; Dioscoride préconise l’infusion des feuilles de frêne contre la morsure des serpents venimeux ; cette médication est aujourd’hui encore empiriquement employée par les paysans de la Vendée et du Poitou ; il en est de même des baies de laurier et des tiges de galium ou caille-lait conseillés par Pline et Dioscoride.
- Plusieurs animaux sont les alliés naturels de l’homme en étant les ennemis de la vipère. Les rapaces à serres puissantes font souvent la guerre aux serpents; tels sont l’aigle botté, le jean-le-blanc, les buses, les busards, le milan royal; d’autres oiseaux, la cigogne et les corbeaux, nous rendraient aussi service. Le hérisson passe pour être l’ennemi naturel de la vipère, et d’expériences déjà anciennes faites par le professeur Lenz, il semblerait résulter
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- que le hérisson ne craindrait nullement la morsure de son redoutable adversaire; bien que son utilité dans la destruction du reptile soit problématique, il est rationnel de chercher à introduire le hérisson là où les vipères abondent; le hérisson est d’ailleurs beaucoup plus utile que nuisible, et la chasse active qu’il fait aux insectes et aux limaces devrait le faire protéger. La belette et le blaireau font bonne guerre aux serpents venimeux tout autant qu’à nos animaux de basse-cour.
- Le plus grand destructeur de la vipère doit être l’homme ; il faut qu’il mette partout à prix la tête du dangereux reptile, trop commun encore dans certaines parties de la France. C’est ainsi que M. Viaucl-Grand-Marais rapporte qu’une chasseresse de vipères de la Vendée tuait, année moyenne, 2062 de ces animaux, ce qui lui faisait une petite rente de 515 francs, bon an mal an. La Côte-d'Or et le Poitou sont également infestés de vipères ; en 1865, le Conseil général de Dijon a alloué un crédit de 7848 fr. 50 pour la destruction de 26161 vipères, à raison de 50 centimes par animal. Dans les Deux-Sèvres, une somme de 15 965 fr. 50 aurait été allouée en primes de 25 centimes pendant les années 1864 à 1868, ce qui représenterait le chiffre énorme de 55 462 vipères détruites en cinq ans dans ce seul département !
- E. Sauvage.
- EXTINCTEUR AUTOMATIQUE D’INCENDIE
- Les grands incendies qui se sont succédé depuis quelque temps ont appelé l’attention des hommes compétents sur les moyens propres à les prévenir ou en atténuer les effets. C’est dans ce but que l’on a inventé les nombreux avertisseurs qu’on pouvait voir à l’Exposition d’électricité. Ces appareils ne font que signaler le danger, mais n’aident aucunement a en conjurer les effets. Le nouvel appareil imaginé par M. Oriolle (de Nantes) a pour but, combiné avec un système d’avertissement, de coopérer à l’extinction de l’incendie et cela dès son début.
- Le principe sur lequel repose cet extincteur automatique est très simple. Il se compose d’une tubulure placée à l’extrémité ou le long d’une canalisation d’eau en charge. Cette eau est fournie soit par la distribution de la Ville, soit par des réservoirs placés dans les combles des édifices, usines ou théâtres où l’on a installé des extincteurs automatiques. L’orifice de sortie d’eau est fermé par un obturateur maintenu en place par deux barrettes et une petite pièce en alliage fusible à une température donnée (on peut aller depuis 25 degrés jusqu’à 150 et plus).
- Le plus généralement, l’extincteur est placé dans le haut des pièces ; si dans ce cas le feu prend dans la pièce, les gaz chauds montent à la partie supérieure ainsi que la flamme, leur chaleur fait fondre la petite barre de métal fusible, les barrettes tombent d’elles-mêmes et l’obturateur est projeté au loin par la pression de l’eau. Celle-ci s’écoule alors par l’orifice de sortie, soit en gerbe, soit en jet vertical, horizontal incliné, suivant la disposition de l’orifice.
- Cet extincteur agit donc automatiquement au moment où l’incendie éclate, et il continue à fonctionner quand
- les secours sont arrivés, il aide ainsi à l’extinction de l’incendie; son fonctionnement est assuré même s’il y a de longues années qu’il n’a pas servi, car comme ce fonctionnement repose sur pièce fusible, celle-ci fond tout aussi bien dans vingt ans qu’au lendemain de sa fabrication.
- Cet appareil n’est cependant pas sans défauts; il est nécessaire pour qu’il joue un rôle important, que les conduites soient à large section et que la pression de l’eau soit forte. De plus, il repose sur le principe de la fusion d’un alliage Or il peut arriver que, la température étant élevée sans qu’il y ait d’incendie, l’alliage fonde et que l’extincteur entre en marche.
- Le vendredi 19 mai, M. Oriolle avait convoqué la presse pour assister à des expériences de son extincteur; ces expériences avaient lieu avenueNiel, dans un terrain vague. L’inventeur avait disposé un bâti vertical de 3 à 4 mètres de hauteur, clos sur les quatre faces jusqu’à 1 mètre du sol et ayant environ 5 mètres de long et 2 mètres de large. La partie supérieure était fermée par des planches espacées formant gril. Aces planches étaient pendues des toiles de théâtre. Au milieu de cette baraque et dans toute sa longueur, sur une grille en fer, étaient placés des copeaux et des morceaux de bois. A la partie supérieure se trouvait la conduite d’eau avec deux extincteurs.
- Vers trois heures et demie, on arrosa les copeaux de 10 litres d’alcool et l’on mit le feu. Le bois était très sec, c’était donc un véritable brûlot. A quatre heures, le foyer était éteint par l’extincteur ainsi que les toiles, les parois en bois seules brûlaient encore, mais très peu; on fut obligé de se servir de la lance pour les éteindre.
- L’expérience avait réussi, imparfaitement il est vrai, mais cela tenait à ce que le jet sortant des extincteurs n’atteignait pas les coins de la construction, et à ce que la section de la conduite d’eau était trop petite.
- Déjà, à Nantes, en février dernier, avait eu lieu une expérience semblable qui avait parfaitement réussi.
- A. IIamon.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le livre des métiers manuels, répertoire des procédés industriels, tours de main et ficelles d’atelier, recettes nouvelles et inédites, méthodes abréviatives de travail recueillies en vue de permettre aux amateurs, manufacturiers, ouvriers des petites villes et des campagnes, d’exécuter aussi bien que les ouvriers spécialistes de Paris tous les travaux usuels, d’une utilité journalière, par J. P. IlouzÉ. 1 vol. in-18. Paris, Gaston Samson, 1882.
- La photographie et la chimie de la lumière, par II. Vogel, professeur à l’Académie polytechnique de Berlin. 1 vol. in-8°, avec 95 figures dans le texte et un frontispice en photoglyptie. Troisième édition. Paris, Germer Baillière et Cie.
- L'origine des êtres vivants, par Félix Dément. 1 vol. in-8°, illustré. Paris, librairie Fauvé et Nathan, 1882.
- Manuel d'éledrométrie industrielle, par R. V.. Picou. 1 vol. in-8° des Publications du Génie Civil. Paris, G. Masson, 1882.
- Osservazioni meteorologighe orarie ottenute da stru-menti registrarori durante l'anno 1880, rilevato etcalco-late da Celso Founioni, 1 broch. in-4°. Milano, 1882.
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- LE TÉLÉGRAPHE BAUDOT
- (Suite et fin. — Yoy. p, 230 et 514.)
- SYSTÈME IMPRIMEUR
- Il nous reste à décrire la partie la plus curieuse la plus nouvelle et la plus originale du télégraphe imprimeur de M. Baudot, c’est-à-dire l’ensemble du système qui vient cueillir la combinaison reçue par les électro-aimants récepteurs de chaque poste et la transforme en un caractère ordinaire imprimé sur une bande de papier sans fin. La description de cette partie remarquable demanderait plusieurs articles pour être exposée en détail, aussi nous contenterons-nous, comme nous l’avons fait d’ailleurs pour les autres parties de l’appareil, d’en indiquer le principe.
- Chacun des appareils imprimeurs est double, c’est-à-dire qu’il recueille les dépêches transmises par deux postes diamétralement opposés de la série, À et D, B et E, C et F, et les imprime sur deux bandes séparées. Les deux mécanismes d’impression, identiques de construction, sont disposés l’un sur la face antérieure, l’autre sur la face postérieure du récepteur (fig. 5). Nous n’en décrirons qu’un seul, pour simplifier l’explication, les fonctions du second mécanisme imprimeur étant identiques, mais distinctes et séparées de celles du premier. L’imprimeur proprement dit se compose d’une roue des types analogue à celle de l’appareil Hughes, tournant d’un mouvement uniforme autour d’un axe horizontal et venant s’encrer contre une molette recouverte de drap convenablement imbibé d’encre. La vitesse de la roue des types est la même que celle du distributeur, mais son mouvement n’a pas besoin d’être synchronique avec lui, il suffit qu’il soit isochronique, et que la coïncidence des positions relatives de la roue des types et du distributeur existe une fois par tour, comme nous l’indiquerons plus loin.
- A la partie inférieure de la roue des types (fig. 1) se trouve une came dite came d'impression, qui, lors qu’elle est soulevéepar un moyen quelconque, vient appliquer la bande de papier interposée entre cette came et la roue des types, et fait imprimer la lettre qui se trouvait en regard du papier à l’instant précis du soulèvement de la came. Le mouvement de la came produit en même temps la progression du papier : dans le mouvement suivant, lalettre vient s’imprimer à côté de la lettre précédente, et à une distance convenable. Pour un tour complet de la roue des types, les trente et une lettres et le blanc1 se trouveront nécessairement en regard de la came d’impression chacune pendant un instant. Pour imprimer une lettre, il faut donc soulever la came au moment où le point de la roue des types où cette lettre est gravée passe en regard de la came. Existe-t-il un
- 1 En réalité 62, avec les chiffres et la ponctuation, mais il suffit d’en considérer 31 pour le moment.
- moyen qui permette d’établir entre les électro-aimants récepteurs et le mouvement de la came une relation telle que, pour chacune des combinaisons réalisées sur les récepteurs, la came soit soulevée lorsque la lettre correspondante est en regard de la came d’impression? Oui, ce moyen existe, il a été ingénieusement découvert par M. Baudot, et l’appareil qui le réalise sous les différentes formes dont il est susceptible dans l’application porte le nom de combinateur.
- Pour faire comprendre le principe appliqué par M. Baudot dans le combinateur, nous devons faire une digression apparente et prendre une comparaison puisée dans les choses connues et qui n’ont aucun rapport direct avec le système qu’il s’agit d’exposer.
- Tout le monde a vu, dans les foires, une nouvelle forme donnée aux chevaux de bois depuis quelques années et, qu’à défaut d’un nom exact, nous désignerons sous le nom de manège et vélocipèdes. L’inventeur ingénieux et ignoré de ce système est arrivé à supprimer la force motrice, ordinairement fournie par un cheval dans les installations moins modernes, et oblige les amateurs — qui s’y prêtent de très bonne grâce — à fournir eux-mêmes le travail nécessaire à la rotation. L’industriel fait ainsi payer ceux qui travaillent ‘. l’exemple est assez peu fréquent pour que nous ayons cru devoir le signaler en passant.
- On sait que les roues de ces vélocipèdes tournent sur une bande de fer méplate continue qui les supporte et sont maintenues à une distance invariable de l’axe par des rayons convenablement distribués.
- Supprimons tous les vélocipèdes moins un et établissons cinq bandes de fer méplates concentriques sur chacune d’elles nous établirons une roue de vélocipède analogue. Les cinq roues seront fixées sur le même axe et décriront cinq pistes circulaires autour de ce manège d’une nouvelle espèce. Les cinq bandes circulaires en fer sur lesquelles roulent les cinq roues étant continues, l’axe sera supporté à la fois par les cinq roues et maintenu ainsi dans le plan horizontal qu’il décrit pendant sa rotation. Supprimons maintenant la bande méplate de chaque piste sur certaines parties suivant un ordre voulu et calculé, de sorte que chaque roue, pendant un tour complet du système autour du manège, se trouve alternativement supportée par la bande méplate ou au contraire au-dessus d’un creux dans les endroits cù la bande méplate — le rail — est enlevée. Le nombre et l’ordre des roues portant à chaque instant sur leurs rails respectifs, seront à chaque instant variables, en raison de la distribution des parties avec rail ou sans rail adoptée dans la construction, mais cette distribution peut être telle que, pendant un tour entier de cinq roues autour du manège, il y ait toujours une roue au moins portant sur un rail. L'axe des roues supporté en un point au moins restera toujours dans le même plan. Il ne descendra donc jamais.
- Juxtaposons maintenant contre chacune des pistes
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- des cinq roues une seconde piste ou voie que nous nommerons voie complémentaire. Cette voie complémentaire est elle-même composée de parties avec rail et de parties sans rail disposées à l’inverse de la voie ordinaire, de telle sorte que chaque partie en saillie de la voie ordinaire corresponde
- sur les voies de travail et de repos, il arrivera un moment où les cinq roues se trouveront toutes au-dessus d’un creux; l’axe commun n’étant plus alors supporté, descendra d’une certaine quantité, égale à la profondeur de l’ornière ouverte au dessous des cinq roues à la fois. Le point de chute de l’axe des roues variera d’ailleurs avec le nombre et l’ordre des roues engagées respectivement dans les voies de travail et de repos. Il sera possible de produire la descente de l’axe en trente-deux points différents par une combinaison convenable des saillies et des creux des dix voies dans lesquelles peuvent s’engager les cinq roues, en faisant varier le nombre
- Fig. 1. Gouibinateur montrant la position des cinq aiguilles réalisant la combinaison suivante :
- 1'* travée : voie de repos. 1" touche du manipulateur : non abaissée. 2* — — travail. 2” — abaissée.
- 3* — — travail. 3” — abaissée.
- 4* — — repos. 4* — non abaissée.
- 5* — — travail. 3° — abaissée.
- Les émissions de courant sur la ligne ont été les suivantes : —> +*, -t-, —,
- à une partie en creux de la voie complémentaire, et réciproquement.
- Pour simplifier, nous désignerons avec M. Baudot la première piste ou voie de chaque roue sous le
- 9 3 3 3 3
- Fig. 2. Châssis à cinq goujons pivotant autour de l’axe xx'. — Lorsque les cinq goujons g sont à la fois en regard de cinq creux, le châssis bascule sous l’action du ressort R ; le levier b transmet ce mouvement, par une combinaison de leviers, au mécanisme imprimeur, en traversant l’axe o.
- nom de voie de repos, et la piste ou voie complémentaire, sous le nom de voie de travail.
- Les cinq roues peuvent subir un petit déplacement le long de leur axe commun et s’engager à volonté sur la voie de travail ou la voie de repos. L’ordre et le nombre des roues engagées dans l’une ou l’autre des voies donne lieu à trente-deux combinaisons distinctes. II nous suffit de considérer l’une d’entre elles. Par le fait même de la distribution convenablement combinée des saillies et des creux
- Fig. 5. Aiguille disposée pour engager le goujon dans la voie de
- repos,
- et l’ordre des roues engagées respectivement dans les voies de travail ou de repos.
- Ceci étant bien compris, il va être facile maintenant d’cxpUqucr le rôle et la fonction du combina-teur de M. Baudot.
- Le combinatcuf se compose d’un disque horizontal (fig. I) sur lequel sont tracées les cinq voies doubles dont nous parlions tout à l’heure, avec les reliefs et les creux correspondants.
- Les f>60 degrés du cercle sont divisés en trente-deux parties de 10 degrés chacune, les 40 degrés restant constituent un secteur neutre dans lequel se produit l’aiguillage sur les voies de travail ou de repos, comme nous allons l’indiquer. L'axe et les cinq roues sont ici remplacés par un châssis articulé (fig. 2) portant cinq goujons fixés sur des doigts mobiles qui peuvent s’incliner un peu à droite ou à gauche pour s’engager à volonté dans l’une des deux voies correspondantes pour chacun d’eux. Ces cinq goujons glissent sur les saillies et empêchent le châssis de
- Fig. 4. Aiguille disposée pour engager le goujon dans la voie de travail.
- basculer tant que les cinq goujons ne se trouvent pas sur une partie creuse. L’aiguillage se fait à l’aide de petites pièces triangulaires mobiles placées dans le secteur neutre et qui peuvent prendre deux positions distinctes (fig. 5 et 4) suivant qu’elles doivent diriger le goujon correspondant dans la voie de repos ou dans la voie do travail.
- C’est ici qu’apparaît enfin la relation entre les cinq électro-aimants récepteurs de chaque poste et les cinq aiguilles du combinateur correspondant.
- Nous avons vu, dans les premiers articles, que la manipulation effectuée à chaque poste, pour chaque
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- tour du distributeur, aboutissait finalement à l’application d’un certain nombre d’armatures des relais récepleurs contre les butoirs de travail et l’immobilisation des autres armatures contre les butoirs de repos, suivant un ordre déterminé pour chaque lettre.
- Les cinq butoirs de travail du relais sont en communication électrique avec cinq électro-aimants correspondants placés sous le combinateur; l’armature de chacun d’eux est reliée à la petite aiguille triangulaire et place cette aiguille dans la position représentée figure 4, chaque fois qu’elle est traversée par un courant. Si, un instant avant que les goujons n’arrivent en face des aiguilles, on envoie un courant dans les relais, toutes les aiguilles qui correspondent à la position de travail seront actionnées au moment du passage du courant par
- les butoirs de travail correspondants du relais, et prendront la position représentée figure 4, tandis que les autres resteront dans la position du repos (lig. 5).
- La longue série d’intermédiaires placés entre l’appareil manipulateur et l’appareil récepteur a donc pour effet final de faire aiguiller sur les voies de travail les goujons qui correspondent aux touches abaissées du manipulateur.
- Une fois l’aiguillage opéré, le mouvement du châssis continuera, sa chute se produira après qu’il aura parcouru un certain nombre de fois 10 degrés, au moment où les cinq goujons se trouveront en regard de cinq creux. La rotation de la roue des types étant solidaire de celle du châssis porte-goujons, la chute de ce châssis se produira donc pour chaque combinaison, au moment où la lettre correspondante
- Fig. 5. Télégraphe de if. Baudot. — Ensemble d’un récepteur double. Combinateur et imprimeur.
- de la roue des types se trouvera en regard de la came d’impression, et il n’est pas difficile de concevoir une transmission mécanique relativement simple qui utilise la descente du châssis pour soulever la came et produire l’impression de la lettre sur la bande.
- Tel est le fonctionnement en quelque sorte théorique du système Baudot, mais on conçoit que dans l’application pratique, l’inventeur a dû rencontrer un grand nombre de difficultés habilement surmontées par son ingéniosité et l’habileté du constructeur, M. J. Carpentier.
- . Le système imprimeur e.;t actionné par un moteur complètement indépendant de celui du distributeur, le maintien de l’isochronisme entre les deux appareils, distributeur et combinateur, est obtenu à l'aide d’un embrayage à friction et d’un frein automatique actionné par le distributeur lui-même. Il
- suffit que le moteur donne à l’appareil une vitesse un peu supérieure à la vitesse normale : le système correcteur intervient automatiquement et rétablit à chaque tour la relation convenable entre tous les organes.
- Nous avons supposé jusqu’ici que l’appareil imprimeur portait seulement trente et un caractères. En réalité il en porte soixante-deux disposés en deux séries intercalées, et c’est par un décalage convenable de la roue des types sur son axe que s’effectue l’impression des caractères d’une série ou de l’autre. Pour passer d’une série à l’autre, il faut frapper au manipulateur une certaine combinaison correspondant au blanc des chiffres ou au blanc des lettres, suivant qu’on veut imprimer des chiffres ou des lettres. Le système imprimeur produit alors un blanc et décale en même temps la roue des types de la quantité nécessaire pour changer de série. La
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- disposition est, a ce point de vue, identicpie en principe à celle du Hughes.
- Nous avons dit tpie chaque récepteur est double et qu’un seul combinateur peut desservir deux postes diamétralement opposés, et commander deux imprimeurs distincts. 11 est facile de voir maintenant comment cela est possible. Le rôle des électroaimants récepteurs est d’agir sur les électroaimants qui commandent l’aiguillage, et dirigent les cinq goujons dans les voies de travail ou de repos qui correspondent à la combinaison réalisée au poste transmetteur.
- Une fois cette fonction accomplie, ces aiguilles ne jouent plus de rôle jusqu'au tour suivant.
- On peut donc les utiliser une seconde fois en disposant un second châssis porte-goujons diamétralement opposé au premier qui commandera le second système imprimeur disposé sur la face postérieure du récepteur.
- L’aiguillage de ce second châssis sera absolument indépendant de celui du premier et bien qu’il se produise à un demi-tour d’intervalle, il arrivera souvent que le second châssis tombe le premier et imprime le signe correspondant avant le premier. Il en résulte cette conséquence, bizarre au premier abord, que les lettres ne sont pas imprimées dans l’ordre réel où elles sont transmises par les différents postes; là comme ailleurs, les premiers sont souvent les derniers. Cela s’explique très bien par ce fait que la transmission ne produit que Y aiguillage, tandis que l’impression produite par la chute du châssis ne se bût qu’au moment où la roue des types amène la lettre correspondante devant la came; elle est donc absolument indépendante des phénomènes qui peuvent se produire dans la ligne ultérieurement à l’aiguillage des cinq goujons du châssis.
- On pourrait écrire encore de longues pages sur le remarquable appareil de M. Baudot sans épuiser le sujet.
- Ce que nous en avons dit suffit pour donner une idée générale des principes sur lesquels il est fondé. On peut certainement le considérer comme une merveille mécanique et électrique, et le diplôme d’honneur décerné à M. Baudot par le jury de l’Exposition internationale d’électricité n’est qu’une juste récompense de ses travaux devant laquelle nous n’oserions plus exprimer l’admiration que nous inspire son génie inventif, si notre devoir ne nous obligeait à y joindre nos éloges aussi sincères que mérités.
- E. Hospitalier.
- INSTITUT CHIMIQUE DE L’IMERSITÉ DE GRAZ
- EN STYRIE
- M. A. Wurtz vient de publier un deuxième rapport, présenté à M. le Ministre de l’Instruction publique, sur
- les Hautes études pratiques dans les Universités d’Allemagne et d'Autriche-Hongrie *.
- Ce nouveau rapport., dont l’importance est manifeste, à l'heure actuelle de réorganisation nationale, comprend la description des grands établissements de Berlin, Buda-Pesth, Graz, Leipsig et Munich. M. Wurtz a su rester dans les limites d’une appréciation méthodique et sage; selon l’heureuse expression dont il se sert, il a dit ce qu’il avait vu, « sans rien exagérer et sans rien méconnaître. Une approbation sans mesure et sans critique serait déplacée en cette matière, aussi bien que l’esprit de dénigrement,.. Tout a été dit sur l’importance de la liante culture scientifique, un des trésors de l’esprit humain. Un grand pays doit l’augmenter sans cesse, pour pouvoir le répandre abondamment. »
- Nous avons extrait de cette œuvre considérable les passages suivants, relatifs à l’Institut chimique de l’Université de Graz et à son grand amphithéâtre. G. T.
- Cet institut fait partie d’un groupe d’établissements élevés dans un parc rectangulaire, dont ils limitent trois côtés. Une « Aula » ou bâtiment académique en borde le grand côté, un institut physique et un institut chimique en occupent les petits côtés adjacents. Les trois bâtiments ayant été conçus d’après un plan déterminé, et la construction de l’institut physique étant achevée au moment où devait se composer celle de l’institut chimique, on n’a pas été libre de donner à ce dernier une disposition indépendante. Ainsi la situation, l’étendue et la façade du bâtiment principal opposé à l’institut physique étaient en quelque sorte déterminés à l’avance par la forme générale de ce dernier. Cette circonstance et la configuration du terrain ont conduit à l’adoption d’un plan général, qui comprend trois corps de bâtiments séparés par deux cours et se développant perpendiculairement au bâtiment de façade. Ce dernier comprend, indépendamment d’un vestibule, divers services accessoires, tels que laboratoire de physique, laboratoire du professeur, bibliothèque et salle de collections, logements pour les garçons, etc. Dans le corps de bâtiment formant l’aile gauche sont installés les laboratoires d’élèves, dans le corps de bâtiment central les amphithéâtres et leurs annexes, dans celui de gauche les appartements et logements.
- Tous ces bâtiments sont élevés sur un sous-sol bien éclairé et comprenant un rez-de-chaussée et un premier étage. Ou a eu soin d'affecter au même service les locaux superposés dans les divers étages, de manière à grouper les divers départements dans des parties rapprochées les unes des autres. A cet effet, quatre escaliers mettent directement en communication le sous-sol avec tous les étages superposés. De plus, un large escalier conduit directement du vestibule dans la grande salle des cours, qui est précédée d'une sorte de salle des Pas-Perdus servant de vestiaire.
- Les laboratoires proprement dits, installés dans l’ai! ; gauche, forment deux groupes distincts, les
- 1 I vol. in-4° avec gravures et planches. Paris, G. Masson, 188 >.
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- uns étant destinés aux commençants, les autres aux étudiants assez avancés pour se livrer à des travaux de recherches. Us sont pourvus d’annexes, telles (pie salles d’opérations avec tables, àtres et niches pour les préparations; chambre pour les dégagements d’hydrogène sulfuré; puis, dans les parties séparées et peu accessibles aux vapeurs et émanations, lavoirs, laboratoires spéciaux pour l’analyse spectrale, pour les analyses de gaz, laboratoires pour les expériences physiques, chambres de balances, etc.
- Les divers locaux du laboratoire de Graz, à l'exception des appartements, sont chauffés à la vapeur d’eau, les générateurs servant à la fois à produire la vapeur destinée au chauffage, à alimenter la machine à vapeur, et à distribuer la vapeur dans les laboratoires où elle est employée directement pour les expériences.
- Les générateurs, au nombre de deux, sont des chaudières tubulaires, un grand fonctionnant en hiver avec 80 tubes bouilleurs et une surface de chauffe deè70 mètres carrés, et un petit devant fonctionner en été avec 37 tubes bouilleurs et une surface de chauffe de 17mc,6. La tension de la vapeur peut y être portée à 4 atmosphères. Cette vapeur se rend d’abord dans un distributeur et de là dans neuf tuyaux munis de soupapes, qui la conduisent soit dans les chambres de chauffe, soit dans la machine à vapeur, soit directement dans les laboratoires.
- Les chambres de chauffe, au nombre de cinq, sont des espaces en maçonnerie garnis d’une série de tuyaux dans lesquels la vapeur est distribuée sous pression, et qui élèvent la température de l’air frais pris au dehors. Celui-ci est appelé sans cesse dans les chambres, s’y échauffe, et est ensuite envoyé dans les divers locaux, comme on le dira plus loin.
- L’eau condensée se l’assemble dans des appareils dérivateurs disposés dans le sous-sol, de telle façon qu’ils permettent l’écoulement, par une soupape, de l’air froid et de l’eau, mais non de la vapeur. A cet effet, la soupape d’écoulement est fixée à une tige métallique qui la maintient ouverte, tant qu’elle est froide, mais qui la ferme en se dilatant sous l’influence de l’eau chaude ou de la vapeur. Lors donc qu’on fait arriver de la vapeur dans les tuyaux, l’air et l’eau de condensation froide s’échappent librement ; puis, l’eau chaude arrivant, la soupape se ferme, et la vapeur peut acquérir une certaine tension. Mais l’eau chaude qui est arrêtée s’élève dans l’appareil dérivateur de l’eau de condensation jusqu’à ce qu’un flotteur, qui s’élève avec elle, ait de nouveau ouvert la soupape. De ces appareils dérivateurs, l’eau s’écoule, par des tuyaux, dans une citerne d’où elle est injectée de nouveau dans le générateur.
- La ventilation s’effectue par propulsion de l’air pur puisé devant la façade et arrivant directement dans la partie antérieure de la salle des machines,
- où il est pris par deux ventilateurs qui le poussent dans deux canaux ou conduits principaux. Ceux-ci cheminent sous le plancher du sous-sol, et l’un d’eux, celui de gauche, amène l’air pur dans les laboratoires et dans la petite salle de cours, et l’autre, celui de droite, dans le grand amphithéâtre. Sur ces canaux viennent se brancher divers tuyaux, que desservent des appareils propulseurs particuliers.
- Tous les tuyaux qui amènent l’eau, la vapeur d’eau et le gaz, ainsi que les conduits d’écoulement pour l’eau, sont à jour ou du moins facilement accessibles. Ceux qui courent sur le plancher sont placés dans des rigoles en fonte, fermées par des couvercles du même métal. Suivant leur destination ils sont peints en couleurs différentes. Les tuyaux de gaz sont en fonte, les conduits d’eau larges en fonte, les tuyaux étroits en plomb. Les conduits d’écoulement pour les eaux acides sont en plomb, les autres en fonte.
- Dans un grand laboratoire le service du gaz, qui sert à la fois au chauffage et à l’éclairage, exige une attention particulière. Ce n’est pas une tâche facile que de surveiller des centaines de becs de gaz (le laboratoire de Graz en compte 700) ; ici une surveillance incessante est nécessaire, car la négligence des élèves ou des gens de service a pour conséquence une déperdition de gaz, source de dépenses inutiles et quelquefois d’accidents. Dans les laboratoires proprement dits, il convient d’intercepter le gaz pendant la nuit; dans certains locaux tels que le laboratoire du professeur, son appartement, les chambres à étuve, le cabinet spectroscopique, ainsi que les pièces disposées pour le chauffage des tubes et appareils à haute pression, dans tous ces locaux il importe d’avoir le gaz à sa disposition pendant toute la nuit.
- Pour faciliter le contrôle on a jugé convenable de partager l’édifice, au point de vue de la distribution du gaz, en plusieurs districts qui sont desservis chacun par un tuyau principal, pouvant être fermé par un robinet particulier. Derrière chacun de ces robinets principaux, ainsi intercalés dans le système de canalisation, est disposé uu manomètre. Lorsque tous les robinets d’écoulement d’un district sont fermés, si l’on ferme pareillement le robinet du tuyau d’alimentation, le manomètre indique la pression du gaz dans le district; or cette pression diminue rapidement, dans le cas où un robinet d’écoulement est ouvert. Pour constater une fuite, il suffit donc que l’homme chargé de ce service ferme les uns après les autres les robinets de district, et qu’il observe ensuite chaque manomètre pendant quelques instants.
- Il est bien entendu que ces épreuves manomé-triques ne peuvent être faites avec fruit que dans le cas où la conduite de gaz est bien établie et ne donne pas lieu à des fuites accidentelles. On a imposé à cet égard au constructeur certaines conditions qui ont été remplies et que voici : 1° Tous
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- les robinets d'écoulements étant fermés, aucune partie de la canalisation ne doit présenter, sous une pression de 40 millimètres d'eau, une fuite assez appréciable pour qu’on puisse allumer le gaz; 2° tous les robinets d’écoulement étant fermés, la perte de gaz ne doit pas dépasser 0!it,,087 par heure; 5° les robinets d’écoulement étant fermés ainsi que le robinet d’alimentation d’un district, la pression ne doit pas en deux minutes descendre au-dessous de 20 millimètres, la pression initiale étant 40 millimètres.
- Les tuyaux qui amènent l’eau sont en communi-
- cation avec la canalisation municipale et débitent l’eau sous la pression de 5 atmosphères. Là où une pression moindre peut suffire on a disposé, à une hauteur convenable, des réservoirs dans lesquels l’arrivée de l'eau est réglée par des flotteurs. Les conduits principaux régnent sous la voûte du souterrain; les tuyaux d’alimentation qui y sont branchés, peuvent être fermés par des robinets; les uns et les autres peuvent être entièrement vidés.
- Les tuyaux d’écoulement se rendent dans le sous-sol, où ils plongent dans des vases en grès, disposés sous le plancher e’t d’un facile accès. De
- Fig, 1. Le grand amphithéâtre de l’Université de Graz. Vue prise du fond.
- ces vases en grès, l’eau s’écoule par des canaux.
- Nous nous bornons à mentionner l’établissement d’un télégraphe électrique qui sert à la transmission des ordres et des appels. Pour que les gens de service disséminés dans le bâtiment puissent se rendre à ces appels, on s’est arrangé de manière qu’un signal donné soit transmis et répété dans les diverses parties de l’édifice, où des cadres se trouvent disposés à cet effet.
- Le grand laboratoire est destiné aux commençants qui s’y exercent à l’analyse. Le plafond est soutenu par huit colonnes en fonte autour desquelles sont disposées huit tables de travail, à quatre places chacune. Éclairage bilatéral par dix fenêtres, dont Lune, au milieu, est élargie de façon
- à former une grande niche dans laquelle s’élèvent, sur une estrade, une table de démonstration, pour le chef de laboratoire, et un tableau noir à portée de sa main. Les embrasures des neuf autres fenêtres sont garnies de tables de travail. Indépendamment des quarante et une places de petite dimension, ce laboratoire contient encore quatre places plus .spacieuses. Entre les fenêtres on a disposé des niches de Ilofmann, dont les parois extérieures, du côté des embrasures, sont garnies de petites armoires à portée de la main. Les deux parois opposées du laboratoire, qui forment les petits côtés du rectangle, sont garnies de quatre petits âtres, avec manteaux de cheminées, pour évaporations et autres opérations exigeant une chaleur modérée. Dans les
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- murs qui séparent les âtres sont fixées des étuves à vapeur. Deux de ces litres renferment de petits bains de vapeur, les deux autres des appareils à évaporation chauffés au gaz...
- Le grand amphithéâtre s'élève à la partie postérieure du pavillon central, dans une situation qui a permis de l’éclairer latéralement par huit grandes fenêtres. Devant la salle de cours, du coté de l’entrée, sont situés divers locaux, d’abord un vestibule et une grande antichambre, sorte de salle des Pas-Perdus servant aussi de vestiaire ; à gauche
- du vestibule, une salle de collection pour les prépa» rations pharmaceutiques, une pièce annexe du laboratoire de préparation. Ce dernier est situé derrière le grand amphithéâtre, et communique avec lui, non seulement par une porte, mais encore par de larges ouvertures percées dans la paroi de séparation, le long de laquelle sont établis les âtres avec manteau de cheminée '(fig. 1). Les châssis vitrés qui ferment ces âtres peuvent être levés ou baissés à volonté, de façon à établir ou à intercepter, selon la nécessité, la communication entre la
- Fig. 2. Le grand auipliitliéàlrc de l’Université do Grr.z. Vue prise du côté du professeur.
- salle de cours et le laboratoire de préparation.
- Des dispositions excellentes ont été prises pour l’éclairage artificiel de cette salle de cours. 11 s’agit surtout de mettre en pleine lumière les appareils et les expériences. A cet effet, il ne convient pas d’éclairer latéralement la table à expérience à l’aide de la lumière électrique qui fournit, d’un côté, des lumières trop vives, de l’autre, des ombres trop noires. Il est préférable d’éclairer unilormément les objets, à l’aide d’une lumière vive mais diffuse, dont la source soit cachée aux auditeurs. A l’exemple du professeur Landolt, d’Aix Ia-Chapclle, on a donc éclairé la table d’expériences à l’aide d’une rampe de becs de gaz munis de réflecteurs et placés au plafond, au-dessus de la table à expériences
- (fig. 1). On voit par la figure que l’architecture de l’amphithéâtre rappelle celle des théâtres, la place où le professeur parle et expérimente correspondant à la scène. Cette partie reçoit le jour par quatre fe-tres spéciales dont deux sont visibles fig. 1 et 2). Comme on le voit dans la figure 2, son plafond est beaucoup moins élevé que celui de la salle de cours proprement dite, et c’est derrière la grande baie qui s’ouvre sur l’amphithéâtre, qu’est disposée la rampe de becs de gaz dont il a été question et qui est cachée aux auditeurs.
- Les bancs avec dossiers à pupitres s’élèvent les uns derrière les autres sur un plan incliné, de telle sorte que chaque série d’auditeurs puisse apercevoir la table à expérimentation par-dessus les séries pré*
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- cédenlcs. Comme Jes places du côté des parois latérales sont moins avantageuses, on a placé les couloirs de ce côté.
- La table à expérimentation, avec dessus en bois de chêne, mérite une description spéciale. Du côté des auditeurs et latéralement elle est close par des ventaux qui peuvent être enlevés au besoin. Aux deux extrémités deux bassins avec robinets, au milieu une cuve à eau dont le couvercle est de niveau avec la table. Celle-ci est percée en outre de deux ouvertures circulaires, que des tuyaux de terre cuite mettent en communication avec des cheminées. C’est par là que s’échappent les vapeurs nuisibles qui sont dégagées sur la table à expériences. Sous cette dernière arrivent les tuyaux pour la conduite du gaz, de l’air comprimé, de l’hydrogène, de l’oxygène, de la vapeur d’eau, et les robinets de tous ces tuyaux sont disposés pareillement sous la table à bonne portée de l’opérateur; les tubes de caoutchouc passent par des trous qui y sont pratiqués, et sont ainsi amenés sur la table. Les commutateurs à vis de deux conducteurs électriques, l’un en fil gros, l’autre en fil mince, surgissent pareillement et alternativement tout le long de' la table du côté des auditeurs. Les boutons des deux sonnettes électriques permettent de communiquer avec le télégraphe de la maison et avec l'antichambre, où est disposé l’appareil à projection.
- Dans le mur opposé à l’amphithéâtre on a pratiqué trois niches (fig. 1); celle du milieu établit la communication entre la salle de cours et le laboratoire de préparation et sert à disposer des appareils; celle de gauche abrite un four Perrot, celle de droite sert à mettre de côté les appareils qui ont été montrés au cours ; la niche du milieu peut être close, soit par un tableau noir, soit par une glace dépolie, qu’on peut lever ou baisser à volonté derrière le tableau noir.
- L’amphithéâtre est éclairé par un lustre formé de cent quatre becs de gaz, qui peut être enlevé dans une cavité pratiquée dans les combles, au-dessus du plafond.
- Comme on l’a fait remarquer plus haut, la table à expériences est éclairée d’une façon spéciale par une sorte de rampe à .gaz formée de deux tuyaux à gaz qui courent parallèlement au plafond, derrière la baie qui s’ouvre sur l’amphithéâtre. Ces tuyaux sont, munis l’un de quarante, l’autre de quatre-vingts becs, disposition qui permet de faire briller à volonté quarante, quatre-vingts ou cent vingt feux. Ceux-ci sont disposés en ligne droite et assez près les uns des autres pour que la flamme se propage d’un bout à l’autre, lorsqu’on allume l’un des becs, à l’aide d’une étincelle électrique. Le lustre est allumé de la même façon. Les robinets qui règlent l’arrivée du gaz sont ajustés commodément à côté de la porte.
- S’agit-il d’éclairer fortement de petits appareils, on peut les disposer sur la table de la niche centrale, devant la glace dépolie abaissée, et éclairer
- fortement celle-ci par derrière, en y projetant la lumière solaire à l’aide d’un héliostat, ou la lumière électrique. De cette façon de petits détails deviennent visibles à distance.
- Pour certaines expériences, il est nécessaire au contraire d’obscurcir complètement l’amphithéâtre. On y arrive en baissant devant les fenêtres des stores en toile de lin, revêtus des deux côtés d’une couche de couleur noire à l’huile. Ces stores courent dans des coulisses profondes, elles-mêmes peintes en noir et qui ne laissent pas passer la moindre clarté. Les fils qui mettent en mouvement les rouleaux de chacun de ces stores, s'enroulent séparément sur quatre gorges pratiquées dans un tambour qui est mis en mouvement par un arbre muni d’un engrenage approprié. Les projections se font à l’aide d’une lampe de Dubosc (voir la fig. 2) sur un écran blanc, qui peut être abaissé, en se déroulant devant la grande niche centrale.
- Un appareil particulier disposé dans le réduit de l’antichambre sert à projeter les images photographiques sur verre, sur la paroi opposée de la salle de cours. On éclaire par la lumière de Drummond ou par celle fournie par une machine de Siemens et Halske de Berlin. Cette dernière est disposée dans la chambre de la machine à vapeur du sous-sol. Enfin de grands gazomètres pour l'oxygène, l’bv-drogène, le gaz de l’éclairage comprimé, sont disposés dans la pièce du sous-sol. Ils peuvent être mis en communication, par un tube, soit avec un réservoir du laboratoire de préparation, soit directement avec les conduites d’eau de la ville, de telle sorte qu’on peut obtenir à volonté une pression de 2 ou de 6 atmosphères. Les deux gazomètres peuvent d’ailleurs être mis en communication l’un avec l’autre par un tube. Un tuyau de plomb conduit le gaz de chaque gazomètre sur la table à expériences dans la salle de cours.
- A. Wuirrz,
- Membre (le l'Institut.
- CHRONIQUE
- Congrès scientifique tle Dax. — Une intéressante réunion scientifique a eu lieu à Dax, le 6 mai dernier, sous la pré>idence de M. F. Garrigou, pour terminer Je Congrès scientifique tenu dans cette ville. M. le marquis de Folin a ouvert la séance par une communication des plus intéressantes sur les dragages du Travailleur, à l’expédition duquel il a pris part. M. Yaussenat, le savant et courageux collaborateur du général de Nansouty, a captivé son auditoire en retraçant l’histoire de l’Observatoire du Pic du Midi, et en exprimant au prix de quels sacrifices et aux risques de quels dangers on a pu ariiver à installer au sommet de la montagne un observatoire complet. M. F. Garrigou a terminé la séance par une allocution pleine d’à-propos dans laquelle il a fait l’éloge des savants d’origine landaise, qui ont jeté de l’éclat sur leur nom. Parmi ces savants, l’orateur a particulièrement insisté sur M. Gaston Planté et surM. Francis Planté, qui cultive l’art de la musique avec autant de succès que son célèbre frère cultive la science de l’électricité.
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- LA NATURE.
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- Progrès de la race noire aux États-l'nis. —
- Parmi les phénomènes relevés par le recensement de 1880, l’augmentation relativement rapide de la population noire dans les Etats du Sud, depuis l’abolition de l’esclavage, offre un véritable intérêt. Le total des gens de race noire dans les Etats suivants : Àlabama, Arkansas, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Delaware, Floride, Géorgie, Kentucky, Louisiane, Maryland, Mississipi, Missouri, Tennessee, Virginie et Virginie occidentale, était de 4 242 005 en 1870; il est de 5 045 891 en 1880; d’où il ressort l'énorme augmentation, dans les dix dernières années, de 1405 855 ou plus de 55 pour 100. L’augmentation dans la période décennale antérieure avait été de 225 614, ou environ 5 1/2 pour 100. Ce rapprochement, qui est d’ailleurs d’accord avec les observations remontant au delà de la guerre, semble indiquer que l’état de liberté est plus favorable à la multiplication de cette race que l’état de servitude; il est même très intéressant de constater que la progression du produit du travail est la même que celle de la population. La conséquence se déduit d’elle-mème; elle se réduit à ceci que : l’existence libre et le travail libre sont aussi désirables au point de vue économique qu’au point de vue humanitaire. Enfin, un autre fait qui pourra servir de point de départ à d’intéressantes études ethnologiques et anthropologiques, c’est que la population blanche des États en question, qui était de 8 812 577 habitants en 1870, s’est élevée à 11 259 715 en 1880, soit 25 pour 100. Il est donc clair que l’accroissement de la population noire a été dans les dix dernières années plus rapide qüe celui de la population blanche.
- Transport du pétrole à l’état solide. — On s’occupe activement en Amérique et dans les vastes gisements de pétrole du Caucase de trouver le moyen d’enlever momentanément sa fluidité au pétrole : on éviterait ainsi le coulage, l’évaporation et les dangers d’incendie qui existent toujours, quels que soient les récipients employés pour le transport, et qui atteignent gravement le producteur et le consommateur. Le Scientific American nous apprend que douze brevets ont été pris à ce sujet en Amérique dans le courant de 1881. D’autre part le Zei-tung de Moscou indique qu’un procédé de solidification de l’huile minérale va prochainement être mis en exploitation au Caucase vu la cherté du bois nécessaire à la confection des barils. Le Pharmaceulische Zeitschrift russe en donne la description suivante par la plume de M. E. Johanson. Le pétrole brut lourd chauffé à une température inférieure à celle de l’ébullition devient susceptible de dissoudre une certaine quantité de savon de Marseille sec ; en se refroidissant, la dissolution prend l’apparence d’une gelée qui brûle au contact d’un corps enflammé comme de la cire. En traitant cette gelée par un acide faible ou par un acide fort très étendu, on met de nouveau le pétrole en liberté par décomposition du savon. La quantité de savon à employer varie de 1 1/2 à 5 pour 100, suivant la nature du pétrole. Aucune expérience relative à ce procédé n’a encore, à notre connaissance, été faite en France.
- L’industrie sucrière en 1881. — A la séance de la Société nationale d’agriculture de France, du 22 mars dernier, M. Barrai, secrétaire perpétuel de la Société, a fait une importante communication sur la fabrication du sucre en France et en Allemagne. Cette industrie augmente et progresse constamment chez nos voisins, tandis que chez nous, elle reste sensiblement stationnaire. 11 y a là un enseignement et, pour se convaincre de la réalité
- il n’v a qu’à consulter le compte rendu de 1880-81, publié par l’empire d’Allemagne, lequel compare l’année qui vient de s’écouler avec les dix dernières années, sous le rapport de la quantité de sucre fabriqué, de la force motrice employée et du nombre des usines. Les chiffres de ce document font ressortir avec éloquence une transformation presque totale de l’outillage. Le procédé d’extraction par les presses hydrauliques ou continues a fait place à la diffusion dont l’outillage est un peu plus cher, mais dont les avantages sont indiscutables. Cette transformation a commencé aussi en France; mais elle se fait bien plus lentement qu’en Autriche et en Allemagne. M. Ber-tin pense que notre infériorité sur ce point tient à deux causes ; 1° à la qualité des betteraves, qui est intérieure en France ; 2U à ce fait qu’en Allemagne et en Autriche l’impôt frappe la fabrication qui a tout intérêt à se perfectionner pour augmenter son rendement, tandis qu’en France il pèse de tout son poids sur la consommation.
- (Génie civil.)
- Les brevets électriques en Angleterre en
- 1881. — Pendant l’année 1881, il n’a pas été délivré en Angleterre moins de 257 brevets relatifs à la production de l’électricité, au transport de la force et à l’éclairage électrique. 98 se rapportent aqx lampes électriques à arc, 20 aux lampes à incandescence, 58 aux machines magnéto et dynamo-électriques, 52 aux accumulateurs électriques, 20 aux appareils de réglage, de contrôle, de mesure et de distribution du courant électrique, 24 à diverses inventions relatives à l’éclairage et 4 pour la production et le transport de la force. Edison tient la tête de la liste avec 24 brevets; MM. Swan et Lane-Fox ont 7 brevets chacun; M. Faure, 5 relatifs aux accumulateurs; M. Maxim, 2, et M. Brush, un brevet relatif à l’éclairage électrique par arc voltaïque. (UÉlectricien).
- Le 16 juillet, l’inauguration de la statue de Mariette-Pacha aura lieu à Boulogne-sur-Mer, la ville natale du célèbre égyptologue. Cette inauguration sera présidée par M. le Ministre de l’Instruction publique, assisté d’une délégation de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres. La statue en bronze, œuvre magistrale de M. A. Jacquemart, a été offerte par l’État, et le piédestal par la Ville de Boulogne-sur-Mer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 mai 1882.
- L'éclipse. — Naturellement l’éclipse solaire du 19 ma fournit le sujet de nombreuses communications. M. Janssen fait admirer de nombreuses séries de photographies obtenues à toutes les phases du phénomène par le revolver photographique. Une dépêche rend compte d’une thçon trop laconique des observations faites durant la totalité par MM. Trépied, Tliollon, Lockyer et Tacchini. Le gouvernement égyptien avait accordé des facilités exceptionnelles. On a obtenu des photographies de la couronne et de sou spectre, ces dernières montrant les raies du potassium et de l’hydrogène. Les observateurs notent en même temps une comète qu’ils ont aperçue à l'œil nu dans le voisinage immédiat du soleil. A Lyon, M. André et ses aides, observant le phénomène, ont vu entre le bord de la lune et le contour des taches solaires dont il s’approchait, le développement du ligament gris noté
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- LA NATURE.
- entre le bord du soleil et la circonférence des planètes qui en traversent le disque. Enfin l’Observatoire populaire du Trocadéro avait mis le jour de l’éclipse, quatre lunettes astronomiques et autant de télescopes, ainsi que des jumelles et des verres noirs à la disposition du public. À six heures du matin, il y avait déjà environ cent personnes. Chaque instrument était confié à la garde d’un aide qui avait pour fonction d’aider le public à bien voir le phénomène. Un des aides avait disposé le télescope de 20 centimètres de diamètre dont il était chargé en instrument de projection donnant sur un verre dépoli une belle image d'i l’éclipse et de nombreuses taches solaires facilement observables par plus de quinze personnes à la fois. Cette disposition a permis d’examiner an microscope les détails d’un bon nombre de taches et de voir aussi 1rs profils noirs des montagnes^ lunaires dessinées sur l’image illuminée du soleil.
- On a pu prendre plusieurs calques des taches salaires et de l’éclipse. ^
- Le Travailleur. — M. le professeur Alphonse .Milne Edwards annonce la nomination par M. le Ministre de l’Instruction publique d’une Commission chargée de diriger les dragages qui seront exécutés dans l’Atlantique pendant les mois de juillet et d’août prochains par l’avico le Travailleur. et d’étudier les fonds de la mer 1 : long des côtes de l’Espagne, du Portugal et du Maro , Les membres de celte Commission sont MM. A. Milne Edwards, président; L. \aillant et E. Perrier, professeurs au Muséum; Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille; de Folin, ancien officier de marine, et P. Fischer, aide-naturaliste au Muséum.
- M. le J)r Yiallanes est adjoint auxiliaire.
- piration pure et simple d’air exhalé des poumons des. phthisiques. —Le phylloxéra du chêne continue à fournir des observations nouvelles à M. Lichtenstein. — M. Ro-senstiehl mesure l’intensité relative des différentes couleurs. — Un bien ingénieux procédé de dosage de l’acide carbonique atmosphérique est décrit par M. Masearl. La Nature y reviendra avec détails.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- Monsieur,
- C U R S O METRE
- Cursomèlr
- la Commission à titre
- Les quarantaines. — Au nom d’une Commission dont nous avons enregistré la nomination, M. Larrey lit un Rapport dont la conclusion est de demander au gouvernement de la République française de convoquer une conférence internationale qui pourrait se réunir à Bruxelles pour reviser la réglementation des quarantaines. A la suite de quelques objections, il est décidé que le rapporteur préparera une nouvelle rédaction sur laquelle l’Académie sera appelée à voter dans sa prochaine séance.
- Élection. — Le décès de M. Isidore Pierre ayant produit une vacance parmi les correspondants de la section d’économie rurale, M. Demontzey (d’Aix) est appelé à succéder au regretté chimiste de Caen.
- Varia. — M. Lavallée pose sa candidature à la place de M. Decaisne. — D’après des expériences de M. le Dr Gigoux, les lapins contractent la tuberculose par la res-
- J’ai l’honneur de vous adresser un petit appareil que j’ai imaginé et auquel j’ai donné le nom de curso-m 'etre. Il est destiné à mesurer la vitesse des trains de chemin de fer en marche. Le spécimen ci-joint (représenté par la gravure), a été spécialement gradué pour des trains mixtes.
- Ainsi que vous le voyez, c’est simplement un sablier dont une des olives a été remplacée par un tube calibré, d’un côté duquel se trouvent les secondes, et de l’autre se trouvent les vitesses kilométriques ramenées à l’heure.
- Voici son fonctionnement : Avant de s’en servir, on le tient la grosse olive en bas ; le ruban dont le système est muni permet de l’attacher au bouton de son habit. Passe-t-on devant un poteau kilométrique , on retourne l’appareil subitement, et quand on arrive au poteau suivant, on l’incline légèrement au moment précis où le poteau passe devant les yeux. — Il n’y a qu’à lire la graduation pour avoir la vitesse en kilomètres.
- C’est, je crois, le chronographe le meilleur marché qui ait jamais été construit; il ne me revient pas à plus de 75 centimes pièce. La concordance avec des tachymèlres de 00, 90 et 120 francs, avec lesquels je l’ai comparé, était d’un quart de seconde en plus ou en moins.
- L’appareil figuré ci-dessus a été gradué sur une locomotive en marche pour tenir compte du tassement qui peut se produire dans le sable.
- Les autres instruments que j’ai construits pour l’usage du mécanicien, sont moins fragiles ; ils sont noyés dans du bois et affectent la forme d’un thermomètre.
- Agréez, etc.
- L’Esi'Kiï.
- Le propriétaire-gérant^: G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- servant à mesurer la vitesse d’un train de chemin de fer.
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- LA NATURE
- ♦
- DIXIÈME ANNÉE — 1882
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles (Danger des), 182.
- Abîmes de la mer (Exploration zoologique des), 15.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 51, 40, 63, 79, 95,111,126,145, 1^8, 175,191, 200, 223, 239, 255, 271, 287, 302, 519, 551, 366, 383, 399, 415.
- Accumulateur de M. Faure, modèle de M. E. Reynier, 67.
- Accumulateurs électriques (Nouveaux), 584.
- Accumulateurs Faure (Rendement des), 303.
- Acide carbonique atmosphérique, 239, 395.
- Acide carbonique (Hydrate d’), 158.
- Aérostat perdu en mer, 62.
- Agé (L’homme le plus), 126.
- Agriculture vampire, 126.
- Aimantation (Procédé facile d’), 598.
- Albuminoïdes (Étude des matières), 583.
- Algérie (Mer intérieure d’) 350.
- Amiante (L’), 225, 270.
- Anticyclones, 134.
- Antiquité (Ouvrages scientifiques de F), 311.
- Anvers (Travaux du port d’), 378.
- 10e année. — 1er semestre.
- Appareils de laboratoire, 16.
- Araignées (Pluie de toiles d’) 223.
- Araignées (Soie des), 94, 138.
- Ascenseurs à air comprimé, 175.
- Ascension de Charles et Robert le 1er décembre 1783, 8.
- Ascensions aérostatiques, 125.
- Ascensions au Mont-Blanc, 15.
- Ascensions (Histoire de mes), 65.
- Association française pour l'avancement des sciences, 354.
- Astronomie populaire {Revue d’), 259.
- Australes (Expédition française dans les mers), 358.
- Aveugle (Sensations d’un), 394.
- B
- Bal à la lumière électrique (Un), 154. Balance de précision faite avec une paille, 124.
- Ballon (Traversée de la Manche en), 505, 551.
- Bateau à vapeur (Nouveau), 296. Bénitiers à tire-lire dans les temples de l’ancienne Égypte, 269.
- Bert (Paul), 302.
- Birmanie anglaLe (La), 280, 376.
- Blé niellé, 158.
- Blé (Nos récoltes de), 69.
- Blé (Notre consommation de), 107. Block-system dans les tirs (Sur l’emplo du), 26.
- Bombardement d’une montagne, 31. Brésil (L’homme fossile au), 16.
- Bronze phosphoreux, 225.
- Broterhood (Machine), 131.
- Bussy, 191, 290.
- c
- Cachemire et Pclit-Thibet (Voyage au), 355.
- Café (Succédané du), 271.
- Cage à dessiccation, -272.
- Calcul (Règle à), 221.
- Canal maritime de Suez, 243, 283, 342. Canon (Un nouveau), 223.
- Carrés magiques (Les), 257.
- Charbon (Épuisement des mines de), 78. Chaudière verticale à flamme renversée, 22.
- Chemin de fer à voie étroite, 442. Chemin de fer de l’Himalaya, 150. Chemin de fer de Paris à New-York, 383. Chemin de fer électrique à accumulateurs, 359.
- Chevreul (M.), 270.
- Chinois en Europe (Les), 206. Chromocyanure de potassium, 63. Ciments hvdrauliqucs, 287.
- 27 ..
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Circulation dans Paris, 30.
- Cœur de Larrey (Le), 79.
- Comète, 287.
- Compteur d’électricité, 539.
- Conférences de la Sorbonne (Les), 67. Congrès scientilique de Dax, 414. Conserves alimentaires (boîtes de), 230. Contagion par le lait (La), 1.
- Corinthe (Percement de l’isthme de), 586.
- Couleur de l’eau, 398.
- Couleuvres (Les), 13, 127.
- Coupeurs de têtes de Bornéo, 193. Courroie du monde (La plus grande), 550.
- Crocodiles (Force de mâchoire des), 97. Cuivrage de la fonte, 112.
- Curiomètrc, 416.
- D
- Dalmalie (Insurrection de), 507.
- Darwin (Ch.), 367, 569.
- Dccaisne, 191, 209.
- Densité de la terre, 275.
- Détonant (Curieuse formation d’un mélange), 98.
- Détroits artificiels, 243, 283, 342. Disque-scie de Reese, 46.
- Distribution de l’électricité, 6. Dolgorouki (Machine), 131.
- Dragages du Travailleur (Campagne de), 50, 86.
- Dynamomètre de transmission, 268.
- E
- Eau douce près de la mer, 174.
- Eaux à Livcrpool (Service des), 126. Éboulement d’Elm, en Suisse, 211. Éclairage électrique du Sénat, 79. Éclairage électrique et hygiène, 62. Éclipse de lune du 5 décembre 1881, 190.
- Éclipsede soleil du 17 mai 1882,582,415. Electricité (Compteurs d'), 339. Électricité (Distribution de P), 6, 42,
- . 74-
- Électricité domestique, 99, 115, 155, 187.
- Électrique (Fourneau), 93.
- Électrique (Sasseur), 49.
- Électrique en Angleterre (Brevets), 415. Electrothérapie (Appareils d’), 252. Embâcles de la Saône (Les), 227. Émigration aux États-Unis, 147. Empreinte d’un cachet de cire sur une masse de plomb, 207.
- Éphémérides de la science, 8.
- Éruption du Mauna-Loa, 155.
- Étincelle (/.’), 96.
- Étoiles de mer (Anatomie des), 259. Étuve à température constante, 16. Étuve à vide, 80.
- Exposition générale de Bordeaux, 223.
- F
- Faune malacologiquc abyssale de la Méditerranée, 551.
- I Fer météorique (Nouveau), 85.
- Fermât (Les œuvres de), 271.
- Fibre gélatinée, 190.
- Fleurs (Couleurs des), 526.
- Fleurs de glace (Sur les), 159.
- Fœhn (Le), 502.
- Fontaine intermittente (Curieux exemple de), 159.
- Fonte (Cuivrage de la), 112.
- Force centrifuge (Expérience sur la), 52. Force neurique rayonnante, 319.
- Forêts primitives de la Bohême, 256. Foudre du 20 décembre 1881 (Coup de), 160.
- Fourmis (Les habitudes des), 226. Fourneau électrique de M. le D1’ \\T. Siemens, 93.
- Foutah-Djallon (Le), 257.
- Freycinet (De), 383.
- Fusil photographique (Le), 326.
- G
- Gallinacés hybrides du Jardin zoologique d’Acclimatation, 81.
- Gastornis (Le), 353.
- Gaudry (Élection de M. Albert), 126.
- Gaz (Densité des), 239.
- Gaz (Dosage des), 272.
- Gaz (Le musée de l’Industrie du), 211. Géographie (Société de), 270. Géologiques à travers la France (Excursions) ,11.
- Gerboises (Les), 246.
- Giffard (Henry), 335, 357.
- Gothard (Ligne internationale du), 119. Grotte Lymphia, 367.
- Gulf-Stream (Déplacement du), 271.
- II
- Hannetons (Piège à), 224.
- Haricots verts, 400.
- Havaïen et ses volcans (L’archipel), 290, 323, 371.
- Homme fossile au Brésil, 16.
- Hôtel aux États-Unis (Transport d’un), 43.
- Houille en Angleterre (Gisement de), 99 Huiles de pin, 295.
- Hydraulique (Expérience d’), 582. Hystérie (Contribution à l’étude de F), 111.
- I
- Illusion (Une petite), 336.
- Incendie (Extincteurs automatiques d’), 203, 406.
- Incendie (Mesures contre F), 567. Incendies par la vapeur d’eau (Extinction des), 111.
- Inertie (Expériences sur F), 112. Insectes nuisibles (Destruction des), 142. Institut chimique de l’Université de Graz, 410.
- Isthme de Corinthe (Percement de F), 386.
- J
- Japon (Géologie du), 126.
- Jardin botanique de Saigon, 239 . Java (Vallée de la mort à), 143. Jeannette retrouvée (La), 75. Journaux ambulants, 62. Journaux du monde entier, 598. Jumelle photographique, 260.
- K
- Kamtchatka (Les mammifères du), 297 . Krivosciens (Les), 307.
- L
- Laboratoire (Appareils de), 16, 80, 272. Laboratoire central d’électricité, 238. Laine minérale, 258.
- Laiterie modèle d’Aylesbury (La), 1. Lamas (L’hémoglobine des), 271.
- Lampe à incandescence du I)r Rcgnard, 289.
- Lampe électrique de M. Solignac, 321. Laponie (La mission de), 40.
- Livcs du Mauna-Loa, 138.
- Légion d’honneur (Nominations dans la), 82.
- Le Play, 523.
- L ‘ttres (Le secret des), 171.
- Lits militaires, 241.
- Locomotive faisant 130 kilomètres à l’heure, 183.
- Lumière électrique et chemins de fer, 111.
- Lumière électrique (Un bal à la), 154. Lumière oxhydrique, 17.
- M
- Madagascar (Histoire naturelle do), 400. Malaria (Parasite de la), 206.
- Mammilères tertiaires, 355.
- Marco Polo (Les récits de), 171.
- Marine (Histoire de la), 223. Marionnettes chez les Grecs, 546. Mauna-Loa (Éruption du), 135. Mécanique électrique (Avenir de la), 30. Méditerranée (Age de la), 63, 80. Mélographe répétiteur (Le), 145.
- Mer (Exploration zoologique des abîmes de la), 15, 51
- Mer intérieure d’Algérie, 550, 599.
- Mer (Salure de la), 519.
- Mer (Utilisation du mouvement de la), 365.
- Mers (Influence de la pression barométrique sur le niveau des), 286. Métallisation des cerveaux pour les études physiologiques, 51.
- Méléorographe enregistreur de M. Théo-rell, 33.
- Météorologique de Douai (Observatoire)» 194.
- Microbes (Les), 302.
- Micrographe (Installation du), 400. Microphone (Application du), 143, 174t 314.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 410
- Mineurs (Maladie des), 95.
- Miroirs magiques en verre argenté, 8‘2. Momies (Plantes sèches trouvées sur des), 234.
- Montagne (Bombardement d’une), 54. Moteur électrique léger, 391.
- Moteurs à vapeur à grande vitesse, 151. Mouvements mécaniques, 186.
- Musée d’ctlmographie, 334.
- N
- Nerveux sur les vaisseaux lymphatiques (Inlluence du système), 255.
- Niagara (Utilisation des chutes du), 103. Niscle (Vallée du), 23.
- Nombres (La vision des), 260.
- Normand et Frédéric Sauvage (Augustin), 70.
- O
- Oasis de Laghouat (Une visite à F), 150, 262.
- Observatoire de Boston, 238. Observatoire de Nice, 192.
- Observatoire du Trocadéro, 191. Observatoire maritime de llamt ourg,
- 101.
- Observatoire météorologique du Scmnnz-Alpes, 531.
- Observatoires météorologiques (Nouveau), 143.
- Obturateur chronométrique pour la photographie, 67.
- Oiseaux (Migration des), 118.
- Oiseaux photographiés (Yol des), 255. Ophites des Pyrénées, 259.
- Or (Production de F), 183.
- Oranges en Syrie, 50.
- Organi'ines non organiques, 96.
- Oursins (Hybridation des), 351.
- Oxygène (Action de la lumière sur F), 27.
- Ozone liquéfié, 367.
- Ozone (Propriétés de F), 271.
- P
- Pacifique (Histoire géographique du), 191.
- Paléontologie, 127.
- Paléontologie rémoise, 158.
- Panama (Canal de), 57.
- Paons de nuit à queue, 56.
- Papier (Roues de wagons en), 302. Parhélies observés à Toulon, 185. Pasteur (Récents travaux de ML), 101. Pendule électrique papilionome, 75. Perforateur à air comprimé (Le), 148. Permanganate de potasse comme contrepoison, 239.
- Persistance des sensations lumineuses, 278.
- Pétrole à l’état solide (Transport du), 414. Pkosphor-Bronz (Le bateau), 79. Photographie à la lumière électrique, 5. Photographie devant les tribunaux, 95. Photographie microscopique appliquée à la chimie, 129.
- Photographie (Obturateur chronométrique), 67.
- Photographies instantanées de M. Muv-bridge, 276.
- Photographique dans les Alpes (Voyage),
- 112.
- Phylloxéra (Biologie du), 52.
- Phylloxéra (Bitume contre le),'191. Phylloxéra (Gazon contre b ), 65. Phylloxéra (Les parasites du), 46.
- Phys que sans appareils, 112, 159. Pigeons-vovageurs nu service des médecins, 142.
- Pile au sélénium, 102.
- Pile de poche, 46.
- Pile électrique de laboratoire et d’appartement, 273.
- Planètes (Petites), 271.
- Planètes (Signes symboliques des), 109. Plantes sèches trouvées sur des momies, 234.
- Pluies en Tunisie, 114.
- Plume stylographique, 240.
- Poisons métalliques, 519.
- Poitevin (Alphonse), 255, 275. Porcelaine (La), 177, 197.
- Poteline (La), 318.
- Poumons (Capacité des), 79.
- Pression atmosphérique (La), 143. Printemps (Le), 312.
- Probabilités, (Calcul des), 79. Ptcrochrozes (Les), 385.
- Punaises d’eau (Les grandes), 216.
- Pus bleu (Le), 2l)6.
- Pyramide de Meïdoun, 115.
- Q
- Quarantaines (les) 415.
- Quartz enhydres, 55.
- 11
- Race noire aux États-Unis (Progrès de la) 414.
- Racine (Anatomie de la), 139.
- Rails (Déformation des), 122.
- Règle à calcul à deux réglettes de M. Pé-raux, 221.
- Rennes auprès de Paris (Sur un gisement de), 91.
- Reptile fossile (Nouveau), 367.
- Reptile lignifié de Matto-Grosso, 365.
- Reptiles de France (Les), 13, 127, 234, 401.
- Respiration (Expériences de Lavobier sur la), 399.
- Rigidité cadavérique, 114.
- Risikopf (Essai de).
- Biz (Bière de), 599.
- Roches foudroyées, 77.
- S
- Sapin de l’Alliaz, en Suisse (Le vieux), 287.
- Sasseur électrique, 49. Scarabée-Hercule, 104.
- Sélénium (Pile au), 162.
- | Serpents (Morsure des), 206.
- Serpents (Venin des), 351.
- Signaux de chemin de fer, 319,
- Signaux de l’armée aux États-Unis (Service des), 44.
- Société de géographie, 270.
- Société des naturalistes de Moscou, 519. Sociétés savantes (Réunion des), 33t. Soie des araignées, 94, 158, 255. Sonneries électriques, 115.
- Soudan (Projets de chemin de fer vers le), 218, '249.
- Source thermale (Nouvelle), 191.
- Sources intermittentes, 366. Sourds-muets (L’accent des), 46, 63. Sourds-muets (Troubles de l’équilibration des), 207.
- Spectroscopc de laboratoire, 220. Spertroscopie astronomique, 255, 567. Sucre (Recherche d’une nouvelle source de), 95.
- Sucrière en 1882 (l’industrie), 414. Suez (Canal maritime de), 245. Syllabaire « Vei », 567.
- T
- Taches solaires (Les planètes et les), 18. Taches solaires (Bégimc des), 158. Tactique navale, 79.
- Télégraphe Baudot, 230, 314, 407. Télégraphie électrique, transmetteur de MM. Siemens et Ilalskc, 65.
- Télégraphe en Chine, 62.
- Télégraphie moderne (La), 27. Télégraphique souterraine (Ligne), 142. Télégraphiques (Bapidité des transmissions), 18.
- Téléphones à Paris (Les), 165. Téléphonique de Zurich (Réseau), 254. Té éradiophone électrique, 29. Température de l’hiver, 239. Température (Inversion de), 158. Tempête du 26 mars 1882 (La), 503. Tempêtes du 14 octobre et du 27 novembre 1881, (Les), 47.
- Terrains tertiaires de Belgique, 158. Théâtre de marionnettes chez les Grecs, 546.
- Tirelires mécaniques, 176, 300. Torpilleur (Essai d’un), 142.
- Tortue du désert, 25 4.
- Tourbe (Constitution chimique de la), 206.
- Trains en marche (Communications entre les), 162.
- Tramways funiculaires de San Francisco, 59.
- Travail (Mesure du), 194.
- Travailleur (Campagne de dragagesdu), 50, 86, 415.
- Tremblement de terre, dans la Somme.
- 222.
- Tremblements de terre en Suisse, 79. Trempe de l’acier, 255, 399.
- Trépieds merveilleux d’Homcre (Les), 3. Triehinées (Viandes), 287, 510, 351. Trière athénienne, 383.
- Trousse chirurgicale de l'époque de Galien, 154.
- Tuberculose, 96.
- Tumuli de Vilbourgeon (Les), 14, 98» Tunisie (Cartes de la), 46.
- Tunnel de l’Arlbcrg (Le grand), 19.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Tunnel transpyrénéen, 334.
- Tunnel sous la Manche, 234 .
- Tunnel sous-marin de Messine, 187, Tunnels (Maladie des ouvriers des), 58.
- Y
- Vaccinations charbonneuses, 161. Vagues calmées (Les), 598. Vasculose, 126.
- Vaseline (La), 14.
- Végétale (Analyse immédiate), 52. Vélocipède de Boston (Bateau-), 144. Vélocipède sphérique, 207.
- Vélocipèdes en Angleterre, 375.
- Vent (Pressions exercées par le), 118. Vénus en 1882 (Passage de), 270. Victimes de la science (Les), 158. Vigni-male et à la vallée du Nisclc (Excursion au), 25.
- Vins en 1881 (Production des), 125. Vins par l’électricité (Amélioration des), 382.
- Vipères (Les), 401.
- Voies ferrées (Les), 11,
- Volcans havaïens, 290, 323,371. Volcanique (Éruption), 46.
- Vol des oiseaux photographié, 255. Volcaniques dans la mer Ionienne (Phénomènes), 174.
- Z
- Zinc (Température d’ébullition du), 255. Zootropes (Les), 71.
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- LISTE DES ACTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Acart. — La rigidité cadavérique, 114.
- Angelier (A.). — Sur l’amélioration des vins par l’électricité, 382.
- Baci.é (L.). — Les tramways funiculaires de San Francisco, 59.
- — Curieux exemple de déformation de rails, 122. — Le perforateur à air comprimé dans les mines de grisou, 148.
- — Une locomotive faisant 130 kilomètres à l’heure, 183. — Les embâcles de la Saône pendant l’hiver 1879-1880, 227.
- — Utilisation du mouvement de la mer. Projet de M. Victor Gauchez, 363. — Les travaux du port d’Anvers, 378.
- Bertillon (J.). — De la vision des nombres, 267.
- Blanchard et Regnard (Drs). — Sur la force de la mâchoire des crocodiles, 97.
- Blanchard (E.). — Sur la soie des araignées, 94.
- Boissier (Epm.)—Plantes sèches trouvées sur des momies, 254. Carpentier (J.). — Le mélographe répétiteur, 145.
- Cartaz (Dr A.). — La contagion par le lait. La laiterie modèle d’Aylesbury, 1. — Les récents travaux de M. Pasteur. Choléra des poules. Charbon, 101.
- Colin (C.). — Sur les trichines dans les salaisons, 310.
- Colson (B.). — Microphone appliqué aux usages domestiques, 314.
- Cortambert (Richard). — Le Foutah-Bjallon. Les ambassadeurs du Foutah-Djallon à Paris, 257.
- D. (L.). —Extincteurs automatiques d’incendie de M. Hiram Maxim, 203.
- Deiiéraix (P. P.). — Joseph Dccaisne, 209.
- Deniker (J.). — Les Krivosciens, à propos de l’insurrection de la Dalmatic, 307.
- Desmaret (Paul). — Sur le coup de foudre du 20 décembre 1881, 160.
- Dessans (J.). — Action de la lumière sur l’oxygène, 27.
- Dgbost (P. C.). — Nos récoltes de blé, 69. — Notre consommation de blé, 107.
- Dumlys (L.). — Les tumuli de Yilbourgeon (Lo>‘r-et-Chcr), 98.
- — Sur la physique sans appareils, 159.
- Dbpoxchel (A.). — Les planètes et les taches solaires, 18.
- Forel (Prof. F. A.). — Sur la maladie des ouvriers des tunnels, 58.
- Gadeau de Kerville (II.). — Les Ptérochrozes, 385.
- Gariel (C. M ). — La persistance des sensations lumineuses. Thaumalrope, phénakisticope, zootrope, 278.
- Gaudry (Albert). — Sur un gisement de rennes auprès de Paris, 91.
- Girard (Maurice). — Les paons de nuit à queue, 56. — Le scarabé Hercule, 104. — Les grandes punaises d’eau, 216.
- Grad (Ch.). — Visite à l’oasis de Laghouat (Algérie), 150, 262.
- Green (AV. L.). — éruption du Mauna-Loa (îles d’Hawaï), 135.
- II. (J. C.). — Les signes symboliques des planètes, 109.
- IIamy (E. T.). — Les coupeurs de tête de Bornéo, 193.*
- IIavon (A.). —Extincteur d’incendie automatique, 406.
- IIeim (Albert). — L’éboulement d’Elm, en Suisse, 211.
- Hélène (Maxime). — Le grand tunnel de l’Arlberg (Alpes Tyroliennes), 19. — La ligne internationale du Gothard, 119. — Le tunnel sous-marin de Messine, 187. — Les détroits artificiels, Suez et Panama, Canal maritime de Suez, 243, 283, 542. — Le tunnel transpyrenéen, 334. — Le percement de l’isthme de Corinthe, 386.
- Hospitalier (ë.). — La distribution de l’électricité, 6, 42, 74.
- — La télégraphie moderne. Appareils à transmission rapide, 27. —L’électricité domestique. Les sonneries électriques; pose des conducteurs, montages, les allumoirs, 99, 115, 155, 187.—Le télégraphe Baudot, 230, 314, 407.—Capacité d’emmagasinement et rendement des accumulateurs de M. C. Faure, 503. — Lampe électrique de M. Solignac, 321.
- — Les compteurs d’électricité, 339.
- Juillerat (Paul). — Les gallinacés hybrides du Jardin zoologique d'Acclimatation, 81.
- Lataste (Fernand). — Les gerboises, 247.
- Lah™ (Cii.) — Conférences de la Sorbonne. La porcelaine. Histoire, fabrication, décoration, 177, 197.
- L’Esprit. — Lecursomètre, 416.
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- 422
- LISTE UES AUTEURS PAH
- Mangojj (Hervé). — Expédition française dans les régions australes, 358.
- M. (G.). — L’épuisenient des mines de charbon, 78.
- Marcel (Gabriel). —La Birmanie anglaise, 280, 57G.
- Marey (E. J.). — Le fusil photographique, 520.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences, séances hebdomadaires, 15,51, 40, 03, 79, 95, 111, 120, 143, 158, 175, 91, 207, 223, 230, 255, 271,287, 302, 319, 535,551, 300, «83,599,415. — Quartz enhydres, 35.—lloches foudroyées, 77. — Nouveau fer météorique, 85. —Le Gastornis, 553.
- Milne Edwards (A.). — La campagne de dragages du Travail-leui dans la Méditerranée et dans l’Atlantique en 1881, 50, 80.
- Moureaux (Tu.). — Le service des signaux de l'armée, 44. — Les anticyclones et le maximum barométrique du 17 janvier 1882. — L’Observatoire météorologique du Semnoz-Alpes, 531.
- Niaudet (A.). — Les téléphones à Paris, 103.
- Nicolas (Dr Ad.). — Le syllabaire « Vci », 307.
- Olivier (Louis). — Le reptile lignifié de Multo-Grosso, 305.
- Paiiville (H. de). — Danger des abeilles, 182.
- P. (E.). — Sur l’emploi du bloek-system dans les tirs, 20.
- Piarron de Mondesir. — Les carrés magiques, 237.
- Pire (Louis). — Le vieux sapin de l’Alliaz, en Suisse, 287.
- Plateau (J.). — Une petite illusion, 530. — Sensations d’un aveugle, 594.
- Poillon (P.). —Chaudière verticale à llannnc renversée, 22.
- Folin (Dr). — Sur les pluies en Tunisie, 114.
- Regnard et Blanchard (Drs P.). — Sur la force de la mâchoire des crocodiles, 97.
- Renaud (Georges). — Projets de chemins de fer vers le Soudan, 218, 249.
- Reynier (Émile). — Pile électrique de laboratoire et d'appartement, 273.
- Rochas (A. de). — Les trépieds merveilleux d’Homère, 3. — Les bénitiers à tirelire et à tourniquet dans les temples de l’ancienne Égypte, 209. — Comment nous sont parvenus les ouvrages scientifiques de l'antiquité, 511. — Les théâtres de marionnettes chez les Grecs, 540.
- Rouanet (Jules). — Sur la soie des araignées, 158.
- Rousseau (A.). — Projet de vélocipède sphérique, 207.
- Sardriac (L.) — Piège à hannetons, 224.
- Sauvage (E.). — Les reptiles de France. Les couleuvres, 15, 127, 234. Les vipères, 401.
- Sedère (T.). — Curieuse formation d:un mélange détonant, 98.
- Serra-Carpi. —Application du microphone à l’étude do l'acoustique, 174.
- Tedesciii di Ercole (V.). — Phénomènes volcaniques dans ia mer Ionienne, 175.
- Teisserenc de Bout (Léon). — Les tempêtes du 14 octobre et du 27 novembre 1881, 47. — La tempête du 20 mars 1882, 305.
- Tissandier (Gaston). — Ephémérides de la science. L’ascension de Charles et Robert le 1er décembre 1785, 8. — La lumière oxhydrique. Procédé de M. deKhotinsky, 17. — Histoire de mes ascensions, récit de vingt-quatre voyages aériens, 05. — Augustin Normand et Frédéric Sauvage, 70. —La pliolo-
- ÜRDRE AUl'ilARÉTlOUE.
- graphie microscopique appliquée à la chimie, 129. — Les récits de Mai co-Polo, 171. — L’Observatoire de Nice, 192. — L’amiante et ses applications industrielles, 225. — Les photographies instantanées de M. Muybridge, 270. — Tirelires mécaniques, 500. — Traversée de la Manche eu ballon, 505, 551. — Henri Giffard, 537. — Chemin de fer électrique à accumulateurs, 359. — Études préliminaires pour la construction d’un moteur électrique léger, 591.
- Tissandier (Ai.beiit). — Excursion au Vignemale et à la vallée du N'isclc (Pyrénées espagnoles), 23.
- Trucuot (Cu.j. — Sur des fleurs de glace, 159.
- V. (E. ). — Signaux de chemins de fer. Appareils à cloche dites allemandes, 519.
- Vélain (Ch.) — Les laves du Mauna-I.oa, 138. — L’archipel havaïen et ses volcans, 290, 323, 571.
- Vidal (Léon). — Alphonse Poitevin, 275.
- Vignes (Ed.). — Rapidité des transmissions télégraphiques, 18.
- Vion (B.). — Les habitudes des fourmis, 220. — Contrastes entre les couleurs des fleurs et des fruits, 520.
- Wcrtz (Ad.). — Institut chimique de l’Université de Graz, 410,
- A. — Le secret des lettres, 171,
- Z... (ür). — Anatomie de la racine, 139. —Vaccinations charbonneuses des animaux domestiques. — Appareils d’électrothérapie de M. Trouvé, 252. — Lampe à incandescence du Dr Ilegnard, 289. — La collection de M. de Ujfalvy (voyages au Cachemire et au I’etit-Thibel), 355. — Charles-Robert Darwin, 569.
- Zurciier (F.). — Parliélies observés à Toulon et dans la Camargue, 185.
- Articles non signés.—La photographie à la lumière électrique, 5. — Bibliothèque de la Nature, 11.—Appareils de laboratoire. Etuve à température constante, étuve à vide, spee-troscope, cage à dessiccation, 10, 80, 220, 272.—La physique sans appareils. Expérience sur la force centrifuge, 52. — Le météorographe enregistreur de M. Theorell, 33. — Bombardement d’une montagne, 55. — Le canal de Panama, 37.
- — La mission de Laponie, 40. — Le sasseur électrique, système Osborne et Smith, 49. — Télégraphie électrique, 05. — Accumulateur de M. Faure, 07. — Obturateur chronométrique, 07. — Les zootropes, 71. —Pendule électrique papilionome, 75. — Miroirs magiques en verre argenté, 82.
- — Le fourneau électrique de M. le Dr W. Siemens, 93. — L’Étincelle, 90. —La pyramide de Meï loun, 114. — Migration des oiseaux, 118. —Pressions exercées par lèvent, 118.
- — Balance de précision faite avec une paille, 124. — Chemin de fer de l’ilimalaya, 130. — Moteurs à vapeur à grande vitesse, 131. — Bateau-vélocipède de Boston, 144.
- — Description d’une trousse chirurgicale de l’époque de Galien, 154. — Un bal à la lumière électrique, 154. — Pile au sélénium de M. Mereadier, 102. —Tire lire mécanique, 170. —507 mouvements mécaniques, 180.— La mesure du travail, 194. — Règle à calcul à deux réglettes deM.Péraux, 221. —Boîtes de conserves alimentaires, 230. —Le tunnel sous la Manche, 232. — Plume stylograpliique, 231. — Les lits militaires, 241. — Les forêts primitives de la Bohême, 256. — Fabrication de laine minérale, 258. — La jumelle photographique, 260. —Dynamomètre de transmission, 208.
- — A. B. Bussy, 290. — Les huiles de pin, 295, — Un nouveau bateau à vapeur, 296. — Les mammifères du Kamtchatka, 297. — Le printemps, 512. — Roues de wagons en papier, 365. — Fabrication des vélocipèdes en Angleterre, 575. — Nouveaux accumulateurs électriques, 584. —L’acide carbonique de l’air,595,'— Installation du micrographe, 400,
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- TABLE DES MATIERES
- N- B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Les planètes et les laelies solaires (Duponuiel)... 18
- Observatoire maritime île Hambourg...................lül
- Les signes symboliques des planètes (J. C. II.)....109
- L’Observatoire de Nice (G. Tissandier)...............192
- Eclipse de lune du 5 décembre 1881 observée à Bagdad................................................. 190
- Observatoire du Trocadëro............................191
- L'observatoire en fer de Boston......................238
- Revue d'astronomie populaire.........................259
- Spectroscopie astronomique.................... 255, 507
- Passage de, Vénus en 1882........................... 270
- Petites planètes.....................................271
- Véclipse totale de soleil du 17 mai 1882 . . . 583, 415
- Physique.
- La photographie à la lumière électrique............... 5
- La distribution de l’électricité (E. Hospitalier). . 6, 42, 74
- Rapidité des transmissions télégraphiques (E. Vignes). . 18
- La télégraphie moderne. Appareils à trausmissson rapide
- (E. Hospitalier)...................................... 27
- La physique sans appareils. Expériences sur la force centrifuge sur l’inertie.......................52, 112, 159
- Le météorographe enregistreur de M. Tlieorell. .... 55
- Le sasseur électrique système Osborne et Smith. ... 49
- Télégraphie électrique. Le transmetteur automatique de
- MM. Siemens et Halske................................. 05
- Accumulateur de M. Faure, modèle de M. E. Reynier . 67 Obturateur chronométrique pour la photographie. . . 67
- L’enseignement par les jeux. Les zoolropes............... 71
- Pendule électrique papilionome........................... 75
- Miroirs magiques en verre argenté........................ 82
- Le fourneau électrique de M. le Dr \V. Siemens. ... 95
- « L'Etincelle ».......................................... 96
- L’Electricité domestique, Sonneries électriques, pose des
- conducteurs, montages, allumoirs (E. Hospitalier) 99,
- 115, 155, 187
- Balance de précision faite avec une paille.............124
- Mélographe répétiteur (J. Carpentier).....................145
- Un bal à la lumière électrique............................155
- Pile au sélénium de M. Mercadicr..........................162
- Utilisation des chutes du Niagara.........................163
- Les téléphones à Paris. Société générale des téléphones
- (A. Niaudet)...........................................163
- Application du microphone à l’étude de l’acoustique
- (Skiuia-Carpi).........................................174
- Règle à calcul à deux réglettes de M. Péraux..............221
- Le télégraphe Baudot (E. Hospitalier) .... 230, 314, 407 Appareils d’éleclrolhérapie de M. D. Trouvé (Dr Z...). 252
- La jumelle photographique.................................260
- Les bénitiers à tirelire et à tourniquet dans le: temples de l’ancienne Egypte (A. de Rochas).................269
- Pile électrique de laboratoire et d’appartement (E.
- Reynier)...............................................275
- Les photographies instantanées de M. Muybridge (G.
- Tissandier)............................................276
- Lampe à incandescence du I)r Regnard (Dr Z) .... 289
- Capacité d’emmagasinement et rendement des accumulateurs de M. C. Faure (E. H.).............................503
- Microphone domestique (R. Colson).........................514
- Lampe électrique de M- Solignac (E. 11.). ...... 321
- Le fusil photographique (E. J. Mareï).....................326
- Une petite illusion (J. Plateau)..........................336
- Les compteurs d’électricité (E. H.).......................339
- Les théâtres de marionnettes chez les Grecs (A. de Rochas) 346 Chemin de fer électrique à accumulateurs (G. Tissandier) 359
- Expérience, d’hydrauliqnc (J. G.).........................382
- Nouveaux accumulateurs électriques........................384
- Etudes préliminaires pour la construction d’un moteur
- électrique léger (G. Tissandier).......................391
- Installa lion du micrographe..............................400
- Pile de poche............................................. 46
- Télégraphe en Chine....................................... 62
- Éclairage électrique du Sénat............................. 79
- Application du microphone.................................143
- Un laboratoire central d’électricité . ...................238
- Densité des ga% . »..................................... 239
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- lléscaa téléphonique de Zurich........................254
- Le vol des oiseaux photographié......................255
- Une conférence d'électricité au Havre................519
- Procédé facile d'aimantation.........................398
- Chimie»
- Appareils de laboratoire. Étuve à température constante, étuve à vide, spectroscopc, cage à dessiccation, appareils pour dosage des gaz............... 16, 80, 220, 272
- La lumière oxhydrique. Procédé de M. Khotinskv (G.
- Tissandier)........................................... 47
- Action de la lumière sur l’oxygène (J. Dessan) ... 27
- Curieuse formation d’un mélange détonant (T. Sérère). 98 La photographie appliquée à la chimie (G. Tissanimeii. . 429
- Le secret des lettres................................171
- La porcelaine. Histoire, fabrication, décoration (Ch. Lautii)
- 477, 497
- L’amiante et ses applications industrielles (G. Tissandier). 225
- Boites de conserves alimentaires........................250
- Fabrication de laine minérale. .........................233
- Les huiles de pin.......................................295
- L’acide carbonique de l’air. Recherches de MM. Miintz et
- Aubin . .............................................595
- Institut chimique de l’Université de Graz en Stvrie (A.
- Wurtz)................................................410
- Sur la vaseline.......................................... 44
- Chromocyanure de potassium............................. 05
- La photographie devant les tribunaux.................... 95
- Recherche d’une nouvelle source de sucre................ 95
- Chimie générale.........................................411
- Cuivrage de la fonte....................................411
- La vasculose............................................126
- Hydrate d’acide carbonique..............................158
- Fibre gélatinée.........................................490
- Constitution chimique de la tourbe......................206
- Préparation du bronze phosphoreux . . . •..........223
- Acide carbonique atmosphérique..........................239
- Température d'ébullition du zinc........................255
- La trempe de l’acier......................... • 255, 539
- Propriété de l’ozone....................................271
- La poteline.............................................518
- Poisons métalliques.....................................319
- Ozone liquide...........................................367
- Étude des matières albuminoïdes.........................385
- L’industrie sucrière en 4881 .......................... 414
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Le météorographe enregistreur de M. Thcorell .... 53
- Bombardement d’une montagne......................... 36
- Quartz enhydres (S. Meunier)........................ 35
- Les tempêtes du 14octobre et du 27 novembre 4881 (Léon
- Teisserenc de Bort) . . . . '.................... 47
- La campagne de dragages du Travailleur dans la Méditerranée et dans l’Atlantique en 4881 (A. Milne Edwards) ......................................... 50, 86
- Roches foudroyées (S. Meunier)......................... 77
- L’épuisement des mines de charbon...................... 78
- Nouveau fer météorique (S. Meunier) ....... 85
- Sur les pluies en Tunisie (Dr Poun)....................414
- Pressions exercées par le vent pendant les ouragans. 148 Les anticyclones et le maximum barométrique du 17 janvier 4882 (Th. Moureaux)..............................134
- Éruption du Mauna-Loa (île. d’Harc) (AV. L. Green) . 155
- Les laves de Mauna-Loa (Ch. Véuain)....................438
- Sur le coup de foudre du 20 décembre 1881 (P. Desma-
- rest)................................................460
- Phénomènes (volcaniques dans la mer Ionienne (Tedes-ciii(di Ercole)................................... 474
- Sources d’eau douce près de la mer (Rodocanachi) . . . Parhélies observés à Toulon et dans la Camargue (F. Zur-
- cher) ...........................................
- L’Observatoire météorologique de Douai.............
- L’éboulement d’Elm en Suisse (Ai.dert Hfjm)........
- Les embâcles de la Saône pendant l’hiver 4879-1880, d’après M. Pasqueau (L. Raclé)........................
- Densité de la terre................................
- L’archipel havaïen et scs volcans (Ch. Véuain) 290, 523,
- La tempête du 26 mars 4882. (L. T. B.).............
- L’Observatoire météorologique du Scmndz-Alpcs. . . Exploration zoologique des abîmes de la mer . . .
- Eruption volcanique................................
- L’âge de la Méditerranée...........................
- Tremblement de terre en Su sse.....................
- Géologie du Japon..................................
- La vallée de la mort à Java........................
- La pression atmosphérique .........................
- Nouveaux observatoires météorologiques.............
- Inversion de température. .........................
- Régime des taches solaires.........................
- Les terrains tertiaires de Bretagne................
- Sur des fleurs de glace............................
- Curieux exemple de fontaine intermittente..........
- Nouvelle source thermale...........................
- Nouvelle espèce minérale...........................
- Histoire géograph ique.............................
- Optâtes des Pyrénées...............................
- Température de l'hiver.............................
- Le déplacement du Gulf-Slream......................
- Influence de la pression atmosphérique sur le niveau
- des mers...........,.............................
- Le fœhn ...........................................
- Salure de la mer . ................................
- Sources intermittentes.............................
- La couleur de l'eau................................
- 175
- 485
- 494
- 214
- 227
- 275
- 371
- 503
- 531
- 45
- 46 65 79
- 426 443 445 443 458 458 158 458 4 59 491 491 194 259 239 271
- 286
- 302
- 319
- 366
- 598
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique, Paléontologie,
- Les Reptiles de France. Les couleuvres. Les vipères
- (E. Sauvage) . . . \................. 43, 127, 234, 404
- Les paons de nuit à queue (M. Girard)................. 56
- Les gallinacés hybrides du Jardin zoologique d’Acclimatation (P. Juillerat). . ............................. 81
- Sur un gisement de rennes auprès de Paris (Albert
- Gaudry).......................................... 91
- Sur la soie des araignées (E. Blanchard).............. 94
- Sur la force de la mâchoire des crocodiles (Dr‘ P. Regnard
- et Blanchard)...................................... 97
- Le Scarabée Hercule (Maurice Girard) (Jules Rouanet) .
- 138, 104
- Migrations dos oiseaux à de grandes hauteurs..........418
- L’anatomie de la racine (I)r Z...)..................... 439
- Les grandes punaises d’eau (Maurice Girard)..............216
- Les habitudes des fourmis (R. Yion)......................226
- Plantes sèches trouvées sur des momies (Edm. Boissier) . 234
- Les Gerboises (Fernand Lataste)..........................246
- Les forêts primitives de la Bohême.......................256
- Le vieux sapin de l’Alliaz en Suisse (Louis Pire). . . . 287
- Les mammifères du Kamtchatka....................... . 297
- Le printemps............................................312
- Contrastes entre les couleurs des fleurs et des fruits
- (R. V.).............................................. 326
- Le Gastornis (S. Meunier)................................353
- Le reptile lignifié de Matto-Grosso (L. Olivier).........565
- Les Ptérochrozes (H. Gadeau de Kerville)..............38
- Faune des abîmes de la mer.............................. 31
- Analyse immédiate végétale............................... 52
- Paléontologie rémoise...................................158
- Pluie de toiles d’araignée..............................225
- Jardin botanique de Saïgon..............................258
- Anatomie des étoiles de mer.............................239
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Tortue du désert...................................254
- hémoglobine des lamas..............................271
- Mammifères tertiaires..............................555
- Faune malacologique abyssale de la Méditerranée. . 551
- Hybridation des oursins............................551
- Le venin des serpents..............................551
- Nouveau reptile fossile............................567
- Histoire naturelle de Madagascar...................400
- « Le Travailleur ».................................416
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Excursion au Yignemalc et à la vallée du îiiscle (Pyrénées espagnoles). Cinq jours dans la montagne (Albert
- Tissandier).......................................... 25
- La mission de Laponie, ................................ 40
- La Jeannette retrouvée.................................... 75
- La campagne de dragages du Travailleur dans la Méditerranée et dans l’Atlantique, en 1881 (A. Milne
- Edwards)........................................ . 50, 86
- Visite à l'oasis de Lagliouat (Cn. Crad.)...... 150, 262
- * Les récits de Marco Polo (G. Tissandier)................171
- Le Foutah-Djallon. Les ambassadeurs de Foutali-Djallon
- à Paris (Richard Cortambert)............................257
- La Birmanie anglaise (Gabriel Marcel).......... 280, 376
- Les lvrivosciens à propos de l’insurrection de la Dalmatie,
- (J. Denikeii)...........................................307
- Expédition française dans les régions australes (Hervé
- Mancon)............................................... 358
- Ascensions du Mont-Blanc.................................. 15
- Cartes de la Tunisie...................................... 46
- Voyage photographique dans les Alpes......................112
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Les tuinuli de Yilbourgeon (Sausset-Dumaine et Dumuys)
- 14, 98
- La pyramide de Meïdoun................................ 113
- L’émigration aux États-Unis............................147
- Les coupeurs de têtes de Bornéo (E. T. Hamy)........193
- La collection de M. de Ujfalvy. Voyages au Cachemire et
- au Petit-Thibet (D1 Z...)........................... 355
- Le Syllabaire « Yei » (Dr Ad. Nicolas).................567
- L'homme fossile au Brésil............................. 16
- Le musée d'ethnographie................................354
- La grotte Lymphia......................................567
- Progrès de la race noire aux États-Unis................414
- Le perforateur à air comprimé dans les mines à grisou
- (L. Bâclé)........................................148
- Communications télégraphiques entre les trains en marche 162
- Tirelires mécaniques............................. 176, 300
- Une locomotive faisant 130 kilomètres à l’heure (L. Bâclé). 183
- 507 mouvements mécaniques............................186
- Le tunnel sous-marin de Messine (Maxime Hélène). . . 187
- La mesure du travail.................................194
- Extincteurs automatiques d’incendie de M. Hiram Maxim. 203
- Projet de vélocipède sphérique (A. Rousseau).........207
- Le musée de l'industrie du gaz à l’usine à gaz de La Yil-
- lelte..........................................211
- Projets de chemin de fer vers le Soudan (Georges Renaud)............................................ 218, 249
- Règle à calcul à deux réglettes de M. Péraux.........221
- L’amiante et ses applications industrielles (G. Tissandier) 225
- Le tunnel sou» la Manche............................... 234
- Les détroits artificiels. Suez et Panama. I. Canal maritime
- de Suez (Maxime Hélène).................. 243, 283 342
- Dynamomètre de transmission de M. Raffard.........268
- Signaux de chemins de fer. Appareils à cloches dites
- allemandes (E. Y.).................................. 319
- Le tunnel transpyrénéen (Maxime Hélène)..................534
- Chemin de fer électrique à accumulateurs (G. Tissandier). 559
- Roues de wagons en papier................................562
- Utilisation du mouvement de la mer. Projet de M. Victor
- Gauchez (L. B.)....................................563
- Fabrication des vélocipèdes en Angleterre................575
- Les travaux du port d’Anvers (L. B.).................578
- Le percement de l’isthme de Corinthe (Maxime Hélène). 386 Extincteur d’incendie automatique (A. Hamon) .... 406
- Le cursomètre . .........................................416
- L’avenir de la mécanique électrique. ....... 30
- La circulation dans Paris. . ........................ 30
- Transport d'un hôtel aux États-Unis.................. 43
- Le disque-scie de M. Beese............................... 46
- Le bateau a Phosphor-bronie » '...................... . 79
- La maladie des mineurs................................... 95
- La lumière électrique et les chemins de fer..........111
- Extinction des incendies par la vapeur d’eau. . . . 111
- Le service des eaux à Liverpool..........................126
- Essai d’un torpilleur....................................142
- Un chemin de fer à voie étroite. ....................142
- Ligne télégraphique souterraine de Paris à Lyon. . 142
- Ascenseurs à air comprimé................................175
- Empreinte d’un cachet de cire sur une masse de plomb. 207
- L’observatoire en fer de Boston..........................258
- La mer intérieure d’Algérie.................... 550, 599
- La jilus grande courroie du monde....................350
- Chemin de fer de Paris à New-York....................385
- Les vagues calmées......................................398
- Transport du pétrole à l’état solide....................414
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Les trépieds merveilleux d’Homère (A. de Rochas). . . 5
- La lumière oxhydrique. Procédé de M. de Khotinsky
- (G. Tissandier)........................................ 17
- Le grand tunnel de l’Arlberg (Alpes tyroliennes) (Maxime
- Hélène)............................................... 19
- Cnaudièrc verticale à flamme renversée (P. Poii.lon). . 23
- Sur l’emploi du bloek-system dans les tirs (F. P.). . . 26
- Le. canal de Panama...................................... 57
- Les tramways funiculaires de San Francisco (L. Bâclé). . 59
- Durée probable de la houille en Angleterre............... 99
- La ligne internationale du Gotliard et les souterrains hélicoïdaux des rampes d’accès au grand tunnel (Maxime
- Hélène)................................................119
- Curieux exemple de déformation des rails (L. Bâclé). . 122
- Le chemin de fer de l’Himalaya...........................150
- Moteurs à vapeur à grande vitesse, systèmes Brotherood
- et Dolgorouki......................................... 131
- Le bateau-vélocipède de Boston. 144
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- La contagion par le lait. La laiterie modèle d’Aylesbury
- (Dr A. Caktaz)......................................... 4
- Sur la maladie des ouvriers des tunnels (Prof. F. A Forel). 58 Les récents travaux de M. Pasteur. Choléra des poules.
- Charbon (D1 A. Cartaz)................................101
- La rigidité cadavérique (Acart).........................114
- Description d’une trousse chirurgicale de l’époque de Galien..............................................154
- Vaccinations charbonneuses des animaux domestiques
- (Dr Z.)...............................................161
- Danger des abeilles (H. de Parville). ..................182
- De la vision des nombres (J. Bertillon). ...... 266
- La persistance des sensations lumineuses. Thaumatrope,
- phénakisticopc, zootrope (G. M. Gariel)...............278
- Les trichines dans les salaisons (G. Colin).............510
- Sensations d’un aveugle (J. Plateau)................... 594
- Métallisation des cerveaux pour les études physiologiques............................................ 51
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Hygiène...........................................
- Accent des sourds-muets.......................46,
- L’hygiène et l'éclairage électrique...............
- Le cœur de Larrey.................................
- Capacité des poumons..............................
- La maladie des mineurs............................
- Tuberculose.....................................
- Contribution à l'étude de l’hystérie..............
- Pigeons-voyageurs au service des médecins.........
- Le parasite de la malaria.........................
- Troubles de l’équilibration chez- les jeunes sourds-muets à la suite d’une compression exercée sur le
- nerf acoustique.................................
- Le permanganate de potasse comme contre-poison. . Influence du système nerveux sur tes vaisseaux lymphatiques.........................................
- Les microbes......................................
- La force neurique rayonnante......................
- Vitalité des trichines............................
- Expériences de Lavoisier sur la respiration ....
- 63
- 62
- 79
- 79
- 9a
- 9a
- Ml
- 143
- 206
- 207
- 239
- 253
- 302
- 319
- 331
- 399
- Aérostat perdu en mer........................ 62
- Ascensions aérostaliques............................125
- A'otices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Ephémérides de la science. L’ascension de Charles et
- Robert le 1er décembre 1783 (G. Tissandier)..........
- Augustin Normand et Frédéric Sauvage (G. T.). . . .
- J. Decaisnc (I*. 1*. Deiiéraix).....................191,
- A. A. B. Bussy...................................191,
- Alphonse Poitevin (Léon Vidai.).................... 255,
- Comment nous sont parvenus les ouvrages scicntiliqucs
- de l’antiquité (A. de Rochas)........................
- Le Play.................................................
- Henri Giffard...................................... 335,
- Ch. Darwin (Dr l..)................................ 567,
- Histoire de la marine...................................
- 8
- 70
- 209
- 290
- 275
- 311
- 322
- 537
- 369
- 223
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Nos récoltes de blé (P. C. Dubost).................... 69
- Sur la soie des araignées (E. Blan hard) (J. Rouanet).
- 94, 138
- Notre consommation de blé (P. C. Dddost)..............107
- Vaccinations charbonneuses des animaux domestiques
- (Dr Z.)............................................161
- Piège à hannetons (L. Sardriac).......................224
- Sur l’amélioration des vins par l’électricité (A. Angeijer). 383
- Les oranges en Syrie.................................. 50
- Biologie du phylloxéra... 52
- Les parasites du phylloxéra........................... 46
- Le gazon contre le phylloxéra......................... 63
- Production des vins en 1881...........................125
- Avertissement à l'agriculture vampire.................126
- La vasculose..........................................126
- Destruction des insectes nuisibles....................143
- Le blé niellé....................................... 158
- Le bitume contre le phylloxéra........................191
- Succédané du café. ...................................271
- Phylloxéra............................................319
- Le vin électrisé......................................554
- Bière de riz..........................................399
- Maladie des haricots verts............................400
- Art militaire. — Marine.
- Le service des signaux de l’armée aux États-Unis (Tir.
- Moureaux)........................................... 44
- Les lits militaires....................................241
- Un nouveau bateau à vapeur (the City of Worcester). . 296
- Tactique navale........................................ 79
- Essai d’un torpilleur..................................142
- Histoire de la marine..................................223
- Un nouveau canon.......................................223
- Im trière athénienne...................................385
- Aéronautique.
- L’ascension de Charles et Robert le 1er décembre 1873
- (G. Tissandier) .......................... 8
- Histoire de mes ascensions. Récit de vingt-quatre voyages
- aériens, par Gaston Tissandier......................... 63
- Traversée de la Manche en ballon (G. Tissandier). 305, 551 Études préliminaires pour la construction d’un moteur électrique léger (G. Tissandier). , .........................391
- Académie des sciences. Séances hebdomadaires (Stanislas Meunier). 15, 51, 46, 63. 79, 95, 111, 126, 143, 158, 175, 191, 206, 223, 239, 255, 271, 287, 502, 519,
- 335, 351, 366, 599,
- Les conférences de la Sorbonne......................
- Société de géographie...............................
- Association française pour l’avancement des sciences. . L’Exposition d’Electricité et les nominations dans la
- Légion d’honneur.................................
- Élection de M. Albert Catidry.......................
- Exposition générale de Bordeaux.....................
- Les œuvres de Fermât................................
- A/. Paul Perl.......................................
- Société des naturalistes de Moscou..................
- Iléunion des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne...............................................
- il/, de Freycinet...................................
- Congrès scientifique de Dax.......................... .
- 415
- 67
- 270 354
- 82
- 126
- 223
- 271 302 519
- 004
- 383
- 415
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Le secret des lettres (X.)...................... 171
- Les carrés magiques (Piarron de Mondesir)............237
- Plume slylographique à réservoir d’encre.............240
- Calcul des probabilités.............................. 79
- Organismes non organiques............................ 96
- L’homme le plus âgé de la terre...................126
- Les victimes de la science...........................158
- La production cle l’or...............................183
- Les Chinois en Europe................................206
- il/. Chcvreul........................................270
- Les journaux du monde entier.........................598
- Les brevets électriques en Angleterre................415
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques. 16, 38, 71, 91, 122, 205, 222,
- 259, 570, 591, 400
- La Bibliothèque de « la Nature ». Excursions géologiques à travers la France, par Stanislas Meunier. —
- Les Voies ferrées, par L. Raclé...................... 11
- Histoire de mes ascensions. Récit de vingt-quatre
- voyages aériens, par Gaston Tissandier............... 65
- Leçons sur l’électricité et le magnétisme, par Mascart
- et Joçbert...............................................159
- Les récits de Marco Polo (G. Tissandier)....................179
- Revue d’astronomie populaire................................231
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- Correspond ance.
- Sur les tuinuli de Yilbourgeon (Sausset-Dujiaixe) (Léon
- Dumuys).........................................14, 98
- Sur la Vaseline (Dr Geohc.es Camuset)................... 14
- Sur l’emploi du block-sy-tcm dans les lies (F. P.). - . 26 Action de la lumière sur l’oxygène (J. Dessans). ... 27 Sur la maladie des ouvriers des tunnels (Prof. F. A.
- Forel)............................................... 58
- Curieuse formation d’un mélange détonant ^T. Sebëue). 98
- Sur les pluies en Tunisie (Dr Poux).....................114
- Sur la soie des araignées (Jules Rouanet) (l). Bellet).
- 158, 255
- Sur les fleurs de glace (Ch. Tuuciiot)..................159
- Curieux exemple de fontaine intermittente (Eugène Bleu). 159 Sur la physique sans appareils (Léon Dumuys)...............159
- Sur le coup de foudre du 20 décembre 1881 (Paul Des-
- marest)................................................. 100
- Phénomènes volcaniques dans la mer Ionienne (V. Te-
- uesciu m Eucole).......................................174
- Application du microphone à l’élude de l’acoustique
- (J. Serra-Carpi).......................................174
- Sources d’eau douce près de la mer (E. Rodocanachi). . 174
- Eclipse de lune du 5 décembre 1881 observée à Bagdad
- (L. I’iat)............................................ 190
- Empreinte d’un cachot de cire sur une masse de plomb
- (.). Péteaux)..........................................207
- Projet de vélocipède sphérique (A. Rousseau)..............207
- Secousses de tremblement de terre dans la Somme
- (A. et de Fauteueau)...................................222
- Charbon à l’amiante (Victor Grand)........................270
- Installation d’un microphone appliqué aux usages domestiques (R. Colson.........................................514
- Sur l’amélioration des vins par l’électricité (A. Angelier) 582
- Sur une expérience d’hydraulique (J. G.)..................582
- Cursomctre (L’Esprit).....................................410
- FIN DES TABLES.
- p.427 - vue 431/432
-
-
-
- ERRATA
- rage 143, col. 2, ligne 45. Au heu de
- Puge 158, col. 2, ligne 27. Au heu de: M. Borosky lisez :
- M. Wroblewski
- Page 160, col. 2, ligne 8. Au lieu de : Lin-le-îioble lisez :
- Sin-le-Noble
- ; M. Serraga lisez : M. Serra-Carpi
- Page 191, col. 1, ligne 45. Au lieu de : dont la hauteur
- dépasse celle du Mont-Blanc lisez : atteint presque celle du Mont-Blanc
- Imprimerie A. L.diurc, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- p.428 - vue 432/432
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