La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- HH, FÉR AT, GIACOHEUL1, GILBERT, HESPLÈS, E. JDILLERAT A. TISSANDIER, etc.
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- DIXIÈME ANNÉE
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- 10e ANNÉE. — N° 470.
- 3 JUIN 1882.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES
- GRANDES DUNES DE SABLE DU SAHARA1
- Lu question des dunes de sable a beaucoup divisé les voyageurs au Sahara. Nos observations, pendant la mission transsaharienne d’El Golea, dirigée par M. Choisy2, confirment l’opinion de Vatonne3, que
- 1 Société géologique de France, séance du 9 mai 1881.
- 2 M. Clioisy, ingénieur en chef des ponts et chaussées, était chargé, comme étude préliminaire à un chemin de fer trans-saharicn de l’Algérie au Soudan, de reconnaître et de comparer deux tracés, l’un au sud de la province d’Alger, de Laghouat à El Golea, l'autre au sud de la province de Con-stantine, de Biskra à Ouargla. M. Choisy avait en outre à examiner au sud d’El Golea les points de passage permettant le prolongement du premier tracé vers le Touat. La continuation du second tracé et l’exploration au sud de Ouargla vers Te-massinin, le haut Igharghar, Idelès, et au delà, étaient contrées à M. le colonel Flaiters.
- L’itinéraire de M. Choisy peut se décomposer ainsi :
- Longueur en Direction
- c hiffres ronds approximative,
- De Laghouat à El Golea : élude kiloui. ) —
- d’un tracé de chemin de fer. . 450 ( N.-S.
- Au sud d’El Golea 80 \
- D’El Golea à Ouargla 350 S.W.-N.E.
- D’Ouargla à Biskra : étude d’un tracé de chemin de fer. . . . 370 S.-N.
- Longueur totale de l’itinéraire. 1250
- M. Choisy avait sous ses ordres : MM. Barois, ingénieur des ponts et chaussées, et Rolland, ingénieur des mines; M. le docteur H. Weisgcrher; M. Jourdan, garde-mines principal, et MM. Descamps et Pech, chefs de section au cadre auxiliaire des chemins de fer de l’État; enfin, M. le lieutenant Massou-tier, sous la direction duquel était placée la caravane.
- La caravane comprenait au départ : huit aides opérateurs européens recrutés à Alger ; un membre de la famille des Ouled Sidi Cheikh; huit aides opérateurs indigènes de Laghouat ; vingt-deux chameliers Larbaa, avec cent dix chameaux porteurs, dont le chargement moyen était de 150 kilogrammes ; et, comme escorte, aucun soldat régulier, mais quatorze Larbaa à cheval, qui furent remplacés au bout d’une quinzaine par trente Chaamba à méhari. Le personnel de la mission disposait de huit carabines Gras et de huit chevaux.
- ° F. Vatonne. Mission de Rhadames, 1863.
- 10* année. — 2* semestre
- les dunes sont de formation contemporaine et que leurs éléments proviennent de la désagrégation des roches sous les influences atmosphériques; elles démontrent que l’amoncellement des sables est dit, dans les déserts de l’Afrique comme sur certains rivages de l’Europe, entièrement au vent, dont le rôle prédominant, signalépar M. Mares1, M. Duveyrier2 et M. Largeau Y était contesté par la plupart des géologues s’étant occupés du Sahara; elles mettent en lumière la relation qui existe entre les chaînes de dunes et le relief du sol; enfin elles permettent d’affirmer que les grandes dunes ne sont pas mobiles, mais présentent une progression lente vers le Sud-Est.
- Au présent mémoire est joint une réduction de ma carte géologique du Sahara, allant de l’Altas au Ahaggar et du Maroc à la Tripolitaine* (voy. fig. 7, p. 5).
- Cette carte géologique est en même temps une carte de géographie physique, les différentes formations qu’elle indique correspondant à autant de régions naturelles, caractérisées parleur sol, leur relief, etc.
- Dunes de sable. — Alluvions et quaternaire. — Ces dépôts modernes et anciens recouvrent à peu près la moitié de la surface du Sahara; ils occupent les parties basses du relief, bien qu’étant généralement plus élevés que le niveau de la mer (sauf le cas particulier des chotts tunisiens); ils comprennent les Chotts, les Sebkhas, les Daya et les Oued, les terrains de Nebka, de Haoud et de Reg, et une première catégorie de Hamada8 ; certaines parties
- 1 P. Marcs. Note sur le Sahara, au sud de la province d'Oran. (Bulletin de la Société géologique de France, 1857.)
- * H. Duveyrier. Les Touaregs du Nord, 1864.
- 3 V. Largeau. Le Sahara, 1877.
- 4 G. Rolland. Sur le terrain crétacé du Sahara sep te n-tnonal [Bull. Soc. Géol., 36 série, tome IX, pl. XIII.)
- 8 Chott, étang salé. — Scbkha, bas-fond salé et humide. — Daya, dépression fermée et humide. — Oued, cours d’eau, vallée avec ou sans thalweg ; par extension, toute dépression allongée offrant quelque végétation et quelque humilité. — Nebka, terrain de sable mi-meuble et légèrement vallonné. — Haoud, dépression fermée entre des gour, terrain sableux
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- offrent des sols cultivés et cultivables, des lignes d’eau superficielles et souterraines, et c’est là que se trouvent les régions d’oasis et les contrées susceptibles de développement.
- Craie supérieure et Craie moyenne. — Ces deux étages géologiques donnent lieu, dans le Sahara septentrional, à deux étages orographiques, à deux plateaux superposés qui couronnent respectivement deux séries de falaises concentriques. Les Ilamada en question, constitués par des calcaires durs, polis et souvent tout à fait nus, représentent le vrai désert et n’offrent aucune ressource, sauf quelques maigres oasis au fond des Chebka L
- Dévonien. — Uamada en grès noir, également stériles.
- Gneiss et micaschistes. — Massifs montagneux.
- Basaltes. — Pitons, coulées et massifs volcaniques.
- § 1 • — Description des dunes et chaînes de dunes.
- — Les dunes de sable, loin de constituer le vrai désert, comme on l’a cru longtemps, n’occupent guère, d’après M. Pomel2, qu’un neuvième de la surface du Sahara. C’est dans le Sahara septentrional qu’elles forment les accumulations les plus considérables.
- Les principaux groupes de dunes ont été indiqués par M. Duveyrier. Le mieux connu est le groupe de l’Erg3, situé dans le Sahara algérien, et se divisant en Erg oriental et Erg occidental ; il s’étend du 20e au 54e degré de latitude Nord, et du 7e degré de longitude Est au 4e de longitude Ouest. L’Erg est continué vers le Sud-Ouest, dans le Sahara marocain, par le groupe des dunes d’Iguidi. Au Sud-Est, il est séparé du groupe d’Edeyen parle Ilamada de Tinghert et le Ilamada El liomra.
- Ces groupes sont figurés sur la carte (fig. 7).
- La superficie de l’Erg est évaluée à 12 millions d’hectares. Ces évaluations sont généralement exagérées. Les sables ne recouvrent pas entièrement les espaces immenses qui sont marqués en dunes sur les cartes, forcément sommaires pour des contrées aussi lointaines. En réalité, là où des voyageurs ont passé, ils ont constaté que les grandes dunes comprennent des chaînes allongées et distinctes, entre lesquelles apparaît souvent le terrain sous-jacent. Ces sillons peuvent avoir plusieurs kilomètres de largeur. Les chaînes
- (Gara, pl. Gour, témoin rocheux, isolé, en saillie à la surface du sol, à tête plate). — Reg, terrain de sable ferme avec ou sans gravier, généralement très plat. — Ilamada, plateau rocheux.
- 1 Chebka, fileté réseau enchevêtré de vallées entaillant le hamada.
- * A. Pomel. Le Sahara, 1872.
- * Le mot d'Erg, qui est attribué ici à un groupe particulier de dunes, désigne aussi la région des dunes en général.
- Erg, veine, dérive de Arga, pl. Areg, grande dune généralement fixe. — Armath, petite dune généralement mobile.
- — Ghourd, haute dune isolée, en forme de mamelon conique, sans arête en longueur ; pl. Oughroud, chaîne de dunes. — Sif, pl. Siouf, sabre, longue arête de dune, en forme de tranchant, dessinant des zigzags sur les autres dunes (les vallées entre les oughroud sont généralement barrées par des veines et des siouf). — Oudje, talus raide des grandes finies.
- de sable offrent des pics, des cols, etc. ; les plaines, vallées ou ravins intermédiaires sont fréquemment barrés par leurs ramifications ou par des séries de veines de sable transversales et parallèles. Les sables forment ainsi des sortes de massifs montagneux et fort accidentés. La hauteur de ces accumulations de sable au-dessus du sol ne dépasse généralement pas 450 à 200 mètres ; dans certaines régions, elle atteint des chiffres plus élevés : les plus hautes dunes de l’Erg oriental, au sud-est de ce groupe, non loin de Rha-dames, auraient, d’après M. Largeau, jusqu’à 500 mètres et au delà. On verra sur ma carte un essai de représentation des chaînes de dunes de l’Erg oriental.
- D’autre part, j’ai constaté en plusieurs endroits qu’on avait marqué en dunes sur les cartes, desallu-vions de sables quartzeux presque meubles, comme il en abonde au Sahara1. Cependant la confusion n’est pas permise : les sables de ces alluvions sont grossiers, inégaux, mêlés d’un gravier de quelques centimètres et parsemés de cristaux de gypse; si faible que soit par place leur cohésion, ils sont toujours plus ou moins agglutinés par un ciment gypso-calcaire, qui souvent les encroûte ; leur surface est irrégulière, avec dépressions et monticules informes, sans aucune loi.
- Au contraire, la vraie dune est caractérisée par l’uniformité de sa composition et par la régularité géométrique de ses formes. Ses sables, accusant un triage et un classement bien plüs parfaits, sont exclusivement quartzeux, en grains roulés et polis de moins d’un millimètre en moyenne, les mêmes sensiblement du haut à la base de la dune î; individuellement hyalins ou légèrement colorés en jaune rougeâtre par des traces ferrugineuses, ils prennent en masse une teinte d’or mat, magnifique au soleil du Sahara. Les monticules de sable affectent les mêmes formes extérieures, les mêmes modes d’orientation et de groupement que sur nos côtes, et l’on peut dire que les dunes de Gascogne donnent une image, pâle et réduite il est vrai, des grandes dunes du Sahara.
- On connaît la forme type de la dune de sable : un monticule dissymétrique, avec une croupe allongée et inclinée en pente douce du côté d’où vient le vent, un talus raide et légèrement concave du côté opposé, et, à l’intersection des deux surfaces, une arête vive, transversale et courbée en croissant. On sait que le sable, poussé par le vent, gravit la pente antérieure, s’élève jusqu’au sommet, et de là tombe suivant le talus postérieur; c’est ainsi que, sous l’action du vent, on voit les petites dunes avancer en roulant sur elles-mêmes. Les dunes élémentaires
- 1 Par exemple, des terrains mi-meubles de Nebka,
- 2 Les grains les plus gros, vers le bas, ont environ 2 millimètres de diamètre.
- Au pied même des dunes qui reposent sur certains sols ouf dans les dunes qui sont appliquées sur les reliefs de certains terrains, il se peut que les sables soient mêlés de quelque proportion de gravier, de cristaux gypseux, de coquillages brisés, etc.
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- LA NATURE.
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- se groupent et leurs groupements constituent des mamelons dont les formes sont moins définies, mais rappellent plus ou moins la dune type. Dans les grands massifs eux-mèmes, on distingue, en général, un versant doux et un versant raide.
- La direction d’une chaîne n’a rien de commun avec l’orientation des dunes élémentaires, qui font saillie à sa surface. La première est fixe ; la seconde varie avec le vent, et ces variations donnent lieu, en outre, à des enchevêtrements, à des formes complexes et souvent bizarres, avec contours parfois hardis, toujours harmonieux.
- Dans les chaînes que j’ai vues au Sahara, la hauteur des dunes élémentaires faisant saillie au milieu d’une chaîne, ne dépasse généralement pas une vingtaine de mètres. Exceptionnellement je citerai, à une journée au sud d’El Golea, le piton de sable du Guern El Chouffl, formé par une seule dune, haute de 70 mètres, et, non loin de lui, le piton du Guern Abd-el-Kader, isolé également et plus élevé encore.
- Le voyageur qui traverse une grande chaîne de dunes se croit au milieu d’un dédale inextricable, mais s’il gravit une cime élevée, il est dédommagé de ses fatigues par le spectacle grandiose auquel il assiste : les dunes qui l’entourent de toutes parts ressemblent, surtout quand elles sont bien orientées parallèlement, aux lames de l’Océan s’élevant les unes derrière les autres jusqu’aux limites de l'horizon; c’est comme une mer de sable, soulevée par un vent furieux, puis tout à coup solidifiée.
- Les dunes offrent des jeux d’ombre et de lumière qui étonnent ; les effets sont heurtés, deviennent fantastiques par certains éclairements obliques, et varient jusqu’à rendre la même chaîne méconnaissable d’une heure à l’autre de la journée.
- § 2. — Relation des grandes dunes avec les terrains quaternaires. — L’Erg oriental et l’Erg occidental sont situés respectivement dans les bassins quaternaires du Chott Melrir à l’Est, et de l’Oued Guir à l’Ouest. Nous avons reconnu que ces deux massifs de dunes sont distincts, que la zone intermédiaire offre seulement quelques chaînes isolées, et qu’elle correspond à l’interposition d’une bande saillante et nord-sud de terrain crétacé, qui sépare les deux bassins. Ainsi que je l’ai exposé2, cette bande crétacée va du Mzab à El Golea et occupe un degré et demi en longitude au centre du Sahara algérien; elle se poursuit au Sud, en s’élargissant, jusqu’au Tidiket.
- Le vrai gisement des dunes est dans les terrains quaternaires. C’est pourquoi les partisans d’une mer qui aurait recouvert l’immensité du Sahara à l’époque quaternaire et aurait disparu à la suite d’un soulèvement récent, ont pu être conduits à admettre que les dunes étaient les délaissés de cette mer. « Ce sont, dit M. Ville, des couches régulières en place,
- 1 Guern, sommet, corne.
- 8 Bull. Soc. géol., 3» série, tome IX, page 508.
- formées de sables quarlzeux, déposés dans les eaux de la mer quaternaire1. »
- On peut différer d’opinion quant aux conditions dans lesquelles se sont déposés ces terrains quaternaires du Sahara, dont « l’immensité confond l’imagination », mais qu’il s’agisse d’atterrissements d’eau douce2 ou tle sédiments d’anciennes mers intérieures, il semble que ces dépôts soient continentaux et aient été faits conformément aux divisions hydrographiques actuelles, le Sahara et l’Atlas ayant déjà acquis les grandes lignes de leur relief et n’ayant subi depuis lors que des mouvements relativement insignifiants. Les plus anciens de ces terrains-quaternaires comprennent principalement des grès, qui sont formés de grains de quartz roulés, mêlés de plus ou moins d’argile et cimentés par du calcaire concrétionné et du gypse. 11 ont été l’objet d’érosions profondes, ayant donné lieu elles-mêmes à une série complexe d’alluvions postérieures : des masses énormes de sables et de graviers quartzeux ont été laissées par les eaux en amont des grands bas-fonds, où étaient entraînées les boues. Enfin les dépressions de la surface, telles que les Chotts, les Sebkha, les Daya, sont occupées par des alluvions modernes, en limon fin, salé et gypseux.
- Les dunes de sable diffèrent nettement de tous ces terrains. Elles ne ressemblent pas plus à des alluvions fluviatiles qu’à des dépôts marins. Elles recouvrent indifféremment les alluvions quaternaires et modernes. Ce sont, pour ainsi dire, des alluvions aériennes, dont la formation est contemporaine et se poursuit sous nos yeux.
- § 5. — Désagrégation des roches au Sahara. — Il est certain que l’altération superficielle des roches sous les influences atmosphériques est bien moindre, toutes choses égales d’ailleurs, sous un climat sec. Au Sahara, cependant, il existe quelques causes de dégradation, contre lesquelles les roches ne sont d’ailleurs protégées par aucune végétation. Il y a d’abord les dilatations et contractions résultant des écarts brusques de température, lesquels peuvent, entre le jour au soleil et la nuit suivante, s’élever à 100°. 11 y a ensuite ravinement, éboule-ment, etc., par les pluies fort rares, il est vrai, mais torrentielles quand elles tombent. Il faut ajouter les alternatives de cristallisation et de dissolution des sels, etc.
- L’usure par les sables, qui proviennent de désagrégations antérieures et que le vent transporte, concourt également à la destruction progressive des roches. Le sable sec, c’est un fait général à la surface du Sahara, est un outil puissant de dénudation. Son action se trouve principalement gravée sur les calcaires. Dans le Sud, certains plateaux sont polis comme une glace et offrent des stries, des canne-
- 1 L. Ville. Exploration géologique du Mzab, du Sahara et de la région des steppes de la province d'Alger, 1807.
- 2 A. Pomel. Géologie de la province de Gabès et du littoral oriental de la Tunisie. (Association française pour l'avancement des Sciences, 1877;)
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- LA SATURE.
- 1 lires, etc. Les lianes de certains monticules, par exemple des gour Ouargla, près El Golea, sont burinés, sculptés, fouillés et réduits par place à de véritables dentelles de pierre (fig. i, 2 et 3), dont le dessin laisse parfois reconnaître la direction et le sens des transports par le vent.Çà et là, on rencontre ces galets calcaires et ces silex que tous les voyageurs ont vus et dont la surface est couverte de rainures vcrmiculécs, simulant des arabesques (fig/4 et 5). Sur les grès, l’érosion est d’autant plus énergique que la roche est plus tendre.
- On trouve, par exemple sur un des parements de la Gara Krima, près Ouargla, des sillons larges et profonds de plusieurs mètres, dus à un rabotage de ce genre.
- Ces effets d’usure par le sable au Sahara m’ont rappelé à plusieurs reprises ceux que j’avais vus, il y a quelques années, dans l’Ouest auiéri -cain.
- Ya tonne a relevé aux environs
- de Rhadamcs des exemples très nets de destruction sur des quarlzites, des gypses sableux et des dolomies quartzeuses appartenant à la Craie supérieure. J’en ai constaté de non moins frappants sur les escarpements et les témoins de grès quaternaires le long de l’Oued Mya, entre Ouargla et Tougourt, et dans l’Oued Rir’. Ces grès quaternaires sont généralement tendres et faciles à désagréger. Certaines parties, cimentées par une plus forte proportion
- de calcaire et de gypse, résistent davantage et impriment aux parements une physionomie caractéristique, hérissant la surface de squelettes nodulif'or-mes, de cordons saillants, de bancs en surplomb, etc., dont le temps finit par avoir raison. Accidentellement, sur le flanc des falaises ou des gour, on trouve des éboulis sableux en place, que le vent n’a pas encore eu le temps de remanier et de balayer ; ces sables désagrégés sur place contrastent par leur couleur rouge brun, par leur composition légèrement argileuse, par leur talus naturel, avec les sables des
- Fig. 1. Sillou le long d’uu banc de calcaire dur saecharoide, à 5 mètres sous la crête d’un des gour Ouargla, près El Golea. — Fig. 2. Bloc de calcaire crayeux éboulé, au bas du talus d’un des gour Ouargla, près El Golea. — Fig. 3. Échantillon de calcaire crayeux, recueilli au gour Ouargla, près El Golea (échelle de 1/3). —
- Fig. 4. Galet calcaire (demi-grandeur), (demi-grandeur).
- Fig. 6. — Vue longitudinale d’un des gour Bekra, à l’est de Ouargla (Gara sud).
- dunes voisines, jaunes d’or, purement quartzeux, modelés par le vent.
- La figure G donne la vue d’un gara en voie avancée de désagrégation.
- Ainsi la surface des grès quaternaires, rongée et remise à nu, se réduit lentement, mais incessamment, en poudre. Certains de ces grès sont naturellement friables; certaines alluvions sableuses et limoneuses sont à peine agrégées. Des matériaux siliceux deviennent libres de toutes parts, et ce sont eux qui alimentent les dunes.
- La presque totalité de ces matériaux est fournie par les bassins quaternaires, où les sables quartzeux com -posent essentiellement les terrains et présentent un si grand développement. D’autres terrains, par exemple les grès crétacés de la Tripolitaine, fournissent aussi quelque appoint. Quant aux grès dévoniens des Touaregs, au Sud, ils sont très
- durs, très compactes, et ne semblent pas aptes à se désagréger facilement.
- Parmi les terrains des bassins quaternaires, la principale source d’alimentation des dunes se place dans les alluvions qui proviennent des dénudations du Quaternaire ancien, et qui, ainsi que je l’ai dit, sont sableuses, souvent à peine cimentées et prêtes à être transformées en dunes par un simple classement. En effet, les grandes dunes sont en relation de position avec ces alluvions ; M. Po-mel a fait remarquer que l’Erg oriental se trouve en amont du bas-îond du Melrir et l’Erg occidental en amont du bas-fond de Gourara. Une première préparation, par l’eau, a donné les alluvions sableuses; une seconde, par l’air, donne les dunes.
- La relation en question apparaît nettement dans le bassin occidental, qui a été exploré par M. Marès de l’Altas oranais au grand Erg. Le Quaternaire ancien forme un vaste manteau en pente vers le sud-est, d’abord presque entièrement dénudé, puis sil-
- Fig. 5. Silex recueilli par M. Boche
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- LA NATURE
- lonné de gouttières d érosion parallèles, de moins en moins larges et profondes; finalement, les allu-vions de ces gouttières s'étalent et recouvrent toute la surface; le limon rouge quaternaire est alors remplacé par un sable quartzeux clair plus récent : c’est en entrant dans la région des dunes qu’on constate ce changement de la nature du sol. Le terrain de sable quartzeux se poursuit sous les Areg et semble, d’après renseignements, se retrouver au Touat. Quant aux sillons d’érosions, « arrivée à ces terrains de sables clairs, dit M. Marès, l’eau diminuée de force et de volume, n’ayant qu’un courant insensible, s’est
- divisée en plusieurs branches, cherchant en quelque sorte un point d’arrêt et de repos. En pénétrant plus avant au milieu des Areg, on voit chaque branche de bifurcation arriver à des impasses barrées naturellement vers le Sud par le terrain de sables bleus ou jaunes que les eaux n’ont plus eu la force d’éroder plus loin. Elles se sont alors accumulées en ces points, formant des daya ou lacs, aujourd’hui complètement à sec. »
- § 4. — Rôle du climat dans la formation des dunes. — On sait que le climat saharien est caractérisé par l’absence presque complète de pluie. Pas
- Fig. 7. — Carte géologique du Sahara, du Maroc à la Tripolitaine et de l’Atlas au Ahaggar, par M. G. Rolland.
- d’humidité, pas de végétation : rien qui fixe les matières meubles. C’est en quoi le climat joue un rôle décisif dans la formation des dunes.
- Dans les autres stages de cette formation, on trouve les mêmes agents que dans les climats tempérés ou tropicaux. La désagrégation est même incomparablement moindre au Sahara. Le vent n'y est pas plus intense qu’à l’intérieur d’autres continents. Mais si peu qu’il y ait désagrégation, les matériaux en sont intégralement livrés au vent, dont ils deviennent le jouet.
- <( C’est à son climat, a dit M. Duveyrier, que le Sahara doit d’être le Sahara » ; j’ajouterai : et d'avoir des dunes. L’âge des dunes n’est autre que Page du
- climat saharien; elles ont commencé à se former quand l’extrême sécheresse de l’époque actuelle y a succédé à l’extrême humidité de l’époque quaternaire.
- « Si les montagnes des Vosges, a dit fort justement M. E. Jourdy1, constituées comme elles le sont par une formation de grès et de sables épais de plusieurs centaines de mètres, se trouvaient sous le ciel inclément du continent africain, elles seraient bientôt rabotées et réduites en poussière » : il y aurait là un grand massif de dunes. De même, en Lorraine, les calcaires du Muschelkalk formeraient des plateaux nus et sans terre végétale comme les hamada;
- 1 E. Jourdy. La Mer saharienne. (La Philosophie positive, Revue, 1875 et 1876.)
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- LA NATURE.
- les marnes irisées, gvpseuscs et salées, des lignes d’escarpement identiques à celles du désert; enfin les dépressions de la surface, où se concentreraient les eaux, de véritables sebkha. Nous aurions en France un Sahara en miniature.
- G. Rolland.
- — A suivre. —
- ENCRES POUR MARQUER LE LINGE
- Encre anglaise de Clark pour marquer le linge.
- Liqueur n° 1. Carbonate de soude. 16 grammes
- Eau distillée......................128 —
- Gomme arabique..................... 12 —
- On fait dissoudre la gomme dans l’eau, puis on ajoute le carbonate de soude. »
- Liqueur n° 2. Nitrate d’argent. . 10 grammes
- Gomme arabique....................... 12 —
- Eau distillée.........................24 —
- On dissout la gomme dans l’eau, puis le nitrate d’argent. Les liqueurs obtenues sont conservées dans des flacons séparés. Lorsqu’on veut s’en servir, on imbibe une petite éponge avec la liqueur n° 1, et l’on mouille l’endroit où l’on veut écrire ; à l’aide d’un fer à repasser on unit et l’on sèche la partie humectée. Cela fait, on prend une plume d’oie trempée dans la solution n° 2 et l’on écrit à la place préparée. On peut, au lieu d’une plume, employer une petite plaque d’argent ou de cuivre argenté découpée à jour et portant soit lés initiales soit le chiffre qu’on désire fixer sur le linge. Il faut dans ce cas, se servir d’une petite brosse trempée dans la liqueur n° 2, et avoir soin de bien presser sur la petite plaque découpée contre le linge pour que les caractères soient bien nets. Il suffit pour faire apparaître les caractères de les exposer aux rayons solaires.
- 2e recette. Autre encre pour marquer le linge.
- Nitrate d’argent cristallisé. ... 6 grammes
- Carbonate de soude. .,........ 10 —
- Ammoniaque liquide à 22° ... 9 —
- Gomme arabique................ 6 —
- Noir de fumée................. 2 —
- Eau distillée................. 50 —
- On fait dissoudre séparément, dans l’eau, le nitrate d’argent, le carbonate de soude et la gomme, on ajoute l’ammoniaque pour dissoudre le carbonate d’argent, puis la solution de gomme, on délaye avec soin le noir de fumée et l’on verse le tout dans un flacon bouché à l’émeri.
- Pour employer cette encre on agite vivement le flacon, on humecte avec le liquide quelques doubles de flanelle ou de drap, sur lesquels on appuie modérément le timbre en bois sur lequel le chiffre est gravé ou les initiales, on reporte immédiatement le timbre sur le linge à marquer, en pressant une ou deux secondes. Le timbre doit être bien lavé toutes les fois qu’on s’en sera servi et employer à nouveau de la flanelle ou du feutre propre. Exposer au soleil ensuite.
- Autre recette, sans nitrate d'argent. Encre d'andin pour le linge.
- N° 1. Solution cuivrique.
- Chlorure de cuivre cristallisé........... 88r,52
- Chlorate de soude....................... 10*p,63
- Chlorhydrate d’ammoniaque............... 51*r,35
- Eau . ............................. 60*',00
- N° 2. Solution d’aniline.
- Chlorhydrate d’aniline............. 20 grammes
- Eau. /. . ......................... 50 —
- Gomme arabique dissoute dans
- 40 grammes d’eau.............. 20 —
- Glycérine.......................... 15 —
- On mélange à froid 4 parties de solution n° 2 avec
- 1 partie de solution n° 1 ; on obtient ainsi une liqueur verdâtre qu’on peut employer directement à marquer le linge mais qu’on ne peut conserver que quelques jours. 11 est donc nécessaire de garder à part les deux solutions et de ne les mélanger que peu de temps avant de les employer. — Les traits apparaissent d’abord en vert pâle sur le linge, ils passent au noir avec le temps et l’exposition à l’air, mais on peut hâter ce moment en tenant le tissu au-dessus d’un vase contenant de l’eau en ébullition. Quand les traits sont secs, on rince les parties où l’on a écrit ou imprimé avec de l’eau de savon chaude, ce lavage leur communique une nuance d’un beau noir bleu.
- Cette impression résiste absolument aux acides, chlorures et lessives.
- C. Wideman.
- DÉC0UYERTES PRÉHISTORIQUES
- DANS LE DILUVIUM RHÉNAN EN ALSACE
- Une découverte fort curieuse a été faite le 10 octobre 1881 dans la gravière appartenant au sieur Nico, de Rixheim. Un de ses ouvriers, en donnant un coup de pioche dans le gravier, a mis au jour un marteau en pierre perforé et très bien poli, qui présente un fort grand intérêt, attendu qu’il a été trouvé à une profondeur de 5 à 6 mètres, profondeur à laquelle aucun instrument de l’âge de pierre n’avait été rencontré jusqu’à ce jour dans le diluvium d’Alsace.
- Le marteau perforé de Rixheim, par sa forme, rappelle un peu un marteau de forgeron avec tranchant à l’avant et talon large et plat à l’arrière. Il est en porphyre vert-brunâtre, avec cristaux de feldspath brunâtre en creux et décomposés à la surface. Cette roche pourrait être soit vosgienne, soit de même origine que les cailloux de porphyre vert-brunâtre de la Forêt-Noire qu’on trouve dans la gravière de Rixheim, notamment ceux conservés à la collection Joseph Kœchlin-Schlumberger, avec lesquels elle présentj de grandes analogies.
- On nous a dit que des ossements humains, notamment un crâne, avaient été trouvés dans le temps dans une gravière voisine, à une profondeur d’environ lm,50 à
- 2 mètres; ils sont malheureusement perdus, et nous n’avons rien pu apprendre de plus relativement à cette trouvaille. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on a trouvé à plusieurs reprises, dans le gravier de nos environs, les restes du mammouth qui habitait nos contrées à l’époque glaciaire. Au mois de juillet 1862, on a retiré d’une gravière située à 3 kilomètres de Habsheim, près du chemin
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- LA NATURE
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- de fer et en face de la tuilerie (commune de Diettwiller), une énorme défense de mammouth (Elephas primigenius, Bluinenb.).
- Outre le mammouth, dont les ossements se trouvent de temps en temps dans le gravier de la plaine du Rhin, soit en Alsace, soit dans le grand-duché de Bade, on rencontre encore, mais beaucoup plus rarement, les restes de l’aurochs fossile (Dospriscus Bojean). Un beau crâne d’aurochs, portant les noyaux osseux des cornes presque complets, a été trouvé dans le gravier du Rhin, près Rheimviller, en mai 1840 et donné au musée de la Société industrielle par M. Jean Zuber fds. Il est encore actuellement dans un état parfait de conservation ; ce qui n’est malheureusement pas le cas pour les défenses de mammouth conservées au même musée. Grâce à la découverte que nous avons faite récemment, nous pouvons ajouter le castor à la liste des animaux disparus ou émigrés trouvés dans le diluvium de nos environs. A Mulhouse, les parties supérieures du gravier rhénan jusqu’au delà de 9 mètres de profondeur sont mélangées de gravier vosgien. C’est vers cette limite, c’est-à-dire à environ 8m,50 de profondeur, que nous avons trouvé, dans les premiers jours de mars 1881, dans un puits en construction au tissage de MM. Charles Mieg et Cie, rue Buffon, la partie inférieure d’un humérus gauche de castor. Ses dimensions correspondent à celles du castor vivant données par Cuvier. L’os est fossile ou subfossile, et a pris une patine brune très accusée, assez semblable à celle des ossements retirés des tourbières et des cités lacustres de la Suisse. Si l’on en excepte les ossements retirés par M. le Dr Thiessing de la grotte d’Oberlarg, c’est, à notre connaissance et à celle du Dr Faudel, le premier os de castor trouvé en Alsace. Et pourtant cet animal a été fréquent dans notre pays, témoin les noms de Biberloch, Biberacher, qui servent encore à désigner deux cantons de la banlieue de Colmar, et les Bibermalten de la commune de Fislis. Charles Gérard, dans son Essai d'une faune des mammifères sauvages de l’Alsace, parle du castor comme habitant au milieu de la végétation palustre des forêts vierges qui occupaient les bords de la plaine marécageuse de l’Alsace à l’époque quaternaire, alors que le climat plus froid et plus humide ne différait guère de celui du Canada. A l’époque gallo-romaine il habitait en abondance le long de nos cours d’eau; en 1004, le castor est cité parmi les hôtes de la Haardt dans la charte par laquelle Henri II fait don de cette forêt à l’église de Bâle. En 1710, d’après Ichterstein, les grandes îles du Rhin, entre Rhinau et Strasbourg, contenaient encore beaucoup de castors, et, selon Friese, le Rhin aurait encore possédé quelques castors isolés, sur son parcours le long de l’Alsace, au commencement de ce siècle i.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES VOIES PUBLIQUES
- 1IOLBORN. - LA. PLACE DU CARROUSEL. - PROJET POUR
- LA NOUVELLE-ORLÉANS.
- La plupart des systèmes d’éclairage électrique aujourd’hui connus — et l’on sait s’ils se multiplient rapidement depuis quelques années — ont
- 1 Extrait d’une note présentée à la Société industrielle de Mulhouse.
- subi dans une certaine mesure l’épreuve difficile de l’éclairage des voies publiques. Nous nous proposons d’examiner rapidement dans cet article les résultats obtenus jusqu’ici, ainsi qu’un projet à l’étude qui nous paraît présenter quelque intérêt, en allant des foyers les plus faibles aux plus puissants.
- L’expérience de l’éclairage des voies publiques par les petites lampes à incandescence est, à dire le vrai, assez récente en Europe, et c’est en Angleterre qu’il noug a été donné de la voir réalisée pour la première fois, le mois dernier, par les lampes Edison du type dit de 16 candies (1,5 Carcel environ) .
- Tout Iligh Holborn, à Londres, est actuellement éclairé par ces lampes, qui ont remplacé le gaz dans toutes les lanternes, à raison de deux lampes par bec.
- Bien que la puissance nominale des becs soit doublée dans cette disposition, la rue n’en paraît pas plus éclairée que par le gaz ; le point lumineux est plus fixe, la lumière moins vacillante et les ombres portées moins accentuées, par suite du double foyer que renferme chaque lanterne, mais l’effet général est médiocre, et les becs à gaz intensifs de Siemens, placés dans le voisinage, à New Oxford Street n’ont aucune peine à montrer une très réelle supériorité. L’expérience est cependant intéressante, car elle montre qu’il n’y a rien à espérer des lampes à incandescence de 1 6 bolgies pour l’éclairage des voies publiques.
- Il est question d’essayer des lampes à incandescence plus puissantes, avenue de l’Opéra, pour remplacer les bougies Jablochkoff, qui ne sont plus allumées depuis le Ier avril dernier.
- Si l’on peut obtenir des foyers uniques donnant 20 à 25 becs Carcel — et cela ne nous paraît pas présenter aujourd’hui de difficultés bien sérieuses, — nul doute que le succès ne vienne couronner cette expérience : l’éclairage de l’avenue de l’Opéra ne perdrait rien comme intensité de lumière et* gagnerait beaucoup au contraire comme fixité et coloration. L’incandescence appliquée à l’éclairage des voies publiques a donc une revanche à prendre, .^et nous espérons avoir bientôt l’occasion d'en consigner ici les heureux résultats.
- Les applications les plus nombreuses et les mieux réussies l’ont été jusqu’ici à l’aide des foyers de moyenne puissance, placés à des hauteurs variables avec la nature de ces foyers. Les bougies Jablochkoff, les lampes Siemens et Brush ont été essayées comparativement à Londres l’année dernière, et nous avons déjà eu l’occasion d’en étudier les avantages et les inconvénients.
- La lampe Soleil et la lampe Million ont aussi été installées pendant quelques jours sur nos boulevards, mais les expériences ont été de trop courte durée pour qu’on puisse formuler un jugement.
- Un éclairage plus intéressant est celui aujourd’hui en expérience dans les cours du Louvre et du Carrousel, en plein cœur de Paris.
- La cour du Louvre est éclairée par quatre lampes Brush à courants continus et la cour du Carrousel par
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- l’admirable architecture du monument qui sert de cadre à cet éclairage.
- Pour être fondé en fait, le reproche ne nous parait pas mérité, car le but poursuivi est avant tout d’éclairer convenablement la place pour éviter les nombreux dangers que l’ancien éclairage, par .trop insuffisant, faisait courir aux piétons, et ce but a été atteint à la plus grande satisfaction de tous les Parisiens qui, pour passer d’une rive à l’autre, sont obligés de traverser ce labyrinthe mouvant.
- Les foyers de puissance moyenne conviennent donc parfaitement à l’éclairage des voies de communication et des places publiques, comme les expériences faites à Londres et à Paris l’ont sura-
- bondamment prouvé. Jusqu’à quelle limite convient-il de pousser dans la direction des foyers puissants?
- Telle est la question qui se pose aujourd'hui et à laquelle de nouvelles expériences pourraient seules répondre. 11 est évident que le projet émis depuis longtemps d’éclairer une ville entière par un seul foyer électrique, quelle que soit d’ailleurs sa puissance, est une utopie irréalisable. Mais entre cette fantaisie de grande envergure et les foyers de 155 becs Carcel placés à 20 mètres de hauteur au milieu de la place du Carrousel, il y a place, sans aucune doute, pour des foyers plus puissants, placés plus haut encore, et destinés surtout à l’éclairage des grands espaces découverts, docks, chantiers, ports, etc.
- Dans ces applications, il est au moins gênant, et quelquefois impossible, de multiplier les points d’appui, pour ne pas gêner la manutention des marchandises, et la libre circulation des moyens de transport.
- Une sorte de soleil électrique puissant peut donc rendre des services; en tout cas l’expérience mériterait -d'être tentée, ne fùt-cc que pour déterminer pratiquement, une fois pour toutes, la limite pratique qu’il convient de ne pas dépasser dans l’emploi d’un foyer unique ou de foyers groupés pour l’éclairage des grands espaces découverts.
- Un projet de cette nature est aujourd’hui à l’étude, à la Nouvelle-Orléans, pour l’éclairage des docks établis sur le Mississipi, qui sont le siège d’un immense commerce et où règne constamment une grande activité. '
- Les difficultés que présente le problème ont été très habilement vaincues dans le projet établi par M. W. Golding, et dont le Scientific American nous fait connaître les principales dispositions.
- La hauteur de la tour supportant les lampes est de 120 mètres. Elle est formée d’un tube en fonte composé d’un certain nombre de sections boulonnées les unes au-dessus des autres, établie sans aucun échafaudage en superposant les sections par le bas. La figure 1 (B) représente la base et le sommet
- quatorze lampes de Mcrsannc à courants alternatifs.
- Les douze lampes placées sur les côtés de la place sont suspendues à 7 mètres environ au-dessus du sol à des consoles en fonte un peu arquées à leur partie supérieure, ce qui permet de monter et descendre facilement les lampes pour les nettoyer et remplacer les crayons de (barbon.
- Dans ces lampes, les charbons sont disposés horizontalement; le point lumineux est dissimulé à l’oeil par un globe dépoli qui occupe la partie inférieure. La puissance lumineuse de chacun de ces foyers est d’environ
- 75 becs Carcel. è II
- Au milieu de la place se trouve un refuge supportant deux lampes de plus grande puissance —
- \ 55 becs environ par lampe, — supportées par un poteau en forme de T.
- Le point lumineux est à 20 mètres de hauteur du sol : grâce à cette disposition, la lumière se trouve •assez uniformément répartie pour qu’on puisse lire un journal d'un point quelconque de la place, et la supériorité sur l’ancien éclairage au gaz tellement grande qu’il est superflu d’y insister davantage. Une de nos gravures (fig. 2) représente le grand poteau central de la place du Carrousel.
- * > L!on a adressé une critique, fondée à un certain point de vue, à l’éclairage que nous signalons, c’est que les réflecteurs des lampes, disposés pour projeter toute la lumière sur FiS- t- ~ p-°jb* ,lc M. holding pour l'éclairage électrique du port . i • • , i de la Nouvelle-Orléans. — A. Coupe d'une section montx’ant
- le SOI, laissent üans une je lampiste refoulé par le piston jusqu'au sommet de la tour, obscurité presque totale — Système de superposition des sections de la tour.
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- de cette tour ainsi qu’une coupe longitudinale du i maintiennent la tour verticale s’allongent de la tube. Les sections ont environ 4 pieds de hauteur | quantité nécessaire en déroulant des treuils placés et sont parfaitement tournées, alésées et dressées J à la partie inférieure.
- avant d’ètre mises en place. A mesure que les | La hauteur ne doit pas dépasser 120 mètres, sections s’ajoutent par le lias, les haubans qui ' mais l’auteur pense qu’on pourrait aller jusqu'à
- Fig. 2. — Éclairage électrique de la place du Carrousel, à Paris. Disposition du grand poteau central.
- 150 mètres sans difficulté. Pour être hardi, le projet n’est cependant pas impraticable.
- L’idée la plus originale et la plus ingénieuse réside dans le moyen absolument nouveau adopté par M. Golding pour faire le service des lampes.
- Il ne faut pas songer à faire descendre les lampes d’une pareille hauteur en les suspendant à une
- corde; le moindre vent viendrait briser la lampe contre la tour en fonte. Puisque la lampe ne peut venir au lampiste, c’est le lampiste qui ira à la lampe. A cet effet, l’ouvrier muni de ses crayons de charbon de rechange et de scs outils, se place à la partie inférieure du tube, dont le diamètre est suffisant pour le laisser librement passer, sur un
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- LA NATURE.
- piston que l’on souffle ensuite jusqu’au sommet de la tour par de l’air comprimé fourni par une pompe ou un ventilateur. Eu égard à la grande surface du piston, une pression de quelques centimètres est largement suffisante. Arrivé au sommet de la tour, l’ouvrier arrange les lampes et le retour s’effectue par la même voie, en laissant échapper l’air au-dessous du piston,
- La lumière projetée par ce phare-soleil dépasserait 4000 becs Carcel et pourrait éclairer suffisamment les travaux des docks dans un rayon assez étendu.
- M. Golding estime que la tour pourrait aussi servir de poste d’observation pour le service des incendies et de point d’appui pour les fils télégraphiques, qui pourraient rayonner vers les différents bureaux télégraphiques et traverser la rivière sans gêner la circulation des navires le plus hautement gréés.
- Sans rien vouloir préjuger, on peut espérer cependant que la lumière projetée sur le sol par 4000 becs à 120 mètres de hauteur serait suffisante pour permettre tous les travaux de nuit dans les ports et les docks. Peut-être pourrait-on aller au delà ou faudrait-il au contraire se tenir en deçà du projet de M. Golding.
- L’expérience seule peut décider de ce point et fixer la limite supérieure, pour l’éclairage des grands espaces découverts, comme les expériences de Ilolborn ont déjà déterminé la limite inférieure des petits foyers pour l’éclairage électrique des voies publiques.
- TISSUS ET BOIS ININFLAMMABLES
- Pour être irréprochables, les procédés employés pour rendre ininflammables les tissus et les bois, doivent satisfaire aux conditions suivantes :
- 1® La substance préservatrice (ou le mélange des substances préservatrices) doit être à bas prix et d’un emploi facile ;
- 2° Elle ne doit altérer ni les tissus ni les couleurs qui les recouvrent, ou qu’ils peuvent recevoir ;
- 5° Elle ne doit être ni vénéneuse, ni corrosive ;
- 4® Elle ne doit s’altérer ni par un excès d’humidité de l’air, ni par un excès de dessiccation ;
- 5° Enfin, les tissus ou les bois imprégnés devront rester ininflammables après avoir été exposés pendant un mois à une température de 40 à 50 degrés.
- Comme nous allons le voir, les préparations suivantes sont celles qui paraissent le mieux satisfaire aux diverses conditions exigées :
- 1° Mélange applicable à tous les tissus légers : sulfate d’ammoniaque pur, 8 kilogr. ; carbonate d’ammoniaque pur, 2 kilogr. 5 ; acide borique, 3 kilogr. ; borax pur, 2 kilogr. ; amidon, 2 kilogr. ; ou dextrine, 0 kilogr. 400, ou gélatine, 0 kilogr. 400; eau ordinaire 100 kilogr.
- On trempe les tissus dans la dissolution à la température de 30 degrés, de façon à les bien imbiber, on essore légèrement, puis on fait sécher assez pour pouvoir les repasser comme on le fait pour les empesages ordinaires. La quantité d’amidon, dextrine ou gélatine peut varier avec le plus ou moins de raideur à donner aux tissus. Le prix
- du litre est de 16 centimes, pour préparer environ 15 mètres de tissus.
- Cette préparation s’applique à merveille, aux costumes de bal et aux jupes des danseuses de théâtre.
- 2° Mélange applicable aux décors déjà peints à la toile de décors déjà montée, aux boiseries, meubles, tentures, rideaux, literies, berceaux, portes, fenêtres;sel ammoniac (chlorhydrate d’ammoniaque), 15 kilogr.; acide borique, 5 kilogr. ; colle de peau, 50 kilogr. ; gélatine, 1 kilogr. 5 ; eau ordinaire, 100 kilogr. ; calcaire (blanc de Meudon) en quantité suffisante pour donner la consistance convenable.
- Ce mélange s’emploie à la température de 50 ou 60 degrés ; on en imprègne les pièces, ou bien on l’étend simplement à leur surface au moyen d’un pinceau, comme pour la peinture ordinaire.
- Pour les décors déjà peints, il suffit de passer une couche de cette préparation sur la toile, du côté opposé à la peinture, et de badigeonner les cadres sur lesquels sont montées les toiles.
- Le prix de revient est de 21 centimes le kilogramme ; 1 kilogramme suffit pour peindre 5 mètres carrés.
- 3° Mélange applicable aux toiles grossières, aux cordages, aux pailles, aux bois, aux charpentes. Sel ammoniac, 15 kilogr.; acide borique, 6 kilogr.; borax, 3 kdogr. ; eau, 100 kilogr.
- Il s’emploie à la température de 100 degrés; l’immersion doit durer 15 à 20 mvnutes ; on essore légèrement et on fait sécher. Le prix de revient est de 23 centimes le litre.
- 4° Mélange applicable aux papiers imprimés ou non : sulfate d’ammoniaque, 8 kilogr. ; acide borique, 3kilogr.; borax, 2 kilogr.; eau ordinaire, 100 kilogr.
- Cette dissolution s’emploie à la température de 50 degrés. Le prix du litre est de 14 centimes.
- Pour résoudre complètement le problème, c’est-à-dire pour réduire l’action de la chaleur sur les pièces combustibles à une simple calcination, pour les rendre ininflammables et par suite incapables d’allumer ou d’entretenir uu incendie, il faut encore satisfaire aux conditions indiquées, dès 1821, par Gay-Lussac, et qui sont les suivantes :
- 1® Pendant toute la durée de l’action de la chaleur, le tissu ou le bois doit avoir ses filaments ou ses fibres garantis du contact de l’air qui en déterminerait la combustion ; 2° les gaz combustibles que l’action de la chaleur en dégage doivent être mélangés en assez forte proportion avec d’autres gaz difficilement combustibles, pour n’être plus inflammables.
- Pour satisfaire à la première condition, il faut, ainsi que le fait remarquer avec raison M. Troost, dans son rapport à la Société d’encouragement, enduire les tissus ou les bois d’une substance très fusible qui, dès la première impression de la chaleur, couvrira la surface des fibres textiles ou ligneuses en y adhérant et en empêchant le contact de l’air.
- La nécessité de satisfaire à cette première condition élimine immédiatement les sels terreux et les sels métalliques (sulfate de magnésie, sulfate de zinc, sulfate de fer, etc., souvent proposés), qui par l’action de la chaleur ou d’une dessiccation longtemps prolongée, laissent un résidu pulvérulent et par suite peu adhérent, n’empêchant pas le contact de l’air, et permettant, en conséquence, à la combustion avec flamme de se produire au bout d’un temps plus ou moins long.
- Les substances difficilement fusibles (chlorure de potassium, chlorure de sodium ou sel marin, sulfate de po-
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- LA NATURE.
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- tasse ou de soude) ne forment pas non plus des endu its suffisaminent protecteurs. Parmi les matières fusibles, on doit également renoncer aux substances efllorescentes,, telles que le carbonate de soude, qui tomberaient peu a peu en poussière, et aux substances très hygrométriques (telles que le silicate de potasse proposé par Fuchs, en 1825 pour le théâtre de Munich, et surtout le chlorure de calcium proposé en 1856, pour le théâtre de Bruxelles) : celles-ci ne se dessécheraient pas à l’air, elles en attireraient au contraire l’humidité, et, en outre, se couvriraient rapidement de toutes les poussières en suspension dans l’atmosphère des enceintes où on les emploierait.
- Le borax et l’acide borique qui entrent dans la composition des quatre mélanges que nous venons d’indiquer, présentent l’avantage d’une extrême fusibilité ; ils ne s'altèrent d’ailleurs ni par un excès d’humidité de l’air, ni par un excès de dessiccation. Ils satisfont donc à la première condition. Le tungstate de soude et le mélange de tungstate et de phosphate de soude proposés en Angleterre en 1853, remplissent les mêmes conditions, mais le prix trop élevé du tungstate de soude oblige à le réserver spécialement pour les tissus légers, qui n’en absorbent pas une grande quantité. Pour les tissus qui doivent être soumis au repassage, le tungstate de soude a été adopté de préférence au phosphate d’ammoniaque : ce dernier sel étant altéré par la chaleur du fer.
- On remplit la seconde condition indiquée par Gay-Lussac, en imprégnant les tissus et les bois de substances volatiles non combustibles, qui absorberont une grande quantité de chaleur pour se vaporiser, et qui, en se mélangeant aux gaz produits par la calcination de ces bois et de ces tissus, en diminueront la combustibilité.
- Les sels ammoniacaux (chlorhydrate, carbonate et sulfate) qui font partie des mélanges ci-dessus, satisfont à cette condition ; ils sont volatils ou décomposables en produits volatils; le sulfate d’ammoniaque, par exemple, donne, sous l’influence de la chaleur, de l’ammoniaque, de l’azote, de l’eau et du bisulfate d’ammoniaque volatil.
- Ces mêmes sels ammonieaux ne sont pas combustibles par eux-mêmes; et quand ils sont décomposés par la chaleur, ils donnent un mélange contenant de l’azote et de la vapeur d’eau, en même temps que des acides carbonique, chlorhydrique ou sulfureux, qui font plus que de n’être pas combustibles, car ils éteignent les corps en combustion.
- Les mélanges dont nous avons.donné la composition satisfont donc aux deux conditions nécessaires pour rendre ininflammables les tissus et les parties superficielles de bois. Il n’y a plus, pour les rendre tout à fait efficaces, qu’à les employer en quantité suffisante.
- Par des expériences faites dans les laboratoires et dans les théâtres, on s’est assuré que les toiles et les boiseries une fois rendues ininflammables par les préparations que nous venons d’indiquer, gardaient cette propriété même après plusieurs mois d’exposition à une température relativement élevée, dans l’air sec ou humide, c’est-à-dire dans les conditions mêmes où elles sont employées dans les théâtres.
- L’ininflammabilité s’est maintenue, par exemple, pour un berceau de poupée complet avec sa literie et ses rideaux, après sept mois et demi de séjour dans une étuve sèche, constamment traversée par un courant d’air, et où la température a été maintenue entre 35° et 37°, c’est-à-dire au degré que l’on constate dans les parties élevées, les plus chaudes de la scène sur les théâtres.
- Sur la scène d’un théâtre de Paris (le théâtre du Palais-
- Royal), un décor rendu ininflammable avait été placé au-dessus d’une herse de becs de gaz. Trois mois et demi après, on a constaté que ce décor était encore absolument ininflammable comme au premier jour.
- E. Vignes.
- FORCE MOTRICE
- PRODUITE DANS LES HOUILLÈRES ET TRANSPORTÉE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- M. Bessemer vient d’étudier un projet des plus audacieux et des plus originaux.
- Le savant ingénieur anglais se propose de relier Londres avec l’une des houillères les plus proches, au moyen d’un fil de cuivre capable de transmettre par l’électricité une force motrice suffisante pour mettre en mouvement toutes les machines de la métropole actuellement actionnées par la vapeur.
- L’auteur rappelle que Sir W. Thomson a montré que des machines dynamo-électriques, mises en action par les chutes du Niagara, seraient en état de produire une force motrice en quelque sorte illimitée, et qu’une force de 26 250 chevaux pouvait être transmise à une distance de 4500 kilomètres par un seul fil de cuivre d’un demi-pouce de diamètre avec une perte de 20 pour 100 seulement. '
- Au point d’arrivée, on disposerait donc encore d’une force de 31 000 chevaux.
- Dès lors M. Bessemer demande pourquoi Ton ne pourrait pas relier Londres à une houillère par un fil de cuivre de un pouce de diamètre qui pourrait transmettre une force de 84 000 chevaux, et transporter ainsi, virtuellement, le charbon par fil au lieu de le transporter .par chemins de fer.
- En calculant qu’une force de un cheval est produite chaque heure par trois livres de charbon, et que les machines fonctionnent six jours et demi par semaine, la consommation annuelle serait, dans cette hypothèse, de 1012 600 tonnes. Tout charbon qui serait brûlé sur le carreau de la mine, à l’orifice du puits, dit M. Bessemer coûterait 7 fr. 50 la tonne pour le gros et 2 fr. 50 pour le menu ; c’est-à-dire moins que le quart du prix de vente actuel dans Londres. Ce procédé réduirait considérablement le prix de la lumière électrique et de la force motrice dont on fait usage dans la ville pour un très grand nombre d’industries. Il aurait, en outre, l’avantage de débarrasser Londres de la quantité énorme de fumée et de gaz que produirait ce million de tonnes de charbon brûlé dans les habitations.
- Un fil de cuivre de un pouce de diamètre coûterait environ 8000 francs par kilomètre, et s’il partait d’une houillère située à 200 kilomètres de Londres, les intérêts de cette somme à 5 pour 100 de la dépense du premier établissement, ne feraient pas ressortir le prix de transport d’une tonne de charbon à 0 fr. 10 rendue de la houillère chez le consommateur.
- M. H. Bessemer a calculé, à cette occasion, que la production de charbon de la Grande-Bretagne, qui s’est élevée en 1881 à 154183 300 tonnes, aurait suffi à entourer Londres d’un mur de 320 kilomètres de longueur, de 30 mètres de hauteur et de lm,50 d’épaisseur. Cette quantité serait plus que suffisante pour construire la grand» muraille de la Chine, qui a 2200 kilomètres de longueur.
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- LA NATURE.
- UNE NOUVELLE ESPÈCE DE ZÈBRE
- Le Zi: bue de Grévy (Eqmis Grevyi)
- Les progrès de nos connaissances ge'ographiques, l’exploration de contrées lointaines qui n’avaient pas encore été visitées par les Européens et l’étude approfondie de certains coins de notre sol ont, dans ces derniers temps, singulièrement accru le domaine des sciences naturelles ; des animaux de toutes sortes ont été décrits, et grâce au zèle des naturalistes voyageurs, aux relations commerciales établies avec
- les pays étrangers, une foule d’espèces nouvelles sont venues enrichir nos musées. Toutefois, dans ces acquisitions, toutes les branches de l’histoire naturelle n’ont pas été également favorisées et, sous le rapport du nombre, sinon de la valeur des échantillons, l’entomologie et la malacologie ont eu la plus large part. Dans ces conditions, la découverte d’un mammifère, et surtout d’un mammifère de grande taille, prend les proportions d’un véritable événement scientifique. Aussi avons-nous pensé que nous intéresserions nos lecteurs en leur donnant la représentation aussi fidèle que possible et la description succincte d’un Zèbre qui fera bientôt l’orne-
- Fig. 1. — Zèbre offert par S. M. Mcnélek, roi de Clioa, à M. le Président de la République française. (D’après une photographie exécutée au Jardin des Plantes.)
- ment des galeries du Muséum d’histoire naturelle.
- Ce Zèbre, qui a été capturé dans cette région de l’Afrique orientale qu’on appelle le pays des dallas, a vécu pendant quelques jours à la Ménagerie du Jardin des riantes. Il a été offert en présent par S M. Ménélek, roi de Choa, à M. le Président de la République, qui a bien voulu en faire don au Muséum d’histoire naturelle. Ramené en France par M. Rrémond, l’animal a été entouré pendant le voyage et à son arrivée, de tous les soins désirables, mais, au moment où l’on se flattait de l’espoir de faire sur lui quelques observations intéressantes, il a été brusquement enlevé par une attaque d’apoplexie, provoquée sans doute par les fatigues d’un long trajet en chemin de fer, succédant à une traver-
- sée accomplie durant la saison la plus chaude de l’année. Heureusement sa dépouille a pu être préservée, et, montée avec beaucoup d’art, elle permet d’apprécier aussi bien que sur le vivant, les caractères distinctifs de cette espèce qui, jusqu’à ce jour, avait complètement échappé aux recherches des voyageurs. Les comparaisons entre ce Zèbre et les autres représentants du genre Cheval ou Equus sont d’autant plus faciles que ce dernier groupe ne renferme, dans la nature actuelle, qu’un très petit nombre d’espèces. Celles-ci d’ailleurs se répartissent en deux catégories : d’une part, les espèces à pelage de teintes uniformes, ou marquées seulement d’une raie sombre sur la ligne dorsale, comme le Cheval, l’Ane, l’IIémione, l’IIémippe; de l’autre
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- LA NATUÜK
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- les espèces à pelage recoupé transversalement par des raies plus ou moins nombreuses, comme le Zèbre ordinaire, le Dauw ou Zèbre de Burchell, et le Couagga. C’est évidemment à cette dernière caté-goiie, celle des espèces à pelage zébré, qu’appartient l’animal dont nous publions aujourd’hui la figure, exécutée d’après d’excellentes photographies prises par M. le l)r Viallanes. Toutefois le Zèbre qui a été donné au Muséum par M. le Président de la Répu-3, et que M. A. Milne Edwards a proposé d’appeler Zèbre de Grévy (Equus Grevyï), ne peut être confondu avec aucune autre forme précédemment connue. En effet, chez le Couagga (Equus quagga), qui
- habile l’Afrique australe, et qui par ses proportions ressemble plutôt à un Cheval qu’à un Ane, la tète, le cou et le devant du corps seulement offrent des raies d’un brun marron très foncé, tandis que l’ar-rière-lrain, les membres et la queue sont d’un blanc grisâtre; chez le Dauw (Equus Burckelli), qui vit dans les mêmes contrées, les raies brunes se prolongent sur la partie postérieure du corps, mais la queue est poilue, presque jusqu’à la racine, comme celle du Couagga ou du Cheval; enfin chez le Zèbre ordinaire (Equus zébra), qui se rencontre depuis le Cap jusqu’au sud de l’Abyssinie, et qui par le dessin de son pelage et la forme de sa queue_se rapproche
- Fig. 2, — Le même, vu de trois quarts. (D’après une photographie exécutée au Jardin des Plantes.)
- davantage du Zèbre de Grévy, les raies transversales sont beaucoup moins nombreuses, moins fines, moins nettement dessinées que dans cette nouvelle espèce, et il n’y a pas, le long de l’échine, une bande sombre aussi bien délimitée. Cette bande «ombre, d’un noir pourpré, part de l’origine de la crinière, sur le garrot; elle est bordée de chaque ;ôté, sur la croupe, par une large raie blanche, et se prolonge en s’effilant sur la partie postérieure de la queue, dont les deux tiers sont cylindriques et couverts de poils ras, comme chez l’Ane et chez le Zèbre, tandis que l’extrémité porte une touffe de longs poils noirs et blancs. L’animal dont nous donnons la description est encore jeune, à en juger par sa dentition, et cependant il a déjà la taille d’un Zè-
- bre bien adulte, avec des formes plus élancées, et il ne mesure pas moins de lm,26 de hauteur au garrot. Les zébrures qui ornent sa robe semblent tracées au pinceau; elles sont d’un brun pourpré, tirant au noir, et s’enlèvent vigoureusement sur un fond blanc, à peine lavé de gris. Comme on peut en juger par la figure, quelques-unes d’entre elles se bifurquent et s’anastomosent sur les épaules etsur les cuisses; il en est de même sur le front ; mais un peu plus bas, entre les yeux, elles marchent parallèlement; toutefois elles s’arrêtent bien avant d’atteindre l’extrémité du museau qui est de couleur brunâtre, de telle sorte que le nez est coupé transversalement par une zone claire. Au contraire, on remarque sur chaque oreille, un peu au-dessous de l’extrémité,
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- LA NATURE.
- une bande noire qui se prolonge sur le bord du pavillon, Quant à la crinière elle offre une alternance de poils noirs et de touffes blanches.
- Nous ne savons malheureusement rien des mœurs de cette belle espèce, mais tout porte à supposer que ses habitudes sont les mêmes que celles des autres Chevaux à robe zébrée. Tous les voyageurs s’accordent à dire que ceux-ci vivent soit dans les plaines, soit dans les contrées accidentées de l’Afrique, en troupes de dix à trente individus, qui sont placées généralement sous la conduite d’un ou plusieurs mâles, et qui parfois s’associent à des troupeaux d’Anlilopes ou même d’Autruches. Mais, chose bizarre, en dépit de leuis instincts de sociabilité, on ne voit jamais, paraît-il, des Zèbres d’une espèce se mêler aux Zèbres d’une autre espèce. La voix de ces animaux est rauque et retentissante; elle tient du braiement de l’Ane et du hennissement du Cheval. Leurs allures sont extrêmement rapides, et lancés au galop, ils ne peuvent être que difficilement forcés par le meilleur cheval de course. Aussi est-ce généralement par la ruse que l’on s’empare de ces quadrupèdes, et l’on prétend même que lorsqu’un cavalier a réussi à pénétrer au milieu d'une horde et à séparer les jeunes de leurs parents, il peut sans difficulté se faire suivre des poulains, qui prennent le cheval pour leur mère.
- La plupart des jardins zoologiques possèdent des Dauws, des Zèbres ou des Couaggas, et à diverses reprises, les directeurs de ces établissements ont tenté d’apprivoiser ces animaux et de les faire servir comme bêtes de selle ou d’attelage ; mais leurs efforts ont rarement été couronnés de succès. En revanche on a réussi à croiser le Daw, le Zèbre, le Couagga, l’Ane, l’IIémione et le Cheval, les uns avec les autres, de diverses façons, et, fait digne de remarque, on a constamment obtenu des hybrides offrant quelques zébrures sur les jambes, lors même que l’un des parents avait une robe de teinte uniforme. La persistance de ce caractère, à travers des croisements, témoigne évidemment en faveur de son ancienneté, et l’on peut, à la rigueur, en s’appuyant sur ce phénomène d’atavisme, soutenir que les Chevaux des périodes tertiaires avaient la robe rayée comme les Zèbres de l’époque actuelle.
- E. Oüstalet.
- EXPOSITION INTERNATIONALE D’ÉLECTRICITÉ
- DU PALAIS DE CRISTAL, A LONDRES
- 11 ne faudrait pas prendre trop au pied de la lettre le titre important que s’attribue l’exhibition d’appareils électriques, ouverte au Palais de Cristal depuis le milieu de février dernier et dont la clôture est très prochaine. Le Palais de Cristal est, par destination, un vaste et magnifique bazar, établi à vingt-cinq minutes de Londres dans un décor splendide, et exploité par l’industrie privée ; on y trouve toujours un peu de tout et, pour le moment, il
- possède une collection assez nombreuse d’appareils électriques, pris en quelque sorte au passage, lors de la fermeture de l’Exposition du Palais de l’Industrie de Paris. Aussi nous sommes-nous bien vite trouvé en pays de connaissance au Palais de Cristal.
- Pour prendre le côté le plus intéressant de l’Exposition, l’éclairage électrique, nous devons déclarer que la plupart des systèmes exposés ont fait déjà peu ou prou leurs preuves à Paris. Les foyers uniques à arc sont peu nombreux ; par contre, la série des régulateurs à division s’y trouve représentée au grand complet : Siemens, Brush, Pilsen, Gérard, Gravier, etc.
- Les systèmes intermédiaires, bougies et lampes à incandescence avec combustion, ne comptent chacun qu’un seul représentant : la bougie Jablochkotïet la lampe Joël; l’incandescence pure est au contraire répandue avec profusion; on y compte quatre systèmes déjà connus en France, Edison, Swan, Maxim, Lane-Fox, et une cinquième lampe dite British Electric light, du nom de la Société qui l’exploite, et qu’on n’avait pas vu fonctionner au Palais de l’Industrie en 1881.
- Nous ne voulons pas parcourir le Palais avec le lecteur, pour lui signaler au passage les quelques appareils nouveaux et intéressants qui nous ont frappé dans notre visite, et que nous décrirons d’ailleurs prochainement en détail. Ce mélange de science et de gastronomie, de machines, de parfumerie et de mouchoirs brodés à notre chiffre que de jeunes marchandes s’acharnent à nous faire emporter malgré nous, à beaux deniers comptant, donne à cette Exposition un caractère trop mercantile et qu’on avait su heureusement éviter au Palais de l’Industrie de Paris.
- Nous ferons cependant taire nos critiques, et nous applaudirons de toutes nos forces à quatèe ou cinq installations d’éclairage électrique admirables et d’un effet féerique, qui laissent bien loin derrière elles tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici à Paris. La plus remarquable est, sans contredit, l’éclairage d’une grande salle dite Cour de /’Alhambra, éclairée par deux cents lampes à incandescence Lane-Fox disposées dans des globes dépolis, en forme d’œufs, et dont la lumière s’harmonise merveilleusement avec les riches décorations d’arabesques en relief qui garnissent les murs, les colonnes et les voûtes. D’autres lampes, du même système, au nombre de cent quatre-vingts, éclairent tout un appartement mauresque disposé au fond de la cour de l’Alhambra et produisent un effet non moins magnifique. Ces cent quatre-vingts lampes sont alimentées par des accumulateurs de MM. Sellon et Vol-ckmar, sur lesquels nous n’avons pas encore tous les renseignements nécessaires pour en donner une description complète; la lumière se règle à volonté par un jeu de commutateurs qui permet de supprimer certains accumulateurs du circuit ou d’en rajouter pour faire varier la puissance des lampes ; nous avons admiré le résultat, et nous reviendrons prochainement sur le procédé au moyen duquel il est obtenu.
- En résumé, l’Exposition de Londres venant si tôt après celle de Paris, ne pouvait être forcément qu’une répétition de ce que nous avions déjà vu, car aucune découverte importante ne s’est produite depuis la fin de l’année dernière. Elle a montré cependant que les travaux, les recherches et les spéculations sont aujourd’hui dirigés, en Angleterre, du côté de l’éclairage électrique ; l’éclairage par incandescence et l’eminagasinement de l’électricité recueilleront très probablement les premiers fruits, et bénéficieront des progrès qu’un avenir peu éloigné ré-
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- serve à cette branche spéciale des applications vers laquelle les inventeurs et les savants dirigent aujourd’hui leurs recherches.
- Londres, 27 mai 1882.
- CHRONIQUE
- L’éclipse totale de soleil du 1 9 mai 188%. —
- Les expéditions astronomiques françaises, anglaises et italiennes se sont trouvées réunies dans le voisinage du camp de Sohay, sur les bords du Nil, à 100 kilomètres environ au sud de Siout. Au moment où le phénomène a commencé à se produire, un grand nombre d’habitants aux costumes pittoresques s’étaient approchés des observateurs. Le gouvernement égyptien a facilité très obligeamment les travaux des savants étrangers. Parmi les résultats de l’expédition les plus satisfaisants sont ceux des photographies de la couronne, et un spectre complet a pu être obtenu dans de très bonnes conditions. Une comète découverte dans le voisinage du soleil, a été photographiée et observée dans les instruments. MM. Tac-chini, Lockyer, Trepied et Thollon, ont très heureusement réussi, chacun de leur côté, les observations qu’ils s’étaient proposé de réaliser.
- Exposition de la Société nationale d’horticulture. — La grande exposition annuelle d’horticulture a eu lieu, à Paris, dans un local spécial, construit dans le voisinage du Palais de l’Industrie. Elle a été ouverte du 25 au 50 mai et a attiré un nombre considérable de visiteurs. Cette exposition a été particulièrement remarquable cette année. Un peut assurément la considérer comme la plus belle manifestation de ce genre que l’on ait vue jusqu’ici en France; son organisation fait le plus grand honneur à l’éminent président de la Société, M. Alphonse Lavallée, ainsi qu’à tous les exposants. Les horticulteurs français ont su montrer que, lorsqu’ils ont à leur disposition le cadre nécessaire, ils ne se montrent pas inférieurs à leurs rivaux d’Angleterre et de Belgique. La salle du palais formant le centre de l’exposition, les tentes qui l'entouraient, réunissaient des collections de plantes fleuries, d’arbustes indigènes et exotiques, de légumes, de fruits, qui offraient un ensemble aussi agréable qu’intéressant.
- line exposition flottante. — Il a été annoncé récemment qu’une Société anglaise avait formé le projet d’organiser une exposition commerciale flottante. Ce projet est devenu une réalité. Un vapeur de 5000 tonneaux, le Vice-Roi, vient d’être équipé à Londres et va recevoir une grande variété de produits d’exposants anglais. 11 fera le tour du monde et s’arrêtera dans tous les principaux ports des divers pays. Le but de cette entreprise toute nouvelle est de mettre sous les yeux des acheteurs étrangers les spécialités des manufactures de Londres, de Birmingham, de Manchester et d’autres grands centres d’industrie et de leur éviter ainsi la peine de faire le voyage d’Angleterre. Le Vice-Roi, dont les cabines et même le pont seront transformés en salles d’exposition, passera à Gibraltar, traversera la Méditerranée, le canal de Suez, visitera Ceylan, l’Inde, l’Australie, les îles Fiji, la Tasmanie, le cap de Bonne-Espérance, Madère, etc. On espère que l’exposition flottante n’aura pas moins de succès qu’une exposition internationale.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 mai 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- Action de l'eau oxygénée sur les matières organiques et les fermentations. — Nos lecteurs se rappellent le remarquable Rapport consacré le 8 mai dernier par M. Dumas aux découvertes de M. Béchamp. Il y est dit que la fibrine, seule parmi toutes les substances organiques, possède la propriété de décomposer l’eau oxygénée. Or, il résulte d’expériences poursuivies depuis longtemps déjà par M. Paul Bert avec la collaboration de M. Regnard, que beaucoup d’autres substances jouissent de la même faculté réductrice à l’égard du bioxide d’hydrogène. Le sérum du sang, le tissu conjonctif sous toutes ses formes, le tissu cellulaire sous-cutané, le tissu du foie, les cartilages articulaires, les fibro-cartilages, les cartilages d’ossification, l’osséine, sont dans ce cas ; et les auteurs citent les tissus des champignons et spécialement les truffes, ainsi que l’orge germée comme substances végétales aussi actives que la fibrine elle-même. Un grand nombre d’expériences ont démontré à MM. Bert et Regnard que l’eau oxygénée diluée arrête les fermentations dues au développement d’êtres vivants et la putréfaction de toutes les substances qui ne la décomposent pas. Ce résultat les porte à émettre l’avis que l’eau oxygénée pourrait peut-être recevoir un emploi en chirurgie comme parasiticide.
- Pêche de la sardine. — Les migrations de la sardine sont devenues dans ces derniers temps le sujet de publications fort intéressantes. La disparition de ces poissons sur nos côtes est en effet de nature à nous préoccuper, 15 000 pêcheurs étant par ce fait privés de leur industrie, dont le produit rapportait 15 UÜÜ 000 de francs à la France» Récemment. M. Blavier a attribué le déplacement des bancs de sardines à un changement dans la direction du Gulf-Stream, lequel serait momentanément refoulé par l’amoncellement exceptionnel de glaces qui encombre le détroit de Davis. Selon cet auteur, il faut une débâcle du Nord pour‘que les choses reprennent leur état normal. Placé à un point de vue tout autre, M. Sacc rattache la déviation du grand courant océanique au développement des récifs madréporiques entre la Floride et Cuba, où, d’après ses observations, un véritable barrage se trouverait maintenant édifié. Enfin, dans un mémoire analysé aujourd’hui par M. Alph. Milne Edwards, M. Launet explique le fait d’une autre manière. Suivant lui, l’itinéraire des sardines est réglé par le chemin que suivent au fil de l’eau les 50 OOU tonnes de débris de morues jetées annuellement par les pêcheurs sur les côtes de Terre-Neuve. D’après les vents dominants, ces débris suivent telle ou telle route : s’ils vont de N.-O., les débris viennent en Europe, entraînant après eux les sardines qui s’en nourrissent, et ses moindres variations favorisent certains points de la côte ou certains autres. Ainsi, en 1866, Lorient a pris 240 000 000 de sardines, tandis que les Sables-d’Olonne n’en ont eu que 122 000 000. Au contraire, en 1875, les Sables en ont reçu 254 000 000 et les pêcheurs de Lorient n’en ont pu capturer que 95 000 000.
- L’auteur donne ainsi des chiffres précis pour beaucoup d’années successives ; et ce qui fait l’intérêt de sa communication, c’est la prophétie qui la termine et qui en sera, pour ainsi dire, le critérium. En effet, tandis que M. Blavier, attendant la débâcle que rien n’annonce, prévoit une année stérile pour nos pêcheurs bretons, M. Launet, consultant la direction des vents, déclare que
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- LA NATURE.
- la prochaine campagne sera tout à fait satisfaisante : nous verrons.
- Génération des tissus végétaux. — D’après M. Prillieux, l’écorce et le ligneux ne sont pas seuls actifs lors du bouturage pour donner naissance à des tissus de nouvelle formation. La moelle elle-même est extrêmement active.
- Nouvelles du phylloxéra. —M. Boillot est sûr de faire plaisir à tout le monde en annonçant que cette année les œufs d’hiver du phylloxéra sont remarquablement rares.
- Varia. — M. d’Abbadie lit un Rapport favorable sur les travaux hydrographiques de M. Bouquet de la Grye. — Une histoire de la géométrie, écrite en langue bohème, est présentée par M. de la Gournerie, au nom de M. Va-nessé. — M. Bureau, médecin de la marine, présente pour le prix Monthyon son essai de synthèse des fièvres endémo-épidémiques considérées dans les différents climats. — La mesure de la masse totale du sang et la numération des globules occupent M.
- Gréhant. — Un nouveau procédé de saponification des suifs par la baryte et l’alcool a été imaginé par M.
- David. — C’est au concours pour le prix Taillant que M. Toussaint présente un travail où l’inoculation est donnée comme moyen prophylactique contre le charbon et le choléra des poules. —
- Enfin, par l’intermédiaire de M.
- PaulBert, WM. Regnard et Bournc-ville font hommage de leur Iconographie photographique de la Salpêtrière.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- NOUVEAU CADRAN SOLAIRE
- Nancy, mai 1882.
- Monsieur G. Tissandier,
- Je vous envoie un spécimen d’un cadran solaire d’un nouveau genre. C’est un cadran régulateur d’appartement destiné à être posé sur une fenêtre à l’instant où l’on prend l’heure (voy. figure ci-dessus).
- fl se compose de trois parties qui se démontent facilement en retirant les vis des deux emboîtements. La forme purement géométrique comprend la ligne droite, le cercle et l’ellipse. 11 est du genre équatorial, le seul qui puisse donner de l’exactitude. Malgré son peu de volume, on peut y voir l’heure de minute en minute, comme sur une montre. Les traits des divisions indiquent les minutes paires. La minute impaire est donnée lorsque l’ombre se dessine entre deux traits, et son passage au milieu de
- l’intervalle n’a qu’une durée appréciable de quinze secondes. En combinant cette forme, j’ai cherché surtout la sensibilité. La fixité du style met l’instrument à l’abri de tout dérangement. Depuis deux ans je me sers d’un pareil cadran qui est toujours aussi juste. Celui que je vous envoie et que j’ai essayé est exact à un quart de minute, de sept heures du matin à midi. L’erreur, s’il y en a, diminue en approchant de midi où elle devient nulle. Mais on aura toujours une heure parfaitement exacte en réglant sa montie vers la même heure.
- Pour se servir du cadran, on choisit unp fenêtre recevant le soleil. On relève l’heure exacte sur une montre ou par d’autres moyens, et l’on fait mai quer l’heure au cadran en tenant compte de la différence de l’heure vraie et de l’heure moyenne, qui est indiquée sur un tableau collé sous le socle. Puis on règle la position au moyen des vis calantes. 11 faut : 1° que la ligne de midi, le style et un fil à plomb se trouvent dans le même plan ; 2° que le style
- se trouve parallèle à l’axe de la terre ou fasse avec l’horizon un anglcégal à la latitude du lieu. Lorsque le cadran est réglé à la place choisie, on fait une ligne de repère. Il est plus commode d’établir sur trois vis une planchette bien horizontale, ou de faire buter le cadran contre une planchette taillée comme une équerre qui marque l’angle que fait le cadran avec la ligne de la fenêtre. On est ainsi toujours certain de mettre le cadran à la même place. On peut donc sur ce régulateur régler ses horloges en toute sécurité.
- Depuis l’invention de l’horlogerie, les instruments solaires n’ont d’utilité que comme régulateurs, à condition d’être des intruments de précision. L’heure exacte est, depuis l’existence des chemins de fer, une nécessité sociale.
- Ge système de cadran, construit en fer, convient surtout pour cadran public dans les régions tempérées. Pour s’en rendre compte, on n’a qu’à appliquer contre un inur le socle du cadran, la pointe en bas, et à retourner les chiffres. Ainsi un cadran de lm,50 de diamètre, fixé à 5 ou 4 mètres du sol, porterait des divisions espacées de G millimètres qui seraient parfaitement visibles. Il pré* senterait toutes les garanties de précision, solidité et durée. En ménageant dans le disque en creux ou en relief les principales divisions, il serait facile de le repeindre. A côté, serait placé un tableau des corrections. ,
- E. Péraux.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Cadran solaire de M. Péraux.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 471. — 10 JUIN 1882.
- LA NATURE.
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- FERMENTS ET MALADIES
- « Il est des fléaux que l’humanité s’impose; il en est quelle subit et quelle considère comme étant plus inévitables que les premiers. Parmi ceux-ci,
- les maladies épidémiques sont au premier rang. L’homme est habitué à leur fournir sans murmurer d’immenses hécatombes, et c’est même avec peine
- Fig. 1. — Animalcules d'une infusion de foin.
- Fig. 2. — Bactéridie du cliarbon.
- qu’il se représente un monde, où il n’y aurait ni ! syphilis, ni variole, ni scarlatine, ni tant d’autres peste, ni [choléra, ni typhus, ni lièvre jaune, ni | maladies que je devrais nommer si je ne bornais sys-
- *8
- •i
- Ç
- n.
- Fig. 5. — Microbe du choléra des poules.
- Fig. 4. — Vibrion septique.
- tématiquement mon énumération à celles dont la nature contagieuse est connue et acceptée de tous.
- « 11 y a vingt ans, on ne savait rien sur toutes ces maladies et si quelqu’un s’était avisé de prétendre qu’un jour viendrait peut-être où l’humanité en serait débarrassée, il n’aurait rencontré qu’un sourire d’incrédulité ou même de dédain. Aujourd’hui, pourtant, ce lève prend corps, cette espérance ne 10* année. — 2° semestre.
- semble pas irréalisable, et ceux qui ne l’acceptent pas n’ont plus droit de la considérer comme folle et de la repousser sans discussion. »
- Ainsi s’exprime M. E. Duclaux au commencement du remarquable ouvrage qu’il vient de publier sous le titre Ferments et maladies ', et dans lequel il
- 1 1 vol. in-8®, par E. Duclaux, professeur à l’Institut agro-
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- LÀ NATURE.
- expose d’une façon complète, les travaux et les doctrines modernes, dont M. Pasteur a été l’initiateur. Nos lecteurs connaissent assurément les principes qui ont été révélés à l’illustre chimiste, par l’étude de ces innombrables êtres organisés, infiniment petits, qui pullulent dans la nature, qui apparaissent là où la vie des animaux supérieurs s’éteint, qui se multiplient avec une rapidité et une fécondité dont l’imagination est surpassée, et qui paraissent être fa véritable cause des maladies contagieuses les plus redoutables.
- Il n’est personne qui n’ait entendu parler de la bactéridie du charbon, des microbes ou des vibrions, mais ces infiniment petits n’ont pas été vus au microscope par tout le monde, et il nous a paru curieux en mettant à profit les belles planches dont abonde le livre de M. Duclaux, d’en présenter quelques spécimens à nos lecteurs. Les gravures ci-contre ont été dessinées au microscope sous un grossissement assez considérable de 500 à 800 diamètres.
- La figure l montre les organismes qui apparaissent dans une décoction ou infusion organiques, infusion de foin ou bouillon de viande par exemple, exposés pendant quelque temps au libre contact de l’air. En examinant au microscope une goutte du liquide, on y rencontre une myriade d’êtres vivants de formes diverses, les monades, corpuscules ténus {c, fig. I) qui se reproduisent par scissiparité, c’est-à-dire que chacun d’eux se partage par un sillon médian, en deux êtres qui se séparent et mènent ensuite une vie indépendante. On connaît' une espèce où la division pe demande pas plus de six ou sept minutes. Un seul individu pourrait, par suite, produire plus de mille rejetons en une heure, plus d’un million en deux heures, et en trois heures plus qu’il n’y a d’habitants sur la terre. À côté des monades, on aperçoit de petits granules (cet/’, fig. 1) que l’on appelle des micrococcus. — Des infusoires de plus grande dimension, des kolpodes, se voient en a dans la même figure. Ce sont les animaux de proie du monde microscopique que nous venons de décrire. Leur organisation est déjà d'une grande perfection, ils ont une bouche, un estomac, ils vivent aux dépens des êtres plus petits qu’eux qu’ils dévorent; ils ont même des vésicules contractiles qu’il est manifestement impossible de ne pas assimiler à un cœur.
- , Voilà le monde d’êtres microscopiques connus les premiers, et parmi lesquels s'était implantée la doctrine des générations spontanées que M. Pasteur, par des expériences irréfutables, a réduite à néant.
- Nous voudrions suivre M, Duclaux dans l’énumération complète qu’il nous fait du monde microscopique et des travaux de M. Duclaux, mais il faut lire tout entier son livre, où il n’y a rien à retrancher ; nous nous contenterons en le signalant de représenter quelques autres organismes dont le rôle a été le mieux étudié dans ces derniers temps.
- nomique, chargé du cours de chimie biologique à la Sorbonne. Paris, G. Masson, 1882,
- Voici la bactéridie du charbon, représentée à gauche de la figure 2 en cultures artificielles et à droite dans le sang d’un animal charbonneux. Voici (fig. 5) le célèbre microbe du choléra des poules (microbe jeune à gauche de la figure, vieux à droite) ; voici enfin le vibrion septique qui accompagne la septicémie (fig. 4).
- En ouvrant le corps d’un animal mort septique, on y constate de grands désordres qui se manifestent par un ballonnement général. En examinant au microscope une goutte du liquide ou la sérosité qui remplit l’abdomen, on y trouve en foule, comme le montre la figure 4, des vibrions mobiles quelquefois très allongés, quelquefois très courts. Les mouvements actifs de ces vibrions, leur abondance, ne permettent guère de passer inaperçus, et on a le droit de s’étonner qu’ils aient échappé à tous les savants qui se sont occupés des maladies septiques avant M. Pasteur. La réfringence du vibrion, très voisine de celle du sérum, le rend difficile à trouver. On finit pourtant par le découvrir, rampant, fïexueux, se glissant au milieu des globules du sang, comme un serpent au milieu des feuilles mortes.
- Tels sont quelques-uns des êtres microscopiques, ennemis redoutables, qui pendant des siècles ont passé inaperçus et que la science a révélés; M. Pasteur a déjà triomphé de quelques-uns d’entre eux, sinon en les faisant disparaître, du moins en les rendant inoffensifs ; la voie est désormais tracée, et comme le dit M. Duclaux, au bout de l’œuvre commencée « il y a la conservation de millions d’existence pour la famille et la patrie ».
- Dr Z... -
- NOUVEAUX TORPILLEURS RUSSES
- Des expériences très complètes ont été faites récemment à Cronstadt pour reconnaître la valeur réelle d’un nouveau bateau sous-marin fait sur les plans de M. Dgevetzki. Ces expériences ont vivement attiré l’attention des officiers de la marine russe et nous allons en donner un résumé succinct d’après les renseignements qui nous ont été communiqués.
- Les essais préliminaires faits sur la mer Noire avaient été trouvés si satisfaisants par l’Amirauté russe que des ordres ont été donnés pour la construction de cinquante bateaux semblables, les uns pour la mer Noire et les autres pour la Baltique. Ils ont de 4m,50 à 6 mètres de longueur et pèsent 2500 kilogrammes, de sorte qu’un navire de guerre peut en porter un certain nombre de la même manière que les embarcations ordinaires.
- La forme de ces bateaux est celle d’un cigare, ils sont mus par une hélice que les quatre hommes qui composent l’équipage font marcher avec leurs pieds. Ces hommes sont au centre du bateau sous un petit dôme vitré qui permet au chef de voir la direction du bateau. La vitesse est de quatre milles et est regardée comme suffisante pour l’attaque des navires à l’ancre ou venant à la rencontre du torpilleur. Dans les conditions ordinaires, le bateau est entièrement submergé, à l’exception du dôme vitré ipii sort de l’eau. Le système pour monter et des-
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- LA NATURE.
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- cendre est très ingénieux. Deux tiges de fer se projettent, l’une de l’avant, l’autre de l’arrière, sur chacune d’elles est un poids qui peut avancer ou reculer au moyen d’une chaîne. Lorsqu’on veut immerger le bateau on pousse le poids à l’extrémité de la barre d’avant, il en résulte que l’avant du bateau s’enfonce et que si on fait mouvoir l'hélice, le mouvement s’opère dans une inclinaison plus ou moins considérable avec la surface. Lorsqu’on est arrivé à une profondeur suffisante, ce qu’on reconnaît au moyen d’un manomètre, on ramène le poids, ce qui met le bateau de niveau et rend la marche horizontale ; pour remonter on pousse le poids d’arrière à l’extrémité de sa tige, ce qui fait relever 1 avant et remonter le bateau obliquement vers la surface. Un réservoir contient de l’air comprimé en quantité suffisante pour vingt-quatre heures; cet air sort par une soupape régulatrice et l’air vicié est purifié par des moyens chimiques.
- Chaque bateau porte un certain nombre de' torpilles fixées à l’extérieur, mais pouvant être lancées du dedans, sans que les hommes qui font les manœuvres aient le moins du monde à craindre les projectiles ennemis. Le bateau passe sous la quille du navire ennemi et lâche les torpilles qui montent dans l’eau et vont se coller à la coque du navire par un effet d’aspiration dù à des pièces en gutta-percha qu’elles portent ; le bateau se retire alors à une certaine distance et met le feu aux torpilles par un conducteur électrique.
- (Engineering.)
- CORRESPONDANCE
- LES ROUES D’UNE VOITURE ET LA PHOTOGRAPHIE
- Paris, 2 juin 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans les dernières expériences de photographie instantanée que nous avons vues, nous avons constaté un fait assez curieux que la photographie met en évidence :
- Une voiture est traînée par un cheval au trot : dans la représentation photographique de ce sujet, toutes les parties sont d’une netteté irréprochable, à l’exception cependant des roues, qui dans leur partie supérieure présentent toujours beaucoup moins de netteté que dans le bas.
- C’est qu’en effet, les rayons de la roue ont une plus grande vitesse lorsqu’ils sont à la partie supérieure que quand leurs extrémités sont dans le voisinage du sol.
- La figure ci-dessous donne l’explication de ce fait :
- 2n P
- g 2k
- Je suppose d’abord la roue entraînée, satis tourner sur son axe, par les forces AM et BN égales à 2n, espace supposé parcouru dans l’unité de temps par la voiture.
- Mais, si en même temps, la roue se met à tourner,
- les deux extrémités A et B du diamètre AB seront animées en outre d’une vitesse MD égale à 2* et d’une vitesse BQ égale, mais en sens contraire, à MP.
- Les deux vitesses BQ et BN, appliquées au même point et de direction contraire, se détruisent ; la vitesse en B est donc nulle.
- Au point A, les deux vitesses AM et MP étant de même direction, auront pour résultante AP = 4tï, vitesse double de celle supposée à la voiture.
- Le point de contact de la roue avec le sol est donc à un moment donné immobile, tandis que le point diamétralement opposé est animé d’une vitesse double de celle de la voiture.
- Veuillez agréer, etc.
- <> L L
- DISTRIBUTION
- DK
- FORCE MOTRICE A DOMICILE
- PAR L’AIR RARÉFIE
- La petite industrie, dont l’article de Paris compte un si grand nombre de représentants dans ce qu’on appelle les ouvriers en chambre, est encore à la recherche d’un petit moteur économique, d’une installation facile, simple à manœuvrer, à entretenir sans personnel spécial, sans aucune gène pour celui qui l’emploie ou pour ses voisins.
- Un petit moteur économique, présentant toutes les qualités que nous venons d énumérer, transformerait la petite industrie obligée jusqu’ici, soit de faire à la main un grand nombre de travaux qu’une force motrice toujours disponible permettrait de faire à la machine, soit d’employer un tourneur de roue, dont le travail abrutissant est d’un prix élevé, soit enfin d’installer les industries dans des casernes industrielles qui font actuellement la location de force motrice dans certains quartiers de Paris.
- La solution du problème se trouve dans la distribution delà force motrice à domicile, et les solutions n’ont pas manqué jusqu’ici : l’eau sous pression, le gaz d’éclairage, l’air comprimé et l’électricité ont déjà reçu un certain nombre d’applications ou ont été soumis dans ce but à quelques expériences. Nous ne voulons pas passer en revue les avantages et les inconvénients spéciaux à chacun de ces modes de distribution; notre but est de faire connaître aujourd’hui un nouveau champion qui entre dans la lutte ouverte entre ces différents systèmes, et dont les premières passes ne sont pas sans intérêt : ce nouveau système est Y air raréfié ou transmission pneumatique de la force.
- En qualifiant ce système de nouveau, c’est de l’application à une distribution de force motrice que nous entendons parler, et non point du système pneumatique en lui-même. Il y a déjà près de deux cents ans que Denis Papin en a parlé dans les Actes de Leipzig (Acta eruditorum, Lipsiœ, 1688). Dans un autre ouvrage paru à Gassel en 1694, Papin fait
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- ressortir les avantages de pouvoir transmettre une force, du point où elle est disponible au point où elle peut être utilisée, au moyen d’un tube d’un diamètre relativement petit; il indique l’emploi du plomb mince pour la confection de ce tube et fait remarquer qu’il ne contiendra jamais d’eau.
- Les auteurs du système que nous allons faire connaître n’ont d’ailleurs aucune prétention à la priorité et rendent hommage au génie d’un de nos plus il lustres compatriotes; ils ont eu seulement pour but de développer l’idée de Papin, en l’appliquant à une distribution de force motrice pour la petite industrie, distribution dont le besoin était loin de se faire sentir en 1688 ou en 1694, mais qui devient aujourd’hui de plus en plus impérieux.
- Le système pneumatique consiste en principe à établir un réseau de canalisation dans lequel on entretient un certain vide, à l’aide de puissantes machines établies dans une usine centrale ; cette canalisation aboutit chez chaque abonné, où elle reçoit l’air atmosphérique dont la pression est plus élevée et qui produit le travail en traversant un moteur approprié.
- Usine centrale. —
- La puissance des machines établies à l’usine centrale doit être proportionnée au développement de la canalisation et à la puissance totale des moteurs à desservir, en tenant compte des frottements, des pertes déchargé, fuites, etc. La quantité d’air à extraire de la canalisation pour maintenir la pression convenable au bon fonctionnement des récepteurs est égale à la quantité qui y pénètre par les différents moteurs à chaque instant en activité, mais par suite de la détente, le volume à extraire est environ quatre fois plus grand que celui occupé par l’air à la pression atmosphérique. Le vide maintenu dans la canalisation est d’environ 75 pour 100, soit environ 57 centimètres de mercure ou 7U1,75 d’eau.
- L’extraction de 1 mètre cube d’air à la pression atmosphérique moyenne demande un travail théorique de 14310 kilogrammètres. Dans l’installation d’étude faite au boulevard Voltaire, la pompe est commandée par une courroie, mais il y aura évidemment avantage à fixer la tige de la pompe sur le prolongement même de celle du piston de la machine à vapeur
- dans une installation établie spécialement pour cette application.
- Canalisation.—La canalisation est calculée pour un développement prévu de 1 kilomètre de distance de l’usine centrale et des pertes par frottement dans les conduites ne dépassant pas 5 pour 100. Suivant les cas, on peut l’établir dans les égouts ou en tranchées.
- L’installation d’étude est faite dans les égouts, boulevard Voltaire et avenue Parmentier; la distance est d’environ 600 mètres, la canalisation est établie avec des tubes de fer de 6 centimètres de diamètre.
- Dans la pratique, on se propose d’employer des tuyaux en fonte pour les conduites de départ et les branchements princi -paux, des tubes en fer pour les branchements secondaires, et des tubes en plomb pour pénétrer dans les intérieurs.
- Les joints des tubes en fer établis boulevard Voltaire sont en caoutchouc ; ils ont donné de bons résultats dus à ce que la pression n’est pas excessive ; d’autre part, l’établissement de tuyaux dans les égouts et en tranchée assure une température assez uniforme pour que les dilatations soient presque milles et puissent porter sans inconvénient presque exclusivement sur les joints.
- Moteurs. — Les appareils récepteurs établis chez les clients doivent présenter des qualités toutes particulières.
- Par le fait même de la nature de la force distribuée, les moteurs doivent être disséminés en très grand nombre chez les clients, sans être l’objet d’une surveillance et d’un entretien continuels de la Compagnie. Le type de moteur doit donc être aussi simple que possible, sans aucun organe délicat, toutes les pièces doivent pouvoir se démonter et se remplacer en quelques instants, enfin le prix doit être modique et l’espace occupé très restreint. Tous les moteurs appliqués jusqu’ici sont oscillants, ils répondent parfaitement au programme et n’ont pas nécessité la moindre réparation pendant plusieurs mois de service.
- La figure 1 représente une de ces machines du modèle de 5 kilogrammètres ; une machine analogue d’un plus petit type actionne une machine à coudre (fig. 2.), sans aucun changement dans les organes qui la composaient primitivement lorsqu’elle était
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- actionnée par une pédale. Le fonctionnement de ces moteurs est identique à celui des machines à vapeur oscillantes, l’air à la pression atmosphérique agit au lieu et place de la vapeur, tandis que le vide est fait du côté de lechappement. La machine est à double effet et à détente ; l’admission cesse aux trois huitièmes environ de la course du piston ; le volume de l’air avant et après la détente est dans le rapport de 1 à 2,66. La détente étant incomplète, par suite du rapport pratique adopté, le travail produit par mètre cube d’air n’est que de 15500 kilogram-mètres, la perte théorique ne dépasse donc pas 6 pour 100. Le rendement pratique, c’est-à-dire le rapport du travail théorique ou travail utilisable, mesuré au frein, augmente rapidement avec la puissance des moteurs. Pour les types de 3 à 5 kilogram-mètres, le rendement pratique varie entre 0,40 à 0,50, tandis qu’il atteint facilement 0,60 pour les machines de 25 kilo-grammètres.
- La vitesse des machines oscillantes a aussi une influence sur le rendement ainsi que sur le travail absolu produit par unité de temps.
- Ainsi, par exemple, dans une expérience, le rendement n’atteignait pas 0,40 à la vitesse de cent quarante-cinq tours par minute, tandis qu’il dépassait 0,54 en réduisant la vitesse à cent vingt tours. [.Dans ce second cas, le moteur tournant à une plus faible vitesse fournissait plus de travail.
- Dans un nouveau système de moteur rotatif actuellement à l’étude, on constate des phénomènes un peu différents : le rendement diminue avec la vitesse, mais la quantité de travail produit augmente avec cette vitesse.
- Pour éviter l’introduction dans la canalisation des huiles de graissage, qui pourraient, à la longue, retenir les poussières de l’atmosphère et produire une certaine obstruction, les moteurs sont montés sur des socles creux (fig. 1). L’air qui vient de travailler se précipite dans ce socle par un orifice large et court; cet espace vide étant toujours en communication avec la conduite, joue le rôle de
- réservoir intermédiaire toujours maintenu au degré de raréfaction moyenne ; ce récipient retient les huiles qui se déposent au fond, d’où on peut les extraire de temps à autre, en ouvrant un simple bouchon à vis placé à la partie la plus basse.
- Chaque moteur est combiné pour marcher à une vitesse moyenne, suivant l’application à laquelle on le destine, et dont il ne s’écarte pas beaucoup en pratique. Dans ces conditions, le travail par tous est sensiblement constant, et il en résulte une méthode des plus simples pour faire payer au consommateur proportionnellement à la dépense.
- 11 suffit de compter le nombre de tours faits par le moteur pendant un temps donné (un jour, une semaine ou un mois) ce qui se fait à l’aide d'un compteur très simple, pour établir le prix que doit payer le client, suivant le type de moteur installé. Les changements de vitesse s’obtiennent très aisément en ouvrant plus ou moins le robinet de prise d’air dans l’atmosphère, l’arrêt en fermant complètement ce robinet, et le travail maximum en l’ouvrant en plein.
- Pour les machines à coudre (fig. 2), les tours à bois et à métaux, etc., il est commode d’utiliser dans ce but la pédale qui servait primitivement à mettre la couseuse ou le tour en marche ; on a ainsi les deux mains entièrement libres, 'tout en disposant facilement de la mise en marche, de l’arrêt et du ralentissement du moteur.
- Dans l’installation d’étude du boulevard Voltaire, nous avons vu une série de machines-outils, actionnées par la distribution établie sur les principes que nous venons d’exposer, machines à coudre, machines à percer, tours à bois et à métaux, machines à hacher la pâte à saucisses, etc. Tous ces outils fonctionnent avec la plus grande régularité, la plus grande simplicité, et ceux qui en font usage sont tous satisfaits de leur emploi. Il est bon de faire remarquer que le système de distribution par l’air raréfié est en réalité, un système de distribution négative, puisque l’on n’envoie rien chez le client et qu’on enlève au contraire l’air de la salle
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- dans laquelle le moteur est placé, condition des plus favorables pour la ventilation et l’aération des ateliers.
- Bien que le mérite de ces travaux et de ces expériences revienne à la Commission technique qui a présidé à leur installation, nous croyons qu’en toute justice une large part doit être faite à M. Y. Tatin, bien connu de nos lecteurs par ses études antérieures sur le vol mécanique des oiseaux ; c’est grâce à son intelligente initiative et à ses connaissances mécaniques approfondies que la Société civile d’études pour l’application d’un nouveau système de distribution de force motrice à domicile et à toute distance, avec le concours dévoué de MM. L. Petit et E. Bonnet, a pu nous faire assister aux premières expériences dont nous enregistrons aujourd’hui le succès.
- LA MER INTÉRIEURE D’ALGÉRIE
- Renfermée pendant de longs siècles dans des limites tout historiques, l’étude d’une mer algérienne a été reprise, au cours de ces dernières années, par M. le commandant Roudaire, et les discussions auxquelles elle donne lieu en ce moment même dans le sein des commissions nommées par M. de Freycinet pour son examen détaillé, remettent en pleine lumière celte question si controuvée. Transportons-nous tout d’abord sur notre frontière algérienne, à l’entrée même du grand désert saharien, au sud des monts Aurès, à 30 kilomètres environ au-dessous de Biskra. Là, comme en de nombreux endroits des territoires africain et tunisien, régnent de vastes dépressions, lits desséchés d’anciens lacs, qui ont reçu en Algérie le nom de chotls, en Tunisie celui de sebkhas. Ces dépressions, reliées les unes aux autres par des plaines marécageuses ou séparées par des seuils, s’étendent de l’Ouest à l’Est, sur une longueur de 100 lieues et sur une surface de 15 à 20000 kilomètres carrés, jusqu’au golfe de Gabès. La couche d’elfloreicences salines qui les tapisse les a souvent fait comparer à de vastes nappes d’argent londu, réfléchissant avec une fidélité merveilleuse les sinuosités des rives et les moindres accidents de leur surface. La dépression remarquable de ces manis intermittents, la présence de la croûte de sel, que nous avons déjà eue à signaler dans les lacs Amers de Suez, avaient de tout temps, avant qu’aucune exploration scientifique eût été entreprise, fait assimiler ces chotts aux lits d'anciennes mers, jadis réunies à la Méditerranée, comme semblait le montrer encore la faible barrière qui sépare du golfe de Gabès la dernière sebkha tunisienne. De cet examen superficiel des chotts et de l’analogie que l’on se plut à créer entre les dépressions actuelles et les lacs africains cités dans les auteurs anciens, naquit la conception du renouvellement de la mer intérieure d’Algérie et
- de Tunisie, par le creusement d’un canal artificiel réunissant les chotts à la Méditerranée.
- Ces brillantes hypothèses devaient bientôt être modifiées par la vérification scientifique des altitudes des chotts, exécutées avec tant de soin par le promoteur même de la mer nouvelle, M. Roudaire. Il ne saurait plus être question en ce moment de reconstituer les rivages tels que les premiers explorateurs les avaient conçus, c’est-à-dire du point extrême du premier chott algérien Mel-Rhihr, à la limite est du dernier chott tunisien, la sebkha El-Fedjej ou Sebkha-Faraoun, séparée de la Méditerranée par la barrière de Gabès. Les nivellements de M. Roudaire ont montré, en effet, que si les deux chotts Mel-Rhihr et Rliarsa sont au-dessous du niveau de la mer, les sebkhas tunisiennes El-Djérid et Faraoun présentent des altitudes variant entre 15 et 25 mètres. Le canal de jonction des chotts inondables avec la mer ne se réduirait donc plus, selon les premières prévisions, au passage de ce que l’on appelait Yisthme de Gabès, mais devrait s’étendre depuis la Méditerranée jusqu’à la première dépression inondable, à travers les sebkhas tunisiennes Djerid et Faraoun, sur une longueur de 143 kilomètres.
- Nos lecteurs comprendront pourquoi nous sommes entrés dès le principe dans le cœur même de la question, avant de développer les détails historiques et scientifiques, si dignes d’intérêt, qui se rat-' tachent à l’exposé du projet primitif de Gabès. Ces détails historiques, qu’ils se rapportent aux légendes de l’antiquité, ou aux récits des explorateurs plus modernes, tendraient, à notre avis, à nous détourner de la véritable conception du projet, s’ils n’étaient précédés de l’exposé net et pratique de l’avenir de l’œuvre. Avant les dernières observations géodésiques de M. Roudaire, et celles plus générales de M. Edmond Fuchs, l’opinion publique se représentait, grâce à ces documents que nous allons reproduire par simple curiosité, une vaste mer intérieure remplaçant la mer antique, envahissant tous les chotts, et à laquelle un simple coup de pioche devait ouvrir la voie, reformant ainsi l’ancienne communication maritime disparue à des époques lointaines Les documents historiques ont certes leur utilité, et ils nous ont été parfois d’un secours inappréciable pour guider nos recherches, mais il est bon de ne point se fier trop exclusivement aux interprétations multiples qui peuvent être déduites d’un texte manquant souvent de précision. Le nivellement du commandant Roudaire aura, comme nous le savons déjà, détruit de fond en comble les illusions qu’avaient fait naître les récits d’Hérodote, de Pomponius Mêlas et de Ptolémée.
- Hérodote écrivait, au cinquième siècle avant notre ère, dans la description qu’il fait, au livre IV de son Histoire, des peuples qui habitent la côte septentrionale de l’Afrique, que « le pays des Machlyes 1
- 1 Nos lecteurs feront bien de consulter une carte des côtes africaines d’après les géographes de l’antiquité, principalement
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- s’étend jusqu’au fleuve Triton, qui se jette dans le grand lac du golfe Triton, dans lequel est l’îlede Phla ». Le même historien raconte encore que Jason fut poussé par la tempête sur les côtes delà Lybie, et qu’il se trouva dans les bas-fonds de la baie de Triton avant de découvrir la terre. Cet épisode du voyage des Argonautes avait déjà été mentionné par Pindare, qui écrivait quelques années plus tôt. Ce qui semble ressortir des écrits d’Hérodote, c’est que le grand lac de Triton communiquait avec la mer, puisque « le vaisseau de Jason y fut jeté par la tempête ». Scylax, l’auteur du Périple de la Méditerranée, qui vivait vers le deuxième siècle avant notre ère, disait :
- « Vers l'intérieur des terres, se trouve le grand golfe de Triton, qui renferme la Petite-Syrte, surnommée de Gercinna, et le lac Triton avec l’île Triton, ainsi que l’embouchure d’un fleuve de même nom. L’entrée du lac est étroite ; on y voit une île au reflux de la mer, et souvent alors les vaisseaux ne peuvent plus y pénétrer. Ce lac est considérable; les bords en sont habités par les peuples de Lybie, dont la ville est située sur la côte occidentale. » De même qu’Hérodote, Scylax désigne donc encore la Petite-Syrte (golfe de Gabès actuel) et le lac Triton (qui devait occuper les dépressions actuelles des chotts) sous le nom collectif de grand golfe de Triton ; mais il écrit : « La communication qui les réunit étant devenue étroite, on les désigne déjà en même temps par des noms particuliers. »
- Pomponius Mêlas, 'vers l’an 43 de notre ère, environ deux siècles après Scylax, dit : « Le golfe de la Syrte est dangereux, non seulement à cause des bas-fonds, mais encore à cause du flux et reflux de la mer. Au delà de ce golfe est le grand lac Triton, qui reçoit les eaux du lac Triton. On l’appelle aussi lac de Pallas. » Le lac et la Syrte, soit le lac intérieur et le golfe de Gabès, ne communiquent donc plus entre eux ; le niveau des eaux doit avoir baissé par évaporation. Si nous ajoutions foi aux chroniqueurs anciens, le golte de Gabès, au temps d’Hérodote, c’est-à-dire au cinquième siècle avant notre ère, se serait donc prolongé dans les dépressions actuellement occupées par les chotts algériens et tunisiens réunis; au deuxième siècle avant notre ère, la communication entre la mer et ce lac intérieur se serait déjà considérablement resserrée,et enfin, elle aurait disparu vers les commencements de notre ère, laissant les lacs intérieurs s’évaporer, sans que leur élément soit renouvelé. Le dessèchement du lac T ri ton, la formation de la nappe salifère et « argentée » des chotts, devaient suivre à un intervalle peu éloigné. De là à conclure à la facile reconstitution de la mer intérieure, il n’y avait qu’un pas, que les premiers explorateurs ont vite franchi « sur les ailes de la légende ».
- Lisons encore Pomponius Mêlas, parlant des lacs du pays des Machlyes : « On assure qu’à une assez
- la région comprise dans les limites de notre sujet; ils y retrouveront les indications géographiques et les dénominations ' retranchées aujourd’hui de la langue moderne.
- grande distance du rivage, vers l’intérieur du pays, il y a des campagnes stériles où l’on trouve, s’il est permis de le croire, des arêtes de poissons, des coquillages, des écailles d’huîtres, des pierres polies, telles qu’on en tire communément de la mer, des ancres qui tiennent aux rochers et autres marques et indices semblables qui prouvent que la mer s’étendait autrefois jusque dans ces lieux. » Sous Ptolémée, les eaux ont continué à baisser, elles se sont définitivement fixées dans les dépressions les plus profondes; quatre lacs, les lacs Triton et Pallas, ceux de Lybie et des Tortues, ont remplacé la mer primitive. Les chotts algériens, les sebkhas tunisiennes, se forment peu à peu, et de Ptolémée à nos jours, on peut en suivant et développant la légende antique, voir se creuser sous nos yeux les chotts algériens de Mel-Rhihr et de Rharsa, les sebkhas tunisiennes Djérid et Faraoun.
- Arrivés à ce point de nos explorations historiques, nous nous rendons facilement compte de l’universalité des idées modernes, touchant la formation des chotts et la possibilité de la reconstitution d’une mer qu’un simple accident de terrain, un ensablement, un dépôt fluviatile, avait dû séparer du golfe dont elle dépendait. Ajoutez à cela que les noms les plus autorisés de la science, le voyageur Shavv, MM. Tissot, Duveyrier, Vivien de Saint-Martin, Ch. Martins, partageaient cette manière de voir : « Le dernier des chotts, disait M. Ch. Martins, s’arrête à 16 kilomètres seulement de la mer. Que cet isthme se rompe, et le bassin des chotts redevient une mer, une Raltique de la Méditerranée. »
- La légende des Argonautes n’avait ainsi fait que se développer depuis Hérodote jusqu’à nos jours, servant de base aux conceptions les plus merveilleuses; la série d observations scientifiques exécutées au cours de ces huit dernières années devait seule rétablir la question sur un terrain sérieux et stable, détruisant tout le système bâti sur les chroniques des géographes de l’antiquité. Nous résumerons ces observations en deux propositions précises : la mer n’a jamais été réunie aux chotts algériens dans les époques historiques; la mer intérieure, telle quelle avait été rêvée, s'étendant sur les cent lieues qui séparent, de l’Ouest à l’Est, les extrémités des chotts algériens et tunisiens, est absolument irréalisable, l’altitude de la moitié de ces chotts étant de 13 à 20 mètres plus élevée que le niveau du golfe de Gabès. Si nous considérons en ou£re que ce sont les chotts les plus voisins de la Méditerranée, les sebkhas tunisiennes Djérid et Fedjej, qui possèdent ces altitudes élevées, nous nous convaincrons vite que, pour former la mer intérieure des chotts inondables, remplissant les seuls chotts Rharsa et Mel-Rhirh, il faudra creuser un long canal aboutissant au ehott Rharsa, et mesurant, à travers le seuil de Gabès et le territoire des sebkhas tunisiennes, une longueur de 143 kilomètres. Telle est la véritable position de la question de la mer intérieure, réduite à des proportions réelles et exécutables, débarrassée des exagé-
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- rations basées sur les récits épisodiques des anciens, et sur les fables qui en forment le fond.
- Déjà, en 1872, à la suite d’une excursion de plusieurs mois à travers le Sahara, en compagnie de M. l’ingénieur des mines Rocard, M. Pomcl, sénateur d’Oran et alors conseiller général, avait combattu avec une remarquable netteté les conclusions formulées par les explorateurs au sujet de la constitution du territoire des ehotts et du prétendu isthme de Gabès. Ce fut l’année suivante, en 1874, que M. le capitaine Roudaire, à la suite d’une exploration de la route qui va de Biskra à Tuggurth, étudia de nouveau la question et la résuma dans son projet de mer intérieure. A partir de ce moment, la’création d une mer nouvelle entre dans le domaine vraiment populaire, comme tous les projets dont la réalisation flatte l’opinion publique, par le caractère de grandeur qui s attache à la lutte de l’homme contre les forces naturelles. Depuis cette première expédition, M. Roudaire a été chargé de diverses missions par le ministère de l’Instruction publique, et les résultats intéressants en ont été consignés dans les A rchives des missions scientifiques et littéraires. La partie la plus remarquable de ces rapports a trait aux observations géodésiques, qui fixent le reliel du territoire regardé jadis comme complètement inondable. Nous nous représenterons facilement la valeur de l’œuvre de canalisation et de remplissage projetée, lorsque nous aurons suivi M. Roudaire dans les savantes et courageuses excursions qu’il fit à deux reprises, sur toute l’étendue de la surface, inconnue avant lui, des ehotts.
- Dépassant l’isthme de Gabès, nous entrons, sur le territoire tunisien, dans les ehotts, lessebkhas Faraoun et Djérid. La surface entière, au moins dans la partie nivelée, est au-dessus du niveau de la Méditerranée. La cote la plus basse est de 15m,52, la plus élevée de 31m,45. La partie Est, qui touche à l’isthme de Gabès, est celle qui accuse le relèvement le plus accentué, tandis que les points les plus bas se trouvent vers, le milieu de la sebkha, sur le mince chemin qui conduit de Djérid au Nefzaouâ. A l’extrémité Ouest, nous trouvons les altitudes de 48 mètres et 20 mètres. L’ensemble de la sebkha tunisienne présente donc la forme d’une cuvette plus ou moins relevée. — Les rives du chott Rharsa, à 443 kilomètres de la mer, montrent les premières dépressions; la totalité du lit 'du chott, sur 74 kilomètres de longueur, présente des altitudes négatives. Nous remarquons ensuite un- léger relèvement du sol, restant encore cependant à 4 mètre ou 2 mètres au-dessous du niveau de l'a mer, puis un isthme peu élevé, qui sépare la partie inondable que nous venons de'parcourir d’une série de ehotts qui se prolongent jusqu’à 440 kilomètres plus à l’Ouest, jusqu'à 5° 40' de longitude, et à 360 ou 370 kilomètres du golfe méditerranéen. M. Roudaire, résumant ses observations, évalue à — 24 mètres l’altitude (négative) des ehotts inondables, à 8050 ki-mètres carrés la superficie qui sera occupée par les
- eaux, et à 5000 kilomètres carrés la superficie des sbekhas tunisiennes situées au-dessus du niveau de la mer, et par conséquent non inondables, contrairement à l’opinion primitive qui fixait la surface de la nouvelle mer intérieure à 15 000 kilomètres carrés. Les observations de M. Roudaire faisaient ainsi rentrer le projet dans les limites raisonnables que lui assignent les altitudes.
- — A suivre. — Maxime Hélène.
- LE MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE
- DU THOCADÉRO
- L’ouverture de ce musée a été un véritable événement à Paris. Les Sociétés savantes officielles ou libres, et notamment la Société d’anthropologie et la Société de géographie, ont été le visiter avec le soin qu’il mérite. Mais voici qui est plus digne de remarque encore : ce ne sont pas seulement les savants qui s’y sont intéressés; le gros public des bourgeois de Paris s’y est porté avec un empressement inattendu, et c’est par milliers (de quatre à six mille) que l’on compte les visiteurs qui s’y pressent chaque dimanche.
- La belle ordonnance du musée suffirait à justifier ce succès. Il s’explique mieux encore par l’intérêt de plus en plus vif que le public français porte aux sciences anthropologiques. L’ethnographie, qui est assurément la plus pittoresque de ces sciences, devait surtout piquer la curiosité.
- Le Musée d’ethnographie, si brillamment et si savamment organisé par MM. Hamy et Landrin, est pourtant loin d’ètre aujourd’hui ce qu’il sera dans quelque temps. Les objets ethnographiques d’Amérique sont seuls présentés au public. Mais par la haute valeur de cette partie du musée, on peut juger de ce qu’il sera quand il sera complet.
- Les savants organisateurs du Musée ne se contentent pas de nous présenter-les armes et les vêtements des races d’hommes de l’Amérique ; ils nous font avant tout connaître ces races elles-mêmes. Des statues très nombreuses nous montrent des hommes de chaque peuple, avec leur physionomie propre, et avec leur costume authentique. Aucune partie de ces statues n’a été négligée : le visage, la couleur des cheveux, celle des yeux, la couleur très exacte du teint, la longueur des membres, les moindres détails du vêtement enfin, ont été soigneusement colligés d’après des documents d’une incontestable véracité. >
- „• Voyez, par exemple, la jeune Péruvienne, dont nous publions la gravure (n° 4). C’est une petite bourgeoise du temps où les Espagnols netaient pas encore venus bouleverser ce pays. Le visage qu’on lui a attribué est.tout simplement le moulage d’une tète de jeune Indienne de race très pure, que M. de Cessac a rapporté de son voyage au Pérou. On lui a donné un teint foncé d’un reflet un peu rougeâtre, qui est encore aujourd’hui celui des Indiens aisés.
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- Musée d'Ethnographie du Trocadéro. Exposition du bas Pérou.
- 1. Costume de jeune femme de classe moyenne. — 2. Échantillons de passementerie pour costumes. — 3. Poterie notre; vases accouplés,
- 4. Broderies de vêtements des Yuucas. — 5. Béton de commandement.
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- Sa taille est celle qu’on observe le plus généralement.
- Les moindres détails de son costume ont nécessité des recherches méticuleuses. Ses cheveux noirs et un peu raides sont ceux d’une momie péruvienne. Sur son front passe un bandeau dont les deux chefs se croisent sur la nuque et viennent ensuite sur la gorge se nouer comme une cravate ; c’est une disposition qu’on a souvent rencontrée sur les momies du Pérou; toutes les pièces de son costume ont la même origine. Sa camisole de coton est garnie d’une élégante tapisserie d’un travail très soigné qui rappelle un peu celui du cachemire.
- Sa jupe est constituée par une longue pièce d’étoffe quelle enroule trois ou quatre fois autour d’elle. Enfin elle porte, en bonne ménagère, un beau tablier blanc ; seulement, au lieu de le porter sur le devant de sa personne, elle le met par côté.
- Ses pieds sont nus ; ses mains sont ornées d’un tatouage assez peu élégant. Elle porte d’une main une petite boîte à ouvrage en cuir, de l’autre des fuseaux. C’est une bonne petite maîtresse de maison.
- On critiquera peut-être ses pendants d’oreille. Ils sont énormes et sont loin d’avoir l’élégance de nos boucles d’oreille. Ce sont de gros boutons passés à travers de larges trous pratiqués dans le lobe de l’oreille.
- Les Péruviens portaient souvent des ornements beaucoup plus remarquables. Par exemple, nous publions le dessin (n° 2) d’iine pièce de passementerie que l’on rencontre souvent dans les tombeaux du Pérou. On portait cet ornement de diverses façons : tantôt il constituait une véritable épaulette, tantôt on le portait sur la poitrine. C’est ce qu’indique une statue représentée dans l’Atlas de d’Orbigny. Peut-être était-ce alors une décoration militaire semblable aux phalères que portaient les soldats romains. Il se portait encore en collier; on en voit la preuve au Musée du Trocadéro : un long collier en passementerie est orné d’un ornement tout semblable à celui que nous représentons.
- La passementerie péruvienne était quelquefois plus compliquée. Par exemple, une de nos gravures représente un ornement en relief fait en passementerie (n° 4). Mais peut-être ne distinguerez-vous pas nettement sur notre gravure ce que l’artiste péruvien a voulu représenter. N’accusez pas notre dessinateur; il a été très scrupuleux et très exact, mais l’original n’est pas clair : on distingue bien nettement le corps d’un eftfant couché, et, près de lui, le corps d’un gros quadrupède ; mais quel est ce quadrupède? est-ce un chien qui joue avec l’enfant, est-ce un jaguar qui se prépare à le dévorer? C’est ce que personne ne saurait dire.
- Le modèle de vase que représente notre figure (n° 5) est très original. Ce silvador est constitué par deux vases communicants; l’un d’eux a seul un goulot; quand on y verse de l’eau, l'air, comprimé dans l’autre, s’échappe par un petit trou situé à sa partie supérieure et produit un sifflement assez amusant. Sur le sommet de ce second vase est sculptée une petite figurine assez soignée qui représente
- un homme armé d’un casse-tête, la seule arme un peu sérieuse que les Péruviens aient jamais inventée.
- Une des vitrines du musée est consacrée à leurs armes de guerre : elles sont vraiment très rudimentaires et n’annoncent pas un caractère belliqueux. Lorsque Pizarre est venu combattre ces malheureux à coups de fusil, il n’a pas dû avoir grand’peine à les réduire en esclavage.
- Une autre vitrine contient un grand nombre de bâtons de commandement. Nous reproduisons l’un des plus curieux de la collection (n°5). Sept oiseaux sont sculptés le long de ce bâton ; ils semblent grimper vers son sommet, où l’on voit une sculpture beaucoup plus grande : deux gros oiseaux, assez semblables à des pélicans, y sont représentés.
- Une décoration aussi singulière doit avoir une signification. Il n’est pas impossible qu’elle rappelle le nom du chef qui portait ce bâton.
- De telles combinaisons ne doivent pas nous surprendre. On se rappelle que, même dans notre pays, les armes parlantes étaient naguère fort en usage ; c’est ainsi que notre grand poète Racine avait dans ses armes un rat et un cygne; ces deux animaux figuraient par un calembour approximatif le nom de Ra-cine. Ces sortes de rébus ont été également en honneur chez les peuples américains. On me citait une sculpture du même genre qui représentait un bâton surmonté d’un ours; le long du bâton, était marquée la trace des pas de ce plantigrade ; le tout signifiait que le propriétaire du bâton s’appelait « Ours-qui-grimpe ». 11 est donc probable que le chef muni du bâton de commandement représenté sur notre fi-*gure portait le nom d’un oiseau.
- Cette sculpture suggère une autre réflexion. On remarquera combien elle est grossière. Les pélicans qui surmontent le bâton sont particulièrement mal faits ; ce sont presque des oiseaux de convention. Et pourtant la sculpture est en bois ; si elle était en pierre, elle serait sans doute plus imparfaite encore.
- Cette imperfection des sculptures se rattache à un principe plus général. Elle se retrouve, à des degrés divers, chez tous les peuples, même chez ceux qui savent le mieux modeler l’argile; lorqu’ils ont à tailler des substances plus dures, ils se résignent volontiers à faire un travail moins parfait; ils indiquent simplement les objets qu’ils veulent représenter, et se fient pour le reste, à l’imagination du spectateur. Peu à peu, leurs sculptures se réduisent à être purement conventionnelles.
- On en voit de nombreux exemples- au Musée du Trocadéro.
- Jacques Bertillon.
- — A suivre.—
- INDICATEUR MÉCANIQUE DE NIVEAU
- DANS LES CHAUDIÈRES A VAPEUR
- La sécurité dans l’emploi des chaudières "â vapeur a toujours préoccupé vivement les ingénieurs et con-
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- structeurs. Les dangers qui peuvent résulter d’une explosion sont tels, la législation oppose tant de restrictions à l’emploi de la vapeur comme force motrice, que le perfectionnement des appareils de sûreté a constamment été à l'étude. Parmi ces appareils, l’indicateur du niveau de l’eau dans la chaudière a une importance capitale.
- La difficulté principale de l’établissement d’un appareil transmettant mécaniquement à l'extérieur le mouvement ascendant ou descendant de l’eau dans la chaudière, consiste dans la nécessité d’avoir au passage de la paroi un joint absolu, en même temps qu’une résistance très faible ne donnant qu’une perte de force insignifiante.
- M. Sainte, ingénieur à Paris, vient d’adopter une disposition qui résout cette difficulté, donne un mode d’observation toujours facile en toutes circonstances et permet même, en y adjoignant un petit appareil électrique fort simple, de transmettre à distance les indications du niveau’de l’eau.
- Le dessin ci-joint donne d’abord une vue d’ensemble de l’indicateur (fîg. I).
- A l’intérieur de la chaudière est un flotteur qui, par l’intermédiaire d’une tige, actionne un levier; ce levier est monté sur un axe qui tourne lorsque le levier oscille. L’axe traverse la paroi et son mouvement de rotation est traduit par une aiguille mobile devant un cadran. Cet axe porte à la traversée de la paroi une partie tronconique ; le joint est ainsi rendu très énergique et l’usure, au lieu de diminuer son efficacité, ne fait que la rendre plus grande. Quant à l’effort à vaincre par le flotteur, il est peu sensible, puisque le frottement qui se produirait si la tige traversait directement la paroi est remplacé par le frottement dû à la rotation de l’axe et surtout puisque la poussée du flotteur agit à l’extrémité d’un levier.
- L’aiguille indicatrice peut porter à son extrémité, comme le montre la figure, unechaîn ette qui, passant. sur une petite poulie, fait descendre ou monter une boule visible à grande distance, dans l’échancrure d’un tableau. On peut d’ailleurs employer tel moyen de transmission que l’on veut pour rapporter à une hauteur quelconque les indications de l’aiguille. C’est là un point important pour les chaudières de grande hauteur. Les règlements d’administration publique exigent que les indications du niveau soient toujours en vue de l’ouvrier chargé de l'alimentation ; rien n’est plus simple à réaliser avec cet appareil.
- Un sifflet placé à la hauteur de l’axe porte un clapet que le levier intérieur ouvre ou ferme lorsque le niveau de l’eau est trop haut ou trop bas. Ce sifflet est un organe caractéristique de ces appareils. 11 suffit à lui seul pour avertir de l’excès ou du manque d’eau, sans que la course du flotteur soit arrêtée, ce que ne permettent pas les sifflets ordinaires, et on peut à volonté, avec une petite vis, atténuer le sifflement ou l’empêcher complètement, Ce dernier avantage est précieux, notamment lorsqu’on
- vide une chaudière sous pression. Ce sifflet peut d’ailleurs être placé plus ou moins loin de l’appareil, auquel il est alors relié par un petit tuyau.
- L’emploi, à l’intérieur de la chaudière, du levier auquel le flotteur peut être fixé à un point quelconque, permet de placer le flotteur à une place autre que celle occupée par le tableau indicateur, de faire varier l’action du flotteur sur l’axe, d’employer par suite des flotteurs de volume plus ou moins grand.
- Fig. 1. — Indicateur de niveau de M. Sainte,
- Il permet aussi d’indiquer les variations du niveau de l’eau de la chaudière avec telle proportion que l’on veut.
- Cet indicateur se prête aisément à toute modification de disposition des organes. On peut, au lieu de le placer au-dessus de la chaudière, le placer à hauteur du niveau de l’eau, M. Sainte a adopté également des dispositions spéciales pour les monte-jus, pour les purgeurs, dont on peut ainsi suivre et même régler le fonctionnement.
- L’indicateur électrique, qui permet de transmettre
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- à distance un certain nombre d’indications du niveau de l’eau, est un appareil fort simple. M. Sainte borne à cinq le nombre de ces indications, une pour l’excès d’eau, une pour le manque d’eau, et trois intermédiaires.
- Cinq contacts sont placés sur le trajet de l’aiguille mue par le flotteur. Un courant électrique arrive par le centre de l’aiguille, traverse le contact touché par l’aiguille, et suit un fil qui en part et aboutit au récepteur.
- Le récepteur se compose de cinq électro-aimants parallèles, disposés en cercle, et d’une aiguille aimantée mobile sur un pivot placé au centre de ce cercle.
- Les cinq fils des électro-aimants sont ceux qui partent des cinq contacts du cadran du niveau. Ils se réunissent ensuite en un seul fil qui aboutit à la pile.
- L’aiguille aimantée est ainsi attirée par l’électroaimant qui correspond au contact touché par l’aiguille du niveau, et à cinq positions diverses de celle-ci correspondent cinq positions déterminées de l’aiguille aimantée sur son cadran. Une sonnerie électrique peut correspondre aux positions de l’excès et du manque d’eau.
- Ce mode de transmission est parfaitement suffisant pour la plupart des applications industrielles aux-
- Fig. 2. — Vue d’ensemble d’une disposition d'indicateurs électriques de niveau.
- quelles il peut servir, et la simplicité de l’appareil en rend le prix très minime.
- 11 peut être-appliqué en maintes circonstances, par exemple [tour transmettre les indications d’un manomètre, pour connaître la hauteur d'un gazomètre, d’un flotteur dans un réservoir quelconque. En .un mot, il donne à distance les indications de tout mouvement, même alternatif, dans des conditions d’extrême simplicité.
- Nous donnons (tig. 2) une vue d’ensemble montrant une disposition générale de générateurs, dont chacun est muni de son indicateur de niveau. Les indications de chaque appareil sont transmises à un cadran récepteur spécial dans le cabinet du directeur ou de l’ingénieur de l’usine. Celui-ci peut ainsi surveiller la marche de ses générateurs, tant d’ailleurs
- au point de vue des variations de niveau de l’eau, qu’au point de vue des variations de pression, si les manomètres sont munis des mêmes transmetteurs électriques.
- La sécurité est donc singulièrement augmentée par l’emploi de ces appareils; d’ailleurs, les organes de l’indicateur de niveau étant construits avec de fortes dimensions et les mouvements étant toujours faciles à cause de leur amplitude, il n’y a pas à craindre qu’il se dérange ou cesse de bien fonctionner.
- Leur emploi se recommande donc à tous ceux qui possèdent des chaudières à vapeur, et il est particulièrement avantageux quand ces chaudières sont de grande hauteur.
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- LE TEREDO FÜCHSII
- A la suite d’une mission qui lui avait été confiée par l’Académie autrichienne des sciences, mon maître et ami Theodor Fuchs, l’éminent conservateur du Hof-Mineraliencabinet de Vienne, a, dans un important mémoire publié en 1877l, établi que contrairement à l’opinion admise, l’isthme de Suez n’est de formation miocène sur aucun point du tracé du canal maritime ; mais que les dépôts les plus anciens y peuvent se rapporter tout au plus au pliocène récent, et bien plus vraisemblablement au terrain quaternaire ou pléistocène ; — en d’autres termes, que très postérieurement à l’époque miocène, et probablement encore pendant la période quaternaire, l’isthme actuel était remplacé par un détroit mettant en communication directe la Méditerranée et la mer Rouge.
- Fuchs décrit dans ce mémoire plusieurs espèces nouvelles, et qui paraissent éteintes ; une entre autres, qui l’avait fort embarrassé, et sur laquelle je puis auj ourd’hui fournir de nouveaux documents.
- « Je désigne, dit-il, par le nom de Teredinopsis problemati-ca, un fossile que nous avons rencontré en grande abondance dans les sables marins du plateau de Kabret, et qui, malgré toutes les études que j’y ai consacrées et toutes les consultations que j’ai eues avec mes amis les zoologistes, est resté pour moi jusqu’à présent tout aussi énigmatique qu’au moment où M. le capitaine Vassel nous l’a signalé pour la première fois ; de sorte que je ne suis pas en mesure de désigner avec certitude la classe à laquelle appartenait l’animal... »
- 11 y avait là un problème que ma position me permettait et me faisait pour ainsi dire un devoir de chercher à résoudre. Après des investigations longues et infructueuses, je trouvai enfin en 1879, au fond d’une tranchée dans le Sud du campement de Kabret, à 2 mètres de profondeur et autant d’altitude, le fossile mystérieux dans la position
- 1 Die geolagische Beschaffenheit der Laiulenge von Suez. (Denkschriften der k. Academie der Wissenschaften, vol. XXXVIII.)
- même qu’il avait occupée du vivant de l’animal.
- Tout d’abord, je constatai que la station normale des tubes était, la plus grosse extrémité en bas, et non pas en haut, comme nous l’avions cru, Fuchs et moi, d’après les apparences. Je reconnus aussi que l’extrémité étroite du fossile, alors qu’elle n’était pas tronquée, se bifurquait en deux tubes grêles, et ouvrant les tuyaux, je trouvai dans beaucoup d’entre eux les deux valves correspondantes d’une coquille térédiforme, ainsi que ces palettes calcaires qui arment à leur base les siphons des tarets.
- J’avais donc sous les yeux un Teredo !
- J’écrivis à Fuchs, qui voulut bien discuter avec moi les faits observés, dans une correspondance fort intéressante, pour moi du moins, et pour ceux qui seraient admis à lire les lettres de mon savant ami. Un fait nous embarrassa beaucoup. Les tuyaux du fossile étaient, dans un grand nombre de cas, complètement fermés par des cloisons transversales. Nous fîmes, pour trouver la raison de cette anomalie, dés hypothèses nombreuses, et souvent hasardées, qui, naturellement , ne nous satisfirent pas. Heureusement l’observation directe, toute délicate qu’elle fût en raison de l’en-ehevètrement des tubes, vint nous donner l’explication du mystère. Les cloisons trouvées à l’intérieur des tubes dans le fossile de Kabret étaient simplement les opercules antérieurs de tubes parasites plus courts.
- Ce point établi à notre satisfaction, il restait à voir si notre Teredo n’avait pas été décrit. Fuchs voulut bien se charger de cette tâche, et ne trouva, ni en nature ni en dessins ou descriptions, rien qui ressemblât au fossile de Kabret, à l’exception d’un taret décrit par Schrôter1 sous le nom de Massue-d'Hercule, et qui paraît ne plus être connu actuellement.
- J’étudiai la description de Schrôter, et reconnus qu’elle s’applique à un Teredo très voisin du nôtre ; mais il me paraît impossible d’admettre que tous deux appartiennent à une même espèce. En effet :
- 1° Le Teredo Massue-d’Hercule ne vit que dans un fruit flottant, et par conséquent ne saurait former
- 1 Einleitung tn die Conchyhenkentniss nach Linné. Halle, 1784, vol. II, p. 574, et pl. VI, üg. 20.
- Tubes de Teredo Fuchsii. (D’après un échantillon communiqué à la Nature par M. E. Vassel.)
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- que de petits groupes; l’animal de Kabret habite dans le sable, et y forme des bancs étendus ;
- 2° Les dimensions du premier sont inférieures à celles du second, qui paraît être aussi de forme un peu plus allongée ;
- 3° Schrôter ne mentionne qu’une seule ouverture à la partie anale, et ni lui, ni Spengler qu’il cite, ne parlent des petits tubes destinés à protéger les siphons de l’animal. Or Spengler décrit les siphons mêmes, et avait par conséquent sous les yeux des individus complets et bien conservés;
- 4° Les palettes sont, d’après Spengler, en forme de langue ou de lancette, ce qui semble désigner une forme allongée et assez étroite. Or les palettes de notre Teredo sont au contraires courtes et singulièrement élargies.
- Le 8 mars 1880, Fuchs m’informait que nous étions d’accord sur tous les points, et voulait bien, ainsi que je l’en avais prié, accepter la dédicace de l’espèce nouvelle, dont je crois pouvoir proposer la description suivante :
- Teredo Fuchsii, Vas sel, 1880 (Teredinopsis pro-blematica, Fuchs, 1877). — Tubes testacés, en cône très allongé, irréguliers, droits ou flexueux, arrondis, d’épaisseur médiocre, de longueur et de diamètre variables, qui atteignent, celle-là jusqu’à 14 ou 15 centimètres, celui-ci jusqu’à 17 ou 18 millimètres à l’intérieur dans la partie la plus renflée; parfois isolés, et dans ce cas figurant assez bien une massue; mais en général soudés latéralement les uns aux autres par groupes et même par bancs étendus, que limitent en dessus et en dessous des surfaces plus ou moins planes et parallèles. Ces tubes, dans leur position normale, s’enfoncent dans le sol parleur extrémité antérieure et la plus forte, que ferme complètement une calotte hémisphérique convexe en dehors. Test lisse à l’intérieur, généra-ralement mamelonné à l’extérieur, empâtant fréquemment des corps étrangers, grains de sable, cailloux, coquillages, et présentant des plis transverses qui joints aux mamelons, donnent aux tubes un aspect caractéristique d’intestin. Extrémité postérieure et la plus mince légèrement étranglée, et présentant deux ouvertures ovales ou arrondies, séparées par une cloison mince, et sur lesquelles sont soudés deux petits tubes cylindriques divergents, fragiles et comme foliacés, ne dépassant pas dans mes exemplaires une longueur de 11 à 12 millimètres, et mesurant de 1 à 4 millimètres de diamètre intérieur. Beaucoup de tubes sont pénétrés par d’autres; et comme ceux-ci sont fréquemment de longueur moindre que ceux-là, on trouve souvent à l’intérieur, des cloisons transverses complètes, hémisphériques, convexes vers l’avant, en tout semblables à la calotte fermant la partie antérieure, et qui ne sont en effet que les opercules antérieurs d’individus parasites.
- Coquille bivalve, libre dans le tube; équivalve, subéquilatérale; très courte, et largement bâillante au corselet et aux deux extrémités, les deux valves n’étant en contact que par le crochet et la pointe
- du bord palléal, et formant un anneau par leur réunion. Chaque valve est globuleuse à la région dorsale, et se raccourcit brusquement à mi-largeur, des deux côtés, mais surtout à l’avant; de telle sorte que la moitié dorsale est comme munie de deux ailes, l’antérieure arrondie et la postérieure fréquemment anguleuse; que la moitié palléale figure, abstraction faite de sa courbure vers l’intérieur, un triangle isocèle très aigu; et que le labre est réduit à la pointe obtuse formant le sommet de ce triangle. Surface extérieure ornée de stries crénelées, sensiblement parallèles aux sinuosités du bord antérieur ou buccal, d’autant plus effacées qu’elles s’en éloignent davantage, et venant converger à la pointe du bord palléal. Bord antérieur épais, dentelé extérieurement. Crochet s’avançant généralement en pointe au-dessus du cuilleron. Celui-ci a comme longueur moins de la moitié de la largeur de la coquille, du corselet au labre, il est faiblement recourbé, mince, tantôt arrondi, tantôt élargi et aplati vers son extrémité, et se termine en pointe. Empreinte buccale bien marquée, linéaire, et suivant le bord antérieur.
- Beux palettes testacées simples, irrégulières, formées d’une partie large, mince, cordiforme, légèrement concave d’un côté, et renflée de l’autre suivant la ligne médiane; et d’une tige grêle, arrondie, allongée, souvent un peu flexueuse, se raccordant à l’extrémité étroite de la partie précédente en formant la continuation du renflement, et diminuant jusqu’à son extrémité, qui finit en pointe mousse.
- Ce fossile quarternaire existe abondamment dans les sables marins du plateau de Kabret (isthme de Suez), qui sépare le grand et le petit bassin des lacs Amers. Je l’ai trouvé aussi à l’entrée sud du petit bassin, et à Chalouf. Les deux extrémités des tubes manquent généralement, surtout la postérieure.
- L’habitat le plus favorable au Teredo Fuchsii paraît avoir été le sable fin et homogène ; c’est là qu’il s’est développé le plus régulièrement, et qu’il a atteint les plus grandes dimensions. Mais il vivait aussi fréquemment dans le sable grossier mêlé de cailloux plus ou moins gros, et peut-être dans la vase. 11 était d’ailleurs organisé pour percer des matières très résistantes; dans un exemplaire que j'ai eu l’honneur d’offrir à M. le professeur baron de Nordenskjôld, les tubes traversaient des valves de Circe pectinata.
- J’ai trouvé dans le voisinage immédiat du Teredo Fuchsii, au point où il occupait encore sa position primitive, les fossiles suivants :
- Balanus perforatus, Brug. ; — Circe pectinata, Linné (abondant); — Dosinia erythræa, Reeve (abondant) ; — Ætheria semilunata, Lam. ; — Pec-ten Lessepsi isthmicus, Fuchs {P. Lessepsi, P. is-thmicus, Fuchs) ; — Pecten Vasseli, Fuchs (un fragment?); — Ostrea cucullata, Born (0. Forskali, Chemn.) ; — Ecliinus angidosus, Leske.
- Eusèbe Yassel,
- * Capitaine d’armement au Canal de Suez.
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- NÉCROLOGIE
- Éilouard Desor. — M. Édouard Desor est mort à Nice, le 22 février 1882, à l’âge de soixante.pt onze ans. La science et l’alpinisme ont fait en lui une perte regrettable. Né dans la Hesse, en 1811, de parents français d’origine, Desor était venu jeune à Paris, et y avait étudié la géologie sous Élie de Beaumont. 11 se rendit ensuite en Suisse, y fit la connaissance d’Âgassiz, alors professeur à l’Académie de Neuchâtel, et exécuta avec ce dernier, de 1841 à 1844, les fameuses observations sur la marche des glaciers (h YHôtel des Neuchâtelois, sur le glacier de l’Unleraar). Les deux savants firent ensemble, le 28 août 1841, la première ascension de la Jungfrau. En 1847, ils partirent tous les deux pour les États-Unis ; mais, quatre ans plus tard, une querelle, où il ne semble pas que le beau rôle ait été du côté d’Agassiz, amena entre eux une rupture, et Desor revint en Europe en 1852, pour occuper, à Neuchâtel, la chaire de géologie. Son frère, le Dr Desor, qui avait épousé l’héritière d’une des familles de l’aristocratie neuchâteloise, étant mort sans enfants, lui laissa une fortune considérable, dont l’éminent géologue fit le plus noble usage; sa résidence de Combe-Varin, dans la haute vallée des Ponts (Jura ncu-châtelois), a été pendant de longues années le rendez-vous des naturalistes et des philosophes : Cari Yogt, Théodore Parker, Moleschott, Ch. Martins, Gressly, furent au nombre de ses hôtes. Naturalisé Suisse, Desor prit une part considérable aux affaires publiques à partir de 18fi0 : il devint président du Grand-Conseil neuchâtelois, et reçut plusieurs fois le mandat de député au Conseil national suisse. 11 fut aussi l’un des membres fondateurs du Club Alpin suisse, aux travaux duquel il prenait un vif intérêt.
- CHRONIQUE
- Téléphonie à grande distance. — On a réussi récemment à relier par le téléphone, d’une part, Berlin et Hambourg (288 kilomètres de fil) et d’autre part, Venise et Milan (28i kilomètres de fil). Nous ferons connaître aujourd’hui deux nouveaux heureux résultats de téléphonie à grande distance. Le premier s’est signalé sur la ligne de l’Est entre la gare de Paris et celle de Nancy (553 kilomètres de longueur de fil). Pendant une heure consécutive plusieurs ingénieurs ont conversé entre eux d’une gare à l’autre ; c’est un simple fil télégraphique de la ligne qui a servi de communication entre les deux appareils téléphoniques. Le second essai a été fait le 17 mai entre Paris et Bruxelles (344 kilomètres de longueur de fil), dans des conditions particulières, toutes nouvelles et tout à fait étonnantes. Grâce à des perfectionnements apportés au téléphone par M. Van Rysselberghe, directeur du service météorologique de Belgique, inventeur du remarquable météorographe que nous avons décrit, on a pu rendre la communication téléphonique à travers un fil, indifférente à l’influence des courants électriques passant dans les fils voisins. D’autre part, M. Van Bysse berghe est arrivé à ce résultat prodigieux de pouvoir faire fonctionner en même temps et sur un même fil, un appareil téléphonique et un appareil télégraphique. Pendant l’expérience, exécutée le 17 mai, on a transmis une dépêche au directeur-ingénieur des télégraphes à Paris, par le télégraphe Morse, et en même temps par le même fil, le téléphone transmettait un message oral, qui était entendu à
- Paris pendant que fonctionnait le récepteur de l’appareil Morse. Il est inutile d’insister sur l’importance considérable de ce nouveau résultat pratique, qui fait voir encore une fois quelques ressources on peut attendre de la grande invention de M. Graham Bell.
- Aurore boréale aux États-Unis. — Ce phénomène remarquable a été observé sur une immense étendue du territoire des États-Unis du 16 au 23 avril 1882. « La coloration du ciel passait par les nuances les plus diverses : jaune, violet, bleu, rouge srng, blanc argenté. A New-York, dans la soirée, on apercevait à l’horizon, du côté du Nord, un arc-en-ciel de couleur verte. Plus tard, de longues traînées roses, à l’Est, 'a l’Ouest et au Nord, sont venues former une couronne autour de l’étoile Àrcturus, qui scintillait d’une façon extraordinaire. Parfois de grands espaces du ciel, d’obscurs qu’ils étaient, devenaient subitement lumineux, faisant pâlir les étoiles ; et l’aire lumineuse, s’avançant en vacillant, allait se fondre dans la couronne, près du zénith. Après minuit, la lumière avait l’éclat des éclairs ; toutes les étoiles, excepté Arcturus, avaient cessé d’être visibles. Le spectacle était splendide, chaque nuit, il variait. Tantôt apparaissaient comme des vagues lumineuses, tantôt le ciel se couvrait par places comme par des rideaux. Çà et là éclataient comme des feux d’artifice. Les étoiles paraissaient et disparaissaient, comme chassées par le vent. Pendant toute la durée de ce phénomène, il s’est produit de grandes perturbations atmosphériques et électriques. Le télégraphe marchait sans batteries; d’autres fois on a éprouvé une sensation d’oppression, comme celle que causent quelquefois les tremblements de terre. Quel rapport y a-t-il entre l’aurore boréale et les perturbations atmosphériques? C’est ce que je ne saurais dire. Toujours est-il que, du 14 au 22 avril, on a signalé plusieurs ouragans d'une violence extrême, et des cyclones qui ont détruit plusieurs villages et causé la mort d’un certain nombre de personnes. A Monticello (État du Mississipi), il n’est resté debout que trois maisons en dehors du village. Sur cent cinquante habitants, il y a eu quinze personnes tuées, trente grièvement blessées et quelques-unes seulement n’ont pas été atteintes. Le passage de la trombe occupait une largeur de près de 1 kilomètre. » (Revue britannique.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 juin 1882.
- Nos lecteurs savent que la mort de M. Decaisne a laissé une place vacante dans la Section d’économie rurale. C’est aujourd’hui qu’il faut discuter les titres des nombreux candidats au fauteuil vide, et comme la discussion ne peut se faire qu’en comité secret, la séance est fortement écourtée. A quatre heures, l’Académie reste seule avec elle-même et met les étrangers à la porte : notre article sera donc très court.
- Le Puceron de la vigne. — H ne s’agit pas du phylloxéra, mais d’un autre puceron observé il y a cent cinquante ans sur les vignes françaises, et recherché depuis lors à maintes reprises, sans succès. M. Lichtenstein, à qui rien n’échappe, vient de remettre la main dessus ; — mais, chose curieuse, c’est sur un cep américain que la redécouverte a été faite.
- Un nouveau bain. — Le nouveau bain que recommande M. Troost est destiné à fournir aux physiciens et
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- LÀ NATURE.
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- aux chimistes une température 'constante aux environs du rouge naissant. Il comble par conséquent la distance qui sépare le bain de cadmium fondu, du bain de soufre, et consiste dans le sélénium amené à l’état de fusion. La température de l’ébullition de ce métalloïde est égale à 665 degrés. 11 n’y a pas longtemps que le luxe d’un pareil bain est accessible aux expérimentateurs : le sélénium était une rareté jusqu’à l’époque où l’on a employé à la fabrication industrielle de l’acide sulfurique les pyrites sélénifères. Aujourd’hui on a de ce corps des quantités illimitées.
- La mission du cap Horn. — M. Alph. Milne Edwards lit des instructions zoologiques destinées aux membres de la Commission du cap Horn. L’Académie décide que ce travail sera communiqué aux ministres de la Marine et de l’Instruction publique.
- Chimie. — L’oxychlorure de zinc occupe M. André.
- — M. Béchamp adresse à l’occasion du dernier mémoire do M. P. Bert, des observations sur la décomposition de l’eau oxygénée par les matières organiques. — D'après M. Col-son, quand on fait réagir le silicium sur le sulfure de carbone, il se fait du sulfure de silicium et un composé qui renferme à la fois du soufre, du silicium et du carbone. —
- La méthode calorimétrique a permis à M. Berthe-lot de constater que lors de leur fusion ignée, certains sels contractent des combinaisons éphémères que détruit le fait seul de la solidification par refroidissement.
- Physique. — Une nouvelle méthode propre à la détermination de l’obin est décrite par M. Joubert.
- — M. Crova (de Montpellier) a imaginé un hygromètre à condensation. — On présente une note de M. Raoult sur la loi de congélation des solutions aqueuses des matières organiques et la description d’un calorimètre dù à M. Yiolle.
- Varia. — Mentionnons enfin le troisième volume de VHistoire des Égyptiens, présenté par M. de Lesseps au nom de M. Marius Fontanes ; et une Note de M. Boussinesq sur la mécanique, analysée par M. de Saint-Venant.
- . . Stanislas Meunier.
- ILLUSION D’OPTIQUE
- LES BAGUES MAGIQUES
- Les bagues que nous reproduisons ci-dessus par une gravure laite d'après une photographie au double de grandeur, sont formées de tresses métalliques dont chaque tors est alternativement jaune
- d’or et blanc d’argent. Ces bagues ont partout même diamètre, les tresses métalliques qui les forment ont partout la même épaisseur et sont parallèles entre elles. Or, quand on regarde sur le côté une de ces bagues, elle donne lieu à l’illusion suivante : les tresses métalliques paraissent se rapprocher vers le bas, et la bague paraît beaucoup plus mince dans le bas que dans le haut; quand on fait tourner la bague autour de son doigt, l’apparence du rétrécissement se produit toujours au même point. La bague figurée à gauche de notre gravure, rend à peu près compte de l’illusion, mais avec l’objet réel, cette illusion est bien plus frappante. Dans la bague à trois tresses représentée au milieu de la gravure, la tresse du milieu paraît inclinée très sensiblement, mais la gravure a fait disparaître l’illusion qui existe sur l’objet réel. La bague dessinée à droite de la ligure a pour but de montrer la disposition des tresses.
- L’illusion que nous signalons est curieuse, et rentre dans la classe de celles que nous avons décrites sous le titre les Illusions de X estimation oculaire 1 ; nous avons cité, avec dessin à l’appui, l’exemple de lignes parallèles qui paraissent convergentes ou divergentes quand on y trace des lignes obliques et rapprochées. Dans le cas des hagues magiques le phénomène est assurément complété par la réflexion de la lumière sur les maillons arrondis des tresses métalliques. Le point brillant de la lumière réfléchie se produit sur les bords extérieurs de la bague dans sa partie supérieure, et vers son milieu, à sa partie inférieure. La bague figurée à gauche de la gravure donne assez exactement idée de ce fait.
- Il est probable que d’autres objets pourraient faciliter l’étude de ce genre d’illusion. Des nattes de soie de diverses couleurs, roulées autour d’un cerceau, etc., reproduiraient peut-être le phénomène ; nous laisserons à ceux de nos lecteurs que la question intéresse, le soin d’essayer ces expériences,
- G. T. /
- 1 Yoy. n° 149 du 8 avril 1876, p. 290.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, D, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 472. - 17 JUIN 1 882.
- LA NATURE.
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- LES LOCOMOTIVES A AIR COMPRIMÉ
- SÜR LES CHEMINS DE FER AÉRIENS DE NEW-YORK
- Nous avons précédemment donné quelques détails relatifs aux chemins de fer métropolitains de New-York qui traversent la ville sur des viaducs installés au milieu des principales avenues1. Une disposition analogue a été adoptée dernièrement à Berlin; le métropolitain de cette ville, qui est réuni à toutes les grandes gares et reçoit même les trains venant de l’extérieur, est établi sur un viaduc en maçonnerie au lieu de poutres métalliques. L’emploi des voûtes en maçonnerie était beaucoup plus dispendieux, j il estjrai, mais il présentait
- d’autre part cet avantage d’amortir le bruit et les vibrations inévitables sur une construction métallique. C’est là, parait-il, un des inconvénients les plus sensibles des chemins de New-York, et on aflirme même que le voisinage des voies a entraîné une certaine dépréciation des maisons bâties sur les rues qu’elles parcourent.
- Outre le bruit, le dégagement de la vapeur et la fumée des locomotives offrent aussi des inconvénients très sensibles, et on essaye même actuellement de supprimer ces machines pour les remplacer par un moteur différent. On est revenu, à cet effet, aux locomotives à air comprimé du type Robert Hardie qui avaient été essayées d’ailleurs en 1879, mais qui avaient été ensuite abandonnées. Ces machines d’une disposition analogue à celle de Mé-
- Locoiuotive à air comprimé. — Chemins de fer aériens de New-York.
- karski, sont donc actuellement encore à l'étude; elles donnent cependant des résultats très satisfaisants sur les chemins de New-York, aussi nous avons cru intéressant de les signaler ici en raison de l’actualité si pressante à Paris de celte question des chemins métropolitains.
- La machine employée, représentée dans la figure, comprend quatre grands réservoirs en tôle posés parallèlement à la voie et qui sont remplis, au départ, d’air comprimé à une pression de 42 kilogrammes par centimètre carré. En sortant de ces réservoirs, l’air est dirigé dans une chaudière verticale à l’avant de la cabine du mécanicien, il s’y échauffe jusqu’à 90 degrés environ en traversant un bain d’eau bouillante, et il se charge en même temps d’une forte proportion d’humidité. Il se rend
- 1 Voy. n°* du 5 août 1878 et du 15 janvier 1881.
- 10* année. — 2* semestre
- ensuite aux cylindres en traversant une valve d’étranglement faisant fonction de régulateur et une valve réductrice destinée à maintenir la pression de travail uniforme pendant la marche, et il arrive ainsi dans les cylindres avec une pression de 8 à 9 atmosphères seulement. .
- On retrouve là, comme on le voit, les traits principaux des machines Mékarski; la particularité la plus intéressante à signaler ici consiste surtout dans l’emploi de la chaudière qui doit réchauffer l’air afin de prévenir le refroidissement résultant de la détente et qui le sature en même temps d’humidité. On a réellement ainsi en quelque sorte dans les cylindres un mélange d’air et de vapeur. La distribution s’opère d’ailleurs dans les mêmes conditions que pour une machine ordinaire, le constructeur a conservé la disposition connue de la détente Meyer avec tiroirs indépendants. l/un de
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- LA NATURE.
- ces tiroirs possède, comme on sait, une course constante, tandis que l’autre, destiné à régler la détente, est formé de deux plateaux obturant plus ou moins les lumières d’admission et qui font écrou sur une tige filetée dont la rotation est commandée à volonté par le mécanicien.
- Les cylindres moteurs servent en même temps de frein à la descente, suivant une disposition appliquée également, comme on sait, par M. Riggenbaeh, par exemple, sur ses locomotives à crémaillère. Dans ce cas, le tiroir est immobilisé à sa position moyenne, et obture les lumières, les cylindres aspirent l’air de l’atmosphère et le refoulent par des soupapes spéciales, imitant celles d’une pompe à air, dans des réservoirs disposés à cet effet sur la locomotive elle-même. On voit qu’on utilise ainsi complètement le travail résistant développé par la machine à la descente, et on peut même, en fermant le robinet d’aspiration dans l’atmosphère, établir la communication des cylindres avec les sacs des freins à vide, disposés sous la voiture, et s’en servir ainsi pour assurer le serrage des freins.
- Les réservoirs, au nombre de quatre, ont 91 centimètres de diamètre, ils sont en tôle d’acier pouvant résister à une tension de 52 kilogrammes par millimètre carré. Us sont essayés à une pression de 56 kilogrammes par centimètre carré, la pression de l’air étant de 42 kilogrammes, comme nous l’avons dit plus haut. Les rivures longitudinales des viroles sont disposées en hélice.
- La contenance totale de ces réservoirs est de 13 mètres cubes, ils sont disposés aussi bas que possible sur le châssis de la machine pour abaisser le centre de gravité et ne pas gêner, d’autre part, la vue du mécanicien.
- Ils sont chargés au départ au moyen d’un compresseur spécial absorbant une force de 100 chevaux; cette opération exige une heure environ.
- Le diamètre des roues est de lm,07, et le poids de la locomotive est de 20 tonnes environ.
- D’après les renseignements fournis par YAme-rican Machinât et la Revue Générale des chemins de fer, cette machine a pu remorquer en trente-sept minutes et demie un train de trois voitures, sur une longueur de 15kil* ,4 pour laquelle le temps accordé par l’itinéraire était de quarante minutes, la pression d’air s’est abaissée de 42 kilogrammes jusqu’à 10kg,8, d’ailleurs une pression de lkg,75 serait suffisante pour la mettre seule en marche.
- L. Raclé.
- BIBLIOGRAPHIE
- Rôle des vers de terre dans la formation de la terre Végétale, par Ch. Darwin, traduit de l’anglais par M. Le-vêque, préface de M. Edmond Perrier, avec 15 gravures dans le texte. 1 vol. in-8°. Paris, C. lleinwald, 1882.
- Traité pratique du métayage, par le comte de Tourron-
- net, 1 vol. in-18. Paris, librairie agricole de la Maison Rustique.
- Nouveau manuel complet du maçon, du stucateur, du carreleur et du paveur, par Toussaint, Magnier et Picat, nouvelle édition entièrement refondue, par A. Romain, 1 vol. orné de figures et accompagné de 6 planches. Paris, librairie encyclopédique Roret, 1882.
- La Photographie, par Gaston Tissandier, 5e édition revue et augmentée, 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles, illustré de 79 vignettes sur bois et d’une planche tirée à la presse photoglyptique. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Rapport présenté au Ministre des travaux publics au nom de la Commission d'étude, des moyens propres à prévenir les explosions de grisou. Lettre de M. Duubrée au Ministre des Travaux publics, et Rapport de MM. Mallard et Le Chatelier, 1 broch. in-8°. Paris, imprimerie du Journal officiel, 1882.
- J. A. Berlv’s. British and Continental Eledrical Direc-tory and adverliser « The Eledrician's Vade mecurn ». Containing a complété record of ail the industries di-rectly or indireclly Connected with Electricily and Ma-gnetism and the names and addresscs of manufac-turers, etc. London, published by. J. A. Berly, 16, New-Bridge Street, EC.
- Thèses présentées à la Faculté des Sciences de Paris pour obtenir le grade de docteur ès sciences naturelles, par M. Albert Vaïssière. Recherches sur l'organisation des larves des Éphêmérines. 1 vol. in-8* avec planches. Paris, G. Masson, 1882. *
- De l'organisation départementale de la médecine publique, par le Dr Gustave Drouineau., 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1882.
- Organisation de la médecine publique en France. Création d'une direction de la santé publique, par A. J. Martin, 1 broch. in-8*. Paris, G. Masson, 1882.
- La Jeune Revue scientifique et littéraire, journal de vulgarisation et d'éducation, paraissant tous les samedis. Directeur scientifique : M. E. Boudréaux. Directeur littéraire : M. de laHautière. Administrateur-gérant :M. Geor-c,es Chamerot. — Paris, Georges Chamerot, éditeur.
- Nous ayons reçu les six premiers numéros de cette nouvelle publication hebdomadaire, qui répond pleinement à son titre ; la rédaction en est jeune, attrayante, instructive et pleine d’ardeur pour l’enseignement des choses utiles. Nous souhaitons succès et prospérité à la Jeune Revue.
- LA CORRESPONDANCE DE DARWIN
- On nous prie de faire savoir à nos lecteurs que M. Francis Darwin s’occupe de réunir les lettres de son père pour servir de matériaux à une biographie complète de l’illustre naturaliste. M. Francis Darwin sera reconnaissant aux personnes qui possèdent des lettres de feu Charles Darwin de les lui communiquer. Ces lettres ne seraient publiées qu’avec le consentement de leurs propriétaires. Prière d’adresser les envois à M. F. Darwin, Down Bcc-kenham, England.
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- LA N AT U II K.
- LA . MER INTÉRIEURE D’ALGÉRIE
- (Suite et fin. — Voy. p. 22.)
- Los recherches de M. Roudaire n’ont pas porté exclusivement sur l’exploration géodésique des chotts; ayant toujours en vue la réalisation pratique du canal de jonction entre le golfe et les dépressions salifères, le savant voyageur a exécuté des sondages sur lesquels il a pu établir un devis des travaux futurs et un mode d’établissement rapide. Nous n’avons rien dit jusqu’ici de la constitution même de ces landes étranges, qu un petit nombre de voyageurs avaient abordées avant M. Roudaire. Il ne s’agit plus là en effet de creuser un canal dans un désert sableux comme à Suez, dans une plaine marécageuse ou dans des montagnes calcaires comme à Panama et à Corinthe ; les chotts tunisiens nous montrent à l’extérieur une surface mouvante, au-dessous de laquelle est un inconnu plus ou moins rassurant. Cette surface, cette croûte salifèrc est sujette à des oscillations d’une amplitude assez considérable pour que, à des distances de 300 à 400 mètres, une mire disparaisse entièrement du champ de l’instrument ; le terrain est donc loin d’être d’une solidité parfaite. Les Arabes eux-mêmes ne s’y aventurent qu’avec précautions, et racontent aux voyageurs mille histoires lugubres sur l’ensevelissement de caravanes entières, assez téméraires pour abandonner le mince ruban qui forme la route de traverse de la sebkha. C est ainsi qu’un écrivain arabe du onzième siècle, Moula-Ahmed, rapporte qu’un convoi de mille chameaux fut englouti, le premier de la lile s’étant écarté du chemin et le reste ayant suivi dans le précipice : « C’est un lieu étrange que cette sebkha — dit Moula-Ahmed, — la nuit n’y a pas d’étoiles, elles se cachent derrière la montagne. Le vent souffle à rendre sourd, de tous les côtés à la fois ; afin de faire sortir le voyageur de son chemin, il lui jette le sable à la figure, et on ne peut ouvrir les yeux qu’en prenant de grandes précautions. » Ces récits ne semblent pas exagérés; M. Roudaire rapporte que, au cours de ses missions, il enfonçait souvent jusqu au genou dans le sable salé. Ayant jeté des sondes dans plusieurs de ces trous que les indigènes appellent « œils de la mer », il ne put parvenir à trouver un lond stable à une grande profondeur. Un cavalier s’étant englouti avec sa monture dans un des gouffres de la sebkha, ses camarades lièrent les unes aux autres vingt baguettes de leurs longs fusils, et ne parvinrent pas à retrouver les traces du malheureux qui avait été enseveli.
- Plus sérieux que les renseignements des indigènes, les sondages de M. Roudaire, effectués sur toute la largeur de la sebkha, ont montré quelle était composée pour la plus grande partie, au-dessous de la croûte solide, de sables et de marnes parfois lluidcs, en tous cas très maniables, dans lesquelles l’eau salée entre souvent pour les deux tiers du volume.
- Primitivement, M. Roudaire avait pensé que la croûte superficielle était soutenue par des cloisons intérieures renfermant entre elles des masses semi-liquides, qu’il eût été facile d’expulser de la sebkha en les faisant déverser dans les parties inondables. On eût ainsi drainé les sebkhas situées à des altitudes supérieures et il en serait résulté des parties nouvelles inondables à leur tour. Quoi qu’il en soit de la profondeur de la partie fluide, un drainage préparatoire asséchera suffisamment la sebkha pour que le creusement d’un canal s’effectue dans un terrain consistant. Quant au seuil même de Gabès, qui sépare le golfe du chott, sur une largeur de 17 kilomètres, il ne présente qu’en un seul point, sous l’altitude maxima de 46 mètres, un banc de calcaire, à la profondeur de 30 mètres; le reste du passage est en terrain tendre. Les 143 kilomètres du canal de jonction du golfe de Gabès aux chotts n’exigeraient donc qu’un travail parfaitement exécutable, et M. Roudaire nous donne sur la marche qu’il pense suivre, des détails précis.
- Le passage du seuil même de Gabès jusqu’aux sebkhas tunisiennes n’a rien qui puisse nous effrayer : sables, argiles ou roches seraient enlevés par les méthodes que nous avons vues en activité sur les chantiers de 1 isthme de Suez ; on donnerait immédiatement au canal les dimensions voulues. Il n’en serait pas de même pour les autres sections, où M. Roudaire songe à utiliser, pour l’élargissement du canal, les énormes masses d’eau qui devront être introduites dans le chott inondable. La tranchée initiale serait creusée avec 1 mètre seulement de largeur au plafond, 2 mètres au-dessous de la marée basse au golfe, avec talus à 45 degrés et une pente de 3 centimètres par kilomètre. A marée basse, la tranchée aurait ainsi 5 mètres de largeur à la ligne d’eau, et 9 mètres à marée haute. Le reste du travail d enlèvement des terres se ferait par les eaux elles-mêmes, comme cela s’est effectué pour la rectification du lit de la Meuse à la pointe de llock von Holland, où en deux années, le travail des eaux porta de 120 à 200 mètres la largeur, et de 3 à 10 mètres la profondeur du lit primitif, sur 5 kilomètres de longueur. Nous ne nous étendrons du reste pas davantage sur le mode d’exécution, qui serait installé sur des bases appropriées lors de la réalisation du projet. Contentons-nous de signaler le cube de déblais qu’il faudra enlever, 55 millions de mètres cubes, du golfe méditerranéen au chott inondable de Rharsa — et la dépense évaluée par M. Roudaire à 75 millions.
- Ici se termine la description de l’œuvre de la mer intérieure d’Algérie, comprenant le percement du canal de Gabès à travers les chotts tunisiens. Avant de quitter cette partie de notre étude, rappelons-nous qu’il n’y a là aucune reconstitution de mer disparue à des époques historiques, mais l’établissement d’une mer nouvelle, dont nous allons essayer de faire ressortir le but.
- Les avantages préconisés par M. Roudaire en
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- faveur de l’établissement de la mer intérieure peuvent se résumer ainsi : — 1° amélioration profonde du climat de l’Algérie et de la Tunisie. Les vapeurs enlevées à la nouvelle mer formeront des nuages qui, poussés par les vents du Sud si désastreux pour l’agriculture, iront se résoudre en pluie sur l’Algérie et accroîtront sa richesse agricole dans une notable proportion. De vastes espaces, non seulement absolument stériles, mais encore marécageux et insalubres, seront recouverts par une couche profonde d'eaux vives, et par conséquent assainis; — 2° ouverture d’une nouvelle voie commerciale pour les régions situées au sud de l’Aurès et de l’Atlas, et pour les caravanes du centre de l’Afrique; — 5° sécurité complète pour l’Algérie, nos troupes pouvant débarquer au sud de Biskra. La première de ces questions, qui est capitale, puisqu’elle ne tend à rien moins
- qu’à modifier le climat de la région voisine deschotls, et rendre à la fertilité un terrain entièrement inculte, à l’exception de rares oasis, a soulevé lès plus vives controverses.
- En passant sur le lit de la mer intérieure, dit M. Roudaire, les vents du Sud-Ouest, qui sont les vents dominants, se chargeront de vapeur d’eau dont une partie se résoudra en pluie sur les flancs de l’Aurès. A l’appui de sa thèse, M. Roudaire invoque l’exemple du canal de Suez, dont l’établissement a suffi pour amener un changement réel dans la région de l’isthme qu’il parcourt. Les pluies y ont augmenté dans une notable proportion ; d’exceptionnelles qu’elles étaient, elles sont devenues régulières. L’influence d’une surface maritime de plus de 8000 kilomètres carrés serait autrement remarquable que celle d’un simple canal ; la régularité et
- Vue prise en mer. Le 3 Juin 187*t à 3 heures du soir.au moment du débarquement
- Chaîne bordant laSebkhaau Nord
- Palmiers Chaîne bordant la
- Oasis d'Oudref Sebkha au Sud- Ouverture de laSebkhaFaraoun
- Montagne lointaine B ou- Hedma
- Vue prise le 3 Juin 187^ à 6 heures du soir, à ta hauteur de la cote 70 •
- A Chaîne bordant la Sebkha au Nord
- Ouverture de taSebkhaFaraoun
- Oans le lointain. Montagne ! de Bou-Hedma
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- Vue prise, le % Juin 187k- à midi, d'un point culminant, avant la descente dans la Sebkha.
- HangetAmor HancretAïcba
- Ouverture delaSebkba Faraoun Chaîne bordant laSebkba au Nord Zebsis ® KefZaue»
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- Fig. 1. — Vues panoi-amiqiuîs, dressées par M. Ed. Fuclis, lors de son voyage d'exploration des cliotts.
- l’abondance des pluies auraient pour résultat le changement en plaines fertiles du désert qui entoure les cliotts.
- A cela, MM. Ch. Martins et Ed. Desor opposent une théorie absolument contraire. « Quoique les lois des mouvements atmosphériques soient encore peu connues, écrivent les savants naturalistes, cependant on entrevoit déjà que l’Atlantique est le grand réservoir d’où s’élèvent les vapeurs qui se résolvent en pluies au-dessus du continent européen. Nous croyons qu’il en est de même pour le nord de l’Afrique. Quand on déploie une mappemonde, on voit que la Méditerranée n’est qu’un golfe relativement bien peu étendu de l’Océan Atlantique, et l’addition de 13 000 kilomètres carrés (aujourd’hui 8050) n’ajoutera rien à son influence climatérique. » MM. Mar tins et Desor ont observé, dans un séjour qu’ils firent au désert, que les tiges des arbrisseaux du Souf étaient toutes inclinées vers le Sud-Est, ce qui ferait croire à la prédominance des vents du Nord.
- Les alentours des mers intérieures, telles que la Caspienne, le lac Aral, par exemple, sont des steppes célèbres par leur sécheresse.
- Nous ne voulons pas entrer dans la série d’objections qui ont été élevées contre le projet de M. Roudaire, ni reproduire les brillantes répliques auxquelles elles ont donné lieu. Qu’il nous suffise de dire que partisans ou opposants s’appellent F. de Lesseps, général Favé, Yiîlarceau, Edmond Fuchs, Ch. Martins, Ed. Desor, G. Duveyrier, Gosson, Naudin, etc... Un projet qui soulève des discussions entre des hommes d’une telle compétence affirme la grandeur de la place qu’il occupe dans les conceptions humaines. Dernièrement encore, le Président du Conseil des ministres, M. de Freycinet, après en avoir conféré avec MM. de Lesseps et Roudaire, soumettait le projet aux membres du Cabinet, qui décidait la nomination d’une Commission de quarante-cinq membres, composée des représentants des divers ministères intéressés et de membres des corps savants,
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- chargée de l’examen du projet de mer intérieure. Cette Commission vient de décider déjà que l’on ferait procéder à de nouvelles études sur l’évaporation des lacs Amers de l’isthme de Suez, pour en déduire le régime que suivrait de son côté la mer des chotts.
- Nous avons examiné brièvement, sur ses faces principales, le projet d’établissement de la mer intérieure africaine. 11 nous reste encore une seule question à traiter, celle de la formation réelle de ces chotts, que la légende antique rattachait à la Méditerranée d’une façon assez certaine pour y faire flotter le navire des Argonautes. l)e l’examen de ces dépressions, M. Edmond Fuchs a déduit une ingénieuse théorie de leur mode de développement et de leur retrait progressif. Rappelons tout d’abord
- que nous avons absolument condamné l’idée de séparation du golfe aux époques historiques, soit à la suite d’un soulèvement du sol, soit par l’ensablement d’un chenal de communication. L’isthme ne présente aucune trace de chenal. 11 est constitué par un groupe de collines d’assises gréseuses et calcaires, et formant un barrage rocheux solide, remontant à lepoquc éocène. Quant au soulèvement qui a pu se produire dans les temps modernes, son importance peut être évaluée au moyen des restes coquilliersqui couvrent la plage jusqu’à une hauteur d’une quinzaine de mètres, en épousant toutes les sinuosités de la côte. Cette amplitude de 15 mètres n’expliquerait pas la séparation des chotts par un phénomène géologique aux époques modernes, l'isthme ayant une altitude de 47 mètres au-dessus de la mer.
- TERRES DE PA RCOURS DES HAMM EMA
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- Mer Intérieure projetée Kilomètres.
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- basse ^ CHOTT RHARSé
- Fig. 2. — Carte de la nier intérieure et profil de la région des chotts. (La surface inondable est marquée en hachures horizontales.)
- Si maintenant, on examine le fond des sebkhas, aussi bien celles qui sont voisines de Gabès que les sebkhas situées à des altitudes différentes, celle de Kairouan, qui est à 35 ou 40 mètres, et d’autres situées à 75 mètres, on reconnaît qu’il est occupé par un sable rouge quartzeux, imprégné de sulfate et d’un peu de carbonate de chaux, évidemment empruntés aux collines encaissantes. 11 est recouvert d’efllorcscences salines formées d’un mélange, en proportions variables, de sulfate de soude et de chlorure de sodium qui, dans les parties basses, acquièrent assez d’importance pour former de véritables croûtes de sel. D’un autre côté, les chotts algériens et les sebkhas tunisiennes sont situés les uns et les autres dans une région dont la surface est constituée par le terrain pliocène, essentiellement composé lui-même de sables imprégnés de gypse et de sel. Dans une pareille région, tous les bas-fonds deviennent des réservoirs où s’accumulent les sub-
- stances salines entraînées par les eaux courantes. Les sebkhas sont donc des lacs dont la salure doit être attribuée à la constitution même des terrains encaissants, et dont le remplissage s’est effectué vers la fin de la période pliocène. Cette période était particulièrement propice à un pareil remplissage, puisqu’elle a coïncidé avec le grand développement des glaciers dans l’Europe centrale, et a été par suite pour le bassin méditerranéen une période d’humidité exceptionnelle, révélée par l’importance même des lits des divers cours d’eau aujourd’hui desséchés qui se montrent, soit sur le versant méditerranéen, soit sur le versant des chotts. On peut donc se figurer, pendant la fin de la période pliocène, le Sahel tunisien, la région des chotts sahariens et le prolongement de cette zone jusqu’au Maroc, comme recouverts par une série de lacs salés dont quelques-uns pouvaient même, comme les chotts sahariens, déverser le trop-plein de leurs eaux dans
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- la Méditerranée. Cet état de choses a été interrompu par la période diluvienne, qui a inauguré une phase de dessèchement dont le terme n’est peut-être pas encore arrivé A
- La géologie nous donne ici la véritable origine des chotts comme la géodésie nous a révélé leur relief extérieur. La salure des dépressions n’est pas due à l’évaporation d’un lac communiquant jadis avec la mer, mais au lavage des terrains salifèresqui les encaissent. Non seulement les chotts n’ont jamais été en communication avec la mer aux époques historiques, mais leur origine n’est même pas marine. Ainsi se trouve complètement élucidée la question si controversée de la mer intérieure d’Afrique, faussée dès le principe par la légende, remise dans son vrai chemin par l’observation scientifique. Le problème du creusement du canal des chotts tunisiens et du remplissage des dépressions est donc posé d’une façon nette, et nous ne doutons pas que les travaux préparatoires, qui ont suivi la réunion de la Commission gouvernementale, ne placent le projet grandiose du commandant Roudaire au rang des conceptions les plus intéressâmes de notre époque.
- Maxime Hélène.
- P. S. — Un projet analogue à celui du commandant Roudaire a été proposé dernièrement en Amérique, par M. le général Fromont, gouverneur de l’Arizona. Il s’agirait d’établir une communication entre le golfe de Californie et le désert du Colorado, au sud de la Californie. Là se trouve une dépression qui va jusqu’à 100 mètres au-dessous du niveau de la mer ; la partie inondable aurait une longueur de 150 kilomètres et une largeur de 60 kilomètres, soit une surface de 9000 kilomètres carrés, supérieure, comme on le voit, de 1000 kilomètres à celle de la mer africaine. M. II.
- LE SYLLABAIRE « YEI »!
- L’alphabet vei est, à proprement parler, un syllabaire rappelant notre syllabaire ba, be, bi, bo, bu. On sait que ce n’est pas le seul exemple d’alphabet syllabique, mais tandis que l’on considère les autres syllabaires comme une forme perfectionnée de l’écriture symbolique, forme par laquelle chaque écriture a dû passer, dit-on, avant d’arriver à l’alphabet, nous voyons ici l’écriture syllabique constituée de prime saut, et, pour le dire en passant, de pareils exemples doivent se retrouver dans l’histoire du langage, chez les anciens, aussi bien que chez les modernes. Ce n’est pas le lieu de traiter cette question. Restons-en au Vei.
- Le tableau ci-contre, de la page 59, donne les
- 1 Edmond Fuclis. —Note sur l'isthme de Gabès et l’extrémité orientale de la dépression saharienne.
- * Suite et (in. Yoy. n° 466 du 6 mai 1882, p. 567.
- formes les plus usitées de ce syllabaire. Peut-être y en a-t-il d’autres; mais celles-ci suffisent aux besoins.
- La singularité de cet alphabet ne réside pas tant dans la forme de ses lettres que dans son histoire. On pourrait n’y pas croire, si plusieurs témoins n’avaient constaté la réalité du fait.
- Koelle n’est pas le premier qui en ait parlé. Lui-mème avoue avoir été devancé par E. Norris, esq., qui, dans une brochure intitulée Despatch commu-nicating the discovery of a native written charac-ters, etc., by Lieut. F L. Forbes R. N., reconnaît l’absence de déclinaison dans les noms de cette langue, ainsi que l’usage de certaines particules terminales du verbe et quelques singularités dans l’usage des pronoms.
- C'est au milieu du mois de janvier 1849 que le lieutenant Forbes, commandant la Bonetta, vint mouiller dans le voisinage de Sierra-Leone pour s’informer des missionnaires de la localité si quelqu’un d’entre eux avait connaissance d’une écriture inventée par un indigène d’une localité peu éloignée, dans le voisinage du cap Mount. Comme on n’avait jamais trouvé trace d’une écriture originale chez les nègres, le fait parut étrange et le'comité local jugea la chose assez importante pour confier à Koelle la mission d’aller le vérifier sur les lieux mêmes. Il partit le 27 janvier de cette même année 1849 et arriva à Sandbeach, près le cap Mount ou Monte, le 1er février. Le navire, qui était frété pour Liberia, le déposa sur la côte et partit pour continuer sa route.
- C’est dix ans après que je voyais James Curtis écrire son journal en Vei et ce témoignage est le plus démonstratif de tous, du succès de la tentative de l’inventeur nègre.
- Le courageux missionnaire eut toutes les peines du monde à gagner l’intérieur du pays, où des guerres souvent renouvelées, mais terminées promptement, l’arrêtèrent à diverses reprises. Enfin il arriva à Randakoro, où résidait, disait-on, Iloalu Rukere, l’inventeur, encore vivant, de l’écriture en question. Au débouché d’une forêt marécageuse, il rencontra inopinément une hutte, d’où sortirent deux nègres, dont l’un était Rukere lui-même.
- La réception fut cordiale ; Koelle n’eut pas de peine à se mettre au courant de la langue et du syllabaire; et,- entre temps, Doalu lui conta son histoire.
- 11 avait quarante ans à cette époque. L’invention était déjà vieille de quinze ans. L’idée lui en était venue, disait-il, au cours d’un songe, dans lequel lui était apparu un homme de. liante taille, aux traits européens et vêtu d’une longue robe (Doalu avait été élevé par des missionnaires) ; et le dialogue suivant s’établit entre eux :
- « Je suis envoyé vers toi, dit l’homme blanc, par d’autres hommes blancs comme moi.
- « —Pourquoi t’ont-ils envoyé vers moi, demanda Doalu?
- « — Je t’apporte un livre.
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- LA NATÜRE.
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- « — Fort bien; mais de quelle nature est ce livre?
- « — Je suis envoyé pour t’apporter ce livre, afin que tu le communiques à tes compatriotes. Mais,
- ajouta le vieillard, je dois te dire que ni toi, ni aucun de ceux qui auront connaissance de ce livre n’auront permission de manger de la viande de chien ou de singe, ni d’aucune chair d’animaux
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- Spécimens des principaux caractères du syllabaire vei.
- morts qui n’auraient pas été d’abord égorgés ; ni de toucher au livre les jours où vous aurez touché au fruit du to-tree (espèce de poivrier). »
- Là-dessus le vieillard montra son livre à Doalu et lui enseigna à écrire tous les mots vei, comme
- étaient écrits ceux du livre. « Vois-tu ce signe, lui dit-il, en traçant avec son doigt une figure sur le sable; il signifie i, et celui-ci signifie na. Lis maintenant. » Et Doalu fut tout surpris de s’entendre lui-même prononcer ina, ce qui veut dire : Viens
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- LA NATURE.
- ici. Le messager céleste lui montra de la même manière à tracer un grand nombre de signes; mais il ajourna l’explication du contenu du livre etRoalu s’éveilla sans y avoir été initié.
- L’bistoire est naïve, mais onia retrouve au début de bien d’autres inventions dans lesquelles les rêves ont joué un rôle plus ou moins apocryphe, mais souvent réel.
- Quoi qu’il en soit, Doalu Bukere dut solliciter le concours de son frère et de quatre de ses cousins. 11 leur raconta son rêve et comme il ne se rappelait pas tous les signes qui lui avaient été enseignés, lui et ses parents durent « mettre leurs têtes en commun » pour combler les lacunes et compléter le syllabaire. Quand il fut achevé, ils firent un présent au roi ; et celui-ci, séduit par l’idée de voir son peuple s’élever au niveau des Européens et des Man-dengas, peuplade musulmane du voisinage, qui écrivait l’arabe, leur donna les moyens de fonder une école à Dshondu, où ils réunirent filles et garçons de plusieurs villages environnants.
- Une guerre survint; Dshondu fut incendiée et l’école en même temps avec tout ce qu’elle contenait. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’on put bâtir un nouveau village à quelque distance de là. C’est Bandakoro, où nous avons trouvé Doalu et où beaucoup d’adultes des deux sexes avaient appris à écrire lors de l’arrivée de Koelle. James Curtis dut être l’un d’eux.
- La seconde visite du missionnaire eut lieu en 1850 et Bandakoro avait été incendiée à son tour dans une nouvelle guerre; mais les efforts de Bukere ne furent pas perdus. Il mourut quelque temps après « d’une maladie de peau, dit le missionnaire, maladie appelée dans le pays kondshe-kiva...., qui déterminait chez lui un tel accablement (drowsiness, assoupissement) qu’il s’endormait souvent en prenant ses aliments ». Il est difficile de ne pas voir dans ces symptômes la maladie du sommeil ou somnose que j’ai autrefois décrite ou peut-être le nelavan, qui présente avec elle une certaine analogie.
- Telle est l’histoire du syllabaire vei. Je ne' sais ce qu’est devenue l’invention. 11 serait intéressant de le savoir. J’ai ouï-dire que les Cherokees ont abandonné l’alphabet de Sequoyah; j’ai demandé des renseignements à ‘ce sujet en Amérique et je me propose de les communiquer aux lecteurs de la Nature. J’ajoute, en terminant, qu’il faut tenir compte, dans le succès de l’écriture vei, de l’aire restreinte qu’occupe cette langue. Ses limites au Nord sont les Gallinas; au Sud, elle est limitée par le Half lape Mount, à une journée de marche au sud du grand cap Mount. Elle ne s’étend pas vers l'intérieur de plus de deux jours de marche, soit quarante à cinquante milles. Au temps de Doalu Bukere, elle n’allait pas au delà de quinze à vingt railles, au. niveau des Gallinas.' Au Nord, le Vei confine au( Kirim, dont il diffère entièrement ; au Sud, il confine à l’anglais de Liberia, et aux débris du Dewoi,\avec, lequel il n’a, de même, aucun rapport.
- En somme, la notion de l’écriture a pu venir de tous les côtés à Doalu Bukere, mais le lait d’avoir inventé et vulgarisé son syllabaire n’en est pas moins extraordinaire.
- Dr Ad. Nicolas.
- L’EXPOSITION D’HORTICULTURE
- A PARIS (MAI 1882)
- Cette Exposition qui a eu lieu à la fin du mois de mai, a obtenu le plus grand et le plus légitime succès. Organisée par la Société' nationale et centrale d'horticulture’de France, elle a été installée dans le grand pavillon de la Ville de Paris, si admiré à l’Exposition universelle de 1878; ce vaste vaisseau vitré, reconstruit dans les Champs-Elysées, derrière le Palais de l’Industrie, a été mis à la disposition de M. À. Lavallée, président de la Société d’horticulture. Le plan d’ensemble de l’Exposition a été dessiné et exécuté par M. Ed. André.
- L’entrée principale s’ouvrait sur une avenue droite bordée de plates-bandes de grandes plantes en caisses : lauriers, grenadiers, bambous, etc.
- Les principales collections s’étalaient dans le grand pavillon de la Ville. La corbeille de Bégonias tubé-reux, due à MM. Couturier et Robert, de Chatou, excitait d’abord l’attention par la grandeur de ses fleurs ; on en comptait qui ne mesuraient pas moins de 12 centimètres de diamètre ; les Palmiers de M. Dallé, les Pétunias doubles de M. Naudin, les Pélargoniums de M. Poirier, attiraient successivement les regards.
- M. Louis Leroy, membre du jury, a publié dans la Revue horticole un compte rendu complet des principales collections exposées, nous emprunterons à ce botaniste expert, quelques-unes des appréciations qu’il en a faites.
- Quel agréable repos que les Orchidées de MM. Thibaut et Keteleer, les habiles horticulteurs de Sceaux ! Nous y avons vu YOncidium concolor, le Cymbidium Lowii, les Odontoglossum prænitens et vexil-larium, de délicieux Cattleya, le rare Pilumna fragans, et nombre d’autres plantes rares et charmantes. Une collection voisine, celle de M. Liidde-mann, nous montrait, étagés au milieu de la verdure, des Vanda, Cattleya, Cypripedium, Onci-dium, Selénipedium, etc., d’une santé parfaite et d’une culture excellente.
- En face une admirable collection de serre chaude et tempérée de M. Savoye. Puis, adossés aux murailles communes,-un amoncellement de fleurs, les Rhododendrons, Azalées et Kalmias de M. Croux formaient un spectacle splendide et une véritable débauche de couleur.
- Arrêtons-nous à un lot moins volumineux, mais exquis, celui de MM. Chantrier. Parmi les merveilleux Crotons qu’ils ont exposés se trouvait le C. mu-
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- Vue de l’Exposition (le la Société (l’Horticulture (le France, à Pans, 27 mai 1882. (D'après une photographie de M. Bertliaud.)
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- LA NATURE.
- saicus et une autre nouveauté encore inédite, le C. Mortefontainensis, plante de premier ordre qu’aucune ne surpasserait aujourd’hui.
- Au milieu du lot de M. Chantrier s’épanouissait le plus beau spécimen d'Anthurium Andreanum qu’on ait encore vu en France. La plante portait six fleurs épanouies à la fois, avec leurs belles spa-thes écarlates, plus grandes même que M. André ne les a vues dans la Nouvelle-Grenade.
- Au bas du rocher, sur la pelouse, les Rhododendrons de M. Moser, de Versailles, soutenaient dignement la grande réputation de cet établissement (voy. la gravure, p. 41) et se trouvaient encadrés à leur tour par la collection de serre chaude de M. Saison-Lierval, de M. Landry, de M. Morin, où la culture se révélait avec une grande supériorité.
- La grande hutte du rocher était entièrement consacrée aux Palmiers, Fougères et Cycadées de M. Chantin, en forts exemplaires (représentés dans le fond de la gravure). Le grand prix d’honneur a été décerné à cette collection superbe, parmi laquelle on remarque des exemplaires uniques en Europe, tels que la Cycadée isolée sur le bord du bassin, le Katakidozamia Mac Layi.
- Autour d’une colonne de fonte, un groupe de Clématites à grandes fleurs réjouissait les regards.
- En revenant vers l’entrée, par l’autre grande allée du pavillon, nous rencontrons les élégantes Fougères de M. Landry, les Gloxinias aux couleurs si vives et aux grandes urnes si diversement nuancées de M. Duval, de Versailles, et un lot, petit mais exquis de choix et de culture, dû à M. Truffant.
- Puis un lot admirable de Rosiers, signés Lévêque, d’Ivry. C’est un massif énorme, en amphithéâtre, une avalanche de roses fraîches et parfumées, parmi lesquelles un semis nouveau dédié à M. Léon Say, ministre des finances, en souvenir de sa présidence du banquet de l’Exposition.
- En sortant du pavillon par la porte de l’Ouest, le regard se reposait- sur un jardin à la française, improvisé en deux jours sur le macadam d’une ancienne route. Ce jardin était orné de pelouses, de vases, de plates-bandes fleuries par des Œillets, des' Pensées de M. Falaise, des plantes annuelles et de gigantesques Marguerites en arbre (Chrysanthemum frutes-cens) de plus de 2 mètres de diamètre, constellées de leurs grandes étoiles blanches.
- Dans l’axe de ce jardin se trouvait l’entrée d’une grande tente de 700 mètres carrés, renfermant de véritables trésors végétaux. Nous y avons admiré les Rosiers en pot, en grosses touffes admirablement choisies, de M. Margottin fils, qui exhibait également une collection très choisie de Rosiers à haute tige, et des Vignes en pot couvertes de Raisins superbes et appétissants. Ces raisins, en pleine maturité, se vendent à cette époque de l’année 16 francs le kilo, et l’ensemble des grappes représentait une valeur de plus de 1000 francs. En suivant les allées de la tente, paraissent les fruits forcés : Pèches, Raisins, Abricots, Melons, Ananas, Fraises de M. Fontaine.
- Puis, au centre de la tente, les Dracénas de M. Constant Lemoine, avec leurs nuances variées de vert, de rouge, de violet, de saumon, avaient supporté sans souffrir le voyage d’Angers à Paris. D’innombrables fleurs coupées de Renoncules, d’Anémones, d’iris, de Muscaris, les plantes annuelles, supérieurement cultivées, de M. Lecaron; les Cactées de M. Eberlé: une collection d’Erables japonais du Muséum, complétaient l’ensemble de cette tente remplie d’intérêt.
- De là nous sortons dans le parc, après avoir jeté un coup d’œil sur le spécimen curieux de mosaïeul-ture de M. Comesse, et sur une autre tente octogonale, qui abrite les Pivoines et les Roses coupées de M. Lévêque, et d’autres collections de fleurs annuelles.
- La pleine terre était représentée principalement par les magnifiques lots de Conifères de MM. Croux, Paillet, Honoré Defrcsne ; les Agaves de M. Chantin, ornant le rocher improvisé en quelques jours par un véritable artiste, M. Dumilieu, et la collection nombreuse et bien cultivée de plantes vivaces rustiques, où nous avons revu, avec plaisir le nom de M. Yvon.
- On constate toujours avec intérêt, dans nos expositions, les apports de légumes perfectionnés ou bien cultivés. Aussi n'avons-nous pas manqué d’examiner la collection considérable de M. Forgerot, qui lui a valu une grande médaille d’or ; les colossales Asperges de M. L. Lhérault, d’Argenteuil, et le lot hors ligne de la ville de Paris, provenant des cultures faites à Gennevilliers au moyen de l’arrosage par les eaux d’égout.
- CORRESPONDANCE
- RÉFLECTEUR DE LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- Montréal (Canada), 29 mai 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Personne n’ignore qu’une des conditions de bon emploi d’une source lumineuse, c’est de prévenir la dispersion des rayons qui en émanent en les concentrant et les projetant sur l’endroit à éclairer, par le moyen de réflecteurs concaves ou paraboliques. Généralement ces réflecteurs sont disposés de manière à projeter directement et immédiatement la lumière sur le lieu ou l’objet donné.
- Or un industriel de cette ville, M. Craig, emploie à cet effet un procédé que je crois nouveau. Au lieu d’envoyer la lumière de haut en bas, il l’envoie de bas en haut. Une lampe à arc voltaïque est placée au milieu de l’atelier et porte en dessous un réflecteur dont la concavité est tournée vers le plafond. L’effet obtenu est vraiment remarquable : 1° la lumière, après avoir frappé le plafond, en retombe beaucoup plus douce et plus agréable; 2° le foyer, toujours plus ou moins fatigant pour la vue quand il est à découvert, se trouve ainsi entièrement caché ; 3° les objets non éclairés ne font plus ombre : c’est le soleil au zénith. De là, dans un atelier surtout, un avantage considérable.
- Veuillez agréer, etc.
- A. O.
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- LA NATURE.
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- CONDENSATEURS PARLANTS
- ET POSTES MICRO-TÉLÉPHONIQUE S DE M. A. DUNA NI)
- Dès les premières expériences présentées à l’Académie des Sciences par M. Th. du Moneel, nous avons fait connaître aux lecteurs de la Nature1 par quels artifices M. A. Dunand était parvenu à faire parler les condensateurs, qui — sous réserve des expériences de M. C.
- Herz— étaient, jusqu’à cette époque, incapables de reproduire la parole articulée. L’importance scientifique du résultat était considérable et montrait une fois de plus l’extrême délicatesse des actions électriques, ainsi que l’exquise sensibilité de l’ouïe. Nous ne reviendrons pas aujourd’hui sur ces expériences, mais nous voulons faire connaître les formes pratiques auxquelles l’inventeur est arrivé, après de longues et intéressantes recherches; les résultats obtenus sont véritablement remarquables et les expériences très faciles à répéter.
- Rappelons d’abord en quelques mots les dispositions de l’ensemble du système que le diagramme, figure 1, indique nettement. Au poste transmetteur un microphone M, une pile P et le fil inducteur d’une petite bobine C sans condensateur sont disposés dans le même circuit : le fil induit de la bobine B communique avec la ligne et une pile de quelques éléments P', les deux extrémités libres sont reliées aux armatures d’un petit condensateur C qui constitue le récepteur. En parlant devant le microphone, on fait varier ondulatoirement l’intensité du courant inducteur, il se développe dans le fil fin de la bobine des courants induits qui font varier la charge du condensateur; ces charges et décharges ondulatoires du condensateur le font parler, sans qu’on soit parvenu à expliquer encore parfaitement la cause du phénomène.
- La présence de la pile P est indispensable pour que le condensateur articule; les courants induits développés dans le fil induit s’ajoutent ou se retranchent au courant de la pile, la charge du condensateur change de valeur, mais conserve toujours le même sens. C’est, là, jusqu’à présent, la condition
- 1 Voy. n° 599 du 22 janvier 1881.
- sine qua non du condensateur parlant, et tous les montages dans lesquel elle est remplie donnent au condensateur cette faculté d’articulation dans une mesure plus ou moins grande. »
- Arrivons maintenant à la forme pratique des appareils.
- Le microphone employé par M. Dunand a une forme nouvelle qui semble présenter quelques avantages. Il se compose (fig. 2) de deux plaques métalliques AA' fixées dans une bague en
- bois et formant une boîte hermétiquement close dans laquelle le systèm e microphonique est entièrement à l’abri de l’air et de la poussière qui vient si souvent encrasser les contacts des microphones ordinaires. Chacune de ces plaques porte une petite pastille de charbon BB' collée en son milieu. Entre ces deux pastilles de charbon se trouve un petit morceau de charbon en forme d’olive et d’une longueur un peu plus grande que la distance des faces internes des pastilles de charbon.
- Cette olive est prise par son milieu par un fil de laiton F tendu diamétralement, fixé à une de ses extrémités et relié à son autre extrémité à un bouton E. En tordant le fil plus ou moins, on applique l’olive avec plus ou moins de force contre les deux pastilles, et l’on rend le microphone plus ou moins sensible. Un index fixé au bouton E se meut devant un cercle divisé et permet de graduer très facilement la torsion du lil pour proportionner la sensibilité de l’appareil à la nature des sons qu’on veut transmettre. On produit les variations de résistance en parlant devant l’une des plaques, il est inutile d’insister sur ce point bien connu; deux personnes parlant l’une devant A, l’autre devant A', peuvent même transmettre un duo que l’appareil récepteur reproduit avec fidélité et netteté, sans aucun égard pour l’insuffisance souvent absolue des expérimentateurs.
- La pile P se compose de quatre éléments Leclanché ordinaires montés deux en tension et deux en quantité.
- La bobine P se compose d’un fil inducteur d’environ un demi-ohm de résistance et d’un fil induit de 250 à 300 ohms.
- La pile P', qui sert à charger les condensateurs récepteurs, se compose d’un nombre variable d’éléments Leclanché, suivant le nombre de condensateurs récepteurs employés. Lorsqu’on emploie deux
- Fil de ligne
- Fig. 1. — Montage d’un poste téléphonique avec condensateur parlant de M. A. Dunand.
- Le circuit local du transmetteur est composé du microphone M, de la pile P et du gros fil de la bobine B. Le circuit du condensateur récepteur se compose du fil induit de la bobine B, d’une pile P' et du condensateur C.
- Fig. 2. — Microphone à torsion de M. Diînand.
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- LA NATURE.
- condensateurs seulement (fig. 5), il suffit de six à huit éléments; avec le récepteur en éventail (fig. 4), composé de douze condensateurs distincts, montés en dérivation, il faut douze à quinze éléments, la parole peut s’entendre alors à plus d'un mètre de distance.
- Tous les condensateurs peuvent servir de récepteurs, mais ils ne produisent pas tous des effets aussi nets ; ceux qui ont donné les meilleurs résultats n’ont pas plus de 6 centimètres de côté. Le modèle le plus simple se compose de trente à trente-six feuilles de papier d’étain séparées par des feuilles de papier ordinaire ou de papier paraffiné. Une planchette de bois ou debonite percée d’un trou en son milieu, appliquée sur chaque face, donne de la solidité au système. L’une des faces est quelquefois munie d’un tube en caoutchouc, ce qui permet de faire entendre l’appareil à deux personnes à la fois, ou à une seule personne d’écouter avec les deux oreilles. Dans une autre disposition, M. Dunand fait usage de deux condensateurs en dérivation montés sur un ressort léger que l’auditeur place sur sa tète, comme le représente la figure 3. Pour n’ètre que peu élégant, le système n’en est cependant pas moins commode.
- Lorsqu’il s’agit de faire entendre l’appareil à plusieurs personnes à la fois, M. Dunand emploie un récepteur en forme d’éventail (fig. 4) composé de douze petits condensateurs montés en dérivation disposés dans une boîte ouverte à la partie supérieure et séparés les uns des autres à la partie supérieure par un intervalle à peu près égal à leur épaisseur. Dans ces conditions, avec quinze Leclanché placés en P' (fig. \), on peut, comme nous l’avons dit, entendre le condensateur à plus d’un mètre de distance, et avec trente éléments, la voix se distingue dans un rayon de 5 à 6 mètres.
- Le condensateur employé comme récepteur télé-
- phonique est caractérisé par la netteté et l’exactitude du timbre de la voix, qui n’est pas troublé par le son propre de la plaque^vibrante, comme dans les téléphones ordinaires à lame métallique.
- M, A. Dunand a mis à profit les qualités pratiques de son microphone pour combiner un poste téléphonique d’une forme très pratique. L’appareil, très habilement construit par M. Trouvé, est complet en lui-même; sur une planchette sont fixés : le microphone, la sonnerie, la bobine d’induction, une paire de téléphones récepteurs, le bouton d’appel et huit bornes destinées à recevoir les fils de la pile, les fils de la ligne et les fils des deux téléphones. La pose d’un poste micro-téléphonique se fait ainsi en très peu de temps, sans erreur possible. Lorsque les téléphones sont suspendus aux lyres qui doivent les supporter, dans la position d'at -tente, les communications sont établies sur sonnerie; en décrochant les téléphones, les lyres basculent et établissent automatiquement les communications sur téléphone. Lorsque la conversation est terminée, on rétablit les communications sur sonnerie en remettant les téléphones en place.
- Les sons produits par le téléphone récepteur sont beaucoup plus puissants que ceux du condensateur parlant, mais par contre le timbre en est plus métallique, plus nasillard, ce qui ne présente pas un grand inconvénient dans la pratique courante.
- Les résultats obtenus par M. A. Dunand sont très intéressants, puisqu’ils permettent déjà d’entendre le condensateur parlant à distance ; tout fait espérer que ce physicien ne s’arrêtera pas là dans celte voie, et que nous aurons à enregistrer bientôt de nouveaux progrès.
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- E. H.
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- TRANSFUSION DIRECTE DU SANG VIVANT
- La Nature1 a consacré précédemment une notice historique sur la transfusion du sang, qui s’impose aujourd’hui par son efficacité incontestable et par l’impossibilité de la remplacer par aucun autre moyen équivalent dans les cas d’anémie extrême, où la vie se trouve menacée. Parmi les procédés employés les plus recommandables, nous citerons ceux de M. le I)r Gré, de Bordeaux, et de M. le I)1' Roussel, de Genève. Ce dernier procédé a récemment donné lieu à une guérison remarquable qui a vivement attiré l’attention du monde médical,et nous sommes
- heureux de la signaler à nos lecteurs; les faits, on lésait, parlent d’eux-mèmes; nous les exposerons 1res succinctement.
- Mme M..., âgée de trente et un ans, avait eu cinq enfants vivants et deux fausses couches. En décembre 1881, après six mois de gestation, Mme M... accoucha de deux enfants, l’un de ces enfants était mort, l’autre vécut seulement quelques heures. La malade, malgré tous les soins, s’affaiblit graduellement de semaine en semaine, elle fut soignée par son médecin, le I)' Chauvin, par le Dr Brochin fils et par le Dr Péan. Le 51 janvier, elle allait de plus en plus mal, le 1er février, elle ne laissait plus d’espoir : inappétence, vomissements, insomnie, inertie, diar-
- Opéralion de la transfusion directe du sang vivant exécutée le 7 février 1882.
- (La malade est couchée sur son lit, la tête basse, la poitrine découverte, le bras allongé sur une petite table; le donneur de sang est assis; le bras, serré par la bande à saignée, est étendu sur la table parallèlement à celui de la malade, et porte la ventouse. Le vase à eau chaude est tout auprès. Le chirurgien est debout entre les deux sujets ; d’une main il fixe la canule dans la veine de l’opérée, de l’autre il presse le ballon-pompe. Il regarde la face de la malade pour eu suivre les expressions.)
- rliée, fièvre hectique anémique, face cadavérique, mort prochaine, tels étaient les symptômes du mal. Les Drs Péan et Brochin. indiquèrent une transfusion comme dernière ressource. Elle fut faite par le Dr Roussel qui décrit en ces termes cette remarquable opération :
- 5 février. M. Brochin vient au Grand-IIôtel, me demander mon concours; je vois la malade inerte, à peu près sans connaissance, sans chaleur, sans respiration, pâle comme un cadavre, veines invisibles, pouls filiforme à 140.
- Le cœur et les poumons me paraissant sains, je consens à opérer la transfusion.
- 1 Voy. n° 63 du 13 août 1874, p. 165.
- 7 février, quatre heures du soir. La malade est dans l’état ci-dessus décrit; elle a eu aujourd’hui dix-neuf fois la diarrhée; pouls filiforme, tremblant, à 150.
- La sœur et le inari de la malade m’offrent leurs bras; après examen, je préfère choisir ailleurs ; on m’indique dans la rue un commerçant occupant un grand nombre de solides ouvriers.
- M. Z... comprend de suite l’importance de ma requête, et fait venir ses hommes, auxquels j’explique qu’il s’agit de sauver une mère de famille en lui donnant un peu de sang que je prendrai au bras de l’un d’eux par une simple piqûre dont j’affirme la parfaite innocuité.
- Plusieurs acceptent. Je choisis un jeune homme d’environ trente ans, robuste et sain, nommé Adrien Renaud.
- Nous remontons chez la malade; les docteurs Brochin et Chauvin, le mari, la sœur et d’autres parents sont présents. Le transfuseur est lavé dans de l’eau chaude addi-
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- LA' NAT UK K.
- tionnée d’un pou do soude. Je découvre lu poitrine de la malade; son bras est allongé au bord du lit.
- Je place R... assis, le bras parallèlement étendu et entouré d’une bande a saignée qui fait gonfler ses veines. Après avoir soigneusement cherché et noté à l’encre le trajet de l’artère humérale au pli du coude, je marque à 2 centimètres en dehors du trajet de l’artère, un point d’encre sur la veine médiane qui se présente saillant et bien gonflée de sang. Appuyant le cylindre initial du transfuseur de façon qu’il figure la circonférence de ce point central, je fais adhérer la ventouse annulaire par une pression sur son ballon.
- Puis, me tournant vers la malade, je constate que ses veines sont invisibles tellement elles sont exsangues. J’arrive à les reconnaître en plaçant une bande sur le bras. Je soulève un pli de la peau, transversal il la veine médiane ; je l’incise au bistouri ; la veine apparait bleuâtre " et très étroite. Je la pique avec une fine érigne, puis, débandant le bras, je confie au docteur llrochin le soin d’inciser un lambeau sur la veine avec la pointe de fins ciseaux et d’introduire la canulç dans l’étroit calibre du vaisseau. 11 s’est écoulé quelques gouttes d’un sang pâle, très diffluent et incoagulable.
- Pendant ce temps, j’ai plongé la cloche du tube aspirateur de l’instrument dafts un vase d’eau chaude à environ* 40 degrés. Par la manœuvre du ballon-pompe, cette eau a rempli tout le transfuseur en réchauffant ses parois et en chassant l’air qu’il contenait. C’est lorsque tout l’air fut expulsé par l’eau que le docteur Brochin introduisit la canule afférente dans la veine de la malade.
- Celle-ci est dans un tel état d’inertie et d’anesthésie anémique qu’elle ne tressaille pas même, soit pendant l’incision de la peau, soit pendant la préparation de la veine.
- Nos deux sujets sont donc, à ce moment, réunis par un canal ininterrompu et plein d’eau, donc vide d’air.
- Un coup sec sur la tète de la lancette ouvre la veine de R...; son sang apparaît bientôt à l’orifice des tubes, après avoir repoussé l’eau devant lui. Le tube aspirateur d’eau, ainsi que le tube d’expulsion au dehors, sont fermés, et le courant sanguin direct est établi. Lentement/ne quittant pas la malade des yeux, je presse le ballon-pompe, le sang pénètre facilement par doses de JO grammes à la fois; à la dixième systole du ballon, la malade respire plus profondément et plus vite; interrogée,, elle répond ne sentir aucun malaise, mais percevoir une chaleur qui lui monte du bras dans la poitrine.
- Le docteur Brochin constate facilement sous son doigt que le sang gonfle le tube de caoutchouc et la veine à chaque pression exercée sur le ballon; du reste, nous voyons tous la veine devenir plus apparente et turgide jusqu’auprès de l’aisselle.
- A la dix-septième dose de J 0 grammes, percevant de la résistance dans le ballon et un peu d’agitation chez la malade, je cesse la transfusion après que J 70 grammes du sang de Renaud ont passé dans les veines de la malade.
- Les préparatifs de l’opération ont été un peu prolongés par le manque absolu de confort et de place dans la chambre; il était difficile d’être bien éclairé; le docteur Chauvin a eu la bonté de soutenir la lampe pour éclairer alternativement l’un ou l’autre sujet.
- La transfusion en elle-même n’a pas duré cinq minutes.
- On panse d’uqe simple bande de toile le bras de Renaud, qui n’a éprouvé qu’une légitime émotion et retourne à son travail, tout heureux du service rendu.
- 8 février. L’opérée a dormi, quoique se réveillant à plusieurs reprises. Dans cette journée elle a mangé six fois, elle a parlé haut, elle n’a pas ressenti la moindre douleur.
- 9 février. L’opérée a dormi une bonne nuit entière. C’est la première fois depuis six semaines.
- 40,11 février. Etat de convalescence assurée.
- 12, J3 février. Mme M... se lève, elle est sûrement guérie. Désormais elle peut se passer de mes soins.
- Tel est le cas intéressant que nous avons voulu signaler. Il nous reste à (lire quelques mots de l’instrument employé par le Dr Roussel : son transfuseur.
- Le transfuseur consiste en un canal tubulaire, mou, élastique, chaud et humide, à la façon des vaisseaux, destiné à être placé comme une anastomose entre la veine qui donne le sang et celle qui le reçoit. Ce canal porte une pompe aspirante et foulante, qui doit donner l’impulsion du sang veineux en mesurant sa quantité et sa vitesse.
- Deux bifurcations, branchées l’une à l’origine, l’autre à la terminaison du canal, permettent l’entrée et la sortie d’un courant d’eau chaude, destiné à chasser l’air intérieur et à chauffer l’instrument, sans être poussée dans la circulation du transfusé.
- Nous ne devons pas oublier que la Nature n’est pas un journal de médecine, et qu’il suffit d’avoir donné le principe de l’appareil, après avoir cité un exemple de son efficacité.
- Dr Z...
- CHRONIQUE
- Accident cause par l’électricité. — Le New-
- York Herald nous apporte le récit d’un accident singulier causé par l’électricité dans une minoterie de Fittsburg, le 21 février dernier. L’usine est éclairée par seize lampes alimentées par une seule machine électrique. On avait déjà éprouvé quelques ennuis par le fait des gamins employés dans l’usine, qui s’amusaient à faire des expériences dangereuses avec la machine génératrice. Four éviter cela, on avait entouré le générateur électrique d’une barrière de quatre pieds de hauteur, et un surveillant spécial était chargé d’éloigner les enfants. Vers une heure du matin, le 21 février, un ouvrier prit une lanterne et s’approcha d’une horloge voisine de la machine pour savoir quelle heure il était. Il s'approcha ensuite de la machine et s’accouda sur la balustrade. Il semble établi que l’ingénieur, qui faisait des expériences, avait tendu un fil conducteur depuis la machine jusqu’à l’un des autres conducteurs et le long du bas delaharrière. Lorsque l’ouvrier s’appuya sur la balustrade, il fit un tour sur lui-même, poussa un cri, tomba dans les bras de l’ingénieur qui était derrière lui, et expira aussitôt. On suppose qu’en s’accoudant sur la barrière, il a touché le fil avec la lampe qu’il tenait à pleine main, fermant ainsi le circuit par son corps et la terre. Une trace livide tout autour de sa gorge et un long sillon allant de la cuisse gauche à la cheville montraient le chemin suivi par le courant.. Le malheureux ouvrier n’avait pas les traits décomposés et semblait plongé dans un profond sommeil. Gomme, pour alimenter seize
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- lampes en tension, il ne faut pas une tension supérieure à 800 ou 900 volts, l’accident que nous relatons montre qu’on ne peut pas manipuler des courants d’une tension voisine de 1000 volts sans prendre des précautions spéciales pour l’isolement des conducteurs, en ayant soin de les mettre à l’abri du contact des maladroits ou des malintentionnés. Ces précautions, dit Y Electricien, s’imposent surtout pour le transport de la force à grandes distances, car la tendance générale, conforme d’ailleurs aux principes économiques, est de foire usage de tensions élevées.
- Soudure par compression. — En 1850, Faraday observa que deux morceaux de glace fortement comprimés l’un contre l’autre ne tardent pas à se souder en un tout homogène. Mais Faraday considéra cette soudure comme une propriété spéciale de la glace, et sa théorie est encore enseignée dans les classes, de mathématiques spéciales des lycées. M. Spring a reconnu récemment que les corps les plus divers se comportent de la même manière lorsqu’ils' sont soumis à des pressions considérables. Il a pris des poudres fines, les a soumises dans un moule d’acier à des pressions variant de 2000 à 7000 atmosphères ; dans ces conditions, la limaille de fer s’est transformée en un bloc solide, ne montrant plus au microscope la plus faible trace de granulation. A 5000 atmosphères le plomb prend la forme liquide. Le zinc donne des blocs à structure cristallisée. Inutile de démontrer quel parti on peut tirer de cette invention, par exemple, pour mouler le métal sans le réduire en fusion.
- De l'Influence des locomotives sur la fièvre Intermittente. — Ce titre a l’air d’une gageure. Cependant le Dr King pense que le passage continuel, à travers un pays infesté de malaria, de locomotives chauffées, qui raréfient l’air, qui créent un trouble atmosphérique continuel eu envoyant dans l’air des colonnes d’air chaud, peut être suffisant pour détruire les germes infectieux, en même temps qu’un courant d’air, produit par les trains marchant très vite, déplace les couches aériennes. L’auteur s’appuie sur ce fait que l’endroit le plus sain, au point de vue des fièvres intermittentes, de Philadelphie, est précisément celui qui est proche des dépôts et gares des lignes de Pensylvanie et de New-York; or, cet endroit est à proximité de la rivière de Schuykll, dont les bords, très bas, offrent tout ce qu’il faut pour le développement de la fièvre paludéenne. Comment expliquer l’innocuité de ces lieux, si ce n’est en pensant que les miasmes dus à la proximité de la rivière et de ses bords marécageux, sont devenus inoffensifs. Le IP King, pour expliquer cette innocuité, a trouvé le passage incessant de locomotives et de trains, et jl expose sa doctrine dans le Philadelphie med. Times. Le Journal de thérapeutique, qui reproduit les affirmations du médecin américain, ajoute : « Voilà la sulfate de quinine détrôné. Sillonnons les marais de lignes ferrées et la malaria aura cessé d’exister. »
- Caverne aurifère nu Japon. — 11 existe, près du village de Beppo-moura, ken de Kotchi, une caverne dans laquelle personne n’avait pénétré depuis plusieurs siècles. D’après la croyance populaire, un dieu en avait fait sa demeure et une mort affreuse devait être le châtiment de ceux qui oseraient aller le déranger dans cette retraite. Un individu plus sceptique que ses compatriotes s’y aventura et bien lui en prit. 11 y découvrit en effet un dieu, le plus puissant de tous, celui devant qui tous s’inclinent ici-bas: l’or. Des filons de ce métal gisaient au fond de l’antre sacré. Une étude préliminaire a été faite sur les
- lieux ; cette mine paraît très riche et l’on prend déjà des mesures pour commencer les travaux d’exploitation.
- (Écho du Japon).
- Empoisonnement par la cytise. — Deux cas d’empoisonnement par la cytise (faux ébénier) ont été constatés dans le Yorkshire. Deux petites filles de trois et huit ans sont mortes après avoir mangé les produits de cet arbre, quoiqu’on ignore la partie de l’arbuste et la quantité absorbées. Vomissements, diarrhée, convulsions, mal de tête, oppression de la poitrine, râle très aigu, précédèrent le moment fatal, qui suivit de 14 heures pour la plus jeune et de 40 heures pour l’aînée, le moment de la consommation du poison. L’autopsie des deux cadavres, faite par M. le Dr Fairley," a permis de trouver des traces d’irritation des membranes muqueuses gastro-intestinales, mais on a retrouvé dans l’estomac des traces de cytisine, alcaloïde fort dangereux, qui, donné à une souris, a amené immédiatement la mort.
- (Bristish medical et Union médicale.)
- L’Exposition canine. — Dimanche 4 juin, cette exposition a été ouverte à Paris, sur la terrasse du jardin des Tuileries. Plus de sept cents chiens comprenant les différentes variétés, depuis le chien de garde jusqu’au lévrier et au chien d’appartement étaient réunis en cet endroit. Tous ces animaux rassemblés hurlant, aboyant, faisaient un étrange concert auquel cependant les oreilles s’habituent après quelques instants. Nous avons compté dix-huit meutes et de remarquables chiens d’arrêt, d’espèces variées (suters, gorders, pointers et relreoers). La distribution des récompenses a eu lieu peu de jours après l’ouverture, et cette intéressante exposition a été fermée le 11 juin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juin 1882.
- Le passage de Vénus. — On continue d’entendre la lecture des instructions préparées par l’Académie à l’intention des membres des missions envoyées en diverses régions pour observer, le 6 décembre prochain, le passage de Vénus. Cette occupation remplit même la plus grande partie de la séance. Tout d’abord, M. Mouchez expose comment on a fixé pour la station astronomique la province de Santa Cruz, sur la frontière de la Patagonie. Le cap Ilorn eût été bien préférable à cause de sa situation extrême sur la zone de visibilité du phénomène, mais le mauvais temps qui y est presque continuel n’offrait que 10 à 15 pour 100 de chances favorables à l’observation. Néanmoins, les avantages de cette station sont si grands, que la Commission propose à l’Académie de décider l’envoi d’instruments et d’observateurs au cap Ilorn, 11 est, en effet, bien désirable de ne pas avoir à regretter l’absence des astronomes en ce point, si par hasard le ciel est découvert au moment du phénomène.
- M. Lœwy expose ensuite en peu de mots le plan des travaux astronomiques dont la mission de Santa Cruz devra se préoccuper.
- Au nom de M. Blanchard, absent, M. Alph. Milne Edwards signale comme d’un haut intérêt la recherche des animaux terrestres et des animaux d’eau douce à la Terres de-Feu et dans les îles voisines. Les oiseaux et leurs nids,
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- les petits mammifères, les poissons, les reptiles et les batraciens devront fixer l’attention des explorateurs, car de leur étude pourront résulter des raisons de croire que ces terres australes ont surgi isolément des profondeurs marines, — ou bien, au contraire, qu’elles ont été séparées à une époque plus ou moins ancienne du continent américain. Successivement M. Duchartre, puis M. Des Cloi-zeaux, exposent les questions botaniques et les questions géologiques qu’il importe d’élucider dans ces régions australes.
- Élections. — On procède à l’élection d'un membre en remplacement de M. Decaisne, décédé. La Section d’économie rurale avait présenté : en première ligne : M. Schlœ-sing, directeur de l’École des tabacs et professeur à l’Institut agronomique ; — en seconde ligne, ex equo et par ordre alphabétique : notre savant collaborateur, M. Dehérain, M. Duclaux, M. F. Raoul Duval, M. Lavallée et M. Prillieux. Les votants, étant au nombre de 50, M. Schlœsing est élu par 52 voix contre 14 données à M. Dehérain, 3 à M. Prillieux et 1 à M. Lavallée.
- Composé de l'iridium.—On sait que l’osmiure d’iridium résiste à tous les réactifs. M. Debray a reconnu avec M.
- H. Sainte-Claire De-ville, dont ces recherches ont été le dernier effort scientifique, qu’en présence du zinc fondu ce composé si stable se défait : l’osmium se dissout et cristallise ; l’iri -dium, au contraire, se combine au zinc avec grand dégagement de chaleur.
- Après dissolution de l’excès de zinc dans l’acide chlorhydrique, il reste un alliage pulvérulent de zinc et d’iridium qui présente cette particularité de se décomposer avec explosion lorsqu’on le chauffe à 300 degrés.
- Nécrologie. — L’Académie est informée du décès, survenu le 8 juin, de M. Cornaglia (de Turin), correspondant de la Section d’agriculture.
- Varia. — M. Deprez étudie les machines magnéto-électriques ; — le rôle des sels doubles formés par voie de fusion est révélé à M. Berthelot par des expériences de thermo-chimie. — On mentionne un mémoire de M. Bé-champ sur les microzymas comme causes de la décomposition de l’eau oxygénée par les matières animales et végétales. — A Paris la nouvelle comète a été observée du 19 avril au 5 juin. Des observations du même genre ont été effectuées à Lyon par M. André. — M. Bigourdan adresse des observations de petites planètes. — Le rapport annuel sur la situation du canal de Suez est déposé par M. de Lesseps qui transmet en même temps des observations météorologiques faites à Panamrf.
- Stanislas Meunier
- LES PHOTOGRAPHIES MAGIQUES
- DÉVELOPPEMENT D’iMAGES PAR LA FUMÉE DE TABAC
- On vend depuis longtemps déjà chez les marchands de tahac, des petits objets de récréations photographiques au sujet desquels plusieurs lecteurs nous ont demandé des explications. Ce sont des porte-cigares ou porte-cigarettes, qui sont accompagnés d’un petit paquet de papiers photographiques tout blancs et à peu près de la grandeur d’un timbre-poste. Si l’on place un de ces papiers dans l’intérieur du porte-cigare, devant un orifice disposé à cet effet, la fumée de tahac se trouve en contact avec le papier photographique. Quand on a fini de fumer, le papier photographique laisse apparaître un portrait ou une image quelconque qui s’est développé.
- Le procédé employé est fort simple. Une petite photographie préparée sur papier au chlorure d’argent, comme à l’ordinaire ( mais sans vi -rage), est plongée dans une dissolution de bi -chlorure de mercure , où elle blanchit et disparaît. Il làut pour cette immersion préparer des photographies sans or. Le bichlorurc de mercure transforme la photographie en partie en chlorure d’argent blanc et en partie en protochlorurc de mercure également blanc, ce qui la rend invisible sur papier blanc.
- On peut faire ultérieurement apparaître l’image par l’action de l’hypochlorite de soude (une feuille de papier buvard imbibé d’une solution de ce sel peut servir très commodément) ou par celle des vapeurs ammoniacales.
- La fumée de tahac, qui contient des vapeurs ammoniacales, réussit très bien, comme nous l’avons indiqué, et colore en noir les photographies magiques.
- Le principe des photographies magiques a été indiqué par Uerschell en 1840; ces photographies ont été plus récemment introduites dans le commerce par Grüne, de Berlin.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Porte-cigarette photographique.
- M. Porte-cigarette ouvert, montrant l’orifice qui s’y trouve pratique. — N. Le même fermé contenant la petite épreuve photographique, représentée en a sous forme d’un petit papier blanc, eu b enroulée pour être placée dans le porte-cigarette et en c développée après l’action de la fumée de tabac.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 475. — 2 4 JUIN 1882.
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- APPAREIL DE PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- L’appareil photographique qui me sert à prendre des vues instantanées a une disposition toute spéciale.
- r:filBU0THÈQUe
- ^ A
- Le tuhe de cuivre de forme classique, qui porte les
- lentilles, ^a été changé dans sa position et scs di-
- Fig. 1.— Obturateur-diaphragme de l’appareil de photographie instantanée de M. le D' Candèze.
- A. Obturateur prêt à fonctionner, montrant le déclic faisant agir le ressort. — B. Coupe de l’appareil montrant les deux fenêtres du tambour tournant, dans la position où elles laissent passer le rayon lumineux.
- mensions. Au heu de se présenter longitudinalement, il est établi transversalement, en sorte que
- Fig. 2 et 5. — Fac-similé des photographies ins!
- les lentilles, au lieu d’en fermer les extrémités perpendiculairement à l’axe, sont fixées au milieu de
- obtenues au moyeu de l’appareil représeutéjjci-dessus.
- la courbe, en regard l’une de l’autre, et parallèlement à l’axe en question.
- Cette disposition a permis de loger à l’intérieur un obturateur-diaphragme mobile (fig. d). C’est 4 0® année. — 2e semestre.
- un tambour léger, percé de deux fenêtres quadran-gulaires qui, suivant sa position, arrête les rayons lumineux et fait office d’obturateur, de cloison ; on les laisse passer (fig. 1, B) en exécutant un quart
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- de tour, aussi largement que le permet la dimension des lentilles *. Le tambour fait alors l’olïiec de diaphragme, pour redevenir obturateur en continuant son mouvement et exécutant encore un second quart de tour.
- Dans ce mouvement rotatoire et demi-circulaire déterminé par un ressort et un déclic, arrêté par un cliquet, aussi rapide que l’on veut, accéléré ou modéré suivant le besoin, l’éclair impressionnant est donné, et l’image reçue et conservée par la glace sensible. Remarquons que sa rapidité est doublée par la marche en sens inverse des ouvertures.
- La forme particulière de ces dernières permet d’éclairer les coins de la glace bromurée plus longtemps que le milieu, recevant naturellement plus de lumière, et de mieux répartir l’action de celle-ci.
- L’impressionnabilité de la gélatine bromurée, dont l’emploi tend de plus en plus à se substituer à celui du collodion, est pour ainsi dire sans limite. Un centième de seconde suffit pour tracer une image. Grâce à elle, il est possible aujourd’hui de saisir au vol les trains qui courent, les gens qui sautent, les oiseaux qui fendent l’air, etc. Les gravures ci-contre (fig. 2 et o) ont été faites d’après des épreuves que j’ai obtenues. Sur la première, un jeune homme et un chien ont été saisis au moment où ils sautaient par-dessus une perche posée horizontalement; sur la seconde, on a pris un sauteur au moment où, quittant un tremplin, il passait au-dessus de la tête d’un de ses amis.
- Ceci m’amène à dire quelques mots du mouvement pendant l’opération photographique.
- Autrefois, lorsqu’il était besoin d’une pose de quelque durée pour agir sur la composition (les sels argenliques, la pose ne fût-elle que d’une seconde, l’immobilité la plus rigoureuse était prescrite à l’opérateur aussi bien qu’à l’opéré, sous peine de ne développer qu’une image trouble, d’avoir du flou, comme on dit en langage photographique.
- L’excessive instantanéité de l’action lumineuse, qui résulte de l’immixtion du bromure d’argent dans la gélatine, découverte récente des photographes, est venue diminuer dans de notables proportions les inconvénients du mouvement. Plus l’impression est rapide, moins l’immobilité devient nécessaire. En effet, à moins d’une vibration de la chambre noire, en tout ou en partie, pendant l’opération physico-chimique, une simple translation de l’appareil" au moment où agit l’obturateur, n’entraîne pas le trouble de l’image, un trouble, du moins, désagréable à l’œil. Les linéaments des objets reproduits restent purs. Or, s’il est possible do photographier des objets animés avec un appareil immobile, l’inverse est également vrai. Rien ne s’oppose à l’obtention d’une image nette lorsqu’on opère dans un véhicule quelconque.
- J’ai fait plusieurs fois l’expérience consistant à braquer mon appareil par la portière d'une voiture
- ^L’appareil a reçu le nom de gyrophragme (de yvpevu, tourner, et <ppxypx, diaphragme).
- de train en marche, et toujours j’ai obtenu des images satisfaisantes des paysages qui se déroulaient devant moi. — Simple question de rapidité d’exécution. Certaines conditions, telles que l’éclairage suffisant, le soutien entre les mains de l’appareil sans l’appuyer sur le rebord vibrant de la portière, le choix des sujets qui ne doivent pas être trop rapprochés, afin d’établir à l’avance le point sur 100 mètres et au delà, certaines conditions, dis-je, sont indispensables. Un peu d’exercice, et elles seront bientôt connues de ceux qui voudront tenter l’essai.
- Ajoutons, en terminant, que l’on peut enlever de la boîte le mécanisme que j’ai fait connaître ci-dessus, pour lui substituer une cloison année do diaphragmes de différents diamètres, et opérer alors à la manière ordinaire.
- Dr Candèze.
- CORRESPONDANCE
- l’ÉCLIPSE DE SOLEIL DU 17 MAI 1882 A BAGDAD
- Bagdad, 18 mai 1882.
- Monsieur G. Tissandier,
- Permettez-moi de vous communiquer quelques croquis que j’ai dessinés pendant l’observation de l’éclipse de soleil du 17 mai. On savait dans la ville que ce phéno-
- 9*74 10*? 10*72
- L’éclipse de soleil du 17 mai 1882, observée à Bagdad.
- mène devait avoir lieu, et il y a fait d’autant moins d’effet que la lune est l’astre principal des Orientaux et sa disparition un fait beaucoup plus grave; cependant les Musulmans se sont rendus dans les mosquées, les affaires ont cessé, et l’administration a cru detoir organiser des patrouilles circulant dans les bazars pour empêcher le pillage des boutiques, fermées du reste aussi....
- Le ciel a été clair pendant toute la durée de l’éclipse ; le vent était de N. W., la température de 25° à 29° et la pression barométrique de 761 millimètres.
- Veuillez agréez, etc.
- L. Put,
- Chancelier du Consulat de France à Bagdad (Turquie d’Asie).
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- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA
- Les premières recherches relatives au percement de l’isthme américain suivirent de près la découverte du Nouveau Monde et la reconnaissance de l’Océan Pacifique, rencontré pour la première fois, le 29 septembre 1519, par Yasco Nunezde Balboa, au cours de son aventureuse expédition dans les terres nouvelles, inconnues à ses devanciers. Dix ans plus tard, Fernand Cortès lève le creusement d’un canal à travers l’isthme, dans la partie nord de son étranglement, au-dessous des possessions espagnoles du Mexique qu’il venait d’édifier sur les ruines de l’antique empire des Aztèques. Charles-Quint n’accorda qu’une faible attention aux projets de traversée de l’isthme qui lui furent présentés, soit par Fernand Cortès qui lui proposait le percement par Tehuantepec, soit par Angel Saavedra qui préconisait le Darien. Dès 1550, quatre projets divers furent mis en avant par Antonio Galvao, célèbre navigateur portugais : entre les golfes d’Uraba et de San Miguel, à travers l’isthme de Panama, par le Nicaragua et Tehuantepec. Moins d’un demi-siècle après la découverte de l’isthme, le problème de la traversée était donc posé au point de vue de la fixation des passages, identiques comme position à ceux qui ont été discutés, en 1879, au fameux Congrès international d’études du Canal interocéanique réuni par M. de Lesseps. La question du percement lui-même ne pouvait malheureusement faire de progrès sérieux; la géographie de l’isthme étant peu ou point connue, les ressources techniques plus qu’insuffisantes, les exposés des premiers promoteurs devaient se renfermer dans des généralités sans aucune portée scientifique.
- Entre autres documents curieux qui se rattachent à ces premiers projets de traversée de l’isthme, nous pouvons citer, comme l’un des plus remarquables, la description de l’isllnne de Panama faite par Samuel de Champlain, l’illustre colonisateur français au Canada et le fondateur de Québec, qui écrivait en 1599 : « En ce lieu de Panama s’assemble tout l’or et l’argent qui vient du Pérou, où l’on les charges et toutes les autres richesses, sur une petite rivière qui vient des montaignes et qui descend à Portouella, laquelle est à quatre lieues de Panama, dont il faut porter l’or, l’argent et autres marchandises sur mulets; et estant embarqué sur la dite rivière, il y a encore dix-huict lieues jusques à Portouella. L’on peult juger que sy ces quatre lieues de terre qu’il y a de Panama à ceste rivière estoient couppés, l’on pourroit venir de la mer du su en celle deçà, et par ainsy l’on accour-eiroit le chemin de plus de quinze cents lieues ; et depuis-Panama jusques au destroit de Magellan, ce seroit une isle, et de Panama jusques aux Terres nœufucs une autre isle, de sorte que toute l’Amérique seroit en deux isles. » Le percement de l’isthme américain se trouve ainsi formellement
- indiqué dans ce récit du seizième siècle, et ses conséquences économiques clairement entrevues dès celte époque lointaine.
- Le dix-septième siècle laisse dans l’ombre l’idée d’un canal interocéanique ; et ce n’est que vers la fin du dix-huitième, en 1778, que Nelson, chargé par le gouvernement anglais de reconnaître le passage par le Nicaragua et de conquérir en même temps le pays, s’avance par le fleuve San Juan jusqu’au lac. Vaincu par la résistance opiniâtre du fort San Carlos et par la maladie qui vient décimer ses hommes, le futur vainqueur de Trafalgar se voit forcé de rebrousser chemin, après des pertes sensibles. En 1780, deux ingénieurs, l’un Français, Martin de la Bastide, l’autre Espagnol, don Manoel Galistro, sont envoyés par Charles III pour reconnaître l’isthme de Panama. En 1804, Humboldt, après un examen attentif, conseille la traversée par le Darien, appuyant son choix sur l’existence d’une dépression de la Cordillère. En 1814, les Cortès espagnoles ordonnent au vice-roi de la Nouvelle-Espagne d’étudier un tracé par l’isthme de Tehuantepec ; en 1821, le général Orbegoso exécute un levé de la ligne, et en 1842, sous la présidence du général San ta-Anna, don José de Garay reprend ces études, après avoir obtenu la concession du canal. Son fils, M. Francesco de Garay, viendra plaider, devant le Congrès de 1879, la cause du passage mexicain.
- En 1844, notre compatriote Garella, ingénieur des mines, fournit le premier des données exactes sur la topographie de l’isthme de Panama, qu’avait condamné Humboldt : « 11 paraît, disait l’illustre savant, à la suite de son exploration de 1804, d’après l’ensemble des renseignements que j’ai pu me procurer à Carthagène et à Guayaquil, que l’on doit abandonner l’espoir d’un canal de 7 mètres de profondeur, et de 22 à 28 mètres de largeur qui, semblable à une passe ou à un détroit, traverserait l’isthme de Panama de mer en mer, et recevrait les mêmes navires qui font voile de l’Europe aux Grandes Indes. L’élévation du terrain forcera l’ingénieur à avoir recours soit à des galeries souterraines, soit au système des écluses... Dans le cas où le canal serait creusé, il est probable que le plus grand nombre des vaisseaux, craignant les retards causés par des écluses trop multipliées, continueraient leurs voyages autour du cap de Bonne-Espérance. » Garella avait rapporté de son expédition toutes les données nécessaires pour la construction soit d’un canal, soit d’un chemin de fer ; la Compagnie qui avait fait les frais de recherches se prononça pour la voie ferrée, mais elle laissa périmer la concession, et fut remplacée par la Société américaine qui a construit la ligne actuelle de Colon à Panama.
- A partir de 1850, les explorations se continuent sans relâche à travers les différents passages de
- 1 Congrès international d'études. Notice historique (C. Hertz).
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- l’isthme, en particulier dans cette région mystérieuse du Darien, à laquelle était attachée le grand nom de Humboldf. Chaque explorateur rapporte le fruit de ses recherches, qui vient grossir le dossier d’examen du futur canal interocéanique. En 1850, le général du génie américain Barnard est chargé par son gouvernement d’étudier le passage par l’isthme de Tehuantepec, et rapporte un avis défavorable. Squiers, Trautwine et Jeffer étudient le Honduras, et s’opposent également à tout projet de traversée dans cette direction. Childs etFav adoptent le Nicaragua, exploré encore par Félix Bellv et l’ingénieur américain Crossmann. En 1855, Lanc et Ken-
- nisch explorent le Darien, et après eux, nombre de savants dont les recherches ont, pour quelques-uns d’entre eux, l’issue la plus désastreuse. C’est ainsi que, aux environs du Savannah, périssent Patterson et ses compagnons écossais. Dix-sept des explorateurs qui avaient suivi Strain succombent, de privations et de fatigues dans le Darien ; Strain meurt exténué en abordant aux États-Unis. Les Indiens massacrent l’expédition Prévost, et Gisborne est forcé de reculer devant l’attitude menaçante des indigènes. Déjà Crossmann s’était noyé en voulant franchir la barre de Greytown, au début même de son expédition dans le Nicaragua. Le martyrologe
- Fig. i. — Paysage tle Fiutérieur île l'isthme de Panama. (D’après une photographie )
- de l’isthme américain comptait donc déjà, avant la décision du Congrès de Paris et la dernière expédition de MM. Wysc et Reclus, de nombreuses victimes. Le Darien avait été le grand objectif de tous ces courageux pionniers dont la science conservera les noms, malgré l’insuccès final de leurs aventureuses recherches. Ne disait-on pas que dans cette région, privilégiée entre toutes, les deux grands fleuves, l’Atrato du coté du Pacifique, la Tuyra du côté de l’Atlantique, n’étaient séparés en un certain point que de quelques lieues, et que même, d’après le témoignage des Indiens, on pouvait, « en portant pendant une heure sa barque sur le dos, aller d’une mer à l’autre ».
- Avant d’aborder la phase véritablement sérieuse des travaux d’exploration qui devaient conduire au
- vote du Congrès de {870, nous ne pouvons manquer de mentionner un des épisodes les plus curieux de l’histoire rétrospective du canal interocéanique, le projet de traversée de l’isthme de Nicaragua par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, devenu quelques années plus tard l’empereur Napoléon III. Dans la conférence qu’il fit, en novembre 1879, à la salle du boulevard des Capucines, M. de Lesseps raconta que le prince, alors prisonnier à Ilam, avait cherché et trouvé le moyen de se faire donner la concession du canal interocéanique, qui devait porter le nom de canal Napoléon. Pour ce travail, le prince avait été aidé dans sa prison par un officier de marine, M. Doré, capitaine de vaisseau, et avait envoyé sur les lieux d’autres personnes pour prendre de plus amples renseignements. Lorsqu’il
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- «)»)
- eût rédigé son projet, Louis-Napoléon écrivit à M. Thiers pour lui demander de le faire sortir de Ilam, « ne voulant plus s’occuper de politique », afin de se rendre en Angleterre où il avait organisé une Compagnie. M. Thiers, ministre à cette époque, ne répondit pas. Sur ces entrefaites, le prince s’échappa de Ilam. D’Angleterre, il allait partir pour le Nicaragua, lorsque les événements de 1848 survinrent, et eurent pour lui les conséquences historiques que l'on sait. Nous livrons par la même occasion cet épisode aux réflexions de ceux qui ajoutent une foi si grande aux lois « immuables » de l’histoire.
- En 1870, le gouvernement des États-Unis, prenant une initiative que l’on ne saurait trop admirer, décide la formation d’une Compagnie d’ingénieurs, astronomes et marins, auxquels serait confiée la tâche de dresser la topographie exacte de l’isthme, tâche ardue entre toutes, lorsque l’on considère l’aspect superficiel du terrain sur lequel on doit opérer, enseveli sous une épaisse couche marécageuse ou recouvert par d.'impénétrables forêts vierges, offrant comme unique ressource à l’explorateur quelques misérables cabanes adossées à d’étranges végétations tropicales (fig. 1) ou de rares villages indigènes de peu d’importance (fig. 2). Le commodore
- Fig. 2. — Vue du village de Gatun que doit traverser ,’e canal de Panama (D’après^une photographie.)
- Shuffeld étudia le passage de Tehuantepec ; les commandent Hatfield et Lull celui de Nicaragua, poussant au besoin, comme le fit Lull, jusqu’à Panama; le Darien et une faible partie du Cauca (Colombie) sont explorés par le commander Selfridge et le lieutenant Collins. Ces explorations, qui durèrent trois années, donnèrent naissance à une série de projets très soigneusement dressés, mais qui laissaient entre eux des lacunes sensibles, principalement dans la partie de l’isthme qui devait plus tard recevoir le canal définitif. L’année suivante, le Congrès des sciences géographiques d’Anvers prend en considération un projet de traversée par le Darien de M. de Gogorza, empruntant les cours de la Tuyra de l’Atrato, et de son affluent le Caquirri, projet qui fut également recommandé par le Congrès tenu aux Tuileries en
- 4875. Ce fut à cette assemblée, où la question du canal se posait devant un auditoire compétent, sous l’impression du succès toujours grandissant de Suez, que la résolution suivante fut prise, sur l’initiative de M. de Lesseps : « Le Congrès exprime le vœu que les gouvernements intéressés à l’ouverture d’un canal interocéanique en poursuivent les études avec le plus d’activité possible et s’attachent aux tracés qui présentent à la navigation les plus grandes facilités d'accès et de navigation. » Cette dernière recommandation condamnait en principe la grande majorité, pour ne pas dire la totalité des projets exposés, exigeant tous ces écluses nombreuses, dont l’inconvénient capital avait déjà été signalé par Humboldt.
- Le vœu du Congrès géographique de 1875 ame-
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- nait bientôt, grâce à l’initiative de la Commission de Géographie commerciale et de la Société de Géographie réunies, la constitution d’un Comité français d’études pour le percement d’un canal interocéanique. M. de Lesseps fut nommé président de cette assemblée mémorable, avec MM. le vice-amiral de La Roncière Le Noury et Meurand comme vice-présidents. Les membres, au nombre de neuf, étaient MM. Daubrée, directeur de l’École des Mines, Levasseur et Delesse (de l’Institut), Foucher de Careil, Malte-Brun, Cotard, Maunoir et Hertz. M. Bionne, mort depuis dans un de ses voyages à l’isthme, était secrétaire de la Commission, à laquelle s’adjoignirent MM. Georges Périn, député, de Watteville, Ilerpin, Dauzats, ingénieur de la Compagnie de Suez, Gauthiot et Capitaine. A peine ce Comité était-il constitué qu’une Société civile pour les explorations se formait sous les auspices de M. le général Türr, que nous retrouvons aujourd’hui à. la tète de l'entreprise de percement de l’isthme de Corinthe, et de M. L. N.-B. Wyse, l’auteur, avec M. Armand Reclus, du tracé actuel du canal. Il nous faut ici citer tous les noms. L’œuvre touche à son accomplissement; elle sort du domaine de l’histoire pour entrer dans celui de la réalisation, et nous avons à relater les laborieuses démarches qui ont précédé la mise en activité d’un travail que la France a bien le droit de revendiquer et d’inscrire au nombre de ses plus grandes et plus profitables victoires.
- L’expédition décidée par la Société et composée de MM. Wyse, Reclus, Bixio, officier d’ordonnance de S. M. le Roi d’Italie, Gerster, Brooks, de La-charme et Musso, explora les divers passages du Darien, la voie Tuvra-Acanti, l’isthme de San Blas et l’isthme de Panama. Toutes les vallées du versant méridional de la Cordillère furent reconnues, depuis le golfe de San Miguel jusqu’à Panama. Au cours du voyage, trois de ses membres, MM. Bixio, Brooks et Musso, succombèrent glorieusement à la tâche; ils furent remplacés dans la seconde période du travail par MM. Yerbrugghe et Sosa. L’expédition terminée, MM. Wyse et Reclus rapportèrent au Comité français d’étude tous les documents nécessaires pour soumettre la question à un Congrès international que M. de Lesseps ne tarda pas à provoquer, et qui devait résoudre la question tout en faveur des derniers explorateurs.
- Le Congrès s’ouvrit le 15 mai 1879, à l’hôtel de la Société de géographie. Chaque nation avait tenu à honneur d’y envoyer ses illustrations les plus célèbres, ingénieurs, économistes, navigateurs. Cinq Commissions furent formées pour l’examen détaillé des divers projets, aux points de vue de la statistique, de l’économie commerciale, de la navigation, de la construction et des voies et moyens. MM. Charton, Marins Fontane, Levasseur, Simonin, Dupuy de Lomé, Flachat, Foucher de Careil, Georges Périn, Cérésole, d’Hane-Steenhuyse, Cristoforo Ne-gri, Cotard, Daubrée, Dauzats, Delesse, Ilawkshaw, Ruelle, Selfridge, apportaient le concours de leurs
- diverses aptitudes à ces discussions mémorables. Parmi les plus compétents dans la question technique de traversée de l’isthme : MM. Couvreux, l’entrepreneur du canal de Suez, des travaux de régularisation du Danube, du port d’Anvers; Louis Favre, le regretté entrepreneur du tunnel du Go-thard ; Daniel Colladon, le savant physicien genevois, à qui l’on doit l’installation des machines à air comprimé des souterrains des Alpes; Lavalley, l’entrepreneur des draguages du canal de Suez; Dirks, ingénieur en chef du Waterstaat de Hollande ; Voisin, ancien directeur général des travaux de Suez, etc., etc... Une telle assemblée, librement consultée par M. de Lesseps, pouvait à bon droit être considérée comme un tribunal jugeant sans appel.
- Maxime Héi.ène.
- — La suite prochainement. —
- CONSERVATION DE LA VIANDE
- M Suilliot a communiqué à M. le Dr Quesneville une note relative à la conservation des viandes par l’acide borique. Nous reproduisons, d’après le Moniteur scientifique,Va partie la plus intéressante de cette communication.
- « La démonstration d’une nouvelle méthode de conservation de la viande a été faite York terrace Reqent's Park London. Ce qu’il y a de particulier dans cette méthode peut être retracé en quelques mots : Au lieu de traiter la viande morte par un antiseptique, le préservatif est introduit dans l’animal encore en vie, et, par l’action du cœur, il est envoyé à travers les vaisseaux sanguins capillaires dans toutes les parties de l’animal. L’invention demandera un changement total dans la façon de tuer les animaux, principalement les moutons, qui devraient, par raison d’humanité, être traités comme les bœufs. L’opération a été faite sous les yeux de MM. Slrong, Hardwicke et le colonel Harger. Le mouton fut d’abord'assommé par un coup vif sur la tète, donné avec un maillet, et ne montra plus dès lors aucune preuve de conscience et de sensibilité pendant le reste de l’opération.
- « Un vétérinaire, M. Ilauting, avec un instrument bien connu, retira par la veine jugulaire gauche environ une pinte de sang. Le préservatif, acide borique, dissous dans l’eau chaude ’a la température du sang et à saturation, fut alors introduit par un tube en caoutchouc adjoint à l’instrument, et deux pintes furent absorbées. Aussitôt, l’instrument fut fermé et deux minutes après, lorsque le sang eut porté le préservatif dans tout l’animal, il fut sacrifié par le procédé ordinaire de la saignée. Plusieurs moutons furent ainsi traités, ce qui ne demanda pas plus de cinq minutes pour chaque animal.
- « L’antiseptique employé est celui reconnu aujourd’hui le meilleur, c’est-à-dire l’acide borique ; il ne change en rien ni l’aspect, ni la qualité de la viande et les résultats montrent que la viande ainsi traitée avec une si minime proportion d’acide borique fort peu soluble dans l’eau, même à la température du corps, peut conserver la viande pendant deux ou trois semaines en été et deux ou trois mois en hiver, sans avoir recours au refroidissement par la glace. Le coût du préservatif ne dépasserait pas 40 à 50 centimes par mouton.
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- « L’INFLEXIBLE «
- CUIRASSÉ ANGLAIS
- L'Inflexible est, de tous les cuirassés actuellement à la mer, celui sur lequel on a accumulé le plus de perfectionnements et cherché avec le plus de bonheur à utiliser, pour la navigation et le combat, les récentes conquêtes de la science. A ce titre, il mérite qu’on s’y arrête et qu’on esquisse, avant qu’un autre spécimen du génie maritime moderne ait pris sa place, les traits principaux de cette machine vraiment extraordinaire, si on la compare aux navires de guerre dont Nelson a été le dernier à se servir avec tant d’éclat.
- Les navy lisls anglais lui donnent 97m,54 de long entre les perpendiculaires, et 22m,87 de largeur au fort. Il déplace 11 590 tonneaux. Sa cuirasse présente 610 millimètres à la batterie et 457 millimètres aux tourelles, 610 aux cloisons de cale avant et 559 aux cloisons de cale arrière ; son pont est blindé à 76 millimètres. Il embarque 1500 tonnes de charbon et obtient une force effective de 8500 chevaux avec 2 hélices.
- Vu d’une certaine distance, VInflexible n’offre pas le même aspect que les navires à tourelles-ordinaires. Cela tient à la façon ingénieuse dont il a été peint. Si le lecteur se figure par la pensée la lettre H placée sur la coque d’un navire de guerre ordinaire, il aura une idée assez exacte de l’apparence offerte par le navire à la distance de quelques milles.
- La lettre est formée par les deux tuyaux et la passerelle qui règne entre eux. Elle est d’autant plus visible qu’elle est jaune ; quant à la coque, les superstructures et les tourelles, elles sont noires. Ces tourelles se trouvent au-dessous de la barre horizontale de l’H ; elles ressemblent à deux fromages gigantesques. En dehors des barres verticales de l’II, à des distances respectives de 5™,20 et de 6m,40, sont plantés les mats qui mesurent, le grand mât 52m,70, et le mât de misaine 55m,50 ; ces mâts ne servent que pour l’exercice, car le gréement tout entier, à l’exception des bas mâts, doit disparaître pendant le combat.
- Une troisième tourelle, placée au-dessus de la superstructure, servira d’abri au commandant de ïInflexible et à son second, pendant le combat ; elle est blindée, intérieurement, par une cuirasse en croix (armour cross), composée de deux plaques de 50 centimètres d’épaisseur, posées de can, et se coupant à angle droit. Ces officiers peuvent se tenir dans l’un ou l’autre des quatre angles formés par la croix, et ils peuvent gouverner, faire tourner les tours, exécuter le tir des grosses pièces, et lancer les torpilles submergées, soit en tournant une petite roue, soit en pressant le bouton électrique (fig. 1). 11 va sans dire qu’à l’aide du porte-voix ils peuvent communiquer avec toutes les parties du bâtiment. Pour
- surveiller l’horizon de petites embrasures sont pratiquées dans la croix, à hauteur des yeux.
- Pour modérer le roulis du bâtiment, M. Fronde, le savant ingénieur anglais, a appliqué à Y Inflexible une invention très heureuse : un compartiment situé au-dessous de la surface de la mer, et dont la partie inférieure est à 6m, 10 sous la quille, s’étend vers le milieu du navire d’un bord à l’autre. Cet emplacement, qu’il appelle water-place, est divisé en deux parties, dont l’une peut recevoir 60 tonnes d’eau, l’autre restant vide. On suppose, pour justifier cette innovation, que le navire doit rouler plus vite que la masse d’eau, qui agira d’abord comme contre-poids, puis comme tampon, lorsque le navire se redressera, et pour l’empêcher de trop rouler de l’autre bord.
- L'Inflexible sera protégé au-Oessous de l’eau, contre les torpilles, par des filets en acier. Il se peut néanmoins qu’un bateau torpilleur trompe la vigilance des vigies, et trouve une issue pour pénétrer jusqu’au bâtiment et y pratiquer une ouverture. Dans ce cas, on achèverait l’œuvre de l’ennemi en coulant le navire. On pense qu’il ne faudrait pas pour cela plus de dix-huit minutes en ouvrant toutes les valves (il y en a 485) et quatorze si l’on y joignait les trous qui livrent passage aux torpilles.
- Par contre, la puissance des appareils d’épuisement est considérable ; si l’on ajoutait au travail des machines spéciales celui des pompes à bras, on pourrait rejeter dehors 5000 tonnes d’eau à l’heure.
- Pour permettre à YInflexible de lancer les torpilles Whitchead par-dessus sa superstructure, un système entièrement nouveau a été imaginé. Il consiste dans la disposition suivante :
- Un trépied en fer est fixé sur la forteresse par deux de ses branches ; à la troisième branche est suspendue la torpille. A un signal donné, l’appareil bascule, et au même moment la torpille s’échappe automatiquement et se dirige sur le but qui lui est assigné, en s’enfonçant à une profondeur déterminée à l’avance.
- Si maintenant nous passons en revue l’artillerie (4 canons de 40 centimètres), nous constatons la même recherche du progrès, la même ingéniosité dans les moyens. Ici c’est le système hydraulique qui règne en maître et préside à la moindre manœuvre de ces pièces d’ailleurs très lourdes (82 tonnes) .
- Ce système avait été expérimenté la première fois à bord du Thunderer dans des conditions défectueuses ; depuis, il a été appliqué au Dreadnought, au Temeraire et au Neptune avec diverses améliorations, moins complètement toutefois qu’à bord de YInflexible. Ce qui caractérise son emploi sur ce navire, c’est qu’il est appliqué à toutes sortes d'usages, et que la vapeur ne sert qu’à faire fonctionner les pompes d’accumulation ; les tourelles et les canons sont manœuvres uniquement par la force hydraulique.
- Un des traits particuliers de YInflexible est la
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- disposition de ses tourelles, qui sont en quinconce. ! être tirés ensemble en chasse ou en retraite sans Grâce à cette disposition, tous les canons peuvent | que le feu d’une des tourelles soit gêné par l’au-
- Fig. 1. — Officiers faisant manœuvrer le cuirassé l’inflexible.
- tre. Outre cet avantage, qui est de premier ordre, I négatif de 6° 50' ; de cette manière ils peuvent ailes canons lancent leurs projectiles sous un angle | teindre l’ennemi aussi bien à petite distance, au-
- Fig. 2. — Détail de l’appareil destiné au lancement des torpilles.
- dessous de la ligne de flottaison, que sur son pont, I Pour éclairer l’intérieur du bâtiment, la lumière s’il passe toutefois à une proximité suffisante. | électrique est installée partout et à profusion.
- A l’avant et à l’arrière, sous le pont blindé, sont des plates-formes qui supportent les diverses machines. A l’avant, c’est d’abord la machine hydraulique
- et son [accumulateur ; celle du cabestan ; celles qui actionnent les tubes destinés au lancement des torpilles Whitehead au-dessous de l’eau (ces tubes se^meu-
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- Le navire cuirassé anglais l’inflexible
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- vent l’un dans l’autre au moyen d’air comprimé, fig. 2 et 3) ; les machines (pompes de compression et accumulateurs) qui servent au chargement des torpilles lancées au-dessus et au-dessous de l’eau ; les machines -distillatoires produisant de l’eau douce ; la machine servant à la distribution de l’eau dans les diverses parties du navire ; enfin l’injccteur, dont la mission consiste à pomper l’eau des compartiments étanches.
- Sur la plate-forme arrière se trouvent : 1° la deuxième machine hydraulique et son accumulateur ; 2" la machine à vapeur pour le scrvo-moteur du gouvernail ; 3° la pompe hydraulique à main ; 4° la barre de gouvernail et l’attirail qui s’y rapporte ; 5° une machine électrique de Brush actionnée par une machine Brotherhood ; 6° une machine Gramme pour éclairer la mer à grande distance et permettre de déjouer les attaques des torpilleurs pendant la nuit, également actionnée par une autre machine Brotherhood ; si on ajoute à cette énumération les machines propulsives et les nombreux appareils hydrauliques servant à la manœuvre des canons, on peut dire avec quelque raison que Y Inflexible ressemble tout aussi bien à une exposition de machines qu’à un navire.
- Nous avons dit que VInflexible était en service. Son premier voyage, qui était un voyage d’essai, a eu lieu le 25 octobre 1881, entre Plymouth et Gibraltar. Quoiqu’il ait eu à traverser la mer de Biscaye à bon droit réputée comme très mauvaise, il s’est admirablement comporté ; son roulis ne dépassant pas 10 degrés.
- * Aux seconds essais, dans la Méditerranée, il a été soumis à une plus dure épreuve, et ses roulis, plus rapides et plus étendus, atteignirent 17 degrés d’un bord et 15 de l’autre.
- Son troisième essai a été assez satisfaisant pour qu’on ait pu mettre le navire en service. Au moment où nous écrivons, il fait partie de la division de la Méditerranée.
- L. R.
- LA PILOCÀRPINE ET LA RAGE
- On chercherait en vain dans les annales scientifiques un fait authentique de guérison de la rage : ce n’est pas faute, cependant, d’avoir soumis les malades aux traitements les plus variés et les plus énergiques.
- Je ne crois pas qu’il y ait un alcaloïde, une substance active qui n’ait été administrée; l’insuccès a été constant.
- L'observation communiquée à l’Académie de médecine par M. Denis Dumont, chirurgien de l’hôpital de Caen, se présente avec un caractère de véracité qui laisse peu de doutes.
- Yoici, en quelques mots, le résumé de l’observation. Un berger de trente-huit ans, habitant la commune de Fengerolles, est mordu le 16 avril dernier par un chien enragé, qui mordit en même temps une femme et une petite fille. Le 20 mai, la femme mourait avec tous les symptômes de la rage confirmée.
- La petite fille, dont la plaie avait été lavée à l’eau
- phéniquée, n’a pas été malade. Le 22 mai, la rage se déclarait chez le berger. On le trouve par hasard, étendu sur la route, mordant la terre, grattant le sol avec ses ongles, écumant, l’œil hagard. On l’enferme aussitôt ; on lui lie les mains pour l’empècher de se déchirer. Il s’était déjà mordu à trois endroits et déchirait avec ses dents tout ce qu’il pouvait porter à sa bouche. Dès le lendemain, on le dirigeait sur l’hôpital de Caen, dans le service de M. Denis Dumont.
- Là les accès furent observés de près et leurs caractères étaient tellement tranchés qu’il était impossible de songer à une autre affection. Des doses massives de bromure n’amenèrent aucune détente. Dans la nuit qui suivit son entrée, on constatait sept crises des plus violentes.
- Ce fut alors qu’on essaya la pilocarpine en injections à la dose de un centigramme. Trois injections furent faites chaque jour, du lundi 22 mai au lundi suivant.
- Dès le premier jour, il y avait une rémission manifeste dans la violence des accidents ; deux jours plus tard, les spasmes pharyngés, l’anxiété respiratoire disparaissaient à peu près complètement et le mieux se continuait les jours suivants jusqu’à la guérison, qu’on pouvait regarder comme complète à la fin de la semaine. Le malade, tenu encore en observation dans le service, est à cette heure dans un état de santé parfait.
- Cette observation fera l’objet d’un rapport à l’Académie; telle qu’elle, elle se présente avec des garanties d’authenticité qui ne laissent pas de doutes.
- Nous devons ajouter qu’avant M. Denis Dumont, d’autres médecins ont essayé cet agent médicamenteux, sans autre succès que celui d’atténuer la violence des crises et de donner un peu de calme aux malades, résultat qu'on obtient également par d’autres moyens. Deux médecins des hôpitaux, MM. Dujardin-Beaumetz et Sevestre, ont pratiqué, chez des enragés, des injections de pilocarpine à doses élevées, et la mort est arrivée dans le délai ordinaire.
- La pilocarpine ne constitue donc pas un remède infaillible; mais ne réussirait-elle qu’une fois sur cinq, sur dix, voire même sur cent, que ce sera beaucoup d’avoir un médicament qui peut vous laisser une lueur d’espoir. Le mécanisme de son action n’est pas facile à interpréter.
- Acart.
- LA PRODUCTION
- ET
- LA CONSOMMATION DU CAFE
- D’après les statistiques officielles, la production du café qui, il y a deux siècles, comprenait à peine quelques millions de kilogrammes, s’élevait déjà en 4859 à 338 millions, en 4874 à 450 millions, en 4877-78 à 590 millions, et dépasse actuellement 650 millions.
- Suivant M. W. Fortune, on compte actuellement 450 millions de consommateurs de café. En Europe, cette consommation fait chaque jour de nouveaux progrès. En 4879, il a été consommé 220 millions de kilogrammes de café de plus qu’en 1878.
- De tous les pays producteurs de café, le premier de tous, qui semble viser au monopole, est le Brésil, dont la production annuelle dépasse déjà 300 millions de kilogrammes. C’est en 4800 que cette culture a été introduite dans l’empire, où elle n’a progressé que lentement pendant de longues années, pour prendre ensuite un dëve-
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- LA NATURE.
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- loppement qui aujourd’hui est vraiment extraordinaire.
- Après le Brésil, le pays qui produit le plus de café est l’Inde néerlandaise, comprenant Java, Sumatra, et une partie de l’archipel de la Sonde.
- L’exportation du café de Java en 1876 s'est élevée à 66 673 400 kilogrammes; en 1877. à 72 006 200 kilog. ; en 1S78-79, à 56 706 000 kilog.; en 1879-80, à 77 505 388 kilog.
- Le café est la richesse d’Haïti. Sans ce précieux produit, la misère régnerait dans cette ile, dont le sol convient si bien à cette culture. En 1879, on y comptait 7800 plantations ; aujourd’hui la production ne dépasse pas 25 000 000 de kilogrammes, chiffre encore énorme quand on songe aux révolutions continuelles auxquelles ce malheureux pays est en proie, et au peu de soin que les planteurs donnent à cette culture. On peut dire que la plante pousse au gré de la nature.
- Parmi les pays qui produisent le plus de café, le Venezuela occupe déjà une place très importante, tant par la quantité que par la qualité du produit, qui est un des meilleurs incontestablement.
- La Jamaïque depuis 1783 produit une quantité de café qui s’élève annuellement à 5 000 000 de kilogrammes.
- La production du café a été pendant longtemps considérable à la Martinique, surtout avant l’abolition de l’esclavage, et sa renommée était universelle. Cette culture a été peu à peu en déclinant, et la production est maintenant fort minime : 15li 000 kilogrammes environ en 1878.
- La culture du café à la Guadeloupe y occupe environ 4000 hectares produisant environ 800 000 kilogrammes d’un café qui ne le cède en rien à celui de la Martinique, et qui se vend sous ce nom, malgré les énergiques réclamations des habitants.
- L’exportation du café de Bourbon s’est élevée à 600 000 kilogrammes environ en 1879. Depuis 1872, la moyenne de la production annuelle a été de 410 339 kilogrammes. Les qualités les plus estimées portent les noms de Pays et Le Boy.
- Les provinces de l’Yémen, en Arabie, où se rencontre le célèbre café des environs de la ville de Moka, ont une production qui ne saurait être exactement estimée.
- La République de l’Équateur a exporté, en 1878, 10 599 quintaux; en 1879, 35 972 quintaux, et en 1800,
- 10 000 quintaux.
- La culture du café a été introduite dans la contrée de Mozambique en 1799, où l’ignorance et les préjugés des agriculteurs l’ont empêchée de prospérer.
- Le café des îles Sandwich, connu sous le nom de kona café, est d’une excellente qualité et d’une culture facile ;
- 11 se vend b raison de 12 cents 1/2 la livre dans le pays.
- La culture du café au Mexique est appelée à un brillant
- avenir, lorsque les voies ferrées en construction qui doivent sillonner la République seront achevées ; actuellement l’exportation de cette denrée est évaluée à environ 4 millions de livres par an qui sont achetées presque entièrement par les Etats-Unis.
- Le café constitue la principale richesse agricole de l’Amérique Centrale, où il pourrait prendre surtout dan le Guatemala un développement considérable l.
- 1 Nous empruntons les documents statistiques qui précèdent à un remarquable travail publié récemment par SI. Dabry de Thiersant, chargé d’affaires de la République française au Centre-Amérique : la Production et la consommation du café, 1 broeh. in-8° extraite du Journal des Économistes. Paris, Guillaumin et Cie, 1882.
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- 00THÈQUES DES MANTES1
- Plusieurs groupes d’Articulés entourent leurs œufs d’une enveloppe protectrice commune. Tantôt c’est dans le corps même de la femelle que se fait cette agglomération, comme on le voit chez les Blat-tiens parmi les Orthoptères, tantôt au contraire la femelle construit la coque protectrice et y dépose ses œufs (Hydrophiles, Mantes).
- Plusieurs auteurs ont étudié les coques à œufs ou oothèques que construisent les Mantes). M. le professeur Edmond Perrier* a donné, en 1870, quelques détails intéressants sur la manière dont les Mantes fabriquent leurs oothèques. En 1872, M. Henri de Saussure a insisté sur le développement des larves de Mantes3. Le développement des larves avait été aussi étudié par Pagenstecher et Rœsel.
- J’ai rapporté d’Algérie, au mois de mai 1881, des oothèques de Mantes, et j’ai pu assister ainsi à la sortie des jeunes larves. Les coques à œufs des Mantes sont déposées sur des rameaux d’arbustes ou sur des pierres ; la structure diffère peu suivant l’espèce.
- Vue à l’extérieur, l’oothèque est de couleur brun grisâtre. Elle est généralement pyriforme, la petite extrémité est située en haut ; elle semble fortement sillonnée transversalement. Si l’on pratique, au moyen d’un rasoir, une coupe dans le sens de ces sillons, on remarque que les œufs sont contenus dans une chambre médiane circulaire. Chacun des gros sillons extérieurs correspond à un étage, et, une oothèque contient une vingtaine d’étages. Cette chambre médiane est entourée par des enveloppes écumeuses sans œufs, dont les couches arquées correspondent à la succession des étages de la chambre centrale. Chacun des étages de cette chambre est séparé en deux loges par une mince cloison antéro-postérieure et communique en avant avec l’extérieur par une sorte de goulot aplati, dont les bords, en forme d'écaillés, sont rabattus et s’appliquent l’un sur l’autre, c’est-à-dire sont imbriqués. Dans chaque loge les œufs sont disposés symétriquement de telle sorte que la portion de l’œuf qui constituera l’extrémité de l’abdomen est appliquée contre la paroi, tandis que les tètes regardent en avant et obliquement, et sont toutes appliquées l’une contre l’autre. Les larves, pour sortir, n’auront donc qu’à s’avancer droit devant elles sans évolution. Chaque loge centrale renferme une douzaine d’œufs, contenus chacun dans une sorte d’alvéole gommeuse; les loges des deux extrémités de la coque en renferment un nombre moindre. Cette coque à œufs, d’abord transparente et mousseuse, se modi-
- Nole présentée à l’Académie des Sciences et à la Société Entomologique de France.
- 2 Annales des Sciences naturelles, Zoologie, 5e série, tome XIV, article n" 10, 1870 — Paris, Masson.
- 3 Mission scientifique au Mexique. Recherches zoologiques, publiées sous la direclion de M. Henri Milne Edwards, 6e partie, lre section, 2* livraison. — Impr. Nationale, 1872.
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- LA NATURE.
- fie et devient imperméable à tel point que l’on peut la plonger dans l’eau sans mouiller les œufs.
- Pour construire son ootbèque, l’insecte se sert de son abdomen et de ses élytres. Fixée au rameau d’un arbuste, la Mante sécrète un liquide mousseux légèrement transparent, qu’elle maintient à l’aide de l’extrémité de ses élytres.
- Par ce moyen elle pourra construire les premiers étages de sa coque en forme de calotte sphérique, grâce à des mouvements réguliers de son abdomen qui malaxe la substance mousseuse et l’étale par couches successives à l’aide des cerci. Les œufs sont chassés de l’abdomen en même temps qu’une certaine quantité de liquide écumeux qui constituera les alvéoles. L’oo-thèque prend peu à peu une couleur plus foncée et se durcit. Après l’accouplement qui a lieu généralement en septembre, la femelle bâtit son oothèque. Les œufs éclosent en mai et juin. J’ai assisté à la sortie des larves des oothèques que j’avais rapportées. Chaque larve, encore molle, avance vers l’ouverture de sa loge afin d’en sortir.
- M. de Saussure, dans le travail que j’ai cité plus haut, explique la sortie de la larve de la manière suivan -te :
- « La petite larve, dit-il, doit maintenant s’échapper de la loge où elle est enfermée, et comme elle est trop faible pour se servir de ses pattes, la nature lui vient en aide au moyen d’un artifice particulier. La surface de son corps est revêtue d’une substance chitineuse sur laquelle on voit se développer des épines dirigées en arrière. En imprimant à son abdomen un mouvement ondulatoire, les épines servent d’appui contre les parois de la loge, la larve chemine vers l’opercule de la même manière qu’un épi de seigle, à l’aide de barbes à ergots, peut cheminer sur un morceau de drap soumis à des vibrations. »
- La comparaison dont se sert M. de Saussure est exacte, mais les épines ne sont pas sur l’abdomen à proprement parler : elles sont situées sur les cerci, qui ont la forme de deux gros mamelons. En outre,
- les pattes sont couvertes de fortes épines qui servent également aux jeunes larves à cheminer dans leur alvéole. Les larves de la partie supérieure de la coque sortent les premières, bien que ces œufs aient été pondus les derniers. Quelquefois l’opercule de la loge se referme avant que la larve ne soit complètement sortie et elle périt. Celles qui parviennent à quitter 1 oothèque, au lieu de tomber à terre, sont soutenues en l’air à l’aide de deux fils soyeux fort longs et très ténus, fixés d’une part à l’extrémité de chacun des cerci, et d’autre part adhérents à la paroi antérieure et postérieure de la coque de l’œuf. Bientôt toutes les petites larves, ainsi suspendues à l’oothèque, forment une sorte de
- grappe C Elles demeurent quelques jours dans cet état. La première mue ayant eu lieu, leurs dépouilles restent suspendues à l’oo-tlièquc. Si ces petites larves, si faibles, tombaient à terre, elles seraient la proie de leurs ennemis. Après la mue, elles manifestent leur voracité en se jetant sur les petits insectes qu’elles rencontrent. Elles sont très agiles.
- On a considéré les fils soyeux qui soutiennent ces jeunes larves comme étant les représentants des cerci; mais chez la larve contenue dans l’oothèque les cerci existent déjà et sont constitués, comme je l’ai fait remarquer, par deux bâtonnets couverts d’épines. Il arrive souvent que, pour changer de peau, les larves de ces insectes sont obligées de se fixer aux branches à l’aide de filaments. Ces longs fils soyeux semblent n’avoir d’autre but que de permettre à la larve d’opérer la première mue à l’abri de tout danger.
- Charles Brongniart.
- 1 J’ai photographié, dans le laboratoire de physique de l’École Polytechnique, les divers aspects de l’oothèque chargée des jeunes larves. C’est grâce à l'extrême obligeance de M. le professeur Alfred Cornu, membre de l’Institut, qui a bien voulu mettre ses appareils à ma disposition. Je suis heureux de pouvoir lui en témoigner ici toute ma gratitude.
- Fig. 1. Oothèque de Mante, fixée à un rameau d’arbuste. Les jeunes larves, reliées à l’oothèque par deux (ils ténus, sont suspendues ainsi pour opérer la première mue. — Fig. 2. Coupe transversale d’une oothèque, montrant la disposition des œufs. — Fig. 5. Coupe longitudinale d’une oothèque d’avant en arrière. — Fig. 4. Figure schématique faite pour montrer la disposition des étages. — Fig. 5. Cerci, présentant les deux ligaments suspenseurs.
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- SYSTÈME TÉLÉPHONIQUE
- DR M. VAN RYSSELBERGHE
- On sait que l’une des principales difficultés rencontrées jusqu’ici dans les transmissions téléphoniques à grande distance résulte des effets intenses d’induction produits sur les conducteurs téléphoniques par les fils télégraphiques voisins, et qu’on désigne sous le nom assez caractéristique de friture. Rien des artifices ont déjà été imaginés pour combattre ces effets, mais l’on ne s’était adressé jusqu’ici qu’au circuit téléphonique
- nique, — sont traversés par un courant d’induction intense et de courte durée. Le même phénomène se produit, mais en sens inverse, au moment de la rupture du circuit. Cette série de courants d’induction intenses et de courte durée produit dans les téléphones une sorte de crépitement, de friture, d’autant plus nuisible que les lignes télégraphiques sont plus nombreuses, au point de rendre souvent la réception impossible.
- Supposons maintenant qu’on puisse, par un procédé quelconque, graduer le courant inducteur de telle façon qu’il n’atteigne son intensité que progressivement ; les courants induits développés
- dans le circuit télé-
- &
- 1
- Terre Terre. Terre
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- 1
- (siège des perturbations) ; M. Van Rys- M
- selberghe a eu l’idée .—_J_____S.
- de s’adresser à la cause elle-même, c’est-à-dire au circuit télégraphique (cause des perturbations), et après une longue série de recherches et Fig d’expériences, il est arrivé aux deux résultats suivants : 1° suppression des effets d’induction des courants télégraphiques sur les circuits téléphoniques sans l’emploi du double fil ; 2° transmission simultanée d’une dépêche télégraphique en signaux Morse et d’un message téléphonique par un seul et même fil.
- Nous ferons connaître aujourd’hui les principes qui ont été mis en application par M. Van Rysselberghe pour obtenir le premier résultat, c’est-à-dire la suppression des courants d’induction, il nous sera ensuite plus facile d’expliquer le système à double transmission dont nous réservons la description à un prochain numéro, pour pouvoir y joindre quelques diagrammes explicatifs.
- Nous avons dit que M. Van Rysselberghe, pour supprimer les effets d’induction, s’était adressé à la cause même de ces effets. Pour comprendre comment il a pu y parvenir, examinons ce qui se passe dans le cas le plus simple (fig. 1), celui d’une ligne télégraphique et d’une ligne téléphonique disposées parallèlement, avec les extrémités des fils reliées à la terre, c’est-à-dire avec le montage à simple fil, comme dans tous les télégraphes connus.
- Chaque fois qu’on presse le manipulateur M et qu’on produit une émission de courant dans la ligne, cette ligne se charge presque instantanément ; tous les fils voisins — et dans le cas particulier le fil télépho-
- Ligne télégraphique
- igné téléphonique
- phonique dureront plus longtemps mais, seront moins intenses, l’action sur la plaque du récepteur sera elle-même progressive et ne produira aucun son perceptible. En fait, on aura remplacé une attraction violente et instantanée par une série d’impulsions faibles et successives. On peut se faire une idée du résultat obtenu en le comparant aux effets produits par les réservoirs d’air dans les conduits hydrauliques, et aussi à cet exercice
- Terre
- 1. — Montage d’une ligne télégraphique et d’une ligne téléphonique montrant la cause des effets d’induction.
- Ligne télégraphique
- Ligne téléphonique
- m
- Terre Terre
- Terre
- Terre
- Fig. 2. — Montage d’une ligne télégraphique avec condensateur en dérivation, pour détruire les effets d’induction ou friture sur la ligne téléphonique.
- des saltimbanques forains, fondé sur l’inertie, et qui consiste à casser un lourd pavé placé sur leur ventre à grands coups de marteau.
- Pour amortir l’onde électrique d’induction, et supprimer le crépitement que produirait l’onde non amortie, M. Van Rysselberghe emploie divers moyens. Nous allons en faire connaître ici deux qui lui ont donné de bons résultats.
- L’un d’eux consiste à employer des manipulateurs pourvus de rhéostats à curseur disposés de telle sorte qu’en abaissant le levier du manipulateur, on insère dans le circuit, entre la pile et la ligne, des résistances variant progressivement depuis l’infini jusqu’à zéro. Ces rhéostats sont formés de corps médiocrement conducteurs sur lesquels frotte un balai fixé au levier du manipulateur.
- La ligne se charge donc progressivement et avec une lenteur relative, puisque l’intensité du courant varie avec la résistance interposée pendant l’abaissement de la clef du manipulateur, les effets d’induction ne sont plus alors assez intenses pour troubler la transmission téléphonique. Cette transmission
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- téléphonique établie sur un circuit distinct peut d’ailleurs se faire, soit par des téléphones magnétiques, soit par des téléphones à piles ou des transmetteurs microphoniques.
- Un second moyen employé par M. Rvsselberghe permet de supprimer aussi l’induction sans rien changer à la disposition du manipulateur.il consiste à disposer en dérivation sur la ligne un condensateur C (fig. 2). Au moment de la fermeture du circuit, le Ilot d’électricité se partage entre le condensateur et la ligne; cette dernière'ne prend alors sa charge que progressivement. Le résultat désiré est ainsi obtenu dans une certaine mesure; en combinant les deux moyens, c’est-à-dire manipulateur à résistance variable et condensateur en dérivation, l’on annule complètement les effets nuisibles : c’est cette combinaison qui, en pratique, donne les meilleurs résultats.
- C’est grâce à cet amortissement complet des effets d’induction produits par les courants des manipulateurs Morse que M. Van Ryselberghe a pu superposer les deux appareils et employer un seul et même fil à la transmission simultanée d’un message phonique et d’une dépêche Morse.
- Ajoutons à ces résultats nouveaux de sérieux perfectionnements apportés aux transmetteurs et aux récepteurs téléphoniques par M. Van Rysclbcr-ghe, et l’on aura ainsi une idée de l’impoi lancc et de l’intérêt que présentent les travaux du jeune sous-directeur de l’Observatoire de Bruxelles, travaux sur lesquels nous donnerons bientôt des détails plus complets.
- E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- Conférence sur l'électricité. —• Le 15 juin, M. Marcel Deprez a fait, dans le grand amphithéâtre du Conservatoire des Arts et Métiers, une intéressante conférence sur les applications de l’électricité à la production, au transport et à la division du travail. Dans la première partie, consacrée aux considérations purement théoriques, le conférencier a exposé rapidement les lois de Faraday, d’Ohm, de Joule, et le transport de l’énergie sous ses différentes formes : action chimique, chaleur et travail. 11 a démontré que le rendement est indépendant de la distance, mais que pour transmettre la même somme de travail dans le même temps et à de distances de plus en plus grandes, il faut augmenter de plus en plus la force électro-motrice des machines dynamoélectriques génératrices et réceptrices. Dans la seconde partie, consacrée à l’étude physique des moteurs électriques, M. Marcel Deprez a passé en revue les expériences d’tErsted, d’Arago, les moteurs de Froment à pédale, à coin épicycloïdal, a signalé l’erreur qu’on peut commettre en appréciant la puissance d’un moteur électrique d’après le travail qu’il peut développer pour remorquer un bateau. Il a parlé de la bobine de Siemens et de la disposition spéciale qu’il lui a donnée parallèlement aux branches de l’aimant dans son petit moteur, ainsi que des
- progrès réalisés par l’invention de l’anneau de M. Paci-notti et de M. Gramme. Comme application du transport de force à grande distance, M. Marcel Deprez a montré une machine Gramme du type À renforcé, produisant un travail utile d’environ un demi-cheval vapeur avec un rendement de 0,70 à travers une résistance de 500 ohms (50 kilomètres de fil de fer de 4 millimètres de diamètre). L’intensité du courant ne dépasse pas six dixièmes d’ampère, aussi le fil très fin ne s’échauffe-t-il aucunement, mais la tension est très élevée, car elle atteint 2400 volts. M. Deprez rappelle avec raison combien ces tensions élevées présentent de danger, puisque des accidents mortels sont déjà arrivés avec les machines Brush, dont la tension ne dépasse pas 800 à 000 volts. L’auteur a insisté en terminant sur les avantages économiques des machines de grandes dimensions, et montré quatre machines motrices d’un demi-cheval chacune, alimentées par un circuit unique, ainsi qu’un marteau-pilon électrique sur lequel nous aurons l’occasion de revenir pour en donner la description.
- I.’Exposition scolaire au palais du Trocadéro.
- — Nous avons visité cette curieuse exposition qui a récemment été ouverte; on y voit une quantité considérable de projets et modèles d’établissements scolaires de toutes catégories, depuis les écoles normales jusqu’aux écoles primaires. Installations de classes, de réfectoires, de dortoirs, modèles d’établissements scolaires de gymnastique, appareils d’étude et d’enseignement de toutes espèces, peuvent être successivement examinés. Nous avons remarqué un grand nombre de tableaux élémentaires d’enseignement, et parmi ceux-ci, nous signalerons ceux qu’a exposés M. Armengaud ainé, sur les grandes industries modernes, métallurgie du fer, usines, etc. ; les industries sont représentées dans leur réalité pratique et le moyen de confection des tableaux qui les reproduisent est très économique, puisqu’il consiste à utiliser les procédés employés dans la fabrication du papier peint. On ne saurait trop encourager les tentatives qui se font de toutes parts pour améliorer et faciliter les méthodes d’instruction, et nous croyons que l’Exposition scolaire sera fertile en progrès.
- Le vin de betterave. — En parlant, il y a quelque temps, des différentes préparations de vins artificiels, nous avons fait de sérieuses réserves au sujet du vin de betterave rouge désigné par son inventeur comme appelé à recueillir l’héritage de la vigne. M. Jules Lefort, membre de l’Académie de Médecine, dans un article du journal le Temps, étudie la question en détail et donne les raisons techniques de la fausseté de cette affirmation. L’alcool qui prend naissance dans la vinification du moût de betterave donne, en effet, en outre de l’alcool vinique, de l’aldchyde qui est la cause principale de la dépréciation des alcools de betterave, puis des alcools propyli-que, butylique et amylique, substances vénéneuses même à petites doses, ainsi qu’il résulte des expériences de MM. Dujardin-Beaumelz et Audigé. 11 faut citer en outre l’alcaloïde particulier dit bétaïne, qui se rencontre toujours dans la betterave dans la proportion de 1 à 5 pour 100, suivant les racines’, et dont on ignore les propriétés physiologiques. En résumé, le prétendu vin de betterave est tout simplement un liquide rouge pâle, titrant 4 à 5 pour 100 d’alcool, facile à conserver, mais d’une saveur très désagréable en raison du principe odorant propre à la betterave. Cette fabrication ne paraît pas appelée à un grand avenir. (Génie civil.)
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- IMiénoinéucs volcaniques de l Vlnn. — Depuis I la grande éruption de lave de 1879, l’Etna a donné lieu il une longue série de phénomènes éruptifs qui présentent dans l’ensemble un certain intérêt au point de vue de la science des volcans. 11 n’v a presque pas eu de mois où l’Etna n’ait fait des éjections de fumée et de sables tantôt légères et de peu de durée, tantôt très violentes et persistant pendant plusieurs jours. Ces éjections ont été souvent accompagnées par de fortes secousses de sol et des bruits souterrains intenses qui précèdent ordinairement les grandes éruptions; toutefois il n’y a jamais eu d’émission de lave. Cette fréquence inusitée de paroxysmes éruptifs se terminant par de simples jets de matières pulvérulentes est un fait sans précédents dans la longue histoire de l’Etna.
- Le danger des pains ou tablettes pour peintures de couleur verte. — Un cas d'empoisonnement a eu lieu, chez un enfant d’Épinal, à la suite de l’ingestion de pains et fragments de tablettes dites peintures, de couleur verte. Une visite faite par une Commission du Conseil central d’hygiène chez les libraires et les marchands de jouets d’enfants d’Épinal, a montré que ces débitants mettent en vente des pains de couleurs, formés de carbonate de chaux ou de sulfate de chaux et d’un composé arsenical (vert de Scheele ou vert de Schweinfurt) ; dans certains échantillons analysés, ces composés arsenicaux atteignent la proportion énorme de 20 pour 100. Des exemples analogues d’empoisonnement ont déjà eu lieu bien des fois, dans presque tous les pays, et il faut reconnaître que certaines maisons fabriquent aujourd’hui, pour le coloriage des images et à l’usage (les enfants, des peintures ne contenant aucune substance minérale toxique; il ne faut pas toujours, cependant, se fier à l’étiquette inscrite sur ces boîtes.II serait à désirer que la vente et Dusage de ces tablettes de couleurs à base arsenicale fussent sévèrement prohibés, de la môme manière que le coloriage de bonbons à l’aide de ces substances est depuis longtemps interdit. Des mesures pourraient être prises pour permettre de reconnaître la prove nance, le lieu de fabrication ou de vente de ces couleurs-et des inspections fréquentes chez les papetiers et les marchands de jouets amèneraient la saisie de ces produits, aux lieux même d’émission.
- (Revue d'hygiène et de police sanitaire.)
- M. James Gordon lleneU, le directeur du New- York Herald, vient de faire don de cinquante mille dollars (deux cent cinquante mille francs) en obligations des États-Unis, à la veuve du vaillant capitaine Delong qui commandait l’expédition de la Jeannette dans les mers arctiques. '
- — M. Pasteur vient d’être honoré par la Society of arts de la Grande-Bretagne de l'Albert medal pour 1882.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 juin 1882.
- L'éclipse du 17 mai. — C’est avec un bien vif intérêt qu’on entend MM. Thollon et Trépied, membres de la mission française en Égypte, rendre compte de l’éclipse du 17 mai. Ces messieurs se sont surtout préoccupés de
- l’étude spectroscopique du phénomène. Ils insistent sur un renflement notable des deux groupes de raies désignés par les lettres B et L, et se demandent si cet effet nj tiendrait pas à la présence d’une atmosphère lunaire, non aperçue jusqu’ici.
- M. Janssen, tout en félicitant chaleureusement MM. Thollon et Trépied, ne partage pas cette dernière opinion. D’après lui, si l’atmosphère de la lune existe, elle est si prodigieusement raréfiée qu’on ne peut pas attribuer à son action le renflement observé.
- M. Dumas se joint à MM. Thollon et Trépied pour demander que dès maintenant l’Académie se préoccupe de la mission astronomique qu’il y aura lieu d’envoyer aux îles Marquises, pour observer la prochaine éclipse solaire au mois de mai 1883.
- L’étude de cette question, déjà élaborée par le Bureau des Longitudes, est renvoyée aux deux sections d’Astronomie et de Navigation.
- Les terrains tertiaires de Belgique. — Grâce à l’activité infatigable et au zèle de M. Michel Mourlon, le Musée royal d’histoire naturelle de Belgique publie aujourd’hui le quatrième et dernier volume de Mémoires préparés par feu André Dumont pour servir à la description de la carte géologique de la Belgique *. Ce volume, de plus de sept cents pages, présente la continuation des descriptions détaillées des massifs tertiaires situés entre la Dyle et la Geete, entre la Geete et la Meuse, sur les deux rives de la Meuse et dans la Campine. On saura un gré infini à M. Mourlon d’avoir joint à ces quatre volumes des tables qui permettent, au milieu de plus de quatre mille pages de texte, de retrouver à l’instant, ce qui concerne une formation géologique en particulier ou une localité donnée.
- Synthèse des minéraux et des roches. — Sous ce titre, MM. Fouqué et Michel Lévy présentent une œuvre considérable où se trouve présenté d’une manière à peu près complète l’état actuel de nos connaissances relativement à la synthèse minéralogique et hthologique 2. Après une importante introduction où le caractère essentiellement français de la minéralogie expérimentale est mis en évidence, les auteurs passent successivement en revue les résultats fournis par la reproduction des diverses catégories de roches et de minerais. On lira surtout avec intérêt le chapitre relatif aux roches éruptives, qui est un véritable mémoire original.
- La météorite d'Esthewille. — Il résulte d’un examen dont M. Dumas présente le résumé en mon nom, que la météorite tombée le 19 mai 1879 à Esthewille, Emmet County (Iowa), appartient lithologiquement au type connu sous le nom de logronite. C’est dans ce type que se rangent les nombreuses masses découvertes dans la sierra de Chaco, en Bolivie, ainsi que l’intéressante météorite dont on a observé la chute en 1842 à Barea, près de Logrono (Espagne). La météorite d’Esthewille présente une foule de caractères extrêmement remarquables; elle est représentée au Muséum par une série d’échantillons,
- 1 A Bruxelles, chez Bayez.
- 2 G. Masson, éditeur.
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- Fig. 1. — Phénakisticope do projection (1/5 de grandeur o’oxceutioiq.
- dont le plus volumineux pèse cinquante kilogrammes.
- Le tunnel sous la Manche. — Il paraît que les travaux de percement sur la rive anglaise se poursuivent beaucoup plus rapidement que chez nous. 1800 mètres dont 1400 sous la mer sont ouverts dès maintenant par la machine Beaumont, c’est-à-dire avec 2m,10 de diamètre. On travaille dans la craie grise parfaitement sèche et au milieu de la poussière. La galerie est éclairée par la lumière électrique. M. de Lesseps annonce qu’une excursion composée de savants français quittera Paris le 50 ’uin pour aller visiter cette galerie.
- Revues scientifiques de « la République française ». — Le
- secrétaire signale tout spécialement parmi les pièces imprimées de la Correspondance, le quatrième volume, des revues scientifiques publiées par la République française sous la haute direction de M.
- Paul Bert1. Le nouveau volume ne renferme pas moins de trente-deux études relatives aux sujets les plus variés et parmi lesquelles nous signalerons spécialement celles intitulées : Des plus récents travaux sur l'Asie, Causes et traitement de la fièvre typhoïde, la Mémoire et ses maladies, le Végétarisme, Alizarine et indigotine, le Burquisme, les Ber-bers, les Falsifications des substances alimentaires , Paléontologie végétale, la Comète, le Grisou, Caractères anatomiques intermédiai -res à ceux de t’homme et à ceux des singes anthropoïdes, Sur de prétendus fossiles tombés du ciel, etc. — Dès maintenant les quatre
- volumes publiés constituent un tableau du mouvement des sciences depuis 1878.
- Varia. — L’analyse comparée des diverses régions d’une même coulée de lave occupe M. Ricciardi.— La dernière comète a été photographiée par M. Huggins qui insiste sur les caractères spéciaux de sa composition chimique. — Un nouveau prix Yolta sera décerné dans cinq ans. — Un monsieur exprime son étonnement de ce qu’à Paris on n’ait pas pu voir une éclipse totale, alors qu’un pays comme l’Égypte jouissait de la totalité. — Un autre a découvert que les étoiles sont moins éloignées de la terre que n’est la lune.
- Stanislas Meunier.
- 1 G. Masson, éditeur.
- PHÉNAKISTICOPE DE PROJECTION
- Le phénakisticope de Plateau, le zootrope et tous les appareils qui en dérivent, ne peuvent fonctionner qu’en présence d’un auditoire très limité; il faut en quelque sorte tenir l’appareil à la main pour s’en servir et deux ou trois personnes seulement peuvent en apprécier les effets. Ces appareils, quelque intéressants qu’ils puissent être, ne sauraient' donc être utilisés dans les cours ou les conférences.
- Le phénakisticope que nous représentons ci-contre
- peut s’adapter dans les lanternes de projection usuelles à lumières oxhydrique ou électrique ; le sujet qu’on y place est susceptible d’être projeté sur un écran et d’être aperçu à la fois par de très nombreux spectateurs. La rotation des images est ob-
- Fig. 2 et 3. — Spécimens des disques de verre de l’appareil, ci-dessus
- tenue à l’aide d’une manivelle que l’on met en mouvement. Cette manivelle, par l’intermédiaire de deux petites cordes sans fin, transmet le mouvement, d’une part à un disque opaque percé d’une fenêtre de la grandeur de l’un des dessins zootropiques, et d’autre part à la plaque de verre où se trouvent peints ces dessins; la plaque de verre et le disque à fenêtre, représentés à la gauche de la figure d, tournent en sens inverse. Les cordelettes de transmission qui se voient sur cette même figure, s’enroulent autour de la gorge et de l’axe d’une poulie que la manivelle met en mouvement. La vitesse de rotation de la fenêtre est ainsi bien plus considérable que celle du disque de verre.
- La projection faite sur un écran donne la sensation très parfaite du mouvement. Ce petit appareil, qui peut être très utile pour l’enseignement, est construit par M. Molteni. Nous en complétons la description en donnant les spécimens de deux disques à dessins zootropiques (fig. 2 et 5); le premier disque de verre, montre un gymnaste qui élève et abaisse une massue, le second, figure un couple de valseurs.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanmer.
- *
- Imprimerie A. Lahiire, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 47-4
- 1er JUILLET 1882
- L\ NATURE
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- HISTOIRE D’UNE GRANDE INVENTION
- l’injecteur giffard
- Giffard vient de mourir, c’était un grand inventeur, et chacun s’est occupé des détails de sa vie, du souvenir de ses travaux ; nous croyons que, pour tous, il peut être intéressant d’apprendre l’histoire de la découverte qui a immortalisé son nom. L’invention de l’injecteur Gilïard permet de constater une fois de plus qucVest toujours par de sérieuses études, une patiente préparation, un travail soutenu et une pen-
- sée persistante que l’on arrive à cet éclair de génie qui dote le monde industriel d’un procédé ou d’un appareil nouveau.
- Pour bien des hommes, il semblerait que c’est une douleur et presque une offense de reconnaître le mérite et la supériorité d’un inventeur; aussi c’est1 leur causer une véritable satisfaction que d’attribuer au hasard et à la chance la rencontre d’une grande découverte.
- Si l’inventeur a bénéficié d’une chance, d’un hasard d’expérience, ce n’est plus qu’un homme égal et semblable aux autres, un heureux de la terre ; on peut l’envier, en s’estimant malheureux pour n’avoir
- Fig. 1. — Injectjur Giffard monté sur une locomotive (type du chemin de fer de l’Ouest).
- pas eu le bonheur d’une semblable trouvaille; c’est de même que l’on envie le possesseur du billet qui gagne le gros lot à la loterie, le mineur qui trouve un lingot d’or.
- Notre intention est de nous servir de l’exemple de Giffard, pour appuyer d’une preuve nouvelle cette affirmation absolue que : si l'on peut attribuer au hasard, à la chance, la trouvaille et l’appropriation d’un trésor matériel, déjà existant et momentanément soustrait ou dissimulé aux yeux des hommes ; on ne peut attribuer qu’au génie et au travail persévérant de Giffard, la découverte de sa grande invention de l’injecteur ; ce trésor dont il a fait, non pas la trouvaille ou la découverte, mais la création.
- Jusqu’à présent, il a toujours fallu la combinai-10* année. — î* semestre.
- son de la souffrance, de l’effort persévérant du travail, et du génie inventif, pour doter le monde de ces créations merveilleuses qui font époque, comme : l’imprimerie de Gutenberg, les émaux de Bernard de Palissy, la machine à vapeur de Watt, la mull-jenny d’Ackwright, le métier à tisser de Jacquart, les travaux de Robert, de Fulton, de Philippe de Girard, etc.
- J’ai cité des noms et des inventions connues de tous, mais, à l’appui de la thèse que je soutiens, les exemples sont en grand nombre et tous caractéristiques, depuis la fabrication du fer par lord Dudley en 1621, jusqu’à la fabrication de l’acier par Ressemer en 1856, et de l’injecteur Giffard en 1858.
- Dans le courant de l’année 1849, Henri Giffard
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- LA NATURE.
- fit construire par M. Flaud la macliine à vapeur à grande vitesse qu'il avait combinée, calculée et dessinée; machine dont les dispositions^et proportions étaient en désaccord avec toutes les idées jusqu’alors admises et acceptées par les constructeurs mécaniciens.
- Henri Giffard s’appuyait sur la théorie et sur les formules mécaniques admises, mais c’était pour en déduire des idées d’une hardiesse surprenante; et il suffira d’un seul exemple pour le démontrer, puisque, dès cette époque, il faisait construire et fonctionner régulièrement une machine de trois chevaux de force, ne pesant que 45 kilogrammes, volant compris, et marchant avec une vitesse de trois mille tours par minute.
- Ainsi que beaucoup d’autres, j’ai visité l’atelier de M. Flaud, dans lequel une machine de 45 kilogrammes faisait mouvoir une douzaine d’outils, dont le moindre était certes plus volumineux que la machine, et, ce qui. paraissait singulier, au premier abord, c’était la dimension considérable des coussinets ou paliers, dans lesquels tournait le petit arbre moteur en acier, une bielle, également en acier, venait transmettre à l'arbre moteur le mouvement de la tige du piston qui faisait six mille mouvez ments à la minute, en parcourant, de haut en bas et de bas en haut, le petit cylindre vertical où venait se rendre la vapeur.
- Les coussinets employés, pour le petit arbre moteur en acier, avaient une largeur plus grande que celle des machines,à vapeur ordinaires, fonctionnant à cinquante tours par minute, avec un gros arbre en fer de 10 à 12 centimètres de diamètre.
- Sur mon observation, Giffard se contenta de me montrer, sur la copie qu’il avait faite d’un de nos cahiers de l’Ecole Centrale, la formule du frottement dont les termes étaient indépendants de la surface, et je compris de quelle manière il utilisait la théorie, pour passer à la pratique de la construction, dans des conditions nouvelles et fécondes.
- L’important, pour le constructeur comme pour l’inventeur, c était de gagner de l’argent, car toutes les ressources étaient épuisées; pour Giffard, par les expériences et la construction de sa petite machine à grande vitesse; pour Flaud, par la création et l’entretien de son petit atelier de construction.
- Le manque de fonds était tellement complet qu’il fut impossible de trouver, en réunissant les deux bourses, la somme de 100 francs nécessaire au dépôt de la taxe du brevet, dont les dessins et la description étaient préparés.
- C’est précisément à cette période de temps, vers juillet 1850, que, poursuivant les calculs théoriques dont il voulait faire l’application pratique, Giffard écrivit le résumé et les calculs de son injecteur alimentaire, sans organe mobile, avec tubes coniques et intervalle libre; il voulait faire l’application de cet appareil aux locomotives pour remplacer les pompes alimentaires et supprimer le ridicule mouvement de marche obligatoire des locomotives en station, lors-
- qu'il fallait faire de l'eau pour la chaudière; faire de l'eau était le ternie alors consacré pour dire, qu’il fallait alimenter la chaudière.
- Les calculs définit ifs de l’injecteur, avec croquis géométriques indiquant les dimensions, sont faits sur quatre feuilles volantes, écrits de la main même de Giffard; mais, comme je viens de l’expliquer, aux dates de juillet et d’août 1850, il était impossible de dépenser de l’argent pour faire des expériences ou pour construire un appareil nouveau; M. Flautl ne croyait pas alors à la possibilité de réaliser pratiquement un appareil, dont les données étaient en contradiction avec toutes les théories de la chaleur admises jusqu’alors.
- Dans ces circonstances, nulle suite ne fut donnée à l’injecteur à cette époque. Voulant d’abord se créer des ressources, M. M. Flaud et Giffard prirent leur premier brevet d’invention à la date du 9 septembre
- 1850, sous le n° 10 441, pour un système de machine à vapeur à grande vitesse, c'est-à-dire pour les dispositions nouvelles de la machine dont l’expérience pratique était faite depuis 1849, dans des conditions aussi exagérées que possible comme vitesse.
- Mais en 1850, Giffard avait rencontré des ingénieurs de l’Ecole Centrale, auxquels il avait communiqué ses idées sur la navigation aérienne, et qui s’étaient enthousiasmés pour cette application nouvelle de la machine à vapeur ; les études furent poussées activement, ainsi que les expériences, et le 20 août
- 1851, sous le n° 12 226, Giffard lit la demande d’un nouveau brevet en France, pour : Vapplication de la vapeur à la navigation aérienne.
- Je dois dire que, jusqu’à la fin de sa vie, la direction des ballons dans certaines conditions données, fut l’objet constant des travaux de Giffard, qui était absolument convaincu de la possibilité de réaliser cette navigation aérienne, dont il était fier d’avoir été le premier expérimentateur pratique.
- En l’année 1852, Giffard s’est élevé seul et à une grande hauteur dans l’atmosphère, au moyen d’un aérostat, allongé comme un navire, et mu par une machine à vapeur à grande vitesse remarquablement légère; cette grande et courageuse expérience scientifique, complètement nouvelle, fut la première réalisation d’un projet qui, jusqu’alors, n’avait été proposé que sur des affiches ou dans des conférences, sous des conditions irréalisables en pratique.
- Vu l’exiguïté des moyens mis à sa disposition, cette tentative eut tout le succès que l’inventeur pouvait espérer, et, à cette époque, s’il eût été sérieusement aidé, la question serait aujourd’hui plus avancée; mais de ses trois collaborateurs, deux vinrent à mourir inopinément, c’étaient David et Sciama, ingénieurs distingués sortis de l’Ecole Centrale, et le troisième, Cohen, également ingénieur civil sorti de l’École Centrale, avait épuisé ses ressources financières.
- Giffard ne rencontra plus autour de lui que routine, crainte et manque d’intelligence, malgré l’enthousiasme de M. de Girardin, qui fit dans son
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- journal la Presse un article remarquable, inséré en première page, où il exprimait son admiration dans le style le plus élevé.
- Giffard, persévérant dans ses recherches, voulut encore tenter de réaliser, dans de meilleures conditions, cette grande expérience de navigation aérienne; dans ce hut il lit de nombreuses ascensions aéro-nautiques, étudiant avec soin : les moyens de construire des chaudières à vapeur légères ; de fabriquer du gaz hydrogène pur et par conséquent plus léger; et tous les détails les plus minutieux relatifs aux nombreux moyens qui pouvaient remédier aux inconvénients que sa première expérience lui avait permis de constater.
- C’est dans un noruveau brevet, du 6 juillet 1855, n» 24057, que nous avons consigné le système perfectionné de navigation aérienne dont il avait combiné les éléments, et le 25 novembre 1856, nous avons indiqué également les procédés pratiques qui permettaient la fabrication du gaz hydrogène pur.
- Toutefois, les ressources pécuniaires étaient toujours bien modestes, et c’est après avoir étudié et fait breveter une valve de régulateur, le 26 novembre 1857 avecFlaud, dont l’atelier de construction s’était développé, que Giffard revint au problème de l’alimentation des chaudières et lit breveter, le 1er février 1858, un système fonctionnant par la force centrifuge.
- A ce moment, il s’agissait de trouver un appareil d’alimentation des chaudières, sans y attacher l’idée particulière d’une application générale aux machines à très grande vitesse; l’exécution fut faite dans l’atelier Flaud, à l’aide de deux petites turbines réunies sur un même axe, l’une recevant la vapeur à sa circonférence, servant de moteur; l’autre, recevant l’eau à sa partie centrale, agissant par la force centrifuge ; pour alimenter une chaudière de cent chevaux, il ne fallait qu’un appareil de 10 centimètres de diamètre, pesant 3 kilogrammes.
- Le petit appareil d’alimentation était fort simple et marchait régulièrement, les commandes arrivaient en quantité, et M. Flaud était plein de confiance dans le succès industriel; mais il existait un autre inventeur d’une grande valeur technique, spécial pour les turbines hydrauliques, et possesseur d’un brevet valable pour une turbine, dont les dispositions ressemblaient à celles adoptées par Giffard.
- Jamais M. Girard, le breveté, l'hvdraulicien distingué! n’avait pensé à la combinaison imaginée par Gifford, ou même à l'alimentation des chaudières; c était un esprit positif, un homme ayant beaucoup souffert et, dans l’application nouvelle imaginée par un autre, il espérait trouver quelques compensations à ses nombreux déboires ; M. Girard voulut foire, à son profit exclusif, une exploitation que beaucoup de constructeurs auraient secondé nécessairement.
- En face d’une réclamation, présentée avec une certaine ironie, et sous la menace d’un procès qu’il n’était pas en position de soutenir, vu sa position
- modeste à cette époque, M. Gifford se reporta à ses calculs de 1850.
- La science avait fait des progrès, il était appuyé sur la confiance de M. Flaud, qui avait eu le temps d’apprécier la solidité de ses études et de ses prévisions mécaniques; c’est alors que, pressé surtout par l’exigence des demandes provoquées par le succès de l’alimentateur auquel il fallait brusquement renoncer, Giffard réalisa la création si extraordinaire de l’injecteur alimentaire qui porte son nom.
- Ce fut le 8 mai 1858, un mois environ après l’abandon de l’appareil centrifuge, que Gifford prit en France son brevet pour l’appareil d’alimentation, première réalisation des nouvelles doctrines scientifiques dont la connaissance est aujourd’hui la hase de l’enseignement classique.
- Le dessin annexé (fig. 2) montre sous les nos 1 et 2 les figures du brevet qui représentent l’injec-teur vu en élévation coupe.
- La perfection de l’injectcur, dans lequel aucun organe n’était en mouvement, mit à néant les projets d’exploitation du premier appareil à mouvement centrifuge, dont M. Girard avait voulu s’emparer.
- Pendant quatre à cinq mois l’injecteur, construit tel qu’il est représenté dans le dessin, du brevet du 8 mai, reproduit plus haut, fonctionna dans les ateliers de construction de la rue Jean-Goujon et fut visité par les ingénieurs les plus considérables, qui pouvaient à peine croire à ce qu’ils voyaient, à ce qu’ils avaient la faculté d’expérimenter eux-mêmes.
- Jusqu’à l’injecteur, les seuls appareils d’alimentation employés pour les machines à vapeur étaient au nombre de quatre, savoir :
- 1° La bouteille d'équilibre, consistant en un vase volumineux et résistant que l’on emplissait et vidait alternativement, par manœuvre de robinets ou de soupapes, et que l’on ne pouvait employer pour les locomotives et les bateaux à vapeur;
- 2° La pompe, mue par machine, dont les caprices de fonctionnement étaient nombreux, puisqu’il suffisait, pour arrêter le jeu des clapets, de la présence d’un corps étranger du plus faible volume et même de l’eau grasse; de plus, le fonctionnement de la pompe exigeait une certaine force du moteur et diminuait sa puissance, en outre, il fallait se défier de la gelée et des réparations fréquentes ;
- 3° Le petit cheval ou pompe mue par une machine spéciale, appareil coûteux consommant beaucoup de vapeur et tenant une place assez grande, sur les locomotives par exemple;
- 4° Le réservoir, laissant pénétrer l’eau dans les chaudières par l’effet de la pesanteur, ce qui nécessitait son établissement à une grande hauteur.
- Dans l’année, qui suivit l’obtention du brevet, de nombreux perfectionnements pratiques amenèrent l’injecteur à letat parfait de fonctionnement, et le certificat d’addition dans lequel j’ai consigné tous ces perfectionnements porte la date du 7 mai 1859.
- La figure 2 montre sous le n° 3 le dessin qui
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- était annexé au certificat d’addition de 1859 et représentait en coupe les dispositions perfectionnées et définitives de l’appareil d’alimentation inventé par Giffard.
- J’ai dit que les constructeurs mécaniciens et les ingénieurs avaient considéré l’injccteur comme d’un fonctionnement impossible, et, lorsque l’on en fit la première application aux locomotives du chemin de 1er de l’Est, on eut soin de laisser en place les pompes alimentaires afin de pouvoir s’en servir au besoin, mais il ne fut pas nécessaire d’y avoir recours, on put constater expérimentalement que l’action de l’injecteur était facile et sûre et au bout de quinze jours les pompes alimentaires furent enlevées.
- La vue pittoresque (fig. 1) représente une machine locomolive avec son injec -tour.
- On se rappelle encore aujourd’hui la surprise et l'étonnement qui suivirent les premières applications faites par M. Dupuy de Lomé, alors directeur général des constructions navales et qui, l’un des premiers, traita, en 1858, pour l’introduction de l’injecteur dans la marine.
- Les sociétés savantes reculent les communica -tions des hommes distingués qu’elles avaient chargés de faire, pour elles, une élude attentive de cet appareil qui attirail l’attention de tous les hommes compétents par son originalité et la nouveauté des principes scientifiques qu’il mettait en œuvre.
- Dans un rapport fait à la Société d’Encouragement et qui fut publié dans son numéro de juin 1859, M. Ch. Combes, de l’Institut, après avoir dit : que l’injecteur ne comportait aucune pièce solide mobile, ajoutait : qu’il était fondé sur le principe de la communication latérale du mouvement des fluides, et qu’il utilisait « le jet (le vapeur d'une chaudière pour l'alimentation de cette chaudière elle-même », en réalisant une application industrielle, dans laquelle « la chaleur contenue dans le jet entraîné par la vapeur jouait le rôle principal ».
- Dans une partie de ce travail important, M. Combes s’exprimait ainsi :
- « Considéré comme appareil d’alimentation des chaudières à vapeur, l’injecteur de M. Giffard est, sans contredit, le meilleur de tous ceux que l’on ait employés ou même que l’on puisse employer, comme il en est le plus ingénieux et le plus simple. Si l’on suppose, en effet, que, conformément aux notions anciennement admises, la quantité de chaleur contenue dans les corps se conserve intégralement, à travers les changements de volume et detat qu’ils subissent, indépendamment des quantités de travail moteur ou résistant qui sont les conséquences de ces changements, il est clair que le jeu de l’appareil de M. Giffard ne donnera lieu à aucune autre perte de chaleur que celle qui aura lieu par radiation ou contact de la chaudière et de ses appendices avec
- le milieu ambiant. L’alimentation aurait lieu gratuitement.
- « Si, conformément aux principes plus rationnels de la nouvelle théorie dynamique de la chaleur, on admet que la chaleur se transforme en travail moteur et réciproquement, de sorte que tout travail moteur ou résistant, toute force vive développée ou détruite dans les changements de volume ou d’état des corps, soient accompagnés d’une disparition ou d’une production de chaleur équivalente, la quantité de chaleur dépensée, dans le jeu de l’appareil Giffard, sera précisément, abstraction faite des pertes par radiation ou contact avec le milieu ambiant, équivalente au travail moteur qui correspond à l’élévation de la quantité d’eau alimentaire du réservoir où elle est située, et à son refoulement dans la chaudière sous la pression qui y existe. Nous sommes donc fondé à dire que l’appareil de M. Giffard est un appareil d’alimentation théoriquement parfait pour les chaudières à vapeur. L’auteur a prouvé que les dimensions peuvent en être combinées de manière qu’il fonctionne dans des conditions matérielles qui approchent beaucoup de cette perfection théorique. »
- De tous côtés les témoignages abondent sur l'importance de cette création, mais il suffit de citer encore que le prix de mécanique (prix Montyon) fut
- Fig. 2. — Première croquis de l’injecteur et première forme de l'appareil.
- N** 1 et 2. Fac-similé des premiers dessins exécutés par Henri Giffard. — N* 3. Type du premier injecteur vertical construit par la maison Flaud. (D’après le dessin joint au brevet Henri Giffard.)
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- décerné par l’Académie des Sciences au concours de 1859 à Henri Giffard, sans qu’il eût fait pour l’obtenir aucune démarche, aucune communication même.
- Je ne parlerai pas, aujourd’hui du moins, des difficultés que l’inventeur a rencontrées plus tard, je désire rester fidèle au titre de cet article et me limiter à l’histoire de l’invention; sans rien dire des difficultés suscitées pendant l’exploitation, puisque le résultat fut toujours un éclatant triomphe.
- Ramenée à ses termes les plus simples, l’invention de l’injecteur repose sur cette idée, que la chaudière à vapeur doit fournir directe -ment la puissance nécessaire pour sa propre alimentation d’eau.
- Pour réaliser cette idée, une section dans la chaudière faisait sortir un jet de vapeur qui passait dans un tube conique conduisant ce jet de vapeur de manière à rencontrer brusquement la veine liquide aspirée pour déterminer par une brusque condensation la transformation de la force vive.
- Par suite de la transformation de la vitesse en pression, l’eau se trouvait ramenée à une soupape ménagée près d’une autre section de la chaudière, section dont les dimensions étaient moindres que celles de l’ouverture qui avait laissé échapper la vapeur.
- Le système des deux cônes, l’un convergent, l’autre divergent, séparés par un intervalle libre, permet de régler, par le premier, la convergence du jet fluide, dont le cône divergent modifie la forme pour faciliter la rentrée dans la chaudière malgré la pression qui y existe.
- Tel est cet appareil qui est disposé sur toutes les locomotives pour servir à leur alimentation.
- La figure 3 montre en section longitudinale un injecteur en position et en fonction avec une légende et des lettres de référence bien suffisantes pour comprendre les dispositions et le jeu de l’appareil.
- Et maintenant nous pouvons résumer les prin-
- cipes scientifiques nouveaux, au nombre de quatre, qui se trouvaient mis en jeu et combinés, dans cette création remarquable de l’injecteur, avec les principes et les moyens mécaniques déjà connus :
- 1° Au contact de l’eau la vapeur se condense en lui communiquant sa vitesse ;
- 2° La condensation ne peut avoir lieu que si l’eau est notablement plus froide que la vapeur; il faut donc que l’eau, déjà échauffée par la condensation d’une partie de la vapeur, soit mise en contact avec de la vapeur non refroidie ;
- 3° La pression du jet, obtenu par la condensation
- de la vapeur, peut être notablement supé -rieure à la pression de la vapeur motrice ;
- 4° Un liquide peut être lancé à distance, d’un a-jutage fixe dans un autre ajutage également fixe communiquant avec un réservoir où il y a pression, sans qu’il y ait perte de liquide par le fait de cette transmis -si on.
- J’espère avoir donné la preuve de ce qui me tenait au cœur, et fourni les détails suffisants pour faire comprendre que, seul, Giffard se trouvait dans les conditions nécessaires pour réaliser l’inven -tion de l’injec-teur, parce qu’il avait lentement et péniblement amassé les trésors de science, de conscience et d’expérience individuelle, qui lui ont permis de réussir.
- Giffard était un travailleur obstiné et patient qui tenait note sur ses cahiers de tout ce qu’il voyait, observait et calculait, et c’est ainsi qu’au moment opportun, il a pu résumer dans un effort puissant les éléments longuement préparés du problème qu’il s’était posé dès sa jeunesse.
- Lorsque Giffard s’échappait du collège Bourbon pour se rendre à la gare Saint-Lazare, c’était pour faire l’étude des mouvements des locomotives et s’irriter de les voir dépenser trop souvent leur puissance en. trajets ridicules, dans le seul but d’amener aux chaudières l’eau nécessaire à
- Prise de vapeur fl
- Fig. 3. — Coupa d’un injecteur Giffard.
- A. Tuyau de vapeur communiquant avec la chaudière. — B. Autre tuyau qui reçoit la vapeur du précédent par des petits trous; il est terminé en cône. — C. Tige à vis, formant cône à son extrémité ; reçoit le mouvement de la manivelle M, sert à régler et même intercepter le passage de la vapeur. — D. Tuyau d’aspiration de l’eau. L'eau aspirée s’introduit autour du tuyau de vapeur et tend à sortir par la section annulaire qui existe à l’extrémité conique de ce tuyau. On augmente à volonté cette section annulaire au moyen du levier L qui agit sur une vis à pas rapide, dont l’office est de faire avancer ou reculer le tuyau B et tout son système.
- — E. Ajutage divergent, reçoit l’eau injectée par le jet de vapeur qui s'y condense en I, et lui imprime une partie de la vitesse dont il est animé, en rapport avec la pression de la chaudière. — F. Boîte portant une soupape de retenue pour empêcher l’eau de sortir de la chaudière, quand l’appareil ne fonctionne pas. — G. Tuyau conduisant à la chaudière l’eau injectée. — H. Tuyau de purge ou de trop-plein.
- — K. Regard qui permet de constater le jeu de l’appareil, le filet d’eau se voyant distinctement dans l’intervalle libre.
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- l'alimentation de leurs fortes machines à vapeur.
- L’injecteur n’a pas été une trouvaille heureuse, le résultat d’une expérience hasardée, l’éclair d’une inspiration de génie; Giffard a calculé, comme a fait Newton sur la chute de la pomme, d’après les expériences laites par lui en 1850 et depuis cette date; c’est nous qui bénéficions aujourd’hui du fruit des persévérants et consciencieux efforts de ce mort immortel, dont la vie aura été bien utilisée pour l’humanité.
- Emile Bariuult,
- Ingénieur-conseil.
- PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES
- ET TREMBLEMENTS DE TERRE EN CHINE
- Une grave perturbation magnétique a été enregistrée à Zi-ka-wei le 17 avril. Elle débuta brusquement à 7 h. 56 m. du matin (temps moyen de Zi-ka-wei, longitude 8 h. 5 m. 50 s. de Gr.) par une augmentation de la composante horizontale de l’intensité et une diminution de la déclinaison. Vers 8 h. un mouvement inverse commença pour se continuer avec de larges ondulations mêlées de saccades brusques et nombreuses jusqu'à 2 h. 22 m. de l’après-midi, moment où la déclinaison atteignit son maximum. Entre le minimum, qui fut enregistré quelques minutes après le début de la perturbation, et ce maximum de 2 h. 22 m. la déclinaison a varié de 21', 1, valeur considérable à Zi-ka-wei. La composante horizontale eut son minimum d’intensité (apparent à cause de la variation de température) d’abord à 4 h. 20 m. du soir, puis encore à 7 h. 20 m. du soir.
- Pendant tout ce temps l’aimant de la composante verticale oscilla constamment mais dans de très petites limites ; il n’y eut que deux ondulations qui se dessinèrent assez nettement, l’une entre 8 h. */4 et 8 h. 7S du soir, l’autre à 11 h. 5ü.
- Le 20 avril, nouvelle perturbation aussi intéressante commençant avec une soudaineté et une violence extraordinaires à H b. 40 m. du matin par une énorme diminution de la composante horizontale, suivie de sauts ou d’ondulations amples et assez rapides. Inutile de dire que la déclinaison a varié proportionnellement et en sens inverse. Le maximum de déclinaison fut enregistré à 5 h. 43 m. de l’après-midi ; entre le minimum normal de 9 h. et ce maximum de l’après-midi la variation a été de 15',2 seulement. La perturbation prit fin à 2 h. 20 m. du matin le 21, quoique la déclinaison continuât à être irrégulière dans la journée.
- À cette double perturbation magnétique ont correspondu des troubles profonds dans toutes les lignes télégraphiques, marines ou terrestres, de l’extrême Orient, de Singapore et Manille jusqu’à Tientsin. Les moments où les courants perturbateurs furent observés furent surtout, le 17, entre 10 h. et midi (Nagasaki-Shanghai, Shanghai-Hongkong), à midi 50 m. (Hongkong-Àmoy-Shanghai). Tout cela indique pour l’Europe de belles aurores boréales. Ici rien.
- Plusieurs secousses de tremblement de terre ont été ressenties en Chine pendant l’année 1881. Voici quelques circonstances qui ont accompagné l’un deux.
- Le 20 juillet 1881, un peu après 9 h. du soir, une secousse assez forte ébranla la ville de Tchong-kin, capitale de la province de Szetchneu : longitude 140° E. de Paris,
- immédiatement après la ville fut couverte d’une brume tellement dense qu’on ne voyait pas à 3 mètres devant soi ; de plus une odeur de soufre très sensible se répandit partout. On prit tout d’abord cette brume et cette odeur pour un indice d’incendie ; mais on le chercha en vain. La terreur était d’autant plus grande dans la ville que le peuple, à cette époque même, multipliait les superstitions, et les sacrifices en l’honneur des divinités protectrices contre les incendies. Aussi le grand mandarin de Tchong-kin avait prohibé la vente et l’usage des allumettes chimiques importées par les étrangers (yang ha) et celui du pétrole (yang ieon) qui avaient naguère occasionné une terrible conflagration*.
- Marc Dechevrens, S. J.
- Observatoire de Zi-ka-wei, près Shanghai (Chine), 25 avril.
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE2
- LES TÉLÉPHONES
- Quoique d’invention récente, le téléphone est une des applications de l’électricité qui a reçu jusqu’ici le développement le plus consdérable et à laquelle est réservé peut-être le plus grand avenir. Les réseaux téléphoniques couvrent déjà les grandes villes, et de récentes découvertes qui permettent d’établir une communication téléphonique et une communication télégraphique simultanément par un seul et même fil vont rendre bientôt son emploi universel.
- C’est dans une sphère d’action beaucoup plus modeste que nous nous proposons d’étudier ici les téléphones, en les considérant comme un utile et précieux auxiliaire des autres appareils d’électricité domestique que nous avons déjà examinés.
- Nous irons, comme toujours, du simple au composé, et nous supposerons tout d’abord que les communications se font dans l’intérieur des habitations mêmes, entre les différentes pièces d’un bureau, d’un atelier, d’une usine, ou les différents étages d’une maison.
- La première question qui se pose est le choix d’un système. Auquel donner la préférence? A notre avis, lorsque les distances ne sont pas très grandes, au-dessous de 100 mètres, par exemple, pour fixer les idées, il est préférable d’employer les téléphones magnétiques, dont l’appareil de M. Graham Bell est le type. On y trouve à la fois simplicité, économie de prix d’achat et d’installation. Dans un prochain article nous étudierons les téléphones à pile, qui produisent certainement des effets plus intenses, mais coûtent plus cher et demandent plus de soin et de surveillance. Nous supposerons donc que nous ayons fixé notre choix sur un système magnétique.
- / On sait que la puissance des sons transmis par ce système est très faible, il importe donc, pour établir une communication entre deux postes, d’avertir préalablement le poste récepteur, ce qu’on fait
- 1 D’après une lettre adressée à Nature, de Londres.
- Suite. Voy. Table des Matières du précédent volume.
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- ordinairement à l’aide d’une sonnerie d'appel.
- L’installation la plus simple de sonnerie d’appel que nous connaissions est celle faite par un de nos amis pour relier sa maison de campagne à la loge du gardien placée à l’entrée de la propriété. C’est une sonnette à tiraude ordinaire, dans laquelle les équerres de renvoi sont isolées ; le fil de fer qui agit sur la sonnette sert de conducteur aux téléphones magnétiques, le retour s’effectuant par la terre. L’installation représente ainsi le maximum de simplicité et d’économie.
- Comme c’est le cas général, il faut que chaque poste puisse appeler l’autre, une communication téléphonique complète entre deux postes comprendra donc finalement à chaque poste : un téléphone transmetteur pouvant servir de récepteur, ou mieux une paire de téléphones, un bouton d’appel, une sonnerie d’appel et une pile. Tous ces appareils peuvent être groupés entre eux de différentes façons qui présentent chacune leurs avantages et leurs inconvénients; le choix à faire entre ces différents groupements ou montages dépend des exigences spéciales à l’installation projetée.
- Si la communication téléphonique doit être mise entre les mains de tout le monde — c’est le cas, par exemple, d’une communication entre un locataire à un étage élevé et son concierge, dont la loge est souvent occupée par des voisins, des parents ou des amis peu expérimentés, — on doit rechercher avant tout la simplicité d’installation. Dans ce cas, il faut absolument supprimer tout commutateur qu’on oublie trop souvent de manœuvrer, en mettant un nombre de fils suffisant — quatre au maximum, ou trois en prenant les conduites d’eau ou de gaz comme fil de retour, comme nous allons l’indiquer, — il suffit du bouton d’appel et du téléphone pour établir la communication complète sans erreur possible. L’emploi du triple fil avec retour par les tuyaux d'eau ou de gaz présente même un autre avantage, celui de n’exiger qu’une seule pile pour desservir les deux postes. 11 est alors commode de prendre, soit la pile établie chez le concierge pour desservir les sonneries de la maison, soit la pile établie chez le particulier pour son usage personnel. C’est ce second cas que représente la figure 1. La pile établie chez le concierge a d’ailleurs bien d’autres emplois, car elle sert au premier à actionner les sonneries et un tableau indicateur, et les sonneries ordinaires du locataire du second, qui, abonné au système téléphonique de la ville, a son téléphone installé dans l’antichambre. Le locataire du troisième, en correspondance permanente avec le concierge, épargne bien des étages à ses visiteurs en cas d’absence, et congédie facilement les importuns, avantages qui méritent detre pris en sérieuse considération.
- En jetant un coup d’œil sur le diagramme (fig. 2), il est facile de suivre les communications des différents appareils entre eux : boutons, sonneries, téléphones, pile et fils de ligne.
- Pour éviter toute erreur, il est commode d’attacher d’abord les quatre fils à quatre bornes numérotées sur une planchette, à chaque étage et d’établir ensuite les liaisons en parlant de cos quatre bornes. La borne et le fil n° 4 peuvent être remplacés par les conduites d’eau ou de gaz. Dans le diagramme
- Fig. 1. — Coupe longitudinale d’une maison, montrant diverses applications de l’électricité domestique : sonneries, tableaux indicateurs, téléphones, etc.
- (fig. 2), nous avons supposé les appareils disposés les uns à la suite des autres pour bien montrer les communications qu’on peut suivre facilement; en pratique, on les place où on peut, en utilisant les boutons, sonneries et téléphones dont on dispose. Lorsqu’on veut faire quelques concessions à l’élégance, il est commode de disposer tous les appareils sur une planchette, et il existe un certain nombre de postes téléphoniques dans lesquels toutes les
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- combinaisons sont réalisées à l’avance il suffit d’attacher les fils de ligne, de pile et des téléphones aux bornes marquées sur la planchette pour que l'installation soit terminée. L’un des plus simples est le poste du modèle de M. Trouvé (fig. 3). La planchette porte le bouton d’appel, la sonnerie et une paire de téléphones Bell, du modèle de M. Trouvé, avec vis de réglage se mouvant sur un cadran gradué pour bien régler la distance de l’aimant à la plaque.
- Le système ne comporte que deux fils de ligne, mais il demande une pile à chaque poste pour actionner les sonneries. La commutation se fait automatiquement en décrochant les téléphones lorsque le poste appelant entend la réponse du poste appelé. Cette disposition est simple, mais elle demande que les téléphones soient soigneusement remis sur les lyres de suspension, une fois la conversation terminée, ce que les personnes négligentes
- POSTE AVEC PI LE
- POSTE SANS PILE
- Fig. 2. — Diagramme du montage d’un posta avec quatre fils, et une seule pile, sans commutateurs.
- ne font pas toujours ; chaque fois que la ligne n’est pas trop longue, nous préférons le triple fil qui dispense de l’emploi de tout commutateur, automatique ou non. Lorsque les distances deviennent un peu grandes, le prix d’un fil supplémentaire joue un rôle de plus en plus important, il y a alors lieu de se demander s’il vaut mieux satisfaire aux exigences de l’économie qu’à celles de la simplicité. C’est là une affaire de pure appréciation.
- Les conducteurs téléphoniques placés à l’intérieur des maisons peuvent être de même nature et de même grosseur que les fils des sonneries ordinaires. Il convient de les distinguer pendant la pose en les choisissant de couleurs différentes. Lorsque les fils sont extérieurs on les prend recouverts d’une double couche de gutta-percha. Le diamètre du fil de cuivre nu est de 1 millimètre et de 3 millimètres environ lorsqu’il est recouvert.
- La nature des télépones joue peu de rôle lorsque les distances sont petites. Les téléphones de Bell, à main, modèle ordinaire, conviennent parfaitement;
- leur prix varie de 8 francs à 30 francs la paire, suivant le fini du travail et les soins apportés aux détails de la construction.
- Dans notre installation (fig. 1), nous employons comme transmetteur un appareil Gower, et un téléphone Bell, modèle Trouvé, comme récepteur. Le système est à trois fils, avec retour par les conduites de gaz. Les quatre téléphones — un récepteur Bell et un transmetteur Gowcr à chaque poste — sont disposés en tension sur le circuit fermé formé par les fils 1 et 2 (fig. 3).
- On conçoit que les montages de postes téléphoniques simples puissent varier beaucoup suivant le nombre de fils qu’on désire placer et les combinaisons à réaliser. On demande quelquefois que les deux sonneries fonctionnent ensemble pour établir
- Fig. 3. — Poste téléphonique à deux fils et à double pile, modèle de M". Trouvé. La commutation s'opère automatiquement en sus-pendant les téléphones ou en les prenant à la main.
- un contrôle, d’autres fois un des postes ne doit jamais appeler, pour un domestique, par exemple, etc.; ce sont là des modifications de montage ou des simplifications qu’on trouve aisément avec un peu de réflexion.
- — A suivre.— E. Hospitalier.
- L’ÉTÉ
- L’été a commencé le 21 juin à une heure vingt-cinq minutes du soir. C’est dans le mois de juin, le 8, que se présente l’échéance de la Saint-Médard : « Quand il pleut à la Saint-Médard, dit le vieux proverbe, il pleut quarante jours plus tard. »
- La Saint-Médard tombait autrefois vers le 20 juin, jour voisin de l’apparition de la saison nouvelle, du
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- L’Été. — Rose et Lucaue Cerf-volant. — Composition inédite de M. Giacomelli.
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- solstice d’été. Or, à cette époque, le soleil occupe pendant quelques jours la même position par rapport à la terre; la chaleur reçue par notre globe restant la même pendant cette période, les conditions météorologiques varient peu, et le temps ne change pas sensiblement. La pluie, si elle a eu lieu, a donc beaucoup de chance de durée.
- C’est en juin que se termine le mois républicain de prairial et que commence, le 21, le mois des moissons, messidor.
- La saison deté a été symbolisée dans la composition ci-jointe, par une belle rose toute épanouie, et un des plus remarquables scarabées de la saison, le Lucane^ cerf-volant. Nous ne dirons rien de la fleur, mais nous accompagnerons le dessin de M. Giacomelli de quelques détails sur l’insecte.
- Les Lucanes, ou les Cerfs-volants, sont remarquables par leurs énormes mandibules, crénelées avec une forte dent au milieu. « L’usage de ces énormes appendices, qui simulent un bois de cerf, est mal connu; ils n’existent, dit M. Maurice Girard, que chez les mâles; la femelle ou biche ne les offre qu’à l’état ordinaire. Ils peuvent serrer la peau jusqu’au sang et soulever-un poids considérable. Linné dit qu’un éléphant qui aurait une force proportionnée à celle d’un Lucane, ébranlerait une montagne. Leurs mœurs sont douces, ils sucent avec délice, au moyen de leurs mâchoires, en forme de houppe, les liqueurs qui suintent des crevasses des chênes. Us mangent aussi les feuilles de ces arbres. Ils sont très friands de miel, et on prétend qu’ils peuvent s’apprivoiser. Swammerdam, dit-on, en avait un qui le suivait comme un chien quand on lui présentait du miel. »
- Le Cerf-volant était autrefois très répandu en France, et même aux environs de Paris ; les amateurs allaient le prendre jadis sur les vieux chênes de la mare d’Auteuil, pendant les chaudes soirées du mois de juillet. Les entomologistes perdraient aujourd’hui leur temps s’ils voulaient le chercher au bois de Boulogne.
- * BIBLIOGRAPHIE
- L’Artillerie chez les anciens, par À. de Rochas d’Ai-glun, 1 broch. in-8°. Tours, imprimerie Paul Bousrez.
- Sur l’origine de la grêle, par Théodore Schwedoff, 1 broch. in-8°. Odessa, imprimerie de P. A. Zeleny, 1882.
- Carlo Darwin, commemorazione, per Enrico dal Pozzo di Mombello, 1 broch. in-8°. Firenze, 1882.
- De l’influence des milieux physico-chimiques sur les êtres vivants. Influence des différentes espèces d’aliments sur le développement de la grenouille (Rana escu-lenta), 1 broch. in-8", par Emile Yung. —1 broch. in-8°. Genève, bureau des Archives.
- De l’action des poisons chez les Mollusques. Recherches expérimentales, par Émile Ycng, 1 broch. in-8°. Genève, bureau des Archives.
- Le Patriotisme, par Jodrdy, 1 vol. in-32. Paris, Germer Baillière et Cie, 60 centimes le volume.
- Le Travail manuel en France, par Leneveux, 1 vol. in-32. Paris, Germer Baillière et Cie.
- La Chasse et la Pêche des animaux marins, par 'II. Jouan, 1 vol. in-32. Paris, Germer Baillière et Cie.
- Histoire de l’Angleterre, par A. Regnard, 1 vol. in-32. Paris, Germer Baillière et Cie.
- Comptes rendus des travaux de la Société des agriculteurs de France, treizième session générale annuelle, tome XIII. Annuaire de 1882.1 vol. in-8°. Paris, au siège de la Société, 1, rue Lepeletier, 1882.
- LES PROGRÈS DE L'ÉLECTRO-CHIMIE'
- GALVANOPLASTIE
- PRÉCIPITATION DES MÉTAUX ------ ÉLECTRO-MÉTALLURGIE
- Avant d’entrer dans l’énumération des faits nouveaux que nous avons à signaler dans cette branche île la science, nous allons chercher à résumer de la façon la plus nette possible la théorie des méthodes électro-métallurgiques.
- Le cas le plus simple à considérer est celui d’un bain galvanoplastique simple. Si, dans une solution de sulfate de cuivre, on fait passer un courant électrique, arrivant dans la solution par deux anodes •de platine, on observe au pôle négatif un dépôt de cuivre métallique. Si on remplace la lame de platine du pôle positif par une lame de cuivre, ce métal est rongé au fur et à mesure que le dépôt métallique se forme sur l’anode de platine. Il y a donc en somme transport du cuivre du pôle positif au pôle négatif. Le cuivre métallique, obtenu dans celte expérience, à l’anode négative, affecte, en général, la forme cristalline. De plus, et ceci est le point le plus intéressant, le métal déposé électrolytiquement est pur, bien que la solution cuivrique ou la lame de cuivre soient impures. Ce fait du dépôt de cuivre dans un bain a été découvert par Jacobi, en 1857. Ça été là la source des découvertes électrochimiques.
- Le second cas à considérer est celui de la formation électrolytique des alliages. Quand on fait arriver un courant électrique dans une solution métallique de composition complexe, placée dans certaines conditions, il se dépose au pôle négatif un alliage formé des différents métaux qui entrent dans la solution. Ainsi, on dépose du bronze, en se servant d’un mélange convenablement fait de sels de cuivre et d’étain ; du laiton, en employant des sels de cuivre et de zinc, etc. Une curieuse application artistique de ce fait est l’obtention des ors rouges, verts, etc. On obtient ces différentes teintes de l’or en électrolysant des mélanges d’or et d’argent en proportions variées.
- Nous venons de voir que dans certaines conditions
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- LA NATURE.
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- une solution métallique complexe donnait un alliage comme dépôt. Si ces conditions ne sont pas remplies, un seul de ces métaux se dépose. Ce dépôt effectué, si on change l’état de la solution, si, par exemple, on la rend alcaline, au lieu d’acide qu’elle était primitivement, ou si on lui ajoute des sels ammoniacaux ; en y faisant de nouveau passer le courant électrique, il se dépose sur l’anode négative un autre métal.- Par exemple, si on a en solution un mélange de sels de cuivre et de nickel, on commencera par déposer le cuivre directement, en liqueur acide; puis, lorsque ce métal se sera entièrement déposé, on ajoutera du chlorhydrate d’ammoniaque, et en faisant de nouveau passer le courant, le nickel se déposera. C’est ici le lieu de signaler l’influence que paraissent avoir les sels ammoniacaux sur la précipitation de certains métaux. Les conditions de précipitation sont d’ailleurs très variées; un bain peut renfermer des aluns, des cyanures, il peut être à base d’acide borique, d’acides organiques, enfin alcalin ou acide. Il est facile de comprendre qu’en faisant varier convenablement les conditions successives de précipitation on puisse arriver à séparer tous les métaux d’une solution, à l’état pur. Cela est tellement vrai, qu’on a fondé des méthodes analytiques et des procédés de séparation exacts pour le dosage des métaux par l’électrolyse.
- I. — Parmi les produits chimiques qui présentent un réel intérêt, il faut mentionner en première ligne le sélénium, dont M. Billaudot a entrepris la fabrication en grand. Le sélénium, découvert par Berzélius dans les boues d’une chambre de plomb, à Gripsho-lun,près Falun (Suède), est un métalloïde qui, par ses propriétés, se rapproche beaucoup du soufre. La conductibilité de ce corps est variable suivant la façon dont il est influencé par la lumière, et on sait l’application ingénieuse que Graham Bell a fait de cette propriété en imaginant son photophone. Jusqu’à présent le sélénium n’était fabriqué qu’en minime quantité, et son prix atteignait 1000 francs le kilogramme. M. Billaudot est parvenu à le fabriquer dans des conditions telles qu’il revient, main-d’œuvre comprise, à 40 francs le kilogramme. Le minerai qu’il a employé est une zorgite séléniure de plomb et de cuivre, dont les gisements sont dans la république Argentine. Les plaques de sélénium que l’on a pu voir l’an dernier à l’Exposition d’électricité étaient fort belles, et il est certain que l’abaissement énorme du prix de revient, rendra pratique l’emploi de cette substance, si son usage se généralise en télégraphie.
- II. — L’électro-métallurgie paraît avoir un grand avenir, surtout quand il s’agit de l’obtention de métaux entièrement purs.
- Si l’électro-métallurgie est entrée récemment dans la voie industrielle, son idée n’en est pas moins ancienne. En 1836, Becquerel présentait à l’Académie des Sciences un mémoire dans lequel il traitait d’une méthode électro-chimique d’extraction de l’argent de ses minerais. Il employait du fer, une solution con-
- centrée de sel marin et un minerai d’argent convenablement préparé. Bans ces conditions, i! obtenait le dépôt électrolytique de l’argent, et il isolait ce métal sous forme de cristaux.
- Le point le plus intéressant de ce travail est le dépôt successif des divers métaux. Ainsi quand un minerai, par exemple l’allemont1, renferme de l’argent, du plomb, du cuivre, etc., chaque métal est réduit séparément et à des époques diverses. On peut, par le procédé de Becquerel, retirer des pyrites cuivreuses de Chersy (près Lyon) tout l’argent qu’elles renferment sans toucher au cuivre.
- Les méthodes pratiques sont simples, et on peut facilement s’en faire une idée. Supposons que nous ayons un minerai sulfuré renfermant du cuivre, du nickel et des métaux précieux. En laissant oxyder ce sulfure à l’air, puis le lessivant, on séparera, à l’état de sulfates solubles, le nickel et le cuivre. On précipitera séparément ces deux métaux, comme il a été dit dans un exemple précédent. On traitera ensuite le résidu insoluble dans l’eau, pour en extraire les métaux précieux.
- Un grand avantage de ces méthodes est la possibilité de traiter des minerais pauvres ou des résidus.
- Au point de vue de la production électro-métallurgique, un des pays qui ont fait le plus de travaux est l’Allemagne.
- La Norddeutsche Affinerie, à Hambourg, a établi ses ateliers électro-métallurgiques dès 1875. Cette Société traite les cuivre bruts renfermant des métaux précieux ; elle en retire, d’une part, le cuivre pur, et d’autre part, la totalité de métaux précieux. Ces derniers affectent la forme cristalline. Un procédé électrolytique permet d’isoler également de l’or et de l’argent fin d’un alliage renfermant toutes sortes d’autres métaux. La production d’or, fin par ce procédé s’est élevée, en 1880, à 1200 kilogrammes. Le cuivre déposé par le courant est chimiquement pur; il est doué d’une haute conductibilité, et s’emploie fort avantageusement pour la fabrication des câbles électriques. Le courant est produit par six machines Gramme. La production annuelle du cuivre électrolytique s’élève à 550 tonnes.
- On obtient également comme produits accessoires de l’électrolyse, du sulfate de nickel et d’ammoniaque, du peroxyde de plomb, du chlorure de palladium ammoniacal et du chloroplatinate d’ammoniaque.
- On a vu l’an dernier au Palais de l’Industrie un amas de 500 000 kilogrammes de magnifiques plaques de cuivre déposées électrolytiquement. Elles ont été produites dans l’atelier électrolytique d’Oc-ker, à Berlin. La surface de ces plaques est granuleuse, il semble que le métal se soit déposé à l’état cristallin. Il est certain que les anciens procédés ne sauraient donner du cuivre aussi pur.
- 1 L’allemont est un minerai d’argent, qui n’a pas besoin de grillage préalable. C’est celui qu’employait Becquerel dans ses expériences.
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- LA NATURE
- Le cuivre galvanoplastique a une grande ténacité'.
- 11 résulte des expériences de MM. Bouilhet et Chris-tofle que des échantillons de même volume de cuivre non galvanisé et galvanisé, résistaient, le premier à
- 12 atmosphères, et le deuxième à 20 atmosphères. Le cuivre déposé sur les anodes est un peu aigre. En lui faisant subir un recuit dans l’hydrogène, on le rend parfaitement malléable, et on a pu voir à l’Exposition des fils de cuivre dont 59 809 mètres ne pesaient que 1 kilogramme. D’une façon générale d’ailleurs, les métaux obtenus par l’électrolyse sont extrêmement purs. Ils se mavtellent, se laminent parfaitement. Les métaux obtenus par fusion,
- au contraire, sont toujours impurs, un peu carbinés, cassants. Le cobalt et le nickel obtenus de cette façon ne peuvent souvent être étirés ou laminés.
- — A suivre. —
- UNE MAISON DE QUATORZE ÉTAGES
- A LONDRES
- Pendant un récent séjour à Londres, nous avons eu l’occasion de voir la curieuse construction que représente le dessin ci-dessous, fidèlement exécuté
- Vue (l’ensemble d’une grande maison de quatorze étages, à Londres. (D’après nature.)
- d'après nature. C’est une maison d’habitation bourgeoise, qui, en comptant les logements construits à demi au-dessous du sol, et les greniers, compte quatorze étages superposés ; il y a, en outre, deux étages de caves. Cette maison est située dans un quartier neuf, à proximité de l’abbaye de Westminster. Quand on en approche, on est saisi d’étonnement par l’aspect de cette masse vraiment monumentale, dont la hauteur totale est de 40 mètres environ. Le nombre des fenêtres y compris celles qui donnent sur de vastes cours intérieures, dépasse cinq cents. Un ascenseur hydraulique permet aux habitants et aux visiteurs de monter aux différents étages de cette maison colossale ; il faut environ deux minutes pour atteindre le treizième étage, et quand on y est arrivé, on peut y admirer un panorama merveilleux
- si le temps est clair. Mais on sait que la brume est fréquente à Londres, et il arrive plus souvent que les locataires du treizième sont plongés dans les nuages, tout comme des aéronautes.
- Il existe à Gênes des maisons de onze étages ; il en a été autrefois construit à Paris qui ont sept et neuf étages. On a fait aux États-Unis de nombreux essais de constructions semblables, qui deviennent pratiques avec l’emploi des ascenseurs.
- La ville de Londres a été longtemps réputée pour n’avoir que des maisons de deux ou trois étages; l’exemple que nous venons de signaler montre ce que savent faire les architectes anglais, qui, paraît-il, ne sont pas gênés comme on le serait à Paris par les règlements administratifs. G. T.
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- L’EXPOSITION CANINE
- AU JARDIN DES TUILERIES, A PARIS
- L’Exposition canine organisée par le Cercle de la Chasse a été ouverte Je 5 juin sur la terrasse du bord de l’eau, jardin des Tuileries ; pendant toute sa durée de dix jours, un grand nombre de visiteurs ont passé en revue les nombreux sujets exposés.
- Nous publions d’abord le relevé des prix d'honneur, ce qui donne en même temps l’énumération des principales races réunies.
- Race Dupuy : M. Caille. — Race Saint-Germain : M. Alfred Collet. — Pointers : M. Paul Cail-lard. — Barbets : M. Puecli. — Setters : M. Bur-schell. — Setters gordon : M. Paul Caillard. — Laveracks : M. Pranisbnikoff. — Retrievcrs : M. Paul Caillard. — Lévriers : M. Paul Caillard. — Chiens de berger : M. Foussemagnc. — Chiens de garde : M. le duc de Lcuchtenberg. — Caniches : M. de Dreux-Brézé. — Vendéens : M. Baudry-d’Asson. — Griffons de Bretagne : M. Benoit-Champy. —Bâtards : M. Benoît-Champy. — Bâtards : M. de Vauguyon. — Meute Vendée : M. Baudry-d’Asson. —Meute Poitou : M. de Vauguvon. — Meute Sainlonge : M. Sol-
- Chiens vendéens de la meute de M. Baudry d’Asson. — Prix d’honneur (D’après une photographie.)
- berg. — Meute bâtards Vendée : M. de Boisgelin.
- Notre gravure donne un spécimen de quelques beaux chiens de la Meute Vendée de M. Baudry d’Asson, qui a obtenu un prix d’honneur; cette meute est avec celle de M. de Boisgelin une des plus remarquables.
- « Imposante par le nombre, dit un connaisseur, M. G. de Cherville, la meute de M. le comte de Boisgelin n’est pas moins remarquable. Tous les chiens dont elle se compose sont de grande taille, d’une construction tellement irréprochable, qu’avec la vitesse, ils doivent avoir le fond. Le jury leur a attribué un prix d’honneur. Nous eussions souhaité qu’il en eût deux à sa disposition, le superbe équipage de M. Henri de Vauguyon ne méritait pas moins. 11 est impossible de voir un plus parfait en-
- semble ; ce n’est pas seulement par la perfection des formes, par le pelage que ces chiens se ressemblent, c’est par la physionomie, par l’intelligence du regard; dans la meute de M. de Vauguyon, il faut chercher et longtemps chercher, pour découvrir un animal un peu inférieur à ses camarades. »
- La France est incontestablement le pays du monde où se rencontrent les meutes les plus belles et les plus nombreuses, mais il n’est malheureusement pas possible de les réunir toutes dans une Exposition. Nous en avons eu sous les yeux dix-sept beaux spécimens. Si notre pays brille par ses meutes, il est loin d’en être de même pour les chiens d’arrêt, pour lesquels les Anglais ont sur nous une évidente supériorité.
- Los chiens de garde et de défense, les chiens de
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- berger, de Terre-Neuve, de montagne, étaient représentés par quelques beaux individus; les braques Dupuv, les chiens de la race de Saint-Germain, les épagneuls noirs, marrons, attiraient aussi l’attention du visiteur.
- Parmi les classes anglaises nous avons remarqué de beaux pointers blanc et orange (notamment Jocus appartenant à M. Paul Gaillard), des setters blancs à taches orangées, des gordon setters et des setters Laverack.
- Nous signalerons en terminant les chiens d’appartement, dont il y avait quelques individus intéressants pour les amateurs.
- CHRONIQUE
- Massacre «le l’expédition du docteur Cre-vaux.— Selon des avis de Tarija, parvenus au consul de la République Argentine, à Tupiza, et confirmés par M. de Richemont, chargé d’affaires de France à Buenos-Ayres, l’expédition du docteur Crevauxa été massacrée par les Indiens Tobas, au moment où elle remontait le Pilcomayo. Des dix-neuf membres qui faisaient partie de l’expédition, aucun n’a échappé à la mort. Le docteur Crevaux a été tué à a tête de ses compagnons. On se rappelle que l’infatigable voyageur était reparti pendant l’hiver dernier pour la Plata, se proposant de pénétrer par le bassin de ce grand fleuve dans les provinces occidentales du Brésil et de suivre, du Sud au Nord, un des affluents du fleuve des Amazones, explorant le cours du Parana, du Xingu et du Tapajos (Yoy. n° 433 du 17 septembre 1881, p. 241). Le docteur Crevaux avait été parfaitement accueilli à Rio-de-Janeiro par l’empereur Don Pedro II. De Rio, il était parti pour Buenos-Ayres, d’où il n’avait pas tardé à se diriger vers la frontière nord. Le 15 janvier 1882, il annonçait qu’il venait de découvrir, h quelques kilomètres de Salto, les ruines d’une ancienne cité des Incas. Quelques jours plus tard, le 24 janvier, il était arrêté dans le village de llumahuaca, par un juge argentin trop zélé. C’est en poursuivant le cours de ses explorations dans cette région que le docteur Crevaux vient de trouver la mort.
- Circulation & Paris par les tramways et les omnibus. — Les membres de la Commission du Conseil municipal qui s’occupe de la question du chemin de fer Métropolitain viennent de recevoir un tableau relatant la circulation en 1881 sur les différentes lignes d’omnibus et de tramways desservant l’intérieur de Paris. Ce tableau renferme quelques renseignements intéressants. La ligne qui voiture le plus de voyageurs est la ligne d’omnibus E, Madeleine-Bastille. Cette ligne est en même temps l’une des plus courtes de Paris, car elle n’a que 4588 mètres, alors que celle du Panthéon h la place de Courcelles a 7567 mètres. De la Madeleine à la Bastille on a transporté, en 1881, 14803 632 voyageurs. Vient ensuite le tramway Montrouge-Chemin de fer de l’Est, qui a voiture en 1881, 10 569495 personnes. Les nombres les plus forts des voyageurs transportés sont, après ces deux premiers, celui du tramway Etoile-La Villette, 9184 875, celui du tramway Saint-Ouen-Baslille 8 958 485, et celui de l’omnibus Clicby-Odéon 8 786 448. Après ces gros chiffres, on arrive à 5 214 511 Porte Maillot—Ilôtel de Ville; 5 007 825 Trocadéro—Gare de l’Est. Les parcours sur lesquels la circulation est le moins active sont Autcuil-
- Saint-Sulpicc, 867 500 voyageurs par an; Autcuil-Boulogne (tiaimvay), 726 281; Forges d’Ivrv-Pont Saint-Michel, 535 095; Montsouris—Place delà République, 1 050 915.
- M. Savorgnan de Itrazza à la Sorbonne. — La
- Société de géographie a depuis longtemps inscrit sur le livre d’or des grands voyageurs le nom de M. Savorgnau de Brazza. Il y a six ans, dans une séance solennelle, elle lui décernait sa médaille d’honneur. M. de Brazza venait, au prix de mille dangers, de mille fatigues, d’explorer tout le bassin de l’Ogooué et de compléter les données fournies par les explorateurs qui l'avaient précédé, Marche, de Gompiègne, etc. En compagnie de M. Ballay, médecin de la marine, du quartier-maître Ilamon et de quelques tirailleurs indigènes, il avait pu suivre très loin le fleuve de l’Ogooué, pénétrer au delà, vers le Nord, et reconnaître le bassin de deux grandes rivières, l’Aliina et la Licona. A son retour, il eut connaissance des résultats du voyage do Stanley sur le Congo, et vit que les deux rivières qu’il avait explorées, devaient être des affluents de ce dernier fleuve. 11 eut aussitôt la pensée de chercher de ce côté une route vers la partie navigable du Congo ; depuis son embouchure jusqu’à 220 kilomètres, trente-deux cataractes rendent impossible toute navigation. C’est ce projet qu’il a mis à exécution dans l’expédition dont il est venu raconter l’histoire, le 25 juin, à la Sorbonne, en présence d’une assemblée très nombreuse.
- Les résultats de l’expédition de M. de Brazza sont considérables. Une grande partie du Congo intérieur est pacifiée, et le roi Macoeo, l’un des plus puissants de ces régions, est devenu l’allié et en quelque sorte le vassal de la France. Voici à peu près en quels termes M. de Brazza raconte sa touchante entrevue avec ce souverain :
- « Quand le roi fut assis, le grand féticheur s’agenouilla, mit ses mains dans celles du monarque, s’inclina trois fois, et, se dirigeant vers moi, répéta la même cérémonie. Quand tous les grands chefs eurent imité le grand féticheur, la présentation était faite et l’entretien commença.
- « Le roi m’adressa la parole : « Macoco est heureux de « recevoir le fils du grand chef blanc de l’Ogoué. Macoco « reçoit bien les hommes qui viennent chez lui, non en « guerriers, mais en hommes de paix. »
- « Dans ma réponse, je m’attachai à dissiper les craintes qu’avait fait naître le combat que ses sujets avaient livré à Stanley, et quand j’eus calmé les inquiétudes de cet homme qui ne connaissait les blancs que par la traite des nègres et les coups de fusil tirés sur le Congo, il me dit :
- « Je veux faire la paix avec celui qui m’inspire con-« fiance. »
- « Il mit ensuite un peu de terre dans une boîte, et me la donnant : « Prends cette terre, porte-la au grand chef « des blancs, et dis-lui que nous lui appartenons. » Les chefs tributaires de Macoco acceptèrent la convention. Saisissant alors le pavillon tricolore, Je le plantai devant le roi et m’écriai : « Voilà le signe de la paix conclue « aujourd’hui. Il faut garder et aimer le drapeau de la « France, car la France sait faire respecter les droits de « tous ceux qui s’en couvrent. »
- L’importation des viandes de pore. — On sait que le projet de loi, adopté par la Chambre des députés, sur l’importation des viandes de porc de provenance étrangère, a été renvoyé à l’examen du Sénat. La Commission chargée de l’étudier vient de déposer son rapport. Ce travail est dù à M. Wurtz. Après une étude complète de la trichine et de la trichinose, le savant rapporteur démontre que la cuisson de la viande est la meilleure
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- garantie contre la maladie, mais que la constatation d’une bonne salure, que des caractères spéciaux permettent de reconnaitre, offre des garanties absolument suffisantes. C’est dans ces conditions que la Commission propose au Sénat d’adopter le projet de loi voté par la Chambre des députés, c’est-à-dire de restreindre la liberté d’importa -lion aux viandes de porcs salées de provenance étrangère, répondant au type connu dans le commerce sons le nom de fully cured; la nature de ces viandes serait constatée par des experts spéciaux. ¥. Wurtz fait d’ailleurs observer que les habitudes culinaires des consommateurs français les ont mis jusqu’ici à l’abri de la trichinose, à un tel degré que, sur trente-six épidémies contastées dans divers pays, il n’y en a eu que deux en France, dans lesquelles on n’a eu a déplorer qu’un seul cas de mort d’homme.
- Le rosier de Charlemagne. — A llildesheim, en Hanovre, le fameux rosier âgé de mille ans, dont on redoute chaque année la disparition, vient de se couvrir cet été encore de fleurs magnifiques. Ce rosier légendaire, que la tradition assure avoir été planté par Charlemagne, n’avait même jamais porté autant de roses. Les bourgeons greffés sur son tronc dans ces dernières années, se développent admirablement; aussi ce survivant de dix siècles attire-t-il un grand nombre de curieux. C’est sur le mur extérieur de la crypte de la cathédrale qu’est planté le vieux rosier d’Hildesheim. Il étend ses branches à onze mètres de hauteur et à dix mètres de largeur.
- Éclairage des voitures des trains par l’élec-
- trieité. — Des essais intéressants d’éclairage électrique des trains, ont été récemment exécutés par la Compagnie du chemin de fer de Paris-Lvon-Méditerranée, sous la direction de MM. Jousselin, inspecteur principal et Mors, constructeur. Le train d’expérience était formé de deux voitures de première classe avec fourgon en tête et en queue. Le fourgon de tète et les deux voitures de première étaient seuls éclairés par l’électricité : le fourgon, par deux lampes à incandescence système Swan, les voitures à quatre compartiments par une lampe de ce système par compartiment. Soit en tout dix lampes Swan d’un pouvoir éclairant de vingt bougies chacune. L’électricité était fournie par une machine Gramme, type A, placée dans le fourgon de tète du train, et qui recevait le mouvement, par courroie, à l’aide d’une poulie calée sur l’un des essieux du fourgon. Le courant de la machine dynamoélectrique est utilisé non seulement pour alimenter les lampes, mais encore pour charger des accumulateurs. Les accumulateurs employés étaient des accumulateurs Faure, construits par M. ReynieP. Ils étaient au nombre de trente et pesaient chacun 12 kilogrammes. Le courant produit par la machine dynamo-électrique se rend, par dérivation, dans les lampes et dans les accumulateurs; ceux-ci se chargent pendant la marche, et au moment de l’arrêt un commutateur automatique rompt la communication de la machine électrique et des accumulateurs ; ceux-ci se déchargent alors dans les lampes qui continuent ainsi à fonctionner.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 juin 1882. — Présidence de M. Jamin.
- Le platine et le silicium. — Un fait singulier et qui h’a reçu encore aucune explication de la part des chimistes fait l’objet d’une communication de MM. Schutzenberger
- et Colson; il s’agit du transport du silicium vers le platine U travers une niasse charbonneuse. On sait que lorsqu’on chauffe un creuset de platine sur du charbon ce métal est rapidement attaqué et converti en siliciure ; ceci ne présente rien de remarquable, mais si, comme l’ont fait MM. Schutzenberger et Colson, on place un creuset de platine dans un creuset de terre brasquéavec du charbon parfaitement exempt de silicium, on constate que le platine absorbe encore du silicium ; il y a donc eu décomposition de la silice du creuset de terre et transport vers le creuset intérieur.
- A la suite de cette communication M. Boussingault fait observer qu’il avait remarqué ce fait il y a quelque quarante ans. Nous ajouterons que dans des essais récemment tentés en collaboration avec *1. Albert Levallois et M. Jacobs, nous avons vu du diamant chauffé dans un creuset de platine en présence du nitrate de potasse subir sur toutes ses faces, d’ailleurs assez fortement corrodées, un véritable platinage.
- Paléontologie parisienne. — Lors des fouilles récentes faites sur l'emplacement de l’Hôtel des Postes on a trouvé de nombreux restes d’animaux fossiles qui, adressés au Muséum, ont été l’objet d’une étude intéressante de M. Gaudry. Ce savant en présente quelques échantillons parmi lesquels il signale des ossements de l’Equus cobal-lus, du Cervus elaphus, une dent de Mammouth remarquable par ses lames très nombreuses, ses canaux étroits et son émail excessivement mince. M. Gaudry rappelle que ce n’est pas la première fois que l’on a trouvé des ossements de mammifères fossiles dans le sol parisien : du temps de Cuvier on en rencontra un gisement à la Salpêtrière ; M. Reboux, à Grenelle, découvrit des restes de Rhinocéros, d’Hippopotame, etc. : Paris, du reste, était déjà habité à l’époque où vivaient ces grands mammifères car dans les mêmes couches on a mis au jour nombre d’instruments humains.
- M. Gaudry analyse ensuite une note de M. de Saporta dans laquelle ce savant établit que des empreintes fugitives que l’on appelle Laminantes, et que l’on attribue tantôt au règne animal, tantôt au règne végétal, doivent être considérées comme des fragments d’Algues gigantesques dont les lanières pouvaient avoir 50 mètres de longueur.
- Les lois de Berthollet et la thermochimie. — Une nouvelle preuve que les lois de Berthollet sont loin de gouverner toujours les décompositions chimiques est apportée par M. Berthelot qui a étudié récemment l’action des acides acétique, oxalique, chlorydrique, cyanhydrique sur l’oxyde de mercure. D’après les lois de Berthollet l’acide oxalique fournissant un sel insoluble cet acide devrait déplacer les trois autres acides ; il ne déplace que l’acide acétique, ce que permettait de prédire l’observation des quantités de chaleur dégagées : l’acide acétique en se combinant à l’oxyde de mercure dégage 6 calories, l’acide oxalique 7,1, l’acide chlorydrique 11,7, l’acide cyanhydrique 17,0; chacun de ces acides déplace celui qui le précède.
- Élection de correspondant. — En remplacement de M. Billet décédé, l’Académie procède à l’élection d’un membre correspondant. Les candidats en présence étaient MM. Lallemand, Yiolle, Alluard, Terquein et Crova. M. Lallemand est élu avec 27 voix.
- Varia. — M. Béchamp envoie une note sur l’action de l’eau oxygénée sur la matière colorante du sang ;
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- LA NATURE.
- M. Roscoë, de la part d’un de ses élèves, sur le didyme; M. Maxime Cornu, sur un nouvel exemple de générations alternantes.
- Stanislas Meunier.
- PETITE MACHINE A GLACE
- SYSTÈME RAOUL PICTET
- La petite machine représentée ci-dessous est destinée à la production de petites quantités de glace à la lois ; elle peut fonctionner soit d’une façon intermittente et produire un kilogramme de glace en quinze minutes environ, soit d’une façon continue et donner 4 à 5 kilogrammes à l’heure, en ne dépensant qu’une force motrice toujours inférieure à un cheval-vapeur. Elle est donc surtout applicable sur les paquebots à vapeur, où la force est pour ainsi dire à discrétion, dans les châteaux, les ambulances, les habitations coloniales, les industries agricoles, et dans tous les cas où il est facile de distraire un cheval de son travail ordinaire ou de son inaction pendant le temps necessaire à l’opération, en un mot dans tous les cas où l’on possède une force motrice disponible et où le seul moyen d’avoir de la glace économiquement est de la fabriquer soi-même.
- L’appareil n’est pas
- très différeriijèn principe des grandes machines à produire dagTace de M. Pictet que nous avons déjà eu l’occasion de faire connaître aux lecteurs de la Nature1. Il est seulement très simplifié pour répondre aux besoins spéciaux de ses nouvelles applications .
- L’appareil comprend dans ses parties essentielles une pompe de compression actionnée par le moteur, un réfrigérant congélateur avec sa hache de condensation qui entoure aussi le cylindre de la pompe,, et le réfrigérant congélateur dans lequel se placent les mouleaux remplis de l’eau à congeler. Tous ces organes et leurs accessoire!, clapets d’aspiration et de refoulement, bâtis, arbre de couche, embrayage, etc., sont habilement groupés pour n’occuper qu’un volume
- Petite machine à glace de M. II. Pictet. Production, 4 à 5 kilogr. à l’heure.
- , * Voy. n° 196 du 3 mars 1877, p. 209.
- excessivement restreint, puisque hf plaque de fondation n’a que 50 centimètres de côté et que la hauteur totale ne dépasse pas lm,50.0n s’explique facilement le fonctionnement du système. Au début de l’opération, l’anhydride sulfureux se trouve dans le réfrigérant congélateur. La pompe l'aspire, l’évaporation absorbe une grande quantité de chaleur empruntée à une solution de glycérine placée dans le réfrigérant et aux mouleaux remplis d’eau placés dans la glycérine. L’anhydride sulfureux est ensuite refoulé par la pompe dans le condenseur où il se liquéfie en abandonnant à l’eau renfermée dans la bâche de condensation une certaine quantité de chaleur. Plus cette eau de condensation est froide, moins la compression demande de travail. L’anhydride sulfureux constitue donc un intermédiaire qui permet en quelque sorte de puiser de la chaleur dans le congélateur et de la verser dans le condenseur.. Lorsqu’on fonctionne d’une façon continue, il faut entretenir le condenseur à une température peu élevée, ce qui s’obtient très aisément avec une circulation d'eau de 200 litres à l’heure dans la bâche de condensation. Lorsque l’opération est terminée, ce qui demande de douze à dix-lmit minutes, on retire les mouleaux du congélateur, une manœuvre très simple d’un robinet distributeur permet de faire repasser l’anhy -dride sulfureux liquéfié dans le condenseur dans le congélateur; au bout d’un quart de minute, on rétablit la communication primitive et la machine est prête pour une nouvelle opération.
- L’appareil ne demande donc que de la force motrice, puisqu’il est fermé sur lui-même et que l’anhydride sulfureux décrit un cycle complet dans chaque opération. La durée de la charge initiale d’anhydride sulfureux est indéfinie ; en pratique elle ne dépend que de l’herméticité plus ou moins complète du joint du presse-étoupes de la tige du piston. La glace produite dans les mouleaux se présente sous la forme de trois lames légèrement cintrées qu’on superpose ensuite pour en faire un bloc unique et compacte du poids de 1 kilogramme.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- >'° 475. — 8 JUILLET 1 882.
- LA NATUUE
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- RÉGULATEUR DE TEMPÉRATURE
- FONCTIONNANT SANS LE SECOURS RU GAZ u’ÉCLAlltAGE
- Les personnes que la nature de leurs travaux oblige à travailler à la campagne, au bord de la mer, loin, en un mot, des villes où se trouve une usine à gaz, ont la plus grande difficulté pour entretenir des étuves à une température constante. Tous les régulateurs un peu précis que l’on utilise dans les laboratoires demandent l’emploi du gaz d’éclairage, qu’un mécanisme quelconque
- Régulateur de température du Dr Regnard,
- vient, éteindre ou rallumer au moment voulu.
- Dans une des dernières séances de la Société de Biologie, M. D’Arsonval a présenté une étuve qui peut fonctionner sans gaz en utilisant les points d’ébullition de liquides volatils.
- Cette présentation m’a engagé à décrire une étuve dont je me sers depuis quelque temps et qui fonctionne d’une manière très régulière avec une sensibilité extrême.
- Dans un bain d’eau plonge un thermomètre électrique B, c’est-à-dire un thermomètre ouvert par en haut, dans le tube duquel plonge un fil de platine A très tin qu’on peut élever ou abaisser et arrêter
- définitivement devant un degré quelconque de la division. Le mercure de la boule du thermomètre C est en communication par un fil soudé dans le verre avec le pôle d’une pile Leelanctié ou Daniell. Le fil de platine supérieur étant en rapport avec l’autre pôle, dès que le mercure, en se dilatant, viendra toucher ce pôle, le courant sera fermé : on pourra faire fermer le courant à telle division que l’on voudra.
- Sur le trajet de ce courant se trouve un électroaimant D dont la palette E, munie d’un long levier, porte une lampe à essence de pétrole G. Quand le courant ne passe pas, cette lampe est placée sous l’étuve ; dès que le courant passe, la palette de l’électro-aimant est attirée et la lampe entraînée au loin. L etuve ne chauffe donc plus. Presque aussitôt H* année. — 2“ semestre.
- le thermomètre se refroidissant, la colonne mercurielle quitte le curseur de platine. Aussitôt le courant est rompu, l’électro-aimant est inactif et un ressort antagoniste 11 ramène la lampe à pétrole sous l’étuve, et ainsi de suite indéfiniment. La gravure ci-dessus fait suffisamment comprendre ce mécanisme.
- On voit que la température de l'étuve ne saurait varier puisque, dès qu’elle s’élève, la source de chaleur est enlevée ; dès qu’elle s’ahaisse, la source de chaleur est ramenée. Cette étuve, comme une autre que nous avons déjà fait connaître, a encore l’avantage d’être instantanément réglée à telle température que l'on désire, puisqu’il suffit pour cela d’amener d’un coup le fil de platine au-devant du degré que l’on veut avoir.
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- LÀ NATURE.
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- C’est dorénavant toujours en face (le ce degré que le courant sera fermé et que la lampe quittera l’étuve.
- D! P. Regnard.
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- LES
- GRANDES DUNES DE SABLE DU SAHARA
- (Suite et lin. —Yoy. p. 1.)
- § 5. — Démonstration de Vamoncellement des grandes dunes par le vent. — Le vent fait le triage des éléments désagrégés, enlève les particules ténues, argile, gypse et calcaire, silice, et débarrasse ainsi le quartz de sa gangue. Il fait ensuite un classement parmi les grains de quartz restant, laisse les gros en place et charrie les lins, qu’il roule à la surface du désert. 11 les transporte ainsi à de grandes distances et, à certains points déterminés, les amoncelle en dunes.
- On a nié que les dunes du Sahara fussent ducs à un transport et à un amoncellement des sables par le vent, auquel on sait cependant que sont dues les dunes de nos cotes, d’une échelle moindre, mais comparables.
- Vatonne a soutenu que les dunes résultaient uniquement d’une désagrégation sur place; pour lui, « elles ne doivent au vent que certaines formes spéciales, mais non leur production ». Ville, qui était partisan de la théorie des dunes déposées par une mer quaternaire, jugeait également « complètement inadmissible » qu’elles fussent « le résultat d’un transport par les vents actuels. » M. Pomel parle'surtout du vent comme agent d’ablation et ne lui attribue « qu’un rôle secondaire dans les phénomènes de dispersion ».
- Certes, tous les observateurs sérieux sont d’accord que la mobilité des dunes du Sahara, dont on avait fait des tableaux si effrayants, est purement imaginaire. Jamais dés armées entières, ni môme de simples caravanes, n’ont été ensevelies vivantes sous des flots de sables mouvants.
- Cependant, si le vent n’a pas les effets brusques que des idées fausses lui attribuaient, on ne peut lui refuser le pouvoir de transporter quelques grains de sable, de les déposer, de les accumuler, et par suite, à la longue, d’élever, grain par grain, des dunes et chaînes de dunes.
- Le rôle du vent n’apparaît pas dans les centres de désagrégation, où les sables se trouvent et se forment partout, et où il est impossible de distinguer s’ils viennent de loin ou de près. Pour apprécier l’importance de ce rôle, il faut aller là où les roches, d’après leur composition lithologique, ne peuvent en se désagrégeant, donner lieu à des sables quartzeux, et où ces sables, quand il y en a, sont dus forcément à un apport. Tel est le cas de la bande crétacée que j’ai signalée au centre du Sahara algérien,
- entre les deux bassins quaternaires, et qui comprend essentiellement des calcaires et des marnes. Or, j’y ai rencontré des dunes de sable d’une centaine de mètres de hauteur : entre autres, à 20 et 40 kilomètres à l’est d’El Golea, deux chaînes de dunes de 50 kilomètres de longueur et 4 kilomètres en moyenne de largeur.
- La figure 1 donne une coupe brisée par El Golea, Mechgarden, Rassi el Melah, et indique les deux chaînes en question. La figure 2 donne une coupe par les gour Ouargla, près El Golea, et représente la première chaîne en un autre point.
- Ces chaînes de dunes recouvrent un plateau dont le calcaire poli apparaît au milieu de cirques et au fond d’entonnoirs dans les dunes. Il ne saurait être question ici de la désagrégation sur place de couches supérieures, qui formeraient noyau central : les couches superposées sont, ainsi que le prouvent les témoins et les escarpements voisins, pour la première chaîne, exclusivement calcaires et, pour la seconde, calcaires et marneux avec une très faible proportion de grès intercalés. Ces dunes, depuis le premier grain jusqu’au dernier, sont donc incontestablement dues au vent. Ainsi se trouve vérifié au Sahara, ce fait, qui était déjà reconnu en Europe, que le vent est capable d’élever des montagnes de sable de 100 mètres, hauteur comparable d’ailleurs à celle des grands massifs de dunes du désert.
- g 6. — Relation des chaînes de dunes avec le relief du sol. — La région que le terrain crétacé occupe dans le Sahara algérien est parfois accidentée, et présente, entre le Mzab et El Golea, des vallées encaissées, des falaises abruptes, des mamelons isolés, etc. Or, les chaînes de dunes que l’on rencontre de distance en distance à la surface et qui sont des ramifications de l’Erg occidental, ne suivent pas des directions quelconques (voir la carte).
- Les deux chaînes citées plus haut sont à peu près parallèles et Nord-Sud. La première, qui passe au garct Gouinin, aux gour Ouargla (fîg. 2), au bas-fond de Mechgarden (fig. 1), longe, à l’Ouest, la série de terrasses et de mamelons des gour Zidia, d’El Fedj, etc., que j’ai signalée comme constituant, dans la région d’El Golea, une ligne de relief intermédiaire entre les deux falaises, inférieure et supérieure, de la Craie. De même, la seconde côtoie le pied occidental de la falaise supérieure, qui forme, à partir des gour Aggabi vers le Sud, une ligne de relief dentelée, mais continue, et j’ai fait remarquer le nom d’Oued el Djoua i, donné, au Sud d’Hassi el Melah, au cordon d’alluvion qui occupe le fond du couloir entre l’escarpement et jes dunes (fig. 1) ; la falaise tournant graduellement au Sud-Ouest, ,1a chaîne de sable tourne avec elle jusqu’aux pitons du Guern el Chouff et du Guern Abdel Kader,. au sud d’El Golea, où elle donne la main à une autre chaîne détachée de l’Erg occidental.
- Au nord-est d’El Golea, nous avons vu d’autres
- 1 Djoua, fourreau.
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- chaînes de dunes, quelques-unes de hauteur et de longueur analogues, également parallèles, mais dirigées vers le Sud-Est. Celles-ci suivent des vallées qu’elles remplissent complètement ou dont elles occupent un flanc, généralement le flanc méridional (fig. 5 et 4). Je citerai les dunes de l’Oued Sidi Ahmed, de l’Oued Zirara, de l’Oued El Khoua. Leur orographie est liée à celles des reliefs encaissants : les cols des chaînes de sables font face aux cols qui se trouvent entre les vallées ; en effet, on comprend ([lie le vent qui s’engouffre dans les défilés empêche les sables de se déposer vis-à-vis.
- Entre les escarpements et les vallées régnent de vastes plateaux sur lesquels le sable roule sans s’arrêter. Les grandes chaînes de dunes de cette région sont donc bien distinctes et nettement limitées aux accidents topographiques, dont elles épousent les directions et dont dépend même leur orographie.
- Cette relation des chaînes de dunes avec le relief du sol n’a rien que de rationnel. Le grain de sable mis en mouvement s’arrête en certains points, soit que la force motrice diminue, les accidents topographiques permettant au vent une expansion qui diminue sa vitesse, soit que la résistance augmente, s’il y a obstacle, ou contre-pente trop forte, ou flottement trop grand.
- De même, en petit, on voit journellement au désert, derrière les touffes éparses çà et là à la surface, le vent déposer des tas de saille, la plupart insignifiants et éphémères. Certains arbustes, tels que les tamarix, ont la propriété de fixer les sables qui garnissent ainsi leurs pieds, en les agglomérant avec leur feuilles; ils deviennent alors autant de barrières qui arrêtent d’autres sables, s’augmentent, s’élèvent et, à la longue, peuvent atteindre jusqu’à une trentaine de mètres L Telle ou telle zone offrant quelque végétation arrivera ainsi à s'ensabler graduellement, mais, qu’elle occupe un bas-fond ou une vallée, il sera encore vrai de dire ici que l’emplacement des dunes résulte de la configuration et de la nature du sol.
- D’une manière générale, une relation analogue doit se retrouver à la surface des alîuvions anciennes et modernes. Les régions recouvertes par l’Erg oriental, par exemple, ne sont nullement plates; elles offrent un système de gouttières, de terrasses, etc., plus ou moins net, et sont sillonnées par les bras multiples de l’Oued Rir’ et de l’Oued Souf. « Hérodote rapporte, dit M. Largeau, qu’à partir du fleuve Triton, qui devait être le même que l’Oued Souf aujourd’hui disparu sous Jes sables, ou trouvait, en s'avançant vers l’Ouest, un pays très montagneux, couvert de bois et plein de bêtes sauvages. » Aujourd’hui malheureusement ces reliefs sont le plus souvent masqués par d’énormes accumulations de sables, et, même quand ils se montrent à découvert, ils peuvent, au milieu des grandes dunes, échapper à
- * Limant de Bellefonds Dey. — Mémoires sur les principaux travaux d'utilité publique en Egypte (page 100).
- l’œil du voyageuri. Toutefois, on se laisse naturellement aller à remarquer que les grandes chaînes de dunes qui flanquent le gassi de Mokhanza *, et encaissent les gassi et feidj3 latéraux, sont plus ou moins parallèles à l’Oued Igharghar; que celles qui sillonnent le Souf semblent jalonner d’anciens tributaires du Chott Melrir; qu’enfin elles côtoient toujours les tbahvegs, sensibles ou non à l’œil, mais tels qu’ils doivent résulter des érosions, comme si les reliefs, si peu accusés qu’ils fussent, étaient intervenus dans la répartition des sables et avaient ensuite été amplifiés par eux. Est-ce une simple coïncidence?
- Le vent aussi intervient dans l’arrangement des dunes, et cela d’autant plus que leur sous-sol est moins accidenté et leur masse plus considérable. En serait-il l’unique auteur dans ce même Erg oriental, dont les chaînes principales tendent à s’aligner vers le Nord-Ouest ou le Nord magnétique? Tel n’est pas mon avis : seules les veines, parfois importantes, qui barrent souvent les vallées entre les grandes chaînes, me semblent dépendre directement de la direction des vents, à la résultante desquels ces chaînons transversaux seraient plus ou moins perpendiculaires. Mais la question est complexe, et, pour la résoudre dans ses détails, un plus grand nombre d’observations serait nécessaire.
- Le gassi de Mokhanza est aussi intéressant au point de vue théorique de la disposition des dunes qu’au point de vue pratique du chemin de fer transsaharien. M. Roche a signalé* « l’existence, au milieu du grand Erg, au sud d’Ouargla, entre Aïn Mokhanza et El fiiodh, d’une large région plane de 250 kilomètres de longueur, recouverte seulement de dunes isolées, parallèles, allongées dans la direction du méridien magnétique et distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres. C’est dans la partie orientale de cette région que se trouve, dirigé aussi Nord-Sud magnétique, le lit de l’Oued Igharghar, lit sans berges, marqué par des fragments de lave roulés et par quelques coquilles d’eau douce, eyrènes et planorbes. Le parallélisme des dunes et de l’Oued Igharghar montre entre ces deux phénomènes une certaine corrélation. » La corrélation la plus vraisemblable est celle que j’ai indiquée, d’une manière générale, entre les chaînes de dunes et les lignes de relief. L'Oued Igharghar occupe évidemment une dépression allongée, une gouttière d’érosion plus ou moins nette, en pente générale vers Tougourt, au Nord.
- 1 Auprès d’Aïn et Taiba, la première mission Flatters a constaté qu’un terrain à découvert et en apparence plat, entre de grandes dunes, offrait des dénivellations de 50 à 35 mètres.
- * Gassi, bande rectiligne et large, entre deux chaînes de dunes, se poursuivant sur une grande longueur, en terrain ferme (reg), sans pierre ni gravier.
- 3 Feidj, bande de terrain rectiligne, passage ou gassi peu étendu, mais ayant un fond relativement meuble, et interrompu par des seuils de dunes.
- 4 J. Roche. — Sur la géologie du Sahara seplenlrionaL (Comptes rendus de l’Acad. des Sciences, nov. 1880,)
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- LA NATURE.
- U
- La vue du gassi de Mokhanza, semblable à une. large vallée dont les grandes dunes seraient les
- berges, a t'ait penser à une trouée qui aurait été pratiquée au travers du massif des grandes dunes
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- .Virectùffy des N.F.S.Q.
- sections du/profU/.
- Grand Erg occidental
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- Fig. 1. — Coupc Frisée à l’est d'El Golca.
- par les eaux de Tlgharghar. Cette explication ne me semble guère admissible. Les grandes dunes resui-
- N.E.
- Caicairct saecH&roi'des.
- .JLaJcjZtB Cornpictrs
- „ À** Pi*rr* ^
- P!aient pÔI’ comrrw umjrfitt "
- Grande chaîne de dunes
- ^ N.- x
- icàma co «racit.s a àmmcnitm
- 3 W'Vg.: .- îns’KSer* ^
- Fig. 2. — Coupe d’euseinble des gour Ouargiu, près El Golea.
- tant du climat saluu'ien, leur préexistence supposée implique une instauration préalable de ce climat,
- N.E.N
- Fig. 5. — Coupc transversale (les vallées Oued Sadaua, Oued Sidi Ahmed et Oued Zirara.
- et, par suite, une sécheresse incompatible avec l'hypothèse de masses tl’eau semblables. Une érosion
- S 0.
- . h:-1 - -~
- Ma mes cénomaniennes avéc gypse
- Fig. 4. — Coupe de l’Oued Ter’ir par llassi Charel'.
- aussi nette au travers d’une masse aussi meuble que les dunes, est discutable.
- Le gassi de Mokhanza
- Gtl-s bancs de calcaires dolomitiques sanaroides grisâtres clairs
- Niveau fossilifère
- Bancs de calcaires blancs compactes
- Croûte quaternaire avec „ débris calcaires crétacés
- Marnes vertes et brunes avec petits lits de grès jaunes sereins
- Limon durci par du cAJcajrc coticraùonfié ^
- Fig. 5. — Coupe détaillée de l'escarpement d’IIassi Cliarel.
- ne constitue pas une trouée unique au travers du grand Erg; il est accompagné d’autres gassi, et les chaînes latérales qui, vues par projections, peuvent
- simuler un massif compact de sable, sont, en réalité , distinctes et généralement espacées.
- Les faits de parallélisme et d’alignement que
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- LA NATURE
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- présentent les chaînes de dunes du Souf ont été rattachés par M. II. Le Chatelier1 à certains bombements des couches quaternaires, observés par lui au sud du Chott Melrir. Ces chaînes seraient dues à de petits soulèvements, qui auraient plissé les terrains, avec rupture et écrasement, suivant certaines lignes, le long desquelles il y aurait eu désagrégation et formation de dunes. Le Sahara semble, en effet, avoir subi, depuis l’époque quaternaire, des oscillations, qui, même faibles, pourraient avoir développé des pressions latérales et produit de petits soulèvements. Toutefois, si les bombements, tels qu’en a signalés M. H. Le Chatelier, sont fré-
- quents au Sahara et dans le Tell, les exemples d’alignement qu’il a constatés dans le Souf, ne sont peut-être que des cas particuliers. Pour ma part, j’ai vu, dans les régions de Ouargla et de l’Oued Rir’, beaucoup de bombements, et n’ai pas observé qu’ils obéissent à telle ou telle direction spéciale ; je les crois dus, ainsi que je l’exposerai, à des mouvements tout à fait locaux du sol, par exemple, aux glissements et affaissements résultant de la nature des terrains de ce bassin artésien, de leur teneur parfois considérable en gypse et sel marin, éléments solubles dans l’eau, de la formation très fréquente de cavités et de chambres souter-
- Fig. G, — Vue du
- raines, de la facilité avec laquelle ces terrains, peu homogènes et peu résistants, s’éboulent, etc. Quoi qu’il en soit, on comprend que les couches ployées deviennent plus aptes à se désagréger, et que les reliefs ainsi formés interviennent dans la répartition des sables.
- g 7. — Absence de mobilité et progression lente des grandes dunes. — Si paradoxale que paraisse cette proposition, les grandes dunes ne sont pas mobiles sous l’action du vent qui les a formées. Le vent ne détruit pas d’un souffle les monuments qu’il a mis tant de siècles à édifier grain par grain.
- L’ouragan le plus violent, au milieu des grandes dunes, les fait fumer, mais ne les remue que sur
- 1 Le Chatelier. — La Mer Saharienne (Revue scientifique, janvier 1871.)
- désert du Sahara.
- une bien faible épaisseur. Le spectacle est effrayant, l'impression des plus pénibles, le danger réel: les sables obscurcissent l’air et cinglent le visage; ils remplissent les yeux, la bouche, les oreilles; ils altèrent le gosier et dessèchent les peaux de bouc des caravanes indigènes, menacées de périr de soif. Mais quand le calme renaît, on trouve les choses en l’état, et les mêmes hauteurs aux mêmes places1.
- Un vent suffisamment prolongé oriente et fait peu à peu rouler, suivant sa direction, les petites dunes ayant 10 mètres au maximum ; il peut y avoir ainsi
- 1 Quand il vente suivant l’axe de la dune, de la croupe vers le talus raide, on comprend que, si le vent est assez fort et la dune assez haute, on puisse être à l’abri en se plaçant au pied même du talus raide, le nuage de sable passant alors au-dessus de la tête.
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- LA NATURE.
- avancement de quelques mètres; mais, comme aucun vent ne domine autant au Sahara que le vent de mer sur une côte, comme, au désert, les vents changent avec les saisons, il y a ensuite recul, et ces mouvements inverses s’équivalent, à peu près, de sorte qu’en fin de compte, il n’y a guère de déplacement.
- Quant aux grandes dunes, leur masse est à peu près immobile et leur couverte seule se déplace sous l’action du vent. Le vent n’a pour ainsi dire que le temps d’orienter les dunes élémentaires ; puis il change, les érrète, retourne le pic, les modèle à nouveau, etc. ; avec lui changent également les lignes capricieuses de siouf. Pour les dunes plus Importantes et pour les groupes de dunes, l’orientation peut varier suivant l’époque, d’autant moins d’ailleurs qu’il s’agit d’un amas plus considérable ; pour les grandes dunes proprement dites, elle ne fait qu’osciller plus ou moins autour d’une certaine résultante des vents; enfin pour les grands massifs, elle est à peu près constante, Youdje du même côté et dans la même direction.
- Ainsi la physionomie des grandes dunes change, la configuration de la surface se modifie réellement, la forme des ensembles subit des oscillations périodiques, mais, en somme, l’emplacement des massifs et l’orographie des chaînes ne varient guère : témoin, dans les grandes dunes, la permanence des pistes de caravanes suivant la lisière des gassi ; témoin l’existence de points d’eau connus de longue date au milieu des sables, comme l’Aïnel Taïba; témoins les noms attribués aux chaînes et à leurs intervalles, à tel sommet et à tel col, et même à de grandes dunes isolées, comme le Guern* El Chouff et le Gucrn Abd el Kader; témoins les oasis du Souf subsistant depuis tant d’années au fond d’entonnoirs de sable; témoins les vieux troncs d’arbres que l’on rencontre dans les dunes et souvent sur leurs sommets. Disons à ce propos que la végétation spontanée, dont est généralement tapissé le pied des dunes, contribue à les fixer; on sait que cette végétation est due à l’humidité qui se conserve sous les sables, à l’abri de l’évaporation.
- La fixité des grandes dunes du Sahara n’exclut pas la circulation des sables à leur surface et n’est elle-même pas absolue. M. Barrois a observé que le vent entraîne une mince pellicule de sable, laquelle se meut avec lui comme une enveloppe mobile, épousant les contours (le chaque dune, passant de l’une à l’autre et d’une chaîne à la suivante : de même, un cours d’eau charrie son lit, sans que les bas-fonds changent de place. Uu autre vent produit un transport inverse. Il y a ainsi va-et-vient du pulvérulin sableux, qui balaye sans cesse le désert entre les dunes.
- En fin de compte, ces échanges ne s’équivalent pas, et il y a transport vers l’Est et le Sud, ainsi que le prouvent les dispositions des grandes dunes par rapport aux centres de désagrégation. L’Erg occidental empiète à l’Est sur le Crétacé, ensable sa
- lisière et lance le long des escarpements et des vallées les ramifications dont j’ai parlé. L’Erg oriental est nettement reporté vers l’Est et le Sud du bassin quaternaire du Chott Melrir; à l’Est, au delà du Souf, les' grandes dunes se poursuivent sur le Crétacé de la Tripolitaine ; au Sud, elles vont jusqu’à El Biodh, où elles atteignent leur hauteur maxima ; enfin, dans l’Oued Rir’ et à Ouargla, c’est à l’Ouest et au Nord que les oasis sont envahies par les sables.
- 11 est intéressant d’observer que les vents cités souvent comme dominants au Sahara, savoir les vents de l’Est et du Sud, ne sont pas en tout cas ceux qui ont le plus d’action sur les sables. Il est naturel, ajouterai-je, que le siroco, prenant les dunes à rebours et les écrêtant, soulève de grandes quantités de poussière.
- De fait, les grandes dunes marchent, dans leur ensemble, vers le Sud-Est, mais très lentement. Cette marche, presque nulle pour certaines chaînes, est d’autant plus sensible que le dépôt des sables dépend moins du relief sous-jacent. Les exemples d’avancement rapide, pour des dunes de quelque importance, sont fort rares et tout à fait locaux1.
- De plus, la désagrégation suivant son cours, la masse totale des sables augmente. D’après ce qui précède, c’est vers l’Est et le Sud des divers groupes, que l’accroissement doit atteindre son maximum : à l’Est de l’Erg occidental, nos guides s’accordaient à trouver que l’ensablement des vallées, et en particulier de l’Oued Sidi Ahmed, avait gagné depuis vingt ans ; au Sud-Est de l’Erg oriental, entre Ouargla et Rlradamès, sur la route fréquentée des caravanes, les témoignages indigènes établissent que l’on a notablement plus de dunes à franchir qu’il y a cent ans.
- G. Rolland.
- LES CANONS DE CENT TONNES
- On a beaucoup parlé depuis quelques années des immenses canons de i 00 tonnes construits à grands frais dans les différentes nations civilisées du monde.
- Voici comment un de nos confrères d’outre-Manche, Y Engineering, apprécie les canons fabriqués par l’Arsenal royal d’Angleterre :
- Les quatre canons de 100 tonnes achetés il y a quelque temps, à sir William Armstrong et Lie, pour la somme de 1 600 000 francs, sont encore à l’Arsenal royal, où ds font l’admiration des étrangers qui visitent cet établissement ; mais les personnes compétentes dans les questions
- 1 Dans un des gassi suivis d’Aïn el Taiba à Et Biodh, la première mission Flatters a constaté l’existence de dunes d'une cinquantaine de mètres, là où les indigènes se rappelaient qu’autrefois le gassi était libre; elles forment un promontoire se détachant du flanc occidental du couloir, s’avançant vers l’Est, et interrompant les traces encore visibles d’anciennes caravanes. Dans l’Erg occidental, à la daya de Habessa, M. Marès m’a dit avoir vu des faits analogues.
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- LA NA TU R K.
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- d’armement n’y voient qu’un triste gaspillage des deniers publics. Ces monstres d’un poids énorme seront relégués h Malte et à Gibraltar et sont d’un type déjà démodé. 11 est probable qu’ils ne tireront jamais que dans des exercices, et encore le plus rarement possible, à cause du prix de la charge, qui est de 2500 francs par coup.
- Si l’on tenait compte de tout, on trouverait que cette somme, déjà respectable, ne couvre même pas les frais de chaque coup tiré par ces instruments inutiles. Pour montrer comment l’argent du pays passe dans des dépenses relatives à un matériel de guerre incapable de rendre des services sérieux, il faut ajouter qu’on a employé près de 600 000 francs à la construction des bigues spéciales destinées à monter ces canons en batterie dans nos forteresses de la Méditerranée. En outre, le département de la gueïre a équipé spécialement des vapeurs pour le transpoi t de ces pièces, qui nécessiteront deux voyages. Il faut encore ajouter 250 000 francs pour les afiùts, de sorte qu’on peut admettre que ces quatre canons coûteront au pays près de 2 millions 1/2 de francs.
- S’ils avaient été jugés, par des personnes compétentes, pouvoir servir à quelque chose, le public accepterait encore la chose sans trop crier, mais, comme on a acheté ces canons sans qu’il ait été fait aucune épreuve de leur valeur et qu’un de leurs pareils, sorti des mêmes ateliers, a éclaté sur le Duillio dans un tir d’exercice, il n’v a pas, croyons-nous, à s’applaudir de cette acquisition.
- Les choses qui se rapportent à la défense du pays sont loin d’être en ce moment dans une condition satisfaisante et, plus vite on confiera les décisions à prendre pour l’armement national à un corps composé de personnes capables et savantes qui seront les représentants de la nation pour cette grave question, mieux cela vaudra pour le contribuable britannique et pour la sécurité du pays au jour de l’épreuve.
- Nous pensons qu’on devrait sans la moindre hésitation, constituer une Commission royale d’enquête sur les systèmes de fabrication et de fourniture et sur l’état actuel de l’armement du pays. Actuellement cette grave question est tout entière entre les mains d’un petit nombre de personnes dont le seul titre est d’être militaires ou marins.
- On voit que les canons de cent tonnes peuvent être considérés jusqu’ici comme des tours de force métallurgiques aussi inutiles que coûteux.
- ATTRACTIONS ET RÉPULSIONS
- PRODUITES PAR LES VIBRATIONS SONORES
- COMPARAISON DE CES PHÉNOMÈNES AVEC LES PHÉNOMÈNES MAGNÉTIQUES
- TRAVAUX DE NI. STROH
- On se rappelle les intéressantes expériences faites à l’Exposition d’Électricité par M. le Dr C. A. Bjerknes, professeur de mathématiques à l’Université de Christiana ; nous en avons rendu compte ici-même1. M. Bjerknes, à l’aidé de tambours vibrants
- 1 Voy. n° 441 du 12 novembre 1881, p. 369.
- et de corps oscillant dans Veau, était arrivé à reproduire d’une manière frappante tous les phénomènes électriques et magnétiques, mais d’une manière inverse, par des actions purement mécaniques, hydrodynamiques.
- Frappé par ces expériences, M. Stroh a cherché à les reproduire dans un autre milieu que l’eau ; il y a réussi avec un succès complet ; le résultat de ces expériences a été présenté par leur auteur à la Société des ingénieurs télégraphistes et électriciens de Londres, le 27 avril 1882. Nous ralIons résumer ici le travail original deM. Stroh, en représentant les expériences les plus importantes ; grâce à l’obligeance de leur auteur, nous les avons toutes vues répéter sous nos yeux pendant un récent voyage à Londres, Tous les phénomènes obtenus dans l’eau par M. Bjerknes sont aujourd’hui reproduits dans l’air avec la plus grande facilité par les ingénieux appareils de M. Stroh.
- Voyons d’abord comment l’auteur a obtenu les phénomènes d'attraction.
- Une anche d’harmonium a (fig. 1), montée sur un simple soufflet à main b, un soufflet d’accordéon, par exemple, suffit pour constituer la partie principale de cette expérience. La face du soufflet sur laquelle l’anche est fixée, se termine par un petit tube en laiton c, emboîté lui-même par un second tube de plus grand diamètre d, se bifurquant en deux branches auxquelles on adapte deux tubes en caoutchouc. On peut même simplifier l’appareil en produisant les vibrations directement par la voix humaine (fig. 2), une embouchure munie d’un double branchement suffit dans ce cas.
- Le double branchement sert à fixer deux tubes en caoutchouc qui transmettent les vibrations à deux tambours élastiques représentés séparément figure 3 et en expérience figure 4. L’un de ces tambours m est monté sur pivot, au bout d’un bras de levier horizontal e, formé d’un léger tube de carton : l’ensemble est équilibré par un contrepoids mobile placé sur le bras du levier i. La partie verticale du tube g plonge dans une coupe de mercure formant joint hermétique, tout en permettant la rotation du système et l’arrivée de l’air par l’ajutage l, auquel est adapté le tube en caoutchouc. Le disque m est recouvert d’une mince membrane de caoutchouc n qui vibre à l’unisson avec la lame a du soufflet (fig. 1). Le second tambour vibrant p (fig. 5) est simplement tenu à la main et porte un tube de laiton q, sur lequel vient s’adapter le second tube en caoutchouc.
- L’ensemble étant disposé comme le représente la figure 4, et les deux membranes placées à une distance d’environ 1 centimètre, chaque fois qu’on presse le soufflet, on remarque une attraction assez puissante entre les deux tambours vibrants, et si l’on recule celui qui est tenu à la main, on voit l’autre le suivre tant que les vibrations continuent. La hauteur de son n’a aucune influence sur le résultat ; il faut seulement que les longueurs des
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- LA NATURE.
- tuyaux do caoutchouc soient telles que l’impulsion produite par chaque vibration arrive simultanément aux deux tambours vibrants ; Y attraction est produite par les corps vibrants de mêmes phases. M. Rjerknes a montré qu’il se produit au contraire une répulsion lorsque les vibrations présentent des phases contraires. On peut dans une certaine mesure produire l’expérience avec le soufflet (fig. 4),
- en allongeant l’un des tubes de caoutchouc de façon à produire un retard de vibration et rendre les phases contraires; c’est là un moyen bien incertain, l’effet est faible, aussi M. Stroh a-t-il été conduit, pour pouvoir multiplier les expériences et faire varier les conditions à volonté, à construire le petit appareil représenté en perspective ligure 5 et en coupe horizontale ligure 8. C’est un quadruple appareil à
- Fig. 1. — Soufflet à main.
- Fig, 2, — Embouclmr
- Fig. 5. Tambours vibrants. Coupe longitudinale.
- vibration dont le mouvement est entretenu électriquement par le courant fourni par trois piles au bichromate, mis en action ou arrêté à l’aide d’un interrupteur. Le système moteur comprend deux électroaimants C, C (fig. 8), entre lesquels se meut une lame vibrante B qui vient toucher deux contacts à ressort D, D' qui envoient le courant alternativement dans l’un et l’autre des électro-aimants; la lame, successivement sollicitée à droite et à gauche, vibre rapidement : dans l’appareil de M. Stroh, elle accomplit environ soixante-dix vibrations par seconde, mais le système fonctionnerait aussi bien à une toute autre vitesse. La lame vibrante entraîne dans son mouvement une tige qui communique les vibrations au système pneumatique. Ce système comprend deux cavités, chacune d’elles est divisée en deux parties par une cloison verticale formée d’une feuille mince de caoutchouc J. Le milieu de la feuille flexible est pris entre les deux lames d’un plateau en bois portant une tige liée à l’armature vibrante B. Les deux plateaux K et K', en vibrant sous l’action de la lame B, augmentent ou diminuent la capacité des deux parties de la cavité, et produisent des pulsations; tantôt par compression, tantôt par aspiration dans les quatre tubes LL', MM', N N', 00'. On peut re-
- cueillir et transmettre ces vibrations en adaptant des tuyaux en caoutchouc aux extrémités des tubes L', M', N'. 1/ et N' donneront des vibrations de mêmes phases : il est facile de s’en assurer en jetant les
- yeux sur la figure 7. M'et N' donneront des vibrations de phases contraires. Pour changer les phases de deux tambours, il suffira donc de changer la communication de l’un d’eux, de fixer le tube en caoutchouc soit en L', soit en M'. Cela se fait par une manœuvre très simple; à cet effet,
- ! l’un des tubes en caout-| chouc est monté sur une pièce mobile (fig. 4) qui peut prendre deux positions et faire communiquer le tube avec l’une ou l’autre des faces d’une des ! cavités, etpcrmetdechan-ger instantanément les phases de vibration, et par suite la nature des effets produits. L’ensemble du mécanisme est recouvert par une petite table sur laquelle se font les expériences ; elle sert en même temps d’écran et empêche que les mouvements de l’appareil ne viennent troubler les phénomènes que l’on veut étudier.
- Reprenons maintenant l’expérience de la figure 4, en remplaçant le soufflet par le. système plus complet que nous venons de décrire. Nous produirons Y attraction en plaçant les deux tubes de caoutchouc dans la position qui correspond aux mêmes phases, le déplacement d’un des tubes changera immédiate-
- Fig. 4.
- Expérience montrant Y attraction' dans l’air de deux tambours vibrants j (phases semblables).
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- LA NATIIHE.
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- ment les phases, et l’attraction se transformera aussitôt en répulsion.
- L’analogie inverse entre les aimants et les membranes vibrantes est ici tout, à l'ait manifeste.
- Membranes vibrantes. — Les membranes vibrantes de même phase s’attirent ; les membranes vibrantes de phases contraires se repoussent. Aimants, — Les pôles de même nom se re-
- 5. — Appareil électro-pneumatique do M. Strolij permettant de produire a volonté des vibrations de même phase ou de phases -, contraires.
- poussent ;jles )pôles de/ noms contraires s’attirent.
- M. Slroii il construit des tambours vibrants qui présentent toutes les propriétés d’un aimant. L’un
- d’eux (fig. 9) se compose d’un cylindre muni de deux membranes solidarisées par une tige rigide en verre fixée en leur milieu. Une cloison qne la tige traverse
- Fig. 6. — Appareil à main pour montrer les attractions produites par un mouvement vibratoire.
- librement sépare le tambour en deux parties, dont l’une communique librement avec l’air, l’autre avec la pompe par un tuyau en caoutchouc. Les deux membranes vibrent donc dans le même sens, parallèlement l’une à l’autre. Un semblable système présenté à la membrane sur pivot (fig. 4) montée sur la pompe (fig. 5), l’attire par une de ses extrémités
- Fig.7.— Appareil pour la représentation graphique et la projection des vibrations.
- et la repousse au contraire par l’autre extrémité.
- Une membrane vibrante attire une autre membrane non vibrante; c’est l’expérience représentée figure 5, où un disque léger de carton posé sur pivot et équilibré par un contrepoids, est attiré par un tambour vibrant tenu à la main ; on peut comparer cette action h celle d’un aimant at-
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- tirant à petite distance nne pièce de fer doux.
- Substituons au tube recourbé de la figure 4, un tube droit (fig. 10), portant un tambour m' à son extrémité. En lui présentant en face un second tambour vibrant q, si les vibrations sont de meme
- Fig. 8. — Coupc horizontale de la pompe électro-pneumatique de M. Stroh. — B. Armature vibrante. — C, C. Électro-aimants.— — D, D. Contacts électriques. — E. Pile. — F. Interrupteur. — K, K. Disques vibrants commandés par l’armature B par l’intermédiaire de la tige G. — L, M, N, 0. Cavités dans lesquelles se produisent les compressions, les raréfactions d’air, par le déplacement des disques K, K'.
- phase, les disques seront attirés et resteront en regard ; ils se repousseront au contraire d’un côté ou de l’autre, dans le cas de phases contraires. Le même fait se reproduit, bien qu’avec moins d’énergie, lorsque les deux tambours sont placés, soit la-
- Fig. 9. — Appareil pour l’imitation d’un aimant à deux pôles.
- téralement, soit sous un certain angle : en faisant varier les phases et les positions relatives, on peut étudier le phénomène en détail.
- Fixons maintenant les deux tambours. A cet effet, disposons-les sur deux supports U U' (fig. 11) fixés sur une planchette S. Ils peuvent glisser dans leur monture, ce qui permet de faire varier à volonté leur distance tout en conservant les faces parallèles et les axes dans le prolongement l’un de l’autre. On établit ainsi entre les deux tambours une sorte de champ de vibration analogue au champ magnétique établi entre les deux pôles d’un aimant. Appro-
- chons maintenant de ce champ de vibration une petite balle de liège suspendue à un levier posé sur un pivot, et formant le petit appareil représenté séparément sur la table, figure 4.
- Ici deux cas se présentent : 1° si le levier est placé suivant ab (fig. 12) et que la balle soit libre de se déplacer dans le sens de cd, vers l’une ou l’autre membrane, elle se maintient à égale distance des deux, que les phases soient les mêmes ou con-
- Fig. 10. — Action directrice des membranes vibrantes.
- traires; 2° si le levier est placé suivant cd, et que la balle de liège puisse se mouvoir suivant ab, la nature des phases influe : dans le cas de phases contraires, la balle est attirée au centre, dans la position marquée I ; dans le cas de mêmes phases, la balle est repoussée du centre et attirée dans la position 3 ou 5'. Ces phénomènes sont identiques à ceux qu’on retrouve dans le magnétisme, etM. Bjer-knes les avait déjà obtenus dans l’eau.
- M. Stroh a aussi étudié les mouvements de l’air qui entoure les membranes vibrantes ; il a vu que dans le cas de mêmes phases, il se produit une
- Fig. 11. — Imitation du champ magnétique entre deux tambours . vibrants.
- petite raréfaction de l’air, et dans celui de phases contraires une petite compression. Quant à la direction et à l’intensité des courants d’air développés dans ces vibrations, M. Stroh est arrivé à tracer très ingénieusement de véritables lignes de force du champ vibratoire à l’aide d’un petit bec de gaz minuscule dont la flamme n’a pas plus de 4 à 5 millimètres de longueur. Les courbes obtenues sont tout à fait comparables aux lignes de force produites par la limaille de fer dans un champ magnétique.
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- Les appareils de M. Sfroh, d’une simplicité déjà si grande, ont été encore simplifiés par leur auteur, et la figure 6 est une des formes les plus simples qu’on puisse imaginer. Deux disques de- carton de 15 centimètres de diamètre en forment la partie essentielle. L’un de ces disques, équilibré par un contrepoids, repose sur un pivot, vertical, l’autre disque est monté sur une règle perpendiculaire à son plan, fixée en son milieu et ressemble au plateau d’un électrophore. En plaçant ces deux disques parallèlement l’un à l'autre à une distance de 5 centimètres et en imprimant au disque tenu à la main un mouvement de va-et-vient, le disque sur pivot est attiré et suit le premier, même à une grande distance.
- M. Stroh a donné l’explication de ces effets mécaniques et montré la direction de tous les courants d’air produits par ces différents mouvements, disques et membranes, à l’aide de petits moulinets en mica, formés de une, deux ou quatre ailes carrées qui n’ont pas plus de 3 millimètres de hauteur, et qui,
- a.
- I
- b
- Fig. 12. — Figure schématique pour l’explication des phénomènes.
- construits par l’auteur, fournissent une double preuve de son ingéniosité et de son habileté.
- 11 va sans dire qu’à cause du mouvement alternatif des membranes, les courants indiqués par les petits moulinets ne sont pas rigoureusement continus, mais ils indiquent la différence d’action entre les mouvements dans un sens et les mouvements en sens opposé.
- Enfin, M. Stroh a imaginé un appareil qui permet de représenter graphiquement la plupart des phénomènes que nous venons d’exposer, et qui, disposé dans un appareil de projection, permet de montrer les effets à un nombreux auditoire. La figure 7 le représente en perspective et la figure J 3 un plan géométral qui permettent d’en comprendre facilement le principe. Sur un socle A est fixé un cercle en bois h formant réservoir dans lequel on peut mettre un liquide visqueux, de la glycérine, par exemple.
- Dans cette auge sont montées deux lames de ressort de 1 centimètre de largeur sur 4 de longueur, attachées par leurs extrémités à l’aide de charnières à une sorte de châssis : elles représentent les membranes vibrantes. Au centre de ces lames sont attachés les leviers p et q, actionnés par les leviers i et k qui
- oscillent autour des points r et s. Un petit excentrique l leur imprime un mouvement de va-et-vient à l’aide des bielles m et n. Les liaisons des bielles et des leviers sont faites à l’aide d’aiguilles qui permettent de déplacer les points d’attache ; lorsque les bielles sont en tet n, les ressorts se meuvent comme deux membranes vibrantes de même phase ; dans la position m et n, le mouvement des ressorts correspond aux phases contraires.
- L’auge étant remplie de glycérine, on saupoudre sa surface de poudre de lycopode, ou mieux encore de poudre de bronze, qui participe aux mouvements du liquide, et qui, à cause de la persistance des impressions sur la rétine, produit l’effet de lignes dont la longueur varie avec l’amplitude des oscillations dans les différentes parties du champ. L’on n’obtient en réalité qu’une imitation des vibrations de l’air, parce que l’expérience se fait sur une surface plane et que la glycérine présente plus d’inertie que l’air, mais on voit néanmoins parfaitement les mouvements compliqués de l’air entre des membranes vibrantes.
- Fig. 13. — Représentation graphique des phénomènes.
- Appareil à projection. *
- Il faudrait beaucoup plus de place que celle dont nous disposons pour rendre compte de toutes les expériences réalisées par M. Stroh : on peut dire qu’il a ouvert un nouveau champ de recherches accessible aujourd’hui à tout le monde, en simplifiant d’une façon si heureuse les expériences de M. Bjer-knes qui lui ont servi de point de départ.
- Bien que l’analogie inverse entre les phénomènes magnétiques et les phénomènes vibratoires ne soit pas une preuve absolue, elle milite cependant fortement en faveur de l’hypothèse émise par plusieurs physiciens que le magnétisme est le résultat de vibrations d’un milieu inconnu ou de l'éther. M. Stroh espère qu’en publiant le détail de ses recherches, de ses expériences et de ses appareils, quelques personnes se trouveront engagées à poursuivre ce nouveau champ de recherches sur les phénomènes magnétiques et diamagnétiques ; elles y trouveront, à l’avis de M. Stroh, avis que nous n’avons aucun mérite à partager, un sujet du plus grand intérêt, et peut-être pourra-t-il en résulter un jour la solution de la question si peu connue de la nature intime du magnétisme.
- E. Hospitalier.
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- LÀ NATURE.
- OBJETS ETHNOGRAPHIQUES
- DE l'aSIE CENTRALE
- Pendant le voyage d'exploration que nous venons d’effectuer, M. G. Bonvalot et moi, dans le Turkes-tan, le Rochara, le clianat de Cliiva et la steppe turcomane (Oust-Ourt), voyage qui a duré dix-neuf mois et dont l’itinéraire est tracé sur la carte ci-dessous (fig. 1), nous avons souvent eu occasion de constater les effets et les traces que le combat des civilisations successives qui ont envahi l'Asie centrale ont laissé sur ce sol, probablement le berceau de nos ancêtres. En proie aux invasions plus ou moins heureuses des conquérants grecs, mongols,
- persans, turcs et slaves, ce foyer des révolutions a gardé du passage de chacune des peuplades conquérantes des traces que l’on retrouve aujourd’hui dans les langues, les mœurs et la religion, les arts et l'industrie. Les pratiques zoroastriennes de quelques peuplades montagnardes, les légendes d’Iskan-der (Alexandre le Grand) et les monnaies à l’effigie des fondateurs du royaume gréco-bactrien, les superbes édilices que l’art persan, plus ou moins mêlé d’élément, étranger, a créés à Samarcande, Rochara, Kokàne, Scbaar, i-Samàne, etc., jusqu’au samovar et aux cartes à jouer que nous avons rencontrés dans quelques bazars du Schaar-i-cahz, de Rochara et de Cliiva, rappellent le passage des éléments qui ont contribué à élever les peuples de l’Asie centrale au degré de civilisation qu’ils ont atteint aujourd’hui.
- Fig. 1. — Itinéraire du voyage d'exploration de JDI. üenvalot et Capus dans l’Asie centrale.
- Il semble que, pour les peuples d’origine iranienne, le niveau actuel ne puisse être de beaucoup dépassé, tandis que les peuples d’origine turco-mongole, tels (pie les Khirghizes et les Turcomans, ayant plus de force intellectuelle et plus d’initiative, paraissent avoir plus d’avenir.
- Nous avons pu rapporter de l’Asie centrale des dessins et des descriptions de presque tous les objets et ustensiles dont se servent les Khirghizes, les Tadjiks de la plaine et <(e la montagne, les Sartes, les Ouzbegs, les Turcomans, etc. Nous avons reproduit sur la figure 2 quelques vases et instruments d’un usage très répandu. Certaines poteries rappellent par l’élégance de leur forme les amphores et les vases grecs. 11 y a un siècle on travaillait admirablement le cuivre : les aiguières, coupes couvertes d’arabesques, etc., qui datent de cette époque sont d’un grand fini de travail. Chaque ville importante
- avait quelques mal Ires dont le talent était apprécié de Cliiva à Casehgar et à Caboul. Aujourd’hui le travail est grossier et sans originalité, c’est un pâle reflet, des belles œuvres des anciens maîtres. Les instruments agricoles sont en général très primitifs; la charrue (fig. 2, n° 8) en est un exemple : c’est un simple tronc de bois coudé, à l’extrémité inférieure duquel on adapte un contre en fer (n° 9). Par des raisons d’économie (le fer est apporté à dos de chameau de Russie), le laboureur enlève le coutre après le labour et le garde à l’abri des accidents et des voleurs. Les Sartes possèdent une grande habileté à travailler le bois à l’aide d’une petite hachette (n° 11). Ils se servent du même modèle, à dimensions plus grandes, pour l’équarrissage de gros troncs d’arbres.
- Nous avons réuni sur la figure 3 un certain nombre d’instruments de musique de l’Asie centrale.
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- LA NATURE.
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- Le rabôob (n° 1) est un instrument <lu Badaks-rhàne ; il a vingt et une cordes dont trois pour le doigté ; les autres [tour la résonnance. Nous ne saurions entrer ici dans les détails de la structure compliquée de cet instrument, qui est un des plus harmonieux et des plus remarquables que nous ayons rencontré.
- Le kaousse (n° 5) est un instrument d'accompagnement pour les rapsodies ; il jest surtout répandu
- Fig. 2. — Objets et ustensiles île l’Asie centrale. — 1. Théière (samovar) en cuivre.— 1 a, Ause en cuivre travaillé. — 2. Vase droit en terre cuite. — 3. Vase en tourteau de sésame comprimé pour la conservation de l’huile de sésame (koundjout).— 4. Cruchon en terre cuite. — S. Amphore en terre cuite. — 6. Petit vase pour conserver le lait. — 7. Peigne en bois. — 8. Charrue indigène en bois. — 8 a et 9. Coutre en 1er de fonte (amatch). — 10. Instrument pour repasser les couteaux, ciseaux, etc. — 11. Hachette de meuuisier. — 12. Ciseaux bockariens. — 13. Fermoir. —14. Pince à more droits.
- à Bochara et à Taschkent. On en joue avec l'archet tendu (n° 14) ou l’archet non tendu (n° 15). Les cordes, formées d’un assez gros faisceau de crins de cheval, donnent des sons rauques et ronflants.
- Le ridjak (n° 4) est joué à l’instar du violoncelle ; la boîte de résonnance est faite d’un fond de courge. 11 donne, sous l’archet, des notes criardes, aiguës, pénétrantes.
- Le kanoûne est un instrument caschgaricn, espèce de grande cithare à trente-six cordes en boyau.
- Le doiitàr (tig. 5, n° 8) et le tambour (lig. 3, n° 9) sont, avec le ridjak, les instruments les plus ré-
- pandus dans J les différenles’!'régions du Turkestan.
- Le tambour est généralement pincé, parfois joué avec l’archet. L’ensemble de ces deux instruments, le premier avec ses cordes en hoyau, celui-ci avec des cordes métalliques, est, dans des mains habiles, très harmonieux même pour une oreille habituée à notre gamme. Les fifres et les flûtes sont surtout répandus dans le Ghiva. Signalons encore un petit instrument dont se servent les Khirghizes, plus pauvres en in-
- Fig. 3.— Instruments de musique de l’Asie centrale. — 1. Rabôolt (du Badakschâne). — 2. Cymbales (naghara). — 3. Kaousse. — 4. Ridjak. — 5. Sournaï. — G. Kanoûne caschgarieu. — 6 a. Ciel pour le kanoûne. — 7. Instrument kirghize. — 8. Doulôr. — 9. Tamboûr ou zithôr. — 10. Kornai. — 11. Souruaï. — 12, 13. Naïs militaires. — 14. Archet tendu. — 13. Archet non tendu. t
- struments de musique que les Sartes (nous avons trouvé chez les Khirghizes du Tchotkal une espèce de mandoline à trois cordes, appelée tchert-mèk). C’est (n° 7) une simple lame métallique vibrant dans l’anse d’un petit barreau de fer recourbé en fer à cheval. Cet instrument est placé entre les lèvres, et la lame qu’on fait vibrer avec les doigts, détermine un changement du timbre des notes chantées. C’est un instrument répandu également parmi les femmes sartes. On rencontre un joujou analogué dans nos campagnes.
- Les Sartes emploient dans leurs industries quel: ques instruments fort remarquables. .
- G. Gapus
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- LA NATURE.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- CURIEUSE EXPÉRIENCE FAITE AVEC DE l/EAU,
- UNE BOUGIE ET UN MORCEAU DE SAVON
- Vers la fin de l’année 1875, j’ai fail une expérience que je n’ai vue publiée nulle part; c’est ce qui m’engage à la décrire.
- Si l’on verse de l’eau pure dans un vase quelconque, une cuvette, par exemple, et qu’on laisse une bougie allumée couler goutte à goutte au-dessus de cette eau et à une distance de 15 à 20 centimètres, la bougie fondue se refroidit brusquement sous forme de légères demi-sphères. Que l’on vienne à plonger dans cette eau l’extrémité d’un morceau de savon légèrement humide, et au milieu de ces corps très mobiles, ces derniers seront tous repoussés brusquement comme par un souffle invisible jusque contre les parois du vase, où ils resteront adhérents. On peut en soufflant les ramener vers le centre de l’eau et recommencer deux ou trois fois l’expérience; mais ensuite l’expérience ne réussit plus à cause de la faible proportion de savon qui se trouve dissoute dans l’eau. Pour recommencer, il faut vider l’eau et en mettre de nouvelle.
- L’expérience est très nette et facile à répéter.
- 11 est probable que la cause de cette répulsion si marquée, est due à la rapide dissolution du savon dans l’eau, qui dans le début se maintient à la surface, et que lorsque l’eau contient déjà un peu de savon dissous, cette dissolution s’opère à travers la masse et pas seulement par la surface. J’ai essayé d’autres corps comme les essences, l’huile, etc., les effets varient avec les corps employés.
- Le Goarant de Tromelin.
- « LE FOUDROYANT »
- NAVIRE CUIRASSÉ FRANÇAIS
- Un nouveau cuirassé d'escadre, le Foudroyant, a été récemment lancé à Toulon. Il avait été mis en chantier en juillet 1875. Ce navire a été exécuté sur des plans nouveaux, dus à M. de Bussy, ingénieur du génie maritime, directeur des constructions navales.
- Le Foudroyant est un cuirassé de premier rang, d’escadre, à éperon, tours fixes et fort central. Il est construit en fer et en acier. Ses dimensions principales sont les suivantes : longueur, 97 mètres; largeur au fort, 21m,26; largeur du reste, 19 mètres; creux au milieu (gaillards), 13ni,5; creux des autres parties, 10 mètres ; tirant d’eau moyen, 7“,54; déplacement d'eau, le navire n’étant pas muni de son artillerie, 9661 tonneaux (un tonneau ou une tonne équivaut à 1000 kilogrammes : c’est le poids de 1 mètre cube d’eau. Le poids d’un corps flottant étant égal au poids du volume liquide déplacé par sa partie immergée, il en résulte que le poids du Foudroyant, sans y comprendre celui de son armement, est de 9 661 000 kilogrammes, c’est-à-dire de près de 10 millions de kilogrammes).
- La cuirasse est en acier fondu ; elle a une épaisseur variant de 40 à 60 centimètres ; son poids total est de 2600 tonneaux environ. Les plaques de blindage sont fixées sur un matelas en bois de teck (grand et bel arbre des Indes, appartenant à la famille des verveines), qui n’a
- pas, comme le chêne, le défaut de rouiller et de corroder le fer et l’acier.
- L’artillerie du Foudroyant est formidable, et elle justifiera pleinement le nom donné à notre nouveau cuirassé. Le fort central et les tours contiennent seize bouches à feu en acier, dont dix du calibre de 34 centimètres, deux de 32 centimètres et quatre de 27 centimètres. À l’avant est placée une pièce de chasse de 27 centimètres ; à l’arrière une pièce de retraite du même calibre. Six pièces de 14 centimètres sont installées sur les gaillards; en outre, l’équipage est muni de vingt-deux canons-revolvers du système Ilotschkiss, dont seize pour la coque et six pour les hunes. La mâture du Foudroyant est en fer et composée de bas-inàts seulement, suivant la nouvelle règle adoptée pour les grands cuirassés de combat.
- L’appareil moteur, construit par l’usine du Creuzot, d’une puissance nominale de six mille chevaux-vapeur, en employant le tirage ordinaire, et de huit mille avec tirage forcé, est composé comme suit : 1° deux machines indépendantes, à trois cylindres, égales et symétriquement placées, du système dit à pilon, comme celles du vaisseau VAmiral-Duperré ; elles actionnent chacune une hélice spéciale ; 2° quatre machines auxiliaires pour le fonctionnement des pompes de circulation.
- Le générateur de vapeur est formé de quatre groupes indépendants, composés chacun de trois corps de chaudières elliptiques à trois foyers chacun, avec chambres de chauffe longitudinales.
- Le Foudroyant peut mettre 630 tonnes (630 000 kilogrammes) de charbon dans ses soutes et franchir avec cette provision de combustible une distance de 3100 milles (le mille ou nœud marin est la minute terrestre, c’est-à-dire la 3600“ partie du degré terrestre ; il équivaut à 1852 mètres), à la vitesse moyenne de dix nœuds à l’heure, c’est-à-dire de 18 kilomètres 1/2.
- L’appareil propulseur se compose fie deux hélices à quatre ailes. Les puissants organes moteurs du nouveau cuirassé pourront imprimer à son énorme masse une vitesse de 25 à 30 kilomètres à l’heure.
- L’armement étant mis à part, il n’a pas fallu moins de 800 000 journées d'ouvriers de toutes professions pour établir ce vaisseau grandiose.
- Lorsqu’il sera muni de toute son artillerie, la valeur totale du Foudroyant ne sera pas loin d’atteindre la somme de vingt millions de francs !
- CHRONIQUE
- « La Jeannette. » — Une dépêche d’irkousk adressée au New-York Herald donne les détails suivants sur la façon dont les cadavres de Delong et de ses compagnons ont été retrouvés. Les cadavres du capitaine Delong et de ses compagnons ont été retrouvés, le 29 mars, par l’ingénienr Melville. Ces cadavres se trouvaient à 500 et à 1000 yards des débris d’une barque. On creusa la neige à un endroit où un canon de fusil apparaissait à la surface, et l’on trouva deux corps à 8 pieds de profondeur. Pendant ce temps, Melville, à 20 pieds de là,'aperçut des restes de feu et une chaudière, et, s’approchant, trébucha sur une main d’homme qui sortait de la neige. C’était celle de Delong, couvert d’un pied de neige. Près de lui, gisaient Àmbler et Ch. Lorn, tous couverts de morceaux de toile de tente et de couvertures. À quelques pas plus loin on découvrit les cadavres de See, de Knack et d’Alesey.
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- LA NATURE.
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- Dans une crevasse on trouva deux boites pleines de pa piers, une pharmacie de campagne. Un drapeau attaché à sa hampe se trouvait près du campement. Aucun des cadavres n’avait de souliers. Leurs pieds étaient enveloppés de haillons. Dans les poches de ces hommes on trouva des morceaux de cuir bouilli, qui avait évidemment servi à les nourrir. Leurs mains étaient plus ou moins brûlées, comme s’ils s’étaient jetés dans le feu au moment de mourir. Boyd gisait sur le feu même, et ses habits étaient brûlés. Tous les corps ont été portés sur une colline haule de 500 pieds, et y ont été enterrés sous les débris de la barque et sous des pierres. Une croix, haute de 22 pieds, a été élevée sur cette tombe, l’uis l'expédition se divisa en trois pour se mettre à la recherche de Chipp et de ses compagnons.
- Blanchiment par l’électrolyse. — A la dernière séance déjà Société Chimique de Londres, MM. J. J. Dobbie et J. Hutcheson ont fait une intéressante communication sur un nouveau procédé de blanchiment électro-chimique. La base de ce procédé consiste dans la production du chlore, l’agent actif dans le blanchiment, par l’électrolyse de l’acide chlorhydrique ou de la dissolution d’un chlorure. Une pile de faible puissance a donné dés résultats fort satisfaisants. La méthode adoptée par MM. Dobbie et Hutcheson consiste à passer la toile à blanchir, le lin rouge de Turquie, par exemple, dans de l’eau de mer entre deux rangées de rouleaux de charbon, la rangée supérieure étant reliée à l’un des pôles de la pile et la rangée intérieure a l’autre pôle. Les rouleaux tournent lentement et la toile passe d’un bout à l’autre de la rangée. Il se forme un hypochlorite et une immersion subséquente dans l’acide chlorhydrique dilué termine le blanchiment.
- Peinture ininflammable à l’amiante. — Un
- certain nombre de procédés destinés à rendre les décors de théâtre ininflammables sont à l’étude en France et de nombreuses expériences ont été exécutées récemment dans les ateliers de M, Levastre, peintre-décorateur de l’Opéra. Une étude analogue se fait aussi en Angleterre, et l’on vient d’essayer, nous apprend l'Iron, une nouvelle peinture à hase d’amiante en poudre. On a enduit ainsi du bois, du papier, du calicot, de la gaze. La méthode d’essai est identique à celle qui a été signalée dans le temps pour l’enduit Abel Martin : on recouvre du produit la moitié de la matière en expérience, l’autre moitié restant dans son état naturel, puis on y met ie feu. Les résultats, constatés au théâtre du Palais de Cristal, à Londres, semblent avoir été satisfaisants : il y a eu dans tous les cas, bois ou étoffes, combustion lente, analogue à celle de l’amadou, mais sans transmission possible d’un objet à un autre, vu l’absence de flamme. L’amiante offre de plus l’avantage d’être blanche et par conséquent de ne point gâter les teintes ; elle est presque absolument résistante aux acides et ne pousse ni à la dessiccation ni à l’efflorescence. L’emploi des tissus d’ainiante avait été dès longtemps proposé : on avait dû y renoncer à cause de leur poids et de leur raideur, mais, depuis peu de temps, on sait faire des tissus d’amiante, beaucoup plus parfaits et très souples, que l’industrie utilise pour la filtration de liquides corrosifs. On pourrait probablement reprendre cette question avec des chances nouvelles de succès. L’emploi de l’amiante en poudre donnera peut-être lieu à une solution partielle du problème difficile, qu’il est si désireux de voir résoudre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 juillet 1882. — Présidence de M. Jamik.
- L'eau oxygénée. — La thermochimie a conduit M. Ber-thelot à rechercher comment se décompose Peau oxygénée sous l’influence des forces électriques. La force électromotrice peut donner lieu à deux phénomènes différents : 1° seulement à un dégagement d’oxygène: 2° à un dégagement d’hydrogène et d’oxygène qui par leur combinaison fournissent de l’eau; ce second phénomène ne se produit que lorsqu’on emploie un élément Daniell, et on pouvait le prévoir, puisque l’élément Daniell donne naissance à une réaction chimique qui dégage 24 calories 5 et que la décomposition de l’eau oxygénée en II et en O* exige 25 calories 7, tandis que deux éléments zinc et cadmium qui ne peuvent fournir que 17 calories 4, ne donnent lieu à aucun dégagement d’hydrogène.
- L’arc voltaïque et les vapeurs. — On sait que dans le vide la lumière jaillit de tous côtés ainsi que cela se passe dans les tubes de Gessler ; si dans le vase dans lequel se produit 1 arc, on introduit, ainsi que l’a fait M. Jamin un peu de sulture de carbone, on aperçoit une véritable explosion de lumière verte magnifique et l’arc prend la forme d un oméga majuscule surmonté d’une longue flamme. Au spectroscope la lumière ne donne que le spectre du charbon mais beaucoup plus net qu’on ne l’obtient ordinairement; si le sulfure de carbone est mélangé d’un peu d’air il se forme sur les parois du vase un dépôt de soufre, mais en l’absence de ce gaz il se dépose une matière brune, volatile, tandis que le sulfure de carbone disparaît peu à peu; M. Jamin remet à M. Berthelot un échantillon de cette substance en le priant de l’étudier.
- La locomotion animale. — En continuant ses expériences sur la locomotion animale, M. Marey a été amené à rejeter les photographies instantanées faites sur des plaques séparées, et cela à cause de la difficulté de trouver les points de repère et d’opérer à des intervalles de temps égaux. Les photographies qu’il présente à l’Académie sont obtenues sur une plaque unique gardant indéfiniment sa sensibilité; pour arriver à ce résultat, il suffit de photographier des sujets vêtus de blanc, projetés sur un fond noir absolu. C’est ainsi que M. Marey a reproduit les mouvements de coureurs ou de sauteurs, dans leurs différentes phases, et qu’il a pu joindre par un trait continu les positions d’une même partie du corps.
- Vertus antiseptiques de l'eau oxygénée. — Au cours de leurs remarquables expériences sur l’eau oxygénée, MM. Paul Bert et Kegnard ont attiré l’attention sur le traitement des plaies par ce composé. Récemment, deux chirurgiens de l’hôpital Saint-Louis ont appliqué l’eau oxygénée au traitement de plaies récentes et anciennes et ont vu, sous son influence, se produire une amélioration considérable. M. Paul Bert insiste sur les avantages que l’eau oxygénée a sur l’acide phénique : pas d’intoxication à redouter, pas de mauvaise odeur; elle agit de deux façons : en déterminant la mort immédiate des microbes, et en fournissant de l’oxygène d’une manière continue à la plaie.
- L’eau oxygénée jouit encore de propriétés parasiticides très intéressantes, c’est ainsi qu’elle a donné des résultats remarquables avec la teigne, l’angine couenneuse, etc.
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- LA NA TU HE.
- L'industrie du vanadium. — Le noir d’aniline au vanadium a provoqué des recherches sur la production de ce métal à bon marché. MM. Osmond et G. Witz en ont trouvé une source indéfinie dans les scories du Creuzot, provenant de la déphosphoration de certaines fontes. Ces scories contiennent 2 pour 100 d’acide vanadique et il suffit de les traiter par l’acide chlorhydrique pour obtenir une liqueur verte qui peut être utilisée directement dans la teinture ; il y a là évidemment un grand service rendu à l’industrie française.
- Varia. — M. Lecoq de Boisbaudran présente une note sur le dégagement gazeux qui se produit lorsqu’on traite par l’eau une solution du gallium dans l’acide chlorhydrique. — M. llayem lit un mémoire sur le mécanisme de l’arrêt des hémorrhagies. — M. Cahours analyse une note de M. Etart sur l’action de l’acide sulfureux sur différentes dissolutions cuivriques.
- ' Stanislas Meunier.
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- FONTAINE
- MÉTÉOROLOGIQUE
- ET MÉTRIQUE
- Il n’est pas nécessaire d'aller loin pour constater, dans bien des communes, le besoin d’une fontaine publique, d’une horloge publique, le manque absolu du baromètre et du thermomètre. Ces instruments pourtant si précieux pour l’agriculture, sont complètement inconnus dans nos campagnes, où le paratonnerre même, passe encore pour repousser, du toit qu’il domine, la foudre qui naturellement tombe sur les toits voisins; cette légende bizarre entretient, jusqu’à un certain degré, l’antipathie de l’homme des champs vis-à-vis du progrès.
- Même dans les environs de Paris, le paysan connaît peu les mesures métriques, à part le litre, qui encore le plus souvent cède le pas à la chopine et au demi-setier. Les anciennes mesures sont encore en vigueur; ainsi pour les mesures agraires, la perche, le journal, l'arpent, la sétérée, la bois-setée, la maucaudée, etc., etc. Le notaire seul connaît par ares et hectares le territoire de chacun.
- Si vous demandez les distances et directions : « Une petite heure, tout droit devant vous, puis le
- sentier à travers champs et vous y êtes tout de suite. » C’est vague. « Une petite heure » varie toujours de plusieurs kilomètres.
- Un véritable ami de l’instruction et du progrès, M. E. Payai t, a étudié le projet d’une fontaine qui répond à tous ces besoins, et fournit, en outre, une quantité de renseignements utiles au point de vue géographique administratif et statistique. Les touristes, les troupes de passage, y prendraient autant d’intérêt que l’habitant.
- M. Payarl propose de désigner sa fontaine sous le nom de Fontaine Galilée, en l’honneur de l’un
- des créateurs de la scien-
- " Notre dessin repré-
- sente la Fontaine Galilée construite sur la place d’une petite ville de province. Elle a la forme d’une pyramide haute de 4 mètres. Fille est posée sur un bloc de pierre qui mesure exactement 1 mètre cube et rappelle ainsi le système métrique. Un mètre est divisé sur une des faces du cube. Quatre robinets d’où l’eau coule abondamment, sont adaptés à chaque face du soubassement.
- La pyramide est surmontée d’un paratonnerre et d’une girouette qui donne les quatre points cardinaux. Sur l’une des faces de la pyramide est un baromètre anéroïde, sur la seconde face un thermomètre, sur la troisième une horloge et sur la quatrième les indications géographiques de la commune, du canton ; la longitude, latitude, l’altitude, etc.
- La place laissée libre sur la pierre est occupée par le nom des grands inventeurs à qui l’on doit la découverte des instruments réunis sur le monument, et les dates de ces inventions.
- Nous signalons et nous recommandons ce projet ingénieux qui ne manquerait assurément pas d’être très utile s’il était réalisé. Ceux de nos lecteurs qui voudraient le mieux connaître en trouveront un modèle réduit à l’Exposition scolaire du Trocadéro. G. T.
- Le propriétaire-gérant ; G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, U, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 476. — 15 JUILLET 1882.
- LA NATURE.
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- LE JABIRU DU SÉNÉGAL
- Le Jardin des Plantes de Paris s’est enrichi ces temps derniers de divers animaux. Un des plus intéressants est sans contredit le Jabiru du Sénégal, que les naturalistes appellent dans leur langue peu harmonieu -se Mycteria Se-negalensis. Cet oiseau appartient à un genre voisin du Marabout à sac, bien connu de tous ceux qui ont fréquenté les jardins zoologiques, et il est de la même famille que nos cigognes.
- 11 est impossible, en l’examinant, de ne pas faire cette réflexion : que les animaux ont une physionomie en rapport avec leurs mœurs. Autant le Marabout, oiseau d’une voracité révoltante, qui partage avec les Vautours le soin de faire disparaître, les ordures et les charognes semées à profusion, au détriment de la salubrité, dans les rues des villes d’Orient, autant, dis-je, le Marabout présente un aspect répons -sant, autant le Jabiru du Sénégal est d’un extérieur agréable. C’est qu’en effet, il se nourrit de proie vivante, et il a l’allure franche et hardie du chasseur. Habitant le voisinage des étangs et des fleuves, il chasse et pêche tour à tour. Il vole souvent, ce que fait rarement le Marabout, retenu sur le sol par ses fonctions de balayeur. Il vit par paires, et le mâle et la femelle de chaque couple ne se quittent jamais. Son aire de dispersion est assez étendue. Depuis les bords du Nil Blanc jusqu’au Sénégal, ayant pour limite septentrionale le 14e degré de latitude, il vit dans tout le centre et le sud-tO* année. — %• semestre
- ouest de l’Afrique, sans être nulle part abondant. C’est un magnifique oiseau. Plus grand que notre cigogne, il a le dos et le dessus des ailes, la tête, le cou et la queue d’un noir brillant, les parties inférieures du corps d’un beau blanc. Son bec, rouge et noir, est pourvu à sa naissance d’une cire en forme de selle, bordée d’une sorte de frange de plumes noires, quia quelquefois fait donner à l’animal le nom de cigogne sellée. En captivité, c’est un charmant compagnon. Il respecte ses voisins, mais veut être respecté par eux. Connue notre cigogne, il a le plus grand souci de sa dignité et ne souffre pas qu’on y porte atteinte. D’après Bennett, qui a observé en captivité des Jabi-rus australiens, dont les mœurs se rapprochent beaucoup de celles des Jabirus du Sénégal, et le Dr Bodinus, qui a eu plusieurs de ces derniers en sa possession, ils sont faciles à nourrir, et ne souffrent pas des variations de température. Il serait donc peut-être possible de les acclimater chez nous, où ils pourraient , tout en contribuant à la décoration de nos marais, rendre des services en détruisant les grenouilles, mulots et autres engeances malfaisantes. Ils avaleraient par-ei, par-là quelques poissons, mais, puisque bientôt l’Europe occidentale aura vu mourir le dernier héron, ce serait une certaine compensation pour les amis des bêtes, s’ils pouvaient le remplacer par un animal de mœurs plus sociables, et qui par là même serait plus efficacement protégé. Le nouveau pensionnaire du Jardin des Plantes, à en juger par les tons atténués de son plumage, est encore
- Le Jabiru du Sénégal, actuellement au Jardin des Plantes. (D’après nature.)
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- LA NATURE
- un jeune oiseau. Il ne nous a pas semblé joua* d’une santé bien robuste. Nous l’avons vu souvent, et toujours il était assis sur les talons, poussant des gloussements plaintifs et entr'ouvrant d’un air maladif son long bec, dont la mandibule supérieure est raccommodée avec une plaque de fer-blanc. Que nos lecteurs se hâtent d’aller le voir; il pourrait bien ne pas être longtemps à leur disposition.
- Paul Jlillerat.
- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA
- (Suite. — Voy. p. 5t.)
- Suivons, du Nord au Sud, la carte de l’istlnne, sur laquelle nous avons marqué les dix projets de traversée, dont cinq principaux (fig. 1). Nous voyons tout d’abord, au Nord, à la base de la grande corne mexicaine, le canal par l’isthme de Tehuantepec. Sa longueur est de 240 kilomètres ; la durée du passage sera de douze jours, et sur son parcours devront être installées cent vingt écluses. Impossible de tracer un canal à niveau. — Plus bas, voici le canal de Nicaragua, empruntant le lac du même nom,> d’une longueur de 292 kilomètres, nécessitant une durée de quatre jours et demi pour le passage*, avec dix-sept écluses. Impossible également de songer à un canal à niveau. — Dans le plus mince étranglement de la presqu’île, là où tous les yeux se portent de prime abord lorsque l’on songe à séparer les deux continents, à trancher cette soudure qui retient ensemble les deux Amériques jumelles : deux tracés, par l’isthme de Panama'ou l’isthme de San Blas. Tous deux offrent les conditions nécessaires pour un canal à niveau, sans écluses; pour tous deux, la durée du passage est réduite à un jour ; la longueur par Panama sera de 75 kilomètres, celle par San Blas de 53 kilomètres ; mais l’établissement du canal de San Blas nécessitera un tunnel inévitable de 16 kilomètres de longueur, tandis que le canal de Panama traversera le massif montagneux par une gigantesque tranchée. — Enfin, tracé inférieur du Darien par 1 ' Atrato-Napipi, long de 290 kilomètres, dont 4 kilomètres en tunnel, exigeant deux écluses et une traversée de trois jours.
- Pour ces cinq traversées de l’isthme, la Commission technique- nommée par le Congrès n’eut pas à étudier moins .de quatorze projets de canal, la plupart à écluses. L’isthme de Tehuantepec ne donna lieu qu’à un seul projet : un canal à écluses dont le développement, dressé par M. le capitaine Shuffeldt et M. l’ingénieur Inertes, avait été modifié par lé rapporteur, M. de Garay. — Le passage de Nicaragua donna naissance à quatre projets : le premier de MM. Lull et Menocal, les trois autres de MM. Blan-chet, le regretté collaborateur de MM. Couvreux et Hersent, décédé depuis sur les travaux mêmes, Main-
- l’rov et Bellv. M. Mainfroy avait dirigé personnellement les études de nivellement exécutées pour le compte de la Société organisée en 1858 par Thorné dcGamond. —Trois projets de traversée de l’isthme de Panama furent présentés par MM. Lull et Menocal (canal à écluses), Wyse et Reclus (canal à niveau); le troisième projet reposait sur la création d’un lac artificiel servant à l’alimentation d’un canal à écluses. — MM. Wyse et Reclus, et subsidiairement M. Kelley, présentèrent un projet de canal à niveau, par San Blas. — La partie méridionale de l’isthme du Darien donna lieu à trois tracés, dont un à écluses de M. l’ingénieur Celler, par l’Atrato et la Tuyra, et deux à niveau : le premier de MM. Wyse et Reclus, du golfe d’Àcanti à la Tuyra; le second de M. de Puydt, de Porto-Escondido à la Tuyra. — Les deux derniers passages de l’isthme par YAtrato et le Napipi, avec débouchés dans la baie Chiri-Chiri, sur le Pacifique, se seraient effectués, soit par un canal à niveau, soit par un canal à écluses, tous deux présentés par M. le commandant Selfridge.
- Avant de procéder à l’examen de ce? quatorze projets, la Commission technique à laquelle incombait le glorieux mandat de faire un choix définitif, posa les bases générales sur lesquelles serait installé le nouveau canal maritime. Le canal interocéanique, à l’exemple du canal de Suez, devait être à une seule voie, avec garages de distance en distance pour les croisements des navires. La largeur du canal à la base serait de 22 mètres, avec 8U1,50 de profondeur comptée en contre-bas du niveau des plus basses eaux dans le canal, afin d’offrir une marge suffisante pour les envasements qui ne pourront manquer de se produire, et qu’il convient de n’enlever que périodiquement ; la largeur à la ligne d’eau se trouvera être ainsi de 50 mètres. Les talus, inclinés à 2 mètres de base pour 5 mètres de hauteur ,*se prolongeront jusqu’à 2 mètres au-dessus du niveau de l’eau, et seront surmontés d’une banquette de 2 mètres de largeur. Dans les traversées du canal en roche dure, les parois latérales de la cuvette présenteront une inclinaison se rapprochant de la verticale et seront protégées, à la hauteur de la ligne d’eau, par une défense en charpente destinée à éviter tout frottement de la carène des navires contre les roches. A une hauteur de 2 mètres au-dessus de la ligne d’eau, le talus -sera interrompu par une banquette. Les garages seront établis de 10 en 10 kilomètres dans les terrains ordinaires, et, en raison de la moindre vitesse que devront adopter les navires dans le canal en roches dures, les garages seront distancés, dans cette partie spéciale de la traversée, de 5 à 6 kilomètres seulement. Ces garages n’existeront que d’un seul côté du canal, sur 500 mètres de longueur. La série de profils (fig. 2) montre les sections du canal dans ses diverses parties, en roches tendres et dures, dans les garages et dans les chenaux qui devront être creusés en mer pour atteindre les fonds de 9 mè-
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- LA MATURE
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- très. Le rayon minimum des courbes du tracé sera |
- fixé à 2000 mètres. !
- !
- Chacun des projets présentés au Congrès devait passer au crible de ces exigences techniques, et nous verrons rejeter plusieurs d’entre eux pour n’avoir point satisfait à telle ou telle des conditions de ce programme parfaitement justifié. Prenons, par exemple, la fixation du minimum des courbes du canal interocéanique à 2000 mètres, et représentons-nous un de nos navires de fort tonnage, mesurant parfois une longueur de 140 mètres, de la poupe à la proue ; il serait certainement impossible de le faire évoluer avec sa marche normale, si on voulait le contraindre à suivre tous les plis et replis, à s’engager dans les méandres étroits et resserrés d’un canal établi avec des courbes de faible rayon. Mais au-dessus de toutes ces considérations, comme la pierre angulaire de ces solennelles discussions, s’élevait la question capitale qui a été définitivement tranchée par le Congrès, la lutte entre le canal à écluses et le canal à niveau, résolue, disons-le tout de suite, en faveur de ce dernier système. Panama, comme Suez, sera un canal à niveau, n’offrant sur toute la longueur de sa traversée aucun obstacle artificiel, ne forçant point les navires qui emprunteront son lit, à faire, devant chaque porte d’écluse, de longues et inévitables stations, ne partageant pas une traversée en une série de voyages distincts : 17 à Nicaragua, 120 à Tehuantepec !
- Se représente-t-on bien ce qu’est la traversée d'un canal à écluses, de quelles longueurs, de quelles pertes de temps irréparables ces voyages se trouvent grevés. Prenons, par exemple, ce qui se passe dans nos canaux fluviaux. La durée du passage d’un bateau à une écluse n’y dépasse jamais vingt minutes , mais, en dehors de la durée de l’écluse proprement dite, il y a d’autres pertes de temps, des causes de retard multiples plus ou moins accidentelles qui augmentent de beaucoup le temps consacré effectivement par les bateaux à cette opération. On admet en général que le passage d’une écluse équivaut à une marche d’environ 2 kilomètres, c’est-à-dire que deux canaux, l’un de 100 kilomètres sans écluses, l’autre de 60 kilomètres avec vingt écluses, seront équivalents pour les transports, comme temps et comme prix du fret, les vingt écluses du second compensant l’économie de parcours de 40 kilomètres qu’il présente sur le premier. Telle est l’opinion émise par l’un de nos ingénieurs les plus distingués, M. l’ingénieur en chef Flament, dans le rapport qu’il adressa à M. de Freycinet sur le projet d’établissement du canal des houillères du Nord. S’il en est ainsi pour un canal fluvial, que serait-ce pour un canal maritime, obligé de satisfaire à un transit immédiat, voyant les navires frapper à la porte de ses écluses, réclamant impérieusement l’économie de temps, donc de dépenses, qui leur a été promise en retour de leur passage par la route nouvelle 1
- Nous ferons ressortir encore mieux l’impossibilité
- d’admettre le système à écluses en établissant simplement le devis du temps nécessaire au libre passage d’un nombre donné de navires dans les eaux du canal. Le tonnage total prévu pour le canal interocéanique étant fixé, par des calculs que nous examinerons plus loin, à 6 millions de tonnes, et le tonnage moyen des navires, basé sur celui de Suez, à 2050 tonnes1, on voit que, théoriquement, il faudrait, pour obtenir ce mouvement annuel, que huit navires se présentassent chaque jour pour passer le canal. Il serait toutefois absolument imprudent d'accepter cette moyenne du passage de huit navires, résultant du simple partage du tonnage annuel par le nombre de jours de service du canal. Les grands échanges s’effectuent, en effet, à des époques déterminées. À Suez, la campagne active va de septembre en avril ; au canal interocéanique, on suppose avec raison qu’elle aura lieu à la saison des blés, qui nécessitera le passage journalier moyen de seize à vingt-quatre navires, représentant un mouvement commercial, pendant cette période, d’un million de tonnes. Il faut en outre prévoir, comme cela se passe à Suez, un état de mer arrêtant souvent les navires un, deux ou trois jours au large, et les conduisant à se présenter en flotte à l’entrée du passage. Ce ne sera donc plus vingt-quatre, mais cinquante navires et plus qui devront transiter en un seul jour, ce que ne pourrait jamais permettre un canal à écluses. L’expérience des manœuvres de garage dans le canal de Suez — disait M. Marius Fontane dans son rapport lu en séance générale du Congrès, au nom de la première Commission — me permet de dire qu’une seule éclusée d’un navire, augmentée du temps d’approche et du temps de départ, demanderait deux heures, une heure au minimum. En conséquence, une seule écluse, dans un canal maritime, en supposant un travail constant, de jour et de nuit, limiterait fatalement à douze ou vingt-quatre, au maximum, le nombre des navires à faire transiter, chiffre insuffisant pour satisfaire au transit rapide que l’on est en droit d’exiger du canal.
- Les quelques considérations que nous venons d’exposer font déjà prévoir les résolutions du Congrès, touchant le système de canal à adopter. Comme Suez, le canal de Panama sera un canal à niveau, un véritable « Bosphore artificiel », à larges inflexions, dans lequel les navires du plus haut tonnage, les cuirassés du plus haut rang, pourront évoluer librement. Déjà, vers la fin de 1869, après l’inauguration du passage de Suez, M. de Les-seps portait par anticipation ce jugement que les événements devaient pleinement ratifier : « En Égypte, depuis les temps historiques les plus reculés, on n’avait songé qu’à un canal intérieur, du Nil à la mer Rouge, et non à un canal maritime sans écluses entre les deux mers.... Les anciens projets, y compris celui de M. Lepère, se servaient de l’eau
- 1 En 1870. le tonnage moyen des navires transitant par Suez était de 1549 tonnes; il a été, en 1878, de ‘2060 tonnes.
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- LA N AT U HL.
- du Nil pour lu navigation du canal entre les deux mers, d’Alexandrie à Suez, au moyen de prises d’èau et d’écluses. C’était une erreur, et c’est ce qui l’ait que les projets amé iea’ns pour le percement dé l’isthme de Panama ne pourront pas réussir, tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen de couper simplement l’istlnne d’un Océan à l’autre. Jamais, en essayant d’amener l’eau d’un fleuve à la mer, on ne parviendra à faire un canal maritime. D’ailleurs, pour un parcours qui abrégera les voyages de trois mille lieues, il viendra nécessairement une époque où l’on pourra voir transiter cent bâtiments dans une
- journée. Le passage pour chaque écluse exigera au moins une demi-heure par navire. De plus, les écluses doivent être réparées, d’où des chômages forcés, une grande consommation d’eau, et pas de certitude absolue de ne pas en manquer. » Si cette sage observation du créateur du canal de Suez eût été écoutée, combien de projets savamment étudiés, combien d’explorations périlleuses, dont les sciences géographiques ont quand même recueilli les fruits, eussent été abandonnés de prime abord ! Si les efforts de ces savants explorateurs, dispersés sur toute la longueur de l’isthme, de Tebuantepec à
- Golfe Campéc
- Projeta de Canaux en allant du Nord au Sud .
- 1 Tehuantépexs 6 K .AtraCc, Tiaprcv
- 2 NicarcixjTUi/ 7 Â.Atrdo, Catxirica., Tiap’a,
- 3 Panamas 8 Jt. Trtuzndo
- G.S7}'Bios 9 R.Aïrafo,BŸCupiccL-
- 5 BciùCcUe-donùxy 10 RAtrato,cts£f'€hàriChiri'
- Kilomètres
- Fig. 1. — Carte des différents projets de traversée de l’isthme américain.
- l’Atrato, se fussent tous dirigés vers le passage à niveau naturellement indiqué entre Colon et Panama, l’isthme américain serait peut-être aujourd’hui perforé, et la grande ceinture du monde complètement dénouée !
- Des considérations d’un ordre tout aussi général que la distinction que nous venons d’établir entre les deux systèmes de canaux à écluses ou à niveau, devaient venir s’opposer à l’adoption de toute une iamille de projets, en continuant encore le choix du canal actuel de Panama. Nul n’ignore que l’Amérique Centrale, qui n’est, à proprement parler, que le prolongement de la Cordillère des Andes vers les hauts plateaux du Mexique, est un des centres d’activité volcanique les plus étendus du globe; il suftit,
- pour s’en convaincre, d’examiner une carte de la distribution géographique des volcans L Les cinq Etats de Guatemala, San Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa-Rica, renferment quatre-vingt-deux cratères volcaniques. L’État de Nicaragua, entre autres, sur le territoire duquel se trouve tracé le projet du grand canal à écluses du commandant Menocall, n’en compte pas moins de vingt-quatre, dont plusieurs en activité. Le volcan Consequina, lors de sa dernière éruption de 1835, couvrit le pays de scories à une distance de 180 kilomètres ; le Viejo, haut de 3000 mètres, est toujours en activité, comme celui de las Pi-
- 1 Carte de distribution géographique des volcans, annexée à l’ouvrage les Volcans et les tremblements de terre, par K. Fuchs. (Bibliothèque scientifique internationale.)
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- LA NATUI! lï.
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- las. Le lac de Nicaragua est lui-même parsemé de nombreuses îles à cônes volcaniques, cratères et lacs cra-tériques ; deux de ces îles, Mandeira et Omotepe, sont en activité volcanique. Le Monte-Blanco mesure 5578 mètres d’altitude; le San Miguel a vomi, dans sa dernière éruption, une plaine de lave de 40 kilo-
- mètres sur 15; VIzalco, depuis son soulèvement de 1705, continue toujours à élever son cratère; les volcans jumeaux de 1 ’Acpia et du Fuego mesurent 4160 et 4268 mètres de hauteur; le dernier de ces deux volcans, le Fuego, a fait éruption le 29 juin 1880, couvrant la plaine de ses scories. La chaîne
- Chenaux en mer.
- Fig
- Gare dans les roches.
- — Profils types du canal interocéanique de Panama."
- volcanique de l’Amérique Centrale, qui s’étend entre le 16e et le 8e degré de latitude Nord, a pour dernier témoin, sur la frontière nord de l’État de Panama, le Chiriqui, de puis longtemps complètement éteint ; l’activité volcanique ne reparaît plus qu’à Quito. L’État, de Panama, seul de l’isthme américain, est exempt de phénomènes volcaniques, comme le montre la carte (fig. 5), sur laquelle nous avons tracé les deux régions soumises, soit aux phénomènes directs des éruptions, soit aux phénomènes secondaires des tremblements de terre.
- Ces phénomènes volcaniques ont laissé sur plusieurs points* de l’isthme des traces irrécusables de leur]intensité. La capitale de Guatemala a du se déplacer à la suite de ces mouvements souterrains ; la ville de Granada, tout près des lacs de Nicaragua, est en ruines pour la même cause. Ce n’est donc pas sans raison que M. Daubrée, président de l’Académie des Sciences, et après lui M. Huyssen, inspecteur général des mines en Allemagne, signalaient au Congrès international d’études le rôle des volcans dans le choix d’un
- passage de l’istlnne. Plus encore qu’un passage à niveau, les passages à écluses devaient être atteint par les secousses volcaniques, les écluses endommagées, et, par suite, la navigation interrompue pendant un temps plus ou moins long, le commerce international menacé de pertes irréparables.
- Pin dehors des considérations spéciales, telles que la situation géographique pour le Tehuantepec, l’incertitude de l’embouchure des fleuves du Darien pour le tracé inférieur par l’Atrato, le long souterrain de 14 kilomètres qu’exige l’altitude des Cordillères dans le tracé de San Blas, la Commission technique du Congrès s’inspira de ces deux considérations principales, phénomènes volcaniques et inconvénient des écluses, pour rendre la délibération qui proposait le tracé définitif par l’isthme de Panama. « La Commission technique — conclut le rapporteur, M. Voisin-Bev, —se plaçant au point de vue pour lequel elle a été instituée, est d’avis que le canal interocéanique devra être dirigé du golfe de Limon à la baie de Panama, et elle recommande
- Fig. 3. — L’activité volcanique dans l’Amérique Centrale.
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- LA NATURE.
- spécialement l’établissement d’un canal maritime à niveau dans cette direction. » C’est sur cette conclusion que fut basée la proposition soumise au vote des membres du Congrès, qui résume le travail entier de cette Assemblée à jamais mémorable : « Le Congrès estime que le percement d’un canal interocéanique à niveau constant, si désirable dans l’intérêt du commerce et de la navigation, est possible ; et que ce canal maritime, pour répondre aux facilités indispensables d’accès et d’utilisation que doit offrir avant tout un passage de ce genre, doit être dirigé du golfe de Limon à la baie de Panama. » Sur quatre-vingt-dix-huit membres du Congrès, soixante-dix-huit acclamèrent cette résolution. La route nouvelle reliant l’Europe aux riches contrées que baigne le Pacifique est désormais créée. Le tour du monde par Suez et Panama remplacera dans six années la longue et périlleuse traversée accomplie pour la première fois au seizième siècle par Magellan !
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement. —
- NÉCROLOGIE
- Antoine Breguet. — Une mort prématurée vient d’enlever à la science, ce jeune physicien qui, par ses aptitudes et son talent, savait soutenir la gloire de son nom.
- Antoine Breguet n’avait que trente-deux ans : il était né à Paris le 26 janvier 185t. Après des études universitaires suivies avec assiduité, il fut reçu à l’Ecole Polytechnique en 1872. A sa sortie, décidé qu’il était à entrer dans la vie civile, il donna sa démission et fit son stage d’ingénieur-électrieien dans la Maison Breguet.
- Pendant cette période, il publia quelques travaux relatifs à la téléphonie et aux machines électriques; il donna notamment aux Annales de Chimie et de Physique sur une théorie de la machine Gramme, un mémoire qui séduit par une grande simplicité et des aperçus originaux.
- À la fin de 1877, Antoine Breguet se maria et trouva dans celte union le bonheur qu’il cherchait. Un peu plus tard, en 1880, il prit la direction de la Revue scientifique en commun avec son ami M. Richet, physiologiste habile et écrivain de mérite.
- En 1881, Antoine Breguet prit une part importante à l’organisation de l’Exposition d’électricité, comme chef du service des installations. Il travailla avec beaucoup d’activité et de zèle à la mise en place des machines, des instruments, des appareils de toute sorte qui devaient prendre place dans le Palais de l’Industrie ; les exposants trouvaient toujours auprès de lui une aménité pleine d’obligeance. Antoine Breguet, en secondant avec tant d’empressement et d’intelligence le secrétaire général, M. Georges Berger, a certainement contribué au succès de l’Exposition d’électricité. C’est h lui que revient l’heureuse idée d’établir les auditions téléphoniques de l’Opéra au Palais de l’Industrie, et d’organiser ainsi l’installation qui a été la grande vogue de 1881.
- Antoine Breguet fut délégué par l’administration de l’Exposition auprès du Congrès des Electriciens. La croix de chevalier de la Légion d’honneur le récompensa des efforts sans mesure qu’il avait faits pour le succès de ces deux grandes réunions internationales.
- Au commencement de la présente année, la Maison Breguet se transformait en Société ; Antoine Breguet en prenait la direction avec le titre d’Administratcur-Direc-teur. Un grand atelier se construisait, tout lui souriait, quand une maladie de cœur, dont il portait depuis longtemps le germe, l’a emporté le 8 juillet 1882.
- Avant d’être Directeur de la Revue scientifique, Antoine Breguet a été notre collaborateur et a écrit dans la Nature de 1875 à 1878, plusieurs excellentes notices sur le Régulateur isochrone de M. Yvon Villarceau l, sur le Radio mètre de Crookes 2, sur son Téléphone à mercure 3, etc. ; nous citerons encore de lui un très curieux Aperçu historique de la lumière produite par T électricité 4.
- Il laisse une jeune femme et trois petits enfants ; une famille nombreuse désolée, des amis que la soudaineté de cette fin a bouleversés, et qui le pleurent sincèrement.
- Gaston Tissandier.
- LA LUMIERE ÉLECTRIQUE
- PAR INCANDESCENCE •
- ET LES ACCUMULATEURS
- Nous avons assisté la semaine dernière à de nouvelles et intéressantes expériences de lumière électrique, faites à Paris, au Palais-lloyal et au théâtre des Variétés, avec des lampes Swan alimentées par des accumulateurs Faure de la Société Force et Lumière. Au Palais-Royal, M. Gustave Sandoz, l’horloger bien connu, président du syndicat des négociants et propriétaires du Palais-Roval, éclaire chaque soir son magasin avec vingt-quatre lampes à incandescence Swan, alimentées par vingt-quatre accumulateurs Faure, pesant 60 kilogrammes chacun. Ces accumulateurs, d’après ce que M. Gustave Sandoz nous a affirmé, actionnent les vingt-quatre lampes pendant huit heures consécutives. La lumière répandue dans le magasin est d’un vif éclat, et la température qui s’y élevait à 28 degrés avec le gaz, n’y est plus avec les lampes électriques que /le 18 degrés.
- Les magasins, restaurants, théâtres du Palais-Royal, réunis, dépensent annuellement 400 000 francs de gaz de l’éclairage, au minimum. La Société Force et Lumières fait au président du syndicat du Palais-Royal la proposition suivante :
- « Donnez-nous tous les ans les 400 000 francs que vous dépensez, nous nous engageons à installer chez tous les consommateurs de gaz, des accumulateurs et des lampes Swan qui donneront à chacun d’eux, pour le même prix, un éclairage beaucoup plus intense ; moyennant cette annuité considérable, il nous sera facile d’établir dans une maison du voisinage une usine, où nous ferons fonctionner des machines dynamo-éleetriques qui enverront constamment le courant pour charger les batteries d’accumulateurs, qui fonctionneront tous les soirs. »
- Ce projet nous paraît très pratique, très réalisable et très digne d’être encouragé.
- Au théâtre des Variétés, nous avons vu quatre-vingt-trois accumulateurs de 60 kilogrammes actionner quatre-
- 1 S® 142 du 19 février 1876, p. 187.
- 2 N® 160 du 24 juin 1876, p. 60.
- 3 N» 266 du 6 juillet 1878, p. 85.
- 4 S» 219 du 9 marsl878, n«* 255et 259, p. 250, 289et394.
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- LA NATURE.
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- vingt-trois lampes Swan, disposées moitié sur la rampe et moitié sur des herses au-dessus des décors. Le résultat obtenu a paru très satisfaisant aux nombreux spectateurs pi’ésents, parmi lesquels nous avons remarqué l’éminent architecte du grand Opéra de Paris, M. Charles Garnier, plusieurs directeurs de théâtre, et quelques notabilités du monde électrique.
- D’après ce que nous avons vu, si les renseignements qui nous ont été donnés sont exacts, les accumulateurs Faure arriveraient à donner pratiquement le cheval-heure, sous un poids de 75 kilogrammes. C’est un beau résultat.
- G. T.
- ——
- BLANCHIMENT PAR L’EAU OXYGÉNÉE
- Pour blanchir les cheveux, on se sert d’une liqueur qui contient 5 pour 100 d’eau oxygénée (bioxyde d’hydrogène). Les cheveux sont maintenus pendant douze heures dans une solution de 3 parties de carbonate d'ammoniaque dans 100 parties d’eau, à la température de 30° C., puis on les rince, on les lave au savon, enfin on les soumet de nouveau à l’action d’une nouvelle solution de carbonate d’ammoniaque. On peut aussi se servir de benzine. Après quoi, on les plonge dans le bioxyde d’hy-' drogène neutralisé par l’ammoniaque. On laisse les cheveux dans le bain jusqu’à ce que le blanchiment soit suffisant, on les dessèche dans une chambre à la température ordinaire, puis on répète l’immersion.
- Le bain est considéré comme épuisé quand quelques gouttes de permanganate produisent dans le liquide une coloration rouge permanente. On est arrivé à blanchir les cheveux noirs ; une queue de Chinois n’y résiste pas.
- Les plumes sont également blanchies par l’eau oxygénée ; on les plonge dans un bain à 2 pour 100 de carbonate d’ammoniaque où on les laisse pendant douze heures à la température de 20° C., en ayant soin de les agiter de temps en temps. Puis on les plonge dans un bain tiède de savon de Marseille, enfin on les lave dans de l’eau non calcaire.1 Le traitement par l’éther ou la benzine donne aussi de bons résultats. Le bain d’eau oxygénée dans lequel on plonge les plumes est neutre; il doit être'con-tenu dans un vase de verre, de grès, et non de bois ou de métal. Un bain acide produirait un fâcheux effet. Après leur blanchiment, on dessèche les plumes à l’air, à une basse température.
- On a blanchi la soie avec l’eau oxygénée. Avant de blanchir les os, on les débarrasse, le plus complètement qu’il est possible, des matières grasses qui les imprègnent, d’abord par un courant de vapeur d’eau’, puis par l’action du sulfure de carbone, de l’éther, de la benzine. On peut s’aider d’une solution faible de carbonate d’ammoniaque et non pas d’une lessive de carbonate alcalin fixe. Après ce traitement, on laisse les os dans le bain d’eau oxygénée aussi longtemps que cela est utile.
- L’ivoire subit le même traitement. Un dentiste s’est servi avec succès pour le blanchiment des dents, et tout particulièrement des dents cariées, d’un mélange de 3 parties d’eau oxygénée et de 10 parties d’eau1.
- 1 Pharmaceutical Journal, 11 mars 1882, d’après Industrie Blælter. Conférence du Dr Ebcll à la Société des ingénieurs du Hanovre et Journal de Pharmacie.
- ASCENSEUR CONTINU
- DE M. FRÉDÉRIC HART
- Les services que rendent aujourd’hui les ascenseurs sont trop connus et trop appréciés pour que nous ayons à les mettre ici en relief.
- Sous la forme la plus ordinaire, tels qu’on peut les voir en grand nombre dans la plupart des maisons de l’avenue de l’Opéra et plusieurs autres voies nouvelles de la capitale, l’ascenseur se compose d’un piston d’une grande longueur supportant une plate-forme et la cage même destinée à recevoir les voyageurs. Ce piston est soulevé jusqu’à l’étage voulu par l’eau sous pression de la Ville; en laissant ensuite s’échapper cette eau, le piston revient à la partie inférieure. Les manœuvres s’effectuent à chaque étage au moyen d’un levier extérieur, d’une corde intérieure et de boutons qui, tirés convenablement avant la mise en mouvement de l’ascenseur, l’arrêtent automatiquement à l’étage voulu.
- Malgré sa simplicité et tous les services qu’il rend, l’ascenseur dont nous venons d’indiquer succinctement le principe n’est pas sans présenter de graves inconvénients.
- Sa première installation est coûteuse, puisqu’elle nécessite l’établissement d’un puits dont la profondeur atteint la hauteur de la maison ; son alimen-tion est aussi onéreuse, car dans l’avenue de l’Opéra on n’estime pas à moins de 5 à 6 centimes le prix de l’eau dépensée en moyenne à chaque voyage. Enfin, et nous avons gardé cet inconvénient pour la fin, parce que le nouveau système que nous allons décrire a pour but d’y remédier, le débit des ascenseurs ordinaires, c’est-à-dire le nombre de personnes transportées par jour aux différents étages, est insignifiant, et cela pour plusieurs raisons. Le plus souvent l’ascenseur, qui ne peut renfermer que quatre personnes au maximum, est en fonction au moment où on veut s’en servir; d’autres fois, le locataire d’un étage élevé a oublié ou négligé à dessein de le faire redescendre, il faut alors attendre un temps souvent assez long... et l’on préfère l’escalier : ajoutons aussi, que bon nombre de visiteurs ignorent absolument les manœuvres nécessaires à la mise en marche de l’appareil et qu’enfin, dans une grande maison de commerce, avec un nombreux personnel et une clientèle plus nombreuse encore, à l’heure des affaires, l’usage de l’ascenseur ordinaire est à peu près illusoire.
- C’est donc à un nouveau besoin, créé par l’agglomération des affaires en un point des grandes villes, que vient répondre l’ascenseur que nous allons décrire.
- Le prix toujours croissant des terrains dans la Cité, à Londres, a conduit les Anglais à construire des maisons très élevées, de véritables ruches commerciales, et c’est dans l’une de ces ruches, au cœur même de la Cité, dans Mansion House Cham-
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- LA NATURE
- bers, que le système de M. liait a été établi pour la desservir.
- Pour se faire une idée du système simple et ingénieux de M. Hart, il faut së reporter à la chaîne à godets, la noria ordinaire. Seulement, ici la noria est de plus grandes dimensions; les godets de la chaîne sont remplacés par des cages parallélipipédiques ouvertes d’un côté (fîg. 1), portant une plate-forme à la partie inférieure sur laquelle deux personnes peuvent prendre place à la fois. Ces cages, disposées l’une à la suite de l’autre sur la chaîne sans fin, montent sur la gauche et descendent sur la droite lorsqu’elles sont arrivées au sommet de leur course, pour repasser de nouveau à gauche et remonter ensuite indéfiniment.
- De là le nom de cyclic elevator donné par M. Hart à l’appareil, nom que nous traduisons par ascenseur continu.
- Il y a encore une différence— mais des plus essentielles— entre cet ascenseur et la chaîne à godets à laquelle nous le comparions tout à l’heure. Lorsqu'un godet de la chaîne est arrivé au haut de sa course, il se retourne dans son mouvement de descente et verse l’eau qu’il contenait dans un caniveau collecteur ; on conçoit que la cage arrivée au haut de sa course ne doit pas verser de même le voyageur et le placer brusquement sur le flanc, puis la tête en bas contre le plafond, si, par oubli, il n’est pas descendu à l’étage le plus élevé de la maison. A cet effet, le plancher de la cage reste toujours horizontal, et une fois arrivée au sommet, elle se transporte parallèlement de gauche à droite pour passer du côté descendant, grâce à un mécanisme de guidage aussi simple qu’ingénieux.
- Fig. 1. — Ascenseur continu de M. Hart.
- : Toute la manœuvre consiste donc à monter dans une des cages lorsqu’elle se présente au niveau de l’étage où l’on se trouve, et à en descendre lorsqu’on est arrivé à l’étage voulu. Si, par oubli, on a dépassé cet étage, on n’a qu’à descendre à l’étage suivant ou bien à attendre le passage de la cage à l’étage voulu, dans son mouvement inverse.
- La figure 1 est une vue d'ensemble très fidèle du système; elle montre toutes les phases diverses de l’emploi de l’appareil, phases presque simultanées et cependant indépendantes. Au rez-de-chaussée et au second sont deux visiteurs 'en train de monter ; au premier un visiteur en train de descendre. Au troisième et au quatrième, un visiteur et une visiteuse attendent, le premier pour monter, la seconde pour descendre, que le plancher d’une des cages arrive au niveau de l’étage correspondant.
- On voit plus en détail (fîg. 2) la disposition des cages et des paliers d’étage. Les cages mobiles et les côtés fixes de l’ascenseur portent de larges poignées qui facilitent le mouvement d’entrée ou le mouvement de sortie. La vitesse est d’environ 20 centimètres par seconde, on a donc près de deux secondes pour monter ou descendre; ce temps est largement suffisant pour que les personnes les moins ingambes, et les dames elles-mêmes, puissent très facilement entrer et sortir. Avec un peu d’habitude, on fait le mouvement au moment même où le plateau de la cage affleure le-tage, on entre ou l’on sort ainsi de plein-pied et sans aucune fatigue (fîg. 2).
- Les rebords des paliers et des cages sont munis de planchettes à charnières ; c’est là une précaution fort utile,
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- car si un voyageur laisse, par inattention, dépasser ver écrasé ou tordu, tandis que, grâce à la plan-son pied en dehors de la cage, il pourrait se trou- cliettc à charnière, qui se soulève dès quelle ren-
- Fig. 2. — Ascenseur continu de M. Hart. — Vue des cages à l’étage supérieur d’une maison de la Cité, à Loudres.
- contre un obstacle un peu résistant, tout accident est évité. Il va sans dire que les planchettes à charnières des cages mobiles protè -gent les voyageurs placés sur les paliers, du côté du mouvement descendant, tandis que les planchettes à charnières des paliers protègent les personnes imprudentes placées dans l’ascenseur pendant le mouvement, ascen -dant.
- Ou voit au sommet de la figure 2 la partie inférieure du corps
- d’un individu occupé à soulever un panier; ce panier est destiné à la machine motrice placée au
- sommet de la maison, au dernier étage. Cette machine (fig. 5) est un moteur à vapeur horizontal de la force de six chevaux, amplement suffisant pour assurer le service au moment où il est le plus actif, c’est-à-dire dedix heures du matin à quatre heures de l’après-midi. La commande de l’axe moteur de la roue qui entraîne la chaîne de l’ascenseur se fait à l’aide d’un engrenage et de roues de friction. L’ensemble du mécanisme constitue une sorte de train épicycloïdal, dans lequel le bras mobile qui supporte l’une des roues de friction
- >.3. — Machine motrice de l’ascenseur continu. (Dess ns exécutés d’après nature à ^Londres.)
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- peut effectuer un petit mouvement autour de l’axe A et proportionner dans une certaine mesure la pression à l’effort mécanique exercé.
- La même machine agit aussi par embrayage à frottement sur un treuil à chaîne qui sert à monter le charbon pour l’alimentation de la chaudière. L’embrayage du treuil sur l’arbre se fait par la manœuvre d’un levier placé sur la gauche.
- L’ascenseur que nous venons de décrire ne fonctionne que de huit heures du matin à dix heures du soir ; de dix heures du soir à huit heures du matin, il reste aux locataires de la maison la ressource de l’escalier, mais eu égard aux services rendus par l’ascenseur pendant sa période d’activité et à l’importance de la maison qu’il dessert, on peut dire que rien ne saurait le remplacer actuellement. L’établissement de cet ascenseur continu, dans Mansion IIou se Chambers, a eu plusieurs conséquences fort naturelles ; tout d’abord le prix des loyers, à l’inverse de ce qui existe généralement, croît avec l’étage, à cause de l’air et de la lumière qui se trouvent plus en abondance à mesure qu’on s’élève; en second lieu, un excellent restaurant à la carte et à prix fixe, dont on n’aurait pas toléré l’installation au rez-de-chaussée, à cause de l’odeur des cuisines, s’est établi au dernier étage de la maison, et fait, dans cette position exceptionnellement favorable, des affaires plus importantes qu’au rez-de-chaussée; aussi est-il à peine besoin d’ajouter qne son propriétaire est un chaud partisan et défenseur de l’ascenseur continu de M. Frédéric Hart.
- Nous avons observé, pendant un quart d'heure environ, le mouvement et l’activité de l’ascenseur et de l’escalier qui l’enveloppe, vers l’heure de midi. On se fait difficilement une idée du nombre de personnes de tout âge et de tout sexe qui en font usage presque sam y penser; l’escalier est abandonné, tant que l’ascenseur marche, on peut dire qu’il est inutile car bien peu de personnes en font usage. Nous avons fait plusieurs expériences, et nous pouvons affirmer que l’entrée dans une cage de l’ascenseur est beaucoup moins difficile et beaucoup moins dangereuse que l’entrée dans un omnibus allant au pas.
- [1 est évident que l’établissement d’un ascenseur continu dans une maison de location ordinaire ne rendrait pas les mêmes services qu’à Mansion House Chambers, où il dessert un nombre incalculable d’offices, mais sa place est toute indiquée dans les grands établissements industriels ou financiers, les grands magasins, et dans le cas où un groupe important de maisons de location voudrait faire les frais d’un ascenseur commun. Il y aurait alors, à notre avis, avantage et économie.
- Nous pourrions citer telle maison de Paris, aux environs de la place Wagram, qui ne compte pas moins de onze escaliers et près de deux cents appartements, dans laquelle, eu égard au grand nombre de locataires, un ascenseur continu serait fort bien à sa place.
- Quoi qu’il en soit, le système établi à Londres fonctionne parfaitement, rend les plus grands services, et nous pensons qu’on n’attendra pas bien longtemps avant de le voir installer à Paris.
- LA
- RUBÉFACTION NATURELLE DE L’EAU
- Dans les sociétés humaines les personnages le plus en vue sont rarement les plus utiles. Les obscurs travailleurs, les humbles, les ignorés, sont en réalité ceux qui rendent le plus de services. Il en est de même dans la nature animée. Parmi les êtres vivants, ce sont les plus petits, les moins bien connus qui jouent le plus grand rôle dans le monde. La formation de certains continents est l’œuvre d’organismes microscopiques qui, pendant une longue suite de siècles, ont travaillé sans relâche au fond des mers. Dans nos ruisseaux et nos eaux stagnantes, dans l’air que nous respirons, sur le sol qui nous porte, à l’intérieur de notre propre corps et de celui des animaux supérieurs, les instruments grossissants nous révèlent la présence de myriades de microbes qui accomplissent en silence des opérations gigantesques. Agents invisibles de la réduction des matières organiques, ils décomposent les cadavres des animaux et des plantes pour en faire servir les éléments à l’élaboration d’une vie nouvelle. Semblables aux revenants que la superstition a enfantés, nous naissons tous, en effet, comme dans un cimetière, en partie formés des débris des générations disparues. Cette circulation de la matière qui nous rend solidaires du passé et nous rattache à l’avenir, s’effectue grâce aux innombrables légions d’animalcules et de microphvtes qui nous entourent. 11 en est, enfin qui, pénétrant dans notre sang et nos tissus, déterminent des maladies contagieuses et d’épouvantables épidémies.
- Si infimes qu’ils soient par rapport à nous, ces petits êtres sont donc bien dignes de fixer notre attention. A celui qui les étudie, ils ménagent chaque jour une nouvelle surprise : on les trouve, en effet, acteurs infatigables du drame de la vie, dans un grand nombre de scènes naturelles dont la splendeur et l’étrangeté ravissent notre admiration. Tel est le magnifique spectacle de la phosphorescence de la mer. J’ai eu la bonne fortune d’observer plusieurs fois depuis deux ans un phénomène non moins curieux dans les bassins qui servent à l’irrigation du Jardin des Plantes de Paris. Il s’agit de la transformation de l’eau, j’allais dire en vin, tant était semblable au vin par la belle couleur rouge qu’elle manifestait, l’eau même que j’y avais vue les jours précédents parfaitement claire. Rien n’avait pu faire prévoir le changement extraordinaire qui s’y produisit. Grand fut donc mon étonnement lorsque je reconnus que tout le liquide, depuis la partie
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- inférieure du bassin jusqu’à la surface, était fortement coloré en rouge. Puisé au moyen d’une pipette à des profondeurs différentes, il offrait partout la même apparence. Versé dans un verre à boire, il présentait soit par réflexion, soit par transparence, à peu près le même aspect qu’une solution de fuchsine. Et pourtant, loin d’être trouble, loin de tenir la moindre particule visible en suspension, il était absolument limpide. Le microscope fit évanouir le prodige : j’examinai une gouttelette du liquide sanglant à un grossissement de 500 diamètres; je la vis alors tout à fait hyaline comme l’est l’eau normale; mais en même temps j’y découvris des nuées d’organismes rouges en mouvement, aussi nombreux que les étoiles dans le ciel. Rien à qui ne l’a vu ne peut donner l’idée de cet immense débordement de vie dans un si petit espace. L’agitation des animalcules était extrême : pressés les uns contre les autres, ils nageaient en tous sens dans le liquide avec une merveilleuse rapidité, d'aucuns tournant sur eux-mêmes, d’autres se déplaçant en hélice ou décrivant de capricieuses sinuosités et des girations sans fin.
- La coloration apparente que l’eau présentait à l’œil nu était donc due à la multitude des êtres vivants qu’elle contenait.
- La figure 1 montre ces curieuses bestioles telles que je les ai observées dans l’eau. Elles sont bien différentes des Algues (Hematococcus nivalis) qui, d’après Ehrenberg, colorent quelquefois en rouge la neige des montagnes. C’est plutôt des Infusoires nudoflagellés qu’elles se rapprochent ; je les rattache, en effet, au groupe des Monas, bien que l’or-, ganisme, Monas Okenii d’Ehrenberg, auquel je les identifie, ne m’ait pas offert tous les caractères actuellement attribués à ce groupe. J’ai pu les cultiver, suivre leurs métamorphoses, puis reproduire artificiellement dans des expériences de laboratoire le phénomène qu elles engendrent dans la nature. Mon but, en les faisant connaître, est de provoquer des recherches du même ordre ; car je ne sens que trop l’insuffisance des miennes et le grand intérêt qu’il y aurait pour la science à les compléter par des observations plus étendues. Il est sans doute arrivé à bien des gens detre frappés de la coloration singulière que prend quelquefois, à certaines époques de l’année, l’eau des mares dans la campagne. Si le liquide était soumis à l’inspection microscopique, on y verrait probablement une infinité d’animalcules analogues à ceux dont je me suis efforcé de déterminer l’évolution1. II serait très important pour la biologie générale de recueillir des
- 1 D’autres organismes sont capables de produire fa rubéfaction des liquides ou des tissus dans lesquels ils se développent. Le Clathrocystis roseo-persicina, plusieurs Bactériacées que j’étudie en ce moment, sont dans ce cas. La méthode de culture en ballon que j’indique plus loin, permet de distinguer ces diverses formes qui, dans la nature et les aquariums de laboratoire, se rencontrent assez souvent au voisinage l’une de l’autre.
- faits précis sur le développement, le mode de nutrition et de reproduction de ces êtres qui représentent la matière vivante pour ainsi dire à nu et par conséquent la vie elle-même à l’état le plus simple, dans ce qu’elle a d’absolument, essentiel.
- Malheureusement, quand on veut étudier ces petits organismes à toutes les phases de leur existence, une grosse difficulté se présente : le liquide qui les contient est bientôt envahi par une population étrangère qui leur dispute l’empire de l’eau : des Infusoires, des Ractéries, des Microeoecus, des Diatomées, des Algues de toutes sortes s’y multiplient, épuisant par leur rapide et abondant développement les qualités nutritives du milieu. Dans cette lutte pour la vie les microscopiques animalcules dont on se proposait de surprendre les modifications, ne tardent pas à succomber et il devient impossible de continuer l’observation.
- J’ai supprimé cette cause d’arrêt en opérant l’ensemencement dans des liquides préalablement privés de germes par la chaleur et conservés ensuite au contact de l’air dans des vases inaccessibles aux poussières atmosphériques. L’expérience m’avait appris, en effet, que les Monas sont de grands consommateurs d’oxygène. Il fallait donc ouvrir la porte à l’air du dehors et la fermer à toute cette pléiade hétérogène de spores qu’il tient toujours en suspension dans les maisons, les pièces habitées et surtout les laboratoires. L’emploi du matras Pasteur m’a permis de réaliser cette condition de réussite. Ce vase (fîg. 9) consiste en un petit ballon de verre à fond plat; il est recouvert d’un bouchon à l’émeri, effilé vers le haut en un tube de très petit diamètre que l’on remplit de coton. Après avoir introduit dans une vingtaine de ballons le liquide reconnu propre au développement des Monas, je les revêts chacun de son bouchon et je les porte dans une étuve munie d’un régulateur. Je les y maintiens pendant cinq heures à la température de 125° C. Tous les germes contenus à l’intérieur de chaque matras, soit contre les parois du verre, soit dans le liquide ou le tampon de coton, y sont détruits. L’air qui, pendant le refroidissement, pénètre dans le vase par la tubulure du bouchon, se tamise à travers le coton sur la face supérieure duquel il dépose les germes dont il était chargé. Le liquide reste donc parfaitement pur et peut être conservé indéfiniment en cet état.
- 11 suffit, pour l’ensemencer, de retirer pendant quelques secondes le bouchon de verre et d’insuffler dans le ballon, au moyen d’une pipette spéciale (fig. 10) préalablement flambée, une gouttelette de liquide où l’examen microscopique a révélé la présence exclusive des Monas. Cette opération, quand elle est bien faite, n’introduit des impuretés que dans un petit nombre de ballons. On peut donc dire que les résultats en sont excellents.
- Quant au liquide dont on doit emplir à demi les matras pour y cultiver les Monas, il importe de le bien choisir. Ainsi l’eau même que ces animalcules
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- coloraient en rouge était impropre à cet usage : le bassin qui la contenait renfermait une grande quantité de plantes de toutes sortes qui constituaient un aliment toujours renouvelé pour les organismes microscopiques; mais, privée de ces végétaux, elle cessait detre suffisamment nutritive. J’eus alors la pensée de faire bouillir l’eau avec les plantes et les détritus organiques du bassin, puis de la filtrer, de la stériliser par la chaleur et de l’aérer. Ce procédé réussit très bien. Je recourus aussi au bouillon de veau et au bouillon Liebig étendu d’eau, auxquels j’ajoutais quelques gouttes d’une solution faible de potasse pour amener le bouillon de lui-mème acide, à l’état neutre ou très légèrement alcalin.
- Dans les deux cas les Monas se développèrent si vite à l’intérieur de plusieurs matras qu’ils y formèrent quelques jours «près y avoir été semés, un nuage rouge en suspension dans le liquide.
- Grâce à ce procédé et à des cultures tentées avec moins de succès, il est vrai, dans des vases d’où la concurrence vi-tale n’était point bannie , j’ai pu déterminer la constitution des Monas, et chez ces minuscules agents de la ru-béfaction de l’eau, toute une série de transformations intéressantes dont
- il importait d’établir exactement la succession.
- Lorsqu’on sème ces microbes dans un liquide convenablement préparé, ils s’y développent en abondance ; le plus souvent ils tombent au fond du vase ; mais quelquefois aussi ils nagent soit à la partie supérieure, soit au milieu du liquide, et ils y forment une zone rouge très remarquable.
- Dans chacune de ces conditions ils manifestent un phénomène particulier. Lorsqu’ils constituent un nuage flottant, ils sont toujours en voie d’active division (fîg. 4) ; leurs articles sont courts; leurs mouvements de natation très vifs; à l’intérieur de leur corps, qui est hyalin, on voit de nombreuses granulations rouges. Puis ils se déposent sur le fond des vases et cessent de se diviser d’une façon aussi active; ils grandissent davantage (fig. 5); leurs mouvements deviennent plus lents, leurs granulations moins nombreuses .et surtout beaucoup plus lines.
- Fig. i. Monas Okenii en voie d’active division; protoplasina incolore, petits globules rouges. — Fig. 2. Le même, coloré par le violet de Paris. (Grossissement : 530/1 en diamètre.)
- On les trouve aussi dans l’eau de mare et les aquariums de laboratoire en état de grande agilité autour des végétaux aquatiques. Croissant alors énormément sans se segmenter, ils sont très allongés (fig. 6 et 7) ; ils présentent de très grosses granulations rouge foncé, parfaitement sphériques à l’intérieur de leur corps, dont la masse est alors rose pâle.
- Toutes les transitions de l’un de ces états à l’autre peuvent être étudiées dans les cultures en hallon. On peut même, en possédant un, reproduire les autres à volonté. C’est ainsi que semée dans un milieu riche en matières nutritives, la forme allongée que représente la figure 7 se segmente très rapidement et donne en peu de temps l'organisme de la figure 1 avec tous ses caractères.
- Les réactions microchimiques semblent assigner
- au globule,1’ou-ge le rôle d’une matière de réserve pour l’organisme. Elles m’ont aussi permis d’établir les caractères anatomiques des Monas, dont plusieurs types avaient été étudiés il y a quelques années en Angleterre par M. le professeur Ray - Lankester et confondus par ce savant avec les Bactéries. J’ai, en effet, pu me convaincre de l’absence d’une
- enveloppe cellulosique, ternaire, végétale à la périphérie du corps : tous les réactifs qui colorent le protoplasma colorent la partie externe et vice versa; dans l’alcool, la glycérine, l’acide acétique étendu, la contraction est générale. Il en est do même pendant la dessiccation. L’emploi du violet de Paris me conduisit, en outre, à reconnaître chez les Monas l’existence d’organes bien différents de ceux qui ont été figurés chez les Bactéries. Une solution très concentrée de ce réactif met en évidence à l’une des deux extrémités du corps, rarement à chacune d’elles, un filament environ deux fois plus long que le reste de l’organisme (fig. 2 et 8). Il est très grêle dans toute son étendue, offre la môme réfringence que l’eau, et, pour cette raison, est invisible sans le secours d’une coloration artificielle.
- Comment ces longs filaments se forment-ils? Quelle en est la fonction? Je pensai pouvoir le décider en les colorant après les avoir tués aux divers
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- stades de la division au moyen de l’acide osmique qui fixe la plupart des Infusoires dans leurs formes. Je constatai ainsi que les deux segments du corps qui s’écartent l’un de l’autre et, quoique solidaires dans leurs mouvements, paraissent séparés (fig. 3), sont en réalité reliés l’un à. l’autre par un isthme
- de même nature que le filament caudal ; il lui est de tout point comparable; il se rétrécit à mesure qu’il s’allonge et finit par se détacher de l’un des deux segments ou se rompre en son milieu.
- 11 n’est pas douteux que le filament caudal joue un rôle actif dans la locomotion. Voici une expé-
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- Fig. 3. Monas Okenii, non coloré, considérablement grossi, pour montrer l’apparence d’interruption produite par la scission transversale. — Fig. 4. Le même coloré par le violet de Paris, considérablement grossi pour montrer la scission transversale. — Fig. 5. Monas Okenii. Division peu fréquente; protoplasma incolore, renfermant des granulations rouges extrêmement fines, mais dépourvu de gros globules. (Grossissement ; 530 eu diamètre.)
- rience qui montre bien à quel point il est contractile. Je mets un grand nombre de Monas dans deux vases contenant chacun de l’eau distillée. A
- l’un j’ajoute une goutte d’acide osmique à 1 p. 100. Quatre jours après je recueille les Monas et je les colore au moyen du violet de Paris. Ce réactif met
- Fig. 6. Monas Okenii. Division peu fréquente; protoplasma incolore renfermant de gros globules rouges alignés dans le sens de la longueur du corps. (Gross. : 53D diam.) — Fig. 7. Monas Okenii ne se divisant qu’après avoir acquis une très grande taille ; protoplasma rose renfermant de gros globules rouges alignés dans le sens de la longueur du corps. — Fig. 8. Le même coloré par le violet de Paris. * ,
- nettement en évidence les filaments des Monas dont les formes ont été fixées par l’acide osmique. Il ne permet pas d’apercevoir les filaments que les Monas morts dans l’eau distillée ont pu rétracter librement.
- 11 n’est pas sans intérêt de réfléchir à ce que représente par rapport aux organismes plus élevés la petite masse de matière albuminoïde qui forme le
- Monas et son flagellum. Elle correspond tout entière au protoplasma qui constitue exclusivement la partie vivante et génératrice de chacune des innombrables cellules dont le corps d’un Homme, d’un Cheval ou d’un Chêne se compose. Toutes les.fonctions dont ce corps est le siège s’accomplissent aussi chez le Monas. Seulement, chez un Cheval, par exemple, les organites se différencient par la pré-
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- dominance dans les uns, de caractères physiologiques qui s’affaiblissent dans les autres. Chez le Monas Okenii, au contraire, le même travail est exécuté par un corps unicellulaire et à peu près homogène. Bien que l’existence d’un flagellum locomoteur témoigne de la tendance des diverses parties du protoplasma à se spécialiser, ces parties sont néanmoins assez semblables pour agir de la même façon. C’est grâce à celte simplicité d’organisation que les microbes peuvent être cultivés dans des liquides minéraux de composition connue et servir
- Fig. K. — Malras Pasteur. — À, bouchon à l'émeri; a, tampon de coton; B, ballon renfermant la liqueur nutritive; b, col de ce ballon entouré du bouchon de verre A.
- à déterminer le mécanisme physiologique de la nutrition.
- On ne saurait trop insister sur l’excellence de
- Fig. 10. — Pipette. — a, tube servant à l’aspiration et à l’insufflation; c, tube eflilé servant à l’introduction puis au refoulement du liquide; b, partie intermédiaire renflée renfermant le tampon de coton d.
- cette méthode : elle est jusqu’à présent la seule qui permette d’apprécier avec exactitude l’influence du milieu physique sur la matière vivante et les réactions générales qu’elle manifeste. Il ne faut pas croire, en effet, que les animaux supérieurs soient seuls doués de contractilité et de sensibilité : cette propriété appartient aussi aux plantes : elle est commune à tous les êtres vivants. Les Monas qui produisent la rubéfaction de l’eau en offrent un surprenant exemple : ils se dirigent vers la lumière. En les observant dans des aquariums de laboratoire, j’avais remarqué qu’ils s étaient développés de pré-
- férence contre les parois exposées au jour. Je lis, à ce sujet, l’expérience suivante : je versai de l’eau riche en Monas dans des cristallisoirs de verre dont j’avais revêtu de bitume de Judée toute la surface interne sauf en un point destiné à laisser passer la lumière. Des disques de carton noir recouvrirent les vases. Au bout de dix minutes l’examen microscopique de l’eau me lit voir que tous les Monas avaien-t abandonné les parties obscures des cristallisoirs pour se concentrer contre la petite fenêtre qui admettait l’accès des rayons lumineux.
- Ce phototactisme rappelle celui des corps chlorophylliens; est-il lié chez les Monas à l’existence de la matière rouge dont sont colorés leurs globules et quelquefois leur protoplasma lui-même? Il m’a été impossible de le décider. Je n’ai pas réussi non plus à me procurer la substance colorante en assez grande quantité pour en étudier la constitution chimique et le pouvoir absorbant. Comme elle est très soluble dans l’alcool, il sera facile à la première observation tle la rubéfaction de l’eau, de l’obtenir en filtrant cette eau, dont on reprendra ensuite le résidu par l’alcool. Cette occasion de continuer dans de bonnes conditions les recherches que j’ai commencées sur les Monas, se présentera souvent aux naturalistes qui habitent la campagne. Je la signale à ceux qui pensent avec'Frédol qu’il n’est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion.
- Louis Olivier.
- CHRONIQUE
- * Les unités de lumière. — La question de la pho-tométrie et des étalons de lumière est certainement la plus difficile et la moins résolue des applications de la physique. Nous ne pouvons donc, pour donner satisfaction à bon nombre de nos abonnés, que résumer l’état actuel de la question, en faisant connaître les étalons de lumière aujourd’hui employés dans différents pays et les valeurs relatives généralement acceptées par les physiciens.
- En France, l’unité adoptée et sanctionnée par le Congrès international des électriciens, en septembre 1881, est le bec Carcel, lumière produite par une lampe brûlant 42 grammes d’huile de colza épurée, à l’heure, avec une hauteur de flamme de 40 millimètres, dans des conditions établies par MM. Dumas et Régnault. En Angleterre, l’unité légale de lumière est celle d’une bougie de spermaceti (candie) de six à la livre anglaise, brûlant 120 grains (7gr,77) par heure. Le bec Carcel vaut 9,5 candies. La candie anglaise se nomme aussi quelquefois Parliamentary standard.
- Pour le gaz, on fait usage comme étalon en Angleterre d’un bec Argand à 16 trous, avec cheminée circulaire de 5 pouces de hauteur, 2 pouces de diamètre, une hauteur de flamme de 3 pouces, brûlant 5 pieds cubes de gaz d’une qualité déterminée par heure et produisant une lumière de 16 candies. La bougie employée en Allemagne comme étalon (vereinskerze) est une bougie de paraffine de 20 millimètres de diamètre brûlant avec une flamme
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- de 5 centimètres de hauteur. Le bec Carcel vaut 7,6 bougies de paraffine. Les variations d’un bec Carcel bien réglé ne dépassent pas 2 à 5 pour 100, tandis que les bougies étalons varient quelquefois entre elles de 50 pour 100.
- 11 convient donc, jusqu’à nouvel ordre, d’accepter le bec Carcel non pas comme le meilleur, mais comme le moins mauvais des étalons de lumière.
- Les pêcheurs de sardines, très malheureux depuis deux ans, vont pouvoir se consoler. Les sardines ont enfin paru dans la mer des Sables-d’Olonne. Chaque soir, les canots débarquent deux cent mille sardines au moins. Cette abondance fait d’autant plus de plaisir qu’elle va apporter l’aisance dans de nombreuses familles de marins et réparer bien des misères.
- — Le nombre des vipères détruites pendant l’année 1881, en Seine-et-Marne, s’élève à 4113. Cette destruction donne droit en faveur de ses auteurs à des primes dont le montant est de 1028 francs, à raison de 25 centimes par tête de vipère. Le nombre des vipères détruites en 1881 est supérieur à celui de l’année précédente.
- — Pour combattre une opinion erronnée au sujet du danger que présenteraient dans les villes les.fils téléphoniques, le Reichsanzeiger de Berlin publie la note suivante : « Le violent orage qui a éclaté sur Berlin le lundi de la Pentecôte n’a endommagé ni les fils téléphoniques ni les isolateurs, preuve évidente que les lignes téléphoniques n’attirent pas la foudre et ne présentent aucun danger. Les parafoudres établis dans les bureaux téléphoniques et chez les abonnés ont rendu les meilleurs services. Il va sans dire que sur toutes les lignes où les parafoudres ont été traversés par les courants électriques, les communications ont été momentanément interrompues. »
- — Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. Berthelet a présenté des échantillons de calcaire traversé par le tunnel sous-marin de Douvres à Calais. « Il est fort désirable, a dit le savant chimiste, qu’une œuvre aussi grandiose puisse être terminée. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 juillet 1882, — Présidence de M. Blanchard.
- Hydrate d’hydrogène phosphoré. — En soumettant, dans l’appareil que l’on connaît, un mélange d’eau et d’hydrogène phosphoré à une pression considérable, M. Cailletet a vu les deux corps s’unir entre eux pour constituer un hydrate non observé jusqu’ici. Dès que la pression diminue et que l’hydrogène phosphoré peut reprendre son état gazeux, la combinaison se défait.
- Composition du vin. — A la suite d’une étude très minutieuse, M. le Dr Ilenninger est parvenu à démontrer la présence dans le vin de l’isobutylglycol. 50 litres de bordeaux authentique ont donné par distillation 6 grammes de cet alcool diatomique.
- Tératologie. — C’est avec une sorte de solennité que M. de Quatrefages signale le complément du grand travail
- de M. Jules Guérin sur les monstruosités. On sait que l’illustre chirurgien rattache toutes les anomalies, depuis les plus légères difformités jusqu’aux monstruosités les plus graves, à la contracture musculaire. Tout le monde ne partage pas cette opinion, et M. Joly, dans quatre lettres imprimées à la fin de l’ouvrage, revendique pour Geoffroy-Saint-IIilaire la doctrine en vertu de laquelle la tératologie a sa source dans des arrêts de développement. M. de Quatrefages est d’avis que la vérité doit siéger entre ces deux points de vue trop exclusifs, mais exacts l’un et l’autre dans une certaine mesure.
- Intelligence des fourmis. — Dans un ouvrage intitulé Fourmis, abeilles et guêpes, M. Lubbock étudie les mœurs de ces curieux insectes non seulement à l’aide de l’observation comme ont fait tous ses prédécesseurs depuis Réaumur, mais aussi par la méthode expérimentale. II arrive ainsi à des résultats tout nouveaux et dont on braie détail avec le plus vif intérêt.
- Photographie astronomique. — Au nom de M. Draper, M. Cornu dépose une épreuve photographique amplifiée de la nébuleuse d’Orion obtenue par une pose de 137 minutes.
- Appareil pour les études physiologiques. — M. le Dr Regnard présente, par l’intermédiaire de M. Paul Bert, un instrument destiné à mesurer le dégagement gazeux du genre de ceux qui accompagnent les fermentations, les putréfactions et la respiration. Un dessin serait d’ailleurs nécessaire pour rendre claire la description de ce nouvel engin.
- Nouvelles ressources houillères. — Chargé par le Ministre de la Marine d’une mission spéciale, M. Fuchs, ingénieur en chef des mines, a découvert dans le Tonkin de très importants gisements houillers. Les couches à combustible reposent en stratification discordante sur le calcaire carbonifère et sont recouvertes par des grès, des argilolithes et des argilophyres. Elles sont associées à des schistes tout remplis d’empreintes végétales dont l’étude en ce moment en voie d’exécution, permettra des rapprochements avec les bassins de l’Inde et de la Chine. La houille du Tonkin s’est montrée de bonne qualité, quoique sensiblement inférieure à la houille d’Anzin. M. Fuchs évalue qu’il y a dans le Tonkin une réserve de 5 millions de tonnes de combustible.
- Lectures. — M. E. I'errier décrit les caractères des beaux crinoïdes désignés sous le nom de Bryssinga. M. le Dr Dasfre communique des recherches sur les lois de l'activité du cœur.
- Varia. — Mentionnons une réponse de M. Thomassi à une récente note de M. Berthelot sur la force électromotrice des liquides. — M. Yialle s’occupe d’empêcher la désoblitération des timbres-poste. — D’après un rapport adressé à M. deLesseps, on trouve dans le détroit de Panama des eaux éminemment potables. —M. Gorgeux étudie les combinaisons des sulfates manganeux avec les sulfates alcalins. — La détermination de la solubilité des diverses variétés d’acide tarlrique occupe M. Lévier. — Une étude botanique, histologique et pharmaceutique des volvaires est adressée par M. Ileckel. — M. Grimaux décrit les produits de l’action du brome sur le quinoléine.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE
- LA PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- Un certain nombre de lecteurs nous reprochent d’avoir abandonné la physique sans appareils; ils nous demandent de continuer la série de Récréations scientifiques que nous avons commencée il y a environ deux ans. Le désir de leur être agréable ne nous fait pas défaut ; ce qui nous manque, nous devons l’avouer, ce sont les sujets à traiter. Nous avons à l’aide de menus objets que tout le monde a sous la main, passé en revue tous les principes de la Physique et nous avons à peu près donné, croyons-nous, tout ce'que l’on'pcut imaginer dans ce'genre de démons-
- tration. Cependant nous ne voulons pas répondre aux aimables avances qui nous sont faites par une fin de non-recevoir et nous publierons encore aujourd’hui deux expériences de Physique sans appareils.
- 1° Conductibilité des métaux pour le son. Vous prenez une montre à l’aide d’une paire de pincettes, dont vous placez la poignée supérieure tout contre votre oreille (fig. 1 ) ; le tic-tac s’entendra aussi distinctement que si la montre était appuyée elle-même sur votre oreille. Si vous retirez la pincette en laissant la montre à la même place, vous vous rendrez compte par la différence de l’audition de l'excellente conductibilité des métaux pour le son. Cette expérience explique le rôle des baguettes de bois que
- Fig. 1. — Conductibilité des métaux pour le son. — Le tic-tac d’une montre entendu à l’extrémité d'une paire de pincettes.
- l’on a imaginé à l'usage des personnes sourdes, et à l’extrémité desquelles on parle, tandis que l’autre extrémité est placée dans l’oreille de la personne atteinte de surdité.
- 2° Le principe de l'inertie. Les expériences qui mettent ce principe en évidence sont innombrables. Nous en avons cité un grand nombre. Celle que représente la figure 2 est amusante à réaliser et donne le moyen de déboucher une bouteille sans tire-bouchon. Vous prenez une bouteille de vin, de bière, etc., bien bouchée ; à l’aide d’une serviette vous formez un tampon que vous appliquez avec la main à la partie inférieure de la bouteille. Vous frappez fort et à coups redoublés contre un mur ; en vertu du principe de l’inertie, le liquide chasse
- Fig. 2. — Expérience sur le principe de l’inertie. — Curieuse manière de déboucher une bouteille.
- le bouchon, quelquefois même, s’il s’agit de bière ou d’eau gazeuse surtout, avec tant de force, qu’une partie du liquide jaillit en même temps, et à la joie de l’opérateur, inonde les curieux spectateurs de Physique sans appareils.
- A Saint-Galmier, on nous a affirmé qu’il n’était pas rare de voir dans les hôtels de la localité les garçons déboucher ainsi les bouteilles d’eau gazeuse, en les frappant verticalement de haut en bas contre le plancher. Mais de même que M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, ils ne se doutent assurément pas, qu’ils font de la physique, et qu’ils donnent la démonstration du principe de l’inertie. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- K» 477. — 22 JUILLET 1882.
- LA NATURE.
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- LE BOUBIEDA
- (PACHYUROMYS DUPRASl)
- Ce rongeur, de la famille des Muridés, et de la sous-famille des Gerbillines, se distingue au premier coup d’œil de tous ses congénères par l’aspect bizarre de sa queue. Celle-ci, dont la longueur n’égale pas la moitié de la longueur du corps, est épaisse, charnue, en forme de massue ; relativement grêle à son origine, elle se renfle progressivement jusque vers le deuxième tiers de sa longueur,
- et s’atténue légèrement ensuite pour se terminer en ovoïde. Elle est si peu velue qu’on la croirait nue, les rares poils blanchâtres qui la revêtent ne masquant nullement la couleur rose de sa peau. Ainsi charnue, glabre et rose, elle fait un singulier effet en émergeant de la toison épaisse et soyeuse qui recouvre le petit animal et contraste avec elle. Elle rappelle de loin la queue du castor, bien qu’elle ne soit pas aplatie en truelle comme celle-ci, et qu’au lieu d’un revêtement régulièrement écailleux elle présente à peine quelques vagues traces d’annelures. Elle ne rappelle que de plus loin encore la queue du Desman, bien que je croie qu’il faille rapporter
- Le Boubieda. (D’après des individus ayant vécu à Paris.)
- au genre Pachyuromys, encore inconnu à cette époque, ce qu’écrivait le capitaine Loche de l’habitat probable en Algérie d’un petit mammifère du genre Desman.
- Du reste cet organe n’atteint son entier développement que chez l’adulte, par accumulation de graisse, son squelette demeurant toujours grêle et ne présentant rien de particulier. La queue des jeunes sujets est beaucoup moins renflée, beaucoup plus velue et plus brune ; mais sa peau, une fois distendue, ne revient plus sur elle-même ; elle se ride seulement et devient flasque chez les sujets amaigris.
- 11 n’est peut-être pas sans intérêt de rappeler à ce propos que certaines races de moutons, originaires des déserts d’Afrique et d’Asie, offrent de même
- 10* année. — 2* semestre.
- une accumulation considérable de graisse dans la queue; et que, chez d’autres espèces également désertiques, telles que le dromadaire et le chameaü, on observe aussi d’énormes amas graisseux qui, bien qu’occupant d’autres parties du corps, n’en sont pas moins comparables à ceux des moutons steatopyges et du Boubieda. Ces amas graisseux, qui donnent aux espèces qui en sont pourvues, une physionomie si singulière, ne sont-ils pas des provisions alimentaires en réserve pour les cas de disette fréquents au désert?
- Le crâne du genre Pachyuromys est aussi caractéristique que sa queue, grâce à l’énorme développement de ses bulles auditives qui dépassent considérablement en arrière et compriment entre elles l’os occipital. 11 est d’ailleurs digne de remarque
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- que ces organes sont, d’une façon générale, plus développés chez les mammifères qui s’avancent plus loin dans le désert. J’ai pu suivre la gradation dans un même genre, le genre Gerbille, par exemple, dont j’ai recueilli différentes espèces en Algérie, dans le Tell, dans les Hauts-Plateaux et dans le Sahara, ou encore le genre Cténodactyle, dont une espèce habite la limite saharienne des Hauts-Plateaux et l’autre le Sahara algérien ; et le fait m’a paru également exact quand j’ai comparé des espèces de genres différents : ainsi les Gerboises et les Gerbilles d’Afrique ont les bulles plus grosses (pie nos Rats de France, le Fennec saharien que nos Renards, etc. Comme il est vraisemblable que la grosseur des bulles est proportionnelle à l’acuité de l’ouïe, de même que la grosseur de l’œil est en rapport avec la puissance de la vue, nous devons admettre que les animaux du désert ont ces deux sens plus perfectionnés que ceux des autres régions. On s’en explique aisément le motif. La proie ou l’ennemi sont protégés d’ordinaire par la couleur de leur robe qui se confond avec celle du sol, et aussi par l’immense étendue de l’espace à surveiller ; l’œil, si bon qu’il soit, ne suffirait pas toujours à les signaler à temps, et l’oreille doit venir à son secours.
- Le Boubieda n’a pas tout à fait la taille de notre Lérot. Sa couleur est, en dessus, d’un beau fauve ou isabelle, sur lequel tranchent les yeux, gros et noirs, et le museau, les oreilles et les pattes d’une jolie teinte rose comme la queue. Ses faces inférieures sont d’un blanc pur.
- En somme son aspect est aussi agréable que singulier. Ses grands yeux, ses vibrisses toujours en mouvement, lui donnent Uair fort éveillé, tandis que la brièveté de ses membres rend ses allures courtes et prudentes. II se rapproche sous ce rapport de nos Campagnols. Si vous le prenez, il demeure immobile et aplati sur votre main ouverte. La surface d’une table lui suffit à faire de longues excursions ; quand il approche du bord, il se couche à plat ventre, avance un peu la tête, sonde le vide, et recule aussitôt pour reprendre sa promenade. Autant la Gerboise, confiante dans ses jambes longues et nerveuses, est imprudente et folle, autant le Boubieda calcule toutes ses démarches, regardant et flairant tous les objets devant lui.
- II paraît très sociable, et dès que deux sujets ont lié connaissance, ils vivent en fort bonne intelligence.
- Ces petites bêtes sont cependant très irascibles, et le dieu de Cythère fomente parfois la guerre chez elles tout comme chez les plus grosses. Si la discorde est entre les époux, la chose est d’ordinaire sans gravité, le mâle n’attaquant pas et se défendant à peine quand il est serré de trop près par sa compagne revêche, il se met sur le dos, et, de ses pattes et de son museau, s’eflorcc de la tenir à l’écart. Mais entre deux mâles le combat est plus sérieux. L’époux légitime, c’est-à-dire le premier occupant, prend toujours l’offensive ; il se précipite tête baissée sur son adversaire et cherche à lui mor-
- dre les pattes ; peu à peu, l’agresseur avançant toujours et l’autre ne reculant pas, ils se dressent l’un contre l’autre. C’est alors un curieux spectacle de les voir debout, criant et gesticulant, les yeux à demi fermés, prompts à l’attaque comme à la riposte, se portant des coups de griffes aussitôt parés, et parfois s’arrêtant en garde pour souffler un instant. Bientôt l’un des deux, le plus souvent l’intrus, lâche pied ; le vainqueur s’acharne à sa poursuite, usant alors de ses dents et lui faisant des blessures cruelles. J’intervenais à ce moment et séparais les combattants, non sans prendre quelques précautions ; car leur fureur était montée à un tel degré de paroxysme qu'elle se tournait même contre moi, et que je ne pouvais de quelques instants m’approcher de leur cage sans provoquer de nouveaux accès de colère.
- Dans d’autres circonstances j’ai vu mes Boubieda avoir de véritables attaques de nerfs, renversés sur le dos, la colonne vertébrale et les membres agités de convulsions tétaniques.
- Leur cri, quand ils se fâchent très fort, est comparable au bavardage de la Fauvette quand, au mois de septembre, elle becquette les figues ou les baies de sureau ; plus doux, il est sifflé et rappelle le gazouillement des Bengalis. Du reste, ils semblent ne faire usage de leur voix que dans leurs querelles et leurs combats. Pour s’appeler, ils frappent le- sol avec leurs membres postérieurs et produisent une sorte de roulement qu’exprime assez bien l’onomatopée tatera, tatera, tatera.
- Ces animaux sont essentiellement fouisseurs. Sans se décourager et sans résultat, je les ai vus, dressés dans un angle, gratter des heures' entières les vitres de leur cage. Tandis que leurs pattes de devant exécutent un mouvement alternatif et très rapide qui produit un bruit continu, comme celui d’iine machine à coudre, ils ont les yeux à demi fermés, le nez sur le point qu’ils cherchent à entamer, et font des inflexions de tête à droite et à gauche comme pour regarder si le travail avance.* Quand ils s’attaquaient, avec plus de succès, au sable qui garnissait le plancher de leur cage, ils le ramenaient sous leur ventre par le même mouvement des mains, et, de temps à autre, le rejettaient en arrière à l’aide de coups vigoureux de leurs membres postérieurs. Fouir ou gratter est un besoin pour eux ; et quand la maladie empêchait un de mes prisonniers de se livrer à cet exercice, en quelques jours ses ongles prenaient un accroissement considérable et devenaient tout à fait gênants.
- Le Boubieda fait souvent sa toilette avec sa bouche. Il ne répand aucune mauvaise odeur.
- Il mange de la salade, du pain, des graines : aussi facile à nourrir qu’agréable à posséder. Et ses mœurs sont en général si douces, ses allures si courtes et si réglées, qu’il est on ne peut plus aisé d’être témoin de tous les actes de sa vie, et que je connais peu de petits mammifères plus favorables à l’étude. U présente en outre certaines particularités biologi-
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- qucs aussi singulières que son faciès, que je ferai connaître ailleurs, leur description n étant pas à sa place ici. On ne s’étonnera donc pas que j’aie eu l’idée d’en peupler nos laboratoires et les cages de nos amateurs. Malheureusement tous mes efforts ont été infructueux, et tous mes soins n’ont pu remplacer pour mes élèves le sol et le climat africains. Ils se sont bien reproduits d’abord, mais ils ont ensuite péri les uns après les autres, atteints les jeunes de rachitisme et les autres d’ostéomalacie. Ils ont fait neuf portées à Paris, du 18 juillet 1880 au 24 septembre 1881 ; trois de ces portées ont donné une douzaine de petits qui n’ont pas vécu, et les six autres en ont donné vingt-deux, dont douze ont vécu de quarante-quatre jours à seize mois. Toute cette colonie provenait d’une seule femelle et de ses trois petits que j’avais recueillis en Algérie.
- La femelle s’occupe de son nid avec beaucoup de sollicitude. Si l’on a laissé le male avec elle, il l'aide dans cette besogne. Tous deux vont et viennent, s’employant des mains et du museau à carder finement l’étoupe qu’on a eu soin de leur donner, à la diviser et à la ramasser en tout petits paquets qu’ils transportent dans leur bouche.
- Dès le troisième, ou quatrième jour, les petits commencent à brunir en dessus ; ils atteignent leur maximum de coloration du onzième au treizième jour. A celte époque, le poil commence à pointer, brun en dessus, blanc en dessous. Du seizième au dix-neuvième jour, les petits, encore aveugles, commencent à sortir du nid ; mais la mère leâ y rapporte, les saisissant avec sa bouche par la peau du dos ; elle a parfois beaucoup de mal, plusieurs petits s’échappant à la fois pendant quelle est occupée après un. Du vingt et unième au vingt-quatrième jour les petits ouvrent les yeux; ils ont alors les couleurs de l’adulte. Même avant cette époque, ils s’occupaient fréquemment, dans le nid, à faire leur toilette.
- C’est à Laghouat, en avril 1880, que j’ai découvert cette espèce : je pus m’en procurer la femelle et ses trois petits dont j’ai parlé plus haut. Dans un deuxième voyage en Algérie, en mai 1881, j’en recueillis à M’sila un autre individu qui m’échappa pendant que je lui faisais construire une cage. Ces deux habitats prouvent que l’espèce a une certaine extension dans les Hauts-Plateaux et sur les contins du Sahara ; mais ces deux seules captures durant mes deux voyages me laissent supposer qu’elle n’est abondante nulle part.
- Les Arabes la confondent avec quelques autres sous le nom de Boubieba (père de la blancheur ?) que j’ai tenu à lui conserver comme nom banal. Quant à sa désignation scientifique, j’ai formé le nom de genre de trois mots grecs qui signifient Rat à queue épaisse, et j’ai dédié l’espèce à mon ami le regretté H. Duprat, à qui j’avais expédié la petite famille de Laghouat, et qui en a obtenu la première reprodution à Paris.
- Fernand Lataste.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur l'appareil tégumentaire des racines, par Louis Olivier, docteur ès sciences, 4 vol. avec 8 planches gravées sur cuivre et 50 planches microphotographiques. Paris, G. Masson, 1881.
- Cet ouvrage a obtenu le grand-prix Bordin, décerné en 1881 par l’Institut de France.
- Histoire de l'Eau, par E. Bouant, 1 vol. in-32. Paris, Germer Baillière et Cie.
- L'art de greffer les arbres, arbrisseaux et arbustes fruitiers, forestiers, etc., par Charles Baltet, 3e édition entièrement revue et augmentée, 1 vol. in-18 avec 145 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1882.
- La sécurité dans les chemins de fer, par Léon Mai.o, ingénieur, 1 vol. in-8°. Paris, Dunod, 1882.
- Réunion internationale des Électriciens. Comptes rendus sténographiques des séances tenues dans la salle du Congrès au Palais de l’Industrie du 12 au 20 octobre
- 1881, publiés sous les auspices du bureau de la réunion et la direction de M. àrmengaud jeune, son président, ancien élève de l’École Polytechnique, 1 vol. in-8". Paris, imprimerie À. Lahure, 1882.
- Les odeurs de Paris. Assainissement de la Seine, par Francisque Sarcey, 1 broch. in-8\ Paris, Gauthier-Vil-lars, 1882.
- Voyages et métamorphoses d'une gouttelette d'eau, par Van der Mensbrugghe, 1 broch. in-8\ Bruxelles, F. Hayez,
- 1882.
- LA PHOTOGRAPHIE Dü MOUVEMENT
- L’admirable méthode inaugurée pai* M. Muybridge1, et qui consiste à employer la photographie instantanée pour l’analyse des mouvements de l'homme ou des animaux, laissait encore au physiologiste une tâche difficile : il fallait comparer les unes aux autres des images successives dont chacune représente une attitude différente, et classer ces images en série d’après la position dans le temps et dans l’espace qui correspond à chacune d’elles.
- Admettons que rien n’ait été négligé dans l’expérience : que, d’une part, des points de repère que la photographie devra reproduire aient été disposés sur le chemin parcouru par l’animal, de manière à permettre d’estimer à tout instant la position qu’il occupe dans l’espace et que, d’autre part, l’instant auquel chaque image a été prise soit déterminé, comme il arrive pour des photographies faites à des intervalles égaux. Toutes ces précautions prises, il faut encore, pour tirer des figures le sens qu elles renferment, les superposer, par la pênsée ou effectivement, les unes aux autres, de manière à couvrir une bande de papier correspondant au chemin par-
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
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- couru, par une série d’images imbriquées dont chacune exprime la position que le corps et les membres occupaient dans l’espace à chacun des instants considérés.
- De telles représentations donnent naissance à des figures semblables à celles dont les frères Weber ont introduit l’usage pour expliquer théoriquement la marche de l’homme. On voit que dans leurs ouvrages une série de silhouettes d’hommes, teintées de hachures d’intensités décroissantes et imbriquées de manière à représenter les déplacements successifs des jambes, des bras, du tronc et de la tète aux différentes phases d’un pas.
- Ce mode de représentation est le plus saisissant qu’on ait encore trouvé jusqu’ici ; il a été adopté dans la plupart des traités classiques. Or il m’a paru, et l’expérience vient de confirmer cette prévision, qu’on pouvait demander à la photographie des figures
- de ce genre, c’est-à-dire réunir sur une même plaque une série d’images successives représentant les différentes positions qu’un être vivant, cheminant à une allure quelconque, a occupées dans l’espace à une série d’instants connus.
- Supposons, en effet, qu’un appareil photographique soit braqué sur le chemin que parcourt un marcheur et que nous prenions une première image en un temps très court. Si la plaque conservait sa sensibilité, nous pourrions, au bout d’un instant, prendre une autre image qui montrerait le marcheur dans une autre attitude et dans un autre lieu de l’espace ; cette deuxième image, comparée à la première, indiquerait exactement tous les^déplacements qui s’étaient effectués à ce second instant. En multipliant ainsi les images à des intervalles très courts, on obtiendrait, avec une authenticité parfaite, la succession des phases de la locomotion.
- Ileproduction d’une photographie représentant les phases successives du mouvement d'un homme q
- ui court.
- Or, pour conserver à la glace photographique la sensibilité nécessaire pour des impressions successives, il faut qu’au devant de l’appareil règne une obscurité absolue et que l’homme ou l’animal qui passe se détache en blanc sur un fond noir.
- Mais les corps les plus noirs, quand ils sont fortement éclairés, réfléchissent encore beaucoup de rayons actiniques ; j’ai recouru, pour avoir un champ d’un noir absolu, au moyen indiqué par M. Chevreul ; mon écran est une cavité dont les parois sont noires. Un homme, entièrement vêtu de blanc et vivement éclairé par le soleil, marche, court ou saute pendant que l’appareil photographique, muni d’un obturateur à rotation plus ou moins rapide, prend son image des intervalles plus ou moins rapprochés.
- Cette même méthode peut s’appliquer à l’étude des différents types de locomotion : un cheval blanc, un oiseau blanc donneront de la même façon la série de leurs attitudes.
- La fenêtre dont est percé le disque de mon obturateur tournant, peut être à volonté élargie ou resserrée, de manière à régler la durée de la pose suivant l’intensité de la lumière ou suivant la vitesse de rotation du disque. Avec une fenêtre resserrée et une rotation lente, on a des images très espacées les unes des autres. Une rotation rapide donne des images plus rapprochées, mais dont le temps de pose pourrait être insuffisant si la fenêtre n’était pas élargie.
- Enfin, un obturateur à volet, placé eii avant de l’autre, sert à régler le commencement et la fin de l’expérience.
- Les épreuves et les clichés que j’ai obtenus et dont un spécimen se trouve reproduit ci-dessus, ont été exécutés à la station physiologique du parc des Princes, où je travaille avec l’aide deM. G. Demeny.
- E. J. Marey.
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- MOTEUR ROTATIF A GRANDE YITESSE
- DE M. HODSON
- Les moteurs rotatifs, dont on n’avait, pas jusqu’ici obtenu des résultats suffisants pour les répandre dans l’industrie, semblent reprendre faveur depuis quelques années. La cause de ce revenez-y est multiple, mais en tout cas, les progrès immenses réalisés depuis vingt ans dans la construction mécanique, et le développement inattendu des applications industrielles de l’électricité, ont contribué pour la plus grande partie au succès qu’ils obtiennent en ce moment.
- Les machines dynamo-électriques demandent, en
- effet, au moteur qui les actionne des qualités toutes spéciales. Elles doivent tourner à grande vitesse, avec une grande régularité, tout en présentant de la solidité, de la simplicité, de la puissance, de la légèreté, et une économie dans le prix d’achat et l’entretien.
- Les moteurs rotatifs présentent, par principe, la plupart de ces qualités dans une certaine mesure, car l’action directe de la vapeur sur le piston rotatif donne à la fois légèreté, grande vitesse, simplicité, puissance, régularité et économie de prix d’achat. L’économie dans la dépense de vapeur ne pouvait être obtenue qu’en y introduisant la détente, et c’est ce que réalise le moteur Dolgorouki, que nous avons déjà décrit, et le moteur Hodson, que nous allons aujourd’hui faire connaître.
- Moteur à vapeur rotatif de M. Hodson. —Coupe transversale et vue latérale.
- Ce moteur, représenté ci-dessus en vue d’ensemble et en coupe transversale, se compose d’un piston en forme de came, se mouvant dans une cavité de forme cylindrique en tournant autour de l’axe S.
- Plus exactement, le moteur se compose de deux pistons distincts, accolés contre un diaphragme commun et calés ,à 180 degrés l’un de l’autre, pour assurer une plus grande régularité au système, mais il nous suffira d’en considérer un seul. L’axe du piston rotatif porte un excentrique qui commande un tiroir Y disposé dans une cavité U, par laquelle arrive la vapeur sous pression et qui, par un mouvement de va-et-vient, règle l’admission de vapeur et la ferme à l’instant où la détente doit se produire. AB est une sorte de valve qui sépare le cylindre en deux'parties et qui, à un moment donné, vient se loger dans une cavité ménagée pour la recevoir et laisse passer le piston en forme de came.
- En tournant autour de A, la valve AB s’appuie constamment sur le piston ; la pression de la vapeur assure un joint hermétique dans toutes les positions.
- L’excentrique est calé sur l’arbre de telle façon que la valve Y soit ouverte et laisse arriver la vapeur au moment où le point f du piston est à la partie supérieure, et ferme l’admission lorsque la pertie f est en H. La vapeur enfermée dans l’espace BH (moitié de gauche du cylindre), se détend, puis s’échappe en C par le tuyau d’échappement F. La détente s’effectue donc à moitié de la course. La fonction de la valve sur le second piston est identique mais alternée à celle du premier, de sorte qu’un piston travaille toujours à pleine pression pendant que le second fonctionne à détente. Un volant et un régulateur à force centrifuge agissant sur l’introduction de la vapeur complètent l’installation du moteur : la machine commandée, machine dynamo-électrique, scie circulaire, essoreuse, etc.,
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- se fixe à droite ou à gauche sur le prolongement de l’arbre ; du côté gauche, le lmti est dressé, ce qui permet de solidariser ainsi les deux bâtis au moyen de boulons et écrous, pour assurer aux axes une position invariable tout en donnant plus de rigidité à l’ensemble.
- Toutes les parties de la machine soumises à des frottements sont en bronze phosphoreux, sans aucune garniture; les joints sont assurés et maintenus étanches à l’aide de couronnes et de bandes en bronze phosphoreux, appliquées contre les pièces tixes par des ressorts.
- Les machines Hodson présentent une très grande élasticité de puissance en faisant varier la pression de la vapeur et la vitesse, qui peut aller de 25 tours par minute à 1500 et même 2000 tours. Aussi conviennent-elles parfaitement pour actionner les machines dynamo-électriques auxquelles elles communiquent une vitesse convenable, sans transmission intermédiaire et dans les meilleures conditions de simplicité et d’économie, et c’est surtout dans les endroits où la place fait défaut, sur les bateaux à vapeur, par exemple, qu’on pourra le mieux apprécier leurs avantages.
- A l’Exposition d’Électricité du Palais de Cristal, à Londres, nous avons vu plusieurs de ces moteurs actionner des machines Brush, Gramme et Siemens; sans vouloir en rien préjuger l’importance de ces applications, il n’était pas moins intéressant de faire remarquer comment des besoins nouveaux peuvent quelquefois diriger les recherches des inventeurs du côté de machines déjà anciennes, presque condamnées aux débuts de la machine à vapeur, et redevenant aujourd’hui pratiques, grâce aux progrès de l’outillage et de la science appliquée à l’industrie.
- LES PROGRÈS DE L’ÉLECTRO CHIMIE
- (Suite. — Voy. p. 74.)
- DÉPÔTS DE MÉTAUX SUR LA FONTE ET LE FER.
- MÉTALLURGIE DU NICKEL
- MM. Neujean et Delaite ont, dans ces dernières années, construit en Belgique de remarquables appareils disposés pour la galvanoplastie, pour la dorure, le cuivrage, le cobaltage direct de la fonte et du fer. D’autres servent à déposer directement aussi le bismuth sur la fonte et le fer. Il entre dans la composition du bain, des acides organiques qui en assurent les avantages. Parmi ceux-ci, nous citerons la rapidité de formation du dépôt. En vingt-quatre heures on obtient un cuivrage ou un étamage aussi énergique que ceux obtenus par le Val-d’Osne, en trois ou quatre semaines, également avec des bains à acides organiques. M. Neujean est parvenu aussi à déposer directement sur la fonte et le fer, l’antimoine, le bronze d’alu-
- minium, le bismuth, le zinc, le cobalt, etc. Le bismuth protège fort bien la fonte et le fer et leur donne une teinte gris rose du plus bel etfet.
- La coloration galvanique du zinc métallique est une application galvanique assez curieuse. Le principe sur lequel est basé ce procédé, est le suivant : Les plaques de zinc à colorer sont placées dans un bain contenant en solution des sels métalliques ; un courant électrique s’établit entre le zinc, d’une part, et les éléments métalliques du bain, de l’autre. Sous cette influence électrique, il vient se déposer à la surface du zinc des oxydes métalliques qui produisent la coloration. Suivant la durée de l’opération et la nature des bains, le dépôt est variable.
- Le tungstène est également employé et dépose galvuniquement. Ce métal agit en désoxydant complètement les métaux et les aciérant. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il est entré dans la fabrication des aciers de Wolgframm. On l’allie également au cuivre et à d’autres métaux avec lesquels il forme des sortes d’aciers. Les alliages de tungstène peuvent, selon leurs densités, être employés comme métal de cloches ou bien comme coussinets de machines, pour caractères d’imprimerie ou autres produits d’un emploi usuel. Certains de ces alliages ont des teintes telles qu’ils peuvent être utilisés comme imitation d’or et d’argent. La grande conductibilité pour l’électricité des alliages de tungstène a permis d’utiliser ceux-ci comme fils de transmission pour les téléphones, etc.
- M. Neujean a apporté une grande attention à la question très importante de la préservation des pièces métalliques et principalement des grosses pièces de fonte. 11 a imaginé un mode particulier de galvanisation qu’il nomme peinture galvanique ou zinc métallique. Elle est employée depuis deux ans par l’administration communale de Liège et commence depuis six mois à être utilisée par l’administration municipale de la Ville de Paris.
- Le lecteur se rappelle probablement avoir vu à l’entrée de l’Exposition belge, à l’Exposition (l’Electricité, la borne-fontaine qui était ainsi galvanisée.
- L’opération se pratique de la manière suivante :
- On fait une pâte composée de zinc métallique en poudre impalpable et d’une huile siccative spéciale, formée d’huile de lin, d’essence, de matières résineuses, de caoutchouc et d’un siccatif solide ou liquide. On applique au pinceau cette peinture sur la pièce qu’on veut préserver de l’altération ; puis on la laisse sécher. Pour être sûr de bien recouvrir toutes les parties, il est bon de passer une seconde couche de peinture. L’enduit formé est élastique et parfaitement adhérent.
- Comme complément à ce que nous venons de dire sur l’électro-mctallurgie, nous parlerons à présent de la métallurgie du nickel.
- Le minerai de nickel est la garniérite (hydrocarbonate de magné^je et de nickel), qu’on trouve en grande quantité dans la Nouvelle-Calédonie (districts de Thio, Canala, etc.). Ce minerai subit un premier
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- traitement à la Pointe-Chaleix, à Nouméa. On le transforme là en une fonte de nickel de première fusion (cru de nickel), qu’on expédie en Europe. Cette fonte renferme 75 pour 100 de nickel envi-ron( et ce premier traitement permet de réaliser une économie considérable sur le transport1.
- Ces fontes sont traitées en Europe, et l’usine d'affinage de Septèmes (Bouches-du-Rhône) livre au commerce un métal malléable, en grenailles, en lingots et en anodes, renfermant 97 à 98 pour 100 de nickel pur et exempt d’arsenic, de soufre et autres matières nuisibles.
- Le nickel s’emploie maintenant sur une vaste échelle, soit à l’état de métal pur, d’alliage ou pour le nickelage. Les deux alliages de nickel que l’on rencontre le plus souvent, et qui rendent d’ailleurs de fort grands services, sont le bronze blanc de nickel et le maillechort2 blanc.
- Le maillechort est un laiton dans lequel une partie du cuivre a été remplacée par du nickel. Pendant longtemps on n’a fabriqué que des maille-chorts d’un blanc jaunâtre, contenant 5 à 10 p. 100 de nickel; le nickel était rare, il était cher, et les fondeurs et lamineurs ne savaient pas encore bien le travailler. Mais aujourd’hui un bon maillechort renferme environ 20 p. 100 de nickel.
- Le bronze de nickel a la même composition que le maillechort, mais il est préparé pour le moulage, tandis que le maillechort est préparé pour le laminage.
- Ces deux alliages ont de grands avantages sur le cuivre et ils peuvent le remplacer dans tous ses emplois industriels.
- Le nickel pur a aussi tous ces avantages et à un degré supérieur. Depuis qu’on peut facilement le mouler, le laminer, le forger, il est appelé au plus grand avenir.
- Parlons de suite de l’excellente application du nickel faite par M. Boudreaux à l’obtention de clichés typographiques en nickel galvanoplastique.
- On sait que pour la chromo-typographie, il faut aciérer les clichés de cuivre que les couleurs mettraient rapidement hors de service sans une couche protectrice. Dès l’apparition du nickelage, MM. Boudreaux substituèrent le nickel à l’acier pour cëtte opération, mais ce dépôt sur le cliché d’une couche préservatrice un peu épaisse, l’empâte un peu, et lui fait perdre de sa finesse.
- Les clichés en nickel obtenus directement par dépôt galvanique coûtent le double des clichés- en cuivre, mais ils se prêtent à un tirage dix fois plus considérable.
- — La fin prochainement. —
- 1 Le minerai de nickel coûte environ 1 fr. 25 de transport
- par kilogramme de nickel, tandis que la fonte n’en coûte que 10 centimes. ,
- 2 Le nom de maillechort vient de Maillot et Chorier, les deux Français qui ont les premiers importé cet alliage d’Allemagne.
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- LA ROUE PARADOXE
- Cette roue n’a de paradoxal que le titre que lui a donné son inventeur, M. J. H. Huxley, et, à notre avis, elle mériterait d’être essayée sérieusement, pour vérifier si elle possède réellement tous les avantages qui lui sont attribués par son auteur dans YEnglish Mechanic d’après lequel nous allons en donner une description succincte mais suffisante.
- Dans cette roue représentée ci-dessous, figure 1, tous les rais intérieurs sont mobiles et peuvent pivoter autour des axes A, B, C, D, E, F, G, II; le croisillon du centre formé de deux bras rigides B C et F G, peut lui-même pivoter sur le centre comme une paire de ciseaux; le bandage est formé d’une lame élastique en acier qui s’aplatit sur le sol avec la même facilité que si la charge était placée à la partie supérieure du bandage. Cette disposition donne donc une grande surface d’appui et, d’après l’auteur, réduit Je tirage sur la route à la valeur du tirage sur rails, au point que son adoption produirait
- Fig. 1. — Roue paradoxe de M. Huxley.
- une révolution dans la locomotion sur routes ordinaires.
- On a déjà cherché à obtenir le même résultat par l’emploi de roues élastiques : les uns ont fait la jante rigide et les rais élastiques, ce qui est une erreur, car la charge dans ce cas ne fait que descendre plus près du sol au lieu d’aplatir la jante sur le sol lui-même, comme c’est ici le cas; d’autres ont rendu les deux roues solidaires, ce qui rend difficile le guidage du véhicule.
- D’après M. ïluxley, les roues ordinaires agissent sur les routes comme un couteau à fromage et pulvérisent chaque année une quantité énorme d’empierrement et de métal des jantes, ce qui constitue un travail inutile : dans le nouveau système, cet inconvénient est évité, à cause de la grande surface d’appui que la roue offre à chaque instant b la charge sur la route.
- Le bandage doit être formé d’une lame d’acier, trempée comme les ressorts de montre et de pendule, et dont les dimensions* peuvent se calculer à l’aide de formules familières aux ingénieurs; les extrémités de ce bandage doivent être rivées à l’un des coussinets et prises dans une
- Fig. 2. — Détail de l’attache des extrémités du bandage en acier au point D de la fig. 1.
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- queue (faconde ménagée dans le coussinet D, comme on peut le voir à une plus grande échelle, ligure 2.
- Les autres parties de la roue doivent être en fonte malléable.
- Un autre avantage résultant de cette disposition, c’est qu’elle dispense de l’emploi de, ressorts et supprime par cela même le bruit, les cahots et les vibrations qui les accompagnent, de sorte que le mouvement est aussi doux qu’on puisse l’imaginer.
- Nous n’oserions pas porter un jugement quelconque sur la nouvelle roue imaginée par M. Huxley, mais elle nous paraît si simple que nous avons cru utile de la faire connaître, espérant qu’un de nos lecteurs aura l’occasion de l’expérimenter et de nous fixer sur sa vraie valeur pratique.
- RÉCRÉATION MATHÉMATIQUE
- On propose à une personne d’écrire un certain nombre, grand ou petit, peu importe (le problème n’en sera que plus remarquable si le nombre est grand).
- Celui qui propose le problème ne doit ni voir ni connaître ce nombre. On fait ensuite écrire le même nombre en sens contraire, c'est-à-dire en commençant par le dernier chiffre et en terminant par le premier. Cela produit deux nombres que l’on dispose de façon à soustraire le petit du plus grand. Puis, la soustraction faite, il faut multiplier la différence par un nombre quelconque, et, le produit obtenu, on supprime, en le ravant d’une petite barre, un des chiffres dont il se compose, pourvu que ce chiffre ne soit pas un zéro. Enfin on additionne les chiffres qui restent, en les considérant comme des unités, et l’on fait connaître la somme. Celui qui a proposé le problème doit alors pouvoir dire quel chiffre a été rayé.
- Explication : La différence entre un nombre, et le même nombre écrit en sens contraire est toujours un multiple de 9 ; or, évidemment, la multiplication de cette différence par un nombre quelconque produira encore un multiple de 9 ; par exemple, 7 multiplié par 9 donne 63, et 65 x 12 —84 fois 9 ou 756. De plus, si on additionne les chiffres formant le multiple, en les considérant comme de simples unités, on obtiendra toujours 9 ou un multiple de 9. Par conséquent, en en rayant un, la somme des autres sera un multiple de 9, moins le chiffre supprimé. Il suffira donc de connaître cette somme et le nombre qu’il est nécessaire d’y ajouter pour obtenir le plus prochain multiple de 9. Ce nombre représentera le chiffre rayé. Exemple : Si, apres la suppression du chiffre, il reste 725, la somme de ces trois chiffres 7 + 2 + 5 étant 14, et le plus prochain multiple de 9 étant 18, c’est la différence entre 14 et 18, c’est-à-dire 4, qui a été supprimé.
- La raison qui empêche de biffer un zéro, quand le moment de supprimer un chiffre est venu, est celle-ci : Puisque la somme des chiffres dont se compose le nombre est un multiple de 9, on ne changera rien à cette condition du nombre, en retirant soit un 9, soit un 0 (zéro). La personne chargée de résoudre le problème ne pourrait donc pas savoir lequel de ces deux chiffres on a retiré, tandis que s’il est convenu de ne pas toucher aux zéros* elle saura que l'on a rayé un 9.
- (Scienlific American.)
- LA SCOLOPENDRE GÉANTE
- La gravure ci-jointe représente avec une scrupuleuse fidélité l’un des plus grands myriapodes connus, la Scolopendre géante. Certes ce n est ni par la beauté des formes, ni par la richesse de leurs couleurs que ces animaux peuvent attirer l’attention, aussi sont-ils presque inconnus ou l’objet d’un dégoût souvent mal justifié. Leurs mœurs, leurs moyens d’attaque et de défense, leurs habitudes sont cependant fort intéressantes ; c’est le devoir du naturaliste de les étudier et de les faire connaître.
- La Scolopendre géante appartient à la classe des Myriapodes, vulgairement appelés Mille-pieds, à cause du nombre souvent considérable de leurs pattes (le Geophilns xanthinus, Newp, d’Asie Mineure, en possède 162 paires), et à l’ordre des Chilopodes. Cette espèce, qui habite l’Amérique méridionale et particulièrement la Colombie, atteint jusqu’à 30 centimètres de longueur. Son corps, d’un brun ferrugineux, est formé de vingt et un segments portant chacun une paire de pieds ; ceux du dernier anneau étant plus longs que les autres et munis d’épines. En outre de la tète, qui supporte des antennes longues, multiarticulées et aplaties, des yeux et des mâchoires, on remarque, fixées sur l’anneau suivant, une paire de pinces terminées par deux robustes crochets noirs au sommet desquels débouche le canal d’une glande à venin. Ce sont les armes offensives des Scolopendres, qui enfonçent ces crochets dans le corps de leur proie en y laissant couler un poison mortel. La piqûre de ces animaux est dangereuse pour l’homme lui-même ; son action est égale à celle des Scorpions, aussi les espèces de grande taille sont-elles fort redoutées. Au moment de leur naissance; les petits ressemblent à leurs parents, mais ils possèdent un moins grand nombre d’anneaux et de pieds, qu’ils acquièrent graduellement par des mues nombreuses. Ce mode d’évolution est des plus curieux ; déjà quelques naturalistes habiles l’ont étudié de près et cependant nous devons avouer que nos connaissances, sur ce sujet, sont extrêmement restreintes.
- Les Scolopendres sont toutes carnivores et se nourrissent d’insectes, d’araignées, de vers, de limaces, etc. Elles se tiennent constamment dans les endroits sombres, cachées sous les pierres, les mousses, les écorces, où elles trouvent toujours un abondant gibier ; quelques-unes vivent même dans les habitations humides. C’est dans les contrées chaudes de l’Inde, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud que l’on rencontre en abondance les plus grandes espèces, effroi bien naturel des indigènes, qui les craignent autant que les serpents. Les Scolopendres d’Europe sont généralement petites et beaucoup moins dangereuses que ces dernières. Dans le midi de la France on trouve fréquemment la Scolopendre mordante Scolopendra morsitans, Villers), d’une longueur des
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- Scolopendre géante. Grandeur naturelle. D’après un individu conservé dans l’alcool.)
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- LA NATURE.
- 9 centimètres environ et dont la morsure présente quelque danger. Ce genre n’existe pas dans les autres régions de notre pays, où il est représenté par de petits myriapodes tout à fait inoffensifs, les Lithobius, dont une espèce, la Lithobie à tenailles [Lithobius forficatus, L.), est excessivement commune sous les pierres et les mousses et quelquefois dans les endroits sombres de nos maisons. C’est un animal utile qui détruit beaucoup de chenilles, d’insectes et de limaces. Ne l’écrasons donc pas sans discernement ; épargnons-le au contraire.
- Henri Gareau de Kerville.
- LES
- DANGERS DE L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- En présence du développement que prennent chaque jour les applications de l’électricité à l’éclairage public et privé, l’on se préoccupe de tous côtés des précautions à prendre et des règles à observer pour assurer à ce nouvel illuminant une innocuité sinon parfaite, — la perfection n’est pas de ce monde, — du moins égale et même supérieure aux anciens systèmes auxquels elle se substitue chaque jour avec succès. Les dangers que présente Félectricité sont de deux sortes : dangers d’incendie et dangers de mort par une secousse électrique provenant de courants de haute tension.
- À New-York, le Board of Fire Underwriters a nommé un Comité chargé d’étudier la question : ce Comité a établi des règles pour l’introduction et l’emploi de la lumière, électrique à l’intérieur des maisons en se plaçant à un point de vue purement commercial.
- En Angleterre, le Pliœjiix Fire Insurance Office a chargé un de ses ingénieurs, M. Musgrave Ileaphy, d’établir des règles pour les installations de lumière électrique, et tout récemment, la Society of telegraph Engineers and Elec-tricians, de Londres, a nommé un Comité composé de plusieurs électriciens éminents de l’Angleterre, dans le but d’étudier la question et de faire un rapport.
- Ce rapport vient d’être publié par les soins de la Société, et nous devons avouer que cette publication a été pour nous une surprise. Peut-être faut-il attribuer son insuffisance manifeste a la rapidité avec laquelle ce rapport a été fait, puisque la Commission nommée le 11 mai dernier n’a pas consacré plus d’un mois à l’étude de la question. Eu égard à la grande autorité qui s’attache au nom des membres delà Commission et à la Société, on pouvait espérer rencontrer dans ce travail des indications plus précises et des renseignements plus complets que ceux renfermés dans ce rapport, renseignements connus depuis longtemps de tous les ingénieurs qui s’occupent d’éclairage électrique.
- Quoi qu’il en soit, nous allons résumer ici les points principaux de ce rapport pour montrer le bien fondé de nos critiques et la nécessité de renseignements complémentaires sur ce sujet important.
- I. Machine dynamo-électrique. — La machine doit être établie en un endroit sec, ne pas être exposée à la poussière et aux mouches, tenue bien propre, les coussinets bien graissés. L’isolement des bobines et des conducteurs doit être parfait. Il est préférable, lorsque cela est possible, d’établir la machine sur une assise isolante. Tous les
- conducteurs dans la salle des machines doivent être solidement suspendus, bien isolés, bien disposés pour une inspection, marqués ou numérotés.
- II. Fils. — Les commutateurs doivent être construits pour ne pas chauffer et ne pas permettre l’établissement d’un arc permanent à la rupture du circuit; le socle devra être en ardoise, en marbre ou toute autre matière incombustible.
- On devra établir dans le circuit des conducteurs principaux des appareils de sûreté, constitués par une matière facilement fusible lorsque le courant atteint une trop grande valeur, pour rompre automatiquement le circuit.
- La grosseur des circuits doit être proportionnée au courant qui doit les traverser, de telle sorte que la température ne dépasse jamais 150° Fahrenheit (83° C.).
- Dans les circonstances ordinaires, on devra faire usage d’un circuit métallique complet et éviter de se servir des tuyaux d’eau et de gaz comme fds de retour.
- Lorsque les fils nus extérieurs reposent sur des supports isolants, on doit les recouvrir d’une matière isolante sur une longueur d’au moins 2 pieds (0m,61) de chaque côté du support.
- Les fils nus passant au-dessus des maisons doivent être à une distance d’au moins 7 pieds (2m, 15) des parties les plus élevées du toit. En traversant les rues, ils doivent être placés assez haut pour que les échelles de sauvetage puissent passer dessous.
- Les jonctions des fils doivent être électriquement et mécaniquement parfaites ; dans les fils souterrains, les joints doivent être indiqués d’une manière efficace et faciles à atteindre pour les inspecter et les réparer lorsque cela est nécessaire.
- Tous les fils intérieurs doivent être isolés d’une manière efficace. Les traversées d’étage ou de toits, et les endroits où il peut s’établir des contacts avec les masses métalliques doivent être recouverts d’un second isolant d’une nature convenable; lorsque le fil peut être rongé par les souris ouïes rats, il doit être enfermé dans une enveloppe résistante.
- III. Lampes. — Les lampes à arc doivent toujours être protégées par des lanternes, [tour empêcher la chute des charbons incandescents ou les étincelles, les globes doivent être renfermés dans un réseau ou filet mécanique. Les lanternes doivent être isolées du circuit dans tous les points ou on doit les prendre à la main.
- IV. Dangers pour les personnes. — Pour assurer les personnes contre les dangers intérieurs, les conducteurs et le montage des appareils doivent être disposés pour que personne ne soit exposé à recevoir les secousses de courants alternatifs dépassant 60 volts, et qu’il n’y ait jamais une différence de potentiel de plus de 200 volts entre deux points dans la même salle. Si la différence de potentiel excède 200 volts, que la source électrique soit extérieure ou intérieure, la maison doit être munie d’un commutateur qui permette de supprimer d’un seul coup toute la distribution d’électricité dans la maison.
- Enfin, comme recommandations générales, le Comité insiste sur les essais nombreux et répétés des lignes et des conducteurs, la mesure des courants produits et dépensés, de bons isolements, de bons joints, et un soin tout spécial pour éviter l’humidité qui produit des pertes par dérivation et la destruction des conducteurs par corrosion électrolytique.
- « L’élément le plus certain de sûreté est l’emploi d’électriciens habiles et expérimentés pour surveiller le travail. »
- Yoilà qui est parler d’or, mais si, comme c’est le cas,
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- LA NATURE.
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- tous les électriciens exercés connaissent les recommandations par trop élémentaires de la Commission, pourquoi les publier sous un si grand patronage, et leur donner par cela mémo un prestige qu’elles ne nous paraissent mériter en aucune façon? Dans le cas contraire, pourquoi des instructions qui sont trop générales et trop insuffisantes pour les profanes ? Nous espérons que c’est la un simple rapport préliminaire, une sorte de programme que la Commission tiendra à honneur de remplir complètement dans un délai rapproché en définissant avec plus de précision ce qu’elle entend par les mots : bons joints, conducteurs suffisants, isolements efficaces, etc., dans tous les cas de la pratique. Aussi ne pouvons-nous que nous associer aux justes critiques de notre excellent confrère de Londres, The Eleclrical revieic, pensant qu’on pouvait mieux attendre d’une Commission scientifique aussi autorisée, que le conseil de faire surveiller les installations d’éclairage par des électriciens habiles et exercés.
- LES CAVES NATURELLES DE ROQUEFORT
- (aveyron)
- La Société d'étude des sciences naturelles de Béziers a fait, le 11 juin dernier, une excursion géologique à Tour-nemire et à Roquefort; nous empruntons au compte rendu que l’un des membres de la Société, M. Henry Bouvx, nous a adressé de cette excursion, la description suivante des curieuses caves de Roquefort. •
- Sur le revers septentrional du plateau du Lazac, entre Saint-Àffrique et Saint-Rome-de-Cernon, s’avance, de l’Est à l’Ouest, une sorte de contrefort dont le sommet, qui forme un plateau étroit, est borné du côté du Nord par un escarpement abrupt, hérissé de rochers coupés à pic, et d’une hauteur de plus de 100 mètres. C’est la montagne de Cambalou.
- A une époque indéterminée, une partie des roches ooli-thiques se détacha ; elle suivit le mouvement des assises argileuses sur lesquelles elle reposait, à mesure que celles-ci glissaient sur les flancs d’un coteau ; ses strates brisées, renversées les unes sur les autres en immenses blocs, formèrent un nouveau sol irrégulier, laissant entre eux des fissures nombreuses. L’air, en y pénétrant dans plusieurs sens, y forma des courants, en même temps que les eaux pluviales, par leur infiltration, les remplissaient d’humidité.
- C’est sur ce nouveau sol que fut Bâti plus tard le village de Roquefort, à une altitude de 777 mètres. Ce sont ces failles ou fissures et l’air rafraîchi qui en sort, qui ont été utilisés pour la préparation des fromages produits par le lait des brebis de la contrée. Ce sont les grottes naturelles qui furent les premières caves, et à l’ouverture desquelles, plus tard, on construisit des locaux plus vastes qui sont les caves actuelles avec leurs accessoires. La température des caves varie entre 4 et 8 degrés centigrades d’un jour à l’autre, d’une cave et d’une partie de cave à l’autre. L’air amené par les failles est chargé d’humidité, dont la moyenne est de 60 degrés à l’hygromètre. Ce sont ces rapports entre la température des caves de Roquefort et le degré de l’humidité de l’air que les courants apportent, qui donnent à ces caves leurs qualités et les rendent inimitables.
- LA MÉDAILLE DE M. PASTEUR
- Les découvertes de M. Pasteur l’ont placé, depuis longtemps, au premier rang de la science, qu’il continue à servir avec le plus grand éclat. Un Comité composé de membres de l’Académie des Sciences, de l’Académie de Médecine, de la Société d’Agriculture, de la Faculté des Sciences et de l’École Normale supérieure s’est conslilué, sous la prési-, dence de M. Ruinas, en vue de lui offrir une médaille commémorative de ses féconds travaux. L’exécution de cette médaille a été confiée à M. Alphée Dubois. Le 25 juin dernier, MM. Dumas, Boussingault, Jamin, Bouley, Daubrée, membres de l’Institut; Berlin, directeur des études de l’Ecole Normale; Davaine et Villemin, membres de l’Académie de Médecine; Tisserand, directeur de l’agriculture et du commerce, se sont rendus au laboratoire de M. Pasteur, à l’École Normale. Us ont trouvé le maître entouré des membres de sa famille.
- M. Dumas a remis la médaille à M. Pasteur et a prononcé l’allocution suivante :
- Mou cher Pasteur,
- R y a quarante ans, vous entriez comme élève dans cette maison. Dès vos débuts vos maîtres avaient prévu que vous en seriez l’honneur ; mais nul n’eût osé prévoir quels services éclatants vous étiez destiné à rendre à la science, au pays et au monde.
- Vos premiers travaux faisaient disparaître pour toujours du domaine de la chimie les forces occultes en expliquant les anomalies de l’acide tartrique.
- Confirmant le caractère vital de la fermentation alcoolique, vous étendiez cette doctrine de la chimie française aux fermentations les plus diverses et vous donniez à la fabrication du vinaigre des règles que l’industrie applique avec reconnaissance aujourd’hui.
- Dans ces infiniment petits de la vie, vous découvriez un troisième règne, celui auquel appartient ces êtres qui, avec toutes les prérogatives de la vie animale, n’ont pas besoin d’air pour vivre et trouvent la chaleur qui leur est nécessaire dans la décomposition chimique qu’ils provoquent autour d’eux.
- L’étude approfondie des ferments vous donnait la complète explication des altérations que subissent les substances organiques : le vin, la bière, les fruits, les matières animales de toutes les espèces ; vous expliquiez le rôle préservatif de la chaleur appliquée à leur conservation et vous appreniez à en régler les effets d’après la température nécessaire pour déterminer la mort des ferments.
- C’est ainsi que vous étiez conduit à maintenir dans toute l’étendue des règnes organisés le principe fondamental qui fait dériver la vie de la vie et qui repousse comme supposition sans utilité et sans base la doctrine de la génération spontanée.
- C’est ainsi que, montrant l’air comme le véhicule des germes de la plupart des ferments, vous appreniez à conserver sans altération les matières les plus putrescibles en les préservant de tout rapport avec l’air impur.
- Appliquant cette pensée aux altérations si souvent
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- mortelles que les blessures et les plaies éprouvent lorsque les malades habitent un lieu contaminé, vous appreniez à les garantir de ce danger en entourant leurs membres d’air filtré, et vos préceptes, adoptés par la pratique chirurgicale, lui assurent tous les jours des succès qu’elle ignorait et donnent à ses opérations une hardiesse dont nos prédécesseurs n’ont pas eu le pressentiment.
- La vaccination était une bienfaisante pratique. Vous en avez découvert la théorie et élargi les applications. Vous avez appris comment d’un virus on fait un vaccin; comment un poison mortel devient un préservatif innocent. Vos recherches sur la maladie charbonneuse et les conséquences pratiques qui en découlent, ont rendu à l’agriculture un service dont l’Europe sent tout le prix. Mais, ce résultat acquis, tout éclatant qu’il soit, n’est rien à côté des applications qu’on peut attendre de la doctrine h laquelle il est dû. Vous aviez fourni à la doc -trine du virus une base certaine en la rattachant à la théorie des ferments ; vous avez ouvert à la médecine une
- Médaille offerte à M. Pasteur par ses admirateurs.
- range parmi ses gloires. Au moment où, de toutes parts, les témoignages de la reconnaissance publique s’élèvent vers vous, l’hommage que nous venons vous offrir, au nom de vos admirateurs et de vos amis, pourra vous sembler digne d’une attention particulière. Il émane d’un sentiment spontané et universel, et il conserve pour la postérité l’image fidèle de vos traits.
- Puissiez-vous, mon cher Pasteur, jouir longtemps de votre gloire et contempler les fruits toujours plus nombreux et plus riches de vos travaux. La science, l’agriculture, l’industrie, l’humanité vous conserveront une gratitude éternelle, et votre nom vivra dans leurs annales parmi les plus illustres et les plus vénérés.
- M. Pasteur a répondu :
- Mon cher Maître, il y a quarante ans, en effet, que j’ai le bonheur de vous cor naître et que vous m’avez appris à aimer la science et la gloire.
- J’arrivais de la province. De chacune de vos leçons de la Sorbonne, je sortais transporté et souvent ému jusqu’aux larmes, et, dès ce moment, votre talent de profes-
- ère nouvelle en prouvant que tout virus peut avoir son vaccin.
- Au milieu de ces admirables conquêtes de la science pure, de la philosophie naturelle et de la pratique, nous pourrions oublier qu’il est une contrée où votre nom est prononcé avec un respect particulier : c’est le pays si fortuné jadis où s’élève le ver à soie. Un mal, qui avait répandu la terreur dans toutes les familles de nos montagnes méridionales, avait fait disparaître les belles races qu’elles avaient créées à force de soins et de sages sélections. La ruine était complète. Aujourd’hui, grâce à vos procédés de grainage scientifique, les éleveurs ont retrouvé leur sécurité, et le pays voit renaître une des sources de sa richesse.
- Mon cher Pasteur, votre vie n’a connu que des succès. La méthode scientifique, dont vous faites un emploi si sûr, vous doit ses plus beaux triomphes. L’École Normale est fière de vous compter au nombre de ses élèves ; l’Académie des Sciences s’enorgueillit de vos travaux; la France vous
- — Face et revers. — Œuvre de M. Alphée Dubois.
- seur, vos immortels travaux, votre noble caractère, m’ont inspiré une admiration qui n’a fait que grandir avec la maturité de mon esprit.
- Vous avez dû deviner mes sentiments, mon cher Maître, car il n’est pas, je crois, une seule circonstance importante de ma vie ou dfe celle de ma famille, circonstance heureuse ou pénible, qui vous ait trouvé absent, et que vous n’ayez en quelque sorte bénie.
- Voilà, qu’aujourd’hui encore, vous êtes au premier rang dans l’expression de ces témoignages, bien excessifs suivant moi, de la reconnaissance de mes amis et de mes maîtres. Et ce que vous avez fait pour moi, vous l’avez fait pour tous vos élèves. C’est là ce qui vous distinguera entre tous. Derrière les individus, vous voyez toujours la France et sa grandeur.
- Comment vais-je faire désormais, en ce qui me concerne ? Les grands éloges enflamment mon ardeur et ne m’inspirent que l’idée de m’en rendre digne par de nouveaux efforts. Ceux que vous venez de m’adresser, cher Maitre, avec tant d’indulgente bienveillance, seront au-dessus de mon courage.
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- LA NATURE.
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- LES BECS A GAZ INTENSIFS
- DE LA PLACE Dü P A L A 1 S-R 0 Y A L, A PARIS
- 11 seraitjpnen difficile encore de savoir qui l’emportera dans cette lutte de lumière à outrance engagée depuis trois ans déjà entre le gaz et l’électricité. Contentons-nous, en spectateur impartial, d’enregistrer les progrès au fur et à mesure qu’ils se présentent et d’applaudir à chaque succès, puisque nous sommes les premiers à en profiter.
- Nous avons déjà exposé dans la Nature du 26 mars 1881, les principes et la construction des becs intensifs de M. Frédéric Siemens, de Dresde, et nous avons montré qu’à puissance lumineuse égale, ils dépensaient trois fois moins de gaz que les becs intensifs de la rue du Quatre-Septembre. Nous y revenons aujourd’hui pour faire connaître les modifications qui leur ont été apportées et décrire le type adopté par la Ville de Paris pour l'éclairage de la place du Palais-Royal. La puissance de chacun des quatres becs établis sur la place du Palais-Royal varie entre quarante et quarante-cinq
- Les becs à gaz intensifs de la place du Palais-Royal, à Paris.
- i. Brûleur et régénérateur recouvert de la chemise en cuivre nickelé. — 2. Coupe de la lanterne montrant la disposition du brûleur et l’échappement des produits de la combustion.— 3. Coupe longitudinale du bec montrant la circulation de l’air, du gaz et des produits de la combustion.
- becs Çarcel, et la consommation est réglée à une dépense de 1600 litres à l’heure, ce qui abaisse la dépense à 36 litres par heure et par unité de lumière au lieu de 127 litres, comme dans les becs papillon ordinaires.
- Rappelons d’abord que le principe des becs Siemens consiste à utiliser la chaleur produite par la combustion à échauffer l’air et le gaz qui viennent ainsi se mélanger dans la flamme à une température déjà élevée, d’où le nom de bec à régénéa-teur donné à l’appareil.
- Le gaz arrive dans la flamme par une couronne circulaire formée de trente-deux tubes de 4 millimètres de diamètre (n° 3) ; cette couronne entoure
- la cheminée centrale dans laquelle les produits de la combustion circulent de haut en bas, dans le sens indiqué par les flèches et se séparent ensuite en deux branchements (n° 2) pour aller ensuite se perdre dans l’atmosphère en traversant une sorte de capuchon ou tête-de-loup, percé de trous, qui s’oppose aux retours de flamme pendant les coups de vent. L’air d’alimentation de la flamme arrive aussi par la partie inférieure du bec et s’échauffe au contact de la cheminée centrale ; la chambre d’arrivée d’air est recouverte d’une enveloppe en cuivre nickelé qui s’oppose à son refroidissement et présente la forme d’un cylindre surmonté d’uu tronc de cône (n°* 1 et 2). La partie supérieure de cette enveloppe sert de
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- LA NATUHK
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- support au verre bombé qui entoure la flamme. Une légère partie des produits de la combustion s’échappe directement dans l’atmosphère en traversant un trou pratiqué au milieu d’un abat-jour en tôle émaillée très aplati qui forme réflecteur au sommet de la lanterne (n° 2). La lanterne est complètement close, de sorte que tout l’air d’alimentation est obligé de venir lécher la cheminée centrale et de s'échauffer fortement avant d’arriver dans la flamme.
- Enfin, un robinet de commande et un rhéomêtre disposés dans le socle du candélabre, à portée de la main, permettent de régler la consommation du bec.
- Tour le fonctionnement du brûleur et les avantages qu’il présente, nous n’avons qu’à renvoyer le lecteur à ce que nous disions dans le numéro du 26 mars 1881.
- Au point de vue de l’effet produit, ajoutons qu’il est très satisfaisant et‘que grâce aux deux tuyaux de petit diamètre qui ont remplacé le tuyau unique des premiers modèles, l’aspect du brûleur est beaucoup moins disgracieux, puisque ces tuyaux se dissimulent presque complètement contre les montants verticaux de la lanterne.
- Sous sa forme actuelle, le bec Siemens constitue un excellent éclairage pour les places publiques et les espaces découverts ; et nous n’attendrons pas longtemps avant de voir multiplier le nombre de ses applications, car sa place est marquée partout où l’on cherche un éclairage intense sans avoir recours aux complications qu’entraîne l’éclairage électrique, tant qu’on n’aura pas réalisé la distribution de l’électricité sur uue grande échelle.
- —<> E' 11
- PRÉPARATION'DES CHARRONS
- POUR LA LUMIÈRE ÉLECTRIQyE
- En vue des applications du carbone à la production de la lumière électrique,, le problème qui se pose aux chimistes consiste à préparer un charbon plus conducteur que le charbon de bois calciné, et sinon tout à fait pur d’hydrogène, au moins exempt de matières minérales. Pour atteindre ce but, trois moyens paraissent pouvoir être employés, savoir : 1° l’action du chlore sec, dirigé sur le carbone porté à la température du rouge blanc; 2° l’action de la potasse ou de la soude caustique en fusion; 5° l’action de l’acide fluorhydrique sur les crayons taillés, en opérant à froid et par voie d’immersion plus ou moins prolongée.
- L’emploi du chlore convient parfaitement pour le charbon très divisé. Par la double influence du chlore et d’une température élevée, la silice, l’alumine, la magnésie, les oxydes alcalins, les oxydes métalliques sont réduits, transformés en chlorures volatils, et l’hydrogène resté dans le carbone se transforme en acide chlorhydrique qui est emporté avec les chlorures.
- M. Jacquelain applique ce moyen au charbon en bloc, en dirigeant d’abord un courant de chlore sec, pendant trente heures au moins, sur quelques kilogrammes de
- charbon de cornue maintenus à la température du rouge blanc et taillés d’avance en crayons prismatiques.
- Cette première opération laisse dans le carbone des vides nombreux qu’il faut combler, afin de restituer, autant que possible, aux charbons leur compacité, leur conductibilité et leur faible combustibilité primitives; on y parvient en soumettant les crayons qui ont subi la purification par le chlore à l’action carburante d’un carbure d’hydrogène, dont la vapeur circule lentement sur les crayons chauffés au rouge blanc, pendant cinq à six heures, dans un cylindre en terre réfractaire. La réduction en vapeur du carbure d’hydrogène (huile lourde de bouille) doit se faire avec lenteur, afin que la décomposition se produise à la température la plus élevée et de manière à faire naître un dépôt de carbone peu abondant; autrement tous les crayons se couvriraient d’une couche de charbon dur, assez épaisse pour les souder en un seul bloc, qu’il n’est plus possible d’utiliser.
- La soude caustique à 5 équivalents d’eau, fondue dans des vases en tôle ou en fonte, nous offre une action plus prompte, en convertissant la silice et l’alumine en silicate et aluminate alcalins; par des lavages à l’eau distillée chaude, on entraîne l’alcali d’imbibition avec les silicates et aluminales ; ensuite, par des lavages à l’eau chlorhydrique faible et chaude, on enlève tout l’oxyde de fer avec des bases terreuses ; enfin quelques lavages à l’eau distillée chaude font disparaître l’acide chlorhydrique restant.
- Enfin le procédé de purification du charbon de cornue par l’acide fluorhydrique est une opération des plus simples. Une immersion des crayons taillés dans de l’acide fluorhydrique étendu de deux fois son poids d’eau et mis à réagir pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, par une température de 15 à 25°, dans un vase rectangulaire en plomb muni de son couvercle, conduit facilement au résultat cherché ; reste à lavera grande eau, puisa l’eau distillée, à sécher et à soumettre ce carbone, ainsi purifié, à une carburation de trois à quatre heures, si les matières terreuses enlevées par l’acide fluorhydrique sont en faible proportion. Mais l’emploi de cet acide, même étendu de deux fois son poids d’eau, réclame beaucoup de précautions *.
- CHRONIQUE
- Émigration aux États-Unis. — L’année 1881, qui était la plus remarquable relativement au nombre des émigrants européens, puisque 600 000 environ débarquèrent aux Etats-Unis, sera dépassée par l’année 1882. En mai, il est arrivé, dans le seul port de New-York, 90 019 émigrants; et environ 20 000 à Baltimore, Philadelphie, Boston, la Nouvelle-Orléans, etc. Rien que pour New-York cela faisait, jusqu’à fin mai, 234 000 émigrants, c’est-à-dire 52 000 de plus que dans la même période de 1881. U y a encore un autre fait à observer à ce propos, c’est que la grande source toujours croissante d’émigration est l’Allemagne; un rapport au Parlement britannique prouve que l’immigration des ports irlandais, en 1881, était à peu près de 17 000 de moins qu’en 1880. Depuis l’année 1852 jusqu’à l’année 1855, le nombre d’émigrants irlandais, ou ayant qifitté les ports irlandais, atteignait en moyenne 148 985 tous les ans; de 1856 à 1866 on est tombé au chiffre de 88 272; de 1866 à
- 1 D’après une note deM. Jacquelain. —Académie des sciences, 1882.
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- 1876 on a une moyenne de 74 667. Bans l’année 1852, le chiffre avait été de 190 322, et on croyait à la dépopulation de l'ile; mais en 1877 le chiffre était descendu à 35 503. Alors il a commencé à augmenter chaque l année, à mesure que les États-Unis prospéraient, jusqu’en 1880, où on atteignit le chiffre de 95 577. L’immigration d’Irlande, pendant les trente dernières années, a été à peu près de deux millions et trois quarts. Mais ce total sera bien vite dépassé par l’Allemagne, et en moins de trente ans, si le mouvement d’immigration allemande continu.
- Explosion «l’un navire par la force moléculaire.— La Gazette maritime et commerciale relate dans ses informations sur les sinistres maritimes un curieux exemple de la puissance formidable des forces moléculaires. Le navire italien Francisco, chargé de riz, avait relâché le 11 mai à East-London avec une forte voie d’eau. Une escouade nombreuse d’ouvriers fut aussitôt embarquée pour pomper l’eau contenue dans le navire et en faire le déchargement : malgré l’activité déployée, les sacs de riz s’imbibèrent d’eau peu à peu, se gonflèrent, et deux jours .après, le 31 mai, le navire était violemment mis en pièces, par le gonflement de son chargement.
- La ventilation du tunnel de Saint-Louis. — Ce
- tunnel présente une longueur de 5007 pieds (1527 mètres) et une courbe de 500 pieds de rayon (150 mètres) sur une longueur de 90°, c’est-à-dire que les deux parties droites reliées par la courbe forment entre elles un angle droit. Les rampes varient de 51 à 137 pour 1000 et le nombre des trains réguliers qui traversent le tunnel est de 272 par jour. En raison de ces conditions particulières de courbes et de rampes, les locomotives fonctionnent à grand feu et à haute pression, elles brûlent un charbon sulfureux et bitumineux, aussi le tunnel était-il depuis plusieurs années, littéralement engorgé de fumée au point qu’il était presque impossible de travailler aux réparations et à l’entretien de la voie. Quatre ventilateurs n’ont donné aucun résultat; la substitution du Goke au charbon bitumineux n'a pas sensiblement changé les conditions hygiéniques du tunnel; on a dû faire appel à la ventilation mécanique. On a donc établi un ventilateur aspirant de 15 pieds (4m,57) de diamètre et de 9 pieds (2m,70) de largeur qui rejette les produits aspirés dans une cheminée de 50 mètres de hauteur, de. Il mètres de diamètre à la base et de 4m,50 de diamètre dans sa partie cylindrique.
- Le ventilateur est mis en mouvement par une machine Compound qui, dans les conditions normales de fonctionnement produit 56 chevaux-vapeur indiqués et fait tourner le ventilateur à une vitesse de 110 tours par minute. A la vitesss de 120 tours, le travail dépensé est de 72 chevaux, mais le courant d’air produit a une vitesse assez grande pour gêner sensiblement les ouvriers chargés de l’entretien du tunnel.
- Le trafic ordinaire ne demande pas plus de 104 tours et 48 chevaux de force pour une ventilation suffisante. Les trains traversent le tunnel en quatre minutes ; le ventilateur est placé vers le milieu de sa longueur, un peu plus près de l’ouverture ouest, puisqu’un train partant de cette extrémité met une minute et trois quarts pour arriver au ventilateur. La fumée produite par un train est complètement balayée par le ventilateur cinq ou six minutes après l’instant où la locomotive se trouvait sous la tète d’entrée du tunnel. Le ventilateur fonctionne nuit et jour.
- Le volume d’air aspiré pour rejeter au dehors la fumée produite par un train est de 27 550 000 pieds cubes (10000 mètres cubes). Chaque train est dans une certaine mesure, enveloppé par sa propre fumée, puisque la vitesse du train est plus grande que celle de l’air, mais la fumée ne s’accumule pas dans le tunnel et la machine se déplace en général dans un air pur.
- Le blanchissage û vapeur, — Un établissement italien à Turin, via degli Artisti, 34, a essayé, le premier, et avec un plein succès, une série d’appareils qui exécutent, d’une, manière automatique, le lavage, le séchage et le repassage du linge. Voici comment se succèdent ces diverses opérations. Le linge est réparti en divers groupes, qui sont jetés dans une cuve remplie d’eau où des rames leur impriment un mouvement de va-et-vient qui les imprègne copiplètement de liquide. Au sortir de la cuve, les linges sont rangés en plusieurs couches superposées dans des tonneaux à double fond où une pompe maintient la circulation d’une lessive chaude préparée ad hoc. Cela fait, on plonge le linge dans une autre cuve pleine d’eau savonneuse où des rames viennent de nouveau agiter dans tous les sens et où il subit un dernier lavage. Vient ensuite le séchage. On emploie, à cet effet, la turbine à force centrifuge, vulgairement appelée diable tournant. La majeure partie de l’eau se trouve ainsi éliminée sans peine et sans aucun de ces accidents si fréquents dans l’étendage à l’air libre. Il n’est point, en effet, à craindre qu’une brusque saute de vent ne viennent replonger le linge dans la boue et obliger à renouveler l’opération fastidieuse du lavage à la main. Pour faire disparaître jusqu’aux dernières traces d’humidité, le linge est placé sur des toiles qui le font passer dans une étuve chauffée à la vapeur où il se dépouille du peu d’eau qu’il retenait encore. Avant de rendre le linge à son propriétaire, il fallait lui faire subir une dernière opération, celle du repassage. Elle se fait mécaniquement d’une façon très simple. Supposez un secteur semi-circulaire à double paroi. La partie intérieure est en acier poli et s’échauffe au degré voulu par l’introduction de la vapeur dans l’intérieur du secteur. Dans cette partie intérieure ainsi polie, roule un cylindre d’un diamètre un peu inférieur et garni de drap. L’opération se conçoit, facilement. Le cylindre saisit le linge, l’entraîne dans son mouvement giratoire dans le petit espace qui existe entre lui et le secteur brûlant, le presse contre ce dernier, et le fait sortir du côté opposé avec ce lustre et ce brillant que donne le repassage. 11 serait à souhaiter que ces procédés pussent se généraliser ; ils épargneraient une grande perte de temps et d’argent. (Les Mondes.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 juillet 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- Le froid contre la trichine. — M. Carré, bien connu par l’appareil frigorifique qu’il a inventé et qui porte son nom, a calculé le prix auquel on peut obtenir la destruction, par le froid, des trichines contenues dans la viande. 11 a reconnu qu’une machine de son système fabriquant 300 kilogrammes à l’heure pourrait refroidir à — 39 degrés 100 mètres cubes de jambon, c’est-à-dire 60 000 kilogrammes de cette viande, moyennant 8000 kilogrammes de charbon et 27 kilogrammes d’ammoniaque. Un homme suffisant à la conduite de l’opération, la dépense totale serait de moins de 500 francs, c’est-à-dire
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- 1 centime environ par kilogramme. L’appareil coûterait 60 000 francs de frais d’établissement. L’auteur insiste sur l’application à faire de ce système pour assainir la viande crue dont on alimente maintenant les malades sur une si vaste échelle.
- A cette occasion M. Fremy exprime le désir d’ê-tre renseigné sur l’opinion des médecins relativement à la facilité d’assimilation de la viande crue.
- M. Vulpian répond qu’il y a là un fait d’expérience dont la théorie sans doute n’est pas complète.
- M. Bouley pense que l’albumine coagulée par la cuisson est plus difficile à assimiler que l’albumine fluide delà viande crue. Mais M. Fremy émet l’avis qu’à son entrée dans l’estomac et sous l’influence des acides du suc gastrique l’albumine fluide doit être coagulée. M. Chevreul annonce alors qu’il exposera prochainement ses idées sur ce sujet.
- Astronomie. — La flexion du cercle méridien de l’Observatoire de Paris occupe M. Lœvy, qui, avec un appareil spécial qu’il a imaginé, a déterminé les déformations de la lunette aussi bien en ascension droite qu’en déclinaison.
- Densité des vapeurs. — On sait que tandis que le chlore obéit aux lois générales qui régissent la dilatation des vapeurs, l’iode au contraire présente des anomalies considérables. M. Troost s’est assuré que ces caractères si divers se continuent dans les composés de ces corps haloïdes. Le chlorure de mercure est normal, tandis que l’iodure est tout à fait irrégulier. C’est la première fois que de pareils faits sont signalés et leur considération jettera sans doute du ^ jour sur les questions de mécanique chimique.
- Nouveau paratonnerre. — Un physicien belge bien connu, M. Melsens, est d’avis que les objets qu’il importe le plus de soustraire aux effets de la foudre, tels que les magasins de poudre, doivent être non pas seulement surmontés de paratonnerres, mais enveloppés d’une véritable cage métallique. Il s’appuie sur ce que des animaux placés dans de pareilles enceintes n’ont éprouvé aucun effet fâcheux de décharges qui, dans des conditions ordinaires, les eussent nécessairement foudroyés. — Mentionnons l’assertion d’un correspondant, que les arbres frappés par la foudre agissent pendant des années sur la boussole comme feraient des corps aimantés. Voilà un fait qui mériterait une sérieuse vérification.
- Varia. — M. Huet soumet une théorie nouvelle de la navigation aérienne. —
- Les recherches de M. Cailletet sur l’hydrogène phosphoré sont l’objet d’une réclamation de priorité. — M. Mascart décrit un nouveau baromètre extrêmement délicat. — Dans un mémoire présenté par M. Cahours, M. Étard étudie les combinaisons des sulfites cuivreux avec les sulfites alcalins.
- Stanislas Meunier.
- Fig. 1. — Em-porte-pièce et rondelles de papier cou -pées.
- celui
- Fig. 2. — Canne en papier et mode de confection.
- CORRESPONDANCE SOR l'a fabrication de cannes en papier Montluçon. juillet 1882. Monsieur le Rédacteur,
- Voici ce que je sais sur la fabrication des cannes en papier, demandée par quelques-uns de vos lecteurs.
- On se procure d’abord un bon emporte-pièce en acier à deux circonférences concentriques coupantes; la première de 15 à 18 millimètres de diamètre, et l’autre de'3 à 4 millimètres, la figure 1 en donne l’aspect.
- Avec cet outil on obtient des rondelles de papier découpées dans des cahiers de quinze à vingt feuilles d’épaisseur. Ces petits paquets de rondelles sont percés d’un trou central obtenu par la petite circonférence coupante. Un de ces paquets est représenté au-dessous de l’emporte-pièce (fig. 1).
- D’un autre côté on a préparé une tige d’acier de la longueur de la canne et de 5 à 4 millimètres de diamètre, taraudée à ses deux extrémités et munie d’un écrou d’un diamètre plus petit que que devra avoir la canne. On dévisse un de ces écrous et on enfile dans la tige tous les paquets de rondelles obtenus à l’emporte-pièce. À mesure qu’on les place ainsi, on les tasse avec une masse quelconque de fer ou de fonte percée, et dans lequel la tige d’acier passe librement. C’est une’ sorte de petit mouton mu à la main. La figure 2 donne l’explication de cette opération ; elle montre, à droite, le mouton glissant dans la tige au-des«us des rondelles.
- Lorsqu’on a ainsi rempli toute la tige, on place le second écrou, puis l’on visse fortement. On obtient ainsi un cylindre en papier qui doit être aussi dur qu’un corps métallique, et presque aussi lourd (fig. 2, dessin de gauche).
- Four lui donner la grâce et le poli, on le rabotte, comme on ferait d’une tige de bois dur, en ayant soin de lui donner une forme conique et une surface unie que l’on adoucit d’ailleurs à la lime, au papier de verre, etc., etc.
- On visse une tête que l’on est dans l’habitude de faire ici avec un petit marteau en acier comme les élèves de l’Ecole de Mines aiment à en porter, ou bien un obus en miniature, etc., etc. A l’autre extrémité on visse encore une virole pleine en fer et on a la canne demandée. On la vernit, on la peint et il est assez difficile de la croire en papier.
- Les vieux journaux, les vieux livres, donnent un ton gris assez agréable ; pour obtenir des tronçons de diverses couleurs, on découpe du papier de ces diverses couleurs.
- Veuillez agréer, etc. J. Cariven.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- No 478. _ 29 JUILLET 1882.
- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA.
- (Suite. — Voy. p. 51 et 98.)
- La décision du Congrès international d’études fixait définitivement le problème, et c’est désormais sur cette région de l’isthme, entre les deux baies de Limon et de Panama, que nous allons concentrer nos observations, abandonnant les tracés parcourus antérieurement, du Mexique- à la Colombie, par les missions de Tehuantepec, du Nicaragua et du Darien. C’est bien au passage de Panama, au
- col désormais célèbre de la Culebra, entamé aujourd’hui par les excavateurs ou la dynamite, que devait être tracé ce canal ; c’est là, en effet, que l’énorme colonne vertébrale de la Cordillère s’abaisse davantage, et que, en même temps qu’une plus faible largeur, l’isthme vient offrir encore une altitude remarquablement légère. Le col de Guys-coyol, entre le lac Nicaragua et le Pacifique, n’a, il est vrai, que 46 mètres de hauteur au-dessus du niveau moyen des mers ; mais la distance de côte à côte entre SanJuan del Norte, sur la mer des Antilles, et Buto, sur le Grand Océan, est de 291 kilomètres. Le col de Tariffa, dans l’isthme de Tehuantepec, pré-
- Fig. 1. — Le chemin de fer de l’isthme de Panama. (D’après une photographie.)
- sente une altitude de 250 mètres ; le col de Tihulé, dans le Darien méridional, s’élève à 142 mètres, et celui de Tulegua, à 146 mètres. Les hautes altitudes, plus de 500 mètres, des cols de l’isthme de San Blas, dont la largeur, de la baie de San Blas à l’embouchure du Rio Bayano, sur le Pacifique, n’est que de 50 kilomètres, ont dû également faire rejeter toute idée de traversée maritime de cette région, l’établissement d’un canal nécessitant .le creusement d’un tunnel inévitable de 15 à 16 kilomètres de longueur. Panama seul, dans la topographie des Cordillères, réunit la double condition de rétrécissement de l’isthme et de faible altitude du col, d’où la plus grande facilité d’établissement d’un canal à niveau et à ciel ouvert.
- A la vérité, nous pouvons le dire dès maintenant, 10* année. — 2* semestre.
- les premiers projets de MM. Wyse et Reclus avaient prévu le percement d’un tunnel au col de la Culebra, que l’on se propose de traverser aujourd’hui par une tranchée colossale. Le croquis que nous donnons un peu plus loin (fig. 2), représentant, à la même échelle, les profils du grand souterrain pana-maïen et du tunnel du Mont-Cenis, que nous supposons percés côte à côte dans un même massif rocheux, montre assez quelles eussent été les proportions gigantesques de cet ouvrage. Le sommet de l’énorme ouverture du col de la Culebra, dans le profil proposé, dont nous avons conservé la disposition, n’était pas à moins de 30 mètres au-dessus de la ligne d’eau, afin ckî permettre le passage des plus forts navires. Ce projet, le premier qui ait été conçu avec ces proportions inusitées, fut abandonné
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- pour des raisons techniques multiples, et on résolut de creuser à travers le col une tranchée sur toute la hauteur de la montagne. Au nombre des arguments qui firent mettre de côté l’ouverture du grand souterrain, on allégua les brouillards intenses qui eussent pu se produire dans la galerie, par le contact des eaux relativement chaudes du canal avec l’air froid intérieur, brouillards dangereux pour la navigation. Au-dessus de ces considérations, il est probable que la Commission, au point de vue même du travail d’exécution, préféra l’enlèvement certain de la tranchée entière à la construction problématique d’une galerie de proportions véritablement cyclopéennes.
- Entrons donc résolument dans l’isthme. Pour l’explorer dans toute sa largeur, nous ne saurions trouver de meilleur guide que la voie ferrée, construite de 1850 à 1855 par M. le colonel Totten, et reliant Colon-Aspinwall à Panama. Après avoir quitté Colon, tète de ligne sur l’Atlantique, bâtie sur l’ile de Mazanillo, à l’extrémité de la baie de Limon, la voie ferrée traverse le bras de mer qui sépare l’ile de l’isthme, et s’engage, pendant un kilomètre environ, dans des plaines basses et marécageuses peuplées de palétuviers. Un contrefort de hauteurs rougeâtres et stériles sépare ces premières plaines du grand marais de Mindi, ombragé de papyrus, de mangliers, de manccnilliers, de palmiers, le long desquels grimpent de longues et fines fougères. Toute la luxuriante végétation des tropiques étale à nos yeux ses splendeurs : fleurs aux couleurs éclatantes, feuillages larges et touffus, laissant plonger dans le marais leurs dômes verdoyants. La voie s’élève sur le liane de collines abruptes ; au-dessous coule le Chagres, décrivant une courbe régulière autour du premier village, Gatun. C’est à Gatun que les femmes indigènes vous offrent la fleur del Espi-ritu Santo, orchidée commune dans les environs, dont les anthères et le pistil se .groupent, sur la corolle d’une blancheur éclatante, en forme de colombe teintée de rose. Après le village, la voie traverse le Rio Gatun, et serpente tantôt entre des collines, tantôt au milieu de savanes aux végétations arborescentes (fig. 1). Près de Ruhio-Salvado, le train s’engage dans une gorge à pic, au fond de laquelle coule le Chagres. On traverse ensuite Mamei, Gorgona, Matachin, la gorge de l’Obispo, et la locomotive s’arrête au pied du col de la Culebra, pour prendre une seconde machine qui l’aidera à gravir la Cordillère. Du sommet du col, on aperçoit le Rio Grande, et dans le lointain, Panama et le Pacifique, vers lequel on descend à freins serrés.
- Rien ne saurait rendre, au dire des voyageurs qui ont traversé l’isthme, le sentiment qui vous envahit pendant ce court et merveilleux voyage, dont chaque station rappelle quelque souvenir grandiose et présage en même temps tout un avenir de développement nouveau. A travers ces mêmes gorges et ces mêmes marais, qui bientôt vont être creusés par Pexcavateur et nivelés par les coups de mine, les
- premiers compagnons de Ralboa se sont frayés un périlleux passage ; c’est sur l’emplacement de Panama que le laineux « conquistadores » entra jusqu’à la ceinture dans les eaux du Pacifique, étalant pour la première fois aux yeux d’un Européen sa nappe indéfiniment déroulée, et proclama les terres et les mers nouvelle propriété de la couronne de Castille, « tant que le monde existera et jusqu’au jour du jugement dernier ». Chacun sent que ce coin de terre, le plus infime de ce vaste et riche continent américain, pourrait, à une époque lointaine, réaliser la prédiction enthousiaste d’Ampère, déplaçant le centre intellectuel du monde pour le transporter dans l’Amérique Centrale, au milieu de l’or de Californie, de l’argent du Mexique, des diamants du Brésil, regardant d’un côté la Chine, de l’autre la vieille Europe, « qui sera le passé, un passé vénérable, car c’est d’elle que sera venu ce développement nouveau ».
- Le canal côtoiera le chemin de fer sur presque tout son parcours, empruntant pour le mouvement de son matériel d’exploitation cette voie précieuse qui lui apportera ses machines, ses ouvriers, ses vivres. La contrée que traversera le canal, bien qu’elle n’offre, en aucune façon, les ressources des pays civilisés, sera toutefois moins déserte qu’à Suez. En dehors de Panama, qui a 14 000 habitants, les principaux centres de population sont, sur le versant'sud : la Chorrcra, 2000 habitants; sur le versant nord : Colon, tète du chemin de fer, avec 4000 habitants; Chagres, à l’embouchure du fleuve, 1000 habitants, et, à 10 milles au Nord-Est, sur la côte, Porto-Bello avec 1500 habitants. Gatun, la Gorgona et Cruees forment encore quelques agglomérations. Le versant de l’Atlantique est de beaucoup le plus large et le plus important. Du col de la Culebra, on descend vers la mer par la vallée du Chagres, qui, encaissé d’abord entre les gorges de la Cordillère, traverse ensuite les plaines marécageuses de Mindi. Le Cano Quebrado et le Rio Tri-nidad sur la rive gauche, le Frijole Grande et le Rio Gatun sur la rive droite, viennent grossir le lit du Chagres; quant aux affluents du Rio Grande, sur la côte du Pacifique, on peut les considérer comme sans importance.
- Nous sommes maintenant assez familiarisés avec la topographie et l’aspect extérieur de l’isthme pour suivre sur la carte annexée (fig. 3) le tracé du canal maritime. Ayant son point de départ dans la partie Est de la baie de Limon, par les profondeurs naturelles de 8m,50, il traverse les marais de Mindi et se dirige sur le Chagres, qu’il atteint, après deux alignements (parties du canal en ligne droite), aux environs de Gatun, vers le 10e kilomètre. Il se maintient alors dans le voisinage du fleuve, dont il coupe le cours sinueux en plusieurs endroits, et, au moyen de sept alignements, il arrive à Matachin, oîi il se sépare du Chagres, qui remonte vers le Nord-Est. C’est au-dessus de Matachin, à Cruees, vers le 45e kilomètre en partant de Colon» que sera installé
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- le colossal barrage destiné à emmagasiner les eaux du Chagres pendant les grandes crues, et sur l’agencement duquel nous reviendrons. Matachin est resté tristement célèbre dans la légende de la construction meurtrière du chemin de fer d’Aspinwal. La nostalgie du suicide s’étant emparée des travailleurs chinois, mal nourris, manquant de tout, ces désespérés descendaient, dit-on, en compagnies funèbres vers le rivage et se laissaient emporter par la marée. Jusqu’à quel point doit-on ajouter foi à ces lugubres histoires, et croire que le nom de Matachin a véritablement pour étymologie « tue-chinois », nous ne saurions le dire ; mais, dans tous les cas, la légende qui, depuis l’achèvement des travaux du chemin de fer, a grandi en horreur, au point de publier que chaque traverse de la voie recouvrait le cadavre d’un travailleur, n’a certainement rien de sérieux.
- Après avoir quitté le Chagres, le canal s’engage dans la vallée de l'Obispo, affluent qui descend de la Culebra, traverse le col par une tranchée colossale, emprunte la vallée du Rio Grande et débouche enfin dans le golfe de Panama, près des îles Naos et Flamenco, par les fonds de 7m,30 au-dessous des plus basses mers. En résumé, le canal a treize alignements, reliés par des courbes dont le rayon minimum est de 2000 mètres ; sa longueur totale est de 73 kilomètres.
- Le régime favorable des côtes, l’excellente situation des embouchures du canal, viennent s’ajouter encore aux avantages que présente le tracé pa-namaien. Du côté de l’Atlantique, la grande baie de Limon, dans laquelle débouchera le canal, est profonde; sa superficie est de 33 kilomètres carrés, dont le tiers environ par des fonds de 9 mètres, d’excellente tenue. Cette magnifique baie est en dehors du parcours des ouragans; une seule fois, en 1865, un de ces terribles météores s’est approché de la rade, causant des avaries aux navires. Bien que mal abritée, la rade n’en est pas moins sûre, les alizés perdant toute leur intensité à quelques milles de la côte; cependant, dans les premiers jours de décembre, lorsque la saison sèche s’établit définitivement, elle inaugure son règne par deux à trois jours de violentes brises du Nord, qui soulèvent une grosse mer dans la baie. Sauf à cette époque de l’année, il n’y a absolument rien à craindre. Les marées de l’Atlantique sont de peu d’importance : aux mois d’août et de septembre, ont lieu les plus fortes marées de vives eaux, dont la dénivellation est de 0m,49, et les plus fortes marées de mortes eaux, ayant une amplitude de 0U1,19. La dénivellation moyenne n’est que de 0m,54 environ i.
- La côte du Pacifique présente des conditions toutes différentes. Comme on peut s’en rendre compte sur notre plan du canal, les chenaux en mer devront être prolongés assez loin pour rencontrer les fonds de 8,n,50, que l’on trouve si facilement
- 1 Exposé de M. A. Reclus au Congrès international d'études du canal interocéanique.
- près de Colon. Les marées, presque insensibles dans l’Atlantique, atteignent dans le Pacifique une assez grande amplitude, qui est de 6n\49 maximum en novembre et décembre, et 5m,40 en mai et juin, l’amplitude moyenne variant de 3m,66 à 4m,50. Cette énorme différence entre les marées du Pacifique et celles de l’Atlantique souleva des objections intéressantes lors de la réunion du Congrès; il fut question d’établir à l’embouchure Pacifique du canal une porte de marée, pour remédier aux courants violents qui devaient se manifester en même temps que l’élévation des eaux; cette idée a, croyons-nous, été abandonnée depuis le dernier voyage dans l’isthme de la Commission dont nous examinerons plus loin les études.
- Nous avons parcouru l’isthme extérieurement au point de vue du tracé même du canal ; il nous reste à le traverser « intérieurement » pour montrer sa constitution intime. L’établisement du canal de Panama n’est nullement comparable en effet au travail de Suez, où nous n’avons vu enlever, à part le mince rognon calcaire du seuil de Chalouf, que des sables et des argiles peu compactes ; la Cordillère présente là son dur massif, qu’il faudra entamer à la mine sur toute sa largeur, et sur une épaisseur que fixeront définitivement les sondages.
- Depuis le rivage de l’Océan Atlantique jusqu’à Buhio-Soldado, au 22e kilomètre, on ne rencontre que vases, coraux, argiles, terrains de transport, et très rarement des tufs trachytiques. Dans cette première section, on n’aura donc à excaver que des roches tendres. — Du 22e au 56e kilomètre, le tracé du canal étant très rapproché du thalweg du Chagres, on aura d’abord à creuser dans une couche d’alluvion d’une épaisseur minimum de 5 mètres; au-dessous on percera en majeure partie des tufs, des brèches, ou des conglomérats trachytiques. En établissant une compensation entre les terres et les roches demi-dures, on peut admettre que le travail se fera encore dans des roches tendres. — Du 36e au 44e kilomètre, la couche d’alluvion diminue d’épaisseur; elle ne peut plus être évaluée qu’à 4 ou 5 mètres, y compris la couche de blocs isolés et de roches délitées. Ici, les tufs trachytiques alternent avec quelques trachy tes, et, sporadiquement, on trouve des dolérites. En moyenne, on travaillera dans des roches demi-dures. — Du 44e au 48e kilomètre, on rencontre du trachyte et de la dolérite, tant à l’état massif qu’à l’état bréehiforme. A partir de Paraiso jusqu’au 60e kilomètre, règne la dolérite. Bien que le tracé du canal épouse le thalweg des vallées de l’Obispo et du Rio Grande, et qu’ainsi la couche superficielle de terres, roches délitées et brèches, puisse être assez épaisse, nous compterons que tout ce trajet, du 44e au 60e kilomètre, devra être pratiqué en roches dures. — Du* 60e kilomètre jusqu’au rivage du Pacifique, on traverse quelques roches stratifiées, et surtout les argiles de la vallée du Rio Grande ; on peut admettre que la dureté moyenne ne dépasse pas celle des
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- terrains de la première section (alluvions, etc.). — Sur le rivage de l’Océan existent des strates de grès renfermant de la silice hydratée ; ces grès doivent se prolonger sous la couche de sable formant le fond de la baie de Panama; et, en exécutant les travaux d’approfondissement du chenal d’entrée, peut-être que, sur quelques pieds d’épaisseur, il y aura à creuser dans ces grès.
- De même que les circonstances géologiques, l’étude des phénomènes météorologiques et climatériques de l’isthme a dû être exécutée avee le plus grand soin, au double point de vue de l’influence qu’ils peuvent exercer sur la marche générale des travaux et sur l’établissement d’œuvres d'art, comme le grand barrage du Chagres, nécessité par les crues extraordinaires du fleuve pendant la saison des pluies.
- C’est à ces longues et abondantes pluies tropicales, autant qu’à la température suffisamment élevée, comprise entre 21 degrés, point le plus bas du thermomètre pendant la nuit, et 55 degrés, qu’il faut attribuer l’insalubrité relative du climat de certaines parties de l’isthme, principalement celles où l’évaporation amène à la surface les germes des niasses
- fluides remuées dans les bas-fonds des plaines marécageuses. Est-ce à dire que le travailleur de l’isthme soit destiné à une mort certaine, et qu’il ira grossir le nombre des t< victimes ensevelies sous les traverses du railway » ? 11 serait alors préférable, si cette crainte était fondée, d’abandonner les travaux avant d’avoir ouvert ce charnier humain de Panama. Il n’en est heureusement point ainsi, et, d’après l’expérience des travaux exécutés à ce jour, on peut affirmer que, si le climat de l’isthme n’est pas absolument bienfaisant à certaines époques de l’année, il est du moins assez salubre en général, pour que la santé ne s’en ressente pas outre mesure. Les lugubres légendes colportées sur l’isthme rentraient trop bien dans les vues des ennemis de la grande entreprise pour qu’il ne leur fût point donné toute la publicité possible; mais, depuis l’ouverture des travaux, on a dû revenir à la stricte vérité, et reconnaître que le climat de l’isthme n’est pas à redouter, à la condition expresse de prendre toutes précautions assignées dans les régions tropicales et à observer les règles de la plus stricte sobriété. On cherche souvent la fraison pour laquelle le mineur italien, par exemple, résiste mieux
- Fig. 2. — Dimensions comparatives du tunnel du Mont-Cenis et du grand souterrain projeté de l’isthme de Panama.
- Fig. ô. — Tracé du canal interocéanique de Panama. (Le tracé pointillé marque la voie ferrée Colon-Panama.)
- que tout autre aux durs travaux dos tunnels, où la température atteint parfois 55 degrés, au milieu des gaz de la dynamite, des senteurs méphitiques accumulées par 1000 ou 1200 mineurs travaillant parfois dans le costume le plus primitif: la raison en est bien simple : l’Italien est sobre, ne boit que de l’eau... sauf les jours de paye, où le vin et le couteau reprennent leurs droits. N’aurions-nous d’autres preuves de la salubrité relative du climat de l’isthme que le long voyage qu’y fit M. de Lesseps, accompagné
- de la vaillante Mme de Lesseps et de leurs jeunes enfants, le séjour presque ininterrompu de M. A. Reclus, celui de M. Abel Couvreux, ce serait déjà un point de repère suffisant pour répondre de la vie des pionniers futurs du canal interocéanique, et pour faire justice des fables lugubres que nous avons tous entendu raconter.
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement.—
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- MARTEAU-PILON ÉLECTRIQUE
- DE M. MARCEL DEPREZ
- Entre autres services que peut rendre la distribution de l’électricité, son utilisation à la mise en action des machines-outils n’est pas la moins importante ni la moins intéressante; La facilité avec laquelle l’énergie électrique se prête aux transformations les plus variées, en fait un auxiliaire des plus précieux pour l’industrie.
- La tendance actuelle, dans bon nombre d’ateliers modernes, est de supprimer les transmissions ordinaires et de les remplacer par une canalisation de vapeur qui apporte directement la force à chaque outil. Le marteau-pilon est le type du genre, et l’intéressant appareil de M. Marcel Deprez montre que l’électricité peut dès à présent rendre les services qui, jusqu’à ce jour, avaient élé presque exclusivement réservés à la vapeur.
- Le nouveau marteau-pilon électrique, représenté ci-contre, doit être considéré comme un appareil d’expérience, construit surtout dans un but d’études; cet appareil a fonctionné pendant la conférence de M. Mar-Jcel Deprez, au Conservatoire des Arts et Métiers pour prouver l’élasticité de son système de distribution et la variété des applications dont l’électricité est susceptible.
- Le marteau-pilon électrique se compose d’un so-lénoïde d’un mètre de longueur, formé d’une série de bobines plates superposées, formant un cylindre creux dans lequel peut se mouvoir librement un second cylindre en fer doux pesant environ 25 kilogrammes. Ces bobines plates, au nombre de quatre-vingts, sont reliées entre elles de telle sorte que le fil de sortie de la première soit relié au fil d’entrée de la seconde, le fil de sortie de la seconde au fil d’entrée de la troisième, et ainsi de suite ; toutes ces liaisons de bobines viennent aboutir aux tou-
- ches d’un commutateur circulaire dont nous allons voir un peu plus loin la fonction. L’ensemble du système, bobines et commutateur, représente, en principe, un anneau de Gramme développé sous une forme rectiligne et relié à son collecteur circulaire. Sur ce collecteur circulaire se promènent deux balais formant entre eux un angle tel qu’il embrasse environ dix touches du commutateur. Ces dix touches se meuvent ensemble et se manoeuvrent à l’aide
- d’une double manette. Les communications entre les deux balais et une source électrique extérieure de puissance convenable sont établies de telle sorte que le courant arrive par l’un des balais et sort par l’autre après avoir traversé les dix bobines correspondant aux dix touches du commutateur intercalées entre les deux balais.
- Supposons qu’au commencement de l’expérience , le cylindre mobile placé dans le so-lénoïde repose sur l’enclume, et que le courant traverse les dix bobines inférieures. Le marteau
- — nous appellerons ainsi le cylindre mobile
- — sera soulevé d’une certaine quantité, de manière à venir se placer dans la région traversée par le courant, dans une certaine position qui dépend du poids du cylindre, de l’intensité du courant et des conditions générales de construction du système.
- Si l’on fait tourner le commutateur dans un certain sens, de droite à gauche, par exemple, le courant cessera de passer dans 1, 2, 5, n bobines inférieures et passera dans 1, 2, 3, n bobines au-dessus de la dixième. En vertu de l’action des solé-noïdes sur le fer doux, le marteau sera soulevé de manière à venir se placer à chaque instant dans la région du solénoïde traversée par le courant. Le mouvement inverse du coramulateur produira l’effet inverse, c’est-à-dire la descente du marteau. Ces mouvements du marteau et les chocs produits par la descente pourront être variés en vitesse et en puissance par une manoeuvre convenable des balais ; on peut produire à volonté un choc brusque ou
- Nouveau marteau-pilon électrique.
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- LA NATURE
- arrêter le marteau assez près de l’enclume pour briser une noisette sans l'écraser, en un mot, reproduire, par cet ingénieux système, toutes les expériences aujourd'hui si familières réalisées avec les marteaux-pilons à vapeur.
- En faisant varier le nombre des sections du solé-noïde comprises entre les deux balais du commutateur, on peut varier à volonté la puissance du marteau-pilon et le placer, après quelques tâtonnements, dans les meilleures conditions de fonctionnement. Avec une intensité de 43 ampères et quinze sections intercalées entre les balais, l’effort développé sur le cylindre atteint 70 kilogrammes, soit trois fois environ le poids du marteau, aussi se manœuvre-t-il avec la plus grande facilité.
- Dans les expériences faites au Conservatoire des Arts et Métiers, le 15 juin dernier, cette puissance était démontrée par les efforts infructueux faits par les assistants pour enfoncer le marteau maintenu par le courant au sommet de sa course.
- Il va sans dire que le bâti en bois placé à la partie inférieure et qui gêne l’accès de l’enclume, sera supprimé dans la pratique et remplacé par un bâti en fonte, de forme convenable.
- Il nous a paru cependant plus conforme à la vérité historique de reproduire sous sa forme réelle, et d’après nature, le premier marteau-pilon électrique construit par M. Marcel Deprez, sans rien vouloir préjuger des dispositions qu’il recevra dans l’avenir,
- LES YÀGUES CALMÉES
- Nous avons déjà entretenu les lecteurs de la Nature d’expériences faites en Écosse par M. John Shields pour calmer les vagues en répandant de l’huile à leur surface1.
- M. Shields a eu la bonté de nous envoyer des documents intéressants. 11 a été accablé de lettres et d’envois d’extraits de journaux, qui étaient tous d’accord sur l’action calmante de l’huile sur l’eau.
- Jusqu’au moi de mai dernier, M. Shields n’a rien publié dans les journaux au sujet de son invention, et c’est avec une première notice adressée au Nineteenth Century que nous allons faire un court compte rendu de l’ensemble de ses travaux.
- Il n’hésite pas à affirmer en débutant qu’aucune de ses expériences n’a manqué et que dans toutes, l’huile a rempli son rôle d’agent calmant sur les vagues.
- Une circonstance fortuite le mit sur la voie. Il examinait, il y a cinq ou six ans, certains travaux qui se faisaient à des étangs en communication avec ses ateliers ; un peu d’huile fut répandue sur l’eau qui était assez agitée par un grand vent. Il vit à son grand étonnement l’huile se répandre dans
- 1 Voy. n° 468 u 20 mai 1882, p. 598.
- toutes les directions, malgré le vent; elle avait l’air de glisser sur l'eau et étendait sur elle une surface vitreuse et polie.
- Cette circonstance frappa beaucoup M. Shields. 11 attendit que l’eau eût repris à peu près la même agitation. Il fit venir son chef mécanicien avec 2m,50 ou 3 mètres de tube de caoutchouc, qui fut étalé au fond de l’étang. Un des bouts du tube restait au bord; on y versa de l’huile, qui, après avoir rempli le tube, sortit par le bout plongé, et apparut en belles perles à la surface. On la vit se répandre avec la rapidité de l’éclair, et apaiser l’étang tout entier presque instantanément. On n’avait cependant répandu qu’un quart de litre d’huile.
- Dès lors notre expérimentateur fut convaincu du grand avantage pratique qu’on pouvait tirer de ce fait physique. 11 pensa qu’il n’v avait plus qu’un problème de mécanique à résoudre, à savoir : fournir l’huile au point et au moment voulu.
- Les expériences furent continuées sur une petite échelle, pendant deux ans, et chaque fois M. Shields se persuadait davantage qu’il était en possession d’un moyen pratique avec lequel on pourrait, à bref délai, sauver des navires, leurs cargaisons et bien plus, des vies humaines.
- M. Shields résolut alors de faire à ses propres frais un essai d’un caractère plus pratique. On nous permettra, en passant, d’exprimer notre admiration pour cette manière de marcher en avant sans demander aide à personne.
- Sur le conseil d’un ami, Peterhead fut choisi pour y faire les essais. On emporta une douzaine de bouteilles d’huile (13 litres 1/2 environ, au total). Arrivés à Peterhead, lui et son ami, ils firent connaissance de deux capitaines pêcheurs de baleine, auxquels les expériences antérieures et le projet fuient exposés. Ils eurent foi dans le succès et offrirent leur concours. Le lendemain fut un jour de tempête; les nouveaux collaborateurs obtinrent le prêt du remorqueur à vapeur appartenant au port, et conduisirent la troupe au dehors. On jeta l’ancre à l’entrée du port ; on fit descendre une bouteille, attachée à une corde; l’huile monta aussitôt et, à la surprise des trois compagnons de M. Shields, produisit l’effet qu’il avait annoncé. Au bout d’une demi-minute, on releva la bouteille; l’huile était pour moitié remplacée par de l’eau.
- On repartit à la vapeur ; on alla jusqu’à la barre et on jeta l’ancre de nouveau, la proue au vent. Cinq ou six bouteilles furent répandues tout autour du bateau.
- On alla enfin jusqu’à Peau profonde et on y répandit encore quatre ou cinq bouteilles d’huile.
- L’effet de ce dernier endroit fut extraordinaire et très satisfaisant, parce que c’était le plus important essai qui eût encore été fait.
- M. Shields prit aussitôt la résolution d’appliquér ce procédé d’une manière pratique. Dans cette vue, il se procura une carte du port, 200 mètres de tuyaux de fer de 3 centimètres environ de diamètre, des
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- soupapes et tout ce qui parut nécessaire à l’exécution du projet.
- Les 200 mètres de tuyau de fer furent mis sur la côte rocheuse, dans un endroit choisi. A l’extrémité on ajouta 200 mètres de tube de gutta-percha. Sur cette longueur on répartit douze pommes d’arrosoir pour laisser échapper l’huile. Après que cette pose eût été faite par un plongeur, on chargea les tuyaux d’huile. Elle sortit à peu près sur toute la longueur;et calma l’eau partout où elle arriva à la surface. Au-dessus de l’extrémité du tuyautage, il n’apparaissait pas d’huile. Il fallut en conclure qu’il y avait quelque chose de défectueux vers le bout du tuyau. Un second plongeur fut envoyé, qui trouva deux coques (ou nœuds) au tuyau de gutta-percha, ce qui expliquait parfaitement l’arrêt de l’hrile au bout. Ce tuyau de gutta-percha fut alors repêché, réparé ; les pommes d’arrosoir supprimées et trois soupapes coniques mises à l’extrémité du tuyau à 25 mètres de distance l’une de l’autre. La pose fut refaite avec soin, et le tuyau rechargé d’huile.
- La chance voulut que le lendemain fût un jour de mauvais temps, et un schooner qui se dirigeait sur le port, fut signalé comme ne pouvant pas y pénétrer parce que l’entrée était dangereuse. La pompe pour la pression de l’huile fut mise en mouvement et moins d’une demi-heure après le remorqueur amenait le schooner dans le port, où l’eau était alors unie comme du verre, quoique présentant des 'ondulations.. •
- M. Shields laissa alors le système tout entier aux soins du maître du port. Malheureusement quinze jours plus tard, il fut avisé que le tube de gutta-percha s’était séparé du tuyau de fer. 11 ne se découragea pas, ht relever la gutta-percha et mettre à sa place pareille longueur de tuyau de plomb de 0m,025 de diamètre, avec les trois soupapes coniques qui avaient déjà servi.
- Cette installation achevée, un essai fut fait en présence d’un grand nombre de personnes intéressées à la navigation ou au service des ports, et pendant un orage très violent. L’effet produit fut à l’entière satisfaction de tous les témoins.
- Malheureusement le tuyau de plomb se rompit aussi, parce que le fond est jonché de gros et lourds galets qui roulent sous l’action de la mer par les gros temps qui sévissent dans ces parages. Le seul moyen de garantir ces tuyaux est de les couvrir de sacs de béton.
- Actuellement, M. Shields fait disposer un appareil semblable dans le port d’Aberdeen ; mais le diamètre des tuyaux a été réduit à 18 millimètres et il n’y aura plus que deux soupapes qui doivent suffire; l’inventeur en est convaincu.
- Nous venons d’exposer ce qu’un homme persévérant et généreux a fait dans les cinq dernières années environ. Il l’a fait en prenant le temps nécessaire à ces expériences, sur celui qu’il doit à ses propres affaires. Il y a dépensé 15000 francs
- de sa fortune. Mais le fait est accompli, et si le Board of Trade (Ministère du Commerce) prend la chose en main, il peut transformer tous les ports du Rovaume-Uni en ports de refuge.
- Il est entendu que, l’appareil d’Aberdeen achevé, l’occasion de la première tempête sera saisie. Le Board of Trade enverra des ingénieurs, d’autres corporations importantes se feront également représenter et une série de rapports seront fails. Nous comptons les faire connaître à nos lecteurs.
- Une circonstance donne un intérêt important particulier aux idées de M. Shields. Nous la ferons comprendre par un exemple. Le port d’Eyemouth a été le théâtre, l’an dernier, d’un grand désastre; un grand nombre de bateaux de pêche ont péri, et beaucoup de marins n’ont pu échapper à la mort. On étudie les moyens de préserver ce port de pareils dangers. Un grand mur de protection paraît en faveur; il est évalué à 2125000 francs. M. Shields affirme qu’un appareil calmant, comme ceux que nous avons décrits plus haut, serait plus efficace que ce mur et ne coûterait que 10 000 à 12 000 francs.
- Nous faisons des vœux ardents pour le succès final de ce procédé, succès dont les conséquences sont incalculables.
- ' A. Niaudet.
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- LA VIDANGE PNEUMATIQUE
- PROCÉDÉ DE M. J. B. BERLIER
- A mesure que les populations s’agglomèrent dans les grandes villes, la question de l’évacuation des vidanges qui s’y amassent continuellement, prend une importance de plus en plus considérable. D’après les documents officiels, les excreta des deux millions deux cent mille habitants qui forment la population sédentaire ou flottante de Paris, s’élèvent chaque jour à 2 500 000 kilogrammes : les procédés encore usités, fosses d’aisance fixes, fosses mobiles, sont aussi barbares que malsains et répugnants. Il est depuis longtemps question d’abandonner ces systèmes indignes des temps modernes, et en présence des beaux résultats obtenus à Gennevillers, par l’utilisation des eaux d’égout pour l’agriculture, on a songé à faire de l’égout le réceptacle de tous les résidus sans exception, en y déversant d’une façon continue, et sous l’action d’une dilution aqueuse abondante, les produits mêmes de la fosse d’aisance actuelle.
- Les eaux d’égout, ainsi chargées des excréments de tout Paris, seraient déversées à la surface de vastes territoires, au sein même de la forêt de Sainl-Ger-main par exemple, ou mieux beaucoup plus loin; elles iraient là fertiliser le sol en y abandonnant par filtration et par combustion lente, les matières organiques qu’elles renferment. Ce procédé, préconisé sous le nom de tout a l'égout, rencontre de nombreux adversaires parmi les médecins, les hygiénistes
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- et les chimistes; bon nombre de savants et de spécialistes protestent contre l’empoisonnement des eaux d’égout, qui bien que circulant dans le sous-sol des rues, n’en sont pas moins en contact avec l’air extérieur, par les bouches et les regards, et rempliraient l’atmosphère de gaz méphitiques ou de microbes dangereux, qu’elles ne peuvent manquer
- aussi de transporter sur les terrains qu'elles iraicn arroser.
- Au milieu des discussions que fait naître cette question capitale de l’assainissement des grandes villes, voici qu’un ingénieur émérite, M. J. B. Berlier, apporte un système nouveau, qui fonctionne déjà à Paris, dans les conditions les plus favorables,
- Fig. 1. — Vidange pneumatique. — Vue d’ensemble des appareils récepteurs de la caserne de la Pépinière, à Paris.
- qui permet de transporter au loin les vidanges dans des canalisations spéciales, sans qu elles soient jamais en contact avec l’air extérieur et qui paraît par conséquent répondre à toutes les conditions de la salubrité et de l’hygiène.
- Ce procédé est celui de la vidange pneumatique. Nous avons visité en détail la première installation qui en a été faite à Paris. Nous allons décrire ce que nous avons vu.
- M. Berlier a choisi pour faire ses expériences la ca-
- serne de la Pépinière, constamment habitée par un millier d’hommes. Les fosses d’aisance dans cette caserne étaient généralement en mauvais état, les caveaux qui les avoisinaient se trouvaient empestés à tel point que des ouvriers y tombaient asphyxiés ; l’air du voisinage pendant les chaleurs était parfois infesté des émanations qui s’en dégageaient. Aujourd’hui, grâce aux procédés de M. Berlier, la vidange de la caserne se fait continuement, automatiquement, sans odeur, sans encombrement de matières.
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- Fig. 2. — Vidange pneumatique.
- — Vue de l’usine de Levallois-Perret, montrant la disposition des machines qui font le vide dans les canalisations.
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- On se promène à coté des appareils mêmes où passe la vidange, et l’odorat n’en est nullement offensé.
- Lu gravure ci-contre (fig. 1 ) représente ces appareils installés au-dessous des water-closets de la caserne ; la vidange tombe directement dans les récipients cubiques que l’on voit à droite du dessin, et par l’intermédiaire d’un mécanisme que nous allons expliquer un peu plus loin, elle est entraînée par aspiration dans un tube qui parcourt le sous-sol des rues et qui long de plusieurs kilomètres, aboutit provisoirement dans l’égout collecteur à Levallois-Perrct.
- Notre grande gravure (fig. 2) représente l’usine de Levallois-Perret. On y voit à gauche le moteur à vapeur, au milieu la pompe pneumatique, et à droite le grand réservoir dans lequel se déversent, les produits aspirés dans la canalisation. Mais avant d’aller plus loin dans notre description d’ensemble, il est indispensable d’étudier d’un peu plus près le mécanisme dont M. Berlier fait usage.
- Examinons successivement : 1° les appareils récepteurs , représentés extérieurement figure 1 ;
- 2° la canalisa -tion ; 3° la pompe hydropneumatique qui opère le vide.
- Les appareils récepteurs de la figure 1 sont représentés en coupe figure 3. A l’intérieur de l’appareil qui est plaeé sous la chute A du cabinet d’aisances, se trouve un panier métallique G formé d’un treillis de fil de fer, qui laisse écouler les solides et les liquides tout en rétenant les corps étrangers qui pourraient s’introduire dans le tuyau de chute.
- Le fond du panier s’appuie sur un pivot qui repose sur une crapaudine et ce pivot porte un pignon d’angle engrenant avec une roue conique calée sur l’arbre.
- Cet arbre, placé à la partie inférieure de la caisse ou récepteur, traverse une garniture étanche destinée à empêcher tout échappement et dégagement dudit appareil, il porte un carré destiné à y adapter une manivelle servant à donner le mouvement de rotation au panier.
- A sa partie supérieure, le panier est guidé et maintenu par une tige tournant librement au centre. Par cette disposition l’on peut imprimer au panier
- Fig. 3. — Coupes d’un appareil évacuateur et d’un appareil récepteur.
- un mouvement de rotation d’autant plus énergique que la différence entre les diamètres des roues dentées sera plus grande. L’action de la force centrifuge produira un tamisage des corps renfermés dans le panier qui ne pourra plus retenir que les matières absolument indécomposables et qui par leur dureté ne pourront être divisées..
- Par cette dernière disposition et en actionnant le panier de temps à autre (tous les huit jours environ), l’on diminue dans de grandes proportions le nombre d’inspections et d’enlèvements du panier, et M. Berlier croit avoir ainsi atteint le moyen le plus complet et le plus parfait pour le système d’appareil récepteur dans l’intérieur des immeubles.
- L’appareil récepteur communique avec un vase cylindrique qui est l'appareil évacuateur, représenté à gauche de la figure 5 ci-dessous.
- Cet appareil évacuateur est pourvu d’un flotteur F dont l’ex-r trémité inférîeu-’ re, garnie d’un clapet en caoutchouc B, repose sur le tuyau d’aspiration destiné à emporter les matières. Cette partie de tuyau forme un cône dans lequel s’emboîte le clapet en caoutchouc de forme sphérique, ce qui permet une étanchéité complète. Lorsque les matières arrivent dans les appareils récepteurs, elles se déversent simultanément dans l’appareil évacuateur, et, lorsqu’elles sont en assez grande abondance pour faire agir le flotteur, celui-ci se déplace, laisse la partie inférieure à découvert, et, immédiatement, toutes les matières sont entraînées avec rapidité dans la canalisation h, en raison de la différence de pression existant entre l’air extérieur et intérieur du tuyau.
- Le flotteur retombe ensuite en dirigeant le clapet sur le cône, et les matières continuent à arriver sans qu’il y ait aucune introduction d’air. Cette opération se renouvelle toutes les fois que le niveau des matières atteint la ligne de flottaison de l’appareil automatique.
- La fermeture des appareils récepteurs et évacua-teurs est hermétique et on peut circuler dans le local contenant les appareils sans crainte d’être incommodé par les mauvaises odeurs.
- La vidange se fait régulièrement sans aucun des
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- ennuis actuels. Le vide nécessaire à cette opération ne dépasse pas 15 centimètres de mercure; on l’obtient avec une très grande facilité. Dans tout le parcours de la canalisation, la matière solide se tient en suspension dans le liquide comme si un agitateur était mis en mouvement dans l’intérieur des tuyaux.
- Cette agitation, qui ressemble à l’ébullition, est produite par la circulation de l’air intérieur appelé par la pompe aspirante placée à l’usine, ensuite par l’évaporation que la diminution de pression provoque dans la masse liquide.
- Voilà ce qui empêche les dépôts qui ont lieu généralement dans les tuyaux servant au transport de la matière lorsqu’on opère par la pression, comme à Bondy, par exemple.
- La canalisation est en fonte ordinaire, les tuyaux sont reliés entre eux par des bagues et les joints sont au plomb.
- M. Berlier arrive à faire un vide équivalent à 70 centimètres de mercure en quelques minutes au moyen du système mécanique représenté figure 2.
- Il se sert d’une pompe hydropneumatique dont le piston fonctionne dans l’eau; son rendement peut être estimé à 90 p. 400.
- La force de cette pompe pneumatique est de beaucoup trop puissante pour les expériences qui se font actuellement. Le diamètre du piston est de 60 centimètres et la course de 60 centimètres.
- Une locomotive de 20 chevaux est installée à l’usine de Levallois-Perret pour actionner la pompe pneumatique et la pompe rotative.
- Cette pompe rotative joue un rôle important dans l’ensemble du système. Placée auprès du réservoir dans lequel arrivent les matières avec force par l’action du vide, elle opère à son tour la vidange de ce réservoir au fur et à mesure de l’arrivée des matières, pour les refouler provisoirement dans l’égout ; elle les refoulera tout aussi bien à 25 ou 50 kilomètres, à la condition que la perte de charge n’excédera pas 50 mètres.
- Tel est le système de vidange pneumatique, savamment étudié et réalisé par M. J. B. Berlier. L’usine de Levallois-Perret opère la vidange de la caserne de la Pépinière et de quelques maisons particulières du voisinage; cette expérience paraît donc suffisamment démonstrative.
- Le système de M. Berlier permet d’entraîner au loin les vidanges des grandes villes, et les méthodes de M. Schlœsing qui permettent de traiter à froid ces eaux de vidange pour en précipiter l’ammoniaque sous forme de phosphate ammoniaco-magné-sien, nous paraissent devoir être citées comme le complément du remarquable procédé que nous avons présenté à nos lecteurs. Quoi qu’il en soit le traitement des vidanges fait au loin n’apporterait plus que des éléments de richesse à l’agriculture, sans nuire aux conditions hygiéniques des localités habitées.
- Quant aux eaux d’égout, sans être infestées par
- les vidanges, elles n’en déverseraient pas moins au besoin à la surface de campagnes spéciales, les matières organiques qu’elles entraînent dans le grand lavage des villes.
- Gaston Tissandier.
- GLACIERS DE LA LAPONIE
- Les glaciers de la Laponie ont été jusqu’ici peu explorés. Seuls quelques courants du Svartisen, immense nevé qui borde la côte du Nordland (entre le cercle polaire et le 67e degré de lat. N.), ont été étudiés par le célèbre naturaliste écossais Forbes et plus récemment par M. C. M. de Seue, un des plus actifs glaciéristes norvégiens. Les cartes publiées par les états-majors Scandinaves1 ne donnent même aucune indication sur l’étendue et la forme des glaciers de cette région ; elles représentent par de simples taches blanches les grands nevés et ne figurent même pas ceux de moindre dimension.
- Chargé par M. le Ministre de l’Instruction publique d’une mission géographique en Laponie, j’ai visité pendant deux étés successifs, en 4880 et 4881, les principaux massifs de glaciers de la Scandinavie septentrionale : le Svartisen, le Sarjektjâkko % le Salitjelma et enfin le Jôkulfjeld3. Mes études ayant été trop rapides pour pouvoir aujourd’hui en déduire quelques conclusions, je me bornerai à exposer les observations que j’ai recueillies,
- Les glaciers de la Laponie peuvent être classés en trois catégories :
- 1° Glaciers alpins. -^-Caractérisés par la présence de moraines et l’existence d’un cirque de crêtes à leur extrémité supérieure. — Assez rares dans ce pays, ils ne se rencontrent que dans les chaînes alpines les plus accentuées, par exemple dans la crête comprise entre l’Ulfsfjord et le Lvngenfjord. Du sommet du Sarjektjâkko (2435 mètres), le point culminant de la Laponie, que j’ai gravi le 8 août 4881, j’ai reconnu de nombreux glaciers, appartenant à cette catégorie, dans le vaste massif dont ce pic fait partie. Mais aucun de ces courants de glace que j’ai visités n’avait un développement comparable à ceux de nos Alpes. Nulle part je n’ai vu ces grands fleuves de neige cristallisée pénétrant profondément dans l’intérieur de la chaîne et alimentés par de nombreux affluents, comme dans les massifs du Mont-Blanc ou de l’Oberland. Tous ces glaciers alpins, enfermés dans des cirques de faible dimension ou remplissant des cavités formées par l’enche-
- 1 Dans le nord de la Norvège la carte du département de Tremsô au 1/200000 seule a été publiée. Les officiers suédois ont levé dans ces dernières années tout le nord de la Laponie suédoise au 1/100000, mais leurs travaux n’ont pas encore été livrés au public.
- a La lettre â se prononce o en suédois,
- 5 Jôkulfjeld. îlot à mot montagne des glaciers. Jôkvl est un ancien mot danois signifiant glacier, que l’on retrouve encore aujourd’hui en Islande.
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- vêtrcment des crêtes, étaient analogues à nos glaciers secondaires des Alpes.
- 2° Glaciers alpins-norvégiens. — Sous cette dénomination, je rangerai ceux du Sarjektjakko, du Sulitjelma et peut-être même du Svartisen Ces glaciers ont, comme les précédents, des moraines plus ou moins développées, suivant la nature de la roche qui les entoure. Dans le premier de ces massifs, elles sont assez considérables, tandis qu’à la branche du Svartisen qui plonge dans le Svartis-vand8, seule branche de ce glacier que j’aie visitée, elles sont sans importance bien que le courant soit au large à son extrémité inférieure d’au moins 7 ou
- 800 mètres. La moraine frontale, formée d’un sable tin, mélangé de quelques cailloux, ne dépassait pas 4 à 5 mètres de liant et avait une largeur d’une vingtaine de mètres; ses moraines latérales, sur la rive gauche, au nombre de neuf, espacées de 1 à 2 mètres, atteignaient à peine une hauteur de 50 centimètres. Leur disposition indiquait que ce glacier avait reculé d’une vingtaine de mètres dans ces dernières années; tous les glaciers que j’ai visités en Laponie étaient du reste en retraite, mais sur une échelle beaucoup moins considérable que dans nos Alpes. Les glaciers du Sarjektjakko portaient des moraines médianes; le Svartisen, bien
- Fig. 1. — Versant oriental du Jôkulfjuld. Glacier du Romsdal. Vue prise sur la rive droite de l’Oxfjord (Laponie).
- (D'après une photographie de l'auteur.)
- a’il reçoive deux affluents assez puissants, n’avait sa surface souillée par aucun débris. Sur une étendue de plus de 2 kilomètres je n’y ai trouvé, en fait de corps étrangers, que le cadavre d’un petit lemming. Tous ces glaciers, comme l’indique la dénomination que j’ai adoptée, présentent un caractère intermédiaire entre ceux de la première catégorie et ceux de la seconde. Ils rappellent, d’une part, les Alpes par les longs fleuves glacés qu’ils forment, mais, d’un autre côté, en diffèrent sous deux rapports.
- 1 La branche du Svartisen que j’ai visitée dans le Svartis-dal a ce caractère mixte, mais d’autres régions de ce glacier que j’ai vues en longeant la côte occidentale de la Norvège peuvent être classées dans la troisième division.
- 2 Vand, lac en norvégien.
- D’abord, leur surface n’est pas accidentée; après avoir formé une pente abrupte mais courte, en s’abaissant dans les vallées, ils deviennent plus haut presque plats. En second lieu, les crêtes rocheuses qui les enserrent, au lieu de former des cirques nettement définis, favorables à l’accumulation des nevés, affectent différentes dispositions. Au Sulitjelma, par exemple, les pics se dressent en demi-cercle sur un plateau de nevés légèrement ondulés, et au Sarjektjakko, les crêtes, formées de tranches de schiste qui semblent finement découpées par un puissant couteau sont perpendiculaires à la ligne de partage des eaux.
- 3° Glaciers norvégiens. — Us diffèrent complètement des courants alpins et se rapprochent du
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- type des glaciers polaires (fig. 1). Le Jôkulfjeld, qui recouvre une presqu’île de l’Océan glacial (70 degrés de lat. N.) sur les frontières des départements de Tromsô et de Finmark, appartient à cette catégorie. C’est un plateau à pic de tous côtés, s’élevant perpendiculairement de 1000 à 1200 mètres au-dessus des fjords qui l’environnent et recouvert, dans sa partie supérieure, d’un nevé presque plat d’où descendent, dans de profondes vallées, des courants de glace hérissés descracs(fig.2). En naviguant sur les fjords qui entourent ce plateau, sur lesquels se reflète ce vaste glacier, le voyageur se croirait en présence des plages glacées du Spitz-
- berg. Dans le Jôkulfjoi’d, de petits icebergs flottant sur ce bras de mer complètent l’illusion. Les meilleurs ouvrages de géographie répètent que la branche du glacier descendant dans le Jôkulljord est le seul courant de glace qui atteigne dans l’Europe continentale la surface de la mer. Cette expression n’est pas exacte. L’escarpement du plateau est au fond de ce fjord si abrupt que le glacier ne peut descendre comme il le fait dans le Romsdal (fig. 2). Il forme alors au-dessus du précipice, une couronne de séracs qui, s’effondrant de temps en temps, va constituer à la base de la paroi un puissant monticule de glace1 duquel les eaux du fjord détachent de
- Fig, 2. — Jôkulfjeld. Chute des séracs du glacier du Romsdal. Vue prise sur les bords du Romsdalsvand (Laponie). (D'après une photographie de l’auteur.)
- petits glaçons. Le glacier du Suphelle (Jostedal) présente un aspect analogue. L’escarpement de la pente par lequel il descend, le force à se séparer en deux ; mais le nouveau glacier qui se reforme à la base de la paroi rocheuse est beaucoup plus considérable que celui du Jôkulfjord. Sa largeur atteint même 1000 mètres d’après M. de Seue. On peut comparer à ces glaciers celui de Gietroz dans le Valais à l’extrémité duquel roulent des blocs qui barrent le cours de la Dranse. Si ce versant du Jôkulfjeld ne présentait cette raideur de pente, certainement le glacier n’atteindrait pas le niveau de la mer. Tous les autres courants qui descendent du plateau restent, en effet, au-dessus des fjords, * une hauteur dépassant 100 mètres.
- Ces escarpements t"de glace qui s’abaissent dans les vallées rendent très difficile l’ascension du plateau supérieur du Jôkulfjeld. Accompagné de deux pêcheurs qui n’avaient de leur vie mis le pied sur un glacier, je fis une première tentative d’ascension sur le versant occidental du Jôkulfjeld, par la vallée du Tverfjord, qui débouche sur la rive gauche de l’Oxfjord. Remontant un vallon qui longe la base du plateau, nous atteigînmes un piton dominant un grand glacier qui s’abaissait dans une vallée du Nüsfjord, fjord voisin de l’Oxfjord. C’était un beau courant primaire, alimenté par trois affluents qui descendaient du plateau supérieur par des pentes
- 1 Une snôfot (mot à mot pied de neige), suivant l’expression des explorateurs polaires suédois.
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- rapides. Peut-être aurions-nous pu atteindre par cette route le sommet du Jôkulfjeld, mais les brouillards amenés par les vents du Nord-Ouest nous obligèrent bientôt à la retraite. Par ces temps brumeux, le baromètre est toujours très haut dans ces régions, au bord de la mer, il s’élève même souvent jusqu’à 777mm. De l’avis de tous les marins, cet instrument ne donne ici aucune indication sur la probabilité du temps dans ces régions. Aux Loffoten, il baisse par le beau temps et monte, au contraire, à l’approche de la tempête. D’après un officier de la marine royale, résidant à Tromso, le thermomètre doit être employé pour la prévision du temps. Une baisse de température par un beau temps, annonce le vent du Nord-Ouest et les brouillards.
- Notre deuxième tentative eut lieu dans la vallée du Romsdal. Arrivé sur les bords du petit lac (ait. 100m) d’où est prise la photographie n° 2, je reconnus bientôt l’inutilité de tout essai d’escalade par ce ballon. Pour atteindre l’extrémité du glacier, ma caravane aurait même couru de grands dangers, obligée de passer sous une chute de séracs suspendus aux parois supérieures de la vallée.
- Après ces échecs, je résolus alors d’attaquer le Jôkulfjeld par le versant occidental. Traversant Yeid 4, entre le Langfjord et l’Oxfjord, Yalteid, puis une -troisième eid, j’arrivai sur les bords du Jôkul-fjord. Au fond de ce fjord, la raideur des escarpements rendait encore toute tentative impossible de ce côté, mais en reconnaissant le terrain, entre le Jôkulfjord et le Langfjord, je découvris un glacier à pente modérée par lequel je pus atteindre sans aucune difficulté un des renflements les plus élevés de la steppe de neige qui recouvre le plateau. Là, à une altitude de 1150 mètres, émergeait au milieu des glace, un petit jardin de Ranunculus glacialis. De ce point, le panorama était extrêmement curieux. Au Nord, on découvrait l’Océan glacial, au Sud, les chaînes alpines du Lyngen entremêlées de fjords, et l’immense plateau du Finmark. D’un seul coup d’œil on embrassait les différents aspects des sévères paysages du Nord.
- Charles Rabot.
- CHRONIQUE
- E.e passttsé de Vénus. —>• Les trois missions désignées pour aller observer le passage de Vénus en Patagonie ont quitté la France le 20 juillet, par le paquebot des Messageries,- faisant le service entre Bordeaux et Buenos-Ayres. La composition de ces missions est la suivante : Rio-Negro (41° Sud) : M. Perrotin, directeur de l’Observatoire de Nice, assisté de MM. Tessier et Delacroix, lieutenants de vaisseaux, et de M. Guénaire, photographe de l’Observatoire. —- Chubut (43° Sud) : M. llatt, ingé-
- 1 Profonde coupure entre les massifs de plateaux, s’élevant au plus d’une centaine de mètres au-dessus de la mer.
- nieur hydrographe, assisté de MM. Levgue, lieutenant de vaisseau, et Mion, ingénieur. — Santa-Cruz (50° Sud) : M. Fleuriais capitaine de frégate, assisté de MM. Le I'ord et de Royer de Saint-Julien, lieutenants de vaisseau, et de M. Lebrun, naturaliste du Muséum. Arrivées .à Montevideo, les deux premières missions embarqueront probablement sur l’aviso le La Bourdonnais, la troisième sur l’aviso le Volage. Pendant le courant des observations, des embarcations du Volage devront, dit-on, tenter de remonter le Rio Santa-Cruz, au moins jusqu’au point atteint par Darwin lors de l’expédition du Beagle. La mission du Chili, composée de M. de Bernardière, lieutenant de vaisseau, assisté de M. Barnaud, lieutenant de vaisseau, et de M. Favereau, enseigne de vaisseau, s’est embarquée, le 15 juillet, sur le paquebot anglais faisant route pour le détroit de Magellan.
- Unité de Méridien. — Une invitation à un Congrès international scientifique, ou plutôt horologique, sera adressée aux puissanc- s par le gouvernement des États-Unis, aussitôt que la Chambre et le Sénat auront voté la motion suivante, déjà approuvé par un comité d'études : « Le Président des États-Unis a l’autorisation, et il est requis d’envoyer aux gouvernements de toutes les nations en relations diplomatiques avec le nôtre, l’invitation dénommer des délégués pour se rencontrer avec ceux des États-Unis dans la ville de Washington, à telle date qu’il jugera bon de désigner, afin de fixer un méridien convenable à employer comme zéro commun de longitude et étalon de la supputation de l'heure dans le monde entier ; et que le Président est autorisé à nommer des délégués, n’excédant pas trois, pour représenter les États-Unis à cette conférence internationale.
- Une distribution de force hydraulique. — Une
- distribution de force par voie hydraulique, à l’aide d’une canalisation d’eau à haute pression, est à la veille de devenir un fait accompli dans la capitale de l’Angleterre. Le système en lui- même n’est pas une nouveauté, puisqu’il fonctionne d’une manière continue depuis 1876 à llull, grande ville manufacturière de l'Angleterre. Un acte du Parlement vient d’autoriser une Compagnie à distribuer dans les quartiers du centre de Londres, de l’eau, sous une pression suffisante pour produire tous les travaux dont la vapeur est susceptible et plusieurs dont elle est incapable.
- Par la manœuvre d’un simple robinet, il sera possible de mettre en action toute espèce de machines, grues, ascenseurs, tours, machines-outils, machines à imprimer, etc., etc.
- L’énergie hydraulique ainsi distribuée, permettra d’actionner économiquement des machines dynamo-électriques pour l’éclairage électrique public et privé. Ce sera là un grand avantage qui aura pour effet de supprimer la vapeur, son prix l’elativement élevé, les risques qu’elle présente, et les malpropretés inséparables de son emploi.
- Il y a lieu de faire ici une distinction importante entre le système proposé et l’utilisation de l’eau sous pression, dans les conditions ordinaires des distributions d’eau dans les villes. Sauf quelques cas exceptionnels, — dans certaines villes de Suisse, par exemple, la pression atteint 60 à 80 mètres — on ne peut guère compter que sur une pression moyenne utile de 25 à 30 mètres. La production d’un cheval-vapeur, pendant une heure, demande donc un volume d’eau théorique de 9 mètres cubes, et en tenant compte des pertes, de 12 mètres cubes. Dans
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- le système actuellement en fonction à Hull, et qu’on se propose d’appliquer à Londres, la pression est de 50 kilogrammes par centimètre carré, c’est-à-dire que la production d’un cheval-vapeur, pendant une heure, ne demande qu’un volume d’eau théorique de 540 litres, et avec un rendement équivalent, un volume réel de 720 litres.
- La conséquence est que pour distribuer une force déterminée, il faudra de 16 à 17 fois moins d’eau avec le système adopté à Hull, que dans les conditions ordinaires de distribution d’eau des villes. L’économie portera sur le volume d’eau nécessaire, les dimensions des appareils hydrauliques, pompes, accumulateurs, réservoirs, moteurs récepteurs et enfin sur le diamètre des conduites.
- .Malgré l’augmentation de pression, le prix des conduites sera moins élevé que dans un système de distribution à basse pression, car en raison de la diminution du diamètre de la conduite, l’épaisseur des tuyaux sera la môme dans un cas comme dans l’autre, mais ceux de la distribution à haute pression seront de plus faible diamètre, et par suite moins lourds, moins encombrants et d’un prix moins élevé. Nous suivrons avec intérêt l’expérience qui se prépare à Londres, et nous espérons avoir bientôt l’occasion d’en présenter les résultats à nos lecteurs.
- Une Inné artificielle. — M. À. Stewart Harrison donne, dans le Scientific American, la méthode suivante pour reproduire artificiellement une surface présentant tous les accidents et toutes les aspérités qu’offre la surface de la lune. L’éditeur de cette publication aifirme d’autre part que depuis plusieurs années il se sert de ce procédé qui lui a donné jusqu’ici les meilleurs résultats. En tout cas, voici le procédé :
- Prenez une assiette à soupe et graissez légèrement sa surface avec du lard ou de l’huile;distribuez à sa surface avec des épaisseurs variables, à l’aide d’une cuillère, du citrate de magnésie granulé. Prenez une terrine et mettez-y assez d’eau pour remplir l’assiette à soupe; jetez dans cette eau environ deux tiers de son volume de plâtre de Paris très fin, fraîchement fabriqué et rejetez l’eau en excès. Remuez deux ou trois fois avec une cuillère, pour mêler irrégulièrement la pâte ; jetez alors cette pâte sur l’assiette renfermant le citrate de magnésie. L’eau renfermée dans le plâtre produit aussitôt un dégagement abondant d’acide carbonique qui se dégagera en bulles de différentes dimensions et en groupes irréguliers ; le plâtre prend presque aussitôt ; les formes de cratères moulées par le dégagement gazeux se fixent, et le résultat est une surface qui représente avec une ressemblance frappante la surface de la lune avec tous ses accidents. En prenant une photographie de cette surface avec une puissante lumière, la ressemblance devient si parfaite qu’elle trompe jusqu’aux astronomes de profession les plus exercés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 iuillet 1882.
- Dosage du tannin. — On sait que la détermination chimique des matières astringentes présente aux chimistes de nombreuses difficultés. La méthode à laquelle on a recours
- d’ordinaire consiste à faire absorber ces matières par une peau d’animal qui se tanne et dont l’accroissement de poids permet de calculer la quantité cherchée. H faut reconnaître cependant que ce mode d’opération n’est pas exempt d’incertitudes et que, par exemple, on n’est jamais bien sûr d’avoir pesé la peau, avant et après l’absorption, au même degré de siccité. — 11 est à craindre aussi que cette matière organique ne soit pas absolument inaltérable au contact des liquides entrant dans l’analyse.
- D’après M. Aimé Girard, le procédé devient tout à fait pratique et tout à fait précis, lorsqu’à la peau on substitue des cordes à boyau du genre de celles qui entrent dans la construction des instruments de musique. Placées dans le vin, elles le décolorent, se chargent de tout le tannin et peuvent ensuite être ramenées exactement à l’état de dessiccation qu’elles avaient avant l’expérience. Le savant auteur qui annonce un travail d’ensemble sur l’analyse des vins, donne beaucoup de chiffres à l’appui de son nouveau procédé.
- Le calcaire des eaux. — MM. Miron et Bruneau ont reconnu que si l’eau de la Vanne ou celle de la Dhuys, s’écoulant par un tube de verre, sont traversées par des bulles d’air chargées d’ammoniaque, le calcaire qu’elles tiennent en dissolution se précipite en abondance. En même temps ce sel cristallise et contracte de l’adhérence avec le tube, qui en quelques heures est complètement oblitéré. Il résulte de cette remarque que des eaux ordinaires peuvent remplir en peu de temps des moules, d’incrustations calcaires analogues à celles qu’on fabrique si lentement à Saint-Allyre, à Saint-Nectaire, à San Filippo, à Karlsbad et ailleurs. De plus, d’autres carbonates dissous donnent lieu à la même précipitation, et le carbonate de baryte gst spécialement cité par les auteurs.
- Vaporisation des métaux. — D’après les expériences décrites par M. Labours au nom de M. Demarçay, les métaux considérés en général comme parfaitement fixes, le fer par exemple, donnent très nettement des vapeurs à des températures relativement fort basses. Le cadmium, par exemple, se volatilise dès 125° et le zinc dès 156. — Nous avons constaté, pour notre part, que le magnésium se volatilise avant le rouge puisque sous l’action de l’eau et du chlorure de silicium, il donne des cristaux de silicate magnésien à la portion supérieure des tubes où se fait l’expérience.
- Le microbe du charbon symptomatique. — Poursuivant les études dont ils ont déjà entretenu l’Académie, MM. Ar-loing, Lornevin et Thomas précisent les caractères du microbe particulier au charbon bactérien. Ce proto-organisme est anaérobie, de sorte qu’inoculé dans le système veineux d’un animal, il y prospère, détermine la gangrène et la mort; tandis qu’introduit dans les artères, il est bientôt tué par l’oxygène, mais non pas sans avoir déterminé une maladie bénigne à la suite de laquelle l’immunité est acquiser. Jusqu’ici ce microbe n’est pas cultivable, parce qu’il n’est pas isolable. Cependant les auteurs arrivent à l’atténuer en appliquant les procédés de chauffage décrits par M. Toussaint.
- Varia. — M. Tomassi traite des piles à acide chromi-que. — M. Berthelet adresse un mémoire relatif à l’emploi des manomètres à écrasement dans la recherche de la force développée par l’explosion des substances explosibles. — C’est du même auteur qu’est une note sur la vitesso des phénomènes explosifs dans les gaz. —Une solution ra-
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- pide du problème de Kepler est proposée par M. Zeunner ; (de Prague). — L’orbite de Japhet occupe M. Hall. — j Conformément à une habitude, M. Tacchini envoie pour j le semestre qui vient de finir, la statistique des taches et 1 des facules solaires observées au Collège Romain. — M. Dastre fait une lecture sur le système nerveux grand sympathique considéré comme nerf vaso-moteur.
- Stanislas Meunier.
- LE VÉLOCIPÈDE A VAPEUR
- DE SIR THOJIAS PARKVNS
- Un certain nombre de lecteurs nous ont demandé des renseignements sur ce curieux appareil dont les journaux anglais et français ont parlé à plusieurs reprises. Nous publions aujourd’hui tout ce qu’il est possible de savoir sur ce système qui, comme on va le voir, est encore en voie de construction, et nous reproduisons ci-contre à titre de curiosité le dessin publié dans le prospectus du constructeur. Pour compléter cette étude, nous donnerons prochainement la description d’un curieux système français : le vélocipède à vapeur de M. Perreaux. G. T.
- Le tricycle à vapeur que sir Thomas Parkyns a imaginé et fait construire a réellement existé sous le nom de The Baronnet et il a fait quelques essais de marche assez satisfaisants sous la conduite de son inventeur.
- Voici l’indication sommaire de. ses principales pièces : il se composait d’un tricycle ordinaire auquel avait été adapté une petite chaudière tubulaire, placée horizontalement, un peu en arrière du siège, entre les deux grandes roues et se chauffant au pétrole, d’une boîte à eau servant en même temps à la condensation au moyen d’un serpentin, et d’un cylindre avec traîneau actionnant trois engrenages qui en se commandant les uns les autres donnaient le mouvement aux roues du tricycle.
- Autant que j’ai pu en juger, la machine étant démontée et les pièces dispersées, ces mêmes roues devaient servir de volants, car le tricycle. était disposé de telle sorte qu’on pouvait l’actionner soit avec les pieds seuls, soit avec la machine seule, soit en combinant l’action de la vapeur et des pieds. De plus, il fallait l’action des pieds pour démarer et mettre en train le tricycle.
- MM. Bateman et C°, à Greenwich, chargés par sir Thomas Parkyns de construire pour la vente son
- tricycle à vapeur, sont obligés, avant de pouvoir le livrer au public, d’en modifier pour ainsi dire du tout au tout la construction, car l’inventeur tout en ayant eu d’excellentes idées et ayant su en faire l’application, manquait des connaissances spéciales nécessaires pour construire une machine pratiquement apte à fonctionner.
- Ces ingénieurs ont commencé à étudier très sérieusement le tricycle à vapeur, et, en modifiant la forme de certaines pièces, en les renforçant, en remplaçant le moteur horizontal par un moteur rotatif, récemment inventé et doué d’une grande puissance, ils espèrent arriver, dans six mois environ, à livrer au commerce un tricycle à vapeur parfaitement irréprochable comme construction, sécurité et rapidité de marche.
- Le vélocipède de sir Thomas Parkyns ne pouvait guère dépasser la vitesse de 12 à 15 kilomètres à l’heure ; les nouveaux constructeurs veulent lui faire atteindre une vitesse maxima de 25 kilomètres, et
- lui créer aussi la faculté de gravir des pentes d'une certaine inclinaison sans qu’on soit obligé de combiner l’action des pieds avec celle de la vapeur. Ils maintiendront le chauffage au pétrole, qui a l’avantage de donner un feu facile à entretenir, de ne pas dégager de fumée, et de permettre d’emporter une grande quantité de combustible sous un petit volume.
- MM. Batteman et C° auraient déjà poussé beaucoup plus loin leurs études du nouveau tricycle à vapeur s’ils n’avaient été surchargés de travaux pressés et surtout s’il n’existait en Angleterre une loi défendant d’user sur les routes d’aucune voiture à vapeur sans la faire précéder d’un homme à pied, et cela, à une vitesse maximum de 3 milles à l’heure.
- Cette loi avait été faite pour permettre aux machines à tasser le macadam de fonctionner et empêcher la circulation, des autres voitures à vapeur.
- L’inventeur espère cependant obtenir prochainement sans restriction le droit de circulation pour le tricycle à vapeur, en se basant sur ce qu’il ne dégagera pas de fumée, ne lâchera pas de vapeur grâce à son condenseur, ne fera que peu de bruit, et aura en somme l’aspect d’un de ces tricycles ordinaires que l’on rencontre en si grand nombre dans les rues de Londres. P. G.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandibr. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- Le tricycle à vapeur de sir Thomas Parkyns.
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- N° 47U. — 5 AOUT 1882.
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- LE JARDIN DES PLANTES DE PARIS
- REPRODUIT TAR LA PHOTOGRAPHIE
- La photographie rend à toutes les sciences des services incomparables; l’astronomie, la physique, la chimie, lui empruntent chaque jour ses ressources pour fixer sur le cliché, les astres, les spectres lumineux ou les objets microscopiques ; cet art si précieux est appelé aussi à apporter le plus utile concours aux sciences naturelles. Cette réflexion nous a été suscitée récemment par l’examen d’une
- collection photographique remarquable due au talent de M. Pierre Petit. Cette collection comprend plus de deux cents photographies de grand format qui représentent le Muséum d’histoire naturelle de Paris tout entier ; en feuilletant l’album contenant ces photographies, on voit reproduits avec un art véritable, les serres, les jardins, la ménagerie, les collections, les animaux empaillés et même les animaux vivants, pris sur le vif par la photographie instantanée, dans la posture qui leur est familière. La gravure ci-dessous a été exécutée d’après une de ces photographies qui représente une des fosses aux ours. On voit l’ours Martin debout qui
- Vue d’une fosse aux ours au Jardin des Plantes. (D’après une photographie instantanée de M. Pierre Petit.)
- épie le moment où le morceau de pain traditionnel tombera de la main d’un visiteur. Cette scène est comme on le voit d’une vérité parfaite qui en fait un charmant tableau.
- On sait que les fosses aux ours sont au nombre de trois, l'une est destinée aux ours blancs, les autres aux ours bruns. C’est dans l’une de ces fosses que logeait jadis le véritable ours Martin, qui a été célèbre dans tout Paris par sa taille, sa beauté, son agilité à monter sur l’arbre planté au milieu de sa cour, et surtout par la mort d’un vieux soldat qui, prenant un bouton de métal tombé dans la fosse pour une pièce de cinq francs, eut l’imprudence d’y descendre la nuit, et périt étouffé dans les bras de l’animal.
- Cet ours célèbre n’existe plus en réalité, mais il 10* année. — 2“ semestre.
- a des successeurs, et les visiteurs voient toujour un ours Martin au Jardin des Plantes.
- La collection de photographies que nous avons parcourue, est si intéressante que nous voudrions pouvoir en reproduire toutes les pièces ; nous avons surtout admiré quelques photographies des serres, et celles de la ménagerie des reptiles ; les reproductions. des boites d’insectes et de papillons de la collection d’entomologie sont étonnantes de précision et de netteté ; elles font le plus grand honneur au talent de l’opérateur, et rendront, croyons-nous, de véritables services aux naturalistes.
- Après avoir reproduit la photographie de l’ours Martin, nous donnerons celle de l’éléphant dans un de nos prochains numéros.
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- U LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- AU BUREAU TÉLÉGRAPHIQUE ET A LA STATION PE . BRUXELLES-NORD
- Sous ce titre, M. J. Dumont, ingénieur à l’administration des Télégraphes belges, vient de publier une petite brochure qui nous apporte des renseignements précieux sur une installation intéressante faite par MM. Jaspar et Dumont, il y a près de trois ans, dans le grand bureau télégraphique de Bruxelles qui se trouve établi dans les bâtiments de la gare du Nord.
- M. Dumont expose d’abord les difficultés spéciales au problème qu’il s’agissait de résoudre. Dans un bureau télégraphique, on doit écarter tout éclat blessant pour la
- vue, tout en éclairant suffisamment les différents points de la salle où les instruments sont placés, pour éviter que les employés ne portent ombre sur la bande des appareils et les feuillets de réception des télégrammes. La solution qui semblerait aujourd’hui la plus naturelle, serait d’établir des foyers divisés et des lampes à incandescence. En 1879, les petites lampes à incandescence n’existaient pas encore, aussi MM. Jaspar et Dumont ont-ils employé des grands foyers à arc et utilisé le plafond et les murs comme surfaces réfléchissantes, pour produire une diffusion de la lumière aussi complète que possible. Les plafonds et les murs ont été blanchis à la chaux, les fenêtres garnies de stores en toile blanche et les rayons émanant des lampes renvoyés vers le haut par un système de réflecteurs prismatiques. L’installation comprend une machine à gaz Otto de huit chevaux actionnant trois machines dynamo-
- Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
- Régulateur Jaspar. Mécanisme Système de diffusion de la lumière de M. Jaspar. Candélabre pour place publique.
- électriques Gramme, type d’atelier, alimentant chacune un régulateur à arc système Jaspar.
- Le régulateur Jaspar est un appareil à intensité constante ; le rapprochement du charbon tend à se produire par le poids du charbon positif, et leur écartement par l’action d’un solénoïde, comme dans le système Archereau (fig. 1). Pour éviter les mouvements brusques et donner au charbon négatif mobile, un bon contact, le porte-charbon B porte une tige latérale portant un piston qui glisse sans frottement dans un cylindre D rempli de mercure. Le porte-charbon positif À est guidé verticalement et est muni à sa partie inférieure d’une portée à laquelle est fixée une cordelette attachée à la jante d’une poulie de transmission portant un contrepoids E. Le porte-charbon négatif B est terminé ’a sa partie inférieure par un cylindre de fer pénétrant dans le solénoïde C. A sa partie inférieure est fixée une corde passant en une seconde poulie solidaire de la première, mais d’un diamètre deux fois moindre. Enfin, une troisième cordelette passant sur une troisième poulie solidaire des deux premières, maintient l’extrémité
- d’un levier KF, mobile autour de son autre extrémité. Le contrepoids F est mobile sur ce levier à l’aide d’une vis K.
- Voici maintenant le fonctionnement du système : Au repos, les charbons sont au contact; lorsque le courant passe, le solénoïde attire le noyau de fer, et produit l’écart des charbons, qui dans les conditions normales de fonctionnement est de 3 millimètres. Lorsque l’arc s’allonge, le courant s’affaiblit, les charbons sollicités par le poids de la tige A se rapprochent un peu.
- Le contrepoids F agit en sens opposé et tend à produire l'écart ; son action est d’autant plus intense qu’il est plus rapproché du point d’attache de la corde et que les courants employés sont plus intenses. Les mouvements de réglage sont très adoucis par le piston plongeant dans le mercure. L’action du solénoïde sur la tige du porte-charbon B n’est pas la même à la fin qu’au commencement. Le contrepoids E a pour effet de compenser cette différence d’action, car à la fin de la course, lorsque les charbons sont presque usés, son poids s’ajoute à celui du
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- contrepoids F pour équilibrer l’action du solénoïde qu est alors plus grande.
- Les salles éclairées par les lampes Jaspar sont au nombre de deux. La grande salle a 48m,50 de long, 10”\50 de large, et 3m,88 de hauteur. Elle est éclairée par deux régulateurs dont la lumière est réfléchie au plafond par des glaces horizontales carrées de 50 centimètres de coté placées entre la boîte qui renferme le mécanisme et l’arc lui-même. L’arc est entouré d’un tronc de pyramide qua-drangulaire en tôle nickelée intérieurement, la hase tournée vers le haut. Malgré les pertes dues à ces réflexions successives, la quantité de lumière ainsi répartie est très suffisante pour le service.
- La petite salle, qui n’a que 7 mètres sur 40m,50, est éclairée par un seul régulateur dont le système diffuseur, représenté figure 2, diffère de celui des lampes de la grande salle. Grâce à la disposition adoptée, on a pu éclairer une petite pièce de 4 mètres sur 4 mètres, dans laquelle il n’y a pas de lampe et qui ne communique avec la petite salle que par une haie toujours ouverte. Dans ce but, le régulateur de la petite salle porte une couronne de six lentilles (fig. 2). Les génératrices du cône formé par la couronne de lentilles sont normales à celles du cratère du charbon positif supérieur. Grâce à cette disposition, on peut, a l’aide de miroirs plans, envoyer des faisceaux lumineux dans six directions différentes. L’un de ces faisceaux est ainsi réfléchi par un miroir plan et envoyé dans la petite pièce nommée classement, où les stores et les murs blancs la réfléchissent sur le casier de classement. Un autre faisceau est recueilli par un second miroir et réfléchi sur le pupitre de l’employé au classement. Le foyer lumineux est aussi entouré d’un cône elliptique en tôle nickelée, pour que l’éclat direct n’éblouisse pas le personnel.
- Dans les conditions ordinaires, les trois machines dépensent environ sept chevaux et demi de force, mesurés au frein, la lampe fonctionnant avec une intensité de courant moyenne de 16 ampères et 51 volts de force électromotrice, 94 pour 100 du travail dépensé par le moteur apparaît dans l’arc sous forme de chaleur. L’intensité lumineuse mesurée dans le plan horizontal passant par l’arc est de 855 bougies de l’Etoile, brûlant 10*r,8 de stéarine à l’heure avec une flamme de 8 centimètres *. L’intensité moyenne est environ le double de l’intensité horizontale, on peut donc compter environ 200 becs Carcel par foyer.
- M. Dumont a étudié avec beaucoup de soin le coût de la lumière électrique et celui de l’éclairage au gaz qu’elle remplace. En tenant compte de tous les frais, amortissement, etc., dans les deux cas ; on trouve que le prix réel de l’éclairage, par heure, revient à 1 fr. 86 pour le gaz, à 3 fr. 82 pour l’électricité. L’éclairage électrique coûte 2,05 fois plus que l’éclairage au gaz. Si l’on tient compte de l’intensité lumineuse, on trouve que la bougie-heure-gaz coûte 0 fr. 0035 (le bec de gaz équivaut à 7 1/2 bougies), et la bougie-heure-électrique coûte 0 fr. 00076; c’est-'a-dire 4,6 fois moins que la première.
- Conclusions. — Dans un local comme celui qui contient les appareils télégraphiques de Bruxelles-Nord, dont le plafond est peu élevé et le personnel nombreux, l’usage du gaz d’éclairage offre do graves inconvénients pour la santé des employés. Le gaz vicie l’air en transformant une partie de l’oxygène en acide carbonique et aussi en l’échauffant outre mesure.
- L’éclairage électrique n’offre pas ces inconvénients :
- 1 Environ 100 becs Carcel.
- peu d’oxygène est absorbé et l’air ne s’échauffe pas sensiblement. La surveillance du personnel s’exerce à peu près aussi facilement qu’en plein jour, la lecture des bandes est rendue plus aisée, les opérateurs restent plus longtemps dispos, le tout au grand avantage de la régularité et de la célérité du service.
- Le succès de la lumière électrique au bureau télégraphique de Bruxelles-Nord a décidé l’Administration des chemins de fer à tenter un essai d’illumination de la place des Nations. On a installé un second moteur à gaz de huit chevaux et deux régulateurs disposés sur la place et établis sur des mâts d’environ 9 mètres de hauteur (fig. 3). Chaque lampe est surmontée d’un réflecteur en tôle blanchie, en forme d'un cône très évasé. Les foyers sont enveloppés de globes en vers mat qui diffusent la lumière. Un troisième régulateur est placé au milieu de la façade de la gare, et sa lumière réfléchie sur la place par un réflecteur formé de deux miroirs plans.
- Les candélabres ou mâts qui supportent les deux autres régulateurs se composent d’un socle fixe en fonte etd’uhe perche à l’extrémité de laquelle est suspendue la lampe (fig. 3). Cette perche est équilibrée, elle pivote sur un axe, ce qui permet d’amener la lampe au niveau du sol pour la nettoyer et renouveler les charbons. La lampe est posée sur des tourillons qui lui permettent de rester verticale pendant la descente de la perche.
- Là encore, la dépense résultant de l’emploi de la lumière électrique est supérieure à celle du gaz dans le rapport de i à 2,57, mais en ramenant les dépenses à l’unité de lumière, la dépense par l’électricité est beaucoup moindre que celle du gaz.
- L’étude très complète et très consciencieuse de M. J. Dumont montre qu’il est impossible de dire, a priori, si l’éclairage électrique est plus économique ou moins économique que l’éclairage au gaz. 11 faut tenir compte d’une foule de facteurs qui ne permettent pas de tirer une conclusion générale, mais qui dictent, dans chaque cas, le choix à faire entre l’un et l’autre système, après un examen réfléchi et comparé, de leurs avantages et de leurs inconvénients.
- HORLOGE
- 4 MOTEUR HYDR0-PNEUM4TIQUE
- DE M. BOURDON
- Tout le monde sait que les tubes courbes de section non circulaire ont la propriété de se contracter lorsqu’on y fait le vide, et de revenir, en vertu de leur élasticité, à leur forme primitive, lorsqu’on y laisse rentrer l’air : on comprendra comment on peut, en les combinant avec un moteur pneumatique, les appliquer à faire mouvoir régulièrement le pendule d’une horloge.
- En effet, dans l’horloge imaginée par M. Bourdon, l’organe qui remplace l’échappement est un tube tout à fait semblable à ceux employés comme organe moteur des baromètres métalliques, et la force qui donne le mouvement est empruntée à la pression atmosphérique, dont l’action intervient à des'intervalles de temps réguliers pour faire osciller le pendule, comme s’il était actionné par un
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- LA iVATLUE.
- système d’échappement tel qu’on les emploie généralement en horlogerie.
- L’appareil, pour fonctionner utilement, doit être composé de trois parties bien distinctes :
- 1° Le moteur pneumatique, qui fonctionne au moyen de l’eau s’écoulant lentement d’un réservoir;
- 2° Le tube flexible à section elliptique et son distributeur qui, sous l’influence d’un vide partiel, entretient le mouvement du pendule ;
- 5° La minuterie de l'horloge, le cadran, les aiguilles et le renvoi du mouvement qui met le tube moteur en relation avec la minuterie.
- L’appareil est représenté dans son ensemble dans la gravure ci-contre (fig. 1), où l’on voit, d’un côté le moteur hydropneumatique, et de l’autre, l’horloge et son mécanisme;
- La figure 2 donne les différents détails que nous allons examiner successivement.
- Commençons par le moteur représenté dans son ensemble en section verticale (lig. 2, n°4) ; le n°3 de la même figure est un détail à une plus grande échelle de la partie du récipient à laquelle s’applique la trompe pneumatique.
- Ce moteur se compose d’un vase en verre B, garni à sa base d’une douille en cuivre B' vissée au raccord de même métal C, d’où part :
- 1° Un robinet D établissant la communication avec l’horloge, au moyen de petits tuyaux qui se placent le long des murs et ne sont pas plus apparents que des fils de sonnettes. L’expérience démontre qu’à une distance de 200 mètres l’action pneumatique se transmet à l’horloge avec la même facilité qu’à quelques mètres.
- 2° Un second tuyau D' allant à une éprouvette à mercure, fixée sur une planchette T qui indique le
- degré de vide dont l’action incessante et régulière constitue la force motrice, laquelle dans ce système d’horloge, remplace le ressort ou le poids donnant habituellement le mouvement au rouage.
- 3° Enfin, dans son prolongement, la petite trompe pneumatique en verre E, terminée par un tube vertical T, par lequel l’eau s’écoule dans un récipient
- de décharge, en entraînant avec elle l’eau qui arrive par le tuyau D. Cette eau qui a servi à donner le mouvement aux pendules placés aux différents étages d’une habitation, peut encore à l’étage inférieur être employée utilement.
- Comme on le voit particulièrement dans le n° 3, la douille B' a son centre traversé par un tube de petit diamètre b, dont l’extrémité inférieure descend au milieu de la trompe E, près de l’orifice de son tube en S, pour déverser dans celui-ci l’eau goutte à goutte.
- Sur le parcours du tuyau FF', (n°4),qui amène l’eau dans le réservoir B, est monté le tiroir à déroulement G relié par le levier G' au flotteur H servant à maintenir l’eau à une hauteur constante.
- Enfin, une cuillère à bascule I', fixée à cet effet à l’extrémité d’un levier I' relié par articulation avec un second levier J, actionne une tige verticale J' maintenue dans l’axe du tube b par le guide K, n° 3.
- Cette tige est terminée par une aiguille en fil de platine, qui entre dans le trou du tube b et sert à l’épingler automatiquement à des intervalles de temps réguliers.
- Le jeu de l’appareil à bascule est très simple : l’eau arrivant d’un réservoir quelconque par l’ouverture du tiroir à flotteur G se déverse dans la cuillère I qui, lorsqu’elle est pleine, fait un mouvement de bascule et verse son contenu dans le récipient ; ce
- Fig. 1, — Horloge pneumatique de M. Bourdon. — A gauche, vue du moteur hydro-pneumatique; à droite, vue de l’horloge.
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- LA NATURE.
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- mouvement fait descendre l’aiguille de platine dans le tube b, puis la cuillère se relève immédiatement, dégage l’aiguille, et laisse libre l’orifice qui fournit l’eau à la trompe.
- Cette combinaison a pour effet d’empêcher toute obstruction du tube, même s’il arrivait que l’eau servant à alimenter l'appareil contînt quelques impuretés.
- Le fonctionnement de la trompe s’explique aussi aisément : l’eau du récipient s’écoule lentement par le tuhc b et tombe goutte à goutte dans l’S qui forme le bas de la trompe E. Ces gouttes d’eau descendent dans le tube vertical E', d’un faible diamètre, et
- emprisonnent entre elles des quantités d’air à peu près triples de leur propre volume, de façon que le vide partiel (1/25 d’atmosphère), produit par l’eau qui s’écoule, est entretenu avec une parfaite régularité dans le tuyau qui aboutit à l’horloge.
- On voit donc que cette trompe constitue, dans sa forme la plus simple, un appareil pneumatique à effet continu, s’appliquant très avantageusement à entretenir le mouvement oscillatoire du pendule.
- Les seules conditions nécessaires pour obtenir ce résultat sont :
- 1° De maintenir le niveau de l’eau dans le récipient B, à une hauteur constante ; 2° d’entretenir
- Fig. 2. — Détails du mécanisme de l’horloge pneumatique de M. Bourdon.
- N* 1. Horloge et son mécanisme. — N* 2. Détail du tiroir distributeur. — N* 3. Détail de la trompe. — N* 4. Moteur hydro-pneumatique.
- l’orifice capillaire du tube b toujours ouvert à son diamètre de régime.
- L’application du robinet à flotteur remplit la première condition. La cuillère à bascule et l’aiguille en fil de platine satisfont à la seconde.
- Le n° 1 (fig. 2) représente l’horloge vue de face du côté du cadran des heures ;
- Le n° 2 est un détail, à la même échelle de moitié d’exécution, du tiroir distributeur.
- Ce dernier, dont nous allons tout d’abord examiner la fonction, qui a une grande analogie avec celle que remplit le tiroir glissant des machines à vapeur, a pour mission d’ouvrir et de fermer alternativement, en temps opportun, l’orifice qui communique avec la trompe et l'orifice de rentrée d’air, alin de
- faire contracter et dilater le tube flexible, de même que le tiroir d’une machine à vapeür livre passage à la vapeur pour imprimer au piston son mouvement alternatif.
- Au lieu d’ouvrir et de fermer les orifices au moyen d’une pièce glissante, qui absorberait de la force motrice et nécessiterait un graissage fréquent, ce sont deux bandelettes a et a' d’étoffe de soie imperméable, qui remplissent cette fonction.
- Chacune de ces bandelettes est fixée d’un bout sur la plaque percée du distributeur L, et de l’autre à l’extrémité d’un petit levier l et l' dont le mouvement de va-et-vient fait enrouler et dérouler la bandelette, de telle sorte que l’un des orifices soit toujours fermé lorsque l’autre est ouvert..
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- LA NAT U Fi K
- Le grand avantage que présente ce genre de fermeture , c’est, que son fonctionnement n’exige, comme nous l’avons déjà dit, qu’une très petite quantité de force. En effet, bien que la bandelette supporte, sur sa surface inférieure, une pression proportionnelle à la section du trou qu’elle recouvre, on peut admettre que cette pression s’annule presque entièrement au moment où le déroulement de la bandelette met le trou à découvert, parce que la pression s’équilibrant simultanément sur ses deux surfaces, l’elïort nécessaire pour la soulever est presque nul.
- Nous avons vu comment fonctionnait la trompe pneumatique, et comment, par elle, le vide suivi d’une rentrée d’air pouvait se faire alternativement dans le tube flexible A (n° 1). Voici en effet ce qui se produit :
- Si on écarte le pendule de la verticale, afin de lui donner une première impulsion, l’axe e, entraîné par un levier à fourchette imprime un mouvement de va-et-vient, par bielles et leviers aux membranes a et a' (n° 2), d’où résultent l’ouverture et la fermeture successives des oriiiees du distributeur.
- Lorsque l’orifice placé sous la membrane a s’ouvre, l’orifice placé sous la membrane a' est fermé et la communication du tube flexible A existe alors avec le moteur pneumatique, et le vide s’établit dans la boîte L ainsi que dans ledit tube flexible.
- Le vide, succédant dans ce dernier à la pression atmosphérique, amène sa contraction, ce qui force ses extrémités à se rapprocher l’une de l’autre, de sorte que les bielles c et c' agissent toutes deux sur le balancier e pour lui donner un mouvement dans le môme sens , son axe décrit alors un arc de cercle, et ce mouvement est transmis au pendule et à la minuterie.
- " Mais bientôt la membrane a ferme l’orifice correspondant, et la membrane a' ouvre le sien, alors le contraire a lieu : la pression atmosphérique s’établit dans la boîte ainsi que dans le tube flexible, ce qui produit l’expansion des parois et par suite l’écartement des extrémités, dont les bielles viennent agir de même sur le balancier, mais pour lui imprimer un mouvement en sens contraire du précédent.
- Tel est le fonctionnement de cette horloge qui, en utilisant la force empruntée à la pression atmosphérique, est plus simple et moins sujette à se déranger, croyons-nous, que les horloges électriques, parce que celles-ci exigent, pour être entretenues en activité, l’emploi de piles galvaniques dont les substances chimiques ont besoin d’être fréquemment renouvelées, ce qui nécessite, pour que le fonctionnement en soit assuré, le concours de personnes habituées à ces manipulations.
- La dépense de force motrice est aussi presque nulle, car l’eau qui entretient le mouvement peut être prise à une source quelconque, ou dans un réservoir alimenté régulièrement, soit par une conduite d’eau de la ville, soit par les eaux de pluie, etc.
- Enfin cette eau, dont la dépense n’est que de 1 /4 de litre par heure, peut ne pas être perdue en la recueillant dans un réservoir pour les usages de la maison.
- BIBLIOGRAPHIE
- Guide des épreuves électriques à faire sur les câbles télégraphiques, par Yaldemar IIoskker, 1 vol. in-8°, traduit de la 2e édition anglaise, par A. L. Ternant, 11 figures dans le texte. — Paris, G. Masson et E. Plon, 1882.
- Il Potenziale Elettrico nelV insegnamenlo elementare délia eleltrostalica, par M. A. Sebpieri, professeur de physique à l’Université et au Lycée Raffaelo di Urbino,
- I vol. in-8°. Milan, Ulrico llœpli, 1882.
- L’enseignement des principes généraux de l’électricité
- prend une place chaque jour dé plus en plus importante dans les programmes des Universités et des Ecoles. Le Congrès international des Électriciens, en donnant aux unités de l’Association Britannique une sanction officielle, en a presque imposé l’adoption universelle par son autorité morale. A des idées nouvelles et des mots nouveaux, il faut aussi de nouveaux ouvrages pour les répandre dans l’enseignement. C’est dans ce but qu’a été écrit le petit ouvrage de M. Serpieri que nous recommandons aujourd’hui à nos lecteurs. M. Serpieri s’est tenu, à notre avis, en traitant un sujet aussi abstrait que le potentiel électrique, et la théorie moderne des phénomènes électriques, dans un juste milieu entre les théories abstraites, accessibles seulement à un très petit nombre de mathématiciens exercés, et les idées générales, acceptées le plus*souvent comme des axiomes, sans preuves ni démonstrations. Le volume se termine par un petit traité du système des mesures absolues basées sur le système Centimètre-Gramme-Seconde (C. G. S.) qui résume fidèlement et très simplement en quelques pages l’état actuel de cette importante question. L’ouvrage de M. Serpieri, destiné aux lycées et aux instituts techniques d’Italie, répond parfaitement aux besoins actuels de l’enseignement, et contribuera certainement à répandre en Italie les principes généraux de l’unité des forces physiques et de la conservation de l’énergie, dont la théorie du potentiel n’est qu’une des formes les plus modernes, en ce qui touche les phénomènes électriques.
- LE RÔLE DE DARWIN
- CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE DE LA PALÉONTOLOGIE 1
- Depuis Cuvier, aucun naturaliste n’a laissé dans les champs de la science un sillon aussi lumineux que Charles Darwin. Je voudrais essayer de dire pourquoi ses ouvrages ont eu une importance toute particulière pour la paléontologie.
- Avant de se rendre illustre par ses théories, Darwin avait révélé un puissant esprit d’observation.
- II avait fait le tour du monde à bord du Beagle, avait publié sur la Patagonie des remarques curieuses, s’était livré aux plus ingénieuses études sur les
- 1 Voy. Ch.-R. Darwin, n° 467 du 13 mai 1882, p. 369.
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- LA NATURE.
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- îles madréporiques de l’Océan Pacifique qu’il a représentées très justement comme les marques de l’abaissement d’un grand continent austral. Plus tard il a entrepris de patientes recherches sur les cirrhipèdcs soit vivants soit fossiles. C’est seulement en 1859 qu’il a fait paraître son ouvrage intitulé : Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la Lutte pour l'existence dans la nature. Darwin avait attendu que son esprit fût arrivé à sa maturité ; il avait eu le temps d’accumuler des observations et de méditer sur ce qu’il avait vu. L'Origine des espèces a été complétée par plusieurs ouvrages, notamment par la Descendance de l'homme, les Variations des plantes et des animaux, l'Expression des émotions de l'homme et des animaux, les Plantes grimpantes, les Plantes insectivores, etc.
- Bien que Darwin dans son Origine des espèces ait peu traité des animaux fossiles, c’est peut-être parmi les paléontologistes, qu’il a produit en France le plus d’impression. Les uns prirent chaudement parti contre lui, les autres prirent parti pour lui. Dans cette chaire du Muséum que j’occupe maintenant, d’Archiac l’attaqua vivement ; malgré ma confiance dans le jugement de ce maître que j’aimais et estimais profondément, et quoique j’aie toujours été éloigné à certains égards des idées philosophiques de Charles Darwin, je lus son livre avec une admiration passionnée ; s’il metait permis d’employer une telle expression,. je dirais que je le dégustai lentement, comme on boit à petits traits une délicieuse liqueur; j’y trouvais une multitude d’observations et de pensées qui s’accordaient avec ce que j’avais pu entrevoir des enchaînements des êtres flans les âges passés.
- Lorsque notre grand Cuvier avait fondé la paléontologie, il avait dû s’attacher aux différences qui séparent les êtres fossiles des êtres vivants; s’il avait procédé autrement, il n’aurait pu prouver, comme il l’a fait si merveilleusement, que les espèces des temps géologiques ont eu une autre physionomie que les espèces actuelles. Quand Alcide d’Orbigny, que nous pouvons bien appeler le second fondateur de la paléontologie française, a voulu démontrer qu’il y avait eu de nombreux étages géologiques ayant chacun des fossiles caractérisés par des formes distinctes, il a dû s’efforcer de faire ressortir les différences des espèces qui tour à tour se sont épanouies à la surface du globe. La plupart des autres paléontologistes se sont également attachés à mettre en relief les caractères différentiels; MM. Deshayes, Barrandef Milne Edwards et Haine, Gervais, Cotteau et plusieurs autres ont fait des chefs-d’œuvres d’analyse. Les espèces fossiles se comptent par milliers. A chaque moment de l’histoire du monde, des formes nouvelles se sont manifestées ; entre ces formes indéfinies, notre esprit troublé cherche à découvrir des points de repère. Faut-il désespérer de nous reconnaître dans ce dédale de créatures qui s’échelonnent à travers l’immensité des âges? La question de l’espèce se
- pose irrésistiblement devant le paléontologiste. L’espèce représente-t-elle une entité distincte, indépendante de celle qui l’a précédée, de celle qui l’a suivie? Par exemple, M. de Saporta en faisant ses admirables investigations de paléontologie végétale, trouve à divers niveaux dans les couches tertiaires des plantes peu différentes de celles qui parent aujourd’hui l’écorce de notre terre; naturellement il est disposé à penser que ce sont les mêmes types qui d’étapes en étapes, de mutations en mutations se sont avancés vers l’état où nous les admirons maintenant. M. Deshayes a compté 1400 espèces de Cérites dont 1000 à l’état fossile, appartenant à des étages différents; sont-ce là autant de créatures distinctes, ou ne peut-on pas plutôt supposer soit un seul cérite, soit un petit nombre de cérites se continuant à travers les temps géologiques et présentant ces faibles modifications qu’on a nommées des espèces? Un paléontologiste va explorer un gisement d’où il rapporte une multitude d’os de rhinocéros fossiles; il compare ces os avec ceux des rhinocéros vivants ; presque tous ont les mêmes trous pour les ligaments, les mêmes saillies pour les attaches des tendons; seulement il trouve une ou deux différences ; alors, par la pensée, il met dans une balance la somme des ressemblances et celle des dissemblances ; la première l’emporte tellement sur la seconde quelle entraîne son esprit vers l’idée que les espèces de rhinocéros vivants et fossiles ne sont qu’un même type qui a éprouvé de légers changements. Ensuite le même naturaliste compare ces rhinocéros avec leurs prédécesseurs les Palæo-therium, et plaçant à la suite les unes des autres toutes les espèces de ces deux genres, il suppose qu’elles aussi peuvent représenter un même type qui s’est peu à peu modifié. Là où l’on voyait 10 êtres, 100 êtres différents, il n’y en a plus qu’un ; l’histoire de la nature se simplifie ; sous son apparente diversité, nous apercevons l’unité; au lieu de créatures jetées comme au hasard, sans règle et sans suite, dont l’indéfinie variété semblait devoir surmonter la compréhension de l’esprit humain, nous croyons suivre la trace de quelques types dont le fond est assez peu varié pour que nous soyons capables d’embrasser leurs traits principaux. Ainsi espérons-nous arriver un jour à comprendre le plan que Dieu a suivi pour produire et développer la vie dans le monde.
- On a dit aux paléontologistes partisans de la doctrine de l’évolution : « Vous poursuivez une grande idée chimérique, car les espèces d’aujourd’hui ne changent pas; les momies d’Egypte ont appris que les êtres les plus anciens des temps historiques sont aujourd’hui les mêmes qu’autre-fois. » Les paléontologistes étaient bien embarrassés pour répondre à cet argument. Mais voilà que Darwin est venu : il a vécu pi*ès des jardiniers et des éleveurs d’animaux; son esprit fin et curieux a interrogé tous les êtres qui existent autour de nous. Il a suivi leurs insensibles modifications; il
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- LÀ NATURE.
- a été profondément impressionné par la vue des changements qui sont déterminés par quelques efforts de l’homme, par des influences de milieux, par des unions répétées d’individus ayant la prédominance de telles ou telles qualités. Il a montré que, meme dans le court espace des temps historiques, les êtres ont subi et subissent actuellement sous nos yeux d’importantes mutations. Assurément Darwin n’a pas tout expliqué ; l’incompréhensible dans l’univers se dresse encore immense en face du compréhensible. Mais la voie est ouverte : tracer une voie nouvelle, c’est faire preuve de génie. Il me semble que le nom de Darwin est un de ceux que les paléontologistes devront toujours prononcer avec respect et reconnaissance, car il leur a donné du courage en leur montrant
- qu’ils n’étaient pas déraisonnables, lorsqu’en se basant sur l’observation des faits, ils croyaient aux mutations successives des anciens êtres.
- Aliiert Gaudry,
- Membre de l’Institut.
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- OBSERVATIONS DE 1/AURORE BORÉALE
- FAITES PAR L’EXPÉDITION DE LA « VÉGA 1) EN 1879
- Les gravures ci-jointes représentent les apparences différentes qu’a affectées l’aurore boréale dans le détroit de Behring, en 1878-79 (fig. 1 à 5). Nous ne l’avons jamais vue dans ces contrées sous l’apparence
- Fig. 1. — Aurore boréale observée en 1879 pendant l’expédition de la Véga. — Are de l'aurore communément observé.
- de magnifiques rubans ou de draperies lumineuses qu’elle présente si fréquemment en Scandinavie, mais seulement comme des arcs lumineux semblables à un halo et qui restaient, heure après heure et jour après jour dans la même position. Quand le ciel n’est pas voilé par les nuages et que la faible lumière de l’aurore ne disparaît pas devant l'éclat des rayons du soleil ou de la pleine lune, ces arcs paraissent généralement entre huit et neuf heures du soir et sont visibles sans interruption au milieu de l’hiver jusqu a six heures et plus tard dans la saison, jusqu’à trois heures du matin. Il suit de là que l’aurore, même dans une année où elle est à son minimum, est un phénomène naturel permanent. La position presque fixe des arcs a de plus permis de prendre un grand nombre de mesures de leur hauteur, largeur et position dont je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes : notre globe est orné, même dans les
- années minima d’aurores, d’une couronne lumineuse simple, double ou multiple presque constante, dont le bord intérieur est situé à une hauteur d’environ 200 kilomètres ou 0,03 du rayon terrestre au-dessus de la surface de la terre (fig. 6); le centre de celte couronne lumineuse, « le pôle de l’aurore, » est un peu au-dessous de la surface de la terre, un peu au nord du pôle magnétique et le diamètre de cette couronne étant de 2000 kilomètres, soit 0,3 du rayon terrestre, elle s’étend sur un plan perpendiculaire à ce rayon qui en louche le centre.
- J’ai appelé cette couronne lumineuse la gloire de l'aurore, à cause de sa forme et de sa ressemblance avec les auréoles qui entourent les têtes des saints. Cette aurore boréale en forme de couronne est à l’aurore de Scandinavie en forme de rayons ou de draperies ce que sont aux vents orageux et irréguliers du Nord, les vents alizés et moussons du Sud. La
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- Fig. 2. — Aurore boréale observée le 5 mars 1879 à neuf heures au soir,
- Fig. 3. — Aurore à arc double observée le 20 mars 1879 h neuf heures trente minutes du soir.
- Fig. i. — Aurore elliptique observée le 21 mars 1879 à deux heures quinze minutes du matir..
- Fig. 5. — Autre aspect de la même aurore observée à tiois heures du malin. Différents aspects de l’aurore boréale pendant l’expédition de la Véga, en 1879
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- LA NATURE.
- lumière de la couronne elle-même n’est jamais en rayons, mais ressemble à celle qui traverse un verre noirci. Quand l’aurore est plus forte, la dimension de la couronne lumineuse change ; on voit des arcs doubles ou multiples qui sont généralement dans le même plan et ont un centre commun avec des rayons qui vont d’un arc à l’autre. On voit rarement des arcs placés irrégulièrement les uns par rapport aux autres ou se croisant.
- L’espace dans lequel les arcs communs sont visibles est compris entre deux cercles qu’on pourrait tracer sur la terre, dont le pôle de l’aurore serait le centre et qui auraient des rayons de 8° et de 28° mesurés sur la circonférence du globe. 11 touche seulement dans une petite partie aux contrées habitées par des peuples d’origine européenne (la partie la plus septentrionale delà Scandinavie, l’Irlande, le Groenland danois) et même au milieu cîe cet espace il y a une bande qui passe par le centre du Groenland, le sud du Spitz-bcrg et la Terre de François-Joseph, où l’arc commun forme seulement un faible voile lumineux très étendu au zénith et n'est peut-être visible que pendant l’obscurité de l’hiver, étant très affaibli dans cette partie. Cette bande sépare la région où ces arcs lumineux sont vus principalement au Sud de celle où ils sont vus principalement au Nord. Dans la partie la plus rapprochée du pôle de l’aurore, on ne voit que les plus petites couronnes lumineuses et dans le milieu de la Scandinavie, au contraire, les plus grandes et les plus irrégulières. Mais dans cette dernière région, comme dans le Sud de l’Amérique, les orages d’aurores et les aurores en rayons ou en draperies sont au contraire communes et semblent être plus rapprochées de la surface de la terre que l’aurore en arc. La plupart des expéditions polaires ont hiverné si près du pôle de l’aurore que Yaurore permanente en arc était là au-dessous ou tout près de l’horizon, et comme l’aurore en rayons ne paraît pas se produire fréquemment dans ces limites, on comprend facilement pourquoi les- nuits aux quartiers d’hiver de ces expéditions, étaient si rarement illuminées par l’aurore et pourquoi la description de ce phé-
- nomène tient si peu de place dans leurs récits de voyages1.
- A. E. Nordenskiôld.
- APPLICATION
- DE LA BALANCE D’INDUCTION
- AUX RECHERCHES SOUS-MARINES
- On sait que la balance d’induction imaginée par M. Hughes est un appareil d’une exquise délicatesse ; nous avons déjà eu l’occasion de décrire quelques-unes de ses applications, telles que la recherche des projectiles dans le
- corps humain par M. G. Bell, celle à un tour de physique amusante, etc.
- M. Mc Evoy a eu l’idée d’utiliser la balance d’induction à la recherche des torpilles, des ancres, des chaînes et en général de toutes les pièces métalliques d’une certaine importance tombées au fond de la mer. L’appareil comprend deux parties. La première, qui reste à terre ou à bord du navire qui opère les recherches, se compose d’une paire de bobines, d’un interrupteur, d’un téléphone et d’une pile. L’une des bobines, la bobine primaire, est en circuit avec l’interrup-teur et la pile ; la bobine secondaire est en circuit avec le téléphone. La seconde partie de l’appareil, celle qui va explorer le fond de l’eau, se compose d’une boîte hermétiquement fermée, convenablement lestée, renfermant deux bobines identiques aux deux premières. Les deux parties de l’appareil sont reliées par un câble à quatre conducteurs de longueur convenable ; deux des conducteurs établissent les communications entre les bobines primaires, et les deux autres entre les bobines secondaires. Avant d’explorer le fond de la mer, on équilibre convenablement les bobines à la manière ordinaire 2, jusqu’à ce que le téléphone ne rende plus aucun son. On descend ensuite la boîte fermée suspendue au câble, et on la promène au fond de la mer. Lorsqu’elle s’approche d’un corps métallique quelconque, bouée, ancre, chaîne, torpille, carcasse métallique, etc., l’équilibre est troublé et un son se fait entendre dans le téléphone. Le son augmente ou diminue suivant qu’on s’ap-
- 1 The Voyaqe of the Veqa round Asia and Europe, Londres, 1882.
- * Yoy. la Nature, n° 321, 26 juillet 1879, page 127.
- \ Mer de
- Behrinjg
- PAC I
- 'Okhotsk
- lTerre Neuve
- E A N
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- les Britanniqj
- A N T !
- Fig. 6. — Carte montrant]la position de la gloire dé J.'aurore.
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- LA NATURE.
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- proche ou qu’on s’éloigne de la masse métallique qui produit le trouble de l’équilibre; on dispose ainsi d’un moyen très simple et très exact de localiser la position de l’objet recherché, et il devient alors plus facile de prendre les mesures nécessaires pour le ramener rapidement et sûrement à fleur d’eau.
- Bien que l’idée de localiser les masses métalliques à l’aide de la balance d’induction ne soit pas nouvelle, puisqu’elle a été publiée dès le commencement de 1880 par M. Munro, l’application spéciale aux recherches sous-marines n’en est pas moins ingénieuse et intéressante; elle appartient bien au capitaine Mc Evoy, et nous avons cru devoir la faire connaître, pour compléter ce que nous avons dit des usages de ce remarquable instrument.
- CORRESPONDANCE
- l'age des arbres et les cercles concentriques
- DES TRONCS
- Valence (Drôme), 27 juillet 1882, Monsieur le Rédacteur,
- M. Désiré Charnay, dans un voyage aux ruines de Pa-lenque (Mexique), dut faire abattre tous les arbres qui cachaient la façade d’une des pyramides du palais ; c’était en 1859. Lors d’une seconde visite, en 1880, il fit couper de nouveau les arbres poussés depuis 1859 sur le même emplacement, et remarqua que tous avaient sur leur section un nombre de cercles concentriques bien supérieur à leur âge.
- Les plus âgés ne pouvaient avoir que vingt-deux ans, or sur la tranche de l’un d’eux il compta plus de deux cent cinquante cercles ; l’arbre avait 60 à 65 centimètres de diamètre. Un arbuste de dix-huit mois au plus, offrait dix-huit cercles concentriques. Le savant voyageur coupa des arbres de toute espèce et de toute grosseur et vit la même observation se répéter partout. Il en conclut que dans un climat chaud et humide où la nature ne se repose jamais, elle peut engendrer non pas un cercle par an, comme dans nos pays, mais par mois ou par lune (Tour du Monde, 1089e liv., page 536).
- Cette observation est importante et mériterait d’être répandue. On a souvent calculé l’âge d’un monument d’après celui des arbres grandis sur ses ruines. Pour Palen-que, M. Larainzar iudiquait dix-sept cents ans; il basait ce chiffre sur les dix-sept cents cercles qu’il avait comptés sur un arbre. L’observation de M. Charnay réduit ce nombre d’années à cent cinquante ou deux cents ans ; l’écart est sensible : quinze cents ans !
- D’autre part, des botanistes ont constaté que certains arbres des pays chauds offrent dans leur tranche des cercles colorés qu’il faut distinguer des cercles annuels (dans nos pays la betterave en offre d’analogues) ; l’observation de M. Charnay porterait-elle sur des végétaux de cette nature ? 11 dit, il est vrai, avoir coupé des arbres de toute espèce, mais il serait indispensable d’en connaître les essences. Un de vos correspondants pourra peut-être apporter quelque document nouveaux à ce sujet.
- Veuillez agréer, etc.
- Bachelart, Professeur à Valence.
- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de PLANTES 1
- Les ancêtres directs et les races sœurs aînées du Ginkgo actuel
- Dans un travail précédemment publié, nous avons terminé l’hisloire du Ginkgo biloba en temps qu’espèce particulière. Après avoir suivi les traces de ses migrations à la surface du globe, après avoir déterminé le lieu probable de son berceau, nous allons pénétrer au sein d’un âge plus reculé, antérieur à celui qui vit le Ginkgo naître et constituer une forme distincte, destinée à survivre longtemps à ses congénères. Au fond de ce passé, nous retrouverons encore des Ginkgos, nous verrons même le type des Salisburia, loin de s’atténuer, accroître son importance numérique et occuper une place relativement plus considérable, soit vers le pôle, soit en Sibérie, soit en Europe, à mesure que de la craie nous rétrograderons dans le jurassique. Plus loin encore, par delà ce dernier terrain, ce ne seront plus même des Salisburia vrais, mais des prototypes de ce groupe que nous rencontrerons ; l’étude de ces origines premières ne nous offrira que plus d’attrait. Pour le moment, il nous faut rechercher, dans la craie d’abord, dans le jurassique ensuite, en allant toujours d’avant en arrière, les formes ancestrales directes ou éloignées et collatérales, d’où a pu provenir notre Ginkgo.
- Je donnerai désormais le nom de Salisburia à toutes les espèces antérieures à notre Ginkgo, congénères de celui-ci, mais pourvues, à ce qu’il semble, de feuilles coriaces et persistantes, que nous aurons à signaler dans les terrains secondaires. L’ensemble de ces formes ancestrales formera pour nous le genre Salisburia dont le Ginkgo représenterait une sorte de prolongement partiel et de rameau isolé, venu jusqu’à nous à travers le tertiaire.
- Le Groënlaud septentrional, le long de sa côte orientale, par 70°37' lat. N., a fourni a M. Heer deux ensembles distincts de plantes crétacées ; les unes, plus anciennes, se rattachent à l’horizon de l’urgonien, c’est-à-dire à l’un des échelons inférieurs de la série crétacée ; elles proviennent de la partie nord de la presqu’île de Noursoak. Les autres, plus récentes relativement, ont été recueillies sur un point sud de la même presqu’île, aux environs et surtout au nord-ouest d’Atanekerdluk, inférieurement aux lits miocènes, qui renferment aussi de nombreuses empreintes végétales. Ce second ensemble a reçu de M. Heer la dénomination collective de flore du système d’Atané ou des couches d’Atané. La flore recueillie dans ces couches a été rapportée par M. Heer à la partie récente de la craie. Une
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
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- comparaison (les élémenls qu’elle renferme avec ceux qui distinguent les horizons correspondants et nettement définis de la craie d’Europe autorise à la placer à la hauteur du cénomanien et du turo-nien, lout en tenant compte des différences que la distance et les effets même de la latitude ont dû entraîner dans la végétation respective de l’Europe centrale et du Groenland contemporains.
- Ces différences, maintenant accentuées d’une façon si énorme, étaient alors au contraire des moins prononcées, et en remontant encore plus en arrière, nous les verrons tendre à s’effacer ou même s’annuler presque entièrement.
- La flore nord-groënlandaise de la craie supérieure comprenait à peu près les mêmes Fougères qui étaient alors propres à l’Europe centrale, notamment des Gleichéniées. Les mêmes formes de Séquoia (S. Reichenbachi Hr.) accompagnées d’une Cycadée (Cycadites Nilssoni Hr.) s’y montraient également. Puis, de même qu’en Bohême et dans le midi de la France à la même époque, de nombreuses Dicotylées pri mitives, parmi lesquelles on distingue assez nettement des Peupliers à feuilles coriaces (P. Bergremi’Wr.,
- — P. hyperborea Hr., — P. stygia Hr.), des Figuiers (F.protogœa Hr.), des Magnolias (il/. Capellini Hr., —
- M. alternans Hr.), des Araliacécs, des Sapindacées, un Credneria, etc., viennent s’offrir à l’observateur. Les Magnolia alternans et Capellini sont communs à cette flore et à celle de la craie cénomanienne du Nebraska, aux Etats-Unis. Le genre Credneria caractérise le quadersand-stein ou craie cénomanienne d’Allemagne. Les Magnoliacées, Araliacées et Sapindacées reparaissent dans le turonien de la France méridionale.
- La barrière opposée par la latitude était donc alors presque insignifiante. C’est uniquement par la fréquence relative de quelques types, celui des Peupliers, par exemple, qu’un certain abaissement de température se laisse entrevoir dans l’extrême Nord comparé à l’Europe contemporaine. L’absence des Palmiers, qu’il est possible de noter comme dès lors étrangers à la zone circumpolaire, ne fournit pas un argument aussi péremptoire de cet abaissement, qu’on serait tenté de le croire à première vue. En effet, les Palmiers eux-mêmes étaient encore très rares partout, et pour ainsi dire exceptionnels du temps de la craie, comme l’a démontré récemment l’étude de la riche flore turo-nienne de Bagnols (Gard), dont je dois la connaissance à mon ami le professeur A. F. Marion. On ne remarque dans cette flore, en dépit de sa situation méridionale, aucun vestige de Palmiers, à côté de nombreuses Dicotylées et d’un fragment détermina-
- ble de Cycadée. Les Fougères coriaces et d’affinité jurassique sont seulement plus nombreuses proportionnellement dans le turonien de Bagnols, tandis que dans le Groenland septentrional, de même qu’à Moletcin, à Quetlinburg et à Aix-la-Chapelle, ce sont plutôt les Gleichéniées qui dominent sur les autres Fougères. C’est au milieu de cet ensemble remarquable de formes végétales associées que M. Ileer a rencontré un Ginkgo ou Salisburia, le Salisburia primordial is llr., qui s’écarte assez notablement de l’espèce actuelle pour qu’on ne puisse songer à le confondre avec celle-ci.
- La feuille est soutenue par un long pétiole, relativement large, puisque son épaisseur n’est pas moindre de 2mm,50 ; le limbe est réniforme, il mesure une étendue transversale presque double du diamètre longitudinal ; il est fimbrié plutôt qu’incisé et arrondi le long des bords supérieurs, tandis que la base échan-crée n’a rien de déeurrent sur le pétiole.
- Cette feuille est accompagnée de fragments d’organes fructilicateurs qu’on en a rapprochés avec raison, et qui consistent en une graine ovale, insérée sur une base en forme de cupule étroite, sur un pédoncule dont le sommet présente la trace d’une autre insertion qui se rapporte à une seconde graine avortée ou tombée. Une autre graine, toujours ovale, a été recueillie isolément dans les mêmes couches. La forme de la graine, plus petite et affectant un contour ovale, au lieu d’être arrondie, comme dans le Ginkgo biloba, distingue bien l’espèce crétacée arctique de la nôtre et ce caractère joint à celui que l’on peut retirer de la feuille elle-même, nous engage à reconnaître dans le Salisburia primordialis une race distincte et collatérale, plutôt qu’un ancêtre dont le Ginkgo actuel serait directement issu.
- Dans la flore urgonienne et par conséquent dans le crétacé inférieur de Kome (Komeschichten de Heer), les Dicotylées ne se montrent pas encore; les Gleichéniées présentent par contre le plus riche assemblage d’espèces qu’elles aient jamais offert ; les Cycadées comptent neuf espèces distribuées en quatre genres ; elles sont associées à des Glyptostrobus, à des Soquoia, à des Pins, à des Sapins variés. C’est surtout à la fréquence de ces derniers que cette flore doit son caractère le plus saillant, celui qui dénote le plus nettement l’influence exercée par le voisinage du pôle.
- Le Salisburia arctica, qui fait partie de ce même ensemble de plantes urgoniennes, démontre assurément la présence du genre à ce moment non loin du pôle ; mais comme cette espèce se rattache fort étroitement au Salisburia pluripartita Schimp.,
- Fig. 1. — Espèce de Salisburia de la craie polaire. — 1. Feuille légèrement restaurée du S. primordialis Hr., des couches d’Atané (Groenland septentrional). — 2. Fruit de la même espèce montrant la graine munie de son support. — 3. Autre graine étalée.
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- qui caractérise le wéaldien, j’arrive à ce dernier étage en remontant une série d’échelons successifs, et la filiation des formes récentes par celles qui les ont précédées s’accuse sans trop de difficultés, en dépit même de lacunes encore trop nombreuses.
- La flore wéaldienne, à laquelle se rattache le Salisburia pluripartita, a dù croître sous l’influence et dans le voisinage des eaux, sur les bords de vastes lagunes encombrées de plantes commensales des sols humides, surtout de Fougères- Cette flore est remarquable par la répétition qu’elle présente d’une foule de types caractéristiques des temps jurassiques, qui se montrent alors pour la dernière fois. C’est au nord de l’Allemagne, en West-phalie, dans le Hanovre, près d’Osnabrück, à Obernkircken, au Dei-ster, à Duigen, etc., que les restes de ces plantes wéaldiennes ont été observées. Les Cycadées amies de la fraîcheur dominent dans l’ensemble parmi les Phanérogames. C’est alors que se manifestent Y Anomozami -tes Schaumburgen-sis Dunk., qui retrace les Nilssonia, le Marsilidium specio-sum Schk., qui ressemble aux Marsi-lia, le Sphenolepis sternbergiana en qui revit un type de Conifères de l’infralias.
- C’est alors aussi que le singulier Spiran-gium multiplie ses empreintes avant de disparaître pour toujours.
- Le Salisburia pluripartita ^ avec ses feuilles profondé -ment laciniées, à segments allongés, le uns entiers, les autres bifides ou bipartites, plus nombreux que dans nulle autre espèce du genre, marque peut-être le plus haut degré d’élégance et de complexité organique que le type ait jamais atteint en Europe, du moins d’après les documents que nous possédons. Le Salisburia arctica Ilr., de l’urgonien du Groenland, représente
- cette même forme déjà amoindrie et touchant peut-être à son déclin; le wéaldien du nord de l’Allemagne nous la montre dans toute sa force et au moment de son plus bel éclat. En examinant le Salisburia pluripartita pour le soumettre à une comparaison attentive avec les autres Salisburia fossiles,
- on ne tarde pas à constater qu’il se rattache de près au Salisburia fla-bellata Ilr. et, bien que d’un peu plus loin, au Salisburia sibirica Hr., espèce du jurassique supérieur (jura brun) de la Sibérie orientale, à Ust-Baley, dans le gouvernement d’Irkutsk.
- Nous sommes donc amené à reconnaître, en suivant la pente naturelle de notre sujet, que la partie récente du terrain jurassique ou période oolithique paraît être celle qui, soit en Europe, soit au fond de l’Asie, aurait été la plus favorable au développement comme à l’extension des Salisburia. En nous plaçant sur cet horizon, nous aurons à explorer trois régions ou centres
- principaux, très distants l’un de l’autre, où l’existence des Salisburia, lors de l’époque oolithique, nous a été récemment dévoilée. Ces points sont, à l’Occident, le Yorskhire en Angleterre; dans la direction du Nord le cap Boheman au Spitzberg et enfin la Sibérie de flrkutsk, à l’orient de l’Asie. De ces trois régions, la dernière était évidemment la plus riche en Salisburia, celle au sein de laquelle les espèces de ce groupe atteignirent leur « summum » de différenciation et leur « maximum » de puissance. Un fait singulier est venu dévoiler récemment l’existence, à l’autre extrémité du globe, sur le sol australien, d’un quatrième point alors habité par le même genre Salisburia. Le moment précis de cette colonisation, indice d’une très vaste diffusion antérieure due à la grande
- Fig. 2. — Espèces de Salisburia des étages inférieurs de la craie, urgonicn et wéaldien. — 1. Salisburia arctica Hr., de la craie urgonienne du Groënland septentrional, feuille restaurée. — 2, 3. Salisburia pluripartita Schimp., du wealdien de West-phalie, feuilles.
- Fig. 3. — Espèces de Salisburia de la période oolithique. — 1 et 2. Salisburia Huttoni (Sternb.) Hr., des grès de Scarborougg, dans le Yorksliire, feuilles légèrement restaurées. — 3 à S. Salisburia pseudo-Huttoni (Hr.) Sap., de l’oolithe de Kajamündung, dans la Sibérie orientale. 3, feuille ; 4, chaton mâle; 5, appareil fructilicateur supportant deux graines.
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- longévité du type, ce moment doit être reporté au lias ou même au lias inférieur. On voit par là qu’à l’exemple des Araucaria dans le passé et conformément à ce que le hêtre nous laisse voir maintenant, les Salisburia étaient répandus à la fois dans les deux hémisphères, vers le milieu des temps secondaires, et qu’ils s’étendaient au delà du tropique du Capricorne, aussi bien qu’à l’intérieur du cercle polaire arctique.
- En tenant compte de tous les éléments dont la science dispose, on n’arrive pourtant qu’au nombre de dix espèces distribuées ainsi qu’il suit : deux de ces espèces, Salisburia Huttoni (Sternb.) Ilr. et digitala (Brngt) Hr. se montrent à Scarborough, dans les grès charbonneux du Yorkshire. Ces mêmes espèces reparaissent dans les dépôts du cap Bohe-man au Spitzberg; mais il vient s’y joindre une troisième forme, le Salisburia integriuscula Hr.; — à Ust-Baley et à Kajamiindung, dans le jura sibérien d’Irkutsk, cinq espèces se trouvent réunies, ayant vécu associées au sein de la même contrée ; ce sont les suivantes ; Salisburia Huttoni Ilr. (non Sternb.), qui me paraît distinct du Salisburia Huttoni de Scarborough ; Salisburia flcibellata Ilr. ; Salisburia sibirica Ilr. et pusilla Ilr. que je serais tenté de réunir en une seule espèce; Salisburia lepida Hr.; Salisburia concinna Hr., ces derniers s’écartant plus ou moins du type actuel et dénotant une complexité de structure des organes foliaires qui a du se produire au moment où le genre atteignit le maximum de développement qu’il lui a été donné d’obtenir, 20 degrés de longitude plus loin du côté de l’Est, dans la région du haut Amour, les Salisburia sibirica et flabellata reparaissent avec le même cortège de Cycade'es jurassiques qu’aux environs d’Irkutsk.
- G. de Saporta,
- -- A suivre. — Correspondent de l’Académie des Sciences.
- CHRONIQUE
- Association française pour l'avancement des sciences. — Le Congrès qui se tient cette année à La Rochelle commencera le jeudi 24 août. Le programme est distribué comme les années précédentes, d’une manière générale. De nombreuses communications sont déjà annoncées pour les séances de sections. Les conférences générales qui auront lieu seront : le Port en eau profonde de La Rochelle, par M. Bouquet de la Grye, ingénieur hydrographe de la marine ; la Lumière électrique, par M. Hospitalier, ingénieur des Arts et Manufactures. Les excursions projetées, et dont le programme est dès à présent arrêté, conduiront les membres du Congrès à Esnandes, Angoulins, Chàtel-Àillon, Saintes, Rochefort, Royan, La Conbre, la Tremblade, l’île de Ré. — Des excursions particulières auront lieu au port de la Palice, à Saint-Michel -cn-Lherm, etc. La session présente un intérêt tout particulier pour les naturalistes ; outre que l’on visitera les parcs où a lieu la culture des huîtres et celle non moins intéressante des moules, des dragages en mer auront lieu à
- bord de Y Archimède, sous la direction de M. A. Giard, professeur à la Faculté des Sciences de Lille. Comme les années précédentes, les Compagnies de chemin de fer accordent une réduction de moitié pour les membres de l’Association assistant au Congrès. Pour tous renseignements et pour l’inscription qui doit être prise avant le % 5 août, dernier délai, s’adresser à M. C. M. Gariel, 4, rue Antoine-Dubois, Paris.
- l>a cliute «le l’aérostat « le Montgollier ». —
- Le jour de la fête nationale, le 14 juillet, plusieurs aérostats se sont élevés de Paris; l’un d’eux, le Mont-golfier, monté par MM. Perron, président de Y Académie d'aérostation météorologique, et Cottin, secrétaire de Y Association scientifique de France, s’est crevé tout à coup à 650 mètres d’altitude, et s’est précipité contre terre avec une rapidité vertigineuse. Le ballon a d’abord formé parachute, mais à mesure que le gaz s’échappait par la déchirure béante, la chute s’accélérait. M. Perron eut la présence d’esprit de lancer par-dessus bord ce qu’il avait de lest dans la nacelle, et de jeter le grappin avant d’arriver à terre. Par bonheur, le ballon tomba au-dessus du mur d’une maison, laissant pendre une partie du filet et de l’étoffe d’un côté, et la nacelle de l’autre. Le choc se trouva ainsi atténué, et les deux voyageurs en furent quittes pour de légères contusions et pour une émotion bien légitime. La cause de cet accident, qui eût pu avoir des suites funestes, est due à la substitution d’un filet à un autre, au moment du gonflement. — Le Montgolfier, cubant 700 mètres, était muni d’un filet trop petit; l’appendice inférieur de l’aérostat se trouva étranglé par compression ; l’ouverture inférieure ainsi diminuée, était devenue trop petite pour laisser échapper au dehors le gaz dilaté par le fait de l’ascension, et le tissu soumis intérieurement à une pression qu’il ne pouvait supporter, se déchira. — Cet accident ainsi expliqué, nous permet de répéter ici ce que nous avons souvent dit : l’aérostat n’offre pas de dangers sérieux, quand il est bien construit et bien arrimé ; or, une des conditions indispensables de la sécurité en ballon, c’est que le gaz se dilatant au fur et à mesure que l’air se raréfie avec l’altitude, puisse s’échapper librement au dehors.
- L’agriculture aux États-Unis. — D’après le dernier recensement, le nombre des fermes aux jttats-Unis a augmenté presque du double en dix ans; on en comptait 2 660 000 en 1870, et il y en avait 4 000 000 en 1880. C’est dans les États du Sud, du Nord-Ouest et du littoral du Pacifique que l’acci’oissement est le plus considérable; il a été de 185 pour 100 au Texas, de 129 dans la Floride, de 102 dans l’Alabama, de 98 dans la Géorgie, de 91 dans l’Arkansas, de 81 dans la Caroline du Sud, de 70 dans la Louisiane, de 68 dans la Caroline du Nord, de 60 dans la Virginie et de 50 dans le Mississipi ; depuis la guerre, les grandes plantations du Sud ont été divisées en petites propriétés.
- Pour la région de l’Ouest, le nombre des fermes a augmenté de 415 pour 100 dans le Nebraska, de 114 dans l'Orégon, de 99 dans le Minnesota, de 59 dans l’Iowa et de 51 pour 100 dans la Californie. Pour les territoires, l’augmentation s’élève de 78 pour 100 dans le Montana jusqu’à 900 dans le Dakota. L’accroiss°ment dans les États de l’Ouest et dans les territoires, est dû à l’établissement de nombreux émigrants venus en majeure partie de l’Allemagne.
- Exposition de gaz et d’électricité A Londres, en i88SC-*883. — Le succès financier obtenu par
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- LA NATURE
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- l’Exposition d’électricité du Palais de Cristal en 1881-1882 a engagé le Directeur de cet établissement à en organiser une nouvelle, d’octobre 1882 à la semaine de Pâques de 1885. Cette Exposition internationale présentera ce caractère particulier d’èlre à la fois consacrée aux applications de l’électricité et à celles du gaz, un peu bien délaissé par la curiosité publique depuis quelques années en faveur de sa nouvelle rivale.
- 11 serait peut-être prématuré d’apprécier dans quelle mesure le public exposant, qui a déjà fait des sacrifices de démonstration en 1881, à Paris, et en 1882, à Londres, répondra pour la troisième fois aux appels de la direction du Palais de Cristal ; le programme que nous recevons réserve la question des récompenses, le but final des expositions, et comme on attend encore les médailles de la première exposition de Londres, il est possible que le succès ne réponde pas à une idée pour*laquelle nous faisons plus de vœux que nous ne fondons d’espérances, car, à notre avis, il ne faut abuser de rien, même des expositions d’électricité.
- Les applications du téléphone deviennent chaque jour de plus en plus nombreuses. Nous apprenons que l’Observatoire de Rio-de-Janeiro vient d’être relié récemment par un fil téléphonique avec l’établissement de M. Férdinand Rodde, situé dans le centre de la ville de Rio-de-Janeiro. Ces téléphones sont mis à la disposition des officiers de la marine de guerre et marchande, des officiers de l’armée, des ingénieurs, professeurs, étudiants, soit pour régler leurs chronomètres, soit pour toutes autres communications.
- — Nous sommes heureux d’annoncer à nos lecteurs que notre excellent collaborateur et ami M. C. M. Gariel a été élu membre de l’Académie de Médecine, dans la section de Physique et de Chimie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 juillet 1882.
- Impuretés des eaux de Lille. — Le 22 avril dernier, les eaux de la ville de Lille étaient absolument inutilisables dans certains quartiers et depuis cette époque chaque pluie fut suivie d’une période d’infection analogue à celle-là. Chargé d’expliquer le phénomène, M. Giard ne tarda pas à reconnaître que la cause n’en était autre que le développement d’une xnucédinée du genre Cremolryx. Cette petite plante, avide de fer, donne naissance dans les conduits à des amas de matière ocreuse, dont la putréfaction dégage de l’hydrogène sulfuré en abondance. Quant à savoir pourquoi ces cryptogames ont tout à coup fait ainsi explosion dans une situation où on ne les avait pas remarqués jusqu’ici, M. Giard pense que la chose tient à ce que des spores depuis longtemps submergées dans les tuyaux et dans les réservoirs se sont trouvées dans des conditions favorables à la germination grâce à la baisse considérable des eaux conslatée au commencement de cette année. On a observé à Roubaix des faits analogues à ceux de Lille.
- Composition des vins. — Poursuivant des recherches auxquelles déjà nous faisions un emprunt dans notre dernier article, M. Aimé Girard compare au vin proprement dit, les vins qualifiés de deuxième cuvée. On sait que pour
- les obtenir on fait tout simplement fermenter les marcs avec de l’eau sucrée. Les propriétaires de vignes et les marchands de vins affirment que la seconde cuvée vaut la première; mais les consommateurs ne partagent pas cette opinion. M. Girard, s’appuyant sur la chimie, donne raison aux consommateurs. 11 montre qu’en ce qui concerne la proportion de résidu fixe laissé par l’évaporation, les vins de seconde cuvée ne représentent que les 3/5 des vins proprement dits. Il en est de même pour la quantité relative de crème de tartre. Le tannin a subi une réduction plus sensible encore et la matière colorante n’est plus que le quart de ce qu’elle était d’abord. La pauvreté en tannin des vins de seconde cuvée explique comment ils sont rarement assez solides pour être de garde et ce court résumé suffira pour montrer comment des recherches de M. Girard résulte un ensemble de documents auxquels les propriétaires auront grand intérêt à .faire sérieusement attention.
- A la lecture de ce Mémoire, M. Fremy proteste, avec forte raison, contre l’expression de vins de seconde cuvée. Comme il le fait remarquer, ces boissons manquent précisément des principes subtils auxquels le vin doit ses principales qualités. Le nom de piquettes est tout ce qu’ils méritent.
- Conductibilité électrique du verre. — Grâce à l’emploi de l’électomètre de M. Lippmann, M. Trousseau a pu mesurer la conductibilité des corps les moins conducteurs, et tout spécialement du verre. Le verre ordinaire est très sensiblement conducteur, le verre de Bohême l’est moins et le cristal ne l’est pas sensiblement. M. Dumas fait remarquer que cette classification, au point de vue électrique, reproduit celle que l’on établirait d’après la présence de sels alcalins interposés dans la matière vitreuse : le cristal n’en renfermant pas, le verre de Bohême en contenant très peu et le verre ordinaire en étant très riche. Il se demande, et c’est aussi l’opinion de M. Faye et de M. du Moncel, si ces sels, soit par eux-mêmes, soit par l’eau que retiennent en eux leurs propriétés hygrosco-piques, ne donnent pas la raison des phénomènes observés
- Farta. — Les éthers du glycol occupent M. Rousseau. — Un auteur indique l’emploi utile de l’électrolyse dans la teinture à l’aniline. — Des analyses de sels ammoniacaux cuivriques sont adressées par M. Maumené. — M. Meutschuchkin étudie la formation et la décomposition de l’acétaniline. — Une note sur les produits de distillation de la colophane est adressée par M. Renard. — M. Dareste signale la production artificielle de monstruosités par l’incubation tardive.
- Stanislas Meunier,
- L’ADRESSE ET LA FORCE
- CURIEUSE CONSTRUCTION HUMAINE
- C’est moins un tour de force qu’un tour d’adresse que représente la gravure ci-contre, et les habiles équilibristes se livrant à cet exercice, que nous avons eu l’occasion de voir il y a quelque temps déjà au Cirque de Paris, appliquent, sciemment ou inconsciemment, les principes ordinaires de la construction, à l’établissement de leur construction humaine. On peut, en effet, assimiler cet échafaudage aux pans de bois
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- LA NATURE
- qui forment lu carcasse de bon nombre de constructions économiques en torchis de la banlieue. Trois grands poteaux verticaux constitués par quatre personnes superposées, sont entretoisés par quatre croix de Saint-André constituées par quatre jeunes gens dont les pieds et les mains représentent les assemblages à tenon et mortaise de la charpente ordinaire. Cet entretoisement s’op -pose au déversement latéral de l’édifice, le seul dangereux, car dans le sens d’avant en arrière les pieds des trois hommes de la base forment une assise suffisante; les mains des hommes d’un étage soutenant les jarrets des hommes de l’étage supérieur contribuent aussi à donner de la rigidité aux poteaux verticaux dans le sens transversal .
- Que dire maintenant de l’habileté nécessaire pour élever cette muraille vivante dont l’équilibre ne présente une certaine stabilité que lorsqu’elle est complète?
- Ces échafaudages rappellent les exercices auxquels on se livrait à Venise depuis le moyen âge jusqu’à l’époque de la Révolution, et les luttes des Cas-tellani et des iYicoloti. Aujourd’hui ces exercices sont plus particulièrement cultivés par les nègres, les Indiens, les Chinois et les Japonais. Mais il faut reconnaître cependant que nos clowns réussissent aussi à exécuter de véritables merveilles d’adresse. Pour en revenir à l’exemple cité, nous allons donner un chiffre pour prouver que la force n’intervient que pour une faible part dans l’exercice représenté par notre gravure et pour lequel l’adresse est la qualité indispensable. Les trois
- nègres de la base de la pyramide, sont des hommes de vingt à vingt-cinq ans, ceux du premier étage en ont dix-huit à vingt, ceux du second quinze à dix-lmit et le faîte de l’édifice est constitué par* des enfants de douze à quatorze ans. Les trois hommes de la base supportent donc treize jeunes gens d’un poids moyen de 45 kilogrammes, soit au total 585 kilogrammes , un peu moins de 200 kilogrammes par personne. Bien que ni vous ni moi n’en puissions probablement pas faire autant, il n’est pas rare de trouver des forts de la Ilalle qui portent un poids égal et même supérieur et qui le montent quelquefois à une hauteur de plusieurs étages. On cite l’exemple d'un fort de la Halle qui portait sur ses épaules trois sacs de farine ou 477 kilogrammes. Il tomba brisé sous quatre sacs ou 656 kilogrammes. Certains acrobates, en s’arc-boutant sous une table , soulèvent, sans déplacement sensible, 80t) kilogrammes.
- Mais le tour de force musculaire le plus prodigieux qu’on puisse citer est celui accompli à Derby le 28 mai 1741 par un lutteur anglais, Thomas Topliam. 11 avait alors trente et un ans. Il souleva, rien qu’avec les muscles du cou et des épaules, à l’aide d’une sangle passée autour du cou, trois tonneaux pleins d’eau d’un poids total de 1836 livres anglaises, soit 853 kilogrammes !
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Une construction humaine exécutée par des acrobates.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à faris.
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- N* 480. — 12 AOUT 1882.
- LA NATURE.
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- TRICYCLE À VAPEUR
- DE M. L. G. PERREAUX
- Il faut remonter à plus de deux siècles pour trouver la première idée de voiture à vapeur; elle est due à Isaac Newton qui la proposa en 1680; le système, des plus rudimentaires, n’était autre qu’un éolvpile monté sur roues ; on en trouve encore des spécimens comme jouets scientifiques dans quelques cabinets de physique.
- Le premier tricycle fondé sur le principe de la
- machine à vapeur à piston fut construit par Cugnot en 1770. A partir de cette date, les projets n’ont pas manqué, les solutions proposées bénéficiant chaque fois des progrès de la machine à vapeur appliquée comme moteur fixe. Murdoch en 1784, Symmington en 1786, Read en 1790, Trevithick. en 1802, etc., proposèrent successivement des appareils aujourd’hui tombés dans l’oubli.
- En 1804, Evans inventa ïûruktor amphibolis, sorte de voiture-bateau, premier et dernier véhicule amphibie à vapeur qui ait jamais été construit. Citons encore la voiture à vapeur de Griffiths en 1821, de Gordon en 1822, de Gurney en 1828, d’An-
- _Le tricycle à vapeur de M. L. G. Perreaux.
- derson et James en 1829, de Hancock en 1853.
- Hancock fut le plus heureux de tous les inventeurs de voitures à vapeur, puisqu'on 1855, il n’avait pas moins de trois voitures en service courant, faisant un service à vapeur sur la route de Paddington. D’après M. Thurston, Hancock réussit à construire un léger phaéton à vapeur pour son usage personnel ; ce phaéton circulait dans la ville parmi les chevaux et les voitures sans gêner ni blesser personne avec une vitesse ordinaire de 10 milles à l’heure et qui pouvait atteindre 20 milles.
- Le succès des-locomotives sur rails ralentit un peu l’ardeur des recherches dans cette voie, et de lait, la concurrence devint bientôt impossible pour les voitures sur routes.
- tO* année. — 2* semestre. *
- Aujourd’hui la question s’est transformée; grâce aux locomotives à voie étroite et aux tramways sur routes, on ne cherche plus à construire de véhicules sur routes destinés à suppléer aux chevaux, mais on cherche encore de plusieurs côtés à la fois et dans des directions différentes, à créer un véhicule automobile léger, commode et facile à manœuvrer, destiné à recevoir un petit nombre de personnes, une ou deux au maximum, et susceptible de fournir un fonctionnement régulier de quelques heures sans demander une trop grande somme de soins de la part de celui qui le conduit.
- On a proposé dans ce but des machines à acide carbonique, des moteurs à air comprimé, des moteurs électriques alimentés par des piles ou des accu-
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- mulateurs. Les quelques expériences tentées jusqu’ici dans cette voie n’ont pas encore » fourni de résultats bien saillants, mais le dernier mot est loin d’ètre dit.
- D’autres inventeurs continuent leurs recherches du côté des moteurs thermiques, et plus spécialement avec les moteurs à vapeur.
- A côté du vélocipède à vapeur de sir Thomas Par-kins, dont nous avons donné une description sommaire dans la Nature du 2 » juillet 1881, il convient de signaler comme l’un des plus curieux le tricycle à vapeur de M. Porreaux. Les travaux de notre compatriote M. L. G. Perreaux méritent d’autant mieux d’ètre connus et encouragés que l’inventeur poursuit son idée avec une persévérance remarquable depuis quatorze années, qu’il a fait des sacrifices considérables de temps et d’argent pour perfectionner ses appareils ; à la veille du succès qu’il espère avec quelque raison pour le dédommager de tous ses sacrifices, alors que ses brevets sont sur le point de tomber dans le domaine public, nous croyons utile de décrire rapidement le système de M. Perreaux qui, par une coïncidence singulière, n’est pas sans présenter quelque analogie extérieure avec le système de sir Thomas Parkins, dont il est l’aîné de plusieurs années, puisqu’il a figuré déjà à l’Exposition universelle de Pans en 1878, sous une forme moins perfectionnée, il est vrai, que le modèle actuel.
- Les premières expériences faites par M. Perreaux l’ont été avec un vélocipède ordinaire à deux roues, portant la chaudière derrière le siège du conducteur et le mécanisme moteur au-dessous de ce siège.. 11 est évident que ce type ne peut servir que pour des expériences et dans quelques rares cas ; il demande une habileté toute particulière de la part de celui qui le manœuvre, aussi, dans les expériences, était-il fixé sur un manège de 4 mètres de rayon!
- Sous sa forme actuelle, l’appareil est un tricycle dont la roue d’avant constitue la roue motrice et directrice, tandis que les roues d’arrière supportent la chaudière et la plus grande partie du poids du conducteur. Les pédales servent à la mise en marche au moment du démarage, car le système moteur, construit dans de très petites dimensions, ne l’effectuerait pas toujours assez rapidement.
- La chaudière est à bouilleurs ; elle est chauffée par des vapeurs d’alcool fournies par un réservoir rempli de ce combustible, chauffé lui-même par une petite lampe à alcool à plusieurs mèches. Un système de registres permet de régler la vaporisation de l’alcool qui vient brûler sous la chaudière, en augmentant ou en diminuant le nombre de mèches allumées et par suite de régler la production de cette chaudière en proportion des besoins.
- La vapeur produite par la chaudière à bouilleurs traverse deux tubes en cuivre roulés sur cette chaudière et en contact direct avec la flamme; il en résulte la production de vapeur surchauffée qui est ensuite envoyée dans le moteur. L’emploi du sur-
- chauffage de la vapeur permet une meilleure utilisation et ne demande, pour un travail donné, qu’un poids de vapeur beaucoup moins grand, ce qui diminue le poids d’eau d’alimentation à transporter sur l’appareil. Ce surchauffage de la vapeur ne présente pas de danger car il ne porte que sur une quantité de vapeur très petite à la fois et que la pression ne dépasse jamais quatre atmosphères, comme on peut s’en assurer sur le manomètre placé en avant de l'appareil. Le système moteur est une petite machine à un seul cylindre de 22 millimètres de diamètre et de 40 à 50 millimètres de course. M. Perreaux estime à 6 kilogrammètres par seconde le travail produit par son tricycle et à 4 kilogrammètres le travail du bicycle. L’échappement de la vapeur se produit sous le siège, l’alimentation se fait à l’aide d'une petite pompe qui puise l’eau dans un petit réservoir dont la capacité est calculée pour fournir une marche de trois heures environ sans renouvellement. La transmission de mouvement du moteur à la roue d’avant, se fait à l’aide de cordes et de poulies de renvoi. Le conducteur a sous la main tous les organes, robinets, etc., nécessaires au fonctionnement du système et il peut à volonté se laisser rouler à une vitesse ordinaire de 12 à 15 kilomètres à l’heure, avec la force produite par le moteur seul, ou bien aider au mouvement en donnant quelques coups de pédale qui augmentent sa vitesse. Tous les organes de cette intéressante petite machine sont construits avec une habileté remarquable ; dans le dernier modèle, M. Perreaux a mis à profit son expérience pour introduire de nombreuses modifications et simplifications sur lesquelles nous aurons à revenir lorsque les expériences seront faites. La question présente assez d’intérêt pour que nous ne manquions pas d’assister à ces expériences et de tenir nos lecteurs au courant des résultats obtenus.
- BIBLIOGRAPHIE
- U Électricité et ses applications. Exposition de Paris, par Henri de Parville, 1 vol. in-18 avec 187 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1882.
- On a souvent dit que l’Exposition d’ÉJectricité qui a eu lieu à Paris, en 1881, marquerait une ère nouvelle dans l’histoire de la science moderne. Cela est vrai. L’influence de cette exposition, bien loin de disparaître, continue à se faire sentir dans le domaine de la physique, et nous croyons qu’il en sera encore longtemps ainsi. Il fallait à l’Exposition d’Électricité un historien, pour coordonner les faits innombrables qu’elle a mis en évidence, pour classer les appareils, en les décrivant, pour mettre en relief ce qu’ils ont présenté de nouveau et d’utile. M. Henri de Parville a voulu être cet historien; il y a complètement réussi. Le livre qu’il publie aujourd’hui est non seulement une histoire complète de l'Exposition d’Électricité, c’est aussi un traité de l’électricité et de ses applications. Un connaît le talent d’exposition de
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- LA NATURE.
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- M. de Parville, la clarté et l’agrément de son style ; le savant rédacteur de YOfficiel et des Délais s’est tenu à la hauteur de sa réputation. Dans l'Éledricilé et ses applications, on trouve d’abord la description du Palais de l’Industrie, en 1881. Puis viennent successivement des notices sur la production de l’électricité par les piles, par les machines statiques, par les machines magnéto- ou dynamo-électriques et des notions très précises sur les lois, les règles et les mesures de l’électricité moderne. La transmission de l’énergie, les accumulateurs, la télégraphie électrique, la lumière électrique, Ja téléphonie, les applications industrielles récentes de l’électricité, toutes ces questions importantes qui s’agitent actuellement dans le monde scientifique, fournissent à l’auteur le sujet de chapitres très nourris, très instructifs et très intéressants. Les livres de M. Henri de Parville ont toujours été accueillis par le public et les savants avec grande faveur ; nous ne passerons pas pour prophète; en prédisant un grand succès à ce nouveau venu. G. T.
- Nouveau manuel complet de l'horloger-rhabilleur suivi des meilleurs procédés pour régler et conduire les pendules et les montres, par M. J. E. Persegol. 1 vol. in-52 orné de figures et accompagné de 2 planches. Paris, librairie Encyclopédique deRoret, 1882.
- Les explorations sous-marines de l'aviso à vapeur « Le Travailleur » en 1880 et 1881, par lç marquis de Foljn. 1 broch. iu-8°. Pau, imprimerie Veronèse, 1882.
- La question du feu dans les théâtres. Moyens préventifs contre l'incendie et réglementation concernant la construction des salfes de spectacle et cafés-concerts, par P. Chemevier. 1 broch. in-8°. Paris, Rucher et C‘% 1882.
- L’hygiène du sol. Conférences élémentaires sur l'agriculture à l'usage de l'enseignement et des cultivateurs, par Léon Dumas. 1 vol. in-18. Bruxelles, 11. Manceaux, et Paris, Librairie agricole de la Maison Rustique.
- Notice sur les instruments de précision appliqués à l'œnologie, construits par J. Salleron. 1 broch. in-8°. Paris, chez l’auteur, 24, rue Pavée-au-Marais, 1882.
- Nouveau dictionnaire de Géographie universelle, par Vivien de Saint-Martin, 19e fascicule, in-4°. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Réflexions suggérées par un voyage à Paris, par Armand Dauby. 1 vol. in-18. Bruxelles, Gustave Mavolez, 1882.
- Mémoire sur les acides salicylique et œnosalicylique appliques à la conservation des vins et des moâts, par E. Robinet, d’Épernay. 1 vol. in-18. Paris, Auguste Lemoine, 1882.
- Ein Neues Gesetz analog dem Gesetz von Avogadro von J. A. Groshans, Deutsch von E. Roth. 1 broch. in-8°. Leipsig, 1882.
- Ueber den Taqlichen Gang des Luftruckes und der Lufttemperatur in Prag, von prof. Dr Franz Augustin. 1 broch. in-8°. Prague, 1882.
- Le Véloce, organe indépendant de la Vélocipédie, paraissant le 1er de chaque mois. Administration et rédaction, place des Écoles (Cirque), à Pau.
- Le premier numéro vient de paraître à la date du 1er août.
- LE TUNNEL SOUS LA MANCHE
- Nos lecteurs savent déjà que M. de Lesseps, officiellement invité par M. Edward Watkin, le promoteur anglais du tunnel sous-marin, à aller visiter les travaux, s’est fait accompagner d’un certain nombre de personnes qui ont eu la bonne fortune de faire avec lui une excursion des plus intéressantes. Nous étions du nombre de ces élus, et c’est tout ébloui encore de ce que nous avons vu que nous ebereberons à communiquer à nos lecteurs quelques-unes de nos impressions.
- Le trajet de Paris à Calais s’effectua tout entier sans que M. de Lesseps, assis à un bout du wagon-salon, cessât un instant de conduire la conversation de la façon la plus animée et la plus variée. Le tunnel anglo-français l’intéresse évidemment beaucoup, et il est heureux de lui prêter le haut appui de son autorité, — mais ses grandes préoccupations'sont ailleurs : rien n’est, plus visible. La crise actuelle que traverse l’Égvptc, et le canal de Suez par conséquent, ramène constamment ses pensées vers l’Orient, et son voyage en Angleterre, en même temps qu’une excursion d’ingénieur, a eu jusqu’à un certain point le caractère d’une mission diplomatique. M. de Lesseps fait ainsi une véritable allocution politique qu’il a répétée le soir même, à la fin du banquet de Douvres.
- M. Edward Watkin avait envoyé au-devant de nous, à Calais, un vapeur qui, par une mer splendide, passa à Douvres où nous arrivâmes bien avant le coucher du soleil. 11 était trop tard toutefois pour visiter le tunnel ce jour-là, et nous employâmes notre temps à examiner la tourelle à vapeur, renfermant deux gigantesques canons dont on est en train de terminer l’installation à l’extrémité de la jetée. La gravure ci-contre (fig. 1) en donne quelque idée. A droite est le port et la ville de Douvres ; le château serait très fortement à droite. Le long du cadre, à droite, on voit l’embarcadère du South Eastern railway, chemin de fer de Folkestone et de Londres. Au fond se montre la citadelle de Douvres. Vers la gauche, se développent les falaises jusqu a Folkestone. C’est derrière le premier mamelon, à l’endroit marqué 1 sur la gravure, que se trouve, au pied de Shakespeare’s Cliff, le commencement du tunnel sous-marin, et l’on ne peut s’empêcher de remarquer que les bouches à feu de la tourelle en commandent juste l’entrée.
- Pendant notre visite à la jetée, M. Watkin et beaucoup d’Anglais sont arrivés de Londres. Il faut endosser le frac et mettre la cravate blanche. Un banquet des plus cordiaux terminé par des toasts nombreux, se prolonge jusqu’à plus de minuit.
- De bonne heure un train nous emporte au chantier de Shakespeare’s Cliff. Des constructions légères, des cheminées de tôle, contrastent avec l’installation massive que j’ai visitée tout récemment sur le littoral français, à Sangatte, tout près de Calais
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- D’ailleurs les palissades de planches et les machines elles-mêmes se dissimulent derrière des draperies et des drapeaux ; des branches et des fleurs se montrent partout. Une tente élégante recouvre une table de plus de deux cents couverts : M. "Watkin continue à bien faire les choses.
- La vue qui s’étend devant Shakespeare’s Cliff est très belle, la côte vers Folkestone est très élégamment découpée ; l’horizon est fermé par les falaises de France, et en se retournant on est dominé par un immense escarpement eraveux.
- Nous pénétrons dans un puits de 49 mètres de hauteur verticale ; il est tout entier dans la craie
- grise, ou craie de Rouen, remarquable par son imperméabilité absolue. En bas débouche la galerie, admirable de régularité, et qui, avec une pente de 1/80, se dirige délibérément vers la mer. Sur le sol sont posés deux rails et sur ces rails courent d’élégants chariots poussés par des ouvriers, et sur lesquels nous prenons place. Ces hommes portent des lumières, mais la galerie est éclairée de 100 mètres en 100 mètres, par des lampes à incandescence du système Swan, et qu’allume une machine magnéto-électrique puissante. Au bout d'un kilomètre de trajet, le véhicule s’arrête : un plantureux buffet est dressé au milieu des branches d’arbres verts,
- Fig. 1. — La jetée de Douvres, avec la tourelle tournante à vapeur contenant deux canons du plus fort calibre. — En 1 est le point, au pied de Shakspeare’s Cleff, où l’on a commencé les travaux de percement du tunnel sous-marin.
- des fleurs et des drapeaux anglais et français. À 50 mètres au-dessous du fond de la mer, des domestiques, cravatés de blanc, nous versent du champagne, et nous buvons au succès de l’entreprise.
- Encore 1 kilomètre de voyage et nous sommes au bout du percement, tout prêt de la machine, dont la galerie est comme le sillage au travers de la craie. Ce perforateur, inventé par le colonel du génie anglais Beaumont, se compose de deux bras de fer, très résistants, portant chacun, sur leur longueur de plus d’un mètre, sept courtes lames d’acier, et qui, montés sur un axe horizontal, peuvent être animés, autour de lui sous l’action de l’air comprimé, d’un mouvement de rotation (fig. <i). L’ensemble constitue quelque chose de comparable
- à un gigantesque vilebrequin. L’axe horizontal qui porte l’outil se visse à chaque tour dans le châssis qui supporte la machine et pénètre de 7 millimètres dans la roche. Celle-ci est donc réduite en fragments fort menus qui, à l’aide d’une chaîne sans lin munie de godets ou noria vonh s’accumuler dans les wagonnets situés derrière.
- Le forage, comme on le conçoit, ne peut continuer longtemps sans que la machine qui, en fonctionnant, a pour ainsi dire projeté son foret en avant, ne doive elle-même être avancée. Le colonel Beaumont y parvient par un mécanisme fondé sur le même principe que l’ascenseur ordinaire. La machine, dont la longueur est de 10 mètres, se compose de deux moitiés superposées qu’on rend à vo-
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- lonté solidaires l’une ou l’autre d’un piston dont les faces peuvent alternativement être actionnées par de l’eau sous pression. Une fois le demi-cylindre supérieur avancé autant que possible, par suite de la pénétration du foret, c’est-à-dire de lm,57, on lui donne pour support deux jambes de fer, relevées pendant le temps du travail, et qui sont situées l’une en avant, l’autre en arrière de la machine. Le demi-cylindre inférieur étant ainsi débarrassé du poids qu’il supportait d’abord, on le relie au piston derrière lequel on injecte de l’eau. Celle-ci pousse le piston, et avec lui le berceau qui reprend sous la partie portant l’outil sa situation
- primitive. Les jambes de fer sont alors relevées, le piston est relié au demi-cylindre supérieur, et la perforation reprend son cours. Il suffit de quelques minutes pour exécuter cette manœuvre, et la machine est si active quelle peut faire plus de 20 mètres par jour dans les conditions actuelles.
- Le travail réalisé par le perforateur Beaumont est d’une régularité parfaite, et il en résulte une grande facilité pour aveugler les fissures aquifères. Comme le diamètre et la courbure sont toujours les mêmes, on prépare d’avance des plaques de revêtement. Elles consistent en courts cylindres de fonte de 2m,10 de diamètre, composés chacun de cinq
- Fig. 2. — Le perforateur du colonel Beaumont, employé au creusement du tunnel sous la Manche. (D’après^une photographie de la machine.)
- pièces que l’on boulonne les unes aux autres dans la galerie même. Si la fissure est trop oblique pour être aveuglée par un seul de ces cylindres, on en met plusieurs à la suite les uns des autres.
- Une fois terminée la galerie de 2m,10 de diamètre, on se propose de l’élargir par un travail annulaire jusqu’à 4m,30 ; le segment inférieur devant être excentré pour recevoir les rails. Le tunnel sera alors revêtu d’un béton en ciment de 0“,60 d’épaisseur.pour prévenir les éboulements accidentels de la craie. Le béton sera composé des galets siliceux des plages et de ciment formé avec la craie grise retirée du tunnel lui-même, qui fournira ainsi économiquement les éléments de son propre revêtement.
- C’est 'pendant le luncheon qui a suivi notre descente dans la galerie de Shakespeare’s Cliff que M. Watkin a annoncé le procès qu’on lui intente et en présence duquel il est impossible de continuer actuellement les travaux sur la côte anglaise. Comme il est parfaitement certain que l’interdiction ne peut être définitive, et qu’une œuvre telle que le tunnel sous-marin, civilisatrice au premier chef, ne peut être empêchée par la routine et l’étroitesse de vue d’un parti politique, l’arrêt de la perforation sur le côté du Kent doit être une raison de plus pour pousser activement le travail au chantier de Sangatte.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LE PERFORATEUR
- DU TUNNEL DE LA MANU H E
- La Société de construction des Batignolles (anciens établissements Gouin) a achevé, il y a quelques semaines, la construction de la machine perforatrice
- brevetée de M. le colonel Beaumont, du génie militaire anglais. Cette machine est destinée à travailler très prochainement au creusement des galeries projetées par 1 Association française du chemin de fer sous-marin entre la France et l’Angleterre, en vue de préparer l’exécution ultérieure du grand tunnel lui-même.
- Fig, 1. — Plan .et élévation du perforateur du colonel Beaumont.
- Au lieu de forer par percussion des trous de mines de faible dimension, comme au Mont-Cenis et au Golhard, la machine de M. le colonel Beaumont doit creuser d’un seul coup, sans le secours d’explosifs, une galerie de 2“Vl4 de diamètre , parfaite -ment cylindrique, en travaillant cà la façon d’une gigantesque tarière.
- La nature de la roche dans laquelle le tunnel sous-marin doit se maintenir se prête, par son homogénéité et sa dureté relativement modérée, à un travail de cette nature. Déjà, du côté de l’Angleterre, plus de 2 kilomètres de longueur ont été percés dans le banc de craie correspondant avec une machine Beaumont. Celle construite en France présente divers perfectionnements qui assurent que le perfectionnement, déjà satisfaisant en Angleterre, se trouvera encore notablement amélioré.
- L’outil de la machine Beaumont consiste en une sorte de T dont la croix porte une série de couteaux en grattoirs destinés à attaquer la roche. La longueur de la croix correspond par conséquent au diamètre de la galerie à creuser. La disposition et le mode d’attache de ces couteaux rappellent beaucoup ceux des crochets de tours ou de machines à raboter. La tige du T, consistant en un long arbre en acier très puissant, reçoit son mouvement de rotation grâce à une série d’engrenages très solidement construits, ralentissant successivement le mouvement pris à l’origine sur l'arbre manivelle d’une machine à deux cylindres conjugués, actionnée elle-mème par de l’air comprimé. En même temps que se produit le mouvement de rotation, un système hydraulique, analogue à celui des ascenseurs que l’usage dans les habitations de Paris a déjà rendus
- Fig. 2 et 3. — Vue d'avant et vue d’arrière du perforateur.
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- familiers,’ produit un mouvement de translation qui peut avoir lieu en avant, en arrière, ou être suspendu par un simple jeu de valve.
- Pour permettre, grâce à cet appareil hydraulique, le mouvement de la machine, celle-ci se compose de deux parties se déplaçant, l’une par rapport à l’autre, par glissement. La partie inférieure consiste en un segment de chaudière en forte tôle d’un rayon presque égal à celui de la galerie à creuser. Elle constitue une sorte de berceau portant des glissières, sur lequelles se meut la partie supérieure, puissant bâti en fonte qui porte tout le mécanisme.
- Le berceau est relié au piston de l’ascenseur, et le bâti au corps cylindrique, de sorte que, lorsque l’on introduit l’eau par une petite pompe dans le corps cylindrique, le piston étant relié au berceau, qui lui-même repose sur le sol de la galerie, c’est le corps cylindrique et le bâti de la machine faisant corps avec lui qui, sous l’effort de la pression, s’avance sur les glissières, en appuyant contre le front de taille de la galerie les outils découpeurs; ceux-ci, dans un mouvement lent de rotation de un tour et demi à trois tours par minute, accomplissent leur œuvre.
- Les débris de la roche tombent sur le sol de la galerie, d’où ils sont relevés par de vastes cuillers formées par deux évidements réservés dans la branche du T qui constitue le porte-outil. Ces cuillers, dans leur mouvement de rotation, se vident dans une chaîne à godets qui, en passant dans le corps cylindrique formant berceau et prenant son mouvement par un engrenage conique sur l’arbre de la manivelle, vient rejeter les déblais en arrière de la machine, à une hauteur qui permet leur chargement direct dans des wagonnets disposés à cet effet.
- Lorsque l’outil, sous l’action de la pression hydraulique, a parcouru une longueur de lm,57, on arrête quelques instants pour soulever tout l’appareil de O"1,02 ou 0m,03 avec une combinaison de crics appropriés ; le berceau cesse alors de reposer sur le sol de la galerie, et, en faisant agir la pression de l’eau sur l’autre face du piston, le berceau, relié à la tige du piston, est entraîné à son tour, par rapport au bâti immobilisé sur les crics, et il vient reprendre sous l’action de la pompe sa place originaire. Les crics sont alors soulagés et l’appareil, est prêt pour un nouvel avancement. Toute cette manœuvre fort simple n’exige que quelques courts instants.
- La machine Beaumont sera alimentée, au chantier de Sangatte, avec de l’air comprimé par les appareils de M. le professeur Colladon, correspondant de l’Institut, à une pression de deux atmosphères effectifs.
- La distribution d’air est calculée pour donner à l’arbre manivelle une vitesse normale de 100 tours par minute, et à l’outil lui-même celle de un tour et demi à la minute.
- Le mouvement hydraulique est calculé pour produire un avancement de 0m,012 par tour, soit
- 0m,018 par minute, en rapport avec la dureté de la craie grise où les galeries doivent être percées.
- Dans ces conditions de marche, l’avancement de la galerie serait de 1"‘,08 par heure; mais, en raison des manœuvres pour remet! re la machine en fonctionnement, lorsque l’cxlrême déplacement d’une partie par rapport à l’autre (soit 1m,57) a été atteint, on ne peut compter, au maximum, que sur un avancement de 1 mètre par heure, ce qui est déjà un très bon résultat. La machine qui travaille du côté anglais, quoique d’un type moins puissant, atteint des avancements de 15 mètres en vingt-quatre heures, soit environ Üm,60 à l’heure.
- La forme parfaitement circulaire des galeries, la netteté de leurs parois frappent vivement les personnes qui les visitent. 11 y a dans l’emploi de la machine Beaumont un progrès considérable pour l’art du mineur, lorsqu’il s’agit de pousser des travaux souterrains dans des roches de dureté moyenne et de composition assez régulière, comme la base de la craie de Rouen. La rapidité d’avancement, la suppression de l’emploi de la poudre ou d’autres agents explosifs, la sécurité plus grande qui en résulte pour les ouvriers mineurs, tant par un meilleur aérage que par l’absence d’ébranlements qui, en se propageant à travers les bancs de rochers, créent toujours le danger de communication avec les couches aquifères voisines ; tout cela constitue des traits caractéristiques d’une grande importance, au point de vue de l’exécution d’un travail aussi spécial que celui de la construction du chemin de fer sous-marin b
- F. Raoul Düval
- L’EXPOSITION DE BORDEAUX
- EN 1S82
- Avant de décrire cette remarquable Exposition qui est aujourd’hui complètement Organisée, il nous paraît utile de dire quelle est son origine.
- La Société Philomathique de Bordeaux a été fondée en 1808. Depuis son origine, elle n’a cessé de consacrer ses efforts à la cause de l’enseignement et aux produits de l’industrie. Ses classes gratuites d’apprentis, d’adultes et de femmes-adultes, comprennent aujourd’hui 42 cours, 26 professeurs et plus de 2000 élèves qui viennent y chercher chaque jour les bienfaits de l’instruction primaire, commerciale et professionnelle.
- La première de ses Expositions remonte à 1827, elle comprenait 5 départements et réunit 150 exposants. La dernière, en 1865, compta plus de 2000 industriels et reçut plus de 200 000 visiteurs. C’est pour continuer cette tradition que, dans son Assemblée générale du 21 décembre 1880, la Société- Philomathique a décidé d’ouvrir en 1882
- 1 Note présentée par M. Daubrée à l'Académie des Sciences,
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- LA NATURE.
- sa XIIe Exposition générale des produits de l’Agriculture, de l’Industrie, des Arts industriels et de l’Art ancien, en y ajoutant pour la première fois une Exposition universelle des vins, spiritueux, liqueurs et boissons fermentées.
- Dès le début, cette œuvre a été entourée des plus vives et des plus précieuses sympathies.
- L’État, la Municipalité bordelaise, la Chambre de Commerce de Bordeaux, le Conseil général de la Gironde, les Compagnies de chemins de fer du Midi et d’Orléans, lui ont. accordé leur patronage moral et leur concours financier. En même temps, des Commissions nombreuses , composées des hommes les plus compétents, lui ont prêté, sans compter, le concours de leurs lumières et de leur dévouement l.
- Le succès le plus complet a répondu à tous ces efforts, et l’Exposition de Bordeaux, on peut le dire dès à présent, aura été une entreprise utile au progrès et à la science. Nous avons pensé que nos
- lecteurs nous sauraient gré de leur donner des renseignements complets sur ce sujet, aussi M. Albert
- Tissandier, spécialement envoyé à Bordeaux par la Nature, a-t-il pu tout examiner sur place, et nous adresser les détails nécessaires pour écrire la notice que nous allons publier ici.
- L’Exposition de Bordeaux, comme le montre notre plan général (fig. 1), occupe un vaste emplacement; elle est disposée très avantageusement pour le visiteur. L’agriculture, le génie civil, y sont largement représentés; dans le monument principal, figure une grande galerie du travail, enfin, il y a deux bâtiments spécialement réservés aux machines (fig. 4, M), et un autre à l’électricité E ; les auditions téléphoniques et la lumière électrique y joueront un rôle important.
- Notre plan donne l’énumération de ces différentes installations, sur lesquelles nous ne croyons pas utile d’insister plus longuement. Le plan des bâtiments principaux (fig. 2) renseignera complète-
- Cours du XXX Juillet
- Cours du XXX Juillet
- QUAI LOUIS XVIII
- Fig. 1. — Plan général de l’Exposition de Bordeaux.
- A. Agriculture, matériel. — a. Agriculture, produits. — B. Métallurgie, génie civil. — C. Carrosserie, sellerie. — c. Générateurs de vapeur. — Ch. Matériel de chais. — D, F, K, L, J, N, R, S. Bâtiments principaux. — E. Électricité. — G. Galerie du travail. — H. Horticulture. — M. Galerie des Machines. — m. Petit matériel. — n. Moteurs d'électricité. — P. Aquiculture, Pisciculture. — p. Pompes. — Ps. Plein air, pavillons spéciaux. — T. Matériel de chemins de fer et transports. — r, t. Théâtre, café, restaurants. — V. Exposition universelle des vins, liqueurs et boissons fermentées. — U. Aquarium. — Y. Parc, divertissements.
- Côté du Quai
- Horticulture
- Horticulture
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- O © 4 ïoi Jl
- 66-67
- NORD
- Plan des bâtiments principaux de l’Exposition de Bordeaux.
- Classe n* 41. Appareils de verrerie et de céramique. — 57. Céramique. — 58. Cristaux, verreries, vitraux. — 66-67. Instruments de musique. —60. Orfèvrerie, joaillerie, bijouterie. — 77. Instruments de précision. — 56. Objets de voyage. — 65. Maroquinerie, tabletterie, vannerie, bimbeloterie. — 59- Bronzes d’art. — 40. Éclairage et chauffage. — 62. Ébénisterie, menuiserie artistique. — 63. Marbrerie, sculpture décorative. — 64. Papiers peints. — 61. Tapisserie, tentures. — 54. Fils et tissus. — 55. Habillements et accessoires. — 71. Application usuelle des arts et du dessin. — 74. Photographie. — 69. Impressions. — 45. Produits chimiques. — 46. Parfumerie. — 50. Sucres et dérivés. — 53. Conüserie. — 76. Médecine, chirurgie. — 79. Marine. — 80. Armurerie. — 78. Art militaire. — 48. Produits farineux. — 49. Boulangerie, pâtisserie. — 41. Conserves alimentaires. — 52. Huiles comestibles, condiments.
- 1 D’après une note du Comité d’Administration de l’Exposition de Bordeaux. Voy. Catalogue A. Lahure, à Paris, 1882.
- ment le [lecteur sur la fnature des produits exposés, et la légende placée au-dessous, lui donnera
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- les classes auxquelles ces produits correspondent.
- Le succès de l’Exposition de Bordeaux est naturellement pour le produit bordelais'par excellence,
- pour le vin, auquel on a réservé un grand pavillon tout spécial, et d’un très heureux effet (fig. 5). Dans l’aile [de droite de nôtre gravure, se trouvent tous
- Fig. 3. — Exposition de Bordeaux. — Pavillon de l’Exposition des vins. (Dessin d’après nature par M. Albert Tissandier.
- les vins français et étrangers. Les sauternes, château- gogne, Corton, Montrachet, Chambertin, etc., suivent Laffite, etc., ouvrent la marche, les vins de Bour- successivement, le champagne apparaît ensuite,
- Fig. 4. — Exposition des vins d’Australie. — Nouvelle-Galles du Sud. (D’après un croquis de M. Albert Tissandier.)
- puis viennent enfin les vins étrangers, vins d’Italie, d’Espagne, du Chili, d’Australie, les vins du Rhin, vins de Hongrie, vins de Chypre, etc. Dans le pavillon de gauche (fig. 3), figurent la bière, le pale-ale, le
- porter, les bières de Norvège, de] Strasbourg, de Vienne, le cidre mousseux, les vermouth de Turino, l’absinthe suisse, le bitter, etc., puis les eaux-de-vie et toutes les liqueurs de la France ou de l’étranger.
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- Dans les entrées de droite et de gauche du pavillon des vins, on a réservé au public deux salles spéciales pour la dégustation.
- On sait combien le phylloxéra a causé de ravages dans les vignobles français et combien la production des vins étrangers a pris de l’extension dans ces dernières années. Parmi les pays qui se sont trouvés à la tète de cette production, nous mentionnerons l’Australie, dont l’exposition vinicole à Bordeaux est une véritable révélation.
- Les gouvernements australiens prenant part à cette Exposition sont ceux de Victoria, dont M. Alfonso Faber est le délégué, et de la Nouvelle-Galles du Sud, représentée par M. Henry Bonnard.
- Examinons successivement la production vinicole dans les deux grandes colonies de l’Australie, d’après les renseignements qui nous ont été gracieusement communiqués par leurs représentants.
- Il y a aujourd’hui dans la Nouvelle-Galles 4724 acres de terre plantés en vignes, qui produisent annuellement .584 282 gallons de vin1. — Les plus anciennes vignes datent de quarante à cinquante ans seulement, mais la majeure partie n’a été plantée que depuis une quinzaine d’années environ. On produit indifféremment en Australie les vins rouges ou blancs: la préparation, les soins nécessaires aux vendanges, sont tout à fait élémentaires et laissent beaucoup à désirer; malgré cette imperfection dans le travail, les vins australiens sont comparables à la masse des vins français. Les connaisseurs de Bordeaux affirment qu’il n’y a guère de différence entre les Saint-Émilion et les Libournays, français et australiens; quant aux vins ordinaires de la Nouvelle-Galles du Sud, ils ressemblent à nos gros vins du Midi. Le Medoc français ne saurait être dépassé, mais le vin d’Espagne est égalé par ceux d’Australie. Les vins blancs de la Nouvelle-Galles du Sud ont souvent une grande ana'ogie avec ceux de Hongrie ; ils ont parfois le même goût que les petits vins de Séville, de Cadix, quelquefois même ils se rapprochent du madère. Ces vins des pays d’outre-mer se font très simplement, très naturellement, sans aucun mélange et sans addition d’alcool : leur couleur est belle et leur limpidité remarquable.
- Presque tous les cépages des vins australiens ont une origine française, et spécialement bourguignonne. On a importé, en 1869, une petite quantité de ceps américains, notamment Y Isabelle, qui occupe exclusivement des vignobles particuliers, et dont on obtient un vin d’un goût bizarre, acceptable seulement comme vin de liqueur analogue au malaga, mais non comme vin de table.
- Les vignes en Australie sont généralement exemptes de maladies, c’est à peine si elles souffrent de l’oïdium et dans la Nouvelle-Galles du Sud, le phylloxéra est inconnu.
- Les meilleurs vins de la Nouvelle-Galles, au dire des juges de Bordeaux, sont ceux qui proviennent
- 1 22 gallons valent 1 hectolitre.
- de la vallée du Gunter, en dehors de Sydney. Ces vins sont généralement plus légers que tous les autres d’Australie; le degré d’alcool y varie dans la proportion de 11° à 18°.
- L’Australie méridionale, représentée par M. Dubois, maire de Le'oguan, en sa qualité de membre de la Société d’Agricullure d’Adélaïde, produit des vins très chargés en couleur, très sucrés et ressemblant à s’y méprendre à ceux du Portugal. L’étendue des vignes dans l’Australie méridionale est de 4537 acres qui ont produit en 1880, 500 955 gallons.
- Nous représentons ci-contre la salle réservée à l’intéressante exposition de la Nouvelle-Galles du Sud (fig. 4), où de nombreux échantillons sont alignés, et dominent des pupitres sur lesquels on peut lire de nombreuses et intéressantes notes, souvent très instructives.
- Nous reproduisons, à titre de curiosité, une note qui offre des détails assez curieux :
- Vins de M. Ch. M° Kay, à Minchinbury, près Penrith :
- 25 hectares enclos plantés de cinquante mille pieds, écartés de 2 mètres sur échalas de 4 pieds 1 /2, et séparés par des allées de 15 pieds de large. Ces plantations datent de 1869. On y cultive le Noir Hombro (Bourgogne, Hermitagei, et le Shiraz, Reisling et Verdeilho ou Madère, Lambruscat et Muscat.
- En 1872, la production a été de 790 hectolitres, les frais de culture ont été de 625 francs par hectare.
- Les madères ont souffert de l’oidium avant d’être mis en treilles ; depuis lors ils sont devenus vigoureux et très producteurs. Les chenilles sont ramassées sur les vignes en octobre, novembre et décembre, par des enfants, à raison de six shellings par litre, et les papillons à raison de un shelling par cent.
- Dans la colonie de Victoria la culture de la vigne a également suivi une marche progressive ; en 187 9 la superficie du terrain planté en vigne était de 4284 acres, tandis qu’au mois de juin 1881 l’étendue totale des plantations atteignait 5000 acres ; la production moyenne varie entre 200 et 250 gallons par acre. En raison de la différence de température les vins de chaque district offrent enlre eux des dissemblances très marquées; c’est aussi que la partie septentrionale, où la chaleur est considérable, produit des vins riches en alcool, tandis que la partie méridionale protégée comme par un rideau par une chaîne de montagnes, contre les vents chauds, produit des vins délicats. La colline entière se prête à la culture de la vigne, mais les districts les plus cultivés sont ceux de Murray, Goulburn, Sandhurst, Castlemaine, Ararat, Sanbury et Yering, Lilvdale Melbourne district.
- Les meilleures qualités de vins de Victoria se rencontrent dans la vallée de Garra et du Goulburn et ils sont considérés comme étant moins alcooliques que les vins de la Nouvelle-Galles, mais généralement les vins des deux colonies ont beaucoup de rapports entre eux.
- Après avoir si longuement insisté sur les vins, il
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- nous reste à signaler l’exposition du matériel des chaix, très riche en objets intéressants; on remarque entre autres méconismes ingénieux, une machine très pratique pour nettoyer et rincer les bouteilles, un curieux appareil pour boucher et déboucher les bouteilles, etc., etc.
- Nous espérons que l’aperçu que nous venons de publier de l’Exposition de Bordeaux, donnera une juste idée de son importance. Souhaitons en terminant, que l’initiative des Bordelais, serve d’exemple aux autres grandes villes de France, et donne l’impulsion à un mouvement de décentralisation si justement désiré pour les œuvres de science et d’industrie.
- Gaston Tissandier.
- CORRESPONDANCE
- MOUVEMENT PERPÉTUEL DE BERNOUILI.I Monsieur,
- A l’expérience faite par M. J. Plateau sur un système de mi uvement perpétuel au moyen de siphons capillaires, relatée dans le n° 464 de la Nature, je crois devoir joindre une autre idée, visant au même but au moyen de deux siphons, quoique ce ne soient pas précisément des siphons capillaires qui y sont employés. Elle mérite d’autant plus d’attention qu’elle a été proposée par un de nos plus célèbres mathématiciens, Jean lïernouilli.
- « Soient, dit Bernouilli, deux liqueurs miscibles entre elles et dont les pesanteurs spécitiques soient comme les lignes AB, CD : on sait que si deux tuyaux, communiquant l’un à l’autre, ont leurs hauteurs au-dessus de la branche de communication dans ce même rapport, on pourra remplir la branche la moins haute du fluide le plus pesant et la plus haute du fluide le plus léger, et que ces deux fluides se tiendront en équilibre; d’où il suit que si la branche la plus haute était recoupée quelque peu au-dessous de la longueur qu’elle doit avoir, le fluide contenu dans celle branche pourrait couler dans la plus basse.
- Supposons maintenant que la branche la moins élevée EF soit remplie de fluide composé de deux liqueurs de différentes pesanteurs spécifiques, et qu’au point F soit établi un filtre qui ne laisse passer que la plus légère ; que le tube FG soit rempli de celle-ci et qu’il soit un peu ipoins haut, pour établir l’équilibre entreJa liqueur de la branche EF et celle de la dernière FC.
- Les choses étant ainsi, et leiiltre ne laissant passer que la liqueur la plus légère, celle-ci, en vertu de l’équilibre rompu, sera poussée en dehors par l'orifice G et, conséquemment, pourra, par un petit tuyau de dérivation, être ramenée dans l’orifice E, où elle se mêlera de nouveau h la liqueur contenue dan> EF ; et cela continuera toujours, car la liqueur GF sera toujburs trop légère pour contrebalancer la colonne de liqueur composée EF. Ainsi,
- voilà un mouvement perpétuel, conclut Bernouilli. »
- Je n’ose dire ce qui ariverait si l'on pouvait parvenir à effectuer les suppositions de Bernouilli ; cependant je suis très porté à croire que cela ne réussirait pas ; et. de même que le raisonnement qui faisait l’objet de l’expérience de M. Plateau avec les tubes capillaires,— quoique en apparence convaincant — est néanmoins démenti par l’expérience ; je crois que celui de Bernouilli le serait également.
- Il serait curieux que cette expérience soit faite, - -seulement pour la curiosité, bien entendu, — par quelque personne qui en communiquât le résultat à la Nature.
- Agréez, etc. Fougerat.
- —<.<$>«—
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DU COMPTOIR D’ESCOMPTE DE PARIS
- L’installation d’éclairage électrique que nous allons faire connaître aujourd’hui à nos lecteurs est de beaucoup la plus importante qui ait jamais été tentée en faisant appel, comme source d’électricité, aux piles hijdro électriques. Le problème de l’éclairage électrique du Comptoir d’Escompte se posait d'ailleurs dans des conditions toutes spéciales : l’installation d’un moteur à vapeur dans des caves, près du service des titres, présentait de sérieux dangers; 1’éiablissement d’une machine dans un local voisin était non moins impossible, à cause du prix élevé des loyers dans un quartier central et dos difficultés administratives relatives à l’établissement des fils conducteurs nécessaires pour relier l’usine électrique, lieu de production, au Comptoir d’Escompte, heu de consommation.
- L’habile architecte de cet établissement, M. Corroyer, a levé les difficultés en se servant de piles hydro-électriques, et c’est là le point original et nouveau de cette installation. Le service de l’éclairage complet comprendra soixante batteries au bichromate de soude, à un seul liquide, à écoulement continu et à insufflation d’air, mais une partie seulement des batteries est aujourd'hui en service. C'est, en résumé, une application industrielle et sur une grande échelle de la pile imaginée par M. Grenet en 18o7, combinée sous une forme nouvelle et pratique par MM. Grenet et Jarriant. Les batteries sont disposées au sommet de l’édifice, dans les combles, alignées avec autant de régularité que peuvent le permettre les pans coupés et les couvertures mansardées de l’édifice. La figure 1 représente le détail d’une batterie et la figure 2 une série de batteries alignées.
- Chaque batterie se compose de quarante-huit éléments disposés en deux lignes juxtaposées de vingt-quatre éléments, dans des auges en bois rectangulaires. Chaque élément se compose d’un récipient en ébomte renfermant le liquide, une solution de ô8 kilogrammes de bichromate de soude et 75 kilogrammes d’acide sulfurique à 66° par mètre cube de liquide. Le bichromate de soude remplace ici le bichromate de potasse, qui est d’un prix beaucoup plus élevé.
- Le pôle positif de chaque élément se compose
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- de quatre plaques de charbon placées dans une auge de forme rectangulaire et assemblées dans une tête en plomb. Sur cette tète en plomb se fixent aussi deux petits tubes en ébonite qui plongent jusqu’au fond de l’auge et servent à l’insufflation, comme nous allons l’indiquer tout à l’heure. Les charbons sont fixes et plongent toujours entièrement dans le liquide dont le niveau est réglé dans chaque élément par un tuyau de trop-plein i (%!)•
- Le pôle négatit de chaque élément est formé par un récipient circulaire en caoutchouc durci au centre duquel est fixée une tige en cuivre s protégée par un tube isolant. La partie inférieure de la tige plonge dans du mercure que renferme le récipient. C’est sur la base de ce récipient que viennent reposer les cylindres de zinc U, U, maintenus par une ou deux jarretières en caoutchouc contre la tige s. Le mercure assure un bon contact et une amalgamation toujours parfaite du zinc jusqu’à usure complète.
- On met en général six crayons de zinc d’un centimètre de diamètre dans chaque élément. Tous les zincs sont suspendus à deux traverses horizontales qui peuvent se soulever à T’aide d’un système de poulies et d’engrenages équilibré par des contrepoids (fig. 2). On peut ainsi facilement mettre la pile en activité ou en repos, en plongeant ou en retirant les zincs, régler la surface active plongée dans le liquide, etc. Pour que les communications entre le zinc d’un élément et le charbon de l’élément suivant, restent permanentes malgré les déplacements des zincs, à chacun d’eux est fixée une tige métallique en équerre dont la branche verticale plonge dans un tube P renfermant du mercure et relié au charbon de l’élément suivant (fig. 4) ; les zincs peuvent ainsi monter ou descendre sans que la communication cesse d’ètre établie entre les 48 éléments montés tous en tension dans chaque batterie.
- La dissolution de bichromate de soude préparée à l’avance à l’usine, est apportée dans des voitures
- spéciales et refoulées par une pompe jusqu’au sommet de l’édifice dans de grands réservoirs. De là un réseau spécial de canalisation l’amène au-dessus de chacune des batteries. Le liquide se déverse par un robinet en grès C dans une série de petites cuvettes en ébonite D qui affectent à peu près la forme de chapeaux de gendarme. Lorsque ces petites cuvettes renferment une certaine quantité de liquide, un litre par exemple, elles basculent autour d’un axe commun et se vident dans une seconde série d’auges isolées E d’où, par des tuyaux en caoutchouc, le liquide sedéverse ensuite dans chaque élément, à la partie inférieure, tandis que le tuyau de trop-plein rejette une quantité égale de liquide puisé à la partie supérieure de chaque élément dans des caniveaux de décharge qui correspondent à d’autres réservoirs placés à l’étage inférieur. Suivant la nature du liquide, le courant à produire, etc., on règle l’écoulement du liquide par le robinet C. Le liquide neuf peut servir trois fois ; la première fois, on le fait écouler à raison de 20 litres environ par heure et par batterie, la seconde fois à raison de 50 litres, la troisième, à raison de 40 litres; en rajoutant ensuite un peu de liquide neuf, on peut faire servir la solution une quatrième fois, en faisant passer jusqu’à 60 litres par heure et par batterie de quarante-huit éléments. Après quoi, le liquide est pratiquement épuisé, on le renvoie à l’usine pour le régénérer. Ce procédé de régénération, sur lequel nous n’avons pas de renseignements bien précis, permettrait, au dire de MM. Jarriant et Grenet, de reconstituer les éléments actifs en séparant le chromeetle zinc du sulfate alcalin, parun procédédes plus économiques. Nous faisons toutes réserves sur ce point spécial. Le lavage et le nettoyage des éléments s’opère par une canalisation d’eau parallèle à la canalisation de bichromate de soude; les eaux de lavage s’écoulent ensuite à l’égout par une série de caniveaux disposés sur le plancher même de l’installation. Une dernière canalisation est celle relative à
- Fig. 1. — Détail des éléments d’une batterie au bichromate de soude de MM. Jarriant et Grenet.
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- l’insufflation. Pour la réaliser sans trop de frais et sans installation spéciale, on a mis à profit la distribution d’air établie pour le service des tubes pneumatiques qui desservent les différents bureaux du Comptoir. Le moteur à gaz et la pompe qu’il actionne ont donc un double rôle à remplir; l’air sous pression sert à la fois aux dépêches pneumatiques et à l’insufflation des éléments.
- L’air arrive à chaque batterie par un tube horizontal 0, d’où part une série de petits tubes o qui viennent plonger dans les boites en ébonite, à raison de deux tubes par élément. On règle la quantité d’air insufflé par un robinet.
- Dans ces conditions, en proportionnant convenablement l’écoulement du liquide et l’échappement de l’air au travail électrique à produire, on obtient un courant parfaitement constant, condition des plus satisfaisantes pour la régularité de la lumière. La force électro-motrice de chaque batterie, formée de quarante-huit éléments, est d’environ 82 volts, et sur un circuit court, l’intensité du courant est de vingt-quatre ampères. MM. Jarriant et Grenet estiment que chaque batterie en plein fonctionnement, équivaut à un cheval-vapeur et demi d’énergie électrique, soit 112 kilogrammètres par seconde.
- Dans la disposition adoptée au Comptoir d’Escompte,
- Fig. 2. — Batteries au bichromate de soude du Comptoir u’Escompte.
- le fonctionnement de chaque batterie est indépendant de celui de toutes les autres. Tous les zincs extrêmes sont reliés à un fil commun qui forme le négatif. Chacun des pôles positifs vient s’attacher à un grand commutateur suisse à cinquante directions. C’est aussi à ce commutateur que viennent s’attacher les cinquante conducteurs qui correspondent aux lampes à arc ou aux séries de lampes à incandescence disposées dans les différents services.
- On peut ainsi établir très rapidement toutes les communications, et connaître d’un seul coup d’œil, sans erreur possible, toutes les piles en service et les lampes en fonction à un instant déterminé. Grâce au négatif commun et au commutateur suisse, on n’a jamais besoin de manœuvrer qu’une seule clef pour établir la communication entre une batterie donnée
- et le foyer qu’elle doit alimenter. Les accidents sont ainsi rapidement localisés, les substitutions de lampes et de piles s’opèrent avec la plus grande facilité et l’accident réparé en quelques instants, sans recherches inutiles et sans tâtonnements.
- Les lampes électriques employées dans les différents services ne présentent rien de particulier; on a adopté un éclairage mixte par lampes à are voltaïque Siemens ou Gravier, et par lampes à incandescence Swan, suivant la nature des locaux à éclairer et les besoins spéciaux à satisfaire. Cet éclectisme a l’avantage de permettre de faire un choix après expériences comparatives, et d’adopter les dispositions qui auront donné les meilleurs résultats après une épreuve de quelque durée.
- Telle est, dans ses grandes lignes, l’instalktion
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- de l’éclairage électrique du Comptoir (l’Escompte, dont une partie est déjà en fonction, et qui sera complètement terminée en octobre prochain.
- On conçoit qu’une usine électrique de ce système ne peut être établie que sur une grande échelle, pour avoir quelque intérêt à installer ces canalisations multiples : 1° liquide actif; :20 eau de lavage ; 5Ü insufflation d’air ; 4° caniveaux de réception du liquide actif épuisé; 5U caniveaux de réception des eaux de lavage, sans compter la petite installation mécanique nécessaire à l’insuftlation et à l'élévation des liquides dans les bacs réservoirs, le camionnage des liquides de l’usine de régénération au point où on les utilise et vice versa, sans compter enfin la question assez complexe de régénération des produits. Aussi, tout en admirant l’agencement heureux du système et les dispositions ingénieuses imaginées par MM. Jarriant et Grenet dans cette installation unique autant par sa nature que par son importance, croyons-nous devoir faire les plus expresses réserves au point de vue économique. Il faudra attendre des chiffres précis relativement au prix total de l’installation et au prix d’enlretièn, en tenant compte de tous les facteurs multiples qu’il est juste d’y faire figurer, pour savoir si la production d’une énergie électrique de cinquanté chevaux-vapeur par les piles hydro-électriques au bichromate de soude est non pas économique, mais seulement d’un prix comparable, à celui d’ufie production directe par une machine à vapeur de cinquante chevaux et des machines dynamo-électriques.
- En réalité, la solution la plus économique serait, à notre avis, l’emploi d’une petite machine de dix chevaux chargeant des accumulateurs d’une façon continue ; ces accumulateurs seraient ensuite groupés et déchargés suivant les besoins. On supprimerait ainsi tout camionnage, sauf celui du charbon de la machine, et tout procédé de régénération qui, pour si excellent qu’il puisse être, laisse encore quelque doute dans notre esprit.
- Ed. Hospitalier.
- LA LÉTHARGIQUE DE BEAUJON
- Vers le milieu du mois de mai les gardiens de la paix trouvaient sur un banc de l’avenue de la Grande-Armée, à Paris, une femme dont l’état ne put être mis tout d’abord que sur le compte de l’ivresse. On l’emmena tant bien que mal au poste ; là elle s’endormit si subitement qu’on fit prévenir un médecin et sur son conseil elle fut amenée d’urgence à l’hôpital Beaujon. Elle ne portait sur elle aucune pièce capable d’établir son identité. Comment se trouvait-elle sur l’avenue de la Grande-Armée? D’où venait-elle? Tout autant de questions qui n’ont eu leur réponse que ces jours-ci lorsque la malade est complètement sortie de son état d’engourdissement. On dut l’inscrire comme inconnue.
- Le lendemain à la visite du chef de service, M. le Dr Millard, la malade dormait toujours et depuis le moment de son admission jusqu’à ces jours derniers, le sommeil a été continu sans la moindre interruption. Pendant une quinzaine de jours on essaya divers moyens pour amener le réveil; ce fut peine inutile. Comme cette pauvre femme était enceinte, on ne put mettre en jeu un traitement bien actif. Immobile dans son lit, la face un peu pâle, elle dormait comme d’un sommeil normal; la respiration, la circulation se faisaient comme à l'ordinaire, quoique bien plus ralenties.
- Vers le milieu du mois de juin, l’accouchement survint avant terme, vers le sixième mois environ. L'enfant était mort et l’accouchement s’opéra comme si la malade eût été anesthésiée, sans le moindre signe de douleur. Tout s’était passé pour la malade de la façon la plus inconsciente et le sommeil n’avait pas été interrompu.
- On put alors songer à une médication plus active pour la tirer de cet état léthargique. Sous l’influence des douches froides, elle sembla peu à peu sortir de sa torpeur; après la deuxième, la malade avait ouvert les yeux, poussé quelques gémissements; le lendemain elle paraissait avoir conscience de ce qui se passait autour d’elle et répondait par des pressions de main à diverses questions. La semaine dernière, elle a prononcé quelques paroles et enfin jeudi 3 août on a assisté à la fin de la crise, qui n’a pas duré moins de trois mois.
- Quelle est cette curieuse maladie? Un état léthargique ; mais il se présente dans ce cas particulier sous une apparence qui n’est pas des plus ordinaires. Aussi au premier abord avait-on songé à la simulation; les hystériques poussent la chose à un tel degré qu’il ne faut pas s’étonner des faits en apparence les plus extraordinaires. Cependant on dut, en présence de certains signes, renoncer à cette supposition et croire à de la léthargie simple. La léthargie survient fréquemment comme une phase des grandes crises d’hvstérie; mais cette phase est rarement d’une très longue durée; il est même facile de provoquer cet état tout à fait artificiellement. En rapportant les premiers travaux de M. Charcot sur ces états bizarres de l’hystérie, j’ai indiqué dans ce même journal par quel procédé simple et dénué de tout artifice on pouvait faire passer successivement une de ces malades de l’état cataleptique à l’état léthargique. 11 s’agit ici vraisemblablement d’une malade plus ou moins sujette à des accès nerveux de ce genre ; l’histoire de ses antécédents quand elle pourra la raconter, édifiera sur la nature de sa crise actuelle.
- Les attaques de sommeil spontané, de léthargie proprement dite, peuvent apparaître comme manifestations isolées de la névrose hystérique, ou combinées avec divers symptômes de cette maladie; elles succèdent le plus souvent à des crises convulsives d’une intensité plus ou moins marquée. Les attaques de véritable léthargie sont rares : sur quatre cents
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- malades, le Dr Briquet n’en a observé que trois cas bien nets. Dans ces trois cas, dont les causes ne présentaient rien de bien spécial, l’attaque débutait constamment par une coloration subite de la face, un resserrement léger des mâchoires et une raideur des membres. Fuis tous ces phénomènes disparaissaient en peu de temps pour faire place à un sommeil des plus calmes, des plus tranquilles. Les joues étaient décolorées, la respiration se faisait lentement, les battements du cœur étaient ralentis, plus faibles, la peau fraîche et les membres en résolution dans un état d’immobilité. Dans un cas, la respiration 11e se faisait que par les muscles abdominaux, le thorax l’estant immobile.
- Quelle qu’ait été la durée de l'attaque, dit le Dr Briquet, il n’y avait eu ni sueurs appréciables, ni sécrétion urinaire, ni expulsion de matières fécales pendant tout ce temps. Or les accès ont duré des jours, des semaines et même des mois. Pfendler rapporte l’histoire d’une jeune femme hystérique qui tomba deux fois dans un sommeil profond qui dura six mois. Je pourrais citer plusieurs faits où l’attaque a duré pendant deux ou trois jours.
- L’hystérie (ce qui, par parenthèse, démontre la vicieuse dénomination de cette maladie) peut se rencontrer chez l’homme. La léthargie a été également observée plusieurs fois chez des sujets robustes et bien portants, DerkKlaaz, paysan de Wolkwigk, se serait, d’après l’auteur qui rapporte ce fait, endormi le 29 juin 1706 et ne se serait réveillé que le il janvier 1707, pour se rendormir presque aussitôt jusqu’au 15 mars. Van Swieten cite le cas d’un homme qui tomba à la suite d’un accès de colère en une léthargie qui dura deux mois.
- L’attaque de sommeil est en général très subite; la malade s’endort pendant le repas, au milieu d’une conversation. Le docteur lluchard a donné ses soins à une malade qui tombait dans un profond sommeil, dès quelle mettait le pied à terre, sommeil dont on ne pouvait la tirer que par la pression énergique des globes oculaires. C'était le monde renversé; dormir debout, en sortant de son lit.
- Certains sommeils léthargiques tiennent en quelque sorte le milieu entre la maladie et l'état physiologique. On a observé de ces crises à la suite d'excès de travail physique ou intellectuel. Une jeune fille qui avait passé plusieurs nuits de suite au bal et dansé avec frénésie, dormit quatre jours et quatre nuits.
- Les faits de sommeil cataleptique sont plus fréquents; la rigidité spéciale des membres, les positions variées qu’on peut leur donner suffiraient pour l’en différencier. C’est à des attaques de ce genre qu’était sujette la malade dont on a parlé dans ces derniers temps, la dormeuse de l’hôpital de Rouen.
- On a fait la léthargie synonyme de mort apparente. Ce qui a contribué à répandre cette idée fausse c’est le récit, bien souvent exagéré, de malades qu’on allait ensevelir et qui n’étaient que des léthargiques. Un fait qu’on retrouve dans toutes les publications sili-
- ce sujet est celui d’Apollonius de Thyaue qui, rencontrant par hasard le convoi d’une jeune femme, découvrit, en touchant le corps, qu’il ne s’agissait que d’une léthargie et opéra la résurrection, au grand étonnement des assistants. L’histoire malheureuse survenue à Vésale, les faits rapportés dans plusieurs recueils confirment la vérité de méprises dé ce genre. Comment les expliquer? Par un manque d’observation, d’examen sérieux, par l’insuffisance des connaissances dans ces temps anciens. Ajoutons que l’amour du surnaturel et du merveilleux a dù singulièrement amplifier sur les récits. 11 faut 11’ac-corder à un grand nombre d’entre eux qu’une créance fort limitée. La malade frappée de léthargie reste sans doute immobile, insensible au monde extérieur, aux excitants divers que vous appliquerez ; mais la respiration se fait régulière, sa lenteur explique son apparente imperceptibilité, le pouls est affaibli, le cœur laisse percevoir ses battements. La léthargie n’est qu’une des manifestations de cette bizarre névrose, qu’on appelle l’hystérie.
- D1 A. Cartaz.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 août 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- Élasticité des gaz. — Voulant entreprendre une nouvelle série d'expériences relatives à l’élasticité des gaz, M. Amagat a apporté différentes modifications à l’appareil dont il se sert pour mesurer les pressions ; le baromètre différentiel qu’il a adopté se compose d’un tube unique de verre bifurqué, à 70 centimètres de son orifice, en deux branches cylindriques dont l’une constitue la chambre même du baromètre et dont l’autre communique avec le gaz dont on veut déterminer la pression. Grâce à ce tube unique, on n’a plus à tenir compte des différences de température qui pourraient se produire sur deux colonnes séparées.
- Physiologie végétale. — L’étude du mouvement de l’eau dans les tissus des végétaux est difficile lorsque de l’air se trouve emprisonné dans ces tissus. JI. Vesque a tourné la difficulté en faisant ses préparations microscopiques sous l’eau même et il a pu suivre facilement les mouvements du liquide en introduisant sous la lamelle un peu d’oxalate de chaux. 11 a vu alors les particules solides tourbillonner à l’entrée des vaisseaux, puis les parcourir avec une vitesse qui peut être de 4 mètres par heure.
- Si dans cette expérience on remplace l’eau par l’huile, on voit celle-ci circuler avec un mouvement parfaitement uniforme.
- La fécondation croisée.—On sait que Darwin a fait jouer un grand rôle aux insectes dans la fécondation des fleurs; quelques naturalistes ont même avancé que ce rôle est indispensable, ce qui a été contredit par des savants qui donnaient comme argument que, à de grandes altitudes, il n’y avait plus d’insectes et qu’on pouvait cependant y rencontrer beaucoup de fleurs. M. Musset, professeur à la Faculté de Grenoble, a observé, en herborisant sur les Alpes, que jusqu’à 5200 mètres on trouvait des insectes de tous les ordres; ce fait détruit l’argument que nous venons de citer.
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- Les bases pyridiques. — Les ammoniaques composées qui ont déjà etc le sujet de si beaux travaux pour M. "Wurtz, fournissent encore à ce savant des résultats très intéressants. 11 met sous les yeux de l’Académie un certain nombre de chloroplatinates de bases isomères ou identiques avec la névrine, cette base oxygénée que l’on a retirée du cerveau. Il a étudié l’action de la chlorhydrine du glycol sur les bases extraites de l’huile animale de Dippel. Ces bases, isomériques des bases aromatiques (bases pyridiques) et considérées par M. Hoffmann comme des amines tertiaires, traitées par la chlorhydrine éthylé-nique, ont fixé ce corps sans élimination d’aucun élément et ont donné une base oxygénée analogue à la névrine. La quinoléine, qui est également une base tertiaire, a donné des résultats du même ordre.
- Thermochimie. — Wollaston a trouvé le palladium dans la mine de platine en constatant la formation d’un nouveau cyanure lorsqu’on traite cette mine de platine par le cyanure de mercure ; le cyanure de palladium est précisément le composé de ce métal qui se forme le plus facilement grâce à la grande quantité de chaleur qu’il développe lorsqu’il se produit; c’est ce que démontre une note d’un chimiste dont le nom nous échappe et qui a recherché le nombre de calories dégagées dans la combinaison du palladium avec le chlore, le brome, l’iode et le cyanogène.
- Varia.— Signalons encore un travail de M. Troost sur les équivalents des iodures de phosphore ; une note de M. de Yecker sur le traitement des ophthalmies par l’infusion d’une liane du Brésil ; quel ques explications de M. Marey sur l’introduction de points de repère dans les photographies, qu’il fait des trajectoires accomplies par différentes parties du corps ; un travail de M. Monckhovcn sur l’élargissement des raies dans les spectres des gaz illuminés, travail dont on n’a pas cité les conclusions.
- Stanislas Meunier.
- RECREATIONS SCIENTIFIQUES
- MOYEN DE FAIRE APPARAITRE UNE IMAGE PAR l’iNSUFFLATION DE l’HALEINE
- Un de nos lecteurs, qui est en même temps un chimiste habile, M. G. Wideman, nous a envoyé ré-
- cemment une véritable curiosité de gravure. C’est un carré de glace transparente, analogue à un morceau de verre à vitre; on n'y distingue absolument aucun trait, même à la suite d’un examen minutieux. Si l’on vient à souffler sur cette glace en ouvrant la bouche, de manière à en recouvrir la surface de la buée de l’haleine, on voit apparaître une figure, comme le représente la gravure ci-dessous. Cette figure disparaît aussitôt que la buée formée par le souffle a disparu. On peut laver, essuyer la glace, et l’image apparaîtra aussitôt que la surface, bien séchée et froide, recondensera cette buée humide.
- M. Wideman nous a indiqué la manière d’obtenir cet effet curieux; voici comment il faut opérer : On prend un morceau de glace analogue à celle qui
- sert à confectionner les miroirs. Ce morceau de glace peut être transparent, il peut être encore étamé ou argenté ; cela n’influe pas sur le résultat final. On verse dans une capsule de porcelaine une petite quantité de spath fluor en poudre que l’on humecte avec de l’acide sulfurique ordinaire du commerce, de manière à former une bouillie assez liquide pour pouvoir écrire sur le verre bien nettoyé, au moyen d’une plume d'oie. — On trace, au moyen de cette bouillie, le dessin désiré, ou les caractères. On laisse séjourner quelques minutes, cinq à dix minutes au plus. On lave avec de l’eau ordinaire et l'on sèche avec un linge. La plaque est alors prête ; on n’a qu’à halener dessus pour voir apparaître les traits ainsi tracés.
- Un peu de pratique indique le temps précis qu’il faudra mettre pour laisser la gravure sur verre se faire. Une trop longue morsure à l’acide fluorhy-drique a l’inconvénient de graver trop fortement le verre, et les traits seraient toujours appréciables, même sur la glace sèche.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 481. — li) AOÛT 1882.
- LA NATURE.
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- BEC DE GAZ A INCANDESCENCE
- DE M. C. CLAMOND
- La lutte engagée depuis trois ans entre l’éclairage électrique et l’éclairage au gaz se poursuit toujours avec acharnement; nous ne pouvons que nous en féliciter pour notre part, puisqu’elle nous donne souvent l’occasion d’enregistrer de nouveaux progrès
- destinés à donner satisfaction aux exigences de plus en plus grandes du public, qui, gâté et même ébloui par l’éclairage électrique, devient de plus en plus difficile, à la fois sur la quantité et sur la qualité de la lumière. C’est pour satisfaire aux exigences relatives à la quantité de lumière qu’ont été imaginés les becs intensifs de la rue du Quatre-Septembrc, système sans grand intérêt économique, puisque ces becs brûlent toujours la même quantité de gaz par unité de lumière, quelle que soit leur puissance, et
- Bec de gaz à incandescence de M. Clamond (Type de 4 becs Carcel, échelle 1/2).
- 1. Vue d’ensemble du bec. — 2. Vue du bec sans l’enveloppe extérieure. — 3. Coupe longitudinale du bec. — A. B. C. D. Sections horizontales du bec à hauteur des lettres correspondantes de la ligure n° 3. — N* 3 : A. Plaque portant les tubulures d’arrivée de l’air et du gaz. — B. Distributeur. — C. D. E. Carneaux de distribution. — F. Arrivée de l’air dans le réchauffeur. — G. Réchauffeur d’air. — H. Chalumeau en matière réfractaire percé de trous par lequel arrive l’air chauffé à 1000°. — K. Tuyaux pendentifs servant de brûleurs auxiliaires pour réchauffement de l’air. — L. Tuyaux d’arrivée de gaz au chalumeau. — I. Pièce réfractaire donnant une direction horizontale au gaz qui arrive dans le chalumeau. — M. Enveloppe extérieure percée de trous. — N. Corbeille en platine renfermant le panier tressé en flls de magnésie.
- les becs à régénérateur de Siemens; pour obtenir une lumière plus fixe et moins jaune, on s’est adressé à l’incandescence, comme dans le bec à oxygène, système Khotinsky, que nous avons déjà décrit1, et le bec Clamond que nous allons aujourd’hui faire connaître à nos lecteurs. Le principe scientifique appliqué dans les deux systèmes est absolument identique : porter une substance réfractaire à la température la plus élevée possible pour la rendre incandescente, mais le procédé est très différent. On peut obtenir, par la combustion du gaz d’éclai-
- * Voy. n" 445 du 15 décembre 1881, page 17.
- 10\»Bnée. — î" semestre.
- rage, une température très élevée en employant l’oxygène pur en quantité juste suffisante pour la combustion du gaz ou en faisant usage d’air porté à une très haute température avant d’arriver dans la flamme. C’est ce que réalise le bec Clamond, dont la figure ci-dessus représente une vue d’ensemble, une vue du bec dépouillé de son enveloppe extérieure, une coupe longitudinale et des sections horizontales à diverses hauteurs.
- Le bec comporte une double canalisation, l’une de gaz ordinaire, l’autre d’air sous une pression de 35 à 40 millimètres d’eau.
- M. Clamond le construit jusqu’ici sous deux types,
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- le type de 4 becs Carcel brûle 180 litres de gaz à l’heure et consomme 1 mètre cube d’air; c’est celui représenté ci-contre en demi-grandeur; le second type, plus puissant, brûle 500 litres de gaz à l’heure, dépense 5 mètres cubes d’air et produit 18 becs Carcel. La consommation de gaz par heure et par bec Carcel est de 45 litres pour le type de 4 Carcel et de 28 litres pour le type de 18. M. Clamond étudie des types intermédiaires et de puissance supérieure ou inférieure aux deux modèles déjà existant. Laissant de côté, pour le moment, la production de l’air sous pression, étudions le fonctionnement du bec. A est une plaque portant deux tubulures, l’une pour l’arrivée du gaz, l’autre pour celle de l’air; R est une plaque percée de petits trous et, formant répartiteur; c’est elle qui proportionne la répartition convenable de l’air et du gaz dans le bec proprement dit. A cet effet, elle ne porte pas moins de cinq séries de trous en nombre variable.
- Une certaine quantité de gaz se mélange à une quantité convenable d’air et arrive dans quatre tubes pendentifs K percés de trous; le mélange brûle et la flamme vient lécher le réchauffeur G, qui se trouve ainsi porté à une température très élevée; une autre partie de gaz se mélange à une seconde quantité d’air convenable et arrive par le tuyau L à la partie inférieure du bec où il vient se brûler ; enfin une troisième quantité d’air arrive par le centre du bec en F ; traverse le réchauffeur G, grâce à une série de chocs contre les parois, l’air s’élève à une température d’environ 10U0° et sort par une série de trous percés dans la pièce réfractaire 11. La combustion du gaz sous l’action de l’air porté à une température aussi élevée produit un jet de gaz excessivement chaud qui vient lécher une corbeille en fils, de magnésie N disposée à la partie inférieure du bec et la porte à l’incandescence. Cette corbeille est une heureuse idée de M. C. Clamond et sa fabrication, à laquelle nous avons assisté, est des plus intéressantes. C’est une petite corbeille de forme conique qui constitue une sorte de passementerie de magnésie filée. La magnésie en poudre est mise en pâte plastique au moyen d’une dissolution d’acétate de magnésie et filée à peu près comme le vermicelle : ce fil encore mou est roulé sur un mandrin conique muni d’un double mouvement de rotation et de va-et-vient ; une fois le cornet constitué, on le retire du mandrin et on le recuit méthodiquement pour lui donner la solidité nécessaire. 11 est soutenu dans le bec dans une petite corbeille en fil de platine qu’on voit sur la figure 2. La corbeille ainsi préparée peut fournir environ quarante heures d’éclairage, après quoi il faut la remplacer, car le diamètre des fils qui la constituent diminue par suite de l’entraînement d’une petite portion de la matière qui s’échappe à l’état de poussière impalpable. La corbeille de platine dans laquelle se place cette sorte de mèche en magnésie est soutenue par une monture à baïonnette, ce qui permet de la retirer et de remplacer la mèche avec
- la plus grande facilité. Le prix actuel de ces mèches ne dépasse pas 12 centimes, mais il sera encore beaucoup diminué dans l’avenir.
- La lumière produite a toutes les qualités de l’incandescence, c’est-à-dire une fixité parfaite et une couleur jaunâtre très chaude, qui tient le milieu entre la lumière blanche du jour et la lumière i jaune du gaz brûlant dans les becs ordinaires.
- Le bec brûlant la mèche en bas ne donne pas d’ombres portées et h qualité du gaz ne joue aucun rôle dans la lumière produite, puisque cette lumière résulte de l’incandescence de la magnésie et ne dépend que de la température.
- Nous avons gardé pour la fin le point faible de l’ingénieux système de M. Clamond; nous voulons parler de la production de l’air sous pression.
- Dans une usine, un atelier, partout en un mot où l’on dispose d’une force motrice, la production de cet air ne présente aucune difficulté; l’économie produite, sur le gaz brûlé et la qualité de la lumière produite rachèteront bien au delà le supplément de dépense résultant de l’achat des becs, de la double canalisation et de l’installation du petit ventilateur nécessaire à la production de l’air sous la faible pression de 40 millimètres d’eau. Le travail exigé par cette compression est en effet, insignifiant, car il ne représente pas 100 kilogrammètres par heure et par foyer de 4 becs Carcel ; une force de un cheval-vapeur servirait pour plus de 2000 foyers. Pour les installations un peu importantes, il suffira donc d’un petit moteur à gaz, et dans l’atelier de M. Clamond, un petit moteur Bisschop fait fonctionner très facilement les nombreux becs qui le garnissent. Pour les installations de moindre importance et dans lesquelles on ne dispose pas de force motrice, M. Clamond étudie des souffleries à poids qui pourront fonctionner plusieurs heures sans qu’on ait à s’en occuper, il suffira de remonter le poids tous les soirs avant l’éclairage, à l’aide d’une manivelle. Eu égard à la faible force nécessaire, ce projet est très réalisable car plusieurs appareils à gaz carburé, employés dans les châteaux ou dans les locaux éloignés de toute usine à gaz, fonctionnent déjà par ce procédé. L’emploi d’une petite force motrice est une sujétion à laquelle il ne faut pas attacher une trop grande importance ; elle n’est pas comparable à celle que nécessiterait la fabrication de l’oxygène.
- Ajoutons enfin que si un jour la distribution de l’électricité à domicile devient un fait accompli, il sera possible d’emprunter au courant électrique la faible force nécessaire à la mise en action du ventilateur ou de la soufflerie, et l’on verra dans ce cas l’électricité venir en aide au gaz et favoriser son emploi économique. L’électricité et le gaz se prêteront alors, une fois de plus, un mutuel appui ; c’est la meilleure fin que l’on puisse souhaiter à la lutte à laquelle nous faisions allusion au commencement de cet article.
- E. Hospitalier.
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- OBSERVATIONS A LA MER
- L’ACCIDENT DES TUILERIES
- PAR LES NAVIRES DE COMMERCE
- Le service des observations à la mer, réorganisé en 1879 par le Bureau météorologique, a pris depuis cette époque un grand développement. Les navires des grandes compagnies de navigation à vapeur, de nombreux voiliers, enfin quelques pêcheurs à la morue, tiennent régulièrement des registres d’observations comprenant deux ou trois observations simultanées par jour.
- Les premiers journaux ont été envoyés au Bureau central météorologique au milieu de l’année 1879 ; ils étaient tenus sur les paquebots transatlantiques.
- Pour se mettre en rapport direct avec les capitaines, le Bureau central a décidé la création, dans les ports, de bureaux maritimes spéciaux chargés de distribuer et de recueillir les journaux météorologiques, de comparer les instruments qui doivent servir aux observations et de prêter, s’il y a lieu, des instruments aux capitaines.
- Le Bureau maritime du Havre, organisé d’abord, a assuré la collaboration des navires des Compagnies transatlantiques, des Chargeurs réunis Mallet, Grosos, puis des maisons Honoré, Auger, Bostère, Oriot, Postel et fils, etc. Le Bureau de Marseille, créé peu de temps après, a concentré ses efforts sur les nombreux navires transatlantiques, messageries maritimes, Compagnie Valéry, Compa-pagnie Fraissinet.
- L’année suivante, un service analogue a été établi ’a Saint-Nazaire, pour nous mettre en relation avec les transatlantiques et les divers armateurs de Nantes et de Saint-Nazaire. lien a été de même à Bordeaux, dont le port présente un intérêt spécial, à cause des navires qui se rendent surtout dans l’Amérique centrale, aux Antilles et dans l’Amérique du Sud. Ajoutons que plusieurs voiliers de Dunkerque font parvenir au Bureau central des observations régulières recueillies dans les parages de l’Islande.
- Les capitaines des diverses régions maritimes ont compris combien leur concours pouvait être précieux pour les études météorologiques, et le nombre des officiers qui participent aux observations régulières va en augmentant chaque année, comme on peut en juger par les chiffres suivants : En 1879, le Bureau météorologique avait reçu 19 journaux de bord; il en est revenu 284 en 1881) et 409 en 1881. L'Association scientifique de France, voulant continuer les encouragements qu’elle a donnés depuis son origine au développement du service météorologique, décerne chaque année des médailles aux capitaines qui ont tenu leurs livres de bord avec le plus de soin : quatre médailles ont été distribuées en 1880, douze en 1881.
- Ces observations sont d’ailleurs d’un grand intérêt et les navires de presque toutes les nations en recueillent de semblables. C’est le seul moyen qui soit à notre portée pour étendre et préciser ce que l’on connaît déjà sur les lois qui régissent la marche des tempêtes, et sur toutes les questions de météorologie générale.
- Nous devons déjà la connaissance des grands traits de la circulation de l’atmosphère aux observations nautiques ; c’est encore à elles qu’il appartiendra de définir assez exactement les phénomènes journaliers sur l’Océan, pour que la prévision du temps dans l’ouest de l’Europe s’appuie sur des bases plus certaines et puisse embrasser une période de temps plus étendue.
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- ET LES DANGERS DE L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- Le 6 août dernier, pendant la fête de nuit donnée à Paris dans le Jardin des Tuileries par VUnion française de la jeunesse, deux hommes ont été tués, en touchant les fils conducteurs destinés à l’éclairage électrique du jardin. L’accident doit être attribué à l’imprudence des victimes qui, pour jouir du coup d’œil de la fête sans bourse délier, ont voulu franchir un saut-de-loup dans lesquels les conducteurs à fil nu étaient disposés, saut-de-loup dont l’accès était rigoureusement interdit au public. Les conducteurs étaient traversés par des courants alternatifs dont la tension, calculée d’après le nombre de lampes disposées en séries, étaient d’environ 500 volts-La première victime qui a reçu la décharge sur la joue est morte instantanément, la seconde a survécu environ une heure et demie.
- M. C. M. Gariel est chargé de faire un rapport sur les causes de l’accident et le Dr Brouardel fait l’autopsie des deux victimes, autopsie qui présentera un certain intérêt puisque c’est la première fois, à notre connaissance, qu’on aura procédé à une pareille opération sur le cadavre de personnes tuées par des machines dynamo-électriques.
- Les accidents de cette nature deviennent assez fréquents depuis quelques années, à mesure que les applications industrielles de l’électricité se multiplient. Tout récemment encore, le 21 février 1882, à Pittsburg, un homme a été tué par le courant continu provenant d’une machine Brusch, alimentant 16 lampes en tension, soit 800 à 900 volts.
- Il semble donc établi, par des exemples malheureusement déjà trop nombreux qu’il ne faut pas employer des courants électriques, continus ou alternatifs de tension trop élevée, sans prendre des précautions spéciales pour l’isolement des conducteurs, en ayant soin de mettre ces conducteurs à l’abri du contact des maladroits ou des malintentionnés.
- Il appartient donc à une Société savante autorisée — l’Académie des Sciences, la Société de Physique ou la Société d’Encouragement — de prendre en main la question, de l’étudier avec soin et de dicter les mesures nécessaires et les précautions à prendre suivant la nature des courants employés. Ces mesures s’imposent aussi bien dans l’intérêt général que dans l’intérêt des électriciens, car il suffirait de quelques accidents analogues habilement exploités par les ennemis naturels de l’électricité, pour détourner le public de ses applications et lui faire considérer cette force comme une des plus indociles et une des plus dangereuses.
- Les compagnies d’assurance sont aussi à l’affût de ces accidents et savent les exploiter pour augmenter les primes. Cette réglementation est donc surtout de nature à défendre les vrais intérêts des électriciens.
- CORRESPONDANCE
- l'exposition DE MOSCOU EN 1882
- Moscou, le 26 juillet 1882. •
- Mon cher ami,
- Le 20 mai 1882 a eu lieu à Moscou, sous la présidence de S. A. I. le grand-duc Vladimir Alexandrowitsch, l’ouverture de l’Exposition industrielle et artistique. Cette
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- LA NATURE
- Exposition devait avoir lieu l’année dernière, mais, par suite des malheureux événements politiques survenus alors, on avait jugé nécessaire de la remettre à l’année courante.
- L’intérêt offert par cette Exposition remarquable mérite l’attention particulière des lecteurs de la Nature. Ainsi que le disait fort bien le métropolite de Moscou,
- c’était bien la fête de tout un peuple qu’on célébrait ce jour-là, fête d’autant plus chère que, dans ces derniers temps, les auties peuples semblaient douter de l’avenir de la Russie.
- L’Exposition actuelle dépasse de beaucoup toutes celles qui l’ont précédée ; en effet, je ne saurais dire combien
- Plan général de l'Exposition de Moscou en 1882.
- sont considérables les progrès faits en Russie, dans les industries diverses, durant les dix dernières années.
- On savait que les autres peuples d’Europe, entrés bien avant la Russie dans l’arène de la civilisation, ont longtemps servi de modèle aux Russes. Actuellement certaines branches de l’industrie russe sont dignes de rivaliser avec celles des autres nations qui marchent à la tète du progrès. La chose est d’autant plus remarquable qu’il a clé beaucoup plus difficile à la Russie d’accomplir ces
- progrès, qu’aux autres peuples de l’Europe. Ainsi au nombre des grandes difficultés que l’industrie russe doit surmonter, je citerai la rigueur du climat dont on ne se fait pas toujours une juste idée ailleurs qu’en Russie.
- L’artisan russe n’ignore plus la valeur du temps, et il a appris que c’est par le travail qu’on développe, consolide et perfectionne ses forces et ses aptitudes morales et physiques.
- L’Exposition embrasse les sections de la mécanique, de
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- la gronde el de la petite industrie, de la guerre, de la marine, de l’agronomie, des beaux-arts, du matériel scolaire ; il y a des sections spéciales pour le Turkestan, pour la Finlande et pour les provinces de la Vistule.
- La variété des objets envoyés de tous les points de la Russie est tout à fait considérable.
- Pour que vous en ayez une idée, il me suffirait de vous donner l’énumération de quelques-uns des pavillons spéciaux de l’Exposition, parmi lesquels je citerai plus particulièrement le pavillon de la Société de secours aux naufragés, celui de la Société des aciers de Varsovie (Exposition très belle et très appréciée) et ceux enfin des petites industries des paysans et des mines de houille, etc.
- L’Exposition de la verrerie impériale de Russie, celle
- des fers travaillés, des huiles de naphte de la Caspienne, les Expositions du Ministère de la Marine et de la Guerre, la galerie des Machines, la galerie de l’Instruction publique, attirent à juste titre l’attention des nombreux visiteurs.
- Mais je ne saurais vous donner dans une lettre, l’ensemble de tout ce qu’on peut voir et de tout ce qu’il est possible d’étudier. Je vous envoie le plan de l’ExposiLion, où l’on peut lire la destination de chaque bâtiment. On verra par ce document que l’histoire naturelle n’a pas été négligée à côté de la science appliquée ; le pavillon de l’horticulture et ceux des animaux domestiques occupent une grande place dans ce magnifique et remarquable ensemble. A. Hoffmann.
- Un éléphant du Jardin des Plantes. (D'après une photographie instantanée de il. Pierre Petit.)
- LE JARDIN DES PLANTES DE PARIS
- RKPRODUIT PAR LA PHOTOGRAPHIE 1
- La grande rotonde du Muséum d'Histoire naturelle de Paris donne asile aux grands mammifères; là vivent notamment les girafes, les chameaux, les éléphants, etc., et cette partie de notre bel établissement national devait figurer en détails dans la collection de photographies dont nous avons déjà parlé dans une de nos précédentes livraisons. Nous reproduisons l’un des plus curieux spécimens de la série, celui qui donne le portrait d’un éléphant, au moment où il ouvre la bouche pour recevoir le
- Suite et fin. Voy. n° 479 du 5 août 1882, p. 145.
- morceau de pain que le gardien s’apprête à y jeter. On voit, fidèlement représentés, le bassin d’eau qui circule autour de la rotonde, et le mur extérieur du monument. — Nous rappellerons que six petits parcs à peu près semblables qui rayonnent autour de cette rotonde, permettent, quand la température est favorable, de faire prendre l’air aux grands mammifères. Ces parcs correspondent à autant d’écuries, où les pensionnaires qu’on y enferme, sont logés, soignés et chauffés pendant l’hiver.
- La collection photographique du Jardin des Plantes est non seulement un intéressant objet de curiosité pour tout le monde ; elle peut être considérée comme un véritable ouvrage de science pour les naturalistes.
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- LA NATURE.
- LES GALIBIS
- DU JARDIN DACCLIMATATION DE PARIS
- Représentants modernes d’une race autrefois fameuse dans l’Amérique méridionale, les quatorze Galibis, en ce moment campés au Jardin d’Acclimatation, offrent à divers points de vue un intérêt très notable. Chacun connaît, au moins de nom, les Caraïbes, qui, au moment de la découverte du Nouveau-Monde, accomplissaient la conquête des Antilles sur les pacifiques Araouaks, leurs congénères, et sur les autres indigènes de ces îles, les Cibuneys, apparentés vraisemblablement aux habitants de l’Amérique centrale. Lorsque les Espagnols s’emparèrent de Cuba et d’Haïti, les Caraïbes ne s’y étaient point encore installés, mais ils occupaient déjà la Trinidad et les Petites-Antilles; nos premiers colons à la Guadeloupe et à la Martinique les y trouvèrent et eurent à lutter contre eux. Or, ces Caraïbes, dont l’essor fut ainsi arrêté par la venue des Européens, étaient originaires de la terre ferme, de la région située entre le fleuve des Amazones au Sud et l’Orénoque au Nord. Du delta de ce fleuve, ils s’étaient élancés à la conquête de la Trinidad qui en est si rapprochée, et de là, en passant d’îleen île, ils s’étaient répandus dans l’archipel des Petites-Antilles ou Iles-du-Vent.
- Leur véritable patrie était donc cette partie de l’Amérique méridionale qu’on appelle la Guyane dont, en 1595, Walter Raleigh, voyageur anglais et favori d’Élisabeth, constata que les habitants parlaient la même langue que les Caraïbes de la Dominique. Plus tard, les missionnaires français qui prirent part à nos premiers établissements aux Antilles portèrent le même témoignage ; le P. Raymond Breton dit, par exemple, « que les insulaires estoient des Galibis de terre ferme qui s’estoient détachez du continent pour conquester les isles : que le capitaine qui les avoit conduits, cstoit petit de corps, mais grand en courage, qu’il mangeoit peu et beuvoit encore moins, qu’il avoit exterminé tous les naturels du pais à la réserve des femmes, qui ont toujours gardé quelque chose de leur langue, que pour conserver la mémoire de ces conquestes, il avoit fait porter les testes des ennemis (que les François ont trouvées) dans les antres des rochers qui sont sur le bord de la mer, afin que les pères les fissent voir à leurs enfans, et, successivement, à tous les autres qui descendroient de leur postérité1». Un autre dominicain du dix-septième siècle, le P. Du Tertre, déclare également qu’on a pu constater d’une manière certaine que les Caraïbes descendaient d’un peuple du continent de l’Amérique du Sud appelé Gaiibi2.
- On est généralement d’accord pour voir dans ce
- 1 Dictionnaire caraïbe-français. Auxerre, 1065.
- 2 Cf'r. Histoire générale des Antilles habitées par les François. 4 vol. in-4°, Paris, 1667-1671.
- nom une forme dialectale de Caribi, dont nous avons fait Caraïbe et qui signifierait « guerrier ». Une autre forme, Canibi ou Caniba, est mentionnée par Christophe Colomb dans le journal de son premier voyage (15 janvier 1495), forme qu’il latinisa lui-même en Cannibales : or les Caraïbes des Antilles et des bouches de l’Orénoque étant des anthropophages avérés, cette appellation purement ethnique d’abord prit ensuite le sens plus général de « mangeur d’hommes. »
- Hardis et habiles navigateurs, lesCaribis ou Galibis parcouraient dans leurs grandes embarcations, leurs canoüas, toutes les côtes de la mer des Antilles ; ils faisaient des incursions à Haïti, où on les redoutait fort ; ils pirataient et commerçaient sur les rivages septentrionaux de l’Amérique du Sud, où ils se procuraient des bijoux d’or d’un titre assez bas, en forme d’étoile et de demi-lune, que fabriquaient à leur intention les Muyscas civilisés du Cundinamarca; on les voyait au Darien, le long de l’Amérique cen traie et jusqu’au Yucatan. Bientôt après la conquête espagnole, ils cessèrent d’écumer ainsi la partie du golfe du Mexique qui, à cause d’eux, reçut le nom de Mer des Caraïbes. Puis, refoulés dans les îles qu'ils avaient conquises sur les Araouaks, ils ne tardèrent pas à disparaître peu à peu sous l’influence de la colonisation des blancs, alors guère plus tendres envers les indigènes que les Caraïbes eux-mêmes ne s’étaient montrés pour leurs prédécesseurs aux Petites-Antilles.
- Sur le continent, dans la région comprise entre l’Orénoque et l’Amazone, en un mot dans la Guyane, Galibis et Araouaks, peuples de frères ennemis, s’étaient maintenus, bataillant sans cesse les uns contre les autres, dispersés le long des grands cours d’eau et à travers les profondes forêts vierges de la contrée. Les Araouaks occupaient les Gùyanes anglaise et hollandaise, c’est-à-dire la côte qui sépare le delta de l’Orénoque de l’embouchure de l’Esscquibo, la vallée de ce fleuve et celle du Surinam, tandis que les bassins inférieurs du Maroni, de la Mana, de la Sinnamari, de l’Apronague et de l’Oyapok, autrement dit la Guyane française, formaient plus particulièrement le territoire des Galibis. C’est là une délimitation excessivement générale, car des groupes de cette nation s’étaient installés sur les bords de l’Essequibo et nous avons vu que leurs congénères, les Caraïbes, étaient partis des bouches de l’Orénoque pour aller à la conquête des Antilles, et par contre on trouve encore quelques groupes d’Araouaks entre le Maroni et la Sinnamari. Toutefois, ce furent des Galibis que rencontrèrent nos premiers colons de la Guyane au dix-septième siècle et les individus établis en ce moment au Jardin d’Acclimation paraissent être les descendants de ceux avec qui traitèrent les gouverneurs envoyés par Richelieu et Louis XIV.
- Les premiers rapports que les Français eurent avec les Galibis furent excellents ; ces indigènes, alors assez nombreux, bien que proches parents des
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- belliqueux conquérants des Antilles et des farouches Cannibales du delta de l’Orénoque, firent longtemps preuve d’humeur conciliante et pacifique. Mais, à la fin, les vexations incessantes dont ils étaient victimes de la part des officiers qui régissaient la colonie les poussèrent , à bout. En 1644, la Guyane française avait pour gouverneur un véritable fou, cruel et obstiné, aussi insupportable pour ses administrés blancs que pour les naturels, le sieur Poncet de Brétigny ; cet homme, qui n’hésitait pas à soumettre ses compatriotes à des tortures atroces pour la moindre peccadille ou même par caprice pur, fit pour des motifs futiles emprisonner des Galibis qui parvinrent cependant à s’évader de la geôle où il les avait renfermés ; furieux de cette atteinte à son autorité, Poncet de Brétigny, à la tête d’une troupe armée, poursuivit les fugitifs dans les bois, où il fut cerné avec ses hommes par les sauvages irrités qui les percèrent tous de flèches. Le tempérament féroce du Caraïbe, sa soif ardente de vengeance étant ainsi réveillés, tous les naturels se soulevèrent, se ruèrent sur notre établissement de Cayenne, qu’ils dévastèrent en massacrant tous les Européens, dont quarante seulement purent échapper à la rage des Galibis. Ce fut le seul conflit sérieux qui s’éleva entre ces peuples et les Français, et depuis lors, à l’exception de quelques rares querelles purement locales, colons et indigènes ont vécu jusqu’à ce jour en bonne intelligence.
- Au point de vue moral, le Galibi paraît donc être généralement doux et pacifique, assez insouciant et nonchalant de sa nature ; s’il est tracassé il abandonne la place et s’enfonce avec sa famille dans les grands bois ; souvent même, une tribu décampe tout à coup, sans cause appréciable, laissant là ses plantations de manioc et de bananiers, puis revenant à la saison propice faire la récolte, se réinstallant en cet endroit ou repartant encore pour une autre destination, au hasard de sa fantaisie momentanée. Cette versatilité est le plus grand défaut de caractère du Galibi ; c’est le symptôme certain de la dégénérescence et de la disparition d’une race dont un rameau fut célèbre et redoutable par son énergie et sa hardiesse. On dirait que l’atmosphère étouffante des forêts vierges de la Guyane a distendu et affaibli tous les ressorts intellectuels et moraux de ces indigènes qui se laissent vivre au jour le jour, contents des biens que leur offre la nature sous les tropiques, acceptant avec la même indifférence l’abondance ou la disette.
- Dans l’intérieur, le long du cours supérieur des fleuves guyanais, et sur les pentes des monts Tumac-humac, on rencontre d’autres nations de même race, qui, sans être socialement supérieures aux Galibis, paraissent avoir conservé, avec plus de sauvagerie, plus de virilité; ce sont les Emcrillons,qui passent pour être encore anthropophages ; les Oyacoulets, jaloux de l’inviolabilité de leur territoire, les Aramichaux, les Oyampis, les Roucouyeu-nes, si bien décrits par le malheureux Crevaux.
- Tous ces indigènes sont très étroitement apparentés à nos Galibis de la côte dont ils parlent la langue, dont ils ont les mœurs et le caractère avec un peu moins de mollesse. On reproche par exemple aux Galibis leur inexactitude et la singulière façon dont ils tiennent leurs engagements, non par mauvaise foi, mais par légèreté et oubli, car souvent ils les remplissent longtemps après, comme si le temps passé ne comptait pas. Un fait très caractéristique nous a été conté à ce sujet par le Dr Crevaux. Au cours de sa deuxième exploration, il rencontre une pirogue de Roucouyeunes se dirigeant vers les établissements français ; à sa vue le chef des sauvages lui montre une grande lettre, un large pli d’aspect officiel ; Crevaux s’approche fort intrigué et reconnaît un rapport adressé par lui des bords du Yara au Ministre de l’Instruction publique pendant sa première expédition et qu’il avait chargé un chef roucouyeune de faire parvenir à la Guyane française, moyennant une belle récompense à recevoir à destination. 11 y avait deux ans de cela au moins, et malgré l’attrait de la récompense annoncée, le sauvage avait tardé sans cesse, et ne s’avisait qu’alors de remplir sa mission. Encore était-il tout fier de montrer à Crevaux qu’il n’avait point perdu son pli et qu’il allait le remettre comme il était convenu, aux Français.
- Dans nos établissements, les Galibis apportent à nos fonctionnaires et à nos colons du gibier et du poisson qu’on leur achète volontiers; mais on se garde bien de leur jamais faire une commande à l’avance, car on est sûr de n’avoir jamais la chose au jour dit. Ces indigènes ne sont pas moins insupportables lorsqu’on les engage comme guides ou comme canotiers; au moment du départ ils ne sont pas prêts, ils ont disparu ; une nouvelle fantaisie leur a passé par la tête, ils ne veulent plus accompagner leg blancs et pour éviter tout reproche ou toute insistance ils ont pris le bon parti de s’en aller dans les bois où on ne peut les aller chercher. Ils n’ont d’ailleurs pas conscience de la portée de leur manque de parole.
- Cette inconstance a rendu les Galibis réfractaires à la civilisation européenne.; ils ne lui sont pas hostiles, mais ils l’ignorent et l’ignoreront toujours. Au moyen du produit de leur chasse, ils savent seulement se procurer quelques objets dont ils ont reconnu l’utilité ou l’agrément : des couteaux, des haches, quelques pointes de fer pour leurs flèches, un peu de cotonnade, des verroteries, du tafia, pour lequel ils ont un goût prononcé,.et c’est tout. A part cela, ils ont conservé le mobilier et l’outillage de leurs ancêtres.
- Comme eux, ils bâtissent leurs carbets en forme d’ogive, au bord des fleuves et sur des éminences à l’abri des inondations. Ces cabanes, dont on peut voir trois spécimens au Jardin d’Acclimatation, sont assez spacieuses : 7 à 8 mètres de profondeur et 3 ou 4 mètres de hauteur au centre; la charpente se compose de quatre montants qui supportent un
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- treillis recouvert de larges feuilles de bananier (les Galibis actuellement à Paris en ont apporté toute une provision pour garnir leurs habitations) ; la toiture descend en dos d’âne de deux côtés jusqu’au sol, tandis que la façade et le derrière de la case sont parfaitement verticaux. Non loin de ces maisons, les femmes plantent et cultivent le manioc dont elles font du pain, le bananier et le piment qui leur sert à assaisonner le poisson et le gibier. Quand ils courent les bois, les Galibis dressent, pour passer la nuit, des ajoa-pas, berceaux de feuillage légers très suffisants pour un campement provisoire durant la saison sèche.
- L’ameublement ne consiste guère qu’en des hamacs suspendus aux montants de la charpente où les Galibis dorment et se reposent, en quelques bancs de bois curieusement ouvragés et représentant parfois une tortue fantastique, haute sur pattes et dont la carapace sert de siège, en des paniers et en des vases de terre rouge ornés de dessins noirs et habilement modelés à la main.
- Les Galibis sont d’ailleurs très adroits dans la fabrication de cette poterie. Bien qu’ignorant l’usage du tour, ils façonnent des vases de toutes les formes, marmites, cruches, jarres, gargoulettes, souvent pourvus d’an-sés ou de poignées bizarrement contournées. Us savent aussi faire en argile des statuettes ou plutôt de grossiers marmousets à figure humaine. Ils ne sont pas moins habiles dans l’art de la vannerie, et avec les côtes de feuilles de palmier ou avec des lamelles enlevées aux tiges des roseaux, ils tressent
- des paniers, des corbeilles et d’autres ustensiles fort ingénieux.
- Ils travaillent le bois également avec adresse; mais les produits de ce genre d’industrie se limitent à un très petit nombre d’objets; les bancs dont nous venons de parler, et surtout les pirogues et les pagaies. Les pirogues sont très légères et
- toujours d’une seule pièce, creusées qu’elles sont dans un tronc d’arbre; leurs dimensions sont souvent assez considérables, car on a vu de ces embarcations porter jusqu’à douze personnes ; l’avant en est allongé et pointu, l’arrière coupé droit au contraire et plus ou moins chargé de cisei-lures. Les pagaies ou rames sont aussi fréquemment très ornées.
- Les Galibis, vivant presque autant sur l’eau que dans les bois, font d’excellents canotiers ; ils manœuvrent leurs pirogues avec une hardiesse qui n’a d’égale que leur habileté ; ils franchissent sans accident les rapides dangereux qui abondent dans les fleuves de la Guyane ; ils traversent sur leurs bateaux pesamment chargés les larges estuaires et ne chavirent jamais. C’est que les cours d’eau sont les véritables chemins dans un pays couvert de forêts épaisses ; c’est que la capture du poisson est indispensable à une race en grande partie ichthyo-phage.
- Tous les moyens de prendre le poisson sont employés par ces naturels : ils font des nasses fort ingénieuses, ils ferment des bras de rivière ou des anses et jettent ensuite dans l’eau des substances qui
- Fig. 1. — Groupe de Galibis au Jardin d’Acclimatation de Paris. (D’après une photographie.)
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- en enivrent et stupéfient les habitants, enfin, avec une adresse extrême, ils lancent des flèches sur les gros individus qu’ils voient nager entre deux eaux et les percent à coup sur, car le phénomène de la réfraction a été observé par eux de longue date et pour y obvier ils ont des flèches à deux pointes, l’une parfaitement droite avec laquelle on vise et une autre, insérée obliquement dans le manche du trait et sous un angle égal à celui de la réfraction, qui atteint le poisson. Celui-ci une fois mortellement blessé remonte à la surface où on le prend à la main, en l’achevant à coups de couteau s’il n’a pas été tué instantanément. Les espèces les plus goûtées
- sont le Coumarou et VAymara. Le premier est un gros poisson de 3 à 4 livres, très agile, très musclé, qui se plaît dans les eaux claires des rapides et dont la chair blanche, ferme et savoureuse, est parfaite rôtie ou bouillie avec du piment. L’aymara est une espèce de carpe énorme, il y en a qui pèsent jusqu’à 10 livres, qui aime les eaux calmes et se cache dans la vase et sous les herbes quand il s’aperçoit qu’on le chasse; sa chair est molle et grasse, et n’est bonne que bouillie ; elle ne se garde pas longtemps d’ailleurs, tandis que celle du coumarou boucannée, c’est-à-dire grillée et fumée légèrement, est d’une assez longue conservation. Les
- Fig. 2. — Jeune femme galibi et son enfant.
- indigènes de la Guyane tuent aussi un gros poisson, le piraï, mais plutôt par antipathie que par gourmandise ; le piraï est en effet une véritable bête féroce et dangereuse, armée de mâchoires redoutables, qui est capable de mutiler l’homme qui se trouve à sa portée.
- Les Galibis chassent dans les bois quadrupèdes et oiseaux. Ils ont des arcs et des flèches de grandeur proportionnée à la taille de chaque gibier. Le tapir, le cochon sauvage ou pécari et quelques autres mammifères sauvages leur fournissent de la viande dont on boucanne ce que l’on n’a pu manger immédiatement. Mais, c’est là une ressource assez précaire, et la base de l’alimentation du Galibi c’est le poisson, la banane et le manioc.
- Fig. 3. — Jeune homme galibi. (Jardin d’Acclimatation.)
- Ce dernier végétal est un arbrisseau (Iatropha manihot) dont la racine seule est comestible et encore après une soigneuse préparation. Quand celte plante est parvenue a maturité on l’arrache tout entière, elle se reproduit d’ailleurs par bouture, on sépare la tige de la racine, on lave celle-ci et on la grage pour nous servir de l’expression créole, c’est-à-dire qu’on la râpe de façon à obtenir une farine grossière qu’on ne peut employer sans en avoir exprimé le suc, qui est vénéneux. Afin de rendre la farine de manioc inoffensive, on l’entasse dans un tube cylindrique fait decorce tressée de façon à se rétrécir lorsqu’on lui fait subir soit une torsion soit une extension. A cet effet, on suspend la couleuvre, c’est le nom que l’on donne à cet appa-
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- reil, par son extrémité ouverte à l’un des poteaux du carbet, et comme à sa base elle est pourvue d’un anneau, on y suspend une grosse pierre, ce qui produit une pression assez intense pour faire sortir le suc de manioc, ou bien, procédé plus énergique, on passe un bâton dans l’anneau et l’on ramène celui-ci à la hauteur de l’orifice de la couleuvre; de cette façon, on a une farine absolument indemne qui, après avoir été séchée au soleil et passée par un double tamis en vannerie, est cuite en gâteaux de couac, sorte de crêpes, dont les Galibis font leur nourriture principale.
- En fait de boisson, ils n’ont ordinairement que l’eau de rivière ou de source, mais ils aiment énormément le tafia et savent fabriquer une liqueur enivrante, le cachiri, en faisant fermenter dans de l’eau certaines lianes préalablement mâchées et fortement imprégnées de salive par les femmes.
- En fait de vêtements, les Galibis, habitant un pays extrêmement chaud, n’en portent pour ainsi dire point en temps ordinaire et chez eux. Les enfants, filles et garçons,*vont tout nus; quant aux adultes, ils se contentent du calimbé, qui est un morceau d’étoffe de coton, attaché par un cordon autour de la taille et passant entre les jambes de façon à cacher le pubis et la chute des reins ; les femmes portent le calimbé très large par derrière, tandis que les hommes l’ont très étroit. Au Jardin d’Aceli-matation, comme à Cayenne, lorsqu’ils y viennent, les Galibis se drapent dans des pièces d’indienne de couleur voyante qui leur servent de manteau, plus de parade que de nécessité.
- Bien qu’aujourd’hui ces naturels emploient de préférence les étoffes européennes, ils n’étaient pas autrefois sans savoir fabriquer une cotonnade grossièrement tissée, sorte de canevas qu’on ornait de dessins de perles de couleur en bois ou faites avec des graines sèches. Ils ramassent le duvet du coton qui vient à l’état sauvage dans leur pays, les femmes l’épluchent et le cardent, puis le filent au moyen de quenouilles assez originales, ainsi qu’on peut le voir au Jardin d’Acclimatation.
- Comme bijoux, les Galibis ont des colliers composés soit de dents d’animaux, de becs jaunes et noirs de toucan, de perles en bois dediverses couleurs, sans parler des ornements qu’ils achètent maintenant aux traitants européens. Aucun d’eux ne se tatoue, mais ils se peignent en rouge au moyen du roucou, poudre végétale d’un beau rouge que l’on dissout dans l'huile extraite de certaines graines oléagineuses. On pense que cette mode a pour objet de chasser les moustiques qui redouteraient l’odeur du roucou, ou bien d’émousser leurs piqûres par cet enduit qui recouvre le corps. Ce sont les jambes surtout qu’on peint ainsi en rouge, et les jours de fête la poitrine et le tour des yeux et de la bouche. Sur l’avant-bras, les hommes portent des dessins compliqués et assez élégants de couleur noire, obtenue en faisant macérer certaines écorces dans l’eau.
- Les femmes galibis ont toutes la lèvre inférieure perforée et dans ce trou elles liassent une longue épingle dont la pointe descend à la hauteur du menton et dont la tête est retenue sur la muqueuse interne de la lèvre. Quand elles veulent se servir dé cette épingle, notamment pour enlever des pieds de leurs maris, de leurs enfants ou de leurs compagnes, des insectes appelés chiques des bois qui s’installent d'une façon très douloureuse entre cuir et chair, elles l’attirent avec la langue et la font sortir par la bouche, employant le même procédé pour la réintégrer dans sa position habituelle.
- Une autre particularité de l’accoutrement des femmes consiste dans les deux jarretières qu’elles portent au-dessus et au-dessous du mollet ; ces jarretières en cotonade, rougie par le rocou, sont excessivement serrées, à ce point qu’elles déforment les muscles de la jambe et cependant la démarche de ces femmes n’en paraît pas gênée le moins du monde.
- Les jours de fête, ces indigènes, hommes et femmes, se parent des plumes éclatantes des oiseaux I des tropiques, perroquets, toucans, etc., dont ils sej font des diadèmes, des ceintures, des bracelets de i poignet et de jambe. Les tribus de l’intérieur, qui ont conservé mieux que les. Galibis de la côte, les mœurs anciennes, ont pour ces occasions, des coiffures et des vêtements qui atteignent à nos yeux le! comble de l’extravagance ; on en peut voir des spécimens dans la galerie américaine, si bien installée par le M. Dr Hamy, au Musée d’ethnographie du Trocadéro.
- Les fêtes en question ont ' toutes un caractère religieux et consistent presque exclusivement en chants et en danses bizarres, accompagnés du son d’un tambourin et d’une flûte, celle-ci faite dans un tibia de cerf creusé et percé de deux ouvertures latérales.
- Les idées religieuses des Galibis sont celles de purs fétichistes et ne dépassent guère les conceptions de la sorcellerie. Us croient à un bon esprit, qu’il ne faut pas déranger, et à un mauvais génie accompagné d’une foule de diables; ceux-ci se manifestent sous la forme de tous les fléaux qui frappent ces indigènes; il y a le diable-tigre, le diable-serpent, le diable-caïman, etc. On combat leur influence néfaste par des offrandes et par des charmes; chaque lois, par exemple, qu’une pirogue passe un rapide, on parle à voix basse pour ne pas irriter le génie de la chute d’eau et on lui fait une légère libation de tafia, si l'on peut. Des sorciers, nommés piayes, sont chargés de conjurer les esprits méchants et de guérir les malades. Très attachés à leurs croyances, les Galibis sont en général demeurés insensibles aux prédications des missionnaires, qui ne font chez eux que de rares conversions et encore celles-ci sont-elles la plupart du temps plus apparentes que réelles. C’est que ces indigènes ont atteint dans leur développement religieux le point extrême auquel leur intelligence vagabonde et instable
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- leur permettait d'arriver et qu’il leur est désormais impossible de dépasser.
- La langue qu’ils parlent est absolument la même que celle des anciens Caraïbes des Antilles et que les idiomes des tribus sauvages de l’intérieur de la Guyane. Elle est polysyllabique et polysynthétique ainsi que presque toutes les langues anciennes et présente ce caractère particulier qu’elle est double en quelque sorte, car il y a le parler des hommes et le parler des femmes. Ces dernières n’emploient leur dialecte qu’entre elles et n’oseraient à aucun prix s’en servir avec les hommes ou devant eux. Quant à ceux-ci. ils se croiraient déshonorés s’ils faisaient seulement mine de le connaître. On en a fait l’expérience naguère au Jardin d’Acclimatation, lorsque M. Hovelacque, membre de la Commission de la Société d’Anthropologie, a vérifié l’exactitude des vocabulaires caraïbes que l’on possède.
- A propos de vocabulaire, il n’est pas sans intérêt de remarquer qu’un certain nombre de mots galibis ou caraïbes sont devenus français ; Crevaux a constaté que la plupart des noms que nous donnons aux animaux de la Guyane sont empruntés au dialecte des indigènes du pays : tapir, macaque, caïman, ara, toucan. L’ananas, qui est à l’état sauvage dans cette contrée, s’y appelle nana. Les mots canot, pirogue, pagaie, hamac, sont d’origine caraïbe et ont été introduits dans notre langue dès le dix-septième siècle.
- Au point de vue anthropologique, les Galibis sont d’une taille au-dessous de la moyenne, les femmes étant surtout très petites, comme on pourra le vérifier sur celles qui sont en ce moment à Paris. Un médecin de la marine, le docteur Maurell, qui a étudié les indigènes de la Guyane sur place, donne pour la taille les chiffres suivants : lm,458 chez les femmes et 4 “,594 chez les hommes. De ses mensurations crâniennes, il résulte que les Galibis sont mésaticéphales, avec une tendance à la brachycéphalie surtout parmi les femmes. Quant à la coloration de la peau, elle est d’un beau rouge chocolat clair; certains individus ont pourtant une nuance de jaune et l’on assure que parmi les tribus de l’intérieur, il y en a qui vivent exclusivement sous les voûtes des grandes forêts vierges et dont la peau arrive à une teinte- extrêmement claire. L’œil est toujours foncé et la chevelure d’un noir intense. La barbe et le système pileux sont peu développés, encore les Galibis ont ils soin de s’épiler attentivement.
- Leurs mains et leurs pieds sont petits et courts ; les membres sont vigoureux, les épaules et la poitrine larges, le ventre fort avec tendance à l’obésité. Les indigènes du Jardin d’Acclimatation démontrent d’ailleurs l’exactitude de cette observation de M. Maurel : « Ce qui les caractérise, c’est la prédominance du tronc et des membres supérieurs sur le bassin et les membres inférieurs. » Aussi parais-
- 1 Cfr. Mémoires de la Société d'Anthropologie, 2* série, ome 11, p. 369-395.
- sent-ils, à première vue, plus grands qu’ils ne sont en réalité.
- La petite colonie installée provisoirement ici se compose de trois ménages et d’une vieille femme qui est la grand’mère de presque toute la bande. Cette aïeule, malgré la déformation de ses traits par l’âge, nous représente un type fin au nez busqué, type très américain; or, parmi ses enfants et petits-enfants, il en est qui ont dans la physionomie quelque chose de négroïde. On assure que les femmes galibis n’ont pour ainsi dire jamais de rapprochement avec les blancs; mais on n’est pas certain qu’elles aient autant d’éloignement pour les nègres marrons, nègres Doseh, qui ont constitué sur les limites des Guyanes hollandaise et française les nations noires des Youcas, des Poligodoux et des Bonis. 11 ne serait pas impossible, en ce cas, qu’un peu de sang nègre coulât dans les veines de nos Galibis; la vieille maman elle-même pourrait bien être dans ce cas, car sa chevelure qui, malgré son âge, est aussi noire que celle de ses petites-filles, n’a pas la raideur qu’on attribue aux cheveux des Américains purs; elle est notablement ondulée, ce qui proviendrait peut-être d’un métissage ancien entre ses ancêtres et des noirs.
- Girard de Rialle.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les mouvements du sol sur les côles occidentales de la France et particulièrement dans le golfe Normanno-breton, par Alexandre Cuèvremont. 4 vol. in-8° avec 14 planches en couleur. Paris, Ernest Leroux, 1882.
- Annual Report of the boardof Regentes of the Smithso-nian institution showingthe operations expenditures, and condition of the Institution for the year 1880. 1 \ol. in-8°, Washington, 4881.
- La navigation électrique, par Georges Dary. 1 broch. in-18. Paris, J. Baudry, éditeur, 4882.
- Ce petit ouvrage donne la description des moteurs et des piles construits par M. Trouvé et des intéressantes expériences que l’habile physicien a exécutées avec son bateau électrique. Nos lecteurs nous demandent souvent des renseignements sur les travaux de M. Trouvé, nous leur signalons avec plaisir la brochure de M. Dary.
- La Conquête du Soleil. Applications scientifiques et industrielles de la chaleur solaire (Héliodynamique), par Louis de Royaumont, 4 vol. in-18 avec 54 figures dans le texte. Paris, Marpon et Flammarion, 1882.
- Cet ouvrage est tout à la fois un livre de critique historique et un livre de science vulgarisée. La première partie est en quelque sorte une monographie du Soleil. La seconde partie passe en revue toutes les inventions qui ont eu pour base là radiation lumineuse et calorifique du Soleil, depuis l’antiquité la plus reculée jusqu’aux appareils les plus récents. La troisième partie en étudie les principales applications.
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- LES ORGUES HYDRAULIQUES
- L’instrument de musique le plus parfait qu’ait connu l’antiquité est bien certainement Yorgue hydraulique ou hydraule. 11 remplissait de sa voix puissante les vastes arènes où combattaient les gladiateurs, et Petronne rapporte que Néron fit un jour le vœu d’en toucher lui même en public s’il échappait à un danger qui le menaçait.
- On en attribue l’invention à Ctésibius, qui vivait à Alexandrie au deuxième siècle avant notre ère. Après avoir été barbier pendant sa jeunesse, Ctésibius put, grâce au talent de sa femme Sais sur cet instrument, acquérir assez de richesses pour faire exécuter toutes les machines ingénieuses qui ont fait passer son nom à la postérité.
- Les érudits ont été, jusqu’à présent, fort peu fixés sur sa construction ; on peut s’en convaincre en lisant l’article qui lui est consacré dans le Dictionnaire des Antiquités de Rich.
- Yitruve l’a bien décrite, mais d'une façon tellement obscure que le dernier traducteur de l’architecte romain (édition Panckoucke,
- 1 847), à bout d’imagination , finit par s’écrier (p. 157, note 60) : .( Quelle figure pourra jamais faire connaître la véritable forme des orgues anciennes? La description qu’en donne Vitruve ne pourra, comme il le dit lui-même, être bien comprise que par ceux qui connaissent l’instrument pour l’avoir pratiqué. Or, où trouver des orgues anciennes ? Quel monument antique viendra nous en faciliter l’intelligence par quelque représentation conservée ? » Eh bien ! le monument existe ; il se trouve dans les écrits de Héron, cette mine inépuisable et inexplorée par tout ce qui touche à la mécanique ancienne. Les lecteurs de la Nature vont s’en convaincre. Suivant mon habitude, je traduis littéralement, me bornant à supprimer quelques lettres qui surchargent la figure sans la rendre plus claire. Le dessin que nous publions (fig. 1) n’est qu’une reproduction de celle qui est donnée dans les manuscrits, mais qu’on a rendue plus correcte et plus saisissante que
- n’avaient su le faire les mains inhabiles des copistes.
- CONSTRUCTION d’üN ORGUE HYDRAULIQUE
- « Soit BA un autel 1 de bronze contenant de l’eau; soit encore dans cette eau un hémisphère creux renversé qu’on appelle l’éteignoir EZH, laissant un passage pour l’eau tout autour de son fond * et du sommet duquel deux tubes, qui sont en communication avec Son intérieur, s’élèvent au dehors de l’autel.
- L’un de ces tubes IIK se recourbe à l’extérieur et communique avec une pyxide5 Nn dont l’ouverture est en bas et dont la surface intérieure est
- alésée de manière à recevoir un piston PZ qui doit joindre très exactement pour ne point laisser passer l’air. A ce piston on fixe une tige TT extrêmement forte à laquelle est adaptée une autre tigeyt» mobile autour d’une goupille en T4. Ce levier doit se mouvoir sur une tige verticale YX solidement fixée. Sur le fond de la pyxide Nil, on place une autre petite pyxide û qui communique avec la première et qui est formée, à la partie supérieure, par un couvercle, percé par un 'trou de manière à permettre à l’air de passer dans la pyxide; sous le trou de ce couvercle et pour le fermer, on dispose une plaque mince soutenue au moyen de quatre goupilles qui passent à travers les trous de la plaque et qui ont des têtes pour empêcher celle-ci de tomber. On appelle cette plaque Platysmation (fig. 2). L’autre tube zz' monte de l’hémisphère EZH; il aboutit à un tube transversal AA'5 sur lequel s’appuyent des tuyaux communiquant avec lui et ayant à leurs extrémités des glossocomes6 qui communiquent elles-mêmes avec
- 1 Les autels étaient des piédestaux cylindriques ou carrés, caractérisés par une cavité creusée dans la plate-forme supérieure où l’on allumait le feu.
- 2 Vitruve dit qu’on obtient ce résultat en le faisant reposer sur quatre dés.
- 3 Boîte cylindrique faisant ici l’office de corps de pompe.
- 4 Le dessin indique une autre disposition.
- 5 Qu'on appelle le sommier dans les orgues modernes.
- 6 Embouchures de flûte.
- Fie. 1
- Fig. 1. — Orgue hydraulique, d’après Héron d’Alexandrie.
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- ces tuyaux et dont les orifices b'sont ouverts. Transversalement à ces orifices, des couvercles percés de trous ‘ glissent de telle manière que, quand on les pousse vers l’intérieur de l’orgue, leurs trous correspondent aux orifices des tuyaux (et aux ouvertures du tube AA'), et que, quand on les retire, la correspondance n’ayant plus lieu, les tuyaux soient fermés.
- « Si maintenant on abaisse en <i> la tige transversale [Y<t>], le piston PS se relèvera et comprimera l’air de la pyxide IN Son, et cet air fera fermer l’ouverture de la petite pyxide au moyen du platysmation décrit plus haut. Il passera alors, au moyen du tube KH, dans l’éteignoir; puis, de l’éteignoir dans le tube transversal A'b' par le tube zz' ; et enfin, du tube transversal dans les tuyaux, si les orifices correspondent aux trous des couvercles, ce qui aura lieu quand tous les couvercles, ou seulement quelques-uns d’entre eux, auront été poussés vers 1 ’ intérieur.
- « Pour que, quand on veut faire résonner certains tuyaux déterminés , leurs orifices soient ouverts, et pour qu’ils soient fermés quand on veut faire cesser le son, on em -ploiera la dis-ppsition suivante :
- « Considérons isolément une des embouchures placées à l’extrémité (fig. 3). Soient
- cette embouchure, S son
- orifice, AA' le tuyau transversal, enfin <x le couvercle qui y est adapté et dont le trou, en ce moment, ne coïncide pas avec ceux des tuyaux. Soit maintenant un système articulé composé de trois tiges 6p, la tige sO étant attachée au couvercle <r et l’ensemble du système se mouvant autour d’une goupille p. On voit que si nous abaissons avec la main l’extrémité v du système vers l’orifice des glossocomes, nous ferons marcher le couvercle vers l’intérieur et lors-
- 1 Registres.
- qu’il y sera arrivé, son orifice coïncidera avec ceux des tuyaux. Pour que, en retirant la main, le couvercle soit spontanément ramené vers l’extérieur et ferme toute communication, on peut employer une disposition telle que celle-ci. Au-dessous des glossocomes on établit une règle égale et parallèle au tube AA' à laquelle on fixe des lames de corne solides et recourbées telles que p qui se trouve en face de yS;
- une cordelette est fixée au bout de cette lame de corne et va s’enrouler à l’extrémité 6, de telle sorte que quand le couvercle est ramené vers l’extérieur, la cordelette soit tendue. Si alors on abaissé l’extrémité v et qu’on pousse ainsi le registre à l’intérieur, la cordelette ti-la lame de
- Détails de l’orgue hydraulique représenté figure 1.
- Fig. 4. — Moulin à vent, actionnant la soufflerie d’un orgue. (D’après Héron d’Alexandrie.
- rera sur
- corne et par sa force la redressera; mais, dès qu’on cessera la pression, la lame reprendra sa position primitive et tirera en arrière le couvercle de manière à empêcher son orifice d’établir la communication. Cette disposition étant adoptée pour chacun des glossocomes, on voit que, pour faire résonner l’un quelconque des tuyaux, il suffira d’abaisser la touche correspondante avec le doigt; quand au contraire nous voudrons faire cesser le son, nous n’aurons qu’à élever le doigt, et l’effet se produira par le déplacement du couvercle.
- « On verse de l’eau dans le petit autel afin que l’air comprimé qui est chassé de la pyxide Nil puisse, grâce à la pression de cette eau, être retenu dans l’éteignoir et alimenter ainsi les tuyaux.
- « Le piston P2, quand il est relevé, chasse donc l’air de la pyxide dans l’éteignoir, comme cela a été expliqué ; puis, quand il est abaissé, il ouvre le platysmation de la petite pyxide. Par ce moyen la pyxide Nn se remplit d’air venu du dehors que le piston relevé de nouveau chasse encore dans l’éteignoir.
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- LA NATURE.
- « Il vaudrait mieux rendre la tige TY mobile en T autour d'une clavette et fixer au fond P du piston une bride à travers laquelle passerait cette clavette de telle façon que le piston n’ait pas de mouvements latéraux, mais qu’il monte et descende d’aplomb. »
- Au commencement du dix-septième siècle, Porta fit construire à Naples un orgue hydraulique d’après le système que je viens d’exposer ; quelques années après, en 1645, le P. Kircher en construisit un autre à Rome pour le pape Innocent X. Ces orgues avaient le défaut de ne point conserver la note, mais de donner une série d’harmoniques ; d’autre part, ils produisaient un trémolo extrêmement agréable. Ce sont probablement ces variations insolites du son qui charmaient les oreilles des Grecs et des Romains.
- Héron décrit ensuite un orgue à la soufflerie duquel le mouvement est communiqué non à bras d’homme, mais par faction d’un moulin à vent. La figure 4 dispense de toute autre explication ; elle est intéressante à reproduire en ce quelle fait remonter au moins jusqu’au deuxième siècle avant notre ère l’origine des moulins à vent, que l’on prétendait avoir été inconnus à l’antiquité, parce que Yitruve et Varron n’en ont point parlé.
- A. de Rochas.
- NÉCROLOGIE
- Bal four. — Nous empruntons à la Nature anglaise quelques détails sur le cruel accident qui vient d’enlever à l’Université d’Oxford une de ses plus grandes gloires, M. Balfour, professeur d’histoire naturelle déjà célèbre par de très importantes découvertes. Le 14 juillet 1882, le jeune et ardent professeur avait traversé le col du Géant (Mont-Blanc) ; il descendait sur le flanc italien lorsqu’il eut la malheureuse idée de tenter l’ascension de l’Aiguille-Blanche de Peuteret, aussi appelée l’Aiguille de la Belle-Étoile, pic qui est un des arcs-boutants du Mont-Blanc, au massif duquel il se relie par une arête de neige très abrupte. Il avait pour compagnon de voyage M. Cunningham, dont le ' guide, Émile Key, avait déjà attaqué le pic et pouvait lui donner de précieux détails sur la ligne à suivre dans son ascension. Mais M. Cunningham et son guide ne se laissaientpas entraîner par M. Balfour, qui, le 18, partit pour l’Aiguille avec son guide Jean-Pierre, précédé d’un porteur chargé de déposer les couvertures et le bois de chauffage au lieu où ils devaient passer la nuit sur les rochers. Un avait pensé qu’en raison de la nouveauté et de la ditficulté de l’ascension, les touristes pouvaient rester absents deux nuits et ne rentrer à Courmayeur que le jeudi 20. Comme ils ne reparurent pas ce jour-là, on pensa qu’ils s’étaient dirigés vers Chamounixou qu’ils étaient descendus aux chalets de Yizuelles pour prendre de nouvelles provisions. Le vendredi, MM. Bartolini et Baker, de l’hôtel de Courmayeur, très alarmés de n’avoir pas été informés de leur présence soit à Charnounix, soit aux chalets de Vizuelles, envoyèrent à leur découverte un détachement, qui atteignant le dimanche matin les rochers, entre le glacier du Brouillard et le glacier de Frémy, trouvèrent les corps de Bal-
- four et de Jean-Pierre, en partie couverts de neige, au pied de l'arête escarpée qui relie l’Aiguille-Blanche au Mont-Blanc. Comme il y avait très peu de neige fraîche en ce point, il est probable qu’ils n’ont pas été victimes d’une avalanche. L’un d’eux peut avoir glissé et l’autre n’aura pas été assez fort pour retenir son compagnon. Les provisions au lieu de la halte de nuit étaient restées intactes, la catastrophe par conséquent a dù se produire mercredi 19.
- CHRONIQUE
- Exposition de l'Union centrale au Palais de l'Industrie. —L'Union centrale a continué cette année la série des Expositions spéciales qu’elle a commencées en 1880 ; la septième Exposition a été ouverte au palais des Champs-Élysées, à Paris, le 10 août dernier. Les œuvres du métal, ont ouvert la marche ; le motif essentiel de l’Exposition en 1882, comprend trois grandes industries, trois grands arts, dont les applications variées se mêlent à l’embellissement de nos demeures et à nos usages de tous les jours : le bois, les tissus, le papier. Les matières premières, les outils, les procédés figurent à côté des métiers en mouvement et des produits qu’ils fournissent. Le premier groupe, le bois, comprend la menuiserie d’art, la sculpture sur bois, l’ébénisterie, les meubles, la tabletterie, etc.; dans le deuxième groupe, les tissus, figurent la tapisserie, les tentures, la broderie, la passementerie, les vêtements. Le troisième groupe, le papier, renferme les machines à imprimer, les dessins et modèles des artistes, le livre, l’image, la décoration du papier, la reliure et la photographie. — Énumérer ainsi les sections de l’Exposition de l’Union Centrale, c’est en faire valoir l’importance et l’intérêt.
- Les fraudes de la Ramie. — Depuis quelque temps on vend à Paris, sur les boulevards, de nombreux articles de bonneterie, tels que bas et chaussettes, d’une confection grossière, il est vrai, mais d’un bon marché étonnant et que l’on donne comme fabriqués avec de la Ramie. La Société la Ramie Française nous communique à ce sujet une note que nous publions avec empressement :
- « L’emploi avantageux que l’on peut tirer de la Ramie, dont le prix est encore assez élevé par le fait de la rareté de la matière première, doit rendre défiant à l’égard des articles, trop bas prix, que l’on donne comme fabriqués avec ce textile. Aussi avons-nous suspecté les articles vendus à Paris, lorsque nous avons su les prix auxquels on les olfrait : bas à 50 centimes, chaussettes à 30 centimes la paire, etc., et nous en avons fait acheter pour les soumettre à l’analyse. L’examen au microscope nous a démontré que nous étions en présence d’un mauvais déchet de coton, et si on tient compte de l’horrible confection de ces objets, on ne doit point être surpris du bas prix auxquels ils sont offerts. Pareille fraude se pratique également pour l’article tenture, et il n’est pas rare de voir exposés dans certaines villes aux prix de 5 et 4 francs le mètre, et sous la dénomination « étoffes en Ramie », des tissus de jute ou de phormium, dans lesquels la Ramie n’existe pas ou se trouve employée-dans une proportion insignifiante. »
- Observatoire météorologique et magnétique en Sibérie. — Par l’initiative de la Société impériale
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- LA NATURE.
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- géographique de Russie, et avec le concours des autres institutions scientifiques de Saint-Pétersbourg, un Observatoire météorologique et magnétique va' être fondé aux bouches de la Lena. Récemment M. Jurghens, l’observateur chargé d’occuper ce poste, s’est mis en route. Pour atteindre sa station, il lui faudra au moins cinq mois de voyage; car, après un trajet de 6000 kilomètres en traîneau, il en parcourra 5000 en canot ou en barque pour descendre le fleuve de Kutchouya à Oust-Lena. Au bout d’une année de séjour à son Observatoire, il devra refaire la même route pour rentrer en Europe. M. Jurghens est parti bien pourvu d’instruments et d’objets indispensables à la vie ; mais nous n’en devons pas moins rendre hommage à son dévouement, car il aura sans doute à lutter contre les difficultés de toute espèce pour s’établir et vivre dans cette contrée inhospitalière.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 août 1882.— Présidence de M. Blanchard.
- Chimie. — M. Wurtz décrit la préparation de la Chicha, boisson alcoolique dont l’usage est répandu dans la plus grande partie de l’Amérique du Sud. Pour préparer la Chicha, on broie le maïs, puis on soumet la pâte étendue d’eau, à une cuisson, dont la température ne doit pas dépasser 50°. Selon M. Wurtz, un microbe particulier se développe alors : il est le véritable agent de la transformation en alcool de la matière amylacée. M. Boussingault soutient que la Chicha se prépare eu employant du maïs germe. Dès lors la Chicha n’est plus qu’une véritable bière de maïs et l'agent de la transformation de l’amidon en inaltose est la diastase. M. Boussingault s’étonne de la quantité de celte boisson que les Indiens peuvent avaler sans rencontrer l’ivresse.
- Astronomie. — M. l’amiral Mouchez annonce la décou* verte à l’Observatoire de Paris, pendant la nuit dernière, d’une nouvelle petite planète. Cet astéroïde, dont l’éclat est comparable à celui d’une étoile de 12® grandeur, a été aperçu par M. Henry. Ascension droite, 21h lm ; déclin., + 4 5° 30'.
- M. Rozé envoie un mémoire sur les termes périodiques de la précession.
- Géologie. — M. Bergeron reproduit expérimentalement la formation des cratères lunaires en faisant arriver un courant gazeux au sein d’une masse métallique en fusion au moment où va commencer la solidification. Il a obtenu ainsi les diverses sortes de cirques lunaires, suivant la nature de l’alliage employé. Avec un alliage de 7 parties de bismuth, 2 de cadmium, 2 d’étain et 2 parties de plomb, fusible à 70 ’, il a pu produire le grand cirque à arêtes vives, tandis qu’avec un alliage de 4 parties de plomb, 4 parties d’étain et 1 de bismuth, il a eu des arêtes déchiquetées. L’analogie est complète entre les types présentés par M. Bergeron et les cratères observés au télescope.
- Médecine. — M. Maret signale quatorze cas de guérison du diabète sucré par l’ingestion du bromure de potassium. La diminution de la quantité de sucre dans les urines est extraordinairement rapide dès les premiers jours du traitement, mais en revanche la quantité d’acide urique éliminé augmente à mesure que le sucre diminue.
- La dose à prendre journellement paraît être de 4 grammes au minimum.
- Economie Rurale. — M. Duehartre signale l’envahissement des cultures de betteraves de la ferme-école de Vincennes par une maladie due au développement d’un champignon microscopique dans l’intérieur des feuilles. Cette maladie a déjà été observée et décrite en Allemagne. La plante s’étiole et meurt rapidement. C’est par les feuilles séchées ou conservées pour servir de fumier, que la maladie se propage d’une année à l’autre. 11 importe donc de détruire par le feu les plantes infectées. L’Académie, sur l’instance de M. Bouley, décide de demander au Ministre de l’Agriculture de donner les ordres nécessaires pour que cette destruction soit accomplie.
- Stanislas Meunier.
- LAMPE ÉLECTRIQUE DE M. R. M0ND0S
- Depuis le mois de mai dernier, le concert des Champs-Elysées — ancien concert Musard et Bosse-lièvre— est éclairé par seize lampes à arc voltaïque d’un nouveau système très simple et qui donne d excellents résultats dans l’installation que nous signalons. Les seize lampes sont à division, leur réglage est fondé sur le principe de la dérivation; elles sont alimentées par une machine à courants alternatifs de Siemens et diposées en quatre circuits, sur chacun desquels sont montées quatre lampes en série. Les figures ci-contre permettent de saisir facilement le système, aussi simple qu’ingénieux, combiné par M. Robert Mondos pour oblenir un réglage continu et indépendant de chaque lampe.
- Dans ce système, le charbon inférieur est fixe, le point lumineux se déplace et descend au fur et à mesure de la combustion des charbons : le charbon supérieur est mobile et descend par son propre poids d’une manière insensible, pour conserver à l’arc sa longueur normale.
- Le mécanisme qui commande les mouvements de la tige porte-charbon supérieure se compose de deux bobines à fil lin E (lîg. 2) montées en dérivation sur les bornes de la lampe, d’un levier L articulé en O supportant un tube TT' et toute la partie mobile équilibrée par un contrepoids P. Ce levier P porte deux noyaux de fer doux F qui plongent dans les bobines E et s’aimantent sous î’inlluence du passage du courant. La partie supérieure du tube T porte une équerre sur laquelle se trouve articulé en O' un second levier L' équilibré par un second contrepoids P' et portant une armature plate, p en regard des noyaux F fixés sur le premier levier horizontal L. La tige porte-charbon CC' glisse librement dans le tube TT' et se trouve coincée dans ce tube par une petite pièce ou frein ami fixée sur le levier L'; à cet eftet, le tube TT' porte une échancrure en regard de la pièce alm : les deux bras a et m du lrein sont taillés en forme de V, comme on le voit à part en plan dans le bas de la figure 2. Il est maintenant
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- LA NATURE.
- facile de comprendre comment fonctionne le système. Lorsque le courant ne traverse pas le circuit, les charbons sont écartés; au moment où l’on ferme le circuit pour l’allumage d’une série de lampes, le courant traverse l’électro-aimant à fil fin qui devient alors très puissant, les noyaux F sont aspirés, le levier P bascule, entraîne le tube TT', la tige porte-charbon GG', et amène les charbons au contact. L’arc se forme alors, le courant se partage entre l’arc et le fil des bobines E, son action sur les noyaux F s’affaiblit, elle ne peut plus faire équilibre au contrepoids P qui retombe en remontant le système; l’arc se trouve ainsi amorcé. Les noyaux F conservent cependant une certaine aimantation, l’armature p est attirée et le levier L' prend une position d’équilibre telle que le frein coince la tige GG' dans le tube TT' et la maintient suspendue. Lorsque, par l’usure des charbons, l’arc s’allonge, il
- passe une plus grande partie du courant dans les bobines E, l’armature p est attirée avec plus de force, le levier L' bascule autour du point O'; la rotation de L' éloigne le frein de la tige CG' qui se trouve ainsi desserrée, glisse par son propre poids et raccourcit l’arc. Le courant s’affaiblit alors dans E, l’armature p est moins attirée, le levier L' pivote légèrement autour de O' sous l’action du poids P', le frein se serre de nouveau et arrête la descente du charbon. En pratique, les mouvements que nous venons de décrire sont excessivement petits, le
- charbon progresse d’une manière insensible, et la longueur de l’arc reste invariable.
- On voit donc que le levier Let le tube TT'servent exclusivement à l’allumage, et le levier L' exclu-
- Fig. 1. — Lampe électrique de M. R. Mondos.
- Fig. 2. — Lampe électrique de M. R. Mondos. Mécanisme de réglage.
- sivement au réglage de la distance des charbons. Cette lampe présente une très grande élasticité et peut fonctionner, sans changer aucune pièce de son mécanisme, avec des courants d’intensités très différentes ; il suffit, pour obtenir dans chaque cas un bon fonctionnement de l’appareil, de régler la distance du poids P' au point de suspension O' et la distance de la palette p aux noyaux F. Au concert des Champs-Elysées, les lampes fonctionnent avec des courants alternatifs, mais elles peuvent fonctionner également bien avec des courants continus, bien que le petit frémissement du système électromagnétique, dû à l’emploi des courants alternatifs, par suite des changements rapides d’aimantation, paraisse, en principe, très favorable aux systèmes dans lesquels la descente du charbon est fondée sur un frottement, au lieu de l’être sur un embrayage. Au concert des Champs-Elysées, les lampes brûlent des crayons de 9 à 10 millimètres, avec un courant de 9 à 10 ampères et une force électromotrice utile de 60 volts par lampe. La lumière est très fixe, et l’effet produit des plus satisfaisants ; la suppression de tout mouvement d’horlogerie et de tout ressort de réglage fait delà lampe électrique de M. Mondos un appareil simple, rustique, susceptible de nombreuses applications dans les éclairages industriels et les grands espaces découverts, chaque fois, en un mot, qu’on doit faire usage de foyers d’intensité moyenne et qu’on veut disposer plusieurs lampes sur un
- seul et même circuit.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 482
- 26 AOUT 1882,
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- UTILISATION DE LA CHALEUR DU SOLEIL
- IMPRIMERIE SOLAIRE
- Nos lecteurs connaissent déjà les curieux générateurs solaires de M. Mouchot1 et les remarquables expériences qui ont été exécutées par cet ingénieux physicien dans le but de mettre à profit cet immense réservoir de chaleur et de force motrice : le soleil. M. Abel Pifre, ingénieur, a récemment repris les travaux de M. Mouchot, et il a construit sur les mêmes principes que ceux dont son prédécesseur
- avait fait la base de ses appareils, un insolateur qui recueillant la chaleur des rayons solaires au foyer d’un miroir, la transforme en mouvement mécanique.
- Lors de la fête de Y Union française de la jeunesse,, organisée le dimanche 6 août dans le Jardin des Tuileries, à Paris, on a pu voir les derniers perfectionnements des générateurs solaires, de M. Pifre consacrés par une remarquable expérience.
- Un insolateur mesurant 5IU,50 de diamètre à l’ou-verture du réflecteur, avait été dressé dans le jardin, près du grand bassin, au bas de la rampe du Jeu de Paume. La v;*peur]obtenue dans la chaudière que
- Le tirage d’un journal opéré par la chaleur soiaire. Expérience executée par M. Abel Pifre dans le Jardin des Tuileries, à Paris, le
- 6 août 1882, lors de la fête de Y Union française de la Jeunesse.
- porte le réflecteur en son foyer, était utilisée par un petit moteur vertical d’une force de 30 kilogram-mètres, lequel actionnait une presse Marinoni.
- Quoique le soleil ne fût pas très ardent et que la radiation fût gênée par des nuages fréquents, la presse a pu fonctionner avec régularité entre une heure de l’après-midi et cinq heures trente minutes, en donnant un tirage moyen de cinq cents exefn-plaires à l’heure, d’un journal spécialement composé pour la circonstance : Soleil-Journal.
- Ce n’est point une révolution dans l’art de l’imprimerie; mais le résultat est suffisant pour qu’on puisse juger des services que pourront rendre les
- 1 Voy. n° du 15 janvier 1876, p. 102.
- 10* année. — !* semestre
- insolateurs sous des latitudes soumises à une radiation à la fois plus vive et plus constante.
- Nous n’avons pas voulu laisser passer cette belle expérience sans en conserver le souvenir. Notre gravure en représente fidèlement les dispositions : l’insolateur de M. Abel Pifre est représenté au milieu du dessin, avec son grand miroir parabolique; la machine que ce générateur actionne est figurée à côté, tandis que sur le premier plan, à droite, on voit la presse Marinoni opérer le tirage du journal. Il nous paraît évident que dans les pays chauds, Yhéliodyna-mique doit trouver parfois un utile et économique emploi.
- Gaston Tissandier»
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- LA NATURE.
- LE MAGNÉTO-PARLEUR
- Cet appareil simple et ingénieux a été combiné par M. L. Wiessenbruch, lieutenant du génie belge, pour servir de télégraphe d’avant-postes sans pile. Le but de ces télégraphes d’avant-poste est d’établir des relations entre les grand’gardes et les vedettes, entre les batteries et leurs postes d’observation, etc. ; leur portée ne dépasse guère deux ou trois kilomètres; en raison du caractère spécial de ces lignes volantes, il faut un système léger, transportable, simple, rustique et puissant ; le téléphone magnétique, sur lequel on avait fondé beaucoup d’espérances au début, n’est pas toujours assez puissant, à cause des bruits qui existent pendant l’action ou ses préparatifs, le microphone est plus puissant, mais il est aussi plus délicat, exige un réglage et une pile souvent encombrante.
- A côté du téléphone, les télégraphes légers de campagne sont tantôt à signaux permanents, tantôt à signaux fugitifs, à cadran, à aiguille ou à parleur. Tous ces appareils exigent une pile plus ou moins volumineuse.
- Le magnéto-parleur de M. L. Wiessenbruch tient à la fois du téléphone et du parleur Morse. C’est un transmetteur magnéto-électrique qui ne pèse que 750 grammes ; il peut être renfermé dans une boite de treize centimètres de longueur, neuf centimètres de largeur et cinq centimètres d’épaisseur, dont il n’émerge que le bouton du manipulateur et les deux bornes d’attache des conducteurs.
- Le transmetteur consiste en un téléphone magnéto-électrique de Gower, à fil fin, dont la plaque vibrante a un faux-tirant, c’est-à-dire est bombée en son centre de façon à faire ressort sous la pression, comme dans cet infernal jouet qui fit fureur à Paris, — pendant huit jours — il y a quelques années, et connu sous le nom de cri-cri. Une clef de Morse ordinaire est disposée au-dessus de cette plaque bombée et exerce une pression en son centre lorsqu’on appuie sur le bouton de manipulation. Chaque fois qu’on appuie sur ce bouton, la plaque du téléphone, en vertu de sa forme, s’approche brusquement de l’aimant et développe un courant d’induction dans les bobines; en cessant d’appuyer, elle reprend sa position primitive non moins brusquement et développe un second courant d’induction de sens inverse. Tel est le principe du transmetteur magnétique qu’on porte en campagne suspendu sur la poitrine au moyen d’une petite courroie. Une communication complète par ce système comprend un circuit formé d’une ligne à un seul fil reliant les deux postes, et à chacun de ces postes un magnéto-parleur relié d’un côté à la ligne et de l’autre côté à un téléphone Bell ordinaire servant de récepteur ; le circuit est complété par la terre à l’aide d’un fil attaché d’une part à la seconde borne du téléphone récepteur et de l’autre à la poignée d’un sabre enfoncé dans un sol légèrement humide. L’opérateur manipule de la main droite comme avec un manipulateur Morse ordinaire et applique de la main gauche le téléphone récepteur à l’oreille.
- La réception au son ne diffère pas essentiellement du mode de réception si usité en Amérique et en Angleterre avec les sounders; les courants d’induction développés par la plaque bombée sont incomparablement plus énergiques que les transmissions de la voix dans les téléphones les plus perfectionnés, on peut donc lire au son la dépêche transmise malgré le bruit environnant. Dans des expériences faites par M. L. Wiessenbruch, on a pu intercaler une résistance équivalente à 000 kilomètres de fil de fer
- de 4 millimètres de diamètre (0000 ohms) sans nuire sensiblement à la netteté de la réception.
- Le magnéto-parleur pourra donc remplacer le parleur Morse dans toutes les applications; il est très léger, très sensible, fonctionne sans aucune pile et enfin, il comprend à chaque poste un téléphone magnéto-électrique dont on pourra se servir à la façon ordinaire, pendant la nuit par exemple, lorsque le silence est assez grand pour permettre ce mode de communication.
- À l’Exposition de 1881, le colonel russe W. Jacobi avait exposé sous le nom de télékal,-un transmetteur téléphonique sans pile, mais il était plus lourd et plus encombrant que le magnéto-parleur du lieutenant Wiessenbruch, puisqu’il pesait cinq à sept kilogrammes, et avait 54 centimètres de longueur sur 22 de large et 11 de hauteur. Dans la description qu’il en a donnée, le colonel W. Jacohi n’a fourni aucun détail sur la disposition du transmetteur sans pile dont il fait usage, et en supposant, ce qui est probable, qu’il emploie un système électro-magnétique, le magnéto-parleur présenterait en. ore l’avantage d’un poids et d’un voluVne beaucoup moindres, sans compter l’idée ingénieuse d’utiliser le principe sur lequel est fondé le cri-cri, à la construction d’un transmetteur magnéto-électrique simple et puissant.
- ANÉMOMÈTRE MULTIPLICATEUR
- LIE M. EUG. BOURDON
- L’appareil dont nous allons donner la description, offre à première vue une certaine similitude avec les girouettes employées à indiquer la direction des courants aériens, mais il possède des avantages absolument étrangers à ces instruments comme à tous ceux jusqu’ici employés au même usage. U a notamment la propriété d’indiquer exactement la vitesse des vents les plus impétueux, et peut servir à prédire avec plus de précision qu’on n’a pu le faire jusqu’à présent, l’arrivée d’une tempête dans un point déterminé.
- Cette mesure précise des vents violents offre en dehors du domaine de la météorologie d’autres intérêts de premier ordre.
- Les ingénieurs qui président à la construction des ponts suspendus, des viaducs métalliques, des phares, des cheminées d’usine, sont fort incertains, lorsqu’ils doivent appliquer des formules pour calculer à quel effort par mètre de surface, doit pouvoir résister telle ou telle construction pour ne pas être renversée par un vent violent. Tout calcul de ce genre a évidemment pour base la poussée maxima qu’un vent animé d’une vitesse connue peut exercer sur la surface plane, polygonale ou rectiligne qui s’oppose à son passage.
- L’épouvantable catastrophe du pont de Tay1 et bien d’autres du même genre, mais de moindre inportance, sont trop récents pour qu’il y ait lieu
- 1 Voy .Construction dupont de Tay ;n0 404 du 29 mai 1875, p. 412; — Catastrophe du pont de Tay t n° 547 du 24 janvier 1880, p. 123 ; — Enquête sur la catastrophe dû pont de Tay ; n° 378 du 28 août 1880, p. 193.
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- d’en donner le récit. On saura se prémunir contre de pareils dangers, quand on aura le moyen de calculer avec certitude les proportions à donner aux pièces résistantes qui ont pour but d’assurer la solidité de la construction. Pour les phares et les cheminées, ce n’est pas seulement à quelques mètres au-dessus du sol qu’il faut connaître la poussée du vent, c’est à une hauteur plus considérable, parce que le vent est généralement d’autant plus fort que l’on s’éloigne de la surface du sol.
- Trois fois déjà, dans les Pyrénées-Orientales, des trains de chemins de fer ont été renversés, jetés violemment en dehors de la voie, par des vents de tempête : des voyageurs ont été blessés, et le matériel endommagé. Si l’on avait mieux connu la charge que l’on doit faire porter à un wagon pour assurer sa stabilité sur les rails, même lorsqu’un ouragan le prend par le côté, ces accidents ne se seraient pas produits.
- D’après le rapport de la Commission du grisou, une grande partie des explosions et des désastres qui en sont la suite, doivent être attribués à une ventilation insuffisante, résultant de l’absence de moyens de contrôle, sur lesquels les ingénieurs chargés de la surveillance, puissent se fier. L’appareil que nous allons décrire aura certainement pour effet de diminuer dans une notable proportion les catastrophes minières en obligeant les hommes employés au service de la ventilation et de l’aérage à une attention plus soutenue. Cet appareil permet en effet de faire savoir par un enregistreur si le service se fait régulièrement et d’appeler l'attention au moyen de sonneries d’alarme, dès que la ventilation n’a plus l’activité nécessaire pour empêcher les accumulations de grisou.
- L’anémomètre multiplicateur est basé sur des principes nouveaux que nous allons faire connaître.
- Au cours d’expériences variées sur les tubes convergents-divergents, désignés généralement sous le nom de tubes de Venturi, M. Eug. Bourdon a reconnu la possibilité d’augmenter dans une proportion considérable la puissance accélératrice que possède cette forme particulière d’ajutage, appliqué à l’écoulement de l’air ou d’un liquide. L’appareil avec lequel le savant ingénieur obtient cette puissance accélératrice d’un courant liquide ou gazeux est fort simple, et sa construction est des plus faciles.
- Dans un premier tube, établi suivant les proportions déterminées par Venturi, M. Bourdon en fixe un deuxième A (fig. 3), concentriquement au premier, mais de dimensions assez réduites pour qu’il n’occupe que la partie centrale de la petite section du tube qui l’enveloppe. Pour une raison que nous expliquerons plus loin, il place l’extrémité divergente du tube intérieur exactement au point où les sommets tronqués des cônes du grand tube viennent se réunir.
- Si l’instrument doit être appliqué à mesurer de très petites vitesses, un troisième tube, encore plus petit est fixé dans l’intérieur du deuxième.
- Enfin, pour que l’instrument ainsi constitué puisse être employé pour mesurer la vitesse des courants liquides ou gazeux, M. Bourdon réunit par leurs petites bases, dans un manchon creux, les extrémités tronquées des deux cônes qui forment le dernier tube de l’appareil. Ces deux extrémités doivent laisser entre elles un petit intervalle libre pour établir une communication avec l’intérieur du manchon et, par suite, avec un manomètre à eau, sur lequel on lit, non pas directement, comme avec le tube de Pitot, mais par différence, la vitesse du courant qu’on se propose de mesurer.
- Pour bien fixer les idées sur le phénomène physique que cet appareil a pour but de mettre en évidence, il convient de considérer d’abord ce qui se passe lorsqu’on expérimente avec un seul tube disposé comme l’indique le dessin (fig. 3). Si, par le jeu d’un ventilateur, ou par tout autre moyen analogue, on y insuffle de l’air et qu’on observe la hauteur des colonnes d’eau des deux manomètres appliqués, l’un à l’orifice d’entrée du tube biconi-que, l’autre à sa petite section, on constatera que, la colonne d’eau soulevée par la pression due à l’action du ventilateur étant 1, celle indiquée par le deuxième manomètre sera 6 ; mais, à l’inverse du premier manomètre, ce dernier marque une pression négative, due à l’accélération de la vitesse du courant lancé dans le tube par le ventilateur h
- Cette action pneumatique des tubes convergents-divergents se manifeste à son plus haut degré juste au point de jonction des deux cônes qui forment le tube ; or, si l’on fixe à la suite l’un de l’autre un deuxième et, au besoin, un troisième tube de même forme, mais de dimensions décroissantes, ils auront pour effet d’angmenter à chaque échelon le degré de vide et par suite la vitesse d’écoulement produite par le premier tube.
- Ce fait singulier s’explique facilement, si l’on considère que, chacun des tubes successifs ayant son orifice de sortie placé au centre de la petite section du tube qui Je précède, l’écoulement de l’air se fait dans chacun d’eux, non seulement par l’action propulsive dont le courant tout entier est animé, mais plus encore par l’influence de la pression atmosphérique qui pèse de tout son poids sur l’ori-fiee d’entrée, tandis que l’orifice de sortie débouche dans un milieu où l’air est de plus en plus raréfié.
- Les résultats d’expériences sur un anémomètre à deux tubes donnent en moyenne pour l’écart entre la hauteur de la colonne d’eau soulevée par la pression directe du courant et la hauteur due à î’accélération produite par les actions successives
- 1 Le rapport 1 : 6 qu’on observe lorsqu’on expérimente sur un tube dont l’intérieur est entièrement libre, s’abaisse à 1:4 dans l’application à l’anémomètre multiplicateur. La cause en est facile à comprendre.
- Les tubes de diamètres décroissants, placés à la suite du premier, forment obstacle au passage du courant, et par suite ralentissent sa vitesse d’écoulement dans une certaine mesure, d’où résulte une diminution proportionnelle dans le degré de vide produit à chaque échelon de l’anémomètre.
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- LA NATURE.
- des deux tubes, le rapport :: J : 20, ce qui donne pour les vitesses le rapport 1 à 4,5. En employant un anémomètre à trois tubes, l’écart est beaucoup plus considérable, il est :: 1 80 pour les hauteurs
- de colonnes d’eau, et :: 1 : 8,7 pour les vitesses.
- Dans une expérience où la pression mesurée à la bouche de sortie du ventilateur était de 5 centimètres d’eau, le vide, au troisième tube de l’anémomètre, tenait en équilibre une colonne d’eau de 2™,70 de hauteur, soit quatre-vingt-dix fois celle due à la vitesse du courant à son entrée dans le premier tube de l’anémomètre.
- Les avantages qui sont propres à ce système d’anémomètre sont les suivants :
- Il ne comporte, dans sa construction, ni mécanisme délicat, ni pièce mobile dont le jeu soit influencé par le défaut de soins apportés à son entretien.
- Midi.
- Fig 1. — Spécimen d’un tracé de la vitesse du vent obtenu avec l’anémomètre multiplicateur.
- (9 octobre 1880.)
- s’accélère. Cette augmentation d’effet utile parait devoir être attribuée à l'action croissante qu’exerce la vitesse dans les appareils où les gaz et les liquides s’entraînent l’un par l’autre sous l’influence du contact latéral.
- Les principes de l’anémomètre multiplicateur étant bien posés, nous décrirons spécialement Remploi que M. Bourdon a fait de cet ingénieux appareil pour la détermination et l’enregistrement, de la vitesse et de la direction des courants aériens.
- La gravure ci-jointe (fig. 3) représente l’anémomètre multiplicateur tout monté dans une station météorologique. Le tube muni d’àilettes et monté sur un axe mobile, s’oriente de lui-même à la façon d’une girouette dans le sens de la direction du vent régnant. Le vent en traversant le petit tube de succion A, détermine un mouvement d’aspiration dans le tube BD, et l'aspiration est d’autant plus énergique que la vitesse du courant aérien est plus
- 11 est facile à transporter et peut être installé à peu de frais dans les galeries de mines.
- Combiné avec un appareil enregistreur, il fournit un moyen sur de contrôle du fonctionnement des appareils employés pour la ventilation.
- 11 peut, par des moyens très simples, mettre en jeu des sonneries ou autres appareils avertisseurs, pour tenir en éveil l’attention des ouvriers chargés du service de l’aérage.
- La propriété qu’il possède, d’amplifier considérablement l’échelle indicatrice des variations de la vitesse, permet d’obtenir par son emploi une grande exactitude dans les résultats d’expériences1.
- D’après des nombres obtenus par des expériences multiples, M. Bourdon a reconnu que la proportionnalité entre les hauteurs de colonnes d’eau augmente à mesure que la vitesse du courant
- Fig. 2. — Spécimen d'un tracé de la direction du vent obtenu avec l’anéinoinôtre multiplicateur.
- (t" décembre 1875.)
- intense. Le tube BD, quoique oscillant autour de son axe, se trouve dans toutes ses positions en commu-cation en 1), avec un tube E, qui aboutit à un vase de verre cylindrique relié à sa partie inférieure à un autre réservoir tout semblable : ces deux vases communicants sont montés sur une pièce de métal qui oscille comme le fléau d’une balance. L’aspiration qui se produit par le tube E, fait monter l’eau dans le vase de droite, et détermine 1 abaissement de ce vase comme le montre notre gravure. En s’abaissant ainsi, le vase fait mouvoir un crayon F, porté à l’extrémité d’une tige fixée au milieu du fléau de la balance. Ce crayon inscrit ainsi des lignes courbes sur un disque de papier vertical qu’un mouvement d’horlogerie fait régulièrement mouvoir autour de son axe. Les amplitudes des tracés sont d’autant plus grandes que le vase a fait
- 1 L'après la note présentée par M. Bourdon à Y Académie des sciences, le 30 janvier 1882.
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- baisser davantage le fléau, c’est-à-dire que la vitesse du vent a été plus considérable et a opéré un effet de succion plus énergique. La figure 1 donne la rep roduction d’un tracé donné en vingt-quatre heures pour la vitesse du vent.
- La direction du vent est enregistrée par le même appareil au moyen du système représenté au milieu de la table, à la partie inférieure de notre gravure (fig.3).Le tube supérieur est monté, comme nous l’avons vu, au sommet de l’axe tournant BD, sur le pied duquel se trouve embranché un bras iimni d’un crayon H, qui trace sur un disque horizontal S.
- Ce bras se trouve à chaque instant dans le même plan que le tube BD; il tourne donc comme le vent. Un mou veinent chronométrique G, porté sur le pied de l’axe, en tournant avec lui, fait avancer uniformément, pendant vingt-quatre heures, ce bras depuis un point rapproché de l’axe jusqu’à une région voisine de la circonférence du dis-
- que de papier. Pour faire la lec-ture du diagramme, on lui superpose un rapporteur en verre, qui a la forme d'un disque et sur lequel sont tracées les vingt-quatre circonférences correspondant aux diverses heures. La figure 2 représente un de ces tracés1.
- L’anémomètre multiplicateur de M. Bourdon, comme nous l’avons déjà dit, n’est pas seulement utile aux météorologistes ; l’ingénieux principe sur lequel cet appareil est construit, permet de l’appliquer à la mesure exacte des courants aériens très intenses , comme à la détermination de la vitesse des
- 1 Le tracé résultant de la vitesse du vent est aussi interprété à l’aide d’un rapporteur en verre analogue au précédent et qui estd’ail-leurs gradué numériquement en fonction de la vitesse V directement, et non pas de son carré, pour éviter des calculs inutiles Des expériences exécutées par M. Murgue, ingénieur des mines de Bessèges, avec sa haute compétence bien connue dans ce genre de questions, lui ont montré, qu’à l'air libre, la relation de la vitesse avec la dénivellation h produite par une bat-
- Fig. 1. — Anémomètre multiplicateur de M. Eug. Bourdon, appliqué aux observations double n est
- météorologiques. (Direction et vitesse du vent.) lns 1 xprmice par la
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- LA NATURE.
- cours d’eau. C’est un système d’une utilité générale, qui fait le plus grand honneur à l’habileté et au talent déjà bien connus de son inventeur.
- Gaston Tissandier.
- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA
- (Suite. — Voy. p. 51, 98 et 129.)
- Le passage par Panama une fois adopté, la question des dépenses d’exécution entrait en ligne, et c’est à cet examen capital que s’est livrée la Commission technique internationale qui s’est rendue dans l’isthme, et pendant cinquante jours, du 25 décembre 1879 au 15 février 1880, a refait pas à pas les études présentées au Congrès par MM. Wyse et Reclus. Les devis dressés par les deux savants explorateurs de l’isthme n’avaient en effet rien de définitif; la somme totale des dépenses y était évaluée à 540 millions, qui semblaient répondre à toutes les exigences du tracé. La Commission technique, après avoir tout d’abord rejeté l’établissement du gigantesque souterrain de 40 mètres d’ouverture et décidé le passage en tranchée du col de la Culebra, modifia le prix d’unité des déblais, et porta ce devis à plus d’un milliard, réduit par M. Wyse à 780 millions, et porté de nouveau à 1200 millions dans la dernière fixation du prix de revient par le Congrès international d’études1. Ce prix de 1200 millions était heureusement très exagéré, comme va le ^montrer le rapport de la Commission technique, fait sur les lieux mêmes, estimant l’achèvement de l’œuvre, avec toutes les modifications que la Commission a cru utile d’apporter au projet primitif, à moins de 850 millions, dont nous suivrons très facilement le détail.
- L’évaluation la plus considérable porte tout d’abord sur l’enlèvement des déblais, que nous avons déjà partagés en roches maniables, terres, vases, alluvions, rencontrées principalement dans les grandes plaines comme le marais de Mindi, — en roches demi-dures et dures, pouvant être enlevées à la drague, — en roches exigeant la mine, — et enfin en roches sous-marines. Les prix d’unité, par mètre cube, de ces travaux,- avaient été primitivement fixés par le Congrès de Paris. Nous établirons donc, pour les 75 millions de mètres cubes à enlever pour le pas-
- simple racine carrée, mais par une fonction linéaire de celte racitie carrée :
- V = 0,75 + 0,975 y/ft.
- Tels étaient du moins les coefficients pour l’apppareil que M. Murgue avait à sa disposition. 11 est probable que, pour d’autres, la forme de la fonction resterait la même, mais avec des valeurs numériques dilférentes, qu’il faudrait déterminer pour chacun d’eux par un tarage direct. Celte opération a, du reste, été toujours nécessaire pour tout anémomètre. (Rapport présenté à la Société cl’Encouragement par M. llaton de la Goupillière.)
- 1 Séance générale de clôture du Congrès (29 mai 1879). Rapport de M. H, Bioqrrç,
- sage du canal, le devis suivant, se montant à 570 millions :
- PRIX PAU
- MÈTRES CUBES. MET. CUBE. FRANCS.
- Terres 27 550 000 2,50 68 760 000
- Roches moyennement dures 825 000 7 » 5 775000
- Roches dures .... Enlèvement de roches 27 734 000 12 » 532 800 000
- à l’aide d’épuisements 6 409 000 18 » 115362 000
- Dragages et travaux
- sous l’eau. Vases et alluvions 12 005 000 2,50 30 500 000
- Terrains durs pouvant être dragués. . . . Enlèvement de roches 500 000 12 » 3 600 000
- sous l’eau 377 000 55,80 13195 000
- Totaux. . 75 000 000 570 000 000
- Certes, la dépense la plus importante dans un travail semblable à celui de Panama consiste dans le cube de déblais à extraire, travail considérable exigeant l’installation de machines coûteuses, dragues et excavateurs, compresseurs d’air et leurs turbines, perforateurs, conduites d’air, matériel roulant nécessaire à l’enlèvement et au transport des déblais, et toutes les mille matières, dynamite, aciers, outils de toute £orte, qu’exige l’entretien d’un chantier d’excavation de 72 kilomètres de longueur, isolé entre deux océans. A ce détail du travail d’arrachement proprement dit, de creusement du lit du canal, nous devons toutefois joindre encore la dépense nécessitée par les travaux d’installation que nous avons déjà signalés, dont les principaux sont le grand barrage de Gamboa, au-dessus de Ma-taehin, les rigoles de dérivation du Chagres, de l’Obispo et du Rio Trinidad, l’établissement de portes de marée sur le Pacifique, et la jetée de la baie de Limon sur l’Atlantique, soit 197 millions :
- FRANCS.
- Barrage de Gamboa............. 100000000
- Rigoles de dérivation du Chagres, de l’Obispo et du Rio Trinidad. . 75 000 000
- Portes de marée sur le Pacifique. . 12 000 000
- Jetée dans la baie de Limon. . . . 10 000 000
- Total. . 197 000 000
- Si maintenant, à la somme de ces deux évaluations, montant ensemble à 767 millions, nous ajoutons 10 pour 100 d’imprévu, soit 77 000000, nous arrivons au chiffre d’évaluation de 844 000 000 qu’a prévu, dans son dernier voyage à l’isthme, la Commission technique convoquée par M. de Lesseps. La durée des travaux était en même temps estimée à huit années. Pour donner à la Commission technique le caractère de compétence internationale que les intéressés étaient en droit d’exiger d’elle, M. de Lesseps avait réuni autour de lui les ingénieurs
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- les plus distingués, dont la haute expérience ne pouvait être révoquée en doute. C’étaient : pour les États-Unis de l’Amérique du Nord, MM. le colonel Totten, ingénieur en chef du chemin de fer de Colon à Panama, et Wright, général du génie;—pour les Pays-Bas, M. Itirks, ingénieur en chef et constructeur du canal d’Amsterdam à la mer; —pour la France, MM. Bou-tan, ingénieur des mines; Dauzats, ingénieur chef de service du canal de Suez; Abel Couvreux et G.Blanchet, ingénieurs de MM. Couvreux et Hersent;
- — pour les États-Unis de Colombie, MM. les ingénieurs Sosa et Ortega.
- A peine le devis que nous venons de détailler était-il remis par la Commission à M. de Lesseps, que ce dernier rédigeait, en mer, à bord du paquebot américain Colon, une note tendant à réduire les évaluations de la Commission technique jusqu’au chiffre de 660 millions, introduisant ainsi une économie de 184 millions dans lus devis préce'dents. Les réductions portent principalement : sur le chiffre d’évaluation du mètre cube de déblais dans les terres, porté à 2,50 par le Congrès de Paris, et que M. de Lesseps évalue à 1,50, soit 40 millions à retrancher; — 80 millions au lieu de 100 pour le barrage du Chagres ;
- — 5 pour 100 d’imprévu au lieu de 10, considérant la manière large dont on a évalué la quantité de mètres cubes de terres ou de roches à déblayer ; — suppression de la dérivation du Chagres inférieur et de ses affluents, ainsi que de la porte de marée du Pacifique. Résumant le chapitre de ses économies, M. de Lesseps inscrivait donc :
- FRANCS.
- Dérivation du Chagres inférieur et
- de ses affluents................. 75 000 000
- Porte d’entrée du Pacifique .... 12000000
- Déblais des terres................. 59 400 000
- Barrage du Chagres................. 20 000 000
- Imprévu (5 au lieu de 10 p. 100) . 58 000 000
- Total. . 184 000 000
- Le devis d’exécution du canal interocéanique, d’après la Commission technique internationale, et en tenant compte des réductions établies par M. de Lesseps, se monterait donc à la somme réelle de 660 millions de francs, au lieu de 1200 millions fixés par le Congrès international d’études de 1879. Arrêtons-nous sur ce chiffre de 660 millions, et même sur celui de 844 millions, établi par la Commission technique après son étude de l’isthme, et passons en revue les parties les plus intéressantes de l’œuvre, dans la traversée des marais ou dans celle du fameux col de la Culebra, et, en premier lieu, le projet d’installation de l’un des ouvrages les plus grandioses qu’il sera donné à la science de l’ingénieur de mener à bonne fin ; le barrage du Chagres à Gamboa, capable de retenir, suspendus aux flancs de sa digue gigantesque, plus d’un milliard de mètres cubes d’eau. Masse colossale, dont l’imagination se représentera la grandeur, lorsque, par
- un curieux calcul, on se sera convaincu que le barrage de Gamboa ne pourrait encore être rempli, si, depuis la première année de notre ère, depuis la naissance du Christ, il avait été versé, chaque minute de ces dix-neuf siècles *, un mètre cube d’eau dans sa colossale cuvette ! Parmi les barrages importants que nous pouvons prendre comme exemples de celui du Chagres, citons : le barrage du Furens, près de Saint-Etienne ; celui de la Gileppe en Belgique, et celui d’Alicante. Le barrage du Furens a 56 mètres de hauteur, celui de la Gileppe 45 mètres, et celui d’Alicante, debout depuis trois siècles, 45 mètres sur 34 mètres d’épaisseur à la base.
- Le barrage de Gamboa, que nous reconnaissons sur le plan partiel du canal (fig. 1), au-dessus de Ma-tachin, à l’endroit où le Rio uhagres quitte le tracé du canal pour se mettre presque à angle droit avec ce dernier, est destiné, comme nous l’avons déjà signalé, à emmagasiner les eaux des grandes crues qui, pendant la saison des pluies, peuvent porter le débit du fleuve à 1200 mètres cubes par seconde. Primitivement, avant l’exploration de la Commission technique, le Congrès de Paris avait signalé deux solutions pour remédier à cet inconvénient capital : la dérivation totale du Chagres dans un lit nouveau à ouvrir sur la rive orientale du canal, ou bien la construction, en amont de Matachin, d’un barrage formant dans la vallée un réservoir régulateur, d’où l’on ferait régulièrement écouler les eaux.
- L’élude des lieux et les renseignements certains obtenus sur le régime du Chagres ont convaincu la Commission technique qu’une dérivation totale était inexécutable. Établir à côté du canal un lit artificiel assez large et assez profond pour conduire à la mer des eaux qui, libres maintenant de s’étendre dans toute la vallée, y produisent quelquefois une véritable inondation, serait une opération secondaire plus considérable peut-être que le travail principal de creusement du canal interocéanique. On a donc accepté la solution du barrage, assez élevé pour recevoir les niveaux des grandes crues, et d’une rigole qui les conduira à la mer avec un débit maximum de 200 mètres cubes par seconde. Cette rigole, qui recevrait encore les affluents de la rive droite du Chagres, pourra aboutir à l’orient de l’île de Manzanillo. La Commission technique décida, en outre, qu’une seconde rigole, occupant sur une assez grande longueur le lit du Chagres, serait ouverte le long du canal, du côté de l’Ouest, pour recevoir le Rio Trinidad et les autres affluents de la rive gauche. Ce sont ces deux rigoles, retranchées par M. de Lesseps, qui figurent dans le devis de la Commission pour 75 millions de francs, à côté des 100 millions du barrage de Gamboa.
- La solution la plus pratique qui s’ofïrait pour la construction du barrage, solution proposée par MM. Couvreux et Hersent, est l’utilisation des déblais de la grande tranchée de la Culebra, voisine de
- 1 Ce n’est qu’en 1903 qu’il se sera écoulé un milliard de minutes depuis la première année de notre ère,
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- LÀ NATURE.
- l'emplacement choisi, entre le Cerro Baruco et le Cerro Gamboa ou Cerro Rico, au-dessous de Cruces (fig. 1). Le barrage, avec les dimensions que l’on se propose de lui donner, soit 45 mètres de hauteur apparente, 240 mètres de largeur au sommet, 960 mètres au fond de la vallée, et 1500 à 1600 mètres de longueur à sa partie supérieure, emploiera de 18 à 20 millions de mètres eubes de déblais, sur les 28 millions que pourra fournir la tranchée voisine du col de la Cu-lebra, dont nous remarquons les puits de sondage sur le tracé du canal. Des émissaires, établis en tunnel dans les rochers sur lesquels s’appuiera le barrage, permettront de débiter 200 mètres cubes par seconde. Les crues violentes du Chagres seront ainsi parfaitement emmagasinées, en môme temps que l’on évitera le travail de dérivation totale primitivement proposé pour conduire à la mer, dans un lit artificiel, les eaux du torrent, opéra -tion secondaire qui, selon le jugement de la Commission technique, serait plus considérable que le travail principal.
- Depuis le 1er janvier 1880, date à laquelle Mlle Ferdinande de Lesseps a fait exploser le premier coup de mine au sommet de la Culebra, la plus grande animation n’a cessé de régner dans l’isthme, où plus de quarante sondages devaient ménager à l’entreprise de creusement du canal de véritables surprises. Le massif de la^Cule-bra devint, comme on peut se le représenter, le principal objectif des recherches. Le massif entier était-il oomposé de roches dures, ou fallait-il croire, avec
- M. de Lesseps, que la puissante végétation qui couvre le col devait descendre ses racines dans la profondeur d’une épaisse couche végétale? Les sondages exécutés à la Culebra semblent donner raison à cette prédiction favorable ; les trépans traversent les bancs
- de roche dure à des distances de la surface beaucoup plus considérables que celles qui avaient été fixées tout d’abord, et l’allure générale du terrain est celle d’un immense conglomérat à pâte argileuse et à fragments globulaires doléritiques. La structure bré-chiforme domine partout. Conclusion : les terrains de la grande tranchée de la Cule-su r u n e grande partie de leur développement, n’offriront pas aux machines la résistance de la roche dure compacte; les déblais seront donc plus faciles et moins coûteux, et la consistance des terres sera malgré cela suffisante
- pour la bonne tenue des talus du canal. Ces données ressor -lent des échantillons fournis par les sondages du col, que nous représentons sur notre figure 2, manœuvres les uns à la main, comme le puits Ferdinand de Lesseps, les autres à la vapeur, comme les puits Couvreux et Hersent, Reclus (fig. 5 et 4).
- Les résultats des sondages exécutés à Gatun du côté de l’Atlantique, ont été également très favorables. Les cinq puits creusés sur ce point ont donné de l’argile, du sable agglutiné et des terrains ébouleux, jusqu’à 17 mètres de profondeur. Les dragues trouveront là un vaste champ d’opérations, et, en ce moment déjà, les travaux sur la section Colon-Gatun,
- Cerro
- “OMatachin S. rgona S.
- .MameiS.
- Canal..............=
- Puits desond âges____
- Stations ......T~..-
- .EcVielie ïoo.ooo
- Fig. 1. — Le grand barrage de Gamboa, destiné a la régularisation das eaux du
- Rio Chagres. bra
- l . ' . ! ' Terrains tendres à enlever à tas drague au à Cterdceoatxuer t.
- Terrains demi* durs ?
- Les hauteurs sonb exagérées ÎOO fois par rapport huay longueurs.
- i
- COTE ATLANTIQUE (Colon-Aspinwall)
- LV . LX
- COTE PACIFIQUE (Panama)
- Fig. 2. — Sondages exécutés au col de la Culebra, pour la traversée de la grande tranchée des Cordillères par le canal interocéanique.
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- LA NATURE
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- Fis. 5, — Exécution du canal interocéanique de Panama. — Installation d'un sondage (à la main) au col de la Cmeiira
- Puits Ferdinand de Lessep*. (D'après une photographie.1
- Fig. 4. — Exécution du canal interocéanique de Panama. — Installation d’ùn soudage (à_vapeur; au col de la Culebra.
- Puits Couvreux et Hersent. (D’après une photographie.)
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- 13 kilomètres environ, ont été adjugés à une Compagnie américaine. La quantité à excaver est de 6 millions de mètres cultes, au prix de 1 fr. 50 le mètre, soit 25 pour 100 au-dessous des prix fixés par le Congrès et adoptés par la Commission technique. Les excavateurs employés seront du système Couvreux, pouvant extraire 7500 mètres cubes dans une journée de dix heures. Les entrepreneurs pensent travailler seize heures par jour avec deux équipes d’ouvriers, et enlever àinsi 10 000 mètres cubes par jour, ce qui leur permettrait d’achever en moins de deux années la totalité de la section Colon-Gatun, avançant d’une année le terme de trois ans qui leur a été imposé par contrat.
- Si maintenant, devançant la date d’installation véritable des travaux, lorsque, sur toute la longueur de son parcours, de la baie de Limon au golfe de Panama, machines et ouvriers réuniront leurs efforts pour creuser la voie maritime nouvelle, nous voulons nous faire une idée générale du colossal mouvement qui animera l’isthme tout entier, reportons-nous par la pensée dans les grandes plaines sableuses de Suez ou dans les marécages de Menzaleh ; reconstituons ces vastes chantiers avec leurs dragues et leurs excavateurs, leurs trains de wagonnets qui s’en vont verser les déblais loin de la machine qui les a arrachés, — ou bien encore à Port-Saïd, lorsque, un à un, les blocs sont coulés à la mer jusqu’à ce que le solide rempart artificiel émerge des Ilots. A Colon comme à Port-Saïd, en effet, on établira un môle de 2 kilomètres de longueur, ayant son origine à l’île de Manzanillo, et se dirigeant vers l’Ouest, avec une légère inflexion.
- Quelque intéressants que soient ces derniers travaux, l’attention publique se portera spécialement vers le centre de l’isthme, aux deux grands chantiers du barrage et de la tranchée, à Gamboa ou Cruces et à la Cülebra, à la tranchée surtout, où un chantier, celui d’Emperador, a déjà été ouvert le 21 janvier. Lorsque l’excavateur aura déblayé l’épaisse couche de terre végétale ou de roches maniables qui recouvre le col, lorsque le dur squelette de la montagne aura été mis à nu, alors commenceront les véritables travaux d’enlèvement à la mine. Compresseurs d’air et perforatrices, activés par la chute que l’on obtiendra avec le barrage du Chagres, creuseront sans relâche les trous de mine, que fera sauter la dyna-, mite. Se représente-t-on cette énorme tranchée, sillonnée de conduites d’air, desservant les divers chantiers d’attaque mécanique, et, en dehors d’elle, dans un bâtiment spécial, l’imposante file des compresseurs, les grands volants, les cylindres avec leurs soupapes, aspirant l’air emprunté à l’atmosphère et le refoulant dans les réservoirs où il reste emmagasiné, les turbines contre lesquelles vient se briser la colonne d’eau motrice, tout ce matériel merveilleux que nous avons déjà vu en activité aux souterrains du Gothard, à l’Arlberg, et même, toutes proportions gardées, dans nos grandes exploitations de mines, A Panama, le spectacle sera plus
- grandiose encore qu’au Gothard. L’installation mécanique des compresseurs d’air absorbera en effet une grosse partie des 15 000 chevaux de force prévus pour le travail entier, et la marche de l’excavation à ciel ouvert, par gradins gigantesques, ne sera pas limitée par la largeur restreinte d’un tunnel.
- Certes, toute cette colossale installation, destinée à la période réelle du travail, est loin d’être en activité au moment où nous écrivons, et sur les 75 millions de mètres cubes qui doivent être enlevés au sol marécageux de Mindi, aux savanes de l’intérieur, ou aux assises de la Cordillère, une bien faible portion a déjà été arrachée par l’excavateur ou par la mine. Le canal n’en est pas moins commencé, le travail inauguré, et, à travers les forêts impénétrables, coupant les lianes gigantesques, nivelant le sol vierge depuis des siècles, une trochas, une route de 10 à 20 mètres de large, a été tracée de Colon à Panama, par la vaillante brigade qui a vérifié la ligne du canal. Dans six années, sur l’emplacement de cette route primitive, quand les excavateurs auront creusé leur dernier godet de sables, et que la dernière mine aura jeté à l’écho des Cordil-lèi es le bruit de son explosion, le majestueux défilé des navires de tout pavillon traversera le canal interocéanique, saluant à Panama, comme vingt années auparavant à Suez, le créateur de cette nouvelle route du monde, M. de Lesseps, peut-être encore en quête d’un isthme à perforer !
- Maxime Hélène.
- — La fin prochainement.—
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire universel de la vie pratique à la ville et à la campagne, 6e édition, revue, corrigée et augmentée d’un nouveau supplément, par G. Beleze, 1 vol. gr. in-4°. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- Ce Dictionnaire, composé par feu Beleze et continué par son digne collaborateur M. Legouëz, est l’ouvrage le plus sérieux que nous connaissions en ce qui concerne la vie pratique. Il donne tous les renseignements usuels au point de vue de l’éducation, de la législation, des finances, de l’industrie et du commerce, de l’économie domestique et de l’économie rurale, des recettes utiles, des exercices du corps, des jeux de société, etc., etc.; il a sa place marquée dans toutes les bibliothèques, où il rend constamment des services à tout le monde. De tels ouvrages ne sauraient trop être recommandés ; ils constituent, en quelque sorte, des œuvres d’utilité publique.
- Balistique expérimentale. Expériences sur le passage des projectiles à travers les milieux résistants, par M. Melsens, membre de l’Académie royale des Sciences de Belgique. 1 broch. in-8°. Paris, Gauthier-Yillars, 1882.
- Publication du journal « VÉlectricien ». Accumulateurs électriques à lames gaufrées système N. de Kabath, 1 broch, in-8°, 25, avenue de l’Opéra, Paris.
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- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’un type de plantes (Suite. — Voy. p. 155.)
- L’Australie a fourni une seule espèce, que nous nommerons Salisburia antarctica (fig. 1).
- Reprenons toutes les formes que nous avons décrites précédemment pour préciser leur signification propre et leurs affinités respectives. Si l’on range les feuilles, qui sont les mieux connus de leurs organes, de manière à partir de la forme la plus simple pour aller aboutir à la plus complexe, qui est en même temps la plus découpée, on voit que le Salisburia australien est en tête, qu’à côté de lui vient se placer le Salisburia integriuscula du Spitzberg, auprès duquel il est naturel de ranger le Salisburia digitata avec ses fissures irrégulières (fig. 2). A la suite de ce dernier, les Salisburia Huttoni (Sternb.) Hr. et pseudo-Huttoni Sap. nous font voir des segments élargis et échancrés au sommet, peu nombreux bien que plus profondément incisés que dans les cas précédents; au contraire, en passant par les Salisburia sibirica et flabellata, on peut voir les segments se multiplier et se rétrécir de manière à' nous conduire graduellement vers les Salisburia lepida Hr. et concinna Hr., dont les feuilles laciniées n’ont plus que des segments étroitement linéaires, partagés jusqu’au rachis et subdivisés par dichotomie (fig. 3).
- Les plus élégantes de ces formes, je veux parler des dernières citées, ne paraissent pas avoir survécu au terrain jurassique ni aux circonstances, peut-être toutes locales, qui avaient présidé à leur naissance. Il est temps du reste de faire ressortir que la région sibérienne de l’Irkutsk, à l’époque jurassique, n’a pas été seulement favorable au développement du . genre Salisburia, dont elle montre le plus grand essor, mais qu’à ce genre se trouvaient associés, dans le même ensemble et par une combinaison des plus harmoniques, d’autres types de Salisburiées, éteints depuis longtemps et sur lesquels nous reviendrons, lorsque nous aurons suivi le groupe des Salisburia proprement dits jusqu’à sa plus lointaine origine. Or, parmi ces types éteints, celui des Baiera tient le premier rang, et il existe une si étroite ressemblance entre les feuilles du Salisburia concinna et celles de certains Baiera jurassiques, comme les Baiera Münsteriana (Presl.) Sap. et gracilis Sap., celui-ci provenant de l’oolithe, qu’il est légitime de se demander si la première de ces espèces ne serait pas congénère des deux autres. En admettant, conformément à l’opinion de M. lleer, que le Salisburia concinna (fig. 4) soit réellement un Ginkgo, sa ressemblance avec les Baiera dont il vient d’être question pourrait bien être le fait d’une récurrence de forme se manifestant dans des groupes distincts et parallèles, mais issus originairement
- d’une même souche. C’est là un phénomène dont les diverses tribus de Conifères fournissent des exemples répétés.
- Il est visible, d’autre part, que le Salisburia flabellata, de Sibérie, offre une évidente analogie avec le S. pluripartita, du wéaldien, et par celui-ci avec le S. arclica Hr., dont il représenterait ainsi le type ancestral. Ce même Salisburia flabellata se rattache assez étroitement au S. sibirica Hr. et à la variété pusilla de ce dernier. Le Salisburia lepida ne paraît être qu’une forme plus complexe, à segments foliaires plus multipliés et plus profondément incisés, du S. sibirica, qui garde pourtant vis-à-vis de celui-ci une homomorphie ou conformité d’aspect assez prononcée (fig. 5).
- En tenant compte des affinités exclusives et des enchaînements partiels dont nous venons de tracer le tableau, nous serions disposés à admettre la filiation probable de notre Ginkgo biloba par le groupe de formes jurassiques qui comprend les Salisburia integriuscula, digitata et antarctica. Ce serait, il est vrai, une descendance éloignée et impliquant l’existence de plus d’un intermédiaire. Le Ginkgo biloba, à notre jugement réduit à s’appuyer uniquement sur l’examen des feuilles, participe de tous les trois ; il en réunit les caractères. Ses feuilles tantôt entières, tantôt bilobées ou même laciniées, ressemblent aux Salisburia antarctica et integrius-cula7 dans le premier cas, et reproduisent partiellement, dans le second, la physionomie du Salisburia digitata.
- A* l’aide d’une comparaison attentive, on reconnaît que la feuille du Salisburia antarctica offre un pétiole plus court que celui des feuilles entières du Ginkgo biloba. Le limbe moins étalé latéralement se trouve limité par une ligne légèrement courbe dont la convexité est tournée vers l’extérieur. Sa consistance a quelque chose de plus ferme et même de cartilagineux. Ce sont là au total d’assez faibles nuances différencielles, si l’on tient compte de la distance qui dans le temps comme dans l’espace sépare les deux espèces. Les feuilles du Salisburia integriuscula sont notablement plus petites que celles de notre Ginkgo; leur limbe donne lieu à un coin moins étalée et par ce caractère, comme à d’autres égards, la forme jurassique du Spitzberg se rapproche sensiblement de l’espèce du lias d’Australie.
- Quant au Salisburia digitata, ses feuilles ont la même longueur de pétiole que celles de notre Ginkgo; mais leur limbe est plus petit; il forme un éventail moins ouvert, il est plus irrégulièrement partagé en segments; cependant, la subdivision en deux lobes par une fissure médiane, comme dans notre Ginkgo, est parfois bien marquée. La consistance des feuilles de cette espèce paraît avoir eu quelque chose de plus ferme et leur base se termine en un coin moins prononcé.
- Dans les lits du cap Boheman, M. Heer a retrouvé non seulement les graines détachées de cette espèce, mais encore des fragments reconnaissables de ra-
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- meaux couverts des cicatrices pressées de la base d’inserlion des anciennes feuilles. Ces rameaux raccourcis dénotent l’existence, chez l’espèce fossile jurassique, des mêmes particularités de croissance qui nous ont frappé en faisant l’étude de l’espèce actuelle.
- Les graines du Salisburia diyitata sont beaucoup plus petites que celles de notre Ginkgo; elles sont ovales et recouvertes d’une enveloppe assez mince, qui devait être charnue.
- Le Ginkgo biloba, en admettant l’origine arctique de l’espèce actuelle, qui n'aurait émigré des environs du pôle que dans la première moitié des temps tertiaires, serait issue, si les indices que nous venons de recueillir ne sont pas trompeurs, d’un prototype, parent rapproché du Salisburia integriuscula, et allié aussi de plus ou moins près au Salisburia digitata ; peut-être proviendrait-il d’une race sœur, intermédiaire aux deux autres. L’existence du Salisburia antarc-tica prouve que cette race ou rameau prototypique
- Fig. 2. — Salisburia digitata (Brngt) Hr, espèce caractéristique de l’oolithe moyenne. — N* 1. Feuille provenant des grès de Scarborough. — N° 2. Autre feuille provenant des couches jurassiques du cap Bohemnn, au Spitzberg. — N* 3. Rameau raccourci de la même localité, surmonté de pétioles en place. — N" 4 et 3. Empreintes de graines de la même espèce, observées dans les dépôts de la même localité.
- avait eu le temps et la facilité de s’étendre à la surface du globe et de pénétrer à la fois dans les deux hémisphères.
- A Ust-Baleict à Kajamündung, on a recueilli, non seulement des feuilles, mais aussi des fragments d’organes reproducteurs de divers Salisburia. M. Heer, en les décrivant, s’est efforcé de déterminer leur attribution particulière à quelques-unes des espèces
- du jura Est-sibérien, dont les feuilles nous sont connues. Ces organes consistent d’abord en pédoncules fructifères, bipartites à l'extrême sommet et présentant les vestiges du point d’attache de deux graines. Ces pédoncules, relativement longs et minces, mais plus petits que ceux de notre Ginkgo, sont rapportés avec doute par M. Heer à son Salisburia
- Huttoni, que je désigne sous le nom de S. pseudo-Huttoni, en le considérant comme distinct de l’espèce de Scarborough. C'est à ce même S. pseudo-Huttoni, dont les empreintes se montrent à Kajamündung dans un grès à gros grains, que M. Heer réunit un chaton mâle, ayant tous les caractères de ceux de Ginkgo et presque la même dimension; on distingue le long de l’axe des supports nombreux et courts, très menus et soutenant deux à trois anthères fort grêles, pendant de leur sommet. M. Heer croit pouvoir signaler les chatons mâles et les graines du Salisburia sibirica. Celles-ci sont arrondies et .atténuées en bec au sommet; elles sont beau-
- Fig. 3. — Salisburia sibirica Hr, espèce du jurassique de la Sii é rie orientale, accompagnée de ses divers organes. — N°‘ 1 et 2. Feuilles complètes. — N’ 3. Chaton mâle. — N” 4. Support d’anthères grossi. — N° 5. Appareil fructilicateur surmonté de deux graines. — N" 6. Sommité d’un autre appareil également surmonté de deux graines. — N“ 7. Autre graine détachée de son support.
- coup plus petites que les graines du Ginkgo biloba. Quant aux chatons mâles, il en existe plusieurs empreintes dans un bel état de conservation; ils sont plus grands et plus épais que ceux du Ginkgo actuel, bien qu’ils affectent en tout Je même aspect. Le tiers inférieur est nu ; le reste de l’axe est pourvu de nombreux supports, chacun d’eux , terminé au sommet par deux ou trois anthères. 11
- Fig. 1. — N“ 1. Salisburia anlarctica Sap., du lias inférieur (?) d’Auslralie, feuille complète.— N° 2. Salisburia integriuscula Hr., des couches jurassiques du cap Boheman, au Spitzberg, feuille complète.
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- est donc certain, par ces détails si caractéristiques, que rien n’a changé dans le genre Salisburia depuis le moment où il a atteint son apogée et que sa structure est restée invariable à travers les myriades de siècles qui se sont succédé à partir de l’époque jurassique.
- Nous devons rechercher maintenant, par l’examen des flores locales auxquelles se rattachent ces Salisburia primitifs, dans quelles conditions ces végétaux se trouvaient placés et quelle sorte de stations ils fréquentaient, au sein de l’âge reculé où il nous est donné de les observer.
- J’ai déjà insisté plusieurs fois sur la coexistence, à l’époque jurassique, de deux sortes d’associations végétales, l’une limitée aux localités fraîches, au voisinage des eaux, aux plages humides et marécageuses, l’autre répandue sur les parties accidentées et relativement sèches des régions d’alors. Chacune de ces associations se distingue par des plantes caractéristiques, qui lui sont spéciales.
- Fis. 4. — Espèces de Salisburia du jurassique de la Sibérie orientale. — N°l. Salisburia Schmidtiana Hr, feuille légèrement restaurée. — K" 2. Salisburia concinna Ilr, feuille complète.
- La première a de nombreuses Fougères aux frondes larges et puissantes ou découpées en segments délicats et multiples : ce sont des Clathropteris, des Dictyopteris ou bien des Sphenopteris, des Cladophlebis, des Dicksoniées. — La seconde association comprend, en fait de Fougères, des types maigres tou coriaces, aux frondes généralement courtes; ce sont des Ctenopteris, des Lomatopteris, des Cycadopteris, enfin des Scleropteris.
- La première association possède des Cycadées spéciales : des Nilssonia et Anomozamites, des Podoza-mites, des Ctenis. — En fait de Conifères, ce sont généralement des Taxodinés : Palissya, Schizole-pis, Cheirolepis, et dans l’oolithe : Leptostrobus, Glyptolepidium, etc. La seconde association comprend plutôt des Zamites et des Otozamiies, parmi les Cycadées; des Brachyphyllum, Pachyphyllum, et, à l’époque de l’oolithe, de nombreuses et puissantes Cupressinées, parmi les Conifères.
- Ces deux associations s’excluent généralement, non pas d’une façon absolue, mais dans une pro-
- portion assez marquée pour qu’il soit facile de constater leur présence alternative dans les divers dépôts qui renferment des plantes fossiles. Celle présence concorde du reste presque constamment avec la nature même des sédiments, et par suite avec les conditions qui ont dû présider à la formation du dépôt. Les sédiments dus à l’action des eaux dormantes, des lacs tourbeux, accumulés peu à peu, sans aucune violence et dans le voisinage des estuaires, consistent presque toujours en schistes feuilletés marneux ou bien en plaques de grès marneux, riches en combustible ou du moins contenant des traces charbonneuses et passant aux schistes bitumineux. Dans des lits pareils, qu’ils appartiennent à l’horizon de l’infralias, à celui du lias supérieur, de l’oolithe ou du wéaldien, on est bien certain d’observer les vestiges de la première des deux associations que nous venons de signaler. Au contraire, les couches qui doivent leur origine à des sédiments détritiques, entraînés de l’intérieur jusque dans des baies
- Fig. 5. — Espèce de Salisburia du jurassique de la Sibérie orientale. — N" 1. Salisburia flabellata Hr, feuille. — N” 2. Salisburia pusilla Hr, feuille. — N" 3. Salisburia lepida Hr feuille.
- ouvertes, ou bien encore les assises purement calcaires ou calcaréo-marneuses, au milieu desquelles les rameaux et les feuilles sont venus s’ensevelir, apportés par le vent ou sous l’impulsion des eaux qui sillonnent le sol d’une contrée, offrent généralement des empreintes qui se rapportent à la seconde de nos deux associations.
- Les circonstances ont fait que dans notre pays la plupart des empreintes des plantes jurassiques proviennent de lits de grès, de calcaire ou de calcaire marneux, et, par un effet naturel au fond, mais singulier au premier abord de cet accident, peut-être aussi par le fait de la configuration encore insulaire de la France jurassique, il se trouve qu’une foule de types répandus ailleurs : Thaumatopte-ris, Sagenopteris, Nilssonia, Podozamites, etc., n’ont pas été encore rencontrés dans notre pays, et n’y seront sans doute jamais recueillis à l’état d’em preintes répétées. A l’étranger, au contraire, la pre mière des deux associations est la plus fréquente ; le bassin charbonneux du Yorkshire, par exemple,
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- avec ses Fougères caractéristiques, ses Cycadées spéciales, par tous les indices tirés de ses plantes qui ont dû rechercher le voisinage des eaux, réunit certainement des conditions de nature à faire admettre l’influence d’un sol humide et d’une région fraîche. C’est donc dans de semblables conditions qu’il convient de ranger les deux Salisburia, S. digitata et S. Huttoni dont les dépôts français, contemporains de ceux de Scarborough, n’ont offert jusqu’à présent aucun vestige. C’est là une sorte de contre-épreuve favorable à l’hypothèse que je développe.
- Je crois que l’on est autorisé à affirmer la même chose de la localité du Spitzberg d’où proviennent les Salisburia signalés par M. Heer : Salisburia digitata, Huttoni et integriuscula. Les Podozamites et même les Sapins, associés à ces Ginkgos, abondent effectivement dans le dépôt jurassique du cap Boheman. Pour ce qui est de la Sibérie de l’Irkutsk, à la même époque, c’est-à-dire de la région la plus abondamment pourvue de Salisburia dont nous ayons connaissance, nous allons recourir pour l’apprécier au travail aussi remarquable que consciencieux du professeur de Zurich.
- G. de Saporta,
- — A suivre. — Correspondant de l’Académie des Sciences.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- UN HOMME SOULEVÉ PAR LES DOIGTS
- Dans un de ses précédents numéros (n° 422 du 2 juillet 1881, page 80), la Nature a parlé de l’expérience curieuse qui consiste à soulever à quatre le corps d’une personne étendue; l’auteur de l’article a supposé que la facilité, en apparence étonnante, avec laquelle ce soulèvement avait lieu, tenait tout simplement à ce que, les efforts étant simultanés, le poids du porté se répartis-sait également entre les quatre porteurs qui n’avaient alors à vaincre qu’une résistance assez minime.
- A l’appui de cette opinion, on peut en effet faire valoir les données moyennes admises en mécanique qui fixent à 65 kilogr. le poids d'un homme et à 20 kilogr. le poids qu’un manœuvre peut soulever facilement.
- C’est un officier américain qui fit connaître cette expérience à Paris, il y a près d’un siècle. Un major anglais la reproduisit à Londres, où elle fut étudiée par David Brewster, membre de la Société Royale. Nous reproduisons à titre de curiosité historique ce que rapporte à ce sujet ce physicien célèbre, dans une de ses lettres à Walter Scott sur la magie naturelle :
- « La personne la plus lourde de la société se couche sur deux chaises de telle façon que le bas de ses cuisses repose sur l’une et les épaules sur l’autre. Quatre personnes, une à chaque pied et à chaque épaule, cherchent à le soulever et constatent d’abord que la chose est très difficile. Quand elles ont repris toutes les cinq leurs positions primitives, la personne couchée donne deux signaux en frappant deux fois ses mains l’une contre l’autre; au premier signal elle et les quatre autres aspirent fortement: dès que les poumons sont pleins d’air elle donne le second signal pour l’élévation, qui se fait sans la
- moindre difficulté, comme si la personne soulevée était aussi légère qu’une plume.
- « J’ai eu plusieurs fois l’occasion de remarquer que lorsqu’une des personnes qui soulevaient n’aspirait pas en même temps que les autres, la partie du corps qu’elle s’efforçait de soulever restait au-dessous des autres.
- (( Bien des personnes ont joué successivement le rôle de porteur ou de porté ; elles ont toutes été convaincues que par le procédé que je viens de décrire, ou bien le poids du fardeau était amoindri, ou la force des porteurs était augmentée.
- « A Venise la même expérience fut répétée dans des conditions encore plus étonnantes. L’homme le. plus lourd de la société fut élevé et porté à l’extrémité de l’index de six personnes. Le major H... déclare que l’expérience manque quand la personne à élever est couchée sur une planche et que l’effort des autres s’exerce sur cette planche. Il considère comme essentiel que les porteurs se trouvent en contact immédiat avec le corps humain a élever. L’occasion m’a manqué pour vérifier ce fait par moi-mème.
- « 11 y a là, soit une illusion générale, soit un effet encore inexpliqué de forces connues ou nouvelles; en tous cas, le sujet mérite d’être étudié très attentivement. »
- A. R.
- CORRESPONDANCE
- EXPÉRIENCES SUR LE PRINCIPE DE L’iNERTIE Bruxelles, le 10 août 1882.
- Monsieur,
- Il me semble que l’explication donnée par la Nature, de l’expérience de physique qui consiste à déboucher une bouteille en la frappant brusquement par le fond, contre un obstacle résistant (Voy. n° 476 du 15 juillet 1882, p. 112), n’est pas exacte. Votre intéressant journal met en jeu l’inertie, or cette propriété de la matière devrait agir ici dans un sens opposé, du moins sur le bouchon. Au moment de l’arrêt brusque, celui-ci devrait tendre à s’enfoncer davantage. Le liquide lui-même, doit être projeté contre le fond et non contre le bouchon.
- En réfléchissant que ce sont habituellement des boissons mousseuses que l’on parvient ainsi à déboucher, je crois que l’expérience peut recevoir la même explication que cette autre, fort intéressante aussi et qui in’a été éclaircie par un ami.
- Si on prend solidement de la main gauche un verre à champagne forme flûte et aux trois quarts plein de son liquide et qu’on le frappe brusquement et assez fort de la main droite de maniéré à ce que la paume s’applique sur l’ouverture, le vin se remet à mousser tout d’un coup, de façon à reproduire plusieurs centimètres d’écume et presque la totalité de l’acide carbonique se trouve dégagé.
- Que s’est il passé ?
- Le choc tend à entraîner le verre seul (c’est ici que l’inertie intervient). Si la vitesse était suffisante le liquide resterait suspendu à l’endroit qu’il occupait dans l’espace et il se formerait entre le liquide et le fond un'espace absolument vide. Toutes les molécules du liquide tendent de même à se séparer l’une de l’autre, ce qui équivaut à une diminution de pression intérieure qui permet au gaz de se dégager. Dans le cas de la bouteille, ce de-
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- gagement brusque pourrait bien expliquer le départ du bouchon.
- Je vous laisse juge de la valeur de l’idée, il me suffit d’avoir appelé votre attention sur ce que la chose n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Lucien,
- Chimiste.
- Réponse. — L’expérience qui consiste à déboucher une bouteille en frappant le fond contre un obstacle, est bien fondée sur l’inertie. Elle réussit avec des liquides non mousseux, ce qui détruit l’explication par le dégagement du gaz. De plus, il faut pour que le bouchon soit projeté avec un liquide non mousseux, que le liquide touche le bouchon; celui-ci ne part pas si la bouteille est verticale, le bouchon en haut.
- 11 y a trois phases bien distinctes :
- 1° La bouteille est lancée contre le mur, le liquide presse pour favoriser le débouchage, l’action est très faible ;
- 2° La bouteille frappe le mur et est brusquement arrêtée, le liquide tend à aspirer le bouchon, l’action est très faible puisque la force qui tend à enfoncer ce bouchon est la pression atmosphérique et son inertie ;
- 5° Le liquide en réagissant contre la bouteille transmet toute l’action au bouchon, c’est la phase active de l’expérience ; la preuve de cette réaction est qu’au moment du débouchage, l’eab jaillit à une certaine distance.
- Lorsque la bouteille est verticale, le matelas d’air interposé entre le bouchon et le liquide amortit l’action.
- —• ^ <>——
- CHRONIQUE
- Une nouvelle Exposition d'électricité. — Ce
- n’est plus une mode, c’est une fureur. On annonce une nouvelle Exposition d’électricité à Londres sous le titre de « Exhibition of Practical Electric Development. » Elle se tiendra à Londres du 1er novembre 1882 au 1er mars 1883, dans Y Aquarium, les Folies-Bergères de la Cité anglaise. L’intérêt de cette exposition, organisée dans un but exclusivement pratique et d’application, réside dans la distribution de prix représentant une valeur de 25000 francs qui seront délivrés par une Commission désignée par les Sociétés savantes anglaises.
- Les prix seront délivrés aux meilleures solutions de certains problèmes dont la liste suivante peut donner une idée : 1° Système d’emmagasinement et générateur électrique pour chemins de fer, générateur actionné par les axes des roues des trains. — 2° Accumulateur. — 3° Méthode d’utilisation de la force du vent, de l’eau ou des marées. — 4“ Electromoteur fixe ou pour tramways. - - 5° Système automatique compensateur pour les changements de résistance des circuits extérieurs économisant le travail dépensé. — 6" Dessin et devis d’une station centrale pour 20 000 lampes distribuées dans un rayon d’un mille (1850 mètres). — T Compteur d’électricité pour maisons privées. — 8° Collection de 25 supports élégants pour lampes électriques. — 9° Appareillage pour hôtels, marchands de vins et comptoirs. — 10° Appareillage pour études photographiques. — 11° Appareillage pour salons et appartements. — 12° Conducteurs de distribution. — 15° Communications électriques entre les trains.—14° Photomètre.—15° Electro-dynamomètre pour courants continus et alternatifs ; les deux mesures réunies
- dans un seul instrument. — 10° Pile thermo-électrique pour l’utilisation des chaleurs perdues et leur conversion en lumière et en travail par voie d’emmagasinement. — 17° Lampe électrique pour mines et travaux sous-marins. — 18° Appareils électro-thérapiques, plus spécia letnent pour les bains électriques.
- On voit par ce programme sommaire que la part faite aux inventions nouvelles est aussi large qu’on peut le souhaiter. L’Exposition projetée se présente sous une forme à la fois originale et intéressante, et nous no manquerons pas de tenir nos lecteurs au courant de la suite qui sera donnée à ce projet.
- L’amplitude des vibrations téléphoniques. —
- On a quelquefois mis en doute l’existence des vibrations de la plaque d’un téléphone; M. G. Salet est parvenu non seulement à montrer leur existence, mais encore à donner une idée de leur amplitude. Le procédé employé par M. Salet pour mesurer l’amplitude des vibrations d’un téléphone est fondé sur les anneaux de Newton ; il est analogue au procédé imaginé par M. Fizeau pour étudier les dilatations. Dans une expérience faite sur un téléphone ordinaire comme récepteur, et un téléphone Bottcher comme transmetteur, en émettant le la du diapason sur la voyelle ou avec une intensité moyenne, 5f. Salet a trouvé que l’amplitude des vibrations de la plaque du récepteur était de deux à trois dix-millièmes de millimètre.
- La Société «l’Astronomie. — On no saurait trop faire connaître une Société qui, depuis dix-neuf ans, a rendu à l’instruction des services considérables ; qui a organisé plus de cent trente petits observatoires populaires, munis chacun d’une borne lunette. Il suffit de réunir quelques adhérents à la Société d'Astronomie et de s’adresser cour de Rohan, 5 bis, à Paris, pour recevoir à bref délai une bonne lunette grossissant tjO fois en diamètre. Nous rappellerons a ce sujet que Galilée a fait ses grandes découvertes : satellites de Jupiter, anneau de Saturne, montagnes et cirques de la Lune, taches du Soleil, etc., avec une lunette qui grossissait seulement 50 fois. Puisse la Société d'Astronomie recruter de nouveaux Ga-lilées !
- Le rôle des vers de «erre dans la nature. —
- Malgré ses dimensions modestes et « l’humilité » du sujet traité : La formation de la terre végétale par l'action des vers, Je livre que Ch. Darwin a publié peu de temps avant sa mort, à Page de soixante-douze ans, n’est pas un mince couronnement aux travaux d’une des plus remarquables carrières scientifiques qu’on puisse citer. L’auteur étudie successivement la structure, la nourriture et les habitudes des vers, et leur donne pour rôle une grande opération géologique, consistant à mettre la terre vegetale en_mouvement constant, et à permettre à l’air et à l’eau d’agir plus facilement sur elle. J1 va jusqu’à dire, en se basant non seulement sur des observations, mais encore sur des expériences précises, que les vers de terre aident à la désagrégation des diverses espèces de roches, par les acides qui se forment dans leurs corps pendant Pacte de la digestion, ét qui en sont ensuite expulsés avec leurs déjections. Par suite de ce mouvement continuel, quoique lent, de la terre végétale, des surfaces fraîches de roche sont continuellement exposées à l'action de l’acide carbonique contenu dans le sol, et à celle des acides humiques, qui semblent être encore des agents plus actifs dans la décomposition des roches.
- Voici la conclusion du Mémoire de Darwin : « Quand nous avons sous les yeux un large espace couvert de
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- gazon, nous devons nous rappeler que l'égalité de sa surface, qui contribue tant à sa beauté, est due surtout à ce que toutes les inégalités ont été lentement nivelées par les vers. N’est-il pas merveilleux de penser que toute la terre végétale superficielle qu’on a là, a passé et repassera, dans le cours de peu d’années, par le corps des vers. La charrue est une des plus anciennes et des plus précieuses inventions de l’homme ; mais longtemps avant qu3 l’homme existât, la terre était dans le fait régulièrement labourée, et elle continue à l’être, par les vers. 11 est permis de douter que beaucoup d’animaux aient joué un rôle si important dans l’histoire du monde, que celui qu’ont joué ces créatures d’organisation inférieure. Quelques autres animaux, cependant plus bas placés encore dans l’échelle, les coraux, par exemple, ont accompli un travail bien plus remarquable, en construisant des rochers et des îles innombrables dans les grands océans ; mais leur œuvre est presque confinée aux zones tropicales. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du H août 1882
- PRÉSIDENCE DE M. BOUSS1NGAILT
- Géométrie. — M. Mansion, professeur à l’Université de Gand, adresse une note sur la quadrature des courbes par les procédés élémentaires de la géométrie. Gauss et Poncelet ont fourni des solutions du problème par des méthodes d’une grande exactitude, mais d’une application pénible ; M. Mansion, au contraire, s’est surtout appliqué à donner une méthode expéditive et pratique.
- Physique. — MM. Ilu-goniot et Sebert envoient un Mémoire sur les vibrations longitudinales d’une barre élastique dont une des extrémités est libre et dont l’autre extrémité est soumise à des efforts quelconques. M. de Saint-Venant communique également un Mémoire sur ce sujet.
- Géologie. — M. Emile Rivière a étudié le gisement de terrain quaternaire de Billancourt. On avait déjà recueilli des pièces fossiles au centre même de Paris, rue Pagevin, lorsque l’on jetait les fondations du nouvel Ilôtel des Postes. M. Martin, à Grenelle, et M. Rebout, à Levallois-Perret, avaient relevé des gisements de fossiles, mais le pays compris entre le bois de Boulogne et la Seine, n’avait pas encore été exploré. Depuis quelques années toute cette zone a été très remuée. Des fouilles nombreuses ont été faites et de nouvelles carrières ont été ouvertes. En général, les fossiles y sont rares ; néanmoins, en procédant avec patience, M. Rivière a pu former une véritable collection de pièces fossiles renfermant des restes de mammouth, de rhinocéros, de Cervus megaceros, des débris de bois de rennes et d’ossements du bœuf et du
- cheval fossiles. La découverte la plus importante est celle de deux silex taillés.
- Physiologie végétale. — M. Maire a observé que la piqûre de certains insectes peut développer des stomates sur les parties des feuilles qui n’en contiennent pas. La lumière solaire paraît également favoriser la production des stomates.
- Stanislas Meunier
- MARMITE AMÉRICAINE
- Nous signalons aux lecteurs de la Nature un petit appareil fort utile pour les laboratoires où l’on n’a pas le gaz et où la question du chauffage de
- l’eau coûte un peu trop d’alcool. C’est une marmite, dite « Américaine », qui se chauffe avec un charbon à l’amiante, régulièrement et à bon marché. Cet appareil applique intelligemment les lois de la thermique.
- Une enveloppe extérieure à double paroi garnie de matières mauvaises conductrices sert de fourneau. Au fond, un trou d’arrivée d’air donne sous un petit réchaud en tôle, à double fond percé en chicane pour empêcher la cendre de tomber au dehors , et pour mieux échauffer l’air de combustion. Dans ce réchaud on plante un, deux ou plusieurs morceaux de charbons à l’amiante, suivant les numéros. La chaudière, dont le fond est bombé en dedans, descend sur ce réchaud de façon à ne pas laisser perdre de chaleur, laquelle agit au cœur de la place. Un très mince espace annulaire suffit au tirage. Avec deux charbons de 100x70X25mm, on met trois litres en ébullition en trente minutes pour 10 centimes, et la chaleur se maintient sept à huit heures, en baissant la marmite et fermant le registre r inférieur. Les anses A de la marmite sont calculées pour donner juste le tirage nécessaire quand abaissées elles soulèvent l’appareil sur son fourneau.
- De la. Laurencie.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Marmite américaine.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- K° 483. — 2 SKPTEMBRK 1882
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- des Enfants-Assistés, a publié récemment les résultats qu’il a obtenus dans la nourricerie de cet hôpital. Ces résultats, confirmés par les observations d’un de ses collègues, M. Tarnier, chargé d’un service important de jeunes nourrissons, méritent toute l’attention des administrations hospitalières..et des municipalités ; ils ne sont pas étrangers aux faits que nous venons de mentionner. Les bonnes nourrices se font rares ; la surveillance des enfants confiés à leurs soins par l’Assistance publique est difficile. D’un autre côté, bon nombre de ces pauvres petits êtres viennent au monde atteints de maladies qui interdisent de les confier à une nourrice qu’ils auraient vite fait de
- La nourricerie au lait d'ânesse à l’hôpital des Enfants-Assistés, à Paris.
- NOURRICERIE D’ENFANTS
- AU LAIT D’ANESSE
- Voici deux fois que le bulletin municipal de statistique nous révèle ce fait (singulier et anormal pour Paris) d’un excédent de deux cents à deux cent quarante naissances sur le chiffre correspondant de mortalité dans la semaine. Nous sommes si peu habitués à ces proportions, que l'on pourrait se demander si ces chiffres sont bien l’expression'de'la .vérité.
- A l’Académie de médecine, M. Parrot, médecin
- contagionner. A l’hospice des Enfants-Assistés, où la proportion de ces malheureux enfants est toujours assez considérable, on était obligé de les nourrir au biberon dans les salles de l’infirmerie.
- En dépit des soins les plus intelligents, ces moyens ne valaient rien pour relever les forces de ces enfants, aux trois quarts moribonds du fait même de la maladie contractée dans le sein de la mère. Une seule chance de salut restait et fut tentée par M. Parrot : c’était l’allaitement direct au pis d’un animal.
- La nourricerie qui a été installée dans les jardins de l’hôpital des Enfants-Assistés fonctionne depuis une année, et les résultats ont été si satisfaisants que M. Parrot n’a pas voulu attendre une enquête plus prolongée pour les faire connaître. Malgré les diffi-
- 1U" nunée. — 2“ semestre.
- cultés premières d’instruction du personnel, malgré l’insuffisance du nombre d’animaux, le chiffre de mortalité a complètement changé. Au début, les enfants furent allaités par des chèvres, mais on reconnut bien vite que le lait d’ânesse était de beaucoup préférable pour ces petits malades. Aujourd’hui tous sont nourris avec le lait qu’ils prennent directement au pis de l’animal. Un, deux, trois enfants même quelquefois, sont présentés en même temps à l’ânesse; les infirmières les soutiennent sur les bras et l’opération se passe avec une simplicité étonnante.
- Les chiffres sont plus éloquents que tout ce que l’on pourrait dire. Pendant une période de six mois, quatre-vingt-six enfants (atteints de maladies congénitales et contagieuses) ont été allaités à la nour-
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- LA N AT U H F.
- ricerie. Les six premiers ont été, par suite de circonstances particulières, nourris avec du lait de vache à l’aide du biberon, un seul a guéri.
- Qnarante-deux ont été nourris au pis de la chèvre, huit ont guéri, trente-quatre sont morts ; trente-huit ont été nourris au pis de l’ânesse, vingt-huit ont guéri, dix sont morts.
- En présence de ces résultats, il n’y a qu’à s'incliner ; dans les milieux hospitaliers, car dans la pratique générale certaines conditions peuvent être modifiées, il n’y a pas d’hésitation possible. Les nouveau-nés qu’on ne peut, pour une raison ou pour une autre, confier à des nourrices, doivent être alimentés au lait d’àncsse puisé directement par l’enfant au pis de l’animal.
- Ne croyez pas d’ailleurs qu’on soit resté jusqu’à ce jour sans connaître les vertus du lait d’ànesse. Depuis bien des années, Paris et les grandes villes ont chaque matin la visite de troupeaux d’ànesses qui viennent fournir aux convalescents, aux débiles, le liquide réparateur. S’il faut en croire la légende, l’usage du lait d’ànesse fut introduit en France sous le règne de François Ior. Le galant monarque était tombé dans Un état d’anémie, d’épuisement extrême, par suite de fatigues guerrières et autres. Les médecins du temps n’obtenant aucun changement dans celle maladie, on fit venir de Constantinople un juif qui ordonna simplement au roi de boire du lait d’ànesse ; ce qu’il fit et s’en trouva très bien, dit la chronique.
- C’est la composition chimique du lait d’ànesse qui lui assure ses avantages sur le lait de chèvre ou de vache. 11 contient, en effet, beaucoup moins de matières plastiques et de beurre que ces derniers. Comme le lait de femme, il se précipite en petit flocons isolés, que redissout facilement un excès de suc gastrique. Il ne charge pas l’estomac de ces enfants malades et chétifs qui ont déjà toutes les peines du monde à ingurgiter le breuvage et à qui il faut éviter, autant que faire se peut, un travail pénible de digestion. S’il était facile de s’en procurer, îe lait de jument serait, de tous, le meilleur succédané du lait de femme; il en a, à très peu de chose près, la composition, et un médecin russe, M. Berling qui l’a essayé, lui a reconnu toutes les qualités nécessaires pour l’allaitement des nouveau-nés.
- M. Parrot fait encore ressortir les grands avantages de l’ânesse comme laitière sur la chèvre, par ce côté tout à fait pratique, de la facilité avec laquelle on peut pourvoir à la nourriture de la première. Maître Aliboron est un animal sobre et facile à contenter; le fourrage le plus pauvre, l’herbe la plus médiocre lui semblent des friandises. La chèvre se ressent d’une nourriture forcément peu variée ; à la ville, son lait n’est pas ce qu’il est à la campagne, alors qu’elle peut se livrer à ses fantaisies vagabondes et choisir à droite ou à gauche les herbes qui lui plaisent.
- La nourricerie est construite à l’entrée «lu bois de l’hospice. Sa superficie est d’environ 150 mètres. Le bâtiment principal, disposé on parallélogramme,
- est constitué par un rez-de-chaussée bitumé, est relié à l’étable par un couloir, donnant lui-même dans une pièce médiane servant d’office, qui divise le bâtiment principal en deux parties égales, dans le sens de la longueur. Chacune d'elles constitue un dortoir pour dix ou douze enfants et cinq ou six filles de service. Les murailles ont 50 centimètres d’épaisseur et les pièces, 5 mètres 50 centimètres de haut. Grâce à la disposition de 1 etablc, les animaux, lorsque le temps le permet, peuvent être mis en liberté dans un enclos gazonné et y passer une partie de la journée.
- Acart.
- APPAREIL DE M. DE CALIGNY
- POUR LA
- TRAVERSÉE DES ÉCLUSES ET CANAUX
- Nous extrayons d’un rapport publié par M. F. Vallès, inspecteur général honoraire des Ponts et Chaussées, des détails très intéressants recueillis et discutés avec une autorité toute spéciale sur l’ingénieux appareil imaginé par M. de Caligny, pour économiser les pertes d’eau au passage des bateaux dans les écluses des canaux.
- On sait, en effet, que dans les conditions ordinaires la traversée d’une écluse exige toujours une dépense d’eau considérable, qui se trouve nécessairement portée du bief d’amont au bief d’aval, et c’est là une des grandes difficultés qu’on rencontre pour l’entretien des canaux et l’alimentation des biefs élevés qui sont souvent écartés de tous les cours d’eau.
- Si on considère, en effet, un bateau montant, par exemple, qui arrive dans l’écluse en venant du bief d’aval, on reconnaît immédiatement que pour l’amener au niveau du bief d’amont, en ouvrant les ven-tclles des portes d’amont, après avoir fermé celles d’aval, il faut ramener le niveau de l’écluse à celui d’amont en extrayant de ce bief une quantité d’eau égale au volume du sas de l’écluse, quantité qui s’augmente ensuite du volume du bateau, puisque l’eau en prend immédiatement la place au moment du départ de celui-ci. A la descente, la perte est encore importante, sans être tout à fait aussi élevée : elle est égale, en effet, à la différence entre le volume du sas et celui du bateau, car l’eau contenue dans l’écluse s’écoule inutilement dans le bief d’aval au moment où on ouvre la communication entre l’écluse et ce bief pour laisser passer le bateau. *
- M. de Caligny, frappé de ces faits, s’est demandé s’il ne serait pas possible d’utiliser le mouvement ainsi communiqué à l’eau, au moment de la vidange ou du remplissage du sas, pour la forcer à remonter en partie dans le bief supérieur, plutôt que de la laisser librement s’écouler à l’aval, et il y a réussi au moyen de son appareil à colonne oscillante, dont la simplicité réellement merveilleuse n’est pas l’un des moindres mérites. Cet appareil, installé depuis
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- quinze ans environ à l’écluse de l’Aulvis, près de | Fourchambault, a reçu dernièrement des perfectionnements importants, et il fonctionne d’une manière complètement satisfaisante, ainsi que le constate M. Vallès d ans son rapport.
- L’installation de l’appareil de M. de Caügny est représentée dans les ligures ci-contre; tel qu’il était disposé à l’origine, il comprenait un simple conduit en maçonnerie OM de section ovoïde placé en entier en contre-bas du niveau des eaux du bief d’aval, et s’étendant en dehors de l’écluse depuis l’intérieur des portes d’aval de l’écluse jusqu’à l’extérieur de celles d’amont. Ce tuyau a une section égale à celle d’un cercle de 1“,40 de diamètre, et il débouche librement dans l’écluse à l’aval, tandis qu’il est fermé à l’amont. Toutefois, on peut établir à volonté une communication directe avec ce bief de la manière suivante : Sur le ciel du tuyau horizontal et vers les portes d’amont on a ménagé une ouverture circulaire de lm,40 de diamètre dont le rebord taillé en biseau forme le siège d’un tube cylindrique A vertical en tôle de lm,48 de diamètre, lequel est mobile de bas en haut et peut être soulevé verticalement de 70 centimètres au-dessus de son siège. Ce tube est établi enfin dans une chambre B communiquant avec le bief d’amont, de sorte que, aussitôt qu’il est soulevé, l’eau venant d’amont se répand librement dans le sas en s’engouffrant dans le conduit horizontal OM, et ce mouvement persiste jusqu’à ce qu’on laisse retomber le tube d’amont sur son siège. On a donc là, en réalité, un moyen de remplir le sas sans ouvrir les ventelles des portes.
- Le même conduit horizontal OM sert également à vider le sas dans le bief d’aval (les portes d’aval avec leurs ventelles étant supposées fermées) au moyen d’une disposition analogue.
- Une seconde ouverture circulaire égale à la première est pratiquée à côté de celle-ci, sur la partie supérieure du conduit, et elle est fermée également par un tube vertical en tôle, seulement ce tube, représenté en C, est installé dans une chambre D, communiquant avec le bief d’aval par l’intermédiaire d’un fossé D, représenté sur la figure comme un arc de cercle parallèle au conduit, et dont l’écluse occupe la corde. On comprend immédiatement que si on vient à soulever ce tube, les eaux du sas, dont le niveau est plus élevé, s’engouffrent dans le conduit horizontal et vont remplir le bief d’aval. Il est inutile d’ajouter que, bien que les tubes d’amont et d’aval soient voisins, les deux chambres dans lesquelles ils débouchent n’ont aucune communication entre elles, sans quoi le niveau s’établirait uniformément dans les deux biefs. Disons seulement, que pour des raisons dont nous allons donner T explication plus bas, la chambre d’amont est prolongée par une voûte en B', ainsi que l’indique la figure, au-dessusde celle d’aval, dont le niveau est nécessairement plus bas, et que le tube d’aval, dont la partie inférieure plonge dans la chambre d’aval, a, au contraire, son orifice supé-
- rieur qui débouche dans celle d’amont B'. Il est entouré d'une enveloppe en maçonnerie qui prévient l’écoulement de l’eau. Le tube d’amont A, au contraire, qui est ouvert aussi à ses deux extrémités, est baigné uniquement par l’eau venant de ce bief. Les deux tubes ont une hauteur telle que l’orifice supérieur de chacun d’eux dépasse de 15 centimètres seulement le niveau d’amont.
- Après avoir ainsi expliqué l’installation de .l’appareil, nous allons en décrire maintenant le fonctionnement. Si nous considérons le cas où il faut vider le sas, on soulèvera le tube d’aval C, ainsi qu’il a été dit tout à l’heure, l’eau du sas s’écoule alors, avec une certaine vitesse, dans le conduit horizontal OM pour arriver dans le fossé. Si alors on laisse retomber le tube sur son siège, la communication avec le fossé se trouve interrompue, mais le mouvement engagé n’est pas détruit, l’eau reflue donc dans le tube et s’élève en vertu de sa vitesse à un niveau supérieur à celui qu’elle occupait dans le sas ; il s’échappe ainsi par l'ouverture supérieure du tube un volume considérable de liquide qui retombe dans le bief d’amont en B', d’après ce que nous avons dit plus haut. 11 se produit ensuite un mouvement en retour qui ramène l'eau du tube vers le sas ; puis l’oscillation recommence dans les conditions inverses ; si on recommence alors à soulever le tube, l’eau afflue en grande abondance du sas vers le fossé, si on l’abaisse à nouveau dès que ce mouvement est bien rétabli, l’eau s’élève en vertu de sa vitesse acquise dans le tube, ainsi que nous le disions tout à l’heure, et elle vient encore déboucher à l’orifice du tube pour retomber dans le bief d’amont. On recommence la même manœuvre à chaque oscillation, et on obtient ainsi un effet utile qui va naturellement en diminuant avec la différence de niveau, entre le sas et le bief d’aval. On comprend par là toute l’économie de la manœuvre, et on voit qu’elle exige une certaine habitude pour saisir le moment précis où la vitesse de la masse d’eau change de sens à chaque oscillation, moment qui est le plus favorable pour lever le tube.
- La manœuvre du remplissage du sas a pour but, comme on le comprend, d’amener en même temps dans le sas un volume d’eau emprunté au bief d’aval ;. elle s’exécute d’une manière analogue à la première, seulement, elle exige les deux tubes. On soulève d’abord le tube d’amont, l’eau descend vers le sas par le conduit horizontal et prend une certaine vitesse, on baisse alors le tube d’amont et on soulève celui d’aval qui était resté baissé; l’eau engagée dans le tube horizontal continue son che-min, et crée derrière elle une certaine aspiration qui entraîne les eaux d'aval poussées de l’extérieur par la pression atmosphérique. Lorsque la vitesse est amortie, tout l’effet utile est obtenu, on baisse le tube d’aval pour éviter le mouvement en retour qui ramènerait nécessairement les eaux, et on recommence l’opération comme tout à l’heure, tant que la différence de niveau est suffisante pour
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- LA NATURE.
- entraîner une vitesse d'écoulement appréciable.
- Les appareils ainsi installés donnaient des résultats favorables avec des éclusiers habitués, seulement ils exigeaient des manœuvres un peu longues, pour réaliser toute l’économie dont ils étaient susceptibles. D’autre part, ils présentaient certains inconvénients tenant à la difficulté de manœuvrer à la fois les balanciers qui commandaient les deux tubes, en même temps qu’aux percussions qui se produisaient au moment où ces tubes retombaient sur leurs sièges, et surtout enfin aux rentrées
- d’air qui compromettaient beaucoup le fonctionnement, si on négligeait, par exemple, au moment du remplissage, de soulever le tube d’aval immédiatement après avoir abaissé celui d’amont.
- M. de Galigny est parvenu à atténuer toutes ces difficultés au moyen de dispositions de détail très ingénieuses dont on trouvera la description dans le rapport de M. Vallès, et nous allons dire, en terminant, quelques mots du bassin d’épargne et du bassin de fuite au moyen desquels il a réussi à améliorer encore notablement le rendement de son appa-
- Fig. 1. — Appareil de M. de Caligny. — Coupe verticale suivant l’axe des tubes.
- reil, et surtout à réduire le temps des manœuvres.
- Le fossé, dont nous avons parlé jusqu’à présent, n’est plus rattaché directement au bief d’aval, il en est isolé, au contraire, par un vannage placé sous le chemin de Sancergues, comme l’indique la figure; les berges du fossé ont été relevées, et on en a constitué un grand bassin divisé lui -même en deux parties par un barrage mobile, un bassin d’épargne de 20 mètres de long, et un bassin de fuite de 15™,58 de longueur.
- La manœuvre s’opère encore avec les tubes de la manière indiquée plus haut, seulement quatre périodes d’oscillation suffisent. Pour la vidange, par exemple, du sas dans le bief d’aval, en lève le tube d’aval après cette quatrième période, et l’on envoie au bassin d’épargne autant d’eau qu’il est possible d’en extraire du sas. Le niveau s’élève ainsi un instant dans le bassin au-dessus de celui du sas, et c’est alors qu’il faut baisser le tube; on retient ainsi dans l’épargne une certaine quantité de liquide qui sert de réserve en quelque sorte pour la manœuvre suivante de remplissage, si elle succède à une vidange.
- Au début de ce remplissage, on envoie dans le sas, par une oscillation initiale, autant d’eau que possible, et abaissant le tube d’aval aussitôt que le
- mouvement en retour commence à se manifester; après quoi on manœuvre les deux tubes comme il est indiqué plus haut.
- M. Vallès a exécuté de nombreuses expériences pour déterminer le rendement de l’appareil ainsi établi, et il est arrivé à conclure que l’économie
- d’eau peut atteindre jusqu’à 55 pour 100 de la valeur de l’é-clusée, si on veut exécuter complètement toutes les manœuvres, sans êlre limité par le temps ; en supposant, en outre, que les bassins sont en maçonnerie et bien étanches. La durée d’une opération est alors augmentée de six minutes environ.
- Si on se borne à faire fonctionner les tubes pendant les quatre premières périodes d’oscillation, on peut encore économiser 29 pour 100, en augmentant la durée de l’opération d’une minute et demie seulement.
- Même en dehors de toute considération d’épargne d’eau, l’appareil est encore un des meilleurs qu’on puisse employer pour vider ou remplir rapidement le sas; il est, en effet, aussi simple que possible, peu sujet aux dérangements et très facile à réparer, il est donc préférable à tous égards, suivant l’expression de M. Vallès, aux ventelles actuellement employées. L. B.
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- Plan de l’installation de i’apparei
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- LES MAMMIFÈRES DU KAMTCHATKA1
- Dans aucune contrée de l’Asie les ours ne sont aussi nombreux qu’au Kamtchatka et nulle part ils ne tiennent une place aussi importante dans l’écono mie domestique. Il n’y a pas une hutte dans nos villages où l’on ne trouve de la viande et de la graisse d’ours. Cette viande apparaît sous Joutes les formes : fraîche, salée, fumée, et c’est un régal pour tous. Dans la graisse on fait frire les poissons, les pommes de terre et la viande de renne. Avec les boyaux on fabrique des vitres; la peau sert de lit
- ou bien, cousue de manière à faire un sac qu’on appelle koukoul, elle sert au chasseur à dormir sur la neige à la belle étoile et de couverture aux chevaux sous la selle; on en fait aussi des colliers aux chiens; tannée elle est employée en guise de semelles. On utilise tout, jusqu’au fiel qui se vend très cher, comme médicament, en Chine et au Japon. En un mot, après la zibeline, l’ours est l’aniiral le plus apprécié au Kamtchatka.
- La peau de nos ours ne se distingue ni par sa qualité, ni par sa couleur. Le poil est gris brun avec quelques touffes d’un blanc argenté. On en trouve rarement de ce 1 run presque noir qui est
- Ours du Kamtchatka.
- la couleur la plus commune des ours des bords de la mer d’Ochotsk; aussi les peaux d’ours kamt-chadales ont-elles peu de prix et ne s’exportent-elles que fort peu. On en vend jusqu’à 5 roubles, 'mais elles ne dépassent guère 5 ou 4 en moyenne. Ce qu’on estime le plus dans l’ours, c’est sa chair et sa graisse, qui remplace la graisse de porc. Fraîche on la mange en buvant le thé, étendue sur une .sorte de poisson séché et non salé qu’on appelle \youhoula; salée on l’emploie comme le saindoux; |placée dans un lampion elle sert à l’éclairage; fondue elle remplace le beurre. On la prend comme remède et comme purgatif. Tant que l’ours sera
- ^ 1 Suite et fin. — Voy. n° 462 du 8 avril 1882, page 297. ÎN'ous continuons à donner la traduction de l’intéressant travail précédemment cité de SI. le Dr Dybovvski.
- y
- aussi commun qu’il l’est aujourd’hui, les Kamtcha-dales n’auront pas besoin d’élever de porcs, car, disent-ils, « c’est le bon Dieu qui nourrit l’ours, tandis que c’est l’homme qui doit élever le porc ». On en tue chaque année un nombre suffisant pour satisfaire aux besoins de la population. Les statistiques en portent le nombre à treize cents pièces, mais j’ai lieu de croire qu’il est d’au moins deux mille, soit une pour trois habitants. En comptant en moyenne 8 pouds1 de viande par pièce (car on en tue beaucoup de jeunes), cela représente une consommation d’environ 2 pouds 1/2 par habitant. Un ours adulte peut peser jusqu’à 20 pouds dont 6 de graisse. Quelquefois l’épaisseur de la couche de graisse égale
- 1 Le pond équivaut à environ 16 kilogrammes.
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- LA NATURE.
- la largeur d’une main d'homme; dans des cas exceptionnels elle est même plus considérable.
- A eu juger par le nombre d'ours tués chaque année, et par le rôle important que cet animal joue dans l’économie domestique, il est aisé de comprendre que, après la chasse à la zibeline, la chasse à l’ours occupe le premier rang, mais elle a lieu à des époques différentes. Au printemps, quand l’animal sort de sa retraite d’hiver et que la surface de la neige est encore consistante, les chasseurs explorent Jes montagnes, poursuivent l’ours sur leurs patins et tâchent de le gagner de vitesse, ce qui leur est assez facile, car l’animal étourdi s’enfonçant par son propre poids dans ce sol amolli, parvient difficilement à leur échapper. On commence généralemeht la poursuite du haut des montagnes pour se ménager une retraite plus prompte en cas de besoin. On emploie des meutes de chiens dressés qui relancent l’animal jusquedans sa tanière. A lafin du printemps, lorsque l’ours, ne trouvant plus que du vert pour apaiser sa faim, devient maigre, on en suspend la chasse, et ce n’est qu’accidentellement qu’on en tue j quelques-uns sur les bords des rivières ou de la mer, j mais alors sa chair est maigre et de mauvais goût; et ! comme généralement à cette époque l’ours est à poil ras, sa peau n’est bonne qu’à faire des tapis de pied. En automne la chasse recommence. Dans certaines localités les gens du pays chassent à courre sur dos chevaux dressés à cet effet qui vont droit au gibier. Dès que les aboiements des chiens indiquent qu’ils ont découvert une piste, les chasseurs piquent des deux, et tenant leurs fusils tout prêts à faire feu, ils abandonnent les rênes à leurs montures; les chevaux s’élancent à la voix des chiens et fondent droit sur l’ours. Les chasseurs le tirent à cheval à bout portant, puis s’éloignent rapidement pour recharger leur fusil, mais ils reviennent aussitôt pour tirer de nouveau, et cela jusqu’à ce que l’animal tombe mort. L’ours n’est pas facile à frapper mortellement, et il est très rare qu’il soit abattu du premier coup.
- Cette chasse n’offre pas de grands dangers; mais en revanche elle donne souvent lieu à des accidents comiques. J’en veux citer un exemple : l’année dernière un ours blessé s’élance sur le cavalier et saisit son cheval à la crinière; le cheval se jette de côté et le cavalier tombe dans l’herbe épaisse pendant que l’ours se met à la poursuite du cheval qui s’enfuit. Les Russes ne connaissent pas ce genre de chasse, et quoique les Kamtehadales se soient très tard habitués au cheval, dont ils avaient peur d’abord (le considérant comme une espèce de chien géant), à ce point qu’ils préféraient porter leurs fardeaux sur leurs propres épaules plutôt que de les charger sur le dos de quelque bête de somme, aujourd’hui le cheval est devenu entre leurs mains un animal plus docile qu’entre celles des Russes.
- Les autres manières de chasser l’ours sont moins intéressantes; ainsi quand il vient sur les bords de la mer pour chasser lui-même le poisson, on s’en empare soit quand il est tombé mort sur le rivage,
- soit même vivant, dans les endroits où l’eau est peu profonde. D’autres fois on lance à sa recherche des chiens qui le tiennent en arrêt jusqu’à l’arrivée des chasseurs, ou le suivent à la trace quand la neige commence à s’amollir, sans compter tous les moyens connus et pratiqués partout ailleurs, à l’exception toutefois des pièges, qui ne sont pas en usage au Kamtchatka.
- Quoique la lutte avec l’ours ne soit pas sans danger, cependant les accidents sont ici peu nombreux eu égard à la quantité d’animaux tués. Ainsi, dans le courant de l’année dernière, il n’y a eu que trois hommes blessés : le premier, un Cosaque, reçut une morsure assez grave, mais non mortelle, au côté; il n’avait pas eu le temps de recharger son fusil, la peur ayant fait fuir son camarade. L’ours s’élança sur le chasseur, qui, ayant trébuché, tomba sur le dos; voulant se garantir le visage, il se le couvrit de la main gauche, la droite restant prise sous lui ; l’animal après avoir mordu le bras gauche, le retourna de l’autre côté et le retenant avec sa patte, commença à mordre le côté gauche du visage qu’il avais mis à découvert, mais après quelques coups de dent, il lâcha sa proie et rentra lentement dans le fond du bois. —Le second fut un bourgeois qui, en chassant la zibeline en hiver, tomba par hasard dans le repaire d’un ours; le trou était si profond que l’animal effrayé ne put en sortir et atteindre le sommet de cet entonnoir de neige; après quelques efforts inutiles, il se jeta sur le chasseur effrayé de cette chute imprévue, le mordit au bras, au pied, au visage, et lui enleva la peau de la tête. J’ai eu ces deux blessés à soigner, mais avant qu’ils fussent arrivés jusqu’à moi, la nature avait déjà accompli la plus grande partie de la guérison, Aujourd’hui bien portants, ils cherchent de nouvelles aventures cynégétiques. — Le troisième était un indigène auquel un ours enleva un morceau de la peau du visage; il lui manque à présent la partie inférieure de la paupière, un morceau de peau au côté gauche de la figure et du nez ; il a eu en outre la main mordue et la peau de la poitrine déchirée. Ce sont les seuls accidents qu’on ait eu à déplorer dans des chasses qui coûtèrent la vie à deux mille ours.
- En général, il est très rare que l’ours se jette sur l’homme sans être blessé ; pourtant eela n’est pas sans exemple. Ainsi, l’automne dernier, des jeunes filles qui avaient été à la cueillette des fruits sur la côte occidentale de la presqu’île, et qui en revenaient avec leur récolte, durent passer la nuit sous tente ; elles y furent attaquées par un ours qui enleva l’une d’elles et la mit en pièces. Aussi les habitants de nos contrées sont-ils poltrons et se décident-ils difficilement à voyager ou à chasser seuls. Ils craignent principalement les ours amaigris et affamés qui, au lieu de se terrer à l’époque ordinaire, errent sur la neige; à cause de leur mai-greurils les appellent souchary (les galettes). L’année dernière, dans un de mes voyages, nous découvrîmes les traces de quelques-uns de ces maraudeurs, et
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- LA NATURE
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- mon compagnon parvint à en tuer un jeune.
- Cet été, il est arrivé une aventure risible à un prêtre nommé B... 11 revenait de Petropawlosk accompagné de ce même Cosaque qui avait été blessé l’hiver dernier dans les circonstances que j’ai indiquées plus haut. Tous les deux descendaient en barque la rivière quand, à un tournant, ils aperçoivent sur le bord un ours. Le Cosaque tire et blesse l’animal, qui s’enfuit. Ils continuent leur navigation, et bientôt, un peu plus loin, ils voient un second ours sur la rive. Le Cosaque tire dessus et l’animal, après avoir encore fait quelques pas, tombe mort. Alors ils abordent et le Cosaque, sans prendre le temps de recharger son arme, se met en devoir de dépecer la bête. Pendant cetle opération, il entend du bruit, se retourne et aperçoit un autre ours qui s’avance vers lui; croyant reconnaître dans le nouvel arrivant celui qu’il a blessé précédemment, il crie au prêtre de regagner au plus vite le canot, et lui-même, abandonnant le mort, s’empresse de le rejoindre. Le prêtre arrivé sur le bord veut sauter dans la barque, mais dans sa précipitation il calcule mal son élan, manque le but et tombe dans l’eau, où il prend un bain jusqu’aux oieilles. On remplirait des volumes de récits semblables dont les narrateurs savent faire ressortir le côté comique, et qui servent à égayer les longues soirées d’hiver.
- Les Kamtchadales ont affublé l’ours male du surnom de siekaez, ce qui signifie le hachoir, et la femelle de celui de matoucha (la grosse mère). On raconte des détails curieux au sujet du premier : par exemple comment il devient furieux, se jette sur la femelle et la dévore lorsque celle-ci refuse de satisfaire son ardeur amoureuse ; mais comme ces faits se passent toujours au printemps, il est probable que c’est plutôt la faim que l’amour qui le porte à cette espèce de cannibalisme.
- Le loup du Kamtchatka paraît être d’une espèce sfutre que celui de nos contrées : il est blanc avec quelques poils noirs très rares parsemés sur le dos, la gueule, les épaules et la queue. — Quant aux renards, on les trouve en très grand nombre, mais il n’est pas facile de les chasser. Le renard ayant une pâture abondante ne se laisse pas prendre aux pièges, ebs’ily tombe parfois, ce n’est qu’au printemps, alors que sa peau a fort peu de valeur. On chasse les renards soit avec des chiens, quand la disposition des lieux le permet, soit à l’affût, dans le voisinage des trous qu’on pratique pour la conservation du poisson mariné. Autrefois on les empoisonnait, avec des noix vomiques que fournissait l’autorité, mais ce moyen a été abandonné à cause des pertes qu’il occasionnait, car une grande partie des renards empoisonnés crevaient et pourrissaient dans des endroits inconnus au chasseur, où ils étaient dévorés par d’autres renards ou d’autres carnivores qu’ils empoisonnaient à leur tour. On attribue même à cette dernière cause, la destruction d’une grande quantité de zibelines.
- Au Kamtchatka, les renards appelés communé-
- ment renards bleus, sont blancs, avec de petites mouchetures noires. — Le goulon n’y est pas très répandu ; aussi ne le chasse-t-on pas au piège, mais seulement au fusil et avec des chiens. — Les hermines sont peu communes, et ce n’est que rarement qu’on en trouve prises dans les pièges à zibelines ; parfois pourtant on les chasse aussi avec des chiens. — Les loutres (Luira vulgaris) sont partout très répandues, mais par les causes que j’ai longuement développées plus haut, le nombre en diminue chaque année. — Le chien de mer se tire dans l'eau et il est rare qu’on le prenne à terre. On ne tue de morses quand ils viennent à terre, qu’à l’île Kariaga, mais ils sont toujours en très petit nombre.
- La statistique des pièces tuées pendant les chasses de l’année 1880 pourra achever de donner une idée de la variété et de l’abondance des mammifères au Kamtchatka. A partir du milieu de 1879 jusqu’à la fin de 1880, il y a été tué 2833 zibelines, 7000 loutres de rivière, 1000 renards, 1300 ours, 1300 hermines, environ 20 loups, 10 renards bleus ou isatis, 22 goulons, 1900 phoques de différentes espèces (Phoca groenlandica, Ph. barbata, etc.), 19 morses ou vaches marines (Trichcus rosmarus), 900 rennes sauvages, 300 moutons sauvages (Ovis nivicola), quelques dizaines de marmottes (Arctomys monacha), environ 100 spermophiles (Spermophilus sp.), 2 lagomys (Lagomys sp.), 2 belettes, 22 loulres marines (Enhydris marina), et des lièvres blancs en quantité telle qu’elle ne saurait être fixée exactement. Enfin lamerarejeté deuxbaleines (Balœnoptera longimana) sur le rivage. Yoilà en dehors des souris et des musaraignes, toute la nomenclature des mammifères du Kamtchatka.
- Une particularité qui intéressera certainement les voyageurs amateurs de chasse, c’est qu’on ne trouve dans ce pays ni chevreuils, ni élans, ni cerfs ; ces ruminants sont remplacés par le renne. On n’y rencontre pas non plus le chevrotain porte-musc, cet animal qui s’avance si loin dans le nord du continent asiatique. Il en est de même des écureuils et des bouronducs ou suisses (Tamias striatus), dont l’absence change nos forêts en autant de déserts. On n’y entend pas le cri du coucou, si connu dans tous les bois d’Europe, et comme les rennes et les moutons se tiennent dans les montagnes, nos forêts, privées de chevreuils, d’élans et de cerfs, présentent de véritables solitudes où quelquefois, en été, dans les parties basses, on peut faire la rencontre d’un ours.
- Dr Dïbowskx.
- ' LE MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE
- 1)0 TltOCADKRO (Suite et fin. — Voy. p. 24.)
- Parmi les pièces les plus curieuses de ce musée, il faut ranger celles qui proviennent du Mexique.
- Quelle singulière civilisation que celle du Mexique
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- LA NATURE.
- avant l’arrivée des Européens ! On a beaucoup écrit déjà sur les Aztèques, et pourtant le sujet est loin d’être épuisé. M. Jourdanet, par la traduction des ouvrages de deux contemporains de Fernand Cortès, a ouvert aux réflexions des ethnographes et des philosophes des voies nouvelles qu’ils ne connaissaient pas. On est surpris, quand on lit VHistoire véridique de la Conquête de la Nouvelle-Espagne de Berna 1-Diaz del Castillo, ou encore l’ouvrage du P. Sohagun, de voir à tous moments chez les peuples du Mexique les sentiments les plus élevés réunis aux superstitions les plus grossières et aux pratiques les plus abominables.
- Les gravures que nous publions aujourd’hui représentent différentes pièces exposées au Trocadéro et servant aux sacrifices humains.
- L’usage des sacrifices humains et de l’anthropophagie qui suivait généralement le sacrifice, était tellement répandu au Mexique que les historiens les plus modérés n’évaluent pas à moins de 20 000 par an le nombre des victimes immolées. D’autres portent ce nombre au double, et il est certain que dans certaines circonstances exceptionnelles il était considérablement dépassé : lorsqu’on fonda le dernier grand temple de Mexico, soixante-dix mille captifs furent sacrifiés en une semaine !
- Les sacrifices humains, que nous allons brièvement décrire, constituaient donc une pratique journalière.
- Voici comment s’accomplissait le sacrifice, lorsqu’il était réduit à sa plus grande simplicité.
- 11 se consommait à la porte de l’un des temples que représente notre gravure (fig. 3, 6, 8). Ces temples, comme on voit, sont tous construits sur le même modèle. Un escalier fort élevé conduit à une sorte de plate-forme sur laquelle s’élèvent une ou deux tours où se trouvaient les idoles. Devant la porte de la tour, se trouve un petit monolithe ayant à peu près la hauteur d’une table, et ayant la forme d’un dos d’àne (on le voit assez bien sur la fig. 6). C’est sur cette table que l’on couchait le prisonnier de guerre ou l’esclave que l’on sacrifiait. Ses pieds tombaient sur un des côtés de la convexité et sa tête de l’autre; elle était maintenue en bas par un collier plus ou moins sculpté dont notre gravure représente un exemple (fig. 1).
- Le sacrifié, ayant le dos ainsi étalé sur une surface ronde, faisait bomber sa poitrine. Le prêtre alors s’avançait armé d’un couteau d’obsidienne (fig. 4), qu’il enfonçait dans le cou du malheureux ; puis coupant les cartilages costaux, il ouvrait son thorax, il saisissait alors le cœur, l’arrachait hors de la poitrine, et venait l’offrir tout palpitant et tout dégouttant de sang aux idoles qui trônaient dans l’intérieur du temple. Plusieurs fois encore il plongeait ses mains dans le corps de la victime, pour en tirer le sang et pour en asperger les parois du temple.
- Le cadavre était ensuite précipité en bas de l’escalier du temple ; là on le découpait et chacun des ayants droit en emportait un morceau pour le manger à domicile.
- Ces horribles cérémonies étaient souvent accompagnées de circonstances accessoires qui les rendaient plus horribles encore. Disons d’abord que les temples, toujours inondés d’un sang qui se corrompait rapidement, étaient de véritables foyers d’infection. Les vêtements des prêtres, imprégnés de chair pourrie répandaient une odeur épouvantable, dont leurs propriétaires étaient très fiers.
- Les dévots personnages qui fournissaient des victimes aux sacrifices humains afin d’avoir permission de les manger ensuite, les faisaient souvent nourrir à la brochette, afin de donner à leur chair un goût plus délicat. Les éleveurs d’oies grasses ont moins de soin de leur volaille que les riches Mexicains n’en prodiguaient à ces esclaves. On les enfermait dans des cages et on leur donnait une nourriture abondante et variée. Si la tristesse les rendait malade, on leur offrait des distractions. Le R. P. Sahagun entre meme sur ce point dans des détails qui ne sauraient trouver place ici.
- Il arrivait encore que l’esclave sacrifié fût préparé à la mort par des supplices : on le forçait à danser autour d’un bûcher allumé pour célébrer sa propre mort. Ou bien encore, on lui liait les mains derrière le dos, et on le jetait dans ce brasier justement le temps nécessaire pour qu’il s’y brûlât cruellement. Enfin quand les sacrificateurs étaient très dévots, ils ne se servaient pas de la table de sacrifice : ils étalaient la victime sur leur propre dos, de façon à sentir les dernières convulsions du misérable.
- Souvent encore, lorsque le sacrifice était consommé, on écorchait le cadavre de la victime avant de le manger, le prêtre alors se revêtait de cette peau écorchée comme nous faisons d’un paletot, et conservait cet horrible vêtement jusqu’à ce qu’il tombât en pourriture ! Quand on lit ces monstruosités dans les historiens, on se demande s’ils ont été des mystificateurs ou des mystifiés. Et pourtant, comment douter qu’ils aient dit vrai, puisqu’ori trouve des statues qui représentent de saints personnages vêtus ainsi de la peau des victimes? Notre gravure représente deux de ces pièces à conviction. Notre figure 7 représente le visage d’un prêtre ainsi couvert de la peau d’une victime. La bouche du mort largement ouverte (n’étant plus maintenue par les muscles), laisse apercevoir la bouche du vivant à demi fermée. De même les yeux du vivant se découvrent entre les paupières inertes du malheureux sacrifié. La figure 2 représente un vase orné d’un pieux sacrificateur revêtu de même de la peau de sa victime.
- Nous n’entrerons pas dans plus de détails sur les sacrifices humains du Mexique, A les lire, on est porté à croire qu’une race d’hommes assez abominable pour commettre de pareils crimes, ne peut être que féroce et stupide à la fois. Eh bien ! non, les Mexicains n’étaient pas stupides, car ils jouissaient d’une civilisation très avancée, et même ils n e-laient pas féroces dans les relations ordinaires de la vie. L’anthropophagie même n’entrait pas dans leurs
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- Fig. 1 à 7. — Musée d‘Üthaographie du Trocadéro. — Pièces relatives aux sacriiices humains dans l’Ancien Mexique. — 1. Collier de sacrifice. — 2. Vase orné d’un sacrificateur. — 3, 6 et 8. Entrées des temples à sacrifice. — i. Couteau d’obsidienne. — 7. Tète figurant un sacrificateur recouvert de la peau d’une victime.
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- habitudes courantes. Pour rien au monde, ils n’auraient mangé d’autres cadavres que ceux qui sortaient de leurs temples. Ils l’ont bien prouvé lors du siège de Mexico : les assiégés affamés arrachaient les arbres pour en manger les racines, mais ils préféraient mourir de faim plutôt que de manger les soldats que les Espagnols leur tuaient chaque jour.
- Les Mexicains n’agissaient donc que par fanatisme. Ils n’étaient pas méchants, mais lorsqu’ils entendaient la nuit leurs prêtres frapper sur le tambour du dieu de la guerre et réclamer des victimes humaines, en menaçant le pays des plus grands malheurs si le dieu n’était pas apaisé, ils se sentaient saisis d’une sainte terreur ; ils se précipitaient alors sur leurs armes et portaient la guerre chez les pays voisins afin de ramener autant de prisonniers qu’il leur était possible. Et même, dans les cas graves, on a vu des hommes assez fanatisés pour s’offrir eux-mêmes comme victimes volontaires.
- Nous n’avons pu présenter au lecteur qu’un très petit nombre de pièces du musée du Trocadéro. Cependant elles ont rempli deux articles entiers et pourraient fournir à des commentaires beaucoup plus longs encore.
- S’il nous avait fallu expliquer toutes les pièces du musée avec le soin qu’elles méritent, il nous aurait fallu plusieurs volumes. Je ne sais si quelqu’un les prépare, mais je dois signaler à nos lecteurs la Revue d'ethnographie dont M. Ilamy est le directeur.
- Encouragé par la beauté des salles qui sont ouvertes au public, j’ai été curieux de voir celles que M. Landrin lui prépare pour plus tard. Elles ne céderont, en rien à leurs aînées je l’espère. J’ai eu le plaisir d’y revoir plusieurs collections que j’avais déjà admirées à la Société de Géographie : telles, par exemple, les pièces rapportées par M. Marche des îles Philippines, et notamment ses superbes échantillons de céramique. Enfin j’ai revu cette magnifique collection de vases et aiguières que M. de Ujfalvy a rapportés du Thibet, de l’Inde et delà Chine, et dont il a fait présent à l’État. Elles remplissent deux vitrines qui feraient prendre les Thibétains pour des orfèvres supérieurs à tous ceux du Palais-Royal.
- Jacques Bertillon.
- APPAREILS DE LABORATOIRE
- POUR LA PRODUCTION DE L’HYDROGÈNE DE L’ACIDE CARBONIQUE ET DE L’HYDROGÈNE SULFURÉ
- M. Maurice de Thierry, auteur du Nécessaire-Ecran pour micrographe, qui a été l’objet d’un de nos précédents articles1, a fait construire par la maison Fontaine un appareil à dégagement continu d’hydrogène, d’acide
- 1 Voy. n° 468 du 20 mai 1882.
- carbonique et d’hydrogène sulfuré, des plus simples et des plus pratiques.
- Il se compose de deux parties : la première, que l’auteur appelle le laboratoire, est formée par la réunion de deux ballons de verre de même capacité, à parois épaisses, réunis par un tube de jonction également en verre à diamètre intérieur étroit. Le ballon supérieur est muni d’une tubulure ordinaire fermée à l’aide d’un bouchon en caoutchouc dans lequel rentre un tube recourbé servant au dégagement du gaz. L’autre ballon est également tubulé, mais la tubulure est d’un plus grand diamètre, elle est fermée par un fort bouchon également en caoutchouc.
- La deuxième partie est constituée par un support en fer forgé verni, pouvant se démonter et permettre l'enlèvement du laboratoire avec une grande facilité. Chaque
- Appareil à dégagement de M. M. de Thierry.
- partie de ce support est reliée à l’autre par un système d’écrous à vis, il est muni de trois pieds en haut et en bas, ce qui permet de le retourner complètement et de le poser sens desssus dessous, à la façon d’un sablier.
- Si l’on veut obtenir par exemple un dégagement continu d’acide carbonique, on procède de la manière suivante : L’appareil étant posé de façon à ce que le tube recourbé ou à dégagement soit tourné vers la terre, on verse par la grosse tubulure l’acide chlorhydrique qui s’écoule par le tube de jonction et vient occuper le fond du second ballon (l’extrémité intérieure du tube recourbé arrivant jusqu’à la moitié du diamètre de ce ballon, l’acide ne peut s’écouler au dehors). On met ensuite les fragments de marbre (carbonate de chaux) ; ils restent dans le premier ballon, l’ouverture étroite du tube de jonction les empêchant de tomber dans le second, et par conséquent de communiquer avec l’acide avant le commencement de l’opération. On bouche fortement le ballon, et dans cette position de repos, l’appareil peut rester tout le temps que l’on veut sans dégager de gaz, les substances productrices
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- LÀ NATURE.
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- n’étant pas en contact. A-t-on besoin d’acide carbonique, pour une manipulation quelconque? Rien de plus simple, on n’a qu’à retourner l’appareil, le liquide qui se trouvait à la partie inférieure s’écoule sur le marbre qu’il attaque, les bulles gazeuses passent à leur tour par le tube de jonction, se réunissent dons le ballon supérieur complètement vide, et un rapide courant de gaz s’échappe par le tube à dégagement. Pour arrêter l’opération on retourne de nouveau l’appareil, le liquide reprend sa place et les quelques bulles gazeuses qui peuvent être retenues entre les fragments de marbre s’échappent librement par l’extrémité intérieure du tube à dégagement, qui, comme nous l’avons déjà dit, émerge à la surface du liquide. Comme on peut en juger, par cette courte explication et par la figure ci-jointe, l’appareil de M. de Thierry est peu embarrassant, d’un emploi facile, et peut etre d’une très grande utilité dans un laboratoire.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- CONGRÈS DE LA ROCHELLE
- La séance d’ouverture du Congrès de La Rochelle a eu lieu le jeudi 24 août, dans la grande salle des Conférences. M. Janssen, membre de l’Académie des Sciences, directeur de l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon, président de Y Association française, a pris la parole en présence d’une très nombreuse assistance. Après avoir.remercié la ville de La Rochelle, de la cordialité de l’accueil qui a été réservé aux membres du Congrès, M. Janssen a rendu hommage à la mémoire de M. Rrunet, riche négociant des Antilles, qui a laissé une fortune à Y Association française; puis se conformant à l’usage, il a développé un point spécial de la science. L’état de l’astronomie physique est le sujet que l’éminent astronome a traité avec éloquence. M. Janssen a montré les progrès successifs de la science du ciel, d’abord purement descriptive, se développant peu à peu pour devenir la mécanique céleste, et marchant aujourd’hui de conquête en conquête, grâce aux ressources qu’elle a trouvées dans les puissantes lunettes modernes, dans l’analyse spectrale et la photographie. Les nouveaux procédés de photographie instantanée assurent en effet des résultats merveilleux à l’astronomie : « La plaque de gélatine, suivanf l’heureuse expression de l’orateur, va devenir la rétine du savant. »
- M. E. Dor, maire de La Rochelle, avec beaucoiif> d# tact et de bonne grâce, a souhaité la bienvenue aux mem- * lires de Y Association française, puis il a signalé les nombreux sujets d’étude que peut offrir à la science la ville de La Rochelle.
- M. Émile Trélat, directeur de l’École spéciale d’Archi-tecture, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, secrétaire général de Y Association française, a rendu hommage à la mémoire des membres de Y Association, que la mort a depuis l’an dernier enlevés à la science; il a félicité ceux qui ont obtenu des récompenses ou des honneurs, puis il a résumé l’histoire du Congrès dÀlger.'
- M. Georges Masson, trésorier, a rendu compte de l’état, de plus en plus prospère, des finances de Y Association.
- La séance a été levée à cinq heures ; les membres se sont rendus dans leurs sections respectives, fort bien installées
- dans les différentes salles du Lycée; là ils ont nommé les bureaux et fixé les ordres du jour.
- Le soir, une brillante réception a eu lieu à l’Hôtel de Ville, sous les auspices de la Municipalité de La Rochelle.
- L aspect de la ville de La Rochelle est charmant, et la plupart des membres du Congrès ont trouvé chez les habitants une hospitalité tout à fait cordiale.
- Les séances des sections ont commencé le vendredi 25, à neuf heures du matin, et se continuent régulièrement tous les jours ; un grand nombre d’entre elles offrent un véritable intérêt, mais elles sont trop abondantes pour qu’il nous soit possible d’en donner une simple énumération.
- Nous ne dirons rien des fêtes et des réceptions, qui ont été animées et brillantes, mais nous signalerons les expéditions faites dans les environs. Le dimanche 27 août, a eu lieu une excursion à Esnandes, avec visite aux bouchots de moules sur l’anse de l’Aiguillon ; dans l’après-midi des régates ont attiré de nombreux spectateurs à La Rochelle. Le mardi 29 août, les membres du Congrès ont visité Saintes et Rochefort-sur-Mer. Nous parlerons de ces intéressantes pérégrinations dans notre prochaine livraison.
- La Rochelle, le 29 août 1882.
- LE CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- DE BERLIN
- La question des chemins de fer métropolitains s’impose actuellement à Paris avec urgence, et il ne paraît pas possible d’en différer plus longtemps la solution ; nous comptons y revenir bientôt en reproduisant le projet qui paraît devoir être adopté, toutefois nous avons voulu parler auparavant du métropolitain récemment inauguré à Berlin, en reproduisant quelques détails empruntés à une étude récemment publiée par la Revue générale des Chemins de fer. Celte étude présente d’autant plus d’intérêt pour nous à Paris que la ville de Berlin se trouvait à beaucoup d’égards pour le métropolitain dans une situation analogue à celle de Paris. Nous compléterons ainsi les renseignements que la Nature a donnés déjà sur les chemins métropolitains, notamment pour ceux de Londres et de New-York.
- La ville de Berlin, comme celle de Paris, possédait déjà un chemin de fer de ceinture reliant entre elles les onze lignes qui viennent aboutir dans la ville, toutefois ce chemin de fer desservait beaucoup plus le trafic de la banlieue que celui de la ville elle-même, car les gares étaient trop écartées du centre et restaient en dehors de la grande circulation.
- On fut ainsi amené à décider la construction d’un véritable métropolitain traversant en un mot la ville dans les quartiers les plus affairés et allant se rattacher aux gares principales et au chemin de ceinture. La ligne fut concédée en 1874 à un syndicat comprenant les différentes Compagnies de chemins de fer aboutissant à Berlin, et les travaux de construction commencés en 1875 furent achevés
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- LA NATURE.
- en 4881, la ligne a pu être ouverte à l’exploitation du service local le 7 février 1882.
- Le métropolitain traverse la ville dans la direction du plus grand trafic de l'Est vers l’Ouest (fig. 2). il part de la gare de Francfort et suit le cours de la Sprée qu’il traverse en trois points différents pour aller se terminer à la gare de Charlottenburg. La ligne est reliée comme nous l’avons dit aux différentes voies aboutissant à Berlin et elle reçoit les trains venant de l’extérieur qui arrivent ainsi au centre même de la ville. D’autre part le métropolitain était destiné à desservir aussi le service local et il devait recevoir un grand nombre de trains circulant dans les deux sens comme les omnibus et les tramways. Cette double nécessité a été bien comprise à Berlin et on n'a pas hésité à faire deux doubles voies absolument
- indépendantes, destinées l’une au service de transit et l’autre au service purement local. Dans ces conditions, les trains locaux se succèdent avec régularité sans avoir à redouter les perturbations qu’entraîneraient inévitablement les retards des trains extérieurs. En même temps, pour assurer complètement la sécurité, on s’est décidé à proscrire absolument les croisements et les marches-à contre-voie. Pour le service de transit, les trains venant de l’extérieur sont divisés en arrivant à la Ceinture, une partie seule est dirigée vers la gare terminus, tandis que l’autre traverse la ville et dessert ainsi les stations centrales. Les voies affectées au service local sont desservies au contraire par des trains purement spéciaux faisant la navette d’une extrémité à l’autre de la ligne ; elles reçoivent en outre des trains venant
- Fig. 1. — Chemin de fer métropolitain de Berlin. Station de la rue Friedrich.
- des gares extrêmes par la Ceinture, qui retournent à leur point de départ par une voie diamétrale en quelque sorte, après avoir parcouru une demi-circonférence autour delà ville, soit au Nord soit au Midi. Certains trains de banlieue venant de l’Est sont aussi dirigés directement sur les voies locales du métropolitain.
- La ligne a une longeur totale de 11 kil. 26 ; elle est presque tout entière en palier et en alignement droit sur la moitié de sa longueur. La pente maxima est de 8 millimètres et le rayon minimum des courbes de 280 mètres. La ligne comprend 1 1 stations distinctes dont 6 haltes ouvertes exclusivement au service local. La distance moyenne des stations est donc à peine supérieure à 1 kilomètre sur les lignes locales et elle s’élève à 2 kilomètres sur les lignes de transit
- La ligne est exploitée d’après les principes du
- block-system et deux trains ne doivent jamais se trouver simultanément compris entre deux stations consécutives. Comme la vitesse de marche est limitée à 54 kilomètres à l’heure, soit 15 mètres à la jffi+rifrie, l’espacement des trains a été limité à cinq minutes, en tenant compte de la distance des deux stations consécutives les plus écartées, qui est de 5 kilomètres 1 j'2 sur les lignes locales. On n’accorde pour le stationnement en gare qu’une demi-minute environ, car ces trains ne transportent pas de bagages. Pour le service extérieur, la distance maxima attteint 5 kilomètres et l’espacement des trains a été fixé à quinze minutes. En admettant une durée d’exploitation de dix-huit heures par jour, on voit qu’on peut expédier ainsi 452 trains sur les voies locales, et 144 sur les voies extérieures.
- La voie est constamment aérienne ; elle est relevée au-dessus des rues et de la Sprée, et ne pré-
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- LA NATURE.
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- sente aucun croisement à niveau pour ne pas gêner la circulation : elle est établie en viaduc sur une longueur de 8 kilomètres environ, et poursuivie en remblai sur les trois derniers kilomètres, depuis le Jardin Zoologique jusqu’au raccordement avec la ceinture, à l’extrémité ouest. On rTa pas hésité à établir ce viaduc en maçonnerie plutôt qu’en fer, bien que la dépense se trouvât par là notablement augmentée; mais on y assurait, d’autre part, une assise plus solide à la voie, en même temps qu’on assourdissait le bruit si gênant pour les voisins, ainsi qu’on a eu occasion de le remarquer à New-
- York. Enfin, il paraît plus facile, dans ce cas, de tirer parti des terrains recouverts, pour des ventes ou des locations. La voie est élevée au-dessus du niveau des rues de 7m,50 en moyenne, et le viaduc a 14m,50 de largeur au corps ; la plate-forme est élargie au moyen de consoles en fer recouvertes de dalles, qui en portent la largeur à 15m,50. Les passages des rues de 25 à 50 mètres de largeur, ainsi que le pont oblique sur la Sprée, voisin de la station de Moabit, sont seuls exécutés à l’aide d’arcs en fer. La figure 1 représente la disposition de ce pont et du viaduc.
- Les stations sont à deux étages : le rez-de-chaussée est occupé par des salles d’attente rattachées par des escaliers aux quais d’embarquement à l’étage supérieur. La voie elle-même est entièrement métallique; elle appartient au type avec longrines en fer Haarman, que nous avons déjà signalé dans la Nature, et sur lequel nous ne reviendrons pas.
- Le matériel roulant comprend soixante machines et cent voitures. Les locomotives sont des maehines-tenders à deux essieux accouplés d’un poids de 12 tonnes.. Elles sont chauffées au coke pour éviter la production de la fumée, et de plus, elles sont munies d’un cylindre spécial de condensation destiné à recueillir la vapeur d’échappement qui n’est pas dirigée dans l’atmosphère. Tout ce maté-
- riel est muni du frein à vide, et, suivant ce qui se pratique fréquemment en Allemagne, les voitures sont éclairées au gaz. On emploie à cet effet un gaz obtenu avec du goudron de houille qui est distillé dans la gare de Francfort, et enfermé sous pression dans les réservoirs dont chaque voiture est munie.
- Les dépenses d’acquisition de terrain sur cette longueur de 11 kilomètres se sont élevées à 29 millions environ, et le chiffre total des dépenses a atteint 88 millions, dans lesquels les travaux de construction du viaduc sont entrés pour 23 millions. On voit ainsi que les dépenses peuvent être estimées à 7 millions 1 /2 par kilomètre.
- Il est encore difficile, d’autre part, d’apprécier les recettes probables de l’entreprise, mais elles étaient
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- évaluées dans les projets à 2 millions 1/2 par an environ, en admettant 6 millions de voyageurs transportés au prix moyen de 0fr,575 par voyageur, et on arrivait ainsi à un rendement de 1,5 à 2 pour 100.
- Quoi qu’il en soit dans l’avenir des résultats financiers, nous pouvons dire que la disposition du chemin de 1er métropolitain de Berlin paraît particulièrement heureuse, et elle mérite d’èlrc étudiée et imitée à certains égards, s’il est possible, à Paris, car elle remplit très bien le double rôle qu’on doit lui assigner : dégager d’une part la circulation intérieure, et assurer enfin les communications faciles entre le centre de la ville et la banlieue, par des voies rayonnantes permettant aux habitants de transporter leur domicile en dehors même de la ville, en imitant en un mot le genre de vie adopté à Londres.
- L. Bâclé.
- CHRONIQUE
- Falsification du lait. — On sait avec quelle impudence certains vendeurs ne craignent pas de falsifier les denrées alimentaires et particulièrement celles qui doivent être consommées immédiatement. Dans les grandes villes, c’est principalement sur le lait que cette honteuse industrie s’exerce. Sur l’initiative du Laboratoire municipal de Paris, une importante capture de voituriers falsificateurs du lait a été faite à la gare de Batignolles; ils remplissaient d’eau une partie de leurs pots aux fontaines de la gare, puis ils en faisaient le mélange avec le lait amené par le chemin de fer. Ils se servaient en outre, de bicarbonate de chaux et d’une teinture servant à colorer la crème. Ceux qui recevaient du lait cacheté employaient de petits fourneaux avec une casserole contenant de la cire pour recoller les cachets qu’ils coupent habilement après les avoir fait légèrement chauffer; le fourneau est fait avec une boîte ronde à conserves qu’ils placent sur la lanterne de leurs voitures ; la cire est contenue dans un petit gobelet en fer-blanc. 11 est inutile d’ajouter que tous ces objets ont été confisqués et que les délinquants sont poursuivis devant les tribunaux.
- L’Exposition internationale de Buenos-Ayres.
- — Cette Exposition, la première de la République Argentine, a été ouverte le 15 mars 1882. C’est le Club industriel, fondé en 1875 pour la protection et l’avancement du commerce, qui l’a organisée, non sans difficulté. Elle a été solennellement inaugurée par le président de la République. le docteur Avellaneda. La superficie occupée par l’Exposition de la République Argentine est de 27370 mètres carrés dont 20 000 sont couverts. Dans la partie réservée aux sections étrangères, la France occupe à elle seule environ 1000 mètres. Puis viennent l’Allemagne avec 500, l’Angleterre avec 450, la Suisse avec 500, les Etats-Unis avec 200, etc. Cette entreprise a coûté environ 1 2u0000 francs, et une somme à peu près égale a été dépensée par les exposants.
- Sauf le Pérou et la Bolivie, que leurs récentes défaites ont empêchés d’vprendre part, toutes les nations de l’Amérique du Sud sont représentées à cette Exposition, où la province de Buenos-Ayres tient le premier rang parmi les quatorze provinces Argentines. Montevideo et la Répu-
- blique Orientale y occupent aussi un rang distingué. Viennent ensuite le Brésil, le Chili, le Paraguay. Les Etats. Unis y représentent seuls l’Amérique du Nord.
- En ce qui concerne l’Europe, de toutes les Expositions de cette partie du monde, celle de la France tient la tête, surtout au point de vue de la machine. La Compagnie de Fives-Lille y a envoyé des pièces importantes pour la fabrication du sucre. On y remarque encore une machine à battre et un chemin de fer d’un modèle Decauville, qui a été présenté au Comité de l’Exposition par les agents du Creusot et a rendu de grands services dans le transport du matériel pour la construction de cette même Exposition. C’est par leurs produits agricoles et industriels seulement que s’affirment la Suisse, la Belgique et la Hollande. Quant à l’Angleterre, sa section est peu importante et n’a de remarquable que ses machines agricoles.
- En résumé, cette première Exposition internationale de la République Argentine est un succès et une sérieuse promesse pour l’avenir. Il s’v présente par jour une moyenne de six mille visiteurs, venant de l’intérieur, et continuellement des bateaux y amènent les visiteurs de Montevideo. Un succès vrai, nous le répétons.
- M. Paul Henry, le savant astronome de l’Observatoire de Paris, vient de découvrir une nouvelle petite planète. Position delà nouvelle planète, 227 : 1882, 10 août. Temps moyen de Paris, 12h. Ascension droite, 22h 1”. Déclinaison, — 15° 55'. Faible mouvement Sud. — La planète ressemb^i à une étoile de 12e,5 grandeur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 août 1882. — Présidence de M. AYuhtz.
- Physique. — M. Laroque a constaté que des éclats de bois provenant d’arbres foudroyés avaient la propriété d’influencer l’aiguille aimanlée. Il attribue ce pouvoir h un transport de fer magnétique par la foudre au sein de la matière ligneuse. En effet, en brûlant ces morceaux de bois au-dessus d’un vase de porcelaine, il a pu recueillir dans les cendres, de petits globules de fer magnétique tout à fait semblables à ceux trouvés par M. Tissandier dans des poussières aériennes fixées sur les monuments publics.
- M. Dabbadie décrit une nouvelle boussole construite par MM. Brunner, de Paris. Cette boussole convient à merveille aux voyageurs, par ses faibles dimensions. L’aiguille ne mesure que 0m,062, et cependant les indications qu’elle fournit sont d’une précision comparable à celle . de la boussole de Gambey.
- Chimie. — M. Thénard met sous les yeux de l’Académie deux échantillons de phosphore noir. Ce phosphore a été obtenu accidentellement. M. Thénard avait fondu du phosphore blanc et coulait des bâtons de phosphore au moyen d’un tube de verre. Le tube était plongé dans l’eau froide après avoir été rempli de phosphore. Deux des bâtons se sont présentés colorés en noir, sans qu’il soit possible d’attribuer le phénomène à aucune cause connue. La température de l’eau froide était restée dans les environs de -f- 22°. La coloration noire des hâtons de phosphore tirait un peu sur le gris, et semble avoir une tendance h diminuer d’intensité depuis le jour de la pré-
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- LA NATURE
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- pu ration. De plus, les couches externes paraissent seules colorées.
- M. Thénard rapporte une très remarquable expérience deM. Pictet, dans laquelle une masse de phosphore fondu aurait été amenée à la température de — 10°, sans se solidifier. M. Pictet est arrivé à ce résultat par un refroidissement très lent. Chaque jour, il abaissait la température de la masse liquide d’environ 5°. 11 put agiter cette masse liquide avec une baguette de verre sans déterminer la solidification. — M. Thénard se propose de rechercher si la projection d’une parcelle de phosphore noir ne déterminerait pas la solidification, sous les apparences du phosphore noir.
- Agronomie. — M. Barrai a étudié la plantation des vignes dans les sables de l’embouchure du Rhône. 11 a recherché la cause de leur préservation du phylloxéra, et il attribue cette préservation à l’excessive humidité de ces sables. Les sables des Landes, qui sont deux fois moins humides, lui paraissent présenter des conditions moins favorables à la préservation.
- Varia. — L’Académie décide de s’associer à la fête inaugurative du monument érigé à Lakanal. Cette fête est fixée au 17 septembre. — M. T recul présente une description des espèces botaniques élevées dans le Jardin Botanique de Saigon.
- Stanislas Meunier.
- NOUVELLE LAMPE ËLECTRIÜUE
- *
- DE M. E. REYNIER
- Nous avons décrit dans la Nature la lampe à incandescence avec combustion de M. Émile Reynier, ainsi que les perfectionnements qui lui ont été apportés par son inventeur pour en faire un appareil pratique.
- Malgré ces perfectionnements, cette lampe n’a reçu qu’un petit nombre d’applications; l’oubli dans lequel elle parait tombée tient à plusieurs causes : une des plus importantes est que l’attention du public a été dirigée du côté des petits foyers divisés fournis par la lampe à incandescence dans le vide; malgré leur faible rendement lumineux, de 15 à 18 becs Carccl par cheval-vapeur dépensé sur l’arbre de la machine, ces lampes présentent plusieurs avantages séduisants : simplicité, entretien nul, lumière se rapprochant en quantité comme en qualité, de la lumière Jaune du gaz. D’autre part, l’éclairage des grands espaces s’accommode très bien de l’arc voltaïque auquel on est parvenu aujourd’hui à faire parcourir, toute l’échelle des intensités lumineuses, depuis 15 à 20 becs jusqu’à 4000 becs Carcel et même plus ; dans ce cas le rendement lumineux, qui atteint jusqu’à 250 becs par cheval-vapeur, constitue un avantage assez sérieux pour qu’on fasse quelques sacrifices sur la fixité de la lumière de Tare, fixité qui, par principe, ne peut être absolue, quelles que soient la perfection du mécanisme de réglage et la constance de la source électrique qui l’alimente.
- M. E. Reynier a toujours pensé qu'entre l’arc
- voltaïque et l’incandescence dans le vide, il y avait place pour uu système intermédiaire, pour des foyers de puissance moyenne présentant toute la fixité de l’incandescence dans le vide, tout en fournissant une lumière blanche, — M. Reynier ajoute une lumière vraie — et un rendement lumineux comparable à celui des arcs voltaïques ordinaires.
- Pénétré de cette idée, toutes ses recherches ont été dirigées dans cette voie, et c’est la dernière forme à laquelle il a été conduit par ces recherches que nous allons aujourd'hui décrire.
- Rappelons d’abord brièvement le principe de la première lampe brevetée par M. Reynier, le 19 février 1878 : Si une mince baguette de charbon pressée latéralement par un contact élastique et poussée, suivant son axe, sur un contact fixe (fig. 1 ) est traversée entre ces deux contacts par un courant énergique, elle devient incandescente dans cette partie et brûle en s’amincissant vers l’extrémité. Les lampes fondées sur ce système présentent cependant de graves défauts : les contacts font trop d’ombre, dérivent une certaine partie de la chaleur par conductibilité, et le jeu.du contact latéral est délicat.
- L’élévation de la température à la pointe provenant du contact imparfait, M. Reynier a surtout pensé à utiliser ce principe dans une lampe à incandescence dans le vide, en sectionnant un conducteur en graphite (fig. 2) en plusieurs tranches horizontales parallèles, et en les serrant modérément entre deux contacts. 11 a rencontré en pratique des difficultés de construction qui ne sont pas encore vaincues, il a alors songé à appliquer le principe de la superposition des contacts imparfaits à une lampe à incandescence dans l’air libre, en renouvelant les charbons automatiquement à mesure de leur usure. 11 emploie, à cet effet, plusieurs baguettes en éventail disposées à leurs bases entre deux contacts fixes qui amènent le courant : n charbons fournissent n-4-1 contacts, les charbons progressent et coincent les uns sur les autres comme les voussoirs d’une voûte dont les pièces de contact seraient les sommiers. Il faut pour cela des charbons plats et minces dans le sens transversal ; les charbons ronds ou carrés se taillent en pointes soustraites à l’action du courant qui rayonnent inutilement de la chaleur aux dépens du rendement lumineux. M. Reynier a tourné cette difficulté en employant un conducteur sectionné disposé suivant une ligne brisée (fig. 5), le courant traverse alors obliquement chaque baguette et ne laisse pas de pointes hors du circuit. Mais cette disposition donne une lampe de forme triangulaire, plate, mais beaucoup trop large à la partie supérieure; pour simplifier son montage, multiplier et rapprocher les contacts, et rétrécir le bâti, il faudra des charbons très aplatis dont M. Reynier a confié la fabrication à M. Carré.
- Pour les charbons ronds ordinaires, M. Reynier a construit un modèle plus simple, identique en principe avec celui de la lampe précédente, dans laquelle il utilise à la fois la taille amincie du
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- Contact en bout.
- Fig. 2.
- Conducteur sectionné.
- charbon et le principe des contacts imparfaits, tout en ne mettant que deux charbons dans l’appareil. La ligure 4 en montre le principe et la disposition pratique.
- Soient deux baguettes de charbon (fig. 4) amincies par un bout ; plaeons-les dans un même plan, presque parallèles l’une à l’autre, les pointes en regard, et rap-pr ochons-les jusqu’à ce qu’elles se touchent
- en un point. Les pointes [étant libres, on peut les faire buter sur deux contacts électriques et obtenir ainsi un système dans lequel le courant parcourt successivement les bouts amincis des deux charbons en sens inverse, en passant de l’un à l’autre par le point de contactmutuel.
- Il suffit de guider les baguettes dans leur plan commun, de leur donner une obliquité convenable et de les pousser dans le sens de leur longueur pour compenser l’usure et maintenir le contact à une distance convenable des deux pointes.
- La figure 5 représente l’appareil sous sa forme pratique. Les deux charbons E et F sont respectivement poussés par les poids P et Q qui glissent sur deux guides métalliques G et D. Les contacts obliques A et B sont deux lames de cuivre fixées sur les arcs de bronze G et II. Deux paires de brides isolantes I et J relient mécaniquement les deux moitiés de la lampe en les maintenant électriquement isolées : la paire I est en bois et porte le crochet de suspension; la paire J est en ardoise et forme une fente réfractaire guidant les deux charbons dans leur plan commun. Les charbons sont isolés des
- Conducteur sectionné en ligne brisée.
- {Fig. 4 et 5. — Nouvelle lampe de M. E. Reynier et détail des charbons.
- poids P et Q par des chapeaux en ivoire r et s dans lesquels ils viennent s’encastrer.
- Les deux contacts butoirs A et II portent peu
- d’ombre, le troisième contact accroît utilement la résistance de la lampe sans perte de chaleur.
- Le courant arrive par la borne K, traversée,G, A, les extrémités amincies des deux charbons, et revient par B, H et D à la seconde borne L.
- Cette combinaison de deux pointes incandescentes très rapprochées et de trois contacts voisins produit une
- concentration de chaleur favorable au rendement lumineux. La lumière présente une très grande fixité, comparable à celle des lampes à incandescence dans le vide, et une blancheur analogue à celle de l’arc voltaïque, dont elle n’a pas les fâcheuses variations dérouleur et d’éclat.
- La lampe fonctionne avec des courants assez intenses, 50 à 40 ampères, mais ne demande qu’une faible force élec-tromolricc, 8 à 10 volts. 11 sera donc facile d’en alimenter une avec un nombre très restreint d’accumulateurs ou de piles à grande surface.
- Des expériences précises nous fixeront d’ailleurs bientôt sur sa dépense électrique et sur son rendement en lumière, mais on peut déjà dire à l’avance qu’il sera au moins égal et très probablement supérieur aux arcs vol-
- taïques de faible puissance.
- E. H.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laluire, 0, rue Je Fleurus, à Paris.
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- N° 48 4. — SEPT EM B R K 1 8 82.
- L.\ NATURE.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- CONGRÈS DE LA ROCHELLE
- Notre gravure représente l’entrée du port de La Rochelle où vient d’avoir lieu le onzième Congrès de Y Association française : tous ceux qui ont assisté à cette session en ont emporté le souvenir de travaux intéressants, d'observations instructives et de visites faites dans des localités où les curiosités historiques
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- abondent. À Bordeaux, à Lyon, à Lille, à Nantes, à Clermont, au Havre, à Paris, à Montpellier, à Alger, les membres de Y Association française ont trouvé des sujets d’étude en quelque sorte plus vastes et plus variés, mais les habitants de La Rochelle ont montré que les petites villes, ne le cèdent en rien aux plus grandes, quant à l’hospitalité de leur réception et à la cordialité de leur accueil.
- La Rochelle est caractérisée par l’héroïsme qui s’attache à son histoire; elle représente, au plus haut point, l’énergie du patriotisme et l’amour de la liberté; quand on relit, comme nous venons de le faire, la défense qu’elle^ sut opposer à plusieurs
- reprises à ses assiégeants, et la lutte suprême qu’elle osa soutenir contre le blocus organisé par Richelieu, quand on voit son sentiment de l’indépendance, la conduire à résister pendant quatorze mois; et à ne se rendre qu’après avoir laissé mourir tous ses défenseurs par la famine *, on ôte son chapeau devant ses tours noircies par l’âge, comme on saluerait de vieux guerriers.
- Les deux tours de l’entrée du port sont celles de Saint-Nicolas remontant à la fin du quatorzième siècle (1384) et de la Chaîne qui a été reconstruite au quinzième siècle. Cette dernière tour, ou plutôt ces tours, car il y avait la grande et la petite tour
- 1 Quand Louis XIII fit son entrée dans La Rochelle, il ne put retenir ses larmes à la vue de tant de souffrances ; des 28 000 habitants de La Rochelle, 23,000 étaient morts de faim.
- 10* année. — 2* lernestr*.
- de la Chaîne, dont la première subsiste seule, démantelée, étaient ainsi nommées « à cause, dit la légende d’une vieille carte, qu’on y tend une chaîne de fer qui est attachée à la tour de Saint-Nicolas, pour empêcher les navires d’entrer et de sortir sans permission du capitaine ». Cette habitude de fermer le port a subsisté jusqu’au siècle dernier. C’est à propos de cette chaîne que Rabelais raconte que « Gargantua craignant que Pantagruel ne se gastat, feist faire quatre grosses chaisnes de fer pour le lier, et de ces chaisnes en avez une à la Rochelle que l’on lève au soir entre deux grosses tours du havre. »
- L’hôtel de ville de La Rochelle, avec son mur d’enceinte, de forteresse à tourelles, à créneaux, et à mâchicoulis, avec ses façades intérieures sculptées
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- LA NATURE
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- et sa galerie voûtée, est un des plus remarquables monuments de France. 11 est classé comme monument historique. Cet hôtel de ville, aujourd’hui restauré avec beaucoup d’art, appartient à plusieurs époques différentes. Le mur d’enceinte remonte au quinzième siècle, il a été achevé en 1486; le pavillon de gauche dans la cour a été construit sous Henri II. L’aile principale, moins le pavillon, a été construite sous Henri IV et terminée en 1606.
- Les membres de l'Association française, ont encore visité à La Rochelle, le Jardin des Plantes, le Muséum Fleuriau, le Muséum Lafaille, le Musée d’Anthropologie et d’Ethnographie, organisé par la Société de Géographie de la localité, la Bibliothèque enfin, qui comprend aujourd’hui 50 000 volumes environ.
- Parmi les curiosités scientifiques que nous avons vues à La Rochelle, nous citerons, sous le rapport des sciences naturelles, la visite à des localités envahies par les termites qui rongent intérieurement les poutres de bois au point de les transformer en tubes creux d’une grande fragilité, et au point de vue mécanique, la remarquable installation organisée pour la distribution de l’eau dans la ville, où se trouve installé un système de transmission de force par l’électricité. Une pompe rotative qui débite 180 mètres cubes à l’heure est actionnée par l’intermédiaire de machines Gramme reliées par un conducteur, à l’aide d’un générateur placé à 800 mètres de distance.
- Les Congrès scientifiques de l'Association française offrent l’avantage de fournir l'occasion d’un véritable enseignement mutuel entre les habitants de la région que l’on visite, et les membres du Con„- * grès eux-mèmes. — Deux Conférences scientifiques très intéressantes ont eu lieu dans la grande salle de l’Oratoire, transformée pour la circonstance. M. Bouquet de la Grye, l’éminent ingénieur hydrographe de la marine, a parlé des travaux du port en eau profonde de la Fallice, qui se construit actuellement et qui est appelé à transformer La Rochelle, en établissant sur l’Océan un établissement sans rival. — Nous reviendrons en détail sur ce grand projet. — Notre collaborateur et ami, M. Ed. Hospitalier, a fait une seconde conférence sur la lumière électrique, et il a exécuté avec le concours du Dr Ranque, un grand nombre d’expériences remarquables qui ont obtenu un grand et légitime succès. L’habile électricien a fait fonctionner des lampes électriques de différents systèmes, parmi lesquelles la lampe Reynier, récemment décrite ici-même, des bougies électriques, des lampes à incandescence Edison, Maxim et Svvan, qui ont éclairé la salle de conférence aux applaudissements de l’auditoire. La source d’électricité dont se servait M. E. Hospitalier consistait en accumulateurs Faure, envoyés tout chargés de Paris ; ils ont fourni une quantité d’électricité presque inépuisable, et ont permis de recommencer après la conférence, toutes les expériences déjà faites.
- 11 n’y a jdus de belles fêtes aujourd’hui sans lu-
- mière électrique. La ville de La Rochelle a célébré ses adieux à ïAssociation française par une fête de nuit donnée sur la promenade du Mail; six lampes Soleil jetaient leurs rayons dans la grande avenue ; ces lampes étaient actionnées par une machine Gramme montée spécialement pour la circonstance. Au loin, à l’horizon, on apercevait en mer des rayons de lumière intense, décrivant dans l’espace des arcs de cercle immenses : c’était l’escadre française en rade à Rochefort qui se mêlait à la fête de la science; les grands navires cuirassés la Dévastation et la Savoie envoyaient jusqu’à nous les rayons de leurs foyers électriques.
- On ne peut se faire idée de la façon dont le temps est rempli pendant les journées du Congrès ; le lecteur ne doit pas oublier que tous les matins les membres de l’Association se réunissent dans leurs sections respectives où sont présentés les mémoires, les communications et les travaux originaux ; et les quelques journées qui sont laissées libres sont consacrées aux excursions dans les environs. Ce sont de celles-là que nous parlerons spécialement dans notre prochaine livraison.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement.—
- UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUT
- A LIÈGE
- La purification des eaux d’égouts des villes et l’utilisation pour l’agriculture des matières fertilisantes qu’elles renferment est en ce moment à l’ordre du jour dans tous les pays. 11 nous suffira de citer quelques chiffres pour montrer l’importance de celte question au point de vue de la salubrité et de la question économique ou financière. La ville de Liège déverse tous les jours, près de la Fonderie de Canons, soit dans la Meuse, soit dans le Canal de Maestricht, 50 mille mètres cubes d’eaux d’égouts, provenant du grand égout collecteur. Ces eaux contiennent par mètre cube pour plus de 9 centimes de matières fertilisantes qui sont perdues et dont la majeure partie peut être utilisée pour l’agriculture ; donc représentant plus de quatre mille francs de valeur perdue par jour. Un chimiste distingué, M. Alexandre Neujean, vient de faire connaître un nouveau moyen d’assainir les cours d’eau et d’employer les richesses fertilisantes qui s’y perdent. Il utilise pour cela les scories basiques phosphoreuses Besse-mer, qui, par elles-mêmes étant traitées par ses procédés spéciaux, donnent en même temps à l’agriculture des quantités énormes de superphosphates solubles et assimilables, de sulfate de chaux et silice assimilable. 11 obtient ainsi, après avoir purifié les eaux d’égouts au moyen des scories basiques spongieuses et phosphatées, des engrais complets d’une grande richesse, que d’après ses affirmations il pourra fournir à l’agriculture à des prix tellement bas, que la culture forcée par l’emploi de ces engrais, s’imposera à toutes les grandes exploitations agricoles.
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- LA NATUKE.
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- LE PERCEMENT DE L’ISTHME DE PANAMA
- (Suite et lin. — Voy. p. 51, 98 et 129 et 198.)
- Arrivés à ce point de notre étude, après avoir conduit par anticipation notre lecteur jusqu a l’ouverture du canal, l’avoir fait assister à toutes les phases de cette conception grandiose d’une route entre les deux Océans, depuis les premières et lointaines explorations de Balboa jusqu’à l’établissement du devis de la Commission technique internationale, il nous reste encore, pour compléter notre travail, à examiner quel peut être, lors de son ouverture, le rendement du nouveau passage maritime, quel nombre approximatif de tonnes de marchandises transiteront dans ses eaux, qu’elles viennent des côtes asiatiques, des ports européens ou des places américaines, quelle juste rétribution enfin peuvent espérer ceux qui ont vaillamment apporté leur obole pour doter le monde de l’une de ses œuvres les plus merveilleuses et les plus fécondes.
- Interrogeons pour cela la carte des deux hémisphères, et plaçons - nous sur l’istlmie même, à ce centre futur du monde nouveau, selon l’expression d’Ampère. A l’Est, l’Europe; à l'Ouest, les riches contrées asiatiques, la Chine et le Japon, l’Australie, Yokohama, Shanghaï, IIong-Khong, Sidney; au Nord, les deux côtes des États-Unis, New-York et San Francisco ; au Sud, les places du Chili, du Pérou et du Brésil. La voie lointaine et périlleuse du cap llorn et du détroit de Magellan, où l’on rencontre les plus hautes vagues des mers, sera supprimée pour toute cette vaste étendue commerciale, et l’ouverture du canal de Panama résoudra encore par elles le problème, si courageusement' sondé depuis Franklin, d’une communication maritime entre l’Amérique du Nord et le continent asiatique par les mers polaires. Nous avons tracé sur la carte annexée (fîg. 5) les routes suivies par le cap llorn (traits pointillés) et par le canal de Panama (traits pleins) pour des navi-
- res partant de différents points de la zone d’attrae-tion du canal ; on se rendra donc facilement compte du raccourcissement considérable qui résultera du choix de la voie nouvelle : 5500 lieues pour les navires allant de Londres ou Liverpool à San Francisco ; 5500 lieues du Havre à San Francisco ; 2200 lieues de Londres ou du Havre à Sidney, 2800 lieues de Londres aux îles Sandwich, et enfin, pour ne citer que les lignes les plus importantes, 1400 lieues entre Bordeaux et Valparaiso.
- Si maintenant* joignant aux routes par le canal interocéanique les chemins maritimes inaugurés par le premier canal africain (fig. 2), nous interrogeons la carte du globe, ou plutôt celle du seul hémisphère nord, comprenant la plus grande partie du
- monde civilisé : l’Europe, l’Afrique connue, les États-Unis, les pays asiatiques, réunis les uns aux autres par la merveil le use ceinture de Suez et de Panama, la colossale influence qu’aura exercé sur le mouvement général des échanges, l’ouverture des deux routes nouvelles se dessinera plus nettement encore à nos yeux. Suivons pour cela le sillage du steamer qui, partant de Liverpool, prendra la route de Gibraltar, Suez, Ceylan, Sumatra, Shangaï, le Japon, San Francisco, Panama, l’Atlantique et enfin retournera à son point de départ, Liverpool (fig. 1). Le tour du monde sans avoir touché l’équateur! Quelle différence avec le voyage de circumnavigation de Magellan ! Les barrières de Suez et de Panama sont tombées; plus de caps — cap des Tempêtes ou cap llorn — à doubler. La route précise est réduite à son parcours le plus strict, les mondes sont rapprochés, l’immensité des Océans est à jamais vaincue !
- Plus encore que le canal de Suez, déjà si riche eu transit, le canal américain sera la véritable route maritime, admettant indifféremment dans ses eaux les navires à voiles et les navires à vapeur. Par Suez, en effet, le transit par voiliers est, sinon impossible, du moins assez défectueux, étant donnée la largeur restreinte de la mer Bouge, l’inconstance
- O C E\
- Fig. 1. — Le tour du inonde par Suez et Panama.
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- LA NATURE.
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- dos vents, variant alternativement du Sud au Nord et du Nord au Sud, forçant les voiliers qui s’engageraient dans les eaux de la mer Rouge à évoluer pendant de longs et inutiles jours entre deux cotes rapprochées, sur toute la longueur de
- cette langue chauffée à blanc par les températures torrides de l’Afrique australe et de l’Arabie. Aussi voyons-nous le transit de Suez, tout en se développant par la force du courant toujours grandissant des échanges, augmenter en passage de navires à
- ARCTIQUE
- OCEAN
- Equateur Q Panama*
- O CEf
- C.Horn
- Fig. 2. — Les routes par Suez et par le cap de Bonne-Espérance.
- vapeur, remplaçant le service du voilier, forcé d’adopter encore la route du cap de Bonne-Espérance. A Panama il n’en sera pas ainsi. Le voilier, comme le vapeur, y rencontre une route sûre, protégée par les alizés, et le conduisant, suivant sa destination, en Chine ou en Australie. Vapeurs et voiliers trouveront, dans la route du canal interocéanique, un parcours avantageux. Cette circonstance, spéciale aux mers réunies dans un avenir prochain, est destinée à faire la fortune immédiate de l’œuvre nouvelle de M. de Les-seps, contrairement à Suez, dont le transit n’a atteint les chiffres actuels qu’au bout de dix années d’accroissement successif : le tonnage de Suez, fixé en 1881 à 5 800 000 tonneaux, avec 2727 navires, n’atteignait que 3 000 000 ^ de tonneaux en 1875, avec moins de 1500 navires, et seulement 1 450 000 tonneaux et 1082 navires en 1872. En résumé, cette circonstance spéciale de la difficulté de passage des voiliers par Suez réduit le transit du détroit africain au tiers environ des échanges réels entre l’Orient et les pays occidentaux.
- La Commission déléguée par le Congrès d’études de 1879 n’a donc pas exagéré le tonnage qui passera,
- OCEAN
- L ARCTIQUE
- I B ElR l E
- \ f. O CEA /V^v
- [ /ffl./iDIENVt
- C.de B* Espérance
- Fig. 3. — Les routes par Panama et par le cap Horn.
- dès l’ouverture du canal, des eaux de l’Atlantique dans celles du Pacifique, en l’évaluant à 6 millions de tonnes, comprenant, en dehors du grand mouvement d’échanges entre les places commerciales des continents et le service de steamers, le passage des voiliers, et l’énorme cahotage qui va s’installer entre les rives orientales et occidentales des deux Amériques. La situation géographique des deux continents américains peut, en effet, être assez fidèlement représentée par une double boucle en forme de 8, dont il faut faire le tour complet pour aller d’un point du périmètre à un autre point opposé ; séparez ces deux boucles, et leurs distances seront raccourcies de moitié par le passage ainsi créé. Examinons, par exemple, deux des principaux éléments du trafic qui s’effectue entre la côte orientale et la côte occidentale de l’Amérique, la côte chilienne et les places des États-Unis : le nitrate de soude ou salpêtre du Chili, employé spécialement dans la fabrication de l’acide nitrique, et le guano du Pérou, dont il se fait une consommation si considérable pour les engrais. Salpêtre et guano, qui suivent aujourd’hui, de Valparaiso ou de Lima pour New-York, la route du cap Horn, adopteront certainement, dès son ou-
- Fig. 4. — M. Ferdinand de Lesseps.
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- verture, la route interocéanique, qui raccourcira dans des proportions avantageuses le temps de la traversée. Les bénéfices de cette nouvelle ère de transactions seront doublés : bénéfices pour l'armateur, qui pourra expédier avec plus de vitessse; bénéfices pour l’ache-teur, qui verra s'abaisser d’autant le prix de revient de la matière importée. Le même ra i son nem e n t pourrait être appliqué, pour des places différentes , aux mille matières échangées dans ce rayon commercial qui cm-br assera la moitié de la surface du globe, l’Asie orientale, l’Océanie, la Polynésie, les deux Amériques et l’Europe occidentale.
- Prenant donc pour base de nos calculs ce chiffre prévu et parfaitement justifié de 6 millions de tonnes transitant par le canal, et fixant, comme l’a fait le Congrès, à 15 fr. par tonne le droit de passage, il nous sera facile de calculer, avec assez d’exactitude, le bénéfice matériel que procurera à ses intéressés l’œuvre de Panama. A la vérité, nous sommes, dès le principe, arrêté par le chiffre des dépenses probables, qui n’est pas encore absolument connu, mais que nous pouvons évaluer déjà à 800 millions, chiffre très large si nous nous basons sur les propositions faites à M. de Lesseps, pour la construction entière du canal, par MM. Couvreux et Hersent, que nous avons déjà vus à Suez, au Danube, à Anvers, partout où
- il y a de grands et difficiles travaux à exécuter. Si donc nous mettons en regard les recettes estimées, pour fi millions de tonnes à 15 francs, à 90 millions de francs, et les charges qui pèseront sur l’entreprise, redevance au gouvernement colombien, garanties au chemin de fer, frais d’exploitation, il nous restera une part de dividende de 42 francs par action, soit plus de 8 pour 100, dès l’ouverture du canal. Sans vouloir entrer ici dans des détails financiers, nous pouvons r appeler la plus-value colossale des valeurs de Suez depuis l’ouverture du canal africain, et prédire à la route transocéanique un succès au moins égal.
- Il nous semble que nous avons dès maintenant examiné la question de Panama sous toutes ses faces , aussi complètement qu’elle peut l’être , aujour -d’hui que nous sommes encore dans la période préparatoire de ces travaux gi-gan tesques. C’est à peine, en effet, si, sur les hauteurs de laCulebra, dans les plaines de Mindi ou à Munkey-Hill, les premiers excavateurs commencent à mordre les terres vierges de l’isthme. Nous ne voulons cependant point clore notre étude sans au moins définir une expression souvent prononcée dans les discussions soulevées autour de l’œuvre de M. de Lesseps : nous voulons parler de la fameuse déclaration du président Monroë. Qu’est-ce que la « doctrine Monroë », et comment a-t-elle été
- Fig. 5. — Isthme de Panama — La statue de Christophe Colomb à Colon-Aspinwal.
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- mêlée à l’œuvre de l’isthme américain, au point de nécessiter des déclarations catégoriques, enlevant à cette doctrine toute interprétation défavorable à l’établissement du canal interocéanique? Nous avons besoin pour cela de redescendre un peu dans l’histoire, au Congrès de Laybach et à la restauration du roi Ferdinand sur le trône d’Espagne.
- Ce fut à ce Congrès de Laybach, en 1822, que les monarques alliés firent cette déclaration fameuse « qu’ils avaient le droit d’intervenir dans les affaires d’un autre Etat, et de réformer son gouvernement, afin d’empêcher les effets de son mauvais exemple, c’est-à-dire le fonctionnement d’un gouvernement libre. » La Russie, la Prusse, l’Autriche et la France, ou plus exactement, les empereurs ou rois qui se trouvaient alors à leur tête, votèrent cette déclaration, que l’Angleterre repoussa, à sa louange. L’année suivante, en 1823, les troupes françaises entraient en Espagne, renversaient le gouvernement des Cortès, et rétablissaient Ferdinand dans ses pouvoirs royaux. Après cette première campagne sur le continent, les nations monarchiques alliées allaient-elles également rétablir, dans les colonies espagnoles soulevées de l’Amérique Centrale, le gouvernement royal chassé par la junte de 1810 et remplacé par le célèbre Bolivar? C’est dans cette situation, devant la possibilité d’une intervention en Amérique, et pour seconder l’action de l’Angleterre, que le président d’alors des États-Unis, Monroë, fit sa déclaration, s’opposant en principe à toute intervention étrangère sur le territoire américain, intervention que les États-Unis jugeraient « comme une manifestation de dispositions non amicales à leur égard. » Telle est la doctrine de Monroë, dont on a voulu appliquer les termes à l’entreprise de M. de Lesseps, assimilant à une intervention armée une œuvre toute pacifique, librement consentie par le gouvernement de Colombie, et pour laquelle il est stipulé une absolue neutralité en cas de guerre.
- Et maintenant, bonne chance au nouveau canal interocéanique, que semble vouloir protéger la grande figure de Colomb, debout sur son piédestal d’Aspinxval (fig. 5), les yeux tournés vers cette rive asiatique dont il a cherché la voie. Louis Bonaparte avait rêvé de lui donner le nom de « canal Napoléon. » Nous pourrions l’appeler « canal Français » ou « canal de Lesseps », car c’est bien à l’initiative du créateur de Suez que nous devons l’établissement de cette nouvelle route du globe. Grande est l’œuvre à accomplir, mais les résultats en seront incalculables, et la face du monde peut en recevoir un changement notable; les difficultés d’exécution ne doivent donc point nous effrayer outre mesure. Dans l’une des séances du Congrès de Paris, M. le commandeur Cristoforo Negri, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du gouvernement italien, parlant de l’avenir du canal et mettant en regard les dépenses d’exécution, l’avenir de richesses que nous réservait son ouverture, invoquait à l’appui de
- sa thèse, l’exemple des digues du Pô et de la somme de travail colossal qu’a nécessitée leur construction :
- « Lorsque je jette les yeux sur ma patrie, la Lombardie— disait éloquemment M. Negri, — lorsque je contemple les digues prodigieuses du Pô, qui, sur scs deux rives dirigent et renferment ses eaux de Plaisance à la mer, sur une longueur d’environ 200 milles, digues dont la largeur au sommet, toujours aussi grande que celle des boulevards à Paris, l’est en quelques localités deux ou trois fois plus, je vois que pour sauver ces quelques hectares de terre italienne, on a exécuté un transport de déblais plus considérable que celui qui serait nécessaire au percement de l’isthme américain, c’est-à-dire à une œuvre qui intéresse l’économie du monde entier. » L’œuvre est aujourd’hui décidée ; il ne s’agit heureusement plus de convaincre, mais de vaincre, et c’est chose facile àM. de Lesseps. Le grand « Français » nous a annoncé que dans six années, il irait lui-même inaugurer le canal. Gela suffit pour que nous soyons certain de l’y rencontrer.
- Maxime Hélène.
- LE SAUVETAGE DES NAUFRAGÉS
- Notre but, en écrivant la notice que l’on va lire, est de faire connaître une institution déjà célèbre par les services qu’elle rend à l’humanité, mais qui mériterait d’être dotée de ressources bien plus considérables que celles dont elle dispose, et d’acquérir une notoriété bien autrement importante que celle dont elle jouit. Il s’agit de la Société centrale de sauvetage des naufragés, sur laquelle la catastrophe récente du port du Havre et les dévouements héroïques auxquels elle a donné lieu, ont si vivement attiré l’attention publique.
- Rappelons d’abord les principaux traits de ce drame lamentable et des actes sublimes qu’il a inspirés.
- Le dimanche 26 mars 1882, dès le matin, une dépêche d’alarme était affichée au bureau du port du Havre; le vent soufflait en tempête, la mer hurlait sur les grèves, et les vagues furieuses bondissaient par-dessus les forts.
- L’ordre est donné d’armer les canots de sauvetage ; un sloop de Saint-Waast, le Vivide, vient, en effet, de hisser son pavillon de détresse au moment où il se dirigeait sur Honfleur.
- Le bateau de sauvetage est vite prêt; son équipage lève l’aviron au moment où la tempête redouble, mais on vient de crier : « En route! », et les marins, sans hésiter, quittent le rivage au milieu des acclamations de nombreux assistants qui les encouragent.
- Le bateau sort à la voile; la mer devient de plus en plus menaçante. Tout à coup un cri épouvantable retentit du haut du sémaphore. Le canot de
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- sauvetage a chaviré! Les onze hommes qui le montent sont enlevés par la mer, roulés par les Ilots, étouffés par le sable; on les voit faire des efforts inouïs pour rejoindre le bateau qui s’en va à la dérive1.
- L’alarme est donnée aussitôt : un second bateau de sauvetage est mis à la mer pour aller à la recherche de ces infortunés. Il est monté par Jules Leblanc, Chevreau, Hérault, Potevin, Lelièvre, Martin, Germain, Louis Lamé, Barre, Bréville et Le-cocq. L’embarcation ne flotte pas, elle vole sur les vagues, tant est grande l’ardeur de ces hommes de dévouement, qui veulent sauver leurs frères. Quand ils arrivent sur le lieu du sinistre, ils ne voient surnager aucun des marins du premier bateau de sauvetage. La mer les a tous engloutis.
- Quelques secondes après, le sloop pour le sauvetage duquel onze hommes viennent de mourir, s’en va à la dérive et les six hommes de son équipage sgnt engloutis à leur tour.
- Cette catastrophe a laissé dix-huit enfants sans père. Elle montre ce qu’il y a de dévouement, d’intrépidité, d’héroïsme dans l’âme de ces braves qui composent la Société de sauvetage. Citons un autre fait pour faire voir ce qu’il peut y avoir d’utilité dans leur action.
- « C’est à la station de Gravelines que s’est opéré, le 17 janvier 1867, le sauvetage que nous allons essayer de raconter. Ce jour-là, pendant une horrible tempête qui durait depuis trente-six heures, un brick était jeté à la côte, en un point distant du rivage d’environ 1500 mètres. Aussitôt ce sinistre signalé, le canot de sauvetage était mis à la mer par son patron, assisté d’un équipage composé en partie d’hommes de bonne volonté, plusieurs marins de l’équipage réglementaire se trouvant absents. Pendant que ce canot, luttant contre les flots déchaînés, s’acheminait avec les plus grands efforts vers le bâtiment échoué, un second bâtiment s’échouait à 400 mètres du premier, puis un troisième, une goélette suédoise, poussé à la côte, à 2 kilomètres plus loin, mouillait sur deux ancres et se trouvait en perdition. Après un accostage des plus difficiles, les sauveteurs parviennent à recueillir dans leur canot les sept marins composant l’équipage du premier navire et les ramènent à terre, où l’un d’eux, presque expirant, n’est rappelé à la vie que par des soins prodigués. Les naufragés à peine débarqués, le canot reprend la mer quoique devenue plus furieuse encore, arrive jusqu’au second bâtiment, recueille et ramène à terre les huit hommes qui le montaient. Mais à ce moment, les forces des marins composant l’équipage du canot étaient complètement épuisées; il fallait donc se résigner à laisser périr, corps et biens, le troisième navire qu’on avait devant les yeux. Heureusement les sauveteurs avaient pour chef un homme d’une rare énergie, le patron Le-prètre : il fait appel à leur courage en leur remon-
- 1 Ces marins avaient pour noms : Lecroissey, Moncus, Lepro-vost, Dessovers, Cardine, Ménéléon, Olivier, Jacquoit, Fossey, Leblanc cl Varescot.
- frant qu’ils ne peuvent abandonner des frères dont ils entendent les supplications : Dieu et leur bonne embarcation, tels sont les motifs par lesquels il cherche à leur donner confiance, et son appel est entendu. Deux des marins, exténués de fatigue et de froid, ne peuvent se rembarquer ; deux autres se présentent pour les remplacer. En vain la mer semble repousser le canot qu’ils s’efforcent d’y lancer une troisième fois. En réunissant leurs forces et se plongeant dans l’eau jusqu’aux épaules, ils parviennent à le remettre à flot ; ils partent enfin, atteignent le navire, et bientôt les sept hommes qui le montaient sont ramenés sains et saufs. Ce long drame avait duré sept heures. Anxieuse et haletante, la population tout entière n’avait cessé de le suivre des yeux et, chaque fois, hommes et femmes, s’avançant dans la mer, étaient venus, au milieu des brisants, former une chaîne vivante, et se passer de bras en bras les vingt-deux victimes que le canot de sauvetage venait d’arracher à la mort. Un si noble et si courageux dévouement, tant de périls affrontés avec une persistance si rare, ne pouvaient évidemment rester sans récompenses ; aussi des médailles furent décernées, tant par le Comité de la Société centrale de sauvetage que par le ministre de la marine, aux auteurs de cette lutte mémorable, et celui auquel en revenait le principal honneur, le patron Leprêtre, reçut la plus éclatante des récompenses à laquelle puissent aspirer, en France, le courage militaire ou civil, la croix de la Légion d’honneur 1 ».
- De tels faits honorent, et le pays au sein duquel ils se produisent, et l’Association qui les a provoqués, par son initiative et par la construction des engins qui les rend possibles.
- Nous n’entrerons pas dans le détail de l’histoire du sauvetage des naufragés; il nous faudrait remonter bien loin dans le passé, et nous livrer à des discussions sur son origine quelque peu confuse. On a dit que l’idée de la création des bateaux de sauvetage, life boats, appartenait à l’Angleterre, et remonterait à la fin du siècle dernier ; M. de la Landelle a démontré que dès l’an 1610 un certain chevalier de Razilly expérimentait aux Tuileries, par ordre de la reine Marie de Médicis, alors régente, une nacelle insubmersible. Cent soixante-dix ans plus tard, c’est-à-dire en 1776, on faisait à Saint-Cloud, l’essai d’un autre canot insubmersible imaginé par M. de Bcrniè-res; d’autres faits semblables ont été signalés en Angleterre. Quelle que soit la vérité sur l’origine de ces tentatives de sauvetage, contentons-nous de dire que c’est seulement en 1835, pour ce qui concerne notre pays, qu’une première tentative fut faite, à Paris, en vue de créer, sous le nom de Société centrale des naufrages, une association ayant pour but d’organiser sur nos côtes un service * général et complet de secours pour les sinistres. Ce projet
- 1 Annales des Ponts et Chaussées, 4e série, 2e semestre, mémoire de M. Charié-Marsaines sur le sauvetage des naufragés.
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- recueillit partout des témoignages d’intérêt; il n’en demeura pas moins sans exécution, malgré les efforts des hommes de cœur qui le patronaicnt. En 1841, deux nouvelles Sociétés de sauvetage, formées con-
- curremment à Paris, n’eurent pas plus de succès. — En 1848, Théodore Gudin, l’artiste si connu pour s’intéresser aux choses de la mer, se fit le promoteur d'une Société centrale de sauvetage ; mais cette
- Fig1. 1 Elévation.
- 3 7 6 Si 32 1^1 2 3 ï 5 6 7 8
- Fig. 2 Plan de la Cale et des caisses à air qu’elle renferme.
- les lignes ponctuées indiquent le, tracé des lignes d'eau/, correspondant, à celles indiquées dans la, Fij 3.
- Fi?. 2b.,s Plan du Pont.
- Fig.3 Coupe au milieu de la longueur.
- Fig-, h Tracé des couples !
- MAISON ABRI Fig. 5 Coupe en long.
- Fig.'6 ’Coupe en travers. Fig. 7 Ceinture de sauvetage.
- Fig. 1 à 7. — Bateau de sauvetage et détails de son organisation.
- Fig. 1 à 3. — A, tambour en dos d’âne formant caisses à air. B. quille en chêne reliée à l’étrave C et à l’étambot D. E, fausse quille en fer forgé. G, vingt-quatre barreaux transversaux supportant le pont et s’appuyant sur la lisse L que soutiennent les onze varangues V. P, pont du bateau. H, écoutilles. I, pompe à main. K, bancs. M et N, lisses intérieures. Q, liston en chêne. R, ventrières destinées à soutenir la coque lorsque le canot est sur son chariot. S, carlingues latérales. T, caisses à air. U, puits à soupape pour l’écoulement de l’eau embarquée. Z, marche-pieds servant de point d’appui aux pieds des rameurs. —Fig. i. — Tracé des couples du bateau sur lequel sont figurées les lignes d’eau. — Fig. 5 et 6. — Maison abri. — Fig. 7. — Ceinture de sauvetage; système du capitaine Ward.
- association .ne put, malgré ses efforts, réunir un nombre suffisant d’adhérents, et elle vécut à peine.
- C’est en 1860 que le gouvernement, prenant en mains la question du sauvetage des naufragés, conçut l’idée de placer la création et la direction géné-
- rale du service du sauvetage entre les mains d’une Société privée, qu’aiderait le concours de l’Administration. L’Association, à peu près morte de 1848, se ranima, et dès les premiers jours de 1864, la Société centrale des naufragés, constituée sur de
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- nouvelles bases, présidée par M. l’amiral Rigault de Gcnouilly, prit de jour en jour un développement de plus on plus considérable. L'année suivante la Société était reconnue comme établissement d’utilité publique; mais, comme nous le disions an
- début de cette notice, une telle Société ne saurait jamais être assez prospère, et tous ceux qui ont le souci de la solidarité humaine devraient augmenter ses ressources, en y apportant leur obole, soit comme membres, soit comme souscripteurs.
- Fig. 8. — Mise à la mer d’un bateau de sauvetage.
- Après avoir dit ce qu’est la Société centrale de sauvetage des naufragés, arrivons à l’examen de ses moyens d’action et du matériel dont elle dispose.
- Les procédés de sauvetage les plus communément employés sont au nombre de deux; ils consistent soit en une embarcation qui, prenant les hommes à bord du navire en perdition, les amène à terre,
- soit dans l’établissement d’une corde tendue entre le rivage et le navire et le long de laquelle on fait glisser un sac ou une corbeille dans laquelle les naufragés se placent successivement et sont amenés à terre, sans autre risque qu’une immersion plus ou moins complète dans la vague, si la corde n’a pu être tendue à un niveau suffisamment élevé au-dessus de la mer. Ce dernier procédé, généralement
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- connu sous le nom de va-et-vient, nécessite une première opération qui consiste à faire passer une corde de la rive à bord du batiment en détresse. Pour cela, il faut envoyer jusqu’au navire, ou, pour mieux dire, au delà du navire, un projectile entraînant avec lui une corde fine. L’envoi de ce projectile, que l’on nomme porte-amarre à cause de sa destination, était un problème difficile à résoudre, et pour lequel des solutions très diverses ont été tentées. Sans entrer dans le détail de ces solutions, on doit remarquer que l’opération est loin d'être terminée lorsqu’on a envoyé une ligne à bord du navire en perdition ; c’est là seulement le préliminaire indispensable de l’établissement du va-et-vient qui doit soustraire à la mer les naufragés. A l’autre extrémité de cette ligne, celle qui est restée à terre, est attachée une seconde corde plus forte que la première, et qui passant dans une poulie, est amenée à bord par l’équipage du navire et attachée à un mât ; c’est à cette cor de que l’on fait glisser, suspendue à une poulie, la corbeille dans laquelle se placent successivement les naufragés. Ce procédé est assurément le meilleur, parce qu’il n’expose pas la vie des sauveteurs, mais il ne peut être employé que lorsque l’échouage du navire a lieu assez près de la côte, à 300 mètres au plus. Si, au contraire, le navire échoué est plus loin de la côte, il faut absolument, pour secourir l’équipage, recourir à l’emploi de l’autre procédé, c’est-à-dire au canot de sauvetage.
- Ces canots se distinguent nécessairement des embarcations ordinaires; ils sont légers pour être facilement transportables, très solides pour supporter les chocs les plus violents; ils sont enfin insubmersibles, ce qu’on obtient avee des boîtes à air et des morceaux de liège; il est nécessaire que le bateau puisse se débarrasser automatiquement et sans retard de toute l’eau qui peut y entrer. Cette prompte évacuation s’obtient en établissant le plancher, non pas au fond comme dans les embarcations ordinaires, mais à quelques centimètres au-dessus du niveau de l’eau extérieure : ce plancher que l’on rend imperméable est percé de six trous correspondant à d’autres trous d’égale dimension pratiqués dans la coque du bateau. A ces trous sont adaptés, au ras du pont, des tubes métalliques munis de soupapes qui, se fermant de bas en haut, s’opposent à l’introduction des eaux ascendantes, celles de la mer sur laquelle repose le fond du canot, mais livrent un libre passage aux eaux descendantes, celles embarquées dans la carène. Par ce moyen, il n’en reste jamais sur le pont.
- Il faut enfin que le canot jouisse de la propriété de se relever automatiquement si la violence de la mer vient à le faire chavirer, soit sur le côté, soit la quille en l’air. C’est en fixant sous celle-ci une forte quille en fer qu’on lui donne cette propriété (voy. fîg. 1 à 3).
- Le canot de sauvetage est remisé généralement sous un abri en maçonnerie, à proximité de la mer
- (fig. 6). On le conduit à la mer sur des chariots et on le lance au milieu des flots, comme le montre notre gravure (fig. 8).
- Quant à l’équipage, il doit être bien dressé à la manœuvre et être prêt au premier appel. —On a vu précédemment par deux exemples, le courage et le dévouement de ces sauveteurs. Aux signaux des naufragés, ils bravent tous les périls, même la mort, n’attendant de leur sacrifice d’autre récompense que l’estime de leurs concitoyens et la satisfaction d’un grand devoir accompli.
- La Société centrale de sauvetage des naufragés publie sous le titre Annales du Sauvetage maritime \ un recueil spécial dans lequel elle rend compte de ses projets, de ses travaux, des résultats obtenus. Cette publication pourrait s’appeler, les Annales de l'héroïsme; on y lit, en effet., des traits admirables de courage, des actes parfois sublimes, qui honorent l’humanité.
- La Société centrale de sauvetage des naufragés a établi déjà 62 stations de canots de sauvetage et 391 ppstes de porte-amarres divers. Le nombre des personnes sauvées par elle dépasse 2000, le nombre des navires sauvés atteint 159, celui des navires secourus 372.
- La Société n’a pas seulement à venir en aide aux naufragés, il faut qu’elle pense aux femmes et aux enfants que laissent après eux, ceux qui sont morts, pour sauver leurs frères. II nous paraît être du devoir de tous d’y penser aussi 2.
- Gaston Tissandier.
- LES ÉPHÉMÈRES
- ET LE BINOCLE A QÜEÜE EN PLUMET
- On trouve habituellement au mois de juin et surtout près des eaux des insectes qu’on appelle les Éphémères. Ils ont acquis de bonne heure une véritable célébrité et fourni matière aux comparaisons des poètes et des philosophes. En effet, à l’état adulte, ils ne vivent d’habitude qu’un jour, ce qui leur a valu leur nom; ils apparaissent pendant quelques heures pour voltiger aux rayons d’un soleil dont ils ne verront pas le coucher, ou pour vivre dans la durée d’un seul crépuscule. Ils ont de très courtes antennes, une bouche imparfaite, incapable de prendre d'aliments, de délicates ailes de gaze,
- 1 Cette publication paraît tous les trois mois en fascicules de 48 pages. Prix de l’abonnement, 4 fr. 75. — Arlhus Bertrand, éditeur, 21, rue Hautefeuille, Paris.
- 2 La Société centrale de sauvetage des naufragés qui a pour présidents d’honneur les ministres de la marine, des travaux publics et des tinances, a son siège, 59, rue de Grenelle, à Paris. Elle fait appel à toutes les personnes charitables qui s’intéressent à la vie des marins et de ceux qui naviguent en mer. Toute somme si minime qu’elle soit est acceptée avec reconnaissance. Les souscriptions annuelles de 20 francs et au-dessus, et les donations, une fois versées de 100 fr. et au-dessus, donnent seuls le titre de fondateur et le droit de voter aux assemblées générales.
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- dont les postérieures sont toujours petites, et même rudimentaires ou nulles. Leurs pattes sont grêles, les antérieures très longues; l’abdomen se termine par deux ou trois longues soies articulées. Un caractère, unique dans la classe des Insectes, est spécial aux Éphémères. Les adultes, sortis de l’enveloppe de la nymphe, subissent encore une mue, en se dépouillant d’une mince pellicule qui recouvrait le corps, les ailes étalées et tous les appendices. C’est ce qu’on nomme la subimage précédant l'image, ou ligure parfaite de l’espèce. La courte vie des Éphémères adultes se passe pour la plupart dans une agitation continuelle. On les voit monter verticalement en ligne droite, leurs longues pattes de devant étendues en avant et simulant des antennes, servant à équilibrer dans le vol la région postérieure du corps et les filets de l’abdomen. Arrivés à une certaine hauteur, ces insectes se laissent descendre en écartant leurs ailes et leur longue queue, qui servent alors de parachute. Puis un coup rapide des unes et des autres change brusquement la direction du mouvement et ils recommencent à monter. L’accouplement s’opère au m lieu de ces danses aériennes. Bientôt après les femelles se rapprochent de la surface de l'eau et y pondent leurs œufs, en les étalant avec les soies de leur queue étendues en éventail, ou bien en les déposant tous ensemble en un paquet qui tombe au fond.
- Les Éphémères recherchent la lumière et l’éclat d’un flambeau les attire. Elles décrivent autour de la flamme des courbes concentriques et finissent par s’y brûler. Leurs corps qui tombent à l’eau constituent une nourriture très recherchée des poissons, et les pêcheurs s’en servent comme appât sous le nom de manne. Ils capturent ces insectes le soir au bord des rivières, en les attirant en nuages autour des lampes ou des chandelles allumées. C’est ce que j’ai vu faire plusieurs fois à Compiègne, près du pont sur l’Oise, par les belles soirées de juin. À Paris, on observe quelquefois le Polymitarcys virgo, à ailes blanches, envahir certains quartiers en présentant l’aspect d’une neige tombant à gros flocons. Les journaux, en racontant le fait, prennent d’ordinaire ces Éphémères pour des pluies de papillons blancs. Il y a quelques années une de ces invasions eut lieu le soir à Joinville-le-Pont, sur la Marne, et tout le monde fut obligé à une vraie chasse dans les cafés et dans les maisons dont les fenêtres étaient ouvertes. Cette espèce, à l’aide du vent, se transporte quelquefois assez loin de l’eau. Un soir, à Paris, tous les réverbères de la place de la Trinité en furent couverts. En Hollande, pays aux multiples canaux, on voit souvent le ciel s’obscurcir tout à coup, comme s’il se couvrait de nuages. Cette apparence est due à d’immenses légions d’Épbémères sorties toutes à la fois de l’enveloppe nymphale. Après leur mort, elles couvrent les rivages, les bateaux, les prairies, d’une couche qui atteint souvent plusieurs centimètres d’épaisseur et qu’on ramasse à pleines charrettes comme une excellente fumure pour les terres.
- Ce n’est pas là le seul état des éphémères, don1 l’existence dure réellement une année. Dans une phrase élégante et précise, Linné a résumé la vie totale de ces petites créatures : « Les larves nagent dans les eaux ; devenues insectes ailés, ceux-ci n’ont que la joie la plus courte, car souvent ils célèbrent dans un seul jour leurs noces, leur parturition et leurs obsèques. » Les œufs donnent en effet naissance à des larves plus ou moins allongées, toujours munies de trois filets au bout de l’abdomen et respirant, au moyen de trachéo-branchies sur les côtés du corps, l’oxygène de l’air dissous dans l’eau. Elles sont carnassières et vivent de petites proies animales. Elles prennent des fourreaux d’ailes en devenant nymphes. Les auteurs les plus récents qui les ont étudiées sont, en Angleterre, M. Eaton, et, en France, M. Yayssière, de la Faculté des sciences de Marseille l.
- À propos des larves des Éphémères nous devons faire connaître une des raretés entomologiques de la France, dont on a mis plus d’un siècle à démontrer la nature et la place zoologique. Geoffroy, le vieil historien des inseotes des environs de Paris ( 1 j 62), trouva le premier dans les eaux de la Seine, un petit animal à carapace, ressemblant à un crustacé inférieur (Daphnie, Cvpris, etc.). Il a six pattes thoraciques grêles et courtes, terminées par un crochet et portées en dessous par le bouclier céphalique ; en dessus celui-ci présente deux minces antennes de six articles, deux très gros yeux à facettes sur les côtés et trois ocelles en triangle. Le grand bouclier thoraco-abdominal est échancré postérieurement en deux valves mobiles, recouvrant les cinq premiers segments'de l’abdomen (fig. 1). Les quatre derniers segments de largeur décroissante, sont rétractiles sous la carapace, ainsi que le large plumet qui les termine et qui est formé de trois soies courtes et transparentes, élégamment ciliées. Ce sont là les organes locomoteurs de l’animal, dont la longueur totale avec les segments et la queue étalés, ne dépasse pas 7 à 8 millimètres. On le trouve surtout dans les eaux courantes, près des bords, à une profondeur d’un demi-mètre à un mètre et demi. Il se cache sous les amas de pierres de toute dimension ; dès qu’on touche celles-ci, son premier soin est de se fixer par le ventre à leur surface rugueuse, puis, tranquillisé, de chercher à la nage un gîte plus tranquille. Nous conseillons aux personnes qui voudront étudier ces curieuses larves, de ne pas leur laisser le temps de gagner le large, de retirer vivement les pierres hors de l’eau et de regarder le dessous. Les larves se collent si fortement à la pierre qu’il faut passer une mince lame de couteau pour les en détacher. On peut les conserver vivantes pendant plusieurs mois dans des aquariums, en ayant soin de renouveler l’eau douce tous les jours. Il faut prendre la précaution de placer au fond quelques pierres sous lesquelles ces larves
- 1 Voy. la Nature, numéro du 17 juin 1882, p 34.
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- puissent se réfugier, car elles sont très lucifuges et craignent le grand jour, pendant lequel elles restent immobiles ; mais elles s’agitent avec une rapidité étonnante pendant la nuit, par des mouvements rapides, saccadés, capricieux, les unes montant ou descendant comme un ludion, avec leur large queue étalée en éventail, les autres cherchant entre les pierres quelques détritus à manger.
- Geoffroy, d’après les deux gros yeux et sans faire attention aux trois ocelles, avait nommé cette larve binocle à queue en plumet. G. Dumé-ril, en 1816, la retrouva dans des mares se formant après la pluie, au bois de Boulogne, près du château de la Muette, et donna à cet être de couleur bleuâtre passant au rouge, le nom de binocle pisci-forme. Depuis et dans la Seine, on a trouvé cette larve au Point-du-Jour, au Bas-Meudon et outre Épône et Mantes. Latreille avait eru devoir en faire un Crustacé sous le nom de Prosopistoma (1832) foliaceum (Fourcroy, 1785), sya. :punctifrons (Latreille plus tard). En 1868, cet animal fut trouvé à Toulouse par M. le Dr E. Joly, dans la Garonne presque à sec, en septembre, sous les pierres immergées de la chaussée du Ramier, non loin du château Narbonnais. Enfin, en 1880, M. Vayssière le rencon-
- tra en abondance dans le Rhône, près d’Avignon.
- L’existence anormale d’un crustacé à six pattes préoccupait beaucoup les entomologistes. En 1869 MM. N. et E. Joly démontrèrent que le fameux binocle à queue en ulumet est une larve aquatique d’insecte. Ils trouvèrent dans la bouche les pièces buccales des Broyeurs, et sous la carapace, cinq paires de houppes branchiales attachées aux segments non visibles au dehors ; dans l’intérieur de l’animal, des trachées, un tube digestif d’insecte, avec les canaux urinaires dits de Malpighi. Enfin, au mois de juin 1880, M. Yays-sière put établir définitivement que cet insecte appartenait aux Ephémères. Deux des larves qu’il élevait dans l’eau devinrent peu à peu brunâtres, de jaunâtres qu’elles étaient. Puis elles grimpèrent, sur une pierre en partie hors de l’eau ; la carapace se fendit peu à peu suivant sa région médiane et les adultes sortirent avec facilité, de grand matin, au mois de juin, la tète d’abord, puis les pattes, enfin l’abdomen. En même temps les ailes, qui étaient pliées en trois suivant leur longueur s’étalèrent dans leur forme définitive (fig. 2). Les insectes prirent leur essor pour aller se poser loin de l’eau. Les ailes, d’un gris de fer, sont couvertes d’un duvet de fins poils. Les postérieu-
- Fig.l.— Larve de binocle à queue en plumet (grossie 12 fois).
- Fig. 2. — Forme adulte du binocle à queue en plumet (grossie li fois).
- res sont étroites et allongées. La tête large porte de courtes antennes, deux yeux énormes et très saillants et en outre trois ocelles. On voit sur les côtes des segments de l’abdomen les stigmates respiratoires et trois courtes soies le terminent. Ges insectes étaient deux femelles à l’état de subimage qui
- ne tardèrent pas à périr; peut-être dans ce genre d’Éphémères, comme dans certains autres d’après M. Eaton, la subimage est-elle le stade aérien permanent des femelles.
- Maurice Girard.
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- LA SCIENCE FORAINE
- LES FEMMES A TROIS TÈTES
- Dans les baraques des fêtes foraines de Paris ou de la banlieue, par exemple, à la Foire aux pains
- d’épice, à la fête de Saint-Cloud, etc., dans les tours des bateleurs, acrobates, jongleurs, saltimbanques, qui opèrent sur les places, dans les cafés-concerts ou les cirques, on trouve soit des phénomènes ayant un véritable intérêt scientifique, soit des applications ingénieuses de diverses sciences ou
- Fig. 1. — La lemme à trois têtes.
- simplement des « trucs » qui intriguent ie spectateur. Comme en général on aime à connaître le secret de ce qui nous a surpris, intéressé ou intrigué, nous croyons répondre au désir d’un certain nombre des lecteurs de la Nature en consacrant quelques articles à ce qu’on peut appeler la science foraine.
- Aujourd’hui nous parlerons du procédé employé pour produire : les femmes à trois têtes.
- L’extérieur de la petite baraque où l’on exhibe ce phénomène est couvert d’une grande toile peinte représentant une femme en costume de soirée se trouvant dans un salon richement décoré avec quelques personnes. Cette femme a trois têtes. Pour
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- convaincre davantage les curieux, une photographie faite d’après nature, dit le Barnum, montre la femme-phénomène telle qu’on la voit dans l’intérieur de l’établissement, et il interrompt ses roulements de tambour pour crier : « Elle est vivante ! Mesdames et Messieurs, elle est vivante! » Si on se laisse tenter et qu’on entre dans l’intérieur de la baraque, on se trouve séparé de la scène par une balustrade, une sorte de paravent derrière lequel se trouve le rideau. Au bout de quelques instants celui-ci s’écarte et alors on aperçoit distinctement un corps de femme dont la partie inférieure est cachée par une corbeille de fleurs. Ce corps possède trois têtes, l’une au milieu et deux autres venant se greffer à la base du cou de la première.
- Les trois tètes remuent des yeux, répondent ensemble à quelques demandes du montreur, tirent
- Fig. 2. — Figure explicative de l'expérience.
- la langue, chantent un couplet d’une romance sentimentale à la mode, adressent un dernier salut à la société. Le rideau se ferme, la séance est terminée.
- Presque à chaque fois on entend quelques naïfs plaindre cette malheureuse infirme qui n’a pas de jambes et qui a trois têtes. C’est le meilleur éloge qui puisse être fait du truc, car naturellement ce n’est qu’un truc. Du reste, le directeur de l’établissement est prêt à vous le dévoiler moyennant finance.
- Si on se laisse tenter et qu’on pénètre dans la coulisse, voici ce qu’on aperçoit : Naturellement les yeux se portent sur la petite scène où quelques instants auparavant on avait aperçu la femme phénomène, mais on ne voit plus qu’une grande glace sans tain légèrement inclinée vers les spectateurs, ses bords sont masqués par des draperies. Derrière cette glace se trouve un renfoncement dont les parois sont recouvertes d’étoffe noir mat, de façon
- à donner par rapport au spectateur l'impression de ce que M. Chevreul appelle le noir absolu. Devant la glace, sur l’estrade, on voit la corbeille de fleurs de laquelle sortait le corps de la femme.
- Puis, sur un plancher incliné, placé à peu de distance du sol sont étendues trois jeunes filles. L’une, celle du milieu, est vêtue d’un brillant costume de soie de couleur claire, c’est elle qui dans le phénomène fait le tronc, les bras et la tète du milieu, ses jambes sont couvertes d’une étoffe noire. Elle est soulevée par un coussin, ce qui permet aux deux autres jeunes filles de venir coller leur tète contre la sienne. Le corps de ces deux dernières jeunes filles est complètement recouvert d’une étoffe de laine noir mat.
- En face d’elles se trouvent une douzaine de fortes lampes à pétrole munies de réflecteurs.
- Les têtes, les cheveux, les bras du « corps » présentent cette particularité, d’être couverts de poudre de façon à présenter des surfaces complètement blanches. Tel est le secret de la coulisse. — On comprend dès lors comment le phénomène se produit : toutes les surfaces blanches ou de couleur claire étant fortement éclairées par les lampes réfléchissent la lumière, et leur image est renvoyée par la glace vers les spectateurs ; ceux-ci aperçoivent donc le corps de la femme, ses deux bras et les trois têtes. Toutes les parties recouvertes d’étoffe noire sont au contraire absolument invisibles dans la glace et les spectateurs 11e peuvent se rendre compte de leur existence.
- Le phénomène de la femme à trois têtes est çn somme une curieuse application des effets de glace qui furent à la mode il y a une vingtaine d’années sous le nom de spectres vivants. Grâce à ces effets, on pouvait sur un théâtre faire apparaître à côté de personnages vivants, soit des formes indécises, soit des corps ne reposant pas sur le sol.
- La Foire aux pains d’épice contenait cette année une femme à deux têtes, produite par un procédé un peu différent ; le corps et la tête de la femme étaient vus directement, la seconde tète seule se voyait par réllection dans la glace.
- Le phénomène de la femme à trois tètes peut être varié pour ainsi dire à l’infini;, pour en citer quelques exemples on peut produire par le même procédé : un décapité parlant; le décapité pourrait tenir sa tète dans sa main ; une Judith et Holopherne, la tête d’IIolopherne, tenue par les cheveux par Judith, étant vivante.
- On peut naturellement produire des personnages à quatre bras ou à trois jambes ou nombre d’autres phénomènes.
- Le procédé peut donc recevoir des applications variées. Connaissant comment on obtient la femme à trois têtes, on peut s’expliquer bien des trucs présentés dans les baraques, chez les prestidigitateurs ou dans les féeries.
- S. Kehlus.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel de sciences naturelles, par M. J. Cualon, docteur ès sciences naturelles, professeur à l’Ecole normale de Namur.
- M. Chalon vient de faire paraître la seconde édition de son manuel. L’ouvrage a été entièrement refondu et complété. L’auteur a suivi le progamme des écoles primaires belges, et son ouvrage a été adopté par le Conseil de perfectionnement. Ce volume de 400 pages est accompagné de 250 figures intercalées dans le texte. La chimie, la zoologie, la botanique et la minéralogie sont étudiées successivement. 11 est regrettable que l’auteur n’ait pas donné un aperçu de géologie et de paléontologie.
- CHRONIQUE
- Les brevets en Angleterre en 188%. — Une
- statistique des brevets pris en Angleterre pendant la première moitié de l’année 1882 met en relief les chiffres suivants :
- Le nombre total des brevets pris est de 3102, au lieu de 2805 pour la période correspondante de 1881. Sur ces 3102 brevets, Londies en fournit 775, soit exactement le quart, 397 brevets sont pris par des Américains, 261 par des Français, 250 par des Allemands.
- Le nombre des étrangers qui invoquent la protection des brevets anglais est de beaucoup supérieur au nombre d’Anglais qui se protègent par des brevets étrangers, et cette disproportion tend tous les jours à augmenter. On pourrait 1 expliquer par ce fait que les inventions en Angleterre trouvent plus facilement un débouché et une rémunération ; il est donc inutile aux inventeurs anglais d’aller chercher ailleurs cette rémunération, tandis que les étrangers viennent au contraire chercher ces avantages en Angleterre.
- Quant a la nature des brevets pris en plus grand nombre, la statistique a relevé ce fait curieux, que la mode des inventions est actuellement tournée du côté de la lumière électrique... et des vélocipèdes.
- Le fusil à répétition Mauser. — D’après une correspondance de Spandau insérée dernièrement dans la Gazette d'Alsace-Lorraine, ce serait le bataillon de fusiliers du régiment des grenadiers de la garde n° 3 qui serait le premier armé avec le fusil à répétition Mauser. Les expériences faites à Spandau auraient prouvé que le système de magasin Mauser était le meilleur de tous les mécanismes à répétition connus. La transformation des armes du modèle actuellement réglementaire pourrait se faire à peu de frais.
- Le mécanisme se compose essentiellement d’un tube-magasin logé dans le fut de l’arme, tube renfermant un ressort en spirale poussant vers la chambre les cartouches qui garnissent le magasin. En ouvrant la culasse mobile, on fait mouvoir un auget dont le jeu amène une cartouche du magasin à la hauteur du canon ; cette cartouche est conduite dans son logement par le mouvement de fermeture de la culasse. 11 suffit pour tirer un second coup de relever le levier, de ramener le cylindre en arrière, puis de le replacer à sa position normale. Afin d’éviter une consommation prématurée de cartouches?
- il se trouve sur le côté de l’arme un levier permettant d’ouvrir ou d'arrêter le jeu dn mécanisme de répétition et dout la manipulation ne doit être faite que sur un commandement ou sur un signal. Les cartouches du magasin ne sont brûlées que dans des moments décisifs. Il suffirait de quelques secondes pour regarnir le magasin. Le fusil peut, du reste, être chargé coup par coup, que le magasin soit vide, ou bien qu’on ne veuille pas le dégarnir.
- Rupture de la fonte au moyeu delà dynamite.
- — L’application de la dynamite à la mise en pièces de masses de fonte de trop grandes dimensions pour être rompues par d’autres moyens, a été récemment expérimentée dans une usine près de Chicago. Une masse de fonte, pesant environ vingt mille kilogrammes, fut placée dans une fosse, et une cartouche de dynamite logée dans un trou percé à l’avance dans le métal. Les opérateurs installèrent ensuite plusieurs pièces de fer pesant chacune plusieurs tonnes, au-dessus de la fosse, afin d’empêcher la projection des éclats. La cartouche fut reliée à une batterie électrique placée à trente-cinq mètres de la fosse et, après que les spectateurs eurent gagné les abris préparés à cet effet, le signal fut donné. En un instant les vingt mille kilogrammes de fonte qui avaient résisté à tous les coups de marteau et de sonnette, volèrent en éclats.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 septembre 1882. — Présidence de M. Blanchard,
- Hygiène. — M. le Dr de Pietra Santa communique les résultats d’une étude très complète sur la distribution dans Paris des cas de mortalité par la fièvre typhoïde. Les observations de M. Pietra Santa embrassent une période de cinq années, de 1876 à 1882. Le savant hygiéniste se montre très opposé à la théorie anglaise qui attribue la propagation de l’épidémie à l’infection des eaux potables par les infiltrations des fosses d’aisance et les miasmes des latrines. M. Pietra Santa a établi la statistique des décès dus à la fièvre typhoïde dans chacun des arrondissements de Paris; il conclut à une répartition absolument inattendue, indépendante de la densité de la population et du bien être des habitants. En effet, le huitième arrondissement (Champs-Élysées) présente une plus grande proportion de décès, eu égard à la population, que le douzième* arrondissement (quartier Saint-Antoine). M. de Pietra Santa dit que la fièvre atteint surtout les sujets de vingt ans qui, ayant été élevés à la campagne, viennent se fixer à Paris.
- Physique. — M. Desains a étudié la distribution de la chaleur dans la partie obscure du spectre solaire, au moyen d’un prisme de crownglass. Le crown est moins diathermane que le sel gemme, mais il a l’avantage de se prêter plus commodément à une longue série d’expériences par son inaltérabilité. Le spectre qu’il donne est moins étendu. M. Desains a résumé dans un tableau les résultats de ses recherches.
- M. Rivière s’est occupé de la loi du refroidissement des corps plongés dans une masse gazeuse. Sa méthode est originale. Il fait rougir un fil de platine placé au milieu d’un ballon au moyen d’un courant électrique. Le gaz du ballon se chauffe, M. Rivière mesure la quantité de chaleur qu’il faut développer pour maintenir la masse ga-
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- zeuse à une température constante : cette quantité de chaleur est précisément égale à celle que perd le corps en se refroidissant.
- Physiologie. — M. Martineau a étudié l’évolution biologique de la bactéridie syphilitique. Il a inoculé un jeune porc avec du virus syphilitique humain. Au bout de quelques jours, des accidents syphilitiques bien caractérisés se sont déclarés sur l’animal. Le sang renfermait une quantité considérable de bactéridies. M. Martineau a essayé d’inoculer un autre porc avec ce sang, mais sans obtenir de résultat. Enfin l’animal malade, abandonné à lui-même, n’a point tardé à guérir. M. Martineau pense que beaucoup d’animaux sont impropres ’a contracter la syphilis, ou, tout au moins, n’éprouvent qu’une altération morbide considérablement atténuée.
- Zoologie. •— M. Certes a constaté la présence habituelle de parasites dans l’intestin de l’huître. Ces parasites sont d’une ténuité extrême, mais ils se meuvent avec une grande rapidité.
- Varia. — M. Milne Edwards annonce l’arrivée à Rochefort de la mission partie à bord du Travailleur pour explorer le fond de l’Atlantique. Le Travailleur a parcouru les côtes du Portugal et est descendu jusqu’aux îles Canaries.
- Les collections rapportées par la mission sont très riches ; elles seront l’objet d’une étude minutieuse. — M. de Lesseps assiste à la séance; il est accueilli par ses collègues avec les marques du plus vif empressement.
- Stanislas M eu mer.
- UNE
- NOUVELLE GIROUETTE
- Une girouette ordinaire bien équilibrée, munie de repères orientés, peut, dans, la plupart des cas, suffire pour l’observation du vent pendant le jour; mais on a dù recourir à divers moyens pour obtenir la transmission automatique des indications de la girouette dans une pièce d’intérieur, afin de faciliter les observations de nuit. Les divers systèmes employés dans ce but sont constitués par des engrenages ou comportent des frottements qui diminuent notablement la sensibilité de l’appareil, surtout lorsque la tige doit traverser plusieurs étages.
- M. Émile Richard, inspecteur du service des Eaux de la ville de Versailles, vient d’imaginer un système ingénieux qui, en réduisant considérablement le poids de la partie mobile, permet de conserver à la girouette toute sa sensibilité. L’appareil se compose de deux parties principales, l’une fixe, l’autre mobile.
- La partie lixe est désignée sur la ligure par les
- lettres AB et par des hachures, elle constitue la tige ou support. Un tube en fer, T, terminé à sa partie inférieure par des pattes métalliques P, forme. la base de l’appareil ; son armature est masquée par un socle de zinc Z, que l’on soude au tube après le montage de l’appareil. La partie supérieure de ce même tube porte une embase sur laquelle repose une plate-forme en bronze E, et dont la face est inclinée vers le bord; cette disposition empêche le séjour de l’eau, et assure le fonctionnement de l’appareil par tous les temps. Sur la plate-forme se meuvent trois billes de cristal, de même diamètre, maintenues et guidées par un disque horizontal, mobile autour du tube lixe pris comme pivot.
- La partie mobile, destinée à recevoir l’action du vent et à en indiquer la direction, est désignée par les lettres Cl) et de gros traits; elle comprend : 1° un tube en zinc K, muni de distance en distance de bagues en cuivre et pénétrant dans la tige AB qui lui sert de guide ; 2° un disque en bronze, abrité par nn ornement extérieur O, fixé au tube, et reposant sur les billes; 3° la girouette G proprement dite ; 4° le chapeau ou champignon monté à baïonnette, qui couronne le tube, et qui recouvre le point d’attache du lil de transmission.
- Cette transmission n’est autre chose qu’un simple fil de laiton ff, ou de fer galvanisé, parfaitement tendu, amarré dans le haut du tube de la girouette. Après avoir traversé autant d’étages que cela est nécessaire, ce fil se termine à l’intérieur du cabinet d’observation par une tige en cuivre portant une flèche horizontale F qui lui est solidaire. La traversée des planchers s’effectue à l’aide de petits tubes en zinc; dans les salles, le fil est protégé par des tubes en fer maintenus par des brides. Au plafond du cabinet, on fixe ou on dessine une rose des vents R, sur laquelle la flèche reproduit tous les mouvements de la girouette.
- Cet appareil fonctionne, dès à présent, dans les diverses stations que le service des eaux de Versailles a fait établir près des étangs du plateau de Trappes; il est installé également dans plusieurs écoles normales primaires, où il donne de très bons résultats.
- * Th. Moureaüx.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Girouette de M. Émile Richard.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N° 485
- 10 SEPTEMBRE 1882
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- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- CONGRÈS DE LA ROCHELLE1
- ESNANDES ET LA CUI.TÜRE DES ÏIOCLES
- Nous ne décrirons pas toutes les excursions qui ont été faites dans les environs de La Rochelle pendant le Congrès, nous parlerons seulement des plus intéressantes d’entre elles, et surtout parmi celles-ci, de la visite à Esnandes et à ses bouchots de moule.
- Le dimanche 27 août, dès cinq heures du matin, tout le monde est sur pied ; des omnibus se remplissent d’excursionnistes sur la place d’Armes, et partent les uns à la suite des autres. Deux heures après, on est arrivé sur la côte d’Esnandes à l’heure de la marée basse. On aperçoit une immense plage de vase boueuse, où il serait impossible de s’aventurer sans enfoncer jusqu’à la ceinture; il faut la traverser cependant pour atteindre les pilotis enfoncés au loin dans l’eau de la mer, et sur lesquels se fait la culture des moules.
- Les pêcheurs de la localité ont imaginé pour naviguer sur la mer de vase, un procédé tout à fait
- Excursion à Esnamles. — Les membres de l'Association française conduits dans les accons.
- ingénieux. Ils se servent de petits bateaux plats appelés accons qui glissent sur la vase sans s’y enfoncer. Ils placent au milieu du bateau les objets qu’ils ont à transporter, à l’aller, pieux de bois ou fagots pour construire et consolider les pilotis, au retour, paniers remplis de moule. Pour faire avancer l’accon sur la vase, ils se mettent à l’arrière, une jambe pendant au dehors de l’esquif; cette jambe leur sert de propulseur. Par une série de coups de jarrets énergiquement donnés dans la vase, ils font glisser l’embarcation avec une grande vitesse et quand il vient un visiteur, on le place au milieu de l’accon où il est assis sur une poignée de paille : le pêcheur le pousse comme il le fe-
- 1 Suilc et fin. Voy. p. 225.
- 4L® année. — 2* femeslre.
- rait de son panier de moules. Ces pêcheurs sont jeunes et robustes, chaussés de grandes bottes comme nos égoutiers, ils ont acquis dans ce genre de travail particulier une habileté peu commune. Quand le vent est favorable une petite voile est placée à l’avant de l’accon et favorise sa translation. Le jour de notre visite à Esnandes, c’était chose curieuse que de voir la mer de vase, sillonnée d’une soixantaine de batelets contenant un, et même parfois deux voyageurs, accroupis au fond de l’esquif, et poussés par de longues jambes que l’on voyait se plier et se tendre successivement à la façon de leviers coudés servant à la fois de gaffe et de gouvernail. Quelques dames intrépides avaient aussi bravé les émotions de ce genre de navigation.
- La traversée dure environ une demi-heure ; on
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- arrive à la mer; l’accoa qui glissait sur la vase, devient bateau, il est mis à l’eau, et le pêcheur le fait glisser à la surface de la mer soit avec une perche, soit avec une pelle qui sert de rame. Ou se sert encore de la voile quand le vent est favorable. On visite alors les bouchots, angles immenses formés de pieux et de clayonnage dont la hase est du côté de la terre, et le sommet vers la pleine mer. Une étroite ouverture, ménagée à l’extrémité de l’angle pour recevoir des filets ou d’autres engins qui arrêtent le poisson au moment du reflux, complète le bouchot en en faisant tout à la fois un parc à moules et une pêcherie. C’est là que se développent les moules. On prétend que ce genre de culture remonte au onzième siècle.
- « En 1035, dit M. L. de Richemond, une barque irlandaise vint échouer à une demi-lieue d’Esnandes, Le patron, nommé Walton, fut seul sauvé. S’étant établi dans le pays, il inventa d’abord les filets d'Aliouret, servant à prendre les oiseaux qui rasent l’eau pendant les soirées et les nuits obscures. Pour tendre ces engins, il fallait aller au milieu des vases ; à cet effet, Walton construisit 1 ’accon, sorte de toue longue de 2 à 3 mètres, large de 50 centimètres, qu’on dirige en s’agenouillant sur une jambe, et en laissant l’autre, chaussée d’une longue botte, en dehors du bateau. En visitant les piquets de ses allourets, FIrlandais s’aperçut un jour que le frai des moules s’y attachait, et que les coquillages venus ainsi en pleine eau, étaient supérieurs pour la grosseur et la qualité, à ceux qui se développent dans la vase sur les côtes. » C’est alors qu’il imagina les bouchots, dont nous venons de parler. L’invention de Walton fut accueillie avec faveur : à son exemple, on construisit des bouchots, et, sans attendre que le frai des moules vînt spontanément se fixer sur les clayonnages et les fascines, on le recueillit sur les côtes pour le transporter dans les parcs qu’on lui avait préparés.. ; t
- « En même temps, ditM. de Quatrefages, dans ses Souvenirs d'un naturaliste, l’industrie se perfectionna, se systématisa, pour ainsi dire, et chacune de ses opérations reçut un nom qui, emprunté à un tout autre ordre d’idées, pourrait faire croire que deux boucholeurs causant de leurs affaires s’entretiennent d’agriculture. »
- Les petites moules, écloses au printemps, portent le nom de semence. Elles ne sont guère plus grosses que des lentilles jusque vers la fin de mai. A partir de cette époque, elles grossissent rapidement, et, en juillet, elles atteignent la taille d’un haricot. Alors elles prennent le nom de renouvelain et sont bonnes à transplanter. Pour cela, on les détache des bouchots placés au plus bas de l'eau, et on les place dans des poches faites de vieux filets, que l’on fixe sur des clayonnages moins avancés en mer. Les jeunes moules se répandent tout autour de la poche et s’attachent à l’aide des filaments que les naturalistes désignent sous le nom de byssus. A mesure qu’elles grossissent et que l’espace commence à
- leur manquer, on les éclaircit et on les repique sur de nouveaux pieux de plus en plus rapprochés du rivage. Enfin, on plante sur les bouchots les plus élevés, les moules qui ont acquis toute leur taille et sont devenues marchandes. C’est là que se fait la récolte. Chaque jour une énorme quantité de moules fraîchement cueillies sont transportées à La Rochelle, d’où les expéditeurs les envoient jusqu’à Tours, Limoges et Bordeaux.
- Arrivé au lieu de pêche, le boucholeur ramasse sa récolte de moules et en revient chargé à la marée montante qui h pousse au rivage sans difficulté.
- Les bouchots disposés actuellement sur sept rangs dont quelques-uns ont jusqu’à 1 kilomètre de la hase au sommet, occupent une longueur de 10 kilomètres sur 4 kilomètres de large et sont de la part des habitants l’objet d’un commerce très important.
- EXCURSION A SAINTES ET A ROCHEFORT-SUR-MER
- La visite des remarquables monuments de Saintes, fixée au mardi 29 août, a malheureusement été faite par une impitoyable pluie fine, qui est tombée sans interruption depuis la première heure du jour jusqu’à midi. L’église Sainte-Eutrope et l’église Saint-Pierre ont été admirées par la pluie; il pleuvait pour aller aux Arènes; il pleuvait encore pour parcourir les Thermes de Sainte-Alvine. Avec quel plaisir, nous devons l’avouer, n’avons-nous pas trouvé un abri dans les salons de l’Hôtel de Ville, où un déjeuner fort bien ordonné nous a fait oublier notre promenade hydrothérapique. Honneur aux organisateurs, qui nous ont offert de fort bons vins, dans ces régions si malheureusement dévastées par le phylloxéra. Après les toasts obligatoires du dessert, les excursionnistes sont repartis en chemin de fer pour Rochefort.
- M. Janssen, en tête des membres du Congrès, a été reçu par le comité de Rochefort. Nous avons parcouru l’arsenal sous les auspices de M. l’amiral Juin; nous avons visité le port, où un bateau porte-torpille a fait exploser sous l’eau un engin chargé de coton-poudre, qui a projeté dans l’air une gerbe d’eau de plus de 20 mètres de hauteur. Nous avons vu le cuirassé le Tonnant en construction, puis l’hôpital militaire, et le soir, après le dîner, une réception à l’Hôtel de Ville, a terminé cette intéressante journée.
- L’excursion finale exécutée le 1er et le 2 septembre à Royan et à l’île de Ré, a été comme celles que nous venons de raconter, fertile en souvenirs, mais nous n’abuserons pas plus longtemps de la complaisance de nos lecteurs. Notre but aura été atteint, si nous avons montré à ceux d’entre eux qui ne font pas partie de l'Association française, que les Congrès scientifiques organisés chaque année, fournissent un précieux moyen d’étude, en même temps
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- qu’ils présentent l’occasion de visiter des localités curieuses et diverses, dans des conditions excep- . tionnelles.
- Ces Congrès offrent, en outre, un grand charme, par les relations qu’on y peut faire entre hommes ayant généralement les mêmes goûts et les mêmes idées. Selon la belle devise qui sert en quelque sorte de drapeau à l’Association française, cette utile Société cherche surtout en effet, à recueillir ses adhérents, parmi ceux qui ont le culte de la science et l’amour de la patrie.
- Gaston Tissandier.
- L’ASSOCIATION BRITANNIQUE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- CONGRÈS DE SOUTHAMPTON
- Le cinquante-deuxième Congrès de l'Association Britannique pour Vavancement des sciences s'est ouvert à Southamptou, le 25 août dernier, sous la présidence du I)r C. William Siemens.
- Dans son discours inaugural*, le Dr Siemens a rappelé les immenses progrès de la science depuis le premier Congrès tenu à York, en 1851.
- Nous citerons textuellement un passage de ce remarquable discours, passage qui prend une importance toute spéciale, eu égard aux circonstances actuelles.
- Eu ce qui concerne les mesures de longueur et de poids, on doit regretter que ce pays se tienne encore en dehors du mouvement provoqué par la France à la fin du siècle dernier; mais en considérant que dans le monde scientifique les mesures métriques sont aujourd’hui presque universellement adoptées, et que leur emploi a déjà été légalisé dans ce pays, j’ose espérer que leur adoption universelle dans les transactions commerciales sera bientôt un fait accompli.
- Les avantages pratiques de ces mesures dans les affaires seraient, j’en ai la conviction, très grands pour les marchandises anglaises, telles que la grosse mécanique ou les métaux en barres de sections courantes qui sont en ce moment presque entièrement exclus du marché du continent, à cause de l’unité de mesure adoptée dans leur production. L’obstacle le plus important qui s’oppose à l’adoption du mètre, réside dans cette étrange anomalie que, bien que l’emploi du mètre soit légal dans le commerce et bien qu’un mètre étalon soit déposé dans le département des étalons du Board of Trade, il est impossible de se procurer des mètres légalisés qui représentent cet étalon, et cependant l’emploi dans le commerce d’une mesure non légalisée est considéré comme frauduleux !
- Ne serait-il pas désirable que l’Association Britannique cherchât à répandre l’usage du mètre et du kilogramme, et comme premier pas dans cette voie, ne devrait-elle pas demander au gouvernement d’être représenté auprès de la Commission internationale du mètre dont l’admirable établissement à Sèvres présente, en dehors de son travail pratique, un intérêt scientifique
- considérable, et constitue un laboratoire parfaitement établi pour développer les méthodes de mesures de précision ?
- Nous n’avons pas l’intention d’analyser le discours de M. Siemens; nous nous bornerons à dire que l’orateur a passé en revue toutes les manifestations scientifiques de l’activité humaine, il a signalé pour chacune d’elles, en quelques paroles nettes et précises, les immenses progrès réalisés pendant ces dernières années.
- Nous détacherons du préambule de ce long discours une idée générale très délicatement exprimée et qui pourrait lui servir de conclusion :
- Les progrès réalisés pendant ces cinquante dernières années ont rendu la théorie et la pratique si complètement dépendantes, qu’une union intime devient une nécessité absolue pour des progrès futurs....
- Les différentes branches des connaissances vont se multipliant sans cesse ; chacune d’elles forme une partie d’un arbre gigantesque — l’arbre de la science moderne — sous l’ombre duquel les travailleurs trouveront à la fois agrément et profit à s’asseoir.
- Les discours des présidents de section ont été aussi tous très importants, ainsi qu’un grand nombre de communications faites dans ces sections.
- Le prochain Congrès se tiendra en 1885, à Southport, sous la présidence du professeur Cayley.
- L’organisation matérielle des sections a été l’objet d’une innovation assez heureuse.
- Pendant le Congrès, les salons et les salles de séance des sections étaient reliées par des téléphones. Dans chaque salle se trouvait un tableau sur lequel étaient portées sur une ligne, les lettres indicatrices des sections. Sous chacune de ces lettres, se trouvait l’ordre du jour de la section correspondante, avec le numéro d’ordre de chaque communication. Dès que, dans une section donnée, commençait une nouvelle communication, toutes les autres salles en étaient averties téléphoniquement, et le numéro de la communication inscrit aussitôt sur le tableau. On savait ainsi dans chaque section et dans chaque salle de réception, quelles étaient les communications en cours d’exécution, à un instant donné, dans chaque section; il était alors facile à chaque membre de se rendre dans une section au moment opportun, et d’éviter ainsi toute perte de temps.
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur les polypes hljdraires (Reproduction et développement), par André de Yarennes, 1 vol. in-8°. Paris, A. Ilennuyer, Î882.
- Dictionnaire de Chimie pure et appliquée, par Ad, Wurtz. Supplément, 5S fasicule. Paris, librairie Hachette et Cie.
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- LA NATURE.
- CHAUDIÈRE DU TEMPLE
- NOUVEAU GÉNÉRATEUR DE VAPEUR
- M. Félix Du Temple, ancien député, ancien officier de marine, est l’auteur d'une nouvelle chaudière qui, dans un espace très réduit, peut produire de grandes quantités de vapeur à une haute pression et dans un temps très court, tout en n’ayant que très peu de poids.
- C’est en cherchant un appareil de propulsion applicable soit aux aérostats, soit à des embarcations, qu’il a trouvé cette chaudière créée selon un principe qui n’a pas été appliqué jusqu’à ce jour.
- Elle est expérimentée depuis cinq ans par la marine de l’État et plusieurs commissions en ont hautement re -connu les qualités.
- Le principe nouveau sur lequel est basée la construction de ce générateur est celui d’une circulation rapide de l’eau, qui s’établit dans des tubes très longs et de très petit diamètre, exposés directement à la chaleur, dont les deux extrémités aboutissent dans dèux récipients inégaux , superposés, extérieurs au loyer, réunis en outre à l’extérieur par deux gros tubes dits de retour d’eau.
- L’eau chauffée dans les petits tubes et la vapeur produite s’élèvent dans le collecteur supérieur, appelant l’eau du récipient ou collecteur inférieur alimenté lui-même par les gros tubes dont il est parlé plus haut.
- Ainsi s’établit une circulation d’autant plus rapide que la quantité de vapeur est plus considérable.
- Cette active circulation empêche les dépôts cal-caii'es de se produire dans les petits tubes et les amène dans le récipient inférieur, d’où ils peuvent être expulsés par des robinets de purge.
- Telle est, en effet, la disposition adoptée par M. Du Temple.
- Il emploie deux faisceaux de tubes étirés, en acier ou en laiton (les premiers valent beaucoup mieux) ayant comme diamètre, selon les chaudières, de 13, 17 et 22 millimètres à l’extérieur, et 9, 5,
- 13 et 17 millimètres à l’intérieur. Ces tubes, de longueurs proportionnées aux diamètres, dessinent de nombreux replis en serpentins qui offrent une très grande surface de chauffe, partout exposée à l’action de la flamme, comme le montre la figure 1, de manière à obtenir la meilleure utilisation du combustible.
- Les extrémités inférieures des tubes aboutissent à un récipient extérieur B de forme rectangulaire muni des robinets de purge placés au-dessous des gros tubes de retour d’eau.
- Les extrémités supérieures arrivent à un récipient cylindrique extérieur A, en bronze ou en tôle d’acier ou de fer, de dimension relativement grande, qui sert de collecteur de vapeur et d’eau bouillante, et est muni des organes accessoires, tels que niveau d’eau, soupapes de sûreté, prise de
- vapeur, souf -fleur, etc.
- L’alimentation peut se faire in-différemment par l’un ou l’autre collecteur, l’inventeur préfère le récipient inférieur. L’eau fraîche arrive ainsi dans la rangée des plis les plus directement exposés au feu.
- Les deux gros tubes verticaux qui réunissent les deux collecteurs doivent être assez gros pour ne pas gêner la circulation.
- Le système d’assemblage des petits tubes avec les récipients se fait d’une manière très simple.
- Chacun d’eux est terminé à chaque bout par une virole conique en bronze, brasée ou vissée sur le tube. Cette virole s’engage dans un trou également conique pratiqué dans le récipient, contre lequel elle est pressée assez lorlement pour former un joint étanche sans le secours d’aucune matière, au moyen d’un petit levier à fourche qui embrasse le tube ; une des extrémités du levier pénètre sous une entretoise en forme de T faisant corps avec le collecteur entre les deux séries de tubes, tandis que l’autre est maintenue par une vis ou une clavette.
- Cette disposition permet de changer un tube en quelques minutes.
- Voici un exemple de la rapidité et de la simplicité de l’opération. « Il y a trois ans, à Angers, dit M. Du Temple, une de ces chaudières établie à bord d’un petit remorqueur, se trouva hors d’état de chauffer par suite d’une fuite qui nécessitait l’enlè-
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- vemcnt de tous les tubes. Uu ouvrier de la ville fut appelé. Il n’avait jamais vu d’appareil semblable et cependant deux heures, dont une au moins fut employée à la réparation, suffirent pour le démontage, le remontage et la mise en marche du remorqueur. »
- La disposition nouvelle adoptée depuis par M. Du Temple, rend encore plus facile l’opération du clian-ccment d’un tube.
- Au moyen d’un petit treuil pour les grandes machines jusqu’à 20 et 30 chevaux effectifs, et ordinairement à la main, toutes les chaudières pouvaient être sorties de leur enveloppe, et le tube débarrassé de ses leviers tombe naturellement entre les mains de l’opérateur.
- Un des avantages de ce générateur est la promptitude avec laquelle on peut obtenir une pression élevée. Dans une expérience faite à Toulon, une chaudière allumée dans des conditions ordinai • res, a atteint une pression de 9 kilogrammes en six minutes. Cette promptitude n’est-elle pas une qualité précieuse quand il s’agit de mettre en action des pompes à vapeur, des embarcations de plaisance ou autres, surtout des bâti -monts torpilleurs?
- 11 peut sembler de prime abord que les petits tubes exposés directement à toute la chaleur du loyer, peuvent se brûler fréquemment : il n’en est rien, et à l’appui de cette assertion, voici l’exemple de la chaloupe à vapeur n° 3 de la Direction des mouvements du port de Cherbourg : en un an, à la > suite d’nn service très actif, elle réunissait 2790 heures de chauffe. Après ce travail considérable, on dut changer deux tubes (pii se trouvaient fendus, et depuis assez longtemps (les lèvres des (entes
- l’indiquaient), sans que l’on s’en fut aperçu. Ils avaient diminué d’un vingtième de leur poids et un essai à froid démontra que le corps de la chaudière était en parfait état et que l’on pouvait compter sur une durée au moins égale à celle des autres chaudières d’un prix plus élevé. Les tubes de cette chaudière ont aujourd’hui au moins 4000 heures
- de chauffe.
- L’engorgement des petits tubes n’est en général pas à craindre.
- Quand l’amiral xMottcz partit pour prendre le commandement de la station de l’Atlantique sud, il avait demandé un canot à vapeur pourvu de ce système de générateur. On pouvait craindre que l’emploi d’eaux moins pures que celles de Cherbourg, ne lui fût pas favorable. Ces craintes ne furent pas réalisées et l’embarcation put faire pendant les deux ans de campagne, un excellent service.
- Des chaudières livrées à l’industrie ont présenté quelques exemples de dépôts de tartre, par suite d’eaux trop chargées et de l’emploi d’une pression trop basse; les anti-tartres connus ont suffi pour le dégagement des tubes et pour obtenir l’écoulement des matières boueuses par les robinets de purge. Mais en supposant qu’un tube s’engorge et vienne à éclater (on en a vu quelques exemples), l’accident est sans aucune gravité. On entend à l’intérieur de la chaudière, une petite explosion qui ne cause aucun accident. On en est quitte pour laisser tomber les feux, changer le tube avarié et faire remonter la pression, ce qui est très rapide comme il a été dit plus haut. En cas forcé, il suffit d’écraser le tube avarié près des extrémités. Les tubes d’acier, du reste, n’éclatent pas et s’annoncent comme mau-
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- vais longtemps à l’avance : tout tube qui s'engorge rougit immédiatement et peut être reconnu par la porte de la façade.
- Jamais aucun fait ne s’est produit qui n’ait, été traité autrement que d’incident. En revanche, d’autres faits qui n’ont pas été provoqués, mais que le hasard a fournis et qui n’en sont que plus probants, démontrent quelle sécurité peut offrir ce générateur au point de vue des accidents d’explosion.
- Le premier est signalé dans le Rapport d’une Commission supérieure à Cherbourg : « Le 11 novembre 1879, la pompe d’alimentation s’engorge, la chaudière se vide, les tubes rougissent, le canot s’arrête. À tort ou à raison, sans laisser tomber le feu, l’alimentation est reprise, les tubes noircissent, la pression remonte, le canot repart, sans nouvel incident. Il faut avouer, ajoute l’ingénieur chargé du rapport, que l’on a fait subir à cette chaudière une sévère épreuve. »
- Le second fait, plus récent, est absolument semblable. Il s’est produit à la soirée scientifique donnée par M. l’amiral Mouchez, cette année même 1882. Une locomobile actionnée par une chaudière Du T emple était affectée à la production de l’électricité. Le tube de niveau étant venu à casser, le chauffeur, préoccuppé, néglige l’alimentation; la machine s’arrête. 11 s’aperçoit que les tubes rougissent et alimente par le volant de la machine. Les phases ci-dessus énumérées se représentent et tout se passe avec le même bonheur.
- On pouvait d’ailleurs prévoir jusqu’à un certain, point, ce qui s’est produit. La quantité d’eau qui arrive à chaque tube est fort petite et les récipients peuvent aisément résister à l’augmentation de pression qui en résulte. Quant aux tubes, même rouges, ils présentent une résistance considérable qui augmente en un instant par l’arrivée de l’eau.
- L’alimentation qui peut paraître difficile, ne l’est pas. Les rapports de la Marine le constatent et si l’on songe que presque toute l’eau de réserve se trouve contenue dans le réservoir supérieur, et que la chaudière fonctionne tant qu’il contient quelques gouttes d’eau, on comprendra qu’un chauffeur intelligent, en très peu de temps, peut régler l’alimentation de manière à ne pas exiger plus d’attention que les autres chaudières. Ce sont des enfants que M. Du Temple emploie dans son atelier pour chauffer, et c’est un enfant de treize ans qui a mené pendant deux mois une locomobile de 4 chevaux de son système à l’exposition d’électricité. M. Du Temple se préoccupe du reste de cette question, qui est déjà tranchée par l’alimentation automatique de M. Fromentin, qu’il espère avec l’aide de ce dernier inventeur, pouvoir appliquer économiquement, à tous ses appareils *.
- 1 D’après un Mémoire présenté â la Société d’Encourage-rnent.
- NÉCROLOGIE
- Joseph Liouville. — Ce savant membre de l’Académie des Sciences, que la mort a enlevé à ses travaux, le 9 septembre 1882, était né à Saint-Omer, le 24 mars 1806. Reçu à l’École Polytechnique, il y fit de brillantes études du 1825 à 1827. Classé à sa sortie, dans les Ponts et Chaussées, il renonça au brillant avenir qui pouvait lui être ouvert dans cette voie, pour s’adonner exclusivement aux travaux de science pure, aux sciences exactes, dont il était passionné, et aux mathématiques transcendantes pour lesquelles il avait une rare aptitude. Il entra dans l’enseignement public en 1851, devint professeur à l’École Polytechnique, et six ans plus tard, il fut chargé du cours de mathématiques au Collège de France, et de mécanique rationnelle à la Faculté des Sciences. Le 26 mars 1862, le professeur était nommé membre titulaire du Bureau des Longitudes.
- Joseph Liouville n’était pas seulement un mathématicien hors ligne, il aimait ardemment son pays, et professait un grand amour pour les idées d’indépendance et de liberté. Après la Révolution de Février, il fut élu représentant de la Meurlhe à l’Assemblée Constituante. Il vota avec le parti démocratique modéré, et ne fut pas réélu à l’Assemblée Législative.
- En 1839, Joseph Liouville fut nommé membre de l’Académie des Sciences en remplacement de l’astronome Lalande; en 1875 il était promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur.
- Liouville laisse un grand nombre de travaux importants, exposés dans des notes et mémoires, sous les titres les plus divers. Ses éditions des Œuvres mathématiques d’Evariste Galois, de la Géométrie de Monge, des Leçons de Navier, sont des plus estimées. Il fonda le Journal de mathématiques pures et collabora à un grand nombre de recueils scientifiques.
- Le commandant A. Cialdi, — Le capitaine de vaisseau Alexandre Cialdi, de l’ancienne marine pontificale, a terminé au mois de juin dernier sa très honorable carrière de marin et d’ingénieur, à Page de soixante-quinze ans. Après avoir entretenu à diverses reprises les lecteurs de la Nature de ses nombreux et utiles travaux, nous jetterons aujourd’hui un coup d’œil d’ensemble sur sa vie laborieuse, entièrement consacrée à la science et à ses applications â l’art nautique.
- Le commandant Cialdi naquit à Civita-Yecchia, en 1807, de parents pauvres qui purent cependant subvenir aux dépenses exigées par l’envoi de leur fils à l’École de marine de Gènes. Après divers embarquements sur des navires de commerce, pendant lesquels il fit plusieurs voyages en Amérique, il fut nommé capitaine au long cours. Une navigation sur le Nil, jusqu’aux premières cataractes, lui donna occasion de déployer ses remarquables ap -tiludes, et il fut désigné par le gouvernement pour conduire à Rome, en traversant les canaux et les cours d’eau de la France, trois bateaux à vapeur construits en Angleterre et destinés à la navigation du Tibre.
- L’étude des procédés employés par les anciens dans la construction de leurs ports de mer lui suggéra, pour la disposition des jetées, d’importantes modifications qui furent mises en pratique avec un plein succès. Il fut appelé à faire l’application de ses idées dans plusieurs villes maritimes de l’Italie. En s’occupant de la construction de Port-Saïd, à l’extrémité nord du canal de Suez, il fut
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- amené k donner des conseils qui paraissent de nature à faire éviter en majeure partie les grands frais de dragage nécessités par les atterrissements continuels qui s’y produisent.
- Le commandant Çialdi fait remonter à Léonard de Vinci, qui unit au génie de la peinture une remarquable science d’architecte et d’ingénieur, la théorie du mouvement des vagues de la mer (moto ondoso del mare) qu’il développa dans un grand mémoire, et qui l’entraina dans des polémiques dont il sortit presque toujours avec avantage. Son ami, le père Secchi, directeur de l’Observatoire du Collège Romain, dont la science déplore aussi la perte, lui vint en aide dans un lumineux rapport présenté à l’Académie des Nuovi Lincei de Rome. Selon le savant professeur F. de Luca, on peut associer, pour l’importance du sujet, le livre sur le mouvement des vagues k celui du célèbre météorologiste américain Maury, sur les vents et les courants, qu’il complète de la manière la plus heureuse. M, de Tessan s’exprimait ainsi sur cet ouvrage dans son rapport k l’Académie des Sciences . « L’exposition que fait M. Cialdi de tous les faits qu’il a rassemblés, de toutes les opinions qu’il a recueillies et de toutes les observations qu’il a faites lui-meme, est claire, nette, pré-cise et parfaitement coordonnée pour arriver au but qu’il s’était proposé d’atteindre en l’écrivant. Et si la vivacité que l’on remarque dans quelques passages de son livre pouvait faire croire que l’auteur n’est pas encore parvenu k convaincre tous les partisans de la théorie rivale, le lecteur impartial restera cependant convaincu, après examen, que M. Cialdi a parfaitement établi, par des preuves de fait surabondantes, l’exactitude de la théorie qui attribue k l’action des vagues une très grande prépondérance sur celle du courant littoral dans les atterrissements et les érosions des côtes.... ))
- Dans ses dernières années le commandant Cialdi s’occupait d’un ouvrage en plusieurs volumes, dont le programme développé a été approuvé par un grand nombre de personnes compétentes, et qui devait comprendre toutes les connaissances nécessaires à l’ingénieur chargé de travaux hydrauliques k la mer, principalement sur les côtes de la Méditerranée. Les parties les plus importantes étaient achevées quand la mort vint interrompre l’auteur et nous désirons vivement, pour les progrès de la science, qu’elles puissent être livrées k la publicité.
- Les principales institutions scientifiques de l’Europe avaient honoré le commandant Cialdi de leurs suffrages, et l’Académie des Sciences de Paris lui avait décerné le titre de membre correspondant. F. Zurcher.
- marié. — La Compagnie P.-L.-M. vient de perdre l’un de ses plus anciens serviteurs, Marié, ingénieur en chef du matériel et de la traction. Après avoir été k l’Ecole Polytechnique et k l’École des Mines, Marié fut envoyé dans les Landes, k la tête d’une grande Compagnie d’exploitation de forêts de pins. Puis il passa deux ans en Algérie où il fit d’importantes recherches sur les gisements de minerais. Bientôt après, il entra k la Compagnie de Lyon qui venait de se créer, et ne la quitta plus jusqu’à sa mort, à l’âge de soixante-cinq ans. Comme ingénieur de la Compagnie il fut d’abord chargé d’importants travaux de construction de ponts métalliques. Plus lard, if fut mis à la tête du service du matériel et de la traction et il se fit dans l’organisation de ce service une réputation qui lui survivra longtemps. Marié était k la fois un ingénieur distingué et un habile administrateur ; il aimait sincèrement ses ouvriers et ses mécaniciens et a toujours cherché k améliorer le plus possible leur situation. Aussi de nombreux ouvriers et em-
- ployés ont-ils tenu à rendre un dernier hommage à leur chef vénéré en l’accompagnant jusqu’à sa dernière demeure.
- FORMATION RAPIDE DES ACCUMULATEURS
- A LAMES DE PLOMB
- PAR M. GASTON PI.ANTÉ
- L’opération désignée par M. G. Planté sous le nom de formation des couples secondaires consiste, comme on le sait, dans une préparation électro-chimique de ses couples ayant pour objet d’oxyder profondément l’une des électrodes et de réduire l’autre k un état de division tel qu’il permet aux actions chimiques de s’exercer plus complètement pendant la charge et la décharge, et d’accumuler, par suite, une plus grande quantité du travail chimique du courant primaire.
- Cette méthode exige plusieurs changements de sens du courant, séparés par des intervalles de repos et par suite un temps assez long. C’est dans le but de réduire la durée de cette formation que M. Faure applique sur les lames de plomb une couche de minium, qui, sous l’action du courant, s’oxyde ou se peroxyde plus rapidement que les lames elles-mêmes.
- Cependant, M. Planté a reconnu dans ses expériences que les dépôts ainsi obtenus n’ont pas une adhérence et une cohérence suffisantes, et qu'il est préférable de chercher à transformer le métal même des électrodes. Les recherches entreprises par M. Planté ont eu pour but de diminuer le temps nécessaire k cette transformation, et les résultats de ces recherches ont été communiqués par leur auteur à l’Académie des Sciences, dans sa séance du 28 août dernier.
- Pour faciliter l’attaque du plomb par l'action électrochimique du courant primaire, M. Planté a reconnu qu’en élevant la température du liquide baignant les couples secondaires, soit à l’avance, soit pendant l’action du courant, on accélérait leur formation. Ce procédé opératoire présente quelques difficultés dans la pratique, aussi M. Planté a-t-il eu recours, en dernier lieu, à un autre procédé qui lui a donné des résultats très satisfaisants.
- Ce procédé consiste k soumettre simplement les couples secondaires à une sorte de décapage profond par l’acide azotique étendu de la moitié de son volume d’eau,* en les laissant immergés dans ce liquide de vingt-quatre à quarante-huit heures. Les couples sont ensuite vidés, lavés très complètement, remplis d’eau acidulée au dixième par l’acide sulfurique et soumis k l’action du courant primaire.
- Malgré la dissolution d’une partie du plomb, l’épaisseur des lames n’est pas notablement diminuée, mais l’attaque de l’acide produit une sorte de porosité métallique telle, que l’action chimique du courant ne se borne pas seulement k la surface des lames de plomb ; elle s’exerce aussi à l’intérieur, crée de nouveaux intervalles moléculaires, et facilite,* en conséquence, l’action du courant primaire.
- Les couples secondaires ainsi traités, peuvent fournir en huit jours, après trois ou quatre changements de sens du courant primaire, des décharges de longue durée, alors que, sans l’action préalable de l’acide nitrique, ils
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- LA NATURE.
- '2 iS
- ne pourraient donner qu’après plusieurs mois les mêmes résultats.
- Ce procédé, conclut justement M. Planté, permettra donc d’abréger notablement la formation des couples secondaires, et contribuera à en faciliter les applications.
- L'OBSERVATOIRE DU PIC DU MIDI1
- SPECTRES LUMINEUX
- L’Observatoire du Pic du Midi, au sujet duquel nous avons souvent appelé l’attention du lecteur, est à présent pour ainsi dire complètement terminé. A l’intérieur, sauf quelques légers détails, tout est prêt. Au rez-de-chaussée, la cuisine et les magasins contenant les provisions pour l’hiver, au premier étage, une suite de chambres solidement voûtées en pierre, donnant toutes sur un même couloir- de ronde, forment l’ensemble du bâtiment principal. Nous avons publié précédemment le plan de cette construction2, il donnera suffisamment l’idée de cette belle installation, quoique cependant il y ait eu quelques modifications pendant l’exécution des travaux. Au dehors, à petite distance, se trouve la plate-forme d’observation météorologique; elle est construite à quelques mètres de hauteur sur le rocher et un nouveau corps de bâtiment, le labo-V ratoirejde chimie, est tout auprès. Sur la plate-forme, placés sous un abri solidement construit, on voit tous les instruments servant aux observations, thermomètres, baromètres, etc. Un couloir voûté réunit le laboratoire de chimie à la plate-forme.
- Le général de Nansouty espère continuer bientôt ce couloir jusqu’au corps de bâtiment principal pour éviter en hiver l’accès difficile souvent encombré de neige, de la terrasse qu’il faut traverser pour se rendre de son cabinet de travail au sommet de la plate-forme.’
- Enfin les deux blocs de rocher que l’on voit sur mon croquis entre le laboratoire de chimie et le corps de bâtiment principal vont disparaître et dégager ainsi, en continuant les murailles de soubassement, les terrasses de l’Observatoire.
- La journée que j’ai passée le 17 juillet dernier au Pic du Midi, en compagnie de M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique de France, de M. Th. Moureaux, notre collaborateur, et de M. Favre, de l’observatoire de Toulouse, a été particulièrement intéressante au point de vue de l’aspect des nuages. Du côté du Midi, l’immense panorama des montagnes se voyait dans une resplendissante lumière, tandis' que du côté nord, les plaines de Pau et de Tarbes étaient complètement voilées par une mer de nuages d’un blanc éclatant et par les vapeurs lumineuses qui s’en détachaient à tous moments pour se perdre ensuite dans le ciel bleu. Vers
- 1 Voy. la Nature, 1" trimestre 1879, pages 107, 127, 134, __451 ; 2* trimestre 1879, page 353.
- * Voy. n° 297 du 8 février 1879.
- trois heures et demie ces vapeurs commençaient à entourer fréquemment le pic, passant au-dessus des terrasses de l’Observatoire ou allant s'engouffrer dans le ravin d’Arises. Je dessinais à ce moment dans les rochers, lorsque je lus tout à coup émerveillé par l’aspect lumineux, que prirent les brumes qui venaient de me voiler une partie de la vue dont je désirais prendre le croquis. Un arc-en-ciel d’un blanc pâle se forma au-dessus de ma tète, puis deux halos aux teintes éblouissantes se montrèrent dans le fond du ravin d’Arises, enfin je vis mon ombre tout entière se découper dans le centre même de ces halos. Mon ombre était entourée d’une auréole jaune pâle; puis des lueurs blanches, ensuite les teintes éblouissantes nettement marquées, rouge pâle, orange et violet du premier halo. La lueur blanche reparaissait, puis enfin le deuxième halo avec les mêmes teintes plus effacées : violet en dehors.
- J’appelai à ce moment un de mes compagnons de voyage qui vint admirer avec moi ce curieux effet de spectre du Broken vu au Pic du Midi ; en nous approchant l’un contre l’autre les ombres de nos têtes se trouvèrent dans la même auréole, elles semblaient surmontées de rayons sombres qui venaient couper les lueurs d’arc-en-ciel de nos halos. Nous remuons les bras, et sur l’ombre, nos doigts semblent jeter aussi un rayon plus sombre qui se meut suivant notre volonté comme les ailes d’un moulin. Au coucher du soleil, et le lendemain matin, l’état du ciel étant à peu près dans les mêmes condition», nous pûmes jouir du magnifique spectacle de l’ombre du Pic sur les nuages, entourée de lueurs irisées du plus bel effet.
- Maintenant que le général de Nansouty complète son installation de façon à en faire un véritable modèle d’Observatoire météorologique, il a d’autres curieux projets pour l’embellir.
- La commune de Bagiières a cédé la partie du Pic où se trouve l’Observatoire, trois hectares environ. Ce sont presque partout des roches abruptes et de larges précipices, mais au pied de la plate-forme d’observation, du côté du levant, il y a des espaces de gazon et de fleurs soutenus par les rochers. Lorsque les travaux commencèrent en 1875, l’ingénieur, M. Yaussenat, remarqua parmi les roches d’anciennes racines d’arbres divers. A une époque lointaine, à cette hauteur de 2877 mètres, il fallait donc admettre que des forêts avaient pu exister. Cette remarque faite, on pouvait penser à une restauration véritable de l’état primitif du Pic. C’est ainsi que bientôt, le général enfermera ses terrains concédés, de barrières, pour empêcher les troupeaux de venir arracher l’herbe et en même temps les terres végétales, puis il plantera les espèces d’arbres qui devront pousser : pins mugho et cembro, mélèzes, bouleaux, sorbiers des oiseaux, cythises des Alpes, rosiers des Alpes, saules nains du Groën-land, etc., dans quelques années peut-être l’Observatoire sera doté d’ombrages, aux arbres variés, véritables oasis aériens.
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- Spectre lumineux observé au Pic du Midi le 17 juillet 1882, ù o li. 30 m. de l'après-midi. (Daprès nature,
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- LA NATURE
- Sur la façade de l’Observatoire exposée au levant, on remarque l’inscription suivante gravée sur une plaque de marbre :
- La construction de cet observatoire résolue en 1873 par le général Champion de Nansouty et l’ingénieur C. X. Vaussenat, a été exécutée en huit années par leurs efforts continus et au milieu de grandes difficultés. Ils ont été aidés dans leur œuvre par les deniers de la Société Ramond de Bagnères, par ceux de plusieurs citoyens généreux et surtout par MM. Jean Cistac de Montrejeau, Charles Bag-gio de Carvin, Bischoffsheim de Paris, Paul Bert d’Auxerre et les ministres Bardoux, Freycinet et J. Ferry. Achevé le gros œuvre de ce jour, XXX juillet MDCCCLXXX.
- H,e Abadie de Prechac, entrepreneur.
- Albert Tissandier.
- VOLCANS DE L’ILE HAYAÏ1
- ETUDE DES LAVES
- La fluidité exceptionnelle des laves des volcans de l’île Havaï s’accuse par la forme très particulière qu’affectent les coulées après leur refroidissement.
- Toutes portent bien la marque de leur origine ignée. Toutes* se présentent sous l’aspect de masses vitrifiées, prises en masse et restées à l’état vitreux.
- Celles issues des cratères, par débordement; sont spongieuses, criblées de cavités qui tiennent à l’expansion des gaz qu’elles contenaient alors qu’elles étaient fluides; elles figurent des écumes consolidées.
- Celles, qui se sont dégagées par jets au travers des crevasses ouvertes sur les flancs de la montagne, sont plus compactes et plus franchement vitreuses ; leur surface ondulée, marquée de plis concentriques, porte toujours des traces manifestes d’étirement dans le sens de l’écoulement.
- Les premières ont été comparées à la surface écumeuse d’un liquide en fermentation; les autres au même liquide tiré à clair par soutirage en dessous. L’exemple est bien choisi.
- Très rarement, elles possèdent une structure cristallisée. Les cristaux craquelés de feldspath et d’olivine, qui sont si fréquents, tantôt isolés, tantôt réunis en masses granulaires, dans les laves de cette nature, y font à peu près défaut, ou tout au moins n’y apparaissent que très réduits, dans des coulées épaisses, accumulées dans les dépressions.
- Leur coloration toujours sombre, qui varie du noir vif au gris ardoise, tient à l’abondance du fer oxydulé, qui leur communique également ses «propriétés magnétiques. Aussi dans les vastes champs de laves qui s’étendent sous le Mauna-Kea, la boussole, affolée, n’est plus d’aucun secours pour les voyageurs égarés dans ces régions désertiques.
- Ces laves vitreuses se signalent encore par leurs reflets satinés ; leur surface, qui semble avoir reçu un brillant poli, prend souvent une apparence
- 1 Voy. n° 467 du 13 mai 1882, p. 371.
- moirée et se pare de couleurs irisées qui lui ont valu, de la part des indigènes, le nom bien significatif de pahoœ hoœ (peau de satin). Un bel exemple de ces laves vitreuses nous est offert par la dernière éruption du Kilauea et les photographies qui représentent un des épisodes de cette coulée, qui s’est étendue dans la direction de Hilo sur un espace de plus de 60 kilomètres, reproduites dans ce journal dans le numéro du 28 janvier de cette année *, donnent une bonne idée des aspects souvent singuliers quelles prennent après leur refroidissement.
- Ces laves s’écoulent avec une vitesse prodigieuse, comparable à celle de l’eau sur une pente rapide, en conservant longtemps leur fluidité. Elles suivent leur cours, comme le ferait un ruisseau de métal fondu, obéissant aux lois de la pesanteur, inondant les surfaces planes, remplissant les creux qu elles peuvent rencontrer avec une grande rapidité2, s’accumulant contre les obstacles qu’elles franchissent ensuite, soit en manière de cascade de feu, soit en les contournant et en s’échappant latéralement quand la disposition du terrain s’y prête.
- Pendant le jour, les parties inférieures de la coulée, masquées en partie par un nuage épais, présentent une couleur rouge brun ; la nuit, elles paraissent étincelantes et portées au rouge blanc ; il semble que des flammes s’en dégagent, illuminant les bouffées de vapeurs qui jaillissent par torrents. C’est surtout quand la lave s’écoule sur une pente raide, ou quand elle se précipite en cascade, que ces effets de flamboiement sont bien indiqués, et c’est alors que l’expression de torrent de feu peut lui être appliquée.
- La chaleur d’irradiation d’une pareille masse n’est pas aussi considérable qu’on pourrait se l’imaginer, on peut s’approcher des points en ignition sans en être incommodé. C’est de cette façon qu’on s'est assuré que ces laves en fusion étaient douées d’une certaine résistance et qu’il fallait exercer un certain effort, pour y enfoncer une tige de fer, qui était tout aussitôt rougie et fortement oxydée, mais sans présenter de traces de fusion.
- Lorsqu’un tel courant arrive dans un terrain marécageux, la soudaine vaporisation des eaux contenues dans ce sol humide occasionne des explosions, qui projettent en l’air des fragments de lave et la surface des coulées prend, sur tout ce parcours après son refroidissement, un aspect scoriforme, qui lui donne l’aspect caverneux d’une éponge. Toutes les cellules, toutes les cavités, parfois de grandes dimensions, qui la traversent, sont séparées par des parois si minces, qu’on peut entailler cette lave à la hache et en soulever des blocs énormes.
- Les effets d’une pareille coulée à la mer on dans une grande étendue d’eau, sont tout différents et la
- 1 Voy. Eruption du Mauna-Loa, fig. 14 4. — N® 452 de La Nature, pages 136 et 137.
- 2 En août 1881, en une heure quarante minutes, un lac d’une certaine étendue a été comblé. La Nature, n° 452, page 135.
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- lutte entre ces deux éléments, qu’on pourrait supposer terrible, se traduit seulement par des dégagements de vapeurs qui n’ont aucun caractère de violence. L’eau semble reculer devant la lave ; il se produit là, sans aucun doute, un phénomène comparable à celui de la caléfaction, qui arrête le contact direct entre la nappe liquide et la lave en fusion, et la coulée peut ainsi se maintenir sous l’eau à la chaleur rouge, pendant un certain temps. J’ai eu occasion d’observer de pareils faits au volcan de la Réunion ("Océan Indien), où les laves issues du cratère brûlant, qui se dresse à l’extrémité orientale de l'ile, se déversent fréquemment jusqu’à la mer.
- Ces coulées se répandent fréquemment dans les forêts ; les arbres sont alors rapidement enveloppés par la lave, les parties supérieures seules flambent et se réduisent en cendres ; le tronc protégé, en
- 1 ig. 1. — Gerbes de Jave à la surface des coulces du Mauna-Loa. ;
- quelque sorte, par un tube cylindrique de lave, qui s’est rapidement consolidé à sa surface, reste debout sans être carbonisé. Ce fait trouve son explication dans l’humidité de l’écorce, qui, étant subitement vaporisée, agit comme une espèce de fourreau protecteur pendant ce court intervalle qui sépare leur immersion dans la lave et le refroidissement de la première enveloppe.
- Parfois des explosions, effectuées à la surface même des coulées, occasionnent, comme dans le cas précédent des marécages, des projections de laves, qui viennent alors s’accrocher aux branches des arbres, où elles restent fixées, à la manière de ces glaçons formés par la gelée qui suit une neige abondante et un dégel. Les branches, ainsi enveloppées, portent à peine les traces du feu, ce qui tient sans doute au rapide refroidissement de la lave dans sa course aérienne.
- Ces laves vitreuses se refroidissent, en effet, brusquement aussitôt leur exposition à l'air. Les parties
- centrales, protégées contre le rayonnement par cette croûte superficielle rapidement consolidée, restent longtemps fluides et continuent alors à s’écouler au-dessous.
- Si la pente est rapide, elles disparaissent ainsi complètement et lorsque l’émission a cessé il ne l'este plus, en ces points, comme trace de leur passage, qu’une longue cavité cylindroïde, souvent très élevée, figurant alors un immense tunnel dont la voûte est parsemée de longues stalactites de lave, dues au retrait de la masse liquide.
- Ces anciens canaux de lave sont fréquents sur les pentes du Mauna-Loa où ils s’étendent sur plusieurs kilomètres de long, et leur intérieur présente le spectacle bien connu des grottes à stalactites dans les massifs calcaires.
- D’autres boursoufflures de dimensions énormes se
- Fig. 2. — Laev du Kilauea (éruption de 1881) vue au microscope^ en lumière naturelle, a un grossissement de 40 fois. — 1, labrador. — 2, augite. —3, péridot. — 4, magnétite. — 3, micro-lithes d’aiiorthite. — 6 et 7, eristaliites d’augife. — 9, concrétions spberolithiques.
- produisent encore à la surface des coulées, par suite de l’expansion subite des masses gazeuses qui se dégagent de la lave en fusion : la croûte soulevée par ces actions violentes se relève en forme de dôme qui se crevasse au sommet, et par cette ouverture béante, les laves, pressées en dessous, jaillissent par petits jets qui donnent en miniature l’image d’une éruption (fig. 1). Il en résulte des édifices coniques, aux formes singulières, qui se dressent parfois au-dessus des coulées à des hauteurs de plusieurs dizaines de mètres. Il est des coulées qui sont pour ainsi dire couvertes de ces petites collines en forme de mamelon, souvent sont entr’ouvertes et laissant voir dans leur intérieur les pendentifs et les étirements de lave en forme de stalactites que nous venons de mentionner dans les canaux de lave. Mais alors toutes ces parties en saillie sont fortemenl colorées; elles semblent recouvertes d’un vernis brillant rouge vif ou violacé et sont parfois tapissés dans toute leur étendue par un semis de petits cris-
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- taux aiguillés, doués d'un éclat diamantin, qui deviennent étincelants, quand les rayons du soleil, pénétrant au travers des crevasses entrouvertes au sommet de ces grottes, viennent à les frapper. Toutes ces efflorescences sont formées de substances zéoli-thiques diverses, au milieu desquelles on reconnaît de larges paillettes miroitantes de fer oligiste spé-eulaire; elles sont dues aux actions chimiques exercées par les émanations volatiles qui ont présidé à la formation de ces cavités, qu’on peut considérer comme de véritables fours à cristaux.
- Toutes ces particularités que je viens «le signaler dans les coulées du Mauna-Loa sont le trait caractéristique des laves basiques, c’est-à-dire des laves dont la teneur en silice est peu élevée et qui par ce fait deviennent très fusibles et sont susceptibles d’une haute liquidité, quand elles sont soumises à la fusion. C’est donc dans la composition chimique et minéralogique des laves des Sandwich que nous allons maintenant trouver toute l’explication des phénomènes que nous avons décrits.
- C’est ainsi que leur fluidité exceptionnelle est motivée par ce fait qu’elles sont pauvres en silice; elles n’en contiennent en moyenne que 42 p. 100, et leur composition chimique est celle de Yhyalomélane, c’est-à-dire de la substance vitreuse naturelle la plus basique que l’on connaisse i.
- De plus, l’analyse microscopique montre qu’elles sont essentiellement vitreuses; ce que l’examen à l’œil nu laissait déjà bien soupçonner. Elles sont constituées par un verre bien homogène, complètement amorphe, transparent, et très coloré dans les tons bruns ou jaunâtres, qui présente une belle structure fluidale bien accusée par son apparence étirée et surtout par l'orientation des granulations opaques et des éléments cristallins qu’il renferme.
- La figure 2, qui représente une coupe microscopique faite au travers de la lave de 1881 du Kilauea, vue au microscope sous un faible grossissement, en donnera une idée.
- Les éléments cristallins contenus dans ces laves vitreuses sont peu variés, en petit nombre, et surtout très clairsemés. Us se limitent au labrador et à l’anorthite comme espèces feldspathiques ; le premier toujours prédominant, en cristaux bien déterminés, aux formes géométriques absolument
- 1 J’ai déjà mentionné ce fait d’après un fragment de lave provenant de l’éruplion d’août 1881 (la Nature, n° 452, page 158). J’ai reconnu depuis cette même composition dans plusieurs échantillons de laves, appartenant à des coulées plus anciennes, qui ont été gracieusement mises à ma disposition par M. Gidel, proviseur au lycée Saint-Louis, à qui j’adresse ici mès plus vifs remerciements.
- nettes, tandis que l’anorthite affectant toujours la forme microlithique et réduit parfois à l’état de petits traits brillants, manque le plus souvent.
- L’augite et le péridot sont les seuls silicates ferrugineux de la lave, et là encore il est bon de faire remanjuer que le péridot, peu fréquent, toujours en cristaux arrondis, craquelés, portant des traces de corrosion manifestes, ne doit être considéré que comme un élément accidentel, emprunté parla lave aux masses péridotiques consolidées dans les profondeurs, et ne faisant pas partie de sa composition propre.
- Le 1er oxydulé ne manque jamais, c’est lui qui donne à la lave sa coloration noire et sa densité. Il est parfois si abondant, soit à l’état de granules, soit à l’état de cristaux octaédriques groupés, qu’il rend la roche opaque en masquant tous les détails de sa structure.
- Ces groupements du fer oxydulé qui se présentent surtout dans les parties centrales des coulées, sont tout à fait remarquables; l’extrême délicatesse et surtout la régularité des dessins qu’ils forment, nous indiquent qu’ils ont dû prendre naissance dans un bain tranquille, soumis à un lent refroidissement. Le moindre mouvement dans la lave aurait détruit l’harmonie qui règne dans la disposition régulière de tous ces petits cristaux (fig. 5).
- L’augite se présente dans les mêmes conditions, c’est-à-dire en cristaux bien nets, presque incolores, d’une remarquable pureté, très fréquemment mâ-clés. On les voit presque toujours entourés d’une petite couronne de fer oxydulé, qui se présente sous forme de baguettes, tantôt disposées radialemcnt autour du cristal (fig. 4, nos 16 et 19), tantôt couchées à plat et dessinant des zones concentriques suivant les faces cristallines (fig. 4, n° 18). Au moment de la consolidation de ce minéral ferrugineux, l’augite déjà formé a donc exercé sur lui une action attractive bien manifeste. De semblables effets se sont produits autour du labrador, ainsi que le représentent les nos 11, 12, 13, 14, 17 et 22 de la ligure 4, qui s’est alors comporté comme un véritable aimant.
- La cristallisation du labrador et de l’augite a dû se faire simultanément, on en a la preuve dans ce fait que ces deux éléments se groupent et parfois se pénètrent réciproquement (nos 18 et 19). lien résulte, dans les parties centrales des coulées, où la cristallisation s’est faite d’une façon plus active et surtout plus continue que dans les parties superficielles rapidement refroidies, une véritable association pegmatoïde de l’augite et du labrador, c’est-à-dire un mélange absolu de ces deux éléments cristallins.
- Fig. 3. — Principaux exemples des groupements du 1er oxy-dulé, observés au microscope sous un grossissement de 30 fois (dessinés à la chambre claire).
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- La ligure 5 représente l’aspect que prennent sous le microscope ces parties centrales, cristallines, des
- Fig. 4. — Cristallites de feldspath, d’augite et de fer oxydulé observés dans les laves du Kilauea. — N°‘ 1 à 10. Principales formes cristallitiqucs de l’augite. — 11, 12,15,14 17, 22, 23, cristaux feldspathiques (labrador), présentant à leurs extrémités des houppes dé 1er oxydulé. — 16, 18,19, cristaux d’augite et de labrador entourés de fer oxydulé — 24 à 54, principales formes cristalliliques d=* labrador. — 35 à 39, 44, trichites de fer oydulé. — 40 à 43, microlithes d’anorthitc.
- laves du Mauna-Loa, taillées en lames minces. Elle montre bien cette association intime du feldspath labrador avec l’augite qui résulte d’une cristallisation simultanée de ces deux éléments.
- Parfois ces pénétrations de l’élément blanc fcld-spatliique dans l’élément ferrugineux augitique donnent lieu à des accidents singuliers, qui ne répondent à aucune loi, ainsi que ceux représentés dans les figures 6 et 7, où l’augite paraît littérale -ment embroché par le labrador.
- J’aurais‘pu multiplier, pour ainsi dire à l’infini,
- Fig. 5. — Partie centrale d’una lave du Mauna-Loa, vue au microscope sous un grossissement de 120 fois. — 1, labrador. — 2, microlithes d’auoithite. — 5, pyroxène (augite), — 4, fer oxydulé.
- ces exemples, car ils sont fréquents, et forment le
- trait caractéristique de ces grandes coulées épaissies du Mauna-Loa.
- Ces faits sont fort nstruelifs, car ils nous montrent que. les laves des volcans des Sandwich sont venues au jour à l’état complètement vitreux, c’est-à-dire sous la forme d’une masse fondue, dans laquelle les éléments cristallins n’ont dû s’individualiser que dans des conditions de tranquillité et de calme qui ne se sont trouvées réunies que lorsque la lave, après son émission, s’est maintenue pendant longtemps à l’état
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- fluide, sous son enveloppe rapidement consolidée.
- En effet, dans les parties superficielles des coulées, la lave est restée à cet état vitreux originel. Il en est de même dans les écumes scoriacées qui se sont produites par déversement au-dessus des bords des cratères du Kilauea et du Mokua-Weo-Weo.
- Là, point de formes cristallines appréciables, la masse vitreuse prédomine, et présente même des parties décolorées, par suite de ce fait que la matière brune qui lui donne sa teinte foncée habituelle, se condense en certains points sous la forme de globules sphé-rolithiques, tels que ceux qui sont représentés sous le n° 9 dans la figure 2.
- A l’exception du fer oxydulé, qui se manifeste toujours avec ses groupements octaédriques, on ne rencontre
- pour ainsi dire plus que des cristallites, c’cst-à dire des cristaux en voie de formation, arrêtés subitement par suite du refroidissement subit de la masse dans laquelle ils prenaient naissance.
- Ces squelettes de cristaux, qui abondent dans ces parties superficielles des laves, présentent des formes singulières qui défient toute description; j’ai tenu à représenter, parmi ces formes cristallitiques, celles dont j’ai pu déterminer la nature en raison des pas-
- Fig. 8. — Cheveux de Pélé (grandeur naturelle).
- C’est surtout encore dans ces productions filiformes, rejetées soit par les cratères, soit par les crevasses, à la surface même des coulées, sous l’influence des dégagements gazeux, et connues sous le nom de cheveux de Pélé, que l’état vitreux des
- laves se traduit bien (fig. 8). Ces filaments vitreux, doués de la finesse du verre filé et de la souplesse de l’étoupe, n’ont pu se produire qu’au sein d’une masse très fluide, susceptible d’un grand étirement. L’examen microscopique permet de se rendre compte de leur mode de formation ; tous portent, sous forme de canaux allongés ou de cellules ovoïdes, la trace des dégagements gazeux qui ont provoqué leur émission. Dans les terminaisons en gouttelettes et surtout dans les renflements qu’ils présentent, on reconnaît presque toujours quelque indice de substance cristalline (fig. 9).
- Parfois les coulées de lave à file Ilavaï se présentent sous un tout autre aspect que celui que je viens de décrire. 11 en est, en effet, qui se sont
- Fig. 9.
- Cheveux de Pélé vus au microscope, sous un grossissement de 50 fois.
- sages que j’ai reconnus entre ces cristaux à l’état naissant et leurs formes parfaites.
- Dans la figure 4, les formes losangiques 1 à 10 sont applicables à l’augite ; celles comprises sous les numéros 26 à 54, au labrador; 40 à 45, à l’anorthite; enfin, les formes trichitiques, 55 à 59 ot 44, appartiennent au fer oxydule.
- consolidées par blocs angulaires détachés, de toutes formes et de toutes dimensions, qui figurent un entassement de sombres rochers et ressemblent plutôt à un éboulis gigantesque qu’à une véritable coulée.
- Ces champs de lave disloqués sont dans le plus grand désordre ; à côté de blocs de la grosseur du poing, on en voit qui atteignent la dimension d’une
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- maison. Leur surface composée ainsi de masses al-viques saillantes informes, violemment emboîtées les unes dans les autres, peut être comparée à celle des embâcles de glace qui se forment, dans les hivers rigoureux, sur les rivières gelées. Cet état particulier provient des conditions spéciales dans lesquelles s'effectuent certaines émissions de laves.
- Nous en avons vu, en effet, qui se faisaient, pour ainsi dire, par saccades, à des intervalles très rapprochés. Quand à une interruption subite succède ainsi, à un court intervalle, une recrudescence d’activité, la coulée nouvelle, qui jaillit par le même orifice encore entrouvert, et s’écoule par les mêmes canaux, disloque celle qui l’a précédée; elle entraîne alors tous ces débris et chemine, comme un immense convoi, couverte d’un entassement souvent prodigieux de blocs de scories et de dalles de laves aplaties, sous lesquels elle disparaît complètement. La progression d’une pareille masse s’effectue lentement et donne tout à fait l’image d’une montagne de coke qui s’écroule. C’est à peine si pendant la nuit, au travers des éboulis qui se produisent, on distingue quelques points en ignilion.
- En novembre 1880, M. Green 1 raconte qu’un grand courant de laves issu du Mauna-Loa charriait ainsi à sa surface d’énormes quartiers de laves, et son front formait une muraille de près de 10 mètres de hauteur, qui s’éboulait constamment, sous la pression exercée en dessous par les laves.
- C’est de la sorte que s’établissent ces traînées de blocs connues sous le nom de Clinker-fieds, qui se présentent surtout au voisinage du Mauna-Kea et du Ilualalai aujourd’hui éteint.
- Tels sont les faits principaux qui permettent, ainsi que je l’ai dit au commencement, de considérer les volcans des Sandwich comme les plus célèbres et les plus actifs qui soient au monde, et de leur donner en raison de leur mode d’activité spécial et de leur situation au centre de ce cercle de feu qui entoure le Pacifique, une place à paî t au milieu des manifestations actuelles de l’activité interne du globe.
- Dans cette étude, je n’ai eu d’autre but que de bien définir ce mode d’activité tout à fait exceptionnel, d’en rechercher les causes dans la nature également très particulière de leurs produits, et d’appeler, par suite, l’attention sur ces grands volcans, qui maintenant connus dans leurs traits généraux, demanderaient une étude plus détaillée ; étude qui devrait s’étendre, comme point de comparaison, aux appareils éteints des autres îles de l’archipel, sur lesquels les documents précis font absolument défaut, les volcans actifs dllavaï ayant toujours jusqu’à présent, absorbé l’attention des voyageurs qui ont visité ces parages.
- J’espère que cet appel sera entendu. Le naturaliste qui entreprendrait cette étude serait amplement payé de sa peine, non seulement par l’intérêt
- 1 Lettre de M. W. L. Green à M. Daubrée. Comptes rendus de l'Institut, xcii, page 48.
- considérable du sujet, mais par la beauté des sites qu’il aurait à explorer et plus encore par l’affabilité de la population havaïenne, qui peut être considérée comme la plus hospitalière du globe, et contribue pour beaucoup à faire des Sandwich, un séjour enchanté.
- Ch. Vélain.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 septembre 1882. — Présidence de M. Blanchard.
- Liouville. — M. le Président annonce à l’Académie la mort de M. Liouville et retrace en quelques paroles émues la vie de l’illustre géomètre. La séance est levée en signe de deuil.
- Plantamour. — M. le Président annonce également la mort de M.lc professeur Plantamour, directeur de l’Observatoire de Genève. Dans ces dernières années, ce savant astronome prit une part considérable aux grandes déterminations géodésiques de l'Europe centrale. Un de ses divers travaux est la mesure de la différence de longitude entre Lyon et Genève, exécutée avec la collaboration du colonel Perrier.
- S. Meunier.
- LE CONGRÈS INTERNATIONAL D’HYGIÈNE
- DE GENÈVE
- Le Congrès qui vient d’av-oir lieu à Genève, du 4 au 9 septembre, est le quatrième d’une série qui comprend ceux de Bruxelles (1878), Paris (1879) et Turin (1880). Cette institution, qui a donné déjà d’excellents résultats, est appelée, on n’en saurait douter, à rendre de réels services car, pour l’hygiène, les peuples sont absolument solidaires, et bien souvent il faut une entente universelle pour atteindre le but.
- La session avait été préparée par un Comité d’organisation dont le président était l’honorable M. Lombard, et le secrétaire général M. le Dr Dunant, professeur d’hygiène 5 la Faculté de médecine de Genève. Le bureau de ce Comité fut d’ailleurs conservé par acclamation comme bureau définitif : on lui adjoignit seulement un certain nombre de présidents d’honneur choisis parmi les étrangers qui prenaient part au Congrès. On agit- de même, d’ailleurs, pour les bureaux des sections.
- Le programme de la session comportait des séances générales et des séances de sections. La première séance, séance d’inauguration, ne comprenait que des discours de bienvenue et de remerciement et n’a pu faire avancer l’hygiène. Nous croyons qu’il y aurait avantage pour les sessions futures à modifier le programme de cette séance, en la rendant plus intéressante et plus utile, de manière à ne pas perdre une journée. — La séance générale du 5 septembre, comprenait une importante communication de M. Pasteur sur Yatténuation des virus; ce discours remarquable à tous égards, a été applaudi avec enthousiasme et M. Pasteur a été l’objet d’une ovation dont nous avons été fier comme Français. — Dans la journée de mercredi, 6 septembre, on entendit M. le professeur Cor-radi, de Pavie, qui nous entretint de la contagiosité de la phtisie pulmonaire, qu’il considère comme n’étant pas démontrée, mais qui lui paraît assez possible pour que l’on prenne de sérieuses précautions contre elle. M. Yarren-trap, conseiller sanitaire de Francfort-sur-le-Mein, avait
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- pris pour sujet : les colonies d'écoliers en vacance; il a prouvé par des faits et des chiffres, l’avantage non douteux qu’il y a, à envoyer les écoliers maladifs (non malades) à la campagne pendant les vacances. — La séance du vendredi 8, était consacrée à l'influence des altitudes élevées; M. Lombard lut d’abord un rapport très complet sur cette question; puis M. Paul Bert vint rappeler les résultats auxquels l’avaient conduit ses expériences, et le Dr Marcel donna les conclusions de ses recherches personnelles. — La question de la prévention de la cécité fut traitée dans la dernière séance par MM. Haltenhoff, Fieuzal et Roth. Mais on dut se hâter, car la séance était chargée. On fit choix de La Hâve pour siège du prochain Congrès, en 1884. Enfin, un prix de 2500 francs, fondé par la province de Turin, sur l'hygiène des campagnes, fut attribué à notre compatriote le Dr Larjet, de Bordeaux, pour son livre récemment publié.
- Je ne saurais entrer dans le détail des séances de sections : outre que le compte rendu même sommaire exigerait un espace trop considérable, je ne suis pas encore
- renseigné complètement, n’avant pu suivre les diverses séances qui avaient lieu simultanément. Tout ce que je puis dire, c’est que, de l’aveu de tous, on a travaillé fructueusement partout.
- Il serait injuste de passer sous silence les réceptions qui nous ont été faites de tous les côtés ; au foyer du théâtre, par la Municipalité ; par M. R. de Candolle dans sa campagne du Vallon; par le Comité d’organisation, au château de Mme Evnard ; à Champel-sur-Arve par la direction de l’établissement d’hydrothérapie. Nous n’oublierons jamais l’excursion du jeudi 7 sur le lac, le déjeuner offert par la Compagnie de seaux d’Evian, le dîner du Kursaal de Montreux, et surtout la magique illumination qui, le soir, se développa devant nous sur les rives du lac, sur une longueur de plus de 10 kilomètres et qui, partant du niveau de l’eau,s'élevait au sommet dcs montagnes que dépassaient encore les fusées lancées de toutes parts...
- Je ne saurais terminer sans remercier, au nom de tous nos compatriotes, les Genevois pour leur affable et cordiale réception. C. M. Gariel.
- Fac-similé d’une série de photographies instantanées représentant dans ses positions successives un ciown luisant un saut périlleux.
- (D’après des photographies de M. Muyhridae.)
- ’ PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE
- REPRODUCTION d’un SAUT PÉRILLEUX
- Nos lecteurs connaissent les merveilles photographiques obtenues par M. Muybridge, de San Francisco. Nous avons suivi tous les travaux de l’habile opérateur1 ; nous donnons encore aujourd’hui le spécimen d’un des derniers clichés qu’il a obtenus. Ce cliché représente un clown faisant le saut périlleux. Huit impressions successives ont été obtenues pendant le court espace de temps compris entre les deux phases extrêmes de cet exercice ; la première et la dernière impression représentent l’homme au départ et à l’arrivée, les six épreuves intermédiaires le représentent en l’air, dans ses positions succes-
- sives.— On a vu depuis, que M. Marey, de l’Institut, avec le fusil photographique qu’il a construit *, arrive à obtenir plus facilement que ne le fait M. Muybridge, des résultats analogues, plus étonnants même, puisque l’oiseau lui-même a été saisi au vol.
- Nous insistons spécialement sur ces résultats de la photographie instantanée, parce qu’ils offrent, selon nous, une importance capitale, tout aussi bien au point de vue de la science qu’à celui de l’art. Ce qui manquait jusqu’ici à la photographie, c’était la vie, c’éiait l’action : la photographie instantanée, qui reproduit le mouvement, a devant elle un avenir immense.
- 1 Vyo. n° 404 dn 22 avril 1881, p. 326.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. n° 461 du 1er avril 1882, p. 276.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 48 0. — 25 SEPTEMBRE 18 82.
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- LE TÉLÉGRAPHE DE BOURSE
- (( EXCHANGE TEEEGRAPH COMPANY )) DE LONDRES
- Le développement sans cesse croissant des transactions commerciales crée chaque jour de nouveaux besoins presque aussitôt satisfaits, grâce au développement parallèle des applications de la science; le système que nous allons aujourd’hui faire connaître à nos lecteurs en est un nouvel exemple, et des plus intéressants.
- Jusqu’en 1866, c’est-à-dire il y a à peine seize
- ans, le haut commerce des grandes villes manquait absolument de tout moyen d’être sûrement et rapidement renseigné sur les fluctuations de la valeur de l’argent, des marchandises, des actions et obligations, et en général de tous les renseignements commerciaux d’une si grande importance dans la banque, la finance et le commerce de gros. Le premier système destiné à fournir ces renseignements et à les distribuer simultanément à un certain nombre d’abonnés fut combiné en 1866-1867 par un Américain, M. S. S. Laws, de New-York. Le système fonctionnait bien, mais il était purement optique, et il fallait lire les indications sur un cadran
- au fur et à mesure de leur expédition par le bureau central, ce qui était un grave inconvénient. Dès 1867, M. E. À. Calahan, de New-York, combina un appareil à trois fils dans lequel toutes les indications fournies étaient imprimées automatiquement en caractères ordinaires sans que l’abonné ait à s’en occuper. Les deux systèmes fusionnèrent et formèrent une Compagnie unique sous le nom de Gold and stock Telegraph Company. Depuis cette époque, les appareils ont été considérablement perfectionnés par un grand nombre d’inventeurs américains et anglais, Phelps, Gray, Edison et Pope, Davis, Hig-gins, etc. Pour ne pas entrer dans le détail de tous ces perfectionnements, ce qui nous entraînerait trop loin, nous choisirons, pour en donner une descrip-tO* lunée. — 2* semestre.
- tion générale et succincte, le système adopté par The Exchange Telegraph Company, de Londres, pour son service de distribution d’informations financières, politiques, de sport, de nouvelles étrangères et générales, etc.
- L’autorisation spéciale accordée à la Compagnie par le Postmaster General, le 28 mars 1872, spécifie et définit nettement le but du système : cette autorisation se rapporte à un système d’échange par voie télégraphique tel que, de certaines stations centrales ou de certains points déterminés, des informations identiques puissent être fournies à un nombre quelconque d’abonnés par des appareils imprimeurs automatiques n’exigeant pas l’emploi de piles locales, ni celui de mouvements d’horlogerie et aucune con-
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- naissance télégraphique de la part de l’abonné. L’impression est laite en caractères romains et la progression de la bande de papier imprimée se produit sous l’action de l’électricité fournie par les stations centrales de la Compagnie.
- L’installation du bureau central comprend : une série de piles au bichromate de potasse dont nous réservons la description, destinées à fournir le courant nécessaire au fonctionnement des appareils récepteurs ; un appareil manipulateur à clavier qui établit les contacts électriques nécessaires au fonctionnement des relais disposés sur un tableau en haut et à droite de notre gravure. Ces relais envoient les courants dans une série de fils qui forment autant de lignes distinctes sur chacune desquelles-sont intercalés les récepteurs en nombre variable, suivant la longueur de la ligne. Le fonctionnement des récepteurs exige deux circuits distincts, up pour la roue des types, l’autre pour l’impression de la bande. Chacun de ces circuits correspond avec un relais distinct. Le transmetteur envoie Içs courants dans les relais, et ceux-ci, sous l’action de,ces courants, ferment les circuits des différentes lignes qu’ils commandent, pour agir sur les récepteurs intercalés sur chacune de ces lignes. Chacun d,çs contacts du transmetteur peut actionner 30 paires de* relais et chaque paire de relais peut à son tour commander 30 récepteurs sur une paire de lignes, tiréseul transmetteur pourrait donc déjà commander 900'récepteurs imprimeurs. Mais comme il est possible de doubler, quadrupler ou même sextupler lés contacts du transmetteur pour actionner un nombre double, quadruple .ou sextuple de relais, qui commanderaient à leur tour de nouveaux im-primeurs, on peut dire que le nombre d'appareils qu’un, seul transmetteur peut desservir est pratiquement illimité et que, dans une ville donnée, il dépassera toujours celui des abonnés effectifs à une nature spéciale de nouvelles.
- \ On peut d’ailleurs se faire une idée générale du système en se reportant à la figure qui montre une partie de la salle des piles, le manipulateur à clavier, les relais et un appareil récepteur de contrôle de tous points identique à ceux qui sont placés chez les abonnés, et intercalé sur l’un des circuits desservis par les manipulateurs et les relais. On voit sur la table un télégraphe Morse en relation avec la Bourse et qui en reçoit directement les cours. L’employé, chargé de transmettre ces cours aux abonnés, fait la lecture sur la bande elle-même qui se déroule sous ses yeux et les expédie à l’instant même où ils lui parviennent. 11 ne s’écoule certainement pas une minute entre l’instant où le cours est officiel et celui où tous les abonnés — dont le nombre dépasse aujourd’hui cinq cents — le reçoivent.
- Pendant la durée de l’Exposition d’électricité du Palais de Cristal, à Londres, l’Exchange TelcgraphC0 a établi vingt-six appareils fixés en divers points de l’édifice et recevant continuellement, pour le
- public de l’Exposition, une série de nouvelles financières, politiques, de sport, étrangères, etc.
- Pendant la session parlementaire, treize instruments du Palais de Cristal étaient reliés avec la Chambre des Communes et recevaient un résumé des débats et les résultats des votes plus rapidement qu’ils n’arrivaient au fumoir de la Chambre des Communes elle-même.
- Le service des nouvelles financières et les autres services envoyaient leurs renseignements par les mêmes fils, mais à l’arrivée, un distributeur automatique en faisait le triage et les envoyait dans les appareils récepteurs affectés à chacun de ces services.
- Un autre exemple intéressant de la rapidité des infoi mations fournies par les appareils est le suivant : L’année dernière, le résultat des courses du Derby fut transmis à plus de 500 récepteurs répartis •dans Londres, desservis par plus de 300 milles ^480 kilomètres) de lignes, avant que les chevaux aient eu le temps de s’arrêter après avoir dépassé le poteau d’arrivée.
- Quant à l’importance des services rendus par VExchange Telegraph Company, un chiffre suffira pour l’apprécier : le maximum de renseignements imprimés et distribués dans Londres, par jour, sur les divers récepteurs, dépasse un million cinq cent mille mots.
- U est presque superilu de faire remarquer ici que les services rendus par ce système, sont d’une nature absolument différente de ceux que peut rendre le service téléphonique dans les villes. Ce sont deux modes de communications qui peuvent marcher de pair, sans se faire la moindre concurrence, car ils sont absolument distincts dans leur principe, leur but et leurs résultats.
- Nous examinerons dans un prochain article par quels mécanismes et quelles combinaisons fort simples ces résultats sont obtenus.
- E. Hospitalier.
- — La suite prochainement.
- NÉCROLOGIE
- Georges Leclanché. — La mort vient d’emporter dans toute la maturité de sa puissance intellectuelle et en plein travail, un homme de valeur qu’une seule invention, mais une invention de première importance, avait fait universellement connaître. C’est à Paris, le jeudi 14 septembre, qu’est mort M. Georges Leclanché, succombant aux attaques d’une phthisie laryngée, à l’àge de quarante-trois ans.
- Leclanché est un ancien élève de l’École centrale des Arts et Manufactures d’où il sortit en 1860 avec un diplôme d’ingénieur-chimiste : il entra pour remplir cette fonction au laboratoire de la Compagnie des chemins de ter de l’Est où il resta six ou sept années ; il quitta ce poste pour poursuivre ses travaux sur les piles au peroxyde de manganèse.
- Les premiers brevets de Leclanché pour les éléments à
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- vase poreux datent de 1867. En 1875, de nouveaux brevets furent pris par l'heureux inventeur pour ses premiers éléments à plaques agglomérés cylindriques; c’est de 1876-1878 que datent les nouveaux éléments à plaques agglomérées mobiles, aujourd’hui les plus employées, et qui présentent tant d’avantages bien connus de nos lecteurs.
- Leclanché s’est aussi beaucoup occupé d’horlogerie électrique, et il a combiné un contact à mercure très simple, très ingénieux et très sûr, mais encore peu connu. 11 a d’ailleurs consacré une partie de son temps et de son activité à ses recherches sur les piles, l’autre partie était consacrée à l’art ancien dont il était, et par droit de naissance et par droit de conquête, un des adeptes les plus fervents.
- Si le nombre des inventions de Leclanché est restreint, le succès de chacune d’elles a été, par contre, aussi complet qu’il peut l’être, dans le domaine moral comme dans le domaine matériel. La pile Leclanché dont la fabrication est aujourd’hui presque monopolisée à Paris, entre les mains de M. barbier, constitue à elle seule une véritable industrie. Elle est actuellement sans contredit la plus répandue, et l’invention du téléphone à pile lui a donné un nouvel essor et un nouveau débouché dont il est encore difficile de prévoir l’importance. Très modeste à ses débuts, l’usine deM. Barbier occupe aujourd’hui cinquante ouvriers et fabrique en moyenne plus de deux mille plaques agglomérées par jour. La vente des éléments Leclanché, l’année dernière, a presque atteint le chiffre de 300 000.
- Ces quelques chiffres montrent ce que peuvent faire le travail et l’énergie mis au service d’une seule idée, lorsque cette idée est bonne et qu’on se consacre activement à son succès. Leclanché aura été le véritable vulgarisateur des applications de l’électricité, car ses piles sont aujourd’hui entre toutes les mains, familiarisant le public avec les effets merveilleux de cette force mystérieuse.
- A ce titre, son souvenir vivra dans la mémoire de tous les électriciens, et sa vie trop tôt finie, servira d’exemple à ses plus jeunes camarades de notre chère Ecole centrale dont Leclanché personnifiait l’esprit et le but industriels.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures. (1877.)
- L’ARBORETUM DE SEGREZ
- TRAVACX DE M. A. LAVALLÉE
- M. Alphonse Lavallée, fils de l’un des fondateurs de l’École Centrale des Arts et Manufactures, est aujourd’hui président de la Société cl'Horticulture de France et trésorier perpétuel de la Société nationale d'Agriculture. Sa vie tout entière a été consacrée, jusqu’à ce jour, à l’étude des végétaux ligneux appropriés à notre climat et à des recherches sur l’origine de quelques-unes des plantes les plus intéressantes pour l’agriculture.
- La vocation qui devait décider de la carrière de M. Lavallée se révéla spontanément, dès sa première jeunesse, comme on le voit presque toujours chez les hommes qui doivent marquer dans la science. Sans conseils, sans autre guide qu’un livre de botanique, rencontré par hasard, il apprit
- seul à déterminer quelques plantes, pendant son séjour en Angleterre, où il terminait ses études classiques.
- De retour en France, libre de choisir sa voie, il n’hésita pas à consacrer tout son temps à suivre les cours de M. Brongniard et de M. Decaisne.
- Vers cette époque, en 1855, M. Lavallée père sc rendit acquéreur du domaine de Segrez, préparant ainsi à son fils, alors âgé de vingt ans, le magnifique instrument de travail dont il devait faire un si grand et si bon usage; l’Arboretum de Segrez, encore peu connu du public, est le fruit de l’initiative privée, il mérite par son importance d’être cité à l’égal d’un établissement national.
- Le parc de Segrez, où sont installées les collections d’arbres et d’arbustes de M. Lavallée, a 31 hectares environ d’étendue (fig. 1). 11 est situé sur la rive orientale de la rivière du Renoud, affluent de l’Orge, à 36 kilomètres de Paris. Des sources abondantes y prennent naissance et arrosent facilement toutes les parties de la propriété.
- Grâce à un heureux concours de circonstances géologiques et topographiques, on rencontre dans le parc des conditions d’abri et d’exposition assez variées et des terrains très différents, depuis les sols tourbeux et marécageux nécessaires à certaines espèces, jusqu’aux terrains secs et calcaires, en passant par les terres siliceuses légères et les terres fortes argilo-siliceuses.
- A force de travaux, de soins et de tâtonnements, les collections sont maintenant établies dans ce beau parc dans les conditions les plus favorables à chaque espèce de plantes. Les écoles d’arbres sont généralement disposées en lignes sur le bord des allées. Les arbustes sont réunis dans deux écoles, l’une commencée en 1858, mesure 1 hectare environ ; l’autre créée en 1874 occupe près de 3 hectares, elle est divisée en douze grands carrés séparés par des allées de 3 mètres et subdivisée en six cent soixante plates-bandes, de lm,60 de largeur, séparées par des sentiers ; ces plates-bandes ont une longueur totale de près de 5 kilomètres (fig. 2). L’ordre le plus parfait est établi dans cette énorme surface, chaque plante est étiquetée et sa position est reportée sur des plans à grande échelle, constamment tenus à jour, pour conserver l’histoire des modifications successives de l’état du parc.
- Dans tout grand établissement scientifique de culture, les conditions du climat doivent être étudiées avec soin et tous les phénomènes atmosphériques notés avec régularité. Une véritable station météorologique a donc été installée à Segrez.
- On observe chaque jour le baromètre, les thermomètres sec et humide, les maxima et les minima, le pluviomètre, la température et le débit des sources. Dans ces derniers temps, M. Lavallée a organisé, en outre, une série d’observations delà température du sol.
- Les arbres ont, à peu d’exceptions près, des exigences climatologiques qui varient dans des limi-
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- tes fort étroites, ils pas des conditions très rapprochées de celles de leur contrée d’origine. Quand un arbre prospère dans une localité, il nous apprend donc qu’un climat analogue à celui où il vit, règne dans tous les points du globe où se rencontrent ses congénères. Tous les washingto-nia ont péri à Segrez pendant l’hiver de 1879 ; leurs gigantesques ancêtres de la Sierra-Nevada, en Californie, dont la naissance remonte à plusieurs milliers d’années, témoignent que jamais, dans cette longue période, le froid n’a déDassé au-
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- tour d’eux le degré d’intensité observé à Segrez il y a trois ans. u’est ainsi que la culture des arbres et des arbustes ne sert pas seulement à son but spécial, mais fournit encore à la météorologie générale des renseignements impossibles à obtenir autrement.
- La bibliothèque de Segrez renferme environ 12 000 volumes spécialement consacrés
- aux végétaux
- périssent s’ils ne rencontrent | ce genre, est digne des collections
- Fi*. 1 — Plan général de l'Arboretum de Segrez. (Échelle millim. pour 11 mètres.)
- 5. Rusais (Lin.). — 6. Smila.r (Tourn.). — 7. Yucca (Lin.). — 8. Aristolochia (Lin.). — 9. Laurus (Tourn.). —10. Daphné (Lin.). — 11. Nyssa (Lin.). — 12. Elæ-agnus (Lin.). — 15. Shepherdia. (Nutt.). — 11. Hippophaë (Lin.). — 15. Atriplex (Lin.). — 18. Salsolz (Lin.). — 17. Brunichia (Bank.). — 18. Eriogonum. — 19. Mu’denbeckia (Meisn.). — 20. Atraphaxis (Lin.). — 21. Deeringia (R. Br.). — 22. Cestrum (Lin.). — 23. Fabiana (Ruiz et Pav.). — 24. Lycium (Lin.). — 25. So-lanum (Lin.). — 26. Phlomis (Lin.). — 27. Teucrium (Lin.). — 28. Vit ex (Lin.). — 29. Clerodendron (Lin.). — 30. Callicarpa (Lin.). — 31. Veronica (Lin.). — 52. Budleya (Lin.). — 33. Catalpa (Scop.). — 31. Bignonia (Tourn.). — 35. Rhyn-chospernun (Alph. de C.). — 36. Periploca (Lin.). — 37. Marsdenia (R. Br.). — 58. Jasminum (Tourn.). — 59. Cliionanthus (Lin.). — 10. Phillyrea (Tourn.). — 11. Ligustrum (Tourn.). —• 42. Osmanthus (Lour.). — 43. Olea (Tourn.). — 11. Fraxinus (Tourn.). — 15. Fontanesia (Labill.). — 16. Syringa (Lin.). — 47. Forsythia (Vahl.). — 48. Ilalesia (Ellis). — 49. Slyrostyrax (Sien, et Zucc.). — 50. Styrax (Tourn.). — (Nous donnons à titre de spécimens les noms des cinquante premières espèces cultivées; on voit sur le plan ci-dessus que l’École des arbustes en comprend 230.)
- 1-
- gneux ; cette bibliothèque, l’une des plus belles de
- d’une œuvre aussi considérable
- dont elle forme le complément nécessaire.
- Enfin un herbier spécial, formé par M. Lavallée, renferme environ G000 échantillons et un herbier général du à Desvaux en contient plus de 40000.
- Le parc de Segrez possédait quelques arbres âgés mais sans intérêt scientifique. Toutes les plantations et toutes les écoles ont été créées par M. Lavallée. Ses collections contenaient en 1877, lors de la publication du catalogue, 4265 espèces et variétés parfaitement dénommées et étudiées; depuis cette époque elles n’ont pas cessé de s’accroître , elles comptent aujourd'hui 6500 espèces ou variétés et s’enrichissent annuellement de 500 à 600 sujets nouveaux.
- Tel est le vaste et magnifique laboratoire d’arboriculture organisé par M. Lavallée et dont la réputation dans le monde des savants spécialistes est aujourd’hui véritablement européenne.
- La création et l’entretien présente des diffi-
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- cultés sans nombre. Il ne suffit pas, en effet, de posséder de grandes ressources matérielles, d’avoir une érudition profonde, des connaissances étendues en botanique, il faut encore une longue pratique de la culture arbustive pour deviner les goûts et les besoins de chaque végétal. Les uns demandent à être groupés, à vivre en famille, en quelque sorte, comme le copalme, l’érable à sucre ou l’alisier, par exemple ; d’autves, au contraire, comme les noyers, aiment l’isolement, veulent être éloignés de leurs semblables pour prendre tout leur développement; une terre humide convient à certains arbres, d’autres exigent un sol très sec, et ainsi de suite.
- M. Lavallée a su prévoir et surmonter toutes les difficultés. Par une coïncidence singulière, sa famille a possédé longtemps la terre de Touvoye, où René du Bellay, évêque du Mans, avait réuni, vers le milieu du seizième siècle, un nombre considérable pour l’époque d’espèces ligneuses qui lui avaient été rapportées par le célèbre botaniste Pierre Bc-lon. Le jardin de Touvoye était alors le plus riche et le plus beau, non seulement de la France, mais de l’Allemagne et de l’Italie.
- Dans le catalogue qu’il a publié de ses collections de Ségrez, M. Lavallée donne des détails peu connus et pleins d’intérêt sur les collections de Touvoye, aujourd’hui disparues, sur celles de Trianon, créées par A. Richard, oncle et grand-oncle des botanistes de ce nom, sur celles de Miehaon et de quelques autres, et surtout sur les cultures arbustives riches d’un millier d’espèces formées dans ses domaines de Vrigny, de Monceau et de Denainvilliers par le célèbre académicien du Hamel
- du Monceau, dont M. Lavallée sera certainement un jour l’un des dignes héritiers.
- On ne se rend pas assez compte, en général, des services rendus par ces riches et savants amateurs d’arboriculture du temps passé et de ceux qui, de nos jours, s’appliquent à continuer leur œuvre. On ne devrait pas oublier, en effet,
- que si l’on supprimait les conquêtes récentes de l’arboriculture, on ferait disparaître des forêts, des jardins, des voies et promenades publiques, les marronniers à lleurs blanches et à lleurs roses, les platanes d’Occident, les allantes, les powlo-nias, les cèdres, l’arbre de Judée, le faux-acacia, le sapin, le pin-sapo et le pin du Lord, les cyprès chauves, les admirables wa-shingtonia que nous avons tous vu apparaître en Europe et tant d’autres arbres de première beauté.
- M. Lavallée continue d’une manière brillante les travaux de ses illustres prédécesseurs : outre ses travaux si absorbants de classifications scientifiques, on lui doit déjà, au point de vue pratique , d’importants résultats. 11 a reconnu, par exemple, que certains bois d’ébénisterie achetés à grands frais à l’étranger proviennent de certaines variétés de Pterocarya qui vivent parfaitement à Segrez; il pense que les longues grappes de noix du Juglans Sieboldiana (fig. 3) fourniront une huile et un aliment économiques, que les Plaqueminiers de l’Asie introduiront un fruit de plus dans nos vergers. 11 estime que le peuplier du Turkestan, dont le pied unique en France se trouve à Segrez, fournira, par la forme singulière de son tronc très gros pour sa hauteur, un bois propre à certaines industries.
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- Ces exemples, inutiles à multiplier, montrent assez les applications usuelles des travaux qui s’accomplissent à Segrez.
- Nous pouvons dire encore que M. Lavalle'e poursuit, indépendamment de ses travaux principaux, une série de recherches du plus grand intérêt sur la véritable classification des plantes agricoles dont les variétés présentent une grande confusion, tels que les choux, etc.
- M. Lavallée a complété ses travaux de culture par la publication d’ouvrages importants. Le volume intitulé : Énumération des arbres et arbrisseaux cultivés à Segrez est précédé d’une préface remplie de faits les plus intéressants.
- On doit encore à M. Lavallée un ouvrage intitulé : Description et figures des espèces nouvelles rares ou critiques de VArboretum de Segrez. Cette publication, remarquable, sera formée de deux volumes de 60 planches et dont les quatre premières livraisons ont paru déjà. L’auteur prépare une monographie des clématites qui sera publiée ultérieurement.
- Mal gré ses nombreuses occupations à Segrez, M. Lavallée a su trouver encore le temps de rédiger et de publier un assez grand nombre de mémoires de botanique,et d’horticulture, parmi lesquels nous citerons entre autres sans nous y arrêter, les recherches sur le brome de Schrader, belle graminée appelée à rendre à la grande culture des services sérieux, son mémoire sur l’origine de la pomme de terre, sa conférence de 1878 à la Sorbonne sur les arbres et arbustes exotiques récemment introduits en France, etc.
- L’Europe possède 240 millions d’hectares de forêts dont 8 800 000 hectares situés en France fournissent à eux seuls 5450 000 stères de bois de toute espèce ; mais ces immenses richesses ne forment qu’une partie de l’intérêt des cultures aibustives : les arbres sont partout, dans les vergers, dans les champs, sur les haies, dans les jardins, sur les routes, dans les promenades. Le bois est pour l’homme la substance la plus précieuse, celle qui lui rend les services les plus nombreux et les plus utiles. « J’ay voulu quelquefois, écrivait Bernard Palissy, mettre par estât les arts qui cesserayent, alors qu’il n’y aurait plus de bois ; mais quand j’en eus escript un grand nombre, je n’en sceus jamais trouver la fin à mon esprit; et ayant tout considéré, je trouvoy qu’il n’y en avoit pas un seul qui se peust exercer sans bois. »
- Ces quelques lignes de l’un de nos plus grands esprits, expriment toute l’importance économique, agricole, commerciale et industrielle des arbres, et les services rendus par les savants qui se livrent à l’étude de leurs innombrables variétés, et de la multiplication dans notre pays des espèces les plus utiles à nos cultures.
- Les services rendus dans cet ordre d’idées par Y Arboretum de Segrez sont des plus considérables ; les collections réunies dans ce domaine par leuri importance et par leur bonne direction surpassent ce que l’on a fait de mieux en France jusqu’à ce
- jour. On ne saurait témoigner trop d’intérêt pour des travaux aussi utiles, entrepris par une courageuse initiative individuelle, en pleine campagne, et sur une aussi grande échelle.
- Hervé Mangon.
- ' CORRESPONDANCE
- SYSTÈME HORAIRE UNIVERSEL Monsieur le Rédacteur,
- Si chaque village de France n’avait pas eu des mesures plus ou moins fantaisistes, Turgot n’eût pas conseillé à Louis XVI d’adopter la toise de l’Académie et plus tard Talleyrand n’eùt pas eu l’honneur de proposer à l’Assemblée Nationale, en 1790, la législation qui devait doter le monde du système métrique. La nécessité est le levier de toutes les grandes réformes, et c’est une nécessité semblable qui amène aujourd’hui l’Amérique du Nord à demander une grande réforme dans la manière d’établir les heures du jour, c’est-à-dire de s’affranchir de la situation cahotique actuelle, situation qu’on ne soupçonne pas en France et que je vais exposer.
- En Angleterre, toutes les montres et toutes les horloges, pourvu qu’elles aillent bien, doivent marquer la même heure, soit à Londres, à Liverpool ou toute autre ville. En France, l’heure de Brest ne correspond pas à celle de Nancy. Mais aux Etats-Unis c’est une vraie tour de Babel, les administrations de chemins de fer qui ont bien voulu répondre aux questions qui leur ont été posées à ce sujet accusent des heures répondant à soixante-dix méridiens différents et on estime que la centaine est bien dépassée; dans certaines villes où plusieurs chemins de fer aboutissent, leurs horloges respectives diffèrent de 5, 10 et 20 minutes, pour le plus grand confort des voyageurs.
- Entre New-York et San Francisco, il y a 3h 14m 44’ de différence, les Américains des Etats-Unis ne peuvent pas dire comme les Anglais que le soleil ne se couche jamais sur leurs possessions, cependant de l’extrême Est à l’extrême Ouest, la République a son territoire compris entre une bonne centaine de degrés de longitude, environ sept heures de temps, car les îles Aléoutiennes appartiennent à la grande République depuis l’achat de l’Alaska.
- Ce sont donc ces considérations qui ne purent manquer de frapper M. le professeur Cleveland Abbé, chef d’une des directions du Bureau du Service Météorologique de Washington. Inutile de parler ici de ce Bureau et des immenses services qu’il rend au pays. La Nature en a plusieurs fois entretenu ses lecteurs. Donc M. Abbé, dès 1878, proposa un plan de réforme à la Société Météorologique *.
- Ce plan consiste à adopter quatre méridiens pour les États-Unis.
- Le premier à 75° ouest de Greenwich, qui donnerait une heure connue sous le nom de l'heure de la région
- 1 Une Société peu nombreuse et dont les séances n’attirent qu’un petit nombre d’amateurs, mais elle compte parmi ses membres les plus fervents amis des sciences aux Etats-Unis. Son but est d’abord d’introduire le système métrique, ensuite d’étudirr les grandes questions économiques constamment soulevées par les partisans du monométallisme ou du bimétai-isme, et surtout les nouvelles unités que la science demande constamment, enfin son influence près du Congrès fédéral rend de véritables services.
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- de l'Atlantique, et qui serait la même pour tous les Etats de la côte, du Maine à la Floride, et pour l’intérieur jusqu’à l’Ohio compris.
- Le second à 90° de Greenwich, qui donnerait l'heure de la région de la Vallée, parce que tous les États qui sont dans le voisinage de ce méridien forment les vallées du Missouri et du Mississipi.
- Le troisième à 105° de Greenwich, qui donnerait l'heure de la région des montagnes, car toute la chaîne des Mon-tagnes-Rocheuses se trouve dans le voisinage de ce méridien.
- Le quatrième à 120° de Greenwich, qui donnerait l'heure de la région du Pacifique.
- Pour mieux faire comprendre l’extrême simplicité d’un tel système, si la petite aiguille d’une montre se compose d’une espèce de triJent à quatre dents (le trident disparaît), que ces dents fassent entre elles des angles de 50°, que chaque dent ait une des initiales A, V, M, P, la montre indiquera l’heure pour tous les États-Unis, à l’exception de l’Alaska. S’il est, par exemple, 5 heures à New-York, c’est-à-dire pour la côte de l’Atlantique, il sera 5 heures à Boston, Charleston, Cincinnati, etc., ceci est indiqué par la dent marquée A. Mais la dent marquée Y indiquera 4 heures pour la Nouvelle-Orléans, Saint-Louis, Chicago, etc. La dent avec un M dira qu’il est 5 heures à Denver, et la dent avec un P donnera 2 heures pour San Francisco. Si de même il est 5h 15m 20' à New-York, dans les autres villes il sera 5h 15m 20s, 4h 15m 20% 3h 13m 20’ et 2h 15m 20% l’heure seule variant, les minutes et les secondes restant les mêmes partout.
- A l’époque que M. Abhé proposait cette réforme à la Société Météorologique, M. Sandford Fleming, ingénieur en chef du chemin de fer Pacifique-Canadien, et actuellement chancelier de l’Université d’Ottowa, proposait une réforme identique à l’Institut Canadien, depuis, ces deux messieurs, ainsi que les Sociétés qu’ils représentent, ont travaillé de concert, ce qui n’a pas peu contribué à faire avancer la question.
- Mais d’étudier les heures pour l’Amérique du Nord serait un travail incomplet, on s’est bientôt vu forcé de généraliser et d’étendre l’investigation aux autres parties du globe, il fallait rechercher la possibilité d’établir une heure universelle ; cela est faisable pourvu qu’on choisisse un méridien initial convenable. Dans La Nature du lpr mars 1879, le lecteur trouvera un article très intéressant sur le choix d’un premier méridien ; l’éminent écrivain, feu M. Cortambert, y opine pour le méridien du détroit de Rehring. Avec le temps cosmopolite, ce choix est à peu près le seul qui n’offusque pas les susceptibilités internationales, et de plus il est le seul logique. Seulement, comme il faut toujours compter avec son hôte, qui dans ce cas est est John Bull, il ne faudrait pas trop le déranger , il serait même à désirer qu’il fût le champion du changement, mais enfin M. Fleming a un aussi bon droit que M. Abbé à s'intituler le promoteur du mouvement, et puisque M. Fleming est sujet britannique, il y a espoir. Ah ! si le mètre avait été inventé en ' Angleterre, que de qualités on lui trouverait, mais ce malheureux mètre est français et il a tant de défauts pour les relations usuelles de la vie, que le Parlement ne veut plus en entendre parler, sinon dans des rapports scientifiques.
- Donc le méridien initial serait celui qui passe à 180° de Greenwich, c’est-à-dire à l’embouchure de la rivière Anadir. dans les domaines de Sa Majesté le Tzar; mais l’honneur britannique est sauvé, ce méridien passe aussi . aux iles Feejee, une colonie de Sa Majesté la Reine.
- Je reproduis maintenant, d’après les transactions de la Société métrologique, les résolutions ci-dessous :
- PRÉAMBULE ET RÉSOLUTION présentés à ^Association
- pour la Réforme et ta Codification des Lois des Nations,
- lors de sa réunion du mois d'aoiit\ 881 à Cologne (Prusse
- Rhénane).
- Attendu que depuis la création des grands réseaux de voies ferrées et de lignes télégraphiques qui couvrent sur les deux continents des pays différant beaucoup en longitude, il est survenu une grande confusion dans la manière d’étaldir l’heure, confusion résultant de la nécessité qu’éprouvent les localités rapprochées d’un centre de population de régler leur heure d’après le méridien local de ce centre;
- Attendu que l’heure locale d’un endroit quelconque est le plus souvent choisie arbitrairement, et varie fréquemment d’un nombre assez considérable de minutes de l’heure véritable et astronomique de cet endroit;
- Attendu que de telles divergences entre l’heure véritable et l’heure arbitraire n’offrent en pratique aucun inconvénient dans les affaires ordinaires de la vie, pourvu qu’elles soient universellement comprises et observées;
- Attendu qu’il est pratique en ne rapportant qu’à un nombre limité de méridiens convenablement choisis les heures de toutes les localités terrestres, de créer un système horaire universel tel que les subdivisions de l’heure, c’est-à-dire la minute et la seconde, soient les mêmes pour tout le globe, et que les heures seules diffèrent et ce uniquement en chiffre rond. Un tel système présenterait une grande simplicité et ne pourrait que rendre des services à la société. Conséquemment :
- Il est résolu que cette association approuve et recommande à la haute considération des gouvernements de toutes les nations, ainsi qu’à celle de toutes les sociétés savantes, chambres de commerce et syndicales, des administrations de télégraphes, de chemins de fer et de navigation, un système horaire universel fondé sur les principes suivants :
- 1° On déterminerait vingt-quatre méridiens « régularisa-tcurs » différant chacun de quinze degrés de longitude, c’est-à-dire d’une heure de temps, auxquels on rapporterait, sans exception, les heures locales arbitraires de toutes les localités du globe;
- 2° Le premier méridien ou plutôt le « méridien initial », c’est-à-dire celui qui déterminerait la position des autres méridiens horaires, serait choisi à 180 degrés de Greenwich et en différerait de douze heures de temps, ce méridien initial passerait près du détroit de Behring et presque entièrement par la mer;
- 5° Le changement quotidien de la date commencerait à minuit au méridien initial et ensuite successivement aux autres méridiens horaires jusqu’à ce que le tour du globe ait été accompli de l’Est à l’Ouest;
- 4° L’heure du jour d’une localité quelconque se réglerait d’après le méridien régularisateur le plus rapproché de cette localité. Midi ou 12 heures serait le midi moyen dudit méridien. La minute et la seconde seraient les mêmes pour tout le globe ;
- 5° Les heures du jour seraient comptées de une à vingt-quatre sans interruption, et l’on abandonnerait la division en deux moitiés de douze heures actuellement en usage;
- 6° Dans certaines opérations, telles que celles qui ont pour but de faciliter la chronologie et le synchronisme d’observations scientifiques, on se reporterait à la date et à l’heure du méridien initial en guise de temps universel auquel on donnerait le nom de temps cosmocolite ;
- 7° Pour éviter toute ambiguïté, les heures du temps cosmopolite seraient désignées par des symboles et non par des nombres, on emploierait de préférence les lettres de l’alphabet anglais dans leur ordre consécutif, omettant J et V pour les réduire à vingt-quatre. Ces lettres dénoteraient aussi les méridiens régularisateurs dans leur ordre régulier d’Est à Ouest, de manière que F correspondrait au méridien de PO* passant près de Calcuta, M au méridien de 180 celui de Greenwich, S au méridien de 270° ou de la Nouvelle-Orléans et Z à celui de 0® ou 360°,c’est-à-dire au méridien initial.
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- LA NATURE.
- Le changement de méridien initial sera probablement bien accueilli.
- Le changement de l’heure d’après les méridiens rêgu-larisatcurs n’offrira pas grande difficulté dans l’Amérique du Nord ; toutes les Sociétés savantes des États-Unis et du Canada demandent le changement. Le marquis de Lorne, gouverneur des possessions Britanniques, en est un chaud partisan. Quant à l’Europe centrale, il faudra du temps ; on sera peut-être obligé d’avoir des moyens intermédiaires. La première nation continentale qui acceptera la réforme, sera probablement la Russie; l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg a étudié le sujet, M. Otto Struve, directeur de l’Observatoire de Pulkowa, en est un chaud partisan. Je n’oserais abuser de la place que vous m’accordez pour insérer ses conclusions. Le fait est que la Russie, à la population près, a plus besoin de cette réforme que l’Amérique du Nord.
- Ici le lecteur peut se poser une question : quand il est 3 heures 'a Paris il en est 4 à Vienne en Autriche ; quelle heure sera-t-il sur le méridien à 7° 30', prenant le méridien de Paris pour le méridien régularisateur? Bergamo et Brescia en Lombardie ainsi que Tunis sont tous des endroits dans le voisinage du méridien 7° 50'.
- Bergamo devrait avoir la même heure que Milan et que Paris, et Brescia que Venise et Vienne, de sorte que lorsqu’il serait midi à Brescia, il serait onze heures à Bergamo à côté ; le plus probable est que Venise, Brescia, Bergamo et Milan, toule la Lombardie, se régleront d’après le méridien situé à 15° Est de Paris, tandis que le Piémont se réglerait d’après Paris. Quant à Tunis, qui devrait se régler d’après le méridien de 15“ Est de Paris, il est probable que les intérêts locaux feraient choisir l’heure de Paris. Ce sont ces endroits situés sur les frontières des méridiens qui auront à souffrir, et puis du reste ces méridiens passant par l’Europe centrale ne seront pas acceptés d’un jour à l’autre.
- Pour en revenir à nos innovations :
- L'heure cosmopolite désignée par des lettres sera une affaire à traiter entre les savants.
- Quant à la proposition de diviser le jour en vingt-quatre heures consécutives de une à vingt-quatre, et d’abandonner les deux moitiés de douze heures, comme c’est actuellement le cas, c’est une proposition qui, si elle est adoptée, se heurtera contre les préjugés. Tous les peuples anciens n’ont pas commencé et tous les modernes ne commencent pas le jour a minuit, les astronomes eux-mêmes le commencent bien malheureusement à midi. Quelques montres existent dans les collections d’amateurs, qui ont été faites avec le jour divisé en dix parties, celle-là en dix et puis encore en dix, mais l’ainour du système métrique et de la décimalisation qui existaient sous la première République a eu à se refroidir. Les Italiens, à une époque encore récente, divisaient le jour en vingt-quatre heures, et c’est ce à quoi on se propose de revenir. De manière qu’une heure de l’après-midi serait treize heures. Les horloges actuelles, si elles ne sont pas usées d’ici-là, devraient avoir deux nombres, l’un en noir, l’autre en rouge, par exemple, on verrait 1 et 13, 3 et 15, 11 et 23.
- M. Sandford Fleming a exposé ses vues avec succès au Congrès géographique international de Venise l’année passée ; d’un autre côté, M. le D'Barnard, recteur du collège de Columbia, à New-York, président de la Société métrolo-gique et délégué du gouvernement des États-Unis à l’Association pour la réforme et la codification des lois des nations, plaidant la même cause à la même époque à la réunion annuelle à Cologne; cette année 1882 , cette
- Association s’est réunie à Liverpool. Les propositions de M. le I)r Barnard ont été très favorablement accueillies. Le Congrès des États-Unis agira avant peu et une proposition qui n’a pas été acceptée faute de temps, mais le sera bientôt, invitera les gouvernements à une conférence internationale.
- Alfred Colin.
- New-York, le 25 août 1882.
- L’AUTOMNE'
- L’automme commence le 2o septembre à trois heures quarante-sept minutes du matin. Les jours décroissent sensiblement, la diminution est de une heure quarante-trois minutes dans le mois, quarante-six minutes le matin et cinquante-sept minutes le soir. Les matinées et les soirées deviennent généralement fraîches pendant la durée de ce mois ; la température moyenne descend à 15°,7. Les hirondelles ont quitté nos régions, les fleurs ont perdu leur éclat ; mais la vigne est dans toute sa force ; la vendange qui va commencer, caractérise l’automne.
- C’est la vigne que représente la composition ci-jointe, mais cette fois M. Giacomelli, pour figurer la saison nouvelle, a abandonné le monde des insectes, pour dessiner des mollusques terrestres ; quelques gros escargots des vignes.
- Cet animal désigné sous le nom d'Hélice, et vulgairement connu sous les noms de Limaçon ou de Colimaçon, appartient à la classe des Gastéropodes, du groupe des Pulmonés et de la famille des Héli-cidés.
- Toutes les hélices sont terrestres. On en connaît plus de quinze cents espèces répandues sur le globe entier, depuis la limite polaire des arbres jusqu’à la Terre de Feu.
- Les hélices, qui causent de grands ravages dans les jardins, ont attiré l’attention des naturalistes depuis une haute antiquité. Aristote et Pline, notamment, donnent des détails circonstanciés sur les caractères et les habitudes de quelques espèces, rapportant que dès cette époque on en faisait usage comme aliment.
- « Fulvius Ilirpinus, dit Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle l, peu de temps avant la guerre civile entre César et Pompée, établit dans sa maison de Tarquinie, des réservoirs d’escargots. Il les distingua par genres, mettant ensemble, d’une part les blancs, qui naissent dans le territoire de Réatc ; de l’autre, ceux d’Ulyrie, qui sont les plus gros ; 'de l’autre, ceux d’Afrique, qui sont les plus féconds, et de l’autre, ceux de Solite, qui sont les plus beaux. De plus il inventa la manière de les engraisser avec du vin cuit, de la farine et d’autres ingrédients, afin qu’il n’y eût pas jusqu-’aux escargots qui ne servissent, à satisfaire la gourmandise : et il y en eut qui devinrent si gros, que la coquille d’un seul
- 1 Livre I", cliap. lxvi.
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- tenait jusqu’à vingt livres de liqueur, au rapport de Marcus Varron. »
- 11 est encore aujourd’hui beaucoup de gourmets qui se régalent d’escargots. Il se faisait naguère à Bordeaux', le mercredi des Gendres, une promenade traditionnelle à Caudéran, où ceux qui se piquaient de fidélité aux vieux usages ne manquaient pas de manger des escargots.
- L’espèce d’escargot comestible (II. pomatia) est généralement appelée la Vigneronne ou le Limaçon des vignes; elle se développe très abondamment en Bourgogne, et se mange généralement aux approches de l’hiver, quand l’animal s’enferme dans sa coquille, dont il ferme l’entrée au moyen d’une membrane calcaire. L’escargot est encore employé en médecine pour confectionner un sirop spécial ou un bouillon parfois recommandé dans les maladies de poitrine.
- TREMBLEMENT DE TERRE
- DANS DES VOSGES
- Dans une de ses dernières livraisons, la Nature a fait mention d’un tremblement de terre dans la Côte-d’Or ; j’ai eu l’occasion d’en observer un second, très marqué, qui vient de nous surprendre à Plombières (Vosges).
- Le 13 septembre, entre minuit et une heure (vers 12 h. 40 environ) un bruit sourd, crépitant, comparable à l’éclatement d’une boîte à mitraille, a mis en émoi tous les habitants. 11 a été suivi immédiatement d’une secousse
- Fig. 1. — Carte du tremblement de terre du 13 septembre 1882.
- verticale, très accentuée, qui a eu pour effet de renverser dans les habitations quelques objets posés sur les cheminées ou les étagères, d’ouvrir des portes et de soulever dans leur lit ceux qui étaient couchés. — C’est là le sentiment que chacun a éprouvé. Beaucoup de personnes se sont levées, croyant les unes à une explosion de gaz, les autres à un écroulement de la maison.
- J’ai recueilli un grand nombre de témoignages, et partout le sentiment d’un mouvement de bas en haut a été ressenti. Aucun dégât n’a été constaté ici, aucune lézarde dans les murailles, comme il en arrive souvent en pareil cas.
- Dans les campagnes environnantes, aux Moineaux et à Ruaulx, la secousse verticale a été plus violente et le bruit plus fort. Les paysans m’ont raconté qu’ils avaient cru entendre des tombereaux de ferraille se déverser devant leur maison. Dans certains villages, les portes des granges et des écuries se sont ouvertes, et les bestiaux affolés, rompant leurs attaches, se sont échappés dans les champs.
- Le tremblement de terre, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir jusqu’à présent, se trouve limité à la partie méridionale des Vosges, affectant principalement les chaînes secondaires (fig. 1), c’est-à-dire ces montagnes aplaties formées de roches graniloïdes, sur-
- I Grésvosfûxv Wrjas ù arts bigarre- J
- Fig. 2. — Coupe géologique de la vallée de Plombières, montrant les plateaux où la secousse a été la plus forte.
- montées de poudingues et de grès triasiques et découpées par de profondes vallées dont je donne un profil au travers des vallées de l’Augrogne et de la Combeauté (fig. 2). Sa direction est ainsi sensiblement N. N.W.— S.S.E., c’est-à-dire presque perpendiculaire à celle de la chaîne des Vosges.
- Ch. Vélatn.
- Plombières, 16 septembre 1882.
- LE BOIS CONSOMMÉ
- PAH DES CHEMINS DE FER
- Le redoublement d’activité apporté en France à la construction des nouvelles voies ferrées ajoute encore à l’intérêt des renseignements suivants qui nous sont communiqués par M. F. Jacqmin, ingénieur en chef des ponts et chaussées, directeur de la Compagnie des chemins de l’Est, dans son remarquable rapport, récemment paru, sur le matériel des chemins de fer, à l’Exposition universelle de 1878.
- Les six grandes Compagnies de chemins de fer français ont eu besoin, pour l’entretien et les réfections de leurs voies, ru 1877, de 2 563 000 traverses en bois, pour servir de base d’appui et de fixation aux rails.
- Rapporté à la longueur totale des voies principales exploitées, ce chiffre énorme représente par kilomètre 93 traverses/et par jour, plus de 7000 traverses.
- En supposant qu’un arbre donne en moyenne dix traverses — ce nombre est faible pour le hêtre et trop fort pour le chêne — il fallait, dès 1877, pour le service de l’entretien des voies du réseau français, à cette date, abattre par jour plus de 700 beaux arbres.
- Lorsque le réseau projeté sera construit, on peut prévoir que ce chiffre s’élèvera à 1000 arbres par jour.
- A cette énorme consommation de bois vient s’ajouter celle qui est exigée pour l’entretien du matériel roulant,.
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- que l’on ne saurait évaluer, pour 1877 et les années voisines, à moins de 440 000 mètres cubes de bois en moyenne par an.
- Enfin, il faut prévoir que de 1877 à dix ou quinze ans plus tard, c’est-à-dire à 1887 ou 1892, la construction de 20 000 kilomètres de voies nouvelles exigera la fourniture de 20 millions de traverses nouvelles.
- On voit donc si le rapporteur a raison de conclure que les chemins de fer doivent être considérés comme le plus grand consommateur de bois d'un pays.
- En multipliant les traverses, on augmente la surface de pose de la voie ferrée, et par suite la stabilité de celle-ci. Les Compagnies du Nord et de l’Est emploient dix traverses par rail de 8 mètres de longueur, ce qui réduit à 80 centimètres l’espacement moyen des traverses, d’axe en axe.
- Les chiffres que nous venons de donner pour la consommation annuelle des traverses en bois montrent l’importance qui s’attache à la question des traverses métalliques, question à l’étude de laquelle on s’applique, du reste, de plus en plus.
- Si l’on réussit, ce qui ne tardera peut-être pas, b créer un modèle de traverses métalliques répondant aux données du problème, nos établissements métallurgiques trouveraient dans la fourniture de ces nouvelles traverses un aliment nouveau, et nos forêts cesseraient, à leur grand soulagement, d’avoir à répondre à des besoins si exigeants.
- E. Vignes.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DU THEATRE DES VARIÉTÉS, A PARIS
- Depuis le 1" septembre, le théâtre des Variétés est entièrement éclairé à l’électricité, b l’aide de lampes Swan et d’accumulateurs Faure chargés par trois machines dynamo-électriques Siemens mises en mouvement par un moteur à gaz Otto du type de 12 chevaux. L’éclairage comporte 265 lampes ainsi réparties : vestibule, 20; foyer, 18; couloirs, 25; salle, 60; parterre et amphithéâtre, 6; herses, 60; portants, 10; rampe. 60; loges d’artistes, 6.
- Toutes ces lampes, sauf celles de la rampe, d’un plus petit modèle, sont montées en dérivation, celles de la rampe sont groupées en vingt dérivations renfermant chacune trois lampes en tension.
- Pour alimenter ces lampes directement par des machines, il faudrait un moteur de 50 chevaux ; les accumulateurs ont permis de tourner la difficulté et de satisfaire à tous les besoins du service avec un moteur à gaz de 12 chevaux seulement. Ce moteur b gaz fonctionne vingt heures par jour, avec deux repos de deux heures, l’un après la représentation, l’autre dans la journée, vers midi. L’électricité produite sert b charger des accumulateurs disposés en sept séries de 33 éléments chacune.
- Chacun de ces accumulateurs pèse 60 kilogrammes environ et renferme 42 kilogrammes de matières actives, plomb réduit et plomb oxydé. Les 231 éléments pèsent donc environ 14000 kilogr. et renferment 97Q0 kilogr. de plomb.
- Grâce à cette combinaison, il est facile d’entretenir les 265 lampes pendant la durée de la représentation qui est
- d’environ quatre heures et demie, en faisant concourir b l’éclairage les machines et les accumulateurs. L’installation est de tous points comparable à une petite usine à gaz fonctionnant d’une façon b peu près continue et remplissant un gazomètre qui se vide en grande partie pendant les heures d’éclairage et se remplit pendant les intervalles de temps où la consommation est suspendue.
- Le montage des appareils mérite une mention spéciale, Tout le système est monté en dérivation; les trois machines, leurs inducteurs, les accumulateurs et les lampes aboutissent à deux gros conducteurs principaux qui servent de liaison entre les appareils de production, c’est-à-dire les machines, les réservoirs ou accumulateurs et les appareils de consommation ou lampes à incandescence.
- Les trois machines de charge sont excitées en dérivation. On règle leur production en introduisant une résistance plus ou moins grande dans le circuit d’excitation. Elles fonctionnent normalement avec une intensité de 23 ampères, soit 70 ampères pour les trois machines, sur lesquels 10 passent dans l’excitation et 60 servent à charger les accumulateurs en se partageant à peu près également entre les sept séries. Pendant la représentation, comme la dépense correspond environ b 350 ampères — ou plus exactement 350 coulombs par seconde — y compris l’excitation qui demande 10 ampères, machines et accumulateurs fournissent ce courant dans les proportions suivantes :
- 3 machines à 28 ampères '.............. 84
- 7 séries d’accumulateurs à 38 ampères. . 266
- Total . . . 350
- On trouve plusieurs avantages b cette disposition : tout d’abord la force électro-motrice de régime n’est pas très élevée, elle ne dépasse pas 70 volts, ce qui élimine tout danger et ne demande qu’un isolement relativement peu soigné. En second lieu — et c’est là le point important — si une machine ou une série d’accumulateurs se trouvent mis accidentellement hors de service, l’éclairage ne s’en trouve nullement affecté; les machines restantes et les accumulateurs en bon état n’ont qu’a fournir un peu plus de courant pour maintenir le régime, ce qui se fait tout naturellement, eu égard à la faible résistance intérieure des accumulateurs et des machines. La provision d’électricité qu’ils renferment est d’ailleurs plus grande qu’il n’est nécessaire, et il suffirait de charger seulement seize heures — représentation comprise — pour assurer le service.
- Les effets de demi-jour et de nuit s’ohtiennent très simplement en introduisant des résistances dans les circuits des herses, de la rampe et de la salle. Ces résistances sont placées sur le côté gauche de la salle, b la place même du jeu d’orgue de l’ancien éclairage au gaz.
- Quant b l’effet produit, il est des plus satisfaisants : quelques personnes se sont plaint de l’éclat un peu vif des lampes disposées dans la salle, sur les appliques, et qui brûlent à nu ; il sera facile de remédier à cet inconvénient en les recouvrant d’un globe dépoli.
- 1 Les machines fournissent un peu plus pendant la représentation que pendant le reste du temps consacré à la charge.
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- LA NATURE.
- NOUVELLE JUMELLE DE POCHE
- La lorgnette de spectacle est une des plus utiles applications qui ait été faite de la lunette de Galilée; aujourd’hui la jumelle est connue aussi bien à la ville qu’à la campagne, on s’en sert au spectacle, aux courses, partout où il y a un point de vue à admirer. Au bord de la mer elle remplace avantageusement, pour les petites distances, la lourde lunette marine si mal commode à employer pour celui qui n’est pas habitué à son usage et qui n’a pas de point d’appui ; les officiers de l’armée ont tous des jumelles et cet instrument d’optique fait maintenant partie de la tenue de campagne.
- L’usage de la lorgnette exige qu’elle soit portative, aussi en a-t-on fabriqué de toutes sortes, depuis la jumelle duchesse si mignonne,
- la rustique jumelle marine qui est construite de façon à pouvoir être maniée par les robustes mains de nos marins.
- Comme on exige toujours d’une jumelle une grande puissance et un très petit volume, tous les constructeurs se sont efforcés de réunir ces deux conditions sur leurs instruments, c’est ainsi qu’on a fait des jumelles minuscules pour le théâtre et que les ofticiers d’artillerie sont actuellement pourvus d’une petite lorgnette dite militaire d’un prix peu élevé qui permet de distinguer nettement les objets à des distances relativement considérables et qui peut aisément se placer dans une poche de gilet.
- Un industriel parisien est parvenu à construire une jumelle dite de poche qui se plie, se ferme et ne tient pas plus de place qu’un paquet de cigarettes (fig. 1).
- Voici en quelques mots la description de celte curieuse invention :
- AB, CD (fig. 1) sont deux tubes métalliques dans lesquels entrent à frottement doux deux autres tubes dans la partie supérieure desquels entrent également à frottement doux deux pièces elliptiques creuses TT' (fig. 2) qui sont réunies entre elles par deux tiges qui supportent le barillet bh' (fig. 4) et la vis sans fin destinée à mettre la jumelle au point. Les pièces TT' sont maintenues dans les tubes à
- l’aide de deux vis vv' (fig. 2 et 4), de telle sorte qu’elles puissent tournftr autour de ces mêmes vis comme axe. Dans la partie creuse de TT' se trouve placée une petite garniture en cuivre dans laquelle sont fixés les verres qui constituent l’oculaire; en oo' (fig. 4), c’est-à-dire à la partie inférieure des tubes AB, CD, sont placés les verres de Vobjectif.
- On voit maintenant comment fonctionne cet instrument : la jumelle étant fermée constitue un cylindre de 35 millimètres de diamètre sur 11 centimètres de longueur; pour l’ouvrir, il suffit de la tenir par les extrémités en tirant bien horizontalement et de l’amener dans la position indiquée dans la figure 2 ; cela fait on place l’instrument de façon à ce que la vis V se trouve en dessus, on appuie légèrement de haut en bas sur les extrémités, les tubes AB, CD tournent autour des axes vv' et le mouvement s’arrête au moment où les deux tubes sont bien parallèles, la jumelle est alors ouverte (fig. 4) et il suffit pour s’en servir de la mettre au point en tournant le barillet bb’ comme dans la jumelle ordinaire.
- Jumelle de poche dans ses diverses positions.— Fig. 1. Jumelle fermée. — Fig. 2. La même ouverte en partie. — Fig. 3. La même entièrement ouverte. — Fig. 4. Coupe de l’appareil à une plus grande échelle.
- D. Jaudu.
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- LA NATURE.
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- LA SCIENCE FORAINE
- LES ACROBATES PLONGEURS
- Miss Lurline — la Reine des eaux, disait l’affiche exhibée récemment au Cirque des Champs-Elysées — est un très curieux exemple de personnes pouvant rester un temps relativement considérable sous l’eau sans asphyxie.
- L’aquarium dans lequel elle se montre mesure sur sa plus grande face environ 3 mètres de long sur 2 mètres de haut, il est formé de glaces transparentes, et rempli d’eau semblant légèrement teintée en vert. Cinq ou six lampes oxhydriques munies de réflecteurs l’éclairent fortement par transparence.
- Miss Lurline plonge, nage, se couche et mange au fond de l'eau, passe entre les barreaux d’une chaise, etc.
- A un certain moment, la musique cesse, la jeune femme fait quelques grandes inspirations, puis se laisse couler au fond de son aquarium, où elle s’agenouille les mains jointes. Son impressario regarde une montre et compte les demi-minutes en frappant avec un marteau.
- Une demi-minu-te !... une minute!... une minute et demie !... deux minutes !... deux minutes et demie ! Au milieu de ce silence interrompu seulement par les coups du marteau, les minutes semblent énormes, les spectateurs*éprouvent une sorte d’angoisse et c’est pour la plupart un véritable soulagement quand la plongeuse remonte à la surface de l’eau.
- Pour bien se rendre compte de ce que sont deux minutes et demie passées sans respirer, chacun peut faire sur soi-même une petite expérience, et retenir sa respiration le plus longtemps possible, en regardant une montre à secondes. Bien peu de personnes dans ce cas résisteront une minute, la plupart ne pourront s’empêcher de respirer avant que quarante-cinq secondes se soient écoulées, ce n’est que par exception et avec bien de la difticulté que
- quelques-unes atteindront une minute quinze secondes.
- Les pêcheurs d’éponges, de nacre, d’huîtres perlières, de la Méditerranée, de la mer des Indes, du golfe du Mexique, ne restent pas ordinairement sous l’eau plus de deux minutes. On n’a jamais parmi eux constaté authentiquement et montre en main une immersion volontaire de plus de trois minutes ; la durée moyenne de celle-ci dans leurs travaux journaliers est d’une minute à une minute et demie. Dans ces conditions même, le métier de plongeur en eau profonde est excessivement pénible. En sortant de l’eau, ils restent ordinaire -ment quelque temps immobiles, la face congestionnée, les yeux injectés, rendant souvent du sang par la bouche par suite de la rupture de quelques vaisseaux sanguius des poumons. Ces plongeurs ne vivent pas vieux, ils meurent parfois frappés d’apoplexie au sortir de l’eau, ils perdent aussi fréquemment la vue par suite de la congestion des vaisseaux de l’œil.
- Les plongeurs et plongeuses en aquarium qui se montrent en public courent beaucoup moins de risques : d’abord ils ne supportent aucune pression résultant de l’épaisseur de la couche d’eau sous laquelle ils sc trouvent et de plus ils restent immobiles, tandis que les plongeurs pêcheurs ont à se livrer, une fois immergés, à un travail très actif qui évidemment contribue à épuiser la quantité d’oxygène qu’ils retiennent dans leurs poumons.
- Depuis une dizaine d’années, quatre ou cinq plongeurs et plongeuses ont été exhibés à Paris, sous des noms plus ou moins aquatiques, tels que l’Homme-poisson, l’Homme amphibie, la Femme-sirène, la Reine des eaux. Leurs exercices ont toujours été à peu près les mêmes : nager, plonger, se coucher au fond de l’aquarium, y manger, rester le plus longtemps possible sous l’eau, etc. L’un d’eux cependant, l’Homme-poisson, faisait en plus une expérience assez curieuse. 11 fumait presque entiè-
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- rement une cigarette, mais sans rendre la fumée, il se couchait ensuite au fond de l’eau et alors seulement sortait de sa bouche une colonne de bulles grises qui venaient faire bouillonner la surface du liquide. La quantité de fumée ainsi rendue semblait énorme. Par intervalles le jet de fumée s’arrêtait pour recommencer quelques instants après, à la grande surprise des spectateurs. Quelques-uns de ceux-ci estimaient que l’expérience durait bien cinq minutes ; en réalité elle ne dépassait pas une minute. Sur l’affiche, cet exercice portait le titre paradoxal de « fumer sous l’eau ».
- Pendant qu’un plongeur est immergé, si on ne regarde pas directement une montre, on se rend difficilement compte de la durée de son immersion, et cette durée semble bien plus grande qu’elle ne l’est réellement. C’est Là, selon toute probabilité, l’origine des histoires sur des plongeurs prodiges. On raconte, par exemple, que quelque temps après le combat naval de Navarin (1827), dans lequel sombrèrent un grand nombre de navires, on fit venir des plongeurs ioniens et siciliens pour retirer les objets de valeur gisant au fond de la mer. Ces plongeurs, dit la légende, restaient de cinq à dix minutes sous l’eau, l’un d’eux même ne reparaissait qu’au bout d’un quart d’heure. L’exagération dans ce cas est évidente.
- D’où vient cette faculté que possèdent certaines personnes de pouvoir rester plus longtemps que d’autres sans respirer? Les anciens physiologistes l’attribuaient à la non-occlusion du trou de Dotal : « Si, disaient-ils, un'plongeur peut vivre un certain temps sans le secours de ses poumons, c’est que son coeur doit être comme celui de l’enfant avant de naître, il ne doit pas avoir le trou de Botal fermé. » — Le premier plongeur autopsié permit de démontrer la fausseté du raisonnement.
- On a prétendu aussi que les plongeurs ne se nourrissaient que de végétaux, cette nourriture donnant un sang moins riche en globules, par conséquent moins exigeant en oxygène. On a supposé enfin que les plongeurs se montrant en public prenaient soit de la morphine dans le but de ralentir leur circulation, ou de la digitale afin de ralentir les battements du cœur.
- Ces prétendus moyens ne sont pas praticables ou iraient à l’encontre du but cherché. La faculté de rester longtemps sans respirer ne semble due qu’à un grand développement de la capacité pulmonaire, à des poumons d’un grand volume et parfaitement sains.
- Cette grande capacité peut être naturelle; elle peut être le résultat de l’hérédité comme cela est probable pour les fils et petits-fils de pêcheurs, elle peut être acquise ou tout au moins développée par l'exercice.
- La profession de plongeur se rapproche sous ce rapport de celle de coureur, de gymnaste, et aussi de celle de chanteur. Il serait en effet tout aussi impossible à la plupart des personnes de courir pendant
- plusieurs kilomètres, comme le font les coureurs de-profession, tels que ceux dont les affiches se voient actuellement sur les murs de Paris : lTIomme-éelair, l’Ilomme-étincelle, ITIomme-vapeur, ou de chauler à pleine voix plusieurs heures de suite, comme le font les chanteurs de grand opéra, que de rester comme miss Lurline et les autres acrobates-plongeurs deux minutes ou deux miuutes et demie sous l’eau, et cela pour la même cause : l’insuffisance du développement de leurs poumons.
- S. Keruus.
- CHRONIQUE
- L’auscultation des arbres. — L’étude (les mœurs des animaux n’est pas seulement pour le naturaliste une occupation des plus intéressantes et des plus agréables; elle peut devenir la source d’applications utiles. Nous empruntons au Canadian Enlomologist une suggestion qui nous parait susceptible d’être mise à profit. Elle a été inspirée à M. James Bell par la vue des agissements du pic et des autres oiseaux grimpeurs. Ces oiseaux parcourent le tronc de l’arbre, en zigzag, s’arrêtant parfois, et appuyant la tête contre le bois, évidemment pour écouter le bruit que fait une larve rongeuse. Soudain on les voit frapper du bec l’écorce à coup précipités, faisant voler les éclats comme sous la cognée du bûcheron. La rapidité de leurs mouvements est telle que c’est à peine si, avec le secours d’une longue vue, AI. Bell a pu voir l’oiseau saisir et avaler une larve. Il infère de cette observation que l’on pourrait arriver, au moyen d’un tube de bois ou de métal en forme de cornet acoustique ou de stéthoscope, à entendre le bruit que fait la larve en creusant dans l’intérieur d’un arbre, et qu’il serait possible, après avoir déterminé le point qu’elle occupe, de l’extraire en pratiquant un trou avec une vrille ou un foret, et d’en arrêter les dégâts, sans faire éprouver à l’arbre de trop graves dommages. R. Viojj.
- Les monnaies de nickel. — L’attention se porte actuellement sur la question des monnaies de nickel. Quelques personnes proposent de substituer en France ce métal au billon. La pièce de nickel est moins altérable à l’air, présente un aspect plus agréable, est moins encombrante, ayant une. valeur plus élevée à poids égal, et paraît, à tous les points de vue, préférable à la monnaie de bronze. Elle est du reste adoptée aujourd’hui chez plusieurs nations. La Suisse, la Belgique, l’Allemagne, les États-Unis, le Brésil, le Pérou, ont introduit dans leur circulation des pièces de nickel, et en ont obtenu de bons résultats. L’adoption de cette monnaie en France aurait pour effet de donner un nouvel essor aux mines de nickel de la Nouvelle-Calédonie, qui sont si importantes. Ce serait pour notre colonie une source de richesse.
- Nids d’oiseaux. — Un journal d’Alsace citait dernièrement des exemples d’emplacements bizarres choisis par certains oiseaux pour édifier leurs nids. AEguichetn, des moineaux ont élu domicile dans une boîte aux lettres ; à Wattwiller, entre les roues d’un canon, et près de Mulhouse on a découvert une nichée d’alouettes sous un rail. Les journaux de Afienne mentionnent un autre exemple également bizarre. Dans la capitale de l’Autriche, des hirondelles ont bâti cette année leur nid dans la bouche
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- même d’un cheval ; il est vrai que c’est un cheval en bronze, mais il est représenté lancé au galop. C’est le cheval de la statue de l’archidue Charles, érigée en 1800 devant le Palais Impérial et qui figure ce prince un drapeau à la main à la bataille d’Aspern.
- Influence du manganèse sur la résistance du fer. — Un prix de 500 marks ayant été offert par la Société allemande pour l'encouragement de l'industrie, pour les meilleurs alliages de fer et de manganèse, deux manufacturiers ont soumis des échantillons. Suivant les conditions du concours, vingt barres de fer avaient été envoyées, dix étant composées d'un alliage de fer et de manganèse contenant moins de 0,6 pour 100 de carbone et pas plus de 0,4 pour 100 de matières étrangères La proportion de manganèse dans les premières séries d’échantillons croissait graduellement de 0,5 à 5 pour 100, tandis que la quantité de carbone dans les secondes séries croissait aussi graduellement de moins de 0,15 pour 100. Les barres devaient être parfaitement homogènes, et avoir 0“,50 de longueur sur 0m,038 d’épaisseur. D’après les analyses, neuf échantillons répondaient absolument aux conditions du concours par leur composition chimique. L’alliage produit ainsi est extrêmement dur et tellement cassant qu’il tombe en morceaux lorsqu’il est soumis à un effort transversal. La résistance à la traction ne paraît pas être en rapport constant avec la quantité de carbone et de manganèse, d’autant plus que, dans beaucoup de cas, l’alliage n’était pas homogène. Les impuretés, notamment le phosphore, contenues dans les échantillons essayés, paraissent avoir eu plus d’influence sur les résultats mécaniques des expériences que le carbone ou le manganèse.
- (Engineering and Mining Journal.)
- M. Cruls, à Rio-de-Janeiro, a découvert une comète 1882 Sept. 11, 718 T. M. (Rio?) Ascension droite, 911 48” ; Décl. Sud, 2“ 1'. Visible à l’œil nu. Probablement la comète Pons 1812 attendue.
- Comète découverte par Barnard 10 sept. 1882; circulaire; diamètre, 2'; condensation centrale; 10e grandeur. Observée à Howard College, sept. 14, 8102 G. M. T.; en J4, 7h 19m17s,8; Décl, +16° 3'51"; mouvement par jour, + lm 44’ en + 43' en Décl.
- (Communiqué par M. Détaillé.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 septembre 1882. —Présidence de M. Blanchard,
- Hydrographie. — M. Bouquet de la Grye a fait, pendant l’été de 1881, l’hydrographie scientifique de la Loire. Il a réuni les résultats de son exploration dans huit grandes caries. Une triangulation nouvelle a été exécutée à l’embouchure du fleuve, et des sondages répétés avec une fréquence inusitée jusqu’à ce jour, ont permis à M. Bouquet de la Grye de tracer de nouvelles routes pour la navigation fluviale. En outre, deux passes inconnues aux pilotes, excellentes pour l’entrée du fleuve, ont été découvertes par M. Bouquet. La marée fait varier le niveau des eaux dans le fleuve de 0“,6Ü environ. Depuis 1864, le volume des chenaux a diminué de 56 000 mètres cubes. Le débit moyen du fleuve a également beaucoup diminué. 590 000 mètres de sables arrachés aux montagnes de l’Auvergne et du Forez se déposent annuellement entre
- Nantes et Saint-Nazaire. Enfin la barre du fleuve s’est élevée de 0m,70 depuis 1864; elle s’élèvera encore et deviendra un obstacle sérieux pour la navigation.
- Chimie. — La marine de l’Etat a entrepris de protéger les chaudières de ses bâtiments contre les dépôts calcaires en introduisant à l’intérieur des chaudières des feuilles de zinc. Une véritable action galvanique se produit. Le zinc s’oxyde aux dépens de l’eau et l’hydrogène de la décomposition se dégage. M. le commandant Trêves a observé que sous l’influence des acides gras volatilisés, provenant des matières employées pour le graissage des pièces de la machine, cet oxyde de zinc subit une sorte de saponification. M. le commandant Trêves se déclare satisfait de ce mode de préservation.
- Physiologie végétale. — M. Cornu signale la propriété des ceps de vigne d’absorber les huiles lourdes de goudron de houille. Depuis longtemps déjà les propriétaires des vignes plantées dans le voisinage des usines à gaz avaient remarqué que les raisins de ces vignes présentaient l’odeur et la saveur du goudron. On avait attribué le phénomène à une propriété d’absorption propre à l’enveloppe du grain. M. Cornu montre que l’absorption se produit par le cep.
- Géologie. — M. Tchihatcheff a étudié les sables du Sahara. Ces sables ne sont pas d’origine marine, mais bien d’origine atmosphérique, c’est-à-dire qu’ils proviennent de la désagrégation des roches sous l’influence des agents atmosphériques.
- Varia. — Nous avons à signaler : un mémoire deM, Teis-serenc de Bort sur les causes du grand hiver 1879-1880; — une note de M. Lecoq de Boisbaudran sur la séparation du Gallium et de l’Uranium ; — un mémoire de M. Dubois sur la statistique du suicide. «
- S. Meunier.
- FORMATION DES CRATÈRES DE LA LUNE
- Je, suis parti de ce fait, que, lorsque des gaz ou des vapeurs traversent une masse pâteuse, ils laissent, après leur passage, une série de trous en entonnoirs. Frappé de l’analogie que présentent ces trous avec les cratères de la lune, j’ai cherché à reproduire ce phénomène sur une plus grande échelle.
- Pour simplifier la disposition des mes appareils 1, j’ai eu recours à des alliages fondant à des températures relativement basses. Le premier sur lequel j’ai opéré est l’alliage de Wood; il se compose de 7 parties de bismuth, 2 de cadmium, 2 d’étain, 2 de plomb et fond vers 70°.
- Dans la masse fondue au bain-marie, j’ai fait at-river un courant d’air chaud, au moyen d’un tube de laiton, ainsi qu’on peut le voir dans la figure 1. Je laissais la masse métallique se refroidir peu à peu, tout en continuant l’insufflation de l’air chaud. Il se produisait un bouillonnement qui chassait,
- 1 Toutes ces expériences ontété faites dans le laboratoire de Chimie de l’École Centrale, mis à ma disposition parle colonel Solignac, avec la bienveillance et la libéralité que lui connaissent tous les élèves de cette École.
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- sur une grande surface, toutes les parties qui commençaient à se solidifier et à former une pellicule. J’avais ainsi un grand cirque. En continuant l’insufflation de l’air, peu à peu les bords du cirque s’élevaient et celui-ci prenait l’aspect d’un cratère; mais aussi, à mesure que le refroidissement se produisait, la masse métallique, devenue pâteuse et toujours repoussée par le jet de gaz, ne pouvait plus chasser devant elle la pellicule solide, passait pardessus les bords de ce cratère et formait un cône qui s’accentuait visiblement. En même temps le cratère se creusait de plus en plus, et ses parois internes présentaient une inclinaison beaucoup plus grande que les parois externes.
- Je me trouvais en présence d’un cratère analogue à ceux de la lune.
- Ce phénomène se constate, quel que soit l’alliage employé.
- Ces faits, révélés par l’expérience, ont dù se produire sur la lune. Au lieu de gaz, il se peut que ce soient des vapeurs qui aient donné naissance à ces reliefs. Ces vapeurs sortaient librement de la lune, alors qu’elle était à l’état de fluidité; mais la partie superficielle de cette planète s’étant refroidie beaucoup plus vite que la partie interne, celle-ci encore fluide, continuait à émettre des vapeurs, alors qu’à la surface se trouvait une masse
- vapeurs traversaient cette enveloppe et sortaient seulement en certains points, là sans doute où la solidification était le moins près d’avoir lieu.
- Ces vapeurs ont pu, postérieurement, se condenser ou bien être absorbées par la substance constituant la roche même de la lune.
- A mes premières expériences, faites dans une capsule, on pouvait objecter que la forme circulaire du cratère provenait de l’influence des parois. Pour lever ces objections, j’ai employé une bassine rectangulaire, dans laquelle j’ai fait fondre un alliage renfermant 4 parties de plomb, 4 d’étain et 1 de
- bismuth; Les phénomènes se sont produits comme dans les cas précédents; mais j’ai pu constater que l’aspect de la masse, après la formation du cratère, variait selon le métal employé. Dans le cas où je me servais de l’alliage de Wood, celui-ci étant très fusible, les projections qui retombaient sur le bord du cratère s’écoulaient et elles
- ne laissaient aucune trace de leur passage. Avec le second alliage, les projections sont toutes visibles et donnent un aspect déchiqueté au cratère. De plus, l’air chaud n’étant pas à une température suffisante pour fondre le métal, les projections peuvent arriver à surplomber le fond, ainsi qu’on le voit (fig. 2).
- Cette seconde expérience présente un accident assez intéressant ; on voit comme deux enceintes circulaires concentriques, la plus rapprochée du centre étant la plus élevée. Ce fait est dû à une interruption dans le passage de l’air, pendant la formation du cratère. Les bords de Copernic, d’Archimède et de bien d’autres cratères lunaires présentent des accidents analogues.
- Au centre d’un grand nombre de cratères de la lune, on voit se dresser comme un dyke. J’ai pu reproduire un accident analogue, ainsi que cela est visible dans la figure 1. Lorsque j’ai eu fini d’insuffler de l’air, il s’est formé une dernière bulle qui a soulevé la masse, mais qui n’a pas pu la projeter par-dessus les bords du cratère ; les dykes lunaires se sont très probablement formés ainsi, sous l’action du gaz, à la fin de la période d’activité des cratères i.
- Jules Bergeron.
- 1 Note présentée à VAcadémie des Sciences.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Action d'un courant d'air sur un alliage fondu.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- K° 487.— 30 SEPTEMBRE 1882.
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- DESCRIPTION
- T>’üN TYPE PEU CONNU
- DE L’ORDRE DES GALLINACÉS
- Les collections .du Muséum d’Histoire naturelle viennent de s’enrichir d'un magnifique exemplaire, parfaitement adulte, d’une espèce ornithologique que tous les établissements scientifiques de l’Europe avaient inscrite parmi leurs desiderata, et qui, depuis une vingtaine d’années, excitait la curiosité des naturalistes. Cette espèce, en effet, n’était
- connue que par quelques pennes caudales, dont on ignorait même la provenance et qui figuraient dans les galeries du Jardin des Plantes sous le nom d’Ar-gus ocellatus. Ce nom lui avait été donné par J. Verreaux, qui était alors aide-naturaliste au Muséum. Il fut inscrit par le prince Ch. L. Bonaparte dans ses Tableaux paralléliques de l'ordre des Gallinacés, à la suite du nom de l’Argus ordinaire de Malacca (Argus giganteus) et, quelques années plus tard, il fut reproduit par M. Ph. L. Slater dans son Catalogue des Phasianide's et par M. G. R. Gray dans sa Liste des Gallinacés. Mais c’est seulement en 1871 et 1872 que M. D. G. Elliot, dans le recueil
- Le Rhemardius ocellatus. (D’après l’individu actuellement empaillé au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.)
- anglais intitulé Annals and Magazine of natural history et dans une splendide Monographie des Phasianide's, signala les particularités que présentaient les plumes conservées au Musée de Paris et en publia une figure de grandeur naturelle.
- La découverte d’un individu dont l’état de conservation ne laisse rien à désirer vient aujourd’hui démontrer l’exactitude des suppositions de J. Verreaux, de Ch. L. Bonaparte et d’Elliot. L’oiseau, dont la queue porte des plumes absolument identiques à celles que possédait le Muséum d’Histoire naturelle, n’est ni un Paon, comme on l’a prétendu, ni un Argus ordinaire de Malacca, ni un Argus de la race qu’Elliot nomme Argus Grayi et qui habite l’île de Bornéo, mais le type d’un genre nouveau de la famille des Phasianidés. Ce Gallinacé, en effet,
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- que M. Maingonnat a cédé au Muséum d’Histoire naturelle, n’a pas, comme l’Argus ordinaire et l’Argus de Bornéo, les pennes secondaires démesurément allongées, de manière à figurer une sorte d’aile supplémentaire : sa queue n’est point formée de rectrices normales du milieu desquelles surgissent deux très longues pennes, un peu courbées sur elles-mêmes et disposées en toit; elle se compose de douze pennes larges, planes, régulièrement étagées et ornées de taches oculiformes disposées le long de la tige ; sa tête n’est pas dénudée, mais emplumée et garnie en arrière d’une crinière touffue de plumes piliformes ; enfin son système de coloration et la proportion des diverses parties de son corps ne sont pas les mêmes que chez l’Argus ordinaire et l'Argus de Bornéo.
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- Il y a donc lieu d’inscrire l’oiseau sous le nom de Rheinardius ocellatus, dans la famille des Phasiani-dés, à la suite du genre Argus (ou mieux Argusianus), qu’il relie en quelque sorte aux Faisans proprement dits. Ce nom spécifique A'ocellatus lui appartient depuis 1871 et doit être substitué à celui de Rhei-nardi. M. Maingonnat l’avait proposé, en signalant, le 12 juin 1882, à la Société Zoologique de France, 1 arrivée du spécimen en question ; du reste il a été abandonné par son auteur même qui, dans une brève Notice insérée dans la Science pour tous (numéro du 8 juillet 1882), a parlé du même exemplaire sous le nom de Rheinardia ocellata.
- L’oiseau mesure plus de 2 mètres de long, et sur cette longueur les trois quarts environ sont pris par la’queue. La tête, relativement petite, paraît plus grosse qu’elle ne l’est en réalité, grâce au développement que prennent, sur l’occiput, des plumes piliformes, serrées les unes contre les autres et susceptibles de se relever en formant un cimier haut de 0m,05 à 0m,06. Ces plumes sont brunes et blanches. D’autres plumes duveteuses, d’un brun soyeux (et d’un gris argenté, couvrent le dessus et les côtés de la tête et dessinent des sourcils argentés et une tache auriculaire brune; enfin de nouvelles plumes piliformes, d’un brun roux, constituent une cravate sur le devant du cou.-Le corps est en dessus d’un ton noirâtre, en dessous d’un brun rougeâtre ioncé et tout parsemé de petites taches blanches ou café au lait..
- Des Taches analogues se retrouvent sur les ailes et sur la queue i mais, sur les pennes secondaires, elles s’allongent en forme de larmes ; sur les rémiges elles dessinent, en s’associant, des hexagones assez réguliers; sur les couvertures supérieures de la queue et sur les rectrices elles sont accompagnées de nombreuses taches ferrugineuses ou plutôt cou-lëur de rouille, dont les unes sont irrégulièrement disséminées sur toute la surface des barbes, tandis que les autres, marquées au centre d’une tache noirâtre, sont disposées en séries le long de la tige et ressemblent à des ocelles. Cette similitude de dessins entre les rectrices et les sus-caudales rend la distinction entre ces deux catégories de plumes moins tranchée que chez beaucoup d’autres Gallinacés, d’aütant plus que deux rectrices médianes s’allongent considérablement, en divergeant quelque peu, et prennent tout à fait l’aspect de pennes caudales.
- Les vraies rectrices sont au nombre de douze ; elles sont absolument planes, toutes étalées horizontalement et vont en augmentant de longueur de l’extérieur jusqu’au milieu. Assez larges dès leur naissance, elles augmentent encore de diamètre vers le milieu, an point d’atteindre 0m, 15, et se rétrécissent ensuite pour se terminer en pointe aiguë. Par leur réunion elles constituent une queue d’une longueur et d’une ampleur extraordinaires , que l’oiseau doit tenir légèrement relevée, de manière à lui faire décrire une courbe gracieuse, la pointe entraînée par le poids retombant sur le sol.
- Le bec, dont la mandibule supérieure est moins voûtée que chez les Faisans, ressemble tout à fait à celui des Argus; il est un peu renflé à la base, au-dessus des narines, qui sont en ovale allongé. Il est, chez l’oiseau que j’ai sous les yeux, d'un rose carminé, de même que les pattes. Celles-ci sont relativement assez élevées et complètement dépourvues d’éperons. Elles se terminent en avant par trois doigts assez grêles, reliés à la base par de petites membranes et armés d’ongles médiocres, d’un brun rougeâtre, et en arrière par un pouce inséré à un niveau suffisamment élevé pour que, dans la marche, il arrive à peine à toucher la terre. Les tarses sont garnis sur la face antérieure, de larges plaques qui se continuent sur les doigts par des scutelles, par des plaques plus petites.
- Telle est la description sommaire de ce magnifique Gallinacé dont je ne connais pas le sexe, mais qui, très probablement, est un mâle adulte. L’oiseau a été capturé dans une partie du Tonkin encore inexplorée par les Européens, dans une localité nommée Buih-Dinh, à 400 kilomètres au sud de Ilué; il a été apporté par des indigènes à M. Rhei-nard, qui l’a expédié en France sur un navire parti du port de Hué.
- E. Oustalet.
- LE TÉLÉGRAPHE DE BOURSE
- (( EXCHANGE TELEGRAPH COMPANY », DE LONDRES (Suite et fin. — Voy. p. 257.)
- Dans un précédent article, nous avons fait connaître le fonctionnement général du système, il nous reste aujourd’hui à exposer les moyens qui permettent d’atteindre le but proposé. Nous allons donc examiner successivement le transmetteur à clavier, les relais et les récepteurs imprimeurs.
- Transmetteur. — Le transmetteur est un appareil qui produit automatiquement les fermetures et les ruptures de circuit qui se transmettent aux relais et finalement aux récepteurs pour effectuer l’impression. 11 consiste en un commutateur tournant actionné par un moteur électrique et commandé par les touches d’un clavier de piano que l'employé chargé de l’expédition manœuvre à peu près comme le clavier du Hughes (fig. 1). Ce commutateur se compose d’un arbre portant une série de dents disposées en hélice et tournant en regard des extrémités internes des touches. Lorsqu’on appuie sur l’une de ces touches, l’arbre se trouve arrêté et le commutateur tournant se trouve désembrayé d’avec le moteur électrique qui l’actionne. Un collier à frottement est fixé sur cet arbre et, lorsqu’il est au bout de son mouvement, il fait fermer le circuit imprimeur. Lorsque l’on cesse d'appuyer sur la touche, le circuit imprimeur est d’abord rompu, et, un instant après, la roue du commutateur se remet à tourner.
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- Le moteur employé est un simple moteur électromagnétique alimenté par les éléments au bichromate de potasse, système Higgins, qui peuvent fonctionner deux mois consécutifs sans être renouvelés. M. Higgins, auquel on doit les appareils si perfectionnés que nous décrivons, règle la vitesse du moteur à l’aide d’un interrupteur à force centrifuge qui rompt le circuit lorsque la vitesse devient trop grande. C’est une disposition analogue, bien qu’antérieure, à celle du régulateur de vitesse employé par M. Marcel Deprez dans ses moteurs électriques. Le régulateur de vitesse est monté sur un arbre dont la vitesse est beaucoup plus grande que celle du moteur, et comme il est très sensible aux plus petites variations de vitesse, il en résulte que cette vitesse est pratiquement uniforme. On peut d’ailleurs régler cet appareil pour une vitesse de régime quelconque.
- Ce transmetteur peut desservir dix-huit cents appareils simultanément et en dessert actuellement plus de cinq cents dans la ville de Londres.
- La roue des types de l’imprimeur porte, comme nous allons le voir, vingt-huit caractères et deux blancs sur chaque série, ce qui fait en tout soixante signaux, dont quatre blancs, en deux groupes de trente signaux chacun. Pour amener ces trente signaux en regard de la bande de papier, il suffit de quinze émissions de courant ; la moitié des lettres s’imprime donc lorsque la ligne qui correspond à la roue des types est traversée par un courant et l’autre moitié lorsque aucun courant ne la parcourt. A cet effet, l’axe du transmetteur (fig. 1) porte une roue isolante tournant avec lui et garnie de quinze touches métalliques réparties régulièrement sur la circonférence. Un frotteur s’appuie sur cette roue et ferme le circuit de la pile sur les relais chaque fois qu’il rencontre une touche métallique. Dans le mouvement régulier de l’arbre, il y a donc quinze fermetures et quinze ouvertures de circuit, par suite quinze émissions de courant qui actionnent les relais et produisent des envois de courant synchroniques dans les lignes et les récepteurs.
- Lorsqu’on appuie sur une touche, l’axe de l’interrupteur s’arrête, le frotteur se trouve alors en regard d’une partie métallique ou d’une partie isolée, suivant la touche abaissée, et la roue des types de chaque imprimeur occupe une position correspondante, comme nous allons l’indiquer.
- L’avantage de n’avoir que quinze émissions de courant par tour de la roue des types au lieu de trente dans les systèmes précédents, est le suivant : l’inertie magnétique des électro-aimants et l’inertie mécanique des mécanismes des récepteurs s’oppose à ce qu’on puisse produire, toutes choses égales d’ailleurs, plus d’un certain nombre de mouvements des armatures par seconde, disons trente par seconde, par exemple, pour fixer les idées. Si un tour de la roue des types ne demande que quinze émissions de courant, il sera possible de faire faire à cette roue deux tours par seconde, tandis que
- s’il en faut trente, la roue des types ne pourra fournir qu’un tour par seconde, la transmission sera moins rapide, on mettra beaucoup trop de temps pour transmettre les informations, la ligne sera mal utilisée et plusieurs de ces informations arriveront même trop tard pour rendre service. On voit combien chaque détail, peu important en apparence, devient essentiel dès qu’on aborde l’application industrielle.
- Le transmetteur est complété par un galvano-scope, qui indique le passage du courant, et deux commutateurs, l’un qui commande le moteur électrique et le second les relais. Dès qu’on place ces deux commutateurs sur contact, le moteur fonctionne, l’arbre du distributeur tourne, les relais actionnent les circuits et toutes les roues des types de tous les récepteurs tournent synchroniquement avec l’arbre du transmetteur, jusqu’à ce qu’en appuyant sur une touche, on provoque son arrêt et, par suite, celui de toutes les roues des types dans la même position. C’est à ce moment que le courant passe dans la seconde ligne pour produire l’imoression.
- Relais. — Nous .avons dit qu’un seul manipulateur pouvait commander un nombre indéfini d’appareils récepteurs ; cela n’est possible que grâce à un artifice consistant dans l’emploi de relais.
- Si les émissions de courant dans les trente ou quarante lignes que dessert le transmetteur s’effectuaient directement, il y aurait des extra-courants considérables, des troubles dans la transmission et des perturbations qui retireraient toute valeur et toute garantie au système.
- Les fermetures de courant produites par le transmetteur n’agissent que sur deux circuits distincts formés chacun d’un certain nombre de relais dont les électro-aimants sont tous montés en tension dans chaque groupe. L’un des groupes de relais commande les roues des types et l’autre les imprimeurs. Ces relais ferment à leur tour le circuit des lignes sur lesquelles sont intercalés les imprimeurs en nombre variable avec la distance, et ce sont les courants envoyés par les relais qui actionnent les imprimeurs.
- La figure 2 représente un de ces relais en demi-grandeur. Il se compose d’un électro-aimant à deux branches très court disposé verticalement, d’une armature horizontale pivotant sur un axe horizontal et d’un ressort antagoniste dont la tension est réglée par une vis de rappel. Chaque fois que le transmetteur ferme le circuit des relais disposés en tension, l’armature est attirée, elle pivote et vient fermer le circuit entre deux petits cylindres de platine dont l’un est fixe et l’autre est monté sur l’armature même. Des vis de réglage limitent la course de l’armature et éloignent ou rapprochent l’électro-aimant de l’armature, suivant la puissance du courant qui traverse le circuit des relais. Les noyaux des électro-aimants sont formés d’un tube de fer doux fendu longitudinalement et présentant
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- peu de longueur. Ce sont iù les meilleures conditions pour avoir.des aimantations et des désaiman-
- Fig. t. — Transmetteur à clavier du télégraphe de Bourse.
- tâtions rapides. Quant au contact des circuits des lignes, ils sont toujours maintenus en bon état de propreté par des condensateurs disposés en dérivation entre les deux points de contact et qui ont pour effet d’atténuer considérablement l’effet de l-’extra-courant de rupture, comme dans la bobine de Ruhmkorff.
- Grâce à la grande subdivision des contacts entre les différents relais et à l’emploi judicieux des condensateurs, le système fonctionne régulièrement et sans erreur.
- En cas d’accident à une ligne ou à un relais, l’interruption n’affecte qu’un nombre limité de récepteurs, il est alors plus facile de le localiser et de le réparer rapidement, ce qui constitue aussi un sérieux avantage.
- Récepteur imprimeur automatique. — Le récepteur placé chez chaque abonné se compose (flg. 3) d’une paire de roues des types fixées sur un tube qui peut prendre deux positions distinctes en glissant longitudinalement sur un axe qui porte une roue d’échappement à quinze dents d’une forme spéciale. Une paire de levées fixées au bout d’un levier auquel est attachée une armature placée en regard d’un électro-aimant maintient solidement cette roue d’échappement et l’empêche de tourner sur son axe, excepté lorsque l’armature oscille sous l’action de l’électro-aimant qui la commande. Chaque roue des types porte vingt-huit caractères et deux espaces blancs. L’attraction de l’armature sous l’influence d’une émission de courant
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- fait avancer la roue des types de l’intervalle d’une lettre; le retour de l’armature sous l’action d’un ressort antagoniste, lors de la cessation du passage du courant, lait encore avancer la roue d’une lettre. Quinze émissions de courant successives font donc faire un tour complet aux roues des types. On peut produire l’impression à volonté avec l’une ou l’autre des roues des types en produisant d’abord son arrêt sur l’un ou l’autre des blancs et en faisant agir le système imprimeur commandé par le second circuit. Dans cette position de la roue, le levier imprimeur agit sur une disposition .mécanique spéciale qui déplace les roues des types longitudina -lement dans un sens ou dans l’autre et amène au-dessus de la bande de papier l’une ou l’autre des roues, la roue des lettres ou la roue des chiffres et de la ponctuation.
- Ces déplace-ments sur l’axe ne se produisent que lorsque les roues sont arrêtées sur l’un des blancs. Le système imprimeur commandé par un électro-aimant disposé dans le second circuit a pour effet de soulever le papier, de l’appliquer contre la roue et de le faire avancer automatiquement d’une longueur égale à l’intervalle entre deux lettres. Tous les mouvements nécessaires à l’impression sont donc produits exclusivement par. deux électro-aimants commandés par deux circuits distincts, sans aucun mouvement d'horlogerie, l’appareil étant toujours prêt à fonctionner sous l’inlluence du poste central.
- Il est maintenant facile de s’expliquer le fonctionnement général du système. Supprimons pour cela les relais, et supposons que les contacts pro-
- Fig. 3. — Récepteur imprimeur automatique placé chez l’abonné.
- duits par le transmetteur envoient directement les courants dans les récepteurs. Cette simplification ne change rien au principe, puisque le but des relais est seulement de multiplier les contacts, et par suite le nombre d'appareils commandés.
- Le mouvement du commutateur tournant produit des fermetures et des ruptures de courant qui se traduisent dans les récepteurs par des mouvements du levier qui commande la roue dentée et
- les roues des types ; il en résulte finalement un mouvement synchronique entre le commutateur tournant et les appareils récep -teurs. Lorsque le commutateur tournant s’arrête, toutes les roues des types s’arrêtent dans la même position. Si alors le second circuit, le circuit imprimeur, se trouve fermé pendant un inslant, il actionne tous les imprimeurs et la lettre correspondante se trouve imprimée à la fois sur toutes les bandes. Lorsqu’on cesse d’appuyer sur la touche, l’axe du distributeur se remet en marche et en-raîne synchro -niquement toutes les roues des récepteurs jusqu’au nouvel arrêt. On voit donc que la mise en marche des récepteurs ne dépend absolument que du bureau central, et que les récepteurs sont toujours prêts à obéir à la main qui les commande.
- Tous ceux qui, au collège, ont eu un pensum de cinq cents vers connaissent le moyen employé par les paresseux et qui consiste à écrire avec deux ou trois plumes à la fois. Le système du télégraphe de Bourse rappelle vaguement ce procédé de collégien, mais considérablement revu et augmenté, car la main de l’opérateur tient en fait plus de cinq cents
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- LA NATURE.
- plumes écrivant à la fois sur plus de cinq cents bandes de papier réparties dans la ville de Londres.
- Pour ne pas allonger indéfiniment cette description, nous avons dû négliger une foule de détails qui font le plus grand honneur à l’esprit ingénieux de l’inventeur du système, M. Higgins. On conçoit, par exemple, qu’il est nécessaire de repérer toutes les roues des types pour qu’elles impriment toutes à la fois la même dépêche, car si l’une d’elles était en avance ou en retard, le message transmis deviendrait une simple dépêche cryptographique indéchiffrable, et cependant, soit par accident, soit par maladresse, soit par malveillance, ce synchronisme pourrait être souvent troublé. Grâce aux dispositions imaginées par M. Higgins, il n’y a pas à s’occuper de ce point important. Le transmetteur et les récepteurs sont disposés de telle sorte qu'avant la transmission, ils se remettent automatiquement au zéro, ou au point de départ, chaque fois qu’on met le système en train. Si donc, dans l’intervalle, entre deux envois, il s’est produit un décalage des roues de quelques appareils, cet aecident sera réparé avant que* le récepteur n’imprime aucun signal. On voit par cet exemple que rien n’a été négligé pour obtenir un système de transmission sûr, exact et ne demandant d’autre peine à l’abonné que celle de lire les nouvelles. Les récepteurs sont solides, rustiques et ne demandent que peu d’entretien. Cet entretien est fait par la Compagnie qui envoie de temps en temps un employé renouveler la provision de baildes, encrer le tampon cylindrique et graisser le mécanisme. Quant aux services rendus par le système, nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit dans le précédent article : considéré au point de vue technique, celui qui nous préoccupait plus spécialement aujourd’hui, on peut le considérer comme un des produits les plus intéressants de l’alliance si féconde de la mécanique et de l’électricité.
- Ed. Hospitalier.
- PILE AU BICHROMATE DE M. J. HIGGINS
- La pile employée dans les télégraphes imprimeurs de YExchange Telegraph Company de Londres, dont nous venons de donner la description, mérite une notice spéciale que nous publions dès à présent.
- Dans ces appareils de YExchange Telegraph, il n’y a aucun mouvement d’horlogerie et c’est aux piles qu’incombe tout le travail nécessaire à la mise en action des roues des types et des mécanismes imprimeurs. Chaque batterie d’éléments alimente les deux circuits qui commandent une série d’appareils ; lorsque le courant d’action traverse à la fois les deux lignes, son intensité n’est pas moindre de un ampère. La pile qui fournit ce courant doit donc être à la/-fois énergique, constante et susceptible d’un travail continu assez prolongé. Voici quelle est la disposition imaginée par M. Higgins pour remplir ces conditions multiples :
- L’élément est une pile au bichromate de potasse h vase poreux, zinc intérieur et charbon extérieur.
- Le zinc est formé d’un crayon de charbon de 2 centimètres de diamètre et de 13 centimètres de longueur parfaitement amalgamé.
- Il est placé dans un vase poreux rempli d’une eau acidulée par l’acide sulfurique au trentième en volume.
- Le vase poreux est d’une qualité telle que, rempli d’eau pendant vingt-cinq minutes, il ne laisse pas passer l’eau d’une façon visible, il est paraffiné à sa partie supérieure pour empêcher l’action des sels grimpants de la solution chromique placée dans le vase extérieur. Ce vase extérieur a 15 centimètres de hauteur et 13 centimètres de diamètre intérieur; il renferme une lame de charbon de cornue de 18 centimètres de hauteur et 11 centimètres de largeur et une solution chromique ainsi composée (en
- poids) :
- Eau................................. 45 parties.
- Acide sulfurique.................... 15 —
- Bichromate de potasse................ 5 —
- La solution n’est introduite dans les éléments qu’après refroidissement.
- Les constantes des éléments construits dans les proportions que nous venons d’indiquer sont les suivantes :
- Force électromotrice....... 2,25 volts.
- Résistance intérieure .... 0,4 à 0,5 ohm.
- Dans la télégraphie ordinaire, où l’intensité du courant à fournir pour le fonctionnement des appareils est beaucoup moins grande que celle des imprimeurs de YExchange Telegraph C°, on fait usage, en Angleterre, d’éléments identiques, mais on emploie des vases poreux beaucoup plus résistants, représentant 4 à 5 ohms de résistance ; le mélange des liquides devient beaucoup plus difficile et, dans ces conditions une batterie peut desservir un Morse pendant plus d’un an, d’une façon continue, sans qu’on y touche. ,
- Pour le service des imprimeurs et une moyenne de 2500 mots par jour, les éléments fonctionnent un mois sans qu’on renouvelle les solutions. Le nombre des éléments en tension employés pour le service de chaque double circuit commandant une série d’imprimeurs dépend de la longueur et de la résistance de ces circuits ; ce nombre est réglé pour fournir un courant de un ampère lorsque les deux circuits sont fermés simultanément.
- Nous avons cru devoir séparer la description du système de YExchange Telegraph C° de la description de la pile, car cette dernière nous paraît présenter des qualités propres à en multiplier l’emploi, en dehors de cette application spéciale.
- Elle est en effet énergique, constante, sans odeur et propre à fournir des courants relativement énergiques d’une façon intermittente pour un grand nombre d’expériences de laboratoire ou d’amateur sans exiger trop de • surveillance ni d’entretien. E. H.
- LA PRONONCIATION DES NOMS DE LIEU
- PAR LES FRANÇAIS
- Les questions traitées dans les Congrès de géographie n’intéressent d’ordinaire que les gens qui s’occupent spécialement de cette science. En voici cependant une qui
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- présente un intérêt général ; il s’agit de la manière dont on doit prononcer les noms de lieu quand la prononciation en usage dans le pays diffère de celle qui résulte de leur orthographe interprétée suivant les règles de la langue française.
- On sourit aujourd’hui quand on entend dire Sakespéare pour Schekspire ou Broglie pour Breuil; mais en géographie aucun document ne permettait d’éviter des fautes analogues ; les opinions même des gens compétents étaient partagées sur la règle à suivre.
- La Société de Géographie commerciale de Bordeaux a voulu combler cette lacune et elle a nommé dans son sein une Commission chargée d’étudier la question et de la discuter au Congrès des Sociétés françaises de Géographie, qui a eu lieu récemment dans cette ville.
- Dans la séance du mercredi 6 septembre, plusieurs orateurs ont pris la parole sur ce sujet, notamment M. Labroue, vice-président de la Société de Bordeaux; M. Mengeot, secrétaire adjoint de la même Société; M. Feret, au nom de M. Mayer; M. le colonel Coello, de Madrid; M. Minost, etc.
- Après une longue et intéressante discussion, le Congrès a adopté le principe que les noms géographiques doivent être prononcés suivant la prononciation locale, en tenant compte toutefois des exceptions qui s’introduisent par suite d’un usage général. Il a de plus chargé la Société de Bordeaux de continuer le travail de recherches qu’elle a si heureusement commencé et dont on peut se faire une idée par les quelques noms suivants que nous empruntons à un tableau distribué aux membres du Congrès. Les quelques noms douteux, comme Culoz, qui rentre dans l’exception formulée ci-dessus, seront discutés en détail au prochain Congrès.
- FRANCE
- Les noms :
- Aiguillon (Lot-et-Garonne) Aix (Il d’)
- Aix (Bouches-du-Rhône)
- Arveyres
- Aunis
- Auxerre
- Auxerrois (St-Germain-B)
- Auxonne
- Aveyron.
- Ay~Champagne
- Se prononcent :
- Aigu-illon (Il mouillées). Ile Dé.
- Ex.
- Arvei-ïre.
- Aiwi.
- Ausserre.
- Auc-cerrois.
- Aussone.
- Avéron.
- Aï, etc., etc.
- ETRANGER
- Les noms :
- Anvers
- Bruxelles
- Fontenoy (Belgique)
- Se prononcent : Anvèrsse. Brusselles. Fontenoy, etc., etc,
- A. DE R.
- LE NÀPHTE EN RUSSIE
- On sait aujourd’hui d’une façon certaine qu’une vaste nappe de naphte se déploie de la mer Caspienne à la mer Noire, nappe passant sous les montagnes du Caucase et s’étendant même bien au delà de la Caspienne, jusque dans le Turkestan.
- Sur plus d’un point du Caucase on récolte le naphte; mais son principal centre d’exploitation se trouve sur le territoire de Bakou, dans la péninsule d’Apscheron, sur le rivage oriental de la Caspienne. A 9 kilomètres environ de
- Bakou, autour d’un village du nom de Balahaneh, se trouvent groupés six cents puits d’extraction au moins, indépendants les uns des autres et pratiqués dans le sol d’une chaîne de petits mamelons occupant d’ailleurs un très petit espace. À 6 kilomètres environ de Balahaneh, on rencontre Sourahaneh; c’est là que les distilleries de naphte sont concentrées : l’huile minérale y arrive à l’état brut, soit dans des barils chargés sur des arbas, soit encore par une longue conduite en tuyaux de fonte posés à fleur de terre, qui fonctionnent d’autant mieux que Sourahaneh est moins élevé que Balahaneh.
- Un correspondant du Times nous donnait, il y a quelques semaines, d’intéressants détails sur ces localités, fl se trouvait à Bakou dans les derniers jours d’avril et les premiers de mai de cette année, de sorte qu’il a été témoin de la réception enthousiaste que les habitants du pays de l’huile ont faite au gouverneur général du Caucase, le prince Dondoukoff-Korsakoff, et il va sans dire que lè haut fonctionnaire n’a point manqué de visiter les fameux puits Auxquels la ville de Bakou et son territoire doivent leur prospérité actuelle. Bakou, il y a trente-cinq ans, lorsqu’elle reçut la première fois la visite du gouverneur général du Caucase, n’était qu’un petit village habité par quelques familles musulmanes ; et maintenant elle compte une population de 40 000 âmes ; sa marine marchande consistait alors en quelques barques à voiles, et à cette heure il s’agit d’une quarantaine de steamers. Ce qu’il faudrait maintenant pour lui rendre sa prospérité complète, ce seraient des voies de communication qui ouvriraient à son exploitation du naphte des débouchés importants et réguliers.
- Dès à présent la seule maison Knobel et Cia en fournit 176 000 tonnes au marché russe, et le chiffre total de la production représente sans doute une quantité double. Ces 352 000 tonnes sont loin de donner la mesure de «là productivité des puits; elle est susceptible d’un immense développement quand Bakou aura été définitivement relié par une voie ferrée à un port de la mer Noire. ., -ri.
- Tant que les huiles minérales de la Péninsule d’Apscheron ont été obligées de prendre la mer de Bakou à Astrakhan, et de remonter la Volga jusqu’à Taritzin, pour de là prendre le chemin du Don et enfin descendre à la mer Noire par la mer d’Azow, toute concurrence leur restait interdite avec les pétroles pensylvaniens. Mais cèt état de choses s’est beaucoup amélioré dans ces derniers temps : un chemin de fer réunit Elisabethpol à Bakou*et jette de la première de ces villes un embranchement sur le port de Batoum et sur la mer Noire. Cependant le trafic n’est pas encore régulièrement ouvert entre Elisabethpol et Batoum, et il ne le sera probablement point avant le 1" janvier de l’année prochaine.
- C’est sur le plateau de Sourahaneh qu’est situé l’endroit du feu, le célèbre temple, ou plutôt le monastère, jadis si révéré par les Parsis de l’Inde et de la Perse, ces héritiers de la tradition des anciens Guèbres, et les derniers adorateurs du feu. En lui-même le temple des feux éternels n’est qu’un petit édifice de forme carrée, construit au milieu d’une cour assez spacieuse qu’entoure un mur élevé construit à l’indienne, c’est-à-dire crénelé de fes -tons dans le haut, avec des cintres dans le has.
- Le haut des murs du temple lui-même est festonné de la même façon, et au milieu se dresse un dôme, d’où émergent une foule de petites cheminées l.
- 1 L'Exploration. Recueil géographique.
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- LA NATURE.
- CURIOSITÉS AËROSTATIQUES1
- Nous avons précédemment décrit un certain nombre de ces curieuses assiettes à ballon que l’on confectionnait dans les différentes fabriques de faïence
- Fig. 3,
- Spécimens d’assiettes de faïence dites à
- de l’époque, au moment où les aérostats venaient de prendre naissance. Quelques amateurs, sans doute trop indulgents, nous engagent à continuer de faire connaître les pièces les plus intéressantes de la collection de curiosités aérostatiques que depuis de longues années nous avons formée, mon frère et moi.
- Fig. i.
- ballon de la tin du règne de Louis XVI.
- Cette collection comprend aujourd’hui plus de quatre cents gravures anciennes, plus de deux cent cinquante volumes anciens ou modernes, environ cent trente assiettes de faïence, quinze bonbonnières à ballons, dix éventails, dont plusieurs d’une grande richesse, deux pendules à ballon, des bagues à ballon, des broches diverses, des boutons d’habit, des
- 1 Yov. n* 354 du 3 mars 1880, p. 229.
- tasses de porcelaine dont une en pâte tendre de Sèvres, des manuscrits des aéronautes les plus célèbres, des souvenirs de toutes sortes, se rattachant à l’origine de cette grande découverte des aérostats, qui est une des gloires de notre génie national.
- Notre collection est assurément unique dans son genre, et notre projet est d’en publier quelque jour un catalogue qui intéresserait les spécialistes ; aux lecteurs de La Nature nous présenterons seulement
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- aujourd’hui quelques pièces curieuses qui compléteront les descriptions précédentes1.
- Voici d’abord quatre jolies assiettes : la première (fig. 1) est une belle pièce de Moustiers; deux amou-
- reux sont assis sur le gazon, tandis que les aéro-nautes dans le ciel, les lorgnent attentivement avec leurs lunettes; la deuxième (fig. 2) représente un ballon qui ne saurait être défini avec exactitude ; un
- berger est assis par terre au-dessous de l’aérostat, la confection de l’assiette semble se rattacher aux produits de la fabrique de Nevers ; la troisième, qui
- est en faïence de Saint-Aman d (fig. 3), figure le ballon de Charles en 1783, avec la légende bon voyage; la quatrième représente le ballon à rames du célèbre
- aéronaute Blanchard, qui s’est élevé du Champ-de-Mars le 2 mars 1784.
- La figure 5 donne fidèlement l’aspect d’une remarquable petite bonbonnière en ivoire qui nous a été donnée par M. Brinisholtz, conducteur princi-
- 1 Voy. La Nature, 1879, 2* semestre, page 404, et tables des matières des précédents volumes.
- pal des Ponts et Chaussées. Une miniature sur ivoire d’une grande finesse est fixée sur le couvercle, sous un verre que maintient un cadre de cuivre ciselé. Cette miniature reproduit l’ascension du ballon à rames de Blanchard du 2 mars 1784; elle est très précise, car elle montre les rames restées à terre, ce qui est exact. Au moment du départ l’aéro-
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- LA NATURE.
- naute dut débarrasser sa nacelle de cet appareillage encombrant et assurément inutile.
- La figure 6 reproduit une autre bonbonnière en cuivre repoussé; très curieuse pièce qui nous a été offerte par M. Georges Lecocq, d’Amiens ; elle représente avec une naïveté charmante la descente du premier ballon à gaz hydrogène de Chqrles et Robert dans la prairie de Nesles.
- La figure 7 donne le dessin d’un plat d’étain allemand avec la gravure de l’aérostat de Blanchard, élevé à Nuremberg le 6 novembre 1787; cette pièce très rare a été trouvée à Nuremberg même; elle porte la date de cette ascension, qui eut en Allemagne un retentissement considérable.
- La figure 8 reproduit enfin une très jolie montre Louis XYI en or très finement ciselé; l’émail est d’une exécution parfaite et d’une excellente harmonie de couleur; le ballon qui se voit dans le ciel, ne paraît se rattacher à aucun événement précis de l’histoire des aérostats, mais il paraît avoir été dessiné d’après le premier aérostat à gaz hydrogène du physicien Charles h
- Gaston Tissandier.
- OUVERTURE D’UN CHEMIN DE FER
- sur le littoral de l’ile de la réunion
- Les nouvelles de La Réunion nous apprennent que le chemin de fer construit sur le littoral a été ouvert dans la plus grande partie de son parcours.
- Le 11 février dernier, le premier train a fait le trajet de Saint-Denis à Saint-Benoît. Le lendemain, c’était le tour de la partie sous le vent, et le train se rendait'à Saint-Louis. La population était enthousiasmée du résultat obtenu et attendu avec tant d'impatience. Notre colonie aura bientôt aussi son port, et elle pourra alors offrir à notre marine un lieu de refuge et de ravitaillement.
- La construction de ce chemin de fer a présenté de grandes difficultés, par suite de l’escarpement des contre-forts du massif de Pîle, formés de coulées de laves accumulées en falaises vertigineuses et par suite de la violence des torrents qu’il faut traverser.
- Ces torrents, qui sont à sec pendant la majeure partie de l’année, déversent, lorsqu’un cyclone passe sur l’île, des masses énormes d’eau, et la pente de leur lit est telle, que la vitesse du courant dépasse souvent 30 mètres par seconde. Aussi roulent-ils avec un fracas épouvantable des blocs de rochers de plusieurs dizaines de mètres cubes et amoncellent-ils parfois sur un point de leurs embouchures plusieurs millions de tonnes de sable et de galets en une seule alluvion.
- Leurs crues sont si rapides que, lors du dernier cyclone, le 21 janvier 1881, le Creuzot, qui plaçait un pont
- 1 Parmi les curiosités aérostatiques, on en voit aujourd’hui qui ne sont que de grossières imitations. On trouve souvent chez des marchands de bric-à-brac peu scrupuleux, des assiettes de faïence à ballon très communes, qui sont de fabrication toute moderne. Dernièrement nous en avons trouvé une qui représentait un ballon et un parachute, avec la date « 1779 ». Or la première montgolfière date de « 1783 ».
- métallique dans la rivière des Galets, n’a pas eu le temps de retirer de son lit l’outillage de montage qu’il y avait échafaudé et que tout a été emporté et broyé par le courant.
- Le chemin de fer de La Réunion, dont la longueur dépasse 130 kilomètres, traverse trois grandes rivières : celle du Mât, qui recueille les eaux du cirque de Salazie; celle des Galets, qui sert de déversoir au cirque de Mafate, et celle de Saint-Etienne, exutoire des cirques de Cilaos et de l’Entre-Deux ; trois rivières secondaires, celle des Roches, celle des Pluies, celle de Saint-Denis, et un certain nombre de torrents sur lesquels ont été jetés des viaducs métalliques ou de maçonnerie d’une véritable hardiesse.
- La plus grande difficulté consistait dans la traversée de ce qu’on appelle à La Réunion la Montagne ou la Falaise, qui n’est autre qu’une série d’énormes coulées de laves, lesquelles occupent les 12 kilomètres compris entre Saint-Denis et la Possession, sur la route de Saint-Paul, et plongent à pic dans l’Océan par un abrupt de 200 mètres à 500 mètres de hauteur. Cette longue muraille est sans cesse battue par les vagues.
- A peine avait-on réussi jusqu’à ce jour à tracer à son pied un sentier rendu souvent impraticable par la mer ou par les cascades qui se précipitent du haut des plateaux supérieurs. Il a fallu pour le passage de la voie ferrée percer dans le basalte un tunnel de 10281 mètres de longueur, c’est-à-dire presque aussi long que ceux du Saint-Gothard et du Mont-Cenis. Ce travail gigantesque a été achevé en trente mois, grâce à l’habileté de MM. Lavalley et Molinos.
- L’ouverture de ce chemin de fer et du port de La Réunion va sans nul doute marquer pour cette colonie le commencement d’une ère de richesse et de prospérité1.
- BIBLIOGRAPHIE ; .
- Annales de l'Observatoire impérial de Rio-de-Janeiro, Emm. Liais, directeur. Tome 1er. Description de l’Observatoire. 1 vol. in-4° avec 19 planches hors texte et 24 gravures sur* bois-. Rio-de-Janeiro, typographie Lombaerts etC1*, 1882. ‘ ’
- Ce magnifique ouvrage, qui nous a été adressé du Brésil par la Direction de l’Observatoire de Rio-de-Janeiro, montre par la bonne disposition des appareils qu’il énumère, et par l’excellente organisation qu’il décrit, l’importance que le développement des sciences prend chaque jour dans un des plus vastes empires du Nouveau Monde. Ce mouvement est dû, on ne l’ignore pas, à l’initiative de l’empereur du Brésil. Nos lecteurs savent que La Nature n’a pas l’habitude de flatter les grands de la terre, mais le titre de souverain ne doit pas empêcher un savant de recevoir les éloges qu’il mérite. L’Observatoire de Rio est souvent visité par S. M. l’empereur D. Pedro II, qui a même plusieurs fois communiqué des travaux de cet établissement à l’Académie des Sciences de Paris. « Continuellement préoccupé de tâcher d’élever le niveau général du savoir de son pays, dit M. Liais, sacrifiant à cela le temps que d’autres souverains emploient à leurs plaisirs, Sa Majesté a exercé la plus puissante action sur le développement de l’Observatoire, et a même, dans diverses
- 1 Bulletin de l’Association scientifique de France}
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- LA NATURE.
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- circonstances, assisté k des observations, et donné ses conseils de véritable savant. »
- Les Illusions des sens et de l'esprit, par James Sully,
- 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, publiée sous la direction de M. Em. Alglave. Paris, Germer Baillière et Cie, 1883.
- Cette étude embrasse le vaste domaine de l’erreur, non seulement de ces illusions des sens traitées dans les ouvrages d’optique physiologique et autres, mais encore des autres erreurs familièrement connues sous le nom d’illusions, telles que les rêves, l’hallucination, les illusions de la mémoire, celles de la croyance, etc. L’auteur s’en est tenu strictement à la description et à la classification des erreurs reconnues telles, et après avoir terminé son exposition, il indique comment l’étude psychologique du sujet conduit à l’étude philosophique.
- Le baromètre appliqué à la prévision du temps dans la France centrale, par J. R. Plümandon, météorologiste adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme, 1 vol. in-18 avec 15 planches hors texte. Clermont-Ferrand, typographie G. Mont-Louis, 1882.
- Nous signalons tout spécialement à nos lecteurs cet excellent petit traité de météorologie pratique, œuvre de vulgarisation, claire, concise, bien exposée, et destinée à rendre de grands services.
- L'Électricité à VExposition de Bordeaux, 1882, par A. Bonel, 1 broch. in-8°. Bordeaux, Feret et fils, 1882.
- De l'élargissement des raies spectrales de l’hydrogène, notice par M. D. Van Monckhoven. Gand, 1882.
- APPAREIL
- POUR LA
- DESCENTE DES HOMMES DANS LES MINES
- M. Haton de la Goupillière, ingénieur en chef des Mines, vient de publier, dans les Annales des Mines1, la description d’un appareil extrêmement simple et commode pour la descente des hommes dans les mines de faible profondeur. Il doit la connaissance de cet intéressant et utile système à M. Raffard, qui a été longtemps ingénieur dans les mines de l’Australie, où il l’a vu fonctionner. M. Haton, professeur d’Exploitation à l’École des Mines, qui s'est attaché à l’étude des appareils de ce genre, fut fort étonné d’apprendre qu’un procédé de descente dans les puits lui était inconnu ; il ne l’avait vu employer nulle part, et ne l’avait trouvé décrit dans aucun ouvrage.
- Nous croyons devoir faire connaître aux lecteurs de La Nature, avec figures à l’appui, le procédé rapporté de Victoria (Australie). Il s’agit, nous le répétons, d’un appareil applicable dans les mines peu profondes (40 ou 50 mètres au plus), où peu d’ouvriers sont occupés.
- Le système mécanique se compose essentiellement d’un treuil qu’on voit à l’ouverture du puits, de sa corde et d’un sac chargé de sable.
- * Annales des Mines, 2e livraison de 1882 (mars-avril) parues en août 1882.
- Nous décrirons d’abord le procédé par lequel un homme peut descendre ou remonter sans l’aide de personne.
- Et d’abord pour descendre :
- La corde ordinaire du treuil fait deux tours sur le tambour et présente à chacune de ses extrémités un crochet, comme le montre la ligure 1. Le mineur passe ce crochet sur un nœud à 90 centimètres de distance et fait une boucle. Il s’asseoit dans cette boucle ou même n'y passe qu’une jambe.
- A l’autre bout de cette corde se voit le sac de sable pesant 50 kilogrammes environ, que le mineur a descendu au préalable. Afin de former une corde sans fin complète, une seconde .corde, que nous appellerons d'équilibre et qui s’accroche aux extrémités de la première, afin d’établir une symétrie complète et de faire que la différence des deux poids, de l’homme et du sac, reste constante à tout moment du parcours.
- Ce mineur tient dans les mains les deux brins de la corde, le brin descendant pour se tenir en équilibre, le montant pour être maître de sa vitesse. Il descend d’abord lentement, jusqu’au moment où le sac de sable ou contrepoids est suspendu et ne repose plus sur le fond ; il se laisse, alors, aller plus vite, en maintenant entre ses jambes la corde montante. Quand il arrive près du terme de la descente, il saisit de nouveau cette corde à la main et ralentit le mouvement, jusqu’à l’arrêter tout à fait, quand il arrive au fond. Il amarre alors la corde par le bout sur lequel il était assis, pour maintenir le contrepoids en haut.
- Quand il veut remonter, il s’assied comme la première fois, et tire, sur la corde d’équilibre, qui, à sa partie supérieure, est attachée au contrepoids ; il exerce un effort un peu supérieur à da différence de son poids et du sac de sable, et s’élève facilement avec une vitesse de 75 centimètres par seconde. Quoique la résistance soit constante et l’effort de l’homme intermittent, les impulsions qu’il donne sont assez répétées, pour que la masse assez grande du système mobile maintienne le mouvement continu.
- Avant de quitter le cas particulier d’emploi du treuil que nons venons de décrire, nous devons faire deux observations sur l’exacte mesure de la force nécessaire au mineur pour se remonter. Tout d’abord, il faut remarquer que la corde étant sans fin, les deux brins sont à tout instant de même longueur et que, par conséquent, elle ne produirait aucun changement dans l’effort à exercer.
- La seconde remarque est plus subtile. Supposons que le poids du mineur soit 62 kilogrammes; celui du sac étant 50 kilogrammes, la différence est de 12 kilogrammes. Par conséquent, un homme placé en dehors du système devrait exercer un effort de 12 kilogrammes et une fraction (dépendant*du frottement du treuil) ; il accomplirait un travail total de 12 X 50 = 600 kilogrammètres, en admettant 50 mètres pour la profondeur du puits.
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- LA NATURE.
- Mais le mineur qui exerce un effort, s’élève juste autant qu’il fait descendre le point du brin descendant auquel il a mis la main; de sorte que la main s’abaisse deux fois autant que l’homme monte. 11 en résulte que l’effort fait par la main est moitié de ce qu’il serait pour un homme étranger au système, par exemple un moulineur agissant sur la manivelle du treuil.
- Pour se monter du fond au sol, il faut que toute la corde passe dans la main du mineur, c’est-à-dire une corde qui a deux fois la profondeur du puits.
- Or, le travail total à dépenser est évidemment juste le même pour le moulineur qui monterait son camarade que pour le mineur qui se monte lui-même. Si donc, dans le cas du mineur qui se remonte seul, le chemin parcouru par l’effort, c’est-à-dire la main de l’homme, est double de ce qu’il est dans l’autre cas, l’effort doit être moitié, pour que le produit soit le même.
- Nous avons commencé par l’étude du problème le plus intéressant ; mais il faut bien dire que, dans la plupart des casj, l’homme qui doit descendre n’est pas seul, mais accompagné de camarades. Or, quand les uns peuvent aider les autres, comme nous allons voir, chacun est facilement descendu par deux hommes. La disposition de l’appareil est d’ailleurs peu différente de la première, comme on le voit figure 2.
- Supposons une vingtaine d’ouvriers devant descendre dans le puits; deux d’entre eux, qui se remplacent à tour de rôle, se mettent aux manivelles du treuil. Un autre s’asseoit dans la boucle
- formée par la corde pliée, comme nous avons dit plus haut; et les deux moulineurs le descendent sans contrepoids. Pendant le trajet de la bouche du puits au fond, il se tient de la main gauche à la corde qui le porte, pour se tenir en équilibre, et laisse glisser dans sa main droite la corde de sûreté, à laquelle il s’accrocherait en cas de danger.
- Cette corde, que nous appelions tout à l’heure corde d’équilibre, n’a plus ici la même fonction. Elle est attachée à l’un des montants du treuil et descend jusqu’au fond, le long de la paroi du puits. Le lecteur comprend comment elle justifie son nouveau nom de corde de sûreté.
- Quand les deux moulineurs Ont descendu le dernier de leurs camarades, celui-là arrivé en bas accroche au bout de la corde un sac île minerai d’environ 30 kilogrammes.
- Le premier moulineur descend alors exactement comme le montre la fig. 2. Le sac de minerai lui sert de contrepoids ; et il tient la corde de sûreté, et le travail du dernier moulineur se trouve facilité. Arrivé au fond, il accroche la corde de sûreté à l’extrémité de la corde du treuil; il suspend au crochet le sac de sable de 50 kilogrammes dont nous avons parlé.
- Le dernier moulineur détache alors la corde du . montant du treuil, l’accroche au nœud de la corde du treuil; la corde devient corde sans fin, et il descend comme nous avons expliqué en commençant.
- A. Niaüdet.
- Fig. 1 et 2. — Appareil pour
- la descente dans les mines.
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- LA NATURE.
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- LA RUPTURE DU
- DE L’HUDSON
- Le Scientific American nous apporte le récit et les détails d’un accident arrivé le 20 août dernier à New-York dans le tunnel de l’Hudson, accident qui
- a produit une interruption de plus de dix jours dans les travaux.
- Les ouvriers étaient occupés à placer le revêtement intérieur en briques d’une section de 15 pieds dont la première garniture en tôle de fer venait d’être complétée, lorsqu’une plaque de la cloison
- Fig. 1. — Coupe du tunnel. Fig. 2. — Point de la rupture.
- Fig. 3. — Cloison provisoire.
- provisoire du fond céda, et laissa échapper l’air comprimé et entrer l’eau. Cette cloison provisoire se trouvait à 65 pieds du côté est du caisson et à 20 pieds en avant de la cloison fixe portant la prise d’air.
- Les ouvriers eurent heureusement le temps de se réfugier dans la prise d’air et aucun d’eux ne fut blessé. Les figures qui accompagnent cet article permettent de comprendre nettement la méthode de travail et la nature de l’accident. Eu égard au peu de solidité du terrain de ce côté de la rivière, on avait pris des précautions toutes spéciales pour protéger les ouvriers contre tout accident : l'événement a prouvé qu’elles étaient à la fois nécessaires et efficaces. La figure 1 montre l’état des choses dans le tunnel au moment de l’accident :
- B est la cloison fixe, A la prise d’air, C la cloison provisoire et D la partie finie du tunnel, représenté en coupe à côté à une plus grande échelle (fig. 2).
- La disposition nouvelle et particulière à cette partie du tunnel est la cloison provisoire vue de face figure 2, le point haché et noir indiquant la partie où l’on suppose que s’est produit le premier affaissement.
- Cette cloison est forméede dix-huit rangées de plaques de chaudière boulonnées entre elles; elle est alternativement enlevée et reconstruite plus avant au fur et à mesure de l’avancement de la garniture métallique et de l’enlèvement des déblais. La figureS montre la manière de procéder-Le tunnel avance par sections de 15 pieds (4m,50). Une nouvelle section commence en enlevant une des plaques de la partie la plus haute de la cloison avancée. On creuse le terrain en regard de cette plaque enlevée et l’on fixe une pièce de la garniture métallique cylindrique, on enlève la seconde plaque de la partie haute, et on procède de même.
- On attaque alors la seconde rangée de plaques de la cloison en procédant plaque par plaque, en enlevant le terrain et en établissant la construction métallique à la fois sur les côtés et sur la face jusqu’à ce qu’on ait progressé de 15 pieds. On recommence alors une nouvelle cloison. Après cela, dès que la terre est enlevée, on construit simultanément la paroi en fer et la cloison avancée jusqu’à ce qu’elles soient toutes deux complètes et puissent protéger effectivement les travailleurs contre de grandes ou de soudaines
- Fig. i. — Le sauve-qui-peut.
- Les ouvriers du tunnel de l’Hudson se précipitant dans la prise d’air..
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- LÀ NATURE.
- fuites d’air ou des inondations. À mesure que le travail de chaque section avance en achèvement, on réduit graduellement la pression de l’air. La pression maxima est de 26,5 livres par pouce carré.
- Voici maintenant l’explication probable de l’accident :
- La paroi métallique d’une section de 15 pieds venait d’être terminée complètement et la cloison provisoire mise en place deux jours avant l’accident.. Les maçons avaient posé le revêtement en briques de la nouvelle section dans toute la partie marquée en pointillé sur la figure 5, lorsqu’un sifflement les avertit de l’échappement de l’air : la pression baissant, l’eau s’introduisit dans la section, les ouvriers se précipitèrent aussitôt dans la prise d’air qui débouche dans la partie finie du tunnel, fermèrent la porte et furent ainsi sauvés.
- La figure 4 montre comment la fuite s’est opérée. On suppose que, par suite d’une négligence, la partie marquée en noir (fig. 2) sur la cinquième rangée de plaques a été imparfaitement boulonnée et que ce défaut a provoqué l’accident.
- La partie inondée du tunnel a été depuis visitée par un plongeur qui a trouvé le fond de la section rempli de sable et de cailloux. La garniture métallique, fond et côtés, a été brisée en plusieurs endroits et porte plusieurs larges brèches. La rupture a été réparée par un remplissage en sciure, en sacs de sable et autres matériaux ; actuellement on pompe l’eau ; de nouvelles plaques vont se substituer aux anciennes et le travail continuera par la même méthode.
- Ajoutons que du côté de New-Jersey, l’avancement est de 20 à 25 pieds par semaine.
- CORRESPONDANCE
- NOUVELLE ENCRE SYMPATHIQUE
- Monsieur Gaston Tissandier,
- J’ai le plaisir de vous adresser une petite expérience de physique amusante pour vos Récréations scientifiques.
- Vous trouverez ci-inclus deux feuilles de papier sur lesquelles un dessin et de l’écriture ont été tracés avec une encre sympathique, il suffit pour les faire apparaître de les plonger dans l’eau; en séchant, les traits disparaissent de nouveau et réapparaissent à chaque immersion.
- Je ne crois pas cet effet connu, il n’en est pas fait mention dans la liste des encres nombreuses sympathiques publiée dans les manuels.
- Composition de l’encre :
- Huile de lin ordinaire. ... 1 partie.
- Ammoniaque (alcali volatil) . 20 parties.
- Eau....................... 100 parties.
- Agiter pour former une émulsion.
- Votre tout dévoué.
- C. WlDEMANN, Ingénieur-chimiste.
- NÉCROLOGIE
- Albert Itriot. — Ce savant mathématicien est mort le 20 septembre 1880, au Iloc, près du Havre: il était né le 10 juillet 1817, à Saint-llippolyte, dans le département du Doubs. Après avoir fait de brillantes études à Paris, au collège Saint-Louis, Briot, en 1838, fut reçu le premier à l'Ecole Normale. Successivement professeur de mathématiques spéciales au collège d’Orléans, à la Faculté de Lyon, puis à Paris, aux lycées Bonaparte et Saint-Louis, répétiteur à l’École Polytechnique ; il fut nommé, en 1855, maître de conférences de mécanique et d’astronomie à l’École Normale et suppléa bientôt Le Verrier à la Sorbonne, où il devait obtenir plus tard la chaire de physique mathématique. * .
- Briot a publié pour les classes, une série de traités de mathématiques très appréciés, sur l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre, la cosmographie, l’astronomie, la trigonométrie, la géométrie analytique, l’arpentage, etc. On doit à ce mathématicien distingué plusieurs travaux originaux, insérés dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, dans le Journal de l’École Polytechnique, etc.
- CHRONIQUE
- Inauguration des statues de Lakanal et de Becquerel. — La statue de Lakanal a été inaugurée le 24 septembre, à Foix, sous les auspices de M. Duvaux, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. La cérémonie a eu lieu à une heure. La statue représente Lakanal debout, tenant dans sa main le plan de l’Instruction nationale. M. Duvaux a prononcé un discours dans lequel il a vanté le dévouement de Lakanal à la grande cause de l’instruction publique. M. Duprat, député, a fait l’apologie des vertus patriotiques de Lakanal; M. Janet a parlé au nom de l’Académie des Sciences ; M. Songeon, président du Conseil municipal, au nom de la Ville de Paris; M. le colonel Lau&sedat, au nom du Conservatoire des Arts et Métiers; M. Edmond Perrier, enfin, au nom du Muséum d’ilistoire naturelle de Paris. — L’inauguration de la statue de Becquerel a eu lieu à deux heures le même jour, à Châtillon-sur-Loing, sous les auspices de M. Cocherv, ministre des Postes et des Télégraphes. La famille Becquerel était représentée par M. Edmond Becquerel et son fils. La statue représente le grand physicien dans l’attitude du professeur, au moment où il démontre le fonctionnement d’un appareil électro-chimique. M. Co-chery, a rappelé les exploits militaires et scientifiques de Becquerel. Le discours de M. J. B. Dumas, secrétaire perpétuel del’Académie des Sciences, a été lu par M. Dau-brée; M. Frémy, a parlé au nom du Muséum d’ilistoire naturelle de Paris; M. Mercadier, au nom de l’École Polytechnique, et M. Barrai, au nom de la Société nationale d’Agriculture.
- lies inondations en Italie. — A la suite des pluies torrentielles de septembre, vers le milieu du mois, les fleuves de l’Italie qui se jettent dans le nord de la mer Adriatique, le Pô, l’Adige, la Brenta, la Piave, etc.; les lacs Majeur et de Lugano, ont été soumis à des crues rapides qui ont bientôt pris des proportions effrayantes, et ont inondé les villes et les campagnes de Vénétie, dç Brescia, de Lombardie. A Vérone, les ponts se sont écroulés
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- et un grand nombre d’habitants ont dû se réfugier sur les toits. A Trévise, le débordement de la Piave a été effrayant. Un grand nombre de maisons se sont écroulées. « Quatre cents familles sont en danger, disait une dépêche du 17 septembre, et ont besoin des secours les plus urgents. Les boulangers de Trévise travaillent activement pour envoyer du pain aux populations inondées. Des détachements de troupes et les autorités se rendent sur les lieux. De grandes barques sont arrivées de Venise. Les habitants de Motta, menacés par la rupture de la digue de la Livenza, demandent des secours. On prévoit que les maisons vont être inondées. Panique générale. Le service est interrompu sür la ligne Trévise-Adige. » A Vicence, à Crémone, à Ferrare, il y a eu aussi de grands désastres et de nombreuses victimes de l’inondation.
- Les dépêches reçues à la date_du 23 septembre indiquent que dès cette époque le fléau commençait à diminuer d’intensité, mais les dévastations seront longues à réparer.
- Nouveau wagon anglais. — La Compagnie du London and North Western Railway vient de construire, pour son service, entre Londres et Liverpool, un wagon-salon perfectionné, à l’usage des voyageurs de première classe. Ce wagon représente un des types les plus complets et les plus confortables construits jusqu’à présent; il offre, entre autres avantages, celui d’être accessible à tous les voyageurs ayant payé le tarif des wagons ordinaires de première classe. Le salon, qui a près de 23 mètres de longueur, est divisé en deux compartiments des. servis par un couloir. A chaque extrémité est un lavabo, et entre les deux compartiments’se trouvent un emplacement pour les bagages et une petite cabine dans laquelle se tient un domestique. Chaque compartiment peut contenir trente-sept personnes. L’éclairage a lieu par le gaz comprimé et le chauffage s’opère au moyen de tuyaux d’eau chaude circulant sous les sièges.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 septembre 1882, — Présidence de M. Blanchard,
- La Comète. — La correspondance extrêmement peu nombreuse, contient une lettre, par laquelle MM. Thollon et Gouy annoncent de Nice la découverte d’une belle comète dans le voisinage immédiat du soleil. Les auteurs n’ont d’ailleurs pas pu déterminer exactement la position du nouvel astre, et se sont bornés à peu près à des études spectroscopiques. La chevelure, longue de 20 minutes environ, était précédée d’une tète de forme semi-elliptique, vers le loyer de laquelle se montrait un noyau fort brillant. Tète et noyau, donnaient deux raies ti'ès voisines de D' et D" du sodium, mais ne coïncidant'pas rigoureusement avec les raies de Fraüenhofer. C’est la première fois que le sodium est reconnu (s’il l’est) dans une comète. Comme cette comète a dès maintenant disparu, toutes les observations, quelque incomplètes qu’elles soient, dont elle a été l’objet, présentent un intérêt spécial.
- Propriété physiologique de l'acide carbonique. — Un savant professeur du Collège de France, M. Brown Sequart, ayant ouvert la partie postérieure de la bouche d’un mammifère (cobaye, chien, etc.), de façon à rendre visible la glotte, l’épiglotte et les régions voisines, a fait arriver sur ces organes un courant très rapide d’acide carbonique. Après un temps variable de quinze secondes à trois minutes,
- suivant les circonstances, il s’aperçut que la sensibilité si exquise de la muqueuse laryngienne avait tout à fait disparu; de telle,sorte que là où d’ordinaire une simple titillation détermine des mouvements réflexes des plus énergiques, on pouvait se livrer impunément à toutes les manipulations nécessitées par des expériences ou des opérations chirurgicales. Cette découverte aura peut-être des conséquences pratiques importantes, et c’est pourquoi il importe de la signaler aux physiologistes et aux praticiens.
- L'inauguration de la statue de Becquerel. — Hier, dimanche, comme on l’a vu plus haut dans la Chronique, a eu lieu, à Châtillon-sur-Loing, l’inauguration de la statue d’Antoine-César Becquerel, sous la présidence de M. Cochery, ministre des Postes et des Télégraphes. Le ministre a prononcé dans cette circonstance un discours à la suite duquel plusieurs savants ont pris la Tarol6-M. Dumas, sollicité par ses confrères, lit à la séance d’aujourd’hui, le discours qu’il avait préparé pour la cérémonie d’hier, et que nous ne .saurions analyser ici de peur de le défigurer.
- L’hiver 1879-1880. — M. le colonel Perrier a présenté à l’Académie une note de M. Léon Teisserenc de Bort sur l’hiver de 1879-80. Cet hiver si rigoureux a offert des anomalies très grandes dans la circulation générale.
- 1° Les basses pressions situées d’ordinaire dans les parages de l’Islande ont séjourné presque tout le temps auprès des Açores; 2° le maximum barométrique qui se trouve près de Madère a occupé nos régions ; 3° enfin en Sibérie, près de Tobolsk, de fréquentes dépressions ont fait sentir leur action dans une région occupée d’ordinaire par les hautes pressions et par le calme.
- L’alizé lui-même a été troublé dans sa régularité, particulièrement vers le 17 décembre. ' .
- La présence des hautes pressions sur nos régions et d’un minimum aux Açores a complètement modifié le régime du vent, qui au lieu de souffler de la mer vers la terre, soufflait du continent vers l’Océan. Nous avons donc été privés de l’air chaud de l’Atlantique auquel nous devons la douceur de nos hivers ; la neige tombée le 4 décembre a pu ainsi séjourner sur le sol, ce qui a beaucoup augmenté la rigueur du froid, le ciel restant d’ailleurs clair. Dans un prochain' travail, M. Teisserenc de Bort comparera les caractères de ce grand hiver avec ceux des hivers qui l’on précédé et suivi.
- Varia. — Mme Brès envoie l’analyse du lait des femmes galibis en ce moment exhibées au Jardin d’Acclimatation.
- — Un mémoire de M. Tholozan est relatif à l’éclosion de la peste dans le Khurdistan. — MM. Marion et Poma-lewski ont étudié le développement de certains zoophytes.
- — L’examen histologique des diverses portions du canal alimentaire des Holothuries occupe M. Jordan.
- Stanislas Meunier.
- LEÇONS DE CHOSES
- Depuis quelques années on se préoccupe très sérieusement de l’enseignement scientifique mis à la portée du premier âge, on a inauguré un mode d’enseignement particulier connu sous le nom de
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- leçons de choses. Ces leçons de choses, à vrai dire, ne sont pas nouvelles et dans tous les temps, les bons esprits, savaient bien qu’il fallait montrer à l'enfant les objets dont on lui parlait, lui en expliquer l’origine, les usages, et l’instruire par les yeux tout autant que par les oreilles. C’est ce que notre grand Bernard Palissy préconisait si bien en parlant du grand livre de la Nature ; c’est ce que Rabelais et Montaigne comprenaient aussi; c’est ce qu’on met en pratique de nos jours avec grand succès.
- Quelques amis de l’instruction se sont ingéniés à faciliter ces excellentes leçons de choses; parmi eux, nous citerons M. Ernest Ylasto, ingénieur des arts et manufactures, qui a imaginé de réunir dans un petit meuble à tiroir, tous les échantillons qui résument les notions industrielles les plus complètes.
- Le tiroir du haut, du petit meuble, comprend les pro- * duits relatifs à l’A-mmentation; il se divise en compartiments destinés :
- 1“ aux céréales ;
- 2® aux légumes ;
- 5° aux épices et condiments ; 4° aux boissons. Le premier compartiment comprend les échantillons suivants : épi, paille, grain, balle, farine, son, gruau, semoule, gluten, amidon, vermicelle, macaroni, pain, biscuit, et ainsi de suite pour les autres compartiments.
- Les produits sont soigneusement étiquetés et enfermés au besoin s’ils s’altèrent à l’air, ou s’ils sont liquides, dans de petites bouteilles bien bouchées.
- Le second tiroir comprend le Vêtement. 11 se subdivise dans les compartiments suivants : coton, lin et chanvre, laine, soie, cuir. Les échantillons sont formés de tous les tissus correspondant et des matières premières qui les ont formés : cotons bruts, laines, toiles, ficelle, corde, mérinos, alpaga, soie, velours, etc.
- Nous ne passerons pas ici en revue tous les tiroirs du meuble ingénieux de M. Vlasto, mais nous énumérerons complètement le troisième d’entre eux, qui nous a paru composé d’une façon vraiment remarquable.
- Il comprend I’Éclairage et le Chauffage.
- Ce tiroir que notre ligure représente sorti du meuble, est divisée en cinq rangées de petites cases:
- Ire rangée (en haut) : Sources animales, suif et cire. — Échantillons : suif, margarine, oléine, stéarine, glycérine, chandelle, bougie, cire en rayon, cire jaune, cire blanche, cierge, rat de cave, allumettes bougies.
- 2e rangée : Sources végétales. — Échantillons : colza, graine, huile et tourteau, œillette, graine et huile, térébenthine et dérivés, goudron de Norwège, graines oléagineuses, faîne, sésame, noix, noisette de bois, chènevis, allumettes de bois, allumettes mèches.
- 3e rangée : Sources minérales. — Échantillons :
- ozokérite ou cire mi • nérale, paraffine, pétrole brut, pétrole raffiné, huile de schiste, charbon de cornue pour lumière électrique.
- On voit que ces trois premières rangées de cases se rattachent à l’éclairage; les deux dernières rangées, relatives au chauffage, comprennent :
- 4e rangée : Bois. — Échantillons : bois dur, bois blanc (tendre), charbon de bois dur, charbon de bois tendre, cendre, carbonate de potasse, lessive, acide pyroligneux brut, acide acétique, esprit-de-bois, tourbe, motte.
- 5e rangée : Houille. — Échantillons : anthracite, houille, lignite, coke, goudron de gaz, ammoniaque de gaz, briquette, charbon de Paris.
- Les autres tiroirs comprennent les Matériaux de Construction (terres cuites, pierres, métaux, bois et divers), les Industries métallurgiques (fer, plomb, cuivre et divers) et les Industries non métallurgiques (papier, poterie, porcelaine, verre, savon).
- Quelles ressources précieuses un tel petit meuble, peut fournir entre les mains d’un bon professeur ! On en voit sortir tous les produits de l’industrie. Il est la bouteille inépuisable de l’enseignement pratique. G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Meuble comprenant les échantillons divers de Leçons de choses.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N* 488. — 7 OCTOBRE 1882.
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- L’ÉCLAIRAGE A PARIS
- L’éclairage de la voie publique de Paris coûtait à la Ville en 1879, année que nous prendrons
- comme date de l’époque actuelle, 4240 000 francs, en nombre rond.
- Le nombre de becs allumés était de 58400; on en éteint 4000 à minuit, de sorte qu’il en reste 54 400 qui brûlent toute la nuit pendant
- Fig. 1. — Les premières lumières des rues de Paris. — Gardes de nuit et éclaireurs au seizième siècle.
- une durée de temps qui varie suivant la saison. * La plus longue durée d’éclairage a lieu pendant trois nuits consécutives, du 25 au 26 décembre. L’allumage commence à 4h 45m et l’extinction est faite à 7h15m du matin, soit une durée de 14h 50m.
- C’est du 15 au 26 juin que se trouve la plus courte durée d’éclairage. L’allumage commence à 40* unée. — 2* semestre.
- 9h5m du soir et l’extinction se fait à 2h50m du matin. En tout, 5h25m d’allumage.
- Le budget de la Ville de Paris pour l’année suivante 1880 comportait une augmentation de 405100 fr., qui avait pour but d’améliorer les conditions dans lesquelles fonctionnait le service d’éclairage public. On a prolongé la durée de l’éclairage normal d’une heure, c’est-à-dire que l’on commençait seulement
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- à une heure du matin l’éclairage restreint obtenu par l’extinction d’une partie des brûleurs. Cette mesure était depuis longtemps réclamée par la population parisienne.
- En outre, un autre crédit de 200000 francs a été destiné à établir dans le courant de l’année 1880 des candélabres à plusieurs becs dans certains carrefours dont l’éclairage était insuffisant.
- En 1879, l’éclairage public et l’éclairage particulier réunis consommaient 185 262 061 mètres cubes de gaz, ce qui représente une dépense annuelle de 50600000 francs en nombre rond.
- , En regard de ces renseignements, il est assez curieux de placer ceux que fournit, à l’article Lanternes, le dictionnaire de Hurtaut, édition de 1779. Nous les reproduirons textuellement :
- « Les rues de Paris ont commencé, en 1667, à être éclairées par des lanternes, avec des chandelles , pendant neuf mois de l’année ; on en exceptait les huit jours de lune.
- « En 1729, l’on comptait 5772 de ces lanternes.
- « M. deSartine, lieutenant-général de police, toujours occupé à embellir cette illustre capitale, proposa, il y a quelques années, une récompense à celui qui trouverait le moyen et la meilleure manière d’éclairer Paris, au ju-
- Fifi. 2. - Lanterne à chandelle. gemen? de l’Académie (D’après une ancienne gravure.) des Sciences, en combinant la clarté et la facilité du service. Cette récompense a procuré depuis sept ans une nouvelle façon d’éclairer Paris par le "moyen de lanternes à réverbères, ce qui donne une grande clarté. Il serait à souhaiter qu’avec un pareil établissement l’on pût éclairer Paris toute l’année, sans interruption, par même les jours de lune, se trouvant, dans ces temps-là, des nuits plus obscures vque dans l’hiver. »
- Nous compléterons ces renseignements sommaires du dictionnaire de Hurtaut et nous remonterons un peu plus loin dans le passé.
- Notre figure 1 représente les premières lumières artificielles de Paris, c’étaient des torches que promenaient dans les rues, des éclaireurs, C’est au mois de septembre 1667 que M. de La lleynic, pre^ mier lieutenant de police, fit placer à chaque bout de rue les premières lanternes à chandelles que nous venons de mentionner; elles firent grande sensation. On en augmenta peu à peu le nombre, et à la fin du dix-septième siècle, Paris était éclairé par 6500 lanternes qui consumaient 1625 livres de chan-
- delles par nuit. À la nuit tombante, un homme passait par les rues agitant une sonnette; à ce signal on était tenu de lâcher la corde fixée au mur de la maison, de descendre la lanterne pour allumer la chandelle. C’est ce que montre notre figure 2 reproduite en fac s imite d’après une curieuse gravure du temps, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale.
- En 1766, parurent les premiers réverbères. Une mèche de coton baignant dans l’huile était substituée aux chandelles et un réflecteur augmentait le champ de la lumière.
- Les améliorations successives apportées à la fin du dix-huitième siècle par Argand et Quinquet aux lampes à huile, eurent pour résultat de faire substituer presque partout l’usage des lampes à celui des chandelles et des bougies, mais ils n’atteignirent pas encore les réverbères des rues ; ceux-ci demeurèrent longtemps fumeux et peu éclairants. En 1820 on en comptait à Paris 15 340 contenus dans 5035 lanternes. Le 17 février 1821, on fit, place du Louvre, l’essai d’un nouvel éclairage inventé par un lampiste nommé Vivien, c’était simplement l’application du courant d’air d’Argand aux tubes qui portaient la mèche allumée. On renouvela bientôt tous les réverbères de Paris sur ce nouvéau modèle ; ces réverbères qui se .balançaient à l’extrémité de cordes au-dessus des ruisseaux du milieu des rues, ont duré jusqu’à la vulgarisation de l’éclairage au
- gaz-
- On a vu l’extension prodigieuse que l’éclairage au gaz a prise dans ces dernières années; la consommation du gaz de la houille est en voie de progrès constant; mais cependant un puissant rival s’est montré, c’est la lampe électrique, dont nous regrettons de constater que Paris tarde tant à adopter l’emploi pour l'éclairage public. '
- Dr Z...
- BIBLIOGRAPHIE
- Éléments d'histoire naturelle des végétaux. Cours de botanique, par Henry Emery, doyen de la Faculté des Sciences de Dijon. Histoire des principales familles, ouvrage rédigé conformément aux programmes d’août 1880 pour la classe de quatrième, avec 709 figures dans le texte. 1 vol. in-18. Paris, G. Masson, éditeur, 1885.
- Nous avons lu ce livre avec une véritable satisfaction en constatant que l'auteur avait résolument pris le parti de dépouiller ce que l’on pourrait appeler la vieille botanique, des détails trop minutieux et souvent inutiles de l’organographie florale, et de la présenter sous une forme simple, concise, en insistant surtout sur les caractères de la végétation, sur leurs connexions étroites avec les particularités climatériques. M. Emery a réussi à rajeunir l’enseignement de la botanique ; son livre intéressera tous ceux qui aiment la nature et le monde des végétaux. Le savant auteur ne se borne pas aux seuls phénomènes visibles à l’oeil nu, il ouvre à ses lecteurs « les portes de ce inonde mystérieux de l’infiniment petit » et leur donne toutes les indications nécessaires pour les études micros-
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- LA NATURE.
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- copiques. Cet ouvrage, destiné à instruire les élèves, se recommande aussi aux amateurs, aux gens du monde, et aux maîtres eux-mêmes.
- BOUGIES ET BRIQUETTES ÉLECTROGÈNES
- DE M. LE Dr BRARD, DE LA ROCHELLE
- La production de l’énergie électrique pour les applications scientifiques, domestiques etindustrielles a été obtenue jusqu’ici à l’aide d’appareils qu’on peut diviser en trois groupes distincts : 1° les piles à liquides ou générateurs hydro-électriques ; 2° les piles ou générateurs thermo-électriques; 3° les machines ou générateurs dynamo-électriques ; suivant qu’on fait appel à l’action chimique, l’action thermique ou l’action mécanique.
- Les intéressants travaux de M. le Dr Brard, de La Rochelle, dont les premiers résultats ont été présentés par leur auteur au dernier Congrès de VAssociation française pour l'avancement des sciences, montrent qu’il faudra bientôt y ajouter une nouvelle classe de générateurs électriques dont la place naturelle se trouve entre les piles hydro-électriques et les piles thermo-électriques proprement dites. Le véritable nom de ce nouveau mode de production de l’électricité serait en effet générateur thermo-chimique, le courant étant en réalité engendré par une action chimique produite à une température élevée.
- La réaction chimique qui donne naissance au courant est la combustion du charbon sous l’action d’un corps oxydant comme l’azotate de potasse ou l’azotate de soude ; le charbon joue le rôle de zinc dans les piles hydro-électriques ordinaires, et le courant produit va, dans le circuit extérieur, de l’azotate au charbon.
- La première expérience dans laquelle ces courants ont été constatés est due à Antoine-César Becquerel, qui la décrit ainsi dans son Traité d'électricité et de magnétisme (tome Ier, page 183, année 1855) :
- « Si l’on fixe à l’une des extrémités du fil d’un multiplicateur un creuset de platine rempli de nitrate ou de chlorate de potasse fondu, et que l’on attache à l’autre extrémité un morceau de charbon de cornue dont le bout a été préalablement porté à la température rouge, en plongeant ce charbon incandescent dans le bain en fusion, on a un courant énergique dans un sens tel que le charbon est négatif et le nitrate de potasse positif. Cet effet est du à la combustion vive du charbon aux dépens de l’oxygène du bain en fusion. Pour que l’expérience réussisse, il est nécessaire de maintenir le morceau de charbon avec la main, afin qu’il ne touche pas aux parois du creuset. »
- Cette expérience était tombée dans l’oubli lors-qu’en 1877, elle fut répétée par M. Jablochkoff, d’une façon tout à fait indépendante et sans avoir connaissance des travaux antérieurs de Becquerel,
- mais il ne donna aucune suite à scs recherches.
- Tout récemment, l’idée a été reprise par M. le Dr Brard, de La Rochelle, et la question a fait, entre ses mains, un pas très important puisque les bougies et les briquettes de cet inventeur constituent aujourd’hui un véritable combustible électrogène fournissant à la fois de la chaleur et de l’électricité. M. Brard espère même arriver à construire un véritable poêle électrique produisant en grand et d’une manière continue ce que les bougies et les briquettes fournissent aujourd’hui en petit d’une manière discontinue.
- Sans vouloir préjuger en rien de l’avenir réservé aux projets de M. le D1' Brard, nous nous contenterons de citer ici une réflexion fort judicieuse de M. Niaudet à l’époque où M. Jablochkoff fit ses premières expériences sur sa pile à charbon : « La pile de Volta elle-même, lorsqu’elle fut inventée, n’était qu’une nouveauté purement scientifique et on était loin d’y voir un objet d’utilité pratique. »
- C’est ce qu’on peut dire aujourd’hui des premiers résultats obtenus par M. Brard et que nous allons résumer ici.
- Bougie électrogène. — Le petit appareil auquel M. Brard a donné ce nom, à cause de son analogie de forme extérieure avec une bougie, a pour objet de fournir pendant quelques instants de la chaleur, delà lumière et de l’électricité. Voici comment cette bougie est constituée :
- On fait un aggloméré avec du charbon pulvérisé agglutiné avec de la mélasse, tassé dans un moule et formant un petit cylindre emprisonnant des fils fins de cuivre qu; sortent à l’une des extrémités pour former le pôle négatif. Ce cylindre de charbon est enveloppé d’une feuille mince et isolante de papier d’amiante, et le tout, après dessiccation complète, est trempé vivement et à plusieurs reprises dans un bain d’azotate fondu jusqu’à ce qu’on y fasse adhérer une couche de 6 à 7 millimètres d’épaisseur. On recouvre le nitrate refroidi d’une feuille de clinquant ou on l’entoure de quelques fils de cuivre destinés à former le pôle positif, et on recouvre le tout d’une dernière feuille de papier d’amiante.
- L’appareil ainsi construit présente grossièrement l’aspect d’une bougie dont le charbon constitue la mèche et l’azotate la stéarine. En fermant un circuit entre les deux séries de fils métalliques qui constituent les pôles de la bougie, et en faisant rougir le charbon à l’autre extrémité de la bougie jnsqu’à l’enflammer, on obtient un courant qui dure autant que la combustion de la bougie ; un galvanomètre intercalé dans le circuit révèle des variations brusques dans l’intensité du courant, variations dues à l’irrégularité de la combustion de cette bougie.
- Cependant, à cause de l’énergie de la combustion due à la présence du nitrate, la bougie fuse et ne dure qu’un instant. 11 fallait atténuer cette combustion vive, et c’est ce qui a été réalisé dans les briquettes électrogènes.
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- Briquettes électrogènes. — La briquette de M. Brard n’est pas autre chose, en principe, qu’une bougie de fabrication plus simple et à combustion lente. On obtient ce résultat en mélangeant au nitrate une certaine quantité de cendres qui, pour donner de bons résultats, doit être environ trois fois plus grande que la quantité de nitrate, ce qui réduit son activité comburante dans la même proportion.
- Les figures 1 à 5 montrent les dispositions des briquettes actuellement établies par M. leDrBrard.
- Ces briquettes présentent extérieurement la forme d’un parallélipipède (lig. 5) de 15 centimètres de longueur, 35 millimètres de largeur et 25 millimètres d’épaisseur. Le charbon de la briquette se compose de 100 grammes de poussière de houille agglomérée soit à l'aide de mélasse, soit à l’aide de goudron de houille ou brai. La pâte ainsi obtenue est fortement comprimée, soit à froid, soit à chaud, dans des moules en fonte, dans lesquels ont été préalablement disposés des fils fins de cuivre, de laiton ou tout autre métal bon conducteur qui se trouvent ainsi emprisonnés dans l’aggloméré de charbon (fig. 3) et viennent sortir à une de ses extrémités pour constituer le pôle négatif.
- Le moule est disposé pour que la briquette qui en sort soit perforée dans toute son épaisseur de trous nombreux destinés à faciliter la combustion et à multiplier les points de contact du charbon avec le nitrate. La face supérieure du charbon porte des dépressions rectangulaires de 45 millimètres de profondeur divisées en compartiments plus ou moins nombreux par des cloisons transversales obtenues pendant le moulage. La surface des compartiments est tapissée par une feuille mince de papier d’amiante ou tout autre matière isolante réfractaire et poreuse qui doit séparer le charbon du mélange de nitrate et de cendres. Ce mélange, composé d’une partie de nitrate (potasse, soude, etc.) et de trois parties environ de cendres, est versé «très chaud et à l’état sirupeux à la surface de l’aggloméré ; on
- en met environ 100 grammes en ayant soin de noyer dans la masse de nitrate une lame de laiton fendue en un certain nombre de brindilles et dont l’extrémité libre constitue le pôle positif.
- Le tout est entouré d’une feuille d’amiante de 3 à 4 dixièmes de millimètre d’épaisseur.
- 11 suffit de placer cette briquette dans un feu ardent, par l’extrémité opposée aux lames de laiton, pour obtenir au bout de quelques minutes un courant continu et constant, si la briquette est homogène, pendant toute la durée de sa combustion, c’est-à-dire de une heure et demie à deux heures.
- Une seule briquette suffit pour actionner une sonnerie du modèle ordinaire du commerce, trois ou quatre de ces briquettes montées en tension et brûlant simultanément décomposent l’eau.
- Bien qu’on ne puisse considérer jusqu’ici ce résultat comme véritablement industriel, il n’en constitue pas moins un progrès sérieux et important lorsqu’on le rapproche des expériences de laboratoire de Becquerel et de M. Jablochkoff.
- Il importe de remarquer que dans le combustible électrogène imaginé et fabriqué pour la première fois par M. Brard, le corps oxydé est du charbon qui remplace le zinc des piles à liquide tout en étant d’un prix incomparablement moins élevé ; le corps oxydant, azotate de potasse ou de soude, est aussi d’un prix relativement modique comparé à l’acide azotique des piles Bunsen, par exemple. Le foyer électrogène que M. Brard cherche en ce moment à réaliser en créant, en quelque sorte, des briquettes à renouvellement continu, pourrait donc être, en principe, très économique, puisqu’il produirait à la fois de la chaleur et de l’électricité, toutes deux directement et distinctement utilisables.
- Nous ne pouvons qu’encourager les recherches dans cette voie, et souhaiter à M. Brard un succès qu’il est légitimement en droit d’attendre.
- E. Hospitalier.
- Fig. 1 à 5. — Briquette électrogène de M. le Dr Brard.
- Fig. 1. Vue en dessus du charbon A, A’, A"......cloisons tapissées
- d’amiante. — Fig. 2. Vue en dessous, montrant les trous P destinés à faciliter la combustion. — Fig. 3. Coupe longitudinale, suivant XY.— Fig. 4. Coupe transversale suivant VZ.— Fig. 5. Vue d’ensemble extérieure de la briquette.
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- LE CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN
- DE PARIS
- La question du chemin de fer métropolitain est une de celles qui préoccupent le plus vivement l’opinion publique à Paris, elle est appelée en effet à exercer une influence considérable sur notre existence de chaque jour en diminuant pour beaucoup les fatigues et le temps perdus des longs voyages dans l’intérieur de la ville, et c’est elle aussi qui
- permettra peut-être, si elle reçoit une solution satisfaisante, à un grand nombre de Parisiens de reporter leur domicile dans la banlieue tout en venant chaque jour à Paris et y restant seulement le temps exigé par leurs affaires ou leurs emplois. C’est d’ailleurs ce qui se pratique à Londres depuis longtemps déjà, comme on sait; les quartiers centraux de la ville qui sont si affairés pendant le jour sont absolument déserts le soir, les habitants s'en vont alors en effet dans la banlieue à des distances souvent considérables de i 0 à 20 kilomètres quelquefois, si bien que l’agglomération londonienne
- Projet de chemin de fer métropolitain à Pans. — Plan général.
- se trouve entourée de maisons éparses dans la campagne se succédant de tous côtés sans interruption, et que la ville n’a plus de limite pour ainsi dire. Cette situation présente au point de vue de l’hygiène et de l’agrément de la vie des avantages inappréciables sur lesquels il est inutile d’insister, car nous en sentons assez vivement le défaut à Paris.
- Pour remplir complètement son rôle, le Métropolitain doit donc desservir, d’une part la circulation centrale si active dans les quartiers d’affaires, et d’autre part, rattacher toutes les gares au centre même de la ville, de sorte qu’on n’ait jamais à faire qu’un petit parcours pour trouver des trains allant tout au moins dans la banlieue. Enfin le Métropoli-
- tain doit être rattaché directement à toutes les grandes lignes et desservir les trains de transit, c’est-à-dire qu’il doit être en état de recevoir sans transbordement des trains venant de Marseille, par exemple, et de les conduire dans la direction de Calais, il doit assurer en un mot le transit des voyageurs à long parcours qui veulent seulement traverser Paris comme une autre station, il doit éviter enfin ce long détours par le chemin de Ceinture qui ne se pratique que d’une manière tout exceptionnelle et pour certains trains tout spéciaux.
- Tel est le programme, mais malheureusement dans une ville comme Paris, où l’emplacement est si cher et si étroit, on ne pourrait guère le remplir sans être entraîné à des dépenses exagérées hors de
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- proportion avec le revenu probable. Nous avons parlé dans un numéro précédent du chemin métropolitain récemment inauguré à Berlin1, et on a pu voir qu’il remplissait déjà les conditions demandées d’une manière à peu près satisfaisante. Il comprend, en effet, deux lignes affectées l’une au trafic local, et l’autre au transit, et les deux services se trouvent desservis d’une manière indépendante; la solution serait complète si toutes les gares, notamment celles du Nord et du Midi, étaient plus directement rattachées au Métropolitain. Malgré cette réserve à laquelle il sera sans doute donné satisfaction dans l avenir, il y a là un exemple qui pourrait être suivi avantageusement à Paris, et nous serions heureux de voir les projets modifiés dans ce sens de manière à relier entre elles les différentes gares et à les rattacher plus directement au centre même de la ville.
- Le mode de construction à adopter pour le Métropolitain a lait l’objet de longues discussions dans lesquelles nous ne voulons pas rentrer, il nous paraît incontestable que le trajet sur une ligne établie en viaduc comme à Berlin présente beaucoup plus d agrément pour les voyageurs que le parcours des souterrains nécessairement obscurs et mal aérés, il est permis de craindre qu’une ligne purement souterraine n’ait peut-être pas grand succès pour le service local, et on n’y aura recours que pour les voyages un peu longs lorsqu’il faudra sortir de Paris. La dépense totale s’est élevée à Berlin à sept millions et demi par kilomètre, le projet arrêté à Paris pour une ligne souterraine prévoit quatre millions, mais il est bien à craindre aussi que ce chiffre ne soit dépassé dans la réalité et ramené peut-être au niveau de celui de Berlin. Un viaduc en maçonnerie semblable à celui de la ligne de la Bastille, par exemple, serait encore plus dispendieux, sans doute, qu’un viaduc métallique, mais il aurait l’avantage d’amortir beaucoup le bruit, et enfin la location du terrain sous les arches procurerait aussi un certain revenu, qui pourrait faire compensation. Il faut bien reconnaître malheureusement qu on ne pourrait l’établir même dans la plupart des grandes rues sans être entraîné à des expropriations coûteuses.
- Un projet récemment présenté par M. Guerbigny à la Société des Ingénieurs civils résout la question d une manière indirecte en rattachant toutes les gares de la ville par autant de lignes à voie unique pénétrant jusqu’au centre de Paris en suivant les boulevards ou les quais qui partent des différentes gares. Dans ces conditions, on pourrait conduire la plupart des lignes sur des viaducs de 5 mètres seulement de largeur qui seraient installés au milieu des rues sans trop gêner la circulation, et on y réussirait ainsi sans trop de frais à rattacher effectivement la banlieue au centre de la ville.
- Quoi qu il en soit, le projet que nous représentons dans la figure ci-contre et qui paraît devoir
- Voy n* 483 du 2 septembre 1882, p. 219.
- être adopté, prévoit presque exclusivement des lignes souterraines.
- Il comprend cinq lignes différentes :
- 1° Une ligne de Saint-Cloud au chemin, de Vincennes par Suresnes, Puteaux, le Jardin d’Aecli-matation, la place de l’Étoile, l’avenue Hoche, la gare Saint-Lazare, les rues du Quatre-Septembre, Réaumur, Turbigo, les boulevards Voltaire, Richard-Lenoir, Bourdon, Diderot, longueur 17 740 mètres;
- 2° Une ligne des Halles au chemin de fer de Ceinture à La Chapelle, longueur 4770 mètres ;
- 5° Une ligne de Montrouge au boulevard Bourdon par les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, longueur 5215 mètres ;
- 4° Une ligne du square de Cluny au pont de l'Alma par le boulevard Saint-Germain et le quai d’Orsay, longueur 3650 mètres ;
- 5° Une ligne allant du carrefour de l’Observatoire à la barrière de l’Étoile par la gare Montparnasse et le Trocadéro, longueur 6670 mètres.
- A part la ligne de Saint-Cloud, toutes les lignes prévues dans ce projet restent comprises à l’intérieur de Paris, et on peut dire, ce nous semble, qü’elles desservent plutôt le trafic intérieur que le transit, et qu’elles ne facilitent pas autant, peut-être qu’on eût pu l’espérer, les relations du centre de la ville avec la banlieue.
- D’après le projet, le rayon minimum des courbes est limité à 150 mètres, et les pentes qui devront toujours rester aussi restreintes que possible ne pourront atteindre 0,02 que d’une manière exceptionnelle. La voie est destinée à être rattachée au réseau des grandes Compagnies, elle sera donc établie avec la largeur normale de lm,45. Le profil transversal et les dimensions des ouvrages d’art sont aussi réglés d’après les types adoptés déjà dans les chemins de fer.
- Pour les tunnels, la largeur entre les pieds-droits a été fixée à 8m,50, la hauteur sous clef sera de 5 mètres, et l’épai&seur à la clef de 0m,60, d’autre part la hauteur de la chaussée au-dessus de l’extrados est fixée à un mètre au moins. On a prévu également un autre type de tunnel avec deux voûtes et plein-cintre de 4m,50 d’ouverture, séparées par un pied-droit d’un mètre d’épaisseur; cette disposition permettra de construire chaque voûte séparément, et par suite sans gêner autant la circulation.
- Aux emplacements des stations, la largeur des tunnels sera de 15 mètres.
- La traversée des égouts, des conduites d’eau et de gaz et généralement de tout ce réseau de canalisation qui constitue en quelque sorte une ville souterraine formera une des plus grandes difficultés que rencontrera l’établissement des tunnels, il faudra arriver à dévier ces conduites sans compromettre aucun des services importants qu’elles assurent ; toutefois c’est là une question sur laquelle on ne peut guère donner encore de renseignements, puisque la solution dépendra de l’entente à établir entre les différents services intéressés ; disons seulement que le
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- projet prévoit une dépense de 25 000 francs par kilomètre pour la déviation des conduites d’eau et de gaz, sur la ligne de Saint-Cloud au chemin de for de Vincennes, par exemple. L’aération des souterrains sera assurée par des prises d’air aux divers carrefours ou places rencontrés par le tracé.
- Les stations importantes auront des quais de 4m,25 de largeur chacun, reliés par des escaliers avec les salles d’attentes établies dans les rez-de-chaussée des maisons supérieures.
- La voie sera établie dans des conditions exceptionnelles de solidité, pour éviter les réparations nombreuses qu’entraînerait autrement un trafic aussi important. Les rails en acier auraient un poids de 50 kilogrammes par mètre courant, et reposeraient sur des traverses en fer pesant 100 kilogrammes.
- Pour éviter les inconvénients tenant au dégagement de la vapeur et de la fumée des locomotives dans un long parcours souterrain, on emploiera des locomotives à air comprimé, ou à vapeur surchauffée, on prendra des machines pesant 20 tonnes environ qui pourront remorquer un poids brut de 100 tonnes sur une rampe de 0,02. Les voitures seront du type américain reposant aux deux extrémités sur des trucks articulés, elles arriveront ainsi à passer facilement dans des courbes de petit rayon, tout en ayant une longueur de 13m,50 environ. Chaque train, formé d’une voiture de première classe, de trois voitures de deuxième classe et d’un fourgon, pourra contenir 284 voyageurs et aura un poids brut d’environ 60 tonnes.
- La dépense totale de construction est évaluée à 118 millions, et en tenant compte des frais généraux, à 150 millions, soit 3900000 francs par kilomètre. La dépense kilométrique la plus élevée serait de 4766000 francs pour la ligne allant du square Cluny au pont de l’Alma. Dans ces calculs, les indemnités foncières sont comptées à 1000 francs, et les indemnités locatives à 200 francs par mètre carré. La recette kilométrique prévue est de 400000 francs par kilomètre.
- L. Bâclé.
- LA SCIENCE FORAINE
- LES ÉQÜILIBRISTES
- Dimanche 24 septembre, un acrobate prenant le nom d’Àrsens Blondin a traversé la Seine sur un câble de fer tendu d’une rive à l’autre; l’expérience a eu lieu entre le cours de la Reine et le quai d’Orsay. Ce câble formé de torons de fil de fer galvanisé, avait environ 5 centimètres de diamètre; il était soutenu à ses deux extrémités par un échafaudage formé d’une sapine maintenue par des arcs-boutants sur laquelle se trouvait une petite plate-forme, une sorte de hune destinée à recevoir l’équilibriste au bout de sa course. Il était tendu par un puissant cordage de chanvre passant sur un
- système de moufle et venant s’enrouler sur un treuil-D’après ses dimensions, le câble de fer était théoriquement capable de résister à une traction approchant de 5000U kilog. — Déplus, sur toute sa longueur, il était maintenu dans une immobilité complète au moyen de cordages qui, espacés de 2 mètres en 2 mètres environ, partaient du câble et venaient se fixer à des chalands fortement ancrés dans Je fleuve.
- La hauteur du câble au-dessus de l’eau était de 12 à 15 mètres et non de 35 mètres comme le disait l’affiche; sa longueur entre les deux échafaudages extrêmes atteignait environ 150 mètres.
- Les exercices de l’équilibriste ont consisté en ceci :
- 1° Il a traversé d’une rive à l’autre, d’un pas rapide, presque en courant et avec l’aide d’un balancier. (iette traversée a duré deux minutes. C’est à peu près le temps qu’eût demandé le parcours de cette distance à un homme marchant très vite sur la terre ferme;
- 2° Marchant à reculons, il est arrivé au quart environ de la longueur du câble, s’est assis, a salué, s’est étendu, puis est revenu lentement à son point de départ;
- 3° Il a traversé la Seine, la tête couverte d’une étoffe noire, une sorte de cagoule laissant passer les bras ;
- 4° Ensuite, muni d’un balancier semblant très lourd et présentant cette particularité d’être formé de deux parties reliées entre elles par une forte barre de fer recourbée en forme d’anse, ou plutôt de pince à feu, il a mis cette courbure à cheval sur son câble et posant un pied sur chaque côté du balancier, celui-ci se trouvant ainsi au-dessous du câble, il a joué du cornet à piston pendant quelques minutes ;
- 5° Enfin, dans un dernier exercice, il s’est assis en équilibre sur une chaise qu’il a ensuite laissé tomber dans le fleuve.
- Notre gravure représente le premier exercice exécuté par l’équilibriste, et donne une juste idée de l’affluence considérable de spectateurs qu’il a attirés. Sur le premier plan du dessin, on voit deux individus tout habillés qui sont plongés dans l’eau ; l’un est couvert d’un parapluie et l’autre lit tranquillement son journal ; ce sont deux membres facétieux de la Société des Sauveteurs de la Seine, qui ont voulu montrer l’efficacité de leurs ceintures de sauvetage, et qui ont recueilli par leur prouesse nautique, de justes applaudissements.
- Tous les exercices exécutés par M. Arsens Blondin l’ont été à l’aide d’un balancier.
- Au point de vue physique, cet équilibriste est un jeune homme d’une trentaine d’années, petit de taille, semblant souple et bien musclé.
- Remarquons en passant que M. Arsens Blondin, en empruntant le nom du légendaire équilibriste, en a emprunté le puffisme. Ses affiches et programmes portaient en effet : passage de la Seine sur un fil de fer^ un pari de 10 000 francs est engagé; transport
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- LA NATURE.
- d’un amateur; des dessins le représentaient circulant sur son fil en vélocipède ou poussant une brouette, photographiant le public, etc. Quoi qu’il en soit, le passage de la Seine sur un câble rentre dans la catégorie des spectacles rares et curieux, et mérite d’être signalé. Toutefois, si ce spectacle n’est pas plus fréquent, ce n’est pas tout à fait la faute des acrobates; depuis le commencement du siècle un certain nombre d’entre eux ont demandé l’autorisation de faire cette traversée, la Préfecture de police la leur a toujours refusée.
- Les exercices des équilibristes intéressent en général vivement le public et cela en raison de la difficulté vaincue, du danger couru, et de cette supériorité physique qu’ont les gymnasiarques sur tous ceux que le manque d’exercice retient attachés au sol.
- De plus, les équilibristes ne paraissent pas soumis comme tout le monde aux lois de la pesanteur. Ils résolvent, en effet, pratiquement un curieux problème de mécanique, qui constitue ce qu’on pourrait appeler la théorie de la danse de corde. L’équilibriste sur. sa corde est à l’état d’équilibre instable, c’est-à-dire que sa base de sustentation étant très étroite dans le sens latéral, et son centre de gravité se trouvant placé au-dessus (à peu près au niveau du creux de l’estomac), ce centre de gravité tend constamment à se déplacer. Or, le moindre déplacement amène une décomposition de force, la pesanteur agissant verticalement, se décompose en deux autres forces faisant entre elles un angle droit dont le sommet est au centre de gravité. L’une suit l’axe du corps; l’autre tend à faire pivoter celui-ci autour de la base de sustentation; elle est d’autant plus grande que l’axe du corps est plus incliné. C’est cette force qui tend à faire tomber l’équilibriste, or, le talent de celui-ci consiste à ne jamais laisser prendre à cette force une puissance supérieure à celles dont il dispose pour la détruire. Ces dernières consistent dans Y inertie, quand l’acrobate se sert pour se maintenir en équilibre du balancier ou du mouvement des bras, ou bien de la résistance de l’air quand il emploie des drapeaux.
- Le balancier est généralement une barre de bois, d’une grosseur permettant facilement de la saisir, et d’une longueur de 4 ou 5 mètres. Ses deux extrémités sont chargées d’une masse de plomb ou de fonte, son poids total ne dépasse pas 10 à 15 kilogrammes pour les danseurs de corde. Mais Jes marcheurs sur la corde qui opèrent à de grandes hauteurs et ont besoin d’une sécurité plus complète, emploient des balanciers très lourds, atteignant 30 ou même 40 kilogrammes. L’équilibriste, inohne son balancier à droite ou à gauche, suivant qu’il se sent entraîné d’un côté ou de l’autre, et il sait par expérience proportionner son déplacement à la résistance qui lui est nécessaire pour contrebalancer la force qui l’entraîne de ce côté.
- Un balancier offrira d’autant plus de sécurité qu’il sera plus long, plus lourd, et que son
- poids sera porté plus près de ses extrémités.
- Les équilibristes qui n’emploient pas de balancier se servent de leurs bras dans le même but, mais leur sécurité est beaucoup moins grande, par suite du peu de longueur et du peu de poids de ces organes. Ils sont donc obligés d'y remédier par une plus grande vitesse et une plus grande amplitude de mouvements.
- D’autres acrobates contrebalancent la force qui tend à les entraîner, au moyen de la résistance de l’air, par exemple, en agitant des drapeaux. Les jongleurs chinois et japonais emploient dans le même but de larges éventails qui leur servent de prétexte à des poses et à des mouvements gracieux.
- Les danseurs de corde ont leur histoire, et on peut dire une histoire glorieuse. Les Grecs étaient passionnés pour ce genre d’exercice et classaient ceux qui s’y livraient suivant leur spécialité en Neu-robates, Oribates, Acrobates, Stœnobates. M. Arsens Blondin eût été un Stænobate, un marcheur de corde. Une médaille antique nous représente des équilibristes montant au sommet d’une tour sur une corde inclinée. Les Romains avaient des danseurs de corde; plusieurs Pères de l’Eglise ont récriminé contre le danger de ces exercices, saint Jean Chryso-stome entre autres, parle des danses « exécutées sur des cordes inclinées tendues à des hauteurs inouïes. »
- Plus tard, Christine de Pisan raconte l’histoire d’un acrobate qui « tendait des cordes bien menues venant depuis les tours Notre-Dame de Paris jusqu’au Palais et plus loin; et par-dessus ces cordes, en l’air sautait et faisait des jeux d’appertise. » Un jour le pied lui manqua et il se broya sur le sol.
- Sous Charles VI, pour saluer l’arrivée de la reine, un acrobate génois portant dans chaque main une torche allumée descendit sur une corde tendue entre le sommet des tours Notre-Dame et une maison du pont au Change. A Londres un exercice analogue eut lieu en 1547, la corde descendait des créneaux de la cathédrale Saint-Paul.
- Sous Louis XII, un acrobate nommé Georges Mc-nustre, à l’occasion du passage du roi à Mâcon, exécuta plusieurs exercices sur une corde tendue entre la grande tour du château et le clocher des Jacobins, à « 26 toises de hauteur ».
- A Milan, une expérience analogue eut lieu devant les ambassadeurs français. Venise avait ses danseurs de corde attitrés qui tous les ans, le jour de la Saint-Marc, exécutaient des tours à une grande élévation en présence du doge et du Sénat.
- En 1649 la traversée de la Seine fut exécutée sur une corde placée entre la tour de Nesles et. la tour du Grand-Prévost, c’est-à-dire à peu près en face de l’emplacement où est actuellement la Monnaie. Les exercices furent interrompus par la chute du saltimbanque dans la Seine. « Heureusement, dit un chroniqueur, qu’il s’était mis au-dessus de l’eau. »
- Vers la fin du dix-septième siècle, à la foire de Saint-Germain, un Turc descendait d’un échafaudage très élevé sur une corde tendue. 11 exécuta plusieurs
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- Traversée de la Seine à Paris, sur un câble de fer, par l’équilibriste Arsens Blondm, le dimanche 24 septembre 1882 D’après nature
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- fois cet exercice ; un jour à la foire de Troyes, un Anglais, un concurrent, graissa une partie de cette corde, le Turc qui marchait à ce moment à reculons, glissa, et dans sa chute se brisa la tête.
- Au commencement du siècle, une célèbre équili-hriste, Mme Saqui, étonna le public par sa légèreté et son adresse extraordinaires ; sa spécialité était les pièces militaires. Elle exécutait ces sortes de pantomimes, seule sur un fil placé à 20 mètres de hauteur, avec accompagnement de fusées, de pluies d’étincelles, de feux de Bengale. Napoléon Ier lui décerna le titre de « premier acrobate de France. » Elle a parcouru l’Europe et a donné sa dernière représentation en 1861, à l’Hippodrome.
- Signalons encore une jeune personne, fille d’une danseuse de corde célèbre, « la Malaga » qui, en 1814, en l’honneur des souverains alliés, exécuta une ascension à Versailles sur un câble placé à 200 pieds au-dessus de la pièce d’eau des Suisses.
- Il y a une quinzaine d’années une troupe de danseurs de corde parcourait la province et exécutait également des exercices à 20 ou 30 mètres du sol.
- Toute la génération actuelle a entendu parler de l’équilibriste Blondin, et de ses traversées des chutes du Niagara, exécutées à différents intervalles vers 1860.
- Blondin était Français et se nommait, paraît-il, Emile Gravelet; il a su, sous son nom de guerre, acquérir une réputation universelle. Son câble était tendu entre les deux branches du fer à cheval de la cataracte, parallèlement aux chutes, au-dessus de l’eau bouillonnante qu’elles produisent, à une élévation d’environ 60 mètres. Dans les exercices qu’il fit à plusieurs reprises, il passa d’abord seul, une autre fois il fit le même trajet en portant un Anglais sur ses épaules. Un autre jour, il passa sur sa corde, en poussant devant lui une brouette dans laquelle se trouvait un individu. — Alors qu’il passait seul, il s’arrêtait au milieu de sa course, descendait une ficelle et d’un steamer naviguant au-dessous remontait une table, une chaise, des comestibles, une bouteille de vin et s’installait pour manger en équilibre à 60 mètres de hauteur. Un de ses exercices qui eut le plus de succès fut celui qui consista à monter du navire un fourneau allumé, une poêle et des œufs, à faire une omelette en équilibre sur sa corde, et à la manger.
- Du reste, les exercices de Blondin eurent une immense vogue en Amérique : Blondin fut l’homme du jour, ses traversées réunissaient, dit-on, cent mille spectateurs accourus de tous les Etats de l’Union.
- Actuellement en France tout équilibriste qui se respecte accole à son nom celui de l’illustre acrobate ; Blondin est le saint patron des danseurs de corde, mais aucun de ses disciples ne l’a jusqu’ici ni égalé ni même approché.
- S. Kerlüs.
- LÀ LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- par incandescence
- A. NEW-YORK
- Après une longue série de remises, la Compagnie d’éclairage électrique Edison de New-York a terminé et mis en service le système d’éclairage domestique sur une partie (fu périmètre choisi, il y a dix-huit mois, comme le champ du premier essai d’éclairage public alimenté par une station centrale. Naturellement, il nous faut attendre le résultat d’une expérience prolongée pendant quelques mois avant de savoir si M. Edison a réellement démontré que son projet était pratiquement économique. Cependant, il convient d’indiquer les conditions où se poursuit cette tentative dont l’échec ou le succès intéressera vivement les fabricants de gaz.
- La surface sur laquelle s’étend l’éclairage est de 258 hectares environ (1 mille carré), mais un tiers à peine est actuellement desservi. Il comprend la partie située entre Ferry et Wall Streets au Nord et au Sud, Nassau Street k l’Ouest et la rivière de l’Est. Les dispositions générales de la station, le réseau des conducteurs et des branchements, peuvent être sommairement décrits. Un grand bâtiment dans Pearl Street, près de Fulton Ferry, a été acheté pour établir la machine à vapeur, les machines dynamo-électriques et les appareils divers. Six générateurs électriques de grand modèle sont actuellement en marche : l’armature a un diamètre de 27,8 pouces, une longueur de 5 pieds, et un poids de plus de 4 tonnes. Chaque machine complète pèse plus de 30 tonnes y compris le moteur qui est attelé directement sur l’arbre de l’armature et marche à la vitesse normale de 350 tours. Les moteurs ont été contruits par la Compagnie Porler-Àllan, de Philadelphie, les générateurs électriques sortent des ateliers de la Compagnie Edison. La vapeur est fournie par quatre chaudières Babcok et Wilcox, de 250 chevaux chacune. La puissance maximum de chaque dynamo est de 1800 lampes de 16 bougies, bien qu’on n’ait pas l’intention de leur faire alimenter plus de 1200 lampes.
- Le courant des six dynamo est recueilli sur deux fortes barres de cuivre, où se rattachent les différents conducteurs des rues. Chaque dynamo peut être mise hors du circuit au moyen d’un commutateur ingénieusement disposé, et on se rend compte à volonté de la marche de la manière suivante.
- Dans la station est placée une batterie de 1000 lampes de 16 bougies, distribuées en deux groupes, dans lesquels on peut introduire le courant d’un des générateurs d’électricité. Si ces lampes ne laissent rien k désirer au point de vue de l’intensité lumineuse, il faudra chercher ailleurs que dans la machine la cause des interruptions ou des insuffisances du service. Des séries de résistances, variables au moyen d’un commutateur circulaire, et un indicateur spécial, facilitent encore le contrôle. L’indicateur consiste en deux lampes à incandescence entourées l’une d'un globe bleu, l’autre d’un globe rouge. Quand le courant dérivé dans les électros est trop fort, la lampe bleue s’allume; quand le contraire a lieu, c’est la lampe rouge qui devient incandescente : en exploitation normale, les deux lampes restent éteintes.
- Dans le quartier de New-York actuellement éclairé, on a placé environ 14 milles (23 kilomètres) de conducteurs de rues, qui distribueront le courant par les branchements à 15000 lampes environ, réparties entre 946 clients.
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- Lundi 4 septembre, on a allumé 5000 lampes dans différentes maisons et boutiques, notamment dans les bureaux du New-York Herald et du Times. Il se passera probablement quelque temps avant que tous les abonnés du quartier soient desservis, puisque l’installation présente devra être plus que doublée, et même alors, si l’on n’alimente que 1200 lampes par dynamo on n’aura pas en réserve la puissance nécessaire pour parer à un accident.
- On prétend que l’éclairage sera fourni à plus bas prix que le gaz, ce qui n’a rien d’extraordinaire, car le gaz est très cher à New-York. On dit aussi que les consommateurs n’auront pas plus de difficultés ou d’ennui dans l’emploi des lampes électriques qu’avec la lampe à gaz ou à huile. Ce dernier point reste à voir, et si nous sommes assez heureux, dans quelques mois, pour obtenir des renseignements réellement précis sur les dépenses de toute espèce, les accidents et les difficultés pratiques, nous croyons qu'il sera démontré que le système Edison n'a aucunement résolu la question de l'éclairage électrique domestique; — mais cette tentative aura rendu un service inappréciable en mettant en évidence des imperfections et des difficultés dont nous ne soupçonnons pas l’existence. La question du prix de revient est d’une extrême importance dans ce pays (Angleterre) où l’expérience a jusqu’à présent montré que l’incandescence électrique est beaucoup plus coûteuse que le gaz. D’autre part, elle a des avantages indéniables, qui lui attireront un certain nombre de clients disposés à payer ce qu’il faudra dès qu’il leur sera prouvé qu’on peut compter sur la régularité du service 1.
- Pu. Dfxahaye.
- NÉCROLOGIE
- Van Honckhoven. — Ce célèbre savant belge dont la réputation était européenne, est mort la semaine dernière à Gand, à l’âge de quarante-huit ans seulement. Il venait de présenter à l’Académie des Sciences un travail spectroscopique sur Y élargissement des raies spectrales de l’hydrogène.
- M. Van Monckhoven s’était occupé principalement de l’application de la photographie à l’astronomie. On lui doit des travaux de premier ordre sur l’étude du soleil et la construction de plusieurs instruments qui ont pris place dans les grands observatoires de l’Europe. Ses recherches techniques ont fait faire de grands progrès à la photographie. Son traité sur ces matières fait autorité.
- GROTTE DE STALACTITES EN SARDAIGNE
- Une découverte intéressante vient d’être faite dans l’île de Sardaigne, à Dorgali. Elle a trait à une grande grotte souterraine renfermant des stalactites de toute beauté, qui s’étendent dans les flancs d’une montagne en formant une quinzaine de longues galeries latérales. La voussure d’une de ces galeries repose sur une rangée de hauts piliers dont la blancheur égale celle du marbre. Le sol de la grotte est généralement très doux à fouler et se trouve composé du plus fin basalte. L’aspect en est grandiose, par la multiplicité des couleurs qui se reflètent à la lumière des torches et y produisent le plus merveilleux effet.
- 1 D’après l’Engineering de Londres. Revue industrielle.
- LES VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
- d’on type de plantes (Suite. — Yoy. p. 155 et 205.)
- M. Heer, après avoir établi dans son mémoire que les flores locales comparées de la Sibérie de l’Irkutsk et de la région du Haut-Amour dont la province de Buréja fait partie, comprennent une notable proportion d’espèces communes, conclut à l’unité de cette végétation, c’est-à-dire qu’il la rapporte à un seul et même horizon de la série jurassique. 11 fait ressortir l’abondance des Fougères, distribuées principalement en trois types, celui des Asplénium, parmi lesquels on distingue Y Asplénium withbiense, espèce réellement caractéristique du Jura supérieur ; celui des Thyrsopteris, maintenant réduit à une seule espèce vivante de l’île de Juan Fernandes, aussi remarquable par sa structure que par le privilège qu’il a eu de traverser la série entière des terrains. Le troisième type, encore plus riche que les deux autres, est celui des Dicksoniées, Fougères arborescentes répandues dans les localités chaudes et humides des deux hémisphères et dont une espèce se montre encore dans les bois montueux de l’une des Açores.
- Les Cycadées sont plus fréquentes dans la région de l’Amour qu’aux environs d’Irkutsk. Le type des Podozamites et, après lui, celui des Anomozamites prédominent parmi elles. Parmi les Conifères, ou pour mieux dire les Aciculariées, ce sont les Salisburiées qui obtiennent le pas, divisées en cinq genres dont un seul, le Ginkgo, a survécu. Les autres genres du même groupe, que nous aurons plus tard à examiner, sont les Baiera, Phœnicopsis, Trichopitys et Cz-ekanoivskia. Ainsi la splendeur de la famille, au sein de l’ancienne région sibérienne, était parfaitement en rapport avec la richesse relative du genre Salisburia en particulier.
- L’opulence de la flore, considérée d’une façon générale, porte M. Heer à croire que la terre qu’elle recouvrait avait une étendue continentale considérable. Les grès, les argiles, les lits de combustible qui se formèrent alors dans la région d’Irkutsk et dans celle de l’Amour supérieur n’ont pu provenir d’une petite île. Les éléments de ces assises ont été sans nul doute empruntés au sol d’un grand continent qui englobait toute cette partie de l’Asie orientale. Cette circonstance explique pourquoi, comme l’affirme M. Fr. Smith, c’est seulement au nord-est de la Sibérie, vers Olnek sur l’Anabatra, et vers l’Iénesei que l’on rencontre des couches marines jurassiques. Sur ce continent se trouvaient des bassins lacustres, dont les baies et les plages recevaient l’apport détritique des sables et de la vase fournis par la contrée environnante. En même temps, les feuilles, les fleurs et les fruits emportés par le vent ou entraînés par l’action des eaux prenaient place dans les lits en voie de formation. Les
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- végétaux dont on trouve des empreintes au fond de ces lits vivaient donc dans le voisinage des'eaux.
- En considérant les formes qui figurent sur les planches du mémoire de M. Heer, surtout celles qui proviennent d’Ust-Baley, il semble qu’on entrevoie l’ancienne forêt jurassique. l'oint de Graminées, ni de Cypéra-cées, plantes si répandues de nos jours au bord des eaux; point d’arbres ni d’arbustes à feuillage : ce sont les Salis-buriées qui rem-placent cette dernière catégorie et en remplissent le rôle.
- Si l’on tient compte de l’analogie de ces Ginkgos sibériens avec notre Ginkgo biloba, les Sa-lisburiées jurassiques étaient de grands arbres. A ce type si spécial se joignaient quelques Taxo-diées et même des Abié-tinées. Il est possible ainsi de conjecturer que des forêts de Sapins couvraient déjà les escarpements et la croupe des hautes montagnes. Les coteaux modérés étaient sans doute peuplés d’E-phédrées et dans les fonds humides se multipliaient les Fougères herbacées, accompagnées de Panda-nées formant d’épaisses broussailles.
- On voit par ce tableau dont les traits caractéristiques sont empruntés à l’ouvrage de M. Heer, que la région sibérienne où les Salisburia avaient pris un si grand essor et que le professeur de Zurich compare avec raison à la station oolithique de Scarborough, était surtout peuplée, comme celle-ci et celle du cap Boheman au Spitzberg, de plantes amies de la fraîcheur. Les aptitudes et les préférences des
- Salisburiées nous sont dévoilées par cela même et leur exclusion corrélative des localités françaises jurassiques, qui paraissent avoir été placées sur un
- sol plus ou moins accidenté, en dehors du voisinage des eaux, n’en paraît que plus naturel. Les opinions quej’avais émises sur la coexistence, à l’époque jurassique, de deux associations végétales distinctes, juxtaposées mais cantonnées respectivement dans des stations à part, se trouvent ainsi confirmées par l’étude que nous venons de faire des Salisburia oolithiques, et M. Heer lui-même leur a donné une adhésion explicite après les avoir mentionnées à propos de la température attribuable à cette même
- époque jurassique. En ce qui concerne la France, j’avais émis l’idée qu’elle ne pouvait être évaluée à une moyenne annuelle inférieure à 18° C., mais qu’elle avait dû s’élever plus vraisemblablement à 25° C. Le savant professeur de Zurich ajoute les réflexions suivantes : << Cette même évaluation concorde avec les notions retirées de l'étude des plantes de la Sibérie orientale et de la région de l’Amour. Les Pandanées et les Cycadées doivent être considérées comme des types tropicaux ou subtropicaux. Il en est de même des Diksoniées, des Thyrsopteris et des espèces de la section des Diplaziam, parmi les Asplé-niées, dont la présence exclut la possibilité d’un hiver froid. D’autre part, les nombreuses espèces de Ginkgos auraient pris difficilement un aussi complet développement sous un climat très chaud et réelle-
- Fig. 1. — Fougères caractéristiques de la flore jurassique du gouvernement d’Irkutsk, dans la Sibérie orientale. —1, débris accumulés qui laissent distinguer : en a, une fronde stérile du Thyrsopteris Maakiana Hr. ; en b, une fronde fructiliée de la même espèce; en c, un fragment de fronde de l’Asplénium whitbiense Hr. ; en d, une portion de feuille de Phœnicopsis. — 2, autre fragment d’une feuille stérile du Th. Maakiana Hr. — 3, portion grossie de l’appareil fructificateur de ce même Thyrsopteris, constitué par un réceptacle pedicellé en forme de pelotte, garni de sporanges. — 4, fragment d’une fronde fertile du Dicksonia concinna Hr.; on voit à côté une portion grossie de ce fragment pour montrer l’emplacement des spores.
- Fig. 2. — Formes caractéristiques de la flore jurassique sibérienne. — 1, Abiétinées primitives, Elatides ovalis et Brand-tiana Hr., cônes de petite taille accompagnés de fragments de feuilles aciculaires semblables à celles des pins. — 2 et 3, Kaidocarpum Sibiricum Hr., restes de fruits agrégés panda-noïdes, supportés par un long pédoncule (d’après Heer).
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- ment torride. La chaleur était alors bien plus également distribuée dans le cours de l’année, que cela n’a lieu actuellement aux mêmes lieux, et la différence entre les diverses zones était bien moins prononcée que de nos jours. Sous ce rapport une comparaison des plantes jurassiques du Spitzberg avec celles des Indes à la même époque est particulièrement instructive, puisqu’à l’aide de cette comparaison les plus grandes diversités climatériques se trouvent effacées.
- Les Fougères forment, de part et d’autre, environ 40 pour 100 des espèces connues jusqu’à présent, tandis que les Aci-culariées sont plus fortement, les Cyca-dées, au contraire plus faiblement représentées au Spitz-berg que dans les Indes. Si cela provient d’une différence dans le climat, cette différence ne saurait pourtant avoir été bien tranchée, puisque les Cycadées à elles seules comprennent encore 21 pour 100 de la totalité des plantes du Spitzberg et se placent au premier rang parmi les plus fréquentes du cap Bobeman, circonstance de nature à entraîner la présence d’un climat subtropical pour la région arctique contemporaine.
- A cet égard, il faut tenir compte de cette particularité que les plantes du cap Bobeman ont dû rester privées pendant plusieurs mois d’hiver de la lumière solaireA, du moins si alors déjà la terre occupait au sein de l’espace la même position vis-à-vis le soleil. — Le Ginkgo biloba perd ses feuilles en automne et reste dépouillé pendant l’hiver. Il est vraisemblable qu’il en était de même des espèces jurassiques et spécialement des
- 1 M. Heer part de l’hypothèse que l’illumination polaire a dû se faire, lors des temps jurassiques, dans les mêmes conditions que maintenant, ce qui n’est nullement démontré ni vraisemblable, d’après les motifs que nous faisons valoir plus loin.
- trois espèces recueillies au cap Boheman ; mais toutes les Cycadées sont actuellement pourvues de feuilles persistantes et rien ne nous autorise à refuser cette particularité aux espèces du Jura qui se rangent dans la même famille. Nous devons donc admettre que le degré de température propre aux longues nuits d’hiver des contrées polaires d’alors était assez modéré pour ne pas nuire aux Cycadées à
- feuilles pérennantes du Spitzberg ».
- Nous acceptons les conclusions de l’auteur éminent de la flore fossile arctique, avec des restrictions pourtant qui, en dépit de leur portée, sauvegardent le fond mê-•me de la pensée de l’écrivain.—S’il est à peu près démontré que la situation de la terre par rapport au soleil n’ait jamais changé et que l’emplacement du pôle soit demeuré invariable à travers les siècles et les périodes, sauf le petit mouvement appelé « nutation » et celui qui résulte de la précession des équinoxes, il est bien plus douteux, à notre sens, que l’illumination solaire,
- c’est-à-dire l’angle visible sous lequel l’astre central se montre à nous, ne soit pas allée en diminuant d’àge en âge, par suite de la condensation graduelle de la matière originairement diffuse dont le soleil est formé. Les longues nuits polaires auraient dû ainsi forcément disparaître ou se trouver en grande partie abrégées, du moment que l’on consent à se transporter par la pensée au sein d’une époque relativement reculée. On découvre de cette façon une cause active et permanente d’abaissement climatérique dont l’élimination facilite par contre immédiatement la conception d’une égalité originaire des climats par toute la surface du globe. Cette égalisation dans le sens des latitudes est justement le phénomène dont nous constatons l’existence, de concert avec M. Heer, pour les temps jurassiques. Dès lors, la
- Fig. 3. — Cycadées polaires de la craie inférieure du Groenland. — a, Zamiies speciosus Hr. — b, Pterophyllum concinnum Hr.
- Fig. 4. — Àbiétinées primitives de l'infralias de Pabjo en Scanie, découvertes et décrites par M. Nathorst. — 1, Pinites Nilssoni Nath., graine.s surmontées d’une aile membraneuse, semblable à celles des graines de Pins. — 2, Pinites Lundgreni Nath., cône de petite taille analogue à celui des Mélèzes. — 3 à 6, graines surmontées d’une aile membraneuse obtuse, semblables à celles des Mélèzes, et attribués par M. Nathorst au cône précédent.
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- présence des Cvcadées et des Dicksoniées au Spitz-berg n’offre plus rien qui ait lieu de surprendre et il ne nous paraît même plus nécessaire d’admettre que les Salisburia jurassiques, munis de feuilles visiblement coriaces, s’en soient annuellement dépouillés à l’approche d’une saison froide encore nulle ou à peine sensible. Pour ce qui est du Gingko biloba actuel, son origine arctique et la date relativement récente à laquelle il aurait franchi le cercle polaire pour s’avancer vers le Sud, suffiraient pour expliquer l’habitude acquise par sa race de perdre annuellement ses feuilles. Il en est de meme, remarquons-le, des Taxodium et des Mélèzes. Mais le Mélèze est un type d’origine boréale dont les couches rhétiennes de Palsjô, en
- Fig. 5. — Abiétinées caractéristiques de la craie inférieure du Havre. — 1, Cedrus Lennieri Sap., cône. — 2, Pinus rnammi-lifer, Sap., cône. — 3, Pinus Parsyi, Sap., cône dépouillé de ses écussons ou apophyses par le frottement.
- Seanie, gardent les premiers vestiges. Une habitation continue dans l’extrême Nord, à l’époque oit le refroidissement des pôles s’est graduellement accentué, a fait sans doute contracter au Mélèze, comme au Taxodium, l’habitude de laisser tomber leur feuillage à l’entrée de l’hiver. Le Cèdre, genre si voisin de celui des Mélèzes, conserve ses feuilles jusqu’après la saison rigoureuse, mais nous savons que ce type, demeuré célèbre et encore spontané dans le Liban, le Taurus et l’Atlas, a eu son premier berceau dans notre zone et que dès la craie inférieure il constituait des forêts sur les montagnes de la Belgique, de la Normandie et du sud de l’Angleterre.
- G. de Saporta,
- Correspondant de l'Académie des Sciences.
- CHRONIQUE
- L’abri du Vignemale dans les Pyrénées. —
- L’ascension du Vignemale, ce géant des Pyrénées centrales françaises, a été singulièrement facilitée cette année
- par un abri dont nous avons parlé précédemment, et que M. le comte Henri Russell, l’infatigable touriste, a fait creuser dans le roc à 5200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette étrange habitation se compose d’une piècede 3m,10de profondeur, 2m,55 de largeur sur 2m,05 de hauteur; l’embrasure de la porte mesure 0m,70 sur lm,75 de haut et elle est munie d’un encadrement en maçonnerie de 0m,50 d’épaisseur. Cette partie est composée de deux morceaux de tôle superposés ; le morceau supérieur est percé d’un guichet pouvant s’ouvrir et se fermer à volonté ; dix personnes peuvent coucher à l’aise et en toute sécurité ; nous disons à l’aise, car tout est relatif dans ce monde : il est certain qu’un lit au Grand-Hôtel est plus confortable que les pierres pointues qui meublent cette véritable aire d’aigle suspendue au flanc du Vigneinale à 3200 mètres au-dessus du niveau de la mer. La porte de ce burg hospitalier est peinte en rouge minium très vif. Les voyageurs reconnaissants l’ont baptisé du nom de Villa Russell.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 octobre 1882. — Présidence de M. Blanchard.! ,
- Les comètes. — De Lyon, M. André adresse des renseignements sur les comètes de 1882. Il résulte de sa note que du 24 au 26 septembre on a observé, avec un équatorial de 6 pouces, une comète visible un peu avant le lever du soleil et dont la queue avait 8 degrés. En même temps, le secrétaire perpétuel signale une dépêche de Rio-Janeiro annonçant l’apparition d’une comète dont la queue avait 30 degrés de longueur et qu’on a pu voir en plein jour jusqu’au 26 septembre.
- Le prochain passage de Vénus. — C’est avant-hier 30 septembre que la dernière mission envoyée par l’Académie pour observer le passage de Vénus a quitté le continent. Elle est commandée par M. le colonel Perrier et comprend parmi ses membres MM. Bassot, Desforges et Tourette, photographe. On sait que la Floride lui a été assignée. C’est la huitième mission française; sur les autres voici quelques renseignements : La mission de Port-au-Prince est sous la direction de M. d’Abbadie ; M. Callandreau en fait partie. Au Mexique se sont installés MM. Bouquet de la Grye, Hérault et Arago. Les observateurs de la Martinique sont MM. Tisserant, Bigourdan et Puiseux. A Santa-Cruz sont MM. Fleuriais, Le Port, De Royer et Lebrun. Au Chili, MM. Bernardière et Favrault.
- A Chuquit, MM. Ilalst, Miant et Laide. Enfin, sur le Rio-Negro, MM. Perrotin, Delacroix, Tessier et Guener.
- Les missions en destination de la Patagonie ont reçu, à Buenos-Ayre, le meilleur accueil du gouvernement argentin et leur installation comme leur sécurité sont pleinement assurées.
- Transport de la force. — Une dépêche datée de Munich annonce que le Congrès des électriciens a réalisé avec le plus complet succès une expérience de M. Marcel Deprez, qui consiste à transporter la force d’une machine à 27 kilomètres de distance à l’aide d’un fil télégraphique ordinaire.
- L'hydro-diapason. — C’est le nom donné par M. De-charme à un appareil destiné à utiliser les vibrations qui prennent naissance lorsque deux courants d’eau exactement opposés l’un à l’autre se choquent avec force.
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- Nouvelle pile. — M. Bleunard assure que si dans une pile à bichromate on remplace l’acide sulfurique par le chlorhydrate d’ammoniaque on obtient un générateur d’électricité d’une construction très simple et d’une très longue durée.
- Compression de l'acier. — Déjà nous avons entretenu nos lecteurs des résultats obtenus par M. Clémandot en soumettant à une forte pression et pendant tout le temps de son refroidissement, de l’acier qu’on a au préalable chauffé fortement. Le même auteur signale aujourd’hui la force coercitive d’intensité imprévue que possède le métal ainsi traité et il ajoute que, contrairement à ce qu’on pouvait croire, cette propriété magnétique persiste avec le laminage, le martelage et le découpage, l’acier étant aussi doux que l’acier trempé ordinaire est dur et intravaillable. Si ce fait est confirmé, il recevra certainement de très importantes applications.
- M. Wœhlef. — Nos lecteurs savent déjà la perte considérable que la chimie a faite dans la personne de M. "Wœhler, le célèbre professeur de l’Université de Gœttingue. M. Dumas exprime le regret de l’Académie ainsi privée de l’un de ses huit associés étrangers. 11 se trouve d’ailleurs que M. Wœhler, né en 1800, était le contemporain de M. Dumas à quinze jours près. Tout le monde connaît les immenses travaux de l’élève favori de Berzelius. C’est lui qui, par la synthèse de l’urée, a le premier donné naissance à un corps organique quaternaire. La découverte du radical benzoïque a été un événement dans 1q monde savant. C’est Wœhler qui a découvert l’aluminium dont Henri Sainte-Claire Deville devait rendre les procédés d’extraction si pratiques.
- Leçons de clinique chirurgicale. — Bien que nous ayons pour principe de ne pas analyser les livres qui ne sont pas entre nos mains et cela dans la crainte d’en donner un résumé infidèle, nous ferons une exception pour les Leçons de clinique chirurgicale de M. le Dr Péan, dont M. Paul Bert, qui les a présentées, a su en quelques mots donner une idée parfaitement précise. C’est le troisième volume d’un ouvrage considérable et qui contient plus d’un millier d’observations recueillies à l’hôpital Saint-Louis. Toutes les branches de la chirurgie sont successivement traitées, mais il faut accorder une importance spéciale à la gastrotomie. Le récit de ces opérations, si effrayantes jadis, doit, grâce aux progrès récents, faire revenir sur la réputation qu’elles méritaient si bien au début. Sur quatre cents opérations de ce genre, la mortalité n’a été que de 12 pour 100 ! et chaque année on reconnaît une diminution sensible dans ce taux. Un chapitre spécialement intéressant, concerne l’anesthésie chirurgicale obtenue par le mélange comprimé du bioxyde d’azote et de l’oxygène, selon la méthode de M. Paul Bert.
- Varia. — Le phylloxéra occupe à des titres divers M. Balbiani, M. Laffitte et M. Froschine. — On mentionne une note de M. Ainagat sur la compressibilité de l’azote. — M. De Candolle dépose un volume intitulé : L'Origine des plantes cultivées; et M. Wurtz un nouveau volume d’analyse, publié par le Laboratoire municipal. — D’après M. Prillieux, le Peronospora ne se borne pas à déterminer le mildeiv; il est la cause aussi de la maladie des raisins, connue en Amérique sous le nom de roth. — MM. Mallard et Le Chatelier étudient la nature des mouvements vibratoires qui accompagnent la propagation de la flamme dans les mélanges gazeux explosifs. — Le Catalogue de la Collection des météorites du Muséum d'histoire
- naturelle de Paris, est déposé sur le bureau. Les chutes, au nombre de trois cent six, sont réparties d’après la considération des types lithologiques auxquels appartiennent les masses qu’elles ont fournies. — M Bouillaud décrit l’épithélium sécréteur du rein des batraciens. Ce travail a été fait au laboratoire de M. le professeur Alphonse Milne-Edwards.
- Stanislas Meunier.
- L’EXPLOITATION DES FORÊTS
- EN CALIFORNIE
- Le Scientific American nous donne des détails très intéressants sur les procédés actuels d’exploitation des forêts en Californie ; nous allons en résumer les points les plus importants.
- La scie a remplacé aujourd’hui la hache dans la plupart des forêts qui fournissent les bois de charpente, car les arbres se détachent mieux du tronçon et produisent moins de perte par leur rupture. Après leur chute, les arbres sont écorcés et l’on met le feu autour pour brûler l’écorce et les rebuts. Les bois verts brûlent si difficilement que le feu n’attaque que très rarement les bonnes bûches. C’est après cette combustion préliminaire que commence réellement le travail du transport de ces bûches.
- Aucune route ordinaire ne serait suffisante pour manier ces monstres; elle doit être, en effet, fort large, plate et unie comme un billard, toutes les pierres et les racines soigneusement enlevées, toutes les ornières comblées. Si les billes sont petites, ces précautions ne sont pas nécessaires, mais pour les grands bois de charpente, le travail de préparation d’une bonne route exige toute la science et toute la persévérance d’un ingénieur.
- Pour retirer les billes de la place où elles sont tombées, le travail des bêtes de somme seul serait insuffisant et inutile, excepté pour les plus petites. On ne peut le faire qu’à l'aide de palans, de poulies moutlées et d’un attirail mécanique souvent compliqué. Il ne suffit pas d’un conducteur ordinaire pour manier l’attelage, il doit avoir de l’adresse et de la présence d’esprit; son salaire atteint, lorsqu’il est habile, de 100 à 150 dollars par mois (500 à 750 francs), plus la nourriture.
- Le conducteur de bœufs (bull-watcher) est ordinairement l’homme le mieux salarié de l’exploitation.
- Une fois amenées sur la route, on attache plusieurs billes ensemble pour en former un train et on les traîne jusqu’au quai de chargement pour les monter sur des wagons ou les jeter à la rivière pour les faire flotter. Les trains de bois, une fois mis en marche, ne doivent plus s’arrêter, s’il est possible d’éviter des arrêts.
- Tout le long de la route sont placés des tonneaux remplis d’eau. Lorsque le train est en mouvement, un homme marche en tête à son côté, il remplit sans cesse un seau qu’il lient à la main en puisant de l’eau dans les tonneaux disposés le long de la route
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- et jette cette eau en avant du train pour diminuer le frottement autant qu’il est possible. Les billes ainsi traînées atteignent quelquefois des proportions énormes. Ainsi, par exemple, un train composé de sept billes amené dans la baie de Ilumboldt en 1878 par le conducteur A. Marks avec cinq paires de bœufs, mesurait ensemble 22 500 pieds de bois de construction marchand. On n’emploie jamais de wagons dans les forêts; les billes sont simplement traînées sur le sol.
- Jusqu’en 1881, tout ce travail de traînage était fait à l’aide de bétail, mais aujourd’hui on commence à introduire les machines à vapeur pour effectuer ce genre de travail.
- La machine employée est la Dolbeer Patent Stearn
- Logging Machine. Elle se compose d’une chaudière verticale et d’un moteur analogue à ceux des grues à vapeur, avec cette différence que le treuil d’enroulement de la chaîne est remplacé par deux tambours, un à chaque extrémité de l’arbre. Tout l’ensemble repose sur une forte charpente dont les côtés ressemblent aux glissières d’un traîneau ; un solide appareil relie la machine à l’arbre. Pour déplacer la machine dans les bois, on attache une corde avant à un arbre, on fait faire à la corde deux ou trois tours sur le tambour et l’on met le moteur en marche. La machine se remorque ainsi elle-même au point voulu. Lorsqu’elle est en place, on la fixe en l’attachant solidement à un arbre ou à un tronc, on attache une corde à la bille de bois qu’on
- Un train de bois eu Californie, dans le comté de Humboldt. (D’après une photographie.)
- veut déplacer, et par une manœuvre analogue à la précédente ; c’est alors la pièce de bois qui se déplace dans la direction voulue. Cette machine permet de ramasser dans les ravins et les endroits les plus inaccessibles, des billes qu’il serait presque impossible de retirer avec des bœufs ou des chevaux.
- Les tramways à voie de bois sont employés dans quelques endroits pour amener les bois jusqu’aux cours d’eau ou aux usines, mais on tend à les remplacer par des rails en fer et en acier et des locomotives. La figure ci-dessus représente une de ses lignes établies dans le comté de Humboldt.
- Il y a près de quarante usines consacrées au sciage des arbres, la plus importante en débite de 75000 à 80 000 pieds par jour, la moyenne pour chacune de ces quarante usines est d’environ 40 000 pieds.
- Il n’y en a qu’un petit nombre dont le travail dure toute l’année, à cause de la difficulté de s’approvi-
- sionner de bois, et d’autre part, parce que les endroits où plusieurs de ces usines sont situées, ne sont pas toujours accessibles à la navigation pendant l’hiver : le marché n’étant pas relié à ces usines par des voies ferrées, presque tous les bois de construction sont transportés par des bateaux à voile. La quantité de bois scié en 1881 a atteint 140 000 000 de pieds cubes, sur lesquels 95000 000 ont été dirigés sur San Franscisco, 4500000 pieds ont été expédiés à New-York et dans d’autres ports étrangers, 45 000 000 de pieds qui forment le complément ont été dirigés directement par les usines en Californie, au Mexique, dans l’Amérique du Sud, les îles Sandwich, l’Islande et l’Australie.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissa.ndier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuru», à Paris.
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- ÎS° 4 89. — 14 OCTOBUE 1 882.
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- LE Dr CREVAUX
- Encore un nom à ajouter à cette longue liste des martyrs de l’exploration du globe, encore un héros de la science, dont nous avons à vénérer la mémoire.
- Le docteur Crevaux était de la grande race de ces hommes de courage et de dévouement, qui semblent nés pour le sacrifice. Lorrain par sa mère, et Breton par son grand-père, il vit le jour à Lor-quin le lpr avril 1847. Il n’avait donc que trente-cinq ans lorsque les Indiens Tapetis l’assassinèrent dans son dernier voyage de l’Amérique tropicale.
- Un de ses plus fidèles amis, un de scs compagnons de voyage, M. E. Le-janne, vient de publier dans le Tour du Monde quelques pages émues, sur l’infortuné Crevaux.
- Nous emprunterons à cette excellente notice quelques détails caractéristiques, qui montrent ce qu’était l’homme que la France vient de perdre.
- Après avoir passé avec succès ses examens de baccalauréat, il étudia pendant une année à la Faculté de médecine de Strasbourg, puis il vint continuer ses études à l’École de médecine navale de Brest.
- Ce qui l’attirait dans cette école, c’était le désir de visiter des régions peu connues, la certitude de courir le monde, c’étaient en un mot les périls et les émotions de la vie du marin ; car le danger, il l’aimait, et on peut dire que c’était son élément.
- Il était petit, trapu, d’une vigueur peu commune. Il avait le front élevé et une flamme dans les yeux.
- Questionneur plutôt que conteur, on devinait en lui l’homme avide de savoir. Il était doué d’une grande sagacité.
- Si les théories qu’il présentait n’étaient pas toujours vraies, elles étaient du moins séduisantes par leur ingéniosité. i
- 11 était excellent camarade, indulgent à tous, dévoué à ses amis. Je ne crois pas, dit M. Lejanne, qu’il ait jamais refusé un service à personne. Son tour d’esprit était vif, enjoué; ses mots, justes, spirituels, n’étaient jamais méchants.
- Le 24 octobre 1868, Crevaux fut nommé aide-
- 10® aimé*. — Ü® semestre.
- médecin, grade correspondant à celui d’aspirant de première classe; c’est sur le transport la Cérès qu’il fit son premier voyage et qu’il put voir nos colonies du Sénégal et des Antilles. 11 eut l’occasion d’observer, à bord, un cas d’hématurie chyleuse qui devint le point de départ de sa thèse de doctorat.
- Quand la guerre de 1870 vint à éclater, Crevaux qui était animé d’un patriotisme ardent, obtint un emploi dans le quatrième bataillon des marins de Cherbourg. A la journée de Fréteval, ce bataillon fut décimé, son commandant tué, son médecin fait prisonnier en soignant ses blessés. Crevaux parvint à s’échapper et se rendit à Bourges, où il se mit à la disposition du Ministre de la Guerre. Celui-ci lui confia plusieurs missions, et le jeune médecin porta divers ordres, d’abord dans Orléans occupé, puis dans Salins investi par l’ennemi. Blessé à Chaffois, le 24 janvier 1871, d’une balle à l’avant-bras, il vint reprendre son poste dans les bataillons de marins, qu’il ne quitta qu’en avril pour rentrer à Brest.
- En octobre 1875, Crevaux fut nommé médecin de deuxième classe, grade correspondant à celui d’enseigne de vaisseau ou de lieutenant. 11 ft fit sur le Lamothe-P Î-/X, quet la campagne d£*jf, l’Atlantique sud et s^<^ rendit à La Plata.
- En 1876, il conquit brillamment au concours son troisième galon. Depuis longtemps, il avait tourné ses pensées vers la Guyane.
- Il savait que depuis deux cents ans de nombreux voyageurs avaient vainement tenté de pénétrer jusqu’aux monts Tumuc-Humac, où l’on plaçait le fameux Eldorado dont les eaux détachaient quelques bribes convoitées par les mineurs.
- Ce que nul n’avait pu faire jusque-là, pourquoi ne le ferait-il pas? Personne n’avait eu plus d’enthousiasme, plus de feu sacré que lui. 11 était jeune, vigoureux, aussi fortement trempé au moral qu’au physique, toutes conditions favorables. Que fallait-il de plus? Un peu d’argent. La colonie vint à son aide. Ses ressources étaient minimes, mais en se faisant petit il avait plus de chances de passer.
- Il allait se mettre en route lorsqu’une épidémie de fièvre jaune éclata aux îles du Salut et rendit sa présence indispensable. Son dévouement à ses malades,
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- Le Dr Crevaux, né à Lorquin, le 1*' avril 18i7, mort à la fin d’avril 1882, traîtreusement assassiné par les Indiens Tapetis do l’Amérique tropicale. (D’après une photographie de M. Carjat.)
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- LA NATURE.
- son sang-froid devant le lléau redoutable, lui valurent la croix de la Légion d’honneur. Un des derniers il subit les atteintes de la maladie.
- Sitôt guéri, il reprit ses projets. Il remonta le Maroni jusqu’au pays des Bonis, où il eut la bonne fortune de rencontrer le nègre Àpatou, qui devint son constant et dévoué compagnon.
- Ils atteignirent les Tumuc-Humac et descendirent le \ari jusqu’à l’Amazone. Ce voyage est un des plus beaux qui aient été faits depuis longtemps. 11 présentait tellement de difficultés que beaucoup d’anciens Guyanais refusèrent d’abord de croire à sa réussite.
- Crevaux ne se reposa pas longtemps, il remonta l’Oyapock, et descendit le Payou jusqu’à l’Amazone; après ces résultats obtenus, il refit une nouvelle campagne, gagna au Nord les sources du Yapoura
- Carte des pays avoisinant le Rio Pilcomayo.
- et descendit cette rivière inexplorée avant lui. Il courut de grands dangers pendant ce voyage, et à son retour en France la Société de Géographie lui décerna sa grande médaille d’or.
- Après un nouveau voyage dans l’Orénoque, Crevaux, infatigable, voulut continuer ses explorations de l’Amérique tropicale, remonter le Paraguay et descendre à l'Amazone par le Tapajos et le Xingu. Cette nouvelle exploration devait faire de lui un nouveau martyr de la géographie.
- D’après le Rapport adressé à la Société de Géographie de Paris pur Y Institut Géographique argentin, nous pouvons donner à nos lecteurs des renseignements précis, sur ce dernier voyage de l’infortuné Dr Crevaux.
- Une fois en Bolivie, Crevaux se dirigea sur le confluent des fleuves Pilaya et Pilcomayo, où se trouvent quelques missions des Pères franciscains
- dépendant du monastère de Salta, capitale d’une des provinces argentines.
- Arrivé dans les régions voisines des sources du Pilcomayo, l’explorateur dirigea la construction de trois embarcations qu’il fit exécuter par le timonier français llaurat et les marins argentins.
- C’est dans ces embarcations que prirent place les membres de l’expédition, dont le nombre fut augmenté par l'adjonction de quelques Indiens de Bolivie, offerts par les autorités de ce pays. Le total des voyageurs était alors de dix-neuf hommes armés et pourvus chacun de trois cents cartouches à balle.
- Les explorations du Chaeo sont toujours dangereuses à cause des Indiens qui, au nombre de quarante ou cinquante mille, ainsi qu’on le suppose, peuplent cette immense région presque inconnue, véritable petite Afrique centrale enclavée dans l’Amérique du Sud.
- Cependant, le 15 avril, la mission se mit en route, descendant le fleuve, animée de l’intrépidité qui caractérisait son chef à un si haut degré, et pleine des plus vives espérances.
- Le 24, à six heures du soir, elle arrivait à la région du Teyo ; elle foulait le sol des Indiens, qui accouraient sur les bords du fleuve, en leur adressant d’éloquentes démonstrations d’amitié.
- Là, le Dr Crevaux voulut explorer un fleuve inconnu signalé précédemment par M. Sola, le vaillant explorateur du Chaco. Les voyageurs, paraît-il, débarquèrent le 24 avril sur les rivages des Indiens Tapetis, qui les appelèrent avec des démonstrations d’amicale hospitalité et les assassinèrent ensuite traîtreusement aux premières ombres de la nuit.
- Deux personnes seulement ont pu se sauver. Ce sont le missionnaire Ceballos et le marin argentin Blanco, qui sont restés en captivité.
- Le gouvernement de la République et l’Institut géographique argentin se sont préoccupés, dès le premier moment, d’organiser une expédition pour aller à la recherche des restes de la mission Crevaux.
- CORRESPONDANCE
- AURORE BORÉALE DU 2 OCTOBRE 1882
- Lille, le 3 octobre 1882.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Je crois devoir vous signaler un phénomène météorologique dont j’ai été témoin hier soir (des amis l’ont vu à Tourcoing pendant une demi-heure) vers sept heures et demie. On voyait de longues lueurs blanchâtres, laiteuses, semblables à celle que projette un phare électrique; elles étaient séparées par des intervalles nets et se tenaient à peu près dans la région du Zodiaque; on distinguait très bien les étoiles au travers. —En même temps une grande lueur se voyait au Nord 1/4 Nord-Ouest; mais je n’ai pas remarqué les rayons ou jets de lumière qui distinguent habituellement les aurores boréales.
- Veuillez agréer, etc.
- V. Delahoddk.
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- Lnndelles (Calvados), 3 octobre 1882.
- Monsieur le Directeur,
- Lorsque je suis sorti hier soir pour observer le ciel, j’ai remarqué une aurore boréale formée d’une bande blanche, qu’au premier abord on aurait prise pour un nuage de 15° de largeur environ. Cette bande s’étendait depuis le Bélier qui s’élevait à l'Est, jusqu’à l’Ouest, entre la Couronne boréale et le Serpent, formant un immense arc incliné vers le Nord et passant au-dessus de la Petite Ourse.
- Ce qui m’a surtout surpris, c’est l’éclat extraordinaire projeté par cette immense bande, en pleine nuit, avant le lever de la lune et au milieu du scintillement des plus petites étoiles. Rien de noir ou de couleur sombre n’accusait un nuage; les étoiles des trois premières grandeurs apparaissaient du reste sans difficulté à travers les parties les plus denses et les plus lumineuses.
- Mon attention ainsi excitée, j’ai voulu suivre le phéno-notnène dans toute sa durée. Un spectacle charmant n’a pas tardé à se dérouler devant mes yeux. Cette immense lumière s’est fractionnée tout à coup, et chaque partie semblait former comme le repli d’un rideau d’aurore boréale, diffus au Sud et de chaque côté, mais nettement tranché vers le Nord, suivant la direction de l’arc primitif. De grands filaments lumineux, de 1° de largeur environ, débordaient aussi de cette lumière dans des directions diverses. Un seul de ces filaments descendait à
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- Aurore boréale du 2 octobre 1882, observée à Paris à 7 h. du soir.
- l’intérieur de l’arc, au Nord-Nord-Est, et plongeait directement sous l’horizon.
- A partir de ce moment, le tableau a présenté une mobilité surprenante et des jeux de lumière magnifiques. On a pu voir certaines parties s’affaiblir subitement, tandis qu’en même temps, d’autres, qui ne leur étaient nullement reliées, prenaient un éclat extraordinaire, puis, tout à coup, ces mêmes parties, devenues subitement lumineuses, rendaient de nouveau, avec la même rapidité, leur lumière aux régions qui venaient de la leur céder.
- Trois immenses centres lumineux, l’un sur l’étoile 41 du Bélier, l’autre au-dessus de la Petite Ourse, le dernier dans le pentagone du Bouvier, toujours tranchés du côté du Nord suivant le premier arc, sont demeurés seuls, échangeant successivement et avec rapidité leur lumière. Celui du milieu s’est bientôt évanoui, tandis que les deux autres s’en allaient, celui du Bélier sur l’étoile v de la constellation de Persée, celui du Bouvier au-dessous de la tète du Serpent. C. D.
- Saint-Leu-Taverny, 5 octobre 1882.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Hier à Saint-Leu-Taverny, petit village du département de Seine-et-Oise, je vis tout à coup se former, vers le Nord-Ouest, à sept heures moins cinq minutes du soir, un grand demi-cercle rougeâtre et s’en détacher au bout de quelques secondes de grandes lignes d’un vert d’eau.
- Ce phénomène a duré à peu près dix minutes jusqu’à ce qu’enfin il disparut tout à fait.
- Le ciel était très pur et tout constellé d’étoiles.
- Louis Cavanicii.
- A ces documents nous joignons un dessin de l'aspect que l’aurore boréale a offert à Paris de sept heures à huit heures et demie du soir. — De grands rayons s’échappaient d’un arc lumineux très brillant, et par moments ou voyait dans le ciel des immenses plaques elliptiques lumineuses que nous représentons en A, B, C sur notre figure. Elles disparaissaient et apparaissaient tour à tour.
- ACCROISSEMENT DE LA POPULATION
- DANS LE DÉPARTEMENT DE LA SEINE
- Il nous a paru intéressant d’appliquer les procédés de la statistique graphique à l’accroissement de la population du département de la Seine, accroissement mis en évidence par le recensement du 17 décembre 1881.
- Nous avons étudié cet accroissement en le rapportant au recensement de 1876. Nous avons calculé pour chaque arrondissement de Paris et pour chaque commune de la banlieue l’augmentation brute du nombre d’habitants, et nous avons divisé cette augmentation par les chiffres de la population en 1876. Nous avons obtenu ainsi un chiffre exprimant l’accroissement proportionnel; ce chiffre, multiplié par 100, donne l’accroissement par 100 habitants.
- Cette manière d’étudier les variations de la population, permet de se rendre compte de la vitalité propre de chaque centre, beaucoup mieux que ne le feraient les chiffres bruts d’accroissement. On se rend compte du développement relatif de l’arrondissement ou de la commune et on peut estimer en combien de temps sa population se doublera ou augmentera dans une proportion déterminée, en admettant la continuité du mouvement.
- Nous avons mis en évidence dans la carte ci-jointe les chiffres obtenus dans les tableaux que nous avons dressés. Nous avons suivi la méthode de représentation topographique, adoptée par divers auteurs et notamment par M. Yauthier, ingénieur des Ponts et Chaussées, conseiller municipal de Paris. Au centre de chaque localité nous avons élevé une ordonnée représentant l’accroissement relatif de la population. L’ensemble de ces ordonnées forme un réseau de points situés à des hauteurs différentes, par rapport à un plan de comparaison défini par les points à accroissement nul. Si l’on fait passer une surface topographique continue par tous ces points et si l’on y trace les courbes de niveau, on obtient un véritable plan coté dont les ondulations représentent d’un seul coup d’œil les variations d’accroissement de l’ensemble du périmètre étudié. En teintant le plan de teintes dont l’intensité croît avec les hauteurs, on a un effet encore plus sensible. Les pics obtenus et les teintes foncées voisines cors respondent aux accroissements les plus considérable ;
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- les valle'cs et les teintes pales qui les avoisinent correspondent aux accroissements minima.
- Une rapide inspection de la carte montre que l'accroissement relatif de la population atteint son maximum vers le Nord, le Nord-Ouest et le Nord-Est de Paris. Les deux communes de Colombes et de Sainl-Ouen forment le sommet de deux pics à maxima; on sait en effet le développement considérable des constructions entre Asnières et Colombes, .à Rois-Colombes et dans la plaine de Sainl-Ouen; Gcnncvilliers et Epinay participent à ce mouvement ;
- et il est intéressant de constater en passant que la transformation agricole de la plaine deGennevilliers, effectuée par les irrigations à l’aide des eaux des égouts de Paris, a été accompagnée d’un développement considérable de la population dans les communes adjacentes et même à Gennevilhers, où il atteint 54 pour 100. Le plateau peu fertile de Sartrouville, la plaine sèche de Montcsson et enfin les environs d’Achèrcs et de la forêt de Saint-Germain se distinguent par un développement insignifiant de la population. Les pays de villégiature, tels
- Carte de l'accroissement de la population dans le département de la Seine et dans les parties limitrophes du département de Seine-et-Oise.
- que Cbatou, Bougival, la Cel'e Saint-Cloud, reviennent au contraire à des chiffres élevés. Il en est de même à l’Est de Paris, où, sauf Romainville, le développement est accusé par une teinte assez foncée. Le Sud et le Sud-Est semblent moins favorisés; l’éloignement des gares qui servent de tète de ligne de ce côté peut expliquer peut-être le faible développement de la villégiature dans ces parages.
- Quant à Paris proprement dit, le développement est faible, nul ou même négatif dans les arrondissements centraux. Là, en effet, toute la surface disponible est bâtie depuis longtemps et les percements de l’avenue de l’Opéra et du faubourg Saint-Germain ont même diminué la densité de la population dans
- les IIe et VIIe arrondissements. La population s’accroît, au contraire, en s’approchant des fortifications et les teintes du plan se foncent; l’effet est surtout sensible dans les XVIP, XVIIIe, XIXe, XXe arrondissements et au Sud dans les XIIe et XVe, en descendant vers Montrouge.
- Nous pensons que cette traduction graphique du mouvement relatif de la population présentera quelque intérêt pour ceux qui aiment à étudier le développement de notre belle capitale et de sa riche banlieue.
- A. Durand Clàve,
- Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
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- LE CANAL MARITIME DE MALACCA
- La presqu’île malaise, dite de Malacca, se prête merveilleusement à l’idée d’une traversée directe d’une rive à l’autre. Sa configuration est trop connue pour que nous la décrivions longuement. S’allongeant, comme une mince cédille, sous la masse du continent asiatique, elle est renfermée entre le premier et le 10e degré de latitude nord, sur une longueur d’environ i*200 kilomètres. Sa largeur est
- variable, mais ne surpasse pas 200 kilomètres, dans la partie méridionale qui ne saurait être visée par les projets de percement. Le relief de cette langue de terre est très accentué, principalement au sud, où le massif montagneux qui sépare les deux versants, à la façon des Apennins, atteint des altitudes de 2000 mètres. Le Pidi-Bangsa, à l’est de Quedah, a son sommet à 2150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces altitudes s’accentuent encore davantage dans l’île de Sumatra, où, d’après Malle-Brun, le mont Ophir atteindrait la hauteur du Mont-Blanc.
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- ^Atchin
- Pointe
- Kilomètres
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- Fig. 1. — L'isthme de Malacca et les routes naturelles de la Chine.
- Si nous remontons vers le Nord, c’est précisément dans les parties les plus étroites que nous voyons les altitudes diminuer, en même temps que l’orientation des chaînes laisse des ouvertures, des cols, qui ont permis le passage de quelques routes d’un littoral à l’autre, celles de Quedah à Sungora, de Tzang à Ligor, de Ponga à Chai-Va, enfin celle de Krau.
- Comme pour Suez et Panama, le premier projet de traversée de l’isthme porta sur l’établissement d’une voie ferrée. En 4861, deux officiers de la marine anglaise, MM. Forlong et Fraser, entreprirent un voyage d’exploration de l’Océan Indien au golfe de Siam, en suivant la route de Krau, sur la limite même des possessions anglaises de la Bir-
- manie. Les deux officiers rapportèrent de leur court voyage à travers l’isthme l’impression qu’il était très facile d’établir par voie de fer une communication entre les deux mers, l’exécution du railway interocéanique ne nécessitant aucun ouvrage important, et ne devant guère surpasser, comme dépense, 8 millions de francs.
- La mise en exploitation de la voie ferrée de Krau, d’après MM. Forlong et Fraser, assurait au transit une notable économie de temps sur le parcours par le détroit. De Calcutta à Hong-Kong, par exemple, la durée du trajet étant, à cette époque, de 560 heures, se trouvait réduite à 267 heures, soit une économie de 95 heures en adoptant la traversée
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- par l’isthme. De Geylan à Hong-Kong, on économisait 56 heures. Le rendement de la voie ferrée était estimé à 1250000 francs, représentant les intérêts d’un capital de 25 000 000 de francs. Les auteurs du projet n’admettant pas en principe la possibilité d’établir un canal, ne voyaient aucun écueil dans le système de transbordements que les marchandises et les voyageurs devaient subir aux deux stations extrêmes de la voie. Ces transbordements seuls suffisent pour faire rejeter aujourd’hui l’idée d’une communication par voie ferrée, établie en vue du transit entre les deux mers.
- L’exploration des deux officiers anglais, bien qu’elle n’ait été suivie d’aucune réalisation pratique, servit du moins à fournir les premiers renseignements sur la configuration du sol au passage de Krau. Partis le l'r avril 1801 de l’embouchure de la rivière Pakcham, les explorateurs remontèrent jusqu’à Krau, petit village d’une cinquantaine de maisons, où le fonctionnaire du royaume de Siam leur fournit des coolies et un éléphant pour continuer leur route.
- Ils longèrent les rives de la rivière de Krau, ombragées par des bambous gigantes -ques, et arrivèrent dans une vaste prairie où de nombreuses sources alimentent les bassins des deux versants de la presqu’île. A 500 mètres de cette prairie, le sol commençait à s’incliner vers la côte, et les sources réunies formaient le Choomphaum, qui se jette dans le golfe de Siam près de Tayong, village de 200 maisons (aujourd’hui 500). Après avoir descendu la rivière jusqu’à la mer, les officiers retournèrent sur leurs pas; le 5 avril, ils étaient de nouveau à Krau et, le lendemain, à bord de la Némésis, qui les avait conduits à la rivière Pakcham.
- Si rapide qu’elle ait été — elle n’avait duré que cinq jours, — l’exploration de MM. Forlong et Fraser va nous guider dans l’étude du projet de traversée par un canal de jonction entre les deux golfes. En principe, ce canal utilisera, d’un côté la rivière Pakcham, sorte de grand estuaire qui s’allonge en se rétrécissant jusqu’à Krau, de l’autre le cours du Choomphaum et de l’Htaoung, soudés ensemble par une tranchée creusée dans la longueur de l’isthme. Différents projets ont été proposés sur celle base, mais l’insuffisance de connaissances pré-
- cises sur les conditions du terrain traversé n’ont pas encore permis de fixer un tracé définitif ; nous suivrons ici le projet exposé par le promoteur du nouveau canal, M. Léon Dru.
- L’embouchure du Pakcham, entrée du canal maritime, n’a pas moins de 3 kilomètres de largeur; sur les 16 premiers kilomètres de son parcours, il ne présente pas le caractère d’un fleuve ; c’est plutôt, comme il est facile de s’en rendre compte sur la carte annexée (fig. 2), un bras de mer, avec des fonds qui varient entre 12 et 18 mètres. Les navires du plus fort tonnage peuvent remonter jusqu’à 25 kilomètres du promontoire; ceux qui firent les premières explorations de l’isthme s’arrêtèrent tous à cette distance, la navigation dans les parages supérieurs étant entravée par les atterrissements du fleuve. Après le vingt-cinquième kilomètre, le Pakcham offre encore des fonds de 9 mètres ; à 40 kilomètres , ils ne sont plus que de 5m,50 et 5 mètres, et ils s’abaissent ensuite au-dessous de 2 mètres.
- C’est à 59 kilomètres de l’embouchure du fleuve, au point de jonction de l’affluent de Saoua, que serait l’amorce de la tranchée de 11 kilomètres qui réunirait le Pakcham au cours d’eau qui descend vers le golfe de Siam. Là, en effet, sont des terrains bas et marécageux, ayant à peine quelques mètres d’altitude au-dessus du Pakcham, et présentant une dépression très favorable à l’établissement de la tranchée. Le sol s’élève peu à peu, jusqu’à ce qu’il atteigne une altitude de 30 mètres environ, point départagé des deux versants de l’isthme. La tranchée se termine à Tasan ; le canal peut ensuite être creusé dans le lit du Htaoung, ou Tayoung, et arrive au golfe après un parcours de 36 à 38 kilomètres. En tout, de la pointe Victoria au golfe de Siam, par le Pakcham, la tranchée jusqu’à Tasan, le Tayoung et leTseompeon (ou Choomphaum), 109 kilomètres de parcours, 56 kilomètres de moins qu’à Suez, 36 kilomètres de plus qu’à Panama.
- Le projet que nous venons d’exposer par l’isthme de Krau, comporte des variantes, l’une d’elles consistant à utiliser le lit supérieur de la rivière Choomphaum au lieu du lit inférieur, au moyen d’un canal de jonction (suivre sur la carte, fig. 1). M. I jéon Dru, en dehors du passage par Krau, a
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- Le projet de traversée de l’isthme de Malacca
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- étudié deux autres passages situés plus au centre de l’isthme, en pleine possession siamoise, tandis que la rivière Pakcham suit, sur toute sa rive droite, le territoire des possessions anglaises de Tenasserim. Le peu d’intérêt qu’a l’Angleterre à voir se percer l’isthme, dont l’exploitation aurait pour premier contre-coup l’amoindrissement de Singapour, au profit de Bangkok et de Saigon, peut jusqu’à un certain point conseiller de s’éloigner de Krau, et de choisir pour l’établissement du canal un terrain neutre, lorsqu’on se rappelle surtout l’opposition violente faite jadis par nos voisins à l’exécution du canal de Suez. Deux autres tracés intérieurs sont donc proposés, l’un par Chaï-ya, l’autre par Talung, indiqués sur notre carte (fig. 1). Pour le tracé de Talung en particulier, la distance entre les deux mers peut être évaluée approximativement à 70 kilomètres, et la tranchée à exécuter à 45 kilomètres, augmentés du parcours tluvial sur lequel on est en droit de compter.
- Revenons au projet de Krau, qui semble jusqu’ici avoir recueilli le plus de chances en sa faveur. L’étude du percement lui-même, des engins qui seront mis en activité [à l’isthme malais, de la dépense probable de l’exécution, est facile à faire. A Krau, comme à Suez, à Panama, à Corinthe, comme dans tous les travaux où il s’agit d’enlever des roches, compactes ou non, granitiques, schisteuses ou arénacées, nous verrons employer côte à côte la drague et l’excavateur d’un côté, les appareils de perforation et les explosifs de l’autre. Dans les sables, les terrains inconsistants, la drague et l’excavateur suffisent; dans les terrains résistants, la roche est d’abord broyée par la mine, et recueillie ensuite. Sur tout le parcours du Pakcham, on ne rencontrera que des alluvions récentes ; les roches de la tranchée seront identiques au grès et aux schistes qui se présentent déjà sur les rives du fleuve ; au point de partage des deux versants, au seuil de Tasan, on rencontrera probablement des pouddingues et des veines de sable quartzeux. Les explorations prochaines de l’isthme et les sondages qui seront exécutés nous renseigneront plus complètement sur la coupe géologique suivant le tracé du canal. M. Léon Dru estime provisoirement à 80 ou 100 millions la dépense nécessaire, tant pour l’approfondissement du lit du Pakcham que pour le creusement de la tranchée et la rectification du Ut du Tayoung.
- En résumé, le projet de percement de l’isthme malais semble tout aussi réalisable que ses aînés de Suez, de Panama et de Corinthe. Relativement au cube de déblai à enlever, 30 à 35 millions de mètres, son importance est moitié moindre ‘ que celle des isthmes égyptien et américain, qui ont, comme nous l’avons déjà fait remarquer, des cubes sensiblement identiques de 75 et 74 millions de mètres, bien que leurs tracés respectifs soient complètement différents.
- Maxime Hélène.
- APPAREILS MÉTÉOROLOGIQUES
- DU COMPTOIR D’ESCOMPTE DE PARIS
- PLUVIOMÈTRE ET ANÉMOSCOPE ÉLECTRIQUES
- Parmi les appareils d’horlogerie et de météorologie installés dans la salle des Pas-Perdus du Comptoir d’Escompte de Paris, il en est quelques-uns qui nous ont paru assez intéressants pour être signalés à l’attention de nos lecteurs. Au nombre de ceux-ci se trouvent un pluviomètre et un anémoscopc électriques que nous avons examinés en détail grâce à l’obligeance de M. Collin, l’inventeur et constructeur ; nous en donnons ici une description assez complète pour faire saisir les fonctions de ces différents appareils.
- Les dispositions du bâtiment excluaient pour le pluviomètre l’idée de faire intervenir directement la pluie tombée pour actionner le mécanisme enregistreur : la distance de la toiture à l’appareil nécessitait une série de conduits qui, par leur longueur, auraient retenu une quantité appréciable de liquide : dans ces conditions, le pluviomètre n’aurait donné que des indications incomplètes. M. Collin dirigea donc ses recherches dans un autre ordre d’idées et s’arrêta à un système électrique dont nous allons donner le dispositif.
- L’appareil se compose de trois parties : 1° une plate-forme d’une surface donnée pour recueillir la pluie; 2° un distributeur; 5° un récepteur enregistreur; ces deux derniers reliés avec une pile par un circuit électrique.
- Sur la toiture est intallée une plate-forme (fig. 1) d’une superficie de 1 mètre et destinée à recueillir la pluie; immédiatement au-dessous et dans l’étage supérieur du bâtiment se trouve l’appareil que nous nommerons distributeur, sur lequel l’eau de la pluie recueillie est dirigée et qu’elle actionne par son poids.
- Ce distributeur (fig. 2) se compose d’un axe roulant sur deux tourillons et portant fixé, par le milieu, un bras à chaque extrémité duquel est adapté un petit auget A; dans l’état normal le bras est presque horizontal et il y a toujours un auget en position de recevoir l’eau de la pluie venant de la plateforme. Sur le même axe est une pièce à quatre cames sur laquelle agit pour maintenir l’axe, un levier portant une masse de réglage; ce levier ne permet à l’axe de tourner soüs l’action du poids de l’eau contenue dans l’auget en fonction que sous l’effort d’un poids de 500 grammes correspondant à une couche d’eau d’un demi-millimètre d’épaisseur sur une surface de 1 mètre.
- Donc, chaque fois que l’auget culbutera et se videra, un demi-millimètre de pluie sera tombé sur la toiture. Sur le même axe encore est un petit cylindre en ébonite portant deux parties métalliques de 2 millimètres de largeur encastrées longitudinalement dans toute
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- la longueur du cylindre. Perpendiculairement à l’axe, sont deux lames métalliques isolées, portant deux bornes de raccords pour le circuit électrique : les extrémités de ces lames frottent sur le cylindre sans faire contact entre elles, mais quand l’axe en tournant présente une des parties métalliques au frottement des lames, celles-ci se trouvent réunies métalliquement et le mouvement de rotation de l’axe est accusé par une fermeture de circuit.
- Le récepteur (fîg.3), placé dans la grande salle au rez-de-chaussée, est une série de sept rouages B, B, B... analogues aux compteurs employés en horlogerie électrique. A chacun de ces rouages est adapté un cadran que l’on voit extérieurement (lîg. 6) et portant une des inscriptions sui -vantes : lundi, mardi, etc., jusqu’à dimanche. Ces cadrans sont divisés de i à 20 par des chiffres entre lesquels sont des points; les chiffres représentent des millimètres, les points des demi-millimètres. La moyenne de pluie tombant par vingt-quatre heures à la latitude
- Fig. 1, 2 et 3. — Pluviomètre du Comptoir d’Escoinpte, à Paris.
- de Paris étant de 15 millimètres, cette division est suffisante. C’est sur ces cadrans que s’enregistrent les courants électriques envoyés par le distributeur, mais la pluie tombée le lundi doit s’enregistrer sur le cadran portant cette inscription et de même pour les autres jours. A cet effet, un régulateur d’horlogerie I, dont le mécanisme actionne un commutateur circulaire 1) (fig. 3), reçoit les courants électriques venant du distributeur et les transmet à celui des cadrans récepteurs correspondant au jour présent. Ce commutateur est disposé de la manière suivante : Sur une plaque d’ébonite sont fixés sept arcs de cercle métalliques dont la réunion forme un cercle plat, chaque partie est isolée et porte une borne à laquelle se raccorde un fil allant à l’un des sept cadrans récepteurs. Au centre des sept parties métalliques est un axe isolé auquel vient se raccorder le fil cuivre venant de la pile dont le fil zinc est relié au distributeur, cet axe central est mu par un sautoir qui le i fait tourner d’un septième de tour toutes les
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- vingt-quatre heures à minuit. II porte une aiguille ou mieux une lameflexi-ble dont l’extrémité frotte sur les arcs de cercle.
- Le courant électrique envoyé par le distributeur (fig. 2) entre donc dans le régulateur C (fig. 3) par cet axe central et s’en échappe par l’une des sept bornes qui le dirige sur l’un des sept compteurs B, sur le cadran duquel il s’enregistre.
- Les indications de la quantité de pluie tombée subsistent donc sur les cadrans qui, pour fournir de nouvelles indications huit jours après, doivent être remis au point de départ, c’est-à-dire à zéro. Dans ce but, le commutateur est à double contact, et à l’instant où il fait passer le circuit du cadran du lundi dans celui du mardi, par exemple, il envoie dans ce dernier un courant qui a pour
- Fig. 6. — Appareil météorologique de la salle des Pas-Perdus du Comptoir d’Escompte.
- ellet de désembrayer le rouage et de permettre à un ressort spirale de ramener l’aiguille indicatrice sur le zéro du point de départ.
- Le temps a manqué à M. Collin pour compléter son appareil en y ajoutant un cadran totalisateur qui, embroché sur le fil de ligne, aurait accusé le passage de tous les courants venant du distributeur et passant dans n’importe lequel des sept cadrans.
- On aurait eu ainsi la quantité totale de pluie tombée dans l’année sans être astreint à relever chaque semaine les indications des sept cadrans.
- L’anémoseope é-leetriquc, dont nous allons à présent donner la description et dont M. Jlisson est l’inventeur, consiste dans les deux appareils suivants : le distributeur (fig. 4) et le récepteur (fig. 5).
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- Le premier, placé dans la coupole du campanile, est disposé de la manière suivante : Sur la tige de la girouette qui pénètre à l’intérieur de la coupole et qui roulant sur une agate participe au mouvement de la girouette, est montée une roue conique horizontale engrenant avec une seconde roue mais verticale. Cette dernière est montée sur un axe qui porte en même temps et fixe une roue satellite E, laquelle engrène avec deux roues semblables F et G. Ces deux roues sont folles sur l’axe dont le satellite est solidaire; il résulte de cette disposition que dans les mouvements du satellite autour de l’axe, si l’une des roues F, G est maintenue, c’est l’autre qui est entraînée, et vice versa.
- Chacune des roues F, G porte une roue à roehetsur laquelle repose un levier de contact faisant en même temps l’office de cliquet, de sorte que le mouvement de la girouette dans un sens ou dans l’autre ne peut entraîner qu’une des deux roues et par suite n’envoyer de courants électriques déterminés par les leviers de contact que dans l’un des deux fils de lignes partant de ces leviers pour aller au récepteur. (Les touches fermant les circuits avec le levier sont reliées à une pile électrique ordinaire.)
- Comme on vient de le voir,le mouvement actionnant les roues FG vient de l’axe central qui lui-même est entraîné par la tige de la girouette.
- Le récepteur (fig. 5) est construit sur le même principe, permettant le mouvement circulaire à droite ou à gauche, mais comme il s’agit ici de reproduire exactement les mouvements de la girouette, c’est-à-dire de l’axe du satellite, la marche des effets est inversée. A cet effet, deux électro-aimants ont leurs armatures disposées pour actionner deux roues semblables à celles F et G du distributeur; mais ici ces roues n’ont pas de leviers de contact ni de roues à rochet et ce sont les armatures qui font l’effet de cliquets. Les fils de lignes partant du distributeur aboutissent à ces deux électro-aimants dont le second fil est raccordé à la pile. Les deux roues actionnées par les électro-aimants engrènent avec une roue satellite dont l’axe communique son mouvement à une aiguille qui, représentant la girouette, indique sur une rose des vents la direction de celle-ci.
- Le mécanisme, au lieu d’être entraîné par l’axe comme dans le distributeur, est entraîné par les armatures agissant sur les roues et le satellite ; tous les mouvements angulaires de la girouette produisent des séries de courants électriques qui déterminent des mouvements angulaires semblables de l’aiguille quel qu’en soit le sens.
- Notre figure 6 représente le meuble placé dans la salle des Pas-Perdus du Comptoir d’Escompte, et qui, grâce au mécanisme dont nous venons de donner la description, permet au public d’être constamment renseigné sur la direction du vent, la hauteur de la pluie tombée et la température.
- En regard de ce meuble s’en trouve un autre, qui est symétrique au premier, et qui supporte une
- horloge donnant les phases de la lune par des cadrans multiples, l’heure dans les principales villes du monde ; un baromètre fait pendant à l’anémoseope.
- G. T.
- LOCOMOTIVE SYSTÈME COTTRAU
- POUR LA TRAVERSÉE DES FORTES RAMPES
- Nous avons déjà étudié dans La Nature la plupart des procédés appliqués jusqu’à présent pour faciliter la traversée des parties en rampe dans l’exploitation des chemins de fer; nous poursuivons aujourd’hui cette revue,en parlant d’une disposition ingénieuse proposée à cet effet par M Cottrau.
- Cet ingénieur s’est attaché à construire un type de locomotive qui pût être appliqué à la fois sur les rampes et les paliers dans des conditions de travail également favorables. On éviterait ainsi, comme on le comprend immédiatement, les difficultés d’exploitation si gênantes qu’entraînent les rampes un peu fortes en exigeant une machine spéciale pour la traversée, celles qui remorquent le train en palier se trouvant impuissantes sur la rampe.
- On sait en effet que sur les paliers, on emploie exclusivement des machines rapides à grandes roues motrices qui développent par conséquent un effet de traction très faible, mais qui fournissent par contre une grande vitesse ; sur les rampes, au contraire, on emploie des machines à petites roues et à marche lente, mais qui d’autre part sont plus puissantes en ce sens qu’elles peuvent développer un effort de traction plus élevé nécessaire pour vaincre les résistances de la gravité. On s’est donc trouvé ainsi amené à créer deux types de machines bien distinctes, répondant à des besoins différents, et qui ne sauraient se suppléer mutuellement. 11 en résulte évidemment pour l’exploitation l’obligation de changer la machine qui est à la tête du train en marche lorsque le profil de la voie vient lui-même à changer. On ne peut éviter cette difficulté qu’en supprimant la rampe elle-même, c’est-à-dire en détournant la voie par des travaux très dispendieux.
- La machine de M. Cottrau aurait à la fois les qualités des deux types, elle aurait à volonté des roues motrices d’un grand ou d’un petit diamètre : à cet effet, l’inventeur dispose sur chaque essieu moteur, ainsi. que le représente la figure, deux paires de roues de diamètres différents.
- Les grandes roues sont maintenues à l’écartement de la voie normale, et les petites roues sont placées à l’intérieur ou à l’extérieur de celles-ci, comme c’est le cas dans le type que nous reproduisons. Ces roues sont d’ailleurs solidaires, et restent par conséquent toujours animées d’un mouvement identique, seulement, dans les parties en palier, la machine repose sur les grandes roues qui tournent au contact des rails de la voie normale, et elle avance alors avec une grande vitesse, tandis
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- que les roues auxiliaires tournent à vide. En arrivant à la rampe au contraire, la machine trouve une voie surhaussée intérieure ou extérieure à la voie normale qui entre en prise avec les roues auxiliaires ; la voie normale de son côté se dérobe sous les grandes roues qui tournent à vide. L’effort de traction se transmet alors exclusivement par l'intermediaire des petites roues, et la machine avance à vitesse réduite, mais en développant un effort de traction beaucoup plus considérable. Elle se trouve placée dans les deiix cas, dans des conditions aussi avantageuses que les machines créées spécialement pour chacun des types de voies
- L idée paraît donc des plus ingénieuses, et elle peut être réalisée certainement sans troubler le fonctionnement de la locomotive. On peut conserver en effet le même nombre de coups de piston par
- Vue de la locomotive système Coltrau, franchissant une rampe avec ses petites roues sur des rails extérieurs surélevés.
- minute dans les deux types de marche, de manière à réduire la vitesse en rampe dans le rapport des diamètres des roues, on aura toujours ainsi la même consommation de vapeur : et d’autre part rien ne s’oppose à ce que la chaudière conserve la même production de vapeur, car on a reconnu actuellement par l’expérience, dans la plupart des Compagnies de chemins de fer, que la vitesse de marche était sans influence sur la vaporisation, et qu’on pouvait admettre les mêmes chiffres sur les machines à voyageurs que sur celles à marchandises.
- Les difficultés d’exécution qu’on rencontrera sur la machine tiendront plutôt à l’installation des doubles roues qui réduisent l’espace déjà bien restreint dont on dispose, et à l’obligation de renforcer toutes les pièces du mécanisme qui se trouveront soumises à une grande fatigue.
- L’installation de la voie auxiliaire sera aussi particulièrement délicate, car les rails ne pourront
- être soutenues par le ballast dans les conditions ordinaires puisqu’il faut laisser une ornière pour la voie normale, et il sera à craindre que cette voie ne soit pas en état dans ces conditions, de supporter les chocs nombreux quelle devra subir.
- Enfin, et c’est là peut-être l’objection la plus grave, l'entrée sur cette voie auxiliaire sera bien dangereuse, il faudra probablement ménager une espèce de plan incliné, mobile peut-être autour d’une charnière et supporté par des ressorts, grâce auquel les roues auxiliaires entreront graduellement en prise ; on imitera en un mot les dispositions appliquées déjà sur la ligne de Rorschach-Heiden pour faciliter l’entrée sur la crémaillère aux locomotives mixtes venant de la voie lisse, dispositions que nous avons décrites déjà précédemment. Ici cependant la difficulté sera beaucoup plus grave, car il y aura un moment critique où la machine reposera à la fois par des petites roues sur la voie surélevée, et par des grandes roues sur la voie normale. Gomme ces roues seront accouplées et qu’elles ont des diamètres différents, il devra se produire des efforts de glissement qui tordront les bielles et pourront en amener la rupture.
- Toutefois, c’est là une difficulté qu'on pourra apprécier seulement en pratique, et il paraît désirable néanmoins que cette disposition ingénieuse et susceptible de donner des résultats très importants si elle réussissait, trouve une application sur quelque ligne secondaire en construction, ce qui permettrait de la voir à l’œuvre et de la juger en connaissance de cause.
- L. B.
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- PILE DE SIR W. THOMSON
- C'est pour répondre à un désir souvent exprimé par nos lecteurs que nous allons donner la description aussi exacte et aussi complète que possible, de la pile de sir W. Thomson, employée avec succès pour la mise en action du siphon-recorder et utilisée dans un certain nombre de cas où l’on a besoin d’un courant énergique et constant.
- La pile Thomson, sous les deux formes que nous allons faire connaître, dérive de la pile Daniell, avec la disposition qui consiste à séparer les liquides en mettant à profit leur différence de densités, disposition employée presque simultanément en France, par M. Callaud, et en Allemagne, par Meidinger.
- Décrivons d’abord, d’après Clerk-Maxwell, l’élément de démonstration. Chaque élément se compose d’une plaque de cuivre (fig. 1) placée au fond d’un vase cylindrique en verre et d’une lame de zinc en forme de gril placée à la partie supérieure, près de la surface de la solution. Un tube de verre est placé verticalement dans la solution, son extrémité inférieure reposant sur la plaque de cuivre. On verse dans ce tube des cristaux de sulfate de cuivre qui se dissolvent dans le liquide et forment une
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- solution de densité plus grande que celle du sulfate de zinc seul, et qui, par suite, ne peut arriver au zinc que par diffusion. Pour retarder ce phénomène de diffusion, un siphon formé d’un tube de verre rempli par une mèche de coton est placé, l’un des bouts à mi-distance du zinc et du cuivre, l’autre bout dans un vase extérieur à l’élément, de sorte que le liquide est aspiré lentement à peu près vers le milieu de sa hauteur. On remplace le liquide en ajoutant par le haut de l’eau ou une dissolution faible de sullate de zinc.
- La plus grande partie du sulfate de cuivre qui s’élève à travers le liquide par diffusion est enlevée par le siphon avant d’atteindre la plaque de zinc qui se trouve entourée d’un liquide à peu près pur de sulfate de cuivre et animé d’un mouvement très lent de haut en bas qui retarde encore le mouvement du sulfate de cuivre en sens inverse.
- Ce renouvellement du liquide est d’autant plus nécessaire que la solution saturée de sulfate de cuivre a pour densité 1,166 et celle du sulfate de zinc 1,445; il y aurait donc mélange par inversion des densités si on laissait la solution de sullate de zinc atteindre une trop grande saturation : le siphon s’oppose à ce phénomène en aspirant le liquide dans la partie où ce mélange tend à s’opérer.
- L’action chimi -que qui produit le courant est identique à celle de l’élément Da-niell.
- Dans l’application, cette pile est considérablement modifiée dans sa forme et ses dispositions. Chaque élément se compose (fig. 2) d’une auge plate en bois en forme de trémie d’environ 50 centimètres de côté, doublée intérieurement d’une feuille de plomb qui assure l’étanchéité. Le fond de cette auge est garni d’une feuille de cuivre et au-dessus se trouve une grille en zinc formée de barreaux rapprochés qui permettent la circulation du liquide. Cette grille porte un rebord relevé qui sert à supporter un second élément identique qu’on superpose au premier, et ainsi de suite, en empilant ainsi jusqu’à dix éléments pour former des séries montées en tension, le poids des éléments suffit pour assurer un bon contact entre le zinc et
- la lame de cuivre de l’élément placé au-dessus, contact établi à l’aide d’une bande de cuivre découpée dans la feuille même et repliée par-dessous l’auge en bois.
- A cause de la grande dimension des éléments et du rapprochement des deux lames, on obtient une pile dont la résistance intérieure est très faible, elle est toujours inférieure à un dixième d’ohm lorsque la pile est en bon état, sa force électro-motrice est celle de l’élément Danicll, 1,08 volt environ.
- On garnit quelquefois le zinc d’une feuille de parchemin qui s’oppose plus vivement au mélange des
- liquides et au dépôt du cuivre sur le zinc, mais cette précaution n’est pas indispensable si l’on a bien soin d’entretenir la pile en retirant chaque jour de la solution de sulfate de zinc et en rajoutant du sulfate de cuivre en cristaux. Si la pile doit rester quelque temps sans emploi, il vaut mieux la mettre en court circuit pour consommer tout le sulfate de cuivre, ce qui se reconnaît par la disparition de la couleur bleue. En service courant, au contraire, la disparition de cette couleur bleue indique l’insuffisance de cristaux de sulfate de cuivre,
- et celte disparition est suivie d’un affaiblissement considérable des effets de la pile.
- Lagrandepuis-sance de cette pile et la constance de ses effets, lorsqu’elle est bien entretenue, constituent des qualités indispensables pour le bon fonctionnement du siphon-reeorder, application pour laquelle elle a été d’ailleurs plus spécialement étudiée.
- Cette pile, désignée aussi sous le nom de Trays, a été essayée dans quelques circonstances pour faire de la lumière électrique ou charger des accumulateurs; ce sont là des expériences curieuses mais sans aucun intérêt économique, eu égard à l’énorme consommation de sulfate de cuivre de la pile pendant le travail. Son emploi n’est véritablement utile que dans le cas où il est nécessaire d’avoir, avant tout, un courant énergique et rigoureusement con-slant.
- --o<£o—
- Fi<r. 1. — Pile de sir W. Thomson. Modèle de démonstration.
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- LA NOUVELLE COMÈTE
- OBSERVÉE EN SEPTEMBRE 1882
- Nous avons déjà signalé à nos lecteurs l’apparition dans le ciel de cette nouvelle comète entrevue dans le Midi le 18 septembre 1882. C’est la troisième de l’année. On en a vu passer sept en 1881.
- La comète de septembre 1882 a déjà fui loin de la terre, mais elle a été observée, et nous enregistrerons ici le résumé des observations auxquelles l’astre a donné lieu.
- MM. Thollon et. Gouy ont envoyé à 1 Académie des Sciences une note sur la nouvelle comète dont ils ont pu étudier le spectre.
- « Le 18 septembre, à midi, disent les savants astronomes, en masquant le Soleil par un écran et en examinant son voisinage pour constater la pureté de l’atmosphère au mont Gros, nous vîmes avec surprise une belle comète tout près du Soleil. Ne disposant d’aucun instrument de position, nous nous sommes attachés, ce jour-là et les jours suivants, à étudier les caractères physiques de cet astre. »
- Les raies brillantes du sodium étaient données par le noyau et par les parties voisines.
- « Aucune partie de la comète, ajoutent MM. Thollon et Gouy, ne nous a montré les bandes du carbone ni aucune bande ou raie autre que celle du sodium, peut-être à cause de la lumière d ffuse qui aurait pu masquer des bandes de faible éclat.
- « Le 19 au matin, nous avons revu la comète. Sa forme générale était plus allongée, le noyau plus petit et tout aussi brillant que lâ veille, la queue plus longue et toujours directement opposée au Soleil. La distance au Soleil a paru doublée, toujours du côté de l’Ouest. Le ciel, déjà un peu voilé, s’étant bientôt couvert, nous n'avons pas fait d’autre observation.
- « Le 20, ciel couvert. Le 21 au matin, la comète était devenue invisible à l’œil nu; elle a été trouvée avec un chercheur. Elle offrait toujours le même aspect, mais semblait rapetissée, et son éclat était très amoindri. Vu la faible lumière de l’astre et l’état du ciel, nous avons jugé impossible de faire des observations spectroscopiques.
- '( La singulière analogie qui existe entre le spectre de cette comète et celui de la comète de Wells, observée il y a quelques mois, paraîtra sans doute d’autant plus remarquable que les comètes précédentes n’avaient jamais montré les raies du sodium. » Notre ami et collaborateur C. Flammarion a reçu au sujet de cette comète un certain nombre de dépêches d’Espagne, de Portugal, d’Italie et d’Algérie, qu’il a communiquées à l’Académie des Sciences et qu’il a publiées dans son intéressant journal l'Astronomie. Ces dépêches l’informaient que le dimanche 17 septembre, à partir de 1011 du matin, le lundi 18 et mardi 19, une comète très brillante avait été observée à l’Ouest du Soleil. Elle était visible à l’œil nu en plein midi. La distance a été estimée le 17 à 1°,5, le 18 à 3° et le 19 à 6°. Pendant ces trois jours, elle est restée dans la direction
- ouest du Soleil. On distinguait une queue dirigée à l’opposite du Soleil.
- Le 25 septembre, la comète a été observée en Italie par M. Toschi. « Elle plane, dit l’observateur, dans la constellation de la Vierge. La longueur de la queue égale la distance de Si-rius et x d’Orion.
- Pendant que le ciel était couvert à Paris, notre confrère M. de Fonvielle a eu l’heureuse idée de lancer au-dessus des nuages, un aérostat monté par M. Maurice Mallet, qui a percé la nuée, et a pu observer à 11 heures la comète sous un ciel bleu, dépourvu de nuages, et resplendissant.
- « La sphère cométaire était pénétrée par un cône isocèle, symétriquement placé sur la ligne des centres, pénétrant jusqu’aux trois quarts de son plan méridien vertical. La longueur de l’apothème de ce cône était environ un rayon solaire, et la surface lumineuse s’estompait pour ainsi dire sur le bleu du ciel, avec lequel elle se confondait. Le diamètre de la base du cône était moitié de sa hauteur. » La comète de septembre 1882 a été remarquable par son éclat; elle était si brillante qu’elle éclatait à tous les yeux en plein midi et à 3° seulement du Soleil (ou six fois la largeur de son disque). « C’est là, dit Flammarion dans Y Astronomie, un fait auquel nos aïeux classiques se refusaient à croire, quoique l’histoire en possède plusieurs exemples. Mais ces exemples sont rares. Nous ne connaissons que dix comètes qui aient été vues pendant le jour par des observateurs dignes de foi. Ces astres mémorables
- La comète vue lu 18 septembre en plein midi, à côté du Soleil. (D’après un croquis envoyé d'Espagne par M. Landerer.)
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- LA NATURE
- sont: la comète de l’an 45 avant Jésus-Christ, prise par les Romains pour l’àme de César, tombé peu de temps auparavant sous les poignards de Rrutus et de Cassius; celle du siège de Jérusalem, en l’an 70 ; les deux comètes en l’an 1 402; celles des années 1552, 1577, 1618 et 1744, et celle de 1845, qui est passé si près du Soleil, qu’elle a traversé ses llammes supérieures avec la vitesse inimaginable de 550000 mètres par seconde! Le 28 lévrier 1845, son apparition soudaine près du Soleil avait stupéfié tous les observateurs, comme celle-ci vient de le faire ces jours derniers. La comète actuelle est la dixième. »
- CHRONIQUE
- Découverte d’une ville gallo-romaine. —
- M. Lisch, inspecteur des monuments historiques, vient de découvrir toute une ville gallo-romaine, près de Poitiers. Il annonce, en ces termes, sa découverte à l’un de ses amis : « Je viens de voir, dans ma dernière tournée, des trouvailles magnifiques : c’est une ville entière gallo-romaine, que l’on a découverte aux environs de Poitiers. Elle renferme : un temple de 70 mètres de façade, sur 114 de longueur ; un établissement thermal, qui couvre 2 hectares, et qui possède encore ses piscines, ses hypo-caustes, ses canaux, ses dallages, etc. ; un théâtre, dont la scène a 99 mètres de large, avec son enceinte de gradins, ses vomitoires, etc. ; enfin, des rues entières ; en tout, près de 7 hectares de constructions et ce n’est pas fini de fouiller. C’est un petit Pompéi au centre de la France. Je ne vous parle pas des sculptures, qui sont du meilleur style, et doivent dater du deuxième siècle; enfin, d’une quantité d’objet de fer, de bronze, de terre, etc. C’est merveilleux ! Notre directeur des beaux-arts, M. Mantz, a été émerveillé de cette découverte, et pense, comme moi, qu’il faut arriver à la conserver. »
- L,e bois de paille. — A propos de l’incendie récent d’une usine montée pour la fabrication du bois de paille, en Amérique, VAmerican Architect entre dans de curieux détails sur les propriétés, l’importance et l’avenir de ce nouveau produit qui soutient la concurrence dans le Nouveau Monde avec le pin et le noyer. On le livre principalement au commerce sous forme de planches de 0m,8ü de largeur, 3m,70 de longeur et O™,01 à 0m,ü5 d’épaisseur. 11 peut se refendre à la scie à main ou à la scie mécanique et recevoir des moulures, des clous et des vis aussi bien que le chêne : il est parfaitement susceptible d’étre peint, verni et poli. Sa structure même le rend difficilement combustible. Le bois de paille n’est pas autre chose, en somme, qu’une série de feuilles de fort carton réunies en nombre voulu pour atteindre l’épaisseur demandée au moyen d’un ciment imperméable à l’eau, puis moulées sous pression en forme de planches. Son avenir est considérable : il faut en effet 200 ans pour obtenir des arbres susceptibles de fournir des planches de 0m,80 de largeur et, le déboisement aidant, il est à prévoir qu’une époque viendra où il sera difficile de s’en procurer. La paille, au contraire, se produit en une année, et en proportions presque aussi considérables qu’on peut le désirer. Dans les immenses plaines de l’Amérique, cultivées en céréales, on l’abandonne la plupart du temps sur le sol après la moisson, 11 existe certaines moissonneuses ayant figuré à
- l’Exposition de Philadelphie et combinées de façon à couper seulement les épis : c’est donc une matière première n’ayant pour valeur que son transport dont on disposera le jour où l’industrie du bois de paille prendra l’extension il laquelle elle paraît devoir être appelée. (Génie Civil).
- Nouvelle machine dynamo-électrique de Sir W. Thomson et M. Ferrant!. — On se préoccupe beaucoup en ce moment en Angleterre d’une nouvelle machine dynamo-électrique récemment inventée, construite et expérimentée avec grand succès par Sir William Thomson, le célèbre physicien anglais, et M. Ferranti. Les perfectionnements dont les machines actuelles sont susceptibles portent sur deux points très importants et d’une nature toute différente. Le premier point est relatif au rendement, c’est-à-dire au rapport entre le travail mécanique réellement dépensé sur l’arbre de la machine et l’énergie électrique disponible dans le circuit extérieur. Il y a peu de progrès à attendre dans cette voie; les bonnes machines fournissent actuellement un rendement de 70 à 80 pour 100, et l’on ne peut guère espérer comme limite pratique, dépasser ou seulement atteindre le chiffre de 90 pour 100. Un second point d’une importance industrielle considérable est le suivant : produire une somme d’énergie électrique donnée, avec une machine aussi peu lourde, aussi peu encombrante et aussi peu coûteuse que possible : c’est dans cette voie que la machine Thomson-Ferranti réaliserait, si l’on en croit les on-dit, un progrès considérable et serait à la veille de produire une révolution dans l’industrie des générateurs mécaniques d’électricité. La machine Ferrand-Thomson coûterait, à puissance égale, environ cinq fois moins que les machines actuelles, son poids et ses dimensions seraient par suite diminués dans des proportions équivalentes. A défaut de renseignements sur la construction et les principes de cette machine, nous ne pouvons qu’enregistrer ce bruit dont l’importance sera capitale, si le fait est exact, pour le développement des applications de l’électricité, sans nous départir de la sage réserve gardée par notre excellent confrère de Londres YElectrical review.
- La Société d'Horticulture a ouvert cette semaine, au Palais de l’Industrie, une exposition de fruits des plus remarquables.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 octobre 1882. — Présidence de M. Blanchard,
- Le microbe des nitrates. — On sait depuis les recherches de M. Muntz qu’un microbe est capable de faire éprouver aux substances ammoniacales une véritable fermentation dans les produits de laquelle figurent des nitrates. Aujourd’hui, M. Gayon, de la Faculté des Sciences de Bordeaux, signale un microbe dont les propriétés sont absolument inverses. 11 s’attaque aux nitrates et en dégage, suivant les circonstances, de l’acide azoteux, du bioxyde d’azote, du protoxyde d’azote ou même de l’azote pur. L’auteur attribue au protoorganisme qu’il vient de découvrir, les vapeurs rutilantes qui se dégagent si souvent et toujours d’une manière inopinée, des cuves où est accumulé le jus de betteraves, — jus riche en nitrates, comme on sait.
- Effondrement d'une théorie. — Il s’agit de la récente
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- théorie du soleil présentée par M. Siemens et qui, accueillie favorablement par beaucoup de personnes incompétentes, était en train de faire son petit chemin de par le monde. C’est M. Faye qui en fait justice aujourd’hui en peu de mots écoutés avec le plus vif intérêt par tout le monde. On sait le point de départ de M. Siemens ; il est bien éloigné, en apparence, du point d’arrivée, car il consiste en considérations sur la production des combustibles dans le tissu des végétaux sous l'influence de la lumière solaire et par l’intermédiaire de la chlorophylle.
- L’auteur s’est demandé si on ne pourrait pas faire le synthèse des matières végétales sans le concours de la substance verte, et il y est paraît-il arrivé en soumettant à l’action solaire des vases où se trouvaient des mélanges d’azote, de vapeur d’eau et d’acide carbonique ii un état de raréfaction prodigieux : 1/2000° de millimètre de pression. Le résultat est bien intéressant s’il se confirme, mais le prenant comme base, M. Siemens admet que l’espace interplanétaire est plein de ce même mélange gazeux sur lequel il a opéré et que le soleil y réalise sans cesse la même synthèse que dans son récipient. Ceci posé, si par un procédé quelconque ressemblant au ventilateur d’une forge, cette matière combustible ainsi engendrée, peut être attirée vers le soleil, elle s’y brûlera en dégageant la lumière et la chaleur qui sont caractéristiques de notre astre central.
- Malheureusement pour le système, l’astronomie ne peut admettre l’existence de ce. milieu résistant dans les espaces interplanétaires. On sait l’influence accélératrice de l’air sur les boulets de canon qui le traversent. Ces boulets ne traversent pas 500 mètres à la seconde ; pour les corps sidéraux qui font 60 kilomètres et plus dans le même temps, l’effet devient très sensible et cependant, même pour des corps aussi peu volumineux que les étoiles filantes, on constate que depuis des siècles ^gràce aux observations des Chinois) leur vitesse est invariable, puisque l’époque de leur apparition périodique n’a pas changé.
- En outre, M. Faye a été curieux de voir la masse de matière nécessaire pour remplir l’espace de la substance raréfiée dont parle M. Siemens. Le résultat de son calcul, restreint à la sphère limitée par l’orbite de Neptune, est que celte quantité de matière, dont l’astronomie mathématique ne s’était pas doutée, représente 120 000 fois celle de notre soleil ? L’auteur de la théorie n’avait pas songé à cet argument absolument décisif.
- Les prototypes métriques. — Le Comité international des poids et mesures qui se réunit tous les ans à Paris vient de terminer sa session de 1882. 11 a arrêté d’une manière provisoire, c’est-à-dire jusqu’à la sanction de la conférence annoncée pour 1884, les prototypes du mètre et du kilogramme et leur a fait subir des comparaisons minutieuses avec les étalons des archives. La précision du kilogramme est absolue à 1/100 de milligramme près; celle du mètre à 1/10 de millimètre.
- L'aurore boréale. — Beaucoup de lettres sont relatives à la belle aurore boréale du 2 octobre. La plus importante signale les perturbations magnétiques observées à Montsouris au moment du phénomène et qui ont atteint 42', c’est-à-dire cinq ou six fois la valeur de la variation diurne de la boussole.
- Plore parisienne. — On apprendra avec une vive satisfaction la mise en vente de la deuxième édition de VAtlas de là flore des environs de Paris, par MM. Cusson
- et Germain de Saint-Pierre. Ce magnifique ouvrage, édité par G. Masson, présente en 47 planches dessinées d’une manière irréprochable par des artistes de premier ordre, les caractères comparatifs les plus minutieux à observer des plantes dont la détermination est difficile. C’est le complément nécessaire de toutes les bibliothèques botaniques et le succès de Y Atlas est certainement assuré.
- Varia. — A propos de la transmission de la force par le télégraphe dans l’expérience de M. Marcel Iieprez, signalée au précédent numéro, M. Bertrand fait remarquer que le rendement obtenu, égal à 60 pour 100 du travail dépensé, dépasse les prévisions de la théorie et lui inflige, par conséquent, un échec. Si la théorie était juste, c’est seulement 50 pour 100 qu’on aurait dû avoir. — M. Mau-mené s’occupe de la production du phosphore noir. — La comète Cruls a été observée à Marseille par M. Borelly.
- S. Meunier.
- LE PL AGIOS COP E1
- PROJET D'UN APPAREIL RÉCRÉATIF PRODUISANT l’illusion DU RENVERSEMENT
- Lorsqu'un homme court rapidement sur la piste d’un cirque, il est sollicité par son propre poids et par la force centrifuge qui tend à le renverser en dehors de la piste.
- Pour résister à cette dernière action, on le voit se pencher instinctivement vers le centre du cirque, afin que la résultante passe constamment entre ses pieds, et lui conserve l’équilibre.
- Cet homme sait qu’il se meut obliquement par rapport à la verticale, car cette position lui est indispensable pour se soustraire à une influence qu’il connaît, et qui résulte de son propre mouvement.
- Supposons maintenant ce même homme installé dans une chambre circulaire, fermée de toutes parts, et ne recevant qu’une lumière tamisée afin de ne rien voir des objets extérieurs.
- Admettons en outre, que cette chambre, dont le plancher est parfaitement horizontal, soit montée à son centre sur un pivot, de façon à pouvoir tourner tout d’une pièce autour de son axe vertical, et d’un mouvement aussi doux que possible.
- Cet homme étant placé en un point du plancher près de la circonférence, faisons tourner l’appareil très doucement d’abord, et en augmentant progressivement la vitesse.
- L’homme participe nécessairement au mouvement de rotation, mais il ne peut avoir conscience de ce mouvement puisqu’il n’a pour le juger aucun point extérieur de comparaison.
- 11 n’en est pas moins sous l'influence de la force centrifuge que tend à le rejeter contre la paroi de la chambre, il est donc évident, que tout en restant sur le même point du plancher, il est obligé au fur
- 1 Un de nos lecteurs, M. E. Joyeux, nous a communiqué le curieux projet que l’on va lire. Quoiqu’il ne nous paraisse pas certain que l’illusion annoncée se produise, nous croyons devoir le publier comme une curiosité attrayante. G. T.
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- LA N AT ü UE.
- et à mesure que la force centrifuge se développe, de s’incliner du côté de l’axe, afin d’amener, comme dans le cirque, son centre de gravité sur la résultante passant par ses pieds, condition essentielle pour qu’il soit en équilibre.
- Mais, comment cet homme qui se croit immobile et vertical, puisqu’il se sent constamment en équilibre, peut-il admettre qu’il est oblique par rapport à la verticale?
- Il constate bien qu’il n’est plus perpendiculaire au plancher, car il est obligé de fléchir la jambe du côté du centre, et il voit que les angles qu’il forme avec le plancher ne sont plus égaux; mais dans Y ignorance de son mouvement de rotation il se croira dans une position inclinée.
- Il s’imaginera donc (pie c’est, toute la chambre
- (plancher, muraille, toiture, etc.) qui s’est déplacée d’un bloc, en montant d’un côté et descendant de l’autre.
- Si le mouvement de rotation est tel que l'homme soit obligé de s'incliner sous un angle de 45°, c’est sous ce même angle qu’il lui semblera voir le plancher de la chambre, et une personne placée à l’opposé sur le mémo diamètre que lui et à la même distance du centre, lui apparaîtra absolument horizontale, car cette personne se tiendra forcément, elle aussi, sous un angle de 45°.
- Si maintenant cet homme vient à se déplacer sur le plancher, au for et à mesure qu’il avance vers le centre, son inclinaison diminuera avec la forcceentrifuge. Au centre même, où elle est complètement nulle, le plancher lui apparaît parfaitement, horizontal.
- Si nous supposons d’autres personnes dans la chambre, c’est de ce point seul qu’il peut les voir dans leurs positions réelles ; c’est-à-dire suivant les véritables inclinaisons que leur fait prendre la force centrifuge selon les places qu’elles occupent.
- Il est à remarquer que les inclinaisons de toutes ces personnes, quelles que soient leurs places, convergent vers un même point de l’axe de rotation. Ce point descend ou monte selon que la vitesse augmente ou diminue. Si au lieu de s’approcher du centre, notre homme suit la circonférence, le spectacle devient encore plus curieux.
- Il lui semble que le plancher est la base d’un cône couché sur un cercle horizontal, le sommet au centre, et que ce cône roule sous ses pieds à mesure qu’il avance, de manière à le laisser constamment au point le plus bas.
- La figure ci-dessus représente le plagioscope
- (du grec je vois de travers) tel que nous le concevons en pratique. Le plancher au lieu d’être horizontal, comme nous l’avons supposé théoriquement, serait incliné comme le fait voir la coupe de l’appareil, cela faciliterait la position des personnes ; un mécanisme à vapeur ferait tourner la chambre circulaire autour de son axe. D’après ce que nous avons dit, les personnes qui se trouveraient dans cette chambre en rotation, seraient toutes inclinées pour garder l’équilibre, et chacune d’elles verrait, selon nous son vis-à-vis, comme s’il était horizontal par rapport à elle-même. L’illusion serait extraordinaire.
- E. Joyeux.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N* 490. — 21 OCTOBRE 1882.
- LA NATURE.
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- LA NAVIGATION ÉLECTRIQUE
- La propulsion des bateaux à l’aide de l’électricité n’est pas une idée nouvelle. L’invention de l’électro-aimant a montré la possibilité de produire un travail mécanique à l’aide d’un courant électrique.
- Ce n’était pas chose difficile pour les électriciens d’il y a cinquante ans d’utiliser la force d’un électro-aimant à actionner des petits moteurs électro-magnétiques ; les premières tentatives de Salvator Del Negro, Henry, Ritchic et Page ont produit un groupe d'électro-moteurs auxquels il ne manquait qu’une source électrique économique pour recevoir un grand nombre d’applications utiles. Il n’a pas fallu de grands efforts pour comprendre que si l’on pouvait disposer sur un bateau une batterie assez puissante, il serait possible
- d’alimenter un moteur qui produirait la propulsion de ce bateau. Cette idée— une des premières parmi les applications si nombreuses des électro-aimants — fut réalisée pour la première fois par le professeur Jacobi, de Saint-Pétersbourg, qui, en 1838, construisit un bateau électrique. La figure 1, reproduite d’après le Lehr-buch der Technischen Physik de Hessler, représente le primitif moteur électrique imaginé par Jacobi pour actionner son bateau. Deux séries d’électro-aimants en fer à cheval étaient fixés sur une solide charpente en bois ; entre ces électro-aimants, fixée sur un arbre, se trouvait une charpente en forme de roue portant une série d’élcctro-aimants droits.
- A l’aide d’un commutateur tournant formé d’une série de roues dentées, le courant changeait de sens à intervalles réguliers, les électro-aimants mobiles étaient d’abord attirés puis repoussés, ce
- Fig. 2. — Nouveau bateau électrique expérimenté sur la Tamise, à Londres, le 28 septembre 1882.
- qui produisait un mouvement de rotation continu.
- Cette machine était d’abord actionnée par une pile Daniell de 320 couples, formée de plaques de zinc et de cuivre, de 36 pouces carrés chacune, excitées par une solution d’acide sulfurique et de sulfate de cuivre. Cette pile ne put fournir une vitesse supérieure à 1 mille 1/4 par heure (2300 mètres).
- L’année suivante, en 1839, on remplaça les piles tO* année. — 2*. semestre.
- Daniell par 64 éléments de Grove dont la lame de platine avait 36 pouces carrés de surface. Le bateau, qui avait 28 pieds de long, 7 1 /2 de large et 3 pieds de tirant d’eau, navigua sur la Néva, chargé de quatorze personnes, à une vitesse de 2 milles 1/4 par heure (4170 mètres).
- i-Une seconde tentative de navigation a été faite sur une plus petite échelle, il y a environ deux ans,
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- LA NATURE
- par M. G. Trouvé, le fabricant d’appareils électriques bien connu ; il construisit une petite yole dans laquelle il plaça un de ses petits moteurs, et l’actionna par une batterie d’accumulateurs Planté chargés d’avance1.
- La Neva et la Seine ayant été respectivement le théâtre de la première et de la seconde tentative de navigation électrique,il était juste que la Tamise
- servit de scène à la troisième tentative, la plus récente.
- Le canot électrique Electricity, dont le voyage d’essai a eu lieu sur la Tamise le 28 septembre 1882, constitue sans contredit un grand progrès sur ce qui a été fait jusqu’ici. Le bateau, aménagé et construit par M. A. Reckenzaun, ingénieur mécanicien de YElectrical Power Storage Company, de
- Fig. 5 et 4. — Coupe longitudinale et plan du bateau Electricity. — B, B, B... Batterie d’accumulateurs.
- Millvvall, est tout en fer; sa longueur est presque la même que celle du bateau en bois de Jacobi. Il peut recevoir douze personnes, bien qu’il n’y en ait eu que quatre à bord pendant les expériences. L’hélice est calculée pour tourner à 350 tours, les deux moteurs Siemens qui l’actionnent en faisant 950.
- Les accumulateurs pèsent 1 tonne 1/4 (1270 kilogrammes) et sont calculés pour fournir le courant nécessaire à un travail continu de sept à huit heures.
- Ayant fait partie des quatre privilégiés du premier voyage sur la Tamise sur un bateau mu par l’électricité, il me paraît que quelques détails sur cette dernière manifestation des applications de la science électrique, ne seront pas sans offrir quelque intérêt.
- A trois heures et demie de l’après-midi, le 28 septembre, je me trouvai à bord du petit navire Electricity, amarré sur le quai des ateliers de Electrical Power Storage Company, à Millwall. Sans l’absence de vapeur et de machine à vapeur, la petite embarcation aurait pu s’appeler un canot à vapeur.
- 1 Les expériences de M. G. Trouvé ont éîc faites avec scs piles au bichromate de potasse et non pas avec des accumulateurs, comme semble le croire M. S. Thomson.
- La Rédaction.
- Elle a 25 pieds de longueur, 5 pieds au bau, 2 pieds de tirant d’eau et une hélice de 22 pouces. Sous le plancher et sous les sièges, à l’avant et à l’arrière, se trouvaient quarante-cinq boîtes mystérieuses chargées à l’avance d’électricité fournie par les machines dynamoélectriques des ateliers et calculées pour fournir un travail de 4 chevaux pendant six heures. Ces accumulateurs étaient en communication avec deux machines dynamo-électriques Siemens du type 1)’’ munies d’inverseurs et de régulateurs, pour actionner l’hélice à vojonté dans les deux sens.
- On peut placer en circuit l’un quelconque de ces moteurs ou tous les deux à la fois.
- Le service des machines était confié à M. Gustave Philippart jeune, qui a collaboré, avec M. Volckmar, à l’établissement du canot électrique.
- M. Volckmar et un ingénieur complétaient avec l’écrivain, les quatre personnes qui ont fait le voyage d’essai.
- Après quelques évolutions sur le fleuve, pour essayer les facilités du moteur pour aller en avant, ralentir, aller en arrière, nous avons marché, le* long de la rive sud, à une vitesse d’environ 8 milles à l’heure contre le courant. A 4h37m nous avons atteint London Bridge, où une longue ligne de curieux échelonnés sur le parapet regardaient cette étrange
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- LA NA
- embarcation qui sans vapeur, sans force visible — et même sans timonnier visible, — suivait son chemin contre le vent et le courant.
- En descendant le courant, nous avons regagné le quai de Milwall à 5,l 1m, terminant ainsi en 24 minutes le premier voyage du canot Electricity.
- Nous ajouterons, pour les électriciens, que la force électromotrice totale des accumulateurs était de 96 volts et que pendant la marche, le courant a été maintenu d’une manière très constante à une intensité de 24 ampères dans chaque machine. Le calcul montre que ces conditions correspondent à une dépense d’énergie électrique de 5,1 chevaux-vapeur.
- La figure 2 montre une vue générale d’ensemble du canot électrique, les figures 5, 4 et 5 sont des coupes et plan qui en montrent les dispositions.
- Les accumulateurs sont arrimés aussi bas que possible et constituent un lest parfait.
- Les deux machines Siemens sont reliées par des courroies à un arbre de transmission placé au-dessus et disposé avec un embrayage à friction qui permet de le mettre en prise avec les machines dynamo-électriques ou de le retirer à volonté.
- Une troisième courroie actionne l’arbre de l’hélice. Chacun des moteurs dynamo-électriques est muni de deux paires de balais disposés en regard du collecteur, une paire est destinée à la marche en avant, l’autre paire à la marche en arrière. Le succès de cette petite embarcation est hors de question : il serait prématuré de parler de ses avantages économiques.
- 11 n’en est pas moins établi, ce qui est un grand avantage pour la navigation électrique, que la machinerie électrique est à la fois plus légère et plus compacte que la machinerie à vapeur d’une puissance correspondante, que le bruit et les vibrations sont réduits dans de grandes proportions, et qu’enfin elle supprime complètement tous les inconvénients de la fumée, inconvénients qui paraissent inséparables de la navigation à vapeur1.
- Sïlvanüs P. Thomson.
- Nous compléterons les renseignements fournis par l’article qu’on vient de lire en empruntant quelques nouveaux détails à n«tre excellent confrère Engineering.
- Les accumulateurs sont ceux de MM. Sellon et Volckmar, modification de ceux dé Planté et de Faure, d’une fabrication compacte spécialement étudiée pour la navigation électrique. Chaque élément renferme quarante plaques et pçse près de 40 livres anglaises. Ils ont 10 pouces (25 centimètres) de côté et 8 pouces (20 centimètres) de hauteur. Il y a place dans le canot pour cinquante-quatre éléments de ce modèle, mais on n’en a emporté que quarante-cinq pour le premier voyage.
- Ces accumulateurs peuvent fournir plus de 30 ampères pendant neuf heures, ce qui correspondrait, pour les quarante-cinq accumulateurs, à une énergie électrique totale — circuit extérieur et circuit intérieur — de 36 chevaux-heure, sur lesquels il sera possible d’en obtenir de 20 à 24, soit, comme le dit M, Sylvanus Thomson dans son article, environ 4 chevaux pendant six heures.
- 1 Naluref de Londres.
- TUIIE.
- LES CHEMINS DE FER AUX ÉTATS-UNIS
- Il a été construit en 1881, aux États-Unis, 9358 milles de voies ferrées; jusqu’alors, on n’avait pas dépassé 7579 milles en un an, en 1871 ; c’est donc une augmentation de 28 pour 100 environ. En évaluant la dépense à 25000 dollars par mille, on arrive à un total de 233 750 000 dollars, auquel il faut ajouter 175 millions de dollars pour les lignes inachevées et l’amélioration des lignes existantes, soit plus de 400 millions de dollars ou 2 milliards de francs absorbés en un seul exercice par les chemins de fei. Il est probable que l’année présente, ne sera pas moins remarquable à cet égard; car, au lor juin, on comptait déjà 3677 milles de voies nouvellement construites, et le chiffre de 10000 milles sera probablement atteint ou peu s’en faut. Au 1er janvier 1882, il y avait en exploitation, aux États-Unis, 104 813 milles de chemins de fer (plus de 166000 kilomètres),
- UN MONSTRE-DOUBLE
- Genève, 11 septembre 1882.
- Mon cher Tissandier,
- Je vous envoie deux photographies dont la reproduction pourra, je pense, inte'resser les lecteurs de La Nature. Le monstre double qu’elles représentent (lig. 1 et 2) n’a rien de commun avec les femmes à deux et trois têtes dont un de vos derniers numéros
- Fig. 1. — Monstre double vivant. ~(D*après une photographie.)
- racontait la curieuse histoire1. C’est un monstre vrai. 11 est vivant et âgé de cinq ans.
- Il a, comme le montrent les photographies, deux têtes, quatre bras, deux thorax, un abdomen, un bassin, deux membres inférieurs. Plus rapidement; il est double au-dessus de l’ombilic, simple au-dessous. La fusion des deux corps commence à la sixième côte. L’examen direct, et ce qu’on sait des monstres semblables déjà observés, permettent de déclarer que les organes internes sont doubles jus-
- 1 Voy. n° 484 du 9 septembre 1882, p. 237.
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- LA NATURE.
- qu’à la partie de l’intestin qui correspond à la région, où s’insérait chez le fœtus la vésicule ombilicale. H y a donc quatre poumons, deux cœurs, deux estomacs ; l’intestin grêle est double à son début, simple dans sa plus grande partie Au delà, tout devient unique dans les viscères abdominaux et pelviens, comme dans l’apparence extérieure.
- Apparence est bien le mot, car en réalité il y a là deux individus absolument distincts. En haut, cela est très clair. En bas, on en trouve la preuve (en outre des considérations anatomiques) dans ce fait que la jambe de droite obéit seulement à l’individu de droite, lequel seul en ressent les pincements, et réciproquement. I)e même, la sensibilité de chaque moitié du corps est en rapport exclusif avec la tète du même coté.
- Ces deux individus, nés auprès de Tui in en 1877, ont été baptisés doublement sous les noms de Jean (celui de droite) et Jacques. Ils sont également développés aux points de vue physique (sauf un léger pied-bot à la jambe de Jacques) et intellectuel et se ressemblent beaucoup. Leur intelligence est normale ; ils répondent aux questions des visiteurs, en français, en italien et en allemand. Us paraissent doux et aimants, quoique enfants gâtés, et jouent continuellement ensemble, couchés sur des coussins, ou étendus sur les genoux de l’individu qui se donne comme leur père.
- Ils n’ont, m’a-t-on dit, jamais été malades. Il est prouvé, par les observations faites sur d’autres monstres doubles, que l’un d’eux peut avoir une fièvre inflammatoire, l’autre se portant bien. Mais ceci ne pourrait évidemment avoir lieu pour une
- maladie infectieuse. J’ai oublié de demander des renseignements sur leur vaccination. L’empoisonnement de l’un des individus agirait certainement sur l’autre, comme je l’ai montré jadis dans mes expériences sur la greffe animale.
- Ce monstre double appartientau genre Xiphodynie, dans la nomenclature d’Isidore-Geoffroy Saint-II iiairc. Si vous faites faire des recherches bibliographiques, on vous trouvera des histoires assez nombreuses d’animaux et d'hommes xiphodynies. Mais un petit nombre ont vécu. J’en ai lu un cas dans saint Augustin (je crois dans la Cité de Dieu).
- Tous les anatomistes ont lu la description et l'histoire deRit-ta-Christina, par Serres. C’était un monstre analogue à notre Jean-J acques, mais qui mourut vers Page de deux ans : son squelette est dans la collection du Muséum de Paris. Je ne sais où j’ai lu la curieuse, romanesque et lamentable histoire du bouffon de Jacques IV (?) d’Écosse, qui appartenait au même genre tératologique. L’un des individus composants était beau, intelligent, musicien; l’autre laid, grossier, ivrogne, tua son frère en se tuant lui-même, la bouteille au poing.
- Je vous fais grâce des dissertations philosophiques sur l’unité ou la dualité du monstre, sur la responsabilité de chaque cerveau, avec des viscères communs, sur la possibilité de la répression pénale pour un crime commis par l’un des individus. On pourrait en écrire long là-dessus.
- Veuillez croire à mes meilleurs sentiments.
- Paul Bert.
- Fis 2.
- Monstre double actuellement âgé de cinq ans, tel qu’il a été exhibé à Genève. 'D’après une photographie.)
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- « L’ÉCLIPTIQUE »
- NOUVEAU MOTEUR ÉLECTRIQUE DE M. TAUL JABLOCHKOFF
- Les moteurs électriques constituent évidemment une des applications les plus séduisantes de l’électricité, aussi n’est-il pas étonnant de trouver toujours bon nombre d’inventeurs attelés à la question, malgré le cercle restreint qui limite les perfectionnements et les progrès dont ils sont aujourd’hui susceptibles.
- En effet, les machines Gramme et Siemens employées comme moteurs électriques transforment en travail mécanique jusqu’à 80 pour 100 de l’énergie électrique qui leur est fournie ; ce rendement peut même atteindre, dans certaines conditions spéciales, quatre-vingt-dix pour 100; il y a donc peu de progrès à attendre en ce qui concerne le rendement. Malheu -reusement les machines Gramme et Siemens sont encore d’un prix relativement élevé, surtout lorsqu’on veut les construire dans de petites dimensions et en faire des moteurs développant quelques kilogram -mètres seulement, pour actionner des machines à coudre, des tours, et, en général, toutes les machines-outils de la petite industrie. Il faut, pour ces applications, un moteur de construction simple et d’un prix d’achat aussi bas que possible : tout en acceptant un rendement moins élevé que celui des machines continues, on retrouve dans leur emploi une certaine économie sur le prix d’achat qui compense — et au delà — leur infériorité de rendement.
- C’est dans cet ordre d'idées qu’ont été créés successivement les moteurs de MM. Marcel Deprez, Trouvé et Griscom, qui dérivent tous de la bobine de Siemens et constituent des modifications plus ou moins heureuses de la machine construite en 1854 par le savant physicien allemand.
- Dans tous ces moteurs, on retrouve toujours deux
- parties essentielles : 1° un champ magnétique obtenu soit a l’aide d’aimants permanents, comme dans le moteur Deprez, soit à l’aide d’électro-aimants, comme dans les moteurs Trouvé et Griscom; 2° une bobine Siemens en douille T traversée par le courant fourni par la source électrique et qui, à l’aide d’un commutateur à coquilles disposé sur l’axe de rotation, change de polarité deux fois par tour. C’est cette inversion des polarités de la bobine qui produit sa rotation ; les expériences ont démontré un fait que la théorie devait prévoir : à savoir qu’il fallait donner aux pièces magnétiques soumises aux changements de polarité la plus petite masse possible pour réduire le plus possible l’inertie magnétique, inertie magnétique qui a pour effet de diminuer le
- rendement du moteur et sa vitesse, à cause des retards qu’elle apporte aux aimantations et aux désaimantations successives. C’est, croyons-nous, M. Marcel Deprez qui a mis le premier ce fait en lumière et expliqué ainsi le rendement et le travail relativement faibles des premiers moteurs construits par Froment, Ja-cobi, Leroux, Larmenjeat, etc. C’est ce qui explique aussi la puissance et le bon rendement relatifs des moteurs à bobine de
- Siemens dans lesquels la masse magnétique en mouvement soumise aux inversions de courant est beaucoup plus faible que dans les premiers moteurs que nous venons de signaler, ainsi que le bon rendement des machines Gramme employées comme moteur, dans lesquelles les changements de polarité sc font par sections successives.
- Quelques inventeurs ont fait un pas de plus dans cette voie, et supprimé complètement les masses magnétiques dans la partie du moteur soumise aux inversions de courant. L’Écliptique de M. Paul Jablochkoff, l’heureux inventeur de la bougie électrique, appartient à cette dernière catégorie, et le préambule qu’on vient de lire permettra d’en donner la description en quelques lignes.
- Le moteur se compose essentiellement de deux bobines, l’une fixe et disposée dans un plan vertical,
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- l’autre mobile et fixée sur un axe horizontal dans une position inclinée; c’est à cette position inclinée qui rappelle celle de l’écliptique sur l’équateur, que le moteur de M. Jabloclikoff doit son nom.
- La bobine fixe verticale n’est pas non plus dans un plan vertical perpendiculaire à l’axe de rotation du moteur, elle fait avec ce plan un certain angle déterminé par l’expérience et qui dépend des conditions de fonctionnement de l’appareil.
- La bobine fixe est roulée sur un cadre en cuivre, la bobine mobile est établie sur une carcasse en fer qui, sous l’influence du courant qui la traverse, se transforme en un électro-aimant court dont les pôles sont constitués par deux disques circulaires. Sur l’axe de rotation se trouve un commutateur à coquilles contre lequel s’appliquent quatre balais fro-teurs. Ce commutateur est combiné de telle manière que, pendant la rotation de l’arbre, la bobine mobile soit traversée par un courant qui ne change jamais de sens, et maintienne à l’électro-aimant plat une polarité permanente, mais à chaque demi-révolution, le courant est renversé dans la bobine fixe sans fer doux.
- Le moteur fonctionne donc par les attractions et répulsions réciproques d’un électro-aimant permanent mobile et d’un solénoïde fixe traversé par des courants alternativement de sens contraire. Ces actions réciproques tendent à produire un pivotement de l’électro-aimant mobile placé à l’intérieur du solénoïde fixe : le jeu du commutateur a pour effet de faire concourir ces actions dans le même sens et de produire ainsi un mouvement continu.
- Le moteur deM. Jabloclikoff est réversible, c’est-à-dire que s’il développe du travail mécanique en dépensant de l’électricité, il peut aussi produire de l’électricité en dépensant du travail.
- Nous devons faire remarquer ici que si la disposition du moteur l'Écliptique nous paraît originale et nouvelle, l’idée de conserver une polarité fixe à la partie mobile garnie d’une armature en fer et d’inverser le courant dans la partie fixe sans fer a déjà été mise en application par M. Bürgin, de Bàle, dans un moteur qui a figuré à l’Exposition internationale d’électricité de 1881, et auquel l’inventeur avait donné le nom de moteur sphérique, à cause de sa forme.
- Les expériences faites par la maison Breguet sur le moteur de M. Jablockoff n’étant pas encore terminées, il n’est pas possible d’apprécier sa valeur au point de vue du rendement, mais il semble d’une construction fort simple, et sa rusticité jointe au bon marché auquel il sera possible de le livrer, constituent déjà des qualités suffisantes pour lui assurer bon nombre d’applications, pourvu que ce rendement soit, comme on peut l’espérer, supérieur, ou au moins égal à celui de ses devanciers.
- E. Hospitalier.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel de Télégraphie pratique, par R. S. Culley. Traduit de l’anglais sur la 7e édition par M. Henri Berger, directeur-ingénieur des lignes télégraphiques, et M. Paul Bàrdonnaut , directeur des Postes et des Télégraphes. 1 vol. in-8°, Paris, Gauthier-Villars, 1882.
- Le seul reproche qu’on puisse faire à la traduction de l’ouvrage remarquable dont nous signalons aujourd’hui l’apparition à nos lecteurs, c’est d’avoir attendu, pour être mise entre les mains du public français, qu’une septième édition anglaise en confirme le succès, déjà assuré lors de la première édition. On voit que ce reproche est bien loin d’être une critique, et l’importance de l’ouvrage peut s’apprécier par ce seul fait que la traduction en a été entreprise par deux employés supérieurs du ministère des Postes et des Télégraphes.
- L’ouvrage original, conçu dans les idées modernes, se distingue dès la première page de la plupart des Traités analogues publiés en France sur la matière. On y trouvera la pratique alliée à la quantité de théorie juste nécessaire pour la tenir en dehors de la routine, sans l’égarer dans le domaine des abstractions et des spéculations mathématiques. Les traducteurs ont complété l’excellent ouvrage de M. Culley par plusieurs additions importantes relatives à l’appareil Hughes, peu employé en Angleterre, aux appareils Breguet et Mayer et à l’appareil de M. Baudot encore peu connu en Angleterre lors de l’apparition de la septième édition. Enfin, l’ouvrage se termine par des renseignements sur l’organisation et le fonctionnement des appareils téléphoniques, des détails sur la télégraphie pneumatique et optique et une série de tables numériques qui seront du plus grand secours aux électriciens en général et aux télégraphistes en particulier.
- Le préhistorique. Antiquité de l'homme, par G. de Mortillet. 1 vol. in-18, avec 64 figures. Paris, C. Rein-wald, 1883.
- Cet ouvrage forme le huitième volume de la Bibliothèque des sciences contemporaines. La nouvelle science est traitée d’une manière aussi méthodique que magistrale. L’ouvrage est plein d’aperçus originaux sur la géologie, la paléontologie, l’anthropologie, le transformisme, la linguistique, l’agriculture, l’origine des religions, les premières migrations humaines, et il contient un curieux essai de chronologie.
- L'origine des plantes cultivées, par M. de Candolle. 1 vol. in-8°. Paris, Germer Baillière.
- L’auteur a appliqué les recherches aux plantes que l’on cultive, soit en grand, pour les emplois économiques, soit fréquemment, dans ces jardins fruitiers et potagers, et il donne l’état et l’habitation de chaque espèce avant sa mise en culture. 11 s’est efforcé en outre de constater depuis combien de siècles ou de milliers d’années chacune a été cultivée et comment la culture s’en est répandue dans différentes directions et à des époques successives.
- La Trière athénienne, par M. le contre-amiral Serre, 1 broch. in-4° avec 2 planches hors texte. Paris, Imprimerie Nationale, 1882.
- Nous mentionnons seulement aujourd’hui le titre de ce Mémoire, nous promettant de revenir prochainement sur l’intéressant travail de M. le contre-amiral Serre.
- Étude du spectre solaire, par Ch. Fievez, astronome
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- LA NATURE.
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- adjoint à l’Observatoire de Bruxelles, 1 brocli. in-4° avec plusieurs planches hors terçte. Bruxelles, F. Rayez, 1882.
- L’Éclairage électrique du théâtre des Variétés, par AVilfrid de Fonvielle. 1 broch. in-18. Paris, Auguste Ghio, 1882.
- En voyage, suivi d’une lettre au Ministre du Commerce, par Jacques Siegfried, 1 broch. in-8\ Paris, Georges Chainerot, 1882.
- Les stations de l’homme préhistorique snr les plateaux du Grand-Morin, par Gustave Dümoutier. 1 broch. in-8°. Paris, E. Boban, 85, boulevard Saint-Michel, 1882.
- Les Toltèques. Conférence du 25 mars 1882, faite à la Sorbonne par M. E. T. IIamv, 1 br. in-8°. Paris, Gau-thier-Villars, 1882.
- COMPARAISON
- DES LUMIÈRES DIVERSEMENT COLORÉES
- Dans la section de physique du Congrès de La Rochelle, MM. Macé de Lépinay et Nicati ont présenté une communication intéressante au sujet de la photométrie des lumières de couleurs différentes, question qui fait le désespoir des physiciens et des inventeurs. On considère généralement deux lumières comme égales, lorsqu’en leur faisant éclairer deux surfaces non colorées (blanches) ces surfaces paraissent également éclairées : lorsque, dans le photomètre de Rumford, par exemple, les deux ombres ont la même intensité. On peut aussi les considérer comme égales lorsque, leur faisant éclairer les mêmes objets non colorés (des caractères noirs sur fond blanc, par exemple), placés à la même distance d’un même observateur, les contours apparaissent comme également nets. La conclusion des expériences de MM. de Lépinay et Nicati — conclusion qui pouvait être prévue par la théorie — est celle-ci : Les quantités de lumière capables de donner deux ombres de même intensité ne font pas nécessairement apparaître avec la même netteté des caractères imprimés sur fond blanc. Comme le fait remarquer avec beaucoup de raison VEledrical Review, c’est ce dernier résultat qui est surtout intéressant au point de vue pratique. Quand on voudra mesurer l’intensité d’une source de lumière, c’est donc au second procédé qu’il faudra recourir.
- (Revue industrielle.)
- LA FORCE COERCITIVE DE L’ACIER
- RENDUE PERMANENTE PAR LA COMPRESSION1
- En mars dernier, j’ai signalé les propriétés acquises par l’acier soumis à une forte pression et refroidi sous cette pression. J’ai dit que, entre autres propriétés acquises, ayant une complète similitude avec celles que donne la trempe par les bains, se trouvait la force coercitive, cette propriété que peut posséder l’acier de devenir aimant, c’est-à-dire d’acquérir le magnétisme et de le conserver.
- 1 Nous avons lu dans les Comptes rendus de F Académie des Sciences la note relative à la compression de l’acier, dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, dans notre numéro du 7 courant. Le résumé de M. Clémandot nous a paru intéressant au double point de vue scientifique et pratique. Nous le publions in extenso. G. T.
- J’ai poursuivi mes essais et j’ai pu constater des résultats nouveaux et intéressants, que je vais exposer.
- La trempe ordinaire consiste, on le sait, à chauffer l’acier au rouge-cerise, à le refroidir brusquement en le trempant dans un bain, eau, huile ou tout autre liquide : le métal est durci, trempé, il a acquis la force coercitive. Mais qu’arrive-t-il si l’on réchauffe de nouveau cet acier, si on le recuit? On dit que le métal se détrempe; sa force coercitive disparaît; il n’est plus aimantescible. Que se passera-t-il au conlraire pour un acier trempé par compression, c’est-à-dire refroidi sous pression, après le refroidissement brusque obtenu en partie par la compression? La propriété coercitive aura été maintenue, malgré le réchauffage, le forgeage même de cet acier. Autrement, dit, au lieu d’être éphémère, instable, comme l’est la propriété coercitive due à la trempe obtenue par les bains, celle qui est imprimée à l’acier par sa compression sera permanente, indélébile, quelles que soient les opérations successives auxquelles il sera soumis. C’est, pour moi, à l’homogénéité la plus absolue que donnent la compression et le refroidissement sous pression qu’il faut attribuer ce résultat.
- Il y a là, je crois, un fait intéressant au point de vue scientifique et aussi au point de vue métallurgique. J’appuie maintenant sur des faits l’exposé que je viens de présenter.
- J’ai pris une et plusieurs lames d’un faisceau de machine magnéto-électrique; je les ai brisées; je les ai forgées, pour en faire un paquet que j’ai soudé à la forge pour en former un barreau; j'ai comprimé ce barreau, j’ai reconstitué mes lames, je les ai réaimanlées, et, comme celles que j’avais détruites pour leur faire subir l’opération que je viens de décrire, j’ai retrouvé la même force d’aimantation, II0 mesurés au galvanomètre. J’ai fait la même opération sur un grand nombre de téléphones : non seulement la force magnétique s'est conservée, mais encore elle s’est accrue par les diverses transformations et opérations que j’ai fait subir à l’acier.
- Dans ces conditions, la compression et le refroidissement sous pression viennent donc constituer un nouveau mode de traitement métallurgique. J’ajouterai que le métal ainsi traité présente dans la pratique de grands avantages : tandis que l’acier trempé par les bains est durci, intravaillable et souvent déformé, l’acier soumis à la compression et retravaillé ensuite est doux; il peut se limer, se percer, etc., ce qui est un avantage inappréciable pour les constructeurs d’appareil» à aimants, machines magnéto-électriques, téléphonés, etc., qui perdent souvent un temps précieux en travaillant sur des aimants qui se brisent au dernier moment.
- L. Clémandot.
- LES ORAGES DU 11 OCTORRE 1882
- Des orages ont éclaté dans la journée du 11 octobre et dans la nuit suivante, sur un grand nombre de localités du Nord; on a signalé dans différents points quelques victimes de la foudre et de nombreux incendies; nous enregistrons ici les faits les plus intéressants que nous avons pu recueillir.
- Nord. — Dans les environs d’Armentières, la vallée de la Lys aurait été particulièrement éprouvée, un homme y a été foudroyé.
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- A Frelinghien, un cultivateur, M. D..., a été tué par la foudre. Il s’était mis sous un arbre pour éviter la pluie.
- À Cambrai ou près de cette ville, la foudre est tombée à la gare du Nord, sur un wagon de porcs gras; deux de ces animaux ont été tués par la décharge électrique.
- A Caudry, un ouvrier a été renversé et tué au moment où il battait le briquet pour allumer sa pipe. Une femme qui se trouvait plus loin, a été également jetée à terre, mais n’a éprouvé aucun mal.
- Des incendies, produits par la foudre, ont éclaté dans plusieurs communes des environs de Cambrai, particulièrement à Sailly. Dans l’arrondissement de Douai, à Àubigny-au-Bac, la foudre est tombée sur le clocher de l’église et l’a gravement endommagé.
- Dans l’arrondissement de Valenciennes, à Wasnes-au-Bac, deux chevaux attelés à une voiture au repos ont été foudroyés dans un champ; le conducteur qui s’était abrité sous sa voiture, en a été quitte pour la peur.
- Dans l’arrondissement d’Hazebrouck, à Merville, la foudre est tombée sur l’hôtel de ville et le beffroi a été fortement endommagé.
- Pas-de-Calais. — A Marquion, deux maisons et une grange ont été incendiées. A Sauchy-Lestrée. la foudre a également occasionné un incendie.
- Près de Boulogne, à Pont-Pitendal, la foudre est tombée sur un immeuble appartenant à M. Dubout et habité par M. Cazin, mécanicien à la fabrique Poure, O’Kelly et Cie, qui y exploite une petite ferme. En un instant la toiture fut la proie des flammes. Il ne reste plus, à cette heure, que les quatre pans de murs de la ferme. Les récoltes ont été presque entièrement détruites1.
- En Belgique. — A Bruxelles, la foudre est tombée deux fois dans les environs de la collégiale de Sainte-Gudule.
- La foudre a incendié complètement une ferme située près de liai. Il n’y a pas d’accidents de personnes à déplorer. La foudre est tombée dans Marcinelle, Montigny, Couillet, Jumet.
- A Gand, la foudre est tombée à peu de distance de l’hôpital, fort heureusement sans occasionner d’accidents ni de sérieux dégâts matériels. Une femme, effrayée du bruit du tonnerre, a fait dans la rue d’Akkerghem une chute si malheureuse qu’elle s’est cassé la jambe
- L’orage a également éclaté à Mons et aux environs. Dans les environs de Namur, la foudre a causé de nombreux dégâts. Elle est tombée à Jambes sur une grange qui a été brûlée. Plusieurs maisons de Bioulx ont été également incendiées. A Lustin, une meule de foin a été détruite 2.
- Les faits que nous venons de citer montrent encore une fois, d’une façon évidente : 1“ qu’il ne faut pas pendant l’orage se mettre à l’abri sous des arbres élevés ; 2° que l’on ne saurait assez placer des paratonnerres sur les constructions que l’on veut mettre h l’abri de la foudre.
- TRANSMISSION
- DU TRAVAIL A GLANDE DISTANCE
- SDR UNE LIGNE TÉLÉGRAPHIQUE ORDINAIRE
- Le Comité électrolechnique de l’Exposition d’électricité de Munich m'ayant demandé de répéter sur une ligne télégraphique les expériences de transmission de force,
- 1 D’après Y Écho du Nord.
- 8 D’après la Gazette de Charleroi.
- que j’avais déjà faites à travers de grandes résistances, j’ai dû faire transporter, à Munich et à Miesbach, les machines à fil fin, qui m’avaient servi jusqu’alors dans mes expériences de laboratoire.
- La ligne télégraphique mise à ma disposition par l’Administration des lignes télégraphiques allemandes a une longueur de 57 kilomètres. Le fil conducteur est en fer galvanisé de 4mm,5 de diamètre, et comme, par mesure de prudence, je n’ai pas cru devoir employer la terre, j’ai dû demander l’autorisation d’employer un fil de retour identique au premier. La longueur totale de la ligne parcourue par le contact est donc de 114 kilomètres, et sa résistance mesurée, de 950 ohms. L’isolement est bon, mais ne diffère en rien de celui qui est universellement employé sur toutes les lignes télégraphiques. Les deux machines, situées l’une à Miesbach, l’autre à Munich, sont absolument identiques et présentent chacune une résistance de 470 ohms.
- La résistance totale du circuit est donc de près de 1900 ohms.
- Dans la première expérience qui ait été faite, on a obtenu immédiatement, à Munich, un travail, mesuré au frein, de 58 kilogrammètres par seconde (soit £ cheval) avec une vitesse de 1500 tours par minute. La machine génératrice, située à Miesbach, tournait à la vitesse de 2200 tours. Les deux machines étant identiques, le rapport du travail récupéré à Munich au travail dépensé à Miesbach était, abstraction faite des résistances passives de toute nature, égal à soit plus de 00 pour 100. Les machines employées sont du modèle Gramme dit type d'atelier, modifié suivant mes calculs.
- JJne forte pluie est tombée pendant presque toute la durée des expériences. La machine réceptrice sert actuellement à alimenter une cascade de 1 mètre de largeur et de 3 mètres de hauteur, au moyen d’une pompe centrifuge. Les collecteurs des deux machines présentent des étincelles à peine visibles. L’échauffeinent des machines est à peine appréciable après deux heures de marche ’.
- , . Marcel Deprez.
- UNE PHOTOGRAPHIE DE CROCODILES
- La photographie que nous reproduisons exactement par la gravure ci-jointe, est non seulement un objet de haute curiosité au point de vue des sciences naturelles, mais elle représente en quelque sorte un acte d’héroïsme de la part de celui qui l’a exécutée.
- 'Un .voyageur anglais, en exploration dans les environs de Bombay, dans les Indes, avait emporté avec lui un appareil photographique, à l’aide duquel il prenait des vues et des paysages.
- En passant à Muygapier, prés de Kurrachee, notre touriste photographe s’apprêtait à prendre le cliché d’un magnifique bouquet d’arbres tropicaux qui bordait un marécage aux eaux tranquilles. 11 avait fixé en terre le trépied de sa chambre noire, et la tête sous le voile noir, il mettait l’objectif au point.
- Tout à coup, il aperçoit un grand crocodile qui montre sa tête à la surface de l’eau, et qui se dirige vers le rivage, un autre succède au premier, puis une bande tout entière apparaît. Tout autre se serait
- * Comptes rendus de l'Académie des Sciences.
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- Crocodiles (C. vulgaris) auprès d’un marécage
- à Muygapier, près de Kurraciiee, Bombay. (D’après une photographie.)
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- jcnfui ; le photographe anglais resta. Il continua à j mettre au point ; avec le flegme qui caractérise sa race, il plaça la glace collotlionnée dans l’appareil, et fit tranquillement.le portrait des crocodiles pendant qu’ils baillaient au soleil. Quand-il eut fini, il mit son chapeau sur sa tête et partit.
- Nous avons pu nous procurer à - Londres une épreuve de cette remarquable photographie, nous sommes heureux d’en donner un fac-similé à nos lecteurs ; et nous avons cru devoir faire hommage de l’original au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- FABRICATION DES NERRES DE MONTRES
- Il en est peu parmi les possesseurs de montres, même parmi les horlogers qui chaque jour manient entre leurs doigts cet humble accessoire de nos petites machines horaires, le verre de montre, qui ne se soient, au moins une fois, demandé comment il est industriellement produit et quelle peut être l’importance du commerce auquel il donne lieu.
- Cette importance est beaucoup plus grande qu’on ne le croit généralement, et comme elle offre des côtés fort curieux, si les lecteurs de La Nature veulent bien nous suivre, nous leur ferons visiter une fabrique modèle, en commençant, au préalable, par leur exposer, sommairement, ses procédés de fabrication.
- A l’origine de l’horlogerie portative, les montres, alors ovales, et dites de celte forme Œufs de Nuremberg, mais pour le plus petit nombre, portaient un verre au-dessus des aiguilles. Ce verre était taillé dans un morceau de cristal, plat ou légèrement bombé, par les procédés primitifs de l’usure et du polissage à la meule, d’où résultait que ces verres coûtaient fort cher.
- Quand les montres, d’ovales quelles étaient, devinrent rondes ou prirent la forme d’une petite sphère fortement aplatie à ses pôles, le verre devint alors un segment de sphère, ou plutôt une calotte sphérique, qu’on obtenait de la manière suivante :
- On soufflait dans les verreries, avec des cannes de verriers de très petites dimensions, de petits ballons de verre et l’on découpait sur chaque ballon deux calottes sphériques, au moyen d’anneaux ,de fer rougis au feu qu’on posait dessus et qui par un brusque effet de dilatation déterminaient une rupture circulaire. Le rebord était ensuite régularisé au grès sur une plaque de fonte ou à la meule.
- Ces procédés de fabrication étaient longs et coûteux, par suite de la nécessité de souffler presque autant de boules qu’on voulait de verres, parce que rarement les deux par boule pouvaient être utilisés. En outre, la forme sphérique donnait des verres très élevés du centre, tout en ne laissant près du bord du cadran qu'un espace restreint pour le passage de l’extrémité des aiguilles.
- L’épaisseur des montres ayajjj dans le siècle dernier sensiblement diminué, et les verres trop bombés du centre devenant incommodes et disgracieux, on imagina les verres plats, et seulement recourbés sur leur rebord circulaire, dits chevés, d’un vieux mot français ayant la même signification que le mot creuser. En effet, ces verres étaient formés d’un carreau plat de verre épais creusé à l’intérieur et arrondi extérieurement sur les bords. On ne les employait, vu leur haut prix, que pour les montres de luxe.
- Le verre chevé actuel n’est plus creusé à la meule, mais il est moulé, par un procédé appliqué dès 1791, par Pierre Pioyer, habile fabricant de verres de montres à Paris. Les fabricants de Genève l’imitèrent et arrivèrent, dit M. Péligot, à rendre cette fabrication industrielle.
- On a continué, par suite d’une habitude du commerce, à appliquer le qualificatif de chevés aux verres ainsi fabriqués, bien qu’ils soient obtenus aujourd’hui par une opération de bombage et non de creusage.
- Avant que le procédé de Royer se fût perfectionné et généralisé et, vers 1850, divers perfectionnements furent tentés à la verrerie de Goetzenbrück.
- On y soufflait des sortes de petites fioles, dont la figure 1 nous donne le profil. En détachant la partie tkt du corps de la fiole, on avait un verre chevé; mais toujours il fallait fabriquer autant de fioles qu’on voulait obtenir de verres et malgré la rapidité des opérations les prix des verres restaient élevés.
- Enfin, d’amélioration en amélioration, on en est arrivé à produire cet article avec une grande perfection et une rapidité étonnante dues surtout aux progrès de l’art du souffleur-verrier, progrès qui ont permis de fabriquer d’énormes globes de verre très minces ; et voici comment :
- Le souffleur, avec l’extrémité renflée d’une canne de verrier, cueille plusieurs kilogrammes de verre à l’état convenable de fusion, ou d’onctuosité, c’est-à-dire quand le verre peut se mouler comme on le fait de la cire, puis il pare le verre, opération qui consiste à arrondir cette masse sur un bloc de bois mouillé, tout en soufflant d’abord légèrement dans la canne. Quand le souffle paraît au bout de celle-ci (5, fig. 2), il souffle un peu plus fort en balançant la canne de façon à donner à la masse un certain allongement et il la termine extérieurement, avec ses outils, sur un banc du verrier, et lui fait prendre la forme vue en coupe en aB.
- Ce premier travail a donné une sorte d’ébauche d’un produit ; c’est-à-dire une certaine forme extérieure à la masse de verre, ou, en terme de métier, une paraison.
- Cette paraison est réchauffée dans le four; le verrier souffle de nouveau pour en agrandir l’extrémité, puis comme la vigueur de ses poumons n'y suffirait pas, il achève rapidement sa pièce à l’aide d’une machine soufflante à vapeur. La boule termi-
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- née est détachée de la canne et placée sur un chevalet en bois (G, fig. 3).
- On est parvenu dans certaines verreries spéciales à souffler facilement des globes de verres d’un diamètre qui peut varier de 30 à 80 centimètres.
- Quelquefois même on dépasse très largement un mètre, et l’épaisseur de l’écorce de ce globe colossal ne doit être que d'un millimètre ou un millimètre et demi, au plus.
- Ces énormes houles sont ce qu'on pourrait appeler des tours de force industriels et l’on a découpé dans une seule jusqu’à près de 600 verres de montres, par les procédés que nous allons indiquer, priais en prévenant, tout d’abord, qu’en raison de leur immensité ces boules offrant de grands dangers de rupture et ne permettant pas un maniement rapide, on se contente ordinairement de souffler des ballons de dimension beaucoup moindre, et que l’on partage en deux hémisphères.
- Le découpage avec des tuyaux de pipes se faisait de la façon suivante, et sur de larges bandes découpées sur des globes:
- On préparait un modèle de verre de montre, soit en métal, par exemple, qu’on plaçait sur la grande boule de verre ou sur une des grandes bandes découpées dans cette boule ; il était maintenu d’une main, tandis que l’autre main décrivait le contour du modèle avec un tuyau de pipe ordinaire chauffé à blanc. Il suffisait, immédiatement après, d'hu-mecter d’eau froide la circonférence chauffée pour que, par l’effet de h contraction, succédant subite-tement à un excès de dilatation, la petite calotte de verre, plus ou moins hémisphérique, se détachât de la houle.
- Ce procédé a été remplacé par le découpage à la tournette dont le perfectionnement et l’application aux verres d’horlogerie seraient dus à M. L. Veyret, de Lyon.
- La tournette est une sorte de compas dont l’une des branches est armée d’un diamant.
- A l’aide de ce petit appareil, on traçait d’abord dix cercles avec la pointe de diamant sur la grande boule de verre ; un de ces cercles était opposé au trou de la canne soufflante. Il s’agissait ensuite d’en détacher un ; ce qu’on faisait en imprimant de petits chocs secs autour d’un des cercles. Ce premier cercle détaché (c’était la partie la plus longue et la plus difficile de toute l’opération), l’ouvrière introduisait le pouce en dedans de la boule par l’ouverture du premier verre et prenait un deuxième verre entre le pouce intérieurement et deux doigts extérieurement, et, pressant légèrement du dedans en dehors, détachait aisément ce deuxième verre, et ainsi de suite.
- Le découpage ayant fait son œuvre, il reste pour que le produit soit parfait à lui faire subir l’opération du moulage qui lui donne sa forme définitive, puis une autre opération qui consiste à rectifier sur le tour et à polir, le rebord qui s’ajustera dans le drageoir; c’est ainsi qu’on nomme la rainure prati-
- quée à la boîte d’une montre pour l’adaptation du verre.
- Voici, d’après M. Péligot, comment on opère pour le moulage, c’est-à-dire pour transformer en en relevant les bords, les disques de verres découpés, qui sont presque plats, en verres elievés :
- On les introduit dans une petite moufle en terre réfractaire, chauffée au coke. Dans l’intérieur de cette moufle se trouvent plusieurs petits moules en terre très fine, ayant exactement la forme que doit prendre le verre chevé, e’est-à-dire une surface presque plane, légèrement relevée sur les bords, comme en M (fig. 4).
- Un ouvrier place un verre AB sur un de ces petits moules M, qu’on a pris soin de saupoudrer, au moyen d’un sachet, d’une poudre impalpable de chaux et d’argile pour empêcher l’adhérence du verre ; il pousse rapidement le moule dans la moufle à l’aide d’un petit crochet en fer ; puis, quand le verre est suffisamment ramolli, il le retire avec le même crochet et il frotte le verre avec un tampon de papier, de manière à lui faire prendre bien exactement la forme concave du moule.
- Avec un ouvrier exercé, qui peut conduire plusieurs moufles, cette opération se fait très rapidement. Mais le moule et le tampon laissant des marques sur les deux surfaces du verre, celles-ci ont besoin d’être repolies, ce qui augmente notablement le prix de revient de ces verres chevés.
- Une autre méthode, brevetée par MM. Walter, Berger, consiste à employer, pour faire le même travail, des moules en terre convexes, qui remplacent les moules concaves dont il vient d’être question. Le disque de verre cd (fig. 5) déborde légèrement le moule N sur toute sa circonférence; quand le verre est assez chaud, il est ramené avec son support sur une petite plate-forme en fonte placée en avant de la moufle; l’ouvrier capuchonne le verre avec une petite calotte en bois de forme conique. Le verre prend alors la forme ov. Comme la partie qui fait saillie est ramollie avant le restant du verre, on peut n’agir que sur elle. Cette opération est beaucoup plus rapide que la précédente, et les bords seuls sont à polir Ce dernier travail se fait au moyen d’une meule en pierre ou en grès très dur. On forme ainsi le biseau légèrement arrondi qui permet de loger le verre dans le drageoir de la montre; ce biseau est ensuite soumis au polissage au moyen de la roue de liège.
- Cette dernière façon a encore été simplifiée. Le verre de montre, après qu’il a été découpé au diamant, est immédiatement porté à la taillerie ; la meule de grès donne le biseau, puis, sans être poli, on lui donne à la moufle la forme du verre chevé ; l’action du feu, en le ramollissant pendant l’opération du moulage, arrondit le tranchant du biseau taillé et le rend parfaitement clair, brillant, et en même temps plus dur, plus solide, moins sujet à s’écailler lorsqu’on le place dans la rainure de la montre.
- On nomme cette opération, importée d’Amérique par Lembach, le bombage au clair.
- Que le lecteur, actuellement suffisamment au courant des principaux procédés de fabrication, veuille bien nous suivre et visiter avec nous le plus important centre de production, l’usine de Trois-Fontaines.
- Notre dernière station est Sarrebourg, petite ville de Lorraine, aujourd’hui de quelques kilomètres en
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- dehors de nos frontières, mais se souvenant profondément. de la France et de la prospérité qu’elle a apportée à ce pays.
- Une voiture nous emporte rapidement au terme de notre voyage; la route est belle, avec quelques détours; on entre dans un pays aux ondulations sans rudesse et largement boisées; il appartient à un contrefort des Vosges.
- Au dernier détour du chemin, l’œil embrasse toute une vallée verdoyante et au milieu se dresse, dans un site tout à la fois pittoresque et charmant, l’ensemble des batiments, constituant l’usine, objet de notre voyage.
- Cet ensemble forme un quadrilatère occupant une surface de 5000 mètres carrés et avec les dépendances de l’usine de 12 000 mètres. Tout autour
- de l’usine, et sa propriété, s’étendent des terrains d’une superficie de 85 000 mètres. Les ateliers sont disposés de façon que la matière première, c’est-à-dire les globes de verres soufflés, entrant dans une aile de l’usine, passe, en se transformant, d’un atelier à l’atelier contigu, pour arriver en verres de montres complètement achevés, à son point de départ. Là, les verres sont emballés et expédiés partout où se porte une montre, c’est-à-dire à peu près dans l’univers entier.
- L’usine de Trois-Fontaines, fondée en 1848, au milieu delà vallée où existaient de nombreux établissements ^verriers, n’a pris une grande importance (fig. 7) que depuis 1878, époque où M. Portai, grand industriel de Paris, en devint propriétaire.
- Sa position, au milieu de petites montagnes
- Fig. 1 à 5.
- Fig. 1. Fiole de verre. — Fig. 2. Masse de verre soufflée. — Fig. 5. Globe soufflé. — Fig. 4. Verre posé sur le moule M. — Fig 5. Verre posé sur un moule convexe.
- Fig. 6 — Une merveille d'habileté manuelle.
- Sphère de verre où se trouvent découpés des verres de montres. (Cette sphère de verre qui n’a pas une cassure, est conservée chez M. L. lloyer, à Pari®.)
- boisées, met le combustible nécessaire à sa portée, ce fut à l’origine une des causes déterminantes de l’introduction de l’industrie du verre dans cette vallée.
- Laissons au rez-de-chaussée les vastes magasins où sont réunies les boules de verre soufflées, dont les dimensions varient de 15 centimètres à plus de lm,50 de diamètre. Cette marchandise chatoyante et fragile demande un maniement délicat, comme on peut facilement le supposer.
- L’atelier qui suit est celui du découpage. Les boules divisées par le milieu et formant ainsi deux hémisphères sont livrées aux découpeurs, ou plutôt aux découpeuses, car le personnel de cet atelier appartient en très grande majorité au sexe féminin.
- Là, assise devant une large table, chaque ouvrière saisit avec dextérité un segment de verre, et dessine sur sa surface, avec sa tournette, autant de ronds que cette surface peut en contenir, une légère
- pression des doigts suffit pour détacher chaque cercle.
- Une ouvrière d’une habileté ordinaire peut découper de quarante à cinquante grosses de verres de montres dans sa journée; c’est-à-dire en moyenne six mille verres par jour.
- La figure 6 est le dessin d’une curiosité du genre, véritable tour de force ou plutôt d’adresse, digne d’un musée. Dans une boule de fort grande dimension un ouvrier a réussi à découper, nous n’en savons pas le nombre, mais on peut dire une multitude de verres de montres, sans rompre le globe, qui est ainsi à jour sur toute sa convexité. Cette pièce curieuse est conservée dans du coton chez M. L. Royer, de Paris, dont le père a créé plusieurs des procédés de travail encore en usage. (Dans le découpage ordinaire tous les cercles sont tangents, afin de ne pas perdre de matière.)
- Pour donner aux verres découpés la forme défi-
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- nitive, car leur courbure étant uniformément celle d’un segment du globe dont on les a tirés, ils ne peuvent s’adapter à la montre que si cette courbure est plus prononcée vers le bord. Pour cet effet, cinquante-huit fours à mouler le verre ont été disposés dans des salles de plain-pied. Chaque four a devant lui un ouvrier, qui dispose, sur une planchette métallique, une série de verres posés chacun sur un moule; il introduit sa planchette 'dans la moulle du four; quand le premier de la série est arrivé au degré de chauffe convenable, il l’enlève avec son moule, et par le tamponnage, lui donne la forme du moule, puis pousse sa série plus avant sur la planchette, y ajoute un nouveau verre sur son moule et ainsi de suite. Inutile d’indiquer ici cer-
- tains tours de mains et procédés qui appartiennent au métier.
- Les verres, après avoir reçu la forme voulue, passent dans d’immenses salles, où des tours, en multitude, vont leur faire subir, et suivant le genre des montres où ils seront adaptés, l’une ou plusieurs des opérations dites flettage, pontillage et biseautage.
- Le flettage consiste à enlever à la meule, la convexité du dessus du wmtc, qui devient alors plat sur la plus grande partie de sa surface extérieure, et mince à son milieu tout en restant épais vers le bord. C’est le verre des montres de prix, connu dans le commerce sous les désignations de concave et eoncave-chevé (bb, fig. 8).
- Fig. 7. — Une fabrique de verres de montres. Usine des Trois-Fontaines.
- Le pontillage est un diminutif, ou une variété de tletlage. 11 en diffère en ce que la meule n’attaque le verre qu’au milieu et sur une faible partie de sa surface, qu’il creuse. Cette sorte de facette circulaire, légèrement concave, et qu’on nomme pontil (aa, lig. 8), a été demandée par des horlogers désireux de rendre visible à l’œil du client la différence du verre double au verre simple, et de lui permettre de reconnaître toute tromperie d’un poseur de verres peu scrupuleux.
- Le biseautage, comme son nom l’indique suffisamment, doit donner au rebord circulaire du verre, s’encastrant dans le drageoir de la boîte d’une montre, l’inclinaison et la rectitude absolument nécessaires à un bon ajustement. Il existe sur les trois verres de la ligure 7, mais plus prononcé en bb. Ce travail est fait dans trois immenses ateliers où des centaines de tours, mis en mouvement par l’arbre de couche de la machine à vapeur, assour-
- dissent à qui mieux mieux le visiteur. Cet atelier présente cette particularité, que plusieurs tours, huit à dix, sont sous la direction unique d’un ouvrier. Le premier verre placé au premier tour, le travail s’y fait automatiquement ;Touvricr passe au second tour, y place un verre, etc. Arrivé au dernier de la série, il revient vers le premier dont le biseautage est achevé ; donne à celui-ci un remplaçant et continue ainsi de suite. L’aspect de cet atelier est aussi curieux qu’intéressant.
- Passons rapidement sur les opérations qui ont pour objet le polissage, la rectification à la ponce du rebord, qui trop tranchant n’aurait ni la douceur de frottement ni l’élasticité nécessaires à son introduction dans les drageoirs ; passons encore sur un certain nombre de travaux secondaires de vérification, de calibrage, etc., et résumons en disant que la matière première, partie du magasin des boules, s’est débitée, puis, passant par la filière des ateliers
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- successifs, est revenue à son point de départ, où est situé l’atelier d’emballage, après avoir fait le tour de l’usine et, arrivée là sous forme de marchandise achevée, qu’elle est prête à être expédiée; c’est-à-dire après que le verre de montre a subi pour atteindre à sa forme définitive, à sa mise dans le commerce, au moins trente-cinq opérations différentes. Cinq cent-vingt grosses ont été produites en un jour, ce qui représente un total de vingt-cinq millions de verres pour la production annuelle.
- Et si l’on ajoute les verres de pendules et différents articles de verrerie à l’usage des horlogers, parmi lesquels nous signalerons le verre irisé montrant toutes les couleurs du prisme, destiné aux bijoutiers, et dont la fabrication a été introduite par M. G. Portai fils, on arrivera à un chiffre formidable dépassant trente millions de pièces, lancées annuellement dans le commerce par l’usine de Trois-Fontaines, à l’aide d'un outillage perfectionné, de la division du travail bien comprise et sainement appliquée, et d’un personnel qui, de cent cinquante
- ouvriers, s’est élevé en quatre ans à un chiffre qui dépasse cinq cents.
- Voilà les prodiges que peut accomplir l’industrie moderne entre les mains des hommes qui savent donner satisfaction aux nécessités commerciales de leur temps. Voilà des nombres de produits, voilà une énumération de travaux que ne soupçonnent guère bon nombre d’horlogers et surtout tous ces parcimonieux possesseurs de montres, si récalcitrants à mettre en pratique l’adage familier : qui casse les verres les paye; c’est-à-dire voulant avoir de bons verres, mais ne les payer que comme des mauvais.
- Nous terminerons cet article par un aperçu, à vol d’oiseau, de la consommation des verres de montres dans le monde entier.
- Il se fabrique annuellement 2 500 000 montres ; et, depuis cinquante ans seulement plus de 70 millions ont été mises dans le commerce. Il reste à mettre en ligne de compte un stock de montres anciennes qui ne peut être inférieur à environ une quinzaine de millions, total au moins de 86 à 87 millions de montres portant verres, et ce chiffre doit être inférieur à la réalité.
- Les montres neuves absorbent près de 4 millions de verres. La casse en détruit chez les particuliers environ le quart, entre les mains des poseurs et dans les voyages d’expédition à peu près autant; c’est donc une consommation annuelle qui ne doit pas être au-dessous de 47 millions de verres.
- Verre Chevé Medium,
- Glace concave Chevée.
- eu ce
- Verre Chevé Pointillé.
- Fig. 8. — Spécimens de verres de montres.
- Mais il faut ajouter qu'aujourd'hui, hors des grandes villes, tout horloger un peu achalandé se voit dans la nécessité d’avoir toujours sous la main un assortiment répondant aux besoins de sa clientèle, puis si l’on tient compte des montres d’enfants, des médaillons, boussoles, etc., où des verres chevés ou convexes sont adaptés, on se trouve avec étonnement en face d’une consommation annuelle qui ne peut être inférieure à une centaine de millions de verres!
- En est-il beaucoup parmi nos lecteurs qui soupçonnaient que ce petit objet, si souvent pressé dans leurs doigts, objet si minime, si dédaigné, avait acquis une importance commerciale aussi grande.
- G. Saunier,
- Rapporteur du Jury (Horlogerie).
- Exposition de 1878.
- LE COMITÉ INTERNATIONAL
- DES POIDS ET MESURES
- Le Comité international des Poids et Mesures, qui relève des dix-neuf États signataires de la Convention du Mètre de 1875, vient de clore sa session annuelle réglementaire à Paris.
- Le Comité a d’abord étudié dans plusieurs séances toutes les questions scientifiques et administratives qui rentrent dans ses attributions. Il a reçu communication d’une dépêche du gouvernement français annonçant qu’un marché vient d’être passé par l’Administration française avec la maison Matthev et Cie, de Londres, pour la fourniture des règles et des cylindres en platine iridié, destinés à devenir des mètres et des kilogrammes pour tous les Etats contractants. Il a ensuite entendu les rapports des deux Commissions nommées l’an dernier pour la comparaison directe, avec le mètre et le kilogramme déposés aux Archives de France, d’un mètre et d’un kilogramme nouvellement fabriqués. Ces deux Commissions mixtes étaient composées par moitié de membres de la Section française et de membres du Comité international; elles devaient déterminer l’équation de ces deux prototypes, construits avec la nouvelle matière adoptée, par rapport aux anciens étalons français fabriqués en platine à l’époque de la fondation du système métrique décimal. Les résultats obtenus sont on ne peut plus satisfaisants : la-longueur du nouveau mètre à traits en platine iridé, à zéro degré, a été trouvée égale, à de millimètre près, à celle du mètre à bouts des Archives à la même température; le poids du nouveau kilogramme est le même que celui du kilogramme des Archives, à moins de Coo milligramme près. Cette valeur et celle de la distance entre les traits délimitatifs du nouveau mètre, diminuée de de millimètre, ont été adoptées à l’unanimité par le Comité international, dans sa dernière séance, comme valeur provisoire du kilogramme et du mètre pour les travaux du Bureau international de Bre-teuil, jusqu’au sanctionnement par la Conférence des prototypes à construire pour les différentes nations associées. Cette résolution marque une étape importante dans la marche scientifique des opérations du Bureau international des Poids et Mesures, fondé à frais communs par les gouvernements intéressés.
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- En somme, celle session du Comité international fait entrevoir la prochaine et heureuse issue des efforts que les gouvernements et les savants des Etats contractants ont voués au développement età la propagation universelle du système métrique, basé désormais sur des prototypes uniformes et inaltérables l.
- J. II. Dumas,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences.
- CHRONIQUE
- Comète. — M. Scluuitt, à Athènes, a trouvé une comète à quatre degrés sud-ouest de la grande comète et ayant môme mouvement (8 août 1882). Serait-ce un compagnon delà grande comète? (Communication de l’observatoire de Lord Cravvford (Dun Eclit). — C. Détaillé.
- Les parasites de la Mouclie. — Une découverte microscopique, qui n’est point sans grande importance au point de vue sanitaire, est due aux savantes recherches de M. le Dr Th. Taylor, analyste officiel du département de l’Agriculture. Dans le courant de l’année dernière, en disséquant la trompe d’une mouche commune d’appartement, M. Taylor avait constaté dans cet organe la présence de petits animaux de la forme du serpent se mouvant avec une extrême rapidité. Continuant avec assiduité ces expériences, il en arriva à constater que les mouches sont très souvent infestées de ces parasites élisant leur domicile le plus souvent dans la trompe, quelquefois même dans l’abdomen : ces parasites peuvent être, sans aucune espèce d’hésitation, considérés de prime abord comme des agents actifs de transmission de germes contagieux. Ces animaux, qui mesurent environ 1/800' de pouce de longueur sur 1/2000® de diamètre, plus grands par conséquent que la trichine, ont été classés par M. Taylor dans la famille des Némaloïdes, genre des Anguillula. La série des expériences auxquelles ils ont donné lieu, ont permis d’en constater jusqu’à dix dans le corps d’une mouche, sept dans la trompe et trois dans l’abdomen, quelquefois neuf, rarement un seul, mais le plus souvent quatre ou cinq. Leur présence est généralement indiquée par un mouvement de roulis de la portion extrême de la trompe. Quand ce mouvement est constaté, une goutte d’eau est versée devant cette portion antérieure, l’animal l’abandonne rapidement pour se réfugier dans l’eau, mais quitte aussi promptement cet élément pour rentrer dans son domaine vivant, la mouche, son home naturel. Un microscope de petit diamètre est suffisant pour les observer, mais un instrument d’assez grande puissance est nécessaire pour èxaminer leur structure : sous une certaine lumière, ils sont facilement perceptibles pour un œil exercé. M. le Dr Taylor va se livrer à une nouvelle série d’expériences en nourrissant quelques mouches avec de la viande trichinée, à l’effet de démontrer d’une manière péremptoire la possibilité de la transmission de la trichine ou d’œufs de trichines par les mouches communes d’appartement. (Scientific American.)
- Le navire Alaska de la ligne Guion vient de faire la traversée de l’Atlantique, de New-York à Queenstown, en sept jours, six heures et quarante minutes.
- 1 Note présentée à Y Académie des Sciences.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 octobre 1882.
- Réduction des nitrates dans la terre arable. — Tel es le titre d’un très important Mémoire présenté par M. Pasteur au nom de MM. Dehérain et Maquenne. Les auteurs se sont assurés expérimentalement que les nitrates se réduisent dans la terre végétale et dégagent suivant les circonstances, de l’azote ou du protoxyde d’azote. Cette réduction ne se produit d’ailleurs que si la terre est très riche en matières organiques. Elle n’a lieu que si l’atmosphère confinée dans le sol est absolument dépourvue d’oxygène.
- Ces faits une fois constatés, MM. Dehérain et Maquenne pensent qu’on peut les expliquer en admettant que la terx’e végétale renferme un microbe anaérobie, et quoiqu’ils n’aient pas jusqu’ici isolé ce proto-organisme, tout le monde sans doute sera porté à partager leur avis. Il faut savoir, en effet, que la terre végétale où se détruisent les nitrates perd ses propriétés réductrices par les actions qui, en général, empêchent les fermentations : la température de 100 degrés, les anesthésiques, etc. A l’inverse, un peu de terre active communique rapidement son activité à des volumes considérables de terre inerte.
- Comme on le voit, le travail de MM. Dehérain et Ma-quénneest dans la même direction que celui de M. Gayon, présenté lundi dernier. Il est cependant plus précis et constitue l’exact pendant, en sens inverse, du Mémoire de MM. Schlœsing et Muntz sur le microbe nitrotogène.
- Les recherches dont nous venons de donner une idée très succincte ont eu à l’Académie un grand succès, comme en témoignent les observations diverses auxquelles elles ont donné lieu. M. Wurtz ayant dit que des savants allemands ont récemment annoncé la découverte de microbes détruisant les azotates dans les eaux, M. Pasteur répond que bien antérieurement, puisqu’il y a quinze ans de cela, il avait lui-même-rattaché la réduction des azotates des jus de betteraves à une véritable fermentation. Mais d ajoute que le travail de MM. Dehérain et Maquenne a une portée bien autrement considérable et qu’on n’a plus qu’un desideratum à émettre, l’isolement et la caractérisation des microbes dont l’un fabrique les nitrates, pendant la nitrification, et dont l’autre défait au contraire ces mêmes sels. •
- Le passage de Vénus. — Imitant l’exemple des autres nations civilisées, le Brésil se dispose à observer fructueusement le prochain passage de Vénus. Quatre stations ont été choisies : ce sont Rio, Saint-Thomas des Antilles, Pernamboue et le détroit de Magellan. Dans cette dernière région va se rendre M. Cruls lui-même; parmi les observateurs de Pernamboue, nous remarquons un M. Lacaille, peut-être un descendant de notre célèbre compatriote. À propos de celte communication, M. Dumas annonce que la mission française des Antilles, sous la direction de M. Tisserand, est arrivée à sa destination dans les meilleures conditions.
- Les tornados aux États-Unis. —• Un rapport officiel récemment adressé au gouvernement américain, et dont M. Paye dépose un exemplaire sur le bureau, constate que depuis l’année 1794 on a constaté le passage aux États-Unis de 600 tornados.
- Yoici comment ils se répartissent :
- De 1794 à 1804, c’est-à-dire en 10 ans.. 4 tornados
- De 1811 à 1821 — — fi —
- De 1823 à 1835 — — 12 —
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- LA NATURE.
- De 1854 à 1844, c’est-à-dire en 10 ans . 19 tornados
- De 1845 à 1855 — — 11 —
- De 1857 à 1867 — — 15 —
- De 1869 à 1874, c'est-à-dire en 5 ans... 25 —
- Pendant l’année 1875, c’est-à-dire en 1 an. 58 —
- — 4876 — — 45 —
- — 1877 -- — 67 -
- _ 1878 — — 57 —
- — 1879 — 72 -
- _ 1880 — — 111 —
- Pendant les 5 premiers mois de 1881 . . . 60 —
- Evidemment les tornados ne sont pas plus nombreux maintenant qu’il y a quatre-vingt-sept ans, mais des déserts, depuis ce laps de temps, se sont transformés en régions très habitées et des phénomènes jadis inaperçus sont maintenant notés avec soin. 11 ne s’agit d’ailleurs pas, comme on pourrait le croire, de trombes insignifiantes. Les météores observés seulement pendant les dix-huit derniers mois ont été la cause de désastres dont on ne saurait supposer l’importance : 177 personnes ont été tuées et 550 blessées ;
- 988 maisons ont été complètement démolies; 5 villages de 200 à 1000 habitants à peu près rasés. La perte en argent s’est élevée à 2 000 000 livres ster-lings.
- M. Paye ayant pris occasion de ce rapport pour constater l’appui qu’il fournit à sa théorie des phénomènes tournants de l’atmosphère, M. Lalanne rapporte qu’en Normandie des trombes ont été suivies de la chute sur le sol de torrents d’eau et qu’après l’écoulement de celle-ci on a trouvé sur le sol des poissons cle mer! Ceux-ci
- ne pouvaient provenir que d’une absorption verticale et de bas en haut des flots de l’Océan et celte absorplion est, comme on sait, contraire à la manière de voir de M. Faye. 11 est vrai que M. Lalanne n’a pas été témoin du phénomène connu sous le nom populaire de ravine, mais il remarque qu’il lui a été raconté par un grand nombre de paysans, lesquels évidemment gont bien désintéressés dans la question.
- Varia. — M. Ledieu fait une très longue lecture sur la théorie mathématique de l’électricité. — Un télégraphe imprimant les dépêches en .caractères typographiques est décrit par M. Boudréaux. — M. Guyot fait connaître une analyse de l’alunite de la Tolfa. — Les indices ordinaire et extraordinaire du spath d’Islande pour des rayons de diverses longueurs d’onde, sont déterminés par M. Var-razin.
- Stanislas Meunier.
- Attraction d’une pipe par un verre électrisé.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
- EXPÉRIENCE D’ÉLECTRICITÉ STATIQUE
- Vous prenez une pipe, une vulgaire pipe en terre d’un sou, vous la posez délicatement en équilibre sur le bord d’un verre, de telle manière qu’elle puisse osciller librement par le moindre contact, comme le fléau d’une balance.
- Gela fait, vous dites aux assistants : « Voici une pipe posée sur le bord d’un verre; il s’agit de faire tomber cette pipe, sans y toucher, sans souffler, sans toucher le verre, sans agiter l’air avec un écran et sans remuer la table qui sert de support. »
- L’électricité vous permettra de résoudre le problème ainsi posé. Vous prenez un verre à pied semblable à celui qui sert de support à la pipe, vous le frottez énergiquement sur la manche de votre habit, le bras tendu. Le verre s’électrise par le frottement contre le drap ; quand il a été bien frotté, vous l’approchez à 1 centimètre environ du tuyau de la pipe en équilibre, et vous voyez que celle-ci est énergiquement attirée; elle suit le verre à votre gré, et tombe de son support.
- Cette expérience vraiment curieuse est une jolie variante du pendule électrique ; elle montre que la terre de pipe, corps très mauvais conducteur de l’électricité, sc prête très bien à l’attraction d’un corps électrisé.
- Nous représentons ci-dessus l’expérience faite avec deux verres à pied, mais de simples gobelets de verre, comme on en a dans les campagnes, réussissent tout aussi bien. La pipe en terre n’est pas un objet rare, il est donc difficile de produire à moins de frais, des manifestations d’électricité.
- Voilà encore un heureux complément de la physique sans appareils. Nous en devons la communication à un ingénieur distingué, que nous n’osons pas nommer dans la crainte de blesser sa modestie, mais auquel nous adressons tous nos remerciements.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- JS° 491.
- 28 OCTOBRE 1 882.
- LA NATURE.
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- MÉTÉOROLOGIE NAUTIQUE
- LES ISANÉMONES d’ÉTÉ DANS L’ATLANTIQUE NORD
- J’appelle isanémones les courbes d’égale vitesse du vent.
- En général, la force du vent ou sa vitesse (car il est facile de passer de l’une à l’autre) est indiquée dans les journaux de bord de la marine française par les expressions : vent grand frais, vent frais, forte brise, jolie brise, petite brise, légère brise, presque calme, calme, expressions que le marin
- inscrit sous la forme abréviative : Y. g. F., V. F., F. B., J. B., P. IL, L. B., P. C. et C. Cependant il s’est introduit depuis quelques années dans la marine une nouvelle méthode qui consiste à coter la force de la brise d’après une échelle numérique dite de Beaufort ; on écrit, par exemple : brise 5, , brise 4, brise 5, etc... Est-ce à dire que ces chiffres ont donné plus de précision au langage ou à l’obsérva-tion maritime? Évidemment non. Qu’on se serve de chiffres, de mots, de lettres ou de signes conventionnels, le résultat restera le même, tant qu’il n’existera pas à bord d’instrument capable de mesurer la force du vent, et certes un pareil ihstru-
- SEf TEJNTfUONALI
- Carte des isanémones d’été. (Les chiffres qui accompagnent les courbes représentent la vitesse du vent en mètres par seconde.)
- ment ne paraît pas facile à construire, étant données les conditions du problème : le roulis, le tangage, les manœuvres, etc.
- 11 n’en faudrait pourtant pas conclure que les observations maritimes sont à dédaigner, comme trop défectueuses, dans l’étude de la circulation générale de l’atmosphère ! Personne n’apprécie mieux le vent que le marin, et sa figure en plein air, quand le vent ne dépasse pas forte brise, est une sorte d’anémomètre dont les indications 'traduites par les mots légère brise, petite brise, etc., pourraient bien avoir encore aujourd’hui, au point de vue de la circulation atmosphérique, autant de valeur que celles des instruments d’un bon nombre d’observatoires terrestres, où le vent n’arrive jamais que modifié par la topographie et la végétation des 10“ année. — 2* semestre,
- terrains environnants, par les villes, les collines et les montagnes voisines.
- Certaines expériences ont été faites pour délermi-* ner la vitesse du vent correspondant aux appellations employées à bord pour désigner la force du vent. Le résultat de ces expériences a été consigné dans un tableau publié dans l'Annuaire des marées ;
- ÉCHELLE VITESSE CORRESPONDANTE
- de appellations ordinaires. par seconde r
- beaufort. et en mètres.
- 0 Calme. ...... O
- 4 Presque calme. . . 1
- 2 Légère brise. ... 2
- 3 Petite brise........ 4
- 4 Jolie brise................... 1
- 5 Bonne brise. ... 41
- O Vent frais................... 40
- ... Vent grand liais. . ... *
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- LA NATURE.
- Ce tableau résulte d'expériences laites par des ingénieurs et des marins, etcommela grande majorité des journaux que nous avons dépouillés sont des journaux de batiments à voiles, que pour les bâtiments mixtes nous ne prenions que les observations laites pendant que le bâtiment portait des voiles carrées et qu’enfm nous avons rejeté toute observation faite à la vapeur seule, ce tableau suffira pour prouver que parmi les 240000 observations d’intensité que nous avons recueillies sur l’Atlantique nord, toutes celles comprises entre calme et petite brise inclusivement, peuvent être considérées comme étant données à 1 mètre près.
- Lorsqu’à bord le vent souffle franchement petite brise ou franchement jolie brise, le marin ne s’y frompe pas, il n’inscrit pas P. B. pour J. B., ni J. B. pour P. B. ; il hésitera seulement dans le cas où la brise soufflera par exemple environ 5m,5 par seconde. Mais le tableau précédent montre que, 'même dans ce cas, si le marin inscrit J. B. ou P. B., l’erreur ne dépassera pas lm,5 par seconde. Et ce même tableau fait voir encore de la même façon que de jolie brise à bonne brise, de bonne brise à vent frais, de vent frais à vent grand frais, l’erreur maximum probable est d’environ 2m,5.
- Telles sont les différentes approximations des observations que l’on trouve dans les journaux de bord. Cas approximations — jointes à ce fait qu’il Rétablit nécessairement des compensations entre les erreurs d’observation, lorsqu’on ajoute ensemble des milliers d’observations faites dans les mêmes conditions et pour lesquelles l’erreur est tantôt dans un sens, tantôt dans un autre — nous ont conduit à admettre que les nombres que nous avons obtenus comme représentant la vitesse moyenne des vents pour une saison déterminée par exemple, étaient approchés environ à 1 mètre près quand ils ne dépassent pas 5 mètres, à lm,5 quand ils sont compris entre 5 mètres et 7 mètres ; et enfin à 2 mètres quand ils dépassent ce dernier chiffre.
- Cela posé, nous avons construit sur une projection de Mercator les courbes d’égale vitesse moyenne du vent dans l’Atlantique nord pour la saison d’été, et nous avons obtenu de la sorte la carte ci-contre, très remarquable en ce sens qu’elle reproduit presque exactement la carte des isobares moyennes.
- Ainsi : pendant la saison d’été, c’est-à-dire alors que l’atmosphère est le plus stable sur le grand bassin de l’Atlantique nord, les isanémones moyennes et les isobares moyennes sont les mêmes à des différences près égales aux erreurs possibles d’observation et de construction.
- Dans quelle mesure cette loi, vérifiée pour l’Atlantique nord, et dont l’importance n’échappe à personne, est-elle générale? II nous faudra évidemment faire encore de patientes recherches avant de le savoir. Et cependant, dès maintenant, nous croyons pouvoir avancer que cette loi doit être générale pour toute surface du globe se trouvant sous la dépen-
- dance de ce que nous avons appelé les maxima et les minima fondamentaux.
- Lorsqu’on examine une suite de cartes synoptiques, la première chose qui frappe, est certainement le nombre de maxima et de minima qui couvrent la surface du globe. Leurs changements de forme quotidiens, leurs mouvements ou leur disparition sur les cartes font qu’ils ne présentent d’abord à l’esprit qu’une sorte de pêle-mêle inextricable.
- Mais une étude attentive permet de distinguer parmi eux trois classes de maxima et de minima ayant chacune des propriétés distinctes.
- Première classe. — Les maxima et les minima fondamentaux tels que le minimum et le maximum d’Asie, le maximum des Açores, etc., dont la fixité et la permanence sont telles qu’ils forment dans leur ensemble et à six mois d’intervalle deux systèmes distincts qui suffiraient à définir les deux grandes phases de la circulation annuelle.
- Deuxième classe. — Les maxima et les minima éphémères, tels que ceux qui naissent et disparaissent journellement dans nos latitudes moyennes, et qui sont sans aucun doute causés par cette sorte de remous atmosphérique au milieu duquel nous vivons et à travers lequel il nous est si difficile de distinguer les grandes lois de la météorologie générale.
- Troisième classe. — Les minima mobiles ou tempétueux : tels sont les bourrasques, les cyclones, etc., que leur mouvement rapide ne permet pas de confondre avec les maxima fondamentaux ou éphémères des classes précédentes, mais qui ne sont à vrai dire que des accidents au milieu de la circulation générale.
- Telle est la classification qu’on peut faire de tous les maxima et minima atmosphériques.
- Et pour en revenir à ce que nous disions tout à l’heure, nous répéterons, en terminant, que la loi, que nous avons énoncée plus haut sur les isanémones et les isobares, doit pouvoir s’appliquer à toute surface du globe qui se trouve sous la dépendance d’un minimum et d’un maximum fondamental.
- L. Brault.
- BIBLIOGRAPHIE
- Ministère de T Agriculture et du Commerce. Annales de l’Institut national agronomique. 4° année, 1879-1880. 1 vol. in-8°. Paris, J. Tremblay, 1882.
- Les stations de l’homme préhistorique sur les plateaux du Grand-Morin (Seine-et-Marne), par G. Dumoutier. 1 vol. in-8° avec gravures. Paris, E. Boban, 1882.
- « L’AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE
- M. le marquis de Nadaillac, à qui l’on doit tant de remarquables travaux sur les temps préhistoriques et qui a publié, il y a deux ans, son magnifique ouvrage les
- 1 1 vol. gr. in-8°, avec de nombreuses gravures. Paris, G. Masson, éditeur, 1883.
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- LA NATURE.
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- Premiers hommes, continue patiemment, avec la passion du chercheur, et la patience de l’historien, son œuvre de résurrection des civilisations anéanties. Nous venons de lire les épreuves du nouveau livre que M. de Nadaillac va publier la semaine prochaine à la librairie Masson, sous le titre l'Amérique préhistorique. Cette œuvre est toute nouvelle en France, où rien de complet sur l’Amérique, antérieur aux conquistadores, n’a jamais été fait. Ellç comprend un résumé très complet, très savant, très méthodique, de recherches multiples, faites par les Atnèricanistes si nombreux aujourd’hui. Ce nvre est toute une révélation pour les profanes, c’est un travail de choix et de grande valeur pour les érudits. Les gravures y abondent ; elles repi’ésentent les monuments, les tertres, les constructions singulières, les poteries, les objets d’art de ces anciens habitants du Nouveau Monde, qui couvraient jadis des régions qu’on eût pu croire désertes. Le livre l'Amérique préhistorique aura le succès de son devancier : les Premiers hommes. M. de Nadaillac a bien voulu nous donner un spécimen de son œuvre en résumant spécialement pour La Nature l’intéressante notice que l’on va lire, et qui forme en quelque sorte la substance de l’un des plus curieux chapitres de son beau livre. G. T.
- LES CLIFF-DWELLERS
- L’Arizona, le Nouveau-Mexique, la Nevada, le Colorado, le pays des Mormons, ces régions immenses qui couvrent près de 2 millions de kilomètres carrés, étaient, il y a bien peu d’années encore, absolument inconnues; elles sont aujourd’hui sillonnées par des chemins de fer ; demain le commerce et l’industrie s’en empareront; des villes populeuses s’élèveront et de nouveaux États viendront contribuer à la grandeur des États-Unis. En attendant ce brillant avenir, il faut parcourir des pays où tout est morne et désolé, où les arbres, des pins principalement, sont rares et rabougris, la végétation sans vigueur et où la nature semble condamnée à une éternelle impuissance par la disparition des arroyos ou cours d’eau qui fertilisaient les vallées. Les animaux eux-mêmes ont abandonné ces terres maudites; seuls quelques Indiens nomades, les plus barbares de* tous ceux de l’Amérique du Nord, parcourent le pays ; ils se hâtent de fuir devant le voyageur, s’ils ne se croient pas assez forts pour le dépouiller. Tel n’était pas le passé de ces contrées; ces canons aux gorges profondes, ces vallées arides, couvertes de broussailles qui s’élèvent à peine à quelques pieds de hauteur, cette nature morne et inerte, présentent le contraste le plus saisissant .avec les ruines qui surgissent à chaque pas et qui témoignent qu’à des époques, dont il est impossible de supputer la durée, ou de présumer la date initiale, ces pays étaient habités par des populations nombreuses, actives, intelligentes. Toutes ces falaises à pic sont percées par des habitations humaines, qu’on ne saurait mieux comparer qu’aux alvéoles d’une ruche ; partout l’homme avait construit des de-
- meures, des citernes, des abris pour scs bestiaux, des fortifications, de véritables cités. Les rochers eux-mêmes sont couverts d’hiéroglyphes, de figures peintes ou sculptées ; partout cet homme inconnu a laissé son ineffaçable empreinte.
- A plusieurs reprises, La Nature a parlé de ces hommes que nous appelons les Cliff-Dwellers1, faute d un meilleur nom à leur donner. Ce qui fait la grande singularité de ce peuple, c’est la position qu’il choisissait pour élever ses demeures. Les rochers qui dominent les vallées du Mancos, du Montezuma, du Mac-Elmo, du Chaco, du Chelly et des autres affluents du San Juan portent sur toutes leurs terrasses, dans toutes leurs anfractuosités, des habitations humaines, construites tantôt en adobes ou briques cuites au soleil, tantôt en pierres arrachées au rocher même et cimentées avec de l’argile mêlée de cendre. Comment parvenait-on à bâtir à de semblables hauteurs, où les voyageurs ne peuvent arriver qu’au prix des plus pénibles efforts, comme le montre la figure que nous reproduisons d’après une photographie qui assure sa rigoureuse exactitude. Les recherches n’ont pu faire découvrir d’autres moyens d’accès, que des blocs écroulés et des fentes naturelles, dont il fallait s’aider pour des ascensions souvent de plusieurs centaines de pieds. Ces maisons n’étaient pas toujours isolées, on cite une véritable ville, A cave town, bâtie sur une anfractuosité de rocher et qui s’étend sur une longueur de 545 pieds et une hauteur maxima de 4Q pieds.
- Presque toutes les maisons comprennent un rez-de-chaussée et un étage, les murs sont partout de faible dimension, il est rare qu’ils atteignent 18 pouces de largeur et souvent ils n’excèdent guère G pouces. Les pierres sont noyées dans un épais mortier d’argile et enduites avec soin à l’intérieur comme à l’extérieur. On a pu reconnaître soixante-quinze chambres, toutes d’une telle petitesse que l’on a peine à comprendre comment des hommes ont pu y demeurer; les planchers, quand il en existe, sont en poutres de bois de cèdre grossièrement équarrics2. Derrière les maisons, étaient deux réservoirs, destinés à conserver l’eau, et plusieurs petits eorrals, véritables cours intérieures encore remplies de fumier en poussière. Comment pouvait-on faire arriver des bestiaux à une semblable hauteur, comment parvenait-on à les nourrir sur des rochers escarpés et sans issue. Toutes les conjectures sont possibles; aucune ne paraît satisfaisante.
- Ces demeures aériennes ne possèdent m porte* ni escalier ; des fenêtres étroites et basses étaient
- 1 Littéralement : les hommes qui habitent les rochers. Nous empruntons ce nom aux écrivains américains.
- 2 C’est encore là une preuve de l’importance du changement climatérique qui s’est accompli. On ne voit aujourd’hui aucun arbre pouvant servir à des constructions, entre les Cross Timbers dans le Texas et les forêts des Montagnes-Ro-cheuses, sur un parcours de 1500 kilomètres.
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- L A N ATI! H K.
- les seules ouvertures; ou entrait au moyen d'échelles mobiles, que le Cliff-lhvcller s’empressait de retirer. U assurait ainsi sa sécurité et il pouvait se défendre contre des attaques, qui devaient être fréquentes à en juger par le nombre de pointes de flèches en silex, en agate, en obsidienne, que l’on recueille au pied de toutes ces babitation-s.
- Presque toujours ces constructions sont accompagnées d'es tuf as, tel est le nom donné par les Espagnols à des tours remarquables par la solidité de leur construction, atteignant jusqu'à 00 pieds de diamètre, renfermant une série de petites cellules et au centre une pièce souvent à demi souterraine ; l’accès en était toujours difficile, on cite un estufa qui nepossédaitqu’u-ne ouverture unique mesurant 22 pouces sur 50, et encore pour atteindre cette singulière porte fallait - il ramper dans un véritable boyau sur une longueur de plus de 50 pieds.
- Nous ignorons la destination véritable des estu-fas, qui offrent une grande ressemblance avec les lalayoti des îles Baléares. 11 est probable, que selon la coutume des Indiens des Pueblos, on y entretenait le feu sacré dont l’extinction menaçait la tribu des plus grands malheurs.
- Quelques indices permettent déjà de connaître les habitudes des Cliff-Dwcllers. Des amas de cendres témoignent de la durée de leur habitation, des tas d’épis de maïs montrent qu’ils connaissaient la culture. Parmi ces grains on a recueilli une hache polie à laquelle on attachait peut-être cette même idée superstitieuse, que nous retrouvons chez les nations primitives de notre con-
- tinent. Les outils et les armes en silex, en roches diverses, sont nombreux. Partout on rencontre des haches, des poinçons, des pointes de flèche, des pilons pour concasser les grains. La poterie surtout abonde. « C’est par charretées que se trouvent les tessons », écrivait un voyageur récent. Le colonel Holmes est plus explicite encore; sur une surface de 10 pieds carrés, exactement mesurée, il a pu ramasser des fragments se rapportant à cinquante-cinq vases différents, jarres ou amphores, plats ou bouteilles. Toutes ces poteries, souvent d’une grande finesse, sont cuites au feu ; les for-mes sont élégantes, la décoration se détache soit en relief, soit en couleur différente. On a trou-v é des ligures d’hommes ou d’animaux, certaines figurines, où l’on a voulu voir des idoles, rarement des pipes, si nombreuses au contraire chez les Mound-Builders. Il est remarquable que jusqu’à présent les fouilles n’ont donné aucun objet en métal; il parait cependant diffi -cileque des hommes parvenus déjà à un certain degré de civilisation aient absolument ignoré l’usage des métaux ; quand ces fouilles‘seront moins dangereuses, elles seront sûrement reprises par les Américains, très ardents à rechercher les traces de leurs vieux ancêtres et peut-être parviendra-t-on alors à connaître quelques faits de l’histoire des CJiff-Dwellers et à les rattacher, ce qui est aujourd’hui impossible, aux autres races, qui ont peuplé l’Amérique.
- Mis de Nadaillac.
- C IiÙ-IIouse, dans ie c a il on Cliolly, (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
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- LE GRAND ARLEQUIN DE CAYENNE
- Parmi les Coléoptères qui présentent les formes les plus singulières, il faut citer les Longicornes, ainsi appelés en raison de la longueur démesurée
- de leurs antennes, formées d’articles à aspect de fuseaux. Toutes les personnes qui se promènent dans les bois de chênes, au commencement de l’été, voient voler le soir le plus grand représentant de cette famille en Europe, nommé le Grand Capricorne {Cerambyx héros 7 Linn.), en entier d’un brun
- Le Grand Arlequin de Cayeune, Acrocmus longrrnanus, Linné. (Dessiné d'après’un mâle de très petite taille.)
- presque noir. Sa larve, dite gros ver de bois, creuse ses larges galeries dans l’intérieur des chênes parvenus à toute leur croissance, et gâte les plus belles pièces de charpente. Lesamaleurs parisiens allaient chercher ce bel insecte autour des vieux chênes qui bordaient la mare d’Auteuil. Ils ont été coupés lors de la guerre de 1870 ; mais il y en a encore quelques-
- uns autour du champ de courses d’Auteuil qui recèlent des générations du Longicorne dans leur vieux bois perforé. On met les insectes adultes dans des sacs pleins de feuilles, afin qu’ils ne brisent pas leurs longues et fragiles antennes en se débattant. Le Petit Capricorne (Cerambyx cerdo, Linn.), noir et très analogue au précédent, mais de taille moitié
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- LA NA TU HE.
- moindre, vit à l’état de larve dans les pommiers et les cerisiers. On le prend souvent en juillet se chauffant au soleil sur les cerisiers classiques de Montmorency; par les jours de très grande chaleur il vole en plein midi et butine comme enivré sur les ombelles si odorantes du poireau et de l’oignon. Si on se promène dans les chaudes soire'es sous les saules, on est souvent frappé par un pénétrant parfum de rose. Il est produit par les sécrétions d'un très beau Longicorne, d’un riche vert métallique, dont la larve vivait dans le bois de saule ; c’est YAromia moschata, Linn. Souvent, à la lin de l’hiver, nous voyons courir sur les parquets de l’appartement un Longicorne à antennes noires, qui semble habillé du plus riche velours rouge. Les larves de cette Callidie sanguine existaient dans les bûches de hêtre ou de charme destinées à notre cheminée. Le Longicorne européen le plus curieux par la longueur démesurée de ses antennes est celui que les entomologistes nomment Asiynomus edilis, long de 12 à 15 millimètres, un peu déprimé, de couleur cendrée, nébuleuse, avec un duvet jaunâtre et deux bandes arquées, irrégulières et brunâtres, sur les élytres. Les antennes sont près de trois fois aussi longues que le corps dans les femelles, et jusqu’à cinq fois aussi longues chez les mâles. De tels appendices antérieurs seraient bien gênants pour le vol ; aussi ces insectes se tiennent au repos lort tranquilles, en avril et en mai, sur los troncs des pins ou des sapins, à l’intérieur desquels ils ont passé leurs premiers états. On trouve ces singuliers insectes dans tous les bois de Conifères un peu étendus ; on peut, sous ce rapport, recommander aux amateurs la forêt de Fontainebleau.
- Le passage des Longieornes à l’état adulte exige une modification d'organes très complexe. Leurs larves, en effet, n’ont que des antennes tout à fait rudimentaires et des pattes au thorax, ou nulles ou extrêmement courtes. Ce sont des vers blanchâtres, avec le thorax plus ou moins renflé et une forme qui rappelle celle d’un prisme à six pans, à arêtes obtuses; les segments portent, en dessus et en dessous, de forts mamelons rétractiles, tantôt lisses, tantôt chagrinés, tantôt tuberculeux. Us aident ces larves à cheminer dans les galeries dont elles creusent l’intérieur des troncs d’arbre et des branches.
- Les régions chaudes présentent des Longieornes tout comme l’Europe et certains avec une taille considérable, en rapport avec les arbres énormes d’une végétation luxuriante. L’espèce la plus singulière est un grand insecte, qui paraît se trouver dans toute l’Amérique intertropicale et où l’exagération des appendices porte, non seulement sur les antennes, mais sur les pattes, principalement les antérieures. L'Acrocinus longimanus, Linn., offre des antennes ayant près de deux fois la longueur du corps, noires, avec la base de leurs longs articles de couleur cendrée. Le corselet est noir, avec des lignes obliques rouges. U a en dessus, près des côtés, deux petites épines noires, et, sur chaque
- côté, une autre épine très forte. Les élytres ont une épine à la hase et deux à l’extrémité ; elle sont de forme oblongue, noires et soyeuses, variées de taches ondées, rouges et d’un gris verdâtre. Cette bigarrure de couleurs a fait donner à l’insecte le nom de Grand Arlequin de Cayenne, nom de commerce sous lequel il figure depuis au moins deux siècles dans les boîtes de curiosités d’Amérique vendues par les marchands. Les cuisses sont longues, lisses et noires, avec un anneau rougeâtre près de leur articulation avec la jambe. Les jambes antérieures sont noires, garnies en dessous de fortes épines ; toutes les autres sont glabres, avec des anneaux de couleur cendrée. Les différences sexuelles externes résident dans les pattes. Chez le mâle les cuisses antérieures sont de la longueur de tout le corps, les jambes antérieures, de la longueur des cuisses antérieures, sont épineuses, recourbées au sommet et terminées là par une forte épine du côté interne; il y a moins de disproportion chez la femelle.
- On peut dire que la larve1 de Y Acrocinus longimanus est en opposition complète avec l’adulte ; ses pattes sont absolument nulles, ses antennes extrêmement petites, comme des cônes microscopiques de quatre articles très courts. Le corps, divisé en treize segments outre la tête, est long de 80 millimètres, avec un très grand prothorax débordant, large de 16 à 18 millimètres, protégé en dessus par un vaste écusson en trapèze, très rugueux et granuleux. Les segments de l’abdomen, larges en moyenne de 10 à 12 millimètres, s’allongent graduellement; en diminuant de largeur, du premier au sixième, les septième et huitième élargis par un bourrelet latéral longitudinal. Les sept premiers segments de l’abdomen portent en dessus et en dessous de larges mamelons aplatis, couverts de granulations noirâtres et divisés par des sillons. Cette larve est blanche, avec le dessous jaunâtre, les écussons supérieurs d’un brun obscur ; la partie antérieure de la tête et les mandibules sont noires. La portion moyenne du corps est presque glabre, les deux extrémités présentant des poils dorés épars. Cette larve a été trouvée par M. Salle, au Mexique, à Cordova, sous lecoz’ce d’un grand arbre du genre Ficus. Dans le Vénézuéla, cette même espèce a été observée par M. Rojas, à Caracas. Il dit qu’elle vit dans les climats froids (c’est-à-dire d’une grande altitude) sur le Ficus glabrata, dont ce Coléoptère suce le lait. La larve se trouve dans l’intérieur de cet arbre, et l’insecte parfait, qui l’habite également, en sort régulièrement le matin pour se fixer aux Ficus qui n’ont pas été coupés et s’alimenter de leur lait ou sève descendante. C’est ainsi que les prenait M. Rojas et aussi dans leur retraite, en fendant à l’aide d’une hache des troncs déjà coupés* où il voyait l’entrée de leur demeure toujours large et ouverte à l’extérieur.
- En 1878 fut apporté au Muséum, provenant d’un
- 1 M. E. Candèze. Histoire des métamorphoses de quelques Coléoptères exotiques, Mém. de la Soc. royale des Sciences de Liège, t. XVI, 1861, p. 380.
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- fi A NATUIIK.
- o 4ô
- atelier du faubourg Saint-Antoine, un sujet mâle vivant de Y Aerocinus longimanus, trouvé dans une cavité d’un bloc de bois d’ornement de Mnclura Une-toria, cavité où avaient probablement vécu la larve et la nympbe. On put constater que la démarche de l’insecte est très lente ; ses antennes sont sans cesse en mouvement, et les pattes de la première paire, presque deux fois aussi longues que le corps, ont une tendance à s’accrocher à tous les objets qu’elles rencontrent. Ce Coléoptère se traîne plutôt qu’il ne marche, et, dans cet acte, les régions pectorale et ventrale, abandonnent rarement l’appui. Par la conformation de ses organes locomoteurs, le Grand Arlequin de Cayenne semble destiné à vivre accroché aux branches des végétaux ou au moins à se tenir sur le tronc des arhres. Les épines latéro-postérieures du prothorax, portées sur un mamelon arrondi entouré d’un sillon, ne sont pas mobiles, contrairement à l’opinion de plusieurs naturalistes n’ayant étudié l’insecte que sur des sujets secs de collections.
- Maurice Girard.
- LOUIS FAVRE
- ENTREPRENEUR DU GRAND TUNNEL DU SAINT-GOTHARD
- Depuis une année déjà, la locomotive roule sur la voie nouvelle du Saint-Gothard, franchissant d’un trait la distance qui sépare Bàle de Milan, passant rapidement des sombres et humides défilés de la Suisse allemande dans les plaines ensoleillées de la Lombardie. Nos voisins ont bruyamment fêté l’ouverture de la grande artère internationale qu’ils considèrent comme leur œuvre personnelle et exclusive, tant au point de vue technique qu a celui du résultat économique qu’ils s'étaient proposé d’atteindre : la création d’une voie qui, selon les paroles mêmes de M. de Bismarck, « ne relève d’aucune autre nation ». L’initiative de la percée du Gothard revient en effet de plein droit au puissant « chancelier de fer »; aussi n’avons-nous jamais songé à enlever à l’Allemagne la gloire — et c’en est une véritable — d’avoir créé la seconde des grandes routes transalpines, ouvrant aux produits européens une porte nouvelle sur le monde oriental. 11 nous semble toutefois que dans le bruyant concert des acclamations qui ont retenti pendant les jours de fêtes de l’inauguration de la ligne, une place moins modeste eût pu être faite à ceux qui ont dirigé, avec une invincible ténacité et un rare talent, la partie technique de l’œuvre, et principalement ces 15 kilomètres de trouée colossale, le grand tunnel du Saint-Gothard, qui vient se placer dans l’histoire des grands travaux publics, côte à côte avec le percement du Fréjus et les merveilleuses tranchées de Suez et de Panama.
- Nous rappellerons tout à l’heure les noms de ceux
- qui ont, pendant près de dix années, avec un complet désintéressement, contribué à l’achèvement de cette œuvre colossale. Au-dessus de tous, se dresse une figure d’une originalité toute spéciale, celle _ de M. Louis Favre, l’entrepreneur général du grand tunnel, dont le nom restera attaché à la création du souterrain des Alpes Helvétiques, comme celui de Sommeiller au grand tunnel du Fréjus, et celui de Lesseps aux détroits artificiels qui soudent désormais les Océans. Ayant eu nous-même l’honneur d’occuper le poste de secrétaire général de l’entreprise du percement du grand tunnel, nous avons été à même de connaître de près l’homme remarquable à tous égards qui, après avoir passé sa vie entière dans les grands travaux publics, mourut, comme un soldat, au champ d’honneur, en plein tunnel.
- Je vis M. Louis Favre pour la première fois, à Genève, en 1872, quelques jours après qu’il eut assumé la responsabilité de l’exécution du grand souterrain des Alpes. Il habitait, depuis la guerre, sa magnifique propriété du Plongeon, sur la rive droite du lac. Point n’était besoin, du reste, de faire antichambre pour arriver près de l’entrepreneur du plus grand travail qui eût été accompli jusqu’à ce jour ; M. Favre était d’un accueil facile. Nous avions à peine passé cinq minutes ensemble que nous conversions comme nous le faisions souvent plus tard, au bout d’une connaissance de six années. Après lui avoir exposé le but de ma visite, le désir d’entrer dans le personnel de son entreprise, — je lui étais du reste recommandé particulièrement par un ingénieur du plus haut mérite, M. Délerue, directeur du P. L. M., à qui je suis heureux de rendre ici un public témoignage de gratitude — la conversation prit vite la tournure de franche gaieté qui formait le fond du caractère de Louis Favre :
- « C’est la première fois, me dit-il en riant, que je travaille avec des Allemands, et je n’ai point encore donné le premier coup de pic sur le Gothard qu’ils me cherchent déjà chicane sur l’interprétation de notre contrat du 8 août dernier. — Ah! cette convention du 8 août, comme je devais la tourner et la retourner plus tard. — Si cela continue ainsi, nous aurons de jolis démêlés ! Avec cela que je ne comprends pas un mot aux multiples interprétations de leur charabia... J’aurais dû me méfier de cela; mais, voyez-vous, je suis resté inactif pendant toute cette malheureuse guerre; je ne suis pas fait pour me promener dans les allées d’un jardin, et je serais mort de chagrin, si cette inaction eût dû se prolonger... Quand on vit, comme je l’ai fait, depuis trente années sur les chantiers, on se fait difficilement à l’existence sédentaire et renfermée que j’ai menée ici depuis près de deux ans. »
- Comme il le disait avec une juste fierté, Louis Favre avait, en effet, avant de devenir le premier entrepreneur de travaux publics du monde, longtemps vécu sur les chantiers. Les années que tant d’autres, plus instruits, mais moins savants, et qui
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- devaient plus tard accepter avec joie son autorité, avaient consacré à leurs études, Favre les avait passées dans le modeste atelier de son père,. charpentier à Chêne, petit bourg à une demi-lieue de Genève. Bientôt, le séjour du village lui semble un peu morose ; il quitte l’établi paternel, et part faire ce que l’on appelle encore son « tour de France ». Il avait alors dix-huit. ans. Trois ans après, il entreprenait de petits travaux ; il ne fut pas longtemps sans être remarqué des ingénieurs qui les conduisaient, et bientôt l’ouvrier charpentier fut appelé à donner son avis dans toutes les questions difficiles. Entre temps,
- Favre avait courageusement étudié les bases princip
- devaient lui être utiles; le soir, aux cours publics, il réparait de son mieux les lacunes de son instruction première, non point qu’il songeât à faire des études complètes d’ingénieur, mais seulement à apprendre « l’indispensable »; Favre fut avant tout un homme pratique, suppléant à l’insuffisance forcée de ses connaissances techniques par un coup d’œil d’une justesse inouïe. Ici, on pourra me dire que le percement du grand tunnel du Gothard s’est soldé par une perte considérable; cela est vrai, mais il faut se rappeler aussi que ce colossal travail a été accompli au milieu des difficultés les plus insurmontables qui se fussent jamais aies des sciences qui J présentées, et dont nous avons déjà raconté l’histoire
- 1. — Louis Favre, entrepreneur du percement du grand tuunel du Saint-Gothard, mort dans le tunnel le 19 juillet 1879. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — La traversée du col du Saint-Golliard pendant la construction du grand tuuuel. — Hôtellerie du Saint-Gothard.
- (D’après une photographie.
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- ici même. Malgré cela, le coût du tunnel par mètre courant a encore été d’un tiers inférieur à celui du grand tunnel du Mont-Cenis.
- Lorsque Favre entreprit le Gothard, il comptait déjà à son acquit de nombreuses victoires dans le domaine des travaux publics, spécialement dans la construction des souterrains ; la plupart des tunnels de quelque Ion -gucur, qui, dès le principe de l’établissement des voies ferrées, étaient regardés comme des œuvres considérables, le souterrain de Blaisy, par exemple, ont été exécutés par lui, en dehors d’autres travaux à ciel ouvert. Aussi,
- Favre arrivait-il au Gothard plein d’espoir.
- Cette bataille contre le colosse ne lui déplaisait pas ; son courage et sa confiance dans le succès de l’œuvre semblaient grandir à mesure que les circonstances du percement devenaient plus pénibles.
- Devant l’inondation terrible de la galerie d’Airolo, Débordement des roches délitées et aquifères, créant au travail souterrain une situation si désespérée qu’un grand nombre d’ingénieurs très expérimentés conseillaient presque d’abandonner les travaux, Favre restait impassible. Au milieu de l’appréhension générale, bien compréhensible dans une telle situation, il venait jeter sa note confiante et gaie, ranimant toutes
- les ardeurs, parlant dédaigneusement « de ce fichu Gothard dont on viendrait bien à bout ». Le personnel de l’entreprise du percement n’était pas seul du reste à s’inquiéter des difficultés sans cesse renaissantes du travail; la Compagnie elle-même,
- le Conseil fédéral suisse entretenaient Favre de leurs craintes de retard dans l’exécution. Lui, calmait leurs frayeurs, leur exposait ses projets, et la séance finissait toujours par un Vote de confiance dans l’avenir de l'œuvre. Favre ne se dissimulait certes pas les difficultés qu’il aurait à vaincre, mais il exécrait les peureux,et cherchait toujours à ramener la confiance chez ceux qui l’entouraient ; phénomène singu -lier, il finissait par se tromper lui-même, et, en certains instants, il n’eût pas été commode de lui prouver que le Gothard n’é -tait pas l'œuvre la plus facile du monde. Ceux qui ont vécu autour de lui savent les plaisanteries dont il criblait parfois ce pauvre Gothard, qui le lui rendait du reste avec usure, et ne se laissait pas si facilement percer que cela !
- Cette confiance des premières années ne devait toutefois pas durer toujours. Le tunnel avançait, la galerie s’approfondissait, mais au prix de quels déboires, et surtout de combien de dépenses! Jour
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- par jour, on put bientôt compter le déficit probable de l’affaire, et les commanditaires commencèrent à entrevoir la perte du cautionnement de huit millions qui avait dû être déposé près du Conseil fédéral suisse. Pour Favre personnellement, la perte de l’entreprise était la ruine — sa fortune n’était point si grosse qu’on a voulu le dire, — toute une existence de travail allait donc aboutir à ce résultat désespéré. A ces craintes, que Favre possédait bien plus pour ses associés qu’il avait engagés dans son entreprise, que pour lui-même, venaient se joindre les rapports tendus avec ces Allemands dont il me parlait dès le premier jour. La Compagnie du Gothard, dont les déboires sont célèbres et dont l’inactivité dura jusqu’à la reconstitution de l’affaire, semblait prendre à tâche de faire supporter à Favre, qui dirigeait le seul travail alors en activité, toutes les avanies qu’elle avait dû supporter. Et cependant, au milieu de ces multiples soucis, l’entrepreneur du tunnel ne se laissait pas abattre. Constamment sur la brèche, il vivait sur ses chantiers, allant de la galerie granitique de Gœschenen à la galerie inondée de Airolo, constamment sur la montagne, sans souci des traversées glacées et périlleuses, par-dessus le col (fig. 2), des journées passées sous la pluie torrentielle qui inondait le tunnel, s’acharnant après ce Gothard qui devait cependant le vaincre un jour. Qui de nous ne se le représente, avec ses hautes bottes encore trempées, sa barbe déjà grise criblée de glaçons, arriver le soir dans la salle de l’auberge du Cheval-Blanc, prendre sa place habituelle à table, et entre deux plats, se mettre à raconter quelque histoire pleine de gaieté, quelque potin de l’autre chantier d’où il revenait, qui nous faisaient rire à gorge déployée, et qui amenaient le sourire sur les lèvres de MM. les ingénieurs allemands.
- Rapprochement singulier, cette confiance dans son œuvre, malgré toutes les luttes supportées, un autre homme que Favre, Germano Sommeiller, le créateur du Mont-Cenis, la possédait égalementl. Lorsque l’œuvre du premier percement des Alpes était encore dans la période des attaques et des incrédulités, Sommeiller écrivait à son frère Léan-dre la lettre suivante : « Tiens-moi toujours bien au courant, mon cher Léandre, de ce que disent les rieurs, et rappelle-toi le proverbe : « rira bien qui rira le dernier ! » La plupart des gens, même les ingénieurs, se frottent les mains dans la prévision du fiasco colossal qui nous attend ; c’est pour cela que les envieux font un peu silence. Je te prédis qu’aussitôt le succès assuré, tout le monde va monter sur les toits,et chacun dira : « Je l’avais dit! C’est une idée à moi !.... » Que de grands génies vont sortir de terre! Je suis pressé, adieu, courage, énergie, silence et surtout gaieté ! » — Et surtout
- 1 Nous publions une gravure représentant le monument que l’Italie reconnaissante a dédié aux promoteurs du premier percement des Alpes (fig. 3). Sur le rocher sont inscrits les noms des trois ingénieurs qui menèrent l’entreprise à la fin glorieuse qu’ils avaient rêvée : Sommeiller, Grandis et Gratloni.
- gaieté ! Peut-être cette gaieté des esprits puissants est-elle l’arme invincible de ceux qui, comme Sommeiller et Favre, combattent contre l’apathie ou contre la mauvaise foi de leurs adversaires! Homme Favre du reste, Sommeiller n’eut pas la joie d’assister à la consécration de sa gloire ; au banquet du Mont-Cenis comme à celui du Gothard, la place réservée au créateur de la grande œuvre était vide.
- Si désastreuse qu’eût été l’entreprise au point de vue financier, quel triomphe pour Favre, le jour où il eût traversé d’un bout à l’autre ces 15 kilomètres de galerie qu’il avait, pas à pas, parcourue, auscultée, depuis que le premier coup de pic avait effleuré la roche du Gothard ! Cette satisfaction morale ne devait pas lui être réservée. Brusquement, le 19 juillet 1879, moins de sept années après le commencement des travaux et six mois avant la rencontre des deux galeries, au cours de l’une de ses visites dans le souterrain, Favre fut emporté par la rupture d’un vaisseau interne. A cette époque, j’avais déjà quitté l’entreprise depuis une année, M. Louis Favre m’ayant confié l’agence générale de la fabrique de dynamite qu’il avait installée, pour les besoins de son tunnel, à Varallo-Pombia ; mais mon ami M. E. Stockalper, ingénieur-chef de la galerie de Gœschenen, qui accompagnait M. Louis Favre dans sa fatale excursion souterraine, m’a maintes fois raconté les tristes et rapides péripéties de sa mort.
- Depuis de longs mois, il faut le dire, Favre avait considérablement vieilli. L’homme à la carrure solide, à la tête énergique et douce, encadrée d’une chevelure épaisse où nageaient çà et là quelques fils d’argent, droit comme à vingt ans, plein d’une gaieté communicative, s’était courbé; les cheveux avaient blanchi, la face avait pris une expression de tristesse qu’il lui était difficile de cacher. Si puissant qu’il fût, ce caractère avait été dompté. Cette transformation ne m’avait point échappé ; souvent, pendant les jours que nous passions ensemble, il se plaignait d’étourdissements de plus en plus fréquents ; nous le voyions tous vieillir rapidement. Le 19 juillet 1879, il était entré dans le tunnel avec un de ses amis, ingénieur français, qui était venu visiter les travaux ; tous deux étaient accompagnés de M. Stockalper. Jusqu’au fond de la galerie, Favre ne se plaignit de rien ; selon son habitude, il allait, examinant les boisages, s’arrêtant aux divers chantiers, donnant des instructions, jetant çà et là quelques boutades à l’adresse de son ami, peu habitué à l’odeur « dynamitée » du tunnel. Au retour, Favre commença à se plaindre de douleurs internes : « — Mon cher Stockalper, prenez donc ma lampe, dit-il à son ingénieur, je vais vous rejoindre. » Au bout de deux minutes, ne le voyant pas revenir, M. Stockalper héla : « Eh bien ! monsieur Favre! venez-vous? » Pas de réponse. Le visiteur et l’ingénieur retournèrent sur leurs pas; lorsqu’ils arrivèrent près de Favre, il était adossé au rocher, la tête pendante sur la poitrine. Le cœur ne battait
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- déjà plus. — Un train de déblais passait; on le fit arrêter, et on y plaça, avec un lit de rochers pour soutien, le corps déjà raidi de celui qui avait lutté jusqu’à son dernier souffle pour créer une œuvre toute de science et de travail. Fin glorieuse s’il en fut jamais! Favre mourait dans toute la plénitude de ses forces, à moins de cinquante-quatre ans; je puis dire, sans crainte d’être démenti, qu’il fut universellement et sincèrement regretté de tous ceux qui avaient travaillé à ses côtés. Encore aujourd’hui, lorsque nous nous rencontrons, quelques vieux collègues de Gœschenen, d’Airolo ou jl’Altorf, ce n’est pas sans émotion que nous nous rappelons les anciens jours, les joyeuses réunions dans lesquelles il illuminait toute la table de son rire large et doux.
- M. Louis Favre mort, la direction générale de l’entreprise de percement du grand tunnel fut confiée à M. E. Bossi, son ingénieur en chef et son ami, assisté de MM. E. Stockalper et A. Maury, ingénieurs-chefs de chacune des deux sections de Gœschenen et d’Airolo, le premier bien connu par scs travaux sur le Simplon, le second, ingénieur à l’entreprise de l’isthme de Panama, et de M. D. Colladon, notre vénéré maître, comme ingénieur-conseil. Combien de noms ne faudrait-il pas citer encore parmi nos amis : J. Arnaud, conducteur principal des travaux, aussi vaillant dans les travaux publics qu’il le fut pendant notre malheureuse guerre (Arnaud, capitaine d’un corps franc, reçut la croix de la Légion d’honneur pour sa belle conduite), G. Ferroux et Seguin, les inventeurs des deux machines perforatrices de Gœschenen et d’Airolo, mon excellent ami A. Pene'ard, qui vit passer entre ses mains les 60 millions de francs qui s’engouffrèrent dans les montagnes, et tant d’autres.— Fermons ici nos souvenirs ; la place nous est forcément mesurée. Nous n’avons point du reste l’intention de faire une histoire complète du grand tunnel ; notre seul but a été de revendiquer, dans l’achèvement de l’œuvre, une part de gloire bien méritée, pour ceux que la science officielle a cru devoir laisser au second plan, dans ses discours et dans ses toasts. Discours faciles à faire! Verres faciles à vider! Favre mourut à la peine au cours de son travail ; ses collaborateurs n’ont emporté de leur campagne de dix années dans les neiges du Gothard, que le souvenir d’une camaraderie inoubliable ; c’est bien le moins que pour cette pléiade d’hommes courageux et désintéressés, La Nature réclame un peu plus de justice et un peu moins d’oubli.
- Maxime Hélène.
- —»<>->—
- LE TRANSPORT DES GRANDES MASSES
- J’ai souvent entendu les gens du monde et même des ingénieurs se demander avec étonnement comment on avait pu dans l’antiquité élever les pierres
- de Carnac ou les obélisques, construire les pyramides, faire mouvoir les tours de siège et accomplir une foule d’autres travaux qui nous paraissent hors de proportion avec les moyens bornés que nous attribuons aux civilisations qui ont précédé la nôtre.
- Cela tient à deux erreurs que je vais essayer de détruire.
- D’abord il est inexact de dire que les anciens nous étaient inférieurs au point de vue des machines destinées aux manœuvres de force. Il est certain qu’ils n’avaient point appliqué leur génie à remplacer pour les œuvres industrielles la main humaine par des outils : grâce à l’esclavage, ils n’en avaient pas besoin; mais, quand on se donne la peine d’étudier l’histoire du travail au lieu de se borner à l’histoire des guerres, on voit qu’ils nous avaient devancés dans la plupart des inventions propres à augmenter la puissance de l’homme.
- On peut faire remonter d’une façon certaine le treuil et la moufle jusqu’à Archytas de Tarente, contemporain de Platon, et la vis jusqu’à Archimède. Il est extrêmement probable que toutes ces machines étaient antérieures aux mathématiciens auxquels on en a attribué l’invention parce qu’elles étaient décrites pour la première fois dans leurs ouvrages.
- Ce n’est point ici le lieu d’entrer dans une dissertation archéologique à ce sujet; je me propose simplement, dans cet article, de montrer que c’est à l’aide des machines les plus simples que l’on parvient encore de nos jours à déplacer les fardeaux les plus considérables et cela parce que plus le poids est lourd, moins il faut perdre en frottement.
- TRANSPORT DU PIÉDESTAL DE LA STATUE DE PIERRE LE GRAND
- A SAINT-PÉTERSBOURG
- La masse la plus considérable qu’on ait jamais transportée est, je crois, le rocher dans lequel on a taillé le piédestal de la statue de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg.
- Ce rocher était un bloc de granit pesant trois millions de livres ou environ 1500 tonnes; il se trouvait isolé dans un terrain marécageux à 6 kilomètres de la Néva. Il affectait la forme d’un prisme irrégulier de 7 mètres de haut sur 14 mètres de long, et 9 mètres de large dans ses plus grandes dimensions.
- Un gentilhomme italien, le comte Marin Carburi, lieutenant-colonel au service de la Russie, offrit de l’amener jusqu’à la place où devait être érigée la statue du csar.
- La première opération consista à le dégager du terrain dans lequel il était enfoncé de près de 5 mètres; pour cela, on fît creuser tout autour jusqu’à cette profondeur sur une largeur de 28 mètres, puis on ménagea une rampe de 12 mètres de large sur 200 mètres de long (au -fa) pour l’amener au niveau de la plaine voisine.
- Renversement du rocher. — Pour amener le
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- rocher dans la position convenant à l’usage auquel il était destiné, il fallait lui faire faire quartier. On y arriva de la façon suivante :
- On construisit avec des sapins des pyramides triangulaires dont la base était formée de pièces de bois de 7 pouces (0nyi9) d’équarrissage. Ces pièces étaient arrêtées à leurs angles par des équerres en fer et elles présentaient à ces angles trois mortaises destinées à recevoir les montants des pyramides.
- Ces montants n’avaient que 5 pouces (0m,155) d’équarrissage; ils étaient réunis au sommet par des cercles de fer (fig. 1).
- Dans chaque pyramide un quatrième montant plus petit que les autres reliait un des côtés de la base avec un des montants et servait à supporter un treuil.
- Chaque pyramide avait également deux parties de moufle fixées l’une au sommet, l’autre sur un côté de la
- Fi?. 1. — Pyramide en charpente avec moufles et treuil.
- base, de telle sorte que, suivant que l’on conjuguait avec des cordages l’une ou l’autre de ces parties avec une troisième partie de moufle fixée à la queue des leviers dont je vais parler, on pouvait élever ou abaisser ces leviers G
- Chaque levier était formé de trois mats diminuant de grosseur d’un bout à l’autre et réunis en faisceaux par une série de ligatures en cordages; le gros bout de ces mats avait de 0m,30 à 0m,35 de diamètre et leur longueur était de 22 mètres. On en disposa douze les uns à côté des autres, ainsi que l’indiquent les figures 2 et 5 ; il suffisait de trois hommes pour faire tourner chaque treuil et ces trois hommes suffisaient également pour déplacer les pyramides à l’aide de leviers en fer à mesure qu’il en était besoin.
- Avant de commencer l’opération, on établit, du côté G où le rocher devait être renversé, un radier sur pilotis composé de quatre rangs de poutres
- Fig. 2 et 3. Disposition des leviers et cabestans pour soulever la pierre. — Fig. 4. Détail des rainures.
- horizontales entrecroisées et surmonté d’une couche | 1 Les piquets L de la figure 3 sont destines à empêcher les
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- d’environ 2 mètres de mousse et de foin mélangés afin d’amortir la chute. On planta également des pilotis du côté II afin de servir de points d’appui pour les leviers.
- Pour aider à l’action de ces leviers on'établit, du côté opposé, quatre cabestans qui se reliaient à quatre
- anneaux de fer scellés au plomb dans le rocher à l’aide de moufles et de cordages de 2 pouces (0m,054 de diamètre). Chaque cabestan était muni de huit barres et mis en mouvement par trente-deux hommes; deux tambours placés sur le rocher servaient à transmettre les ordres du comte
- Fig. 5. Transport du rocher sur terre. — Fig. 6. Transport du rocher sur mer.
- Carburi et à donner la cadence aux travailleurs.
- Chaque opération des leviers élevait le rocher de 50 à 40 centimètres. On fixait alors tous les cabestans et les ouvriers employés à leur manoeuvre allaient placer sous le rocher des poutres et des
- pyramides d’être soulevées par suite de l’effort exercé à la tête du levier. Les plate-formes N servaient à exhausser les pyramides à mesure que le point d’appui H des leviers s’exhaussait lui-même.
- coins forcés à coup de masse pour le soutenir pendant qu’on retirait les leviers et qu’on préparait une nouvelle opération en relevant leurs points d’appui H et la charpente N qui soutenait les pyramides.
- Quand le rocher fut à peu près amené à la position d'équilibre sur son arête inférieure, on ralentit sa chute en le soutenant par six autres cabestans qu’on établit alors du côté des leviers.
- Transport du rocher sur terre. — Le comte
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- Carburi avait d’abord pensé à employer des rouleaux, mais il y renonça paree que :
- 1° Le frottement eût été encore tellement considérable que la traction n’aurait pu s’effectuer 1 ;
- 2° Les rouleaux eussent dû être en bronze pour ne point être écrasés et leur construction présentait des diflicultés ;
- 3° Les rouleaux n’eussent pu rester parallèles pendant la marche à cause de l'inégale répartition du poids du rocher et, si l’on avait essayé de maintenir le parallélisme en les engageant dans des traverses convenablement évidées, on aurait augmenté d’une façon notable les frottements ou fait rompre ces traverses.
- Il se décida alors à remplacer les rouleaux par des sphères mobiles dans des rainures.
- Se basant sur cette idée théorique que le frottement diminue avec l’étendue des surfaces en contact2, il donna aux rainures la forme qu’on voit dans la ligure 4.
- L’appareil destiné au transport se composait de trois parties :
- 1° Un châssis destiné à être glissé sous le rocher pour le supporter et contenant les gouttières supérieures G;
- 1 Rondelet a établi, par expérience, que pour faire mouvoir un bloc de pierre pesant 1000 kilogrammes, il faut :
- Un effort de 750 küog. en la traînant sur un sol mal nivelé ;
- — 650 — en la traînant sur un plancher de bois ;
- 600 — en la traînant sur une plate-forme de bois glissant sur un plancher en bois;
- —— 180 — en savonnant les surfaces en contact de la plate-forme et du plancher;
- 35 — en plaçant la pierre sur des rouleaux de 0'n,07 de diamètre reposant sur le sol ;
- — 28 — en plaçant ces rouleaux entre la pierre et un plancher ;
- 22 — en plaçant ces rouleaux entre la plateforme qui supporte la pierre et le plancher.
- En d’autres termes, la force nécessaire pour faire marcher une pierre sur le sol inégal de la carrière est égale aux 2/3 de son poids; elle est réduite aux 3/5 de cepoidsjpar le glissement sur un plancher ; aux 5/9 par le glissement de bois sur bois; à 1/6 quand les bois sont savonnés; à 1/32 lorsqu'on fait usage de rouleaux entre la pierre et le sol; à 1/42 lorsque ces rouleaux roulent sur un plancher; enfin à 1/50 lorsqu’ils roulent entre deux surfaces de bois.
- Carburi essaya les rouleaux; il fit forger quelques cylindres de fer de 0m,60 de long et de 0m,27 de diamètre; ce fut à peine s’il put ébranler le rocher, quoiqu’il eût quadruplé la force motrice qui, avec le système des sphères qu’il adopta, suffit plus tard à le transporter; de plus, il cassa moufles et cordages. Ce système de sphères aurait donc réduit l’effort nécessaire à peu près au 1/130 du poids de la masse à mouvoir, en supposant que Carburi ait placé ses cylindres directement entre la pierre et le sol et que les chiffres donnés par Rondelet fussent applicables aux grandes masses. Le calcul de la force qui fut employée montre que*cette proportion ne fut point obtenue.
- - On admet généralement aujourd’hui, d’après les expériences d’Amontonset du général Morin, que le frottement est indépendant de l’étendue des surfaces en contact et qu’il varie seulement avec la nature de ces surfaces et avec la pression. On explique cette loi en disant que, plus le nombre des points en contact est grand, moins grande est la pression en chaque point. L’expérience de Carburi sur les rouleaux que j’ai rappelée dans la note précédente semble confirmer l’opinion cou-
- 2° Les gouttières inférieures A posées sur le sol et formant des rails creux ;
- 3° Les sphères placées entre les deux gouttières.
- Le châssis était formé de deux poutres ayant 14 mètres de long, 0m,50 de large et 0m,45 de haut. Elles étaient maintenues par des traverses en bois moins épaisses, afin que le rocher ne reposât pas dessus, et par des tirants en fer serrés à leurs extrémités avec des boulons; c’est dans ces poutres qu’étaient encastrées les rainures métalliques dont j’ai parlé.
- Les rails destinés à être remplacés à mesure que le rocher s’avançait et, par conséquent, n’ayant point à supporter constamment le poids du rocher, ils étaient un peu moins forts que les poutres du châssis (11 mètres de long sur 0m,58 de large et 0m,55 de haut). Des rainures métalliques identiques à celles du
- châssis y étaient encastrées. Il y en avait six paires.
- Les sphères avaient 0m,135 de diamètre; on les disposait à un pied environ les unes des autres, de telle sortequ’il y en avait toujours une trentaine sous chacune des poutres du châssis.
- Carburi avait essayé de faire d’abord les houles en fonte, puis en fer forgé ; dans les deux cas elles éclatèrent. Il en fut de même pour les gouttières. 11 fit exécuter alors gouttières et houles avec un bronze formé de cuivre mélangé à un peu d’étain et de zinc, par conséquent analogue à l’alliage que nous employons aujourd’hui avec les coussinets de machines.
- Pour glisser le système de châssis et de rails sous le rocher, il lit faire des vérins, c’est-à-dire des vis de fer qu’on pouvait faire tourner à l’aide d’un levier dans un écrou fixe en bronze encastré dans un bloc de bois dur reposant sur le sol (fig. 7). Ces vis n’avaient que 0m,20 de diamètre extérieur et leur force était telle que douze suffirent pour soulever le rocher1.
- traire qui était soutenue par Coulomb. Tous les constructeurs de machines que j’ai consultés affirment que le frottement croît d’une façon notable avec les surfaces en contact pour les fortes pressions.
- 1 Aujourd’hui on construit pour les pressoirs des vis capables de produire une pression de 125 000 kilogrammes.
- Ces vis sont en fer et n’ont que 0m,12 de diamètre. Les constructeurs ont adopté cette dimension comme la plus
- Fig>. 7
- «I
- Fig. 7. — Vérins.
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- Pour que Je rocher ne défonçât point le sol marécageux sur lequel il était obligé de passer, on attendit l’hiver afin que le terrain fût gelé et on consolida partout où cela était nécessaire le chemin avec des graviers, des pilotis et des arbres couchés.
- On opéra la traction en enfonçant le longde la route, de 100 mètres en 100 mètres, de très gros pieux destinés à fixer les cordages qui retenaient les moufles et les cabestans nécessaires. Les cordages embrassaient le rocher par derrière pour l’entraîner. Des hommes suivaient le mouvement assis sur des nattes attachées aux flancs du châssis et étaient constamment occupés à maintenir l’écartement des boules. Quand on était arrivé au bout des rails déjà placés on décrochait ceux qui restaient libres en arrière et on les traînait pour les ajuster sur le devant (fig. 5).
- Partout où le terrain était horizontal il suffit de deux cabestans mus chacun par trente-deux hommes ; avec cela on faisait avancer le rocher de un kilomètre par semaine et par conséquent d’environ 150 mètres par jour de cinq heures (hiver).
- A plusieurs reprises on fut forcé de changer la direction du rocher. Pour cela on le souleva avec les vérins et on le plaça sur des plaques tournantes à sphères dont il est facile d’imaginer la disposition. On fut aussi obligé d’embarquer le rocher et de lui faire faire une partie de sa route par eau. La figure 6 montre le rocher flottant sur une barque et remorqué par deux navires. Les arcs-boutants qu’on voit sur scs flânes étaient destinés à répartir son poids sur toute la surface de la barque et à empêcher celle-ci de se déformer par la pression de l’eau. Je n'entrerai point dans le détail de l’embarquement et du débarquement : on pourra consulter à ce sujet la relation publiée par le comte Garburi lui-même en 1777 à Paris; j’en ai assez dit pour montrer la puissance des effets qu’on peut obtenir avec des dispositifs très simples.
- A. de Rochas.
- favorable; au-dessous, la vis n’a pas assez de force pour résister à la»flexion; au-dessus, le frottement augmente en pure perte. Les constructeurs admettent en effet, par expérience, que pour les fortes pressions, le frottement croît d’une façon notable avec l’étendue des surfaces en contact. Ce frottement est tellement considérable dans la vis, machine où pour éviter le cisaillement des filets il faut en embrasser un certain nombre avec l’écrou, que les mieux construites, les mieux graissées, ne donnent en pratique, qu’un rendement égal au 1/5 du rendement théorique.
- Le pas des vis susdites est de 0m,03.
- La Société des appareils Samain a un appareil très ingénieux pour constater ces énormes pressions. 11 consiste essentiellement en un godet de fonte extrêmement résistant au fond duquel se trouve un disque plein en matière très peu compressible dont la gutta-percha forme la base. Sur ce disque on place un cylindre de diamètre plus petit que l’intérieur du godet et on exerce sur le cylindre des pressions déterminées avec d’énormes leviers. Le disque comprimé dans sa partie centrale et retenu sur sa circonférence par la paroi intérieure du godet, se gonllc et s’élève dans la partie annulaire laissée libre entre le godet et le cylindre. Cet exhaussement est enregistré à l’aide d’une tige mobile faisant mouvoir une aiguille sur un cadran que l’on gradue par une série d’expériences.
- ——
- CHRONIQUE
- Un volant de 4î) OOO kilogrammes. — Un
- volant énorme, le plus grand qui ait jamais été construit aux États-Unis et probablement dans le monde entier, vient d’être heureusement terminé par une grande usine de Newark (New-Jersey). Il est construit en sept sections dont chacune pèse 7 tonnes. Son diamètre est de 25 pieds (7m,50) et sa largeur de 7 pieds 1/2 (2m,50). 11 a fallu quinze jours pour le tourner et enlever près de 5 tonnes de tournures pour planer sa surface. La vitesse de rotation pendant ce travail était de dix tours par heure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 octobre 1882. — Présidence de M. Blanchard,
- Les missions de Vénus. — Plusieurs des missions envoyées par l’Académie pour observer le prochain passage de Vénus, donnent aujourd’hui de leurs nouvelles : M. de Bernardières est arrivé sans encombre à Santiago du Chili ; M. le colonel Perrier a fait bon voyagé jusqu’en Floride et M. Bouquet de la Grye s’installe à Vera-Cruz. Seule la mission de M. Hatt a rencontré de grandes difficultés pour parvenir à Chubut, localité qui lui était assignée. À son passage à Montevideo, M. Hatt rencontra le capitaine du port de Chubut, qui lui déclara qu'il aurait lors du débarquement à lutter contre les plus grands obstacles pour pénétrer dans les terres. Seules, deux légères voitures pourraient être mises à sa disposition et encore l’état des routes rendait-il impossible, même avec elles, le transport de l’énorme matériel nécessaire aux observations astronomiques. On résolut alors de faire remonter la rivière à un cutter d’un très faible tirant d’eau et qui mettrait à profit une barre favorable. L’opération fut très laborieuse, mais réussit à souhait et la mission argentine promet de fonctionner aussi bien que leOutres.
- Déjà, du reste, les missions ont commencé à porter des fruits : c’est avec une grande satisfaction que M. Alph. Milne Edwards annonce l’arrivée au Muséum de trois caisses, adressées de Montévidéo par M. Lebrun et renfermant des Dauphins et des Otaries ou phoques à oreilles. On voit avec quel à-propos des naturalistes ont été cette fois adjoints aux astronomes et l’on est en droit d’espérer de plantureuses moissons.
- Constructions turriformes des vers de terre. — Depuis que M. Pasteur a signalé le rôle si imprévu des vers de terre dans la contagion delà pustule maligne et depuis que Darwin a soumis les mêmes animaux aux intéressantes études que tout le monde connaît, les naturalistes ont été naturellement conduits à accorder aux annélides dont il s’agit, une attention toute nouvelle. Par l’intermédiaire de M. Alph. Milne Edwards, M. le Dr Trouessart décrit les mœurs du lombric agricole des environs d’Angers. Le fait le plus saillant de cette monographie est la découverte de constructions turriformes que l’animal élève autour des orifices de ses souterrains, — absolument comme font de leur côté les Perichæta des tropiques. Le lombric français ne donne d’ailleurs libre carrière à ses talents architectoriques que si les circonstances l’y invitent et c’est spécialement le cas lorsque l’inclinaison du sol est favorable à l’introduction des eaux de la surface dans la
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- LA NATURE.
- demeure du ver. Il lui arrive alors d’élever des tours qui ont jusqu’à 8 centimètres de hauteur.
- Matières colorantes de la garance. — I)e la part de M. Rosensthicl, M. Wurtz dépose un volumineux mémoire sur les principes colorants qu’on peut retirer de la garance. La conclusion est que ces principes dérivent de trois glucosides seulement, dont l’un fournit l’alizarine, le second la purpurine et la pseudopurpurine, et le dernier l’oranger de garance. Cette dernière matière, découverte en 1864 par M. Stenhouse, est d’ailleurs, comme on sait, inutilisable en teinture.
- U épidémie actuelle. — M. de Dietra Santa lit un important mémoire où l’épidémie typhoïdique que nous traversons en ce moment, est soumise à une étude statis-
- tique très minutieuse. La répartition des cas pour les vingt arrondissements de Paris, et même pour les quatre-vingts quartiers, est donnée d’une manière complète. Nous ne pouvons d’ailleurs, après une simple audition, entrer ici dans le détail des chiffres donnés par l’auteur.
- Varia. — M. de Lesseps fait parvenir un journal anglais où se trouve décrit l’hôpital récemment élevé auprès de Panama. — L’action de l’aldéhyde benzoïque sur l’orthotoluidine occupe M, Etard. — M. le professeur Wiedmann, présent à la séance, dépose le premier volume de son Traité d'électricité. — La direction des ballons fournit à M. Àlexandrowitz le sujet d’un travail qui est simplement mentionné.
- Stanislas Meunier.
- La maison du Saumon, place de la Poissonnerie, à Chartres. (D’après nature, par M. Albert Tissandier.l
- MAISONS DU QUINZIÈME SIÈCLE
- A CHARTRES
- 11 existe encore dans les provinces de l’Ouest de la France des maisons de bois du quinzième siècle, mais elles tendent malheureusement à disparaître; on les détruit pour ainsi dire d’année en année à cause des besoins nouveaux de notre époque.
- La maison du Saumon, située place de la Poissonnerie, à Chartres, est remarquable par son enseigne; les encorbellements n’y sont pas exagérés, et les constructions voisines contribuent à lui donner un aspect pittoresque. Les autres sculptures sont ruinées presque entièrement et il est difficile
- d’en reconnaître les motifs, une console représente encore assez bien cependant des feuilles de vigne et des grappes de raisin. Ces sculptures sont assez parlantes pour reconnaître les professions des anciens propriétaires du quinzième siècle et la place de la Poissonnerie de Chartres donne encore idée de ce que pouvait être un marché bien achalandé et luxueux de cette époque. 11 nous a paru curieux d’en donner un croquis, pour le comparer par la pensée avec nos marchés modernes, plus beaux et plus commodes sans doute, mais qui laissent fort à désirer sous le rapport du pittoresque.
- Le proprie'taire~ge’rant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 492. — 4 NOVEMBRE 1 882.
- LA NAT U UE.
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- LA GRANDE COMÈTE (CRULS)‘
- OBSERVATIONS SPECTROSCOPIQUES
- Les observations faites le même jour, 18 septembre, par M. Lohsc en Eeosse et par nous à l’observatoire de Nice établissent, d’une manière incontestable, qu’à cette date les raies brillantes du
- sodium se voyaient dans le spectre de la grande comète et que ces raies étaient légèrement déplacées vers le rouge. Comme nous opérions avec un miroir et un spectroscope trop peu dispersif, nous n’avons pu voir avec certitude les raies plus faibles que M. Lohse a observées dans le vert; car, dans ces conditions, le spectre de la lumière diffuse était beaucoup trop vif pour ne pas les masquer aussi bien que les bandes du carbone. Ces obser-
- vations simultanées présentent donc l’accord le plus satisfaisant, et méritent, par là même, d’inspirer confiance.
- Jusqu’au 9 octobre l’état du ciel ne nous a pas permis de faire d’autres observations spectroscopiques. A cette date, une heure avant le lever du
- soleil, nous avons pu constater que les raies du sodium, aussi bien que les autres raies brillantes, avaient disparu. On ne voyait que les quatre bandes ordinaires du carbone ; la bande violette se distinguait parfaitement, bien qu’elle fut très faible, les autres étaient très brillantes particulière-
- Fig. 2. — Aspect de la grande comète et de sa gaine lumineuse, le 16 octobre 1882. (D’après les dessins exécutés au Mont-Gros, Observatoire de Nice.)
- ment sur le noyau. Celui-ci donnait en même temps un spectre continu, étroit, où nous avons cru apercevoir un grand nombre de raies noires et brillantes.
- Du 9 au 16 pas d’observations à cause du mauvais temps. Le 16 à 4 heures du matin, par un ciel splendide, le spectre de la comète présentait le même caractère que le 9, la bande violette avait presque entièrement disparu, le spectre continu donné par le noyau s’était considérablement affaibli. Les ban-
- 1 Yoy. n° 48U du 14 octobre 1882, p. 517.
- 10* iBuéf. — 2* semestre.
- des avaient diminué de longueur, mais leur éclai avait à peine changé. Le spectre cométaire comparé à celui d’une ilamme d’alcool montrait avec ce dernier la plus frappante ressemblance. Est-il besoin d’ajouter que cette ressemblance n’implique en aucune façon la présence de l’alcool parmi les éléments constituants de la comète? On sait que tous les composés du carbone donnent les mêmes bandes et si, parmi ces composés, nous avons choisi l’alcool, c’est qu’il nous a paru d’un emploi plus commode et plus avantageux.
- Ce même jour et les jours suivants, nous avons
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- LA NATURE.
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- observé ce qu’en Angleterre on appelle le spectre intégral de la comète, en dirigeant sur l’astre un spectroscope à vision directe sans projection d’image sur la fente. Ce spectre assez brillant est continu et ne montre aucune trace de bandes, ce qui prouve que la majeure partie de la lumière émise est blanche, probablement de la lumière solaire diffusée.
- L’évanouissement des raies du sodium et des autres raies brillantes observées par M. Lohse prouve que, dans les conditions ordinaires, le spectroscope ne peut pas nous donner une analyse complète de la matière cométaire. Il est fort possible, même très probable, que cette matière est composée des mêmes éléments.que les aérolithes. D’autre part, si la température de l’astre est assez élevée pour produire le spectre d’émission des composés du carbone, elle devrait être suffisante pour produire celui du sodium, ce qui est contraire aux faits observés. Ces considérations, que nous avons longuement discutées, nous ont ramené à la théorie électrique des comètes. On sait en effet que, si l’on fait traverser un carbure gazeux par l’effluve électrique d’une machine de lloltz, dépourvue de condensateurs, le gaz s’illumine et donne les bandes du carbone; s’il lient en suspension, sous forme de fine poussière, des composés métalliques quelconques, il donnera toujours les mêmes bandes sans montrer aucune raie des métaux tenus en suspension. Il se passe probablement quelque phénomène analogue dans les comètes qui, sous le rapport de la constitution chimique, ne présenteraient plus dès lors d’anomalie choquante et ne différeraient pas des autres corps circulant dans notre système solaire. *
- M. Charlois, calculateur de l’Observatoire de Nice et habile dessinateur, s’est joint à nous pour observer et reproduire par le dessin les particularités offertes par la brillante comète. Le 16 octobre, en l’étudiant avec un chercheur de 3 pouces (0'",08) d’ouverture, il a découvert que toute la partie antérieure était wnourée d’une sorte de gaine lumineuse très faible, invisible à l’œil nu, et nettement délimitée à l’extérieur et s’étendant de 7° à 8° à l’opposite de la queue. Les gravures ci-contre reproduisent d’après ses dessins scrupuleusement vérifiés par nous, les aspects de la comète au 9 (lig. 1 ) et au 16 octobre (lig. 2); elle avait alors une longueur de 23° à 25°.
- Thollon et Gouy.
- P. S.— En raison du mauvais temps la comète a été vue pour la première fois à l’Observatoire de Paris, le lundi 23 octobre dernier, plus d’un mois après sa découverte G
- * Nous devons à l’obligeance de M. le contre-amiral Mouchez la communication des beaux dessins de l’Observatoire de Nice ; nous nous faisons un devoir d’adresser ici nos plus sincères remerciements à l'éminent directeur de l’Observatoire de Paris, G-T.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les végétaux inférieurs, par Louis Pire. 1 vol. in-18 illustré. Bibliothèque nationale. Bruxelles, A. N. Lebègue et Cle.
- Classification du règne végétal. Tableau de formations géologiques, par T. P. Brisson. 1 vol. in-8°. Châlons-sur-Marne, chez l’auteur, 53, rué Titon, 1882.
- Abstracts of papers in foreign transactions an perio-dicals. 1 vol. in-8°. London, 1882.
- CORRESPONDANCE
- A PROPOS DES SUICIDÉS QUI SE JETTENT DES MONUMENTS ÉLEVÉS
- Amboise, 15 octobre 1882.
- Cher monsieur,
- Au sujet du suicide de l’infortunée Marie Félix qui s’est jetée du haut d’une des tours de Notre-Dame, les journaux citent les curieuses observations du Dr Brouardel qui a établi que « la section du corps en deux n’était pas la cause absolue de la mort, attendu que la malheureuse avait été asphyxiée dans la rapidité de la chute. »
- C’est, il me semble, un vieux préjugé qui fait dire que la rapidité de la chute produit la mort, préjugé qui n’a plus sa raison d’être depuis rétablissement des chemins de fer.
- Les trains rapides marchent avec une vitesse de 100 kilomètres à l’heure. Celte vitesse va même jusqu’à 120 kilomètres : exemple la malle des Indes qui venait de Chàlon à Paris, 360 kilomètres, en trois heures. Soit 120 kilomètres à l’heure, 2 kilomètres par minute, 35 mètres par seconde.
- Que la distance parcourue soit verticale ou horizontale, l’effet doit être le même, et nous n’avons pas entendu dire que des mécaniciens ou chauffeurs aient jamais été asphyxiés sur leurs lenders.
- La hauteur de.la balustrade des tours de Notre-Dame au-dessus du pavé est de 66mètres: or on sait qu’un corps qui obéit à la gravité a une vitesse croissante qui lui fait parcourir :
- 5 mètres ... la 1™ seconde.
- 15 — . . . . . ... la 2° —
- 25 — ... la 5° —
- 55 — ... la 4e —
- 80 mètres en quatre secondes (sauf la différence résultant de la résistance de l’air).
- La malheureuse Félix dont la chute a duré moins de quatre secondes, n’avait pas même atteint la rapidité du chemin de fer.
- Je comprends l’effroyable angoisse du sentiment de la chute, mais ce n’est pas la rapidité de cette chute qui produit la mort.
- C’est à vous que j’adresse ces observations, parce que sans doute dans vos ascensions aéronautiques vous avez pu opérer des chutes rapides pendant plus de quatre secondes et apprécier l’effet qu’elles produisent sur l’économie.
- 8i mes observations ne sont pas erronées, je pense qu’il serait bien que vous fissiez un article dans La Nature pour détruire ce préjugé auquel un docteur
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- LA NATURE
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- donne créance, préjugé auquel on peut attribuer ce mode de suicide de malheureux qui sont persuadés qu’ils seront morts avant d’être brisés.
- Si je me trompe, faites-moi l’amitié de me le dire, et agréez l’expression de mes sentiments distingués.
- G. Bontemps.
- Notre honorable correspondant est dans le vrai, et nous n’avons rien à ajouter ’a son intéressante lettre qui nous paraît en tous points très exacte. G. T.
- DÉCOUVERTE d’üNE VILLE GALLO-ROMAINE 18 octobre 1882.
- Monsieur le Rédacteur.
- 11 faut que chacun ait le mérite de scs œuvres. Dans votre numéro 489 du 14 octobre, p. 518, vous attribuez, après divers journaux, la découverte des ruines gallo-romaines de Sanxay à M. Lisch, inspecteur des monuments historiques. M. Lisch n’a fait que visiter ces ruines et, en relisant la lettre dont vous donnez l’extrait, vous verrez qu’il ne revendique nullement la découverte. Elle remonte déjà assez loin et est due à l’un des membres les plus distingués de la Scciélé des Antiquaires de l'Ouest, M. l’abbé Camille de la Croix, qui y a consacré de laborieux efforts et de grandes dépenses personnelles. M. l’abbé de la Croix l’a exposée avec détail à la dernière session du Congrès des Sociétés savantes, il y a environ six mois, et, bien avant le voyage de M. Lisch, un érudit très connu, M. de la Marsonnière, avait publié, en ce qui la concerne, un mémoire développé.
- En vous adressant cette rectification d’un malentendu involontaire, je suis persuadé, monsieur le Rédacteur en chef, que je vais au devant de votre pensée.
- Veuillez agréer, etc.
- Tranchant,
- Ancien Conseiller général de la Vienne, Membre de la Société des Antiquaires de l’Ouest.
- M. Genesteix, a Poitiers, et M. Louis Mangin, professeur à Metz, nous adressent la même rectification, dans des lettres qu’il devient inutile d’insérer, après celle que l’on vient de lire. — Nous ajouterons que la notice publiée dans La Nature, nous avait été communiquée d’après un journal nantais.
- G. T.
- NOUVEAU TRANSMETTEUR RADIOI'HONIQUE
- MIROIR A COULODION
- Moscou, 1882,
- Monsieur G. Tissandier,
- S’il est vrai que la Radiophonie est un des plus curieux résultats de la physique moderne, il n’en est pas moins vrai que le photophone de Bell à miroir flexible n’est jusqu’à ce jour qu’un appareil imparfait à cause de son miroir même. En effet, ni le verre mince ni le mica généralement employés n’offrent cette rigidité de plan géométrique qui est indispensable pour la transmission d’un faisceau de rayons parallèles à une distance considérable. Or il s’ensuit que le grand perfectionnement du photophone serait un miroir : 1° aussi flexible et 2° aussi plan que possible.
- J’ai obtenu des résultats très satisfaisants à l’aide du procédé suivant : sur une plaque de verre dépoli je verse une couche mince de collodion. Cette opération que j’ai
- empruntée à un bon photographe demande de l’habitude, puisqu’il s’agit d’obtenir une couche d’épaisseur microscopique et n’ayant pas la moindre trace de stries.
- Ce collodion séché, je le recouvre d’une couche d’argent à l’aide du procédé Martin d’argenture à froid. Un double dépôt suffit généralement.
- Quaud cette couche d’argent est complètement séchée et que les gouttes du liquide pénétrées entre le collodion et le verre ont disparu, je couvre l’argent d’une couche de gélatine, dont on peut varier l’épaisseur, opération familière aux photographes.
- La triple plaque ainsi préparée présente le miroir à collodion. Le collodion y joue le rôle du verre dans les miroirs ordinaires et la gélatine y sert de support. Il s’agit maintenant de la tendre sur un cadre sans l’altérer. Pour ceci je me sers d’un cadre rond tourné en bois dur. L’ayant collé par l’un de ses côtés plats sur la couche de gélatine, je trace tout autour de lui une raie avec un canif et j’enlève mon miroir à collodion, tout prêt à servir.
- Ce miroir étant comparé à celui de verre mince ou de mica, présente des avantages considérables :
- 1° Il est parfaitement plan ;
- 2° 11 est flexible au degré voulu, selon l’épaisseur de la gélatine ;
- 5° Il est élastique et solide, de telle façon qu’il ne se brise pas facilement ;
- 4° U peut être fait de la grandeur voulue.
- Veuillez agréer, etc.
- Pierre Enguelmayer.
- LES ORAGES DES 11 ET 23 OCTOBRE OBSERVÉS AU HAVRE
- Le Havre, le 24 octobre 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Voici un extrait du Journal du Havre du 12 courant qui, je crois, pourra vous intéresser :
- « L’orage qui a éclaté, hier (vers midi), sur notre région, et qui s’est manifesté par plusieurs violents coups de tonnerre, avait surtout son centre d’action du côté d’Oeteville (au nord du Havre).
- « La foudre est tombée à environ un kilomètre au delà de cette localité, sur un poteau télégraphique quelle a fendu par le milieu; puis le fluide, suivant les fils conducteurs, est allé se perdre dans la terre par chacun des autres poteaux, en poursuivant sa direction vers le Nord, mais non sans laisser sur chacun d’eux des traces de son passage, consistant en une espèce de rainure régulière, formant une ligne hélicoïdale de plusieurs centimètres de profondeur. Les éclats de bois qui en proviennent, sont dispersés assez loin.
- « Environ une quarantaine de poteaux portent cette marque; ils représentent une longueur de 4 à 5 kilomètres , qu’il faudra, sans doute, remplacer. Beaucoup d’habitants du pays sont allés visiter ces curieux effets de la foudre.
- « La communication avec l’Angleterre, qui a lieu au moyen de ces fils conducteurs, a dù être assez troublée, sinon interrompue, pendant l’après-midi, à la suite de cet accident. »
- Je puis ajouter qu’hier soir, 25 octobre, vers sept heures et demie, un nouvel orage est venu fondre sur nous.
- J’allais en voiture à Saint-Romain (20 kilomètres est du Havre), alors qu’une violente trombe de grêle sévissait au lieu nommé le Moulin-Rose. Il faisait clair de lune, et le
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- LA N AT U UE.
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- .temps était relativement peu couvert. L’orage paraissait à peu près stationnaire. J’en étais à 500 mètres, quand un immense éclair bleuâtre nous enveloppa, la foudre sous forme d’un sillon très vif, tombant devant nous.
- Ayant encore parcouru 200 mètres, un second coup de foudre survint, dans les mêmes conditions, le fluide frappant à la même place que précédemment.
- Un peu plus tard, j’arrivais dans la zone d’action du météore, toujours immobile. Dans cette zone, large de lot) mètres à peine, la grêle, presque g:ossc comme des noix, y tourbillonnait.
- Le phénomène s’est terminé par une pluie torrentielle, suivie d’un coup de vent de Sud-Ouest.
- Veuillez agréer, etc.
- Emile Sorel lils.
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- LE MOTEUR SIMPLEX
- Ce petit moteur à vapeur a été plus spécialement imaginé et construit par M. Davey, de Leeds, dans le but de créer un moteur de petite puissance simple et économique, demandant peu de soin et d’entretien, et applicable aux travaux intermittents.
- C’est la disposition toute particulière de la chaudière qui constitue toute la nouveauté du système. Cette chaudière se compose d’un simple tube de fer roulé en serpentin, placé dans une cheminée verticale en tôle garnie intérieurement d’un revêtement de briques. Pour les moteurs d’un cheval de force, le diamètre de ce tuyau ne dépasse pas 15 millimètres.
- Le piston moteur est à double effet, et le prolongement de la tige au-dessus de ce cylindre sert de piston à la pompe d’alimentation.
- Un entonnoir disposé à la partie supérieure du cylindre reçoit un filet d’eau provenant d’un bassin circulaire disposé à la base de la cheminée : la partie inférieure de l’entonnoir est fermée par la soupape d’aspiration. Pendant la descente du piston, la pompe aspire l’eau de l’entonnoir et une certaine quantité d’air, ce mélange d’eau et d’air est refoulé sous forme d’une pluie très fine dans le générateur lors du mouvement ascendant. Ce mélange parcourt donc le tube en fer qui constitue la chaudière de haut en bas, tandis que les gaz chauds qui proviennent de la combustion du charbon dans le foyer circulent autour du serpentin de bas en haut. 11 en résulte un chauffage méthodique
- très avantageux au point de vue économique, et l’eau introduite dans le serpentin par la partie inférieure se trouve entièrement vaporisée avant d'atteindre le bas, c’est de là qu’elle se rend directement dans le cylindre moteur pour actionner la machine à la manière ordinaire.
- La vitesse est réglée par une valve commandée par un régulateur à force centrifuge.
- M. Davey attribue plusieurs avantages à cette chaudière. Elle est tout d’abord simple et économique, elle ne demande aucun ajustage et sa capacité pratiquement nulle la met à l’abri des explosions, car on doit se rappeler que le principe des chaudières dites inexplosibles consiste à réduire le volume de l’eau à un minimum.
- Lorsque le moteur s’arrête, la faible quantité d’eau renfermée dans la chaudière s’oppose à ce que la pression augmente indéfiniment.
- Le serpentin n’est pas en contact direct avec le foyer, il se trouve donc à l’abri des coups de feu, et des serpentins mis en service n’ont pas montré la moindre trace de dégradation après plus d’un an de fonctionnement. Ce serpentin est d’ailleurs très facile à remplacer.
- Le moteur est disposé plus spécialement pour les petites forces exigées par la petite industrie, les alimentations d’eau des châteaux et maisons de campagne et, en général, dans tous les cas où le travail est intermittent. Sept à huit minutes après l’allumage, il est prêt à fonctionner et sa simplicité permet d’en confier la surveillance à un Jiouur simplex. jardinier ou à un simple ma-
- nœuvre. Lorsqu’il est employé à des élévations d’eau, le petit réservoir d alimentation disposé autour de la cheminée est maintenu plein à l'aide d’un petit tuyau branché sur le rclou-lement de la pompe. Dans tous les autres cas, ce réservoir est alimenté par une pompe ^ auxiliaire d’une construction très simple disposée a la partie inférieure du moteur. Uu tuyau de trop-plein règle le niveau dans le réservoir supérieur qui se trouve ainsi automatiquement alimenté. Le moteur simplex semble donc présenter toutes les qualités requises d’un moteur de petite puissance et d’un usage intermittent.
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- LA NATURE.
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- LE PRAXINOSCOPE A PROJECTION
- Nous avons déjà signalé à nos lecteurs un appareil d’optique construit par M. Reynaud, le praxinoscope, qui produit avec une netteté remarquable l’illusion animée, par la réllexion, au centre d'un prisme de miroirs plans, des poses successives d’un personnage en mouvement
- Nous avons montré aussi comment, dans 1 epraxi-noscope-théâtre2, cette illusion est complétée par une ingénieuse disposition qui permet de faire ap-
- paraître le sujet animé sur un fond ou décor approprié.
- Les récents et si remarquables essais de photographie instantanée, qui ont permis de saisir et de fixer les attitudes diverses d’animaux et de personnes agissant, nous semblent donner un intérêt spécial à ce genre de recherches et appeler, par suite, l’attention sur les appareils qui permettent, lorsque ces attitudes fugitives sont retracées, de les réunir, d’en faire, pour ainsi dire, la synthèse et de reproduire ainsi l’action et comme la vie elle-même.
- Tel est le but du nouvel instrument que nous présentons à nos lecteurs : le praxinoscope à pro-
- Nouveau praxinoscope [à projection de M. Reynaud.
- jection, au moyen duquel les images obtenues sont projetées sur un écran et visibles de toute une assistance.
- Notre gravure représente un modèle-jouet de cet appareil. Par une modification du lampascopc, M. Reynaud obtient, à l’aide d’une lampe ordinaire, à la fois la projection du décor — par l’objectif que l’on aperçoit sur le côté de la lanterne — et la projection du sujet animé — par un autre objectif que l’on voit en avant et un peu au-dessus de cette même lanterne.
- Pour cela les poses ou phases qui forment un sujet, sont dessinées et coloriées sur verre, et réunies en une bande par des entre-deux d'étoffe. On place
- ‘ Voy. La Nature, 1er semestre 1879, p. 133.
- 3 Voy. La Nature, 1er semcslre 1880, p. 147.
- une de ces bandes flexibles dans la couronne évasée du praxinoscope. Celle-ci est percée d’ouvertures correspondantes aux poses du sujet.
- Pour se rendre compte de la marche des rayons lumineux qui viennent former l’image, il faut se représenter la lentille eondensatrice qui, placée près de la flamme de la lampe, n’est pas visible sur la figure; puis une glace plane inclinée à 45 degrés, qui réfléchit le faisceau lumineux et lui fait traverser les poses garnissant les ouvertures de la couronne. Ce faisceau lumineux réfléchi encore une fois par les facettes du prisme de glaces, pénètre enfin dans l’objectif, qui transforme l’image virtuelle centrale en une image réelle agrandie sur l’écran.
- I En faisant converger légèrement les deux parties I de l’appareil, on amène le sujet animé au mil’cu
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- LA NATURE.
- du décor où il semble alors prendre ses ébats.
- Une manette, fixée sur le pied de l’instrument, permet de lui communiquer une rotation modérée et régulière.
- Cet appareil fournit, avec une lampe modérateur ordinaire, des tableaux bien éclairés et d’un très curieux effet. II permettra donc d'obtenir, avec la plus grande facilité, des projections animées, sans le secours d’une source lumineuse spéciale, en utilisant simplement la lampe d’usage journalier.
- Gaston Tissandier.
- —*<>*—
- LE TREMBLEMENT DE TERRE DE PANAMA
- DU 0-7 SEPTEMBRE 1882
- Dans la nuit du 6 au 7 septembre toute la population de Panama fut réveillée en sursaut. Des bruits lointains et sourds comme ceux de la mer se firent entendre vers 3 h. 13 du matin et furent suivis immédiatement d’oscillations assez rapides, combinées avec les mouvements vibratoires du sol. Les oscillations semblaient aller du Nord au Sud. La nuit était obscure, le ciel couvert de sombres nuées immobiles et sans un souffle d’air qui rafraîchît l’atmosphère. Les oscillations ont duré environ 45 secondes. Un second mouvement du sol sè fit sentir une demi-heure après, mais beaucoup moins fort que le premier.
- Plusieurs monuments de la ville, notamment la cathédrale et un certain nombre de maisons ont été lézardés. Les murs de l’hôtel de la Compagnie, où 90 000 litres d’eau étaient en réserve dans les combles, pour le cas d’incendie, ont été fissurés en plusieurs- endroits ; mais les employés ont pu l’occuper sans interruption, et les réparations pour Je remettre en état ont été commencées mmédiatement.
- En dehors de la ville, quelques maisons ont aussi été atteintes.
- Sur la ligne du chemin de fer, les culées en pierre de plusieurs ponts ont été lézardées, et aux approches de ces ponts les remblais se sont affaissés en quelques endroits.
- Des voyageurs, avec leurs bagages, ont cependant pu traverser l’isthme le jour même, en faisant quelques milles sur des chars poussés à bras, et grâce à l’activité des agents de la Compagnie du chemin de fer, le trafic a pu être repris au bout de quelques jours.
- A Colon également des secousses ont été ressenties comme à Panama; la première, plus forte, vers 3 h. 15, et la seconde une demi-heure après.
- Plusieurs édifices ont été ébranlés, entre autres l’entrepôt et quelques maisons construites en briques. La mer était particulièrement calme. Les jours suivants, quelques secousses ont encore été ressenties dans l’isthme, mais elles n’ont plus causé de dégâts.
- En rapportant jour par jour les circonstances qui ont accompagné ce phénomène nouveau pour la région où il s’est produit, les journaux de l’isthme donnent des détails intéressants sur les impressions des habitants ; ils ont été d’autant plus émus qu’ils se croyaient affranchis de ces manifestations de l’activité souterraine si fréquentes dans d’autres régions.
- « Il est difficile, dit le Star and Herald, de Panama, de dépeindre la panique qui suivit. Panama a toujours été considéré comme exempt des grandes convulsions naturelles qui sont ressenties presque périodiquement dans les pays où la grande Cordillère étend ses ramifications montagneuses et volcaniques. Ces secousses exceptionnelles, qui ont été ressenties ce matin, semblent indiquer qu’il y a eu un malheur dans un district voisin. »
- Les habitants avaient pensé, en effet, qu’un volcan avait dù entrer en éruption à une certaine distauce.
- Une commission d’agents de la Compagnie du Canal Interocéanique, sous la direction de MM. Àillaud et Canelle, se rendit à Chagres, où l’on prétendait qu’avait eu lieu l’éruption ; mais après avoir parcouru la région, ils ont acquis la conviction que ce bruit, comme d’autres qui ont circulé dans les premiers jours, était dénué de fondement. Cette appréciation a d’ailleurs été confirmée parles nouvelles reçues depuis.
- On a su que de faibles secousses ont été ressenties dans l’Etat de Panama, et au dehors, mais elles n’ont pas occasionné de dommages. * .
- L’action volcanique du sol dans l’isthme américain avait attiré l’attention des membres du Congrès international d’études du canal de Panama, chargé en 1879 d’adopter le meilleur tracé pour un canal interocéanique.
- Il est intéressant de rappeler qu’à ce point de vue aussi, le tracé de Panama se présentait dans des conditions meilleures que les autres tracés. Il se trouve, en effet, dans la zone la moins exposée aux influences volcaniques.
- Ainsi que l’a fait remarquer un membre du Congrès, si les secousses d’un tremblement de terre causent souvent la destruction d’édifices, les effets sur le sol et les ouvrages en terre sont presque inappréciables.
- Son exécution n’entraînant, ni la construction d’écluses, ni celle d’ouvragqs en maçonnerie, n’en peut être affectée d’une manière importante, comme il arriverait pour un canal qui ne serait pas à niveau.
- Nous trouvons enfin dans le Courrier des États-Unis, du 28 septembre, les lignes suivantes donnant les nouvelles les plus récentes de l’isthme :
- « Les dernières correspondances de Panama, en date du 16 septembre, disent que les tremblements de terre ont entièrement cessé et que les habitants de l’isthme ont repris leurs occupations habituelles. Les dégâts matériels, que l’on était en train de réparer, ne sont pas aussi considérables qu’on le craignait tout d’abord, et il n’y a eu que cinq victimes, dont une dame qui est littéralement morte de peur *. »
- L'ÉCLAIRAGE A PARIS’
- L’éclairage de la voie \ ublique comprend actuellement, à Paris, 43 089 becs alimentés par le gaz et 429 becs éclairés au pétrole et à l’huile de colza. Les divers éta blissements municipaux comptent près de 25 000 becs éclairés par le gaz. Aussi l’ensemble des dépenses pour l’éclairage de la voie publique, en 1883, ne s’élèvera pas à moins de 5 473 000 francs et l’éclairage des édifices municipaux de toute nature, halles, marchés, abattoirs, entrepôts, mairies, écoles, etc., coûtera près de
- 1 D’après le Bulletin du canal interocéanique de Panama.
- 2 Voy. n» 488 du 7 octobre 1882, p. 289.
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- LA NATURE
- 559
- \ 200 000 francs. Si l’on tient compte d’une somme de près de 650 000 francs remboursée par divers pour frais d’éclairage avancés pour leur compte, on constate que les dépenses d’éclairage à la charge de la Ville en 1885 s’élèveront a environ 6 millions et demi.
- La dépense d’un bec de gaz ordinaire, brûlant 140 litres par heure, s’élève annuellement, frais d’entretien compris, à 104 fr. 77, en supposant un éclairage moyen de dix heures quinze minutes par nuit. La dépense pour chaque appareil à l’huile est de 172 fr. 54 pour l’huile de colza, de 169 fr. 72 pour l’huile de pétrole. Un personnel de 76 agents est chargé de la surveillance de l’éclairage public et privé. Ces agents sont : un vérilica-teur, des conducteurs des ponts et chaussées, des conducteurs municipaux et des piqueurs.
- Le service de l’éclairage privé a pour objet de maintenir dans les maisons les conditions de sécurité nécessaires pour protéger les habitants contre les dangers pouvant résulter de l’usage du gaz. Ces dangers n’existent, du reste, que lorsqu’on ne prend pas de précautions. Le service assure aussi l’exécution, par la Compagnie, des conditions des polices d’abonne/nent avec les particuliers, polices qui doivent toutes être conformes au modèle approuvé par le préfet de la Seine. Le pouvoir éclairant du gaz est vérifié chaque soir dans onze laboratoires d’essais répartis dans les divers quartiers de Paris, de manière à ne laisser passer sans vérification aucune partie du gaz fabriqué dans les usines de la Compagnie. Un grand laboratoire central, sis quai de Béthune, est destiné aux essais photométriques des appareils nouveaux d’éclairage et des procédés inventés en vue d’améliorer la fabrication du gaz de houille ou de lui substituer d’autres agents.
- LES PLANS INCLINÉS DE SANT0S
- AU BRÉSIL
- LES PLUS LONGS DU MONDE
- Nous complétons les renseignements déjà donnés dans La Nature1 sur les plans inclinés les plus curieux établis pour la traversée des montagnes, en étudiant aujourd’hui les plans inclinés de Santos (Brésil), qui sont probablement les plus longs du monde.
- Le port de Santos, dans la province de San Paulo, présente, comme on sait, une activité commerciale assez considérable, il est en effet le rendez-vous des navires allant à Buenos-Avres, les femmes y fabriquent des dentelles particulièrement renommées, et c’est là qu’arrivent pour l’exportation le riz et le café récoltés dans la région.
- On a donc cherché depuis longtemps déjà à établir une voie de communication régulière entre le port de Santos et la capitale de la province qui en est distante de 55 kilomètres seulement, mais ce projet présentait de nombreuses difficultés, car on se trouvait obligé de franchir la chaîne des Serras qui dans cette province est très voisine de la côte, et la Serra-do Mar présente en outre une pente
- 1 Yoy. tables des matières des précédents volumes.
- particulièrement forte de 1/4 environ, tout à fait impraticable pour une ligne à simple adhérence. Enfin la montagne tout entière est formée de terrains schisteux qui se ravinent facilement sous l’influence des grandes pluies, et il fallait de toute nécessité consolider la voie par des travaux d'art particulièrement dispendieux. 11 n’y avait donc aucun intérêt à essayer de développer la voie sur le flanc de la montagne avec une pente uniforme de quelques centimètres seulement, acceptable pour une locomotive ordinaire, et on se décida à la poser directement suivant la ligne la plus courte, ce qui obligea à adopter des plans inclinés avec machine fixe à treuil et câbles de traction. Les dépenses de premier établissement se trouvèrent ainsi sensiblement réduites, car le kilomètre de plan incliné ne revint même pas plus cher, paraît-il, que n’aurait coûté le kilomètre de la ligne à pente réduite.
- Les plans ainsi construits sont au nombre de quatre; ils ont des longueurs respectives de 1948, 1080,2697 et 2640 mètres. La pente moyenne est de 1/9,75 soit O111,104 environ par mètre. Les câbles employés sur ces plans (fig, 1) sont à deux bouts moteurs, rattachés l’un au train montant, l’autre au train descendant qui contribue ainsi à soulever le premier. Chaque plan est desservi par deux machines horizontales accouplées de 150 chevaux chacune. Elles ont des cylindres de 0m,66 sur lm,52 de course et font en moyenne 22 tours par minute. Ces machines sont installées au sommet des plans auxquels elles sont affectées et elles actionnent un tambour moteur qui entraîne le câble de traction par simple adhérence. Ces dispositions obligent évidemment, pour des lignes à voie unique, à ménager un croisement vers le milieu de chaque plan afin de prévenir la rencontre des deux trains l’un montant l’autre descendant. Il aurait fallu par suite conserver une aiguille à chacune des extrémités de ce croisement, si l’on n’avait eu recours à l’artifice suivant, adopté depuis longtemps déjà d’ailleurs sur certains plans anglais. La voie est unique sur la moitié inférieure du parcours jusqu’au croisement auquel elle est rattachée par une aiguille mobile. Au delà du croisement, la voie se prolonge sans aiguilles sur la moitié supérieure par trois rails au lieu de deux, le rail du milieu, qui est rattaché sans solution de continuité aux deux rails intérieurs* du croisement, sert de rail extérieur, tantôt pour la voie de droite, et tantôt pour la voie de gauche. Lorsque le train montant arrive au croisement, il se range à droite par exemple, obéissant à l’action directrice du brin montant du câble supposé développé de ce côté ; l’aiguilleur lui fait la voie, tandis que le train descendant arrivant en amont sur la voie de gauche se trouve guidé automatiquement de ce côté par les rails qu’il suit. Arrivé au bas du croisement, le train descendant fait l’aiguille lui-même pour revenir sur le tronc commun, tandis que le train montant dévié à droite continue son chemin sur la voie de droite de la moitié supérieure.
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- A l’arrivée de ce train au haut du plan, les choses se retrouvent dans le même état que pour le voyage précédent, seulement le câble est développé sur la voie de gauche au lieu de l’être à droite, et il entraîne à gauche pour la course suivante le nouveau train montant, de sorte que chaque train reste ainsi continuellement sur la même voie, quel que soit le sens de sa marche. Chaque palier intermédiaire comprend trois voies bifurquées sur un tronc commun en voie unique du palier suivant. Le train montant prend toujours la voie du milieu, et le train descendant, alternativement l’une ou l'autre des voies latérales. C’est d’ailleurs la disposition représentée sur les deux figures 1 et 2. Chacun de ces paliers présente une longueur de 76 mètres environ, avec une inclinaison de 13 millimètres par mètre, suffisante pour que le train descendant démarre en entraînant son câble.
- En arrivant au sommet, le câble est dévié latéralement sur deux poulies spéciales, et ramené dans le bâtiment des machines de ce plan. Là il est enroulé à brins croisés et entraîné par simple adhérence sur une poulie à trois gorges de 5 mètres de diamètre actionnée directement par les machines motrices. L’entraînement par adhérence forme comme on sait une garantie des plus précieuses au point de vue de la sécurité, mais d’autre part, c’est une disposition qui fatigue beaucoup les câbles, et il arrive en effet que ceux-ci ne peuvent guère durer plus de deux ans, bien que l’effort supporté en service soit de 4 tonnes seulement, soit à peu près le 1 /9 de l’effort à la rupture qu’ils supportent au moment de l’essai. A chaque bout, le câble est pourvu d’une solide chape d’attelage en fer forgé avec émerillon pour prévenir la torsion.
- L’ascension de chaque plan dure habituellement une quinzaine de minutes. Chaque train comprend trois wagons de voyageurs avec un wagon-frein représentant un poids total de 30 tonnes environ. La charge actuellement remorquée dépasse annuellement 100 000 tonnes, et elle pourrait être quintuplée sans inconvénient, même avec un plan qui ne travaillerait que dix heures sur vingt-quatre. Nous ne décrirons pas les freins de sûreté, car ils sont fondés
- sur un principe analogue à ceux de la Croix-Rousse dont nous avons parlé déjà, seulement ils n’agissent pas automatiquement. Ce sont deux freins-mâchoires qui viennent saisir le rail pour y chercher un point d’appui en cas de besoin. Ces mâchoires sont commandées par le conducteur qui les met en prise en agissant sur une pédale ou un volant spécial, tandis qu’à la Croix-Rousse, elles entrent d’elles-inêmcs en action dès que la corde du câble moteur vient à se relâcher ou même à se rompre.
- L’expérience a montié d’ailleurs que le frein de Santos ne fonctionne pas toujours assez rapidement pour servir de frein de détresse ; le câble moteur s’est trouvé rompu deux fois en effet, l’une en 1869 : l’arrêt fut obtenu presque immédiatement,, tandis qu’en 1871, le train fut précipité au bas du plan. Il semble donc qu’il y aurait avantage à remplacer
- ce frein par un appareil vraiment automatique.
- En dehors de ces deux accidents, les plans inclinés de Santos ont toujours régulièremen t fonctionné, et c’est là certes un des éloses les plus frappants qu’on en puisse faire, surtout si on a égard aux difficultés d 'installation que présentait cette ligne si hardie, la première qui ait été établie
- dans de pareilles conditions.
- Cette solution paraît certainement une des meilleures qu’on pût adopter dans cocas pour la traversée de la montagne, car elle avait l’avantage, comparée aux lignes à simple adhérence, de réduire les Irais de premier établissement dans une mesure considérable, et en outre elle évitait du même coup toutes les difficultés qu’a entraînées la locomotive à rail central essayée quelque temps après sur la ligne du Mont-Cenis pendant les travaux de percement du tunnel.
- Les plans inclinés de Santos présentent peu d’ouvrages d’art considérables, en dehors des travaux de soutènement, si ce n’est un grand viaduc en fer des plus curieux qui traverse une gorge profonde au pied du plan supérieur. Ce viaduc offre une pente moyenne de 10 centimètres environ, et il est établi d’autre part en courbe de 600 mètres de rayon (fig. 3).
- Les gravures qui accompagnent notre notice sont
- Fig. 1. — Le râble et les galets roulants du plan incline de Santos.
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- Fig. 5. — Gruta-Funda. Viaduc en fer au bas du plan supérieur de Santos, au Brésil.
- D’après des photographies communiquées à La Nature, par M. A. Tniré, professeur à l’École des mines d’Ouro-Preto (Brésil.)
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- faites d’après des photographies que nous devons à l’obligeance de notre camarade M. A. Thiré, professeur à l’École des mines d’Ouro-Preto (Brésil).
- L. Bâclé.
- UNE EXCURSION EN BATEAU TORPILLEUR
- VISITE A L’ÉCOLE DES TORPILLES DE BOYARDVILLE (iLE b’oLÉROn)
- On sait que depuis la découverte et l’application des nouvelles matières fulminantes, la marine militaire est en voie de transformation complète : l’âge des torpilles succède à l'âge de la poudre. Tout ce qui touche à l’étude de ces engins formidables, offre un puissant intérêt scientifique et meme patriotique. Quoiqu’en disent les esprits, assurément bien intentionnés mais peu pratiques 'selon nous, qui rêvent la fraternité des peuples, et l’alliance universelle des nations, il faut être fort, si l’on veut tenir sa place dans le grand combat delà vie. Si vis pacem para bellum.
- J’ai eu la bonne fortune de visiter récemment l’Ecole des torpilles de Boyardville à l’ile d’Oléron, et d’y aller, par la Charente, à bord d’un des nouveaux torpilleurs de notre marine. Une telle excursion si intéressante, si extraordinaire pour un profane est de celles qui ne s’oublient pas; j’essayerai de faire partager au lecteur mes impressions de voyage.
- Nous sommes partis de Rochefort en bateau torpilleur à sept heures du matin. Ces navires très allongés, se nomment des Thornycroft *, du nom de leur inventeur ; ils sont construits par MM. Claparède et Cie; entièrement en tôle d’acier, ils sont très minces et longs de 27 mètres. Toute la place est en quelque sorte occupée par une machine à vapeur de la force de 400chevaux, et parles deux cylindres à torpilles placés à l’avant. Les torpilleurs ne dépassent l’eau que de 50 centimètres ; on est enfermé à l’arrière dans une cabine recouverte d’un chapeau de tôle d’acier, de sorte qu’à l’extérieur, il ne paraît aucun homme; mais en temps de paix, on reste en dehors sur les plaques de métal, car on étouffe quand on est enfermé dans ces cuirasses. Le bateau file si vite (18 nœuds à l’heure ou 32 kilomètres environ)'que l’effet en est tout à fait extraordinaire; à l’arrière, la rotation dé l’hélice est si puissante que la Charente qui est très large aux abords de Rochefort en est boulversée ; il se produit des ondulations d’eau*qui lorment sur le rivage des vagues d’une hauteur considérable, les blanchisseuses et les pêcheurs se sauvent à l’approche du torpilleur qui doit stoper devant les baques parcequ’il les ferait sombrer. J’étais sur le bateau torpilleur n° 3$ avec deux de mes amis. Deux autres passagers se trouvaient à bord du torpilleur n° 51 qui nous suivait. Les torpilleurs marchent toujours par deux,
- 1 Voy. La Nature, n° 324 du 46 août 4879. — Les bateaux porte-torpilles, p. 467.
- afin de se venir en aide mutuellement en cas d’accident à l’un d’eux. En mer, le torpilleur à l’avant, fend la vague et est entièrement couvert d'eau.
- Les torpilles Whitehead que l’on emploie dans toutes les marines sont des engins admirables de mécanisme. On dirait de gros marsouins d’acier, qui nagent entre deux eaux, pour aller à 200 mètres atteindre le but; la torpille elle-même est un véritable petit navire, munie d’une hélice, à l’arrière et qui pourvue intérieurement d’une machine à air comprimé, doit contenir 27 kilogrammes de fulmi-coton. Les expériences de tir se font uniquement avec amorce ; on ne fait pas inutilement sauter les torpilles qui coûtent 15 000 francs chaque.
- Quand la torpille part, lancée au moyen de l’air comprimé, le spectacle est émouvant au possible : on la voit glisser en sifflant à la surface de l’eau.
- Lorsque le torpilleur est en mer et qu’il s’agit de surprendre un cuirassé ennemi, on dissimule le bateau, en le peignant de* la couleur de l’eau; il y a à bord différentes peintures, et la surface extérieure du torpilleur peut être peinte en dix minutes, en gris si le ciel est gris, en noir pour la nuit, en blanc pour la mer bleue. Dans ces conditions la vigie d’un navire cuirassé ne peut pas apercevoir un torpilleur avant qu’il soit rapproché de 500 mètres. A ce moment le torpilleur n’a plu* que 300 mètres à franchir à toute vapeur ; il lance sa torpille à 200 mètres, et peut ainsi d’un seul coup, couler à fond un navire qui a coûté 20 000 000 de francs et qui est monté par 700 hommes. Le torpilleur est monté seulement par 5 hommes. Mais le navire cuirassé a de s an côté des torpilles formidables. Nous avons eu lé bonheur d’aller à Boyardville, *au moment où l’escadré française, venait d’arriver en rade; elle comprenait quatre grands cuirassés, dont la Dévastation, qui est actuellement le plus fort des navires cuirassés français.
- * Nous avons été à bord delà Dévastation à l’heure de l'exercice. Nous avons vu avec admiration 12 hommes manier en deux minutes des pièces de canon de 58000 kilogrammes qui se braquent sur tous les points de l’horizon avec autant de facilité qu’une lunette. Il y en a quatre semblables à bord de la Dévastation, plus huit autres de 10 000 kilogrammes. A l’âvant, nous avons assisté au lancement des torpilles. Tout cela est formidable. Les machines à vapeur ont 8000 chevaux-vapeur de force. La Dévastation brûle une véritable montagne dp charbon en une journée.
- L’École des torpilles que nous avons visitée ensuite, à notre descente à terre à Boyardville, est organisée d’une façon très complète, pour l’étude des torpilles et de tout ce qui se rattache à ces nouveaux engins.
- Les élèves sont nombreux, très assidus, et fort bien instruits par des professeurs spéciaux ; il y a sur le rivage des appareils pour les expériences relatives aux explosions par la dynamite, ou le coton - poudre comprimé ; une machine dynamo
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- actionne une lampe électrique qui projette scs rayons en mer; des systèmes ingénieux sont disposés pour l’explosion des torpilles dormantes, placées au lbnd de la mer pour protéger l'entrée des ports, Il y a aujourd’hui, en effet, trois systèmes différents de torpilles, adoptés par les différentes marines : i6 la torpille dormante placée au fond de l’eau, que l’on lait exploser à l’aide de fils électriques, communiquant avec le poste du rivage; 2° les torpilles auto-motrices, genre AVhitehead, qui lancées par les bateaux torpilleurs ou les navires cuirassés, sont munis d’un moteur propre, et vont d’elle-même frapper le but à 200 mètres de distance ; 3° les torpilles à espar, qui sont portées sur place par un canot monté par des hommes qui se dévouent et qui touchent infailliblement le but. — Comme nous le disait un des amiraux les plus distingués de notre marine : « Les torpilles automotrices peuvent être comparées à la balle d’un revolver, elles manquent souvent le but; les autres torpilles portées à bras d’homme au bout d’un espar, c’est la lame du poignard, qui frappe à coup sûr. »
- Les bâtiments de l’École des torpilles, sont vastes et bien aérés; ils comprennent des ateliers de construction, des cabinets de physique, spécialement pourvus de tout ce qui touche à l’électricité, des laboratoires de chimie, des modèles des différentes torpilles usitées, des dortoirs pour les élèves marins. Tout y est propre, ordonné; tout y respire l’ordre, la discipline, la tenue parfaite d’un navire, et le visiteur y trouve cette hospitalité cordiale, et cet accueil plein de courtoisie, dont les officiers de la marine ont le secret. Gaston Tissandier.
- LES LIGNITES DE DIXMONT
- Je viens de faire dans le déparlement de l’Yonne une bien intéressante excursion géologique. Grâce à la bienveillante invitation de M. Ad. d’Eichthal, j’ai pu visiter un gisement vraiment exceptionnel de lignites tertiaires.
- Nos lecteurs savent que par lignite on entend le produit de l’altération des bois à la suite d’un très long enfouissement. C’est comme une phase transitoire du bois passant à l’état de houille. Souvent la substance, déjà privée de beaucoup de ses principes volatils, a encore, conservé jusque dans les moindres détails sa texture végétale ; souvent aussi elle est devenue compacte et brillante comme le charbon de terre ou pulvérulente comme une terre tourbeuse. Les variétés compactes et bien homogènes sont recherchées comme objet de parure et portent les noms devais ou de jayet. Parmi les variétés pulvérulentes figure la terre d'ombre employée en peinture.
- Dans la belle propriété que M. d’Eichthal possède près de Dixmont, le lignite se présente sous les trois formes de bois bruni, de jayet et de terre d’ombre.
- Sous la terre végétale et sous les sables quartzeux qu’elle recouvre, on rencontre une accumulation de combustible dont les dimensions ne sont pas connues mais qu’on a pu retrouver à plus de 10 kilomètres de distance et percer verticalement sur une cinquantaine de mètres.
- J’ai visité un front d’exploitation qui a 13 mètres de
- hauteur verticale et j’ai parcouru une galerie horizontale de 40 mètres de long. La paroi de la carrière présente un aspect tout à fait étrange, car le bois fossile ne paraît y observer aucune disposition régulière. C’est un enchevêtrement indescriptible de gros troncs d’arbres ayant souvent 40 centimètres de diamètre et 3 mètres de long, jetés pêle-mêle, tordus les uns par les autres et souvent brisés de façon à exposer de face au regard le faisceau de leurs fibres disjointes.
- Le gisement dont il s’agit a pris à mes yeux, grâce à des recherches récentes sur la formation de la houille dont je vais dire quelques mots, un intérêt tout à fait nouveau. Disons d’abord qu’il est connu depuis fort longtemps, car avant 1789, les moines habitant l’abbaye de l’Enfourchure de Grarmnont, dont les mines sont encore debout dans la propriété de M. d’Eichthal, avaient commencé des recherches dans un but industriel. Neuf années plus tard, une grande tranchée fut ouverte dans le dépôt par des spéculateurs qui procédèrent à une extraction considérable. De 1836 à 1848, des tentatives furent renouvelées. Dans sa Statistique géologique du département de l'Yonne, publiée en 1855, M. V. Raulin décrit l’état des lieux à l’époque où une concession régulière fut donnée à M. d’Eichthal. « Alors, dit-il, on montait du fond de la vallée, d’environ 10 mètres, par un chemin creusé dans les éboulis de sable argileux jaune à silex et entamant la craie au sommet ; on continuait horizontalement et on apercevait à gauche, à l’ouest, la masse de lignite. Pour y arriver on passait d’abord sur des sables gris et un petit amas de lignite, puis on rencontrait de nouveaux sables quartzeux et siliceux très blancs, tantôt purs et tantôt argileux, sans traces de bois ; au-dessus se trouvait le lignite dont la ligne de jonction paraissait inclinée de 45 degrés. Il était mis à découvert sur 12 mètres de hauteur et ne présentait aucune alternance de sable. C’est une masse brune, friable, humide, plus ou moins terreuse, dont la richesse en charbon, toujours très grande, varie cependant d’un point à l’autre. » Rien d’essentiel n’est changé aujourd’hui à cette disposition, qui est celle évidemment d’une accumulation de débris végétaux remplissant une dépression de la craie et recouverts par des sables les plus inférieurs du terrain éocène.
- Quant à l’origine de ces lignites elle s’impose vraiment à quiconque en étudie la manière d’être. M. d’Eichthal, avec un grand bonheur de vue, la rapproche de celle, observée tous les jours, des volumineuses accumulations de bois charriés par les grands fleuves américains, Mississipi, Missouri, etc., et contre lesquelles les Yankees emploient ces irrésistibles bateaux-scies connus de tout le monde. Certes, aucun observateur ne passera un quart d’heure dans la carrière de Dixmont sans se pénétrer de l’idée qu’il a sous les yeux le résultat d’un gigantesque charriage. Or cette opinion est bien différente de celle qui a généralement cours dans la science relativement à l’origine des combustibles fossiles. On est en effet disposé à croire depuis un savant mémoire d'Élie de Beaumont que les houillères ne sont que le résultat de la fossilisation de tourbières énormes où les sphaignes actuelles étaient remplacées par de grands arbres. Des forêts au sol marécageux s’affaissant avec beaucoup de lenteur, les végétaux dont elles étaient formées se seraient transformés sur place en tourbe, puis en lignite et enfin en bouille. Il suffisait, disait-on, de supposer ce mécanisme en action pendant de longues suites de siècles sur le même point pour rendre compte des couches de charbon les plus épaisses.
- Or, depuis l’époque d’Élie de Beaumont, le terrain
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- houiller a été beaucoup mieux étudié et l’on a rencontré de toutes parts des objections très fortes à l’opinion de l’origine sur place. Par exemple des alternances de houille et de calcaire carbonifère répétées à plusieurs reprises sur une même verticale et qui supposeraient une sélie d’affaissements et d’exhaussements donnant l’idée tout à fait inacceptable du jeu d’un piston dans un corps de pompe. De plus, et ceci est beaucoup plus décisif encore, on a pu imiter la disposition du terrain liouiller, jusque dans les détails les plus intimes de sa structure, par des expériences où le charriage joue un rôle tout à fait prépondérant. Je me borne à signaler simplement aujourd’hui ces belles recherches dont l’auteur est M. Fayol, directeur des mines de Commentry, parce que je me propose d’en faire très prochainement le sujet d’un article spécial avec figures, au profit des lecteurs de La Nature. Pour le moment il suffit, je crois, de noter que le magnifique gisement de lignite de Dixmont plaide bien éloquemment en faveur de la nouvelle doctrine.
- Stanislas Meunier.
- RÉGULATEURS
- AUTOMATIQUES
- DE CHAUFFAGE PAR LE GAZ
- On a imaginé un grand nombre de régulateurs automatiques de chauffage par le gaz destinés à maintenir une température constante dans une serre, une étuve, une habitation, etc., mais aucun de ces appareils ne nous a paru si simple que celui dont nous trouvons la description dans les Comptes rendus mensuels de la Société de l'Industrie minérale, qui constituent, avec le bulletin trimestriel de la Société, deux publications techniques du plus grand intérêt.
- L’jppareil imaginé par M. Saignol et présenté à la Société par M. Meurgey se compose d’un tube recourbé en forme de V (fig. 1) par lequel le gaz arrive à l’appareil de chauffage : on implante au bas du V, de manière à en faire un Y, une queue dans laquelle se meut du mercure sous l’action des dilatations et des contractions produites par les variations de température. Le mercure affleure le bas de la fourche de l’Y à une température fixée, 10 degrés par exemple, et ferme le passage du gaz. Si la température s’abaisse, le mercure se contracte, le gaz commence à passer et en quantité d’autant plus grande que le mercure se contracte davantage. La température remonte et à 10 degrés, le gaz cesse de passer.
- Un petit veilleur reste constamment allumé dans l’appareil de chauffage et produit l’inflammation dès que le dégagement commence.
- La figure 2 montre une forme pratique de l’idée dont la figure 1 indique le principe. La partie antérieure du
- Régulateur automatique de chauffage par le gaz.
- Fis. 1. Principe de l’appareil deM. Saignol. — Fig. 2. Forme pratique de l’appareil de M. Saignol. — Fig. 3. Système de M. Batault.
- flacon représente l’Y sur les branches supérieures duquel s’adaptent les tuyaux d’arrivée et de sortie du gaz. Le flacon fermé hermétiquement à sa partie supérieure renferme le liquide dilatable qui fait monter ou descendre ie mercure dans la queue de l’Y. L’on ne peut introduire dans ce flacon un gaz sujet aux variations de la pression atmosphérique; le meilleur liquide est de l’alcool concentré dont le coefficient de dilatation est très grand et qui ne peut se volatiliser parce qu’il est a l’abri du contact de l’air ou du courant de gaz.
- Le flacon porte à sa partie supérieure un bouchon traversé par un tube bien calibré et fermé par en bas, qui plonge plus ou moins dans le flacon, ce qui permet de régler l’affleurement à la température que l’on désire maintenir. Pour éviter les soubresauts, si le passage du gaz en produit au moment où le dégagement commence, on ajoute quelques grains de fonte qui surnagent sur le
- mercure et permettent au gaz de filtrer sans secousse à travers les interstices qu’ils présentent.
- Tout l’appareil est fixé sur une planchette que l’on suspend à l’aide d’un simple crochet sur le passage du tuyau d’amenéc. La dépense de gaz se trouve réduite à la quantité strictement utile, puisque le chauffage s’allume et s’éteint automatiquement.
- A la suite de cette communication, M. Batault a donné la description d’un système analogue représenté figure 5.
- Un tube B courbé en U pénètre par une branche dans un ballon A et par l’autre dans un tube assez large C. A travers le bouchon fermant l’extrémité supérieure de ce tube passent le tube d’arrivée 1) et le tube de sortie E : ce dernier a son extrémité inférieure coupée en sifflet et descend dans la branche b du tube B rempli de mercure; le ballon A est rempli d’alcool.
- Le gaz arrivant en I) est obligé, pour sortir en E, de descendre dans la branche b, et de pénétrer dans le tube E par l’extrémité taillée en sifflet.
- La dilatation de l’alcool dans le ballon A force le mercure à s’élever plus ou moins dans la branche b et ferme plus ou moins l’arrivée du gaz.
- On règle l’appareil en descendant plus ou moins le tube C autour de la branche b de façon à ce que l’extrémité coupée en sifflet du tube E plonge peu ou beaucoup dans le mercure. Lorsque le gaz ne passe plus par l’extrémité inférieure de E, il en passe toujours un peu par l’ouverture a pour alimenter le bec d’allumage ou veilleur. Cet appareil permet de régler la température d’une étuve à un ou deux degrés près, et se recommande, comme les précédents, par son extrême simplicité.
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- LA NATUHE
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- L’EXPLOITATION DE LA GLACE
- EN' AMÉRIQUE
- La glace esl devenue aujourd’hui un objet d’utilité générale, aussi bien dans l’industrie que dans les ménages, aussi sa consommation est-elle énorme et son exploitation prend chaque année une importance de plus en plus grande. C’est la glace naturelle qui fournit jusqu’ici le plus économiquement et en plus grande quantité la glace consommée dans le monde entier, mais sa récolte n’est pas sans pré-
- senter de grandes difficultés pratiques. On doit compter, en effet, avec l’inclémence et l’irrégularité des saisons, et le manque de bras nécessaires à la coupe, le ramassage et l’cmmagasinement de provisions énormes de glace en un temps dont la durée est souvent très limitée; aussi n’est-il pas rare de perdre la meilleure glace de la saison par le fait seul du manque d’hommes et de forces nécessaires à sa récolte.
- Dans le but de fournir le travail nécessaire au découpage de la glace et pour permettre d’accomplir ce travail pendant la saison favorable, M. Chaun-cy A. Sager, de Yalparaiso, a combiné une machine
- Machine américaine à couper la glace en blocs parallélipipédiques.
- à vapeur fort ingénieuse et parfaitement approprié à cet usage, dont le Scientific American nous fait connaître les principales dispositions. Cette décou-peuse locomobile découpe la couche de glace formée à la surface du lac qu’il s’agit d’exploiter en bandes longitudinales à mesure quelle avance, et produit des coupures transversales équidistantes qui forment ainsi des blocs carrés parfaitement réguliers et de dimensions, convenables pour leur manutention facile. La machine avance lentement en avant et actionne en même temps les scies circulaires pendant sa progression lente. La lame qui produit les coupures longitudinales est établie sur un long bras placé à l’arrière perpendiculairement à l’axe de l’arbre moteur et s’étend ainsi à une certaine distance; elle est commandée par une corde
- ou une courroie passant sur une poulie de l’arbre moteur. Sur le côté du bâtis principal de la machine se trouve un second bâtis articulé qui supporte une seconde scie circulaire dont le plan est perpendiculaire à la première et destinée à produire les coupures transversales. L’arbre de cette scie peut glisser longitudinalement dans ses tourillons et permet au chariot d’avancer d’une certaine quantité sans quitter le plan vertical dans lequel la scie produit une section transversale. Cette scie reçoit un mouvement de rotation par une combinaison d’engrenages coniques, de poulies et de courroies dont le dessin indique nettement la disposition.
- Une manivelle donne au bâtis articulé le déplacement latéral nécessaire à la production d’une coupure transversale. Le mouvement des scies est
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- 306
- LA NATURE
- commandé par des leviers de débrayage placés à portée du mécanicien. Les roues motrices de la machine portent des pointes et des arêtes qui les cramponnent dans la glace et l’avant est monté sur un avant-train qui permet de tourner.
- Lorsqu’on n’emploie pas les scies ou que l’on doit déplacer la machine, les bras qui les supportent se relèvent et les dégagent de la glace.
- Voici comment fonctionne la machine : l’ensemble progresse lentement en avant (de gauche à droite sur la figure), lu scie d’arrière est en mouvement et coupe longitudinalement la glace, en même temps la seconde scie est engagée dans la glace et le bâtis articulé s’abaisse au fur et à mesure pour produire l’entaille transversale. La scie se maintient dans l’entaille grâce à une lame métallique de forme arquée placée à 1 avant de l’arbre qui s’engage dans la glace et s’oppose à tout mouvement de la scie parallèlement à son axe.
- Lorsque la scie transversale a terminé sa course, pendant laquelle elle a comprimé un ressort, la scie est dégagée de l’entaille et l’action du ressort ramène la scie au point de départ, c’est-à-dire en avant d’une quantité égale à la largeur qui sépare deux blocs successifs. Elle est alors prête à faire une nouvelle entaille. Des gnides et des arrêts convenablement placés permettent de produire des sections longitudinales parfaitement parallèles et des blocs parfaitement égaux, en limitant la course de la scie transversale, ce qui facilite le transport et l’em-magasinement. Cette machine travaille avec une grande rapidité et sera certainement appréciée de tous eux qui connaissent la valeur du temps pendant la saison propice à la récolte de la glace.
- CHRONIQUE
- (Jn chemin de fer circulaire au mont Etna. —
- Il existe actuellement sur les flancs du mont Etna soixante-quinze villes ou villages qui ne comprennent pas moins de 370 000 habitants et forment soixante communes. Ces soixante communes viennent de se mettre d’accord et de voter les fonds nécessaires à la construction d’un chemin de fer autour de la région inférieure du mont Eltna. La construction de cette voie ferrée présentera de sérieuses difficultés, surtout à cause des nombreux groupes de petites montagnes cratériforme dont la basse région de l’Etna est parsemée. La longueur de la voie ferrée ne dépassera pas 100 kilomètres et toutefois elle présentera entre ses deux points opposés du Sud au Nord, c’est-à-dire entre Catane et Bronle, une différence de niveau de plus de 700 mètres. Ce chemin de fer sera de largeur réduite et les machines n’y pourront trouver que peu de Wagons à cause des fortes rampes. La dépense prévue se monte à 3 millions de francs. V. Tedkschi di Ercole.
- Curieux exemples «l'explosions. — Dans un des derniers numéros des Annales de Wiedemann, M. Plaun-dler cite deux explosions curieuses. Un tube de verre
- fermé rempli aux deux tiers d’acide carbonique liquide avait été plongé à quelques centimètres de profondeur dans un bain d’acide carbonique et d’éther porté à la température de — 100 C., pour obtenir la cristallisation carbonique. On vit se former de superbes cristaux dans la partie immergée du tule, tandis qu’au-dessus restait une couche d’acide liquide. Le tube fut alors soulevé en l’air par sa partie supérieure, et au bout de quelques minutes se produisit une explosion violente. Ce tube avait souvent été élevé à une température de 31°. Le fait fut attribué à l’expansion thermale de l’acide carbonique; il est plus vraisemblable que la pression de la vapeur sur le verre l’avait rendu cassant par l’abaissement de la température. Le second cas concerne un grand gazomètre en zinc, en forme de cloche, employé exclusivement pour conserver de l’oxygène. Depuis six mois environ il n’avait pas fonctionné, il était resté avec une allumette à demi éteinte, il se produisit une explosion qui brisa l’appareil. Il est probable que l’eau avait peu à peu absorbé les vapeurs d’acides contenues dans l’atmosphère du laboratoire, et que le zinc attaqué avait donné lieu à un dégagement d’hydrogène. En effet le zinc était un peu rongé. Dans un cas analogue, il est bon de se servir de zinc recouvert d’une couche de vernis.
- Causes de la casse fréquente des verres de lampes. — Le verre, étant un corps à la fois mauvais conducteur de la chaleur et très fragile, éclate immédiatement quand, étant chaud, on le soumet à un brusque refroidissement. Tous les objets fabriqués en verre étant le résultat d’un travail très rapide, dit M. Péligot, sont tellement cassants, qu’ils ne seraient propres à aucun usage si l’on ne corrigeait ce défaut par une opération ultérieure, le recuit, qu’on fait subir à toutes les pièces fabriquées. Il consiste, ces pièces étant encore rouges, à les déposer dans des fours ou galeries chauffés à un certain degré et où le refroidissement des pièces se fait très lentement. Si le recuit est mal fait, la pièce est plus fragile, et c’est à un recuit insuffisant qu’il faut attribuer la casse si fréquente des verres de lampe, surtout quand on les emploie pour la première fois; car lorsqu’ils résistent, l’usage qu’on en fait équivaut à une recuisson. Il est donc prudent, avec un verre neuf, de ne pas trop monter la mèche et de l’allumer tout autour avant de mettre le verre en place.
- Les tampons des wagons de chemins de fer.
- — Les tampons de wagons et locomotives destinés à amortir les chocs entre wagons animés d’une faible vitesse, sont reconnus complètement insuffisants en cas de choc entre deux trains. Un ingénieur de Francfort, M. Ileydrich, vient de construire un appareil s’adaptant aux tiges des tampons et destiné à détruire la force vive du wagon en cas de choc. Le ministre des Travaux publics en a ordonné l’application à titre d’essai sur diverses voitures à voyageurs et locomotives des chemins de fer de l’Etat. L’action de cet appareil est basée sur la destruction d’une virole en fer forgé, filetée à pas triple et enfilée en avant du ressort sur la tige du tampon, Une bague en acier dur, appuyée sur le ressort, arase au moment du choc les pas de vis de la virole et absorbe par ce travail assez de force vive pour amortir sensiblement le choc. Une virole filetée de0m,10 de long a été trouvée suffisante contre les chocs qui peuvent survenir aux abords des gares. 11 y a dans ce cas une dépense de force de 7200 kilogrannnètres pour les quatre tampons du wagon. Si l’on compte en outre 800-1000 kilograin
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- mètres le travail des quatre ressorts des tampons et à 2000 la force vive du wagon transformée en chaleur par le frottement avant que la voilure elle-même soit lésée, on obtient une somme de 10 000 kilograminètres pour le wagon, ce qui correspond à la force vive d’un wagon de 10 000 kilogrammes avec une vitesse de 4m, 45 par seconde ou environ 10 kilomètres à l’heure.
- ---OA>>--
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 octobre 1882. — Présidence de M. Blaxchaud.
- L’huile et les tempêtes. — Les expériences récemment tentées pour calmer les vagues autour d’un navire, en versant sur la mer une certaine quantité d’huile, ont remis en mémoire à M. Virlet d’Aoust un fait, que ce vénérable géologue observa en 1850, lors d’un voyage en Grèce qui fut très profitable à la science. Empêché, par la tempête, d’aborder dans l’ile de Thassos, il entendit avec étonnement son pilote regretter de n’avoir pas à bord de provision d’huile, moyennant laquelle il pourrait, disait-il, atteindre facilement la côte. On conçoit combien un homme qui fait sa profession de l’observation de la Nature, dut être désireux de soumettre la chose à une prompte vérification. Au retour, la mer était aussi mauvaise qu'à l’aller, mais le bateau étant pourvu d’huile, l’expérience fut tentée et, comme le pilote l’avait annoncé, les flots subitement apaisés, n’opposèrent aucun obstacle au débarquement. D’après M. Virlet, qui connaît le Mexique aussi bien que la Grèce, il est auprès de la Vera Cruz un point des côtes où des Salzes déversent constamment du pétrole dans la mer. La tqmpéte en ces lieux est si bien inconnue que, par les gros temps, les patrons des petites embarcations viennent chercher un refuge dans ces eaux huileuses. Peut-être y a-t-il lieu de faire quelque remarque analogue sur la Caspienne, où coulent les pétroles du Caucase.
- Théorie solaire de M. Siemens. — Comme on devait s’y attendre, M. Siemens répond à M. Paye et ne renonce pas à son hypothèse de l’entretien de l’énergie solaire. M. Paye ayant, comme on l’a vu, objecté qu’un milieu interstellaire de nature pondérale serait progressivement attiré par les as:res de façon à faire autour d’eux des atmosphères de plus en plus denses, le physicien anglais répond qu’il lui est facile d’admettre qu’un équilibre s’établisse entre la force attractive de ces astres et la répulsion qui émane de tous les corps chauds, d’après M. Fave lui-même. 11 n’a pas plus de difficulté en ce qui concerne la résistance opposée au mouvement des corps célestes : 1/200 d’atmosphère vous gêne? mettons 1 j 1 000 000 et moins encore si vous voulez ; l’espace est si grand que nous aurons encore assez de combustibles pour alimenter le calorifère central de notre système planétaire.
- Que les physiciens et les chimistes se contentent de pareilles réponses, affaire à eux. Mais les astronomes seront toujours beaucoup plus difficile et c’est ce que M. Paye, tout pris à l’improviste qu’il était, a déclaré énergiquement. S’il existe de la matière dans les espaces,
- faut qu’elle tourne; le moindre grain de poussière obéit rigoureusement aux lois de Kepplcr comme les plus imposantes des planètes. Il ne subsisterait rien de
- l’astronomie mathématique, dont la sûreté est cependant consacrée par tant de triomphes, s’il fallait reconnaître cette circulation nouvelle de poids formidables de matière pénétrant à l’état élémentaire par les deux pôles du soleil pour ressortir par son équateur sous forme de combinaison plus ou moins complexes.
- La décoloration des diamants jaunes. — Grande panique ces jours derniers dans le monde des diamantaires. Une magnifique pierre, d’un prix énorme à cause de sa belle eau, perd les cinq sixièmes de sa valeur à la suite d’un simple lavage dans l’eau savonneuse et achetée pour une gemme du Brésil se révèle ainsi comme un simple diamant du Cap, d’un jaune de miel. Un procès est pendant; il fera du bruit et révélera une nouvelle fraude qu’on peut, du reste, envisager sans crainte, tant, comme on vient de le voir, elle est facile à découvrir. Mais si le malheureux acquéreur a compromis son argent dans l’aventure, la science y gagne une observation des plus intéressantes et c’est ce que M. Chevreul a reconnu en présentant une courte note de MM. Chatrian et Jacobs.
- Le procédé pour faire du diamant incolore avec le diamant jaune consiste à plonger quelques instants la pierre dans une dissolution aqueuse de violet d’aniline. Après dessiccation, toute nuance a disparu et cependant les feux du diamant subsistent tout entiers. Or, MM. Jacobs et Chatrian constatent que le résultat est dû tout simplement au mélange des deux couleurs du diamant et de la teinture qui sont complémentaires, et c’est, comme ils disent spirituellement, la confirmation la plus éclatante des doctrines de M. Chevreul sur le contraste chromatique. On conçoit dès lors l’intérêt très vif que l’illustre « doyen des étudiants français » a accordé à cette communication.
- L'ammoniaque de l'atmosphère. — On sait depuis longtemps que la teneur de l’atmosphère en ammoniaque varie d’un instant à l’autre : la terre végétale et les plantes l’absorbent et les condensations d’eau déterminent son partage entre l’air et l’eau en proportions diverses suivant les circonstances. Mais ces modifications qui ont lieu dans les régions basses, seules théâtres de dosages jusqu’ici, se reproduisent-elles au sommet des montagnes? Telle est la question étudiée par MM. Aubin et Muntz dans un mémoire déposé par M. Schlœsing et dont les éléments ont été recueillis au Pic-du-Midi, à l’Observatoire de M. Nan-souty. La réponse est que l’altitude ne fait rien au phénomène. Ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il contraste avec l’absence presque complète, en ces hautes régions, de l’acide azotique et de l’azotate d’aimnoniaque.
- Varia. — M. Pagel assure que le vrai procédé pour aller de Marseille à Alger consiste à naviguer jusqu’en Sicile, à traverser cette île en chemin de fer, puis à renaviguer de Sicile en Afrique : à première vue la recette semble bien compliquée. — D’après M. Gaillot, la culture de l’opium réussit à souhait en Zambézie. C’est seulement en 1879 qu’eurent lieu les premières semailles, et en 1881, trois cents ouvriers (deux cent cinquante noirs et cinquante Indiens de Bombay) travaillaient assidûment. Le salaire des nègres consiste en deux brasses de coton par semaine. — Le rendement des machines magnéto-électriques occupe M. Marcel Deprez, qui se flatte d’avoir enfin rendu la question très claire en remplaçant la considération des tensions et des résistances par celle du prix de l'effort statique. — Au nom de M. Leplav, M. Dumas dépose des recherches chimiques sur la betterave blanche de Silésie. — On donne de bonnes
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- nouvelles de M. Tisserant, installé à la Martinique, et de M. Bouquet de la Grye, admirablement reçu au Mexique.
- Stanislas Meunier.
- UNE SOUBIS MECANIQUE A 15 CENTIMES
- prendre aisément le mécanisme. Le caoutchouc qui forme à la fois l’axe de rotation et le moteur est fixé sur les deux côtés et vers le milieu de la plaque métallique emboutie qui forme le corps de la souris ; c’est sur ce caoutchouc qu’est fixé le double cône sur lequel vient s’enrouler une ficelle de 70 centimètres environ de longueur dont l’une des extrémités est attachée sur le tambour et l'autre vient sortir par un petit trou pratiqué à l’endroit de la queue de l’animal. En tirant sur celte queue, on déroule la ficelle et on produit l’enroulement du caoutchouc ; il suffit alors d’abandonner tout le système à lui-même pour que l’élasticité du caoutchouc produise la rotation du tambour en sens inverse et que la rotation de ce tambour produise la progression de la souris. En raison de la différence des diamètres entre les bords des cônes qui
- roulent sur le plancher et le sommet commun sur lequel s’enroule la ficelle, la souris peut parcourir environ 4 à 5 mètres avant de s’arrêter.
- Un fait amusant résultant du mécanisme même, c’est que l’appendice caudal de la souris, dont le développement est de 60 à 70 centimètres au départ, rentre dans le corps de l’animal au fur et à mesure de l’enroulement de la ficelle, et devient presque rudimentaire au moment où la souris s’arrête.
- Sans prétendre, comme tendrait à le faire croire l’imagination de notre dessinateur, que la souris mécanique à 15 centimes puisse faire illusion à des chats, dont l’instinct est un guide infaillible, elle est cependant assez bien imitée pour effrayer quelquefois des dames un peu nerveuses qui la voient pour la première fois. Il y a là une application simple et ingénieuse de l’élasticité du caoutchouc à l’emmagasinement du travail, et c’est à ce dernier titre surtout, que nous avons cru pouvoir consacrer une place dans nos colonnes à la souris mécanique à quinze centimes.
- Dr Z...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanwer.
- L approche de l’époque des étrennes fait éclore chaque année bon nombre de jouets, quelques-uns fort ingénieux, dus à l’industrie aussi babile qu’intermittente des camelots parisiens. Les jouets mécaniques ont tout naturellement le plus de succès, et si l’on en juge par le spécimen que nous mettons aujourd’hui sous les yeux de nos lecteurs, ils semblent avoir atteint aujourd'hui le maximum de simplicité dont ils soient susceptibles.
- Ceux qui, comme nous, étaient enfants il y a vingt-cinq ans, se souviennent sans doute qu’une souris mécanique constituait un jouet d’une grande valeur relative, réservé aux privilégiés de la fortune et que l’on sortait dans les grandes occasions, en en confiant la direction aux grandes personnes, qui seules, avaient l’habi -leté et le soin nécessaires pour ne pas en détraquer le mécanisme .
- Le jouet mécanique s’est démocratisé en se peifectionnant, et aujourd’hui, avec la modique somme de 15 centimes, à la portée de toutes les bourses, on peut offrir à ses enfants un plaisir qui coulait autrefois 15 à 20 francs.
- Une feuille métallique mince emboutie de manière à lui donner l’aspect extérieur d’une souris, peinte en noir ou en gris; un volant en forme de deux cônes en contact par leurs sommets et dont les axes sont dans le prolongement l’un de l’autre; un brin de caoutchouc semblable à celui que nous arrachions à nos bottines pour lancer des flèches en papier, et un morceau de ficelle constituent tout le système ; c’est-à-dire quatre pièces en tout — pas une de plus — pour représenter à la fois la carcasse de l’animal, l’axe de rotation, les roues, le ressort moteur, la transmission, le remontage, etc.
- 11 suffit de jeter un coup d’œil sur la figure en regardant la souris placée sur le dos pour en com-
- Imprimeric A. Laiiure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 49 5. — 11 NOVEMBRE 1882.
- LA NATURE.
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- NOUVELLE MACHINE DYNÀMO-ËLRECTIQUE
- à courants alternatifs
- DE M. J. E. H. GORDON
- Un principe aujourd’hui universellement reconnu dans l’industrie, est l’avantage économique résul-tant de l’emploi de grandes machines; c’est l’application de ce principe qui guide les inventeurs dans la création des nouveaux générateurs électriques destinés, soit à la production de la lumière
- électrique, soit à la transmission des forces à distance. Jusqu’ici, c’est pour la production de la lumière électrique que les résultats industriels les plus importants ont été obtenus. Nous avons eu déjà l’occasion de signaler aux lecteurs de La Nature les machines Gramme à courants alternatifs de l’Hippodrome <le Paris, qui alimentent 60 bougies Jablochkoff1, les machines Brush qui fournissent le courant à 40 régulateurs à arc2, et les grandes machines à courant continu d’Edison5 qui peuvent allumer de 1000 à 1200 lampes à incandescence à la fois. La machine de M. J. E. H. Gordon que nous
- La grande machine dynamo-électrique de M. J. E. H. Gordon.
- signalons aujourd'hui à nos lecteurs est un pas de plus, mais un pas énorme, fait dans la voie des générateurs électriques de grande puissance, puisqu’elle est établie pour faire fonctionner, en plein travail, de cinq mille à sept mille lampes à incandescence et transformer en énergie électrique un travail mécanique d’environ cinq cents chevaux; encore ftl. Gordon ne considère-t-il cette machine que comme un modèle propre à servir de guide dans l’établissement de types plus puissants destinés à l’éclairage électrique de villes entières. M. J. E. IL Gordon a été secrétaire de l’Association Britannique pour l'avancement des sciences, et la traduction de son Traité expérimental d’électricité et de 10* année. — Ie semestre.
- magnétisme, faite par M. Raynaud, il y a deux ans, a contribué dans une certaine mesure à répandre son nom en France.
- La machine que nous venons de visiter dans les ateliers de la Telegraph Construction and Maintenance Company, près de Greenwich, où elle a été construite, alimente en ce moment 1400 lampes Swan distribuées dans toute l’usine, et l’insuffisance du moteur qui l’actionne, s’oppose à ce que ce nombre soit augmenté jusqu’à son remplacement.
- 1 Yoy. n° 302 du 8 mai 1880, p. 359.
- 2 Voy. n° 424 du 16 juillet 1881, p. 104.
- 5 Voy. n° 443 du 26 novembre 1881, p. 406.
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- LÀ NATURE.
- 0/est une machine à courants alternatifs, à inducteurs mobiles et à induits fixes, analogue à ce point de vue, aux machines de Gramme et de Lon-tin que nous avons déjà fait connaître, mais elle se distingue de ses devancières par sa puissance et ses dispositions spéciales.
- L’inducteur se compose d’une jante en fer de 2m,30 de diamètre portant sur sa circonférence 32 électro-aimants droits à pôles épanouis en forme de rectangle. L’inducteur pèse 7 tonnes; les 64 bobines (2 par électro-aimant) qui le composent sont montées en tension et traversées par un courant de 20 ampères fourni par deux machines Bürgin, actionnées par un moteur distinct. Le courant arrive, à ces inducteurs mobiles, à l’aide de deux frotteurs qui appuient sur deux anneaux en bronze phosphoreux, parfaitement isolés du reste de la machine par une monture en bois, garnie intérieurement de vulcanite. Le courant traverse ces inducteurs de manière à développer dans les noyaux des polarités alternativement de sens contraire lorsqu’on passe successivement d’une bobine à l’autre.
- L’induit se compose de 128 bobines fixes disposées de chaque côté de l’inducteur sur deux flasques annulaires en fonte, 64 sur chaque flasque. Ces bobines sont munies chacune d’un noyau en fer formé d’une tôle de chaudière pliée en forme de V : le but de cette disposition est de s’opposer aux courants d’induction qui se développeraient dans le noyau de fer lui-même s’il était plein.
- Les bobines fixes ou induites sont, comme on le voit d’après ce que nous venons de dire, en nombre double des bobines mobiles ou inductrices. Peignons les bobines induites alternativement en bleu et en rouge, et donnons-leur, pour simplifier l’explication, le nom de leur couleur : on voit, par la construction de la machine, que lorsque les noyaux des inducteurs seront en regard des bobines rouges, les-bobines bleues se trouveront en regard des intervalles des inducteurs et réciproquement ; ce sont donc alternativement les bobines rouges et les bobines bleues qui se trouvent directement dans le champ d’action des inducteurs; lorsque le courant développé est maximum dans les bobines rouges, il est nul dans les bobines bleues et réciproquement. On groupe donc les bobines de même couleur sur un même circuit, la machine constitue alors un appareil double alimentant deux séries distinctes de lampes.
- M. Gordon a employé à dessein un nombre d’inducteurs moitié moindre du nombre des induits, pour éviter les réactions nuisibles qui se produisent lorsque le nombre des inducteurs est égal à celui des induits.
- Sur chacun des circuits — circuit rouge et circuit bleu sont placées environ 700 lampes groupées en 350 dérivations de 2 lampes en tension, soit 1400 lampes pour les deux circuits.
- Les 64 bobines induites qui alimentent chacun
- des circuits sont groupées en 16 dérivations de 4 bobines en tension.
- Les lampes Swan absorbent en moyenne un dixième de cheval-vapeur et fonctionnent avec un courant moyen de 1,4 ampère et 52 volts de force électro-motrice. Leur puissance lumineuse est de 20 candies environ (2 becs Carcel). L’énergie électrique fournie aux lampes dans ces conditions par la machine est d’environ 140 chevaux-vapeur.
- La machine génératrice tourne à 140 tours par minute et le courant d’excitation ne dépasse pas 20 ampères.
- Lorsqu’on disposera d’un moteur plus puissant, ou plutôt de deux moteurs attelés chacun à une extrémité de l’arbre de la machine et qu’elle alimentera 5000 lampes, sa vitesse sera de 200 tours, le courant d’excitation de 40 ampères, les bobines seront montées en quantité dans chaque série; les lampes, d’un autre modèle, fonctionneront seulement avec 1 ampère d’intensité, 60 volts de force électromotrice, fournissant ainsi, à l’aide d’une seule machine, sur deux circuits distincts, un courant total de 5000 ampères, le plus intense qui ait jamais été produit jusqu’à ce jour par une machine unique.
- On voit par ces quelques chiffres tout l'intérêt que présente cette machine au point de vue de la production industrielle de l’électricité; nous aurons lieu d’y revenir, en rendant compte des expériences auxquelles nous devons prochainement assister.
- E. Hospitalier.
- Londres, 4 novembre 1882.
- RECHERCHE DES COMÈTES
- Cette branche de l’astronomie physique a acquis une réelle importance depuis les découvertes successives d’un grand nombre de comètes, découvertes qui ont stimulé le zèle des chercheurs et augmenté le nombre de ceux-ci.
- Quoique le climat de nos contrées paraisse peu favorable à ce genre de travail, il ne doit pas être non plus considéré comme absolument mauvais. Un chercheur patient et dévoué, qui ne tient compte ni des saisons ni des heures, mais uniquement de l’état de l’atmosphère, est certain de voir, dans un temps plus ou moins long, ses efforts couronnés de succès.
- Pour se livrer à un tel travail, il n’est pas nécessaire de posséder un instrument d’une grande puissance. Messier découvrit ses comètes avec une lunette ayant 2 pouces 1/2 d’ouverture, 5 de grossissement et 4° de champ. Les faibles instruments ont d’ailleurs l’avantage de pouvoir être employés avec facilité et célérité, ce qui est d’une grande importance lorsqu’on examine les régions situées dans le voisinage immédiat du Soleil, car ces régions disparaissent rapidement sous l’horizon ou sont éteintes par la lumière du jour. Les grands iustruments peuvent être cependant nécessaires pour les recherches dans les régions plus éloignées, parce que les comètes y sont généralement faibles et que le temps consacré au travail peut être beaucoup plus long. A la vérité, les lunettes de grande puissance ont, pour la recherche des comè-
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- tes, l'inconvénient d’avoir un champ restreint et de révéler la présence d’un grand nombre de nébuleuses de forme cométaire, surtout si l’observateur explore les régions de la Vierge, de la Chevelure de Bérénice ou de la Grande Ourse ; mais ce défaut ne doit pas faire écarter les grandes ouvertures, parce qu’un instrument capable de découvrir de faibles nébuleuses est aussi capable de découvrir de faibles comètes, et parce qu’il est toujours facile de distinguer celles-ci par leur mouvement propre.
- Les mois d’été sont les plus convenables pour ces recherches, car si on suppute le nombre de comètes découvertes par mois, depuis 1782, on verra que c’est pendant les mois d’août et de juillet qu’on en a le pjps trouvé. Ceci s’explique par le fait que presque toutes les comètes ont été découvertes à Marseille et dans d’autres stations de l’hémisphère nord où elles sont plus fréquemment au-dessus de l’horizon en été, cette saison étant la plus favorable aux observations par la douceur de la température.
- L’opinion contraire a été soutenue par Guillemin, qui objecte que les courtes nuits d’été sont encore diminuées par la longue durée du crépuscule, ce qui ne permet que l’examen rapide d’une petite portion du ciel, tandis que les longues nuits d’hiver sont favorables aux observations continues d’une grande portion du ciel. Mais Guillemin 11e tient pas compte que la région dans laquelle les comètes sont habituellement visibles, ne reste pas longtemps sur l’horizon.
- En effet, quoique les comètes ne soient pas confinées dans une région spéciale du ciel, il n’y a guère de doute que le voisinage du Soleil est le point qui doit attirer spécialement l’attention des chercheurs, car il est le foyer de la convergence et de la divergence de ces astres.
- La région la plus favorable pour les recherches, est l’Occident, après le coucher du Soleil, ou l’Orient avant son lever ; le crépuscule et la lumière zodiacale étant les inconvénients inséparables de ces observations.
- Il est indispensable que l’amateur puisse déterminer exactement la position de l’astre qu’il soupçonne être une comète : un micromètre circulaire et un catalogue d’étoiles sont donc les accessoires nécessaires pour ces recherches. À défaut de micromètre circulaire, l’observateur devra noter soigneusement la place relative des étoiles à proximité de l’astre et rechercher, après un court intervalle, si celui-ci ne présente pas de trace de mouvement : dans ces comparaisons, les oculaires faibles doivent être remplacés par des oculaires forts qui rendent les déplacements plus appréciables.
- Si l’objet soupçonné parait être une comète, la direction et la vitesse de son mouvement devront être calculées d’après les changements de position observés et télégraphiées ensuite à l’observatoire le plus voisin (le diamètre et l’éclat de l’astre devront aussi être indiqués). Le rôle des observatoires dans cette partie de l’astronomie, deviendra ainsi excessivement restreint : il sera réduit à celui de vérificateur, les amateurs jouiront alors complètement du fruit de leur patient travail, car les premières observations d’une comète sont celles qui ont le plus de valeur '.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de chimie analytique appliqué à l'agriculture, par Eue. Peligot, membre de l’Institut, 1 vol. in-8° avec 43 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1883.
- 1 Traduction de The Observatory-Denning (Ciel et Terre.)
- Nous signalons a nos lecteurs ce traité sur lequel nous nous proposons de revenir prochainement en en publiant quelques extraits ; il nous suffira d’énumérer aujourd’hui les sujets examinés, pour donner une juste idée de l’intérêt et de l’utilité pratique que présente ce nouvel ouvrage ; il comprend une description des méthodes générales d’analyse, et énumère spécialement les procédés pour analyser les terres arables, les eaux, les engrais, les cendres végétales, les céréales, les fourrages, les matières sucrées, les huiles, le lait, le beurre, le vin et les liqueurs fermentées.
- Les tablettes du Docteur, bvgiène et médecine des familles, par le Dr 11. Vigouroux, médecin inspecteur du IVe arrondissement, 1 vol. in-18. Paris, G. Masson, 1882.
- Ce livre écrit en un style agréable et familier, sera très utile à lire et à consulter dans les familles ; il donne au sujet des aliments, des conseils très précieux, il fait connaître en outre les précautions et les remèdes à prendre en cas d’accidents, avant l’arrivée du médecin.
- Tout par Vélectricité, par Georges D.vry, 1 vol. in-8° illustré. Alfred Maine et fils, à Tours.
- Cet ouvrage est un livre élémentaire de vulgarisation, où l’auteur, après avoir retracé l’histoire de l’électricité en étudie succinctement les applications modernes, télégraphie, téléphonie, lumière, machines motrices, médecine et chirurgie, galvanoplastie, transmission de la force et applications diverses.
- Cours de minéralogie générale et appliquée, professé à l’Académie de Neuchâtel (1877-1882), par Maurice de Tribolet, docteur ès sciences, etc., 1 vol. in-8°. Neuchâtel, librairie A. G. Berthoud ; Paris, librairie F. Savy, 1882.
- De l’emploi d'un nouveau métal pour les lignes télégraphiques et téléphoniques aériennes, par II. Vivarez.
- 1 broch. in-8°. Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1882.
- LE LAIT ET LE BEURRE EN FRANCE1
- L’industrie laitière présente une importance que ne soupçonnent pas toujours ceux même qui en profitent le plus. Pour en donner une idée, il suffira de dire que le lait produit en France formerait, s’il se trouvait réuni, une véritable rivière d’un mètre de largeur, de 53 centimètres de profondeur, coulant nuit et jour toute l’année avec une vitesse moyenne d’un mètre par seconde. Les jeunes animaux boivent une partie de cet énorme volume de lait, les hommes en prennent une bonne part et le reste est transformé en fromage et en beurre.
- Aucune branche de l’industrie agricole n’a fait depuis cinquante ans autant de progrès que la fabrication du beurre. En 1835, la France achetait au dehors 1 200 000 kilogrammes de beurre et n’en vendait aux étrangers que 1 100 000 kilogrammes. Aujourd’hui, tout est changé: nous exportons 34 à 35 millions de kilogrammes de beurre par an, soit onze à douze fois autant qu’autrefois et nous recevons en retour de l’étranger et particulièrement de l’Angleterre plus de 100 millions de francs en bons écus sonnants. La Manche à elle seule fournit plus du tiers de l’exportation totale.
- 1 D’après les paroles prononcées par M. Hervé Mangon au Comice agricole du Cotentin.
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- LES SERRES
- DU JARDIN BOTANIQUE DE GLASCOW
- S’il est un genre de travaux qui intéresse le botaniste et l’horticulteur, c'est assurément la construction et l’aménagement des serres qui permettent de réunir, à l’état vivant et sur un espace restreint, les principaux végétaux des cinq parties du monde,
- en leur préparant des sols, des abris et des conditions de chaleur, de lumière et d’humidité où ils trouvent un climat artificiel analogue à celui dans lequel chaque groupe de plantes vit à l’état spontané. Aujourd’hui le goût de l’horticulture se répand de plus en plus dans toutes les classes de la société, et augmente avec la richesse publique : nos études universitaires vont, grâce à Dieu, faire une place plus large aux sciences naturelles. Chacun sera mis à même de lire un peu mieux dans ce
- grand livre de la nature, dont les couleurs et les dispositions sont si parfaites que les artistes n’ont qu’un but : s’en rapprocher le plus possible. Partout ce livre magique nous offre des sujets d’étude et d'admiration : que nous soyons au Nord ou au
- Sud, dans les prés, les champs ou les bois, partout la nature est un éternel objet d’intérêt et d’instruction. Comme moyen de comparaison et d’enseignement, un jardin botanique est à coup sûr l’un des plus efficaces pour seconder les efforts des savants
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- Terre :
- Hangar
- ouvert
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- Plantes a sucre N°9
- T-- Administration
- Administration -
- Fig. 2. — Plan général des serres du Jardin botanique de Glascow.
- qui font progresser les sciences naturelles. Les Anglais l’ont bien compris en dotant largement leur magnifique établissement de Kew, qui, bien qu’à plusieurs milles de Londres, reçoit quelquefois 50 à 60000 visiteurs par jour. Là, on voit à peu près réuni tout ce que doit renfermer un jardin botanique moderne, c’est-à-dire un établissement ayant deux buts, l’un scientifique, l’autre horticole. Il faut, en effet, offrir au public un certain attrait de curiosité, comme on l’avait fait au Palais de Sydenham, c’est-à-dire des plantes groupées par régions déterminées, avec les modèles des animaux du pays. A cela, il faut ajouter des collections de
- botanique appliquée, comprenant les diverses fibres textiles et les objets fabriqués avec les substances végétales, puis des collections de bois de toutes les parties du monde, une école d’arboriculture, des laboratoires de tout genre, des modèles pour la culture maraîchère, florale ou agricole, des collections de plantes médicinales et de plantes nuisibles, des sols et des expositions de différente nature pour les plantes alpines, les fougères, les conifères, les champignons, les végétaux des marais, les plantes marines, etc., etc. On voit quel rôle peuvent jouer les jardins botaniques dans l’instruction de la jeunesse. Anssi aujourd’hui toutes les villes du monde
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- élèvent à l’cnvi des palais à l’horticulture, comme on l’a fait pour les sciences et les arts. Parmi les grandes constructions horticoles, on pourrait citer la magnifique serre du regretté comte de Ker-cliove, puis le remarquable établissement de Copenhague , enfin, la serre du nouveau jardin botanique de Liège. Je viens aujourd’hui donner une idée des constructions que fait élever la ville de Glascow.
- Quand donc Paris pourra-t-il montrer au monde studieux des serres aussi dignes d’être citées ?
- Lorsqu’on étudie cette question des serres, il semble au premier abord que ces dispendieux abris ne doivent être indispensables que dans les climats du Nord. Chez nous, sous un ciel tempéré, on se contente de simples vitrages; en Prusse, en Danemark, on est obligé de recourir aux doubles châssis, à cause de la longueur et de la rigueur des hivers. En Russie, on va jusqu’à couvrir les toits de madriers et de planches qui leur permettent de supporter sans fléchir l’énorme poids des
- neiges. Lorsqu’on visite le jardin du Hamma, à Alger, ou les jardins de Ghésirch, au Caire, on est tout étonné d’y rencontrer des serres, dans des pays où le thermomètre descend rarement à zéro et où il s’élève quelquefois à 40 et 45 degrés. Mais là, les serres ont pour but d’éviter, pour les plantes délicates, la fraîcheur des nuits, de diminuer la chaleur sèche de l’été en ombrageant les vitraux et en levant les châssis, de donner aux plantes tropicales l’humidité qu’elles réclament, enfin et surtout de les protéger contre le terrible Rhamsin, ce vent chaud du désert qui, en quelques heures. dessèche les feuilles et dévaste les plantations par des tourbillons de poussière brûlante. Quiconque n’a pas éprouvé les effets du rhamsin en Égypte, ou du simoun en Algérie, ne peut s’en faire une idée. Mais revenons à Glascow et à son climat brumeux et humide.
- La Royal Botanic Institution de Glascow a été fondée en 1818. Les jardins, situés à l’ouest de la
- Fig. 4. — Jardm d’hiver de Glascow.
- ville, sur les bords de la rivière Kelvin, ont une étendue de 9 hectares environ. — L’atmosphère enfumée de la ville, l’obscurité qui en résulte pendant de longs mois, enfin la nature médiocre du sol, ne permettent pas de donner une grande importance aux cultures de plein air, Aussi s’est-on attaché surtout aux collections de plantes vivant sous abri vitré.
- Chez nous, si l’on construit un palais de justice,
- ira-t-on consulter des juges et des avocats afin de connaître leurs besoins? Jamais. Pour un théâtre, demandera-t-on l’avis des artistes et des chanteurs? Encore moins. Si l’on a à construire des serres, ira-t-on s’instruire près des professeurs de botanique et surtout des chefs de culture, près des hommes pratiques, enfin? Ah!bien oui! la ligne et l’équerre d'abord, puis le conseil des bâtiments civils, puis la filière administrative, puis tout ce qui ignore les
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- besoins des plantes et ceux surtout d’un jardin botanique. L’œil sera satisfait : on a agi ainsi pour les anciennes serres ; ne changeons donc rien au programme. Qu’a-t-on fait à Glascow? On a consulté le chef des cultures, M. Bullen; l’éminent professeur de botanique, M. Bailey Balfour; le savant directeur de Kew, sir Joseph ïlooker, puis son chel de cultures, M. Smith ; et, une fois les besoins bien constatés, le constructeur s’est mis à l’œuvre, sur un programme bien défini. Il est vrai qu’on n’a pas à Glascow de conseil des bâtiments civils, et que, pour des serres, on s’adresse tout simplement à des jardiniers. L’une des premières maisons anglaises, MM. James Boyd et fils, de Paisley, ont été chargés de préparer des plans qui, après un examen approfondi, furent adoptés. Ce sont MM. Boyd qui, à l'Exposition du Champ-de-Mars, en 1878, avaient élevé la serre élégante qui renfermait les Belles plantes de M. John Wills, de Londres.
- La figure 1 représente l’ensemble des serres ; la figure 2 en donne le plan général, avec le tracé des tuyaux de chauffage; enfin, la figure 3 donne la coupe du batiment central ou serre aux palmiers, avec les sous-sols où sont les chaudières.
- On remarquera qu’on a adopté dans le plan général la forme dite hollandaise ou à deux versants. C’était d’autant plus indispensable qu’à Glascow le soleil est invisible une bonne partie de l’année et que l’atmosphère est complètement obscurcie par les Brouillards, puis par la fumée des usines et des cheminées d’une ville de 600 000 âmes. La serre adossée a sa raison d’être, comme abri, dans les climats très rigoureux, mais elle a l’inconvénient grave de n’éclairer le végétal que d’un côté et de le faire développer irrégulièrement, surtout s’il est en pleine terre. On a eu soin aussi, à Glascow, de diviser l’ensemble des constructions en dix ou douze parties distinctes, ayant toutes des températures, des dispositions intérieures et des hauteurs différentes, pour répondre à tous les besoins de la culture.
- 11 n’est pas facile de donner de la grâce et de l’élégance à des constructions qui doivent satisfaire à la fois l’œil de l’artiste et les exigences de la végétation. Dieu nous garde des serres d’architectes ! telle est l’opinion générale chez les jardiniers, que l’on ne consulte pas toujours assez quand on construit pour eux.
- Si l’on examine l’ensemhle de la figure 1, on y trouvera la raideur de la ligne droite commandée par l’emploi du bois au lieu du fer. Ce dernier se prête mieux aux courbes gracieuses, aux formes architecturales ; il a la finesse, l’élégance et la légèreté et fait moins obstacle à la lumière. Ya donc pour le fer, quand il s’agit d’un jardin d’hiver attenant à une habitation. Mais sa conductibilité et sa dilatibilité causent, hélas ! souvent de la buée et des bris de vitrage. Pour éviter le premier inconvénient, dans la grande serre de Kew, M. Hooker a fait courir un tuyau d’eau chaude à une certaine
- hauteur au-dessus du sol. Quant au bris des verres, il n’est que trop fréquent dans une construction qui a 120 mètres de long et qui tour à tour est exposée à des températures de — 10 à — 15°, pour s’élever au soleil, en été, à -b 50° ou 60°. Chez nos voisins, qui préfèrent toujours le fond à la forme, l’utile à l’agréable, le bois a été choisi de préférence pour les serres de Glascow. Ce ne sera pas du sapin résineux, comme on l’emploie après l’avoir couvert de trois couches d’huile bouillante et de peinture convenable; ce ne sera pas même du cœur de chêne qui résiste si bien à l’humidité, mais du véritable bois de Teck, provenant du Moulmein, dans la Birmanie anglaise ; c’est le bois qui, dans les Indes, s’emploie pour la construction des navires, parce qu’il résiste le mieux aux insectes marins. MM. Boyd ont déjà employé le Teck pour les serres de Cape-Town et de Port-Elisabeth, dans le sud de l’Afrique. Le prix alloué pour les constructions de Glascow est de 7600 livres sterling. Commencées en février dernier, ces serres devront être terminées en août prochain ; il y a peu de maisons qui eussent pu entreprendre, en aussi peu de temps et à aussi bas prix, un pareil travail.
- La façade des serres est de 106 mètres et les deux ailes en retour, à angle droit, ont 25 mètres de long. A l’arrière, se trouvent les serres à multiplication, les couches, les magasins, les logements des jardiniers, etc. Sur la coupe du bâtiment principal (fig. 3), on voit, en sous-sol et séparée par 2 mètres de terre, la chambre de chauffage, renfermant trois grandes chaudières de 2m,75 de long, à double retour de flamme, plus une petite chaudière spéciale d’où part un tuyau de 0m,10 qui chauffera la partie haute de la serre à palmiers où se trouve une galerie permettant de voir d’en haut l’ensemble des plantes. Pour desservir cette vaste construction, on compte 33 mètres de tuyaux principaux ayant 0m, 25 de diamètre, 535 mètres de tuyaux de
- 0m,!5 et environ 3000 mètres de tuyaux de
- chauffe proprement dits, de 0m,10 de diamètre. Au moyen de quatre-vingt-dix robinets de service, on règle facilement la circulation de l’eau, c’est-à-dire l’envoi de la chaleur dans toutes les parties de l’établissement. Il est inutile d’ajouter que chaque serre séparée a de deux à douze tuyaux de circulation, suivant la température qui lui est nécessaire. Au bas des murs de pierre de taille qui régnent tout autour, il y a de larges grilles de ventilation qui permettent l’accès de l’air à l’intérieur, après avoir passé contre les tuyaux : toutes les grilles du bas et les
- châssis du haut s’ouvrent à la fois par un mécanisme i unique : les bâches et les gradins sont en ardoise polie, de 0m,025 d’épaisseur.
- Les chaudières dont il est parlé plus haut sont au nombre de trois ; on n’en met qu’une en service en temps ordinaire et deux pendant l’hiver, la troisième restant toujours prête pour remplacer celle qui est soumise à l’inspection ou à la réparation.
- En général, MM. Boyd n’emploient le chauffage à
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- la vapeur que lorsqu’ils peuvent utiliser des chaudières déjà existantes, près d’une manufacture. Dans ce cas, ils font passer un serpentin dans une chaudière ordinaire et cette chaudière est munie aussi d’un foyer, en cas d’arrêt dans l’arrivée de la vapeur. Le prix d’installation des deux systèmes est à peu près le même ; mais il n’y a pas grande différence dans la consommation du combustible. Les appareils ordinaires à eau ont une plus longue durée; ils offrent plus de régularité dans le chauffage ; ils n’exigent pas d’ouvrier spécial, ni de dispositions particulières pour la condensation de la vapeur ; enfin, il n’y a pas à craindre avec eux une température trop élevée près des tuyaux de circulation.
- En outre des serres que nous venons de décrire, il existe, au Jardin botanique de Glascow, un vaste Palais d’hiver (figure 4), construit, il y a dix ans, par MM. Boyd. Il est entièrement en fer : le diamètre du dôme principal est de 50 mètres et sa hauteur de 16 mètres. Il avait été construit originairement pour une salle de concert et d’assemblée pouvant contenir 7000 personnes. Il y a deux ans, l’administration du Jardin en a fait l’acquisition pour en faire une serre spécial^. On voit que le Jardin botanique de Glascow n’aura rien à envier désormais aux autres établissements similaires, et la position comme les grandes relations maritimes de la ville avec l’étranger, lui permettront d’importer et d’abriter convenablement tous les végétaux possibles. Honneur aux villes qui comprennent si largement les besoins de la science et n’hésitent pas à y donner satisfaction !
- C. Joly.
- ——
- UNE MONTRE EN FER
- La curiosité que nous signalons sous ce titre à nos lecteurs, est une des preuves les plus convaincantes des progrès de l’industrie métallurgique, et tout particulièrement de ceux réalisés par la tôlerie de fer. Pour prouver la malléabilité et la ductilité des fers qui sortent de leurs usines, MM. Crowther Brothers and C°, de Ridder-minster, ont montré à l’Exposition du comité de Worces-
- 1 Nous compléterons cette note en rappelant les dimensions de quelques constructions horticoles, en mètres :
- SERRES LONGUEUR LARGEUR HAUTEUR
- Serres de Glascow Dôme du Crystal Palace 106 8 à 12 4 à 7
- de Glascow Serre aux palmiers de 120 50 16
- Kew 16 22
- Serre de Chatsworth. . • 90 40 22
- Palais de Sydenham. . . . 555 58 35 et 56
- Rotonde de Laeken. . . . 30
- Serre de Laeken 120 15
- Serre de Berlin Serre du comte de Ker- 60 18 18
- chove 55 23 14
- Serres de Copenhague.. . Palais de l’Industrie à 94 18 10 et 19
- Paris 192 48 35
- Serre de Florence 40 17 14
- Casino de Gand Pavillon de Paris aux 62 57 18
- Champs-Élysées. . . . 90 23 15
- tershire une montre fonctionnant parfaitement bien, e* construite entièrement en fer. Le but de cette curiosité sidérurgique est de faire voir que le fer se prête à toutes les façons et même à la fabrication de la plupart des objets de gobeletterie pour lesquels le verre était presque universellement employé jusqu’ici. Les objets en tôle mince joignent l’élégance à la légèreté; ils se prêtent bien aux dépôts électro-chimiques, argenture, dorure, nieke-lure, platinage, etc., et à l’émaillage, ce qui leur assure déjà un grand nombre d’applications.
- MACHINE MICROMÉTRIQUE
- DE NI. PERREAUX
- PERMETTANT DE DIVISER LE MILLIMÈTRE EN 1500 PARTIES
- Cette élégante petite machine que notre gravure représente environ en demi-grandeur d'exécution, est parfaitement étudiée par son constructeur, M. l’erreaux; elle est remarquable par ses effets exceptionnels et unique dans son genre, puisqu’elle permet d’obtenir des divisions micrométriques si pures et si parfaites,, qu’elles sont sans exemple, comme perfection, même pour la division des réseaux et celle des échelles d’une grande précision où la netteté des traits et des écartements rigoureux font loi. Une chose est nécessaire pour toucher ce degré de perfection, il faut éviter les plus faibles vibrations de l’extérieur, passage de voitures lourdes et autres, et pour cette raison elle ne doit marcher qu’à certaines heures de la nuit où tout est calme. Cette machine, d’un travail achevé, peut donner le 1/1500 de millimètre à l’aide d’un éclat de diamant, assez fin et assez tranchant, pour correspondre à ces infiniment petits. C’est ainsi que vues au microscope ces divisions offrent des micromètres d’une pureté sans précédent dans les sciences.
- Cette machine automatique est mue par un mouvement d’horlogerie qui, à l’aide de courroies en fils de soie très fin, met le système en mouvement, en pressant une détente. La vis sans fin qui engrène avec une? roue, commande un volant portant quatre ailettes qui, lorsque la vitesse de ce volant arrive à son maximum, s’ouvrent d’elles-mêmes par la force centrifuge et offrent une résistance à l’air qui règle l’impulsion, en lui donnant une marche régulière. Le mouvement de transmission se communique à l’arbre horizontal par deux roues d’angle, l’une appartenant à l’axe de la vis sans fin et l’autre à l’arbre de couche portant à droite une toute petite poulie communiquant à l’aide d’un renvoi, la transmission à l’arbre de couche supérieur, en lui donnant un mouvement lent (voir le côté droit de la figure). A gauche de cet arbre se trouve un système à coulisse jouant le rôle d’un excentrique, permettant d’augmenter ou de diminuer la course, et produisant un va-et-vient donné à une grande bielle articulée sur cette coulisse, laquelle par un cliquet, fait tourner par fractions la grande roue à rochet faisant tourner la vis d’une quantité
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- correspondant à l’écartement de la division demandée, soit tel nombre de dents qu’il convient.
- La vis qui entraîne le chariot par son écrou a pour pas le dixième de millimètre. La roue à ro-chet dont nous venons de parler a pour développement 30 centimètres et est fendue en 500 dents de 1 millimètre ; ce qui donne 3 mètres de développement ou 3000
- genre.
- Au milieu du banc de cette machine se trouve un chariot portant une lame de verre fixée par deux ressorts, le traçoir placé au-dessus porte un diamant serti dans une tige de cuivre, il s’élève ou s’abaisse dans l’ordre des mouvements de la machine ; mais lorsqu’il est soulevé par un deuxième excentrique, placé au milieu de l’arbre supérieur, la roue à rochet tourne en faisant avancer le chariot et lorsqu’elle cesse do tourner, tout aussitôt le diamant s’abaisse avec une extrême précision sur
- la plaque de verre et y trace un sillon correspondant en longueur, largeur et profondeur, aux distances parcourues.
- Pour obtenir ces traits plus ou moins profonds, un contrepoids pouvant s’éloigner ou se rapprocher de l’axe supportant le diamant, vient équilibrer celui-ci, et dans ce cas, frise pour ainsi dire la surface du verre en faisant un trait correspondant à l’idéal , tandis qu’en portant de plus en plus le centre de gravité du côté du diamant, les traits ou sillons deviennent de plus en plus forts, et c’est alors que dans cet ordre, les divisions doivent être plus écartées à mesure que ce contrepoids agit sur le diamant.
- Un système portant le nom de compteur forme le couronnement de cette machine; ce compteur est destiné à régler : 1° la longueur des dizaines ; 2° des traits ordinaires; 3° des cinquièmes, afin de rendre au microscope la lecture des traits aussi facile que dans les mesures ordinaires.
- L’application de ces micromètres se fait généralement dans les télescopes astronomiques pour calculer la vitesse des corps célestes à leur passage. Ils servent aussi à classer les divers grossissements des microscopes. La médecine s’en sert pour mesurer certaines fibres, cellules et globules du sang, etc., l'histoire naturelle pour apprécier les infiniment petits de certains corps, la physique pour se rendre compte de la dilatation des corps, et enfin l’artillerie pour établir les types déposés dans les arsenaux pour être copiés.
- dents pour un millimètre de course et c’est alors que le système mécanique de la coulisse dont nous venons de parler variant et se réglant à volonté, on peut faire parcourir à cette roue le nombre de dents qu’il convient, soit deux dents pour le 1500e, quinze pour le 200e, vingt pour le 150e et trente pour le 100e, etc., etc. Rien, absolument rien, dans ce genre n’a été fait ni exécuté avec autant de soin, et de tous les appareils qui existent c’est très certainement la machine la plus parfaite et la plus difficile à exécuter, même comme composition, aussi croyons -nous que cette œuvre d’art est une pièce sans rivale dépassant tout ce qui a été tenté dans ce
- Petite machine micrométrique permettant de diviser le millimètre en 1500 parties.
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- LES EXPLOSIONS SOUS-MARINES
- PAU LA DYNAMITE
- L’emploi pratique de la dynamite dans les grands travaux publics, qu’il s’agisse de tranchées à ciel ouvert, comme les gigantesques passages de la Culebra ou de l’isthme de Corinthe, d’un ouvrage souterrain comme les grands tunnels du Saint-Go-thard et de l’Arlberg, de dérochements sous-marins comme ceux qu’il sera utile de faire pour les chenaux du canal de Panama, ne remonte à guère plus d’une
- dizaine d’années. Depuis 187*2 en effet, la consommation de l’explosif à base de nitroglycérine a plus que quintuplé; en 1878, les exploitations du monde entier consommaient environ G millions de kilogrammes de dynamite; en 1872, la consommation n’était que de 1300 tonnes; en 1867, aux premiers jours de la découverte les quelques fabriques installées ne livraient pas au commerce plus de 10000 kilogrammes de dynamite1. On peut dire sans aucune exagération, que la dynamite est aujourd’hui l’un des facteurs les plus importants des grands travaux publics contemporains.
- La dynamite est connue et son histoire a déjà
- Sautage d’une roche sous-marine à l’embouchure de l’Adour.
- 1. Gerbe d’eau produite par l’explosion. — 2. Disposition des .charges et. maniement de l’explosif.
- été faite ici-mème. Elle est devenue en peu de temps absolument populaire et tout le monde sait que sa colossale force explosive réside dans la nitroglycérine quelle renferme, et qui, dans la fabrication, est mélangée mécaniquement à divers absorbants, inertes ou actifs. En dehors de la silice, la nitroglycérine peut en effet être mélangée à de nombreux principes, nitrates de soude, de potasse ou d’ammoniaque, cellulose, soufre, charbon de bois, formant toute une série de dynamites industrielles, dont la puissance a toujours pour principe le plus actif la nitroglycérine.
- En dehors de son emploi dans le percement des grands souterrains et le creusement des longues tranchées, la dynamite a rencontré un vaste champ
- d’exploitation dans les excavations sous-marines, qui constituaient jadis l’une des branches les plus coû-
- 1 Le nombre des fabriques de dynamite réparties aujourd'hui sur la surface du monde commercial est relativement considérable: chaque contrée de l’Europe en possède plusieurs, fournissant à la fois les pays qu’elles desservent directement et l’exportation transatlantique pour les mines du Nouveau Monde, au Mexique, au Brésil, au Chili. Au point de vue spécial des grands travaux publics que nous avons passés en revue dans La Nature, nous rappellerons que le grand tunnel du Gothard, jusqu’à la mort de M. Louis Favres (1880), fut exclusivement desservi par la fabrique de dynamite de Yarallo-Pombia. La Société Continentale de glycérines et dynamites, que nous dirigeons, de concert avec notre ami, M. Léopold Silvestrini, ancien professeur de chimie industrielle à l’Institut technique de Novare, exploite, pour la préparation de la nitroglycérine dans les usines de Cengio (Italie), les remarquables procédés
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- LA NATURE.
- teuses et les plus difficiles de la science de sautage, et qui sont devenues aujourd’hui relativement faciles grâce à la substance merveilleuse dont l’explosion se produit aussi bien sous l’eau que dans un terrain sec. Ces travaux sous-marins, d’une installation presque impossible avec la poudre ordinaire, dont la sensibilité à l’humidité bien connue, s’exécutent désormais à la dynamite avec la plus grande sécurité, surtout lorsque le sautage des charges simultanées par les méthodes électriques vient encore au secours de l’explosif lui-même.
- L’exemple le plus frappant des travaux sous-marins exécutés avec l’emploi simultané des poudres à base de nitroglycérine et de l’électricité est sans contredit la destruction en un seul coup de mine, en une seule explosion plutôt, du fameux rocher de Hallet’s Point, dans l’East-River de New-York. Dans cette explosion mémorable, 45 000 mètres cubes de rocher, dans lesquels on avait posé 225 mètres de galeries et près de 7000 trous de mine, furent démolis par l’explosion simultanée de 25000 kilogrammes de dynamite ! 427 charges avaient été reliées ensemble par des fils disposés ad hoc, et une simple pression sur le bouton de la machine électrique provoqua la destruction du récif entier ! L’eau s’éleva en gerbes de 40 mètres de hauteur; la commotion souterraine produite par cette détonation fut toutefois relativement minime1.
- Nous avons eu nous-même l’occasion d’effectuer quelques expériences sous-marines de ce genre, dans une surface autrement restreinte, il est vrai, et nous avons pu constater les excellents résultats obtenus par l’emploi des charges détonant simultanément par l’électricité. Nous représentons ci-contre (vov. fig.) le sautage exécuté récemment par nous à l’embouchure de l’Adour, à l’effet d’enlever une roche nuisant au libre passage des navires remontant jusqu’à Bayonne. Le maniement de l’explosif, la disposition des charges et la marche générale du travail peuvent être parfaitement suivis sur la gravure. Quatre charges de 10 kilog. de dynamite chacune, sont placées sur Je rocher sous-marin à détruire, distantes l’une de l’autre de 2 mètres environ et disposées sur une'même courbe de niveau,, à lm,50 en contre-bas de la plate-forme du rocher. Pendant que le scaphandre pose les charges, l’opérateur resté dans les barques retient à la main les fils recouverts de gutta qui relieront ensemble les quatre charges; il ne lâche ces fils qu’après avoir fait soigneusement les ligatures isolées qui permettront la libre circulation du courant électrique. Le scaphandre une fois remonté, l’opérateur lâche les fils, ne retenant que les deux fils destinés à être reliés aux pôles de la machine; il fait alors éloigner la barque en laissant traîner les fils à l’eau. A une centaine de mètres de la roche, il fait arrêter la barque, attache ses fils conducteurs aux pôles, et
- de la distillation des glycérines dans le vide, dû à un industriel lyonnais, M. Ormandy. M. H.
- 1 Voy. n° 184 du 9 décembre 1870, p. 23.
- ferme le courant par la manœuvre exigée par le système de machine employée. Chacune des quatre capsules renfermées dans les caisses fait explosion, et avec elles les quatre charges simultanément.
- Pour être simple en elle-même, l’opération n’en est pas moins très méticuleuse; parfois après deux heures de préparatifs, il arrive qu’un défaut quelconque, en général l’incomplète ligature des fils et par suite la dépradation du courant dans l’eau, réserve à l’opérateur une désillusion complète. Avec un peu de patience toutefois, on arrive presque toujours à un excellent résultat; nous ne saurions trop recommander à ceux de nos lecteurs qui voudraient tenter ces sortes d’expériences, de ne les faire qu’avec le concours d’un praticien expérimenté, et avec la plus grande précaution; quelques jours après que nous fîmes nous-mêmes ce sautage de l’Adour, pour lequel nous étions très, bien secondés par l’administration des Ponts et Chaussées, un épouvantable accident survenait à Anvers, entraînant la mort de quatre personnes, dans une expérience identique à la nôtre.
- Maxime Hélène.
- CORRESPONDANCE
- SUR UN MOYEN PRATIQUE D’AVOIR DE l'eàü CHAUDE LE MATIN
- Périgueux, le 27 octobre 4882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Parmi les recettes et procédés utiles que donne votre excellent journal, il y aurait, je crois, avantage à insérer un moyen très pratique d’avoir, de bon matin, de l’eau très chaude pour les besoins du ménage et de la toilette.
- Ce moyen est vulgaire, mais peu connu ; il repose sur le principe des enveloppes peu conductrices, dont la marmite norvégienne est le type le plus parfait.
- Ce qu’on ne sait pas, c’est qu’une simple boule d'eau chaude en fer battu, remplie le soir d’eau bien bouillante, placée sur une chaise, et bien enveloppée d’une forte couverture de laine, peut, si la laine est épaisse, conserver sa chaleur toute la nuit.
- J’emploie ce moyen tous les jours; en remplissant la boule à neuf heures du soir, j’obtiens à cinq heures du matin de l’eau à 60 ou 70 degrés, et, à sept heures, elle est encore à 50 ou 55 degrés. Ce procédé peut être utile à beaucoup de personnes.
- Agréez, etc. Un lecteur de « La Nature ».
- A PROPOS DES SUICIDÉS QUI SE JETTENT DES MONUMENTS ÉLEVÉS
- Paris, le 5 novembre 4882. Monsieur le Rédacteur,
- On pourrait ajouter à la lettre de M. G. Bontemps, parue dans le dernier numéro de La Nature, le fait suivant qui prouve bien que dans le trajet vertical que fait
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- LA NATURE.
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- un individu qui se suicide en se précipitant du haut d’un édifice, il n’y a pas plus asphyxie que dans le cas où un individu fait un trajet horizontal très rapide (Malle des Indes).
- Il y a quelques années, un homme se précipita du haut de la colonne de Juillet et tomba sur les bâches tendues au-dessus du socle que des ouvriers réparaient.
- Cet individu n’eut d’autre mal que quelques légères contusions qu’il se fit en tombant du socle de marbre sur le sol, d’où il se releva.
- Je ne connais pas la hauteur de la Bastille, elle est certainement moindre que celle de Notre-Dame, mais quoi qu’il en soit, ce saut vaut bien qu’on le compte.
- Agréez, etc.
- E. Gossin,
- Chimiste.
- Monsieur,
- Louvercy, par Mourmelon (Marne), 5 novembre 1882
- A propos de chutes dans Vespace et de leur innocuité, je puis vous apporter mon témoignage, si vous en avez besoin.
- Je laisse de côté les chutes volontaires de 13 mètres, auxquelles je prenais plaisir dans ma jeunesse en compagnie des naïades polynésiennes. Cela n’est rien.
- J’ai vu maintes fois un Anglais se jeter, d’une hauteur de 31 mètres, dans le lit d’une rivière étroite et profonde. Ce gentleman avait coutume de dire qu’il trouvait à cet exercice, à ce sport, une sensation des plus agréables; c’était d’ailleurs un robuste nageur (taille lm,85 ; poids 102 kil.), qui pouvait rester dans la mer sept heures durant sans prendre pied.
- Dans l’île d’Oahu, en 1852, les missionnaires m’ont présenté un insulaire qui, trois ans auparavant, était tombé d’une hauteur vérifiée de plus de 300 mètres! Cet homme privilégié avait eu la chance, au bas de sa chute, de rencontrer un fouillis de freycinetias et de fougères, sur lequel il avait glissé, et qui avait amorti le coup en ralentissant la vitesse sur un parcours d’une vingtaine de mètres. Il en avait été quitte pour quelques plaies et de nombreuses égratignures. Je l’interrogeai sur ce qu’il avait éprouvé pendant qu’il était dans le vide, il me répondit qu’il avait senti comme un éblouissement, rien autre chose.
- Veuillez agréer, etc.
- Jules Remy
- LA MOMIE d’une GUÊPE
- Rouen, novembre 1882.
- Monsieur,
- Je lis dans le numéro du 1er novembre 1882 de la Feuille des Jeunes Naturalistes, un petit arlicle qui pourra peut-être intéresser vos nombreux lecteurs. Il est intitulé ; la Momie d’une guêpe, et ainsi conçu :
- « M. G. Maspéro, directeur général des Musées d’Égypte, a publié, en collaboration avec M. E. Brugret, dans un ouvrage trop modestement intitulé : la Trouvaille de Deir-el-Bahari, le résultat des étonnantes découvertes faites dans cette localité, qui ont amené au jour les momies de plusieurs des plus illustres Pharaons. Un cercueil renfermait la momie de Sorkeri-Amenhotpou 1er (Aménophis IBr), le roi illustre qui a préparé la gloire de
- la XVIIIe dynastie. Elle était enveloppée des pieds à la tête de guirlandes de fleurs rouges, jaunes et bleues, selon l’usage constant des Égyptiens de l’Époque thébaine. Une guêpe, attirée par ces fleurs, étant entrée dans le cercueil au moment de l’enterrement, s’y est conservée intacte et nous a fourni un exemple probablement unique d’une momie de guêpe.
- De Rhoni, dans son résumé chronologique de l’histoire d’Égypte, place l’avènement au trône de Thoutmès Ier, successeur d’Aménophis Ier, en l’an 1668 avant l’ère chrétienne, nous aurions donc là un insecte qui aurait ses papiers bien en règle et dont l’état civil fait remonter la mort à 3550 ans.
- C’est certainement le seul insecte d’une si haute antiquité ayant une date certaine. Malheureusement M. Maspéro ne donne aucun renseignement sur l’espèce à laquelle appartient cet individu (Soc. Entomologique de Belgique ; séance du 1er juillet 1882).
- Veuillez agréez, etc. ^ ,
- Alphonse Bouju,
- Étudiant en médecine, Rouen.
- LA. SCIENCE FORÀINE
- LES DÉCAPITÉS PARLANTS
- Les décapités parlants, qu’on retrouve pour ainsi dire dans toutes les fêtes foraines de Paris et de la province, dans les foires des moindres villages, sont de ces spectacles qui conservent toujours le même succès. Ils ont émerveillé déjà nombre de générations antérieures et auront probablement autant d’attrait pour celles qui succéderont à la nôtre.
- Ces décapités se présentent sous différents aspects suivant les trucs employés pour les produire, mais tous ceux-ci tendent naturellement au même but : faire paraître sur une table ou un plateau une tête vivante dont le corps est invisible. Plusieurs moyens, disons-nous, peuvent produire cette illusion, ainsi ces années dernières trois ou quatre décapités parlants se sont montrés dans les fêtes de Paris et chacun d’eux était obtenu par un procédé différent.
- A la Foire aux pains d’épices de 1880, une loge exhibait un décapité qui se présentait de la façon suivante : la petite scène tendue d’étoffe noire parsemée de larmes d’argent était faiblement éclairée par une lampe, une sorte de veilleuse, attachée au plafond. A droite et à gauche se voyaient des panoplies de tibias et de têtes de morts. Les spectateurs étaient dans l’obscurité. Au milieu de cet appareil lugubre se trouvait un plateau suspendu à environ un mètre du sol par trois chaînettes. Sur ce plateau, une tête vivante. C’était celle d’un jeune homme qui un instant auparavant était venu se montrer au public. Son corps était étendu sous le plateau. La tête parlait, buvait et fumait, - le corps levait les jambes et les bras, tous deux, bien que séparés, étaient parfaitement vivants.
- Le truc par lequel l’illusion était obtenue consistait en ceci : le corps tenant à la tête -du
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- LA NATURE
- décapité était dissimulé en arrière sous le plateau et complètement invisible, grâce à l’ombre de celui-ci et à la demi-obscurité de la scène.
- Le corps apparent était celui d’un Sosie du décapité, de même taille, de même grosseur et habillé exactement comme Jui. Sa tête était dans l’ombre, et de plus cachée par une étoffe noire.
- Actuellement, dans les fêtes de Paris, une baraque s’intitulant Théâtre des Merveilles exhibe une décapitée. La jeune fille apparaît d’abord au public, elle est accompagnée d’un bourreau vêtu de rouge armé de la hache traditionnelle; puis le rideau retombe. Quelques instants après, il se relève lentement, la scène est plus sombre, on peut cependant parfaitement distinguer auprès du bourreau la tête de la jeune fille placée sur un guéridon, tenant au fond de la scène ; à quelques mètres son corps est
- En entrant dans la petite baraque, on aperçoit une table de bois noir, on distingue ses quatre pieds, une écharpe d’étoffe rouge est même jetée sur un de ses angles et on voit parfaitement l’autre bout retombant du côté opposé. Le sol qui est jonché de paille, se continue jusqu’au fond de la scène. Il n’y a donc rien sous la table, cela ne fait pas de doute
- Cependant, sur cette table, se trouve reposant sur un plateau, la tête d’une jeune fille. Cette tête sourit, débite un petit boniment, répond aux questions qu’on lui adresse, etc. Les spectateurs naïls sont bien près de croire que la jeune fille n’a pas de corps, d’autres se demandent où celui-ci est dissimulé, on entend émettre des suppositions bien singulières. L’illusion en un mot est complète.
- Quand, par faveur ou moyennant finance, on pénètre dans la coulisse et qu’on aperçoit la table
- Fig. 2. — Figure explicative de la demi-femme vivante.
- étendu sur un lit; à côté, le fatal billot qui a servi à l’exécution. L’effet est dramatique.
- Le truc employé se rapproche du précédent en ce sens qu’il demande deux personnes de même taille, portant le même costume. L’une d’elles fait la tête, — c’est celle qui s'est montrée au public — son corps est caché derrière la toile du fond. L’autre fait le corps, sa tête est très renversée en arrière et dissimulée dans une sorte de boîte ; un faux cou en carton se redresse à moitié et contribue à augmenter l’illusion.
- Viennent ensuite des procédés plus intéressants à notre point de vue, ce sont ceux qui sont obtenus par des effets de glace. La Nature a déjà décrit un de ceux-ci *.
- Aujourd’hui nous parlerons d’une jeune décapitée qu’on peut voir fréquemment dans les fêtes de banlieue.
- 1 1880, tome II, page 185.
- de côté, ce que représente notre gravure explicative (fig. 1), on est presque honteux de s’être laissé tromper par un truc aussi simple. Celui-ci ne consiste, en effet, qu’en une glace étamée fixée aux deux pieds de côté de la table. Cette glace cache le corps de la jeune fille qui est à genoux ou bien assise sur un petit tabouret ; elle reflète la paille qui couvre le sol, lequel, croit-on, se continue sous la table ; elle reflète également le pied du devant qui apparaissant à égale distance de l’autre côté produit l’illusion du quatrième pied. Elle reflète en dernier lieu le bout d’écbarpe rouge pendant devant la table et qui paraît alors retomber aussi derrière.
- Il est à remarquer que pendant la séance le spectateur ne se trouve qu’à quelques décimètres de la table et de la tète de la décapitée. Il n’en est séparé que par une balustrade en bois à laquelle est fixée une toile qui retombe jusqu’à terre.
- Cette proximité du spectateur et du sujet, qui
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- LA NATUUK
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- semblerait devoir favoriser la découverte du truc, est au contraire indispensable à sa réussite.
- Si le spectateur pouvait s’éloigner et si la toile n’existait pas, il pourrait en se baissant voir ses jambes se refléter dans la glace; la toile l’empêche donc de regarder sous la balustrade, mais de plus, les rayons qui pourraient lui venir de cette toile en se réfléchissant dans la glace, se perdent dans le dessous de la table, grâce au peu d’éloignement de celle-ci.
- Comme on le voit, le truc est facile à comprendre, on peut dire de plus que c’est celui qui donne les meilleurs résultats, c’est-à-dire qui illusionne le
- mieux le public. En outre, il a le mérite de l’ancienneté, il a existé on pourrait presque dire de tout temps; c’était aux dix-septième et dix-huitième siècles un des succès de la foire de Saint-Germain. Ce décapité parlant est donc une des curiosités foraines qu’on pourrait presque qualifier sans antinomie de classique.
- La demi-femme vivante, — La demi-femme est un perfectionnement très ingénieux du décapité parlant. Elle présente cette particularité d’être unique. Il n’y a en France qu'une seule demi-femme vivante. Ce mode d’illusion est exploité par son inventeur qui du reste en tire tout le parti possible.
- La baraque où elle est exhibée est de petite dimension, sa façade est recouverte d’une toile peinte faite comme beaucoup d’autres de ce genre d’une manière un peu impressioniste, cette toile représente une femme n’ayant que la partie supérieure du corps, elle est placée sur une table et de graves personnages, en habit noir, qui doivent être des médecins, l’examinent avec intérêt. A l’entrée, la grosse caisse et le tambour alternent avec le boniment du montreur.
- Si on se laisse tenter et que l’on entre, on aperçoit, lorsque le rideau est tiré, un élégant petit salon orné de fleurs, de lumières, garni de rideaux et de tentures. Au-devant se trouvent deux balustrades. Le sol est couvert d’un tapis. Au milieu on voit une petite table, sur celle-ci une sorte de tabouret, un
- plateau supporté par trois pieds, sur ce plateau un coussin et enfin sur ce coussin la demi-femme. C’est le corps d’une jeune femme semblant coupé un peu au-dessous des hanches.
- Naturellement cette jeune personne montre qu’elle est vivante en remuant les bras et la tête, en parlant et en chantant.
- Or, on aperçoit les quatre pieds de la table, et on distingue parfaitement le vide sous le tabouret, et cela en pleine lumière ; on se demande donc par quel moyen la partie inférieure du corps de la jeune fille est dissimulée.
- Le barnum va au-devant de la curiosité des spectateurs et annonce à la fin de chaque représentation que les personnes qui désireraient connaître le secret de la demi-femme, peuvent rester à une séance
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- particulière moyennant un petit supplément.
- Il est à remarquer qu’un bien petit nombre de spectateurs, parmi la clientèle ordinaire des fêtes foraines, consent à donner un franc ou cinquante centimes, pour satisfaire leur curiosité; la plupart se contentent de faire des suppositions plus ou moins étranges.
- La séance particulière est cependant très intéressante.
- Le barnum fait d’abord ressortir l’accumulation de difficultés vaincues pour produire l’illusion : la pleine lumière, la table dont on distingue les quatre pieds, et sous laquelle on voit le tapis se prolonger, puis la présence du tabouret reposant sur la table.
- Sur un signe du montreur la jeune fille soulève ce tabouret et alors on s’aperçoit qu’il n’est formé que d’un plateau échancré. Les pieds sont réunis par deux glaces formant entre elles un angle de 45 degrés et ces glaces viennent s’appliquer sur le dessus de la table, peint de dessins mosaïques réguliers, de telle sorte que ces derniers sont partagés par la moitié; grâce à leur réflexion, ils semblent se continuer sans aucune interruption sous le tabouret.
- La table présente une disposition analogue ; deux glaces relient les'pieds des côtés à celui du milieu ^fig. 2). Ces glaces reflètent non seulement les dessins du tapis et ceux-ci se continuant produisent l’illusion du vide, mais elles reflètent en plus deux pieds de table placés de chaque côté derrière les balustrades. La glace de gauche renvoie aux spectateurs de ce côté l’image *du pied placé à gauche et cette image semble être pour eux le quatrième pied de la table. La glace de droite joue le même rôle pour les spectateurs de droite. Ces glaces, en outre, cachent la partie inférieure du corps de la jeune fille ; celle-ci est assise sur un tabouret. j
- Tel est le secret de la demi-femme vivante, dont l’aspect se trouve représenté par notre figure 3.
- Le principe sur lequel reposent les décapités parlants obtenus par des effets de glace et la demi-femme vivante, a été utilisé dans plusieurs féeries. Ainsi on a pu voir dernièrement dans Madame le Diable, à la Renaissance, un truc analogue, et comme le décapité parlant et la demi-femme, le moyen par lequel il était obtenu, intriguait vivement la plupart des spectateurs
- S. Kert.us.
- ——
- CHRONIQUE
- La séance de la Société de Topographie. —
- La Société de Topographie a tenu dimanche 29 octobre, à la Sorbonne sa grande séance annuelle, dans laquelle elle a distribué ses récompenses. Or, cette année, cette solennité acquérait une importance particulière par la personnalité de son président, M. de Lesseps, et par les noms des trois principaux lauréats, M. Savorgande Brazza, M. le colonel Berner et M. le commandant Roudaire. M. de Lesseps, dans une allocution humoristique, a rappelé
- les titres de ces trois lauréats : La jonction du réseau trigonométrique africain avec celui de l’Espagne et celui de l’Europe exécutée par M. le colonel Perrier. L’étude d’une mer intérieure africaine s’étendant au sud de la Tunisie et de l’Algérie faite par M. Roudaire, et enfin les expéditions de M. de Brazza sur les rives du Congo. Plusieurs lectures intéressantes ont été faites : par M. A. Cortainbert sur les progrès de la géographie, par M. le capitaine Gaumet sur l’enseignement de la topographie, par M. Ch. Wiener sur les débouchés commerciaux qu’offrent les pays baignés par l’Amazone. A la fin de séance M. de Brazza a pris la parole. Il a comparé le Congo à une mer intérieure africaine et émis le vœu qu’un chemin de fer relie l’Océan avec la partie du fleuve navigable, c’est-à-dire avec celle située au delà des cataractes.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 novembre 1882. — Présidence de M. Blanchaiib.
- L’espace interstellaire. — C’est à propos du travail de M. Siemens que M. Hirn, l’un des plus célèbres correspondants de l’Académie, a fait les remarques suivantes communiquées aujourd’hui par M. Paye. Les plus anciennes observations astronomiques dont on puisse accepter les résultats comme exacts datent de fiÜO ans avant notre ère. En les comparant aux résultats des contemporains, on trouve, s’il ne s’est pas introduit d’erreurs, que l’année sidérale a varié depuis ce temps de 90 secondes. Il est probable qu’en réalité l’année nju, pas varié, mais en tous cas ce chiffre doit être pris comme le maximum des variations possibles. Ceci posé, l’auteur s’est demandé quelle devrait être la densité (lu milieu sidéral pour déterminer une accélération en rapport avec jCette variation La réponse est que la densité en question rapportée à celle de l’air est exprimée par le chiffre 0 000 000001. On en aura peut-être une idée plus claire en remarquant qu’elle est justement celle que prendrait 1 kilogramme d’un gaz disséminé dans un espace de sepl.çent milliards de mètres cubes. On est bien loin, comme on voit, des exigences de M. Siemens. Mais M. Hirn pousse plus avant. Le milieu prodigieusement raréfié que nous venons de supposer, serait assez dense pour arracher toute son atmosphère à la terre, vü la vitesse de translation de celle-ci. Si on cherche la densité maxima que le milieu céleste peut se permettre pour respecter notre atmosphère, on trouve, toujours par rapport à la densité de l’air :
- 0,000 000 000 001.
- Il est à croire que M. Siemens ne continuera pas cette discussion.
- Une nouvelle application du cuivre. — M. le Dr Vci-tor Burq, désormais illustré par la découverte de la métallothérapie, insiste sur les propriétés désinfectantes et antiseptiques du cuivre. Prenant comme base un rapport deM. le Dr Yernois, il pose en fait que les ouvriers en cuivre, fortement imprégnés du métal qu’ils travaillent, sont presque indemnes au choléra. Comme conséquence de cette découverte importante, l’auteur émet l’avis que les bois employés dans la construction des hôpitaux devraient être soigneusement injectés de sulfate de cuivre. En présentant ce travail, M. Bouley ne lui ménage pas les compliments. Selon lui, il y a là une idée très ingénieuse, facile à soumettre au contrôle de l’expérience et digne de tous points de fixer l’attention des médecins.
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- LA NATURE
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- Coagulation du sang. — Le sang recueilli dans les abattoirs est soumis à une série d’opérations dont l’ensemble constitue l’une des industries les plus malsaines que l’on connaisse. On apprendra donc avec plaisir la découverte annoncée par M. Debray, au nom de M. Marguerite, d’un sulfate de fer acide et cristallisé qui détermine la coagulation dans des conditions toutes nouvelles. En quelques heures seulement le sang, a perdu la moitié de son eau et la dessiccation se fait ensuite avec une très grande rapidité.
- Dénitrification. — Poursuivant le cours de leurs belles recherches, MM. Dehérain et Maquenne pensent avoir découvert l’un au moins des microbes qui déterminent la disparition des nitrates dans la terre végétale. Ce serait le vibrion butyrique et les auteurs appuient leur démonstration sur l’expérience suivante. De la terre végétale pourvue de nitrate est additionnée d’eau sucrée puis abandonnée à l’abri du contact de l’air. Il se dégage de l’azote et de l’hydrogène et l’on décèle dans la terre la présence de l’acide butyrique. Le vibrion a d’ailleurs été observé dans le mélange. Voilà donc un grand pas fait par l’une des questions les plus délicates delà chimie agronomique.
- s'oufre de ses minerais au moyen de la température d’ébullition de bains faits avec les eaux mères des marais salants. L’auteur annonce qu’il opère maintenant sur une très grande échelle. — M. Cornu expose les résultats d’une étude sur les raies telluriques du spectre solaire.—• M. de Lacaze-Duthiers, étudiant naguère les huîtres, avait reconnu que ces mollusques, hermaphrodites de leur nature, sont tantôt plus mâles et tantôt plus femelles, selon les circonstances. Après avoir contesté celte assertion, M. Hook (de Leyde) reconnaît aujourd’hui qu’elle est parfaitement fondée. — C’est d’ailleurs le jour des confirmations : M. Joyeux-Lafmie confirme l’opinion de M. Paul Bert sur le mode d’action du venin des scorpions ; M. Felz confirme les faits découverts par M. Pasteur, relativement au rôle des vers de terre dans la transmission du charbon. — MM. Etard et Ollivier ont reconnu que certains organismes végétaux décomposent les sulfates de façon à en isoler du soufre libre.
- S. Meunier.
- LV FIÈVRE TYPHOÏDE
- Le tremblement de terre'de Panama. — A la nouvelle du tremblement de terre ressenti le 7 septembre dans l’isthine de Panama, beaucoup de personnes se sont empressées, paraît-il, d’en conclure les plus funestes pronostics à l’égard du canal de jonction des deux océans. M. de Lesseps donne lecture d’un rapport émanant des ingénieurs de l’entreprise et dont l’effet sera avant tout de rassurer le public. 11 paraît que de mémoire d’homme le sol n’avait pas bronché dans la région et l’on peut croire qu’il restera stable maintenant pendant longtemps. De plus les détails précédemment donnés sur les désastres éprouvés, auraient été fort exagérés et le phénomène parait avoir eu surtout pour conséquence de débarrasser le pay s d’une série de vieilles masures qui n’attendaient pour tomber qu’une occasion de ce genre. Cependant la statue de Christophe Colomb s’est déplacée sur son piédestal et deux culées des ponts en construction se sont crevassées.
- Concentration de l'alcool par les vessies. — S’il est une expérience classique, c’est bien celle qu’imagina Sœmering et qui consiste à relever le degré d’un alcool étendu en l’abandonnant à lui-mème dans une vessie : l’eau passe au travers des pores dè la membrane et l’alcool reste. Liebig s’est évertué à expliquer la chose et bien des gens sans doute se sont imaginé qu’elle n’avait plus rien de mystérieux. M. H. Gai, répétiteur à l’École Polytechnique, vient leur démontrer le contraire.
- Dans les études auxquelles nous venons défaire allusion on s’était préoccupé du liquide enfermé dans la membrane et des propriétés de celle-ci ; or, il parait qu’on a négligé justement le point capital, à savoir l’état hygrométrique de l’air où la vessie est abandonnée. M. Gai s’est assuré que si, dans une atmosphère relativement sèche, l’eau alcoolique de la vessie se transforme en alcool de plus en plus concentré; au contraire, de l’alcool peu étendu, prend de l’eau, si la vessie qui le contient est placée dans un air humide. 11 se fait là des échanges réglés strictement par les lois formulées par Henri Sainte-Claire Deville, à l’égard de la dissociation.
- Varia. — D’excellentes nouvelles parviennent de plusieurs des missions envoyées pour l’observation du prochain passage de Vénus. — Nous avons déjà parlé de la méthode qui permet à M. Delatour-Dubreuil d’extraire le
- A PARIS (SEPTEMBRE F.T OCTOBUE 1882)
- Une épidémie de fièvre typhoïde qui a sévi à Paris dans le courant du mois de septembre et d’octobre s’est fort heureusement arretée à la fin du mois dernier. Sans discuter ici les causes possibles de cette épidémie, nous croyons intéressant d’enregistrer les faits, d’après les documents qui nous sont communiqués par l’administration municipale.
- Nous donnons la situation de la mortalité typhoïdique pendant les neuf semaines se terminant au I l octobre 1882, d’après le Bulletin de statistique municipale publié sous la direction dcM. le Dr Bertillon (Voir le tableau ci-contre).
- Ces chiffres ont été utilisés par M. A. Durand-Claye, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, pour, dresser le plan et la rose des vents ci-contre, dont-voici les explications :
- I. Plan. — On a porté au centre de chaque ar-! rondissement une ordonnée proportionnelle au nombre de décès par 100 000 habitants. On a ensuite fait passer une surface topographique continue par les ordonnées ainsi établies. Les sommités de cette surface, correspondant aux courbes de niveau, affectées des chiffres les plus élevés, et teintées des nuances les plus foncées, indiquent les quartiers les plus sérieusement atteints. — Les courbes affectées des chiffres les plus faibles et les teintes pâles correspondent aux quartiers relativement indemnes. On voit que l’épidémie a spécialement frappé le VIIe arrondissement aux environs de l’École militaire et de l’hôpital du Gros-Caillou, une partie du XII0, et notamment les XVIIIe et XIXe arrondissements. Les quartiers bas du centre de Paris ont été nota^ blement peu frappés.
- II. Rose des vents. — On a porté, suivant les divers rayons, des longueurs proportionnelles à là fréquence des vents pendant la même période. — Les extrémités de ces longueurs, réunies par une
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- LA NATURE
- courbe, indiquent la direction des vents prédomi- tante. — Les vents ont spécialement soufflé dans la
- nants, dont on a, d’autre part, cherché la résul- direction Sud-Ouest.
- SITUATION DE LA MORTALITÉ TYPHOÏDIQUE A PARIS AU tl OCTOBRE 1882
- ARRONDISSEMENTS. CHIFFRE DE 1 A POPULATION. TOTAL DES DÉCÈS. MORTALITÉ PAR 100 000 HABITANTS. ARRONDISSEMENTS. CHIFFRE DE LA POPULATION. TOTAL DES DÉCÈS. MORTALITÉ PAR 100000 HABITANTS.
- Report. 1 017.015 353
- Premier 75.590 24 51,8 Onzième. . . 209.246 81 58,7
- Deuxième.. . 70.394 25 30,0 Douzième.... 102.435 54 52,7
- Troisième.... 94.254 28 29,7 Treizième.... 91.315 . 24 26,3
- Quatrième.... 103.700 50 34,7 Quatorzième. . 91.715 12 15,1
- Cinquième.... 114.444 39 34,1 Quinzième... 100.679 36 35,8
- Sixième 97.735 30 50,7 Seizième 60.702 13 21,4
- Septième... . 83.527 45 54,0 Dix-septième. . 143.187 54 37.7
- Huitième 89.004 20 29,2 Dix-huitième.. 178 836 105 58,7
- Neuvième 122.896 29 23,6 Dix-neuvième. 117.885 84 71,2
- Dixième 159.809 73 45,6 Vingtième 126.917 46 57,0
- A reporter.. . 1.017.013 353 La Ville entière. 2.239.928 862 Moyenne 58,5
- On ne peut s’empêcher de remarquer, que les I rité des maisons de Paris sont munies de tuyaux fosses d'aisance qui existent dans la grande majo- I d’évent qui débouchent dans l’atmosphère à peu
- Echelle
- i5oo Mètres
- Plan de Paris indiquant la répartition par arrondissement de la mortalité typhoïdique. Septembre et octobre 1882. Élude de statistique graphique, par M. A. Durand-Claye, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
- près au niveau des hauts quartiers frappés par l’épidémie et dont les émanations ont pu être entraînées par les vents prédominants.
- Les grands égouts collecteurs suivent les quais et traversent les VIe, VIIIe, IXe et XVIIe arrondis-
- sements, dont la teinte est relativement pâle sur la Garte.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N" 49 4
- 18 NO VE MIME 1882
- LA NATOUE
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- ACCIDENTS DE CHEMINS DE FER
- LE DÉRAILLEMENT DE HUGSTETTEN, TRÈS FRIBOURG
- On n’a pas oublie l’émotion produite par la terrible catastrophe survenue le dimanche 5 septembre dernier auprès de la station de Ilugstetten sur les
- chemins de fer badois. Un train de plaisir parti dans la matinée pour Fribourg revenait le soir dans la direction de Colmar, il emmenait 26 wagons complètement pleins contenant 1200 voyageurs environ. Le train était conduit par une machine à marchandises et marchait néanmoins avec une assez grande vitesse, car il descendait des pentes un peu
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du train déraillé à Hugstetteu, le 3 septembre 1882. (D’après une photographie.)
- fortes de d/86 et de 1/111 régnant sur une longueur de 5 à 6 kilomètres. En approchant de la station de
- Hugstetteu, la pente devient plus douce et n’est plus que de 1/146 seulement, mais le terrain est
- Voiture n de «yueue 28
- Fig. 2. — Plan donnant la position des wagons du train déraillé.
- A. 118 mètres de la machine, le rail de gauche est rejeté sur le côté. — B. 103 mètres de la machine, rail de gauche brisé. — G. 92 mètres de la machine, marques de roues sur la traverse.— D. 82 mètres de la machine, marques de roues sur la traverse.— E. 80 mètres de la machine, les rails sont arrachés et la voie complètement détruite.— F. 62 mètres, les traverses sont brisées.
- très marécageux et la voie avait été ravinée par les pluies continuelles. C’est en ce point que le déraillement se produisit à huit heures et demie du soir : les rails se dérobèrent sous les roues de la machine ; celle-ci entraînée avec une vitesse vertigineuse et poussée par la queue du train roula encore sur une longueur de 200 mètres environ sur la chaussée, puis elle fut déviée sur la droite et alla s’enfoncer iÜ* muée. — 2* semestre.
- dans le terrain à une distance de 40 mètres de la voie ferrée.
- Ce fut alors une mêlée effroyable dont il est impossible de se faire une idée, la queue du train dont rien ne modérait la vitesse vint se précipiter avec une violence épouvantable contre . la partie d’avant qui lui faisait obstacle sur la voie, l’effort entier de cette masse énorme qui ne pesait pas
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- moins de 500 000 kilogrammes et qui était lancée avec une vitesse supérieure peut-être à 60 kilomètres à l’heure fut occupé à cette œuvre de destruction. Les wagons d’avant, sous l’effort d’un choc pareil, vinrent se précipiter, s’entasser les uns sur les autres en se pénétrant mutuellement, se rejetant dans toutes les directions, et la plupart d’entre eux furent réduits à l’état de déhris informes dont il aurait été impossible d’assigner la provenance première. Ce train, dont la longueur atteignait 256 mètres, avait perdu 100 mètres de longueur dans la catastrophe et n’occupait plus que 165 mètres environ, tellement les wagons restant s’étaient comprimés, enchevêtrés les uns dans les autres. En même temps, les voyageurs qui remplissaient les wagons de la tète étaient tués sous la violence du choc; il y avait à ramasser sur la voie 63 cadavres, la plupart informes et défigurés; 72 voyageurs étaient blessés grièvement, et les survivants étaient tous plus ou moins fortement contusionnés.
- Nous donnons d’après une photographie (fig. 1) l’aspect du théâtre de l’accident après la catastrophe, on y reconnaît la locomotive et son tcnder, tous deux fort peu endommagés pour ainsi dire, car ils ont été précipités rapidement en dehors de la voie, et "n’ont pas eu à supporter le choc de l’arrière du train. Nous avons également reproduit (fig. 2) un dessin très curieux inséré dans le rapport officiel de l’inspecteur Streckert, et qui donne en plan la position des différents wagons après la catastrophe. Ces wagons sont numérotés d’après la position qu’ils occupaient dans le train ; on peut voir à quels efforts imprévus ces wagons se sont trouvés soumis. Ainsi que nous le disions plus haut, la machine et le tender sont reportés sans être endommagés à une distance de 40 mètres de la voie ; celte circonstance, ainsi que le remarque M. Streckert, montre Lien que la vitesse de marche devait être considérable pour que la machine ait pu exécuter un parcours un peu long sur un terrain aussi marécageux. Le fourgon de tète qui vient ensuite et porte le numéro 1 est aussi dévié sur la gauche, et de plus complètement retourné bout pour bout, tandis que le wagon n6 2 est rejeté à droite et renversé ; le wagon n° 3 au contraire, arrive derrière le fourgon de tète, et il est suivi par cinq véhicules (n08 4 à 8) tous brisés, mais encore rattachés entre eux. Les huit suivants (n09 9 à 16) sont complètement brisés et absolument informes, ils sont enchevêtrés et superposés de manière qu’il est à peu près impossible de les distinguer, et de reconnaître même quel était autrefois le rôle des déhris qui en restent. Ce sont ces wragons évidemment qui ont subi tout le choc de l’arrière du train, les premiers étant rejetés déjà en dehors de la voie.
- Les trois wagons qui viennent ensuite (n0317 à 19) Sont encore assez fortement endommagés, puis on en trouve cin"q autres (n08 2 0 à 24) qui sont simplement déraillés, et enfui les quatre derniers (nos 24 à 28) ne sont pour ainsi dire aucunement atteints. Quant
- à la voie, elle présente déjà sur les rails quelques traces, sans grande importance d’ailleurs, à une distance de la machine de 200 mètres environ : à 170 mètres le rail de gauche était déjà courbé, à 140 mètres on y retrouvait une autre courbe beaucoup plus prononcée, et enfin à 118 mètres, le rail de gauche était rejeté sur le côté, puis renversé tout à lait à 130 mètres, et enfin à partir de 80 mètres la voie était complètement arrachée des deux côtés.
- D’après les conclusions auxquelles s’est arrêté M. Streckert, le déraillement doit être attribué sans doute au mauvais état de la voie ravinée par la pluie, mais il faut tenir compte aussi que la machine était animée d’une vitesse exagérée qui entraînait des oscillations énormes d’où est résulté le déraillement, les rails ayant dù se dérober pendant un mouvement ascendant des roues d’avant. Enfin le train ainsi emporté sur une pente un peu forte ne possédait pas de moyens d’arrêt suffisants : il ne comprenait en effet que sept wagons à freins sur vingt-huit véhicules, et encore six seulement avaient-ils des gardes. L’action des freins ainsi limitée était suffisante pour empêcher l’entraînement de cette masse énorme du train sur les fortes rampes, mais non pour l’arrêter tout à fait en cas d’accident.
- Il convient d’ajouter enfin que des freins à main dans des circonstances pareilles où une seconde d'hésitation peut compromettre le salut du train, sont presque toujours inefficaces : le garde ne peut pas se rendre compte immédiatement de la situation, et pendant qu’il s’interroge, il perd sans agir des moments précieux dans lesquels il aurait pu peut-être empêcher la catastrophe.
- Le mécanicien a dû s’apercevoir sans doute du déraillement à la distance de 250 mètres environ, là où on a retrouvé le premières traces des roues sur les rails, mais il n’aura pas sifflé aux freins dans le même instant, et son ordre n’a pu être obéi qu’au bout de quelques secondes pendant lesquelles l’arrière du train a dù venir se broyer sur la tête.
- Il semble donc qu’avec un frein continu régnant sur toute la longueur du train dont tous les wagons auraient été munis de freins, cette catastrophe aurait pu être évitée en grande partie. La machine a parcouru en effet 250 mètres environ après le premier instant du déraillement, et la plupart des freins continus peuvent arrêter aujourd’hui dans un espace plus court encore un train animé d’une vitesse supérieure à 60 kilomètres à l’heure.
- Ainsi que les partisans des freins automatiques n’ont pas manqué de le remarquer, l’accident de Ilugstetten fournit un argument très grave en faveur de l’emploi de ce type de frein, car un appareil non automatique n’aurait pu sans doute dans ce cas être actionné assez à temps pour arrêter l’arrière du train avant le choc, tandis qu’un frein automatique serait entré en action de lui-même en dehors de l’intervention du mécanicien aussitôt qu’il se fût produit une avarie dans les conduites, et on peut même soutenir qu’un frein non automa-
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- tique aurait pu aggraver l’accident, si le mécanicien ne l’eût actionné seulement que lorsque les conduites étaient déjà brisées. Dans de pareilles conditions, la tête seule du train se serait trouvée soumise à l’action des freins et elle se serait arrêtée plus rapidement encore, tandis que l’arrière soustrait à l’action des freins par la rupture des conduites serait venu heurter les wagons d’avant.
- Quoi qu’il en soit, c’est là un accident des plus rares dans l’histoire des chemins de fer, et on peut dire qu’avec les freins continus les accidents de matériel susceptibles d’entraîner un déraillement perdent beaucoup de leur gravité, puisque le mécanicien a constamment sous la main le moyen d’immobiliser son train dès qu’il reconnaît la moindre avarie.
- Les progrès apportés dans l’installation des signaux et des aiguilles, progrès que nous avons eu déjà l’occasion de signaler dans La Nature à différentes reprises, permettent d’éviter la plupart des accidents de rencontre de train, et on reconnaît en effet que ceux-ci ont beaucoup diminué, bien que le nombre de trains soit devenu beaucoup plus considérable. On n’hésite plus aujourd’hui à lancer sur les lignes les plus chargées, des trains qui se succèdent souvent de cinq en cinq minutes et qui marchent à des vitesses supérieures à 60 kilomètres à l’heure; c’est que la disposition des signaux dits de block-system assurant un espacement régulier des trains à des distances bien déterminées, les appareils de commande qui empêchent toute fausse manœuvre des aiguilles et des signaux qui les protègent, rendent impossible pour ainsi dire tout accident tenant à un défaut d’exploitation. Il n’y a plus dès lors à redouter que les accidents tenant à un défaut de la voie ou du matériel roulant. L’emploi des freins continus, nous le répétons, en atténue beaucoup la gravité; en somme, on peut dire qu’aujourd’hui les accidents de chemins de fer deviennent de plus en plus rares, surtout si on a égard au grand nombre de trains et à l’importance des masses en mouvement; on n’est pas plus exposé à être victime des accidents de chemins de fer que de ceux inhérents à tout autre mode de transport. Un mémoire publié par M. Sartiaux dans les Annales des Ponts et Chaussées en 1877 établit ce fait d’ailleurs d’une manière frappante : on aurait compté au temps des messageries un voyageur tué sur 500 000 et un blessé sur 50 000. Depuis les chemins de fer, au contraire, ce nombre serait toujours allé en diminuant : on aurait compté en France, de 1855 à 1855, un voyageur tué pour 2000000 et un blessé pour 500000, de 1855 à 1875 un tué pour 6000000 et un blessé pour 600000, et enfin de 1876 à 1878, un tué pour 45000000 et un blessé pour 1000000. Une personne qui voyagerait continuellement en faisant 50 kilomètres par jour à la vitesse de 50 kilomètre? à l’heure, aurait chance d’être tuée dans la dernière période seulement au bout de 7459 ans ! L. B.
- BIBLIOGRAPHIE
- La chute du ballon « Le Montgolfîer » ; le 14 juillet 1882. Impressions, sensations, par M. E. Coïtin. 1 broeh. in-8°. Paris, imprimerie Saint-Michel, 1882.
- On se souvient que M. Edmond Cottin qui accompagnait M. Perron dans le ballon le Montgolfîer, a vu cet aérostat se déchirer à 703 mètres d’altitude et se dégonfler peu à peu dans une chute vertigineuse. Le sympathique secrétaire de l'Association scientifique de France raconte ses impressions, avec humour et esprit. Il nous dit comment la nacelle en tombant, fut pendue par le filet à deux mètres au-dessus du sol d’une cour étroite, et comment les voyageurs qui s’attendaient à trouver la mort dans leur chute, s’aperçurent qu’ils avaient à côté d’eux un escalier de bois qui leur servit à descendre tranquillement de leur nacelle !
- Y0YAGES D’EXPLORATION
- DE M. P. DE BRAZZA
- DANS L’AFRIQUE ÉQUATORIALE
- Mission de l’ooôoué
- II y a quelques mois, le 23 juin 1882, M. P. de Brazza, dont le nom est désormais inscrit à côté de ceux des plus illustres explorateurs de l’Afrique, exposait devant la Société de Géographie réunie en séance extraordinaire dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, les résultats de sa mission de l’OgôoKé.
- M. Ferdinand de Lesseps, qui présidait la séance, s’est servi des paroles suivantes pour qualifier les voyages de M. de Brazza : « Ces explorations marqueront une date dans l’histoire de la géographie.... La plus courte voie d’accès au cœur de l’Afrique a été trouvée et l’avenir se chargera de démontrer l’importance considérable de ce fait.... En aidantM. de Brazza, les Chambreset les grandes administrations ont réellement servi l’intérêt général du pays. ))
- Nous avons pensé que le récit des voyages de M. de Brazza devait tenir une large place dans La Nature, et le lecteur trouvera ci-dessous de nombreux extraits de la conférence de la Sorbonne. M. de Brazza a bien voulu y ajouter, avec une obligeance dont nous ne saurions trop nous montrer reconnaissant, quelques documents inédits : les gravures qui accompagnent le texte ont été faites sur les indications de l’auteur ; elles donnent une idée des difficultés sans nombre qu’il a fallu vaincre pour traverser ces régions inconnues.
- Nous laissons la parole à M. P. de Brazza au moment où l’expédition qu’il dirige, quitte Franceville, fondée par lui en juin 1880; le tracé de la carte ci-jointe (fig. 1) permettra de suivre l’itinéraire complet de l’exploration. G. T.
- A deux ou trois journées de Franceville, l’aspect du pays change sensiblement.
- Au sol argileux du bassin de l’Ogôoué, à ses humides vallées cachées sous d’épaisses forêts, à ses collines couvertes de hautes herbes succède d’abord un terrain accidenté, sablonneux et déboisé, où ça et là quelques rares palmiers dénotent la présence d’un village. Nous voici à la limite des bassins de
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- l’Atlantique et du Congo intérieur; et, chose curieuse, depuis l’équateur jusqu’à Stanley Pool, ces lignes sablonneuses de partage des eaux sont habitées par une même peuplade, les Bateké, à qui on a fait une réputation exagérée de cannibalisme et qui se montrent pacifiques quand on n’attaque pas leurs monopoles.
- Pendant quelque temps nous suivons une de leurs routes, et trop souvent nous y rencontrons des fourches dont on se sert ici au lieu de chaînes pour conduire les troupeaux d'esclaves.
- A cette vue, mes Gabonais, anciens esclaves devenus libres, allumaient joyeusement leurs feux avec les objets qui leur rappelaient tant de misères; et quant à moi, dont tous les efforts — partout où j’ai pu séjourner — ont été consacrés à combattre cette ignoble institution, je cherchais non sans tristesse par quels moyens on obtiendrait de plus grands et de plus rapides résultats. 11 me semble que, si le commerce compris de certaine façon entretient l’esclavage, il peut aussi être une arme puissante contre lui.
- Nous ferons un jour, je l’espère, pour les Bateké, ce que j’ai pu faire pour leurs frères de l’Ogôoué.
- Après avoir passé le Léketi, branche méridionale de l’Alima, nous traversons le plateau des Achicouya, plateau élevé d’environ 800 mètres et séparé de celui des Aboma, par la rivière Mpama.
- Nous fûmes bien accueillis par Ngango, chef indépendant des Achicouya, assez beaux hommes, plus propres et mieux vêtus que les Bateké. Non moins curieux que pacifiques, ils se pressaient sur notre passage en poussant des cris de joie, et ne craignaient pas de ravager leurs plantations en nous accompagnant par
- centaines à travers les champs de maïs, de manioc, de tabac et d’arachides qui couvrent toute la contrée.
- Le même accueil nous attendait de l’autre côté de la Mpama, chez les Aboma, dont le pays est
- moins cultivé que le précédent. Le commerce des esclaves, la fabrication d’étoffes très fines en fil de palmier et la navigation, sont les principales ressources des Aboma. Ces noirs, les plus beaux et les plus courageux qu’on rencontre entre le Gabon et le Congo, me parlèrent pour la première fois de ce dernier lleuve appelé ici Olou-mo, sur lequel commande le puissant chef Makoko dont ils dépendent.
- Nous suivions depuis peu la rivière Léfini (Lawson) et nous venions de construire un radeau 1 usqu’un chef, portant le collier distinctif des vassaux du
- Makoko, se présenta à moi.
- « Makoko, me dit-il, connaît depuis longtemps le grand chef blanc de l’Ogôoué; il sait que ses terribles fusils n’ont jamais servi à l’attaque et que la paix et l’abondance accompagnent ses pas. 11 me charge de te porter la parole de paix et de guider son ami. »
- Rarement j’éprouvai une joie plus vive, et déjà j’aurais voulu être auprès de cet excellent Makoko; toutefois, ne me rendant pas un compte exact de la position de sa résidence et craignant de faire un trop grand détour, je continuai à descendre le Léfini en radeau, accompagné de l’envoyé de Makoko qui partageait généralement avec nous les provisions qu’on lui apportait de tous côtés.
- Arrivés à Ngampo, nous laissons notre radeau et marchons pendant deux jours, sur un plateau inlia-
- » Route construite parWdeBraiia Kilomètres
- Carte provisoire du voyage d’exploration de M. P. de Brazza dans l'Afrique équatoriale.
- (D’après la carte publiée par la Société de Géographie de Paris.)
- Fig. 2. — Armes ressemblant à celles décrites par Schweinfurt, trouvées à Ncouna, chez les tribus qui viennent y trafiquer. (D’après un croquis de M. P. de Brazza.)
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- bité. Brûlé par le soleil, plusieurs fois égaré et me croyant perdu, je commençais à menacer mon guide, lorsqu’à onze heures du soir, après une dernière marche forcée, notre vue s’étendit sur une immense nappe d’eau dont l’éclat argenté allait se fondre dans l’ombre des plus hautes montagnes. Le Congo venant du Nord-Est où il apparaissait comme l’horizon d’une mer, coulait majestueusement à nos pieds sans que le sommeil de la nature fût troublé par le bruit de son faible courant.
- C’était là un de ces spectacles qui imposent au voyageur un religieux silence et, dans ce silence, un cœur de Français battait plus fort, en songeant
- qu’ici allait se décider le sort de sa mission.
- Mon but était de faire la paix avec les Oubandji connus sous différents noms d’Apfourou, Bafourou, Achialoum, Agnougnou, etc..., dont la signification se rapporte à leur situation géographique, leur métier, leur costume, etc. Il serait très embarras-! sant de traduire quelques-uns de ces termes autrement qu’en latin. Celui d’Alhialoumo (marins du Congo) est bien mérité par ces Oubandji qui naissent, vivent et meurent avec leurs familles dans les belles pirogues sur lesquelles ils font seuls les transports d’ivoire et de marchandises entre le haut Alima et Stanley Pool : c'est avec leurs chefs, maîtres pour
- Fig. 3. — Voyages de M. P. de Brazza dans l’Afrique équatoriale. Passage d’un rapide de l'Ogôoué.
- ainsi dire de la navigation, qu’il fallait traiter.
- Le chef de Ngampey montra de bienveillantes dispositions et se chargea de transmettre aux chefs Oubandji mes propositions : « Choisissez, leur faisais-je dire, entre la cartouche et le pavillon que je vous envoie : l’une sera le signe d’une guerre sans merci, l’autre, le symbole d’une paix aussi profitable à vos intérêts qu’aux nôtres. »...
- Lorsque Stanley descendait le Congo avec la rapidité d’une flèche, il ne pouvait que « constater notre ignorance absolue sur les immenses régions baignées par le Congo et leurs innombrables tribus, et il traversait même — sans s’en douter — les Etats du redoutable Makoko, cité par I)iaz, Cada Mosto et Drapper, etdontla position l’intriguait si vivement».
- Nos explorations géographiques ont eu jusqu’à présent entre autres résultats, la révélation d’une grande partie de ces régions mystérieuses.
- Entre l’Ogôoué, l’équateur et le Congo, la priorité de nos travaux est clairement établie; nous allons l’étendre maintenant sur la rive droite du Congo, jusqu’à son confluent avec la rivière Djoué, au sud de Stanley Pool, limite méridionale des États de Makoko.
- Dans cette partie du pays, les plateaux sont plus fertiles, mieux cultivés qu’à l’intérieur; la population, plus dense, est également pacifique. L’élément musulman n’ayant pas pénétré dans la partie de l’Afrique représentée sur la carte (fig. 1), la civilisation européenne peut y rencontrer une défiance bien
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- naturelle pour tout ce qui est nouveau, mais non cette hostilité, cette haine, ce fanatisme qui nous obligent, par exemple, à n’avancer qu’en force du Sénégal au Niger.......
- En arrivant près des Tuileries de Makoko — composées d’un certain nombre de grandes ca«es qu’une palissade défend contre la curiosité du public —nous fûmes prévenus que le roi désirait nous recevoir immédiatement.
- Après avoir procédé à un « astiquage » général et revêtu nos meilleures loques, nous ne faisions, ma foi, pas trop mauvaise figure; je fis faire la haie à mes hommes qui, suivant l’usage du pays, portaient les armes le canon incliné vers la terre.
- Aussitôt la porte s’ouvrit. Un grand nombre de serviteurs étendirent devant mes ballots de nombreux tapis et la peau de lion, attribut de la royauté; on apporta aussi un beau plat en cuivre de fabrication portugaise, datant du deuxième ou du troisième siècle, sur lequel Makoko devait poser les pieds ; puis, un grand dais de couleur rouge ayant été disposé au-dessus de ce trône improvisé, le roi s’avança, précédé de son grand féticheur, entouré de ses femmes et suivi de ses principaux officiers.
- Makoko s’étendit sur sa peau de lion, accoudé sur des coussins; ses femmes et ses enfants s’accroupirent à ses côtés. Alors, le grand féticheur s’avança gravement vers le roi et se précipita à ses genoux, en plaçant ses mains dans les siennes; puis, se relevant, il en fit autant avec moi,' assis sur mes ballots en face de Makoko. Le mouvement de génuflexion ayant été imité successivement par les assistants, les présentations étaient accomplies. Elles furent suivies d’un court entretien dont voici à péii près le résumé.
- « Makoko est heureux de recevoir le fils du grand chef blanc de l’Occident, dont les actes sont ceux d’un homme sage. Il le reçoit en conséquence ; et il veut que lorsqu’il quittera ses États, il puisse dire à ceux qui l’ont envoyé que Makoko sait bien recevoir les blancs qui viennent chez lui non en guerriers mais en hommes de paix. »
- Je suis resté vingt-cinq jours chez Makoko, et plus longtemps dans ses États; on n’v aurait pas mieux traité ses enfants qu.e nous ne l’avons été. Tous les matins, pendant notre séjour chez lui, sa femme m’apportait elle-même des provisions ; et tout le monde voulait nous faire des cadeaux que la modicité de nos ressources nous obligeait à rendre beaucoup moins en espèces qu’en amabilités.
- Accueillies comme elles méritaient de l’être, les ouvertures de Makoko nous conduisirent à la conclusion d’un traité aux termes duquel le roi plaçait ses États , sous la protection de la France et nous accordait une concession de territoire à notre choix sur les rives du Congo'. Tels sont les traits principaux de ce traité qui fut ratifié une vingtaine de jours après mon arrivée, dans une assemblée solennelle de tous les chefs immédiats et vassaux de Makoko. Le traité étant signé, le roi et
- les chefs mirent un peu de terre dans une petite boîte et, en me la présentant, le grand féticheur me dit : « Prends cette terra et porte-la au grand chef des blancs ; elle lui rappellera que nous lui appartenons. » Et moi, plantant notre pavillon devant la case de Makoko : « Voici, leur dis-je, le signe d’amitié et de protection que je vous laisse. La France est partout où flotte cet emblème de paix, et elle fait respecter les droits de tous ceux qui s’en couvrent. » J’ajoute que, depuis cette époque, Makoko ne manque pas, matin et soir, de faire bisser et amener le pavillon sur sa case, comme il m’avait vu le faire...
- Quelques jours plus tard toute une flottille de magnifiques pirogues, creusées chacune dans un seul tronc d’arbre et portant jusqu’à cent hommes, descendait le fleuve et venait aborder en face de Ngombila. Toutes les tribus Oubandji du bassin occidental du Congo, entre l’équateur et Makoko, avaient tenu à être représentées à ce palabre d’où sortirait la paix ou la guerre. La réunion de ces quarante chefs, revêtus de leur plus beau costume, était véritablement un spectacle imposant.
- Ce fut au milieu d’un profond silence que je pris la parole : « Tous savaient que dans le haut Alima nous ne nous étions servis de nos armes que pour notre défense. Nous eussions pu continuer; en nous retirant devant leur défense d’avancér, en vivant en paix partout où nous allions, nous avions donné des gages de nos bonnes intentions. Aujourd’hui, nous désirions installer un village dans le haut Alima et un autre à Ntamo, dans le but d’y échanger les produits européens et africains. Leur intérêt comme le nôtre était donc de conclure la paix nécessaire à ces relations. »
- La dicussion fut longue, car bien des intérêts divers étaient en jeu. Mais la plus forte appréhension des Oubandji, contenue jusqu’alors, allait se faire jour. L’un d’eux s’avança vers moi avec autant de fierté que de gravité et, me montrant un îlot voisin :
- « Regarde, me dit-il, cet îlot. Il semble placé là pour nous mettre en garde contre les promesses des blancs, car il nous rappellera toujours qu’ici le sang des Oubandji a été versé par le premier blanc que nous ayons vu. Un des siens, qui l’a abandonné, te donnera à Ntamo le nombre de ses morts et ses blessés ; mais je te dirai que nos ennemis ont pu échapper à notre vengeance en descendant le fleuve comme le vent ; mais qu’ils n’essaient pas de le remonter ! »
- Tout en m’attendant à rencontrer ces sentiments parmi les riverains du Congo, j’avoue que la façon hardie dont ils furent exprimés ne laissa pas que de me causer une certaine impression. Je dus employer toutes les ressources de ma diplomatie pour dégager notre responsabilité de faits auxquels nous n’avions aucune part, et les bien convaincre que nos relations, loin de nous servir à les exploiter, assureraient contre toute éventualité leur tranquillité et leur bonheur.
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- La paix fut conclue, et d’abord, on enterra la guerre.
- En face de ce malencontreux îlot qui avait failli nous jouer un si vilain tour, on fit un grand trou ; puis chaque chef y déposa l’un une balle, l’autre une pierre à feu, un troisième y vida sa poire à poudre, etc., et lorsque moi et mes hommes, nous y eûmes jeté des cartouches, on y planta le tronc d’un arbre qui repousse très rapidement. Enfin la terre fut rejetée sur le tout, et un des chefs prononça ces paroles :
- « Nous enterrons la guerre si profondément que ni nous ni nos enfants ne pourront la déterrer, et l’arbre qui poussera ici témoignera de l’alliance entre les blancs et les noirs. »
- « Et nous aussi, ajoutai-je, nous enterrons la guerre; puisse la paix durer tant que l’arbre ne produira pas de balles, de cartouches ni de poudre. »
- On me remit ensuite une poire à poudre vide en signe de paix et je leur donnai mon pavillon. Mais alors, tous les chefs voulurent en .avoir un qu’ils frottèrent contre le premier; et bientôt toute la flottille Oubandji fut pavoisée de nos couleurs.
- La fondation de notre station du Congo était désormais assurée. Sans vous faire assister aux fêtes qui nous furent données, nous descendrons le grand lleuve pour aller mettre la dernière main à l’œuvre si heureusement poursuivie.
- La descente se fît sur une de ces belles pirogues dont j’ai parlé précédemment1... (fig. 3).
- Nous débarquâmes à Libreville le 15 décembre 1880. Une cruelle déception nous attendait : ni le Dr Ballay, ni le personnel des stations n’était arrivé! Fallait-il donc en France plus d’un an pour construire une chaloupe? Avait-on renoncé à l’exploration de l’Alima? Étions-nous oubliés, abandonnés?... Je ne vous dirai pas tout ce que j’ai souffert en cherchant l'explication d’un retard si préjudiciable à. nos projets. La mission que m’avait confiée le Comité français de l’Association africaine était remplie; je pouvais aller en Europe prendre le repos dont j’avais besoin. Mais non, je ne le pouvais pas, je ne devais pas abandonner sans ressources nos stations et les braves gens que j’avais à 800 et 1200 kilomètres dans l’intérieur, et vingt-quatre heures après mon arrivée au Gabon, je repartais avec ma petite troupe grossie de deux marins, Guiraf et Àmiel, et de plusieurs indigènes charpentiers, jardiniers, etc.
- Tandis que nous quittions Ntamo, M. Michaud descendait pour la seconde fois l’Ogôoué avec sa flottille de pirogues ; et depuis un mois et demi il était arrivé aux factoreries de Lambaréné. Là, les piroguiers, découragés de ne voir encore rien venir, menaçaient chaque jour de retourner chez eux et
- 1 C'est en arrivant un peu plus loin à un grand lac formé par le Consro, et nommé Ncouna, que l’expédition reconnut chez les tribus de la localité, les curieuses armes représentées plus haut (fig. 2).
- mettaient à une rude épreuve la patience et l’habileté de M. Michaud, lorsque ma petite troupe fit son apparition.
- A la nouvelle de notre retour, les esclaves des Gallois et des Inenga venaient en foule me prier de leur accorder un refuge à la station... Mais les ressources !
- Par l’établissement de nouvelles stations, la question de l’esclavage serait cependant résolue dans ce riche bassin; riche en effet ce sol d’une fertilité exubérante, où l’on dédaigne la noix de palme, l’arachide, les essences les plus précieuses : bois rouge, ébène, etc., où le commerce de l’ivoire et du caoutchouc rapporte près de 1000 pour 100, où toute la,contrée n’est que forêts de caoutchouc!
- Je ne vous surprendrai malheureusement pas, en vous disant par qui commencent à être exploitées les richesses que nous avons révélées. Mon patriotisme s’inquiète de l’absence de factoreries françaises, car les colonies et même les possessions ne sont que des causes d’épuisement pour une nation lorsqu’elle ne peut y envoyer que des soldats. Ne soyons pas les gendarmes de la colonisation moderne, ce serait un métier de dupe. Il faut être humain, mais avant tout patriote.
- Aux chutes de Bôoué, ma pirogue chavira. Il fallut travailler longtemps dans l’eau pour sauver son chargement, et. j’y gagnai la dysenterie qui ne m’a pas laissé trop gras. Par-dessus le marché je m’étais blessé sérieusement le pied gauche sur une roche. Un charlatan de l’endroit appliqua sur la plaie un onguent qui me fit enfler le pied, gros comme la jambe. Privé de médicaments et de ma trousse que j’avais laissée aux officiers belges de la mission Stanley, je pris mon couteau et taillai dans le morceau jusqu’à un centimètre de profondeur, supprimant tout ce qui n’avait pas une couleur de chair fraîche. J’eii fus quitte pour deux mois d’inaction et, en arrivant à Franeeville, au mois de février 1881, je fus le premier voyageur à qui cette station hospitalière ait rendu service....
- Nos relations étaient établies sur un excellent pied avec tous nos voisins, il ne s’agissait pas de nous endormir dans les délices de Franeeville désormais prêt à recevoir ses nouveaux hôtes qui arriveraient sans doute avec le matériel destiné à la navigation de l’Alima.
- Or, 120 kilomètres de route nous séparaient du confluent de l’Obia et de la Lékiba, tributaires de l’Alima, point choisi pour le lancement du vapeur; mais cette route, il fallait l’ouvrir, la faire de façon qu’elle supportât le transport de poids énormes, installer un magasin de montage sur l’Alima et enfin organiser le service des transports entre l’Alima et l’Ogôoué.
- C’était bien quelque chose que d’avoir une volonté ou un plan arrêté: passons à l’exécution du programme.
- La première partie n’exigeait que des jambes et des bras. En effet, après avoir de nouveau exploré
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- trouée dans la forêt, s’y étaient livrés à leurs ébats, au grand dommage des talus où la terre fraîchement remuée ne pouvait supporter leur poids (fig. 5). On dut se remettre à la tache.
- Pour transporter les bagages, nos hommes construisirent une voiture primitive, dont les roues de devant avaient été faites avec de vieilles roues de wagons agrandies. Les sacs des matelots, les fusils, les vivres, furent entassés pêle-mêle, et tirés par les Gabonais au grand étonnement des habitants (fig. G).
- La seconde partie de notre pian était moins pénible, mais plus difficile à exécuter. Toutes les tri-
- Fig. 4. — Voyages de M. P. de Brnzza dans l'Afrique équaloriale. Construction d une route dans les environs de Franceville.
- pays afin de choisir le meilleur tracé, je me procurai assez facilement 400 travailleurs.
- Les escouades de défricheurs et de terrassiers furent organises ayant à leur tête nos Gabonais, devenus conducteurs des ponts et chaussées, dirigés par mes ingénieurs Michaud, Amiel et Guiral, et les travaux commencèrent.
- Les difficultés qu’il fallut vaincre pour exécuter cette route sont inimaginables. Quand on eut abattu les arbres, creusé la terre, aplani le sol, rejeté les déblais (fig. 4), le travail si péniblement effectué, se trouva bientôt fort détérioré. En une seule nuit, de nombreux éléphants, voyant cette longue
- bus dont l’amitié nous était acquise n’étaient pas également intéressées à nos projets. Si le choix du tracé de la route avait éveillé quelques antagonismes, que serait-ce lorsqu’il s’agirait des bénéfices des transports? Et puis changer à chaque instant de porteurs entraînait une trop grande perte de temps et d’argent. Il était donc nécessaire d’organiser ici, comme sur l’Ogôoué, un service général, confié à un seul et même personnel ; et il importait de l’établir avant que les modifications d’intérêt, résultant d’un premier transport, n’eussent frappé l’esprit des diverses tribus.
- Voici comment, après un premier essai infructueux. je réussis à vaincre les hésitations des porteurs de l’Alima, qui n’étaient jamais venus à Franceville.
- M. Michaud, que j’avais envoyé ravitailler notre station du Congo, s’étant blessé à la chasse et ne pouvant faire ce voyage, je partis à sa place. J’emmenai quelques hommes de plus que j’employai à faire construire des ponts sur le Ngialikù et le Leketi, et nous continuâmes lentement notre route. Arrivé chez les Aboma, j’expédiai le ravitaillement à Malamine et je revins aux sources de l’Alima. La nouvelle de la construction des ponts rapidement répandue et amplifiée avait produit son effet.
- Craignant que le commerce ne prît la route de terre de Franceville à Ntamo, les tribus riveraines de l’Alima m’appelaient maintenant. Un grand palabre fut tenu auquel assistaient tous les chefs venus de 50 kilomètres à la ronde : j’obtins tout
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- Fig; o, — Inauguration de la nouvelle route par des voyageurs inattendus, au détriment des travaux eliectués.
- Fig. G, — Moyen de transport fort primitif, employé par l’expédition, et’faisant l’admiration des habitants. Voyages de M. P. de Iliazza dans l’Afrique équatoriale.
- (Dessins de M. C. Gilbert, d’après les documents inédits communiqués par l’auteur.)
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- ce que je désirais pour l’installation de notre poste de l’Alima et le service de transport entre cette rivière et l’Ogôoué.
- Cela se passait en septembre 1881. Trop malade alors poqr me rendre à Franceville, j’y envoyai un de mes hommes prendre des médicaments et prévenir que tout était prêt pour l’exploration de l’Alima. Je m’imaginais que les compagnons attendus depuis deux ans devaient être arrivés! — Je me trompais.
- Seul, un de mes camarades, M. Mizon, enseigne de vaisseau, désigné pour prendre la direction de Franceville, était arrivé à la station, le 27 du même mois. J’appris par sa réponse que le Dr Bal-lay était involontairement retenu au Gabon. De longues réparations exigées par un matériel défectueux reculaient indéfiniment notre exploration ; peut-être même Ballay allait-il retourner en Europe!
- Vers le 10 octobre je pus aller à Franceville; il ne me restait plus qu’à remettre entre les mains de mon successeur une œuvre dont il fallait maintenant tirer parti. Ici prennent fin mon rôle et ma responsabilité... * ,
- Nous résumerons les travaux de la mission de l’Ogôoué, en disant quelques mots sur leurs conséquences économiques et politiques.
- En deux ans et demi, avec les faibles ressources mises à notre disposition, nous avons, au point de vue géographique, ajouté à nos précédentes conquêtes un territoire aussi étendu que le tiers de la France; nos itinéraires relevés à l’estime et appuyés sur de nombreuses observations astronomiques ont un développement d’environ 4000 kilomètres, et le calcul de nos observations météorologiques fournira une quantité considérable d’altitudes. Divisions entre bassins intérieurs et maritimes, passages entre ces bassins et grandes voies de communication ont été étudiés, et notre collection vous permettra sans doute d’avoir une idée générale de la constitution géologique de cette contrée.
- Au point de vue humanitaire, la fondation des stations hospitalières de l’Ogôoué et du Congo nécessitait une étude aussi complète que possible du pays, de ses ressources, de son avenir; et leur sécurité dépendait des bonnes dispositions des populations et de leurs chefs. Nous avons rapporté des preuves que toutes ces conditions ont été remplies....
- Sans doute l’exploitation des bassins de l’Ogôoué et de l’Alima pourra rapporter des centaines de millions; mais on doit se rappeler que la clef du Congo intérieur, c’est-à-dire de ce réseau fluvial par lequel on drainera toutes les richesses de l’Afrique équatoriale, est Ntamo, que cette clef est dans nos mains, et que la voie la plus avantageuse de Ntamo à l’Atlantique est celle que nous avons découverte dans notre dernier voyage.
- Je crois donc aujourd’hui que la voie ferrée à établir dans ces régions, devra suivre la vallée du
- Quillou ou du Niari pour aboutir à notre station du Congo : tel doit être le complément de nos travaux.
- P. de Brazza.
- LA FERMENTATION BUTYRIQUE
- PROVOQUÉE PAR LA TERRE ARABLE
- Il y a quelques années, le titre de ce mémoire eût paru étrange ; aujourd’hui il ne provoquera pas l’incrédulité ; les travaux de M. Pasteur, ceux de MM. Schlœsing et Müntz nous ont montré que la terre renfermait nombre de germes susceptibles de provoquer des fermentations très diverses; il nous a paru intéressant cependant d’indiquer comment on est arrivé à se convaincre que le ferment butyrique existait dans le sol et y provoque une réaction intéressante pour les agronomes.
- Dans une série de notes publiées aux Comptes rendus, et dont M. Stanislas Meunier a donné connaissance aux lecteurs de La Nature avec sa compétence et sa bienveillance habituelles, nous avons, M. Maquenne et moi, cherché à quelle cause il fallait attribuer la disparition du salpêtre que renferme souvent la terre arable. Nous avons reconnu d’abord que cette disparition n’a lieu que lorsque la terre, bien pourvue de matière organique, est soustraite à l’action de Pair. Nous avons examiné les gaz émis dans ces conditions et nous y avons constaté la présence de l’acide carbonique, de l’azote et du protoxyde d’azote. L’acide carbonique provenait de la combustion de la matière organique; l’azote et le protoxyde, de la réduction des nitrates.
- À quelle cause est due cette décomposition? Est-ce un simple phénomène chimique? On pouvait le supposer, car on réduit facilement les nitrates dans le laboratoire en provoquant un dégagement d’hydrogène dans le liquide qui les renferme. En attaquant du zinc par un acide ou une base, on enlève à l’azote l’oxygène auquel il est combiné et l’on obtient soit les oxydes inférieurs de l’azote, soit même ce gaz à l’état de pureté. Cependant nous rencontrâmes des difficultés, et bientôt l’idée nous vint que la réduction était due à Faction d’un ferment.
- On s’en assura par les épreuves suivantes :
- Une terre chauffée à 110° cesse de réduire les nitrates qu’elle renferme ou qu’on lui ajoute;
- Une terre qui, après avoir été chauffée, a perdu la propriété de réduire les nitrates, retrouve cette faculté si elle est mélangée à une terre normale ;
- Enfin la réduction -des nitrates est absolument arrêtée dans une terre à laquelle on ajoute quelques gouttes de chloroforme.
- Ges expériences nous montraient que la réduction des nitrates était due à une fermentation ; en effet, on ne comprendrait pas qu’une réaction purement chimique fût enrayée par une simple élévation de température de 110°, et qu’elle reprît par le- contact de quelques parcelles de terre non chauffée, on com-
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- prendrait encore moins qu’elle fut influencée par du chloroforme.
- L’action de ce réactif nous démontrait en outre que nous avions affaire à un ferment figuré, à un être vivant; M. Müntz a reconnu, en effet, que le chloroforme permet de distinguer l’action des ferments vivants, de celle des ferments solul)les. L’action que le chloroforme exerce sur la levure de bière est à ce point de vue particulièrement curieuse et de nature à faire bien saisir l’intérêt de cette remarquable découverte : la levure renferme un ferment soluble qui transforme le sucre de canne en glycose, tandis qu’elle-même, par son action vitale, métamorphose le sucre en acide carbonique et en alcool ; quand on ajoute à une dissolution de sucre la levure de bière, puis le chloroforme, on assiste bien à la transformation du sucre de canne en glycose, due au ferment soluble contenu dans la levure, mais on n’obtient ni acide carbonique, ni alcool, l’action vitale de la levure est enrayée.
- La réduction des nitrates dans la terre arable cessant sous l’influence du chloroforme, devait donc être attribuée à un ferment figuré. Quel était ce ferment? C’est ce que nous avons cherché à découvrir, M.Maquenne et moi, en plaçant dans un flacon : de la terre, une dissolution de sucre et des nitrates, puis en exposant le tout à une température de 35° environ.
- Après quelques jours, les gaz commencèrent à se dégager, entraînant hors du flacon un peu du liquide qui le remplissait ; celui-ci présentait une forte odeur d’acide butyrique, en analysant les gaz dégagés on trouva tantôt de l’acide carbonique et de l’hydrogène, tantôt de l’acide carbonique, de l’azote et du protoxyde d’azote; les nitrates avaient disparu.
- Or, la fermentation butyrique du sucre donne précisément naissance à l’acide carbonique et à de î’hydrogène, il devenait donc problable que le ferment qui déterminait la réduction des nitrates était le vibrion butyrique découvert par M. Pasteur et décrit par M. Van Tieghem sous le nom de bacillus amylobacter. On le chercha et on le découvrit sans peine dans le liquide en fermentation ; il est formé de petits articles allongés séparés ou plus souvent réunis au nombre de deux ou trois, ils jouissent de la propriété singulière de bleuir par l’iode.
- Ce bacillus est au reste très répandu, on l’observe facilement dans les liquides où l’on a laissé pourrir à l’abri de l’eau des haricots, des pois, ou des feuilles ; on les immerge dans un flacon bien rempli d’eau et muni d’un tube abducteur retourné sous l’air ou le mercure, après quelques jours on voit les gaz se dégager et les liquides sont peuplés de nombreux vibrions animés d’abord d’un mouvement assez vif, qui ne tardent pas à se ralentir, car le ferment butyrique est anaérobie, c’est-à-dire qu’il ne vit qu’à l’abri du contact de l’air, et habituellement il ne conserve son mouvement dans la goutte de liquide placée sous le microscope que pendant quelques instants.
- En général, les liquides provenant des graines ou des feuilles en voie de décomposition renferment d’autres organismes que le ferment butyrique ; c’est ainsi qu’il nous est arrivé d’observer souvent la fermentation lactique, mais dans les flacons où se développe cette fermentation les nitrates persistent au lieu de disparaître comme ils le font dans la fermentation butyrique.
- La réduction des nitrates s’explique dès lors facilement par l’hypothèse suivante : la terre renferme des germes de bacillus amylobacter celui-ci se développe lorsqu’il rencontre des conditions favorables, abondance de matière organique et absence d’oxvgène ; dans ces conditions il détermine la fermentation butyrique avec production d’hydrogène, et cet hydrogène réduit les nitrates dans le sol, comme il les réduirait dans une expérience de laboratoire.
- Est-ce là la seule cause de réduction des nitrates et le ferment que nous avons caractérisé est-il le seul capable d'exercer cette action curieuse? Non, assurément ; dans leur note intéressante sur la fermentation des nitrates, MM. U. Gayon et Dupetit ont trouvé que l’eau d’égout soustraite à l’action de l’air réduit les nitrates, mais ils n’ont pas constaté la présence de l’hydrogène dans les gaz dégagés, il est donc vraisemblable que le ferment qu’ils ont mis en jeu est différent du bacillus amylobacter.
- On sait que les mémorables recherches de MM. Schlœsinget Müntz ont établi que la formation des nitrates dans la terre arable était due à l’action d’un ferment aérobie capable de porter l’oxygène atmosphérique sur la matière organique azotée, M. Pasteur a démontré que dans la terre, il existait parfois des germes de l’infection charbonneuse, ainsi à mesure que les recherches se multiplient, on reconnaît quel rôle immense jouent dans les phénomènes naturels, ces infiniment petits que l’œil peut à peine apercevoir ; les admirables travaux de M. Pasteur, après avoir ouvert des voies nouvelles à l’hygiène et à la médecine, exercent sur l’économie rurale une influence qui s’accroît chaque jour, la vaccine charbonneuse conserve la vie à des milliers d’animaux et diminue les pertes des éleveurs, la connaissance des fermentations qui se produisent dans le sol permettra de le mieux cultiver et d’éviter les pertes d’azote dont on ignorait les causes.
- P. P. Dehérain,
- Professeur au Muséum d’histoire naturelle.
- L’AUTOMATE JOUEUR D’ÉCHECS
- Les journaux annonçaient, il y a quelques jours, que la police de Bordeaux avait interdit l’exhibition de l’automate Az-Rah, une des attractions du théâtre
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- de l’Exposition, parce qu’on avait reconnu que le mannequin était mis en mouvement, non par des dispositions me'caniques, mais par un enfant de dix-huit ans, enfermé dans une cavité dissimulée derrière des rouages, et dont la santé était gravement compromise par cette torture quotidienne.
- Cet automate rappelle le fameux Turc joueur d’échecs, qui fut construit en 1769 en Hongrie, par le baron Kempelen et exhibé en Allemagne, en Russie, en France, en Angleterre et en Amérique, sans que le public pût parvenir à se rendre compte de son mécanisme. En 1819 et 1820, un nommé Melzer le montra de nouveau en Angleterre. Robert Houdin le vit en 1844, chez un mécanicien de Belleville nommé Cronior. Depuis, on ignorait son sert et il est fort probable que l’Az-Rah de Bordeaux n’est pas autre chose que le Turc de Vienne. Les lecteurs de La Nature qui l’auraient vu à l’Exposition pourront décider la question après avoir lu la description que je vais donner.
- Le baron de Kempelen, gentilhomme hongrois et conseiller aulique de la chambre royale des domaines de Hongrie, se trouvant à Vienne, fut appelé à la cour pour assister à une séance de magnétisme qu’un Français nommé Pelletier devait donner devant l’impératrice. Il était connu comme un amateur ingénieux de mécanique, et les personnes présentes lui ayant demandé son opinion sur les expériences auxquelles il assistait, il lui arriva de dire qu’il se croyait en état de faire une machine beaucoup plus étonnante que tout ce qu’il venait de voir. L’impératrice le prit au mot et lui exprima le désir qu’il se mît à l’œuvre. M. de Kempelen retourna dans son pays, à Presbourg, et en six mois exécuta son automate qui jouait une partie d’échecs contre le premier venu et la gagnait presque toujours.
- C’était un personnage de grandeur naturelle, habillé à la turque, assis sur une chaise et installé derrière une sorte de banque en bois sur laquelle on plaçait l’échiquier. II prenait les pièces avec la main pour jouer, tournait la tête à droite et à gauche pour mieux les voir, baissait trois fois la tête s’il faisait échec au roi, deux fois si c’était à la reine; si son partenaire commettait une faute, il secouait la tête, enlevait la pièce mal placée, la déposait en dehors de l’échiquier et jouait la sienne. Le barnum placé près de l’automaie remontait le mécanisme tous les dix ou douze coups et remplaçait quelquefois des rouages ; à chaque mouvement du Turc, on entendait le bruit des engrenages qui se déplaçaient. Des portes étaient ouvertes dans la table et dans le corps, de manière à montrer au spectateur qu’il n’y avait à l’intérieur qu’un mécanisme. Un aimant était placé en évidence sur la table pour faire supposer que le magnétisme, alors en grande vogue et encore tout plein de mystères, jouait dans l’affaire un rôle prépondérant. M. de Kempelen avait coutume de dire : « La machine est d’une grande simplicité; le mécanisme ne paraît merveilleux que parce que tout a été combiné avec
- une grande patience pour produire l’illusion. »
- Rien des hypothèses furent émises à ce sujet ; deux livres, publiés l’un en 1785, l’autre en 1789, furent même consacrés à les discuter ; celles qui paraissaient les plus vraisemblables étaient, d’une part, que le corps du Turc renfermait un nain extraordinairement petit, d’autre part, que le barnum agissait à distance sur l’automateà l’aide d’influences magnétiques. Ces deux explications rendaient imparfaitement compte des faits et ce ne fut qu’il y a quelques années, que le véritable truc fut dévoilé dans un livre anonyme.
- Voici d’abord la description exacte de l'appareil et la succession des opérations exécutées par le barnum.
- La banque ou armoire avait 5 pieds 1 /2 de long, 2 pieds de large et 2 pieds 1/2 de haut. Elle était munie de portes et de tiroirs dont on verra l’usage tout à l’heure. La partie antérieure du siège de la chaise y était fixée et la partie postérieure reposait sur le sol par deux pieds munis de roulettes comme les quatre pieds de la banque. La main droite du mannequin était mobile sur la plate-forme supérieure de l’armoire formant table; au commencement de l’opération elle tenait une pipe, que l’on enlevait ensuite, et reposait sur un coussin placé sur la table dans une position déterminée. L’échiquier placé devant le joueur avait 18 pouces carrés.
- Le barnum, muni d’un flambeau, commence par faire examiner par les spectateurs l’intérieur de l’appareil. Il ouvre la porte A (fig. 1) et on aperçoit une série d’engrenages qui occupent toute la largeur de l’armoire; il passe alors par derrière, ouvre la porte B (fig. 2 et 8) située vis-à-vis et la porte A; il introduit une lumière dans l’intérieur du placard pour montrer qu’il est vide.
- Les spectateurs placés de l’autre côté peuvent voir en effet briller la lumière à travers les diverses pièces du mécanisme par la porte A restée ouverte. Il ferme ensuite à clef la porte B, revient sur le devant de la banque, ouvre le tiroir G dont il tire une boîte contenant les pièces du jeu et le coussin qu’il glisse sous le bras gauche de l’automate: ce tiroir paraît ainsi ne pas avoir d’autre but que la conservation des objets ci-dessus. Enfin il ouvre les deux portes C, C du devant de l’armoire; on voit un grand placard garni sur les côtés d’une tenture sombre avec deux petites boîtes inégales L et M et quelques courroies et poulies paraissant destinées à mettre en mouvement des mécanismes renfermés dans les boîtes ; passant de nouveau sur le derrière, il ouvre la porte D et introduit dans l’intérieur du coffre une bougie et montre que le coffre n’a pas de double fond, il ferme cette porte.
- Le barnum ferme encore les portes A et C, à l’aide de la même clef, puis il retourne l’appareil de façon à en montrer au public l’autre face représentée figure 2, Il soulève les vêtements du Turc et ouvre les portes E et F pratiquées dans le dos et dans la cuisse pour montrer qu’il n’y a personne de caché
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- dedans; ces portes restent ensuite constamment ouvertes.
- II ramène enfin le Turc dans sa position primitive, face au spectateur; il enlève le coussin et la pipe et la partie peut commencer.
- Je vais expliquer aussi clairement qu’il me sera possible comment cette partie était dirigée par un homme qui parvenait à se dissimuler par une série de déplacements succ?ssifs, quand on ouvrait successivement les diverses portes de l’appareil.
- Le tiroir G G, lorsqu’il est fermé, ne va pas jusqu'à la paroi postérieure du coffre et laisse entre
- cette paroi et sa planche de fond un espace vide O, mesurant 14 pouces en largeur, 8 en hauteur et 2 pieds H pouces en longueur (fig. 9, 10 et 11) ; cet espace n’est jamais montré au spectateur.
- La petite armoire qui va de À en B est séparée en deux par une tenture sombre S (Hg. 8) qui se relève quand on ouvre la porte B et s’abaisse quand cette porte se ferme ; la partie antérieure de l’armoire est entièrement remplie par les rouages qui sont censés faire mouvoir l’automate. La partie postérieure est vide et elle est séparée de la grande armoire que forment les portes C par un épais rideau R qui
- Fig. 1 à 11. — Joueur d’échecs automate; dessins explicatifs de l'appareil.
- pend librement fixé seulement à sa partie supérieure.
- La grande armoire CC a une partie Q de sa cloison du fond, celle qui se trouve placée en avant du corps du Turc, mobile autour d’un axe horizontal, et munie d’un poids suffisant du côté de l’intérieur de l’armoire pour que, naturellement, elle retombe toujours dans la position verticale. Dans l’armoire, la caisse L est mobile et sert à dissimuler un trou ouvert dans le plancher de cette armoire; la caisse M est fixe mais elle n’a pas de fond et couvre également un trou correspondant du plancher inférieur qui donne sur l’espace 0. L’intérieur du Turc est disposé ainsi que l’indiquent les fi-
- gures 8, 10 et 11. Enfin la paroi latérale de la banque, située à la droite du Turc, glisse sur des rainures horizontales convenablement dissimulées de manière à permettre l’accès de ce côté dans la chambre K.
- On conçoit dès à présent que, si un homme dé petite taille s’introduit de ce côté-là dans la banque, il pourra enfoncer ses jambes dans l’espacé vide caché derrière le tiroir et placer le reste de son corps dans l’armoire K, ainsi qu’on le voit dans la figure 5; en poussant devant lui le rideau et écartant la caisse mobile L, il peut prendre la position indiquée dans les figures 5 et 4; c’est dans cette position qu’il attend le commencement de la
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- représentation; la caisse M sert à loger l’extrémité de ses pieds.
- On se souvient que la première opération du bar-num consiste à ouvrir la porte A; le public ne voit que le mécanisme et, derrière, le rideau sombre S, dont il ne peut apprécier l’éloignement. Le bar-num passe ensuite derrière la banque et ouvrant la porte B introduit le flambeau derrière le mécanisme qui est censé occuper toute la largeur du meuble; le rideau S s’étant levé, on voit par la lumière qui'glisse entre les différentes pièces, qu’elles ne peuvent servir à dissimuler personne. Il ferme alors cette porte R à clef, puis revenant sur le devant, il ouvre le tiroir et se livre aux diverses évolutions dont nous avons parlé afin de laisser au compère le temps de prendre la position indiquée par la figure 5. La caisse L ayant été remise en place ainsi que le rideau R, quand on ouvre les portes G, le public ne voit qu’une armoire vide; le rideau S qui est retombé lui dissimule le torse du compère bien que la porte A soit restée ouverte; c’est alors qu’en introduisant la lumière parla porte 1), le bar-num montre que la grande armoire n'a point de double fond.
- Les portes C étant de nouveau refermées toujours avec la même clef, de manière à faire supposer que ces diverses fermetures sont dues à la nécessité de retirer cette clef à chaque opération, on procède au retournement du meuble, on ouvre devant le public les deux portes E et F destinées à montrer que le corps du Turc est vide, enfin on monte lentement la machine avec grand bruit d’engrenage. Pendant ce temps, le compère soulève la cloison mobile Q, retire ses jambes de derrière le tiroir, introduit la partie supérieure de son corps dans une partie du mannequin disposé à donner à ses reins un appui commode et s’assied sur la caisse L, ainsi que cela est indiqué dans les figures 6 et 7. La partie peut alors commencer, le véritable joueur suivant son jeu à travers une étoffe suffisamment claire, qui constitue le vêtement du Turc devant ses yeux. Pour que le compère puisse facilement introduire son bras droit dans celui du mannequin, il faut donner à celui-ci certaine position qu’on motive par l’adjonction d’une pipe dans la main et d’un coussin sous le coude; le tout est enlevé quand la partie commence. Une simple ficelle permet de faire mouvoir l’un des doigts du mannequin de manière à saisir ou à lâcher les pièces du jeu. Le bras gauche du compère, qui est resté dans la machine, est employé à faire mouvoir la tête et à produire le bruit d’engrenage à chaque mouvement.
- En réalité c’était, dans l’automate de Kempelen, le bras gauche qui faisait mouvoir les pièces. On dit que cette particularité était due à ce que le joueur d’échecs contenu dans l’automate était gaucher; on a même raconté à ce sujet tout un roman fortémouvant, on faisait de l’habitant de la machine un officier polonais compromis dans une révolte contre la grande Catherine, ayant perdu ses deux
- jambes en combattant et recueilli par Kampelen qui l’aurait ainsi si bien dérobé aux recherches de la police russe que le malheureux proscrit put aller battre au jeu sa souveraine au milieu de sa cour.
- Les figures qui accompagnent cet article sont la reproduction de celles qui étaient insérées dans l’ouvrage anonyme dont nous avons fait mention ; elles sont fort imparfaites et pas à la même échelle ; nous nous sommes borné à les corriger un peu pour les rendre intelligibles.
- A. de Rochas.
- NÉCROLOGIE
- Louis Palmieri. —Le célèbre directeur de l’Observatoire du Vésuve, dont les lecteurs de La Nature connaissent les nombreux travaux météorologiques et sismiques, est mort la semaine dernière à l’âge de soixante-quinze ans. Palmieri naquit le 21 avril 1807 dans le voisinage de Piedimonte. Il se fit remarquer dès sa jeunesse par sou amour de l’étude, et sa passion pour la philosophie et la physique. En 1854, Palmieri, devenu un physicien habile, fut nommé directeur de l’Observatoire du Vésuve, en même temps que professeur de physique à l’Université de Naples. Il se consacra dès lors avec un véritable dévouement â l’étude des tremblements de terre, des oscillations du sol et des phénomènes volcaniques, dont il étudia si souvent les effets au milieu des manifestations des feux souterrains. M. Palmieri n’a jamais voulu quitter son observatoire, et il ne cessait d’y travailler alors même qu’il était environné de laves incandescentes. M. Palmieri a construit l’ingénieux sismographe électro-magnétique qui lui a permis de recueillir les plus précieuses indications sur les actions souterraines. 11 a été encouragé dans ses travaux par les hommes les plus éminents, et il comptait parmi ses amis les regrettés Élie de Beaumont et Charles Sainte-Claire Deville. M. Louis Palmieri nous a adressé à plusieurs reprises des communications intéressantes, que le lecteur trouvera dans la collection de La Nature.
- CHRONIQUE
- Ancien sismomètre chinois. — Le journal anglais Nature décrit un ancien sismomètre chinois, inventé en l’année 136 de notre ère, par un nommé Chioko, pour observer les tremblements de terre. Cet instrument se compose d’une sphère creuse en cuivre surmonté d’un goulot, et dont la forme générale ressemble à une bouteille de vin. À l’extérieur elle est ornée de caractères anciens et de figures d’animaux. À l’intérieur elle renferme une tige placée de façon qu’elle peut se mouvoir dans huit directions différentes. Sur le pourtour extérieur se trouvent huit tètes de dragon contenant chacune une houle, et au-dessous une grenouille, la bouche ouverte. Quand une secousse de tremblement de terre se produit, la tige tombe dans une des huit directions, chasse la boule qui tombe dans la bouche de la grenouille correspondante. On peut ainsi déterminer l’orientation de la secousse. C’est le même principe que celui de nos tout ) modernes sismomètres, et il ne faut pas oublier que les
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- Chinois ont établi un bureau sismologique muni de ces appareils, il y a dix-huit cents ans, à une époque où l’Amérique était inconnue, et la moitié de l’Europe actuelle à l’état saurage.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 novembre 1882.
- La comète. — À son départ d’Amérique, le capitaine Jacquet, commandant du paquebot le Niger, était encore le 1(1 septembre dernier à Montevideo. La comète, dont nous avons encore un petit reste, y brillait d’un tel éclat que, même en plein jour, elle était parfaitement visible. Le lendemain, à Buenos-Ayres, les passants s’arrêtaient dans les rues pour contempler l’astre chevelu, — phénomène évidemment nouveau pour eux. Durant les jours suivants, le ciel resta couvert et la lune venait de se coucher le 25 septembre au matin, quand une immense clarté éclaira l’orient à la grande surprise de l’équipage, alors en pleine mer. Bientôt le météore se débrouilla : on y reconnut la queue prodigieusement grandie depuis le 17 ; à son tour le noyau apparut et, selon l’expression de M. Jacquet, « le spectacle devint empoignant par son étrange grandeur ». Le noyau scintillait comme la plus grosse étoile, et la queue, longue de 29 degrés, semblait un cône de métal en fusion^ ou un faisceau de fils d’or. Un dessin fait par l’auteur en présence de cette apparition, révèle dans la queue une disposition qui semble n’avoir pas été signalée jusqu’ici. Tandis que la plus grande partie du laisceau s’arrête brusquement à une certaine distance du noyau, une gerbe, qui s’en détache, se prolonge deux fois plus loin. Pour M. Faye, l’explication la plus vraisemblable de cette anomalie imprévue serait de la rattacher à la dissymétrie du noyau, qui, au lieu d’être sphéroïdal, comme d’ordinaire, s’est montré très nettement allongé. A partir du 25, la comète fut observée tous les matins mais avec une intensité de moins en moins considérable, et le 8 octobre on ne la vit plus. On sait que les éléments de cette comète sont presque identiquement les mêmes que ceux de la grande comète de 1843. Comme la comète de Biela, elle s’est divisée sous nos yeux, de façon à laisser derrière elle un lambeau de sa propre substance qui la suit à la piste dans son orbite.
- L'éclipse de l'an prochain. — Le 6 mai 1883, une partie des mers australes jouira du phénomène très rare d’une éclipse totale de soleil de très longue durée : six minutes environ pour la totalité. A une époque où la physique solaire a fait de si immenses progrès et où tant de problèmes relatifs à notre astre central et aux régions voisines de notre système, sont pendants, on conçoit que les astronomes attendent avec anxiété ce moment solennel. On comprend aussi que le plus illustre de ceux à qui sont dues nos connaissances nouvelles sur le soleil, notre compatriote, M. Janssen, attache une importance extrême à ce qu’une occasion si précieuse soit aussi profitable que possible. Aussi a-t-on écouté avec un vrai recueillement l’éloquent rapport où le directeur de l’Observatoire de Meudon présente, au nom du Bureau des longitudes, des instructions relatives au futur phénomène. 11 est indispensable que les astronomes français se préparent dès maintenant à une nouvelle expédition : ils ont le choix, suivant
- l’auteur, entre l’île Caroline et l’île Flint, toutes deux situées sur la zone de plus durable totalité. Les observateurs devront étudier spécialement les immenses appendices de la couronne afin de décider s’ils sont réellement des linéaments de la surface solaire, ou s’ils consistent en essaims météoritiques circulant dans l’espace. La lumière zodiacale les préoccupera aussi. Enfin, ils apporteront tous leurs soins à rechercher si les régions intrà-mercu-rielles renferment l’orbite de ces astres que réclame l’analyse de Le Verrier et qu’ont, à diverses reprises, signalé des observations d’ailleurs toutes douteuses.
- Histoire géologique du fer météorique de Pallas. — Au moment de terminer la monographie des Syssidères du Muséum, j’ai cru devoir signaler les particularités que m’a fournies l’étude du célèbre fer météorique découvert au siècle dernier par le voyageur Dallas, près de Krasno-jarsk, en Sibérie. L’histoire géologique de cette masse, qui est un type de filon concrétionné extra-terrestre, est plus compliquée qu’il n’eùt semblé au premier abord. Il résulte, en effet, de l’ensemble de mes observations et de mes expériences, qu’elle comprend plusieurs périodes bien distinctes. Des fissures du globe météoritique ayant été au préalable remplies de péridot concassé, un mélange de chlorures de fer et de nickel en vapeur et de l’acide sulfhydrique s’y sont dégagés, comme ont fait des émanations analogues dans nos filons stannifères terrestres : de la pyrrhotine a ainsi incrusté les grains pierreux entrant parfois dans leurs crevasses en filaments capillaires. La température a dù baisser ensuite, vers le moment où l’hydrogène sulfuré a été remplacé par l’hydrogène et où par conséquent le dépôt de pyrrhotine a fait place à la concrétion successive des alliages divers de fer et de nickel. L’importance de la pyrrhotine dans le fer de Pallas, non soupçonnée jusqu’ici, est une raison de plus pour séparer cette météorite des autres masses que Gustave ltose lui avait réunies pour constituer son type palla-site et qui en diffèrent aussi, comme j’y ai insisté antérieurement, par la nature de leur partie lithoïde.
- Varia. — Les éléments de la planète 216, Cléopâtre, ont été déterminés par M. Bigourdan. — MM. Dastre et Morat décrivent de curieuses expériences relatives aux réflexes du vaso-dilatateur de l’oreille. — La suite de ses recherches chimiques sur la betterave de Silésie est adressée par M. Leplay. — Le Ministre de la Marine voudrait protéger les dépôts de torpilles contre la foudre sans y mettre de paratonnerres, auxquels l’ennemi reconnaîtrait des points qu’il importe de lui cacher. — D’après M. Mauinené, la matière colorante du raisin noir, ou ænocyanine, reste pendant huit à dix jours tout à fait incolore dans le grain, et se colore par un effet d’oxydation. — La réduction de l’eau oxygénée par la fibrine, jadis signalée par Liebig, occupe M. Béchamp. — De nom-bi’eux dosages ont démontré à MM. Müntz et Aubin que l’air des hautes régions, où les orages sont inconnus, ne contient pas d’azotates. — M. Mascart fait connaître un nouveau procédé d’étude de l’électricité atmosphérique. — La minéralogie synthétique a été bien représentée à la séance ; M. Debray reproduit l’osmiure d’iridium ; M. Grandeau prépare une foule de composés cristallisés en traitant à haute température les phosphates par le sulfate de potasse ; M. Ditte obtient une série d’uranates cristallisés.— Des expériences dont tout le monde n’appréciera peut-être pas la nécessité, ont conduit MM. Richet et Rondeau à préciser les circonstances qui accompagnent la mort pué le froid, de malheureux lapins préalablement
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- rasés puis placés dans des mélanges réfrigérants. — Il paraît que le succès de la pèche des sardines à Lorient et aux Sables-d’Olonne est venu confirmer cette année les vues de M. Launet, précédemment exposées. — Personne ne fera difficulté de croire il l’assertion d’un auteur dont le nom nous échappe et qui se vante d’avoir tué le phylloxéra par de « fortes décharges électriques ».
- Stanislas Meunier.
- LE CENTENAIRE
- DE LA
- DÉCOUVERTE DES AÉROSTATS
- Au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, il y aura un siècle, à deux ou trois jours près, que la découverte des aérostats a été réalisée en France par les frères Joseph et Etienne de Montgolfier. Dans les traités d’aérostation on fixe la date de la première ascension d’un ballon libre à air chaud, au 5 juin 4783. Ce jour-là les frères Montgolfier firent en effet à Annonay, devant les États particuliers du Vivarais, la célèbre expérience dont le retentissement fut universel, mais l’année précédente. vers le milieu de novembre 1782, ils avaient déjà construit, gonflé d’air chaud et vu s’élever dans l’atmosphère, la première montgolfière l.
- Le Rapport fait à l’Académie des Sciences sur la machine aérostatique de MM. de Montgolfier par Le Roy, Tillet, Brisson, Cadet, Lavoisier, Bossut, de Condorcet et Desmarest2, ne laisse pas de doutes à cet égard.
- « Il parait, lit-on dans ce Rapport, que le point de vue sous lequel MM. de Montgolfier envisagèrent ce grand problème, d’élever des corps dans l’air, fut celui des nuages ; de ces grandes masses d’eau, qui, par des causes que nous n’avons pas encore pu
- ,1 Dans le courant de la même année 1782, un physicien anglais, Tibère Cavallo, gonfla pour la première fois des bulles de savon avec le gaz hydrogène qui venait d’être découvert par Cavendish ; il forma ainsi « des bulles de savon qui, lorsqu’elles avaient deux ou trois pouces de diamètre, montaient et allaient se briser contre le plafond ». Tandis que les frères Montgolfier créèrent l’aérostation, Tibère Cavallo en resta là sur cette expérience (voy. Histoire et pratique de l'aérostation, 1 vol. in-8% à Paris, 178flJ.
- 2 Œuvres de Lavoisier. Imprimerie Nationale, 1875, tome Ier, p. 719.
- démêler, parviennent à s’élever et à flotter dans les airs à des hauteurs considérables. Occupés de cette idée, ils pensèrent aux moyens d’imiter la nature, en donnant des enveloppes très légères à des nuages factices, et en contrebalançant la pression d’un air lourd par la réaction ou l’élasticité d’un air léger. S’étant assurés, par une expérience très simple, qu’une chaleur de 70° du thermomètre suffisait, selon ce qu’ils rapportent, pour raréfier l’air de la moitié dans un vaisseau fermé, ils en conçurent bientôt l’espérance de parvenir par ce moyen à remplir leurs vues. Or tout annonce que leurs méditations sur ce sujet, remontent au delà du mois d’août de l’année dernière 1782 ; mais l’expérience quelles leur avaient suggérée ne fut tentée que vers le milieu de novembre de cette même année. Ce fut à Avignon que M. de Montgolfier l’aîné la fit pour la première fois : là, il ne vit pas sans une vive joie, ce que l’on concevra sans peine, un petit parallélipipède s’élever, et monter à une hauteur
- de 70 pieds. » On voit qu’il est incontestable que la date de la première expérience aéro -statique doit être fixée vers le 15 novembre 1782. Après le succès de cette première expé -rience, les frères Montgolfier fi -relit une machine plus considérable, qui contenait environ 650 pieds cubes; cette machine réussit également bien, « car par son excès de légèreté, dit le Rapport, elle s’éleva avec tant de force quelle rompit les cordes qui la retenaient et alla tomber sur des coteaux voisins, après être montée à une hauteur de 100 à 150 toises. »
- Nous n’avons pas voulu laisser passer la date du centenaire de la découverte des ballons, sans saluer la mémoire des frères Montgolfier. Si la découverte qui leur est due n’a pas encore, après un siècle, donné tout ce qu’on en pouvait attendre, il serait injuste d’oublier qu'elle a toujours été glorieuse, depuis le ballon captif deFleurus jusqu’aux aérostats libres du siège de Paris.
- Nous reproduisons, en souvenir d’un fait aussi mémorable dans l’histoire de la science que dans celle de notre pays, la médaille qui a été frappée en 1783 en l’honneur des frères Montgolfier.
- Gaston Tissandier.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier. Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Médaille de bronze frappée à la Monnaie de Paris en 1783 eu l'honneur des frères Montgollier. Face et revers. — Composition de Houdon.
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- N° 495.
- 25 NOVEMBRE 1882.
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- LAKANAL
- A PROPOS DE L INAUGURATION DE SA STATUE
- La statue de Lakanal a été inaugurée à Foix le 24 septembre 1882, sous les auspices de M. le Ministre de l’Instruction publique. Nous ne saurions reproduire in extenso les discours qui ont été prononcés; mais nous emprunterons à ceux qui se rattachent plus spécialement à la science, les passages qui mettent le mieux en relief la nature des services que l’on doit à Lakanal. G. T.
- EXTRAITS DU DISCOURS
- PRONONCÉ PAR M. HERVÉ MANGON au nom de
- l’académie des sciences
- Lakanal, préoccupé d’organiser en Fronce d’une manière solide les travaux d’astronomie, fit voter la loi du 25 juin 1795, qui créait le Bureau des Longitudes. Plusieurs pièces authentiques établissent que Lakanal fut le véritable créateur de cet utile établissement, auquel il fit attribuer un peu plus tard l’ancien observatoire de Lacaille.
- Le Comité d’instruction publique, que présidait Lakanal et dont il était lame, et la Commission d’agriculture et des arts obtinrent le 10 octobre 1794, sur le rapport de Grégoire, la création du Conservatoire des Arts et Métiers. Les auteurs de ce projet voulaient fonder non pas un simple musée, mais un véritable centre d’enseignement technologique et industriel. On y expliquera, portait en effet l’article 2, la construction et l’emploi des outils et machines utiles aux arts et aux métiers.
- La France doit à Lakanal l’installation des premiers télégraphes. Son rapport sur cette belle in-
- 1 Né à Serres (Ariège), le 14 juillet 1762, mort à Paris le 14 février 1845.
- lO* année. — 2* semestre.
- La statue de Lakanal, inaugurée à Foix le 21 septembre 1882. (Œuvre de M. Picault, statuaire.)
- vention mériterait d’être entièrement cité : si l’on oubliait la date, on croirait lire une page du grand physicien Arago.
- Claude Chappe vint, en 1792, proposer au gouvernement l’emploi de son télégraphe, mais il ne fut point compris et faillit même devenir victime de ses premières tentatives; cependant il obtint de continuer ses essais. Les expériences officielles
- commencèrent le 12 juillet 1793. Lakanal se rendit à Saint-Marlin-du-Tertre, à six lieues environ de Ménilmontant, où se trouvait la station de départ. Les transmissions se firent avec régularité à raison d’un peu plus de deux mots et demi par minute, résultat véritablement merveilleux à cette épo-que. Après trois jours d’expériences, Lakanal présenta son rapport, et l’établissement de la ligne de Paris à Lille fut décidé le 26 juillet 1793. Le 30 août de l’année suivante, Carnot lisait à la Convention cette dépêche mémorable :
- « Condé est restitué à la République. Reddition ce matin à six heures. » Au milieu des applaudissements et des cris de « Vive la République ! » l’Assemblée lit répondre par le télégraphe ces simples et nobles paroles : « L’armée du Nord a bien mérité de la patrie. » Lakanal, à la Convention, était le défenseur de la science, et, en même temps, le protecteur des savants. L’Académie des Sciences n’oubliera pas qu’il parvint, en mai 4793, à conserver aux membres qui la composaient alors l’indemnité mensuelle, seule ressource de beaucoup d entre eux. Les agronomes se souviennent également que le Traité des moutons de Daubenton fut imprimé, sur la proposition de Lakanal, aux frais de la République, à 4000 exemplaires. L’édition complète fut remise, à titre de récompense nationale, aurespec*
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- table vieillard qui avait doté la France de la race des moutons mérinos.
- Grâce aux efforts de Lakanal, les savants étrangers, et notamment l’illustre Lagrange, purent éviter l’emprisonnement qui les menaçait. Ou connaît les services qu’il rendit à Lacépède, à Lalande et à tant d’autres. On sait enfin par quelle généreuse audace il sauva Sicard de la mort.
- Les ennemis politiques de Lakanal ont été jusqu’à lui refuser l’honneur d’avoir pris une part prépondérante à la constitution de l’Institut. La vérité à cet égard est facile à établir.
- Condorcet, dès 1792, avait proposé la création d’une Société nationale des sciences et des arts, et Daunou lit inscrire cette grande pensée dans la loi du 25 octobre 1795. Mais c’est à Lakanal, comme membre des Cinq-Cents, que revient tout le mérile de l’organisation de l’Institut. Il avait dressé la liste des quarante-huit premiers membres de l’Institut, qui furent nommés par le Directoire le 20 novembre 1795. Il parvint, à force de démarches, à obtenir l’installation de l’Institut au Louvre dès le 15 décembre 1795. U rédigea, comme membre élu de l’Académie des Sciences morales et politiques, le projet d’organisation intérieure de l’Institut, et ce fut encore lui qui fit adopter cette loi par le Conseil des Cinq-Cents le 21 janvier 1796.
- Lakanal a donc l’honneur d’avoir commencé et mis la dernière main à l’organisation de l’Institut. Ses contemporains, Lalande, Laplace et beaucoup d’autres, lui ont rendu pleine justice à cet égard. Heureux les députés qui peuvent, dans les grandes assemblées, servir la science comme Lakanal a su le faire, par sa persévérance et par son énergie!.. .
- EXTRAIT DU DISCOURS PRONONCÉ PAR M. EDMOND PERRIER AU NOM DU MUSÉUM D’HISTOIRE NATURELLE
- Le 10 octobre 1857, les professeurs-administrateurs du Muséum d’histoire naturelle décidaient, par une mesure tout exceptionnelle, qu’une clef du Jardin des Plantes portant cette inscription : Le Muséum (l’hisloire naturelle à Lakanal, serait remise à l’ancien membre de la Convention.
- A ce moment, Lakanal, proscrit depuis vingt-deux ans, rentrait en France. Rien des événements, bien des hommes sont, après une aussi courte période, ensevelis dans l’oubli; les choses mêmes avaient tellement changé dans ce paisible « quartier Victor » où est situé le Jardin des Plantes, que Lakanal dut entreprendre un véritable voyage de découvertes pour retrouver b modeste pavillon qu’il habitait jadis. Cependant les sentiments de reconnaissance qu’un groupe d'illustres savants avaient voués à l’ancien législateur, étaient demeurés toujours vivants.
- Près d’un demi-siècle nous sépare de cette époque, et Lakanal est plus que jamais de ceux que vénè-
- rent les hommes de science, et voilà qu’une statue * s’élève pour perpétuer le souvenir de celui qui sut être le défenseur héroïque du patrimoine intellectuel de son pays, au milieu de la plus terrible, de la plus puissante, de la plus tourmentée de nos assemblées révolutionnaires.
- La France fiévreuse et menacée, mais toujours grande et pleine de vie, avait déchiré, dans d’épouvantables convulsions, tous les souvenirs, toutes les institutions'du passé. Les vieux édifices, en croulant, avaient ébranlé ceux-là mêmes qui devaient être l’honneur et la richesse de la République naissante. Il fallait qu’au risque d’être écrasé sous les ruines, un habile et courageux architecte entreprît de défendre, de consolider, de restaurer ce qui restait, dans la patrie, de monuments essentiellement français. C’est votre député, messieurs, qui se donna lui-même cette mission, mission redoutable, car il aurait pu dire de chacune des institutions qu’il réussit à conserver, ce qu’il disait un jour si simplement d’un de ses maîtres : « Je lui ai sauvé la vie en exposant fortement la mienne. » Mais par son énergie, son abnégation, sa généreuse droiture, son ardent amour pour le progrès, Lakanal avait su inspirer le respect à tous, à Marat lui-même.
- « Effacez ce nom, s’était écrié le rédacteur de Y Ami du Peuple, en lisant une des listes de proscription dressées au lendemain du 51 mai; Lakanal ne pense qu’aux sciences; il ne conspire pas. »
- En tête des établissements que leur nom même semblait prédestiner à disparaître, se trouvait le Jardin royal des Plantes, ou, comme on disait plus communément, le Jardin du Roy. Projeté dès 1626 par Guy de Labrosse, ouvert au public en 1640, c’était d’abord une sorte de fief du premier médecin du roi. Le fief s’était seulement émancipé, en 1752, à la mort de Chirac.
- Depuis qu’il avait conquis son indépendance scientifique, l’ancien « droguier » du roi avait d’ailleurs bien grandi. Un génie que se disputent à la fois les lettres et les sciences, Buffon, l’avait animé de son souffle. Penseur profond et pénétrant, encore plus que peintre merveilleux, l’auteur des Époques de la Nature et de YHisloire. des Animaux avait rêvé d’en faire une immense métropole où seraient venues se réunir toutes les productions du Globe, où l’homme aurait pu tenter de renouveler et d’étendre ses conquêtes sur les êtres vivants, où le savant aurait pu quelque jour attaquer et résoudre, grâce aux matériaux réunis sous sa main les grands problèmes que soulèvent l’origine et l’avenir du monde.
- Buffon mourait en 1788, à la veille de la Révolution, léguant à son illustre collaborateur Dauben-ton et aux officiers du Jardin des Plantes, le souvenir des vastes projets qu’il avait conçus et le soin de les exécuter. L’héritage avait été pieusement recueilli. Le 20 août 1790, l'Assemblée nationale était saisie par les officiers du Jardin d’une demande de transformation du Jardin des Plantes et du Ca-
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- binet d'histoire naturelle en Muséum national d'histoire naturelle, et l’Assemblée, répondant à ce vœu, chargeait, le même jour, les pétitionnaires de préparer et de lui soumettre un projet d’organisation.
- Trois ans s’étaient à peine écoulés, des patriotes aussi enthousiastes sans doute de la découverte encore récente de Parmentier que soucieux du bien-être populaire, élaboraient un contre-projet : ils proposaient de substituer au Muséum rêvé par Buf-l'on un simple champ de pommes de terre.
- Lakanal est informé, il s’indigne, accourt au Jardin des Plantes. 11 n’y connaît personne, personne n’y sait son nom. Qu’importe ! 11 va frapper à la demeure du vénérable Daubenton ; un jeune étudiant, qui devait plus tard se couvrir de gloire, l’introduit; Thonin et Desfontaines sont appelés. On reprend le projet d’organisation discuté, sur l’ordre de l’Assemblée nationale, rédigé par Four-croy et arrêté dès le 9 septembre 1790; on l’étudie, on le complète, on l’amende. Lakanal passe la nuit à rédiger son rapport, et le lendemain même, 10 juin 1795, dix jours à peine après l’arrestation des Girondins, la Convention, suspendant, en l’honneur de la science, ses grandes luttes politiques, décrète la création d’un Muséum national d’histoire naturelle et lui vote une constitution.
- On prétend que les assemblées nombreuses, même les plus éclairées, sont peu touchées par la philosophie lorsqu’on leur demande des crédits. Aussi Lakanal, qui veut assurer le succès, montre-t-il avec complaisance, dans son rapport, le cèdre du Liban, diverses espèces d’érables, de platanes, de chênes se répandant du Jardin des Plantes dans nos départements les plus reculés ; douze mille plantes vivantes ou sachets de graines distribués chaque année sur le territoire de la République; il rappelle que les premiers plants de café de la Martinique ont été tirés des serres qu’il veut sauver, laisse entrevoir le renouvellement prochain des essences de nos forêts, en même temps qu’il promet des ressources inattendues à l’agriculture, au commerce et aux arts. En réalité, sans dédaigner ces considérations pratiques, Lakanal vise plus haut. C’est bien un temple magnifique qu’il veut élever à la Nature, la plus grande des écoles, la plus splendide des métropoles qu?il prétend instituer pour les sciences naturelles et, dès les premiers mots, son projet de décret l’affirme hautement :
- « Le principal but de l’établissement sera l’enseignement des sciences naturelles dans toute son étendue. »
- Douze chaires sont aussitôt créées, embrassant les trois règnes dans leur ensemble. Les dispositions les plus efficaces sont prises pour assurer au nouveau Muséum une prospérité sans exemple. Tout le haut enseignement des sciences naturelles, morcelé depuis, s’y trouve concentré. Des liens étroits sont établis entre le Muséum national et les musées analogues des départements. Quant" aux mesures
- d’organisation intérieure, elles sont d'une telle sagesse, qu’après cinquante-quatre ans, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire peut écrire : « Telles ont été, pour le Muséum et pour la science, les heureuses conséquences de cette loi révolutionnaire, qu'elle a été respectée depuis plus d’un demi-siècle par tous les gouvernements qui se sont succédé en France, et qu’un seul vœu peut être émis pour elle, c’est qu’elle préside longtemps encore aux destinées du Muséum....»
- Lakanal a pu suivre avec un légitime orgueil les progrès de l’établissement partout imité, mais, disons-le bien haut, sans rival, dont il avait déterminé le prodigieux essor. Ne pas vous dire en quelques mots, ce qu’est devenu le Muséum d’histoire naturelle serait laisser incomplète la gloire de votre illustre compatriote.
- En 1793, le cabinet d’Histoire naturelle comprenait environ 500 animaux empaillés, quelques centaines d’insectes et de coquilles, et Lakanal félicitait le Jardin des Plantes de distribuer en France 12 000 plantes ou lots de graines. Il faudrait aujourd’hui au moinstrente volumes in-4°, de mille pages chacun, pour décrire même succinctement les espèces représentées dans nos galeries. En 1881, le Muséum a distribué 60638 lots de graines ou plantes vivantes. C’était la dernière année de la longue administration de cet homme, respectable enlre tous, de ce Joseph Decaisne, qui de simple jardinier, s'était élevé, par tous les échelons, jusqu’à l’Institut, jusqu’à la plus universelle des réputations scientifiques, de ce savant dont on admirait, à l’étranger comme parmi nous, les profondes connaissances et les antiques vertus.
- La même année, il est entré, dans les divers services de botanique, 33324 objets, dans ceux de zoologie et de paléontologie 29220. C’est donc, pour une seule année, qui n’a rien d’exceptionnel, plus de 60000 échantillons qui sont venus enrichir le modeste établissement de 1793.
- Je vous demande pardon de ces chiffres, messieurs, mais ils ont leur éloquence. De temps en temps, le bruit court encore — venu on ne sait d’où — que le vieux Jardin est malade; la Faculté a même établi depuis peu un fauteuil à son chevet. Mais nous tenons de Lakanal une vigoureuse constitution , et des résultats pareils à ceux que je viens d’indiquer témoignent qu’elle ne fonctionne pas trop mal.
- Et quels hommes ont mis en œuvre les matériaux rassemblés dans nos Galeries ! J’ai nommé bien souvent Daubenton, Fourcroy, Lacépède, les Geoffroy Saint-Hilaire, les de Jussieu.- II faut encore ajouter Cuvier, le grand Lamarek, si longtemps méconnu, les Brongniart, Latreille, les Duméril, de Blainville, d’Orbigny, Serres, Flourens, Paul Ger-vais, Claude Bernard, et, pour n’en citer qu’un seul parmi les vivants, ce contemporain de votre héros, ce doyen des étudiants de France, comme il s’appelle lui-même, cet illustre Chevreul qui, fier
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- cic ses quatre-vingt-dix-sept ans, paraît attendre, inébranlable dans sa chaire, que notre grand siècle ait achevé ses brillantes découvertes....
- UNE YIGNE EXTRAORDINAIRE
- A LA ROCHE-SUR-YON
- Par le temps de phylloxéra où nous vivons, il est intéressant de signaler une treille de chasselas qui a vivement excité la curiosité des connaisseurs par son étonnante fécondité. Un journal des Deux-Sèvres,
- une autre publication de Marseille qui nous ont été envoyés, ont annoncé qu’une vigne à La Roche-sur-Yon avait produit cette année 2115 grappes. Nous avons voulu avoir de plus amples renseignements à ce sujet; M. Émile Amiaud, photographe à La Roche-sur-Yon, a tiré, pour La Nature, une épreuve de la photographie que nous reproduisons ci-dessous, et qui représente cette vigne extraordinaire telle qu’elle peut être admirée contre la maison de pierre où elle s’est développée.
- Cette maison, située rue Molière, n°4, appartient à M. Mornet, cordonnier, qui a bien voulu nous transmettre quelques documents sur sa vigne mer-
- Treille de chasselas gris à La Roche-sur-Yon, ayant produit 2115 grappes en 1882. (D’après une pliotographie.)
- veilleuse. La note de M. Mornet est claire et précise; elle donne quelques indications pratiques de culture qui pourront être utiles aux amateurs; nous la reproduisons textuellement :
- « La vigne extraordinaire dont il est question est un chasselas gris de Fontainebleau plantée entre les pavés qui sont à côté du mur de la maison. Le pied est bêché à la couronne et recouvert avec un peu de crottin de cheval deux fois par an.
- « 'Toutes les branches sont taillées à la couronne le plus court possible, cette taille n’a lieu que du 1er au 15 avril, ce qui est le plus essentiel.
- « Aussitôt que les bourgeons sont sortis, on pince les branches à la deuxième feuille au-dessus des bourgeons et toute l’année on continue à enlever tous les gourmands, afin que la sève s’accumule vers
- les organes qui sont destinés à donner un grand développement aux fruits, tout en conservant, une vie plus active dans la treille, ce qui donne la preuve d’un rendement de fruits beaucoup plus considérable tous les ans. Cette année 1882, cette treille a donné deux mille cent quinze grappes assez fortes.
- « Ce produit considérable tient encore à ce que les extrémités des branches sont coupées courtes, afin que la sève s’arrête dans les parties inférieures pour que les produits prennent plus de force et soient plus nombreux.
- « Pour compléter une semblable récolte avec une maturité hâtive et certaine, dans le courant du mois de juillet, on enlève toutes les feuilles.»
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- LE SAC-PUPITRE DU SOUS-OFFICIER
- Depuis longtemps l’administration de l’armée s’est occupée très sérieusement de Y amélioration du sort des sous-officiers. Tour à tour on a étudié les grandes questions de rengagements avec primes, de position à assurer à la libération, d’augmentation de solde, de considération dans l’armée, etc... Certains détails, certaines réformes, touchant au même but, quoique d’un moindre intérêt, ne sont pas à dédaigner. M. le général Campenon l’a prouvé, à propos de l’équipement, en allégeant le havre-sac du sous-oiïîcier d’infanterie d’un poids considérable de cartouches. (Une ordonnance de décembre 1881
- Le sac-pupitre, employé dans ses deux positions, comme écritoire et comme couchette.
- réduit à six au lieu de treize le nombre réglementaire de paquets de cartouches.)
- Mais en retirant du sac une partie de l’ordonnance, le sac est devenu trop grand; ou, si l’on consent à combler le vide par quelques objets utiles, le compartiment des cartouches est trop étroit pour les contenir. Une modification s’offrait alors d’elle-même : la suppression de ce compartiment, devenu inutile. Un jeune sous-officier du 1er génie, M. Albert Bergeret, vient d’imaginer un perfectionnement simple et ingénieux que nous allons faire connaître.
- Le cadre du havre-sac actuel se compose d’un châssis en bois léger, de forme rectangulaire, muni à sa partie supérieure d’une planchette qui ferme la boîte à cartouches. La place laissée à cet usage
- occupe près de 1/5 du volume total, en n’offrant qu’un vide de 4 à 5 centimètres seulement de hauteur sur toute la largeur du sac. C’est cette planchette qui se trouve supprimée dans le nouveau modèle pour être avantageusement remplacée par le compartiment du pupitre, d’un volume égal à l’ancienne boîte à cartouches, mais d’une superficie plus grande.
- Le nouveau modèle augmenté d’un poids insignifiant (40 ou 50 grammes), par l’addition de cette double planchette, gagne en avantages de commodité et de solidité celui qu’il perd en poids. (Et qu’est-ce que cela, en comparaison des 5510 grammes de cartouches supprimés?)
- Il est, en effet, plus commode, puisqu’il permet au sous-officier d’avoir avec lui des objets très utiles qu’il n’aurait pu peut-être emporter dans l’autre, et sans qu’il soit obligé comme auparavant
- de les détériorer au contact des brosses ou souliers; plus solide, en ce sens que son cadre est formé de quatre planchettes ajustées tenons, ce qui permet à l’homme de s’en servir comme d’un siège, sans crainte de le casser, comme il arrive souvent avec l’ancien châssis, ajusté à trois angles seulement, le quatrième étant laissé ouvert pour le passage des cartouches par l’ouverture de la patelette.
- Ce n’est pas tout : le sous-officier en campagne a souvent besoin de sa plume ou de son crayon : c’est un rapport à rédiger, une mission à copier, un plan à lever, etc... et il ne trouve pas toujours un endroit favorable pouvant lui servir d'appui : ici le sac-pupitre lui est surtout utile. Appuyé à terre ou sur ses genoux, il s’en sert comme d’un bureau, où il peut écrire et dessiner librement.
- Et puisque nous avons entrepris son éloge, citons comme dernier avantage l’emploi que l’on
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- peut en faire comme couchette. Ouvert complètement et dégarni de son e'tui, il offre un plan incliné qui peut servir de lit; le pantalon de toile roulé et placé à sa partie supérieure, remplace l’oreiller. Et la patelette dépliée protège les jambes de l’homme contre les inconvénients de dureté, de malpropreté ou d’humidité de la terre.
- Restait à modifier la coupe de l’ancienne garniture, pour permettre d’ouvrir et refermer promptement le pupitre on sac. Quelques coutures changées ont permis de supprimer sur trente-trois courroies, boucles ou passants, comptés séparément, dix-huit devenus inutiles. Double avantage à considérer encore : gain de temps pour le chargement du sac, bénéfice dans le prix de sa fabrication.
- L’essai privé de ce modèle a été fait, et l’expérience a prouvé qu’il méritait d’être soumis à un sérieux examen. X...
- UNE LETTRE DE M. F. DE LESSEPS
- Notre collaborateur Maxime Hélène va publier le 1er décembre dans la Bibliothèque de La Nature un livre intitulé les Nouvelles routes du globe (voir la notice de Bibliographie ci-contre). Cet ouvrage a été dédié à celui que les étrangers eux-mêmes nomment le grand Français, à M. Ferdinand de Lesseps, qui a eu la gloire de créer ce qu’on pourrait appeler les routes géographiques artificielles. M. Ferdinand de Lesseps a bien voulu accepter cette dédicace et écrire à notre collaborateur, la belle lettre suivante dont nous sommes heureux de donner la primeur à nos lecteurs.
- G. T.
- À Monsieur Maxime Hélène.
- Monsieur,
- J’accepte la dédicace de votre livre. L’idée que vous avez eue de réunir, pour en former un unique recueil, une série de monographies sur les « Nouvelles routes du globe » est une excellente idée, et bien consolante.
- Toutes ces entreprises d’intérêt universel, — les unes exécutées, les autres en cours d’exécution ou projetées, — ont un but identique : le rapprochement des peuples et par conséquent l’avènement d’une ère où les hommes, se connaissant, cesseront enfin de se combattre.
- Je vous félicite d’avoir compris dans ces « Nouvelles routes, » — avec les canaux maritimes de Suez, de Panama, de Corinthe et de Malacca, avec les tunnels du Saint-Gothard, du Mont-Cenis, de l’Arlberg, du Simplon, du Mont-Blanc et des Pyrénées, — le Tunnel sous-marin du Pas-de-Calais et la Mer intérieure d’Afrique, que vous considérez comme inévitables, c’est-à-dire comme faits, malgré les appréhensions au moins singulières qui se sont manifestées à l’occasion de ces deux derniers projets.
- Je pense qu’il faut se hâter, monsieur, de remplir la Mer intérieure d’Afrique et de percer le tunnel franco-anglais, si nous ne voulons pas léguer au siècle prochain, avec la gloire d’achever ces œuvres nécessaires, le droit de s’étonner de nos hésitations et peut-être de nos préjugés.
- Veuillez agréer, etc.
- Ferdinand de Lesseps.
- BIBLIOGRAPHIE
- LA BIBLIOTHÈQUE DE « LA NATURE »
- La Bibliothèque de La Nature, publiée sous la direction de M. Gaston Tissandier et qui comprend déjà les volumes suivants : les Récréations scientifiques ou l’Enseignement par les jeux, par Gaston Tissandier,2° édition; les Principales applications de l’électricité, par Ë. Hospitalier 2e édition; les Voies ferrées, par L. Bâclé; Excursions géologiques à travers la France, par S. Meunier, s’est augmentée cette année des deux volu-lumes suivants :
- Les Nouvelles routes du globe, par Maxime Hélène, directeur de la Société continentale de glycérines et dvnamites, ex-secrétaire général de l’entreprise du percement du grand tunnel du Saint-Gothard, avec une lettre de M. Ferdinand de Lesseps, 1 vol. in-8° ; 89 gravures dont 4 planches hors texte. Paris, G. Masson.
- Cet ouvrage comprend l’histoire complète des travaux isthmiques et routes souterraines par Suez, Panama, Corinthe, Malacca, Saint-Gothard, Mont-Cenis, Arlberg, Simplon, Mont-Blanc, Pyrénées, le tunnel sous-marin du Pas-de-Calais, le canal maritime de Gabès (mer d’Algérie); les routes delà pensée (câbles transatlantiques). Nos lecteurs ont souvent apprécié le talent de M. Maxime Hélène, qui est trop des nôtres pour que nous puissions en faire nous-même l’éloge. M. Ferdinand de Lesseps n’eùt évidemment pas fait à l’auteur,"l’honneur d’accepter le patronage de son œuvre, sans en avoir apprécié le mérite et l’exactitude.
- Les Races sauvages, par Alphonse Bertillon, membre de la Société d’Anthropologie de Paris. Les peuples de l’Afrique, les peuples de l’Amérique, les peuples de l’Océanie, quelques peuples de l’Asie et des régions boréales. 1 vol. in-8° avec 107 gravures dont 8 planches hors texte. Paris, G. Masson.
- M. Alphonse Bertillon a réussi à faire une œuvre essentiellement originale qui, nous en avons la persuasion, sera vivement appréciée, non seulement des anthropologistes, mais de tous ceux qui aiment à s’instruire et qui s’intéressent aux curiosités de notre race. Nous publions ici une partie de l’introduction de ce beau livre : G. T.
- « L’ethnographie est une science nouvelle, non par les faits qu’elle expose et dont beaucoup étaient connus au siècle dernier, mais par l’interprétation qu’on a su leur donner depuis quelques années.
- « Le succès considérable des exhibitions humaines du Jardin d’Acclimatation montre que l’esprit du public s’intéresse de plus en plus à l’ethnographie, qui nous fait envisager les choses en dehors des préjugés et des
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- modes de notre race. En nous faisant assister au premier pas de l’homme vers le progrès, elle nous donne une idée philosophique sur notre civilisation et nos mœurs, sur ce que nous avons été et sur ce que, nous serons.
- « Le sauvage est légiste, quand il veille avec tout le fanatisme de l’ignorance, à ce que les jeunes observent les mœurs des ancêtres ; mathématicien, quand il compte sur ses doigts; botaniste, quand il distingue les plantes alimentaires, des vénéneuses; physicien, quand il allume son feu; chimiste, quand il cuit ses aliments! Plus tard, ces recettes régularisées et mises en ordre deviendront des sciences par l’invention de l’écriture. C’est cette connaissance qui marque la limite entre la barbarie et la civilisation.
- « Certes, les coutumes des races civilisées d’Asie et d’Europe sont aussi du domaine de l’ethnographie ; mais sur ce terrain, la législation comparée, la géographie et l’histoire l’ont précédée depuis longtemps. Ce sujet s’est élargi et a changé d’aspect.
- « L’étude des races sauvages et demi-civilisées d’Afrique, de l’Amérique antécolombienne et de l’Océanie, forme un ensemble spécial, à la fois limité et varié. C’est celui que nous avons envisagé. Nous nous sommes efforcé d’en écarter toute monotonie en multipliant les faits. Partout où nous avons pu, nous avons remplacé l'abstrait par le concret : au lieu de dire, par exemple, ce peuple est généreux, cet autre est anthropophage, nous avons préféré citer telle ou telle anecdote conduisant à ces mêmes conclusions.
- « Notre principale préoccupation dans le choix de nos exemples, a été de n’admettre que des récits d’une authenticité incontestée et d’écarter tous les détails soit anatomiques, soit sociologiques, qui auraient fait de notre livre un ouvrage trop technique. »
- « Alphonse Bertillon. »
- LES
- CONFÉRENCES INTERNATIONALES DES ÉLECTRICIENS
- A PARIS
- On se rappelle que le Congrès international des Électriciens tenu à Paris en septembre 1881, à l’occasion de l’Exposition internationale des Électriciens, avait confié au gouvernement français le soin de provoquer la réunion, des Commissions internationales chargées d’élucider différentes questions électriques d’un intérêt général.
- Ces Commissions internationales se sont réunies à Paris, le 16 octobre 1882, sous la présidence de M. le Ministre des Affaires étrangères, et se sont séparées le 26 octobre en formulant certains vœux que nous allons résumer, car ils constituent les résultats de leurs travaux.
- L’une des conférences, dont les travaux étaient d’un ordre plus spécialement technique, s’est subdivisée en trois Commissions, la seconde conférence, plus spécialement diplomatique, était réunie dans le but de réglementer la protection des câbles sous-marins. Voici d’abord le résumé des vœux des trois Commissions de la première conférence ;
- 1° Commission des unités électriques, M. J. B. Dumas, président. — Les déterminations faites jusqu’à présent pour la valeur de l’ohm n’étant pas suffisamment concor-
- dantes, la Commission estime qu’il y a lieu de poursuivre les recherches et indique les méthodes à suivre. Des étalons seront mis à la disposition des savants qui poursuivront les recherches pour faciliter les comparaisons. On s’arrêtera à l’approximation de un millième. Le gouvernement français invitera les nations à favoriser les recherches de ses nationaux relatives à la détermination des unités électriques. *
- 2° Commission des courants terrestres, de l'électricité atmosphérique et des paratonnerres, M. Wild, président. — La conférence émet le vœu que les gouvernements encouragent les observations continues et régulières de l'électricité atmosphérique, que l’étude des orages soit étendue à tous les pays, que certaines lignes télégraphiques soient exclusivement consacrées à l’étude des courants terrestres, ainsi que les lignes souterraines, surtout dans les directions Nord-Sud et Est-Ouest, avec observations le même jour, le dimanche, par exemple, et les jours termes, c’est-à-dire le 1er et le 15 de chaque mois. La Commission rejette pour le moment l’établissement d’un réseau télé-météorographiquc, tout en étant favorable au développement des dépêches météorologiques et à l’amélioration du service de prévision du temps.
- La conférence émet le vœu que les paratonnerres soient soumis à une vérification périodique et que la statistique des coups de foudre distingue entre les coups de foudre en dehors des lignes télégraphiques et les coups de foudre sur les lignes télégraphiques.
- 3° Commission pour la fixation d'un étalon de lumière, M. Broch, président. — La conférence émet le vœu qu’on poursuive la création d’un étalon absolu de lumière fondé sur le platine fondant. L’étalon secondaire usuel sera la lampe Carcel employée dans la vérification du gaz en suivant les prescriptions de MM. Dumas et Régnault. Pour les expériences de précision et les phares, on devra comparer les lumières en analysant les éléments qui les constituent.
- Toute détermination d’un foyer rayonnant dans toutés les directions devra comprendre la formule de ce foyer, c’est-à-dire la relation entre l’intensité lumineuse et la direction des rayons.
- Les trois Commissions de cette conférence se réuniront à nouveau le premier lundi du mois d’octobre 1883 pour délibérer sur les résultats des travaux dont nous venons de résumer le programme.
- La deuxième conférence, réunie dans le but d’étudier les moyens de protection des câbles sous-marins, a pris pour base de ses discussions le programme formulé par le Congrès international des Électriciens en septembre 1881. Le projet de convention adopté par la conférence comprend seize articles et deux vœux dont l’analyse, même succincte, sortirait de notre cadre.
- M. le Ministre des Postes et Télégraphes, en prononçant la clôture de la conférence, a constaté qu’elle avait atteint avec un extrême bonheur le but qu’elle s’était proposé et que la convention préparée, en offrant de sérieuses garanties aux capitaux exigés par l’établissement des câbles, pourra permettre d’étendre le vaste réseau des communications télégraphiques et d’abaisser les tarifs.
- On voit donc que ces conférences n’ont pas été inutiles et que s’il nous faut attendre encore une année pour que la première conférence complète ses travaux, les résultats déjà acquis auront une influence considérable sur le développement de la science électrique et de ses applications.
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- LÀ GRANDE COMÈTE DE 4882
- Nous avons donné précédemment le résumé de la plupart des observations qu’on avait pu faire de la nouvelle comète 1 ; grâce aux récentes informations que nou$ avons réunies, il nous est possible de compléter ces renseignements préliminaires, par des documents nouveaux et précis. On ne saurait trop insister sur cet astre remarquable qui restera l’un des plus curieux qu’il ait été donné aux astronomes d’observer dans les temps modernes. Malheureusement, la persistance des nuages a peu favorisé l’Observatoire de Paris, et c’est dans le Midi, ou à l’étranger, qu’il faut aller puiser la description de la remarquable comète.
- De l’avis de tous les observateurs d’Espagne, de Portugal et des Indes, cette comète offre un intérêt de premier ordre, un aspect magnifique; parmi des centaines d’astres analogues, qui ont été vus dans le ciel, c’est la seule qui se soit montrée nettement, en plein jour
- et dans le voisinage du soleil. Il paraît qu’elle a été observée dans le voisinage du cap de Bonne-Espérance dès le 17 septembre 1882.
- Les astronomes de Vienne, qui l’ont étudiée, déclarent que cette grande comète est la plus éclatante qui ait brillé dans le ciel à notre époque.
- M. C. Détaillé nous a adressé précédemment, les éléments et éphémérides de la grande comète calculés par le Dr Oppenheim (Observatoire de lord Crawford. Dun Echt), en même temps qu’il nous a donné l’avis de ce savant sur l’origine de cet astre.
- On a essayé des orbites elliptiques pour cette
- 1 Yoy. n° 492 du 4 novembre 4882, p. 353.
- comète et en particulier on l’a comparée aux comètes de 1843, 1880, 1668, et même dans les premiers temps on l’a prise pour la comète Pons, attendue. 11 est plus sage de ne faire aucune hypothèse pour le moment sur la périodicité de cette comète et d’admettre une orbite parabolique, comme le fait le Dr Oppenheim.
- Notre figure J représente
- grande
- Fig. — Aspect de la grande comète de 1882 observée dans la Méditerranée le 26 septembre 1882, à 5h5" du matin. (D’après un croquis fait à bord du steamer péninsulaire et oriental Assam.)
- 'aspect de la comète le 26 septembre, d’après un croquis exécuté par un officier de marine à bord du steamer Assam, dans la Méditerranée ( latitude 37°36' N., longitude 9° 14' E.).
- D’après cet observateur, le noyau de la comète était de couleur jaune pâle, et son éclat se trouvait comparable à celui de Sirius. Le bord sud de la queue était nettement défini, le bord nord manquait un peu de netteté. La comète brillait d’une lumière douce qu’on eût dit vaporeuse. La queue se développait en une majestueuse traînée, d’un aspect imposant ; vers sa partie supérieure elle se fondait graduellement avec le ciel.
- Notre figure 2, reproduite d’après une exellente gravure du journal Ciel et terre, montre la comète telle qu’elle a été vue à l’Observatoire de Bruxelles le 19 octobre 1882.
- La comète n’avait pas été visible en Belgique avant le 2 octobre, la nébulosité du ciel s’opposant à toute observation; le lundi 2, M. Terby l’apercevait à Louvain avant le lever du soleil ; le 9, M. Ficvez put l’observer également : à cette date, la queue mesurait 16° et s’étendait jusqu’à a de l'Hvdre.
- «Le 2 octobre, de 17 h. à 17 h. 30 m., dit M. le Dr F. Terby, j’ai observé la comète Gruls par un ciel défavorable. J’ai trouvé la comète à l’aide de bonnes jumelles : le noyau apparaissait comme
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- une étoile de lre grandeur et la queue, quoique très visible, ne se prolongeait qu’à une distance de 1° environ, à cause des légères vapeurs qui garnissaient l’éclaircie imparfaite dont j’ai pu profiter. Gés vapeurs étaient assez épaisses pour rendre l’astre presque invisible ensuite dans le chercheur de ma lunette de Secre-tan. Avec le grossissement de 58 fois je ne pouvais voir que le noyau et la chevelure; mais, chose singulière, quoique la mise au point fût bonne, le noyau paraissait double; l’apparence d’un noyau supplémentaire se trouvait du côté opposé au Soleil
- et était peut-être due à un éclat plus grand de la queue dans cette région. En tous cas, je me suis
- assuré que, dans la portion du ciel occupée par la comète, aucune étoile assez brillante n’aurait pu produire cette apparence en se trouvant dans le voisinage du noyau. »
- « J’ai pris le dessin ci-contre, dit M. G. de Bran-dener, à l’Obser-valoire de Bruxelles, le 16 octobre, à 4 h. 50 du matin, le ciel était à cette heure clair et sans nuages, et la comète se présentait au S. E., sous la constellation de l’Hydre, la tête se trouvant au S. de à et l'extrémité de la queue à l’O.
- Fig. 2. — La grande comète de 1882, observée par M. G. de Brandener à l’Observatoire de Bruxelles, le 10 octobre 1882.
- d’a de l’Hydre (Àl-phard). — La queue mesure 50° étant tournée vers l’Est — la lumière en est jau-environ, et est légèrement courbée, —- la concavité nôtre.
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- « Le noyau, vu au télescope, paraissait ovale et entouré, vers la tête, d’une « couche » lumineuse, à laquelle succédait une zono moins brillante, puis la chevelure. Trois petites étoiles se trouvaient en même temps dans le champ : une au S., l’autre à l’E. et la troisième dans la queue. Le- dessin ci-dessous a été pris à 4 heures 3/4. Des mouvements lumineux semblaient s’y produire, on eût dit une sorte de fermentation de la matière incandescente.
- « A 4 h. 1/2 le spectacle était magnifique; la comète s’étendait dans le ciel sur une étendue de près de 50° (la comète de 1881 avait une queue de 16° seulement lors de son maximum) et de temps en temps une étoile filante se détachait brusquement du fond sombre de la voûte céleste.
- « Vers 5 heures, l’orient commençait à s’éclairer vaguement, les étoiles de l’horizon pâlissaient une à une et l’éclat de la comète s’effacait insensiblement; à 5 h. 30 on ne voyait plus que la partie voisine du noyau et à 5 h. 45 la lumière du Soleil la faisait disparaître tout à fait1 ».
- En Algérie, en Egypte, plusieurs observateurs ont décrit le spectacle de la grande comète, et affirment que rien ne peut donner une idée de la splendeur de cet astre qui restera comme une des curiosités de l’astronomie moderne.
- La figure 3, que nous publions ci-contre, a été faite d’après le croquis d’un officier de l’armée anglaise. Nous le reproduisons pour compléter nos documents, d’après le Graphie, de Londres ; mais nous croyons devoir faire observer que le dessinateur du journal anglais a dû retourner la courbure de l’astre, qui ne se rapporte pas avec les dessins publiés précédemment.
- MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- DR M. J. E. H. GORDON
- Dans le numéro de La Nature du 11 novembre, nous avons donné la description générale de la puissante machine dynamo-électrique à courants alternatifs de M. J. E. II. Gordon. Il nous reste à faire connaître aujourd’hui les dispositions spéciales qui permettent de régler sa production et sa puissance et de la proportionner à chaque instant au nombre de lampes allumées.
- La machine pèse 18 tonnes et son inducteur seul en pèse 7 ; il tourne à une vitesse qui peut varier entre 140 et 200 tours par minute et est actionné directement par l’arbre de la machine motrice, sans engrenages ni courroies. Les machines excitatrices du système' Bürgin sont actionnées par un moteur distinct.
- Voici comment on procède pour la mise en marche :
- Les machines excitatrices étant d’abord au repos, on ouvre la valve d’admission du moteur de la ma-
- 1 Ciel et Terre.
- chine Gordon et on la fait tourner graduellement de plus en plus vite, jusqu’à ce qu’elle atteigne sa vitesse normale qui est actuellement de 140 tours par minute. On fait alors tourner lentement les machines Bürgin, elles développent un faible courant d’excitation qui traverse l’inducteur de la machine Gordon, développe des courants induits dans les bobines fixes qui tendent à diminuer sa vitesse, on la ramène à sa valeur normale en ouvrant davantage la valve d’admission et ainsi de suite, par accroissements successifs de la vitesse des excitatrices, on obtient l’excitation convenable de l’inducteur.
- Cette opération demande plus d’un quart d’heure pour que les machines fonctionnent dans les conditions voulues. Les valves qui gouvernent les deux moteurs sont disposées dans la salle du photomètre où sont installés aussi un indicateur de vitesse relié à la machine génératrice et un ammètre1 de MM. Ayrton et Perry disposé dans le circuit des machines excitatrices Bürgin et qui fait connaître à chaque instant la valeur de ce courant d’excitation. Le photomètre employé est celui de Rumford. L’étalon est la candle-standard, dont la valeur est d’environ 1/9,5 de bec Carcel.
- Une lampe-témoin est placée sur chacun des circuits — circuit rouge et circuit bleu, — et des commutateurs placés à proximité de l’expérimentateur permettent d’allumer l'une ou l’autre de ces lampes ou de l’éteindre à volonté.
- On peut ainsi apprécier à chaque instant la puissance lumineuse des lampes de chacun des circuits et régler l’allure des machines pour une puissance lumineuse donnée qui sera la puissance de régime. Ce réglage s’effectue en modifiant la vitesse de l’excitatrice ou celle de la génératrice par la manœuvre de la valve d’admission de Vapeur, et grâce à la manœuvre très lente de ces valves, le réglage s’opère d’une façon insensible.
- Les circuits rouge et bleu étant complètement indépendants, il peut arriver que l’un des circuits se trouve plus chargé que l’autre et que la lumière produite par les lampes de ce circuit soit inférieure à celle des lampes de l’autre circuit.
- Un commutateur spécial placé près de la machine permet de rétablir l’équilibre en déplaçant instantanément un groupe de 50 ou 100 lampes d’un circuit sur l’autre et d’égaliser ainsi la production de chacun d’eux. Dans une distribution d’éclairage d’une petite ville ces différences n’existeraient réellement pas en pratique, car une fois les lampes convenablement distribuées sur l’un et l’autre circuit, il s’établira toujours une moyenne de répartition, à quelques lampes près en plus ou en moins. L’éclairage des ateliers de la Telegraph construction and Maintenance C° représente d’ailleurs d’une manière presque complète toutes les exigences de l’éclairage d’une petite ville; les lampes éclairent, en effet, des
- 1 Ammètre est le terme abréviatif A’ampères-mètre ou mesureur d’ampères : il est très employé aujourd’hui dans le langage courant.
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- bureaux, des appartements, des ateliers grands et petits, des rues, et elles remplacent jusqu’aux lampes à pétrole des galvanomètres Thomson dans le Tes-üngroom des câbles télégraphiques. 11 serait inutile d’insister ici sur la fixité de la lumière, la simplicité d’emploi et d’installation, etc., toutes choses bien connues de nos lecteurs.
- Nous terminerons la description de cette intéressante machine par une critique, ou, pour parler plus exactement, par un regret. Les résultats obtenus par M. Gordon montrent que les grandes machines dynamo-électriques sont aujourd’hui d’une réalisation pratique relativement facile, et nous ne doutons pas qu’avant quelques années il n’existe des types plus puissants qui alimenteront jusqu’à 10 000 lampes à incandescence et peut-être davantage. On retirera de leur emploi, économie de prix d’achat et de force motrice, simplicité d’entretien et d’installation et grande régularité démarché, toutes conditions favorables à une distribution d’électricité. Mais nous devons avoir pour l’électricité des visées plus hautes : lui demander de la lumière et pas autre chose, c’est réduire son utilité comme son importance ; malheureusement les machines à courants alternatifs ne sont bonnes jusqu’ici qu’à la production de la lumière, tandis que les machines à courant continu se prêtent aussi bien à la distribution de la force motrice, aux opérations électro-métallurgiques, à la charge des accumulateurs dont le rôle industriel n’est encore qu’ébauché, etc., etc.
- Toutes les recherches des inventeurs doivent donc se diriger du côté des machines à courant continu, et c’est surtout à elles, pour ne pas dire exclusivement à elles, qu’on devra avoir recours dans une distribution d’électricité à domicile.
- Le gaz convient aussi bien au chauffage qu’à l’éclairage et les moteurs à gaz se répandent dans la petite industrie avec une remarquable rapidité. Il ne sci ait donc pas rationnel aujourd’hui de créer une distribution électrique qui ne pourrait étendre ses applications au delà de l’éclairage ; le gaz lui serait préféré et serait préférable à tous les points de vue.
- Sans nous dissimuler les difficultés plus grandes du problème, nous attendons de la science et de l’expérience de M. Gordon une machine à courant continu plus puissante encore et aussi économique que l’intéressante machine à courants alternatifs, dont nous venons de compléter aujourd’hui la description.
- E. Hospitalier.
- Londres, le 11 novembre 1882.
- CURIEUSE OBSERVATION
- DE LÉONARD DE VINCI
- Notre savant collaborateur M. A. de Rochas nous communique une curieuse observation signalée par Léo-
- nard de Vinci ; on la trouve dans un de ses manuscrits conservés à la Ribliothèque de l’Institut (lins. Ap. 31 v°). Voici comment s’exprime Léonard de Vinci : « Si tu donnes un grand nombre de coups sur un clou pour l’enfoncer dans un ais, ce sera long et difficile. Et si tu attaches avec de la cire le clou au marteau, en un seul coup pareil aux autres, tu l’enfonceras tout entier dans fais. » Eu y réfléchissant on voit que ce fait provient de ce que, lorsque le clou est attaché au marteau, il est déjà animé d’une vitesse égale à celle du marteau quand il arrive en contact avec fais, tandis que, lorsqu’on le frappe, il y a double perte de force vive sur le choc, à sa tête et à sa pointe. L’observation n’en est pas moins très intéressante : il est facile d’en faire la vérification expérimentale.
- CHEMINS DE FER
- CONTRÔLEUR d’àIGUILLES DE Jf. LARTIGUE
- Les aiguilles constituent, comme on sait, un point des plus dangereux sur les voies ferrées et c’est presque toujours là que se produisent les déraillements, car il suffit qu’une aiguille soit mal faite, c’est-à-dire que la lame mobile ne soit pas amenée exactement au contact de son contre-rail, pour que les roues d’avant de la machine du train arrivant à la bifurcation soient écartées définitivement des rails.
- Cependant, les nécessités de l’exploitation obligent aujourd’hui à concentrer en quelques points seulement les leviers de manœuvre d’un grand nombre d’aiguilles qui sont ainsi commandées à des distances souvent très considérables. Malgré tous les soins qu’on peut apporter à la construction et au réglage de ces leviers, il est difficile de s’assurer dès lors si les aiguilles fonctionnent bien, et, en outre, l’aiguilleur n’a pas le temps d’aller le vérifier sur place.
- MM. Saxby et Farmer ont résolu cette difficulté d’une manière purement mécanique en disposant des verroux mobiles qui viennent s’insérer dans des trous correspondants ménagés dans la barre de l’aiguille, et la cadenassant en quelque sorte lorsque celle-ci est bien en place; si au contraire le contact n’avait pas lieu, il serait impossible de manœuvrer le levier commandant les verroux, et l’aiguilleur serait ainsi prévenu.
- Indépendamment de ces appareils, la Compagnie du Nord emploie depuis quelques années un contrôleur électrique dont l’idée est due à M. Lartigue et qui figurait à l’Exposition d’électricité de 1881, dans le groupe d’appareils si curieux qu’elle présentait. Nous avons cru intéressant de donner ici quelques renseignements sur cet appareil tout à fait ingénieux, et dont le fonctionnement est d’ailleurs très satisfaisant.
- Ce contrôleur est une sorte de commutateur à mercure, représenté dans la figure 1. Il est renfermé dans une boîte en ébonite H vernie à la gomme laque qui contient à l’intérieur une certaine quantité de mercure bien sec. Cette boîte est partagée en deux
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- compartiments par une cloison percée d’un petit orifice, et le mercure est ainsi forcé de s’écouler lentement pour passer d’un compartiment dans l’autre lorsque la boîte vient à s’incliner.
- Deux fils conducteurs en platine viennent pénétrer dans la boîte, et comme leurs extrémités sont isolées, le circuit est fermé seulement par l’intermédiaire du mercure, lorsque les boîtes occupant alors une position horizontale, les lils se trouvent baignés tous les deux à la fois. Au contraire, dès que la boîte s’incline, l’un des fils émerge du bain, et le circuit est interrompu.
- Cette boîte est montée sur une bascule B articulée sur une plaque fixe posée sur le côté extérieur du contre-rail en face des lames de l’aiguille L. La bascule est munie d’une petite tringle horizontale T qui traverse l’âme du contre-rail, et fait à l’intérieur une légère saillie, de manière à butter contre la lame de l’aiguille lorsqu’elle est fermée. Cette tringle est terminée d’ailleurs par un écrou fileté qui permet de régler la sail-lie à moins d’un millimètre près.
- Cette installation est appliquée aux deux contre - rails, et les fils intérieurs des deux boîtes sont en communication entre eux.
- Quant aux deux autres fils, l’un descend à terre, et l’autre est relié par l’intermédiaire d’un conducteur tixe au pôle positif d’une pile placée dans le poste renfermant le levier moteur de l’aiguille. Le pôle négatif est relié à la terre pour compléter le circuit sur lequel est disposée une sonnerie voisine de la pile ffig. 1 et 2).
- L’appareil ainsi disposé fonctionne de la manière suivante :
- Tant que l’aiguille est bien en place, la lame mobile maintient la boîte voisine inclinée, ainsi qu’on le voit à gauche de la figure 1, en buttant contre la petite tige T, le mercure est accumulé dans le compartiment intérieur, et le courant n’est pas transmis : on n’entend pas la sonnerie.
- Quand on vient à manœuvrer l’aiguille, la boîte qui était inclinée précédemment redevient libre, et reprend une position horizontale, puis l’autre boîte s’incline à son tour. Il se produit un moment où le mercure baigne à la fois les deux fils dans les deux boîtes, le courant est alors transmis et fait entendre la sonnerie dans le poste ; mais il est bientôt inter-
- rompu lorsque le mercure est entièrement déplacé. L’aiguilleur reconnaît ainsi que la lame est bien en place au contact de son contre-rail, car si l’aiguille restait entre-bâillée le courant serait transmis d'une manière permanente, et on entendrait continuellement la sonnerie. L’aiguilleur serait ainsi prévenu qu’il doit vérifier l’état de son aiguille.
- Dans la disposition actuellement adoptée au chemin de fer du Nord, une seule pile et une seule sonnerie suffisent pour un groupe de plusieurs aiguilles dont les leviers sont réunis actuellement dans un même poste, seulement une boussole est placée sur le circuit devant chacun des leviers, et en manœuvrant celui-ci, l’aiguilleur reconnaît ainsi s’il s’est produit un courant, et si c’est bien à l’aiguille correspondante que s’applique le tintement de la sonnerie.
- Ces contrôleurs sont entièrement à l’abri de l’humidité et des intempéries, et d’ailleurs on a soin
- de les recouvrir d’un abri en fer solidement construit pour les préserver des chocs qu’ils pourraient subir sur la voie.
- Ajoutons , en terminant, que, depuis l’Exposition d’Elcctrici-té, le service télégraphique du chemin de fer du Nord a apporté à ce contrôleur différentes modifications d’installation intéressantes à signaler.
- Les boîtes en ébonite, dont la confection était particulièrement délicate, sont remplacées par des boîtes en cristal de mêmes dimensions fermées à l’aide d’une feuille de gutta-percha recouverte d’une plaque d’ébonite. Les minces tiges de platine de l’ancienne boîte sont remplacées elles-mêmes par deux fortes vis en fer avec bout de platine taraudées dans le couvercle. Les fils conducteurs sont formés de quatorze brins qui viennent se rattacher à une petite rondelle en cuivre insérée sous la tête de ces vis. La boîte en cristal est maintenue sur la bascule, qui a été elle-même sensiblement modifiée, au moyen de deux fils en cuivre arrêtés dans des encoches spéciales ménagées à cet elfet sur la boîte. Celle-ci est garnie en outre à son extrémité extérieure d’une plaque en caoutchouc pour amortir les chocs.
- Le contrôleur Lartigue est actuellement à l’essai sur certains points du chemin de fer de l’Est.
- Fur. I
- Fisr- 2
- '•fuira;
- Sonnerie Pile * Fig. 1 et 2 — Contrôleur d’aiguilles de M. Lartigue.
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- LA NATURE.
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- LE DÉCAPITE BUVANT
- Les lecteurs connaissent l’illusion d’optique qu'on appelle le décapité parlant et qui a été décrite dans un des derniers numéros de La Nature*. Les anciens avaient imaginé un truc analogue mais fondé sur une combinaison mécanique fort ingénieuse.
- Ce truc est décrit à la fin des Pneumatique s de Héron sous ce titre : couper un animal en deux et le faire boire.
- Voici en quoi il consiste :
- Supposons un piédestal creux ABCD divisé en son milieu par un diaphragme EF (fig. 1). Au-dessus du piédestal est fixé une statuette représentant un cheval et traversée par un tubeMN qui aboutit d’une part à la bouche de l’animal et de l’autre à la partie supérieure du compartiment ABEF, en suivant l’une des jambes.
- Un conçoit d’abord que si l’on remplit d’eau le dit compartiment à l’aide d’un trou T que l'on rebou-chera ensuite, puis que l’on ouvre un robinet faisant commu niquer le compartiment supérieur avec l’inférieur qui est lui-même muni d’un trou d’air ouvert, l’eau s’écoulera et, en s’écoulant, tendra à faire le vide dans le
- * Voy. n° 493 du H novembre 1882, p. 379.
- tube MN, de telle sorte que, quand on approchera de la bouche de l’animal un vase plein d’eau, cette eau sera aspirée.
- Si le robinet est disposé de manière à présenter sa tête sur la plate-forme supérieure et si on adapte
- à cette tête une statuette représentant un homme armé d’un bâton, on pourra disposer les choses de telle sorte que l’animal boive quand l’homme a le dos tourné, par exemple, et qu’il cesse de boire quand l’homme le menace avec son bâton.
- Voici maintenant comment on peut passer un couteau à travers le cou de l’animal sans faire tomber la tête ni interrompre la communication entre la bouche et le piédestal.
- La tête et le corps forment deux pièces distinctes qui s’ajustent suivant le plan OP (fig. 1, 2 et 3). Le tubeMN est interrompu au droit de cette fente et les deux fragments du tube sont reliés par un tube plus petit ap qui entre à frottement doux dans l’intérieur de chacun d’eux; à ce petit tube a(8 sont fixées deux crémaillères o et s. Au-dessus de S et au-dessous de e on place deux segments de roues dentées n et p -mobiles autour d’axes fixés dans le corps de l’animal. Sur le tout se trouve une troisième roue, également mobile autour d’un axe fixé dans le corps de l'animal, et dont Epaisseur va en augmentant
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- LA NATURE
- du centre à la circonférence; cette roue est découpée, par trois cercles g, v et £ qui ont pour diamètres trois des côtés de l’hexagone inscrit. Elle est enfoncée dans le corps de l’animal de telle manière que la cavité circulaire qui la contient, embrasse juste quatre des côtés de l’hexagone inscrit, les deux autres côtés faisant saillie en dehors du plan OP. Dans la pièce qui forme la tète on creuse une cavité circulaire capable de contenir cette portion de roue en saillie et on lui donne un profil en forme de coin, de telle sorte que, quand une dent de la roue <7 s’y est engagée par la tranche, elle ne peut également en sortir que par la tranche.
- Supposons maintenant la roue <7 libre; engageons une de ses dents dans la cavité yjf, rapprochons la tète du corps, fixons la roue <r dans le corps à l’aide de l’axe mobile qui la traverse, introduisons un couteau dans la fente OP et voyons ce qui va se passer.
- La lame entrant dans l’entaille ij pressera sur l’une des dents et la fera descendre jusqu’à ce quelle soit dégagée et, avec elle, le couteau, mais alors la dent qui est au-dessus de l’entaille l se sera engagée à son tour et reliera la tète au corps. La lame de couteau qui se trouve maintenant au-dessous de la roue <7 va s’appuyer sur le plan incliné que montre la ligure dans le segment 7r ; en s'appuyant dessus, elle fera tourner la roue et avec elle la crémaillère 0 et le tube a[4 qui sortira du tube M et laissera un passage à la lame entre ce tube M et l’extrémité a. Mais alors la lame viendra buter contre la saillie inférieure du secteur p qui a été porté en haut par le mouvement de la crémaillère s solidaire de la crémaillère 5. En appuyant sur cette saillie la lame fera tourner le segment p en sens contraire, ramènera s vers la gauche et fera entrer de nouveau le petit tube aS dans le tube M. La communication entre M et N sera donc ainsi rétablie.
- Je n’ai jamais trouvé ailleurs que dans les Pneumatiques la description de ce système de roues dentées, bien que j’aie lu la plupart des livres qui ont trait à cet ordre d’idées ; la description de Héron est elle-même si confuse, si mutilée, la figure qui l’accompagne est tellement incomplète que les éditions latines ont toutes supprimé cet appareil comme incompréhensible. J’ai cependant vu dans ma jeunesse des prestidigitateurs passer un couteau entre une canne et son pommeau, ce qui se produisait très certainement par un mécanisme analogue dont la tradition se serait ainsi conservée oralement depuis plus de deux mille ans,
- A. de Rocius.
- LE CENTENAIRE DE LA DÉCOUVERTE
- DES AÉROSTATS
- L’Académie d'Aéroüalion météorologique a pris l’initiative d’un banquet qui a eu lieu le 18 novembre pour célébrer le centenaire de l'expérience exécutée au milieu
- de novembre 4 782 par Joseph Montgoltier'. Cette réunion était destinée à préparer la cérémonie qui aura lieu le 5 juin 1883, jour anniversaire de la première expérience aérostatique faite publiquement à Annonay.
- MM. le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers; Hervé Mangon, de l’Institut, député; Naquet,député; de Bouteiller, président du Conseil municipal; Thorel, Léopold Hugo, etc., avaient adhéré à cette réunion sans pouvoir y prendre part, par suite d’einpè-chements divers. M. Alphonse de Montgolfier, et deux de ses parents, représentaient la famille des inventeurs. MM. Perron, président de Y Académie d’Aérostation, de Montgolfier, Sagnier au nom de M. Barrai, Gaston Tis— sandier, Napoli, président de la Société française de navigation aérienne, Cottin, deFonvielle, Lartigue, directeur de la Compagnie des téléphones, Rousseau, Triboulet, Jaubert, directeur de l’observatoire du Trocadéro, etc., ont successivement pris la parole.
- Le banquet qui avait réuni plus de cent convives avait lieu dans les salons du restaurant des Patriotes, rue Saint-Marc, dont il a été si souvent question récemment à propos des débats de la Ligue des Patriotes avec la Société de gymnastique allemande.
- Ces salons étaient élégamment ornés de drapeaux et de petits aérostats gonflés. Dans l’intérieur de l un d’eux M. Gabriel Mangin a fait briller une lampe a incandescence, en donnant la représentation de signaux lumineux atmosphériques.
- Un autre banquet des aéronautes praticiens avait lieu le même jour, et réunissait plusieurs illustrations de la navigation aérienne, Eugène Godard, Jules Duruof, Camille Dartois, Gabriel Yon, et plusieurs autres praticiens.
- CHRONIQUE
- L’Observatoire du Pic-du-Midi. — Le bel établissement météorologique, créé avec tant de difficultés et de persévérance par M. le général dcNansouly sur le sommet du Pie-du-Midi et devenu propriété de l’État par un vote récent des Chambres, est aujourd’hui l’observatoire permanent le plus élevé qui existe en Europe. Vivement frappé de la pureté exceptionnelle et de la transparence de l’atmosphère qu’il y a rencontrées, le Directeur de l’Observatoire de Paris a pensé que si l’on parvenait à y installer une lunette ou un télescope d’une puissance suffisante, on pourrait y faire des observations d’astronomie physique et peut-être même des découvertes d’un très grand intérêt. 11 vient donc d’envoyer, avec l’approbation de M. le Ministre de l’Instruction publique, deux habiles astronomes de l’Observatoire de Paris, MM. Paul et Prosper Henry, qui ont reçu pour mission d’observer le passage de Vénus le 6 décembre prochain, puis d’étudier la topographie du Pic pour y trouver l’emplacement d’un petit pavillon destiné à abriter une lunette équatoriale. L’existence de l’établissement météorologique étant aujourd’hui assurée par le vote des Chambres, les astronomes qui auraient quelques études particulières ou une observation spéciale à y effectuer, pourraient donc aller s’y établir temporairement avec la certitude d’y trouver tous les moyens de travail les plus favorables et les conditions matérielles de la vie assurées. Les instruments astronomiques placés à cette hauteur acquerront une puissance
- 1 Voy. le n° 494 du 18 novembre, p. 400.
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- LA NATUKE.
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- de pénétration double peut-être de celle qu’on rencontre dans nos climats brumeux du nord de la France et dans les couches inférieures de l’atmosphère. Nul doute qu’on eût découvert depuis longtemps les satellites de Mars si cet observatoire avait existé et nous aurions aujourd’hui une étude complète de la magnifique comète qui brille au ciel depuis deux mois, tandis qu’on a pu à peine l’observer trois ou quatre fois dans des conditions médiocres sous le ciel nébuleux de Paris. Si l’on parvient a établir un bon instrument au Pic-du-Midi, il est très probable qu’on y fera des observations astronomiques d’une importance scientifique bien plus grande que les observations météorologiques pour lesquelles cet établissement a été spécialement construit; et ce serait une faute très regrettable de négliger d’utiliser une situation qui nous donnera à très peu de frais, l’observatoire le mieux situé d’Europe pour l’étude de l’astronomie physique.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 novembre 1882.
- Sous une tache d'encre. — C’est le titre d’une communication très originale de M. Ferrand, pharmacien à Lyon. 11 s’agit de procédés photographiques permettant de déchiffrer des caractères recouverts par une tache d’encre, et par conséquent d’une observation qui peut avoir des conséquences intéressantes à plusieurs points de vue. L’auteur s’est assuré que si on fait le portrait photographique d’une tache d’encre recouvrant des signes quelconques, ces signes invisibles sous la tache apparaissent souvent sur la photographie. Le fait s’explique par les qualités photographiques différentes des deux encres superposées. Dans les cas, assez nombreux, où l’apparition dont il s’agit ne se produit pas, on la provoque en traitant d’abord la tache par des réactifs qui, agissant inégalement sur les deux encres, les replace réciproquement dans les conditions favorables à la réussite de l’expérience. L’Académie parait s’intéresser vivement aux spécimens qui lui sont adressés par l’auteur.
- Étalons métriques. — 11 paraît que le Musée Maritime de Cherbourg possédait depuis le règne de Louis XV, deux étalons officiels, l’un de Yaune et l’autre du pied de roi, tous deux parfaitement authentiques et le premier accompagné de sa matrice. M. Wolf, ayant été frappé de l'intérêt scientifique de ces vénérables spécimens, le Ministre de la Marine a consenti à en faire don aux collections de l’Observatoire.
- Paléontologie rémoise. — On sait, surtout depuis les importantes discussions de Ovven et de Fowler, que dans le terrain dit de Purbeck, situé à la partie supérieure du système jurassique, il existe un petit mammifère, appelé Plagiaulax et qui présente avec le Kanguroo-rat actuel des analogies évidentes. Il y avait lieu de s’étonner que ces Marsupiaux fussent séparés l’un de l’autre par un si prodigieux laps de temps. M. le D1' Lemoine, dont nous avons déjà à plusieurs reprises signalé les persévérantes recherches paléontologiques dans les terrains des environs de Reims, fait couuaitre, par l’intermédiaire de M. Gaudry^ un animal assez commun dans les couches tertiaires du Mont-Berru et dont les caractères tiennent à la fois de ceux du Plagiaulax et de ceux du Kanguroo-rat. M. Lemoine
- en fait le Neoplagiaulax et M. Gaudry est porté à penser avec Fauteur que cet animal éocène représente l’un des chaînons de la suite de transitions qui ont fait du marsupial jurrassique, le marsupial de la faune actuelle.
- La comète — La grande comète de Cruls, observée à Alger par M. Trépied, a été dessinée avec le plus grand soin par M. Jaubert à l’Observatoire du Trocadéro. En présentant les dessins avec beaucoup d’éloges, M. Paye y signale une particularité non signalée encore et qui ne cadre avec aucune des théories cométaires proposées, ce qui la rend d’autant plus digne d’attention. 11 s’agit d’une véritable gaine opalescente dont tout l’astre errant, chevelure, noyau et queue compris, se montre entouré d’une façon tout à fait continue.
- L'aurore boréale. — Le beau phénomène qui a teint notre ciel de sa pourpre le 17 de ce mois a été l’objet d’observations attentives sur divers points de la France. M. Delagarde a reconnu à Paris, qu’au moment de l’aurore, les téléphones se sont mis d’eux-mèmes à chanter. Un autre observateur écrit de Cherbourg que les chats, animaux dont les propriétés élecbriques l’occupent depuis fort longtemps, ont annoncé l’aurore boréale par leur agitation poussée parfois au point de leur donner l’allure de bêtes enragées, — et M. Dumas entrevoit l’époque où chaque observatoire météorologique aura son chat-électroscope. De Toulouse arrivent enfin des renseignements intéressants, à cause surtout de la situation méridionale de cette station.
- Essai du sulfocarbonale de potasse. — Un chimiste récemment enlevé aux sciences appliquées, M. Gélis, avait imaginé un procédé très pratique d’analyse approximative des sulfocarbonates, que son fils a soumis récemment à de nouveaux perfectionnements. La méthode repose sur la décomposition du sel étudié par les sulfites alcalins, qui en libèrent instantanément tout le sulfure de carbone. Dans un flacon est le bi-sulfile ; on ajuste au goulot une allonge graduée, fermée par un robinet et soutenant une quantité déterminée de sulfocarbonate ; on tourne alors le robinet et on agite pour mélanger ; il n’y a plus qu’à lire le volume occupé dans l’allonge par le sulfure de carbone, qui vient surnager sur la dissolution saline.
- Varia. — M. Janettaz continue ses études sur la conductibilité thermique des roches schisteuses. — D’après M. Grellet, l’hydrogène sulfuré est souverain contre la fièvre typhoïde : on administre au malade des pilules formées par le mélange déjà imaginé par Leymeric de la limaille de fer et de la fleur de soufre. — Un nouveau chapitre de ses études chimiques sur la betterave à sucre est adressé par M. Leplay. — Grâce à l’emploi du spec-troseope, M. Dieulafait signale la lithine et la strontiane dans des eaux minérales où la présence de ces corps n’avàit pas été tout à fait démontrée. — M. Tresca communique le résultat des expériences faites sur les lampes à incandescence, lors de la dernière Exposition d'électricité. — On signale un mémoire où M. Hait, chef de l’une des missions du passage de Vénus, étudie le rapport de l’action solaire à l’action lunaire dans le phénomène des marées. — Il résulte d’une note de M. Valery-Mayet que les trois cantons de Genève, de Vaud et de Neuchâtel, sont parvenus, par la méthode de destruction radicale des ceps malades, et avec une dépense totale de 150 000 francs par an, à préserver pour 1 milliard 1/2 de vignes de l’invasion phylloxerique. — M. le Ministre de l’Instruc-
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- LA NATURE.
- tion publique fait connaître les conditions du concours au prix Volta institué par un décret du 11 juin 1882, et dont la valeur est de 50 000 francs. Ce prix, qui sera attribué 'a l’auteur du meilleur travail ayant trait à l’électricité, sera décerné en décembre 1887.
- Stanislas Meunier.
- LE VÉLOCIPÈDE SLR LES VOIES FERRÉES
- lignes voisines du lac Michigan, celles de Port-lluron, des Grands-llapides et de Paw-Pavv. Nous pourrions citer encore, d’après la Railroad Gazette, la ligne de Saint-Louis à Chicago, et celle du Sud du Canada, qui paraissent également avoir adopté cet appareil.
- Le fonctionnement du vélocipède des voies ferrées est assez clairement indiqué sur la figure, et nous n’avons guère besoin d’y insister ici. Les roues sont munies de bandages à boudins saillants qui préviennent les déviations comme sur les véhicules ordinaires de chemins de fer, les deux roues de
- droite supportent le siège, et le système tout entier se tient en équilibre en s’appuyant sur la petite roue qui suit le rail de gauche. Cette roue est maintenue, en effet, par une barre oblique qui reporte à gauche une partie de la pression et qui peut être inclinée plus ou moins à l’aide d’une vis. Le mouvement est produit par un levier que le conducteur tient à la main et qui lui sert à faire avancer une série de roues dentées qui commandent, comme on le voit, le pignon calé sur l’arbre de la roue d’arrière de droite. Le conducteur peut s’aider également d’une pédale placée à la hauteur de son pied, comme dans les vélocipèdes ordinaires. Cet instrument est très léger et peut être rejeté rapidement en dehors de la voie en cas de besoin, s’il survient un train, par exemple.
- D’autre part, l’effort à développer pour le mettre en marche est excessivement faible, puisqu’il roule sur une surface métallique sans aspérité; les journaux américains affirment qu’on peut atteindre ainsi une vitesse de 20 kilomètres à. l’heure, qui nous paraît bien un peu exagérée toutefois.
- Le constructeur de cet appareil curieux est M. G. S. Sheftield, de Trois-Rivières, à Michigan.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimeria A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- La gravure ci-dessous représente un vélocipède à trois roues destiné à circuler sur les voies ferrées.
- Il a été construit aux États-Unis, et nous avons cru intéressant de le reproduire ici, car il témoigne une fois de plus de l’esprit d’initiative pratique que les Américains savent apporter même dans les plus légers détSils. Cet appareil rend en effet de grands services à tous les agents que leurs fonctions appellent sur la voie en leur épargnant les longs parcours qu’ils seraient obligés de faire à pied sur le ballast. Tous ceux qui ont eu quelque peu à circuler sur une voie ferrée savent combien la marche est pénible dans de pareilles conditions; le pied s’en-lonce dans le sable ou heurte les traverses, si bien qu’il est souvent préférable Vélocipède américain pour le service des chemins de fer.
- de suivre continuellement le même rail en marchant sur le champignon si on peut arriver à s’v tenir en équilibre par un effort continuel ; encore faut-il renoncer à ce moyen de marche si on a quelque objet à porter, comme c’est habituellement le cas pour les ouvriers qui vont faire entre deux stations une réparation sur la voie. 11 arrive fréquemment, en effet, qu’ils doivent aller en un point déterminé remettre en état un disque qui fonctionne mal, rétablir un fil de transmission, remplacer un coussinet, un rail ou une traverse, et il leur importe alors de pouvoir se rendre aussi rapidement que possible à l’endroit désigné, avec les outils et la pièce à remplacer.
- Le vélocipède que nous signalons est déjà très répandu en Amérique, notamment sur toutes les
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- LA NATURE
- DIXIÈME ANNÉE — 1882
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des Sciences (Séances hebdomadaires de 1’), 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 208, 239, 255, 271, 287, 302, 318, 335, 351, 307, 582, 599, 415.
- Accumulateurs (Formation rapide des), 247.
- Acide carbonique (Propriété physiologique de 1’), 287.
- Acier (Compression de P), 503.
- Acier (Force coercitive de F), 527.
- Acrobates plongeurs (Les), 269.
- Adresse et la force (L’), 159.
- Aérostat le Montgolfier (Chute de F), 158.
- Aérostatiques (Curiosités), 280.
- Aérostats (Centenaire de la découverte des), 400, 414.
- Afrique équatoriale (Voyages de M. de Brazza dans F), 387.
- Age des arbres, 155.
- Agriculture aux États-Unis, 158.
- Alcool par les vessies (Concentration de F), 583.
- Algérie (Mer intérieure d’), 22, 35.
- Amérique préhistorique, 538.
- Amiante (Peinture ininflammable a F), 95.
- Ammoniaque de l’atmosphère, 567.
- Anémomètre multiplicateur de M. Bourdon, 194.
- Anémoscope électrique, 311.
- Arboretum de Segrez, 259.
- Arc voltaïque et les vapeurs (L’), 95.
- Arlequin de Cayenne (Le Grand), 341.
- Ascenseur continu de M. Frédéric Hart, 105.
- Association britannique pour l’avancement des sciences, 245.
- Association française pour l’avancement des sciences, 158, 219, 225, 241.
- Astronomie (Société d’), 207.
- Attractions et répulsions produites par les vibrations sonores, travaux de M. Stroli, 87.
- Aurore boréale aux États-Unis, 31.
- Aurore boréale du 2 et du 17 octobre 1882, 506, 319, 415.
- Aurores boréales pendant l’expédition de la Véga, 152.
- Auscultation des arbres, 270.
- Automate joueur d’échecs, 395.
- Automne (L’), 264.
- B
- Bagues magiques (Les), 32.
- Bain de sélénium (Un nouveau), 51.
- Balance d’induction aux recherches sous-marines (Application de la), 154.
- Balfour, 190.
- Bases pyridiques, 176.
- Bateau électrique expérimenté sur lq Tamise, 321.
- Bec de gaz à incandescence de M. C. Cla-mond, 177.
- Becquerel (Inauguration de la statue de), 286, 287.
- Becs de gaz intensifs, 125.
- Beurre en France (Le lait et le), 571.
- Bibliographie, 74, lia*, 150, 162, 167, 202, 258, 282, 290, 326, 338, 354, 371, 385.
- Binocle à queue (Le), 234.
- Blanchiment par l’éleetrolyse, 95.
- Blanchissage à vapeur (Le), 127.
- Bordeaux (Exposition de), 167.
- Boubieda (Le), 113.
- Brazza à la Sorbonne (M. de), 78,
- Breguet (Antoine), 102.
- Brevets en Angleterre, 259.
- Briot (Albert), 286.
- C
- Cadran solaire (Un nouveau), 16. Café (Consommation du), 58. Calcaire des eaux, 143.
- Canal maritime de Malacea, 309. '
- 27
- année. — 2° semestre
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Canine (Exposition), 47.
- Cannes en papier, 128.
- Canons de cent tonnes (Les), 86.
- Cap Horn (La mission du), 32.
- Caverne aurifère du Japon, 47.
- Caves naturelles de Roquefort, .123.
- Chaleur du soleil (Utilisation de la), 193.
- Charbons pour la lumière électrique (Préparation des), 126.
- Chaudière Du Temple, 244.
- Chemin de fer circulaire au mont Etna, 366.
- Chemin de fer de la Réunion, 282.
- Chemin de 1er métropolitain de Berlin, 219.
- Chemin de fer métropolitain de Paris, 293.
- Chemins de fer (Accidents de), 385.
- Chemins de fer (Bois consommé par les), 266.
- Chemins de fer aux États-Unis, 323.
- Chirurgicale (Leçons de clinique), 303.
- Cialdi (Le commandant), 246.
- Cliff-Dwellers (Les), 339.
- Comète (La), 287, 504, 517, 535, 553, 370, 399,'407, 415.
- Compression (Soudure par), 46.
- Condensateurs parlants, 43.
- Conductibilité électrique du verre, 159.
- Conférences internationales des électriciens à Paris, 407.
- Contrôleur d’aiguilles de M. Lartigue, 411.
- Congrès d’hygiène de Genève, 255.
- Cratères de la lune (Formation des), 271.
- Crevaux (Dr)r 78, 305.
- Crocodiles (Une photographie de), 328.
- Cuirassé anglais l'inflexible, 55.
- Cuivre (Une nouvelle application du), 382.
- Cytise (Empoisonnement par la), 47.
- D
- Darwin (Correspondance de), 54.
- Darwin (Rôle de), 150.
- Décapité buvant (Le), 415.
- Décapités parlants (Les), 379.
- Dénitrification, 583.
- Déraillement de lîugstetten, 385.
- Desor (Édouard), 31.
- Diamants jaunes (Décoloration des), 367.
- Diluvium rhénan (Découvertes dans le),
- 6.
- Distribution de force motrice, 19.
- Dunes de sable du Sahaia (Les grandes), 1, 82.
- Dynamite (Explosions sous-marines par la), 377.
- Dynamite (Rupture de la fonte par la), 239.
- Dynamo-électriqüe (Nouvelle machine), 318.
- E
- Eau chaude (Moyeu' pratique d’avoir de 1’), 378, •
- Eau oxygénée, 95.
- Eau oxygénée (Blanchiment pari’), 103.
- Eau oxygénée sur les matières organiques (Action de P), 15,
- Eaux d’égout à Liège (Utilisation des), 226.
- Eaux de Lille (Impureté des), 139.
- Échecs (Automate joueur d’), 395.
- Eclairage à Paris, 289, 358.
- Éclairage des voitures des trains par l’électricitê, 79.
- Eclairage électrique, 7.
- Éclairage électrique (Dangers de 1’), 122, 179.
- Éclairage électrique du Comptoir d’Es-compte de Paris, 171.
- Éclairage électrique du théâtre des Variétés, 267.
- Éclipse de 1883, 389.
- Éclipse totale de Soleil du 17 mai 1882, 15, 50, 63.
- Ecliptique (U) (nouveau moteur de M. Ja-blochkoff), 525.
- Ecluses et canaux (Appareil dcM. de Culi-gny pour), 210
- Élasticité des gaz, 175.
- Électricité (Accident causé par P), 46.
- Électricité (Conférence sur 1’), 62.
- Électricité (Force transportée par P),
- 11.
- Électricité statique (Expérience d’), 531.
- Électrique (Éclairage), 7.
- Électro-chimie (Les Progrès de 1’), 74, 118.
- Électrogènes (Bougies et briquettes), 291.
- Encre (Sur une tache d’encre), 414.
- Encre sympathique (Nouvelle), 286.
- Éphémères (Les), 234.
- Équilibristcs (Les), 295.
- Étalons métriques, 415.
- États-Unis (Émigration aux), 126.
- Été (L’), 72.
- Ethnographie du Trocadéro (Musée d’), 24, 215.
- Ethnographiques de l’Asie centrale (Objets), 92.
- Explosion (Curieux exemple d’), 566.
- Exposition Canine, 47, 77.
- Exposition de Bordeaux en 1882, 167.
- Exposition de gaz et d’électricité à Londres, 158.
- Exposition d’électricité au Palais de Cristal, 14.
- Exposition d’électricité (Une nouvelle), 207.
- Exposition de l’Union Centrale, 190.
- Exposition de Moscou en 1882, 179.
- Exposition d’horticulture, 15, 40.
- Exposition flottante, 15.
- Exposition internationale de Buenos-Ayres, 222.
- Exposition scolaire au Trocadéro, 62.
- Y
- Falsification du lait, 222.
- Favre (Louis), 345.
- Fécondation croisée, 135.
- Femmes à trois têtes (Les), 257.
- Fer météorique de Pallas (Histoire du), 399.
- Fermentation butyrique provoquée par la terre arable, 394.
- Ferments et maladies, 17.
- Fièvre intermittente (Influence des locomotives sur la), 47.
- Fièvre typhoïde à Paris (La), 585.
- Flore parisienne, 319.
- Fontaine météorologique et métrique, 96.
- Force moléculaire (Explosion d’un navire par la), 127.
- Force motrice à domicile (Distribution de), 19.
- Force (Transport de la), 302, 328.
- Forêts en Californie (Exploitation des), 303.
- Foudroyant, navire cuirassé français {Le), 94.
- Fourmis (Intelligence des), 111.
- Fusil à répétition Mauser, 239.
- G
- Galibis du Jardin d’Acclimatation, 182. Gallinacés (Type peu connu de l’ordre des), 275.
- Garance (Matière colorante de la), 552. Girouette (Une nouvelle), 240.
- Glace en Amérique (Exploitation de la), 565
- Glace (Machine à), 80 Glaciers de la Laponie, 139.
- II
- Hiver 1879-1880, 287.
- Homme soulevé par les doigts, 206. Horaire universel (Système), 262. Horloge à moteur hydro-pneumatique, 147.
- Horticulture (Exposition de la Société d’), 13, 40.
- Houillères (Nouvelles ressources), 111. Huile et les tempêtes, 134, 367. Hydraulique (Distribution de force), 142.
- Hydro-diapason, 302.
- Hydrogène (Appareil de laboratoire pour F), 218.
- Hydrogène phosphore (Hydrate d’), 111.
- I
- Indicateur de niveau, 26.
- Inertie (Expérience sur le principe de F), 206.
- Inflexible, cuirassé anglais, 55. Inondations en Italie, 286.
- Injecteur Giffard, 65.
- Iridium (Composé de F), 48.
- Isanémones d’été, 337.
- Isthme de Panama (Percement de F), 51, 98, 129, 198, 227.
- J
- Jabiru du Sénégal (Le), 97.
- Jardin des Plantes de Paris, reproduit
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- AI 9
- par la photographie (Le), 145, 181. Jeannette (La) 94.
- Jumelle de poche (Nouvelle), 268.
- K
- Kamtchatka (Mammifères du), 213.
- L
- Liiknml (Inauguration de la statue de), 286, 401.
- Lait d’ânesses, 209.
- Lampe électrique de M. Mondos, 191. Lampe électrique de M. Reynier, 223. Leclanclié (Georges), 258.
- Leçons de choses, 287.
- Lesseps (Une lettre de M. F. de), 406. Léthargique de Beaujon (La), 174. Lignites de Dixmont, 563.
- Liouville (Joseph), 246, 255.
- Locomotion animale (La), 95. Locomotive système Coltrau, 314. Locomotives à air comprimé, 53. Lumière électrique à Bruxelles, 146. Lumière électrique par incandescence, 102.
- Lumière électrique par incandescence à New-York, 298.
- Lumières diversement colorées (Comparaison des), 327.
- Lune artificielle, 143.
- M
- Machine dynamo-électrique à courants alternatifs de M. J.E. 11. Gordon,569, 410.
- Magnétiques et tremblements de terre en Chine (Perturbations), 70.
- Magnéto-parleur, 194.
- Maison de quatorze étages à Londres, 76.
- Maisons du quinzième siècle à Chartres, 352.
- Malacca (Canal maritime de), 309.
- Manganèse et résistance du fer, 271.
- Mantes (Oolhèques des), 59.
- Marié, 247.
- Marmite américaine, 208.
- Marteau-pilon électrique de M. Marcel Deprez, 133.
- Médaille de M. Pasteur, 123.
- Mer intérieure d'Algérie, 22, 55.
- Métaux (Vaporisation des), 143.
- Météorite d’Esthewille, 63.
- Météorologie nautique, 337.
- Météorologiques du Comptoir d’Escompte de Paris (Appareils), 311.
- Métriques (Prototypes), 319.
- Microbe des nitrates, 318.
- Microbe du charbon symptomatique, 143.
- Micrométrique deM. Perreaux (Machine), 375.
- Mines ((Appareil pour la descente dans les), 285.
- Momie d’une guêpe, 379.
- Monckhovcn (Van), 299.
- Monstre double (Un), 523.
- Montre en fer (Une), 575.
- Moteur électrique JablothkoT, 525. Moteur rotatif à grande vitesse de M. Hodson, 117.
- Moteur simplex, 556.
- Mouvement perpétuel de Bernouilli, 171.
- N
- Naphte en Russie (Le), 278.
- Navigation électrique (La), 52!.
- Nickel (Monnaies de), 270.
- Nids d’oiseaux, 270.
- Nitrates par la terre arable (Réduction des), 335.
- Nourricerie d’enfants au lait d’ânesse, 209.
- 0
- Observations à la mer par les navires de commerce, 179.
- Observatoire du Pic du Midi, 248, 414. Observatoire magnétique en Sibérie. 191.
- Ogôoué (Mission de l’),387.
- Oothèques des Mantes, 59.
- Orages du 11 octobre 1882, 327, 555. Orgues hydrauliques, 188.
- P
- Paille (Bois de), 318,
- Paléontologie parisienne, 79. Paléontologie rémoise, 415.
- Palmieri, 598.
- Panama (Percement de l’isthme de), 51, 98, 129,198, 227.
- Parasites de la mouche, 555. Paratonnerre (Nouveau) 128.
- Perforateur du tunnel sous la Manche, 166.
- Phénakisticope de projection, 64. Photographie astronomique, 111. Photographie du mouvement (La), 115. Photographie instantanée, 256. Photographie instantanée (Appareil de), 49.
- Photographies magiques, 48.
- Phylloxéra, 16.
- Physique sans appareils, 94, 112, 338. Pile au bichromate de M. J. Higgins, 278.
- Pile de sir W. Thomson, 315. Pilocarpine et la rage, 58.
- Plans inclinés de Santos au Brésil, 359. Plantamour, 255.
- Plantes (Variations morphologiques d’un type de plantes), 155, 205, 299. Plagioscope (Le), 319.
- Platine et le silicium (Le), 79. Pluviomètre électrique, 311. Pneumatique (Horloge à moteur hydro-), 147.
- Poids et mesures (Comité international des), 354.
- Population dans le département de la Seine (Accroissement de la), 307. Praxinoscope à projection, 357. Préhistoriques dans le diluvium rhénan (Découvertes), 6.
- Puceron de la vigne (Le), 31.
- R
- Rage (La pilocarpine et la), 58.
- Ramie (Fraudes de la), 190.
- Récréation mathématique, 120. Récréations scientifiques, 176. Régulateur de température, 81. Régulateurs automatiques de chauffage, 564.
- Rosier de Charlemagne (Le), 79.
- Roue paradoxe (La), 119.
- Roues d’une voiture et la photographie (Les), 19. .
- Rubéfaction naturelle de l’eau, 107.
- S
- Sac-pupitre du sous-officier, 405.
- Sang (Coagulation du), 382.
- Sardine (Pêche de la), 15.
- Sauvetage des naufragés (Le), 230. Scolopendre géante (La), 120.
- Serres du Jardin botanique de Glascow (Les), 572.
- Sismomètre chinois (Ancien), 398. Solaire deM. Siemens (Théorie), 367,382. Souris mécanique à 15 centimes, 368. Spectres lumineux, 248.
- Stalactites en Sardaigne (Grotte de), 299. Suicidés qui se jettent des monuments élevés (A propos des), 554, 378 Sulfocarbonate de potasse (Essai du), 415. Syllabaire Vei, 38.
- Synthèse des minéraux, 65.
- T
- Tampons de wagons de chemins de fer, 566.
- Tannin (Dosage du), 143.
- Télégraphe de Bourse (Le), 257, 274.
- Téléphonie à grande distance, 31.
- Téléphonique de Van Rysselberghe (Système), Cl.
- Téléphoniques (Amplitude des vibra-
- - tions),207.
- Teredo Fuchsii (Le),29.
- Terre arable (Fermentation butyrique provoquée par la), 394.
- Tertiaires deBelgiquc (Terrains), 65.
- Thermochimie (Les lois de Berthollcl et la), 79.
- Tissus et bois ininflammables, 10.
- Tissus végétaux (Génération des), 16.
- Topographie (Société de), 582.
- Tornados aux États-Unis, 535.
- Torpilles de Boyardville (École des),562.
- Torpilleur (Une excursion en bateau), 362.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Torpilleurs russes (Nouveaux), 18. Transfusion du sang, 45.
- Transmetteur radiophonique, 555. Transmission du travail à grande distance, 328.
- Transport des grandes masses, 347. Tremblement de terre de Panama, 358, 383.
- Tremblements de terre en Chine, 70. Trichine (Le froid contre la), 127. Tricycle à vapeur de M. L. G. Terreaux, 161.
- Tunnel de l’Hudson (La rupture du), 285.
- Tunnel sous la Manche, 64, 103.
- U
- Unité de méridien, 142. Unités de lumière (Les), 110.
- Y
- Vagues calmées (Les), 154.
- Vélocipède à vapeur de sir Thomas Parkvns, et de M. L. G. Perrcaux, 144, 161.“
- Vélocipède sur les voies ferrées, 416.
- Ventilation du tunnel de Saint-Louis, 127.
- Vénus (Le passage de), 47, 142, 302, 335, 351.
- Verres de lampe (Casse des), 566.
- Verres de montre (Fabrication des), 330.
- Vers de terre dans la nature (Rôle des), 207.
- Vers de terre (Constructions turriformes des), 351.
- Verte (Danger des pains de couleur), 63.
- Viande (Conservation de la), 54.
- Viandes de porc (Importation des), 78.
- Vidange pneumatique, 135.
- Vigne extraordinaire, 404.
- Yignemale dans les Pyrénées (L’abri du), 502.
- Ville gallo-romaine (Découverte d’une), 518, 355.
- Vin (Composition du), 111, 159.
- Vin de betterave (Le), 62.
- Volant de 49 000 kilogrammes, 551. Volcanique de l’Etna (Phénomènes), 65. Volcans de l’îlc llavaï, 250.
- w
- Wagon anglais (Nouveau), 287. Wœlher, 303.
- Z
- Zèbre de Grévy, 12.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Acart. — La pilocarpine et la rage, 58. — Nourricerie déniants au lait d’ânesse, 209.
- Bachelart. — L’âge des arbres et les cercles concentriques des troncs, 155.
- Bâclé (L.). — Les locomotives à air comprimé sur les chemins de fer aériens de New-York, 53. — Appareil de M. de Caligny pour la traversée des écluses et canaux, 210. — Chemin de 1er métropolitain de Berlin, 219. — Le chemin de fer métropolitain de Paris, 293. — Locomotive système Cotlrau pour la traversée des fortes rampes, 314. — Les plans inclinés de Santos, au Brésil, 359. — Accidents de chemins de fer. Le déraillement de Hugsletten, près Fribourg, 385.
- Barrault (Émile). — Histoire d’une grande invention. L’injec-teur Giffard, 65.
- Bergeron (Jcles). — Formation des cratères delà lune, 271.
- Bert (Paul). — Un monstre double, 323.
- Bertillon (J.). — Le musée d’Ethnographie du Trocadéro, 24, 215.
- Bontemps (G.). — A propos des suicidés qui se jettent des monuments élevés, 354.
- Bouju (A.). — La momie d’une guêpe, 379.
- Brault (L.). — Météorologie nautique. Les isanémones d’été dans l’Atlantique Nord, 337.
- Brazza (P. de). — Voyages d’exploration dans l’Afrique équatoriale. Mission de l’Ogôoué, 387.
- Brongniart (Ch.). —Oothèques des Mantes, 59.
- Candèze (Dr). — Appareil de photographie instantanée, 49.
- Capus (G.).— Objets ethnographiques de l’Asie centrale, 92.
- Caiiiven (J.). — Sur la fabrication des cannes en papier, 128.
- Cartaz (Dr A.). — La léthargique de Beaujon, 174.
- Clémandot (L.) — La force coercitive de l’acier rendue permanente par la compression, 327.
- Colin (Alfred). — Système horaire universel, 262.
- Dechevrens (Marc). — Perturbations magnétiques et tremblements de terre en Chine, 70.
- Dehérain (P. P.). — La fermentation butyrique provoquée par terre arable, 394,
- Delahaye (Pii.). — La lumière électrique par incandescence à New-York, 298.
- Delaiiodde (V.). — Aurore boréale du 2 octobre 1882, 506.
- Depisez (Marcel). — Transmission du travail à grande distance sur une ligne télégraphique ordinaire, 328.
- Dumas (J.-B.). — Le Comité international des poids et mesures, 534.
- Durand-Claye (A.). — Accroissement delà population dans le département de la Seine, 507.
- Duval (Raoul). — Le perforateur du tunnel de la Manche, 166
- Dyrowski (Dr). — Les mammifères du Kamtchatka, 213.
- Enguelmayer (Pierre). — Nouveau transmetteur radiophonique, 355.
- Fougerat. — Mouvement perpétuel de Bernouilli, 171.
- Gadeau de Kerville (IL). — La scolopendre géante, 120.
- Gaiuel (C. M.). — Le Congrès international d’hygiène de Genève, 255.
- Gaudry (Aluert). — Le rôle de Darwin considéré au point de vue de la paléontologie, 150.
- Giraud (Maurice). — Les Éphémères et le Binocle à queue, 234. — Le Grand Arlequin de Cayenne, 341.
- Girard de Rialle. — Les Galibis du Jardin d’Acclimatation de Paris, 182.
- Goarant de Trohelin (Le). — Curieuse expérience faite avec do l’eau, une bougie et un morceau de savon, 94.
- Gossin (E.). — A propos des suicidés qui se jettent des monuments élevés, 378.
- Hélène (Maxime). — La mer intérieure d’Algérie, 22, 35. — Le percement de l’isthme de Panama, 51, 98,129,198, 227. — Le canal maritime de Malacca, 309. — Louis Favre, entrepreneur du grand tunnel du Saint-Gothard, 343. — Les explosions sous-marines par la dynamite, 377,
- Hoffmann (A.). — L’Exposition de Moscou en 1882, 179.
- Hospitalier (E.). — Condensateurs parlants et postes microtéléphoniques de M. A. Dunand, 43. — Système téléphonique de M. Van Rysselberglie, 61. — L’électricité domestique. Les téléphones, 70. — Attractions et répulsions
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- m
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- produites par les vibrations sonores. Travaux de M. Stroh, 87. — Les becs à gaz intensifs de la place du Palais-Royal, à .Paris, 125. — L’éclairage électrique du Comptoir d’Es-compte de Paris, 171. — Bec de gaz à incandescence de M. C. Clamond, 177. — Nouvelle lampe électrique de M. E. Reynier, 223. —Le télégraphe de Bourse « Exchange telegraph Company » de Londres, 257, 274. — Georges Leclanché, 258. — Pile au bichromate de M. .1. Iliggins, 278. — Bougies et briquettes électrogènes de M. le I)' Brard, de La Rochelle, 291. — L'Ecliptique, nouveau moteur électrique de M. Paul Jablocbkoff, 325. — Nouvelle machine dynamo-électrique de M. J. E. H. Gordon, 369, 410.
- Jardu (D.). — Nouvelle jumelle de poche, 268.
- Joly (C ). — Les serres du Jardin botanique de Glascow, 372.
- Joyeux (E.). — Le plagioscope. Projet d’un appareil récréatif produisant l’illusion du renversement, 519.
- Juillerat (P.). —Le Jabiru du Sénégal, 97.
- Kerlus (S.). — La science foraine : les femmes à trois tètes, 237 ; les acrobates plongeurs, 269 ; les équilibrâtes, 295 ; les décapités parlants, 379.
- Lataste (Fernand). — Le Boubieda (Pachyuromys Dupresi),
- 113.
- Lucien (A.). — Expériences sur le principe de l’inertie, 206.
- Lesseps (F. de). — Une lettre à M. Maxime Hélène, 406.
- Mangon (Hervé). — L’Arboretum de Scgrez. Travaux de M. Lavallée, 259. — Paroles prononcées à l’inauguration de la statue deLakanal, 401.
- Marey (E. J.). — La photographie du mouvement, 115.
- Meunier (Stanislas). — Académie des Sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires, 15, 31, 47,63,79,95,111, 127, 142, 159, 175, 191, 208, 222, 239, 255, 271, 287, 302, 318, 535, 351, 567, 382, 399, 415. — Le tunnel sous la Manche, 163. — Les lignites de Dixmont, 363.
- Mieg. — Découvertes préhisloriques dans le diluvium rhénan en Alsace, 7.
- Moureaux (Th.). — Une nouvelle girouette, 240.
- Nadaillac (JI‘* de). — Les Cliff-Dwellers, 339.
- Niaudet (A.). — Les vagues calmées, 134. — Appareil pour la descente des hommes dans les mines, 283.
- Nicolas (D1' Ad.). — Le syllabaire Vei, 38.
- Nordenskïold (A. E.). — Observations de l’aurore boréale faites pendant l’expédition de la Vega en 1879.
- Olivier (Louis). — La rubéfaction naturellede l’eau, 106.
- Oustalet (E.). — Une nouvelle espèce de zèbre. Le zèbre de Grévy, 12. — Description d’un type peu connu de l’ordre des Gallinacés, 273.
- Péraux (E.). — Nouveau cadran solaire, 16.
- Plrrier (Edmond). — Paroles prononcées à l’inauguration de la statue de Lakanal, 402.
- Put (L.). — L’éclipse de soleil du 17 mai 1882, à Bagdad, 50,
- R. (L.). — L’Inflexible, cuirassé anglais, 53.
- Rabot (Charles). — Glaciers delà Laponie, 139.
- Regnard (Lr I'.). — Régulateur de température fonctionnant sans le secours du gaz d’éclairage, 81.
- Rejiy (J.). — A propos des suicidés qui se jettent des monuments élevés, 379.
- Rochas (A. de). — Les orgues hydrauliques, 188. — La prononciation des noms de lieux, 278. — Le transport des grandes masses, 347.— L’automate joueur d’échecs, 595.— Le décapité buvant, 415.
- Rolland (G.). — Les grandes dunes de sable du Sahara, 1, 82.
- Saporta (G. de). — Les variations morphologiques d’un tvpe de plantes, 155, 203, 299.
- Saunier (C.). — Fabrication des verres de montres, 350
- Sorel (Emile). — Les orages des 11 et 23 octobre observés au Havre, 555.
- Tiiollon et Gouy. — La grande comète (Cruls). Observations spectroscopiques, 353.
- Thompson (Sylvanus P.). — La navigation électrique, 521.
- Tissandier (Gaston). — Illusion d’optique. Les bagues magiques, 52. — Une maison de quatorze étages à Londres, 76.
- — Fontaine météorologique et métrique, 96. — Antoine Breguet, 102. — La lumière électrique par incandescence et les accumulateurs, 102. — La physique sans appareils, 112, 336, —La vidange pneumatique. Procédé de M. J. B. Berlier, 135. — L’Exposition de Bordeaux en 1882, 167.
- — Moyen de faire apparaître une image par l’insufflation de l’haleine, 176. — Utilisation de la chaleur du soleil; imprimerie solaire, 193. — Anémomètre multiplicateur de M. Eug. Bourdon, 194. — Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de La Rochelle, 225, 241. — Le sauvetage des naufragés, 230. — Curiosités aérostatiques, 280. — Leçons de choses, 287. — Appareils météorologiques du Comptoir d’Escompte de Paris. Pluviomètre et anémo-scope électriques, 311. — Le praxinoseope à projections, 357. — Une excursion en bateau torpilleur; visite à LÉcole des Torpilles de Bovardville (ile d'Oléron), 362. — Le centenaire de la découverte des aérostats, 400.
- Tissandier (Albert).— L’Observatoire du Pic du Midi. Spectres lumineux, 248.
- Tranchant. — Découverte d’une ville gallo-romaine, 355.
- Vassel (Eusèbe). — Le Teredo Fuehsii, 29.
- Vélain (Cii.). — Volcans de l’ile llavaï. Etude des laves, 250.
- — Tremblement de terre dans les Vosges, 266.
- Vignes (E.). —Tissus et bois ininflammables, 10.—Le bois consommé par les chemins de fer, 266.
- Widemann (C.). — Nouvelle encre sympathique, 286.
- Z... (Ur). — Ferments et maladies, 17. —Transfusion directe du sang vivant, 45. — L’éclairage à Paris, 289. — Une souris mécanique à 15 centimes, 568.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. tes articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- L’éclipsc de soleil du 17 niai 1882 à Bagdad (L. I’iat) .
- Système horaire universel (Alfred Colin).............
- Formation des cratères de la lune (Jules Bergeron). . . La nouvelle comète, observée en septembre 1882 . . . La grande comète (Croîs), observations spectroscopiques
- (Thollon et Gouy).............................
- Recherche des comètes................................
- La grande comète de 1882...................... 408,
- Le passage de Vénus.................. 47, 143, 335,
- l/éclipse du 17 mai 1882.............................
- Unité de méridien....................................
- Société d’Astronomie.................................
- La comète............................ 287, 29!), 302,
- La prochain passage de Vénus.........................
- Théorie solaire de M. Siemens. — L’espace interstellaire ........................................ 367,
- L’éclipse de 1883....................................
- Observatoire du Pic du Midi..........................
- 51
- 262
- 271
- 317
- 353
- 370
- 415
- 351
- 63
- 143
- 207
- 415
- 502
- 382
- 399
- 414
- Physique.
- L’éclairage électrique des voies publiques. Holborn. La place du Carrousel. Projet pour la Nouvelle-Orléans. 7 Exposition internationale d’électricité au Palais de Cristal
- à Londres............................................ 14
- Nouveau cadran solaire (Ë. Péraux)...................... 16
- Les roues d’une voiture et la photographie (L. L.). . . 19
- Illusion d’optique. Les bagues magiques (G. T.).... 32
- Condensateurs parlants et postes micro-téléphoniques de
- de M. A. Dunand (E. H.).......................... 43
- Les photographies magiques. Développement d’images
- par la fumée de tabac................................ 48
- Appareil de photographie instantanée (Dr Candèze) ... 49
- Système téléphonique de M. Yan Rysselberghe (E. Hospitalier) ................................................ 61
- Phénakisticopa de projection.............................. 64
- L’électricité domestique. Les téléphones (E. Hospitalier). 70 Régulateur de température fonctionnant sans le secours
- du gaz d'éclairage (Dr P. Regnard)...................... 81
- Attractions et répulsions produites par les vibrations sonore». Travaux de M. Stroh (E. Hospitalier) .... 87
- Physique sans appareil (Le Goarand de Tromelin). ... 94
- La lumière électrique par incandescence et les accumulateurs (G. Tissandier)...................................102
- Physique sans appareils (G. Tissandier) . . . 112, 336
- La pnotographie du mouvement (E. J. Marey).................115
- Les dangers de l’éclairage électrique......................122
- Marteau-pilon électrique de M. Marcel Deprcz...............133
- La lumière électrique au bureau téléphonique de Bruxelles-Nord .................................................146
- Horloge à moteur hydro-pneumatique de M. Bourdon. 147 Application de la balance d’induction aux recherches
- sous-marines...........................................154
- L’éclairage électrique du Comptoir d’Ëscompte de Paris
- (E. Hospitalier)...................................... 171
- Bec de gaz à incandescence de M. C. Glamcnd (E. Hospitalier).................................................177
- L’accident des Tuileries et les dangers de l’éclairage
- électrique.............................................179
- Les orgues hydrauliques (A. de Rochas)....................189
- Lampe électrique de M. R. Mondos..........................191
- Le magnéto-parleur....................................... 194
- Anémomètre multiplicateur de M. Eug. Bourdon (G. Tissandier) . . ........................................... 194
- Un homme soulevé par les doigts (A. R.)...................206
- Expériences sur le principe de l’inertie (A. Lucien). . . 206
- Marmite américaine........................................208
- Nouvelle lampe électrique de M. E. Reynier................223
- La science foraine : les femmes à trois tètes ; les acrobates plongeurs ; les équilibrâtes ; les décapités parlants (S. Kerlus)...................... 237, 269, 295, 379
- Formation rapide des accumulateurs à lame de plomb,
- par M. Gaston Planté...................................247
- Photographie instantanée. Reproduction d’un saut périlleux. .................................................256
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Le télégraphe de Bourse « Exchange Telegraph Company » de Londres (E. Hospitalier)............. 257,
- L’éclairage électrique du théâtre des Variétés à Paris. .
- Nouvelle jumelle de poche (l). Jardu)................
- Pile au bichromate, de M. J. Iliggins (E. Hospitalier). . Bougies et briquettes électrogènes de II. le D1' Brard, de
- La Rochelle (E. Hospitalier)......................
- La lumière électrique par incandescence à New-\ork
- (Pu. Delaiiaye)...................................
- Pile de sir W. Thomson...............................
- La navigation électrique (Sylvanus P. Thompson) .... L'Ecliptique, nouveau moteur électrique de M. Paul
- Jablochkoff.......................................
- Comparaison des lumières diversement colorées ....
- La force coercitive de l’acier (L. Clémandot)........
- Le Comité international des poids et mesures (J. B.
- Dumas)............................................
- Nouveau transmetteur radiophonique (Pierre Enguel-
- MAYEIl)...........................................
- Le praxinoscope à projection (G. Tissandier).........
- Nouvelle machine dynamo-électrique à corn ants alternatifs de M. J. E. H. Gordon (E. Hospitalier). . . 369, Sur un moyen pratique d’avoir de l’c.iu chaude le matin.
- Le décapité buvant (A. de Rochas)....................
- Téléphonie à grande distance.........................
- Réflecteur de lumière électrique.....................
- Accident causé par l'électricité.....................
- Conférence sur Vélectricité..........................
- L’arc voltaïque et les vapeurs.....................
- Les unités de lumière................................
- Photographie astronomique............................
- Nouveau paratonnerre.................................
- Conductibilité électrique du verre...................
- Elasticité des gai...................................
- Amplitude des vibrations téléphoniques...............
- Nouvelle pile........................................
- Hydro-diapason................. .....................
- Compression de l’acier...............................
- Nouvelle machine dynamo-électrique désir W. Thomson et M. Ferranti...................................
- Les prototypes métriques.............................
- Etalons métriques....................................
- Sur une tache d’encre................................
- Chimie.
- Tissus et bois ininflammables (E. Vignes)............
- Conservation de la viande............~ * *
- Les progrès de l’électro-chimie. Galvanoplastie^’récipi-
- tation des métaux. Électro-métallurgie......74,
- Petite machine à glace, système Raoul Pictet.........
- Blanchiment par l’eau oxygénée.......................
- Préparation des charbons pour la lumière électrique . . Récréations scientifique^. Moyen de faire apparaître une
- image par l’insufflation de l’haleine (G. T.).....
- Appareil de laboratoire pour la production de l’hydrogène, de l’acide carbonique et de l’hydrogène sulfuré.
- Utilisation des eaux d’égout à Liège.................
- Nouvelle encre sympathique (C. Widemann). ..... La fermentation butyrique provoquée par la terre
- arable. (P. P. Dehérain)..........................
- Action de l’eau oxygénée sur les matières organiques
- Un nouveau bain (sélénium)...........................
- Composé d’iridium....................................
- Synthèse des minéraux et des roches..................
- Le platine et le silicium............................
- Les lois de Berthollet et la thermochimie .....
- Blanchiment par l'électrolyse........................
- Peinture ininflammable à l’amiante...................
- Eau oxygénée. Ses vertus antiseptiques...............
- Hydrate d’hydrogène phosphore’.......................
- Composition du vin...................................
- Dosage du tannin................................ • • •
- Le calcaire des eaux.................................143
- Vaporisation des métaux............................. 143
- Composition des vins.................................459
- Les bases pyridiques.................................176
- Falsification du lait............. . ..........222
- Influence du manganèse sur la résistance du fer . . 271
- Réduction des nitrates par la terre arable...........335
- Matières colorantes de la garance....................552
- Curieux exemples d’explosion.........................366
- Cause de la casse fréquente des verres de lampe . . 366
- La décoloration des diamants jaunes..................367
- L’ammoniaque de Vatmosphère......................... 367
- Une nouvelle application du cuivre...................382
- Dénitrification......................................585
- Concentration de l’alcool par les vessies............383
- Essai du su/focarbonate de potasse . ....... 415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Les grandes dunes de sable du Sahara (G. Roland). . 1, 82
- Perturbations magnétiques et tremblements de terre
- en Chine (M. Dechevrens)............................... 70
- Fontaine météorologique et métrique (G. T.)............. 96
- Les caves naturelles de Roquefort (Aveyron)...............123
- Les glaciers de la Laponie (Charles Rabot)..............159
- Observations de l’aurore boréale faites par l’expédition
- de la Véga en 1879 (A. E. Nohdenskïold)..............152
- Observations à la mer par les navires de commerce. . . 179
- Une nouvelle girouette (Th. Moureaux).....................249
- L’Observatoire du Pic du Midi. Spectres lumineux (Albert Tissandier).........................................248
- Volcans de l’ile Havaï. Etude des laves (Ch. Vélain). . 250
- Tremblement de terre dans les Vosges (C11. Vélain). , . 266
- Formation des cratères de la lune (Jules Bergeron) . , 271
- Le naphte en Russie.......................................279
- Grotte de stalactites en Sardaigne........................299
- Aurore boréale du 2 octobre 1882 (Delahodde ; C. D.;
- Appareils météorologiques du Comptoir d’Escompte de Paris. Pluviomètre et anémoscopc électriques (G. T.). 314
- Les orages du 11 octobre 1882 ...................... 327
- Météorologie nautique. Les isanémoncs d’été dans l’Atlantique nord (L. Brault).............................337
- Les orages des 11 et 25 octobre, observés au Havre
- (Émile Sorel fils)................................355
- Le tremblement de terre de Panama du 6-7 septembre
- 1882 ....................................... 558, 583
- Les lignites de Dixmont (Stanislas Meunier)..........363
- Aurore boréale aux États-Unis........................ 31
- Caverne aurifère au Japon............................ 47
- Phénomènes volcaniques de l’Etna..................... 63
- Les terrains tertiaires de Belgique.................. 63
- La météorite d’Esthewille......................... . 63
- Nouvelles ressources houillères.................. . 111
- Observatoire météorologique et magnétique en Sibérie 190
- Les inondations en Italie........................ . 286
- L’hiver 1879-1880 ...................................287
- Les tornados aux Etats-Unis..........................335
- Théorie solaire de M. Siemens. L’espace interstellaire......................................... 367, 582
- Ancien sismomitre chinois............................398
- Histoire géologique du fer météorique de Pallas . . 399
- Aurore boréale...................................... 415
- Observatoire du Pic du Midi..........................414
- Science» naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Une nouvelle espèce de zèbre. Le zèbre de Grévy (Equus
- Grevyi) (E. Oustalet)............................ 12
- Le Teredo[Fuchsi (E. Yassel)......................... 29
- 274
- 267
- 268
- 278
- 291
- 298
- 315
- 321
- 325
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- 527
- 334
- 555
- 357
- 410
- 378
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- 31
- 42
- 46
- 62
- 95
- 110
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- 128
- 159
- 175
- 207
- 302
- 302
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- 518
- 319
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- 10
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- L’Exposition d’horticulture à Paris.................... 40
- Oothèques de Mantes (Cu. Broxgniart).................... 59
- L’été. L’automne. Compositions de Giacosielli ... 72, 204
- Le jabiru du Sénégal (P. Juili.f.rat)................ 97
- La rubéfaction naturelle de l’eau (Louis Olivier) . . . •. 106
- Le Boubieda (Pachyuromys Duprasi) (Fernand Lataste) 113 La scolopendre géante (II. Cadeau de Kervili.e) .... 120
- Le Jardin des plantes reproduit par la photographie. 145, 181 Le rôle de Darwin considéré au point de vue de la paléontologie (Albert Gaudry)............................150
- L’àgc des arbres et les cercles concentriques des troncs
- (Baciielart)................................... . 155
- Les variations morphologiques d’un type de plantes (G. de
- Saporta)................................ 155, 203, 299
- Les mammifères du Kamtchatka (Dr Dybowski).............213
- Les éphémères et le binocle à queue en plumet (M. Girard............................................ ..... 234
- L’arboretum de Segrez. Travaux de M. Lavallée (Hervé
- Mangon).............................................259
- Description d’un type peu connu de l’ordre des Gallinacés (E. Oustalet)................................ . 275
- Une photographie de crocodiles.........................328
- Le Grand Arlequin de Cayenne (Maurice Girard) . . . .^41
- La momie d’une guêpe.................................
- Génération des tissus végétaux......................... 16
- Paléontologie parisienne............................... 79
- Intelligence des fourmis...............................111
- Physiologie végétale...................................175
- La fécondation croisée.................................175
- Le rôle des vers de terre dans la nature...............207
- Nids d'oiseaux.........................................270
- Flore parisienn e......................................519
- Les parasites de la mouche.............................555
- Constructions turriformes des vers de terre .... 351
- Paléontologie rémoise................................. 415
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Prononciation des noms de lieu par les français(A. de B.) 278 Maisons du quinzième siècle à Chartres ....... 352
- Voyages d’exploration dans l’Afrique Équatoriale. Mission
- de l’Ogôoué (P. de Brazza).....................587
- La mission du cap llorn........................... 32
- Massacre de l’expédition du IF Crevaux............ 78
- M. Savorgnan de lirazza à la Sorbonne............. 78
- « La Jeannette ».................................. 94
- L’abri du Vignemale dans les Pyrénées.............302
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Découvertes préhistoriques dans le diluvium rhénan en
- Alsace (Mieg).......................................... 6
- Le musée d’Ethnographie du Trocadéro (J. Bertillon). 24, 215
- Le Syllabaire Vei (Dr Ad. Nicolas)....................... 58
- Objets ethnographiques de l’Asie Centrale (G. Capus) . . 92
- Les Galibis du Jardin d’Acclimatation de Paris (Girard
- de Rialle)............................................182
- L’Amérique préhistorique. Les Cliff-Dwellers (marquis
- de Nadaillac).........................................339
- Émigration aux États-Unis................................126
- Découverte d une ville gallo-romaine............318, 355
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Force motrice produite dans les houillères et transportée par l’électricité.............................. 11
- Distribution de force motrice à domicile par l’air raréfié. 19 La mer intérieure d’Algérie (Maxime Hélène) ... 22, 33
- Indicateur mécanique de niveau dans les chaudières à
- vapeur ................. ................... .... 26
- Les locomotives à air comprimé sur les chemins de fer
- aériens de New-York (L. Bâclé)..................... 53
- La percement de l’isthme de Panama (Maxime Hélène)
- 51, 98, 129, 198, 227
- Histoire d’une grande invention. L’injecteur Giffard
- (Émile Barrault)................................... 65
- Une maison de quatorze étages à Londres (G. T.) . . . 76
- Petite machine à glace, système Raoul Piclet........... 80
- Ascenseur continu de M. Frédéric Hart..................103
- Moteur rotatif à grande vitesse de M. Hodson...........117
- La roue paradoxe.......................................119
- Les becs à gaz intensifs de la place du Palais-Royal à
- Paris (E. II.)........................................125
- Fabrication de cannes en papier (J. Cariven)...........128
- Les vagues calmées (A. Niaudet)...........................134
- La vidange pneumatique. Procédé de M. J. B. Berlier
- ^G. Tissandier).......................................135
- Le vélocipède à vapeur de sir Thomas Parkyns (P. G ) . 144
- Tricycle à vapeur de M. L. G. I'erreaux................161
- Le tunnel sous la Manche (Stanislas Meunier)..............163
- La perfoiatrice du tunnel de la Manche (F. Raoul Duval). 166 Mouvement perpétuel de Bernouilli (Bachelart) .... 171
- Utilisation de la chaleur du soleil. Imprimerie solaire
- (G. Tissandier).......................................193
- Appareil de M. de Caligny pour la traversée des écluses
- et des canaux (L. R.).................................210
- Le chemin de fer métropolitain de Berlin (L. Bâclé) . 219
- Chaudière Du Temple. Nouveau générateur de vapeur . 244
- Le bois consommé par les chemins de fer (E. Vignes) . 266
- Ouverture d’un chemin de fer sur le littoral de l’île de
- La Réunion............................................282
- Appareil pour la descente des hommes dans les mines
- (A. Niaudet)........................................ 282
- La rupture du tunnel de l’Hudson..........................283
- L'éclairage à Paris (Dr Z...)................... 289, 358
- Le chemin de fer métropolitain de Paris (L. Bâclé) . . 293
- Le canal maritime de Malacca (Maxime Hélène)..............309
- Locomotive système Cottrau pour la traversée des fortes
- rampes (L. B.)........................................315
- Le plagioscope. Projet d'un appareil recréatif produisant
- l’illusion du renversement (E. Joyeux)................319
- Chemins de fer aux États-Unis.............................323
- Transmission du travail à grande distance sur une ligne
- télégraphique ordinaire (Marcel Demie/)...............328
- Fabrication des verres de montres (C. Saunier) .... 330
- Louis Favre, entrepreneur du grand tunnel du Sainl-
- Gothard (Maxime Hélène)...............................343
- Le transport des grandes masses. Transport du piédestal de la statue de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg
- (A. de Rochas)........................................347
- Le moteur simplex........................................ 355
- Les plans inclinés de Santos, au Brésil, les plus longs du
- monde.................................................359
- Régulateurs automatiques de chauffage par le gaz . . . 364
- Exploitation de la glace en Amérique......................365
- Une souris mécanique à 15 centimes........................367
- Une montre en fer.........................................375
- Machine micrométrique de M. Perreaux, permettant de
- diviser le millimètre en 1500 parties.................375
- Les explosions sous-marines par la dynamite éMaxime
- Hélène).....................................' . . . 377
- Accidents de chemin de fer. Le déraillement de Ilug-
- stetten, près Fribourg (L. Bâclé).....................383
- L’automate joueur d’échecs (A. de Rochas) ................395
- Chemins de fer. Contrôleur d’aiguilles de M. Lartigue. . 411
- Le décapité buvant (A de Rochas) ......................413
- Le vélocipède sur les voies ferrées.......................416
- Soudure par compression.................................. 47
- Le tunnel sous la Manche.................................. 64
- Circulation dans Paris, par les tramways et les omnibus............................................... 78
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Eclairage des trains par l’électricité.............
- Explosions d'un navire par la force moléculaire . .
- La ventilation du tunnel de Saint-Louis............
- Le blanchissage à vapeur ............
- Une distribution de force hydraulique..............
- Buplure de la fonte au moyen de la dynamite. . .
- Nouveau wagon anglais..............................
- Transport de la force..............................
- Compression de l’acier.............................
- Le bois de paille..................................
- Un chemin de fer circulaire au mont Etna...........
- Les tampons des wagons de chemin de fer............
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Ferments et maladies (Dr Z...).....................
- Transfusion directe du sang vivant (Dr Z...).......
- La pilcearpine et la rage (Acart)..................
- La léthargique de Beaujon (l)r A. Cartaz)..........
- Nourricerie d’enfants au lait d’ànesses (Acart)....
- Le Congrès international d’hygiène de Genève (C. M. Ga-
- rtel) ..........................................
- Un monstre double (Paui. Bert).....................
- A propos des suicidés qui se jettent des monuments élevés (G. Bontemps) (E. Gossin) (Jules Bemy) 554, 378, La fièvre typhoïde à Paris (septembre et octobre 1882) . De l’influence des locomotives sur la fièvre intermittente .............................................
- Empoisonnement par la cytise.......................
- Le danger des pains de couleur verte...............
- La locomotion animale..............................
- Le froid contre la trichine........................
- Le microbe du charbon symptomatique................
- Impureté des eaux de Lille.........................
- Propriété physiologique de l’acide carbonique . . .
- Leçons de clinique chirurgicale....................
- Le microbe des nitrates............................
- Coagulation du sang................................
- Agriculture. — Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- La production et la consommation du café............
- L’Exposition canine au Jardin des Tuileries à Paris. . . L'Arboretum de Segrez. Travaux de M. Lavallée (Hervé
- Mangon)..........................................
- L’Exploitation des forêts en Californie.............
- Le lait et le beurre en France......................
- Les serres du Jardin botanique de Glascow (C. Joly) . La fermentation butyrique provoquée par la terre arable
- (P. P. Dehérajn).................................
- Une vigne extraordinaire à La Roche-sur-Yon.........
- Pêche de la sardine.................................
- Nouvelles du phylloxéra.............................
- Le puceron de la vigne..............................
- Le vin de betterave.................................
- Importation des viandes de porc.....................
- Le rosier de Charlemagne............................
- L'agriculture aux États-Unis ...... . . . .
- Les fraudes de la ramie.............................
- L'auscultation des arbres...........................
- Art militaire. — Marine.
- Nouveaux torpilleurs russes............
- L’Inflexible, cuirassé anglais (L. R.).
- Les canons décent tonnes. ........
- Le Foudroyant, navire cuirassé français................. 94
- Les vagues calmées (A. Niaudet).........................134
- Le sauvetage des naufragés (G. Tissandier) 250
- Une excursion en bateau torpilleur- Visite à l’École des torpilles de Boyardville (ile d’OIéron) (G. Tissandier) . 562
- Le sac-pupitre du sous-officier.........................405
- Le fusil à répétition Mauser............................ . 239
- L’huile et les tempêtes .... ...................367
- Aéronautique.
- Curiosités aérostatiques (G. Tissandier).........280
- Le centenaire de la découverte des aérostats . . 400, 414
- La chute de l'aérostat a le Montgolfier »........158
- Kotices nécrologiques. — Histoire de la science.
- c
- Édouard Desor.......................................... 31
- Antoine Breguet (G. Tissandier)........................102
- Balfour................................................190
- Joseph Liouville.............................. 246, 255
- Le commandant A. Cialdi (F. Zurcher)...................246
- Marié................................................. 247
- Plantamour.............................................255
- Georges Leclanché (E. Hospitalier).....................258
- Albert Briot...........................................286
- Van Monckhoven ........................................299
- Wœlhcr............................................., 503
- Le I)r Crevaux.........................................305
- Louis Favre (Maxime Hélène)............................545
- Louis Palmieri.................................... . 398
- Lakanal à propos de l’inauguration de sa statue (Hervé
- Mangon) (Edmond Perrieu) . .........................401
- Inauguration des statues de Lakanal et de Becquerel. 286
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientlflques. — Expositions.
- Exposition internationale d’électricité du Palais de Cristal, à Londres.......................................... 14
- Académie des Sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires (Stanislas Meunier). 15, 31, 47, 63,
- 79, 95, 111, 127, 143, 159, 175, 191, 208, 222, 239,
- 255, 271, 287, 504, 318, 335, 351, 367, 383, 599, 415
- L’Exposition d’Horticulture à Paris..................... 40
- L’Exposition Canine à Paris.......................47, 77
- Association française pour l’Avancement des Sciences.
- Session de La Rochelle (G. Tissandier). 158, 219, 225, 241 L’Exposition de Bordeaux en 1882 (G. Tissandier) ... 167
- L’Exposition de Moscou en 1882 (A. Hoffmann) .... 179
- Association britannique pour l’Avancement des Sciences,
- Congrès de Southampton................................243
- Le Congrès international d’hygiène de Genève (C. M.
- Gariel)............................................ • 255
- Les conférences internationales des électriciens à Paris. . 407
- Exposition de la Société nationale d'horticulture . . 15
- Une Exposition flottante ............................... 15
- Exposition scolaire au Trocadéro........................ 62
- Exposition de gaz et d'électricité à Londres .... 158
- Exposition de l’Union Centrale au Palais de l'Industrie .............................................. 190
- Une nouvelle Exposition d’Electricilé................. . 207
- Société d’Astronomie.................................. 207
- L’Exposition internationale de Buenos-Ayres. . . . 222
- La séance de ia Société de Topographie...................382
- 79
- 127
- 127
- 127
- 143
- 259
- 287
- 302
- 303
- 318
- 566
- 567
- 17
- 45
- 58
- 175
- 209
- 255
- 323
- 579
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- 47
- 47
- 63
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- 505
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- 303
- 371
- 572
- 394
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- 15
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- TABLE DES MATIÈRES.
- m
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Réci'éation mathématique.............................120
- La médaille de M. Pasteur............................123
- L’adresse et la force. Curieuse construction humaine . . 159
- Leçons de choses (G. T.).............................287
- Accroissement de la population dans le département de
- la Seine (A. Durand-Claye)........................307
- Les breiets en Angleterre en 1882 .................. 239
- Les monnaies de nickel...............................270
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques. 54, 74, 115, 150, 162, 187,
- 202, 239, 245, 282, 290, 326, 338, 354, 571
- Une lettre de M. F. de Lesseps.......................» 406
- Bibliothèque de La Nature.............................406
- Correspondance.
- Nouveau cadran solaire (E. Péraux)........................ 16
- Les roues d’une voilure et la photographie (L. L.) . . . 19
- Rénectcur de lumière électrique (A O.).................... 42
- Sur la fabrication de cannes en papier (J. Cariven). . . 128
- L'âge des arbres et les cercles concentriques des troncs
- (Bachelart)............................................155
- Mouvement perpétuel de Bernouilli (Bachelart) . . . 171
- L’Exposition de Moscou en 1882 (A. Hoffmann). .... 179
- Expériences sur le principe de l’inertie (A. Lucien). . . 206
- Système horaire universel (Alfred Colin)...................262
- Nouvelle encre sympathique (C. Widf.mann)..................286
- Aurore boréale du 2 octobre 1882 (Delaiiodde, C. D., L.
- Cavanich)...............................................507
- A propos des suicidés qui se jettent des monuments élevés (G. Bontemps) (E. Gossin) (Jules Remy) . 354, 378, 379 Découverte d’une ville gallo-romaine (Tranchant) . . . 355
- Nouveau transmetteur radiophonique (Pierre Enguel-
- mayer).................................................355
- Les orages des 11 et 23 octobre observés au Havre (Emile
- Sorel).............................................355
- La momie d’une guêpe (Alph. Bouju).....................556
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 278, col. 2, ligne 3. Au lieu de : le zinc est formé
- d’un crayon de charbon de 2 centimètres il faut : le zinc est formé d’un crayon de 2 centimètres. ..
- Page 305, col. 1, ligne 50. .du lieu de : mélange comprimé
- du bioxyde d'azote il faut : mélange comprimé du protoxyde d’azole
- Page 323, col. \, ligne 41. Au lieu de: Sylvanus P. Thomson il faut : Sylvanus P. Thompson
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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