La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA MATURE
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris. Un an............... 20 fr. » I Départements. Un an........... 25 fr. »
- — Six mois ...... . 40 fr. » — Six mois.............. 12 fr. 5.1
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- LES VINGT VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue île Fleuras, à Paris.
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- REVUE DES SCIENCES
- BT DE LEURS APPLICATIONS AUX A11TS ET A l’INWSTIÎli
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE l/lNSTRÏ'C flON PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILL OST RATIONS
- DESSINATEURS
- asm. FÉHAT, G1ACO0ELLI, GILBERT, MESPLES, E. JUILLERAT A. TISSANDIER, etC.
- GRAVEURS
- BLANADET, DlETfUCH, mOHIEU, PÉROT, L. POYET E. A. T1LLY, etc., etc*
- ONZIÈME ANNÉE
- 1883
- PREMIER semestre
- PARIS
- G. MASSON , ÉDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- Il* ANNÉE. - N" 496.
- 2 DÉCEMBRE 1882.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS
- LlfîATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA PÉRIODE HUMAINE EN GEOLOGIE
- La considération des forces puissantes qui ont donné à la terre sa configuration actuelle nous porte, par comparaison, à regarder l’homme comme un être infime, sans action sur le monde qu’il habite. Les points de vue extrêmes sont rarement exacts, et, sans vouloir exagérer le rôle de l’homme dans l’univers, on peut dire, au contraire, qu’il constitue un facteur géologique d’une grande importance. Son apparition à la surface de la terre a été l’introduction d’une force nouvelle, d’une puissance intellectuelle capable de modifier les forces existantes et, jusqu’à un certain point, de régir la matière.
- Quelques faits, groupés par le Chamber’s Journal, mettent bien en évidence ce rôle de l’homme et l’importance de la période humaine, qui n’a eu cependant encore qu’une bien faible durée.
- 11 paraît certain que la plus grande partie de la surface de la terre se couvrirait de végétaux, si elle était abandonnée à elle-même. Le roc, nu et infertile, est promptement envahi par une végétation dont les détritus donnent bientôt un sol fertile d’une épaisseur croissante. Toutefois, par suite des progrès de la civilisation, des surfaces considérables de terrain sont défrichées ou retournées par la charrue et exposées aux agents atmosphériques. De 1860 à 4870, on a ainsi défriché près de 7 millions d’hectares en Amérique seulement. Les effets de cette dénudation ont été démontrés par une expérience directe. Une pente de 45° a été divisée en trois zones : l’une entièrement boisée, une autre partiellement défrichée, et la troisième dénudée complètement. Dans la première, la pluie n’a pas formé de ravines; elle en a formé trois dans la deuxième zone, et quatre dans la troisième. On sait depuis longtemps que les rivières qui traversent les forêts ne donnent pas de dépôts sédimentaires bien considérables à leur embouchure. On en trouve un exemple remarquable dans le régime de la Sesta-li* auaé«. — 1er semestre.
- gone et de la Lima, qui coulent dans deux grandes vallées des Apennins de Toscane. Les bords de la Sestagone sont couverts de hêtres et de sapins; la Lima coule à travers des plaines cultivées. Au confluent des deux rivières, on voit, par les temps pluvieux la Lima, trouble et bourbeuse, tandis que les eaux de la Sestagone restent limpides et potables.
- D’après Lombardini, le Pô transporte aujourd’hui trois fois plus de sédiments qu’autrefois, et cette augmentation est due en grande partie à la destruction des forêts et à la dénudation des Alpes. Le delta du Rhône s’est aussi considérablement accru depuis la mise en culture de sa vallée. Dans l’Est des États-Unis, partout où l’on déboise une pente de montagne, on voit se former des ravins, qui deviennent bientôt considérables. La terre noire de la Russie, une des principales sources de la fortune agricole de l’empire russe, est promptement coupée d’énormes ravines, et le plus beau sol arable de l’Europe, emporté rapidement au loin, va grossir les deltas du Volga et du Don, et former la vase de la mer d’Azow. Pendant les grandes inondations de 1866 et 1868, en France et en Suisse, les terrains boisés seuls ont résisté à l’action des eaux, et c’est aussi l’abondance des forêts qui a sauvé les provinces de Brescia et de Bergame dans les inondations de 1872. En dix années, le département dés Basses-Alpes a perdu, par Faction des torrents, 25000 hectares de terres cultivées; et, dans l’Ardèche, 28 000 hectares de bonnes terres ont été, par suite du déboisement, recouverts de sable et de gravier.
- On croit généralement que la végétation surélève la surface du sol, et peut ainsi compenser le dénivellement causé par les eaux; mais il faut, pour cela, que les fanes soient laissées et puissent pourrir sur place. Dans le cas, beaucoup plus fréquent, de récoltes enlevées, la dénivellation est relativement considérable. Un des grands effets de la culture est donc d’abaisser le niveau du sol. Toutefois l’homme a su, dans certains cas, s’opposer à ces effets naturels : c’est ainsi qu’il arrête les sables
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- mouvants. Ces milliers de mètres cubes de sable rejetés par la mer, et amoncelés par les vents en collines qui sont emportées dans l’intérieur des terres, recouvrant des villages et convertissant des fleuves en marécages bourbeux, peuvent être fixés et immobilisés par une plantation convenable.
- Non seulement cette protection artificielle des dunes préserve les terres contre l’envahissement par les sables, mais elle arrête aussi les ravages de la mer, et d’immenses étendues de terrain ont été ainsi sauvées de l’inondation le long des côtes de la France, du Danemark et des Pays-Bas.
- Le drainage, en facilitant l’écoulement des eaux, diminue la filtration à travers les couches perméables du sol, et retarde ainsi la marche des phénomènes métamorphiques qui se produisent dans l’écorce terrestre, et que l’on aurait pu croire absolument soustraits à l’action de l’homme. Il est surabondamment prouvé que le drainage et le déboisement produisent de grandes modifications dans le climat d’une contrée. Us doivent diminuer la quantité de pluie, ou, du moins, ils en modifient beaucoup la distribution relative. D’autre part, l’irrigation produit un effet inverse, et augmente sur certains points l’humidité de l’atmosphère. Cette inondation artificielle du sol est plus considérable qu’on ne le croit généralement. La France, la Lombardie et la Sardaigne offrent plus de 750 000 hectares de terre irriguées; il y en a 1 700000 hectares en Égypte, et 2 4000Ô0 dans l’Inde. Si nous y ajoutons la superficie des nombreux canaux construits par l’homme, nous nous formons une idée de l’énorme accroissement de la surface d’évaporation, et nous comprenons qu’elle peut avoir une réelle influence sur la quantité de pluie qui tombe. Rappelons-nous, d’ailleurs, que la durée de l’homme sur la terre a été bien courte encore, et que, en géologie, les résultats les plus frappants sont produits par de petits changements continués pendant de longues périodes séculaires.
- Mais c’est surtout dans la distribution géographique des plantes et des animaux que se manifeste l’influence de l’homme. La nature même ne dispose pas de moyens aussi puissants pour la dispersion des espèces végétales. Partout, les plantes sauvages disparaissent devant la culture; des.végétaux nouveaux sont introduits, et, pour en donner un exemple, la flore de Sainte-Hélène, qui se composait de soixante plantes à l’époque de la découverte de File, comprend aujourd’hui sept cents espèces.
- . Dans le monde animal, l’introduction d’espèces nouvelles et plus limitée puisqu'elle est généralement volontaire, est bornée à des animaux domestiques ou à des espèces comestibles. Mais l’extirpation a été poussée très loin par l’homme, bien que l’extinction de certaines espèces soit due en partie à des causes naturelles. Cette destruction voulue m'est pas toujours suivie de résultats heureux :
- ainsi le massacre des petits oiseaux, en certains pays, a amené la multiplication des insectes nuisibles. Aux environs d’Amiens, les effrayants dégâts faits dans les champs par les mulots et les autres rongeurs ont eu pour cause première la.destruction’ des hiboux par des propriétaires chasseurs, jaloux de préserver leurs perdreaux. En Italie, dans la vallée du Pô, cette destruction des rapaces nocturnes aurait pour effet d’augmente»1 les inondations, qui sont souvent dues aux sillons creusés par les taupes et les souris dans les berges du fleuve.
- Le monde végétal et le monde animal sont dans une dépendance mutuelle beaucoup plus étroite qu’on ne saurait le croire. Un exemple nous en est donné par Preyer. Les plus beaux trèfles, les plus belles pensées se trouvent près des villages où l’on rencontre le plus de chats et de hiboux ; en effet, ce sont là des destructeurs des souris, et les souris détruisent les bourdons nécessaires pour fertiliser le trèfle et la pensée.
- Ainsi, nous le voyons, il est impossible de détruire une espèce, sans amener, par une série d’enchaînements, des modifications bien éloignées en apparence de leur véritable cause. « Ce qui fait la grandeur de l’homme, a dit M. R. Wallace, c’est qu’il peut gouverner la nature tout en restant en accord avec elle, non par une modification corporelle mais par un progrès de l’esprit. Non seulement l’homme a échappé à la sélection naturelle, mais il peut arracher à la nature une part de la puissance qu’elle exerçait universellement avant sa venue. Nous pouvons prévoir le temps où la terre ne produira plus que des plantes cultivées et des animaux domestiques; l’océan sera alors le seul domaine où pourra s’exercer cette puissance qui a gouverné la terre pendant l’immensité des siècles1. »
- r. y ion.
- ASSOCIATION SCIENTIFIQUE
- INTERNATIONALE
- En même temps que l’attention publique est dirigée aujourd’hui vers les astronomes de toutes les nations civilisées, distribués dans différentes stations pour observer en décembre le passage de Vénus sur le soleil, il y a lieu de signaler une autre association scientifique internationale qui a aussi une grande importance.
- Cette association est à l’œuvre depuis le commencement du mois d’août et doit poursuivre ses opérations pendant une année entière. Son champ d’exploration comprend les deux zones glaciales et les observations à recueillir concernent principalement les phénomènes magnétiques et météorologiques. Le projet de ces recherches communes fut élaboré primitivement au sein du Congrès météorologique de Rome, en 1879, sur l’initiative d’un savant allemand, M. Weypreclit, dont la
- * D’après le Chaniber’s Journal.
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- science a d’autant plus à regretter la perte récente qu son expérience d’explorateur des régions polaires aurai été éminemment utile à-l’exécution de l’œuvre qu’il avait conçue. On arrêta le programme de l’entreprise dans une Commission polaire permanente nommée par le Congrès et qui se réunit en conférence, en octobre 1879 à Hambourg, au mois d’août 1880 à Berne, et enfin en août 1881 à Saint-Pétersbourg. Les États-Iînisfirent partir dès cette dernière époque les expéditions destinées à donner leur concours et qui doivent faire un séjour de trois ans dans leurs stations respectives. Les autres gouvernements participants ont fait leurs armements pour la période comprise entre le 1er août 1882 et le 1er septembre 1883, quiaété choisie. On a aujourd’hui des nouvelles de l’heureuse arrivée des navires aux passages désignés dont nous donnons ici la liste avec le nom des chefs de station :
- 1. Pointe Bnrrow, États-Unis, lieutenant Ray;
- 2. Fort Rae, Angleterre et Canada, capitaine Dawson;
- 3. Golfe Cumberland, Allemagne, docteur Giese;
- 4. Lady-Franklin-bay, États-Unis, lieutenant Greely; '
- 5. Godthaab, Danemark, adjudant Paulsen ;
- 6. Jan Mayen, Autriche, lieutenant Wohlgemuth ;
- 7. Cap Tordsen (Spitzberg), Suède, capitaine Malmberg;
- 8. Bossecop, Norvège, assistant Steen;
- 9. Sodan Kylœ, Finlande, Lemstrôm et Biese;
- 10. Moller-bai (Nov. Semlja), Russië, lieutenant An-
- drejexv ;
- 11. Port Dickson, Pays-Bas, docteur Snellen;
- 12. Embouchure Léna, Russie, lientenant Jürgens;
- 13. Cap Horn, France, capitaine Martial;
- 14. Géorgie du Sud, Allemagne, docteur Schrader;
- Le personnel de ces stations se compose généralement de dix à quatorze personnes, savants ou militaires, ouvriers, matelots, etc. ; la plus nombreuse, de vingt-six personnes, est celle du Signal-Service des États-Unis, séjournant dans la baie Lady-Franklin.
- 11 est convenu qu’on doit faire constamment dans toutes ces stations des observations horaires, météorologiques et magnétiques, en mentionnant et décrivant toutes les aurores polaires. En outre, pendant certains jours déterminés, le lor et le 15 de chaque mois, des observations magnétiques doivent avoir lieu de cinq en cinq minutes. En dehors d’un minimum d’observations, fixé par accord international, chacune des expéditions se livrera à d’autres travaux dans des directions différentes, tels que la géographie générale, la géologie, la botanique, et la zoologie.
- Pour remplir les lacunes existant entre les centres d’observation désignés dans les régions polaires et les réseaux d’observatoires qui se trouvent dans les zones tempérées, plusieurs États ont établi des stations de second ordre dont la coopération sera très utile. Ainsi l’Allemagne a recruté des observateurs dans ses communautés moraves du Labrador, et en a envoyé aux îles Falkland; l’Italie a des missions analogues en Patagonie, et la Russie dans ses provinces de l’Est et du Nord, notamment en Sibérie et jusqu’au Kaintschatka. Au nord-est de la Chine la France sera représentée par l’Observatoire de Zi-ka-wé.
- Dans le programme général se trouvent comprises des observations synchroniques devant être faites pour la première fois dans les régions polaires arctiques et antarctiques. D’autre part un appel a été adressé à tous les observatoires situés dans les régions tempérées et torrides pour inviter leur personnel à ajouter aux données scientifiques dont ils poursuivent régulièrement l’étude, un
- tupplément de recherches en tout genre aussi étendues que possible. L’invitation est faite en outre à tous les amis des sciences qui étudient la physique du globe de prendre note des phénomènes extraordinaires qui pourraient se présenter à eux pendant cette année 1882-1883, à la suite de laquelle la Commission internationale procédera à la réunion synthétique de toutes les observations, dont on peut certainement attendre un très grand progrès scientifique.
- F. ZuRCHER.
- BIBLIOGRAPHIE
- Electric illumination, by Conrad Cooke, James Dredge, M. F. ü’Reilly, S. P. Thompson, H. Yivarez et W. LLoyd Wi§e. London, Engineering office.
- L’ouvrage que nous signalons est sans contredit le plus complet et le mieux fait qui ait jamais été écrit sur la matière, depuis que l’attention publique est dirigée du côté de l’éclairage électrique. C’est la reproduction méthodiquement classée et complétée des remarquables articles publiés par notre excellent confrère de Londres YEngineering : l’ouvrage comprendra deux volumes; le premier seulement vient de paraître aujourd’hui ; il renferme dans un texte de 900 pages la description accompagnée de plus de 750 gravures de presque tous les appareils d’éclairage électique employés ou brevetés jusqu’à ces derniers temps. L’ouvrage est écrit dans un langage scientifique simple, accessible à tous, sans cependant faire jamais aucun sacrifice à l’exactitude et à la précision.
- Le Soleil, par C. A. Young, professeur d’astronomie au Collège de New-Jersey (États-Unis). 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale, dirigée parM.Em. Alglave, avec 85 fig. Paris, Germer-Baillière.
- De toutes les parties de l’astronomie, l’étude de la constitution physique du soleil est celle qui a fait le plus de progrès depuis vingt ans. On peut dire qu’elle a renouvelé les idées du monde savant sur la constitution physique de l’univers tout entier. Cette étude est l’objet principal du livre que nous annonçons.
- Chili, par le comte Eugène de Robiano. 1 vol. in-18. Paris. E. Plon et Cie, 1882.
- Écrit d’un bout à l’autre de façon simple et vraie, ce livre se recommande surtout par une très curieuse étude des peuplades d’Àraucanie, tribus sauvages chez lesquelles l’auteur a eu la bonne fortune de réussir à pénétrer.
- Les drames de la Science. — La pose du premier câble, par W. de Fonvielle. 1 vol. in-18. Paris, Hachette et Cie. 1882.
- Cet ouvrage qui retrace avec verve l’histoire dramatique d’une des plus grandes conquêtes scientifiques de la science moderne, sera lu avec grand intérêt et grand profit.
- L’origine des animaux. Histoire du développement primitif, par C. M. Renooz. 1 vol. in-8° orné de 300 figures dans le texte, tome Ier, lre partie. Paris, J. B. Baillière et fils, 1885.
- Le sommeil normal et le sommeil pathologique, magnétisme animal, hypnotisme, névrose hystérique, 1 vol, in-18, par Émile Yung, docteur ès sciences. Paris, Octave Doin, 1883.
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- LÀ NATURE.
- COMPTEUR D’EAU
- SYSTÈME JACQUET
- Sans vouloir renouveler ici les récriminations relatives au service des eaux, pendant ces deux derniers étés, nous pouvons cependant reconnaître que le gaspillage des eaux s’est effectué jusqu’ici à Paris dans une certaine mesure, à l’époque de l’année où cet élément indispensable est aussi le plus rare. On trouverait peu de ménagères dont la conscience ne puisse se reprocher d’avoir laissé ouvert plus longtemps que de raison le robinet de l’évier dans le but, louable en soi, de boire frais, et n’ait ainsi contribué pour une petite part à -la disette dont on s’est plaint à juste titre.
- Le seul remède à apporter à cet état de choses était, non pas de rationner l’eau, mais de la faire payer proportionnellement à la dépense , comme on fait payer le gaz et tous les produits de consommation. Le principe accepté et mis en pratique en Angleterre et en Belgique, où il rend de grands services, a fini, après bien des discussions, par triompher en France. La Ville de Paris a rendu, depuis le mois de janvier 1881, l’emploi du compteur d’eau obligatoire, en imposant de sévères conditions de fonc-tionnementaux appareils qui lui ont été soumis.
- Les conditions que doit remplir un bon compteur d’eau sont assez multiples, et il est difficile de les rencontrer toutes au même degré dans les nombreux appareils proposés, en cours d’expérience ou en service courant. Le compteur d’eau doit être à la fois simple, bon marché, rustique, solide, peu encombrant, exact, se prêter à l’enregistrement de débits très variables, et ne pas produire une trop grande perte de charge dans la conduite.
- On peut diviser ces appareils en deux classes : les compteurs à turbine, employés en Angleterre, mais qui ne présentent pas assez d’exactitude, et les compteurs à piston, qui sont aujourd’hui de beaucoup les plus employés.
- C’est à cette dernière classe qu’appartient l’appareil que nous allons décrire et qui nous semble présenter la plupart des qualités que nous venons
- d’énumérer; il a été imaginé par un ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Jacquet.
- 11 se compose de trois parties distinctes :
- 1° Un cylindre dans lequel se meut un piston; la capacité de ce cylindre et le nombre de coups de piston déterminent le volume du liquide qui a traversé l’appareil ;
- 2° Une distribution à quatre soupapes qui fait arriver l’eau tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du piston ;
- 3° Une minuterie actionnée par une vis sans fin calée sur l’arbre d’une roue à roehet actionné par le piston et qui enregistre la quantité d’eau débitée par le compteur.
- Le cylindre se compose d’une boîte en fonte, garnie intérieurement d’un cylindre en laiton de faible épaisseur, dans lequel se meut un piston formé de deux cuirs emboutis, maintenus l’un contre l’autre par deux plaques de cuivre et de tôle galvanisée.
- La boîte de distribution, qui est également en fonte, se boulonne sur le cylindre. Elle est divisée en quatre chambres, par des cloisons verticales, l’une communiquant avec le dessus du piston, l’autre avec le dessous, la troisième avec l’admission et la quatrième avec l’émission.
- Ces quatre parties communiquent entre elles par quatre orifices que viennent traverser, deux à deux, deux arbres en bronze portant l chacun deux soupapes formées d’un cuir fixé par | des vis sur un disque en bronze. Ces deux arbres sont reliés entre eux par une traverse percée en son milieu d’un œil rectangulaire. Arbres, traverses et soupapes forment un ensemble rigide, ne pouvant se mouvoir que dans le sens longitudinal, et de telle manière que si deux soupapes sont fermées, les deux autres sont forcément ouvertes, et réciproquement; ce qui fait que lorsque l’admission et le dessus du piston sont en communication, le dessous du piston communique nécessairement avec l’émission, et réciproquement.
- Au centre de la distribution se trouve fixée une chaise en bron2e dur, qui retient dans une rainure intérieure un couteau dont le dos sert de point d’appui à un ressort en forme d’étrier formé par six lames de chrysocale. Le centre de rotation du res-
- Fig. 1. — Compteur d’eau système Jacquet. Vue extérieure.
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- sort est dans l’axe vertical du couteau même, ce qui fait que le couteau, roulant d’un côté sur la chaise et de l’autre sur le ressort, est toujours rejeté à droite ou à gauche, sans jamais demeurer dans la position médiane qui correspond à un équilibre instable. Le couteau qui est également en bronze dur, porte deux bras à angle droit. L’un d’eux s’engage dans l’œil de la traverse et l’autre, dans une rainure que porte la tige du piston.
- Il est maintenant facile de comprendre le fonctionnement de l’appareil :
- Dans la position initiale — celle représentée sur la coupe en plan (fig. 2), — deux des soupapes sont fermées et les autres ouvertes ; l’admission communique avec le dessous du piston et l’émission avec le dessus. Le piston monte, le bras du couteau glisse dans la rainure de la tige du piston, mais arrivé à ï'extrémité de sa course, le fond de la rainure oblige le couteau à décrire un mouvement de rotation qui tend le ressort. L’autre bras du couteau glisse dans l’œil de la traverse et à un moment donné le ressort se détendant en sens inverse produit le mouvement brusque des soupapes : celles qui étaient ouvertes se ferment, celles qui étaient fermées s’ouvrent, l’admission communique alors avec le dessus du piston et l’émission avec le dessous. Le piston descend et lorsqu’il est au bas de sa course, le même effet se reproduit en sens inverse et ainsi de suite. A chaque extrémité de la course ascendante du piston, une petite butée fixée à sa partie inférieure vient pousser une roue à rochet et la faire avancer d’une dent; son axe actionne une minuterie qui enregistre en mètres cubes, hectolitres et décali-
- tres, la quantité d’eau qui a traversé l’appareil.
- Le piston forme joint étanche, le débit de l’appareil est donc rigoureusement proportionnel au nombre de coups de piston ; grâce à la disposition verticale du cylindre, et à une boîte à sable placée à l’entrée de l’appareil qui empêche les corps solides un peu volumineux de pénétrer dans la distribution et dans le cylindre, les impuretés plastiques, boues, carbonate de chaux, etc., que l’eau pourrait entraîner, restent toujours sur le piston ou sur le fond du cylindre et ne sont jamais en contact avec les parties frottantes ; la fermeture hermétique et instantanée des soupapes assure d’autre part l’exactitude du débit. D’après des expériences faites au Laboratoire de la Ville de Paris, la perte de charge ne dépasse pas 42 centimètres d’eau. L’appareil fonctionne pour un débit minimum de 1 litre en cent minutes — 15 litres par jour, — quant, à son débit maximum, il varie avec le diamètre de l’orifice. Avec une pression de 30 mètres d’eau et un orifice de 10 millimètres, le débit est de 2400 litres par heure, et il atteint 100 000 litres avec un orifice de 70 millimètres. Avec une pression de 3 mètres seulement, il a donné les mêmes résultats. L’appareil présente donc une élasticité suffisante, répondant à tous les besoins de la pratique. En ce qui concerne son adoption par la Ville de Paris, pour le service des eaux, nous croyons savoir que le compteur Jacquet, en essai à Paris depuis plus d’un an, vient d’être provisoirement admis, le règlement, de la Compagnie des Eaux exigeant que l’admission définitive soit toujours précédée d’une admission provisoire qui n’est, en réalité, que le couronnement des essais.
- Fig. 2. — Compteur d’eau système Jacquet. — Section longitudinale et section horizontale au niveau des soupapes de distribution.
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- LA NATURE.
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- SITUATION ACTUELLE
- DES RÉSEAUX TÉLÉPHONIQUES
- DANS LE MONDE ENTIER
- La Compagnie internationale des téléphones vient de publier un document des plus intéressants, car il fait connaître, à la date duler octobre 1882, la situation actuelle des installations téléphoniques dans les différentes villes du monde entier. Cette statistique fait mieux ressortir que tous les discours du monde, le prodigieux développement de la merveilleuse invention de Graham Bell, qui ne date cependant que de six années à peine. Cette statistique, incomplète à cause de la multiplicité des Compagnies, l’éloignement ou le peu de notoriété de quelques-unes et le mauvais vouloir de quelques autres, présente cependant des renseignements très précieux sur le développement des réseaux téléphoniques dans les grandes villes, et c’est surtout dans les grands centres de population que le téléphone est appelé à recevoir le plus grand nombre d’applications.
- C’est d’abord en Amérique où la téléphonie est libre, où Ton ne doit payer aucune redevance ni aux villes ni à l’État, que les réseaux téléphoniques se sont surtout développés. New-York compte 4060 abonnés, Chicago 2726, Cincinnati 1800, Boston 1325, San Francisco 1300, etc. Encore certains de ces chiffres remontent-ils au mois de mai 1882. L’exploitation de tous les réseaux téléphoniques aux États-Unis comprend aujourd’hui plus de cent mille abonnés, et certaines petites villes qui renferment moins de mille habitants comptent cependant de 30 à 50 abonnés au réseau, quelquefois même davantage. Au point de vue du nombre absolu des abonnés, Paris vient en troisième ligne après New-York et Chicago, car il comptait au 1er octobre 1882, non moins de 2422 abonnés, tandis que Londres en compte seulement 1600, Amsterdam 700, Stockholm 672, Yienne 600, Berlin 581, Bruxelles 450, Turin 410, Copenhague 400, Mexico 500, Saint-Pétersbourg 145, et Alexandrie 118. Tandis que l’abonnement annuel coûte 600 francs à Paris, 500 francs à Londres, 400 francs dans les villes de province de France, il descend à 300 et 200 francs en Belgique, 135 et 130 francs en Italie, et à 120 francs seulement en Suisse.
- Lorsqu’on calcule, pour chaque ville, le rapport du nombre d’abonnés au nombre d’habitants, on trouve une supériorité très grande 'a bon nombre de petites villes d’Amérique dans lesquelles il existe un téléphone pour 20 habitants; à Chicago et à Zurich, la proportion est jd’environ un téléphone pour 200 habitants; à New-York, 1 pour 500; k Bruxelles, 1 pour 800; à Paris, environ 1 pour 1000; k Berlin, 1 pour 2000; k Londres, 1 pour 3000, et k Saint-Pétersbourg, 1 pour 4000 seulement. On voit donc, en laissant de côté les États-Unis qui sont le berceau du téléphone, et le pays béni de toutes les inventions nouvelles, que Paris tient une place des plus honorables dans cette statistique curieuse des progrès de l’industrie et de la science modernes. Ne pourrait-on pas conclure de cette édifiante statistique — sans être taxé d’un anarchisme excessif — que la non ingérance de l’État dans l’industrie téléphonique du monde entier en général, et des États-Unis et de la France en particulier, a contribué pour une large part aux magnifiques résultats que nous constatons aujourd’hui?
- La Suisse seule pourrait opposer k nos conclusions des
- chiffres contradictoires, mais nous nous plaisons k la considérer comme une exception confirmant la règle qui ressort des chiffres fournis par la Société internationale des téléphones.
- LE TRANSPORT DES NAYIRES
- PAR CHEMIN DE FER
- A TRAVERS l’iSTHME DE TEHUANTEPEC
- L’Amérique est, comme on sait, le pays des surprises et des audaces ; ses ingénieurs n’hésitent pas à mettre à exécution les projets les plus téméraires, et souvent non sans succès. La fortune aime sans doute aussiles peuples jeunes et justifie pour eux le vieil adage latin : nous ne savons quel sort attend le projet dont nous allons parler, mais à coup sûr il peut passer pour un des plus audacieux qu’on ait jamais vus même en Amérique. Il ne s’agit de rien moins que de construire à travers l’isthme de Tehuan-tepec, un chemin de fer qui devra servir à emmener les navires de toutes dimensions d’un océan à l’autre, de l’Atlantique jusqu’au Pacifique. En arrivant à l’extrémité de ce chemin de fer sur la côte, à son embarcadère en quelque sorte, le navire sera soulevé avec toute sa cargaison et son gréement au moyen d’un système de presses hydrauliques disposées à cet effet et apporté dans un caisson chargé sur un truek remorqué par vingt locomotives au besoin, puis il sera emmené ainsi chargé avec une vitesse de 10 kilomètres à l’heure jusqu’à l’autre rive de l’isthme. Arrivé là, le navire sera dégagé de son caisson et remis à flot au moyen de presses hydrauliques analogues à celles qui ont servi à l’embarquement. L’auteur de ce projet original est le capitaine Eads, que les feuilles des États-Unis ne craignent, pas d’appeler le premier des ingénieurs de notre époque, the foremost engi-neer of the Age (d’après le journal The Patron of Hushandry, n° du 29 avril 1882), et qui a exécuté d’ailleurs des ouvrages d’art des plus remarquables.
- Le capitaine Eads est actuellement le héros de l’Union, il va devenir peut-être le rival de M. de Lesseps aux yeux des Américains, on peut dire d’ailleurs qu’il résume parfaitement en lui toutes les qualités de confiance en soi, d’initiative et d’audace qui distinguent ce peuple, et il est arrivé à lui faire partager sa foi dans le succès de son entreprise.
- D'après les détails biographiques que donnent sur lui les journaux américains, nous voyons qu’il est né en 1820, à Lawrencebury (Indiana), qu’il a quitté l’école à l’âge de treize ans, pour entrer comme commis dans l’industrie. Il fut employé pendant quelque temps sur les bateaux du Mississipi, -puis en 1842, il entreprit la construction de bateaux destinés à recueillir les cargaisons p'erdues de navires qui échouaient dans les bas-fonds du Mississipi; en 1857 nous le voyons à Saint-Louis, chargé
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- de la construction d’un grand pont sur ce fleuve, et il réussit par d’audacieux tours de force qui auraient fait reculer un ingénieur européen à lancer ce beau pont en acier, dont l’arche centrale n’a pas moins de 470 mètres, et les arches latérales 160 chacune. Les piliers de support en granité ne pèsent pas moins de 45000 tonnes et descendent jusqu’au roc solide à travers un banc de sable à une profondeur de 40 mètres au-dessous du niveau des eaux de la rivière.
- Plus tard, il s’occupa des moyens d’empêcher l’ensablement de l’embouchure du Mississipi, et il soutint à ce sujet une polémique des plus ardentes contre les ingénieurs du gouvernement qui voulaient approfondir directement les passes du Ueuve par des dragages.
- Le capitaine Eads montra qu’on y réussirait d’une manière plus satisfaisante en prolongeant les rives du fleuve par des jetées établies en pleine mer. Le courant ainsi maintenu jusqu’au large conservait en effet une vitesse plus considérable, il maintenait ainsi en suspension les matières solides et allait ensuite les déposer en pleine mer. Grâce à d’incessantes démarches il réussit à obtenir du Congrès une loi qui l’autorisait à faire l’essai de son système, et il construisit alors les belles jetées du Mississipi qui eurent en effet pour résultat d’augmenter de 5 à 10 mètres la profondeur du lit du fleuve. Récemment, il vient de lancer le projet de chemin de fer pour navires dont nous par Ions, et il a obtenu pour la construction de cette voie ferrée, du gouvernement mexicain des avantages presque souverains, pour ainsi dire. Une loi votée par le Parlement décide en effet que les terrains possédés par la Compagnie cessionnaire de son projet, de même que tous ses titres et les dividendes qu’elle pourra distribuer jusqu’à concurrence de 6 pour 100 sont exempts d’impôts, les matériaux destinés à la construction et à l’entretien du chemin de fer n’auront aucun droit de douane à payer; l’État cède en outre à la Compagnie la propriété d’une bande de terre de 800 mètres de largeur s’étendant d’une rive à l’autre pour l’établissement de la voie, et il s’engage à la protéger par sa marine et son armée;
- enfin la Société Eads aura tous droits de régler à sa volonté les taxes à percevoir sur les navires qui emprunteront son chemin de fer. Fort de cette concession, le capitaine Eads est actuellement en instance auprès du gouvernement des États-Unis pour en obtenir une garantie d’intérêt des dépenses à faire ; il évalue celles-ci à 575 millions et il demande aux Etats-Unis de lui garantir le revenu à 6 pour 100 pendant les quinze premières années sur les deux tiers de cette dépense, s’engageant d’ailleurs à transporter gratuitement tous les vaisseaux du gouvernement et à faire bénéficier les navires de commerce américains d’une réduction égale à la moitié de la taxe imposée aux navires des au très nations.
- Ce projet a été accueilli favorablement par l’opinion publique, ainsi que nous le disions, et la Commission du Sénat chargée de l’examen, conclut à l’adoption en déclarant que les témoignages apportés devant elle ne lui laissent pas de doute sur la possibilité d’exécution d’un pareil chemin de fer.
- Ce projet présente aux yeux des Américains cet avantage inappréciable que le chemin de fer à construire serait placé tout entier sous leur dépendance, puisqu’ils pourraient l’occuper ou l’interdire au besoin aux navires étrangers. Us font valoir en outre que le passage par l’isthme de Tehuantepec raccourcit bien plus le trajet de New-York à Yokohama, par exemple, que par le canal de Panama. La distance de Tehuantepec à Panama atteint, en effet, 2500 kilomètres, et comme Panama est beaucoup plus au Sud, il faut que les navires remontent ensuite vers le Nord pour aller à San Francisco par exemple, ce qui leur impose un détour des plus gênants. De plus, la traversée de la mer des Caraïbes pour arriver à Panama serait très difficile, en raison des calmes plats qui régnent souvent dans cette mer et qui y retiennent les navires pendant un temps très long. Enfin, la traversée du canal de Suez occupe déjà deux jours et il en sera sans doute de même à Panama, il y aura donc là aussi une cause de perte de temps, car le passage de l’isthme de Tehuantepec par la voie ferrée ne demanderait pas plus de quinze heures. On pour-
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- Fig. 1. — Plan du chemin de fer de Tehuantepec, avec les deux variantes par Tarifa et Chivela.
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- rait sans doute faire le canal du Nicaragua qui imposerait déjà moins de détours que celui de Panama, mais alors on ne pourrait éviter les écluses qui introduiraient une cause de retards plus grave encore. Enfin, aux yeux des Américains, le chemin de fer de Tehuantepec pourrait rendre à leur marine sur l’Océan la suprématie qu’elle a perdue, puisque cette voie leur appartiendrait absolument, et qu’ils pourraient y stipuler des avantages spéciaux pour leurs nationaux.
- Ajoutez à cela que d’après les devis du capitaine Eads, le chemin de fer coûterait moins cher qu’un canal, qu’il serait construit beaucoup plus rapidement, et qu’il aurait de plus une capacité de transport beaucoup plus considérable. Et enfin les dépenses d’installation seraient beaucoup plus faciles à calculer que pour l’établissement d’un canal, qui présente toujours un aléa énorme, puisqu’il est impossible de prévoir exactement la nature du sol à traverser et les difficultés qu’il peut présenter.
- Éblouis par tous ces avantages plus ou moins fondés, les promoteurs de l’entreprise ont négligé peut-être de s’assurer suffisamment si cette idée originale était vraiment réalisable; et de fait, il paraît bien difficile de soulever hors de l’eau, de charger sur un truck et de transporter sans encombre des navires qui avec'leurs chargements peuvent peser jusqu’à 9000 tonnes; toutefois M. Eads, qui a prévu l’objection y répond en produisant des attestations d’ingénieurs américains des plus distingués : MM. Reed, Bamaby, John Fowler et Lyster, ingénieur en chef des docks de Liverpool, qui sont unanimes à déclarer que l’entreprise est parfaitement réalisable. Il ne nous appartient pas de discuter ici le témoignage d’hommes aussi compétents, nous avons tenu seulement à signaler un projet curieux et original; toutefois nous serions très désireux de le voir effectivement réalisé pour n’avoir plus aucun doute.
- Quoi qu’il en soit, d’après les prévisions du capitaine Eads, le chemin de fer à construire pour le
- transport des bateaux qui doit réunir les deux océans, aura une longueur de 220 kilomètres environ, il partira de la rivière de Coatzacoalcos à la hauteur de la ville de Ceita-Bonita, et il ira se terminer à Tehuantepec ou à Salinas Cruz, sur le Lac Supérieur au Pacifique, en traversant les Cordillères à l’un des cols de Chivela, de Tarifa ou de Masagua. Comme le pays est assez plat, on pourra éviter les pentes un peu fortes et diriger le chemin de fer entièrement en ligne droite, toutefois la hauteur des cols est de 200 mètres environ, et il faudra pour
- les franchir une pente de 1/100.
- Ce chemin de fer comprendra un grand nombre de files de rails parallèles, et, d’après les calculs présentés par M. l’in-génieur Goodwin dans le tiailroad Gazette, il n’en faudra pas moins de 25 pour le transport des gros vaisseaux. Il faut compter en effet que la charge totale à supporter dans ce cas dépassera 18 000 tonnes, et comme on ne peut guère faire porter à chaque roue que 5 à 6 tonnes, on se trouve amené ainsi à disposer, pour soutenir le chariot porteur d’un grand vaisseau, 3500 roues environ qu’on peut supposer, en ayant égard à la longueur du
- bateau, réparties sur 25 lignes différentes au nombre de 134 par ligne. On comprend par là com-
- ---- bien il est nécessaire*
- d’éviter les courbés, puisqu’il serait à peu près impossible de dévier une pareille1 masse.
- Quant au chariot transporteur qui devra recevoir le vaisseau, M. Eads propose de le munir d’un grand nombre de presses hydrauliques qui seront toutes en relation entre elles de manière à transmettre en tous les points une pression uniforme sur la coque du bateau, et à rappeler ainsi, aussi exactement que possible, les conditions dans lesquelles le navire se trouve placé à la mer. C’est la disposition qui a été représentée sur la figure 4, mais nous croyons avec M. Goodwin qu’il serait préférable, surtout pour les grands navires, de les faire flotter dans un caisson plein d’eau porté lui-même sur le truck roulant. On se trouve amené ainsi sans doute à augmenter considérablement le poids à transporter, mais c'est une
- Fig. 2. — Chemin de fer de Tehuantepec. — Transport d’un grand navire dans son caisson sur un truck.
- Fig. 3. — Appareils hydrauliques de levage pour soulever le bateau en pleine mer.
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- condition qui paraît presque essentielle pour éviter toute avarie au bateau. Dans ces conditions, pour un grand bateau de 9000 tonneaux chargé, le poids du caisson et du truck serait, d’après les évaluations de M. Goodwin, de 58T7 tonnes et le poids d’eau qu’il faudrait y ajouter serait de 5446 tonnes, ce qui ramène le poids total à i 8000 tonnes, comme nous le disions. On remarquera que la pente de 1/100 est
- assez faible pour qu’il ne se produise pas, de l’avant à l’arrière du caisson, de dénivellation appréciable atteignant quelques centimètres, et pouvant compromettre l’assiette du navire.
- Quant à l’effort de traction à développer, on peut l’évaluer, en palier, à 200 000 kilogrammes au maximum. On peut obtenir cet effort avec vingt-deux locomotives environ qu’il faudrait atteler sur cette
- Fig. 4. — Navire glissant sur des rails et traîné par des locomotives. — Projet de chemin de fer de Tehuantepec.
- charge énorme, et on pourrait disposer celles-ci par quantités à peu près égales soit de dix à l’avant et de 12 à l’arrière. Sur la figure, on a supposé un bateau de plus petit modèle traînés par deux grosses locomotives dont les roues de tender son t’accouplées à dessein pour augmenter le poids adhérent, comme dans la disposition restée célèbre d’Engerth.
- Quant aux ports d’embarquement aux deux têtes du chemin de fer, ils seraient créés, l’un auprès de Ceiba Bonita dans larivièrede Coatzacoalcos, dont le lit serait approfondi à cet effet à partir de son em-
- bouchure, et l’autre auprès de Tehuantepec ou de Salinas Cruz dans le Lac Supérieur, comme nous le disions plus haut. On élèverait à l’entrée de ces ports deux rangées de tours munies chacune d’énormes presses hydrauliques, comme on en voit déjà sur la Tamise, à Malte ou à Bombay. Celles-ci seraient réunies deux à deux par des poutres transversales en fer dont on voit un dessin figure 3, on passerait ces poutres en travers sous les bateaux, et on soulèverait ensuite ceux-ci en faisant jouer les pompes hydrauliques, jusqu’au moment où on pourrait ame-
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- ner le navire devant son caisson dans lequel on l’engagerait pour l’expédier. A l’arrivée, la même opération se reproduirait en sens inverse pour remettre le navire à flot.
- L. Bâclé.
- CORRESPONDANCE
- APPLICATION DOMESTIQUE DE L’ÉLECTRICITÉ Monsieur le Rédacteur,
- Nous vous faisons part d’une application de l’électricité que nous avons réalisée, un de mes amis et moi, et qui fonctionne chez moi depuis quelque temps.
- Nous nous servons d’une simple pendule, de n’importe quel système, pourvu qu’elle soit à sonnerie. Nous prenons le fil négatif d’une pile, qui actionne, à une distance quelconque, une sonnette électrique ou tout autre timbre muni d’un électro-aimant, et nous l’attachons a une pièce métallique du mouvement. Le positif, convenablement isolé des autres pièces de la pendule, vient se placer un peu au-dessus de la tige du marteau. Quand la pendule sonne d’elle-même, le marteau se soulève, et sa tige vient toucher le fil positif et le contact a lieu.
- Au même instant, les sonnettes ou les timbres interposés dans le circuit, frappent les mêmes heures que la pendule.
- Nous avons pu faire cette expérience en employant un seul élément Leclanché à agglomérés. En étendant cette application, on peut donner l’heure à tous les appartements d’une maison.
- Il serait facile d’appliquer ce système aux cloches des tours et des clochers.
- Yeuillez agréer, etc. J. Laugé,
- horloger à Béziers.
- SUR LES PROPRIÉTÉS ANTISEPTIQUES DU CUIVRE
- Périgueux, octobre 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je viens de lire, dans un des derniers numéros de votre journal (n° 495 du 11 novembre 1882, page 582), qu’à l’Académie des sciences, le Dr Burq a posé en fait que les ouvriers en cuivre, fortement imprégnés du métal qu’ils travaillent, sont presque indemnes au choléra.
- Les propriétés désinfectantes de ce métal ont été, depuis longtemps, constatées aux célèbres mines de cuivre de Falun en Dalécarlie. A différentes époques, pendant que le choléra ou d’autres épidémies sévissaient en Suède, les ouvriers de Falun ont échappé à la contagion. Un fait curieux démontrant d’une manière éclatante les propriétés antiseptiques du cuivre, fut observé, au même endroit, pendant le dix-huitième siècle. En 1719, on trouva dans une mine le corps d’un jeune homme nommé Matts Israelson, qui y avait péri quarante-neuf ans auparavant. Ce cadavre était dans un tel état de conservation qu’il fut aussitôt reconnu par une vieille femme, autrefois fiancée à Matts Israelson. Pendant vingt et un ans, on conserva dans une vitrine cette momie d’un nouveau genre ; mais à la fin, ce cadavre se décomposa et fut enseveli (Voyez Bœdeker, Guide en Suède et en Norvèye, texte allemand ou anglais, car il n’a pas été encore traduit en français).
- Agréez, etc.
- Georges Makgat.
- LES HÉROS DU TRAVAIL1
- Nous venons de publier sous ce titre, à la librairie Maurice Dreyfous, un nouvel ouvrage qui est le complément des Martyrs de la science, dont la deuxième édition vient de paraître. Nous avons cherché à y montrer, non pas à l’aide de développements littéraires, mais au moyen de faits et d’exemples historiques, que les grandes œuvres sont le fruit de grands travaux, que le succès dans la vie de chacun de nous, est attaché aux efforts de notre volonté et de notre persévérance, et que les plus petits et les plus humbles, par la culture de l’intelligence, peuvent devenir, dans quelque carrière que ce soit, les plus grands et les plus illustres.
- On comprendra qu’il n’est pas possible d’être en même temps l’auteur et le critique ; nous laisserons au lecteur le soin d’apprécier notre œuvre, dont nous publions ici quelques extraits, empruntés çà et là aux différents chapitres du livre. G. T.
- C’est surtout dans les sciences que l’attention, l’activité, la persévérance sont véritablement, utiles. Les savants les plus illustres se sont presque toujours distingués par une ardeur infatigable; quelques-uns d’entre eux ont même plutôt brillé, par des qualités acquises, que par des dons naturels.
- Parmi la foule de savants qui arrivèrent à la gloire par leur propre force, il nous suffira de choisir quelques exemples.
- Buffon®, dont les œuvres sont assez connues pour n’être pas rappelées ici, eut d’abord à combattre les elfets d’un naturel absolument apathique. Dans sa jeunesse, il se levait généralement tard, et afin de se guérir de cette habitude, il promit à son valet de chambre Joseph un écu toutes les fois qu’il le ferait lever avant six heures. Joseph eut bien du mal à triompher de cette indolence invétérée; il dut même, un beau matin, jeter sur son maître le contenu glacé d’un vase plein jusqu’aux bords, mais à la longue, ces moyens énergiques eurent un plein succès, et Buffon disait en riant : « Je dois à Joseph trois ou quatre volumes de mon Histoire naturelle ». Depuis ce temps, il travailla neuf heures par jour avec une telle assiduité, qu’il put ajouter au titre de naturaliste celui non moins illustre de littérateur; il sut rendre élégamment les pensées les plus complexes. En 1742, il s’était adjoint, pour la rédaction de son Histoire, un de ses camarades d’enfance, Daubenton, qui était aussi un travailleur infatigable.
- Daubenton, nommé à cette époque garde et démonstrateur du cabinet d’Histoire naturelle de Paris, s’y enfermait pendant des journées entières, pour se livrer avec une ardeur sans pareille à la classification des trésors qu’il y avait découverts. A quatre-vingts ans, on vit Daubenton, la tête courbée sur la poitrine, les pieds et les mains
- 1 Un vol. gr. in-8°, par Gaston Tissandiek, illustré de 34 gravures par Gilbert. Paris, Maurice Dreyfus.
- 2 Né à Montbart (Côte-d’Or), le 25 avril 1716, mort le 1er janvier 1800.
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- déformés par la goutte, se faire conduire chaque matin, soutenu par deux personnes, au cabinet d’flistoire naturelle, pour y présider encore à la disposition des minéraux.
- Le grand chimiste Yauquclin, une des gloires de la chimie moderne, n’oublia jamais son obscure origine, sa pauvreté, les humbles vêtements qu’il portait autrefois pour aller à l’école. « Travaille, lui disait son maître d’école; un jour tu porteras de beaux habits, comme le marguillier de la paroisse. » Et de fait, le garçon apothicaire qui était venu à Paris avec deux écus en poche, qui mourant de faim s’e'tait vu transporter à l’Hôtel-Dieu, devint le successeur de Fourcroy à l’École de Médecine et représenta à l’Assemblée législative le département du Calvados.
- Vauquelin, devenu célèbre mais non millionnaire, avait l'habitude d’admettre à son laboratoire de jeunes étudiants, moyennant une rétribution mensuelle de vingt francs. Un jour, il reçut la visite d’un tout jeune homme, nommé Thénard, qui lui avoua sa pauvreté et lui demanda de l’admettre gratuitement dans son laboratoire. Les sœurs du grand chimiste étaient présentes à l’entrevue :
- « Mais il est gentil ce petit, dirent-elles à leur frère; tu devrais le garder ; il aiderait dans le laboratoire et surveillerait notre pot au feu que tous tes muscadins laissent trop bouillir. » Thénard, au comble de ses vœux, travaille avec acharnement et obtient au bout de trois ans un cours de chimie dans une institution. Nommé répétiteur à l’École Polytechnique en 1798, il se lia avec Gay-Lussac, aborda la chimie organique, trouva la préparation du bleu qui porte son nom et l’épuration des huiles végétales au moyen de l’acide sulfurique. Il remplaça Vauquelin au Collège de France (1804), fut professeur à l’École Polytechnique en 1810; devint membre de l’Académie des Sciences. 11 découvrit le bore et l’eau oxygénée. Enfin Charles ‘X lui conféra le titre de baron; il fut député, pair de France, et grand-officier de la Légion d’honneur.
- Un grand nombre d’autres savants ont eu une origine des plus modestes ;. nous en trouverions plusieurs exemples parmi les grands génies de l’Angleterre. Nous citerons seulement Faraday.
- Faraday était le fils d’un forgeron; à l’âge de treize ans, en 1804, on le trouve simple apprenti chez un relieur. Il avait vingt et un ans lorsqu’il obtint la faveur d’assister aux dernières conférences du célèbre sir Humphry Davy. 11 prit des notes, les mit au net en sortant, et les adressa au professeur en le suppliant de l’aider à quitter son ingrat métier pour suivre l’étude des sciences qu’il aimait. Faraday entra comme aide de laboratoire chez Davy, mais il se signala bientôt par une ardeur peu commune et par des facultés vraiment merveilleuses. En 1818, il avait déjà pris rang parmi les chimistes de premier ordre.
- « En calculant la durée de la vie de Faraday, a dit M. Tyndall, on voit que ce fils de forgeron, cet
- apprenti relieur, eut à choisir entre une fortune de 150000 livres d’un côté, qu’il aurait aisément gagnée dans la chimie analytique, et sa science désintéressée de l’autre. Il choisit la dernière et mourut pauvre. Mais il eut la gloire de maintenir très haut pendant quarante ans le renom scientifique de l’Angleterre parmi les autres nations. »...
- On a dit des industriels qu’ils étaient des conquérants pacifiques, dont les victoires ne font pas verser de larmes, dont les conquêtes profitent à tous. Nous allons le montrer en retraçant l’histoire de l’un d’entre eux.
- Josiah Wedgwood1 appartenait à une famille dont les membres exercèrent pendant trois générations une profession semblable : ils fabriquaient des poteries. Orphelin de très bonne heure, Josiah entra comme apprenti dans une manufacture dirigée par un de ses frères. Au bout de quelques mois il fut atteint de la petite vérole, garda le lit pendant longtemps, et pour se distraire fit de nombreuses lectures, lectures sérieuses qui l’habituèrent à la méditation. Comme il avait subi l’amputation de sa jambe droite, il se demanda comment il allait faire pour vivre puisqu’il ne lui serait plus possible de travailler au tour. Il eut l’idée de pétrir divers petits objets, tels que des plats, des assiettes, etc., et il trouva dans la réalisation de cette idée les éléments d’un petit commerce qui lui permit de gagner son pain. Cette aisance relative lui permit de continuer ses lectures et ses méditations, et à force de réfléchir et d’expérimenter, il découvrit le produit connu sous le nom de faïence anglaise; encouragé par ces premiers succès, il travailla de plus belle, fabriqua un service complet pour la reine Charlotte, et obtint à cette occasion le brevet de « Potier de la maison royale ». Les grands de la cour, émerveillés, lui donnèrent à faire des copies de vases antiques, et il réussit parfaitement cette tâche délicate. Bien plus, il retrouva la manière dont les Étrusques peignaient sur faïence, procédé ignoré déjà du temps de Pline. Un dernier trait montrera l’importance des travaux de Wedgwood : le Straffhordshire tripla sa population et son chiffre de production industrielle dans l’espace de trois ans. De tels hommes peuvent être considérés comme de véritables bienfaiteurs de l’humanité....
- L’homme de génie, pour produire, doit travailler, lutter et vaincre. Peintres, sculpteurs, musiciens, poètes, tous sont soumis à la grande loi du travail, sans laquelle aucun progrès n’est possible, mais à l’aide duquel toutes les œuvres peuvent être accomplies.
- Tous les grands artistes ont été en quelque sorte des héros du travail. On raconte que le peintre espagnol Ribera travaillait avec tant de passion qu’il oubliait parfois de prendre ses repas ; comme sa santé se trouvait souvent altérée par le jeûne, il
- 1 M à Burslem (comté de Stafford), le 12 juillet 1730.
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- Vauquelin. — « Travaille, lui disait le maître d’école, un jour tu porteras de beaux habits.... » (Page 11, col. 1.)
- attacha à sa personne, un homme chargé de lui dire de temps en temps : g Seigneur Ribera, vous travaillez depuis tant d’heures. »
- David Téniers, né à Anvers, en 1610, grâce à son application à l’étude, eut dès ses débuts un succès extraordinaire; il lui arrivait des commandes de toute l’Europe; le roi d’Espagne admirait tellement ses œuvres qu’il aurait voulu les posséder toutes à lui seul. La reine de Suède et plusieurs souverains firent à Téniers des présents d’une richesse inouïe. Accablé de demandes, le peintre travailla avec une ardeur extraordinaire, il peignait, il peignait toujours sans jamais se reposer, mais malgré sa facilité et son assiduité, on a peine à comprendre comment il est arrivé à laisser un si grand nombre de toiles.
- Léopold Ro -bert1, le célèbre auteur des Moissonneurs , était le fils d’un simple horloger, il fut poursuivi dans toute sa carrière par un idéal de beauté que, selon lui, ses œuvres n’offraient jamais. On le voyait constamment retoucher ses toiles, sans jamais vouloir les laisser sortir de son atelier ; de là le petit nombre
- d’ouvrages qu’il a laissés. Il ne passa pas moins de quatre ans à travailler sans relâche à ses Moissonneurs : « Je ne perds pas une heure de mon temps sans regret, disait Léopold Robert, quand je puis travailler depuis le commencement du jour jusqu’à la nuit; et ce n’est pas par devoir, c’est par passion. Je suis si heureux quand je puis travailler ainsi! Et
- 1 Né en 17 94, à la Chaud-de-Fonds.
- Wedgwood. —• Il eut l’idée de pétrir.... (Page. 11, col. 2.)
- c’est toujours après ces bonnes journées, pendant les dernières heures, que je suis le mieux dispos. » Pierre-Paul Prud’hon, pauvre enfant du peuple, devint ce grand peintre dont l’éternel honneur sera d’avoir remis en faveur les fictions de la fable, les
- ingénieuses allégories, les délicates allusions du paganisme. Il était le treizième fils d’un simple ouvrier, maître maçon de Cluny, qui mourut bientôt le laissant sans aucune ressource. Et pourtant, à quatorze ans, il inventa la peinture à l’huile, comme Pascal avait inventé les mathématiques. Elevé gratuitement au monastère de Cluny, il vit là de nombreux tableaux, qu’il voulut aussitôt reproduire : avec du jus de plantes, il fit des couleurs; avec les poils d’un harnais, il fabriqua une brosse, et se
- mit à l’œuvre. Cette particula -ri té attira l’attention des Bénédictins, ses maîtres, par lesquels il lut recommandé à l’évêque de Mâcon. Ce prélat l’envoya immédiatement à l'Ecole de dessin de Dijon, que dirigeait M. Devosge, et Prud’hon travailla si bien qu’il remporta le prix établi par les Etats de Bourgogne, succès qui lui valut une pension grâce à laquelle il vint à Rome. Revenu à Paris en 1789, il supporta d’incroyables privations pour subvenir aux frais de son ménage, car il était marié depuis 1777. Cependant, ses dessins à la plume attirèrent à la longue l’attention des connaisseurs, et il obtint un atelier et un logement au Louvre pour exécuter en grand un dessin portant cette légende : « La Vérité descendant des Cieux, conduite par la Sagesse ». C’était justice. Sa détresse, à un moment,
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- fat tellement complète, qu’il avait dû crayonner des têtes de lettres, des factures, des cartes d’adresses, et illustrer des boîtes à bonbons *.
- La Révolution française et les guerres du premier Empire offrent à l’historien de nombreux
- exemples d’hommes qui, sortis des rangs les plus humbles, arrivèrent, par leur énergie, par leur application, par leur courage, par leur propre mérite, aux fonctions militaires les plus élevées.
- Le général Drouot peut être considéré comme l’un des plus beaux caractères de cette époque. An-
- Prud’hon. — A quatorze ans, il inventa la peinture à l’huile.... (Page 12, col. 2.)
- toine Drouot naquit à Nancy, le H janvier i774. Son père, pauvre boulanger, suffisait à peiné, en travaillant nuit et jour, à nourrir sa nombreuse famille. A l’âge où les enfants songent à jouer, le petit Antoine ne pensait, lui, qu’à s’instruire, et ses précoces dispositions décidèrent son père à l’envoyer au collège. Outre le travail que lui donnait à
- * Ch. Blanc, Hisl. des Peintres, École française, tome Ier
- faire son professeur, il devait, en revenant de la classe, courir porter le pain chez les clients de la boulangerie. On devine quelle peine il fallait qu’il se donnât, pour concilier deux choses si opposées. Le pauvre écolier était obligé, pour son travail, de fatiguer ses yeux, à la douteuse clarté d’un rayon de la lune, pénétrant jusque dans sa chambre, ou de se lever à deux heures du matin pour continuer, devant la bouche ardente et enflammée du four que
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- l’on chauffait, l’étude inachevée delà veille. Son inclination le portait vers les mathématiques, mais il ne négligeait pas pour cela les autres facultés, et il termina son éducation malgré tous les obstacles.
- A l’âge de dix-huit ans, il comprit que la patrie était en danger, qu’elle réclamait des défenseurs énergiques, et bien que la vie calme, la vie d’intérieur lui convînt mieux que toute autre, il n’hésita pas à marcher là où le devoir l’appelait. Précisément l’École d’Application de Metz avait besoin d’élèves et venait d’ouvrir un concours; Drouot part, « emportant pour tout patrimoine 6 francs, un bâton et une paire de souliers neufs ».
- Après avoir franchi à pied les 13 lieues qui séparent Nancy et Metz, il marche droit à la salle d’examen; son entrée fit sensation. La grossièreté de sa mise contrastait avec la foule beaucoup plus brillante qui lui livrait passage en riant. Il fut pris pour un hibou qui venait étourdiment s’égarer dans les rayons de la science. L’examinateur était le célèbre La Place. Partageant l’erreur générale : « Savez-vous pourquoi vous êtes ici? » lui dit-il avec bonté. « Je voudrais passer l’examen «^répondit simplement Drouot. Son tour vint. 11 résolut toutes les questions qui lui furent posées avec une précision et une netteté qui charmèrent La Place. Il demanda ensuite à être interrogé sur des matières qui ne faisaient point partie du programme. Le savant semblait se complaire à prolonger l’épreuve : l’examen dura deux heures, pendant lesquelles l’humble élève, si raillé, ne cessa de montrer la sûreté ferme et calme de son instruction. La Place le félicita et l’embrassa publiquement. Drouot fut le premier de sa promotion. Passant du rire à la surprise, puis à l’enthousiasme, ses jeunes et loyaux émules l’entourèrent. 11 fut porté en triomphe. Vingt ans plus tard, La Place disait à Napoléon : « Un des plus beaux examens que j’aie vus, c’est celui de votre aide-de-camp, le général Drouot. »
- Nommé sous-lieutenant après un mois d’école, il fit ses preuves à Hondschoote, à Fleurus, à la Treb-bia, à Hohenlinden, etc; Jusqu’en 1808, il se distingua, tant par son courage sur les champs de bataille, que par son habileté à accomplir les missions pacifiques qui lui furent confiées.
- Dans la retraite de Moscou, Drouot se montra d’une intrépidité inébranlable. On le vit une fois accrocher un miroir à l’affût d’un canon, et se faire la barbe en plein air, par un froid de 28 degrés !
- Sa modestie égalait son courage, et personne ne fut plus généreux que lui. Sur la fin de sa vie, il eut le malheur de devenir aveugle ; il trouvait une consolation dans la charité, et venait en aide aux pauvres, avec une bonté inépuisable. Un de ses biographes raconte qu’il fit un jour découdre les galons de son grand uniforme, et les vendit, pour en envoyer le prix à quelque famille nécessiteuse. Et comme son neveu lui exprimait ses regrets en disant : « J’espérais faire de cet uniforme l’héritage de mes enfants », le vieux soldat répondit grave-
- ment : « Je ne l’ai pas voulu. En voyant l’habit de leur oncle, ils auraient oublié qu’ils étaient les petits-fils d’un boulanger. »
- Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Prix Voit» A décerner en 1889. — L’arrêté fixant les conditions du prochain concours pour le prix Volta à décerner en 1887 est ainsi conçu :
- « Article premier.—Le prix de 50 000 francs institué par décret du 11 juin 1882, en faveur de l’auteur de la découverte qui x’endra l’électricité propre à intervenir avec économie dans l’une des applications suivantes : comme source de chaleur, de lumière, d’action chimique, de puissance mécanique, de moyen de transmission pour les dépêches ou de traitement pour les malades, sera décerné en décembre 1887.
- « Art. 2. — Les savants de toutes les nations sont admis à concourir.
- « Art. 3. — Le concours demeure ouvert jusqu’au 50juinl887.
- « Art. 4. — Une Commission nommée par le Ministre de l’Instruction publique sera chargée d’examiner la découverte spécifiée par chacun des concurrents, et de reconnaître si elle remplit les conditions exigées.
- « Art. 5. — Le rapport de cette Commission sera publié dans le Journal Officiel. »
- Pourquoi l’huile répandue sur la surface de la mer en apaise les flots. — On m’a demandé comment l’huile répandue sur la surface des flots pouvait les apaiser. Je m’étais rendu compte du phénomène par l’explication suivante, qui me paraît élémentaire et que je soumets aux lecteurs de La Nature en les priant d’en donner une autre s’ils la trouvent.
- Quand le vent souffle sur la surface des eaux, sa direction est presque toujours parallèle à cette surface. Si l’eau était'animée d’une vitesse égale et de même sens que celle du vent, il ne se produirait rien au contact des deux éléments; 'mais si cette vitesse est différente quoique dirigée dans le même sens et surtout si les deux vitesses sont dirigées en sens contraire, la surface de l’air et la surface de l’eau frotteront l'une contre l’autre et ce frottement pourra être assez considérable pour gripper l’eau et en soulever des parties. L’huile versée à la surface de l’eau sert à diminuer le frottement dans une proportion considérable ; elle agit comme si elle était composée d’une infinité de petites sphères interposées entre l’air et l’eau. Ces sphères sont mises en mouvement par l’air, elles roulent les unes sur les autres et c’est cette rotation qui, dans la plupart des cas, suffit à absorber la presque totalité de la force vive communiquée par le vent, de telle sorte que l’eau sous-jacente est à peine influencée.
- A. de R.
- Tractions de voitures par des ressorts accumulateurs de force. — Un certain nombre de publications ont publié récemment un canard auquel il convient de couper immédiatement les ailes pour arrêter son essor. Si l’on en croit certains organes, il s’organiserait à Philadelphie un service de voitures qui seraient mues par des ressorts emmagasinant la force nécessaire à leur propulsion. Des brevets auraient été pris et les premiers essais couronnés d’un plein succès. Le moteur
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- LA. NATURE.
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- se composerait de six ressorts enroulés sur un cylindre, chaque ressort serait formé d’une lame plate d’acier de 90 mètres de long, 15 centimètres de lai\ t 6 millimètres d’épaisseur. Ces chiffres paraissent des dimensions extraordinaires en Europe, mais les possesseurs du brevet américain ont un procédé spécial de trempe (sic) qui permet d’arriver à ces résultats surprenants. La force emmagasinée est telle qu’une voiture pleine de voyageurs peut faire un trajet de 8 kilomètres dans les rues de la ville sans qu’elle ait besoin d’ètre remontée. Un frein empêche que la vitesse ne dépasse 15 kilomètres à l’heure ! Un très simple calcul nous apprend que les six ressorts pèseraient ensemble 3800 kilogrammes, et comme dans les meilleures conditions on ne peut emmagasiner que 30 kilogrammètres par kilogramme de ressort, les 5800 kilogrammes ne représentent qu’un travail théorique total de 114 000 kilogrammètres, soit un cheval-vapeur pendant dix-huit minutes. L’effort de traction en palier, sur la plus belle route, atteint le 1/50 de la charge, et comme la voiture chargée des 3800 kilogrammes de ressorts et des voyageurs doit peser au moins 6000 kilogrammes, on trouve que la limite de son parcours théorique ne peut pas dépasser 1000 mètres, et atteindre en pratique à peine la moitié de ce chiffre. On voit que ce procédé est impraticable.
- Le Ministre de l’Inslructiou publique a décidé qu’un certain nombre d’appareils à projections pour l’Enseignement des Sciences physiques et naturelles seraient acquis pour les écoles primaires et pour les cours publics. Les constructeurs qui voudraient participer aux commandes que l’administration se propose de faire, sont invités à déposer un exemplaire de chacun de leurs appareils quel qu’en soit le système, mais de petites dimensions, et surtout d’un prix peu élevé, au Ministère de l’Instruction publique, rue de Grenelle, 110 (Direction de l’Enseignement primaire, 5° Bureau), où ils seront examinés par la Commission de l’Enseignement des sciences.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 novembre 1882.
- La crue de la Seine. — Il résulte d’une note écrite a la hâte, au moment delà séance, par M. Lemoine, directeur du Service hvdraulogiquedelaSeine, que nous sommes menacés d’une crue tout à fait extraordinaire. À Mantes la hauteur de l’eau Ya dépasser de plusieurs décimètres le niveau atteint lors de l’inondation de 1876, qui était la seconde comme importance depuis le commencement du siècle. A Paris, la crue sera moins grande de tous les apports de l’Oise ; mais il convient dès maintenant de prendre des précautions exceptionnelles.
- Magnétisme terrestre. — Les observations assidues de M. Renou lui ont permis de constater du 11 au 18 de ce mois trois perturbations magnétiques. La première s’est manifestée du 11 au 12, la seconde du 17 au 18, et la dernière, le 18 au soir. Ces perturbations coïncident d’une manière frappante avec l’apparition précédemment enregistrée des aurores boréales.
- Encore la théorie solaire. — Contrairement à nos prévisions, M. Siemens cherche à répondre aux arguments si
- éloquents de M. Hirn, contre sa théorie de l’entretien de l’activité solaire. La très courte analyse que M. Dumas a donnée de sa nouvelle communication ne permet pas d’en apprécier toute la portée, et nous devons nous borner à reproduire certaines affirmations auxquelles les preuves paraissent faire défaut et que M. Paye n’a pas jugé de nature à être réfutées séance tenante. Tout d’abord, M. Siemens assure que la température du soleil, loin d’ètre de 20 000 degrés, selon l’estimation de M. Hirn, ne dépasse pas 2800 degrés. En second lieu, il conteste que le milieu pondéral, dont il gratifie les espaces, puisse avoir sur les planètes une action accélératrice — pourvu qu’on admette que ce milieu soit absolument dépourvu de viscosité. Or son sentiment personnel est conforme à cette manière de voir. Enfin il prétend accumuler des preuves de la réalité de la circulation intersidérale de matière, pénétrant dans le soleil par les deux pôles et ressortant par la région équatoriale. — En somme, comme on voit, rien de nouveau.
- Portée des sons dans l'air. — On sait qu’en temps de brouillard, les phares devenus impuissants, sont suppléés par des appareils sonores destinés à avertir les navires de l’approche des côtes. M. Allard s’est proposé de rechercher à quelle distance se propagent les signaux acoustiques ainsi produits, et il est arrivé à ce résultat curieux que l’acuité du son n’intlue pas sur l’espace franchi. L’auteur a opéré comparativement sur de petites cloches, de grosses cloches, des cornets à air comprimé, des sifflets à vapeur et des sirènes. Avec une sirène il a produit successivement des sons faisant 300, 375, 450 et 600 vibrations, c’est-à-dire un accord parfait et il a trouvé que ces divers sons parvenaient tous à 9 kilomètres environ, pourvu bien entendu qu’on fit usage de la même force pour les produire. Cette constance est du reste analogue à celle que présentent les lumières diversement colorées — qui sont également visibles de la même distance.
- Un traité d’embryologie. — M. Alphonse Milne Edwards signale la traduction française du Traité d’embryologie de Balfour. En présence des travaux gigantesques de ce naturaliste anglais, on serait porté à lui attribuer un âge vénérable. Or Balfour est mort à trente et un ans. 11 n’avait que vingt-six ans quand il devint membre de la Société .Royale de Londres et on avait créé pour lui, à l’Université de Cambridge, une chaire de morphologie végétale, qu’il n’eut pas le temps d’occuper. Ayant, lors d’un voyage dans les Alpes, tenté avec un seul guide l’ascension de l’Aiguille-Blanche, il y fut tué par une avalanche de neige.
- La mission d; la Martinique. — Une lettre de M. Tissera rit annonce que nos missionnaires sont dès maintenant à peu près installés. Déjà, à la date de la lettre, ils avaient procédé à quatorze observations relatives au méridien et la grande comète était suivie d’une manière assidue. Des mesures magnétiques étaient prises régulièrement.
- Varia. —Le relevé des observations de petites planètes faites à l’Observatoire pendant le dernier trimestre est transmis par M. Mouchez. — M. Raoult continue ses recherches sur la congélation des dissolvants. — Un mémoire sur la mesure de l’effet utile des machines dynamo-électriques est adressé par M. Marcel Üeprez. — M. Leplay analyse le maïs à ses divers états de maturation. — Des travaux récents permettent à M. Lalanne de reconnaître que les études du magnétisme terrestre qu’il avait faites vers
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- LA NATURE.
- 1842 dans le pays des Cosaques du Don avec des appareils très défectueux et qu’il n’avait pas osé publier de crainte d’erreurs, avaient cependant fourni des résultats exacts.
- Stanislas Meunier.
- LÀ NÂSIQUE
- Dans les luxuriantes forêts des pays chauds, aussi bien aux Indes-Orientales que dans l’Amérique tropicale, le voyageur voit souvent suspendus au milieu du feuillage, et semblables à des lianes mollement balancées par le vent, d’étranges serpents dont la couleur, du plus beau vert, s’harmonise merveilleusement avec celle de la végétation environnante ; c’est à peine si ces animaux s’aperçoivent, tellement ils ont la teinte des plantes autour desquelles ils sont entortillés.
- Parmi ces serpents, il en est un certain nombre que les zoologistes connaissent sous le nom d’Oxycéphaliens. Chez eux le corps est excessivement allongé , bien que fort mince, de telle sorte, qn’au milieu de la végétation ils ressemblent réellement à des lianes pendantes. La tête est longue, étroite, surtout en avant ; le museau s’avance en une pointe conique qui souvent dépasse largement la mâchoire inférieure. La queue, très allongée, est en forme de fouet. Bien que pouvant atteindre un mètre de long, et même plus, ces serpents n’ont parfois que la grosseur du doigt. Les Oxycéphaliens sont munis de dents venimeuses à la partie postérieure de la mâchoire supérieure, de telle sorte que, fort inoffensifs pour l’homme et pour les animaux de grande taille, ils ne laissent pas d’être à craindre- pour les petits mammifères ou pour lesjeunes oiseaux dont ils font leur nourriture habituelle.
- Ces serpents vivent tous sur les arbres ; c’est là qu’ils passent des journées entières à épier leur proie. Les uns ont le museau terminé par une pointe dure; tels sont les Oxybèles, qui habitent la Guyane, le Brésil, la Martinique, le Gabon; les Tragops, des Indes Orientales ; tandis que chez d’autres le museau se prolonge en une pointe mousse, parfois dentelée comme chez le Langaha
- de Madagascar, ou simple, comme on le voit chez la Nasique.
- Ce dernier serpent, qui a longtemps vécu à la Ménagerie des Reptiles du Muséum d’histoire naturelle, est originaire de Java, de Ceylan, des Célèbes, de Sumatra, de la Péninsule indique. Désigné par Daubenton sous le nom de Nez retroussé, par Lacé-pède sous celui de Nasique, il est connu par les zoologistes modernes sous la dénomination de Dryunus nasutus.
- Comme chez toutes les autres espèces qui composent la famille, le corps est fort allongé, en forme de fouet. J a tête est plus large que le cou, oblongue, un peu déprimée; le museau se prolonge en une pointe anguleuse, dépassant largement la mâchoire inférieure; la pupille est en forme de lente longitudinale. Le dos paraît comme caréné. Tout le corps est recouvert d’écailles lisses, très allongées, en forme de losanges.
- Lorsque l’animal est au repos, il paraît d’un vert brillant, relevé par quelques lignes jaunâtres; le ventre est plus pâle que le reste du corps. Le serpent vient-il à être excité, soit par la colère, soit par la vue de sa proie, il se gonfle et les écailles, en se distendant, laissent apparaître alors la couleur de la peau ; l’on voit à ce moment une série de rayures noires et jaunes se détachant fort agréablement sur fond vert.
- Le plus souvent le serpent se tient immobile, étroitement enroulé autour d’une branche; la partie antérieure de son corps, dressée toute droite et mollement agitée, semble la continuation du rameau sur lequel l’animal est fixé. Le reptile veille cependant, car vient-il à apercevoir sa proie, qu’il se déroule lentement en se laissant pendre, tel qu’un rameau mis eu mouvement par la brise, arrive bientôt à proximité de sa victime, sur laquelle il fond avec impétuosité. La gueule est très largement fendue, de telle sorte que le serpent peut sabir des proies relativement volumineuses.
- E. Sauvage.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- La Nasique (Dryunus nasulus).
- (D’après l’individu ayant vécu récemment au Muséum d’histoire naturelle de Paris.)
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 497.
- 9 DÉCEMBRE 1882.
- LA NATURE.
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- LE MACAQUE ALBINOS
- DU JARDIN D’ACCLIMATATION
- On peut voir en ce moment à la Singerie du Jardin d’Aeclimatation du Bois de Boulogne un remarquable exemplaire de singe albinos. Cet animal, confié aux soins du Jardin par son propriétaire, magistrat des colonies espagnoles, est originaire des Philippines et appartient à l’espèce déjà observée, il y a quarante ans, par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et baptisée par lui du nom de Macaque des
- Philippines, variété albine. L’individu décrit par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et figuré dans les vélins du Muséum d’histoire naturelle, était le premier exemplaire vivant introduit en Europe et présentait à l’observateur des particularités extrêmement curieuses. Comme les albinos humains, il fuyait la lumière; sa démarche rendue hésitante par sa myopie et sa couleur étrange lui attiraient l’animadversion des animaux de son espèce avec lesquels il se trouvait, et il avait fini par se confiner dans un coin obscur de sa loge où il vivait solitaire, véritable paria de la société simienne. Le macaque du Jardin d’Aeclimatation qui est le second
- Macaque albinos. (Dessiné d’après nature au Jardin d’Aeclimatation de Paris.)
- exemplaire vivant connu, nous semble présenter quelque différence avec l’animal observé au Muséum. Loin d’avoir une démarche hésitante, il est vif, vigoureux et semble ne rien avoir perdu de l’agilité et de la pétulance de ses congénères. Comme son prédécesseur, il présente les caractères de l’albinisme parfait. D’un blanc pur, sauf aux jointures des membres qui sont légèrement jaunâtres, il a toutes les parties nues d’une jolie nuance rose clair.
- L’iris des yeux présente la particularité observée déjà par Geoffroy Saint-Hilaire d’être rouge sous certains aspects et bleu sous d’autres. Il est certainement myope, comme d’ailleurs tous les albinos, car il ne mange aucune substance sans l’avoir flairée et regardée de très près. Une remarque curieuse c’est que cet animal a la singulière habi-U*année.— i’r semestre.
- tude, quand il est assis et en repos, de s’arracher les poils des mains et de les examiner attentivement. C’est en somme un animal d’une grande rareté, qui a, paraît-il, dans l’Extrême Orient une valeur énorme. Tout le monde sait, en effet, le respect des Orientaux pour les animaux affectés d’albinisme. L’éléphant blanc de Siam en est un exemple bien connu. 11 est regrettable que l’Administration du Jardin ne puisse le mettre dans la même cage que d’autres macaques. Il y aurait là une riche occasion de reprendre les intéressantes observations d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sur la conduite des autres singes envers lui. Mais c’est un dépôt, un pensionnaire dont on ne saurait disposer sans inconvénient et qui peut-être ne fera pas un long séjour au Bois de Boulogne. Aussi engageons-nous ceux
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- LA NATURE.
- de nos lecteurs qui s’intéressent aux curiosités de la nature à aller le voir au plus tôt.
- Paul Juillerat.
- LE CCESIUM
- Parmi les corps simples déjà nombreux que la chimie nous fait connaître, il en est encore beaucoup qu’on n’a fait qu’entrevoir. On ne sait presque rien sur le cæsium, le rubidium, le didymium, l’erbium, etc. : on ne connaît guère mieux le tungstène, l'urane, bien que pour ces derniers, les gros caractères soient déjà notés. La chimie des métaux reste un peu trop stationnaire; il est vrai que, réellement très difficile, et ne donnant pas à ceux qui la cultivent d’aussi brillants résultats que la chimie dite organique, elle n’encourage pas autant l’ardeur des chimistes. C’était là un des chagrins du regretté Henri Sainte-Claire Deville; il répétait sans cesse que la chimie minérale était un champ aussi riche au moins que celui de la chimie organique; il en donna, d’ailleurs, des preuves assez brillantes. »
- 11 y aurait, cependant, un bien grand intérêt à approfondir l’histoire de ces corps à peine entrevus. Sans doute il est peu probable qu’il soit réservé à beaucoup de passer tout à coup, comme le sodium et l’aluminium, du rang de sous-produit de laboratoire à celui de produit industriel, mais il n’est pas douteux que, de ces études, il résulterait des données dont la philosophie chimique tirerait un brillant profit. A coup sûr, les travaux de Dumas, Lecoqde Boisbaudran,Mendelejef, Lokkyer, Lothar Meyer, Kremer, Pettenkofer, Gladstone, et tant d’autres sur les relations qui unissent entre eux les corps simples, trouveraient une base solide en même temps que des aperçus nouveaux et féconds en résultats.
- Le cæsium (cæsium bleu) est un métal alcalin, dont le spectre est caractérisé par deux raies bleues. 11 fut découvert par Bunsen et Kirckhoff en 1860 en examinant au spectroscope le résidu alcalin des eaux mères de Dürk-heiin. Ils opérèrent sur 240 kilogramme d’eaux mères, lesquelles provenaient de l’évaporation de 44 000 kilogrammes de liquide.
- Le cæsium est assez répandu dans la nature ; on en trouve dans les eaux de Bourbonne-les-Bains, de Yichv, Krculznach, Hall, Nanheim, Eins et d’autres encore. Il est abondamment contenu dans un minéral de l’ile d’Elbe, le Pollux, qui en renferme environ 25 pour 100. Le lépi-dolithe d’Amérique en renferme environ O6',5 et c’est de ce corps que M. Petterberg vient d’extraire d’assez notables proportions du métal.
- Le cæsium est toujours accompagné de rubidium, lithium, potassium, sodium; pour l’isoler on doit d’abord rejeter tous les éléments terreux, puis effectuer sur le résidu alcalin la séparation simultanée du cæsium et du rubidium Pour cela, on met a profit l’insolubilité des chloroplalinales de ces métaux.
- Pour séparer ensuite le cæsium du rubidium, Kirckhoff et Bunsen se basaient sur ce que le carbonate de cæsium est soluble dans l’alcool absolu tandis que le carbonate de rubidium y est insoluble. Mais comme il se forme quelquefois dans ces conditions un carbonate double, Allen modifia cette méthode et transforma ces métaux en tartrates acides, dont la différence de solubilité dans l’eau est assez grande ; le tartrate de rubidium est soluble dans 8 litres d’eau bouillante et 85 litres d’eau à 25
- celui de cæsium se dissout dans 4 litre d’eau bouillante et 40 litres d’eau à 25°. Enfin, Redtenbacher préféra former les aluns, l’alun de cæsium étant très sensiblement le moins soluble.
- Récemment, Setterberg, employant des tonnes d’alun obtenu comme produit accessoire de la préparation des sels de lithium au moyen de la lépidolithe, est parvenu à obtenir des quantités notables de cæsium. Il a dissous 200 kilogrammes d’alun dans l’eau bouillante, de manière à former une solution marquant 20° R. 11 laissa reposer 24 heures ; les métaux qui se déposèrent retenaient tout le cæsium et le rubidium. Se basant ensuite sur ce fait remarqué par lui que chacun des différents aluns était insoluble dans des solutions saturées d’aluns plus solubles, il parvint à obtenir 40 kilogrammes d’alun de rubidium et 40 kilogrammes d’alun de cæsium. Pour retirer les métaux de ces aluns, il distilla dans une bouteille à mercure un mélange de 1500 grammes de tartrate de rubidium, et 450 de chaux avec du sucre, il obtint une quantité très satisfaisante de rubidium. Poulie cæsium, il dut employer un mélange de 4 molécules de cyanure de cæsium et 1 molécule de cyandre de baryum. Le métal obtenu retenait à peine des traces de sodium.
- 11 a constaté que le cæsium se rapprochait des autres métaux alcalins; il est blanc d’argent, malléable et très mou à la température ordinaire. Jeté sur l’eau, il la décompose en s’enflammant; il s’enflamme aussi à l’air libre. II fond vers 26° en passant d’abord par l’état pâteux. La densité = 4,88 à 15°.
- Le poids atomique du cæsium avait d’abord été fixé à 150 par Bunsen, mais Johnson et Allen le portèrent à 453, et Bunsen lui-même obtint ce chiffre plus tard. Ses combinaisons le rapprochent du potassium; leurs sels sont isomorphes. Par son poids atomique, il se place entre le rubidium et le thallium ; c’est l’avant-dernier des métaux alcalins connus jusqu’ici1.
- Eug. Vakenne.
- ® EXPLORATION
- DANS L’AMÉRIQUE ÉQUATORIALE
- MISSION DE M. CHARLES WIENER
- Vice-consul de France à Guayaquil
- Notre agent dans la République de l’Equateur, M. Wiener, a ajouté 3000 kilomètres de levées nouvelles de routes à travers la région centrale de l’Amérique équatoriale au réseau déjà connu du « fleuve Roi ».
- L’exploration française qu’il amenée à bonne fin du mois de mars 1880 au mois de septembre 1881 comprend un itinéraire de plus de 14000 kilomètres, deux traversées du continent entre Guayaquil sur le Pacifique et le Para sur l’Atlantique et l’exploration de dix tributaires de l’Amazone. Il s’agissait de trouver une route commerciale naturelle pour les hautes vallées situées entre les Cordillères équatoriennes. Pour résoudre ce problème,M. Wiener
- 1 D’après le Génie civiL
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- LA NATURE.
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- se rend de Guayaquil à Quito, la capitale de l’Équateur, et cherche tout d’abord une route courte et facile de Quito au Pacifique. Il descend la Cordillère, qui en cet endroit tombe rapidement de 3000 à 1*200 mètres.
- Après une traversée d’une contrée extrêmement ravinée, où se trouve une suite continue d’une cinquantaine de cascades dont quelques-unes d’une beauté extraordinaire (celle dite du Napa a plus de 400mètres de hauteur),il arrive dans la région de Santo Domingo et San Miguel, habitée par une tribu d’indiens blancs parlant une langue à eux qui n’a rien de commun avec la langue des Incas.
- La meilleure voie de Quito à la mer aboutirait au port de Chones situé à peu près sous l’équateur. Cependant M. Wiener a compris que la ville de Guayaquil, qui tient entre ses mains tout le commerce du pays, s’opposerait toujours à la création d’un nouveau port sur le Pacifique et c’est pourquoi il pense que de Guayaquil, on pourrait remonter par le fleuve Daule jusqu’au point appelé le Balzar, 40 lieues par eau. l)e là jusqu’à la région précitée de San Miguel il n’y a plus que 7 lieues et le reste de la distance jusqu’à la capitale, serait parcouru sur une route d’environ 90 kilomètres qui de ce point pourrait être facilement établie jusqu’à Quito. Celte nouvelle voie qui serait substituée à celle de 578 kilomètres actuellement suivie, ne comporterait donc que 118 kilomètres par voie de terre, avantage précieux puisque les 160 kilomètres sur le fleuve seraient franchis avec une si grande facilité et à si peu de frais qu’ils ne comptent pour ainsi dire pas.
- Revenu à Quito, M. Wiener descend vers le fleuve Napo, traverse les quatre-vingt-deux torrents qui sillonnent les thalwegs entre les contreforts de la Cordillère,, s’engage, au lieu de suivre le#entier des Indiens, dans la forêt absolument vierge et se fraie un chemin de 176 kilomètres jusqu’au Napo navigable.
- Cependant il remonte jusqu’à la Mission des jésuites dite du Napo, s’embarque sur des pirogues et descend, alin de lever le cours du haut Napo, les chutes de Cotos, Latas et Serafmes. Les piroguiers sont chrétiens à leur façon, mélange curieux de douceur naturelle et de sauvagerie provoquée par les exactions des exploiteurs blancs. A partir du point Suno, M. Wiener fait construire des radeaux, dans lesquels il effectue, un mois durant, la descente de ce fleuve majestueux sur les rives duquel il n’existe que des sauvages dans l’acception propre du terme : les Zaparros, Aushiris, Cotos, Tutapichcus, etc.
- Parti de Guayaquil le 11 mars 1880, M. Wiener arrive à l’embouchure du Napo dans l’Amazone le 1er septembre, et suivant le cours de ce fleuve, il atteint la ville de Para le 9 octobre 1880. Les villages ou bourgs échelonnes sur les rives, et surtout les deux grandes cités : Manaos près l’embouchure du rio Negro et le Para près l’embou-
- chure de l’Amazone, sont des oasis de la civilisation dans un pays vierge.
- Les Brésiliens ont accueilli M. Wiener avec la plus grande cordialité. S. M. l’Empereur Dom Pedro II, protecteur infatigable de la science et de ses pionniers, a mis une chaloupe à vapeur à la disposition du vice-consul de Finance. Soutenu par un aussi merveilleux moyen d’exploration, notre compatriote remonte l’Amazone jusqu’au Pongo de Manseriche, la dernière marche du gigantesque escalier hydraulique qui descend des hauteurs inlnspitalières du plateau de Huanuco (4000 mètres d’altitude) jusque dans les plaines brésiliennes exubérantes de richesses végétales. Dans ce voyage, M. Wiener peut se rendre compte de l’immensité de ce fleuve, accessible aux plus grands navires; sur plus de lOllO lieues de parcours, l’Amazone reçoit le contingent de près de 1100 affluents et tributaires; à 500 mètres du Pongo de Manseriche il a 500 mètres de large et près de son embouchure dans l’Atlantique, il mesure plus de 21 lieues. Dans cette embouchure est enclavée une île, Marajo, qui équivaut comme superficie aux deux tiers du Portugal. L’Amazone débite par minute en moyenne 2 500000 mètres cubes d’une eau bourbeuse et rougeâtre qui garde cette couleur sur environ 500 lieues carrées dans l’Océan. 11 est pourtant exagéré de dire (comme on en a l’habitude) que l’Amazone refoule l’Atlantique, car l'eau du fleuve est saumâtre jusqu’à plus de 120 milles en amont de l'embouchure, et la marée se fait sentir à près de 150 milles.
- Sur place on n’entend jamais prononcer la dénomination : Amazone. Au Para on l’appelle Rio del Para; jusqu’à l’embouchure du rio Negro O Rio tout court; de là jusqu’à la frontière brésilienne (à Tabatinga) rio Solimoens; de là jusqu’au Pongo de Manseriche ; Maraîîon. M. WTicner explore d’abord le rio Morona, sur lequel vivent les tribus Huambizas; il entre en communication amicale avec la famille des Ahuarunas et des Patucas et a maille à partir avec la tribu nomade et guerrière des Mu-ratos, la seule qui se servede boucliers. L’explorateur perd un de ses hommes, est lui-mêiue légèrement blessé dans la lutte. C’est à la suite de cette lutte que, sur le champ de bataille, il a ramassé quelques armes qu’il a envoyées depuis, à nos musées de Paris. Les bords du fleuve sont extrêmement riches en ivoire végétal, matière première si peu coûteuse et que l’industrie demande et emploie de plus en plus. M. Wiener parcourt ensuite le rio Pastaza, qui est une suite de lacs communiquant entre eux par des nappes d’eau de 40 à 50 centimètres de profondeur. La contrée traversée par ce fleuve contient beaucoup de caoutchouc. M. Wiener fait observer qu’une région susceptible de produire cette matière, surtout dans notre siècle qui pré- * cède l’avènement définitif « de l’âge de caoutchouc », est appelée à un avenir économique des plus brillants. Le fleuve Chambira et le fleuve Tigre (ce dernier avec 1660 kilomètres navigables) conti-
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- nuent la série. Sur la rive du premier, habitent les Simarones, peuplade sauvage mais d’un caractère doux; sur le rio Tigre une famille de Zaparos, guerriers redoutables ; ce sont de véritables Spartiates, jouant tout nus du javelot avec une maestria
- merveilleuse, faisant des exercices d’armes — jeux olympiques — interrompus par des libations.
- Les femmes savent préparer une sorte d’eau-de-vic de bananes. Les Zaparos, comme du reste tous les sauvages de l’Amérique du Sud, pratiquent la
- E.WaigEU-Sc. So
- Fig. 1. — Voyage de M. C. Wiener entre le Pacifique et l’Atlantique (aller et retour).
- polygamie ; la femme est le but et le butin de guerre. Les vieilles femmes cultivent les plantations, les femmes d’un âge mûr servent la cuisine. La mutilation des jeunes filles avant le mariage est pratiquée par beaucoup de tri bus.
- . Toute la région entre les fleuves Ucayali et lluallaga était inexplorée. M. Wiener y a parcouru un réseau de fleuves totalement inconnus, dont le principal, le fleuve Samiria, sort d’un lac qui communique avec le rio Ucayali.
- M. Wiener a baptisé du nom des voyageurs français les affluents d’eau, et sur les cartes on verra apparaître les fleuves Cre-vaux, Marche,
- Brazza,Wyse, Reclus, etc.
- Toute cette région est d’une grande richesse en gutta-percha (jeve fino) et en salsepareille. Plus de 600 kilomètres de ce réseau sont navigables.
- Enfin M. Wiener remonte l’Aipena et arrive dans l’antique Mission des jésuites de Jeveros; les Indiens qui y vivent parlent une langue inventée par les Pères Missionnaires, qui du reste avaient employé ce même moyen de domination sur l’Amazone en
- inventant l’idiome parlé encore aujourd’hui par les Tapuys (où métis soumis) et connu sous le nom de lingua gérai.
- Il remonte le rio lluallagaet l’affluent Paranapura
- et quitte le navire pour retraverser les Cordillères, qui le séparent du Pacifique. On remarquera que e’csll’exploration complète du haut Marafion et que la préoccupation du voyageur consistait à trouver la limite de navigabilité la plus rapprochée du cœur même de la Cordillère.
- Au point de vue géographique, M. Wiener a (grâce à l’intel -ligente direction donnée à ses travaux) rempli bien des blancs qui se trouvent sur la carte de l’Amérique du Sud. Il a signalé ce fait curieux que presque tous les affluents de l’Amazone communiquent entre eux par des canaux naturels qui forment, en dehors du fleuve principal, deux voies d’eau latérales, parallèles à l’Amazone, sillonnant l’immense plaine brésilienne.
- Au point de vue national, il a fait flotter notre pavillon dans des régions où jamais il ne s’était déroulé. Dans les villes et villages, il a su réveil-
- [ncepcioi
- isa
- ftpas
- \ Paca, yffarina^
- \jlpnte
- Kilomètres.
- ItTneraire oe
- Fig, 2. — Itinéraires parcourus dans l’ouest de l’Amérique équatoriale par M. Wiener.
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- 1er les sympathies pour la France, il a su faire manifestations dont la presse de la ville du Para
- naître des manifestations en faveur de notre pays, nous a rapporté l’écho.
- Au point de vue mis fidèlement au Gouverne -ment un résumé statistique du port amazonien depuis un siècle, et une statistique de la situation denos jours, travail qui est d’autant plus remarquable qu’il s’agissait d’en rechercher tous les éléments.
- Cette partie de la Mission est extrêmement importante, attendu que nous n’avons pas de re-présentation consulaire dans cette région si considérable depuis près de quinze ans.
- Au point de vue commercial, M. Wiener a étudié
- déjà à la Société de Géographie commerciale le moyen d’importer dans le bassin amazonien nos marchandises, par des Sociétés de navigation et de commerce. Ces Compagnies enver -raient dans les aftluents de l’Amazone des chaloupes, sortes de magasins flot -tants, et serviraient ainsi à déverser le trop-plein de nos manufactures, en échange des produits naturels de l’Amazone, que jusqu a nouvel ordre nos industriels sont obligés d’acheter sur les marchés anglais ou' allemands.
- economique, il a réuni et trans- | les procédés des Anglais et a exposé
- Fig. 4. — Fleurs mâle et femelle, fruit entier de noix d’ivoire végétal (Phytelephas macrocaripa).
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- Au point de vue consulaire, enfin, M. Wiener a observé les procédés employés par les consuls belges, anglais, allemands, et a exposé les moyens de lutter efficacement contre la guerre commerciale que nos concurrents nous font au moyen de la contrefaçon — qui a le double désavantage de nous empêcher de vendre et de déprécier notre prestige industriel par la médiocrité de leurs produits.
- Cette exploration de dix-neuf mois a montré que l’Amazone est une région dont certaines parties sont difficiles à visiter, parce que le pays est vierge. En réalité, ces territoires ne sont pas malsains et à une époque rapprochée, l'immense débouché qu’y peut trouver la production industrielle, lui assurera un développement assez rapide pour quelle puisse devenir une des clefs de voûte de l’équilibre économique du monde.
- La route de Cajamarca à Truxillo rattache ce voyage à la premièré mission de M. Wiener, accomplie de 1875 à 1877 dans le Pérou et la Bolivie, mission dont nous avons rendu compte en 1878. Les deux voyages réunis représentent un itinéraire de plus de 22000 kilomètres dans l’intérieur du continent, sud-américain.
- Nous donnons deux petites cartes représentant l’une le tracé général du voyage à travers le continent sud-américain (fig. 1) et l’autre la région du haut Maraîion avec les Cordillères et le littoral équatoriens, parcourue durant près de quinze mois par M. Wiener (fig. 2). Nous publions en outre une vue de Babahoyo ou Bodegas (fig. 3), petit port situé sur le rio Guayas, à environ 24 milles en amont de Guayaquil. — L’inondation du pays, qui dure régulièrement du mois de janvier au mois de mars, oblige les habitants à bâtir leurs huttes sur pilotis et à communiquer de l’une à l’autre durant toute cette période au moyen de pirogues.
- Notre figure 4 représente les fleurs, mâle et femelle, le fruit entier et les noix du palmier d’ivoire végétal (Phytelephas macrocarpa), connu sous les noms de corozo, yarina, tahua, etc.)1.
- BIBLIOGRAPHIE
- Paris à cheval. Texte et dessins par Crafiy, avec une préface par Gustave Droz, 1 vol. gd in-8°. Paris, E. Plon et Cié, 1885 — Prix, 20 fr.
- Ce livre est une œuvre charmante, toute pleine d’esprit et d’observation. Texte et dessins sont de la même plume, et l’auteur a représenté successivement par des croquis écrits ou dessinés, les nombreuses scènes auxquelles se trouve mêlé, dans la vie quotidienne des Parisiens de toutes les classes, le quadrupède à la fois si utile et si dangereux pour les gens qui s’en servent. Tous les chevaux qui jouent un rôle ou remplissent un emploi dans les innombrables circonstances où leurs forces se trouvent
- 1 D’après les documents communiqués à ha Nature par M. Ch. Wiener.
- utilisées à Paris, figurent dans ce volume, qui renferme plus de cinq cents dessins. Le triste animal qui traîne à la halle, chaque nuit, les légumes destinés a l’approvisionnement du lendemain, y trouve aussi bien sa place que le vainqueur du Derby ou du Grand Prix de Paris. Ce livre est donc un véritable guide pratique, en même temps qu’un ouvrage pittoresque des plus parisiens et des plus amusants.
- Les chevaux dans les temps préhistoriques et histo-riques, par C. A. Piètrement. 1 vol. in-8\ Paris, Germer Baillière et Cie. 1883. — Prix, 15 fr.
- Encore un livre sur le cheval, mais considéré à un tout autre point de vue. L’auteur montre les chevaux sauvages chassés et mangés par l’homme a l’époque de la pierre taillée et il prouve qu’aucun cheval n’a été domestiqué à cette époque. 11 détermine ensuite les régions dans lesquelles les huit races chevalines actuelles ont été domestiquées, il les suit sur toute la surface de la terre, dans leurs migrations avec les peuples qui les ont assujetties, d’abord, pour continuer à s’en nourrir, puis pour en faire le plus utile de leurs moteurs animés, ceux qui les ont le plus aidés dans leurs conquêtes. Cette histoire de races chevalines domestiques jette une grande lumière sur les migrations des anciens peuples.
- Cours complet d’enseignement pour les écoles normales primaires; par Maurice Girard, zoologie, 1er fasc. Paris, Delagrave.
- L’ouvrage de notre collaborateur M, Maurice Girard, est destiné à donner aux Instituteurs et Institutrices la matière des leçons de choses dont l’usage se répand de plus en plus. Les animaux de la France y sont étudiés avec beaucoup plus de développement nue dans les traités élémentaires habituels.
- Les grands incendies, par Maxime Petit. 1 vol. in-18 illustré de la Bibliothèque des merveilles. Paris, Librairie Hachette et Cie. 1882. Prix, 2 fr. 25.
- L’histoire des incendies célèbres, depuis l’incendie de Troie, jusqu’aux incendies de la Commune, depuis les incendies du grisou dans les mines, jusqu’aux feux allumés dans les forêts vierges du Nouveau Monde, l’histoire de la lutte de l’homme contre le feu-, des moyens préventifs employés, quel vaste et beau sujet ! M. Maxime Petit le traite avec beaucoup de méthode, et son livre tiendra une excellente place dans la belle bibliothèque si bien dirigée par M. E. Char ton.
- Enseignement de tous par les projections. — Les sciences, les industries, les arts enseignés et illustrés par 4500 photographies sur verre. Catalogue et tableaux et appareils. 1 vol. in-18. Paris, Billon-Daguerre, 58, rue Fontaine-au-Roi.
- Appareils électriques de la maison Ch. Mildé et Cie. Catalogue et guide pratique. 38 édition. Paris, 26, rue Laugier. 1883. Prix, 1 fr.
- Sur les moyens proposés pour calmer les vagues de la mer, par Van der Mensbrugghe. 4 broch. in-8°. Bruxelles. F. Rayez. 1882.
- Les Martyrs de la science, par Gaston Tissandier. 1 vol. avec 56 gravures par C. Gilbert. 2“ édition, revue et corrigée. Paris, Maurice Dreyfous. Prix, 10 fr.
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- LES PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES
- DU 11 AU 21 NOVEMBRE 1882
- Des perturbations magnétiques d’une intensité extraordinaire ont été observées, du 11 au 21 novembre dernier, en France, en Angleterre, en Belgique, aux États-Unis, et sans doute sur une immense étendue de la surface du globe. Nous avons pu en suivre les différentes phases à l’aide des courbes relevées au magnétomètre enregistreur de M Mascart, que le Bureau central météorologique a fait installer depuis plusieurs mois à l’Observatoire du Parc Saint-Maur. Nous résumerons ici les principales circonstances du phénomène,- dans lequel on peut distinguer trois périodes bien distinctes :
- La première perturbation a commencé dans la nuit du 11 au 12 novembre; le lendemain les oscillations ont graduellement augmenté d’amplitude. Dans la journée du 15, la déclinaison magnétique a varié de 42', alors que, dans cette saison, l’oscillation diurne de cet élément est seulement de 7 à 8'; en même temps la composante horizontale de l’action de la terre variait de 1/100 de sa valeur. Les courbes du 14 accusent encore des déviations notables entre 2h et llh du soir.
- La deuxième perturbation est la plus importante, tant par le nombre que par la rapidité et l’amplitude des oscillations des aiguilles aimantées. Elle a débuté brusquement le 17 à 10h 50m du matin, et s’est continuée sans interruption jusqu’au 19 à 6h du matin. Au moment du début, et le soir depuis 5h 50m jusqu’à 6h, les mouvements des boussoles ont été tellement désordonnés que l’action de la lumière n’a pu se produire nettement, malgré l’extrême sensibilité du papier au gélatino-bromure. Dans la nuit, entre minuit et lh, l’agitation a été excessive et c’est vers 4h du matin, le 18, que s’est produite l’oscillation de plus grande amplitude : en moins de trois quarts d’heure, la déclinaison a varié dcl°10\ et la composante horizontale de 1/40 de sa valeur; la composante verticale a été moins influencée. De 61' du matin à 5h du soir, les aiguilles semblent animées d’un mouvement vibratoire; les oscillations sont très rapides, mais de faible étendue et d’une remarquable uniformité; leur amplitude augmente la nuit suivante, puis le calme se rétablit momentanément le 19 au matin. Les écarts extrêmes pendant cette période sont pour la déclinaison 1° 18', et pour l’inclinaison plus d’un demi-degré.
- Pendant cette perturbation, notamment dans la journée du 17, des courants magnétiques d’une intensité exceptionnelle ont troublé, et par moments interrompu, les communications télégraphiques sur toutes les lignes du réseau, principalement en Bretagne et dans le Midi : les moments d’intensité maximum de ces courants correspondent précisément aux plus grandes déviations des courbes tracées par
- l’enregistreur magnétique. Le même jour, une magnifique aurore boréale a été observée en divers points, notamment à Saint-Brieuc, Douai, Cambrai, Arras, Grenoble, Valence, Albi, Nice, Marseille, Draguignan, Montpellier. A Paris, les nuages qui couvraient le ciel ont empêché d’admirer ce phénomène si intéressant, et si rare dans nos régions.
- En Angleterre, les observateurs ont été plus heureux; grâce à la sérénité du ciel, l’aurore a été visible dans presque toute l’étendue du pays, le soir du 17. Le journal Nature, de Londres, contient dans ses numéros des 25 et 50 novembre dernier, des détails nombreux et circonstanciés sur cette aurore* et sur les perturbations magnétiques qui l’ont accompagnée. Des courants telluriques d’une grande intensité ont, comme en France, mis obstacle aux transmissions télégraphiques; il résulte des mesures faites par plusieurs électriciens que ces courants, à de certains moments, avaient sur les lignes une influence cinq fois plus grande que le courant ordinaire de la pile de service. M. Preece, qui étudie tout spécialement ces phénomènes depuis plus de trente ans, déclare n’avoir jamais observé un tel orage magnétique. À l’Observatoire de Greenwich et à celui de Kew, la perturbation a présenté des phases analogues à celles que nous avons constatées au Parc Saint-Maur; la coïncidence des heures est parfaite, mais ces stations étant plus rapprochées que Paris du centre d’action magnétique, les déviations des aiguilles y sont plus accentuées encore. L’orage magnétique et l’aurore boréale du 17 sont signalés également au Canada et sur tout le versant atlantique des États-Unis.
- La troisième perturbation a commencé le 19 vers lh du soir; les oscillations, faibles d’abord, augmentent peu à peu, mais sont plus lentes que pendant la perturbation précédente. Le 20, la déclinaison varie de 1°6' entre2h et 6h du matin; la composante horizontale varie de 1/28 de sa valeur, et la composante verticale de 1/300. Les courbes témoignent encore d’une grande agitation entre midi et 3h du soir, et les oscillations cessent seulement le 21 vers llh du soir.
- Ces différentes perturbations ont été observées également par M. Rayet, à l’Observatoire de Bordeaux..#
- En attendant que nous ayons réuni les éléments d’une notice complète sur la station magnétique récemment créée par M. Mascart au Parc Saint-Maur, nous reproduisons aujourd’hui dans la figure ci-contre, pour la période comprise entre 2h du matin et 4h du soir, les courbes de l’orage magnétique du 20 novembre; et pour qu’on puisse apprécier le degré d’intensité de la perturbation, nous avons également figuré, en traits discontinus, et pour les mêmes heures, les courbes du 5 novembre, qui représentent à peu près la marche normale des éléments magnétiques en cette saison. Nous n’insisterons pas sur le contraste absolu de ces deux séries de courbes.
- L’état défavorable du ciel ne nous a pas permis
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- d’observer régulièrement les taches solaires, qui paraissent être actuellement dans une période de maximum; toutefois le 16, le 18 et le 21, nous avons pu en suivre une de dimensions considérables. Le 18, au moment où elle se trouvait près du méridien central, elle était devenue visible à l’oeil nu, avec un simple verre noirci; sa longueur paraissait égale à 3' environ et sa largeur à 2', soit respectivement le l/10e et le 1/15e du diamètre du soleil. Cette appréciation est confirmée par les mesures
- précises faites à l’Observatoire de Greenwich, desquelles il résulte que l’ensemble de cette tache couvrait ce jour-là les 2470 millionièmes de la surface visible du soleil : c’est la plus grande qui ait été photographiée jusqu’ici à cet établissement.
- Une étude complète des phénomènes que nous venons de résumer sera d’autant plus intéressante, qu’elle coïncide pour nos régions avec une série prolongée de troubles atmosphériques très importants. Th. Moüreaux.
- Coinpo
- Conftposa
- Déclinaison
- Spécimen des courbes tracées par le magnétomètre enregistreur de M. Mascart, établi à l’Observatoire du Parc de Saint-Maur. — Les courbes pointiilées sont du 5 novembre; elles donnent une idée des variations normales des éléments magnétiques. Les courbes pleines se rapportent à la perturbation du 20 novembre 1882. (Grandeur d’exécution.)
- L’INVASION DE L’ANGLETERRE
- PAR LE TUNNEL DE LA MANCHE
- L’opposition qui a été faite par le Gouvernement anglais à la construction du tunnel de la Manche, c’est-à-dire à luné des plus grandes entreprises de la civilisation moderne, est un sujet d’étonnement et de tristesse. On voit encore une fois, par cet exemple, qu’il.est souvent plus facile de vaincre la nature que les préjugés humains.
- En 1875, bien après les projets du regretté Thomé de Gamond, l’idée du tunnel sous-marin
- entre la France et l’Angleterre était étudiée avec une égale ardeur des deux côtés du détroit; une concession fut accordée, en France, à MM. Michel Chevalier, Raoul Duval, Lavalley, et au même moment on votait à Londres un bill de fondation de la « Channel Tunnel C° ». En 1876, une Commission anglo-française était nommée à l’instigation de lord Derby, pour régler les conditions auxquelles les concessionnaires devaient avoir à se soumettre.
- Bientôt après, des puits étaient creusés à Douvres et à Calais, les machines perforatrices se mettaient à l’œuvre, et le tunnel de la Manche, nouveau miracle de la science moderne, allait s’accomplir.
- 11 a fallu que sir Wolscley, le vainqueur de Tell-
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- Divers projets sur la descente en Angleterre.
- Fac-similé d'une ancienne gravure publiée le 13 prairial de l'an XI (jum 1803;. D'après une pièce de la collection des Estampes de la Bibliothèque Nationale, à Paris
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- el-Kébir, vienne affirmer que le tunnel serait « un malheur pour son pays ».
- Nous avons la conviction que le veto du gouvernement britannique n’est pas définitif. Il nous répugne de croire qu’une grande nation comme l’Angleterre se laisse guider par des craintes puériles. Quoi qu’il en soit, il nous a semblé curieux de mettre sous les yeux de notre lecteur, la reproduction d’une ancienne gravure de 1803, qui nous montre que dès le commencement de ce siècle on avait songé au tunnel de la Manche et à l’invasion de l’Angleterre par ce tunnel. On voit qu’il s’agit aussi dans ce dessin de projets d’invasion un peu plus fantaisistes, et que les aérostats montés de troupes nous permettent de croire que l’artiste a eu seulement en vue une œuvre d’imagination ; il n’en est pas moins certain qu’il s’inspirait des préoccupations de son temps. Le Premier Consul venait de visiter Je camp de Boulogne, et d’accaparer tous les vaisseaux disponibles pour opérer le fameux projet de descente en Angleterre.
- Aujourd’hui, nous ne saurions considérer sans sourire la gravure ci-jointe. Nos voisins n’au-raicnt-t-ils point les mêmes yeux que nous? En interdisant les travaux du tunnel ne semblerait-t-il pas qu’ils prenntent au sérieux cette invasion chimérique par voie souterraine ?
- LES FERMENTATIONS
- Les admirables découvertes de M. Pasteur ont attiré de nouveau l’attention du public et des savants sur des phénomènes dont le rôle est considérable dans la nature. Je voudrais indiquer en quelques lignes les origines de la question ; dire par quelles phases successives elle a passé; à quel point elle est arrivée aujourd’hui et prévoir enfin les résultats qu’elle peut fournir dans un avenir prochain.
- Depuis les temps les plus reculés, on a remarqué que certains liquides organiques subissent spontanément une transformation dans leur composition. Le jus de raisin, abandonné à lui-même dans une cuve, semble bientôt bouillir; il se dégage de l’acide carbonique et ce jus se convertit en vin. Ce phénomène s’appelle fermentation, mot qui signifie action de bouillir. L’ébullition est, en effet, la partie la plus apparente du phénomène. On donna, par extension, ce même nom de fermentation à toutes les modifications spontanées, s’opérant dans la constitution chimique de certains corps, même dans les cas où il n’y avait production d’aucun gaz. On fut longtemps avant de découvrir la cause des fermentations. On avait pourtant observé que la pâte du pain se met à fermenter sous l’action d’une très petite quantité de moût de bière. Il devint naturel de penser que la cause de cette fermentation se trouve dans le moût de bière. Enfin on parvint à isoler des corps auxquels on appliqua la dénomination de
- ferments. C’est à ccs corps qu’il faut attribuer l’origine véritable des fermentations.
- Qu’est-ce que la fermentation? C’est une transfor-mation^qui se produit dans h composition chimique d’une substance fermentescible, sous l’influence d’un corps, appelé ferment, lequel corps agit sans entrer lui-même dans les termes de cette transformation.
- Une comparaison fera saisir exactement la nature des fermentations. Voici une colline de marbre qu’il s’agit de transformer en un palais, également en marbre. Des ouvriers se mettent à l’œuvre; ils ouvrent des carrières dans la colline, taillent des blocs et, finalement, transforment toute la masse pierreuse en un palais, tout de marbre, comme l’était la colline elle-même. Les ouvriers, qui ont élevé le palais, ne sont cependant entrés en rien dans sa composition. Voilà l’image des fermentations : la colline de marbre, c’est la matière fermentescible; les ouvriers sont le ferment et le palais le résultat de la fermentation.
- Les ferments ont été divisés en deux grandes catégories :
- 1° Les ferments insolubles, ou organisés;
- 2° Les ferments solubles, ou inorganisés.
- Les ferments solubles sont des corps organiques d’une constitution très voisine de celle des matières albuminoïdes ; les ferments inorganisés possèdent donc les mêmes éléments constitutifs que les corps organisés. Ils sont solubles dans l’eau. On les isole en faisant dissoudre de l’acide phosphorique dans la liqueur où le ferment est en dissolution, et en neutralisant par de la chaux. 11 se produit un précipité gélatineux de phosphate de chaux qui entraîne avec lui le ferment et des matières albuminoïdes. On recueille le tout sur un filtre et on verse quelques gouttes d’eau. Le ferment se redissout seul et passe, avec l’eau, à travers le filtre. Tous les ferments solubles, quand ils ont été desséchés, se présentent sous l’aspect d’une masse incolore et amorphe.
- On trouve les ferments solubles dans les graines d’un grand nombre de plantes, où leur présence est nécessaire pour déterminer le développement vital de ces graines. C’est ainsi que la diastase se rencontre dans l’orge germée et transforme l’amidon en dextrine, puis en sucre. L’amande douce et l’amande amère contiennent l’émulsine, ferment du dédoublement des glucosides. La farine de moutarde donne naissance à l’essence de moutarde par son contact avec l’eau, grâce à la présence de la myro-sine. Les matières colorantes, contenues dans les végétaux, sont susceptibles de fermentation. L’érythro-sine dédouble la matière colorante de la racine de garance en sucre et en alizarine et purpurine. Les graines oléagineuses renferment des ferments qui saponifient les corps gras. Les animaux eux-mêmes donnent naissance à des ferments solubles : le suc pancréatique et le suc gastrique doivent leur activité digestive à la présence de deux ferments, la pancréatine et la pepsine, convertissant les corps gras en
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- glycérine et en acides gras, et les matières albuminoïdes en peptones solubles.
- On donne le nom de ferments organisés insolubles à des corps de dimensions excessivement petites et doués de la vie animale ou végétale. On les réunit sous le nom de microbes.
- Le type des ferments organisés, le plus anciennement connu, est la levure de bière. Elle est formée par de petits globules sphériques ou ovoïdes, pouvant se reproduire par bourgeonnement. Elle transforme le glucose en acide carbonique et en alcool. Les ferments lactique, acétique, etc., sont encore des globules, excessivement petits. Cette première espèce de microbes semble appartenir au règne végétal.
- Il existe une autre espèce de microbes, doués de mouvement et qu’on doit ranger, de préférence, dans le règne animal. Voici la description d’un de ces microbes, le ferment butyrique. Elle est de M. Pasteur: « Le ferment butyrique est constitué par de petites baguettes cylindriques, arrondies à leurs extrémités, ordinairement droites, isolées ou réunies par chaînes de deux, trois, quatre articles. Leur largeur moyenne est de 2 millièmes de millimètre et leur longueur varie de 2 à 20 millièmes de millimètre. Ces organismes s’avancent en glissant. Pendant ce mouvement, leur corps reste rigide ou éprouve de légères ondulations. Ils pirouettent, se balancent ou font trembler leurs extrémités; souvent ils sont recourbés. Ces êtres singuliers se reproduisent par fissiparité, c’est-à-dire qu’ils se segmentent.
- Les découvertes de fermentations produites par les microbes augmentent chaque jour. 11 y a quelques années, on connaissait les vibrions des fermentations butyrique, succinique, mucique, putrides, etc. M. Pasteur a récemment démontré que les maladies épidémiques ont pour origine l’introduction de microbes dans la circulation du sang. Qui n’a entendu parler de ses admirables travaux sur le choléra des poules, le virus charbonneux et sur la préparation des vaccins, travaux qui permettent de prévoir, pour un avenir prochain, la disparition d’un grand nombre des maladies qui déciment l’humanité? Des expériences encore plus récentes établissent que la végétation est intimement liée à des phénomènes de fermentation. L’acide nitrique, base de la nourriture des végétaux dans le sol, prend naissance par l’action de ferments, lesquels agissent directement sur l’air ou sur les matières organiques azotées en décomposition.
- Les fermentations prennent, à l’heure présente, une importance considérable dans la science. Il est né une branche nouvelle d’études scientifiques dont nous pouvons espérer des résultats merveilleux. Les ténébreux phénomènes de la vie commencent à s'éclairer. Les microbes viennent s’interposer entre la vie et la mort, et ces petit êtres, si longtemps inconnus, sont destinés à jouer un rôle capital dans la science biologique.
- Nous avons vu qu’il existe deux sortes de fer-
- ments, les ferments solubles et les microbes. Quel rapport existe-t-il entre les deux classes? Tout d’abord on a été disposé à croire que les ferments solubles avaient seulement l’apparence de vrais ferments. Suivant M. Pasteur, les fermentations réelles sont toujours dues à des microbes, agissant comme ferments par leur action vitale aux dépens de la matière fermentescible.
- Les ferments solubles seraient semblables à l’acide sulfurique, qui joue le rôle de ferment dans la transformation du sucre en glucose et en lévulose. Mais, ne l’oublions pas, les ferments solubles et les ferments insolubles ont la même composition chimique ; le manque de forme extérieure est leur seule vraie différence. M. Berthelot affirme, au contraire, que les ferments solubles sont les seuls réels, n’agissant sur les matières fermentescibles qu’en vertu de phénomènes d’origine purement chimique. Si les ferments insolubles se comportent comme les ferments solubles, c’est parce qu’ils sécrètent des ferments solubles. En un mot, pour M. Pasteur la fermentation est la conséquence d’un acte purement vital; pour M. Berthelot, elle est un acte purement chimique que les microbes favorisent.
- Les ferments solubles et les fermenta organisés semblent donc posséder des propriétés analogues, puisque deux savants, d’une si grande autorité, croient devoir attribuer la fermentation à l’une ou à l’autre des deux espèces. Ne pourrait-on admettre d’ailleurs que les ferments solubles sont un état particulier des ferments organisés ; qu’ils nous paraissent tels, parce que leurs cellules sont tellement exiguës que le microscope est impuissant à nous en montrer la véritable forme.
- Comment prépare-t-on css ferments solubles ? En les entraînant de leur dissolution au moyen d’un précipité amorphe. Il semble donc que ce précipité agit ici comme un tamis à mailles excessivement fines. Le ferment, ayant de plus grandes dimensions, est retenu par ces mailles. Un corps véritablement soluble, ne peut s’isoler à la manière de ces ferments, prétendus solubles.
- Les ferments solubles, dans cette hypothèse, seraient donc des ferments organisés, quoique d’une organisation encore inférieure à celle des ferments insolubles. Ce seraient des microbes plus voisins de la matière inerte. La vie, chez eux, se rapprocherait encore davantage de la nature inorganique. Les ferments solubles seraient l’aurore de la vie. Il faut cependant bien remarquer que le ferment soluble semble être une création du ferment organisé. La levure de bière sécrète un ferment soluble ; les cellules végétales et animales paraissent également donner naissance à des ferments du même genre dans des circonstances particulières. La vie est encore ici une conséquence de la vie et le problème de la génération spontanée est loin d’être résolu.
- A. Bleunard.
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- LA NATURE.
- L’ARROSAGE DE LA AILLE DE PARIS
- ET
- LES POMPES GREINDL
- La pénurie des eaux pendant la saison chaude a obligé la Ville de Paris à emprunter à la Seine l’eau destinée à l’arrosage d’une partie de ses rues, aussi a-t-on pu voir, cet été, tout le long des quais, quatorze installations analogues à celles que représente la figure 2 ci-jointe et dont on s’explique facilement le but et le fonctionnement.
- Une locomobile actionnait une pompe rotative puisant l’eau dans la Seine et la refoulait dans des réservoirs en tôle où les voitures d’arrosage venaient à leur tour s’alimenter. Cet ensemble constitue un poste d'arrosage', intéressant surtout par le système de pompe dont on a fait choix, eu égard aux qualités spéciales qu’il présente, et dont nous allons donner rapidement la description.
- En dehors de la question de simplicité, de prix d’achat et d’entretien, une bonne pompe est caractérisée par son rendement plus ou moins élevé, c’est-à-dire par le rapport entre le travail correspondant au volume d’eau élevé et le travail mécanique réellement dépensé sur l’arbre moteur qui l’actionne. Ce rendement — abstraction faite des frottements du mécanisme — serait égal à un si l’on pouvait élever l’eau sans vitesse; mais cette condition est pratiquement irréalisable, on doit donc chercher à donner à l’eau la plus faible vitesse possible. Il faut, d’autre part, pour éviter les chocs et les pertes de travail qui en résultent, éviter à l’eau élevée toute variation de vitesse dans son trajet depuis la crépine d’aspiration jusqu’à l’orifice d’écoulement. A ce point de vue, les norias, les chapelets et les vis d’Archimède constituent d’excellents appareils élévatoires dont le principal défaut est de demander des installations compliquées et coûteuses et de ne convenir qu’à de faibles débits.
- ’ L’idéal du genre de mécanisme répondant au but proposé, serait un piston se mouvant sans frottement et d’un mouvement uniforme dans un tuyau de section constante et de longueur indéfinie. C’est ce
- que réalise à peu près complètement la pompe Greindl : le corps de pompe de longueur indéfinie est remplacé par un espace circulaire et les phases du mouvement sont combinées pour engendrer des volumes égaux dans des temps égaux.
- La pompe Greindl (fig. 1) se compose de deux rouleaux cylindriques tangents se mouvant dans une caisse de forme convenable.
- L’un des rouleaux porte deux palettes et l’autre une encoche destinée à permettre le passage de celles-ci. Le rouleau à palettes tourne dans un sens tel que la palette inférieure s’éloigne de l’orifice d’aspiration et le rouleau à encoche en sens inverse avec une vitesse double.
- Les deux palettes du rouleau de droite font donc office de piston et, dans leur mouvement de rotation continu, entrent alternativement avec jeu dans l’échancrure épicy-cloïdale ménagée sur toute la longueur du rouleau de gauche.
- La poulie de commande est calée sur le rouleau à encoche ; l'entraînement du rouleau à palettes à une vitesse double est produit par des engrenages à doubles chevrons et alternés, ce qui permet au système de fonctionner sans bruit ni chocs.
- Lorsque le passage de l’échancrure interrompt le contact entre les circonférences des rouleaux, il y a contact tan-gentiel entre la surface cylindrique extérieure d’une palette et le fond de l’échancrure également cylindrique. La séparation entre la chambre d’aspiration et la chambre de refoulement est donc toujours complète.
- L’arête du bord de la palette ne suit pas d’ailleurs exactement le bord épicycloïdal de l’échancrure pendant tout le temps où elle est engagée dans celte échancrure; il y a au contraire un jeu assez grand pour que l’usure des engrenages qui produit un décalage relatif des deux rouleaux puisse se produire sans accident et sans grave inconvénient. G
- En chaque point les sections sont combinées de telle sorte qu’une molécule d’eau traversant la pompe y conserve une vitesse sensiblement coûtante. A cet effet, on a ménagé dans les couvercles de la boîte cylindrique des poches latérales qui forment des issues supplémentaires, au moment où les sections d’afflux ou d’échappement offertes à l’eau entre les organes en mouvement tendent à décroître
- Fig. 1. — Coupe longitudinale de la pompe Greindl.
- B. Rouleau échancré portant la poulie de commande et tournant à une vitesse double de celle du rouleau à palettes A. I/orifice inférieur sert à l’aspiration et l’orifice supérieur au refoulement. Le mouvement de l’eau se produit donc dans le même sens que celui du rouleau à palettes, qui joue le rôle de piston continu.
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- LA NATUHE
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- et produiraient, sans ces poches latérales, une accélération nuisible des blets liquides.
- Le fait de la continuité du mouvement de rotation entraîne la continuité de mouvement des blets liquides, c’est-à-dire la suppression des mouvements intermittents; comme conséquence, la pompe peut marcher à de grandes ou de petites vil esses, c’est-à-dire débiter beaucoup d’eau ou peu d’eau par unité de temps, et dépenser plus ou moins de travail, sans que le rendement change dans de trop grandes proportions.
- C'est là une propriété précieuse qui donne à la pompe Greindl une très gran;le élasticité de puis-
- sance et de débit. Ajoutons que la force centrifuge ne jouant aucun rôle dans le fonctionnement de ^appareil, il aspire ou refoule les gaz aussi bien que les liquides ; on peut donc comprimer les gaz à 6 atmosphères ou faire un vide de 60 centimètres de mercure ou aspirer jusqu’à 8 mètres de hauteur.
- Enfin la pompe Greindl est réversible, c’est-à-dire qu’elle constitue un excellent moteur hydraulique rotatif et produit aussi bien du travail lorsqu’elle dépense de l’eau sous pression qu’elle élève de l’eau à une certaine hauteur lorsqu’on lui fournit de la force motrice.
- Les types établis, au nombre de quinze, sont cal-
- Fig. 2. — Installation d’une pompe Greindl actionnée par une iocomobilc, sur le quai de l'IIôtel-de-Ville, pour le service d'arrosage
- de la Ville de Paris pendant l’été 1882.
- eulés pour élever, jusqu’à 25 mètres de hauteur, de 50 à 20000 litres d’eau par minute.
- Pour des hauteurs qui dépassent sensiblement 25 mètres, on construit des machines de dimensions analogues, mais renforcées de manière à donner à toutes les pièces une résistance mécanique appropriée à l’augmentation de travail résultant de la plus grande hauteur de refoulement.
- Pour les pompes à gaz, on, emploie les mêmes types mus à une vitesse double, et par conséquent, avec un débit double. Ainsi, par exemple, pour comprimer 2000 litres de gaz par minute, on prendra le type de 1000 litres d’eau en le faisant tourner deux fois plus vite et ainsi de suite.
- Les pompes adoptées pour le service d’arrosage
- de la Ville de Paris sont du type n°3. A cent cinquante tours par minute, elles débitent 35 mètres cubes par heure.
- Quant au rendement en eau montée, il varie avec la hauteur d’élévation entre 50 p. 100 et 90 p. 100, le rendement le plus favorable correspondant aux moindres élévations. Ce rendement atteint donc la plus grande valeur qu’on puisse demander industriellement : il est de tous points comparable à celui des meilleures pompes à piston, mais la pompe Greindl présente sur ces dernières les avantages d’une plus grande simplicité, d’un prix d’achat moins elevé, une installation facile, qualités précieuses pour les services transitoires tels que celui de l’arrosage des villes, la submersion dos
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- LA NATURE.
- vignes, le service de la marine, comme pour les installations permanentes, l’usine de Ménilmontant, par exemple, où une pompe Greindl élève 1500 mètres cubes d’eau par heure à 40 mètres de hauteur et au rendement de 79 pour 100.
- • —° v* •-
- CORRESPONDANCE
- M. LE PROFESSEUR LOUIS PALMIERI
- Londres, lor décembre 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Nous avons l'honneur de vous informer que nous avons tout dernièrement reçu des nouvelles de Naples qui nous assurent que le célèbre directeur de l’Observatoire du Vésuve, M. le professeur Louis Palmieri, jouit de sa santé habituelle.
- Nous vous dirons en même temps que M. le professeur Palmieri vient d’avoir le malheur de perdre un de ses neveux et nous craignons que cette circonstance ne soit cause de la notice nécrologique sur M. Louis Palmieri, qui a paru dans votre journal (¥oy. n° 494, du 18 novembre 1882, p. 398} après un certain nombre d’autres publications.
- Veuillez agréer, etc. Negretti et Zambra.
- « * •
- CHRONIQUE
- Transport des lettres et journaux par l’Administration des Postes — D’après une statistique récente (Officiel du 17 novembre 1882), l’Administration des Postes, en 1881, a transporté 568 978 0U0 de lettres, 354000000 de journaux, 347 000000 d’imprimés et 32 234 000 de cartes postales. Depuis quatre années le mouvement postal s’est accru de 56 pour 100. En moyenne chaque Français reçoit donc à peu près 14 lettres par au et un peu moins de 10 numéros de journal. Ces chiffres par leur énormité même rie frappent pas assez l’attention. On ne se figure pas que les lettres, au poids moyen de 10 grammes l’une environ, représentent plus de 6 millions de kilogrammes, poids que trameraient à peine 5000 chevaux attelés à des charrettes.— Les journaux en moyenne pèsent environ 25 grammes, soit en tout 8 850 000 kilogrammes, c'est-à-dire de quoi charger un train de plus de 800 wagons. Si les 568 978000 lettres transportées l’année dernière en France, étaient déployées et mises à plat les unes à côté des autres, avec leurs enveloppes, elles couvriraient environ 500 hectares. Les journaux formeraient une surface d’au moins 17 000 hectares.
- M. Ferdinand de Lesseps et la Société de Géographie. — Le secrétaire général de la Société de Géographie a fait remarquer, au début de la séance du 17 novembre dernier, que c’était l’anniversaire de l’inauguration du Canal de Suez. M. Ferdinand de Lesseps a prononcé les paroles suivantes :
- « Messieurs, je vous remercie d’avoir rappelé que le 17 novembre est l’anniversaire de l’ouverture du Canal de Suez au commerce et à la navigation universels. Le jour de l’inauguration, j’ai compté soixante navires dans le Canal; on m’annonçait récemment qu’il y en avait cent seize. Vous voyez que le Canal de Suez est en progrès*
- C’est le capital français qui a fait ce canal, et c’est le capital français qui en recueille les bénéfices. C’est donc une affaire bonne pour la prospérité et la gloire françaises. Le Canal, quoi qu’on ait pu dire, n’a rien à craindre. Le gouvernement anglais m’a donné diplomatiquement l’assurance du maintien de nos relations qui ont toujours été bonnes. Je sais qu’on m’a accusé d’avoir parlé en souverain. Je n’ai jamais excédé mon devoir : si j’ai parlé en souverain, c’est en souverain du Canal. Ai-je ,.esoin de transition, messieurs, pour vous parler du Canal de Panama? Ce canal a pris naissance dans cette enceinte.il aura le succès de son aîné. Après deux années de travaux et d’études nous sommes plus avancés que six ans après le commencement du Canal de Suez. Aujourd’hui, nous avons tous les fonds nécessaires pour mener à bonne fin cette entreprise qui sera aussi utile et aussi prospère que l’autre. J’espère, messieurs, vous inviter à l’inauguration du Canal de Panama en 1888, date que j’ai primitivement fixée. »
- Alliage des monnaies» d’argent. — On grand nombre de personnes ignorent que les monnaies d’argent renferment une petite quantité de zinc. C’est dans ces derniers temps que l’introduction de ce métal a été décidé dans l’alliage des monnaies. D’après M.Peligot, un alliage de 800 argent et 200 zinc ne noircit pas dans les dissolutions de polysulfures. L’alliage actuel des monnaies, fondu et additionné de 78 grammes de zinc par kilogramme, présente la composition suivante : argent 835 ; cuivre 93; zinc 72 pour 1000 parties en poids.
- Pêche d’un requin monstre à Saint-Paul. —
- Les pécheurs du bout de l’Etang, à Saint-Paul (ile de la Réunion), ont capturé un requin formidable. Depuis quelque temps, ils s’apercevaient qu’un véritable monstre suivait leurs embarcations et faisait même courir un certain danger aux petites pirogues. Une mule et un bœuf crevés furent jetés à la plage et bientôt la ligne qui avait été immergée avec un émerillon reçut une puissante secousse. Cinquante hommes se mirent à la remorque et traînèrent sur le sable l’énorme bête dont un nœud coulant frappé sur la queue assura bientôt la capture. C’est un requin femelle de l’espèce appelée Carcarias prionodon (requin aux dents de scie). Il mesure exactement 5 mètres, du nez à la queue, et 3m,60 de circonférence au milieu du-corps; c’est-à-dire qu’il serait déjà échoué sur le sable dans un endroit où un homme aurait perdu pied. Deux autres petits requins ont été pris peu de temps après. Toute la journée de dimanche, une foule considérable est allée visiter le monstre que les pécheurs montraient pour 10 centimes. M. Lantz, directeur du Muséum, averti de cette capture, est arrivé à Saint-Paul et va commencer à préparer la peau et le squelette pour conserver cette pièce magnifique, presque phénoménale.
- (Journal le Créole.)
- Le passage de Ténus du 6 décembre 1881.—
- Le monde astronomique se préoccupe de cet important événement au sujet duquel nous renseignerons avec détails nos lecteurs, dès que nous aurons reçu des nouvelles des différents postes d’observations répartis à la surface du globe. Nous signalerons aujourd’hui le premier numéro du journal le Passage de Vénus que nous envoie son rédacteur M. \V. de Fonvielle.Ce numéro est daté du 6 décembre 1882. L’administration annonce que le deuxième numéro paraîtra au prochain passage de Vénus en juin 2004, et le troisième numéro en juin 2012. « Grâce au
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- LA NATURE.
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- concours assuré des savants de l’avenir, lisons-nous à la 3" page de ce journal, nous fondons le 6 décembre 1882 l’œuvre la plus durable de notre âge. Notre œuvre vivra ; elle prospérera tant que la terre nourrira des êtres assez intelligents pour se préoccuper de l’admirable spectacle qu’offrent les passages de Vénus. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 décembre 1882.
- Hommage à M. J. B. Dumas. — L’événement de la séance a été la remise à M. Dumas d’une médaille d’or que l’Académie a fait frapper pour célébrer le cinquantenaire académique de l’illustre chimiste. Cette médaille, qui est une véritable œuvre d’art, perpétuera les traits de notre contemporain; — elle porte au revers ces mots : A M. Dumas, ses confrères, ses amis, ses élèves, ses admirateurs.
- En la remettant au destinataire, M. le Président a prononcé une allocution éloquente et profondément sentie, qui a obtenu de l’auditoire un très vif succès. Il a rappelé à grands traits les points principaux de la carrière de M. Dumas, et constatant que celui-ci a atteint au plus haut degré de gloire qu’un savant puisse rêver, il lui a rappelé comme s’appliquant à lui le mot de Franklin disant : « Si je devais recommencer la vie, je ne pourrais demander mieux que celle que j’ai eue. »
- « On s’étonne, a ajouté, à peu près, M. Jamin, que vous n’ayez pris qu’un demi-siècle pour remplir une pareille carrière, et l’on admire qu’il vous ait laissé tant de jeunesse à dépenser encore. »
- La réponse de M. Dumas a été de tous points à la hauteur de la circonstance : « Dès mes premiers pas dans la vie scientifique, a-t-il dit, l’Académie a été pour moi l’objet d’un culte profond, toujours le même, — si profond que je ne puis recevoir sans l'émotion la plus vive, l’inestimable présent dont elle honore la fin de ma carrière 11 y a soixante ans, elle m’accordait déjà sa bienveillante attention ; il y a un demi-siècle elle me recevait dans son sein, et depuis lors elle n’a cessé de me témoigner son estime et sa confiance. Rien cependant ne m’avait préparé à ceci, qu’un grand nombre de mes confrères voudraient se dire mes élèves! De tous les témoignages dont pouvait s’honorer un vieux maître, vous avez trouvé le plus précieux et vous voyez que j’en suis attendri. — Ah ! mes chers élèves, je me reporte souvent à mes trente années d’apostolat qui n’ont pas été stériles avec des disciples tels que vous, mais dont je croyais le souvenir enfoui dans la tombe de mes vaillants compagnons de lutte. Et vous avez raison ; oui, il faut honorer le professorat. Du haut de sa chaire publique, le professeur remplit une mission sacrée. 11 réfléchit l’état présent de la science comme un miroir fidèle, prépare l’avenir et fait revivre les traditions d’un passé glorieux; il apprend à aimer la vérité, à chérir sa patrie et à la bien servir. Celui qui a vu autour de lui se presser une ‘jeunesse ardente a éprouvé l’une des plus vives jouissances de la vie. 11 en est cependant une plus grande encore : c’est la joie de se voir dépassé par ceux mêmes qu’on a initiés ; et cette joie vous me la donnez tous les jours. Puissiez-vous, vous qui valez mieux que moi, avoir des élèves qui vous surpassent par le génie et qui vous égalent par le cœur ! »
- Réactions imprévues. — Elles viennent d’être découvertes par M. Riban et promettent des applications industrielles fort importantes. On sait que jusqu’ici le phosphate de chaux est considéré comme un des corps les plus difficiles
- à décomposer et qu’il faut pour en extraire le phosphore recourir à des manipulations compliquées. Or, M. Riban a trouvé, qu’à la simple température d’un bain d’huile, un mélange de phosphate de chaux et de charbon soumis au courant du chlore mélangé à l’oxyde de carbone, abandonne en quantité du chlorure de phosphore. — De même l’alumine mêlée au charbon passe dans les mêmes conditions à l’état de chlorure d’aluminium sans qu’il soit nécessaire de chauffer à plus de 200 degrés.
- Le mal rouge des cochons. — De Rollène (Vaucluse), où il se trouve en ce moment, M. Pasteur annonce qu’une nouvelle étude du mal rouge, auquel vingt mille porcs ont encore succombé dans les départements de la vallée du Rhône, lui ont prouvé que cette maladie est causée par un microbe. Celui-ci, fort analogue au microbe du choléra des poules, est en forme de 8 de chiffre, et d’une ténuité excessive. Il n’a d’ailleurs pas d’action sur les poules, mais il tue rapidement les lapins et les moutons : il suffit d’en injecter à des cochons des quantités presque inappréciables pour déterminer la maladie mortelle. L’auteur a atténué ce virus et s’en est servi comme vaccin sur des porcs qsi se sont ensuite montrés réfractaires à la contagion du mal rouge.
- L'huile et la tempête. — En présence des nombreuses publications relatives à l’action de l’huile sur les vagues delà mer, M. l’amiral Rourgeois fait remarquer que l’agitation des flots est en général due à la superposition de deux phénomènes parfaitement distincts : la houle et le brisant. Le premier impressionne l’eau jusqu’à une grande profondeur et il est très durable; on l’observe seul, en l’absence du vent, et en général il n’est pas funeste aux navires qui sautent simplement sur place. Le second phénomène consiste dans la translation horizontale de la surface aqueuse sous l’influence du vent et les marins le redoutent parce qu’il porte fréquemment les navires contre les récifs. Or, si l’on peut admettre que l’huile atténue les brisants, on ne saurait comprendre qu’elle pût avoir une influence quelconque sur la houle. Il serait donc bon qu’à l’avenir les observateurs de l’action des corps gras précisassent le genre de mouvement dont la mer était -animée au moment de l’expérience.
- Les animaux des temps primaires. — C’est le titre d’un nouvel ouvrage dont M. le professeur Gaudry annonce la publication. Déjà nos lecteurs ont eu l’analyse du magnifique volume où le même auteur a fait ressortir l’enchaînement des mammifères tertiaires. Il se propose maintenant d’étudier à son point de vue l’ensemble des fossiles animaux à toutes les époques géologiques et il commence naturellement par les plus anciens.
- Sa conclusion est que les diverses classes d’animaux actuelles sont intimement unies aux classes d’animaux primaires. Mais il n’a vu nulle part, même à ces époques si anciennes, de passage d’une classe à l’autre. Ainsi on aurait pu s’attendre à voir les reptiles manifester d’étroites affinités avec les poissons : il n’en est rien. Par leurs membres développés et leurs ceintures thoracique et pel vienne, les reptiles palæozoïques sont nettement distincts de leurs contemporains de la classe des poissons. Les con clusions de M. Gaudry, comme on voit, sont loin de con corder avec les hypothèses qu’on a souvent émises, d’une manière d’ailleurs très hâtive, sur la filiation des êtres : son livre fera certainement daus le monde des naturalistes une profonde sensation.
- La météorite de Lodran. — Une étude très minutieuse
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- m’a conduit à reconnaître que la météorite tombée à Lodran (dans l’Inde) le l6r octobre 1868, présente avec certaines roches terrestres une analogie intime de structure qui éclaire son mode de formation. En Bolivie, on exploite un grès quartzeux dont le ciment est formé de cuivre et d’argent à l’état métallique; à Commern, Prusse Rhénane, on fond de même un grès quartzeux dont le ciment est de la galène : or, la pierre de Lodran a rigoureusement la même structure. C’est un grès péridotique et pyroxénique dont le ciment est du fer nickelé. Cette masse nous procure pour la première fois la notion de sable extra-terrestre, sable dont l’origine peut d’ailleurs être attribuée à des froissements de roches et ne suppose pas nécessairement l’intervention de l’eau liquide.
- Varia. — M. Tacchini décrit la magnifique tache solaire que tout le monde a pu voir le mois dernier, dans les rares solutions de continuité de la calotte nuageuse. — Il résulte d’une lettre reçue par M. Larrey que M. d’Àbba-dic est heureusement parvenu à Haïti, pour observer le passage de Vénus.
- — A cette occasion, la direction de l’Observatoire de Paris mettra le 6 décembre des instruments à la disposition des personnes qui désireraient observer ce que notre ciel voudra bien laisser voir du phénomène. — C’est avec une vive satisfaction qu’on apprend la convalescence de M.MilneEdwards, assez gravement malade depuis quelques semaines. —
- M. Tresca, qui lui aussi relève de maladie, fait sa rentrée en lisant la description d’un appareil optique propre à l’étude de la flexion.
- Stanislas Meumer.
- PETITES LAMPES A INCANDESCENCE
- Depuis l’Exposition d’Électricité de Paris pendant la durée de laquelle les lampes électriques à incandescence, d’Edison, de Maxim, de Swan, ont brillé de tout leur éclat, le public s’est montréavide de se servir de ce mode d’éclairage si agréable et si commode dans son emploi. Que de lecteurs nous ont demandé comment il était possible de se procurer ces lampes à incandescence ! Pendant longtemps, on n’en trouvait nulle part ; aujourd’hui on peut s’en procurer partout, chez les constructeurs électriciens. Cela ne veut pas dire malheureusement que la lampe à incandescence soit encore susceptible de résoudre le problème tant cherché de l’éclairage
- électrique domestique. La lampe existe, mais la source d’électricité qui l’actionne, n’existe pas encore au point de vue pratique.
- Tant que la distribution d’électricité à domicile n’aura pas été réalisée, ou tant que les inventeurs n'auront pas trouvé une pile tout à fait pratique, on ne pourra pas se servir de la lampe à incandescence dans les ménages. Ce mode d éclairage n’est actuellement avantageux que pour ceux qui peuvent actionner des machines dynamo-électriques à l’aide de moteurs à vapeur ou à gaz.
- Quoiqu’il en soit, un grand nombre de physiciens et d’amateurs sont désireux d’avoir à leur disposition les lampes à incandescence, pour les faire
- fonctionner soit comme sujet d’expérience, soit comme éclairage de luxe et d’agrément. A ceux-là nous signalerons les petits chandeliers surmontés de lampes à incandescence queM. G. Trouvé vient de construire; la figure ci-contre en représente deux modèles dilférents. Dans le premier modèle, celui de gauche, la lampe à incandescence est fixée au-dessous d’un abat-jour réflecteur qui distribue avantageusement la lumière sur la surface d’une table; dans le second modèle, à la partie supérieure d’une statuette, une lampe à incandescence est pendue au-dessous du godet qui sert de support à une bougie ordinaire. Chacune de ces petites lampes peut être actionnée par trois ou quatre éléments de pile au bichromate de M. G. Trouvé; mais dans ce cas, la durée de fonctionnement de la lampe est assurément très limitée et le renouvellement du liquide dans la pile est une opération peu commode à faire chez soi. Quelques accumulateurs Planté, alimentés soit par des piles Bunsen, soit par des piles Thomson, pourront encore être employés par ceux qui ne reculent pas devant l’ennui de manipulations de laboratoire; ces expériences exécutées comme éclairage d’agrément, tenteront assurément plus d’un amateur.
- G. T.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanbier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- K« 498. — 16 DÉCEMBRE 1882.
- LA NATURE.
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- LÀ CÀTOPTRIQUE DES GRECS
- La catoptrique, c’est-à-dire la science qui a pour objet les lois qui régissent la réflexion des rayons lumineux, a été fort en honneur chez les Grecs. Le plus ancien traité qui nous soit parvenu sur cette matière est dû à Euclide, mais il paraît fort incomplet. Deux siècles plus tard, Héron d’Alexandrie en composa un autre dont le texte original s’est perdu, mais dont il nous est resté une traduction latine faite au douzième siècle. Ce traité est aujourd’hui
- presque complètement ignoré, car il n’a été imprimé qu’une seule fois en 1515 dans un recueil de mathématiciens publié à Venise et dont on ne connaît actuellement que trois exemplaires : l’un est à la Bibliothèque Nationale de Paris ; l’autre appartient au prince Buoncompagni à Rome et j’ai acheté le troisième à la vente de Michel Chasles1.
- Après avoir démontré géométriquement les lois qui régissent la réflexion de la lumière sur les miroirs plans, concaves et convexes, Héron passe aux applications qui en ont été faites par ses devanciers.
- « C’est par la catoptrique, dit-il, que l’on
- Fig. 1. — Piillns sortant de la tête de Jupiter. (D’après la peinture d’un vase grec.)
- apprend à former des miroirs où la droite parait droite et où la gauche paraît gauche, de sorte que la ressemblance est parfaite et que les images s’accordent avec la réalité. — On peut construire des miroirs où l’on se voit par derrière, renversé la tête en bas, avec trois yeux et deux nez ou bien avec le visage décomposé par une profonde douleur.
- « La catoptrique n’est pas seulement bonne pour la théorie, mais elle a des applications utiles.
- « Qui ne trouvera pas utile de pouvoir observer les habitants au fond d’une maison voisine, de voir combien ils sont et ce qu’ils font? — Comment ne trouverait-on pas merveilleux de voir jour et nuit les heures au moyen de fantômes apparaissant dans un miroir de telle sorte qu’un fantôme se montre à chaque heure du jour et de la nuit et à ehaque il* aimé#, —semestre.
- partie du jour?— N’est-il pas merveilleux aussi de ne voir dans un miroir ni son visage ni celui d’autres personnes, mais seulement ce que d'autres personnes voudront? »
- Il est impossible de reconstituer dans son intégrité le texte primitif de l’auteur trahi successivement par les fautes et les omissions des copistes, par le traducteur et enfin par un imprimeur qui était loin d’être habile; mais on peut du moins, grâce à nos connaissances actuelles, retrouver presque toujours sa pensée.
- C’est ce que je vais essayer de faire, en m’occu-
- 1 Ce traité est imprimé sous le faux titre : Ptolemei de Speculis. M. Ch. Henri Martin, dans àes recherches sur Héron d’Alexandrie, a démontré que c’était à cet ingénieur qu’il fallait l’attribuer. 1
- 3
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- U
- LA NAT U UE.
- pant d'abord des déformations produites par des miroirs de différentes formes.
- Le premier de ceux que Héron décrit est formé par la partie convexe d’un cylindre droit à base circulaire. On sait qu’un pareil miroir a pour propriété d’allonger les objets dans le sens des génératrices du cylindre et l’ingénieur Alexandrin le nomme miroir nigaud, probablement à cause de l’expression qu’il donne à l’image de la figure de ceux qui s’y regardent. — Un autre miroir est formé d’une série de calottes sphériques, les unes concaves, les autres convexes et toutes tangentes entre elles. 11 est déjà décrit dans la catoptrique d’Euclidc qui explique que l’on aura son image égale à la réalité et à égale distance du miroir dans les parties planes; que celte image paraîtra plus petite et. plus rapprochée dans les parties convexes; et enfin qu’elle se présentera sous des aspects variés dans les parties concaves.— Le plus singulier de tous s’obtient de la manière suivante : toutes les sections parallèles faites dans sa surface suivant une certaine direction sont des arcs convexes égaux à la cinquième partie d’une circonférence, et toutes les sections faites de même suivant une direction perpendiculaire à la première sont des arcs concaves égaux à la sixième partie d’une circonférence, de telle sorte que l’ensemble a la forme d’une selle ou du solide qu’on désigne en géométrie sous le nom de paraboloïde hyperbolique. Le miroir posé verticalement tourne autour d’un axe horizontal, d’où il résulte que les sections concaves et les sections convexes sont tantôt horizontales et tantôt verticales en passant par toutes les inclinaisons intermédiaires. Suivant la position de ces sections et l’éloignement de l’observateur, l’image de celui-ci prend une foule d’aspects différents; elle s'allonge, se raccourcit, se renverse, telle ou telle partie grossit ou diminue d’une façon tout à fait disproportionnée avec les autres. Un pareil miroir serait aujourd’hui certainement très apprécié par les enfants sinon par les dames.
- Tout le monde sait que pour voir d’un point donné O un objet P (fig. 2) à Taide d’un miroir plan
- dont le centre est en
- ________ M ____________ M, il suffit d’incliner
- le miroir de telle façon que la perpendiculaire élevée à la surface du miroir en M fasse des angles égaux avec les lignes Fig. a. OM et OP. Tel est,
- "'dans sa plus grande simplicité, le principe qui a été exploité par les thaumaturges pour produire une foule d’illusions d’optique. Héron en montre l’application au cas o*i l’on veut, de l’intérieur d’un appartement, voir ce qui se passe dehors1.
- 1 C’est par une disposition analogue que l’on taisait ton-
- 11 explique ensuite comment en plaçant le miroir au fond d’un petit temple en bois richement orné, on peut y faire apparaître des personnes ou des peintures dérobées à la vue du spectateur par un écran quelconque AB; il recommande d’éclairer vivement l’objet qu’on veut y réfléchir et de laisser au contraire le miroir dans l’ombre ; il fait remarquer qu’en donnant au miroir une inclinaison convenable, le spectateur ne se voit pas lui-même. Supposez que le miroir soit une glace sans tain et vous pourrez produire la scène des spectres vulgarisée par Robert Houdin.
- H est hors de doute que ce procédé dut être souvent employé dans l’antiquité pour l’évocation des âmes des morts; il suffisait de laisser, au commencement de l’opération, le corps évoqué dans l’ombre et de brûler devant lui un peu d’encens au moment où on commençait à l’éclairer pour qu’il parût peu à peu se dégager des nuages.
- 11 y avait encore beaucoup d’autres procédés d’évocation, mais je me borne à analyser Héron et je passe à la description qu’il dorme des effets que l’on peut obtenir à l’aide de deux miroirs plans assemblés de manière à former un angle dièdre variable.
- Si l’axe commun est vertical et que les deux plans forment entre eux un angle un peu plus petit qu’un droit, le spectateur pourra voir par double réflexion son image non inversée, e’est-à-dire que, s’il a un objet à la main droite, cet objet paraîtra être dans la main droite de son image et non dans la main gauche, comme dans les miroirs ordinaires.
- Si cet axe est horizontal et que les miroirs conservent entre eux le même angle en s’inclinant également sur l’horizon, le spectateur, placé au-dessous, pourra se voir de dos par double réflexion, la tête en bas et dans une position presque verticale; par simple réflexion il se verra couché horizontalement en l’air et il s’imaginera (ô Grec naïf!) voler, et pulabit volare, dit la traduction latine.
- L’axe commun restant horizontal, on pourra, ajoute notre auteur, montrer comment Pallas est sortie de la tête de Jupiter. Supposons, en effet, une disposition analogue à celle qui a été indiquée plus haut pour faire voir à un spectateur l’image d’un objet invisible ; seulement ici le miroir, au lieu d’être d’une seule pièce, sera, ainsi que je viens de le dire, formé de deux parties mobiles autour d’un axe horizontal. La partie inférieure étant fixée suivant l’inclinaison calculée, la partie supérieure fera avec elle, au commencement de l’opération, un angle
- naître les heures au moyen de fantômes paraissant dans un miroir, ainsi que ^indique Héron dans le préambule que j’ai cité plus haut, Le passage qui devait la décrire en détail manque dans le texte qui nous est resté, mais il sulfît de rappeler que Ctésibius, le maître de Héron, construisait des horloges hydrauliques dans lesquelles les heures étaient marquées à l’aide de petites ligures mobiles qui sortaient de l’appareil (Yitr., IX, vm). En cachant cette horloge dans une chambre voisine et en éclairant l’endroit où les statuettes font leur apparition, on pouvait les voir apparaître à chaque heure, dans un miroir convenablement disposé.
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- im peu plus grand que 180° du côté du spectateur. On dispose la statuette de Jupiter suivant un plan parallèle au miroir inférieur, et de telle sorte que le sommet de sa tête atteigne le bord supérieur de ce miroir; au-dessus de Jupiter et à une petite distance on place la statuette de Pallas. 11 est clair que cette statuette ne sera réfléchie ni dans le miroir inférieur, ni dans le miroir supérieur ; mais si l’on donne à ce dernier un mouvement de rotation, de manière à l’amener en avant, on verra bientôt s’élever au-dessus de l’arête, la tête, puis tout le corps de Pallas, et ainsi se réalisera le prestige annoncé.
- La figure \ , qui reproduit une peinture d’un vase grec, sc rapporte complètement à la description de Héron.
- On remarquera qu’en employant encore la même disposition, mais avec une seule glace dont on fera varier l’inclinaison, on pourrait faire surgir de terre ou d’un autel la figure d’une divinité. — La Pytho-nisse d’Aïn-dor, évoquant devant Saül l’ombre de Samuel, voit {Les Rois, liv. I, chap. xxvm) « un Dieu qui s'élève du sein de la terre ». Pline, parlant du temple antique d’HercuIe à Tyr, s’exprime ainsi (liv. XXVII, ch. x) : « De ce siège, fait d’une pierre sacrée, s'élevaient facilement les Dieux ». Pausa-nias raconte que dans un bourg de Mvsie il a vu l’image de Pion, fondateur du bourg, surgir de son tombeau pendant qu’on lui offrait des sacrifices.
- Le traité, dont je viens d’indiquer sommairement le contenu d’après le fragment qui nous en est resté, ne suffit point pour donner une idée complète de l’itat de la catoptfique chez les anciens. Héron ne parle en effet que de certaines applications du miroir plan, et ne dit pas un mot ni de celles des miroirs concaves ou convexes, ni des miroirs réfringents, c’est-à-dire des lentilles plus ou moins parfaites qui étaient alors connues. Ces questions, et spécialement celles des miroirs ardents, sont traitées dans un ouvrage, dont la première partie vient de paraître chez l'éditeur de cette Revue, sous le titre : La Science des Philosophes et l’Art des Thaumaturges dans l'antiquité.
- A. de Rochas.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le vingtième siècle. Texte et dessins par À. Robida, i vol. gr. in-8° avec de nombreux croquis dans le texte et hors texte. Paris, G. Decaux, 1883. Prix, 25 fr.
- Nos lecteurs connaissent assurément le talent de M, Ro-bida, un de nos dessinateurs les plus spirituels, un de nos caricaturistes les plus fins. — Dans cet ouvrage, le Vingtième siecle, M. Robida se livre à toutes les fantaisies de son imagination, et sa plume et son crayon nous montrent sous une forme désopilante les merveilles du siècle prochain. On y voit les aéronefs, et les omnibus aéroflèches, sillonnant l’atmosphère des grandes villes, les bal-
- lons transatlantiques transportant des voyageurs de l’Europe dans le Nouveau Monde, on y voit des restaurants aériens, des usines alimentaires avec distribution de diners à domicile par canalisations souterraines, des wagons pneumatiques et des maisons de 18 étages en papier aggloméré ; on y apprend à connaître le téléphonoscope, qui permet aux Parisiens futurs d’assister aux horreurs du siège de Pékin ; on y voit aussi des femmes avocats et des femmes députés, des mariages par téléphone, on y voit même la constftiction d’une île factice, d’un sixième continent, et bien d’autres choses encore! Au milieu des extravagances voulues du caricaturiste, il y a parfois les prévisions d’un esprit observateur; il y a enfin a chaque page du livre des vignettes pleines d’entrain, de vie, d’action, qui dans leur genre, sont de véritables petits chefs-d’œuvre. Nous avons voulu signaler à ceux de nos lecteurs qui aiment à reposer leur esprit dans le domaine de la fantaisie, ce livre étonnant de M. Robida.
- La Hongrie, de VAdriatique au Danube. Impressions de voyage, par Victor Tissot. 1 vol. gr. in-8° illustré. Paris, E. Plon et Gie, 1883. Prix, 20 francs.
- Cet ouvrage contient le récit d’un véritable voyage de découverte, voyage aussi mouvementé, aussi pittoresque, aussi plein de révélations curieuses et d’événements imprévus que celui d’un explorateur des pays les plus lointains. Récits de pêche et de chasse, histoires de brigands, aventures avec les Tziganes, courses dans la puszla, tous les éléments qui donnent de la vie et de l’intérêt à un livre s’v trouvent réunis. Le volume est illustré dedO splendides planches de Valerio, de plus de 160 gravures dans le texte de Poirson et d’une carte coloriée qui accompagnent l’œuvre pleine d’attrait de M. Tissot.
- Photographie sur papier et sur verre. Albumine et Collodion. — Supplément contenant les méthodes nouvelles consacrées par l'expérience et reconnues les meilleures pour les différentes branches de la photographie sur papier et sur verre. 1 vol. de l’Encyclopédie Roret, par G. Huberson. Paris, librairie Roret, 1883, Prix, 3 fr.
- Manuel de Technique microscopique ou Guide pratique pour l'étude et le maniement du microscope, par le Rr Paul Laiteux, chef du laboratoire d’histologie à l’hôpital Necker. 1 vol. in-12, 2° édition, avec 177 figures. Paris, Alexandre Coccoz, 1883.
- Trachéotomie et Laryngotomie d'urgence avec le Iro-cart-trachéotome du Dr Jacolot (de l’Orient). 2e édition, in-8°. Paris, Alexandre Coccoz, 1883.
- Die magnetelektrischen und dynamoelektrischen Ma-schinen, von Gustav Glaser De Cew. 1 vol. in-18, avec 54 gravures. Jlartleben’s Verlag. Wien-Pest. Leipzig, 1883.
- L’HOROGRAPHE SCOLAIRE
- Une chose digne de remarque, c’est que la connaissance de l’heure par la lecture de la position des aiguilles sur le cadran d’une horloge ne s’ae-quiert que fort tardivement chez la plupart des enfants. Cela est-il dû au mouvement inégal des deux aiguilles, ou à la division duodécimale qu’elles parcourent, ou bien aux chiffres romains indiquant
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- ces divisions; c’est ce qu’il est difficile de dire.
- Toujours est-il qu’on voit fréquemment des enfants très intelligents, connaissant les quatre règles de l’arithmétique, la musique, c’est-à-dire jouant du piano, ou du violon, d’une façon satisfaisante, et qui sont incapables d’indiquer l’heure marquée par le cadran d’une montre, d’une pendule ou d’une horloge publique.
- La seule cause d’une semblable ignorance vient de ce que la notion de l’heure n’est enseignée nulle part, bien quelle soit à la portée du jeune âge ; par suite, elle constitue une lacune regrettable dans l’enseignement de nos écoles primaires; dès lors, les enfants en sont réduits à apprendre isolément à connaître l’heure, les uns plus tôt, les autres plus tard. — Cependant cette connaissance de l’heure est une notion tout aussi importante et utile que bien d’autres, si ce n’est plus, puisqu’elle initierait les enfants à la division du temps et à la manière dont il est ou doit être em-ployé.
- Mais il est facile de faire disparaître cette lacune en mettant entre les mains des instituteurs et des institutrices un instrument de démonstration qui, du reste, leur a fait défaut jusqu’à ce jour. — Or, un instrument remplissant le but désiré vient d’être imaginé et'construit d’une façon aussi simple qu'élégante, par M. A. Matthey, professeur distingué de l’Ecole d’horlogerie de Besançon.
- Cet instrument, que son inventeur désigne sous le nom d'horographe scolaire, se compose d’un cadran d’horloge installé verticalement sur un support résistant. Au centre du cadran, sont étal lies une minuterie ainsi que les deux aiguilles d’heure et de minute; cette dernière portant une petite manivelle qui permet de faire tourner à volonté ces aiguilles, soit dans un sens, soit dans l’autre.
- A l’aide d’un semblable dispositif, il devient facile d’apprendre aux enfants les deux divisions caractéristiques du cadran d’un horloge : 1° Sa division en douze parties égales ou heures, tout en leur enseignant la valeur des chiffres romains consacrés par l’usage pour le numérotage de ces heures; 2° sa division en soixante parties égales ou minutes. Faisant ensuite tourner la grande aiguille dans le
- sens voulu à l’aide de la manivelle, le maître fera remarquer que les deux aiguilles tournent dans le même sens, mais avec des vitesses différentes. Que quand la grande aiguille fait le tour entier du cadran, la petite aiguille ne se déplace que d’un douzième de tour, et, par suite, que cette dernière aiguille ne peut faire le tour entier du cadran que lorsque la grande aiguille a fait douze fois ce tour. — Cela compris, les enfants retiendront bien vite qu’on désigne par heure le temps qui s’écoule pendant que la grande aiguille fait le tour entier du cadran, et que ce temps est subdivisé en soixante parties égales ou minutes. — Si, d’autre part, on leur enseigne que le jour se compose de vingt-quatre heures, ils saisiront sans difficulté que pendant cet intervalle de temps, la petite aiguille fait deux fois le tour du cadran et la grande aiguille vingt-quatre fois ce tour. Enfin , la démonstration sera complétée, en plaçant les aiguilles dans des positions quelconques, et le maître s’assurera par îles interrogations individuelles que tous les enfants de sa classe sont à même d’indiquer les heures entières par la position de la petite aiguille, et les minutes complémentaires d’après la position de la grande.
- Telle est sommairement la manière de se servir de l’horographe scolaire de M. Matthey, dont les dimensions sont proportionnées à l’importance des classes, de façon quechaque enfant puisse nettement voir les divisions du cadran et les positions relatives des aiguilles sur ces divisions. L’horographe est un appareil résistant et d’un transport facile, ce qui permet de le faire servir à l’enseignement de l’heure dans les diverses classes d’un même groupe scolaire. C’est un appareil de démonstration dont le besoin se faisait vivement sentir ; il vient donc à point, et, grâce à lui, nos enfants pourront apprendre de bonne heure à lire le cadran des horloges. — Parbleu, dira-t-on, c’est bien simple : Eh oui ! l’horographe est remarquable par sa simplicité, et, c’est ce qui en fait tout le mérite ; car, il est reconnu, qu’en matière d’enseignement, les moyens simples sont les meilleurs et les plus difficiles à trouver.
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- NOUVELLE MACHINE DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- à courants alternatifs
- SYSTÈME FERHANTI-THOMSON
- En décrivant ici même, il y a quelques semaines, la nouvelle machine dynamo-électrique à courants alternatifs construite par M. J. E. H. Gordon pour alimenter cinq mille lampes à incandescence, nous avons rappelé le principe aujourd’hui universellement reconnu de l’avantage économique résultant de l’emploi de grandes machines, et justifié ainsi la direction actuelle des recherches poursuivies par bon nombre d’inventeurs dans la création de nouveaux générateurs mécaniques d’électricité.
- Nous devons cependant modifier l’énoncé de ce principe industriel en disant, non plus que l’avenir est aux grandes machines, mais que l’avenir est aux machines de grande puissance, énoncé plus général et plus en rapport avec les perfectionnements récents dont nous voulons entretenir aujourd’hui nos lecteurs.
- Il est parfaitement établi que les machines à vapeur de 100 chevaux et plus brûlent à peine 1 kilogramme de houille par cheval et par heure, que cette consommation atteint 3 kilogrammes pour les machines de 40 chevaux et dépasse 5 kilogrammes pour celles d’un cheval seulement. Lerendement des machines à vapeur augmente donc avec leur puissance, et c’est ce qu’on retrouve aussi, bien qu’avec de moins grands écarts, dans les générateurs d’électricité dont le rendement électrique augmente avec la quantité d’énergie électrique qu’elles peuvent fournir. A côté de cette question de rendement intervient une seconde question non moins importante, celle relative au prix d'achat d’une machine de puissance donnée. A rendement
- égal, la meilleure, industriellement parlant, sera celle qui sera la moins lourde, la moins encombrante et par suite la moins chère, puisque la somme consacrée à l’entretien annuel sera dégrevée de l’amortissement de la somme économisée sur le prix d’achat, le transport, l’assise delà machine, la transmission, etc. Cette considération d’ordre purement économique n’est pas étrangère à l’insuccès industriel relatif des machines magnéto-électriques dont le rendement est satisfaisant, mais qui sont lourdes, chères et encombrantes, et auxquelles on préfère le plus souvent les machines dynamo - électri -ques.
- Ce sont précisément les qualités inverses des défauts des générateurs magnéto-électriques que présente la machine que nous allons décrire, et qui est due à la collaboration de sir William Thomson, l’éminent électricien anglais, et de MM. S. Ziani de Ferranti et Alfred Thompson.
- La machine Ferranti-Thomson — c’est ainsi qu’on la désigne en Angleterre — est le dernier mot de la simplicité, de la légèreté et de la puissance, si tant est qu’il puisse jamais y avoir un dernier mot dans le développement de la science électrique et de ses applications.
- Les chiffres fournis par les expériences faites récemment en Angleterre sur un premier type vont permettre d’ailleurs d’en juger. La machine essayée a fait fonctionner 320 lampes à incandescence de Swan et fourni une énergie électrique de 20 chevaux-vapeur sous un poids total d’un peu moins de 600 kilogrammes, et une armature mobile — induit — dont le poids est de huit kilogrammes seulement. Il est bon de rappeler ici, pour faciliter les comparaisons, que l’induit de la machine Edison, type de 4200 lampes, — soit une puissance environ quadruple — pèse 2500 kilogrammes et que l’inducteur mobile de la machine
- Fig. 1. — Machine dynamo-éled. iqu a à courants eoiilinus, sys,éme Ferranti-Thomson.
- Cette machine a 60 centimètres de hauteur, 50 de Ions, 10 de large; elle tourne à 1900 tours, transforme 26 chevaux en électricité; l’anneau induit mobile porte 8 kilogrammes de cuivre; le courant qu’il produit alimente 520 lampes à incandescence Swan, du type de 20 candies.
- Fig. 2. — Diagramme montrant les dispositions des inducteurs fixes et de l’induit mobile de la machine Ferranti-Thomson.
- (La couronne antérieure est enlevée à dessein pour montrer l’induit.)
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- LÀ NATURE.
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- Gordon pèse 7 tonnes pour 5000 lampes. Arrivons maintenant à la description qui nous permettra de comprendre comment ce résultat, paradoxal en apparence, a été obtenu.
- Nous reproduisons les figures qui accompagnent cet article d’après notre excellent confrère de Londres l’Electrical Review; la figuré 1 est une vue d’ensemble de la machine, la figure 2 un diagramme qui montre les dispositions relatives des inducteurs fixes et de l’induit mobile.
- La machine se compose de deux flasques en fonte sur chacune desquelles sont fixés 16 électro-aimants droits à pôles alternés disposés régulièrement sur une circonférence dont le centre est sur l’axe de rotation de l’induit. Les deux séries d’électro-ai-mants droits sont disposées de telle manière que les pôles de noms contraires soient en regard; il reste entre les extrémités libres de ces électro-aimants un espace vide dont l’épaisseur ne dépasse pas 18 millimètres. Les 52 électro-aimants forment les inducteurs fixes; ils sont montés en tension et excités par une machine dynamo-électrique de Siemens à courant continu.
- C’est dans l’intervalle de 18 millimètres laissé libre par les deux séries d’inducteurs que se meut l’induit d’une forme nouvelle et particulière à la machine Ferranti-Thomson. Cet induit, en forme de plateau, ne comporte aucune pièce de fer; il se compose, dans sa partie essentielle, d’un ruban en cuivre de 12 millimètres de largeur contourné en forme de feston ou de zigzag, comme Je représente la partie sombre de la figure 2 — la partie claire représentant les inducteurs — et formant une sorte de pignon à huit dents. Ce ruban de cuivre a une longueur de 56 mètres et 2millimètres d'épaisseur; il suit douze fois le contour représenté figure 2 et ses extrémités viennent s’attacher à deux bagues isolées fixées sur l'axe, contre lesquelles frottent deux balais qui constituent les collecteurs et qui sont reliés aux bornes de la machine.
- Les inventeurs n’ont pas fait connaître la disposition employée pour fixer l’induit en zigzag sur l’axe moteur; il y a là une disposition fort importante et du plus grand intérêt, car cette fixation présente des difficultés très grandes, eu égard aux conditions de fonctionnement de la machine. Cette machine tourne en effet à 1900 tours par minute, le diamètre extérieur de l’induit est de 54 centimètres et le diamètre moyen de 38. Un calcul très simple montre que la vitesse de translation de la partie moyenne est de 38 mètres par seconde et qu’elle atteint cinquante-quatre mètres par seconde1 à la périphérie. L’anneau plat a donc besoin d’être parfaitement étudié et construit pour résister aux effets de la force centrifuge.
- La grande puissance de la machine, eu égard au faible poids de l’induit, s’explique par ce fait que les parties actives traversent des champs magné-
- » Dans les machines ordinaires, cette vitesse de translation varie entre 15 et 20 mètres seulement.
- tiques intenses formés entre les inducteurs dans la direction la plus favorable au développement du courant, avec une très grande vitesse, et qu’on n’a pas à compter avec les retards et le travail perdu pour l’aimantation et la désaimantation des noyaux de fer, qui sont ici complètement supprimés.
- Lorsqu’on étudie le courant produit dans chaque partie rayonnante de l’induit à un instant donné, on voit qu’il est alternativement de sens contraire, mais par le fait même de la disposition en zigzag, les actions s’ajoutent, et l’on recueille aux balais la somme de tous les effets élémentaires. Le courant change de sens 16 fois par tour, soit 500 fois par seconde, 50 000 fois par minute.
- Les inducteurs sont alimentés par une machine Siemens du type D6 qui leur fournit un courant de 21,5 ampères et absorbe environ 2 chevaux-vapeur.
- La résistance de l’induit est très faible, 0,0265 ohm, le circuit extérieur représente près de 0,8 ohm, aussi, à cause du rapport élevé entre les résistances extérieure et intérieure, recueille-t-on, en travail disponible dans ce circuit extérieur, la presque totalité du travail transformé en énergie électrique.
- Lors des expériences, la machine alimentait 520 lampes Swan, — type de 20 candies — disposées en 107 dérivations de 5 lampes en tension et une dérivation de 2 lampes seulement. Ces lampes fonctionnaient avec 1,5 ampère et 41 volts de force électromotrice, en donnant une lumière d’environ 16 candies. Le courant total fourni était de 156 ampères et la différence de potentiel aux bornes de 125 volts, ce qui représente 26 chevaux-vapeur d’énergie électrique. La machine pesant, avec son excitatrice, 680 kilogrammes, elle ne pèse que 26 kilogrammes par cheval d’énergie électrique disponible, c’est-à-dire un poids assez faible pour qu’on puisse établir la machine à un prix peu élevé, car le cuivre n’entre dans le poids total que pour une fraction restreinte.
- On peut donc considérer la machine Ferranti-Thomson comme un progrès de premier ordre, car elle présente à la fois les avantages d’un rendement très élevé, une grande simplicité et une grande puissance relativement à son poids et à ses dimensions. Ces avantages résultent: 1° de l’emploi d’un induit plat qui permet de concentrer les champs magnétiques fournis par les induits en rapprochant leurs extrémités; 2° de la suppression des pièces de fer de l’induit qui peut être ainsi rendu très léger et, par suite, tourner à des vitesses qu’on n’aurait jamais osé espérer il y a à peine quelques années
- L’idée de faire tourner à une vitesse de 1900 tours dans un espace de 18 millimètres un disque plat de 12 millimètres d’épaisseur pouvait paraître téméraire; l’expérience a prouvé qu’elle n’était que hardie, et le succès montrera bientôt qu’elle est pratique.
- K. Hospitalier.
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- LA NATURE.
- DE L’EFFET DE L’HUILE
- POUR CALMER L’AGITATION RE LA MER1
- L'influence exercée par l’huile répandue à la surface de la mer pour en calmer l’agitation, semble occuper aujourd’hui l’attention. Le principe n’en est guère contestable; mais les résultats pratiques qui peuvent en découler sont l’objet de doutes sérieux que les faits récemment annoncés ne dissipent pas complètement. Les témoins de ces faits omettent généralement de préciser la nature de l’agitation que l’huile aurait calmée. Il y a cependant une distinction à établir entre les deux phénomènes dont la superposition constitue la vague ou la lame.
- Le premier et le plus important, parce qu’il agite les eaux à une grande profondeur, est le mouvement orbitaire des molécules liquides d’où résulte la succession des ondes qui frappe nos yeux ; mouvement produit par l’effort prolongé du vent et qui souvent se propage à de très grandes distances des parages où le vent a soufflé et se continue longtemps après qu’il a cessé.
- Le second, de ces phénomènes est le mouvement de translation horizontale des particules de la surface liquide, lorsqu’elles arrivent à la crête des lames, s’y désagrègent sous l’effort du vent et prennent par leur mélange avec l’air la couleur blanchâtre de l’écume. Elles retombent ensuite en avant de la crête sous formes de Volutes dont les dimensions sont en rapport avec la force du vent et la grosseur des lames. Le même phénomène s’observe encore, en l’absence du vent, lorsque la houle du large vient se briser sur une plage ; seulement il a une autre cause, le retard de la partie inférieure de l’ondulation dû à son frottement sur le fond.
- Lorsque, le vent ayant cessé, le premie’r phénomène se produit seul, c’est la houle qui soulève les gros navires comme les frêles embarcations en les faisant rouler, mais qui n’est dangereuse que pour les obstacles fixes, comme les digues et les jetées contre lesquelles elle vient se heurter.
- Aucun des faits récemment cités ne paraît prouver une action sensible de l’huile répandue à la surface de la mer sur ces ondulations, et peut-être eût-il été prudent d’attendre que l’expérience ait montré la réalité de cette action avant de chercher à l’expliquer par le calcul.
- Le second phénomène constitue le brisant. On l’observe en haute mer dès que la brise commence à souffler. Il devient plus marqué à mesure quelle fraîchit. Les embarcations le redoutent au large et aux abords des plages lorsque sa volute menace de les remplir. Les grands bâtiments peuvent en* recevoir des chocs dangereux appelés coups de mer; surtout s’ils ne sont pas protégés par leur dérive, qui, en labourant la mer, amortit les brisants tout en laissant subsister la houle.
- 1 Voy. n° 496 du 2 décembre 1882, p. 14, et table des matières du précédent volume.
- Il est incontestable que la présence de l’huile ou de toute autre substance visqueuse à la surface de la mer peut empêcher les particules liquides de se désagréger sous l’influence du vent, et, par conséquent, de former le brisant. Un fait observé fréquemment par les marins sous les tropiques en fournit une preuve irrécusable. La nuit, la phosphorescence des eaux y révèle souvent la présence de grandes masses de substances organiques, d’animalcules, qui donnent à ces eaux une cohésion plus grande et s’opposent ainsi à la désagrégation des particules de leur surface. Alors le sillage, lumineux pendant la nuit, ne produit plus guère d’écume blanchâtre pendant le jour. Les vagues aussi perdent leurs brisants, et le bâtiment, quelle que soit sa vitesse, glisse sur la mer sans presque laisser de traces de son passage pendant le jour.
- La présence d’une matière huileuse à la surface de la mer a donc un effet certain pour empêcher, non la formation des vagues, mais celle de leurs brisants.
- Dans quelle mesure cette propriété peut-elle être utilisée dans l’intérêt des navigateurs? C’est ce que l’expérience n’a pas encore appris. En tout cas, pour quelle soit fructueuse, il est indispensable que les expérimentateurs observent et fassent clairement connaître la nature de l’agitation calmée, l’onde ou le brisant.
- La première défiera peut-être toujours leurs efforts. La seconde semble moins difficile à maîtriser, et la nature dans le vaste laboratoire des mers tropicales en fournit une preuve convaincante4.
- L’amiral Bourgeois,
- NÉCROLOGIE
- Henry Draper. — Les journaux américains annoncent la mort de Henry Draper, né à la Virginie en 1857, et fils de John W. Draper, le professeur bien connu de l’Université de New-York auquel il succéda. Les travaux de Henry Draper ont eu surtout pour objectif la photographie microscopique et astronomique; il construisit un t'iescope de 15 pouces 1/2, avec lequel il obtint une photographie de la lune, de 50 pouces (lm,25) de diamètre. C’est aussi lui qui photographia, le premier, les raies du spectre des étoiles. Son observatoire d’Hastings, sur l’Hudson, et son laboratoire de New-York étaient, de l’avis de tous, les mieux organisés des Etats-Unis.
- En 1874, il fit partie de la Commission nommée par le Congrès pour étudier le passage de Vénus, et l’on n’a pas oublié les heureux résultats qu’il obtint dans l’organisation du service phôtographique qui lui avait été confié.
- Henry Draper avait une véritable passion pour la science astronomique au développement de laquelle il a consacré tous ses efforts, et la mort du jeune physicien sera déplorée par tous les amis de la Nature.
- 1 Note présentée à l’Académie des Sciences.
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- LA NATURE.
- LE ZONURE GÉANT
- Le naturaliste anglais Smith, dans son remarquable ouvrage sur les animaux de l’Afrique australe, désigne sous le nom de Cordyle géant un très curieux reptile qu’il dit habiter le Grand-Nanuiquois et les ravins rocheux des montagnes Quathlamha qui se'parent les contrées de la cèle sud-est de celles de l’intérieur.
- Pendant fort longtemps, ce Saurien était resté fort rare dans les collections et notre grand établissement national ne le possédait même pas, lorsque la Ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle eut l’occasion de faire l’acquisition d’un certain nombre de Cordvles géants qui, pour la première fois, arrivaient vivants en Europe.
- L’aspect du Cordyle, ou du Zonure géant, car tel est le nom sous lequel on désigne habituellement aujourd’hui l’animal dont nous parlons, est réellement étrange, et, bien qu’il soit de mœurs fort douces et d’humeur craintive, son apparence est réellement rébarbative.
- Que l’on se figure un reptile robuste, de quarante centimè -très de long, au dos recouvert de grandes écailles formant une série d’anneaux carénés et terminés en pointe; à la queue, longue et conique, toute hérissée d’épines fortes et pointues, dirigées en arrière, et disposées en vertioil-les; à la tête, aplatie en dessus, protégée par de grandes plaques sillonnées et granuleuses ; au cou portant de chaque côté un bouquet d’épines horizontales; à la nuque bardée de pointes rugueuses à la gueule largement fendue; aux griffes aiguës et acérées. Le corps est déprimé dans son ensemble; la tête, aplatie en dessus, se détache nettement du tronc ; les dents sont coniques, mousses au sommet. La physionomie rappelle celle des Stellions et de certaines espèces d’Agames, animaux faisant partie d’un tout autre groupe zoologique. , >
- La coloration est peu vive. La partie supérieure de la tête est d’un brun foncé, Je museau étant d’un brun jaunâtre ; le dos, la queue, le dessus dés membres ont une couleur qui tient le milieu en-
- tre la terre de Sienne et le jaune de miel ; le ventre est d’un jaune sale ; les doigts sont bruns, les yeux rougeâtres ; une couleur roussâtre se voit au pourtour des mâchoires et sous la gorge.
- Les individus jeunes sont moins terribles^ d’aspect que les adultes, car, d’après M. Smith, toutes les épines sont beaucoup moins développées et manquent même, en partie, sur certains points du corps. Chez eux la partie supérieure du corps est d’un brun rougeâtre relevé par quelques barres d’un jaune crème; le bout du museau,qui est brunâtre, est moucheté de brun jaunâtre; les flancs sont ornés de mouchetures d’un vert blanchâtre; la queue porte des bandes d’un jaune crème ; elle est jaunâtre en dessous avec un liséré de couleur rouge orangé; les membres sont barrés de jaunâtre et de brun rougeâtre.
- Sur six espèces que comprend le genre Zonure, une, le Zonure gris, habite Sierra-Leone, sur la côte occidentale d’Afrique ; toutes les autres, le Zonure ,géant, les Zonures ca-taphracte, polygone, du Cap, miorolepidote sont de l’Afrique australe. Comme tous les Sauriens, les Zonu-îes se nourrissent de matière animale. Ce sont des animaux craintifs qui fuient au moindre bruit et se cachent sous les pierres ou dans les interstices des rochers ; ils habitent le plus souvent les régions les plus arides et les plus désolées. .
- E. Sauvage.
- L’HIYER
- L’hiver commence le 21 décembre à dix heures trois minutes du soir. Les jours vont croître à partir de cette époque du solstice d’hiver. 11 faut remarquer toutefois que si les jours augmentent à compter du 21 décembre, c’est seulement le soir qu’il est possible de s’en apercevoir, car si le soleil se couche un peu plus tard, il ne se lève pas encore plus tôt que les jours précédents.
- M. Giacomelli, dans la composition ci-jointe, a choisi le grillon pour personnifier l’Hiver. Cet in-
- Le Zonure géant, d'après l’individu actuellement vivant au Muséum d’histoire naturelle. (1/4 grandeur naturelle.)
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- L’Hiver. — Le grillon domestique. — Composition inédite de M. Giacomelii
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- LA NATURE.
- secte vulgairement appelé cri-crin peut se distinguer en grillon des champs (Gryllus campes tris), et en grillon domestique (Gryllus domesticus) qui a inspiré Dikens dans son grillon du foyer. Le grillon domestique est plus petit que le grillon des champs, il est, d’un jaune gris avec quelques marques brunes. On le trouve généralement dans les crevasses, des vieux murs, ou près des cheminées. Le grillon domestique est frileux, et se complaît dans les endroits chauds; on le rencontre abondamment dans les boulangeries, là où il trouve la nourriture et la chaleur ; il affectionne aussi les cuisines dans les campagnes et il n’est pas rare de le voir, se chauffer dans l’âtre, comme le représente le dessin de M. Giacomelli.
- CORRESPONDANCE
- TRANSPORT DES NAVIRES A TRAVERS l/lSTHME DF. TEHUANTEPF.C
- Monsieur le Rédacteur,
- On vient de me communiquer votre numéro du 2 décembre, contenant une description du projet du capitaine Eads pour le transport des navires sur rails à travers l’isthme de Tehuantepec.
- Je solliciterai votre bienveillance pour accueillir une rectification à ce sujet. L’idée de ce mode de transport n’est pas américaine, mais française : si cette invention est attribuée au capitaine Eads, dont je connais d’ailleurs tout le mérite comme ingénieur, c’est par le fait d’une assimilation dont je pourrais me plaindre, si je n’y reconnaissais un moyen de propagation pour une idée qui recevra sans doute dans l’avenir d’utiles applications. Voici les faits qui établissent ma priorité :
- Ce mode de transport est décrit avec plans et devis dans une brochure que j’ai fait imprimera Paris en 1879; ce projet visait la ligne même du Panama Railroad, suivant la direction choisie depuis pour le canal à niveau par M. de Lesseps, et a été l’objet d’une ouverture à la Compagnie de ce chemin de fer pour transformer la voie ferrée actuelle en une voie propre au transport des navires.
- En 1874, j'ai obtenu du gouvernement des États-Unis de Colombie un privilège pour ce mode de transport; enfin en 1878, j’étais de nouveau en rapport avec la Compagnie du Panama Railroad, avec une combinaison financière américaine, quand se produisit l’intervention de M. de Lesseps dans la question.
- On sait comment l’exécution d’un canal à niveau fut décidée, et comment, après le magnifique succès du canal de Suez, il fut considéré comme possible d’aborder ce redoutable problème d'une coupure directe à Panama et de réunir le capital nécessaire pour l'exécuter,
- En tout cas, l’idée du transport mécanique était rationnelle, en dehors de cette intervention, puisque le passage pouvait être établi par des docks roulants avec une dépense de 200 millions et trois ans de travaux, quand l’exécution d’un canal à niveau était évaluée à 1 milliard 1/2 par les ingénieurs les plus autorisés.
- Les enquêtes provoquées par le capitaihe Eads en Amérique ont montré que 1 idée est pratique et réalisable. Il en résultera probablement une concurrence américaine au canal en construction, mais si cette œuvre s’exécute et rend ainsi inutile mon projet visant une direction
- identique je tiens à constater que le chemin de fer pour navires du Tehuantepec n’en est que la reproduction, et que la priorité tn’en appartient par des dates authentiques.
- D’ailleürs de semblables rectifications out déjà été faites, notamment dans le Daily Commercial Bulletin, le Courrier des États-Unis et autres journaux, à l’apparition du projet du capitaine Eads vers 1879 et 1880.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Sebillot, Ingénieur.
- RÉSULTATS DES EXPÉRIENCES
- FAITES A D’EXPOSITION ü’ELECTRICITE sur 1rs différents
- SYSTÈMES D’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- Les résultats des expériences faites à l’Exposition d’Élec-tricité par une Commission composée de MM. Allard, F. Le Blanc, Joubert, Potier et H. Tresca, viennent enfin d’ôtre rendus public, après plus d’une année d’attente, sous forme d’une série de communications présentées à l’Académie des Sciences dans ses séances des 30 octobre, 6, 13 et 20 novembre 1882.
- Le travail de la Commission a porté sur les machines et les régulateurs à courant continu et à courants alternatifs, les bougies et les lampes à incandescence : sa publication in extenso absorberait plus d’un numéro de La Nature, il nous est donc impossible de le publier, aussi nous contenterons-nous de signaler les faits principaux et les résultats les plus saillants mis en relief par ces expériences, en suivant l’ordre adopté par la Commission, c’est-à-dire en allant des foyers de phare dont l’intensité dépasse 1000 becs Carcel, aux petites lampes à incandescence qui en produisent à peine deux.
- I. Machines et régulateurs à courant continu. — Les expériences montrent que toutes les machines transforment en énergie électrique d’une manière presque parfaite, tout le travail mécanique que le moteur leur fournit utilement.
- Sauf un cas exceptionnel dû à un accident, les machines transforment de 80 à 95 pour 100 : c’est tout ce qu’on peut demander à une machine quelconque.
- On sait que l’énergie électrique fournie par la machine se divise en deux parties : l’une dépensée en pure perte dans la machine pour produire son échauffement, l’autre utilisable dans le circuit extérieur, et qu’on désigne souvent sous le nom de travail disponible ou.énergie disponible. Dans le cas particüliei’, la Commission lui a donné le nom de rendement mécanique des arcs ; ce rendement a varié de 32 à 77 pour 100, et l’on constate qu’il a été plus grand dans les machines dites à division, alimentant plusieurs régulateurs en circuit, que dans les machines monophotes, c’est-à-dire celles qui fournissent le courant à un seul foyer. Ce fait singulier en apparence prouve que les machines à division travaillent dans de me,',leures conditions de circuit que les machines monophotes ; dans ces dernières, une trop grande partie de l’énergie électrique est inutilement dépensée à chauffer la machine en pure perte. Cette circonstance conduit à un fait plus curieux et plus singulier encore, mis en relief par les chiffres de la Commission, c’est que les petits foyers à arc produisent, par cheval mécanique, une somme de lumière aussi grande que les gros foyers de phare ou de projecteur.
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- La conclusion serait alors que la division ne coûte rien. Cela est yrai matériellement, lorsqu’on prend en bloc la machine et les lampes, mais lorsqu’on ne lient compte que de la dépense d’énergie électrique propre à la lampe, la supériorité des gros foyers reparaît, puisque les foyers de 1000 Carcels produisent jusqu’à 129 becs par cheval d’énergie électrique, tandis que les foyers de 49 Carcels produisent seulement 70 becs par cheval.
- Le nombre de becs Carcel par cheval mécanique est donc une indication précieuse pour l’industriel, mais elle englobe trop de causes diverses pour être de quelque utilité dans les comparaisons à établir entre les différents systèmes de lampes et de machine. En ce qui concerne la répartition de la lumière, les expériences montrent que l’intensité maxima, spus un angle convenable, varie entre le double et le triple de l’intensité prise horizontalement, et qu’en général c’est cette intensité horizontale qui, avec les courants continus, se rapproche le plus de l’intensité lumineuse moyenne sphérique qui suppose la lumière uniformément répartie dans toutes les directions. Ces différences d’appréciations de l'intensité lumineuse suivant les directions, jointes aux difficultés spéciales que présentent les mesures photométriques et à la variété des étalons, rendent ces mesures très variables et comparables seulement, comme dans le cas présent, pour des séries d’expériences faites par les mômes méthodes et les mêmes expérimentateurs.
- La grosseur des crayons varie actuellement avec le courant et la puissance lumineuse. Les gros foyers de phare brûlent des crayons de 20 millimètres de diamètre et marchent avec 100 et même 110 ampères, tandis que les foyers de 40 à 50 becs brûlent des crayons de 10 à 11 millimètres avec des courants de 9 à 10 ampères.
- La différence-de potentiel aux bornes varie très peu, quels que soient les foyers, de 45 à 55 volts. 11 en résulte qu’une distribution d’électricité sous pression constante de 50 volts par exemple, permettrait d’alimenter des foyers à arc de toute puissance, depuis 40 jusqu’à 1000 becs Carcel, en proportionnant convenablement la longueur de l’arc et le diamètre des charbons.
- Une seule lampe fait exception à ces conditions générales, la lampe Weston qui fonctionne avec 52 volts seulement de force électromotrice mais, par contre, avec un courant relativement intense de 23 ampères.
- II. Machines et lampes à courants alternatifs. — Les expériences ont .été assez incomplètes, puisqu’elles n’ont porté que sur trois appareils, une lampe de phare alimentée par une machine de Meritens à cinq disques, la même machine couplée différemment alimentant cinq lampes Berjot, et eulin une machine dynamo de Siemens fournissant le courant à douze lampes différentielles Siemens.
- Dans ces expériences, on a constaté que la lumière produite par cheval de travail mécanique diminue avec la puissance des foyers. On obtient 80 becs Carcel avec la lampe de phare et 53,3 becs seulement avec les lampes différentielles.
- III. Bougies électriques. — Les expériences ont porté sur les bougies Debrun, Jablochkoff et Jamin ; elles ont mis en relief la supériorité des bougies Jablochkoff sur les bougies Debrun et Jamin. Les premières fournissent en effet de 31 à 35 becs par cheval mécanique et de 45 à 51,6 becs par cheval d’énergie électrique, tandis que les bougies Jamin n’en fournissent que de 20 à 32 par cheval mécanique et de 25 à 36 par cheval électrique. Aussi n’est-ce pas sans un certain étonnement qu’après avoir vu ces chiffres dans le tableau publié par la Commission,
- nous lisons à la page suivante (Comptes rendus, 13 novembre 1882, page 878) que la bougie Jamin donne une somme .de lumière beaucoup plus grande, sans que pour cela la dépense s’écarte de la proportionnalilé commune, si ce n’est dans le cas de 48 bougies, qui est de beaucoup le plus favorable.
- Les chiffres disent tout le contraire, n’en déplaise à la Commission, et nous cherchons en vain à nous expliquer la contradiction flagrante qui existe entre les résultats qu’elle publie et les appréciations dont elle les accompagne dans le cas de la bougie Jamin.
- Les bougies électriques servent de transition, par leur puissance et leur rendement, entre les régulateurs à arc et les lampes à incandescence.
- La bougie Jablochkoff exige de 7,5 à 8,5 ampères et de 42 à 43 volts pour bien fonctionner. Les bougies Jamin marchent avec 6,5 et même 5,5 ampères seulement, — le diamètre des charbons n’est pas donné — mais par contre elle exige de 69 à 77 volts de force électromotrice. Ce courant de 3,5 ampères nous parait bien faible pour maintenir un arc et donner une certaine fixité à la lumière, il ne paraît pas non plus très favorable au rendement, puisque les bougies n’ont fourni que 27 becs Carcel par cheval d’énergie électrique avec des foyers dont l’intensité ne dépassait pas, il est vrai, 9,4 becs Carcel.
- La Commission n’a pas fait ou, du moins, n’a pas encore publié d’expériences sur les systèmes d’incandescence mixte, comme la lampe Soleil et les lampes à incandescence avec combustion, Werdermann, Reynier, Joël, Napoli, etc.
- IV. Lampes à incandescence en vase clos. — Les expériences ont porté sur les lampes Maxim, Edison, Lane-Fox et Swan. Sans entrer dans le détail des constantes de ces lampes biens connues de nos lecteurs, disons seulement que la lumière produite a varié entre 6 et 12,8 becs Carcel par cheval mécanique et entre 11 et 22 becs Carcel par cheval d’énergie électrique absorbée par les lampes.
- 11 ne faut pas perdre de vue à ce sujet que le rendement des lampes à incandescence peut être beaucoup augmenté en les poussant, mais que par ce moyen on diminue leur durée ou leur vie, c’est-à-dire le nombre d’heures qu’une lampe bien construite peut durer avant que la désagrégation plus ou moins lente du filament ne le fasse rompre ; suivant que la force motrice ou les lampes seront d’un prix plus élevé, il y aura donc lieu de choisir une allure ou l’autre, c’est-à-dire pousser les lampes pour dépenser moins de force ou, au contraire, les pousser un peu moins pour augmenter leur durée.
- Sur ce point spécial, les expériences de la Commission n’ont apporté aucun renseignement précis, et l’on est encore obligé de s’en rapporter à la bonne foi des fabricants.
- En résumé, en ne considérant que l’énergie électrique propre absorbée par les foyers électriques, on peut admettre, d’après les chiffres fournis par la Commission, que :
- 1° Les gros foyers de phare fournissent de 400 à 4 20 becs Carcel par cheval ;
- 2° Les arcs moyens de 200 à 300 becs, environ 80 becs Carcel par cheval ;
- 5° Les petits arcs de 80 à 60 becs, environ 60 becs Carcel par cheval ;
- 4° Les bougies électriques, environ 40 becs ;
- 5° Les lampes à incandescence, environ 10 à 42 becs en marche normale et jusqu’à 20 becs en sacrifiant leur durée totale.
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- LÀ NATURE.
- LES HARPES ÉOLIENNES
- Le nom de harpe éolienne ou harpe d’Éole est donné à un instrument de musique qui est mis en action par le vent; cet instrument peu connu, est cependant très curieux, et sur la demande de quelques-uns de nos lecteurs, nous allons en publier aujourd’hui la description.
- D’après une opinion généralement accréditée, c'est au Père Kircher, qui a imaginé au dix-septième siècle tant de machines ingénieuses, que l’on doit le premier modèle d’une harpe éolienne construite systématiquement. Nous devons ajouter cependant
- que le fait de la résonnance spontanée de certains instruments de musique exposés à un courant d’air, avait depuis la plus haute antiquité frappé l’attention des observateurs de la nature. Jean-Baptiste Porta, dans sa Magie naturelle, dont la première édition date de 1558, a consacré à ce fait le passage suivant que nous reproduisons:
- « Pour faire que les lyres, cisthres et autres « instruments soient touchez et résonnent par le « vent. Or vous accomplirez cela en cette sorte : « alors que vous verrez un grand orage de vent, « vous opposerez de l’autre costé vos instruments, « comme cisthres, harpes, luts, flûtes, car le vent, « survenant avec impétuosité, les fera sonner légè-
- Fig. 1. — Harpe éolienne du Père Kiieher.
- Fig. t. — Harpe éolienne perfectionnée de MM. Frost et G. Kastuer.
- <t rement, et passera au travers des tuyaux bailli lans et ouverts, par quoy de tous ces instruments ii es oreilles prochaines pénétrera un accord très « doux, dont aussi vous vous esiouyrez. »
- Sans insister davantage sur l’histoire de la harpe éolienne, nous ajouterons que dans les temps modernes cet instrument a été surtout construit en Angleterre et en Ecosse, en Allemagne et en Alsace. Les harpes éoliennes du château de Baden-Baden, et celles des quatre tourelles de la cathédrale de Strasbourg sont célèbres.
- Nous décrirons d’abord la harpe éolienne du Père Kircher, que le savant jésuite construisit, d’après l’observation de Porta, que nous avons cité précédemment. L’instrument consiste en une espèce de caisse ou de boîte rectangulaire (fig. 1) dont la table supérieure percée de trous en manière
- de roses est garnie d’un certain nombre de cordes, tendues sur deux chevalets et fixées à des chevilles. Cette caisse porte un anneau servant à la suspendre, Kircher recommande de la construire avec du bois de sapin très sonore, comme celui dont on fait usage dans la fabrication des instruments à cordes. Il la veut longue de cinq palmes fl111,085), large de deux palmes (0m,434), haute d’une palme (0m,217), portant quinze cordes de boyau accordées, non pas comme celles des autres instruments à la tierce, à la quarte ou à la quinte, mais toutes à l’unisson ou à l’octave, afin, dit-il, que le son en soit très harmonieux.
- Les expériences de Kircher lui prouvèrent la nécessité d’employer une espèce de concentrateur, afin d’augmenter la force du vent et de tirer tout le parti possible du courant d’air dirigé sur les
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- LA NATURE.
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- cordes. Le lieu où l’instrument est placé ne doit pas être selon lui, exposé eu plein air; il faut que ce soit un lieu clos. L’air néanmoins, doit y avoir un libre accès des deux côtés sur la harpe. La force du vent peut être concentrée sur ce point de différentes manières, soit par exemple au moyen de canaux coniques ou en forme de limaçons, comme ceux dont on se sert pour faire parvenir dans l’intérieur d’une maison les sons qui partent d’un endroit plus élevé, soit encore par des battants , c’est-à-dire par des espèces d’ailes.
- Ces battants, au nombre de deux, s’adaptent à une sorte de réceptacle fait de planches et présentant à peu près la ligure d’un buffet ou d’une petite armoire. On pratique dans la partie postérieure de ce réceptacle, une fente devant laquelle on applique la harpe d’Éole dans une position quelque peu oblique.
- Toute la partie postérieure de l’appareil doit se trouver dans l’appartement, les battants au contraire doivent rester au dehors de la fenêtre (fig. 1).
- Dans ces derniers temps, la harpe éolienne a été perfectionnée par MM. Frost et G. Kast-, ner. Nous représentons ci-contre (fig. 2) l’appareil construit par ces physiciens. 11 se compose d'une caisse rectangulaire avec deux tables d’harmonie portant chacune huit cordes à boyau.
- Pour limiter le courant d’air et le faire arriver avec plus de force sur les cordes, deux ailes sont adaptées près des faces minces opposées au vent, en sorte que le courant arrive sur chaque cœur de cordes en passant par l’ouverture étroite qui lui est ménagée entre l’aile inclinée obliquement et le corps de l’instrument. Les dimensions de la caisse de résonnance sont les suivantes : hauteur, lm,28 ; largeur, 0m,27 ; épaisseur, 0m,075. — Distance des deux chevalets ou longueur de la partie sonore des cordes, environ
- 1 mètre; largeur des ailes, 0ra,14. — Distance entre la table d’harmonie et les ailes, 0ra,42. — Inclinaison des ailes, 50 degrés.
- Les célèbres harpes éoliennes du vieux château de Baden-Baden sont toutes différentes et méritent
- d’être signalées. L’une d’elles (fig. 3) est formée d’une caisse résonnante, dont la construction diffère de celle des harpes éoliennes à caisse rectangu 1 ai -re, car elle se prolonge au delà de l’endroit occupé par les cordes et s’arrondit dans la partie antérieure. Deux fentes longues et minces pratiquées en manières d’ouïes, se font remarquer du côté opposé. Pour mettre cet appareil à l’abri des injures du temps, on l’enferme dans une espèce de caisse ou de charpente qui occupe l’embrasure de la fenêtre, ou baie du vieux château en ruines où il est exposé. Devant la harpe se trouve une porte eu grillage qui semble avoir pour but de protéger l’instrument contre les tentatives des voleurs ou le contact indiscret des touristes. Nous joignons à la vue d'ensemble de l’instrument, le plan vu de face et de profil, avec toutes ses cotes (fig. 4).
- La harpe éolienne a souvent inspiré les écrivains et les poètes. Chateaubriand, dans Les iVatchez, en rapproche les sons des magiques concerts qui font retentir les voûtes célestes. Sans attribuer de tels effets à la harpe éolienne, il faut convenir que cet instrument a des propriétés remarquables qui agissent sur le système nerveux et causent des impressions très diverses, suivant le tempérament de ceux qui en entendent les accords.
- Hector Berlioz, dans son Voyage musical en Italie, a défini les effets bizarres que produisait la harpe d’Éole sur son imagination vive et passionnée : « Par une de ces journées sombres qui attristent la fin de l’année, dit-il, écoutez en lisant Ossian Ja
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- Fig. i. — Plan de l'instrument vu de face et de profil.
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- LA NATURE.
- fantastique harmonie d’une harpe éolienne balancée au sommet d’un arbre dépouillé de verdure, et je vous délie de ne pas éprouver un sentiment profond de tristesse, d’abandon, un désir vague et infini d’une autre existence... »
- Un médecin anglais, J. M. Cox, dans ses Observations pratiquées sur la démence, affirme qu’on a vu des malheureux aliénés dont la sensibilité était telle qu’il avait fallu renoncer aux moyens ordinaires de guérison, être instantanément calmés par les accords doux et variés d’une harpe éolienne. D’autres observateurs racontent qu’ils ont souvent entendu parler en Ecosse de l’efficacité des sons éoliens pour provoquer le sommeil.
- Les fils télégraphiques, sont souvent soumis sous l'influence du vent à des vibrations qui reproduisent les phénomènes de la harpe éolienne. Le télégraphe électrique qui, avant la construction du pont de Kehl, traversait directement le Rhin résonnait très fréquemment, et l’observateur qui plaçait l’oreille contre les poteaux tendeurs sur la rive du fleuve, pouvait entendre comme une sonnerie lointaine de cloches1. Dr Z...
- CHRONIQUE
- Le diuer de la Presse scientifique. -— Le trente-septième diner de la Réunion amicale des membres de la Presse scientifique a eu lieu au Café Riche, à Paris, le 9 décembre. Ce diner, qui était présidé par M. Félix Ilément, a été honoré de la présence de M. J. B. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Nous avons remarqué parmi les assistants : M.\l. le f)r Bouchut, le baron Michel, Louis Figuier, Gaston Tissandier, Camille Flammarion, le Dr Puel, le I)r Barré, le Dr Nicolas, le D'Apostoli, le Dr de Pietra Santa, Joseph de Pietra Santa, le. Dr Rossiény, Ed. Hospitalier, Vaulabelle, Joltrain, etc. — M. Félix Hument a souhaité la bienvenue à M. Dumas, et lui a dit que les membres de la réunion étaient fiers de recevoir celui qui a pour élèves des maîtres, celui dont la longue et brillante carrière a été si bien remplie par des travaux innombrables, qui honorent la science et la patrie. .M. Dumas a longuement répondu avec l’à-propos, la grâce, l’élévation de vues qui lui sont propres; les acclamations unanimes des assistants ont salué les paroles de l’illustre convive.
- La fabrication des billes. — Les billes étaient connues des gamins de Rome il y a plus de deux mille ans ; elles s’appelaient marmor (le nom anglais marble qui les désigne semble d’ailleurs dériver du mot latin). Bon nombre de billes sout en terre cuite vernissée, comme la poterie ordinaire, mais la plus grande partie est fabriquée avec une pierre très dure venant de Saxe ; c’est là qu’eUes se fabriquent et de là qu’elles se répandent dans toutes les parties du monde.
- Voici comment on fabrique les billes de pierre : on brise la pierre au marteau en petits morceaux plus ou moins cubiques, et on les jette dans un moulin qui se
- 1 D’après l’ouvrage de M. Georges Kastner : la Harpe d'Éole et la Musique cosmique, f vol. iu-4°. Paris, Brandus, Dufour et Cie, 18b6.
- compose d’une dalle fixe en pierre dont la surlace est garnie de petites rainures ou sillons. Au-dessus de cette dalle se trouve un disque en chêne de mêmes dimensions animé d’un mouvement de rotation rapide. Pendant le travail, on injecte de l’eau dans les rainures pour empêcher un trop grand échauffement. Il suffit de quelques minutes pour arrondir et polir près de cent morceaux de pierre destinés à produire un nombre égal de billes.
- On fait aussi des billes en marbre blanc, et en porcelaine. Ces dernières sont recouvertes d’un émail comme toutes les pièces en porcelaine ; elles sont susceptibles de recevoir des couleurs variées et des décorations presque inaltérables, au même titre que les décorations des porcelaines consacrées aux usages domestiques.
- Les billes en verre sont connues sous le noni A'agates. On les fait en verre transparent ou colorié. On fabrique les premières en cueillant un peu de verre fondu au bout d’une canne en fer et en le laissant tomber dans un moule en fer sphérique, ou en faisant tournoyer la masse de verre au-dessus de sa tète jusqu’à ce qu’elle prenne une forme sphérique. On dispose quelquefois au bout de la canne une petite pièce en porcelaine représentant un chien, un écureuil, un petit chat, ou tout autre objet; en plongeant le tout dans le verre fondu, le verre l’entoure de tous côtés et, lorsque la bille est terminée, on peut voir l’animal en son milieu.
- Les billes de verre coloré se fabriquent en plaçant dans le feu une botte de baguettes de verre de différentes couleurs jusqu’à ce qu’elles se ramollissent; alors l’ouvrier les enroule autour d une bille en verre transparent, ou il les presse dans un moule, de sorte que la bille se trouve ornée de bandes ou de rubans de couleur.
- Les vraies agates, les plus belles des billes, sont faites en Allemagne avec la pierre qui porte ce nom. La bille est d’abord grossièrement arrondie au marteau, puis finie et polie au moulin. (Philadelphia Times.)
- Détermination automatique du point de fusion des métaux et des allingcs. — La méthode préconisée par M. Liebermann convient surtout aux métaux et alliages fusibles h une basse température. Elle consiste à introduire dans un circuit métallique, formé d’une pile et d’une sonnerie électrique, un morceau de la substance à étudier, et de le plonger dans un bain d’huile dont la température est donnée par un thermomètre. Aussi longtemps que la pièce métallique n’a pas atteint le point de fusion, le circuit reste formé et la sonnerie continue à fonctionner, mais dès que le bain atteint la température nécessaire à la fusion du -métal, la sonnerie cesse de se faire entendre, et indique par son silence qu’on doit procéder à la lecture du thermomètre. On peut aussi obtenir l’effet inverse en faisant agir le courant sur un relais interrupteur; au moment où le courant cesse de passer, le relais abandonne son armature qui vient fermer le circuit de la sonnerie dont le tintement avertit l’opérateur pour la lecture du thermomètre. La modification que nous proposons, présente l’avantage d’être beaucoup moins fastidieuse pour l’opérateur, et de lui permettre de poursuivre plusieurs expériences de même nature à la fois, sans transformer son laboratoire en une succursale de la Salle des sonnettes à l’Exposition d’électricité, de bruyante mémoire.
- La Nature est inépuisable. — Si les naturalistes pouvaient craindre de voir un jour le but manquer à leurs recherches, et de ne plus trouver ce puissant stimulant de l'inconnu à découvrir, les paroles de Sir John
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- Lubbock, à York, devant l’Association anglaise pour l’avancement de la Science, suffiraient à leur inspirer confiance dans l’avenir indéfini de la zoologie. Le plus grand nombre des animaux aujourd’hui connus a été nommé et décrit depuis moins d’un demi-siècle. On peut dire, en chiffres ronds, que l’on ne connaissait pas plus de 70 000 animaux en 1831, tandis qu’on en connaît aujourd’hui au moins 320 000. — Et cependant M. Water-house estime que le British Muséum seul ne contient pas moins de 12 000 espèces d’insectes, qui n’ont pas encore été décrites ; et l’on est en droit de penser que nos collections comprennent à peine la moitié des espèces actuellement existantes. — Même dans celles qui ont été décrites, l’anatomie et les mœurs offrent un champ de recherches inépuisable, et l’on peut hardiment assurer qu’il n’ est pas une espèce qui ne demande, pour être bien connue, l’exislence entière d’un homme.
- Un Chardon monstre. — Les chardons qui poussent sur les talus de nos chemins atteignent parfois des dimensions colossales. Parcourant, au mois d’aoùt dernier, la route de Sailly-Lorrette à Lamotte-en-Santerre, nous nous sommes arrêté à considérer un exemplaire de Ctr-siurn arvense, qui mesurait plus de lm,50 de hauteur, Nous avons compté, outre la tige principale, 43 tiges secondaires, et les têtes ou calathides agglomérées au sommet de chaque lige variaient en nombre depuis 35 jusqu’à 50. Le chardon entier ne présentait pas moins de dix-sept cents têtes. Si l’on songe que chaque calathide renferme plus d’une centaine de graines, on est effrayé de la multiplication de ce fléau des cultivateurs. Il ne sera peut-être pas hors de propos d’indiquer, d’après le conservateur du jardin botanique de Geclong, un moyeu infaillible de les détruire On choisit le moment où le bouton commence à se former pour couper les racines avec une bêche, à 5 centimètres sous terre. En coupant au-dessus du sol comme on le fait souvent, on n’arrive qu’à donner une nouvelle vigueur au pied du chardon» qui produit un plus grand nombre de tètes qu’aupa-ravant. R. Vion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 décembre 1882.
- Le passage de Vénus. — L’Académie a reçu des dépêches de la plupart des chefs des missions chargées d’observer le passage de Yénus. Beaucoup de ces dépêches ont été déjà publiées par les journaux ;il en est cependant de toutes nouvelles et l’une d’elles est parvenue seulement à Paris. Elle est de M. d’Abbadie, installé comme on sait à Port-au-Prince, et sa réception a été d’autant plus agréable qu’une épidémie de fièvre jaune paraissait expliquer d’une manière funeste le silence gardé jusqu’ici par les missionnaires. Mais tout le monde sera heureux d’apprendre qu’au 17 novembre tout allait bien au point de vue sanitaire. 11 paraît cependant que tout n’allait pas si bien au point de vue financier et que le prix des transports avait atteint un chiffre si exagéré qu’il avait à lui seul absorbé tout le crédit de l’expédition.
- De Rome, M. Tacchini résume ses observations. Elles ont été surtout spectroscopiques et fournissent à l’égard de l’atmosphère de Yénus des renseignements nouveaux qu’on ne nous a d’ailleurs pas communiqués.
- A Bordeaux, il paraît qu’on n’a pas eu meilleur temps •fu’à Paris; et il en a été sensiblement de même à Rio-
- Janeiro. A la Martinique, 11. Tisserant a observé le premier contact ; mais les nuages sont venus masquer la suite du phénomène. Au contraire, M. Bouquet de la Grve, à Puebla, et M. le colonel Perrier, en Floride, ont obtenu un succès complet; le premier a pris trois cent quarante photographies et le second six cents. A Buenos-Ayres, M. Perrotin a observé les troisième et quatrième contacts ; les deux premiers n’ont pu être vus. D’Oran, M. Janssen annonce .avoir suivi toutes les phases du passage par un ciel très pur : des photographies de 40 centimètres ont été obtenues et l’analyse spectrale de l'atmosphère de Vénus a été réalisée, surtout au point de vue de la vapeur d’eau qui s’y trouve contenue. A Nice, M. Bischoffsheiin a obtenu cinq bonnes photographies. L’atmosphère de la planète a été étudiée de Grignon (Côte-d’Or), par M. Lamy. Enfin M. Stephan adresse de Marseille des dessins paraissant indiquer des particularités non observées encore.
- Coups de foudre. — On remarque sur le bureau, la portion mobile d’un-anémomètre du système Hervé Mangon, dont les quatre hémisphères de cuivre et la ceinture de fer présente de petits cônes résultant de lu fusion subie par les métaux en différents points. M. Alluard, directeur de l’Ohserxatoire de Clermont-Ferrand, explique que c’est l’anémomètre établi, au sommet du Puy-de-Dôme : les traces de fusion correspondent à 70 coups de foudre que l’appareil a reçus. Et l’auteur annonce des expériences pour préciser les conditions dans lesquelles l’effet observé s’est produit. Chaque coup de foudre a déterminé la production d’un petit cône au centre d’une cupule, et l’ensemble ne peut mieux se comparer qu’à un cône volcanique au milieu d’un cratère. Il paraît d’ailleurs qu’on a réalisé la production de protubérances analogues et même plus fortes en déchargeant naguère sur des métaux, au Conservatoire des Arts et Métiers, des batteries en rapport avec deux grosses bobines de Ruhmkorff. M. Alluard ajoute que la charpente en fer de l’anémomètre du Puy-de-Dôme est très fréquemment couronné de feux de Saint-Elme.
- Étude de la rage, — Dans une lecture religieusement écoutée, M. Pasteur résume en un petit nombre de propositions les faits auxquels il est parvenu dans l'étude de la rage qui lui est commune avec MM. Chamberland et Roux. Un sait déjà que le virus rabique est localisé dans l’encéphale et dans la moelle. La contagion s’obtient, à coup sur et très rapidement, par l’inoculation du virus dans le cerveau ou par injection intra-veineuse. On a vu un chien guéri de la rage se montrer insensible aux inoculations. Enfin, la matière céphalo-rachidienne infestée, conserve sa virulence tant qu’elle n’est pas entrée en putréfaction.
- Varia. — M. Chevreul poursuit la lecture de son Mémoire sur la vision des couleurs. — Au nom de M. Vaillant, M. Alphonse Milne Edwards décrit un étrange poisson recueilli pendant le dernier voyage du Travailleur. Ce poisson osseux, qui ne trouve de place dans aucune famille établie jusqu’ici, mesure 50 centimètres de long et provient de l’Atlantique à 1000 mètres de profondeur; on l’a appelé Euripharynx pelecanoides. — Dans un Mémoire relatif au phylloxéra M. Bortens déclare que l’année actuelle constitue la plus triste campagne viticole qu’il lui ait été donné de voir. — M, Tacchini adresse le résultat des observations de taches et de facules solaires faites à Itoine durant le troisième trimestre de 1882.
- Stanislas Mkitmkri
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- « LES RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES1 »
- Il n’y a guère plus de deux ans que nous avons publié dans le journal La Nature une première notice sous le titre de. Physique sans appareils. Nous étions loin de soupçonner alors le développement que cette idée de faire des expériences de physique, non pas avec des appareils spéciaux, mais bien au moyen d’objets de ménage ou de bureau que tout le monde a sous la main, était susceptible d’acquérir. Le nombre de lettres que nous avons reçues au sujet de la Physique sans appareils a certairie-ment dépassé deux cents ; il nous en a été adressé de toutes les parties du monde. Des savants, des ingénieurs, des professeurs et même des membres de l’Institut ont bien voulu devenir nos collaborateurs anonymes : grâce à ce concours précieux et obligeant, il nous a été possible de grouper une si grande quantité d’expériences , que nous avons peu à peu envisagé tous les chapitres de la Physique, depuis la pesanteur jusqu’à l’électricité et l’optique. Les notices publiées dans La Nature sont devenues le canevas de l’ouvrage que nous avons fait paraître dans La Bibliothèque de la Nature, et dans lequel
- nous avons réuni plusieurs autres chapitres rédigés dans le même esprit. Les Récréations scientifiques ont été publiées en novembre 1880. La première édition a été préparée comme ouvrage de Jour de l’An : il n’en restait plus un seul exemplaire chez l’éditeur dès le 10 décembre. La deuxième édition tirée à grand nombre a été épuisée dans le cours
- de l’année suivante. Notre livre a été traduit en allemand, en anglais, en italien , en espagnol, en suédois, en norvégien, en danois et en russe . Nous manquerions à notre devoir si nous n’adressions nos remerciements les plus sincères à nos lecteurs de tous les pays.
- Nous * répondons aux marques de sympathie qui nous ont été adressées, en publiant une nouvelle édition entièrement refondue, où nous n’avons rien négligé pour améliorer notre œuvre, pour la compléter, et la rendre plus digne encore de l’accueil qui lui a été fait.
- La gravure ci-, contre représente le frontispice de la nouvelle édition; elle montre un saltimbanque qui casse des cailloux de silex à coups de poing, en ayant soin de soulever le caillou à casser à une petite distance du ' pavé qui sert d’enclume afin que cette pierre prenne la vitesse du poing qui frappe et qui agit comme un marteau.
- G. T.
- Expérience sur le principe de l’inertie. — Saltimbanque cassant d’un coup de poing
- des cailloux de silex.
- 1 Les Récréations scientifiques ou l'enseignement par les jeux par Gaston Tissandier. 1 vol. in-8° de La Bibliothèque de la Nature. Troisième Édition entièrement refondue, avec 220 gravures dans le texte. Paris, G. Masson.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Labure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N0 49 9. — 25 DÉCEMBRE 1 882.
- LÀ MÉDAILLE DE M. J.B. DUMAS
- Dans une de nos précédentes livraisons, nous avons reproduit les paroles qui ont été prononcées par M. J. B. Dumas en recevant la médaille frappée en mémoire du cinquantième anniversaire de son iélection à l’Académie des Sciences 4. Nous publions aujourd’hui, avec la gravure ci-dessous, l’allocution touchante de M. Jamin, président de l’Académie des Sciences, lorsque dans la séance du 4 décembre il a remis à son illustre confrère, le témoignage du respect et de la sympathie qu’inspirent à tous, ses grands travaux et son noble caractère.
- Messieurs et chers Confrères,
- L’Académie considère comme un devoir de célébrer les noces d’or des Confrères qui l’ont hono
- rée pendant un demi-siècle : devoir qui nous est toujours cher, mais plus cher aujourd’hui que jamais : M. Dumas vient d’accomplir sa cinquantième année académique. Vous avez fait préparer, à son intention, par un artiste habile, une médaille qui rappelle heureusement ses traits et qui doit les perpétuer; elle porte au revers cette dédicace : A M. Dumas, ses confrères, ses éi.èves, ses
- AMIS, SES ADMIRATEURS.
- Je n’ai rien à ajouter, si ce n’est que ce ne sont pas tous ses admirateurs, tous ses amis, tous ses élèves, mais seulement ceux qui siègent ici : l’Académie n’a voulu partager avec aucun étranger le devoir d’un hommage qu’elle s’est exclusivement réservé. J’ai l’honneur d’offrir, en votre nom, avec et, à notre illustre et vénéré Confrère, ce té-
- Müduille offerte à M. J. B. Dumas en mémoire du ciuquautième anniversaire de sa nomination à l’Académie des Sciences.
- Face et revers. — Œuvre de M. Aiphée Dubois.
- moignage de notre affection et de notre reconnaissance.
- Mon cher Maître, si vous voulez bien reporter votre pensée sur les commencements de votre carrière, vous devez être content du sort et de vous. A vingt-deux ans vous étiez à Genève; vous débutiez avec Prévost par des découvertes restées célèbres en Physiologie sur l’urée, sur le sang, sur la génération. Dès ce moment votre nom était connu et vous aviez pris confiance en vous. Alors vous avez compris deux choses, la première que la Physiologie doit s’appuyer sur la Chimie, que la Chimie n’était pas faite et qu’il fallait la faire ; la deuxième, que Genève n’était pas un assez vaste théâtre pour vos projets. Et vous êtes venu à Paris, n’ayant de richesse que vous-même, que votre courage, qu’un programme résolument arrêté, que la volonté de le
- 1 Voy. n° 497 du 9 décembre 1882, p. 51.
- 11e année.— t*r semestre.
- remplir, que la confiance, encore inconsciente de l’avenir qui vous était promis. Aujourd’hui le temps a marché, vos rêves ont été réalisés, vos espérances dépassées et vous avez atteint le plus haut degré de gloire qu’un savant puisse imaginer. Comme Franklin, vous devez dire : si je recommençais la vie, je ne pourrais demander mieux.
- C’est entre ce départ et ce point d’arrivée que se place la plus brillante phase de votre carrière. Vos découvertes se succédaient comme des improvisations. La composition des éthers était inconnue, vous les analysiez; vous énonciez la loi des substitutions et de la conservation des types chimiques, une constante préoccupation vous ramenait souven à la théorie atomique, cette base fondamentale de la Chimie ; vous donniez pour mesurer la densité des vapeurs une méthode si simple et si parfaite qu’elle est facile aux plus inhabiles. On sait quelle lumière elle a versée dans l’étude des composés orga-
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- LA NATUKE.
- niques. Mais il ne m’appartient pas de parler de vos innombrables travaux : l’élève ne peut s’arroger, sans irrévérence, le droit de louer ni de critiquer, il n’a vis-à-vis du maître que le devoir du respect.
- Mais il lui est permis de se souvenir, et qui ne se souvient du charme et des merveilles de votre enseignement; à l’Athénée, à l’École Polytechnique, à la Sorbonne, à l’École de Médecine, au Collège de France, à l’École Centrale? Partout où vous vous êtes montré, et vous vous êtes montré partout, la jeunesse et Page mûr étaient attirés, retenus, charmés, entraînés à tel point qu'il est permis de dire que vous avez rendu encore plus de services par les vocations que vous avez décidées que par les travaux que vous avez exécutés vous-même.
- 11 y a cinquante ans, cette Académie vous a ouvert ses portes; elle vous a confié depuis, et s’en applaudit tous les jours, le redoutable héritage de ses illustres Secrétaires perpétuels. L’Académie française vous a assis dans le fauteuil de Guizot, un professeur comme vous ; nous n’en fûmes point jaloux : on vous honorait, nous ne vous perdions pas. Puis vint le moment où des préoccupations d’un autre ordre vous ont été imposées par votre renommée même; vous vous êtes résigné à des devoirs qui agrandissaient votre rôle, parce que votre autorité y était nécessaire, que la Science se mêle à tout et que la Chimie s’adresse à l’éclairage, à l’assainissement, à l’hygiène, à tous les besoins industriels d’une grande ville.
- Aujourd’hui les circonstances, en vous affranchissant de soins multipliés, vous ont rendu aux sciences et aux lettres. Elles vous possèdent tout entier, et, qu’il s’agisse d’Art ou d’industrie, de Physique ou de Chimie, d'Électricité ou d’Astrono-mie, c’est à vous qu’on s’adresse, c’est votre autorité qu’on réclame. On vous trouve toujours prêt au travail, toujours à la hauteur des plus difficiles missions. Quand on récapitule les travaux que vous avez accomplis, les services de toute nature que vous avez rendus, les découvertes que vous avez faites, les leçons que vous avez données dans toutes les chaires, les oeuvres littéraires que vous avez écrites, les idées que vous avez semées, toute cette existence enfin qui n’a jamais connu le repos, on s'étonne que vous n’ayez pris qu’un demi-siècle pour remplir un si vaste programme; et quand on a le bonheur de vous voir et de vous entendre, on s’émerveille qu’un demi-siècle de travaux sans trêve vous ait encore laissé tant de jeunesse à dépenser. C’est que de toutes les passions humaines, celle'de l’étude est la plus saine, qu’elle laisse aux organes toute leur force, à l’esprit toute sa sérénité, car elle est la sagesse.
- Jouissez, mon cher Maître, jouissez de ces fruits* Tous les biens qui viennent de Dieu vous ont été donnés sans compter : le bonheur intime, Une snnté que rien n’a elîleurée, la bienveillance du
- cœur envers tous, une vigueur d’esprit qui n’a cessé de grandir; et toutes les récompenses humaines sont venues s’ajouter par surcroît : une autorité qui s’impose et survit à tous les régimes, un respect j qui déconcerte l’envie, et l’affection de vos Confrères qui leur a inspiré le don de cette médaille : ce n’est qu’un petit fragment d’or; mais il vous sera précieux, parce qu’il est amalgamé avec notre reconnaissance.
- J. C. Jamin.
- NOUVEAUX PERFECTIONNEMENTS
- apportés aux
- ACCUMULATEURS ELECTRIQUES
- Bans la dernière séance de la Société française de physique, M, Cote a fait connaître les derniers perfectionnements et les dernières formes de l’accumulateur de M. Faure. Le plus important de ces perfectionnements réside, à notre avis, dans la suppression du feutre qui présentait le double inconvénient d’augmenter la résistance intérieure de l’élément et de ne résister que fort imparfaitement à l’attaque de l’eau acidulée.
- Les lames se composent actuellement d’un véritable grillage en plomb fondu et coulé dans un moule approprié. Les plaques positives (oxydées) ont un réseau plus serré que les lames négatives (réduites).
- Celte disposition spéciale est rendue nécessaire par ce fait que l’oxydation continue des premières pendant la charge, ronge peu à peu le support et finit par le détruire au bout d’un temps plus ou moins long dont on recule la limite en renforçant le grillage.
- Les trous carrés de chaque série de plaques sont remplis d’une pâte de litharge pour les lames négatives, et de minium pour les lames positives. Elles sont disposées verticalement et parallèlement dans une grande auge de forme parallélipipédique et réunies en quantité, les lames positives d’un côté, les lames négatives de l’autre.
- Le passage du courant réduit la litharge et peroxyde le minium qui restent emprisonnés dans les alvéoles des plaques sous la nouvelle combinaison chimique produite par le passage du courant de charge.
- Dans ces conditions, un accumulateur formé de 45 lames, et pesant 140 kilogrammes, peut produire un courant de 120 ampères pendant 0 heures et maintenir au rouge pendant ce laps de temps un fd de cuivre de 1 millimètre 1/2. C’est là une décharge moyenne correspondant à 1/2 ampère par kilogramme de matière utile. Pour des décharges rapides, on peut aller beaucoup plus loin ; un modèle présenté par M. Cote, renfermant 53 James et pesant 170 kilogrammes, peut débiter jusqu’à 5 ampères par kilogramme de matière utile et fondre un fd de cuivre de cinq millimètres de diamètre. A défaut de rnoyens'de mesure précis, on estime que le courant doit varier entre 400 et 500 ampères. Cette puissance de débit tient à la résistance excessivement faible de l’élément, résistance diminuée par la suppression du feutre, le grand nombre des lames, la grande surface de chacune d’elles, et leur rapprochement. La somme de travail emmagasinée par kilogramme de matière utile ne semble pas augmentée par cette disposition qui a surtout pour effet d’augmenter le débit, c’est-à-dire de permettre de
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- vider l’accumulateur dans un temps plus court qu’avec les anciens modèles.
- Combien de temps un accumulateur ainsi construit pourra-t-il fournir de service continu, avant qu’on soit obligé de remplacer les lames positives dont l’oxydation produit la désagrégation rapide? C'est là une question à laquelle l’expérience seule peut répondre.
- On parle aussi en ce moment d’un accumulateur nouveau du à la collaboration de MM. Carrier et Tourvielle : d’après la description assez confuse que nous en lisons dans certains journaux, il se composerait de lames de plomb réunies entre elles par un aggloméré composé de lilharge, de poussière de charbon platiné et de glycérine (?). Nous attendrons, pour le décrire, d’étre convoqué aux expériences afin de pouvoir apprécier par nous-méme ses qualités et ses défauts.
- E. H.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Monde physique, par Ambrée Guiilemln. Tome troisième. Le magnétisme et F électricité. 1 vol. gr. in-8° contenant 20 grandes planches tirées à part dont 5 en couleur et 577 vignettes insérées dans le texte. Paris, Hachette et Cie, 1885. Prix, 50 fr.
- Décrire les phénomènes de la physique, dans l’ensemble de leurs manifestations et de leurs applications diverses, c’est entreprendre un véritable travail encyclopédique, Notre ami et collaborateur M. Àmédée Guillemin continue cette tache considérable. Nous avons annoncé à nos lecteurs les années précédentes, les deux premiers volumes du Monde physique traitant la Pesanteur, la Gravitation universelle, le Son et la Lumière. Nous recevons aujourd’hui le tome troisième de cet important ouvrage; il ne le cède en rien comme intérêt, comme clarté d’exposition, comme luxe typographique 'a ses devanciers; il traite, au contraire, des sujets plus attrayants peut-être, parce qu’ils sont tout à ,fait à l’ordre du jour, ettoules les merveilles modernes de l’électricité contemporaine s’y trouvent passées en revue. Ce traité de physique de M. Àmédée Guillemin restera comme un des plus beaux livres scientifiques de notre époque ; il fait également honneur à son auteur et à ses éditeurs.
- Physique du globe et météorologie populaire. Applications de la Météorologie à la prévision du temps, à l'agri. culture et à l'hygiène, par Alfred de Vaulabelle, avec une préface de M. le Dr Marié-Davy. 1 vol. in-8°, illustré de 80 figures intercalées dans le texte. Paris, Georges Cha-merot, 1885. Prix, 0 fr.
- M. Marié-Davy, directeur de l’Observatoire de Mont-souris, a écrit la préface de ce livre dans laquelle, après avoir exposé l’importance de la météorologie, il apprécie lui-même l’œuvre de son jeune et savant secrétaire. « Ce . traité, dit M. Marié-Davy, que nous félicitons notre ami M. Alfred de Vaulabelle de présenter au grand public, se distingue de ses ouvrages semblables par sa généralité, en même temps que par la simplicité de ses allures. C’est une œuvre de vulgarisation bien comprise et bien conduite. Le public pour lequel il est écrit lui fera bon accueil. » Après une description d’ensemble des phénomènes généraux, le livre de M. de Vaulabelle se termine par un chapitre sur les instruments météorologiques, qui sera assurément très utile aux amateurs.
- Paris sous les obus, 19 septembre 1870 — 5 mars 1871, par À. J. Dalsème; illustrations par Au. Beaune.
- 1 vol. in 8°. Paris, Georges Chamerot, 1885. Prix, 6 fr.
- 11 y a déjà plus de dix ans que s’est accompli ce drame néfaste du siège de Paris, page sinistre que l’on voudrait effacer de notre histoire nationale, mais qu’il faut que tous relisent sans cesse, ceux qui ont vu, pour se souvenir, et les plus jeunes, pour apprendre. Nous applaudirons toujours à la publication des livres comme celui deM. A. J Dalsème, et celui-ci particulièrement est de ceux que l’on peut louer. Il est écrit par un patriote qui gémit, tout en gardant comme il convient la tête haute, sans désespérer de l’avenir. Ce drame du siège de Paris, avec le bombardement, la famine, les désastrt s amoncelés, est raconté avec une émotion palpitante, et le cœur saigne en le lisant; l’auteur a la passion de son pays, mais il a aussi l’impartialité de l’historien, et il nous a semblé qu’il avait su distribuer avec sévérité, mais non sans justice, la part de responsabilité des incapables ou des traîtres.
- L'Énergie morale. Beaux exemples, par Zürcher et Margollé. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des merveilles, illustré de 15 vignettes par Fri tel et Brouillet. Paris, Hachette et Cie, 1882.
- « Une lecture est bonne, a dit La Bruyère, quand elle inspire des sentiments nobles et généreux. » Le livre de nos excellents amis et collaborateurs, d’après ce précepte de La Bruyère, est un bon livre ; c’est une véritable morale en action, où les beaux faits abondent, où les traits de volonté et d’énergie excitent non seulement l’intérêt, mais le courage pour bien faire.
- La Terre de glace. — Féroé. — Islande.—Les Geysers. — Le Mont Hékla, par Jules Leclercq. 1 vol. in-18, enrichi de gravures et de caries. Paris, E. Plon et Cie. Prix, 4 fr.
- L’auteur, dont le Voyage aux îles Fortunées a été précédemment si apprécié, nous mène aujourd’hui dans cette terre d’Islande, qui est si peu connue, où tout est étrange et merveilleux, où les glaces et les volcans se livrent une lutte acharnée, où les rivières d’eau bouillante jaillissent du sein des neiges perpétuelles. Son livre est plein de curieux détails sur les mœurs, l’histoire du pays et l’ancienne littérature.
- La Botanique, par J. L. de Lanessan. 1 vol. in*48 de la Bibliothèque des sciences contemporaines, avec 152 figures intercalées dans le texte. Paris, C. Reinwald, 1885. Prix, 5 fr.
- L’auteur s’est proposé de tracer dans ce volume un tableau des caractères morphologiques et anatomiques, des fonctions biologiques et de l’évolution des plantes qui mît le lecteur en mesure d’acquérir une notion générale et pour ainsi dire philosophique de l’organisme végétal et de sa manière de vivre.
- Une journée à Madère, par P. Mantegazza, traduit de l’italien avec l’autorisation de l’auteur, par Mme C. Thirï. 1 vol. in-18. Paris, C. Reinwald, 1882. Prix, 2 fr.
- De l'action du froid sur les végétaux pendant l'hiver 1879-80; ses effets dans les jardins, \es pépinières, les parcs, les forêts et les vignes, par Ch. Baltet, horticulteur à Troyes. 1 vol, in-8°. Paris, G. Masson* 1882^
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- LÀ NA T un E.
- '^v
- SÉPARATEUR AUTOMATIQUE
- DES EAUX DE PLUIE
- SYSTÈME ROBERT
- Dans bon nombre de contrées où l’eau est rare, on a la précaution de recueillir l’eau de pluie dans des citernes où on la puise ensuite au fur et à mesure des besoins. Dans certains pays peu favorisés, cette eau constitue presque l’unique ressource des habitants ; on comprend alors combien il est important de la recueillir et surtout de a conserver. La première et la plus grande précaution à prendre est de lie faire arriver dans les citernes d’approvisionnement que les secondes eaux, car le temps qui s’écoule entre les ondées successives permet aux toits et aux surfaces qui recueillent l’eau de se salir et de salir les premières eaux qui, si on n’a pas la précaution de les rejeter au ruisseau , viennent alors souiller et corrompre toute la provision précieusement recueillie.
- Mais cette précaution n’est pas toujours prise, car elle constitue une sujétion gênante, demande une surveillance de tous les instants et lorsque la pluie arrive pendant la nuit, la manœuvre est presque toujours, pour ne pas dire toujours, sacrifiée au tranquille repos de l’effectuer.
- Le séparateur Robert a pour but d’effectuer régulièrement et automatiquement cette manœuvre indispensable; il empêche la première eau de pluie qui a lavé les toits et les gouttières de se rendre dans la citerne, en la dirigeant dans un réservoir spécial ou en la conduisant au ruisseau.
- La figure ci-dessus permet de se rendre facilement compte des dispositions très simples de l’appareil et de son fonctionnement. Il se place au bas du tuyau d’écoulement et ses dimensions varient avec la surface des toits à desservir. Il comprend une partie fixe et une partie mobile. La partie fixe
- la personne chargée de
- emmanchée au bas du tuyau d’écoulement porte une plaque perforée mobile qui arrête les débris au passage et l’orifice d’écoulement R, à la partie inférieure. Le séparateur mobile autour d’un axe horizontal sur lequel il pivote, se voit enC, il est divisé en petits compartiments I) dans lesquels tombe la première eau de pluie. E est un orifice proportionné à la surface du toit, F un orifice plus large pour l’écoulement de l’eau pendant les pluies ordinaires, G un tuyau de décharge. Par les fortes pluies, l’eau remplit le compartiment D et coule par-dessus l’orifice supérieur de ce tuyau de décharge ; H est un petit orifice percé dans la cloison de séparation derrière le tuyau G. Quand toute l’eau tombée ne peut s'écouler par E, elle s’élève dans le compartiment ü et passant par l’orifice II, elle remplit lentement le compartiment I. L’appareil est alors incliné comme le montre la figure, l’eau qui est propre change de direction, s’écoule en K et se rend à la citerne. L est un petit orifice au bas du compartiment I qui lui permet de se vider et M un tuyau par lequel s’écoulent les dernières gouttes d’eau quand la pluie cesse. N est un crochet qui empêche le séparateur de basculer et permet d’envoyer toute l’eau au ruisseau lorsque, pour une raison quelconque, une réparation de la citerne par exemple, on ne veut pas y faire arriver l’eau de pluie. Quand l’appareil est vide et que l’eau commence à tomber, elle est dirigée au ruisseau, mais dès qu’elle augmente, et après un certain temps nécessaire au lavage des toits, l’eau s’écoule par H, remplit le compartiment I et fait basculer l’appareil : l’eau est alors versée en K, du côté de la citerne. Lorsque la pluie cesse, les compartiments se vident, l’appareil bascule de nouveau, se préparant à rejeter au ruisseau les premières eaux de l’ondée suivante, et ainsi de suite. Tout est donc disposé pour ne recevoir dans la citerne que les eaux propres, débarassées de toutes les impuretés qui souillent le toit.
- Sépaiaieur automatique des eaux de pluie. Système Robert.
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- LA NATURE.
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- EFFETS DE LÀ FOUDRE
- AU SOMMET DU PUY-DE-DOME
- Au moment où l’étude de l’électricité atmosphérique attire l’attention des physiciens, il me semble opportun de faire connaître quelques effets de la foudre au sommet du Puy-de-Dôme.
- Sur ce sommet, dont l’étendue comprend à peine 8 à 9 ares, est établie une tour circulaire haute de 8 mètres. Un mât, de forme carrée, fait de bandes de fer angulaires, d’une hauteur de 0 mètres, et maintenu solidement par des haubans en fer,
- la surmonte. Il porte un anémomètre du système de M. Hervé Mangon, avec quatre hémisphères Robinson en cuivre rouge, de 2mm,5 d’épaisseur. Un escalier formé de lames de fer conduit à un palier construit de la même manière, autour de la partie supérieure du mât, afin de pouvoir nettoyer l’anémomètre toutes les fois que cela est nécessaire. L’ensemble constitue une masse de fer dont le poids atteint plusieurs milliers de kilogrammes et où les parties angulaires dominent.
- Deux câbles métalliques de 0m,02 de diamètre, reliés à des câbles de 0m,03, qui pénètrent sur une longueur de plus de 100 mètres dans une couche de terre toujours humide, et se terminent par des plaques de cuivre rouge d’une superficie de
- Petits cônes de fusion, formés par la foudre à la surface des hémisphères de cuivre d’un anémomètre de Robinson. Observatoire du Puy-de-Dôme. — Figures très grossies, dessinées à la loupe.
- 15 décimètres carrés, établissent la communication avec la terre.
- Dans ces conditions, le feu Saint-Elme apparaît fréquemment aux parties les plus saillantes du mât, de ses haubans, et de l’échelle en fer, quelquefois avec un léger sifflement. Nous reviendrons plus tard sur ce phénomène dont nous poursuivons l’étude.
- Aujourd’hui, nous nous bornerons à signaler les coups de foudre qui se font sur les hémisphères Robinson en cuivre rouge. Les moitiés supérieures de ces hémisphères sont seules frappées. Toutes portent des traces de fusion : elles sont au nombre de douze sur l’un, de quinze sur le second, de dix-huit sur le troisième et. de vingt sur le quatrième. Le cercle en fer, épais de 0in,00-4, qui les relie, a été fondu aussi sur six points différents. Partout la fusion s’est opérée, aussi bien sur les parties
- rondes que sur les parties angulaires, et toujours de la même manière. La matière, cuivre ou fer, est fondue sur une étendue variable de 0mm(i,5 à 0mmq,4 ou 0rarr,n>5, puis soulevée sous forme de cône (voyez la figure). On dirait un petit cône volcanique au milieu d’un cratère. Tout se passe comme si une force attractive et extérieure, soulevait la substance fondue, à la surface des hémisphères. Il serait intéressant de reproduire, au moyen de puissantes machines ou batteries électriques, des fusions semblables sur des hémisphères et des globes d’alliage fusible ou en métal.
- Ces phénomènes de fusion sont-ils dus à ce que les métaux sur lesquels ils se produisent, communiquent imparfaitement avec la terre, ou bien à ce qu’ils sont environnés de tous côtés par des nuées orageuses? Pour le décider, il faudra préparer des expériences à côté du mât, et sur ce mât même.
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- LA NATURE
- Nous ne manquerons pas de les tenter, dès que de nouveaux orages paraîtront au sommet du Puy-de-Dôme A
- Alluard.
- LA CULTURE DE LA SOIE EN HONGRIE
- M. de Bezerédy, commissaire du gouvernement pour la culture de la soie, vient de présenter son rapport annuel au ministre de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. Ce rapport se divise en trois parties, relatives : 1° aux résultats obtenus pendant la dernière campagne; 2“ aux dispositions prises jusqu’ici par le ministère, dans l’intérêt de la culture delà soie; 5° aux mesures à prendre pour le développement ultérieur de cette industrie.
- Les progrès de l’élevage des vers à soie en Hongrie ont été sensibles pendant ces dernières années; en 1881, 2976 producteurs ont obtenu 41537 kilogrammes de cocons dans 426 communes ; ils ont vendu leur récolte 41816 florins. En 1880, le nombre des producteurs n’était que de 1059, celui des communes où l’on s’occupe de cette industrie, de 109, et la récolte n’avait produit que 10 132 kilogrammes de cocons vendus 11 062 florins seulement.
- Le commissaire du gouvernement a revendu en Italie pour 63 000 florins la récolte de 1881, et le bénéfice ainsi réalisé, a permis d’établir une école modèle pour la culture de la soie sans dépasser les crédits votés par la Chambre. Cette école modèle a reçu trois instituteurs primaires envoyés par le ministre de l’instruction publique et trois par le ministre du commerce; des particuliers ont fait les frais de l’envoi de trois autres instituteurs, ce qui permettra à neuf instituteurs primaires d’acquérir des connaissances, qu’ils sauront à leur retour utiliser pour guider les habitants de leur résidence. En outre un professeur de l’École modèle de Gœrz a fait sur l’élevage des vers à soie, des conférences publiques dans plusieurs villages et plus de 80 kilogrammes de cocons ont été distribués gratuitement aux éleveurs. Enfin, 28 956 mûriers ont été plantés aux frais du gouvernement.
- Le rapport recommande l’établissement de filatures indigènes et la plantation de mûriers sur les terrains appartenant aux communes et sur les routes de l’État. Le climat de certaines régions de la Hongrie est, en effet, rès favorable à la production de la soie et les encouragements du gouvernement, tendent à y acclimater rapidement une industrie qui, jusqu’ici, était restée le monopole d’autres contrées en Europe1 2.
- LE NIVEAU DE LA MER
- Tout le monde parle de la hauteur des montagnes au-dessus du niveau de la mer, mais peu de personnes en connaissent la véritable définition scientifique et les procédés qui ont permis de déterminer exactement ce niveau dans chaque port malgré les variations incessantes que lui font subir le phénomène bien connu des marées. Nous croyons donc intéressant de faire connaître ici la défini—
- 1 Noie lue à la séance de l’Académie des Sciences du 11 décembre 1882.
- 2 Revue industrielle.
- tion exacte de ce terme, en nous tenant en dehors de toutes les considérations qui lui sont étrangères, et en prenant pour guide les instructions publiées par Y Annuaire du Bureau des longitudes.
- On sait que la hauteur des marées varie avec les positions relatives de la terre, de la lune et du soleil, et que les plus fortes se produisent vers les syzygies. Une formule donnée par Laplace dans sa Mécanique céleste permet de calculer les hauteurs de toutes les grandes marées à chaque syzygie, c’est-à-dire à chaque nouvelle lune et à chaque pleine lune. Les plus fortes des grandes marées se produisent aux équinoxes, et, dans nos ports de l’Océan, ces grandes marées suivent d’un jour et demi la nouvelle et la pleine lune.
- En divisant par 2 la hauteur moyenne de la marée totale au moment des syzygies équinoxiales, on a un certain nombre auquel on donne le nom d'unité de hauteur. Dans chaque port l’unité de hauteur se déduit d’un grand nombre d’observations de hautes et basses mers équinoxiales. A Brest, par exemple, la moyenne de ces observations a donné 6m,42 pour la différence entre les hautes et les basses mers; l’unité de hauteur à Brest est donc de 3m,2t, c’est la quantité dont la mer s’élève ou s’abaisse relativement au niveau moyen qui aurait lieu sans l’action du soleil et de la lune. C’est ce niveau moyen, qui, à Brest, est le niveau de la mer. On peut donc en résumé définir le niveau de la mer de la façon suivante :
- Le niveau de la mer, dans un port donné, est le niveau moyen entre les hautes et les basses mers équinoxiales, un jour et demi après les syzyg:es correspondantes, lorsque les niveaux de ces hautes et basses mers ont été déterminés à la suite d’un grand nombre d’observations.
- On désigne ce niveau sous le nom de niveau moyen. On calcule la hauteur d’une marée quelconque au-dessus du niveau moyen dans un port donné, en multipliant la hauteur de la marée à l’époque donnée, déduite de la formule de Laplace, par l’unité de hauteur correspondante à ce port.
- La hauteur de la marée est, en général, plus grande ou plus petite que l’unité de hauteur définie précédemment.
- Lorsqu’on calcule les hauteurs par les observations barométriques, le niveau de la mer est défini par la formule de Laplace, formule très compliquée dans laquelle entrent des coefficients qui tiennent compte de tous les éléments de la question, hauteur du baromètre aux deux stations, températures des baromètres et de l’air; on se sert de cette formule en s’aidant des tables calculées, publiées par Y Annuaire du Bureau des longitudes dans lequel ceux de nos lecteurs qui s’intéressent à la question trouveront de plus amples renseignements et des détails complets relatifs à l’application de la formule de Laplace.
- IVOIRE ARTIFICIEL
- Le Monthly Magazine décrit un curieux procédé chimique, permettant d’obtenir une substance imitant l’ivoire, au moyen des pommes de terre ordinaires.
- On choisit des pommes de terre parfaitement saines et bien développées. On les pèle soigneusement, en ayant soin d’enlever toutes les parties de consistance ou de couleur differentes, de manière à avoir une matière bien homogène. On laisse alors tremper les pommes de terre, pendant quelque temps, d’abord dans de l’eau claire, puis dans l’eau acidulée par l’acide sulfurique.
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- LA NATURE
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- Ensuite, et c’est la partie la plus importante du traitement, on les fait bouillir longtemps dans de l’acide sulfurique étendu. Cette opération exige certaines précautions dont, jusqu’à présent, l’inventeur s’est réservé le secret.
- On comprend, en effet, que la variété et l’âge de la pomme de terre employée, la durée de la cuisson dans l’acide sulfurique, le degré de dilution de l’acide, ont une grande importance. Une condition indispensable pour la réussite de l’opération, est de n’employer que de l’acide sulfurique parfaitement pur.
- Ainsi traitée, la pomme de terre durcit et perd pou à peu sa perméabilité. On la lave d’abord à l’eau chaude, puis à l’eau froide, et on la soumet à un séchage lent et graduel. On obtient ainsi une substance facile à travailler, d’un grain égal, et peu sujette à se fendre sous l’influence de la sécheresse de l’air. Cet ivoire est d’un blanc jaunâtre, dur, élastique, convenant parfaitement pour la fabrication des billes de billard. On peut le teindre en diverses couleurs, soit pendant-le traitement que nous avons décrit, soit après, et le faire servir ainsi à de nombreuses applications.
- Ajoutons que ce produit est très bon marché.
- ——
- LÀ GRANDE CRUE DE LA SEINE
- DE DÉCEMBRE 1882
- La crue de la Seine du 7 décembre dernier est une des plus importantes du siècle; il nous a paru intéressant d’étudier les causes de ce phénomène exceptionnel, et de rappeler en même temps les moyens que la science emploie, sinon pour prévenir les inondations, au moins pour en atténuer les effets.
- Les cours d’eau du bassin de la Seine, et en général toutes les rivières du nord de la France, s’étaient maintenus à des niveaux très bas depuis le mois de mai 1881 jusqu’au mois d’octobre dernier; dans cet intervalle de dix-huit mois, la Seine à Paris est restée constamment dans le voisinage du niveau des basses eaux de 1719, auquel correspond le zéro de l’échelle des crues au pont de la Tournelle. Pendant toute la saison froide, la pluie totale tombée dans les différents points du bassin n’a guère dépassé la moitié de la moyenne normale. Or, les pluies d’été ne profitent guère aux cours d’eau; aussi, dès le mois de mars, nous avions pu, en nous appuyant sur les travaux de MM. Belgrand et Lemoine, annoncer que, quel que soit le régime des pluies pendant la saison chaude, le débit des cours d’eau qui se jettent dans la Manche et la mer du Nord serait extrêmement faible, et que la Seine et ses affluents resteraient à des niveaux très bas jusqu’au mois d'octobre L Nous ajoutions que si les conditions atmosphériques venaient ajouter leur influence à cette situation déjà inquiétante, on pouvait s’attendre à une sécheresse excessive dans toutes les régions du nord de la France.
- Le niveau de la Seine à Paris est effectivement
- 1 L’Astronomie, n° 5, p. 103.
- resté très faible jusqu’au mois d’octobre, malgré les pluies relativement considérables de la saison chaude. Ces pluies, remarquables par leur fréquence, n’ont eu aucun effet sur les cours d’eau, mais elles ont conjuré la sécheresse. D’après les observations faites par M. Renou à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, le nombre des jours de pluie s’est élevé à 97 pendant la période comprise entre le 1er juillet et le 50 novembre, dont 46 pendant les deux derniers mois. Relativement à la hauteur d’eau tombée, le mois de novembre, à lui seul, a fourni au Parc Saint-Maur 115 millimètres d’eau, soit le quart environ de la quantité qui tombe an-nue lement dans le bassin de Paris.
- Mais les pluies de notre régon n’ont pas d’influence sensible sur la crue de la Seine ; les variations de niveau du fleuve sont dues exclusivement à l’action des pluies qui tombent dans la partie haute du bassin. Or, on sait que la quantité de pluie augmente avec l’altitude; ainsi tandis qu’à Paris, il tombe moins de 600 millimètres d’eau dans une année moyenne, on en recueille 1800 millimètres aux Settons, vers la source de la Cure, affluent de l’Yonne, et 2200 millimètres au llaut-Folin, au sommet du Morvan. En novembre dernier, certaines stations supérieures ont accusé jusqu’à 429 millimètres d’eau, soit 429 litres par mètre carré.
- La crue actuelle a été le résultat de plusieurs crues successives produites par les différents groupes de pluie survenus en novembre et au commencement de décembre. Le plus important de ces groupes pluvieux se rapporte aux 15 et 14 novembre; pendant ces deux jours, on a recueilli 44 millimètres d’eau au Parc Saint-Maur, 71 à Melun, et sans doute davantage encore dans les stations plus élevées. Depuis lors, et jusqu’au 7 décembre, il est tombé de l’eau presque tous les jours, souvent en abondance.
- Dès le 18 novembre, la Seine, déjà grossie par des chutes d’eau antérieures, subit l’influence des grandes pluies du 15 et du 14; le 19 elle monte à 5m,90 (voir fig. 1). Après une légère baisse vers le 25, elle se relève rapidement sous l’action des pluies du 24 au 27, et le 30 elle dépasse la cote de 5 mètres. Enfin, les pluies du 3 au 5 amènent une nouvelle crue, dont le maximum atteint* 6m,12 à l’échelle du pont d’Austerlitz, le 7 décembre à huit heures dû soir. Les pluies ayant enfin cessé le 8 décembre, la baisse a commencé, et elle se continue lentement (cote du 16, 3m,86).
- Nous ne pouvons que résumer ici les effets désastreux de cette crue extraordinaire. Dès le 18 novembre, la navigation était suspendue dans la traversée de Paris; le 21 toutes les berges étaient submergées, et l’eau pénétrait dans les sous-sols des bas quartiers, sur les deux rives du fleuve. La pluie continuait de tomber; le 27,. les renseignements parvenus au Bureau hydrométrique permettaient à MM. Lemoine et de Préaudeau, ingénieurs chargés du service, d’annoncer à l’Académie des
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- LA NATURE
- Sciences que la situation, déjà inquiétante, allait s’aggraver encore, et qu’une crue semblable à celle de 1876 était à redouter. Le 28 novembre, la Seine montait à près de 5 mètres; l’inondation gagnait les plaines de la banlieue, en amont et en aval de Paris ; un grand nombre d'habitants des communes suburbaines étaient obligés d’abandonner leur demeure.
- A partir du 5 décembre, la cote étant de 5m,50, l’inondation s’étale de plus en plus. À Alfortville, au confluent de la Marne et de la Seine, le spectacle est véritablement navrant; plus de deux cents maisons sont dans l’eau jusqu’au premier étage. La plaine qui s’étend de Villeneuve-Saint-Georges aux fortifications n’est qu’une vaste nappe, coupée seulement par les voies ferrées de Lyon et d’Orle'ans. Les grands centres industriels d’ivrv, de Saint-Denis et de Saint-Ouen ont été les plus éprouvés par l’inondation, à laquelle le chômage forcé est venu ajouter de nouvelles angoisses. Les villages si riants des bords de la Marne n’ont pas moins souffert, et tandis qu’à Paris le maximum de la crue restait à 60 centimètres environ au-dessous de la grande crue de 1876, cette cote était dépassée de 8 centimètres sur la Marne inférieure, ainsi que M. Renou 4 l’a constaté au Parc Saint-Maur. Le 6 décembre, il y avait 3 mètres d’eau dans les rues de Neuilly-
- Plaisance; presque tous les habitants de ce village nouveau avaient dû gagner les hauteurs du plateau d’Avron. Une vingtaine de communes de la banlieue, à l’est de Paris, ne redoutant rien de la crue en raison de leur altitude, se sont vues privées d’eau comme par les temps de grande sécheresse. La pompe à feu qui refoule dans le réservoir de Montreuil-sous Bois l’eau nécessaire à leur alimentation, est située dans la plaine de Nogent-sur-Marne, et se trouvant envahie, a dû suspendre son-travail.
- Notre gravure (fig. 2) représente un des plus curieux aspects de l’inondation. C’est la vue de la Seine à la date du 7 décembre, en aval de Paris entre le viaduc du Point-du-Jour et Sèvres.
- Grâce aux avertissements du service hydrométrique, on a pu de tous côtés prendre les mesures que commandait la situation. Les autorités locales ont d’ailleurs rivalisé de zèle, et on peut dire que si
- Fig. 1.-
- les grandes eaux ont causé des dégâts matériels malheureusement inévitables, du moins elles n’ont pas fait de victimes.
- En ville, les infiltrations ont gagné un grand nombre d’édifices publics. Les caves étaient inondées à la Manufacture des Tabacs, au Ministère des Affaires étrangères, à la Chambre des Députés, au Palais de Justice, aux Tuileries, au Tribunal de Commerce, à la Monnaie, etc.
- Le bassin de la Seine n’a pas été seul affecté par les désastres dus aux pluies de l’automne. Le régime des pluies de ce bassin est en effet commun aux autres cours d’eau de la France situés au nord du Plateau central ; aussi les inondations ont atteint également les rivières du Nord, l’Escaut, la Lys, la Somme, et plus à l’Est la Meuse, la Moselle, la
- Saône, etc.; il en est de même des petits bassins du Nord-Ouest compris entre la Seine et la Loire. La Loire elle-même a grossi énormément, et ses affluents de la rive droite, la Sarthe, le Loir, la Mayenne, ont contribué pour une grande partie aux dégâts survenus à Nantes. Les Pays-Bas, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche occidentale, ont eu à subir également le débordement d’un grand nombre de cours d’eau.
- Afin qu’on puisse comparer la crue actuelle de la Seine aux crues antérieures, nous donnons ici le tableau des grands débordements observés à Paris depuis le commencement du siècle ; les cotes indiquées ont été relevées à l’échelle du pont d’Austerlitz :
- Variations du niveau de la Seine à Paris, à l’échelle du pont d’Austerlitz, du 5 novembre au 12 décembre 1882.
- (D’après les observations du Service hydrométrique.)
- 3 janvier 1802. . . . . 7m,45
- 5 mars 1807. . , . . 6" \70
- 16 décembre 1836. . , . . 6m,40
- 29 septembre 1866.'. , . . 5m,21
- 17 décembre 1872. . . . . 513 “,85
- 17 mars 1876. . . . . 6n “,69
- 7 décembre 1882. . . . . 6n M2
- Quatre fois seulement, depuis plus de 80 ans, la Seine est montée plus haut que le 7 décembre dernier. On remarquera que toutes ces crues se sont produites pendant la saison froide : nous en avons donné la raison plus haut.
- Les crues de la Seine à Paris 11e surviennent
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- Fi?, i. — Les inondations de la Seine en aval de Paris. (Vue prise
- O
- du viaduc du Point-du-Jour le 7 décembre 1882.)
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- LA NATURE,
- jamais brusquement, comme celles des rivières torrentielles. Lescrues de la Garonne, de l'Ardèche, de l’Hérault, etc., surprennent presque toujours les riverains de la partie basse du bassin, parce que les fortes pluies qui tombent vers la naissance de ces cours d'eau sont entraînées avec une vitesse énorme. M. Belgrand rapporte qu’il a été témoin d’une de ces crues soudaines. C’était en octobre 1868. La Société Géologique de France, dont il était alors président, était en réunion extraordinaire à Montpellier. Le 17, dans une excursion vers Clermont-l’Hérault, les membres de la Société avaient traversé plusieurs cours d’eau à pied sec; le lendemain matin, à la suite d’une pluie diluvienne tombée pendant Ja nuit, la vallée était submergée à perte de vue. L’Hérault avait éprouvé une crue subite de 13 mètres à Gignac.
- Les crues de la Seine à Paris, au contraire, ne se produisent que trois ou quatre jours après les crues partielles observées sur les affluents torrentiels. On comprend dès lors qu’il soit possible de prévoir les variations de niveau du fleuve, à Paris, d’après l’état des affluents. Disons de suite que les annonces de crues ne sont pas déduites directement des observations pluviométriques, car la . relation qui existe entre ces deux phénomènes est très complexe; la nature et la forme du sol, son état d'humidité, sa température, etc.,-ont en effet, sur la proportion d’eau de pluie qui arrive aux cours d’eau, une influence extrêmement difficile à apprécier. Les avis en prévision de crues se déduisent exclusivement des observations du niveau des petits cours d’eau de la partie supérieure du bassin.
- Le système d’annonces, tel qu’il est pratiqué au Bureau hydrométrique, à Paris, est dû à M. Bel-grand. M. Lemoine, ingénieur en chef, chargé actuellement du service hydrométrique, en a publié un résumé très complet, auquel nous avons fait ici de fréquents emprunts.
- Le principe de la méthode repose sur la distinction des terrains perméables et imperméables. Les pluies qui tombent sur les terrains perméables sont en grande partie absorbées par le sol, dans lequel elles s’infiltrent, et fournissent peu aux crues; dans les terrains imperméables, au contraire, l’eau ruisselle à la surface et contribue presque exclusivement à hausser le niveau des rivières. Ainsi, la prévision des crues à Paris néglige absolument les cours d’eau tels que la Haute-Seine, dont le bassin est en grande partie perméable; l’Yonne, la Marne et leurs affluents fournissent au contraire les données principales du problème.
- La comparaison d’un grand nombre de crues a amené M. Belgrand à formuler la règle empirique suivante ; La montée de la Seine à Paris est à peu près égale au double de la moyenne des montées partielles observées aux principaux affluents, aux échelles indiquées ci-après : l’Yonne à Clamecy, le Cousin à Avallon, l’Armançon à Aisy, la Marne à Chaumont et à Saint-Dizier, la Saulx à Vitry-le
- Brûlé, l’Aire à Vraincourt et l’Aisne à Sainte-Mene-hould. Ces observations suffisent pour calculer non seulement les variations de la Seine à Paris, mais encore les crues de ses principaux affluents. M. Lemoine a de même établi que la crue de l’Aisne vers Soissons est à peu près égale à la somme de la montée de l’Aisne à Sainte-Menehould et de la moitié de la montée de l’Aire à Vraincourt.
- Pour donner une idée de l’approximation à laquelle peut conduire la formule, il suffira de dire que, trois jours à l’avance, la grande crue de 1866 a été prévue à 15 centimètres près, et celle de 1876 à 5 centimètres près. La cote annoncée pour la crue actuelle n’a pas été atteinte; l’augmentation prévue était basée sur une montée énorme du Grand-Morin, dont le niveau s’était élevé de près de 2 mètres en un jour ; il faut admettre que les eaux provenant de cet affluent, refoulées par l’élévation de la Marne, se sont étalées dans les plaines, en sorte que le volume d’eau attendu, dispersé sur une surface immense, n’a pas eu d’influence sensible sur la Seine à Paris.
- Le système d’annonces imaginé par M. Belgrand peut s’appliquer également à d’autres cours d’eau tranquilles, notamment à la Saône, et M. Lemoine a même précisé les stations où il serait convenable d’établir des points d’observation sur celte rivière; mais il serait impossible de l’employer pour les rivières torrentielles, surtout celles do midi de la France, qui reçoivent en peu de temps des quantités d’eau prodigieuses ; il faudrait alors recourir à la transmission télégraphique immédiate des observations pluviométriques. Th. Moureaux.
- LA RÉCOLTE DES CÉRÉALES
- AUX ÉTATS-UNIS EN 1882
- Cette année, la récolte en froment sera la plus considérable que les États-Unis aient encore vue. D’après le Bureau de l’agriculture, on doit l’évaluer à 500 millions de boisseaux,, soit à 183 millions d'hectolitres, et quelques-uns pensent que le chiffre réel sera de 525 millions de boisseaux ou de 191 millions d’hectolitres. La récolte de l’année dernière n’avait été que de 380 millions de boisseaux, et l’augmentation de 120 millions que présente celle de l’année courante est due, partiellement du moins, aux nouvelles appropriations du sol dans les États du Nord-Ouest, ainsi qu’au progrès des emblavures dans le Sud.
- Voilà pour l’offre, mais quelle sera la demande ? On se rappelle que pendant l’année fiscale 1879-1880, les États-Unis ont exporté 180 millions de boisseaux de froment, pendant l’année suivante 186 millions, et enfin pendant l’année 1881-82, seulement 122 millions. Or, on estime à 200 ou 225 millions de boisseaux la quantité de froment disponible pour l’exportation en 1882-83. La récolte de cette année n’a pas été bonne en Angleterre, et les blés américains sont sûrs d’un bon débouché de ce côté ; mais l’Europe occidentale, chez qui les froments américains trouvent, en temps de disette, un placement assuré, semble favorisée cette année.
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- LA NATURE.
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- LES C4SERNES
- SYSTÈME TOM.ET
- M. Tollet poursuit, comme on sait, depuis bientôt dix années, avec une persévérance dont on ne saurait trop le louer, la réforme des casernes dont l'installation est si défectueuse au point de vue hygiénique. Il a forcé l’attention publique à s’occuper de cette question, et montré à la suite des médecins et des hygiénistes les plus éminents, que ces casernes monumentales dont nos villes sont si fières, ne sont trop souvent, en réalité, que des foyers pestilentiels dont le séjour peut devenir des plus dangereux pour les soldats. Aujourd’hui, en effet, avec le service universel obligatoire, on se trouve amené à faire passer dans les casernes un nombre d’hommes de plus en plus considérable, on entasse les soldats dans des chambrées nécessairement mal entretenues et mal ventilées, dont les murs se chargent de miasmes de toute nature. Cette agglomération amène avec elle son cortège, presque inévitable, de maladies contagieuses, comme la fièvre typhoïde par exemple, et celle-ei enlève en effet une proportion considérable de nos soldats, la partie virile de la nation.
- Si on consulte les statistiques médicales, on reconnaît malheureusement que le séjour de la caserne est trop souvent désastreux pour les soldats : la mortalité, dans l’armée, dépasse le double de ce qu’elle est dans la vie civile, pour les jeunes gens moins robustes cependant, qui sont laissés dans leurs foyers. Dans les années de 1876 à 1878, on comptait 10 décès sur 1000 soldats; et si on veut isoler, dans ce chiffre, la part incombant aux maladies d’encombrement, on trouve qu’elles ont amené
- 5.29 décès sur 1000, soit près du tiers de la mortalité totale. Les maladies respiratoires, de leur côté, donnent 1,30 décès sur 1000. A côté du chiffre des décès, il convient de relever aussi celui de maladies, qui n’est pas moins éloquent : on compte 220 entrées à l’hôpital pour 1000 soldats, soit, pour les seules lièvres typhoïdes, 12 entrées (entraînant, comme nous l’avons dit, 3,29 décès), et pour les maladies des voies respiratoires, 40,8 entrées (avec
- 1.30 décès).
- Du reste, il est presque inutile d’insister aujourd’hui, surtout à Paris, sur les dangers résultant de l’encombrement au point de vue de la propagation do la fièvre typhoïde : l’épidémie dont nous souffrons actuellement sévit surtout dans les quartiers les plus populeux où les soins de propreté ne sont pas toujours aussi bien observés que dans les quartiers riches, et enfin les communications faites à cette occasion, à l’Académie de Médecine, ont montré que la fièvre typhoïde, de même que Ja diphtérie, devenait endémique en quelque sorte à Paris, et qu’elle y faisait plus de ravages qu’à Londres, par exemple,
- dont la population est beaucoup plus considérable cependant. Par suite de la disposition de Ja ville et des maisons, la population de Londres est beaucoup moins dense que celle de Paris, la plupart des ménages peuvent y disposer d’une maison isolée avec son petit jardin, et ils jouissent ainsi d’une surface de terrain et surtout d’un volume d’air trois ou quatre fois plus élevé qu’à Paris. Ajoutez à cela que les maisons sont moins hautes, que l’air s’y renouvelle plus facilement, et vous comprendrez pourquoi les maladies d’encombrement et des voies respiratoires, comme la fièvre typhoïde et la diphtérie, y sont moins fréquentes qu’à Paris.
- Pour les casernes, l’agglomération y est plus considérable encore, elles forment aussi de grands bâtiments comprenant parfois trois ou même quatre étages superposés, et ceux-ci sont partagés par de nombreuses cloisons en petites chambres où l’air ne se renouvelle guère, et qu’il est très difficile de maintenir dans un état de propreté. Nous avons représenté, dans la figure 1 (ir 1), la coupe verticale d’une caserne, type 1872, comprenant trois étages superposés, et nous donnons également dans la figure 2, d’après le mémoire de M. Tollet, le plan du rez-de-chaussée du même bâtiment : les mêmes cloisons se retrouvent d’ailleurs aux différents étages, et servent à séparer les chambrées.
- « Rien qu’à la vue de cette multiplication de corridors intérieurs, de cloisonnements transversaux et'longitudinaux, d’étages superposés, dit M. Tollet, il est facile de comprendre qu’on a là des surfaces d’absorption considérables qui se vicient très vite au contact des émanations de cette agglomération d’hommes, de sorte qu’elles sont bientôt usées, sanitairement parlant.
- « Une des principales causes de l’infection des casernes, c’est la chambrée à tout faire, on y mange, on y dort, on a proposé encore d’y faire des exercices de détail en relevant les lits. Lorsqu’on entre le matin dans une chambrée au moment du lever des hommes, on se demande comment il est possible d’y vivre!... »
- Dans la disposition proposée par M. Tollet, au contraire, tous les étages et les cloisons intérieures qui peuvent devenir des foyers d’infection sont supprimés, et tous les détails de construction ont été étudiés avec le plus grand soin, pour assurer une ventilation facile et multiplier les surfaces de contact avec l’air extérieur.
- La caserne n’a plus qu’un rez-de-chaussée, et le plafond des anciens types est remplacé lui-même par un toit ogival d’une disposition des plus heureuses. Ainsi que l’observe en effet M. Tollet, l’air vicié sortant des poumons tend à s’élever en raison de l’excès de température qu’il présente sur l’atmosphère ambiant, mais s’il rencontre un plafond plat, il ne peut se dégager et il retombe dans la salle dont il vicie complètement l’atmosphère.
- En Allemagne et en Angleterre, on a adopté depuis longtemps déjà, pour les constructions sans
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- étages superposés, un typ3 de plafond surhaussé avec lanterneau central où l’air chaud peut s’accumuler librement pour s’évacuer à l’extérieur. La forme ogivale, adoptée par M. Tollet, et qui est devenue en quelque sorte caractéristique de son système, arrive au même résultat, en évitant les complications du lanterneau central, ainsi qu’on le voit sur la figure 3.
- Elle présente, en effet, à sa partie supérieure , une sorte d’angle dièdre curviligne avec faîtage superposé, par lequel s'opère l’évacuation de l’air chaud et vicié.
- Cette forme est réalisée d’ailleurs dans ses constructions, par M. Tollet, d’une manière particulièrement simple et in
- par le plan, dans quatre chambres disposées aux extrémités, mais on a eu soin de reporter ces pièces latéralement à l’axe du pavillon (fig. 1, n° 2), en obliquant les cloisons à droite et à gauche, de manière à ménager entre elles l'ouverture nécessaire pour le passage du courant.
- La même difficulté se présentait pour le vestibule transversal du milieu, dont le faîtage a été abaissé, comme on le voit sur la coupe longitudinale, afin de laisser assez de vide au-des-
- sus.
- Fig. 1- — 1- Coupe verticale d’nne caserne, type 1872. — N° 2. Coupe
- verticale de la caserne Tollet et vue du pignon extrême.
- Signalons enfin les
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- r-1 •1 .“.j j'Il KdaJdfe.
- génieuse : il dispose des arcs en fer en ogive, qui forment une sorte d’ossature noyée dans la maçonnerie, et il arrive ainsi à supprimer tous les contre-forts,toutes lescharpen-tes intérieures qui sont trop souvent des nids à poussière, suivant l’expression vulgaire.
- Cette construction, si simple et si bien dégagée, ne manque pas d’une certaine élégance, et elle peut être tenue avec grande propreté, et comme tous les murs sont en contact avec l’air extérieur, les matériaux en restent bien !sains et ne se chargent pas de miasmes comme dans les anciennes salles, étroites et mal aérées.
- Les casernes de M. Tollet forment ainsi de grands bâtiments sans étages, où on a supprimé à dessein toutes les cloisons et les murs intérieurs pour que l’air puisse y circuler plus librement.
- La figure 4 représente un pavillon de ce type, comprenant deux grandes chambres destinées à servir de dortoirs communs. La ventilation est assurée dans le sens longitudinal de la pièce par de larges baies ménagées à cet effet sur les pignons extrêmes, et qu’on peut ouvrir en l’absence des hommes.
- Les sou s-officiers sont logés, comme on le voit
- lavabos qui constituent, faut-il le dire, une innovation dans les casernes... innovation aussi difficilement acceptée en elle-même que le reste du
- nouveau système. Et
- Fig. 2. — Plan d’un rez-de-chaussce de caserne, type 1872.
- I. x Salles des visites et des convalescents. — y. Bureau du major. Au 1" étage, salles des blessés. — p. Lavabos. — g. s. Fouriers et maréchal-des-logis. — v. Volontaires. — i. Écoles. — k. j. Danse. Escrime. — u. Adjudants. — t. z. Trésorier et major. — r. Salle des rapports. — 1. 2. 3... 8. Forge, atelier. Vaguemestre. — La construction comporte 3 étages partagés en chambrées de 24 hommes séparées par les murs représentés sur le dessin du rez-de-chaussée en gros traits.
- cependant, les soins de propreté, nécessaires à tout Je monde, deviennent encore plus indispensables, maintenant que la caserne reçoit des jeunes gens de toutes les conditions, habitués à les observer toujours dans la vie civile.
- Le pavillon représenté peut loger une compagnie de 60 hommes, à raison de 30 hommes par dortoir, les sous-officiers occupant les quatre chambres extrêmes.
- Le cube d’air attribué à chaque soldat, dans les nouvelles casernes, est de 25 mètres environ, soit le double de la ration réglementaire, et, en outre, cet air peut se renouveler, à raison de 100 mètres cubes par heure et par tête. Les murs intérieurs sont en ciment, afin que la construction puisse se laver à grande eau, et les eaux de lavage sont recueillies dans des caniveaux spéciaux.
- Pour assurer l’efficacité de ces dispositions , il faut que l’air puisse se renouveler aussi facilement à l’extérieur des pavillons, et cette condition a conduit dans les installations d’ensemble à exiger entre deux pavillons successifs, un espacement égal à une fois et demie, au moins, leur hauteur. Gomme l’espace ainsi occupé devient beaucoup plus eonsi-
- vale et de la forme en plein-cintre avec lanterneau.
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- dérable, il est impossible de trouver à l’intérieur des villes, le terrain nécessaire, mais M. Tollet n’hésite pas à reporter ses casernes à l’extérieur, où la place est moins chère; il faut bien dire d’ailleurs que c’était là le moyen le plus efficace pour éviter les dangers d’infection que les casernes entraînent avec elles. La figure 5 représente la vue
- perspective d’une caserne, système Tollet, établie pour un régiment de cavalerie. Elle couvre un espace de 7 hectares environ, elle comprend au centre une grande cour sur les côtés de laquelle sont disposés les pavillons a, a pour le logement des hommes. Les écuries b, b installées d’après les mêmes principes que les chambres des soldats, alternent
- Coupe longitudinale.
- Plan
- t-2Itw»- 3,1*0 -M.io». 3,4.0 _üt,wi .«3,40.
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- Fig. 4. — Coupe longitudinale et plan d’une caserne système Tollet.
- avec celles-ci, comme l’indique la figure, et on voit ainsi que les soldats peuvent surveiller facilement leurs chevaux. Les cuisines g et les réfectoires h sont
- disposés sur le périmètre et ils sont également à proximité des hommes qui peuvent ainsi manger leur ration chaude et entière, sans avoir à la trans-
- Fig. 5. — Vue perspective d’une caserne de cavalerie.
- a. Pavillon de troupes pour un demi-escadron. — b. Écurie pour un escadron. — c. Gymnase découvert. — c'. École des sous-officiers. — d. Manège couvert, logement des adjudants au premier étage. — e. Bains. — f. Magasins. — g. Cuisines. — h. Réfectoires. — i. Sellerie. — k. Latrines. — l. Munitions. — m, Infirmerie vétérinaire. — o. Abreuvoir. — p. Locaux de punition. — q. Cantines doubles. — r. Hangars aux voitures. — s. Bureaux, portier. — t. Château-d’eau.
- porter jusque dans leurs chambrées, comme dans les casernes actuelles où la soupe arrive toujours froide ou répandue.
- Cette disposition de. caserne, si intéressante au point de vue hygiénique, a donné des résultats les plus remarquables dans les applications qui en ont été faites à Bourges, Cosne et Autun. La fièvre typhoïde, si meurtrière ailleurs, n’a donné lieu à aucun décès dans les nouvelles casernes dans la période 1876-1878, et le nombre total des décès,
- qui était de 10 pour 1000 dans l'armée s’est abaissé là à 4 seulement. On avait pu redouter, d’autre part, que le séjour des rez-de-chaussée n’entraînât une augmentation dès maladies des voies respiratoires, mais l’expérience a montré que cette crainte était peu fondée, et le nombre des décès pour ces maladies n’a même pas dépassé 0,70 dans les nouvelles casernes, tandis qu’il était de 1,50 pour l’armée entière.
- On voit par là qu’on peut réaliser un caserne-
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- LA NATURE
- ment sanitaire avec de simples rez-de-chaussée, pourvu toutefois qu’ils soient bien établis sur des planchers isolateurs du sol, et à condition de bien entretenir les cours et d’éviter l'humidité.
- Les autres critiques qui ont été élevées contre le système Tollet portent pour la plupart sur des points de détail, et il ne semble pas qu’elles puissent être mises en parallèle avec les considérations hygiéniques si puissantes qui militent en sa faveur. Les pièces étant plus grandes deviennent sans doute un peu plus difficiles à chauffer, les parcours deviennent un peu plus longs, mais il faut remarquer par contre que les parcours verticaux toujours si pénibles sont complètement supprimés.
- Enfin, au point de vue économique, on avait prétendu que les dépenses de construction étaient plus élevées avec les ca>ernes ogivales, mais il faut remarquer qu’il ne peut guère en être ainsi, puisque cette disposition qui supprime les escaliers, les cloisons intérieures, diminue, par là même, le cube des matériaux, et doit entraîner de ce chef une réduction de dépenses.
- Il est donc à désirer que ce type de construction si remarquable, soit mis à mémo de faire scs preuves, et reçoive une application un peu étendue qu’il n’a pu obtenir jusqu'à présent, car il s’agit là, suivant l’expression de M. Trélat, d’une question vraiment nationale où nous sommes tous plus ou moins directement intéressés.
- L. Bâclé.
- CHRONIQUE
- Danseuses électriques. — La lumière électrique, après s’être montrée dans toutes les parties de la salle et de la scène des théâtres, s’introduit aujourd’hui parmi les accessoires et non sans succès. C’est dans une nouvelle pièce jouée au Savoy-Théâtre, à Londres, que la lumière électrique a fait son apparition sous forme d’étoiles brillantes posées sur la tête des danseuses, pendant un ballet. On avait déjà fait quelque chose dans cette voie il y a deux ans, à Paris, au théâtre du Châtelet, dans Michel Strogoff, si nous avons bonne mémoire, à l’aide de bougies Jahlochkoff placées dans des globes posés sur la tète des figurantes; mais ces bougies étaient reliées à la machine par des conducteurs relativement gros, difficiles à dissimuler, et dont la souplesse médiocre ne permettait que de très petits déplacements. Au Savoy-Théâtre, les conducteurs sont supprimés, et le foyer étincelant que porte chaque danseuse dans les cheveux ou sur la poitrine, est une petite lampe à incandescence Swan alimentée par trois petits accumulateurs Planté d’un modèle particulier. Ces accumulateurs sont suspendus derrière le dos de la danseuse et dissimulés par un costume approprié.
- Ces trois accumulateurs ne pèsent pas ensemble 2 kilg. ; les récipients sont en ébonite (caoutchouc durci) et soigneusement bouchés pendant le service pour empêcher toute projection d’acide. Les lampes Swan construites spécialement pour cette application n’ont pas plus de 15 millimètres de diamètre; elles fonctionnent avec 5 volts et 1,5 ampères et donnent jusqu’à 6 candies, plus
- d’un demi-bec Carcel. Ce résultat est obtenu grâce à la ténuité du filament qui est poussé jusqu’au blanc éblouissant; on ne cherche pas à faire un foyer dont la vie soit longue, mais seulement un appareil à effet qui fonctionne quelques minutes avec le plus petit poids possible. Ce poids de 2 kilogr. n’est pas d’ailleurs la limite extrême comme légèreté, puisque M. Swan construit des lampes qui marchent avec deux accumulateurs seulement et qu’il en expérimente d’autres qui n’en exigeront qu’un seul.
- Les accumulateurs doivent aussi être à grand débit, c’est-à-dire que leur service ne durant que quelques minutes, ils doivent se décharger très rapidement, ce qui est obtenu en diminuant considérablement leur résistance intérieure. Un petit commutateur disposé sur la boîte, permet de n’allumer les lampes qu’au moment voulu, ce qui permet d’économiser la charge et de produire certains effets curieux. Voilà donc une nouvelle ressource mise à la disposition de l’art scénique ; nous n’attendrens certainement pas bien longtemps, pour voir comment les machinistes parisiens sauront en tirer parti.
- Projet d’un grand pont sur la Tamise à Londres. — M. Bazalgeth, ingénieur, a fait le projet d’un pont immense sur la Tamise, à Londres; ce pont serait construit très en aval de London-Bridge, et par conséquent dans la région très peuplée et très étendue dans laquelle le seul moyen de communication entre les deux rives est l’emploi d’un bateau à rames. Ce pont serait construit à 26 mètres au-dessus de l’eau, ce qui permettrait aux plus grands navires de passer par dessous. Il faudra des rampes d’accès de 696 mètres au Nord, et de 1120 mètres au Sud. Ce projet grandiose nous paraît digne d’être encouragé et nous faisons des vœux pour son succès. Nous ne comprenons pas comment un de nos confrères s’applique à le tourner en ridicule. L’auteur ne paraît pas savoir qu’il y a sur la Tamise, et notamment dans cette partie de son cours, des brouillards qui rendent le passage en bateau fort dangereux. 11 n’a pas réfléchi que beaucoup de personnes travaillent dans des usines d’un côté du fleuve et ont leur demeure de l’autre côté. Si le nouveau pont était construit, un grand nombre d’ouvriers qui, par des raisons de famille ou autres, désirent habiter au Sud de la Tamise, pourront le faire, tandis que l’usine où ils travaillent est au Nord. À certains points de la Tamise, les usines d’un côté sont beaucoup plus nombreuses et presque absentes de l’autre ; on rendrait donc un grand service aux ouvriers si on leur donnait la facilité de chercher des logements dans un quartier moins populeux et plus campagnard.
- Les viandes d’Australie à Londres —L’arrivée à Londres du navire Dunedin-Clipper, de 1250 tonnes de jauge, venant de la Nouvelle-Zélande avec une cargaison complète de viandes conservées par le froid, est un événement très digne d’être noté. C’est la première fois qu’un essai de cette nature est fait avec un voilier. Sa cargaison se composait de 5000 moutons morts ; le voyage s’est effectué en 95 jours, pendant lesquels la température de la cale a été continuellement maintenue à 20° au-dessous du point de congélation ; la viande, à son arrivée, se trouvait dans les meilleures conditions. Le Daily Chro-nicle, de Bolton, annonce que 150 tonnes de viande fraîche, de provenance australienne, conservée par Je froid, ont été distribuées jeudi aux marins de la flotte qui est actuellement devant Alexandrie, et cet essai a été universellement apprécié. Ces viandes fraîches ont été expédiées le 1er mai dernier de Sydney par le steamer Sorrenlo et sont arrivées à Londres après avoir traversé le canal de
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- Suez au moment de la saison où la chaleur est la plus intense. Elles ont été conservées au moyen de l’air froid produit par la machine spéciale récemment inventée et construite par MM. llicks llargreaves et C°, mécaniciens-La cargaison, composée de 402 000 livres de bœuf et mouton, a été amenée à Londres, où le gouvernement anglais a fait l’achat de 150 tonnes de ces viandes — et les a envoyées en Égypte pour servir d’approvisionnement aux matelots de la flotte. Après le déchargement, le Sor-rento est reparti pour l’Australie pour un autre chargement de viandes.
- Bois de construction artificiel à base de terre cuite. — Le Scienlific American décrit la fabrication des matériaux de construction artificiels destinés à se substituer au bois et formés de : sciure de bois résineux :
- . 1 à 5 parties ; kaolin lavé, 1 partie ; eau-, jusqu’à plasticité. La quantité de sciure de bois dépend du degré de porosité qu’on veut atteindre. Des cuves où il a été broyé, le produit spongieux obtenu est refoulé dans des corps de pompe cylindriques en fer ou en acier, au moyen de pistons plongeurs : il en sort sous forme de blocs de 20 à 50 centimètres de diamètre et de 1“,20 à lm,90 de longueur : on les laisse sécher à l’air pendant quelque temps, puis on les passe à l'étuve, et finalement dans les fours où ils sont portés à la température du rouge blanc, de façon à produire une sorte de vitrification. Les blocs obtenus, abandonnés à un refroidissement lent, sont très résistants, mais se laissent parfaitement scier, couper, raboter et percer : ils peuvent aussi se polir. Leur poids est environ moitié de celui de la brique ordinaire et ils possèdent la grande qualité d’être incombustibles. Plusieurs maisons de New-York sont construites avec ces matériaux au lieu de bois. 11 y a dans cette tentative originale un principe intéressant à retenir : c’est l’utilisation des sciures, lesquelles sont un véritable embarras pour toutes les grandes scieries. Ce déchet de fabrication se vend mal et brûle d’une façon peu profitable, même dans les foyers spéciaux; l’idée de le mouler de façon à reconstituer des matériaux utilisables peut être très féconde.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 décembre 1882. — Présidence de M. Jamln.
- Le passage de Vénus. — Plusieurs télégrammes adressés à l’Académie par les chefs des missions pour le passage de Vénus sont lus à la séance par M. Dumas. M. liait annonce un succès complet ; il a observé quatre contacts- et quatre cent soixante-deux photographies ont pu être tirées. Même succès annoncé par M. de Bernardières. M. d’Ab-badiea pu observer trois contacts Les nouvelles d’Algérie sont moins bonnes ; à Alger le temps n’a pas été favorable.
- L'acide sulfureux dans l'air. — En recherchant dans l’air de Lille les substances accidentelles, M. Ladureau a trouvé dans l’atmosphère de cette ville des quantités notables d’acide sulfureux. A ce propos, M. Dumas rappelle que l’air de Newcastle, étudié par Faraday, contenait une telle quantité d’acide sulfureux, qu’on ne pouvait arriver à cultiver la violette aux environs de cette ville : toutes les violettes que l’on obtenait étaient blanches. Grâce à un' procédé donné par Faraday, l’air de Newcastle est maintenant purifié. L’air de Londres est aussi très chargé d’acide sulfureux et les ferrures y sont continuellement
- attaquées par ce gaz qui, forme du sulfate de fer à leur surface.
- Les taches du soleil. — Le directeur de l’Observatoire de Zurich vient de publier une longue étude sur les taches du soleil, étude qui est analysée à l’Académie par M. Faye. M. Wolf a particulièrement étudié la périodicité de ces taches ; il a réuni les observations de deux siècles et demi et par de nombreux tâtonnements il est arrivé à déterminer deux périodicités pour l’apparition des taches, l’une de dix ans, l’autre de onze ans quatre mois. Une autre périodicité a été observée par M. Wolf; c’est la périodicité dans la distribution héliographique des taches qui d’abord apparaissent vers les hautes latitudes pour se rapprocher de l’équateur. Un pas décisif a donc été fait dans cette direction.
- La vaccine du charbon. — Les belles expériences de Pou Ily ont déterminé les agriculteurs d’Eure-el-Loire à vacciner un grand nombre d’animaux. En 1882, 80 000 moutons et 4000 vaches ont reçu le vaccin dans ce département, et à la suite de cette opération la mortalité du bétail a diminué dans le rapport de 10 à 1. Cette statistique est, on le voit, très satisfaisante; elle a été faite à la fin du mois d’octobre, c’est-à-dire après la période la plus dangeureuse. Le succès, du reste, ne peut que grandir, car le vaccin est déjà mieux connu, et les vétérinaires deviendront plus habiles d’année en année.
- La rage. — M. Paul Bert énumère l’ensemble de ses observations sur le sang et la bave des chiens enragés. Le sang d’un chien en pleine rage a été transfusé à un chien parfaitement sain, celui-ci n’est pas devenu enragé. De différentes expériences sur la bave, M. Paul Bert conclut que la rage n’est pas communiquée par la salive, mais par les mucus des voies respiratoires; cette salive cependant peut donner lieu à des accidents locaux, ainsi la bave en dehors de son virus rabique possède des propriétés septiques. De la bave filtrée sur du plâtre est inoffensive; ce qui reste sur le filtre est très virulent; cette expérience, faite en 1878, démontrait déjà que le virus de la rage était un microbe.
- Hérédité du charbon. — On admet que la bactéridie charbonneuse ne peut passer de la mère au fœtus; de récentes observations signalées par M Pasteur ont permis de constater qu’il n’en est pas toujours ainsi et que des bactéridies peuvent être retrouvées quelquefois, en quantité très faible, il est vrai, dans le sang du fœtus. M. Pasteur fait remarquer que souvent des animaux dont la mère avait été atteinte de charbon restaient rebelles à l’action du fléau; il se pourrait que la bactéridie, en passant pendant la gestation, dans le sang du petit, produisît l’effet du vaccin.
- Varia. — Signalons encore les observations de M. Che-vreul sur l’enseignement des couleurs à l’aide des pirouettes complémentaires; — une note de M. Desains •sur la communication des mouvements vibratoires.
- Stanislas Meunier.
- INSTRUCTEUR MAGNÉTIQUE
- DE LA MUSIQUE
- Ce petit appareil d’enseignement nous a paru très ingénieux, très pratique et très digne d’être
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- signalé. Il se compose d’une boite que la figure 1 représente réduite à moitié de grandeur. —
- Quand on ouvre le couvercle, on aperçoit collé sur un carreau de verre un tableau que nous reproduisons dans la ligure 2. Un petit carton central mobile porte les questions qui se rattachent à l’enseignement de la musique : « Combien y a-t-il de notes?»
- « Qu’est-ce qu’un octave? », etc. Quand on veut avoir la réponse à une question, on tourne le carton de manière que cette question soit en haut du tableau. Par exemple nous demandons : « Combien y a-t-il dénotés?» et nous tournons le tableau central de telle manière qu’il se trouve placé comme dans la figure 2.
- Aussitôt, on voit sous le verre un petit index en carton ayant la forme d’une main, tourner sur lui-même, et venir indiquer la réponse :« Sept».
- — Si nous plaçons la question suivante: «Qu’est-ce qu’une octave ? » en haut du tableau, la main tournera encore et indiquera la réponse : « L’intervalle entre une note et son plus parfait concord.»
- Voici comment fonctionne ce curieux système :
- L’index de carton en forme de main, est fixé à l’extrémité d’une
- petite aiguille aimantée montée sur un axe à la façon de l’aiguille d’une boussole. Le car-
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’instructeur magnétique. (Un arrachement représente l’aiguille aimantée intérieure.)
- ton mobile, à la surface duquel se trouvent les
- questions, contient intérieurement une autre aiguille aimantée ; quand on fait tourner ce carton, l’aiguille aimantée de la boîte, montée sur pivot, le suit dans sa rotation ; les deux aiguilles tendent à se mettre parallèlement l’une par rapport à l’autre, leurs pôles de noms contraires se superposant. Ce principe étant admis, le constructeur a combiné ses tableaux,c’est-à-dire le cadran extérieur fixe des réponses, et le cercle intérieur mobile des questions, de telle façon que les. premières correspondent aux secondes par la position des deux aiguilles aimantées.
- Pour l’indicateur de la musique, il y a deux tableaux de réponses, et deux disques de questions ; mais il pourrait y en avoir plusieurs.
- Ce système serait en outre susceptible de s’étendre à tout autre enseignement qu’à celui de la musique. Il pourrait servir de base à une table de multiplication, à des questions de géographie, départements de la France, par exemple, et leurs chefs-lieux, etc.; il y a là une idée originale, qui pourrait , selon nous, être féconde en applications, G. T.
- Le propriétaire-gerant : G. Tissandier. Imprimerie A. Laliure, S), rue de Fleuras, à Paris,
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- K* 500. — 50 DÉCEMBRE 1882.
- LÀ NATURE.
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- LA MORAINE DU CHAMP-DU-MOULIN
- Qui connaît le Champ-du-Moulin, même parmi ceux qui y ont passé, sans s’y arrêter, dans le train qui les emportait dePontarlier à Neuchâtel? Cependant ceux-là n’ont pas manque, s’il faisait jour, d’être frappés de l’aspect pittoresque des gorges de l’Areuse (fig. 1), suite pleine de contraste des prairies verdoyantes du Val-dc-Travers.
- Du reste, du chemin de fer, qui ne sort d’un tunnel que pour entrer dans un autre, on n’a du paysage qu’une idée bien imparfaite et la route de terre, de Noi-raigue à Corcel-les, par Roche-fort, passe également au-dessus des points intéressants et les laisse ignorer complètement au voyageur.
- Seuls, les forestiers se douteraient des splendeurs du pays, si un véritable philantrope n’avait rendu celles-ci abordables au commun des martyrs. — Il est en effet à Neuchâtel, un homme, fortifié dans son amour de la nature par plusieurs voyages autour du monde, qui, ayant découvert les gorges de l’Areuse, y a tracé et y entretient à ses frais un sentier public qu’on prendrait pour une allée de parc. Savamment dessiné par -l’Alphand suisse, le chemin longe le torrent qu’il domine (fig. 1), dans tous ses détours, le traverse à plusieurs reprises, sur des ponts rustiques, passe sur des balcons hardiment fixés au-dessus de l’abîme le long des parois rocheuses, de façon à procurer successivement à l’œil
- lt* aimee* — 1er semestre
- charmé les points de vue les plus merveilleux de ses deux rives : falaises vertigineuses, cascades: écumantes, chaos indescriptibles de blocs énormes, cavernes profondes sous des roches qui pleurent sans relâche, massifs pittoresques de sapins-et de hêtres invraisemblablement juchés sur des escarpements inaccessibles.
- Tel qu’il est aujourd’hui, le sentier des Gorges est une des grandes curiosités du canton de Neuchâtel et l’un des itinéraires favoris des promeneurs qu’attendent en ces lieux, naguère encore si inhospitaliers, deux établissements de reconfort : l’hôtel-pen-sion du Champ-du-Moulin et le châlet de la Tempérance. — Vous avez bien lu : de la Tempérance; drôle d’enseigne de cabaret, n’est-il pas vrai; mais qui fait honneur aux sentiments de sobriété de ses fondateurs, auteurs peut-être aussi de cette cantate, en vogue dans le pays, écrite sur l’air de la Marseillaise et qui appelle les bataillons à marcher.... contre les progrès de l’alcool isrtie ! 11 s’agissait d’abord au châlet de la Tempérance d’offrir aux touristes
- un site charmant, du laitage, des truites, du pain : les touristes vinrent prendre le site, les truites et le pain, mais ils apportèrent leur vin ou leur bière — de sorte que, nonobstant son enseigne qu’il a conservée, le châlet se résigna bientôt, de bonne grâce d’ailleurs, à vendre tout ce que vendent les cabarets. Ce qui n’empêche pas une population entière de promeneurs essentiellement tempérants de parcourir la contrée : vingt ou trente ensemble,
- Fig. 1. — Les gorges de l’Areuse dans le canton de Neuchâtel. (D’après une photographie.)
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- GG
- LA NA
- hommes et femmes, constituant une Société chorale, iis s’attablent autour d'un bol de lait et gravement, pendant qu auprès d’eux des consommateurs profanes jouent au billard ou à l’escarpolette, entonnent de religieux cantiques.
- Si l’on s’élève au travers des profondes forêts, le long des parois abruptes de la gorge, on parvient à des plateaux d’où la vue se dégage et embrasse des horizons immenses : vers l’Est Je lac de Neuchâtel et le lac deMorat étalent leurs nappes bleues bordées parla chaîne des Alpes bernoises étincelantes au soleil de neiges et de glaciers. De toutes parts le géologue se sent attiré par d’imposants sujets d’étude et son esprit se reporte successivement sur les différents aspects de 1 histoire de notre globe. Ici, les immenses escarpements du Creux-du-Vent lui montrent le laisceau des couches jurassiques et crétacées majestueusement contourné sur lui-même de façon à donner au relief du sol le caractère d’une surface froncée. Un peu plus loin, les mines d’asphalte de Travers, les carrières de ciment de Noiraigues,font
- Fig. 2. — Spécimen d’une pierre striée du Cliainp-du-Mouün.
- surgir des problèmes de stratigraphie. Le torrent lui-même, par la profondeur sur laquelle il a creusé la gorge où il rugit, évoque la grande question de la dénudation où ramènent des vestiges d’un autre ordre sur lesquels je désire surtout appeler aujourd'hui l’attention du lecteur.
- On sait que le Jura constitue une chaîne fort différente de son colossal vis-à-vis l’Oberland, en ce que nulle part le granit ou les roches cristallines ne sj montrent au jour. Loin'de se composer d’un noyau primitif dont la sortie a produit, par des refoulements latéraux, le déplacement des couches stratifiées, le Jura n’est qu’un simple ridement des formations secondaires. Cependant, dans les vallées, dans le lit des rivières par exemple, les cailloux granitiques abondent, et ce qui ajoute à première vue à l’étrangeté de ce fait, c’est que les cours d’eau descendant vers le Sud-Est, tendent à charrier ces pierrailles de points où le granit n’existe pas vers les Alpes, dont il est un élément essentiel. 11 ne s agitd ailleurs pas toujours de galets de dimensions médiocres; lors de la construction du chemin de fer, on en rencontra plusieurs de si gros que pour
- TU RE.
- en débarrasser la voie il fallut les faire sauter à la poudre.
- En examinant les choses de plus près, on s’aperçoit bientôt que ces blocs, gros ou petits, de roches cristallines proviennent d’un terrain abondant sur les flancs des vallées et dont le profil arrondi contraste avec les escarpements abrupts du calcaire qui le dominent. Sur ce terrain poussent de préférence les prés et les champs ; les forêts préfèrent le sol sédimentaire. Malgré les profondes coupures réalisées par les torrents on peut reconnaître que le terrain à éléments granitiques forme une série de bourrelets hauts souvent de 100 à 200 mètres et disposés en travers des vallées.
- Par un hasard heureux pour moi, je me suis trouvé au Champ-du-Moulin même, en présence d’une vaste excavation ouverte dans le terrain dont il s’agit et j’ai pu en étudier à loisir, la constitution très complexe.
- Des blocs arrondis y sont distribués sans aucun ordre au milieu d’une terre fine et jaunâtre. Et, ce qui fait l’intérêt de ce terrain, c’est l’invraisemblable variété des roches qui s’y sont donné rendez-vous, variété qui contraste à tous égards avec la simplicité du substratum calcaire.
- J’ai soumis un grand nombre de ces roches à des déterminations précises à l’aide des essais chimiques et de l’examen au microscope et j’ai reconnu ainsi plus de quatre-vingts types lithologiques parfaitement distincts. Je citerai seulement comme exemples : des granits de variétés diverses et en première ligne des protogines reconnaissables à la nuance très verte de leur mica talqueux; — du gneiss, forme feuilletée des roches précédentes ; — des leptynites en général blanchâtres, renfermant souvent de petits grenats disséminés dans leur masse ; — des taleschis-tes parfois à grandes lames fort douces au toucher ; — des micaschistes brillants au soleil; — des chlo-ritoschistes ou schistes verts dont la pierre ollaire est sans doute une variété ; — des amphibolites en général très feuilletées passant, par diminution de l’amphibole, à des diorites proprement dits; — des serpentines de toutes nuances dont les plus fréquentes sont d’un gris à peine verdâtre nuancé de noirâtre ; — des euphotides et des éclogites également agréables d’aspect, les premières blanches et vertes, les autres vertes et rouges; — du porphyre feldspathique guartzifère rose; — du quartz de filon très abondant, renfermant parfois des minéraux accidentels comme la pyrite ou la tourmaline; — des quartzites noirâtres ou clairs à grains plus ou moins fins, parfois d’apparence compacte ; — de vrais grès et dans le nombre la mollasse, Vanagé-nite; — des poudingues et spécialement le nagel-fluhe; — des schistes rougeâtres ou noirâtres, d’ailleurs peu abondants et en galets peu volumineux, évidemment à cause de leur friabilité ; — des calcaires innombrables dans leurs variétés provenant de tous les terrains depuis les calschistes cristalli-fères jusqu’au calcaire tertiaire de l'étage de la
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- mollasse, en passant par le lias métamorphique noir à bélemnites, Yoxfordien, le corallien, le néocomien représentés par des échantillons fossilifères ou azoïques ; compactes, oolithiques, uniformes, de couleurs ou veinés.
- Ces roches si diverses ont parfois des caractères qui permettent d’assigner exactement le point de (ïfepart d’où chacun des fragments a été arraché par l’agent qui a déterminé leur réunion en un même point. Beaucoup de calcaires proviennent du Jura lui-même, mais ils constituent l’exception dans ce magma. La plupart des roches sont d’origine alpine. La mollasse et le nagelfluhe sont originaires de la basse Suisse ou des premiers contre-forts des Alpes. La protogine, le granit, les gneiss et les schistes cristallifères appartiennent au contraire aux sommets les plus élevés de la chaîne. L’anagénite vient de couches analogues à celles de Sargans ; certains schistes du canton de Glaris; le schiste vert de Zer-matl ; l’cuphotide, l’éclogite, les roches amphiboli-leres du massif de la Jungfrau, distant de plus de 100 kilomètres; etc.
- Évidemment la présence dans les vallées du Jura de toutes ces roches empruntées aux Alpes suppose un agent de transport prodigieusement puissant.
- 11 n’est pas difficile, en étudiant le terrain du Champ-du-Moulin, d’y retrouver le type du terrain glaciaire, sous sa forme classique de moraine frontale; — et même de reconnaître son identité de constitution avec la moraine qui encadre par exemple la Mer-de-Glace. Dans celle-ci, comme au Champ-du-Moulin, on trouve des blocs plus ou moins arrondis de roches très diverses jetés sans ordre dans une boue fine et faisant, avec une grande hauteur, un barrage transversal à la vallée. En outre, et ceci est également décisif, beaucoup des blocs sont burinés de faisceaux de lignes droites et profondes, connues sous le nom de stries glaciales. De pareilles stries constituent comme le sceau que le glacier imprime sur les formations dont il est l’auteur et que le premier soin des autres agents de transport, torrents, cours d’eau, lacs ou océans, serait d’effacer au plus vite si les roches qui en sont pourvues leur étaient livrées un instant. Au Champ-du-Moulin, comme dans les moraines des glaciers, les blocs striés abondent et la gravure ci-jointe (fig. 2) représente l’un des nombreux échantillons que j’ai recueillis.
- En résumé, la double conclusion de cette rapide étude est donc, d’une part, que le terrain du Champ-du-Moulin est une formation glaciaire, et d’autre part, que le glacier, dont il est l’œuvre, charriait vers le Nord-Ouest des matériaux arrachés à la chaîne des Alpes.
- Il fallait pour cela qu’il fût de dimensions incomparablement plus grandes que tous les glaciers actuellement existant dans la même région ; et, à la fois plus grand en dimensions horizontales et plus épais. Partant de la chaîne de l’Oberland bernois, il devait, pour parvenir au Champ-du-Moulin,
- et si le relief du sol n’a pas depuis lors notablement changé, passer à plusieurs centaines de mètres au-dessus du lac de Neuchâtel.
- Nous n’avons pas à rechercher ici comment on peut rendre compte d’un état de choses si différent de celui que nous observons à présent. Ajoutons seulement que le fait n’est pas spécial, loin de là, à la vallée de l’Areuse et qu’il se reproduit sur une foule de points des Alpes, des Pyrénées et pour tout dire, du monde entier : ce qu’on exprime en disant que la terre a traversé une période glaciaire.
- Stanislas Meuniku.
- LA GRANDE COMÈTE DE 1882
- La grande comète de 1882 peut être considérée comme l’un des événements scientifiques les plus importants de l’année, aussi n’avons-nous pas manqué d’enregistrer les observations qui ont été faites au nord et au midi de l’Europe1. Nous avons reçu de M. Ch. Froinont, de Buenos-Ayres, le croquis que nous reproduisons ci-contre (fig. I) et qui est accompagné de la note ci-jointe : « La grande comète fait courir tout le monde à Buenos-Ayres ; je l’ai observée le 18 tout près du soleil aussi grosse et aussi brillante que Jupiter. 11 suffisait de se placer à l’ombre pour la bien voir. A la fin de septembre elle s’était déjà éloignée d’environ th 50m à 2h du soleil. On l’observait le matin vers 4h; le noyau équivalait à une étoile de première grondeur, la queue était à peu près large comme la lune près du noyau, et trois fois plus large à l’extrémité; elle occupait au moins 25°; elle était très brillante et beaucoup plus belle que celle de 1858. Le 50 octobre, à lh50m, je l’ai encore observé à une distance d’environ 5h du soleil. Il pouvait mesurer 55u, mais était plus incliné sur l’horizon. »
- Dans une des dernières séances de l’Académie des Sciences, M. Faye a transmis un dessin de la comète fig. 2) exécuté par un officier de marine, M. L. Jacquet, sur la passerelle du paquebot le Niger, à l’embouchure du rio de la Plata. M. Jacquet, dans une lettre écrite à M. Gayon, décrit en ces termes le spectacle qu’il a observé :
- « Le 25 septembre, au matin, dans le trajet de Buenos-Ayres à Montevideo, après un coup de vent du Sud, avec une atmosphère d’une pureté parfaite, j’ai assisté au spectacle, ineffaçable dans mon souvenir, du splendide lever de cette grande comète. A 4b 30m, lorsque le noyau apparut au-dessus de l’horizon, le spectacle, dans tout son éclat, fut saisissant par son étrange grandeur. Tous, les timoniers et les hommes de quart, en le contemplant, avaient recours aux expressions les plus énergiques de leur lan-
- 1 Voy. table des matières du précédent volumei
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- gage pittoresque pour exprimer ce qu’ils ressentaient .
- « Le noyau était brillant comme une étoile de première grandeur, saris chevelure, et la queue s’allongeait comme un cône de métal en fusion.
- On aurait dit une aigrette éblouissante, ou plutôt un faisceau brillant de fils d’or vert, dont la partie supérieure se prolongeait au loin. La partie inférieure se prolongeait également , mais dans une très faible mesure.
- « La longueur du côner prise au sextant, mesurait 8°; la longueur totale de la queue était de 21° et la largeur moyenne de lo50'. La comète était inclinée d’environ 40° au-dessus de l’horizon et s’étendait vers le Nord.
- « A 5h, le crépuscule commençant à paraître, la comète s’effaça peu à peu et ne fut plus visible a-près le lever du soleil.
- « Le 26 septembre, à 4h 50m du matin, la comète était au-dessus de l’hc-rizon, toujours splendide, mais cependant moins belle que la veille; au lever du soleil, le noyau de la comète se trouvait à 21° de distance de cet astre.
- « Le 27 septembre, à 4h du matin, malgré des nuages, vu encore la comète, mais toujours moins grande et moins brillante, et la queue légèrement courbée; sa direction, moins inclinée sur l’horizon, formait avec lui un angle d’environ 65°.
- « La lune n’était pas couchée.
- « Le 29 septembre, à 4 heures du matin, par un temps superbe, étant en vue des côtes du
- Brésil , vu la comète dont la grandeur diminuait rapide -ment; la queue n’avait plus de prolongement, sa direction s’approchait de plus en plus de la perpendiculaire à l’horizon et les é-toiles se voyaient très bien dans son voisinage.
- « Chaque matin, lorsque l’état du ciel le permettait, la comète était visible, mais sa grandeur diminuait sensiblement.
- « Le 8 octobre, sous l’équateur, j’ai de nouveau croqué la comète, à 4h du matin ; la lune alors à
- son vingt-sixième jour, était auprès d’elle et, quoique réduite à un mince croissant, répandait une clarté bien plus grande que la comète, dont la queue avait passé la direction perpendiculaire à l’horizon et commençait à s’incliner vers le Sud. Une étoile de deuxième grandeur était visible dans son prolongement et paraissait presque la toucher.
- « Depuis cette époque, jusqu’à mon arrivée en Europe, le 17 octobre, je n’ai plus fait qu’entrevoir la comète sans l’observer. » t Tels sont les nouveaux renseignements que mous avons voulu publier pour compléter l’histoire""'des observrtions de la grande comète de 1882^
- Fig. 1. — La comète observée à Buenos-Avres. Croquis exécutés le 18 septembre, le 50 septembre et le 50 octobre 1882. (La position du soleil se rapporte seulement à l’observation du 18 septembre.)
- (D’après les croquis envoyés à.La Nature par M.Ch. Fromont.
- Fig. 2. — La grande comète de 18S2 à son lever, le 25 septembre à ih 50" du matin, par - 55° 15' lat. S. et 59° 40' long. O de Paris. Embouchure du rio de la Plata.
- (D’après un croquis de M. L. Jacquet.)
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- LE CHEMIN DE FEU A YOIE ETROITE D’ANYIN A CALAIS
- Nous avons parlé précédemment de l'intérêt indus- I étroite1. Eu diminuant la largeur de la voie, on triel et économique des chemins de fer h voie I diminue considérablement les frais d’expropriation
- et de construction du matériel, et on peut espérer voir prospérer des lignes de chemins de fer économiques, qui ne sauraient vivre, si elles étaient établies dans les conditions ordinaires des voies ferrées.
- Le chemin de fer à voie étroite d’Anvin à Calais, récemment terminé, a été visité le 3 décembre 1882 par plusieurs députés et sénateurs, ainsi que par un grand nombre d’ingénieurs et d’industriels. Ce nous est une occasion de dire quelques mots de cet intéressant petit chemin de fer dont la largeur de la voie entre les rails est de \ mètre. La longueur de la ligne de Calais à Anvin est de 94 kilomètres.
- Le matériel roulant sc compose de petites loco-
- motives dont le prix est de 32 000 francs (fig. 1). Les yoiturcs à bogies de 56 places coûtent seulement 8000 francs, les fourgons à bagages 3650 fr. Le prix de revient de ce chemin de fer par kilomètre a été de 77 000 francs, soit environ le tiers ou le quart du prix des voies ferrées de dimensions ordinaires.
- Le chemin de fer d’Anvin à Calais traverse la partie nord du département du Pas-de-Calais en desservant les sept cantons de Heuchin, Fruges, Fau-quembergue, Lumbres, Ardres, Guines et Calais. Il part d’Anvin, station de la ligne d’Arras à Éta-ples, coupe à Lumbres, à peu près à moitié chemin,
- 1 Voy. n° 577 du 21 août 1880, p. 180.
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- Fig. 1. — Locomotive du chemin de fer à voie étroite d’Anvin à Calais. (D’après une photographie.)
- Fig. 2. — Carte du chemin de fer d’Anvin à Calais.
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- la ligne de Boulogne à Saint-Omer, et aboutit à Saint-Pierre-lès-Calais, en attendant qu’il puisse être prolongé jusqu’à Calais et au nouveau port en construction. Il comprend par suite trois gares communes avec la Compagnie du Nord, disposées pour le transbordement des marchandises. Comme profil et tracé, les ingénieurs ont rencontré quelques difficultés pour passer successivement dans les thalwegs de la Canche, de la Lys., de l’Aa, de la Hem, séparés par des contreforts accidentés, et arriver enfin au bord de la mer, mais ils ont pu tirer parti de la flexibilité de la voie étroite pour éviter les grands terrassements dans les coteaux, et les expropriations dispendieuses dans les vallées, tout en plaçant les stations souvent au centre même des localités.
- A partir d’Anvin (cote 60 mètres au-dessus de la mer), la ligne, après avoir traversé la Ternoise, affluent de la Canche, s’élève jusqu’au faîte de Lysbourg (cote 132 mètres), où se trouvent les sources de la Lys, et se dirige ensuite sur Fruges (cote 96 mètres), chef-lieu de canton important. De là elle remonte un vallon secondaire pour atteindre le sommet séparatif des thalwegs de la Lys et de l’Aa (cote 162 mètres), et descend ensuite avec de nombreuses sinuosités jusqu’à Fauquembergue, puis parallèlement à la rivière de l’Aa, jusqu’à Lumbres (cote 47 mètres), au milieu des prairies et à travers de nombreux villages. De Lumbres, la ligne, après avoir traversé à niveau le chemin de fer de Boulogne, s’élève jusqu’au Buisson (cote 177 mètres), point culminant du tracé, et redescend aussitôt dans la vallée de la Hem (cote 32 mètres) en suivant en corniche, sur plus de 10 kilomètres, une falaise abrupte et profondément découpée. De Tournehem la ligne remonte un peu, gagne Ardres, puis s’abaisse doucement jusqu’à Guines, et de Guines à travers les marais des Watringues (cote lm,50 au-dessus de la mer), vient trouver à Saint-Pierre-lès-Calais son terminus provisoire, latéralement à la gare du chemin de fer du Nord.
- Dans ce parcours, en outre des trois stations communes de transbordement, se trouvent quatre stations de chef-lieu de canton, sept stations de villages, et dix haltes, soit un arrêt à moins de 4 kilomètres en moyenne.
- Le minimum des courbes en pleine voie, est de 130 mètres, et le maximum des rampes, de0m,015 par mètre. La surface moyenne des terrains expropriés est de 1 hectare 25 ares par kilomètre. Les largeurs de la plateforme des terrassements sont : en déblai de 4m,30, en remblai de 4 mètres. Le nombre moyen de mètres cubes de terrassements est de 7m0,50, ce qui, au prix moyen de lfr, 10, donne une dépense de 8fr,25; pour les travaux d’art, la dépense moyenne par mètre est revenue à 3fr,50; soit ensemble 11 750 francs par kilomètre. La voie n’est pas close, sauf dans les stations : elle est traversée par de nombreux passages à niveau sans barrières, ni gardes. Sur cent soixante-dix-sept pas-
- sages à niveau, il n’y a de barrières qu’à dix passages, situés au milieu de bourgs ou villages. Aucun accident n’est résulté de ces dispositions, et les habitants frouvent aujourd’hui très commode de traverser la voie quand il leur plaît, au lieu d’attendre devant une barrière fermée un train qui n’est pas en vue.
- Ce chemin de fer d’intérêt local a été concédé par le Conseil général du Pas-de-Calais à M. E. Level, directeur, et construit par M. G. Arnoult, ingénieur.
- Les visiteurs du dimanche 3 décembre sont partis pour la plupart de Paris à 7h40m du matin. Ils étaient rendus à Saint-Pierre-lès-Calais à 1 heure de l'après-midi. Ils ont parcouru la voie tout entière du petit chemin de fer à voie étroite, avec arrêt aux principales stations (fig. 2). A Guines on a visité une station de chef-lieu de canton, à Tournehem une station de village. Dans cette localité, on a vu manoeuvrer le pulsomètre. A Lombres à 3h50m, les invités, après avoir assisté au transbordement d’un wagon de charbon, ont parcouru les ateliers et vu un garage en pleine voie pour une usine à papier. A Fauquembergues, à 4h 10m, se trouvait exposé un train composé des divers types de voitures et de wagons-phosphates. A 5b24ra, les voyageurs étaient arrivés à Anvin à l’extrémité de la ligne.
- Nous espérons que cette intéressante visite contribuera au développement dans notre pays, des utiles petits chemins de fer à voies étroites dont M. Level, grâce à son intelligente initiative, aura eu l’honneur de mener à bonne fin l’un des spécimens les plus accomplis. G. T.
- CORRESPONDANCE
- CONDUCTIBILITÉ DU SON PAR LES CORPS SOLIDES Lyon, le 20 décembre 1882.
- Cher Monsieur,
- Vous avez publié dans La Nature (n° 476 du 15 juillet 1882, p. 112) l’expérience faite au moyen d’une pincette et d’une montre pour montrer la très grande conductibilité du son par les métaux et le bois.
- Cette propriété est appliquée depuis longtemps pour constater le cheminement des graviers sur le fond du lit du Rhône. Lorsqu’on navigue sur ce fleuve en batelet ou en bateau, il suffit de plonger dans l’eau l’extrémité d’une canne et d’appuyer l’oreille contre l’autre extrémité pour percevoir très nettement le bruit produit par le choc des galets entraînés par le courant : On entend un crépitement analogue au bruit produit par une friture et, en même temps, une série de chocs plus nets et plus aigus résultant de la rencontre des plus gros galets.
- Cette expérience réussit même lorsque la profondeur d’eau est considérable pourvu que la vitesse soit suffisante ; en ma qualité d’ancien ingénieur du service de la navigation du Rhône, j’ai eu l’occasion de la répéter très souvent.
- J’ai pensé que cette expérience vous intéresserait; je vous en ai parlé à La Rochelle et vous ai promis de vous envoyer une note à ce sujet; c’est ce que je fais aujourd'hui.
- Je joins à ma lettre une note sur un moulin mû par la marée à l’île de Ré ; la solution est certainement très
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- simple et très primitive, mais comme elle est rarement appliquée j’ai cru devoir vous la signaler.
- Veuillez agréer, etc.
- Gobin,
- Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, à Lyon.
- UTILISATION DU MOUVEMENT DES MARÉES
- Dans l’excursion que j’ai faite à l’ile de Ré pendant le Congrès de l’Association française à La Rochelle, j’ai remarqué, à Rivedoux, un moulin à eau pour le fonctionnement duquel on utilisait le mouvement de la marée.
- Un grand bassin est creusé dans le sol près du moulin ; on le remplit à marée haute et on commence à le vider lorsque la mer a baissé d’une quantité suffisante pour donner la chute nécessaire à la mise en action du moulin. Lorsque la mer commence à remonter, le mouvement du moulin cesse et le bassin se remplit de nouveau.
- J’ignore si le courant résultant du remplissage du bassin est utilisé dans le moulin en question, le temps m’a manqué pour me renseigner à ce sujet; mais il est facile de concevoir une disposition qui permettrait de le faire en donnant au bassin de retenue une capacité suffisante et en le munissant de deux systèmes de vannes : les unes motrices pour le remplissage lent du bassin dont le niveau serait, pendant la marée montante, bien au-dessous du niveau de la mer, et les autres à large section pour compléter rapidement le remplissage au moment de la haute mer. On pourrait ainsi faire fonctionner le
- Bassin pltvrt] ;vannisfVmttsj
- • Bassin plan,
- rk
- Niveau de la mer. N i veau du bassin
- Diagramme explicatif de l'utilisation du mouvement de la marée à l’ile de Ré.
- moulin pendant un temps assez long avec deux interruptions, l’une à mer haute pour compléter le remplissage du bassin par l’ouverture des vannes à grande section et attendre que la dénivellation entre l’eau du bassin et la mer soit suffisante, l’autre à mer basse pour vider complètement le bassin par l’ouverture des larges vannes et attendre que la mer ait remonté d’une quantité suffisante pour que le remplissage par les petites vannes puisse faire tourner le moteur ; ce dernier devrait comprendre des appareils susceptibles d’être actionnés alternativement par les deux courants contraires.
- Ce système est résumé dans le diagramme ci-dessus.
- Gobin.
- ÉTYMOLOGIE DU NOM DES BILLES OU MARBRE
- Monsieur,
- Ile-Napoléon, près Mulhouse (Alsace) 17 décembre 1882.
- A propos de billes, La Nature (n° 498 du 16 décembre 1882, p. 46), raconte que les gamins de Rome appelaient les billes marmora.
- Chose curieuse, les gamins de Neuchâtel (il en est de même dans toute la Suisse romande et dans certaines parties de la France) appellent maintenant encore les billes, des marbres.
- Je trouve dans Littré, supplément, art. Marbre : « Dans plusieurs provinces, un marbre, une bille avec laquelle jouent les enfants, à cause que les billes sont souvent en marbre. »
- Le l'ait que les gamins de Rome jouaient déjà aux marbres, paraîtrait prouver que l’étymologie est directe et que ce n’est pas parce que les billes sont souvent en marbre que les gamins de la province les appellent ainsi.
- En effet, dans nos contrées, il est extrêmement rare que les billes soient en marbre et on s’expliquerait difficilement comment ce terme serait devenu populaire pour désigner les billes.
- Veuillez agréer, etc. Numa Béguin,
- Précepteur.
- PARASITES DES MOUCHES
- Arles-sur-Rhône, le 18 décembre 1882.
- Monsieur,
- Un de mes fils, qui est ingénieur, s’étant amusé à examiner avec attention un monceau de mouches prises à un piège, crut remarquer que les pattes de nombre de ces insectes étaient déformées par des enflures, des nodosités singulières : ayant eu recours au microscope, il constata, avec surprise, que ces grosseurs anormales étaient de très petits scorpions parfaitement vivants.
- Depuis cette observation, il nous a été facile de nous assurer que des quantités de mouches, Un parasite de la mouche, pleines de vie et de santé, avaient deux et jusqu’à trois scorpions cramponnés à leurs membres ou à leurs corselets.
- J’ai l’honneur de vous envoyer, trois de ces parasites (Voy. la figure) *.
- Veuillez agréer, etc.
- F. de Courtois de Langlade.
- dessiné d'après nature au microscope (grossissement 40 diamètres).
- RICHESSE DE LÀ FAUNE ENTOMOLOGÏQUE
- FRANÇAISE
- Quand on compare la faune ou la flore française à celle des autres régions européennes, on remarque avec étonnement sa grande richesse. Pour les insectes, par exemple, Duponchel attribuait à la France les quatre cinquièmes des lépidoptères de l’Europe. Cette proportion, dut-elle subir une réduction assez forte, restera assez élevée pour étonner à bon dro’t quand on observe que le France n’occupe pas même la dix-neuvième partie du sol
- 1 Cette figure a été dessinée au microscope d’après l’un des individus envoyés par notre correspondant.
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- européen. Pour les coléoptères, notre pays possède la moitié des espèces et les quatre cinquièmes des genres de l’Europe; il a donc neuf ou dix lois plus d’espèces que son étendue seule n’en ferait prévoir. Encore la faune entomologique française s’enrichit-elle sans cesse par de nouvelles découvertes, et il ne se passe pas d’année qui ne fasse inscrire sur nos catalogues quelques espèces considérées jusque-là comme propres à l’Europe méridionale ou orientale. Tout récemment encore, M. P. Millière signalait l’existence dans les Alpes-Maritimes de plusieurs lépidoptères nouveaux pour la France (juin 1880).
- Cette richesse de la faune entomologique française est la conséquence immédiate de la variété considérable de formations géologiques, d’altitudes, d’expositions, que présente notre pays. Bien que constituant une unité géographique nettement caractérisée, la France possède comme un fragment de toutes les régions européennes. De là, entre ses diverses provinces, une grande variété de climats et de productions ; de ces contrastes, le plus frappant est celui du Nord, appartenant à l’Europe centrale, et du Midi, possédant le climat et les productions du bassin de la Méditerranée ; en ajoutant à ces deux régions les montagnes qui fournissent une faune et une flore spéciales, on reconnaîtra a priori que la France doit posséder de nombreux échantillons des trois faunes dont l’ensemble constitue la grande faune européo-méditerranéenne. Quant aux espèces assez nombreuses qui habitent tout le territoire de cette faune et lui donnent son unité, il va de soi qu’elles sont communes en France comme partout. Prenons par exemple parmi les lépidoptères le groupe des rhopalocères : la France possède de ce groupe à peu près 225 espèces ou variétés géographiques importantes ; 75 environ sont répandues sur tout le territoire et doivent être écartées, ainsi que quelques espèces sporadiques, puisqu’elles ne peuvent caractériser une région. Sur les autres, 70 habitent à peu près exclusivement le Midi et le Centre, 60 les régions montagneuses, une quinzaine au plus la région septentrionale h
- PAPIER-DENTELLE
- On sait qu’il se fait actuellement une grande consommation de papier découpé et estampé, dit papier-dentelle, dans un grand nombre d’industries notamment dans la esnfiserie.
- Ce genre de papier ne se fait guère qu’en France et en Allemagne. Le mode de fabrication est des plus simples, mais il exige un assortissement extrêmement coûteux de matrices.
- Voici, d’après le Moniteur Industriel, comment on opère : >
- Chaque dessin est gravé en relief sur une forte plaque d’acier de 35 à 40 millimètres d’épaisseur ; les creux sont
- 1 Extrait d’un mémoire de M. Louis Dupont, Sur la Géographie entomologique de la Fi ance.
- descendus à une profondeur suffisante pour contenir huit feuilles de papier ordinaire superposées : les reliefs font oTice d’emporte-pièce.
- Si la matrice est bien faite, on peut y découper n’importe quel papier et même de la carte. Le papier a besoin d’une préparation ; chaque feuille est frottée des deux côtés avec de la poudre de savon, afin que les feuilles, une fois découpées, puissent so séparer facilement les unes des antres.
- L’ouvrière applique sur la matrice huit feuilles de papier préparé, puis, saisissant de chaque main un petit marteau de plomb, elle frappe alternativement de l’un et de l’autre marteau sur le papier, jusqu’à ce que le dessin soit entièrement découpé.
- Au début de cette industrie, on faisait des matrices de ronds, par quarts et même par sixièmes à cause du prix élevé de la gravure; mais on était obligé de reprendre l’ouvrage à quatre ou six fois pour produire un rond complet, ce qui entraînait des irrégularités. De plus, cette méthode exigeait beaucoup plus de temps, et des ouvrières beaucoup plus habiles.
- Aujourd’hui, l’on fait ces outils entiers et même en double sur la même plaque d’acier. Le prix en est fort élevé; mais le temps gagné et la perfection du travail compensent largement et rapidement les frais d’établissement des matrices.
- Ainsi, ce qui se payait autrefois 2 francs de façon, vaut maintenant de 40 à 50 centimes, en raison de l’amélioration de l’outillage.
- On a cherché à découper le papier-dentelle d’un seul coup de balancier ; mais tous les essais sont restés infructueux, et il a fallu s’en tenir au système des petits marteaux de plomb. Les seuls articles qui se fassent mécaniquement sont les caisses gaufrées.
- NÉPENTHES ET ANTHURIUMS
- Parmi les lots les plus importants exposés au pavillon de la Ville de Paris, aux Champs-Elysées, en octobre dernier, se trouvait le groupe des Né-penthes et d’Anthuriums disposé par M. F. Bergman, chef des cultures de M. le baron Alphonse de Rothschild, au domaine de Ferrières-en-Brie. Ces plantes étaient aussi remarquables par leur belle culture que par leur rareté. Nous avons pu admirer à l’aise les variétés suivantes des Népen-thes : Veitchii, Albo-Marginata, Bicalcarata, Stewar-tii, Hookerii, Intermedia, Sedeni, etc. On saitque la famille des Népenlhées, originaire de Ceylan, est une des plus curieuses du monde horticole : ces plantes poussent sur des arbres et dans des endroits humides; les feuilles varient de longueur suivant les variétés, la nervure du centre se prolonge et se termine par une urne ou petite cruche, munie d’un couvercle. De là le nom de « Piteher plants » en anglais : cette cruche est toujours pleine d’eau, et nous ne saurions mieux la comparer qu’à une pipe allemande avec son couvercle. Les Heurs, disposées en gerbe, sont petites, blanches et de peu d’effet : toute la beauté de la plante consiste dans ses feuilles et dans leurs curieux appendices.
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- •jioupo u'Aulhuriuius et do-iNéponlhes exposé par 11. Bergman, chef des cultures de II Alpli. de Uolhscluld, à t'emères
- D’après une photographie.)
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- La plante que l’on voit au centre et en haut du groupe (fig. ci-contre) est Y Anthurium crystallinum aux énormes feuilles dont les nervures nombreuses et distinctes semblent être en cristal.
- Au bas se trouvent les Anthurium andreanum et ornatum, ce dernier à fleur blanche, tandis que le premier à grandes fleurs rouges gauffrées a fait fureur parmi les horticulteurs. La variété la plus intéressante est Y Anthurium Ferrierense, obtenu de semis par M. Bergman en fécondant l’andreanum par l’ornatum. Le nouveau-né est parfaitement intermédiaire entre ses deux parents, car il a une belle fleur d’un rose vif, grande et agréable à l’œil. Le feuillage est vert foncé, la plante est vigoureuse et très florifère. M. Bergman a aussi obtenu il y a quelques années un beau résultat en fécondant deux anthuriums, un rouge et un blanc, qui ont produit Y Anthurium Rothschildianum à spathe blanche pointillée du rouge.
- Il est à désirer que les riches amateurs puissent trouver souvent des hommes comme M. Bergman pour seconder leur goût pour les belles plantes et encourager autour d’eux l’étude des merveilles de la nature.
- Ch. Joly.
- BIBLIOGRAPHIE
- Bibliothèque de l'enseigntment des beaux-arts, publiée sous le patronage de l’Administration des Beaux-Arts. — 1 vol. in-40 anglais de 300 à 400 pages, avec 80 h 150 gravures inédites. — À. Quantin, Paris. Prix, brochés 3 fr.; cartonnés, 4 francs.
- Nous signalons ci-dessous quelques volumes d’une remarquable collection de bons et beaux livres qui comblent assurément une regrettable lacune dans l’enseignement. Écrits par des maîtres, édités avec un véritable luxe, ornés de charmantes gravures, ces ouvrages ne manqueront pas d’attirer l’attention des artistes, et d’obtenir de la part du public le succès dont ils sont dignes.
- La Bibliothèque de Venseignement des beaux-arts est publiée sous la direction de M. Jules Comte, ancien chef de la division de l’enseignement au Ministère des Arts, et actuellement inspecteur général des écoles d’art décoratif. La collection comportera d’abord des volumes chargés de traiter des principes de l’art, de ses formules générales, de la série de ses grandes règles qui, dans chacun des beaux-arts, s’adaptent à toutes les époques, à tous les pays, à toutes les écoles. Ensuite le cadre de la Bibliothèque s’élargira en se spécialisant, et comprendra les innombrables divisions de l’art et de ses applications. Yoici les livres qui nous ont été adressés :
- La Tapisserie, par Eugène Muntz. 1 vol. m-4° anglais de la Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts, avec de nombreuses gravures dans le texte.— Paris, A. Quantin. Prix, cartonné, 4 fr.
- La Peinture anglaise, par Ernest Chesneau. 1 vol in-4° anglais de la Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts, avec de nombreuses gravures dans le texte.— Paris, A. Quantin. Prix, cartonné, 4 fr.
- La Gravure, par le vicomte Henri df, La borde. 1 vol. in-4° anglais de la Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts, avec de nombreuses gravures dans le texte. — Paris, A. Quantin. Prix, cartonné, 4 fr.
- Les procédés de la gravure, par Alfred de Lostalot.
- 1 vol. in-4° anglais de la Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts, avec de nombreuses gravures dans le texte. — Paris, A. Quantin. Prix, cartonné, 4 fr.
- Ministère des Postes et des Télégraphes.— Congrès international des Électriciens. Paris, 1881. Comptes rendus des travaux. 1 vol. gr. in-8°. Paris, G. Masson, 1882.
- Notions d'agriculture et d'horticulture, par J. A. Bar-ral et II. Sagnier. Cours élémentaire. Premières leçons dans le jardin de l’école. 1 petit vol. in-18 avec 93 figures dans le texte. Paris, Hachette et Cie. Prix, 0 fr. 60.
- Les Téléphones usuels. — Transmetteurs et récepteurs, par Ch. Mourlon. 1 broch. in-8° avec ligures et planches descriptives. Bruxelles, Lebègue et Cie, 46, rue de la Madeleine.
- Guide dans la Collection de météorites du Muséum d’Histoire naturelle. 1 broch. in-8°. Paris, G. Masson, 1882.
- L’ALUMINIUM
- Si l’on en croit une nouvelle récente qui nous parvient par les journaux anglais, un inventeur heureux aurait découvert un nouveau procédé permettant de fabriquer l’aluminium à un prix dix fois inférieur au prix actuel. Si le fait est vrai, le prix de l’aluminium qui est aujourd’hui d’environ 25 francs le kilogramme, tomberait aussitôt à
- 2 fr. 50, ce qui lui assurerait en peu de temps un nombre immense d’applications nouvelles que son prix élevé avait seul empêché jusqu’ici de se produire. Pour le montrer, il suffira de rappeler avec l'Engineering, les qualités principales de ce métal. On sait que l’aluminium est le plus léger des métaux, sa densité ne dépasse pas 2,5, soit à peu près le tiers de celle du fer, il est peu oxydable et fond à 701 °; il prend un beau poli intermédiaire entre celui de l’argent et du platine et il peut être fondu, forgé, tourné, tréfilé, allié à bon nombre de métaux, et battu en feuilles très minces. On peut le souder avec une soudure spéciale composée de zinc, de cuivre et d’aluminium en proportions variables.
- Le bronze d’aluminium a déjà reçu bon nombre d’application ; sa dureté est plus grande que celle de l’or monnayé et il peut se travailler facilement au marteau.
- La conductibilité thermique de l’aluminium est environ les deux tiers de celle de l’argent et sa chaleur spécifique 0,21.
- Son coefficient de dilatation linéaire est aussi très faible,
- 0,000022.
- Au point de vue électrique, l’aluminium est huit fois plus conducteur que le fer, sa conductibilité est égale à 51,3; celle du cuivre étant égale à 100. Cette propriété permettrait de faire, à conductibilité égale, des bobines plus légères qu’avec toute autre matière, ce qui est à considérer dans certaines applications où l’on a besoin de bobines mobiles et légères.
- L’aluminium n’est pas attaqué par l’acide sulfurique concentré, à froid ou à chaud, mais l’acide chlorhydrique
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- et les lessives de potasse et de soude le dissolvent rapidement
- L’aluminium ne s’amalgame pas, mais allié à l’étain, il forme un métal dur et ductible capable de remplacer l’argent allemand dans bon nombre d’objets actuellement fabriqués avec ce métal.
- On voit par ces quelques renseignements que les propriétés de l’aluminium lui assurent un grand avenir si l’inventeur lient les promesses qui doivent abaisser le prix de l’aluminium au point d’en rendre l’emploi véritablement industriel.
- FABRICATION DES ROUES DE WAGONS
- EN PAPIER COMPRIMÉ
- MM. Adt frères, de Pont-à-Mousson, viennent d'entreprendre la fabrication des roues de wagons à centre en papier comprimé, auxquelles ils attribuent les qualités nouvelles suivantes : 1° de débarrasser les trains de la poussière soulevée pendant la marche; 2° de rendre les voitures absolument silencieuses et stables et de diminuer l’usure des bandages dans une proportion considérable.
- Disons d’abord qu’il y a plus de trente années que l’on a eu l’idée de donner un centre plein aux roues des wagons de chemin de lcr, et l’on s’est contenté tout d'abord de placer contre les rais, des plateaux en bois reliés entre eux au moyen de fortes ligatures en fil de fer. Un double motif conduisait à ce perfectionnement : d’une part le désir de réduire en partie le bruit des véhicules en assourdissant les organes roulants : d’autre part et surtout, on se proposait de dévier les torrents de poussière qui accompagent. les trains, s’abattent sur les quais et remontent le long des voitures au moment (le l’arrêt, lorsque ces dernières sont munies de roues évidées; car cette poussière outre qu’elle incommode les voyageurs, s’introduit dans les boîtes à graisse des essieux et cause des grippements et des chauffages. Lorsque, au contraire, toutes les roues d’un train sont à centre plein, elles constituent, malgré les intervalles existants de l’une à l’autre, une sorte de couloir au-dessous du train dans lequel, en vertu de la marche, s’établit un fort courant d’air qui entraîne la poussière soulevée et la projette en arrière.
- L’avantage des roues à centre plein sur les roues évidées étant reconnu et constaté, on s’est alors préoccupé de réaliser ce remplissage en formant le centre des roues de panneaux en bois reliés aux bandages au moyen de deux cercles d’arrêt en métal à agrafes offrant toute sécurité contre la projection des éclats de bandage en cas de rupture; les centres en bois sont également maintenus solidement en place dans les moyeux, et on peut dire que le montage de ces sortes de roues ne laisse aujourd’hui rien à désirer ; aussi les chemins de fer anglais notamment n’en emploient-ils pas d’autre.
- Mais le bois, par sa nature même, n’est pas sans
- inconvénients ; par suite des alternatives des temps de sécheresse prolongée et d’humidité, l’eau s’introduit, par capillarité, dans les parties des secteurs qui se trouvent en contact avec du métal, surtout vers le moyeu où la détérioration commence et arrive assez rapidement jusqu’à la rupture.
- On s’est proposé alors de faire usage d’une matière autre que le bois. Le métal étant considéré comme trop sonore, le papier a été proposé et aussitôt essayé en Amérique, le pays du progrès à outrance. De son côté la maison Adt frères de Pont-à-Mousson a déjà mis en service sur des lignes de chemin de fer allemandes quatre cents véhicules munis de roues en carton comprimé de sa fabrication ; dernièrement enfin la Direction des chemins de fer de Berlin-Anhalt en a fait une commande importante à l’usine F. Krupp, à Essen.
- La tentative est donc toute récente en Europe, et il est à espérer que les Compagnies françaises, qui font usage des roues à centre plein en bois, mettront un jour à l’essai cette nouvelle matière qui est jusqu’à présent pour nous à l’état d’objet de curiosité, et qu’elles voudront bien entreprendre des expériences comparatives entre le bois et le carton comprimé placés dans des conditions identiques pour établir sur leurs résistances relatives à la flexion et à la rupture les indications qui permettront de juger la question en toute connaissance de cause.
- Nous nous bornerons à donner dans cet article quelques renseignements sur la fabrication des roues de papier en Amérique : nous y joignons deux croquis qui nous ont été communiqués par MM. Adt frères.
- Le premier (fig. 1) représente le montage d’une roue en carton comprimé. Le disque en carton engagé dans le moyeu en fonte évidé est maintenu de part et d’autre par un disque en fer boulonné qui, de même que dans les roues en bois, empêcherait la projection des éclats en cas de rupture. Ce modèle est bien étudié et paraît propre à donner de bons résultats en service.
- Le second dessin (fig. 2) donne le profil du bandage d’une roue à âme pleine, en carton comprimé, après un parcours de 41913 kilomètres : l’usure constatée n’est que de 0m,00H, ce qui est évidemment faible. Les constructeurs, partant de ce fait, concluent à nne diminution d usure provenant de l’emploi du carton, plus élastique à leur avis que le bois. C’est, nous le répétons, un point qui demande à être élucidé de nouveau par de sérieuses expériences.
- Voici, d’ailleurs, quelques renseignements sur la fabrication des roues de wagon en papier, en Amérique, dans les usines de la Allen Paper car Wheel Company.
- Le carton employé est du carton de paille : on le découpe en disques ayant, suivant les Compagnies auxquelles les roues sont destinées, 0m,65, 0m,80 ou lm,05 de diamètre. Ces disques sont enduits à la main de colle de pâte, puis superposés les uns
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- aux autres jusqu’à atteindre une épaisseur de 0m,90 à lul,20, et enfin soumis à la presse hydraulique, à une pression de 650 tonnes pendant trois heures ; leur épaisseur est ramenée au J/10, soit 0in,090 à 0m, 120 par celte opération. On les l'ait alors sécher à l’étuve jusqu’à dessiccation complète, pendant six semaines environ, à la température de 50° C. Leur épaisseur diminue encore : on la rétablit par la superposition de nouveaux disques collés et pressés par-dessus. Un plateau de dimension voulue subit ainsi, en général, trois pressions et six semaines de dessiccation à l’étuve.
- Une roue de 0m,65 de diamètre est formée moyennement par la superposition de 100 feuilles de carton; une rouede lm, 05 en comprend 117.
- Le bloc de carton ainsi obtenu et reconnu bien sec est tourné au diamètre voulu, peint au minium de fer à deux couches, puis forcé à froid dans son bandage sous une pression de 400 à 450 kilogrammes par centimètre carré. On pratique ensuite au centre un trou pour le moyeu, que l’on y engage également sous pression. La surface extérieure du moyeu est cylindrique dans ce système de montage, et le disque en carton vient directement s’appliquer contre sa surface.
- Dans la fabrication de MM. Adt, le disque de carton vient s’engager, au contraire, dans le moyeu, lequel porte une sorte de gorge, comme l’indique notre dessin (fîg. 1). Cette disposition est préférable, mais elle exige le montage du plateau do la roue par secteurs. Dans l’un et l’autre système nous retrouvons les cercles d’arrêt à agrafe boulonnés contre chaque face du plateau afin' d’en empêcher les éclats.
- Le poids d’une roue en carton de lm,05de diamètre est d’environ 424 kilogrammes; il peut se décomposer ainsi qu’il suit :
- Papier
- Bandage en acier . . 209 —
- Plaques de coté en fer. . 52 —
- Moyeu en fonte 75 —
- Boulons 19 —
- Total............... 424 kilogrammes.
- Son prix est, en Amérique, cinq fois environ supérieur à celui d’une roue en fer de mêmes dimensions et le constructeur prétend que cette différence est largement compensée par une longueur de parcours cinq fois supérieure et par ce fait que la présence du papier comprimé assure la bonne marche des trains et la conservation du matériel.
- Sur ce dernier point nous ne suivrons pas l’inventeur, car si la bonne construction des roues des
- wagons est un précieux élément pour assurer la stabilité des véhicules, elle n’est pas la seule qui entre en compte. M. Bricognc, Déminent ingénieur et inspecteur principal au chemin de fer du Nord, a démontré par une longue pratique et par de très nombreuses expériences1, qu’au point de vue mécanique la stabilité des voitures et la douceur du roulement sont indépendants de la matière qui entre dans la construction des roues et qu’il faut, pour assurer au public le confortable auquel il a droit, et pour parer aux dérangements de tout genre et même, dans certains cas, au déraillement qui peut provenir d’un fort mouvement de lacet, que non seulement les roues soient bien construites, mais surtout que les essieux soient montés rigoureusement parallèles entre eux sous la voiture, puis que la suspension soit étudiée en raison du poids de la voiture, de la vitesse des trains dans lesquels elle est incorporée et de l’état de la voie que l’on a à parcourir. Car, d’après M. Bricogne, il n’y a pas, à proprement parler, de mauvais matériel, mais seulement des voitures mal montées, et il prouve par la construction de son matériel que, pour obtenir des voitures douces, silencieuses et stables, il est inutile d’avoir recours à des constructions spéciales, et que la simple rectification du montage suffit dans la plupart des cas2.
- Max de Nansouty,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
- 1 Voir Armengaud, Publication industrielle des machines, XXVe volume.
- 8 Yoy. le Génie civil.
- Fig. 1. — Montage d’une roue de wagon en papier comprimé.
- Wagons de voyageurs K.S.E. C.277 du 4 Juillet 1881 au ?3 Mars 1882 41.913 Kilomètres-Distance des essieux. ..V?80 Tare..................-......10-950
- Fig. 2. — Profil du bandage d’une roue à âme pleine en carton comprimé.
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- LA NA TU HE
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- LES JOUETS MÉCANIQUES
- Trois choses peuvent distraire l’enfant et l’intéresser : la forme, le mouvement et le bruit. La
- forme est sans contredit ce qui l'amuse le moins ; un jouet inanimé peut surprendre quelquefois l’enfant par sa grandeur ou sa bizarrerie, l’effrayer même, mais elle ne le distrait pas autant, à beaucoup près, qu’un jouet mouvant et surtout bruyant.
- Fig. 1 à 6. — Quelques jouets mécaniques du premier Jour de l’An 1885.
- Ainsi s’explique le succès des jouets mécaniques et acoustiques, la palme étant réservée à ceux qui réunissent à la fois les deux qualités et constituent ce qu’on pourrait appeler des jouets mécanico-acoustiques.
- Il convient enfin de faire la part aux instincts de destruction — dans l’intérêt des parents — en ne
- mettant entre les mains des enfants que des jouets simples et économiques, tels que ceux que nous représentons ici et qu’il sera facile de se procurer dans tous les bazars.
- Parlons d’abord dts jouets silencieux. Le plus simple et le plus économique est le petit sauteur représenté figure 4. Bien qu’il n’ait qu’une jambe, sa
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- LA NATURE.
- légèreté défie celle de tous les clowns passés, présents et futurs, car il saute de 6 à 8 fois sa hauteur. Ce résultat est obtenu à l’aide d’un ressort en spirale dissimulé dans le corps du bonhomme; en pressant sur le jouet posé sur une table dans sa position verticale, le ressort se comprime sous l’action de la jambe unique qui lui rentre dans le corps; en lâchant le tout, la détente du ressort projette le bonhomme à 60 centimètres de hauteur.
- C’est encore un clown que représente la figure 3 ; ses formes sveltes et élancées indiquent une souplesse qui n’a d’égale que la hardiesse et la désinvolture avec lesquelles il exécute les cabrioles les plus périlleuses et les plus inattendues avec un calme grimaçant de l’effet le plus comique.
- Le mécanisme en est des plus simples : une chaîne en fil de fer formée d’un certain nombre de maillons et présentant une certaine analogie avec une chaîne d’arpenteur, constitue la corde raide sur laquelle Jocko exécute ses performances : ses deux mains sont solidement fixées sur le maillon du milieu de la chaîne dont une des extrémités se fixe sur un bouton de porte et dont l’autre se termine par une petite manivelle que l’opérateur, Deus ex machina, manœuvre à son gré, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, plus ou moins rapidement, s’arrêtant brusquement quelquefois, ce qui fait varier les positions et les évolutions de Jocko de la façon la plus plaisante.
- La figure 6 représente un jeune mousquetaire descendant lentement et par petites saccades d’une corde lisse : l’explication du système est ici beaucoup moins facile que le jouet n’est simple.
- Le petit bonhomme porte fixé sur sa poitrine un petit fil de fer enroulé en spirale serrée, à l’intérieur de laquelle passe une ficelle tendue verticalement entre les deux mains de l’opérateur.
- Le poids du mannequin tend à coincer le bonhomme sur la ficelle, tandis que l’élasticité de la spirale tend à le redresser à chaque coincement ; ces deux actions antagonistes successives produisent une série de glissements et de coincements élémentaires qui donnent à la descente du bonhomme une allure lente et saccadée.
- Yoici maintenant d’autres jouets fondés sur le ménisque des gaz. Le plus simple est le moulin à un sou (fig. 5). En soufflant dans l’embouchure on produit la rotation d’un moulin à palettes qui actionne à son tour un bonhomme articulé qui a l'air de faire tourner la manivelle, bien qu’en réalité ce soit la manivelle qui le fasse tourner; enfin le même souffle actionne un petit sifflet placé à l’arrière du socle de la machine. La roue, la manivelle, le bonhomme, le socle et le sifflet pour un sou, avouez que c’est là beaucoup de mécanisme et beaucoup de bruit pour peu d’argent.
- Nous préférons, et de beaucoup, les braves pompiers de la figure 1 ; voyez avec quelle conviction ils actionnent leur appareil. Le mécanisme en est aussi très simple; l’un des côtés du levier, celui de
- droite, est lesté de manière à toujours retomber lorsque aucune action ne le sollicite, il porte une petite tige verticale à laquelle est fixé un piston disposé dans un cylindre relié lui-même à une poire en caoutchouc. En pressant cette poire, le piston est soulevé et le pompier de droite se redresse, tandis que le pompier de gauche s’abaisse; en cessant de presser, les choses reviennent à l’état primitif, et ainsi de suite. Le jouet est parfaitement réussi et charmant, mais il est silencieux. Aussi croyons-nous devoir terminer notre revue enfantine par un jouet qui constitue l’idéal rêvé — par les enfants bien entendu. — Ce jouet, qui nous vient du Nouveau Monde, s’appelle Y American songster (le chanteur américain). Il se compose d’un sifflet dont le tuyau se prolonge dans un réservoir de forme ovoïde placé à la partie inférieure du jouet. Ce réservoir est surmonté d’une tige creuse et d’un perchoir sur lequel se trouve un petit oiseau aux couleurs les plus vives, mais qui trouverait difficilement sa place dans une classification d’histoire naturelle.
- On commence par mettre de l’eau dans le réservoir ovoïde jusqu’à la moitié environ de sa hauteur, puis, tenant le système vertical, on souffle avec plus ou moins de force dans le sifflet à l’aide d'un tuyau en caoutchouc terminé par un tube métallique qui sert d’embouchure.
- Suivant la force du souffle et ses graduations, le sifflet fournit des modulations variées à l’infini qui, avec un peu de bonne volonté, imitent le chant de bon nombre d’oiseaux ; le souffle agit aussi sur un piston qui, par l’intermédiaire d’une petite tige dissimulée dans le tube vertical, actionne l’oiseau à chaque pulsation, lui fait ouvrir le bec et baisser la queue et lui communique ainsi quelque apparence de vie, jusqu’à ce que les parents, agacés par le sifflet persistant de l’oiseau, le relèguent au fond d’une armoire inaccessible.
- Dr Z....
- CHRONIQUE
- Conférences de la Sorbonne.— Le Conseil de l’Association scientifique de France a décidé que les Conférences du soir commenceront le samedi 13 janvier prochain et se termineront le jeudi 19 avril. Elles auront lieu, comme les années précédentes, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, à huit heures et demie du soir, dans l’ordre suivant :
- Samedi 15 janvier. — 1° M. Edmond Perrier, professeur au Muséum d’ilistoire naturelle : La vie sociale chez les animaux; son rôle dans le perfectionnement des organismes.
- Samedi 20 janvier. — 2° M. Georges Perrot, membre de l’Institut : La sculpture en Chaldée et en Assyrie.
- Samedi 27 janvier. — 3" M. le Ür Ilamv, conservateur du Musée ethnographique du Trocadéro : L"ethnologie dans les monuments égyptiensi
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- LA NATURE.
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- Samedi 3 février. — 4“ AI. Clermont Gauneau, directeur adjoint de l’École des Hautes Études : Les origines de l'imagerie phénicienne et son influence sur l'Art et la Mythologie grecques.
- Samedi 10 février. — 5° M. Wolf, astronome à l’Observatoire de Paris : Les méthodes en Astronomie physique.
- Samedi 17 février. — 6° M. Berger, auxiliaire de l’Académie des inscriptions : Les inscriptions sémitiques et l'Histoire.
- Samedi 24 février. — M. Faye, membre de l’Institut : Le Soleil; sa constitution physique.
- Samedi 5 mars. — 7° M. Gaston Tissandier, directeur du Journal La Nature : Les progrès récents dans l'art de diriger les ballons.
- Samedi 10 mars. — 8° M. Oustalet, docteur ès sciences, aide-naturaliste au Muséum d’Ilisloire naturelle : L'architecture des oiseaux.
- Samedi 17 mars. — 9° M. Dieulafait, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille : Origine et mode de formation des minerais métallifères.
- Séauce générale annuelle du jeudi 29 mars. —• 10° M. Renan, membre de l’Institut : L'Islamisme et la Science.
- Jeudi 5 avril. — 11° M. Ferdinend Brunetière : Le naturalisme au xvii' siècle
- Jeudi 12 avril. — 12° M. Laurent de Rillé, inspecteur général de cbant : La musique de l'avenir. Démonstration vocale par Mlle Volscy.
- Jeudi 19 avril. — 15° M. le IV Chervin, directeur de l’Institution des bègues : Sur les défauts de prononciation et leur traitement.
- Les cartes sont délivrées par M. E. Cottin au secrétariat de la F’aculté des Sciences, à la Sorbonne, escalier 5. Tous les jours de 1 heure à 4 heures.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 décembre 1882.
- Passage de Vénus. — Dès maintenant l’Académie est en possession de bonnes nouvelles provenant de toutes les expéditions, et même M. Tisserant, retour de la Martinique, siège aujourd’hui parmi ses confrères. On sait que cette mission a été l’une des moins favorisées, le temps ayant été couvert, sauf pour l’observation du second contact. Mais celui-ci a été fait dans des conditions d’excellence exceptionnelles. Trois observateurs ont obtenu rigoureusement les mêmes résultats.
- A l’inverse, M. le colonel Perrier a été tout particulièrement favorisé en Floride, et c’est ce que nos lecteurs savent déjà. Mais ce qui résulte du rapport parvenu aujourd’hui même, c’est que M. Perrier a bénéficié d’une chance toute comparable à celle que M. Mouchez a eue à l’ile de Saint-Paul. Pendant la fin du mois de novembre, le ciel avait été parfaitement serein, et le mois de décembre commençait sous les meilleurs auspices. Le Signal Service des États-Unis adressait chaque jour l’annonce du temps probable pour le lendemain et l’expérience montra que ces prévisions ont toujours été parfaitement vérifiées. Or, après avoir, le 5 et le 4 décembre, promis le beau temps, la dépêche, le 5, faisait pressentir un changement météorologique, et le ciel, efi effet, devenait nuageux. Le 6, à midi, au milieu du passage, la note quotidienne portail : « Le ciel sera particulièrement cou-
- vert aujourd’hui en Floride. » Et en effet l’horizon était de plus en plus menaçant. On conçoit l’anxiété des observateurs. Toutes les observations, comme on sait, se firent le mieux du inonde, mais trois quarts d’heure après le dernier contact, les nuages s'amoncelèrent, la pluie se mit à tomber et depuis ce moment jusqu’à la date du Rapport, c’est-à-dire durant quatre jours, la tempête ne discontinua pas.
- Dans les diverses expéditions on se félicite unanimement de l’emploi des équatoriaux de 6 pouces et de 8 pouces, dans lesquels on n’a aperçu aucune trace de ces illusions procurées par les appareils moins puissants et qui, connues sous le nom de goutte, consistent dans une sorte de pont obscur qui rattache la circonférence du soleil à la circonférence de la planète et s’oppose à toute précision dans l’observation des contacts. Les nations étrangères qui se fondant sur les difficultés des transports, ont tenu à se restreindre à de petits instruments, seront sans doute unanimes pour reconnaître combien nous avons été mieux inspiré qu’elles en cette circonstance.
- La mission du cap Horn. — C’est avec beaucoup de satisfaction qu’on reçoit d’excellentes nouvelles de la mission météorologique de la baie Orange. Dès le 26 septembre, les observations magnétiques y commencèrent d’une manière tout à fait régulière et les physiciens s’installèrent à souhait dans les habitations sur pilotis. Les conditions climatériques sont excellentes; jusqu’au 24 octobre on n’avait jamais eu moins de zéro degré thermométrique, et plusieurs fois on avait joui de lfi degrés. 11 pleut tous les jours, mais il y a des éclaircies. Les approvisionnements, qu’on jugeait devoir être difficiles, sont si commodes que le capitaine Martial, commandant de la Romanche, considère comme inutile d’aller se ravitailler à Montevideo et pourra consacrer beaucoup plus de temps qu’on n’avait espéré à ses études d’hydrographie et d’histoire naturelle.
- Il parait qu’au cap Ilorn nos compatriotes sont l’objet de la part des naturels d’une curiosité analogue à celle qui nous a récemment attirés nous-mêmes vers les F’ué-giens du Jardin d’Acclimatation. Il en résulte quelque gêne, mais on en a retiré aussi des avantages; par exemple un des habitants sachant l’anglais a pu donner de précieux détails sur le pays. M. Yriarte, chargé spécialement d’études géologiques, constate que la côte est formée surtout d’un schiste noir, siliceux, azoïque et probablement ancien; — à peu de distance du rivage on observe de nombreuses stries glaciaires et beaucoup de blocs erratiques.
- Lé fer d'Atacama. —11 résulte d’une expérience, que le météorite d’Atacama (Bolivie) souvent confondu avec le fer de Pallas dans un même type lithologique, en diffère profondément. Sa portion pierreuse, renfermée en fragments anguleux dans les mailles d’un réseau métallique, consiste non pas en péridot pur, mais en un mélange de péridot, avec le pyroxène, l’anorthite, la schrcibcrite, la pyrrhotine et la chromite. J’ai pu dans un échantillon doser ces différents minéraux.
- Élection. — La mort de M. Wœhler ayant laissé vide une place d’associé étranger, M. Bunsen est appelé à lui succéder par 30 suffrages contre 7 donnés àM. Van Bene-den, 4 à M. SNordenskiold, 1 à M. Adams et 1 à M. llooker ; il y a eu 3 billets blancs. La liste de présentation, où M. Bunsen figurait seul en première ligne, portait en seconde ligne beaucoup d’autres noms, tels que ceux
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- LA NATURE.
- de MM. Clausius, Ifelmholtz, Plateau et AVeierstrass.
- Le Caulaster pedunculatum. — C’est le nom d’un curieux animal décrit par M. le professeur Edmond Perrier dans un mémoire présenté par M. Milne Edwards. Cet échinoderme, ramené par le Travailleur des abîmes de l’Atlantique, entre 1900 et 2500 mètres, présente ce caractère puissamment intéressant de rattacher les Crinoïdes aux Stelléridées. Les premiers, abondants surtout aux premières époques géologiques, consistent en une longue tige multiarliculée à l’extrémité de laquelle s’étalent de longs bras dont l’ensemble est comparable à une fleur. Les étoiles de mer sont comme cette fleur dépourvue de tige. Or le Caulaster est une astérie présentant sur sa face dorsale une tige relativement courte, mais qui a tous les caractères essentiels de celle des Crinoïdes. Jusqu’ici on ne sait rien des mœurs de ce nouvel échinoderme; on ignore s’il est fixé, si son pédoncule disparait à une certaine époque de la vie : ce
- sont là des découvertes promises à des recherches ultérieures.
- Nouvel anesthésique. — D’après M. Hrown-Sequart, l’anesthésie est produite par un jet d’acide carbonique venant frapper le larynx. Mais le résultat est produit non par une action sur le sang, mais par l’irritation périphérique des nerfs. On s’en assure en coupant d’abord certains filets nerveux et en constatant que les régions qu’ils desservent ne sont point insensibilisées ; puis en les coupant tous et en reconnaissant alors qu’aucune anesthésie ne se manifeste.
- Varia. — M. Leeoq de Boisbaudran étudie la séparation du gallium d’avec l’or, le platine et le palladium. — La structure du corps muqueux de Malpighi occupe M. Ranvier. — Une suite à ses recherches sur le maïs est adressée par M. Leplav. — D’après M. Isambert, la vapeur du sulfhydrate d’ammoniaque est simplement formée d’un mélange d’hydrogène sulfuré et d’ammoniaque. — M. Fave
- La médaihc commémorative de l’Exposition d Électricité en 1881. — Face et revers.
- répond aux objections faites par M. Young (de New-Jersey) à sa théorie cyclonique des taches solaires. — M. Robin étudie l’embryogénie des Chéiroptères de la famille des Phyllostomées.
- Stanislas Meunier.
- LA. MÉDAILLE COMMÉMORATIVE
- DE l’exposition d’ÉLECTIIICITÉ DE 1881
- La Nature a longuement parlé de l’Exposition d’Électricité qui a eu lieu à Paris, il y a deux ans; elle a entretenu ses lecteurs des merveilles qu’on y a vues, des découvertes qu’on y a admirées, des progrès qui s’y sont trouvés réalisés et des appareils curieux que les constructeurs de toutes les nations civilisées y ont réunis. La médaille que nous reproduisons ci-dessus est destinée à perpétuer
- le souvenir de ce grand événement scientifique ; elle est offerte par le Ministère des Postes et des Télégraphes à tous ceux qui ont contribué au succès de l’Exposition d’Électricité; sa composition comme on peut le voir en est très élégante et très heureuse. La Science représentée sous la forme d’une déesse, allume à la foudre la torche avec laquelle elle répand la lumière dans le monde. Sur le revers de la médaille sont gravés les noms du Président de la République française, du Ministre des Postes et des Télégraphes et du commissaire général de l’Exposition de 1881. Le nom de celui à qui la médaille est offerte, est gravé en relief dans le cadre inférieur que nous avons laissé vide sur notre figure de droite.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandiër.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 0 J A N VIK K 1 88 3.
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- CARTE DU RELIEF DE LA FRANCE
- DRESSÉE PAR EUG- GUILLEMIN d’après la carte de l’état-major1
- En 1873, M. Eugène Guillemin, en signalant dans notre Revue, la récente publication par le Depot de la guerre de la carte du nivellement géné-
- ral delà France au 1 /800 000, indiquait quel heureux parti ne manquerait pas de tirer la cartographie de ce document mis à sa disposition. Cette supposition n’avait rien que de très logique. Le relief du sol, en toute contrée de quelque étendue, présente toujours une telle variété de forme, que sa représentation fidèle par le dessin, devait rester une impossibilité manifeste tant qu’on ne serait pas mis en possession de méthodes précises et de données
- Reproduction par l’héliogravure d’une partie de la (Chaîne des Pyrénées et
- exactes. La dissemblance si frappante qui existe entre des cartes de la même contrée dressées par des auteurs différents, tous cependant d’un mérite incontesté, témoigne suffisamment de ce fait. M. Guillemin avait donc bien raison de dire que la publication du Dépôt de la guerre donnant les courbes de niveau de 100 en 100 mètres venait combler cette lacune pour la France. Il est bien évident en effet que si l’on suppose le sol réduit au solide formé par l’ensemble des gradins correspondant à des
- 1 E. Bertaux, éditeur. Échelle, iji 000000.
- H* aîné*. — 1" semestre.
- carte du relief de la France de M. E. Guillemin régions du Sud-Ouest.)
- courbes de niveau également espacées' on obtient ainsi une figure qui approche bS5ïïcoup de la réalité, si d’ailleurs le nombre de ces courbes est suffisamment grand. Le dessinateur peut alors» à l ’aide de ces courbes, apprécier facilement le degré de rapidité des pentes qui les unit, et parlant» à l’aide d’un système d’ombres convenablement choisi, obtenir un effet de relief satisfaisant. La situation devenait donc incontestablement meilleure, et le progrès dans l’exécution des cartes devait s’ensuivre nécessairement.
- 11 existe cependant une difficulté ; la voici : le
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- LA N AT U HE.
- sa
- remplissage entre deux courbes par une teinte d intensité proportionnelle à la déclivité du terrain est le système le plus facile et par conséquent le plus généralement adopté dans le dessin de 1 orographie. Or ce procédé est basé sur l’hypothèse de l’éclairage du sol par la lumière zénithale, qui, on le sait, donne des résultats peu expressifs. Ce mode d’éclairage devra donc être rejeté dès qu’on se proposera de donner une image saisissante de la configuration du sol.
- * La question reste donc celle-ci : représenter par Je dessin le jeu de la lumière sur les faces diversement inclinées et orientées du solide dont nous avons parlé. 11 est facile de s’imaginer que dans ces conditions, le résultat soit très dépendant de la sûreté d’appréciation du dessinateur, qui doit non seulement être un calculateur, mais encore posséder un sentiment artistique très développé.
- Mieux que les cartes, les plans-reliefs ont permis de représenter avec exactitude les formes du terrain. Parmi les travaux très remarquables exécutés en ce genre, mentionnons les plans de places de guerre à l’Hôtel des Invalides et les plans des établissements maritimes de la France au Louvre. Ces travaux sont déjà anciens pour la plupart. Avec le secours des courbes de nivellement, les plans-reliefs peuvent s’exécuter très rapidement aujourd’hui et surtout avec une très grande exactitude. M. Bardin est, croyons-nous, celui qui a ouvert la voie. Nous citerons de lui les plans-reliefs du col du Mont-Cenis et des environs de Metz qui sont exécutés avec une rare perfection. Beaucoup depuis l’ont suivi, et nos dernières expositions (Congrès de géographie de 1875; Exposition Universelle de 1878) ont offert à la curiosité publique un certain nombre d’œuvres fort belles.
- Ces plans-reliefs ont un inconvénient cependant, celui d’être encombrants et peu transportables. Ils en ont un autre encore, c’est de se prêter difficilement à la représentation du sol à une petite échelle, la seule dont l’emploi soit possible pour des contrées de quelque étendue, telles que la France. La raison en est facile à saisir, si l’on réfléchit qu’à l’échelle de 1/1000000 les gradins d’un espacement de 100 mètres n’auraient qu’un dixième de millimètre d’épaisseur. Les constructeurs sont obligés dans ce cas d’exagérer considérablement cette épaisseur. Aussi, les contrées représentées de cette façon revêtent-elles, dans les parties montagneuses, des apparences fantastiques trop éloignées de la vérité et par conséquent propres à laisser dans l’esprit des notions fausses dont il est difficile de se débarrasser entièrement.
- M. Eugène Guillemin a cherché une combinaison qui lui permit de conserver les avantages du plan-relief tout en évitant ses inconvénients et voici celle qu’il a choisie. 11 a supposé l’existence d’un plan-relief de la France construit par gradins horizontaux espacés de 100 mètres en 100 mètres de hauteur et s’est proposé de faire le dessin de ce plan-relief
- idéal. Il a dans ce but établi une première carte au 1/800000 et l’a fait réduire par la photographie. Sur une épreuve de cette réduction, M. Guillemin a exécuté le travail donnant l’éclairage des gradins et leur ombre portée et propre dans sa pensée à donner à l’œil la sensation de relief que produirait un plan-relief véritable.
- La carte ainsi obtenue a servi à la production par la photogravure d’une planche sur cuivre en taille douce. Lès épreuves de cette gravure montrent que M. Guillemin ne s’est pas trompé dans ses prévisions, car le relief du terrain est très vivement accusé et se comprend admirablement bien. Les lignes d’ombre et de lumière se perdent à la distance de la vue distincte, permettant de saisir ainsi parfaitement le mouvement des masses du terrain. En se rapprochant un peu et mieux encore à la loupe, l’œil suit distinctement ces courbes de nivellement si ce n’est dans les parties trop abruptes ou leur confusion était inévitable et même nécessaire. L’effet du relief a donc été entièrement obtenu à l’aide de ces courbes et c’est là ce qui donne à ce travail un intérêt tout particulier. Cet effet résulte uniquement, du jeu de la lumière sur les tranchées horizontales du reliei supposé et de leur ombre portée.
- Les conséquences à tirer de la tentative très heureuse de M. Guillemin ont leur importance. On peut être bien certain ainsi, la méthode employée en est la garantie, qu’on n’a plus devant les yeux les formes conventionnelles acceptées depuis si longtemps dans l’enseignement de la géographie. Devant cette manifestation de l’état réel des choses et devant toutes celles de même nature qui se produisent, des conceptions plus exactes s'imposent. On doit renoncer à faire dépendre l’orographie de la planimétric des bassins et à supposer cette continuité de chaînes ou de collines qui en formeraient les ceintures. Les lignes de partage des eaux de ces bassins sont trop souvent vagues et indécises et sur la carte de l’Etat-major au 1/80000 le tracé des affluents les plus minuscules des fleuves et de leurs affluents principaux serait à peine suffisant pour les indiquer. 11 ne faut donc pas chercher de ligne de faîte prépondérante, de crête de séparation ; à plus forte raison aussi, doit-on proscrire des cartes ces chaînes isolées dont on a si longtemps fait un usage routinier sans s’enquérir de leur réalité. On devra au contraire reconnaître que le sol est constitué par des massifs d’importance diverse, aux bases généralement très larges, soudés ou séparés par des plaines et sillonnés par des crêtes, qui en forment pour ainsi dire la charpente.
- La description du sol basée sur des notions précises exigerait des développements d’une certaine étendue et ne serait point ici à sa place. Nous nous contenterons d’exprimer cette conviction que le travail de M. Guillemin est très expressif et exécuté avec une conscience qu’un examen attentif révélera sûrement. Ce travail est propre à rectifier bien des idées préconçues sur la géographie de la France et ne peut manquer d’intéresser vivement les
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- personnes qui elierchent la vérité dans ees elioses. Un lait qui vient d’ailleurs justifier du mérite de cette œuvre, est son admission au portefeuille des élèves de l’École Polytechnique.
- Les différents genres de gravure manuelle eussent été absolument incapables de reproduire le travail de M. Guillemin. Les circonvolutions infinies des courbes, la précision à observer, eussent rendu ce travail d’une difficulté et d’une longueur énormes. La photogravure seule pouvait en venir à bout. Nous avions déjà eu l’occasion de signaler à nos lecteurs les résultats étonnants auxquels on était arrivé, dans cet art d’invention si récente encore. Le spécimen qu’à cette occasion nous offrons à nos lecteurs, dans la gravure ci-contre, doit être cité comme un nouveau progrès accompli. 11 ne peut toutefois donner une idée exacte de la carte de M. Guillemin. Cette carte, en effet, résulte de l’impression sur planche en taille douce et l’on sait que ce moyen de reproduction, est encore celui qui permet d’obtenir le plus sûrement la délicatesse de tons aussi bien que la vigueur du trait.
- Gaston Tissandieu.
- ——
- LE FER PRÉSERVÉ DE LÀ ROUILLE
- Je viens de lire dans le Rio-News que le gouvernement brésilien vient de faire arrêter les travaux de construction du phare en charpente de ter que l’on élevait sur les récifs de Roccas. Cette résolution est fondée sur la propriété que le fer a de se rouiller lorsqu’il est exposé à l’action de l’air salin et de l’eau de mer. 11 est donc bien à propos d’appeler l’attention des ingénieurs sur la découverte récente d’un procédé ayant pour but d’empêcher l’oxydation du fer.
- Ce procédé est connu sous le nom de Procéd'é de Bower-Barff, et il est dû au professeur Barff, ainsi qu’à MM. Gorge et S.S. Bowcr.
- Beaucoup de moyens ont été employés pour combattre l’oxydation, tels que la galvanisation et l’usage de toute sorte de peinture : on peut cependant dire que l’on n'a obtenu par leur emploi qu’un succès relatif, surtout lorsque le métal se trouve soumis à l’influence d’un élément aussi puissant que l’air salin ou l’eau de mer.
- Il n’y a pas longtemps qu’un phare en fer situé sur les cotes de la Nouvelle-Angleterre a été détruit pendant une tempête : on attribue cette destruction à l’affaiblissement progressif du métal sous l’action de la rouille. Le procédé Bower-Barff employé contre la rouille a cependant pour principe la formation d’une sorte de rouille artificielle, que l’on obtient en constituant à la surface du métal une couche d’oxyde magnétique de fer. Comme tout le monde sait, l’oxyde magnétique de fer résiste à l’action atmosphérique.
- Le professeur Barff fit un grand nombre d’expériences qui n’eurent un vrai succès que dans le traitement du fer forgé, parce qu’il ne lui a pas été possible de former toujours une couche uniforme d’oxyde magnétique. Le procédé de M. Barff a été perfectionné par MM. Bovver, et «on mode d’emploi, tel qu’il a été usité depuis plus de deux ans avec un plein succès, est le suivant :
- Le fer à rendre inoxydable est placé dans une chambre
- de briques réfractaires à laquelle viennent aboutir une série de générateurs de gaz d’éclairage. Ce gaz mélangé avec de l’air chauffé à une très haute température, est, après sa combustion et à l’état d’acide carbonique, amené dans la chambre par des conduites. Là, et en présence d’une faible quantité d’air libre, il perd une partie de son oxygène au contact des pièces de fer chaudes.
- Il se forme alors sur la surface de celui-ci une couche d’oxyde magnétique de fer recouverte elle-même d’une autre couche très mince de sesqui-oxyde de fer. Cette opération dure une demi-heure environ. On peut en répétant l’opération obtenir une épaisseur d’oxvde quelconque. La parfaite protection de ce système provient de ce que la couche ainsi formée n’est pas écailleuse comme dans la galvanisation, dansla peinture, dans le vernis, etc.; elle fait, au contraire, corps avec le métal. Un corps étranger, fixé sur la surface métallique, ne porte aucun tort au procédé car l’oxydation se fait par-dessous lui tout comme si le fer eût été décapé *.
- X...
- PETITE TURBINE POUR HAUTE CHUTE
- DE M. BELL
- Nous avons déjà eu l’occasion de signaler ici les avantages que présentent les moteurs hydrauliques de petite puissance lorsqu’il s’agit de fournir de la force motrice à la petite industrie, dans certaines villes où l’eau est distribuée sous une pression assez grande et à un prix modéré.
- Supposons, pour fixer les idées, que nous disposions dans une ville d’une pression d’eau de 50 mètres et que le prix du mètre cube soit de 5 centimes, et estimons le prix que coûterait la force d’un homme (7,5 kilogrammètres ou 1/10 de cheval-vapeur) pendant 10 heures de travail continu, en faisant remarquer toutefois qu’un tourneur de roue serait impuissant à remplir estte dernière condition.
- En supposant que le moteur rende en travail net seulement cinquante pour cent du travail brut de la chute, le travail brut à dépenser pour 10 heures ou 5600 secondes serait :
- 7,5 X2 X 56 000 = 54 000 kilogrammètres.
- Et comme une pression de 50 mètres représente un travail brut disponible de 50 kilogrammètres par litre, il faudra :
- 540000
- 50
- — 27 000 litres.
- A raison de 5 centimes par mètre cube, le prix de revient serait de 1 fr. 55, soit en nombre rond
- 1 Rivista de Engenharia de Rio de Janeiro. Nons donnons la traduction de la notice que publie ce journal brésilien. Nous regrettons vivement que le curieux procédé dont il s’agit, soit décrit avec si peu de détails, le document que donne la Rivista de Engenharia n’est pas suffisamment explicite, mais il est de nature à fournir au lecteur d’utiles renseignements sur un procédé qui nous paraît très intéressant et à servir pent-être de base à des essais dans notre pays.
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- LA NAT U HE.
- 1 fr. 50, prix de beaucoup inférieur à eelui qu’on devrait payer à un tourneur de roue pour une somme de travail inférieure.
- Ce qui est vrai pour un dixième de cheval cesse de l’être pour une force de 1 cheval qui, à cause de la proportionnalité de la dépense au travail produit, coûterait près de 15 francs par journée de 10 heures; dans ce cas, un petit moteur à vapeur ou à gaz serait incomparablement plus économique.
- L’application des moteurs hydrauliques à une distribution de force motrice convient donc plus spécialement au cas de petites forces, de grandes chutes et d’eau à un prix peu élevé. Toutes ces conditions étant réunies dans certaines villes de la Suisse, il est tout naturel que les progrès réalisés dans les petits moteurs hydrauliques nous viennent surtout de ce pays.
- Ces petits moteurs se divisent en deux classes
- bien distinctes ; les moteurs-turbines et les moteurs à piston. Ces derniers ont un rendement plus élevé que les turbines, mais, par contre, ils présentent pour la plupart un grave inconvénient. Quel que soit le travail à exercer, le débit par tour est constant comme le volume du cylindre lui-même, car il faut que le cylindre de la machine à piston se remplisse exactement, la dépense d’eau ne pourrait donc varier qu’en faisant, varier la vitesse, condition exceptionnelle dans les usages industriels. Cet inconvénient compense, et bien au delà, le petit avantage résultant d’un meilleur rendement. Ajoutons aussi que l’emploi d’eaux impures oblige de soumettre les moteurs à piston à des réparations fréquentes.
- Les moteurs-turbines, au contraire, peuvent recevoir un vannage qui permet de proportionner à chaque instant la dépense d’eau au travail produit
- Fiçr. 3
- Fia. 2
- ...55 -, ...55-,
- : «»»ti
- Fig. 1 et 2. Coupe longitudinale et vue de lace de la turbine.
- tout en maintenant une vitesse constante, les organes sont aussi mieux disposés pour résister à l’action destructrice des eaux impures.
- Ces conditions sont remplies dans la petite turbine construite par M. Bell à Kriens (Suisse) et nous en reproduisons les principales dispositions d’après la Publication industrielle des machines de M. Armengaud père.
- On voit en se reportant aux figures que le système est une turbine à axe horizontal et à admission partielle : la roue mobile A est en bronze et de la même pièce que le croisillon A'. L’axe B en acier tourne dans deux supports D venus de fonte avec la plaque de fondation G qui se prolonge au delà du cône de transmission C pour l’emplacement du deuxième support non représenté sur la figure 1.
- Le conduit d’admission F, également en bronze, pénètre à l’intérieur de la roue mobile et se termine par le secteur 1 traversé par neuf orifices in-jecteurs a. L’ouverture de ces orifices est réglée par un secteur J rattaché à un levier de manœuvre
- Fig. 3. Détail, a, directrices; A, aubages de la roue mobile.
- K' par l’intermédiaire du bras K. Le levier K' se meut devant une graduation qui indique à chaque instant le nombre d’orifices ouverts, et fait connaître la dépense d’eau ainsi que le travail produit, suivant la pression dont on dispose et qui, pour ce modèle, varie entre 20 et 50 mètres. Une enveloppe circulaire en bronze H protège la roue mobile et empêche les projections d’eau. La figure 5 indique la forme des directrices a et des courbes A. Le diamètre intérieur de la turbine ne dépasse pas 20 centimètres et le diamètre extérieur 26. La largeur intérieure de la couronne mobile, tracée conformément au système Girard, est de 6 millimètres seulement, tandis qu’extérieurement l’évasement porte la largeur de cet aubage à 30 millimètres. Malgré ses faibles dimensions, cette turbine peut fournir avec une vitesse et une pression d’eau convenablement proportionnées, de 25 à 75 kilogrammètres par seconde, soit de 1/3 à 1 cheval-vapeur.
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- ANALYSE DU LAIT
- On évapore au bain-marie un certain volume de lait, mesuré avec une pipette graduée, le résidu sec, après avoir été pesé, est traité par l’éther (pii dissout les matières grasses; la dissolution est évaporée et pesée; la matière non dissoute est un mélange de lactose et de caséine; au moyen de l’eau, on dissout la lactose et on recueille la caséine sur un filtre taré; cette dernière substance est pesée à son tour, après dessiccation à l’étuve. Je me suis servi de ce procédé pour l’analyse du lait d’ânesse; sauf quelques modifications de détail, c’est celui qu’on emploie pour l’examen des nombreux échantillons de Lait de vache prélevés par l’Administration sur le marché de Paris. Cet examen a pour but de garantir le consommateur contre les fraudes si fréquentes dont cette denrée alimentaire est l’objet.
- Parmi ces fraudes, la plus usitée est celle qui consiste à mouiller le lait par l’addition d’une quantité d’eau plus ou moins considérable; le poids du résidu laissé par la dessiccation au bain-marie suffit, dans la plupart des cas, pour établir ce mode de tromperie.
- On procède de la manière suivante : la densité du lait, prise au moyen du lacto-densimètre, donne un premier renseignement qui met sur la voie de la falsification ; on en prélève, au moyen d’une pipette graduée, 10 centimètres cubes qu’on évapore à siccité au bain-marie , dans une capsule de porcelaine à fond plat préalablement tarée et numérotée. Cette dessiccation exige quatre à cinq heures : avec un bain-marie comme celui qui est représenté par la figure 1, on dessèche à la fois neuf échantillons de lait.
- Après avoir constaté que la dessiccation est complète, deux pesées successives ayant accusé le même poids, on conserve ce résidu jusqu’au lendemain. Son traitement par l'éther n’est pas immédiat, parce que la matière se détache, lorsqu’elle est bien sèche, en écailles qu'il est difficile de diviser sans perte ; du jour au lendemain, elle devient moins cassante en absorbant un peu d’eau ; placé dans un
- tube ouvert des deux bouts, étranglé à sa partie intérieure qui reçoit un tampon non serré de coton, ce résidu est lavé à trois reprises avec de l’éther contenant 10 pour 100 d’eau (fig. 2).
- Le liquide éthéré, reçu dans une capsule de porcelaine tarée, est abandonné à l’évaporation spontanée ; le beurre qui reste, après dessiccation à l’air ambiant puis au bain-marie, est pesé. On a, par différence, la lactose et la caséine.
- A l’aide de ces données, on apprécie la quantité d’eau qui, en cas de fraude, a été ajoutée au lait. On admet que le lait non frelaté doit renfermer, en moyennne, 87 d’eau et 15 de matière sèche. Pour connaître la quantité de lait normal et, par suite, la quantité d’eau ajoutée, soit, comme exemple, un échantillon ayant fourni 10 pour 100 de matière sèche : on a la proportion 15 : 100 :: 10 : x, x représentant le poids du lait normal, soit 76,9 ; le complément, 25,1, représente la quantité d’eau ajoutée. Au delà de la tolérance fixée par l’Administration, le lait est considéré comme ayant été frelaté et le marchand est poursuivi comme fraudeur.
- Pour rendre la dessiccation plus rapide et dans le but d’obtenir un résidu plus perméable à l’éther
- on a conseillé d’ajouter au lait une matière inerte, comme le plâtre, le sable, le sulfate de magnésie, etc. La substance qui paraît convenir le mieux est l’alumine pulvérulente qu’on obtient par la calcination de l’alun ammoniacal ; pour 10 c. c. de lait, on ajoute 2 grammes d’alumine.
- Le dosage de la lactose s’effectue sur le lait qu’on étend de deux fois son volume d’eau; il n’est pas utile d’en séparer préalablement les autres éléments ; on fait usage de la liqueur tartro-alcaline de cuivre qui, sous un volume déterminé, est décolorée par lè lait dilué qu’on verse au moyen de la burette graduée : cette liqueur a été préalablement titrée avec une dissolution de lactose renfermant 1/2 à 1 pour 100 de celte substance à l’état de pureté. Le polarimètre a été également employé pour le dosage de la lactose; mais les résultats que donne cet appareil ne sont pas exacts, le lait renfermant
- Fig. 2. — Appareil pour l’analyse du lait.
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- U NAITRE.
- d’autres matières ayant une action sur la lumière polarisée.
- La présence de l’amidon, dos huiles, etc., se reconnaît à l’aide du microscope. Los matières minérales qu’on ajoute, soit pour augmenter la densité, soit pour assurer au lait une conservation plus longue, sont déterminées en évaporant à siecité 25 c. c. et en pesant les cendres : 100 de lait normal fournissent 0,4 à 0,8 de cendres grisâtres.
- Le lait, qu’on consomme en si grande quantité dans les grands centres de population, est l’objet de nombreuses manipulations. A Paris, la plus grande partie de cet aliment vient des environs de la grande ville et des localités placées sur les lignes de chemins de fer, dans un rayon de 80 à 100 kilomètres ; la Normandie et la Brie sont les deux régions qui en fournissent le plus ; il existe en outre, dans l’intérieur de Paris, un certain nombre de vacheries qui, en raison de la mauvaise nourrriture des bêtes, donnent, pour la plupart, un lait pauvre et de médiocre qualité.
- Le lait de provenance extérieure, dit M. Pabst, auquel on doit un travail intéressant sur les falsifications du lait à Paris, est rarement mouillé : Userait inutile, en effet, de payer le transport de l’eau ajoutée. Mais les falsificateurs qui, autrefois, se contentaient d’écrémer isolément le lait en remplaçant le beurre absent par de la farine, se sont aujourd’hui, pour obéir au progrès, organisés en associations qui travaillent chacune dans une région déterminée. Le producteur apporte son lait ; on J’écrème et on le mélange d’un quart ou d’un cinquième de lait artificiel ; puis on l’expédie à Paris chez un associé ou dépositaire qui l’étend d’eau et l’envoie chez les débitants.
- Ces manœuvres introduisent dans le lait des éléments étrangers à sa composition. Les produits employés dans ce but sont les huiles, les sulfo-Iéates, les malts moulus et la cervelle de mouton. Ce qui importe, en effet, c’est de rendre au lait l’opacité et la couleur jaunâtre qui étaient dues à la crème enlevée1.
- Les huiles, dont on fait un fréquent usage, s’émulsionnent bien dans le lait ; mais elles offrent l’inconvénient de former des gouttelettes à la surface du liquide, lorsqu’on le fait chauffer; l’acide sulfoléique, résidu de certaines opérations de la teinture du coton, fournit des émulsions plus stables. On emploie beaucoup aussi le lait concentré qu’on fabrique en Suisse en quantités énormes et qu’on obtient en évaporant le lait en consistance sirupeuse, après y avoir ajouté une assez grande quantité de sucre ordinaire; on l’ajoute au lait, après l’avoir redissous dans 5 à 4 fois son poids d’eau. On reconnaît cette addition à la présence de ce sucre dans le lait ainsi mélangé : la lactose réduit la liqueur tartro-alcaline de cuivre sur laquelle le sucre ordinaire n’exerce aucune action.
- 1 Pnb't, Les Falsifications du lait (Reçue d’hygiène et de police sanitaire, t. III, n° fi).
- Après interversion de celui-ci par un acide, son dosage, effectué par cette même liqueur, peut être déduit de celui de la lactose qu’on a exécuté préalablement et qui préexiste seule dans le lait normal 4.
- Ere. Peligot
- LA CONSERVATION ET LA DESSICCATION
- DES FRUITS
- De tout temps, l’homme a étudié l’art de conserver les aliments nécessaires à sa subsistance, mais c’est surtout en France que cet art a pris un développement considérable, particulièrement à Paris, à Nantes et à Bordeaux. Dans ces derniers temps, trois gran is centres de production, les États-Unis, le Brésil et l’Australie, ont fait des progrès sérieux dans la conservation des viandes et leurs exportations forment aujourd’hui un appoint important dans l’alimentation de l’Europe. Chez nous, pour ne parler que des produits purement horticoles et sans compter la consommation intérieure, l’exportation de nos fruits confits ou conservés par la méthode Appert s’est élevée, en 1881, à 3715445kilogrammes évalués à 10 095375 francs. Mais, par suite de la facilité des transports, le commerce et l’époque de vente des fruits sur les marchés du Nord se trouvent entièrement changés. Depuis l’ouverture du Saint-Gothard et par M. F0 Cirio, de Turin, l’Allemagne reçoit par jour trente à quarante wagons de fruits et de produits agricoles de l’Italie. A Londres, on promène et on vend dans les rues des ananas de Madère et des Florides au même prix que les pommes. De notre coté, tandis que dans la région parisienne nos raisins sont encore verts, nous en recevons du Midi en juillet, à des prix très abordables; la Kahylie est là toute prête à nous en fournir trois mois avant les nôtres. Quand nos transports seront perfectionnés, quand nos douanes et nos octrois seront simplifiés, notre alimentation d’hiver sera bien modifiée. De tous les marchés, le plus curieux est celui de la Nouvelle-Orléans, parce qu’on y voit les produits les plus opposés, ceux des Antilles, venus par bateaux à vapeur, et ceux du Nord, qui descendent en ligne droite par un fleuve de 800 lieues de cours, le tout vendu par des marchandes noires, blanches, cuivrées, de tous les pays d’alentour : leurs langues comme leurs produits donnent une idée de la Tour de Babel. Mais revenons à notre sujet.
- En outre des différentes méthodes d’ensilage, qui sont vieilles comme le monde, le sel, le fumage, le froid, l’enrobage, la cuisson, le vinaigre, la dessiccation, le sucre, l’eau-de-vie, les atmosphères artificielles, l’acide salicylique, on a tout préconisé
- 1 Voy. Traité de Chimie analytique appliquée, à l'agriculture (G. Masson, cJiteur).
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- LA NATIJM R.
- et employé, suivant les circonstances, pour assurer notre existence pendant les saisons rigoureuses ou les longs voyages maritimes. Dans ces dernières années, le froid surtout a attiré l’attention des industriels et l’on a vu récemment que, si l’on pouvait détruire les trichines par une cuisson convenable des viandes importées, on avait désormais une arme infaillible en soumettant ces viandes à un froid de — 20° à —40°; on avait aussi là un moyen de détruire les œufs des parasites qui existent dans les viandes crues dont on fait usage en médecine pour les anémiques, qui semblent les digérer plus facilement.
- Mais nous n’avons à nous occuper ici que d’hor-liculturo et c’est à peine si nous devons rappeler les divers procédés de chauffage des vins pour assurer leur conservation, ou les procédés de dessiccation des raisins, des dattes et des figues, que l’on emploie depuis longtemps en Orient et en Espagne. Aujourd’hui que nos récoltes nous manquent, nous sommes fort heureux de trouver les raisins secs
- Fig, 1, — Machine à peler et trancher les pommes.
- de la Turquie dont nous avons importé plus de 57 millions de kilogrammes en 1881. Nous en avons employé une partie à faire 4 millions d’hectolitres de vins à mélanger avec les nôtres. 11 en sera de même pour tous les autres fruits secs dont on étendra l’usage dans tous les. pays peu favorisés par le climat, comme nous le verrons tout à l’heure par les exportations dos États-Unis.
- Je ne parlerai pas ici des fruits conservés à l’état frais, ni des conditions que doit remplir un bon fruitier. Chacun croit avoir inventé un moyen merveilleux et inédit (il n’y a de nouveau que ce qui a été oublié), tandis que ce moyen n’est réellement efficace que s’il satisfait aux lois de la nature qu’on peut résumer en quelques mots et qu’on ne saurait trop répéter.
- Depuis le moment où le fruit se forme sur l’arbre, il passe par une série de transformations qui consistent d’abord, quand il est'à l’état vert, à décomposer l’acide carbonique et à dégager de l’oxygène comme les feuilles; quand il passe à la période de maturation, sa couleur se transforme suivant les espèces, surtout sur la face exposée au soleil. Il se
- produit dans ses cellules une combustion lente qui fait disparaître les acides pour faire place au principe sucré; ç’est à ce moment et en prenant certaines précautions bien connues aujourd’hui qu’il faut cueillir le fruit destiné à être conservé. C’est alors qu après l’avoir essuyé, il faut le mettre dans un milieu où il soit le plus possible à l’abri des trois agents de la végétation : la chaleur, la lumière et l’humidité. Trop d’humidité fait moisir les fruits; trop de sécheresse les ride ; trop de chaleur active la maturation ; trop de froid fait briser les cellules liquides et ôte aux fruits leur aspect et leur saveur ; mais tout cela a été répété cent fois. Nous nous bornerons aujourd’hui à décrire les procédés- de conservation usités aujourd’hui, sur une grande échelle, aux États-Unis.
- Là, comme ailleurs, on a d’abord eu recours à la dessiccation dans des fours ordinaires, puis aux fruitiers de tous genres, puis à un système d’évaporation rapide qui consiste à placer le fruit dans un courant d’air chaud pour lui enlever ses parties aqueuses sans lui ôter son goût ou son parfum spécial.
- La production fruitière est devenue aujourd’hui si considérable dans quelques Etats que, dans certaines années, les récoltes ne rapportent pas les frais de cueillette et d’emballage, surtout dans les pays éloignés des grands centres de consommation "où d exportation. A un [certain moment, septembre et octobre, tous les produits du sol sont d’une extrême abondance, puis deviennent très rares en mars et avril. On a beau le répéter, quand on plante, on ne s’occupe pas assez de l’époque de maturité des fruits, surtout des poires et des pommes dont l’usage à l’état frais peut s’étendre pendant huit a neuf mois.
- Dans certains districts de la Californie, comme ceux de San Francisco et de los Angeles, qui sont les plus productifs, on a recours, depuis quelques années, au procédé Appert et à l’emballage en boites métalliques qui gardent le fruit avec toute sa faveur et son apparence à l’état frais. Le produit se rapproche mieux du goût du consommateur européen, mais c’est un moyen trop dispendieux pour
- Fig. 2. — Autre machine à trancher et peler les pommes.
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- la grande masse do fruits dos Etats de l’intérieur. On ne peut employer, poxr ce procédé, que des fruits de premier choix; les produits ainsi préparés sont lourds et encombrants. Il faut en outre veiller soigneusement à l’étamage des boîtes métalliques
- et aux procédés de soudure dont les mauvais alliages ont de graves conséquences pour la santé. Quand il s’agit d’opérer rapidement sur des masses de produits destinés à la grande consommation, il est préférable d’avoir recours à la dessiccation ou à ce
- Fig. 3 et 4. — Séclioi
- qu’on nomme aux Etats-Unis l’évaporation. Ce procédé conserve aux fruits leur couleur naturelle, leur goût et presque leur saveur première; il crée sur le fruit une sorte d’enveloppe ou d’écorce artificielle qui emprisonne les principes sucrés comme le fait la nature dans les dattes et les raisins séchés au soleil dans leur enveloppe première. Pour utiliser les fruits évaporés, on n’a qu’à les plonger dans
- rs américains pour fruits.
- l’eau pendant quelques heures avant d’en opérer la cuisson comme on le fait pour les fruits frais. Le même moyen est employé sur une large échelle pour les légumes. Il a l’avantage d’utiliser les fruits de deuxième ou troisième choix, de pouvoir être appliqué en tous lieux, en toute saison, dans les climats du Nord, et d’opérer avec une très grande rapidité, tandis que la dessiccation au soleil ne
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- LA NATUUE.
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- peut se faire que lentement et seulement dans les climats méridionaux.
- De plus, dans les pays où la production des fruits et leur exportation jouent un grand rôle, il est inutile d’insister sur l’importance qu’il y a à réduire les produits à un très petit volume en leur ôtant 80 pour 100 d’eau pour en rendre le transport plus économique.
- C’est cette pensée qui avait guidé beaucoup de maisons fondées en France pour la fabrication des conserves à l’état sec de légumes découpés et comprimés pour l’usage de la marine ou des armées en campagne. Dans la Californie du Sud, on emploie sur une grande échelle pour les betteraves un procédé qui consiste à les couper mécaniquement en tranches de o ou 4 centimètres qu’on sèche au soleil pendant quelques heures : on diminue ainsi beaucoup leur poids pour Je transport et le rendement en sucre semble s’améliorer. Pour donner une idée de l’immensité de la production des conserves alimentaires, il me suffira de dire qu’à l’Exposition du Champ dealers, en 1878, il y avait plus de 1600 exposants, français et étrangers. Quant aux Etats-Unis, à leur Exposition internationale de Philadelphie, il y avait près de 60 000 assiettes de fruits de tout genre ; ils estiment leurs récoltes de pommes à 250 millions de francs, celle de pêches à 280 millions, celle de poires à 100 millions et la récolte totale de leurs vergers à 800 millions, c’est-à-dire à près de la moitié de la récolte du blé.
- Avant de dire en quoi consistent les évaporateurs américains, décrivons d’abord les diverses machines inventées chez eux pour peler, vider et trancher les pommes. Les figures 1 et 2 montrent les appareils qui sont le plus en usage. On arrive ainsi à préparer de 2 à 5 hectolitres par heure, et les résidus , c’est-à-dire les pelures et le cœur des fruits, sont vendus pour faire des gelées ou du cidre; on ne perd donc absolument rien par ces procédés et l’on n’expédie au loin ni les déchets ni les produits de peu de valeur. C’est seulement après avoir subi cette première opération que les pommes sont placées dans les évaporateurs.
- Parmi ces derniers, l’un des plus usités et des plus anciens, est l'appareil Alden qui a commencé à
- être connu en 1869 ; il est surtout usité dans les grands établissements. Puis vient celui de Williams; c’est celui qu’on voit dans la figure 5. Deux faces sont enlevées pour montrer l’intérieur de l’appareil. Il consiste essentiellement en une sorte de caisse quu-drangulaire haute de 10 à 12 mètres, sur lm,50 ou 2 mètres de large. A l’intérieur, se trouve une cloison séparant deux colonnes où circulent des claies en fil de fer galvaniré, isol ies les unes des autres et mues par un treuil autour duquel on enroule des chaînes sans fin. Par des ouvertures latérales, on place en bas, l’une sous l’autre, les claies chargées de fruits et cela directement au-dessus de l’appareil à air chaud ; ces claies montent successivement, puis
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- Ci A NATURE.
- redescendent au bas de la colonne voisine, d’où on les retire au fur et à mesure, et plus ou moins rapidement, suivant l’intensité du feu ou le degré d’évaporation que l’on veut obtenir.
- Un autre grand appareil industriel est celui de Mc Farland, représenté figure 4. Ici, la colonne des claies est unique et les tiroirs sont doubles pour faciliter leur placement : on les glisse successivement les uns sous les autres et on les retire par la partie supérieure en soulevant l’un des rideaux mol iles attachés au chapeau de tôle- qui est suspendu au plafond. Pour activer la circulation de Pair humide, on utilise dans un double tube la chaleur des tuyaux de fumée et celle de la chambre du calorifère. Un simple mouvement de levier fait monter toute la colonne suivant l’état de dessiccation des fruits.
- En outre des grands appareils fixes, destinés aux fermes importantes, et que l’on établit quelquefois en syndicat, comme on le fait chez nous pour les pressoirs à vin ou les moissonneuses, on fait aussi des évaporateurs portatifs, construits en fer galvanisé et au milieu desquels passe le tuyau de fumée dont la chaleur est utilisée à la fois pour la dessiccation, puis pour entraîner la vapeur d’eau dans un double tuyau qu’on voit au-dessus du dessin; ces séchoirs ou évaporateurs sont portatifs et faciles à emmagasiner dans les saisons où l’on n’en fait pas usage; ils servent à sécher toute espèce de fruits ou de légumes.
- Aujourd’hui, dans toute ferme un peu importante, il y a un évaporateur, comme il y a un tarare ou une faucheuse mécanique. Dans les années de grande abondance, on a l’immense avantage de ne pas envoyer forcément sur les marchés et de ne pas sacrifier dans les bas cours une marchandise précieuse; on peut l’emmagasiner et l’expédier au loin au moment propice à la vente et sous une forme très réduite, puisqu’on lui laisse sa valeur intrinsèque en ne lui ôtant que sa partie aqueuse qu’on lui rend au moment de l’utiliser. Enfin, on décuple le nombre des acheteurs et on augmente beaucoup le produit des fermes placées loin des grandes villes. Aux Etats-Unis, on calcule qu’un bushel (56 litres) de pommes coupées, valant à l’état frais 75 centimes, rend environ 6 livres (2 k. 500) après la dessiccation, plus les déchets employés à faire du cidre. Les frais s’élèvent à 10 ou 15 centimes par livre. A la sortie du séchoir, on emballe les fruits, pommes, poires, pêches, etc., dans des caisses de 25 kilogr., qui se vendent, aux États-Unis, de 0 fr. 50 à 0 fr. 75 la livre, suivant les saisons, et à Paris, au détail, de 0 fr. 90 à 1 fr. 25 le demi-kilogramme.
- En outre des appareils décrits ci-dessus et destinés surtout aux pays du Nord où l’on a recours à la chaleur artificielle, on emploie aussi dans les États du Sud des évaporateurs, c’est-à-dire des fours naturels où l’on utilise la chaleur solaire, non pas à air libre, comme en Orient ou à Malaga, mais
- dans des caisses fermées : le soleil vient alors continuer l’œuvre commencée quand le fruit était attaché à Par bre. Les figures 5 et fi donnent l’idée de ces fours naturels : ils ont généralement 5 à 5 mètres de large et 5 à fi mètres de longueur. Les côtés sont doublés de fer-blanc et agissent comme réflecteurs pour concentrer les rayons solairessur les claies où les fruits sont étalés. Dans la figure 5 on voit les portes par où l’un introduit les claies, puis les cheminées par où s’échappe l’eau vaporisée, enfin les galets qui servent à mouvoir l'appareil pour le tourner de temps en temps vers le soleil. Il faut, en moyenne, de trois à cinq heures pour sécher les pommes coupées en tranches, de huit à dix heures pour les abricots divisés par moitié, et douze à quatorze heures pour les pêches. Je n’ai pas besoin d’ajouter que la partie supérieure des caisses est vitrée, comme nos châssis de couche ordinaires, non pas seulement pour concentrer la chaleur, mais pour mettre les fruits à l’abri des poussières atmosphériques et surtout des insectes.
- J’ai dit, en commençant celte notice, que le froid était destiné à jouer uu rôle considérable dans l’alimentation et surtout dans l’art des conserves. Jusqu’à présent on s’est beaucoup occupé des effets et de l’emploi de la chaleur pour l’alimentation ou pour l’industrie; maintenant, on comprend quel rôle le froid doit jouer à son tour et les tentatives faites dans ces dernières années ont déjà fait réaliser des améliorations importantes pour le transport et la conservation des viandes ; mais nous n’avons à nous occuper ici que d’horticulture. Depuis longtemps, M. Ch. Tellier a fait des expériences pour la conservation des fruits par le froid. Après lui, parmi ceux qui ont fait des essais sérieux et vraiment scientifiques pour étudier l’action du froid sur les produits horticoles, nous devons citer en première ligne notre collègue, M. E. Salomon, de Thomery. Il a fait installer dans son établissement un fruitier modèle et des appareils spéciaux destinés surtout à la conservation du raisin. Ün sait que de tous les produits, c’est l’un des plus faciles à conserver; c’est aussi celui dont la valeur augmente le plus dans un temps donné : ainsi, ce qui vaut 1 franc en septembre, vaut 1 fr. 50 en octobre, 2 fr. 50 en novembre et décembre, o francs et 4 francs en janvier, 5 et 6 francs en février, 10 ou 15 francs en avril. Aucun objet de commerce n’augmente autant de valeur en aussi peu de temps. Des expériences faites par M. Salomon il semble résulter ce fait que tous les fruits à texture serrée, comme les noix, les amandes, ou bien les fruits contenant peu de liquide, ou ceux qui ont des enveloppes épaisses, comme les raisins, peuvent se conserver pendant trois à six mois sans altération de saveur ni changement d’aspect, et cela dans un milieu obscur dont la température et l’humidité auront été réglées convenablement. Quant aux fruits pulpeux, tels que cerises, prunes, pêches, fraises, etc., leur conservation peut se faire pendant longtemps sans que leur aspect
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- change notablement, mais leurs sucs s’altèrent assez facilement et leur saveur première disparaît bientôt.
- Je suis heureux, en terminant cet article, de ren-dre hommage à l’initiative d’un de nos collègues de la Société d’Horticulture qui a étendu la réputation de Thomery en appliquant à la conservation de ses remarquables produits des procédés industriels employés sur une grande échelle et destinés à doubler la richesse de nos habiles viticulteurs.
- Ch. Joly.
- L’ÉLECTRICITÉ DOMESTIQUE
- LES TÉLÉPHONES A PILE
- Nous avons dit, dans un précédent article1, que les téléphones magnétiques convenaient surtout pour de petites distances et des locaux assez silencieux dans lesquels la conversation téléphonique n’est troublée par aucun bruit extérieur. Dans les usines, les ateliers, les fermes, les administrations, etc., il faut donner la préférence aux transmetteurs téléphoniques à pile qui présentent incomparablement plus de puissance et de netteté.
- Avant d’étudier les dispositions de ces postes téléphoniques, disons quelques mots de la pile, du transmetteur et du récepteur.
- Pile. — Pour les communications téléphoniques comme pour les sonneries domestiques, c’est invariablement à la pile Leclanché que nous accordons la préférence ; les nouveaux éléments à plaques agglomérées sont supérieurs aux anciens éléments à vase poreux dont la résistance intérieure est beaucoup plus grande, et exerce une influence nuisible. 11 ne faut cependant pas perdre de vue que les éléments Leclanché se polarisent lorsqu’on les maintient pendant un certain temps en circuit fermé sur le téléphone, aussi doit-on avoir bien soin de rompre la communication avec le circuit dès que la conversation est terminée.
- Trammetteur. — Les transmetteurs téléphoniques varient à l’infini comme formes et comme dispositions : au début de leur invention, on avait cru devoir les distinguer en deux classes : les transmetteurs à charbon et les microphones. C’est là une classification absolument artificielle et nous nous étonnons de la voir conserver dans certains ouvrages spéciaux, car il est aujourd’hui très difficile d’établir une distinction, par suite du nombre incalculable d'appareils qui sont venus s’intercaler entre les deux systèmes parfaitement distincts à l’origine.
- Nous conserverons donc ici à dessein le nom général et vague de transmetteur2, et nous l’appliquerons à tout appareil qui, sous l’influence d’un son quelconque, est susceptible de modifier sa résistance
- 1 Yoy. table des matières du précédent volume.
- a Sous-entendu à pile, puisque c’est seulement des transmetteurs à pile que nous nous occupons en ce moment.
- électrique d’une manière ondulatoire et concordante avec los vibrations du son qui l’influence.
- Nous ne nous proposons pas ici de passer en revue tous los transmetteurs connus susceptibles do rendre pratiquement de bons services ; il en existe déjà plusieurs centaines, tous ont leurs qualités et leurs défauts dont le principal est, en général, do coûter beaucoup plus cher qu’ils ne valent en réalité. Les meilleurs sont les plus simples et surtout ceux quo l’on construit soi-même à l’aide de quelques crayons de charbon, — les charbons à lumière électrique conviennent parfaitement à cet usage. — Le plus simple des transmetteurs est le microphone de Hughes, beaucoup trop connu de nos lecteurs pour que nous ayons à en redonner une description.
- 11 présente une très grande sensibilité, trop grande même, puisqu’on est obligé de la diminuer pour détruire les crachements produits par les bruits trop intenses.
- On y arrive par plusieurs moyens : tantôt on incline la planchette qui supporte les dés de charbon jusqu’à la mettre parfaitement horizontale ou légè-ment inclinée comme un pupitre ; tantôt, comme l’a indiqué le premier M. Boudet de Paris, on place un petit papier replié en forme de Y entre la planchette et le crayon de charbon; l’élasticité du papier suffit pour diminuer la trop grande mobilité du crayon et pour éteindre presque complètement les crachements.
- Dans le transmetteur de M. Locht-Labye, auquel l’auteur a donné le nom un peu prétentieux de pan-téléphone, le contact à résistance variable s’établit entre une pièce fixe en platine et une petite pastille de charbon collée sur une plaque de liège suspendue par deux ressorts à sa partie supérieure : la plaque de liège présentant peu d’inertie et une grande surface obéit très bien à la voix.
- Dans Y électrophone de M. Maiclie, du moins sous la dernière forme que nous lui connaissions, car il a bien changé une demi-douzaine de fois dans l’intervalle, le contact à résistance variable s’exerce entre une pastille de charbon fixée sur une plaque vibrante devant laquelle on parle et une boule de charbon suspendue à un levier vertical et exerçant une pression réglée par un contrepoids dont on peut faire varier à volonté la distance au point de suspension.
- Un transmetteur fort simple aussi et très facile à construire est celui dont M. d’Argy nous envoie la description. 11 présente l’avantage d’être fabrique avec des objets qu’on trouve sous la main.
- On prend une planchette de noyer, de sapin, d’ébo-nite, ou un écran japonais qu’on fixe verticalement sur un socle à l’aide de deux bouchons sciés.On fixe au milieu de cette planchette deux morceaux de charbon entre lesquels on place une pincée de coke et qu’on maintient à l’aide d’un bout de tube en caoutchouc ou, à défaut, à l’aide d’un bout de biberon. Les vibrations de la plaque réagissent sur le contact
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- LA NA T UK E.
- à résistance variable formé par le coke en poudre.
- Tous ces appareils simples sont à un seul ou à double contact. Un principe qui donne de bons résultats pratiques consiste à multiplier les contacts et à les grouper soit en tension, comme dans le microphone à boules de M. Bou-det de Paris, soit en quantité, comme dans le transmetteur de JIM. Paul Bert et d’Arsonval.
- Dans le transmetteur Ader, il y a dix charbons qui donnent 20 contacts, 4 en tension, 5 en dérivation; le transmetteur Cross-ley renferme 4 crayons, 8 contacts, 4 en tension et 2 en quantité, le transmetteur Gower-BelJ,
- 6 crayons, 12 contacts, 5 en quantité, 4 en tension, etc., etc.
- Dans tous ces appareils, il faut, pour obtenir de bons résultats, proportionner le nombre des éléments au nombre des contacts et à leur disposition; si les contacts sont en tension, il faudra monter les éléments en tension; s’ils sont en quantité, il faudra monter les éléments en quantité. La règle à suivre est que la résistance intérieure de la pile s’approche le plus possible, dans le montage adopté, de la résistance moyenne du transmetteur.
- Récepteurs. — Ils se rapprochent tous, plus ou moins, du type primitif de Bell, et sont tous fondés sur les actions électro-magnétiques, à l’exception des condensateurs, qui ne sont pas encore entrés dans la pratique. Les plus employés sont les téléphones Bell, modèle ordinaire ou modèle monlre, modèle Trouvé ou modèle Maiche, récepteur Phelps, récepteur Ader à surcxcila-tion et récepteur d’Arsonval ; ces trois derniers modèles sont, comme les téléphones magnétiques Gower et Siemens, à double pôle.
- Lorsque les distances ne sont pas trop grandes, il suffit d’employer des téléphones Bell, modèle à main ordinaire, de bonne construction. La grosseur du fil qui garnit les bobines dépend de la distance et surtout du mode de fonctionnement employé, dont nous allons dire quelques mots.
- Fonctionnement. — Un transmetteur peut actionner un récepteur téléphonique de deux manières distinctes :
- Fig. 1. — Poste téléphonique de M. Dunaml
- Fig. 2. — Poste téléphonique Aller (modèle portatif)
- 1° Directement, sans l’intermédiaire d’une bobine d’induction ;
- 2° Indirectement, à l’aide d’une bobine d’induction.
- Le premier système, le plus simple, ne peut s’appliquer qu’à des distances très courtes, l’intérieur d’un appartement, par exemple, avec un téléphone à fil relativement gros. On comprend, en effet, qu’à mesure que la ligne augmente, la résistance totale du circuit constitué par la pile, le transmetteur, le récepteur et la ligne, augmente aussi, tandis que les variations de résistance du transmetteur conservent toujours leur même valeur absolue. L’influence de ces variations sera donc d’autant moins sensible que la distance sera plus grande ; elle finira bientôt par devenir insuffisante et les sons cesseront alors d’être perceptibles.
- II n’en est plus tout à fait de même dans les systèmes à bobine d’induction.
- Le transmetteur travaille sur un circuit de résistance fixe constitué par sa résistance propre, la résistance de la pile et celle du circuit primaire ou inducteur de la bobine, tandis que le récepteur et la ligne sont reliés au circuit induit de la bobine ou circuit secondaire. Dans ces conditions, l’influence de la longueur de la ligne est indirecte et on peut toujours la réduire dans une certaine proportion en employant des bobines d’induction et des téléphones récepteurs à fil d’autant plus fin que la ligne est elle-même plus longue. La plupart des postes téléphoniques construits aujourd’hui sont munis de bobines d’induction et fonctionnent facilement jusqu’à 10 et 20 kilomètres de distance et souvent davantage.
- POSTES TELEPHONIQUES
- Dans la téléphonie domestique ou privée, le cas le plus général est celui de deux postes reliés entre cuxd’unemanière permanente, comme, par exemple, un bureau et un atelier, une usine et la maison d’habitation du directeur, un château et le garde de la
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- LA NATURE.
- o:
- t'.euwAoer
- Fig. 5. — Transmetteur Crossley.
- grille d'entrée, etc. Lorsqu’il y a un nombre de postes supérieur à deux, le système devient un véritable réseau de communie» -tions téléphoniques avec petit bureau central, et sa description sort de notre cadre actuel.
- Comme les téléphones à pile ont surtout pour but de satisfaire aux besoins d’une ligne un peu longue, il ne faut pas songer à faire usage
- d’un grand nombre de fils, on en placera donc deux au maximum, et le plus souvent un seul, la terre formant fil de retour.
- Dans ces conditions, on devra forcément faire usage de commutateurs pour que, dans la période d'attente, la ligne corresponde avec la sonnerie ; dans la période d'appel la pile du poste appelant communique avec la ligne, et dans la période de communication, les appareils telépho -niques soient en relation entre eux par l’intermédiaire de la ligne.
- L’un des plus anciens systèmes combinés dans ce but est
- • O, embouchure, N, sonnerie.
- E, bouton d’appel. Il, récepteur.
- Fig. 4. — Transmetteur Crossley; vue intérieure. — A, microphone. D, commutateur. B, bobine d’induction. X, électrc-aimunt de la sonnerie.
- autrefois décrit dans La Nature, mais ses dispositions sont telles qu’il ne se prête pas facilement à la manoeuvre par le premier venu, et que les per-sonnes les mieux exercées commette nt souvent des oublis. Toutes les communie» -tions s’établissent en effet par l’intermédiaire d’un commutateur à manette qu’on place, suivant les besoins, sur l’appel, la sonnerie ou le téléphone. Nous préférons de beaucoup les systèmes»
- commutateur automatique, et les figures qui accompagnent cet article montrent quelques-unes des dispositions adoptées par les con-structeurs. Tous ces postes sont établis sur ce principe que 1 ’ interlocuteur laisse son téléphone pendu à son crochet tant qu’il n’a pas besoin de parler et qu’il le suspend de nouveau à sa place dès que la conversation est terminée. Un homme pratique dont le nom nous é-chappe a même conseillé un petit truc fort simple pour qu’un oubli de ce principe n’ait
- le poste téléphonique de M. Ducretel, qui a été | pas de graves conséquences; il fixe le cordon qui
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- LA NATURE.
- suspend le téléphone au support qui forme commutateur automatique, de telle manière que si l’interlocuteur oublie de remettre le téléphone à sa place, le poids de l’appareil suspendu à son cordon produit absolument le même effet, au point de vue de la commutation automatique des communications que l’oubli n’avait pas été commis.
- Chaque poste comprend :
- 1° Une pile de quelques éléments Leclancbé à agglomérés qui servent à la fois à la manœuvre de la sonnerie d’appel et au transmetteur;
- 2° Une sonnerie d’appel;
- 5" Un bouton d’appel ;
- 4° Un transmetteur devant lequel on parle ;
- 5° Une bobine d’induction ordinairement dissimulée dans le socle ou la boîte de l’appareil ;
- 6° Un ou deux téléphones récepteurs ou magnétiques.
- Dans le poste téléphonique de M. Dunand, par-exemple (lig. 1), tous les appareils sont symétriquement groupés sur une planchette d’où partent quatre fils, deux à la pile et deux à la ligne ; le microphone du système Dunand est fixé sur la boîte même de la sonnerie, le bouton d’appel est à la partie inférieure, et les récepteurs sont deux téléphones Bell, modèle Trouvé ; c’est la manœuvre du téléphone de droite qui produit la commutation automatique.
- Dans le poste téléphonique de M. Crossley (lig. 5 et 4), le bouton d’appel est en avant de la boîte qui renferme tout le système, la sonnerie en N vers la gauche, le commutateur à crochet en G sur la droite, et l’embouchure à la partie supérieure. On voit en A (fig. 3) la disposition des charbons en losange et leur groupement en deux dérivations comprenant chacune quatre contacts en tension.
- Un modèle très pratique est le poste téléphonique portatif de M. Ader (lig. 2). Le pied porte le bouton d’appel, le transmetteur en forme de pupitre et les deux récepteurs Ader. Des fils souples de longueur convenable formant une tresse établissent les communications entre la pile, la sonnerie fixée en un point donné de l’appartement et la ligne, et permettent un certain déplacement de l’appareil transmetteur.
- Dans un poste téléphonique récemment combiné par MM. Paul Bcrt et d’Àrsonval, les crayons de charbon du transmetteur sont entourés d’une petite feuille de fer-blanc; un aimant placé à distance agit sur ces feuilles suivant sa distance et produit ainsi un réglage magnétique qui permet au transmetteur de fonctionner dans toutes les positions. Ce réglage magnétique a permis à M. d’Arsonval de construire un transmetteur qu’on tient à la mairyx tandis que les autres pièces qui composent le poste sont fixées dans une petite boite suspendue au mur.
- Toutes ces dispositions et un grand nombre d’autres sur lesquelles il est inutile d’insister donnent de bons résultats lorsqu'on sait bien s’en servir. Nous
- terminerons en disant, comme conseil général, que les meilleurs postes téléphoniques sont les plus simples, et surtout ceux que l’on a construit soi-même, car on peut alors mieux se rendre compte de leurs imperfections et remédier aux accidents qui peuvent leur survenir.
- E. Hospitalier.
- CORRESPONDANCE
- PARASITES DES MOUCHES
- Paris, le 50 décembre 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je viens de voir en lisant votre journal du 50 décembre n° 500 (p. 71), dans la Correspondance, une lettre de M. F. De Courtois de Langlade qui parle d’un parasite de la mouche.
- C’est la Pince de Geoffroy (Chelifer) ; elle appartient à l’ordre des Scorpionides. La pince n’est pas exclusivement parasite de la mouche.
- M. Pouchet, dans son Traité de l'histoire naturelle, dit qu’on en a trouvé qui étaient parasites de la mouche domestique, remarque déjà faite par Hermann.
- Les pinces se mettent aussi souvent dans les herbiers ; elles étaient déjà connues d’Aristote qui en a fait la description, il les nomme (j/ccpTuwÔr);.
- Comme les scorpions, les pinces vivent dans les pays chauds, cela ne m’étonne nullement que M. De Courtois en ait trouvé à Arles.
- Veuillez agréer, etc.
- Paul Mégnin,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 janvier 1885.
- Séance très courte, presque exclusivement consacrée aux formalités académiques : renouvellement du Bureau et rapport du président sortant.
- Le renouvellement du Bureau consiste d’ailleurs exclusivement dans l’élection d’un vice-président. Les votants étant au nombre de 50, M. Rolland est nommé par 35 suffrages contre 7 donnés à M. Dupuy de Lôine, ti à M. Phillips et 1 à M. Jurien de la Gravière; il y a un bulletin blanc.
- M. le colonel Perrier, de retour de sa mission en Floride, assiste à la séance.
- Théorie solaire. — De nouveau, M. Siemens reproduit ses arguments relatifs à l’entretien de la chaleur par la consommation d’un combustible répandu dans les espaces ^célestes. Malgré l’avis de M. Dumas, M. Faye persiste à considérer cette théorie comme tout à fait insoutenable-
- Géologie. — On connaît depuis longtemps à Thann un épais dépôt de grauwacke ou euritine toute pétrie de plantes et que les géologues rapportent à la hase du terrain carbonifère ou culm. Dans une note présentée par M. Hébert, M. Mathieu Mieg annonce la découverte dans la même région de vrai calcaire carbonifère marin, d’ailleurs inférieur à la grauwacke à vestiges végétaux.
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- LA NATURK
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- Constitution de l'atmosphère coronale. — C’est en vue île l'éclipse solaire du mois de mai prochain que M. William Huggins décrit une nouvelle méthode propre à révéler la nature de la couronne solaire. On sait que celle-ci étudiée par les procédés ordinaires donne un spectre continu; mais l’auteur s’est assuré que des lignes apparaissent dès qu’on interpose un liquide coloré, tel que le permanganate de potasse.
- Leméridien international.— Le ministre de l’Instruction publique transmet une circulaire par laquelle le gouvernement des Etats-Unis émet le projet d’une conférence internationale dont le double but serait de fixer un méridien international commun et une heure universelle. Trop d’intérêts scientifiques et commerciaux sont liés à cette grande question pour qu’il soit utile d’en faire ici ressortir l’importance. L’Académie présentera prochainement au ministre un rapport qui lui permettra de répondre aux ouvertures de l’Union.
- Varia. — M. Biauchi a inventé une pile à chlorure de sodium. — La présence du zinc dans les terrains dolomi-tiques occupe M. Biauchi. — On signale l'Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1885 et le dix-huitième volume du Ciel de M. Vinot.
- Stanislas Meunier.
- — C —
- CHRONIQUE
- Paupérisme à Londres. — Le dernier recensement du paupérisme à Londres donne un nombre de 123 709 personnes assistées, se divisant en 95 541 pauvres secourus chez eux et 40108 secourus dans les workhouses ou ailleurs. Comparé à la période correspondante de l’année dernière, ce nombre indique un accroissement de 1750 nécessiteux de plus. En uu seul jour du mois de novembre, 818 personnes ont été trouvées sur la voie publique à l’état de vagabondage ; dans ce nombre il y avait 592 hommes, 189 femmes et 37 enfants au-dessous de seize ans.
- Exhumation d’une tille romaine. — On lit dans a Gazette d'Augsbourg du 11 décembre « On vient de découvrir une ville romaine en Bavière, près de l’origine du fameux retranchement que les Romains avaient élevé contre les invasions germaines, depuis Ratisbonne jusqu’à Cologne. Près de cette ville, l’Abussina de Leutenberg, se trouve aussi une forteresse romaine que l’on dit plus importante que la fameuse Saalbourg, dans la Taunus Castrum, de même origine, et qui est depuis longtemps un lieu de pèlerinage pour les archéologues. »
- L’alimentation dans l’armée anglaise. — L’armée anglaise, comme chacun sait, coûte énormément au pays. Un simple sous-lieutenant a une solde supérieure à nos chefs de bataillon, et le soldat est nourri d’une façon tout à fait substantielle. Le matin, le soldat anglais prend son café au lait; à midi, il dîne; à cinq heures, il prend le thé, et, le soir, à huit heures, il soupe. Le dîner se compose invariablement d’un plat de viande, bœuf, roastbeaf ou mouton, accommodé avec la ration de pommes de terre, et d’un plat de légumes, pois secs, haricots ou lentilles. La ration de viande, qui est.de 360 grammes, et la ration de pommes de terre, qui est de 460 grammes, sont toujours servies entières au repas de midi. La ration des autres légumes est de 220 grammes et sert également au repas de midi. Le sou|kt de huit heures se compose inva-
- riablement d’une soupe, soit au riz, soit à la semoule, soit aux lentilles, soit à la farine. Le dimanche seulement, le souper est composé de thé au lait. La ration de thé, qui sert au punch de cinq heures, est de 5 grammes. Cette ration, en campagne, est de 7 1/2 grammes. Après le repas de midi, le soldat anglais prend son petit verre de cognac. Pour 10 grammes de café, le soldat a 58 grammes de sucre. La ration de lait est de 92 grammes. Bien entendu qu’en campagne on ne peut donner au soldat la ration de lait. Les chiffres ci-dessus varient alors, et l’on augmente la ration de sucre et café. Le prix moyen de la nourriture du soldat anglais est de 88 centimes. En Italie, ce prix est de 60 centimes, en Allemagne de 57, en Russie de 56 et en Autriche de 50. La ration de pain, dans l’armée anglaise, est de 750 grammes, comme en France.
- (La France militaire.)
- Les fourmis à miel. — L’école d’insectologie qu’on construit actuellement au parc Montsouris, à Paris, contiendra dans sa ménagerie des spécimens vivants d’insectes utiles : parmi les plus curieux de ceux-ci nous signalerons des fourmis mellifères, provenant du Colorado. Voici quelques renseignements sur ces insectes, d’après le révérend Mac Cook, naturaliste américain, qui n’a pas craint de faire un long voyage et un séjour de plusieurs semaines pour étudier les mœurs de ces fourmis. Leurs nids se trouvent sur le penchant de collines couvertes de broussailles et particulièrement de fourrés de chênes. A l’extérieur, ces nids ressemblent à une petite levée de sable ou de gravier; la plus grande de celles qu’a visité le révérend Mac Cook mesurait autour delà base 52 pouces et avait environ 5 pouces et demi de haut. La porte est une simple ouverture en forme d’entonnoir percée au centre de la levée. D’abord verticale, elle se continue ensuite en une pente légère, qui s’abaisse à un angle plus ou moins abrupte et mène à une série de galerie et de chambres. Tandis que les planchers et les murs sont tout à fait unis, les voûtes ou toits sont laissés en terre et en cailloux. Les galeries et les chambres sont divisées en étages. La chambre de la mère est un appartement presque circulaire de 4 pouces de diamètre. Les chambres à miel de grandeurs variables, sont généralement ovales, de 4 à 5 ou 6 pouces de longueur sur 3 ou 4 pouces en largeur. Elles ont des toits voûtés ; les côtés ont d’un demi à trois quarts de pouce de hauteur et vont en augmentant jusqu’à 1 pouce et demi au centre. Une étude attentive semble prouver que les fourmis à miel sont des insectes nocturnes, et que leur miel est fourni par la sève sucrée de la noix de galle produite par la piqûre d’une espèce de cynips sur les branches du chêne ondulé. Le miel des fourmis a un goût agréable; il est légèrement acide en été par suite d’un reste d’acide formique. G’est une solution presque pure de sucre de fruit, mais qui ne donne aucune trace de cristallisation. Les Mexicains et les Indiens mangent volontiers du miel de fourmis qu’ils regardent comme une friandise. Les Mexicains pressent l’insecte pour en extraire le miel, ils en font aussi une liqueur alcoolique. Il faut environ un millier de fourmis pour produire une livre de miel.
- Métallurgie «lit nickel. — A la dernière exposition de Francfort, la métallurgie du -nickel et du cobalt était représentée d’une manière intéressante par MM. Fleit-mann et Witte. Les applications industrielles du nickel sont devenues très nombreuses depuis que les travaux du docteur Fleitmann ont permis d’obtenir ce métal à l’état malléable et soudable. Antérieurement on ne travaillait que des alliages de nickel et de cuivre ou autres métaux,
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- LA NATURE.
- parce que le nickel pur, ne pouvait être ni laminé, ni martelé; cela tenait aux, gaz qui sont absorbés par le métal pendant la fusion. Le procédé Fleitmarin, pour obtenir du'niÇkèt malléable1, éoftsiste à ajouter une très petite 'de: magnésium-, 1,20 pour. 100, que l’on intro-
- duit dâns' le creuset ; le magnésium élimine les gaz, et le nickel devient malléable et soudable. Le nickel pur a sur les alliages l’avantagé'dé conserver‘son brillant à l’humidité1,5'et de ne pas être ^ J aitâqüé par les acides or- 1 ' gàrtiques. Ib se soude parfaitement au fer/ ce! qui permet de substituer un c placage; .d’une certaine..*, r épaisseur tài.la Lcouchej.’ mince obtenue par les :pro: cédés. galvanoplasLques.
- Les . propriétés .clu nickel T sont à peu près les"mêmes que celles du fer. Son allongement pendant les opérations de forge et de laminage est analogue à celui de l’acier Bessemer moyennement dur. On peut souder ensemble un lingot d’acier avec deux lingots de nickel, un sur chaque face, et en passant le tout au laminoir, on peut obtenir des feuilles de n’importe quelle épaisseur, composées d’une feuille d’acier entre deux feuilles de nickeL’Ori peut également obtenir, par les ,* procédés ordinaires d’étirage, du fil de fer entouré de nickel. Le nickel se soude et fond à
- la même température que l’acier, de sorte que l’acier uni au nickel peut se souder parfaitement. Le cobalt peut être rendu malléablë et soudable comiûe le nickel, par l’addition d’une !petite quantité de magnésium. A Birmingham, M.! AViggin obtient du nickel malléable en ,
- ajoutant 2 à 5 pour 100 dé manganèse. ’
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- PACHA DÉCAPITÉ ‘
- Fig. 1. — Le paelia décapité.
- _Oh a souvent
- qu’il
- dit
- , de
- Buste
- .' Py, avait nouveau que-ce qui avait été oublié. Cela
- Fig. 2.
- est vrai pour l’ingénieux petit jouet mécanique que nous signalons aujourd’hui ; 'le, 'constructeur qui l’a imaginé ne se doutait pas-qu’il est. presque en tous points semblable au cheval décapité biivant de Héron d’Alexandrie, que M. de Roclias-a. décrit dans notre n" 495 du 25 novembre 1882 (p! 415). Gè pacha décapité est un charmant objet de physique amusante fort
- habilement construit .par MM. Bégin frères à Paris. C’est une statuette,dç fer-blanc peiiM/que nous représentons ci-dessous (fig.'i)i Un petit*'sabre y est accroché; on peut faire glisser'ce sabre'à travers le’cou du personnage; quand la*lame a passé- de part en part, la tête tient sur les épaules tout aussi solidement qu’auparavant. On peut recommencer à couper le cou* au pacha, autant de fois qu’on le veut, et jamais sa* tète ne peut être séparée des épaules. Le mécanisme qui permet d’obtenir ce r résultat' curieux est extrêmement simple. La tète est reliée à l’axe d’une roue à trois dents ABC (fig. 2) dont les dents s’engagent dans une glissière de laiton, adaptée à la partie supérieure des épaules de la stgtuelte, et formant par - conséquent la partie inférieure du cou. Le sabre engagé entre la tète et les épaules est Représenté par une flèche,, dans notre ligure 2. Ce sabre fait glisser la dent C comme le ..montre le n° 1 de la figure 2 ; au moment où la dent C va sortir de la glissière, la dent suivante B s’y engage (lig. 2, n° 2) ; quand la lame du sabre est sortie en poussant devant elle là dent C, la dent suivante B a pris la position de la dent C (lig. 2/n° 5). Quand
- ’on ne/éonnait pas le - -, 3 mécanisme quç nous
- venons dé décrire, l’illusion est complète, et il est difficile de se rendre compte, comment cette tête sans cesse coupée, ne 'l. peut jamais, sc déta-... cher.Inutile d’ajou-, , ...” * ter.; qrtîfcè «petit jouet i .n’esttpas 'sans' avoir J ; 't . >. Ui .. ,'4h ’ icarkétère d’ac-i lualité politique,, su F • leqûël-. nous n’insisterons pas,1 nous ’én* rapportant à -la .perspicacité de nos lecteurs. 1 " < : "-• •1 j-57,1L •
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- Buste . - -i ' ^ ' Buste s
- Dessins explicatifs du mécanisme. • 1 (
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- j l^e propriétaire-gérant : G. Tissakdipr.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris,.
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- 15 J AA V IKK 1885,
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- LA MISSION FRANÇAISE DU CAP HORN
- Les membres de l’expédition magnétique et météorologique du cap Ilorn sont arrivés à bord de la Romanche dans la baie Orange, où ils ont immédiatement commencé leurs travaux.
- La gravure ci-jointe, reproduite d’après une photographie qui a été communiquée à l’Académie des Sciences dans une de ses dernières séances1, montre l’aspect du pays où nos compatriotes vont recueillir les observations qui font le but de leur mission. Au sommet de la colline dont le versant
- est baigné par les eaux de la baie Orange, on aperçoit les cabanes astronomiques, à côté desquelles sont disposés un pluviomètre et un aetinomètre ; la grande maison élevée au milieu de la colline, est destinée à servir de logement aux officiers, le bâtiment inférieur placé à proximité du rivage est réservé aux matelots. Ces maisons de bois ont été bâties sur pilotis. En suivant le rivage, on arrive un peu plus loin à d’autres constructions que l’on voit en partie sur notre gravure et qui comprennent une estacade de 12 mètres de long, pour le maré-graphe, une cabane magnétique, et une tente isolée pour les déterminations absolues.
- La mission française dn cap llorn. — Cabanes astronomiques, logement des ol'liciers et des matelots, estacade d’un marégraphe, construits dans la baie Orange. (D’après une photographie.)
- La mission française du cap llorn, après avoir quitté Montevideo,.le 28 août 1882, est arrivée le b septembre sur les côtes de Patagonie et de la Terre de Feu, à la baie Orange, par un temps des plus favorables. Les deux premiers jours ont été consacrés à une exploration des environs delà baie; on reconnut que le terrain est marécageux, et il fallut se décider ,'t aller sous bois pour rencontrer un sol résistant. Les hommes de l’équipage se mirent à l’oeuvre pour défricher; huit jours après, la cabane magnétique était installée. Les observations météorologiques et magnétiques ont commencé en même temps, le 26 septembre à midi.
- Depuis l’arrivée de la mission, la température a été relativement très douce à la baie Orange, le thermomètre n’est pas descendu au-dessous de 0°, et les H' aimée, — tsr semestre.
- membres de l’expédition ont même plusieurs fois constaté des températures de 16°. L’air est très humide, et presque chaque jour, il a plu abondamment, rpais pendant peu de temps. Les coups de vent paraissent assez rares.
- Les observations magnétiques qui vont être poursuivies régulièrement seront faites d’une part au moyen d'instruments à lecture directe, déterminations absolues de déclinaison, inclinaison, force horizontale, etc., et d’autre part, à l’aide d’appareils enregistreurs, qui fonctionnent dès à présent, d’une façon très satisfaisante et ont donné dès les premiers jours de leur installation des indications concordantes avec celles des magnétomètres à lecture directe.
- Les autres travaux de l’expédition du cap Horn consisteront en observations astronomiques et mé-
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- LA N A TU 11 U
- téoro logique s ; il sera procédé également à des dosages de l’acide carbonique de l’air.
- Nos compatriotes ont eu la bonne fortune d’exécuter leur installation par un temps clément, et les rares Fuégiens qui habitent la baie Orange, ont salué avec joie l’arrivée de la Romanche. Rôdant, constamment autour des habitations, les Fuégiens reçoivent des hommes de l’équipage, quelques morceaux de pain ou de biscuit, et partent ravis d’ajouter cet extra à leur repas qui se compose invariablement de coquillages. La civilisation a du reste pénétré jusque dans ces régions lointaines. Les membres de la mission du cap Horn ont reçu la visite d’un Fuégien qui parle l’anglais et le lit couramment. 11 existe d’ailleurs à 20 milles de la station française un établissement de missionnaires anglais, qui établis dans le canal du Beagle, ont fondé là un établissement très prospère.
- On voit que tout semble favoriser l’expédition magnétique et météorologique du cap Horn; le personnel d’élite qui la compose saura accomplir, à l'honneur de la science française, la longue et laborieuse tâche qu’il a acceptée avec autant de courage que de dévouement.
- Gaston Tissandjer.
- LE PAVAGE EN BOIS
- On a déjà fréquemment employé à Paris le bois comme matière première de pavage pour les chaussées; un nouvel et important essai vient d'être tenté aux Champs-Elysées dans des conditions qui permettent d’espérer une meilleure réussite que par le passé. Avant de les exposer, rappelons les avantages et les inconvénients de ce procédé.
- Avantages. — 1° Il résulte d’un rapport publié par M. W. Ilaidwood, directeur de la Voierie de Londres, sur les accidents de chevaux suivant les divers pavages des chaussées de cette ville, que la distance parcourue sans accidents sur chacun d’eux se répar-tissait ainsi :
- ^Asphalte................... 307 kilomètres.
- levage en granit.......... 212 —
- Pavage en bois............ 717 —
- D’autre plfct, le tableau suivant rend compte de la gravité des chutes faites par les chevaux ;
- CHUTES sur LES GENOUX CHUTES sur. l'ar- rière-train CHUTES COMPLÈTES TOTAUX
- Asphalte. 140 107 100 437
- Granit. . 135 22 134 201
- Bois. . . 277 10 50 520
- 552 130 ‘ 305 1054
- Si 1 on considère que les chutes sur les genoux
- sont celles qui entravent le moins la circulation, on verra que, au point de vue de l’importance des chutes, l’avantage reste au pavage en bois.
- Les expériences ont porté sur cinquante-huit jours et la distance parcourue a atteint 770 000 kilomètres environ, ce qui donne aux chiffres précédents une valeur sérieuse.
- 2° Le roulement est beaucoup plus doux sur les chaussées pavées en bois,
- 5° Elles assourdissent le bruit des voitures et atténuent les vibrations et les trépidations si désagréables dans les rues à circulation active et à pavage en grès.
- 4U Si la dépense d’établissement à Paris s’élève à 25 ou 24 francs par mètre carré, comme le constate M. l’ingénieur Yauthier dans un rapport présenté au Conseil municipal en juin 1882, l’entretien serait assez faible, et la durée pourrait d’après les exemples observés à Londres dépasser cinq ans. Encore après le relevage, pourrait-on rogner les vieux pavés et les vendre pour des dallages de cours et d’autres usages.
- Parmi les inconvénients, on a signalé :
- ‘ 1° Les fréquentes ophthalmies causées à New-\ork par une poussière épaisse composée de libres ligneuses détachées par fragments très ténus et imprégnées de matières organiques. Les voies respiratoires en sont également affectées. Cela tiendrait à ce qu’au bout d’un certain temps et sous l’influence du piétinement des chevaux les têtes des pavés présenteraient l’aspect d’une brosse écrasée, dont les soies se pourriraient au contact des boues liquides et des immondices répandues à la surface, et se réduiraient en poussière par les temps secs.
- 2° M. le docteur Vallin, dans un article récemment paru dans la Revue d'hygiène et de police sanitaire, voit une cause importante d’insalubrité dans l’imprégnation insuffisante des cubes de bois par les huiles lourdes et les goudrons de houille, ce qui permet aux boues chargées de détritus organiques de pénétrer jusqu’au centre du pavé, qui devient ainsi le siège de décompositions dangereuses pour l’hygiène publique.
- La difficulté du jointoyage resté fort imparfait dans les essais précédents amène des résultats analogues et conduit à l’infection rapide du sous-sol.
- ou Quant au danger de la propagation des incendies, nous ne croyons pas qu’il y ait lieu d’y attacher une grande importance. Les rapports publiés à Londres et à Nev-York sur la question ne semblent pas confirmer les craintes qu’on avait pu concevoir à ce sujet.
- Voici maintenant quelques détails sur le système employé par la Compagnie anglaise qui a entrepris le pavage des Champs-Elysées.
- Les blocs sont en sapin rouge de Suède et ont à peu près les dimensions d’une 'brique’ ordinaire. Plongés dans un bain d’huiles lourdes de houille, ils en sont imprégnés jusqu’à une profondeur qui ne dépasse pas 1 centimètre. C’est là, comme le fait
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- remarquer M. Ic D1' Vallin, le véritable point faible du système. 11 parait indispensable d’employer dans le même but un des procédés pratiqués pour rendre imputrescibles les traverses de chemin de fer. Toutefois la Compagnie prétend quelle peut éviter la pénétration des détritus liquides dans les cubes de bois en répandant à la surface du gravier à gros grain, qui s’écrase, fait disparaître le poli du bois, et forme après quelques mois de service une croûte de 5 à 9 millimètres d’épaisseur. Cette croûte extrêmement dure, est due à l’insertion du gravier dans les vides laissés par les fd)res; elle arrêterait, dit-on, l’usure du pavage, la poussière qui en résulte et le rendrait imperméable. Pour s’assurer contre l’imprégnation du sous-sol, on dispose entre la chaussée et la surface inférieure des pavés trois couches différentes :
- l°Une couche d’asphalte fondue de 5 centimètres au moins d’épaisseur dans laquelle on engage le quart de la hauteur du bloc ;
- 2° Une couche mince de ciment de Portland parfaitement lisse et imperméable, qui présente la forme bombée nécessaire ;
- 5° Un lit de béton de 15 centimètres d’épaisseur, mélangé de ciment qui fait prise.
- Le jointoyage se fait sur les trois quarts de la hauteur des blocs, en laissant entre chacun d’eux un espace de 1 centimètre qu’on remplit d’un coulis de mortier mélangé de ciment de Portland. Ce coulis s’étend au balai sur la surface, fait prise en quelques jours et donne une compacité telle à la niasse que lorsqu’on veut relever des blocs isolés pour des réparations ultérieures, ils se brisent par le milieu plutôt qu’ils ne se séparent.
- Grâce à l’étanchéité de ces joints, et à l’imperméabilité de l’ensemble du lit inférieur, la principale cause d’insalubrité est écartée, mais celle qui peut se produire par la perméabilité de la surface des blocs est encore à redouter, et l’expérience seule pourra décider si la préparation aux huiles lourdes est suffisante, ou s’il faudra recourir aux procédés plus coûteux mais aussi plus efficaces de l’imprégnation sous pression.
- Georges Riciiou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures. —f < o—
- LES MOULINS DE MARÉE
- L’emploi des moulins de marée, sur tes côtes de l’Océan, à Pile de Ré, par exemple, n’est pas habituel, parce que sur ces côtes les marées y sont relativement faibles ; mais ces moulins se rencontrent fréquemment sur les côtes de la Manche où les dénivellements dus à la marée ont une amplitude moyenne de 11 mètres et peuvent atteindre 1G ou 17 mètres, comme à Grandville et à Chausey. En outre, par suite de ces marées considérables, les cours d’eau de la côte, très peu importants, du reste, n’ont plus de courant propre, leur débit mi-
- nime se confond avec le llux et le retlux des eaux marines, et leurs embouchures deviennent des estuaires profonds soumis à toutes les fluctuations des courants et des marées.
- La baie de Saint-Malo, du cap Fréhel à Cancale, présente des dentelures profondes où l’aetion des eaux terrestres et des eaux marines, les dépressions et les affaissements du sol, ont créé des réservoirs naturels utilisés assez fréquemment au moyen de barrages peu coûteux, pour recevoir les eaux du llux et les rendre au retlux en leur faisant actionner des moteurs hydrauliques. Tous ces moteurs sont employés pour la mouture locale, quelquefois pour des scieries sans importance, ou même pour des fabriques de ciments artificiels; mais leur usage le plus habituel est la fabrication de la farine du blé et la mouture du sarrazin ou blé noir.
- Appelé par mes fonctions à l’étude approfondie de ces établissements industriels, j’ai dû, non seulement apprécier les outillages, mais aussi déterminer la force motrice de chaque réservoir à marée. Or, j’ai constaté que dans presque tous les cas, l’homme a peu aidé à la nature.
- Les barrages sont mal construits et de peu d’étendue; quelques-uns, comme celui situé en Rance dans la plaine de Saint-Jouan-des-Guérets, a un développement assez considérable pour une hauteur de marée médiocre ; d’autres enfin, les plus rapprochés de la mer, comme le moulin de Rothéneuf dans le havre de ce nom, consistent en cuvettes polygonales élevées en pierres, cimentées sur une grève x'ocheuse et par conséquent imperméable, complètement recouvertes à marée haute, et qui en quelques heures laissent écouler en activant les moteurs hydrauliques placés sur leur passage, les quelques milliers de mètres cubes d’eau emmagasinés. On comprend que le moteur doit être inactif pendant la dernière période du flux, et aussi pendant la première période du reflux, c’est-à-dire, soit dès que le réservoir est vidé s’il se vide complètement, ou avant que l’égalité de niveau soit produite, s’il a le même lit que l’estuaire qui l’alimente. Il y a arrêt aussi quand le niveau matÜifie baissant, il n’a pas dépassé notablement le niveau du réservoir alors rempli, de façon à constituer une chute. Dq toutes ces causes il résulte* un chômage de quatre à six heures à chaque marée, soit de quatre à six mois par an.
- Les moteurs employés sont généralement des roues à palettes prenant l’eau en dessous, noyés à la haute mer, dénoyés vers Je milieu du reflux et commençant alors à fonctionner par l’action des eaux du réservoir. Aucun de ces moteurs n’est disposé de manière à fonctionner à marée montante.
- J’ai déjà signalé la construction défectueuse des barrages, celle des moteurs est plus déplorable encore. C’est à peine si l’effet utile atteint 50 pour 100 «t on comprend en les voyant que ces installations primitives n’étaient destinées qu’à suffire à une consommation locale d’autant moins exigeante
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- que l'imperfection des communications la rendait plus restreinte.
- Il y a cependant dans les marées à grande amplitude, une force des plus puissantes, presque illimitée pour ainsi dire, et celte lorce est donnée gratuitement, sur des milliers de points à la lois. D’autre part, l’accès des lieux où cette force peut être utilisée est facile, et les moyens de transport, peu coûteux. Le tlux qui remplit le réservoir peut servir à apporter les bateaux qui alimentent Trisme; le reflux emporte les produits labriqués: et dans les estuaires navigables, comme la Rance, les bateaux de 200 tonneaux accostent facilement à marée haute sous les vannes du moul n.
- Le problème d’utilisation vraiment industrielle serait donc celui-ci : choisir l’emplacement destiné à la construction du barrage; déterminer la nature du moteur à employer; et eniin, comme le propose M. Robin, dans le numéro de La Nature du 50 décembre 1882, utiliser alternativement le remplissage et le vidage du réservoir pour actionner le moteur.
- Il y a sur notre cote de lîre-tagne, de nombreux sites d’un pittoresque achevé, admirablement disposés pour des installations grandioses de la nature de celles dont il est question. Pour n’en citer que deux, le port Saint-Jean, entre la Yille-ès-Nouais et Plouer, dans la rivière de Rance, et le havre de Rothéneuf, sur la cèle même, près de la délicieuse station balnéaire de Paramé.
- La carte ci-contre fera coin prendre la topographie de ces points indiqués.
- Au port Saint-Jean, la marée a en moyenne 7 mètres d’amplitude; les assises ou culées naturelles du barrage sont des falaises verticales de granit dont la distance horizontale n’atteint pas 00 mètres, et le réservoir naturel qui s’étend entre le port Saint-Jean et l’écluse du Thatcher a [tins de 800 hectares de superficie avec une profondeur moyenne de plus de 2 mètres; elle est de 0 mètres dans le chenal de navigation. Un obtiendrait ainsi toutes les douze heures une réserve de près de 16 millions de mètres cubes d’eau, la batellerie aurait assez de trois heures (savoir une heure et demie avant le plein et une heure et demie après) pour franchir les portes largement ouvertes ménagées au centre du barrage, une heure et demie suffirait ensuite pour produire une chute de 5 mè-
- tres, et l’on obtiendrait facilement six heures de travail réel par marée.
- Quant à la nature du moteur à employer, il en est une qui s’impose de suite à l’idée. Ce moteur doit pouvoir fonctionner noyé et doit permettre le mouvement alternatif de l’outillage à l’entrée et à la sortie de l’eau dans le réservoir; la turbine, quel qu’en soit le système, remplit ces conditions.
- La turbine, en effet, peut marcher noyée, et il suffit d’un dénivellement médiocre entre l’amont et l’aval de la chute pour provoquer son action. Il suffit si la hauteur de chute est minime, d’ouvrir plus largement les registres de distribution d’eau et d'augmenter ainsi le débit; or il serait extrêmement facile, si l’on voulait obtenir une action constante, de proportionner le débit à la hauteur de chute, en diminuant l’ouverture des vannes au fur et à mesure de rabaissement du niveau d’aval, abaissement toujours plus rapide que celui d’amont.
- La seule objection à l’emploi de ce moteur serait l’envasement de la turbine par les eaux chargées de matières terreuses ducs à l’action du Ilot, et aussi l’encrassement des registres et des aubes par suite des incrustations calcaires produites par les myriades d’animalcules dont les eaux de la mer sont remplies.
- L’application industrielle de ce projet serait-elle avantageuse en ce moment, si même elle est praticable? Je ne le crois pas. Les matières à traiter par une si puissante chute, d’un cours si normal et si régulier, que n’influenceraient ni les pluies ni les sécheresses, sont encore à chercher aux lieux dont il s’agit. Mais on peut espérer que le perfectionnement des forces électriques, leur transport facile à grandes distances, permettra un jour d’établir au port Saint-Jean, comme en bien d’autres points, des foyers de production de forces électriques considérables, pouvant, par exemple distribuer aux villes voisines, Dinan, Saint-Malo, Dinard, Saint-Servan et Panamé, la lumière, la force industrielle, et peut-être même la chaleur, si le problème de transformation du mouvement en électricité, et de cette nouvelle force en mouvement, chaleur et lumière, est complètement résolu.
- G. de T.,
- Ancien élève do l’Ecole Centrale.
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- Carie des régions comprises entre Saint-Malo et Dinnn, montrant la situation du port Saint-Jean.
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- LA NATURE.
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- LE CHAUFFAGE
- par i/acétate de solfde cristallisé
- Le point (le départ de mes recherches a été la conclusion de l’ouvrage, que l’on peut dire classique en la matière, de M. Regray, ingénieur en chef du matériel et de la traction de la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
- Après avoir expérimenté, avec le plus grand soin, au repos et en marche, tous les systèmes de chauffage que l’on avait soumis à son appréciation, M. Régi •av, résumant tous ses essais, dit que le mode de chauffage à préférer, au moins pour les climats tempérés, est encore la bouillotte mobile à eau; c’est incontestablement le mode de ch auffage le plus agréable, le plus sain ; il évite toute chance d’incendie, de plus, c’est le plus économique après le chauffage au poêle, mode essentiellement mauvais.
- L’inconvénient de ce chauffage par bouillottes consiste dans le changement fréquent de ces réservoirs d’eau, changement qui occasionne une grande dépense de main-d’œuvre et qui, de plus, est pour le voyageur une source continuelle d’ennuis et de désagréments.
- Trouver un système qui présentât les mêmes avantages que les bouillottes à eau, tout en diminuant dans une large proportion ses inconvénients, tel était le problème à résoudre.
- Pour cela, il fallait emmagasiner dans les bouillottes une quantité de chaleur utile plus grande que dans les bouillottes à eau; l’eau étant de tous les corps connus celui dont la capacité calorifique est la plus grande, le problème paraît tout d’abord insoluble, mais l’idée me vint qu’en employant un corps fusible ayant une grande chaleur latente de fusion, on pourrait trouver la solution désirée; c’est dans cet ordre d’idées que, après quelques essais préliminaires, j’ai pris, le 12 septembre 1878, un brevet d’invention pour le chauffage des wagons, voitures, etc., au moyen de la chaleur latente em-
- magasinée dans les substances solides préalablement liquéfiées par la chaleur b
- Au cours de ces essais, j’eus, pour un tout autre motif, occasion de causer avec M. Camille Vincent, chimiste bien connu par ses travaux de chimie industrielle; je lui fis part de mes recherches; M. Vincent appela mon attention sur l’acétate de soude dont le très lent refroidissement en cours de fabrication l’avait frappé; je suis heureux de pouvoir le remercier ici publiquement de m’avoir épargné des recherches qui eussent pu être longues.
- J’expérimentai donc l’acétate de soude et j’obtins des résultats satisfaisants.
- La durée de chauffage d’une chaufferette à acétate de soude est environ quatre fois celle d’une chaufferette pareille remplie d’eau, malgré la grande capacité calorifique de l’eau; cela tient à l’énorme quantité de chaleur qu’il faut fournir à l’acétate de soude pour le faire passer de l’état solide à l’état liquide, chaleur qu’il restitue ensuite quand il reprend l’état solide.
- Les essais comparatifs que j’avais faits m’avaient donné pour la chaufferette à acétate de soude une durée environ quatre fois plus grande que celle de l’eau ; en faisant les calculs, on trouve que la quantité de chaleur utile est, en effet, dans l’acétate quatre fois plus grande que dans l’eau.
- Une chaufferette de chemin de fer contenant 11 litres d’eau, pour passer de 80 degrés, température moyenne à laquelle on la met dans le wagon, à 40 degrés, température au-dessous de laquelle la chaleur n’est plus guère perceptible, dégage 440 calories (11 X40).
- La même chaufferette contient environ 15 kilogrammes d’acétate; pour passer de 80 degrés, à 40 degrés, ces 15 kilogrammes dégageront 1731 calories au lieu de 440.
- La pratique est d’accord avec la théorie; on peut s’en assurer par les courbes ci-contre (fig. 2 et 3). On voit combien est rapide la décroissance de la température de la chaufferette à eau, tandis que
- 1 Yoy. n° 412 rlu 25 avril 1881, p. 327.
- Fig. 1. — Chaufferettes à l’acélate de soude pour les usages domestiques. Chaufferette d'appartement et chaufferette de manchon pour dame.
- Pour se servir de ces chaufferettes, il suffit de les plonger dans l’eau bouillante pendant cinq à trente-cinq minutes, suivant le modèle ; elles restent chaudes de six à douze heures. Il n’est jamais nécessaire de les ouvrir.
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- LA NATURE.
- pour la chaufferette à acétate la courbe de refroidissement, d’abord sensiblement parallèle à celle de la chaufferette à eau, s’en écarte brusquement au point qui correspond à la température de cristallisation. A partir de ce moment, la courbe reste presque horizontale et ne descend que lentement, rendant sensible à l’œil le phénomène qui se passe à l’intérieur de la chaufferette.
- Il est entendu que j’ai comparé dans ces courbes deux appareils de même volume et de même forme.
- Mais il faut pousser plus loin la comparaison et rendre compte des conditions auxquelles ce résultat est obtenu. Non seulement on aune plus grande quantité de chaleur utile disponible, mais encore on obtient ce résultat avec une moindre dépense de combustible.
- Calculons, en effet, la quantité de chaleur nécessaire pour porter deux chaufferettes, l’une à eau, l’autre à acétate, de 10 degrés à 90 degrés.
- Pour la chaufferette à eau, renouvelée quatre fois, il faudra, en prenant comme plus haut une chaufferette do 11 litres : 3520 calories.
- Pour la chaufferette à acétate il faudra 1987 calories, d'où il résulte une économie de plus de 1500 calories en faveur de la chaufferette à acétate de soude : en réalité l’économie est encore plus considérable, car il faut tenir compte de la quantité do chaleur utilisée dans chaque cas.
- Pour les chaufferettes à eau portées à 90 degrés, elles n’ont plus que 80 degrés au maximum quand on les met dans le wagon, on utilise au plus en quatre fois, 1760 calories, soit 50 pour 100 de la chaleur emmagasinée.
- Pour les chaufferettes à acétate de soude, il n’v a d’inutilisé que 256 calories, soit seulement environ 12 pour 100 de la chaleur emmagasinée.
- En rapprochant ce résultat de celui qui précède, on peut dire que mon système demande près de
- moitié moins de combustible, à conditions égales, que le système des bouillotes à eau, surtout si l’on veut bien considérer que le réchauffage des appareils à eau se fait en quatre opérations, tandis que les appareils à acétate ne demandent qu’un seul réchauffage pour une même durée d’effet utile.
- Les avantages de mon système out frappé les grandes administrations de chemins de fer auxquelles je l’ai soumis.
- On peut dire, en effet, que les économies de combustible et de main-d’œuvre que j’ai signalées sont en quelque sorte secondaires, en présence des autres avantages que procure l’adoption de rnon procédé. On peut faire de longs trajets, de Paris au Havre, à Lyon, à Bordeaux, etc., sans changer les chaufferettes; en route, les voyageurs ne sont pas soumis, toutes les deux heures ou deux heures et demie, au dérangement occasionné par ces changements, qui, en même temps, refroidissent la température du compartiment. Le matériel roulant n’est plus aussi souvent soumis à ces chocs de chaufferettes pesantes qui, de l’aveu des ingénieurs les plus compétents, ont une influence des plus funestes sur sa durée; enfin, plus de manœuvres, souvent fort gênantes, de ces bouillotes dans les gares intermédiaires; on pourra, de ce fait
- aussi, diminuer la durée des trajets.
- Plusieurs Compagnies de chemins de fer, tant en France qu’à l’étranger, emploient ce mode de chauffage sur une échelle plus ou moins grande et dans des proportions qui augmentent chaque année. Le chemin de fer de l’Ouest, qui, l’hiver dernier, chauffait ainsi tous les trains de Paris au Havre, va, eet hiver, chauffer aussi tous les trains de la ligne de Dieppe.
- Le chemin de fer de l’État va l’employer sur la ligne de Tours aux Sables-d’Olonne. En Angleterre, la Compagnie du London and Nortb Western rail-way, qui avait, l’an dernier, 3000 chaufferettes en
- < 68°
- = 66»
- Ui 61,»
- refroidissement en heures
- Fig. 2. — Courbes de refroidissement des chaufferettes à eau.
- . 68»
- o 58»
- ïï 56»
- < 4.4»
- REFROIDISSEMENT EN HEURES
- Fig. ô. — Courbes de refroidissement des chaufferettes à acétate de soude.
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- LA NATURE.
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- service, en aura 0000 pour l’hiver 1882-83.
- D’autres applications sont faites encore en France sur les chemins de fer de l’Est et de Lyon; en Italie, sur les chemins de fer de la Haute-Italie ; en Espagne, sur la ligne de Madrid à Caurès, et à la Compagnie du Nord de l’Espagne; en Portugal, sur la Compagnie des chemins de fer portugais. Des essais vont, en outre, être faits sur plusieurs lignes en Autriche.
- En dehors des applications aux chemins de fer, mon procédé de chauffage peut être très avantageusement employé pour le chauffage domestique, pour le chauffage des voitures publiques ou privées, des omnibus, etc. ; il ne présente pas les dangers réels et signalés dernièrement au Conseil d’hygiène de la Seine par M. le Dr Armand Gautier sur l’emploi des chaufferettes à charbon, qui ont l’hiver dernier occasionné des accidents graves dont plusieurs ont été suivis de la mort des personnes qui ont fait usage de ces chaufferettes.
- On peut construire des appareils de toutes formes appropriées à des destinations multiples, des chaufferettes portatives pouvant être employées dans les voitures, dans l'appartement (fig. 1) et même dans le lit où elles ont une durée de plus de quinze heures, des réchauds de table, des cataplasmes dont la chaleur dure environ dix heures et peuvent être d’un grand secours dans le traitement de certaines maladies ou indispositions, des chauffe-manchon ou chauche-poehe, des chauffe-biberon ou chauffe-tisane, etc.
- Tous ces appareils sont d’un usage très commode, puisque la chaufferette préparée une fois pour toutes et que nous fournissons telle, n’a besoin pour pouvoir être utilisée que d’être plongée dans l’eau bouillante pendant un laps de temps déterminé pour chaque grandeur d’appareil ; les orifices par lesquels a été introduit le sel sont hermétiquement clos et soudés et le contenu ne doit jamais être renouvelé, l’acétate de soude est un corps essentiellement stable (il ne commence à se décomposer qu’au rouge sombre, c’est-à-dire vers 700°), sa durée doit donc être sinon indéfinie, au moins très longue.
- L’opération du remplissage des chaufferettes demande certaines précautions que la pratique m’a indiquées, pour éviter la surfusion ou la sursaturation, phénomène que l’acétate éprouve facilement surtout en vase clos ; sans vouloir entrer ici dans le détail de cette opération, je crois devoir ajouter que ce phénomène se produit alors surtout qu’il y a excès d’eau dans l’acétate de soude, excès d’eau qui existe souvent à cause de l’humidité de l’atmosphère que l’acétate absorbe assez rapidement; les précautions consistent donc, entre autres, dans l’élimination ou la saturation de cet excès d’eau et aussi dans l’emploi dans la chaufferette d’un réservoir de cristaux, dont la fusion est rendue aussi difficile que possible au moyen de matières mauvaises conductrices de la chaleur ; ce réservoir sphérique, à parois épaisses, agit en ouire par les
- vibrations que dans le mouvement du train il imprime au sel liquifié, vibrations qui ont pour effet de détruire la sursaturation1.
- A. Ancelin,
- Ingénieur civil.
- LA RÉCOLTE DU YIN EN FRANCE
- ET LES CULTURES MARAÎCHÈRES
- On sait quels sont les désastres causés dans nos régions vinicoles par le phylloxéra, le Ministère de l’Agriculture les a estimés par des chiffres exacts; nous les avons pris comme hase de la courbe ci-dessous, qui indique d’une façon saisissante la décroissance de nos richesses vinicoles.
- Hectolitres 1875 1876 1877 1878 1879
- 90 000 000 ------- ------------------------------1--------
- 80000000
- 70 000 000
- 60000 000
- 50000 000
- 41847
- 40000000
- i 576000
- 30 000 000
- 20000000
- Courbe de la production du vin en France, de 1875 à 1880.
- Ces documents ont été publiés dans la dernière livraison des Annales du Commerce extérieur, où l’on trouve encore au sujet de cultures diverses quelques autres chiffres qui sont de nature à être signalés aux horticulteurs.
- Il y avait en France, en 1875, 474 061 hectares consacrés aux cultures potagères et maraîchères, plus 1 176 496 hectares cultivés en pommes de terre. La récolte moyenne était de 1045 francs par hectare et la va-
- 1 Extraits d’une note présentée à la Société d'Encouragement. Nous ajouterons à la notice que l’on vient de lire quelques renseignements pratiques sur le mode de confection des chaufferettes et sur leur emploi.
- Un vaste atelier de chaudronnerie installé à Paris sert construire aujourd’hui les appareils de chauffage à l’acétate de soude; on y prépare les enveloppes métalliques qui doivent constituer les bouillottes de toutes grandeurs et de toutes formes. Lorsque les récipients sont prêts, on les place en série les uns à côté des autres et on y introduit, avec quelques précautions, l’acétate de soude fondu. C’est une opération assez délicate et qui demande une certaine habileté et un tour de main particulier, afin d’éviter la surfusion. Une fois remplis, les appareils sont bouchés. Au-dessus du bouchon est soudée une plaque de métal, de façon que ni l’air ni aucun liquide ne puisse pénétrer dans la bouillotte hermétiquement fermée. Ensuite on les polit et il n’y a plus qu’à les livrer au client. •
- Lorsqu’on veut se servir des bouillottes Ancelin, on les plonge dans l’eau bouillante, dans la position verticale. On les laisse bouillir ainsi pendant un temps qui varie depuis cinq minutes pour le chauffe-manchon, jusqu’à trente-cinq minutes pour la chaufferette portative, et même cinquante minutes pour la bouillotte de voiture; on n’a plus qu’à placer l’appareil dans le lit, le bureau ou la voiture, etc., à mettre ses pieds dessus, et on a de la chaleur pour six à douze heures, selon le volume de la chaufferette et l’endroit où elle est placée.
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- m
- LA NATURE
- leur totale de la production maraîchère était évaluée annuellement à 495 millions. Comme importance, elle vient bien avant celle des céréales, qui ne s’élève qu’à 250 millions. Qui se douterait que nos modestes maraîchers entrent pour une si grande part dans la production de la richesse de notre pays?
- On voit que si le phylloxéra exerce ses ravages sur nos vignobles, les autres cultures, en France, sont en voie d’accroissement et en pleine prospérité.
- Elévation.
- Plan du Rez-de-Chaussée
- LÉGENDE B Escalier du sergent
- A Chevaux Harnachés. C Escalier des pompiers. A,Chevaux de renfort. D Mats.
- Quai
- Fig. 1. — Poste de pompe à vapeur du quai
- r i
- Le rez-de-chaussée est divisé en deux parties : une pour les'chevaux et l’autre pour le remisage des appareils à incendie, qui sont au nombre de trois : une pompe à vapeur, un dévidoir, et une voiture aux agrès.
- Ces, différents véhicules reposent sur des rails, afin d’obtenir un démarrage prompt et facile au moment du départ. » . ; - . : : i
- Ils ont accès sur le quai des Orfèvres par une grande porte à deux battants; placée en face de chacun d’eux et de 3 mètres de largeur.
- UN POSTE DE POMPE A. VAPEUR
- A PARIS
- Les dessins ci-dessous représentent les plans, coupe et élévation du poste municipal de pompe à incendie qui a été récemment construit sur le quai des Orfèvres, à côté du Palais de Justice (fig. 1).
- El évation.
- Plan du Rez-de-Chaussée.
- 'Y Donoirdts pompiers X Dortoirs des cockers Y Réfectoire 1 Logement du sergent.
- des Orfèvres, à Paris. — Élévations et plans.
- Dans l’autre partie du rcz-de-chausée sont placées huit stalles d’écurie. Six sont occupées par des chevaux constamment harnachés et prêts-à être attelés au premier signal ; les deux aütrés sont réservées pour les chevaux de renfort dont on peut avoir besoin. . *
- Entre le rez-de-chaussée et le premier étage au-dessus des stalles des chevaux seulement se trouvent plusieurs pièces. Dans l’une d’elles séjourneront les pompiers pendant le jour; lés autres serviront de greniers dans lesquels on placera les approvision-
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- Fjir. 2._ Vue intérieure d’un poste de pompe à vapeur à Paris, au moment où le feu est signalé. (Dessiné d apres nature.)
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- LA NATURE.
- nements pour les chevaux, foin, paille et avoine.
- On parvient au premier étage au moyen de deux escaliers : l’un est destiné spécialement aux pompiers, l’autre au sergent ; celui-ci peut ainsi rentrer dans son logement sans avoir besoin de traverser le poste.
- Cet étage comprend : 1° le logement du sergent, qui se compose de trois grandes pièces avec un cabinet et un water-closet ; 2° un réfectoire pour les pompiers et les cochers; o° un dortoir contenant dix lits pour les pompiers; 4° un autre contenant trois lits pour les cochers. Dans un angle de chacun de ces deux dortoirs est disposé un mât ; lorsqu’un incendie est signalé, les pompiers peuvent descendre au rez-de-chaussée avec rapidité et sans encombrement, les uns par les mâts, les autres par l’escalier (fig. 2).
- L’état-major des pompiers communique avec le poste de la pompe à vapeur au moyen d’un fd télégraphique et d’une sonnerie électrique.
- Lorsqu’un incendie s’est déclaré, on le signale à l’état-major, qui avertit les pompiers au moyen de la sonnette. Aussitôt ceux-ci attellent les chevaux et ils se tiennent prêts à partir. Pendant ce court intervalle de temps un pompier va de l’état-major au poste pour dire à quel endroit l’incendie s’est produit et quelle est son importance.
- La pompe à vapeur employée est à vaporisation rapide. Lorsqu’elle est en repos dans la remise, on maintient, sans interruption, l’eau de la machine à une température convenable en allumant dans le foyer un certain nombre de becs de gaz, dont on règle la flamme à volonté. L’eau étant ainsi échauffée d’avance, la mise en pression est très rapide. Lorsqu’un incendie se produit, le temps qui s’écoule entre le moment du signal de l’arrivée à l’endroit du sinistre suffit au chauffeur, qui active le feu, pour porter la vapeur à une pression suffisante.
- Plusieurs autres postes de pompes à vapeur sont installés dans différents endroits de Paris, et ce service se fait aujourd’hui avec assez de promptitude pour que les pompiers arrivent au lieu de l’incendie peu de temps après avoir été avertis, quel que soit l’endroit où il s’est déclaré i.
- Ch. Laverny.
- APPLICATION DE L’ACIDE CARBONIQUE
- AUX POMPES A INCENDIE
- On sait que la tension de vapeur de l’acide carbonique liquide est énorme, puisqu’à 45° elle est d’environ 50 atmosphères, dépasse 400 atmosphères à 50°, et d’après M. Krupp, atteindrait 800 atmosphères à 200°.
- Un réservoir rempli d’acide carbonique liquide, à la température ordinaire, représente donc une certaine quantité d’énergie immédiatement disponible, à la condition que le refroidissement dû à 'la vaporisation d’une partie du liquide n’abaisse pas sa température à un degré
- 1 Voy. Semaine des Constructeurs.
- trop bas. Avant que cela ne se produise, on dispose pendant quelques minutes, d’une puissance relativement considérable habilement mise à profit par le directeur du corps des pompiers de Berlin, M. le major Witte. D’après le Berichte der deutschen chemischen Gesellschaft qui nous fournit ces détails, les pompes à vapeur sont munies de réservoirs à acide carbonique dans lesquels on emmagasine une certaine quantité de gaz liquéfié à l’aide de bouches de prise et d’une canalisation spéciale.
- La chaudière porte donc sa provision d’eau et d’acide carbonique". Au moment où un incendie se déclare, la chaudière est aussitôt allumée, mais sa mise en pression demande quelques minutes, et elle arrive souvent sur le lieu du sinistre avant d’être en état de fonctionner.
- On ouvre alors le réservoir à acide carbonique qui se liquéfie, traverse la chaudière, s’v échauffe plus ou moins et se rend dans les cylindres moteurs de la pompe à vapeur dont il actionne les pistons comme le ferait la vapeur elle-même. Lorsque la température s’élève, l’eau est vaporisée, la machine est alors actionnée par un mélange de vapeur et d’acide carbonique et enfin par la vapeur seule. Mais, — et c’est là le point important — grâce à cet emploi, la pompe est toujours immédiatement prête à fonctionner dès qu’elle arrive sur le lieu du sinistre ; c’est là un gain de cinq à six minutes qui, aux débuts d’un incendie, a une importance considérable.
- D’après des expériences faites par M. le major Witte, la consommation d’acide carbonique, avant la mise en pression de la machine à vapeur, ne dépasse pas 8 kilogrammes, mais l’on doit avoir soin de faire usage de deux récipients, car le refroidissement produit par la vaporisation d’une partie de l’acide carbonique produit la congélation du reste de l’acide.
- Cette application de l’acide carbonique liquide n’est pas la seule, car on s’en sert aux ateliers Krupp pour la fabrication de la glace et de l’eau de Seltz ainsi que pour produire la pression nécessaire au débit de la bière.
- En ajoutant à ces diverses applications celle plus récente faite à l’usine Krupp, pour la fabrication de l’acier comprimé, on comprendra que des industriels allemands, MM. Kunheim et Cie, se préoccupent activement d’organiser sur une grande échelle la fabrication de l’acide carbonique liquide.
- Il n’est pas douteux, en effet, que le jour où cette fabrication sera devenue économique, elle ne fasse naître une foule d’applications restées jusqu’ici dans le domaine de l’expérience du laboratoire ou dans le cerveau des inventeurs.
- LE CHEVAL FORCE MOTRICE
- Pour le philosophe, le naturaliste ou le sport-man, le cheval sera toujours avec raison la plus belle conquête de l’homme sur la nature, mais, pour le mécanicien et l’industriel, le cheval n’est pas autre chose qu’une machine dont l’organisation lui permet d’en tirer journellement un nombre respectable de kilogrammètres, pendant un temps aussi long que possible, d’une manière simple, commode et économique, lorsqu’on sait lui fournir le combustible, ou l’aliment, qui lui-convient, en quantité et en qualité appropriées à la nature des services exigés ou rendus.
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- LA NATURE,
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- C’est à ce point de vue que nous nous proposons d’étudier ici le cheval, laissant à des plumes plus autorisées le soin de faire ressortir les autres mérites de ce noble animal.
- En dehors des fonctions reproductrices, destinées à perpétuer l’espèce et confiées aux étalons, les chevaux se divisent, par la nature du travail qu’ils produisent, en chevaux de selle et chevaux de trait. On ne demande pas aux premiers une grande quantité de travail journalier, mais souvent un grand chemin parcouru avec une charge qui se réduit en général au poids du cavalier et de sa selle; pour les chevaux de course même, la longueur du chemin parcouru devient souvent secondaire, et la valeur du cheval se juge surtout d’après sa vitesse pendant un parcours généralement très limité.
- Pour les chevaux de trait, au contraire, la somme de travail journalier exigée augmente d’autant plus que P allure du cheval est plus lente.
- Nous avons reproduit dans le tableau ci-dessous les vitesses ordinaires du cheval, suivant la nature du travail produit et son allure. La vitesse véritablement effrayante de 16m,32 par seconde atteinte par Consul en 1869 se rapporte à un parcours de 1600 mètres seulement avec un jockey pesant 54 kilogrammes :
- VITESSES ORDINAIRES DU CHEVAL A DIFFÉRENTES ALLURES
- EMPLOIS ET ALLURES. MÈTRES PAR SECONDE. KILOMÈTRES PAR HEURE.
- Halage 0,50 1.80
- Manèges 0,8 à 1,00 2,00 à 5,60
- Roulage 0,9 à 1,00 5,2 4'a 5,60
- Transports militaires 1,20 4,32
- Petit trot, voiture légère. . . 2,80 10,00
- Trot ordinaire 5,30 11,90
- Courses attelées au grand trot. 9,00 33,40
- Pactole au trot, monté (1875). 10,00 56,00
- Galop du cheval de troupe. . 4,44 16,00
- Course au galop 15,00 46,80
- Consul en 1869 16,32 08, 7 o
- Occupons-nous maintenant du cheval de trait.
- Lorsqu’un cheval est attelé à un véhicule, il exerce un tirage sur ce véhicule pour produire sa progression. Ce tirage s’exprime en kilogrammes; il dépend d’une foule de circonstances que nous étudierons à propos du tirage des voitures; au point de vue spécial auquel nous nous plaçons, nous n’avons pas à le définir autrement que l’effort nécessaire pour produire la progression du véhicule. Soit F cet effort exprimé en kilogrammes, V la vitesse en mètres par seconde, le travail utile produit par le cheval par seconde sera FV kilogrammèlres. En supposant que le tirage et la vitesse soient constants, et que le cheval travaille T secondes par jour, le travail journalier sera FVT kilogrammètres. Au point de vue de la bonne utilisation du cheval, c’est ce produit FVT qu’il faut rendre maximum,
- sans cependant user la machine en peu de temps. On dispose dans ce but : 1° du tirage, en réglant la charge d’après la nature du terrain et en donnant de bonnes proportions au véhicule; 2° de la vitesse, réglée par la nature du -cheval, la nature du travail à produire et la route plus ou moins accidentée qu’il parcourt; 5° delà durée du travail.
- Le tirage ordinaire varie de 40 à 70 kilogrammes, suivant l’allure du cheval, mais il dépasse souvent ce chiffre au moment du démarrage, lorsque le cheval donne ce qu’on est convenu d’appeler un coup de collier.
- Coup de collier. — Effort exercé pour le démarrage, toujours beaucoup plus grand que l’effort pour la traction ordinaire. Il varie entre 300 et 500 kilogrammes. Des chevaux exceptionnellement bien musclés ont donné au dynamomètre jusqu’à 1200 kilogrammes, mais il ne faut pas perdre de vue que le cheval ne peut supporter un pareil effort et ne tarderait pas à s’y refuser.
- Lorsque le cheval donne un grand nombre de coups de collier dans une journée, il se fatigue beaucoup et produit un travail journalier très inférieur à ce qu’on pourrait obtenir de lui par un travail régulier et continu.
- L’influence de la vitesse sur le travail journalier est bien mise en relief dans la courbe ci-contre que nous avons tracée d’après les chiffres publiés par M. Hervé Mangon dans son Traité de génie rural. Les abscisses représentent les vitesses en kilomètres par heure et les ordonnées le rendement en travail journalier, en représentant par 100 le travail journalier maximum qui correspond à une vitesse un peu inférieure à 1 mètre par seconde (3200 mètres par heure). A la vitesse de 12 kilomètres, on voit que le travail journalier n’est plus que la moitié du travail maximum ; le rendement tombe à 20 pour 100 dès que la vitesse atteint 16 kilomètres.
- La durée totale du travail journalier varie aussi avec la vitesse, et sans qu’on puisse fixer de règles bien précises, nous reproduisons ici quelques chiffres qu’on peut considérer comme de bonnes moyennes :
- Cheval de halage. — Vitesse, 0m,50; tirage, 77 kilogrammes; durée du travail, 10 heures.
- Travail journalier, 1 386 000 kilogrammètres.
- Travail par seconde, 58,5 kilogrammètres.
- Cheval de roulage. — Marche au pas (0,9 à 1 mètre par seconde), exerce un tirage de 70 kilogrammes, pendant 9 heures par jour.
- 11 produit un travail total de 2041200 kilogrammètres.
- Et un travail par seconde de : 63 kilogrammètres.
- Transports militaires.— Vitesse’au pas, lm,20; tirage moyen, 50 kilogrammes; durée du travail, 7 heures.
- Travail journalier, 1512 000 kilogrammètres.
- Travail par seconde, 60 kilogrammètres.
- Coupé roulant sur du pavé en grès sec, en palier, à la vitesse dé 3m,30 par seconde. Tirage, 14,8 kilogrammes. Travail par seconde, 49 kilogrammètres,
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- LA NATURE.
- On n’a pas de chiffres sur le travail journalier, mais il ne conviendrait pas de dépasser 6 heures de travail effectif: en adoptant ce chiffre, le travail journalier serait de 1 058 400 kilogrannnètres. Pour des vitesses plus grandes, de 4 à 5 mètres, le travail journalier tomberait à 400 000 ou 500000 ki-logrammètres.
- Dans ces conditions, qu’on peut considérer comme normales, le travail par seconde varie entre 35 et 65 kilogrammètres, c’est-à-dire entre 1/5 et 2/5 de cheval-vapeur. Cependant, lorsque le cheval donne un coup de collier dans une rampe, le travail peut atteindre, pendant quelques minutes, 90 et jusqu a 100 kilogrammètres par seconde.
- Ici se pose une question qui n’est pas sans intérêt : Le cheval est-il un moteur léger?
- La réponse dépend évidemment du point de vue auquel on se place : le poids du cheval varie entre 400 et 650 kilogrammes : acceptons comme chiffre moyen, un cheval bien constitué pesant 690 kilogrammes capable de fournir un travail journalier de 1 800 000 kilogrammètres à raison de 60 kilogrammètres par seconde.
- Ceci posé, si l’on considère le cheval au point de vue du travail produit par unité de temps, on trouve qu’il constitue un moteur relativement très lourd ; puisqu’il ne produit, par kilogramme de poids, que 1/10 de kilo-grammètre environ.
- Il est assez curieux de rapprocher ce chiffre de celui du travail que peut fournir un homme : un homme bien constitué, pesant 75 kilogrammes, peut fournir sur une manivelle 7,5 kilogrammètres par seconde, soit 1/10 de kilogrammètre par kilogramme de poids. Il en résulte que, à poids égal, la force d’un homme équivaut à celle d'un cheval vigoureux.
- Lorsqu’on considère la quantité de travail journalier qu’un cheval peut produire, on trouve que cette quantité est égale à 3000 kilogrammètres par kilogramme; ici encore le travail journalier du cheval est égal à celui de l’homme, à poids égal, et, coïncidence singulière, ce chiffre de 3000 kilogrammètres par seconde correspond sensiblement à la somme de travail qu’on peut retirer par kilogramme des accumulateurs électriques construits actuellement par M. Faure, MM. Sellon et Volck-mar, etc.
- Il semblerait donc, d’après l’équivalence de ces chiffres, qu’on puisse remplacer pour un service
- journalier, un cheval de 600 kilogrammes par un poids égal d’accumulateurs chargés à saturation chaque matin pour la journée entière. Il n’en est rien cependant en pratique, parce que le travail journalier que peut fournir un cheval est entièrement disponible pour le transport de la charge, tandis que, pour les accumulateurs, il faut déduire du travail total le travail absorbé pour la remorque de ce poids mort pendant toute la journée ; dans ces conditions, le travail disponible n’est plus qu’une fraction assez faible du travail total. C’est ce qui explique pourquoi, jusqu’ici — nous soulignons à dessein le mot jusqu'ici— les véhicules puisant leur puissance dans les accumulateurs n’ont pu fournir une durée de travail aussi longue que celle d’un cheval de trait.
- Revenons maintenant au cheval. Par sa nature, il constitue un moteur intermittent, exigeant après chaque période de travail, une période de repos de
- longueur double en moyenne, suscepli ble de fournir pendant plusieurs années, un travail journalier variant entre 400000 et 2000000 de kilogrammètres par jour.
- On peut le considérer aussi comme une machine thermique dans laquelle le combustible est son aliment,foin, paille, avoine, etc. Cet aliment compr end deux parties, l’une, indépendante de son état de repos ou de travail, est la ration d'entretien, elle est, toutes choses égales d’ailleurs, sensiblement proportionnelle au poids de l’animal : la seconde partie est la ration de travail; elle est pour chaque allure, à peu près proportionnelle au travail qu’on exige de l’animal dans les limites de ses forces et de ses habitudes. Le prix de l’unité de travail fourni par le cheval est, mécaniquement parlant, fort élevé, mais la forme pratique et commode sous laquelle ce travail se présente à l’homme ponr satisfaire à un grand nombre de ses besoins, lui assurera longtemps encore, en dehors de toute question esthétique ou philosophique, une supériorité immense sur toutes les forces naturelles ou artificielles dont la science et l’industrie sont aujourd’hui dotées, longtemps encore le cheval restera la plus noble conquête dont parle un de nos plus illustres naturalistes, mais nous avons cru utile .néanmoins d’indiquer à grands traits et de faire ressortir l’importance de la puissance du cheval et sa valeur exacte dans la mécanique des forces naturelles.
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- Vitesse en Kilomètres nar heupe.
- Variation du rendement ou du travail journalier d’un cheval avec l’aliure.
- La figure montre que le rendement est maximum lorsque la vitesse du cheval ne dépasse pas 90 centimètres par seconde; à la vitesse de 12 kilomètres, le travail effectif journalier n’est plus que la moitié du travail maximum.
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- LA NATUHtë.
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- MESUREUR DE LIQUIDES
- SYSTÈME MONROY
- La méthode la plus simple et la plus expéditive de mesurer les liquides dans le commerce de détail consiste à les verser dans des mesures en étain que l’on remplit et que l’on vide ensuite dans le récipient apporté par le client. Cette méthode n’est cependant pas sans danger pour les liquides inflammables, huiles, essences, pétroles, vernis, alcools, etc., surtout lorsqu’on opère la nuit, et il est bien difficile d’éviter les pertes, l'évaporation, la mauvaise odeur, et même l’inexactitude résultant de ce qu’il est difficile de maintenir la mesure pleine en la transportant depuis le robinet de prise jusqu’au récipient du client. Serait-ce une calomnie d’ajouter que bon nombre de marchands exagèrent cette difficulté — à leur profit — et par suite au détriment du client? Pure médisance, tout au plus.
- C’est pour répondre à toutes ces objections que les mesureurs de liquide ont été imaginés, et nous croyons être utile à nos lecteurs en décrivant ici l’un des plus ingénieux et des plus simples, celui de M. Monroy.
- Mais avant de le décrire, profitons de l’occasion pour rappeler la disposition adoptée par les trinckhalls établis sur les boulevards de Paris pendant l’été. On sait que ces établissements sont administrés par un concessionnaire qui exerce une surveillance et un contrôle continus sur ses employés; le nombre de verres d’eau de Seltz versés pendant une journée est automatiquement enregistré par un compteur rotatif; impossible de prendre le verre sans que le compteur avance d’une unité. Les sirops sont rigoureusement — quelques-uns disent parcimonieusement — mesurés à l’aide d’un robinet dont le boisseau est disposé de façon à ne laisser écouler à chaque manœuvre qu’une certaine quantité de liqueur. Le système est des plus simples et des plus pratiques pour le cas particulier : dans le boisseau conique se trouve ménagée une cavité dont la capacité représente le volume à débiter. Lorsque cette cavité est sur la génératrice supérieure, elle se remplit ; en faisant tourner le boisseau de 180°, elle se vide dans le verre placé sous le robinet.
- C’est la solution plus complète du problème que donne le mesureur Monroy, car il permet, avec un seul robinet, de mesurer des volumes variables à volonté : il est fondé sur les principes les plus élémentaires de l'hydrostatique et la figure ci-dessous permet d’en saisir facilement le principe et les dispositions.
- L’appareil se compose d’un réservoir en verre Y à la partie supérieure duquel sont disposés deux tubes concentriques dont nous allons voir à l’instant la fonction; la partie inférieure de ce réservoir est munie d’un robinet à trois voies T. La voie 1 communique avec le réservoir Y, !a voie 2 avec l’arrivée du liquide en A, la voie 3 avec l’échappement sous lequel se place le récipient. Sur la garniture G se trouvent deux tubes concentriques qui arrivent presque jusqu’au bas du récipient. Le tube extérieur est fixe et porte un certain nombre de trous distribués sur sa circonférence à diverses hauteurs convenablement réglées. Le tube intérieur mobile est aussi garni de trous à des hauteurs correspondantes, mais distribués d’une manière différente. Un cylindre S manœuvré à la main permet de faire tourner le tube intérieur par rapport au tube fixe et d’amener en face de l’appareil des numéros qui, pour le mesureur de 1 litre, par exemple, correspondent aux divisions 1, 1/2, 1/4 et 1 /b de litre.
- Pour chacune de ces quatre positions, il y a coïncidence entre l’un des trous du tube fixe et un des trous correspondants du tube mobile, mais pour un seul à la fois. Le tube intérieur, ouvert à ses deux bouts, communique librement avec l’atmosphère. Dans la position de repos, le robinet T ferme l’orifice 2 et établit une communication entre 1 et 3; le vase V est donc vide.
- Lorsqu’on veut faire une mesure, on amène en avant, sur le cadran S, le chiffre correspondant à la quantité à mesurer, puis on tourne le robinet T de manière à fermer 5 et à établir une communication entre 1 et 2. Le liquide du réservoir s’écoule par DCA et vient dans le vase Y qu’il remplit jusqu’à ce que le niveau du liquide arrive au point où les trous correspondants des deux tubes concentriques se trouvent en regard ; à ce moment le liquide bouche ces deux trous, l’air placé au-dessus du liquide dans le vase Y ne peut plus s’échapper, la pvession qu’il exerce arrête l’écoulement, le niveau
- Mesureur de liquides Monroy.
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- LA NATUUE
- reste stationnaire, le liquide est jaugé. On tourne alors le robinet pour le ramener à sa position initiale; 2 est fermé, et 1 communique avec o, le liquide s'écoule dans le récipient placé au-dessous de l’orifice. La quantité dont le vase Y se remplit à chaque manœuvre dépend de la hauteur à laquelle se trouvent les deux trous correspondants, hauteur qu’on peut faire varier en tournant le tube intérieur et qu’on règle très exactement au moment de la construction à l’aide de quelques coups de lime donnés dans les ouvertures. La rapidité de la manœuvre dépend de la quantité à mesurer, de la fluidité du liquide et des dimensions des orifices ménagés à son écoulement. Le réservoir doit être placé au moins aussi haut que l’orifice A, mais il peut sans inconvénient se trouver à plusieurs mètres au-dessus de cet orifice, grâce à un flotteur disposé en Z qui vient fermer l’arrivée du liquide dans le vase Y par le robinet T dès que la pression de l’air tendrait à devenir assez grande pour faire échapper le liquide par les tubes concentriques. Dans ce cas, il faut avoir soin de munir l’orifice D d’un tuyau vertical dont la hauteur soit telle qu’elle dépasse d’environ 10 centimètres celle du réservoir.
- Le type normal du mesureur Monrov est combiné pour le litre et ses fractions, mais il s’en construit d’autres modèles pour des quantités à mesurer plus grandes ou plus petites, jusqu’à 10 et 20 litres. 11 convient aussi bien aux liquides inflammables qu’aux liqueurs, encres, médicaments, laboratoires de physique et de chimie, etc. Sa simplicité de construction et son bon fonctionnement justifient pleinement la multiplicité des applications qui en ont déjà été faites dans le commerce et l’industrie.
- CHRONIQUE
- Un monument à Darwin. — À la séance du 18 décembre de l’Académie des Seienees, M. de Qualre-fages, au nom de la Section de zoologie, s’est exprimé comme il suit : « Un Comité, composé principalement de membres de la Société Royale, s’est formé en Angleterre et a ouvert une souscription dont le montant est destiné à élever un monument à Darwin. Ce Comité a demandé aux hommes de science du continent de lui venir en aide ; il a écrit dans ce but à quelques membres de notre Académie, qui, à leur tour, ont constitué un Comité français, présidé par notre illustre doyen, M. Milne Edwards. C’est lui qui devait prendre la parole, mais M. Edwards est encore retenu par la convalescence d’une grave maladie. C’est donc'en son nom et au nom du Comité, que j’ai l’honneur de demander à l’Académie de vouloir bien autoriser dans son sein l’ouverture d’une souscription pour le monument de Darwin. Il est presque inutile d’ajouter que, en répondant à l’appel des savants anglais, le Comité français entend rester absolument en dehors de toute appréciation des doctrines générales, scientifiques ou philosophiques de l’illustre défunt. Ses hommages s’adressent uniquement à l’homme qui consacra sa vie entière au travail scientifique ; qui aborda avec bonheur quel-
- ques-uns des problèmes les plus ardus que présente l’élude des êtres vivants; qui, par la direction toute spéciale de ses recherches et le succès qui souvent les couronna, a rendu à la science positive des services éclatants. » En conséquence, les souscriptions seront reçues au Secrétariat de l’Institut.
- Câble souterrain de Paris à Marseille. — On
- travaille très activement à la pose du cable souterrain télégraphique qui doit relier directement Paris à Marseille. Deux cent cinquante ouvriers sont actuellement à l'œuvre sur la rive droite du Rhône et suivent les routes élevées autant que possible. Le cable est renfermé dans un tuyau en fonte placé à une profondeur de lm,65 sous le sol, et les joints des tuyaux sont recouverts de rondelles en caoutchouc et de bagues en plomb. Tous les 500 mètres environ, le,cable traverse une chambre en fonte munie d’un trou d’homme permettant de l’inspecter. Tous les 100 mètres, les tuyaux sont assemblés sur des boites en fonte qui permettent également de visiter et de réparer les fils. On estime la dépense totale des travaux à 40 000 000 fr. Quand cette ligne, qui traverse pour ainsi dire toute la France, sera terminée, on a l’intention de la relier aux câbles de l’Atlantique et de la Méditerranée.
- Une sucrerie aux États-Unis. — On construit, à Chicago, une fabrique de sucre de maïs de dimensions suffisantes pour travailler tous les jours 12 000 boisseaux de ce grain. Or chaque boisseau de maïs donne 28 livres de sucre, de sorte que, dans ce seul établissement, on sera à môme de produire jusqu’à 50 000 000 de kil. de sucre par an. Les bâtiments occuperont à peu près dix hectares de terrain et coûteront 8 000 000 de francs. La sucrerie aura onze étages, dont la hauteur sera de 59 mètres du niveau du sol. On y emploiera 4 000 000 de briques. Près de la sucrerie, il y aura le grenier, édifice à trois étages de 50mX 18m. La sucrerie elle-même aura cinq grandes machines à vapeur, puis des pompes et de petites machines pour le transport des céréales. Les machines à vapeur représenteront une force de 2000 chevaux et les ventilateurs fourniront de l’air à des chaudières qui représentent une force de 7000 chevaux. Près de l’édifice, on construit le filtrage, qui a 40mx51"! et
- 11 étages; il consiste exclusivement en matières incombustibles. A peu de distance de là, il y a un autre bâtiment plus petit pour les céréales, et on peut y faire entrer et décharger les wagons. Puis il y a les chaudières, réunies dans un bâtiment. 11 y en a 20 du système Babcock et Wilcox (chaudières à section). La cheminée a une hauteur de 80 mètres et un diamètre intérieur de 4 mètres. L’usine est accessible par voie de terre et par voie riveraine; tout d’abord, on ne travaillera que 6000 boisseaux par jour; mais, plus tard, on ira jusqu’au chiffre de
- 12 000, indiqué ci-dessus.
- Résurrection des Tardigrades par l’humidité. — Ces singuliers êtres, aujourd’hui classés dans les Arachnides, sont surtout cités pour la propriété remarquable que Spallanzani a reconnue en eux, de pouvoir supporter une dessiccation prolongée, et de reprendre leur activité vitale lorsqu’on vient à les humecter de nouveau. On sait que les expériences de Spallanzani furent contestées par Bory de St-Vincent et par Ehrenberg, qui considérait les animaux prétendus ressuscités comme de nouveaux Tardigrades provenant de l’éclosion d’œufs laissés parles premiers. En 1840, Do y ère reprit la question et, étudiant sur les Tardigrades l’effet de l'évaporation
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- simple et d’une élévation de température, il prouva l’exactitude des laits avancés par Spallauzani. Un nouvel observateur, le professeur Jung, a scientifiquement constaté, une lois de plus, ce curieux phénomène. Le Tardi-grade sur lequel il expérimentait était un Milnesiiim, l'un des trois genres établis par Doyère. Le spécimen pris dans un fossé était très vif, et contenait dix-huit œufs. Abandonné pendant cinq heures, jusqu’à complète dessiccation, il ne se présentait plus, malgré un grossissement de 550 diamètres, que comme une petite tâche brune sous la lamelle de recouvrement. On fit glisser sous celte lamelle une gouttelette d’eau. Dès qu’elle fut parvenue jusqu’aux restes du Tardigrade, l’observateur remarqua une fine pellicule entourant la tâche brune et dessinant le contour général du corps et les œufs ; puis il vit paraître la membrane normale enveloppant le contenu général de l’intestin, et les plus petits détails de la peau extérieure; au bout de vingt minutes, la bouche avec toutes ses parties, franges, tube, mandibules, et les pattes étaient pleinement développées. Enfin apparurent les organes reliant les mandibules à l’œsophage. Pendant les trois heures que duièrent ces observations, M. Jung ne vit aucun mouvement du corps, aucun développement des œufs. La lamelle trop serrée fut alors relâchée, et l’animal reçut une nouvelle provision d’eau. Mais le lendemain il avait disparu, trouvant sans doute le logement peu confortable.
- Lait d’éléphant. — Le Moniteur scientifique du docteur Quesneville donne la composition du lait d’éléphant. D’après les chiffres qui résultent de cette notice, le produit en question ressemblerait à de la crème. Cependant il n’a pas la consistance de la crème ordinaire. Vus au microscope, les globules sont gros, transparents et à contours bien nets. La crème monte avec rapidité en laissant au-dessous une couche d’une teinte bleuâtre. La matière grasse a une couleur jaune*clair rappelant celle de l’huile d’olive ; liquide à la température ordinaire, elle se solidifie à — 18°. L’odeur et le goût du lait d’éléphant sont très agréables. Sous ce rapport, il l’emporte de beaucoup sur la plupart des autres espèces de lait. Par sa qualité, il vaut certainement le lait de vache. Si tout cela est vrai, nous ne désespérons pas de voir quelque jour un industriel un peu audacieux revenir des Indes ou de l’Afrique avec un troupeau d’éléphantes, et les promener dans Paris, comme les montagnards promènent les chèvres, pour offrir aux amateurs des tasses de lait d'éléphant. Nous ne croyons pas nous tromper en prédisant un succès à celui qui réaliserait cette idée!
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 janvier 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Puissance élective des racines. — Dans un très important mémoire dont il donne lecture à l’Académie, M. Hervé Mangon signale une propriété bien remarquable d’une petite plante méditerranéenne, la ficoïde glaciale (Metambryanthemum cristallinum). Ce végétal essentiellement herbacé, est tout couvert de goutteleltes de rosée remarquables par leur saveur très fortement salée. Le liquide évaporé abandonne en abondance du sel marin à peu près pur. Quand on fait l’analyse de la plante entière, on est étonné du faible poids de sa substance végétale, 1,8 pour 100. Le reste consiste eu eau et en sels. Ceux-ci qui font la moitié du poids total, sont riches en
- potasse et en soude. Or, ces alcalis sont ainsi concentrés dans la ficoïde par la puissance élective de ses racines, car des choux, des résédas poussant avec elle, dans le même sol, conservent leur composition normale. Le savant auteur pense que la curieuse plante dont il s’occupe pourrait recevoir diverses applications utiles. Ses cendres fourniraient de la potasse en abondance et d’un autre côté, elle purifierait rapidement le sol du littoral, des quantités de sel qui le rendent impropre à toute culture.
- Entretien de l'activité solaire. — M. Fave revient encore une fois, pour la réfuter, sur l’étrange théorie de M. Siemens; et cette fois, comme précédemment, il opposé à son adversaire une argumentation décisive.
- On se rappelle que M. Siemens veut remplir l’espace interplanétaire d’un milieu matériel, auquel il attribuait d’abord une densité de 1/2000. Comme M. Faye lui a fait remarquer que, sans avoir l’air de rien, cela représentait la masse de 100 000 soleils, dont les astronomes ne s’étaient pas- doutés, il réduisit la densité du milieu à 1/2 000 000. Mais c’est encore l’équivalent de 100 soleils, et la mécanique céleste ne s’accommode pas plus de cette concession que de l’hypothèse première. En même temps, M. Faye montrait que la rotation du soleil ne peut pas déterminer, comme le voudrait le physicien anglais, la projection suivant son équateur de cette matière cosmique, parce que la force centrifuge développée est en cette région 48 000 fois plus faible que la gravité. C’est à cette objection que M. Siemens a voulu répondre en empruntant, pour l’altérer étrangement, un raisonnement de Newton. 11 consiste à examiner la manière d’être de la" matière solaire dans deux colonnes cylindriques dirigées suivant deux rayons du globe solaire, mais l’un dans l’axe des pôles et l’autre dans le plan de l’équateur. En prolongeant suffisamment ce dernier, M. Siemens arrive aisément à y développer une force centrifuge supérieure à la gravité. Mais sa manière de raisonner consiste en définitive à supposer esntre toute vraisemblance que le milieu interplanétaire tourne d’ensemble avec le soleil; car autrement l’auteur n’aurait aucunement le droit de prolonger la colonne qu’il considère au delà de la surface solaire.
- Diffusion du manganèse. D’après M. Dieulafait, et conformément à l’opinion de M. Boussingault, le bioxyde de manganèse est abondamment diffusé dans les terrains dolomitiques. La production naturelle de cet oxyde, aux dépens du carbonate manganeux, est d’ailleurs facile à comprendre, puisque M. Berthelot s’est assuré qu’elle donne lieu à un dégagement de chaleur. Il en est de même pour la production du sesquioxyde de fer par décomposition du carbonate ; — de même aussi pour la décomposition du bioxyde de baryum par l’acide carbonique ou par l’acide chlorhydrique.
- Théorie des comètes. — Un Allemand comparant les époques du passage au périhélie de nombreuses comètes, prétend que ces époques sont séparées les unes des autres par des durées qui toutes sont des multiples de 12 jours et 56 centièmes de jour. On pourrait tirer de là des conséquences très considérables si, comme M. Faye le fait remarquer, les perturbations auxquelles les comètes sont constamment soumises de la part des corps célestes pies desquels elles passent, n’avaient une valeur bien plus grande que les 12 jours dont il s’agit. Le prochain retour de la comète de Haller, si brillante en 1877, sera retardé ainsi de 600 jours ! Au milieu de pareilles conditions il
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- LA NATURE
- est bien impossible que quelque chose de régulier ressorte de la comparaison des époques de passage.
- Histoire des mathématiques. — Un nombre cyclique étant un nombre entier terminé par le même chiffre que son carré — de sorte que 5, dont le carré est 25, et 6, dont le carré est 56, sont des nombres cycliques, — M. Léopold Hugo s’occupe des auteurs grecs qui en ont traité.
- L’infra-rouge. — Reprenant la belle méthode qui a permis à son illustre père d’étudier la portion ultra-rouge de spectre au moyen des corps phosphorescents, M. Henri Becquerel continue l’histoire des rayons calorifiques. Grâce à ses recherches, dont M. Fizeau présente un exposé détaillé, nous connaissons maintenant depuis l’ultra-violet jusqu’à l’infra-rouge des radiations dont les longueurs d’onde sont entre elles dans le rapport de 1 à 10.
- Les poissons de Sénégamhie. — 11 résulte d’un travail de M. de Rochebrune, aide-naturaliste au Muséum, dont M. de Quatrefages présente la première partie, que les poissons de Sénégamhie, loin de ressembler à ceux d’Amérique, comme le voulait Valenciennes, présentent, avec ceux de l’Inde, d’étroites analogies.
- Varia. — M. de Magnac lit un mémoire sur la précision des longitudes déterminées en faisant usage de la nouvelle méthode chronométrique. — Le Ministre de la Marine transmet le récit d’un violent orage ressenti à la Guadeloupe dans la nuit du 11 au 12 septembre dernier. — L’uniformisation de l’heure occupe M. Ànquetin. — L’entrainement de l’oxyde de fer et des phosphates par le sulfate de chaux a fourni un sujet de recherches à M. Paquet (?). — Un mémoire d’hydrodynamique est adressé par M. de Caligny.
- Stanislas Meunier.
- Vélocipède aquatique récemment exposé à Boston.
- UN BICYCLE MARIN
- Tel est le nom du petit podoscaphe que représente la figure ci-dessus et qui, comme le fait justement remarquer le Scientific American, d’après lequel nous le reproduisons, doit sans doute son nom à ce qu’il ne porte pas de roues et n’est nullement approprié à des promenades maritimes. Bien ou mal nommé, ce petit véhicule aquatique figurait dernièrement dans une petite exposition organisée à Boston par le New England Manufacturées and Mechanic’s Institute, et était présenté par la Marine Bicycle Company, de Portsmoutli, N. H.
- 11 se compose d’un petit esquif à double coque actionné par une hélice mise en mouvement par des pédales, d’une manière identique à un vélocipède ordinaire.
- Chaque coque, excessivement élancée, a 20 pieds (6 mètres) de longueur, 7 pouces (48 centimètres) de large et 8 pouces (20 centimètres) de hauteur; l’écartement d’axe en axe est de 5 pieds (91 centimètres).
- L’aménagement de la transmission de mouvement à l’hélice et de la commande du gouvernail est des plus simples, il ne paraît pas douteux qu’en eau calme, avec une hélice et des pédales convenablement appropriées, le léger esquif n’atteigne des vitesses très satisfaisantes, eu égard à sa légèreté, et ne constitue un appareil susceptible de procurer quelques distractions agréables aux amateurs de yachting.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandibr.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- N’ 503. — ‘JO JANVIER 1883.
- LA NATURE
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- CULTURE DES BRUYÈRES
- ERICA CAVENDISHIANA
- Lu Bruyère dont nous reproduisons l’aspect très exact dans la gravure ci-dessous, est un des plus
- remarquables spécimens de la magnifique collection de M. J. Lavvless, grand amateur d’horticulture du sud-ouest de l’Angleterre. Le cottage de M. Lavvless, situé à Exetcr, est célèbre, et son jardinier, M. Georges Cole, est connu comme un botaniste et un praticien émérite. Tous les ans, M. Cole envoie à
- Erica Cavendishiana, de la collection de M. J. Lawless, en Angleterre. (D’après une photographie.)-
- l’Exposition du printemps^ de Plymoulh, les merveilles des serres qu’il dirige avec tant d’art et ÏErica Cavendishiana que nous représentons, a été l’un des succès de.l’Exposition de l’an dernier.
- Les Bruyères, que les botanistes désignent sous le nom d'Erica, sont, lorsqu’on les cultive avec art, capables de produire de très beaux effets, et peu-ft"ann««.— t*r semestre.
- vent être considérées comme des plantes éminemment ornementales.
- On peut citer parmi les plus belles variétés de Bruyères, à côté de ÏErica Cavendishiana ou Ca-vendishii, ÏErica affinis qui lui ressemble beaucoup par son aspect général, mais dont le feuillage est plus fort et plus serré, ÏErica ventricosa coc-
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- LA NATURE.
- cinea minor, remarquable par l’abondance et la beauté de ses fleurs, YErica mirabilis, YErica translucens, YErica Ewersiana, etc. — Parmi les horticulteurs français les plus habiles et les plus experts pour la culture d'Erica, nous citerons M. Gentilhomme, de Yincennes, chez lequel les amateurs pourront se procurer la plus complète collection de Bruyères. Mais nous n'avons pas en France autant de riches cultivateurs que de l’autre côté du détroit.
- Les propriétaires anglais suivent pour la plupart l’exemple de M. ,1. Lavvless, et l’horticulture est un art cultivé avec grand luxe chez nos voisins d’outre-Manche. Les plantes rares y sont recherchées au delà de tout ce que l’on peut imaginer, par quelques amateurs, et elles atteignent parfois des prix exorbitants; c’est ainsi que M. Stevens, célèbre fleuriste à Londres, a vendu récemment, une seule Orchidée, YOdontoglossum vexillarium, au prix de 50 livres sterling (1250 francs). Cette Orchidée était, il est vrai, un échantillon splendide à quaire fortes pousses. Les horticulteurs, on le voit, sont aussi passionnés que tous les autres collectionneurs.
- BIBLIOGRAPHIE
- VExpédition de « La Jeannette » au pôle Nord racontée par tous les membres de l’expédition, ouvrage composé des documents reçus par le New-York Herald de 1878 à 1882, traduits, classés, juxtaposés par Jules Ges-lix, avec de nombreuses illustrations dans le texte ; 2 vol. in-8\ Paris, Maurice Dreyfous.
- L’histoire de l’expédition de La Jeannette comptera parmi les plus terribles drames des explorations polaires; racontée par les survivants de la catastrophe, elle donne le tableau véridique des régions parcourues, elle offre l’exposé palpitant des périls affrontés, des désastres qui en ont été la conséquence, et des morts tragiques qui en ont été le dénouement. Ce livre est émouvant au possible, mais il est à la fois viril et réconfortant, car il reflète à chaque page, le courage, l’énergie et l’amour de l’exploration scientifique.
- La science des philosophes et l'art des thaumaturges dans Tantiquité, par Albert de Rochas. 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1883.
- La Nouvelle Guinée, historique de la découverte, description géographique, produits du sol, colonisation, par Jules Girard, 1 broch. in-8°. Paris, imprimerie F. Levé, 1883.
- La vie et les milieux cosmiques, par Louis Olivier, 1 broch. in-8°. Paris, Gauthier-Villars, 1883.
- LE FREIN A AIR COMPRIMÉ
- SYSTÈME VVENGER
- Nous avons décrit déjà dans La Nature les principaux types dé freins continus qui se partagent aujourd’hui l’attention des ingénieurs de chemins de fer, et nous n’apprendrons rien à nos lecteurs en leur disant que cette question si importante pour
- l’exploitation, surtout sur les lignes à grand trafic, est toujours à l’étude, les expériences sont répétées continuellement, et ont permis sans doute de mieux préciser les données du problème, mais on n’est pas encore arrivé, et il y a lieu de craindre qu’on n’arrivera pas de longtemps à une solution uniforme dans aucun pays. C’est que chaque type de frein possède certains avantages particuliers qui peuvent amener à lui donner la préférence dans des conditions données d’exploitation : le frein électrique, qui reste encore à l’état d’essai, est un frein de détresse excellent quand il est en bon état, un peu brutal peut-être en exploitation courante ; le frein à vide, moins efficace, a pour lui sa grande simplicité, et on ne saurait nier qu’il n’ait en Angleterre surtout de très nombreux partisans. Le frein à air comprimé si ingénieusement disposé par M. Westinghouse parait adopté en France par trois grandes Compagnies, il est plus puissant que le frein à vide, mais on lui reproche, à tort peut être, d’être compliqué, et d’entraîner parfois des arrêts intempestifs, et surtout d’être difficile à modérer.
- Aucun type ne remplit encore parfaitement toutes les conditions désirables, et il faut bien reconnaître d’ailleurs que certaines d’entre elles paraissent difficilement compatibles : le frein qui doit agir violemment en cas de détresse, doit exercer une action plus modérée au contraire en service courant, pour ne pas trop secouer les voyageurs, comme le fait se produisait trop souvent avec le frein à air comprimé, par exemple, dans les premiers temps de l’exploitation, etc.
- Le frein Wenger, que nous allons décrire, repose sur le même principe que le frein Westinghouse dont il constitue en quelque sorte une modification supprimant certains organes réputés délicats; il est dù à un ingénieur français des plus distingués, et il est appliqué avec succès depuis une année environ à la Compagnie d Orléans. Nous allons en donner la description d’après le Génie Civil, en rappelant brièvement l’installation générale qui est la même que pour le frein Westinghouse, et en insistant surtout sur les organes caractéristiques du système.
- La machine est munie, comme dans le frein Westinghouse, d’une pompe à air qui reçoit sa vapeur de la chaudière et qui fournit de l’air comprimé dans deux conduites distinctes qui s’étendent d’une extrémité à l’autre du train. Ces conduites sont en relation séparément, comme on le voit sur la figure 1, avec le cylindre à frein A placé sous chaque véhicule et dont les pistons actionnent par une timonerie ordinaire B, G les sabots des freins pour les appliquer sur les bandages des roues. L’une qui reçoit directement l’air comprimé, est dite conduite de serrage, l’autre qui est dite conduite de desserrage, vient se terminer sur la machine à un régulateur spécial dont le rôle consiste à maintenir une différence de pression qu’on peut régler à volonté entre l’atmosphère et cette conduite.
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- LA NATURE.
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- Le cylindre à frein, organe essentiel du nouveau type de frein, est représenté figure 2. 11 comprend, comme on le voit, deux pistons À A' dont les tiges sont rattachées aux sabots qu elles tendent à serrer lorsque les pistons vont en se rapprochant. Ceux-ci isolent dans le cylindre la chambre intérieure B des deux chambres extrêmes C C', lesquelles sont rattachées par l’intermédiaire d’un tube de raccord I) et Je la soupape de retenue E avec la conduite de serrage. La chambre médiane B, au contraire, est rattachée par la soupape E avec la conduite de desserrage. On comprend immédiatement que les freins viennent se serrer lorsque la pression en C C' est supérieure à celle de B, cette action s’arrête au contraire lorsque la pression se relève en B. On réglera donc l’intensité du serrage en donnant à la pression B une valeur convenable, et on y arrive au
- moyen de la soupape d’échappement F, comme nous le disons plus bas.
- L’air confiné dans les chambres C C' est maintenu isolé de la conduite de serrage par la soupape E qui s’ouvre à l’intérieur du tube D ; celle-ci représentée en deux coupes figure 4, se soulève quand la pression dans la conduite de serrage est supérieure à celle des chambres CC\ mais elle ferme autrement toute issue à l’air des chambres vers la conduite, il en résulte que l’air confiné enCC', figure 2, ne peut jamais s’échapper au dehors et qu’il agit seulement comme une sorte de ressort qui se comprime ou se détend, suivant que les pistons s’écartent ou se rapprochent. Le desserrage s’opère d’ailleurs sans qu’il soit nécessaire de rétablir en B une pression égale à celle des chambres C C', on a disposé en effet sur les tiges des pistons A A' deux petits pis-
- Etévation
- Conduite de
- Conduite de
- Fig. 1. — Pian et élévation du châssis d’un wagon muni du frein à air comprimé système Wenger. A, cylindre à frein. — B? C, timonerie commandant les sabots des freins
- tons de rappel G G' qui se trouvent sollicités en sens invefse par la pression régnant en CG' et écartent ainsi les grands pistons dès que la pression en B atteint une valeur suffisante.
- 11 nous reste maintenant à décrire la soupape d’échappement F que nous avons déjà signalée plus haut et qui forme un des organes les plus ingénieux du système. Celle-ci est représentée en deux coupes (fig. 3) ; elle se compose d’un cylindre alésé à l’intérieur duquel peut osciller le piston L (coupe 2.2). Ce cylindre est rattaché, en 0 avec la chambre B du cylindre à frein, en P avec la chambre de desserrage, et en N, il débouche dans l’atmosphère. Le piston est muni à la base d’un rond en cuir qui repose sur l’orifice du tube N, pendant que l’air venant de B vient exercer son action sous le piston par une conduite annulaire pour le soulever, et la pression de la conduite de desserrage s’exerce au contraire sur la face supérieure du piston pour l’abaisser. Les choses se maintiennent dans l’état
- représenté, tant que la pression dans la conduite est supérieure à celle de la chambre B, l’air de la conduite passe en 0 par le petit trou Q, et élève ainsi progressivement la pression en B pour assurer le desserrage des freins, comme nous l’avons dit plus haut. Si on veut les serrer, au contraire, il suffira de faire baisser la pression dans la conduite de desserrage, l’air venant de 0 passera en P et déterminera ainsi une diminution de pression dans le cylindre à frein en B; on pourra d’ailleurs régler cet effet absolument à volonté, ou obtenir s’il est nécessaire un serrage complètement brusque en mettant la conduite en communication avec l’atmosphère. Dans ce cas le piston L se trouve soulevé par la différence des pressions, et l’air venant de O se précipite dans l’atmosphère par l’oritice N. L’air contenu dans les chambres B se trouve ainsi évacué directement et d’une manière instantanée.
- On peut obtenir à volonté un serrage lent ou rapide, le desserrage seul reste toujours un peu lent;
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- LA NATUHE.
- on peut même graduer l’intensité du serrage en se servant d’un régulateur spécial placé sur la machine et rattaché à la conduite de desserrage, figure 5. Cet appareil comprend une sorte de tiroir 0, mobile devant la lumière A qui forme l’orilice de cette conduite. Le tuhe B qui débouche sous le tiroir s’ouvre dans l’atmosphère, et il se trouve en communication avec A quand le tiroir s’abaisse pour démasquer A. D’autre part, le tiroir est rattaché, comme on le voit, au piston F sur lequel s’exerce l’action d’un ressort H don t le mécanicien peut régler la tension à volonté au moyen d’une vis commandée par une manivelle. La conduite de desserrage débouche également au-dessus du piston F et son effort s’ajoute à celui du ressort
- 1 Soupape ti echapp F J/' et conduite <& desserre
- — Vue extérieure et coupe du cylindre à frein.
- Fig. 3. Fig. i.
- Fig. 3. — Coupes verticales de la soupape d’cchappement F. Fig. 4.— Coupe de la soupape de retenue E.
- pour peser sur la face supérieure du piston qui reçoit en dessous la pleine pression du réservoir d’air comprimé. H y a équilibre entre ces deux actions opposées, car si l’une des deux pressions devenait prépondérante, le tiroir se déplacerait dans un sens ou dans l’autre ; si la pression réunie du ressort et de l’air de la conduite se trouvait plus forte, par exemple, le tiroir s’abaisserait avec le piston, et il mettrait ainsi la conduite A en communication avec l’atmosphère la pression se trouverait réduite jusqu’à ce que l’équilibre se rétablisse. Dans le cas contraire, si la pleine pression l’emportait, le tiroir serait soulevé et l’air du réservoir s’échapperait dans la conduite dont il relèverait la pression. On a donc là un appareil extrêmement sensible que le mécanicien peut régler à volonté et
- agissant sur le ressort, comme s’il réglait directement l’intensité de la pression sur les sabots. Il va sans dire que dans les cas de dangers pressants, il suffit de mettre la conduite de desserrage en communication avec l’atmosphère pour obtenir l’action brusque du frein. C’est également ce qui se produit dans le cas d’une rupture de la conduite de desserrage, mais l’arrêt aurait également lieu si celle de serrage venait seule à se briser, car la chambre inférieure du régulateur se viderait, le tiroir s’abaisserait automatiquement et mettrait ainsi la conduite de desserrage en communication avec l’atmosphère par l’orifice B.
- Ajoutons enfin que M. Wcnger est parvenu ré-
- An réservoir ciiùr comprime., et à la. conduite, de jrerrarje.
- Fig. 5. — Coupe du régulateur du frein Wenger.
- cemment à simplifier encore ce type de frein si curieux en supprimant tout à fait la conduite de serrage, et en ne conservant qu’une seule conduite. Nous ne décrirons pas cette nouvelle disposition qui diffère peu d’ailleurs de la première; nous nous bornerons à dire que tous les autres organes du frein sont conservés, seulement l’air qui doit remplir les chambres extérieures des cylindres à frein vient de la conduite unique et passe de B en C et en C' en soulevant les cuirs des pistons qui sont disposés à dessein dans un sens convenable; ces cuirs, qui jouent ici le rôle delà soupape de retenue E dont nous avons parlé plus haut, s’opposent au contraire au retour de l’air venant de G ou G' en B.
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- LA NATURE.
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- l’électricité — consacrés à la construction des wagons de chemins de fer. Les nombreuses machines-outils que cette fabrication comporte sont mises en mouvement par un moteur à vapeur de 60 chevaux sur lequel il en reste toujours au moins 10 de disponibles pendant toute la durée du travail, mais la nature de ce travail ne permet pas d’en prendre plus de 10 d’une manière permanente, à quelque moment que ce soit, et cependant cette force disponible serait insuffisante pour l’éclairage des ateliers qui se fait à l’aide de 10 lampes à arc, système Wcston, et dé 24 lampes à incandescence système Maxim, qui représentent, lorsque tout l’éclairage
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DES FORGES ET ATELIERS DE SAINT-DENIS
- Le problème résolu par l’installation dont nous allons donner ici la description, est un des meilleurs exemples qu’on puisse citer pour montrer la variété infinie des applications dont l’électricité est susceptible, et les nombreux services qu’elle peut rendre lorsqu’on sait judicieusement y avoir recours.
- Les ateliers et chantiers de Saint-Denis sont exclusivement — du moins dans la partie éclairée par
- Mode de suspension des lampes électriques à incandescence installées dans les ateliers de Saint-Denis.
- fonctionne, un travail de 15 à 16 chevaux. L’emploi des accumulateurs a permis de lever cette difficulté de la manière suivante : la machine dynamo-électrique qui, le soir, alimente les lampes Weston, sert, dans la journée, à charger des accumulateurs qui, le soir, sc déchargent sur les lampes à incandescence. Dans ces conditions, on utilise pendant toute la journée le travail disponible sur le moteur, une seule machine dynamo-électrique suffit pour assurer le service de l’éclairage total, qui se trouve ainsi établi dans les meilleures conditions économiques.
- La machine employée dans cette installation est une machine dynamo-électrique à courant continu système Weston, avec inducteurs dans le circuit. Elle fournit, à une vitesse de 900 tours, une force électro-motrice d’environ 250 volts et un courant de
- 20 ampères capable d’alimenter 10 lampes Weston en circuit. Ces lampes, analogues en principe aux lampes Brush que nous avons eu l’occasion de décrire, sont caractérisées par ce fgit, parfaitement mis en relief d’ailleurs par les récentes expériences de la Commission de l’Exposition d’Électricité, de fonctionner avec un arc très court, une faible force électro-motrice et un courant relativement intense, puisqu’il suffit de 250 volts à la machine pour alimenter 10 lampes en circuit, c’est-à-dire moins de 25 volts effectifs par foyer.
- Dans la journée, la machine envoie le courant qu’elle produit dans 80 accumulateurs à lames gaufrées, système de Kabath, disposées en deux séries de 40 éléments chacune. Un commutateur à deux directions permet de changer à volonté la
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- LA NATURE.
- direction du courant lorsqu’on veut allumer les lampes Weston ou charger les accumulateurs. La disposition même de la machine exige, dans ce dernier cas, quelques précautions spéciales. Nous avons dit que les inducteurs de la machine étaient placés dans le circuit même. 11 résulte de cette disposition que si l’on branchait directement la machine sur les accumulateurs au moment de la mise en charge, le courant de ces accumulateurs renverserait l’excitation et, par suite, le courant produit par la machine, ce qui aurait pour effet de vider rapidement les accumulateurs au lieu de les remplir, et peut-être de les endommager. Pour éviter cet inconvénient, on procède de la manière suivante :
- Le circuit de la machine est d’abord fermé sur une résistance de longueur convenable pendant quelques secondes; elle s’excite alors graduellement jusqu'à sa puissance normale en conservant la polarité qui correspond au magnétisme rémanent des inducteurs. Lorsqu’on supprime cette résistance, le courant envoyé dans les accumulateurs se produit dans le sens qui convient à leur charge. Si, pour une cause quelconque, le ralentissement de la machine, par exemple, la force électro-motrice de la machine tendait à devenir inférieure à la force électro-motrice inverse des accumulateurs, un disjoncteur automatique placé dans le circuit couperait la communication entre les accumulateurs et la machine avant que le sens du courant ne soit renversé ; tout accident se trouverait donc ainsi évité.
- La machine ayant une force électro-motrice trop grande pour charger les accumulateurs, on a dû intercaler une certaine résistance dans le circuit de charge pour ne pas la latigueret la chauffer; c’est là un gaspillage de force qu’on pourrait éviter en faisant varier le nombre et le groupage des accumulateurs.
- Actuellement, la charge des accumulateurs dure quatre heures par jour seulement, et se fait par un courant de 20 à 22 ampères, soit 10 à 11 ampères par série.
- La décharge s’effectue dans 24 lampes à incandescence système Maxim montées en dérivation sur les deux séries d’accumulateurs. Le courant fourni est, en moyenne, de 40 ampères, c’est-à-dire environ le double du courant de charge, mais la durée de fonctionnement ne dépasse pas une heure un quart à une heure et demie.
- Comme la décharge des accumulateurs n’est pas constante, et que le débit s’affaiblit graduellement, on règle ce débit à la main en intercalant dans le circuit de décharge des résistances graduellement décroissantes qui permettent de maintenir les lampes à leur éclat normal pendant toute la durée de l’éclairage. Ces résistances sont constituées par des fils de fer nus roulés en forme de ressorts à boudin et reliés aux touches successives d’un commutateur rond à 14 directions actionné par une manette. L’emploi de ces résistances n’est pas non plus très économique, et il serait possible d’obvier à ce nouveau gaspillage en faisant usage d’un nombre d’ac-
- cumulateurs plus grand et groupés d’une manière différente, mais il ne faut pas perdre de vue que, dans le cas qui nous occupe, l’économie de la force n’a qu’une importance secondaire, puisque cette force disponible sur la machine est d’un prix relativement très peu élevé. 11 sera facile d’obtenir une meilleure utilisation lorsqu’on voudra augmenter le nombre de lampes et d’accumulateurs. Dans le cas particulier, M. Ch. Farquhar, l’ingénieur de M. de Kabath qui a dirigé l’installation de cet éclairage, a cherché avant tout la simplicité, et nous devons dire qu’il a pleinement réussi.
- Il nous reste à parler de l’ingénieuse disposition imaginée par M. Farquhar pour satisfaire aux exigences spéciales de l’éclairage du grand atelier dans lequel sont placées les lampes à incandescence. Cet atelier est consacré exclusivement au séchage et à la peinture des wagons placés sur des rails en lignes parallèles. Les points où la lumière est nécessaire varient à chaque instant avec le degré d’avancement de chaque wagon et la nature du travail dont il est l’objet. On avait donc besoin de lampes mobiles bien que suspendues, sans s’astreindre à l’emploi de fils flottants qui constituent une gêne et un embarras, s’embrouillent et auraient fini par former, grâce au peu de soin des ouvriers, un écheveau inextricable. Voici comment cette difficulté a été levée: entre chaque rangée de wagons sont tendus parallèlement, à 5 ou 6 mètres au-dessus du sol, deux fils de cuivre nus reliés aux deux pôles des accumulateurs. Ces fils sont à une distance d’environ 50 centimètres l’un de l’autre.
- Les lampes à incandescence sont établies, comme le montre la figure ci-contre, à l’extrémité inférieure d’une lige creuse et rigide de 5 mètres de longueur environ; à l’intérieur de cette tige sont deux fils isolés qui communiquent avec les deux bornes de la lampe et viennent s’attacher à deux bras horizontaux en cuivre, ce qui donne à l’ensemble de la lampe et de sa monture l’aspect d’un T très allongé. Ces deux bras horizontaux viennent reposer sur les deux lils de cuivre tendus et amènent le courant à la lampe (La figure représente la disposition primitive dans laquelle les appareils étaient établis sur des galets, on les a remplacés depuis par de simples tiges moins coûteuses et qui assurent un meilleur contact.) Grâce à cette disposition, qui sera certainement souvent imitée, il est très facile de déplacer les lampes en les poussant et les faisant glisser sur les fils tendus qui leur servent à la fois de conducteurs et de supports. 11 suffit, pour assurer un bon contact, de frotter une fois par mois les fils conducteurs à l’aide d’nn morceau de papier émeri fixé au bout d’un bâton.
- On peut ainsi amener la lumière aux points où elle est le plus nécessaire, en laissant les autres points dans une obscurité relative, et proportionner à chaque instant l’éclairage aux exigences du travail.
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- LA NATURE
- LA TRIÈRE ATHÉNIENNE
- La restitution de la trière athénienne est une des questions d’archéologie les plus importantes et les plus controversées. Les documents qui peuvent servir à la résoudre sont nombreux et dignes de foi. Textes, inscriptions, monuments figurés, ont été découverts et. décrits ; la moisson recueillie par les savants, comme en témoigne le bel ouvrage publié par M. Cartault, ancien membre de l’École d’Athènes, s’accroît chaque jour : pourtant aucune solution d’ensemble n’a été trouvée, et nous ne sommes pas fixés sur le point le plus essentiel, le mode de propulsion.
- Les marins, en dépit des livres et des images, nient la superposition des rameurs ; les hellénistes l’affirment dans des conditions contraires aux lois de la mécanique et à l’expérience des hommes du métier ; les uns et les autres font des hypothèses que leurs adversaires n’ont pas de peine à combattre, et la discussion reste stérile.
- L’examen attentif du bas-relief représentant la partie centrale d’une trière aphracte, trouvé par M. Lenormant à l’Acropole d’Athènes en 1852 (fig. 1), m’a suggéré une méthode nouvelle... Sans prétendre à une exactitude que le sujet ne comporte pas, je décrirai une trière du cinquième siècle telle que la révèlent suivant moi, les textes et les monuments figurés.
- La trière est un bateau très long à fonds plats et à formes aiguës, droit et bas sur l’eau, comme le commande l’emploi d’un grand nombre d’avirons. Dans le sens de la longueur, on trouve trois divisions : au milieu, une chambre de vogue, où est concentrée la puissance motrice ; à l’avant et à l’arrière, une poupe et une proue dont les capacités, réduites par l’affinement, sont affectées à des besoins et usages divers. Dans le sens de la hauteur, le volume de la coque est partagé en deux par un pont solide et continu; au-dessous de ce pont est la cale, au-dessus un espace demi-ouvert limité par le pont supérieur, construction légère qui n’est qu’un plancher de manœuvre et un abri. La partie centrale de la cale est divisée en trois parties, celle du milieu, où sont arrimés l’eau et les vivres, celles d’en à-bord, que les Grecs appelèrent thala- ~ mes, parce qu’elles servaient de refuge aux malades et aux blessés pendant le combat. Le magasin aux provisions est séparé des thalames par des cloisons solides (Jiaphragmata), mentionnées dans les textes et sur le rôle desquelles la controverse s'est donné carrière. La chambre de vogue est emménagée avec deux espèces de bancs de nage, les bancs thranites, qui doivent leur nom à la forme de leurs supports, et les bancs latéraux ou bancs zygitcs, de leur nom grec zuga. Tous ces bancs, conformément aux textes, sont amovibles.
- Les figures montrent les détails de ces disposi-
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- lions et permettent de saisir l’économie des quatre genres de vogue usités chez les Grecs.
- Dans la vogue simultanée ou vogue de parade, les thranites, zvgites et thalamites sont juxtaposés et interposés; ils manient chacun une rame ; les mouvements ont peu d’ampleur, la prise d’eau des pelles est réduite.
- Dans la vogue thranite ou vogue de combat, les avirons thranites sont seuls bordés ; chacun d’eux est actionné par trois hommes. Tout l’équipage est employé; la chambre de vogue est pleine; la circulation de l’avant à l’arrière, les communications avec la cale centrale, sont interdites; les thalames sont ouvertes pour recevoir les rameurs blessés. La vitesse de la galère atteint son maximum. Étant donnés ses dimensions probables et le chiffre d’équipage affirmé par les historiens, ce maximum peut atteindre 10 kilomètres à l’heure.
- Dans la vogue zygite ou vogue de mission pressée, les avirons zygites, plus courts, plus bas que les avirons thranites, sont bordés et actionnés chacun par deux rameurs. L’équipage est divisé en deux quarts qui rament tour à tour. La galère peut parcourir 120 kilomètres en vingt-quatre heures. Les bancs thranites sont démontés, la circulation est facile, les magasins peuvent être accédés.
- Dans la vogue thalamite ou vogue courante de beau temps, on n’emploie que les avirons thalamites, assez légers pour que les plus jeunes matelots les manient avec aisance. Les rameurs, debout dans les thalames, suivent un rythme lent; l’équipage est partagé en trois ou quatre divisions, la propulsion est continue, et les matelots inoccupés trouvent dans la chambre de vogue devenue libre du repos et de l’abri.
- Il est facile maintenant d’apprécier l’ingéniosité des dispositions adoptées par les Athéniens pour tirer tout le parti possible de la force motrice, de se rendre compte de l’amovibilité des bancs, mesure si regrettable au point de vue de la solidité du navire, et de comprendre la vogue de parade, qui, d’ailleurs, avait un but utile, puisqu’elle permettait de s’assurer d’un coup d’œil que le matériel et le personnel étaient au complet, que les rameurs avaient appris à manœuvrer avec ensemble et précision.
- Le système de construction des Grecs présentait avec le nôtre certaines analogies. Les fonds du navire étaient constitués avec de grosses pièces sur lesquelles s’implantaient des couples, qui en étaient comme les côtes. Des planches clouées sur les couples formaient l’enveloppe et recevaient le calfatage ; néanmoins, le flanc de la trière présentait un aspect tout particulier, qui nous est à la fois révélé et expliqué par le bas-relief de l’Acropole. De fortes pièces horizontales courent le long du bord, à des distances qui permettent le passage des avirons. Ces lisses ou préceintes sont reliées par des écharpes qui vont de haut en bas et d’arrière en avant. Les lisses et les écharpes entaillées les unes avec les
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- LÀ NATURE.
- autres, extérieures au bordé, sont chevillées avec les couples et forment une ceinture de triangles invariables. II est fort probable que les cloisons intérieures, dont nous avons déjà parlé, étaient aussi construites en plusieurs plans de bois croisés, et que l’ensemble de ces dispositions avait pour but de donner «à la trière, au prix d’une main-d’œuvre délicate et de mesures très précises, la rigidité sans laquelle il n’y a pas d’étanchéité.
- Les préceintes jouaient encore un autre rôle : elles servaient de défenses dans les abordages et de points d’appui aux hypotonies, câbles aplatis dont les trières étaient enveloppées et dont l’office était d’amortir les chocs *.
- Indépendamment des préceintes supérieures, il
- y avait dans la partie immergée de fortes ceintures, que les figures anciennes nous montrent aboutissant à l’éperon, et au-dessus du plat-bord une lisse double appelée parodos, composée de deux bor dages cloués, l’en en dehors, l’autre en dedans des
- couples. C’est dans cet intervalle , dans ce couloir, qu’il ne faut pas confondre avec la parodos qui règne dans la longueur de la chambre de vogue entre les supports des bancs, que les Grecs plantaient leurs boucliers.
- Au-dessus des parodos s’éle -vaient des allonges courbes et rentrantes destinées à soutenir le pont supérieur, plate-forme légère qui servait de poste de manœuvre et de combat, et sous laquelle on trouvait, à l’avant, les bittes des
- Fig. 1. — lias-reliof représentant la partie centrale d’une trière aplnacte trouvée par M. Lenormant à l’Acropole d'Athènes.
- Vue ducapelatS» ésVavantàl'ar riere
- /frwrfrtvt'J li'bttsenu (Ut flqthct
- Fig. 2. — llestauration de la trière athénienne.
- câbles et les cuisines, à l’arrière, le logement des olfieiers.
- Autour de ces faits principaux, qui nous sont connus par les textes ou les monuments figurés,
- 1 La préceinle basse, par l’effet de sa saillie et de son inclinaison, amortissait notablement le roulis, propriété précieuse pour un bateau à rames.
- viennent se grouper des traits secondaires. N ous voyons le mât du milieu, le grand mât portant deux de ces voiles carrées encore usitées par les petits navires de l’Archipel et si utiles pour fuir grand largue ou vent arrière vers la mouillage, les mâts des extrémités, appelés par les Grecs mâ ts de barque, dont l’un porte le foc, sans lequel l’arrivée
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- LA NATURE.
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- serait difficile, et l’autre cette voile auriquc des sacolèves, si remarquable par sa coupe et son assemblage. Nous retrouvons dans le stolos la haute étrave sur laquelle les navires méditerranéens fixent leur bout-dehors, et nous nous représentons le proreus se tenant à l’acrostole pour se pencher en avant et interroger le fond.
- Sur l’avant de la chambre de vogue et près des écubiers (ophthalmoi) se voient les épotides, fortes pièces de charpente qui ont la double fonction de supporter les ancres et de garantir les rames, que l’ennemi cherche à briser par des abordages de long en long : aussi sont-elles solidement arc-boutées par
- des poutrelles qui vont vers l’arrière se buter aux préceintes et forment une sorte de gril, théâtre des vilénies.
- A l’arrière nous trouvons un éventail à lames courbes reliées par le mât de pavillon. C'est Yaphlaste, peut-être trop ornée, mais certainement utile au triérarque, qui, derrière ce bouclier à jour, suit, pendant le passage à contre-bord, la manœuvre de l’ennemi. A côté est la traverse qui commande les deux gouvernails. Ces gouvernails conjugués ont la propriété, grâce à l’installation de leurs barres, de tourner sur eux-mêmes quand on les pousse, et leurs pelles, qui coupent à peine l’eau lorsque la
- Fig. 5. — Vue d’ensemble d’une trière athénienne. (D’après les dessins de l’auteur.)
- route est droite, plongent et vont chercher d’elles-mêmes des couches plus résistantes aussitôt que le timonier les met en action.
- Le poste du triérarque est sur le pont supérieur, à côté des gouvernails. Par de larges échancrures, il aperçoit l’arrière de la chambre de vogue et le kéleuste qui transmet ses ordres aux rameurs.
- Le branle-bas et les manœuvres de combat sont des plus simples. Les vergues et voiles carrées ont été déposées à terre; le mât de l’avant est relevé et disposé pour la manœuvre des dauphins. Il est probable que ces dauphins, moins lourds que ne le veut la légende, étaient des cylindres de métal terminés par des ogives aiguës et guidés dans leur chute par les cordelettes sur lesquelles on les avait hissés : ils acquéraient en tombant une grande
- puissance de pénétration; ils entraient dans le pont comme le marsouin au museau pointu entre dans l’eau après chacun de ses bonds.
- Les rames thranites sont armées, les rameurs sont demi-nus; les thalamites ont sous la main leurs boucliers, prêts à exécuter, en les fixant dans la parodos, la manœuvre que Jason enseigna aux Argonautes ; des rideaux de cuir complètent la défense de la chambre de vogue. La trière fond sur l’ennemi, elle le croise à très petite distance ; les soldats et les archers se servent de leurs armes ; les avirons du bord attaqué ont été rentrés à la fois, leurs hampes ont glissé dans leurs estropes, et les poignées, guidées par les thranites, ont passé par-dessus la tète des groupes du bord opposé; il ne reste dehors que les pelles, protégées par la saillie des épotides. Si
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- LA NATURE.
- la distance le permet, les matelots laissent tomber les dauphins. Le croisement achevé, les rames sont remises en action ; la trière, grâce à sa supériorité de marche et d’évolution, prime son adversaire et vient lui fouiller le flanc de son éperon.
- C’est à dessein que la description de l’éperon et de ses accessoires, arme principale, on pourrait dire raison d’être des qualités de la trière, a été réservée. Il était nécessaire, pour bien apprécier une conception aussi originale, de connaître le bâtiment auquel les Grecs l’avaient appliquée.
- L’éperon de la trière est placé très bas. C’est une fourche en bronze ou en fer, dont les branches sont clouées sur les pièces longitudinales de la proue, qui se continue par une tige saillante et se termine par une triple pointe. Ainsi dessiné et attaché, l’éperon pénètre moins profondément que s'il attaquait plus haut des surfaces moins fuyantes ; il risque moins de s’engager et de livrer le navire qui le porte, devenu immobile, aux coups d’un second adversaire; les voies d’eau qu’il ouvre sont plus difficiles à aveugler. En revanche il aurait, s’il agissait seul, le grave inconvénient d’exposer la trière à donner une bande dangereuse sous l’action de forces transverses passant très au-dessous de son centre de granité. Les Grecs ont paré à ce risque au moyen de la proembolis. C’est une pièce saillante faisant suite aux préceintes supérieures et armée d’une ou plusieurs pointes métalliques. Les pointes de la proembolis arrivent au contact des œuvres mortes presque en même temps que l’éperon au contact des œuvres vives; elles se fichent dans le bordé ou les lisses, empêchent une pénétration excessive, divisent le couple qui tend à fausser l’éperon et annulent celui qui tend à chavirer la galère. L’utilité de la proembolis est aussi très grande en cours de campagne; on lait passer les hypozômes fortement garnies et renflées par-dessus ses pointes; c’est un tampon de sûreté en cas d’abordage et un préservatif pour les câbles. Ces précautions n’étaient pas les seules que prissent. les Athéniens contre les dangers de la navigation en escadre. Les pointes des éperons elles-mêmes étaient quelquefois garnies par des hypozômes supplémentaires délivrées par la volonté expresse du peuple, c’est-à-dire des marins. Il faut reconnaître que l’intervention de cette volonté n’était pas oiseuse, car la présence des hypozômes sous-marins rendait très pénible le travail les rameurs, et il était juste que les intéressés pussent choisir entre la fatigue et le danger.
- J’ai présenté un ensemble dont les parties sont rigoureusement agencées, dont les détails sont empruntés à des documents authentiques, interprélés plus ou moins largement, mais toujours dans le sens de la pratique et de la tradition. C’est une solution qui, par cela seul qu’elle est possible, me semble devoir s’approcher de la vérité ; aussi j’espère que cette étude sera un pas vers la restitution d’un type qui a passé pour un chef-d’œuvre
- chez un peuple d’une haute culture, passionné pour une institution à laquelle il dut gloire, richesse et suprématie1.
- Contre-amiral Serre.
- LE MOUVEMENT PERPÉTUEL
- On a parlé récemment dans plusieurs recueils spéciaux de ceriains appareils présentés comme des inventions mécaniques d’une grande importance, et qui, s’ils étaient possibles à réaliser, pourraient être considérés comme la découverte du mouvement perpétuel. Un assez grand nombre de lecteurs nous ont demandé d’être éclairés à ce sujet ; nous allons dire aujourd’hui ce qu’il faut penser de ces systèmes.
- Nous nous en tiendions ici aux appareils récents, les plus anciens ont trouvé leur historiographe : M. Henri Dircks a publié deux volumes très intéressants, intitulés : Perpetuum mobile; or, a history of the search for self-motive power, from the 13 th to the 19 th eentury.
- La recherche du mouvement perpétuel ne consiste pas, comme le nom semble l’indiquer, dans l’invention d’un système perpétuellement en mouvement. Les inventeurs sont plus ambitieux, et rêvent de trouver une machine qui puisse fonctionner sans cause extérieure — self-motive, comme le dit très exactement le nom anglais — et susceptible de produire une certaine quantité de travail utile sans une autre dépense équivalente, de quelque nature que ce soit.
- Les principes de la conservation de l’énergie, et de la conservation de la matière, bases de la science moderne, suffiraient à démontrer l’inanité de ces recherches, mais ils ne sauraient convaincre certains inventeurs, car l’un d’eux disait récemment dans une conférence à laquelle nous assistions : « Les savants sont des imbéciles (sic) en protestant contre le mouvement perpétuel, parce qu’ils empêchent de chercher une découverte destinée à sauver l’humanité (!) ».
- L’urbanité de la forme ne suffit pas pour dissimuler la dureté du fond, et, au risque de nous attirer de nouvelles épithètes malsonnantes, nous nous proposons de mettre ici en relief, les points faibles de quelques-unes de ces inventions mirifiques destinées à révolutionner l’industrie moderne et à faire couler le Pactole dans la poche des actionnaires et des inventeurs du self-motive power, dont bon nombre d’ailleurs meurent à l’hôpital.
- On retrouve en général deux qualités caractéristiques, prédominantes, fatidiques en quelque sorte, dans l’inventeur de mouvement perpétuel, que nous supposerons toujours de bonne foi : une confiance
- 1 Extrait des Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des Sciences de l’Institut national de France. Tome XXVIIf, n° 4,
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- absolue en lui-même et une ignorance complète, invraisemblable, des principes les plus élémentaires de la mécanique et de la physique. Il faut joindre à cela une tendance qui est un signe des temps : l’inventeur connaissant le préjugé scientifique qui s’attache actuellement au mouvement perpétuel, essaie de le dissimuler habilement sous un nom à effet. Nous citerons entre autres, l'automoteur universel continu, le moteur aéro-hydrostatique, la machine-moteur-locomotrice, etc., etc. Mais il suffit de lire quelques lignes de la description pour voir qu’un serpenL se cache sous ces titres bizarres.
- Parlons d’abord de Y automoteur universel continu dont la description est accompagnée de cette devise modeste : Nil mortalibus arduum. Un de nos confrères a reproduit in-extenso cette incompréhensible description :
- Ce système automoteur, d’une simplicité merveilleuse, consiste en un disque métallique armé d’un double équipage adapté à l’extrémité des deux diamètres perpendiculaires ; au total quatre équipages dont le jeu imprime au disque une rotation continuelle par la seule action de la pesanteur, et détntit ainsi le point mort.
- Les moments étant égaux, on conçoit qu’une force extérieure, appliquée à l’extrémité du bras de levier de l’une des forces, doive mettre la roue en mouvement autour du point central; mais ce mouvement, de même que celui du pendule, serait bientôt ralenti, puis anéanti par la résistance de l’air et par les poids du système qui se fixeraient au pied de la verticale, à moins que la force extérieure ne lût une force constante, au lieu d’être une simple impulsion...
- L’inventeur, dans son appareil, supprime réellement le point mort, fatalement situé au pied de la perpendiculaire, en transférant l’arrêt sur le point de conjonction, c’est-à-dire sur l’horizontale qu’il lui est toujours facile d’atteindre, à son gré, ou de dépasser, selon l’accélération ou le ralentissement à obtenir, etc.
- Un autre appareil moderne aussi à signaler est le moteur aéro-hydrostatique, dont nous avons les prospectus entre les mains ainsi que des circulaires et la liste d’un Comité dans lequel figurent bon nombre de noms qu’on ne s’attendait guère à trouver dans celte affaire, des anciens professeurs de physique, des anciens élèves de l’École Polytechnique, des généraux, des officiers de marine, des ingénieurs, des médecins, etc. Le moteur aérohydrostatique a pour base, comme son nom l’indique, les pressions combinées de l’eau agissant sur l’air à l’état naturel et à la température ordinaire. L’inventeur s’appuie sur des principes qui ont été reconnus et démontrés par les physiciens de tous les pays, et qui sont enseignés dans les écoles spéciales. Un récipient plein d’eau, des ballons ou soufflets gonflés d’air, sont les seuls agents de ce moteur « dont la puissance proportionnelle à la grandeur des appareils est, pour ainsi dire, illimitée....»
- L’expérience à laquelle l’inventeur nous a fait assister est des plus simples.
- Aux deux bouts d’un tube métallique de lm,50 de longueur environ, sont fixées deux vessies de 3 à
- 4 litres de capacité ; l’une des vessies est pleine d’eau et l’autre vide ; deux robinets placés aux extrémités du tube permettent de faire communiquer les vessies entre elles ou d’interrompre leur communication à volonté. Un homme tenant le système vertical, la vessie pleine en bas, le plonge dans un bassin rempli d’eau assez profond, en exerçant sur le tube qu’il tient à la main, une pression de haut en bas de quelques kilogrammes (le poids du liquide déplacé). Lorsque la vessie vide affleure le niveau de l’eau, on la charge d’un plateau sur lequel on place un poids de 150 à 180 kilogrammes. En ouvrant alors le robinet pour établir une communication entre les deux vessies, le plateau portant les 180 kilogrammes est soulevé à une hauteur de quelques centimètres.
- C’est cette expérience que l’inventeur considère comme victorieusement concluante, disant qu’avec son appareil une force de quelques kilogrammes permet d’en soulever près de 200, mais il n’oublie que le chemin parcouru.
- L’effort pour plonger la vessie s’exerce sur un chemin de lm,50 environ, l’effort pour soulever les poids sur quelques centimètres seulement, mais le travail, c’est-à-dire le produit de la force par le chemin parcouru, est sensiblement le même dans les deux cas, ce qui est conforme aux lois de la mécanique.
- Bien que le mouvement perpétuel soit bien mort scientifiquement, il ne l’est pas encore assez en fait pour nous faire oublier ce vers du poète :
- Il est des morts qu’il faut qu’on tue.
- L’ingénieur X...
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- LE JOUEUR D’ÉCHECS
- DE ROBEllT-HOUDIN
- Dans un précédent article de La Nature (n° 494 du 18 nov. 1882, p. 395), je disais que Robert-Houdin avait étudié l’automate joueur d’échecs de Kempelen chez un mécanicien de Belleville nommé Crosnier. J’ignorais que le célèbre prestidigitateur refit et perfectionna l’appareil du baron autrichien. Ce fut à l’occasion d’un drame intitulé la Czarine qu’on a joué il y a quelque vingt ans. Les auteurs, MM. Gastineau et Adonis, y avaient introduit l’épisode d’un officier polonais nommé Worowski, condamné à mort par l’impératrice Catherine à la suite d’un complot et se réfugiant chez son ami le baron de Kempelen qui lui trouve, dans le corps de son automate, un asile, où il pouvait braver les recherches de la police. Kempelen, parcourant l’Europe pour exhiber son invention, est appelé à la cour de Russie où Worowski a l’honneur de battre aux échecs la souveraine qui voulait le faire fusiller.
- La gravure ci-contre, faite d’après une excellente photographie de M. Mieusement (de Blois), repré-
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- sente l’automate de Robert-Houdin. En la comparant aux dessins que nous avons déjà donnés de l’appareil de Kempelen1, on pourra se rendre compte des principaux perfectionnements apportés par notre compatriote.
- Dans l’automate autrichien, le tiroir inférieur n’occupait qu’une partie de la profondeur de la banque; dans l’automate français, quand le tiroir est ouvert il paraît avoir toute la profondeur du meuble; mais, quand on le pousse pour le fermer, la paroi verticale du fond est retenue par un arrêt et glisse sur la paroi horizontale infé -rieure et sur les parois latérales qui continuent leur marche en arrière. L’illusion est complétée par l’échiquier qui rentre avec toutes scs pièces debout dans la boîte A qui n’a point de paroi postérieure, et par la boîte D qui rentre dans la boîte G en repoussant la paroi verticale antérieure de cette boite, paroi qui est mobile autour de son arête horizon -taie supérieure.
- Le grand compartiment présente sur la gauche de l’automate un tambour mobile peint en noir mat comme le fond et qui peut être poussé de façon à loger la partie supérieure du corps du joueur vivant quand il se penche en avant ; cette opération se fait pendant le temps très court où la grande porte reste fermée. Les appareils de cuivre poli placés en avant, et dont le graveur n’a point rendu suffisamment leclat, sont destinés à éblouir l’œil du spectateur et à l'empêcher de se rendre compte du léger changement qui s’est produit derrière eux lorsqu’on ouvre de nouveau la porte du grand com-
- 1 Voy. n° 494 du 18 novembre 1882, p. 397.
- partiment, ce qui n’avait pas lieu dans l’automate de Kempelen.
- Dans cet automate, l’intérieur du corps était en partie dérobé à la vue du spectateur par une cloison en face de la porte. Dans l’automate de Robert-Houdin, cette cloison est remplacée par un assemblage de pièces mécaniques formant corps, que le joueur retire pour le poser devant lui dans le tambour quand il veut se glisser à leur place.
- Pour faciliter l’introduction de la main du joueur dans celle de l’automate, le gant de celui-ci est maintenu ouvert par une série de baleines minces qui se prolongent dans la manche et qui donnent aux mouvements des doigts une apparence automati-ue.
- Enfin l’échiquier supérieur est mobile, afin de ménager un effet théâtral à un moment donné. Lorsque Catherine, se doutant d’une supercherie, donne l’ordre à Kcm-pelen de laisser son automate, qui sera gardé à vue dans le palais, Worowski, se voyant perdu, renverse l’échiquier et dressant brusquement sa tète et son torse au-dessus du meuble qui paraît vide, s’écrie : « C’en est trop, je renonce à la lutte! » ou quelque chose d’approchant.
- J’ajouterai pour terminer que le vieillard de Robert-Houdin, comme le Turc de Kempelen, jouaient tous deux de la main gauche. C’est par suite du retournement de la gravure que les dessins de notre précédent article ont montré le contraire. Cette bizarrerie tient probablement de ce que le premier joueur d’échecs était gaucher.
- A. de Rochas.
- L’automate de Robert-Houdin. (D’après une photographie.)
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- ORIGINE DES MOULINS À VENT
- L’origine des moulins ù vent en France est fort j on n’en trouve aucune trace et il est fort probable incertaine; dans les premiers temps du moyen âge | que les Latins eux-mêmes ne les connaissaient
- Fig. 1. — Les moulins d’Eupatoria, en Crimée. (D'après nature.
- point. Vitruve n’en parle pas et il n’aurait pas époque, puisqu’il fait mention des moulins à eau, laissé un pareil sujet s’ils avaient existé à son qui étaient connus depuis longtemps dans l’antiquité.
- Fig. 2. — Uu moulin d’Auray, dans le Morbihan. (D'après nature.)
- On voit dans le Dictionnaire des Origines une convention datée de l’an 1105, par laquelle une communauté religieuse de France a eu le privilège d’établir un moulin à vent.
- À la Bibliothèque Nationale il existe un manuscrit fort curieux : Le saint voyage de Jérusalem du baron d’Anglure, 1395. 11 y a dans ce récit quelques lignes sur le sujet qui nous occupe, car
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- le baron d’Anglure décrit minutieusement toutes les curiosités qu’il a vues dans son pèlerinage; elles sont nombreuses, mais entre autres merveilles il dit : « A Rodes a bel et notable port et tout sur ce dit port à seize moulins à vent qui sont tous d’une route et tout près l’un de l’autre et ont les plusieurs six volans. »
- Lorsqu’au quinzième siècle le seigneur de Gaumont décrivait, dans son Voyage d’Oultremer en Jérusalem, les curieux monuments qu’il voyait à Rliodes, il dit aussi que tout le long de la muraille de la ville « sont assis XVI molis de vent, toux d’un ranc qui nuyt et jour molent yver et esté, et à paynes les voit toux ensemble molir lie toux à ung eop cesser. »
- Dans les textes normands, d’après M. Léopold Üelisle, il n’est question des moulins à vent que vers la fin seulement du douzième siècle. On les appelait alors moulins Turquois dans le pays. C'est pour cette raison qu’on a supposé que c’étaient les Croisés qui avaient rapporté d’Orient l’usage de ces machines. Les précédentes citations semblent donner la preuve de cette innovation intéressante dans notre pays, et elles laissent facilement croire que les voyageurs revenus de la Terre sainte indiquaient chez eux les choses utiles qu’ils avaient remarquées pendant leur pèlerinage.
- Les moulins d’Eupatoria dont j’ai dessiné l’aspect lors de mon voyage en Crimée (fig. 1), peuvent donner une idée de ces moulins orientaux ; « ils sont tous d'une route et tout près l'un de l'autre ». Quelques-uns sont semblables aux nôtres, mais la plupart ont huit ailes, ils remplissent tout le faubourg de Kozlof et offrent le long de la mer Noire l’aspect le plus pittoresque.
- Au seizième siècle on voyait en France quelques moulins construits entièrement en pierre, leur mécanisme était ainsi mieux protégé.
- Dans le Morbihan, tout auprès de la petite ville d’Auray, on peut voir encore un spécimen de ces gracieuses constructions (fig. 2).
- En Angleterre, à Chesterton, il existe aussi un curieux moulin de pierre; il date de 1678. Le plan en est Circulaire, mais il est porté par cinq arcades. Le rez-de-chaussée est ainsi à jour et on monte au premier étage par un escalier de charpente.
- Nos moulins de bois actuels ressemblent encore à peu de chose près, à ceux que nos pères possédaient aux quinzième et quatorzième siècles. Dans le célèbre plan de tapisserie du temps de Charles IX on voit que Paris en était entouré ; il y en avait partout : aux Gobelins, à Saint-Marcel, à Montmartre, etc., etc., enfin à la butte des Moulins, actuellement avenue de l’Opéra. Ceux-là dominaient un marché aux pourceaulx et se trouvaient auprès de la ville à côté de la porte Saint-Ilonoré. Ils ont disparu de la butte vers l’année 1668 et furent transportés à Montmartre, sur la montagne Sainte-Geneviève et différents endroits. L’un d’eux existait encore à Crouy-sur-Oureq il y a peu d’années et l’on
- voyait au-dessus de la porte d’entrée de ce curieux monument âgé de plus de deux siècles, l’image grossière de saint Roch, sous l’invocation duquel avait été baptisé ce moulin.
- Au dix-huitième siècle, on en voyait encore un grand nombre aux buttes Montmartre. 11 n’en reste plus que deux aujourd’hui, et les moulins de la Galette sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’en donner un croquis.
- La Hollande, la patrie des moulins, perd aussi de jour en jour ces pittoresques constructions. Elles sont, comme en France, remplacées peu à peu par les machines à vapeur.
- Avec, la possibilité de l’utilisation des forces naturelles par l’électricité, il se peut que les moulins à vent retrouvent un jour des applications nombreuses et utiles. C’est ce que l’avenir nous apprendra. Albert Tissandier.
- CHRONIQUE
- Exposition d’électricité & Vienne. — L’Exposition internationale d’Ëlectricité à Vienne, projetée pour 1882 et ajournée à cause de la simultanéité des essais électro-techniques faits à Munich, aura lieu définitivement en 1883, et sera ouverte du 1er août au 31 octobre. Les demandes d’admission doivent être adressées au Comité de direction, à Vienne, 9, Wallfîschgasse, le lormars 1883 au plus tard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 janvier 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Agronomie expérimentale —Les causes d’appauvrissement en azote des terres cultivées ont fourni à notre savant et sympathique collaborateur M. P. P. Dehérain le sujet d’une longue série d’expériences, exécutées à l’École de Grignon et dont les résultats sont présentés aujourd’hui, en son nom, par M. Peligot.
- Il faut conclure des analyses patientes et précises de M. Dehérain que la quantité d’azote prélevé par des récoltes successives de maïs-fourrage, ou de pommes de terre puis de blé, ne représente qu’une faible fraction de l’azote disparu. Elles montrent en outre que si une terre porte du sainfoin, loin de continuer à s’appauvrir en azote, elle s’enrichit au contraire, bien que les récoltes soient abondantes. Or, la différence essentielle entre la culture continue des céréales ou des tubercules, ou du maïs, et celle du sainfoin, est que l’une exige, des labours, des façons nombreuses, tandis que l’autre laisse le sol en repos. Dans le premier cas, les oxydations sont favorisées; elles ne le sont pas dans l’autre. Aussi M. Dehérain, remarquant la coïncidence constante entre la perte du sol en azote et son appauvrissement en carbone, en conclue-t-il avec toute certitude qu’il faut attribuer à une exagération de la nitrification, se continuant quand la terre est dépouillée de récoltes, les pertes qu’il constate dans les sols souvent remués, line conséquence pratique de ces importantes recherches est qu’on enrichit davantage un sol en le maintenant en prairie qu’en lui prodiguant des engrais.
- Les Foraminifères du bassin de Paris. — On sait que
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- les assises géologiques sur lesquelles Paris est bâti et qui ont fourni les matériaux de ses constructions, sont constituées pour une part importante, par les carapaces microscopiques d’animalcules fossiles. Un paléontologiste bien connu par des travaux considérables, et qui à l’àge de quatre-vingt-six ans a conservé tout l’enthousiasme de la jeunesse pour les vérités scientifiques, M. 0. Terquem, consacre toutes ses journées, sans autre profit que la conscience d’être utile, h déterminer dans le laboratoire de paléontologie du Muséum, des foraminifères du terrain parisien. C’est avec un vif sentiment d’intérêt que l’Académie a reçu des mains de M. Albert Gaudry, le volumineux mémoire que M. Terquem vient de terminer et qu’elle a admiré les vingt planches admirablement dessinées dont il est enrichi. Personne ne soupçonnerait le coup de crayon d’un octogénaire dans ces petits chefs-d’œuvre où, comme l’a si bien dit M. Gaudry, les artistes trouveront autant de plaisir que les savants. On avait mis sur le bureau un « portoir » renfermant une nombreuse série d’échantillons préparés par M. Terquem, dans les conditions les plus favorables pour l’étude. L’animalcule est collé entre deux lames de verre qui permettent de le placer sous le microscope. D’un côté une petite étiquette donne le nom du genre et de l’espèce. De l’autre, un dessin guide l’observation et fait ressortir les caractères saillants de l’échantillon.
- Les Algues fossiles. — M. Albert Gaudry présente un mémoire de M. de Saporta, correspondant de l’Institut, sur un sujet qui, depuis quelque temps, a beaucoup occupé les géologues. On trouve dans tous les terrains et notamment dans les terrains anciens, des corps que les botanistes ont rangés parmi les algues. Comme les algues 11e sont pas de nature à se conserver par la fossilisation, elles n’ont laissé que de fugaces empreintes; il a fallu une grande sagacité pour découvrir leurs caractères, et plus d’une fois de grands doutes sont restés dans l’esprit de ceux qui ont eu à les déterminer. Dernièrement, un naturaliste suédois, M. Nalhorst, a faiL des expériences qui l’ont porté à croire que la plupart des corps fossiles décrits comme des algues sont simplement des traces de pas d’animaux invertébrés. Elles consistaient à placer des animaux marins dans un bassin plein d’eau dont le fond avait reçu une épaisse couche de plâtre encore plastique et capable de conserver les traces de pression que les animaux lui faisaient subir. Ces expériences fort ingénieuses, doivent jeter de la lumière sur plusieurs empreintes difficiles à expliquer. Mais l’auteur en a tiré de telles conséquences qu’il faudrait attribuer au règne animal une multitude de corps rangés jusqu’à présent dans le règne végétal. M. de Saporta qui est, de l’avis de tous, la plus haute autorité pour les questions de paléontologie végétale, a pris la défense du monde des plantes. Dans un magnifique ouvrage dont plusieurs exemplaires sont tirés sur papier de Chine, il a représenté l’ensemble de plusieurs des empreintes sur lesquelles on a émis des doutes; il les a étudiées avec les soins les plus minutieux et a montré les détails de leur organisation. C’est ainsi qu’il a prouvé qu’il fallait prendre garde d’exagérer les conséquences des recherches de M. INathorst; tout en admettant que des traces ont été laissées par des animaux en marche, on peut encore laisser parmi les algues une multitude d’empreintes qui ont été bien déterminées par les botanistes. En effet, il scruit étrange que dans les mers anciennes il 11’y eut pas eu de plantes et que tant d’animaux marins dont on a découvert les débris n’eussent pu se nourrir de végétaux.
- Nouvelle théorie de Vhydraulicité. — Jusqu’à présent on admettait que la prise des chaux et ciments hydrauliques était due à l’hydratation de silicates et d’alumi-nates de chaux qui se forment pendant la cuisson : les recherches de M. Ed. Landrin montrent que cette prise est due en réalité à la présence dans tous les composés hydrauliques, et notamment dans la chaux du Theil dans les gaizes ou pierres mortes, dans la silice du Hanovre et dans les pouzzolanes, d’une variété allotropique de silice qu’il appelle silice hydraulique. Il est arrivé à préparer directement cette silice, soit en décomposant le silicate de potasse par les acides concentrés, soit en l’extrayant directement du calcaire du Theil, en traitant ce calcaire par une eau acidulée très étendue. La silice hydraulique a la propriété de donner avec la chaux des mélanges qui durcissent sous l’eau; en même temps, cette silice primitivement insoluble dans l’acide chlorhydrique concentré redevient soluble dans cet acide, sous l’influence de la chaux. Immergée dans l’eau de chaux, elle dépouille cette eau et absorbe lentement la chaux en faisant prise. M. Landrin a montré en outre que lesaluminates de chaux sont au moins aussi solubles dans l’eau que le plâtre, et par conséquent qu’ils jouent un rôle essentiellement nuisible dans le durcissement définitif des matériaux hydrauliques. Ces recherches expliqueront certainement les désastres qui se sont malheureusement trop souvent produits dans les constructions à la mer.
- Greffe indienne.— Vous prélevez un petit lambeau de la cornée d’un lapin, puis vous l’introduisez dans la chambre antérieure de son œil. Au bout de quelques jours, et conformément au résultat annoncé aujourd’hui par M. Masse, vous reconnaissez que ce lambeau est venu se greffer sur la face antérieure de l’iris, avec lequel il s’est mis en relation vasculaire. Le fait peut paraître à première vue d’un intérêt assez mince; cependant, d’après M. Vujpian, qui l’a présenté à l’Académie, il éclairerait la cause de petites tumeurs perlées et de kystes qui apparaissent parfois sur l’iris, à la suite de certains traumatismes. De semblables tumeurs, en effet, se développent chez le lapin autour de la greffe iridienne.
- L'eau froide dans la fièvre typhoïde. — Fait prisonnier en 1870, M. le Dr Glénard eut l’occasion d’observer à Stettin le traitement de la fièvre typhoïde par l’eau froide. Depuis lors il est devenu partisan passionné de la méthode allemande qu’il cherche à propager (a dit M. Bouley) avec une ardeur d’apôtre. Suivant lui, là où l’armée française perd 50 pour 100 de ses malades, l’armée prussienne n’en perdrait que 9! Mais M. Vulpian, reprenant à l’Institut une discussion en ce moment pendante à l’Académie de Médecine, a absolument contesté l’exactitude de ces chiffres et l’efficacité du procédé préconisé.
- Varia. — Au nom de M. Moquard, M. Alphonse Milne Edwards présente des recherches sur la mue des Crustacés décapodes macroures. —- M. de Koninck a étudié l’action de la pieoline sur les grenouilles. — L’oxydabilitc relative des fontes, fers et aciers de commerce, occupe M. Brunner. — Un rapport de M. de Bernadières concerne les observations chiliennes du passage de Vénus et de la grande comète. — Des opinions contradictoires sur l’œuf d’hiver du phylloxéra sont émises par MM. Targioni-Tosetti et Balbiani.
- Stanislas Meunier.
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- LA N A T U H K.
- CORRESPONDANCE
- PARASITES DES MOUCHES1
- Gijon, 2 décembre 1885.
- Monsieur,
- J’ai vu, dans un des derniers numéros de La Nature (n° 500, 30 décembre 1882), le dessin d’un parasite de la mouche, trouvé par M. de Courtois de Langlade fils.
- J’ai l’honneur de vous envoyer deux photo-micrographies très amplifiées (140 et 200 diamètres) de deux autres parasites que j’ai rencontrés également sur les mouches, lesquels diffèrent complètement par leur taille et leur forme de celui trouvé par votre correspondant.
- Ces deux parasites, de la famille des Acariens (Arachnides), se trouvent en assez grand nombre sur les mou-
- ches (5 à 8 sur chacune) durant les grandes chaleurs de juillet et août. Comme vous pouvez l’observer, ces Acariens appartiennent à deux espèces différentes, car leurs formes sont complètement dissemblables, cependant l’on rencontre les deux espèces réunies sur la même mouche, quoique celle augmentée à 200 diamètres (fig. 1) se trouve en plus grande quantité que l’autre (fig. 2).
- 11 est très facile de se procurer ces Acariens; il suffit, pour cela, de plonger les mouches dans une petite capsule en porcelaine contenant de l’essence de térébenthine rectifiée; aussitôt, les parasites abandonnent leur proie et tombent morts au fond de la capsule, là on peut très bien les distinguer au moyen d’une forte loupe, car ils se détachent en jaune paille sur le fond de la porcelaine.
- D’après ce que je vois, les mouches sont sujettes à être attaquées par plusieurs espèces de parasites, aux formes les plus variées; il serait très intéressant d’observer si dans d’autres localités, l’on trouve encore d’autres espèces,
- tig. 1. — Parasite de la mouche. (D’après une photographie Fig-2. — Autre parasite de la mouche. (D’après une photographie microscopique; grossissement, 200 diamètres.) microscopique; grossissement, HO diamètres.
- ce dont je ne doute pas; ce fait prouverait, comme je le suppose, que les mouches servent surtout de moyen de transport à ces êtres infiniment petits.
- Veuillez agréer, etc.
- Alfred Truan,
- Directeur des verreries de Gijon, (Asturies) Espagne.
- CREUSETS DE NICKEL
- Paris, le 7 janvier 1885.
- Cher Monsieur Tissandier,
- Votre intéressant article sur la métallurgie du nickel (n° 501 du 6 janvier 1883, p. 95) m’engage à vous fournir un renseignement qui présentera peut-être quelque intérêt pour les lecteurs de La Nature.
- Depuis pius de deux ans, j’utilise dans mon laboratoire des creusets en nickel malléable. Ils remplacent les creu-
- sets d’argent et conviennent bien pour attaquer les corps par la potasse en fusion. Je ne dis pas qu’ils sont irréprochables au point de vue de la résistance à l’alcali fondu, mais on sait que l’argent est sensiblement attaqué dans les mêmes circonstances et que la masse en réaction se colore légèrement en noir ; or, il en est de même pour le nickel. L’avantage réel que présente ce dernier métal, outre son prix plus abordable, c’est d’avoir un point de fusion plus élevé. J’ai vu plusieurs fois des chimistes inexpérimentés fondre un creuset d’argent sur une lampe à gaz; pareil accident n’est point à craindre avec le nickel. Les réels services que peuvent rendre ces creusets me font vous les recommander.
- Votre bien dévoué,
- A. Mermet,
- Chef de laboratoire à l’Ecole Centrale, Professeur au Lycée Charlemagne.
- l.c propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- 1 Voy. précédemment, p. 71 et 94.
- Imprimerie A. La luire, 9, rue de Fleuras, à Paris.
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- IS° 504. — 2 7 JANVIER 1885.
- LA NATURE.
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- LES INONDATIONS
- Nous avons précédemment étudié la grande crue de la Seine survenue au commencement du mois de décembre, et résumé les désastres causés de toutes parts par les inondations1 11. Il nous faut malheureusement revenir sur ce sujet, car pendant la première semaine de janvier, de nouvelles inondations se sont produites dans les régions déjà éprouvées en décembre, notamment dans le bassin de la Seine. Afin qu’on puisse comparer l'allure générale des
- deux crues successives à Paris, nous avons repris le diagramme rcprésenlant les variations de niveau do la Seine, pour le compléter par les cotes relevées jusqu’au 2U janvier (fig. 2). On voit que les eaux, après avoir atteint 6m,12 le 7 décembre, s’étaient abaissées graduellement jusqu’au 23; à cette date la cote était descendue à 2m,40. Mais cette amélioration ne devait être que momentanée; une nouvelle période de pluies, commencée le 21, dure jusqu’à la lin du mois. Dès le 24, le niveau de l’eau reprend une marche ascensionnelle, qui s’accentue rapidement : le 5 janvier, à 3 heures du
- soir, la Seine remonte à Gm,24 à l’échelle du pont d’Austerlitz, surpassant ainsi de 12 centimètres la cote du 7 décembre. La baisse, au moins à son début, s’est effectuée aussi rapidement que la montée, et le niveau de l’eau ne s’est tenu au-dessus de 3 mètres que pendant huit jours; en décembre, au contraire, cette cote a été atteinte ou dépassée pendant quatorze jours consécutifs.
- On observe assez fréquemment des temps d’arrêt et même des montées secondaires dans la période de décroissance d’une grande crue, mais il faut un concours de phénomènes météorologiques tout, à fait exceptionnel pour que deux crues également
- 1 Voy. n° 499 du 23 décembre 1882, p. 55.
- 11e aunee, — 4eI semestre.
- violentes puissent se produire dans l’intervalle d’un mois. On n’a pas oublié que les grandes crues de la Seine s’observent toujours pendant la saison froide, c’est-à-dire lorsque l’évaporation est minimum ; on s’expliquera aisément qu’après une longue période de pluies, le sol reste complètement saturé d’humidité pendant un temps plus ou moins long, en sorte que si la situation atmosphérique ne s’améliore pas d’une manière durable, le danger est toujours à craindre; les pluies qui peuvent survenir, empêchées de pénétrer dans un sol chargé d’eau, s’écoulent nécessairement dans les rivières et provoquent de nouvelles crues.
- Dans les environs de Paris, la crue de janvier a eu des conséquences analogues à celles que nous
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- LA NATURE.
- avons rapportées pour la crue de décembre; nous ne pourrions que nous répéter en décrivant de nouveau les dégâts de toute nature produits par cette seconde inondation. Notre gravure (lig. I) représente l’entrée obligée du débit de tabac qui se trouve sur la rive gaucbe de la Seine, à l’extrémité du pont d’Ivry; les maisons du second pl^an sont sur la pointe d’Alfortville, au continent de la Marne; tout le pays jusqu’à Cbarenton, qu'on aperçoit dans le lointain, était encore submergé le 7 janvier, alors que les eaux avaient baissé déjà de 70 centimètres.
- Les nombreux riverains de la Seine et de la Marne que la première crue avait obligés d’abandonner leurs demeures, étaient à peine rentrés chez eux, que le même lléau les chassait brutalement une seconde fois. Un Igrand nombre des maisons envahies •coup sur coup par les eaux auront perdu de leur solidité par les affouiller ments qui se sont produits dans les sous-sols, et d’un autre côté le retour dans les habitations yiciées par le séjour prolongé de l’eau, nécessite des mesures préalables d’assainissement, auxquelles le Conseil d’hygiène a donné d’ailleurs la plus grande publicité.
- 11 peut être intéressant d’estimer le yolume d’eau entraîné par la Seine, à Paris, pendant la période de deux mois que comporte notre diagramme. D’après les calculs des ingénieurs, le débit par seconde, qui est seulement de 30 mètres cubes à l’étiage, s’élève à 1600 mètres cubes lorsque le fleuve atteint la cote de 6m,24, constatée le 5 janvier; M. Poirée, inspecteur général des Ponts et Chaussées, a calculé une table des débits de la Seine en fonction de la hauteur de l’eau dans le fleuve ; en appliquant cette table à chacune des cotes journalières qui ont servi à construire le diagramme, on trouve que le débit total de la Seine à Paris, depuis le 5 novembre 1882 jusqu’au 20 janvier 1883, dépasse six milliards de mètres cubes. Ce volume d’eau énorme entraîne à la mer une proportion considérable de matières fertilisantes prises au sol, et dont la valeur constitue pour l’agriculture une perte de plusieurs millions.
- Les crues de janvier sont un nouvel exemple,
- bien superflu d’ailleurs, de l’identité du régime des eaux dans toute la région de la France située au nord du plateau central; comme en décembre, noos avons à signaler le débordement de la Moselle, de la Meuse, de l’Escaut, de la Seine et ses affluents, des rivières comprises entre la Seine et la Loire, de la Dordogne, etc. Dans l'Est, les eaux se sont élevées à un niveau plus élevé qu’en décembre; le Rhône et ses aitluents en amont de Lyon, la Saône y compris les rivières de son bassin, l’Ain, l’Arve, ont éprouvé une crue extraordinaire, telle qu’on n’en avait pas vu depuis la grande inondation de 1856, et ont déversé dans le Rhône des torrents d’eau qui ont rendu la situation fort critique en divers points, notamment à Lyon. Les dégâts matériels sont considérables dans l’immense étendue du bassin ; à Lyon, le barrage récemment établi au confluent de la Saône n’a pu résister à l’énorme pression de l’eau. Sur le réseau de Paris-Lyon-Méditer -ranée, la voie ferrée a été emportée sur les lignes de Pontarlier à la frontière suisse, de Châ-lon à Dole, deSaint-Pierre-d’Albigny à Albertville, de Cu-loz à Genève. Ce dernier accident, qui s’est produit non loin de la frontière, vers la station de Collon-ges, a été causé par la rupture d’une sorte de digue naturelle formée par des éboulements de rochers; la voie a été entraînée dans le Rhône, dont elle a obstrué le cours pendant plusieurs heures. Les eaux que retenait cette digue ont menacé Lyon un instant, mais elles se sont précipitées avec une telle impétuosité que le lit du fleuve s’étant trouvé impuissant à les contenir, elles se sont étalées dans les plaines, en ravageant de toutes parts les cultures ensemencées.
- Le Rhin et ses affluents ont également débordé, et des dégâts considérables sont signalés de Strasbourg, Mannheim, Francfort-sur-le-Mein, Wiesba-den, Mayence, Trêves, Cologne, et d’un grand nombre d’autres localités de l’Europe.
- La crue de son affluent d’Alsace, FUI, a apporté la dévastation et la ruine parmi nos malheureux compatriotes. Le Danube, le Weser, l’Elbe, les cours d’eau de la Belgique, et de la Hollande, ainsi que
- Décembre
- 1882
- 0 5 10 15 20 25 30
- J anvier 1883
- 5 10 15 2
- Novembre
- 10 15 20 25 3
- Fig-. 2. — Variations du niveau de la Seine à Paris, à l’échelle du pont d’Austerlitz, du 6 novembre 1882 au 20 janvier 1883. (D’après les observations du Service hydrométrique.)
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- LA NATURE.
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- ceux du sud de l’Angleterre, ont également subi des crues exceptionnelles1.
- Si l’hiver de 1882-1883 est remarquable par une douceur extraordinaire de la température, son souvenir se perpétuera surtout par les phénomènes si navrants que nous avons résumés à la hâte ; on l’appellera Yhiver des inondations. 11 faut espérer que nous n’aurons plus à revenir de longtemps sur ce sujet lamentable; toutefois, les symptômes précurseurs d’un retour définitif au temps sec ne se manifestent que lentement dans la situation atmosphérique, et, en raison de l’état actuel d’humidité du sol, de nouvelles pluies amèneraient infailliblement de nouvelles crues.
- Th. Mouueaux.
- SUR UN-
- POISSON DES GRANDES PROFONDEURS
- ue l’atlantique
- L’EURYPHARYNX PELECANOIDES
- Dans la dernière campagne du Travailleur, nous avons trouvé, sur les côtes du Maroc, par une profondeur de 2300m, un poisson qui peut être regardé comme l’un des êtres les plus singuliers que nous aient fait connaître ces dragages à grande profondeur (Vov. la gravure)2.
- Cet animal, long d’environ 0ra,47, haut de 0m,02 au point le plus élevé, est d'un noir foncé intense. Le corps, dont la forme se trouve masquée en avant par la bouche anormale, dont il sera question plus bas, rappelle celui des Macrurm; il s’atténue régulièrement à partir à peu près dû quart antérieur, point où se voit l’orifice branchial externe, et se termine en pointe à l’extrémité caudale; l’anus est placé à la réunion du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs du corps.
- 1 Une dépêche de Vienne adressée à Paris à la date du 9 janvier, a notamment donné de tristes détails sur les désastres causés par les inondations en Hongrie.
- La ville de Raab, comptant 25 000 habitants, a été complètement inondée, à la date du 8 janvier, ainsi que toute la vallée, qui renferme de nombreux villages. Ce désastre, qui menaçait la ville depuis quelque temps, avait été retardé par la gelée; le dégel étant cependant survenu, les eaux ont couvert tout le district. Les victimes ont été très nombreuses mais il est encore impossible de se rendre compte de toute l’étendue de la catastrophe.
- On a, d’autre part, télégraphié de Pesth, le 10 janvier :
- « Le niveau des eaux a baissé de 12 centimètres depuis hier. Elles sont en ce moment à 6m,58. Le danger diminue à Raib. L’inondation n’a pas fait de victimes. 1400 personnes forcées de quitter leurs maisons ont pu être mises à l’abri et ont été pourvues de tout. A Mohacs, le Danube a renversé la digue. A Kœlked, la brèche de la digue a pu être réparée. »
- - Notre figure a été exécutée d’après le dessin publié dans le Magasin Pittoresque et communiqué à cette excellente publication par M. A. Milne Edwards.
- Ce qui donne à ce poisson une physionomie toute particulière, ce sont la disposition des mâchoires et la conformation de la bouche, qui exagèrent encore ce que M. Avrès a décrit chaz le Malacosteus niger. Bien que la tête soit courte, à peine de 0m,03, les mâchoires et le suspensorium sont excessivement allongés; ce dernier ne mesurait pas moins de 0m,095 ; il en résulte que l’angle articulaire est porté très loin en arrière, à une distance du bout du museau égale à trois fois et demie environ la longueur de la portion céphalique. Ce suspensorium, autant qu’on en peut juger, n’est composé que de deux pièces, l’une basilaire, analogue au temporal, l’autre externe, représentant sans doute un tympano-jugal. Un stylet long et grêle constitue la mâchoire supérieure; sa situation doit le faire rapprocher de l’intermaxillaire ; le maxillaire manquerait, à moins d’admettre que ces deux os sont confondus. On sent sur l’une et l’autre mâchoire de faibles granulations dentaires; à l’extrémité de la mandibule se voient deux dents en crochet, hautes de 0m,002.
- L’orifice buccal, par suite de cette disposition, est énorme; il conduit dans une cavité dont les dimensions sont encore plus étonnantes. En effet, la mâchoire supérieure se trouve réunie aux côtés de la tète et des portions antérieures du corps par un repli cutané extensible, qui permet un écartement considérable; puis, entre les branches des mandibules est étendue une membrane cutanée analogue, mais bien plus dilatable, renfermant, comme le montre l’examen histologique, une grande quantité de fibres élastiques en faisceaux : on ne peut mieux la comparer qu’à la poche bien connue du pélican. Par suite de l’écartement des mâchoires et de l’extensibilité des membranes, la bouche avec le pharynx forme sur l’animal frais un vaste entonnoir, dont le corps du poisson semble être la continuation effilée. Il est à présumer que les aliments s'accumulent dans cette poche et peut-être s’y digèrent en partie, fait comparable à ce qu’on a signalé chez le Chiasmodus niger, Johnson.
- Les organes locomoteurs sont des plus rudimentaires. Les nageoires paires se réduisent à deux très petits appendices, que leur position en arrière et assez près de l’orifice branchial doit faire assimiler aux pectorales; les ventrales manquent. À une distance de l’occiput à peu près égale à la longueur de la tête commence une dorsale, qui se prolonge sur presque toute la longueur du dos, sans atteindre toutefois l’extrémité caudale : elle paraît se terminer àO,06 ou 0,08 de celle-ci; l’anale, affectant une disposition semblable, prend son origine à quelques millimètres en arrière de l’anus pour finir au même point que la précédente. L’extrémité du corps est entourée d’un petit repli membraneux, sorte de caudale rudimentaire. Les rayons grêles et flexibles (je ces nageoires impaires ne sont cependant pas articulés, ni, autant qu’on
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- LÀ NATURE
- en peut juger sur l’animal dans la liqueur, réunis par une membrane.
- L’appareil respiratoire offre une composition unique jusqu’ici chez les poissons osseux. On trouve six paires de fentes branchiales internes et par conséquent cinq branchies. Celles-ci sont constituées chacune par une double série de lamelles libres. La sortie de l’eau a lieu de chaque côté par un orifice très petit, formant une simple perforation cutanée, arrondie, située vers le niveau de la terminaison de l’infundibulum bueco-pharyngien. On ne trouve ni appareil hyoïdien, ni pièces oper-culaires.
- Sans entrer dans la description des organes contenus dans la cavité abdominale, il est important de signaler l’absence complète de vessie natatoire.
- ,1e proposerai de désigner ce poisson sous le nom d'Eurypharynx pelecanoides.
- Quelle place doit-il occuper dans la série ichthyo-logique? C’est un point assez difficile à juger, en l’absence de renseignements plus complets sur l’anatomie et en particulier sur le squelette, qu’il n’est pas possible n’examiner dans tous ses détails avec un individu unique.
- On peut dire que ce poisson offre des rapports avec les Anacanthini, avec certains Physostomi, tels que les Scopelidœ, les Stomiatidœ, et aussi avec les Apodes. Bien que se rapprochant de ces derniers par l’absence de nageoires ventrales et l’imperfection de l’appareil operculaire, il en diffère trop par ses intermaxillaires bien développés et absolument libres pour qu’on puisse le mettre
- LEurypharynx pdecunuidex, poisson trouve à 230IJ mètres au loiul do la inor.
- dans ce groupe. Pour ce qui regarde les Scopelidœ et les Stomiatidœ, tous les genres connus aujourd’hui dans ces familles ont un orifice branchial très largement ouvert : chez les premiers, l’intermaxillaire forme seul le bord libre de la mâchoire supérieure; chez les seconds, le maxillaire y entre pour une part, ce serait donc des Scopelidœ que se rapprocherait l’Eurypharynx, d’autant qu’il ne présente pas le barbillon hyoïdien, indiqué comme caractéristique jusqu’ici des Stomiatidœ. Cependant, de tous les poissons, c’est du Malacosteus niger, Ayrès, mis dans cette dernière famille par les zoologistes, qu’on serait tenté de rapprocher l'animal dont il est ici question : eux seuls nous présentent la disposition simple du suspensorium signalée plus haut. Mais, en somme, c’est peut-être avec les Anacanthini que les affinités paraissent les plus réelles, soit qu’on ait égard à la forme du corps, qui
- rappelle beaucoup celui des Macrurus, soit qu’on invoque l’absence de ventrales habituelle chez certains animaux de ce groupe; ainsi plusieurs Ophi-didiœ et tous les Lycodidœ, ces derniers même avec leur orifice branchial réduit, non cependant au point où il se trouve l’être chez notre animal, fournissent encore une probabilité en faveur de cette manière de voir. Toutefois, les caractères de l'Eurypharynx sont tellement tranchés, qu’il est en tous cas nécessaire de le regarder comme type d’une nouvelle famille ; il en serait l’unique représentant, si des études ultérieures ne montrent pas qu’on doit y joindre le genre MalacosteusL
- L. Vaillant.
- 1 Note présentée à 1 Académie des Sciences par M. Milne lùtwards.
- O-
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- LA NATURE.
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- LA
- PERFORATRICE HYDRAULIQUE CRAMPTON
- DANS I.ES TRAVAUX DU TUS S EI< SOUS I.A MANCHE
- La Nature a donné précédemment1 de nombreux détails sur les travaux d'avancement du tunnel du Pas-de-Calais qui était alors en cours et qui
- paraît, comme on sait, sur le point d’être abandonné en présence de l’opposition anglaise. On se rappelle que les sondages ainsi que ces premiers travaux ont permis de reconnaître sur les deux bords du détroit l’existence de couches identiques s’étendant probablement sans solution de continuité sous le lit de la mer d’une rive à l’autre. Le tunnel doit être établi dans la couche de craie grise ou craie de Rouen qui est tout à fait imperméable et bien inaltérable
- à l’air. En outre cette craie est facile à travailler, et c’est ce qui a permis de disposer des machines perforatrices pouvant creuser la galerie sur toute sa largeur. Telle est, par exemple, la perforatrice à air comprimé du colonel Beaumont, qui a été décrite
- ici-même. Il n’a pas fallu moins de dix à douze années pour percer les tunnels du Mont-Cenis ou du Saint-Gothard, d’une longueur de 10 à 12 kilomètres seulement, et celui du Pas-de-Calais d’une longueur de 48 kilomètres pourrait être creusé en trois
- Fig. 2. — Coupe longitudinale représentant une moitié du tunnel sous la Manche.
- années. Ce tunnel comprend en effet 32 kilomètres entièrement sous Peau et comme les deux extrémités sont attaquées à la fois, il suffit donc de 800 jours seulement pour 16 kilomètres.
- La machine Crampton que nous avons représentée dans la figure 1 repose au point de vue mécanique sur le même principe que celle du colonel Beaumont, toutefois elle est mue par l’eau sous pression au lieu de l’être comme celle-ci par Pair comprimé, et elle réalise ainsi une simplification des plus
- 1 Yoy. n° 480 i'u 12 no Al 1882, p. 163.
- intéressantes qui permet d’augmenter beaucoup la rapidité du travail. L’eau sous pression qui fournit l’pffort moteur est utilisée en effet à sa sortie de la machine pour emmener tous les déblais crayeux qu’elle entraîne par une conduite spéciale au fond des puits d’extraction sans qu’il soit besoin d’un train spécial pour les recevoir. Et on comprend en effet que c’est là une considération des plus importantes, car une machine qui avance d’un mètre par heure ne fournit pas moins de 5 à 6 mètres cubes de déblais qui exigent une dizaine de wagons. D’autre part, il faut ramener pareil nombre de wagons
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- LA NATURE
- vides, et on a ainsi, comme on voit, un mouvement de va-et-vient de wagons continuel très dispendi.ux et presque impraticable dans une galerie où l’espace est nécessairement limité.
- La machine représentée figure 1 comprend un disque circulaire de deux mètres de diamètre monté sur un arbre horizontal eommandé par le piston du cylindre à eau. À l’avant du disque sont les couteaux au nombre de soixante-dix qui détachent la craie sur le front, de taille en découpant des anneaux de 7 centimètres de largeur et 2 millimètres de profondeur et derrière sont disposés des godets qui relèvent les déblais de craie dans le fond de la galerie pour les verser dans une rigole qui les conduit au malaxeur. Tout l’appareil forme un châssis mobile supporté par quatorze roues, et qui peut se déplacer à mesure de l’avancement des travaux pour se maintenir au contact du front de taille. L’eau motrice en sortant du cylindre est dirigée sur la. rigole qui reçoit les déblais et elle les entraîne dans le malaxeur, comme nous l’avons dit. Cet appareil est destiné à mêler intimement ces déblais dans le courant d’eau, les parties en poussière se dissolvent, et le reste forme une sorte d’émulsion qui maintient les particules en suspension. 11 suffit pour assurer un entraînement complet d’avoir un poids d’eau à peu près triple de celui des déblais. Ce courant boueux dirigé ensuite par des conduites spéciales jusqu’au bas des puits d’exhaustion est relevé au jour au moyen de pompes.
- Il convient enfin de remarquer que la disposition même des galeries permet d’assurer cette évacuation des déblais d’une manière complètement automatique pour ainsi dire. Le tunnel dont la figure 2 donne la vue en coupe d’une moitié, présente une forme de W allongé; la galerie atteint donc son point le plus élevé au milieu du détroit où elle forme une sorte de dos d’âne. Ce point milieu se trouverait aune profondeur de 100 mètres environ au-dessous du fond de la mer, et les galeries divergentes s’étendent de chaque côté avec une pente de 1/1000, suffisante pour assurer l’écoulement du courant boueux sous la seule action de la pesanteur jusqu’à une distance de 16 kilomètres du milieu pour atteindre le point C à une profondeur de 157 mètres au bas des puits d’exhaustion établis sur chaque rive; toutefois la galerie à large section du tunnel qui doit servir au passage des trains s’arrête au point U à une profondeur de 129 mètres et à une distance de 12 kilomètres seulement du centre. Au delà, de D en C, la galerie est prolongée par une autre à petite section servant seulement pour l’évacuation des eaux. A partir du point!) la galerie des voyageurs se relève avec une pente plus forte pour aller sortir au jour à Douvres, auprès du rocher de Sainte-Marguerite, et la disposition de la galerie de tête est la même à Calais. La distance ainsi parcourue est de 12 kilomètres environ, ce qui porte, comme on voit, à 48 kilomètres la longueur totale à percer. Dans les travaux du côté anglais, on doit creuser un premier
- puits à Fanhole, comme l’indique la figure, afin de rejoindre la galerie des voyageurs à une profondeur de 56 mètres, puis à Sainte-Marguerite un autre puits profond de 157 mètres qui doit servir de puits d'épuisement.
- La force motrice est fournie, comme nous l’avons dit, par la chute de l’eau de mer tombant dans les puits. La machine perforatr.ee occuperait une force de 425 chevaux environ pour couper la craie et broyer les déblais, et les pompes d’exhaustion absorberaient de leur côté 500 chevaux environ. La vitesse de marche du disque de la perforatrice serait de dix tours à la minute, ce qui donne pour les couteaux extrêmes une vitesse de 550 mètres.
- Le broyeur est un cylindre ayant lm,20 de diamètre, 0in,60 de large, il fait trente-deux tours par minute, il peut broyer 10 tonnes environ par heure avec une force d’un demi-cheval. Quant au courant boueux, la proportion la plus convenable pour assurer l’entraînement est de trois parties d’eau pour une de craie, et la vitesse paraît devoir en être fixée à 0m,50 par seconde. L. B.
- HYGIÈNE SCOLAIRE
- DES CONDITIONS DE L’AUDITION DANS L ECOLE
- L’établissement de l’instruction obligatoire a fait sentir le besoin d’une étude d’ensemble des lois de l’hygiène scolaire, et une Commission a été instituée au Ministère de l’Instruction publique pour obtenir ce résultat. Son rapporteur, M. GarieJ, a publié au commencement de l’année dernière un rapport très complet et très intéressant sur l’hygiène de la vue dans les écoles, mais les efforts de la Commission se sont arrêtés là, et malgré les travaux tout récents des médecins allemands et américains, elle ne s’est pas occupée d’une autre partie fort importante de l’hygiène scolaire, nous voulons parler des conditions de l’audition chez les enfants. La question mérite cependant une sérieuse attention et M. le Dr Gellé, auquel sa situation de médecin de pensions et d’orphelinats très peuplés, a permis de suivre les évolutions de l’oreille de sept à vingt ans, vient de combler cette lacune dans une étude présentée à la Société de Médecine publique et d’Hygiène professionnelle. Il y démontre toute l’importance de son sujet en faisant ressortir le nombre considérable d’enfants atteints d’un affaiblissement de l’ouïe, et les obstacles que cette infirmité apporte à leur instruction.
- Le Dr Weil, de Stuttgard, a publié en 1881 et 1882 les résultats des examens de deux services d’élèves, et il affirme que 50 pour 100 des enfants qui fréquentent les écoles communales sont sujets à une surdité plus ou moins forte, et due à des causes diverses, mais qui est préjudiciable à leurs progrès. Dans les classes aisées la proportion s’abaisserait à 10 pour 100. Déjà, au Congrès de Phila-
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- LA NATURE
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- delphie, le professeur Glarence Blake avait signalé la grande fréquence des surdités incomplètes et demandé qu’on facilitât l’instruction des écoliers sujets à cette infirmité, et tout récemment, le J>' Samuel Sexton, de Washington, a de nouveau confirmé les mômes faits et leur influence fâcheuse.
- M. le Dr Relié a observé 1400 cas de surdité dans les écoles; le champ de ses expériences est donc largement suffisant pour en tirer des conclusions sérieuses ; il estime que la proportion donnée par le Dr Weil est trop forte, et que le nombre d’élèves dont l’ouïe est assez abaissée pour nuire à l’intelligence des leçons ne dépasse pas 20 à 25 pour 100, ce qui est déjà très considérable. Les deux oreilles sont presque toujours prises en même temps.
- Dans la propagation du son, les consonnes sont les phénomènes de la voix qui s’éteignent le plus vite, les voyelles sont plus sonores, mais le mot, la phrase, n’expriment quelque chose que par l’articulation, et la perception des consonnes et des voyelles associées donne seule un son intelligible.
- « L’élève dont l’ouïe est trop faible, dit M. le Dr Gel lé, perd rapidement l’audition des sons con-sonnés, et devient dès lors incapable de comprendre le bruit qui frappe ses oreilles. Une des portes de l’intelligence est fermée pour lui. Cependant ces enfants, si on les examine au réfectoire, à la récréation paraissent semblables à leurs camarades : leur ouïe n’est surtout insuffisante que pour la classe. »
- On conçoit que cette spécialisation de l’infirmité empêche les maîtres d’y prêter attention, et qu’en général les enfants atteints sont notés comme airié-rés, paresseux ou même rebelles parce qu’ils retombent souvent dans les mêmes fautes.
- M. le Dr Gellé a institué trois modes d’épreuve :
- 1° L’application d’un corps sonore sur le front;
- 2° L’expérience sur la portée de l’ouïe à droite et à gauche mesurée au moyen d’un mètre rigide qu’un élève tient aux côtés du sujet examiné;
- 3° Une dictée faite à des distances que l’expérimentateur varie depuis 8 mètres jusqu’à celle où l’élève perçoit nettement les sons et écrit correctement.
- Le corps sonore employé dans les deux premières épreuves par M. Gellé est une montre; après avoir essayé d’opérer avec le diapason, il a dù y renoncer parce que le son émis par cet instrument s’éteint graduellement, et que le son fondamental n’apparaît plus nettement à la suite des chocs répétés qui donnent des harmoniques suraiguës. L’auteur ne se dissimule pas d’ailleurs la différence que présente le son sec et maigre du tic tac et le son complexe, pénétrant, et si plein d’harmoniques de la parole. Mais on conçoit qu’il fallait, dit-il, aller vite, et déterminer le degré auditif de chaque oreille, ce que ne permet pas la parole, qui met en activité les deux oreilles sans qu’on sache si la meilleure n’est pas seule à fonctionner. D’ailleurs il faisait constamment usage de la même montre afin d’avoir une base unique d’appréciation.
- La dictée se faisait dans la classe habituelle,
- l’élève tournant le dos à l’examinateur; celui-ci dictait à haute voix un membre de phrase très simple, plutôt qu’un seul mot. Cette dernière épreuve succédait aux deux précédentes et la distance à laquelle la perception devenait nette donnait bien la valeur de chaque sujet au point de vue de l’audition.
- Les résultats d’ensemble ont permis de constater :
- 1° Que la portée de l’ouïe pour un même son baisse en dehors de la classe, et même dans les préaux couverts; les endroits clos sont plus sonores; 2° Que les erreurs cessent ou diminuent à mesure que la distance du maître à l’élève devient plus faible ; 3° Que la surdité s’accroît avec l’âge.
- Pour remédier autant que possible aux deux premiers inconvénients, M. le Dr Gellé expose les desiderata suivants :
- 1° Au point de vue du maître : Il se placera bien en vue, afin que l’attention soit éveillée par le mouvement des lèvres 4 il articulera nettement avec un débit plutôt lent, et surtout il évitera de dicter en marchant.
- 2° Au point de vue de la disposition des locaux : Il faut, autant que possible, éviter certains voisinages, tels qu’une rue bruyante, une usine à marteaux, des stations de voitures, etc., et assurer l’isolement des classes entre elles.
- Le poêle ne devra pas être placé au centre de la classe, parce que le courant d’air chaud ascendant arrête le son, qui, d’après Helmoltz, se transmet mieux dans un air homogène.
- Au delà de 7 à 8 mètres de distance, les fautes par inaudition se multiplient. On adoptera donc cette dimension pour les côtés des salles de classes, et on ne fera jamais de cours dans les préaux, même couverts.
- 3° Au point de vue de l’élève : L’enfant à son entrée à l’école sera examiné attentivement sous le rapport de l’audition en classe, et devra, suivant sa capacité auditive, être plus ou moins rapproché du professeur. On abandonnera à cet effet la disposition actuelle qui consiste à ranger les élèves d’après les places de composition. Les classes ne seront pas de plus de 30 à 35 élèves.
- Ces conclusions nous paraissent mériter l’attention de tous ceux qui sont chargés à des titres divers de l’inspection des écoles. En fait, elles ne présentent, sauf pour les locaux, aucune difficulté d’application. Déjà, même dans la plupart des écoles nouvellement construites, les dimensions des salles ne dépassent pas 7 à 8 mètres, l’isolement entre les classes est suffisant, et les poêles, notamment à l’école communale de l’avenue Duquesne, sont placés dans les encoignures. La surveillance devra donc principalement s’exercer sur la manière de parler et de dicter des maîtres, et sur l’assignation de places plus ou moins rapprochées d’eux, suivant l’ouïe plus ou moins sensible des élèves.
- Georges Richod,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA NATURE
- PROPULSEUR DYNAMO-ÉLECTRIQUE
- POUR AÉROSTAT ALLONGÉ
- On n’a peut être pas oublié le petit modèle d’aérostat allongé (pie j'ai fait fonctionner il y a deux ans pendant toute la durée de l’Exposition d’électricité, et qui muni d’un minuscule moteur dynamo-électri -que construit par M. Trouvé, se déplaçait en air calme sous l’influence d’une hélice à deux palettes, avec une vitesse de 3 mètres à la seconde.
- Deux ou trois couples secondaires de M. Gaston Planté, montés en tension, actionnaient le moteur1. Dans une note présentée à
- l’Académie des Sciences lors de sa séance du 1er août 1881, j’ai fait ressortir les avantages que présentent les moteurs électriques pour la propulsion des aérostats al Ion -gés ; je rappellerai que ces avantages au point de vue de la navigation aérienne consistent surtout dans l’absence du feu, la constance du poids, et l’incomparable facilité de mise en marche et d’arrêt du méca-
- . > .i ;
- msme.
- Depuis cette époque, à la suite
- d’expériences successivement exécutées en grand au moyen d’une machine Gramme et d’une machine Siemens, j’ai été conduit à la construction d’un nouveau modèle de piles au bichromate légères, qui sous le même poids, me permettent d’obtenir un débit beaucoup plus considérable qu’avec les accumulateurs. J’ai parlé des expériences et (les mesures
- . : . • : t:i"
- 1 Voy. n° 428 du 13 août 1881, p. 168
- Fig. 1. — Nouvelle machine dynamo-électrique Siemens.
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- H't
- qu’il m’a été donné d’exécuter au moyen de ces piles au bichromate l.
- Ces travaux préparatoires m’ont permis de réaliser la construction d’un moteur, que mon frère Albert Tissandier et moi, nous avons le projet de faire fonctionner ultérieurement à l’air libre, à l’aide d’un aérostat allongé de 900 à 1000 mètres cubes. Le moteur que je vais faire connaître aujourd’hui
- à nos lecteurs se compose de trois parties distinctes :
- 1° D’un propulseur à deux palettes hélicoï-dcs de 2m,85 de diamètre construit sur les plans de M. Victor Tatin ;
- 2° D’une machine dynamoélectrique Sie -mens, nouveau type riduit à son minimum de poids ;
- 5° D’une batterie de piles
- électriques légères au bichromate de potasse.
- Le propulseur à deux palettes hélicoïdes, est formé
- d’un moyeu mé-tallique entièrement creux, dans lequel sont fixées deux longues tiges de bois de sapin, bien sec et de bonne qualité. Ces^ tiges servent de support à des lattes préalablement M gauchies
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- Fig. 2.
- suivant épure , . 1 r , géométrique ; les
- rebords extérieurs sont en rotin mince, les
- Expérience pour l’essai d'un propulseur électrique. palettes l’eCOU-
- vertes de soie
- vernie à la gomme laque, sont maintenues à l’état de- fixité à l’aide de tendeurs en fil d’acier. Cette hélice, qui a été confectionnée avec beaucoup de soins, ne pèse que 7 kilogrammes. (
- La machine dynamo-électrique a été construite^ sur un nouveau modèle par la maison Siemens de Paris, dont le directeur, M. Georges Boistel, ingénieur;
- 1 Vov. n° 468 du 20 mai 1882, p. 301.
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- Fg. 3.
- __Atelier aérostatique de MM. Tissandier irères.
- Vue d’ensemble d’un propulseur à deux palettes hélicoides actionné par une machine dynarao-clectrique Siemens,.et une batterie de Whrnmnt* (te notasse léeères. (D’après une photographie.)
- piles
- il U.
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- LA NATURE
- des arts et manufactures, a bien voulu m’apporter son concours avec la plus gracieuse obligeance.
- On compte dans cette machine, dont les pièces de montage sont en acier fondu, 36 faisceaux sur la bobine et 4 électros dans le circuit. La bobine est très longue par rapport au diamètre. Les balais maintenus parallèles sont montés à calage variable. Toutes les pièces accessoires ont été réduites à leur minimum de volume et de poids et le mécanisme est monté sur un châssis de bois à jour. L’appareil pèse 55 kilogrammes (fig. 1).
- La machine commande l’hélice par l’intermédiaire d’une transmission par engrenage dans le rapport de 1/10; quand la bobine fait 1200 tours à la minute, l’hélice en fait par conséquent 120.
- La nouvelle machine Siemens a été d’abord essayée à l’aide d’accumulateurs Faure dans les ateliers de la Société Force et Lumière; les mesures ont été faites avec le concours de mes amis MM. Hospitalier et Raffard, ingénieursl.
- A l’aide de 20 accumulateurs Faure en tension, on a pu obtenir un travail effectif de un cheval-vapeur à la vitesse de 1200 à 1400 tours; en forçant la vitesse et en augmentant le nombre des accu mulateurs, la machine a pu fournir jusqu’à 100 kilo-grammètres par seconde avec un rendement de 55 pour 100. Le courant était alors de 45 ampères et la différence de potentiel aux bornes de 40 volts.
- Pendant la durée de ces constructions et de ces essais, mon frère Albert Tissandier, architecte, faisait construire dans un terrain situé avenue de Versailles, près du Point-du-Jour, une maison de bois qui nous servira d’atelier aérostatique pour la suite de nos expériences. J’ai disposé dans cet atelier ma batterie de piles au bichromate de potasse formée
- 1 La méthode suivie consistait à mesurer l’énergie électrique
- El ,,
- fournie à la machine par la formule W = - (W represen-
- U,ol
- tant le travail en kilogrammètres, E la différence de potentiel aux bornes de la machine en volts, I l’intensité du courant en ampères) et à déterminer le travail mécanique produit par le moteur en faisant absorber ce travail par la balance dynamométrique de M Raffard. L’énergie électrique était mesurée à l’aide d’un ampère-mètre et d’un volt-mètre de M. Marcel De-prez, instruments qui m’ont été confiés très obligeamment par la maison Breguet.
- de quatre séries de six éléments pesant chacun 7 kilogrammes, soit en tout 24 éléments pesant au total 168 kilogrammes1. La machine dynamoélectrique, avec le propulseur qu’elle commande, est pendue à une poutrelle du plafond, et agit par sa rotation sur un peson fixe qui permet de mesurer l’effort de traction en kilogrammes.
- La figure 2 donne la disposition complète de l’expérience. La batterie de piles est représentée en P, un seau de cuivre plombé S renferme le bichromate de potasse et communique par un tuhe ramifié avec les six éléments d’une batterie. 11 suffit de lever l’un de ces seaux à l’aide d’une cordelette enroulée sur des mouffles, pour faire fonctionner la batterie, et de l'abaisser pour en faire écouler le liquide. Le courant de chaque batterie passe dans la machine à l’aide d’un commutateur à godets de mercure C (fig. 2) ; les mesures électriques sont faites à l’aide
- d'un ampère-mètre A et d’un voltmètre V. La machine pendue par des cordes, est représentée en M, l’hélice en HH, le peson D fixé à une poutre rigide, est l’hélice par l’intermédiaire d’un mince fil métallique et d’un émerillonE. Des dispositions sont prises pour que le centre de gravité de la machine reste toujours dans le plan vertical passant par les points de suspension, quelle que soit la poussée.
- Avec 12 éléments en tension, l’hélice tourne avec une vitesse de 80 tours à la minute, et la traction sur le peson est de 5 kilogrammes. Avec 18 éléments, la vitesse de rotation est de 120 tours et la traction de 7 kilogrammes environ; avec les 24 éléments en tension,' on a pu obtenir un effort de 9 kilogrammes, avec une vitesse de rotation de l’hélice de 150 tours à la minute*. La figure 3 montre l’ensemble de l’expérience exécutée dans notre atelier aérostatique.
- 1 Yoy. pour la description de ces piles le n° 468 du 20 mai 1882, p. 391. — L’expérience nous a conduit à modifier quelque peu nos piles au bichromate, en diminuant la surface de zincs par rapport à celle des charbons, ce qui diminue le poids des éléments, augmente la durée de fonctionnement de la pile, sans faire varier le débit. Chaque auge d’ébonite est toujours formée de 11 à 13 charbons minces, dont les dimensions sont restées les mêmes, mais la surface des lames de zinc intermédiaires immergées a été réduite à 0m,06 sur 0m,06.
- * Nous ferons observer qu’à la suite de nombreuses expé-
- Appareil à gaz hydrogène
- ------------------------------MTC4-
- Avenue de
- Fig. 4. — Plan de l’atelier aérostatique de MM. Tissandier frères.
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- LA NATURE
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- Il résulte de nos essais, que le moteur que nous employons, sans dépasser avec son générateur le poids total de trois hommes, est capable de fournir régulièrement pendant une duréede trois heures consécutives1 le travail de 12 à 15 hommes, c’est-à-dire 75 à 100 kilogrammèires. Ce moteur ne nécessite pour être enlevé dans l’atmosphère avec deux ou trois voyageurs, qu’un ballon d’un petit volume, de 900 mètres cubes environ. Un aérostat allongé de 9 mètres de diamètre à l’équateur et de 27 mètres de longueur, construit, en soie, gonflé d’hydrogène pur, suffirait amplement. Sous l’action de notre propulseur, un tel aérostat aurait dans un air calme une vitesse propre de 4 mètres environ à la seconde, ou 15 kilomètres à l’heure en nombre rond. Bien souvent la vitesse du vent par temps calme est inférieuie à ce chiffre; dans ces conditions atmosphériques spéciales, cet aérostat pourrait se dévier très sensiblement de la ligne du vent, aller et venir dans un sens et dans l'autre et rentrer au port d’atterrissage, après avoir atteint un point déterminé.
- S’il nous était possible, comme nous l’avions proposé d’abord, de construire un aérostat plus volumineux, dont la surface par conséquent serait plus petite par rapport à la capacité, et dont le moteur de six à huit chevaux-vapeur agirait dans des conditions beaucoup plus favorables, puisque la résistance de l’air serait proportionnellement moindre, en raison de la diminution relative de la surface, le succès de l’expérience serait encore moins douteux. — Mais, mon frère et moi, nous exécutons ces expériences, longues, difficiles, onéreuses, àl’aidede nos propres ressources, et la dépense en aérostation, comme en mécanique, s’accroît d’autant plus que l’on veut donner plus d’importance aux constructions. — Agissant par nous-mêmes, nous sommes contraints de procéder avec lenteur et par des essais faits en petit. — Dans l’emplacement où nous sommes installés, et dont nous donnons le plan (fig. 4), nous nous occupons, après la construction du moteur électrique actuellement terminé, de celle d’un appareil à hydrogène, qui nous permettra d’obtenir rapidement, en quelques heures, un volume de 1000 mètres cubes de gaz pur;
- riences exécutées à l’aide de nos piles au bichromate, nous avons constaté que le débit de ces piles est très variable, suivant le degré de concentration et de température du liquide employé. Avec une solution de bichromate de potasse faite à chaud, très acide, et employée à une température de 60 degrés, nous pouvons obtenir avec 18 éléments un débit presque égal à celui que fournissent 24 éléments dans les conditions normales à la température ordinaire. L’addition d’acide chromi-que dans la dissolution nous donne aussi le même résultat, tout en prolongeant la durée du débit. Dans ces conditions, il nous subirait d’emporter seulement 18 éléments dans la nacelle de l’aérostat que nous projetons; soit un poids total de 126 kilogrammes seulement pour le générateur d’électricité.
- 1 Nos piles fonctionnent régulièrement avant l’épuisement de la solution de bichromate pendant 2 heures 30 minutes; par l’addition d’acide chromique, on peut prolonger ce débit au delà de 3 heures.
- quand cet appareil sera fait, quand il aura été essayé à l’aide d’un aérostat sphérique ordinaire, il ne nous restera plus qu’à confectionner le ballon allongé, dont nous représentons la place par un tracé pointillé, au milieu du terrain que nous occupons actuellement. Ce terrain, dont la superficie totale est de 1200 mètres carrés, est suffisamment vaste pour y exécuter facilement des ascensions aérostatiques (fig. 4).
- Il va sans dire que la batterie et le moteur, seront emménagés dans la nacelle allongée de l’aérostat, d’une toute autre manière que dans notre atelier; mais nous reviendrons sur ce sujet au fur et à mesure que nous avancerons dans nos essais; et nos lecteurs, qui auront été en quelque sorte les confidents de nos efforts, seront les premiers à connaître les résultats que nous obtiendrons dans la suite *.
- Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Chroniques du temps passé. Le Conte de l'Archer, par Armand Sylvestre. Aquarelles de À. Poirson gravées par Gillot. Impression chromotypographique par A. Lahure.
- 1 vol. in-8°. Paris, A. Lahure et Rouveyre et Blond, 1885. Prix : sur papier vélin, 25 fr. (exemplaires de grand luxe à 250 fr.).
- Il y a déjà plus de deux ans que nous avons fait connaître à nos lecteurs, la presse typographique à deux couleurs de M. P. Alauzet2, et nous avons à cette époque présenté le spécimen d’une gravure en couleur, tirée à la presse comme une révolution dans F art typographique. Les éditeurs anglais nous ont accoutumé à des merveilles dans le genre et la réputation de Mlle Kate Grcenaway qui excelle à illustrer les livres et les almanachs, de petits personnages colorés qui sont de véritables chefs-d’œuvre, est devenue universelle. — Notre imprimeur et ami M. A. Lahure, en publiant le livre que nous annonçons aujourd’hui, vient de prouver qu'il n’y avait plus à craindre pour notre pays la comparaison avec ce qui se fait de plus remarquable à l’étranger. Le Conte de l’Archer est édité avec un luxe typographique digne des plus grands éloges et les amateurs rechercheront ce volume, où se trouve la reproduction fidèle, par des procédés purement typographiques, des spirituelles aquarelles de Poirson. Nous n’avons pas ici à apprécier les mérites de l’ouvrage; c'est un livre purement littéraire que nous n’analyserons pas dans notre Revue essentiellement scientifique. Nous dirons seulement que l’œuvre est conçue dans le goût de nos anciennes chroniques et qu’elle est écrite avec beaucoup de grâce et d’esprit par un fin lettré qui relate les aventures d’un jeune archer du temps de Louis XI.
- 1 L'Association française pour l’Avancement des sciences a bien voulu contribuer aux frais de nos travaux; plusieurs amis ont, d’autre part, l’obligeance de nous apporter leur concours, pour faciliter nos constructions ou nos expériences; à tous ceux qui nous ont aidés, nous adressons le témoignage de notre reconnaissance.
- 2 Voy. n° 396 du 1" janvier 1881, p. 72.
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- LA NATURE.
- L’ORGÀNINA MIGNONNETTE
- L’Amérique tient sans contredit la tête du mouvement qui personnifie et caractérise la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et qu’on peut définir d’un mot : Tout à la mécanique.
- Aussi n’est-il pas étonnant de voir produire dans ce pays des appareils automatiques destinés à mettre la musique — une musique de qualité médiocre à la vérité — à la portée de toutes les bourses et des organisations musicales les plus élémentaires.
- 11 y a longtemps déjà que la vieille Europe jouit des orgues, des serinettes et des boîtes à musique, mais ces instruments d’une monotonie désespérante qui serinent tou -jours les mêmes airs sont bien près d’avoir fini leur temps, car le petit appareil que nous allons décrire, tout en moulaut une musique ni meilleure ni plus mauvaise que ses devanciers, présente sur eux l’incontesta -ble avantage d’être d’un prix modique et de se prêter facilement à l’exécution d’un immense répertoire de morceaux aussi variés que choisis.
- L’organina que nous représentons ici vu d’ensemble (fig. 1) et démonté pour en faire voir le mécanisme (fig. 2) est le modèle du plus petit type dit mignonnette; c’est l’appareil populaire par excellence, à cause de son bon marché, et celui qui obtient , de beaucoup, le plus grand succès en Amérique.
- Bien qu’il ne comprenne que seize notes, son répertoire comporte déjà plus d’un millier de morceaux de toute nature, et leur nombre va s’augmentant chaque jour. Les piqueurs de morceaux ont d’ailleurs trouvé un moyen aussi simple que radi-
- cal pour adapter tous les morceaux de piano à l’instrument. Ils transposent les accompagnements et les mélodies du nombre d’octaves nécessaire et suppriment, après cette opération, les notes trop hautes ou trop basses. Malgré ces mutilations, bon nombre de morceaux, surtout les airs populaires, les rondes enfantines, etc., donnent des effets assez satisfaisants, parce que la mélodie ne dépasse pas en hauteur les seize notes dont on dispose sur le plus petit modèle.
- Arrivons maintenant à la description de l’appareil. Il se compose en principe d’un orgue à languettes vibrantes fonc -tionnant par aspiration , d’un système de soufflets actionnés par la manivelle et d’une- bande de papier découpée à l’emporte-pièce entraînée par le mouvement de la manivelle et qui établit les communications nécessaires pour actionner les languettes.
- À cet effet, la bande de papier entraînée par la manivelle passe en regard de leviers horizontaux terminés à une de leurs extrémités par une sorte de crochet à pointe arrondie. Le papier glisse sur ces crochets, mais chaque fois qu’il se présente un trou en regard d’un des crochets, ce crochet, sollicité par un ressort, tombe dans le trou en basculant, et, par une série de leviers convenablement combinés, fait ouvrir l’entrée d’air de la languette vibrante correspondante. Lorsque le trou est dépassé, le crochet soulevé remonte sur le papier et ferme l’arrivée d’air.
- L’aspiration se fait à l’aide de quatre soufflets actionnés par deux manivelles calées à angle droit sur l’arbre moteur ; ils sont groupés deux par deux et disposés de telle manière que l’un des soufflets se gonfle lorsque le soufflet correspondant se dégonfle: l’aspiration est donc sensiblement continue;
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- LÀ NATURE.
- 141
- elle est d’ailleurs réglée par un cinquième soufflet de plus grandes dimensions formant à la fois réservoir et régulateur. On voit ce soufflet dans le bas et à gauche de la figure 2 : un ressort le maintient constamment ouvert, l’aspiration produite tend à l’applatir et à diminuer son volume jusqu’au moment où une soupape placée sur le fond mobile vienne buter sur un obstacle fixe, s’ouvre et produise une admission d’air partielle pour compenser l’action des soufflets d’aspiration qui, lorsque le fait se produit, est plus énergique qu’il n’est nécessaire. Grâce à cet artifice, la puissance du son est sensiblement constante, quel que soit le nombre de notes vibrant à chaque instant et la vitesse de rotation de l’appareil, j
- Pour donner de j
- l'expression au .
- morceau, on ou- |
- vre plus ou moins I
- une trappe placée à la partie supérieure de la boîte renfermant le mécanisme ; les sons devien- |
- nent alors plus j
- ou moins puis- j
- sants. j
- L’opérateur dis- ! pose de deux moyens pour jouer de l’orga-nina et nuancer les effets avec tout l’art dont l’instrument est susceptible : le premier moyen consiste à faire varier la vitesse de rotation de la manivelle pour donner à chaque passage du morceau l’allure qui lui convient et la faire varier à son gré, le second, consiste dans l’ouverture plus ou moins grande, plus ou moins graduée, de la trappe d’expression, pour produire tous les effets de forte, piano, crescendo, decrescendo, etc., exigés par une exécution artistique. En réalité, Yorganina est supérieur à bien des orgues de Barbarie, et il laisse bien loin derrière lui la musique atrocement fausse des artistes ambulants qui pullulent dans nos cours.
- Le timbre de l’organina n’est peut-être pas absolument agréable, mais les notes sont tolérable-ment justes et la mesure absolument irréprochable
- pour peu que l’exécutant veuille bien consentir à tourner régulièrement la manivelle, ce qui est d’une simplicité enfantine.
- Les morceaux sont découpés à l'emporte-pièce sur une bande de papier toilé de 15 centimètres de large. Les morceaux ont, suivant leur importance, de 1 mètre à 5 mètres de longueur. Pour donner une idée de la vitesse de déroulement du papier, nous dirons qu’une valse — Indiana — se déroule à la vitesse moyenne de lm,75 par minute. On pourrait croire, d’après cela, qu’il faudrait de 15 à 20 mètres de musique pour faire danser pendant
- sept à huit minutes. Une disposition ingénieuse permet de rattacher la tète du morceau à la queue;en posant l’organina sur une chaise ou une table étroite, et en faisant passer la bande de papier sous la chaise ou sous la table, et en rattachant les deux extrémités dn morceau, ou transforme la bande en une chaîne sans lin qui permet de jouer le même morceau indéfiniment sans aucune interruption. On peut aussi rattacher une seconde valse à la première, ou une autre danse, une polka, par exemple, et faire varier les plaisirs. Les ressources offertes par l’ins‘rument sont, on le voit, assez nombreuses, et l’on pourrait le qualifier d'universel, si le mot n’était pas trop prétentieux par rapport à la chose.
- Le succès dont jouit Yorganina en Amérique ne doit donc pas nous surprendre, et si nous avons cru devoir lui consacrer une place dans nos colonnes, à cause de la simplicité et de l’ingéniosité de son mécanisme, nous comprenons qu’on lui consacre aussi une petite place au foyer domestique, à cause de son bon marché, de la variété musicale dont il est susceptible sans trop de frais et des distractions qu’il procure aux enfants de tout âge, le nôtre compris. Dr Z...
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- LÀ NATURE
- CHRONIQUE
- La médaille «1e SI. Gaston Planté. — Le savant et sympathique physicien, a reçu de la Sociétéd'Encouragement la grande médaille des arts économiques, a l’effigie d’Ampère. « Le nom de M. Planté, a dit le rapporteur, M. le comte du Moncel, est aujourd’hui bien connu : en 1859 il présentait à l’Académie des Sciences, les résultats de ses premières recherches sur la polarisation voltaïque. Après avoir étudié l’action des divers métaux dans les piles ordinaires, il eut l’idée d’utiliser la polarisation de certains d’entre eux dans la production des courants secondaires, et il fit voir que le plomb particulièrement, et surtout après une formation du couple secondaire, était apte à produire les meilleurs effets. 11 construisit ainsi les accumulateurs électriques dont il se servit pour transformer l’effet de deux couples Bunsen, au moyen de 1200 couples secondaires. En possession de cette puissante batterie, M. Planté put étudier les phénomènes particuliers que l’on n’avait pu reproduire jusqu’alors. Il chercha ensuite à produire des effets de tension encore plus considérables et combina dans ce but sa machine rhéostatique, laquelle chargée avec 800 couples secondaires donne des étincelles de 12 centimètres à l’air libre. Ces effets électriques comparables à ceux d’induction sont obtenus par des moyens totalement différents. On doit encore à M. Planté la substitution des électrodes de plomb aux électrodes de platine en galvanoplastie. Récompensé de ses travaux par un diplôme d’honneur à l’Exposition d’électricité, par le prix Lacaze de l’Académie des Sciences et par la décoration de la Légion d’honneur, la Société d’Encouragement lui confère une de ses récompenses les plus élevées. »
- Nous applaudissons de tout cœur à cette nouvelle distinction dont le célèbre créateur des piles secondaires vient d’être jugé digne. M. Gaston Planté, auquel l’électricité est redevable de tant de progrès, doit être encore signalé pour sa modestie et son désintéressement exemplaires.
- Un arbre moteur gigantesque. — Sir Joseph Whitworth, le constructeur de machines bien connu de Manchester, vient de terminer la construction d’un arbre qu’on peut considérer comme une des plus belles pièces d’acier fabriquées jusqu’ici. Cet arbre destiné à actionner l’hélice d’un puissant bateau à vapeur, est forgé d'une seule pièce; sa longueur est de 48 pieds (14m,()0), il est creux, son diamètre extérieur est de 15 pouces (58 centimètres), et son diamètre intérieur de 9 pouces (23 centimètres); l’acier spécial qui le compose, est connu sous le nom de Whitworth fluid compressed steel.
- L'industrie du .sable. — Un capital considérable est engagé dans l’industrie du sable sur le côté nord de Long lsland. Aux Etats-Unis cette industrie devient de jour en jour plus prospère. 11 y a quatre ans, huit industriels s’en occupaient seulement avec un capital engagé qui ne dépassait pas 400 000 francs ; aujourd’hui ce capital dépasse 10 000000 de francs. Des estimations récentes donnent le chiffre de 4500 tonnes comme poids du sable extrait chaque jour sur la côte : les vaisseaux chargent nuit et jour ; le sable recueilli est envoyé sur tous les points du territoire pour servir aux constructions. Le port de Washington retire à lui seul plus de 500 000 francs par an de revenu de cette seule industrie.
- Les falsifications ; histoire de quatre mouches. — Il est un fait incontestable, c’est que la plupart des denrées subissent avant d’arriver au consommateur, des préparations, des additions de substances destinées à leur donner soit un aspect, un goût, ou des qualités qu’elles n’auraient pas sans cela.
- Qualifier ces faits de falsification et considérer toutes celles-ci comme nuisibles, c’est évidemment une exagération. Aussi n’est-ce qu’avec ces restrictions que nous raconterons, le joli petit apologue suivant, d’après la Gazette médicale de TAlgérie : « Quatre mouches, unies par l’amitié, vivaient dans la même maison. Elles s’éveillèrent un matin avec un bon appétit. La première se posa sur un bol de lait; elle ne tarda pas à succomber, convulsionnée par la chaux mélangée au lait. La seconde s’était arrêtée à une saucisse, dont elle s’était donné à cœur joie; mais la saucisse était colorée à l’aniline, la pauvre bestiole tomba bientôt empoisonnée. Ce fut également le sort de la troisième, qui s’était repue de farine par trop additionnée d’alun. Folle de désespoir et ne tenant plus à l’existence, la quatrième se précipite sur un papier tue-inouches, placé sur le creux d’une assiette. Elle y pompe à plaisir le suc, qu’elle croit meurtrier. Mais, ô miracle ! au lieu de mourir, elle se sent extraordinairement réconfortée et vaillante. Le papier tue-mouches lui-même était falsifié! »
- Petites inventions et grandes fortunes. — Un
- chercheur a communiqué au New-York Times une intéressante liste de petites inventions qui ont été, pour leurs heureux inventeurs, la source d’une immense fortune. Nous en citerons quelques-unes parmi les plus curieuses. Voici, par exemple, un jouet sans importance, la return-ball, simple balle en bois attachée à un cordon élastique, qui la fait revenir dans la main de celui qui la lance, dont le prix ne dépasse pas 50 centimes et qui produit 50 000 francs par an à son inventeur. L’inventeur des protège-pointes avec gomme est fort riche; il en est de même de celui qui a breveté le premier les bandes de journaux gommées. Une certaine forme de vrille a rapporté une fortune plus grande que bon nombre de mines d’argent, et celui qui a imaginé le premier de mettre des bouts de cuivre à l’extrémité des chaussures des enfants a aujourd’hui plus de 10 millions de francs. Les patins à roulettes, un jouet appelé le Dancing jim Crow, un petit système à enfiler les aiguilles, ont aussi enrichi leurs inventeurs. Les fenêtres à ressorts rapportent 1 million par an, autant la plume stylographique, autant les timbres en caoutchouc, etc. Mais la fortune la plus curieuse est sans contredit — si elle est exacte, ce dont nous doutons un peu par son origine — celle réalisée par un mineur de l’Ouest qui inventa, il y a environ dix ans, un œillet métallique placé de chaque côté des poches des pantalons et des vestes des mineurs pour empêcher leur déchirure sous l’action des minerais et des outils pesants dont ils remplissaient sans cesse leurs poches (!) Si non e vero...
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 janvier 1885. — Présidence de M. Blanchaud.
- Le vénérable M. Milne Edwards, si longtemps malade, assistait à la séance.
- La mission de Floride. — L’événement de la séance a
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- LA NATURE.
- 143
- été le compte rendu pur M. le colonel Perrier, des opérations de la mission qu’il commandait en Floride pour observer le dernier passage de Vénus. Déjà nos lecteurs connaissent les principaux incidents qui ont signalé les travaux de nos compatriotes aux États-Unis : ils savent comment, par une faveur spéciale, le mauvais temps semble avoir attendu la fin du phénomène pour se déchaîner en tempête, et cela durant quatre jours. Mais nous avons eu un grand plaisir à entendre le récit des choses, de la bouche même de M. Perrier, dont le langage b la fois coloré et précis, participe également des caractères rarement réunis au même degré, du militaire et du savant « Il paraissait naturel, dit-il comme exorde de son discours, et pour expliquer qu’une mission essentiellement astronomique, ait pu avoir cependant le caractère militaire, — il paraissait naturel que les géodésiens, dont le métier est de trian-guler, fussent appelés, au moins une fois, à trianguler dans le ciel »
- M. le Président a, dans quelques phrases bien senties, félicité hautement son confrère du succès complet qu’il a obtenu, et tous les amis des sciences se joindront en cette circonstance à M. Blanchard.
- La correspondance renferme d’ailleurs des nouvelles de plusieurs des expéditions australes et spécialement de celles de M. Fleuriais, de M. de Bernardières et de M. le commandant Perrin, qui bien que Français, a opéré, si nous comprenons bien, pour le compte de la République Argentine.
- Todca jurassique. — Des deux genres Osmurula et Todea, qui forment maintenant la famille des Osmondacées, le premier seul a été signalé à l’état fossile ; on l’a rencontré dans les terrains tertiaires de Lausanne, d’Armissan, dans les marnes heersiennes de Gelinden, dans les terrains crétacés de Groenland, mais pas au delà. Quant au genre Todea, il n’a pas encore été trouvé à l’état fossile, mais peut-être ce fait négatif n’est-il dù qu’à une fausse attribution à d’autres genres de fougères, de certaines empreintes qui appartiendraient à ce dernier. En effet, parmi les échantillons qui ont figuré à l’Exposition Universelle de 1878, provenant de Queensland (Nouvelle-Galles du Sud) et exposés par M. Foote, d’Ipswich, se trouvaient, entre autres, des empreintes de fougères rapportées au l’ecopteris australis, Morris. L’examen attentif de ces échantillons dont quelques pennes portaient des fructifications, a permis à M. B. Renault, aide-naturaliste au Muséum, de reconnaître qu’ils représentaient des frondes ou portions de fronde de Todea. La disposition générale des pennes, la forme des pinnules, le mode de nervation, les rattachent d’une manière à peu près certaine à ce genre. Mais ce qui enlève toute espèce de doute à cet égard, c’est le mode d’insertion des sporanges sur la face inférieure des pinnules fertiles non modifiées, et la plaque de cellules élastiques placée sur le côté du sporange et déterminant sa dehiscence longitudinale. L’âge des couches renfermant ces empreintes de Todea est, d’après MM. Carruthers, Morris, M’Coy, Bunburg et Zeiller. contemporain de l’époque de la formation des dépôts oolithi-ques. .
- Navigation aérienne. — On renvoie à une Commission la description d’un moteur aérostatique construit par M. G. Tissandier et sur lequel La Nature donne précédemment des détails complets (Voy. p. 156).
- Action du plomb sur les huiles. — Reprenant des expériences anciennes de M. Chevreul, M. Livache constate
- que mises en présence de plomb très divisé, les diverses huiles sont loin de se comporter de la même manière. En quarante-huit heures, l’huile de lin augmente de 14 pour 100 de son poids; celle de noix, de 8 pour 100 ; d’œillette, de 7 ; de croton, de 6; de faines, de 4. — Les huiles de colza, de sésame, d’arachide, de navette, d’olive, ne subissent, au contraire, aucun changement dans de semblables conditions.
- Il y a dans ces faits, un moyen très pratique de distinguer entre elles les différentes huiles et aussi de discerner leur mélange ; peut-être même d’y déterminer les proportions relatives.
- Propriétés du sulfate de quinine. — D’après M. Germain Sée, le sulfate de quinine a sur l’homme deux effets principaux constatables au sphygmographe : 1° la pression sanguine qui tombe, sous l’influence fébrile, d’une manière constante, remonte au taux normal; 2° la force du cœur est augmentée.
- Varia. — M. Yiolle se plaît à admettre que la température solaire est égale à 2500 degrés. — Une théorie des phénomènes électro-dynamiques est adressée par M. Lecordier. — Le service de la navigation fait con-uaitre les variations du niveau de la Seine pendant le mois de décembre dernier, au pont Royal et au pont de la Tournelle. — M. l’amiral de Jonquières cherche à déterminer combien il existe de nombres premiers entra deux limites données. — Le puceron lanigère serait détruit par la méthode du Dr Cramoisi. — On mentionne un théorème relatif au mouvement des corps solides dont l’auteur est M. Brassine, professeur à l’École d’artillerie de Toulouse. — M. Ch. Gros adresse des photographies en couleurs; mais on ne nous montre pas les échantillons et à notre grand regret on ne dit rien de net du procédé.
- Stanislas Meunier.
- UN VÉLOCIPÈDE À VAPEUR
- CHAUFFÉ AU PÉTROLE
- Nous représentons dans la figure ci-contre un type de vélocipède à vapeur tout à fait curieux, qui est dû à M. Isaac Davis, de New-York. Cette voiture porte, comme on voit, une petite machine à vapeur avec sa chaudière pour servir de moteur. Mais ce qui en fait le trait particulier et intéressant, c’est l’emploi de l’huile de pétrole pour chauffer la chaudière. On a là en effet, un combustible très léger et dont l’emploi est particulièrement avantageux dans ce cas, car il a une capacité calorifique supérieure à celle du charbon, et il permet de régler le feu pour ainsi dire sans aucune surveillance, en agissant simplement sur le robinet distributeur de pétrole. L’huile contenue dans le réservoir d’arrière placé au-dessus de la petite roue, est dirigée à l’intérieur de la chaudière dans une chambre en argile réfractaire servant de foyer, elle se brûle en se mélangeant intimement avec un jet d’air aspiré comme dans les locomotives par le courant de vapeur d’échappement dirigé à cet effet
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- LA NATURE.
- dans le foyer. Les gaz traversent ensuite les tubes de la chaudière et viennent se dégager sans bruit à l’arrière pour ne pas gêner la vue. Au départ, le feu est allumé en ouvrant la paroi d’avant et disposant quelques charbons dans le foyer, la vapeur se dégage rapidement, et fournit alors un courant qui assure le tirage même avec la porte fermée. Tous les détails de cette voiture ont été étudiés pour en rendre la conduite facile, diminuer le poids de la machine et de la chaudière, tout en ayant une grande vaporisation, et abaisser enfin le centre de gravité autant que possible au-dessous de l’arbre moteur pour assurer la stabilité de la voiture.
- Le voyageur assis sur son siège règle la dépense de vapeur au moyen du levier de changement de marche représenté à sa droite, il peut même changer la vitesse de marche de la voiture au moyen d’un engrenage spécial qu’il peut interposer à volonté entre les pistons et l’arbre moteur; sur les rampes il avance à petite vitesse en utilisant toute la puissance de sa machine pour augmenter l’effort de traction, tandis qu’en palier où cet effort est moindre, il avance plus vite sans modifier le régime de marche de la machine. A gauche du siège» on voit le volant qui sert à tourner la voiture, il actionne au moyen d’une roue d’angle le pivot
- vertical d’arrière qui traverse le réservoir d’huile et se termine par une fourche embrassant la petite roue, ce qui permet de dévier celle-ci à volonté. Enfin le voyageur a devant lui le sifflet de la chaudière et le manomètre ; éclairé la nuit par la lanterne d’avant, il peut atteindre sur le côté, le robinet distributeur de pétrole.
- La chaudière est en acier, de forme tubulaire, et entourée d’une chemise en bois. Elle est suspendue par deux coussinets à l’arbre principal, et elle supporte les deux cylindres moteurs dont les manivelles sont calées à 90° pour éviter les points morts. Elle a 0m,76 de longueur et 0m.25 de diamètre. Les tubes intérieurs en cuivre ont 0U1,01 de diamètre. Le réservoir d’eau attaché au-dessous de la chaudière a une contenance de 28 litres, il est muni
- d’un injecteur placé à gauche à la main du voyageur.
- Les roues sont garnies de bandages en caoutchouc pour donner plus d’élasticité à la voiture et rendre la marche silencieuse.
- Les roues motrices ont lm,52 de diamètre, et la petite roue d’arrière 0m,75.
- Avec une machine de la force d’un cheval environ, cette voiture pourrait atteindre une vitesse de 18 kilomètres à l'heure, en emportant dans les réservoirs d’eau et de pétrole une quantité suffisante pour assurer la marche pendant quatre heures.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, «Paris.
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- UN CHASSE-NEIGE PNEUMATIQUE
- Les dépôts de neige qui s’accumulent en hiver I tranchées, constituent, comme on sait, une diffî-sur les voies ferrées, notamment à l’intérieur des j culte énorme dans l’exploitaticn des chemins de
- Fig. 1. — Un train du Pacifique bloqué par les neiges dans la traversée des Montagnes-Rocheuses, aux États-Unis.
- (D’après une photographie.)
- fer, et on n’a pas oublié en particulier le terrible hiver de 1879-1880, qui interrompit complètement la circulation pendant plu -sieurs jours sur la plupart des chemins de fer français.
- Tant que la hauteur de neige n’est pas trop forte, on réussit à déblayer la voie avec des appareils appelés
- chasse-neif-e Fig. 2. — Coupe du ventilateur pneumatique de M. Stock,
- constitués par '
- l’assemblage de feuilles de tôles en forme de double soc qu’on vient placer à l’avant des locomotives. On arrive ainsi à traverser des bancs de neige de 800 mètres ayant lm,20 d’épaisseur, pourvu toutefois que la locomotive soit lancée avec une vitesse de 45 kilomètres à l’heure au moins. Gomme la
- neige se trouve rejetée sur les côtés et peut encoAç£\ brer la" seconde voie, le train doit toujours ètr^
- suivi dans les passages dil'li-ciles d’une escouade d hommes qui déblaient la voie en ramassant la neige. Souvent même il est nécessaire de déblayer aussi la voie à l’avant à l’aplomb des rails pour faciliter le passage ' de la machine.
- On en voit un exemple dans la figure 1, qui représente un train de la ligne du Pacifique bloqué à la traversée des Montagnes-Rocheuses par les neiges accumulées. Dans les pays où les neiges sont abondantes, on a même appliqué des wagons spéciaux servant de chasse-neige qui sont refoulés souvent
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- LA NATURE.
- par plusieurs locomotives; en Ecosse on en a employé jusqu’à six sur les voies montagneuses du Ilighland Railway. D’ailleurs, il est toujours préférable d’atteler un pareil wagon en queue en même temps qu’en tète, et d’avoir au milieu deux locomotives attelées par leurs tenders, car il est plus facile dans ces conditions de refouler le train s’il est nécessaire; il arrive en effet que la neige se referme à l'arrière, s’insinue dans le mécanisme, et quand il devient impossible d’aller à l’avant, on ne peut pas toujours non plus retourner à l’arrière, surtout sans chasse-neige : toute retraite est alors coupée.
- L’appareil que nous représentons dans la ligure 2, d’après le Portefeuilled'Oppermann, est un ventilateur pneumatique récemment inventé en Amérique par M. Stock, et que nous avons cru intéressant de signaler à nos lecteurs, car il repose sur une idée des plus originales. Il a pour but, en effet, non seulement de déblayer la voie, mais encore, au moyen d’un courant d’air violent, de rejeter la neige assez loin pour qu’elle ne puisse plus causer d’encombrement.
- L’appareil utilise à cet effet le courant d’air créé par un ventilateur spécial placé sur une voilure chasse-neige attelée à l’avant de la locomotive. Cette voiture contient en même temps une machine à vapeur distincte qui commande le ventilateur. A l’avant est une sorte d’entonnoir B muni d’une trémie mobile H qu’on peut élever ou abaisser à volonté en agissant sur le secteur denté i commandé par la roue t. C’est dans cet entonnoir que s’engage la neige en suivant la direction indiquée par les flèches. Elle est brisée et partagée en menus flocons en rencontrant la roue à palettes D actionnée par une transmission à courroie, et qui occupe toute la largeur du couloir. Les flocons ainsi formés sont alors aspirés par le ventilateur A et rejetés dans le tube horizontal C qui occupe la partie supérieure de la voiture. Ce tube est mobile autour de la collerette g et il peut recevoir une direction oblique sur l’axe de la voie, de manière à projeter la neige en dehors de la chaussée. Le ventilateur fait 600 tours à la minute, il peut déplacer environ 2100 mètres cubes d’air par minute. La vapeur d’échappement sortant de la machine est dirigée elle-même dans le tube C pour activer le tirage.
- L’inventeur, M. Stock, estime que cette machine pourrait déblayer la voie aussi rapidement qu’une escouade de cinq cents hommes.
- LES
- ORIGINES HISTORIQUES DE L’INDUSTRIE
- Depuis quelques années un grand nombre de publications illustrées répandent dans le public des connaissances précises sur l’antiquité, qui jusqu’à ce jour étaient le privilège d’un petit nombre
- d’érudits. L’ouvrage que la librairie Morel vient de publier sous le litre : Le Travail dans T Antiquité, par R. Mknakd et Cl. Saivageot, peut compter au nombre des plus beaux et des plus intéressants. La diversité des matières qu’il embrasse le rend nécessairement un peu superficiel pour chaque partie, mais, par malheur, c’est là une des conditions nécessaires à la vulgarisation. On ne peut, du reste, que louer sans réserve les éditeurs de l’heureux choix et de la parfaite exécution des dessins qui éclairent le texte à chaque page et qui permettraient au lecteur soucieux d’étudier les choses plus à fond, de recourir lui-même aux monuments propres à lui en fournir les moyens, si l’on avait eu toujours le soin d’en indiquer exactement la source.
- Fig. 1. — Ouvriers égyptiens sculptant un colosse en granit.
- Un reproche plus sérieux pourrait être d'avoir souvent négligé de suivre le développement historique des diverses branches de l’industrie humaine et d’avoir complètement omis les origines préhistoriques.
- Je vais essayer, dans cet article, d’indiquer quels sont les monuments dont on connaît approximativement la date, qui nous révèlent les différentes étapes de la civilisation humaine.
- Les plus anciennes manifestations s’en montrent en Égypte.
- « On ne peut, dit M. Dufréné *, expliquer que par d’aventureuses conjectures la formation, sur les bords du Nil, d’une société civilisée, isolée du reste
- 1 Histoire du travail (tome Ier des Études sur l’Exp. de 1878). — Je saisis cettecoccasion de signaler au lecteur la réimpression des Mémoires de M. Letronne sur l'Égypte ancienne (Paris, Leroux, 1881). Les Mémoires de M. Letronne,
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- LA N AT U HE.
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- du monde et occupant, en plein désert, une bonde de terre fertile qui, des cataractes au Delta, a tout au plus une largeur moyenne de 20 kilomètres. Habitués par nos souvenirs classiques à donner dans le passé une si large place aux événements qui furent la conséquence de l’influence grecque et de la puissance romaine, nous avons peine à nous convaincre qu’en ajoutant aux douze siècles de Home, les quatre siècles de la Grèce dans sa période de splendeur et les quatorze siècles de la monarchie française, nous ne parviendrions pas à combler l’intervalle qui sépare, de l’époque où vivait Moïse, l’avènement de la première dynastie égyptienne et la fondation de Memphis.
- « C’est à la pointe du Delta que nous trouvons les premières traces de l’industrie et de l’architecture égyptiennes. On y a exhumé les restes d'un temple de granit, le temple du Sphynx, présentant le caractère archaïque le plus incontestable. Une fois déjà, il avait été enseveli sous les sables et Khoufou, le constructeur de la grande pyramide, qui l’avait fait déblayer il y a près de six mille ans, en parle dans une inscription conservée au musée de Boulac, comme d’un édifice d’une extrême antiquité. »
- L’opinion généralement admise aujourd’hui est que ce furent des tribus arrivant de l’Asie par la Syrie qui colonisèrent, vers l’an 5000 av. J.-C., le territoire qui entoure la ville moderne d’Abydos, à l’embouchure du Nil.
- Trois siècles plus tard,
- Menés réunit sous un sceptre unique ces tribus éparses et bâtit Memphis ; il fut le premier roi de ce qu’on appelle la deuxième
- dynastie; on attribue à son successeur des livres de chirurgie.
- Vers l’an 4500, Kékéou, second roi de la troisième dynastie, bâtit la pyramide qu’on voit encore à Sakkarah, petit village qui occupe l’emplacement de l’ancienne nécropole de Memphis.
- Quelques savants font même remonter plus haut la construction de cet édifice; quoi qu’il en soit, c’est certainement la plus vieille construction du monde. Les faces de cette pyramide ne sont point planes, mais composées de six gradins. La porte
- extrêmement remarquables par leur esprit de critique scientifique, étaient disséminés un peu partout et très difficiles à se procurer; c’est un véritable service rendu aux travailleurs que de les avoir réédités et réunis.
- L’arcliet et l’iierminette.
- d’un de scs caveaux a son chambranle de calcaire entouré de plaques de terre cuite émaillée L
- Snefrou, avant-dernier roi de cette dynastie, vivait vers le trente-quatrième siècle. Il est l’auteur de la pyramide de Meidoun dont l’entrée a été récemment retrouvée par M. Maspéro. Cette pyramide2 est encore à degrés, comme du reste les constructions à peu près contemporaines de la Chahlée. On sait que, d’après les idées religieuses de ces époques reculées, lame, se détachant du corps après la mort, allait subir des épreuves dans les espaces célestes ; si elle avait été reconnue vertueuse par
- les dieux, elle devait rejoindre le corps et l’animer d’une vie nouvelle et éternelle, doctrine qui a été consacrée par le christianisme dans le dogme de la résurrection de la chair. Hien ne devait donc être négligé pour conserver aux âmes des défunts l’intégrité de leur dépouille terrestre; aussi vôit-on les puissants passer une partie de leur vie à préparer leur tombeau. A mesure qu’ils avancent en âge, ils l’enfoncent de plus en plus dans les galeries qu’ils font creuser dans les flancs des montagnes ou ils le recouvrent de remblais de plus en plus considérables pour le dérober le mieux possible aux profanations. De là découlait naturellement cette architecture composée de terrasses superposées et de plus en plus étroites, proportionnelles pour ainsi dire au nombre des années que le constructeur avait encore à vivre.
- C’est à Snéfrou que remonte la plus ancienne mention historique de l’exploitation des mines et les plus anciens hiéroglyphes connus. On a trouvé à Ouadi Magarali, village de la presqu’île de Sinaï où l’on voit encore les restes de très importantes mines de cuivx-e, un bas i-elief accompagné d’une insci'iption et représentant Snéfrou teri'assant un de ces nomades de l’Arabie Pétrée qui harcelaient les ouvriers employés par les Égyptiens3. L’examen attentif des entailles pratiquées dans les galeries et la présence de marteaux de pierre, permettent de faire remonter cette exploitation jusqu’aux âges prélnstoi'iques.
- C’est encore à la IIIe dynastie qu’il faut faire
- 1 Un savant allemand, M, Lepsius, a descellé toutes ces plaques pour en orner le musée de Berlin.
- 2 Pyrama signifie hauteur en langue copte.
- 3 Lepsius, Denktnàl, II, 2;
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- LA NATlJ H H.
- "écriture hiéroglyphique par- | l’entrée de la
- remonter les statues de Sépa et de Nésa qu’on voit au Louvre. Elles sont en bois et dénoncent un art déjà sorti de l’cn-lancc ; les hiéro-glyphcs qu’elles portent sont les plus anciens de ceux qu’on peut voir en Europe.
- Les pein tures qui décorent le tombeau d’un fonctionnaire nommé Arnten, dans la nécropole de Sakkarah, appartiennent à la même époque; elles nous montrent également faitement constituée et « la civilisation aussi complètement organisée qu’elle l’était au moment de la conquête des Perses et de cel le des Macédoniens, avec une physionomie complètement individuelle et les marques d’une longue existence antérieure. » (Lenormand.)
- La' IVe dynastie occupa le trône de Memphis vers le trente-huitième siècle avant notre ère.
- Ce sont trois princes de cette dynastie, Khoufou (Chéops), Khawra (Cheffren) et Menkéra (My-cerinus), qui bâtirent les trois grandes pyramides de Gyseh.
- La plus ancienne et la plus grande, celle de Chéops, avait primitivement 146 mètres de haut, elle n’en a plus que 138; son volume est de 2562 576 mètres cubes. On peut se faire une idée approximative de cette masse énorme de maçonnerie en disant qu’elle suffirait pour fermer toutes les frontières terrestres de la France (2500 kilomètres) par un mur de O"1,50 d’épaisseur et de 2 mètres de hauteur. Les Egyptiens de cette époque savaient sculpter les pierres les plus dures. M. Mariette a retrouvé la statue de Chelîren,au fond d’un
- puits du temple du graud Sphinx, où elle a sans doute été jetée après avoir été mutilée parle peuple.
- irrité, suivant Hérodote, par les énormes travaux dont il aurait été surchargé sous le règne de ce prince.
- La statue est en diorite, pierre plus dure que le porphyre ; elle est un des plus beaux spécimens connus de l’art pharaonique. Son moulage est exposé au Louvre, à
- galerie Egyptienne, au premier étage.
- On ne connaît point d’une façon certaine les procédés dont les anciens se servaient pour travailler des roches aussi résistantes. En Égypte le fer était certainement connu à l’époque dont nous nous occupons; on en a trouvé une barre encastréedans la grande pyramide; mais il devait être fort rare, à en juger par ce qui avait lieu deux mille ans plus tard chez les Grecs qui firent le siège de Troie. Les Egyptiens avaient pour lui une sorte d’horreur religieuse, inspirée probablement par l’origine mystérieuse du fer météorique, le premier qui dut être employé ; cette horreur fut peut-être entretenue par les prêtres qui, à cause de sa rareté même, voulaient s’en réserver l’usage. En tous cas, le fer servait à confectionner certains instruments employés dans les cérémonies liturgiques pour ouvrir la bouche et les yeux des morts ; il en existe plusieurs au musée du Louvre. On voit, dans les peintures des tombeaux, des boucliers repassant leurs couteaux sur un aiguisoir peint en bleu, en tout semblable aux aiguisoirs modernes et qui était fort
- 6.— Pressoir à vis, d’après une peinture de Pompé
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- probablement en acier. S’il nous est resté si peu d’outils faits avec ce métal, c’est que non seulement il était peu commun, mais encore il a été très vraisemblablement rongé par la rouille dans le sol égyptien tout imprégné de nitre.
- M. Soldi1 pense que le granit n’a pu être taillé qu’à l’aide d’un poinçon en acier qu’on faisait entrer dans la pierre en le frappant à l’aide d’une masse de façon à produire de petits éclats ; on obtenait
- ainsi une ébauche suffisamment approchées pour ces statues massives que la nature même des matériaux employés imposa aux Égyptiens. 11 suffisait ensuite de polir cette ébauche, d’abord en la frappant à plat pour abattre les aspérités du granit, puis en les frottant soit avec du grès, soit avec de l’émeri que l’on trouve en abondance dans les îles de l’Archipel. La ligure 1, tirée d’une peinture des hypogées de Thèbes dont je parlerai tout à l’heure, nous fait assister à
- Fig. 7. — Tour fit four à potier, d’après les peintures de Thèbes.
- cette opération ; l’ouvrier qui est derrière trace les hiéroglyphes dont le travail seul nécessitait l’emploi de ciseau. D’autre part, Wilkinson a recueilli dans ces mêmes hypogées, un ciseau de bronze dont le tranchant est intact, quoique la partie qui reçoit le choc du marteau soit refoulée2 ; mais ce ciseau, incapable de tailler la pierre dure, n’a pu servir que pour des pierres tendres comme celle auprès de laquelle il se trouvait. On a de plus rencontré des blocs de granit sciés dont la surface est empreinte d’oxyde de cuivre et qui semblent ainsi révéler un procédé de coupage à l’aide de scies en bronze et d’émeri5; enfin on sait que les anciens connaissaient l’art de tremper le bronze.
- Il paraît naturel de conclure des faits qui précèdent que les anciens Égyptiens se servaient d’outils en bronze dans les circonstances ordinaires et que les outils en acier, rares et chers, n’étaient employés que lorsque l’on ne pouvait faire autrement.
- La nécropole de Sakkarah nous a conservé deux tombes remontant à la Y" dynastie, vers 2800 av.
- 1 La Sculpture dgypt.
- 2 Wilk., 111.251.
- s Wilk., III, 24!». * ’
- J.-G. L’une d’elles, celle de Ti, est ornée de peintures que M. Maspero décrit ainsi1 :
- « Un ouvrier accroupi perce, au vilebrequin mu par un archet, des trous dans l’épaisseur d’un coffret carré monté sur ses pieds; c’est afin d’y fixer les
- charnières qui serviront à maintenir le couvercle. Derrière lui deux polisseurs debout et affrontés polissent un lit en ébène avec un corps brun rouge qui pourrait être un fragment de grès dur ou de pierre ponce ; sous le lit un chevet et un coffre achevés . Viennent ensuite un menuisier accroupi qui scie une planchette appuyée contre terre2, un autre qui, le maillet et le ciseau à la main, travaille une planche oblongue et dit au précédent : « Finis-en avec cet ais, lambin! » ; enfin un ouvrier debout qui scie à deux mains une longue poutre plantée en
- 1 Etudes ègyp., t. Itr, 2" fasic. — Les ligures ont été publiées par Bâdcker (Ægypten, Tlieil I, p. 409).
- 2 Les Anciens ne connaissaient que le genre de scie que nous appelons égohine, c’est à-dire en forme de couteau; ils en avaient de petites manœuvrées avec une seule main et de grandes qu’on manœuvrait à deux mains. Ils paraissent n’avoir jamais eu la scie bandées, qui est, au contraire, représentée, telle que nous l’employons aujourd’hui, sur des vases funèbres.
- Fi?. 8. — Char égyptien.
- Ossature du char égyptien du musée de Florence, trouvé par Bosellini, avec le détail du joug.
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- terre. Comme la poutre, n’étant fixée que d’un côté, plierait sous l'effort et pourrait se casser, la partie déjà fendue est attachée, au-dessus de la scie, par une ligature dans laquelle passe un bâtonnet : à l’extrémité du bâtonnet pend un gros poids destiné à maintenir l’équilibre et à diminuer l’élasticité de la planche. Un menuisier plane un ais à l’herminette. Deux autres polisseurs accroupis polissent un sarcophage oblong : pour bien cadencer leurs mouvements et ne pas se cogner les mains, ils chantent alternativement : « Y es-tu? — Fais! » Enfin un dernier polisseur debout devant un naos le frotte consciencieusement. »
- Une autre peinture du même tombeau montre l’assemblage et le calfatage d’une barque avec de l’étoupe goudronnée.
- Les figures 2 et 5 re-
- bout des autres, au nombre d’une vingtaine habituellement, constituaient la matière d’un rouleau.
- Nous avons peu de détails sur les événements qui séparent la Ve de la XII0 dynastie qui régna glorieusement vers le vingt-troisième siècle avant notre ère ; à cette époque Thèbes était devenue la capitale du royaume et les peintures sépulcrales de sa nécropole, située à Beni-IIassan, nous initient à tous les détails de sa civilisation. Elles nous montrent des charrues à soc de bois suffisantes pour le sol léger de l’Égypte, le travail du semeur, la récolte des épis à l’aide de faucilles de bronze, le
- battage sous le pied des animaux, le vannage, la culture de la vigne, la récolte du raisin, le foulage et la fabrication du vin au moyen de pressoirs à torsion (fig. 4 et 5)1, son emmagasinage dans des amphores pointues,
- présentent des scènes du
- même genre, mais datant seulement de la XII° dy- | le lavage des sables aurifères, la fabrication du nastie, vers 2400 ou 2200 av. J.-G. C’est égale- I ment à cette date approximative qu’il faut rappor-
- ter toutes les autres figures de cet article.
- L’herminette était un des instruments les plus employés par les ouvriers égyptiens, soit pour la taille du bois, soit pour celle de la pierre tendre ; on voit, dans les figures 2 et 3, cet outil sous la forme encore usitée aux bords de la Méditerranée, sauf que le fer. y est fixé au manche par des lanières comme aux époques préhistoriques.
- Dans le tombeau de Ptah-Hotep, qui était un fils de roi, on a trouvé un petit traité de morale actuellement à la Bibliothèque Nationale (Papyrus Prisse). C’est bien certainement le plus ancien livre du monde, puisqu’il est antérieur de vingt siècles aux livres de Moïse; il est écrit sur des feuillets de papyrus.
- Ces feuillets s’obtenaient de la manière suivante : après avoir coupé les deux extrémités de l’espèce de roseau que l’on employait à cet usage, on détachait les fines membranes concentriques qui enveloppaient la moelle; on posait à plat sur une planche une première couche de ces membranes et on appliquait une seconde couche en travers sur la première en l’humectant avec un liquide dont on ne sait pas au juste la nature. Lorsqu’on avait obtenu ainsi une ftuille de papier, on la pressait, et divers feuillets collés latéralement les uns au
- Fig. 10. — Soufflet de forge.
- verre et l’emploi du chalumeau, la fabrication des poteries et le tour du potier (fig. 7), qui apparaît là pour la première fois dans l’histoire; les Égyptiens en attribuaient l’invention au dieu Noum, qui s’en était servi pour façonner l’œuf mystérieux d’où était sortie la nature entière. On peut suivre dans ces tableaux l’opération du tissage d’un bout
- jusqu’à l’autre. C’est d’abord la préparation du fil : un homme plonge les figes de lin ou de chanvre dans un vase clos, tandis que deux autres, armés de maillets arrondis, battent les fibres enroulées de la plante; puis vient la « cuisson et le battage du fil»; plus loin une bande de femmes, surveillées par un inspecteur et une directrice, fabriquent le fil au fuseau ; puis d’autres femmes accroupies l’arrondissent et le lissent en le frottant sur une large pierre. Le tissage se faisait sur un métier tantôt horizontal, tantôt vertical.
- Hérodote avait observé qu’au lieu de pousser la trame en haut comme les autres peuples, ils la poussaient en bas. L’examen des tissus qui entourent les momies nous montre que les fils de la chaîne sont tordus en deux brins et généralement deux ou
- 1 Le pressoir à vis, connu des Romains et des Grecs alexandrins, n’est point tiguré sur les monumenls égyptiens; la figure 6 donne la première représentation authentique de l’emploi de la vis de pression; elle est tirée d’une peinture de Pompéi.
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- trois fois plus nombreux que ceux de la trame, tandis qu’aujourd’hui ils sont généralement en nombre égal. Tous ces tissus sont en lin, le byssus des anciens.
- Dans l’outillage des ouvriers d’art on trouve la règle, l’équerre, le pot à colle, la burette à huile. Les lames des outils sont en bronze, elles sont encore souvent fixées à leurs manches par des lanières de cuir, mais commencent cependant à s’emman-
- Fig. 11,
- cher directement dans le bois. Le travail de carrossier est l’objet de nombreuses scènes d’autant plus intéressantes pour nous que Rosellini a trouvé dans les hypogées un char complet qu’on peut voir dans le Musée de Florence et dont nous donnons le dessin (fig. 8). On remarquera son élégance et sa légèreté.
- La figure 9, qui représente un atelier d’orfèvre,
- nous apprend que le soufflet de forge n'était point encore connu; on y suppléait par une sorte de chalumeau analogue à celui dont on se sert encore dans certains villages reculés de France pour attiser le feu. Il faut arriver jusqu’au dix-huitième siècle avant notre ère pour trouver dans le tombeau de Toutmès III, de la XVIIIe dynastie, un système de soufflets conjugués que l’on manœuvrait avec les pieds, ainsi que l’indique la figure 10; on remarquera que ce système implique la connaissance de la soupape.
- Pour compléter ce tableau de la civilisation industrielle des Égyptiens, il faudrait étudier leurs sciences; mais il nous reste à ce sujet bien peu de documents. La figure 11 représente une balance et la figure 12 montre qu’ils connaissaient le siphon bien avant Moïse1. C’est d’après certains passages de la Bible qu’on pourrait se former une idée approchée de leurs connaissances en physique et en chimie.
- A. de Rochas.
- LE REBOISEMENT DES MONTAGNES
- Les inondations, parfois terribles et toujours désastreuses qui, depuis cinquante ans surtout, ont affligé notre territoire ont vivement surexcité l’opinion publique, et appelé l’attention sur l’état de dénudation, voire même de ruine, que présentent les principales chaînes de montagnes du Midi de la France, notamment les Alpes, les Pyrénées, les Cévcnnes et les monts d’Auvergne, dans lesquelles prennent naissance les principaux affluents de nos grands fleuves, le Rhône, la Loire et la Garonne.
- Le premier cri d’alarme avait été jeté, en 1841, par l’éminent ingénieur Surcll dans sa patriotique Étude sur les torrents des Hautes-Alpes, publiée par ordre de M. Dufaure, alors ministre des Travaux publics.
- De tous côtés, l’on se mit à étudier et rechercher les causes de ces inondations, et l’Académie des sciences morales et politiques notamment fit procéder à une enquête spéciale.
- En 1846, l’illustre économiste Blanqui, membre de l’Institut, chargé tout spécialement d’étudier la situation des Alpes françaises, traçait dans son rapport à l’Académie, le tableau suivant de cette région :
- « L’observateur qui descend du Dauphiné vers la Provence le long de la cime des Alpes, est arrêté à chaque pas par les anfractuosités bizarres et multipliées que présentent les montagnes. On n’y trouve pas, sur une étendue de près de cent lieues, un seul cours d’eau navigable, un seul de ces grands bassins tels que ceux de la Marne, de la Saône, de l’Yonne, qui vivifient des provinces entières.
- « Les rivières des Alpes participent du caractère des torrents par leur pente rapide et par leur marche capricieuse sur un lit encombré de cailloux roulés.
- « Tels sont le Drac, la Romanche et la Durance, qui offrent les types divers de ces cours d’eau inconstants et perfides où viennent se déverser, par d’innombrables affluents, les sources perpétuelles des glaciers, les fontes des neiges et les pluies d’orage de toutes les régions supérieures. Le Rhône reçoit dans la partie basse de son cours, le produit vraiment extraordinaire de ces crues formidables
- 1 On fait dériver le mot siphon comme le mot soif de la racine égyptienne sif, qui signifie boire (Wilk., Manners and Costums, IU, p. 141.
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- qui ont acquis dans ces dernières années des proportions inaccoutumées et inquiétantes. Les torrents apportent ainsi leur contingent, de dévastation aux. plaines de Vaucluse, du Gard et des Bouches-du-Rhône, après avoir ravagé les montagnes, selon certaines lois de destruction que la science des ingénieurs a essayé de formuler, tant leur marche est devenue constante et infatigable!...
- ft Le ciel éclatant et limpide des Alpes, d’Embrun, de Barcelonnette et de Digne, se maintient, durant des mois entiers, pur du moindre nuage et engendre des sécheresses dont la longue durée n’est interrompue que par des orages pareils à ceux des
- tropiques. Le sol dépouillé d’herbes et d’arbres par l'abus du pacage et paT le déboisement, porphyrisé par un soleil brûlant, sans cohésion, sans point d’appui, se précipite alors dans le fond des vallées, tantôt sous forme de lave noire, jaune ou rougeâtre, puis, par courants de galets et même de blocs énormes, qui bondissent avec un horrible fracas et produisent dans leur course impétueuse les plus étranges bouleversements.
- « Lorsque l’on examine, d’un lieu élevé, l’aspect d'une contrée ainsi ravinée, elle présente l’image de la désolation et de la mort. D’immenses lits de cailloux roulés, de plusieurs mètres d'épaisseur,
- couvrent au loin l’espace, débordent sur les plus grands arbres, les cernent, les couvrent jusqu’au sommet et ne laissent pas même au laboureur une ombre d’espérance.
- « Il n’y a rien de plus triste à voir que ces échancrures profondes des flancs de la montagne qui semble avoir fait irruption sur la plaine pour l’inonder de débris. A mesure que ces lianes se creusent sous l’action du soleil brûlant qui réduit le roc en atomes et de la pluie qui les charrie, le lit du torrent s’exhausse quelquefois de plusieurs mètres par année, jusqu’au point d’atteindre le tablier des ponts et de les emporter. On distingue à de grandes distances, au sortir de leurs gorges profondes, ces torrents étalés en éventails de 3000 mètres d’envergure, bombés vers leur centre,
- inclinés sur leurs bords et s’étendant comme un manteau de pierre sur toute la campagne.
- « Telle est leur physionomie quand ils sent à sec, mais'la parole humaine ne saurait décrire leurs ravages en termes capables de les faire comprendre au moment de ces crues subites qui ne ressemblent à aucun des accidents ordinaires du régime des eaux llu'viales.
- « On se ferait une idée très incomplète de la viabilité dans les Alpes si l’on supposait que le régime des routes n’y est exposé qu’aux éléments de dégradations communes aux autres parties du territoire.
- « Les ingénieurs des Alpes sont toujours sur le pied de guerre : l’hiver pour déblayer la voie, an printemps pour la rétablir, en été pour la défendre
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- Fig. t. — Le ravin de Rata, affluent du torrent du Bourget. (D’après une photographie de M. de Gayliier.
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- contre les torrents. Un vent chaud qui fait brusquement fondre les neiges, un orage suivi de pluies diluviennes, un troupeau de chèvres ou de moutons qui fait rouler une grêle de pierres, une avalanche qui tombe au milieu du chemin, suffisent pour intercepter le passage. La nature abrupte et souvent effrayante du terrain ne permet pas d’éviter des pentes dangereuses et force les ingénieurs à suspendre les routes sur des précipices dont la vue seule occasionne le vertige. Les ouvrages d’art se multiplient à chaque pas sous forme de ponts, de digues, de chaussées, de tunnels. Malgré ces efforts continuels, la circulation est très souvent interrompue et il se passe peu de mois sans que des aventures tragiques viennent jeter l’inquiétude et la terreur au sein des populations. »
- A la suite de l’enquête agricole de 1860, le conseiller d’État chargé de l’étude de la région du Sud-Est de la France, décrit ainsi qu’il suit le département des Basses-Alpes dans son rapport dressé en 1868, vingt-quatre ans après celui de Blanqui :
- « Ce qui frappe tout d’abord, quand on parcourt les parties montagneuses du département des Basses-Alpes, c’est l’aspect imposant, mais tristê et désolé, qu’elles présentent. A la place des grandes forêts ou des riches pâturages qui, suivant la tradition locale, les couvraient autrefois, elles ne montrent plus que des cimes dénudées, des pentes arides, où quelques broussailles retiennent encore le peu de terre végétale que les eaux n’ont pas entraînée, et des ravins profonds où les torrents ont roulé d’énormes avalanches de roches et de graviers. Çà et là, et comme perdues au milieu de ces dévastations, on aperçoit, à des hauteurs ou sur des pentes qui souvent paraissent inaccessibles, de pauvres habitations, les unes abandonnées, les autres, restes misérables de quelque exploitation plus importante que des défrichements inintelligents ont voulu accroître et dont les éboulements ont successivement emporté des lambeaux. De loin en loin on rencontre quelques villages entourés de petits héritages morcelés qu’une population rude au travail et à la fatigue a péniblement créés, et qu’elle défend plus péniblement encore contre les orages, les inondations et les autres causes de destruction qui menacent nos Alpes françaises. Puis, à de longs intervalles, apparaissent quelques rares prairies, quelques versants boisés, quelques plateaux où croissent de bonnes pâtures, et que leur moindre déclivité a sauvés de la ruine commune, ce sont les oasis de ces immenses steppes. Autour d’elles se continue, lente mais incessante, l’œuvre d’appauvrissement commencée depuis plus d’un siècle, c’est-à-dire depuis le moment où une législation respectueuse, trop respectueuse peut-être du droit de propriété, a permis de morceler et de défricher les bois, les pâturages qui étaient autrefois la richesse et la sauvegarde de ces contrées. Chaque année, la couche de terre végétale qui recouvre les hauteurs se déchire et s’amoindrit de plus en plus; chaque année, le lit de gravier du
- torrent s’élargit et s’élève peu à peu en empiétant sur les terrains fertiles des vallées riveraines; chaque année, quelque pauvre famille voit se restreindre son modeste patrimoine et l’on ne doit pas s’étonner que, sans cesse menacée dans ses moyens d’existence, la population se décourage et qu’elle émigre pour aller chercher ailleurs un bien-être plus facile et un travail plus rémunérateur.
- « Ce n’est pas un tableau de fantaisie que je trace et que j’assombris à plaisir, je dis ce que j’ai vu. Nous avons voulu visiter, avec la Commission départementale, ces pauvres régions déshéritées où tant de besoins nous étaient signalés comme appelant les investigations de l’enquête. Nous avons parcouru, par des chemins impossibles, toute la région montagneuse comprise entre la frontière italienne et Barcelonnette, Digne et Castellane. Nous avons entendu de nombreux déposants nous exposer loyalement leurs peines, leurs travaux, leurs luttes contre le découragement, et en racontant les impressions qui me sont restées de ces longues excursions dans les Basses-Alpes, je crois n’ètre que l’interprète exact et fidèle de la pensée de tous mes collègues...
- « L’état de délabrement et de ruine de notre frontière alpienne produit donc la même impression pénible à tous ceux qui la voient. Tous signalent la nécessité de lutter avec énergie contre les causes qui l’appauvrissent et la dépeuplent, et l’Administration supérieure, je m’empresse de le constater, n’est pas restée indifférente à ses souffrances qui, depuis un demi-siècle, appellent de tous côtés son active sollicitude. De toutes les mesures qui peuvent être prises pour arrêter les dévastations que j’ai signalées au commencement de ce rapport, les plus urgentes sont celles qui auraient pour objet de fixer le sol des pentes les plus menacées par les torrents et les orages. Elles n’intéressent pas seulement les montagnes et les vallées, elles intéressent aussi la conservation des routes et celle des entreprises d’endi-guement et d’irrigation. Leur mise à exécution devrait donc être le point de départ des nombreux travaux que sollicitent les intérêts et les besoins du département des Basses-Alpes. »
- Dans les Pyrénées et les Cévennes, si les ravages des torrents se trouvaient plus localisés que dans les Alpes, la dénudation des hauts versants d’où descendent d’innombrables rivières n’était que trop générale et pouvait à juste titre être considérée comme une des causes principales des crues soudaines et terribles qui désolent les riches vallées inférieures.
- On constatait donc de tous côtés sur les grandes chaînes du midi de la France, cet état de ruine que Michelet, dans son beau livre, appelait la mort de la montagne {La Montagne, chapitre VIH).
- La figure 1 donne une vue d’ensemble du fameux torrent de Rioubourdoux dans la vallée de Barcelonnette (Basses-Alpes) ; le bassin de réception forme un immense cirque d’une superficie de plus
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- do 2000 hectares, couronné par des crêtes de montagnes dont l’altitude varie de 2600 .à 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les versants supérieurs, encore couverts de neige, appartiennent au terrain du Flisch, tandis que les régions moyenne et inférieure sont exclusivement composées de'marne liasiquesde l’étage Callovien, déchirées en tous sens, soit par des ravinements gigantesques, soit par des éboulements formidables et successifs. Au sortir de la montagne ce torrent s’épanouit en un vaste lit bombé en forme d’éventail auquel on a donné le nom de cône de dejection. Cet immense amas de matériaux occupe une superficie de plus de 180 hectares, absolument dénudée et recouvrant les terres cultivables jadis très fertiles que la commune de Saint-Pons possédait dans la vallée. L’Ubayc, rivière torrentielle redoutable, et l’un des principaux affluents de la Durance, passe au pied de ce cône qu’il ne cesse de ronger a chacune de ses crues. Les habitations que l’on perçoit dans le bassin de réception se trouvaient pour la plupart menacées d’une ruine prochaine par suite de l’instabilité du sol affouillé de toutes parts; la circulation sur l’unique route nationale qui dessert la vallée, était toujours difficile et souvent interrompue. Aussi ce torrent fut-il un des premiers dont l’extinction fut recherchée. Des travaux considérables s’y exécutent en ce moment, et dans peu de temps tout danger aura été conjuré.
- La figure 2 donne une idée de la rapidité avec laquelle se forment les torrents dans certaines parties des Alpes. Le ravin qu’elle représente est celui de Rata, affluent du torrent du Bourget dans la vallée de Barcelonnette. On a pu constater par le témoignage de nombreux habitants du pays que ce ravin n’était vers 1850 qu’un petit canal d’écoulement que des enfants pouvaient facilement franchir d’un bond.
- En moins de cinquante ans ce petit canal es devenu un véritable torrent, à berges hautes parfois de 80 mètres, bien que son bassin de réception ne présente pas une superficie totale de plus de 60 hectares. La gravure le représente dans l’état où il se trouvait en 1877, époque ou l’on venait de commencer son traitement qui est terminé aujourd’hui.
- P. Remontzey.
- — A suivre. —
- UN PROBLÈME TÉLÉPHONIQUE
- LA TÉLÉPHONIE A GRANDE DISTANCE
- ET
- LES TRANSLATEURS TÉLÉPHONIQUES DE M. BENNETT
- Le développement sans cesse croissant des communications téléphoniques pose chaque jour de nouveaux problèmes à résoudre, de nouvelles difficultés à vaincre : un des cas les plus intéressants
- est celui dont nous allons faire connaître la solution d’après les renseignements fournis par notre excellent confrère de Londres, The Electrical Review; il mettra bien en relief la fécondité en quelque sorte inépuisable de l’électricité qui se joue des difficultés les plus ardues en apparence.
- A la suite d’un procès intenté par le Postmaster-general contre la United Téléphoné Company, on accorda aux Compagnies téléphoniques l’autorisation d’établir des communications locales, à l'intérieur de chaque ville, mais on leur refusa le droit d’établir des communications entre deux ou plusieurs villes, malgré l’utilité et l’importance de ces communications.
- Prenons par exemple, pour fixer les idées, les réseaux établis par la National Téléphoné Company à Glascow, Greenock, Dumbarton, Paisley, Hamil-ton et Coatbridge. Les relations d’affaires entre ces différents centres sont des plus intimes; il n’est pas rare qu’une maison possède des succursales ou des bureaux de représentation dans deux ou plusieurs de ces centres et des clients dans tous.
- Malgré les nécessités impérieuses de communication, le service téléphonique était limité aux besoins locaux.
- Après de longues négociations, le Post-Office consentit à établir sur ses propres poteaux télégraphiques des réseaux de communication entre les bureaux centraux de ces différentes villes, en spécifiant que pour chaque fil spécial établi entre deux villes et exclusivement réservé à un groupe de huit abonnés seulement, la Compagnie devrait payer un droit annuel de 520 livres (8000 francs) entre Glascow et Greenock, 104 livres (2600 francs) entre Glascow et Paisley, etc. Un fil spécial projeté entre Glascow et Edimbourg fut taxé à 650 livres (16 250 francs) par an, toujours pour huit abonnés seulement.
- Malgré les prix excessifs de cette taxe, les principaux fabricants et commerçants de ces différentes villes ne tardèrent pas à souscrire pour bénéficier des communications entre leurs ateliers, leurs bureaux et leurs clients.
- La difficulté technique apparut lorsqu’on voulut établir pratiquement les communications légalement autorisées. Prenons, par exemple, les villes de Greenock et de Glascow. Les abonnés de Glascow sont reliés au bureau central par un fil unique, la terre formant fil de retour, les abonnés de Greenock se trouvent dans les mêmes conditions ; mais entre Greenock et Glascow on est obligé, pour annuler l’induction produite sur les fils téléphoniques par les fils télégraphiques voisins, de faire usage d’une ligne à double fil, c’est-à-dire de travailler sur un circuit métallique. On sait en effet que le double fil est jusqu’ici le moyen le plus sûr, le plus simple et le plus efficace d’annuler les effets nuisibles de l’induction, puisque le trouble apporté à chaque instant sur un des fils delà ligne téléphonique est compensé par un second trouble de même grandeur mais de sens
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- Ligne double établie sur les poteaux télégraphiques de l'Etat^M '
- %1 m —
- O B B’ O A
- GLASCOW
- inverse, sur le second fil. Comment relier dans ces conditions, les appareils des deux abonnés à l’aide d’une ligne mixte composée de deux tronçons à simple fil et d’un tronçon à double fil. On aurait pu, il est vrai, doubler les fils des abonnés, reliés à chaque bureau central, mais cela aurait occasionné une dépense excessive, du temps perdu, et un remaniement complet de toute l'installation.
- Il fallait donc trouver autre chose, et le problème inattendu posé par cette situation particulière a reçu une solution aussi simple qu’ingénieuse et élégante due à M. Alfred R. Bennett, ingénieur de MM. I). et 0. Graliam, ingénieurs et constructeurs de la National Téléphoné Company pour le district de Glascow. Le diagramme ci-dessous montre le principe du système imaginé et établi par M. A. Bennett, après bien des essais et des expériences préliminaires. Il consiste dans l’emploi de deux bobines d’induction employées comme transformateurs 1 et placées, l’une dans le bureau central de Glascow, l’autre dans le bureau de Gree-nock. Les deux extrémités du fil extérieur de chaque bobine sont reliées d’une manière permanente aux deux fils de la ligne double qui relie Greenock et Glascow.
- Supposons, pour fixer les idées, que Glascow soit transmetteur et Greenock récepteur à l’instant considéré (voir le diagramme).
- Le transmetteur de Glascow est relié par l’intermédiaire du bureau central au fil intérieur de la bobine ou transformateur B, l’autre bout du lil intérieur de B étant relié à la terre. Le fil intérieur de la bobine du transformateur B' est relié par un bout à la terre et par l’autre bout au récepteur de l’abonné de Greenock par l’intermédiaire du bureau central de cette ville.
- Voyons ce qui va se produire :
- 1° L’abonné de Glascow produit en parlant des courants ondulatoires qui traversent le fil intérieur deB;
- 2° Ces courants induisent dans le fil extérieur de B des courants ondulatoires semblables qui traversent le (il extérieur de B' ;
- 1 C’est M. Bichat qui a eu le premier l'idée d’utiliser la bobine d’induction à des transformations successives. En 1881, M. Maiclie avait exposé un télégraphe dans lequel cette propriété était aussi appliquée.
- GREENOCK
- Translateurs téléphoniques de M. Alfred Bennelt.
- A. Appareil d’un abonné — L. Ligne reliant l’abonné au bureau central. — B. Bobine d’induction à deux fils; le lil intérieur de chaque bobine est relié à la terre et à l’abonné par l’intermédiaire du siuitch-board ou commutateur du bureau central non représenté sur la figure; le fil extérieur est relié à la double ligne qui établit la communication entre les deux bureaux.— M. Indicateur magnétique pour les appels et la fin de la conversation. (Les lettres sans indice se rapportent à Glascow, et les lettres avec indice à Greenock.)
- 5° Les courants ondulatoires qui traversent le lil extérieur B' induisent à leur tour des courants ondulatoires dans le fil intérieur de B' ;
- 4° Les courants ondulatoires développés dans le fil intérieur de If traversent le récepteur de l’abonné de Greenock par l’intermédiaire du bureau central de cette ville et l'actionnent.
- Celte quadruple transformation résout le problème et permet l’emploi du double fil entre Glascow et Greenock, double fil sans lequel le bruit causé par l’induction télégraphique, ou friture, rendrait toute communication téléphonique impossible.
- En réalité, le courant subit plus de quatre transformations entre Glascow et Greenock, puisque le bureau central ne reçoit pas le courant direct du transmetteur, mais le courant induit dans une première bobine placée chez l’abonné de Glascow; il
- se produit donc cinq transformations du courant d’un appareil à l’autre. Les bo bines ou transformateurs B et If sont roulées d’une manière spéciale : le fil intérieur est plus fin que dans les bobines ordinaires, le fil extérieur est plus fin que le fil intérieur dans le rapport de 2,0 à 1, rapport que l’expérience a démontré comme étant le plus favorable dans le cas particulier.
- Gomme chaque fil double ne peut desservir, comme nous l’avons dit, que huit abonnés, il y a autant de paires de bobines et de doubles fils conjugués qu’il y a de fois huit abonnés entre Glascow et Greenock. Lorsqu’un abonné demande la communication entre ces deux villes, on l’établit à l’aide de la paire de bobines et de la double ligne non occupées au moment de sa demande.
- Des indicateurs M et M' placés dans le circuit à chaque bureau central avertissent les employés de chacun de ccs bureaux du moment où la conversation est terminée.
- Les bobines B et B' jouent donc ici un rôle analogue aux appareils connus en télégraphie sous le nom de translateurs, et c’est pour cette raison que M. Bennett leur a donné le nom de translateurs téléphoniques, bien que, strictement parlant, ces bobines agissent comme de véritables transformateurs. E. II.
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- LA N A TU 15 Ë.
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- BALANCE-COMPTEUR
- SYSTEM K VINCENT
- L'industrie, et plus particulièrement l'industrie parisienne, produit en grandes quantités une foule de menus articles, toujours identiques de dimensions et de poids, payés au nombre, à la grosse, aux cent douzaines, aux cent grosses, etc. Nous citerons, par exemple, les boutons, les agrafes, les œillets, les épingles, les aiguilles, les dés à coudre, les boucles, les vis, les capsules, et un grand nombre d’articles de quincaillerie qui entrent dans la construction d’objets plus complexes, montures de porte-monnaie, de parapluies, etc, etc.
- Pour compter ces menus objets sans faire perdre à l’ouvrier un temps précieux prélevé sans rémunération sur son travail, on pourrait, à l’aide de deux pesées dans une balance ordinaire, l’une portant sur le lot complet, l’autre sur l’unité ou un petit nombre d’objets comptés exactement, déterminer, par une simple division, le nombre des objets formant le lot.
- Le petit appareil imaginé par M. Vincent et que représente la figure ci-contre, permet d’opérer. beaucoup plus rapide -ment et fait connaître par une simple lecture le rapport cherché : il a été l’objet d’un rapport favorable <1e M. Tresca à la société d'Encourage-
- ment, et c’est d’après le Bulletin de cette Société que nous le reproduisons. On peut comparer l’appareil à une bascule romaine dans laquelle la charge à peser est remplacée par un réservoir qui reçoit le lot d’objets à compter et dont la forme extérieure, qui lui donne grossièrement l’aspect d’une baignoire, a pour but de faciliter le transvasement des objets; le poids mobile est remplacé par une petite sébille qui se meut sur le levier horizontal et sert à recevoir un certain nombre d’objets comptés d’avance, une dizaine, une douzaine, une centaine, une grosse ou un millier, suivant la grosseur de l’unité.
- Le levier doit rester toujours horizontal, quel que soit le déplacement de la sébille qui est équilibrée au moyen d’un contrepoids mobile qui se déplace en sens inverse de la sébille même, à IV de
- Balance-compleur Vincent.
- d’une petite transmission à chaîne de Gall. On règle l'équilibre à l’aide d’un petit bouton à vis placé sur l’extrémité de gauche du levier. L’opération consiste à placer le lot dans le vase, les objets comptés dans la sébille et à la déplacer jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli. Le chiffre en face duquel l’index est amené indique, par une simple lecture, le rapport entre le nombre d’objets que contient le vase et celui que renferme la sébille. Si, par exemple, on place un cent d’objets dans la sébille et que la balance-compteur marque 60, quand l’équilibre est établi, on en concluera que le lot renferme soixante centaines ou 6000 objets. Les appareils qui fonctionnent à la Cupsuleric militaire et chez certains fabricants de boulons rendent d’utiles services, la simplicité de la balance-compteur et la simplicité de son emploi contribueront à en répandre l’usage.
- ECLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- DU NAVIRE CUIRASSÉ
- LE REDOUTABLE
- L’installation électrique des lampes Swan, qui a été récemment organisée à bord du cuirassé français le Redoutable, est digne d’être signalée. Nous en donnons aujourd’hui les principales dispositions.
- Machines électriques. — Elles comprennent quatre machines Gramme type A dites de cinq cents becs Car-cel. Chacune de ces machines est actionnée par un moteur Brotherhood. La vapeur est fournie à chaque moteur par une chaudière auxiliaire à une pression de quatre atmosphères.
- Disposition des circuits et des lampes. — Chacune des machines alimente un circuit comprenant cinquante et une lampes. Le premier circuit, appelé circuit de rade, est destiné à fonctionner en rade. Le second, appelé circuit de mer, est destiné à fonctionner seulement en mer. Ainsi la chambre des machines, éclairée en rade par douze lampes placées sur le premier circuit, sera éclairée en mer par trente-sept lampes placées sur le second. Si les deux circuits fonctionnent en même temps, on aura 57 + 12 = 49 lampes dans la chambre des machines.
- Les troisième et quatrième circuits sont appelés circuits de nuit. Le premier circuit de nuit est destiné à éclairer les parties du navire où il est indispensable qu’il y ait de la lumière la nuit. Le second circuit de nuit est destiné principalement à éclairer les chambres d’officiers et aussi à compléter l’éclairage du premier circuit de nuit.
- Ces lampes auxiliaires du premier circuit de nuit, sont placées de telle sorte que leur suppression ne gêne en rien le service. Ce deuxième circuit de nuit, en effet, doit
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- alimenter au besoin les feux de roule et les fanaux de signaux. On sera donc obligé de remplacer un certain nombre de lampes du second circuit de nuit par un nombre équivalent de feux de route, quand on voudra allumer ces feux de route, ou bien un certain nombre de lampes par un nombre équivalent de fanaux de signaux pour allumer les signaux.
- Les feux de route sont au nombre de six et équivalent à dix-huit des lampes ordinaires employées pour l’éclairage du navire. Les feux de signaux sont au nombre de dix et équivalent environ à trente lampes ordinaires.
- Un premier commutateur permettra de remplacer dix-huit lampes du second circuit de nuit par six lampes de feux de route. Un second commutateur permettra de remplacer trente lampes du second circuit de nuit par dix lampes de signaux.
- Il est bien entendu que les lampes placées dans les chambres des officiers peuvent s’éteindre ou s’allumer à volonté au moyen d’un petit commutateur. Ce commutateur substitue à la lampe au moment de l’extinction une résistance équivalente.
- Installation des signaux. — Pour faire des signaux on a établi sur deux tambours placés l’un à côté du mût d’artimon, l’autre à côté du grand mât deux câbles composés chacun de six fils ; cinq des fils correspondent à cinq lampes et le sixième fil sert de fil de retour pour les cinq lampes. Une des extrémités du câble est libre et porte une boucle qui permet de le hisser à la hauteur des lampes. Le long du câble se détachent à des hauteurs différentes les cinq fils qui doivent conduire le courant aux fanaux et des fils soudés sur le fil de retour. Les distances sont calculées de façon que les fils se présentent à hauteur des fanaux quand le câble est hissé. Les fanaux portent des bornes auxquelles on fixe les fils. L’autre extrémité du câble est fixée de façon que les six conducteurs soient reliés à six tenons de cuivre débouchant sur une joue isolante.
- Une contre-partie reliée au câble venant de la machine peut s’adapter sur ces tenons et permet d’établir rapidement la communication. Un commutateur permet d’éteindre ou d’allumer chacune des lampes. Une lampe ordinaire demande environ 1 ampère 34 et 35 volts entre ses bornes. Les fanaux et les lampes de signaux demandent 1 ampère 34 et 5x 25 = 75 volts entre les bornes.
- On se dispose à éclairer le navire cuirassé l'Océan avec des lampes Edison.
- UN NOUVEAU
- SYSTÈME POUR L’EXTRACTION DU SOUFRE
- L’extraction du soufre étant devenue peu productive dans plusieurs localités de la Sicile, par suite de l’épuisement des gisements les plus riches, plusieurs producteurs ont commencé à songer sérieusement à la nécessité de remplacer la méthode trop primitive de fusion par le calcarone par des procédés plus perfectionnés et plus économiques. On sait que dans le calcarone le soufre fond par combustion à l’air libre, et par conséquent une grande partie du minerai se transforme en acide sulfureux et se perd dans l’atmosphère. On a donc songé à provoquer la fusion dans des fours fermés. Malheureusement les méthodes de fusion par l’air surchauffé, qu’on emploie avec succès dans les Roinagnes, n’ont donné en
- Sicile que des résultats négatifs, à cause, je crois, de la moindre porosité du minerai sicilien. II paraît évident que le seul système de fusion qui pourrait rendre de grands services aux propriétaires siediens est celui inventé par le comte de Latour du Breuil.
- Ce procédé, sur lequel les lecteurs de La Nature ont pu avoir quelques détails dans le résumé des Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, est d’une admirable simplicité. Il se réduit à provoquer la séparation du soufre de sa gangue par l’immersion du minerai dans des cuves remplies d’une dissolution de chlorure de calcium portée à la température de 120 degrés. On sait-que le soufre fond à TIO degrés. Aussi arrive-t-il qu’après une heure d’immersion dans le liquide indiqué, la partie pure du minerai se détache complètement de la gangue et se dépose au fond de la cuve.
- Quatre cuves sont disposées à des hauteurs différentes autour d’un unique fourneau; le même liquide passe successivement de l’une à l’autre cuve et lorsqu’il arrive en bas, une pompe le remonte dans la plus élevée des cuves.
- De la sorte, on obtient toutes les économies possibles : économie de minerai, dont aucune partie n’est perdue, et économie de chaleur d’eau et de substances chimiques, puisque c’est le même liquide qui circule dans les quatre cuves, il ne s’altère presque pas au contact du minerai et ne perd que fort peu de sa chaleur, grâce à la disposition ingénieuse de l’appareil.
- Le comte de Latour du Breuil est actuellement en Sicile ; je sais qu’il a l’intention d’essayer son nouveau système de fusion dans les mines de la province de Girgenti.
- V. Tedeschi in Ekcole
- Calane, janvier 1885.
- RIRLIOGRAPHIE
- Souvenirs du Far-West, par le baron Aknold de Woel-mont. — 1 vol. in-18. Paris, E. Plon et Cie, 1885.
- La vie des prairies avec ses aventuriers, ses pionniers et leurs essais de colonisation, est abordée de très près dans ce livre tout rempli de couleur locale. L’auteur a recherché dans ses études d’après nature, l’exactitude la plus scrupuleuse sur les Mormons, sur les placers, les sierras et les grands arbres de la Californie.
- Annuaire de l'Observatoire de Montsouris pour l'an 1885. Météorologie. Agriculture. Hygiène. 1 vol. in-32. Paris, Gauthier-Yillars.
- Annuaire pour l'an 1883, publié par le Bureau des Longitudes, avec des notices scientifiques. 1 vol. in-32. Paris, Gauthier-Villars.
- CHRONIQUE
- La station zoologique de Yiliefranche-sui*-Mer. — M. J. Barrois, directeur du laboratoire des hautes études de Yillefranche (près de Nice), informe le public que le garde-côte l'Hyène se trouve actuellement au service de la station zoologique établie depuis deux ans dans cette localité. Les naturalistes qui désireraient profiter de l’occasion sont invités à se faire connaître. Écrire à M. le directeur de la station zoologique, à Villefranche-sur-Mei‘ (Alpes-Maritimes).
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- LA NATURE.
- CORRESPONDANCE
- PHYSIQUE SANS APPAREILS
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 janvier 1883. — Présidence de M. Blaxciiahd.
- M. Sedillol. — Une dépêche télégraphique annonce que M. Sedillot-est mort ce matin de la maladie qui le tenait depuis si longtemps éloigné des travaux de l’Académie, et sans agonie. M. le Président exprime les regrets de l’Assemblée et rappelle que M. Sedillot a été l’une des gloires de la chirurgie militaire et a donné un éclat tout particulier à l’École de médecine de Strasbourg. Pendant la guerre de 1870, il fit preuve d’un zèle à toute épreuve, tout à l’honneur de la chirurgie française.
- Le passage de Vénus. — La correspondance comprend le rapport adressé de Santa-Cruz par M. Fleuriais et les observations faites par M. Perrotin en Patagonie. M. Tisseront rend compte de sa mission à la Martinique.
- Action physiologique du chloral. — 11 n’y a pas longtemps que M. Brown-Sequart annonçait que le chloroforme versé dans l’oreille d’un cochon d’Inde, détermine la mort par meningo-encéphalie. M. Yulpian, parallèlement, et sans connaître ces recherches, a étudié l’action de l’hydrate de chloral versé dans l’oreille d’un lapin. Au bout de quinze minutes il se déclare un râle trachéo-bronchique qui peut cesser en quelques heures, mais qui persiste parfois plusieurs jours et dans certains cas jusqu’à la mort. Celle-ci résulte de l’inflammation extrême de la trachée et du larynx, et à l’autopsie on trouve les voies respiratoires absolument gorgées de muco-pus. Tout le monde fera l’application de ce fait à la pratique, trop souvent mise en usage, de liquides (chloroforme, éther, créosote) placés dans l’oreille, par exemple à l’occasion de névralgies et qui, comme on vient de le voir, peut être fort dangereuse. Certains lapins soumis à la manipulation précédente, mais à dose relativement faible, sont depuis un mois en proie à un vertige qui les porte à tourner sur eux-mêmes, « avec la rapidité d’une bûche qu’on abandonne sur un plan incliné ».
- Un nouveau prix. — Mme Francœur, belle-fille d’un ancien membre de l’Académie qui a laissé d’importants travaux mathématiques, a fondé un prix qui sera décerné dès la prochaine séance annuelle, en faveur d’un jeune géomètre sans fortune, ou d’un géomètre âgé ayant rencontré dans la vie plus de déceptions que de succès.
- Varia. — 11 résulte d’une note de M. Collin qu’on a beaucoup exagéré l’efficacité des bains froids dans le traitement de la fièvre typhoïde et que le sulfate de quinine a une vertu sensiblement égale. — M. de Quatrefages fournit quelques documents sur le mouvement scientifique au Brésil. — Dans une nouvelle communication, M. Faye étudie la segmentation des taches solaires, segmentation dont il déclare d'ailleurs ne pas connaître la cause première. — Le dosage de l’acide phosphorique dans les terres arables occupe M. de Gasparin. — M. Duponchel présente au sujet de l’entretien de l’activité solaire une théorie qui rappelle celle de M. Siemens et qui ne semble pas plus acceptable. — M. Hirn, correspondant de l’Académie, étudie la théorie des machines à vapeur.
- Stanislas Meunier.
- Morlaix, 51 décembre 1882.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je suis avec intérêt les diverses expériences de « Physique sans appareils » que vous faites connaître dans votre journal. En voici quelques autres qui pourraient offrir des sujets de récréation ou d’études et que vous utiliserez comine bon vous semblera.
- L’hiver dernier, observant les effets du vent brisé par un mur de clôture (fig. 1), je remarquai deux phénomènes bien distincts, le vent soufflant normalement au mur, suivant la direction de la flèche xy :
- 1° Du côté de la face que je désigne par F, les corps légers, feuilles sèches, débris organiques de toutes sortes, étaient réunis en une sorte de dune AB parallèle à la base du mur et éloignée de distances variant entre 0“,20 et 0m,80, suivant la force du vent;
- 2° Du côté opposé, c’est-à-dire de la face que j’appelle F', on retrouvait le même effet; tous les corps légers formaient une autre dune, CD, parallèle à la première, mais moins éloignée de la muraille.
- Le premier effet ne me surprit pas : Buffon le signale
- Fig. 1.
- et l’explique sur des observations qu’il avait faites au pied de son château de Montbard. Quant au second fait, qui parait en contradiction avec le premier, il est facile de le réaliser par la peiile expérience que voici :
- On érige verticalement sur une table, un carton MM (fig. 2), ou même un livre relié, assez mince, et 1’qh parsème de chaque côté des fétus de paille, des fragments de plumes ou de papier, et de préférence, une poussière mobile telle que la poudre de lycopode, du charbon de bois, sec et pulvérisé. En soufflant soit avec la bouche, soit avec un soufflet de cuisine, sur l’une des faces de l’écran MM de manière que la moitié du courant passe par-dessus la. crête supérieure MM, on voit se reproduire les deux phénomènes signalés plus haut ; des deux côtés on constate la formation de deux amoncellements dunoï-ques dont on peut faire varier l’éloignement en soufflant plus ou moins fort, plus ou moins obliquement, de [dus ou moins loin, etc.
- L’explication du premier de ces rassemblements, qu’on peut appeler direct, AB, est facile; pour ne pas entrer dans de trop longs développements, je dirai qu’il est dû à la condensation brusque de l’air contre ce mur, laquelle produit un accroissement de force vive qui conserve sa prédominance sur celle dû courant direct, jusqu’à la distance marquée par la dune qui se produit. — Quant à la dune CD, j’explique ainsi sa formation : Une partie du courant réfléchi contre le sol, éprouvant une réaction de la part de l’air qu’il rencontre, est chassée dans une direction voisine de celle du courant direct.
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- LA NATURE
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- 11 est facile de vérifier que la réaction du sol ou de la taille joue un rôle dans ces phénomènes. On soutient le carton MM de la main gauche, loin de tout obstacle, et, do la main droite, une feuille de papier NA, mince mais rigide (papier à lettres), qu’on maintient par sa partie inférieure parallèle au premier écran (tig. 5); en soufflant suivant MM, la feuille AN ne manifeste pas de mouvement de recul; mais, fait-on l’expérience sur une faille, ce dernier effet se produit.
- Enfin, si, au lieu de poudres et de débris, ou pose à plat sur la table derrière l’écran une feuille de papier mince, on la voit se soulever comme aspirée lorsque l’on souffle obliquement sur l’arèle du carton-écran.
- Il serait facile de multiplier les formes données à ces petites expériences : saupoudrer de poudre légère, la surface de l’eau d’un baquet, et y plonger l’écran ; sus-pehdre des écrans mobiles par des fils pour observer leurs divers mouvements sous l’action des courants d’air,etc.
- Je n’ai autant insisté sur les observations que je viens de signaler que parce que j’y rapporte l’explication de quelques phénomènes encore mal interprétés, en physique, tels que la formation des sons dans les instruments
- de musique dits « à embouchure de flûte ». On sait en effet que les résultats qu’on déduit de la théorie actuelle s’écartent beaucoup de ceux que donne l'expérimentation.
- Dans les gorges resserrées, dans les.iades dominées par des sommets élevés, on a observé depuis un temps immémorial des mouvements irréguliers de l’air,. des
- sautes de veut dangereuses qu’on pourrait, à mon sens, expliquer par des effets d’aspiiation produits par l’arrivée des courants d’air violents par-dessus les sommets des montagnes, et réalisant sur une vaste échelle, les phénomènes étudiés dans la présente note.
- Telles sont les observations que j’ai pu faire sur le sujet que je vous soumets; quelques-uns de vos lecteurs pourraient peut-être y trouver une occasion de délassements et une source d’exercices expérimentaux amusants et in-. structifs.
- Agréez, etc. Parize,
- Directeur île la station agronomique de Morlaix (Finistère), licencié ès sciences physiques, professeur au collège-.
- SUR U fi RKVElL-MATJfi ÉLECTRIQUE
- (jlain-iès-Liège, 5 janvier 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai lu dans votre numéro du 2 décembre une application de l’électricité domestique ; en voici une autre qui fonctionne depuis longtemps dans ma chambre, et qui peut rendre d utiles services : elle consiste à former un réveil au moyen d’une sonnerie électrique et d’une pendule ordinaire. Pour cela on dispose les choses comme suit :
- L’un des fils conducteurs est relié à une pièce métallique quelconque de la pendule, tandis que l’autre est relié ;i un petit support formé d’une tige verticale sur laquelle peut glisser par frottement une spirale de fil de cuivre jdiée à angle droit vers son milieu, de manière à donner
- Réveil-matin électrique.
- ît
- une branche horizontale dans laquelle peut tourner une autre tige terminée en crochet ; ces dispositions fort simples étant établies, on peut donner au crochet toutes les positions nécessaires pour pouvoir le placer contre le cadran de la pendule et devant une heure déterminée, de,manière à ce que la grande aiguille puisse passer librement au-dassus du crochet, tandis qu’il se trouve sur le passage de la petite aiguille, en sorte que lorsque cette dernière arrivera à l’heure à laquelle on a placé le crochet, elle rencontre celui-ci, établisse le contact et fasse marcher la sonnerie ; si ce petit appareil est construit assez légèrement, il ne peut gêner en rien la régularité de la marche de la pendule, surtout si l’on a som de se lever pour venir l’enlever.
- Veuillez agréer, etc.
- Julien Candeze.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissanbier.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- UNE PLANTE ROULANTE DANS LA VALLÉE DU KANSAS (ÉTATS-UNIS)
- Il existe en grande abondance, dans la vallée du Kansas, aux Etats-Unis, l’une des plus singulières
- plantes que l’on puisse signaler à la curiosité des naturalistes; elle se développe sous forme d’une
- T'ig. 1. — Spécimen d’une plante roulante sèelie du Kansas {Cyclolonia pkalyphijlluiii). (D’après une photographie.)
- boule herbacée, à l’extrémité d’une tige démesurément petite, et prend des proportions très variabli
- Fig. 2. — Aventure des chasseurs du Kansas et des plantes roulantes.
- depuis 50 centimètres jusqu’à lra,o0 et plus de diamètre. Quand la plante est en croissance, elle se tient sur sa tige qui a sa racine en terre, mais quand elle est arrivée à maturité, elle ne tarde pas ii* aimée > — 4er semestre.
- à se dessécher, et alors il suflit d'un coup de vent pour la détacher et la faire rouler dans les prairies.
- Chaque coup de vent la fait rouler, voltiger, bondir, passer quelquefois par-dessus les brous-
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- LA NATURE
- sailles. Quand les rafales sont intenses, le spectacle devient tout à fait fantastique, et rien n’est plus étrange que ces légions de grosses boules, légères, élastiques, qui semblent se poursuivre les unes les autres, en glissant à la surface du sol, avec une vitesse prodigieuse.
- Un artiste et un naturaliste distingué, M. Daniel C. Beard, a récemment étudié, lors de son voyage dans rOuest-Amérique, cette plante singulière dont le nom botanique est Cycloloma phatyphyllum. D’autre part M. Henry Worall, du département de l’Agriculture de Topeka, Kansas, a recueilli quelques spécimens de Cycloloma qu’il conserve dans ses collections. Notre figure 1 reproduit l’un de ces spécimens d’après une photographie qui en a été faite à Topeka.
- Dans la deuxième gravure que nous reproduisons d’après le Scientific American, l’artiste a figuré l’épisode d’une histoire quelque peu lé endaire qui se raconte dans les régions où pousse la plante qui roule. Des chasseurs partis pour tuer des bisons, auraient aperçu au loin un troupeau d’animaux bizarres qu’ils n’avaient jamais entrevus jusque-là; ils s’embusquent derrière des arbres, non sans quelque frayeur, le troupeau continue à courir plus fort que jamais; les chasseurs ajustent de leurs fusils ces bêtes singulières, ils tirent, le troupeau court toujours ; ils tirent de nouveaux coups de fusil ; malgré les halles, le troupeau n’en bondit pas moins au milieu d’un nuage de poussière. Les chasseurs terrifiés s’enfuient, mais le troupeau les poursuit et les atteint. C’étaient des plantes roulantes du Kansas, emportées par le vent!
- D' Z...
- U DISTRIBUTION DE L’ÉLECTRICITÉ
- EX ANGLETERRE
- Tandis que cette importante question reste stationnaire en France, elle fait au contraire en Angleterre des progrès considérables. Un acte du Parlement voté pendant la dernière session autorise le Board of Trade (bureau des Travaux) à accorder des licences aux autorités locales, aux Compagnies ou aux particuliers, pour distribuer .'électricité dans une étendue délimitée et sous des conditions spéciales qui font l’objet d’un règlement provisoire.
- Le Board of Trade n’a pas attendu longtemps l’occasion d’user de l’autorisation accordée par le Parlement, et le premier Règlement relatif à une distribution d’électricité vient d’être publié.
- C’est une pièce historique du plus grand intérêt à notre avis, et bien que la pratique amène à modifier ce Règlement dans un bon nombre de ses parties, elle restera comme un premier jalon planté dans une voie qui sera féconde pour les progrès de l’industrie électrique.
- Ce règlement est désigné, pour abréger, sous le nom de The Gravesend Electric Lighting Order, 1883. Son titre réel est : « Règlement provisoire autorisant la Soulh-Eastern (finish) Electric Lighl and Power Company, Limited, à établir et à entretenir des lignes et des usines électri-
- ques, et à distribuer l’électricité dans la circonscription de Gravesend, comté de Kent. #
- Nous résumerons ici les points principaux de ce règlement dans lequel la South-Eastern, etc., est désignée sous le vocable plus court et suffisamment défini de : les Entrepreneurs, en laissant de côté les questions légales pour nous occuper plus spécialement de la partie technique.
- But de la distribution — Bien que le présent règlement s’applique plus spécialement à l’éclairage électrique public et privé, les Entrepreneurs pourront distribuer l’électricité pour tous les besoins publics et privés.
- C’est l’a une latitude dont on appréciera l’importance en se rappelant combien l’électricité se prête facilement à la distribution de petites forces motrices, aux actions électro-chimiques, à la fusion des métaux précieux, etc.
- Modes de distribution. — Ils sont subdivisés ainsi :
- a. Système direct. — Dans lequel l’électricité employée par chaque consommateur est prise par une ou plusieurs séries de branches parallèles dérivées sur une série de deux conducteurs principaux rattachés respectivement aux pôles positif et négatif du système générateur. Les conducteurs principaux s’appellent des conducteurs de distribution et les branches dérivées qui vont jusque chez le consommateur s’appellent des lignes de service.
- b. Système par emmagasinement. — Le courant distribué à chaque consommateur est fourni par des accumulateurs placés dans des locaux aménagés par les Entrepreneurs et sous leur contrôle; ces accumulateurs sont chargés par le système générateur à l’aide de conducteurs de charge qui peuvent alimenter ces accumulateurs d’une manière continue ou intermittente, et ne sont pas expressément obligés d’alimenter pendant les heures de consommation.
- Cette sage disposition enlève au consommateur l’embarras et l’entretien des accumulateurs et nous paraît préférable au système qui consiste à placer des accumulateurs chez chaque abonné.
- c .Système direct ou par emmagasinement avec retour par la terre. — N’est autre chose que le système a ou le système b dans lequel une série de conducteurs est remplacée par la terre formant fil de retour ou réservoir commun.
- d. Système en séries. — Les consommateurs sont placés les uns ’a la suite des autres, en tension sur un même fil.
- Les Entrepreneurs sont, en outre, autorisés à employer des systèmes nouveaux ou à combiner les systèmes connus à leur convenance et au gré des consommateurs, sous certaines réserves établies plus loin.
- La distribution faite par les Entrepreneurs s’arrête à deux pôles situés dans une partie définie près de l’entrée de la maison ; l’appareillage intérieur est fait en dehors d’eux et de leur responsabilité. Cette clause est analogue à celle que l’on a établie pour la distribution du gaz et se justifie par des raisons analogues.
- ‘ Les Entrepreneurs sont autorisés à établir dans les rues et places publiques des boîtes et des regards destinés ii essayer, régler, mesurer, diriger, contrôler les conducteurs et la distribution. Ces regards, dont le modèle sera accepté par le Board of Trade} seront consacrés spécialement au service des Entrepreneurs et placés sous leur seul contrôle. Le temps accordé pour terminer l’installation est de deux ans, d’après l’acte du Parlement, la concession expire après sept années, mais elle est renouvelable (le monopole est ici. on le voit, considérablement réduit).
- Ici se placent, dans le règlement, des réserves relatives aux difficultés que rencontreraient les Entrepreneurs pour
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- LA NATUUE.
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- l'établissement de certaines branches spéciales, soit au point de vue technique, soit h cause du faible revenu probable, etc. Nous laisserons ces points de droit de côté pour arriver à la partie relative à la distribution même.
- Distribution- par le système direct. — Les Entrepreneurs devront maintenir la distribution d’une manière continue, jour et nuit; ils pourront cependant arrêter tout ou partie de la distribution deux heures par jour au maximum, pour essayer les lignes, les réparer, nettoyer et réparer les machines, etc. Les Entrepreneurs ne seront pas non plus obligés de distribuer l’électricité dans la journée du dimanche, une demi-heure après le lever du soleil et une demi-heure avant son coucher, à moins que l’état du temps n’exige le service de l’éclairage. La distribution se fera sous une pression étalon constante et fixée à l’avance ; elle ne pourra pas être inférieure à 50 volts et ne devra pas dépasser 400 volts. On ne pourra changer cette pression qu’après avoir averti un mois à l’avance ; il n’est pas exigé que cette pression soit la même dans tout le réseau, mais seulement qu’elle soit fixe et constante en chaque point ; en aucun cas les variations ne pourront dépasser 10 pour 100.
- Les lignes de service devront être calculées pour que, dans le cas de la dépense maxima, — c’est le cas le plus défavorable — la pression aux pôles de la prise de courant chez le consommateur ne soit jamais inférieure de plus de 5 pour 100 de la pression des conducteurs de distribution sur lesquels les lignes de service sont branchées. Si, par exemple, la pression étalon en un point donné est de 100 volts, la pression aux pôles de prise de courant chez le consommateur dont les lignes de service sont branchées en ce point, ne devra jamais être inférieure à 95 volts.
- Avec les courants alternatifs, la différence de potentiel (mesurée par sa valeur maxima dans chaque phase) ne devra pas être inférieure à 45 volts et supérieure à 600, avec les mêmes tolérances que pour le courant continu. Le nombre des alternances devra être d’au moins 300 par minute.
- Distribution par emmagasinement. — Les conducteurs de charge seront spécialement consacrés à cet usage et aucun consommateur ne pourra arguer de sa proximité de l’usine productrice pour exiger que ces conducteurs soient utilisés dans une distribution directe à leur service.
- La pression du courant destiné à la charge des accumulateurs n’est pas limitée par le Règlement lorsque les opérations de charge et de décharge seront distinctes et successives; lorsqu’elles seront simultanées, la différence de potentiel entre la terre et les pôles de prise de courant chez les consommateurs ne devra jamais dépasser 400 volts : dans le cas où cette condition ne pourrait pas être remplie, les Entrepreneurs devront avoir soin de rompre les communications entre les accumulateurs et les conducteurs de distribution pendant la période de charge.
- Utilisation de l’électricité. — Les Entrepreneurs devront distribuer l’électricité pour l’éclairage public par incandescence le long des rues, aux heures et aux prix fixés par entente préalable ou à dire d’expert. Us devront aussi se mettre en mesure de fournir sur demande et dans un temps raisonnable, l’électricité propre à l’éclairage public par des lampes à arc voltaïque, soit en séries, soit autrement, dans les mêmes conditions d’heures et de prix. Les Entrepreneurs devront établir des lignes de service chez tous les consommateurs qui en feront la
- demande, lorsque la distance entre le local à desservir et les conducteurs de distribution ne dépassera pas cinquante pieds (16 mètres). Ces lignes de service seront établies aux frais du consommateur, qui devra faire connaître la quantité d’électricité maxima qui lui est nécessaire et ne sera autorisé à la dépasser dans aucun cas. Dans le cas d’une augmentation dans la consommation, le consommateur devra payer les remaniements qui seront occasionnés par ce changement. Si le chiffre maximum fixé par le consommateur parait trop élevé, les Entrepreneurs pourront décliner l’offre. Lorsque la consommation sera telle que le courant dépasse cinquante ampères, on divisera la distribution en établissant plusieurs prises pour chacune desquelles le courant ne pourra pas dépasser cinquante ampères. Les Entrepreneurs ne seront pas obligés d’établir des distributions privées avec les systèmes en séries destinés à l’éclairage public.
- Prix de l électricité distribuée. — Les Entrepreneurs ne pourront accepter, sauf permission, qu’un des quatre modes de payement suivant :
- 1° Par la quantité d'énergie électrique distribuée ;
- 2° Par la quantité d'électricité distribuée ;
- 5° Par le nombre d’heures de consommation calculé sur le taux de la dépense maxima ;
- 4° Par une somme fixe annuelle, trimestrielle, mensuelle, etc., basée sur le courant maximum que chaque consommateur peut dépenser.
- Les consommateurs ne seront autorisés à emmagasiner l’électricité distribuée pour en faire usage pendant les heures où la distribution sera interrompue que dans le cas où l’électricité sera comptée soit par la quantité d’énergie électrique, soit par la quantité d’électricité fournie.
- Unité d’énergie électrique. Prix de l’unité. — L’unité d’énergie choisie pour base de calculs est celle qui correspond à un courant de 1000 ampères pendant une heure avec une force électro-motrice de 1 volt. C’est cette quantité d'énergie choisie par le Board of T rade qui est l’unité et porte le nom de unit. Ce choix n’est pas heureux, à notre avis, ni comme nom, ni comme quantité. Comme nom, le mot unit est trop vague et prête trop à la confusion ; comme quantité, le choix est plus malheureux encore, car, tous calculs faits, on trouve que :
- 1 unit = 268 000 kilogrammètres,
- — = 2 660000 foot-pounds,
- — = 56 000 000 meg-ergs,
- — =1 cheval-vapeur pendant 80 minutes.
- C’est-à-dire un nombre qui présente un rapport compliqué avec toutes les unités de travail et d’énergie acceptées jusqu’ici dans la science et dans la pratique. Il est à espérer que ce choix ne sera pas définitif. Quoi qu’il en soit, le prix fixé pour le district de Gravesend est le suivant :
- 5 livres 10 shillings par trimestre pour 100 units et au-dessous ;
- 7 pence par unit au-dessus de 100 units.
- Si nous réduisons ces chiffres en francs et en chevaux-vapeur, on trouve que la somme payée trimestriellement par chaque consommateur, quelle que soit sa consommation, ne pourra pas être inférieure à 77 fr. 50, prix qui correspond à une énergie de 155 chevaux-vapeur pendant une heure. Pour fixer les idées, nous dirons qu’il sera pos • sible d’entretenir pour celte somme 8 à 10 lampes Edison (type de 16 candies) pendant 135 heures ou 4 à 5 lampes du même type pendant 266 heures, et ainsi de suite. -
- Au delà de ce chiffre, Yunit coûtant Ol'r. 70, on trouve
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- LA NATURE.
- que le prix du cheval-heure sera de 52 centimes, soit environ cinq centimes par lampe Edison de 16 candies et par heure d’éclairage effectif. On voit que si le prix de 50 centimes par heure et par cheval peut être rémunérateur par la Compagnie, a la condition d’établir la distribution sur une grande échelle, il ne le sera pas moins pour le consommateur qui ferait usage de petites lampes à incandescence ou qui aurait besoin d’une petite force motrice toujours à sa disposition et ne consommant que lorsqu’elle travaille.
- Le règlement que nous analysons porte encore un grand nombre de prescriptions relatives à l’établissement et à l’entretien des compteurs d’électricité, fournis par les Entrepreneurs, à l’achat ou en location, la surveillance et les essais à faire par le Board of Trade, les amendes à infliger, etc.
- Règles de sécurité. — a. Les conducteurs de distribution et les lignes de service devront être calculées de telle manière que le courant maximum ne soit pas supérieur à 2000 ampères par pouce carré de section du conducteur ramené à la conductibilité dn cuivre pur.
- b. L’isolement par mille (1852 mètres) de conducteurs ne pourra pas être moindre de 5000 ohms par volt d« pression étalon, c’est-à-dire que si la pression étalon adoptée est, par exemple, de 100 volts, l’isolement devra être de 5000 x 100 = 500 000 ohms par mille.
- c. Les conducteurs souterrains devront être recouverts d’un isolant imperméable et renfermés dans des tuyaux ou des caissons assez solides pour les protéger contre tout accident.
- d. Un commutateur devra être disposé dans chaque maison pour pouvoir séparer l’appareillage intérieur de la canalisation générale.
- e. Des interrupteurs de courant fusibles ou cut-offs seront établis pour rompre automatiquement le circuit lorsque le courant aura, par accident, atteint une intensité double au maximum de celle pour laquelle la distribution aura été établie dans chaque maison.
- f'. La distance des conducteurs entre eux ne devra jamais être moindre de 5 pouces (7,5 centimètres).
- g. Lorsqu’on no fait pas usage d’un fil de retour, les Entrepreneurs doivent assurer une bonne terre chez chaque consommateur.
- h. Dans le système de distribution directe, aucun point ne devra être à un potentiel supérieur de plus de 400 volts du potentiel de la terre.
- i. Dans le système de distribution par emmagasine-ment, la limite supérieure de potentiel permise dans les conducteurs de charge est de 4000 volts.
- Des dispositions de sécurité analogues sont imposées par le Board of Trade en ce qui concerne l’appareillage intérieur.
- Le Règlement définit aussi les conditions dans lesquelles les Entrepreneurs sont autorisés à couper et à interrompre les lignes de chemins de fer et de tramways pour la pose des conducteurs, et différentes questions d’ordre légal dans le détail desquelles nous n’avons pas à entrer ici. Ce que nous en avons dit suffit pour montrer tout l’intérêt qui s’attache en ce moment en Angleterre, tant dans l’opinion publique que dans les sphères gouvernementales et administratives, à la grande question de la distribution de l’électricité à domicile et à son application générale aux besoins publics et privés. Nous souhaitons vivement que cette agitation ait son contrecoup en France, tout en exprimant le regret de voir se développer plus rapidement chez nos voisins que chez
- nous un problème à la solution duquel notre pays a contribué dans une grande mesure, et dont l’Angleterre est à la veille de recueillir les fruits.
- E. Hospitalier.
- CORRESPONDANCE
- LES MOULINS DE MARÉES
- Nantes, janvier 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- C’est avec un vif intérêt que j’ai lu les deux articles sur les moulins de marées1, et la façon d’en obtenir un rendement mécanique.
- Il est un autre moyen qui, je crois, n’a pas encore été expérimenté, et qui présente sur les deux systèmes présentés un avantage incontestable, c’est qu’il fonctionne sans arrêt et indéfiniment.
- Supposons deux bassins naturels AB séparés par un barrage C au milieu duquel est une turbine, ou une roue hydraulique D, et que la marée soit haute, et représentée par la ligne EF, et s’étant introduite dans le bassin A par la vanne G; si l’on vient à fermer cette vanneau moment où la marée est à son point le plus élevé, et que le bassin B soit vide, l’eau en s’écoulant du bassin A dans le bassin B, actionnera la turbine, ou la roue D.
- Lor sque la marée sera basse, représentée par laligne HI, le niveau dans le bassin A sera descendu en J, et dans le bassin B, il sera remonté en K, si à ce moment, l’on ouvre la vanne L, le bassin B se videra entièrement; une fois vide, et la vanne fermée, la marée suivante reviendra à sa position précédente, le bassin se remplira de nouveau, et le même phénomène se reproduira indéfiniment. 11 suffira donc pour cela, de calculer les proportions des bassins et des vannes, de régler l’écoulement des eaux dans la turbine, ou sous la roue hydraulique, et d’ouvrir et fermer les vannes à temps.
- Disposant de bassins naturels ou économiques à construire, c’est, je crois, ce système qui est appelé à rendre de grands services dans l’avenir, qui appartient à l’électricité, car les avantages qu’il présente sont très grands, pour la production économique de cet agent merveilleux.
- En admettant aux environs d’un port, ou d une ville située à proximité de la mer, une usine hydraulique établie sur ce système, et actionnant des machines électriques , ces machines pourraient fournir directement l’électricité, soit comme force motrice, soit comme éclairage, sans avoir besoin, comme dans les deux systèmes précédents, d’emmagasiner une certaine quantité d’électricité dans des accumulateurs, pour la distribuer dans les moments d’arrêt.
- Veuillez agréer, etc.
- E. II.
- 1 Yoy. n° 502 du 13 janvier 1883, page 99.
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- LE VIADUC DE KINZUÀ
- AUX ÉTATS-UNIS
- Le plus grand viaduc américain est sans contredit celui dont l’érection est sur le point d’être terminée sous la direction et pour le service du New-York, Lake Erie and Western Railroad.
- 11 est situé au milieu du comté de Mc Kean, à 4 milles d’Alton, et coupe le Kinzua Creek à 2100 pieds (740 mètres) au-dessus du niveau de la mer.
- Pendant de nombreuses années, la vallée de
- Kinzua a été un obstacle des plus sérieux à l’établissement d’une ligne de chemin de fer entre Buffalo, N. Y., et Pittsburg, Pa.
- Cette vallée est encaissée entre deux versants très escarpés, couverts d’une végétation abondante, et bien que la pente soit faible, le torrent coule dans un ravin très profond depuis sa source jusqu’au point où il se déverse dans la rivière Allegbany. Plusieurs études ont été faites pour trouver un bon tracé et une ligne d’un établissement facile, mais elles n’ont pas donné de résultat jusqu’au jour où M. 0. W. Barnes, ingénieur en chef de l’embranchement deBradfort de la ligne del’Erié, de New-York,
- Viaduc de Kinzua, le plus haut du monde.
- Ce viaduc, dans sa plus graude hauteur, a 92 mètres et dépasse de 23 mètres les tours de Notre-Dame de Paris.
- proposa de couper simplement la vallée par un immense viaduc. Le projet de M. Barnes ayant reçu l’approbation de la Compagnie, cet habile ingénieur étudia, avec le concours de M. Ch. Pugsley, le point le plus favorable à la traversée de la vallée, et toutes les pièces de cet immense travail pour résister aux efforts auxquels elles devaient être soumises. Cette œuvre d’art, représentée dans la figure ci-dessus et que nous empruntons au Scientific American, a, entre les culées, une longueur totale de 2051 pieds (626 mètres) et une hauteur de 501 pieds (92 mètres) entre le niveau du rail et le lit de la rivière. Elle se compose de 20 arches de 61 pieds (18™,55) d’ouverture et de piliers droits en nombre égal qui ont 58,5 pieds (lln,,75) de
- largeur chacun. Les armatures ont 6 pieds (lm,50) de hauteur et 10 pieds (5 mètres) de large; elles sont continues d’un bout à l’autre et supportées par des colonnes d’un pied (50 centimètres) d’épaisseur qui augmentent de hauteur vers le milieu du pont.
- Les fondations sont établies le plus souvent sur du roc solide, quelques piliers près du fond sont cependant établis sur charpente. Les semelles de fer sur lesquelles sont fixées les colonnes sont encastrées dans les sommiers et chacune d’elles est solidement fixée à l’aide de longs tirants noyés dans les piliers en maçonnerie et assurés en place à l’aide de boulons et de larges plaques en fer. La construction de ce viaduc a absorbé près de 4000 000 de livres anglaises de fer et 7000 yards de
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- maçonnerie, son prix est d’environ 300000 dollars (un million et demi de francs). Sa construction n’aura exigé qu’une année de travail. 11 dépasse de 60 pieds le pont suspendu du Niagara, de 170 pieds le pont qui traverse l’Ohio à Cincinnati et de 45 pieds le Portage Railroad Bridge, sur la rivière Genesee. Le dessin ci-contre montre bien la hardiesse, la légèreté et l’élégance de ce travail remarquable : c’est à la fois une preuve nouvelle des progrès de la construction en Amérique et du caractère entreprenant de cette nation pour laquelle la nature semble ne présenter presque plus d’obstacles.
- L’AGRICULTURE EN CALIFORNIE
- M. F. de Savignon, chef des travaux d’agriculture à l’Institut national agronomique, vient de publier, sur la production et l’industrie agricoles en Californie, une très intéressante étude dont nous allons donner l’analyse.
- La longueur de la Californie est de 1287 kilomètres, sa largeur de 306 kilomètres et les sinuosités de la cote s’étendent sur 2765 kilomètres.
- Deux chaînes de montagnes principales forment la charpente osseuse de cette région, ce sont le Coast Ronge et la Sierra Nevada.
- La Californie est favorisée sous le rapport des cours d’eau; le versant du Pacifique compte un grand nombre de rivière ; le grand bassin de l’intérieur possède deux grands cours d’eau, le San Joaquin et le Sacranienlo qui se > ejoi-gnent et ont une embouchure pour ainsi dire commune.
- Des lacs nombreux, les bassins américains et du Klanath complètent l’hydrographie du pays.
- Le climat californien est admirable, surtout dans les vallées, car le froid s’y fait sentir; il ne ressemble du reste aucunement à celui des autres États de l’Est; les hivers y sont {dus chauds, les étés plus frais, et les variations de température moins brusques et moins fréquentes.
- Pourtant cette situation climatérique se modifie suivant chaque région de l’État à cause du voisinage des montagnes ou des lacs : de là des différences dans les productions du sol et l’assemblage des plantes des contrées tempérées, chaudes et glaciales.
- La population totale de la Californie est de 900 000 habitants. La superficie totale est de 842673 hectares, comprenant 155332 hectares de bonnes terres et 687 341 hectares de terrains médiocres ou mauvais.
- Le sol des vallées, et elles sont nombreuses à cause de la multiplicité des rivières et des ruisseaux, est riche et propre aux pâturages.
- Six grandes vallées ont une véritable importance culturale; ce sont celle de Santa Clara, riche comme production de céréales et d’arbres fruitiers; de Napa, qui se trouve dans une région viticole, apte à toutes les cultures et plus spécialement à la culture maraîchère. On y voit de nombreux troupeaux et la production du lait est pour les cultivateurs une source de grands profits. La vallée de Sonoma est plus chaude que celle de Napa, on y cultive surtout le froment et l’orge. Celle de Pétanuma est favorable aux cultures fruitières, les céréales y viennent aussi admirablement, et enfin les vallées du Sacramento et du San Joaquin.
- L’agriculteur économe et travailleur réussit facilement
- grâce au climat et à la richesse du sol. Le froment, l’orge, l’avoine, le seigle, le sarrasin, le maïs, le houblon, les produits des jardins, les fruits des divers climats s’y cultivent avec profit. Le tabac et le coton y prospèrent.
- Nous ajouterons que la sériciculture est appelée à s’y développer. Le Petit Journal de San Francisco, du 4 décembre dernier constate la rapidité avec laquelle le mûrier croît dans certaines régions. Il ajoute qu’aucune des maladies dont le ver à soie a été atteint en Europe, n’a été signalée en Californie. De nombreux échantillons de soie provenant de l’État ont été envoyés en Angleterre, en France et en Italie, et tous les fabricants ont exprimé l’opinion que cette soie ne le cédait en rien à celle produite dans les districts les plus renommés du Japon et de l’Asie Mineure.
- Le bétail est nombreux et bien tenu ; la production laitière est importante; l’élevage des moutons californiens, race croisée, avec des traces de sang mérinos, et celui des mérinos de notre bergerie nationale de Rambouillet y sont avantageux.
- La Californie est riche en bois. Les variétés d’arbres sont moins nombreuses que dans les pays tempérés d’Europe; elles se bornent relativement à un petit nombre d’essences, parmi lesquelles le cyprès, le pin, le cèdre, les diverses variétés du chêne, et enfin un grand nombre d’arbustes européens. Citons encore l'Eucalyptus globu-lus, le cirier du Japon, etc. On commence à cultiver le châtaignier.
- L’instruction agricole est largement répartie. Dans l’enseignement supérieur, qui est donné à l’Université de Berkeley, l’agriculture forme une des branches principales. Il y a été établi un jardin botanique d’un hectare et demi et l’on y cultive à titre d’essai les plantes les plus variées. De plus, l’Université possède des champs d’expériences principalement affectés à la culture comparative des céréales.
- M. F. de Savignon s’occupe ensuite des nouvelles voies internationales, achevées ou en cours d’exécution, qui devront bientôt faciliter les rapports de la Californie avec le monde et spécialement l’Europe.
- Il constate que le Far-West, si riche d’avenir, ne dispose que de deux voies principales : la navigation maritime par le Cap Ilorn qui s’effectue en cinq mois, et le Central Pacific Railroad aboutissant à New-York après un parcours de 3000 kilomètres. Cette dernière voie est très coûteuse.
- « Le percement de l’isthme de Panama, dit en terminant l’auteur du rapport, est surtout la plus heureuse perspective que ménage l’avenir. La distance entre les points les plus éloignés de l’Atlantique et l’Europe ne sera plus que de deux mois à peine par navires à voiles. Cet abrégement favorisera le commerce avec le Pacifique, rendra les échanges moins coûteux et attirera sur tous les marchés européens les produits féconds de l’industrie américaine en général et californienne en particulier. »
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- NOUVEAU MODE DE PRODUCTION DE L’ALUMINIUM. --------
- PRÉSERVATION DU FER CONTRE LA ROUILLE
- Il ne sera pas sans intérêt pour les lecteurs de La Nature d’avoir quelques renseignements complémentaires sur deux sujets précédemment mentionnés.
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- LA NATURE.
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- 1° La nouvelle découverte relative à Valuminium. — j Elle consiste en un procédé de fabrication de l'alumine par calcination de l’alun mêlé de goudron dans des fours appropriés. Un traitement sommaire enrichit les cendres obtenues de manière à leur donner la composition suivante :
- Alumine................... 84,10
- Sulfate de zinc........... 2,08
- Silice..................... 7,40
- Eau........................ 4,20
- Sels alcalins.............. 1,62
- Total. . . . 100,00
- M. Webster, l’inventeur, parvient même à enrichir cette poudre grise ainsi obtenue jusqu’à 89 pour 100 d’alumine.
- Ce n’est qu’une application industrielle, heureuse et intelligente, car je suis loin de vouloir rabaisser le mérite de l’inventeur, au contraire, d’une réaction indiquée dans le Dictionnaire de Wurtz, tome Ier, première partie, page 175 : « Lorsqu’on chauffe modérément dans une cornue 3 p. d’alun calciné avec 1 p. de noir de fumée, on obtient une poudre noire qui s’enflamme facilement à l’air; c’est un mélange d’alumine, de charbon et de sulfure de potassium très divisé.,.. »
- L’alumine coûte par cette méthode dix fois moins que par la méthode par précipitation employée jusqu’à ce jour, mais il ne s’ensuit pas que le prix du métal soit abaissé dans la même proportion, loin de là.
- Dans le traitement des produits de la calcination de l’alun, on obtient des sous-produits d’assez grande valeur pour payer une partie des frais de calcination. Ils consistent en matières tinctoriales succédanées de l’indigo. M. Webster est actionnaire de la Crown métal Company, produisant toutes espèces de bronzes, près Birmingham.
- 2° Préservation de la surface du fer et de l’acier. — L’inventeur, G. Bower, agit par l’air et l’oxyde de carbone à haute température. Le professeur Barff agissait par la vapeur d’eau, laquelle se décomposait au contact du fer au rouge. Dans les deux cas, il se forme une pellicule d’oxyde magnétique de fer.
- M. Bower a acquis les brevets Barff dans tous les pays, de manière à pouvoir combiner les deux méthodes suivant les besoins.
- Une Société parisienne qui exploitait les brevets Dodé, consistant à recouvrir le fer de couches de plomb et à les dorer, bronzer ou platiniser, ne parvenant pas à conserver à ces enduits leur adhérence, acheta tous les brevets de Bower et les exploite, concurremment avec ceux de Dodé, sur une grande échelle. En Belgique, le département des Travaux publics a expérimenté le procédé et on en a fait un rapport favorable.
- Suivant M. Bower, l’oxyde magnétique forme une espèce d’émail faisant corps avec le métal et ne pouvant s’en détacher en aucune manière. Cet enduit présente souvent des couleurs assez jolies pour dispenser de toute ornementation.
- L’inventeur préconise son invention pour les longrines et traverses de chemins de fer, les conduites d’eau et de gaz, les ustensiles de cuisine, etc., etc. Pour les conduites de gaz, l’enduit préservateur permettrait d’en diminuer le poids d’une façon considérable*.
- O. Hock,
- Ingénieur.
- 1 D’après Iron and Steel Institute.
- LES SPECTACLES SCIENTIFIQUES
- l.ES SPECTRES VIVANTS
- Les spectres vivants ont fait la réputation d’un petit théâtre situé, pendant les dernières années du second Empire, boulevard du Temple, et connu sous le nom de Théâtre Robin.
- Toutes les pièces à spectres, représentées soit dans ce théâtre soit dans d’autres, avaient pour but de montrer sur la scène, à un moment donné, une figure dont les formes étaient parfaitement distinctes, qui se trouvait détachée du sol, suspendue dans l’espace, cette ligure, ce spectre, se déplaçait, exécutait des mouvements, avait des jeux de physionomie, en un mot, semblait vivante; cependant elle se laissait pénétrer par les objets, par les personnages de la pièce, transpercer par une épée, un bâton, un sabre, et ce n’est presque qu’à cette particularité que les spectateurs devinaient qu’ils n’avaient devant eux qu’une forme immatérielle.
- Quelques exemples feront mieux comprendre le genre de ces pièces fantastiques. Presque toujours c’étaient des pantomimes. Dans l’une d’elles le génie de Paganini venait, sous la forme d’un petit diable rouge voltigeant dans l’air en jouant du violon, se poser auprès du corps du grand musicien. Dans une autre, un jeune homme voit dans un rêve des bacchantes lui verser à boire, il tend sa coupe, et le public aperçoit une bacchante-spectre, qui d’une amphore fait couler un jet de vin-spectre dans la coupe réelle. Dans une pièce jouée, en 1868, au théâtre de l’Àmbigu, la Czarine, pièce qui présentait cette particularité, d’avoir été truquée par le célèbre Robert-Houdin, on voyait pour le dénouement la scène suivante : 11 s’agit de démasquer un imposteur qui se fait passer pour le czar Pierre III...
- « Un sarcophage sort d’un rocher1, il se dresse, il s’ouvre et laisse apparaître un fantôme couvert d’un linceul. Le tombeau retombe, le spectre reste debout... le haut du linceul tombe et on voit apparaître les traits livides de l’ex-souverain. Le faux czar tire son sabre et d’un seul coup il lui tranche la tête qui roule à terre avec fracas. Tout aussitôt, la tête vivante de Pierre III apparaît sur le corps du fantôme, le faux czar affolé se précipite sur le spectre dont le corps retombe dans le sarcophage, mais dont la tête reste à la même place, suspendue, les yeux fixés sur ceux de l’usurpateur. Celui-ci I frappe la tête de son sabre, le sabre passe au travers. Alors sous cette tête apparaît tout à coup le corps de Pierre III en grand costume et revêtu de ses insignes... Le faux czar confondu avoue ses crimes et le fantôme disparaît. »
- Le scénario auquel se rapporte notre gravure consistait en ceci : Un jeune homme dans l’élégant costume des chevau-légers, voit apparaître une forme blanche qui, se dessinant peu à peu, montre bientôt une ravissante jeune fille. Il tombe à ses pieds, veut 1 Magie et physique amusante de Robert Boudin, p. 98.
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- saisir la main qu’on lui présente, mais il ne rencontre rien; il hésite, il recule, la vision disparaît. La scène change alors, une autre forme blanche apparaît comme précédemment, mais lorsqu’elle devient distincte le jeune homme aperçoit un affreux spectre décharné, couvert d’un suaire, qui le menace et s’avance vers lui. Le jeune homme saisit alors son épée et en transperce le spectre, on voit l’épée au travers le corps de celui-ci, c’est cette scène que représente notre gravure.
- Ces illusions sont obtenues par des effets de glace. Le principe en a déjà été exposé dans La Nature l, nous le rappellerons en deux mots.
- Il arrive journellement qu’en passant devant un magasin fermé par de
- grandes
- îlaces
- sans
- tain, on aperçoive sur ces glaces la réflexion d'objets se trouvant dans la rue, en même temps que l’on distingue parfaitement les personnes qui sont dans le magasin. Ce phénomène a lieu avec d’autant plus d’intensité que les objets extérieurs sont plus éclairés; le soir, au crépuscule, par exemple, on voit les lanternes des voitures traverser le fond des magasins dont le gaz n’est pas encore allumé. C’est ce phénomène qui, observé par le physicien anglais Popper, lui donna, en 1865, l’idée de produire des spectres dans les théâtres, de là les spectres vivants, les Pepper's ghost (les ombres de epper), nom sous lequel on les désigne généralement en Angleterre.
- On peut faire chez soi une petite expérience qui à elle seule permet de bien faire comprendre toutes les conditions qui doivent être remplies pour que les spectres donnent une illusion de réalité : On prend une vitre ordinaire qu’on peut faire tenir verticalement au moyen de deux gros livres placés à une de ses extrémités, derrière cette vitre on met debout une carte à jouer, devant on place une autre carte appuyée comme la première sur une grosse épingle plantée debout. Auprès de la vitre on place une lumière. En approchant ou en éloignant celle-ci, c’est-à-dire en réglant l’éclairage des deux cartes, et par un léger tâtonnement, on arrivera à placer un spectre bien distinct de la seconde
- Fijr. 1.
- 1880, t. II, p. 184.
- carte près de l’image de la première. Le jouet appelé ombrascope permet facilement de faire cette expérience. Si on remplace les cartes par de petites poupées on pourra avoir des marionnettes-spectres.
- Dans les théâtres, quand on produit des spectres, la salle est dans l’obscurité, la scène très peu éclairée; celle-ci est séparée du public par une grande glace sans tain, inclinée d’environ 20 degrés, plus ou moins, suivant la disposition des places dans, la salle. Devant la scène se trouve une grande ouverture qui donne dans le dessous du théâtre, là, sur un chariot, couvert d’étoffe noire, que pousse un machiniste, se trouve le personnage qui apparaît sur la scène sous forme de spectre. Il doit
- être incliné parallèlement à la glace pour que son image paraisse verticale. La lumière d’une très forte lampe oxhydrique, ou électrique, le suit dans ses mouvements. On comprend qu’il suffise de former l’obturateur de la lampe pour que le spectre disparaisse instantanément aux yeux des spectateurs.
- D’après les lois de la rétlexion, la figure réfléchie apparaît derrière le miroir à une distance égale à celle qui l’en sépare. Les spectres apparaissent donc au public, non sur la glace, non sur le devant de la scène, mais bien au milieu de celle-ci, ils semblent ne loucher à rien. Ce fait ajbute à leur singularité. Détail à noter, l’acteur qui est en scène ne voit pas le spectre qui est censé le charmer, ou plus souvent l’effrayer, aussi pour qu’il n’y ait pas de bévues de sa part, le scénario doit être parlaitement réglé, et les places que l’acteur et le spectre doivent occuper sont soigneusement marquées sur le plancher de la scène.
- Lorsque le théâtre ne permet pas, par sa disposition, de placer l’acteur faisant le spectre dans le dessous, on peut le placer dans la coulisse, la glace doit être alors verticale, mais en biais sur la scène. Dans ce cas les effets sont plus iimités que dans le premier. Employé cependant dans plusieurs féeries ce truc a permis de faire paraître ou disparaître instantanément des fées, des génies, de donner une forme à des visions, à des rêves. Pour ces derniers, les spectres fondants (dissolowing-spectres) sont tout indiqués. Ils consistent à faire apparaître successi-
- Expérienee du spectre lumineux exécutée avec des cartes à jouer et un verre à vitre.
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- A NATURE.
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- Fig. 3. — «Joupc de la salle montrant la disposition de l'expérience.
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- vement, sans interruption, divers objets qui se transforment sous les yeux des spectateurs. M. Ro-bert-Houdin a ainsi obtenu de très curieux effets. Les spectres fondants sont obtenus en plaçant un objet sur la scène pour être vu directement, et un autre dans le dessous pour être vu par réflexion et en éclairant, graduellement, l’un et non l’autre. L’image du moins éclairé disparait pour faire place au même point à celle de l’objet qui reçoit à ce moment toute la lumière.
- Tel est le secret des spectres, c’est-à-dire d’une des plus jolies applications d’un principe d’optique à l’amusement des spectateurs.
- G. Keri.us.
- ÉMAILLAGE DE LA FONTE
- On sait l’extension considérable qui a été donnée à la production des objets en fonte émaillée. Les procédés de fabrication varient d’une usine à l’autre. Le procédé suivant, que nous décrivons ci-dessous d’après le Mecha-nacai World et qui est appliqué en Angleterre, donne de très bons résultats.
- Les récipients, ustensiles ou objets quelconques en fonte étant fabriqués par la méthode ordinaire, on les emmagasine, s’il y a lieu, dans un local parfaitement sec, de manière à éviter la rouille. De là, on les porte à l’atelier de décapage.
- Le décapage se fait au moyen de l’acide sulfurique étendu et du sable. Les objets sont ensuite lavés à l’eau chaude, séchés et essuyés à fond avec un linge. Dans cet état, ils sont prêts à recevoir une première couche préparatoire.
- Cette couche se prépare de la manière suivante : On mélange ensemble 50 parties de quartz finement pulvérisé et parfaitement sec, avec 22,5 de borax et 7,5 de spath fluor en poudre, soit en tout 80 parties. Ce mélange, calciné dans un crenset, donne 69 parties d’un résidu que l’on enlève et que l’on soumet au broyage. De ces 69 parties, 32 sont mélangées à sec avec 15 à 25 de quartz (généralement 25), 8 à 13 d’argile (généralement 8) et
- 1 de borax. Cette seconde mixture est réduite en pâte au moyen d’un broyage à l’état humide, opération pendant laquelle on ajoute 5 parties d’argile et 1 1/4 ou 1 1/2 de borax. On ajoute de l’eau jusqu’à ce que la pâte ait la consistance voulue, et l’on se sert de cette préparation pour donner une première couche aux objets en fonte, que l’on laisse ensuite sécher et que l’on porte, une fois secs, au four à moufle. Cette couche, après cuisson, est d’un jaune brun, très adhérente et ne peut pas être détachée par l’action de l’ongle.
- Une fois refroidis, les objets en fonte reçoivent la seconde couche ou couche d’émail. Pour la préparer, on mêle à sec 5 parties de spath fluor finement broyé,
- 2 d’oxyde de zinc, 9 1/2 d’oxyde d’étain, 1 1/2 d’os en poudre, 0,06 à 0,10 de bleu de cobalt. L’addition de matière colorante bleue a pour but de masquer le ton jaunâtre de l’émail. Ce mélange est préparé dans le laboratoire; cette opération est considérée dans les usines comme la plus importante, et on la tient généralement secrète. On ajoute encore au mélange 32 parties de feldspath pulvérisé, 19 à 19 1/2 de borax, 61 1/2 de soude, et 2 1/2 à 3 de salpêtre. On fond le tout dans un creuset
- dont le fond est percé, et la matière en fusion tombe dans un récipient placé sous la grille. Après refroidissement, on la réduit en morceaux que l’on nettoie et que l’on soumet au broyage. On prend 60 parties de la matière broyée, et on les pulvérise finement à l’état humide, en y ajoutant peu à peu de l’argile délayée dans l’eau, ainsi qu’une petite quantité d’oxyde de zinc. On ajoute encore de l’eau pour amener la préparation à la consistance convenable, et l’on donne la seconde couche aux objets en fonte que l’on chauffe jusqu’à la fusion de l’émail.
- L’émail ainsi obtenu ne doit présenter ni ampoules, ni raies. On examine les objets pendant quTiis sont encore chauds, et on les partage en deux catégories, ceux qui sont sans défauts et ceux qui ne sont que légèrement défectueux. On les goudronne extérieurement. Quant à ceux qui ont des défauts graves, on les laisse refroidir, et on enlève les parties défectueuses de l’émail au moyen de marteaux à pointe fine. On soumet les endroits ainsi dégarnis à un nouvel émaillage.
- Le procédé décrit ci-dessus, et qui consiste à fondre l’émail dans des creusets, est encore employé dans la plupart des usines. Le combustible dont on se sert est le coke. Cependant, on commence à remplacer, dans certaines usines du continent, le coke par la houille ou le lignite et les creusets par des récipients en fonte ou en fer.
- NÉCROLOGIE
- Sédillot. — La France vient de perdre une de ses illustrations chirurgicales : Sédillot est mort.
- 11 n’y a pas dans notre armée un seul officier du service de santé qui n’ait conservé le souvenir de l’enseignement merveilleux du vieux maître dont le nom appartient depuis longtemps à l’histoire de l’art. Mais c’est aussi et surtout en dehors de la médecine militaire que ce nom jouissait d’une autorité de premier ordre. C’est un grand chirurgien, un grand savant, un grand homme de cœur que la mort vient de nous prendre. Il avait soixante-dix-huit ans1.
- Il est impossible de concevoir une vie plus et mieux remplie. Il y a quarante ans aujourd’hui qu’à la suite d’un concours merveilleux il était nommé professeur de clinique chirurgicale à l’Ecole de Strasbourg.
- Sédillot avait pris sa retraite quand la guerre éclata. Il reprit du service, avec la grandeur simple d’un brave homme. Il fit son devoir, et quand il vit Strasbourg, sa patrie d’adoption, cédée à l’étranger, il revint à Paris, où l’Institut lui ouvrit ses portes. C’est là que nous avons eu l’honneur de le connaître, et nous revoyons encore ce beau vieillard, haut, pâle et maigre, avec sa longne figure pensive, dans l’expression comme attristée de ses grands yeux clairs.
- Dans le monde de la hiérarchie étroite des médecins militaires, Sédillot avait su garder son indépendance. Il l’imposait même, cette indépendance, à coups de franchise, de probité scientifique et de désintéressement.
- Sédillot laisse un Traité de médecine opératoire très estimé, plusieurs volumes de mémoires sur des points difficiles de la chirurgie. Son principal titre de gloire est le traité de l’Évidement des os, que les chirurgiens consulteront toujours.
- Depuis la guerre, Sédillot avait abordé divers problèmes
- 1 Sédillot est né à Paris le 14 septembre 1804.
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- LA NATURE.
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- de socialisme patriotique : Son livre sur le Relèvement de la France, peut être considéré comme la pensée dernière et, pour ainsi dire, le testament intellectuel de ce Strasbourgeois déraciné, de cet homme simple et fort, de ce grand cœur et de ce puissant esprit.
- G. Féuizet.
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- LE SCIAGE DE L’ACIER
- AU MOYEN DU SABLE
- La pratique mécanique est le résultat d’une nombreuse série d’expériences, les unes successives et méthodiquement suivies, les autres isolées et indépendantes.
- Il y a quelques mois, un ouvrier avait besoin de couper quelques bandes étroites dans une barre d’acier forgé et trempé, mais il fallait ne pas le travailler à chaud, pour ne pas avoir des bandes d’épaisseurs différentes. La scie ordinaire était absolument impuissante : après plusieurs essais infructueux, il se rappela avoir vu scier de la pierre à l’aide de sable et de lames de fer. Il remplaça alors sa scie en acier par un disque en fer doux, et projetant du sable de mouleur sur le disque tournant, il eut la satisfaction de voir progresser l’outil dans l’acier et de vaincre sa résistance obstinée. En remplaçant le sable de mouleur par du quartz finement pulvérisé, le disque en fer doux par de l’alliage de Muntz et en injectant de l’eau sur le disque, le travail marche mieux et plus rapidement. La vitesse de rotation doit être modérée, à peu près égale à celle à laquelle on tourne le fer, car sans cette précaution le sable et l’eau seraient projetés par la force centrifuge hors de l’outil et de la pièce à couper avant d’avoir joué leur rôle.
- C’est donc le sable qui est la véritable matière active et tranchante : l’huile et l’émeri ne sont pas aussi avantageux, car ils attaquent le disque plus vite que ne le ferait le métal le plus dur. Le quartz pulvérisé présentant des grains de toutes les grosseurs est celui qui donne les meilleurs résultats: il semble nécessaire que le disque soit plus doux que la matière à trancher; le disque ne doit pas être taillé en dents de acie, mais au contraire parfaitement uni sur toute sa circonférence. Quant à l’action du sable, elle paraît être précisément analogue à celle produite dans le sciage du marbre et des autres pierres dures lorsqu’on fait usage de lames non dentées : le disque ne sert qu’à pousser le sable contre la matière à couper, et il est probable que la douceur relative du métal qui le compose est utile en permettant aux grains de s'encastrer dans le disque et de le transformer en une sorte de scie à dents de quartz sans cesse renouvelées ; l’eau sert à la fois à empêcher réchauffement du disque et à faciliter le renouvellement de ces dents mobiles qui font automatiquement place à d’autres plus aiguës dès qu’elles ont été émoussées par le travail. Ainsi s’expliquerait, à notre avis, la nécessité d’avoir toujours un disque plus mou que la matière h trancher, sous peine de voir l’effet inverse se produire ; c’est-à-dire une pièce en métal mou, user un disque en acier dur, fait paradoxal en apparence1.
- 1 D’après le Scientific American.
- —<>^~
- LE PORT DE LA ROCHELLE
- ET UE BASSIN DE LA TALICE
- La ville de La Rochelle, où se réunissait l’année dérnière l’Association française pour l’avancement des sciences, est située, comme on sait, sur une sorte de presqu’île avancée en mer et découpée par de nombreux canaux qui rappellent un peu l’aspect de la Hollande. C’est donc essentiellement une ville à la mer, comme le remarque M. Bouquet de la Grye ; son pprt est situé au fond d’une rade bien abritée dans une position particulièrement avantageuse qui a fait sa fortune et lui avait donné uue situation prépondérante sur les autres ports de l’Océan au temps où la navigation à la voile existait seule (fig. 1).
- Aujourd’hui la navigation à vapeur a créé des conditions nouvelles qui ont arrêté le développement de ce port et pourraient même lui devenir fatales. Il n’a plus en effet qu’un mouillage intérieur nul; à marée basse les bateaux de pêche eux-mêmes sont tous échoués, les navires peuvent bien entrer dans les bassins, mais seulement à marée haute, et en utilisant la hauteur de montée de l’eau. Enfin, la hauteur des marées est beaucoup plus restreinte à La Rochelle que dans les autres ports de l’Océan, comme Cherbourg, Brest ou Granville, par exemple, où elle peut atteindre 15 mètres, tandis quelle est limitée là à A ou 5 mètres et c’est seulement dans des circonstances exceptionnelles qu’elle arrive à 6 mètres et qu’elle peut dépasser le chiffre minimum de tirant d’eau actuellement exigé des navires à long cours.
- Une pareille situation menaçait la ville d’une décadence prochaine, s'il n’y était porté remède, et il devenait nécessaire d'étudier les moyens d’approfondir le port pour le mettre à même de recevoir en tout temps les bateaux à long cours. On peut dire d’ailleurs que cette question vitale pour La Rochelle intéresse même le pays tout entier, car ce port qui est si bien situé sur l’Océan d’une manière générale paraît appelé à servir de point de transit de l’Ouest vers le centre de la France, l’Est et la Suisse; il attirera probablement une grande partie du trafic lorsque la ville sera rattachée au réseau de nos canaux par une ligne allant de Saint-Amand à Niort. Au moment où l’étranger cherche à nous enlever le trafic international du côté de l’Est par des tarifs de détournement, il était important de ne pas laisser de côté, suivant l’expression de M. Bouquet de la Grye, les armes que la nature avait mises dans nos mains.
- La question de l’approfondissement des ports fut donc mise à l’étude, et M. Bouquet de la Grye, l’éminent ingénieur hydrographe, en fut chargé. C’était là, comme on le comprend immédiatement, un travail des plus complexes et des plus difficiles, exigeant une connaissance approfondie du régime
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- des eaux et des vents sur la côte. Il ne servirait à rien en effet d’approfondir le port si l’on doit perdre au bout de quelques années par des atterrissements inévitables cette profondeur si péniblement acquise, et il importe avant tout de se mettre bien à l'abri des dépôts. Pareille question ne se poserait pas sur la Méditerranée, par exemple; la mer n’a pas de marée, et il est presque toujours possible d’y créer un port en un point désigné sur la côte par des convenances purement terriennes.
- M. Bouquet de la Grye a poursuivi cette étude avec une persévérance et un esprit de méthode qu’on ne saurait trop admirer. « C’est en séjournant sur les lieux pendant plusieurs années, dit M. Tré-lat, en battant la mer dans tous les sens, en recueillant les observations et les documents de toutes sources, en consultant les marins de tous ordres, en sondant les fonds et en analysant les éprouvettes marines aussi bien que les terres des côtes, des sols voisins et des massifs montagneux d’où partent les deux grands bras de la Gironde, que M. Bouquet de la Grye a réuni les bases et fixé les facteurs du difficile problème qu’il avait à résoudre. »
- C’est ainsi qu’il est arrivé à déterminer le régime des vents le long de la côte, à montrer qu’ils se rattachent aux vents alisés. Ils soufflent régulièrement dans la direction du Sud au Nord, en entraînant avec eux des eaux chargées de matières en suspension qui viennent se déposer au fond de la mer et forment des atterrissements sur une surface de plus de 2 millions d’hectares. Les sondages opérés sous la direction de M. Bouquet de la Grye ont montré que la vase ainsi déposée le long de la côte jusqu'en Bretagne était formée des dépôts charriés par la Gironde, et qui, en arrivant à l’embouchure, étaient ensuite entraînés par les vents. Il y a ainsi formation lente d’une véritable assise géologique formée avec les débris arrachés par le fleuve au massif des Pyrénées. C’est là un phénomène de transport qui se reproduit d’ailleurs depuis des époques très reculées, car on retrouve ces mêmes dépôts gigantesques sur une grande étendue de la surface de l’Aunis, par exemple, où elle forme même une couche spéciale appelée dans le pays terre de bry, et il est
- impossible d’en expliquer la provenance autrement, le terrain environnant étant d’une composition différente.
- Les sondages multipliés sur la côte ont permis de dresser une carte complète et bien détaillée de la baie de La Rochelle, comme on peut en juger par le spécimen que nous reproduisons dans la figure 2, et quant à ce qui concerne les pertuis d’arrêt du port actuel de La Rochelle, ces recherches ont montré qu’ils étaient particulièrement atteints par les atterrissements dont nous venons de parler.
- Au contraire, on a reconnu qu’à l’extrémité de la presqu’île, la pointe de Chef de Baie ne subit que très peu de modifications ; et elle est appelée à résister longtemps encore, car elle est protégée contre les lames par l’île de Ré et contre les dépôts par
- [es courants qui vont du pertuis d’Antioche dans le pertuis Breton. C’est là que M. Bouquet de la Grye propose d’établir le nouveau port à 5 kilomètres de la ville, dans le cou-reau de l’île de Ré en face de la rade de La Palice; le choix de ce point se trouvait même tout indiqué dans une certaine mesure, car il existe là une dépression de terrain appelée la Mare de la Besse qui a même servi autrefois de port et qui est fermée seulement du côté de la mer par un cordon littoral.
- Les plans proposés, en partant du projet de M. Bouquet de la Grye, ont été adoptés par les pouvoirs publics, et une loi du 2 avril 1880 a déclaré d’utilité publique les travaux à exécuter pour la création d’un port en eau profonde dans celte rade, port dont le tracé est représenté sur la figure 3.
- Ces travaux comprennent, comme on le voit, un avant-port d’une superficie de 12hect,50 limité par deux jetées, l’une au Nord allant du N.-E. au S.-O. et ayant 310 mètres, et l’autre au Sud ayant 310 mètres de longueur; il va en s’élargissant depuis l’entrée jusqu’au fond où il doit être protégé par deux br sc-lames. Le chenal d’accès sera creusé à 5 mètres au-dessous des plus basses mers à la cote — 8.
- Le bassin lui-même occupe une surface de 1 l1,pct,30 et se compose d’une partie rectangulaire de 400 mètres de long sur 200 de large creusée à la cote — 7 et
- Fig. 1. — Vue de La Rochelle au seizième siècle. (D’après une ancienne gravure.)
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- LesSondes sont exprimées en Mètres . Mètres.
- Fig. 2. — Sondages exécutés par M. Bouquet de ia Grye dans la rade de La Rochelle.
- Fig. 5. — Plan du nouveau port projeté dans la rade de La Paliee
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- destinée spécialement aux grands navires, et enfin d’une partie en trapèze de 500 mètres sur 110 creusée à la cote — 6.
- Dans ces conditions, meme aux marées les plus faibles, les navires trouveront des profondeurs de 8m,66 dans la première partie et de 7ra,66 dans la seconde, la hauteur moyenne des marées en mortes eaux étant de lm,66. Au moyen d’écluses à sas disposées à cet effet, on ne laissera jamais le niveau du bassin s’abaisser au-dessous de la cote de -h 2 mètres; et avec une profondeur de 9 mètres d’eau, on assurera ainsi en tout temps l’accès du bassin aux plus gros navires, même aux cuirassés.
- Le bassin sera entouré de quais en maçonnerie d’un développement total de 1754 mètres.
- Les écluses prévues au projet seront au nombre de deux, l’une ayant 22 mètres de large et 150 mètres de long pour le passage des navires de guerre, et l’autre ayant 14 mètres de large, divisée en deux sas ayant l’un 80 mètres et l’autre 54m, 10 de long.
- Les dépenses prévues s’élèvent à 19 500000 francs, comprenant pour l’avant-port et les jetées 12 millions, et pour le bassin et les écluses 7 500 000 francs.
- L. R.
- UN NOUVEAU LÉGUME
- LA FICOÏDE GLACIALE
- La Nature a signalé dans le Compte rendu de la séance de l’Académie des Sciences du 8 janvier 18851 le très important mémoire de M. Hervé Mangon sur les remarquables propriétés d’une petite plante méditerranéenne, la Ficoïde glaciale.
- Cette curieuse plante peut avoir d’autres applications que celles dont s’occupe M. Hervé Mangon. Non seulement je la fais cultiver dans mon jardin depuis quinze ans (dans le département du Nord et en Normandie), comme une plante ornementale très étrange, mais encore comme une plante fournissant un légume excellent, très productif et venant avec la plus grande facilité.
- On sème au printemps sur terreau, et, quand les plants atteignent 6 à 7 centimètres, on les repique en planche dans une bonne terre de potager, en les espaçant de 50 centimètres, car ils tallent beaucoup.
- On commence la récolte lorsque les branches ont environ 30 centimètres de longueur. On lave ces branches et on les blanchit, c’est-à-dire qu’on les met à l’eau bouillante et salée et leur laisse faire quelques bouillons jusqu’à ce qu’elles s’attendrissent sous le doigt.
- Alors on les retire de l’eau et les égoutte. Puis prenant chaque branche séparément et tenant l'extrémité de la main gauche, on fait glisser à travers la main droite fermée, de manière à séparer la pulpe des fibres (comme l’on ferait pour éplucher une feuille d’oseille).
- On jette le paquet de fibres qui reste, et on remet la pulpe dans une casserole avec beurre, poivre et sel. On laisse sur le feu un bon quart d’heure en tournant souvent.
- 1 Yov. n° 5D2 du 13 janvier 1883, p» 111.
- Au moment de servir, on ajoute une petite liaison de lait et de fécule.
- Ce légume accompagne très bien les œufs pochés et toutes les viandes rôties.
- V. Mairesse, In^énium1.
- Croisset-Itouen.
- CHRONIQUE
- Le centenaire de la découverte des aérostats.
- — On s’apprête à célébrer dignement à Paris, le centième anniversaire de la mémorable découverte que l’on doit au génie des frères Montgolfier. Le programme de la cérémonie qui aura lieu le 5 juin prochain n’est pas encore arrêté, mais déjà les Sociétés aéronautiques, et le groupe des aéronautes praticiens, ont nommé, d’un commun accord, une Commission qui a demandé au Conseil municipal de Paris de prêter son concours à cette fête scientifique et patriotique. D’autre part un Comité, s’est organisé à Annonay, et a ouvert une souscription publique pour l’érection, dans cette ville, d’un monument à la gloire des inventeurs. Le montant de la souscription dépasse actuellement la somme de 52 000 francs. Les souscriptions doivent être adressées à M. Léopold Bechetoille, trésorier du Comité annonéen du centenaire de Montgolfier, à Annonay (Ardèche).
- Orage magnétique au cap Horn. — Les dernières nouvelles reçues de la mission du cap Horn nous informent que la grande perturbation magnétique du 17 novembre dernier (Voy. n° 497 du 9 décembre 1882, p. 25) a été également observée au cap Horn. D’après les renseignements fournis à M. Mascart, par M. Le Can-nelier, un des officiers attachés à la mission, l’orage magnétique a commencé vers cinq heures du matin, le 17 novembre, et atteint toute sa force dans la nuit du 17 au 18; la déclinaison a changé de 40 minutes en trois heures et les deux composantes ont éprouvé des variations de même ordre. Si l’on compare ces résultats à ceux qui ont été communiqués à l’Académie par M. Renou, dans la séance du 27 novembre 1882, on voit, en tenant compte de la différence des longitudes, que la perturbation principale s’est manifestée presque au même moment au cap Horn et à l’Observatoire du parc Saint-Maur ; mais on ne pourra apprécier exactement la relation des deux phénomènes que par le détail des observations.
- Les pôles d’extrême froid. — Toutes les observations faites jusqu’ici confirment l’existence, dans l’hémisphère nord, de deux pôles de froid, c’est-à-dire de deux points qui atteignent la plus basse température, l’un au nord-est de la Sibérie, l’autre dans l’Archipel arctique de l’Amérique. La position géographique exacte de ces deux pôles n’est pas exactement définie parce que les observations ne sont pas encore assez nombreuses, mais l’on en possède cependant assez pour affirmer que le pôle de froid asiatique est au nord de Yahutsk, et que le pôle de froid américain se trouve au nord-ouest de Parry Islande, vers l’est de la Sibérie» Le pôle asiatique est en terre ferme, le pôle américain dans une mer parsemée d’îles ces conditions différentes sont l’origine de climats différents. Très du pôle sibérien, qui se trouve à une latitude relativement faible, entre 60° et 70°, le climat du continent est caractérisé par un hiver rigoureux et un été chaud : le pôle américain situé, dans un pays plus mari-
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- Unie, entre 65° et 68° de latitude, est constitué par un hiver plus doux et un été plus froid. On avait considéré jusqu’ici Yakutsk comme le point le plus froid de la terre, puisque la température moyenne de janvier est de — 45° : on a trouvé depuis, près de Werkojansk, en Sibérie, à une latitude d’environ G7°/12, des points dont la température moyenne de janvier est de — 55°. Le pôle de froid est.localisé en cet endroit pendant quatre mois de l’année, de novembre a mars ; pendant les mois d’avril et mai, le pôle de froid se déplace vers le nord-ouest pour revenir ensuite du côté de Werkojansk qui est le seul point toujours renfermé dans l’isothenne de — 40° pendant les mois de novembre, décembre, janvier et février de chaque année. La température moyenne annuelle du pôle de froid sibérien peut être estimée à 2°. M. Klutschak, membre de l’expédition du lieutenant Schwatka dans la péninsule Adélaïde et la baie de Cockburn, entre 06° et 68° de latitude, a trouvé un point plus froid que tous les autres ; la température en janvier 1880 y est descendue a
- — 72°, en décembre 1879 et février 1880, elle a été de
- — 68°. La température moyenne de décembre à février
- est de — 48° ; elle diffère fort peu de celle de Werkojansk, mais elle est inférieure de 18° a 21° a celle qui avait été notée jusqu’à présent dans les régions les plus froides de l’Amérique. (Die Nalur.)
- La maladie du café. — La Guzette de Bombay nous apprend que le café va avoir le sort des pommes de terre et du raisin. Dans certaines contrées, il disparaîtra graduellement comme la vigne. Un petit champignon apparaît d’abord sur une feuille, et bientôt après les envahit toutes et cause ainsi la mort de l’arbre. C’est ce qui est arrivé dans plusieurs pays des environs de Cevlan, et la maladie s’est répandue jusqu’à Java, où elle a causé de grands ravages.Dans les îles Fiji, où la maladie a sévi, le gouvernement est intervenu et a acheté toutes les plantations atteintes de la maladie ; il a détruit tous les arbres en les faisant brûler, et a ainsi garanti tout ce qui restait. Heureusement, jusqu’à présent, la production du café en Amérique, et surtout dans les Indes Occidentales, n’est pas atteinte par cette maladie.
- Découverte d’un grand lac en Afrique. —
- M. Lupton, gouverneur de la province égyptienne de llohr el Ghazal, écrit au Times qu’un grand lac vient d’être découvert dans le pays des Barboa, à environ 5 degrés 40 minutes de latitude nord et à 25 degrés de longitude orientale. 11 est presque aussi grand que le Victoria Nyanza.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 février 1885. — Présidence de M. Blanchard.
- Vitesse des comètes. — Maintenant que l’étude mathématique en est terminée, on sait que la grande comète de 1882 se mouvait, à son voisinage du soleil, avec une vitesse de 75 kilomètres par seconde. M. Thollon profite de cette notion pour rappeler que par la simple étude du déplacement des raies du sodium dans le spectre de la comète, il en avait conclu pour celle-ci une vitesse de translation comprise entre 01 et 76 kilomètres par seconde. C’est là évidemment un succès dont l’auteur esl bien autorisé à se montrer fier.
- Rapidité des sensations olfactives. — La conséquence
- d’expériences que vient de faire M. Baunis au laboratoire de physiologie de la Faculté des Sciences de Nancy, c’est que le temps nécessaire pour que les sensations olfactives soient perçues de manière qu’on puisse faire un signe, varie pour la même personne avec les diverses substances odorantes. Sur lui-mème, l’auteur a trouvé que l'ammoniaque se fait sentir au bout de 57 centièmes de seconde, le camphre au bout de 50 centièmes de seconde, l’acide phénique au bout de 67 centièmes. Quant au musc, il paraît que sa perception est assez rapide pour défier toute mesure. On regrettera que l’auteur ne décrive ni sa méthode, ni les appareils dont il a fait usage.
- Circulation verticale de Vhydrogène solaire. — Nos lecteurs savent déjà comment M. Faye explique maintenant les taches solaires. La mince couche d’hydrogène qui constitue la chromosphère est le siège de tourbillons qui pénètrent dans la photosphère jusqu’à 800 kilomètres au moins et injectent à cette profondeur le gaz très léger de la surface. Celui-ci remonte sur les côtés de la trombe et acquiert sous la double influence de sa faible densité et de sa haute température une vitesse qui, lui faisant dépasser la couche chromosphérique, la lance au milieu de l’atmosphère coronale sous la forme de protubérances roses. En pénétrant dans le véritable vide représenté par la couronne où le spectroscopc trouve surtout l’élément hélium jnconnu sur terre, le gaz hydrogène subit en même temps l’influence de la force répulsive émanant de la surface chaude du soleil ; et c’est ainsi que s’expliquent les dimensions colossales des protubérances.
- Les speclroscopistes qui font de ces phénomènes une étude suivie affirment que les protubérances s’élèvent avec des vitesses de 80, 100, 120 lieues par seconde. Or, s’il s’agissait d’un transport effectif de matières, ces nombres en disproportion avec tout ce qu’on connait seraient absolument inacceptables. M. Faye explique l’apparence observée de la manière suivante: Legazprotubérantiel, en se dilatant dans l’espace normal, se refroidit prodigieusement et cesse d’être visible ; mais bientôt le rayonnement solaire qui représente de 1500 à 1500 calories par mètre carré et par seconde, le réchauffe et le rend perceptible. C’est par le bas du nuage d’hydrogène que cette visibilité commence, et elle gagne successivement jusqu’en haut. Or, d’après M. Faye, c’est elle qui se propagerait avec la vitesse énorme mentionnée tout à l’heure ; — et non pas le gaz lui-même.
- Uéclipse du 6 mai. — Comme président du Bureau des Longitudes, M. Faye annonce que l’expédition destinée à l’observation de l’éclipse solaire du 6 mai, partira au commencement du mois prochain. Elle sera commandée par M. Janssen, qui a choisi comme théâtre d’opérations une petite île absolument déserte de l’Océan Pacifique et ne recule pas devant 100 jours de mer pour pouvoir faire 6 minutes d'observation (encore si le mauvais temps ne vient pas mettre obstacle à l’entreprise). M. Tacchini et M. Palizza ont obtenu l’autorisation de se joindre à l’expédition, et il faut espérer qu’un naturaliste pourra également y trouver place.
- Les microbes des poissons. — Ayant examiné les tissus d’un grand nombre de poissons marins avec toutes les précautions recommandées par M. Pasteur, MM. Ollivier et Richet y ont presque constamment trouvé (100 fois sur 102) des légions innombrables de microbes. Ceux-ci ont pu être cultivés suivant les méthodes connues. On ne sait comment ils ont pénétré dans l’économie des poissons.
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- Varia. — Une note sur les sulfites est déposée par M. Cahours, de la part d’un auteur dont le nom nous échappe. — Une dépêche annonce le passage de l'expédition Fleuriais, venant de Santa Cruz, à Montevideo, et une autre celle de la mission du Rio Negro à Lisbonne. — M. Becquerel transmet des recherches sur la fonction chlorophyllienne des végétaux.— La magnifique collection de photographies de M. le colonel Perrier est placée sur le bureau de l’Académie.
- Stanislas Meunier.
- FOUTEAU A PÉTROLE
- POUR l.ES
- USAGES DOMESTIQUES
- Par suite de l’introduction dans la consommation publique des huiles de pétrole, essence minérale, etc., une nouvelle branche d’industrie a pris naissance dans le but d’utiliser sous toutes ses formes ces carbures d’hydrogène d’une richesse exceptionnelle.
- Tout le monde connaît la belle lumière que produit le pétrole brûlé dans une bonne lampe bien construite.
- On a souvent tenté d’appliquer Je pouvoir calorique énorme que développe la combustion de ces huiles pour la cuisine et les usages domestiques ; différents types d’appareils ont été construits, qui rendaient plus ou moins bien comme résultat les espérances qu’en avaient fondées leurs inventeurs, mais ils présentaient une particularité de construction commune à tous qui les obligeait à créer autour de la flamme un appel d’air plus ou moins énergique destiné à oxyder, le plus complètement possible, les produits gazeux.
- M. L. Prud’homme, pour résoudre le problème, a créé un nouveau système qui permet d’utiliser le maximum de la chaleur produite par la combustion.
- Dans le fourneau que nous représentons, c’est l’essence minérale qui est principalement employée, aussi a-t-il fallu trouver une disposition particulière qui permît d’utiliser sans-danger ce produit volatil et supprimer complètement toute vaporisation intempestive.
- Cet appareil se compose d’un corps de lampe A
- au centre duquel s’élève un tube cylindrique B, dans lequel se trouve logée une mèche destinée à conduire le liquide à vaporiser, la partie supérieure de ce tube supporte une calotte en toile métallique qui coiffe la mèche, au-dessus de ce capuchon se trouve un tube C fait en Y, surmonté d’une couronne creuse destinée à admettre et conduire les gaz qui doivent brûler à la partie supérieure de l’appareil, la couronne est à cet effet percée d’une série de trous.
- Tout ce système de tubes est supporté par deux pieds tournés en spires E E' fixés sur une douille mobile F à frottement doux sur le tube cylindrique B.
- Ceci posé, voici comment fonctionne l’appareil :
- Après avoir soulevé la douille mobile de façon à découvrir la mèche, on entlamme celle-ci, on abaisse ensuite la douille jusqu'à ce que la partie évasée du tube inférieur arase le capuchon métallique, on présente ensuite une allumette à l’anneau qui s’enflamme et brûle avec une flamme bleue courte et très chaude.
- Pour se rendre compte du phénomène, il suffit de se rappeler que dans toute flamme c’est la partie périphérique seule qui étant en contact avec l’oxygène de l’air, s’oxyde et brûle: la partie centrale est donc occupée par des gaz chauds qui ne brûleront à leur tour que par couches successives. Si donc par un procédé quelconque on soustrait une partie de la flamme du contact de l’a.ir, on aura réalisé sur place une distillation gazeuse qu’on pourra utiliser comme bon semblera, c’est la partie capitale du système. Les gaz chauds par leur faible densité provoquent un appel d’air énergique qui se mêle à la masse, la divise et favorise singulièrement son oxydation, en outre, ce courant d’air vient refroidir constamment les parties métalliques inférieures qui tendraient à s’échauffer et préviennent, de cette façon, toute vaporisation.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
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- Fourneau à pétrole, système Prud'homme.
- A, corps de lampe contenant l’essence minérale. — B, tube cylindrique dans lequel se trouve logée la mèche. — C, tube en Y destiné à puiser et conduire le gaz.— D. couronne creuse percée de trous d’où s’échappent les gaz destinés à être en-llammés. — E, E', supports métalliques faits à dessein d’une certaine longueur pour retarder et éviter la propagation de la chaleur. — F, douille hélicoïdale qui par sa rotation permet d’élever ou d’abaisser le système mobile. — G, point d’arrêt. — H, trépied.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- 17 FÉVRIER 1885
- LA NATURE
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- L’OURAGAN DU 2 FÉVRIER
- Le 1er février au matin, le Bureau central météorologique de France enregistrait une forte baisse barométrique signalée à Valentia; cette baisse baro-
- Fig 1. — Palissade des constructions de l’Hôtel de Ville renversée par l’ouragan.
- rasque avait son centre près de Scilly où le baromètre descendait à 0m,729; elle n’a pas tardé à
- Fig. 3. — Bec de sraz arraché de son scellement, boulevard Saint-Germain.
- L'ouragan a sévi avec une violence rare en Espagne, à Santaniler, à Bilbao, à Saint-Sébastien ; un grand nombre de maisons ont été endommagées, et il y a eu plusieurs victimes sur terre et sur mer.
- La tempête qui s’est fait sentir en France, dans les départements, et surtout sur les côtes de laMan-H* année.— 1er semestre.
- 1883 OBSERVÉ A PARIS
- métrique s’est accentuée dans l’après-midi, et vers deux heures une bourrasque se produisait au sud de l’Irlande. Le lendemain 2 février cette bour-
- Fig. 2. — Un commissionnaire jeté à terre par le veut, à la Pointe-Saint-Eustache.
- amener une tempête du Sud-Ouest sur toutes lei côtes de l’Atlantique et de la Manche. /
- Fig. 4. — Voiture renversée par la tempête, rue Saint-Dominique.
- che et de l’Océan, a été aussi d’une intensité peu commune à Paris, où le vent impétueux a causé de nombreux accidents dont nous avons cru devoir enregistrer les plus importants.
- Le vent S. S. W. a atteint à Paris une grande violence dans la nuit du 1er au 2 février, mais dans
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- LA NATURE.
- la matinée du 2, vers dix heures, son intensité est | devenue considérable ; il soufflait en pleine tempête de dix heures du matin à trois heures de l’après-midi.
- L’eau de la Seine habituellement si paisible était soulevée en véritables vagues; de tous cotés, les ardoises, les tuiles, se détachaient des toitures et venaient se briser sur le pavé; dans les jardins publics, dans les squares, sur les boulevards, le sol était jonché de branches arrachées aux arbres ; sur plusieurs points, les chevaux, piqués, harcelés, par les débris de toute sorte qui les atteignaient, refusaient d’avancer, puis prenaient tout à coup les allures les plus dangereuses.
- Sur le quai de l’Hôtel-de Ville, au coin de la place, à la suite d'un coup de vent terrible, une large portion de la palissade entourant les travaux du côté du quai, s’est abattue avec fracas, recouvrant un passant de ses débris. Ce malheureux fut écrasé par les poutres, et quand on le releva, il était mort(fig. 2).
- Au même moment, un pauvre commissionnaire, chargé de cartons, était renversé à la Pointe-Saint-Eustache et si gravement contusionné qu’on dut le faire conduire dans une pharmacie (fig. 1).
- Place du Châtelet, la violence du vent était telle, que les jets d’eau de la fontaine se trouvaient projetés de toutes parts, se répandant en pluie fine sur les trottoirs et fouettant le visage des passants.
- Un des vitrages cintrés des Halles-Centrales a été brisé et un des vendeurs a été blessé assez grièvement à la tête par les éclats de verre.
- Vers onze heures du matin, dans un chantier de boiset charbon de La Chapelle, la toiture d’un hangar a été arrachée; un débris mesurant plus de vingt mètres carrés a été projeté à une grande distance et est tombé sur une voiture chargée de charbon. Le charretier et le cheval ont été blessés.
- Boulevard Saint-Germain, à l’angle de la rue Saint-Jacques, un bec de gaz a été renversé (fig. 3). Neuf cheminées sont tombées sur la voie publique.
- Rue Saint-Dominique, une voiture de maître attelée d’un cheval a été renversée par le vent. Le cocher a été grièvement contusionné à la jambe gauche (fig. 4).
- Dans la même rue, quatre cheminées sont tombées sans occasionner aucun accident.
- Rue des Moines, 24, une feuille de zinc s’est détachée de la toiture quoiqu’elle fût très solidement scellée ; les enlèvements de chapeaux se sont comptés par milliers et les journaux ont raconté l’histoire d’un malheureux qui descendit en courant les Champs-Elysées presque entièrement pour retrouver son couvre-chef.
- Aussitôt après les accidents causés par la tempête, un de nos dessinateurs, M. C. Gilbert, a été sur place faire d’après les renseignements qu’il s’est procurés, les croquis que nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs, et qui nous ont paru de nature à être enregistrés comme des faits exceptionnels à Paris.
- On concevra quelle devait être la force du vent pour faire tomber un homme chargé, renverser une voiture et arracher un bec de gaz de son scellement. Le baromètre était très bas pendant toute la durée de cette tempête, et vers dix heures du matin, il était descendu à 0m,745.
- On sait du reste que les courants aériens peuvent atteindre parfois des vitesses extraordinaires, qui leur font exercer sur les objets qu’ils rencontrent des pressions énormes ; mais malheureusement les chiffres de mesures précises, manquent absolument. Fresnel dans son Mémoire sur la construction des phares, estimait la plus forte pression du vent à 275 kilogrammes par mètre carré; mais il semblerait que ce chiffre peut encore être dépassé. Le 27 février 1860, une tempête de l’Ouest déchaînée dans la plaine de Narbonne à travers le défilé où passent le canal et le chemin de fer du Midi, eut ass'ez de violence pour renverser en partie deux trains de chemin de fer qu’elle avait pris en travers entre les stations de Salces et de Rivesaltes. On a estimé que la pression exercée avait dû être de 400 kilogrammes par mètre carré.
- Rappelons enfin que dans les cyclones, la pression du vent est telle qu’elle produit des effets auxquels on serait tenté de ne pas croire, s’ils n’avaient été souvent constatés d’une façon certaine dans un grand nombre de localités.
- A la Guadeloupe, le 25 juillet 1825, lors d’un ouragan resté mémorable, des maisons solidement bâties, ont été entièrement renversées par le vent. Le vent avait imprimé aux tuiles qu’il enlevait, une vitesse si considérable que plusieurs de ces tuiles s’incrustaient dans des portes contre lesquelles elles étaient projetées.
- En 1823, un cyclone qui passa près de Calcutta renversa 1239 huttes de pêcheurs et en quatre heures, causa la mort de 215 personnes.
- Tous ces phénomènes s’expliquent par la vitesse que prend l’air, et malgré sa nature gazeuse; on ne doit pas oublier que c’est du gaz en mouvement qui chasse le boulet du canon, d’où il s’échappe avec tant de force.
- Gaston Tissandier.
- TRANSPORT DE FORCE A DISTANCE
- PAR DEUX MACHINES DYNAMO-ÉLECTRIQUES
- EXPÉRIENCES DE M. MARCEL DEPREZ ENTRE MIESBACH ET MUNICH ET AUX ATELIERS DU CHEMIN DE FER DU NORD, A PARIS
- La Commission électro-technique de l’Exposition d’électricité ouverte à Munich en septembre-octobre 1882 vient de publier son rapport sur les expériences de transport de force à distance exécutées par M. Marcel Deprez entre Miesbach et Munich, sur une distance de 57 kilomètres.
- Le transport a été effectué à l’aide de deux ma-
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- chines dynamo-électriques identiques, du système Gramme, roulées de til très lin (4 dixièmes de millimètre de diamètre pour l’anneau).
- La ligne, formée d’un lildefer de 4,5 millimètres de diamètre, présentait une longueur totale de 114 kilomètres (aller et retour) et une résistance électrique mesurée de 950,2 ohms.
- Les expériences dont nous allons faire connaître les résultats ont eu lieu les 9 et 10 octobre 1882, après une série d’accidents qui avaient endommagé la machine établie à Miesbach, et dont les réparations ne purent être faites qu’avec de grandes difficultés.
- Voici les chiffres obtenus par la Commission composée de MM. les professeurs Dorn, Kittler, Pfeiffer et Schrôter, dans des conditions que la Commission considère comme défavorables, mais que la détérioration complète ultérieure des machines l’a mise dans l’impossibilité de répéter :
- QUANTITÉS 3IESURÉES
- Résistance de la ligne................... 950,5 ohms
- — de la génératrice, à Miesbach. 453,1 —
- — de la réceptrice à Munich. . . 453,4 —
- Nombre de tours de la génératrice à Miesbach, par minute........................ 10 H
- Intensité du courant à Miesbach, en ampères 0,519 Nombre de tours de la réceptrice, à Munich, par minute.......................... 752
- Différence de potentiel aux bornes de la
- réceptrice, à Munich................... 850 vols
- QUANTITÉS CALCULÉES
- Travail électrique total........1,13 cheval-vapeur
- — extérieur. ... 0,947 —
- Travail d’échauffement total. . . . 0,680
- Travail disponible pour le transport
- de la force................... 0,435 —
- Travail recueilli au frein... 0,25 —
- Le travail électrique disponible pour le transport de la force représente, dans ces conditions, trente-neuf pour cent du travail électrique total.
- (Les premières notes présentées à l’Académie des Sciences annonçaient un rendement électrique variant de 60 à 68 pour 100, calculé par le rapport des vitesses des deux machines).
- Les déterminations mécaniques entreprises en même temps que les mesures électriques n’ont donné aucun résultat exact, parce que, d’une part, le dynamomètre de Von Hefncr-Alteneck, établi à Miesbach pour mesurer le travail absorbé par la génératrice, était trop puissant pour la petite force à mesurer et que, d’autre part, les vibrations de la machine réceptrice à Munich ont été cause que le travail obtenu au frein ne s’est élevé qu’à 0,25 HP (1/4 de cheval-vapeur), c’est-à-dire moins de 60 pour 100 du travail disponible.
- Nous devons faire remarquer ici que la Commission a calculé le travail électrique total à Miesbach en supposant qu’il ne s’est produit aucune perte par
- dérivation sur la ligne. C’est là une hypothèse favorable au rendement dont il faut tenir compte, car les expériences télégraphiques journalières montrent qu’elle n’est aucunement justifiée en pratique. En réalité, le travail obtenu à Munich était d’environ 20 kilogrammètres par seconde fl/4 de cheval-vapeur), et le travail mécanique effectivement dépensé à Miesbach était supérieur au chiffre théorique de 1,15 cheval-vapeur (85 kilogram-mèlres par seconde). On peut donc admettre que les expériences de Miesbaeh-Munich ont établi le fait suivant :
- Deux machines Gramme identiques (type A), roulées de fil fin, peuvent, lorsque la génératrice dépense un travail mécanique effectif de cent kilogrammètres par seconde ( 1,53 cheval-vapeur), transporter à 60 kilomètres de distance, sur une ligne de 1000 ohms de résistance environ, un travail effectif de vingt kilogrammètres par seconde (1/4 de cheval-vapeur), avec un rendement mécanique de vingt pour cent et un rendement électrique d’environ 40 pour 100.
- Nous n’avons pas à tirer de conclusion de ces résultats, puisque la Commission nous apprend que M. Marcel Deprez s’est décidé à répéter l’expérience avec des machines plus solidement construites et qu’à son avis, c’est alors seulement qu’on pourra prononcer un jugement décisif sur le rendement, mais nous avons voulu enregistrer les mesures relatives à une expérience qui a vivement attiré l’attention des électriciens pendant ces derniers mois et donné lieu à de nombreuses discussions auxquelles le rapport de la Commission mettra un terme, du moins en ce qui concerne les éléments mesurés.
- Nous avons assisté le 6 février à de nouvelles expériences faites aux ateliers du chemin de fer du Nord à l’aide de machines plus puissantes. La machine génératrice est encore une machine Gramme à fil fin modifiée dans la forme de ses inducteurs pour éviter les pôles conséquents qui caractérisent les inducteurs de toutes les machines de Gramme. La réceptrice est une machine Gramme type D (modèle des phares). Les deux machines sont roulées de fil fin et disposées l’une à côté de l’autre dans les ateliers du chemin de fer du Nord : nous reviendrons tout à l’heure sur le circuit qui les relie.
- La génératrice est reliée à la transmission qui l’actionne par un dynamomètre de transmission du général Morin prêté par le Conservatoire des Arts et Métiers, la réceptrice est munie d’un frein de Pronv, destiné à mesurer le travail mécanique produit. Dans les expériences auxquelles nous avons assisté, les machines ont été menées à une allure très modérée et l’on n’a fait aucune mesure précise devant le nombreux public qui se pressait dans la salle des expériences.
- C’est là une mesure sage et prudente à laquelle nous applaudissons, et nous attendrons les chiffres officiels que ne manqueront pas de nous fournir les ingénieurs du chemin de fer du Nord pour apprécier et discuter l’importance et la valeur des modifica-
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- LA NATURE
- tions apportées par M. Marcel Deprez aux machines Gramme dans le but de les approprier au transport de la force à de grandes distances. Nous voulons seulement appeler l’attention de nos lecteurs sur un point, très important à notre avis, relatif à la disposition si différente des machines et des circuits dans les deux expériences que nous rapprochons, dispositions inverses l’une de l’autre et pour lesquelles certaines influences, nuisibles dans un cas, deviennent favorables dans l’autre, et ne permettront pas de tirer des conclusions des expériences entreprises au chemin de fer du Nord si l’on conserve le couplage adopté dans les expériences que nous relatons.
- Dans les expériences de Miesbach-Munich, les machines génératrice G et réceptrice R étaient disposées comme le montre la figure 1 : les dérivations dues à un isolement plus ou moins imparfait de la ligne ont pour effet de diminuer l’intensité T du courant qui traverse la réceptrice et, par suite, le travail produit et le rendement. Il ne faut pas perdre de vue en effet que l’influence des dérivations ne suit pas la loi de Ohm et que les pertes sont plus que dou-
- Fig. 1. — Montage des machines dynamo-électriques entre Miesbach et Munich.
- G. génératrice. — H, réceptrice — Les dérivations de courant sur la ligne ont pour effet de diminuer l’intensité du courant I' dans la réceptrice et par suite le travail produit et le rendement. Un mauvais isolement de la ligne est nuisible. C’est le cas général d’une transmission de force.
- blées lorsque la force électromotrice de la source est doublée.
- Cette remarque, duc à M. Fleeming-Jeokin *, trouve ici son application dans les transports de force à haute tension, et il serait du plus grand intérêt de déterminer exactement, par des mesures directes, l’influence de ces pertes et leur valeur absolue : Ainsi se trouvent justifiées les critiques que nous adressions tout à l’heure à la Commission de Munich, qui, a priori, avait jugé bon de les négliger et de les supprimer dans ses calculs. Il est incontestable cependant que, dans le cas de l’expérience de Munich, et ce sera le cas général d’une transmission de force, ces pertes diminuent à la fois le travail produit et le rendement.
- Examinons maintenant le montage des machines aux ateliers du chemin de fer du Nord, représenté sur le diagramme figure 2.
- La génératrice G et la réceptrice II sont reliées par deux conducteurs, l’un très court, de résistance négligeable et parfaitement isolé, le second constitué par une ligne télégraphique aérienne formée par un fil de fer de k millimètres de diamètre et
- 1 Electricity and magnétisai. 4* édition, p. 517.
- de 20 kilomètres de développement, aller et retour (les deux fils sont reliés ensemble au Bourget).
- Dans ces conditions, il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 2 pour voir que, quelle que soit la résistance de la boucle formée par la ligne télégraphique, et quel que soit son isolement, l’intensité du courant qui traverse la réceptrice sera toujours égale à l’intensité du courant qui traverse la génératrice, cas absolument différent du premier. Mais il y a plus : les jours de pluie, lorsque la ligne aura un moins bon isolement, la résistance de cette boucle sera moins grande, et le travail recueilli, toutes choses égales d’ailleurs, sera plus grand qu’avec un bon isolement. De là cette conséquence, paradoxale en apparence seulement, qu’une ligne mal isolée est préférable à une ligne bien isolée, alors que 1’expérience de Munich (lig. 1) indique l’inverse.
- Pour tirer quelques conséquences des expériences entreprises au chemin de fer du Nord, il faudra donc employer un autre couplage, soit en séparant les deux machines et les plaçant l’une dans les
- El E’I
- Fig. 2. — Montage des machines dynamo-électriques aux ateliers du chemin de fer du Nord.
- G, génératrice. — II, réceptrice. — Les dérivations de courant sur la ligne n’influent pas sur l’égalité nécessaire entre le courant qui traverse la génératrice et le courant qui traverse la réceptrice. Ces dérivations diminuent la résistance de la ligne, augmentent le travail produit. Un mauvais isolement de la ligne est favorable (cas inverse du premier).
- ateliers, l’autre au Bourget, à l’autre bout de la double ligne, pour retrouver des conditions analogues à celles de Miesbach-Munich, soit en établissant une seconde double ligne télégraphique aux lieu et place du fil court et parfaitement isolé qui relie actuellement les deux machines.
- L’emploi d’une ligne télégraphique dans les conditions actuelles est une superfluité et ne permet pas de tirer, relativement au transport en ligne, plus de conclusions qu’on n’en pourrait tirer d’une expérience de laboratoire, avec des résistances en fils de fer ou de maillechort roulées sur des bobines ou fixées sur des supports isolants.
- Une expérience n’est concluante qu’autant qu’elle n’a plus rien à redouter de la critique; celle que nous faisons ici nous paraît capitale. Les expériences entreprises au chemin de fer du Nord n’auront une signification quelconque que le jour où la ligne sera placée dans des conditions telles que les influences extérieures exercent sur les éléments du transport des actions de même sens et de même grandeur que celles réellement exercées dans les conditions normales de fonctionnement pratique.
- E. Hospitalier.
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- LA NATURE.
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- MESUREUR DE LIQUIDES
- SYSTÈME HÉROS
- 11 est difficile de citer une invention nouvelle dont on ne puisse trouver les racines dans l’antiquité. Tel est le cas du mesureur de liquide que signalait La Nature dans son numéro du 12 janvier 1885.
- Héron d’Alexandrie en avait déjà proposé un qu’il décrit ainsi dans ses Pneumatiques :
- Fig. J. — Dicaiomètre de Héron,
- « Construction d'un vase appelé Dicaiomètre (c'est-à-dire La juste mesure) qui, ayant été rempli de liquide, en laisse couler une quantité égale chaque fois qu'on le renverse, »
- « Voici cette construction (fig. 1) :
- « Soit un vase dont le col est fermé par un diaphragme. Près du fond on place une petite sphère r d’une capacité égale au volume que l’on veut faire écouler. A travers le diaphragme on fait passer un petit tube AE qui communique avec la petite sphère; ce tube doit être percé d'un trou très fin A près et au-dessous du diaphragme. La sphère est percée à sa partie inférieure d’un petit trou z d’où part un tube ZII allant communiquer avec l’anse du vase qui est creuse. A côté^ de ce trou le globe doit avoir un autre trou A qui le fait
- communiquer avec l’intérieur du vase; l'anse doit avoir aussi un évent ©.
- « Après avoir bouché l’évent ©, on remplira le vase de liquide au moyen d’un trou que l'on rebouchera ensuite. On pourra'également se servir du tube AE, mais il faudra alors percer un petit trou dans le corps du vase pour donner issue à l’air L Le globe r se remplira en même temps que le vase. Maintenant, si nous retournons le vase en laissant libre l'évent ©, le liquide qui se trouve dans le globe r et dans le petit tube AE s’écoulera2. Si nous refermons l’évent et que nous ramenions le vase à sa position primitive, le globe et le tube se rempliront de nouveau, car l’air qu’ils contiennent sera chassé par le liquide qui s’y précipitera 3. Le vase étant encore une fois renversé, une quantité égale de liquide coulera de nouveau, sauf cependant une différence provenant du petit tube AE, car ce petit tube ne sera pas toujours plein et se videra à mesure que le vase se videra ; mais cette différence est tout à fait insignifiante. »
- $
- Fig. 2. — Bouteille magique de Héron.
- Le système des tubes concentriques munis de trous qu’emploie M. Monroy avait également son analogue chez les Grecs. 11 servait à produire un tour très élégant de physique amusante dont voici la description d’après le même ouvrage de Héron. Peut-être le verrons-nous, quelque jour, apparaître aussi dans les trinkhalls des boulevards.
- 1 Ce trou doit être bouché ensuite.
- 2 En effet, l’air entrera par l’évent 0 dans le globe T; d’autre part, le liquide qui passe par le tube AE bouche le trou très lin A et empêche l’eau de pénétrer par là dans le vase, de telle sorte que le liquide contenu dans ce vase ne peut couler dans le globe
- 5 L’air du globe s’échappera par le tube AE, et le liquide du vase coulera dans le globe parce que l’atmosphère pourra exercer sa pression au-dessus, grâce au trou très fin A redevenu libre.
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- LA NATURE.
- (t Étant donné un vase, y verser par l'orifice des vins de plusieurs espèces et en faire couler, par un même goidot, celui que l'on désignera, de telle sorte que, si différentes personnes ont versé différents vins, chaque personne retire à son tour tout le vin quelle a versé.
- v Soit AB (fig. 2) un vase hermétiquement clos dont le col est fermé par un diaphragme EZ et qui est divisé en autant de compartiments que l’on a l’intention d’y verser d’espèces de vin. Supposons par exemple que H© et K A soient les diaphragmes formant les trois compartiments M, N, S, dans lesquels on doit verser du vin. Dans le diaphragme EZ on perce de petits trous correspondant respectivement avec chacun des compartiments. Soient o, n, P ces trous, dans lesquels on soude de petits tubes II 1, O T et P Y qui se dressent dans le col du vase. Autour de chacun de ces tubes on perce dans le diaphragme EZ des trous encore plus petits, comme ceux d’un crible, par lesquels les liquides peuvent couler dans les différevts compartiments. Quand donc nous voudrons introduire l’un des vins dans le vase, nous boucherons avec les doigts les évents 2, T, Y, et nous verserons dans le col 4> ce vin qui y restera sans couler dans aucun des compartiments, parce que l’air qui est contenu dans ceux-ci n’a pas d’issue; mais, si nous ouvrons l’un des évents 2, T, Y, l’air qui est dans le compartiment correspondant sortira et le vin coulera dans ce compartiment par les trous du crible. Refermant alors cet évent pour en ouvrir un autre, nous introduirons de même une autre qualité de vin, et ainsi de suite quel que soit le nombre des vins et celui des compartiments correspondants du vase AB.
- « Voyons maintenant comment chacun peut venir retirer à son tour son propre vin par le même goulot.
- « Au fond du vase AB on dispose des tubes qui partent de chacun des compartiments, savoir : le tube partant des compartiments M, le tube «cr de N, enfin lp de E. Les extrémités ip, a- et p de ces tubes doivent communiquer avec un autre tube aÿo-p dans lequel est ajusté exactement un autre tube p fermé en r à son extrémité intérieure et ayant des trous percés aux droits des orifices -p, a et p, de telle sorte que ces trous puissent, à mesure que le tube tournera, recevoir respectivement le vin contenu dans chacun des compartiments et le verser au dehors par l’orifice dudit tube {3. A ce tube on fixera une broche en fer Ss dont l’extrémité s portera une masse de plomb r, ; à l’extrémité ô on adaptera une épingle de fer retenant en son milieu un petit cornet dont la concavité sera tournée vers le haut. Supposons donc établi ce cône tronqué dont la plus grande base sera en \ et la plus petite en 0; on aura encore des petites boules de plomb de poids différents et en nombre égal à celui des compartiments M.NjS1. Si nous plaçons la plus petite dans le cornet £9, elle descendra à cause
- de son poids jusqu’à ce qu’elle vienne s’appliquer contre la surface intérieure du tronc de cône et on devra disposer les choses de telle façon qu’elle fasse tourner le tube [3 de manière à amener au-dessous de p celui de ses trous qui lui correspond et qui recevra ainsi le vin du compartiment M; ce vin coulera alors aussi longtemps que la balle restera dans le cornet, à moins qu’il ne soit totalement écoulé. Si maintenant nous enlevons la balle, le poids ï], en revenant à sa première position, fera fermer l’orifice p et cesser l’écoulement. Si nous plaçons de nouveau dans le cornet une autre balle nous produirons ainsi une plus grande inclinaison de la tige so et le tube [3 tournera davantage de manière à amener au-dessous de c- son trou correspondant, alors le vin qui est contenu dans le compartiment N coulera ; si nous enlevons la boule, le poids H redescendra à sa place primitive, le trou <r sera bouché et le vin cessera de couler. En plaçant enfin la dernière boule qui est la plus lourde, le tube p tournera encore davantage de manière à faire couler le vin qui est dans le compartiment £.
- « Il faut remarquer que la plus petite des balles doit être assez lourde pour que, placée dans le cornet, elle l’emporte sur le poids n et par suite détermine la rotation du tube [3; les autres balles seront alors suffisantes pour provoquer la rotation du tube (3.
- Il est fort probable que M. Monroy n’a point eu connaissance de l’ouvrage de l’ingénieur alexandrin dont la première traduction française vient d’être publiée, il y a peu de jours, chez M. Masson; mais un savant du dix-septième siècle, Jacques Res-son, en avait lu une traduction latine et avait publié l’appareil n° 2 avec quelques modifications dans son Théâtre des machines. Cet appareil se vulgarisa alors sous la forme d’un tonneau qu'on trouve reproduit dans presque tous les recueils de récréations physiques.
- On voit que l’archéologie scientifique ne se borne pas à être curieuse et qu’elle peut quelquefois être utile.
- A. te Rochas.
- LE REBOISEMENT DES MONTAGNES
- (Suite. — Voy. p. 151.)
- Les premières mesures législatives édictées en vue d’apporter un remède à tant de maux datent de 1860. Elles ont permis à l’Administration des forêts de tenter, pendant une période de vingt années, une série d’expériences des plus concluantes. Convenablement répartis dans les diverses régions monta-
- 1 Héron aurait dû ajouter que ces boules sontdes espèces de marques qu’on donne aux opérateurs quand ils viennent verser leur vin dans le grand vase. On va voir qu’il suffira que l’un quelconque de ces opérateurs jette sa boule dans le cornet pour faire aussitôt couler son propre vin.
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- LA NATURE.
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- gneuses du midi de la France, ces premiers essais ont affecté des terrains de toute nature, d’une superficie parfois très considérable et présentant toutes les difficultés qu’on pourra rencontrer lors dé l’exécution imminente de grands travaux d’ensemble. De vastes étendues de jeunes forêts recouvrent aujourd’hui des terrains naguère désolés; de nombreux et redoutables torrents sont devenus de simples ruisseaux inoffensifs ; la sécurité a été rendue à la circulation sur bien des passages dangereux et de nombreux villages ou hameaux sont aujourd’hui à l’abri des dangers qui les menaçaient jadis. Les heureux résultats de cette période d’essais, en donnant la mesure de ce qu’on est en droit d’obtenir dans un avenir prochain, réduisent aujourd’hui à une simple question d’argent la restauration des montagnes dont l'état de ruine produit un si douloureux contraste au milieu du développement actuel de la richesse et de la prospérité nationales.
- Ces expériences, qu’il était indispensable d’opérer dans une question neuve et sans précédents connus, soit en France, soit à l’étranger, ont eu pour conclusions un accord complet dans la position du problème et dans la manière de le résoudre.
- Tout le monde admet en effet aujourd’hui que la cause des maux signalés réside uniquement dans l’absence de tout tapis végétal sur les versants des montagnes qui, ainsi exposés sans défense aux influences météorologiques, sont livrés à la toute-puissance d’un affouillement n’ayant d’autre limite que la dureté de la roche supportant le sol végétal; d’où il résulte que ce n’est pas seulement l’existence du terrain superficiel qui se trouve compromise, mais la montagne elle-même, pour peu que la roche qui la compose se trouve susceptible d’altération.
- Le grand ennemi, le seul même que l’on ait à combattre, c’est donc Y affouillement dont la puissance est en raison directe de la pente des versants, de la masse des eaux susceptibles d’y couler dans un temps donné et de l’inconsistance du sol ou de la roche sous-jacente, et dont l’effet maximum est représenté par le torrent, c’est-à-dire par un cours d’eau, parfois non constant, qui a pour caractère principal d’arracher et de charrier des matériaux dans la montagne et de les déposer dans la plaine.
- C'est ce caractère tout spécial du torrent qui en fait l’auxiliaire le plus dangereux des inondations dans les plaines, par suite de la masse énorme de matériaux solides qui, fournis aux rivières, augmentent le volume de leurs crues et exhaussent constamment leur lit par une série de dépôts successifs.
- Le problème de la restauration et de la conservation des montagnes se pose donc fatalement ainsi :
- 1° Supprimer d’une part dans les torrents existants la possibilité d’affouillement et dès lors les charriages de matériaux, et d’autre part diminuer l’importance et la rapidité des crues; c’est-à-dire faire passer les torrents à l’état de ruisseaux non seulement inoffensifs, mais même bienfaisants; c’est
- ce que l’on est convenu de désigner sous le nom d'extinction de s torrents;
- 2° Empêcher et prévenir tout affouillement pouvant donner lieu, soit à la formation de nouveaux torrents, soit au renouvellement de l’activité des torrents éteints.
- La solution du problème ainsi posé fournit un contingent important à la régularisation du régime des eaux; elle intéresse donc l’utilité publique au double poin<t de vue du salut des régions montagneuses par la suppression des affouillements et des dépôts torrentiels, et de la préservation des plaines contre les inondations par la diminution du volume des crues et des matériaux charriés.
- L’expérience a démontré d’une manière éclatante, par des faits indéniables, ce que l’analyse avait indiqué, à savoir que cette solution consistait uniquement et simplement à rétablir sur les terrains dégradés, la végétation forestière que la nature y avait placée et dont la disparition était le fait de l’égoïsme ou de l’imprévoyance de l’homme.
- On sait, on prouve aujourd’hui par des faits, que la forêt seule est capable de protéger, sur les versants des hautes montagnes, le terrain contre l’effet mécanique des grosses pluies et des grêles, de retarder ou d’empêcher la fonte subite des neiges, de diviser à la surface du sol les eaux des pluies ou des neiges, d’en retenir une bonne partie, de ralentir l’écoulement du reste, de retarder leur agglomération dans les thalwegs des petits ravins et d’empêcher leur rassemblement simultané dans les gorges principales et qu’elle est appelée dès lors à jouer en quelque sorte le rôle du volant régulateur dans les machines, en composant, comme l’exprimait le regretté Yiollet-Leduc dans le XIXe Siècle (n° du 2 avril 1879), « comme une immense éponge retenant les eaux pluviales ou les neiges et distillant goutte à goutte le liquide absorbé ».
- Mais pour que la jeune forêt puisse s’implanter et se développer, il faut de toute nécessité que la stabilité du sol appelé à la nourrir ne puisse être compromise, surtout au début.
- Dans les terrains ravagés par les torrents on ne rencontre tout au plus cette stabilité que dans les intervalles qui séparent les ravins entre eux; les berges sont le plus souvent mouvantes, à talus très relevés, et constamment rongées à leur pied. 11 faut dès lors avoir recours à des travaux préparatoires appelés à mettre un obstacle immédiat à la puissance de l’affouillement, en attendant que la forêt ait pu développer et perpétuer son effet tutélaire et définitif.
- De là deux grands ordres de travaux : d’une part des travaux de correction ayant pour but la fixation préalable du sol par le traitement des torrents et ravins, et d’autre part des travaux de reboisement ayant pour objectif la création du massif forestier dans les parties stables ou devenues telles.
- Les travaux de correction sont donc en dernière analyse des moyens plus ou moins transitoires appe-
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- LÀ NATURE
- lés à permettre (l’atteindre le but définitif qui est la création de la forêt. Ils consistent surtout en barrages destinés à établir, dans les parties du torrent où ils sont jugés nécessaires, une série de paliers à pentes adoucies, à élargir la section par le relèvement du lit au moyen des atterrissements qu’ils provoquent et à permettre de guider les eaux d’écoulement sur -un nouveau lit inaf-fouillable en les éloignant du pied des berges en éboulement.
- Ces berges ainsi mises à l’abri des érosions prennent une assiette définitive qu’on aide au besoin par un talutage convenable après lequel le reboisement intégral peut être opéré sans aucun risque.
- Les barrages reçoivent, quant à leur forme et à la nature des matériaux qui les composent, des modifica -tions nombreuses suivant les cas qui se présentent. Les uns, construits en maçonnerie avec mortier, munis de puissants radiers , consti -
- tuent parfois de véritables ouvrages d’art; d’autres sont établis en maçonnerie de pierre sèche, leurs dimensions sont généralement faibles; pour d’autres enfin l’on adopte de préférence des matériaux ligneux qui, convenablement tressés, forment ce qu’on désigne sous le nom de clayonnages.
- Le nombre, les dimensions et la nature même des barrages nécessaires à la correction d’un torrent donné dépendent de son caractère spécial qui est déterminé par une série d’études hydrographiques et de levés au moyen desquels on peut projeter mathématiquement tous les travaux de ce genre
- reconnus nécessaires et en graduer l’exécution selon l’urgence et les ressources qu’on possède. On peut de la sorte entreprendre une œuvre d’ensemble, frapper à coup sur et opérer avec la plus stricte économie.
- Dans les grands torrents les barrages en maçonnerie sont le plus souvent reliés entre eux par une
- série de petits
- ~~ ~ ~ H? barrages, soit en
- pierre, soit en clayons. Ces ouvrages secondaires, formant un système bien coordonné, sont construits sur les atterrissements dos grands barrages, dans le but multiple de maintenir la pente souvent très forte de ces atterrissements, de guider les eaux dans leur nouveau lit rendu inaffouil-labla au moyen d’un pavage, de briser leur vitesse d’écoulement par la succession des chutes qu’elles subissent et de maintenir inattaquable le pied des berges.
- A ces travaux principaux s’ajoutent des drai-nages énergiquement multipliés, dans les cas assez nombreux où les berges se trouvent en état de glissement sur des plans rocheux fortement relevés et imperméables aux eaux d’infiltration.
- Toute la superficie des divers atterrissements provoqués par la série de ces ouvrages, est plantée avec le plus grand soin, de sorte qu’à la fin des travaux le lit et les berges se trouvent complètement recouverts et pour ainsi dire étouffés par le massif serré d’une puissante végétation forestière au milieu de laquelle le ruisseau qui remplace le torrent écoule doucement ses eaux inoffensives le
- Fig. 1. — Torrent du Bourget, périmètre de Faucon. Grand barrage n“ 2. (D’après une photographie de M. E. de Gayffier.)
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- Fig. 2. — Torrent du Bourget. Série de barrages et de clayonnages. — Périmètre de Faucon. (D’après une photographie de M. E. de Gayflier.)
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- LA N A TU K E.
- long (l’un nouveau thalweg fixe et inaffouillable.
- Dans les torrents ou sections de torrents qui reçoivent des matériaux, soit des glaciers supérieurs, soit des crêtes rocheuses dominantes, où l’on ne peut songer à tarir la source des déjections, l’on en est réduit à les retenir autant que possible dans le sein de la montagne. A cet effet l’on a recours à des barrages dits de retenue qui, susceptibles d’être exhaussés, présentent à leur amont une très vaste capacité destinée à emmagasiner les matériaux. Ce premier dépôt une fois rempli, on établit à l’amont un second ouvrage analogue et ainsi de suite.
- Les travaux de correction sont pour la plupart destinés à disparaître dans un temps donné, après avoir rempli le rôle transitoire qui leur était assigné. On ne doit en excepter que les grands barrages en maçonnerie dont le maintien perpétuel est indispensable et qui seuls feront l’objet d’un entretien continu. Le reste n’aura plus de raison d’être dès le moment où la jeune forêt, implantée sur les versants et jusque dans les moindres replis du terrain, aura pris un développement suffisant pour fournir au sol la protection qu’elle seule peut non seulement produire, mais perpétuer à jamais et augmenter progressivement, apanage précieux de sa vie propre qui la rend d’autant plus puissante qu’elle vieillit davantage alors que les ouvrages d’art, simples œuvres inertes, ne font que péricliter avec l’âge.
- Notre grande gravure (fig. 2) représente une vue d’ensemble de la région inférieure du torrent du Bourget (Basses-Alpes) ainsi que des importants travaux de correction dont il a été l’objet et qui ont consisté en une série de barrages en maçonnerie reliés entre eux par un système de clayonnages.
- Vers le centre, au premier plan, l’on aperçoit le barrage n° 1 de 3 mètres de hauteur et de 26 mètres de longueur; son atterrissement n’est pas encore réglé par des clayonnages.
- En remontant le cours du torrent, vient ensuite le barrage n° 2 d’une hauteur de 7 mètres et d’une longueur de 27 mètres. Sur les larges dalles du couronnement sont gravées les divisions d’une échelle limnimétrique, graduées de 10 en 10 centimètres d’élévation, qui permettent de déterminer la hauteur et le débit de chaque crue sur ce grand déversoir ; la guérite établie à gauche de cet ouvrage est destinée à abriter les observateurs.
- Les barrages 3, 4, 5 et 6 s’échelonnent dans le lit du torrent; ils mesurent respectivement 4 mètres, 3m,50,5 mètres et 5m,50 de hauteur de chute.
- Ces ouvrages, exécutés en solide maçonnerie de mortier hydraulique, ont été entrepris à la suite d’arrachements et d’éboulements considérables qu’on distingue à droite en regard du barrage n° 2 sur tout le versant, depuis la base jusque vers la crête.
- Ils ont notablement exhaussé et élargi le lit du torrent, rompu la violence des eaux, soustrait les berges à leurs affouillements, adouci la pente des talus que l’on a consolidés par des plantations
- et constituent par leur ensemble une puissante os' sature qui assure désormais aux versants voisins une complète stabilité.
- Au second_plan, l’on embrasse l’ensemble des marnes basiques qui entourent le haut bassin du Bourget.
- Dans le fond du ravin, on distingue de nombreux clayonnages qui en ont opéré la correction, et sur les versants voisins apparaissent les traces des plantations récemment commencées et que l’on va continuer de proche en proche.
- Au dernier plan se dressent les crêtes du bassin, à l’altitude de 3000 mètres.
- La figure 1 donne une vue détaillée du second grand barrage de la gravure placée en regard et de l’atterrissement provoqué à son amont.
- Depuis le couronnement de cet ouvrage jusqu’à la base du barrage immédiatement supérieur, sur le plan régulièrement incliné à 10 pour 100 que forme l’atterrissement, s’échelonnent à intervalles égaux des clayonnages transversaux destinés à rompre la vitesse des eaux en constituant une série de paliers à pente, très douce et à chutes répétées, tout en maintenant la pente générale de l’atterrissement rendu inaffouillable par le pavage du thalweg qui sert de lit d’écoulement pour les eaux, dont l’action délayante se trouve ainsi neutralisée.
- Des clayonnages longitudinaux, bordés de plantations serrées, forment les défenses de rives du nouveau lit et dirigent les eaux jusqu’au milieu du couronnement du barrage, d’où elles tombent en nappes limpides et inoffensives pour se mêler à celles qui drainées par l’atterrissement, s’échappent par le pertuis inférieur.
- A gauche les berges du torrent, régulièrement talutées, ont été ensemencées en graines fourragères et plantées en résineux.
- En remontant le cours du torrent, on distingue le barrage n" 3 avec son radier et les clayonnages qui garnissent son atterrissement.
- Ces deux gravures donnent une idée d’un système de barrages successifs, bien coordonnés et dont les atterrissements à pentes naturelles, souvent très fortes, sont maintenus à l’abri de tout affouille-ment par une série de clayonnages intermédiaires qui dans certains cas peuvent être utilement remplacés par de petits seuils en pierre sèche, quand les matériaux se trouvant sur place permettent de réaliser une économie importante.
- P. Demontzey.
- — A suivre. —
- PLANTES INTRODUITES A QUEENSLAND
- Nous trouvons dans les Proceedings of the Linnean Society of New South Wales (1879) une notice de M. E.-M. Bailev sur quelques-unes des plantes introduites dans la colonie de Queensland. Comme un certain nombre de ces plantes se rencontrent communément dans notre pays, il
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- LA NATURE.
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- nous paraît intéressant de reproduire quelques-unes des observations de l’auteur.
- C’est un fait remarquable que la rapidité avec laquelle la flore d’une colonie se trouve modifiée par l’introduction de plantes étrangères. Des établissements côtiers, les plantes nouvelles pénètrent dans l’intérieur, parfois rapidement, parfois avec lenteur, se développant ici avec une merveilleuse abondance, luttant ailleurs péniblement avec les autochtones et n’acquérant qu’une existence précaire.
- C’est souvent, en effet, une question de climat. On peut citer l’exemple de la Cryptostemma calendulacea R. Brown. C’est une plante de l’Afrique du Sud, assez semblable au Pissenlit, mais dont le pédoncule floral est plein, et dont les fleurs jaunes ont un centre d’un violet foncé. Introduite dans l’Adélaïde (South Australia) vers 1840, elle en a envahi toutes les plaines, détruisant presque entièrement les herbes et les plantes fourragères indigènes. Elle se développe avec vigueur au premier printemps, et couvre le sol au point d’étouffer toute autre végétation; mais elle se flétrit aux premières chaleurs, ne laissant qu’une masse desséchée, et des aigrettes laineuses, qui s’attachent à tous les objets, et nuisent particulièrement à la laine *. Bien qu’elle ait été sans aucun doute importée à diverses reprises dans la colonie de Queensland, elle ne réussit pas à s’y implanter, grâce au climat plus chaud dès le printemps.
- B n’en est pas ainsi delà Centaurea Melitensis L. qui, en compagnie de la C. solstitialis L. (notre chardon étoilé) a envahi la colonie au grand détriment des fermiers. Le chardon lancéolé (Cirsium lanceolatum Scop.) s’est trop bien acclimaté ; dans le sud de l’Australie et en Tasmanie, il est devenu un véritable fléau. On peut sans doute en dire autant de l’Onopordon acanlhium L. Une plus grande espèce, le Chardon-Marie (Carduus Marianus L.), ne paraît pas s’acclimater à Queensland ; mais dans l’Adélaïde, la colonie Victoria et la Tasmanie, il s’est abondamment multiplié, couvrant souvent de ses pieds épineux des hectares entiers.
- Chose intéressante à noter, on voit aujourd’hui ce chardon avec moins.de défaveur qu’autrefois. Il pousse sur des terres pauvres, et produit, même dans les saisons sèches, de larges feuilles succulentes. Les chevaux, les vaches et les moutons les mangent volontiers, lorsque l’herbe est rare. Dans la Nouvelle-Galles du Sud, les chevaux ont même appris à faire tomber les graines assez grosses contenues dans les têtes desséchées ; ils se montrent friands de ces akènes, qui les font engraisser.
- Le Plantain des oiseaux (Plantago major) et le Plantain lancéolé se sont rapidement acclimatés dans les terrains humides des environs de Brisbane. Le Mouron rouge (Anagallis arvensis) et sa variété bleue ont été parmi les premières plantes européennes qui se soient répandues en Australie. La chaleur du climat ne semble pas affecter beaucoup cette plante, qui pousse également bien en Tasmanie , en Victoria et dans l’Adélaïde.
- Toutes les plantes introduites ne sont pas des espèces nuisibles : la Passiflore comestible, que nous cultivons en serre, en France, est devenue une des plantes grimpantes communes dans Queensland, et le voyageur en rencontre partout les magnifiques fleurs et les fruits savoureux.
- Par contre, un bon nombre de Solanées se sont multipliées au point de constituer peut-être un réel danger. La pomme épineuse (Datura stramonium) passe pour
- 1 Je cite cette plante, bien qu’elle soit étrangère à la flore rançaise; elle pourrait s’introduire chez nous avec les laines d’Australie, largement importées dans notre pays.
- causer de temps en temps la mort de quelques animaux.
- Les Légumineuses ne se sont naturalisées qu’en petit nombre ; les luzernes et les trèfles que l’on cultive abondamment en Australie et qui prospèrent à merveille, ne se propagent pas d’eux-mènu s. Seuls, le Mélilof à petites fleurs (Melilolus parviflora llesf.) et le Medicago denti-culata Wild. se reproduisent spontanément. Ce dernier, que les Australiens appellent trèfle jaune, est une vraie peste pour les producteurs de laine, les petites épines crochues qui hérissent les graines se fixant avec persistance dans la toison du mouton. Les Vicia sativa L. et F. hirsuta Koch, se sont sans doute propagées accidentellement. La Cassia lævigata Wild. et la Cæsalpinia sepiaria Roxb. ont été involontairement introduites, l’une comme plante d’ornement, l’autre pour former des haies.
- Une Papavéracée, YArgemone Mexicana Tourn., étale dans toute la colonie ses feuilles piquantes d’un gris verdâtre et ses grandes fleurs jaunes. Les Espagnols l’appellent Figue d’enfer, à cause de l’effet narcotique de ses graines, plus stupéfiantes encore que l’opium.
- Les Crucifères ont fourni la Sénebière (Senebiera di-dymaYers.) et le Cresson d’eau introduit dans l’Australie du Sud par Mme Davenport, vers 1842, et qui s’est répandu dans la plupart des ruisseaux. Le Cresson sauvage (Sium lalifolium L.) se rencontre si abondamment qu’il paraît être une espèce indigène. Prix 8 francs.
- Le Ricin commun prospère parfaitement, et a donné un grand nombre de variétés. L’Ortie grièche (Urtica urens L.) est aussi devenue une plante commune.
- Il est souvent difficile de dire si une plante est ou non indigène, surtout lorsqu’il s’agit de Graminées; mais M. Bailey croit pouvoir affirmer que l’Ivraie (Lolium temu-lentum L.), le Palurin (Poa annua L.) et le Panic (Pani-cum maximum L.) ne sont pas originaires de Queensland.
- R. Vion.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité élémentaire du microscope, par Eugène Trutat, conservateur du Musée d'histoire naturelle de Toulouse. Première partie : Le microscope et son emploi, 1 vol. in-8“ avec de nombreuses gravures. Paris, Gauthier-Villars, 1883. Prix : 8 francs.
- Le microscope est l’instrument d’observation le plus utile au naturaliste, au chimiste, au physiologiste, et de nombreux auteurs y ont constamment recours. Aussi un traité comme celui que nous annonçons ici, écrit par un praticien et un savant, peut-il être considéré comme éminemment utile. L’ouvrage de M. E. Trutat nous paraît très complet, très bien divisé, et est certainement destiné à rendre des services aux micrographes.
- Meunerie et Boulangerie. Amélioration dans les procédés de fabrication, par Armengaud aîné, ingénieur, 1 vol. in-8° avec planches. Librairie Technologique. Paris. Prix ; 6 francs.
- Annuaire des journaux de Paris, donnant leurs titres, sous-titres, directeurs, format, etc., etc., et accompagné d’une table systématique, par Victor Gébé, 5e édition refondue et augmentée, 1 vol. in-18°, chez G. Brunox, 7, rue Guénégaud. Paris, 1885.
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- LA NATURE.
- NOUVEAUX GALVANOMÈTRES ÉTALONNÉS
- DE SIR W. THOMSON
- Le besoin de mesures électriques simples et exactes se fait d’autant plus sentir que les applications industrielles dont l’électricité est susceptible prennent un plus grand développement. Dans peu d’années tous les surveillants de machines et les garçons de laboratoire, comme le fait justement remarquer M. Andrew Gray dans Nature, sauront exactement le nombre de volts et d’ampères fournis par une machine donnée, dans certaines conditions de vitesse et de résistance extérieure, les volts et les ampères exigés par une lampe électrique à arc ou à incandescence, le nombre total de coulombs qu’un accumulateur peut fournir, etc.
- Mais l’usage pratique des appareils de mesure impose des conditions qu’ils ne remplissent pas tous au même degré : ils doivent être à la fois portatifs, sensibles, présenter une grande échelle de lecture, c’est-à-dire se prêter à la mesure de grandeurs très différentes et enfin pouvoir s’introduire facilement dans les circuits dont on veut mesurer les conditions de fonctionnement sans troubler ce fonctionnement d’une manière appréciable.
- C’est pour satisfaire à ces exigences nombreuses que sir \V. Thomson a combiné les deux appareils que nous allons faire connaître en rappelant brièvement les principes sur lesquels ils sont fondés.
- Les trois éléments à considérer dans une circu-lation électrique, les seuls dont il soit intéressant de connaître industriellement à chaque instant la valeur, sont :
- La résistance du circuit R en ohms; — l’intensité du courant I en ampères; — la différence de potentiel E entre deux points donnés en volts.
- Pratiquement, il suffit de connaître le plus généralement I et E pour calculer aussitôt R par la formule de Ohm ;
- Cette méthode de mesure indirecte de la résistance présente l’avantage de donner la valeur cherchée, non plus à froid, comme dans les méthodes ordinaires par le pont de Wheatstone, mais à la température qui correspond aux conditions normales de fonctionnement. Il suffit donc d’avoir deux appareils, l’un pour mesurer E, et qu’on nomme galvanomètre de potentiel, volt-mètre, ou galvanomètre de tension, l’autre pour mesurer 1, et qu’on nomme galvanomètre d’intensité, de courant, de quantité, ou ampère-mètre.
- GALVANOMÈTRE DE POTENTIEL
- Si entre deux points d’un circuit dont la différence de potentiel est E, nous branchons un fil de résistanceinvariable, il sera traversé par un courant dont l’intensité sera proportionnelle à E, en vertu de la loi de Ohm. Si la résistance de ce fil est très
- grande, la loi de Ohm montre que le courant qui le traverse sera très faible ; la dérivation ainsi établie par le fil sera d’autant plus faible que le fil sera plus résistant, et en la choisissant convenablement, l’intensité du courant ainsi dérivé pourra être assez faible pour ne pas altérer le régime dans le reste du circuit; d'autre part, le fil chauffera beaucoup moins et conservera d’autant mieux une résistance invariable1.
- Dans l’appareil de sir W. Thomson, la bobine a 6000 ohms de résistance et se compose de 2500 mètres de fil de maillechort n° 32 de la jauge de Rirmingham (un quart de millimètre). La bobine a la forme d’un tore de 44 centimètres de diamètre extérieur et de 6 centimètres de diamètre intérieur. Le courant qui traverse la bobine agit sur un système aimanté ou magnétomètre d'une disposition spéciale représenté séparément dans le haut de la figure 1. Ce magnétomètre se compose de quatre petites aiguilles aimantées d’un centimètre environ de longueur, toutes orientées de la même façon : les quatre aiguilles forment les quatre côtés d’un parailélipipède et supportent deux lames légères en
- qui donne :
- R
- r
- 1 L’emploi de fils trop peu résistants dans les galvanomètres de potentiel fait que l’indication fournie par l’appareil diminue après quelques minutes de fonctionnement, par suite de l'augmentation de résistance du fil produite par son échauffe-ment.
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- LÀ NATURE.
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- aluminium disposées parallèlement et soudées ensemble par leur extrémité^ la plus éloignée pour former l'index de l’aiguille qui repose sur un pivot vertical et porte à l’arrière un petit disque métallique qui permet de l’équilibrer.
- La graduation est tracée sur un secteur d’environ 9 centimètres de rayon ; une glace horizontale placée sous l’aiguille permet d’effectuer les lectures sans l’erreur due à la parallaxe. L’ensemble de l’aiguille et de sa graduation est mobile sur une longue planchette horizontale et peut s’approcher ou s’éloigner à volonté de la bobine en faisant glisser le système le long d’une échelle graduée tracée sur la planchette, perpendiculairement au plan de la bobine.
- C’est tout ce que comporte l’appareil pour la mesure de faibles différences de potentiel. On fait varier sa sensibilité en approchant plus ou moins le magnétomètre mobile de la bobine fixe : l’aiguille dirigée seulement par le magnétisme terrestre est dans les meilleures conditions de sensibilité. Lorsque les potentiels à mesurer dépassent une certaine valeur, on surmonte le magnétomètre d’un barreau
- Fig. 2. — Pinces d'attache du galvanomètre de potentiel, se lisant sur un conducteur, sur une borne, un charbon, une lampe, etc.
- le galvanomètre entre les différents points dont on veut mesurer les différences de potentiel. L’appareil est mis en communication avec ces différents points à l’aitle d’un fil souple double dont la figure 2 représente les dispositions des extrémités. On voit dans le bas de la figure une sorte d’équerre terminée par deux lames de cuivre en communication électrique avec les deux fils et séparées par une pièce isolante en ivoire. En enfonçant cette équerre dans le socle de l’appareil, dans une ouverture ménagée à son extrémité, on relie les deux bouts du fil de la bobine avec les deux fils souples dont les deux autres extrémités sont terminées par deux pinces dont une seule est représentée dans le haut de la figure 2.
- Celte pince rappelle assez les pinces en bois connues sous le nom d’épingles de blanchisseuse; l’une des branches est formée par une lame de cuivre en communication électrique avec le fil souple, l'autre par un petit cylindre de bois taillé en sifflet ; un anneau en caoutchouc formant ressort tend à rapprocher les deux branches qu’on écarte en exerçant une pression à l’autre extrémité; en pinçant le fil, la barre, etc., l’élasticité du caoutchouc suffit pour maintenir et assurer un
- aimanté en forme de demi-cercle dont on a déterminé à l’avance le moment magnétique en unités absolues C. G. S. Les déviations se trouvent réduites dans une proportion connue, et l’appareil ainsi désensibilisé permet de mesurer des courants qui dépassent 100 volts, comme il permettait, sans l’aimant directeur, de mesurer des centièmes de volt, avec la même exactitude relative.
- Grâce à sa forme géométrique et aux proportions de ses différentes parties, il suffit d'une seule détermination pour étalonner le galvanomètre et réduire exactement toutes les lectures en volts. C’est là une propriété précieuse que ne présentent pas la plupart des autres galvanomètres de potentiel dans lesquels la fonction qui lie les déviations aux potentiels est fort complexe et dont l’expression mathématique est inconnue. Nous avons négligé plusieurs détails de construction ingénieux relatifs à la mise de niveau de l’appareil, au réglage de l’aimant directeur, etc., mais nous devons signaler les dispositions simples et pratiques adoptées par sir W. Thomson pour établir et enlever rapidement
- tensité dans un circuit sans couper ce circuit (avant et après).
- contact suffisant lorsqu’on abandonne la pince à elle-même.
- Lorsque les pinces sont placées aux deux points voulus, il suffit d’appuyer sur le bouton qu’on voit près de la bobine, sur la gauche de la figure 1, pour envoyer le courant dans la bobine et faire ainsi une mesure qui ne prend que quelques secondes.
- GALVANOMÈTRE D’INTENSITÉ
- Il ne diffère du premier que par sa bobine et le mode d’attache des conducteurs. On sait, en effet, qu’un galvanomètre d’intensité doit s’intercaler dans le circuit, et non plus en dérivation comme le précédent. Il est traversé par le courant total, et ne doit présenter, au contraire, qu’une très faible résistance pour ne pas troubler le régime de circulation.
- La bobine destinée à mesurer des courants qui varient entre 1/10 d’ampère et 100 ampères se compose d’une lame de cuivre de 12 millimètres de large et de 1 millimètre 1/2 d’épaisseur; elle a environ 10 centimètres de diamètre extérieur et se compose seulement de six tours séparés l’un de l’autre par du papier d’amiante, aussi sa résistance
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- LA NATURE
- est-elle négligeable. Pour les courants de 1000 ampères, on emploie un simple anneau de cuivre très e'pais. L’appareil destiné à mesurer plusieurs circuits distincts s’intercale dans chacun d’eux à l’aide d’une disposition très ingénieuse représentée en détail ligure 3. Dans la partie du conducteur où doit s’intercaler le galvanomètre, ce conducteur est coupé et relié à deux lames de cuivre qu’une forte bague de caoutchouc maintient toujours en contact pour ne pas interrompre la continuité du circuit. Le galvanomètre est lui-mème relié à deux fils souples formés d’une grosse tresse de fils de cuivre et terminés par deux lames de cuivre séparées par une lame isolante. Il suffit d’approcher l’une de l’autre les deux pièces et de faire pénétrer la seconde clans la première pour introduire le galvanomètre dans le circuit sans rompre ce circuit. La figure 3 montre les deux positions du système, avant et après l’introduction du galvanomètre. La forme des lames est telle que lorsqu’on retire l’appareil pour l’employer sur un autre point ou sur un autre circuit, le circuit général se trouve fermé de nouveau avant que le galvanomètre ne soit complètement retiré du circuit.
- Le déplacement du magnétomètre et l’emploi de l’aimant directeur sont liés à l’intensité du courant à mesurer par une formule très simple : la valeur du courant en ampères est donnée en multipliant la déviation lue sur la graduation par un coefficient qui dépend de la position du magnétomètre par rapport à la bobine, coefficient constant pour chacune de ces positions : cette méthode donne toujours des résultats plus exacts que les shunts ou dérivations, dont il est difficile d’établir ou de conserver l’exactitude lorsqu’on a affaire à des courants intenses et à des bobines de faible résistance.
- Si les galvanomètres gradués de sir W. Thomson ne présentent pas toute la simplicité des volt-mètres et des ampère-mètres de MM. Deprez, Ayrton et Perry, ils ont, par contre, un grand nombre d’autres avantages qui rachètent cet inconvénient; ils devront être entre les mains de tous les constructeurs et de tous ceux qui, faisant un usage important de l’électricité, voudront connaître exactement et rapidement les conditions de fonctionnement de leurs appareils. .
- CHRONIQUE
- La population de l’Allemagne. — Notre ami et collaborateur M. Ch. Grad, député alsacien au Parlement allemand, vient de publier dans la Revue scientifique un très intéressant article sur le dernier recensement de la population en Allemagne. Nous en reproduisons les lignes suivantes :
- « Le 1er décembre 1880 a eu lieu en Allemagne le troisième recensement de la population fait depuis la fondation du nouvel empire. Un autre recensement a été fait en France le 18 décembre 1881. Ces deux dénombrements constatent que, dans la période quinquennale de 1876 à
- 1881, la population do la France a augmenté de 589 673 habitants, la population de l'Allemagne de 2 506 689 dans l’intervalle du 1er décembre 1875 au lor décembre 1880. Six fois plus considérable en Allemagne qu’en France, l’accroissement annuel de la population s’élève à 1,1 4 pour 100 pour les Allemands contre la proportion de 0,20 seulement pour les Français. Encore les départs déterminés par une forte émigration ne sont pas portés en compte ici, sans quoi la proportion de l’accroissement naturel de la population en Allemagne serait plus considérable et équivaudrait au doublement du nombre actuel des habitants de l’empire allemand dans l’espace de soixante années, tandis que le nombre d’habitants de la France tend à devenir stationnaire. En présence de 57 321 186 Français comptés en 1881 sur le territoire de la République, contre 52 569 223 existant en 1851, la statistique nous indique 45 254 061 sujets allemands présents en 1880 sur le territoire de l’empire, contre 29 518125 en ! 830. Faits bien dignes de fixer l’attention, non seulement des savants, mais surtout des hommes politiques soucieux de l’avenir de la Fiance et de sa situation par rapport à la puissance croissante de l’Allemagne! »
- Conférences de Berne pour l’unité technique des chemins de fer. — Cette conférence à laquelle le Conseil fédéral suisse avait invité les gouvernements de l’Allemagne, de l’Autriche, de la France, de la Hongrie et de l’Italie, et à laquelle chacune de ces nations a envoyé un représentant, a émis une série de vœux qui intéressent au plus haut .point l’industrie des chemins de fer. Les réunions de cette conférence ont eu lieu les 16, 17, 18, 19 et 21 octobre 1882. Les vœux émis se rapportent aux conditions techniques de la voie et du matériel roulant; elles indiquent les dimensions (maximum et minimum) des différentes parties des voitures et des wagons pour que le matériel roulant des chemins de fer de chaque État soit admis à circuler sur le territoire des autres États, pourvu que ce matériel se trouve en bon état d’entretien.
- On comprend toute l’importance de ces dispositions qui permettront aux voyageurs et aux marchandises d’effectuer les plus longs voyages sans transbordement, sans perte de temps et avec moins de risques.
- Les points dont l’importance est la plus grande sont l’écartement des rails mesurés entre les bords intérieurs, en alignement droit, l’adoption d’un gabarit ou profil général maximum des wagons et voitures limité par les dimensions des tunnels, des ponts, les hauteurs des fils télégraphiques qui coupent la voie, etc. Une enquête ultérieure étant nécessaire pour fixer ces différents points, la conférence a établi provisoirement un gabarit tel que les chargements limités par ce gabarit puissent passer sans obstacle sur tous les chemins de fer des États représentés dans la conférence.
- La conférence a demandé aussi un mode uniforme pour la fermeture des wagons, pour le passage en douane et que les administrations de chemins de fer se mettent d’accord pour adopter une clef uniforme pour la fermeture des portes et des voitures employées au service international, et un même sens de mouvement pour le serrage des freins à main (sens des aiguilles d’une montre).
- La conférence technique prescrit encore d’autres dispositions relatives aux longueurs des attelages, à l’écartement des essieux, aux attelages de sûreté, aux suspensions, aux prescriptions réglementaires qui doivent être inscrites sur chaque wagon et voiture, etc. L’enquête reste
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- LA NA TU HE.
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- ouverte jusqu’au 30 avril 1883; tous les renseignements relatifs à ces questions devront être transmis jusqu’à cette date au Conseil fédéral, les membres de la conférence qui ont été désignés comme délégués des gouvernements communiqueront à ceux-ci le protocole dont nous venons de faire connaître les dispositions principales et les prieront de vouloir bien, avant le 1er juillet 1883, s'exprimer envers le Conseil fédéral suisse sur les mesures qui leur paraissent le plus convenables pour amener l’entente définitive.
- Bien que le protocole de la conférence de Berne n’engage en rien les États représentés, et qu’il n’ait aucun caractère obligatoire, nous souhaitons vivement que les différents États intéressés adoptent lts prescriptions de la conférence de Berne, et prennent les mesures propres à en assurer l’exécution. Nous avons tout 'a gagner aux facilités de transports qui seront la conséquence de cette unité technique des chemins de fer, dont le Conseil fédéral suisse a su prendre l’heureuse initiative.
- K/expétlition danoise an Pôle Mord. — On
- écrit de Copenhague que l’on éprouve dans cette ville une très grande inquiétude au sujet du navire danois Dympna, qui est parti l’an dernier pour le pôle Nord sous les ordres du lieutenant Ilorgard, de la marine danoise. M. Ilorgard avait l’intention d’essayer d’atteindre le pôle par la Terre de François-Joseph et d’hiverner cette année à Port-Dickson. La dernière fois qu’on l’a aperçu (le 22 septembre), le navire était pris dans les glaces de la mer de Kara. L’expédition a été équipée pour trois ans, aux frais de M. A. Daniel, commerçant à Copenhague. M. Ganiel organise actuellement une seconde expédition qui ira au secours de la première, en passant par la Sibérie.
- --c-C>o—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 février 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Le Blastocrinus. — Tel est le nom imposé par M. le professeur Ed. Perrier à un animal qu’il a découvert parmi les richesses rapportées des abîmes de la mer par le Travailleur croisant pour la science devant les côtes du Maroc. Cette nouvelle recrue zoologique porte à treize Içs crinoïdes connus à l’époque actuelle et qui ne représentent guère, comme on voit, qu’un faible reste des légions d’animaux analogues qui peuplaient le fond des anciennes mers. Le Blastocrinus a 10 centimètres de long et l’auteur en avait attaché sur le mur de la salle un portrait grossi, à l’appui d’une description présentée en son nom par M. A. Milne Edwards. On remarque tout d’abord la grosseur de la tige qui supporte un calice composé de cinq pièces remarquablement allongées, auxquelles sont fixés les bras articulés et très mobiles. La tige d’ailleurs est elle-même composée d’une succession d’articles circulaires, superposés les uns aux autres. Le système radiculaire du nouveau crinoide est fort intéressant. Au lieu d’appartenir à une tige unique, il paraît partager ses offices entre les brins divers d’une vraie touffe, l’animal poussant des sortes de stolons ou tiges traçantes analogues à celles du fraisier. Nous avons eu l’avantage de voir nous-même au laboratoire de M. Perrier l’échantillon jusqu’ici unique du Blastocrinus.
- Étude des nerfs vaso-moteurs. — Au nom de MM. Dastre et Morat, M. Paul Bert dépose un travail qui élucide un
- point que Claude Bernard n’était pas arrivé à résoudre complètement. Il s’agit du procédé en vertu duquel les capillaires se dilatent pour se contracter ensuite durant l’acte de la circulation sanguine. Les fibres musculaires de ces vaisseaux étant circulaires, Claude Bernard avait supposé que la contraction en est due à une sorte d’interférence nerveuse, les vaso-dilatateurs paralysant les vaso-constricteurs. Mais on ignorait le siège de cette action importante. Les auteurs que nous venons de citer démontrent que le phénomène a lieu dans les ganglions nerveux au tact même des lésions.
- Paléontologie. — Comme suite à ses belles études sur l’histoire des temps primaires, M. le professeur Gaudry met sous les yeux de l’Académie un tableau synoptique relatif à la distribution comparée des grands groupes zoologiques dans les couches les plus anciennes du globe. Nous ne pourrions d’ailleurs, sans crainte d’erreurs, reproduire après une simple audition les savantes conclusions de l’auteur.
- Lithogénie. — Partant du fait, facile à vérifier, que l’évaporation des eaux-mères des marais salants donne lieu au dépôt simultané de lithine, de strontiane et d’acide borique, M. Dieulafait en conclut que les gypses et les sels gemmes d’âge géologique quelconque, dont l’analyse fournit la réaction de ces trois corps, proviennent nécessairement de l’évaporation d’anciennes mers. On désirera peut-être à cet égard une démonstration plus rigoureuse.
- Le Pot au noir. — Les marins sont unanimes dans la description qu'ils font d’une bande du Pacifique qu’ils appellent le Pot au noir et qui est caractérisée, selon eux, par la sensation du corset que l’on y éprouve. Celle-ci, qu’on ne définit guère, serait due, d’après M. Revallier, capitaine de vaisseau, à un état météorologique et électrique tout particulier de la région dont il s’agit.
- Agronomie. — Un très important mémoire est lu par M. J. A. Barrai sur l’influence de l’humidité souterraine sur la végétation de la vigne.
- Varia. — Des recherches thermiques sur les chromâtes occupent M. Berthelot. — D’après M. Gennadinos, le soufrage de la vigne en Grèce n’est pas toujours efficace contre l’oklium. —Une série de nébuleuses sont décrites par M. Stephan, directeur de l’Observatoire de Marseille. — M. Dareste étudie la production des monstres dans l’œuf de la poule par l’effet de l’incubation tardive. — On signale de M. Delaurier la description d’une nouvelle pile électrique. — Un téléphone d’un nouveau système est exposé par M. Moser. — M. Carlet a étudié par la méthode graphique le mode de fixation des ventouses de la sangsue.
- Stanislas Meunier.
- MACHINE A VAPEUR AMÉRICAINE
- Eu égard au grand nombre d’inventions et de perfectionnements dont la machine à vapeur a été l’objet depuis le commencement du siècle* il semblerait que la question dut être épuisée; il n’en est rien cependant, et si tous les nouveaux brevets dont elle est chaque jour le prétexte ne présentent pas une originalité et un intérêt bien grands, il s’en trouve cependant dans le nombre quelques-
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- LA NATURE
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- unes dignes de fixer l’attention. C’est le cas pour la nouvelle petite machine à vapeur que nous représentons ci-contre, nouvelle et intéressante au point de vue du système de distribution qui la caractérise ; cette disposition convient surtout pour les machines de petite puissance et à grande vitesse dont l’usage se répand beaucoup dans l’industrie.
- Le mode de distribution à tiroir ordinaire présente un inconvénient résultant des exigences de la construction même de ce tiroir, et qui est ici complètement évité.
- Dans les machines à tiroir ordinaire et à grande vitesse, on est obligé, pour ne pas étrangler le passage de la vapeur, de faire usage de conduits de grande section et, par suite, de grand volume, pour réunir les lumières de distribution aux extrémités du cylindre par lesquelles la vapeur s’introduit dans ce dernier.
- Cette vapeur n’agit pas effectiveme'ht sur le pis-
- pour l’échappement. La figure 1 montre la disposition des deux disques, du piston et des ouvertures
- d’admission et d’échappement du cylindre; on voit que les espaces nuisibles, dont la valeur atteint quelquefois 15 et 20 pour 100 du volume du cvlindre, sont ici com-plèlcment supprimés.
- La figure 2 montre la disposition des disques : chacun d’eux se compose d’une bague coupée en trois parties appliquées contre les parois du cylindre à l’aide de ressorts dont on règle la pression par des vis.
- Cette coupe montre trois orifices au lieu de deux qui suffisent pour les petites machines ; elle se rapporte aux types plus puissants dans lesquels il y a deux orifices d’admission et un orifice d’échappement. Le modèle de la figure 1, qui représente le moteur établi sur une chaudière demi-fixe destinée à la petite industrie présente d’autres dispositions secondaires intéressantes. Le cylindre
- ton, surtout lorsque la machine est sans détente; elle est entièrement plongé dans la boite a vapeur, ce se trouve versée dans l’échappement en pure perte, qui évite les condensations. La fumée arrive du
- Fig. 1. — Nouvelle machine à vapeur sans tiroir de MM. Hunt, Halsey et Budmgton.
- ce qui diminue le rendement en augmentant inutilement la consommation de vapeur. C’est pour éviter cette perte que la machine que nous signalons a été combinée. Le tiroir et les -lumières de distribution sont complètement supprimés : la distribution se fait aux deux extrémités mêmes du piston à l’aide de deux petits pistons circulaires placés à chaque extrémité. Ces deux pistons ou disques commandés par des cames calées sur l’arbre moteur sont solidarisés dans leurs mouvements à l’aide de tiges qui traversent le piston tout en formant joints étanches.
- Lorsque l'un des disques ouvre l’admission de vapeur à une extrémité, l’autre disque la ferme à l’autre extrémité, et réciproquement; de même
- Fig. 2.
- foyer dans la cheminée à l’aide de quatre tubes verticaux disposés sur le sommet de la chaudière; l’échappement de la machine est en regard d’un de ces quatre tubes et sert à activer le tirage. L’arbre, la bielle et la manivelle sont logés dans une partie sphérique placée sous la cheminée, complètement indépendante de la boîte à fumée et du cylindre. Les pièces de montage sont toutes extérieures, ce qui permet un nettoyage facile et rapide et constitue, avec une grande simplicité de construction et une certaine économie de vapeur, un ensemble de qualités particulières à ce nouveau système de machine à vapeur.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissakdier. Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- Coupe du cylindre de la machine à vapeur sans tiroir.
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- N0 508.
- 24 FÉVRIER. 1885.
- LA NATURE.
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- LE YIADUC DE GABARIT, EN FRANCE
- ET LE VIADUC DE KINZUA, AUX ÉTATS-UNIS
- Nous avons décrit précédemment le grand viaduc de Kinzua, que les ingénieurs américains construisent dans le comté de Mc-Kean, près d’Alton1, et
- nous avons reproduit d'après le Scienti/ic American de New-York, le dessin qui représente celte œuvre d’art vraiment remarquable par la hardiesse et la
- Fig. 1. — Le viaduc de Garabic, dans le Cantal (France). Chemin de fer de Marvejols à Neussargues.
- conception de son plan. Nous avons aussi reproduit viaduc est « le plus haut du monde ». C’est le plus la légende du journal américain qui indique que ce haut du Nouveau Monde qu’il faudrait dire, car de
- Fig. 2. — Mode de construction du viaduc de Kinzua, comté de Mc-Kean (États-Unis). New-York, Lac Eric and Western Coal and Railroad C", représenté à côté des toui s de Notre-Dame de Paris, pour donner l’échelle des hauteurs.
- ce côté-ci de l’Atlantique, dans notre France même, M. Eiffel, le célèbre ingénieur, termine actuellement la construction du viaduc de Garabit, qui est réellement le plus haut viaduc du monde, puisque la grande arche de ce viaduc n’a pas moins de 124 mètres de hauteur et dépasse par conséquent de 22 mètres
- 1 Yoy. n° 506 du 10 lévrier 1883, p.,165.
- Il* auow, — 1er semestre.
- le sommet du viaduc de Kinzua, qui est le plus haut de l’Amérique.
- Le viaduc de Garabit, une des merveilles des temps modernes, est exécuté par M. Eiffel sur les plans de MM. les ingénieurs Bauby et Boyer.
- Commencé en 1881, il sera, dit-on, terminé en 1884, et n’aura pas de rival en Europe, car le pont jeté sur le Douro, en Portugal, a 5 mètres de moins
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- LA NAT U HE.
- d’ouverture et n’a que 75 mètres de hauteur1.
- Reliant deux montagnes séparées par un abîme où coule une rivière torrentueuse, le viaduc de Garabit a une longueur totale de 564 mètres. La partie métallique mesure 449 mètres.
- Quanta la grande arche centrale qui est la pièce la plus curieuse de cette construction, elle a 165 mètres d’ouverture. Du sol de la rivière au rail, elle mesure 124 mètres. Cette hauteur de 124 mètres permettrait aux tours de Notre-Dame de passer sous le pont de Garabit avec la colonne Vendôme placée au-dessus en guise de paratonnerre. Nous avons fait figurer ces deux monuments superposés dans le fond de notre gravure pour donner aux yeux une échelle de comparaison (fig. 1).
- Le détail estimatif des travaux a donné une dépense de 3 millions de francs pour le viaduc de Garabit. La maçonnerie n’est pas moindre de 17 000 mètres cubes, et le poids du fer s’élève à 3 millions de kilogrammes.
- Pour aller de Saint-Flour à Garabit les voitures mettent environ deux heures. Garabit est situé dans îaeommune de Loubaresse, canton de Ruines (Cantal), à l’endroit où le chemin de fer de Marvejols â Neus-sargues traverse la Truyère.
- Après ces quelques renseignements sur le viaduc de Garabit, nous en donnerons d’autres sur le grand viaduc de Kinzua d’après The Railroad Gazette de New-York. Notre figure 2 montre le mode de construction de ce magnifique travail; nous avons fait figurer aussi dans ce dessin, la façade des tours de Notre-Dame, dont le sommet, comme il est facile de ' le voir, se rapprocherait beaucoup plus du haut de ce viaduc, que cela n’aurait lieu pour le viaduc de Garabit.
- Les colonnes de support du viaduc de Kinzua sont faites en quatre sections que l'on superpose sur .place; le tablier du pont est posé à la partie supérieure, au fur et à mesure que ces grandes et légères charpentes de fer sont construites.
- - Les travaux de construction du viaduc de Kinzua «'exécutent avec une étonnante rapidité, et la Rail-, road Gazette fait remarquer que les ouvriers employés, deviennent de jour en jour plus habiles à manier les poutrelles de fer qui le composent, et acquièrent ainsi une habitude qui leur permet d’élever les piles métalliques de plus eu plus promptement.
- On sait que l’accroissement des chemins de fer "auxÉtats-Unis prend un développement prodigieux, absolument unique dans l’histoire de l’industrie moderne, et les viaducs comme celui de Kinzua ne tarderont pas à cesser d’être des raretés métallurgiques. Tout en rendant un juste hommage aux constructeurs américains, on voit par l’exemple du pont de Garabit, que nos ingénieurs ne reculent pas non plus, quand cela est nécessaire, devant les grandes entreprises.
- G. T.
- 1 Yoy. n° 285 du 16 novembre 1878, p. 302.
- LA FILTRATION INDUSTRIELLE
- APPAREILS LES PLUS RÉCENTS
- Le problème de la filtration est l’un de ceux qui touchent le plus grand nombre d’industries, soit qu’elles aient à traiter des liquides qu’il faut débarrasser de leurs impuretés comme les jus sucrés, les eaux vannes pour la fabrication du sulfate d’ammoniaque, etc., etc., soit qu’elles emploient l’eau en quantité considérable et à un état de pureté aussi complet que possible, comme la papeterie et le blanchiment des fils et des tissus. D’autre part, un grand nombre d’usines prennent leur eau d’alimentation aux rivières qui charrient en général une certaine quantité de limon, surtout en temps de crue, et sont obligées de les en débarrasser d’une manière plus ou moins parfaite avant de les introduire dans les chaudières.
- Les qualités principales que doit réunir un bon filtre industriel sont : la rapidité d’action, la séparation complète des matières tenues en suspension dans les liquides traités, et la célérité du nettoyage. Les recherches des inventeurs ont en général porté sur le choix des matières filtrantes et la manière de les disposer ; mais en fait de dispositions mécaniques, on s’était borné jusqu’à ces dernières années à accélérer la filtration parla pression, le vide ou la force centrifuge, et aucun de ces systèmes ne prévient l’engorgement rapide de la couche filtrante qui nécessite un nettoyage fréquent et surtout laborieux.
- Les trois appareils que nous nous proposons de décrire ont pour but de remédier à cet inconvénient capital par l’emploi de moyens mécaniques, lis ont été imaginés récemment, mais une pratique étendue en a déjà sanctionné les qualités, au moins pour les deux premiers.
- Le filtre Farquhar (fig. 1) a été le résultat des études faites par la Compagnie de Fives-Lille poulie perfectionnement des procédés de filtrage des jus sucrés. Il consiste en un cylindre dont le fond perforé et garni de grosse toile est, recouvert à l’intérieur par une épaisseur plus ou moins grande de la matière filtrante U la mieux appropriée au liquide à traiterl. Un dôme QQ surmonte le cylindre, le clôt hermétiquement, et est traversé en son centre par un arbre creux B dont la partie supérieure est filetée. Cet arbre sert de conduit d’alimentation au filtre et porte à demeure à son bout inférieur un plateau S d’un diamètre correspondant à peu près au diamètre intérieur du cylindre.
- Ce plateau est entaillé sur un rayon en forme de secteur, dont l’un des bords est garni dans toute la longueur du rayon d’une lame de rabot dépassant
- 1 On emploie généralement en sucrerie, comme matière filtrante, la sciure de bois carbonisée en tourteaux fortement comprimés et moulés au diamètre de la cuve du filtre, ou bien encore le noir animal.
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- un peu la lace inferieure du plateau. Des engrenages RG disposés au sommet de l’arbre lui impriment le mouvement de rotation nécessaire pour promener circulaircmeut la lame de rabot sur toute la surface de la couche filtrante. Dans ce mouvement, la lame chasse devant elle les matières déposées, et celles-ci prises entre la lame et une plaque inclinée montent sur le plateau où elles s’accumulent avec les portions de la couche filtrante qui se sont mêlées avec elles; le liquide à filtrer rencontre donc toujours une surface filtrante propre et dégagée de toute obstruction.
- La vis B permet d’imprimer au plateau un mouvement lent de descente ; il suit ainsi l’abaissement de la surface filtrante, et agrandit en même temps l’espace au-dessus de lui pour l’emmagasinage des dépôts. Ce mouvement se règle à volonté au moyen* des engrenages suivant la quantité de matières tenues en suspension.
- Pour le nettoyage on opère de la manière suivante : la couche étant suffisamment réduite pour qu’il soit nécessaire de la renouveler, on arrête l’alimentation, on insuffle de l'air comprimé pour dessécher partiellement les dépôts accumulés sur le plateau; on relève le dôme; puis on fait tourner l’arbre en sens inverse; le plateau remonte, on le débarrasse de ses dépôts, et on renouvelle la couche filtrante. Le plateau redescendu et le dôme fixé, l’appareil est prêt à fonctionner de nouveau. Celte opération ne demande qu’une demi-heure.
- Dans les expériences faites à la sucrerie de Coulommiers, on a obtenu les rapports suivants entre le débit du liquide et le diamètre du filtre :
- Débit. Diamètre du filtre.
- 10 litres par minute................ 0m,25
- 20 — 0“,35
- 40 — 0m,50
- 160 — .................... 1",00
- 270 — lm,50
- 640 — 2m,00
- La capacité de travail par vingt-quatre heures pour un filtre de 2 mètres de diamètre est de 700000 litres de jus sucrés. L’appareil a donné également d’excellents résultats pour la clarification des eaux d’égout et l’épuration des eaux vannes et des matières de vidanges. Il est donc applicable à la filtration de liquides très fermentescibles ; en ontre il opère avec rapidité, consomme une faible quantité de matière filtrante et économise la pain-d’oeuvre et la force motrice.
- Dans le filtre Hyatt et dans celui de la Pulsometer Engineering C°, de Londres, les inventeurs ont«eu pour but d’assurer un brassage énergique de la couche filtrante. Ce résultat est en effet d’autant plus difficile à obtenir que le principe général sur lequel repose la construction des filtres est de diviser à l’infini le courant du liquide qui les traverse afin de réduire sa vitesse initiale au point où il est
- forcé d’abandonner les matières tenues en suspension. Mais plus un appareil approche de la perfection sous ce rapport, plus on rencontrera d’obstacles pour conserver au courant envoyé un sens inverse et chargé du nettoyage une impulsion suffisante pour entraîner les impuretés déposées.
- M. Ilvatt, ingénieur américain, a résolu ce problème par l’emploi des jets d'eau circulants. Le filtre consiste essentiellement en une caisse cylindrique formée de sections en fonte assemblées par des tirants verticaux (fig. 2). Chaque section porte, venue de fonte avec elle, une partie correspondante des tuyaux C d’arrivée de l’eau à filtrer et D de sortir de l’eau filtrée. Ces tuyaux sont eux-mêmes en communication avec la conduite d’amenée A et celle de décharge G, et les communications peuvent être fermées par des robinets. La section forme une espèce de caisse au centre de laquelle est percé un trou qui donne passage à un tuyau vertical J destiné au nettoyage et dont nous parierons plus loin. Chaque caisse devant fournir un débit limité, on emploie un nombre de caisses en rapport avec la quantité d’eau à traiter ; leur hauteur varie avec le degré d’impureté du liquide. La couche filtrante a une hauteur proportionnée à celle de la caisse; elle varie en général de 25 à 50 centimètres dans les appareils industriels; mais sa surface est toujours à une distance de 10 centimètres environ du fond du compartiment supérieur. Elle est formée de certains sables de plage de grosseur uniforme, l’expérience ayant démontré qu’il était inutile d’employer des graviers de grosseur différente.
- Pour empêcher complètement l’entraînement du sable, les ouvertures d’échappement sont munies d’un plan incliné ou pont en toile métallique, qui repose sur le fond de la caisse. Ce fond est cannelé, et porte des tôles perforées qui recouvrent toute sa surface et sont maintenues par un anneau métallique serré contre les rebords de la caisse. Les cannelures sont disposées de manière à diriger l’eau sous le pont, d’où elle s’échappe par les ouveitures du tuyau D.
- L’eau entre par les portes d de forme allongée et rectangulaire; elles sont munies de prolongements ou tabliers horizontaux qui s’étendent vers le centre de l’appareil dans la partie supérieure de la caisse, et au-dessus des laveurs C. Le tablier supérieur seul est perforé afin que l’arrivée de l’eau n’affouille pas brusquement la couche filtrante ; en face de chaque porte est placé un regard h sur le tuyau C. Ces divers détails permettent de comprendre aisément le fonctionnement de l’appareil sur lequel nous n’insisterons pas.
- Pour le nettoyage, le tuyau vertical J porte branchés sur lui d’autres petits tuyaux horizontaux ou laveurs C; ces derniers peuvent se mouvoir dans l’espace vide au-dessus de la surface de la couche filtrante. Ils sont percés à leur partie inférieure d’orifices pour les jets d’eau destinés au nettoyage.
- Dans chaque espace intermédiaire, le tuyau J est
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- entouré d'un tube x (fig. 2) dont l’extrémité inférieure est filetée extérieurement pour s’engager dans l’ouverture centrale du fond de la caisse qui est taraudée en écrou; ce tube monte d’ailleurs au-dessus de la couche filtrante. Il en résulte : 1° que toutes les sections sont indépendantes les unes des autres ; 2° que les graviers fins, qui forment les couches filtrantes, ne viennent pas se tasser autour du tuyau central et en empêcher le fonctionnement. Le tuyau J passe au-dessuà de l’appareil par un presse-étoupeset communique avec une prise d’eau ; il est muni d’une manivelle ou d’un engrenage L
- Fig. 1. — Filtre Farquliar.
- propre à lui imprimer un mouvement rotatif.
- Quand on veut nettoyer l’appareil, on ferme les robinets placés sur les tuyaux d’arrivée et de déch arge, et on ouvre le robinet B du tuyau E branché sur la conduite d’amenée. On ouvre la communication du tuyau J avec le réservoir ou la prise ; il faut une pression de 1 atmosphère 1/2 environ pour donner une certaine force aux jets. Puis on fait tourner Je tuyau J et les laveurs dont les jets remuent fortement toute la couche filtrante. Les impuretés accumulées étant d’une densité moindre que le sable, montent à la surface et sont entraînées par les portes d et le tuyau de purge E.
- Le saf le qui pourrait être entraîné par un bras-sage-aussi énergique est arrêté par le tablier plein
- des portes d; et le peu d’espace laissé entre les laveurs b et la surface de la couche filtrante leur permet d’en opérer eux-mêmes le nivellement.
- Quand le filtrage se fait au moyen d’appareils disposés en batteries sur la même conduite, on peut nettoyer tour à tour chaque filtre séparément, sans interrompre le fonctionnement des autres. Le nettoyage d’un filtre exige au maximum pour de l’eau très impure 1 pour 100 de l’eau filtrée, il dure de trois à six minutes, et un seul nettoyage suffit en général pour une journée.
- Pour éviter l’oxydation des pièces en contact permanent avec l’eau, on n’emploie que des pièces préparées d’après les procédés d’inoxydation Bower Barff. La capacité de filtration peut varier de
- Fig. 2. — Filtre Hyatt.
- 5000 à 15000 litres par heure et par mètre carré de surface filtrante.
- Plusieurs de ces filtres fonctionnent aux États-Unis depuis plus d’une année pour les distributions d’eau de Newport (Rhode-Island) et de Sommerville (New-Jersey), ville de 5200 habitants, la papeterie de Rochester et la Compagnie d’Àniline d’Albany (New-York), la raffinerieWarpaoth (Nouvelle-Orléans), et n’ont pas eu besoin d’être ouverts ni démontés. D’autres ont été récemment établis dans des distilleries à Anvers, et pour le filtrage d’une distribution urbaine en France. , '
- En résumé, l’appareil Hyatt ne peut guère être appliqué qu’à la filtration des eaux d’alimentation ; c’est du reste le but pour lequel il a été construit.
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- Pour des liquides comme ceux qu’on passe au filtre Farquhar, la longueur du démontage et du remplacement des couches, opérations indispensables avec des liquides aussi fortement chargés d’impuretés, s’opposeraient à son emploi.
- I l en est de même de l’appareil imaginé par la
- Pulsometer Engineering C°. Ici les innovations ont porté à la fois sur la nature de la couche filtrante et sur le mode de nettoyage, qui offrent d’ailleurs une entière connexité.
- La figure 3 donne une vue perspective de l’installation qui en a été faite sur une grande échelle
- Fig. ô. — Gniiid appareil île lill.rat.on île la rallinerie de MM. Gaston llill, en Angleterre.
- à l i Raffinerie de MM. Gaston Hill et Cie, à llatter-sea. La figure 4 représente une coupe simplifiée de l'appareil.
- Pour remédier à l’inconvénient que nous avons signalé plus haut de la difficulté de maintenir la force du courant employé au nettoyage, on a adopté pour matière filtrante une couche d’éponge. Quand l’appareil travaille, elle est comprimée ctiorme une
- masse compacte à travers laquelle passe l’eau; et lorsque la pression cesse, la détente immédiate qui ?e produit chasse les impuretés déposées, et l’agrandissement des pores laisse au courant de nettoyage toute son impulsion.
- Un cylindre en fonte (fig. 4) fermé par un dôme à sa partie supérieure et muni d’un presse-étoupes donne passage à une tige de piston. Ce piston est formé
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- d’un anneau sur lequel on fixe une toile métallique au moyen d’une bague. La couche d’éponge se place entre la face supérieure du piston et une plaque perforée 1 qui forme la base du collecteur situé au-dessous du dôme. -
- Entre le presso-étoupcs et le guide supérieur, la tige présente une partie filetée sur laquelle s’ajuste une tète de bielle J reliée à un double levier A qui oscille autour d'un point fixe. Ce levier sert à donner au piston le mouvement de montée ou de descente. 11 est lui-même commandé, suivant les circonstances et la grandeur des appareils, soit à la main, soit par une manivelle, soit enfin par l’action directe d’un cylindre à vapeur monté sur le support du guide, comme les cylindres auxiliaires employés dans les marteaux-pilons.
- Fig. 4. — Coupe simplifiée de l’appareil précédent.
- Pour évitér l’oxydation des pièces en contact permanent avec l’eau, la surface intérieure du cylindre est revêtue de feuilles de cuivre, et la tige de piston d’une chemise de bronze analogue à celui qu’on emploie dans la fabrication des canons. On se prémunit contre le danger du coincement en laissant un jeu très faible au piston , et en le garnissant d’une bague extérieure en bois. L’eau impure amenée par la conduite B pénètre dans le filtre par la partie inférieure, traverse le piston et l'éponge comprimée, se réunit dans le collecteur et s’échappe par le tuyau E.
- Pour le nettoyage, on ferme le robinet F de la conduite d’amenée, on ouvre le robinet II du tuyau E, l’introducteur d’air K et le robinet de décharge G. Puis on met le piston en mouvement. L’eau pure remplit les pores de l’éponge et en est exprimée avec toutes les impuretés par la compression et la dila-
- tation alternatives auxquelles donne lieu le mouvement du piston.
- Les appareils construits par la Pulsometer Engineering ,C° peuvent traiter depuis 500 litres jusqu’à 16000 litres par hîure. Nous ne possédons pas de renseignements sur la durée du nettoyage, qui doit être assez courte, ni sur la hauteur de la couche filtrante en rapport avec le débit.
- On ne saurait contester que le principe de cet appareil ne soit ingénieux et le fonctionnement simple et facile. Mais il a l’inconvénient d’employer comme matière filtrante, un des corps les plus putrescibles, qui soient au monde, et il nous paraît difficile que la masse spongieuse puisse être nettoyée d’une manière suffisante pour être à l'abri d’un très fréquent renouvellement. On n’a pas, en effet, à traiter dans les villes que des eaux limoneuses ; les eaux d’alimentation peuvent être prises sur des points plus ou moins voisins des décharges d’égout ou d’usines, et dans ces conditions la putréfaction rapide de l'éponge serait certaine et communiquerait aux eaux une odeur infecte. En outre, le renouvellement serait, à raison de la matière employée, plus dispendieux que dans le filtre Farquhar, établi d’ailleurs pour traiter des liquides industriels d’une valeur importante en comparaison de celle de l’eau. Enfin, il est difficile d’imaginer un corps qui puisse être substitué à l’éponge ; le caoutchouc possède bien l’une des qualités nécessaires, l’élasticité, mais non la porosité, l’amiante, au contraire, se tasserait sous le piston, sans se dilater ensuite. Le filtre à éponge nous paraît donc sujet à de graves critiques, et éloigné de satisfaire d’une manière générale, comme les précédents, aux besoins pour lesquels il a été construit.
- G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
- L’ÉMIGRATION AUX ÉTATS-UNIS
- Depuis trois ans l’émigration européenne vers les Etats-Unis a pris des proportions véritablement fabuleuses.
- En 1880, elle a subitement dépassé de beaucoup le chiffre de 458 000 individus, qu’elle avait atteint jusque-là, comme un maximum, en 1872, et recensé celui de 594 000; en 1881, il y en a eu 720 000, ou 2000 émigrants par jour, et le télégraphe nous annonçait récemment que, pour 1882, le chiffre stupéfiant de 1881 serait dépassé.
- La majeure partie de ces émigrants arrive à New-York sur les grands steamers transatlantiques, venant de Hambourg, de Brème, du Havre, d’Anvers, de Liverpool, de Glasgow. Les autres débarquent à Boston, Philadelphie, Baltimore, la Nouvelle-Orléans, San Francisco.
- L’an dernier, d’après une dépêche que nous trouvons dans le Times de Londres, il est ainsi arrivé à New-York 474 000 émigrants, contre 441 000 en 1881.
- Parmi les émigrants débarqués de l’année dernière à New-York, on recense en fêle les Allemands, au nom-
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- bre de 177 000 ; puis les Irlandais, 49 000 ; les Suédois, 39 600 ; les Anglais, 36 000; les Italiens, 24 000 ; les Russes, 15 000. Après viennent les Norvégiens, les Austro-Hongrois, etc.
- Parmi les Russes, il y a beaucoup d’israélites et de rnennonites, on comprend pour quelles raisons.
- Parmi les Allemands qui ont dépassé tous ensemble, en 1882, le chiffre de 250 000, sont tous les mécontents qu’a faits la politique de M. de Bismarck, autant la politique militaire que la politique économique.
- Enfin, parmi les Anglais, il y a beaucoup de fermiers, de cultivateurs, la plupart assez aisés et qui vont agrandir leur sort et faire fortune au Nouveau Monde.
- Il est à remarquer que, depuis quelques années, et notamment l’année dernière, il est arrivé beaucoup d’émi-grants à New-York qui avaient un assez gros pécule. Ceux-là s’en vont acheter des terres et défricher le sol dans les grandes plaines de l’extrême Ouest.
- L’Angleterre commence à s’inquiéter de l’émigration toujours plus forte de l’Irlande. Celle-ci a perdu en trente ans, de 1841 à 1881, plus de trois millions d’habitants, et la population de l’ile n’est pas plus considérable aujourd’hui qu’elle ne l’était en 1800, c’est-à-dire qu’elle ne dépasse pas cinq millions d’habitants.
- L’Angleterre a envoyé aux États-Unis un commissaire d’émigration pour voir comment les Irlandais y étaient reçus et traités et si on leur trouvait de l’ouvrage. C’est là peine perdue pour l’Angleterre ; car nulle part les émigrants ne sont reçus avec plus de bienveillance et ne trouvent plus facilement à se placer qu’à New-York.
- A Castle-Garden, le lieu de dépôt des émigrants, sur l’IIudson, où le navire les débarque en arrivant, il y a des interprètes, une poste, un bureau de change, de chemin de fer, des cabinets de toilette, des salles de repos pour les malades, en un mot toutes les commodités qu’un étranger peut désirer de rencontrer en arrivant. Et à Ward-Island, dans la banlieue de New-York, sur une île, on a édifié un hôpital pour les émigrants. La traversée sur l’Atlantique est souvent très dure et plus d’un arrive écloppé.
- En présence de tout le soin qu’on prend des émigrants aux États-Unis, il ne faudrait pas que quelques pays, comme la Suisse le fit si malheureusement l’an dernier, songeassent à se débarrasser par la voie de l’émigration de toutes leurs* non-valeurs, de tous leurs pauvres : aveugles, infirmes, etc. Là-dessus, les Américains n’entendraient pas raillerie ; et ils ont bel et bien renvoyé en Suisse les impotents que ce pays leur avait adressés naguère sans plus de façon.
- Ce qu’ils demandent, ce sont des gens ayant, comme on dit, bon pied, bon œil, capables de travailler de leurs mains, de se tirer d’affaire, ayant de 20 à 45 ans, en un mot, des producteurs et reproducteurs, et c’est là heureusement ce que représente la majorité de ceux qui débarquent. Ceux-là, les Américains les accueillent à bras ouverts, disent qu’ils valent bien 1000 dollars chacun et les placent sur l’heure. De tous ceux qui sont'arrivés l’an dernier, pas un seul n’est resté sans emploi. Il y a, du reste, au dépôt des émigrants, ce qu’on appelle Je labor bureau, comme qui dirait le bureau du travail, où tous ceux ayant un état manuel, ferblantiers, menuisiers, forgerons, tanneurs, cordonniers, cuisiniers, trouvent immédiatement à se placer, et même les garçons de ferme, les aide s ou domestiques, etc.
- Pour satisfaire à toutes leur dépenses, qui sont assez considérables, les commissaires des émigrants reçoivent
- une subvention de l’État de New-York, et celui-ci, depuis l’année dernière, lève en outre une capitation de 1 dollar ou 5 francs par tète d’émigrant sur tous les navires qui en introduisent. Le nombre de ces émigrants était devenu si grand que l’administration du Castle-Garden ne pouvait plus satisfaire à toutes ses obligations.
- C’est ainsi qu’un véritable fleuve humain traverse, toutes les années, l’Atlantique pour aller peupler, fécon der, défricher les États-Unis. C’est 12 millions d’hommes qui ont ainsi traversé l’Océan depuis un demi-siècle. Jamais, à aucune époque de l’histoire, on n’a constaté un pareil déplacement, qui se soit fait d’une façon aussi continue et dans un but aussi pacifique.
- Les États-Unis, qui avaient, au commencement du siècle, 4 millions d’habitants, en ont aujourd'hui plus de 50, en auront 100 à la fin du siècle.
- Les émigrants sont pour beaucoup dans cet accroissement vertigineux ; ils sont pour beaucoup aussi dans l’étonnant développement agricole, industriel et commercial de ce merveilleux pays, qui se passe de plus en plus de nos produits et nous envoie de plus en plus les siens.
- L. Simonin.
- LE TELEPHONE AU JAPON
- Tandis que le téléphone n’a reçu que peu ou point d’applications jusqu’ici dans la vieille Europe pour le service de la police et celui des chemins de fer, il est au contraire d’un usage courant au Japon pour ces deux applications spéciales, et nous croyons devoir résumer pour nos lecteurs l’intéressante communication faite récemment sur ce sujet par M. T. J. Larkin à la Society of Engineers and of Eledricians de Londres.
- Le service dont il s’agit est établi dans la ville d’Osaka, la seconde ville de l’empire, et surnommée par quelques voyageurs la Venise du Japon, à cause du réseau de canaux qui la sillonnent et la divisent en plusieurs sections reliées par un nombre incalculable de ponts et passerelles de toutes dimensions. La population d’Osaka est un peu inférieure à 300 000 âmes, la ville se compose de maisons de bois peu élevées et réparties sur une immense surface; aussi, malgré l’importance de la force armée n’étail-il pas facile de combattre les incendies dus à la malveillance, les vols à main armée, les émeutes, etc. Le besoin urgent de communications rapides fit établir dès l’année 1878 un réseau télégraphique et neuf postes de police reliés avec le poste central par des appareils Morse. On relia aussi les deux prisons de la ville avec le poste central à l’aide de sonneries à un coup et d’un système de signaux conventionnels. Malgré le bon fonctionnement du système et l’utilité des communications, il n y avait pas dans le service, cet échange régulier de dépêches qui caractérise les bureaux télégraphiques publics; le service de la police ennuyait visiblement les opérateurs qui faisaient tout ce qui dépendait d’eux pour s’y soustraire.
- Les choses en étaient là lorsqu’on songea à faire usa^e du téléphone; on se servit du téléphone Bell, et comme à cette époque la fabricat:on était insuffisante pour satisfaire à la demande, le gouvernement japonais prit le parti de les faire fabriquer à Tokio même.
- Les téléphones américains parfaitement copiés — il
- n’existe pas de loi protectrice des brevets au Japon___
- rendirent d’excellents services et il était difficile, pour ne
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- LA NATURE.
- pas dire impossible, de distinguer la copie de l’original.
- Le service fut fait, non plus par des agents spéciaux, mais par deux agents de police intelligents placés à chaque station. On leur donna les principales instructions sur la manière d’employer l’appareil, les précautions à prendre et les règles à suivre en cas d’interruption des communications. Les appareils furent placés dans un coin de la salle de garde du poste, dans un petit compartiment ménagé pour éteindre autant que possible les bruits extérieurs.
- On plaça jusqu’à quatre téléphones sur une ligne, le premier poste appelait le poste central par un coup de sonnerie, le second par deux, etc. Toute confusion était ainsi très simplement évitée : les policeman se pénétrèrent de ce service avec une étonnante rapidité et le firent bientôt fonctionner d’une manière parfaite. L’une de ces lignes a plus de 8 milles (15 kilomètres) de longueur, elle est placée sur des poteaux qui supportent des lignes télégraphiques très occupées ; malgré ces conditions défavorables et l’induction très notable que ce voisinage produit dans la ligne téléphonique, l’articulation est cependant parfaitement nette et le son très intense. Il eût été préférable d’établir les lignes téléphoniques sur des poteaux distincts, mais cela n’a pas été fait par raison d’économie, les téléphones ayant remplacé les appareils Morse sur des lignes déjà existantes. D’ailleurs, la police d’Osaka, ayant commencé ses premières expériences sur des lignes soumises à l’induction, a pris l’hahitude de converser ainsi et n’y trouve plus aujourd’hui aucun inconvénient.
- Le téléphone a été appliqué aussi avec succès pour le service de la seule ligne de chemin de fer existant actuellement au Japon, entre Hiogo et Otsu, sur une longueur de 57 milles, et sur laquelle se trouvent dix-sept stations intermédiaires. La ligne téléphonique a été établie à 12 pieds de distance des autres lignes télégraphiques, les •communications avec la terre prises par les rails eux-mêmes. L’installation sur laquelle M. Larkin a donné des détails très complets rend tous les services qu’on en attendait dans les conditions particulières où le système se trouve établi.
- « Ce qui a été fait pour le service de la police et des chemins de fer au Japon, dit M. Larkin en terminant, donne matière à réflexion. Nous voyons là une population, dont la civilisation est encore fossile en quelque sorte, abandonnant brusquement les ténèbres pour bénéficier des magnifiques inventions de nos contrées, et nous montrant que nous aurions quelque chose à apprendre du jeune Japon, du moins en ce qui concerne les nouvelles applications de la science moderne. #
- LE MASDEYALLE A FLEUR DE CHIMÈRE
- Masdevallia Chimaera '
- Le Masdevallia Chimaera est une des plus fantastiques productions du règne végétal. En regardant cette fleur bizarre on y voit les couleurs d’un oiseau de nuit, la forme d’une grosse araignée et au milieu comme deux petits yeux noirs et perçants.
- Le Masdevallia à fleur de chimère est originaire des vallées profondes et humides de la Nouvelle-Grenade. B. Roezl l’a découvert dans la vallée du Cauca en 1872 et depuis cette époque, il a été re-
- trouvé successivement par G. Wallis, Fr. Klahosch et d’autres collectionneurs de plantes ornementales.
- Le Masdevallia Chimaera a été décrit pour la première fois, en 1872, par M. II. G. Reichenbach, mais d’après des renseignements incorrects et par conséquent avec des caractères fantaisistes, tels que des pédoncules à cinq fleurs, le calice jaune couvert de poils noirs, le Iabelle jaune d’or, etc. La description a été rectifiée plus tard, mais il n’en est pas moins vrai que l’histoire de cette fleur est encore pleine de contestations. La plante qui a paru en 1875 dans Y Illustration horticole sous le nom de M. Chimaera n’est pas réellement celle que M. Rci-ohenbach a décrite sous ce nom, mais elle appartient à une autre espèce, le M. ISycterina. Les diverses figures du M. Chimaera qui ont paru dans quelques recueils d’iconographie botanique diffèrent sensiblement entre elles par le coloris et même par la forme des fleurs : il semble que l’espèce soit réellement polymorphe. Roezl a même contesté l’identité de la plante de M. Reichenbach et de la sienne, à laquelle il persiste à attribuer des dimensions beaucoup plus considérables et divers caractères particuliers. Tout récemment le Gardeners Clironicle a publié une nouvelle figure du M. Chimaera d’après un spécimen fleuri chez M. Bull et qui se rapproche sensiblement de la plante telle que Roezl l’a décrite.
- Le Masdevallia Chimaera que nous publions ici, a fleuri au mois de novembre dans la collection de M. F. Massange de Louvrex, château de Saint-Gilles, Liège. Il ressemble étroitement à celui que M. W. G. Smith a décrit et figuré dans le Gar-deners Chronicle et il présente d’ailleurs tous les caractères attribués à cette espèce dans les descriptions récentes du savant orchidologiste de Hambourg.
- Il est voisin du M. hella, du Nycterina et du M. Troglodytes de M. Lamarche, décrit et figuré dans la Belgique horticole en 1877 et qui chaque année, à l’arrière-saison, produit à profusion ses petilcs fleurs originales. Toutes ces plantes croissent dans la même contrée, la Nouvelle-Grenade.
- Leur culture n’est pas difficile, mais exige certaines conditions. La plus importante est la qualité de l’eau qui doit être exempte de calcaire, pure et fraîche. L’air doit être frais et vif comme celui des montagnes. La température ne doit pas être élevée, ni le jour ni la nuit. Quant au sol, moins il y a de terre et meilleur sera-t-il : le sphagnum vivant suffit sur un bon drainage de tessons de pots et de charbons de bois ; on peut y ajouter quelques fragments de terre de bruyère fibreuse.
- Voici la description sommaire de la plante que nous avons eue sous les yeux.
- La plante se développe en touffe serrée de feuilles épaisses et relativement longues (0m,20). Les tiges florales, grêles et assez allongées (0m,10), s’insinuent dans la mousse ou contre le sol et se terminent par une fleur très grande (jusque 0m,20-25)
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- Le ^iüsdevallia Lhimaeva* llcuri dans la collection de M. F. Massante de Louvrex, a Liège (Belgique).
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- LA NATURE
- qui s’épanouit sous le feuillage, à moins qu’on n’en redresse le pédoncule contre un léger tuteur.
- Le calice est très ouvert, étalé et profondément divisé en trois lobes divergents, blanchâtre, mais abondamment .moucheté de petites macules inégales et irrégulières de couleur rose foncé et tout hérissé de poils mous, épars et assez abondants, blancs ou rose foncé, suivant que l’épiderme dont ils procèdent est de l’une et de l’autre couleur. Les lobes sont dirigés l’un vers le haut, les deux autres vers le bas; tous trois sont en 'forme de coin et quelque peu contournés, surtout celui du haut; ils se prolongent tous en une longue corne (0"',08-'l0) lisse et rose foncé, droite ou un peu arquée. Les deux pétales sont très minimes (0m,003), dressés contre la colonne, renllés, étalés à la partie supérieure qui est colorée en rouge brun, sauf une étroite bordure blanche. Le labelle est relativement grand (0U1,014), articulé à sa base amincie, d’un blanc rosé : il porte deux crêtes convergentes à sa partie moyenne : son limbe ou épichyle a la forme d’une conque marine à bords relevés, courbés en dedans et découpés en dents de loup, l’extrémité large, obtuse et relevée en sabot, le fond parcouru par trois crêtes saillantes. Colonne très courte, arquée, jaune pâle. Ovaire coudé sur le pédoncule, épais, lisse, brun1.
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons sur les animaux utiles et nuisibles. Les bêtes calomniées et mal jugées, par le professeur Cakl Vogt, traduites de l’allemand par Bay\et. 3e édition. 1 vol. in-18 avec gravures. Paris, C. Reinwald, 1885.
- Lumière et vie. Trois leçons populaires sur le soleil dans ses rapports avec la vie, par Louis Buchner. Traduit de l’allemand par Ch. Letourneau. 1 vol. in-18. Paris, C. Reinwald, 1883.
- Dictionnaire de Botanique, par M. H. Bâillon, format in-4°. 13e fascicule, lettres C-D. Paris, Hachette et Cie.
- Nouveau dictionnaire de géographie universelle, par M. Vivien de Saint-Martin, format in-4°. 17’ et 18e fascicules, lettres F et G. Paris, Hachette et Cie.
- — $0—
- LE TIRAGE DES VOITURES
- Dans un article précédent sur le cheval force motrice®, nous avons étudié le travail par unité de temps et le travail journalier que le cheval peut produire sans considérer la nature du travail qu’il fournit et la résistance propre du véhicule auquel il est attelé. Nous allons aujourd’hui étudier la question inverse, c’est-à-dire l’effort nécessaire pour faire progresser un véhicule donné sur un terrain d’une nature donnée, et le travail nécessaire pour produire cette progression aux différentes vitesses usuelles.
- 1 D’après la Belgique horticole.
- 2 Voy. n° 502 du 13 janvier 1883, p. 100
- Les quelques chiffres que nous donnerons pourr on t servir de base de calcul à bien des inventeurs qui se préoccupent aujourd'hui de créer un petit véhicule automoteur mû par la vapeur, l’air chaud, l’air comprimé, l’électricité, l’ammoniaque, l’acide carbonique liquide, etc., et ignorent le plus souvent le travail que ce moteur devra produire en fonction du poids du véhicule, de la nature de la route et de sa pente, des dimensions des roues, de la vitesse à obtenir, etc., etc. Nous prendrons pour guide dans cette étude les remarquables travaux du général Morin et une intéressante étude de M. Anthony sur la carrosserie à l'Exposition universelle de 1878.
- Rappelons d’abord quelques définitions importantes :
- Le poids total du véhicule prend le nom de charge. La charge se décompose en poids mort et poids utile; ce dernier est constitué par les voyageurs ou les marchandises que le véhicule peut recevoir; la différence entre la charge et le poids utile est le poids mort.
- Le tirage est l’effort qu’il faut exercer dans le sens du mouvement du véhicule et parallèlement au plan du terrain pour produire la progression du véhicule. On l’exprime toujours en kilogrammes.
- Effort de traction. — C’est l’effort à exercer en kilogrammes pour produire la progression du véhicule, ramené à un poids fixe, la tonne de 1000 kilogrammes. Lorsqu’on dit, par exemple, que l’effort de traction d’un véhicule est de 25 kilogrammes, il faut entendre que cet effort est de 25 kilogrammes pour 1000 kilogrammes de charge.
- Coefficient de traction. — C’est le rapport du tirage à la charge; il est exprimé par une fraction toujours plus petite que 1. Il ne faut pas confondre l’effort de traction avec le coefficient de traction ; ce dernier est toujours un rapport, c’est-à-dire un nombre abstrait. Il est d’ailleurs facile de déduire l’un de l’autre par la relation :
- Coefficient de traction —
- ' Charge
- Le tirage est égal, d’autre part, à l'effort de traction multiplié par la charge exprimée en tonnes. Ces relations entre la charge, le tirage, l’effort de traction et le coefficient de traction permettent, lorsqu’on connaît deux de ces éléments, de calculer facilement les deux autres éléments inconnus.
- Le travail dépensé par seconde est égal au produit du tirage T par la vitesse du véhicule Y. Si T est exprimé en kilogrammes et V en mètres par seconde, le travail sera donné en kilogrammètres par seconde. Lorsque la force motrice dont on dispose est limitée, ce qui est le cas général, Y doit diminuer lorsque T augmente : l’allure des véhicules dans les côtes justifie cette conséquence de la formule du travail.
- Pour étudier les différentes causes qui inffïuent sur la valeur du tirage, nous distinguerons deux cas,
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- LÀ NATURE
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- celui où la route est en palier et celui où elle est en pente.
- Effort de traction en palier. — Pour un même terrain horizontal, l’effort de traction est d’autant plus faible que la voiture est plus légère, les roues plus hautes, le diamètre des fusées des essieux plus petit, le graissage et la suspension meilleurs.
- Pour un même véhicule, l’effort de traction dépend de la nature du sol, de son état de sécheresse ou d’humidité, de l’entretien de la route, etc.
- La vitesse du véhicule n’a pas, en général, d’in-iluencc sur le tirage1; cependant sur le pavé le tirage croît avec la vitesse, et celte augmentation est d'a-utant plus grande que la voiture est plus rigide, moins bien suspendue et la route moins unie.
- Voici quelques chiffres résultant des expériences faites sur les lignes de tramways et d’omnibus de la Compagnie générale à Paris :
- EFFORT DK TRACTION en kilogrammes par lonne de charge
- Omnibus. Pavé.................'. . 14 h 22 kilogr.
- Macadam détrempé........ 21 à 33 —
- Asphalte................ 10 à 15 —
- Tramways (voie en bon état)....... 10 kilogrammes.
- Sur un pavé en grès sec, «à la vitesse de 5m,50 par seconde, et en palier, M. Jeantaud a trouvé que l’effort de traction est de :
- 10,17 kilogr. pour les omnibus à 6 places de la Compagnie des Petites Voitures; 20,54 — pour les landaus;
- 20,81 — pour les coupés;
- 21,78 — pour les mvlords.
- Voici, pour les mêmes véhicules, les poids de la voiture chargée et le tirage correspondants :
- POIDS. TIRAGE.
- Omnibus à 6 places (8 personnes). 1194 22,9
- Landau (5 personnes)................... 1025 21,0
- Coupé (3 personnes)..................... 710 14,8
- Mylord (3 personnes).................... 630 13,7
- Le poids de chaque personne est pris comme égal à 70 kilog.
- Le travail correspondant en kilogrammètres par seconde, produit par le cheval ou les chevaux à la vitesse de 5m,50, est de :
- TRAVAIL TRAVAIL MOYEN TOTAL. d’üN CHEVAL.
- Omnibus h 6 places (2 chevaux). 75,6 37,78
- Landau (2 chevaux)................. 69,3 54,6
- Coupé (1 cheval)................... 48,9 48,9
- Mylord (1 cheval).................. 45,2 45,2
- On voit que le travail effectif moyen d'un cheval ne dépasse jamais les 2/3 d’un cheval-vapeur de 75 kilogrammètres par seconde.
- 1 C’est-à-dire que le travail dépensé est alors simplement proportionnel à la vitesse.
- L’influence de la nature du sol sur le tirage s’apprécie bien par le coefficient de traction. Tandis que ce coefficient ne dépasse pas 1/200 sur les chemins de fer et 1/100 sur les tramways en bon état, il a sur les routes les valeurs moyennes suivantes :
- Route macadamisée en parfait état, bien sèche,
- la voiture sur le milieu de la chaussée... 1/70
- Même route, une des roues sur le revers de la chaussée, avec de la poussière amenée par le
- vent...................................... 1/37
- Même route après une pluie..................... 1/50
- Pavé de grès en mauvais état................... 1/55
- Terrain solide recouvert d’herbe............... 1/50
- Route nouvellement empierrée sur une épaisseur
- de 0m,10 à 0m,26.................de 1/6 à 1/12
- Ornières profondes et boueuses.............. 1/4
- Ces quelques chiffres montrent qu’un cheval exerçant un effort de tirage constant de 50 kilogrammes pourra traîner une charge de 5500 kilogrammes sur la route macadamisée en parfait état, tandis que cetle charge ne pourra pas dépasser 200 kilogrammes sur un chemin présentant des ornières profondes et boueuses, sans compter la fatigue supplémentaire que lui causera sa marche sur le chemin à ornières.
- Dans les voitures à quatre roues, on doit se préoccuper de charger surtout les grandes roues; la distance des deux paires de roues n’est que secondaire, et si les voitures dans lesquelles cette distance est grande présentent un effort de traction plus grand que les autres, cela tient à ce que les petites roues se trouvent plus chargées, par suite de la forme même du véhicule.
- La suspension des voitures diminue le tirage d’autant plus que la route est moins unie. Un appareil très commode pour étudier l’influence de la suspension sur les voitures est le séismographe de M. Re-gray. M. Anthony a fait avec cet appareil plusieurs expériences et tracé des courbes dont quelques-unes sont représentées sur le diagramme ci-contre; ces courbes ont été obtenues avec une voiture parfaitement suspendue; elles montrent que les oscillations transversales sont les plus grandes et les oscillations longitudinales les plus faibles. Des courbes comparatives tracées avec cet appareil en faisant rouler les différents véhicules sur le même terrain et aux mêmes vitesses permettraient de se rendre un compte exact de la valeur relative des différents modèles de suspension proposés et amèneraient certainement de nouveaux et rapides progrès.
- Effort de traction en rampe. — Il se compose ici de deux parties, l’une égale à l’effort de traction en palier, l’autre due à la pente et égale à 1 kilogramme par millimètre de pente. Supposons, par exemple, un véhicule pesant 2000 kilogrammes et montant à la vitesse de Im,50 par seconde une route pavée dont le coefficient de traction est de I /50 et la pente de i centimètre par mètre.
- On aura pour l’effort de traction :
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- 1000
- 50
- 20 kilogrammes 10 —
- Effort de traction sur le pavé :
- Effort de traction dû à la pente.
- Effort de traction total... 30 kilogrammes
- Tirage =. 30 X 2 = 60 kilogrammes
- Travail = 60 X 1,50 — 90 kilogrammètres.
- Si le véhicule est remorqué par deux chevaux, le tirage sera de 30 kilogrammes et le travail de 45 kilogrammètres par seconde pour chacun d’eux ; ce sont des conditions moyennes.
- Si la pente atteignait 5 centimètres par mètre, l’effort de traction deviendrait alors :
- 20 -f 50 = 70 kilogrammes, et le tirage :
- 70 X 2 = 140 kilogrammes, soit 70 kilogrammes par cheval. A la vitesse de l111,50, chaque cheval devrait fournir un travail de 105 kilogrammètres, chiffre bien supérieur au travail normal; l’on serait obli-diminuer la
- gé de
- Oscillations produites sur une voiture suspendue par l’état de la route.
- T, mouvement transversal. — L, mouvement longitudinal. — V, mouvement vertical.
- vitesse pour ne pas fatiguer l’attelage.
- Légèreté des véhicules. — La légèreté d’un véhi-cule ne doit pas se juger d’après son poids absolu, mais d’après le rapport entre le poids mort et le poids utile : pour les voitures à voyageurs on l’apprécie par le poids mort par personne.
- Le véhicule est d’autant plus léger
- que le poids mort par personne est plus faible ; ce poids mort augmente avec le luxe de la voiture et son confortable.
- Voici quelques chiffres moyens qui serviront d’indication :
- Vélocipède (1 personne)............10 h 20 kilogr.
- Tricycle (2 personnes).............15 à 25 —
- Voiture américaine de course (1 personne). 25 —
- Omnibus de Paris à 28 places................ 57 —
- _ 40 — . -........... 62 —
- Omnibus à 6 places des Petites voitures. . 79 —
- Landau (4 personnes, 1 cocher).......... 130 —
- Mylord (2 voyageurs, 1 cocher)............. 140 —
- Coupé (2 personnes, 1 cocher).............. 160 —
- M. Anthony cite dans son étude à laquelle nous avons fait tant d’emprunts une voiture de transport qui se trouve être à la fois la voiture la plus lourde absolument et la plus légère relativement qui ait été construite jusqu’ici. Elle pèse en effet 9500 kilogrammes et peut porter 40000 kilogrammes, le
- poids mort est donc ici moindre que le quart du poids utile; elle est relativement plus légère que les tricycles et les voitures américaines de course. Cela montre une fois de plus qu’il faut, pour s’entendre, bien définir les termes auparavant.
- Un mot maintenant, pour terminer, sur les voitures automotrices : elles seront forcément des voitures relativement lourdes, puisque le poids mort se composera, outre le poids des roues et du train, du poids total de la force motrice, tandis que le poids utile sera représenté seulement par celui du conducteur ou du petit nombre de personnes que la voiture pourra recevoir. Les chiffres que nous avons donnés suffisent pour calculer le travail nécessaire à la progression du véhicule, dans tous les cas de vitesse et de nature de terrain, lorsqu’on se sera donné comme base la charge de ce véhicule; connaissant le poids dont on dispose pour l’aménagement de la force _____________________________motrice et le maximum de travail par seconde que cette force motrice devra fournir, — maximum qu’on peut toujours réduire en sacrifiant la vitesse — le problème se circonscrit et devient une question de mécanique physique : trouver un moteur commode pour l’application spéciale, ne pesant que A kilogrammes, et capable de fournir un travail de B ki-
- mmmrném
- Mauvais pavé. Bon pavé Macadam sec. Asphalte sec.
- logrammètres
- par
- seconde, pendant C minutes. — A est déterminé par le poids disponible, B par le travail maximum et les conditions d’établissement des routes sur lesquelles le véhicule doit circuler, C par le temps maximum que doit durer chaque voyage. Le problème ainsi posé est complexe, et malgré le grand nombre de solutions proposées ou essayées, nous n’en connaissons pas encore une seule dont le succès ait été franchement consacré par l’expérience et une pratique suffisante.
- Mais le dernier mot d’aujourd’hui n’est pas celui de demain, et nous serions heureux si les quelques indications générales que nous venons de donner sur le tirage des voitures peuvent remettre sur la vraie voie quelques inventeurs qui imaginent ou font construire des moteurs trop faibles ou trop puissants pour le travail à produire, travail qu’un calcul élémentaire permet de déterminer facilement et rapidement dans tous les cas.
- E. Hospitalier.
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- LA NATURE.
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- EMPLOI DU THERMOMÈTRE
- DANS LA VIE DOMESTIQDE
- M. Renou, le savant directeur de l’Observatoire du l’arc de Saint-Maur, dont nos lecteurs connaissent la haute compétence dans l’étude de l’atmosphère et que l’on peut considérer comme un maître dans les mesures météorologiques, a souvent insisté dans les Mémoires qui lui sont dus, sur les difficultés que présentent les observations thermométriques, et sur les causes d’inexactitude qui passent parfois inaperçues aux yeux des physiciens les plus instruits. A plus forte raison, les erreurs sont-elles considérables quand il s’agit d’observations faites avec des instruments d’une confection grossière et employés par des observateurs inexpérimentées.
- 11 n’est presque personne qui n’ait un thermomètre dans sa chambre, et qui ne le consulte fréquemment pour se rendre compte de la température du milieu où il se trouve. Il est facile de faire voir qu’il n’est aucune lecture qui donne une indication précise quand il s’agit d’un instrument placé dans une position fixe. Nous supposerons d’abord que le thermomètre est exact, nous réservant de montrer un peu plus loin quelle confiance il faut accorder aux instruments achetés chez la plupart des opticiens.
- Le plus fréquemment on place le thermomètre sur la cheminée, où on l’accroche à un clou contre un mur, mais aucune partie d’une chambre, surtout quand elle est chauffée par une cheminée ou par un poêle pendant l’hiver, n’est à une même température.
- Désirant me rendre compte des différences de température que présentent les différentes régions de l’air confiné d’une chambre, j’ai allumé un feu assez ardent dans mon cabinet de travail, et j’ai mesuré les températures à un grand nombre de points différents. Le thermomètre dont je me suis servi est un thermomètre à mercure construit par M. fonnelot qui l’a vérifié avec grand soin et qui in’en a garanti l’exactitude. J’ai laissé séjourner le thermomètre pendu à différentes hauteurs à une échelle double, pendant plus de dix minutes dans chaque point dont j’ai pris la température, et je n’ai inscrit le degré constaté que lorsque deux lectures successives faites à deux minutes d’intervalle, se sont trouvées concordantes.
- En plaçant le thermomètre au milieu de la chambre et à ‘2 mètres en face de la cheminée, les températures étaient sur la même ligne verticale de :
- 21°,10 à 0“,20 du plafond;
- 20°,50 à lm,50 au-dessus du plancher ;
- 19°,50 à 0m,10 du plancher.
- Les mesures faites à l’abri du rayonnement de la cheminée à 1 mètre de distance d’un mur ont donné de haut en bas : 21°,00 près du plafond, 19°,10 au milieu de la chambre, 18°,25 à 0l",10 de distance du plancher.
- A 1 mètre de distance de la fenêtre, dont les joints sont très défectueux, comme cela se présente dans la plupart des appartements de Paris, la température était de 18°,75 dans le voisinage du plafond et de 17°,75 près du plancher. Le thermomètre appliqué tout contre les joints de la fenêtre a donné : 18°,00 en haut et 16°,00 en bas, avec 16°,50 dans la zone intermédiaire. Le diagramme ci-joint résume les principales lectures que j’ai faites, et donne en même temps les trois dimensions de la pièce.
- Ajoutons que le thermomètre placé sur la cheminée a donné 21°,75 et sur mon bureau 'a l’abri du rayonnement 19°,25. On voit que les différences extrêmes de température dans l’air d’une même chambre fermée peuvent varier de 16°,00 à 21°,75, soit presque 6° centésimaux. On voit encore que l’air des régions supérieures d’une chambre est h une température sensiblement plus élevée que celle des régions inférieures, et que le voisinage des fenêtres
- influe d’une manière très sensible;-Arrivons à l’exactitude des thermomètres ordinaires ; j’ai réuni quatre thermomètres centésimaux achetés chez des opticiens différents et à des époques différentes, je les ai placés les uns à côté des autres, dans le même point de la pièce à l’abri de toute agitation de l’air. — Les températures indiquées ont varié de' 17°,50 à 18°,75, soit 1°,25 d’écart, mais les instruments comparés étaient tous d’un prix assez élevé, ils provenaient d’opticiens soigneux, et les différences auraient été assurément plus considérables avec des thermomètres à bon marché, et confectionnés à la grosse.
- Cette notice serait incomplète, si nous ne donnions en terminant le moyen d’avoir d’une façon suffisamment exacte la température d’une chambre. Le plus sur moyen consiste a se servir d’un thermomètre-fronde, acheté chez un bon constructeur, de le faire tourner autour du poignet à hauteur d’homme pendant 2 minutes environ, à deux ou trois points de la pièce, et de prendre la moyenne des températures. Il faut s’assurer que deux lectures successives faites au même point, donnent le même chiffre. — C’est ainsi que j’ai pu constater que la chambre où j’ai fait les mesures précédentes, avait à hauteur d’homme une température moyenne de 19°,75, température trop élevée du reste, d’après les règles de l’hygiène.
- Si l’on veut se borner à une mesure approximative, on peut se servir d’un thermomètre posé sur un meuble, mais il faut avoir soin de ne pas le placer dans le voisinage des fenêtres ou des cheminées.
- Gaston Tissandier .
- Températures prises avec le même thermomètre, dans diltéreuts points d'une chambre chauffée et close. — 8 février 1883. — Température extérieure, 10°,25.
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- LA NATURE
- CORRESPONDANCE
- SUR LES SONS PRODUITS PAR LK VENT Monsieur,
- On a souvent parlé de ce fait, que certains voyageurs prétendent avoir entendu au milieu des déserts, des sons analogues à ceux des cloches. A ce sujet, M. Carus Sterne vient de publier un article très intéressant dans le journal allemand Die Garteiilanbe.
- M. Sterne donne bien des preuves de la réalité du fait (quel’on a pu observer dans les déserts, les montagnes, les forêts, et en Allemagne, dans certaines vallées), mais il reste à déterminer les causes de ce phénomène.
- La grande difficulté, pour arriver à ce but, est de savoir de quel endroit proviennent les sons. On entend, dans l’air, un murmure irrégulier, qui s’enfle peu à peu, puis ressemble au tintement de cloches éloignées.
- Je dis ressemble, car le son perçu n’est pas exactement celui des cloches, mais l’intermédiaire entre celui d’une gigantesque corde à violon, et celui qu’émettrait un immense gong faiblement frappé.
- Au Sinai, il existe un cône de roches sableuses, haut de 500 pieds, et nommé le Gebel Nakus. Quand un voyageur essaie de l’escalader, il perçoit un son pareil h celui des cloches. Les Bédouins disent qu’il y a, sous terre, à cet endroit, un couvent de moines damnés, mais le voyageur, qui ne peut se contenter d’une telle explication, attribue le fait au frottement des grains de sable quart-zeux qui roulent sous ses pieds.
- Telie est aussi l’opinion d’un grand nombre de savants, relativement au dit phénomène.
- Cependant, Ilumboldt, qui dans l’Orinoko avait entendu les Indiens parler de falaises musicales (loxas de musica), crut expliquer cette merveille par l’action des courants, créés par la différence de température, entre le jour et la nuit, sur l’air des profondes crevasses granitiques.
- D’un autre côté, les savants français Jollois et Devilliers, visitant un monument granitique, près de Karnak, entendirent, au lever du soleil, un son pareil à celui qu’émet une corde vibrante. Cette observation fut d’autant plus intéressante qu’elle concordait avec celle que fit Pausa-nias, au sujet de la fameuse statue de Meinnon. Le sable, cette fois, paraissait étranger à la production du son.
- Ceci donné, j’ai cru que pour mieux étudier le phénomène, il était nécessaire de chercher a le reproduire artificiellement, et c’est à quoi je crois avoir réussi :
- Je prends mon fusil (calibre 1(5), et, quand il vente bonne brise, je vais en rase campagne. Arrivé là, je braque mou arme à 45 degrés environ dans le vent ; le canon rend un son; en tâtonnant, j’arrive à reproduire exactement celui en question.
- Ce qui fait l’intérêt de cette expérience, c’est que l’on ne peut savoir d’où émane le son.
- M’adressant a un berger, je lui dis :
- « Entendez-vous?.,... mon fusil. »
- <i — Pardon, monsieur, ce sont les cloches de..., »
- J'obtiens toujours une réponse à peu près identique, quand je m’adresse à une personne non prévenue, ou ignorante de la cause; elle croit que le son provient d’un point situé à 5 kilomètres environ, au vent.
- Ceci permet d’émettre l'hypothèse que le tintement produit est le résultat du frottement du vent, dans une inclinaison donnée, sur une arête vive, derrière laquelle se trouve un résonnateur. Ce qui se fait en petit dans un fusil, peut se produire en grand dans la nature ; l’arête
- vive est celle d’une montagne, d’un rocher, d’un bloc de granit, et le résonnateur est une vallée, une crevasse, ou le bloc lui-inême, quand il est compact.
- Le naturaliste Ehrenberg dit avoir entendu le Gebel Nakus résonner, l’air étant parfaitement calme (bei volliq ruhiger Luft). Il peut s’étre trompé; j’ai moi-même constaté que par un temps cahne, il règne quelquefois une fraîche brise sur l’arête même d’un rocher, surtout quand il fait chaud, ou à l’instant du lever du soleil.
- D’ailleurs, les voyageurs Th. Lôbbecke et II. Palmé disent à leur tour, qu’ayant visité le Gebel Nakus, ils ne purent le faire résonner, avant que la brise ne se lut élevée, et que le sable ne fût séché.
- Comme corroboration de ce dernier fait, j’ai remarqué que mon fusil résonne beaucoup moins bien, et même ne résonne pas du tout, par un temps humide.
- Le rôle des grains de sable, que l’on a souvent mis en avant, paraît se borner à provoquer la vibration, que Je vent tend à produire. L’effet serait le même que celui du tic-tac d’une horloge, qui, posée sur une planche, provoque la marche d’une autre horloge, arrêtée et posée sur la même planche.
- Émile Sorel fils.
- CHRONIQUE
- Le tunnel de la Manche. — Les journaux anglais annoncent que, dans une réunion des membres de la Compagnie du tunnel de la Manche, qui a eu lieu le 5 février, à Londres, le projet de loi autorisant la construction du tunnel a été discuté et adopté par l’assemblée. Lord Grosvenor, président de la réunion, a dit, en donnant lecture du projet de loi, que les ingénieurs de la Compagnie ont examiné avec soin toutes les objections soulevées contre le projet. Le projet primitif a été modifié en ce qui concerne les approches du tunnel de manière à répondre aux recommandations de la Commission; quant à la demande de cette dernière de trouver un moyen de faire sauter le tunnel, de manière à le mettre en communication avec la mer, elle est irréalisable, parce que la couche de calcaire qui sépare le tunnel de la mer est tellement épaisse et solide que jusqu’à présent il n’existe, aucun moyen assez puissant pour le faire sauter. Lord Grosvenor a dit, en outre, qu’il espère que l’opposition que le projet de tunnel a rencontrée en Angleterre par suite d’une agitation factice, disparaîtra peu à peu, d’autant plus que les objections sérieuses, notamment la crainte d’une guerre entre la Fiance et l’Angleterre, peuvent être victorieusement combattues.
- D’autre part, la Conlemporanj Revievû publie un article de M. Boyd Dawkins, sur le même sujet. M. Dawkins se prononce en faveur du projet de sir Edward Watkin. 11 expose que, lorsque l’Angleterre aura perdu la suprématie sur la mer, il importe peu qu’il y ait ou non un tunnel. « Tous les arguments que l’on fait valoir contre la construction peuvent, dit M. Boyd Dawkins, être employés aussi pour combattre les autres moyens de locomotion rapide. Si nous nous enfermons chez nous et que nous établissions une barrière qui entrave les communications entre notre pays et les pays voisins, no^s^agirons d’une façon opposée à nos traditions libérales et nous reviendrons à une politique semblable à celle que suit la Chine et que suivait dernièrement le Japon. »
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- LA NATURE,
- m
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Mance du 19 février 1883. — Présidence de M. Blanchaiid.
- L'expérience de M. M. Deprez.— La pièce de résistance de la séance a été la lecture par M. Tresca d’un rapport relatif à l’expérience réalisée par M. Deprez le 11 du mois courant et qui a été une reproduction amplifiée de l’expérience de Munich. Une machine de 6,31 chevaux étant installée à la gare du Nord, on a actionné par son moyen une autre machine séparée de la première par 8500 mètres de fil. Le travail recueilli sur le frein a été de 2,05 chevaux;— et le rendement a par conséquent été de 0,326. C’est, comme on voit, un très grand résultat, malgré les très justes critiques qu’on peut y faire, ainsi que l’ont montré, chacun de leur côté, M. J. Bertrand et notre savant collaborateur M. E. Hospitalier.
- M. Tresca a beaucoup insisté sur la perfection du mode opératoire qui, bien supérieur à celui dont on dispose pour les machines ordinaires, a permis de mesurer le travail séparément dans chacune des parties de l’apppareil.
- En terminant sa lecture et sous forme de post-scripium, le savant rapporteur ajoute que la veille même, une nouvelle expérience a été faite à grande vitesse. La machine génératrice, au lieu de 590 tours par minute, en faisait 814,, et dans ces conditions ce n’est pas le tiers du travail qu’on a recueilli, mais les 42 centièmes. M. Tresca annonce pour la prochaine séance de nouveaux détails à ce sujet.
- Falsification du sulfate de quinine, — L’opinion publique s’est récemment émue de falsifications dont le sulfate de quinine destiné aux hôpitaux avait été l’objet. On se rappelle que des caisses du précieux médicament se sont trouvées à peu près exclusivement remplies de sulfate de cinchonine. A cette occasion, M. Bochefontaine s’est demandé quelle différence essentielle existe entre les deux substances, et il a trouvé en opérant sur des chiens, que ce qu’on peut reprocher de plus grave à la cinchonine, c’est de n’élre pas assez active. Cependant cet alcaloïde possède des propriétés convulsionnantes plus intenses que la quinine.
- La science au Brésil. — On mentionne deux notes brésiliennes, l’une de M. Conty sur la physiologie du cerveau étudiée chez des Paresseux et chez des Vautours ; — l’autre de M. Lacaille, de l’Observatoire de Rio-Janeiro, sur certaines questions d’astronomie.
- Cristallisation de l'acier. — Dans des boursoufflures de l’acier de cémentation, M. Iloltzer a observé de petites géodes cristallines. Les cristaux consistant en macles d’octaèdres réguliers, donnent 1,60 pour 100 de carbone à l’analyse, et représentent par conséquent le premier exemple d’acier cristallisé.
- Chinoiseries. — Il s’agit de remèdes utilisés par la médecine empirique des Chinois et que signale M. Ro-manet avec des détails que le sujet ne méritait peut-être pas. L’auteur insiste surtout sur une plante considérée comme décisive contre la surdité. Comme il convient d’ailleurs pour un végétal si favorable à un sens dont le siège est le rocher, c’est un saxifrage (Saxifraga sarmert-tosa). On trouve dans la même note la louange du fiel de serpent boa comme remède contre la rage.
- L'Année scientifique. — Le vingt-sixième volume du précieux annuaire de M. Louis Figuier est déposé sur le bureau. Écrit sur le même plan que ses aînés, le nouveau
- volume continue dignement l’encyclopédie à laquelle M. Figuier se consacre depuis plus d’un quart de siècle. Les diverses branches des sciences pures et appliquées sont successivement passées en revue, et après des notices spéciales sur les Expositions, sur les Académies et sur les Sociétés savantes, on trouve à la fin du volume une série pleine d’intérêt, de notices nécrologiques.
- Varia. — M. Dareste étudie la production des monstruosités parles secousses imprimées aux œufs de poule. — Un mémoire de haute mathématique est envoyé par M. Sylvestre et nous ne le mentionnerions pas si M. Bertrand ne constatait que le célèbre correspondant de l’Aca-déinie n’a jamais adressé une communication sans y joindre dans la semaine ou dans la quinzaine des corrections, des additions ou des suppressions. Ce qui n’einpèche pas que les géomètres n’attachent le plus grand prix aux travaux du savant de Baltimore. — La position de la planète 232,Palizza, les 5, 6, 43, 46 et 17 février, occupe M. Bigourdan.
- Stanislas Meunier.
- LA CULTURE DE LA TRUFFE
- Cultiver la truffe semble un paradoxe, et cependant c’est chose passée dans la pratique de plusieurs de nos départements les plus grands producteurs de ce délicieux champignon souterrain. C’est dans le département de Yaucluse qu’est née la culture de la truffe, c’est aussi dans ce département et dans celui voisin, des Basses-Alpes, que celte culture a fait le plus de progrès.
- Cette culture est des plus simples. Si vous voulez des truffes, disait de Gasparin, il y a quarante ans, semez des chênes. C’est que de Gasparin habitait au pied du mont Ventoiix, sur les pentes duquel d’intelligents rabassiers (chercheurs de truffes), guidés d’abord par le hasard, firent les premiers semis.
- On peut réduire à ceci les conditions de la culture de la truffe : Semer des glands iruffiers sur une terre calcaire et dans un climat propre à la maturation du raisin.
- Disons tout d’abord qu’on donne le nom de glands truf-fiers aux glands tombés sur le sol des truffières; d’ordinaire, ces glands proviennent des chênes mêmes qui abritent et sans doute alimentent des truffières. Ces chênes sont d’ailleurs, dans le Poitou et le Périgord, le Quercus pubescens: en Provence, le Quercus et le Quer-eus llex.
- Il ne faudrait pas cueillir les glands sur l’arbre même, car ce n’est qu’en tombant sur la terre qu’il a chance d’emporter avec des parcelles' du sol les spores ou graines de la truffe, lesquelles germant avec le gland du chêne et se développant parallèlement à lui, produiront le mycélium ou blanc de la truffe. La présence exclusive des truffés sur les sols calcaires est un fait constant d’observation dont je ne veux citer qu’un cas particulier d’une grande netteté. Quand on se rend de Poitiers à PérigueuX en passant par Limoges, on quitte les truffes en même temps que le calcaire après Montmorillon pour les perdre de vue sur tout le sol granitique du plateau Central et les retrouver, avec les formations calcaires, dès qu’on approclie de Thiviers, où est un marché de truffes assez important.
- Tous les sols calcaires peuvent produire des truffes, mais il semble que les plus favorables soient les terrains jurassiques, à ce point que la carte de ces terrains est à peu près la carte de la production truffière.
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- LA NATURE.
- Le climat qui convient à la formation des truffières est, ai-je dit, celui qui convient a la vigne; cependant il résulte des faits observés que la truffe dépasse un peu la vigne en altitude, dans les montagnes du Dauphiné et la Provence.
- Etant données les conditions propres à la culture des truffes, la récolte suivra les semis, après six ans en Provence, après huit ou dix ans dans le Poitou et les zones situées plus au Nord.
- Les soins à donner aux futures truffières consistent en un simple labour en avril, le repos de la terre étant nécessaire pendant le reste de l’année, sous peine de nuire à la formation des truffes.
- Quant aux produits que peut donner la culture des truffes, on peut s’en faire une idée en considérant que les 20 hectares de bois truffiers, créés par M. Rousseau, aux portes de Carpen-tras, sur un sol caillouteux qui se louait à peine 50 fr., donnent en moyenne, par hectare, pour 2600 francs de truffes.
- Dans tout ce qui précède on a eu en vue la délicieuse truffe dite du Périgord (Tuber cibœ-riurn ou melanospo-rum), qui garde ses qualités en tous lieux, même à Etampes et à Corbeil, aux portes de Paris.
- En quelques contrées, notamment en Bourgogne et en Champagne, on récolte beaucoup de truffes, mais des truffes peu estimées hors du pays et qui se rattachent à deux espèces, peut-être à trois, les Tuber mesenterium, brumoie et burgun-dium ou uncinatum.
- Or, la qualité des truffes tenant moins au climat qu’a Y espèce, comme on le constate tous les jours pour les cerises, les prunes, les poires, etc., la Bourgogne et la Champagne feront bien de remplacer, et la chose est facile avec des glands truffiers tirés de Provence, etc., leurs mauvaises truffes par la truffe dite du Périgord.
- Je termine en disant que, voulant mettre en pratique les indications qui précèdent, j’ai semé, il y a deux ans, des glands truffiers en amont du village d’Yvette (vallée de Chevreuse), sur une colline calcaire à l’exposition du Midi, où existe un vignoble de belle venue1.
- Chai in,
- Directeur de l’Ecole de Pharmacie.
- ÉCLAIRAGE PAR L’AIR CARBURÉ
- Quand on fait passer un courant d’air dans un liquide volatil et inflammable comme l’essence de pétrole, l’air entraîne avec lui des vapeurs earburées et quand on en approche une flamme, il brûle à la façon du gaz de l'éclairage, les éléments combustibles et comburants se trouvant intimement mélangés.
- Cette propriété a donné lieu à un grand nombre d’appareils industriels ou domestiques qui permettent d’utiliser avantageusement ainsi pour l’éclairage, la combustion des essences minérales entraînées par l’air. En Angleterre, en Belgique, plusieurs systèmes sont employés avec succès dans les localités où il n’y a pas encore d’usines à gaz. Nous ferons connaître aujourd’hui le système de MM. Faignot-Cha-véc, représenté sous la forme de l’appareil ci-contre, que nous avous vu fonctionner à Paris dans de bonnes conditions.
- Cet appareil se compose : 1° d’un réservoir inférieur, contenant l’essence de pétrole, divisée par des claies poreuses superposées; 2° d’un compteur aspirateur où se fait le mélange de l’air avec la gazolinc; 3° d’un contrepoids qui actionne cet aspirateur ; 4° d’une cloche gazomètre, où s’emmagasine le gaz (mélangé d’air et de vapeurs de pétrole). Cette cloche est de très petite dimension, car le gaz est en quelque sorte consommé au fur et à mesure de sa production.
- Le gaz est conduit par des canalisations aux brûleurs qui sont semblables à ceux du gaz de l’éclairage et que l’on emploie exactement de la même façon.
- La flamme produite par l’air ainsi carburé est très jaune, mais très éclairante. Le gaz obtenu, s’applique très bien au chauffage, pour les fourneaux de cuisine et les moteurs.
- 1 D’après une communication faite à la Société d'Encouragement.
- ><r»
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandiku.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- IS° 5OU. — 5 MARS 1885
- LA NATURE
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- MANTES ET EMPUSES
- En examinant les formes étranges des insectes que représente le dessin joint à cet article, beaucoup de personnes croiront voir des insectes exotiques. Si cela est vrai pour beaucoup d’espèces de
- ce groupe, propres aux régions chaudes et n’arrivant au plus qu’à la zone tempérée méridionale, il y a certains de ces insectes qu’on commence à trouver en France au sud de la Loire, toujours trop rares, car ce sont pour nous d’utiles auxiliaires, exclusivement carnassiers de proie vivante. Ils appartiennent aux Orthoptères, insectes sans métamorphoses
- Manies et Empuses. Espèces de France.
- complètes, à pièces de la bouche broyeuses à tous les états, de larves, de nymphes, d’adultes, états dans lesquels les insectes de cet ordre sont toujours agiles et de même régime alimentaire.
- Deux paires de grandes ailes caractérisent les adultes, les antérieures étroites, à bords parallèles, souvent à demi coriaces, les postérieures très larges en surface, obligées de se plisser en éventail au repos sous les ailes supérieures.
- {{' année. — d,r semestre.
- Le type général des Mantiens est constitué par des insectes allongés, à très longues pattes; le poète grec Théocrile donne, par analogie, le nom de Mante à une jeune fille, mince et élancée, à bras très maigres. Ces insectes présentent en général le phénomène du mimétisme, ou adaptation défensive au milieu ambiant par la couleur et la forme; en particulier les Manies et les Empuses, qui vivent sur les piailles, sont vertes comme les
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- LA NA TU UE.
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- feuilles, parfois jaunes ou grisâtres par variétés individuelles, parlois enlin brunâtres et imitant alors les feuilles mortes. Leur caractère essentiel est celui présenté par les membres de devant, dits pattes ravisseuses. A un très long prothorax, s’attachent en dessous de longues hanches, et sur celles-ci s’articulent des cuisses, à la fois comprimées et renflées, munies en dessous de rangées d’épines; les jambes, plus courtes que les cuisses, offrent aussi des épines en dessous, qui s’engrènent entre celles de la cuisse quand les jambes sont repliées, constituant ainsi un étau redoutable; enfin, au repos, un tarse grêle vient se loger dans un canal sous la jambe, destiné à le recevoir. Les Mantes et les Empuses sont des insectes de rapine, combinant les mouvements du Chat et du Singe-Leurs pattes antérieures sont à deux fins. Elles peuvent servir à grimper, à l’aide du tarse et surtout de la griffe crochue qui termine la jambe; mais, le plus souvent, ce sont des organes de chasse. La vie de ces insectes se passe en effet à errer sournoisement dans les herbes et dans les buissons, à la recherche d’une proie, ou à se mettre à l’affût sur une branche pour la surprendre. Le corps est soutenu par les quatre pattes postérieures seules, le protborax relevé obliquement, et les pattes antérieures, tout à fait libres dans leurs mouvements, repliées et dissimulées sous le prothorax. Ils attendent ainsi avec patience qu’un insecte quelconque passe dans le voisinage de leurs redoutables serres. Dès qu’il est à portée, ils projettent subitement, sur lui une patte antérieure, avec une telle vitesse que l’œil n’en saurait suivre le mouvement, ainsi qu’il arrive pour la langue dardée sur une Mouche par le Caméléon immobile. Us ramènent la victime serrée dans l’étau et maintenue par les épines, entre la jambe et la cuisse. On voit en outre ces Orthoptères tourner eà et là leur tête triangulaire, paraissant vous regarder, de même que les Oiseaux parmi les Vertébrés. De plus ils amènent très habilement à la bouche leurs tarses antérieurs, pour les nettoyer et les humecter.
- Les Mantes proprement dites ont les ailes bien développées, les antérieures ou pseudélylres plus ou moins opaques dans les femelles, plus ou moins hyalines dans les mâles, la partie opaque passant peu à peu à la partie hyaline. Dans les deux sexes les antennes sont comme des soies à nombreux articles, capillaires chez les femelles, plus épaisses et beaucoup plus longues chez les mâles. L’espèce la plus grande et la plus répandue en France est la Mante religieuse, Linné, dont la femelle atteint 54 millimètres de longueur, le mâle n’en ayant que 40. La couleur est d’un joli vert, parfois jaune ou d’un roux jaunâtre. Elle se trouve surtout dans les gazons et les vignes, adulte à la lin de l’été et en automne, s’envolant assez lentement devant le promeneur. On la rencontre dans tout le midi de la France, remontant à l'Est jus-
- qu'auprès de Dijon, dans l’Ouest aux environs de Saintes et de La Rochelle, et sur les cotes bretonnes et normandes jusqu’au Havre, mais très rare. Elle se prend accidentellement près de Paris, à Fontainebleau, à Lardv, à Monlhléry, à Marcoussis, etc. On a dû quelquefois la trouver dans la plus proche banlieue de Paris, puisque Geoffroy la cite dans ses Insectes parisiens. Elle est abondante en Algérie et dans toute l’Afrique septentrionale, en Italie, fréquente notamment dans les champs et jardins de la Toscane, en Sicile, en Espagne. L’espèce existe dans l’Allemagne australe et moyenne, passe par le midi de la Russie d’Europe et d’Asie et par le sud de la Sibérie jusqu’en Chine et sur les côtes orientales de l’Asie.
- Dans la posture d’affût les Mantes semblent agenouillées, et comme souvent elles élèvent leurs pattes antérieures en l'air, en les joignant dans une altitude suppliante, l’imagination naïve de tous les peuples a vu dans cette position de chasse un acte de piété, devant valoir à ces insectes une certaine vénération attestée par les noms de diverses espèces : religieuse, prieuse, oratoire, sacrée, etc. Les Nubiens et les Hottentots, d’après Sparmann, regardent les Mantes comme des divinités tutélaires, et les divers peuples d’Europe qui les connaissent, les nomment prie-Dieu, prega Diou de nos paysans du Languedoc, Louva-Deos des Portugais. Une légende monacale nous dit que saint François-Xavier, l’apôtre des Indes et du Japon, ayant aperçu une Mante qui tenait ses bras élevés vers le ciel, lui ordonna de chanter les louanges de Dieu; aussitôt l’insecte entonna un cantique des plus édifiants. Pison, dans son Histoire naturelle des Indes Occidentales, se sert du mot Vates (devin) pour désigner les Mantes, et parle de cette superstition, propre aux chrétiens aussi bien qu’aux païens, qui lui octroie le don de prophétie et de divination. L’habitude qu’ont aussi les Mantes d’étendre en avant tantôt une patte ravisseuse, tantôt l’autre, et de garder longtemps celte position, a fait croire en outre qu’elles indiquaient le chemin au passant. L’ancien naturaliste Moufet, dans son Theatrum insectorum (Londres, 1654, p. 118), dit de notre Mante religieuse : « Cette bestiole est réputée si divine, que si un enfant lui demande sa route, elle lui montre la véritable, en étendant la patte, et le trompe rarement ou jamais.»
- Si nous revenons des fables à la réalité, nous dirons que les Mantes poussent la voracité jusqu’à une férociié véritable. Rœsel rapporte que les jeunes larves se dévorent entre elles, même sans être poussées par la faim; les adultes se battent avec acharnement lorsque plusieurs individus sont renfermés ensemble. Les Chinois s’amusent à les mettre en cage, pour les voir cherchant à se décapiter, et engagent des paris sur leurs duels, comme sur les combats de Coqs. Les petits mâles sont souvent victimes de leurs robustes femelles, comme cela a lieu aussi chez beaucoup d’Araignées. Le vieux naturaliste Loiret, explorateur des États Bar-
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- LA NATURE
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- baresqucs, rapporte qu’ayant capturé une Mante femelle dans une boîte, il voulut lui offrir un époux. Le mâle qu’il lui donna eut aussitôt la tète tranchée par les mandibules de sa cruelle compagne; puis le ménage passa la nuit en parfait accord. Le lendemain matin, la femelle, inaccessible à la pitié comme à la reconnaissance, acheva le. mâle pour son déjeuner. Le terrible appétit des Mantes n’est pas limité au monde des Insectes. Zimmermann cite des Mantes de l’Amérique du Nord, qui s’emparent de petites grenouilles et même de lézards. Près de Buenos-Àyres, la grosse femelle du Copto-pteryx Argentina, Burmeister, saisit sur les arbres les petits oiseaux et leur enfonce scs mandibules dans le crâne.
- La reproduction des Mantes, et en particulier celle de la Mante religieuse, s’accompagne d’une particularité remarquable. A mesure qu’elle pond ses œufs, la femelle émet autour d’eux un liquide visqueux; pendant qu’il s’écoule, l’extrémité élargie de l’abdomen malaxe cette matière gommeuse en se livrant à des .ondulations régulières et façonne, avec cette truelle, une petite loge autour de chaque œuf. Il en résulte une capsule de plus de 5 centimètres de longueur, d’un brun grisâtre, ellipsoïdale, convexe en dessus, fixée au rocher par sa face inférieure plane et se confondant avec lui par sa couleur, attachée plus rarement à une branche. De chaque côté sont une vingtaine de chambres contenant des œufs oblongs, collés par le gros bout sur le plancher de la chambre. Cette oothèque cornée a passé l’hiver et le printemps; au mois de juin en sortent de petites larves, d’abord celles des œufs du petit bout de l’oothèque, bien que ces œufs aient été pondus les derniers. Il faut trois mois pour le passage de ces larves aux adultes, en septembre et octobre.
- Une autre forme est celle des Empuses, encore bien plus grêles que les Mantes. La tête se prolonge en dessus en un long cône; les femelles ont des antennes courtes et soyeuses, à la façon de celles des Mantes, les mâles offrant au contraire des antennes bipectinées, munies de deux rangs de barbules. En Algérie, ainsi près de Constantine et de Sétif, et aussi dans l’extrême midi de la France, mais ne dépassant pas 45° latitude, se trouve l’Empuse appauviie (Empusa egena, Charpentier), de 40 â 48 millimètres de longueur, d’un vert jaunâtre un peu pâle, avec une légère nuance d’incarnat à la base des ailes supérieures. Cette espèce passe l’hiver en larves, cramponnées aux petites branches, et retroussant comme une queue contournée et relevée en arrière les anneaux de leur abdomen. On trouve les adultes au printemps et non à l’arrière-saison, comme les Mantes. Les mœurs des Empuses sont tout à fait celles des Mantes.
- Maurice Girard.
- LES ORIGINES DE LA MACHINE A VAPEUR
- Tous les ouvrages qui traitent de l’histoire de la machine à vapeur signalent l’éolipyle de Héron comme la plus ancienne manifestation connue de cette puissance qui remplit aujourd’hui le monde; mais bien peu de personnes savent qu’on trouve également, dans les Pneumatiques de l’ingénieur grec, le germe de la chaudière tubulaire et du robinet de Papin qui a été remplacé dans les machines modernes par le tiroir de Watt.
- Voici d’abord la traduction littérale des deux passages qui ont trait aux appareils si souvent cités de Héron :
- « On peut faire tenir en l'air des boules par le procédé suivant.
- « Au-dessous d’une chaudière qui renferme de l’eau et qui est fermée à sa partie supérieure, on allume du feu. I)u couvercle part un tube qui s’élève verticalement et à l’extrémité duquel se trouve, en communication avec lui, un hémisphère creux. En plaçant une boule légère dans cet hémisphère, il arrivera que la vapeur de la chaudière montant à travers le tube, soulèvera la boule de manière qu’elle restera suspendue1.
- « Faire tourner une sphère sur un pivot à l’aide d’une chaudière placée sur le feu.
- « Soit AB une chaudière contenant de l’eau, placée sur le feu. On la ferme à l’aide d’un couvercle TA que traverse un tube recourbé EZH dont l’extrémité H pénètre dans la petite sphère creuse ©K suivant un diamètre. A l’autre extrémité est placé le pivot AMN qui est fixé sur le couvercle TA. On ajoute sur la sphère, aux deux extrémités d'un diamètre, deux tubes recourbés ; les courbures doivent être à angle droit et les tubes perpendiculaires à la ligne HN. Lorsque la chaudière sera échauffée, la vapeur passera par le tube EZH dans la petite sphère et, sortant par les tubes recourbés dans l’atmosphère, la fera tourner sur place2. »
- L’appareil suivant, également décrit par Héron, mais bien moins connu que les précédents, montre que les anciens avait employé la vapeur, mêlée, il est vrai, avec de l’air chaud, pour faire monter des liquides. Suivant le P. Kircher, qui le rapporte sur la foi d’un auteur nommé Bitho, il y aurait eu à Sais, en Égypte, un temple dédié à Minerve dans lequel se trouvait un autel où, quand on y allumait du feu, Dyonisos et Artémis (Bacchus et Diane) répandaient l’un du vin, l’autre du lait. Voici comment le miracle se produisait :
- 1 La ligure 1 est empruntée à un manuscrit des Pneumatiques datant de la Renaissance ; il aurait fallu représenter la chaudière sur un foyer.
- 2 La figure 2, également empruntée à un manuscrit de la Renaissance, est suffisamment claire pour se passer de lettres.
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- « En allumant du feu sur un autel, des figures font projeteras d’abord un peu d'eau dans les tubes afin des libations et de petits serpents sifflent \ (fig. &). qu’ils ne soient point crevés parla sécheresse du
- « Soit AB un pfédcstal creux sur lequel est un autel r, dans l’intérieur duquel est un gros tube AE descendant du foyer dans le piédestal et se divisant en trois petits tubes : l’un EZ se rend à la gueule du serpent, l’autre EII0 à un vase propre à contenir du vin KA, dont le fond doit se trouver au-dessus de la ligure M, ce tube devant se relier au couvercle du vase K A par un grillage; le troisième tube ENS monte également à un vase O propre à recevoir du vin et est relié de la même manière à son couvercle ; les deux derniers tubes sont soudés aux fonds des vases, dans chacun desquels se trouve un siphon recourbé P2 et TT.
- Chacun de ces tubes a une de scs extrémités plongée dans le vin, tandis que l’autre, qui
- aboutit à la main de la figure qui doit faire la libation, traverse d’une façon étanche la paroi du vase à vin. Quand tu voudras allumer le feu, tu
- feu et tu boucheras toutes les ouvertures pour
- que l’air ne s’échappe pas. Alors le souflle du feu, mélangé avec l’eau, montera par les tubes jusqu’aux grillages, et passant par ces grillages, il pressera sur le vin et le fera écouler par les siphons PS et TY. Le vin sortant ainsi des mains des figures, celles-ci paraissent faire des libations tant que l’autel est enfeu. Quant à l’autre lube, qui conduit le souffle à la gueule du serpent, il le lait siffler 1. »
- Pour le robinet et la chaudière tubulaire, nous les trouvons dans un calorifère à eau chaude que Héron appelle d’un nom latin grécisé, Miliarion, à
- Fig. 5. — Lb chaudière tubulaire de lléroti
- 1 La figure 4 a élc composée d’après un petit bijou en or du musée Égyptien
- HP Pnpic T a mA/>*inioiriA /Il
- à la clarté.
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- cause de sa ressemblance avec les bornes milliaires.
- La figure 5 nous montre au centre le foyer sous la forme d’un cylindre vertical qui devait avoir en dessous une prise d’air que le dessin n’indique pas. Tout autour était une chaudière, également cylindrique, remplie d’eau ; un certain nombre de tubes tels que oK et MN mettaient en communication scs différentes parties en passant .à travers le foyer et augmentaient ainsi la surface de chauffe.
- Le robinet T sert à prendre de l’eau chaude ; la coupe 2, à introduire de l’eau froide dans la chaudière à l’aide d’un tube qui va jusqu’au fond de celle-ci; le tube recourbé a pour but de laisser s’échapper l'air quand on verse l’eau et de donner issue à la vapeur qui peut se produire ; on e'vite ainsi la projection de l’eau par la coupe 2. Héron dit dans le texte que ce tube débouche dans l’intérieur de la coupe pour qu’on ne l’aperçoive point et non dans la position que nous avons indiquée pour plus de clarté. (On voit dans notre dessin un compartiment formé par deux plaques verticales formant un angle dièdre où l’eau ne pénètre point. Il était destiné à animer diverses figurines par le jeu de la vapeur et du robinet à plusieurs entrées dont j’ai parlé.
- Ce robinet se compose d’un système de deux . tubes concentriques pouvant tourner à frottement doux l’un dans l’autre. Le tube extérieur TA est fixé à la paroi supérieure du calorifère qu’il traverse; il est percé de trois trous y, $ et % placés à des hauteurs différentes et communiquant par
- de petits tnbes avec les figurines dont il sera question tout à l’heure. Le luhe intérieur AB est ouvert à sa partie inférieure et communique ainsi avec l’intérieur du compartiment; il est fermé à sa partie supérieure qui débouche au-dessus du calorifère cl qui peut se manoeuvrer avec une poignée A. 11 est percé de trois tr ous aux mêmes hauteurs
- que les trous f, y» et mais orientés différemment, de telle sorte que q uand, p a r un mouvement de rotation du tube AB, on amène l’un de ses trous en regard du trou du tube T A qui est à la même hauteur, les deux autres ne se correspondent pas. Des traits tracés sur-la partie visible des deux tubes indiquent les positions qu’il faut donner pour que ces correspon -dances aient lieu. Le tube <p se termine par une tête de serpent qui regarde le foyer. Le tube ^ aboutit à un triton ayant à la bouche une trompe. Enfin le tube % porte à son extrémité un sifflet qui débouche dans le corps d’un oi -seau rempli d’eau.
- On voit maintenant ce qui va se passer. On retire le tube AB et on projette un peu d’eau dans le compartiment; cette eau coule dans le tube AS qui passe sous le foyer et est fermé du côté opposé à son ouverture S; elle se réduit en vapeur. Quand on a replacé le tube AB on peut à volonté faire passer la vapeur soit dans le corps de l’oiseau, qui gazouillera, soit dans celui du triton, qui sonnera de la trompe, soit enfin dans celui du serpent, qui soufflera sur le feu et activera la llamme. A. de Rochas.
- Fig. i — Autel merveilleux de Héron.— Quand on allume le feu de l’autel, les statuettes versent du vin et du lait et les serpents sifflent. (Restitution faite d’après un bijou en or du musée Égyptien du Louvre.)
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- HYGIÈNE
- INFLUENCE DES ATTITUDES SUD UES DÉFORMATIONS DU CORPS 1
- L'hygiène est l'art de conserver et de perfectionner la santé. Elle comporte l’étude de toutes les conditions qui assurent la prospérité de l’individu et de l’espèce, qui les améliorent moralement et physiquement. Nous signalerons aujourd’hui, d’après le résumé que vient d’en publier le I)rÀ. Proust, quelques faits relatifs à l’un des plus intéressants chapitres de l’hygiène, celui qui se rapporte aux bonnes attitudes du corps dans les principaux travaux de l’école ou de l’atelier. La manière d’écrire peut exercer une influence très fâcheuse sur la forme du corps. M. le l)r Daily a montré, entre autres, devant la Société de médecine publique, comment l’écriture dite anglaise, lorsqu’on oblige en même temps l’élève à appuyer le bras gauche à la table, amène aisément une incurvation de la colonne vertébrale vers la gauche.
- Cette position, maintenue chaque jour, pendant plusieurs heures de suite, au moment du développement, finit par amener des déformations définitives. En Suisse, 20 pour 100 des écoliers,
- 40 pour 100 des écolières, ont une épaule plus haute que l’autre.
- C’est, en effet, l’école qui est la cause la plus habituelle des déformations, en obligeant l’enfant à une attitude plus ou moins vicieuse.
- L’élève pour éviter ces inconvénients, devra être assis d’aplomb, la ligne des épaules horizontale et parallèle au bord de la table en évitant de creuser les reins. 11 n’aura aucun des coudes appuyé sur la table ou tous les deux également. M. le I)1 Mathias Roth (de Londres), qui a étudié spécialement toutes ces questions, a publié, à ce sujet, de nombreuses figures représentant les mauvaises attitudes, celles qu’il
- fiy. 1. —( Attitudes vicieuse et iioiiii.ilo de l’élève au piano.
- Fi". 2. — Mauvaise attitude des couturières en général.
- 1 Nous empruntons les cellent ouvrage que vient titre Eléments d’hygiène, secondaire des jeunes (G. Masson, éditeur). Ce comme le vade mecum de notions sur l’hygicne de 1
- cléments de cette notice à un ex-de publier le Dr A. Proust, sous le , 1 vol. in-18 pour Y Enseignement filles, 131 ligures dans le texte petit livre qui peut être considéré la famille, renferme les plus utiles 'enfance et de la jeunesse.
- faut éviter, et les bonnes qu’il s’agit de s’appliquera prendre. Nous reproduisons les dessins très caractéristiques (fig. 1) qui indiquent pour les jeunes filles les inconvénients trop fréquents d’une mauvaise position au piano.
- Parmi les professions manuelles, en dehors de celles qui touchent à l’industrie proprement dite, il en est qui sont plus particulièrement réservées aux femmes, telles que la couture, la tapisserie, le repassage, la garde des enfants. On sait les dangers particuliers que fait courir l’usage trop prolongé et pas assez interrompu par des inter-
- valles de repos, de machines à coudre; mais même pour les ouvrières qui travaillent, l’aiguille à la main, il est important de noter que d’ordinaire elles prennent alors une attitude des plus fâcheuses. M. le Dr Mathias Roth a encore appelé l’attention à ce sujet; dans le dessin ci-contre (fig. 2) il montre comment ces ouvrières plient le corps en deux, penchant le corps en avant et repliant une jambe l’une par-dessus l’autre ; les organes digestifs comprimés ne fonctionnent plus alors avec régularité, sans compter les troubles apportés à la circulation et les déviations de la colonne vertébrale. Par opposition, la figure 3 indique l’attitude
- normale que devraient prendre les couturières.
- Nous emprunterons encore à M. le Dr A. Proust, quelques-unes des sages recommandations qu’il adresse au sujet des vêtements. Après avoir signalé l’importance de l’ampleur des vêtements qui doit être plqs ou moins grande, selon l’àge et le climat, l’auteur insiste sur ce point, que toute compression excessive, en gênant la circulation capillaire, produit sur les parties du corps où elle s’exerce, des congestions dangereuses et des déformations souvent incurables.
- « Il ne faut pas, ajoute le Dr Proust, que la ceinture ou le corset porte jusqu’à l’exagération la finesse de la taille. 11 y a une perversion de goût et, disons-le, un coupable attentat contre soi-même, dans cette application de certaines femmes et de certains hommes, à réduire à un étranglement ridicule et choquant, la partie moyenne du corps. La femme mince est loin d’être la femme svelte. Le corset trop serré, trop raidi par des lames de haleine, détruit la gracieuse ondulation des lignes, rend la marche saccadée, plaque le visage de rougeurs mal-
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- saines, et surtout, en contrariant le libre jeu des organes respiratoires, paraît être une cause de phthisie. »
- LE REBOISEMENT DES MONTAGNES
- (Suite. — Vov. p. 151 et 182.)
- La végétation ligneuse appelée à produire et à perpétuer sur les versants montagneux, l’effet tutélaire qu on attend de la forêt doit répondre aux conditions suivantes :
- 1° Posséder des racines assez puissantes pour enserrer le sol dans leurs innombrables réseaux, le rendre au besoin plus perméable et le protéger contre l’entraînement;
- 2° Présenter un couvert assez complet pour abriter sa surface contre les influences météorologiques ;
- 3U Fournir un humus de plus en plus abondant appelé, d une part, a fertiliser le sol et à augmenter ainsi la puissance de la végétation et, d'autre part, à favoriser la régularisation du débit des eaux pluviales ou des neiges fondant à sa surface;
- 4° Maintenir sans interruptions momentanées et perpétuellement, ces salutaires effets et les développer avec l’aide du temps.
- La futaie seule est capable de satisfaire sans restrictions à 1 ensemble de ces conditions; c’est donc sa création et son développement qui doivent être le but final du reboisement, opération plus complexe qu’on ne le soupçonne généralement.
- Il faut commencer par rechercher les essences à préférer ; le choix à faire dans l’échelle de la végétation forestière, suivant les diverses régions climatériques, dépendra, d’une part, du climat général des terrains à reboiser, de leur situation et de leur exposition, et, d’autre part, de la nature minéralogique du sol, de son état physique et superficiel.
- Après quoi il conviendra d’examiner : d’un côté, s’il n’y a pas lieu de recourir, avant tout travail, à une mise en défends appelée à permettre à la végétation spontanée de se développer pour fournir un premier abri aux jeunes plants forestiers, ou s’il ne sera pas préférable ds procéder à un enherbe-ment préalable; et, d’un autre côté, s’il n’y a pas intérêt à provoquer, par un vaste recépage, la recrudescence rapide des arbustes ou arbrisseaux abroutis que le sol peut renfermer encore et couvrir la plus grande surface de terrain possible en marcottant en tous sens les rejets ainsi obtenus. Puis on devra rechercher s’il convient de préparer le sol par un défoncement préalable et choisir, suivant les circonstances locales, le mode à préférer pour les défoncements qu’on aura jugés nécessaires.
- Il faudra ensuite décider si les essences adoptées devront être introduites par voie de semis ou de plantation et déterminer son choix selon les préférences de ces essences et les conditions locales du climat et du sol.
- En ce qui concerne les semis, on devra se procu-
- TFII F.
- rer les graines aux diverses époques de leur maturité; s as s uier de leur bonne qualité, soigner leur conservation avant l’emploi, puis choisir, parmi les différents modes de semis, celui qui répond le mieux aux conditions spéciales dans lesquelles on devra opérer, tint au point de vue de l’exécution qu’à celui de la saison préférée.
- Dans le cas où l’on aura donné la préférence à la plantation, il faudra, tout d’abord, assurer l’approvisionnement des plants nécessaires et, pour cela, établir des pépinières dont le rendement annuel soit à la hauteur des besoins prévus ; puis choisir le mode de plantation qui soit le plus en harmonie avec les conditions du lieu et les exigences des essences adoptées.
- Les forestiers qui dirigent ces travaux doivent donc être nettement fixés sur un bien grand nombre de question telles que le tempérament, les préférences et l’habitat de chaque essence; les prix de revient des différents modes de préparation du sol; les meilleures organisations des chantiers d’ouvriers et la division à préférer dans chaque espèce de travail; les meilleurs et les plus économiques outils à employer; les modes de récolte de différentes graines, les moyens les plus efficaces de les conserver en bon état ; les préférences à attribuer à tel ou tel système de plantation ou de semis suivant les cas, et enfin les soins de toutes sortes à donner aux pépinières ainsi que leur meilleur aménagement.
- Mais les travaux de l’ingénieur forestier ne s’arrêtent pas là, il doit encore procéder à de nombreux levés topographiques et à une série de nivellements indispensables à la bonne ordonnance de ses projets ; il faut qu’il trace le réseau des chemins nécessaires dans l’avenir pour la vidange de la nouvelle forêt, mais très utiles au début pour l’accès des ouvriers ainsi que pour l’exécution rapide et économique des travaux de toutes sortes; il construit en même temps des baraquements pour tout son personnel sur ces hauteurs inhospitalières et périlleuses où tout abri fait défaut. Enfin, il procède à des travaux hydrographiques et à des observations pluviométri-ques dans chacun des torrents, en vue d’établir une statistique des crues successives et une série d’observations, très précieuses pour l’avenir, sur les phénomènes météorologiques qui peuvent se manifester dans chaque bassin. Ce service établi dans les Alpes depuis un petit nombre d’années, a déjà produit de très intéressants résultats en démontrant que dans les Alpes françaises, comme partout, la quantité annuelle d’eau tombée augmente à mesure qu’on s’élève sur les montagnes.
- Cette observation qui parait toute naturelle méritait cependant d’être faite, car le contraire avait été avancé par une autorité scientifique dans l’ouvrage de M. Cézanne, qui a paru en 1872, comme suite de l’étude de M. Surell.
- Dans une note sur le régime pluvial des Alpes françaises, M. Raulin, professeur à la Faculté de Bordeaux, avait été amené à constater que, tandis
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- que flans les Pyrénées la quantité d’eau atmosphérique va augmentant avec l’altitude, c’est plutôt (à l’exception du Grand-Saint-Bernard) l'inverse qui se produit dans les Alpes françaises, d’ailleurs moins pluvieuses. L’erreur provient évidemment de ce que les très rares stations pluviométriques dont M. Raulin a eu les observations entre les mains, établies par les Ponts et Chaussées, sont toutes situées au fond des vallées où la sécheresse est proverbiale et, qu’à part celui du Grand-Saint-Bernard, les pluviomètres n’étaient pas placés sur des versants de montagnes. Depuis que les observations sont faites par les reboiseurs dans des conditions normales, on a pu constater que toujours à 2500 mètres d’altitude, les pluies ont une intensité presque double de celles tombées à 1500 mètres et que, d’autre part, les pluviomètres les plus élevés indiquent parfois des pluies importantes, alors que ceux situés«au fond de la vallée n’ont pas reçu une goutte d’eau.
- Les observations pluviométriques relevées par les reboiseurs des Alpes ont permis tout récemment de constater l’intensité parfois énorme de certaines pluies, intensité qui explique les phénomènes torrentiels qu’on constate si fréquemment sur les versants des montagnes de cette région. C’est ainsi que le 12 octobre dernier, dans le périmètre de reboisement de Chamatte, commune de Yergons (Basses-Alpes), l’on a pu constater, au moyen d’un pluviomètre de l’Association scientifique de France placé à une altitude de 1200 mètres environ, que la hauteur de l’eau pluviale s’était élevée à 75mm,6 lors d’un orage dont la durée n’avait pas dépassé vingt minutes. L’on peut concevoir facilement l’effet que doit produire une pareille chute d’eau sur des terrains sans consistance et sans abri présentant des versants inclinés parfois à 80 ou 90 pour 100 et des torrents dont la pente moyenne dépasse 40 pour 100.
- L’extinction des torrents par la création de la forêt dans toute l’étendue affouillable de leurs bassins a nécessairement attiré l’attention sur la question de la limite supérieure de la végétation forestière. On avait admis bien souvent comme imposé par la nature le partage des montagnes en trois zones : au sommet, autour des rochers et des glaciers, les pâturages ; plus bas, sur les versants, les forêts ; et enfin, au fond des vallées, les cultures.
- Cette classification qui se constate aujourd’hui dans la plupart des montagnes, assigne pour limite supérieure à la végétation forestière des altitudes relativement basses (de 1800 à 2000 mètres tout au plus), qui, si elles étaient justifiées, rendraient impossible, dans la plupart des cas, l’extinction des torrents par la création de la forêt.
- La question méritait donc d’être étudiée de très près.
- De nombreuses observations faites dans des conditions bien diyerses ont amené à cette conclusion que les gazons, formant aujourd’hui des pelouses continues au-dessus des forêts actuelles, ne sont que
- les témoins des forêts supérieures qui ont disparu par le fait de l'homme après avoir été la cause dominante de la production de ces gazons. D’où il résulte que dans la création des forêts nouvelles, l’on ne doit pas prendre pour limite supérieure des terrains à reboiser l’altitude où l’on rencontre encore la végétation forestière, et que l’on peut, sans le moindre risque, porter ses efforts beaucoup plus haut. C’est ainsi que dans les Alpes l’on peut voir aujourd’hui de superbes pins Cembro et mélèzes de dix à quinze ans recouvrant de vastes espaces à des altitudes de 2700 à 2800 mètres, alors que la limite supérieure des forêts n’y dépasse pas 2000 mètres.
- Tout récemment, dans le Bulletin de VAssociation scientifique du 29 octobre 1882, on signalait d’après La Nature une observation faite aux environs de l’Observatoire du Pic du Midi par M. l’ingénieur Yaussenat qui, à une altitude de 2877 mètres, a rencontré de vieilles souches d’arbres divers dans les anfractuosités des rochers. Cette observation toute récente confirme celles qu’avaient antérieurement recueillies les reboiseurs des Alpes, et qu’ils ont justifiée par la création des forêts qui recouvrent aujourd’hui des terrains où jadis on aurait nié toute possibilité d’existence et de durée à la végétation forestière.
- L’on rencontre souvent, notamment dans les sols montagneux fournis par des marnes basiques ou par des boues glaciaires, de larges et profondes échancrures entamant la base ou le flanc d’un versant donné et profondément rongées par une multitude de petits ravins qui se réunissent presque au même point, sont toujours à sec et ne reçoivent en temps de pluie que l’eau qui tombe sur leur champ d'érosion. On a donné à ces échancrures, parfois très vastes, le nom de Combes. Leurs berges vives atteignent très souvent des pentes de 120 à 130 pour 100, sur lesquelles aucune terre végétale ne saurait se maintenir; tous les éléments qui pourraient la constituer, à la suite du délitement produit sur les marnes par les influences atmosphériques, sont annuellement balayés et entraînés sur de pareilles déclivités par les pluies d’orages ou les neiges ; la décomposition constante de la surface et la périodicité de l’entraînement des matières qui pourraient constituer un sol susceptible de végétation, ont dès lors pour effet le redressement de plus en plus marqué vers l’amont du profil en long de chaque ‘ravin, de sorte qu’au bout d’un temps donné la combe devient un véritable gouffre, à berges presque à pic, qui finit par compromettre la stabilité des versants dominants et peut entraîner l’éboulement de vastes pans de montagne.
- L’on ne peut songer, dans de pareilles conditions et vu la multiplicité effrayante de ces sortes de combes, à écréter leurs berges pour adoucir à la fois leur inclinaison, et abaisser les profils en long des ravins en les comblant avec les matériaux ainsi obtenus, car la dépense de pareils travaux dépas-
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- Périmètre de Saint-Pons (Passes-Alpes). Série de grands clayonnages et ne iascinages vivants. (D’après une photographie de M. E. de Gavfliei.)
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- serait l’importance du but à atteindre, dans des limites que l’on ne saurait admettre.
- En présence de pareilles difficultés l’on a eu recours à des moyens économiques qui ont le précieux avantage de procurer en très peu de temps la sécurité désirable et d’utiliser au profit du but final à atteindre, les forces naturelles si destructives jusque-là.
- Si l’on recherche de très près, en effet, les causes de ces phénomènes, on arrive en dernière analyse à les attribuer exclusivement à la puissance d’un affouillement n’ayant d’autre limite que la dureté de la roche et pouvant dès lors s’exercer indéfiniment dans les sols où cette roche est facilement dé-litable. Le problème se résume donc à rendre inaf-fouillable le fond des ravins et à le mettre à même de conserver les matériaux descendant de leurs berees, conditions qui auront pour résultat, l’exhaussement graduel du lit, l’abaissement des pentes des profils en travers, la production et le maintien d’un sol végétal impossible auparavant, et en dernière analyse la possibilité dans l’avenir d’introduire graduellement la forêt sur toute la surface de la combe, le tout sans la moindre dépense d’écrêtements coûteux, la nature seule se trouvant chargée de procéder à cette sorte de nivellement dans lequel on se contentera de l’aider peu à peu êt avec les conditions les plus économiques.
- La gravure ci-contre fournit un spécimen des intéressants travaux de ce genre entrepris dans la grande combe dite de Saint-Bernard, aux environs de Barcelonnette (Basses-Alpes).
- Elle donne une vue partielle des deux branches principales de cette combe et présente l’ensemble des travaux entrepris pour la correction des ravins établis au milieu des marnes basiques (étage callo-vien) dont est formé tout le versant.
- Au premier plan se présente un grand clayonnage de 15 mètres de longueur dont l’atterrissement réglé en long et en travers, est recouvert d’une plantation serrée, sauf en son milieu où l’on a ménagé une rigole pavée inaffouillable pour l’écoulement des eaux.
- Les deux ravins principaux ainsi que leurs affluents, ont leur lit complètement revêtu, de la base au sommet, par une armature définitive de clayonnages étagés doiit les atterrissements sont garnis de plantations d’essences diverses, entremêlés de saules, destinés à former un fourré inébranlable qui retient tous les détritus des berges, et forme au fond de chaque lit une cuirasse végétale à toute épreuve. Les berges, dont les pentes présentaient jadis 120 à 130 pour 100, ont déjà commencé à prendre une nouvelle assiette et sur certaines d’entre elles on a pu entreprendre les premières plantations, sorte d’avant-garde de la forêt future.
- Les transports de matériaux ont cessé depuis quelques années, la combe ne fournit plus que de l’eau en temps de pluie et conserve dans son sein
- tous les détritus fournis par les berges. Le résultat le plus important est obtenu, il ne reste plus qu’à aider la nature en faisant peu à peu remonter la végétation forestière du fond du lit vers l’amont des berges, au fur et à mesure que le sol végétal formé et retenu à leur pied ira en s’exhaussant. Cette opération est singulièrement activée par le marcottage le long des berges des grandes pousses de saules plantés dans les ravins, parfois même on les couche d’une rive à l’autre, de sorte que le fond du lit se trouve garni par l’inextricable enlacement des racines et des marcottes, dont la puissance ne fera que s’augmenter avec l’âge des plants qu’on y a introduits.
- P. Demontzey.
- — A suivre. —
- LÀ TRAVERSÉE DE LÀ TAMISE
- EN AVAL DU PONT DE LONDRES
- On sait que le dernier pont établi sur la Tamise, lorsqu’on va de sa source à son embouchure, est \epont de Londres, à partir duquel, depuis la Tour de Londres jusqu'à Black-wall, le lit du fleuve n’est plus qu’un vaste port, le plus fréquenté du monde entier, puisque le mouvement commercial annuel, y compris le cabotage, dépasse 80 000 navires dont le jaugeage est de plus de 15 000 000 de tonneaux, et que le mouvement des marchandises y représente environ 4 milliards. Ce port a tout naturellement amené la création d’immenses docks et entrepôts, un accroissement immense de la population, ainsi que l’état blissement de nombreuses lignes de chemin de fer.
- Des communications faciles, rapides et permanentes entre les deux rives du fleuve, sont donc rendues chaque jour plus nécessaires par cet immense mouvement industriel et commercial. La question est assez difficile, puisque le système de communication doit être établi sans gêner la circulation des navires dans le port, ou du moins dans la partie du port en amont du point où doit être établi le système de communication projeté.
- La Chambre du commerce de Londres s’est intéressée à cette question et a provoqué une sorte de concours en offrant l’hospitalité de la salle du Conseil pour une exposition publique des différents projets de nature à établir des communications faciles entre les deux rives, par un moyen quelconque, tunnel, pont flottant, pont tournant, etc.
- Onze ingénieurs et constructeurs ont répondu à cet appel, et les projets exposés, dont YEngineering de Londres nous fait connaître l’économie et les principales dispositions, présentent, à côté de l’intérêt particulier, un intérêt général plus grand encore, car leur examen n’est qu’une étude complète des moyens dont dispose aujourd’hui l’art de l’ingénieur pour résoudre un problème de cette nature.
- Le projet qui porte le numéro 1 est un pont double d’une disposition particulière dû à M. Grâce.
- C’est un pont à bas niveau établi à la manière ordinaire depuis le bord de chaque rive jusque vers le milieu du fleuve, mais avant d’arriver au milieu, chaque branche se bifurque et se double; chacune des branches de ce double pont porte une arche oscillant autour d’un axe vertical, de manière à pouvoir s’ouvrir ou se fermer à
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- LA NATURE.
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- volonté. L’une de ces arches au moins, sera toujours fermée île manière à assurer une circulation continue pour les piétons et les véhicules; un bateau voulant franchir le pont devra d’ahord traverser la première branche, — la branche d’aval s’il remonte le fleuve, la branche d’amont s’il le redescend — qui se refermera derrière lui, et attendre que la seconde branche du pont s’ouvre pour le laisser continuer sa route, la manœuvre étant analogue à celle d’une écluse.
- Le projet n° 2 porte le nom de MM. Maynard et Cooke. 11 consiste en un tunnel métallique de haut niveau, très peu inférieur au lit du fleuve, pour éviter tout plan incliné et tout système de machinerie hydraulique destiné à rattraper des niveaux. Ce tunnel serait construit par tronçons de 60 pieds (18 mètres) de longueur, avec des tôles et des armatures, somme la carcasse d’un navire; on fermerait les extrémités de chaque section et or. l’amènerait, par flottaison, jusqu’au point où elle doit être posée. Le travail de raccordement sous l’eau serait fait à l’aide de caissons à air comprimé ménagés à chaque extrémité.
- Le projet n° 5, exposé par M. J. Pitt Bayley, est un pont à bas niveau avec arche centrale mobile de 70 pieds (21 mètres) de longueur, relevée perpendiculairement à l’aide de pistons hydrauliques jusqu’à laisser un passage libre de 90 pieds (27 mètres), hauteur mesurée depuis le niveau de la haute mer.
- Le projet n° 4, présenté par MM. Bell et Miller, est un bateau flottant de grandes dimensions, presque circulaire et commandé par quatre hélices indépendantes, deux à' l’avant, deux à l’arrière. La nouveauté du système consiste dans le procédé adopté pour racheter à chaque rive la différence de hauteur entre le pont du bateau et le quai de débarquement qui se trouve au niveau des mers, à plusieurs pieds au-dessus. Le bateau est soulevé tout entier par un système de presses hydrauliques placé sur le lit du fleuve. Le piston traverse la coque du navire par un regard placé au-dessus du pont; lorsque le bateau se trouve soulevé, le bout qui reçoit la charge se trouve bien au-dessus du centre de gravité de la masse, de sorte que la charge se trouve toujours en équilibre stable.
- Les projets n08 5 et 6 présentent peu d’intérêt ou de nouveauté.
- Le projet n° 7, de M. C. T. Guthrie, est une sorte de tramway sous rivière qui l’appelle par plus d’un point le pont roulant de Saint-Malo.
- Le n° 8, de MM. John Stanfield et Latimer Clark, est double, il comporte en effet un pont ou un tunnel.
- Le pont est une simple arche assez élevée pour laisser passer les navires sans basculer. A chaque extrémité se trouve un ascenseur hydraulique double avec plateformes de dimensions suffisantes pour assurer l’écoulement du trafic accumulé à chaque extrémité pendant les mouvements des deux plateformes. Une disposition analogue est établie pour le tunnel. On ne prévoit aucun plan incliné, le service étant fait exclusivement par les ascenseurs hydrauliques.
- Le projet n° 9, dû à M. G. W. Shinner, est aussi un pont flottant, avec plateforme mobile pour rattraper les différences de niveau entre la haute et la basse mer.
- Le projet de M. E. Allen (n° 10) se compose d’un pont flottant à bas niveau avec arche centrale mobile.
- Le dernier projet, dû à M. J. 11. Greathead, est un tunnel avec quatre plateformes d’ascenseurs à chaque extrémité. Grâce à cette disposition on aurait toujours à chaque bout une plateforme prête à la réception du trafic et toute perte de temps serait ainsi évitée.
- La Chambre du commerce de Londres a nommé une
- Commission spéciale pour étudier ces différents projets. l'Engineering réserve ses critiques jusqu’au moment où la Commission aura fait connaître son opinion, mais il fait entrevoir une combinaison qui réduirait tous ces plans à néant, combinaison qui aurait pour effet de centraliser sous une direction unique, les quais, les embarcadères, les docks, les chemins de fer, les ponts et les tunnels affectés au service du port de Londres.
- La Chambre du commerce pense que les intérêts maritimes souffrent de l’état de division actuel, et qu’ils seraient mieux sertis par une direction unique dans laquelle les jalousies, les compétitions, et le désir de faire payer les charges par les uns au profit des autres, cesseraient d’exister.
- Quoi qu’il en soit, le problème se retrouvera de nouveau posé,,sinon dans les mêmes conditions administratives, du moins dans les mêmes conditions techniques, et nous avons cru utile de faire connaître dès à présent les différentes solutions proposées.
- PILE A GALVANO-CAUTÈRE
- Parmi les progrès réalisés dans l’arsenal de la chirurgie, il faut citer en première ligne le galva-no-cautère qui est usité maintenant dans un très grand nombre de circonstances et qui, sur certains points, a modifié grandement le manuel opératoire. Nous ne nous proposons pas de traiter ici la question d’une manière complète, mais on comprend cependant combien sont changées les conditions lorsque, au lieu de pénétrer dans les tissus à l’aide d’une lame acérée et coupante, on y introduit une pièce métallique portée à une température élevée : le principal effet consiste dans l’absence d’hémorrhagie et il est mutile d’insister sur cet avantage qui est évidemment capital.
- L’emploi du cautère rougi au feu préalablement présente des inconvénients sérieux ; il se refroidit trop rapidement surtout par son contact avec les liquides et les tissus de l'organisme. La généralisation de l’emploi chirurgical du cautère ne pouvait se produire que si l’on trouvait le, moyen de prolonger autant qu’il peut être nécessaire l’incandescence du métal : il était même utile de pouvoir faire varier, entre certaines limites au moins, la température du cautère. Deux solutions ont été données de ce problème et elle sont toutes deux employées dans la pratique : le thermo-cautère dans lequel l’incandescence est produite par la combustion, dans des pièces convenablement disposées, de vapeurs de carbures d’hydrogène, et le galvano-cautère, où c’est l’action du courant électrique qui produit l’effet cherché.
- Les avantages de cette dernière solution sont tellement nets qu’il est inutile d’insister longuement. L’appareil peut être porté profondément dans les tissus à la température ordinaire et n’ètre amené au rouge qu’à ce moment seulement. L’incandescence peut durer aussi longtemps qu’il est nécessaire, elle peut être arrêtée
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- LA NATURE
- instantanément et peut être réglée avec fa&lité.
- L’inconvénient de ce procédé, c’est la nécessité d’avoir une pile qui produise le courant dont l’énergie sera manifestée par des actions calorifiques : cet inconvénient existe même pour les cas où, comme dans les hôpitaux, on peut s’installer à demeure; il est beaucoup plus cons’dérable dans la pratique courante, alors qu’il faut porter au domicile du patient la pile dont on aura à faire usage et qu’il faut monter au dernier moment. Un ingénieux constructeur, M. Chardin, qui s’est occupé déjà avec succès des applications médicales et chirurgicales de l’électricité, a cherché à disposer une pile telle qu’elle pût être facilement transportable et qu’elle fut prête à fonctionner à tout instant presque sans manipulation ; il nous semble qu’il a réussi et, jusqu’à présent, les résultats obtenus ont paru satisfaisants. La pile qu’il a adoptée est, comme dans presque tous les cas analogues, la pile au bichromate de potasse, pile disposée de manière à présenter des éléments de grande surface : les zincs et les charbons sont fixés au-dessous d’une tablette mobile et, rendus solidaires par ce moyen, ils peuvent être plongés simultanément dans le liquide jusqu’à une profondeur variable ou peuvent être retirés ensemble. Cette solidarité avait été cherchée dans d'autres piles et on l’avait obtenue par des procédés différents; dans l’appareil de M. Chardin, la tablette mobile, guidée dans son mouvement par deux glissières verticales cylindriques H, est reliée à une vis qui tourne dans un écrou fixe et qui, par sa rotation, monte ou descend, faisant aussi monter et descendre la tablette ainsi que les électrodes qu’elle porte : le mouvement est d’ailleurs aussi doux qu’on le veut. Grâce à ce mouvement les électrodes peuvent tantôt être renfermées dans la boîte qui constitue l'appareil et tantôt être élevées au dessus de ses bords alors que le couvercle S est levé et que la paroi antérieure R a été abaissée.
- 11 convient d’ajouter que les plaques de zinc et de charbon n’occupent pas la totalité de la surface de la tablette : entre elles et la vis centrale se trouve une étendue à peu près égale et qui est doublée par une plaque de caoutchouc I, I.
- Enfin des auges, au nombre de quatre, complètent
- l’appareil : deux d'entre elles sont en porcelaine L, leur hauteur est presque égale à celle de la boîte; elles contiennent le liquide excitateur ordinaire; les deux autres M sontenëbonite et n’ont qu’unehauteur moitié moindre : elles sont vides.
- Dans la position représentée par la figure, l’appareil est prêt à fonctionner : les électrodes sont hors du liquide, mais il suffira d’agir sur lavis D par l’intermédiaire de la man tte C pour faire plonger les électrodes et établir le courant dans un circuit formé par un fil dont les extrémités ont été fixées aux bornes placées sur la tablette.
- Lorsque l’on veut transporter la pile, on soulève la tablette jusqu’à sortir les électrodes du liquide; on intervertit alors les positions des auges, mettant les hautes auges ï au centre et les auges basses M à l’extérieur ; puis on fait redescendre la tablette :
- les feuilles de caoutchouc viennent s’appliquer sur les bords des auges L contre lesquels on les serre avec force à l’aide de la manivelle et de la vis, de manière à obtenir une fermeture hermétique. Pendant ce temps, les électrodes descendent dans les auges vides où se réunissent les gouttelettes liquides qui étaient restées suspendues aux zincs et aux charbons et qui, sans cette précaution, seraient projetées et produiraient des détériorations. On ferme alors la boîte que l’on peut transporter sans crainte : naturellement on répète ces manipulations en ordre inverse lorsque l’on veut faire fonctionner la pile.
- Dans chacune des auges, il y a trois zincs et quatre charbons qui sont réunis de manière à compléter un seul élément de grande surface : outre que l’on peut faire varier l’intensité du courant en plongeant plus ou moins les zincs dans le liquide, on peut à volonté ne faire usage que d’un seul élément ou utiliser les deux éléments réunis en tension.
- Nous ajouterons que la construction de la pile est fort soignée et que notamment les contacts sont assurés avec précision ; en résumé, cet appareil nous paraît de nature à rendre de réels services dans la pratique chirurgicale.
- C. M. Gariel.
- Nouveau modèle de» pile à galvano-cauière.
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- LA NATUKE.
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- CORRESPONDANCE
- PHYSIQUE AMUSANTE : UNE VOIX MYSTÉRIEUSE Monsieur le Rédacteur,
- 11 y a quelque temps, en me promenant dans une loge foraine qui exhibait des portraits mécanisés, je fus surpris de m’entendre appeler : fl Monsieur? Monsieur? » Je regardai autour de moi et ne voyant personne m’interroger ainsi, je me remis en route pour continuer l’examen de la loge, me croyant l’objet d’une mystification ; lorsque à nouveau j’entendis: « Monsieur?... par ici, s’il vous plaît; j’ai à vous parler... » Je reconnus alors que la voix sortait d’un cornet en fer-blanc que retenait la bouche d’une tête de nègre en bois, suspendue par une chaîne légère en laiton au milieu de quatre barres en bois réunies dans le haut par quatre autres barres horizontales en bois et par deux demi-cercles en fer rond, le
- tout reposant sur une caisse en bois peu élevée (tig. 1).
- Je m’arrêtai donc, et je fus très étonné de l’effet que me produisit cette tête de bois inerte et noircie avec laquelle je liai conversation.
- Les personnes qui m’entouraient étaient ébahies : le phénomène était en effet très bien rendu, la voix sortait ou plutôt semblait sortir réellement du cornet, mais elle était nasillarde et métallique.
- Après l’étonnement général, les spectateurs émettaient des avis différents, tous en contradiction avec les lois physiques et naturelles, et comme j’aurais eu mauvaise grâce à leur faire constater qu’ils se trompaient, je les laissai dans leurs douces erreurs.
- Or voici ce qui se produisait : Une personne dissimulée dans la coulisse parlait dans un tube métallique de 2 à 5 centimètres de diamètre, au delà de F la voix de cette personne se transmettait dans le tube FDCBA, et au point À le tube se recourbait horizontalement dans la direction du milieu du cornet ; la voix se dirigeait dans le fond de ce cornet, d’où elle se réfléchissait vers la personne qui tenait conversation, ce qui produisait l’illusion de la tête de nègre parlante.
- En mettant une allumette enflammée en face et vers la
- partie supérieure de l’ouverture du cornet, au point 11 par exemple, on entendait et l’on sentait le souffle sortir du cornet et qui éteignait l’allumette. Cette illusion était produite également par l’effet de la réflexion du souffle que produisait dans le tube métallique la personne dissimulée au delà de F.
- Je vous avoue que l’effet produit par cette tète de nègre est surprenant, car le tube métallique est tout à tait invisible, il sort de la caisse au point C et passe dans le milieu des barres de bois C B À, en outre l’ouverture du tube dirigée vers le milieu du cornet au point A est cachée aux spectateurs, puisqu’elle est située derrière la barre de bois BAG.
- Veuillez agréer, etc. Goy.
- Cambrai, 12 février 1883.
- A la suite de l’intéressante expérience que signale notre correspondant, nous reproduisons le curieux passage suivant emprunté aux Mémoires récréatifs de Robertson.
- HISTOIRE DE LA FILLE INVISIBLE
- « L’expérience de la fille invisible a été expliquée en 1832 par Nicholson dans son Journal de Physique à
- Fig. i, — Caisse de bois parlante.
- / '
- Londres. On l’avait annoncée comme une expérience de physique, il prouva que ce n’en était point une. M. le professeur et conseiller de Hermstaëdt, de Berlin, a aussi parlé dans son intéressant Journal des Arts de cette supercherie. On trouve encore dans une petite brochure, imprimée à Paris en 1800, l’explication donnée par M. le professeur Robertson, et nous devons d’autant plus ajouter foi à ce dernier auteur, que cette expérience faisait partie de sou cabinet de physique, où pendant quatre ans, elle a été vue et présentée sans charlatanisme, sous le titre d'expérience acoustique. Depuis cette époque, elle a changé de nom et de maître : on lui donne le nom imposant de fille invisible.
- « Cette expérience que je conserve dans mon cabinet de physique à Tivoli, pique encore quelquefois la curiosité. Quoique le secret en soit très simple, du moins fa ut-il le connaître; quatre lignes peuvent suffire pour l’expliquer.
- « Voici d’abord la figure et l’explication du premier procédé dont on fit usage rue Saint-Gerinain-l’Auxerrois :
- « On présentait une caisse X (fig. 2) en verre, longue de quatre pieds et d’un environ de hauteur, suspendue au plafond par quatre chaînettes, et à la distance d’un pied des montants de la croisée. De l’extrémité de la caisse sortait un porte-voix et autour de tout l’appareil régnait un grillage en fil de fer pour arrêter l’œil et la main des indiscrets. Ce phénomène, quoique offrant alors une nouveauté assez piquante, attira cependant peu de monde,
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- LA NATURE.
- parce qu’il n'était point ménagé arec assez d’art, et que les accessoires n’étaient point de nature à plaire aux gens du monde.
- « Celle que je fis établir dans mon cabinet offrait des dispositions plus élégantes.
- « Un globe A (fig. 5) de verre ou de tôle vernissée avec quatre cornets est suspendu au milieu de la chambre. Ce globe n’est pas nécessaire à l’expérience, il est là pour tromper l’imagination. Autour de ce globe, règne une galerie ou barrière B qui est très nécessaire, car elle est creuse; et c’est par là que la voix de notre invisible est entendue. Un tuyau de fer-blanc passe dans le montant C jusqu’en D, où est une petite fente, ou ouverture vis-à-vis du porte-voix. Ce tuyau de fer-blanc, passe sous le parquet de la chambre, et entre dans la chambre voisine où la prétendue invisible parle et voit tout par le trou de la serrure ou un autre trou fait dans le mur. Voilà à quoi se réduit ce mystère. Si on place quatre lumières vis-à-vis des quatre pavillons des porte-voix, elles sont éteintes
- Fig. 3. — L’expérience de la iille invisible. (D'après une ancienne gravure de Robertson.
- par le souffle qui vient de la fente dont j’ai parlé plus haut. »
- USAGES CONSERVES PAR LA TRADITION
- Paris, le 21 février 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Voulez-vous me permettre de vous exposer une remarque que j’ai faite il y a quelques jours, et qui, si elle a peu d’importance, montre néanmoins qu’on peut toujours retirer quelque fruit de l’observation?
- Je me promenais au Jardin des Plantes, au milieu d’un, groupe d’enfants jouant à la clouette, quand tout à coup j’entends le cri bien connu : « Pouce ! » qui a [tour but de demander une sorte de trêve, parce qu’on est fatigué ou qu’on ne veut plus jouer.
- 11 y avait déjà longtemps que je cherchais l’explication de ce mot; mais je ne pouvais rien y comprendre, croyant que cela s’écrivait : « Pousse ». Enfin j’y suis arrivé ; j’ai vu qu’en criant cela l’enfant levait le pouce, comme c’était la coutume chez les Romains dans les combats de gladiateurs; c’est un souvenir bien inconscient dupollice verso. Ainsi voilà qui montre comment les usages peuvent se conserver en se dénaturant plus ou moins. Avis donc aux amateurs : il y a dans le langage populaire une source de découvertes bien modestes, mais fort intéressantes.
- Agréez, monsieur, etc.
- D. Bellet.
- CONFECTION I)’lJN GRAND CERF-VOLANT SERVANT DE SIGNAL
- Genève, le 6 février 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Faisant partie depuis sa fondation de la section Genevoise du Club Alpin suisse, j’ai pour les courses nombreuses construit un cerf-volant transportable servant de signal de ralliement. Il était composé d’un carré d’étoffe de soie aux couleurs fédérales (croix blanche sur fond rouge) de lm,40 de côté, bordé de fortes ficelles qui aux angles servaient à lier l’étoffe à l’armature; cette armature se composait de quatre baguettes de sapin de bonne qualité et d’une douille en forme de croix dans laquelle
- Cerf-volant signal.
- les baguettes s’ajustaient, la queue était faite d’un ruban de même étoffe que le cerf-volant, de0“,10 de largeur et de 12 mètres de longueur, attachée par une ficelle aux extrémités des deux baguettes inférieures. Un traîneau de pêcheur portant environ 500 mètres de ficelle composait tout mon appareil ; les quatre baguettes se liaient au bâton de montagne pour le transport et le reste se mettait en poche.
- J’ai dans maintes courses de montagne lancé ce cerf-volant qui a toujours amusé les clubistes.
- Veuillez agréer, etc.
- F. C. Darier,
- CHRONIQUE
- L’escapade d’un aérostat. — Un accident presque unique dans les annales de la navigation aérienne est survenu dimanche 25 février à l’usine à gaz de La Vil-letle. MM. lé comte de Dion et Rembielinski, qui ont fait construire par M. Duté-Poitevin, un magnifique ballon de 5000 mètres cubes, avaient confié le soin d’opérer le gonflement de leur aérostat à l’un des capitaines de l'école d’aérostation militaire de Meudon, auquel ils avaient offert l’hospitalité de leur nacelle. Le temps était des plus favorables, l’air absolument calme, et pas un
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- LA NATURE
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- souffle do vent 11e gênait les opérateurs. Une cinquantaine de soldats du génie exécutaient la manœuvre. Quand le ballon lut gonflé et que la nacelle s’y trouva attachée, il rompit tout à coup ses amarres et s’éleva seul au grand émoi des nombreux assistants. — Cet accident est dû au mode de gonflement employé par les officiers de Meudon. Quand les sacs de lest ont été descendus le long des mailles du filet, ces messieurs enlèvent les sacs de lest, et font tenir les cordes d’équateur de l’aérostat, par les soldats qui les amarrent à des pieux fichés en terre. On conçoit que si l’une des cordes se trouve plus tendue que la corde voisine, elle doit avoir à supporter un effort supérieur à celui auquel elle est destinée, et elle se rompt; la rupture se produit alors sur la corde suivante, puis sur la corde voisine et ainsi de suite pour toutes les autres. Les sacs de lest dont on se sert souvent dans les grands ballons, en les faisant descendre le long des cordes de l’équateur, ont l’avantage de charger chaque corde d’un poids déterminé, et invariable. Il arrive qu’un coup de vent ou qu’un elfort du ballon soulève de terre une grappe de sacs de lest, mais la corde qui les soutient ne se brise jamais, comme cela se produit presque inévitablement quand elle est ligaturée par une boucle formant un point fixe. Les sacs de lest ont encore cet avantage d’être inertes, et ils ne sauraient être bien remplacés par des hommes qui peuvent être distraits par une panique et lâcher mal à propos. — L’aérostat évadé a été fort heureusement retrouvé ilaHS le département de Seine-et-Oise.
- I,a flanelle électrique. — Où s’arrêteront les applications de l’électricité? Nous avons reçu un échantillon de la nouvelle flanelle électrique du Dr Claudat, qui affirme que cette flanelle agit avec efficacité contre les rhumatismes. Cette flanelle contient, par kilogr. de laine, 115 gr. d’oxydes d’étain, de cuivre, de zinc et de fer. Ces produits métalliques sont imbibés dans une série de fils du tissu, alternativement séparés par des fils écrus. La flanelle ainsi préparée, constitue une véritable pile sèche. M. Drincourt, professeur de physique au lycée de Reims, et M. Porter in, ancien élève de l’École Polytechnique, ont constaté chacun de leur côté, par des expériences très précises, que la flanelle du Dr Claudat dégage de l’électricité, soit par un simple contact, et mieux encore en contact avec les produits de la transpiration quand le tissu est appliqué sur le corps. Nous n’avons pas apprécié par nous-même le nouveau produit, mais nous le signalons volontiers comme une nouvelle curiosité électrique.
- ——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 février 1883. —- Présidence de M. Blanchard.
- M. Cloquet. — La Section de médecine déjà privée de M. Sedillot vient de faire une nouvelle perte dans la personne de M. Cloquet. Le célèbre chirurgien, né le 19 décembre 1790, appartenait à l’Académie depuis l’année 1855. Il était membre de l’Académie de médecine depuis 1821. 11 est auteur de travaux considérables.
- La pluie à Panama. — Par l'intermédiaire de M. de Lesseps, le directeur de la Compagnie du Gaz à Panama transmet les études auxquelles il a soumis la météorologie de l’isthme. Durant les quatre dernières années il a mesuré la hauteur de la pluie tombée : en 1879, cette hauteur fut 2“,52; en 1880, lra,681 ; en 1881, lm,692; en 1882j 1“,158. Un voit que 1879 se signale par une hu-
- midité extraordinaire ; novembre surtout fut pluvieux. On doit d’ailleurs rappeler que dans ces parages, la saison des pluies dure normalement de mai à novembre.
- Le bronze péruvien antique. — Dans une étude relative aux anciens Péruviens, M. Rivéro signale l’usage qu’ils faisaient d’outils en bronze pour extraire les pierres des car/ières et pour les tailler. A celte occasion, M. Bous-singauit ajoute quelques détails intéressants. 11 rappelle, par exemple, que l’interminable route qui va de Quilo à Cuzco est dallée dans toute sa longueur; or, les dalles ont été extraites, au ciseau, des carrières voisines. Dans une de ses explorations, M. Boussingault trouva un ciseau de bronze abandonné depuis la conquête, et qu’il a analysé ; il-renfermait :
- Cuivre 95.0
- Étain ...... 4,5
- Plomb 0,2
- Fer
- Argent
- 100,0
- Déjà Vauquelin avait analysé un outil de même provenance et y avait trouvé :
- Cuivre........................ 94
- Étain......................... (}
- 100
- Ce qui est sensiblement la même composition. Ün peut être surpris que les anciens Péruviens soient venus à bout du granit avec un métal de ce genre, car il est très peu dur, moins résistant que le fer, et incapable d’acquérir plus de nerf par la trempe, ainsi que M. Fremy le fait remarquer.
- Au siecle dernier, La Condamine avait émis l’opinion qu avant la perte de l’eau de carrière, les roches dont il s'agit se prêtaient beaucoup mieux à la taille, et il expliquait ainsi les tours de force de sculpture que présentent les temples et les édifices péruviens.
- Nervosité de la Sépiole. — Suivant l’expression de M. de Lacaze-Duthiers, il n y a pas au monde de bête plus nerveuse que la sépiole, petit mollusque céphalopode, diminutif de la pieuvre, fort abondant sur nos côtes, et par exemple à Roscoff : on ne peut agiter l’aquarium qui la contient sans qu’elle devienne successivement blanche, noire, de toutes couleurs. M. Gigot vient de faire, sur cet animal, une série de recherches. Les téguments de la sépiole renieraient de grandes cellules, pourvues de longs prolongements et qui sont chargées de pigments, de sorte qu’on les appelle les chromatophôres.Si les chromatopho res se contractent, le pigment disparaît, et la sépiole parait blanche ; au contraire elle se colore si les chromato -phores se dilatent. Or, quelle est la nature des prolongements de ces cellules. Certains naturalistes les regardent comme étant de nature musculaire ; pour d’autres ils seraient essentiellement nerveux. M. Gigot île partage aucune de ces manières de voir et affirme que les prolongements consistent en tissu conjonctif. Les mouvements d’expansion et de dilatation des chroinatophores seraient dus à l’action du protoplasma que ceux-ci renferment. Il est probable que le dernier mot n’est pas encore dit sur cette question intéressante.
- Chimie organique. — Par l’intermédiaire de M. Debray* M. Gai fait connaître les phénomènes qui prennent naissance quand on fait mutuellement réagir le zinc éthyle et
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- LA NATURE.
- les bases ammoniacales. Il se fait alors de l’hydrure d’éthyle et le zinc mis en liberté se combine avec le résidu organique. M. Gai étudie les corps très variés qui résultent de ce genre d’expériences.
- Une nouvelle base de la série quinoléique, la phényl-quinoléine, est décrite par M. Grinnaix dans une noie déposée par M. Cahours.
- M. llerlhelot transmet un Iravail de M. Landolt sur les produits de la décomposition par l’eau de l’acétone lluo-boré. Enfin les sels de l’acide g] y colique occupent iM. De— forcrant.
- Respiration des bestiaux. —Des expériences que vient d’exécuter M. Reiset, il résulte que les gaz expirés par les animaux varient avec ceux-ci et, ce qui est plus nouveau, avec le régime alimentaire auquel ils sont soumis.
- Varia. — M. Montigny signale l’augmentation de la scintillation des étoiles pendant les aurores boréales. — Une récente note de M. de Chardonnet sur la visibilité de l’ultraviolet provoque une réclamation de priorité de la part de M. Mascart. —
- Comme suite à ses travaux sur la congélation,
- M. Raoult expose une méthode par laquelle ce phénomène devient un procédé d’analyse de dissolutions mélangées. — Méconnu dans son pays, un inventeur espagnol met son bateau insubmersible Fous la protection de l’Académie. — La chaleur de formation de l'acide chromique occupe M. Rer-thelot. — On signale deux mémoires de M. Chauveau : Etude sur le chauffage des virus et Faculté prolifique des agents virulents atténués par le chauffage. — Une série de mémoires sur la Géologie sont déposés par M. Hébert au nom de M. Grégorio. Stanisias Mkumëk
- LÀ GRANDE COMÈTE DE 1882
- Nous avons publié précédemment un grand nombre de documents divers, provenant des régions les plus éloignées du globe, sur la grande comète de 1882 1. Celui que nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs est assurément l’un des plus curieux ; il consiste en une lettre et une magnifique pbotogra-
- 1 Voy. table des matières du précédent volume.
- pliie qui nous sont envoyés de Pondichéry à la date du 25 janvier 1885; nous reproduisons l’une et l’autre.
- J’ai l’honneur de vous envoyer une photographie de la grande comète, prise sur le quai de Pondichéry, le 27 septembre h 4h 57m du matin. On y remarque très bien, l’éclat du noyau, la convexité de la queue, dirigée vers le Sud, le sillon d’ombre qui partage la queue dans toute sa longueur, enfin le mince filet rectiligne qui semble continuer la partie convexe de la queue ; cette particularité remarquable n’a pas encore été signalée, je crois, dans les articles parus dans La Nature.
- Rien ne peut vous donner une idée du spectacle vraiment saisissant que nous offrait chaque malin le lever de ce magnifique astre, et ce n’était pas sans une réelle émotion qu’on voyait cet inrnense faisceau incandescent sortir de l’horizon et s’élever dans le ciel, pendant qu’une colonne de feu semblait glissèr à la surface de la mer, et menacer les observateurs placés sur le rivage.
- Nous avons été favorisés par un temps superbe, et pendant de nombreux jours nous avons pu chaque matin contempler à notre aise ce splendide météore.
- La photographie a été prise par un indigène du nom de Francine.
- J. PlUI.AIRE,
- Pharmacien (le t" classe de la marine.
- Notre collaborateur M. Richard Cortambert, nous a, d’autre part, communiqué les observations qui ont été faites au Congo.
- Un de mes correspondants, M. Louis Petit, installé à Landana, tout près de l’embouchure du Congo, me signale l’apparition depuis le commencement de novembre de la magnifique comète qui pour les Africains de l’Ouest se voyait a partir de trois heures du matin dans la direction est; le noyau ne se distinguait pas très bien, mais son immense queue se voyait, paraît-il, admirablement.—Elle était très lumineuse, beaucoup plus longue, infiniment plus belle, que la comète que le même voyageur put voir en France en 1881.
- Richard Cortambert.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliurc, 9, rue de Fleurus, l'aris.
- La grande comète à Pondichéry (Inde française], le il septembre 1882, à 4h 57“ du matin. (D’après une photographie.)
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- N° 510.
- 10 MARS 1885. LA NATUBE.
- LES RUINES DE SANXAY
- (vienne)
- Les ruines que le P. de La Croix a découvertes depuis le 14 février 1881 en opérant des fouilles à Sanxay, à 50 kilomètres de Poitiers, sont devenues célèbres, et tout le monde sait actuellement qu’elles ont fourni à la science les plus belles découvertes gallo-romaines qui aient été faites depuis longtemps.
- M. Mt irius Yachon, qui a visité et étudié ces rui-
- nes, vient de les décrire très complètement dans un remarquable ouvrage illustré de très belles photographies et d’excellents dessins reproduits par l’héliogravure; nous recommandons tout spécialement à ceux de nos lecteurs que le sujet intéresse, ce livre édité avec grand luxe1. La gravure ci-dessous a été faite d’après une des photogravures de cet ouvrage.
- D’autre part, les documents descriptifs que nous allons publier sont empruntés à une intéressante brochure de M. Joseph Berthelé, archiviste du département des Deux-Sèvres, et notre plan nous a été communiqué sous les auspices d’un de nos correspondants par le P. de La Croix, auquel nous sommes heu-
- Fig. 1. — Ces ruines de Sanxay.— Les thermes. (D’après une photographie.)
- '".'UïOi'.i WH
- nand Delaunay fut bientôt conduit à conclure contrl la théorie de l’inspecteur des monuments historiques, seulement il émit une troisième théorie; d’après lui, Sanxay aurait été une station balnéaire en même temps qu’un lieu d’assemblées2.
- Sans nous engager dans ces discussions archéolo-
- reux d adresser ici nos sincères remerciements.
- « L’intérêt qui s’attache à cette découverte, dit M. Joseph Berthelé, redouble en ce moment à cause des discussions auxquelles elle donne lieu. L’opinion du P. de La Croix — opinion qui s’est fait jour grâce surtout au regretté Jules Quicherat, le grand-maître de l’archéologie du moyen âge, et qui a été également adoptée par M. Alexandre Bertrand, l’un de nos savants les plus compétents en matière d’archéologie gauloise et gallo-romaine — est combattue par M. Lisch, inspecteur général des monuments historiques. »
- M. Lisch, au contraire, reconnaît dans les ruines découvertes les restes d’une ville d’eaux d’une station thermale, d’une sorte de Vichy gaulois. M. Ferdi-ii' aunte. — ter semestre.
- 1 1 vol. gr. iu-8° avec cinq photo0raphies et des dessins de Lancelot, d’après les photographies de Pierre Petit. Paris, librairie d’art de Ludovic Baschet, 1885.
- 2 Voy. : Quelques notes sur les fouilles du P. de La Croix à Sanxay, par M. Joseph Berthelé, 2S édition, 1 broch. in-8°. Niort, L. Clouzot, 1883 ; — De la véritable destination des monuments de Sanxay, à propos de la brochure de M. F. Delaunay, broch. in-8°, par M. J. Berthelé, chez le même; — Guide des visiteurs; antiquités de Sanxay (Vienne), avec deux gravures de M. Garnier, d’après les croquis de M. Raoul
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- giques, nous ferons connaître à nos lecteurs les découvertes plus saillantes du P. de La Croix.
- Les ruines de Sanxay comprennent plusieurs monuments du plus haut intérêt, notamment un temple païen de la fin du premier ou du commencement du second siècle, qui présente une forme inconnue jusqu'ici en Gaule.
- Auprès de ce temple extraordinaire : des thermes magnifiques, des hôtelleries importantes et diverses dépendances. Plus loin de l’autre côte de la Yonne, petite rivière qui traverse la vallée, un théâtre, qui présente dans sa forme plusieurs particularités intéressantes — le tout, de proportions gigantesques et incontestablement romain.
- La façade du temple ne mesure pas moins de 76m,12 et donne l’idée d’un édifice dépassant par ses dimensions les plus grands temples connus que les Romains aient élevés dans les Gaules.
- Aux deux extrémités et au milieu de cette façade, se développent trois escaliers donnant accès dans Je temple. L’escalier du milieu mesure 7m,45, celui de droite 2m,80 et celui de gauche 3m,oo.Les quatre premières marches de ces escaliers existent encore, et l’une d’elles, la première de celui du milieu, offre une particularité qui donne la mesure du long espace de temps durant lequel le temple est demeuré debout et de l’affluence des multitudes qui s’y rendaient : cette marche est profondément usée par le frottement des chaussures.
- Au point où les escaliers se réunissaient au niveau de plain-pied, s’élevait une splendide colonnade de 18 fûts cannelés surmontés de chapiteaux d’une grande beauté et surtout d’une originalité saisissante.
- Après avoir franchi la ligne de cette première
- Gaignard, représentant les ruines, par Ferdinand Delaunay. Niort, Clouzot, et Paris, Champion. Brocli. in-16 de 36 pages.
- colonnade, on arrive à un vestibule orné d’un triple rang de 22 colonnes, soit au total 66.
- Au delà du vestibule, au milieu d’un vaste déambulatoire rectangulaire, formé d’un double rang de colonnes, s’élève le temple proprement dit, flanqué de quatre petits préaux et présentant la forme d’une croix grecque. Au point central de l’intersection des bras, dans une cella octogonale, était la statue du dieu, probablement Apollon (le similaire d’Esus), ainsi que le fait supposer un fragment d’inscription.
- En avant de la statue, entre la cella et le vestibule, se trouvait le lieu des sacrifices.
- Les thermes sont la partie la mieux conservée des monuments mis à jour. Ils couvrent une superficie de 2 hectares, et, dans leur état actuel, complètement déblayés, ils présentent une hauteur moyenne de 4 à 5 mètres.
- Les fouilles y ont mis à nu, comme dans l’enceinte du temple, la gueule tl’un four à chaux contemporain du premier, et qui avait fait subir aux colonnes, aux statues, etc.., de ce balnéaire le même sort que * celui dont ont pâti les richesses sculpturales du temple; mais si la décoration de ce magnifique édifice a disparu, les piscines, les hypoeaustes, les égouts subsistent et ils sont de toute beauté.
- Le visiteur se trouve d’abord en présence d’une grande piscine d’eau froide ayant servi aux deux époques. C’est là qu’arrivaient directement les eaux, amenées de sept sources différentes par des aqueducs. Cette piscine est rectangulaire, et mesure 27 mètres de long sur 5 de large. Un petit espace, dont la destination est incertaine, séparait cette piscine de deux salles garnies d’hypocaustes. C’étaient des étuves plus ou moins chaudes.
- En continuant vers la gauche, on trouve des escaliers, conduisant dans les sous-sols, puis une
- Fi". 2. — Plan des fouilles de Sanxay, dressé par le P, Camille de La Croix (1882).
- A. Temple : a. Escaliers. — b. Façade et vestibule. — c. Portiques extérieurs.— d. Cella. — e. Lieu des sacrifices. — f. Égout. — g. Annexes du temple. — h. Four à chaux. — B. Balnéaire : i. Grande piscine d’eau froide. — j. Façade. — k. Four à chaux. — l. Lupanar? — m. Partie actuellement fouillée (novembre 1882) par le P. de La Croix. — n. Murs joignant le temple au balnéaire. — o. Hotonde. — C. Hôtelleries : p. Bassin. — q. Hypocauste. — D. Théâtre : r. Partie adossée à la colline. — s. Lieu destiné au jeu des acteurs. — t. Vomitoires.
- u. Lit actuel de la Yonne. — t>. Lit ancien. — x. Source coulant dans lu Vonne. — y. Pont. — s. Chemins conduisant aux terrains des fouilles.
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- belle salle, qui n’est ni une piscine, ni une étuve, et qui semble avoir été une salle d’attente. Elle devait être ornée de statues, ainsi que le fait supposer un socle encore en place.
- A gauche de cette salle, une troisième étuve était disposée dans le même sens que les premières. On passe ensuite devant deux petites salles indéterminées, et l’on arrive à la façade, qui était garnie d’une colonnade monumentale.
- En partant de cette colonnade, on rencontre une piscine d’eau chaude, circulaire, avec son hypo-causte, son præfurnium parfaitement conservé, ses tuyaux de dégagement pour la fumée et d’écoulement pour les eaux; puis une piscine d’eau tiède, également ronde, chauffée dans une partie seulement par le feu de la piscine précédente.
- Parmi les curiosités des thermes, on doit citer le balnéaire au centre duquel on peut pénétrer parmi les étais qui le soutiennent. On voit distinctement tout l’inférieur, en suivant le sommet des murs. Cette piscine est circulaire ; la partie centrale éven-trée nous laisse apercevoir les restes d’hypocaustes et les præfurnium multiples et en partie intacts. A côté se voit une grande piscine carrée dont l’hypo-causte est des mieux conservés. — Un escalier double conduisait de cette piscine dans une troisième également carrée, des plus curieuses, et dont les remaniements successifs se constatent au premier coup d’œil. Le sol primitif existe tout entier, avec ses gradins de descente, son hypocauste et ses tuyaux d’échappement de fumée que l’on peut parfaitement apercevoir, grâce à une cavité que le P. de LaCroix a fait pratiquer dans un coin.
- Nous avons négligé dans toute celte description les couloirs qui existaient entre les diverses salles et piscines. Ils ne présentent, en effet, rien de caractéristique. Mais nous devons signaler à l’attention des lecteurs les galeries du sous-sol, galeries qui conduisaient aux différents præfurnium et qui étaient peut-être aussi le lieu d’habitation des esclaves, chargés du service du balnéaire. La construction en est vraiment magistrale. On les croirait élevés depuis cent ans à peine, tellement l’appareil est solide et d’arêtes vives.
- On voit quel est l’intérêt du premier ordre de la remarquable découverte dont la science est redevable au P. de La Croix. L’acquisition par l’État des monuments découverts à Sanxay serait un service considérable rendu à la science archéologique.
- « La Commission des monuments historiques, qui • a tant fait pour notre art national, pourThistoire de notre pays, a le devoir, selon l’expression de M. Marius Vachon, de conserver la station gallo-romaine de Sanxay. »
- « Que vont devenir ces ruines, uniques dans leur genre et dans leur ensemble? » se demandait M. Ferdinand Delaunay en quittant Sanxay.
- « Elles intéressent à la fois l’art, l’histoire, la religion de nos ancêtres ; elles intéressent aussi la science médicale. Vont-elles disparaître sans laisser
- d’autres traces qu’une publication d’érudit, inaccessible au plus grand nombre?
- « Le gouvernement, qui protège contre les inju? res du temps et le vandalisme des hommes le plus simple clocher de village, pourvu qu’il conserve une arcade romane ou supporte une flèche, ne voudra pas laisser disparaître ces vénérables monuments de la première civilisation de nos pères.
- « Quelques arpents de terre à acquérir, quelques milliers de francs à dépenser, ne sont pas des obstacles insurmontables, et ne pourraient servir de prétexte à l’indifférence du gouvernement. »
- Nous terminerons en ajoutant que le P. de La Croix a exécuté tous les travaux des fouilles de Sanxay à ses frais personnels, et qu’il y a dépensé environ 50 000 francs. Le caractère et le désintéressement du savant sont dépeints dans les lignes suivantes :
- « J’ai dépensé, disait le P. de La Croix pendant l’excursion qu’il exécutait dans les ruines avec M. Marius Vachon, tout mon argent dans les fouilles de l’Hypogée Martyrium de Poitiers, dans celles de Sanxay, et j’ai encore pour vingt ans de travaux et de fouilles en préparation. Je veux retrouver le vieux Poitiers, au confluent de la Vienne et du Clain, à Cenon. Si je ne peux obtenir de la République quelques billets de mille francs pour rentrer dans mes déboursés du chantier de Sanxay, je me verrai forcé de renoncer à tous mes projets, et ce sera pour moi une bien grande douleur; j’aime passionnément mon métier d’archéologue. Aussi je compte sur votre appui, sur celui de tous vos amis de la presse, sur le concours du gouvernement de la République, pour sauver les ruines de Sanxay et me permettre ensuite de retrouver le vieux Poitiers. Je déplore les commentaires de quelques journaux à mon égard. Je n’ai jamais fait de politique; je n’en veux point faire; la politique et la question religieuse, n’ont rien à voir dans ces affaires d’archéologie1. »
- LES MOULINS DE MARÉE2
- L’emploi des marées comme force motrice n’est pas un fait nouveau et depuis longtemps (voir La Nature du 15 janvier 1883, n° 502) on a utilisé sur les côtes de Bretagne la disposition naturelle de rivages profondément découpés, pour l’installation à peu de frais de réservoirs de marée agissant directement sur des moteurs appropriés.
- L’action directe d’une chute d’eau produite artificiellement en utilisant les dénivellements de la mer, n’est pas le seul moyen de déterminer un travail en laissant agir cette force naturelle des marées. On a pu voir à l’une des dernières expositions de Londres, un moteur basé sur la compression de l’air par l’élévation des eaux de la mer; j’en
- 1 Les Ruines de Sanxay, par Marius Vachon, loc. cit>
- s Voy. n° 502 du 13 janvier 1883, p. 97.
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- donne seulement un diagramme pour faciliter l’explication. Au reste, l’appareil de démonstration qui a été décrit jadis dans le Magasin pittoresque est absolument théorique, la construction des réservoirs superposés étant ou impossible ou trop coûteuse pour une application industrielle un peu importante et je proposerais d v substituer la disposition en échelons ci-dessous.
- A est une falaise, ou mieux une jetée, un mur de quai, ou tout autre obstacle naturel ou artificiel servant à arrêter le Ilot; XV est le niveau moyen des basses mers; MN le niveau moyen des hautes mers ; le fond doit être rocheux et non susceptible de s’envaser ou de s’ensabler. En B s’ouvre un tuyau de conduite arrivant au fond d’un réservoir solidement construit à deux compartiments à peu près égaux C et D et pouvant résister à une pression maximum de 2 atmosphères. La partie inférieure de D communique avec G par un tube à large section E qui vient s’ouvrir un peu au-dessus du fond de G. La partie supérieure — -
- de C communi- .
- que par un tube F analogue au tube ;zz d’accès de la va-peur d’une ma-chine à vapeur, :zn_
- à l’organe de dis- — “
- tribution d’une —
- machine ordi- y j
- naire à air com- ËE|p
- primé L. Enfin £§==
- la partie supérieure de D communique par un tube identique G au tiroir de distribution de la même machine disposée en vue de l’action à produire. Deux robinets k et i permettent de fermer ou d’ouvrir ces deux tubes.
- Voyons ce qui va se passer quand la marée montera.
- Le robinet k est fermé et le robinet i est ouvert. Aussitôt arrivée au niveau de l’ouverture inférieure du tube E, l’eau ferme ce tube et forme en C un espace clos plein d’air qui se comprime et dont la pression est constamment égale à la hauteur de la marée. L’eau s’élève du reste librement dans le tuyau E. Dès que la mer a atteint mi-marée en LL qui est le niveau supérieur de G et le niveau inférieur de D, on peut ouvrir k et donner accès à l’air comprimé qui actionne le moteur. Si la capacité du réservoir est calculée d’après la rapidité d’élévation de la marée, de sorte que le réservoir C mette pour se vider le temps que l’eau mettra à monter de L en M, soit trois heures environ, la machine à air comprimé marchera avec une force constante pendant le même temps. D s’est alors rempli. La mer reste
- étale : on ferme le robinet i et on ouvre le robinet k; le niveau descend de M à L et le réservoir I) reste plein par l’effet de la pression atmosphérique. On ouvre alors 1 et par aspiralion, pendant tout le temps que I) mettra à se vider, la pression atmosphérique fera fonctionner le piston de la machine, comme tout à l’heure l’air comprimé. Cette action durera trois heures si le réservoir est construit pour cette durée.
- On comprend que les tuyaux B, F et G peuvent avoir telle longueur que l’on voudra et que les réservoirs et la machine motrice peuvent être mis à telle distance de la côte qu’il sera nécessaire.
- Ge système est assurément ingénieux, mais sa force est extrêmement limitée par l’impossibilité de construire sans frais énormes des réservoirs résistants et absolument imperméables à l’air sous pression, et capables d’actionner pendant des heures 1 une machine d’une puissance même médiocre.
- À mon avis, l’effet produit n’est pas proportionné à sa cause, et la force utilisée est inappréciable comparativement à celle perdue.
- Ce système, comme les barrages dans les moulins de marée de Bretagne, sup -, pose au reste une conformation naturelle ou artificielle de la côte toute spéciale, et surtout une grande hauteur de marée.
- Les côtes basses du littoral de l’Océan, les plages sans limites du golfe de Gascogne, verront donc sans utilisation possible, cette force effrayante du Ilot et de la marée, qui à l’heure où j’écris a commencé la destruction du brise-lames de la pointe de Grave, a coupé la ligne du tramway qui réunit cette pointe au Verdon, et menace d’emporter Sou-lac, dont les chalets les plus avancés tombent èn ruines.
- Le problème que je me suis proposé d’étudier est le suivant : transformer en mouvement circulaire uniforme les mouvements généraux de la mer (marées) et les mouvements irréguliers et les chocs mêmes de la lame, pour recueillir sur les côtes à l’aide de l’électricité et transmettre à l’intérieur à distances variables, une force sans limites et jusqu’ici sans emploi industriel certain.
- C. de T.,
- Ancien élève de l'École Centrale.
- C Q s-
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- CHAUFFAGE ÉCONOMIQUE
- AU MOYEN I)KS COMISUST1RLES PULVÉRULENTS
- FOYERS ET GRILLES MICHEL PERRET
- Les combustibles pulvérulents sont extrêmement abondants, soit comme déchets d’exploitation de mines, soit comme résidus de combustibles déjà utilisés en partie. Parmj les premiers, il n’y a guère
- Fig. 1 Elévation d’un calorifère.
- que les menus de houille grasse qui se brûlent aisément sur les grilles sous forme de briquettes, car dans les briquettes laites avec les menus de bouille maigre et le poussier de coke, on n’obtient guère que la combustion de l’agglomérant, et on rejette avec les cendres une portion considérable du combustible employé.
- Il en est de même pour la tourbe menue, le fraisil des forges, et à plus forte raison pour des matières absolument dédaignées jusqu’ici, comme;
- Fig 2 Coupe longitudinale d'un calorifère
- les suies de locomotives et de carneaux, et la plupart des résidus de loyers. Les unes contiennent cependant de 40 à 00 pour 100 de carbone, et les autres renferment encore après triage des plus gros mâchefers, une proportion de 50 à 55 pour 100 de matières combustibles. ^
- La difficulté d’employer ces divers poüssicrs dans les foyers, eu abaisse singulièrement‘te prix, et l’économie qu’on peut introduire dans le' chauffage industriel par l’usage de - foyers capables’d’utiliser ces résidus, sans aucune préparation, ct d’une manière complète, est facile à concevoir. Dans la pra-
- tique cette économie est rarement inférieure à 50 pour 100.
- M. Michel Perret a obtenu ce résultat au moyen t de deux appareils : l’un est le. foyer à étages mul-^ tiplcs destiné aux applications qui n’exigent pas, dans un temps restreint, une variation importante^ dans la production de la chaleur; l’autre est un foyer muni d’une grille spéciale qui permet une combustion plus rapide que le précédent, et peut s’employer au chauffage des chaudières à vapeur.
- Foyer à étages. — 11 a pour point de départ le foyer imaginé en 1865 par le même inventeur pour
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- LA NATURE
- obtenir la combustion régulière de la pyrite menue. Les figures 1, 2 et 3 représentent un appareil à six étages appliqué au chauffage d’un calorifère. Chaque étage est formé d’une dalle réfractaire B d’une seule pièce, et ces dalles sont légèrement cintrées pour en augmenter la solidité. Elles sont supportées sur les parois latérales du foyer qui sont également construites en briques réfractaires, le tout étant entouré d’un massif en briques ordinaires.
- La combustion s’opère à l’air chaud; à cet effet on utilise le rayonnement de la plaque de devanture en fonte, en disposant devant elle une plaque de tôle, qui fait fonction d’écran. L’air d’alimentation est forcé de passer entre ces deux plaques. Il se rend ensuite à chaque étage par de petites ouvertures a pratiquées dans les portes À de chargement et de déchargement; des réglettes glissantes b permettent de restreindre ou d’augmenter l’arrivée d’air.
- Pour la mise en train on fait dans le cendrier M un feu autant que possible flambant de manière à porter au rouge l’ensemble des étages. A ce moment on les garnit d’une première couche de combustible en poussière, qui, au contact des dalles chauffées au rouge, entre en ignition.
- La manœuvre régulière consiste alors à faire descendre le combustible d’étage en étage en recouvrant la première dalle devenue libre d’une nouvelle couche de combustible frais, qu’on étale convenablement de manière à laisser bien libre la circulation de l’air entre les différents étages. L’opération est renouvelée de une à six fois et plus par vingt-quatre heures. Cette élasticité de production s’obtient par la manœuvre du registre qui règle la sortie du gaz de la combustion, et celle des petites ouvertures a sans qu’il y ait à s’en occuper en dehors des heures de chargement de l’appareil.
- Le rayonnement des voûtes maintient dans le foyer une température très élevée, le chauffage se fait méthodiquement et l’épuisement du combustible est complet ; le cendrier ne contient, en effet, aucune trace de matière charbonneuse.
- Dans le calorifère à air chaud, représenté par les figures 1, 2 et 3, l’air froid monte derrière le foyer par un carneau qui s’ouvre sur la droite, lèche les tubes à fumée J placés sous la première tôle-écran CD, se retourne à l’extrémité de celle-ci pour revenir le long d’une seconde rangée de tubes à fumée placés sous la seconde tôle-écran EF, et enfin vient s’accumuler à la partie supérieure, dans une chambre où se font les prises pour le chauffage.
- L’air chaud fourni est parfaitement rcspirable, comme cela se produit d’ailleurs pour tous les appareils, où il n’est pas en contact avec des surfaces métalliques chauffées au rouge.
- Le foyer Perret donne d’excellents résultats partout où l’on a besoin d’une grande quantité constante de chaleur, comme pour le chauffage des églises, des étuves, des séchoirs, etc.; et l’éco-
- nomie considérable qu’il procure *, jointe à l’extrême simplification de la main-d’œuvre, sont les qualités qui sont le plus appréciées dans ces différents cas.
- On le fait généralement travailler d’une manière continue; mais tout récemment la Compagnie des Omnibus l’a employé dans six de ses dépôts au chauffage des fers à cheval, avec un fonctionnement intermittent ; le combustible dont on se sert est du poussier de coke, et l’économie réalisée s’élève à 50 pour 100.
- Grilles de chaudières. — La combustion lente qui se produit dans la foyer Perret ne lui permettrait pas de se prêter aux variations considérables dans la production de la vapeur, que réclament fréquemment les industries mécaniques.
- Pour arriver à utiliser sous les chaudières les combustibles pulvérulents de qualité inférieure, M. Michel Perret a imaginé la grille et la disposition de voûtes représentées par la figure 4.
- Les barreaux de la grille P sont très rapprochés et ne présentent entre eux que des intervalles de 2 à 3 millimètres. La hauteur de ces barreaux est suffisante pour qu’ils puissent plonger dans l’eau', tout en laissant entre le niveau du liquide et la surface de la grille, l’espace nécessaire à l’entrée de l’air d’alimentation du foyer. Le tout est placé dans une bâche close O, où l’air est introduit en M par une soufflerie.
- Le générateur est séparé de la grille par deux dalles réfractaires cintrées Q et Q' qui se recouvrent en partie, forment chicane pour les gaz de la combustion, et arrêtent les parcelles de combustible entraînées qui brûlent dans la chambre au-dessus de la grille.
- Une porte R permet d’enlever les cendres qui se déposent à la partie supérieure des voûtes. L’immersion des barreaux les refroidit assez pour en prévenir l’altération, malgré leur rapprochement, et on peut brûler par mètre carré de grille et par heure 100 kilogrammes de combustibles pulvérulents les plus denses, comme l’anthracite, la houille la plus sèche et même le poussier de coke.
- Ces grilles donnent une économie qui varie avec la valeur relative des résidus qu’elles permettent d’utiliser, et qui peut aller de 50 à 70 pour 100.
- G. Richou, ‘
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nouveau Manuel complet du Poêlier-fumiste, traitant de la construction des cheminées et de tous les systèmes de chauffage, par MM. Ardenni, J. df. Foxtenelle et Male-
- 1 A la Blanchisserie de Courcclles, par exemple, on traite par jour dans les séchoirs 2800 kilogr. de linge, qui demandaient, avant l’emploi du foyer Perret, une consommation de 350 kilogr. de coke, soit 14 fr. 45. Aujourd’hui, pour la même quantité, on consomme 350 kilogr. de poussier de coke, soit 4 fr. 55; l’économie est donc de 68 pour 100.
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- LA NATURE
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- peyre. Nouvelle édition par M. A. Romain, 1 vol. orné de figures. Paris, Librairie encyclopédique Roret, 12, rue Hautefeuille.
- Le Poussin, organe des éleveurs, Revue hebdomadaire. Directeur E. Leinoine, propriétaire éleveur à Crosne (Seine-et-Oise).
- Le premier numéro de ce journal, rédigé par des spécialistes compétents, fort bien édité, avec d’excellentes gravures, a paru le 4 février 1883; cette publication rendra certainement de très utiles services aux éleveurs et aux amateurs.
- Annuaire de l'Académie royale de Belgique, 49° année, 1883. 1 vol. in-18. Rruxelles, chez F. Rayez, 1883.
- Les roses du dix-neuvième siècle. Catalogue annoté des roses horticoles mises en culture pendant les cinquante dernières années, par Shirley Hibbebd. 1 broch. in-8°. Liège, Boverie n° 1, 1882.
- L’ESCAPADE D’UN AÉROSTAT1
- Désirant connaître les particularités qu’avait pu offrir l’atterrissage du ballon de 3500 mètres, appartenant à MM. de Dion et Rembielinski, qui s’était échappé des mains des aérostiers militaires, dimanche 25 février, à l’usine à gaz de La Villette, je me suis rendu à Saint-Vrain, charmant petit village de 800 habitants, situé dans l’arrondissement de Corbeil (Seine-et-Oise), à environ 10 kilomètres de Paris. Grâce à l’obligeante amabilité deM. Chamard, grand propriétaire de l’endroit, adjoint au maire de Saint-Vrain, voici les renseignements absolument exacts que j’ai recueillis. L’aérostat, en rupture de cordes, est venu atterrir à midi vingt minutes dans un champ de blé situé à 2 kilomètres de Saint-Vrain et dépendant de cette commune. Parti de La Villette à onze heures un quart, le ballon était aperçu h midi par les habitants de Leudeville, village situé à 5 kilomètres à l’ouest de Saint-Vrain. Il paraissait venir en droite ligne de Paris, marchant par un vent N.-N.-E.; il se dirigeait sensiblement dans la direction d’Orléans. 11 descendait, lentement, et lorsqu’il fut à peu de distance de leur village, les habitants crurent qu’il allait y tomber. Il n’en fut heureusement rien, l’aérostat poursuivant sa route passa au-dessus de Leudeville (il paraissait raser les maisons) à une faible altitude, et obliquant subitement à droite, vint opérer sa descente à deux kilomètres plus loin dans un champ de blé. Il était alors midi vingt. La nacelle toucha terre et comme le ballon avait encore à ce moment un peu de force ascensionnelle, ou bien seulement par le résultat du choc, il repartit, mais pour s’arrêter définitivement à 30 ou 40 mètres. Les habitants de Leudeville, précédés du garde-champêtre de leur commune, arrivaient alors, et maintenaient le fuyard, peu récalcitrant du reste, qui se contentait de se balancer doucement ayant l’air très satisfait de son escapade ; il n’y avait pas un souffle de vent. On juge facilement de la stupéfaction des paysans accourus : personne dans la nacelle, où tout était dans un ordre parfait ; les sacs de lest bien rangés et n’ayant pas même été bousculés au moment du premier choc. On pensa pourtant de suite la vérité : M. Chamard, en l’absence du maire de Saint-Vrain, après avoir donné les
- * Yoy. n° 509 du 3 mars 1883, p. 222.
- ordres nécessaires pour que le matériel fût protégé et avoir fait déposer à la mairie les objets trouvés, envoyait immédiatement son fils à la station de Marolles. À une heure une dépêche était adressée à la Société française de Navigation aérienne, quelques papiers ramassés dans la nacelle ayant fait supposer que le ballon fuyard devait lui appartenir. Ignorants des manœuvres nécessaires, les paysans laissèrent le captif se dégonfler de lui-même; seul un d’entre eux fit avec son couteau, près de l’appendice, une déchirure d’environ 50 centimètres de longueur. A sept heures et demie seulement, le ballon complètement dégonflé était placé, avec ses cordages, dans la nacelle et laissé sur le terrain, sous la surveil- * lance du garde-champêtre de Saint-Vrain et de quelques personnes de bonne volonté. A onze heures du soir MM. de Dion et Duté-Poitevin, prévenus sans doute par les soins de la Société de Navigation aérienne, arrivaient à Saint-Vrain. Le lendemain matin, après avoir examiné leur matériel, ces messieurs le faisaient transporter à la gare de Marolles et le train partant de cet endroit à une heure quarante les déposaient à la gare d’Orléans-Paris à deux heures trente-quatre. Vu les grandes dimensions de la nacelle, il avait été nécessaire de demander à la Compagnie un wagon plateforme pour son transport.
- Une remarque assez intéressante, c’est que lorsqu’il arriva à terre, le ballon toucha légèrement, sa partie inférieure était dégonflée et formait sans doute parachute. Le filet et les différents cordages étaient très secs, ce qui étonnait les personnes présentes, l’air ce jour-l'a étantchargé d’humidité. 11 est fort probable qu’au-dessus de la couche nuageuse peu élevée et peu épaisse sans doute, le soleil brillait d’un vif éclat. Il est à regretter vraiment qu’aucun instrument enregistreur ne se soit trouvé dans la nacelle pour indiquer l’altitude atteinte par l’aérostat.
- Il n’y avait en effet qu’un thermomètre à mercure, et une lampe à incandescence qui devait permettre aux aéronau-tes la lecture de leurs instruments pendant la nuit qu’ils espéraient bien pouvoir passer en l’air.
- Les dégâts commis dans les champs sont sans importance ; le ballon a deux ou trois blessures insignifiantes et le filet a quelques mailles brisées.
- Jules Eloÿ.
- LES ORGANISMES MICROSCOPIQUES
- DESTRUCTEURS DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION
- On a souvent vu des matériaux poreux tels que les briques en argile cuite devenir friables ou pulvérulents dans une épaisseur plus ou moins grande de leur surface; cet accident se produit surtout lorsque la brique a été insuffisamment cuite; la sorte de carie ainsi déterminée gagne de plus en plus la profondeur des briques et finit par les réduire en poussière. On avait jusqu’à présent attribué ce phénomène à l’action de l’humidité, aux alternatives de froid et de chaud, etc. Mais, suivant les observations que je vais rapporter, il est probable que ces circonstances ne sont que secondaires et ont seulement pour effet de favoriser l’action de la cause réelle de destruction qui, d’après ce qui suit, devrait généralement être rapportée au développe* ment d’organismes microscopiques.
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- LA NATURE.
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- Je résume dans cetle courte note les observations que j’ai faites sur ce sujet.
- Examinant un jour quelques Mucédinées qui avaient végété sur une cloison en briques, à l’intérieur d’un local fermé, un peu bumide, je remarquai que le revêtement en plâtre présentait en certains points des boursouflures, des sortes d’ampoules; en perçant l’une d’elles, il en sortit une poussière rouge très fine, résultant de la pulvérisation de la brique ; je pensai aussitôt à la présence de larves ou d’insectes, et je les recherchai à la loupe dans les débris; ne trouvant rien, j’eus recours au .microscope et, sous un grossissement de 500 diamètres enviion, je vis au milieu de débris schistoïdes, de diatomées et d’algues siliceuses ayant appartenu à l’argile primitive des briques, un nombre immense d’organismes microscopiques vivants.
- Le plus grand nombre se rapportait aux types
- Organismes microscopiques ilcïiructeurs des matériaux de construction. — 1. Algues monocellulaires : formes principales observées ; la dernière présente un bourgeonnement. — 2-3. Algues siliceuses et diatomées, appartenant à l’argile primitive des briques. — 4. Micrococcus. — 5. Spores d’Algues, eu rotation rapide. — tî. Myxomycètes (ou spores de Champignons). — 7. Amibes.
- tous les cas, en projetant une pincée de la poussière à étudier, dans quelques gouttes d'eau pure ou d'alcool et prenant um gouttelette du liquide surnageant.
- Les conséquences des faits précédents sont nombreuses : ils nous montrent d’abord que des germes et des spores peuvent se conserver pour ainsi dire indéfiniment, dans un milieu éminemment protecteur pour eux et où jusqu’ici, on n’avait pas songé à aller les chercher.
- De là, l’explication de l’utilité des procédés de désinfection employés dans les logements, hôpitaux ou écuries où se sont produits des cas de maladies contagieuses. Le grattage, le blanchiment des murs sont, jusqu’à ce jour, les seuls moyens prophylactiques d’un effet constaté : on conçoit aisément que ces opérations suppriment des murailles, la couche perméable où avaient pu s’établir les germes parasites et peut-être s’y développer dans un stade de développement différent de celui sous lequel ils déterminent les actions morbides connues.
- En outre, çcs observations établissent que le rôle des infiniment petits est à faire entrer en ligne de compte dans la durée des bâtisses et des constructions; on pourrait peut-être y chercher la raison de la destruction rapide des nombreux monuments sémitiques construits en briques peu cuites ou seulement séchées au soleil par les Assyriens et quelques autres peuples anciens.
- Enfin, cette même cause pourrait jouer un rôle dans la désagrégation des roches schistoïdes et des agglomérats ou mottes qui entrent dans la constitution des sols arables.
- Parize,
- Directeur de la station agronomique de Morlaix.
- représentés dans la figure, n° 1, et dessinés à la chambre claire (Micrococcus, Algues monoccllulai-res, Amibes et spores d’Algues, ciliés, se mouvant avec une extrême rapidité, etc.). Quelques-uns étaient en voie de bourgeonnement.
- L’existence et la prolification de ces proto-organismes dans un tel milieu, sous un revêtement continu de 5 à 6 millimètres de plâtre, ont lieu de surprendre, et cependant il y a plus : ayant nettoyé avec une brosse dure la surface cariée des briques, j’y ai percé, avec un vilebrequin, un trou do 50 millimètres environ de profondeur, et j’ai examiné au microscope la poussière recueillie dans le fond de la cavité : les mêmes organismes s’y sont montrés, quoique en nombre un peu moins grand (environ 100 par centimètre carré de la préparation au lieu de 150 qu’on pouvait rencontrer dans la première observation). Toutes les briques qui présentaient les symptômes de détérioration que je viens de signaler m’ont offert les mêmes microbes, en nombre variable.
- La préparation microscopique était faite dans
- TÈTE DE LION
- REPRODUITE PAU l.\ PHOTOGRAPHIE
- Nous avons fait souvent remarquer combien les nouveaux procédés de photographie au gélatinobromure, qui permettent de prendre instantanément des clichés, étaient précieux tant au point de vue de l’art que de la science. Désormais, avons-nous déjà dit, avec la photographie instantanée, on aura le mouvement, on aura la vie, on aura l’expression qui manquaient jusqu’ici. Nous avons montré ce qu’avaient obtenu successivement M. Muyloridgc, de San Francisco, et M. Marev, de l’Institut ; et nous avons donné, aussi des spécimens d’un ordre beaucoup moins important, mais remarquables cependant, de diverses photographies instantanées exécutées sur les animaux vivants du Muséum de Paris, sur-une bande de crocodiles observés dans les Indes, etc.1. Nons offrons aujourd’hui aux natu-
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
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- Le lion du Jardin Zoologique de Londres. (D’après une photographie instantanée.)
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- LA NATURE.
- ralistes un nouveau et remarquable spécimen de photographie instantanée, c est le portrait du lion du Zoological Garden de Londres. L’épreuve qui nous a été adressée d’Angleterre, a été directement photographiée sur bois, à l’aide d’un collodion spécial actuellement très usité; notre graveur, M. Tilly, a par conséquent exécuté la gravure ci-contre en pratiquant les tailles sur la photographie elle-même qui, sans avoir passé par les mains d’un dessinateur, n’a pu être en aucune façon modifiée ou dénaturée. Nous avons la persuasion que nos lecteurs apprécieront à sa valeur la gravure ci-contre, sans qu’il soit nécessaire d’y insister plus longuement.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES PLANTES ROULANTES
- Paris, 26 février 1883.
- Mon cher Monsieur G. Tissandier,
- J’ai remarqué l’intéressant dessin que vous avez publié sur une plante roulante du Kansas *. Je m’empresse de vous signaler à ce sujet la fréquence de ces boules végétales dans les steppes du Turkestan. Quand on parcourt la steppe au mois de mars, on rencontre dans les déclivités et plis du terrain des amas de ces herbes globuleuses sèches accumulées par le vent. Une rafale vient-elle à s’emparer d’un tas de ces boules, celles-ci se mettent à danser et à rebondir sur le sol uni de la steppe d’une façon absolument fantastique, d’autant plus fantastique que, par une illusion d’optique très fréquente dans la steppe, on leur donne à une certaine distance une grosseur bien au-dessus de la grosseur réelle. Elles n’ont en effet, pas au delà de 50 centimètres de diamètre.
- Les chevaux se prennent de frayeur quelquefois à la vue de cette.débandade. Les nomades sont très contents de trouver ces tas d’herbes sèches amoncelées par le vent ; ils les utilisent pour le chauffage.
- Ges plantes roulantes, qu’on appelle assez poétiquement « sorcières du vent », Windhexen, sont la partie aérienne de plusieurs Cariophyllées, principalement d’une espèce de Saponaria très répandue dans la steppe. La tige assez grêle, supporte un grand nombre de rameaux chargés de feuilles qui se rapprochent et donnent à la plante une forme globuleuse, ce qui contribue sans doute à empêcher une transpiration trop active. Quand la tige est desséchée, un coup de vent suffit pour emporter la plante. 11 reste en terre une racine pivotante qui atteint l’épaisseur d’un avant-bras.
- Pulvérisée, elle remplace quelquefois le savon. Les indigènes l’appellent Jéti-Mék.
- Veuillez agréer, etc.
- G. Capus.
- UTILISATION DES MARÉES
- Baume, 19 février 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je lis dans La Nature du 10 février, un article sur le mouvement des marées, dans lequel M. E. fl. signale l’em-
- ' 1 Voy. n° 506 du 10 février 1883, p. 161.
- ploi de deux bassins, l’un de réserve, l’autre de décharge, comme nouveau et n’ayant pas encore été expérimenté.
- Ce système n’est pas nouveau; en 1865, M. Gerbert, un ingénieur belge, imagina quelque chose de semblable dont voici le principe en quelques mots.
- Q et Q' (fig. 1 et 2) sont les deux bassins, le moteur hydraulique, à axe vertical, est une turbine Koëcklin à double couronne. Le bassin Q est surélevé à l’autre de 2 mè-
- tres, il doit pouvoir contenir les eaux des plus hautes marées ; Q' doit être en contre-bas des plus basses marées. À est une vanne d’introduction de l’eau sur la turbine et dans le bassin de réserve Q ; B est une vanne du bassin Q' qui retient les eaux pendant que la mer alimente directement le récepteur, et permet leur écoulement quand c’est le réservoir qui fournit ses eaux. G est une vanne d’évacuation des eaux du bassin de décharge.
- À marée haute, pendant le moment d’étale, l’eau remplit le bassin Q et agit sur le récepteur M. Dès que la
- marée descend, la vanne B est fermée mécaniquement et M continue a être activé directement par la mer ou la ri-
- vière.— Le niveau descendu au seuil de la vanne A, celle-ci se ferme spontanément ; B s’ouvre, ce qui permet au réservoir Q d’alimenter la turbine pendant que la mer descend. — Les eaux de décharge vont remplir le bassin Q7; lorsqu’elles auront atteint le niveau de la mer, elles seront évacuées par C et entraînées avec le courant de jusant.
- La manœuvre spontanée des vannes est résolue au moyen de flotteurs sans le concours de l’homme.
- De cette manière, M. Gerbert transforme la puissance de la marée en une force constante et régulière.
- Dans l’application qui en a été faite, les réservoirs Q et
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- 0' avaient respectivement 6000 et 8000 mètres de superficie, nne machine travaillant vingt-quatre heures par jour, donnait une force de f 0 chevaux.
- Ce système a été abandonné par suite du grand emplacement qu’il nécessitait.
- Aujourd’hui que l’éclairage électrique des phares, des villes maritimes, des ports, commence à se généraliser, on pourrait installer à proximité du port ou de la ville à éclairer, ces bassins assez économiquement, et avoir ainsi à bon marché un ou des générateurs de courants électriques.
- Veuillez agréer, etc. G. D.,
- Ingénieur.
- SYSTÈME POUR ÉTEINDRE UNE LAMPE AUTOMATIQUEMENT Saint-Etienne, 14 février 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- L'idée d’appliquer à ma lampe le dispositif dont je vous envoie le croquis m’a été fournie à la suite d’une imprudence dont j’aurais pu être victime. Ce petit appareil a pour but d’éteindre automatiquement les lampes-modé-
- Fig. 3. — A. Poulie en deux parties s’adaptant à volonté sur l’axe du remontoir. — B. Poulie en deux parties s’adaptant sur le bouton qui actionne la mèche. — N. Collier à charnière se fixant sur la lampe et portant : le support M de la poulie K, le guide B et le support FDH du levier et du poids P.
- rateur si répandues ; et peut, je crois, recevoir un assez grand nombre d’applications. Il s’adresse en particulier à ceux qui, comme moi, s’endorment en lisant et laissent leur lumière allumée, à ceux qui éclairent le soir des lieux éloignés du point où ils se tiennent, etc.
- Sur la tige du remontoir est fixée une poulie À (fig. 3); une cordelette AC guidée par un anneau B, vient saisir un levier CD qui peut osciller autour d’un axe D.
- L’huile se consumant, le remontoir tourne dans le sens de la flèche et la corde actionne le levier qui pousse devant lui un poids P.
- Arrivé à l’horizontale, le levier fait échapper de son support H le poids qui en tombant fait tourner la poulie L et le bouton S qui sert à régler la hauteur de mèche. La lampe s’éteint donc ainsi d’elle-même.
- La petite poulie K ne sert que de renvoi pour éviter
- que le contrepoids ne vienne frapper le ventre de la lampe.
- Le levier CD doit présenter en C une forme analogue à celle dessinée, pour que l’anneau C quitte le levier lorsqu’il est en C"D", le remontoir continuant son mouvement de rotation même après l’extinction de la lampe.
- On peut à volonté augmenter la longueur du fil AC et le faire s’enrouler une ou plusieurs fois autour de la poulie, suivant le temps qu’on désire garder la lampe allumée. La disposition dessinée peut être rendue plus élégante en remplaçant, par exemple, le poids par un ressort, etc., produisant la détente du ressort par une came, etc.; mais j’ai tenu à vous la donner telle que je l’a construite, rudimentaire et facile à établir pour tout monde avec un peu de patience.
- Veuillez agréer, etc. A. L,
- NOUVELLES RECHERCHES
- TÉLÉPHONIQUES ET MICROPHONIQUES
- ÉTUDES SUR LA RÉSISTANCE ÉLECTRIQUE DES CONTACTS EN CHARBON, PAR M. SHELFORD BlDWELL.---- BATTERIES TÉLÉPHONIQUES DE M. JAMES MOSER. -------- NOUVEAU RÉCEPTEUR
- MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE DE M. d’aRSONVAL.
- Peu après l’apparition du téléphone de Bell, du transmetteur à charbon d’Edison et du microphone de Hughes, qui constituent trois inventions réelles et de premier ordre, surgirent un nombre incalculable d'appareils semblables, pour ne pas dire identiques, à ces créations originales, et les téléphones et microphones de MM. X, Y, Z, se comptèrent bientôt par centaines. C’est là un phénomène naturel, qui se retrouve à chaque invention nouvelle qui réussit, soit dans le domaine scientifique, soit dans le domaine industriel ; c’est en quelque sorte la sanction obligée du succès.
- Heureusement qu’à côté des nombreux inventeurs du lendemain, des Inventeurs de seconde main, pourrait-on dire, se trouvent quelques travailleurs modestes qui savent rendre hommage à l’invention originale et s’occupent seulement de la perfectionner sans exagérer outre mesure le mérite de leurs travaux : les uns en étudiant scientifiquement le mécanisme des phénomènes jusque dans les plus petits détails, en faisant varier tous les éléments du problème pour bien connaître l’influence de chacun d’eux, les autres en perfectionnant les dispositions et la construction des appareils pour les amener à l’état pratique, multiplier leurs applications, et résoudre les nouveaux problèmes posés chaque jour par le développement de ces applications.
- C’est à quelques recherches et à quelques appareils de cette nature que nous voulons consacrer aujourd’hui une place dans La Nature.
- Occupons-nous d’abord des transmetteurs microphoniques.
- Depuis Edison et Hughes, les innombrables transmetteurs à pile construits par les inventeurs sont constitués par des contacts en charbon, variables dans leurs dispositions, leur nombre et leur grou-
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- pement. Quelles tentatives faites avec des contacts métalliques, des poudres semi-conductrices, n’ont pas donné de résultats bien brillants et n’ont pas, jusqu'à présent, reçu d’applications. M. Sbelford Bidwell a étudié le phénomène dans tous ses détails, et il vient de présenter le résultat de ses recherches à la Société Royale de Londres en janvier dernier. Ses expériences ont eu pour but de déterminer quantitativement l’influence des variations de pression et des variations de courant sur la résistance des contacts en charbon et des contacts métalliques. Ne pouvant reproduire ce travail in extenso, nous signalerons ici les résultats de ces recherches, tels que M. Sbelford Bidwell les a résumés dans sa communication.
- 1° Contacts en charbon.
- Les changements de pression produisent des variations de résistance proportionnellement plus grandes lorsque la pression est petite que lorsqu’elle est grande.
- Les variations de résistance sont relativement plus grandes, avec des courants faibles qu’avec des courants puissants.
- Les changements d’intensité du courant produisent proportionnellement de plusgrandschan-gements de résistance avec de faibles courants et des pressions légères qu’avec des courants intenses et de grandes pressions.
- Lorsque la résistance d’un contact en charbon a été diminuée par une augmentation de pression, elle reprend très approximativement sa première valeur lorsque celte pression cesse. Le passage d’un courant dont l’intensité ne dépasse pas une certaine limite dépendant de la pression produit une diminution de la résistance d’autant plus grande que le courant est plus intense. Lorsque le courant dépasse une certaine limite, la résistance du contact est alors augmentée d’une manière permanente, et d’une quantité d’autant plus grande que la pression e^t elle-même plus grande.
- A moins de dispositions spéciales qui maintiennent le courant constant, la diminution de résistance qui résulte de l’augmentation de pression est plus grande que celle due à l’augmentation de pression seule; elle est due aussi en partie à l’augmentation d’intensité du courant.
- Il n’est pas prouvé que la diminution de résistance qui est la conséquence d’une augmentation de courant, puisse être attribuée à l’effet de la température.
- 2° Contacts mktai.liqcks.
- Bans le cas du bismuth, et probablement aussi dans le cas d’autres métaux, la résistance est d’autant plus grande, pour une pression donnée, que le courant est plus faible.
- 1 ne augmentation de courant est accompagnée d’une diminution de résistance, et si le courant est ramené à son intensité première, la résistance varie1 peu et ne reprend sa première valeur dans aucun cas.
- Une augmentation de pression produit une plus grande diminution de résistance avec des pressions faibles qu’avec de grandes pressions, et avec de
- faibles courants qu’avec des courants intenses.
- La résistance affaiblie par une augmentation de pression ne reprend pas sa valeur première lorsque l’excès de pression est enlevé.
- La manière si différente dont se comportent les contacts métalliques et les contacts en charbon sous l’action des variations de pression et de courant expliquent parfaitement la supériorité de ces derniers et leur emploi exclusif dans les transmetteurs microphoniques aujourd’hui en usage. Les principes si simples mis en lumière par les expériences méthodiques de M. Sbelford Bidwell permettront de grouper plus scientifiquement et plus rationnellement qu’on ne l’a fait jusqu’ici, les contacts multiples pour les placer dans les meilleures conditions de fonctionnement et utiliser le mieux possible leurs variations de résistance'dans chaque cas particulier, suivant la nature de la source électrique, celle des sons à transmettre et la longueur de la ligne, éléments qui influent dans une si grande mesure sur les variations de résistance des contacts et sur l’intensité du courant qui les traverse.
- On se rappelle les expériences d’auditions théâtrales téléphoniques faites par M. Clément Ader à l’Exposition d’électricité de 1881, expériences qui furent, sans contredit, le plus grand succès de celte Exposition. La transmission s’effectuait à l’aide de
- H ippodrome
- <KK}-ü{>{XKKKHPJ{K>1
- Place [JXKKHKKKKM>{K>-OOOOOï
- Vendôme _ _ _ _
- \oh>o<k>o<kk><>o<><x>ohd^ -<xxkxxkxb/
- Fig. 1. — Expériences téléphoniques de M. .lames-Moser entre l'Hippodrome et la place Vendôme.
- A. Accumulateurs Faure, modèle Reynier. —T. Transmetteurs Ader (25 en dérivation). — II. Bobines d'induction. Les lils inducteurs des 21 bobines sont établis en dérivation sur le circuit des accumulateurs et des transmetteurs Ader, les lils induits forment 6 dérivations de quatre tils en tension reliées d’une part à la terre et d’autre part à la ligne. — L. Ligne. «— R. Récepteurs Ader (6 dérivations do 16 récepteurs en tension ).
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- 10 transmetteurs Ader, et de 10 lignes doubles (20 fils), dans 80 récepteurs Ader, ce qui permettait de faire écouter quarante personnes à la fois.
- M. James Moscr s’est proposé d’augmenter le nombre d’appareils récepteurs et de diminuer le nombre de lignes et il est arrivé au résultat suivant : transmettre la parole et la musique à cent téléphones à la fois à l’aide à'une simple ligne. Les expériences ont eu lieu l’automne dernier entre rilippodrome et le bureau de la Société Internationale dos téléphones, place Vendôme. M. James Moscr a obtenu ce résultat en construisant de véritables batteries de transmetteurs, de bobines induites et de téléphones récepteurs dont il fait varier à volonté le nombre et le groupement, suivant la nature de la ligne, le nombre de récepteurs, etc.
- Le diagramme ci-contre (lig. 1) montre comment étaient groupés les appareils dans les expériences faites entre l’Hippodrome et la place Vendôme.
- La source électrique se composait d’accumulateurs Faure, modèle Reynier, dont on pouvait faire varier le nombre à volonté à l’aide d’un commutateur ; les transmetteurs étaient du système Ader, au nombre de 25, et montés en dérivation. Sur le diagramme, les transmetteurs T sont représentés l’un à côté de l’autre, mais, en pratique, ils étaient disposés en cinq rangées verticales de cinq appareils, sur line planche d’environ 1 mètre de côté placée au-dessus de l’orchestre de l’Hippodrome dans une position un peu inclinée. Chaque transmetteur Ader se compose de 10 crayons disposés en deux séries en tension de 5 charbons en quantité, c’est-à-dire 20 contacts par transmetteur (4 en tension, 5 enquantité),soitcntout 500 contacts en charbon influencés simultanément et synchroniquement par les vibrations. Le circuit des accumulateurs et des 25 transmetteurs était fermé sûr les fils inducteurs de 24 bobines d’induction identiques à celles employées par la Société générale des téléphones, montées en quantité.
- Le courant total dans le circuit inducteur était de 24 ampères, soit 1 ampère par bobine et 1 ampère environ par transmetteur Ader.
- Les 24 fils induits des 24 bobines d’induction étaient groupés en 6 dérivations de 4 bobines en tension et reliés, d’une part à la terre, d’autre part à • la ligne unique qui établissait la communication entre l’Hippodrome et le bureau de la place Ven-
- dôme, en passant par le bureau central de la rue Ncuve-des-Petits-Champs, Les 95 téléphones récepteurs Ader étaient groupés en 6 dérivations renfermant chacune 16 appareils en tension.
- Le montage de tous les transmetteurs en quantité est dicté par cette considération, démontrée théoriquement et expérimentalement par M. J. Moser, que les variations du courant inducteur, et par suite celles du courant induit, sont proportionnelles à l’intensité du courant qu’on a intérêt à rendre le plus grand possible, sans cependant dépasser pour chaque contact microphonique, une certaine inten-' sité au-dessus de laquelle il se produit des étincelles et des crachements. Un courant d’un ampère par transmetteur Ader correspond à 1 /5 d’ampère par contact, ce qui est une bonne moyenne pour les transmetteurs de ce type. Nous ferons remarquer,
- en passant, que M. James Moser est arrivé, par une voie et des considérations toutes différentes et d’une manière tout à fait indépendante, à mettre en pratique les principes posés par les expériences de M. Shel-ford Bidwell sur les contacts microphoniques.
- Pour le groupement des bobines induites et des récepteurs, on serait conduit, d’une part, à monter tous les appareils en tension, pour diminuer l’influence de la résistance de la ligne, et, d’autre part, à faire au contraire un montage en quantité pour marcher à des tensions peu élevées qui réduisent l’influence des fuites ou dérivations et des effets électrostatiques. En pratique, on choisit une disposition intermédiaire appropriée à la nature de la ligne sur laquelle doit s’effectuer la transmission.
- Le même système a permis àM. J. Moser de téléphoner entre Paris et Nancy sur une ligne aérienne de 350 kilomètres de longueur, mais en groupant les bobines induites d’une manière un peu différente : trois dérivations seulement renfermant chacune 8 bobines en tension et 2 téléphones Goloubitzky en tension au poste récepteur.
- Dans le premier cas, les effets d’induction dus à l’action des lignes extérieures sont, non pas détruits, mais affaiblis dans une grande mesure, parce que l’intensité de ces courants induits n’est qu’une fraction très petite comparée à celle des courants qui agissent effectivement sur les récepteurs et qui proviennent du transmetteur multiple employé par M. Moser. Dans le cas de la ligne
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- aérienne de Paris à Nancy, avec deux récepteurs, l’induction ne peut être vaincue que par l’emploi d’un double fil.
- Les récepteurs téléphoniques ont aussi reçu quelques perfectionnements pendant ces derniers temps. Parmi ces perfectionnements, nous devons signaler ceux que M. d’Arsonval a apportés aux récepteurs magnéto-électriques, et qui l’ont conduit à faire construire par M. Leczensky l’appareil représenté figure 2.
- M. d’Arsonval reconnaît que l’expérience a montré que le principe du téléphone Bell devait être conservé, mais qu’on pouvait néanmoins apporter à cet admirable instrument certaines modifications de nature à en augmenter les effets et en faciliter la construction. Le téléphone de M. d’Arsonval n’a pas d’autre prétention que de présenter quelques-unes de ces modifications.
- Lorsqu’un fil, traversé par un courant ondulatoire ou interrompu, est placé dans le voisinage d’un aimant, son action sur le champ magnétique est d’autant plus grande que le fil est placé dans une partie où le champ magnétique est plus intense. On obtiendra le maximum d’effet en noyant complètement le fil dans le champ magnétique et en rapprochant les pôles le plus possible pour augmenter l’intensité du champ dans la partie où se trouve le fil.
- Pour arriver à ce résultat, et placer tout le fil dans la partie où le champ est le plus intense, M. d’Arsonval a pensé à faire un champ magnétique annulaire, comme dans les électro-aimants de Nicklès, en prenant pour centre un des pôles de l’aimant tandis que l’autre pôle vient l’envelopper circulairement : la bobine est placée dans l’espace annulaire ainsi ménagé entre les deux pôles, comme le représente la figure 2. La boîte qui supporte le diaphragme est simplement pincée entre l’aimant et le noyau central; il suffit de visser l’embouchure pour fixer la plaque vibrante. Deux cordons souples amènent le courant à la bobine, sans que l’appareil présente aucune borne extérieure. Le téléphone complet ne pèse que 350 grammes et présente autant de puissance qu’un Gower dont le poids est beaucoup plus grand; il transmet très nettement la parole sans en altérer sensiblement le timbre, à cause des faibles dimensions de la plaque vibrante. En le munissant d’un pavillon, on l’entend dans toute une salle, à la condition, bien entendu, de faire usage de transmetteurs à pile.
- Ajoutons que M. Leczensky construit aussi des téléphones d’Arsonval avec de l’acier comprimé de M. Glémandot. Comme cet acier comprimé peut s’aimanter sans être trempé, et que la trempe a souvent pour effet de déformer les pièces qui la reçoivent, il en résulte que les téléphones en acier comprimé sont susceptibles d’un meilleur ajustement que les mêmes appareils en acier trempé ordinaire.
- Tel qu’il est construit, le récepteur d’Arsonval est
- très maniable, très simple et très,portatif, qualités qui contribueront sans aucun doute à multiplier le nombre de ses applications.
- E. Hospitalier
- NÉCROLOGIE
- Le Dr Bertillon. — Le l)r Bertillon que la mort a enlevé à ses travaux, le 3 mars 1883, s’est fait, dans la science moderne, une place particulière. II a ouvert à l’étude de la statistique des voies absolument nouvelles et a transformé à ce point cette branche importante des connaissances humaines qu’il faut le considérer comme le véritable fondateur de la science démographique. Par ce côté, son nom restera toujours uni à celui du professeur Broca.
- En même temps que statisticien, et longtemps même avant de l’être, il était naturaliste et observateur; dès son enfance, dès l’école, entraîné par la vocation, il disséquait les animaux morts et observait les mœurs des animaux vivants. Aussitôt qu’il eut terminé ses études médicales, il se voua plus spécialement à la botanique. Il a même laissé en mycologie des travaux qui resteront.
- Le Dr Bertillon était un honnête homme dans toute l’acception du terme. Son désintéressement était absolu. Il n’a recueilli la récompense de ses efforts qu’à la fin de sa laborieuse carrière. C’est en 1876 qu’a été fondée l’Ecole d’anthropologie, où on lui offrit immédiatement la chaire de démographie. En 1880, le préfet de la Seine, frappé des résultats pratiques que pouvait donner l’application des méthodes employées par le Dr Bertillon à l’organisation sanitaire de la ville de Paris, fonda un bureau de statistique municipale à la tête duquel il le plaça. Les préventions étaient désormais vaincues; c’était le commencement du triomphe définitif. La mort a frappé le I)r Bertillon à Page de soixante et un ans, au moment même où il recueillait cette suprême satisfaction de voir consacrer officiellement les progrès scientifiques dus à une vie de labeur et d’abnégation,
- CHRONIQUE
- ln nouveau tramway & Londres. — On a
- récemment inauguré à Londres un nouveau système de tramway à traction par câble sans fin, mis en mouvement par une machine fixe. Les rails sont remplacés par de simples plaques de fer. Le câble, renfermé dans deux tubes placés sous le sol, est supporté par des poulies. Le tube présente, sur toute sa longueur, une fente longitudinale par laquelle pénètre une pince qui saisit le câble et le relie par conséquent au véhicule. Le tube est en fil d’acier, et la fente qu’il présente est de dimensions trop faibles pour que les roues des voitures puissent s’y engager.
- Rapidité des sensations olfactives. — L’influence des odeurs sur nos organes olfactifs est très rapide. Un professeur de physiologie de la Faculté des Sciences de Nancy, M. Baudin, vient de déterminer par des expériences, mais sans indiquer la méthode suivie par lui, quel est le temps nécessaire pour que la sensation se produise. Il a tout d’abord trouvé que cette rapi-
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- dite n’est pas la même pour tout le monde et que, pour une même personne, elle varie suivant les diverses substances. Ainsi les organes olfactifs perçoivent l’action de l’ammoniaque après 37 centièmes de seconde ; celle du camphre après 50 centièmes de seconde; celle de l’acide phénique après 67 centièmes. Quant au musc, la perception de son odeur est trop rapide pour pouvoir être mesurée.
- Les châtaigniers en Italie. — Suivant un rapport de l’inspecteur général des forêts d’Italie, on voit encore sur le mont Etna, en Sicile, un vieux châtaignier qui mesure 64 mètres de circonférence à sa hase. Les uns lui ont donné 4000, d’autres 2000 ans. D’après un nouvel examen, cet arbre géant n’aurait que 860 ans. Le même rapport contient d’intéressants détails sur les châtaigniers en Italie. On en cite plusieurs qui sont remarquables par leurs proportions, surtout celui de Monte-miata, en Toscane. Dans le nord de l’Italie, le châtaignier croît à une altitude de 4 à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Presque toutes les provinces d'Italie cultivent le châtaignier, mais on le trouve surtout dans les provinces de Lucques, Sondrio et Gênes. Le produit annuel total de ce fruit est d’environ 5 768 436 quintaux. Les châtaignes de Coni passent pour les meilleures de l’Italie. L’exportation s’élève chaque année à 70 000 quintaux, qui donnent un bénéfice d’à peu près 2 millions de francs.
- Fenêtres à garniture étanche. — On sait combien les fenêtres, telles qu’on les construit ordinairement, laissent facilement passer l’air, l’eau et la poussière. La facilité avec laquelle le bois travaille et se déforme ajoute encore à cet inconvénient. M. Dressler, de Zeitz, a proposé un système de fenêtre qui paraît être parfaitement étanche. Voici en quoi consiste ce système : Partout où l’on vèut avoir un joint étanche, c’est-à-dire tout autour de la fenêtre et à la jonction des deux battants, dans le cas où l’on désire une étanchéité complète, on creuse dans le bois de l’une des parties en contact une gorge, dans laquelle on insère un tube en caoutchouc, qui fait légèrement saillie hors de la gorge, et qui s’appuie sur l’autre partie. Ce tube ne gêne en rien la fermeture ou l’ouverture de la fenêtre, et la substance élastique 'ainsi interposée donne un joint parfait. Si l’on ne tient pas à empêcher complètement l’air d’entrer, on pourra ne mettre des tubes que dans certaines parties de la fenêtre. En été, on peut retirer les tubes avec la plus grande facilité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 mars 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- La mer de Gabès. — M. de Lesseps annonce à l’Académie son projet de départ pour l’isthme de Gabès. Il se propose de vérifier les assertions de M. Roudaire quant à la constitution de cet isthme et emmène avec lui un personnel nombreux parmi lequel figure M. Léon Dru, dont le nom est si intimement uni à l’art des sondages. 11 s’agit de savoir si l’isthme est réellement constitué par des sables, comme le dit M. Roudaire ; dans ce cas le travail est possible; si, au contraire, il contient des assises cohérentes, calcaires ou gréseuses, on devra renoncer à l’entreprise, à cause de la dépense. Dans un mois, M. de Lesseps sera de retour et nous serons renseignés à cet égard.
- Un parasite de la truite. — L’aquarium où l’on élève de jeunes truites au laboratoire de physiologie du Collège de France, vient d’être décimé. M. Ilenneguy a reconnu que les allevins ont succombé aux attaques d’un infusoire flagellifère qu’il appelle Bodo nocalor et qui se fixant sur la peau des poissons, y développe très rapidement des désordres considérables.
- Les prix de l'Académie. — Une lettre du Ministre de l’Instruction publique autorise l’Académie à accepter le legs de feu M. Petit-Donnoy, qui lui a laissé toute sa fortune pour en distribuer les revenus sous forme de prix.
- En même temps, Mme veuve Delesse dispose de 20 000 francs en faveur de la Compagnie, qui distribuera tous les ans le prix Delesse, en récompense de travaux géologiques ou minéralogiques.
- Astronomie. — M. le commandant Fleuriais lit le rapport relatif à sa mission*à Santa-Cruz où il a observé le passage de Vénus. — La grande comète de 1882 a été étudiée à la Martinique parM. Bigourdan qui adresse les résultats de vingt-deux observations. — Un nouveau collimateur pour spectroscopes astronomiques, est soumis par son inventeur, M. Thollon. — La comète Swift et Brooks a été examinée à Marseille par M. Stephan et à Lyon par M. André.
- Chimie. — M. Durin (?) s’est occupé des produits que la distillation dans le vide à basse température, extrait de la tourbe de la vallée de la Main, dans le Finistère. — La chaleur de formation des glvcolates solides occupe M. Deforcrant.
- La lumière de la Lune. — D’après M. Musset, professeur de la Faculté des Sciences de Grenoble, la lumière de la lune exerce sur les végétaux le même pouvoir directeur et attractif que la lumière du soleil. Mous avions l'héliotropisme; voici le sélénolropisme qui se range à côté de lui.
- Botanique fossile. — Nos lecteurs savent déjà que M. Renault, aide-naturaliste au Muséum, vient de publier chez Masson la 3e année de son cours de paléontologie végétale. Le nouveau volume, relatif aux fougères, se signale par les importants arguments que l’auteur oppose aux assertions de M. Williamson.
- Le même auteur démontre que le Stephanocarpus est réellement une Gnétacée.
- Varia. — A propos du travail de M. Girod, signalé la dernière fois, M. le Dr R. Blanchard rappelle que dès le 14 novembre, il a signalé devant la Société Géologique le rôle des chromatophores des céphalopodes. — On signale une note sur l’emploi pratique du sulfocarbonate de potasse contre le phylloxéra. — M. Joubert développe la théorie des machines électro-dynamiques. — Un mémoire de mécanique est adressé par M. Liauté. — M. Ilayem a reconnu que lors de la lésion des artères, les concrétions que présentent celles-ci ont pour origine un dépôt d’hé-matoplastes. — M. Pellet déclare la théoriedu baromètre, affreuse, épouvantable. — Un monsieur a découvert la quadrature du cercle et (ce qui est plus nouveau) joint son portrait à l’envoi de son mémoire.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE
- L’EXPÉDITION FRANÇAISE
- POUR
- L’OBSERVATION DE L’ÉCLIPSE SOLAIRE
- DU 6-7 MAI 1883
- On sait qu’une éclipse totale de soleil a lieu le 6-7 mai de cette année; l’éclipse générale commence à 7h 50m du soir et finit à 0h 36m du matin. Cette éclipse visible dans le Grand Océan Austral, à l’ouest de l’Amérique méridionale, sera observée dans des petites îles de l’Océanie, par plusieurs astronomes de la France et de l’étranger.
- M. Janssen, notre intrépide et savant compatriote, a été chargé de diriger l'expédition française qui comprend parmi ses membres M. Trouvelot, dont on connaît les beaux travaux astronomiques.
- ! Le départ des observateurs a eu lieu mardi dernier de Saint-Nazaire, sur le navire de l’État appelé le \ Saint-Nazaire.
- L’expédition qui va d’abord traverser l’Atlantique jusqu’à Panama, franchira l’isthme américain par le chemin de fer, et le navire /’Éclaireur, qui sera équipé à Colon, la conduira à travers le Pacifique jusqu’à l’île du Sable où sera organisée la station j astronomique. Cette petite île tout à fait sauvage,
- ! est située près de l’île Caroline, qui appartient à l’archipel des Marquises.
- Avant de quitter Paris, M. Janssen a voulu faire la répétition préliminaire des expériences et de la disposition de ses appareils. Il a installé ses tentes,
- ; son campement de voyage, ses instruments, sur la terrasse de l’Ohservatoire d’astronomie physique de Meudon; c’est là que M. Janssen nous lésa montrés le 3 mars, et c’est là que nous en avons fait prendre
- Les instruments d’observution de l'éclipse solaire du 6-7 mai 1883, essayés à l'Observatoire d'astronomie physique de Meudon, avant leur emballage. (Dessiné d’après nature le 3 mars 1883.)
- la reproduction par le dessin. 11 va sans dire que pendant l’observation tous les instruments seront braqués vers le soleil.
- Le châssis dont les appareils sont entourés est disposé pour recevoir une grande bâche qui leur ! servira d’abri. La tente à droite de notre dessin, est ! destinée aux astronomes ; le mobilier en est formé d’une table de travail, de plusieurs pliants et de j trois lits de camp. La petite tente figurée à gauche constitue le cabinet noir photographique.
- Les instruments de l’expédition française comprennent
- 1° Un télescope à court foyer pour l’analyse spectrale de l’éclipse;
- 2Ü Un équatorial sur lequel est adapté un appareil photographique, comprenant cinq chambres noires qui fonctionnent à la fois. Les clichés sont de 0m,40 sur 0m,50. Il faudra cinq minutes de pose. Cet appareil est destiné aux planètes intra-mer-curielles ;
- 3° Lunette de 6 pouces munie d'une lunette de 3 pouces, avec appareil photographique fonctionnant au moyen de trois chambres à la fois. Cet appareil est destiné à prendre le spectre de la couronne elle-même et ses anneaux;
- 4° Une quatrième lunette sera spécialement réservée à M. Trouvelot pour les dessins de la couronne et les études des planètes intra-mereurielles.
- M. Tacchini et M. Palizza se joindront à l’observation ; les autres expéditions étrangères ont choisi comme lieux d’observation des îles très voisines de la station française, de sorte que si le ciel est couvert, l’éclipse passera absolument inaperçue pour tous les astronomes.
- Nous faisons des vœux sincères en faveur de la sérénité du ciel. '
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandibr. Imprimerie A. Lnhure, 9, rue de Fleurus, à Paris. . >
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- N° 51 1. — 1 7 MARS 1885
- LA MATURE.
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- LA
- FORÊT DE CÈDRES DE TENIET-EL-HAAD
- (ALGÉRIE)
- Teniet-el-Haâd, ou col du Dimanche, est un poste militaire établi dès 1843 pour surveiller le pays et barrer la route qui descend des hauts plateaux et du Sahara. L’altitude considérable de ce point, 1145 mètres au-dessus du niveau de la mer, rend les chaleurs bien moindres que partout ailleurs.
- Les bâtiments militaires sont considérables, tandis
- qu’au contraire le village a peu d’importance; cependant, dans ces dernières années, il a rapidement augmenté.
- Le lendemain matin de notre arrivée, le temps était couvert, mais tout le monde nous prédit le beau temps, et à huit heures nous partions pour la forêt de Cèdres distante de 13 kilomètres, mais reliée à Teniet par une excellente route carrossable construite par l’administration des forêts.
- 11 nous a fallu avoir recours à des chevaux de louage ; mal nous en prit, car la route aurait été plus agréable et presque aussi fatigante à pied qu’avec les chevaux de l'affreux juif qui nous les
- Cèdres de la forêt de Teniet-o!-Haûd. (D’après une photographie.)
- procura : au départ tout va bien, et nous partons j au grand trot, mais à peine avions-nous commencé à monter, que nous faisons connaissance avec les petits défauts de chacune des rosses du juif; l’une s’arrête, l’autre recule, se cabre, et la plus grande partie de la route se fait à pied en tenant chaque cheval par la bride; sans cette précaution, nous aurions roulé cent fois pour une dans le précipice qui longe fa route tout le temps.
- Pendant une heure environ nous traversons de vertes prairies, auxquelles succèdent des broussailles luxuriantes, parmi lesquelles perce çà et là le rocher : c’est une sorte de grès calcaire jaunâtre sans fossiles et que M. Pomel regarde comme miocène. Bientôt la route est percée au milieu de magnifiques chênes verts (Quercus ilex), et enfin apparaissent les pre--Me année.— 4" semestre.
- miers cèdres : nous suivons le flanc nord de la montagne et à chaque pas se présentent de magnifiques points de vue sur tout le pays; nous reconnaissons le massif montagneux qui précède Teniet et dans le fond la plaine du Chélif. Peu à peu la forêt devient plus fournie, les cèdres augmentent de nombre et de grandeur; ils sont toujours plus ou moins mêlés à d’autres essences, surtout le chêne vert et le chêne ballote (Quercus ballota), qui atteignent l’un et l’autre des dimensions colossales. Enfin, la montée cesse, nous tournons brusquement sur un petit plateau taillé dans la montagne, et nous arrivons à la cabane du garde, au rond-point.
- La pluie arrive en même temps que nous et nous force à chercher aussitôt un refuge dans le chalet
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- LA NATURE
- très confortable du garde ; un feu pétillant de bois de cèdre parfume du reste tout le logement de son odeur aromatique et nous permet d’attendre à l’aise le déjeuner et le beau temps.
- Nous pouvons cependant examiner, dans un kiosque champêtre, une table faite avec une coupe transversale de cèdre et qui mesure 6 mètres de circonférence; d’après le garde, il existe dans la forêt d^s arbres de 10 et 12 mètres de circonférence et de plus de 30 mètres de haut.
- Vers midi le ciel se dégage enfin et nous pouvons à notre aise parcourir le plateau du rond-point et photographier quelques cèdres; enfin nous allons visiter la Sultane, magnifique cèdre qui mesure 4 mètres de circonférence, et qui est surtout remarquable par la perfection de sa branchure.
- Pendant ce temps une seconde caravane était arrivée, et nous nous réunissons tous pour faire l’ascension de la montagne qui domine le rond-point.
- Un sentier facile serpente sous bois et permet d’atteindre facilement le faîte de la montagne ; de tous côtés les premières fleurs du printemps émail-lent la pelouse, les orchidées abondent surtout et nous pouvons en compter jusqu’à dix-sept espèces différentes; le garde nous apprend alors que les botanistes' venus dans le pays ont toujours fait des récoltes fabuleuses; mais la saison est encore peu avancée, et c’est dans un mois seulement que la tlore étalera toutes ses richesses. Au col, 1500 mètres, la vue est déjà superbe, mais le sommet du Quersiga masque un coin de l’horizon et deux de mes ‘compagnons entreprennent avec moi l’ascension de ce sommet extrême de tout le massif de Teniet. Le chemin n’était pas facile, car à droite une muraille verticale de rochers plongeait à quelque 100 mètres au-dessous de nous, tandis que la pente de gauche, la seule praticable, était hérissée de blocs éboulés; aussi me trouvais-je seul avec l’un de mes compagnons au sommet du Quersiga, 1800 mètres.
- En arrivant, nous faisons partir un aigle, dont les épaulettes blanches nous indiquent l’espèce (Aquila imperialis) ; il était caché au pied d’un cèdre venu précisément à quelques mètres au-dessous de la cime de 1 a montagne. De ce point le coup d’œil est splendide et précisément alors le soleil veut bien dissiper complètement les nuages et découvrir tout l’horizon. A nos pieds les pentes de la montagne, couvertes de cèdres et de chênes, descendent au Nord dans une profonde vallée; en face de nous, à l’Ouest, se dresse le massif isolé de VOuaramenis, aux flancs décharnés, et que les Arabes regardaient comme le point le plus élevé de toute la terre, d’où son nom : Œil-du-Monde. Au Sud, une longue ligne jaune nous montre l’entrée du petit Sahara, et nous apercevons même la chaîne de l’Atlas qui borne l’horizon de ce côté. Enfin, à l’Est se déroule la chaîne de Teniet, qui s’allonge sur une longueur de 16 kilomètres, avec une largeur moyenne de 5 kilomètres. Mais cette chaîne est loin d’être unique, comme il
- nous le semble tout d’abord, elle est au contraire creusée de mille ravins, et tout cet ensemble, avec ces arbres gigantesques, ces rochers abrupts, forme une région du plus pittoresque effet. Une chose qui étonne tout d’abord, c’est la couleur glauque que revêtent certains cèdres; cette teinte étrange nous avait paru résulter simplement d’un effet de lumière ; mais il paraît qu’elle appartient à une variété de cèdre toute spéciale à cette forêt.
- Il n’y a que peu d’années que la montagne de Teniet est sous la surveillance des forestiers, et déjà les résultats obtenus sont importants. Les dévastations que commettaient à leur aise les Arabes sont maintenant arrêtées, et la forêt reprend rapidement son importance depuis qu’elle échappe à l’incendie; mais il faut dire aussi que la répression n’est pas facile et que les gardes sont obligés à une rigueur extrême : il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays où la force seule peut faire obéir, et que la moindre faiblesse est tout de suite mise à profit par les Arabes,
- Nous avons vu par nous-même combien était grande la frayeur des Arabes surpris en maraude : nous étions à peine arrivés au sommet de la montagne (pic de Quersiga), que de tous les côtés s’élevèrent des clameurs épouvantables, et comme seuls les Arabes savent en faire entendre, eux d’ordinaire silencieux. Evidemment c’était à nous que s’adressaient ces cris furibonds, mais nous n’en pouvions deviner le motif véritable, car ils dénotaient autre chose que de la surprise, il y avait quelque intention que nous ne comprenions pas : nous étions hors de portée et nous les laissâmes s’époumonner tout à leur aise. En descendant, le garde forestier nous dit que les Arabes nous avaient pris pour des gardes en tournée et que leurs cris n’avaient d’autre but que de prévenir les bergers en maraude dans la forêt.
- De notre observatoire nous pûmes encore voir les essais de reboisement tentés en plusieurs points de la montagne, et avec un succès complet; l’on ne peut se faire une idée de la rapidité de croissance des jeunes cèdres.
- Le temps marchait rapidement et force nous fut de redescendre et de reprendre nos voitures pour arriver à Teniet avant la nuit, tios chevaux étant trop impossibles pour tenter la descente après la chute du jour. Je ne sais si l’altitude avait modifié le caractère de nos maudites bêtes, mais le fait est que la descente put se faire sans trop de difficulté, mais non sans que Mohamed n’envoyât aux Juifs les plus atroces malédictions.
- Cette excursion est certainement une des plus intéressantes que l’on puisse faire, si l’on veut se rendre compte de la puissance de la végétation de l’Algérie et de l’importance capitale du reboisement des montagnes. 11 suffit, en effet, de voir la rapidité avec laquelle se repeuple une forêt gardée, et il suffit de parcourir la région immédiatement avoisinante, pour voir que là est le nœud principal
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- LA NATURE.
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- de 1 avenir agricole de régions aujourd’hui désolées par la sécheresse, autrefois fertiles, et qui retrouveront, en grande partie du moins, l’humidité nécessaire le jour où les montagnes qui les commandent auront retrouvé leurs forêts.
- Enfin, la forêt de cèdres de Teniet intéresse au plus haut degré les botanistes, non seulement à cause de la richesse de sa flore, mais surtout par ce fait de localisation des cèdres. En effet, les montagnes voisines ont absolument la même composition minéralogique, et cependant elles ne portent que des chênes verts ; la cause absolue de cette singulière localisation n’est pas très nette à distinguer; mais cependant il est probable que l’altitude y est pour beaucoup, car les cèdres sont d’autant plus nombreux que la montagne s’élève.
- Au point de vue pittoresque, rien n’est beau comme ces arbres immenses, au feuillage d’un vert étonnant, et qui prend quelquefois des teintes glauques d’un effet singulier; et cependant il paraîtrait que la contrée des cèdres algériens, comparée à celle de l’Asie Mineure, est au-dessous de cette dernière sous le rapport du caractère prépondérant de l’essence. En Asie Mineure, le cèdre du Liban n’a pour associé que le pin de Cilicie, espèce appartenant à la même famille, et qui se confond dans l’ensemble avec l’espèce principale; au contraire, à Teniet-el-IIaâd, le cèdre d’Algérie est mêlé à deux espèces de chêne, rivales pour les dimensions, mais d’aspect tout différent, et qui, tout en donnant plus de variétés à la forêt de Teniet, lui enlève en même temps le caractère d’une véritable forêt de cèdres ; mais d’après un voyageur éminent, G. Tchiatcheff, « les forêts des deux pays se disputent la palme quant aux éléments artistiques du pittoresque, tout en conservant chacune une physionomie qui leur est propre. » •
- Pour nous qui ne connaissons les forêts du Liban que par la photographie, nous trouvons bien supérieure la forêt de Teniet-el-Haâd, précisément à cause de cette variété, qui rompt la monotonie un peu sévère des essences résineuses.
- E. Trutat.
- COMMISSION MÉTÉOROLOGIQUE
- DU DÉPARTEMENT DE VAUCLUSE
- Nous avons appelé déjà l’attention des lecteurs de La Nature sur les utiles et savants travaux de cette Commission, présidée par M. Bouvier, ingénieur en chef du département, ainsi que sur la remarquable organisation qui l’aide à poursuivre et à perfectionner son œuvre ». Nous ne reviendrons pas sur les détails qui ont fait connaître cette organisation, mais nous donnerons un bref aperçu des progrès accomplis en résumant le compte rendu des travaux de la Commission en 1880 et 1881.
- Une très intéressante Carte des vents et des orages permet de mieux déterminer les circonstances particulières
- 1 Voy. n° du 5 janvier 1878.
- qui influent sur la direction des vents et la distribution des orages. Mais pour mieux reconnaître la marche des courants généraux de l’atmosphère qui interviennent dans la formai ion des phénomènes météorologiques, il faudrait étudier ces courants sur des cimes élevées et isolées, comme celle du Mont Ventoux, dont l’observatoire est en cours de construction. La connaissance des mouvements atmosphériques devient de jour eu jour plus précise par l’établissement de ces observatoires de montagne, que toutes les nations civilisées s’attachent à fonder, comprenant les avantages qui en résulteront pour les théories scientifiques et leurs applications pratiques, quand les donné,es recueillies formeront un ensemble d’observations coordonnées embrassant la plus grande partie du globe.
- La construction de l’Observatoire du Mont Ventoux, dont La Nature a, dès l’origine du projet, signalé l’importance pour le progrès de la météorologie1, est entrée dans une phase très active, depuis que M. de Maliy, ministre de l’Agriculture, a bien voulu accepter de venir présider à la cérémonie de la pose de la première pierre, le 16 mai 1882. Une bonne route carrossable permet de se rendre maintenant sans difficulté jusqu’au sommet de la montagne, où sont activement poussés les travaux de construction, d’après un plan approuvé par M. Mascart, direct teur du Bureau central météorologique, et par M. le contre-amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire de Paris. Ce plan a été dressé en tenant compte des conseils dus à l’obligeance de M. le général de Nansouty, créateur de l’Observatoire du Pic du Midi.
- La Commission de Vaucluse poursuit maintenant la création dans chacun des chefs-lieux d’arrondissement d’un service semblable à celui qui fonctionne au chef-lieu du département. Ce résultat obtenu, chacun de ces centres pourrait être chargé de transmettre directement aux chels-lieux de canton ou de commune, qui consentiraient à en supporter les frais, un avis succinct de la prévision du temps spécial à la région, et si des prix d’abonnement réduit pouvaient être appliqués à ces échanges de dépêches locales, on verrait probablement bientôt le réseau des avertissements agricoles prendre une extension rapide et l’agriculture en retirer de sérieux avantages.
- Comme dans le compte rendu des années précédentes, un tableau graphique des observations sur le régime de la Fontaine de Vaucluse contient, dans sa partie supérieure, l’indication des hauteurs de pluie constatées aux diverses stations situées sur le vaste bassin d’alimentation de la source, et au-dessous, la courbe de variation de ses débits, déduite des hauteurs observées au bassin des Espelugues. La comparaison de ces deux éléments fait ressortir avec quelle promptitude s’établit la correspondance des deux phénomèties. Mais on a vu fréquemment des pluies d’une certaine importance se produire dans le bassin alimentaire lorsque la Fontaine est très basse, sans qu’il en soit résulté un relèvement immédiat dans la courbe des débits.
- Ainsi que l’explication en a été donnée dans une très intéressante lecture sur la Fontaine de Vaucluse faite par M. Bouvier3 ce phénomène ne peut se produire que lorsque la Fontaine étant très basse, les surfaces de ses immenses réservoirs sont très étendues et peuvent recevoir un volume considérable sans éprouver une variation de niveau très sensible.
- E. Margollé.
- 1 Voy. n° du 50 mars 1878.
- 3 Au Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, tenu à Montpellier en 1879.
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- LA NA TURU
- BÂTEAU RAPIDE
- DE M. RAOUL PICTET
- Nous avons annoncé, il y a près d’une année, les recherches entreprises par le savant physicien genevois, M. Raoul Pictet, pour établir théoriquement et expérimentalement les formes exigées par un bateau rapide, et montré à nos lecteurs tout l’intérêt qui s’attachait à la question, en nous promettant d’y revenir en temps utile. Nous venons aujourd’hui tenir notre promesse en signalant un travail que M. Pictet vient de publier dans les Archives des Sciences physiques et naturelles de Genève, et où il expose les premiers résultats de ses travaux, résultats que nous allons analyser rapidement en laissant de côté la partie mathématique un peu aride de cet intéressant travail.
- Pour un tonnage donné et des efforts de traction identiques, la finesse plus ou moins grande de l’avant et de l’arrière de la carène permet aux bateaux d’avoir des vitesses différentes, les lignes les plus fines correspondant aux vitesses les plus grandes, mais, en pratique, cette disposition diminue considérablement le poids des marchandises et du fret que peut transporter le bateau.
- M. Raoul Pictet s’est posé le problème d’une manière différente et de la façon suivante : Déterminer par l'analyse, et vérifier expérimentalement, quelle est la forme de carène qui permet de transporter le plus vite et le plus économiquement possible sur l'eau un poids donné de marchandises.
- On sait que, pour une section transversale ou maître-couple donné, l’effort de traction nécessaire à la progression du navire est proportionnel au carré de la vitesse, et le travail moteur propor-
- Fig. 1. — Bateau rapide de M. Raoul Pictet.
- A, vue latérale. — B, plan. — C, coupe de la cliambre de chauffe. — D, coupe de la cabine.
- tionnel, par conséquent, au cube de cette vitesse.
- Le frottement de l’eau contre la surface polie des flancs du bateau n’a pas encore été mesuré directement, mais des expériences indirectes permettent de considérer les résistances dues à ce frottement comme très faibles; tout le travail dépensé pour la progression du navire est donc uniquement utilisé à déplacer certaines masses d’eau et à leur donner une certaine accélération. Les masses d’eau mises en mouvement dépendent de la surface immergée et leur accélération de la vitesse du navire. M. Pictet a étudié la forme du navire pour que la plus grande partie possible des .masses d’eau mises en mouvement reçoive une accélération verticale, et la plus petite partie possible une accélération horizontale; voici pourquoi :
- Toutes les masses d’eau qui recevront de la carène une accélération verticale tendront à se déplacer de haut en bas et produiront une réaction verticale dirigée de bas en haut, appliquée à la surface même qui engendre le mouvement; cette réaction aura
- pour effet de déniveler le corps flottant, de le soulever en le soulageant d’un poids exactement égal à la valeur de cet effort vertical, de diminuer la section du maître-couple, et, par suite, le travail moteur.
- Toutes les masses d’eau qui reçoivent de la carène une accélération horizontale luttent au contraire contre l’effort de propulsion, et l’on a intérêt à les amenôr au minimum. L’effort vertical a pour limite le poids du bateau et, théoriquement, pour une vitesse infinie, le bateau raserait l’eau sans pouvoir y pénétrer.
- Le diagramme ci-dessus (fig. 1) montre la forme à laquelle M. Pictet a été conduit par le calcul. Les flancs du bateau sont deux plans parallèles à son axe et parfaitement verticaux ; la carène proprement dite est constituée par le raccordement des deux plans verticaux : cette surface est une parabole dont le sommet est à l’avant, l’ordonnée maxima à l’arrière et la concavité dirigée vers le fond de l’eau. L’arrière est un plan vertical coupant normalement
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- LA NATURE.
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- les deux faces latérales et la courbe parabolique qui se termine ainsi par une arête vive. L’avant du bateau est raccordé avec le sommet de la parabole par une courbe de raccordement dont la concavité est dirigée vers le haut.
- Lorsqu’on trace la courbe des efforts de traction d’un bateau ainsi construit en portant les vitesses en abscisses et les efforts de-traction en ordonnées (fig. 2), on obtient une courbe qui montre que le même effort de traction appliqué au bateau, peut lui donner trois vitesses différentes M, M', M", dont deux seulement, M et M", sont stables.
- Les vérifications expérimentales de cette étude ont été partiellement réalisées, grâce à l’appui financier d’un groupe de personnes qui se sont intéressées à la question : un bateau (fig. 1) a été construit, sur les plans de M. R. Pictet, par la Société genevoise pour la construction d'instruments de physique; il a 20m,25de longueur à la ligne d’eau, au x-epos, une
- largeur égale partout de 5m,90, une longueur de 16 mètres de l’arrière au sommet de la parabole de la carène. Le fond du bateau est presque absolument plat, la quille large de 50 centimètres contient l'arbre de l’hélice. La chaudière destinée à marcher à 12 atmosphères, founxit la vapeur a une machine à deux cylindres qui peuvent ti’availler à volonté, soit comme deux cylindres distincts, soit en Compound. L’hélice en bi*onze a lm,30 de diamètre et un pas de 2m,50; le navire a deux gouvernails, l’un à l’avant pour les petites vitesses, l’autre à l’arrière. Le déplacement total, au i'e-pos, est de 52 300 kilogrammes. Ce poids a dépassé de beaucoup les pi’évisions premières, par suite des surépaisseurs données aux tôles des flancs verticaux, de l’entretoisement supplémentaire et du surélèvement des bastingages nécessaire pour résister à la flexion de l’ensemble. D’auti-e part, l’effort de traction de l’hélice qui devait atteindre environ 4000 ki-
- Fig. 2.— Diagramme des efloits de traction aux différentes vitesses
- 2 4-68 10 12 14 16 18 20 22 24 26
- Fig. 3. -- Diagramme des variations des efforts de traction et du tonnage soulevé en fonction de la vitesse.
- Vitesse, du. bateau, eru kilomètres par heure*
- Fig. 4. — Diagramme des variations du travail en fonction de la vitesse.
- logrammes, n'a jamais pu dépasser 1800 kilogrammes, à cause des nombreuses imperfections de la machine; on a donc été obligé, pour les grandes vitesses, d’étudier le navire en le faisant remorquer par le Winkelried, loué pour cet usage à la Compagnie générale de Navigation; les observations ont pu être ainsi poussées jusqu’à une vitesse de 27 kilomètres à l’heure.
- La figure 5 monti-e comment varie l’effort de traction pour chaque vitesse dans le cas théorique (courbe pointillée A) où l’effoît est proportionnel au carré de la vitesse, avec le bateau de Mme de Rothschild la Gitana (courbe E) et avec le ba-
- teau rapide de M. Raoul Pictet (courbe B).
- Le bateau de Mme de Rothschild, la Gitana, a été essayé à des vitesses qui varient entre 0 et 41 kilomètres. Les efforts de traction correspondants ont été ramenés au même maître-couple que le modèle de M. Pictet, pour rendre les observations comparables.
- Pour les faibles vitesses, et jusqu’à 19,5 kilomè-ti-es par heure, la Gitana, plus fine, marche plus aisément et demanda un effort de traction moins grand; à cette vitesse de 19,5 kilomèti-es, il y a égalité; au delà, le bateau rapide est plus avantageux et à la vitesse de 27 kilomètres, il demande
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- un effort environ moitié moindre de celui de la Gitana. Ces résultats s’expliquent si l’on pense qu'à ces grandes vitesses la Gitana s’enfonce tellement que les bord âges de l’arrière sont au niveau de l’eau, tandis que le modèle de bateau rapide s’élève simultanément à l’avant et à l’arrière en diminuant ainsi considérablement la section immergée.
- Pour des vitesses faibles ou modérées, il y a sensiblement égalité entre la courbe théorique et la courbe du bateau rapide, mais, à partir de 16 kilomètres, cet effort diminue. Plus la vitesse devient grande, plus la diminution de l’effort est considérable et même, à partir d’une certaine vitesse, le soulèvement du bateau est si notable que l’elfort absolu de traction du bateau diminue, fait d une importance capitale établi par la théorie et confirmé par l'expérience.
- La diminution de section du maître-couple commence à être bien sensible à partir de 16 kilomètres, elle s’accentue de plus en plus et à partir de 21 kilomètres, elle croît proportionnellement a la vitesse jusqu’à atteindre 529 millièmes de la section totale à lu limite maxima de vitesse obtenue avec le Winkelried.
- Les courbes de la figure 4 montrent le travail en chevaux nécessaire pour produire la progression aux différentes vitesses, la courbe A se rapporte a un bateau ordinaire conservant ses lignes d’eau constantes, la courbe B à un bateau rapide de même tonnage; jusqu’à 16 kilomètres le bateau rapide ne présente aucun avantage, mais à partir de cette vitesse, l’avantage s’accentue, et à la vitesse de 27 kilomètres le travail à dépenser n’est plus que la moitié de celui qui correspond à la même vitesse pour un bateau ordinaire.
- L’eau s’échappe en nappe lisse et unie dès que l’effort de traction dépasse 2000 kilogrammes ; l’intensité et l’amplitude des remous du bateau diminuent sensiblement à mesure que la vitesse augmente.
- Les intéressantes expériences faites par M. Pictet semblent donc bien nettement établir que les formes déduites par le calcul sont favorables aux grandes vitesses, et permettront de réaliser, dans l’avenir, de sérieuses économies sur le travail dépensé et, par suite, sur le combustible, dont il faudra emporter une provision bien moindre, toutes choses égales d’ailleurs, pour effectuer un trajet donné dans un temps donné. Ainsi s’explique le grand intérêt qui s’attache aux travaux de M. R. Pictet, et le désir que nous formons d’avoir à signaler bientôt les résultats obtenus à ces grandes vitesses, non plus en remorquant le bateau rapide, mais en produisant sa propulsion par l’influence de sa propre hélice actionnée par sa propre machine mise malheureusement jusqu’ici, par ses défauts de construction, dans l’impossibilité de fournir le travail nécessaire à la réalisation de ces grandes vitesses.
- LA STATION MAGNÉTIQUE
- DE L’OBSERVATOIRE DU PARC, SA1NT-MAUR
- On sait qu’une aiguille aimantée, pouvant tourner librement autour d’un axe vertical, ne se dirige pas exactement vers le Nord, mais qu’elle fait avec le méridien géographique un angle que l’on nomme déclinaison. Le plan vertical qui passe par la ligne des pôles de l’aiguille est le méridien magnétique. La déclinaison est occidentale ou orientale, selon que le pôle nord d’un aimant se tient à l’ouest ou à l’est du méridien géographique.
- À Paris, la déclinaison était orientale au seizième siècle, époque à laquelle remontent les premières observations. En 1666, le méridien magnétique se confondait avec le méridien astronomique; en d’autres termes, la déclinaison était nulle. Depuis lors, elle est occidentale; sa valeur maximum, 22°54', a été observée en 4814 et 1815; actuellement elle n’est plus que de 16°25' environ. La décroissance moyenne annuelle, pendant cette période, a été de 5',4; en supposant qu’elle continue dans la même proportion, la déclinaison redeviendrait nulle à Paris dans deux siècles environ, mais cette moyenne est loin d’être constante, en sorte qu’il est impossible de rien préciser à cet égard.
- Indépendamment de cette variation séculaire, la déclinaison est soumise à une variation diurne régulière. Elle est minimum vers 8 heures du matin, puis croît progressivement, c’est-à-dire que le pôle nord de l’aiguille s’éloigne vers l’ouest, jusqu’à 4 ou 2 heures du soir ; elle passe dans la nuit par une seconde oscillation de moindre amplitude que la première. Ce double mouvement, plus accentué en été qu’en hiver, est d’ailleurs toujours compris dans des limites très étroites ; à Paris la variation diurne de la déclinaison dépasse rarement 42 à 15'. Enfin, dans certaines circonstances spéciales, et sous l’influence de causes encore mal connues, les aiguilles aimantées sont soumises à des variations accidentelles désignées sous le nom de perturbations ou orages magnétiques.
- Lorsqu’une aiguille aimantée peut tourner librement autour de son centre de gravité, elle ne se tient pas horizontale ; sa direction fait avec l’horizon un certain angle que l’on appelle inclinaison. A Paris, le pôle nord de l’aiguille aimantée s’abaisse au-dessous de l’horizon d’un angle qui était de 75° en 4671, et qui est actuellemetit de 65°25' environ. L’inclinaison diminue graduellement dans nos régions; elle est d’ailleurs soumise, comme la déclinaison, à des variations périodiques et à des variations accidentelles.
- Les variations séculaires de la déclinaison et de l’inclinaison sont dues au déplacement de l’axe magnétique terrestre. Cet axe, en effet, n’est pas immuable, comme l’axe du monde, kel les pôles
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- magnétiques paraissent exécuter un mouvement de rotation d’nne extrême lenteur autour des pôles géographiques. Au siècle dernier, le pôle magnétique nord se trouvait près de la baie de Baffin, au nord-est de l'Amérique septentrionale; la position que les observations les plus récentes lui assignent actuellement est reportée beaucoup plus à l’Ouest, vers la baie de Melville, par environ 72° de latitude, et 97° de longitude occidentale. Le pôle magnétique sud est plus rapproché du pôle géographique; ses coordonnées approximatives sont les suivantes : 76° de latitude,,et 154° de longitude orientale. Bien que les observations s’étendent déjà à plus de deux siècles, la série n’est pas encore assez longue pour qu’il soit possible d’en déduire la durée d’une rotation complète des pôles magnétiques autour de l’axe du monde.
- Les perturbations magnétiques sont en relation intime avec l’apparition des aurores boréales, mais on n’a pas encore expliqué les coïncidences signalées entre le magnétisme terrestre et certains phénomènes, par exemple, entre l’amplitude de l’oscillation diurne de l’aiguille aimantée et la fréquence des taches solaires; et la question de savoir si les orages magnétiques ont une influence sur nos grands troubles atmosphériques reste encore à l’état d’hypothèse. Nos connaissances sont bien imparfaites sur les causes et le lieu d’origine de ces forces mystérieuses qui -agissent quelquefois sur les deux hémisphères du globe simultanément, comme on Ta vu le 17 novembre dernier1. C’est principalement en vue de combler cette lacune que, sur la proposition présentée au Congrès météorologique de Rome par M. Weyprecht, lieutenant de vaisseau de la marine autrichienne, les diverses nations maritimes des deux continents ont envoyé, l’année dernière, des expéditions scientifiques vers les hautes latitudes, c’est-à-dire dans les régions où les perturbations magnétiques acquièrent le plus d’intensité. Les documents ainsi recueillis pendant une année, d’après un plan d’ensemble, seront rapprochés des observations faites simultanément dans les observatoires fixes ; on peut espérer que la discussion de ces documents apportera quelque lumière sur cette partie si intéressante et encore si obscure de la physique du globe.
- Les travaux d’un observatoire magnétique consistent dans l’observation de la direction et de Y intensité de la force magnétique terrestre. La direction de cette force est définie par la déclinaison et l’inclinaison ; pour en mesurer l’intensité, on la décompose * habituellement en deux composantes, l’une horizontale, l’autre verticale. Il existe du reste entre les différents éléments magnétiques des relations telles qu’il suffit d’en connaître trois, parmi lesquels la déclinaison, pour en déduire la valeur des autres. Dans la pratique, on se borne à observer la déclinaison, l’inclinaison, et la composante
- 1 Voy. n° 506 du 10 février 1883, p. 174.
- horizontale : de là, trois boussoles distinctes, selon l’usage auquel elles sont destinées.
- Pour mesurer la déclinaison absolue en un lieu, on doit d abord déterminer le méridien géographique, puis la direction que prend Taxe magnétique d’un aimant mobile autour d’un axe vertical. Les boussoles de déclinaison doivent donc permettre de déterminer le méridien géographique et le méridien magnétique; ce sont en somme de véritables théodolites, munis de pièces spéciales pour le magnétisme. Les théodolites-boussoles de construction récente possèdent en outre divers accessoires pour la mesure absolue de la composante horizontale.
- La boussole d’inclinaison se compose essentielle^ ment d’une aiguille aimantée mobile autour d’un axe horizontal passant par son centre de gravité. Lorsque cet axe est perpendiculaire au méridien magnétique, l’angle de l’aiguille avec l’horizon donne l’inclinaison. Nous ne pouvons exposer ici les méthodes employées à la détermination des éléments magnétiques en valeur absolue, et la description des boussoles qui servent à ces mesures nous entraînerait trop loin ; on en trouvera le principe dans la plupart des traités de physique. Nous dirons seulement que les appareils de l’Observatoire du Parc Saint-Maur ont été construits par MM. Brunner, avec le soin qui caractérise les appareils fournis par ces habiles artistes.
- Les observations de ces boussoles prennent un temps assez long, et il serait difficile de les répéter assez fréquemment pour suivre dans leur marche diurne les différents éléments magnétiques, dont la valeur peut du reste varier pendant le cours de l’observation. On se contente de les observer de temps en temps, par exemple toutes les semaines, afin de déterminer les constantes et de contrôler la marche des boussoles de variations, qui sont lés véritables instruments d’observations courantes, et dont on note systématiquement les indications à époques fixes, par exemple toutes les heures.
- Nous nous bornerons à décrire sommairement l’installation de la station magnétique créée Tété dernier par M. Mascart à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, dirigé par M. Renou. Au milieu d’un vaste terrain boisé d’une contenance de 3 hectares, situé dans la boucle de la Marne, loin de toute influence perturbatrice locale, le Bureau central météorologique a fait construire, pour l’étude du magnétisme terrestre, un pavillon spécial de dimensions aussi réduites que possible (7 mètres de long sur 5 mètres de large) ; son petit côté est orienté selon le méridien géographique (fig. 5). Ce pavillon, dans la construction et l’ameublement duquel il n’est entré aucune parcelle de fer, aucune substance magnétique, ne comporte en élévation qu’une belle salle qui occupe tout le rez-de-chaussée, et qui sert à des expériences diverses. Les appareils d’observation sont installés dans des caves voûtées; Ja disposition en est indiquée sur le plan
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- (fig. 1). La cave de l’Ouest (A) est spe'eialement affectée aux appareils à lecture directe; celle de l’Est (B) renferme les enregistreurs. En face de l’escalier se trouve le laboratoire pour les manipulations photogra -phiques.Des soupiraux, ménagés sur trois des faces, assurent l’aération nécessaire pour que les appareils soient à l’abri de l’humidité.
- Le degré d’aimantation ou moment magnéti -que des aimants varie notable -ment sous l’influence de la température ; c’est afin de réduire le plus possible les causes d’erreurs qui pourraient résulter de brus-
- Fig. 1. — Plan des caves magnétiques.
- ques variations de température que les appareils doivent être placés dans un milieu où ces variations soient faibles; des caves, pourvu qu’elles soient sèches et bien aérées, réalisent convenablement cette condition importante.
- Les appareils de variations sont au nombre de trois : le déclino-mètre, le bifilaire et la balance magnétique. Ils sont fixés invariablement sur des piliers en maçonnerie dont la distance minimum est d’environ
- 2 mètres ; on s’est assuré par expérience qu’à cette distance, les barreaux aimantés employés n’ont
- aucune action l’un sur l’autre. L’ensemble de l’installation est représenté ligure 4. Le déclinomè-tre D sert, comme son nom l’indique, à mesurer les variations de la déclinaison ; il est reproduit en détail figure 2. Une cage, métallique circulaire B, de 10 centimètres de hauteur et de 8 centimètres de diamètre extérieur, portée sur un
- trépied à vis calantes, entraîne dans son mouvement autour de l’axe vertical un cercle gradué G placé à sabasè; sa face antérieure est percée d’une ouverture circulaire 0, fermée par une lentille convergente ,de I mètre' de distance focale. Une colonne métallique Y, de 17 centimètres de hauteur, fixée par sa partie inférieure à un second
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- Fig. I. — Vue d'ensemble des appareils de variations à lecture directe (cave de l’Ouest).
- Fig. ‘i. — Vue du pavillon magnétique de l’Observatoire du Parc Saiut-Maur.
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- cercle gradué C', se termine à son autre extrémité par un treuil T auquel on attache le fil de suspension du barreau ; ce fil est un simple brin de cocon de 20 centimètres de longueur. Le barreau A, de section carrée, a une longueur de 4 centimètres seulement; l’étrier qui le supporte est muni d’un miroir plan parallèle à l’axe du barreau. Un second miroir vertical M' est encastré dans une monture fixe qui fait corps avec la cage. Une règle R, munie d’un chariot destiné à recevoir un aimant déviant, peut servir à déterminer au besoin la valeur absolue de la composante horizontale, par la méthode dite des déviations. Deux autres pièces complètent l’appareil : 1° une lunette L (fig.4) munie d’un réticule, et montée sur un pied à vis calantes; 2° une échelle en ivoire E, divisée en demi-millimètres, et montée également sur un pied à vis calantes.
- Ces différents appareils sont réglés et disposés de telle façon qu’en plaçant convenablement une source de lumière, par exemple une petite lampe à réflecteur ou même une bougie, en avant de l’échelle graduée, les images des divisions, après s’être réfléchies sur les miroirs, sont renvoyées dans la lunette. En mettant l’œil à l’oculaire, on voit ainsi deux images; l’une, produite par le miroir fixe, sert uniquement de repère; l’autre, produite par le miroir mobile, suit tous les mouvements du barreau et donne les variations de la déclinaison, exprimées en divisions de l’échelle. On a d’ailleurs déterminé préalablement la valeur angulaire d’une division, en tournant la cage du déclinomètre d’un angle de quelques degrés, mesuré très exactement sur le cercle C, et en observant le changement relatif des deux images de l’échelle. Une division de l’échelle équivaut ici à un angle de 2', et comme le dixième de division s’estime facilement à l’œil, il en résulte que la déclinaison, rapportée aux mesures absolues, peut être connue avec une approximation de 0',2 ou de 12 secondes d’arc.
- Le bifilaire B (fig. 4) est destiné à mesurér les variations de la composante horizontale de la force terrestre. La forme extérieure de cet appareil est la même que celle du déclinomètre. Il est également muni de deux miroirs, d’une échelle divisée E', et d’une lunette à réticule L'. La seule différence consiste dans le mode de suspension et la direction du barreau. L’aimant est suspendu à un fil de soie double dont les deux brins, sont maintenus à 5 millimètres environ l’un de l’autre, au moyen de deux encoches pratiquées à l’étrier. Une% disposition spéciale du treuil de suspension T (fig. 2), permet de faire varier l’écartement des fils à leur partie supérieure, de manière à donner à l’appareil la sensibilité voulue. Enfin la cage est percée d’une ouverture dans laquelle passe la tige d’un thermomètre.
- Pour mettre l’appareil en observation, on tourne le treuil jusqu’à ce que le barreau prenne une position perpendiculaire au méridien magnétique. Dans cet état, le barreau est sollicité par deux for-
- ces égales et contraires, l’une due à l’action de la terre, l’autre à la torsion du système bifilaire. Cette dernière étant constante, il est clair que si la force horizontale augmente ou diminue, le barreau éprouvera dans un sens ou dans l’autre des déviations dont il suffira d’observer l’amplitude sur l’échelle. Des expériences spéciales, dont nous parlerons à propos de l’enregistreur magnétique, et des corrections que nous ne pouvons qu’indiquer ici, permettent de convertir les déviations observées en fraction de la force horizontale. La sensibilité du bifilaire en fonction au Parc est telle qu’une déviation d’une division correspond à 1/2500 de la composante horizontale, et comme on apprécie facilement le dixième d’une division, l’approximation est de 1/25 000.
- La balance magnétique sert à mesurer les variations de la composante verticale. Cet appareil est représenté en détail figure 3. Il se compose d’une aiguille aimantée A munie d’un couteau C qui repose sur un plan d’agate; un écrou mobile sur une tige T permet d’amener l’aimant dans une position horizontale. Un second écrou E, mobile sur une tige verticale, permet d’élever ou d’abaisser le centre de gravité, de manière à régler la sensibilité de l’aiguille, qui peut être soulevée à volonté comme un fléau de balance, au moyen d’une fourchette commandée par une vis Y. Comme les appareils précédents, la balance est munie de deux miroirs disposés ici horizontalement, et dont on voit la tranche en M, d’une échelle divisée E" (fig. 4) et d’une lunette à réticule L". Elle est renfermée dans une petite cage dont la paroi supérieure est percée, au-dessus des miroirs, d’une ouverture sur laquelle est montée un prisme rectangle isocèle P et dont une des faces est un peu convexe, en sorte qu’il équivaut en même temps à une lentille convergente de 1 mètre de longueur focale. Les rayons lumineux réfractés par le prisme et réfléchis par les miroirs sont renvoyés horizontalement dans la lunette, et les lectures se font absolument comme pour le déclinomètre et le bifilaire. Une seconde ouverture O est destinée à recevoir un thermomètre, qu’on lit à chaque observation. Enfin, pour que les faces du prisme soient à l’abri de la poussière, et que le barreau soit soustrait à l’influence de l’humidité, tout l’appareil est en outre recouvert d’une grande cage à parois en verre, qui contient des dessicateurs à potasse. On détermine par expérience la fraction de la composante verticale qui correspond à une division de l’échelle graduée; la balance du Parc Saint-Maur est réglée de telle sorte qu’une déviation d’une division correspond à 1 /4000 de la composante, et l’approximation peut atteindre 1/40000.
- Les variations de l’inclinaison et de la force totale se déduisent des observations du bifilaire et de la balance.
- Les quantités à mesurer sont toujours très faibles, au moins lorsque les phénomènes se passent régu-
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- lièrement; aussi les observations magnétiques sont extrêmement délicates. Pour être exactes, elles nécessitent l’emploi d’appareils d’une précision rigoureuse. Ceux que nous venons de décrire ont été construits par M. Carpentier, sur les indications de M. Mascart.
- On voit immédiatement que cette installation suffirait à un observatoire magnétique, s’il était possible de se borner à noter les variations des éléments magnétiques à des instants déterminés. Mais il se produit assez fréquemment, surtout en hiver, des écarts importants dans l'intervalle de deux observations horaires, et les perturbations que les courants terrestres apportent à la régularité des phénomènes montrent combien, dans certaines circonstances, les mouvements désordonnés des boussoles rendent insuffisantes les observations directes : Le 24 février dernier, par exemple, la déclinaison a varié de 56' entre 9h 10m et 9h20m du soir. On a été ainsi conduit depuis longtemps à rechercher les moyens d’enregistrer automatiquement, par des courbes continues, les variations des éléments magnétiques. Dans un prochain article, nous compléterons cette notice par la description du magnéto-graphie enregistreur de M. Mascart, qui fonctionne également à l’Observatoire du Parc Saint-Maur.
- Th. Mooreaux.
- — La suite prochainement.
- PAPIER INCOMBUSTIBLE ,
- M. G. Meyer a soumis à la Société d’Encouragement une nouvelle combinaison de pâte propre à faire du papier ou du carton incombustible de toute espèce et de toutes nuances, rendus indélébiles et incombustibles. L’inventéur demande à ne pas donner, dans la présente communication les compositions chimiques permettant d’obtenir ce papier et ces encres, n’étant pas encore garanti en Allemagne et en Amérique, pour ses patentes dont il a fait la demande. 11 fait connaître néanmoins, que l’amiante est la base principale employée pour la fabrication de son papier incombustible.
- M. Meyer présente des spécimens d’écriture, d’impression, de gravure faites avec des encres de différentes nuances. Il soumet également un tableau peint à l’aquarelle auquel il a fait subir les épreuves des décors céramiques ; la peinture a conservé tout son éclat et le papier toute sa souplesse. Sur la demande de quelques personnes l’inventeur expose pendant" plusieurs minutes une feuille de son papier, sur laquelle il a écrit avec l’encre de sa composition, à la flamme d’un bec de gaz : ni le papier ni l’encre n’ont été altérés. Afin de démontrer par une preuve des plus concluantes quelle température pouvaient supporter le papier et l’encre présentés par lui, M. Gaspard Meyer soumet à l’examen de la Société une lithographie de 18 centimètres sur 15 centimètres représentant une scène maritime Cette feuille de papier, placée entre deux couches de verre en fusion a résisté complètement à l’action de la chaleur, elle est demeurée intacte et la gravure a conservé toute sa netteté.
- LES INSTRUMENTS DE GÉODÉSIE
- DANS L’ANTIQUITÉ
- Les auteurs anciens s’accordent à dire que l’art de l’arpentage prit naissance en Égypte où son emploi s’imposa dès que l’agriculture y fut en usage, à cause des débordements du Nil qui, chaque année, faisaient disparaître en partie les limites des propriétés.
- Le plus ancien instrument dut être l’équerre d’arpenteur que les Egyptiens, et d’après eux les Grecs, appelaient l’astérique ou l'étoile; les Romains la nommaient groma d’où est venu le terme gro-maticus pour désigner un arpenteur. Elle se composait de deux tiges fixées à angle droit aux extrémités desquelles pendaient des fils à plomb; le pied devait être disposé de manière à ne point gêner les visées.
- « Les personnes qui s’en servent, dit Héron1, ont éprouvé les graves inconvénients qui résultent de ce que les fils d’où pendent les poids, au lieu de se fixer promptement, continuent, au contraire, à remuer pendant un certain temps surtout si le vent souffle un peu fort ; c’est pour cela que quelques-uns, voulant remédier à cet inconvénient, essayent d’y adapter des tubes de bois dans lesquels ils introduisent les poids afin de mettre ceux-ci à l’abri du vent. Mais, quand ces poids viennent à frotter contre les parois des tubes, les fils ne restent plus exactement perpendiculaires à l’horizon. Ensuite, lors même qu’on est parvenu à mettre ces fils en repos et perpendiculaires à l’horizon, les plans conduits suivant ces fils ne sont pas pour cela perpendiculaires entre eux. »
- Il démontre en effet que les deux plans ne seront perpendiculaires entre eux qo’autant que l’astérique sera horizontale, l’angle droit tracé sur l’astérique n’étant la mesure de l’angle dièdre formé par les plans verticaux qu’autant qu’il se trouve dans un plan qui leur est perpendiculaire. v
- Les ingénieurs avaient donc cherché un instrument plus parfait2 ; Héron dit qu’il existait de son
- * Il s’agit ici de Héhon, dit l'Ancien, qui vivait au deuxième siècle avant J.-C. Il y a eu plusieurs ingénieurs portant ce même nom de Héron, qui du reste paraît avoir eu en égyptien une signification analogue à celle d'ingénieur. M. Vincent suppose, non sans vraisemblance, « qu’il a dû exister sous le nom de Héron, et cela dès une époque très élevée, une vaste composition qui, servant de texte pour l’enseignement des écoles, s’est transmise de siècle en siècle, en subissant des modifications successives, des additions, des mutilations, des interpolations. Les professeurs enseignaient Héron, comme nous avons vu enseigner Euclide, c’est-à-dire chacun à sa manière, s’accordant sur le fond, mais variant à l’infini dans les détails. C’est ainsi que nous avons eu l’Euclide de Clavius, 1 Euclide de Taquet, celui d’IIenrion, celui d’Ozanam et cent autres. (Notices des manuscrits, T. XIX, p. 105).»
- * Biton dans son Traitédes machines (Veteres mathematici, p. 108), dit que, dans son Traité d’optique (aujourd’hui perdu), il avait décrit une espèce de dioptre Çôioucov).
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- LA NATUUE
- temps une foule de dispositions différentes, mais qui toutes laissaient à désirer, parce qu’elles ne donnaient la solution que d’un petit nombre de problèmes. Nous ignorons complètement aujourd’hui en quoi elles pouvaient consister; heureusement il nous est resté la description de l’appareil inventé par Héron sous le nom de Dioptre et qui fut certainement le plus parfait de tous.
- Il n’est point sans intérêt de le faire connaître, ne fût-ce que pour montrer comment les anciens entendaient la construction d’un appareil de précision.
- C’est du reste le seul exemple d’appareil de ce genre dont la connaissance soit parvenue jusqu’à nous.
- La traduction suivante du texte de l’ingénieur byzantin est due à M. Vincent, de l’Institut ; elle a été publiée en 1858 dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. La figure 2 représente la restitution qu’a proposée ce savant1.
- . « La dioptre est construite de la manière suivante : un support en forme de colonnette présente, à sa partie supérieure, un axe cylindrique auquel est fixé un plateau circulaire de cuivre qui lui est concentrique. L’axe est enveloppé par un tube de cuivre qui peut se mouvoir faci- '
- lement autour de lui. A ce tube est fixée, par la partie inférieure, une roue dentée qui s’appuie sur le plateau, et se termine, en haut, par une plinthe à laquelle on donne, en manière d’ornement, la forme du chapiteau d’une colonne dorique. A côté de la roue dentée est placée une petite vis dont le filet engrène avec elle ; et les supports de cette vis sont fixés au plateau, dont le diamètre est plus grand que celui de la roue.
- Si donc nous faisons tourner la vis, nous ferons mouvoir en même temps la roue dentée ainsi que le tube qui fait corps avec elle, ce tube s’y trouvant fixé au moyen de trois goupilles qui, partant de sa base, pénètrent dans l’épaisseur de la roue quelles suivent dans son mouvement. Un sillon de largeur à peu près égale au pas de la vis, est creusé suivant toute sa longueur; de sorte que, si nous
- 1 Cette figure représente l’appareil dans sa forme la plus simple; il y avait en outre une série de pièces mobiles que l’on ajoutait suivant le genre d’opérations que l’on avait à faire. Ainsi, dans certains cas, on enlevait le niveau pour le remplacer soit par une simple alidade mobile horizontalement et verticalement, soit par un plateau circulaire divisé en degrés et pouvant se iixer à volonté dans un plan oblique quelconque.
- Fig. 1. — Astérique ou groma. (Restitution).
- Fig. 2. — La Dioptre de Héron, suivant la restitution de M. Vincent.
- faisons tourner cette vis, le sillon viendra se placer vis-à-vis des dents de la roue, qui se trouvera ainsi tout à fait libre dans ses mouvements ; ayant alors placé la roue dans une position convenable, faisons de nouveau tourner la vis si peu que ce soit, de manière que le filet vienne engrener avec les dents de cette roue et celle-ci se trouvera fixée.
- « Soit donc AB le plateau qui environne l’axe et qui est attaché d’une manière fixe au support; TA la roue dentée qui fait corps avec le tube; EZ la vis placée à côté de cette roue; H© le tube adhérent à la roue, qui porte, comme on l’a dit, un chapiteau dorique KA. Maintenant, sur la plinthe de ce chapiteau sont fixés (verticalement) deux montants de cuivre, en forme de règle, séparés entre eux par un intervalle égal à l’épaisseur d’une roue ; et sur la même plinthe, entre ces deux montants, se trouve une vis mobile dont les supports sont fixés sur le chapiteau du tube, et qui est ajustée de manière à faire mouvoir cette roue dans un plan vertical. Dans l’intervalle des deux montants, qui s’élèvent à une hauteur de quatre doigts au-dessus du chapiteau , peut s’adapter une règle transversale de quatre coudées de longueur dont la largeur et l’épaisseur sont en rapport avec l’intervalle précédent, et dont la longueur est partagée en deux par le même intervalle.
- « Sur la surface supérieure de la règle est creusé un canal cylindrique ou quadrangulaire, de dimension convenable pour recevoir un tube de cuivre dont la longueur, prise sur celle de la règle, est d’environ douze doigts. Au tube de cuivre sont fixés à angle droit, par les deux extrémités, deux autres tubes qui semblent n’être qu’une courbure du premier, en formant au-dessus .de lui une saillie de deux doigts tout au plus. En outre, le tube de cuivre est enchâssé dans le canal de la règle, auquel on a donné une longueur appropriée à cet objet, de manière que, paraissant faire corps avec elle, il présente ainsi à la vue un aspect plus gracieux. Aux deux points où le grand tube se relève, et de chaque côté, s’emboîte un petit tube de verre dont le diamètre lui permet de s’ajuster bout à bout avec le tube de cuivre, et dont la hauteur est d’environ douze doigts; en outre, ces deux petits tubes de verre sont lutés aux deux saillies du tube de cuivre avec de la cire ou tout autre mastic, de sorte que de l’eau versée dans
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- l’un des tubes ne puisse s’échapper d’aucun côté.
- « Ce n’est pas tout; sur la règle transversale, là où sont fixés les deux petits tubes de verre, on fixe autour de ceux-ci deux petites enchàssures ou deux petits pilastres creux, dans l’intérieur desquels s’engagent les tubes de verre, de manière à faire corps avec eux. A ces pilastres s’adaptent deux petites lames de cuivre, qui peuvent glisser dans les coulisses, le long de leurs parois, en rasant la surface des tubes de verre, et dont le milieu présente de? fentes au travers desquelles 'on peut viser. A ces lames sont fixés, par la partie inférieure, d’autres petits tubes d’un demi-doigt de long, dans lesquels s’engagent^des goupilles de cuivre d’une longueur égale à la hauteur des pilastres qui enveloppent les tubes de verre. Ces goupilles pénètrent, par une ouverture, dans la règle qui supporte le tube de cuivre, et s’v implantent au moyen d’un filet de vis qui rencontre son écrou dans l'épaisseur même de la règle. Si donc on fait tourner la tête de ces goupilles qui dépasse dans le bas, on fera, par ce moyen, mouvoir de haut en bas les petites lames qui présentent les fentes dont nous avons parlé. C’est ce qui arrivera nécessairement par l’action de
- Fig, 3. — Chorobate. (Restitution.'
- cette extrémité des goupilles qui se trouve engagée dans l’intérieur des petits tubes adhérents aux lames.
- « Maintenant que nous avons décrit la construction de la dioptre, nous allons parler des poteaux et des disques qui l’accompagnent. On équarrit deux poteaux, longs chacun de dix coudées, larges de cinq doigts et épais de trois. On y pratique sur toute la longueur, et par le milieu de la largeur, une rainure en queue d’aronde, dont la partie étroite soit en dehors. Dans cette rainure s’engage un tenon qui peut y glisser librement sans en sortir. Sur ce tenon est fixé un disque circulaire de dix ou douze doigts de diamètre, que l’on partage, par une droite perpendiculaire à la longueur du poteau, en deux demi-cercles, dont l’un est coloré en blanc et l’autre en noir. Du même tenon part une corde qui, s’enroulant autour d’une poulie située au haut du poteau, se rend à la face postérieure de celui-ci, du côté opposé à celui du disque. Si donc on plante ce poteau dans une position verticale, et que l’on tire la corde par derrière, on fera monter le disque; si, au contraire, on lâche la corde, le disque descendra en vertu de son poids, surtout si l’on a eu la précaution de clouer, à sa surface postérieure, une plaque de plomb qui aura pour effet de le
- rendre naturellement plus mobile. Par conséquent, lorsque nous aurons tiré la corde pour élever le disque, nous n’aurons qu’à l’arrêter pour fixer le disque à tel point du poteau que nous voudrons.
- « En outre, il faut diviser la longueur du poteau, à partir de sa base inférieure, en coudées, palmes et doigts, autant qu’il y en pourra tenir; puis, par les points de division, tirer des lignes indiquant les parties de la longueur sur celle des faces qui est à droite du disque. Quant à celui-ci, il portera, à sa face postérieure, un index qui, en suivant le diamètre dont on a parlé, ira correspondre aux divisions de l’échelle tracée sur le poteau.
- « Ce n’est pas tout; les mêmes poteaux doivent se placer dans une position exactement perpendiculaire au sol, de la manière suivante : du côté opposé à celui où sont tracées les divisions, on implante un piton, long de trois doigts environ, à l’extrémité duquel se trouve un trou percé de haut en bas, où peut passer un fil portant un poids suspendu. Pa-
- Fig. 4. — La lampe. (Restitution).
- reillement, au bas du poteau est implantée une fiche d’une longueur égale à la distance du trou précédent au même poteau; et, sur la tête de eette fiche, est tracée, par le milieu, une ligne droite verticale. Lorsque le fil à plomb battra contre cette ligne, ce sera une preuve que le poteau est dans une situation rigoureusement verticale. »
- Parmi les applications décrites par Héron, je citerai les suivantes :
- Mesurer la distance et la différence de hauteur de deux points inaccessibles ; — percer une montagne suivant une ligne droite qui joigne deux points donnés sur ses flancs ; — une galerie souterraine quelconque étant donnée, déterminer sur le sol au-dessus, un point tel qu’en y creusant un puits vertical, il aboutisse à un point donné de la galerie; — les extrémités d’un port à construire étant données, eu tracer le contour sur le terrain Suivant une figure semblable à une figure donnée1; —exhausser un terrain de manière à lui faire prendre la forme d’une surface donnée quelconque ; — diviser un champ donné de forme quelconque en parties ayant des surfaces données, à l’aide de lignes droites
- 1 A l'aide de visées tangentes à des plateaux découpés suivant des courbes convenablement choisies.
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- LA NATURE.
- partant toutes d’un point donné1; — mesurer un champ sans entrer dedans; — trouver l’aire d’un triangle en mesurant ses trois côtés2; — déterminer la distance de deux lieux situés sous des climats différents3.
- Pour mesurer les distances on se servait d’une corde et pour mettre celle-ci hors d’état de s’allonger et de se raccourcir, dit Héron dans scs Automates, « on la tend fortement entre deux pieux, et, après l’avoir ainsi tendue pendant quelque temps,on la tire de nouveau; après avoir répété cette même manœuvre à plusieurs reprises, on frotte la corde avec un mélange de cire et de résine; il est préférable, au lieu de la tendre entre deux pieux, de la suspendre verticalement pendant un long temps avec un poids suffisant. »
- La dioptre de Héron servait, nous l’avons vu, pour les nivellements; mais les anciens employaient également à cet usage d’autres instruments plus simples que Yitruve décrit dans son livre VIH.
- « On se sert, dit-il, des dioptres, des balances à eau ou du chorobate. Le chorobate est le plus exact, les autres peuvent induire en erreur.
- « Le chorobate (fig. 5) se compose d’une règle longue d’environ vingt pieds; aux extrémités de cette règle se trouvent deux pièces ayant la même dimension, qui y sont assemblées à angle droit; entre la règle et les extrémités de ces deux pièces formant coude, s’étendent deux traverses fixées à l’aide des tenons, sur lesquelles on trace des lignes perpendiculaires (à la règle). Des fils à plomb fixés vers les extrémités de larègle pendent en regard de ces lignes et lorsqu’ils coïncident exactement avec elles, ils montrent que l’instrument est bien de niveau. S’il arrivait que le vent en agitant le fil à plomb l’empê-chàt de donner une indication certaine, on aurait recours à un canal qui se trouve creusé sur la face supérieure de la règle; ce canal est long de cinq pieds, large d’un doigt et profond d’un doigt. En y versant de l’eau, on voit si cette eau arrive également aux deux extrémités du canal et par suite si la règle est bien de niveau. »
- Le bon Yitruve a soin de faire observer ensuite que, malgré la courbure des eaux, qu’a démontrée Archimède, le chorobate n’en est pas moins propre à niveler.
- La balance à eau n’était autre chose que notre niveau d’eau actuel.
- Les anciens faisaient encore usage, pour prendre la hauteur d’un mur ou d’une tour (fig. 4), d’une simple règle AB terminée par un fil à plomb à ses deux extrémités et mobile en À autour d’un axe horizontal fixé à un pied AG que l’on plantait verti-
- 1 Ce problème se présente, ainsi que le fait remarquer Héron, quand il s’agit de morceler entre différents acquéreurs une prairie qui est arrosée à l’aide d’un réservoir unique.
- * C’e^t la plus ancienne et la plus élégante solution de ce problème célèbre.
- 3 Par les heures de l’observation d’une même éclipse faite dans deux lieux dont les latitudes sont supposées données.
- calcinent en terre. On inclinait la règle de façon à viser le sommet G de la hauteur à évaluer. On mesurait les longueurs AD, BD et CT, et par les triangles semblables on avait la hauteur GI1 ; d’où on tirait GT en ajoutant la hauteur connue du pied.
- Get instrument s’appelait ïuyvix, lampe; il est décrit dans la Géodésie de Héron le Jeune et dans les Gestes de Jules l’Africain.
- À. de Rochas.
- OBSERVATION DU SOLEIL
- PAR PROJECTION
- On se procure une feuille de papier à dessiner très blanc que l’on fixe sur un carton léger et rigide, ce qui constitue l’écran de projection. On inet ensuite la lunette au point sur l'objet terrestre le plus éloigné possible, plusieurs kilomètres. Cette mise au point se prend avec l’oculaire céleste le plus fort et après en avoir retiré la bonnette à verre noir. On dirige ensuite à peu près, en se gardant bien d’y mettre l’œil, la lunette sur le Soleil, puis on présente l’écran derrière l’oculaire, à 10 centimètres environ de distance, perpendiculairement à la direction de la lunette. On voit alors l’ombre de la lunette se dessiner en forme de tuyau de poêle sur l’écran. Prenant alors la crémaillère ou le corps de la lunette d’une main, et gardant l’écran dans la position précédente avec l’autre main, on déplace la lunette de sa direction primitive en cherchant à diminuer la longueur de l’ombre, Après un tout petit tâtonnement, on voit très vite dans quel sens doit avoir lieu le déplacement et l’on continue jusqu’à ce que l’ombre de la lunette sur l’écran ne soit plus qu’un cercle. Alors, on voit apparaître sur l’écran une portion du Soleil, celle que le champ de l’instrument permet de voir. On fait venir le bord du Soleil au milieu du cercle de projection et l’on sort ou rentre l’oculaire avec la crémaillère ou autrement, jusqu’à ce que le bord de l’astre soit le plus net possible. 11 n’y a plus qu’à faire mouvoir doucement la lunette pour que les différentes parties du Soleil passent dans le champ et viennent se projeter sur l’écran.
- Nous avons fait faire deux volets qui enserrent le corps de la lunette et donnent une ombre opaque autour de la projection. Par ce procédé, l’éclat de cette projection est au moins quintuple de celui que l’on obtient par le procédé précédent. Nous avons fait ajuster une aiguille au bord du volet supérieur, et en donnant à cette aiguille la direction de la lunette, c’est elle qui nous sert, par son ombre sur l’écran, à diriger la lunette vers le Soleil. La perfection à cet égard s’obtiendrait en fermant la fenêtre unique de l’appartement avec une étoffe noire plus grande que la fenêtre, de façon à permettre les mouvements de la lunette dont l’objectif seul sortirait de cette étoffe par un trou. 11 faudrait lier l’étoffe autour du corps de la lunette près de l’objectif. En perçant l’étoffe d’un petit trou au-dessus de l’objectif, ce trou suffirait pour diriger la lunette sur le Soleil en rendant le rayon lumineux qui passerait par le trou parallèle à la direction de la lunette. Une fois l’image du Soleil obtenue sur l’écran, on boucherait le trou.
- Dans ces conditions, en éloignant l’écran de la lunette de 50 centimètres, 1 mètre, au lieu de 10 centimètres, on
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- obtiendra une projection d’un grandissement'énonrie et conservant encore assez de lumière pour que le détail des taches soit bien visible.
- On observera enfin que chaque fois que l’on change la ! distance de l’écran à l’oculaire, il convient de rentrer ou de sortir un peu cet oculaire pour que l’image soit la plus nette possiblel.
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- CHRONIQUE
- récolte des vins en Algérie. — Le total de la superficie plantée en vigne, en Algérie, s’élève à ‘23 7*24 hectares, d’après les derniers relevés officiels, sur lesquels 19 700 sont plantés en cépages noirs et 4024 en cépages blancs. La province d’Alger compte pour 7396 hectares cultivés par les Européens, et 1857 cultivés parles indigènes. Dans la province d’Oran, les Européens cultivent 10 064 hectares et les indigènes 477. Dans la province de Constantine, la culture européenne s’étend sur 5688 hectares et la culture indigène sur 242. En 1878, le total des hectares cultivés en vignes ne s’élevait qu’à 17 614. La province d’Alger a produit, &ur les cultures européennes, 197 717 hect. et 5383 sur les cultures indigènes. Dans la province d’Oran, la récolte s’est élevée à 164 204 hectolitres. La province de Constantine a produit 67 276 hectolitres.
- Les Chevaux de l’Orégon. — On élève dans celte belle contrée des États-Unis quelques espèces remarquables de chevaux. La richesse du sol, la douceur du climat, combinées à un beau sang, ont permis de produire, non seulement d’excellentes bêtes de trait, mais encore de bons trotteurs et de vigoureux carrossiers. On a dépensé beaucoup d’argent pour importer les meilleures races d’étalons, depuis le plus fort Percheron ou le Clvdesdale jusqu’au plus léger pur-sang. Les chevaux élevés à l’est des Cascade^Mountains surpassent en vélocité ceux qu’on élève dans le reste de la contrée. On attribue celte supériorité à l’immensité des prairies qu’ils parcourent, aux accidents du terrain, à l’abondance de savoureux pâturages et à la grande distance des abreuvoirs naturels. Parfois les animaux parcourent d’un trot rapide une distance de 10 milles, entre le lieu où ils paissent et l’eau qu’ils cherchent pour s’abreuver, ce qui développe leur force musculaire presque dès leur naissance. Le premier étalon trotteur a été introduit dans l’Orégon en 1860, c’était un cheval Black-Hawk et ses produits sont encore les plus beaux de la contrée. Ils sont vifs, actifs et dociles ; leur corps arrondi et trapu, leur poitrail large, leur croupe forte et leurs membres bien équilibrés, indiquent une grande rapidité à la course et une longue résistance à la fatigue. Un peu plus tard un étalon aniblier fut amené d’Europe, sa descendance a été excellente aussi, de belle taille, d’une bonne membrure, et très vive, avec une grande élégance de formes. Les chevaux de cette origine ont le plus de prix, et les poulains des produits bien élevés sont toujours plus lins (le forme que leurs pères. Dans les districts des grandes prairies naturelles, on peut économiquement se livrer à l’élève d’un nombre considérable de chevaux, car la dépense pour le fourrage se réduit presque à rien. En ce qui concerne‘les gros pâturages des prairies de l’Orégon, on peut dire qu’ils renferment tous les éléments
- 1 D’après Ciel et Terre.
- d’une excellente nutrition, tant pour les os et les muscles que pour la chair. Les foins principalement composés de bunch-yrass et de reyyrass y sont mélangés dans une certaine proportion, soit d’avoine soit d’orge; le trèfle et la luzerne d’alfa y sont aussi très répandus, et les animaux y trouvent à la fois, non seulement une nourriture abondante, mais encore tout ce qui peut exciter leur appétit. On a constaté du reste dans les travaux de la ligne du Northern Pacific Railway, comme on le reconnaît aujourd’hui dans toutes les exploitations et sur les marchés, que les chevaux et les mules qui ont hiverné dans les prairies de l’Orégon, ont bien meilleure apparence et beaucoup plus d’ardeur au travail que ceux d’aucune autre provenance.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 42 mars 1883. — Présidence de M. Bertbaxd.
- Maladie du lait. — M. Reiset, correspondant de l’Académie, qui exploite lui-même une ferme en Normandie, a été très désagréablement surpris de voir souvent depuis quelques années son lait se couvrir de taches bleues, condition dans laquelle il se montrait impropre à la fabrication du beurre. Ayant interrogé les fermiers voisins sur l’origine du mal et sur son remède, il en reçut invariablement cette double réponse : que les taches bleues étaient autant de maléfices des sorciers et qu’il n’y avait qu’à se résigner. Peu satisfait, comme on pense, il étudia le mal au microscope et y reconnut un champignon et dès 'lors il put formuler des l’ègles pour s’en affranchir : laver tous les vases à l’eau bouillante, ne faire usage d’aucun linge dont la propreté laisse à désirer et, dans les cas graves, additionner le lait de 500 milligrammes d-’acide acétique cristallisable par litre. Aujourd’hui les sorciers ne s’attaquent plus jamais à M. Reiset.
- Réyime des eaux dans la vallée du Rhône. — Reprenant une ancienne idée de M. Lavallée, M. Aristide Dumont, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, propose d’augmenter les eaux d’irrigation du Rhône à l’aide de réservoirs qu’on établirait dans les lacs de Genève, du Bourget et d’Annecy. L’auteur pense que par ce moyen on pourrait assurer aux irrigations de la vallée du Rhône un volume d’eau de 410 mètres cubes par seconde en améliorant la navigation du fleuve et en ne dépensant pas plus de 3 millions de francs.
- Histoire de la science. — M. Tresca dépose sur le bureau deux mètres en platine ayant appartenu à Pronv, dont l’active collaboration aux travaux relatifs à l’institution du système métrique n’a pas besoin d’être rappelée.
- Atténuation des virus par la chaleur. — Déjà nous avons mentionné les recherches de M. Chauveau sur l’action éprouvée par les virus sous l’action de la^chaleur. L’auteur lit aujourd’hui un mémoire complémentaire sur le même sujet. Étant donnée la méthode d’atténuation préconisée par M. Pasteur et qui consiste en cultures successives à l’air, il y avait lieu de se demander si l’oxygène n’intervient pas dans le phénomène et si la chaleur ne se borne pas à augmenter son activité. M. Chauveau a fait à cet égard des expériences décisives desquelles il résulte que la température de 47 degrés, même dans le vide, fait perdre toute virulence au sang charbonneux : l’oxygène n’est donc là pour rien et il y
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- aura lieu de rechercher comment ces nouveaux résultats se concilient avec ceux de M. Pasteur.
- Nouvel échinoderme. — En poursuivant l’étude des richesses zoologiques rapportées du fond du golfe de Gasgogne par le Travailleur, M. Ed. Perrier y a rencontré une comatule qui, ayant seulement cinq bras au lieu de douze qui se présentent d’ordinaire, est identique à un animal jusqu’ici considéré comme propre à l’Océan Pacifique. Cette découverte très importante rapprochée de diverses autres considérations, conduit l’auteur à reconnaître que les grandes profondeurs marines n’admettent pas ces provinces zoologiques qui sont si nettes dans les zones littorales. Le fait s’explique par l’uniformité des conditions (température, etc.) des abîmes sous-marins ; il rendra compte nécessairement de l’uniformité de la faune de chacune des époques géologiques successives dont on a voulu bien trop vite faire un trait distinctif du passé relativement au présent.
- Varia. — M. Ditte envoie de Caen la description d’une
- Fig. 1. — V, arrivée de l'air. — F, tlacon plein d’essence. — T, tube conduisant le liquide F au pulvérisateur A. —Adroite, coupe grossie du pulvérisateur A.
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- employées à alimenter les fourneaux à calcination ; les huiles ordinaires, à remplacer l’esprit-de-vin dans les lampes à alcool qui sont encore, dans beaucoup d’endroits, employées exclusivement.
- Pour les hautes températures, nécessaires aux calcinations, voici la disposition que j’ai adoptée :
- Un flacon à deux tubulures, à moitié plein d’essence de pétrole, reçoit l’air d’une soufflerie : par l’une des tubulures, V. L’autre tubulure, A, porte un système de deux tubes concentriques dont l’un conduit l’essence chassée par la pression de l’air et l’autre l’excès de ce même air envoyé sous pression par le soufflet ; c’est ce qui constitue un pulvérisateur; la flamme peut, suivant les besoins et au moyen d’un réglage à vis de l’ajutage en A, n’avoir que 7 à 8 centimètres de hauteur, ou 50 à 40 centimètres ; un petit creuset y est bientôt porté au rouge vif (fig. 1).
- série de stannates artificiels. — La série aromatique occupe M. Grimaux. — Un mémoire sur la prise du plâtre est présenté au nom de M. Le Chatellier. — M. Bouquet de la Grye rend compte de sa mission dans les régions australes pour observer le passage de Yénus. — L’influence de l’huile sur le mouvement des vagues occupe M. Tho-masson, qui veut la rapprocher, sans que la chose paraisse bien légitime, du retard apporté à l’ébullition de l’eau par l’extension d’une pellicule grasse à sa surface.
- Stanislas Meunier.
- EMPLOI DES HUILES DE PÉTROLE
- DANS LES LABORATOIRES DE CHIMIE
- Ces huiles minérales peuvent rendre de grands services dans les laboratoires; les huiles légères (essences de pétrole du commerce) peuvent être
- Fig. 2. — G, cheminée en cuivre adaptée à une lampe à pétrole ordinaire. — T, trépied ou support pour les objets à chauffer, tels que creusets ou capsules, etc.
- Quant à l’emploi de l’huile ordinaire de pétrole pour le chauffage des solutions, les évaporations, etc., il ne nécessite qu’une de ces lampes à forme basse, ordinairement employées pour l’éclairage domestique ; il suffit de remplacer la cheminée en verre par une cheminée en cuivre rouge de même forme, mais de moitié moins haute. Nous donnons ci-dessus l’aspect d’une lampe ainsi disposée (fig. 2).
- Ce mode de chauffage, que j’emploie constamment, est très économique et peut, nous le répétons, être très utile aux chimistes et aux amateurs.
- Parize,
- Directeur de la station agronomique de Morlaix (Finistère).
- Le propriétaire-gérant ; G. Tissanmer.
- Imprimerie A. Lahurc, 9, rue de Fleurus. Paris.
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- N» 512.
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- LES CANAUX DÉRIVÉS DU RHONE
- La situation agricole de nos départements du Midi est restée fort précaire à la suite du remplacement de la garance par l’alizarine artificielle, de la maladie des vers à soie et de l’invasion du phylloxéra. De ces trois causes si graves de ruine pour les industries agricoles, la première est inéluctable; la culture de la garance n’est plus rémunératrice, et nul ne peut songer à la relever. La maladie des vers à soie a été étudiée et analysée par M. Pasteur avec la précision et le succès qui lui sont habituels : les remèdes efficaces ont été reconnus et indiqués ; mais les magnaneries avaient été tellement éprouvées qu’elles ont encore besoin d'une longue période de convalescence, avant de
- reprendre leur ancienne activité. Quant aux vignes, on est enfin arrivé à opposer une résistance sérieuse aux ravages du phylloxéra, soit par le traitement chimique, soit par l’introduction des plants américains, soit enfin par la submersion. Mais ces divers fléaux ont laissé de leur passage des traces trop profondes pour qu’elles puissent s’effacer à courte échéance. 11 faut donc recourir à un autre remède, dont on espère une action plus rapide, et les idées se sont tournées vers l’irrigation largement pratiquée. Or, la France méridionale est traversée dans toute sa longueur par un fleuve d’un débit considérable, et dont les eaux charrient en abondance un limon fertilisant : c’est le Rhône, et c’est à lui qu’on a pensé tout d’abord à emprunter l’eau nécessaire à l’arrosage des contrées atteintes par les désastres signalés plus haut.
- Les bienfaits de l’irrigation sont indiscutables ; sans qu’il soit besoin de rappeler les exemples classiques de la Huerta de Valence et des oasis du Sahara1, on sait qu’elle assure des plus-values importantes en Espagne, en Grèce et dans nos départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône aux terres sur lesquelles elle est pratiquée. Mais pour qu’elle produise tous ses effets, elle doit s’adresser à des propriétés où le morcellement n’est pas poussé à ses dernières limites, et où l’agriculteur doit disposer d’un certain capital pour la préparation du sol, l’établissement des canaux et pour l’achat des engrais. L’addition des engrais est en effet le corollaire indispensable des irrigations dans les pays où l’élevage du bétail est difficile ou au moins peu avantageux en raison de l’ardeur du
- 1 Nous ne citons pas ici les Marcites de Milan, ni les irrigations de Genneviliiers, où l’on emploie les eaux d’égout à la lois pour l’arrosage et la lertilisation.
- {{* année. — l” semestre.
- climat, comme dans nos départements méridionaux. Il faut reconnaître que sous ce rapport, et au point de vue du morcellement des terres, ces derniers sont dans une situation assez défavorable, mais il n’en résulte pas que les projets d’irrigation doivent être abandonnés. Il faut seulement adopter une solution qui permette de procéder successivement et par étapes en commençant par les plaines les plus aptes aux arrosages et aux submersions, et en augmentant la puissance des appareils d’irrigation à mesure que les besoins s’affirmeront.
- C’est à ce programme éminemment sage et pratique que satisfait le nouveau projet étudié par M. Léger, ingénieur civil à Lyon. Mais il est nécessaire, avant d’en exposer les détails, de faire connaître à nos lecteurs l’économie des projets présentés précédemment à l’approbation du Sénat et de la Chambre des Députés.
- Le premier en date est celui de M. Dumont,
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- ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Conçu dès 1847, il fut repris en 1869 et rédigé en 1874. Il dérive 10 mètres cubes du Rhône aux Roches-de-Condrieu (voir la carte ci-jointe) et 25 à l’Isère, près de Romans : de ces 35 mètres cubes réunis dans un même tronc, 12 sont distribués sur la rive gauche par un canal secondaire; puis le canal principal franchit le fleuve par un pont-aqueduc à niveau, jeté sur un étroit défilé à la hauteur de Viviers1 et de là gagne Nîmes, Montpellier et Béziers, en assurant par des canaux secondaires l’irrigation des vallées du Gardon et du Vidourle.
- Le coût d’établissement estimé à 124 millions par l’auteur a, été porté à 152 millions par M. Chambrelent.
- Ce projet a l’inconvénient majeur d’assurer le service total au moyen d’un tronc principal unique et par suite de rendre les deux rives du Rhône solidaires l’une de l’autre, ce qui ne permettrait d’irriguer la rive droite, c’est-à-dire la plus importante, que plusieurs années après le commencement des travaux, et donnerait aux interruptions et aux chômages survenus sur le tronc unique, une gravité exceptionnelle.
- M. Chambrelent, inspecteur général des Ponts et Chaussées, a repris le projet de M. Dumont en conservant les mêmes données pour la répartition des eaux dérivées, mais en acceptant le principe de l’indépendance des rives.
- M. Chambrelent emprunte 12 mètres cubes à l’Isère près de Romans ou au Rhône à Saint-Vallier, et les distribue à travers les départements de la Drôme et de Vaucluse jusqu’à Sérignan par un canal de 130 kilomètres de longueur dans le premier cas et de 176 dans le second.
- Pour le service de la rive droite, le projet comporte une prise directe faite au Rhône à Cornas, en face de l’embouchure de l’Isère, et rejoint à peu près le tracé Dumont à Vénejean par une tête morte de 115 kilomètres2; ce même tracé est ensuite adopté jusqu’à Béziers. L’estimation de l’entreprise totale s’élève à 145 millions.
- Il faut y joindre à l’usage de la zone inférieure de la rive droite une sorte de bas service alimenté par un troisième canal dit de la Cèze, empruntant 12 mètres cubes au Rhône un peu au-dessus de Roquemaure et les portant par Beaucaire, Saint-Gilles et Lunel jusqu’à Peyrols (Hérault), avec un parcours de 138 kilomètres, au prix d’une dépense de 50 millions.
- En ajoutant à ces dépenses celles qui résulteront de l’établissement des distributions pour les villes, des canaux secondaires et tertiaires, les intérêts
- 1 Cet expédient a remplacé celui qui consistait à transporter sur la rive droite le volume d’eau destiné à l’irrigation, au moyen d’un siphon gigantesque établi à Mornas et dont la longueur était de 3 kilomètres et la flèche de 60 mètres.
- a Entre Cornas et Vénejean, le canal ne peut, en effet, donner lieu à aucune utilisation des eaux qu’il porte, ni pour l’irrigation, ni pour la submersion.
- perdus, les bénéfices de la Compagnie concess'on-naire, etc., on arrive à un chiffre total de 238 millions.
- Le projet Dumont avait obtenu la déclaration d’utilité publique par la loi du 20 décembre 1879, mais comme cette sanction préalable ne préjugeait pas les moyens d’exécution, le projet Chambrelent fut présenté au Conseil général des Ponts et Chaussées, qui lui donna la préférence, puis adopté par la Chambre des Députés en juillet 1881.
- La Commission chargée par le Sénat de se prononcer sur la demande d’utilité publique et qui comprenait parmi ses membres MM. Ivrantz et Dupuv de Lomé, introduisit une très importante modification dans la solution proposée par M. Chambrelent.
- Les inconvénients de cette tête morte de 115 kilomètres dont nous avons parlé lui parurent très graves ; et selon l’expression de M. Krantz, c’était courir au-devant d'aléas formidables, tant au point de vue de la construction qu’à celui de la conservation des ouvrages, que d’accrocher ainsi sur une aussi grande longueur une véritable rivière aux flancs abrupts et de nature souvent ébouleuse des contreforts tourmentés de la rive droite du Rhône.
- Pour obvier à d’aussi sérieuses objections, sans toutefois abandonner l’excellent principe de l'indépendance des services des deux rives, la Commission sénatoriale, sans rien changer d’ailleurs aux autres parties du projet Chambrelent, substitua à l’adduction par la tète morte l’élévation mécanique, ainsi que l’avaient proposé dès 1865 MM. Louis Richard et Dumont dans leur projet de canal maritime de Dieppe à Paris. L’atelier de cette force motrice devait être placé à Vénejean ou à Pile Saint-Georges pour relever les 23 mètres cubes puisés dans le Rhône pour satisfaire aux besoins de la rive droite.
- La force motrice exigée est de 19 500 chevaux. Si cette solution donne des résultats plus économiques au point de vue du premier établissement (l’atelier d’élévation ne comporte qu’une dépense de 23 millions contre une de 52 millions nécessaire au canal), elle est plus onéreuse au point de vue de l'exploitation; car l’entretien du canal rendu inutile était estimé à 2 200 000 francs, tandis qu’on compte sur une dépense annuelle de 4 500 000 francs pour les machines à vapeur. D’un autre côté, on est à l’abri des formidables aléas, dont s’effrayait l’honorable rapporteur; le Rhône n’est appauvri qu’au-dessous des rapides et des passages les plus difficiles ; enfin il est possible d’augmenter la puissance des appareils élévatoires au fur et à mesure que les besoins se révéleront.
- Le Sénat, placé entre le projet Chambrelent soutenu par le gouvernement et celui de la Commission prise dans son sein, n’a pas cru pouvoir prendre une décision définitive et a renvoyé le tout à une étude plus complète.
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- En fait, on voit que ces deux solutions se fondent sur l’adduction exclusive des eaux du Rhône dans les plaines du Gard et de l’Hérault, et ne tiennent aucun compte des ressources que peuvent fournir dans leurs bassins respectifs les cours d’eau qui arrosent d’ores et déjà une partie des vallées à desservir. Ces cours d’eau ont cependant des débits suffisants pour assurer l’irrigation d’une portion assez considérable du périmètre arrosable, ainsi que le prouve le tableau suivant, extrait pour la majeure partie de VHydraulique agricole de M. Duponchel, ingénieur en chef du service hydraulique du Gard et de l’Hérault :
- COURS ü’e.VU DÉBITS
- ,MINIMUM d’étiage MOYEN MAXIMUM DES CRUES
- ractres cubes. mètres cubes. mètres cubes.
- Ardèche. . . . 5 » 7000
- Gardon. . . . 4 25 4000
- Vidourle . . . 0,100 U 1500
- Hérault. . . . 5 » 4000
- Orb 2,500 » 2500
- Aude 5 )> 5000
- Sans s’arrêter aux écarts énormes qui existent entre les débits d’étiage et de crues, et qui ne doivent évidemment se produire que dans des circonstances exceptionnelles, on peut certainement admettre qu’on trouvera dans ces cours d’eau, de l’é-tiage aux.crues, quelques mètres cubes à dériver utilement, et qui coûteront naturellement moins que ceux qu’on ferait venir de 209 ou 300 kilomètres par un tronc principal ou qu’on fournirait par élévation mécanique. 11 faut observer en outre que les canaux demandés pour les bassins de ces rivières doivent subvenir aux submersions plutôt qu’aux arrosages ; la demande la plus forte aura donc lieu après octobre, c’est-à-dire au sortir de la période d’étiage.
- C’est en s’appuyant sur le principe de l’utilisation des cours d’eau régionaux et de l’élévation mécanique que M. A. Léger, ingénieur civil à Lyon, dont la compétence en ces matières est parfaitement établie, a présenté une quatrième solution dont nous allons exposer les particularités les plus intéressantes.
- À. Le service de la rive gauche est entièrement distinct et assuré :
- 1° Soit par le canal qui figure dans les projets Dumont et Chambrelent et quis’étenddeSaint-Yallier à Sérignan. Cette dérivation aurait, comme nous l’avons vu plus haut, 176 kilomètres de longueur, un débit de 12 mètres cubes et une pente de 0m,216 par kilomètre ;
- 2° Soit par deux canaux constituant un haut et bas service ; le premier, établi en amont des défilés
- de Donzère, à une hauteur moindre que le précédent, mais suffisante, emprunterait 4 mètres cubes au Rhône en aval de l’embouchure de l’Isère ; le second au-dessous de Donzère, avec relèvement mécanique du volume que s’engagerait à prendre la région de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Sainte-Cécile et Bollène.
- Cette seconde solution offrirait probablement une notable économie sur la première.
- B. Les bassins de l’Ardèche, de la Cèze et du Cardon emprunteraient leurs irrigations à des dérivations soit naturelles, soit artificielles, avec élévation mécanique. Celui de l’ancien étang de Pujaut serait alimenté par une prise de 1 mètre cube par seconde faite au Rhône avec relèvement mécanique du plan d’eau. La force motrice totale nécessaire au service de ces bassins, s’élève à 2040 chevaux-va- ' peur pour une surface arrosable de 22 000 hectares; la longueur des canaux est de 155kil,500 et leur portée totale de 4mèt. cub. 500.
- C. L’irrigation des plaines de Nîmes et de Montpellier et l’approvisionnement des villes comprendraient trois services, haut, moyen et bas, pour une surface arrosable de 78 000 hectares.
- Le haut service serait assuré par un tronc principal alimenté par une usine établie à Comps sur le Rhône et capable d’élever 10 mètres cubes. Le canal rejoindrait à Bezouce le tracé Dumont et passerait à Nîmes, Saint-Cbristol, Castrieset Montpellier pour s’arrêter à Cournonteral avec une pente de 20 mètres sur un développement de 101 kilomètres. La zone desservie a une superficie de 43 000 hectares , et nécessite une force élévatoire de 10 800 chevaux.
- Le service moyen comprendrait un canal qui débiterait 6 mètres cubes puisés dans le Rhône à Saint-Gilles. 11 présenterait un développement de 90 kilomètres et une pente totale de 15m,50; il se dirigerait par Vauvert sur Lunel pour gagner Frontignan. La force motrice nécessaire serait de 2400 chevaux et la zone irriguée de 19 000 hectares.
- Le bas service, qui partagerait avec le précédent la zone réservée au canal de la Cèze dans le projet Chambrelent, prendrait 6 mètres cubes au canal de Beaucaire à Aigues-Mortes, et arroserait 16 000 hectares de la plaine basse en passant par Marsil-largues et Saint-Nazaire pour finir vers Mauguio, après un parcours de 21 kilomètres. Le relèvement du plan d’eau exigerait une force de 600 chetaux.
- D. Enfin les bassins de l’Hérault et de l’Orb demanderaient directement à ces rivières l’eau nécessaire pour les 10 000 hectares intéressés entre Pézenas, Florensae et Mèze. Le volume total dérivé s’élèverait à 3 mèt. cub. 500.
- En résumé, le débit total des canaux serait de 48 mètres cubes dont 36 pour la rive droite et 12 pour la rive gauche, sur lesquels le Rhône ne fournirait que 17 mètres cubes ou 23 au maximum* dans le cas où l’on voudrait irriguer les marais de
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- la Sylve Godesque, plaine d'alluvions située entre le canal de Reaucaire et le Petit Rhône.
- Le développement total du réseau atteindrait 584 kilomètres ou 634 dans le dernier cas, et nécessiterait une force motrice de 18 200 chevaux.
- Pour calculer les dépenses de premier établissement, et celles d’exploitation, M. Léger a adopté des bases analogues à celles indiquées dans les autres projets, tant au point de vue de l’établissement et de l’entretien des canaux, qu’à celui de l’installation et du fonctionnement des ateliers élévatoires. Le volume d’eau attribué est réglé'sur la base de 1 litre par seconde et par hectare pour le sixième au moins de la surface arrosable. Les machines élévatoires sont supposées, comme dans le projet du Sénat, donner 80 pour 100 d’effet utile en eau montée. En outre, les intérêts perdus et les bénéfices figurent dans le coût d’établissement pour 16 pour 100 du capital nécessaire aux travaux, comme dans le projet Chambrelent. Dans ces conditions, M. Léger estime que le capital de premier établissement nécessaire à l’exécution de son projet s’élèverait à 142 000 000 francs, et les frais d’exploitation, y compris l’intérêt et l’amortissement de cette somme à 4,65 pour 100 (taux de garantie accordé par la Chambre des Députés à une partie du capital dépensé pour le projet Chambrelent), seraient de 12 585 000 francs. Le projet Chambrelent demanderait 258 000 000 francs et 12 605 000 francs, et celui delà Commission sénatoriale 235 500000 IV. (en y comprenant la capitalisation à 4,65 pour 100 de la plus-value de 1 700 000 francs des dépenses annuelles) et 14 267 000 francs pour frais d’exploitation.
- En résumé, le projet de M. Léger dessert la même surface arrosable que les projets concurrents, mais en empruntant autant que possible à chaque bassin irrigable ses ressources naturelles, ce qui lui assure les avantages suivants :
- 1° 11 évite de masser sur le même point tous les appareils élévatoires et de créer, par là même, une rivière au sommet des crêtes les plus accidentées, avec des ponts-aqueducs gigantesques pour la traversée des vallées et des ravins, et des chutes perdues sans profit;
- 2° 11 épargne à un distributeur unique de grandes sections et de longs parcours inutiles en terrains stériles, et économise ainsi des dépenses considérables d’eau surélevée en pure perte ;
- 3° 11 n’emprunte au Rhône de volumes un peu importants qu’à partir de Comps, c’est-à-dire presque à l’origine du Rhône maritime ;
- ” 4“ Enfin, il paraît devoir singulièrement réduire le coût de premier établissement tout en assurant les mêmes résultats et surtout il permet d’assurer une progression successive des arrosages et des submersions, en augmentant la puissance des machines et en élargissant les canaux en proportion des demandes réellement exprimées par les régions desservies.
- La haute approbation que le projet de M. Léger a reçue d’un grand nombre d’ingénieurs et d’hommes pratiques et notamment de M. Krantz lui-même, et la faveur marquée avec laquelle il a été accueilli au Congrès des Chambres de Commerce réunies à Paris, auquel ont pris part les Chambres de la plupart des contrées intéressées à son exécution, en démontrent à nouveau l’incontestable valeur et permettent d’espérer qu’il rencontrera auprès des pouvoirs publics l’accueil qu’il mérite à de si justes titres.
- G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- —oÇ.,—
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- DES MONTAGNES
- (Suite et fin. — Voy. p. 215.)
- On rencontre parfois des terrains appartenant à certaines marnes du Lias où se sont formés des myriades de petits ravins, au fond desquels la roche nue apparaît comme sur les berges mêmes. Ce sol, se délitant facilement sous les influences atmosphériques, ne peut conserver aucun des détritus de la roche, par suite des lavages continuels et successifs qu’opèrent les eaux pluviales sur ces pentes qui représentent assez bien des toits d’ardoise.
- Dans de pareilles conditions, la correction des petits ravins ne peut être entreprise avec la méthode indiquée dans l’article précédent, car il faudrait beaucoup trop de temps pour obtenir des atterrissements que fournirait exclusivement le simple produit du délitement de la surface.
- Dans ce cas, on opère de la manière suivante :
- On construit, à la partie inférieure du ravin à traiter, un solide clayonnage ou un barrage en maçonnerie, qui servira de base à tout le système, puis on écrète toutes les saillies que peuvent présenter les berges, de manière à fournir économiquement une quantité de matériaux rocheux suffisante pour relever le lit de 1 à 2 mètres au moins. Ces débris rocheux une fois dans le thalweg, on en emploie une partie à construire de petits seuils, de 0m,50 à 0m,60 de hauteur, que l’on recouvre comme leurs intervalles avec le reste des débris jusqu’à la hauteur voulue, en ayant soin de donner au nouveau profil en travers une légère concavité vers le ciel. Cela fait, on construit à la surface du nouveau lit une série de seuils en fascinages très bas appelés à le maintenir, comme on ferait pour un atterrissement naturel ; la surface, exposée seule aux influences atmosphériques, se délite et fournit ainsi des éléments terreux dont une partie s’insinue dans les vides des débris rocheux et le reste demeure à la surface. 11 devient dès lors possible d’y planter des boutures et des plants feuillus ou résineux.
- Les gros matériaux restant couverts et mis à l’abri des influences atmosphériques, demeurent à l’état rocheux, se maintiennent en place soit par
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- Périmètre du Curusquet (Basses-Alpes). Écrêtements des berges. (D'après une photographie de M. de Gayflîer.)
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- l’effet des petits seuils enterrés, soit par leur propre masse et forment au fond de l’ancien lit une sorte de drainage qui favorise en même temps la bonne venue des plants et le maintien du nouveau lit mis ainsi à l’abri de tout affouillement de la part d’eaux trop violentes courant à sa surface.
- La gravure donne une vue détaillée d’un chantier de travaux de ce genre entrepris dans le périmètre domanial de Curusquet (Basses-Alpes).
- Le sol est formé de marnes basiques noires, sujettes à se déliter rapidement sous l’action des influences atmosphériques, mais ne supportant aucune terre végétale.
- Les travaux que l’on exécute sous les yeux de l’observateur ont pour but de corriger, dès leur origine, les nombreux ravins qui sillonnent ces marnes. De chaque côté du ravin on écrète les berges à l’aide de la pioche à pic. On exploite les bancs de marne les moins résistants; les débris rocheux sont jetés au fond à la main, les autres plus menus sont lancés à la pelle et le lit se trouve exhaussé et élargi. A des intervalles variables, ces remblais sont soutenus par une série de seuils ou murettes construits avec les plus gros morceaux de la roche marneuse exploitée. La consolidation des berges et la correction des pentes sont complétées par une série de fascinages vivants, dont on aperçoit la première végétation appelée à se développer d’année en année.
- C’est dans les régions montagneuses, plus encore que partout ailleurs, que semanifeste avec toute son ampleur la communauté impérieuse d’intérêts qui lie la sylviculture à l'agriculture. La loi du 4 avril 1882 sur la restauration et la conservation des montagnes, ne va pas tarder à recevoir sa pleine exécution. 11 est permis de penser que l’opinion publique dans les montagnes du midi de la France accueillira avec la plus grande faveur ces bienfaisantes mesures que la République vient ainsi de substituer à une législation qui jadis a soulevé de si vives et de si légitimes protestations de la part des Conseils municipaux intéressés.
- La fixation des périmètres d’utilité publique, leur acquisition et l’exécution des travaux par l’État auront pour effet de restreindre, par des transitions ménagées et des indemnités légitimes, l’exploitation extensive et ruineuse des pâturages et de la transformer en une culture intensive du sol entraînant avec elle une série de modifications profondes et fructueuses dans l’économie agricole et dans l’élève du bétail.
- Les communes et les particuliers vont donc se trouver, par l’application de la loi nouvelle, dans une situation qui sera des plus favorables, si l’on sait en proliter. Les capitaux produits par la vente amiable ou l’expropriation des terrains compris dans le périmètre d’utilité publique pourront servir de base, sinon en totalité, du moins en partie, à la création d’importants syndicats en vue de l'exécution de grands travaux d’intérêt agricole, tels que les
- canaux d’irrigation, qui seuls peuvent permettre l’extension des prairies entraînant avec elle la prolongation de la stabulation, l’amélioration du bétail, la production plus abondante des engrais, etc.
- Si l'on songe que la plupart du temps un hectare de bonne prairie peut nourrir plus de bétail que cinquante hectares de ce qu’on décore généralement du nom de pâturages dans les montagnes du Midi, on perçoit quelle importance présente l’extension des prairies. Mais tout cela est matériellement impossible à réaliser et à perpétuer tant qu’est suspendue la certitude d’existence ou de conservation pour les terrains agricoles menacés par les torrents.
- La restauration et la conservation des montagnes forment donc pour l’agriculture le programme des premières mesures à réaliser, sans lesquelles toutes les autres sont impossibles ou vaines. Ce programme doit servir de point de départ à toutes les améliorations agricoles et économiques, non seulement dans les régions montagneuses où le bois fait défaut et où les versants sont ruinés, mais encore dans les riches vallées inférieures. Sa réalisation, en effet, peut seule donner les résultats précieux dont les principaux peuvent se résumer ainsi qu’il suit :
- Salut des nombreuses agglomérations, villes, villages et hameaux dont l’existence se trouve de plus en plus menacée ;
- Sécurité rendue aux terrains agricoles sujets aux ravages des torrents et aux inondations des rivières ;
- Possibilité d’endiguer ces rivières sans plus avoir à redouter l’exhaussement de leur lit et de fixer définitivement le cours des torrents changés en ruisseaux inoffensifs ;
- Conquête large et facile pour l’agriculture d’immenses étendues des plus fertiles, soit dans les lits des rivières, soit sur les cônes de déjection. Dans la seule Durance on estime à plus de dix mille hectares l’étendue des terrains d’alluvion riches et fertiles qu’on y pourrait conquérir ;
- Augmentation du débit des sources et des rivières permettant l’extension des irrigations si utiles dans les régions méridionales et si difficiles parfois à réaliser, par suite du manque d’eau. C’est ainsi qu’en l’état actuel le débit de la Durance ne permet pas d assurer, même sur la moitié de son étendue, l’irrigation de la vaste plaine de la Crau d’Arles, véritable désert que le Ministère des Travaux publics a l’intention de conquérir pour l’agriculture;
- Sécurité rendue à la circulation sur un immense parcours de chemins de fer, de routes nationales, départementales et autres, et diminution de leur coûteux entretien ;
- Développement des futaies résineuses de plus en plus nécessaires à la France, comme le démontrent nos importations en bois de résineux qui ont plus que doublé depuis vingt ans, et se chiffrent aujourd’hui par une redevance de plus de 180 millions payée à l’étranger;
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- Enfin augmentation importante dans la production nationale et conservation d'une population robuste, laborieuse et fière, dans ces montagnes qui occupent une grande partie de nos frontières, et sont menacées de devenir un désert par suite d’une dépopulation s’accentuant à chaque nouveau recensement.
- Tels sont les résultats qu’on est en droit d’attendre à court délai de la régénération des montagnes par le rétablissement de la forêt à la place que la nature lui avait faite et que l’homme dans son égoïste imprévoyance lui avait enlevée.
- La question se résout aujourd’hui à une simple question d’argent, à une dépense annuelle bien minime si on la compare à celles qu’imposent les autres travaux publics. Nul doute que le Parlement n’accorde les allocations budgétaires qui seront nécessaires à ces travaux vraiment patriotiques, car, ainsi que le dit le poète (André Theuriet), « là où sont les bois, là est le cœur de la patrie, et un peuple qui na plus de forêts est bien près de mourir ».
- P. Demontzey.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE A NANTUA
- L’utilisation des forces naturelles préoccupe de plus en plus les physiciens modernes et l’expérience dont nous allons rapidement rendre compte nous montre une solution nouvelle du problème qui n’est pas sans intérêt ni sans avenir.
- L’éclairage d’une partie de la ville de Nantua (Ain) est effectué depuis le 10 mars par une machine Siemens, des accumulateurs d’un nouveau système et des foyers électriques à arc, à incandescence à l’air libre, et à incandescence en vase clos, c’est-à-dire que les trois systèmes d’éclairage électrique actuellement connus s’y trouvent représentés et fonctionnent simultanément, alimentés par une seule et même source électrique.
- Voici l’installation générale du système :
- Le générateur électrique actionné par un moteur hydraulique se compose d’une machine dynamo-électrique Siemens à courant continu, excitée en dérivation : elle est du plus petit modèle, type SD5, et son poids ne dépasse pas 60 kilogrammes, elle absorbe environ un cheval de force motrice. Le courant qu’elle engendre sert à charger trente-six accumulateurs Reynier montés en tension. Ces accumulateurs sont de deux systèmes différents : dix-huit sont des accumulateurs au cuivre, et dix-huit des accumulateurs au zinc.
- Les accumulateurs au cuivre se composent d’une lame de plomb peroxydé comme pôle positif et d’une lame de plomb cuivré comme pôle négatif ; ils pèsent environ 25 kilogrammes et ont une force électromotrice de 1,68 volts.
- Les accumulateurs au zinc ont la même plaque positive et une plaque négative constituée par du plomb zingué, le poids est de 23 kilogrammes et la force électromotrice de 2,5 volts.
- Ces trente-six accumulateurs sont montés en tension ; ils représentent une force électromotrice totale de 71 volts et une résistance intérieure un peu inférieure à 1 ohm.
- Les foyers alimentés sont les suivants :
- 1° Douze lampes Edison modèle B, qui fonctionnent avec 55 volts de force électromotrice, montées en dérivation ;
- 2° Quatre lampes Reynier à incandescence à l’air libre, montées en tension ;
- 3° Une lampe à arc voltaïque.
- Soit dix-sept foyers qui dépensent en tout 25 ampères sur une pression ou force électromotrice effective d’environ 50 à 55 volts.
- Les accumulateurs ayant une force électromotrice initiale de 71 volts, et les foyers fonctionnant avec des potentiels de 50 à 55 volts seulement, on intercale dans le circuit général des résistances manœuvrées par un commutateur à clavier, résistances qu’on diminue au fur et à mesure de la décroissance de la décharge, pour maintenir un éclairage constant.
- Les quatre lampes à incandescence à air libre sont, comme nous l’avons dit, établies en tension sur un même circuit. M. Reynier a employé, pour que l’extinction accidentelle de l’une de ces lampes n’affecte en aucune façon le fonctionnement de toutes les autres, un dispositif très ingénieux appliqué d’ailleurs pour la première fois il y a deux ans, à la blanchisserie Duchenne-Fournet, de Breuil-en-Àuge. Entre les bornes de chaque lampe sont établis quatre petits couples secondaires, ou voltamètres au zinc, montés en tension, et dans un sens tel que leur force électromotrice soit opposée à celle de la source. H résulte de cette disposition que, tant que la lampe fonctionne, il ne passe aucun courant dans le circuit des voltamètres ; s’il se produit une extinction, le courant passe alors tout entier dans les voltamètres qui se substituent ainsi automatiquement à la lampe sans troubler le régime dç circulation dans aucune partie du circuit.
- Telle est, dans son ensemble, l’installation faite Nantua par M. Émile Reynier. Elle montre qu’avec une force motrice et un générateur électrique de médiocre puissance, un matériel restreint, on peut, grâce aux accumulateurs, réaliser un éclairage relativement important, et faire ainsi provision d’électricité pour la répartir ensuite au fur et à mesure des besoins, en utilisant d’une manière continue toute la force motrice dont on dispose, au lieu de n’utiliser cette force et le matériel engagés dans l’opération que pendant une partie du temps seulement. L’emploi des accumulateurs présente aussi l’avantage de rendre l’éclairage absolument indépendant du fonctionnement ou non fonctionnement de la machine génératrice, ce qui est, dans bien des cas, un sérieux avantage. La régularité de l’éclairage est aussi parfaitement assurée et l’éclairage que nous signalons ne laisse rien à désirer à ce point de vue.
- Les expériences de M. Émile Reynier présentent un très grand intérêt et nous les suivrons avec toute l’attention qu’elles méritent : les accumulateurs au plomb zingué et au plomb cuivré sont aussi des nouveautés sur lesquelles nous attendrons les mesures qui doivent être bientôt faites, avant de dire s’ils réalisent quelques progrès sur les accumulateurs de M. Planté et de M. Faure. En tout cas, M. Reynier nous semble entré dans la vraie voie de l’utilisation des forces naturelles : produire d’une manière continue et ne dépenser qu’au fur et à mesure des besoins. Si ce mode d'opération donne un rendement moins élevé que le transport direct, il permettra, par contre, une bien meilleure utilisation, et la compensation pourra, dans bien des cas, être plus qu’établie.
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- LA NATURE.
- L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
- DE
- L’ÉLECTRICITÉ EN ANGLETERRE
- (The School o( Telegraphy and Eleclrical Engineering)
- Nous n’avons pas à faire ressortir ici l’utilité et les avantages que présente l’enseignement mixte dans lequel la théorie et la pratique se partagent l’esprit et le temps de l’élève, se corrigeant et se complétant l’une l’autre.
- Les Écoles d’Arts et Métiers, l’École Centrale des Arts et Manufactures, l’Ecole d'horlogerie, les écoles industrielles de la Ville de Paris, pour ne citer que les plus connues, réalisent cet enseignement d’une manière presque parfaite; l’industrie française et l’industrie étrangère ont puisé dans ces écoles leurs meilleurs contre-maîtres et ingénieurs.
- Mais si nous n’avons rien à apprendre de nos voisins et rien à leur envier en ce qui concerne l’enseignement des industries mécaniques, il est loin d’en être ainsi à bien d’autres points de vue, et, en particulier, les industries électriques n’ont pas encore, en France, de ces écoles pratiques qui se comptent aujourd’hui par douzaines en Angleterre.
- L’École supérieure de télégraphie, consacrée plus spécialement au recrutement du personnel télégraphique, est loin d’être accessible à tous, puisque l’examen d’admission correspond à peu près aux examens de sortie de l’École Polytechnique; l’École municipale de physique et de chimie industrielles, de création toute récente, répond mieux aux besoins de l’industrie, mais le nombre des élèves est restreint, et l’admission y est aussi au concours.
- Les cours de la Sorbonne, du Collège de France et du Conservatoire des Arts et Métiers ne remplissent qu'une partie du programme, puisque l’enseignement pratique fait défaut, et que le petit nombre d’élèves admis dans les laboratoires est plus spécialement attaché aux recherches de science pure qu’à l’étude et à l’emploi des appareils pratiques et industriels d’un usage courant.
- En Angleterre, le plus grand nombre des écoles où l’art de l’ingénieur électricien (Electrical Engineering) est enseigné sont'de création récente, mais la plus ancienne remonte déjà à une quinzaine d’années, et a été créée en 1868 dans Princes Street, au cœur même de Londres, à deux pas de Regent Street, le boulevard des Italiens de la capitale de l’Angleterre. Fondée tout d’abord pour l’enseignement spécial de la télégraphie, elle a depuis agrandi son cadre et son programme, et s’est transformée en School of Tele-graphy and Electrical Engineering.
- Depuis sa fondation, l’Ecole a vu passer sur ses bancs près de trois mille élèves qui, pour la plupart, sont aujourd’hui à la tête du service technique des grandes Compagnies de câbles sous-marins. Au point de vue de cette instruction spéciale.
- aucune école n’est probablement mieux outillée que celle dont nous parlons et dont la figure ci-contre, que nous reproduisons d’après The Electrician, montre une vue d’ensemble du laboratoire principal, consacré plus spécialement aux mesures électriques et aux appareils télégraphiques.
- Pour en donner un exemple, nous citerons ce fait : au moment où M. Cromwell Varley F. R. S. inventa son câble artificiel, composé de résistances et de condensateurs disposés de manière à reproduire artificiellement toutes les conditions électriques d’un câble ordinaire, l’École fit aussitôt construire un câble artificiel pour que les étudiants puissent faire fonctionner tous les appareils télégraphiques sous-marins dans des conditions aussi identiques que possible à celles d’un câble réel.
- Sur les murs sont disposés les lignes, les isolateurs, etc., dont les élèves ont ainsi constamment les divers modèles sous les yeux. Ils étudient méthodiquement la manipulation des différents appareils, depuis l’appareil à une aiguille d’un usage si courant en Angleterre, jusqu’au siphon-recorder, en passant par le Morse, le miroir et le transmetteur automatique de Wheatstone.
- L’enseignement de la téléphonie qui n’est, à proprement parler, qu’une branche de la télégraphie, est aussi effectué pratiquement à l’aide des appareils les plus connus et les plus employés dans le service des communications téléphoniques.
- Au second étage, les laboratoires sont constitués par une suite de pièces consacrées chacune à un usage spécial : un laboratoire de chimie, une salle de fabrication de lampes à incandescence, etc.; une salle est réservée aux accumulateurs électriques, une autre constitue un petit atelier dans lequel les élèves construisent bon nombre d’appareils dont ils font usage, etc.
- A l’étage inférieur se trouvent les générateurs mécaniques d’électricité qui permettent aux élèves d’étudier scientifiquement et pratiquement, la marche des machines et leurs conditions de fonctionnement en faisant varier les divers éléments, vitesse, résistance extérieure, etc. Le laboratoire possède déjà une machine Gramme type d’atelier, une machine Brush et deux machines Siemens, l’une à courants alternatifs, l’autre à courant continu, qui sert d’excitatrice à la première. Les lampes électriques de différents systèmes sont disposées dans la grande salle et dans un laboratoire spécial où l’on étudie leur puissance photométrique, leurs constantes, la consommation du charbon, etc., etc.
- L’enseignement théorique y est donné sous forme de lectures ou conférences faites par M. Desmond Fitz-Gerald, sous la direction duquel les laboratoires ont été établis et les travaux pratiques s’exécutent.
- L’école comprend environ cinquante élèves dont la durée d’études varie entre six mois et un an. Après ce stage, les jeunes gens qui ont suivi avec assiduité l’enseignement théorique et pratique de l’école,
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- Le laboratoire principal
- de l’École de Télégraphie et de Mécanique électrique à Londres.
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- LA NATURE.
- trouvent facilement une situation dans l’industrie électrique et y rendent des services dont on apprécie de plus en plus la valeur.
- LES « GUÉRIMENTS »
- OU SOUTERRAINS PRÉHISTORIQUES DE LA VIENNE
- Les souterrains-refuges appelés en langage poitevin « Guériments », mot dont l’origine ne m’a pas encore été expliquée, et que la tradition locale ferait remonter aux époques préhistoriques, sont généralement peu connus. Nous en donnerons ici la description. Je parlerai du souterrain tel que je l’ai vu, laissant aux spécialistes le soin d’expliquer bien des côtés obscurs de ces curiosités antiques. C’est en 1878, dans un voyage scientifique que je fis avec mon frère et que nous avons l’habitude de continuer tous les ans, sur un point différent de la France, que nous visitâmes ces Guériments. Je crois qu’il est
- Eboulemont Eboulwmit
- Plan et coupe du Guériment de La Fuye (Vienne),
- suffisant de n’en décrire que le plus intéressant, car ils se ressemblent tous à quelque chose près. Ils sont même en si grande abondance, qu’il n’est pas un propriétaire qui n’ait fait murer quelques-uns de ces passades aboutissant soit dans un puits, soit dans une cave, voire même dans sa maison. Le massif crayeux de Beaumont, qui s’étend au sud de Châtellerault, ressemble à une vaste fourmilière ; tellement ces galeries, taillées à même le roc, sont en grand nombre. Celui que nous décrivons se trouve au lieu appelé La Fuye et n’est qu’à quelques centaines de mètres de l’ancienne voie romaine allant de Colombaris (Colombiers) à Jorniaco (Jaulnay). Nous descendîmes dans une sorte de trou A entouré de broussailles épaisses, qui offrait beaucoup d'analogie avec l’ouverture d’un terrier de «renard. Nous pénétrâmes dans une vaste salle B à laquelle viennent aboutir plusieurs corridors G. et R. Ces corridors sont delà hauteur d’un homme de bonne taille, et n’ayant au plus que 50 à 60 centimètres de large; aussi est-il impossible d’y passer deux de front et lorsque quelqu’un s’est engagé dans une de ces galeries, il est obligé de rebrousser chemin, s’il rencontre une personne venant dans le sens opposé. Il est bien rare de trouver une galerie plane dans tôut son parcours, le plus souvent elles sont à pentes assez raides et à angles très brusques. Lorsqu’on pénètre dans ces sombres passages et que l’on examine attentivement les murs, je veux dire les parois du roc, il est facile de s’apercevoir
- que ces sortes d’habitations élaient solidement fermées par des portes et consolidées par un et quelquefois deux morceaux de bois posés de travers et enfoncés de près de 10 centimètres dans le mur. La voûte est tantôt cintrée, tantôt carrée, mais le plus souvent elle offre une forme indéterminée. Après environ 100 mètres de marche et après de nombreux détours G.H.L., la terre cède sous mes pas ; mes deux pieds glissent, ma lumière s’éteint, je tombe dans le vide K. (voir la coupe DKH). L’ouverture était très étroite, 60 centimètres, je me cramponne aux parois, j’appelle mon frère, qui accourt me tirer d’embarras. Remis de mon émotion, j’examine attentivement les lieux : la galerie toujours très étroite, conduisait à un escalier de cinq marches excessivement raide L, à l’extrémité duquel se trouve une sorte de puits K. Je vis bien vite qu’il n’était pas très profond, 2 mètres au plus; nous y descendîmes et aperçûmes une autre galerie. Nous poursuivîmes notre chemin très péniblement, car au bout de quelques mètres ce passage se resserra tout à coup et n’offrit plus qu’un long boyau carré de 50 centimètres sur les deux faces. Enfin, après avoir rampé pendant 5 ou 6 mètres, nous arrivâmes dans une vaste salle D de 2 mètres de hauteur. Nous descendîmes dans cette salle, car notre conduit se trouvait à 60 centimètres en contre-haut du sol ; nous y trouvâmes une quantité prodigieuse de gros ossements indéterminés, du charbon et des blocs de silex énormes. Nous fîmes quelques fouilles en ce point qui n’amenèrent presque aucun résultat : point de silex taillés. La seule chose qui put nous intéresser fut un fragment de poterie grossière des plus frustes. Une autre galerie E aboutissait à cette retraite profonde, mais un éboulement en avait bouché le passage, il nous fut donc impossible d’aller plus loin. Nous revînmes sur nos pas, passâmes par le puits K, qui est assez facile à remonter, grâce aux petits trous M.ll. dans lesquels on pose le pied et pénétrâmes par le couloir I dans l’immense chambre C. Les contours en sont très irréguliers, plusieurs ouvertures circulaires J.N.P. accusent plutôt la forme d’une citerne que d’un puits ; cependant elles ne pouvaient servir à contenir de l’eau. Nous ne pûmes visiter les galeries O et Q, qui sont bouchées avec de la terre ; nous retournâmes donc sur nos pas par I.H.G. et aperçûmes sous nos pieds l’ouverture béante d’un puits F à demi comblé. Je traversai la salle B et pénétrai par le corridor R dans le conduit S.U.T.V.Y. Il n’y a de curieux dans cet endroit que deux tubes percés au T.S. communiquant du corridor W à la salle B. Tous les Guériments offrent entre eux une certaine analogie. Ils sont taillés en plein roc et forment de vastes chambres réunies entre elles par d’étroites galeries, offrant le singulier aspect de ces habitations que les insectes se creusent dans les vieux troncs d’arbres. Les ouvertures situées sur les passages dans lesquels on était obligé de descendre étaient fermées d’une trappe et consolidées par une barre de bois posée en travers. De distance en distance on voit de petits trous dans lesquels on peut poser une lumière. Beaucoup de Guériments communiquaient à un puits et comme plusieurs de ces galeries ont été complètement bouchées à une époque plus ou moins reculée, la seule entrée ne se trouve maintenant que par le puits. Je n’en ai visité que trois de ce genre, mais j’en connais bon nombre qu’il est impossible d’observer à cause de l’excès d’acidej carbonique qu’ils renferment dans leur long parcours. Bon nombre d’entrées souterraines se trouvent à 3 et 4 mètres de hauteur de la terre, mais une sotte superstition des gens de l’endroit les a toujours tenu murées, je n’ai pu les visiter.
- Il serait très curieux pour l’histoire de faire fouiller à
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- fond un de ces Guériments. J’avais commencé celte besogne, qui est très facile, car la terre que contiennent les galeries est très meuble, par suite de sa grande sécheresse. Mes occupations m’ont forcé de l’abandonner ; cependant, si j’apprenais que quelques personnes voulussent bien se charger de ce travail, ce serait avec le plus grand plaisir que je leur ferais part de mes découvertes en leur montrant moi-même les souterrains en question et les quelques fragments de toutes sortes que j’ai pu recueillir.
- H. BrOTHIF.R DE RoI.LIÈRE.
- LE
- CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS
- LA. NOUVELLE GALERIE DES ARTS GRAPHIQUES
- Nous avons récemment visité la nouvelle galerie des arts graphiques que M. le colonel Laussedat, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers, a eu l’heureuse idée d’organiser, et] nous donnerons ici une description sommaire des objets que comprend ce musée rempli d’intérêt. On passe d’abord en revue la fabrication du papier et les matières premières qui le constituent ; nous avons remarqué un cadre d’échantillons de papiers divers qui ont été confectionnés en 1770, il y a plus d’un siècle, par Léorier-De-lisle. Ces papiers sont fabriqués avec des bois et des racines de toutes sortes; on y voit des spécimens de papier de saule, de chêne, de racines de chiendent, de roseaux, etc., qui montrent que l’emploi des succédanés du chiffon est déjà fort ancien. Après les matières premières, on voit les modèles des machines qui fabriquent le papier, puis des échantillons de toutes les espèces de papier. Dans la salle suivante sont exposés les modèles d’atelier typographique, de presses, de caractères, de stéréotvpie et de clichage, dont quelques-uns remontent à l’origine de ces perfectionnements de l’art de l’imprimerie. On trouve ensuite les procédés variés de la gravure, gravure sur bois et sur métal, reproduction des planches à l’aide de la galvanoplastie, les procédés et les produits de la lithographie, de la chromolithographie, de la zincographie, de la typographie *en couleurs, etc. On voit encore dans une salle voisine de remarquables spécimens de la cartographie française. Dans le fond de cette galerie on trouve enfin deux pièces consacrées à la photographie et à ses applications aux arts et aux sciences. Ici les spécimens abondent, et on ne se lasserait d’admirer tout ce qui se trouve exposé. Voici d’abord l’histoire de la photographie, retracée à l’aide des épreuves obtenues par les Niepce, les Daguerre, les Talbot, les Bayard et les Poitevin ; voici de magnifiques spécimens de panoramas et de levés photographiques, de phothographies célestes, lune, soleil, éclipses, comètes, etc.; voici encore des cadres tout remplis de curieux tableaux, reproduisant les principaux événements de l’histoire de Paris, embâcles de la Seine, inondations, éboulements, souvenirs du siège, monuments célèbres, etc., objets naturels microscopiques amplifiés par la photographie, etc., etc. Ces galeries s’enrichissent par les dons qui sont adressés au Conservatoire, par des constructeurs ou des artistes, et la galerie des arts graphiques s’accroît et s'accroîtra sans cesse. Elle comprend dès à présent, comme nous venons de l’indiquer, la fabrication du papier, la typo-
- graphie, la gravure, la lithographie et la photographie. On voit que le musée s’étend sur un domaine immense, dont les richesses sont inépuisables. M. le colonel Laus-sedal, après avoir organisé cette installation, s’occupe de la création d’une nouvelle galerie, qui sera relative aux constructions civiles ; nous la signalerons à nos lecteurs aussitôt qu’elle aura été ouverte au public.
- G. T.
- ASCENSION DU BALLON « L’HORIZON »
- Nous avons donné des détails circonstanciés de l’escapade de l’aérostat qui s’est échappé seul des mains des aévostiers militaires au moment où ils achevaient de le gonfler1. Ce ballon qui cube 5600 mètres, a exécuté dimanche 11 un magnifique voyage aérien que nous sommes heureux de signaler. L’aérostat appartenant à M. le comte de Dion a été baptisé L'Horizon; il a été gonflé cette fois par des sacs de lest rnanœuvrés à la façon ordinaire, sous l’habile direction de M. Du té-Poitevin. Le départ a eu lieu à midi de l’usine à gaz de la Yillette, par un temps froid et neigeux. MM. le comte de Dion, du Hauvel et Duté-Poitevin avaient pris place dans la nacelle; ils ont séjourné douze heures consécutives dans l’atmosphère et sont descendus à minuit dans les forêts de cèdres et de sapins, voisines d’Aarau, chef-lieu de l’Argovie. L’aérostat a été excessivement maltraité et n’a pu être enlevé du milieu de ces futaies que par une escouade de soixante hommes mis à la disposition des voyageurs par le maire d’Aarau. Les routes étaient couvertes d’une épaisseur de soixante centimètres de neige, tombée pendant la nuit. C’est l’abondance extrême de la chute de neige qui a obligé les voyageurs à atterrir brusquement au milieu des ténèbres, dans uu canton coupé par des ravins épouvantables. II y avait dans la nacelle trois lampes Swan, entretenues par une pile au bichromate de potasse qui ont été allumées à sept heures et qui ont donné une clarté très satisfaisante jusqu’au moment où les voyageurs aériens se sont aperçus qu’il fallait descendre. Ils ont alors sacrifié les appareils et les ont jetés par-dessus bord pour éviter de se trouver en contaet avec la corde, pendant les chocs du traînage. L’ancre ayant été brisée, ces chocs ont été épouvantables, mais ils n’ont duré que deux minutes, grâce à la puissance de la soupape qui était d’une forme particulière. Pendant cette course échevelée, le pardessus du comte de Dion, qui contenait une somme de deux mille cinq cents francs, a glissé par-dessus bord, et n’a pu être retrouvé.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'Électricité comme force motrice, par le comte Th. Du Moncel, membre de l’Institut, et M. Frank Gkraldy, ingénieur des Ponts et Chaussées. 1 vol. in-18°, illustré de 112 figures dessinées sur bois. Paris, librairie Hachette et Cie.
- Éléments de zoologie, par Henri Sicard, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon, agrégé à la Faculté de Médecine. 1 vol in-S° avec 758 figures intercalées dans le texte. Paris, librairie J. B. Baillière et fils, 1883.
- 1 Yoy. n° 510 du 10 mars 1883, page 231.
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- LA NATURE
- LOCOMOTIVES SYSTÈME COMPOUND
- Les traits caractéristiques de la locomotive paraissent aujourd’hui complètement arrêtés, et il ne semble plus qu’il soit possible d’y apporter de modifications de principe. L’application de la chaudière tubulaire et l’emploi du tirage forcé par l’appel dû à la vapeur d'échappement, ont donné à cette ma- i chine la puissance de vaporisation énorme dont elle avait besoin pour fournir un travail considérable malgré son faible volume.
- Enfin, pour la distribution delà vapeur, l’invention
- do la coulisse de Stephenson a assuré à l’effort moteur qu’elle fournit une élasticité merveilleuse qu’on n’aurait pu obtenir autrement. On arrive ainsi, en faisant varier l’admission et la détente, à proportionner à chaque instant l’effoit de la machine au travail résistant qu’elle doit vaincre, et qui varie lui-même avec la nature et le profil de la voie, l’état des rails, la charge à remorquer, etc.
- On conçoit immédiatement toutefois que sur les types ordinaires de machines, la détente ne peut varier que dans des proportions assez étroites limitées forcément par les dimensions des cylindres et la course des pistons. Il serait peut-être possible de
- Fig. 1. — Vue extérieure de la locomotive Compound de M. Webb.
- tirer un parti plus complet de la force d’expansion de la vapeur, comme on a réussi à le faire dans certains types de machines fixes, en poussant plus loin la détente ; on se trouve amené alors forcément à disposer un second cylindre dans lequel la vapeur vient opérer sa détente complète à sa sortie du cylindre à haute pression. Ces dispositions qui peuvent recevoir d’ailleurs des formes assez diverses, ’t'.sent connues sous le nom de tvp& Compound, et elles ont pu donner des résultats avantageux sur les machines fixes, toutefois elles paraissent trop encombrantes pour être immédiatement applicables sur les locomotives, où la place réservée au mécanisme est si restreinte.
- Néanmoins le problème présente une importance considérable, puisque la solution permettra de réa-
- liser une économie importante sur les dépenses de combustible, et certains ingénieurs sont même arrivés récemment à réaliser le type Compound sur une locomotive, et en obtenant certains avantages des plus appréciables sur les types ordinaires.
- Nous citerons par exemple la locomotive à trois cylindres type Compound dont nous avons représenté la vue extérieure dans la figure 1. Cette machine a été étudiée par M. Webb, l’éminent ingénieur anglais, elle fait actuellement le service de la malle d’Irlande ; elle fait un parcours de 500 kilomètres de Londres à Crewe, en remorquant une charge de 100 tonnes à l'aller et de 155 tonnes au retour, soit une charge de 16 voitures, avec une vitesse que nous n’atteignons pas encore en France de 84 kilomètres à l’heure. D’après les relevés faits
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- par les soins de M. Webb, elle ne consommerait que 6kil,200 de charbon par kilomètre, et réaliserait ainsi sur les types ordinaires une économie de 22 pour 100.
- On remarquera sur la vue extérieure que les organes de transmission venant de la plateforme du mécanicien se trouvent tous cachés sous l’enveloppe de la chaudière, aucun d’eux n’est apparent; c’est un trait qui se retrouve d’ailleurs sur les machines
- anglaises, dont les formes extérieures sont toujours bien nettes et dégagées des pièces de détail qu’on remarque habituellement sur nos machines françaises.
- La locomotive Compound de M. Webb a trois cylindres dont deux a sont extérieurs et actionnent l’essieu moteur d’arrière, l’autre b est intérieur et actionne l’essieu moteur d’avant (fig. 3, coupe 2). Ces deux essieux ne sont pas accouplés, ils sont actionnés
- \i; "3/
- Fig, 2. — Locomotive Compound de M. Webb.
- j\’” 1. — Vue de bout donnant les deux cylindres de haute pression a et le cylindre de détente b. — K” 2 — Vue longitudinale montrant la commande de la distribution des cylindres à haute et nasse pression.
- séparément par leurs bielles motrices, la suppression des bielles d’accouplement forme un trait tout à fait caractéristique et qui distingue essentiellement la locomotive Webb. Les deux cylindres extérieurs
- sont à haute pression, ils reçoivent directement la vapeur venant de la chaudière, ainsi qu’on le reconnaît sur les figures 2 et 3, que nous avons reproduite d’après la Revue générale des Chemins de fer : la
- Fig. 3. — Locomotive Compound de M. Webb.
- Coupe u" 1. — Distribution de la vapeur dans le cylindre à basse pression. — Coupe u* 2. — Vue eu plan de la machine, montrant les trois cylindres a et 'b avec les bielles commandant les essieux moteurs.
- vapeur arrive par le tuyau e, et, en sortant elle se rend par les tuyaux / qui remontent, dans la boîte à fumée où elle se sèche, dans le cylindre du milieu b où elle se détend complètement, puis elle est dirigée dans l’échappement par le tuyau f'.
- On a ainsi deux mécanismes distincts correspondant aux deux types de cylindres, et chacun d’eux est actionné par un changement de marche particulier représenté en traits pleins de pour les cylindres à haute pression, et en traits pointillés d'e' pour les cylindres à détente. On peut d’ailleurs
- les solidariser au moyen d’une tige de manœuvre unique D (fig. 2).
- Le cylindre à basse pression peut recevoir même au besoin la vapeur de la chaudière lorsque’ la machine doit développer un effort maximum, au départ ou en rampe, par exemple. Le mode de distribution adopté à cet effet est représenté dans la figure' 3, coupe 1 ; le tuyau b' amène la vapeur de la chaudière, et celle-ci se répand dans la boîte de distribution lorsque l’orifice a" est démasqué par le tiroir t'f comme c’est le cas sur la figure; la vapeur
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- arrive, est distribuée de Jà dans le cylindre par le tiroir t; mais quand le tiroir t! occupe la position représentée en pointillé, la vapeur d’échappement des cylindres à haute pression qui arrive en a' se répand seule dans la chambre à vapeur en passant sous ce tiroir. C’est la marche ordinaire en Com-pound de la machine.
- Nous avons dit puis haut que l’économie réalisée par M. Webb avec ce type de locomotive aurait atteint jusqu'à 22 pour 100. Outre la suppression des bielles d’accouplement, cette disposition présenterait, d’après M. Webb, l’avantage de faciliter le démarrage de la machine, de diminuer le patinage, la vapeur à son arrivée dans le cylindre à basse pression agissant en quelque sorte comme un frein qui régularise le mouvement lorsque l’échappement est trop important.
- En terminant cet article, nous devons signaler également les recherches continuelles poursuivies sur le même sujet par M. Mallet, qui a, en quelque sorte, en France, attaché son nom à la création des locomotives Compound. La ligne de Bayonne-Biarritz est exploitée depuis 1877 à l’aide de machines de son système; et M. Borodine, ingénieur en chef des chemins de fer sud-ouest russes, vient d’en faire une autre api lication qui a donné égalemjnt des résultats très favorables.
- D’après les renseignements fournis par M. Mallet à la Société des ingénieurs civils, des expériences comparatives très soignées ont été poursuivies sur ce sujet pendant le cours de l’année 1881, et elles ont permis de reconnaître que la machine Compound réalisait une économie de 10 à 14 pour 100 relativement à la consommation moyenne des autres machines de même type. Les voyages d’essai étaient faits toujours avec le même train n° 5, sur la même ligne de Kiew à Kazatine, et on avait soin de relever tous les éléments permettant d’apprécier exactement le travail développé par la machine : on prenait en effet la vitesse du train, le nombre de tours effectué par les essieux moteurs, et on prenait même toutes les trois ou cinq minutes des diagrammes de chaque cylindre de chaque côté des pistons et à chaque changement de position du levier de distribution et du régulateur.
- Des expériences ainsi conduites font le plus grand honneur à l’éminent ingénieur qui les a entreprises, et il y a lieu de penser que l’application des locomotives Compound est appelée à se répandre de plus en plus dans l’avenir, lorsqu’on aura réussi à triompher complètement des difficultés de détail inséparables d’un premier essai.
- L. B.
- CHRONIQUE
- Dépôts de nitéate dans l'État de Nevada. —
- Des nitrates de soude ont été trouvés dans le désert de Humboldt, situé dans l’Etat de Nevada, et sur différents points du côté sud-ouest de la partie basse du désert de
- Ilutnboldl, sur une distance de 25 milles. Le centre d cette région serait approximativement en face de la station de Brown sur le « Central Pacific Railroad », par 40° nord de latitude et 118° 55' ouest de longitude, à une élévation de 5925 pieds. Cette région, d’après la description qu’on en fait, ressemble au désert de Tarapaca, au Pérou. Les lits immenses de sel indiquent qu’à une certaine époque, elle se trouvait sous l’Océan. On y trouve aussi des borates et des sulfures de cbaux et de soude, de la magnésie et de l’alun. (Economist de Boston.)
- Transport de viande fraiche. — Les importations de viande abattue continuent avec succès entre le Canada et le port de Liverpool. La viande est emmagasinée dans des soutes où la température est maintenue au-dessous de zéro, au moyen de machines réfrigérantes. On préféré ce système, surtout pendant l’hiver où l’Atlantique est toujours mauvais, à l’importation de la viande sur pied, où il y a souvent des pertes sérieuses pendant les mauvaises traversées. Pendant la semaine dernière il est arrivé à Liverpool 500 moutons, 6677 quartiers de bœuf et 1825 quartiers de mouton! La viande abattue est transportée au moyen de wagons-glacières jusqu’au marché de Londres.
- La grande séance annuelle de la Société française de physique aura lieu cette année le mercredi 28 mars.
- — La librairie Hachette vient de publier une carte des chemins de fer français, à l’échelle de 1/260.000°, donnant l’indication de toutes les stations (82 centimètres de hauteur sur 95 centimètres de largeur).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 mars 1883. —Présidence de M. Blanchauo.
- Les ,brumes de Terre-Neuve. — En présentant la 2° édition du Pilote de Terre-Neuve, de M. l’amiral Cloué, M. Fave appelle l’attention sur les phénomènes météorologiques dont cette région étrange est le théâtre. Outre que Pile et le banc de Terre-Neuve sont le séjour permanent des aurores boréales; que les courants marins chaud venant de l’équateur, et froid venant du pôle, s’y rencontrent et y luttent; que le climat, l’allure du compas, le développement des mirages, y présentent des caractères tout spéciaux; — outre ces sujets d’études éminemment intéressants, cette relique de nos anciennes possessions américaines, encore si intimement liée à la prospérité de la pèche française, se signale par le développement incomparable des brouillards. Au lieu d’y présenter des formes légères et indécises, comme chez nous, les brumes se promènent dans l’atmosphère de Terre-Neuve avec des formes géométriques nettement délimitées. Tantôt un bâtiment a une moitié dans le brouillard égais pendant que l’autre est au grand soleil ; tantôt la nuée suspendue à six pieds au-dessus des flots cache l’horizon au pont du navire, tout en permettant à la chaloupe de naviguer dans un air parfaitement transparent; tantôt, au contraire, il suffit pour sortir de la vapeur de s’élever dans les hunes, d’où le capitaine peut diriger sûrement son navire.
- Ainsi, bizarres dans leur allure, les brumes de Terre-Neuve donnent lieu à des phénomènes optiques imprévus. M. Cloué, naviguant dans ces parages, aperçnt tout à coup une côte ; une sorte de colline très haute, et à sa
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- grande surprise, sur la falaise, des habitants gigantesques, aussi hauts que l’escarpement du rivage. L’équipage ne savait que penser, quand la voix des géants rétablit les choses à leur mesure réelle. Il s’agissait de gens d’une taille ordinaire placés sur la berge, à moins de 40 mètres de distance, estompée par la brume, comme une côte très lointaine. Ces illusions sont fréquentes dans ces parages et M. Fave a montré comment on peut très aisément en rendre un compte rationnel.
- Speclroscopie solaire. — Depuis l’époque où M. Janssén nous a appris à voir les protubérances sur la circonférence solaire, on n’a pas tenté de retrouver le même phénomène sur le disque du soleil : il semblait a priori que l’éclat de la photosphère dût rendre tout succès impossible. Cependant M. Tacchini annonce que l’observation est possible. En élargissant la fente du spectroscope, on reconnaît parfois sur le bord des taches les immenses éruptions caractéristiques de l’hydrogène et du gaz hélium que les chimistes n’ont pas encore constaté sur la terre.
- Nouvelle météorilique. —Une note de M. Denza, directeur de l’Observatoire de Moncalieri, donne quelques détails sur la chute de météorites observée le 16 février à deux heures trois quarts de l’après-midi, à Allianello, près de Brescia, en Italie. Le bloc, accompagné du cortège ordinaire de manifestations sonores, fut dès sa chute débité en un grand nombre de fragments que les témoins se partagèrent et dont quelques-uns furent jetés avec horreur dans le torrent voisin. On estime que le poids total devait être de 200 kilogrammes environ. D’après les échantillons parvenus dès maintenant au Muséum, la roche appartient au type Lucéite et ne paraît offrir aucune particularité nouvelle.
- Zoologie sous-marine. — Comme membre de l’expédition du Travailleur, M. Paul Fischer, aide-naturaliste au Muséum, s’est chargé de l’etude des mollusques recueillis dans les grandes profondeurs de la mer. Aujourd’hui, par l’intermédiaire du chef de l’expédition, M. le professeur Alphonse Milne Edwards, il présente les résultats que lui ont fourni les Solénoconques. Ceux-ci se répartissent en dix-huit espèces appartenant à quatre genres. Tous sont aveugles et pourvus de tentacules à l’aide desquels ils s’emparent des forarninifères dont ils font leur principale nourriture. Sur la côte du Maroc, un de ces dentales atteint 10 centimètres de longueur. Un autre, ramené de 2000 mètres de profondeur au sud de l’Espagne, ne peut pas être distingué du Dentalium Deles-seri, du pliocène italien, et ceci conduit l’auteur à des réflexions de la plus haute importance au point de vue paléontologique. 11 faut reconnaître, en effet, avec M. Fischer, que toute séparation entre la période actuelle et le pliocène est artificielle. Un grand nombre de formes pliocènes considérées comme éteintes continuent de vivre dans les abîmes marins où la drague saura les atteindre, et dès maintenant la zoologie abyssale ne peut se faire qu’à l’aide des ouvrages écrits sur la paléontologie du tertiaire supérieur. Nul argument ne saurait être plus éloquent contre la théorie cataclysimienne appliquée encore, comme on sait, par divers géologues à l’histoire du quaternaire»
- Varia. — Les calories de combinaison de divers glyco-lates ayant été récemment mesurées par M. de Forcrant, M. Tomassi fait voir qu’on pouvait les prévoir rigoureusement par le calcul. 11 en annonce d’autres en espérant qu’on les contrôlera prochainement par l’expérience. — M. Marcel Deprez expose une équation nouvelle relative
- au transport électrique de la force. — 11 paraît que la ville de Nemours désire dresser une statue au mathématicien Bezou, né dans ses murs (d’ailleurs absents). La municipalité, craignant de manquer des ressources nécessaires, fait appel au concours de toutes les bonnes volontés. Elle demande au président de faire partie du Comité de patronage; mais M. Blanchard ne paraît se soucier que fort médiocrement de cet honneur et M. Bertrand explique que si Bezou a droit à toute notre considération, l’hommage qu’on lui ménage semble exagéré. « Cauchy, s’écrie-t-il, n’a pas de statue ; Ampère n’a pas la sienne ! » — réflexion qui ne peut évidemment pas faire le compte de Nemours. — De Poitiers, M. Allard adresse des recherches que le Secrétaire qualifie d’originales. On trace pour chaque jour la direction du vent dominant et sur cette ligne on prend une longueur proportionnelle à la température ; on détermine la résultante mensuelle et on recommence tous les mois. On constate alors que cette résultante prend successivement tous les azimuts et se meut comme les aiguilles d’une montre, de façon à reprendre au bout d’un an sa situation initiale. Le calcul a beau se rapporter à quarante années consécutives, nous sommes si ignorants sur les rapports mutuels des quantités associées dans ce travail qu’on se demande en vain à quoi de pareilles remarques peuvent bien mener. — M. Reiset continue ses études sur le lait bleu. — Un nouvel équatorial est décrit par M. Lœwy. — Le Dr Fort adresse de Rio-Janeiro une note sur les effets physiologiques du café. — Il paraît que la reproduction artificielle du Saumon de Californie vient d’être réalisée en France. — Le développement de l’œuf des molluscoïdes du groupe des Ascidiens occupe M. Sabatier.
- Stanislas Meunier.
- PLANTES SANS TERRE
- ET MOtJSSE FERTILISANTE
- La culture des fleurs sans terre date de plusieurs années. Vers 1875, M. le Dr Jeannel donna la composition d’un engrais mine'ral au moyen duquel on pouvait cultiver un très grand nombre des plantes dans un sol inerte, qui était le plus souvent composé de sable de rivière ; mais il aurait pu tout aussi bien employer la mousse, comme l’a fait dernièrement un horticulteur, M. Dumesnil, de Rouen.
- M. Chaté, horticulteur à Paris, vend aujourd’hui de la mousse fertilisée par les procédés Dumesnil.
- Voici comment on emploie la mousse fertilisante :
- Pour la décoration des appartements, on prend une plante soit pour son feuillage, soit pour sa fleur, soit pour son fruit, qu’elle croisse dans une serre, dans un jardin, ou à l’état naturel dans la campagne. L’important est que, dans le dépotage ou l’arrachage, on n’offense nullement les radicelles. On la débarrasse de la terre en plaçant les racines dans de l’eau à peine tiédie, de manière que la terre se détache autant que possible d’elle-même. On peut agiter légèrement en soutenant par-dessous toute la motte. Il faut éviter de secouer, car la terre mouillée, plus lourde, entraîne souvent en se détachant brusquement une partie du chevelu. Tout le succès de la
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- LA NATURE.
- culture sans terre dépend de l’intégrité conservée des radicelles. On a disposé dans le vase ou récipient qui doit contenir les plantes, un lit peu épais de mousse préparée, un peu plus ou moins, selon la force de la plante, sur lequel on étend une égale quantité de mousse ordinaire humide, afin que les radicelles des plantes ne soient pas en contact immédiat avec la mousse fertilisante. On retire la plante de l’eau, et sur le lit de mousse on étale les racines horizontalement et circulairement. On recouvre bien les racines de mousse ordinaire et par-dessus on garnit de mousse préparée en pressant avec précaution. C'est en couverture que la mousse fertilisante est le plus efficace. — Quand on n’a pas de mousse ordinaire, il suffit de laver la mousse préparée pour la quantité qui doit se trouver en contact avec les racines. On achève en humectant la mousse et arrêtant l’arrose -ment aussitôt que l’eau traverse le vase. Si celte opération, du reste très facile, est faite convenablement, la plante ne marque aucune souffrance apparente, et prend le port, la physionomie et la liberté de la vie, dans un temps très court, beaucoup plus court que dans aucun autre mode de transplantation. Cette
- grâce de la vie individuelle conservée aux plantes même groupées ensemble, qu’aucune habileté de main ne peut donner, fera l’originalité des plantes sans terre.
- Au commencement de l’hiver, saison de repos des plantes, il convient plutôt de diminuer la quantité de mousse fertilisante, sauf à l’augmenter un peu en couverture à mesure du développement de la plante.
- Pour favoriser la reprise, la plante, après la mise sans terre, doit être tenue au repos, à l’abri de l’air -extérieur et des courants d’air.
- Nous ajouterons, d’autre part, que des plantes, appartenant à des familles très diverses, végètent fort bien dans du sable, du charbon en poudre, et pousseraient tout aussi bien dans de la mousse, à condition d’être arrosées, une ou deux fois par semaine, avec une, deux ou trois cuillerées à café (suivant la force de la plante), d’un liquide dont nous donnons plus loin la composition.
- Ces arrosements ne dispensent pas, d’ailleurs, de
- mouiller la plante les autres jours de la semaine, s’il y a lieu ; mais il ne faut le faire qu’avec de l’eau ordinaire, de préférence avec de l’eau de pluie ou de rivière.
- On ne doit user de l’engrais Jeannel que pendant la période où la plante est franchement en végétation ; lorsqu’elle commence à pousser, on lui en donne des doses graduellement croissantes, et on n’arrive à la quantité indiquée plus haut que lorsque la végétation a acquis sa plus grande activité.
- Pendant le repos, on ne donne que de l’eau ordinaire.
- Le Dr Jeannel a donné deux formules ; mais la dernière est la meilleure :
- Azotate d’ammoniaque, 380 grammes ; biphosphate
- d’ammoniaque brut, 300 ; azotate de potasse,,.brut, 260; biphosphate de chaux en poudre fine,.50'; sulfate de fer . (couperose verte), 10. Total, 1000 gr.
- Pulvérisez, mêlez et gardez à l’abri de l’air ; faites dissoudre le mélange à raison de 1 à 3 grammes par litre d’eau.
- D’après nous, il manque à ce mélange un silicate soluble ; mais l’eau des arrosages ou la
- mousse peuvent sans doute y suppléer.
- ! En arrosant les plantes de ce mélange souvent et | à discrétion, on les tuerait probablement en peu de | temps ; car les sels en excès s’accumuleraient dans le sol factice, et deviendraient un poison pour les racines. En fait d’engrais liquide, il faut être très réservé.
- D’ailleurs, quoique le Dr Jeannel ne l’ait pas indiqué, je pense que de temps en temps (de mois en mois, par exemple), il convient de faire passer, par voie d’arrosage, dans le sable ou la mousse, une quantité considérable d’eau pure, afin d’empêcher l’accumulation des sels que les plantes n’auraient pu s’assimiler1.
- 1 D’après une note communiquée à La Nature par M. E. 11., à Périgueux.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissxndier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris,
- Muguets et primevères cultivés dans la mousse fertilisante de M. Dumesuil.
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- N° 513
- 31 MARS 1883,
- LA NATURE
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- ASCENSEUR DE SAUVETAGE POUR LES INCENDIES
- Il arrive fréquemment dans les incendies de maisons à plusieurs étages, que les escaliers qui conduisent aux étages supérieurs sont dévorés par
- le feu avant que les habitants de ces parties élevées du bâtiment, aient eu le temps de s’échapper. Les fenêtres sont les seules issues praticables, et un
- Nouvel ascenseur de sauvetage pour les incendies, expérimenté à Itoueu dans l’ancienne école normale.
- grand nombre de systèmes ont été proposés déjà, pour élever rapidement de la surface du sol aux fenêtres élevées d’une maison, des échelles, des cylindres de toile, etc., dans lesquels les pompiers peuvent opérer le sauvetage des malheureux que menacent les flammes.
- L’appareil que nous représentons aujourd’hui, tel qu’il a été essayé récemment par le corps 11e — l*r semestre.
- des pompiers de la ville de Rouen, a pour but d’élever à la hauteur de n’importe quel étage d’une maison ou d'un édifice en feu, un hamac supporté par ses deux extrémités et dans lequel on peut, en toute sécurité, descendre ou au besoin se jeter pour être ensuite ramené à terre.
- Cet appareil permet encore de faire monter deux pompiers munis de leurs lances, à la hauteur d’une
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- LA NATURE.
- fenêtre élevée et de pouvoir attaquer ainsi le foyer à bout portant, soit en restant dans le hamac, soit en entrant par la fenêtre, mais en laissant toujours aux pompiers une retraite assurée.
- Cet appareil a été imaginé par MM. Guéroult et Blondel ; il se compose de un ou de deux montants en trois parties ; la première partie, fixée sur une base en fonte, porte les treuils, engrenages et manivelles, servant d’abord au soulèvement des autres parties, puis à l’élévation du hamac.
- Le soulèvement est effectué au moyen du premier treuil, sur lequel s’enroule une corde métallique fixée par une de ces extrémités au haut de la première partie et passant dans les poulies de retour, dont une est attachée au bas de la deuxième partie ; le soulèvement de la troisième partie se fait par l’intermédiaire d’une autre corde métallique fixée par un bout au bas de celle-ci : de l’autre bout au haut de la première partie et par une poulie de retour lixée au haut de la seconde partie.
- Il résulte de cette disposition qu'au moyen du premier treuil attaché sur la première partie on opère le soulèvement simultané des deux autres. Les pièces sortent les unes des autres à la façon des règles à rainures d’une règle à calcul ; elles peuvent être arrêtées entre 6 et 15 mètres; le système permet d’atteindre 20 mètres en ajoutant une quatrième partie au montant.
- Le deuxième treuil, spécialement destiné à élever le hamac ou tout autre fardeau, est mis en mouvement par la même manivelle au moyen d’engrenages combinés, déroulant ou enroulant la corde métallique du hamac pendant le soulèvement de sa poulie de retour : celle-ci est attachée au haut de la troisième partie, de manière à ce que le mousqueton servant à l’accrochage, soit toujours à hauteur, quelque soit le degré de déploiement du montant.
- Au point d’attache de la poulie du hamac est lixé le sommet d’un triangle, dont la base est munie de dents à ressorts destinées à s’opposer au déplacement du montant, lorsqu’il est appuyé sur la façade.
- Sur la manivelle de chaque montant sont disposés des cliquets automatiques de sûreté permettant de monter et descendre librement le fardeau tant que les hommes tiennent les poignées des manivelles; mais si par une cause quelconque la poignée vient à échapper des mains de l’opérateur, immédiatement le cliquet s’engage dans les dents du rochet, et l’arrêt est instantané, évitant ainsi la chute du fardeau quel qu’il soit.
- Le hamac représenté est une cage en fer entourée de forte toile ; il se plie à la manière des lits en fer ordinaires : mais, lorsqu’on veut ne- se servir que d’un montant à la fois le hamac est, remplacé par une petite cage carrée suspendue par quatre chaînes, disposition qui permet d’opérer le sauvetage de deux personnes en même temps sur deux points différents.
- L’ensemble de chaque montant, rentré en lui-
- même, se place sur une voiture disposée pour en permettre le mâtage par un simple mouvement de bascule. Cette voiture, montée sur ressorts, sert au transport à main de cet engin. Un homme ou deux à chaque voiture suffisent pour le conduire à l’endroit désiré.
- SUR LES SENSATIONS TACTILES
- Tout le monde sait que si l’on touche successivement des objets différents placés dans une même chambre, et, par suite, à la même température, par exemple le bord d’une table, un vase en porcelaine, un morceau de métal, on éprouve des sensations différentes, qui semblent se rapporter à des températures diverses. Dans les traités de physique, on explique brièvement ces faits en disant qu’ils sont dus à la plus ou moins grande conductibilité des corps touchés.
- En y réfléchissant attentivement, on voit que le phénomène est complexe et produit par la superposition des trois causes suivantes :
- 1° Conductibilité propre de l’objet ;
- 2° Sa chaleur spécifique ;
- 5° Le degré de poli de sa surface.
- La première, la seule, à ma connaissance, invoquée jusqu’ici, se comprend aisément. La seconde, la chaleur spécifique du corps, joue surtout un rôle lorsque le contact est prolongé. C’est elle qui explique cette expérience que j’ai imaginée pour pouvoir étudier nettement le phénomène : dans un verre à expériences ou superpose une couche d’alcool à de l’eau très froide ; on attend que les deux liquides se soient mis en équilibre de température, puis on y plonge avec précaution, un ou deux doigts, de manière à ce que l’extrémité seule soit dans l’eau. On éprouve alors une .sensation de froid beaucoup plus marquée dans la partie du doigt qui pénètre dans l’eau que dans celle qui traverse l’alcool.
- Eh passant, je rappellerai le fait connu, qu’on peut impunément absorber de l’eau de-vie refroidie à des températures extrêmes qui ne s’obtiennent que dans les laboratoires, telles que — 50° et — 00°. L’eau, à cette température, déterminerait par son contact avec la peau une désorganisation semblable à celle qu’y produirait une goutte de plomb fondu.
- Enfin, le degré de poli de la surface touchée est, je crois, prépondérant dans l’effet produit, à égalité des deux conditions précédentes ; j’ai mis ce fait en évidence par plusieurs expériences bien simples :
- 1° On casse une petite plaque de marbre poli, et l’on pose les doigts successivement sur une partie polie et sur la cassure ; la première, seule, donne une sensation de froid très marquée ; il en est de même si l’on polit une facette sur un caillou quelconque;
- 2° On dépolit un morceau de verre sur la moitié de l’une de ses faces en le frottant avec un morceau de grès. Alors, promenant le bout des doigts sur cette surface, on ressent une impression de froid en passant de la partie dépolie sur l’autre ;
- 5° On use l’un des côtés d’une lime tiers-point sur la meule : ce côté semble plus froid que les autres quand on le touche ;
- 4° Enfin, un morceau de papier à lettre glacé détermine une sensation de fraîcheur du côté lisse ; il n’en est pas de même du côté rugueux.
- Tous ces faits s’expliquent aisément ; quand on presse avec
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- LA NATURE.
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- la main un corps poli avec soin, il y a un très grand nombre de contacts de l’objet avec les papilles ou corpuscules du tact, les sensations s’additionnent et produisent une impression plus intense. Au contraire, sur un objet rugueux ou dépoli, il n’y a qu’un petit nombre de points de contact de ces papilles nerveuses et des saillies de la peau, par suite, une sensation incomplète ou affaiblie.
- C’est de la même manière qu’on se rend compte de ce fait observé par tout le monde, qu’un liquide paraît toujours plus froid que le vase qui le contient ; les molécules du liquide s’appliquant immédiatement sur tous les corpuscules tactiles de la peau.
- Parize.
- LA TÊTE QUI PARLE
- ET S EVANOUIT EN FUMÉE
- Le truc que signale La Nature dans le numéro du 3 mars1 était déjà connu des Chaldéens ou Mages, prêtres subalternes qui, au commencement de notre ère, se répandirent de Babylone sur tout l’Occident pour y exercer la profession de devins.
- Saint Origène a composé un livre fort curieux, intitulé Philosophumena où il réfuté les erreurs et dévoile les prestiges des prêtres païens. Ce livre n’a encore jamais été traduit du grec en français. J’en extrais le passage suivant :
- « Les Mages font parler une tête posée à terre de la manière suivante : Ils prennent une vessie de bœuf qu’ils enduisent de cire d’Etrurie et de plâtre préparé à cet effet. La vessie étant ainsi enveloppée présente l’apparence d’une tête, et pour qu’elle semble à tous parler, on fait arriver dans l’intérieur la trachée-artère d’une grue ou de quelque autre oiseau à long cou et c’est par ce moyen qu’un compère caché dit ce qu’il veut.
- « Lorsqu’on désire que la tête s’évanouisse, on l’entoure d’un cercle de charbons : alors elle paraît se transformer en fumée, et, la cire se fondant par la chaleur des charbons, on ne voit plus la tète. »
- Saint Origène aurait pu ajouter que le plâtre et la cire fondus forment par leur mélange une croûte qui vient boucher l’orifice du conduit par lequel parle le compère et empêcher le spectateur de se rendre compte du procédé. Le truc n’en est pas moins fort primitif, surtout quant à la nature du conduit, mais j’aurai l’occasion de montrer une autre fois que les prêtres païens ne se donnaient pas grand’peine pour en imposer aux gens qui venaient les consulter et ne demandaient qu’à être trompés.
- À. de Rochas.
- UNE NOUVELLE
- THÉORIE SUR LA CAUSE DES Y0LCANS
- ET DES
- SOULÈVEMENTS DE LA CROUTE TERRESTRE
- Dans la séance de l'Association géologique de la Grande-Bretagne du 2 de ce mois, M. \V. J. Stanley a lu un Mémoire suggérant la théorie de l’action volcanique et des soulèvements terrestres. U les attribue entièrement au poids causé par l’amoncellement des glaces à l’un des pôles de la terre : l’état actuel étant produit par Faccu-
- 1 Yoy. n° 509 du 3 mars 1883, p.
- mulation des glaces au pôle Sud. La glace par son poids agirait comme par une pression hydraulique sur la ma* tière semi-liquide ou visqueuse de l’intérieur du globe.
- La croûte extérieure étant flexible céderait sous cette près-sion. La pression exercée au pôle produirait des soulèvements dans d’autres régions, soit lentement, soit par l’action volcanique, là où la croûte offre la moindre résistance, afin de rétablir l’équilibre général de la matière en gravitation, par lequel le globe terrestre conserve la forme d’une sphéroïde en révolution. — ainsi que l’expérience le démontre.
- M. Stanley a indiqué qu’aucune théorie fondée uniquement sur les oscillations de la surface ne pouvait s’accorder avec les faits constatés de la géologie, qui montrent d’énormes dépôts sédimentaires, preuve évidente d’énormes dénudations, qui nécessitent également l’action antérieure d’un système régulier de soulèvements de la surface terrestre ; et ce soulèvement est visible, dans ce moment, ou du moins l’était récemment, sur tout le continent de l’Amérique du Sud, et dans le nord de l’Europe.
- Quant aux faits généraux de l’accumulation des glaces au pôle Sud, M. Stanley accepte la théorie de M. Ad-hémar, telle qu’il l’a exposée dans son ouvrage : Les Révolutions de la mer, où il démontre que le pôle de la terre dans l’hiver Aphélion aurait un hiver plus long et plus froid, et par l’élévation des glaces près du pôle à un plus haut niveau, aurait aussi un été plus froid ; ainsi qu’on l’a observé, dans les régions antarctiques.
- Cette théorie a été approfondie en Angleterre, — d’après les données produites par le savant géologue français, — par le Dr Croll dans plusieurs mémoires à la Société Royale de Londres et à celle d’Edimbourg. Mais elle ne semble pas avoir été étudiée au même point en France.
- M. Stanley a ajouté que le Groenland, à l’époque actuelle, représentait une sorte de système polaire en miniature, dans lequel l’accumulation des glaces était constamment maintenue, dans l’intérieur, et oùla côte, actuellement, s’enfonçait sous ce poids, qui doit inévitablement réagir (suivant sa théorie) par une élévation locale quelque part, — probablement en Irlande ou en Scandinavie.
- NÉCROLOGIE
- lie Dr Iiasègue. — L’éminent aliéniste est mort le mardi 20 mars, à l’âge de soixante-quatre ans. Le Dr Lasègue était depuis de longues années professeur de clinique à l’Académie de médecine et médecin en chef de l’infirmerie du Dépôt de la préfecture. Mais c’est surtout comme médecin-expert, chargé par les juges d’instruction et les tribunaux d’examiner les accusés au point de vue mental, que le Dr Lasègue avait conquis sa célébrité. Il ne devait qu’à lui-même la haute situation à laquelle il était parvenu. Chef de clinique de Trousseau, puis médecin des hôpitaux, il était devenu tour à tour agrégé de F Ecole* de médecine, puis professeur en titre, enfin membre de l’Académie de médecine et médecin en chef du Dépôt delà préfecture. Il était depuis 1871 officier de la Légion d’honneur. '
- Le Dr Lasègue ne laisse point d’ouvrages de médecine propremeût dits ; mais il a écrit des études remarquables dans son journal les Archives de médecine et dans les Annales médico-psychologiques. Son travail sur le délire des persécutions est devenu classique à la Faculté.
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- LA NATURE.
- LA STATION MAGNÉTIQUE
- DE L’OBSERVATOIRE DD PARC, SAINT-MAUR Suite et lin. — (Voy. p. 246.)
- LE MAGNÉTOMÉTRE ENREGISTREUR DE M. IYIASCART
- Nous avons vu que la force magnétique terrestre éprouve fréquemment, dans sa direction et dans son intensité, des variations irrégulières et brusques, eu sorte que l’observation, même répétée, des appareils à lecture directe, est absolument insuffisante en temps de perturbation. C’est à la photographie que
- l’on a demandé l’enregistrement continu des phénomènes magnétiques; l’extrême sensibilité du papier au gélatino-bromure d’argent permet d’obtenir ce résultat d’une manière à la fois sûre et économique.
- L’enregistreur le plus répandu est celui qui est connu sous le nom de magnélomètre de Kew; jusqu’à ces dernières années, il a été à peu près exclusivement employé dans les rares observatoires où l’étude du magnétisme terrestre soit organisée d’une manière complète. Cet appareil donne des résultats excellents; mais son prix est élevé, et son installation coûteuse, ainsi que les frais d’entretien.
- Fig. 1. — Station magnétique de l'Observatoire du Parc Saint-Maur. —Vue d’ensemble des appareils enregistreurs (cave de l'Est).
- M. Mascart, sans sacrifier en rien la précision, qui est la condition rigoureuse d’observations aussi délicates, a imaginé un magnélomètre enregistreur qui permet de réaliser entre autres les améliorations suivantes : 1° réduction considérable du prix de l’appareil; 2° réduction de la cave magnétique aux moindres dimensions ; 3° emploi d’une source de lumière unique pour les trois boussoles ; 4° enregistrement de tous les éléments sur la même feuille de papier, ce qui facilite la comparaison des divers résultats.
- Le magnétomètre enregistreur de M'. Mascart, établi à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, est installé dans la cave de l’Est du pavillon magnétique; la forme intérieure de cette cave est un rectangle de m,50 sur 2“,50; elle est aérée par trois soupiraux
- de construction semblable à celui de la figure 1. L’enregistrement doit nécessairement se faire à l’abri de la lumière; pour réaliser cette condition, on a disposé verticalement devant chaque soupirail, à l’extérieur du pavillon, et à 8 centimètres environ du mur, un volet plein qui, tout en maintenant l’aération nécessaire, fait obstacle au passage de la lumière; en outre, des toiles noires flottent librement à l’intérieur devant chaque ouverture et complètent l’obscurité de la cave.
- L’ensemble de l’installation est représenté figure I. Les appareils de variations ont été construits par M. Carpentier ; ce sont les mêmes que ceux qui servent à l’observation directe, et dont nous avons donné précédemment la description ; ils sont fixés également, d’une manière invariable, sur des piliers
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- LÀ NATURE.
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- en maçonnerie. Rappelons que ces boussoles sont au nombre de trois : le déclinomètre D pour la déclinaison, le bifilaire B pour la composante horizontale, et la balance C pour la composante verticale; chaque appareil est muni d’un miroir fixe, et d’un miroir mobile qui suit les déviations du barreau aimanté. Dans le déclinomètre et le bifilaire, l’ouverture antérieure de la cage métallique est fermée par une lentille convergente de lm,10 environ de longueur focale ; dans la balance, cette lentille est remplacée par une couibure convenable de l’une des faces du prisme qui sert à redresser les images.
- L’enregistreur pro -prement dit H (fig. 1) est représenté en détail figure 2 ; il a été construit par M. J. Duboscq. Pour laisser voir la disposition intérieure, on a enlevé sur le dessin une partie de la face antérieure de la caisse d’horloge. Cette caisse est divisée dans toute sa hauteur en deux parties, séparées par une cloison en bois; au fond se trouve un mouvement d’horlogerie H à pendule et à poids; la partie antérieure forme chambre noire et contient le châssis photographique E.
- Ce châssis glisse dans un cadre à rainures qui peut, par l’intermédiaire d’une crémaillère C et d’une roue à rochet R commandée par l’horloge, descendre de toute sa hauteur pendant un intervalle de vingt-quatre heures.
- La source lumineuse est constituée simplement par une petite lampe G à gazogène. Lorsque le liquide combustible est de bonne qualité, et que la mèche est convenablement réglée, cette lampe peut briller avec une intensité assez constante pendant environ trente-six heures; en prenant soin de la charger chaque jour à heure fixe, on est donc assuré d’avoir un éclairage régulier. Le foyer de la lampe est placé au centre d’une lanterne L adossée à l'horloge, et munie, sur chacune de ses trois faces libres, d’une monture métallique portant une lentille de champ, et une fente verticale F' dont on peut modifier la largeur à volonté. Ces montures peuvent être déplacées verticalement ou horizontalement, pour la facilité du réglage.
- L’horloge est fixée dans une position telle que son
- pendule oscille dans un plan parallèle au méridien magnétique ; l’une des fentes envoie un rayon lumineux au déclinomètre, la deuxième au bifilaire, la troisième à la balance. L’ensemble du système est disposé pour que les images lumineuses des fentes, après s’être réfléchies sur les miroirs, soient renvoyées sur le papier sensible.
- La figure 3 donnera une idée de cette disposition. Les rayons réfléchis qui proviennent d’un des instruments latéraux, le déclinomètre, par exemple, tombent sur un prisme à angle droit Pt, qui les renvoie sur une fenêtre étroite ménagée devant le châssis photographique et qui peut être fermée à volonté par un obturateur 0 commandé par une vis extérieure V (fig. 2); par un réglage convenable de la fente, on fait en sorte que les deux images D et D' (fig. 3), réfléchies par le miroir fixe et par le miroir mobile, se forment nettement sur le papier sensible.
- Le bifilaire donne de même par le prisme P, deux images B et B' de la fente correspondant. Les prismes Pt et P2 couvrent chacun un tiers de la largeur de la feuille de papier ; le tiers intermédiaire reste libre et reçoit directement les images G et C' de la fente correspondant à la balance, images qui ont été réfractées préalablement par le prisme adapté à cet appareil. On obtient ainsi sur le papier six traces, dont trois sont les lignes de j repère de chacun des éléments, et les trois autres autant de courbes qui en donnent les variations. La distance d’une courbe à la droite qui lui sert de repère est proportionnelle à l’angle que font entre eux les deux miroirs.
- L’heure est également enregistrée sur la feuille de papier. Le mouvement d’horlogerie est combiné pour que le cadre descende exactement d’un centimètre par heure, en sorte que la longueur totale des courbes est de 24 centimètres. Le papier est pressé dans le châssis entre deux lames de verre, dont l’une, sur laquelle appuie le côté sensibilisé, est transparente et porte vingt-cinq traits horizontaux distants d’un centimètre l’un de l’autre. Ces traits se présentent tour à tour devant la fenêtre, inter-
- fig. 2. — Délai! de l’enregistreur proprement dit.
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- ceptent la lumière pendant quelques instants et produisent sur les lignes, les interruptions que l’on remarque sur la figure 4. Mais le papier n’est pas toujours remplacé à la même minute, et, d’un autre côté, on n’est jamais certain que le cadre soit remonté exactement au même point. La fenêtre étant fermée pendant les quelques instants nécessaires à la substitution du papier et au renouvellement de la lampe, il suffit de noter exactement l'heure à laquelle on l’ouvre après avoir remonté le cadre, et d’inscrire ensuite cette heure sur la feuille.
- On pourrait aussi marquer l’heure par une perturbation périodique des barreaux aimantés. Pour cela, on adapte à l’horloge un contact électrique qui ferme un circuit toutes les heures, pendant quelques instants, au moment où l’aiguille des minutes passe sur midi; ce circuit renferme une petite pile, et le courant passe dans trois bobines sans fer placées auprès de chaque instrument. Il en résulte des oscillations horaires de chaque barreau, et un trouble passager dans la courbe correspondante.
- Enfin, on obtient encore sur l'épreuve, par l’action de la lumière, les dif férentes inscriptions que porte la figure 4 : Magnétisme, Parc Saint-Maur,
- Composante horizontale, etc. Ces inscriptions sont transparentes sur le verre noirci qui forme le fond du cadre photographique.
- Pour les produire sur la feuille, on commence par couvrir le côté sensibilisé du papier, puis on expose le châssis à la lumière d’une bougie, du côté du verre noirci, pendant quelques secondes. La sensibilité du papier est telle que cette courte exposition suffit pour une bonne impression photographique des inscriptions à travers la feuille. Le châssis est retiré de son cadre chaque jour à midi ; on enlève le papier, on le remplace par un autre, et remettant le châssis dans sa monture, on le relève par une ficelle jusqu’à la partie supérieure de la chambre noire, où il est de nouveau maintenu par la roue à rochet.
- L’action de la lumière sur le papier au gélatino-
- bromure d’argent n’apparaît qu’au développement de l’épreuve. L’image se révèle par le procédé à l’oxalate de fer, dont la formule est bien connue ; on la fixe ensuite à l’hyposulfite de soude. En sortant des bains, l’épreuve se présente sous l’aspect de la figure 4, sauf la date, qui est ajoutée à la main, après le séchage. Cette figure n’est du reste qu’une réduction ; les courbes sont reproduites en grandeur réelle dans la figure accompagnant l’article que nous avons publié ici-même sur les perturbations magnétiques du mois de novembre dernier1.
- Les images étant révélées, il ne reste plus qu’à traduire les courbes en valeurs numériques ; il faut donc procéder d’abord à la graduation des appareils. Pour le déclinomè-tre, on tourne la cage de l’instrument, et par suite le miroir fixe, d’un angle connu, indiqué par le cercle gradué inférieur ; la ligne de repère se déplace, et la distance des deux images des miroirs avant et après la rotation, donne la valeur angulaire du millimètre sur le papier. De même, en tournant le treuil seulement d’un angle de 90° par exemple, on observe, par
- le déplacement de l’i -mage mobile, l’influence, d’ailleurs très faible, due à la torsion du fil de suspension. On déduit de ces expériences la valeur angulaire que re-présente un écart d’un millimètre sur la feuille.
- La gradua -tion des deux autres appa -reils a pour but de rechercher à quelle fraction de la composante horizontale et de la composante verticale correspond l’ordonnée de la courbe. Pour cela, on place successivement auprès du déclinomètre, du bifilaire, de la balance, dans une position spéciale et à une distance uniforme, pendant cinq ou dix minutes, un aimant auxiliaire supporté par une règle de comparaison. L’action de cet aimant modifie la position de chacun des trois barreaux, et produit un déplacement brusque de l’image mobile. Ces écarts, qui
- 1 Voy. n° 497 du 9 décembre 1882, p. 24.
- Fig. 3. — Formation des images sur le papier sensibilisé.
- -1 Parc Saint-Maur.
- I 0h30
- Du 24 au 25 février 1883.
- -s
- l
- S;____
- 5
- e. —
- Fig. 4.
- ‘V'
- — Spécimen des courbes obtenues par le magnétomètre enregistreur de M. Mascart. Réduction au 1/3.
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-
- LA NATURE
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- laissent leur trace sur le papier, permettent de déterminer par le calcul à quelle fraction des composantes correspond un millimètre sur l’épreuve. La sensibilité des appareils est réglée pour que les variations des divers éléments soient toujours comprises dans les limites du papier. C’est par des expériences analogues que l’on mesure, et que l’on vérifie de temps en temps, la valeur d’une division des échelles des appareils à lecture directe. Les ordonnées des trois courbes donnent donc les variations des trois éléments, sauf les corrections de température relatives aux deux derniers. On contrôle du reste tous les jours les résultats de l’enregistreur par ceux que donnent les appareils de variations à lecture directe.
- Le magnétomètre enregistreur de M. Mascart fait partie du matériel scientifique emporté par l’expédition française du cap Horn; il fonctionne dès maintenant à l’Observatoire météorologique du Petit-Port à Nantes et à l’Observatoire de Lyon ; d’autres stations prennent des dispositions pour le mettre en service prochainement. On peut espérer que les conditions économiques réalisées par cet appareil, mieux en harmonie avec les modestes crédits dont disposent nos observatoires régionaux, en généraliseront rapidement l’emploi. La comparaison des résultats obtenus simultanément dans les diverses stations fournira à la science des documents d’ensemble sur l’importance desquels il est inutile d’insister, et qui font défaut jusqu’ici pour l’étude de cette partie si peu connue de la physique du globe, qui s’appelle le magnétisme terrestre.
- Th. Moore aux.
- L’ÉLECTRICITÉ PRATIQUE1
- Résistance des fils de cuivre. — Un fil de
- cuivre pur recuit de 1 mètre de longueur et de 1 millimètre de diamètre a une résistance de 0,02 ohm à 0° C.
- Soit l la longueur d’un fil de cuivre donné (en mètres), d son diamètre (en millimètres) ; sa résistance r à la même température sera ;
- 0,02 x / .
- r —-----rr— ohms.
- d2
- Exemple numérique. — Trouver la résistance en ohms d’un fil de 25 mètres de longueur et de 0,4 millimètre de diamètre. La formule ci-dessus donne :
- 0,02 x 25 0,42
- = 3,75 ohms.
- On ne trouve jamais de cuivre pur dans le commerce. Le meilleur cuivre pour les câbles et les machines dynamoélectriques a une conductibilité qui varie entre 0,93 et 0,98 pour 100. Le fil ordinaire du commerce varie entre
- 1 Un grand nombre de lecteurs nous demandent fréquemment des renseignements pratiques relatifs à l’électricité; nous répondrons désormais aux questions d’un intérêt général qui nous seront adressées, et nous commençons aujourd’hui à donner quelques détails sur des sujets qu’on nous a prié d’élucider.
- 0,70 et 0,90, mais il n’est pas rare de trouver des échantillons de conductibilité très inférieure, 0,50 et au-dessous. Il ne faudra donc pas être étonné si 25 mètres de fil de cuivre du commerce de 0,4 millimètre fournissent une résistance mesurée de 6, 7 et même 8 ohms au lieu de 3,75 ohms, chiffre qui correspond au cuivre ptir à 0° C.
- L’élévation de température augmente la résistance du cuivre pur de 0,38 pour 100 par degré centigrade. Ainsi, par exemple, un fil de cuivre pur ayant une résistance de 5,75 ohms à 0° C. aura à 15° une résistance de :
- 3,75 +
- 3,75 (0,58 x 15) ÏÔÜ
- = 3,96 ohms.
- Lorsque, au lieu de donner le diamètre d’un fil, on
- donne sa section en millimètres carrés s, et sa longueur
- en mètres l, sa résistance ri est alors :
- 0,0162 X l , rt=------------- ohms.
- toujours en supposant du cuivre pur recuit à 0° C.
- La durée des piles Leclanché. — Il est impossible d’apprécier par le temps seulement, la durée des éléments Leclanché, et, par suite, de répondre à cette question qui nous est souvent posée : Combien de temps dure une pile Leclanché ?
- En voici la raison : Une pile Leclanché, chargée à neuf, représente une certaine provision de combustible, le zinc, et une certaine provision de comburant constitué ici, d’une part, par le chlorhydrate d’ammoniaque, et, d’autre part, par une partie de l’oxygène renfermé dans le bioxyde de manganèse.
- Dès que l’un de ces corps, zinc, chlorhydrate d’ammoniaque ou bioxyde de manganèse, sera épuisé, la pile cessera de fonctionner, et il faudra renouveler la provision, c’est-à-dire recharger la pile, en remplaçant le zinc, la solution ou les agglomérés. Supposons, pour fixer les idées, que la provision de chlorhydrate soit suffisante pour fournir une quantité d’électricité égale à 25 000 coulombs, et que la pile soit consacrée exclusivement au fonctionnement d’une sonnerie domestique marchant à un quart d’ampère. La sonnerie dépensera un quart de coulomb par seconde; la pile pourra donc l’actionner pendant une durée totale de
- 25 000 x 4 = 100 000 secondes.
- Si nous faisons en moyenne 25 appels par jour, de 4 secondes chacun, nous dépenserons juste 1 coulomb par appel, 25 coulombs par jour; la pile marchera donc 1000 jours, c’est-à-dire près de 3 ans. Si nous faisons 100 appels par jour, la charge sera épuisée au bout de 8 mois, mais, dans tous les cas, lorsque la durée totale du fonctionnement aura été de 100 000 secondes ou, plus exactement, lorsque là pile aura fourni 25 000 coulombs d’électricité.
- En effet, si la ligne est mal isolée, qu’il s’y produise des fuites, des faux contacts, etc., la pile pourra s’épuiser lentement et d’une manière continue sans que le travail utile corresponde à la quantité totale d’électricité représentée par le poids de substances actives introduites dans la pile au moment de la charge, et c’est là une cause fréquente de mécomptes. Lorsque la ligne est mal isolée, le seul remède efficace est de refaire entièrement la ligne, en prenant toutes les précautions et les soins nécessaires.
- Une autre cause de mécomptes provient de ce que lorsque, dans une installation déjà établie, on substitue
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- LA NATURE.
- des cléments aggbmérés aux éléments à vases poreux anciens, on observe un épuisement ptus rapide de la pile qui fait quelquefois rejeter le nouveau modèle. Cela est dù uniquement à ce que les éléments à agglomérés présentant une résistance intérieure moins grande que les anciens éléments à vase poreux, fournissent, sur un circuit extérieur égal, un courant plus intense, et, par suite, s’épuisent plus rapidement. Le remède consiste, suivant les cas, dans l’emploi de sonneries plus résistantes, ou dans la diminution du nombre des éléments.
- LE
- GRAND ORGUE DU PALAIS DE CRISTAL
- A LONDRES
- Les grandes orgues modernes dont nous donnons aujourd’hui un des plus beaux spécimens, sont sans contredit l’exemple le plus frappant qu’on puisse citer pour mettre en relief les résultats d’une heureuse alliance entre l’Art et la Science, ces deux grandes manifestations du progrès intellectuel moderne. Un chiffre brutal en dira plus que les plus belles phrases. Dans> l’orgue que nous signalons aujourd’hui, l’artiste dispose de quatre mille quatre cents notes distinctes par leur hauteur ou par leur timbre, qu’il peut faire résonner successivement ou simultanément, en nombre variable à l’infini, avec force ou avec douceur, etc., à sa seule volonté, et sans plus de fatigue que pour un harmonium de salon. ‘
- Ces quatre mille quatre cents notes sont fournies par un nombre égal de tuyaux en bois ou en métal dont le .plus petit a 18 millimètres de longueur et 6 millimètres de diamètre, tandis que le plus grand n’a pas moins de 32 pieds (9m,60) de hauteur. Ces tuyaux se divisent, suivant la nature des sons à produire, en tuyaux à embouchure de flûte-et en tuyaux à anche.
- Les anches sont très rarement employées pour les tuyaux qui dépassent une hauteur de 16 pieds : les notes graves sont donc exclusivement fournies par des tuyaux à embouchure de flûte. 11 suffit de modifier la forme de ces tuyaux, leur nature, etc., pour obtenir les nombreuses variétés de timbre qui permettent de varier les effets à l’infini.
- On sait que pour faire résonner ces tuyaux, ih faut les faire traverser par un courant d’air de volume et de pression convenable; c’est ce qu’on nomme donner du vent. Le rôle de l’organiste con-j siste à distribuer le vent aux tuyaux : il a à cet’ effet à sa disposition quatre claviers distincts superposés, disposés l’un au-dessus de l’autre, en retrait comme les marches d’un escalier, et un pédalier, consacré plus spécialement aux grands tuyaux d’accompagnement. Les quatre claviers et le pédalier constituent en réalité cinq instruments distincts, dont on peut jouer séparément, ou en les couplant,
- à la volonté de l’artiste. Le vent est fourni par une série de grands soufflets, mis en mouvement par des moteurs hydrauliques, et vient s’emmagasiner dans de véritables réservoirs qui servent à la distribution du vent et surtout à maintenir une pression régulière, condition essentielle pour un bon fonctionnement du système.
- Chaque touche du clavier commande plusieurs jeux de tuyaux : ainsi, par exemple, le premier clavier qu’on désigne sous le nom de grand orgue porte cinquante-huit touches et chacune de ces touches commande un tuyau dans dix-neuf jeux différents. Si, comme cela existe dans les petites orgues, l’abaissement de la louche actionnait directement les dix-neuf tuyaux, on serait conduit à une disposition fort complexe de leviers, tringles, renvois de mouvement, etc. Le travail mécanique nécessaire à la mise en action de tous ces leviers rendrait le jeu de l’orgue très fatigant et, au bout de quelques minutes, l’organiste serait épuisé par cette gymnastique d’un nouveau genre. Cette difficulté mécanique a été très heureusement vaincue par l’emploi de leviers pneumatiques, véritables relais grâce auxquels l’effort du doigt de l’artiste ouvre seulement le passage à l’air comprimé qui agira à son tour pour commander directement les soupapes des tuyaux, et ne demandera pas plus d’efl'ort que la touche d’un piano ordinaire. Les leviers pneumatiques sont adaptés à tous les claviers et au pédalier : les grandes dimensions de l’orgue imposent leur emploi parce que bon nombre de tuyaux se trouvent à une grande distance des claviers : les tuyaux de transmission ont quelquefois 20, 25 et jusqu’à près de 30 mètres de développement. Malgré la distance, l’action des leviers pneumatiques est si rapide que les passages les plus difficiles et les plus délicats sont fidèlement rendus, le tuyau résonne à l’instant même où la clef est abaissée.
- La manœuvre des registres permet de faire parler à volonté une, deux, trois... séries de tuyaux, simultanément ou successivement ; d’autres registres permettent d’accoupler les claviers et de les rendre solidaires, pour pouvoir jouer plusieurs orgues à la fois à l’aide d’un seul clavier. D’autres registres commandent les forte et les piano en graduant le vent fournis aux différents jeux ; on modère aussi la puissance générale de l’orgue en ouvrant plus ou moins de grands volets qui ferment les boîtes dans lesquelles sont renfermés les tuyaux et, par suite, assourdissent plus ou moins le son.
- Cet orgue plusieurs fois remanié et perfectionné a été muni récemment de trois octaves de carillons commandés par des leviers pneumatiques et renfermés aussi dans des caisses à volets pour en graduer les effets.
- L’orgue proprement dit a 12 mètres de hauteur et 8 mètres de large, sans compter la partie inférieure occupée, par les soufflets et les pistons hydrauliques qui les actionnent. La figure qui accompagne cette description rapide, et que nous
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- Le grand orgue de Crystal Palace, à Londres
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- LA NATURE
- reproduisons d’après noire confrère de Londres The J Engineer, peut donner une idée de son importance, bien qu’on ait dû supprimer bon nombre de tuyaux pour rendre visibles les grands tuyaux du fond, ainsi que les claviers pour montrer la commande des leviers pneumatiques.
- Les proportions de cet orgue immense et magnifique, sont bien en rapport avec celles de l’immense vaisseau qu’il remplit d’harmonie ; plus d’une ibis il a vibré sous la main de nos artistes, aussi considérions-nous comme un devoir de présenter à nos lecteurs un instrument qui a contribué pour une certaine part à leur succès et popularisé en Angleterre le génie de notre art musical.
- Dr Z...
- contact Electrique automatique
- avertisseur de passage des trains
- SYSTÈME L. MORS
- Rien ne paraît plus simple, a priori, que de produire un contact électrique : mais la chose devient excessivement compliquée lorsqu’on arrive dans la pratique et qu’on demande à ce contact de se produire sûrement sans ratés, d’être insensible aux intempéries de l’air, et de ne pas être mis rapidement hors de service lorsque la cause qui doit le faire agir est un train lancé à une vitesse
- Contact électrique automatique de M. L. Mors.
- qui peut atteindre 20 à 25 mètres par seconde. De toutes les solutions proposées ou expérimentées, une des plus simples et des plus sûres est sans contredit celle fournie par le petit appareil que nous représentons ci-dessus et qui est due à M. L. Mors.
- Le système se compose d’une boîte en fonte F, hermétiquement fermée, boulonnée sur le rail à l’aide d’un bras en équerre À. Cette boîte est à moitié remplie de mercure C. Au centre de la boîte se trouve fixé sur un disque en ébonite une tige conique de fer B, dont la partie inférieure se trouve à deux millimètres environ de la surface du mercure. Cette tige se trouve ainsi électriquement isolée du reste de la boîte ; elle est reliée à un conducteur B qui pénètre dans un têton E en traversant une garniture formée d’un tube de caoutchouc qui assure un joint hermétique et isolant D par une vis qui permet de vider la cuve à volonté. La boîte est donc absolument close et entièrement soustraite aux influences extérieures. Le fonctionnement en est des plus simples. Le passage d’un train sur la voie produit une véritable tempête sur le lac de mercure, par suite des vibrations du rail, le mercure vient en contact avec la tige B et met le conducteur à la terre pendant toute la durée du passage du train. Il suffit de
- compléter le circuit par une pile et une sonnerie ou un signal quelconque pour faire fonctionner sûrement le système avertisseur.
- 11 importe de remarquer que ce contact' ne comporté aucune pièce à déplacement mécanique, puisque la boîte est solidaire du rail, il n’y a donc aucune partie susceptible d’un dérangement quelconque, et l’herméticité de la fermeture amène l’inoxydabilité du contact formé par le fer et le mercure. Le passage d’un train sur la seconde voie parallèle à la première ne produit jamais un ébranlement suffisant pour effectuer le contact. Le système est actuellement en expérience sur la ligne de P.-L.-M. près de Melun et donne des résultats satisfaisants. 11 présente une très grande simplicité et pourrait être appliqué avec succès, non seulement aux signaux de chemin de fer, mais encore dans tous les cas où on aurait besoin de produire un avertissement automatique correspondant à un ébranlement mécanique donné. Nous citerons, par exemple, les portes de caisse et de meubles fermés, les portes et fenêtres de corps de logis placés à une certaine distance de maisons d’habitation, etc. On serait ainsi averti de la moindre tentative d’effraction et de tout mouvement plus ou moins insolite.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Caire et ses environs, par H. de Vacjany ; 1 vol. in-18 orné de gravures et d’une carte. Paris, E. Plon, 1885.
- Au moment où l’attention publique se porte plus que jamais sur l’ancien empire des Pharaons, il est intéressant de connaître les caractères, les mœurs et les coutumes des Égyptiens modernes, pittoresquement décrits sur place par un observateur érudit et consciencieux.
- La Création naturelle el les êtres vivants, histoire générale du monde terrestre, par le docteur J. Rengade.
- 1 vol in-4°-avec de nombreuses illustrations. Paris, librairie M. Dreyfous, 1885.
- Traité d'Embryologie et d'Organogénie comparée, par Francis M. Balfour, professeur de morphologie animale à l’Université de Cambridge, membre de la Société Royale de Londres, traduit avec l’autorisation de l’auteur et annoté par H. A. Robin. Tome Ier, Histoire de T œuf, embryologie des invertébrés, vol. in-8° avec 296 figures intercalées dans le texte; Paris, librairie J. B. Baillière et fils, 1885.
- British, American and continental Electrical Direc-tory and advertiser. J. A. Berly’s, 1885. London, publi-shed by W. M. Dawson et Sons.
- CORRESPONDANCE
- MOUVEMENT GYRATOIRE DU CAMPHRE SUR l’eAU Monsieur le Rédacteur,
- L’expérience qui consiste à faire tourbillonner des petits morceaux de camphre sur l’eau et sur laquelle un de vos lecteurs demandait récemment une explication, me paraît due tout simplement ù la volatilisation du camphre; c’est exactement ce qui se passe dans l’expérience, qui sé fait en physique, où un cube rempli d’eau se met en mouvement dès que l’on ouvre un robinet servant à l’écoulement
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- LA NATURE
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- du liquide, ou bien l’expérience du lourniquet hydraulique.
- Si vous versez quelques gouttes d’alcool dans le verre qui contient le camphre, le tourbillonnement est plus fort ; c’est que deux forces sont en présence, celle produite par la volatilisation du camphre et celle produite par la vola* tilisation de l’alcool ; si vous augmentez petit à petit l’alcool, le tourbillonnement diminue, et même cesse ; le camphre n’a pas le temps de se volatiliser il se dissout.
- Si au lieu de camphre vous saupoudrez un verre rempli d’eau avec de la cendre, cette poussière reste immobile ; versez à la surface de l’eau quelques gouttes d’alcool, les poussières de cendre agiront comme le camphre; c’est l’alcool qui les fait mouvoir en se volatilisant.
- Versez à la surface d’un verre rempli d’eau une goutte d’acide dissout dans l’alcool, le même phénomène se reproduit et dure jusqu’à l’évaporation complète de l’alcool, ou sa dissolution dans l’eau ; l’iode surnage.
- Dans l’expérience du camphre, touchez une parcelle de camphre qui surnage, avec une tige d’acier, il n’y aura rien de changé ; touchez le camphre avec la tige légèrement chauffée, le tourbillonnement augmentera d’intensité.
- Veuillez agréer, etc.
- Em. Door,
- Lieutenant d'infanterie de marine à Toulon.
- SUR QUELQUES PHÉNOMÈNES D’OPTIQUE Marseille, le 12 mars 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Voici quelques phénomènes d’optique que je trouve dans le Bulletin de la Société française de photographie1 ce sont des expériences très intéressantes de physique sans appareils, comme elles n’ont pas encore été décrites dans La Nature, je me permets de vous en donner le résumé :
- La netteté de vision d’un objet varie suivant qu’on l’examine à travers une fente verticale ou horizontale.
- Pour voir nettement un objet vertical, il faut le regarder à travers une fente horizontale et réciproquement un objet horizontal à travers une fente verticale.
- Les disques solaire et lunaire sont distingués beaucoup plus nettement à travers une fente horizontale que ver -licale.
- La vision n’est pour rien dans ce phénomène d’après M. Trêve; M. Goez l’a reproduit photographiquement en le fixant sur une plaque sensible.
- La lumière en passant à travers une fente horizontale, se propage avec plus d’intensité qu’à travers une fente verticale.
- Agréez, monsieur, etc. Rob. G.
- —><><.—
- LES FONTAINES DE CIRCULATION
- ET LE CIRCULATEUR CONTINU
- DE M. E TJ G. BOURDON
- Dans la plupart des cabinets de physique, on voit des appareils en verre désignés sous le nom de fontaine de circulation. En même temps qu’ils dé-
- montrent l’application ingénieuse d’un principe d’hydro-dynamique peu connu, ces appareils sont aussi pour les yeux un objet d’amusement, en ce sens qu’ils produisent une véritable illusion lorsqu’on regarde les contours capricieux du tube de verre dans lequel circulent des gouttes d’alcool coloré, intervallées par des bulles d’air et cheminant avec une parfaite régularité', tout en conservant leurs distances respectives.
- En effet, bien que le tube de verre contourné soit complètement immobile, il semble qu’il soit animé d’un mouvement de rotation affectant une certaine similitude avec les récréations d’optique désignées sous le nom de feuxpyriques.
- Dans ce système de fontaine, dont nous représentons un spécimen (fig. 1), le mouvement circulatoire des gouttes d’alcool colorées est obtenu en utilisant la puissance motrice de la colonne liquide placée en arrière de l’appareil pour soulever et tenir en mouvement une autre colonne notablement plus légère, par cette raison qu’elle se compose de gouttes d’alcool intervallées par des bulles d’air, tandis que la colonne motrice ne contient que du liquide.
- Le moyen employé pour obtenir cette alternance régulière d’une goutte d’alcool suivie d’une bulle d’air est fort simple.
- Le tube droit vertical, que nous appellerons colonne motrice, se recourbe à sa base en forme d’U, pénètre dans la boule inférieure avec laquelle il est soudé et se termine par un jet de petit diamètre qui lance un filet liquide tout près de la naissance du tube contourné.
- La moitié environ du liquide coloré fourni par le jet s’élève goutte à goutte dans ce tube, tandis que l’autre moitié descend lentement le long des parois de la boule inférieure et oblige un volume d’air égal au sien à s’intercaler entre les gouttes d’alcool à mesure qu’elbs s’élèvent dans le tube contourné.
- Mais peu à peu la boule supérieure se vide, tandis que celle du bas se remplit et, après quinze à vingt minutes de fonctionnement, tout mouvement cesse et les dessins animés tout à l’heure, deviennent immobiles.
- Pour les animer de nouveau, il faut retourner l’appareil et le maintenir dans cette position pendant un certain temps pour que le liquide, repassant sous forme de veine continue par le tube contourné, remplisse la boule qui alimente la colonne motrice.
- Si alors on remet la fontaine dans sa position première, elle recommence à fonctionner, mais seulement pendant un espace de temps qui ne peut guère excéder vingt minutes.
- Le circulateur continu, dont nous donnons le dessin (fig .2), n’exige pas cette manœuvre; cet appareil, construit par M. E. Bourdon, fonctionne sans interruption. Il suffit pour cela que le réservoir qui fournit l’eau à la trompe aspirante (organe moteur de l’appareil) soit régulièrement alimenté.
- I Voici comment cet appareil est disposé :
- 1 T. XXVIII. — 1882. N° 6, p. 163.
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- LA NATURE
- Un réservoir pouvant contenir 3 à 4 litres d’eau est entretenu à un niveau constant au moyen d’un robinet à flotteur branché sur une conduite d’eau. Au-dessous de ce réservoir est ajustée une petite trompe aspirante munie sur le côté d’un tuyau d’exhaustion aboutissant à la boule placée au-dessus du circulateur.
- Un tube droit en verre de im,50 de long sur 4 millimètres de diamètre intérieur est réuni à la trompe par un petit manchon en caoutchouc et plonge par son extrémité inferieure dans un vase de décharge muni d’un tuyau de trop-plein pour rejeter au dehors l’eau débitée par le tube vertical.
- Cet ensemble constitue l’appareil moteur proprement dit.
- Le circulateur est composé de cinq pièces en verre qui sont :
- La boule à goulot renversé placée au sommet de l’appareil;
- Le tube contourné formant des dessins qu’on peut varier de mille manières ;
- Le tube de retour placé à gauche du précédent ;
- Le récipient qui contient le liquide coloré;
- La trompe distributrice avec son robinet de réglage et son tube en forme d’U réuni par un manchon avec le tube contourné (fig. 3)._
- Ces cinq pièces sont fixées sur une planchette suivant la disposition représentée sur le dessin (fig. 2) et, bien que la trompe aspirante y soit indiquée auprès du circulateur, on peut, sans inconvénient, la placer à quelques mètres de distance, dans une pièce voisine, pour dissimuler l’appareil à l’aide duquel le mouvement est entretenu dans le tube contourné. Le tube d’exhaustion d’air qui relie la trompe à la boule a, dans ce cas, une plus grande longueur, mais cela ne nuit nullement à la marche de l'appareil.
- Voici comment on procède pour faire fonctionner le circulateur continu :
- On verse de l’eau légèrement colorée avec de l’orseille ou du bleu d’aniline jusqu’à moitié du petit récipient placé au-dessous du tube de retour, en ayant soin de tenir fermé le robinet de réglage qui réunit ce récipient à la trompe du circulateur.
- Cela fait, on laisse arriver l’eau dans le réservoir en ouvrant le robinet à flotteur et on modère son
- introduction dans la trompe aspirante de manière que l’air entraîné par l’eau, forme avec celle-ci une sorte de cataracte minuscule composée de gouttes d’eau et de bulles d’air régulièrement espacées1.
- Le vide partiel que cette faible chute d’eau entretient dans la boule qui surmonte l’appareil a pour effet de mettre en mouvement et défaire circuler de bas en haut le liquide coloré fourni par le petit récipient placé au bas du tube de retour.
- Pour que ce mouvement ascendant du liquide coloré anime sans interruption les dessins que forme le tube du circulateur, il faut que la colonne de retour soit plus pesante que celle du circulateur et que cette condition nécessaire au fonctionnement de l’appareil soit maintenue d’une façon constante et régulière.
- A première vue, cela paraît difficile à réaliser, car la colonne qui forme le tube do retour est plus courte que celle formée par le circulateur dont le développement allonge le parcours et, par suite, donne lieu à un surcroît de travail résistant.
- Le moyen employé pour obtenir cette différence de pesanteur consiste à faire circuler une certaine quantité d’air entre les gouttes de liquide contenu dans le tube contourné et à n’en pas admettre dans le tube de retour.
- La première condition s’obtient au moyen du petit robinet de réglage dont on maintient l’ouverture de façon à ne faire arriver le liquide que goutte à goutte et à laisser entre elles des intervalles d’air régulièrement espacés (un trou ménagé dans le bouchon à côté du petit robinet, laisse entrer dans la trompe l’air qui sépare les gouttes d’eau à leur entrée dans le tube contourné).
- La seconde, en donnant au tube de retour un diamètre intérieur assez grand (8 millimètres environ) pour que le liquide descendant de la boule coule le long des parois du tube sans jamais emprisonner d’air avec lui.
- Il faut donc apporter un peu d’attention au réglage du petit robinet qui fournit le liquide coloré à la trompe du circulateur ou trompe
- 1 Une longue tige de bois effilée par le bout qu’on fait pénétrer plus ou moins dans le petit tube intérieur de la trompe règle très bien l’écoulement de l’eau.
- Fig. 1. — Fontaine de circulation.
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- LA NATURE.
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- distributrice, car s’il en débite trop, la colonne n’entraîne pas suffisamment d’air et le mouvement est ralenti; si au contraire il n’en débite pas assez, l’effet inverse a lieu, la vitesse s’accélère et les gouttes de liquide sont trop espacées. Mais lorsque l’appareil est bien réglé, le liquide coloré, sous l’inlluence de la pression atmosphérique, s’élève en formant un collier de perles brillantes jusque dans la boule qui surmonte l’appareil, puis descend par le tube de retour dans le récipient, en abandonnant tout l’air entraîné, et le mouvement continue aussi longtemps que le réservoir de la trompe aspirante est alimenté d’eau.
- En résumé, on voit que quatre points principaux caractérisent le circulateur continu et en font un appareil nouveau notablement différent de l’ancienne fontaine de circulation.
- Ces quatre points sont :
- 1° La façon de produire l’espacement régulier des gouttes d’eau suivies de bulles d’air qui circulent dans le tube contourné;
- 2° Le mode d’application du vide partiel servant à entretenir en mouvement le liquide mêlé d’air qui anime les dessins du circulateur;
- 5° L’application du principe d’hydro-dynamique à l’aide duquel on peut faire circuler pendant des journées entières une même quantité de liquide en sens inverse de celui que lui imprimerait la loi de la pesanteur et cela, sans que le liquide faisant fonction de force motrice puisse se mêler avec celui dont il a pour but d’entretenir le mouvement ;
- ;4° La propriété qu’il possède de pouvoir être facilement transformé en un appareil d’une utilité évidente comme moyen sûr d’appréciation du degré de pureté de l’air ou des gaz qu’on veut soumettre à l’analyse.
- Le circulateur continu n’est pas seulement la solution d’un problème d'hydro-dynamique intéressant à étudier et un objet d’amusement pour les yeux, il a aussi une application utile pour tout ce qui touche aux observations microscopiques, aujourd’hui très usitées pour apprécier la quantité et la
- nature des microbes qui existent dans l’air que nous respirons et ont une influence plus grande qu’on ne le croit généralement sur les conditions, hygiéniques nécessaires à l’entretien de la santé des êtres vivants.
- Lorsqu’on emploie le circulateur pour ce genre d’observations, au lieu d’un tube contourné en dessins fantaisistes, comme celui représenté sur le dessin ci-joint, on met simplement un ou plusieurs tubes droits ajustés d’une part avec la trompe distributrice et de l’autre avec la boule qui surmonte l’appareil.
- Nous avons vu que la petite quantité de liquide qui circule sans interruption de la trompe distributrice à la boule supérieure, ne se mélange jamais avec l’eau qui alimente la trompe aspirante.
- On comprend donc facilement comment, sous l’influence du vide partiel effectué par la trompe aspirante dans la boule supérieure, l’eau en s’élevant dans le tube du circulateur entraîne avec elle autant de bulles d’air que de gouttes d’eau et retient au passage tous les microbes contenus dans l’air dont on se propose d’apprécier le degré de pureté; il suffit donc pour connaître le nombre et les espèces de microbes contenus dans un volume d’air donné, de mesurer, au moyen d’un compteur à gaz, le nombre de mètres cubes qu’on en a fait passer dans le circulateur au contact d’une petite quantité d’eau distillée contenue dans le.récipient placé au bas de l’apparèil.
- Compter le nombre d’animalcules infiniment petits que renferme. une petite quantité d’eau n’est pas un travail facile ; cependant, entre les mains d’observateurs habitués à faire cette délicate besogne, un microscope à fort grossissement permet non seulement de compter ces petits êtres vivants, mais encore de les classer par espèces souvent très différentes les unes des autres.
- Les amateurs de physique qui se borneront à envisager le circulateur au point de vue d’expérimentation amusante, pourront disposer l’appareil d’une façon plus originale que celle de notre dessin. Au lieu de placer le circulateur contre une
- Fig. 2. — Circulateur continu de M. E. Bourdon.
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- LA NATURE.
- planche, on peut le fixer à un tube de cuivre poli ou argenté, dans lequel on dissimulerait le tube d’aspiration, le tube de retour d’eau, la petite allonge et son robinet. L’appareil ainsi allégé et rendu plus mystérieux, peut être placé dans l’angle de deux miroirs; on voit alors l’objet et ses images, ce qui constitue une sorte de kaléidoscope des plus curieux.
- Les fontaines de circulation étaient autrefois très recherchées des physiciens. On peut en varier les effets de plusieurs manières. Il y a au Collège de France une fontaine de circulation à retournement ordinaire contenant un liquide fluorescent (dissolution de quinine ou autre) ; l’effet est charmant dans l’obscurité après une insolation.
- Enfin nous croyons devoir signaler en terminant la plus grande fontaine de circulation qui ait jamais été faite. Elle figurait à l’Exposition de Londres de 1862. Elle formait un véritable édifice d’architecture à quatre façades de 2 mètres au moins de longueur et de hauteur chacune, avec colonnades fenêtres, porches, dômes, clochers, le tout dessiné en tubes de verre à circulation d’eau. L’effet était des plus singuliers, on eût dit un palais de vif-argent en mouvement dans les parties blanches ; ailleurs le liquide était coloré et figurait une construction mauresque en briques et terres vernissées.
- Gaston Tissandier.
- Fig. 3. — Trombe distributrice avec son robinet.
- A. Tube vertical servant à amener goutte à goutte le liquide coloré dans le tube en U. — C. Robinet de réglage. — D. Petit trou pratiqué dans le bouchon de la trompe pour l’entrée de l’air qui s’inlercalc entre les gouttes du liquide1.
- eu une abondante éruption de sable et, le 21, une petite pluie également de sable, à Riposto et à Giarro. Plusieurs maisons sont tombées et beaucoup de murs se sont écroulés dans les villages voisins de l’Etna. Les collines qui avoisinent la station de l’Etna menacent de s’ébouler. On ressent de fortes secousses de tremblement de terre à Acireale, Calatabiano, Piedimonte, Linguaglossa. Les crevasses qui se sont produites sur les flancs de l’Etna sont au nombre de onze. Il en sort de la fumée, des scories et de petites pierres. Les grondements souterrains et les secousses de tremblement de terre continuent.
- L’observatoire météorologique créé au Petit-Port, à Nantes, avec le concours de la municipalité de cette ville et de l’Etat, a été inauguré la semaine dernière sous les auspices de M. Mascart, directeur du Bureau central météorologique de France. L’Observatoire de Nantes est un des plus complets non seulement de la France mais de l’Europe.
- — La mission française du Congo, sous les ordres de M. de Brazza, est partie de Bordeaux le 20 mars 1883 à bord du Précurseur.
- — Le vapeur Cholon est récemment arrivé à Marseille ayant à bord six éléphants de Ceylan, destinés au Jardin zoologique de Hambourg.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 mars 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Passage de Vénus. — M. d’Abbadie rend compte de la mission qu’il vient de remplir à Haiti, pour observer le passage de Vénus. C’est grâce à la protection du président de la République, le général Salomon, que le travail a pu être mené à bonne fin, car les naturels montraient aux astronomes les dispositions les plus hostiles. Ces malheureux étaient absolument persuadés que nos compatriotes avaient pour but de découvrir des trésors abandonnés par les premiers colons et qu’ils devaient mettre le comble à l’indélicatesse en dérobant la plus belle étoile du ciel. Malgré ces conditions défavorables, auxquelles s’ajoutait la menace de l’épidémie de fièvre jaune qui sévissait sur la côte, M. d’Abbadie observa les trois derniers contacts dans d’assez bonnes conditions et fit un certain nombre d’autres travaux astronomiques ou géodésiques.
- CHRONIQUE
- L’éruption de l’Etna. — Les télégrammes parvenus à l’Observatoire, à Rome, le 21 mars, ont donné les renseignements suivants : Des tremblements de terre continus et généraux, spécialement en sens sussultoire, se font sentir dans le périmètre de l’Etna. On assiste à une formidable éruption de cendre. Un autre télégramme a fait savoir que depuis le 22 au matin, les sismographes indiquaient de continuelles secousses souterraines. Il y a
- 1 La trompe de l’aspirateur diftère de la trompe distributrice par trois points :
- 1° Par la forme en S au lieu de celle en U qu’il convient de donner au petit tube qui reçoit les gouttes d’eau;
- 2° Par la suppression du petit robinet qu’on remplace par une simple tige de bois à bout effilé ;
- 3° Parce qu’au lieu de laisser libre le trou de rentrée d’air, on y ajuste le tube au vide dont l’autre extrémité aboutit à la boule.du circulateur.
- Les taches de soleil. —Après avoir déposé une exposition de la théorie solaire de M. Secchi, M. Faye analyse un curieux travail de M. Wolf (de Zurich) sur les limites dans lesquelles la loi des grands nombres peut s’appliquer à la périodicité des taches noires.
- Histoire des météorites primitives. — Partant du principe si magistralement démontré aujourd’hui de l’unité de composition du système solaire et appliquant les données fournies par l’évolution sidérale, j’ai prouvé qu’on peut reconnaître celles des météorites dont la date de formation correspond à l’époque remarquable où l’état solide s’est constitué pour la première fois à la surface de l’astre dont elles ont fait partie ; — c’est-à-dire à une stase comparable à celle que le soleil traverse en ce moment.
- L’un des arguments les plus décisifs à l’appui de cette opinion consiste dans la synthèse des météorites dont il s’agit et qu’on peut qualifier de primitives, à l’aide de matériaux identiques à ceux dont l’analyse spectrale a révélé
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- la présence dans l’atmosphère solaire. Résultat qui conduit à considérer la poussière irradiante de la photosphère comme minéralogiquement comparable à ces météorites.
- Ceci étant posé, et vu les tourbillons dont l’atmosphère solaire est le siège, il y a lieu de rechercher dans les roches cosmiques primitives, des vestiges du régime cyclonique au sein duquel elles ont dû se concrétionner. Or, les globules tout spéciaux qu’elles renferment et que Gustave Rose a qualifiés de Chondres semblent être précisément un vestige de ce genre. On a fait à leur égard un grand nombre de suppositions, sans compter celle de M. liahn qui a rédigé si gravement cette joyeuse élucubration, qui fait des chondres le produit de la fossilisation de polypiers et de spongiaires cosmiques. M. Tschermak les compare aux globules des tufs volcaniques ; M. Gumbel à des gréions. — J’en ai fait la synthèse artificielle en soumettant à des mouvements tourbillonnaires les gaz au sein desquels se concrétaient les minéraux météoritiques.
- Il résulte des faits exposés dans mon mémoire que les chondres sont aux roches de précipitation gazeuse, ce que les dragées de Carlsbad et le fer en grains sont aux roches de précipitation aqueuse. Ces globules témoignent dans le milieu générateur de remous dont l’intensité était nécessairement en rapport direct avec le volume que les chondres ont pu atteindre. Conformément à la terminologie dont font usage les paléontologistes à propos du vent fossile, du soleil fossile, de la pluie fossile, on serait tenté de les qualifier de cyclones photosphériques fossiles.
- Sulfate neutre d’alumine. —Au nom de M. Marguerite, M. Boussingault fait connaître un sulfate neutre d’alumine à IG équivalents, parfaitement cristallisé et qui, loin d’être déliquescent, a une tendance manifeste à l’efflorescence. 11 présente cette particularité d’être identique à une concrétion du volcan de Pasto, dans l’Amérique du Sud.
- Mécanique. — M. Résal étudie le mouvement d’une bulle liquide qui s’élève au sein d’un liquide de densité moindre. Déjà en 1755, Mauperluis avait abordé le problème, mais supposant que la bulle reste constamment sphérique, il avait simplifié la question d’une manière tout à fait contraire à la réalité. M. Résal se place au contraire dans les conditiqns naturelles et fait intervenir la déformation.
- L’écoulement des Corps solides continue d’occuper M. Tresca. Il étudie aujourd’hui avec beaucoup de détails les résultats du poinçonnage des métaux.
- Varia. — Du département de la Mayenne on adresse le récit d’un assez fort tremblement de terre éprouvé la semaine dernière, mais qui n’a déterminé aucun accident. — Le Ministre de l’Instruction publique demande que des savants soient désignés pour représenter la France au prochain Congrès de Washington où l’on doit procéder au choix d’un premier méridien international. — Les réactions mutuelles de la chaux et de la silice continuent d’occuper M. Landrin. — M. Decharme indique un procédé d’autographie des cristallisations de l’eau sur une lame de verre. — Par une disposition testamentaire, M. Cloquet a légué son buste en marbre à l’Académie. — On applique maintenant avec succès, aux États-Unis, la photographie à la représentation des constellations. Les épreuves déposées sur le bureau se prêtent aux mesures les plus précises et sont d’un usage très courant dans certaines écoles. — L’étude des sels de cérium fournit le sujet des recherches de M. Debray. — M. Ditte a reproduit l’apatite et la wagnerite ; MM. Hautefeuille et Mar-
- gottet plusieurs phosphates. — Au nom de M. Munier-Chalmas, M. Hébert dépose un mémoire sur l’organisation des foraminifères. — D’après M. Denis Cochin, la levure de bière subit sous influence de l’air une atténuation comparable à celle des virus.
- Stanislas Meunier.
- LES BATEAEX RAPIDES
- Je viens de lire avec un intérêt passionné l’article que La Nature a consacré au bateau rapide de M . Raoul Pictet1. Il y a une quinzaine d’années, je consacrais de longues méditations à étudier les conditions de locomotion dans les divers milieux ; j’ai dessiné en ce temps les croquis de nombreux appareils et parmi mes projets ébauchés existe un bateau inspiré parles mêmes théories que celles qui ont guidé M. Pictet dans ses expériences, mais différent du sien en certains organes que des considérations spéciales m’ont fait établir.
- J’avais été amené dans cette voie par l’observation et l’analyse du phénomène du ricochet et par la remarque de l’allure que prenaient sur les ruisseaux de la ville les bateaux plats que les enfants remorquaient en courant. J’avais déjà fait toutes mes ré-llexions et j’cn avais tiré des conclusions et des projets, lorsqu’un jour, à mon grand étonnement, en feuilletant la collection du Magasin pittoresque, je trouvai dans une des plus anciennes livraisons un article se rapportant à ce sujet.
- Lorsque sous Louis XIV, les chevaux d’un coche d’eau s’emportaient, après un effort pénible, le bateau s’enlevait sur l’eau, et aussitôt les chevaux gn-loppaient sans s’arrêter, la résistance ayant diminué dans des proportions étonnantes.
- M. Pictet, avec la science et la perspicacité qui, à juste litre, l’ont rendu célèbre, a dù tout prévoir en imaginant son appareil qu’on peut baptiser le navire du vingtième siècle ; mes notes sur le même sujet ne lui fourniraient donc, sans doute, rien de neuf ni d’utile ; mais l’étude de la locomotion aérienne, aquatique ou terrestre est, si entraînante qu’elle doit intéresser tous les mécaniciens qui lisent La Nature.
- Mon bateau devait avoir un fond plat raccordé aux flancs par des courbes d’un très petit rayon. La quille, de faible épaisseur, d’une profondeur nulle à l’avant et grande dans l’eau à l’arrière de l’esquif, qu’elle devait dépasser, aurait porté à l’extrémité î’hé-lice et le gouvernail ; ce navire, imaginé par un ami du plus lourd que l’air, devait-il être, au point de vue de la stabilité, simple ou double, comme certains podoscaphes ? — Question à trancher après des essais.
- Je ne me faisais pas d’illusions sur les difficultés et 1 es déboires de l’exécution pratique.
- 1° Où trouver un moteur d’une légèreté indis-
- J Voy. n° 511 du 17 mars 1885, p. 244.
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- pensable, assez puissant pour communiquer et conserver à ce que j’appelais mon navire à ricochet, une rapidité suffisante?
- 2° L’appareil, à supposer qu’il fonctionnât en eau calme, quelle allure prendrait-il, sur mer, entre deux lames?
- Évidemment, pour que son fonctionnement fut possible, il fallait en faire une sorte de poisson volant. C’est pourquoi j’ajoutai au projet, de grands plans horizontaux au-dessus de l’eau, qui devaient aider au soulèvement et par instants soutenir la machine sur l’air. Mais comment construire ces sortes d’ailes et les replier en cas de tempête?
- J’ai souvent parlé de ce projet à des intimes ; je disais sous une forme plaisante : « Suivez avec attention les adeptes de la navigation aérienne au moyen de corps plus lourds que l'air; quand ils auront trouvé un moleur pour parcourir 10 kilomètres dans leur élément sans prendre terre, j’utiliserai pareil moteur dans le ventre d’un'poisson volantet je partirai pour New-York à raison de 60 kilomètres à l’heure.»
- Aller en Amérique avec cette vitesse, c’est là en effet le but sérieux, très sérieux, qui doit être le point de mire de pareilles études, et l’on ne saurait décerner trop d’éloges à M. Pictet d’avoir osé entreprendre ses expériences en grand, dans l’état actuel de la science.
- Aucun moyen, on le sait, n'est à la disposition des hommes pour traverser l’Océan à raison de plus de 15 à 16 nœuds (mettons 20 pour ne pas déplaire aux utopistes), avec les navires actuellement en usage; la théorie condamne les corps Jlotlants qui ne sortiraient pas de l’eau à ne pas dépasser beaucoup une vingtaine de nœuds (moins de 40 kilomètres à l’heure), alors même que la science future nous fournirait un moteur, transformant en travail la totalité de la chaleur théoriquement utilisable des meilleurs combustibles, et ce, sans être plus lourd que les machines actuelles.
- La raison d’économie de combustible n’a pas encore à intervenir dans une pareille question ; cette considération serait énoncée trop tôt dans l’état actuel des choses : quand un résultat industriel de l’importance de celui qui nous occupe, n’est pas encore acquis à l’humanité, le jour où quelqu’un le lui apporte sous forme d’un premier appareil, qui songerait à diséuter le prix et la consommation?
- Tout le monde ne peut pas construire un steamer fort coûteux où l’imprévu devait jouer et a joué un rôle énorme, mais il est à la portée de beaucoup de chercheurs, d’expérimenter l’allure d’appareils ana-
- logues sur des modèles moins grands. Les inventeurs ne doivent pas perdre de vue que, dans une voie inexplorée, chaque instrument d’essai est vite condamné et relégué à la ferraille par suite même des enseignements qu’on a tirés de lui.
- Pourquoi ne pas laisser de côté, pour le moment du moins, l’embarras de construire une machine à vapeur légère et employer d’abord un réservoir d’air comprimé à haute pression avec réchauffeur en cas de détente ; ce réservoir se confondant en grande partie avec la coque du navire. En actionnant ainsi un moteur on pourrait dépenser, au besoin en un temps très court, la force considérable emmagasinée d’avance sous un faible poids, on ferait des sacrifices sur la durée de l’expérience jusqu’à sa réussite.
- On trouve des données pratiques au sujet de ce moteur dans le navire sous-marin de l’amiral Bourgeois, construit à Rochefort il y a plus de vingt ans; expérimenté à La Rochelle, il naviguait seul pendant plus de cinq heures avec l’air comprimé de ses
- soutes. U existe actuellement des torpilles automotrices sur ce principe qui sont des modèles, ainsi que de nombreux appareils terrestres.
- Quant à la théorie féconde en ressources, elle a été l’objet de publications très savantes sur l’air comprimé et les moteurs légers.
- Un moyen plus simple encore : fabriquer des fusées uniformes à combustion suffisamment ralentie, déterminer expériméntalement sur un tourniquet la poussée qu’elles exercent en brûlant, les attacher dans la direction convenable à un modèle d'un volume et d’un poids calculés.
- Ce moteur est applicable à certains appareils, volant au moyen de plans inclinés, pour en étudier l’allure et l’équilibre, et il présente des ressources pour la construction de jouets scientifiques intéressants.
- Si jamais l’on arrive à réaliser la locomotion aérienne par un moteur, ce sera sans doute en s’élevant de l’eau dans l’air; l’industrie, par une marche analogue à celle de la nature, passera du poisson au poisson volant avant d’arriver à l’oiseau.
- À l’œuvre donc, et trouvons un appareil qui puisse s’élancer de la crête d’une lame au sommet d’une autre.
- Charles-Albert X...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N’ 511. — 7 AVRIL 1883.
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- INDICATEUR ELECTRIQUE AUTOMATIQUE
- Du passage des trains de chemin de fer
- SYSTÈME DUCOTJSSO-BREGUET
- Lorsqu’on veut avertir automatiquement une gare ou un poste d’aiguilleur du passage d’un train à une certaine distance, on établit en général un contact électrique que le train vient fermer sur une sonnerie ou un signal optique correspondant établi dans la gare ou dans le poste. Ce contact est tantôt une pédale abaissée par les roues du wagon, tantôt un contact glissant ou crocodile, comme dans le système de M. Lartigue établi au chemin de fer du Nord. La pédale soumise à des chocs variables avec la vitesse du train est bientôt mise hors de service par ces chocs répétés : l’on est obligé d’employer des artifices plus ou moins compliqués pour que la pédale ne se relève que lentement, ne soit pas choquéepar chaque roue
- et ne produise pas une série de contacts au lieu du contact unique nécessaire. Avec le crocodile, on obtient des résultats plus sûrs et un appareil d’un entretien moins délicat, mais il exige une installation toute spéciale sur la locomotive, et la disposition du matériel ne se prèle pas toujours commodément à son emploi.
- Dans l'appareil que nous allons faire connaître, imaginé par MM. Ducousso frères, construit et perfectionné par la maison Breguet, on s’est attaché à supprimer les inconvénients spéciaux aux autres systèmes en s’appuyant sur un principe tout différent. A cet effet, les inventeurs ont disposé sur la voie, non plus un transmetteur à contact, mais un véritable générateur magnéto-électrique qui emprunte sa puissance au mouvement du train lui-mème lors de son passage au-dessus du transmetteur.
- Ce transmetteur n’est autre chose qu’un coup de poing de Breguet auquel on aurait enlevé
- Fig 1. —Transmetteur électro-magnétique, système Ducousso.
- l’armature. Il se compose d’un fort aimant en fer à cheval (fig. 1) dont les extrémités sont munies de bobines dont le centre est occupé par un noyau en fer doux terminé par une semelle rectangulaire. Ces deux 41e année. — 4" semestre.
- bobines sont roulées de fil fin, de 14 centièmes de millimètre de diamètre, faisant 18 000 tours sur chacune d’elles. Les deux bobines montées en tension présentent une résistance totale de 7560 ohms.
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- Un des bouts du fil de la bobine est soudé à la boîte et correspond à la terre par le rail, l’autre extrémité est isolée et correspond à la ligne.
- La boîte qui renferme l’appareil est en laiton, d’une seule pièce, remplie de paraffine pour empêcher l’introduction de l’eau et fermée par une plaque soudée sur tout son contour (la figure qui représente un des premiers modèles montre le couvercle non pas soudé mais vissé sur la boîte). L’appareil ainsi établi est solidement boulonné sur le rail, dans la position représentée sur la figure, de manière à présenter les deux extrémités polaires de l’aimant à peu près au niveau du rail et au-dessus du bandage.
- Lorsqu’un train passe au-dessus du transmet!-ur ainsi établi, chaque roue développe dans les bobines deux courants induits successifs et inverses, par suite de l’approche et de l’éloignement rapide de la masse de fer et d’acier qui compose cette roue.
- L’intensité de ces courants est variable avec la vitesse du train et avec l’usure du bandage dans la partie qui porte sur le rail, car plus cette usure est grande, plus la partie extérieure de ce bandage passe à proximité des bobines. L’emploi d’un transmetteur à courants alternatifs de puissance si variable demande, pour le récepteur, des conditions de construction toutes spéciales. On a essayé tout d’abord un électro-aimant Hughes qui se désaimantait et lâchait son armature sous l’influence du premier courant de désaimantation lancé par le transmetteur. Le fonctionnement de ce récepteur était fort incertain : dans certains cas, lorsque l’appareil était resté plusieurs heures sans fonctionner, l’aimant armé se renforçait au point que les courants du transmetteur étaient insuffisants pour produire le déclanchement ; dans d’autres cas, au contraire, si le récepteur restait longtemps déclanché, le ressort antagoniste de l’armature devenait prépondérant, et il était impossible de maintenir l’armature au contact. Avec un réglage moyen, les vibrations produites par le passage des machines dans le voisinage de l’appareil, suffisaient pour produire son déclanchement. Après avoir essayé sans plus de succès l’avertisseur téléphonique de M. Ader, MM. Ducousso se sont arrêtés à l’appareil représenté figure 2.
- Ce récepteur n’est autre chose qu’un relais Siemens polarisé dont l’armature peut osciller entre les deux pôles d'un électro-aimant relié d’une part à la terre et d’autre part à la ligne venant du transmetteur. Les deux bobines montées en tension sont roulées chacune avec 18 000 tours de fil de 8 centièmes de millimètre et présentent une résistance totale de 8920 ohms.
- Au repos, l’armature polarisée est maintenue légèrement inclinée à gauche par suite de la position relative des deux bobines et de l’armature et des polarités de même nom qu’elles présentent, celle de gauche étant légèrement prédominante parce quelle
- est la plus rapprochée. Au moment du passage d’un train, l’approche de la première roue de la locomotive développe un courant de sens tel qu’il affaiblit le magnétisme de la bobine de gauche et renforce celui de la bobine de droite ; l’armature polarisée, plus fortement sollicitée par cette dernière, oscille donc de gauche à droite et prend la position représentée figure 2 ; elle établit en même temps un contact électrique qui ferme le circuit local d’une pile et d’une sonnerie qui fonctionne jusqu’à ce que l’armature du relais soit replacée à la main dans sa position primitive à l’aide d’un bouton manœuvré de l’extérieur. Dès que le premier mouvement de l’armature a été produit, les courants alternatifs qui traversent ultérieurement les bobines ne peuvent plus l’influencer, parce que, dans son mouvement, elle s’est considérablement écartée de la position d’équilibre, et qu’elle devient ainsi complètement stable. Pour régler exactement les positions de l’armature, les bobines sont garnies de pièces polaires qu’on peut approcher ou éloigner à volonté à l’aide de vis de réglage.
- La sonnerie d’avertissement employée par MM. Ducousso dans leur système mérite aussi une mention spéciale. Elle est due à M. de Redon et a été combinée dans le but de marcher dans toutes les positions, posée à plat sur une table, accrochée contre un mur, ou placée sur un train soumis à des trépidations. Tout le mécanisme (fîg. 3) est disposé dans une petite boîte ronde dont le couvercle hémisphérique est constitué par le timbre : on obtient ainsi un ap -pareil très portatif, peu encombrant, et qui, par ses formes symétriques, peut se prêter à un certain effet décoratif.
- L’électro-aimant est placé sur le fond de la boîte et agit sur une armature fixée à un ressort replié en demi-cercle.
- Une petite languette découpée sur ce ressort sert d’interrupteur vibrant et une petite boule de laiton diamétralement opposée constitue le marteau.
- Chaque fois que l’armature est attirée, le ressort s’infléchit, et le marteau est lancé contre le timbre : lorsque le courant cesse, le ressort reprend sa forme primitive et ramène le marteau en arrière.
- L’ensemble des appareils Ducousso-Breguet : transmetteur, récepteur-relais et sonnerie, est établi depuis près d’un an au chemin de fer du Nord, à La Chapelle, sur la voie de départ de Chantilly. Pendant les expériences auxquelles il a été soumis, sous le contrôle de M. Bandérali, ingénieur chargé du service central du matériel et de la traction, il a reçu diverses modifications et perfectionnements et a pris enfin la forme sous laquelle nous le présentons aujourd’hui à nos lecteurs.
- Sous sa dernière forme, il a signalé, sans raté ni déclanchement accidentel, le passage de quinze à trente trains ou machines, dans l’intervalle de cinq à six heures que représentait chaque expérience journalière. La Compagnie P. L. M. à Bercy-Ceinture, et la Compagnie de l’Ouest à la sortie de la gare Saint-
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- Lazare, ont aussi fait installer des appareils semblables qui fournissent des résultats également satisfaisants. Les avertisseurs Ducousso-Breguet ont donc déjà acquis la sanction expérimentale indispensable, avant l’entre'e dans la pratique courante qui leur semble réservée à bref délai.
- E. Hospitalier.
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- RÉUNION DES SOCIÉTÉS SAVANTES
- A LA SORBOiSINE
- La réunion annuelle des Sociétés savantes des départements a eu lieu la semaine dernière à la Sorbonne. La séance solennelle de clôture, du samedi 31 mars, a attiré dans le grand ampithéâtre une affluence plus considérable encore que les années précédentes.
- Sur l’estrade ou parmi les invités du ministère, on remarquait : MM. Henri Martin et Edouard Charton, sénateurs; M. Bischoffsheim, député; MM. Étienne Arago, Hébert, Manuel, Levasseur, Maunoir, Camescasse, Lenor-mant, l’amiral Mouchez, Chevreul, Dément, Faye, Duruy, de Quatrefages, de Villefosse, de Boislile, le Hère de La Croix, Maggiolo, Hardouin, Léon Rénier, Ch. Robert, de Mas-Latrie, Duveyrier, Kaempfen, Langles*, de Neuville, Poulain, etc.
- A deux heures précises, le Ministre de l’Instruction publique entrait dans la salle, et à côté de lui prenaient place M. Léopold Delisle et M. Milne Edwards. M. Jules Ferry a éloquemment résumé les travaux du Congrès des Sociétés savantes.
- Après son discours, le Ministre a donné lecture des décrets et arrêtés récompensant divers savants à l’occasion du Congrès. M. Léopold Delisle, membre de l’Institut, administrateur général directeur de la Bibliothèque Nationale, a été nommé commandeur de la Légion d’honneur. MM. Siméon Luce, membre de l’Institut, et Joseph Montano, membre de Sociétés de Géographie, ont été élevés au grade de chevaliers de 1. ’gion d’honneur.
- LA CONSOMMATION DU LAIT A PARIS
- L’approvisionnement d’une ville telle que Paris présente sans contredit un grand intérêt. Étudier en détail comment se fait cet approvisionnement serait un sujet très curieux, mais malheureusement beaucoup trop long et beaucoup trop ardu pour être présenté ici. Cependant il nous a paru intéressant de rechercher comment Paris se procure l’énorme quantité de lait qui s’y consomme ; c’est là une étude de la plus haute importance étant donné que le lait entre pour une très large part dans l’alimentation, que c’est le seul aliment complet, presque l’unique nourriture des enfants. A ce dernier point de vue seul il mériterait qu’on s’y arrête longuement.
- On sait que la production laitière se fait suivant trois modes distincts :
- 1° Dans les pays où le système de culture est presque exclusivement herbager, les vaches qui fournissent le lait sont en même temps exploitées comme mères pour la production des jeunes. Dans ce cas, le lait est rarement livré en nature à cause de l’éloignement des centres de consommation, il est transformé en beurre et en fromages. C’est ce qui a lieu par exemple en Suisse, en Normandie, en Bretagne, etc.
- 2° Dans les contrées où les cultures de céréales et de
- plantes industrielles dominent sur les prairies, les vaches sont exclusivement exploitées pour le lait; les veaux sont vendus une ou deux semaines après leur naissance. Dans ce cas, le lait est généralement vendu en nature et c’est avec ce système que les fermiers placés dans les environs des grandes villes parviennent à réaliser d’énormes bénéfices par la vente du lait garanti pur.
- 5° Dans les villes où les pâturages manquent complètement les vaches sont gardées à l’étable pendant toute l’année. C’est le cas des laiteries urbaines. Mais ici, comme il faut acheter les fourrages, le lait doit être vendu au moins 20 ou 25 centimes le litre pour payer les aliments achetés.
- Comme on le comprend sans peine, seuls les deux derniers modes de production interviennent dans l’approvisionnement de la ville de Paris.
- A l’heure qu’il est, on consomme journellement à Paris environ 400 000 litres de lait, soit 140 000 000 de litres par an, ce qui représente une valeur de près de 43 200 000 francs.
- En 1809, cette quantité s’élevait à peine à 312 000 litres par jour, soit 112 000 000 de litres, c’est-à-dire une valeur d’environ 55 600 000 fidiics.
- Ce lait est fourni par trois sortes de producteurs : D’abord les cultivateurs des environs de Paris, qui expédient leur lait par le chemin de fer, environ 230 000 litres par jour. Ensuite les petits cultivateurs de la banlieue (Villejuif, Pré-Catelan, etc.,etc.), environ 80 000 litres par jour. Enfin les nourrisseurs de l’intérieur de Paris, qui produisent journellement 90 000 litres de lait.
- Les laitiers de Paris payent aux cultivateurs de 10 à 14 centimes le litre de lait. Celui-ci est vendu de 20 à 25 centimes aux détaillants qui le livrent aux particuliers à raison de 25 ou 50 centimes le litre.
- II arrive parfois que toutes les quantités qui arrivent dans l’intérieur de Paris, ne sont pas consommées en nature, alors l’excédent sert à faire des fromages.
- Le lait amené par les chemins de fer est renfermé dans de grandes boites. Les cultivateurs qui font cette production portent la traite du matin à 98° (au bain-marie) puis refroidissent rapidement. Cette traite est mélangée avec celle du soir et expédiée le matin de fort bonne heure. Cette production est très intéressante et les procédés de chauffage et de refroidissement du lait seraient très curieux à examiner. Quant aux conditions économiques de celte production elle ne peut nous arrêter ici, ce serait rentrer dans l’étude des systèmes de culture des environs de Paris.
- Pour ce qui est des nourrisseurs, ils achètent leurs vaches par commissionnaires au moment où elles ont fait leur veau, plus rarement quand elles vont le faire. Ils les payent de 450 à 550 francs; ces vaches appartiennent presque toutes aux variétés hollandaises, flamandes (Bos taurus batavieus) et normandes (Bos laurus germanicus), les Suisses [B. t. alpinus) sont beaucoup plus rares.
- Ces animaux sont gardés à l’étable, à l’abri d’une trop grande lumière, à une température de 15° ou 18°, ce qui est très favorable pour avoir une activité rnaxima des glandes mammaires. Ces vaches d’ailleurs fort bien nourries donnent de 10 à 22 litres de lait.
- La nourriture de ces vaches se compose de foin, betteraves, carottes, farine d’orge, etc., quelquefois on y ajoute des herbes vertes lorsque le nourrisseur peut s’en procurer à bon compte. Tel est par exemple le produit de la tonte des gazons des jardins de Paris. Les denrées alimentaires étant achetées au marché on peut dans ce cas
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- évaluer rigoureusement tous les facteurs du débit en argent, ce qui, malgré l’assertion de quelques agronomes, ne serait pas possible dans une exploitation rurale.
- Les betteraves se payent 20 francs les 1000 kilog., l’orge 22 francs les 100 kilog., le son 10 à 14 francs les 1000 kilog., etc. Les nourrisseurs vendent le lait à raison de 50 ou 50 centimes le litre.
- Les vaches sont gardées une année au moins et le plus souvent quinze ou dix-huit mois, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elles ne donnent plus que 7 ou 8 litres de lait. A ce moment elles sont vendues à des marchands qui les ivrcnt à la boucherie, car le régime sédentaire auquel elles étaient soumises chez les nourrisseurs les a rendu aptes à remplir cette fonction qui d’ailleurs doit être le but définitif de toute exploitation de bovidés.
- A côté de cette production se trouve encore celle du lait garanti pur. C’est ce qui a lieu par exemple au Pré-Catelan. Là les prix d’achat sont les mômes, nous y avons trouvé des normandes exclusivement, une ou deux suisses par hasard. On fait parfois faire aux vaches, un veau à l’établissement, notamment quand on est en présence d’un individu remarquable
- Linéiques vaches donnent parfois des bénéfices tout à fait exceptionnels. Ainsi on nous a montré au Pré-Cate-lan une vache suisse donnant 18 litres de lait par jour et qui a produit en deux an-, tous frais déduits, 5000 francs de bénéfices.
- Le lait garanti pur est renfermé dans des vases d’étain ou de porcelaine, quelquefois môme de verre; il est livré aux particuliers à raison de 1 franc le litre. 11 va sans dire que les vases sont lavés et entretenus avec une propreté minutieuse. Une foule de cochers et de domestiques sont employés à transporter ce lait. Les trais sont couverts par les prix exceptionnels auxquels le lait est livré.
- Enfin on consomme encore à Paris, mais en bien moindre quantité, du lait concentré qui se vend en boîtes. Ce lait est fabriqué en Suisse, à Chain principalement, où la production annuelle s’élève à 2 500 000 francs.
- Albert Larbalétrier,
- Ancien élève de Grignon.
- ——< v ’î»
- POULIES AMÉRICAINES EN PAPIER
- Le succès obtenu par les roues de wagons de chemin de fer en papier comprimé a donné l'idée à certains industriels de construire par le même procédé les poulies de commande et de transmission. En octobre 1882, M. E. B. Martindale, d’in-dianopolis, en a fait breveter plusieurs systèmes dont la figure ci-dessus représente les types les plus importants. La première, qui n’est que partiellement en papier, se compose d’une janle et d’un moyeu en
- fonte et d’un disque central en papier comprimé; ce disque est fixé au moyeu par deux couronnes boulonnées entre lesquelles le disque en papier se trouve fortement serré, et à la jante par deux couronnes en fer en forme d’équerre qui sont aussi boulonnées entre elles et rivées sur la jante.
- Le disque étant plein, l’effort de traction de la jante sur le moyeu ou inversement, suivant que la poulie commande ou est commandée, s’exerce sur toute la circonférence à la fois; il est donc très régulier.
- Les deux autres systèmes sont, à l’exception du moyeu, entièrement en papier. L’attache du disque central avec le moyeu est identique à celle de la première. Dans celle représentée au milieu, la jante se compose de cinq parties, le disque central et quatre couronnes, deux de chaque côté du disque : ces cinq parties sont rapprochées comme le montre la figure, on applique de chaque côté deux couronnes {liâtes et on boulonne solidement l’ensemble : la poulie mise ensuite sur le tour et amenée au diamètre convenable est prête à fonctionner. La courroie porte non plus sur une jante en fonte, mais sur le papier comprimé lui-même.
- La troisième, d’une construction plus simple, est faite seulement en trois pièces : un moyeu en fonte, un disque central obtenu en prenant un certain nombre de feuilles découpées, et la jante formée de bandes continues superposées et rendues adhérentes par la compression et le calandrage.
- L’inventeur attribue aux poulies en papier comprimé plusieurs avantages dont les principaux peuvent être résumés ainsi :
- Un prix moins élevé que les poulies en bois ou en fonte; moins de chances de rupture; pas de jeu comme avec le bois ; une légèreté plus grande que les poulies en fonte, ce qui permet de réduire dans une certaine mesure le travail absorbé par les transmissions ; enfin, dans les poulies à jante en papier, moins de glissement sur la jante, ce qui permet de moins tendre la courroie et de réaliser de ce fait, une économie importante sur le travail absorbé par les transmissions ordinaires.
- Tout en laissant la responsabilité de ces assertions au Scientifîc American d’après lequel nous avons reproduit cette description, nous croyons qu’il y a là une industrie intéressante, et que la question mérite d’être prise sérieusement en considération par les industriels et les manufacturiers.
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- LA NATUHE
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- LE PATINAGE A LA TOILE
- EN DANEMARK
- Quand les ports de la Baltique sont fermés pâlies glaces pendant l’hiver, les pilotes et les marins de l’île d’Arnager à Copenhague, aiment à occuper leurs loisirs par l’exercice du patinage à la voile. Cet exercice nécessite beaucoup d’adresse, et un assez long apprentissage, mais quand on y est habile, il offre un charme tout particulier, et lorsqu’un vent rapide vous fait glisser à la surface de la glace on se sent enlevé en quelque sorte, et la sensation offre quelque analogie avec celle que pourrait offrir le vol. Nous donnons dans notre figure 1 le diagramme de l’appareil tel que nous l’avons vu employer par les patineurs danois, tel que nous l’avons employé nous-mê-mc. La voile, formée d’une étoffe légère mais résistante (la soie de Chine ponghie conviendrait admirablement à cet effet), est fixée sur des châssis de bam-
- bou dont nous donnons les cotes. La traverse du milieu, qui doit être placée à hauteur des épaules, est assujettie au corps du patineur par des lanières que l’on croise sur la poitrine, et que l’on fait tourner ensuite en sens inverse autour de la ceinture, pour les attacher ensemble sur le devant du corps. De grandes traverses de bois attachées à la partie inférieure du système, à droite et à gauche, sont tenues dans les mains du patineur, qui peut ainsi orienter la voile dans un sens ou dans un autre. Quand on veut être entraîné par le vent, il faut se tenir bien droit, sans trop raidir le corps, et se pencher en arrière d’autant plus que le vent est plus rapide. Avec l’habitude on acquiert de la confiance et on se couche en quelque sorte dans le vent. La figure 2 donne la position du patineur à voile, avec vent arrière et à pleine voile. Quand le vent est trop impétueux, il est facile d’abaisser la voile du haut (fîg. o) et de modérer ainsi l’impulsion que l’on reçoit de l’air en mouvement. En inclinant le système dans un sens ou dans l’autre, il est possible de tirer des
- Fig. 1.— Diagramme de la voile et du châssis de patinage
- bordées de tribord et de bâbord (fig. 4 et 5). Quand on veut enfin aller contre le vent, en patinant à la façon ordinaire, on plie le corps en avant de telle manière que la voile placée horizontalement n’offre plus aucune prise au courant aérien (fig. 5). Le patineur peut ainsi revenir à son point de départ, et recommencer à plusieurs reprises à être poussé par le vent.
- L’exercice du patinage à voile est très agréable et peu dangereux ; les chutes que l’on fait quand on
- s’y exerce aux débuts, ne sont pas redoutables, parce qu’elles ont presque toujours lieu en arrière.
- Le degré de vitesse que peut atteindre un patineur à voile bien exercé, est considérable, cependant elle est inférieure à celle de certains bateaux à glace lorsqu’ils fonctionnent par des grands vents. Quand on a fini de se servir de l’appareil, on le détache de ses épaules, on replie les voiles autour des bâtons de bambous qui peuvent s'en séparer, et le bagage tout entier n’est guère plus
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- LA NAT U II Ë.
- embarrassant à transporter qu'un parapluie. Quand les hivers sont rigoureux, il n’est pas rare de rencontrer sur les glaces des groupes nombreux de patineurs à voile qui cherchent à rivaliser de vitesse; on voit aussi des jeunes gens entreprendre de véritables expéditions sur la mer gelée entre le
- Fig. 5. — Bordée de Bâbord.
- Danemark et la Suède, et traverser le Sund tout entier. Ils utilisent la voile quand le vent est favo-rale, et ils replient l’appareil quand le vent est contraire; ils se servent alors de leurs patins à la façon
- Vent debout.
- ordinaire. Les chasseurs danois ont souvent aussi recours au patinage à la voile pour se rendre rapidement vers les points où les canards et les oies sauvages ont été signalés. Il m'est arrivé dans une de ces parties de chasse de poursuivre sur la glace un malheureux renard égaré, avec lequel nous rivalisions de-vitesse quand il courait dans le sens du vent; il s’en fallut de peu que nous n’ayons pu l’attraper à la course.
- NOUVELLE LAMPE DES MINES
- MM. G. Mangin et Leroyer viennent de faire breveter un appareil pour l’éclairage des mines; une lampe à incandescence est protégée de telle sorte que, si le globe de cette dernière vient à se briser, tout danger d’explosion est absolument évité. L’appareil, assez simple d’ailleurs, se compose d’une lampe renfermée dans un matras de verre rempli d’eau distillée et contenu dans un globe de cuivre plaqué d’argent à l’intérieur. Ce globe enveloppe le matras de toutes parts et laisse passer la lumière par de fortes lentilles de verre. La surface extérieure du globe agissant comme réflecteur, chaque lentille projette une lumière éclatante. Les constructeurs proposent plusieurs modèles légèrement différents. Pour les lampes de puits, il n’v a qu’une seule lentille, placée à la partie inférieur du réflecteur. Pour les lampes de carrefours, on dispose autant de verres qu’il y a de galeries à éclairer. Aous représentons ci-dessus un type de ces lampes, qui servent encore à MM. Mangin et Leroyer à éclairer l’intérieur des aérostats, pour des signaux.
- BIBLIOGRAPHIE
- Nos ancêtres, par Girard de Rialle, 1 vol. in-18 avec de nombreuses gravures. Paris, Degorce-Cadot. 1883. Prix, 2 fr. 50.
- M. Girard de Rialle a condensé dans ce volume de vulgarisation, toutes les données les plus certaines que la science moderne possède sur l’homme préhistorique. Depuis l’époque tertiaire jusqu’aux temps où commence l’histoire, en passant par les périodes quaternaires et les figes de la pierre polie et du bronze, l’auteur décrit les phases diverses traversées par l’humanité, et montre d’une façon pittoresque comment celle-ci s’est élevée d’un état presque bestial à la civilisation. M. Girard de Rialle a traité son sujet non seulement en naturaliste, mais aussi en historien : c’est pourquoi dans ces récits il s’est toujours maintenu sur le sol de la France, faisant voir ainsi que dès l’antiquité la plus lointaine la population de notre pays a été composée d’éléments divers que le temps a puissamment réunis, et qui ont constitué les bases de la nationalité française.
- De Paris au Japon à travers la Sibérie. Voyage exécuté du 6 mai au 7 août 1881, par Edmond Cottf.au. 1 vol. in-18 avec 28 gravures et 3 cartes. Paris, Hachette et Cie. 1883. Prix, 5 fr. 50.
- Le récit de ce magnifique voyage entrepris par un voyageur qui sait observer, et qui joint aux qualités de
- Lampe des mines de MM. Mangin et Leroyer.
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- LÀ NATURE
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- l’écrivain, la science d’un naturaliste émérite, est très attachant et très instructif. On lira avec beaucoup de curiosité, tout ce qui se rattache aux descriptions industrielles telles que la fonderie de canons de Motaviliki, les mines d'or de la Sibérie orientale, et aux tableaux de la nature, représentés par les débâcles des fleuves russes, le lac Baïkal, le fleuve Amour, et les merveilles de pays si peu connus.
- Précis théorique et pratique de l'examen de l'œil et de la vision, par le Dr J. Chauvel. 1 vol. in-18 avec 150 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1885.
- Le but que l’auteur de ce livre a voulu atteindre en l’écrivant a été d’entreprendre l’étude théorique et pratique des procédés d’exploration de la fonction visuelle et de l’œil organe de la vision. Cet ouvrage destiné au praticien sera également utile au médecin militaire et au médecin civil.
- Discours prononcé le 28 février 1883 aux funérailles de M. le baron Jules Cloquet au nom de l'Académie des Sciences, par M. le baron Larrev. 1 broch. in-4°. Paris, Firmin-Didot et Cie, 1883.
- M. le baron Larrey, l’un des plus éminents élèves du doyen de la chirurgie française, a retracé dans un style simple et émouvant, la vie si bien remplie de Jules Cloquet, qui né en 1790, est arrivé aux plus hautes situations, par le travail, la probité et l’amour du devoir : Après une vie si bien remplie, toute entière consacrée au bien, Jules Cloquet, à l’âge de quatre-vingt-treize ans, « s’est endormi, nous dit M. le baron Larrey qui a assisté à ses derniers moments, dans la mort sénile, comme dans le sommeil du juste, en pleine connaissance de lui-même, avec la conscience de tout le bien qu’il avait fait dans le monde. »
- LE JARDIN D’ACCLIMATATION D’OROTAYA
- (Canaries)
- Le voyageur qui aborde Santa Cruz, capitale de l’île de Ténérife, éprouve d’abord un certain désappointement. Toute cette côte orientale est accidentée, sauvage, formée de roches basaltiques de teintes sombres entre lesquelles s’élèvent çà et là des pieds d’Euphorbe (Euphorbia officinarum) d’un vert pâle, semblables à de gigantesques Cactus et dont la moindre blessure laisse écouler un suc laiteux, abondant et toxique. Les hauteurs des premiers plans sont séparées par des barancas ou ravins sans eau et sans végétation ; les cimes des montagnes sont estompées par des vapeurs de plus en plus denses ; enfin, dominant l’île et perçant les nuages qui le cachent presque en entier, apparaît le sommet aigu du pie de Teyde qui atteint l’altitude de 3715 mètres A En face de ce paysage sévère, désolé, on se demande pourquoi les anciens avaient donné aux Canaries le nom d’Iles Fortunées.
- Cette impression défavorable est effacée lorsqu’on
- 1 Près des Canaries on signale des fonds sous-marins de 4000 à 5000 mètres. Si le volcan de Teyde s’est élevé de ces fonds, il a subi une ascension de plus de 8000 mètres.
- pénétre dans l’intérieur. La route qui conduit de Santa Cruz à Orotova sur le littoral nord, est d’abord assez raide. Elle serpente tristement sur les flancs de montagnes noirâtres, brûlées, dont la monotonie n’est rompue que par quelques plantations de Nopals à cochenilles (fig. 1). Cette culture était, il y a peu d’années, une source de richesses pour les Canaries, mais la découverte des couleurs extraites du goudron de houille a fait subitement tomber la valeur des cochenilles. Le stock disponible de ces précieux insectes est considérable et ne trouve pas preneur même au prix de 1 fr. 50 la livre. Il est probable que les plantations de Nopals disparaîtront prochainement. Mais par quelle culture pourra-t-on les remplacer sur ces pentes arides, dévorées par un soleil ardent, couvertes d’une épaisse poussière et dépourvues d’eau ?
- A côté des Nopals et des Figues de Barbarie dont le fruit insipide est cependant apprécié par les indigènes, prospèrent les Agave lançant dans les airs leur immense hampe fleurie. Les plantes grasses forment ici comme au Maroc et en Algérie d’excellentes clôtures pour les jardins minuscules où des horticulteurs obstinés obtiennent à force de soins quelques choux maigres, coriaces et ratatinés.
- La route monte toujours et aboutit enfin à la Laguna, ville de 40 000 habitants, située à 520 mètres d’altitude, siège de l’évêché et résidence d’été des habitants de Santa Cruz. Quelques anciennes maisons, bâties en lave qui a la consistance et la couleur de la pierre de Volvic si usitée en Auvergne, sont remarquables par les armoiries sculptées et parfaitement conservées qui décorent les portes d’entrée. Nous n’avons pas été peu surpris en voyant un dromadaire se promener mélancoliquement à la Laguna en portant une charge sur le dos. Il paraît qu’un certain nombre de ces animaux existent à Ténérife où ils ont été expédiés de Lan-zarote et de Fuertaventura. Leur importation dans ces îles est assez ancienne, mais ces fils du désert ne paraissent pas bien appropriés à la nature mon-tueuse du sol des Canaries, où l’on possède d’ailleurs une excellente race de chevaux, petits, mais vigoureux et habitués à parcourir les sentiers plus ou moins difficiles de la montagne. Les chiens errants sont grands, efflanqués, hauts sur pattes, à oreilles longues et droites comme celles des renards. Cette race assez distincte représente-t-elle le chien des Guanches? Je l’ignore.
- Quand on a dépassé la Laguna et qu’on atteint le point culminant de l’île, le spectacle change brusquement. Vers le Nord, les pentes s’adoucissent, l’horizon s’agrandit, les cultures se multiplient; les céréales, la vigne, les arbres fruitiers, se succèdent interrompus çà et là par des bouquets d’Eucalyptus nouvellement introduits, de Pins des Canaries qui tapissent les montagnes, de Palmiers des Canaries, beaux arbres dont le tronc élevé est régulièrement renflé au sommet. Des troupeaux de bœufs,
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- de chèvres, des bandes de cochons uniformément 'noirs, enfin des volailles au voisinage des fermes et dans les champs, annoncent que la terre est plus fertile. Nous n’avions pas vu d’oiseaux sur le ' versant oriental, mais ici les passereaux piaillent dans les sillons et les haies et partent en compagnies dès qu’ils aperçoivent les nombreux éperviers qui planent dans l’espace; des martinets rasent les rochers à tire-d’aile et s’engagent dans les ravins; des papillons décrivent leurs zigzags capricieux ; des lézards glissent sur les rochers; en un mot, la vie éclate partout avec une intensité extraordinaire, dans une atmosphère limpide, dans un air
- subtil et parfumé dont la douceur est pénétrante.
- La population paraît nombreuse1 ; les maisons ne sont pas agglomérées en hameaux, mais légèrement espacées, de telle sorte qu’on en aperçoit sur toute la route. Les paysans, de taille moyenne, sont bien pris sans présenter l’embonpoint habituel aux habitants de Santa Cruz. Ils s’enveloppent, même au fort de la chaleur, d’un épais manteau de laine blanche. Les femmes vont nu-pieds, coiffées d’un chapeau d’homme en paille ou en feutre placé sur une sorte de long fichu qui garantit la tête et le cou. Elles me rappellent ainsi les femmes du peuple de Lisbonne et du nord du Portugal, et ne montrent
- F,g. l. __ Plantation do Nopals à cochenilles. Environs d’Orolava, lies Canaries (Ténérife). (D’après une photographie.)
- aucun trait de ressemblance avec celles du sud de l’Espagne. Les enfants sont presque nus. Le peu d’élévation des salaires détermine actuellement un courant d’émigration très important vers Cuba.
- Il est assez difficile de discerner dans l’aspect de cette population les caractères ethniques des anciens Guanches ; sa physionomie n’a rien de spécial, sauf une certaine douceur d’expression; les traits sont moins accentués qu’à Madère, où le type portugais est presque pur. Le sang guanche a été fortement mélangé à la suite de croisements avec les Espagnols d’une part, les Normands et les Gascons venus avec Béthancourt, d’autre part.
- L’arbre indigène le plus étrange par son port est certainement le Dragonier (Dracœna draco) dont quelques beaux spécimens sont conservés dans les jar-
- dins d’Orotava (tig. 2). D’un tronc droit partent à une grande hauteur des branches régulièrement fourchues et terminées par des touffes de feuilles lancéolées, dirigées presque verticalement et semblables à celles des Yucca. II y a quelques années, on montrait près d’Orotava un Dragonier dont le tronc mesurait environ 18 mètres de circonférence. Malgré les dégâts causés par la foudre, ce vétéran de Ténérife pouvait encore vivre de longues années, mais la municipalité le fit abattre afin de rectifier une route. Les protestations des botanistes et des horticulteurs n’ont pu empêcher cet acte inepte, véritable crime de lèse-nature. D’après les dimensions du tronc, on évalue à quatre mille ans au moins l’àge
- 1 Ténérife compte environ 100 000 habitants.
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- du Dragonier d’Orotava1, contemporain peut-être des Baobabs de la côte d’Afrique mesurés par Adanson,et des plus vieux cèdres du Liban.
- Quelques châtaigniers d’une grosseur énorme vivent encore dans les jardins d’Orotava; leur tronc est creux en partie et leurs branches maîtresses sont supportées par des piliers en maçonnerie (fig. 5). D’après la tradition, ils auraient été plantés par les conquérants de Ténérife, compagnons de Fernandez de Lugo. Ils n’auraient donc que quelques siècles d’existence et nous en avons mesuré d’aussi gros au nord de l’Espagne, à Barqucro et près duFerrol.
- Cette variété d’arbres et de plantes devait répandre aux Canaries le goût de la culture. En effet, la plupart des jardins de Ténérife sont remarquablement soignés. Les plantes exotiques rares s’y montrent h profusion à côté des essences indigènes. En 1790, le marquis de Villanueva del Prado créa à peu de distance du poit d’Orotava un jardin de 2 hectares de superficie placé à 85 mètres d’altitude. La température moyenne en ce point étant de 18° Réaumur (22°,5 centigrades), permet aux plantes des latitudes chaudes et tempérées d’y prospérer admirablement. Ce bel établissement dont Sabin Berlbelot fût pen-
- Fig. 2. — Dragouier d’Orotava, Iles Canaries (Ténérife). (D’après une photographie.)
- Fig. 3.— Châtaignier des environs d’Orotava, lies Canaries (Ténérife). (D’après une photographie.)
- dant quelques années le directeur, a été donné au gouvernement espagnol par son fondateur. Il est aujourd'hui transformé en Jardin d’acclimatation où les cultures sont dirigées avec succès par M. German Widpret, originaire de la Suisse. D’apiès un catalogue publié en 1879, le nombre des plantes cultivées dépasse 2500 espèces, vivant toutes en plein air. La série la plus intéressante est celle des arbres. Nous avons remarqué environ 70 espèces de Palmiers
- 1 Ce bel arbre a été vu par Bory de Saiut-Yincent, l’auteur des Essais sur les Iles Fortunées. D’après cet auteur, son tronc, un peu au-dessus de la racine, mesure 45 pieds de circonférence. Il paraît que le Dragonier d’Orotava était déjà célèbre dans l’île de Ténérife au moment de la conquête.
- (Acanthophœnix, Areca, Chamærops, Cocos, Elais, Oreodoxa, Phænix, Sabal, Zamia). Les arbres verts ne sont pas moins nombreux (Araucaria, Thuya, Cupressus) ; les arbres fruitiers des pays chauds y produisent d’excellents fruits, par exemple les Papayers, les Jambosiers, les Manguiers, les Avocatiers, les Bananiers, les Figuiers, les Citronniers. Les arbustes sont couverts des fleurs les plus éclatantes (Hibiscus, Jasminium, Lagerstrœmia, Lanlana, Veronica, Cassia) ; parmi les plantes herbacées foisonnent de magnifiques Statice ou immortelles violettes, entourant les bassins d'eau vive et donnant asile à des Rainettes qui ressemblent beaucoup à celles du midi de la France; parmi les
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- plantes grimpantes, les Bougainvillea, Bignonia, Passiflora, sont représentées par leurs variétés les plus élégantes.
- Le Jardin d’acclimatation d’Orotava,en distribuant des graines et des plantes aux jardins botaniques de l’Europe, doit rendre des services signalés à l'horticulture et c’est avec un véritable intérêt qu’il a été visité par les membres de la Commission scientifique du Travailleur en relâche à Santa Cruz (juillet 1882).
- P. Fischer.
- LA MÉTÉORITE D’ALFIANELLO
- On a signalé dans plusieurs journaux français et étrangers la chute qui a eu lieu dans le territoire de Brescia (Italie) d’une météorite d’assez grande dimension. Nous publions en premier lieu la curieuse lettre qui a été écrite à ce sujet par le professeur G. Ragazzoni.
- Le phénomène s’est produit le 16 février 1883, à 2 heures 43 de l’après-midi. Le ciel était nuageux; tout à coup, on entendit une bruyante détonation. Quelques paysans, ayant aussitôt levé les yeux, aperçurent une espèce de commotion dans les nuages qui couvraient le ciel et entendirent pendant une minute environ un bruit semblable à celui d’un train de chemin de fer glissant sur la voie. Ce bruit fut suivi de la chute rapide d’une masse qui ressemblait à une cheminée avec son panache de fumée bleuâtre. La chute de cette masse produisit un ébranlement du sol. Les paysans, épouvantés crurent à la fin du monde, et l’un d’eux qui vit passer sur sa tête la pierre météorique tomba par terre sans connaissance. Quelques-uns coururent à la bourgade raconter ce qui s’était passé, et là aussi l’épouvante fut générale.
- L’aérolithe est tombé dans un champ, à un peu plus de 300 mètres au sud-ouest d’Alfianello ; le trou à la superficie du sol, était petit et avait près de 70 centimètres ♦de profondeur. On creusa la terre et on découvrit un énorme bloc de près de 75 centimètres de hauteur sur près de 70 de largeur. Il avait la forme d’un cône tronqué ; la partie convexe ressemblait au fond d’une marmite. Son poids dépassait probablement d50 kilogrammes ; peut-être en atteignait-il même 200.
- Il s’était enfoncé dans le sol d’une' manière si oblique qu’il est perm’s de supposer que la direction de la chute a été du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Cette «opposition est, du reste, confirmée par ceux qui le virent tomber. Lorsqu’on le tira de la terre, il était encore chaud et exhalait une odeur de soufre. A l’intérieur, cependant il était froid. Il était d’une seule pièce quoique fendu, et recouvert d’une légère croûte verte noirâtre, parsemée de nombreuses cavités arrondies, qui paraissent faites avec le bout des doigts sur une substance molle et pâteuse.
- Malheureusement, un des frères Bonetto, fermiers du champ, pour faire retirer la foule qui endommageait le trèfle, saisit une pince et brisa le bloc en morceaux, qui furent emportés par des curieux ignorants ; ces fragments ont ensuite été vendus. Bonetto est aujourd’hui dé. solé.
- On dit que l’ébranlement, du sol a été aussi ressenti à Ostrano, village de 8 kilomètres de distance d’Alfianello,
- et à Capriano, qui se trouve à 16 kilomètres dans la direction opposée.
- La détonation a été entendue à Brescia, à Crémone, à Plaisance, à Parme, à Mantoue et à Vérone. On crut à l’explosion d’une mine.
- Quatre jours après l’événement, M. Rezzati, aide du professeur Bombicci, de Bologne, se rendit sur les lieux et réussit à recueillir, à quelques centaines de mètres plus au midi, quelques petits fragments de scories qu’il croît être tombées en même temps, que l’aérolithe. Ce fait l’a vivement intéressé, surtout lorsque, à son retour, je lui ai montré un bloc de matière semblable trouvé près de Fronzano, et qui provient, je crois, de météorites tombées le 12 novembre 1856.
- M. Denza a d’autre part communiqué à l’Académie des Sciences de Paris, par l’intermédiaire de M. Daubrée, une note sur la météorite d’Alfianello; nous en publions ici quelques extraits :
- La météorite tomba entière, mais elle fut presque aussitôt réduite en menus morceaux par le fermier de la propriété, et ces morceaux furent dispersés parmi la foule qui s’était pressée sur le lieu de l’évènement.
- La forme était ovoïde, mais un peu aplatie au centre; la partie inférieure était plus large et convexe, présentant la forme d’un chaudron ; la partie supérieure était tronquée. La surface était recouverte de la croûte noirâtre habituelle et parsemée de petites cavités, appelées piézo-glyptes, tantôt séparées, tantôt groupées ensemble, si bien que ceux qui étaient accourus crurent voir dans certaines parties l’empreinte d’une main, en d’autres, celle d’un pied de chèvre.
- Quant aux dimensions et au poids de la météorite, les appréciations sont diverses. D’après le témoignage de quelques-uns, sa hauteur eût été de 0m,75, sa plus grande largeur de 0“,60, et son volume d’environ 0m°,025. Selon quelques-uns, son poids aurait été de 50 kilogrammes; selon d’autres, de 100 kilogrammes, ou de 200" kilogrammes, ou même de 250 kilogrammes. Il paraît toutefois très probable que son poids véritable n’était pas beaucoup au-dessous de 200 kilogrammes. Ce qu’il y a de plus certain, c’est que le professeur Bombicci en emporta plus de 25 kilogrammes à Bologne, pour en doter la riche collection de météorites qu’il a réunies au musée de Minéralogie de l’Université de celte ville; qu’il en reste à peu près ,40 kilogrammes auprès d’autres personnes; que l’échantillon le plus considérable pèse I3kf,5 et se trouve chez MM. Ferrari; que la municipalité d’Alfianello envoya un échantillon de 3 kilogrammes à l’Athenæum de Brescia; enfin que deux morceaux, de plus de 12 kilogrammes chacun, furent jetés dans l’eau d’un torrent et s’y perdirent, sans parler d’une quantité considérable d’autres petits fragments, distribués çà et là, dont je possède quatre, ayant un poids total de 39 grammes, le plus gros pesant 30 grammes.
- Par sa structure, la météorite d’Alfianello appartient, - selon le professeur Bombicci, au groupe des sporadosi-dères-oligosidères et se rapproche du type Aumalile, se montrant pour ainsi dire identique à la météorite de New-Concord (Ohio).
- Le poids spécifique de la météorite d’Alfianello est de 3,47 à 3,50. L’analyse qualitative et quantitative en est actuellement exécutée dans deux laboratoires de Bologne.
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- LÀ NÀTUKE.
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- L’INDUSTRIE DES EAUX GAZEUSES
- ARTIFICIELLES
- APPAREILS DE MM. BEINS
- Parmi les eaux minérales naturelles, il y en a quelques-unes qui contiennent fie l’acide carbonique. Lorsqu’elles sont exposées à l’air, ce gaz se dégage en partie, sous forme de petites bulles. Depuis des temps très anciens, ces eaux, désignées sous le nom (Veaux acidulés, sont employées, soit à cause de leur goût agréable et rafraîchissant, soit par leurs propriétés médicales. Les eaux de Sclters et de Fachingen (Nassau), d’Appolinaris (Prusse rhénane), de Souïzmatt (Alsace), de Condillac, etc., appartiennent à cette classe.
- L’expédition et la conservation de ces eaux offrent de grands inconvénients : souvent enfermées dans des bouteilles mal bouchées, elles perdent bientôt leurs gaz et deviennent fades. C’est pour ce motif qu’on s’est efforcé, depuis longtemps, d’imiter les eaux minérales en général, et les eaux acidulés en particulier. Depuis le commencement du seizième, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, van IJelmont, Bergmann, Lanc, Priestley, Lavoisier* Watt et d’autres savants illustres, ont fait des tentatives pour atteindre ce but. Ce ne fut qu’au commencement de notre siècle que la chimie et la mécanique étaient assez avancées pour permettre d’analyser assez exactement les eaux minérales naturelles et de construire des appareils pour leur fabrication artificielle.
- Le premier appareil de ce genre fut construit, vers 1790, à Genève, par Gosse, pharmacien d’origine française. La pompe foulante était alors connue depuis longtemps et utilisée par Lavoisier; le gazomètre avait été inventé par Watt; Bergmann avait imaginé des appareils pour laver les gaz par l’eau, tandis que le duc de Choiseul avait inventé une disposition pour charger les liquides du gaz. En combinant ces divers appareils, d’une manière con* venable, Gosse construisit une machine assez simple. Un appareil fut installé, à Paris, en 1809.
- Parmi les inventeurs que l’on doit citer au premier rang dans les progrès apportés à la fabrication des boissons gazeuses, on doit citer Frédéric-Adolphe Struve. Après un travail assidu d’une dizaine d’années, il réussit si bien, que des fabriques d’eaux minérales artificielles et des kiosques de dégustation furent installés dans les principales villes de l’Allemagne, comme à Dresde en 1820, à Leipzig en 1822, à Berlin en 1825, etc. Lorsque le choléra asiatique sévit à Paris, en 1851 et 1852, l’emploi des eaux gazeuses fut prescrit généralement par les médecins et la consommation s’éleva à un demi-million de bouteilles par an. De cette époque à 1840, la consommation annuelle était de 2 millions de bouteilles. En 1851, on estimait la consommation déjà à 5 millions de bouteilles. En
- 1861, le département de la Seine, approvisionné par-une centaine de fabriques, a consommé 20 millions et la province 55 millions de siphons. Aujourd’hui, la consommation de boissons gazeuses, dans la France entière, est évaluée à 100 millions de bouteilles et de siphons, représentant, pour le consommateur, une dépense de 50 millions de francs.
- Avec l’extension du débit, les appareils pour la fabrication ont été améliorés et aujourd’hui il n’y a guère une ville de quelque importance, dans le monde civilisé, où il n’v ait une fabrique d’eaux minérales artificielles. D’autres boissons sont chargées, de la même manière, d’acide carbonique : on obtient ainsi les limonades gazeuses, le ginger-beer, etc.
- Les appareils actuellement employés pour la fabrication en gros des boissons gazeuses, diffèrent beaucoup entre eux, mais ils peuvent être ramenés à deux systèmes, qui sont distingués sous les noms de : système continu, à compression mécanique, et système intermittent, à compression chimique. A côté de ces systèmes, nous citerons une autre méthode, inventée, il y a quelques années, par deux de nos compatriotes distingués, MM. le Dr 1b et I. F. Beins, à Groningue (Pays-Bas). Elle est améliorée considérablement par les inventeurs et est connue sous le nom de : système Beins.
- Le système continu a été imaginé par le célèbre ingénieur anglais Bramah, l’inventeur de la presse hydraulique. 11 a été perfectionné par M. J. Hermann-_ Lachapelle, à Paris. L’acide carbonique est dégagé par l’action de l’acide sulfurique, sur la craie pulvérisée, ou blanc d'Espagne1.
- Dans le système intermittent à pression chimique de Savaresse, l’acide carbonique est dégagé d'une manière semblable, et l’opération s’effectue dans des appareils pouvant résister à une forte pression.
- 1 Au lieu de la craie -on se sert, dans les contrées où l’on peut se procurer ces substances à bas prix, de magnésite (carbonate de magnésie, Mtr CO5) ou de dolomite (carbonate de chaux et île magnésie (CaMg)CO3) et l’on obtient alors, comme produit secondaire, du sulfate de magnésie ou sel amer. L’acide chlorhydrique ne peut pas être employé au lieu de l’a^cide sulfurique, puisque les vapeurs de cet acide seraient entraînées par le gaz dégagé et ne peuvent pas être retenues par le lavage à l’eau. « On doit rejeter, dit M. J. Hermann-Lachapelle dans son Guide pratique, l’emploi de l’acide chlorhydrique dç la manière la plus absolue de la fabrication des boissons gazeuses. Malgré la précaution qu’on a de l’étendre d’eau, il répand toujours des émanations malsaines, à l’action desquelles nul métal ne résiste et qui détruisent tout dans un laboratoire quelconque. Elles forment avec le plomb, l’étain, le fer, le cuivre, qu’elles rencontrent, des composés nuisibles, parfois vénéneux. Elles communiquent de plus au gaz acide carbonique une odeur et un goût, dont aucun lavage ne peut les débarrasser et qui rendent facilement reconnaissables les eaux de Seltz ainsi fabriquées.... Le gaz acide carbonique, ainsi obtenu, ne devrait jamais servir à aciduler les boissons alimentaires. Entre un acide si dangereux, d’un maniement si difficile et dont l’emploi offre de si grands inconvénients, et l’acide sulfurique, qui agit d’une manière si régulière, sans donner jamais la moindre vapeur au composé, quand il est pur, le choix ne saurait être douteux; l’acide sulfurique purifié doit être employé, l’acide chlorhydrique complètement rejeté. »
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- Le gaz est ensuite lavé et conduit dans le récipient saturateur, contenant de l’eau destinée à être imprégnée d’acide carbonique. Pour accélérer l’absorption, l’eau est mise en mouvement par un agitateur. Le tirage s’effectue de la même manière que dans le système précédent. Lorsque la provision d’eau gazeuse est épuisée, on doit remplir de nouveau le récipient saturateur d’eau et l’imprégner d’acide carbonique. Ce système n’est propre que pour un débit fort limité. A chaque chargement d’eau, il y a en outre une perte de gaz considérable. L’eau gazeuse va en s’affaiblissant, au furet à mesure que le saturateur se vide par le tirage. D’ailleurs, il
- s’échappe beaucoup de gaz par des fuites inévitables.
- Nous ne décrirons pas ces deux systèmes actuellement bien connus ; nous nous borneronsà dire qu’ils offrent de grands inconvénients qui sont communs à l’un et à l’autre. Les matières premières qui sont employées à la production de l’acide carbonique ne sont pas des substances pures. L’acide sulfurique du commerce contient, comme matières nuisibles : l’acide sulfureux et différentes combinaisons nitreuses, telles que des oxydes d’azote, acides nitreux et hyponitrique. Celles-ci sont entraînées, avec l’acide carbonique, et ne sont éliminées que
- Fig. 1. — Appareils Beins pour la fabrication des eaux gazeuses artificielles.
- partiellement, par le lavage. La craie contient en outre des matières organiques dont les produits se mêlent avec l’acide carbonique et lui communiquent parfois une odeur désagréable.
- MM. Beins frères, de Groningue, ont imaginé un système de fabrication d’eaux minérales artificielles, qui peut être considéré comme une solution qui évite tous les inconvénients habituels. Leur méthode, qui est usitée de plus en plus dans les Pays-Bas, est encore trop peu connue en dehors de ce pays1. Nous espérons réaliser un travail utile en faisant connaître
- 1 Le jury de l'Exposition Universelle de Paris de 1878 a accordé à MM. Beins frères une mention honorable et une médaille d’argent, tandis qu’ils ont obtenu une médaille en vermeil à l’Exposition des Sciences appliquées à l’Industrie, à Paris en 1879.
- plus généralement leur méthode ingénieuse, dans ce journal.
- Le système Beins diffère, en deux points capitaux, de tous les autres : d’abord l’acide carbonique est dégagé par le chauffage du bicarbonate de soude ou sel de Vichy, qui, par la manière de préparation, est toujours très pur1. Puis l’eau, ou les autres
- 1 Gomme l’on sait, le bicarbonate se produit quand le carbonate normal ou ordinaire se trouve en présence d’un excès d’acide carbonique. Aussi la labrication est-elle très facile. A Vichy et à Ilauterive (Allier) l’on tire parti de l’acide carbonique qui se dégage en abondance des eaux minérales. On entoure la source d’un puits en maçonnerie, dans lequel plonge une cloche portant à sa partie supérieure un tuyau de dégagement pour le gaz. Celui-ci, avant d’arriver en présence des cristaux de soude, traverse un laveur. Comme la soude cristallisée contient 10 molécules ou 65 pour 100 d’eau, et que le
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- boissons, qui doivent être imprégnées d’acide carbonique ne sont saturés que dans les bouteilles mêmes avec ce gaz, de sorte qu’ils ne viennent dans aucun contact quelconque avec du métal.
- La figure 1 représente l’appareil Beins. A gauche du système se trouve un fourneau A, qui est chauffé par un bec à gaz Bunsen. Dans ce fourneau est placée une cornue en fer, remplie de bicarbonate de soude en poudre ; le vase est fermé hermétiquement par un tampon, portant le tuyau de dégagement. Le bicarbonate de soude est décomposé par la chaleur, en carbonate qui reste dans la retorte, en acide carbonique et en eau, qui se dégagent.
- Le mélange de gaz et de vapeur d’eau traverse un réfrigérateur Lie-big, représenté à la partie inférieure du fourneau. Le gaz passe ensuite dans un vase solide, cylindrique, figuré entre les deux grands cylindres à droite.
- L’eau, provenant de la décomposition du bicarbonate, s'y rassemble et peut être soutirée par un robinet infé-' rieur. L’acide carbonique est conduit ensuite dans un des deux grands cylindres à droite ou à gauche B et I), qui peuvent être mis en communication au moyen d’un tuyau muni d’un robinet. Ces cylindres sont en cuivre solide, munis de manomètres et peuvent résister à une pression de plus de 50 atmosphères. Lorsque l’appareil fonctionne, le gaz s’y trouve sous une pression d’environ 15 atmosphères. Dans ces deux cylindres, comme dans celui du milieu C, se trouve du charbon de bois fin, récemment calciné,
- bicarbonate est exempt d’eau de cristallisation, toute l’eau des cristaux s’écoule, saturée de bicarbonate, emportant avec elle toutes les impuretés du sel primitif. Les cristaux de soude sont placés sur des châssis disposés dans une chambre en maçonnerie dont le sol est légèrement incliné, de manière à permettre l’écoulement du liquide, qui abandonne les cristaux. L’eau qui s’écoule des châssis supérieurs suit de petites rigoles de manière à ne pas ruisseler sur ies châssis inferieurs. L’excès de gaz sort de la chambre d’absorption par un tuyau disposé à sa partie supérieure.
- qui sert à dépouiller l’acide carbonique de traces de matières empyreumatiques, qui ont pu se produire par la décomposition de quantités minimes de matières organiques, par exemple des filaments de bois, mélangées par hasard au bicarbonate.
- L’acide carbonique à haute pression est conduit des deux cylindres extérieurs B et D dans le cylindre du milieu C par un tuyau, dont on voit le robinet au premier plan de la figure. On le fait passer dans celui-ci, sous la pression voulue sous laquelle on veut saturer les boissons d’acide carbonique; cette pression est généralement de 5 atmosphères.
- Les liquides, que l’on veut charger de gaz, sont
- versés préalablement dans des flacons à billes. Un de ces flacons est représenté renversé sur la table (fig. 2). Le goulot est muni à son milieu d’une boule; il est rétréci, à sa partie inférieure, de sorte que la bille de verre, qui se trouve en dedans, ne peut pas descendre dans le flacon même. A sa partie supérieure, le goulot est épaissi, de telle sorte que la bille peut passer tout justement. Le goulot du flacon porte, à l’extrémité, un anneau en caoutchouc, fixé dans une rainure intérieure, qui ne permet pas à la bille de sortir et qui le retient en bouchon, quand la pression intérieure des boissons préparées la soumet à une pression de bas en haut. Quand on veut vider le flacon on n’a qu’à pousser la bille, pour la faire descendre dans le goulot et pour donner passage à ce liquide. L’eau gazeuse, contenue dans des flacons à billes, doit être consommée, aussitôt qu’ils ont été ouverts et c’est pour cela qu’ils ne contiennent que 500 centimètres cubes.
- Les flacons à billes sont appliqués, par des vis, à un axe creux E (fig. 1), que l’on tourne ensuite, pendant environ dix minutes, pour faire absorber successivement l’acide carbonique par l’eau ainsi remuée.
- Les appareils que nous venons de décrire sont excellents pour la production de boissons gazeuses
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- pour de petites fabrications, mais ils ne se prêteraient pas bien à la fabrication en grand. Gomme la consommation d’eaux minérales artificielles augmente toujours (lamaison Barretct Elers, à Londres, seule, prépare journellement 240000 bouteilles), MM. Reins se sont appliqués à construire de nouvelles machines, dont la production atteint un maximum, avec une dépense de travail minimum.
- MM. Reins ont construit des flacons à bille, tels, que le goulot est plus large que d’ordinaire, d’une forme sphérique et peut contenir la quantité de gaz (à 10 ou 12 atmosphères) nécessaire à saturer la quantité de liquide que contient le lïacon. On introduit donc d’un seul coup le gaz nécessaire ; on abandonne ensuite le llacon à lui-même, dans un endroit froid et, après une heure de repos, l’absorption est faite et la boisson gazeuse est prête. En général, le temps écoulé depuis la fabrication jusqu’à la consommation est de plus d’une heure; de sorte que cette méthode est généralement suffisante. Quandon n’a pas un temps aussi long, onpeut accélérer l’absorption du gaz, par une agitation des flacons; quelques minutes suffisent alors, pour apprêter les boissons. Dans cette méthode, on n’a pas besoin d’axe rotatoire et la main-d’œuvre est réduite à un minimum. Un ouvrier peut charger aisément 500 à 400 bouteilles à l’heure d’acide carbonique.
- MM. Beins ont réussi à construire des appareils plus simples et à meilleur prix, qui sont à la portée des petits fabricants.
- Les réservoirs en cuivre, de l’appareil décrit plus haut, sont remplacés par quatre grands cylindres en fer, qui sont très résistants et peuvent supporter une pression de 50 à 100 atmosphères. Ils sont remplis d’acide carbonique, à très haute pression, produit de la manière, décrite plus haut et sont couchés au-dessous d’une table (fig. 2). Par le moyen de tubes métalliques, pourvus de robinets, ils sont en communication avec l’appareil de tirage, qui se trouve sur la table. Deux manomètres sont appliqués, de sorte que l’ouvrier, chargé du tirage, peut observer la pression du gaz dans les réservoirs et la tension de l’acide carbonique, tiré sur le flacon.
- Ajoutons quelques mots sur les frais de fabrication. On serait tenté de croire que la préparation de l’acide carbonique, par le chauffage du bicarbonate de soude, est plus coûteuse, que par le traitement de la craie avec de l’acide sulfurique; mais c’est le contraire qui est vrai. On obtient dans le système Beins, comme produit secondaire, du carbonate de soude anhydre, presque absolument pur qui porte dans le commerce le nom de soude calcinée. Ce sel a une grande valeur et se vend aux blanchisseries1. Les fabricants de bicarbonate le rachètent volontiers, pour le saturer de nouveau d’acide carbonique. De cette manière la soude peut-être considérée comme
- 1 Le bicarbonate de soude sc vend actuellement 50 centimes le kilogramme et il reste environ deux tiers de soude calcinée, qui se vend à raison de 24 centimes le kilogramme aux blanchisseries. Le fabricant le rachète à 13 centimes.
- servant de matière de transport de l’acide carbonique à l’état solide. Dans les systèmes antérieurs les produits secondaires sont embarassants et inutiles. Le prix de revient d’un hectolitre d’acide carbonique, préparé à l’aide du bicarbonate, ne s’élève qu’à 20 centimes; l’appareil employé, avec son fourneau, ses cornues ses réservoirs, ses manomètres, etc., coûte 1600 francs. Le produit obtenu est tout à fait pur et salutaire.
- F. \V. Ivhecke,
- Docteur ès sciences.
- CHRONIQUE
- lie monument de Darwin. — Dans la séance du 18 décembre 1882, en l’absence de M. Milne Edwards, M. de Quatrcfages a pris la parole dans les termes suivants au nom de plusieurs naturalistes appartenant soit à l'Académie des Sciences, soit aux grands corps enseignants de t’aris : « Un Comité composé principalement de membres de la Société Royale s’est, formé en Angleterre, et a ouvert une souscription dont le montant est destiné à élever un monument à Darwin. Ce Comité a demandé aux hommes de science du continent de lui venir en aide ; il a écrit dans ce sens à quelques membres de notre Académie qui, à leur tour, ont constitué un Comité français, présidé par notre illustre doyen M. Milne Edwards. C’est lui qui devait prendre la parole aujourd’hui, mais l’Académie sait que M. Edwards est encore retenu par la convalescence d’une grave maladie. C’est donc en son nom et au nom du Comité que j’ai l’honneur de demander à l’Académie de vouloir bien autoriser dans son sein l’ouverture d’une souscription pour le monument de Darwin. Il est presque inutile d’ajouter que, en répondant à l’appel des savants anglais, le Comité français entend rester absolument en dehors de toute appréciation des doctrines générales, scientifiques ou philosophiques de l’illustre défunt. Ses hommages s’adressent uniquement à l’homme qui consacra sa vie entière au travail scientifique, qui aborda avec bonheur quelques-uns des problèmes les plus ardus que présente l’étude des êtres vivants; qui, par la direc ion toute spéciale de ses recherches et le succès qui souvent les couronna, a rendu à la science positive des services éclatants. »
- Voici le nom des membres du Comité français : MM. II. Milne Edwards, Berlhelot, P. Bert, Chatin, Dau-brée, Duchartre, Frémy, Fouqué, Gaudry, Hébert, de Lacaze-Duthiers, A. Milne Edwards, de Quatrefages, de Saporta, 4ran Thieghem, G. Masson. — Les souscriptions peuvent être adressées aux bureaux du journal La Nature.
- Conférences sur l’électricité. — La Société des ingénieurs civils de Londres a organisé une série de six conférences (lectures) faites par les ingénieurs électriciens les plus éminents de l’Angleterre et qui résument très fidèlement l’état actuel de la science électrique appliquée à l’industrie. La première par M. W. H. Preece, sur les téléphones; la seconde par Sir Frederick Bramwell, sur la téléphonie; la troisième par le Dr C. William Siemens, sur la transmission de la force et les accumulateurs électriques; la quatrième par le Dr J. Ilopkinson, sur l’éclairage électrique; la cinquième par le professeur F. A. Abel sur l’électricité appliquée aux agents explosifs, et la sixième par Sir W. Thomson, sur les unités électriques.
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- L'ensemble de ces conférences constituera, à notre point de vue, un ouvrage très intéressant et très utile à consulter, car il donnera l’état exact de nos connaissances actuelles en électricité appliquée. Si la Société de physique, la Société d’encouragement ou la Société 'des ingénieurs civils prenaient une semblable initiative, nous sommes certain à l’avance que ces conférences obtiendraient le succès le plus complet et rendraient les plus grands services.
- La téléphonie à grande distance. — Un télégramme américain annonce qu’on vient de téléphoner avec un succès complet entre New-York et Chicago sur une ligne aérienne de 1000 milles (I60D kilomètres) de développement. La plus grande distance à laquelle ce résultat avait été obtenu jusqu’ici n’était que de 700 milles (1120 kilomètres), entre New-York et Cleveland (Ohio). Ce résultat remarquable est dû en partie à l’emploi d’un nouveau système téléphonique perfectionné et en partie à l’emploi d’un nouveau conducteur constitué par un fil d’acier recouvert d’une couche de cuivre par un procédé galvanoplastique. La résistance des 1600 kilomètres ne dépassait pas 1522 ohms, tandis qu’elle aurait été de 15 000 ohms, c’est-à-dire dix fois plus grande, avec un fil de fer télégraphique ordinaire de 4 millimètres de diamètre. Nous attendons avec impatience les détails de cette expérience considérable au point de vue de l’avenir et du développement des applications du téléphone.
- Tremblement de terre dans le département de la Mayenne. — On a ressenti, dit M. A. Faucon dans une no te communiquée à l’Académie des Sciences, sur différents points ‘de la commune de Saint-Denis-de-Gastines, canton d’Ernée (partie nord du département de la Mayenne), une secousse de tremblement de terre, le jeudi 8 mars, vers 5 heures de l’après-midi. Quoique d’une certaine intensité, le phénomène a 'été très rapide: dans l’espace de quelques secondes, il s’est produit trois trépidations, assez fortes pour que les hommes qui étaient debout aient pu croire que la terre allaient s’ent'r’ouvrir ; d’autres personnes assises dans les maisons ont cru que les murailles allaient s’écrouler. Cependant on ne signale dans le pays aucune lézarde ni dégradation. Des bestiaux couchés dans les étables se sont levés précipitamment. La secousse a été immédiatement suivie d’un long bruit souterrain, que l’on compare généralement, comme sonorité, à un coup de tonnerre assez rapproché. Le pays est essentiellement granitique et les terrains de sédiment qui recouvrent le granité ont peu d’épaisseur ; l'altitude varie de 200 mètres à 250 mètres au-dessus du niveau de la mer. On a gardé le souvenir d’une autre secousse plus prolongée, qui se serait produite il y a environ vingt-cinq ans.
- Un cas curieux d’incendie. — H y a quelques jours, nous apprend notre confrère Nature, de Londres, deux dames étaient en visite dans un salon, lorsque l’une d’elles aperçut de la fumée sortir de la robe de sa voisine. Après examen, on reconnut que ce commencement d’incendie avait été causé par les rayons du soleil qu’une lentille de graphoscope ou de stéréoscope malencontreusement placée sur une table voisine avait fait converger sur la robe de la visiteuse. Il serait intéressant de savoir si des faits semblables n’ont pas été déjà constatés, mais en tout cas cet exemple prouve bien qu’une cause bien simple produit ou peut produire de grands effets sans qu’on soupçonne le plus souvent son origine.
- Emploi de l'électricité dans l’extraction de l’or. — Dans le procédé d’extraction de l’or par amalgamation, les pyrites de cuivre et de fer, etc., ont pour effet d’opposer un obstacle sérieux à l’action du mercure. Dans le but de remédier à cet inconvénient, M. Barker a imaginé un plan incliné de 6 à 7 mètres de longueur sur lequel coule un léger filet d’eau qui entraîne les poussières aurifères et les fait séjourner, pendant un temps plus ou moins long, sur des bains horizontaux de mercure placés en plusieurs points du plan. Dans l’eau, et au-dessus de chaque bain, plonge le pôle positif, et dans le mercure le pôle négatif d’un courant fourni par une machine dynamo-électrique. Ce courant entretient à la surface du mercure un état constant d’agitation qui rend très favorable la réunion des globules aurifères et leur amalgamation.
- Procédé de conservation des dessins de givre. — On soumet à une basse température une lame de verre, disposée horizontalement et couverte d’une couche mince d’eau mélangée de minium. Pendant la congélation, les parcelles de minium sont entraînées par les petits cristaux de glace en formation ; on obtient ainsi des figures affectant la forme d’aiguilles, d’aigrettes, de leuilles de fougères, etc., comme celles qui se produisent sur les vitres en temps de gelée. La fusion et l’évaporation ultérieures de l’eau laissent le minium en place : il suffit de vernir la plaque, pour conserver indéfiniment les figures obtenues. Cette dernière précaution n’est, même pas nécessaire pour les photographier avec le papier dit au ferro-prussiate. (C. Decharme.)
- Les importations d’oiseaux en Nouvelle-Zélande. — Voici un fait assez curieux démontrant avec évidence combien dans certains pays on attache d’importance à la production et à la protection des oiseaux insectivores, tandis qu’en France chaque année des millions de ceux-ci sont détruits soit par les chasseurs, les tendeurs de piège ou les petits chasseurs de nids. Dans le courant de l’année dernière, le vaisseau anglais Tintera Abbey, a quitté la Tamise faisant route pour la Nouvelle-Zélande avec une cargaison de 1250 oiseaux soit : merles, 100; rouges-gorges, 100; moineaux, 150; étourneaux, 100 ; linottes, 140; chardonnerets, 100; goldfinchs, 160; bruants, 170; perdrix, 110. Ces oiseaux au terme de leur voyage, ont été immédiatement rendus à la liberté. Des peines très sévères sont appliquées aux individus qui chercheraient à les détruire. Cet envoi a été demandé par les fermiers de la Nouvelle-Zélande dont les récoltes sont souvent attaquées par des insectes de diverses espèces et surtout par les chenilles.
- Une terrible explosion de chaudière à vapeur a eu lieu à Marnaval-Forges (Haute-Marne). II y a eu plus de soixante-trois victimes.
- — L’exposition printanière d’horticulture a été ouverte la semaine dernière au palais de l’Industrie à Paris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 2 avril 1883.
- Ouverte à deux heures, la séance a débuté par un discours du Président où, suivant l’usage, sont passés en
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- LA NATURE
- revue les faits divers académiques de l’année qui vient de disparaître.
- Ces faits, suivant l’orateur, constituent l’histoire même des travaux scientifiques accomplis en France (ce qui est certainement trop modeste, les Comptes rendus donnant une large place à des mémoires émanant d’étrangers).
- Après avoir payé un tribut de regrets aux trois savants dont la science a enregistré la mort dans le courant de l’année 1882 : Bussy, Decaisne, Lion ville, le discours énumère les principales découvertes de 1882, il insiste principalement sur l’exposé des phénomènes relatifs au passage de Vénus et des faits nouveaux concernant les microbes.
- La proclamation des prix décernés comprend :
- Deux grands prix des sciences mathématiques attribués à M. Smith (d’Oxford) et Minkowski (de Kônigsberg); le prix Francœur à M. Émile Barbier; les deux tiers du prix extraordinaire de 6000 francs à M. Bouquet de La Grye; et le troisième tiers du même prix 'a M. Bertin; le I prix Poncelet, à M. Clau-sius; le prix Dalmont, à M. Lemoine; le prix Lalande, à M. Souillart ; deux prix Valz, à M. Huggins et à M. Cruls; des prix Montyon (statistique), à M. Cheysson et à Maher; le prix Jecker, à M. Gautier ; le prix Desmazières, à M. llus-not; le prix Vaillant, à M. Toussaint ; le prixThore, à M. André ; le prix da Gama Machado, à M. Herrmann ; des prix Montyon (médecine), à M. Maillot, à MM. Dieulafov etKrishaber, à M. Hayem ; le prix Bréant, à MM. Arloing, Cornevinet Thomas; le prix Godard, à M. Reclus; le prix Lallemand, à MM. llourneville et Regnard; le prix Montyon (physiologie expérimentale), à M. Dastre; le prix Cuvier, à M. Ileer; le prix Trémont, à M. Sidot; le prix Gegner, à M. Lescarbault; le prix Delalande-Guérineau, à M. de Brazza ; le prix Jérôme Ponti, à M. Müntz; le prix Laplace, à M. Bochet.
- La séance s’est terminée par la lecture de l’éloge de Ch. Dupin par M. Bertrand : « Aimer la vérité, conseiller le progrès, répandre le bien, sans négliger pour lui-même de légitimes avantages, tels furent l’ambition et la maxime constante de Dupin. Habile dans la conduite de la vie, s’il aimait les honneurs et l’éclat du succès, il acceptait noblement le devoir, prêt à la lutte quand l’exigeait sa conscience, s’y exposant avec sobriété, comme l’eùt conseillé Philinte; s’il n’y a reçu aucune blessure, si dans les carrières heureusement parcourues il n’a sous aucun régime rencontré aucune déception, c’est que dans tous les rangs de la société, depuis les ouvriers qu’il appelait ses amis jusqu’aux plus grands personnages devant lesquels il s’inclinait avec respect, nul n’a connu et approché Ch. Dupin sans estimer ses talents, respecter son caractère et applaudir à ses efforts quelquefois heureux pour mériter l’admiration. »
- 8tamsi.as Meunier.
- UTILISATION DU VENT
- POUR BATTRE LE BEURRE
- En attendant que les forces naturelles, docilement asservies par le génie de l’homme, lui rendent tous les services qu’il est en droit d’en espérer, il est des cas où, par des dispositions très simples, il est facile de les utiliser sans avoir recours aux découvertes les plus nouvelles de la science moderne.
- En fait, il ne s’agit ici, comme le montre la figure ci-contre, que d’utiliser le vent pour battre le beurre. La disposition de l’appareil est des plus primitives. Un poteau fiché en terre sert à la fois
- de support et de pivot à un moulin à vent à orientation automatique; on saisit le mode de construction à l’inspection de notre gravure.
- Au centre de ce moulin on trouve une boîte fermée et capitonnée dans laquelle on introduit un vase à large goulot à la moitié ou aux trois quarts rempli de crème. Le capitonnage a pour but de caler le vase et de s’opposer au refroidissement ou à réchauffement de la crème qu’on introduit à la température voulue.
- On met le lait le soir, on laisse aller le moulin qui, par son mouvement de rotation varié, plus ou moins rapide, produit automatiquement le barattage — à la condition cependant que le vase ne soit pas complètement rempli de crème, — et le lendemain, la crème s’est transformée en une motte de beurre. N’ayant pas fait nous-même l’expérience, nous laissons tout naturellement la responsabilité des résultats obtenus au journal américain auquel nous empruntons la description de l’appareil: il n’en est pas moins vrai que .la chose paraît vraisemblable et le moulin à beurre pourrait être de quelque utilité dans bon nombre de petites fermes en supprimant un travail fastidieux ; c’est à ce titre que nous avons cru devoir le signaler, espérant que ce procédé pourra être utilisé par quelques-uns de nos lecteurs.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
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- Imprimerie A. Laliure, 9, rue do Fleurus, à Paris.
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- IN» 515
- U AVRIL 1885
- LA NATURE
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- LÀ RÉCENTE ÉRUPTION DE L’ETNA
- Le 20 mars dès le matin, une longue série de tremblements de terre re'pandit l’épouvante dans toutes les villes et les nombreux villages qui se trouvent disséminés sur les lianes du mont Etna. Les secousses se suivaient à des intervalles de peu de minutes. On entendait de sourds grondements souterrains et l’on prévoyait une catastrophe imminente. Vers le soir, le sol de la montagne éclata dans la basse région du côté méridional, à la limite de la zone cultivée et à 4 kilomètres au nord du
- village de Nicolosi. Il se forma sur le sol un grand nombre de fentes très larges, par où s’échappaient de grandes masses de vapeurs et de gaz qui enveloppaient la montagne d’un épais brouillard et vers la nuit une vive lumière très rouge qui, vue de Catane, semblait jaillir à grands flots du pied de la montagne, annonça l’apparition de la lave.
- Onze bouches d’éruption s’étaient formées pendant la nuit et lançaient dans l’air des scories enflammées qui en peu de temps formèrent trois monticules hauts de 40 à 50 mètres.
- Le jet des scories était accompagné de fortes détonations et les oscillations du sol étaient si
- Éruption de l’Etna le 22 mars 1883. Vue prise de Catane. (D’après un croquis de M. G. Costa.) 1. Lieu de l’éruption. — 2. Monti Rossi. — 3. Village de Nicolosi.
- violentes que dans les villages de Nicolosi et Pedara les cloches sonnaient d’elles-mêmes.
- La consternation publique était d’autant plus grande que la localité par où se manifestaient les phénomènes éruptifs, était à peu près la même qui fut le théâtre de la célèbre éruption de 1069. Cette localité domine une plaine inclinée et destinée à de riches cultures, dans laquelle se trouvent répandus à peu de distance du foyer de l’éruption douze villages contenant une population totale de 20000 habitants.
- Le second jour, le caractère de l’éruption était devenu tout à fait alarmant. De nouvelles fentes s’étaient manifestées jusqu’à proximité de Nicolosi et la lave se déversait à grands flots sur les terrains H* année. - t" semestre.
- circonvoisins. Cela faisait prévoir une longue éruption, mais à la grande surprise de ceux qui s’intéressent aux phénomènes volcaniques, le troisième jour le mouvement éruptif commença à se ralentir et pendant la nuit il s’arrêta tout à fait.
- Ce fut là une circonstance très heureuse, car cette éruption aurait pu causer d’immenses dégâts.
- On ne peut pas cependant se dissimuler que l’appareil éruptif de cette dernière conflagration est resté dans des conditions telles, qu’il constitue un danger permanent pour les villages voisins. Il est arrivé en effet que par suite de la rapide cessation du mouvement éruptif, il ne s’est pas produit ces phénomènes secondaires par lesquels la nature pourvoit ordinairement à une solide fermeture des .................................. 20
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- LA NATURE
- cratères parasites. Aussi est-il problable que quand une nouvelle e'ruption aura lieu, elle se fera sur le même point où s’est manifestée celle qui vient d’avorter.
- V. Tedeschi di Ercole.
- Catane, 26 mars 1883.
- LES TRAINS EXPRESS EN 1883
- Sous ce titre, M. Bandérali, ingénieur chargé du service central du matériel au chemin de fer du Nord, a fait le 18 mars dernier, au Conservatoire national des Arts et Métiers, une très intéressante conférence, et fourni sur la question une série de renseignements et de chiffres auxquels la compétence toute spéciale du conférencier donne une haute valeur. Nous résumerons ici les faits les plus caractéristiques et les plus frappants.
- On dit assez généralement, en France du moins, que les chemins de fer américains sont les plus rapides ; il n’en est rien cependant et, entre autres raisons, la trop grande légèreté des voies, pour ne citer que la plus importante, s’oppose d’une manière absolue à ce que cette vitesse dépasse une certaine limite; les vitesses actuelles même ne sont pas sans un certain danger auquel nous ne nous accoutumerions d'ailleurs que difficilement en France. Nous citerons tout à l’heure quelques chiffres comparatifs.
- Si l’on compare le développement actuel du réseau de chemins de fer en Europe et aux États-Unis, on trouve une égalité parfaite entre les deux contrées au point de vue du nombre de kilomètres exploités par unité de surface, soit 1,7 kilomètres par kilomètre carré, mais tandis qu’en Europe nous n’avons en moyenne que 5,3 kilomètres de ligne pout. 10 000 habitants, on compte aux États-Unis 53 kilomètres pour la même population. Le développement de la longueur des lignes suit Une marche analogue dans les deux pays ; la longueur totale des lignes exploitées à la fin de 1880 — dernière date des renseignements statistiques complets — atteignait 350 000 kilomètres ; c’est-à-dire que toutes les lignes mises bout à bout pourraient faire près de dix fois le tour de la terre.
- Que faut-il entendre par la vitesse d’un train?
- 11 y a lieu de distinguer trois sortes de vitesse: la vitesse commerciale, la vitesse moyenne de marche et la vitesse réelle de marche.
- La vitesse commerciale est' représentée par le rapport entre le parcours total et le temps total. C’est celle qui intéresse directement le voyageur.
- La vitesse moyenne de marche est obtenue en prenant le rapport entre le parcours total et le temps total, après en avoir défalqué les temps d’arrêt, Enfin, la vitesse réelle de marche est celle atteinte par un train à un moment quelconque de son parcours. C’est elle surtout qui intéresse l’ingénieur, tant au point de vue de l’établissement de la voie qu’à
- celui du matériel roulant, locomotives, tenders et voitures.
- En France, tandis que la vitesse commerciale atteint 03,4 kilomètres au maximum, la vitesse moyenne varie entre 60 et 70, et la vitesse réelle atteint 95 et jusqu’à 100 kilomètres à l’heure l.
- En Allemagne, sur des parcours sans arrêts dont le plus grand est de 154 kilomètres, on atteint une vitesse de marche de 76 kilomètres à l’heure seulement.
- En Angleterre, la vitesse commerciale est de 50 à 60 kilomètres, et la vitesse moyenne de marche de 60 à 70 kilomètres. Entre Londres et Edimbourg, où il n’y a que cinq arrêts seulement, la vitesse commerciale atteint 67,6 kilomètres et la vitesse moyenne de marche 70,8 kilomètres.
- Aux États-Unis, la vitesse moyenne atteint rarement 70 kilomètres, et elle est en général plus voisine de 60 kilomètres.
- En France, les règlements imposent des ralentissements aux embranchements, aux passages où l’on rencontre des aiguilles en pointe et, en général, à tous les points dangereux : c’est là la cause principale de la vitesse relativement modérée des trains express. En Angleterre, où les règlements sont plus larges et les parcours sans arrêts plus longs, on dépasse de beaucoup ces chiffres, et sur un parcours sans arrêt de 170 kilomètres, il a été possible d’atteindre une vitesse moyenne de 79,1 kilomètres à l’heure.
- Les modifications apportées au matériel pour accroître- le confort des voyageurs ont eu pour effet d’augmenter la stabilité, la douceur du mouvement et le silence.
- La stabilité s’obtient en augmentant le poids de la voiture à mesure que la vitesse augmente, et aussi en partie en solidarisant les attelages par un serrage énergique de l’attelage des voitures.
- Les voitures actuelles des trains express pèsent de 10 à 12 tonnes et le poids mort s’est élevé de 250 à 340 kilogrammes par voyageur. La douceur du mouvement est obtenue avec des roues bien rondes et bien équilibrées ; en Angleterre, on fait un très grand emploi de la roue Mansell, à centre plein en bois, qui donne un roulement plus silencieux qu’en France, où l’on fait presque exclusivement usage de roues à centre en fer.
- On a encore augmenté la douceur du mouvement en ajoutant aux ressorts de suspension des ressorts en caoutchouc qui contribuent à adoucir les chocs et les mouvements trop brusques. L’écartement des essieux qui atteint aujourd’hui 5,50 et jusqu’à 6 mètres contribue aussi à accroître la stabilité. Mais le passage dans des courbes de petit rayon est un obstacle qui limite bien vite l’écartement maxi-
- 1 Dans le rapide de Bordeaux, à la descente d’Etampes sur Paris, on a constaté une vitesse réelle de 123 kilbmètres à l’heure, soit plus de 2 kilomètres par minute. C’est, croyons-nous, la plus grande vitesse atteinte jusqu’ici dans l’exploitation.
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- muni qu’on peut donner aux essieux des voitures : la stabilité et le passage facile dans les courbes présentent donc des exigences contraires auxquelles on satisfait en se plaçant dans des conditions moyennes. En Amérique, le problème a été résolu par l’emploi des boggies qui transforment la voiture, véritable maison roulante, en une sorte de hamac posé sur deux points fixes. La manœuvre de ces immenses voitures n’est cependant pas sans difficultés.
- En ce qui concerne l’aménagement intérieur, la hauteur des plafonds a été portée de 1“\70 à2m,30, l’éclairage s’est amélioré, non seulement par les perfectionnements apportés aux lampes à huile, mais par l’introduction de l’éclairage au gaz et les premiers essais de l’éclairage électrique qui mérite, dès à présent, un sérieux examen.
- Le chauffage des voitures de train express est une question des plus importantes et des plus difficiles. L’eau chaude demande un grand matériel et crée un réel embarras, le chauffage à la vapeur est peu recommandable, les briquettes sont dangereuses, plus dangereux encore les poêles dont on fait usage en Amérique : M. Randérali est d’avis que le chauffage par circulation d’eau chaude fournira la meilleure solution pour le chauffage des trains express.
- Les freins ont été aussi notablement perfectionnés pendant ces dernières années : les freins électriques, les freins à vide et les freins à air comprimé donnent tous des résultats satisfaisants.
- Grâce aux progrès réalisés, il est facile aujourd’hui d’arrêter en moins de 400 mètres un train lancé à une vitesse de 85 kilomètres à l’heure.
- L’amélioration du chauffage, l'établissement des freins continus, l’augmentation du confortable des wagons, etc., ont conduit à augmenter successivement le poids mort par personne.
- En 1846, ce poids mort ne dépassait jamais 260 kilogrammes par place; il atteint aujourd’hui 1000 kilogrammes par place de wagon-lit. Ce chiffre est une limite qu’il convient de ne pas dépasser dans l’état actuel de l’exploitation.
- À l’origine, la charge des trains express, c’est-à-dire le poids remorqué par la locomotive, ne dépassait pas 80 tonnes, aujourd’hui la charge varie entre 120 et 140 tonnes. Le matériel de traction, locomotives et tenders, a dû se transformer entièrement pour satisfaire aux exigences nouvelles du service actuel.
- * L’adhérence, représentée par le poids que supportent les roues motrices pour ne pas tourner sur place ou patiner, qui était primitivement de 12 à 14 tonnes seulement, atteint actuellement 29 tonnes, grâce à l’accouplement des roues motrices : la pression de la vapeur s’est élevée de 7 à 10 atmosphères : il existe même en Russie des machines qui travaillent à 12 atmosphères ; le poids des locomotives varie entre 40 et 46 tonnes, le tender renferme jusqu’à 14 mètres cubes d’eau et pèse 20 tonnes. Les locomotives peuvent développer un
- effort de traction de 4000 et 5000 kilogrammes et faire mouvoir sur une ligne en palier, à la vitesse de 80 à 90 kilomètres par heure, un poids total de 200 tonnes ainsi réparti :
- Locomotive......................... 40 tonnes
- Tender............................. 20 —
- 14 voitures à 10 tonnes........... 140 —
- Total................ 200 tonnes
- Le travail effectif produit par ces locomotives atteint et dépasse souvent 400 chevaux-vapeur.
- Cette augmentation considérable du poids du matériel et des vitesses a obligé les Compagnies à augmenter proportionnellement la masse de la voie : les rails, qui pesaient seulement 30 kilogrammes par mètre courant au début, pèsent aujourd’hui de 42 à 43 kilogrammes ; la voie simple avec traverses et ballast a vu son poids s’élever de 150 à 200 kilogrammes par mètre courant.
- Des progrès de même importance ont été réalisés dans les signaux, si nécessaires au point de vue de la sécurité des voyageurs. M. Bandérali, prenant en mains la délense des grandes Compagnies, a fait observer avec raison que toutes les transformations demandent du temps, et*que si les progrès ne sont pas assez rapides au gré du public, ils n’en sont pas moins réels, efficaces et continus.
- M. Bandérali a terminé sa conférence en donnant quelques renseignements généraux sur les grands services internationaux. Ces services s’établissent aujourd’hui presque généralement par l’initiative des particuliers.
- De l’aveu même du conférencier, bien en situation pour connaître la vérité, il semble aujourd'hui établi que les particuliers peuvent mieux s’entendre avec toutes les Compagnies pour établir un service international que ne pourraient le faire les Compagnies elles-mêmes.
- Le fait est assez curieux et l'aveu assez singulier pour qu’on le recueille en passant. La création de ces trains en quelque sorte impersonnels a déjà porté ses fruits : le train actuel de Calais à Naples parcourt 2103 kilomètres avec une vitesse commerciale de 40 kilomètres à l’heure. Depuis le mois de novembre 1882, il existe un train hebdomadaire entre Paris et Vienne, qui parcourt la distance séparant ces deux villes, avec une vitesse commerciale égale. Dans un avenir prochain, ce service aura lieu deux fois par semaine, les voyageurs y trouveront tout le confort désirable, restaurant, salons, etc., c’est-à-dire un véritable hôtel roulant.
- En somme, les grandes Compagnies auraient difficilement trouvé un avocat plus habile et plus convaincu que M. Bandérali pour soutenir que tout est pour le mieux dans toutes les Compagnies de chemins de fer possibles : si la cause n’était pas irréprochable, le succès du conférencier a du moins prouvé quelle était bien défendue et gagnée sur bien des points.
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- MITRAILLEUR DE POCHE
- Le « Mitrailleur de poche » construit par M. de Labastide, à Nice, est une arme qui, sous un volume très restreint, emmagasine beaucoup de cartouches (les dimensions d’un mitrailleur de poche à douze coups du calibre de 7 millimètres n’ont pas besoin d’excéder 6 centimètres sur 10 et 2 1/2 d’épaisseur). Il affecte sensiblement la forme d’un petit livre relié n’occupant pas plus de place
- qu’un porte-cigarettes; l’absence de crosse et de toutes autres saillies si gênantes dans les armes dites de poche, rend ce terrible petit engin essentiellement portatif et commode à'manier.
- Les dessins que nous publions ont été faits sur un type à dix coups qui a servi aux expériences, mais comme le nombre de coups n’entraîne aucune modification du système, ce dessin suffira pour l’intelligence de la description.
- La figure 1 représente le mitrailleur dans son ensemble, tel qu’on le voit (le percuteur étant au cran de sûreté), il peut être manié, retiré de la poche
- Fig. 1 à 9. — Mitrailleur de poche de M. de Labastide.
- et même bousculé sans le moindre danger, quoique prêt à fonctionner.
- L’appareil est une façon de cage oblongue ouverte par le haut et par le bas et de faible profondeur dans laquelle glissent comme un tiroir les dix canons (fig. 2) qu’une couverture en maroquin empêche de voir dans la première figure. Sur l’une des extrémités de cette cage est appliquée une pièce en bois formant pommeau. Au-dessus se voit le marteau du percuteur, l’autre extrémité est terminée, en bas, par une ouverture circulaire, et en haut par la monture qui se prolonge en façon de canal dans lequel passent librement les balles. La pièce intercalée entre ces deux parties est la gâchette.
- Pour le fonctionnement, on prend l’appareil
- dans la main, la partie en bois reposant sur la paume de la main et le médium engagé dans l’ouverture circulaire. Dans cette position l’arme est maintenue avec une extrême solidité, tandis que l’index reste libre pour faire jouer la gâchette qui n’agit sur la détente que lorsqu’elle est abaissée à fond ; l’index, alors au-dessous du plafond du canal mentionné plus haut, reste garanti de tout danger au moment du passage des projectiles.
- Le percuteur PP (fig. 3) occupe toute la longueur de l’appareil, il glisse dans une rainure pratiquée sur l’un des grands côtés de la cage ; la partie affectée à la percussion est recourbée à angle droit et forme une tête armée de deux pointes (fig. 6), un grand ressort GU (fig. 3) tend à entrai-
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- ner le percuteur dans la position figurée par le pointillé P'P'.Dans cette position les pointes auront traversé deux trous ménagés dans le fond de la culasse et l’une d’elles aura percuté le centre d’une cartouche tandis que l’autre se sera logée dans un petit creux c foré dans l’intervalle de deux canons (fig. 7). Les canons (même figure) sont disposés en quinconce, ce qui fait qu'après chaque ascension provoquée par le mouvement du percuteur, les canons se présenteront successivement devant les pointes dans l’ordre numéroté sur la figure, de telle sorte que, lorsque la pointe de droite tombera sur une cartouche du canon droit, la pointe gauche tombera dans le vide ménagé en regard; le contraire se produira lorsque ce sera la pointe de gauche qui frappera la cartouche de gauche.
- Une série de petites chevilles, en nombre égal à celui des canons, est disposée de chaque côté du faisceau de canons, que nous appellerons barillet pour plus de commodité, sert de crémaillère permettant au susdit barillet de remonter, de la distance comprise entre deux chevilles, à chaque repoussée du percuteur.
- Dans le milieu de la tige du percuteur, une entaille est pratiquée à l’endroit indiqué par des hachures (fig. 5); danscetteentaille est logée une pièce triangulaire t mobile autour de la vis qui la maintient, un petit ressort r tend à la maintenir dans la position figurée au pointillé t'. En consultant le dessin il est facile de comprendre comment, en repoussant le percuteur, cette petite pièce passant sous une cheville du barillet, obligera celui-ci à remonter jusqu’à ce que la cheville ait soulevé le petit ressort r qui retombera aussitôt derrière elle pour empêcher le barillet de redescendre. Dans cette situation, le percuteur pourra revenir à sa position primitive sans déplacement du barillet, retenu qu’il sera par la cheville qui restera au-dessus du petit ressort.
- Nous ferons remarquer que la partie mécanique du percuteur, qui vient d’être décrit, regarde l’intérieur de la cage, elle n’a été représentée sur le côté extérieur que pour qu’elle soit plus facilement comprise. Ajoutons que le barillet a deux séries de chevilles, ce qui fait qu’il fonctionne aussi bien avec l’une qu’avec l’autre crémaillère ; si l’on veut, après
- j avoir tiré quelques cartouches seulement, remettre son arme en poche, on achève de retirer le barillet de sa gaine par un mouvement de va-et-vient du percuteur que l’on maintient par la tête afin de ne pas le laisser retomber trop fort sur les cartouches qui restent, puis on le réintègre dans sa cage en l’introduisant par le dessous après l’avoir retourné. Ainsi les cartouches qui étaient les dernières seront devenues les premières.
- Un ressort R (fig. 4) assujetti à la monture vient buter vers le haut de la tige du percuteur; si ce dernier est repoussé, le ressort s’introduira dans le premier cran 4 qui est le cran de sûreté (fig. 4), ensuite il accrochera le cran du milieu 2 qui est le cran de l’arme (fig. 4). Dans ces deux conditions le percuteur sera maintenu très solidement quoique sollicité à revenir sur lui-même par le grand ressort GR ; à la gâchette G (fig. 5) est fixé un autre ressort
- R'à peu près semblable au premier, mais muni d’un talon en bec de flûte, dont la pointe, lorsque la gâchette est poussée à fond, vient se loger entre le ressort R et une saillie réservée au-dessous de la sous-garde, il bute contre cette saillie jusqu’à ce que les deux ressorts RR' aient quitté chacun leurs crans respectifs (fig. 5) ; alors le grand ressort agit de toute sa puissance et la percussion s’effectue. Le coup parti, un ressort à boudin b ramène la gâchette comme on la voit dans la figure 4. Si la gâchette agit directement sur le percuteur, son ressort s’accroche au dernier cran 3, elle l’entraîne et arrivée au bout de sa course elle déclanche comme il vient d’être dit.
- Une baguette B (fig. 3), destinée à dégager les canons se loge en dessous de l’appareil, on la voit représentée fermée dans la figure 4.
- Comme complément, nous dirons que, si l’on veut employer des cartouches à inflammation annulaire, on se servira, au lieu d’un percuteur à deux pointes, nécessaire pour cartouches à feu central, d’un percuteur d’une seule pièce (fig. 8). Dans ce cas on pourra rapprocher les canons bien davantage, puisqu’on n’aura plus besoin de laisser de vides entre eux pour le logement des pointes; l’espace compris entre trois canons, quelque rapprochés qu’ils soient, sera toujours suffisant pour le côté
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- du percuteur qui doit porter à faux (fîg. 9).
- D’après ce qui vient d’être décrit, on voit que : le Mitrailleur de poche fonctionne comme les révol vers les mieux perfectionnés. On peut le tirer, soit après l’avoir armé en attirant à soi le percuteur que l’on saisit par la partie quadrillée de sa tète, soit en exerçant directement avec l’index autant de pressions sur la gâchette que l’on désire tirer des coups de plus. Cette arme, déjà si précieuse, parce qu’elle est absolument portative et qu’elle renferme un grand nombre de projectiles, est douée d’une force de pénétration exceptionnelle due à l’absence de toute déperdition des gaz.
- CORRESPONDANCE
- donc occuper la position P lorsque le mécanicien enverra de la pression dans la conduite inodérable ; par suite, si l’on veut user du frein modérable, la pression envoyée dans cette conduite, pression que l’on peut graduer de 1/4 à 8 kilogr. au moyen d’un robinet spécial de manœuvre 'a portée du mécanicien, pourra passer par les orifices découverts par le piston de la double valve lorsqu’il est en P et se rendre dans le cylindre à frein dont elle actionnera les pistons et les bielles de la timonerie. En ouvrant issue à cet air comprimé par le robinet de manœuvre de la machine, on desserre le frein modérable.
- Je suppose maintenant que le frein automatique se soit serré intempesliveinent, comme par une rupture de la conduite. Le piston de la triple valve sous l’effet de la diminution de pression de la conduite, descend, met le réservoir auxiliaire en communication avec le tuyau se rendant au cylindre à frein. La pression du réservoir rencontre sur son passage le piston P, le refoule en P' (puis-
- FREIN WESTINGHOUSE MODIFIÉ
- Monsieur,
- Clermont, 20 janvier 1885.
- Pour compléter la série si intéressante d’études sur les freins continus que vous avez entreprise dans le journal La Nature et dont la dernière est relative au frein Wen-ger, je crois devoir vous adresser quelques renseignements sur le frein Westinghouse modifié par la Compagnie de Lyon et adopté par elle depuis un an.
- Ce frein évite les deux principaux reproches faits au frein Westinghouse simple dans l’article de_ votre numéro du 20 janvier sur le frein Wenger.
- 11 est en effet : automatique, modérable, double et susceptible d’être desserré de la machine même lorsqu’un serrage intempestif se produit en pleine marche, par exemple par une rupture d’un boyau d’accouplement entre les véhicules.
- Il se compose, comme le frein Westinghouse simple, d’un moteur à vapeur placé sur la machine comprimant l’air, de réservoirs principaux sur la machine et auxiliaires sous chaque voiture ; d’une conduite dite automatique régnant sous tout le train et communiquant au moyen de la triple valve avec le réservoir auxiliaire et le cylindre à frein qui actionne les sabots.
- Il comporte en outre une seconde conduite, dite modérable, régnant sous tout le train se reliant sous chaque véhicule au tuyau qui va de la triple valve au cylindre à frein. Au point de raccordement des deux conduites existe une valve dite double valve d’arrêt (D). Elle est destinée à isoler la conduite du frein modérable de la conduite du frein automatique et réciproquement; de plus elle permet au mécanicien de vider de sa machine à la fois et rapidement tous les réservoirs auxiliaires du train lorsque le frein automatique doit être annulé pour avarie, ce qui au Westinghouse ordinaire ne peut se faire qu’en allant de voiture en voiture ouvrir une valve de décharge spéciale, opération longue et pleine d’inconvénients en pleine voie, puisqu’elle force le train à stationner huit à dix minutes.
- Comme dans le Westinghouse, déjà décrit, la pression produite par la pompe à air de la machine, règne constamment dans la conduite du frein automatique: le piston de la triple valve soulevé par cette pression met en communication la conduite avec les réservoirs auxiliaires, mais non avec le cylindre à frein La double valve d’arrêt placée sur le tuyau qui va de la triple valve au cylindre à frein, ne reçoit donc pas cette pression, son piston P peut
- Conduits principale f du frein modérable.
- Au cylindre à. frein.
- TiroifH
- Triple valve
- 1YI A
- Fig. 1 et 2. —Frein Westinghouse modifié.
- Fig. 1. — Plan. — A, conduite automatique. — M, conduite modérable. — R, réservoir auxiliaire. — T, triple valve. — D, double valve d’arrêt. — G, cylindre à frein. — B, bielles actionnant la timonerie.
- Fig. 2. — Coupe de la double valve.
- que la conduite modérable n’a aucune pression lorsqu’on ne s’en sert pas pour serrer les freins) et agit sur les pistons du cylindre à frein. Il suffit pour desserrer les freins d’agir sur le piston P en envoyant par la conduite du modérable une pression supérieure à celle qui existe dans le réservoir auxiliaire dont l’air s’est détendu dans le cylindre à frein. Or, par une combinaison, les réservoirs de la machine ont toujours un excès de pression de 5 kilogr. sur ceux des voilures; le mécanicien repousse donc de P' en P le piston de la double valve d’arrêt dont le petit tiroir H ajusté sur sa tige dégage l’orifice E. La triple valve n’ayant point changé de position, le réservoir auxdiaire communique toujours avec le tuyau se rendant à la double valve, sa pression peut alors s’écouler par l’orifice E dans l’atmosphère ; deux minutes à peine suffisent pour cela ; une fois le réservoir vide, le» cylindres à frein sont vidés au moyen de la conduite modérable que le mécanicien met en communication avec l’atmosphère par son robinet de manœuvre, comme pour le desserrage du frein modérable.
- Ainsi le mécanicien peut disposer de deux freins aussi énergiques l’un que l’autre et presque aussi prompts.
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- L’un des freins s’avarie-t-il, il lui en reste un autre. Le mécanicien peut donc compter absolument sur son appareil et avec d’autant plus de certitude que l’avarie qui peut se produire en dehors de ce qu’il peut surveiller, lui est aussitôt dénoncée par le serrage du frein automatique; il annule ensuite ce frein et reprend sa marche avant encore à sa disposition le frein modérable.
- Marcel Bourdon,
- Sous-chef de bureau à la Compagnie P.-L.-M.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Clef d’intercalation de 11. E. Renoult. — On
- a souvent besoin de placer ou de retirer un appareil dans un circuit sans interrompre la continuité de celui-ci. Lorsqu’on a, par exemple, un seul galvanomètre bien gradué et plusieurs circuits distincts, on peut vérifier le régime de la circulation électrique dans chacun des circuits sans interrompre aucun d’eux. La pince de sir W. Thomson que nous avons décrite dans La Nature du 17 février 1883 offre une solution : la figure ci-dessous en représente une autre qui a l'avantage de constituer un système complet et d’une construction simple, rendant
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- Clef d'intercalation de M. E. Renoult.
- les suppressions et les substitutions d’appareils très faciles et très rapides. Il se compose de deux lames de cuivre contournées comme le représente la figure et isolées électriquement par un petit bloc de bois ou d’ivoire sur lequel elles sont fixées. Deux bornes en contact avec les lames servent à fixer les deux extrémités du circuit général venant de À. Les deux autres extrémités des lames sont libres et forment une sorte de pince dans laquelle vient se placer un petit parallélipipède constitué par deux autres petites lames de cuivre fixées sur une lame isolante; deux bornes vissées sur les lames de cuivre servent à les relier avec l’appareil à intercaler placé en B, galvanomètre, lampe, moteur, etc.
- Lorsqu’on veut enlever l’appareil en B sans rompre le circuit, il suffit détourner de 90° la clef G qui vient écarter les pinces et ferme le circuit entre les deux lames au moment même où elle le rompt en B : la continuité est ainsi maintenue, et il est facile, en intercalant une résistance convenable entre les deux extrémités de la clef qui s’appliquent contre les deux lames, de ne pas changer les conditions de fonctionnement dans le reste du circuit, parce qu’on substitue à l’appareil une résistance électriquement équivalente.
- Commutateur de M. A. Gérard. — L’emploi de cet appareil a pour but de simplifier encore la manœuvre déjà si simple du commutateur ordinaire. Il est disposé plus spécialement pour l’éclairage électrique : en appuyant sur le bouton on ferme le circuit s’il est ouvert et on produit l’allumage, ou on ouvre le circuit s’il est fermé et on produit l’extinction. Une seule et unique action produit donc successivement deux effets distincts et contraires, d’une
- manière indéfinie. Pour obtenir cet effet, le bouton, qu’un ressort à boudin tend toujours à ramener en dehors, porte à sa partie inférieure un cliquet qui actionne une roue à rocliet et la fait tourner d’une dent à chaque poussée. Cette roue à rochet entraîne dans son mouvement deux roues dentées dont le nombre de dents est exactement la moitié du sien. Ces dents viennent appuyer sur deux lames conductrices reliées par deux bornes au circuit qu’il s’agit d’interrompre ou de rétablir. Puisque les dents de contact sont deux fois moins nombreuses que celles de la roue à rochet, elles ne toucheront les lames, pendant la rotation du rochet, qu’une fois sur deux et ne fermeront donc le circuit qu’une fois sur deux. L'appareil très simple et de petites dimensions réalise au pied
- Bouton-commutateur de M. A. Gérard.
- de la lettre la formule ordinairement employée : presser sur un bouton pour allumer ou éteindre à volonté une lampe électrique.
- LES MINES DE DIAMANTS DU CAP1
- C’est à l’Exposition internationale de Paris en 1867 que l’on vit le premier diamant du Cap. Cette pierre à l’état brut pesait 21 carats. Elle avait été trouvée par le fils de M. Jacobs, agriculteur hollandais, établi ici. On ne se douta pas d’abord de la valeur de ce cristal. Un ami de la famille, curieux d’en déterminer les caractères, le lit adresser au Dr Atherstone. à Grahamstown, qui osa à peine affirmer que c’était un diamant. M. Henriette, consul français à Capetown, confirma cette assertion et adressa le caillou à Paris, où il devait être le plus curieux spécimen de la production coloniale. Il fut acquis par le gouverneur de la colonie du Cap, Sir Philip Wodehotisse, qui le paya plus de 12 000 francs. L’enfant qui le trouva était loin de soupçonner qu’avant peu d’années, le pays qu’il habitait, expédierait à l’Eu-
- 1 Nous avons parlé déjà à plusieurs reprises de l’exploitation des diamants du Cap (Yoy. n° '240 du 5 janvier 4878, p. 81,-et n° 410 du 9 avril 1881, p. 295). Nous complétons aujourd'hui les renseignements que nous avons précédemment publiés, par une intéressante notice envoyée de Kimberley même et écrite par un praticien sur les lieux de l’exploitation.
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- rope toutes les semaines, pour plusieurs centaines de mille francs de ces cailloux qu’il semblait mépriser.
- Les terrains où cette découverte avait été faite ne manquèrent pas, comme on le pense bien, d'ètre fouillés en tous sens. Les premières mines découvertes furent les alluvial diggings ou mines humides, situées dans le lit des rivières ou sur leurs bords, dans des terrains d’alluvions.
- Vers 1869-1870, un boër hollandais trouvait, dans les débris de sa maison bâtie de boue, des diamants.
- Des recherches faites dans les localités d’où cette terre provenait amenèrent la découverte des mines
- sèches dry diggings, qui sont les plus importantes et presque les seules exploitées jusqu’ici.
- C’est à 1200 kilomètres de la ville de Capetown, par 39 degrés de latitude sud et 23 degrés de longitude est, à une altitude d'environ 2000 mètres, dans la province de Griqualand West, proclamée territoire anglais en 1871, que sont situés les champs diamantifères de l’Afrique australe.
- Les champs diamantifères alluviens se trouvent le long du Vaal, depuis Blœmhof, près de Pretoria, capitale du Transvaal, jusqu’à sa jonction avec l’Orange. Sur les rives de l’Orange, ils paraissent s’étendre jusqu’à Hopetown. Dans ces terrains, les
- Fig. 1. — Vue prise au fond de la mine de diamants de Kimberley, Afrique du Sud. (D’après une photographie).
- diamants se trouvent à une petite profondeur, accompagnés de cailloux arrondis, de quartz amorphes, d’agates, de jaspes et de fragments de bois silicifiés.
- 11 est en outre bien connu que les cristaux des couches alluviennes offrent des caractères tout différents que ceux qu’on extrait des pans (dry diggings) exploités.
- Les mines de rivières sont à peu près entièrement abandonnées. Il est donc inutile que je parle du mode d'exploitation, qui, d’ailleurs, soit dans l’extraction des sables, soit dans leur lavage, n’offre aucun caractère particulier.
- Là où tout est changé: la nature des pierres, celle du sol, la richesse du gisement, le mode de travail, c’est dans les mines dites dry diggings;
- celles-ci sont de beaucoup les plus riches que l’on ait connues dans tous les temps et dans tous les pays.
- C’étaient avant leur découverte de petits monticules appelés kopjes qui atteignaient jusqu’à 100 pieds d’élévation au-dessus des vastes plaines où il sont situés. Quatre d’entre eux sont devenus célèbres par les richesses qu’ils livrent à des milliers d’ouvriers qui les exploitent.
- 11 y a quatre mines à Kimberley : la Kimberley Mine, située au Nord-Ouest, De Beers Mine au Nord, Dutoitspan Mine et Bultfontein Mine au Sud.
- La première mine découverte fut celle de Dutoits-pan ; c’était le nom du propriétaire de la ferme où elle était située. Bientôt après on découvrit Bultfontein et enfin De Beer's et Colesberg Koppe, aujourd’hui Kimberley Mine. Celle-ci et De Beer’s
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- yellow ground, et vendirent les claims à tout prix (un claim est représenté par 30 pieds carrés, soit une superficie de 90 pieds anglais).
- Ceci se passait en 1873, on pouvait alors facilement acheter toute la mine pour 4000 livres sterling tandis qu’aujourd’hui elle vaut des millions de livres sterling.
- (Le blue ground est simplement du yellow ground moisi, qui, en se transformant ainsi, devient d’une dureté excessive, aussi est-on obligé tous les jours de faire des blastings (explosions) pour le crevasser.)
- Bientôt on reconnut que le terrain des éminen-
- a la ville, tandis que les deux autres en sont à 30 minutes en voiture.
- Ces quatre mines présentent la même structure ; on y emploie le même mode de travail.
- On exploita d’abord le sol sur une vaste étendue. Le diamant y était choisi sur place et sans lavage. Le sol n’était fouillé qu’à une petite profondeur, les couches inférieures n’étant d’aucun rapport.
- D'abord on rencontrait ce qu’on appelle le yellow ground, et lorsqu’on arriva au blue ground, c’est-à-dire à une profondeur de 50 pieds environ, on crut que c’était l’épuisement de la mine, vite les diggers recouvrèrent le blue ground avec du
- Fig. 2. — Vue prise à la surface du sol de la mine de diamants de Kimberley, Afrique du Sud. (D’après une photographie.)
- ces était plus riche que celui de la plaine (yellow ground), et que le diamant s’y trouvait à tous les étages. La masse y devenait, comme je le disais plus haut, plus cohérente, elle prenait même la consistance rocheuse et une couleur différente, mais le précieux cristal s’y trouvait toujours. On put constater plus tard qu’on travaillait dans une sorte de puits (pipes) ou immense bouche béante dont l’intérieur était comblé de terrain diamantifère entouré d’un mur naturel de composition schisteuse, appelé reef. Ces schistes ne renferment pas de diamant.
- Kimberley Mine se trouve juste en face des bureaux des négociants en diamants ; elle est la plus petite des quatre, mais sans contredit, la plus riche, la mieux exploitée, enfin la mieux comprise. C’est
- un énorme trou d’une profondeur de 340 pieds (il est extraordinaire qu’à une pareille profondeur, on n’ait pas encore rencontré d’eau), d’une circonférence de 2500 mètres au niveau du sol, et de 1500 mètres au fond de la mine. La superficie du niveau du sol offre une composition analogue du sol situé au fond de la mine, et les parois de l’excavation sont presque complètement à pic, de là proviennent ces détachements fréquents de blocs rocheux qui tombent dans la mine et que l’on appelle éboulement du. reef.
- J’ai cherché à obtenir, la traduction du mot reef, mais personne n’a pu me la donner (il ne faut pas confondre avec la traduction de ce mot, dans le dictionnaire, en récif).
- On est persuadé que toutes ces mines de diamants
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- sont des volcans éteints, contenant du carbone, qui, par un degré de chaleur incalculable, a été cristallisé.
- Il est donc évident que les roches et les pierres résistaient moins à l’action de la chaleur, et celles-ci étant bien plus légères que la roche diamantifère, ont été refoulées de tous côtés, et ont pris la forme d’une cuve autour du volcan, et c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le reef.
- Cet anneau, cette roche autour de la mine, disposée en feuillets horizontaux, atteint une profondeur qui dépasse 100 mètres; d’où commence une roche bien plus dure qu’on appelle hard rock.
- Le grenat s’y trouve surtout en fragments, rarement il représente ses douze faces complètes. Vient ensuite en grande quantité, l’ilménite en assez beaux cristaux.
- Les roches granitiques, qui se trouvent surtout vers le haut de la mine, sont représentées par des quartz en petits cristaux, mais le plus souvent amorphes. La vaalithe s’y rencontre également, ainsi que l’opale, l’agate et le jaspe.
- Tous les géologues sont d’accord pour reconnaître que les reefs des monticules diamantifères ont été soulevés de bas en haut.
- Le diamant a commencé à se montrer presqu’à la surface du sol, mais il est impossible d’évaluer jusqu’à quelle profondeur peut s’étendre son lit. 11 est empâté dans la roche et entouré souvent d’une enveloppe opaque de carbonate de chaux. Dans les parties profondes de la mine, il est plus pur et moins coloré que dans le haut. Les cristaux sont bien formés, mais trop souvent réduits en fragments (clivage) dont on ne retrouve jamais les parties correspondantes. Les formes holoédriques sont très fréquentes. C’est dans les,mines de Dutoitspan et de Bultfontein que sont le moins rares les pierres blanches et limpides. Kimberley Mine est renommée pour la quantité et la grosseur de ses diamants. On y a trouvé beaucoup de pierres de 100 et 150 carats, quelques-unes de 200 environ, et une, le Stewart, qui pesait brut 288 carats; elle appartient à la maison Pittar, Leverson et C°, de Londres. Après avoir été taillée, elle a produit un brillant de 128 carats.
- Le système d’exploitation est le même dans les quatre mines. Il suffira donc de décrire le mode de travail dans l’une d’elles. C’est de la Kimberley Mine que je parlerai, parce qu’elle est la plus riche et la plus exploitée.
- Aussitôt après la découverte de cette mine, et dès que son emplacement fut bien connu, le gouvernement du Cap en divisa la superficie, qui est d’environ 117 000 mètres carrés, en parcelles également carrées de 30 pieds anglais. Ces parcelles appelées claims furent cédées moyennant un droit annuel d’exploitation qui est perçu par les caisses de l’État.
- Il arriva bientôt qu’on céda des fractions de claims, de sorte que dès 1871, le nombre des propriétaires atteignait le chiffre de 1600.
- Le travail qui s’opère sur une petite étendue de terrain consiste à ouvrir des tranchées et ne pourrait guère se comparer qu’au travail d’un puisatier.
- Les matériaux provenant des fouilles et qui contiennent le diamant, étaient d’abord facilement transportés dans les lieux appropriés au lavage, mais à mesure qu’on arrivait à des couches plus profondes, la difficulté augmentait.
- Des milliers de fil de fer, en réseaux inextricables, traversent l’immense cratère. Ce sont des câbles en fil de fer qui mettent en communication chaque claim avec les bords de la mine. Leur nom, aerials railroads (chemins de 1er aériens) indique suffisamment qu’ils servent à enlever à la surface les débris de roches qui contiennent le diamant. •Deux tubs en fer (sorte de tonne), suspendus à quatre roues, roulent chacun sur deux câbles fortement tendus du fond de la mine au bord de la brèche : l’un monte plein, tandis que l’autre descend vide, ils sont mis en mouvement par des.cordes en fer qui s’enroulent autour de la bobine d’une machine à vapeur d’une force de 10 chevaux anglais (fig. 1 et 2).
- Un tub représente 16 pieds cubiques.
- Aussitôt que l’un arrive en haut, il est vidé, et celui du bas rempli; de sorte qu’ils voyagent constamment.
- Cela provient de la bonne organisation des tramways dans la mine, disposés de telle sorte qu’il y a toujours un wagon prêt à être déchargé dans le tub à son arrivée.
- Ces tubs arrivés à la surface se déversent dans une sorte de boîte ou depositing box, d’où la matière passe dans une -charrette ou dans un wagon qui la conduit au depositing floor. Là, les roches sont arrosées par de l’eau que fournissent des puits creusés sur place, ainsi imbibées et grâce aussi à l’action atmosphérique, elles se désagrègent et deviennent molles après un séjour sur le floor de six à sept semaines. On peut alors procéder à un premier lavage, qui enlève les terres. Les fragments qui restent, sont ceux qui contiennent le diamant.
- On les met dans un crible tournant où la désagrégation continue ; les gros morceaux restent dans le crible et le reste est amené par l’eau dans la washing machine, où des roues dentées activent la séparation. La matière jqu’on en retire après un travail de cinq ou six heures, est un sable fin qu’on emporte dans des tamis, qui sont encore agités dans de l’eau pure; enfin on choisit le diamant.
- Ce travail donne une idée de la dureté de la roche diamantifère. A mesure qu’on creuse plus profondément, elle semble durcir davantage.
- C’est au moyen de la nitroglycérine ou de la dynamite qu’on arrache la roche à son gisement et qu’on la divise.
- Les claims sont si étroits qu’il faut beaucoup de précaution pour empêcher la projection du précieux terrain dans une concession voisine. Les morceaux, ainsi obtenus, sont ensuite cassés au moyen de pioches.
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- Une surveillance vigilante est exercée sur les nègres qui font ee travail, pour prévenir le vol des diamants, qui, quelquefois, se détachent de leur gangue.
- Les noirs gagnent 30 sehellings par semaine, les blancs qui les surveillent 4 livres 10 sehellings, et le manager qui a la surveillance générale 1000 à 5000 livres sterling par année (selon leurs capacités) et en plus 5 pour 100 sur la valeur des diamants trouvés dans la mine, ce qui lui fait encore 500 livres sterling minimum par année, mais il préfère souvent les mettre en poche.
- On commence à travailler au lever du soleil jusqua son coucher. Il y a un repos de midi à une heure pour le repas, pendant lequel on fait les blas-tings (explosions).
- Chaque machine à vapeur monte journellement 350 tubs environ.
- La valeur du contenu de chaque tub est estimée à 65 sehellings en moyenne. Et la valeur du diamant produit par la Kimberley Mine est en moyenne de 32 sehellings le carat.
- Le reef, qui entoure la mine, inspire une cer-, laine crainte; il est disposé en couches horizontales, quelquefois incliné; il est tellement délité par l’air, qu'il menace en plusieurs points de s’écrouler. Le danger devient de jour en jour plus imminent. Aussi l’inspecteur de la mine attire-t-il l’attention du gouvernement sur le péril permanent qui menace la vie des travailleurs.
- Si les éboulements sont si fréquents au moment présent, qui peut prévoir ce qui arrivera lorstfue-la mine sera de 300 pieds plus profonde. C’est une grave question qu’il faudra, à mon avis, bientôt résoudre sous peine d’abandonner la mine.
- Déjà il parait que le Mining board a pris des mesures qui, pour être tardives, n’en seront pas moins utiles.
- Le Mining Board est une sorte de syndicat composé, en parties égales, de membres choisis par le gouvernement, parmi les mineurs (diggers) et de membres élus par les propriétaires de claims.
- La Compagnie française a environ 450000 tubs de reef à enlever pour déblayer ses claims.
- Les diamants du Cap présentent une très curieuse particularité, plusieurs cristaux (smoky stones) éclatent au contact de l’air, et les pierres qui y sont le plus sujettes sont précisément celles qui sont les plus précieuses en raison de leur eau et de leur forme octaédrique.
- Elles éclatent ordinairement dans l’espace de la première semaine, et quelquefois même au bout de deux ou trois mois.
- Pour empêcher cet effet de se produire, on n’a pas trouvé d’autre moyen que d’enduire de suif la pierre aussitôt après sa découverte.
- Frédéric Boxhorn.
- Kimberley (Afrique du Sud), janvier 1885.
- LES SPECTACLES SCIENTIFIQUES'
- LES ARMOIRES A DISPARITION
- Les appareils au moyen desquels on peut donner aux spectateurs l'illusion de la disparition des objets plus ou moins volumineux qu’on y a placés: une carte, un oiseau, un enfant, une femme ou un homme, jouent un très grand rôle dans les séances des prestidigitateurs et aussi dans les pantomimes et les féeries. Parmi ces appareils, il en est qui reposent sur des combinaisons mécaniques ingénieuses, tandis que d’autres sont basés sur des effets optiques. Nous allons en examiner quelques-uns.
- Le portefeuille magique. — On a pu le voir, il y a quelques années, exhibé par un physicien ambulant sur les places et les carrefours. Ce physicien faisait tirer une carte à un spectateur, la mettait entre les quatre feuillets de papier qui en se recouviant en croix formaient la case de son portefeuille, puis fermait celui-ci. Quand il l’ouvrait de nouveau quelques instants après, la carte avait disparu ou bien s’était transformée. L’industriel profitant alors de la surprise des spectateurs, leur offrait son portefeuille magique au prix de : « cinq sous les petits et dix sous les grands ».
- Ce portefeuille est formé de deux carrés de carton v réunis par quatre filets, ceux-ci sont fixés de telle façon que, les deux cartons étant ouverts et juxtaposés, le bord extérieur de chacun d’eux est relié au bord intérieur de l’autre. Cela constitue en quelque sorte une double charnière qui permet d’ouvrir le portefeuille des deux côtés. Sur une des paires de ces filets, deux feuilles de papier sont collées dos à dos, en se repliant elles forment les casiers du portefeuille. Il suffit donc d’ouvrir celui-ci soit dans un sens soit dans l’autre pour rendre seule possible l’ouverture de l’un ou de l’autre casier. Le portefeuille magique permet d’exécuter un très grand nombre de tours d’escamotage, puisque tout objet mis dans une de ses cases, tel qu’une carte, une photographie, une image, une pièce de monnaie, etc., disparaîtra ou se transformera au gré du prestidigitateur (fig. 1).
- Le paquet à transformation. — Ce paquet, dont le vendeur se tient ordinairement sur un point ou l’autre des quais, est une simplification du portefeuille magique. Il se compose de plusieurs feuilles de papier de différentes couleurs qui se replient les unes sur les autres. Une carte mise dans la feuille du milieu sur laquelle on a replié toutes les suivantes, a disparu quand le paquet est ouvert de nouveau. Le secret du paquet à transformation est très simple à comprendre : une des feuilles du milieu, la seconde le plus ordinairement, est double ; quand elle est pliée elle forme deux cases qui sont dos à dos et il suffit d’ouvrir l’une ou l’autre pour
- 1 Voy. n° 506 du 10 février 1883, p. 167.
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- faire apparaître ou disparaître ou pour transformer les objets qu’on y avait placés (fi g. 1).
- Cette simple combinaison permet à son auteur d’exécuter une série de très curieux tours d’escamotage qu’il fait avec beaucoup d’adresse il les répète du reste plusieurs centaines de fois chaque jour.
- Les boites à disparition. — Il y a plusieurs systèmes de boîte à disparition, suivant la grosseur des objets qu’on veut faire disparaître. Ainsi il n’est personne qui n’ait vu un prestidigitateur mettre une ou deux tourterelles dans le tiroir d’une de ces boîtes, puis le fermer, l’ouvrir quelques instants après, mais alors il est vide, les tourterelles ont disparu. Les boites de ce système renferment, comme le montre notre gravure (fîg. 1), un double tiroir, lequel, quand il est tiré, se confond exactement avec le premier, il suffit donc de l’ouvrir ou de le laisser au fond de la boîte pour rendre visible ou pour escamoter les deux oiseaux qu’on y a enfermés.
- Pour faire disparaître des objets plus petits, les faiseurs de tours emploient souvent un coffret à bijoux, dans lequel ils font placer l’objet à escamoter, une bague, par exemple. Prenant alors le coffret, ils le donnent à tenir à une autre personne en la priant de l’envelopper dans plusieurs feuilles de papier, mais ce simple mouvement leur a permis de faire tomber la bague dans leur main par une petite trappe s’ouvrant sous le coffret. Cependant quand ils agitent celui-ci le public croit entendre le bruit de la bague battant contre les parois ; ce n’est qu’une illusion : le bruit qu’on entend provient d’un petit marteau dissimulé dans l’épaisseur du convercle sous l’écusson, quand le prestidigitateur appuie sur cet écusson, il immobilise le marteau, dès lors il peut agiter le coffret sans qu’aucun battement ne se fasse entendre et le public est porté à croire que l’objet vient seulement de disparaître.
- Les boîtes à double fond sont trop connues pour qu’il soit besoin de les décrire, tantôt le double fond est dissimulé dans le couvercle, d’autres fois il est appliqué sur un des côtés. Ces boîtes permettent la disparition ou la substitution d’objets peu épais, tels qu’un billet, une image ou une c*rte.
- Les armoires à disparition. — Ces armoires ne sont en quelque sorte que de grandes boîtes à esca-
- motage qui, grâce à leurs dimensions, permettent d’escamoter une ou plusieurs personnes comme un bateleur subtilise une muscade.
- On a pu en voir un spécimen l’année dernière dans un théâtre de la Foire aux pains d’épices, et d’autres précédemment chez quelques prestidigitateurs, ainsi chez Robert-Houdin. Voici un exemple des scènes auxquelles elles peuvent donner lieu.
- Quand le rideau se lève, on aperçoit au milieu du théâtre une grande armoire de couleur foncée, ornée de moulures, montée sur des pieds un peu plus élevés que ceux des armoires ordinaires, et cela dans le but d oter toute idée de possibilité de communication avec le dessous de la scène ; ces pieds ont des roulettes. Le barnum la fait tourner, sur elle-même, montre qu’à l’extérieur elle ne présente rien d’anormal. Il fait monter des spectateurs auprès de lui, leur fait examiner l’intérieur de l’armoire, qui est complètement vide, il ne s’y trouve qu’une simple barre de bois sur laquelle viennent s’appliquer les battants quand ils sont fermés ; il n’y a pas de double fond, ni aucune cachette. Quand les témoins se sont bien assurés de ce fait, ils prennent place autour de la scène, un certain nombre même se dévouent et consentent à rester derrière l’armoire , c’est-à-dire à ne rien voir de l’expérience. L’armoire étant ainsi entourée de tous les côtés, les regards pouvant passer dessous, toute fraude semble impossible.
- Une jeune dame habillée en danseuse entre alors en scène, elle se met dans l’armoire (fîg. 2), dont 1 imprésario referme les battants sur elle. Quand il les ouvre au bout de quelques instants, le meuble est vide, la jeune dame a disparu.
- L’armoire est refermée; on l’ouvre : la danseuse reparaît, et ainsi de suite. A la fin de l’expérience les témoins examinent de nouveau le meuble magique, ils ne voient rien de changé; leur stupéfaction est justifiée.
- Dans un autre système d’armoire, la barre du milieu n’existe pas, mais on remarque sur une des parois intérieures, à environ un mètre, un petit tasseau long de quelques centimètres et à la partie supérieure une sorte de rayon ne prenant pas toute l’épaisseur d’un meuble. Ce système permet de faire quelques expériences en plus de celles dont nous venons de parler. Ainsi quand la femme a
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- dispara, le barnum lait monter dans l’armoire un jeune homme qui disparaît alors, tandis que la jeune dame se retrouve à sa place. Il y a là une substitution très surprenante.
- La guérite dans laquelle Arlequin se réfugie et
- qui paraît vide quand Pierrot ou Oassandre soulève le rideau qui en masque l’ouverture est encore une sorte d’armoire à disparition.
- Dans une série de conférences faites iPy|a quelques années au Polytechnic Institution de Londres,
- Fig. 2. — Armoire à disparition, dans laquelle on fait instantanément disparaître la personne qui s’y enferme.
- un professeur de physique a dévoilé le secret de quelques trucs employés au théâtre pour produire des illusions, et notamment celui de l’armoire à disparition. Le conférencier, après avoir présenté l’armoire et fait disparaître un individu, les battants fermés, répétait la même expérience l’armoire restant ouverte. Or, dans ce cas, la disparition était si rapide que les spectateurs ne pouvaient encore se rendre compte comment elle s’était produite.
- L’illusion obtenue par ces armoires est le résultat d’effets de glaces.
- Dans le premier système, celui représenté parla figure 2, lorsque le montreur a refermé sur la jeune femme les battants de l’armoire, elle attire à elle deux glaces désignées dans notre dessin explicatif (fig. 3) par les lignes G, G. Ces glaces pivotent
- en 0, 0 et viennent s’appliquer sur la barre P, elles occupent alors les positions G' G'.
- Quand l’armoire est ouverte de nouveau, la femme placée en A est cachée par les deux glaces refermées sur elle, mais l’aspect de l’intérieur de l’armoire n’est pas changé car dans chacune de ces glaces les spectateurs voient se réfléchir la paroi latérale intérieure du même côté, ce qui leur semble être le fond de l’armoire; l’illusion est complète. Quand l’expérience est terminée et que les glaces sont de nouveau appliquées contre les côtés, en GG, les spectateurs n’en voient que le dos qui est recouvert de bois, le meuble est bien vide et personne ne se rend compte de la modification qui s’est produite dans son intérieur pendant la disparition apparente de la femme.
- Fig. 3. — Plan explicatif de l’armoire à disparition.
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- Dans le second système dont la figure 4 représente la coupe verticale, le jeune homme se place sur le rayon en qui se trouve à la partie supérieure de l’armoire et cela en s’aidant du tasseau T dont nous avons parlé, puis il abat sur lui une glace bc qui se trouvait fixée au plafond de l’armoire, cette glace inclinée à 45 degrés reflète le plafond et le public croit voir le fond de la partie de l’armoire située au-dessus du rayon tel qu’il le voyait précédemment.
- La guérite d’Arlequin repose exactement sur le même principe. L’intérieur est tapissé de papier à raies alternativement bleues et blanches. Quand Arlequin s’y réfugie, il se place dans un des angles et attire à lui deux glaces qui le masquent complètement, ces glaces réfléchissent le côté opposé de la guérite et le spectateur croit en apercevoir le fond.
- Mais dans ce cas un des angles du fond de la guérite n'est pas apparent, les rayures empêchent le spectateur de s’en rendre compte.
- On voit par ces exemples que l’emploi des glaces pour la disparition des personnes est un procédé très fécond, susceptible de recevoir des applications nombreuses.
- G. Iverlus.
- Fig. 4. —Coupe explicative de la guérite d’Arlequin.
- des bouteilles on l’emploie presque liquide ; pour la fabrication des objets de fantaisie, très opaque ; et enfin, pour la confection du marbre, on la mélange avec une fécule préparée, dont l’inventeur a gardé le secret.
- 11 y a aussi une autre application de la poteline, qui, si elle réussit dans les essais en grand qui sont actuellement tentés, assurerait à celte substance une place honorable parmi les découvertes utiles de notre siècle. Il s’agit de h conservation des' viandes et des fruits. Voici, à ce sujet, comment s’exprimait l’inventeur, M. Potel, ingénieur, dans une communication qu’il a faite, il y a un peu plus d’un an, à la Société d'Encouragement :
- « La matière dans laquelle j’enrobe mes viandes est absolument saine et pourrait même se manger sans inconvénient. En outre, cette enveloppe est mobile et rien n’est plus facile que de l’arracher de dessus la viande, lorsque cette opération est devenue utile. .
- « J’attribue la parfaite conservation des viandes dans l’état absolument frais — conservation que j’ai poussée jusqu’à soixante jours et dont j’ai obtenu la certitude par vingt expériences successives, répétées depuis un an — à deux causes bien distinctes. La première, c’est que j’applique ma matière à chaud, c’est-à-dire entre 50 et 60 degrés, sur la viande, et que je détruis ainsi directement les ferments qui s’v trouvent déjà au moment de l’enrobage, sans cependant coaguler l’albumine.
- « Pour expliquer la seconde, je me permettrai de citer un passage consacré à la fermentation par M. de Labou-laye, dans son excellent Dictionnaire des Arts et Manufactures. — Enfin M. Gay-Lussaca encore fait voir que le jus entre aussi en fermentation, 'si l’on y introduit les pôles d’une pile galvanique, c’est-à-dire dans des circonstances où aucune substance n’y peut arriver du dehors. »
- Et l’inventeur finissait ainsi .
- « Ceci in’a fait penser qu’en trouvant un corps mobile, élastique, hermétique et mauvais conducteur du calorique, le phénomène contraire aurait lieu, et c’est* ce que la pratique m’a démontré. »
- LA « POTELINE »l
- Ge produit est formé d’un mélange de gélatine, de glycérine et de tannin, auquel on adjoint, selon les usages auxquels on le destine, du sulfate de baryte ou du blanc de zinc, le tout teinté, s’il y a lieu, au moyen de couleurs végétales.
- La poteline se moule à chaud et, une fois refroidie, se prête à toute espèce de travail. On peut la tourner, la limer, la percer, la tarauder; enfin elle est susceptible d’un très beau poli, ce poli peut même s’obtenir simplement par pression. Cette facilité de travailler la poteline permet donc de la traiter comme le bronze et de monter des pendules, des coupes, des objets de bureau. On peut l’employer également au capsulage hermétique des bouteilles et flacons de toutes sortes, à la fabrication de têtes de poupées absolument incassables, à la confection d’un marbre artificiel permettant de fabriquer à bon marché des encriers, des boutons de portes, des plaques de propreté ; enfin, à mille et un petits articles que l’industrie parisienne crée chaque jour.
- La proportion des diverses matières qui sont employées pour composer ce produit, varie naturellement avec l’usage que l’on veut en faire. Ainsi, pour le capsulage
- 1 Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé des renseignements sur cette nouvelle et intéressante substance : nous publions ici ce que l’on peut savoir actuellement sur la poteline.
- NÉCROLOGIE
- Albert Dunand. — La science électrique vient de faire une grande perte : Albert Dunand, inventeur des condensateurs parlants, est mort le 9 février dernier, à l’àgc de quarante-deux ans. Homme d’une grande intelligence mais d’une trop grande modestie, professeur éminent, type du véritable savant, Dunand a consacré sa vie à la science. C’était un homme d’un esprit inventif construisant lui-même les instruments dont il avait besoin, avec une précision que bien des constructeurs auraient pu lui envier. Longtemps avant la découverte du téléphone, Dunand s’était occupé d’électricité, mais c’est surtout à partir de ce mémorable événement qu’il se voua entièrement à l’étude de la transmission électrique de la parole et qu’il fut amené par sès recherches à l’invention du condensateur parlant dont une description détaillée a paru dans ce journal l’année dernière1. Dunand sera mort sans avoir profité de son invention. Il nous appartenait de ne pas laisser tomber son nom dans l’oubli.
- Léon Bouchet,
- 1 Voy. n° 472 du 17 juin 1882, p. 43.
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- U NATURE,
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- CHRONIQUE
- Vagues sourdes. — Le steamer Aquila allait de Weyrnouth à Guernesev. Le temps était clair, la mer calme. Arrivé en Ame du phare de Shambles, le steamer fut assailli par deux lames monstrueuses, qui le désemparèrent complètement ; ses ponts furent balayés et presque tout ce qui s’v trouvait fut broyé et détruit. Cinq minutes après, la mer était redevenue parfaitement calme. Ces vagues, que les marins appellent des lames sourdes, sont attribuées à des mouvements de marée.
- La consommation du tabac en France. —
- La consommation du tabac en France s’est élevée en 1882 au chiffre fabuleux de 363 millions 1/2 de francs. Voici comment se répartit cette somme entre les différentes sortes de tabac : cigares de la Havane, 2 500 000 fr. ; cigares fabriqués en France, 58 000000 fr. ; cigarettes, 16000000 fr. ; tabac à priser, 68000000 fr. ; tabac à fumer, 160 000000 fr. ; tabac à mâcher, 9000000 fr. Ce qui constitue un total de 313 millions de francs. Ajoutons pour compléter le total ci-dessus, 50 millions de francs pour les tabacs à prix réduits. C’est, comme on le sait, les tabacs livrés aux soldats ou vendus dans les zones frontières à des prix modérés pour décourager la contrebande.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 avril 1885. — Présidence de M. Blanchard.
- M. Cari Vogt assiste à la séance.
- Transport électrique de la force, — La pièce de résistance est le rapport lu par M. Cornu, de la Commission nommée pour examiner les travaux de M. Marcel Deprez. Il s’agit cette fois de l’expérience faite le 4 mars dans les ateliers du chemin de fer du Nord. Le public en a lu déjà des comptes rendus détaillés, et l’on sait que le .rendement a été de 48 pour 100 de la force dépensée. Le rapport conclut en demandant pour l’auteur les félicitations de l’Académie.
- Explosion des chaudières à vapeur. — A l’occasion de l’épouvantable catastrophe de Marnaval, M. le commandant Trêves fait remarquer que les explosions de chaudières à vapeur ont lieu d’ordinaire api’ès un temps d’arrêt dans le travail, c’est-à-dire alors qu’on porte à l’ébullition de l’eau qui a été chauffée pendant très longtemps. Dans ces conditions, l’auteur insiste sur ce fait que le liquide étant exactement purgé d’air, son point d’ébullition est considérablement relevé : dès lors, la vapeur produite est à une tension plus haute qui détermine l’explosion.
- Le remède serait d’insuffler de l’air au travers de l’eau et M. Trêves voudrait que cette pratique fût adoptée non seulement dans les usines, mais à bord des bâtiments à vapeur où les accidents sont aussi fréquents et aussi meurtriers que sur terre.
- Par une remarquable coïncidence, en même temps que le travail de M. Trêves, l’Académie reçoit la 4e édition des études de M. Boutigny (d’Évreux) sur l'état sphêroïdal. Tous les amis des sciences accueilleront cette publication avec empressement. Pour notre part, tout plein encore du souvenir de la bienveillance avec laquelle, il y a vingt ans, le savant et trop modeste physicien voulait
- bien refaire pour nous seul ses principales expériences, nous sommes tout particulièrement heureux de le voir parfaire une œuvre désormais classique et qui fait partie obligée de l’histoire de la science.
- Nouvelles de M. Janssen. — Une lettre de Mme Jans-sen informe l’Académie que la mission de l’éclipse solaire du 6 mai prochain est arrivée en parfaite condition, à Colon, dans l’isthme de Panama.
- Le phylloxéra. — Le Ministre de l’Agriculture adresse le compte rendu des travaux du service du phylloxéra en 1882. C’est un gros volume, grand in-8° de 600 pages, comprenant les procès-verbaux de la session annuelle de la Commission supérieure du phylloxéra, des Rapports émanant de nombreux syndicats de province, enfin les lois, décrets et arrêtés relatifs au phylloxéra. On remarquera un très long rapport de M. Tisserant, directeur de l’Agriculture, qui se termine ainsi : « Comme on peut voir, la campagne de 1882 a été bonne au point de vue de l’exemple. Il reste encore beaucoup à faire : néanmoins, on peut regarder l’avenir avec confiance. Il ne semble point téméraire d’avancer, qu’aidée des lumières de la science et avec le concours de toutes les énergies, la viticulture sortira bientôt triomphante de la crise qui l’étreint depuis plusieurs années. »
- Le Secrétaire perpétuel signale en même temps un volume de M. Barrai intitulé La Lutte contre le phylloxéra et qui présente, parait-il, le tableau complet de l’état actuel de la question.
- La vaccination anticharbonneuse à'Turin. — Sur la multitude de localités où les expériences d’inoculation de M. Pasteur ont été répétées, il y en a quelques-unes où le succès n’a pas été obtenu, c’est-à-dire où les animaux vaccinés se sont montrés dans le même état de réceptivité morbide que les autres. Il a été facile dans ces cas de montrer que le mode opératoire laissait quelque chose à désirer. Cependant les vétérinaires de Turin ont fait beaucoup de bruit d’expériences non réussies qu’ils ont publiées il y a déjà quelque temps, et ils posent en principe que la doctrine du savant français n’est pas exacte. Celui-ci répond aujourd’hui aux praticiens italiens qu’ils n’ont pas su s’y prendre. L’inoculation a été faite avec le sang d’un animal mort du charbon depuis plus de vingt-quatre heures, et par conséquent envahi déjà par la septicémie. C’est à cette dernière maladie qu’ils ont succombé et non point au charbon. D’ailleurs M. Pasteur propose à ses contradicteurs d’élucider la question en se transportant lui-même à Turin pour présider aux opérations. Si les vétérinaires consentent à cette combinaison, il est probable que là comme partout ailleurs la vaccination se montrera efficace, et s’ils refusent, ce sera avouer qu’ils n’ont qu’une confiance médiocre dans les résultats qu’ils ont annoncés.
- Varia. — Un rapport de M. Seneuil donne des détails sur l’observation du passage de Vénus au Cap Horn. Malgré la constitution météorologique déplorable de cette localité, on avait tout disposé pour une observation complète et on a bien fait, car par une circonstance aussi heureuse qu’exceptionnelle, le ciel au bon moment s’est montré pur et trois contacts ont pu être observés. — MM. Chamberlant et Roux étudient l’atténuation de la virulence de la bactéridie charbonneuse sous l’influence des antiseptiques. — Un appareil optique destiné à vérifier les surfaces planes est soumis par M. Laurent. —La limite supérieure de perception des sons occupe un physicien dont le nom nous échappe. — M. Barbier traite des chlor-
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- LA NATURE.
- hydrates liquides de térébenthène et M. Filhol de l’action du soufre sur les phosphates alcalins.
- Stanislas Meunier.
- « L’HIRONDELLE »
- NOUVEAU VÉHICULE
- Le gracieux attelage que nous représentons ci-dessous est fort usité en Pologne et en Russie ; nous croyons même qu’il a déjà fait son apparition à Paris. Aussi avons-nous pensé que nos lecteurs en liraient avec quelque intérêt la description. Ce vé-
- hicule très original et très hardi est construit par M. Henri Barycki, de Varsovie, qui a fort habilement utilisé quelques principes de mécanique très curieux.
- Le systèmeconsisteenune roue tournant dans une autre roue de plus grand diamètre, qui roule à la surface du sol ; ce mécanisme est basé sur un principe semblable à celui des rails sans fin de M. Clément Ader1.
- Le siège sur lequel est assis le conducteur du véhicule, est fixé à l’intérieur d’un grand anneau auquel est adapté le brancard dans lequel s’attelle le cheval. Cet anneau roule à l’aide de trois pou-
- ce L’Hirondelle. »
- lies ou petites roues, à l’intérieur de la grande roue qui repose sur le sol.
- On conçoit que lorsque le cheval opère la traction du véhicule/1 le frottement de la grande roue sur le sol étant plus considérable que celui de la roue concentrique à trois poulies, celle-ci tourne jusqu’à ce que le centre de gravité du système se trouve de nouveau sur la verticale du point d’appui sur le sol. Il résulte de ce mécanisme que celui qui est placé sur le siège attenant aux trois poulies intérieures, roule dans la grande roue, comme il le ferait à la surface d’un rail sans fin. On conçoit que l’effort de traction se trouve par suite singulièrement faci-cilité.
- Deux roues latérales sont reliées par un essieu flexible au siège de la voiture, mais elles n’ont ab-
- solument d'autre but que d’empêcher le système de verser d’un côté ou d’un autre.
- Le harnachement du cheval est construit de telle façon que l’animal a la liberté de ses mouvements, sans compromettre la stabilité de la voiture.
- « L’Hirondelle » est entièrement construite en fer forgé et en acier; ce véhicule est facile à conserver en bon état de propreté, sans grand nettoyage ; il peut s’atteler en trois minutes, et en dehors de son usage de luxe, il est susceptible de trouver de nombreux emplois. G- T.
- 1 Voy. n° 337 du 15 novembre 1879, p. 373.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- Ne 51 G. — !21 AVRIL 1883.
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- PAPILLONS DE L’AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
- LES HÆTERES
- Par Pélégance de leurs formes et la richesse quelquefois surprenante de leurs couleurs, les lépi-
- doptères ont de tout temps attiré l’attention. En France, aux environs de Paris même, nous avons quelques jolis représentants de cet ordre d’insectes, mais c’est surtout dans les régions tropicales de l’Ancien et du Nouveau Monde que se rencontrent les espèces les plus belles et les plus grandes. Celles
- Hætera Andrameda. Ilxlera Piera, et le même au vol. Papillons transparents de l’Amérique méridionale (grandeur naturelle)
- qui appartiennent au curieux genre Rcetera, dont la gravure ci-jointe représente deux espèces (.Hœlera Piera, L., et H. Anclromeda, Fab.), sont de petite taille et remarquables par la transparence de leurs ailes qui possèdent au lieu d écaillés en dessus et en dessous des poils inclinés, analogues à ceux de certaines Phryganes. VHætera Piera, type du genre, H* année. — 4,r semestre.
- a de 7 à S centimètres d’envergure. Son cendré et ses antennes fauves; ses quatre entières, diaphanes, avec les nervures et brunâtres. Les ailes supérieures n’ont pas par contre, les inférieures présentent, milieu, une ligne obscure, transverse et en arrière de laquelle se voient deux yeux
- corps ailes sont les bords de taches ; vers leur tortueuse, noirs. Ces 21
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- yeux sont entourés d’un cercle brun clair, ornés d’un petit point blanc dans leur intérieur et séparés l'un de l’autre par deux autres points blancs.
- La femelle de cette belle espèce ressemble entièrement au mâle.
- L'Hœtera Andromeda a le port du précédent, mais il est environ d’un tiers plus petit. Scs ailes sont également transparentes et entières, comme on peut le voir facilement sur la figure. *Les ailes supérieures présentent deux lignes brunâtres et les inférieures sont ornées, à leur partie postérieure, d’écail-les d’un rose vif du plus bel effet. Ces dernières possèdent aussi quelques bandes brunes et un œil noir identique à ceux que nous avons déjà décrits dans le Piera et au bas duquel on distingue un petit point blanc. Le corps de ce gracieux papillon est cendré en dessus et plus pâle en dessous ; ses antennes sont noirâtres.
- Parmi les autres espèces d’Hætères, citons encore les Hcetera Estneralda, E. Doubl., Nereis, Fab., Luna, Fab., Philoctetes, L., etc.
- Tous ces lépidoptères sont natifs du Brésil et des autres parties chaudes de l’Amérique du Sud. Leurs mœurs sont presque complètement inconnues. D’après Lacordaire, ces papillons vivent dans les broussailles, le long des chemins et se posent à terre ou sur les feuilles d’où ils ne s’envolent que pour aller se poser de nouveau à quelques pas de distance. L'Hœtera Philoctetes est excessivement rare; les autres espèces assez communes. Relativement à leurs métamorphoses, nous ne connaissons que la chenille de YHœtera Piera, figurée par Mme Sibylle de Mérian dans son admirable ouvrage sur les insectes de Surinam et prise par Linné pour la chenille de son Pap. Anacardii, synonyme de la Vanessa Aglatonice de Godart. Elle a été trouvée à Surinam sur l’Acajou à pommes (Anacardium occidentale) et décrite comme étant garnie de poils blancs très touffus, longs et rabattus sur les côtés du corps. -
- Le genre Hœtera, qui appartient à la nombreuse famille des Satyrides, n’est pas éloigné des Erébies, des Arges et des Satyres dont plusieurs espèces se rencontrent dans notre pays. Il est également voisin du genre Cyllo renfermant le célèbre lépidoptère diurne fossile découvert par M. le marquis de Saporta dans les marnes gypsifères d’Aix-en-Provence et décrit par Boisduval sous le nom de Cyllo sepulta l.
- Les Hætères ne sont pas les seuls papillons transparents que l’on connaisse; il en existe d’autres appartenant à des genres exotiques et nous avons en France quelques espèces de Macroglosses et de Sésies qui présentent aussi cette curieuse particularité.
- Henri Gadead de Kerville.
- 1 Yoir La Nature, 1er scm. 1875, p. 56.
- CHEMINS DE FER
- RAPIDITÉ DE LA POSE DE LA VOIE
- EN AMÉRIQUE
- Voici un exemple tout récent de la rapidité avec laquelle s’effectue la pose de la voie en Amérique. Des entrepreneurs spéciaux traitent à forfait pour ce genre de travaux avec les Compagnies de chemin de fer, et l’une des maisons de ce genre, MM. Langdon et Shephard, ont entrepris dans ces conditions la pose d’une voie de 800 kilomètres de longueur dans la direction de l’Ouest à partir d’un point situé à 274 kilomètres de AVinnipeg (Canada). Le pays traversé constitue ce qu’on appelle les Prairies de l’Ouest : le niveau est loin d’y être uniforme et la ligne présente sur de nombreux points des courbes à fort rayon, et des rampes qui vont jusqu’à 0m,01 par mètre.
- La Compagnie du « Canadian Pacific Raihvay » s’était engagée à livrer à pied d’œuvre le matériel et les approvisionnements nécessaires. Ces opérations ont pris à peu près la moitié de la saison employée aux travaux, par suite de l’éloignement de la base d’où on tirait le matériel, la rapidité de l’avancement et les retards causés par l’abondance des pluies survenues au printemps de 1882. L’autre moitié, soit quatre T cinq mois environ, a donc suffi pour la pose de 800 kilomètres de voie prête à fonctionner.
- Voici maintenant les conditions du travail : une première équipe de 30 hommes décharge à son arrivée chaque train de traverses, et les replace sur 25 wagons à 2 chevaux qui partent aussitôt pour l’extrémité de la partie posée. Là une autre équipe, composée de 6 hommes enlève les traverses et les passe à une deuxième comprenant 20 ouvriers qui les mettent en place pour recevoir les rails.
- On opère en général sur 800 mètres de longueur à la fois (1/2 mille).
- Le train des rails est déchargé par 12 hommes qui les replacent aussitôt après le départ du train, sur des wagonnets en fer attelés chacun de 2 chevaux, et qu’on envoie à l’avancée avec toute la rapidité possible.
- Ces wagonnets sont portés sur quatre roues basses et munis de rouleaux pour aider au déchargement. Ils sont au nombre de quatre dont un de rechange. Au début de la journée, la voie est libre, et on les range devant la pile de rails. On charge le n° 1, puis on l’expédie le n° 2 vient prendre charge, part à la suite du n° i et l’atteint quand il est déjà vide.
- On enlève alors le n° 1 de dessus les rails et on livre le n° 2 aux poseurs. Pendant ce temps le n° 1 reprend la voie, revient à la pile de rails, et y trouve le n° 3 en charge; on l’enlève de la voie comme précédemment et le n° 3 part pour la tête des travaux.
- La pose proprement dite comprend 60 hommes. 12 hommes placés en arrière du wagonnet des rails (par rapport à la base d'approvisionnement) posent les éclisses et les boulonnent à fond. C’est là leur seule occupation, mais ils sont obligés de suivre la pose des rails effectuée par les ouvriers placés derrière eux. Ceux-ci sont groupés par rail de la manière suivante : 1“ 6 hommes chargés de distribuer les tire-fonds ; 2° 3 équipes successives composées chacune de 2 poseurs et d’un troisième ouvrier armé d’un levier pour soulever la traverse pendant le frappage du tire-fond. L’une de ces équipes vérifie en outre l’éear-
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- einent sur 5 des traverses (il y en a 15 en tout par rail de 50 pieds de long, soit 1 par 2 pieds d’axe en axe), ce qui assure en pratique la régularité parfaite de l’écartement. Les deux autres équipes se partagent le travail sur les 10 traverses restantes, de manière à opérer toujours sur les mêmes numéros. Il y a donc par rail 24 poseurs de tire-fonds, y compris les distributeurs, soit en tout 48 hommes et 60 en comptant les boulonneurs d’éclisses.
- Un contre-maître accompagné de 6 hommes passe après les poseurs, rectifie la direction générale de la voie et complète ainsi la pose proprement dite. 11 ne reste plus qu’à niveler le terrain en enlevant les bosses et en remplissant les trous, et à donner aux rails le plus exactement possible la même pente que celle du terrain. On se borne, pour cela, à relever quelques portions de la voie et à bourrer les traverses avec des terres empruntées aux remblais. La voie est alors prêle à recevoir les trains.
- Le nombre total d’ouvriers est de 159, auxquels il faut ajouter 35 chariots à 2 chevaux, et autant de conducteurs qui distribuent les traverses sous la direction de 2 contre - maîtres : le total général s’élève donc à 196 hommes et 70 chevaux.
- Pour donner une idée de la rapidité et de la précision, dont cette méthode est susceptible, nous nous bornerons à rapporter que pendant le mois d’aoùt on a posé 149 kilomètres. Le maximum atteint dans une journée a été de 7245 mètres. M. Douait Grant, qui dirigeait les travaux, a même, dans un cas spécial, posé, devant l’Association de la Presse Canadienne, 1/2 mille ou 800 mètres en une demi-heure.
- 11 est évident que de pareils résultats ne peuvent être obtenus qu’avec un personnel uniquement consacré à ce genre d’opérations. Néanmoins, malgré toute l’habileté qu’il peut y déployer, il nous paraît difficile qu’une telle rapidité dans la pose se concilie complètement avec la solidité et la durabilité des voies. Il est vrai, d’un autre côté, que les trains qui circulent sur ces lignes n’ont pas en général une grande vitesse, surtout dans la première période qui suit l’ouverture et qui est, pour ainsi dire, la période des tassements et des petites réparations. On considère, d’ailleurs, les conditions de rapidité que nous avons exposées, comme les plus remarquables qui aient encore été obtenues même aux Etats-Unis.
- ---o<>«.-
- LE VOYAGE DE LA « VEGA »
- AUTOUR DE L’ASIE ET DE i/eUROPE
- L'éminent explorateur suédois M. Nordenskiôld, en accomplissant par le passage du Nord-Est le premier périple de l’Europe et de l’Asie, n’a pas seulement ouvert à la géographie des voies nouvelles, il a apporté à la physique du globe, à la géologie, à la météorologie, à la zoologie, à la botanique, à l’ethnographie, des faits d’un puissant intérêt qui accroissent considérablement le domaine de la science des régions boréales. M. Nordenskiôld a publié dans sa langue natale, le récit complet d’un voyage qui restera comme un événement mémorable dans l’histoire de l’exploration du globe; le magnifique ouvrage suédois vient d’être traduit en français par deux jeunes savants que plusieurs séjours en Laponie et au Spitzberg ont familiarisé
- avec les langues Scandinaves : MM. Ch. Rabot et Ch. Lallemand1. Le livre est édité parla librairie Hachette, avec un luxe typographique digne du sujet; des cartes fort bien faites, des diagrammes très clairs, des gravures excellentes, facilitent constamment la lecture, et complètent partout les éclaircissements du texte.
- Nous empruntons au récit de M. Nordenskiôld quelques faits météorologiques particulièrement curieux.
- Poussières cosmiques. — « Depuis plusieurs •années, dit le savant explorateur suédois, je me suis passionné pour l’étude des poussières cosmiques qui tombent entraînées par la pluie à la surface de notre globe. J’ai même prouvé qu’une partie d’entre elles provient certainement des espaces célestes. Les régions habitées conviennent moins pour les recherches de ce genre. 11 en est tout autrement sur les champs de glace et de neige des contrées polaires éloignées de toute habitation et des routes fréquentées par les steamers. Chaque atome de poussière peut y être facilement distingué et séparé des corps étrangers; dans ces parages, il est même fort probable qu’il n’existe aucun débris industriel, Aussi étais-je désireux de saisir la première occasion qui se présenterait pour continuer mes recherches, occasion que nous offrit notre relâche sur un glaçon.
- « Dès que la. Vega eut mouillé, je débarquai immédiatement pour découvrir si je ne trouverais pas, à la surface de la glace, des poussières métallifères analogues à celles que j’avais recueillies au Spitzberg. Mes recherches furent infructueuses, mais le lieutenant Nordqvist remarqua sur la neige de petites taches jaunes; à ma prière, il les recueillit, et le docteur Kjellman les examina. C’étaient, supposais-je, des mucus de diatomées; mais après les avoir étudiées, Kjellman déclara que ces poussières ne provenaient nullement de matières organiques et qu’elles étaient formées au contraire de grains de sable cristallisés. Je constatai le lendemain que les prétendus mucus étaient effectivement de petits cristaux entiers, d’un jaune pâle, sans mélange de substances étrangères. Trois litres environ de neige recueillie à la surface du glaçon, sur une superficie de 10 mètres carrés au plus, fournirent plus de 2 décigrammes de ces cristaux. Il ne s’en trouvait que sur la couche de neige superficielle: dans les couches profondes, on n’en découvrit aucun. Le diamètre de ces cristaux atteignit au plus 1 millimètre. Ils avaient la forme représentée par le dessin ci-contre (fig. 1) et semblaient appartenir au système orthorhombique, car ils figuraient des prismes cannelés, tronqués à leurs deux extrémités et pré-
- 1 A. E. Nordenskiôld. Voyage de la « Vega » autour de l'Asie et de l'Europe. Ouvrage traduit du suédois avec l’autorisation de l’auteur, par MM. Charles Rabot et Charles Lallemand. Tome premier, 1 vol. gd in-8°, contenant 293 gravures sur bois, 5 gravures sur acier et 18 cartes. Paris, librairie Hachette et Cie, 1885.
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- sentant un plan de clivage manifeste. La poudre blanche résultat de la décomposition de ces cristaux ne renfermait que du carbonate de chaux.
- « La constitution primitive et l'origine de ccttc substance, me paraissent très énigmatiques. Ce n’était pas du carbonate de chaux ordinaire, car les cristaux n’était pas rhomboédriques, et ne présentaient pas les clivages du spath calcaire. Ce ne pouvait être non plus de l’aragonite, car, dans ce cas, elle aurait bien pu se déliter spontanément, mais la poussière qui en serait résultée aurait gardé la forme cristalline. Ces cristaux ont-ils été originairement une sorte de carbonate de chaux hydraté, formé par la cristallisation de l’eau de la mer sous l’influence d’un grand froid, et ayant ensuite perdu son contenu en eau de cristallisation par l’effet d’une température de -+-10° à -f- 20° ?
- Mais, en pareil cas, ils ne se seraient pas trouvés sur la couche superficielle de neige, mais plus profondément sur la glace. Seraient-ils tombés des espaces interplanétaires à la surface de notre globe, et auraient-ils formé avant leur décomposition, quelque assemblage de matière s’écartant autant des formes minéralogiques terrestres que certaines combinaisons chimiques découvertes récemment dans les météorites ? La présence de ces cristaux dans les couches de neige supérieures et leur effritement à l’air semblent militer en faveur de cette dernière hypothèse. »
- M. Nordenskiôld, après avoir rapporté cette curieuse découverte, résume les observations qu’il a faites sur le môme sujet, antérieurement au voyage de la Vega.
- 11 rappelle qu’au commencement de décembre 1871 une chute de neige — peut-être la plus abondante de mémoire d’homme — s’abattit sur Stockholm. Plusieurs habitants des environs de la ville périrent étouffés sous la masse de neige amoncelée. M. Nordenskiôld fit fondre sur un drap 1 mètre cube de neige ; elle laissa comme résidu une poudre noire qui contenait des grains de fer métallique attira-bles à l’aimant.
- Le 8 août et le 2 septembre 1872,
- M. Nordenskiôld fit des recherches au nord du Spitz-berg par 80° de lat. N. et 13-15° de long. E. sur la couche de neige qui recouvrait la glace dans cette région. La coupe ci-dessus (fig. 2) montre la constitution de cette couche : 1° neige fraîche; 2° couche épaisse de 8 millimètres formée de vieille neige durcie ; 3° couche haute de 30 millimètres, composée de neige agglomérée en une masse granuleuse cristalline; 4° couche habituelle de neige durcie et granuleuse. La section n° 3 était remplie de petits grains noirs, parmi lesquels se trouvaient de nom-
- breuses particules métalliques attirables à l’aimant et renfermant du fer, du cobalt, et probablement aussi du nickel.
- M. Nordenskiôld cite d’autres faits analogues ; il nous fait l’honneur de mentionner les recherches que nous avons entreprises en France sur le même sujet, et qui nous ont permis d’arriver aux mêmes conclusions que le savant explorateur suédois, à savoir qu’il tombe à la surface du sol des météorites sous forme de poussières métalliques invisibles à l'œil nu1.
- « Certaines personnes, ajoute M. Nordenskiôld, pourraient à tort s’imaginer qu’il est superflu pour la science de s’occuper d’un phénomène aussi insignifiant que la chute de quelques poussières microscopiques. Tel n’est pourtant pas le cas. J'estime les quantités de matières cosmiques qui se trouvaient sur la glace au nord du Spitzberg de 0m&,l à 1 milligramme par mètre carré, et probablement la quantité qui tombe annuellement dépasse de beaucoup ce chiffre. Mais 1 milligramme par mètre carré représente | our la surface totale de la terre 500 millions de kilogrammes. »
- Nous laisserons l’intéressante question des poussières cosmiques pour citer d’autres faits observés pendant le cours de l’expédition suédoise.
- Formation de la glace dans un milieu d'une température supérieure à 0°. — Dans la nuit du 30 au 51 août 1878, en doublant le Swjaloinos, les voyageurs furent témoins d’un phénomène remarquable. Le ciel était clair au zénith et à l’Est; ù l’Ouest au contraire s’étendaient de gros nuages d’un gris bleuâtre. La température de l’eau variait à la surface entre -4-1° et -f 1°,6 ; celle de l’air sur le navire oscillait entre -+-1°,5 et -+-1°,8. Cependant, des aiguilles et de minces pellicules de glace se formaient à la surface de la mer, unie comme un miroir. M. Nordenskiôld ajoute qu’il a vu plusieurs fois déjà dans les mers polaires, de la glace se former ainsi dans un milieu d’une température supérieure à zéro degré. C’est là probablement un phénomène analogue à celui de la formation du givre et qui, comme ce dernier, doit être attribué au rayonnement de la chaleur, à la fois vers les espaces célestes et vers les couches d’eau profondes d’une température inférieure à 0°.
- Les tempêtes de neige. — Courants de neige. — Quand l’expédition fut arrivée dans le nord de la mer de Bering, par suite de l’état exceptionnel des
- 1 Les Poussières de l’air, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-18 accompagné de 34 ligures et de 4 planches hors texte. Paris, Gauthier-Villars. 1877.
- Fig. 1. — Cristaux trouvés sur un glaçon de la côte de Taimur (grossissement de 30 à 40).
- Fig. 2. — Coupe de la couche de neige superficielle sur un glaçon rencontré par 80° de lat. N. (réduction de 1/2).
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- glaces, il fallut se contraindre à l’hivernage, dès le commencement de l’automne 1878, juste à l’entrée du Pacifique, alors que le succès paraissait couronner les persévérants efforts de l’équipage. — Sans se décourager, les explorateurs s’installèrent résolument, et ne perdant jamais de vue les intérêts de la science, ils organisèrent un véritable observatoire météorologique, — on va voir dans quelles conditions, par le récit d’une tempête de neige dans ces régions désolées.
- Quand l’ouragan soufflait, la neige pulvérulente s’envolait jusque dans les couches supérieures de l’atmosphère , où elle formait un nuage tellement dense que l’on ne pouvait plus rien distinguer, même à quelques mètres de distance. Par un pareil temps, il était impossible de tenir aucun chemin ouvert, et tout homme qui se fût alors égaré, eût été perdu sans espoir , à moins qu’il n’eût pu, comme les Tschuktschis, attendre la fin de la tourmente, enfoui sous un monceau de neige. « Même par un vent faible et avec un ciel pur, il se produisait à la surface du sol, un courant de neige, haut de quelques centimètres, dans la direction de la bise, c’est-à-dire généralement du Nord-Ouest au Sud-Est. Ce courant entassait des monceaux de neige derrière tous les débris qu’il rencontrait, et recouvrait plus sûrement même que la tourmente, quoique plus lentement, les objets laissés sur le sol et les sentiers battus. La quantité d’eau qui se trouve ainsi transportée par
- ce courant solide, peu considérable, il est vrai, mais constant et animé d’une vitesse égale à celle du vent, des côtes septentrionales de la Sibérie, vers des contrées plus méridionales, est comparable à la masse d’eau des grands fleuves. Au point de vue climatologique, ce courant joue un rôle assez important, notamment comme conducteur du froid
- jusqu’aux ré -gions forestières les plus septentrionales; à cet égard, il mérite d’attirer l’attention du météorologiste. »
- Les Tschuktschis. — La maison de glace. — Pendant l’hivernage, les voyageurs étudièrent à loisir les mœurs des indigènes qui habitaient dans le voisinage de la Vega, les Tschuktschis, dont le genre de vie rappelle par certains côtés les habitants de Page de pierre. Mais il était bien difficile de se faire compren -dre de ces naturels dont la langue est tout à fait particulière. Grâce à de longs efforts, le lieutenant Nordqvist et après lui la plupart des membres de l’expédition, acqui rent la connaissance de la langue tsebukt -schis, tandis que les indigènes se familiarisaient avec le suédois. Il se forma peu à peu un argot à peu près compréhensible pour les deux parties. Les braves naturels venaient de leur mieux en aide aux marins suédois, et souvent on les voyait pêcher le long du rivage. Un homme forait dans la glace un trou assez proche de la côte pour que la profondeur de l’eau ne dépassât pas 50 centimètres. Une femme penchée sur ce trou dont la surface est toujours maintenue libre de
- Tschuktschis pêchant sur la glace.
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- glace (fig. 5), cherchait à attirer le poisson par un cri très bizarre, liés quelle en voyait un, elle jetait une ligne munie d’un hameçon en fer ou en os, employant comme amorce des débris d’intestins de poissons.
- Pendant l’hivernage, les travaux scientifiques ne furent jamais négligés. Au premier rang se trouvaient les observations météorologiques et magnétiques qui à partir du ipr novembre furent faites d’heure en heure, jour et nuit. L’observatoire fut construit à terre avec de grands parallélipidèdes de glace délicatement teintés en bleu; jamais aucun architecte n’avait eu d’aussi beaux matériaux à sa disposition. La construction aussitôt faite, fut baptisée par les Tschuktschis, Tintinjaranga (maison de glace) et l’équipage de la Vega adopta cette désignation. Le capitaine Palander fut l’architecte de cette maison; il faisait son mortier avec de la neige mélangée d’eau, l’édifice fut couvert d'un toit en planches.
- Malgré le froid, malgré les tempêtes de neige, l’équipage de la Vega, grâce à l’activité de la vie, aux explorations en traîneau, à la pratique d’un travail assidu, n’eut pas à trop endurer de souffrances physiques; les anniversaires des fêtes furent toujours l’occasion de réjouissances. La fête de Noël fut célébrée, et les matelots suédois avec des osiex*s recueillis au loin, construisirent un arbre décoré, pavoisé, et orné de petites bougies ; on entonna des airs nationaux, et au milieu des rafales de neige, on porta des toasts à la patrie lointaine.
- Ici finit le premier volume du Voyage de la Vega; nous reviendrons sur l’expédition de M. Nordens-kiôld dès que la suite de la traduction française aura été publiée.
- Gaston Tissandier.
- EMBRYOLOGIE ET ORGANOGÉNIE
- TRAVAUX DE M. BALFOUR1
- Nos lecteurs se souviennent sans doute que La Nature a publié, dans son numéro du 19 août 1882, un extrait du journal anglais du même nom, relatant la terrible catastrophe qui venait de coûter la vie au naturaliste anglais J. M. Balfour. Parti de Chamounix avec le guide Jean-Pierre pour tenter l’ascension de l’Aiguille-Blanche de Peu-teret, l’un des contreforts du Mont-Blanc, M. Balfour ne réussit pas dans son entreprise et le 22 juillet 1882 son cadavre fut trouvé gisant sur la glace à côté de celui de son compagnon.
- Francis Maitland Balfour était né en Écosse le 10 novembre 1851 ; il fit ses premières études à l’école de Harrow et s’initia, sous la direction de G. Griffith, à l’étude des sciences biologiques. A Page de dix-neuf ans
- 1 Traité d’embryologie et d'organogénie comparées, par Francis M. Balfour, professeur à l’Université de Cambridge, traduit et annoté par H. A. Robin, docteur es sciences, préparateur à la Faculté des Sciences de Paris. Tome I". 1 vol. in-8° avec 296 figures. Paris, J. B. Baillière et fils, 1883.
- il entra à l’Université de Cambridge, où il ne larda pas à attirer l’attention bienveillante des professeurs Malbo-rough Pryor et Michael Foster. Ce dernier l’associa bientôt à ses travaux et publia avec lui un mémoire sur l’embryologie du Poulet qui eut un grand retentissement et qui fut traduit dans plusieurs langues. En 1873, M. Balfour se rendit à la station zoologique de Naples, récemment fondée par Dohrn, et y commença des recherches sur le développement des Elasmobranehes, recherches qu’il continua pendant les années suivantes en profitant des rares loisirs que lui laissèrent des voyages scientifiques en Grèce et dans l’Amérique du Sud. Elu, en 1874, fellow de Trinity College, il ouvrit l’année suivante une série de conférences qui attirèrent un grand nombre d’auditeurs ; en même temps il poursuivit ses investigations sur les Elasmobranehes, en commença de nouvelles sur l’anatomie du Peripatus, s’occupa de diverses questions relatives au développement des Arachnides et des Vertébrés et rédigea le Traité (Tembryologie qui devait être la dernière œuvre, le testament scientifique de cet homme infatigable.
- Sa réputation était devenue européenne, et, chose plus rare, ses compatriotes lui rendaient justice et appréciaient ses travaux. La Société Royale de Londres l’avait admis dans son sein et lui avait décerné une médaille ; l’Association britannique l’avait choisi en 1880 comme vice-président de la section d’anatomie et de physiologie, ce qu lui procura l’occasion de prononcer, au Congrès de Swansea, un remarquable discours sur les relations de l’embryologie et de la philogénie et sur l’évolution du système nerveux; puis, en 1881, il fut élu président de la Société philosophique de Cambridge, vice-président de la Société Royale microscopique et reçut de l’Université de Glascow le titre de docteur honoraire; enfin deux mois avant sa mort il fut nommé à une chaire de morphologie animale, créée spécialement pour lui, à l’Université de Cambridge.
- En écrivant son Traité d’embryologie et d’organogénie comparées, M. Balfour, comme il nous l’apprend lui-même dans la préface, s’était proposé à la fois de donner aux étudiants un guide, un manuel pratique, et de fournir aux spécialistes un compendium où se trouveraient réunies toutes les connaissances que l’on possède sur le développement des animaux. C’était là une tâche difficile et cependant l’auteur l’a remplie avec un tel bonheur que le professeur Gangee a pu dire en s’adressant à l’Association britannique réunie à Southampton : « Le grand Traité d’embryologie comparée est le véritable monument sur lequel repose la gloire de Balfour. Il est impossible d’exprimer la valeur de ce livre. Balfour n’a pas reculé devant la quantité immense de données éparses dans la littérature, et il a tout réuni en un exposé méthodique, clair et précis. »
- Cette simple citation nous explique le succès que l’ouvrage de M. Balfour a obtenu en Angleterre, dès son apparition, et elle nous montre en même temps combien il était désirable qu’un pareil travail, déjà connu en France de quelques savants familiers avec la langue anglaise, fût apprécié comme il le mérite par un grand nombre de lecteurs. Aussi devons nous applaudir à l’idée que MM. J. B. Baillière et fils ont eue de nous donner une édition française du Traité d’embryologie et de confier la traduction du texte original à un naturaliste qui a déjà fait ses preuves, à M. H. A. Robin, qui a publié récemment d’intéressantes recherches sur la structure anatomique et le développement des Chiroptères.
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- Un volume de cette traduction vient de paraître, et, en le comparant à l’édition anglaise, on peut facilement constater qu’il constitue sur celle-ci un progrès notable, et qu’il renferme un assez grand nombre de modifications qui toutes sont dues à M. Balfour lui-même. Avec le zèle qu’il apportait dans tous ses travaux, le savant professeur de Cambridge a revu, en effet, les premières feuilles de cette nouvelle édition ; mais pour tout le reste son fidèle interprète s’est attaché à serrer d’aussi près que possible le texte anglais et de rendre non pas seulement les idées, mais la forme même que leur avait données l’auteur. Il a même tenu à conserver, dans le volume que nous avons sous les yeux, les deux sortes de caractères qui avaient été primitivement employées et qui permettent aux simples étudiants de se borner, en commençant, aux données générales, pour revenir ensuite à la partie théorique, aux détails des divers modes de développement, et à l’examen de quelques formes moins importantes.
- Comme beaucoup de naturalistes anglais de notre époque, M. Balfour se montre,, dans son ouvrage, partisan déclaré de la théorie transformiste; mais il est trop circonspect pour se contenter, comme certains disciples de Darwin, de dresser des arbres généalogiques du règne animal en rattachant d’un trait de plume des types dont la parenté n’a pas encore été suffisamment établie ; il produit à l’appui de chaque hypothèse les observations qui lui semblent les plus, concluantes et c’est ainsi qu*il procède en particulier quand il s’occupe de la phylogénie des Crustacés, auxquels il est disposé à accorder une double origine. Le chapitre qu’il consacre à l’étude des Arthropodes est, du reste, particulièrement remarquable et renferme une discussion très intéressante des théories récentes de F. Müller et de Claus. Il est illustré de même que les autres parties du Traité (Tembnjologie, d’un grand nombre de figures exécutées d’après les dessins de l’auteur ou empruntées à des mémoires originaux. Dans ce dernier cas les références sont toujours scrupuleusement indiquées. En outre, à la fin de chacun des chapitres ou même à la fin de certains paragraphes, se trouvent des listes sinon absolument complètes, du moins très étendues de travaux se rapportant au sujet traité, de sorte que le lecteur est sans cesse à même de vérifier les citations, de comparer les idées et les observations de M. Balfour avec celles de différents auteurs, et d’acquérir ainsi sur le développement des divers groupes d’animaux des notions très satisfaisantes.
- F Oustalet.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le problème de la direction des aérostats ; application de F électricité à la navigation aérienne. Conférence faite le 3 mars 1883 à la Sorbonne, et au groupe de l’Association amicale des anciens élèves de l’École Centrale le 8 mars, par Gaston Tissandier. 1 broch. in-8° avec gravures. Publication du Génie civil, 6, rue de la Chaussée-d’Antin, Paris.
- Un .projet de réorganisation des cours d'adultes, à propos de la circulaire ministérielle du 4 avril 1882, par Félix Hément. 1 broch. in-18°. Paris, imprimerie Mot-teroz, 2, rue Mignon, 1883.
- Bulletin du Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, tome Ier. 1 vol. in-8°. F. Hayez, Bruxelles, 1882.
- MOTEUR A YAPEUR DOMESTIOUE
- SYSTÈME DAUSSIN
- On sait combien le problème de la production d’une petite force motrice destinée aux usages domestiques, est cherché par les mécaniciens et les constructeurs. Nous avons décrit précédemment des moteurs hydrauliques, à air comprimé, électriques, à gaz; ces moteurs nécessitent généralement des canalisations et ils ne peuvent être utilisés que dans les villes. Un habile mécanicien de Fives-Lille, M. Daussin, a réussi à résoudre le problème posé dans les conditions suivantes :
- Transformer instantanément et à volonté en force motrice suffisante pour actionner une ou deux machines à coudre ou d'autres outils exigeant un travail équivalent, la chaleur produite par un poêle de ménage, de telle sorte que le foyer qui chauffe la chambre et cuit les aliments de l’ouvrier actionne en même temps ses outils.
- C’est dans le but de créer une force motrice toujours disponible et pouvant dans la généralité des cas, être considérée comme gratuite, qu’ont été imaginés et réalisés le petit moteur à vapeur et le frein régulateur que nous allons décrire avec les détails techniques que comporte ce sujet intéressant, nous réservant de parler à la fin de notre notice, du mode d’emploi de ce système vraiment ingénieux.
- Le moteur est représenté par la figure 1, il se compose :
- 1° D’un couvercle de poêle A servant en même temps de calotte à la chaudière et de socle au mécanisme ;
- 2° D’une chaudière d’environ un litre de capacité pouvant se placer sur l’ouverture d’un poêle ou fourneau quelconque. Cette chaudière est formée par le couvercle A et par un fond B réunis par des vis et un joint d’amiante. Le fond B est garni de tubes pendentifs en nombre et de longueur tels que la surface de chauffe de la chaudière ainsi constituée est de 23 décimètres carrés ;
- 3° D’une colonne creuse e faisant corps avec la chaudière, cette colonne sert de chambre de vapeur, elle renferme l’appareil d’alimentation décrit ci-après et supporte le mécanisme moteur composé du cylindre oscillant D actionnant le volant E ;
- •4° D’un appareil d’alimentation automatique (fig. 1, 2 et 3). Cet alimentateur se compose d’une boîte cylindrique F fixée sur un axe G que fait tourner, à l’aide d’un rochet H et à raison d’un tour pour 40 tours du volant, un cliquet H' actionné par l’arbre moteur.
- La face plane F' de la boîte est percée de deux rainures g, h, et est maintenue appliquée par un ressort à boudin I contre la pièce J dans laquelle sont pratiqués les trous k, l, n, m. Quand la boîte F tourne, les rainures g, h établissent, par les com-
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- Fig. 1 à 4. — Moteur Duussin avec détails de la soupape-tiroir.
- binaisons qu’elles forment avec les trous la communication de l’alimentateur tantôt avec le réservoir d’eau L, tantôt avec l’intérieur de la colonne surmontant la chaudière.
- Supposons les pièces F et J dans la position représentée, l’eau du réservoir L descend dans le tuyau p, passe par le trou m, la rainure h, et emplit la boîte pendant que la vapeur, qui pourrait faire obstacle à l’entrée de l’eau, s’échappe dans le réservoir par la rainure g, le trou k, le tuyau q et forme derrière elle un vide, qui par son instantanéité d’entraînement de l’eau arrivant par le tuyau p, produit un coup de bélier qui nettoie le système et en assure le fonctionnement.
- Faisons maintenant tourner le
- rochetde manière que les rainures g, h occupent la position indiquée en pointillé (fig. 2) ; la communication cesse avec le réservoir et F se trouve mise en communication avec la colonne.
- L’eau tend à tomber dans la colonne. La chute d’eau de la boîte dans la colonne est facilitée par la contre-pression de la vapeur entrant en ce moment dans la boîte par les trous l, h. Cette chute n’est possible (en vertu du principe des vases communicants, qu’à la condition que l’eau contenue dans la boîte soit plus élevée que celle se trouvant dans la colonne; c’est pourquoi la partie supérieure de la boîte est placée au-dessus du plan d’eau moyen d de la colonne, et à une hauteur telle que le volume d’eau contenu dans la boîte, au-dessus de ce plan d’eau d, soit à peu près égal à la quantité d’eau nécessaire à l’alimentation en
- marche normale. Ajoutons que la capacité totale de la boîte est beaucoup plus grande que le volume d’eau nécessaire à la production, à une pression quelconque, de la vapeur dépensée par le moteur pendant une révolution complète de F, et l’on com-
- prendra de ce qui précède
- Fig. b. — Détails du frein régulateur.
- 1° que la boîte ne peut manquer de se remplir à chacune de ses révolutions; 2° qu’une certaine quantité d’eau tombe, à chaque révolution de la boîte, dans la colonne ; 3° que la quantité d’eau qui tombe est forcément égale à la quantité d’eau nécessaire au réta-' blissement de l’équilibre de niveau entre les vases communicants F et C ; 4° que cette quantité est rigoureusement égale à la quantité vaporisée ; 5° que l’eau ne peut évidemment pas monter dans C à un niveau supérieur à son communicant F; 6° que l’eau en excès reste dans la boîte jusqu’à la révolution suivante et s’y échaufle.
- Il résulte donc, que quels que soient l’excès de la capacité de la boîte, la vitesse du moteur, et le volume de vapeur nécessaire, l’alimentation se trouve assurée et automatiquement réglée par la rotation de l’arbre moteur commandant l’alimentateur, et l’on verra plus loin que la rotation de l’arbre moteur est elle-même assurée dès que la chaudière est placée sur le feu dans les conditions voulues, par ce fait qu’il n’existe aucun robinet ni aucune soupape pouvant par leur fermeture empêcher la m’se en marche du moteur.
- 5° D’une soupape-tiroir S (fig. 1 et 4) enfilée sur un des tourillons du cylindre oscillant et maintenue appliquée contre la platine N du cylindre par un
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- Fig. 6."—^Installation dujmoteur^à vapeur domestique'd; M. Daussiu sur, un poêle de cuisine. (D’après une photographie.)
- reliée à h co- | une tige f coulissant très facilement dans l’encoche i.
- Le système est complété par le frein représenté par la figure 5. Ce régulateur se fixe sur la machine ou l’outil à actionner. 11 se compose d’un arbre ab, portant à frottement doux une poulie c et une espèce de manchon d. Contre le toc e, calé sur l’arbre, s’appuie un ressort à boudin f qui repousse le manchon d vers la poulie c, laquelle poulie est elle-même repoussée vers l’embase b par un autre ressort à boudin g s’appuyant contre le manchon. Un levier hji relié à une pédale actionne ce régulateur qui fonctionne de la manière suivante : une corde sans fin relie le moteur à l’outil en passant sur le volant du moteur et la poulie du frein. La poulie c tourne
- l’action des oscillations du cylindre, est empêché par | tant que le moteur tourne et fait tourner l’outil
- ressort P.| Cette soupape-tiroir est lonne-dôme de vapeur par un tuyau flexible C' permettant à la soupape d’obéir à l’action du ressort et de s’éloigner de la face plane du cylindre qui lui sert de siège lorsque la pression de la vapeur sur une surface calculée de la soupape-tiroir dépasse l’effort exercé en sens inverse par le ressort.
- Pendant une des phases d’oscillation du cylindre, la vapeur arrivant de la colonne par le tube C' passe par le trou a de la soupape et arrive au cylindre par la rainure b.
- Pendant la phase suivante, la rainure b vient se placer vis-à-vis de la lumière c de la soupape et la vapeur s’échappe par e dans la cheminée du foyer par un tuyau approprié. Le déplacement latéral de la soupape, sous
- Fig.
- Vue d'ensemble du moteur à vapeur Daussin.
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- quand le frein se trouve dans la position figurée, c’est-à-dire quand, appuyant sur la pédale, on éloigne du manchon le bras du levier i. La poulie c est alors pour ainsi dire calée sur l’outil par la pression exercée sur le toc, le manchon et la poulie elle-même par les deux ressorts f, g. Quand on cesse d’appuyer sur la pédale, le poids k réagit, la tige i presse contre le manchon, le repousse vers le toc en comprimant les spires du ressort f; le ressort g se détend. Cette compression de f et cette détente de g assurent les effets suivants : 1° arrêt de l’axe ab, et par conséquent de l’outil, par suite de la pression du levier i sur le manchon. Cet arrêt est instantané ou progressif, suivant qu’on fait cesser plus ou moins rapidement la pression exercée sur la pédale ; 2° continuation du mouvement de la poulie c sur l’arbre ab arrêté ; 3° maintien de l’allure régulière du moteur pendant les arrêts et les ralentissements de l’outil, parce que la poulie c, alors pressés seulement par le ressort g, plus ou moins détendu, doit vaincre néanmoins pour tourner sur l’arbre arrêté ou ralenti, une résistance égale à celle que lui présente l’outil en fonctionnement normal.
- Voici comment on emploie le système :
- Supposons le moteur placé sur le côté d’un poêle et relié à son réservoir d’eau par deux tuyaux en caoutchouc. Quand on veut obtenir de la force motrice, on enlève le couvercle ordinaire du poêle et on le remplace par le moteur. Grâce à la surface de chauffe relativement grande de la chaudière, l’ébullition se produit rapidement même avec un feu très faible. En attendant que la pression soit suffisante, ce qui arrive au bout de deux ou trois minutes, on relie l’outil, la machine à coudre par exemple, au moteur par une corde sans fin passant sur le volant du moteur et sur la poulie du frein fixé sur la machine à coudre.
- On a eu le soin, en plaçant le moteur sur le feu, de tourner le volant de telle manière que le bouton de la manivelle dépasse le point mort du bas de la course du piston. La soupape-tiroir présente alors sa lumière a à la rainure b du cylindre. Aussitôt que la pression est suffisante, le moteur se met en marche de lui-même en actionnant la machine à coudre dont on n’a plus qu’à accélérer, ralentir ou arrêter le mouvement au moyen de la pédale du frein, sans qu’on ait le moins du monde à se préoccuper du moteur, dont l’alimentation régulière est assurée de la façon la plus absolue.
- Quand on veut cesser tout travail, on jette, d’un coup de doigt, la corde en bas de la poulie du moteur, on arrête le moteur par la simple pression de la main droite sur le limbe du volant, et, soulevant le moteur des deux mains, par l’anse et par le volant, on le retire du foyer et on le replace à côté, sur le poêle même, à sa place de repos.
- L’expérience démontre que ces manipulations sont des plus pratiques; le moteur, vu son faible poids, est placé sur le feu et en est retiré avec la
- plus grande facilité ; son arrêt avec la main se fait très aisément, les pièces qui le composent sont des plus simples, très robustes et non susceptibles de dérangement.
- Nous croyons devoir faire remarquer que le moteur ne comportant pas un seul robinet, les oublis d’ouverture et de fermeture ne sont pas à craindre, qu’il n’existe aucune soupape dans l’acception propre du mot, par conséquent, qu’aucun engorgement ne peut se produire, enfin que le moteur fonctionne à une pression tellement faible (60 centimètres de mercure) qu’il ne présente absolument aucun danger ; d’ailleurs la soupape-tiroir est maintenue sur son siège par un ressort si faible qu’il ne permet pas à la pression de dépasser 1 kilogramme.
- Nous complétons les documents publiés sur le moteur Daussin en représentant l’installation du système sur un poêle de ménage (fig. 6) et actionnant une machine à coudre. Le moteur est montré isolément, dans la figure 7, où on l’aperçoit tel qu’il peut être manié, quand il est placé sur le foyer domestique qui l’anime.
- CORRESPONDANCE
- ORIGINE DD MOT « GDÉRIMENT ))
- Paris, 27 mars 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans son article sur les souterrains préhistoriques de la Vienne (Yoy.n°512 du 24 mars 1883, p. 266), M. Brothier de Rollières dit, en parlant des Guériments : « mot dont l’origine ne m’a pas encore été expliquée ».
- Voulez-vous me permettre de donner l’étymologie à peu près certaine de ce mot. Dans le vieux français l’on trouve le mot guérir qui signifie : protéger, défendre; de ce verbe il nous reste encore le mot guérite, qui signifie endroit défendu, et qui se retrouve en espagnol et en portugais : guarida ; en provençal : guerida; dont le sens est : refuge, retraite.
- Le patois, comme il arrive toujours, a gardé l’ancien mot guériment, qui s’est formé tout naturellement de guérir, de la même manière que bâtiment s’est formé de bâtir, et qui veut dire : lieu défendant, protégeant.
- Du reste, la plupart des mots patois du Poitou, de l’Aunis, de la Saintonge, se retrouvent ainsi dans le vieux français.
- Veuillez agréer, etc
- D. Bellet.
- l’explosion des chaudières a vapeur.
- Aix, 31 mars 1883.
- Monsieur le Rédacteur,
- Une expérience que j’ai faite de concert avec M. Rollée, chef de l’atelier de la fonderie de l’École nationale d’Arts et Métiers d’Aix, m’engage à vous communiquer les idées qui nous' sont venues relativement à la cause d’explosion des générateurs, au cas où l’eau prend l’état sphéroïdal.
- Ayant recueilli les gaz qui se dégagent de l’eau au contact d’une barre de fer chauffée à blanc,* nous avons constaté que la présence de l’oxygène et de l’hydrogène
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- enflamme le mélange : donc la dissociation de l’eau avait eu lieu.
- L’éclatement d’une chaudière qui a eu lieu dans la région des Bouches-du-Rhône a prouvé que les parois de la chaudière n’étaient pas incrustées. La déchirure du fond et du ciel a été suivie d’une forte détonation.
- Aussi, et je suis l’écho de mes opinions et de celles de M. Rollée, il pourrait bien se faire que la simple dissociation de l’eau au contact d’une paroi à feu nu, fût avec ses conséquences la cause des explosions, sans que l’on soit obligé d’inférer l’incrustation, le fendillement, l’arrivée des gouttes au contact du métal rougi. Voici ce qui doit se passer à notre avis :
- Si l’eau arrive subitement au contact d’une paroi chauffée au rouge blanc l’eau est dissociée : une gaine d’hydrogène se forme autour des gouttes et les préserve du contact de la paroi. Celle-ci se refroidissant la tension de dissociation doit décroître, et l’hydrogène se recombiner en partie ou en totalité avec l’oxygène. Dans l’acte de recombinaison de ce mélange détonant, il se dégage beaucoup de chaleur. La pression augmente subitement et peut provoquer l’éclatement du générateur.
- Sans compter que l’eau arrivant au contact de la paroi refroidie, subit une évaporation totale dont l’effet s’ajoute à celui de la pression développée par le mélange détonant.
- L’émiettement de la chaudière précitée, l’absence d'incrustation, la détonation rappelant celle d’un mélange oxhydrique, enfin notre expérience, me paraissent de nature à corroborer cette théorie que je crois nouvelle de l’explosion des chaudières.
- L’action du zinc ne serait plus celle d’un désincrustant. Ce serait, dans certains cas du moins, celle d’un corps oxydable qui absorberait l’oxygène provenant de la dissociation aqueuse, et l’hydrogène serait éliminé en suivant les mêmes voies que la vapeur.
- Veuillez agréer, etc.
- L,. A. Levât,
- Ancien élève de l’École Polytechnique, professeur de physique et de chimie â l’Ecole d’Aix.
- CHEMINS DE FER A VOIE ÉTROITE
- la ligne de ribeaüvillé
- Le transbordement constitue, comme on sait, la plus grave des difficultés qu’entraîne l’adoption de la voie étroite, il y a là, en effet, pour l’exploitation une gêne de tous les instants et une dépense continuelle qui peut réduire dans une grande mesure les économies qu’on a pu réaliser dans l’établissement de la ligne à voie étroite. On répond à cette objection, il est vrai, en disant que très généralement les grandes Compagnies elles-mêmes opèrent le transbordement dans les gares communes pour n’avoir pas à payer de frais de location de wagons étrangers, et que c’est là d’ailleurs une opération très ordinaire qui n’est pas très dispendieuse. Il faut bien reconnaître cependant que pour certaines matières comme le charbon en particulier, le transbordement reste très onéreux et qu’il devient même tout à fait nuisible à la qualité des produits transportés, puisque le. poussier se trouve augmenté dans une forte proportion..
- Plusieurs solutions ont été proposées pour atténuer ces inconvénients et supprimer le transbordement dans certains cas. On a formé, par exemple, les wagons de la voi
- étroite de caisses mobiles montées sur des trucks et représentant la moitié de la charge d’une plate-forme de la voie normale, on les enlève avec des grues dans la gare terminus pour venir les reporter au nombre de deux sur ces plate-formes qui ont ainsi leur charge complète. Cette disposition a l’inconvénient d’emmener au loin le matériel de la voie étroite, et elle ne paraît pas applicable pour les expéditions qui viennent de la voie normale, comme c’est habituellement le cas pour les transports de charbon, par exemple. La solution adoptée sur la ligne de Ribeaüvillé, en Alsace, nous paraît trancher plus complètement la difficulté et nous avons cru intéressant de donner ici quelques détails à ce sujet, en raison de l’importance que présente actuellement cette question des lignes à voie étroite.
- Le chemin de fer de Ribeaüvillé a été construit, il y a quelques années, pour relier la gare de Ribeaüvillé "du chemin de Strasbourg à Bâle, à la ville du même nom qui en est distante de 4 kilomètres; il a été ouvert à l’exploitation le 24 juillet 1879.
- D’après les renseignements fournis par M. Faliès dans son intéressante communication à \n'Société des ingénieurs civils, cette ligne est à voie de 1 mètre de largeur, elle est établie sur l’accotement de la route et présente des rampes allant jusqu’à 40 millimètres avec des courbes de 50 mètres de rayon.
- Le matériel roulant comprend trois locomotives à deux essieux accouplés, quatre voitures à voyageurs à couloir central et plate-forme, un fourgon couvert et dix wagons plate-formes.
- Ce qui fait, comme nous le disions, le trait particulier et intéressant de l’installation de ce matériel, c’est que ce chemin de fer transporte sans transbordement des wagons de la voie large.
- Les plates-formes des petits wagons sont munies, en effet, de rails établis a la distance de la voie normale et sur lesquels on peut amener sans difficulté les grands wagons, car ces plate-formes sont assez allongées pour les recevoir. Celles-ci reposent d’ailleurs sur deux trucks boggies de quatre roues chacun établis à l’écartement de la voie étroite. Cette disposition imitée, comme on voit, du materiel américain, était indispensable pour assurer le passage des véhicules en présence des courbes si prononcées qu’on rencontre sur la ligne. Le poids des transbordeurs est de 5 tonnes, et comme celui des grands wagons à chargement complet est de 15 tonnes, on a ainsi un poids total de 18 tonnes, soit de 4,5 tonnés par essieu, qui n’a rien d’excessif pour les conditions habituelles d’établissement des lignes â voie étroite. A Ribeau-villé on a employé des rails longrines du système Demerbe pesant 30 kilogr. le mètre ; mais le rail Vignole du poids de 15 kilogr. reposant sur des traverses espacées de 0m,80, tel qu’on l’emploie généralement sur ces lignes pourrait certainement supporter sans fatigue cette chargé de 4,5 tonnes, puisque l’effort maximum qu’il subirait alors ne dépasserait pas 7 kilogr.'par millimètre carré.
- La ligne de Ribeaüvillé est en exploitation depuis trois ans environ, comme nous le disions plus haut, et elle transporte journellement par ce procédé des wagons de la voie large sans qu’on ait jamais eu aucun [accident à signaler, il y a donc là une disposition 'desjplus intéressantes, qui paraît aujourd’hui consacrée par la pratique. Cette difficulté du transbordement se trouve résolue d’uné manière particulièrement simple et ingénieuse, et cet exemple serait certainement imité fvec fruifsur un grand nombre de chemins de fer sur route", et les Raccordements industriels. r r
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- LA NATURE.
- LES COMPTEURS
- D’ÉLECTRICITÉ ET D’ÉNERGIE
- En attendant que la distribution de l’électricité à domicile devienne un fait accompli, chacun des problèmes partiels que pose cette grande question est étudié avec soin, et chaque jour voit surgir de nouvelles solutions qui rendront l’application facile, en ne laissant en quelque sorte aux ingénieurs et aux particuliers que l’embarras le plus commode, et le plus agréable, l’embarras du choix. L’une des plus intéressantes et des plus importantes à la fois est celle des compteurs de l’électricité et d’énergie, c’est-à-dire d’appareils qui enregistrent et totalisent la quantité d’électricité ou la quantité d’énergie électrique fournie à chaque particulier pendant un temps donné, un mois, par exemple, et qui permettent de fixer exactement, sans profit pour le consommateur aux dépens du distributeur, ou inversement, la somme réellement exigible et équitablement due.
- Dans un précédent article1, nous avons décrit les compteurs d’électricité d’Edison. Rappelons brièvement qu’ils sont fondés sur des actions électrolytiques et constituent ce qu’on pourrait appeler des compteurs humides, par opposition à ceux que nous allons faire connaître aujourd’hui et qui, exclusivement composés d’organes mécaniques et électro-magnétiques, sont des compteurs secs, d’un entretien et d’un maniement plus facile.
- L’énergie électrique fournie à un appareil ou à un ensemble d’appareils est égale au produit de la force électromotrice, ou pression de distribution, par la quantité d’électricité fournie, ou volume du courant. Les mesureurs d’énergie font connaître et totalisent ce produit et résolvent seuls le problème d’une manière complète; cependant* lorsque la pression ou force électromotrice aux bornes de prise du courant chez chaque consommateur est constante, ou variable seulement dans des limites très rapprochées, il suffit de connaître la quantité totale d’électricité fournie à l’abonné pendant un temps donné, pour
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
- en déduire aussitôt, par un calcul très simple, la somme d’énergie électrique totale consommée. Ces appareils se nomment mesureurs de quantités d’électricité, conlomhmètres ou coulomètres : ils sont analogues aux compteurs à gaz et totalisent des quantités d’électricité comme les compteurs à gaz totalisent des volumes de gaz.
- L’un des plus ingénieux est le compteur d'électricité vibrant de M. Vernon-Boys, que la figure 1 représente sous une de ses premières formes, et dont il est facile de s’expliquer le fonctionnement en se rappelant la loi qui régit les oscillations du pendule.
- On sait que la vitesse des oscillations d’un corps soumis à une force d’intensité constante, est proportionnelle à la racine carrée de la force qui l’actionne. On sait, d’autre part, que les forces exercées par un courant sont proportionnelles au carré de l’intensité de ce courant. Il en résulte que
- si un corps oscille sous l’action d’une force exercée par un courant, la vitesse de vibration sera proportionnelle à l’intensité de ce courant. Lorsque le corps oscillant est un pendule et que la force qui l’actionne est la pesanteur, l’appareil mesure le temps. Si l’on remplace la force de la pesanteur par une force électro-magnétique, l’appareil cessera de mesurer le temps et indiquera des quantités d’électricité. Tel est le principe de l’appareil de la figure 1. Il se compose de deux pièces de fer en forme de croissant formant les deux côtés de la jante d’une roue équilibrée pouvant osciller autour d’un axe vertical : ces deux croissants se meuvent à l’intérieur de deux solénoïdes fixes. Lorsqu’un courant traverse ces solénoïdes, les deux arcs de cercle en fer doux tendent à se placer au milieu des solénoïdes et oscillent, lorsqu’on les éloigne de cette position, avec une vitesse proportionnelle à l’intensité du courant qui traverse les solénoïdes, c’est-à-dire à la quantité d’électricité qui traverse à chaque instant les bobines. 11 suffit donc de donner une légère impulsion à la roue chaque fois qu’elle arrive dans la position d’équilibre, pour entretenir ses oscillations, ce qui se fait très simplement à l'aide d’un petit contact électrique établi par la roue elle-même chaque fois qu’elle tend à prendre celte position d’équilibre. Ce contact électrique envoie un courant
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- dans un petit électro-aimant de dérivation, qui agissant sur une armature en fer doux calée un peu obliquement sur l’axe du compteur, lui donne une impulsion nouvelle chaque fois que cela est nécessaire, sans altérer le régime de ses oscillations. Une simple minuterie actionnée par la roue totalise les oscillations et, par suite, la quantité totale d’électricité qui a traversé l’appareil. On règle ses indications à l’aide de poids plus ou moins rapprochés de l’axe de rotation par des vis de réglage, suivant que les indications du compteur sont trop grandes ou trop faibles. L’appareil étant indépendant de la pesanteur, fonctionne également bien dans tous les lieux et dans toutes les positions.
- La ligure 2 représente le compteur d’énergie électrique de M. Yernon-Boys. 11 comprend en réalité deux appareils distincts : un mesureur dont les indications sont à chaque instant proportionnelles à la quantité d'énergie électrique consommée en tre les deux points où il est branché, et un intégrateur qui totalise les indications de l’appareil.
- Le mesureur se compose de deux solénoïdes * concentriques traversés par le courant principal qu’il s’agit de mesurer; ces solénoïdes sont fixes.
- Dans l’espace annulaire compris entre ces deux solénoïdes fixes se meut un troisième solénoïde formé d’un fil très fin dont une des moitiés est roulée dans un sens et l’autre moitié en sens contraire : ce solénoïde à fil fin, équilibré par un contrepoids, est branché en dérivation sur les deux points entre lesquels on veut mesurer la dépense d’énergie : il est donc traversé par un courant dont l’intensité est à chaque instant proportionnelle à la différence de potentiel entre les deux points, tandis que les bobines fixes sont traversées par un courant dont l’intensité est proportionnelle à l’intensité du courant, c’est-à-dire à la quantité d’électricité fournie.,
- Il en résulte que l’attraction mutuelle des solénoïdes est proportionnelle au produit et que la tangente de l’angle d’inclinaison du levier auquel sont attachés le solénoïde à fil fin mobile et le contrepoids qui l’équilibre est proportionnelle à l’énergie électrique dépensée entre ces deux points. Ce levier porte deux galets placés de chaque côté d’un cylin-
- dre intégrateur animé d’un mouvement alternatif d’avant en arrière et d’arrière en avant le long de son axe de rotation (ce mouvement alternatif et régulier de va-et-vient lui est imprimé par un mouvement d’horlogerie dont on peut apercevoir le barillet sur la gauche de la figure 2) : il appuie alternativement sur l’un et l’autre galet, sur celui d'avant dans son mouvement de gauche à droite et sur celui d’arrière dans son mouvement de droite à gauche, dans le but de totaliser les actions.
- Par suite de la position plus ou moins inc'inée des galets, le mouvement du cylindre intégrateur produit en même temps une rotation sur son axe d’autant plus grande que les galets sont plus éloignés de la position horizontale, c’est-à-dire que l’énergie dépensée dans le circuit est plus grande. Il en résulte que le nombre de tours accomplis par
- le cylindre intégrateur sur son axe donne la mesure de l’énergie électrique dépensée dans un temps donné. Il suffit d’utiliser la rotation du cylindre pour actionner une minuterie et de lire le nombre de tours effectués par le cylindre : on a alors, par une simple lecture, un chiffre qui, multiplié par un coefficient propre à chaque appareil, donne la mesure de l'énergie fournie dans un temps donné.
- Le mesureur d’énergie fondé sur les actions mutuelles de deux bobines, l’une à fil fin en dérivation, l’autre à gros fil dans le circuit principal, a été réalisé pour la première fois par M. Marcel Deprez en 1879; 1 intégrateur à roue tangente appartient à M. Abdank-Abakanowicz ; M. Vernon-Boys, en combinant les deux idées pour obtenir un résultat nouveau, c’est-à-dire un mesureur d’énergie électrique totalisateur, a résolu le premier pratiquement un problème important de la distribution de l’électricité à domicile ; bien que les appareils proposés actuellement présentent une plus grande simplicité que ceux dont nous venons d’entretenir nos lecteurs, nous avons cru cependant qu’il était utile de les faire connaître, car ce sont eux qui ont montré la voie dans laquelle il fallait s’engager pour réaliser la mesure industrielle des quantités d’électricité et de l’énergie électrique. E. Hospitalier.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le bal de la Société des Amis des sciences.
- — On n’est jamais assez riche quand il s’agit de faire œuvre de charité, et la Société des Amis des sciences, qui, sous les auspices de son illustre et vénéré président, M. J. B. Dumas, a pour Dut de venir en aide aux savants infortunés, aux veuves et aux enfants de ceux qui ont combattu pour le progrès et pour la recherche des vérités nouvelles, a toujours besoin d’argent. Le bal qui a eu lieu samedi à l’hôlel Continental dans le but de fournir de nouvelles ressources à la Société des Amis des sciences, a été organisé par M. Dumas aidé de plusieurs collaborateurs; les invitations payantes ont été distribuées par cent quatre-vingts dames patronnesses : le succès obtenu a été complet. Plus de quatre mille personnes, parmi lesquelles un grand nombre des notabilités scientifiques, se sont trouvées réunies dans les salons de l’hôtel Continental, et les danses se sont prolongées jusqu’au lever du jour. Le résultat de cette fête, tous frais déduits, se traduit par une somme de 50 000 francs environ dont va pouvoir disposer la Société des Amis des sciences.
- Sources jaillissantes dans une maison d’habitation. — Voici un résultat bien inattendu des pluies abondantes de l’hiver dernier : Théméricourt est une bourgade à 7 kilomètres de Ws-Marines (station de Paris à Dieppe par Pontoise). Le village est bâti sur le versant d’une colline au bas de laquelle coule une petite rivière, l’Aubette. Au-dessus de la colline s’étendent de vastes plaines. Près de l’Aubette, à la partie la plus déclive, M. X. a fait bâtir dernièrement une fort belle habitation. Au-dessus de lui, à mi-côte, une distillerie agricole est installée depuis quatre années. Les eaux des plaines, suivant le sous-sol, se sont montrées dans les caves de plusieurs habitations rurales. Mais chez M.X. il arrive ceci : deux sources jaillissantes se sont déclarées dans son jardin, plusieurs autres au fond de sa cave, entièrement remplie d’eau depuis deux mois et dont le trop-plein s’écoule dans une rigole qui a dû être installée au rez-de-chaussée de son habitation. Les sources fournissent environ 1U litres à la seconde. On a pu calculer que pendant les deux premiers mois jusqu’au 16 mars dernier, plus de 50 millions de litres d’eau ont passé par l’habitation de M. X. pour se rendra dans l’Aubette. Cela dure encore. Voici qui complique encore cette situation désolante : l’eau qui se draine ainsi par lft propriété, est putride, elle dégage de l’acide suif hydrique et contient des sulfures divers. Non seulement la maison est inhabitable, mais l’odeur qui en émane est presque devenue une cause d’infection pour les voisins. On suppose que les eaux se souillent, au passage dans le sous-sol de la distillerie. 11 va y avoir à ce sujet uu procès, dont les débals seront assurément curieux, car on ne voit pas bien où sont les responsabilités.
- Inauguration du nouveau musée de l’Ariège •
- — Un très remarquable musée comprenant des collections préhistoriques de grande valeur a été organisé à Foix sous les auspices de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts. L’inauguration de ce musée a eu lieu la semaine dernière sous la présidence de M. le préfet de l’Ariège, assisté de plusieurs députés et sénateurs du département, du président et de membres du Conseil général, du recteur de l’académie de Toulouse, etc. M. le Dr F. Garrigou, qui a fait don au nouveau musée de la magnifique collection qu’il a formée dans les cavernes de
- l’Ariège, a fait une excellente conférence sur l’archéologie préhistorique du département. M. Garrigou a montré par suite de quelles circonstances le climat s’est successivement modifié, et il a retracé éloquemment l’histoire de nos premiers ancêtres. La disparition des anciens glaciers de l’Ariège n’a pas eu lieu brusquement; elle s’est même opérée progressivement ; les coteaux n’ont perdu que lentement leur épaisse couche de glace. Aussi trouve-t-on souvent plusieurs étages de grottes marquant chacune un étage dans la fonte des glaces et par suite dans la marche de la civilisation. M. Garrigou a cité un exemple frappant de ce fait. Dans la vallée de Saurai, non loin de Tarascon, se dresse une montagne, appelée Soudour et ne mesurant pas moins de 1000 à 1100 mètres au-dessus du niveau de la mer; elle contient trois grottes étagées à différentes hauteurs. La plus élevée, nommée Pradières, ne renferme que des débris informes. Dans celle de Bouichette qui s’ouvre à mi-côte du rocher, on a trouvé le grand ours, le Félis spœleus, et quelques schistes mal dégrossis, dénotant la main inhabile de l’ouvrier. Enfin, au bas de la montagne, on voit le majestueux portique donnant accès dans la grotte de Bédeilhac, bien connue par les découvertes qu’on y a faites.
- Le musée de Foix va s’augmenter encore des richesses que l’on ne manquera pas de trouver, dans la grotte de l’Herm qui va être soumise à de nouvelles investigations.
- Utilisation des Diatomées. — Les dépôts de terre siliceuse formés entièrement de Diatomées ont déjà trouvé un grand nombre d’emplois. Nous en signalerons quelques-uns, d’après le journal de la Société royale microscopique de Londres ; il est probable qu’on leur trouvera encore de nouvelles applications. Ils constituent une source importante de silice soluble et servent à la fabrication des silicates de soude ou de potasse. La préparation en est très simple. Après avoir caustifié l’alcali au moyen de la chaux, on ajoute la terre de diatomées en poudre ; la silice se dissout ; on laisse reposer et l’on décante le liquide que l’on concentre au degré voulu. On s’en sert pour la fabrication de la porcelaine, et pour la confection de cei’tains ciments. On en fait des plaques poreuses qui absorbent les liquides et servent à dessécher les cristaux. Un morceau de cette terre, imbibé de pétrole, brûle sans se consumer comme l’amiante, et peut servir à allumer le feu. Mêlée avec un vingtième d’argile, elle peut former des briques que l’on fait cuire et qui flottent sur l’eau. Ces briques flottantes étaient déjà connues à l’époque de Pline, mais le procédé avait été perdu. Cette terre est le Kieselguhr des Allemands, qui constitue un dépôt important dans le Hanovre, et sert dans la préparation de la dynamite, du lithofracteur, et d’autres substances explosibles. Elle absorbe trois ’a quatre fois son poids de nitroglycérine. Pour cet usage, on la débarrasse de l’eau, des matières organiques et des particules grossières, en lui faisant subir une calcination, un broyage et un tamisage. On l’a enfin employée comme poudre dentifrice, et la « vegetable sozodont tooth powder » en est essentiellement formée. R. Vion.
- Influence de certains corps introduits en très * petite proportion dans les métaux. — On ne
- saurait imaginer à quel point l’introduction de certains corps, en très petite proportion, modifie les propriétés des métaux avec lesquels ils sont mélangés. Ces modifications concernent notamment la résistance, l’élasticité, la dureté du métal, la facilité plus ou*moins grande avec laquelle on peut le fondre, le forger. En Angleterre, M. H. C. Roberts a exposé, dans un rapport à l’Ecole
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- royale des mines, des faits qui montrent bien quelle influence ont souvent des traces imperceptibles de matières étrangères, au point de vue des qualités du métal. La présence de 1 /50 000 d’antimoine dans le plomb le rend beaucoup plus facilement oxydable à l’air. — Du plomb contenant plus de 7/100 000 de cuivre ne peut plus servir à la fabrication du blanc de plomb. L’or mélangé de 1/2000 de plomb ou de certains autres métaux, devient tellement cassant, que l’on peut briser d’un léger coup de marteau une tige d’environ 25 millimètres de diamètre. Le cuivre, avec 1/2 p. 100 de fer, n’a plus que les 40/100 de la conductibilité électrique du cuivre pur. Il n’y a pas encore bien longtemps, le nickel était considéré comme un métal impossible à laminer, à forger ou à souder. Le docteur Fleitmann a découvert qu’il suffit d’v ajouter 1/100 de magnésium pour lui donner toutes ces qualités. 11 existe une certaine nature d’acier fondu excessivement cassant, qui devient facilement forgeable quand on y ajoute 8/10000 de magnésium. De même 5/1000 de phosphore rendent le nickel parfaitement forgeable. A l’Exposition de Paris de 1878, on avait remarqué une très grande différence entre certains échantillons de fer puddlé suédois au point de vue de la résistance. On constata, par l’analyse chimique, que les échantillons de bonne qualité contenaient 20/100 000 de phosphore, et les mauvais 21/100000. A Bruxelles, Nyst a récemment trouvé que 15/10 000 de silicium suffisent pour rendre l’or tellement mou qu’une bande mince se recourbe sous son propre poids. Ce ne sont pas seulement les corps solides, mais aussi les éléments gazeux qui modifient les propriétés physiques des métaux; on sait, par exemple, que quand le fer est plongé dans de l’eau acidulée, il absorbe une partie de l’hydrogène libre provenant de la décomposition de l’eau et devient cassant.
- Nouvelles cultures de tabac. — La régie des tabacs fait procéder dans le département de la Gironde à des expériences très intéressantes sur la culture du tabac. A la Havane la qualité des récoltes va en diminuant, tandis que l’augmentation des prix va toujours croissant, principalement dans les espèces ordinaires. Cette situation a déterminé l’administration à faire étudier à fond tous les procédés de la production havanaise, et à entreprendre de les appliquer en France. Elle a rencontré entre la Garonne et les Pyrénées des terrains sablonneux ressemblant entièrement à ceux qui produisent les tabacs les plus aromatiques de la Havane. La plante n’a d’ailleurs nullement besoin, ainsi qu’on est porté à le croire, d’une chaleur excessive. Aux Antilles, elle n’est cultivée qu’en hiver, saison dont la température n’est pas plus élevée que celle de l’été à Bordeaux. En 1882, malgré un temps froid et pluvieux, les essais de culture ont eu des résultats tellement satisfaisants, que l’administration les fait continuer actuellement sur une grande échelle. Elle vient de distribuer à un certain nombre de planteurs de l’arrondissement de Bazas des semences de havane récoltées en 1882 à Langon, d’autres semences venant directement du pays d’origine, et enfin des graines provenant d’une hybridation artificielle du havane avec l’espèce locale. Tout permet d’espérer que la nouvelle campagne d’essais fera apprécier les tabacs récoltés dans les sables français. Traités convenablement, ils supporteront aisément la comparaison avec les provenances exotiques. La régie fait expérimenter en même temps à la manufacture de Bordeaux, les préparations spéciales auxquelles le cigare havanais doit, en grande partie, sa supériorité.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 avril 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Liquéfaction des gaz. — On se rappelle les importantes expériences qui ont permis à M. Cailletet de liquéfier une longue série de gaz. De l’éthylène liquéfié dont le point d’ébullition est à 105 degrés au-dessous de zéro, sert à refroidir un gaz renfermé sous forte pression dans un tube capillaire. La détente subite du gaz amène sa transformation en une buée. L’oxygène lui-même soumis à celte manipulation a manifesté une tendance à la liquéfaction. Préparé par son séjour au laboratoire de l’École Normale, un élève de M. Cailletet, aujourd’hui fixé à Cracovie, M. Wroblewski, annonce qu’en faisant bouillir l’éthylène non plus à la pression ordinaire, mais dans le vide, il peut atteindre la température de —136° mesurée avec le thermomètre à hydrogène. A ce point, le sulfure de carbone et l’alcool se congèlent, l’oxygène et l’azote se liquéfient. Le changement d’état de l’oxygène fut obtenu le 9 avril dernier dans trois expériences où la température et la pression furent respectivement de —131°,6 et 26 atm. 1/2, — 153°,4 et 24 atm. 1/2; — 135°,8 et 22 atm. 1/2.
- L’oxygène liquide est transparent et incolore, ce qui le distingue de l’ozone, qui est d’un bleu intense, comme on sait. L’azote liquide a sensiblement le même aspect.
- A — 116° le sulfure de carbone est un solide blanc qui fond à —110°. A — 130°,5 l’alcool se prend en un corps solide blanc; à —129°, il est visqueux.
- La lecture de la dépêche de M. Wroblewski a produit une véritable émotion à l’Académie. Plusieurs membres paraissent regretter que M. Cailletet se trouve ainsi en quelque sorte dépassé par un chimiste qu’il a formé ; mais nous estimons que cela prouve simplement que le physicien de Châtillon ne fait pas seulement de bonnes expériences, mais qu’il fait aussi de bons élèves : ce qui est tout à son honneur.
- La mer intérieure africaine. — L’infatigable M. de Lesseps, à peine de retour de son expédition dans les Chotts, lit un Rapport qui est entièrement et formellement favorable au projet de M. le commandant Roudaire. « Aujourd’hui, dit-il, après avoir étudié la question sur les lieux, après avoir visité les Chotts depuis l’embouchure de l’Oued-Melah jusqu’à Biskra, ainsi que les terrains qui s’étendront sur le rivage de la mer future, je reviens plus convaincu qae jamais qu’il y a urgence à créer cette mer qui est appelée à transformer de la façon la plus merveilleuse les conditions économiques, agricoles et politiques de l’Algérie. »
- Durant son voyage, M. de Lesseps a constaté que partout les terrains sont d’une extraction facile. Le sondage établi au point culminant du seuil de Tozeux n’a recoupé que des sables jusqu’à 73 mètres au-dessous du sol. Le trou de sonde avait été entièrement creusé jusqu’à cette profondeur au moyen d’une simple cuillère à soupape suspendue à l’extrémité d’un câble. On la soulevait à l’aide d’un treuil et on la laissait retomber de son propre poids cinq ou six fois de suite, puis on le retirait pleine de sable. « J’ai recueilli moi-même et enveloppé dans mon mouchoir, dit M. de Lesseps, le sable que je dépose sur le bureau de l’Académie. »
- Soudure métallique spontanée. — Conformément à un travail présenté par M. Gailletet, il y a lieu dans l’indus-
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- LA NATURE.
- trie de se préoccuper fortement de la facilité avec laquelle en certaines conditions, des métaux peuvent se souder intimement entre eux. Deux plaques de tôle ont ainsi contracté d'elles-mêmes une adhérence que rien ne saurait rompre ; un arbre de fer s’est soudé de même dans la cavité où il tournait.
- Ces faits, que l’on est très souvent à même de constater, conduisent M. Dumas a formuler cette remarque fort importante, que la soudure exige impérieusement, pour réussir, que les surfaces à réunir soient rigoureusement propres. C’est ainsi que Wollaston, coupant obliquement un fil de platine, savait le ressouder à l’aide du chalumeau, à moins que la moindre souillure ne se fût étendue sur les surfaces : si le doigt les avait touchées, si l’haleine seulement les avait frôlées, le dard de feu devenait absolument impuissant.
- 11 y a peu d’années, une industrie s’était établie pour argenter le laiton, de façon à faire concurrence à l’argenture électrique.
- Une assiette de laiton, par-aitement décapée, était placée sur un bain de sciure de bois et chauffée à moins de 100°. On la recouvrait d’une feuille d’argent qui d’elle-même se soudait si intimement à l’assiette qu’il n’y avait plus qu’à brunir pour que la pièce fût terminée.
- Élection. — Le décès de M. Liouville a laissé vacante une place d’académicien dans la section d’astronomie. La section chargée de présenter une liste de candidats n’a pu s’entendre. Réduite à quatre membres, par l’absence de M. Janssen, elle s’est divisée en deux moitiés dont chacune a élaboré une liste spéciale dont elle n’a jamais voulu démordre. De sorte que pour la première fois l’Académie avait, à choisir entre deux listes parallèles portant :
- La première liste : en lre ligne, M. Wolf; en 2e ligne, M. Roche et M. Stephan.
- La seconde liste : en lro ligne, M. Bouquet de la Grye; en 2e ligne, M. Fleuriais.
- Les votants étant au nombre de 56, 52 voix se portent sur M;:Wolf, qui est élu. M. Bouquet de la Grye réunit 21 suffrages, M. Roche et M. Stephan ont chacun un bulletin à leur .nom. Le dernier bulletin porte le nom de M. Tisserant, qui est membre de l’Académie depuis plusieurs années, à l’insu, paraît-il, d’un de ses savants confrères.
- Varia. — Une méthode nouvelle pour la détermination des ascensions droites est décrite par M. Lœwy. — M. Becquerel continue, avec la collaboration de son fils, ses importantes mesures de thermométrie souterraine. — Un volume relatif aux microzymas est adressé par M. Bechamp.
- Suivant M. Roche, pharmacien à Bourg, le lait bleu
- Manière d’éteindre une bougie
- étudié récemment par M. Reiset n’est pas rare dans, la Bresse. Seulement le principe colorant ne serait pas un mycoderme, mais un vibrion.
- Stanislas Meunier.
- PHYSIQUE SANS APPAREILS1
- Prenez une bouteille ordinaire de vin et placez-la à quelques centimètres devant une bougie allumée.
- Soufflez sur la bouteille de manière que votre bouche soit environ à 20 ou 30 centimètres de la bouteille et en face de la flamme de la bougie, sur un même plan horizontal.
- Eh bien ! chose curieuse ; malgré la présence de la bouteille qui intercepte le souffle, la bougie s’éteint immédiatement, comme s’il n’existait aucun obstacle dans la direction du souffle.
- Ce phénomène s’explique si l’on considère que la bouteille reçoit sur sa surface polie le souffle produit qui, en arrivant sur cette surface, se partage en deux courants, l’un prenant la direction de droite et l’autre la direction de gauche ; ces courants viennent se rencontrer à l’endroit même où se trouve la flamme de la bougie ; ils l’éteignent alors, et cela après avoir écarté l’air ambiant, qui se trouve chassé pour livrer passage aux courants dont
- placée demèré'uiie bouteille
- 'nous venons de parler et qui ont pour les guider dans leurs directions précisément la surface polie de la bouteille.
- Il est évident que l’on peut reproduire l’expérience en mettant la bougie derrière un tuyau de poêle, un cylindre en verre ou en métal, une boîte en fer-blanc cylindrique, etc., ou tout autre objet de même forme, d’un diamètre plus grand qu’une bouteille, mais ne présentant pas une surface rugueuse ou anguleuse, car les rugosités et les angles seraient des motifs pour la déperdition du souffle dans l’air ambiant 2.
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
- 2 Communiqué par M. Goy, de Cambrai.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 517. — 2 8 AVRIL 1883,
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- LA FABRICATION DES CONDUCTEURS ELECTRIQUES
- Le développement des applications de l’électricité a amené celui d’un grand nombre d’industries dont une des plus intéressantes est, sans contredit, la fabrication des conducteurs électriques. Nous nous
- proposons de passer ici rapidement en revue les procédés actuellement en usage pour fabriquer les milliers de kilomètres de conducteurs de toutes sortes que cette industrie livre à la consommation.
- Fig. 1. — Installation des bancs à tirer dans les ateliers de M— Bonis, à Paris.
- Quelques chiffres donneront une idée de l’importance de cette fabrication et montreront quelle plus-value énorme la main-d’œuvre fait acquérir à la matière première.
- Le prix du kilogramme de cuivre de bonne qualité varie entre 3 et 4 francs ; le fil de cuivre de 4 à 5 millimètres recouvert de soie vaut environ 9 francs.
- H’aBnée. — 1" stmeslr*.
- Lorsque le fil a été amené au diamètre de 4 centièmes de millimètre et recouvert de soie une fois, il vaut 170 francs le kilogramme. Si l’on tient compte de la couverture de soie qui représente environ 30 pour 100 de la valeur du fil, le prix du kilogramme de fil nu ressort à 120 francs le kilogramme, c’est-à-dire trente fois le prix de la matière première. Tandis qu’il suffit de 5,7 mètres de fil de
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- LA NATURE
- cuivre de 5 millimètres pour faire un kilogramme, il faut 89 000 mètres de fil nii de 4 centièmes de millimètre pour le même poids, c’est-à-dire une longueur 15000 fois plus grande.
- Revenons maintenant à la fabrication proprement dite. Elle comporte une série d’opérations qu’on peut diviser en un certain nombre de groupes :
- 1° La tréfilerie. Elle n’intéresse que le conducteur proprement dit. C’est celle dont nous nous occuperons aujourd’hui.
- 2° La couverture. Opération qui, comme son nom l’indique, consiste à recouvrir le fil d’une enveloppe plus ou moins isolante, plus ou moins épaisse, plus ou moins résistante, coton, soie, gutta-percha, etc. Tant que le fil est recouvert d’une substance homogène, quel que soit d'ailleurs le nombre de couches, il conserve la qualification de fil ou conducteur recouvert. Lorsque la couverture est complexe, le conducteur prend alors le nom de câble.
- 3° Câbles. 11 en existe un grand nombre de variétés
- Fig. 2. — Détail de la pince.
- suivant la nature des couches qui recouvrent les conducteurs.
- La première couverture d’un câble est toujours isolante, son rôle est purement électrique ; les autres sont protectrices, tantôt de l’humidité, comme dans les câbles sous plomb, tantôt des efforts mécaniques, comme dans les câbles sous-marins où le conducteur est entouré d’une armature en fils de fer qui le protège et supporte tous les efforts mécaniques auxquels le câble est soumis avant, pendant et après sa pose.
- LA TRÉFILERIE
- En principe, rien n’est plus simple que la tréfilerie des fils de cuivre. L’opération consiste à faire passer mécaniquement le fil à travers une série de filières dont les diamètres diminuent graduellement jusqu’à là grosseur demandée.
- Pour les gros fils, les filières sont en acier, en saphir pour les fils d’une certaine finesse, et en diamant pour les fils les plus fins.
- Les filières formées par des pierres précieuses* rubis, saphir ou diamant, sont extrêmement résistantes et permettent d’obtenir des fils de très grande longueur d’un diamètre parfaitement régulier!
- C’est ainsi, par exemple, qu’un rubis percé d’un trou de huit centièmes de millimètre a permis d’étirer plus de 200 kilomètres de fil d’argent dont la section est restée la même, ce dont il était facile de s’assurer soit par des mesures micrométriques, soit par des pesées de longueurs égales. Avec des filières en acier, le diamètre est tellement agrandi par le travail qu’on n’obtient plus la même grosseur commerciale après avoir tiré seulement 25000 mètres de fil de laiton.
- Le diamètre inférieur des fils de cuivre employés dans les appareils électriques est de 4 centièmes de millimètre, mais on a pu aller beaucoup au delà avec d’autres métaux.
- C’est avec le platine qu’on obtient le fil le plus fin. Wollaston a fait, pour les croisements des lunettes astronomiques, des fils de cinq millièmes de millimètre de diamètre, et il en a même obtenu de un millième et un quart de millimètre seulement. L’artifice consistait à recouvrir le fil de platine d’une couche d’argent dix fois plus grosse, le tréfiler au plus petit diamètre possible et à dissoudre ensuite l’argent par l'acide azotique qui n’attaque pas le platine.
- Becquerel a obtenu aussi des fils d’acier très fins par le même procédé, en substituant le mercure à l’acide azotique pour dissoudre la couche d’argent.
- Le passage à la filière se fait sur des bancs à tirer.
- La figure 2 montre comment sont disposés les bancs à tirer dans les ateliers de Mme Bonis, à Ménilmontant. La transmission générale de l’atelier commande, à l’aide de courroies et d’engrenages, un arbre horizontal disposé sous chacun des bancs. Cet arbre commande à son tour une série d’axes verticaux, sur lesquels viennent s’engager des cylindres en fer légèrement coniques dont on peut voir les dispositions de détail, figures 1 et 2.
- À l’intérieur de chacun de ces cylindres est fixée une traverse portant un trou dans lequel vient s’engager une broche dont l’extrémité inférieure peut venir s’engager à son tour dans un disque horizontal percé de trous et mis en mouvement de rotation continu et régulier par la transmission.
- En temps ordinaire, la broche soulevée par l’action d’un ressort à boudin antagoniste est à une certaine distance du disque. En appuyant sur cette broche, elle pénètre dans l’un des trous du disque, s’y maintient par coincement ; le cylindre se trouve alors entraîné dans ,le mouvement de rotation.
- Si l’extrémité du fil est fixée à ce cylindre, le fil sera entraîné et traversera la filière, en s’emmagasinant toujours à la partie inférieure et en chassant par-dessus la partie déjà tréfilée, mouvement facilité d’ailleurs par la forme légèrement conique des cylindres. Pour les fils de petit diamètre et de diamètre moyen, il suffit de passer le bout du fil dans la filière après l’avoir au préalable diminué de diamètre à l’aide d’une lime ; on le tire alors à la main à la longueur voulue avec une pince et on
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- l’attache sur le cylindre. Pour les fils de gros diamètre, on ne peut pas opérer ainsi et l’on se sert de la pince ou tenaille représentée figure 2. Lorsque le fil dépasse la filière de 1 à 2 centimètres, on amène les deux mâchoires près de l'extrémité du fil en les faisant tourner autour de leurs articulations, on pince le fil et on embraie le cylindre .à l’aide de la broche; la rotation du cylindre produit alors automatiquement le serrage de l’extrémité du fil, et un serrage d’aulant plus énergique que l’effort exercé sur le fil est plus grand. L’amorçage des plus gros fils se fait ainsi sans fatigue et avec la plus grande facilité. Les bottes de fil à tréfiler plongent dans une eau de savon qui, en imprégnant le fil, rend le travail moins pénible et s’oppose à un trop grand écbauffement de la filière. L’excédent de liquide est rejeté dans le baquet par une petite rigole en zinc disposée au-dessous du fil. Lorsqu’une botte entière a traversé la filière, on l’enlève et, si elle n’a pas le diamètre voulu, on la replace sur le numéro suivant où les mêmes opérations se succèdent, et ainsi de suite.
- Les passages successifs à la filière écrouisscnt le fil et le rendent cassant. On doit donc détruire l'écrouissage par le recuit qui se fait le plus ordinairement en vase clos, dans des marmites en tonte fermées le plus hermétiquement possible, pour soustraire le fil à l’action oxydante de l’air. Lorsqu’on étire du fil de fer, malgré les précautions prises, le fil se recouvre toujours d’une mince couche d’oxyde, qui, en se détachant ultérieurement, corroderait la filière, changerait la forme des trous ou produirait des raies et des stries nuisibles à l’apparence et à la qualité du fil. On évite cet inconvénient en découpant le fil après le recuit dans une eau acidulée sulfurique très étendue, de 200 à 250 parties d’eau pour une partie d’acide.
- Pour le fil de cuivre, il faut recuire de cinq à six fois dans la série d’étirages auxquels on le soumet pour l’amener du diamètre primitif de 4 à 5 millimètres, au diamètre de 1 dixième de millimètre. À partir de 1 dixième de millimètre, le fil n’est plus recuit.
- Au-dessous de ce diamètre, en effet, l’oxydation superficielle qu’il est impossible d’éviter rendrait le tréfilage difficile et irrégulier.
- Ce sont les fils ainsi tréfilés et dont le diamètre varie, comme nous l’avons dit, entre 4 millimètres et 4 centièmes de millimètre, qui sont ensuite recouverts, comme nous le verrons dans un prochain article, et utilisés dans les appareils électriques de toute nature.
- LÀ SUSPENSION DE CARDAN
- La boussole, connue très anciennement en Chine, fut d’abord employée dans les voyages par flottaison. On faisait flotter l’aimant dans une coupe d’eau, en l’attachant à un morceau de liège. Telle est la disposition décrite dans un manuscrit arabe du neuvième siècle, publié à Paris,
- en 1718, par fienaudot. Plus tard, vers l’époque de la troisième croisade, lorsque les Occidentaux reçurent la boussole des Sarrasins, on avait imaginé la suspension sur pivot d’acier. Celle-ci est indiquée dans l’ouvrage de Neckam, De naluris rerum, lib. II, cap. 98, p. 183 publié à Londres en 1863. D’après T. Wright (Essayson archæological subjects, London, 1861; vol. II, p. 23), cet ouvrage devait être achevé avant l’année 1187.
- Plus tard encore, on suspendit tout l’appareil sur un bâti de deux axes rectangulaires entre eux, de manière à conserver, sous toutes les inclinaisons du vaisseau, l’horizontalité de l’aiguille. Cette suspension s’appelle « suspension de cardan », non, disent certains ouvrages, à cause du célèbre médecin et physicien de Pavie, qui en aurait été l’inventeur, mais du latin carda, charnière, et de là vint aussi, par suite de l’usage de marquer les vents sur l’instrument, l’expression de « points cardinaux ». Cette étymologie figure généralement dans les livres anglaisé On peut la voir, entre autres, dans un ouvrage fort répandu : A hislory of wonderful inventions, 2 part. in-8°, London, 1849 ; part. I, art. Compass.
- J’ai rencontré cependant, dans les œuvres de Cardan, un passage qui contredit cette origine. Dans son traité De rerum subtilitate, publié pour la première fois à ÏSu-renberg en 1550, l’illustre Italien décrit, lib. XVII, le mode de suspension qui porte son nom. L’idée lui en est venue, dit-il, à la vue d’un fauteuil de l’Empereur, qui servait à le porter sans secousses sur les épaules de ses serviteurs. Cardan ajoute que sa suspension permettrait de transporter les horloges sans en arrêter la marche : on sait qu’on l’applique aujourd’hui aux chronomètres de la marine. Il dit aussi qu’elle pourrait être employée à construire des lampes à huile qu’il serait impossible de renverser. Il ne parle pas de la boussole; mais l’emploi des axes rectangulaires dans le support du compas de mer n’était plus qu’une application.
- Il semble résulter de ce passage que Cardan est bien le promoteur de la suspension qui porte son nom
- J. C. IIoüzeau.
- LE TYPHON DES ILES PHILIPPINES
- DU 20 OCTOBRE 1882
- Un typhon d’une intensité peu commune a traversé l’archipel des îles Philippines le 20 octobre 1882 en exerçant sur son passage de nombreux ravages. Ce typhon a pu être observé très complètement à l’Observatoire de Manille par le P. Faura, à l’aide d’instruments semblables à ceux dont le P. Secchi se servait à l’Observatoire Romain. Le diagramme que nous publions (fig. 1) a été obtenu d’après les courbes tracées par les instruments enregistreurs de Manille. 11 comprend en outre le résultat des observations qui ont été faites au bureau de la marine et du télégraphe de Manille ainsi qu’à l’agence des messageries de cette ville. On com-prend tout l’intérêt de ce document qui nous donne l’indication précise d’une vitesse de vent atteignant 54 mètres à la seconde, pendant que la dépression barométrique était de 728 millimètres !
- Voici d’autre part le résumé des observations que
- 1 Ciel et Terre»
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- nous empruntons à une notice très complète publiée par M. Samuel Kneeland dans un nouveau journal américain
- Science. Midi 19 OCTOBRE 1882 Minuit.
- A midi, le 19 octobre, le baromètre descendait à 0ra,756 à Manille; les variations ne furent pas considérables jusqu’à minuit, mais elles ne tardèrent pas alors à s’accentuer et la colonne mercurielle s’abaissa dès lors très rapidement. On a remarqué depuis longtemps que lorsque le baromètre descend en ce point de l’archipel des îles Philippines cela indique presque infailliblement la formation d’une tempête à une grande distance.
- Les cirro-stratus, les halos solaires, les couleurs caractéristiques du ciel au coucher du soleil, qui sont généralement les précurseurs des typhons n’ont pas été remarqués, à la date du 19. Dès le 19 octobre il fut possible cependant, d’après d’autres indices
- 54 mètres à la seconde. La mencement du jour tomba
- 20 OCTOBRE 18B2
- Soir
- 12
- 12 1 23 56789 101112 1 2 3 1 5 6 1 8 9 101112 1 2 3 1 5 6 7 8 9 10
- 1 Si y / / / / /! f A
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- VENTS
- Fig. 1.
- de rédiger à l’Observatoire de Manille l’avis suivant : Présages d'un cyclone vers le Sud-Est.
- Le cyclone sévissait en effet à ce moment à une distance de 614 kilomètres exerçant ses ravages sur une zone de plus de 120 kilomètres de large.
- Quant on vit le baromètre continuer à descendre dans la matinée du 20, des avertissements furent envoyés à toutes les stations pour annoncer que le danger était imminent.
- L’intensité du vent, déjà très violent dans la matinée, alla en augmentant jusqu’à midi, oü au plus fort du cyclone, il atteignit la vitesse de
- pluie dès le com-en véritable torrents, au milieu des rafales et de quelques éclairs.
- Ce typhon est assurément le plus violent qui ait été observé aux Philippines depuis plus de cinquante ans. Les toits des maisons ont été enlevés, de nombreux navires ont été jetés à la côte, des villages entiers ont été dévastés, des arbres tordus et brisés, des objets divers, vaisselle, objets déménagé, ont été emportés au loin et parfois projetés à de grandes hauteurs dans l’atmosphère. Un énorme palmier arraché par les rafales a été transporté par le vent jusqu’à l’Observatoire de Manille, qui se trouve à plus de 40 mètres au-dessus du niveau de la mer. Des milliers de propriétés ont été dévastées dans la ville de Manille et aux environs ; un nombre incalculable d’habitants se sont trouvés tout à coup sans asile et sans abri. La pluie submergea tout ce que le vent avait respecté : ce qui put échapper au typhon du 20 octobre, fut détruit par un autre cyclone d’une violence égale, qui sévit encore le 5 novembre dans les mêmes localités.
- La carte que nous publions (fig. 2) donne la marche suivie par le typhon du 20 octobre 1882, et indique la distribution des lignes isobares autour du centre de dépression.
- Gaston Tissàndier.
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- ----Courbe barométrique. Humidité relative.
- ... Intensité du vent donné par ___Courbe thermomètrique.
- l'anémomètre —w Etat du ciel et direc0?1 des nuages.
- Diagramme des observations faites à l’Observatoire de Manille pendant le typhon du 20 octobre 1882.
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- fi A NATURE.
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- L’ÉLÈVE DE LÀ TRUITE
- DANS LES VOSGES
- On connaît l'origine de la pisciculture clans les Vosges. Elle est due à deux pêcheurs qui vivaient il y a une quarantaine d’années à la Bresse, dans la vallée de la Moselolte, affluent supérieur de la Moselle; ils se nommaient Géhin et Remv. Après avoir résolu le problème de la fécondation artifi-
- Fig. 1. — Auge à éclosion, section verticale.
- cielle ils contribuèrent ensemble par leurs observations et leurs travaux à vaincre les difficultés de l’éducation du frai et de l’élevage du jeune poisson. Dans son ouvrage Les Poissons d’eau douce et la pisciculture, M. Gauckler a publié la traduction d’un mémoire sur la façon de faire naître des saumons et des truites, attribué au naturaliste allemand Jacobi, d’après lequel la fécondation artificielle aurait été pratiquée sur les bords du Weser depuis plus de cent ans. Quoi qu’il en soit de ce mémoire et de la découverte de la pisciculture, les observa-
- Fig. 2. — Auge à éclosion, plan horizontal.
- lions de nos deux pêcheurs vosgiens Géhin et Remy n’en restent pas moins originales. Nous connaissons aujourd’hui les causes qui entravent l’éclosion des œufs de poissons et le repeuplement des cours d’eau devient plus facile. Sur la demande de M. Coste, un des fondateurs de l’embryogénie, l’empereur Napoléon III ordonna la création de l’établissement de Huningue, en Alsace, en vue de favoriser la pisciculture. Aujourd’hui cet établissement continue à être administré au nom du gouvernement allemand. Quantité d’établissements analogues ont été créés depuis et l’Exposition internationale de pisciculture tenue à Berlin en 1879 a attesté de grands progrès dans l’art d’élever les poissons. Dans la Forêt-Noire notamment l’élève de la truite est devenue une véritable industrie assez lucrative pour les montagnards badois, qui mettent beaucoup de soin à aider ces poissons à mieux élever leurs petits.
- Aider aux truites à mieux élever leurs petits est une affaire sérieuse que nous commençons aussi à prendre à cœur dans nos Vosges d’Alsace, où le poisson a beaucoup diminué pour des raisons diverses. Quiconque a parcouru les montagnes de la Forêt-Noire a remarqué le long des torrents ou des ruisseaux, dans les pâturages, les prairies et les forêts des hautes vallées du pays de Baden, une
- quantité de petits étangs, des pièces d’eau tranquilles à fond sablonneux ou revêtu de gravier. Ces pièces d’eau communiquent avec les ruisseaux et les torrents par des rigoles. Elles sont alimentées par des sources ou par d’autres ruisseaux jamais â sec et à l’abri de crues trop fortes. Une vanne sert au besoin à maintenir dans le bassin l’eau à un
- niveau convenable. A la saison du frai, les truites remontent le courant des ruisseaux en question pour déposer tranquillement leur ponte dans les petits bassins où leur progéniture ne court pas de risques de destruction. Grâce à ces soins, la truite abonde encore dans la Forêt-Noire. Point d’auberge de ces montagnes où vous ne puissiez en avoir à discrétion. Chez nous, dans les Vosges, on s’applique également depuis quelque temps à multiplier les frayères artificielles et on prend plus de soin de la pisciculture. La famille Hartmann a fait de sérieux essais au Fischbœdlé, sur les flancs du Hohneck, dans le haut de la vallée de Munster, au milieu d’un site charmant, dont nous avons précédemment parlél. L’administration forestière a établi de différents côtés des frayères artificielles, surtout au milieu des vertes forêts de la Zorn et de la Zinzel.
- 1 Voy. n° 215 du 14 juillet 77, p. 101.
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- LA NATURE.
- Quelques détails sur une de ces frayères à truites dans le vallon du Bærenbach trouvent ici leur place. Le Bærenbach est un affluent de la Zorn, qui passe près de la forge de Saint-Fridoiin, aux environs de Saverne. Ce ruisseau se ramifie en plusieurs branches (fig. 4). Ses sources jaillissent de fissures ouvertes dans des couches de grès vosgien. Ses eaux s’écoulent lentement, sans bruit et sans murmure, sur un lit de sable fin et de menu gravier, avec une température à peu près constante. Vers la fin de l’automne, en octobre et en novembre, les truites de la Zorn remontent les petits ruisselels issus des sources pour déposer leur frai dans des nids de sable, zone A. Afin de protéger les œufs et les embryons en voie de développement contre la voracité des gros poissons, la région des sources
- Fig. 4. — Plan des frayères de Bærenbach.
- est barrée dans le courant de janvier en a a au moyen de branches de sapin formant râteau. Dans tous les ruisselets où l’eau courante passe en permanence, les alevins de truites grandissent par milliers. Afin de favoriser leur développement et leur multiplication, le garde général des forêts en résidence à Saverne, a de plus établi, au bas des frayères naturelles, sur le parcours du Bærenbach, au point B, un étang peuplé de truites reproductrices, qui sont aussi nourries. Sitôt que celles-ci ont déposé leur frai dans les ruisselets supérieurs, elles retournent dans l’étang, après quoi l’accès des frayères est également barré en b avec des branches de sapins. Autant que possible, on a soin de recouvrir également de branches de sapins les ruisselets des frayères pour garantir pendant la première période de leur développement les jeunes alevins contre les martins-pêcheurs, les merles d’eau, tous friands de cette pâture.
- Vient le moment où les jeunes truites se sont
- débarrassées de la vésicule vitelline ; on les fait passer dans des fossés longs de 5 à 10 mètres sur 1 mètre de largeur. Ces fossés ont 25 centimètres d’eau et sont plantés de cresson de fontaine, toujours pour assurer la protection nécessaire aux alevins pendant la première année de leur existence ; à l’état libre les alevins sont à la merci de trop d’ennemis pour survivre en grand nombre. Oiseaux, insectes, crustacés, rats d’eau, poissons grands et petits en dévorent d’énormes quantités, sans compter ceux écrasés par les graviers en mouvement lors des crues des rivières. Dans les fossés représentés en c, ils se trouvent à l’abri de ces dangers. Pendant la seconde année, ils descendent dans le fossé d, situé plus bas. Quand ils atteignent la troisième année, ils prennent la rivière ou bien ils sont transportés et nourris comme poissons de table dans des étangs plus profonds. Pour leur alimentation, on dépose de gros morceaux de chair d’animaux morts sur des pieux ou des piquets à fleur d’eau vers le milieu de l’étang. Les larves formées dans cette chair tombent dans l'étang et sont avalées avec avidité par les jeunes truites.
- Dans les ruisseaux où il n’y a plus de vieilles truites et où les reproductrices sont difficiles à trouver, comme c’était le cas du Bærenbach il y a vingt ans, nos forestiers s’adressent à l’établissement de pisciculture de Huningue. Celui-ci leur fournit d§s œufs embryonnés qui sont placés et incubés dans des auges à éclosion. Rien déplus simple d’ailleurs que ces auges. Il y en a plusieurs établies vers les points C du plan, formées par des dalles en grès et disposées immédiatement au bas des sources qui jaillissent du rocher. Larges de 1 mètre sur 2 mètres de longueur et 50 centimètres de profondeur, les auges se disposent de manière à ce que la moitié supérieure du bassin reste tant soit peu plus élevée que la moitié inférieure (fig. 1). Le modèle représenté ci-contre a trois compartiments, plus élevés chacun de 8 à 10 centimètres que celui qui précède. L’eau coule de l’un à l’autre, avec un léger mouvement à la surface. Des cages en toile métallique ou formées par des cadres de bois et de fil de fer étamé, servant pour l’éclosion des œufs, sont placées sur deux rangées (fig. 2). Chacune de ces cages, remplie de gravier fin lavé avec soin, reçoit de 500 à 4000 œufs fécondés. Une entaille faite en g dans l’auge supérieure livre passage à l’eau, qui se renouvelle et s’écoule sans agitation d’une auge à l’autre, par-dessus les œufs, comme dans les"frayères naturelles, sans être exposée à des crues et à des courants violents, sans risquer non plus de se dessécher. Un couvercle en bois recouvre les auges en pierre. Dans le bas des cloisons, aux points d, existent d’autres ouvertures, fermées par des morceaux de bois, par où les jeunes alevins sortent, après l’éclosion, pour passer dans des ruisselets, comme ceux décrits plus haut. Ajoutons que dans ces auges, les moisissures, qui causent tant de dégâts dans les établissements de pisciculture
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- plus artificiels, ne se produisent pas. Depuis l’installation des frayères du Bærenbaeh, la truite s’est multipliée énormément dans la vallée supérieure de la Zorn. Aussi nos forestiers alsaciens ne s’en sont pas tenus à ce premier essai. Le succès obtenu a fait multiplier les frayères à truites dans plusieurs vallées des basses Vosges, où l’administration des forêts en encourage l’établissement. La dépense pour une installation comme celle du Bærenbaeh s’élève de 400 à 600 francs, suivant les localités, avec des résultats largement rémunérateurs.
- Charles Grad.
- Logelbacli (Alsace), 10 avril 1885.
- LES EXPLOSIONS DE CHAUDIÈRES
- La récente catastrophe de Marnaval, dans la Haute-Marne, est une des plus lamentables que l’on puisse citer parmi les explosions de chaudières à vapeur. Plus de trente et un ouvriers ont été tués par l’explosion tandis qu’un grand nombre d’autres ont reçu de terribles blessures Cette catastrophe a remis à l’ordre du jour les moyens d’éviter les explosions des chaudières et M. le commandant Trêves a présenté à ce sujet à l’Académie des Sciences une remarquable note sur laquelle nous appellerons tout spécialement l’attention de nos lecteurs en en publiant les principaux passages.
- On remarque que c’est plus particulièrement le matin que se produisent ces terribles accidents. Exemple : voici une machine à vapeur qui, dans la journée, marche à 6 atmosphères. Les ouvriers quittent l’usine à sept heures ; vers six heures, le chauffeur laisse tomber ses feux et, après avoir fait le plein, quitte sa machine avec 4 atmosphères au manomètre. De retour le lendemain matin à cinq heures et demie, il retrouve généralement le manomètre à l*‘m,5 ou 2 atmosphères avec un beau niveau d’eau; que fait-il? Il profite de la chaleur conservée, qui représente telle dépense de combustible; en chauffeur économe, il l’utilise et pousse ses feux pour le retour des ouvriers à sept heures, sans se douter des périls que recèle cette eau qui a bouillauté toute la nuit. II n’alimente jamais ses chaudières, puisqu’elles sont à bon niveau. C’est dire qu’il prépare, inconsciemment, les conditions les plus favorables à la naissance de la surchauffe et, partant, à une explosion. En effet, cette eau chaude qu’il retrouve le matin s’est nécessairement dépouillée, par l’ébullition antérieure, de l’air qu’elle contenait en dissolution. Dans cet état, elle va donc emmagasiner de la chaleur sans pouvoir la restituer sous forme de vapeur. C'est une eau devenue dangereuse. En d’autres termes, cette eau va pouvoir se surchauffer ; et, survienne incidemment l’une de ces nombreuses causes donnant naissance à ces surfaces d’évaporation que MM. Donny et Gernez ont si bien étudiées et décrites, il se produit une soudaine et terrible explosion, attribuée le plus souvent encore à des causes inconnues.
- Il reste établi que, en dehors de ces grossières fautes d’un manque d’eau et d’un encrassement des chaudières, c’est à la surchauffe qu’il faut recourir pour expliquer la
- plupart des nombreuses explosions de ces dernières années.
- Le remède est simple ; le matin, avant de pousser ses feux, le chauffeur devra redonner ce qui lui manque, c’est-à-dire de l’air, à l’eau de ses chaudières. Mais il est essentiel que cette opération se fasse dans les conditions conformes à la théorie de MM. Donny et Gernez, c’est-à-dire que, pour être efficace, cette injection d’air doit pouvoir créer dans la partie inférieure du liquide des surfaces d'évaporation qui seront autant de centres d’amorces d’ébullition destinés à la régulariser. On réalisera cet effet en introduisaM dans les chaudières un tube en T (ÀBCD) (tube en fer de 0m,04 de diamètre) dont la branche horizontale CD, placée à 0m,20 au-dessus du fond de la chaudière, sera munie, à sa partie inférieure, d’un certain nombre de cupules ou godets, lesquels vont devenir des réservoirs d’air formant ces susdites surfaces d’évaporation. Espacés de 0m,01 environ, ces godets devront avoir 0m,01 de hauteur sur 0",01 d’ouverture, et le nombre en sera évidemment fonction de la longueur du tube CD, presque égal à celle de la chaudière : car, d'après les savants professeurs, la régularité de l’ébullition ne peut que gagner à la multiplicité des centres d’amorces.
- Voici donc le chauffeur arrivant le matin, en face de ses chaudières. Que devra-t-il faire?... Pomper et injecter de l’air. Dès que le manomètre de sa pompe lui indique une pression, aux godets, supérieure à celle de la vapeur restante, c’est qu’il a chassé du tube l’eau qu’elle renfermait et que ses godets sont pleins d’air; à ce moment tout danger est écarté, il peut pousser ses feux et, dès que l’eau atteint 100°, les godets d’air entrent en fonction, l’ébullition se prononce normalement à la bouche de chacun d’eux, et finalement les explosions deviennent matériellement impossibles. Telle est la solution a économique » qui paraît aujourd’hui devoir s’imposer, du moins à terre, avec l’autorité d’une théorie saine et universellement acceptée. Chaque matin, le mécanicien retrouve son eau chaude, et même de la pression; il se garde bien de perdre celle-ci et de refroidir celle-là par une alimentation abondante d’eau froide, sous le prétexte qu’elle apportera avec elle cet air qui s’est dissous pendant de longues heures de repos. Il remplit d’air les godets de ses tubes et pousse alors ses feux en toute sécurité.
- Afin de prévenir le retour de ces désastreuses explosions, nous recommandons finalement : 1° à terre comme à bord, l’emploi du thermomanomètre, et une alimentation méthodique basée sur cet instrument de contrôle; 2° à terre, ainsi que nous l’avons déjà dit, le tube à godets et la pompe à air avec manomètre et compteur.
- La dernière statistique des mines porte à 50000 le nombre des chaudières motrices existant actuellement en France. Combien peut-il y en avoir dans le monde entier?... Un tel développement des machines à vapeur donne de l’intérêt au projet que je viens d’exposer *.
- Les recommandations si judicieuses qui sont faites par M. le commandant Trêves, ont été accueillies avec tout l’intérêt qu'elles méritent, et elles sont de nature à prévenir bien des catastrophes.
- 1 L’action des feuilles de zinc n’est pas à négliger; ce projet n’en implique pas la suppression : le maintien en sera toujours utile sous la réserve qu’elles seront entretenues dans un parfait état de déeapement.
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- LA NATURE.
- LE TONG-KIN
- Au moment où les événements politiques attirent l’attention des pouvoirs publics sur le Tong-Kin, il nous a paru intéressant déplacer sous les yeux de nos lecteurs, une carte de ce pays (fig. 1), et deux reproductions de photographies que nous accompagnerons de quelques détails explicatifs sur la situation actuelle.
- A la suite de l’expédition de Francis Garnier, après la mort malheureuse de ce vaillant officier, toutes les citadelles dont il s’était emparé avec les faibles ressources qu’il avait à sa disposition, furent rendues aux Annamites et par le traité conclu avec la cour de Hué, il nous fut attribué trois concessions pour y établir des consuls avec une petite garnison d’infanterie de manne.
- La première est celle de Quin-hone située sur la côte d’Annam : elle a une très faible importance, et par sa situation au fond d’une baie d’un accès difficile pour les navires ayant un tirant d’eau supérieur à 4 mètres, elle est en quelque sorte seulement un trait d’union entre la Cochinchine et le Tong-Kin.
- , Les deux autres sont au Tong-Kin même : celle d’Haï-phong située dans le delta, sur le Cua-Cam, et celle d’Hanoï sur le Seng-Ca ou Fleuve Rouge.
- La Concession française d’Haï-phong a été établie sur la rive droite du Cua-Cam (fig. 2), dans l’est du village annamite d’Haï-phong, qui est bâti sur le Cua-Cam et le Song-tam-bac ; elle a environ 800 à 900 mètres de côté; un fossé et une digue la séparent du fleuve où se tiennent mouillés les navires de la station. Les terres enlevées de ce fossé ont servi à remblayer le terrain où s’élèvent les établissements, terrain qui était autrefois couvert par les eaux à chaque marée.
- La première maison à gauche de notre gravure est le consulat, puis viennent successivement : la chan-
- cellerie, la maison des officiers d’infanterie de marine, celle du commissaire, un magasin et enfin la caserne où loge la compagnie d'infanterie de marine formant la garnison. Les logements du payeur, de l’officier du génie et du chef du service de la douane, ainsi que l’ambulance, placés au second plan, complètent la liste des établissements que nous avons construits sur cette concession, qui est devenue absolument insuflisante depuis que l’on a augmenté le personnel résident.
- Les communications entre Haï-phong et Ilanoï se font au moyen de chaloupes à vapeur qui suivent deux routes différentes suivant les saisons.
- La première route, la plus courte, seulement praticable pendant les hautes eaux, c’est-à-dire de mai à octobre, permet aux chaloupes de remonter d’Haï-phong à Hanoï en quatorze ou quinze heures et de redescendre quelquefois en sept ou huit. On passe alors par le Gua-Cam continué parleSong-Kinh-Thay, le Thaï-Binh et enfin le canal de Bac-Ninh ou des Rapides, qui en hiver assèche presque complètement en certains points de son parcours.
- La seconde route, beaucoup plus longue et plus difficile, ne permet pas de faire le trajet en moins de vingt-quatre heures; encore faut-il avoir pour soi toutes les bonnes conditions de marée, beaucoup de passages n’étant praticables qu’à marée haute.
- On suit successivement le Song-tam-Bac, le Lacli-Tray, le Lach Van Uc, le canal Gua, puis on descend le Thaï-Binh jusqu’au canal de Thaï-Binh ou des Bambous à l’extrémité duquel on tombe dans le Fleuve Rouge ou Song-Ca que l’on remonte jusqu a Hanoï.
- Sauf l’époque où les eaux sont tout à fait hautes, ces deux routes ne sont pas praticables pour les gi andes canonnières ayant un tirant d’eau de 2m,50 ou 2m,70; ces bâtiments sont obligés de descendre à la mer par le Cua-Cam, de prendre la bouche du Cua-Day et il leur faut alors passer devant l’une
- /p&Si/utnsnaZ deierr,
- Fig. 1. — Carte générale du delta du Tong-Kin, dressée par MM. les ingénieurs^hydrographes G. Héraud et J. Bouillet (1873-1875).
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- LÀ NATURE
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- des deux citadelles de Nam-Dinli ou de Ninh-Binh I Hanoï, dont nous parlerons ici, après avoir signalé pour rejoindre le Fleuve Rouge. | la concession d’Haï-phong, est l’ancienne capitale
- Fig. 2. — Établissements français Je la Concession d’Haï-phong, au Tong-Kin. (D'après une photographie.)
- du royaume du Tong-Kin, elle se compose de la ville nois et annamites (on y remarque que chaque bran-proprement dite où habitent les commerçants chi- che de commerce a son quartier particulier : inerus-
- Fig. 3. — La ville d’Hanoi, au Tong-Kin. — La rue Dupuis. (D’après une photographie. .
- teurs, forgerons, chaudronniers, brodeurs, etc.), et I enclavée dans la première. Nous plaçons sous les de la citadelle, qui forme comme une seconde ville | yeux de nos lecteurs la rue Dupuis, à Hanoï (fîg. 3);
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- LA NATURE.
- cette rue part du fleuve et va vers la citadelle, c’est une des rues les plus commerçantes de la ville.
- La citadelle d’IIanoï, grand quadrilatère de 4 kilomètres de côté, est entourée de murailles et de larges fossés construits d’après le système de Vauban par des ingénieurs français au commencement du siècle. Elle comprend les habitations du gouverneur, du commandant des troupes et des autres mandarins, l’arsenal, la fabrique de sapèques, etc. Au centre s’élève la pagode royale ou temple de l’Esprit du roi ; c’est le point culminant de la place, qu’il commande tout entière.
- Après la prise de la citadelle en avril 1882, le capitaine de vaisseau Rivière lit sauter une partie des murailles du côté de la Concession et installa le petit corps d’occupation dans cette pagode centrale avec deux canons de 4.
- Outre la citadelle d’IIanoï, on compte encore dans le Tong-Kin plusieurs citadelles, construites d’après le même système, et qui, si elles sont moins bien fortifiées, n’en ont pas moins une certaine importance par leur situation même sur les grandes voies de communication, routes ou fleuves ; ce sont celles de Nam-Dinh et de Ninh-Binh, qui commandent les bouches du Fleuve Rouge, celles d’Haï-Dzuong et de Quan-Yen, capitales de provinces, et enfin celle de Bae-Ninh, chef-lieu de la province du même nom et située au N.-Ë. d’Hanoi sur la route de Chine.
- La citadelle de Nam-Dinh a été prise le 27 mars et la triste nouvelle vient d’arriver que le lieutenant-colonel d’infanterie de marine Carreau, blessé grièvement à la jambe en montant à l’assaut, a succombé à la suite de l’amputation qu’il a dû subir.
- TIRAGE DES COUPS DE MINE A LA CHAUX
- Depuis deux ans environ, on expérimente avec succès dans différents charbonnages de la Grande-Bretagne un nouveau procédé d’abattage du charbon. Ce procédé, breveté en faveur de MM. Sébastien Smith, Moors, et Cle,'est employé couramment dans les mines de Shipley, comté de Derby. Il consiste dans l’emploi de cartouches de chaux comprimée.
- On sait que la chaux vive soumise à l’action de l’eau, foisonne considérablement en produisant une grande chaleur. C’est ce double phénomène qui a servi de point de départ aux inventeurs. Voici comment on procède : après avoir broyé convenablement la chaux vive de manière à la réduire en poudre fine, on la soumet à l’action d'une presse hydraulique. La pression est d’environ 1270 kilos par centimètre carré. On obtient de la sorte une cartouche d’environ 11 1/2 centimètres de longueur et de 6 1/2 centimètres de diamètre ; cette cartouche est munie d’une rainure longitudinale.
- Pour abattre le charbon par ce système, on procède de a manière suivante :
- On prépare la taille en faisant un havage d’environ un mètre de profondeur et en pratiquant une entaille sur le côté inférieur. On se sert alors d’une perforatrice à rodage analogue à la perforatrice Lisbet. Le principal perfectionnement consiste à remplacer la manivelle tournante par
- deux manivelles à rochet. Cet appareil permet de forer rapidement un trou de mine de 1“,10 de profondeur et de 7 centimètres de diamètre.
- On introduit ensuite dans le trou de mine six ou sept cartouches en ayant soin de placer dans leur rainure un tube spécial. Ce tube d’environ 1 1 /4 centimètre de diamètre, est en fer et porte lui-même sur toute sa longueur une petite rainure et une série de petits trous. Il est recouvert d’une gaine en calicot destinée à empêcher la chaux de pénétrer dans les trous; enfin, à l’extrémité du tube sortant du trou de mine, est adapté un robinet. On termine en faisant un fort bourrage imperméable d’environ 30 à 40 centimètres, et il ne reste plus qu’à injecter de l’eau dans la mine ainsi préparée.
- On se sert, pour mouiller la chaux, d’une petite pompe à main munie d’un tuyau en caoutchouc; on adapte l’extrémité libre du tuyau au robinet et l’on introduit dans le trou de mine un poids d’eau à peu près égal à celui de la chaux employée. Le liquide pénètre dans la charge par les trous du tube en chassant l’air par la rainure. On ferme alors le robinet et l’on enlève le tuyau. Le charbon est soumis alors à une double action : la pression de la vapeur produite par réchauffement de la chaux fissure le charbon et le détache du toit, puis la chaux augmentant de volume fait l’office d’un coin et provoque la chute de la masse.
- Il faut environ 12 minutes pour forer un trou delm,10 en comptant le temps nécessaire au placement de la perforatrice, 4 minutes pour charger et bourrer le trou, 1 minute pour y introduire la quantité d’eau nécessaire. Les expériences démontrent qu’il se passe toujours un temps suffisant pour permettre à l’ouvrier de se retirer et d’éviter tout accident. La pression de la vapeur produite par une charge de sept cartouches peut être évaluée à 1400 kilogrammes.
- Ce procédé présente plusieurs avantages qui paraissent fort sérieux. Le principal est, sans contredit, la sécurité du mineur. Avec ce système, plus d’explosion prématurée d’une mine, plus d’explosion de grisou, ce terrible adversaire du mineur. Après avoir bourré sa mine, le mineur peut se retirer tranquillement à quelques mètres de distance sans avoir à craindre d’être victime d’une de ces épouvantables catastrophes qui plongent la classe ouvrière dans la terreur et la désolation.
- D’un autre côté, si nous envisageons le travail au point de vue du rendement et de l’économie, nous pouvons facilement nous rendre compte des avantages du procédé. Ne coûtant pas plus que le tirage à la poudre, coûtant beaucoup moins là où la prudence interdit l’usage d’agents explosifs, ce système permet à l’exploitant d’obtenir un rendement en grosses houilles beaucoup plus considérable; c’est-à-dire, prix de revient égal ou moindre, en même temps que prix de vente plus élevé.
- Dans les mines grisouteuses, où l’emploi de la poudre est défendu, le travail de l’ouvrier se trouve notablement facilité par l’emploi de la chaux.
- Nous terminerons cette notice en disant que par ce procédé on a obtenu 100 heures de travail en moins, et 140 tonnes de charbon en plus que par le procédé à l’emploi de coins *.
- Plusieurs expériences ont été faites pour la première fois sur le continent aux charbonnages de Hasard, à Miche-
- 1 Dans deux chantiers voisins, aux mines de Shipley, on a exécuté l’année dernière des expériences comparatives au moyen de coins et au moyen de la chaux; dans la première semaine d’essais, 96 heures de travail avec les coins ont donné
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- LA NATURE.
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- roux, pendant le mois de septembre dernier. Elles étaient dirigées par M. Paget-Mosley, l’un des inventeurs du système. On avait préparé une taille droite de 15 mètres de long dans la couche Dure-Veine. Il y avait dix trous de mine. Au bout d’environ dix minutes après l’application de l’eau, la tranche s’est’ abattue en une fois sur toute sa longueur, donnant 575 hectolitres de charbon dont 275 de grosses houilles, c’est-à-dire plus de 75 p. 100.
- La même expérience a été répétée le 25 septembre devant plusieurs ingénieurs du Corps des mines et directeurs de charbonnages. Un résultat analogue a été obtenu : sur 540 hectolitres de charbon abattu, il y avait 175 hectolitres de grosses houilles.
- Ces chiffres paraissent assez concluants, aussi croyons-nous que ce procédé est appelé à rendre des services notables à l’industrie charbonnière, tout en garantissant la sécurité de l’ouvrier mineur l.
- D’àndrimont.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE2
- Commutateur-robinet de M. E. Reynier. —
- On a souvent besoin, dans les applications, de substituer rapidement et sans interruption une série d’appareils à une autre série d’appareils. Supposons, par exemple, qu’on veuille substituer une série d’accumulateurs à une autre série d’accumulateurs pour continuer un éclairage
- Commutateur-robinet de M. E. Reynier.
- sans interrompre un seul instant la lumière, ou, inversement, substituer une série de lampes à une autre série, etc. Le commutateur-robinet de M. Emile Reynier permet d’effectuer très aisément toutes ces substitutions.
- Il se compose d’une sorte de came en laiton, mobile autour d’un axe horizontal et manœuvré par un levier; de deux lames en cuivre qui viennent successivement toucher la came lorsqu’on l’incline d’un côté ou de l’autre
- 225 tonnes, tandis que 58 heures de travail avec la chaux ont permis d’obtenir 274 tonnes. Pendant une deuxième semaine d’essais, les coins ont donné 178 tonnes en 100 heures, et l’abattage à la chaux 236 tonnes en 71 heures.
- 1 M. Baretta, qui a présenté l’intéressante communication que l'on vient de lire à la Société de l’Industrie minérale de Saint-Étienne, a annoncé que de nouvelles expériences sur le procédé à la chaux se poursuivaient en Angleterre et en Allemagne.
- * Voy. u° 515 du 14 avril 1883, p. 311.
- et de six bornes qui servent à prendre les communications.
- Les bornes 1, 5 et 5 sont en communication permanente par une lame de cuivre placée sur la planchette; la borne 2 communique avec la came, les bornes 4 et 6 avec les deux lames de cuivre verticales. Lorsque la came e^t dans la position représentée dans la figure, elle établit la communication entre les bornes 2 et 6; en l’inclinant de gauche à droite, elle établit au contraire la communication entre 2 et 4. Supposons par exemple, pour fixer les idées, qu’il s’agisse d'alimenter une seule lampe à incandescence avec des accumulateurs et qu’on veuille substituer une des séries que nous désignerons par le numéro 1 à une autre que nous désignerons par le numéro 2. Nous établirons les lampes entre les bornes 1 et 2, l’un des groupes d’accumulateurs (n° 1) entre 3 et 4 et l’autre groupe (n° 2) entre 5 et 6. Dans la position du commutateur représentée sur la figure, c’est le groupe d’accumulateurs n° 2 qui alimente les lampes placées entre 1 et 2 ; en inclinant la came en sens inverse^Ies lampes se trouveront établies entre 3 et 4, c’est-à-dire sur le groupe d’accumulateurs n° 1. La substitution ser a effectuée sans aucune extinction parce que, pendant-la manœuvre du commutateur-robinet, la lame reliée à la borne 6 ne quitte la came qu’un instant après que le contact a été établi avec la lame reliée à la borne 4. On assure ainsi un fonctionnement régulier sans la moindre extinction ou le moindre affaiblissement de la lumière et une substitution rapide d’une série d’appareils à l’autre.
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- LESSIVEUSE-SAVONNEUSE
- DE M. GASTON BOZÉRIAN
- Le lessivage a pour but de débarrasser le linge des impuretés qui le souillent et qui consistent en substances grasses, résineuses, terreuses, adhérant plus ou moins au tissu. Il faut pour opérer le lessivage, rendre solubles ou tout au moins sans adhérence, celles de ces matières qui sont retenues aux fibres du tissu, afin que le lavage et le rinçage puissent les entraîner complètement. A cet effet on emploie généralement les carbonates de potasse ou de soude qui se combinent avec les acides gras des corps gras, c’est-à-dire les résolvent en savons solubles et en glycérine, et alors l’influence d’une température de 60, 80, 90, 100 degrés aidant, toutes les impuretés peuvent être entraînées par l’eau, parce que celles qui ne sont pas solubles sont désagrégées et n’adhèrent plus aux fibres du tissu. La température, dans les limites que nous venons d’indiquer, n’est d’ailleurs pas assez élevée pour que les tissus eux-mêmes soient attaqués par la dissolution caustique, et, soit dit en passant, c’est à cause de leur action souvent trop énergique que les hypochlorites et réactifs à base de chlore doivent être employés avec beaucoup plus de précautions encore que les alcalis usuels. Ils dissolvent d’ailleurs la laine et la soie et généralement toutes les fibres textiles d’origine animale.
- L’expérience a démontré que lorsque la lessive est bouillante sur le linge froid et sec, les taches et matières grasses, bien loin d’être plus énergiquement
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- LA NATURE.
- attaquées, subissent au contraire une sorte de coagulation ou de fixation, comme on voudra l’appeler, et deviennent indélébiles ou extrêmement difficiles à enlever, même par un excès d’alcali. 11 a été reconnu en toutes circonstances que, pour obtenir les meilleurs résultats et le maximum d’effet, il convenait d’opérer au contraire par imbibition préalable à froid, élévation graduelle de la température et circulation rapide du liquide.
- M. Gaston Bozérian vient d’imaginer une disposition d’appareil dans laquelle ces divers desiderata sont atteints, par un fonctionnement automatique, ne nécessitant aucune surveillance.
- Dès que la circulation continue s’est établie, dans le système que nous représentons ci-dessous, il ne reste plus dans le fond de l’appareil qu’une très faible quantité de lessive; aussi le liquide, après avoir entièrement traversé le linge, vient-il tomber sur une surface très fortement échauffée, ce qui permet d’obtenir une vaporisation active. Tout en servant au refoulement de la lessive, la vapeur, qui s’est formée en grande quantité, pénètre progressivement à travers le linge dont elle élève la température pour faciliter la saponification des corps gras et leur dissolution. La quantité de linge traitée peut, au moyen d’un système de crémaillère, varier à volonté, sans que la régularité de l’opération en soit affectée.
- Le réservoir mobile placé à côté de la lessiveuse et qui est traversé à sa partie inférieure par la cheminée servant au tirage, permet d’avoir à sa disposition, lorsque la lessive est terminée, une certaine quantité d’eau très chaude obtenue sans aucune dépense supplémentaire de combustible, avec une source de calorique qui eût été complètement perdue.
- Pour préparer sa lessive on commence par mettre au fond du récipient le carbonate de soude et le savon qui, mélangés à l’eau, doivent opérer la saponification des corps gras. On place ensuite la grille perforée et on verse de l’eau jusqu’à hauteur de cette grille. Après avoir disposé son linge qui a dû être préalablement essangé, c’est-à-dire trempé pendant un certain temps, puis égoutté, on met le disque à traverses rectangulaires et les crochets de façon que le linge soit bien maintenu sur toute la
- surface. On ajoute enfin une quantité d’eau suffisante pour qu'il en reste sur le linge une couche de quelques centimètres, et on allume le feu.
- La lessive qui se trouve entre le fond de l’appareil et la grille perforée entre d’abord seule en ébullition, le reste de la masse conservant une basse température; elle est refoulée par un tube extérieur et vient se répandre sur la couche d’eau froide qu’on a laissée sur le linge, en sorte que la température de cette eau s’élève d’un certain nombre de degrés ; le linge est donc tout d’abord traversé par de la lessive tiède; celle-ci lui communique une partie de son calorique, vient ensuite s’échauffer de nouveau et ainsi de suite. Ces refoulements successifs ont lieu à des intervalles qui sont de plus en plus rapprochés, et il arrive un moment où l’écoulement se fait sans aucune interruption.
- Le temps pendant lequel l’appareil doit fonctionner pour obtenir une bonne lessive dépend évidemment delà quantité de linge à lessiver et des impuretés qu’il contient, mais, en général, il suf- * fit d’une heure ou deux de chauffage à partir du moment où l’écoulement du liquide se fait d’une façon continue; toutes les ménagères savent d’ailleurs que la lessive est d’au -tant mieux faite quelle est plus grasse au toucher.
- En combinant dans des proportions convenables le carbonate de soude et le savon, les deux opérations du lessivage et du savonnage se font en même temps; aussi suffit-il de prendre successivement chaque pièce et de la froisser entre les mains, tout en la trempant dans la lessive qu’on a eu le soin de conserver à cet effet, et de la rincer ensuite, pour obtenir en blanchissage parfait. Il e-t complètement inutile, lorsque la lessive est terminée, de savonner ensuite le linge à la main et de se servir du battoir ; il en résulte donc une économie considérable tant pour la main-d’œuvre que pour la conservation du linge.
- La lessiveuse Gaston Bozérian se construit avec des dimensions variables, et pour les grands appareils spécialement destinés aux établissements publics, collèges, hospices, etc., ses avantages sont tout aussi appréciables que pour les petits.
- L. Poillon,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Lessiveuse-savonneuse de M. Gaston Bozérian
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- LA NATURE.
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- UN CHEMIN DE FER SUR LA GLACE
- f La glace a servi, en bien des circonstances, dans nos climats, de route pour des véhicules plus ou moins chargés et notamment pour des trains d’artillerie. Mais sa durée relativement faible n’a jamais permis de l’employer pour y poser une voie ferrée, dont l’installation ne saurait d’ailleurs s’effectuer que pour satisfaire à des besoins tout à fait exceptionnels. C’est ce qui s’est produit pour la traversée du Saint-Laurent.
- Le pont tubulaire de Victoria, situé à environ
- 1600 kilomètres de l’Atlantique, est le seul qui permette de franchir le fleuve en reliant les stations d’Hochelaga et de Longueil. Mais comme les tarifs de passage imposés aux autres Compagnies de che-min de fer, par celle du Grand Trunck par laquelle il a été construit, sont très considérables, l’une d’elles, celle .du South Eastern, a eu l’idée d’éviter au moins momentanément cette redevance eu établissant une voie de raccordement sur la glace même.
- On a procédé de la manière suivante : On dispose, à un écartement de 2m,lo environ, sur la surface inégale et raboteuse de la glace, de fortes
- L'inauguration du chemin de fer construit sur la glace du Saint-Laurent, aux États-Unis.
- traverses de 5 à 8 mètres de longueur. Leur équarrissage est de 0m,25 à 0m,30. Elles sont calées avec de gros tasseaux de bois de manière à présenter une surface supérieure horizontale : la pente se règle d’une traverse à l’autre suivant celle adoptée pour le profil.
- Sur ces premières traverses on place des longrines d’équarrissage à peu près égal, et sur celles-ci des traverses à l’écartement ordinaire. Ces dernières supportent des rails Vignoles qui y sont fixés par des crampons, et dont la hauteur au-dessus de la glace est d’environ 75 centimètres.
- Pour donner à cette voie une stabilité qui lui permette de se passer d’assemblages entre les diverses pièces de bois qui la composent, on forme un ballast en remplissant tous les interstices du cadre
- avec des morceaux déglacé cassée, jusqu’à la hauteur du patin du rail. En largeur, on étend le ballast au delà de l’extrémité des grandes traverses. Puis on arrose abondamment avec une pompe qui puise l’eau dans un trou creusé dans la glace. L’eau pénètre dans toutes les fentes du ballast, s’y congèle et en fait une masse parfaitement homogène au bout de vingt-quatre heures.
- L’épaisseur moyenne de la glace dans la partie où est posée la voie est d’environ 0m,60, non compris le ballastage.
- Un fait d’expérience, antérieur à l’établissement du chemin de fer que nous décrivons, démontre que dans ces conditions, on peut absolument compter sur la résistance de la couche inférieure.
- I Lors de la construction du pont Victoria, on avait
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- LA NATURE.
- placé en tas sur une glace de 0m,50 d’épaisseur, des plaques de tôle, qui représentaient un poids d’au moins 8000 kilogrammes par mètre carré : il ne se produisit aucune tissure.
- Dans le mode de construction de la voie en question, la surface totale par laquelle elle porte, soit sur la couche inférieure, soit sur le ballast qui fait corps avec elle, est de plus de 2 mètres carrés par mètre courant. Or une forte locomotive à marchandises, de 55 tonnes par exemple, a environ 7 mètres de longueur, et pèse par conséquent 5 tonnes par mètre : la glace n’aura donc à supporter que 2500 kilog. par mètre carré, et il restera pour faire équilibre aux secousses et aux chocs déterminés par la marche du train une force de résistance d’au moins 5500 kilog. par mètre carré. On voit donc que la sécurité est aussi complète qu’on peut le désirer.
- Ce projet étudié sous la direction de M. Sénécal, directeur de la Compagnie du u South Eastern », a été mis à exécution dans l’hiver de 1880. Depuis cette époque on refait chaque hiver le même travail. La longueur de la voie de raccordement est de 3 kilomètres environ. Elle se détache de la rive d’Iloehe-laga presque perpendiculairement au quai et se raccorde à la gare du South Eastern sur la rive de Longueil par une courbe de grand rayon. La durée de service est généralement de trois mois, ce qui est largement suffisant, grâce à l’importance du trafic, pour que la Compagnie puisse non seulement rentrer dans ses frais d’installation, mais encore réaliser de notables économies sur le prix des transports 1.
- G. Richoü,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- NÉCROLOGIE
- Pierre Carbonnier. — Qui ne connaît à Paris l’établissement de pisciculture fondé sur le quai du Louvre depuis près de trente ans, par le célèbre pisciculteur Carbonnier? Qui n’a, en passant, admiré ces milliers de poissons de toute forme, de toute provenance, que le maître surveillait, soignait et faisait reproduire dans des aquariums admirablement disposés, tout remplis d’herbes aquatiques, et où l’eau se renouvelait sans cesse? La mort a récemment enlevé à la science et h ses travaux Pierre Carbonnier, qui était un naturaliste zélé, un savant laborieux, et un homme excellent, plein d’obligeance et de dévouement. Pierre Carbonnier est né à Bergerac en 1829 ; il quitta sa ville natale à l’àge de dix-sept ans et commença sa carrière à Marseille, où il s’occupa de pisciculture, se lia avec plusieurs savants, et ne tarda pas à acquérir une véritable notoriété. Il s’établit a Paris en 1855, et ses travaux en ont fait l’un des premiers pisciculteurs français. Ses mémoires sur l’histoire zoologique du poisson de la Chine, le macropode, sur le transport des poissons vivants, sur la reproduction et le développement du poisson télescope, sur la nidification du poisson arc-en-ciel, sur le gourami et son nid, ont à plusieurs reprises attiré l’attention des naturalistes ; ils constituent
- 1 D’après le Génie civil.
- des observations originales qui ont nécessité beaucoup de sagacité et un rare esprit d’observation. Carbonnier était un travailleur passionné et convaincu, qui aimait la science pour la science elle-même. Il dirigea en 1878 les travaux de l’aquarium du Trocadéro qui fut une des curiosités de l’Exposition Universelle; c’est à la suite de cette belle installation qu’il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur. Pierre Carbonnier était simple et modeste, se plaisant au milieu de ses aquariums et de ses poissons qu’il soignait avec une tendresse paternelle. Il aimait aussi à s’occuper de recherches préhistoriques, et il avait recueilli une belle collection de haches en silex. Il a publié de nombreux mémoires dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences et dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation. G. T.
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- CHRONIQUE
- Les poussières explosibles. — M. le professeur T. \V. Tobin, de la Société Polytechnique du Kentucky, vient de communiquer le résultat de ses recherches sur cette question à l’Association des assureurs du Nord-Ouest des États-Unis, à Chicago. Ses travaux ont été faits principalement dans les minoteries, là où les poussières présentent les plus grands dangers. M. Tobin est arrivé à cette conclusion que le point dangereux est dans les manches à poussière, là où l’air est le plus sec. Plus l’air est humide, moins la folle farine a de chances de prendre feu; plus le baromètre est haut, plus est grandie danger, car les poussières flottent alors plus aisément. 11 recommande aux minotiers américains l’usage continu du baromètre et du psychromètre pour apprécier à chaque instant l’état de pression et d’humidité de l'atmosphère de leurs usines. Les chambres à poussière et les manches doivent être construites en briques et non pas en bois, comme on le fait jusqu’à présent; toutes les portes et trappes de communication doivent être métalliques. Lorsque l’air est très sec, la ventilation ne doit être opérée qu’après avoir rendu l’air humide au préalable par un jet de vapeur. Il convient aussi de restreindre la production pendant les temps secs et de s’opposer autaut que possible à la dissémination de la folle farine dans la minoterie. L’emploi des lumières à feu nu doit être strictement interdit : l’emploi de la lumière électrique par incandescence nous semble donc tout indiqué pour cette application spéciale.
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- M. Marcel Deprez, le savant électricien dont les expériences sur le transport de la force ont si vivement attiré l’attention dans ces derniers temps, a été nommé officier de la Légion d’honneur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 avril 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Candidatures. — Les deux places vacantes dans la Section de Médecine et de Chirurgie ont suscité un très grand nombre de candidatures : l’Académie aura à choisir entre MM. Brame, Broxvn-Sequart, Charcot, Alphonse Guérin, Jules Guérin, Richet et Sappey, sans compter les autres personnalités qui pourront se révéler.
- La mort de M. Liouville ayant laissé un fauteuil vide au Bureau de Longitudes, l’Académie devait présenter au choix du ministre une liste de deux candidats. 31 suf-
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- LA NATURE.
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- fïages nomment M. Ossian Bonnet premier candidat et 59 voix désignent M. Itésal pour le second rang.
- Liquéfaction des gaz. — MM. S. AVroblcwski et K. Olszewski, continuant la série des beaux travaux dont nous parlions dans le précédent numéro, donnent de nouveaux détails sur la liquéfaction de l’azote et annoncent la liquéfaction de l’oxyde de carbone. L’azote soumis dans un tube de verre à la température de — 560° et 'a la pression de 150 atmosphères n’a pas changé d’état; mais la détente brusque donne lieu à une ébullition qu’on ne peut mieux comparer qu’à celle de l’acide carbonique liquide convenablement échauffé. Mais si la détente est ménagée de façon que la pression reste à 50 atmosphères, alors l’azote se transforme en un liquide terminé par un ménisque très net. Le liquide est incolore et parfaitement transparent. C’est dans des conditions analogues que se liquéfie l’oxyde de carbone et les analogies qu’il présente en toutes circonstances avec l’azote préparent à apprendre sans surprise qu’il se résout en un liquide tout semblable à celui qui vient d’être décrit.
- Phénomènes périodiques de la végétation. — Il résulte de recherches présentées par M. Hervé Mangon, au nom de M. Angot, que si on écarte l’influence de l’altitude dans les dates des phénomènes agricoles périodiques, on trouve que les courbes relatives à ces phénomènes sont d’une régularité extrême. L’auteur a commencé par étudier des localités situées au niveau même de la mer et il a déterminé les corrections à faire dans les autres points d’après leur altitude.
- Météorologie. — Le Directeur des phares de France, M. Allard, fait connaître les renseignements météorologiques obtenus depuis seize années d’observations flûtes trois fois chaque nuit dans tous les phares de notre littoral. Le nombre total des observations est de 52 000! Une carte donne la direction moyenne du vent sur les différents points des côtes de France. On y remarque que cette direction est, dans la Méditerranée, perpendiculaire au rivage, tandis qu’elle lui est parallèle dans l’Atlantique et dans la Manche. L’auteur formule une série de prohabilité des tempêtes, des pluies et des brouillards pour chaque mois et pour chaque vent.
- La mer d'Afrique. — Dans une longue lecture, M. Cos-son reproduit les arguments qu’il avait déjà développés contre le projet de M. Roudaire.
- M. Roche. — C’est avec le plus vif regret qu’on apprendra la mort prématurée d’un des correspondants les plus distingués de l’Académie, M. Roche, professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier. On doit à ce savant d’importantes recherches sur les comètes et sur la constitution des régions internes du globe terrestre, où les mathématiques viennent prêter un utile concours à la géologie.
- Varia. — Des faits relatifs à la physiologie du système nerveux, sont décrits par M. Canellis. — M. Frick sollicite le prix Montyon pour un appareil de ventilation. — Une suite à l’exposé de ses méthodes nouvelles pour la détermination des ascensions droites des étoiles polaires et de l’inclinaison de l’axe du méridien au-dessus de l’équateur, est présentée par M. Leevvy. — M. Lepellet propose certaines précautions pour éviter les explosions de chaudières à vapeur. — Un nouveau composé hydraulique est signalé par M. Landoin. — M. Dilte est parvenu à reproduire artificiellement des apatites iodées. — La variation
- des indices de réfraction des substances en très petits cristaux occupe M. Dufet. — Une étude comparée des bactéridies de la lèpre et de la tuberculose est présentée au nom de M. Barbés par M. Vulpian.
- Stanislas Meunier.
- CÀN0T-VÉL0CIPÈDE À HÉLICE
- La Nature a décrit plusieurs fois des vélocipèdes nautiques; d’abord celui de Crocé-Spinelli*, puis d’autres d’invention étrangère, jusqu’à celui mentionné le 13 janvier de cette année2.
- La constrution d’une embarcation assez légère pour être portée ou traînée par un seul homme et cependant assez solide pour lui permettre de s’aventurer sur l’eau, dans des conditions de vitesse et de sécurité suffisantes, est, d’une manière générale, un problème des plus intéressants.
- Suivant qu’il s’agira de navigation sur mer ou sur l’eau douce, en course de vitesse ou en promenade, d’affronter des dangers, de porter des dépêches, d’opérer des sauvetages; qu’on se proposera d’employer divers moteurs, l’homme ou une force extérieure, ce problème sera susceptible de solutions nombreuses, dont l’étude n’est point indigne des savants.
- J’ai abordé cette étude avec mes humbles moyens, dès 1866; je m’étais proposé la construction d’un appareil destiné à l’exploration d’une rade au point de vue de la chasse, de la pêche et des recherches d’histoire naturelle. En 1872, l'exécution d’un plan longuement médité, m’a donné, au premier essai, un instrument satisfaisant, un canot vélocipède à hélice dont le croquis est ci-joint.
- Mon bateau a été l’objet tout d’abord d’amusantes plaisanteries de la part de personnes non compétentes en mécanique, qui, avec juste raison, trouvaient peu gracieuse la position du capitaine-moteur.
- En cours de navigation, ce capitaine,- agréablement couché dans l’embarcation, comme dans une chaise longue, regardant lavant, pose les pieds sur les pédales. Les jambes pliées et tendues à chaque rotation deviennent des bielles et les genoux se relèvent alternativement presque à la hauteur de la tête. Cet ensemble manque de grâce, mais il a fallu s’y résigner : la portion non immergée devait être effacée sous le vent debout, il fallait abaisser le centre de gravité pour assurer la stabilité, réduire tout au minimum de poids et de volume, prendre pour moteurs les muscles des jambes de préférence à ceux des bras, pour disposer d’un travail qui est deux fois et demi plus considérable par les pieds, que par les mains ; laisser à ces dernières leur liberté pour la manœuvre des tireveilles, du fusil, des divers instruments. Ces mêmes raisons
- 1 Yoy. n° 126 du 30 octobre 1875, p. 337.
- 2 Yoy. n° 502 du 13 janvier 1883, p. 112.
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- proscrivaient l’usage des roues et indiquaient l’hélice.
- J’avais choisi pour cet esquif le modèle du canot de sauvetage si connu, de la Société Centrale, réduit à la longueur de 4 mètres. Je m’assurais ainsi des garanties de stabilité, mais au détriment de la vitesse. L’arrière n’était point fait pour recevoir une hélice, qu’il a fallu placer dans un cadre de fer. C’était un premier essai destiné à me fournir en même temps qu’un appareil acceptable, les éléments
- pratiques de constructions plus parfaites pour lesquelles j’ai étudié de nombreux projets, non encore exécutés.
- On ne saurait s’imaginer, sans en avoir fait l’expérience, combien ce bateau est agréable à occuper par un temps calme. Le promeneur est là comme un oiseau aquatique, il peut flâner à son aise; les évolutions d’une semblable coquille sont prodigieusement faciles, l’hélice donnant à volonté la marche avant, arrière ou l’arrêt instantané.
- Canot-vélocipède à hélice, traîné sur le rivage et fonctionnant dans l’eau.
- Avec un aussi faible tirant d’eau (30 à 40 centimètres), les explorations des côtes sont commodes pour le naturaliste. Il voit, sur les bas-fonds, les plantes marines et les divers animaux; il peut
- emporter avec lui, provisions, instruments et même donner place à un compagnon assis à l’avant et remplaçant le lest.
- Tout a été calculé; l’hélice accessible à la main
- Détail du mécanisme du canot-vélocipède.
- A. Pédales. — B. Roue dentée montée sur l'axe des pédales. — C. Pignon monté sur l’axe de l’hélice. — D. Joint à la Cardan. — EF. Pièce de fer pour soutenir l’hélice et le gouvernail. — G. Buttée sur laquelle s’exerce la poussée de l’hélice. — II. Hélice. — I. Gouvernail à tireveilles. — JK. Siège composé d’un cadre de bois garni de sangles. — LL. Bancs. — MM. Support en fer sur lequel est monté le mécanisme. — N. Supports pour les avirons. — 0. Plancher. — Pas de l’hélice, 75 centimètres; nombre de tours de l'arbre, huit tours pour un tour de pédale; diamètre de l’hélice, 0”,^5 — Échelle de 5 centimètres pour 1 mètre.
- est facile à dégager si l’on s’est laissé embarrasser dans les herbes ; l’armement comprend deux avirons pour le cas d’accident à la machine. A terre un essieu et des roues qu’on ajoute permettent au navigateur de transporter à lui seul l’embarcation à de grandes distances de la côte. La vitesse ordinaire en mer, sans fatigue, est de 100 mètres par minute (6 kilomètres à l’heure) ; elle est plus grande ou plus faible, suivant les lames.
- J’ai conclu de mes expériences qu’en appliquant l’hélice actionnée par des pédales à un navire réduit à un minimum de poids et de section immergée au maître couple, on peut construire un appareil, mu
- par un seul homme, susceptible d’acquérir sur l’eau des vitesses remarquables, on obtient ainsi une sûreté d’évolutions que les avirons ne sauraient procurer et d’autres avantages fort précieux, comme d’être tourné vers l’avant, de conserver une grande stabilité, de pouvoir évoluer dans les passages les plus étroits, et de présenter peu de résistance au vent debout.
- Charles-Albert X...
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, U, rue de Fleurus, à Paris.
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- iV 518. — 5 MAI 1885
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- IMITATION DES PHÉNOMÈNES ÉLECTRIQUES
- PAR LES COURANTS LIQUIDES OU GAZEUX
- Dans une série de recherches1 portant sur l’imitation, par voie hydrodynamique, des effets mécaniques, physiques, chimiques, et même physio-
- Fig. 1. —Imitation hydraulique de l’étincelle électrique étoilée, et des lignes de force de deux courants parallèles.
- Fig. 3. — Imitation hydraulique des anneaux électro-chimiques de Nobili.
- logiques, de l’électricité, j’ai apporté des preuves nombreuses et concluantes d’analogies entre les deux ordres de phénomènes. Je citerai les principales.
- Fig. 2. — Imitation hydraulique des stratilieations de 1a lumière électrique dans les gaz raréfiés.
- Fig. 4.— Imitation hydraulique des anneaux électro-chimiques multipolaires.
- 1° Imitation des phénomènes d'électro-magnétisme. — Un long tube d’arrosage alimenté par les eaux de la ville est muni à son extrémité d’un
- 1 Comptes rendus de l’Acad, des Sc. (1882), t. XC1V et t. XGV. — Annales de Chimie et de Physique (1882), t. XXV, p. 554-570, et t. XXVII (1885), p. 198.
- 11° années. — 1er semestre.
- disque affleurant l’ouverture, ou d’un ajutage à bords épais (de 5 millimètres au moins). Lorsqu’un courant d’eau passe dans ce tube tenu verticalement, l’ouverture étant à 2 ou 3 millimètres du sol carrelé (ou du fond plat d’un vase), il y a attraction assez énergique, et cette force augmente à mesure
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- que la distance diminue, sans aller toutefois jusqu’au contact. Mais si l’on veut alors soulever le tube on sent une résistance qui croît avec la largeur du disque et l’énergie du courant. On se rend compte de ce phénomène en remarquant qu’au moment où l’eau passe d’un canal dans un espace plus large, il y a diminution de pression, succion contre les parois, et c’est en vertu de cette différence entre la pression atmosphérique et la pression intérieure que le disque est attiré ou plutôt pressé contre l’obstacle fixe.
- En forçant cette résistance et en abandonnant le tube à lui même, il vibre spontanément, sans qu’il soit nécessaire de le soutenir ; on peut même exercer sur lui une certaine pression qui accroît la rapidité vibratoire, laquelle peut être assez grande pour que l’appareil rende un son fort.
- Cette expérience est tout à fait assimilable à celle d’un électro-aimant placé sous l’influence d’un courant électrique interrompu automatiquement, comme dans les trembleurs électriques. Lorsqu’en effet on tient à la main ce tube vibrant on croirait avoir affaire à un véritable électro-aimant, tant sont rapides et forts les effets successifs d’attraction et de répulsion, tout à fait semblables à ceux de l’aimantation et de la désaimantation, pour l’instantanéité et l’accroissement d’action, à mesure que la distance diminue. Cette expérience est susceptible de recevoir des applications dynamiques.
- Si, au lieu d’un ajutage à bords épais ou à disque, on se sert d’un ajutage à bords tranchants, on aura une répulsion du tube, au lieu d'une attraction.
- Il est facile de voir qu’on peut constituer, avec Vun ou l’autre système, un appareil à double effet.
- 2° Hydro-induction. — Si l’on tient à la main horizontalement le tube dont l’ouverture est loin de tout obstacle, on sentira un mouvement de recul, au moment où l’on ouvrira le robinet, et un mouvement d'avant quand on le fermera subitement. Ces deux effets s’expliquent facilement : le premier est analogue à celui du tourniquet hydraulique, le second est une sorte de coup de bélier hydraulique produit par l’arrêt subit de la longue colonne liquide intérieure. En comparant le courant liquide à un courant voltaïque inducteur et l’enveloppe, le tube, au fil induit qui entoure le fil inducteur, les deux phénomènes dont je viens de parler sont analogues à ceux qu’un courant électrique alternativement ouvert et fermé produit dans un fil induit. Tout est semblable de part et d’autre. Ainsi, quand un courant électrique inducteur commence, s'accroît, diminue, ou cesse, on sait qu'il détermine dans le fil induit un courant inverse, croissant, décroissant ou direct. Il en est absolument de même avec le courant liquide, ce qu’il est facile de vérifier.
- 3° Actions réciproques des courants. — Pour les courants liquides sortant par des tubes sans ajutages, courants parallèles, de même sens ou de sens contraires, courants angulaires, etc., j’ai trouvé les mêmes lois que pour les courants électri-
- ques. Mais avec les ajutages à bords épais ou à disques, les courants (dont l’un au moins est supposé mobile), de sens contraires et directement opposés, s'attirent vivement dès que la distance des ouvertures en regard est réduite à 0m,01, et cette attraction croît très rapidemènt à mesure que la distance diminue. Si l’on tend à éloigner les courants, il y a vibrations ; si l’on dispose les ajutages angulairement ou excentriquement, une force axiale les ramène au parallélisme et à la coïncidence des axes.
- Avec les ajutages à bords tranchants, il y a toujours répulsion, direction axiale et vibrations.
- 4° Imitation, par les courants liquides ou gazeux, des lignes de force ou fantômes magnétiques obtenus avec les courants électriques ou les aimants. — Les circonstances sont ici très nombreuses ; nous en citerons seulement quelques-unes.
- Pour imiter les lignes de force d'un courant électrique dans un plan perpendiculaire à sa direction, il suffit de souffler doucement, par un tube de verre effilé, un courant d’eau continu, perpendiculairement à une plaque de verre recouverte d’une mince couche de minium délayé dans l’eau, la pointe du tube étant fixée à quelques millimètres de la plaque. On obtient autour du point de chute du liquide un assez grand nombre de cercles concentriques formés de parcelles de minium juxtaposées à la façon de la limaille de fer sous l’influence d’un courant électrique.
- Pour imiter le fantôme de deux courants parallèles et de même sens, on emploie deux tubes analogues au précédent ; on obtient ainsi deux systèmes de courbes qui se redressent à leur rencontre et se repoussent (fig. 1).
- Pour imiter les lignes de fôrce d'un courant électrique dans un plan parallèle à sa direction, on souffle un courant d'air sur le dépôt de minium, par un tube effilé, tenu verticalement. Pendant ce temps on transporte rapidement le tube parallèlement à la plaque de verre ; on étale, pour ainsi dire, le courant horizontalement. On obtient sur le dépôt des droites très courtes, très serrées, perpendiculaires à la direction du courant et parallèles à celles que donne un courant électrique couché sur une feuille de papier saupoudrée de limaille de fer.
- 5° Imitation des formes et des effets de la décharge électrique. — En employant les moyens précédemment cités (4°) et en y ajoutant le procédé d'aspiration du liquide, par opposition au soufflé, pour réaliser des effets analogues à ceux de polarité, on peut imiter sur une plaque de verre recouverte d’une poudre lourde insoluble (minium, vermillon, sulfate de baryte, etc.) délayée dans l’eau, les nombreux effets d’électricité statique et dynamique : aigrettes, nappes, étincelles (rectiligne, sinueuse, ramifiée, étoilée) (fig. 2).
- L’imitation des figures de Leichtenberg présente cette particularité que l’effet de l'aspiré (à l’aide d’une pipette en contact avec la plaque) correspond
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- à celui de Y électricité positive, et le soufflé à Y électricité négative ; résultat qui peut avoir son importance. On imite aussi très exactement, par le transport du tube, les effets de volatilisation d’un fil métallique par la décharge électrique.
- Parmi les formes variées que présentent les stratifications de la lumière électrique dans les gaz raréfiés, il en est qu’on imite très sensiblement au moyen des courants d’eau ou d’air, interrompus, avec un seul tube ou avec deux tubes géminés, en soufflant sur le dépôt de minium et en transportant les tubes d’un mouvement régulier.
- 6° Imitation hydraulique des anneaux électrochimiques de Nobili. — De toutes les imitations des effets de l’électricité, celle-ci est une des plus remarquables. On dispose l’expérience de la manière suivante : sur une plaque de verre horizontale recouverte d’une couche mince et uniforme de minium en suspension dans l’eau, on fait arriver un filet liquide tombant d’un tube de verre gradué tenu verticalement à la distance de 0m,01 à 0m,10 au plus. Dans ces conditions, il se produit instantanément, sur la plaque, autour du point de chute, des anneaux concentriques, plus ou moins nombreux, inégalement espacés, formés par le transport mécanique du dépôt pulvérulent, sous l’action impulsive du courant liquide. Ces anneaux présentent ordinairement des contours très nets, des dégradations de tons remarquables par leur finesse. On y distingue fréquemment des rayons très déliés qui traversent parfois tous les systèmes d’anneaux et forment des dessins symétriques très variés et d’une grande délicatesse (fîg. 3). Les anneaux hydrodynamiques naissent les uns des autres et se propagent en ondes, comme les anneaux électro-chimiques. La seule différence essentielle entre les deux sortes d anneaux, c est que ces derniers présentent des couleurs irisées que ne possèdent pas les premiers, et encore cette différence n’est-elle pas absolue, car les anneaux de Nobili sont quelquefois dichromes, alternativement clairs et obscurs; et d’un autre côté, les anneaux hydrauliques ne sont pas dépourvus de coloration, comme on peut s’en assurer en les examinant par transparence.
- En opérant hydrodynamiquemeut. avec 2,3,4,etc., tubes symétriquement disposés, on produit sur le dépôt de minium lés figures équipotentielles (fig. 4) réalisées électro-chimiquement par M. Guébhard *, et assimilées par lui aux courbes de niveau hydraulique.
- / Imitation d un effet physiologique de Vélectricité. — Elle se fait à l’aide d’un appareil que j’ai nommé hydrodiapason2. Lorsqu’on touche cet instrument traversé par un fort courant d’eau et vibrant énergiquement (l’hydrodiapason en expérience rendait le son la, ses extrémités étant plongées dans l’eau), on ressent un frémissement très intense;
- * Comptes rendus de l'Acad. des Sc., t. XGIV, » 851
- 2 Ibid., t. XGV, p. 597.
- c’est une sensation semblable à celle que l’on éprouve lorsqu’on touche avec les deux mains les rhéophores d’un appareil d’induction de faible intensité.
- Après avoir imité, par les courants liquides ou gazeux, dans de très nombreuses expériences, les principaux phénomènes d’électricité statique ou dynamique, d’électro-magnétisme et d’induction, d’électro-chimie et même de physiologie, je me crois autorisé à conclure de la similitude des effets à la similitude des causes, à savoir que les phénomènes électriques (et par suite magnétiques) sont assimilables aux phénomènes hydrodynamiques, c’est-à-dire que l’électricité, sous forme de courant (d’éther ou de matière pondérable), est analogue à un courant liquide, et, sous forme de tension, à une quantité plus ou moins grande de liquide se répandant tout à coup comme un jet.
- C. Dechahme.
- OBSERVATION DD BRODILLARD
- L’observation du brouillard s’est toujours faite jusqu’ici par l’estime; il n’existait pas d’appareil permettant de déterminer avec précision et par chiffres l’intensité relative du brouillard. On se bornait et on se borne encore, du reste, à mentionner les différentes manifestations du phénomène par les mots : Brouillard léger, dense, très dense, etc.
- Afin d’arriver à des déterminations plus exactes et comparables de l’intensité des brouillards, le Monthly Meteorological Magazine de M. Symons (numéro de mars 1883) propose d’installer le dispositif suivant dans les stations météorologiques. On fixerait en terre, à 2 mètres environ au-dessus du sol, une sorte de tableau noir, sur lequel on peindrait en blanc et dans le sens horizontal, cinq lignes également espacées, mais de largeur variable. La première à gauche aurait 1/2 millimètre d’épaisseur, la seconde 1 millimètre, la troisième 2 millimètres, et ainsi de suite. En temps de brouillard, l’observateur se placerait à 6 mètres environ de ce poteau, et noterait dans la série des lignes blanches, en commençant par la gauche, la première visible. Le chiffre correspondant indiquerait le degré d’intensité du brouillard.
- Pour les observations de nuit, on ferait usage de cinq petites lanternes de fer-blanc. Elles seraient à coulisse, afin de pouvoir placer, devant la bougie allumée, une ou plusieurs épaisseurs de verre coloré. Installée à 10 mètres de distance dans un épais brouillard, une telle lanterne, même sans intercalation de verre coloré, serait certainement invisible. A une distance de 6 mètres, et les différents verres étant en position, il y aura toujours une ou plusieurs des lumières que le brouillard empêchera de voir. Si la dernière visible à gauche porte le n° 3, par exemple, on indiquera 5 au cahier d’observations. Il faut, naturellement, que toutes les lanternes soient semblables et que les verres soient de teinte uniforme, ce qui peut facilement s’obtenir.
- En terminant la description de cet appareil, l’auteur du Meteorological Magazine exprime l’espoir de le voir critiquer, s’il y a lieu, et il appelle l'attention sur l’utilité et l’importance d’une observation systématique des brouillards.
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- ARBRES GÉANTS DU TURKESTAN
- D'après les livres anciens, les montagnes du Tur-kestan étaient couvertes autrefois de grandes et belles forêts. Aujourd’hui le voyageur qui traverse ces pays est frappé partout par l’absence des arbres de haute futaie et la sauvage nudité des pentes de montagne. Ce qui donne aux sites alpestres leur charme pittoresque, c’est la présence des forêts qui égalisent les teintes, délimitent les plans et ménagent des échappées imprévues. Cet élément du pittoresque fait défaut en Asie centrale (l’Ala-Taou
- excepté) et le paysage perd en charme ce qu’il gagne en grandeur sauvage.
- Le déboisement progressif, si préjudiciable au bon climat et au débit rationnel des rivières, est l’œuvre des indigènes qui abattaient les plus beaux arbres dans la montagne pour en faire du bois de construction ou de chauffage. Ils auraient fini par exterminer toute végétation arborescente, si le gouvernement russe n’v avait mis opposition. On trouve bien aujourd’hui sur les bords de quelques rivières des fourrés plus ou moins touffus de saules, de peupliers, d’ormes, etc., auxquels les indigènes donnent le nom de forêts, mais cela n’est pas com-
- Fig. 1. — École du village de Snïrob (Boukharic), établie à l'intérieur d’un platane (Tchinâr). (D’après un croquis de l’auteur.)
- parable à ce qu’on désigne par ce nom en Europe. M. le général Korolkoff, à Samarcande, et un de nos compatriotes à Tachkent, M. Muller, professeur, s’occupent en ce moment très activement et avec succès de la question du reboisement des montagnes et même d’une partie des steppes du Turkestan.
- La croissance des végétaux sous un climat excessif comme celui du Turkestan est très rapide. En règle générale, elle est d’autant plus rapide dans une saison donnée que la différence des conditions climatériques de celle-ci avec les conditions climatériques des autres saisons est plus marquée. Nous avons mesuré à Samarcande entre autres, la croissance annuelle du Bignonia, du Robinia, de YAilanthus, etc. : ces arbres donnent des pousses annuelles de 5 à 6 mètres. Un Pauloivnia d’un
- jardin de Tachkent donna même une pousse de plus de 6 mètres de hauteur. Le développement en épaisseur des arbres suit également des progressions rapides. On pouvait voir à l’Exposition polytechnique de Moscou une rondelle de Ivaragatsch (Ulmus campestris, L.) de vingt-cinq ans, poussé à Tachkent, et une rondelle d’orme de quatre cents ans, venant de Finlande. La première mesurait 64 centimètres de diamètre, tandis que la seconde n’en avait que 30.
- Malgré cette rapidité de croissance déterminée par le climat, en présence de l’incurie des indigènes, il est rare de trouver de beaux arbres dans le Turkestan; cependant quelques-uns, plus privilégies, ont échappé de bonne heure à la destruction et acquis un développement extraordinaire.
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- LÀ NATURE.
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- Ces vétérans se trouvent aujourd’hui à l'abri des atteintes profanes, parce que les fidèles les entourent d’un respect religieux qu’ils puisent dans les légendes de leurs saints : soit que ces arbres ombragent quelque vieille mosquée ou qu’un des nombreux « iscbânes » ait choisi l’endroit pour exercer, dans l’ombre, son métier d’ascète.
- Presque toutes les mosquées des villes possèdent une cour spacieuse occupée de moitié par un étang alimenté par les canaux d’irrigation et entouré de quelques beaux mûriers ou ormes ou platanes qui datent ordinairement de l’époque de l’établissement de la mosquée. C’est là que les fidèles viennent
- faire leurs ablutions prescrites par le Koran et jouir des douceurs de l’oisiveté contemplative en attendant celles du paradis de Mohammed. Des Sartes de Tachkent m’ont parlé d’un Thuja immense qui se trouve dans la mosquée de Cheich-an-Taour à Tachkent. Cette conifère aurait un tronc de près de 2 mètres de diamètre et serait âgée de cinq mille ans (?). Je n’ai pas pu voir l’arbre pour savoir de combien il faudra en rabattre à peu près de ce chiffre fantastique.
- Parfois il arrive au voyageur de rencontrer sur le bord de la route ou près d’un tombeau, un bel et grand arbre tout enrubanné de pièces d’étoffe
- Fig. 2. — Vieux platnne à Chodjakent (Syi-Duijn). (D’après un croquis de l'auteur.)
- multicolores. C’est en effet une coutume pieuse chez les musulmans d’arracher une parcelle de son vêtement et de l’attacher à l’arbre en signe de dévotion ou en l’honneur du saint qui repose à ses pieds.
- On trouve par - ci par - là quelques mûriers énormes. Le mûrier (Morus alba, L.) est l’arbre le plus répandu dans la plaine. Ses fruits comestibles entrent pour une certaine part dans la consommation et son feuillage est donné en pâture aux vers à soie dont l’introduction, selon la légende, est due au vénéré Ayoub ou Job, mais qui viennent vraisemblablement de Chine. A Ourgout, dans la vallée du Zérafchàne, et à Salavad, dans la vallée du Sour-châne1, nous avons mesuré des troncs de mûrier
- 1 Voir la carte de notre itinéraire dans le n°475 du 8 juillet 1882, p. 92.
- qui avaient, à hauteur d’épaule, un périmètre de 5 mètres et au delà; mais l’arbre semble croître, proportionnellement, plus vite en largeur qu’en hauteur. Ceux d’Ourgout se trouvent, en compagnie d’énormes platanes, près d’une mosquée qui fait partie d’une espèce de cloître où des moullahs aveugles trouvent un asile. Ceux de Salavad sont accompagnés également de magnifiques platanes dont quelques-uns ont 5 mètres 1/2 de pourtour à hauteur d’épaule. Us se trouvent éparpillés sur une place où se tiennent les fêtes religieuses. Par là, ces arbres, piliers d’un temple grandiose, doivent leur vieillesse à la sainteté du lieu.
- Leur dôme de feuillage épais abrite des bandes criardes de buses, faucons, corbeaux, pies, etc.
- Le platane (PL orientalis, L.) jouit de préférence
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- LA NATURE.
- d’une certaine protection et faveur, ce qui fait qu’on en rencontre aujourd’hui de dimensions vraiment phénoménales.
- Mme 0. Fedtchenko a donné le dessin d’un platane (tchinar) qui a 2ra,10 de diamètre et à l’intérieur duquel on a aménagé une petite me-dresséh. Ce platane se trouve sur un tombeau de saint non loin de Samarcande.
- Nos deux croquis, d’après nature, représentent les plus grands platanes que nous avons rencontrés dans le Turkestan. Le premier reproduit la base d'un tronc de platane qu’on trouve à Saïrôb, village tadjique des montagnes de Baïssoune (Bouk-harie).
- Cet arbre a 8m,50 de circonférence à hauteur d’épaule. Il est entouré d’une espèce de petite terrasse en pierres à la hauteur de l’émergence des racines du sol, ce qui empêche les eaux de la pente d’enlever la terre qui recouvre les racines. L’intérieur de la base est creux et accessible au moyen d’une porte basse. La chambre ainsi formée est carrée : elle a 10 pas de côté et reçoit de la lumière par la porte qui reste ouverte, et par un trou pratiqué à droite de l’entrée à travers l’écorce de l’arbre. C’est l’école du village : le moullah y rassemble une douzaine de bambins à qui il s’efforce de faire retenir par cœur quelques versets du Koran.
- Rien de plus étrange que la tenue d’une telle école. En entrant pendant l’heure de la classe, on est abasourdi par les cris aigus de tous ces écoliers qu’on se figure profiter d’un moment d’absence du maître pour exercer leurs cordes vocales; non, ils s’égosillent ainsi tous à la fois pour répéter aussi souvent et aussi bruyamment que possible une phrase qu’on leur a donnée à retenir par cœur, tandis que le maître, dans un coin, est occupé à apprendre la lecture à un de ses favoris. Le mode de punition est tout aussi original : le délinquant est attaché par les pieds nus à un bâton, ensuite deux de ses collègues lui soulèvent les pieds pendant qu’il est couché sur le dos et le maître d’école lui applique un certain nombre de coups de baguette sur la plante des pieds.
- Non loin de ce platane s’en trouve un autre, de dimensions un peu moindres, mais le pourtour de la base est encore de 26 pas. Quand le vent s’engouffre dans l’immense feuillage de ces arbres, on dirait le déferlement des vagues contre les rochers de la mer.
- A quelques pas de là, jaillissent trois sources. L’une d’elles s’échappe d’une petite caverne obscure peuplée d’une infinité de poissons aveugles. C’est une espèce de goujon gris noirâtre sur le dos et blanc argenté sur le ventre. On les appelle chir-mahi. Les indigènes ne les inquiètent pas, leur donnent à manger et les considèrent comme une chose sacrée. Ils prétendent que ces poissons refusent la nourriture que leur jette un infidèle ou un homme méchant. Nous fîmes l’expérience et, en ayant soin
- de jeter les miettes de pain assez fortement pour que les poissons aveugles entendissent le bruit, nous pûmes passer pour n’être pas trop méchants, quoique infidèles.
- Les indigènes disent que les platanes ont été plantés par Ali.
- D’autres sources sacrées se trouvent ailleurs encore dans le Turkestan; telle la source d’Abdi-droûn, près de Samarcande, dont le limon passe pour guérir de la morve; une autre, près des monts Tchotkal, qui reçoit une grande quantité d’osselets de mouton que les fidèles y jettent dans une pieuse intention, etc.
- Le deuxième dessin représente un vieux platane qui se trouve, avec quelques autres de moindres dimensions, à Chodjakent, village situé à l’entrée des monts Tchirtchik, à l’est de Tachkent. Le tronc principal, pourri et creux, dresse encore, pareil à un reste de mur gigantesque, un lambeau d’écorce dans les airs, tandis que du pourtour de sa base partent six troncs latéraux très vigoureux qui semblent protéger leur vieux père. Ce géant a 48 pas de circonférence à la base et 9 mètres de diamètre à l’intérieur du tronc principal. Une douzaine de touristes de Tachkent eurent l’idée un jour de festoyer à l'intérieur de l’arbre. Iis y furent tous à leur aise.
- Aujourd’hui le vénérable monument végétal subit entre autres dégradations, des monogrammes et des initiales de cosaques.
- G. Capus.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Rhéostat de M. de Combettes. — Pour certaines opérations électriques, dans les expériences d’électro-métallurgie, par exemple, on a souvent besoin de maintenir un courant, très sensiblement constant pendant plusieurs heures, afin de pouvoir calculer par la durée du passage du courant la quantité de métal déposé. Quelle que soit la pile dont on fasse usage comme source d’électricité, elle s’affaiblit graduellement par suite des changements que subit la composition du liquide ou des liquides qui la composent. On doit donc compenser cet affaiblissement graduel par une résistance intercalée dans le circuit et dont on fait diminuer progressivement la grandeur. Le rhéostat de Wheatstone convient très bien dans ce but, mais c’est un appareil coûteux que l’on peut remplacer économiquement par la disposition représentée ci-contre, due à M. de Combettes.
- Ce rhéostat est formé d’un fil de maillechort roulé en spirale, d’une longueur indéterminée et d’un pas graduellement croissant. Le procédé employé par M. de Coin-bettes pour obtenir ces spirales à pas gradué est aussi simple qu’ingénieux. Cette spirale est placée sur un tube de verre d’un diamètre un peu inférieur au sien, ce qui lui permet de s’aplatir et de s’allonger facilement dans le sens longitudinal, comme un ressort à boudin. L’une des extrémités de cette spirale, celle qui correspond au pas le plus court, est fixée à une monture en laiton placée à l’extrémité du tube, l’autre extrémité est reliée à une plaque en laiton qui presse sur la spirale et peut, à l’aide d’une vis manœuvrée par un bouton, se mouvoir longitu-
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- dinalement et serrer plus ou moins la spirale sur elle-même. Cette pièce mobile en laiton établit la communication avec une borne par l’intermédiaire de la vis.
- Dans la position représentée sur la figure, le courant est obligé, pour passer de la borne de gauche b la borne de droite, de traverser toute la spirale (il va sans dire que l’extrémité de gauche de la vis est isolée électriquement du support qui lui sert de palier) ; lorsqu’on serre la spirale sur elle-même en tournant la vis, les spires viennent successivement en contact dans la partie où le pas est le plus court et établissent entre elles un contact direct qui diminue la résistance intercalée jusqu’à ce que toutes
- Rhéostat de M. de Combetles.
- les spires soient en contact. Si, au commencement de l’opération, on a eu soin de prendre une pile assez puissante en intercalant une résistance convenable, on est sûr, en manoeuvrant la vis, de pouvoir maintenir le courant constant jusqu’à ce que le rhéostat soit arrivé au bout de sa course. Il suffit de surveiller l’allure du courant à l’aide d’un simple galvanoscope et de manœuvrer le rhéostat pour maintenir toujours l’aiguille sur la même dérivation.
- Confection de plaques pour microphones et téléphones. — On peut obtenir des lames de fer aussi minces que possible, pour microphones ou pour téléphones et d’aussi grandes dimensions qu’on le désire, par le procédé suivant qui est à la portée de tout le monde : On coupe dans une feuille de fer-blanc ordinaire, peu importe l’épaisseur, une ou plusieurs plaques de dimensions et de forme voulues ; après les avoir dressées on les frotte vigoureusement sur les deux faces avec un linge sec. Cette dernière condition est essentielle pour que ces plaques soient d’égale épaisseur, car sans cette précaution les taches graisseuses qu’on pourrait laisser avec les doigts en les maniant, empêcheraient l’action de l’acide de se faire partout également et uniformément ce qu’il faut éviter autant que possible. Il est préférable aussi de n’opérer que sur une seule plaque à la fois. Après avoir bien essuyé la plaque de fer-blanc on la plonge verticalement, dans un bain d’acide azotique de manière que cette plaque soit submergée. On peut employer pour ces bains de l’acide ayant déjà servi plusieurs fois dans des piles de Bunsen, ou bien de l'acide azotique du commerce additionné d’un quart d’eau. Il faut retirer entièrement la plaque assez fréquemment afin d’en vérifier l’épaisseur ; quand on est arrivé à l’épaisseur voulue, on la lave à grande eau jusqu’à ce que la couche d’oxyde noirâtre soit complètement disparue; puis, on laisse sécher et on passe sur les deux faces de cette plaque une ou plusieurs couches de vernis noir japonais afin d’éviter l’oxydation. On obtient de cette manière des plaques de fer aussi minces qu’on peut le désirer. C’est surtout pour les microphones à membranes que l’on est heureux quelquefois d’avoir sors la main un moyen de se procurer des lames de fer
- extrêmement minces et de toutes formes et dimensions.
- 11 est assez difficile de se les procurer autrement avec aussi peu de frais’.
- LES TRICYCLES
- A l’exposition DU (( ST A N LE Y-CLUB ))
- A LONDRES
- A la fin de janvier dernier on a pu visiter à Londres une exposition générale de vélocipèdes, organisée1 par le Stanley Club. Cette exposition a mis en relief l’incroyable développement du sport vélocipédique en Angleterre, depuis l’introduction d’un nouveau genre de vélocipèdes à trois roues, les tricycles. Lors de la première exposition Stanley en 1878, il y avait en tout 70 machines parmi lesquelles figuraient seulement trois ou quatre spécimens de tricycles. Cette année on a compté plus de 520 machines et les tricycles ont été en majorité, 289 contre 233 bicycles.
- Cette vogue subite du tricycle n’est pas due exclusivement à un engouement passager. Elle est aussi la conséquence naturelle du rôle prépondérant que jouent les machines dans la civilisation moderne. En réalité, le tricycle n’est pas seulement un passe-temps, un exercice agréable et salutaire : c’est encore un précieux moyen de locomotion qui convient à tout le monde, sans distinction d’âge, de sexe, ou de situation sociale. Comme machine, il n’a point cet aspect acrobatique du bicycle, qui choque les gens posés et prudents. Il se présente avec un air plus digne et plus stable : il inspire confiance, et attire les sympathies. Il ne demande pour ainsi dire pas d’apprentissage, fatigue moins que la marche et triple la vitesse. Ses réels avantages, bientôt appréciés par les sportmen, l’illustre patronage de la reine d’Angleterre, du prince de Galles et d’une foule de gentlemen, ont assuré son succès et l’ont imposé à l’attention publique. Le tricycle passera peut-être comme instrument de sport, mais il restera comme véhicule, car il est à la marche, ce que la machine à coudre est au travail à l’aiguille.
- Qu’est-ce donc qu’un tricycle? Simplement un vélocipède à trois roues, mais à trois roues disposées d’une certaine façon, — en triangle — formant une base de sustentation plus ou moins large. Une ou deux de ces roues sont motrices, actionnées, soit simplement au moyen d’un essieu alternativement coudé en sens inverse, soit au moyen de dispositions plus complexes, chaînes sans fin, engrenages ou leviers. La troisième roue sert à donner la direction en déviant à droite ou à gauche, suivant la volonté du cavalier. La force est appliquée au moyen des pieds agissant sur des pédales, ou des mains actionnant des leviers, comme dans le velociman. Cette dernière disposition n’étant d’ailleurs employée que
- 1 Communiqué par M. Alfred Trichasson, à MourracJon-Ie-Grand,
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- LA NATO RE.
- pour les personnes infirmes, privées de l’usage des membres inférieurs. Un siège ou une selle est placé en un point plus ou moins rapproché du centre du triangle. Un frein est disposé à portée de la main
- Fig. 1. — Tivyele à pédales rotatives et siège en arrière.
- et les dispositions réciproques de mille façons différentes, le problème à résoudre étant, comme pour toutes les machines : obtenir le maximum de ren-
- Fig. 3. — Le Monarch, tricycle sans chaînes ni engrenages.
- particularité spéciale. Nous allons passer en revue quelques-uns des types les plus caractéristiques et montrer quels ont été les progrès déjà réalisés par les constructeurs.
- Dans la grande majorité des tricycles, le cavalier est assis un peu en arrière des pédales qu’il fait mouvoir par un mouvement alternatif d’extension et
- pour modérer la vitesse dans les descentes, ou arrêter rapidement la machine, en cas de besoin.
- Telles sont les parties fondamentales d’un tricycle. Mais on conçoit qu’on peut en varier les dimensions
- Fig. 2. — Siège en avant et pédales sous le cavalier.
- dement avec le minimum de travail. C’est pourquoi il y a actuellement sur le marché anglais plus de trois cents machines présentant chacune quelque
- Fig. 4. — L’Omnicyclc à deux roues motrices.
- de flexion des jambçs, comme on le voit dans la figure i. Dans cet exemple, le système moteur se compose d’un arbre coudé, muni de deux pédales, et portant à ses deux extrémités une roue dentée sur laquelle engrène une chaîne sans fin qui s’enroule également sur une autre roue dentée fixée à chaque grande roue latérale. Le cavalier imprime
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- un mouvement de rotation à l’arbre coudé, au moyen des pédales : et si les deux roues dentées, réliées par la chaîne sans fin, sont de même diamètre, à chaque tour de pédale correspondra un tour
- entier des roues motrices. Dans ce cas le tricycle est dit geared level, c’est-à-dire que si la roue motrice a 3m,50 de circonférence, ou franchira une distance de 3m,50 par chaque tour de pédale. Mais
- Fig. 5. — Le Caroche, exemple d'un système à engrenage.
- Fig. 6. — Le Humber, se manœuvrant comme un bicycle.
- on comprend qu’on peut varier les dimensions respectives des deux roues dentées, de telle sorte qu’à un tour de pédale corresponde un tour et demi, ou
- Fig. 7. — Sociable à trois personnes.
- de la roue motrice : dans ce cas le tricycle est geared down. On a diminué la vitesse, mais doublé la force. C’est précisément ce que l’on a besoin de faire pour gravir une pente : tandis que l’on désirera être geared up en place droite, ou pour descendre une pente douce. Aussi tous les efforts des fabricants sont-ils actuellement dirigés vers ce but ; construire
- davantage, de la roue motrice, c’est ce que l'on appelle geared up; ou bien, au contraire, que deux tours de pédale soient nécessaires pour obtenir un seul tour
- Fig. 8. — Autre type de Sociable à deux personnes.
- un tricycle possédant un mécanisme simple et efficace, permettant d’obtenir à volonté de la force ou de la vitesse. A l’Exposition du Stanley Club trois nouveaux systèmes de gears ont été présentés.
- On a reconnu aussi que l’altitude ordinaire du cavalier, poussant les pédales devant soi devenait extrêmement désavantageuse quand il s’agissait de
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- LA NATURE.
- monter une côte. Les muscles extenseurs de la cuisse font tout l’effort et n’y peuvent suffire. On a songé à utiliser le poids même du cavalier, en disposant les pédales immédiatement au-dessous de lui, comme dans la figure 2 : puis on a rendu le siège mobile de façon à pouvoir le hausser ou le baisser, le porter en avant ou en arrière. On développe ainsi une force plus considérable avec un effort bien moindre. C’est à ce système que nous avons donné la préférence, et nous nous en félicitons. Il est adopté maintenant par beaucoup de fabricants et c’est ce principe qui a prévalu dans la construction de l’un des meilleurs tricycles actuels, le Humber, que nous décrirons plus loin.
- La figure 3 représente un tricycle sans chaînes ni engrenages, le Monarch.
- Voici maintenant un remarquable spécimen de tricycle front steerer, c’est-à-dire à roue gouvernail en avant. C’est VOmnicycle (fig. 4), à deux roues motrices (double driver) actionnées, non plus avec des pédales rotatives, mais au moyen de pédales auxquelles on communique un mouvement alternatif d’élévation et d’abaissement. A la droite du cavalier on voit une poignée commandant une tige terminée par un pignon, lequel engrène une crémaillère qui actionne la petite roue de devant au moyen d’un petit levier articulé, et la fait dévier à droite ou à gauche. A gauche, au-dessous d’une poignée d’appui, se trouve un levier, qui, en se relevant, tend une courroie qni vient alors serrer un tambour fixé à chaque roue motrice. C’est le frein, et un lrein très puissant. L’appareil moteur est fixé au centre de l’essieu : nous ne pouvons le décrire en détail. Disons seulement que le mouvement de propulsion est obtenu au moyen de l’oscillation de deux arcs de cercle sur lesquels s’enroule une courroie reliée aux pédales. Par une disposition très ingénieuse ces arcs de cercle peuvent s’élever ou s’abaisser à volonté au-dessus de l’essieu, fournissant ainsi un bras de levier plus ou moins long, c’est-à-dire de la force ou de la vitesse. L’omnicycle est donc double geared, et par cela même c’est un bon hill climber (monteur de côtes).
- La figure 5 représente un des nombreux systèmes à engrenages, le Caroche.
- Le Humber (fig. 6) est un tricycle qui se manœuvre comme un bicycle. La direction est obtenue au moyen d’une barre d’appui transversale qui fait dévier à volonté les deux roues motrices. La petite roue de derrière ne sert qu’à donner de la stabilité. Ce tricycle est le plus rapide qui ait encore été construit. Dans une course, M. Lacy Hillier, le rédacteur en chef du Tricyclist, a parcouru avec cette machine 50 milles (80 kilom.) en quatre heures cinquante-trois minutes sur une route boueuse, sous la pluie et par un vent contraire. Cette vitesse représente plus de 16 kilomètres à l’heure. Le champion arrivé second, montait un Omnicycle et a parcouru la même distance en cinq heures vingt-cinq minutes.
- Tout le monde n’a pas les jarrets de M. Hillier, et nous ne prétendrions pas faire 20 lieues de suite avec une vitesse moyenne de 4 lieues à l’heure, même sur un Humber. Mais on peut arriver à faire tranquillement 12 kilomètres à l’heure, sans beaucoup de fatigue. M. Nixon, secrétaire d’un des clubs de Londres, a fait en tricycle un voyage de 1007 milles, soit un peu plus de 1609 kilomètres, avec une moyenne de 160 kilomètres par jour. Or M. Nixon est un gentleman de quarante ans, qui n’avait monté un tricycle que six fois auparavant. Nous pourrions citer beaucoup de faits de ce genre qui sont relatés dans les journaux spéciaux. Il faut cependant être bien convaincu que le tricycle nécessite, pour être pratiqué sans fatigue, un certain entraînement, de même que l’équitation, l’escrime et tous les exercices physiques.
- Le poids d’un tricycle varie de 40 à 60 kilogr. et le prix de 400 à 600 francs. On en fabrique maintenant à Paris. Malgré les frais de transport et les droits de douane, qui sont excessifs, l’Angleterre en expédie beaucoup en France, particulièrement dans le Midi. On en rencontre actuellement dans la plupart de nos grandes villes.
- On fait aussi des tricycles à deux, trois et même quatre personnes, qu’on nomme des sociables (fig. 7 et 8). Quelques-uns sont convertibles, c’est-à-dire qu’ils peuvent se transformer, à volonté, en tricycles à une seule personne.
- Dr H. Marais.
- BIBLIOGRAPHIE
- Compte rendu des travaux du service du phylloxéra. Année 1882. Ministère de l’agriculture. 1 vol. in-8°. Imprimerie Nationale, 1883.
- Ce livre qui donne les procès-verbaux de la session annuelle de la Commission supérieure du phylloxéra, s’ouvre par un Rapport de M. Tisserand, directeur de l’agriculture ; nous en extrayons les lignes suivantes qui sont en quelque sorte le résumé de la situation actuelle :
- « 764 000 hectares détruits; 642000 hectares malades des atteintes du phylloxéra. Tel serait, d’après les moyens d’investigation dont disposent les préfets, le bilan de la situation au commencement de cette année. Quelque effrayant que soient les chiffres, en admettant même qu’ils soient rigoureusement exacts, ils ne doivent pas nous faire désespérer de la viticulture française. La grandeur du mal doit grandir les courages ; elle montre que ce n’est pas le moment de faiblir. La France possède encore 1500000 hectares de vignes indemnes, ses grands crûs de la Gironde, de la Bourgogne, sont encore peu atteints et se défendent utilement, le vignoble de la Champagne n’est pas touché, il faut donc redoubler d'énergie dans la lutte. »
- Revues scientifiques publiées par le journal « La République Française » sous la direction de M. Paul Bkrt, député, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des sciences, 5e année. 1 vol. in-8° avec 65 figures dans le texte, Paris, G. Masson, 1883.
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- LA NATURE.
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- Le mouvement et la matière. Lectures sur la physique et la chimie mises à la portée de tout le monde, par A. Bleunard. Introduction par Gaston Tissandier. 1 vol. in-8° avec 233 figures dans le texte. Paris, G, Masson.
- Les organismes vivants de l'atmosphère, par M. P.Mi-quet, docteur ès sciences, docteur en médecine, chef du service micrographique à l’Observatoire de Montsouris.
- 1 vol. in-8° avec planches et gravures. Paris, Gauthier» Villars, 1883.
- Traité de chimie générale, comprenant les principales applications de la chimie aux sciences biologiques et aux arts industriels, par Paul Schutzenbekger, professeur au Collège de France. Tome troisième. 1 vol. in-8°, Paris Hachette et Cie, 1883.
- Le médecin. Devoirs privés et publics, leurs rapports avec la jurisprudence et l’organisation médicales, par A. Dechambre. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque diamantdes sciences médicales et biologiques. Paris, G. Masson, 1883.
- Études sur les corps à l'état sphéroïdal, par M. P. II. Boutigny (d’Evreux). Quatrième édition considérablement augmentée. 1 vol. in-8°. Paris, Germer Baillière et Cie, 1883.
- Pérak et les Orangs-Sakèys, voyage dans l’intérieur de la presqu’île Malaise par Brau de Sai.\t-Pol Lias. 1 vol. in-18 avec carte et vues du pays d’après des photographies prises par l’auteur. Paris, E. Plon et Cie, 1883.
- Notions d'agriculture et d'horticulture, par J. A. Barrai. et H. Sagnier. 1 vol in-18 avec 1l0fig. Paris, librairie Hachette et Cie, 1883.
- Of the Conservation of solar energy ; a collection of papers and discussions, by C. William Siemems F. R. S. with illustrations. 1 vol. in-8\ Macmillan and C°. London, 1883.
- Annual report of the chief signal officier to these cer-tary of War for the fiscal year euding june 30, 1880, 2 vol. grand in-8“. Washington, 1881.
- PILE AU BICHROMATE DE POTASSE
- DE M. G. TROUVÉ
- En construisant la pile au bichromate que nous allons décrire, M. Trouvé s’est proposé de créer une source électrique présentant une constance suffisante pour produire un éclairage de quelques heures, quatre à huit heures, suivant le nombre de lampes alimentées, à l’aide de lampes à incandescence appropriées à cet usage et ne demandant pas plus de 12 à 14 volts de force électromotrice, ce qui permet de réaliser un éclairage très satisfaisant avec deux batteries semblables à celle représentée ci-contre, et dont le poids total ne dépasse pas 67 kilogrammes.
- Chaque batterie se compose d’une auge en chêne garnie de six cuvettes en ébonite qui contiennent le liquide de chaque élément. Les zincs et les char-
- bons, reliés entre eux par des pinces mobiles, sont montés sur un treuil qui permet de faire varier à volonté leur immersion dans le liquide et de régler le débit en plongeant plus ou moins les éléments, c’est-à-dire en faisant varier la résistance intérieure de la batterie et sa surface active.
- Un arrêt en bois empêche les éléments de sortir complètement des cuves; en supprimant cet arrêt, en le poussant de côté, la hauteur du treuil permet de les rendre absolument indépendants, de manière à vider ou à remplir les cuves en ébonite.
- La face antérieure de l’auge est munie, à cet effet, d’une charnière qui permet de l’ouvrir et de sortir les cuvettes sans déranger les éléments.
- Les éléments sont formés d’une lame de zinc et de deux charbons cuivrés galvaniquement à leur partie supérieure. Le zinc présente une encoche qui sert à le fixer à l’axe métallique recouvert de caoutchouc qui supporte les éléments. Cette disposition permet de déplacer très rapidement les zincs pour les amalgamer ou les remplacer.
- Le poids de chaque batterie se décompose ainsi :
- 6 zincs 12 charbons . 7,680 kil . 5,460 iogrammes.
- 6 cuvettes en ébonite. . . 1,620 —
- Contacts . 0,600 —
- Boite en chêne . 5,000 —
- Montants en fer . 2,300 —
- Liquide . 12,800 —
- Poids total , . 33,400 kilogrammes.
- La composition du liquide, pour une batterie, est la suivante :
- Eau...................... 8 kilogrammes.
- Bichromate de potasse pulvérisé................... 1,2 —
- Acide sulfurique......... 3,6 —
- Total............12,8 kilogrammes.
- Voici comment la solution est préparée :
- On jette dans l’eau le bichromate en poudre, et après avoir agité, on ajoute l’acide sulfurique en le versant en mince filet, très lentement, tout en continuant d’agiter ; le mélange s’échauffe peu à peu et le bichromate une fois dissous reste limpide et ne dépose pas par cristallisation en se refroidissant. La préparation demande de huit à dix minutes. Il faut avoir bien soin de ne pas faire usage d’un agitateur en bois qui serait rapidement carbonisé en épuisant inutilement une partie de la solution.
- On doit attendre que la solution soit refroidie pour l’introduire dans la batterie.
- Deux batteries Trouvé en tension, montées à neuf avec la solution que nous venons d’indiquer, nous ont donné les résultats suivants :
- 1° Un courant constant de 8 ampères pendant quatre heures un quart, en ayant soin d’abaisser de temps en temps les zincs pour augmenter la sur-
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- LÀ NATURE.
- face active au fur et à mesure de l’épuisement du liquide. (Après le coup de fouet du commencement qui a duré un quart d’heure environ, le courant est resté constant pendant une heure et demie environ sans toucher aux batteries.)
- 2° Une phase décroissante de une heure vingt-cinq minutes pendant laquelle le courant est descendu très régulièrement de 8 à 5 ampères. Nous avons arrêté l’expérience après cinq heures quarante minutes, un courant inférieur à 5 ampères cessant d’être pratiquement utilisable dans le cas spécial.
- Les zincs pesés avant et après l’expérience ont indiqué une consommation totale de 1463 grammes, soit en moyenne 122 grammes par élément.
- La consommation théorique, en supposant les actions secondaires nu lies, aurait dû être de 53 grammes par élément, d’après les équivalents électrochimiques et la quantité totale d’électricité fournie par les batteries.
- Lorsqu’on calcule l’énergie électrique totale, disponible dans le circuit extérieur, en faisant le produit des ampères par Ja différence de potentiel aux bornes des batteries , on trouve qu’elles ont fourni un travail électrique disponible constant de 13,5 kilogrammètres par seconde pendant quatre heures un quart durant la première phase, et un travail moyen de 9 kilogrammètres par seconde pendant une heure vingt-cinq minutes pour la seconde phase, soit un travail total de 253350 kilogrammètres ou 0,96 de cheval-heure, c’est-à-dire sensiblement un demi-cheval-heure par batterie de six éléments.
- Lorsqu’on tient compte de ce fait, que le poids de deux batteries pourrait être très facilement réduit et amené à 50 kilogrammes seulement, et que ces batteries représentent un cheval-heure d’énergie électrique disponible, on voit que les piles au bichromate sont le réservoir d’énergie électrique le plus léger actuellement connu, et qu’elles dépassent les résultats fournis par les accumulateurs les plus légers, bien que les chiffres fournis par les constructeurs semblent indiquer le contraire. La différence provient de ce que le chiffre de un cheval-heure que nous donnons comme résultat pratique de
- nos expériences se rapporte au travail électrique disponible, tandis que, pour les accumulateurs, on donne toujours le travail électrique total, ce qui est bien différent.
- Nous n’avons pas cru utile de faire intervenir ici le prix de la bougie-heure et la quantité totale de bougies-heure que la pile peut fournir.
- Outre l’incertitude des appréciations photométriques1, et la tendance générale à plus évaluer la lumière produite, nous estimons que la production en bougies-heure n’a aucune valeur scientifique. Qu’on vienne à découvrir demain une substance plus réfractaire que le charbon et possédant ses qualités électriques, il sera alors possible de doubler, quadrupler ou décupler la lumière sans augmenter la dépense d’énergie électrique. Le nombre de bougies-heure fournie par la pile aura doublé quadruplé ou
- décuplé, sans que cependant les batteries aient consommé un atome de moins ou produit un kilogram-nètre de plus.
- En résumé, il résulte de nos ex-périences que deux batteries Trouvé chargées à neuf, montées en tension peuvent fournir un courant de 8 ampères et 13,5 kilogrammètres par seconde pendant quatre heures et quart, et une décharge décroissante moyenne d’une heure et demie environ pendant laquelle le courant baisse de 8 à 5 ampères. L’énergie totale disponible fournie est de 1 cheval-heure ou 270000 kilogrammètres. Cette quantité d’éncrgfe coûte :
- Zinc......................... 1460 grammes.
- Bichromate de potasse........ 2400 —
- Acide sulfurique............. . 7200 —
- Plus l’amalgamation des zincs, la main-d’œuvre, amortissement et autres petits frais généraux communs à tous les systèmes.
- Le lecteur a ainsi tous les éléments pour calculer le prix de revient du cheval-heure utilisable ensuite à volonté pour l’éclairage ou la force motrice.
- E. Hospitalier.
- 1 Nous pourrions citer telle lampe à arc du type dit de 2000 candies (200 becs Carcel) et qui a donne seulement 750 candies (75 becs Carcel) au photomètre.
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- LA NATURE.
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- L’EXPOSITION
- INTERNATIONALE COLONIALE D’AMSTERDAM en 1885
- Lors de l’Exposition Universelle du Champ-de-Mars en 1878, la France accorda aux colonies néerlandaises une place d’honneur dans un des quatre dômts du Palais de l’Industrie. Malheureusement la plupart des envois se trouvèrent avariés à Paris et la riche collection de végétaux, destinée à représenter la flore de l’Archipel Indien, fut entièrement détruite pendant le voyage.
- Un certain nombre de produits arrivèrent intacts, mais les objets exposés ne donnèrent qu’une faible idée des inépuisables richesses du vaste empire d’Insu-linde « qui se déploie comme une ceinture d’émeraude autour de l’équateur ».
- L’idée de prendre la revanche de cet échec, est due à un Français, M. E. Agostini, qui habite Amsterdam .
- Dans une réunion formée des notabilités delà ville,
- M. Agostini en 1880, développa son projet d'une Exposition internationale coloniale et d’exportation générale, à organiser dans la capitale des Pays-Bas en 1883. Ce projet, dont il s’engagea à prendre tous les risques financiers, fut accueilli avec la plus grande faveur ; les États généraux votèrent une subvention de 150000 florins (320000 fr.), la ville d’Amsterdam céda gratuitement les terrains nécessaires, et il se forma bientôt une Commission néerlandaise pour organiser l’Exposition, sous le haut patronnage de S. M. Guillaume III, roi des Pays-Bas.
- L’Exposition, qui a dû être inaugurée le 1er mai par le roi et la reine des Pays-Bas, est divisée en plusieurs sections : 1° exposition coloniale; 2° exportation; 3° beaux-arts; 4° expositions spéciales; 5° congrès
- et conférences scientifiques; 6° finances, et 7° médecine coloniale.
- Chaque section est subdivisée en groupes et en classes, dont nous indiquerons seulement les principaux. La première section, par exemple comprend les trois groupes suivants : a. la nature des contrées colonisées ou conquises; b. la population indigène de ces contrées, etc. les Européens dans ces contrées et leurs relations avec les indigènes.
- Le groupe b, qui sera un des plus intéressants au point de vue scientifique, embrasse : la vie privée et sociale, le mobilier, les vêtements, la nourriture,
- les mœurs, la chasse, la pêche, l’agriculture, l’industrie, les arts et les sciences, les coutumes religieuses, le gouvernement, l’art militaire, etc., de la population indigène. Cette partie de l’Exposition a été organisée par M. Veth, professeur à l’Université de Leyde. On y pourra étudier les races et les tribus des différentes colonies dans toutes leurs particularités, leur état de civilisation et de prospérité, leurs moyens de subsistance et mille autres sujets d’ethnographie comparée.
- La seconde section aura aussi une très grande étendue et sera surtout intéressante pour les industriels et les négociants.
- La troisième section est réservée aux œuvres d’artistes néerlandais et étrangers exécutées après le 1er janvier 1879.
- La quatrième section procurera aux visiteurs des distractions variées : des expositions spéciales, des concours, etc., qui auront lieu pendant la durée de l’Exposition Universelle. Il y aura une exposition de fleurs, une exposition de chiens, des tirs, des courses de chevaux, des courses à rames et à voile, des concours de musique, etc.
- La cinquième section organisera des congrès et des conférences scientifiques ; au mois de septembre aura lieu à Amsterdam le sixième congrès de l’4s-
- princîpale
- Plan de l’Exposition internationale coloniale d’Amsterdam.
- 1. Palais de l’Exposition. — 2. Exposition coloniale néerlandaisè. — 3. Beaux-arts. — 4. Annexes des machines agricoles. — 5. Expositions diverses ; matériaux, etc. — 6. Théâtre-concert. — 7. Panorama. — 8. Pavillon du jury. — 9. Pavillon royal. — 10. Pavillon de la Commission. — 11. Cercle international. — 12. Restaurant et café. —13. Kiosque de musique et phare électrique. — 14,15, 16,17. Restaurants allemand, hollandais, anglais et français. — 18. Aquarium et rochers.
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- LA NATURE.
- socialion littéraire internationale, Confiée à Paris en 1878.
- Espérons que la sixième section (finances) aura un succès aussi complet qu’à la dernièr e Exposition électrique de Paris.
- La septième section enfin organisera une exposition de médecine coloniale et un congrès, où seront traitées des questions de la plus haute importance, comme : la quarantaine, l’éducation de médecins pour les colonies, la phtisie pulmonaire dans les régions intertropicales, etc.
- Le terrain de l’Exposition est situé dans un des nouveaux quartiers de la ville, sur le Stadhou-derskade où s’élève depuis peu de temps le nouveau Musée national des beaux-arts, bâti dans le style hollandais du seizième siècle. Ce magnifique bâtiment, qui a une superficie de 10000 mètres carrés, ouvre pour la première fois ses portes aux visiteurs de l’Exposition. On y voit une partie de la riche collection d’objets d’art indiens appartenant au prince de Galles. On exposera dans le même édifice une partie des objets du « South-Ken-sington Muséum », près de Londres. La salle voûtée du Musée des beaux-arts constitue l’entrée principale de l’Exposition. Après l’avoir traversée, on se trouve en face du bâtiment principal, qui contraste singulièrement avec le musée et dont la façade représente un temple hindou colossal. À droite et à gauche l’édifice est flanqué par une tour de dimensions gigantesques, soutenue par des éléphants.
- Un second bâtiment, d’une surface de 4000 mètres carrés, à gauche de l’édifice principal, dont la façade est bâtie dans un style mauresque, reçoit les produits des colonies asiatiques et américaines de la Néerlande. Il se compose de cinq longues galeries, divisées en compartiments. Ce palais oriental est entouré d’un parc, composé de végétaux exotiques, dans lequel sera érigé un monument en souvenir de la conquête de l’empire d’Atjeh par les Hollandais. On y trouvera, ombragé par des palmiers, un village ou kampong javanais, composé de la maison d’un indigène de haute naissance, et d’un groupe de maisonnettes, habitées par plusieurs familles javanaises, qui s’adonneront à leurs occupations habituelles. Comme à l’Exposition d’Arnhem, des musiciens indigènes joueront le gamelan, et l’orchestre national javanais accompagnera des ronggengs ou bayadères, exécutant leurs danses monotones.
- On trouvera en outre dans le parc de l’Exposition, quelques indigènes de Surinam, entre autres, des Arrowacs, Peaux-Kouges nomades de la Guyane, qui bâtiront des cabanes, telles qu’ils les habitent au milieu des forêts vierges de leur patrie.
- F. W. Krecke,
- Docteur ès scieuces.
- —oO>-—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 avril 1883. — Présidence de M Ülanchaud.
- L'anesthésie par le protoxyde d azote. — L’événement de la séance a été la lecture par M. Paul Bert d’un mé-
- moire qui consacre une nouvelle conquête de l’anesthésie provoquée. Parmi les substances propres à déterminer l’insensibilité à la douleur, le protoxyde d’azote s’est signalé dès longtemps par ses avantages très marqués. Malheureusement son emploi a d’abord été fort difficile.
- A la dose où il endort, il menace constamment d’asphyxier et si on le mêle avec assez d’air pour que l’asphyxie ne soit plus à craindre, son pouvoir anesthésique est si fortement diminué qu’il ne peut plus rendre de services sérieux. Ce composé semblait donc ne pouvoir être appliqué qu’à de très petites opérations telles que celles de la prothèse dentaire, lorsque M. Paul Bert, imaginant un mode opératoire, qu'on ne dépassera jamais en élégance et en précision, administra au patient un mélange de protoxyde d’azote et d’air à une pression telle que la condensation de l’oxygène y contrebalançait la dilution produite par l’introduction du gaz hilarant. 11 semblait que nul perfectionnement ne serait désirable si la méthode dont il s’agit ne supposait l’emploi d’appareils extrêmement coûteux et d’un maniement délicat. Malgré les éclatants succès qu’elle a obtenus, la cloche de M. Bert n’existe à l’heure actuelle qu’à l’hôpital Saint-Louis, à Lyon, à Genève, à Bruxelles et dans quelques villes d’Allemagne.
- C’est dans cet état que l’illustre physiologiste, jaloux de conserver pour lui la gloire tout entière d’avoir mis le protoxyde d’azote au service de la chirurgie, reprend le pro-idème dont il a si fort rapproché la solution. Faisant faire à la question le pasdécisif,il annonce avoir maintenu pendant toute une demi-heure un chien en état d’anesthésie sans aucune menace d’asphyxie et cela sous l’influence du protoxyde d’azote à la pression ordinaire. Le secret consiste à faire inhaler au sujet de l’-expérience le gaz endormant mélangé non plus à de l’air, mais à de l’oxygène pur : si nous avons bien compris, on commence même par administrer de l’oxygène seul afin de constituer au sang une véritable réserve respiratoire. Les proportions relatives qui ont bien réussi, sont celles même de l’oxygène à l’azote dans l’air ordinaire; mais M. Paul Bert, avec la prudence qui sied aux sciences expérimentales, se réserve de substituer l’espèce humaine aux animaux seulement lorsqu’il aura fait varier assez la composition du mélange gazeux pour en connaître toutes les propriétés.
- Dès aujourd’hui la découverte nouvelle doit prendre rang parmi les plus utiles conquêtes des sciences biologiques.
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- La mer intérieure d'Afrique. — Revenant sur les objections formulées lundi dernier par M. Cosson contre le projet de M. Roudaire, M. de Lesseps constate que ces objections ne sont pas nouvelles. « Elles ont été, dit-il, réfutées à diverses reprises devant l’Académie des Sciences par M. d’Abbadie, par moi-même et enfin par les notes de M, Roudaire. J’ajouterai que la Commission supérieure les a implicitement condamnées ».
- M. Cosson disait que la surface inondable du Chott Rharza est incertaine : or pendant la dernière expédition, M. Roudaire a exécuté 150 kilomètres de nouveaux nivellements dans le lit de cç chott; sa surface inondable est de 1550 kilomètres carrés. Comme M. Cosson répétait que la mer intérieure ne sera qu’une espèce de marécage sans profondeur, M. de Lesseps expose trois coupes de la mer supposée remplie et une coupe du golfe de Gabès à Sfax. 11 suffit d’y jeter un coup d’œil pour reconnaître que le golfe de Gabès, qui n’est cependant pas un marécage et où les navires circulent sans danger, ne paraît auprès de la mer future qu’une flaque d’eau sans profondeur. A la crainte que la mer intérieure ne se transformât peu
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- a peu en une véritable saline, M. de Lesseps oppose celle phrase du rapport de la sous-commission : • La concentration de la mer intérieure s’opérerait d’ailleurs avec une telle lenteur qu’au point de vue pratique il n’y a pas lieu de s’en préoccuper. « D’après les calculs même de M. Cosson la transformation en saline exigerait 1500 ans; or, M. Roudaire ne demande qu’une concession de 99 ans.
- M. de Lesseps a déjà montré que les effluves maritimes n’exercent aucune influence fâcheuse ; sur les dattiers, puisque les grandes forêts de dattiers qui s’étendent sur les bords du lac Mensaleh fournissent les meilleures dattes de l’Égypte.
- Quant aux terrains de farfaria que M. Cosson estime si fertiles, ils ne produisent absolument que des fièvres paludéennes.
- M. de Lesseps ajoute :
- « Je ne suivrai pas M. Cosson dans les considérations qu’il développe tant sur le remplissage des bassins que sur l’exécution du canal. Dans une question de botanique je m’inclinerais devant lui; j’espère que de son côté, quand il s’agit d’un travail tel que l’exécution du projet d’un canal destiné à remplir les bassins d’une mer intérieure, il voudra bien me reconnaitre quelque expérience. »
- Météorologie. — Suivant une habitude qui date de plusieurs années, M. llirn adresse des tableaux météorologiques relatifs pour 188$ à quatre localités du Haut-Rhin et des Vosges. L’auteur fait remarquer que 1881 qui a été une bonne année et 1882 qui a été très mauvaise, diffèrent bien moins entre elles par la température totale ou par l’humidité totale que par la répartition saisonnière de ces éléments météorologiques.
- Le choléra des poules, — M. Barthélemy (de Toulouse) a mis à couver pêle-mêle des œufs de poules saines et de poules atteintes du choléra. Les premiers sont arrivés à bien sans encombre, les autres sont morts au moment où l’allantoïde se rapprochant delà coquille calcaire à permis au sang de s’enrichir en oxygène, élément nécessaire a la vitalité des bactéridies. Les liquides des œufs morts ainsi ont communiqué le choléra des poules aux volailles qui l’ont reçu en injection.
- Varia. — La substitution du fluosilicafe de magnésie au silicate, dépotasse procure d’après M. Kestner, un perfectionnement considérable a la silicatisation des calcaires dont se sont si fort occupés naguère Fuchs, Kuhlmann et Dalemagne. — Le gouvernement français se fera officiellement représenter à l’Exposition d’Électricité de Vienne.
- — Le régime des taches, des facules et des protubérances du soleil en 1882 occupe M. Tacchini. — On signale le l’apport de l’expédition brésilienne établie à Saint-Thomas des Antilles pour observer le passage de Vénus. — Une méthode de détermination et de dosage de traces d’indium est proposée par M. Lecoq de Boisbaudrant. — M. Canellis étudie la terminaison des conduits biliaires dans les lobules du foie. — D’après M. de Chancourtois, qui a déjà développé cette manière de voir, le3 explosions de grisou seraient liées aux tremblements de terre.
- — La pyroélectricité du quartz continue d’occuper M. Friedel,
- Stanislas Meunier.
- LES SPECTACLES SCIENTIFIQUES
- LE BUSTE ISOLÉ
- Dans le truc de la demi-femme vivante, ou dans ceux des divers décapités parlants que nous avons décrits *, le corps de la femme ou la tête du décapité reposent sur une table ou sur un plateau, et sont reliés par conséquent soit au sol par les pieds de la table ou au plafond par les chaînettes. Mais que l’on suppose ce demi-corps ou cette tête apparaissant isolés au milieu d’une scène complètement nue, à plusieurs mètres du sol, du plafond ou des parois, produisant l’illusion d’une de ces têtes de baudruche qu’on voit quelquefois suspendues par un fil très fin au milieu des magasins de jouets d’enfants, et que l’on imagine cette tête vivante, on se rendra compte de l’illusion produite par le truc du buste isolé et de la surprise qu’il est susceptible de produire chez les spectateurs.
- Le buste peut être'celui de Socrate, comme celui de Pierrot. Robert-Houdin, le père, a présenté le premier à ses jeunes spectateurs ; une barraque foraine exhibait le second il y a quelques années en province, naturellement ce pourrait être aussi bien une tête de clown ou un buste de femme. Le buste isolé que représente notre gravure (fig. 1) est celui de Pierrot, une figure blanche et des vêtements blancs recevant un fort jet de lumière.
- On distingue parfaitement le plancher, le fond, les deux côtés et le plafond recouverts d’une même tenture, soit de couleur neutre, grise ou brune, pour faire ressortir la figure blanche, soit à raies.
- Le buste est bien vivant; quand c’est celui de Pierrot il fait non seulement d’horribles grimaces, mais de plus il déroge à la tradition, suivant laquelle Pierrot est un personnage muet, en chantant quelque bourde et en répondant aux facéties et aux questions burlesques du pitre qui le présente au public.
- Quand c’est le buste de Socrate, c’est un Athénien qui lui donne la réplique et le dialogue est approprié à la gravité des personnages.
- L’effet obtenu par le buste isolé est très frappant; cette figure blanche suspendue dans l’air, ressortant lumineuse sur un fond sombre et paraissant plus près des spectateurs qu’elle ne l’est réellement, semble une sorte de spectre grotesque dont cependant la vitalité ne laisse aucun doute; ce mélange de réalité et de fantasmagorie déroute complètement les suppositions du public, surtout du public habituel des spectacles forains, sur les moyens employés pour l’obtenir.
- L’illusion du buste isolé est encore due à un effet de glaces.
- Le buste que l’on aperçoit est bien réel, il est bien vu directement; le corps est dissimulé de la façon suivante ;
- Dans notre dessin explicatif représentant la coupe en long de la scène (fig. 2), la ligne PM est
- 4 Voy. n° 493 du lt novembre 1882, p. 379.
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- la coupe d’une grande glace étamée qui partant de la ligne du rideau P monte jusqu’à la partie supérieure du fond en M. Cette glace est de la largeur de la scène. A peu près en son milieu elle présente une ouverture par laquelle un acteur costumé en pierrot passe la partie supérieure de son corps, le buste que les spectateurs doivent apercevoir ; les plis de son vêtement cachent les bords de l’ouverture.
- La glace partage donc lascène en deux parties à peu près égales , l’une qui reste visible pour le public, c’est la partie antérieure; l’autre qui lui est cachée, c’est celle où se trouve le corps de l’acteur.
- Or le public ne se rend pas compte de cette séparation, il croit voir directement le plancher et le fond de la scène, alors qu’il ne voit que la réflexion du plafond dans la glace.
- Pour que ce résultat soit obtenu, la glace PM doit faire avec la ligne du plafond Ml un angle égal à celui qu’elle fait avec la ligne du fond ML. Autrement dit, la ligne de la glace PM doit être la bissectrice de l’angle ZML.
- Or, en vertu de ce principe d’optique que nous avons déjà eu occasion de rappeler en parlant des spectres vivants1 : « un objet se réfléchissant dans un miroir paraît derrière ce miroir à une distance, égale à celle qui l’en sépare », tout point de la ligne Ml se réfléchissant dans la glace PM paraîtra être situé sur la li* gne ML.
- Ainsi pour le spectateur placé en 0, le point c se réfléchissant en G' paraîtra être le point C ; la
- distance cC' égale CG'. Le point l se réfléchissant en L' paraîtra être L. 11 en sera de même pour tous les points intermédiaires.
- Le spectateur croira donc voir la ligne ML alors qu’il ne verra en réalité que la réflexion de Ml. Ou comme nous venons de le dire, il croïra voir le
- fond de la scène alors qu’il n’apercevra que la réflexion du plafond dans la glace. De même la réflexion de la partie antérieure de celui-ci lui donnera l’illu -sion du plancher de la scène.
- 11 est à remarquer que le compère qui donne la réplique au buste vivant peut se trouver devant la glace sans que son image se réfléchisse vers les spectateurs.
- Ce fait contribue encore à augmenter l’illusion, car le public ne se rend pas compte de la différence qui existe entre la disposition de l’endroit où apparaît le buste et de celle de la place où marche le compère.
- Le buste isolé étant un spectacle qui pour conserver son intérêt ne doit durer que quelques minutes, en même temps qu’il nécessite une installation très délicate et assez longue, convient beaucoup mieux aux cabinets de physique et aux loges foraines, dans lesquels le public se renouvelle constamment, qu’aux grands théâtres. Mais dans ces conditions, quand les dispositions sont bien prises, l’éclairage bien réglé, il constitue une des plus jolies et des plus intéressantes illusions d’optique.
- G. Kerlus.
- Le propriétaire~gérant : G. Tissanüieu.
- Fig. 2. — Diagramme explicatif du phénomène,
- 1 Voy. n° 506 du 10 février 1883, p. 167.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 519
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- LES PHARES AMERICAINS
- La Société des ingénieurs civils américains a tenu, il y a quelque temps, une exposition réunissant des modèles des différents types de phares actuellement en service aux États-Unis; nous avons pensé qu’il serait intéressant de faire quelques emprunts au rapport récemment présenté, sur la construction de ces ouvrages, devant la Société, par M. Barnard.
- Nous avons reproduit certains types curieux à ce point de vue.
- L’édification des tours de phares constitue, à vrai dire, une des œuvres les plus difficiles que puisse aborder le génie civil ; il faut assurer, en effet, à l’ouvrage entrepris une résistance et une cohésion à toute épreuve pour que la tour puisse supporter l’effort des vents violents et des tempêtes parfois si terribles sur mer, soutenir le choc des vagues soulevées qui brisent tous les obstacles qu’on leur oppose. Ajoutez à cela les difficultés d'installation qu’on rencontre en pleine mer, sur des récifs parfois inabordables, où il faut apporter tous les matériaux de cette tour qui devra être amarrée en quelque sorte sur le rocher pour quelle y trouve un point d’appui résistant et quelle fasse corps avec lui. Aussi la construction d’un phare qu’il faut poursuivre toujours à travers des péripéties continuelles, toujours au prix de beaucoup de peine et de fatigues, suffit-elle souvent pour assurer la renommée de l’ingénieur habile qui l’a menée à bonne fin.
- Nous citerons d’abord un phare flottant d’un modèle des plus curieux qui est représenté ci-11* innét.— 1" wmeslrê.
- contre (fig. 1 ). Ce phare qui a été étudié par le capitaine Moody est complètement métallique, il comprend une sorte de vaisseau, formant bouée creuse à l’intérieur, avec quatre branches en forme de croix dont la disposition rappelle, dit l’auteur, les bras de l’étoile de mer. Ces bras rayonnants présentent une forme courbé qui a été étudiée de manière à ce que les vagues puissent glisser facilement sur la paroi sans rencontrer aucun obstacle. Une pareille disposition amortirait ainsi beaucoup les chocs violents et subits, que les vagues développent sur les bouées et qui amènent fréquemment la rupture des câbles d’amarrage dans les tempêtes maritimes; et, enfin, sous l’action incessante de ces efforts dirigés dans tous sens, la bouée contre laquelle la vague est obligée de se heurter, est maintenue dans un état d’agitation continuelle, la lumièren’estplus fixe et quelquefois même elle s’éteint, malgré toutes les précautions prises pour conserver la suspension verticale, et cela au moment où sa présence serait le plus nécessaire. Une disposition qui amortirait sensiblement ces réactions paraît donc intéressante à signaler. Ajoutons que les bras sont partagés chacun en deux compartiments vides communiquant tous avec la chambre centrale établie sur le pont du navire; celui-ci est protégé extérieurement par un parapet comme l’indique la figure : au milieu est disposée la tour métallique qui supporte la lanterne. Le diamètre du bateau est de 18 mètres, la hauteur totale jusqu’au feu est de 20 mètres environ, la hauteur de la bouée proprement dite est de 7m,65
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- Fig. 1. — Phare flottant avec bouée métallique creuse du capitaine Moody.
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- On rencontre aussi en Europe, notamment sur la mer Baltique, de nombreux exemples de phares flottants, d’une puissance lumineuse considérable. M. Seyriz donnait récemment, dans le Génie civil, la description de deux pareils phares construits à Paris, dont l’un est actuellement en service dans le golfe de Gênes, et l’autre en Suède sur le récif appelé Vistrabanken. Ces phares sont supportés sur de véritables navires en bois, au centre desquels s’élève un pylône en treillis de fer de 10m,50 de hauteur totale qui renferme la lanterne. Les feux dont on a augmenté fortement l’intensité par rapports aux anciens phares flottants, en la portant à 73 becs au lieu de 13, sont visibles sur toute leur
- portée géographique à une distance de 13 milles environ.
- Les nos 1 et 3 de la fig. 2, empruntée tout entière au rapport de M. Barnard, représentent deux types de phares fixes complètement métalliques établis en pleine mer et supportés sur des colonnes évidées disposées de manière à offrir le moins d’obstacle au passage des vagues.
- Le phare n° 1 (fig. 2) est établi sur la passe sud-ouest du delta du Mississipi sur un sol formé entièrement par les alluvions du fleuve, aussi a-t-on rencontré de grandes difficultés pour asseoir solidement les fondations. Le sol ne renferme, en effet, que du sable et de l’argile avec des matières végé-
- Fig. 2. — Phares américains. — N° 1. Phare métallique installé pour l’éclairage de la passe sud-ouest du Mississipi. — N* 2. Phare en maçonnerie installé sur le rocher des Lunettes dans le lac Huron (Détroit de Mackinac). — N’ 3. Phare métallique établi à l’extrémité nord-est du récif de Fowey, à la pointe du cap Floride. « t.
- taies essentiellement plastiques et tout à fait incapables de supporter une pression un peu forte. Une première tour en maçonnerie bâtie sur ce point en 1850 s’était déjà écartée de la verticale déplus de 0m,70, et on avait dû l’abandonner. Les' fondations du nouveau phare furent établies, en quelque sorte, sur pilotis, on constitue une aire artificielle de 30 mètres de diamètre, en enfonçant à refus dans le sol des picots en bois de 6 mètres de longueur. On assembla ensuite sur les têtes de ces pieux plusieurs assises successives de madriers horizontaux sur une hauteur d’environ 3 mètres, entre lesquels on coula du béton, tout l’ensembl*' fut ensuite recourt de plaques en fer solidement boulonnées avec fës pieux et les madriers, et celles-ci formèrent un socle pour l’assemblage des neuf colonnes qui devaient constituer la tour. La hauteur
- totale de la construction métallique depuis le socle jusqu’à la lanterne est de 38m,35.
- Le phare n° 3 (fig. 2) qui est installé en pleine mer, pour ainsi dire à l’extrémité nord-est du récif de Fowey, à la pointe du cap Floride, a été édifié, dans des conditions analogues, seulement comme il est établi dans une région particulièrement exposée aux tempêtes venant de l’Atlantique, on a dû s’attacher à augmenter la résistance et la solidité des pièces, en même temps qu’on a donné à la tour une base d’appui plus élargie, comme on le voit sur la figure.
- La tour en maçonnerie du phare représentée n° 2 (fig. 2) est installée sur le lac Huron à la pointe Est du détroit du Mackinac à l’extrémité Sud du récif septentrional faisant partie d’un groupe de deux rochers proéminents distants des rives les
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- plus rapprochées du lac à plus de 20 kilomètres et à qui leur position a fait donner le nom de rochers à lunettes. Ces rochers sont exposés aux vagues venant du Nord-Est jusqua une distance de près de 300 kilomètres, mais ce qui fait surtout le danger de la position qu’ils occupent, ce sont les énormes glaçons que les eaux charrient au moment des débâcles avec des vitesses de 5 à 6 kilomètres à. l’heure et qui viennent avec une puissance presque irrésistible broyant tous les obstacles qu’ils trouvent sur leur passage. A l’hiver de 1875 par exemple on vit des glaçons d’une surface supérieure à un hectare, et dont la hauteur au-dessus du niveau de l’eau dépasse 10 mètres qui bouchaient complètement la porte d’entrée de la tour élevée cependant de 8 mètres environ.
- Pour supporter un pareil choc, on se décida à construire une tour complètement en maçonnerie qui présentait ainsi plus de masse qu’un treillis en fer, mais en même temps on dût prendre des précautions spéciales pour donner une cohésion intime à toutes les pierres assemblées. Ainsi qu’on le voit sur la figure 2 par les détails de maçonnerie que nous représentons, toutes les pierres sont fixées entre elles par des tirants en fer qui assurent la parfaite solidarité de toutes les assises, et grâce à ces dispositions, le phare a pu supporter depuis bientôt six ans les débâcles les plus violentes sans être ébranlé.
- Les fondations présentaient également des difficultés particulières bien que la profondeur de l’eau (2 mètres seulement) ne fut pas trop considérable, il fallut les protéger contre l’action des vagues en les entourant d’une palissade de protection formant un carré de 30 mètres de côté qu’on remplit de béton et on installa au milieu un caisson étanche de 10 mètres de diamètre formé de douves assemblées et maintenues par des cercles en fer, à l’intérieur duquel on édifia la maçonnerie de fondation. La tour fut ensuite élevée au moyen d’assises assemblées comme nous l’avons dit plus haut. Elle forme un massif plein jusqu’au seuil de la porte dans toute la partie qui est exposée au choc des gros glaçons, au-dessus au contraire elle est creuse et formée de cinq chambres superposées de 4m,50 de diamètre. La hauteur de la tour, de la base jusqu’à la corniche est de 28m,40, le diamètre à la base est de 10m,75. La hauteur du foyer lumineux est de 50 mètres. Les travaux de construction commencés en 1870 ont été terminés seulement en 1874, et la dépense s’est élevée à près de 2 millions de francs. L. B.
- OBSERVATOIRES SCIENTIFIQUES
- CIRCUMPOLAIRES
- Ce n’est point le fait d’une intelligence vulgaire que de chercher à pénétrer l’inconnu au milieu des glaces du pôle; plusieurs nations rivalisent dans ce but, et c’est toujours une gloire nouvelle pour le
- drapeau qui flotte le premier au sein de ces régions que nos aïeux croyaient inaccessibles.
- Mais il faut reconnaître, toutefois, que si l’on résume les résultats scientifiques des expéditions passées, ils ne répondent point aux sacrifices considérables d’hommes et de millions qu’ils ont coûtés. Avec une persévérance et une ténacité admirables, on a parcouru en navire ou traversé >en traîneau une grande partie du bassin polaire, mais la valeur des découvertes faites gît plutôt dans l'énorme dépense de travail et de dévouement quelles impliquent — preuve de ce que peut l’homme quand il poursuit une œuvre idéale — que dans les conséquences scientifiques qui en résultent, et il faut avouer même que cette valeur scientifique se réduit à mesuré qu’on l’analyse de plus près. "
- Aussi, bien des personnes ont-elles pu croire que les voyages polaires sont absolument stériles et sans but possible d’utilité pratique; c’est là une très grave erreur, qu’il ne faut pas laisser subsister.
- On peut affirmer, en effet, que, pour l’étude des sciences naturelles, les régions polaires sont, et de beaucoup, les parties les plus importantes du globe; les conditions extrêmes au milieu desquelles se manifestent les forces de la nature dans le voisinage des pôles, y provoquent des phénomènes qui nous offrent les meilleurs moyens d’étudier l’essence même de ces forces. C’est ainsi que l’étude du magnétisme terrestre et de ses perturbations, est l’une des plus importantes, mais aussi, malheureusement, l’une des plus obscures encore de toute la physique. À côté d’elle, se place tout naturellement l’examen approfondi des aurores boréales, cette curieuse manifestation de l’électricité atmosphérique si rare dans nos contrées.
- En ce qui touche la météorologie, le voisinage des pôles, entourés de leurs ceintures de glaèe, donne à ces régions une influence décisive, 'le mouvement général de notre atmosphère étant basé sur les courants d’air froid ou chaud, sec ou humide, qui s’échangent entre l’équateur et les pôles; la distribution du calorique sur notre globe constitue l’une des questions fondamentales de la météorologie, et d’une observation complète des vents et des courants de l’atmosphère bon pourra déduire,, dans l’intérêt de l’agriculture et de la navigation, des prévisions sérieuses pour les conditions climatériques qui affectent nos contrées.
- L’astronomie et la géodésie sont également intéressées dans ces hautes latitudes, l’une par les phénomènes de réfraction anormale constatés dans les régions polaires, l’autre par l’aplatissement de, la terre que permettra d’étudier l’oscillation du pendule, c’est-à-dire l’intensité de la pesanteur dans les environs du pôle. ».
- Pour la flore et la faune, l’étude de la vie ani^ male et végétale au milieu de conditions tellement extrêmes doit être d’un immense intérêt. Quant à la géologie et l'élude des phases que notre globe a traversées, la Sibérie avec sa faune antédiluvienne,
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- LA NATURE.
- la Nouvelle-Zemble, le Spitzberg et le Groënland avec leurs pétrifications et leurs fossiles, sont des mines précieuses pour le paléontologiste, et lui ont ouvert déjà bien des horizons nouveaux.
- Bien d’autres branches des sciences naturelles pourraient être citées encore comme intéressées au plus haut point dans les explorations polaires, et cependant sur tout ce vaste domaine, la somme des connaissances acquises jusqu’à ce jour est encore bien minime. La faute en est, non pas au manque d’exactitude ou au petit nombre des observations recueillies, mais bien dans ce fait que le but suprême des missions arctiques a toujours été jusqu’ici la découverte géographique; tout lui a été surbor-donné, et la gloire même qui y était attachée a fait reléguer au second plan les explorations purement scientifiques ; partout on a concentré ses efforts sur la voie la plus directe pour atteindre le pôle, et l’on s’est peu soucié des trésors de sciences disséminés le long de la route.
- Evidemment, levoya-geur arctique, prisonnier de la banquise ou attelé à son traîneau, ne saurait être astreint à des observations scientifiques suivies, alors que trop souvent, hélas ! il ne peut que lutter pour l’existence même.
- Remarquons, en outre, que jusqu’à ce jour les expéditions ont été faites séparément, n’offrant par suite aucun des éléments d’ensemble nécessaires pour établir une comparaison des observations recueillies. Aussi, quoique nombreuses et bien faites, ces observations n’offrent-elles que des résultats isolés n’ayant qu’une importance secondaire. C'est par des stations prolongées en certains points déterminés des régions polaires qu’on peut seulement arriver à y faire des observations d’une valeur réelle, et non pas par des voyages où domine surtout le désir de pousser plus loin et plus au Nord que ses devanciers.
- Il faut pouvoir comparer des observations faites simultanément en plusieurs points différents, pour arriver à connaître les lois générales qui président, soit aux mouvements magnétiques, soit à la formation des aurores boréales, soit enfin à la marche des vents et des courants, à l’état et à la débâcle des glaces; et c’est par la connaissance de ces dernières
- lois que l’on pourra s’assurer l’accès plus ou moins facile de l’intérieur du bassin arctique.
- Ces études ne seront même complètes que si elles sont faites en même temps dans les environs des deux pôles, car, pour les perturbations magnétiques, par exemple, il importe de connaître si elles se manifestent à la fois aux deux extrémités de notre globe.
- La nécessité se démontrait donc d’établir autour des régions polaires un vaste réseau de stations purement scientifiques procédant à toutes ces observations simultanément et d'après les mêmes règles.
- Mais il fallait, pour exécuter un tel projet, l’adhésion et l’accord de toutes les puissances maritimes, et
- c’est au regretté lieutenant Weyprecht1 et à M. le comte Wilczek que revient l’honneur de s’être faits généreusement les promoteurs de cette idée grandiose. A la suite de pourparlers diplomatiques nombreux* la plupart des nations européennes se rallièrent, ainsi que l’Amérique, au projet présenté ; des délégués de chacune d’elles se réunirent à Hambourg, à Berne et à Saint - Péters-bourg, dans des conférences où furent discutés : le choix des points les plus propres à l’inslalla-tion des observatoires, les observations à recueillir et le temps à y consacrer.
- Chacune des nations représentées s’engagea à entretenir à ses frais pendant au moins une année (d’août 1882 à août 1883), une mission scientifique dans l’un des points convenus, et à se conformer strictement au programme arrêté d’avance. C’est ainsi que l’établissement de quinze observatoires fut résolu, pour lesquels de fortes subventions furent accordées, non seulement par les nations intéressées, mais encore par diverses personnes enthousiastes de ce grand projet.
- Nous donnons ci-après les noms et les positions géographiques2 de missions scientifiques, ainsique tous les renseignements que nous avons pu jusqu’à ce jour recueillir sur chacune d’elles.
- 1 Lieutenant de vaisseau de la marine autrichienne, l'explorateur célèbre qui, en 1873, à bord du Tegethof, découvrit les terres François-Joseph.
- 4 Les longitudes sont comptées du méridien de Paris. Les positions sont indiquées sur les cartes par des points noirs.
- la /Siu
- Fig. 1. — Carte des observations scientifiques circumpolaires. Océan Arctique.
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- Océan arctique. — 1° États-Unis. — Mission à Ooglalanné, à 5 milles à l’Ouest de la pointe Barrow (côte nord d'Alaska) par 71° 18' nord et 158° 44'ouest, composée de onze'personnes sous les ordres du lieutenant Ray ; restera à son poste jusqu'à l’été de 1884.
- 2° États-Unis — Mission au fort Conger, baie de Lady-Franklin (détroit de Robeson, côte est de la terre du Grinnell), par 81° 20 nord et 67° 18' ouest : composée de vingt-quatre personnes sous les ordres du lieutenant Greely ; est arrivée à son poste le 11 août 1881.
- Outre une subvention de 500 000 francs, votée par les Chambres américaines pour l’organisation de ces deux stations, des navires sont armés pour leur porter chaque année des secours, des vivres et aussi du personnel én cas de besoin *.
- 3° Angleterre. —
- Mission au fort Raë (grand lac des Esclaves, Canada), par 62° 50' nord et 118° ouest.
- 4° Allemagne —
- Mission au golfe de Cumberland (détroit de Davis) par 66° 30' nord et 68° 20' ouest ; composée de 10 personnes sous les ordres du docteur Geise; a quitté l’Europe à bord de la Ger-mania en juin 1882; subvention accordée,
- 166 250 francs.
- 5° Danemark. — Mission à Godthaab (côte ouest du Groënland), par 64° 10' nord et 54° 05' ouest;, composée de 6 personnes sous les ordres de M. Paulsen; partie de Copenhague à bord de la Cérès, a dû arriver à son poste vers la fin de juin 1882 et y restera jusqu’en septembre 1882. Subvention, 2D0 000 francs.
- 6° Autriche. — Mission à l’île Jean-Mayen (entre la Norwège et le Groënland), par 70°50' nord et 10° 55'ouest, composée de 14 personnes sous les ordres du lieutenant Wohlgemuth; partie de Pola le 2 avril 1883 à bord du Pola, a pu atteindre son poste après une première tentative infructueuse et a commencé ses observations le 15 août suivant. Le Pola ira rechercher cette mission en août 1883. Subvention de 200 000 francs, complètement fournie par M. le comte Wilczek.
- 1 Nous apprenons que le Neptune, arrêté par les glaces dans le détroit de Smith, n’a pu atteindre le fort Conger, en 1882.
- 7° Suède. —Mission à la baie Mossel (Spitzberg), par 79°53' nord et 13°40' est; composée de 13 personnes sous les ordres de M. N. Ekholm, Une souscription publique, à laquelle M. Smith a contribué pour la somme de 80 000 francs, a fourni les fonds nécessaires. — L’expédition, partie à bord d’un navire que commandait le capitaine Palander (l’ancien lieutenant de Nordenskjol à bord de la Vega), s’est trouvée empêchée par les glaces d’atteindre la baie Mossel, et s’est installée, le 21 juillet 1881, un peu dans le Sud de cette baie, au cap Thordsen (Ice sound ou Ils fjord) sur la côte ouest du Spitzberg.
- 8° Norvège. — Mission à Bossekop, cap Nord du Finmark (Nor-wège), par 69° 56' nord et 20° 40' est. Subvention, 40 000 francs.
- 9° Hollande. — Mission à Dicksons-haven (embouchure de l’Yénisséi ), par 73° 20'nord et 79° 40' est ; composée de 9 personnes sous les ordres de M. Snellen. — En cas d’impossibilité d’atteindre Dieksonshaven , devait s’installer à la pointe nord-est de la Nouvelle - Zemble. Les fonds nécessaires ont été fournis par une souscription publique à laquelle le Gouvernement a contribué pour la somme de 63000 francs.
- D’après une lettre de M. Rabot, du 28 octobre 1882, les navires Varna et Louise, qui transportaient le personnel et le matériel de cette expédition, ont été pris par les glaces dans la mer de Kara, à l’Est de l’île Waïgatz, et le navire danois Dijmphna (commandé par le lieutenant Hovgaard) y fut pris aussi en voulant leur porter secours.
- Depuis lors, des Samoyèdes disent avoir vu dans les parages où devait se trouver la Dijmphna des épaves provenant d’un gros navire ; les gouvernements russe et danois doivent actuellement faire exécuter les recherches nécessaires pour savoir s’il n’y a pas là encore un sinistre à déplorer1.
- 10e'Russie. — Mission à Sodankylà (Finlande) par 67° 24' nord et 24° 16' est.
- - 110 Russie. — Mission à la baie Karmakuli (côte
- 1 Nous apprenons que la Louise a pu sortir des glaces et débarquer son matériel dans le Sud de la Nouvelle-Zemble, où hiverneraient actuellement les équipages des deux autres navires
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- Fig. 2. — Carte des observations scientifiques circumpolaires. Océan Antarctique.
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- nord de la Nouvelle-Zemble), par 72° 30' nord et 50° 40' est, sous les ordres de M. Andreïeff. Subvention composée de 50 000 francs donnés par le Czar, et de 200 000 francs par le comte Strogonoff et la Société do géographie de Saint-Pétersbourg.
- 12° Russie. — Mission au cap Borcnaya (à l’Est du delta de la Léna), par 73° nord et 122° 20' est. Partie de Saint-Pétersbourg le 16 décembre 1881 sous les ordres de M. Yurghens. Subvention de 250000 bancs, dont 10 000 francs fournis par des marchands sibériens.
- Océan antarctique. — 13° France. — Mission à la baie Orange (cap Horn) par 56° sud et 69° 34' ouest; partie de Cherbourg en juin 1882 à bord de la Romanche, sous les ordres du capitaine de frégate Martial. Subvention de 280000 francs votée par les Chambres.
- 14° Allemagne. — Mission à Pile Géorgie du Sud, par 54°30' sud et 39° ouest; composée de 10 personnes sous les ordres du docteur Schrader ; partie d’Europe en juin 1882. Subvention, 176 250 francs.
- 15° Italie et République Argentine. — La corvette Cap-Horn et le cotre Patagones doivent descendre de Buenos Ayres au cap Horn sous les ordres du commandant argentin Piedra-Buena ; de là une mission scientifique sous les ordres du lieutenant italien Bove1 se dirigera vers les Shetland du Sud et peut-être atteindra la terre de Graham. Subvention 80 000 francs, plus le matériel fourni par l’État. (11 semble qu’il s’agisse là simplement de préparer un grand voyage d’exploration des terres antarctiques2.)
- Si l’on ajoute à toutes ces stations celles qui existent déjà d’une manière pour ainsi dire permanente en Russie, en Sibérie, dans la presqu’île d’Alaska, dans les possessions anglaises de l’Amérique du Nord, etc*, on voit que tout autour de la ceinture polaire arctique existe un vaste réseau d’observatoires où s’amassent actuellement des documents pour une étude d’ensemble qui s’étendra jusque vers le 80e degré de latitude nord, et dont il faut espérer surtout que le fonctionnement continuera dans l’avenir.
- Disons enfin que, dans l’hémisphère sud, existe aussi, mais seulement au point de vue météorologique, un observatoire anglais aux îles Falkland.
- Ce n’est, certes pas pour une œuvre stérile, ni sans une grande utilité pour le genre humain, que des marins intrépides ont jusqu’ici exposé leurs jours dans les contrées polaires. Au milieu de périls sans cesse renouvelés, ils ont donné le spectacle de l’abnégation, du courage, de la persévérance, des vertus qui élèvent l’homme et l’ennoblissent; et si, dans ces luttes contre la nature dont leur vie était l’enjèu, ils ont semé de leurs dépouilles mortelles ces régions lointaines, du moins leur souvenir,
- 1 Ancien compagnon de Nordenskiôld à bord de la Vega.
- * Nous apprenons (16 décembre 1882) l’arrivée en Europe du lieutenant Bove et de ses compagnons de voyage; l’on doit donc considérer la mission italienne çomme terminée.
- resté dans tous les cœurs, plane toujours sur ce monde qu’ils nous ont fait connaître.
- Grâce à l’organisation des missions internationales circumpolaires, nous aurons sûrement dans l’avenir moins de victimes à regretter; c’est là, en outre, une des plus grandes et des plus fécondes tentatives de notre siècle pour augmenter l’état de nos connaissances sur les condit'ons physiques de notre globe.
- La plupart des nations civilisées s’efforcent, actuellement, par des moyens scientifiques, d’arracher leurs secrets à ces régions mystérieuses. C’est entre elles une lutte pacifique dont profitera l’humanité tout entière; honneur donc à tous les combattants, et qu’importe le nom du vainqueur, pourvu qu’il y ait une victoire1 ! A. Bellot,
- Lieutenant de vaisseau.
- ÉLECTRICITÉ PRATIQUE
- Une nouvelle disposition de pile pour produire un courant constant, intense et de longue durée. — M. le Dr E. Obach, en poursuivant ses expériences sur son galvanomètre à bobine mobile a eu besoin d’une batterie fournissant un courant intense, constant et de longue durée ; il a imaginé et construit la pile représentée ci-contre et que nous reproduisons d’après le Cari Repertorium.
- Cette pile n’est autre chose qu’une pile de Bunsen : zinc, eau acidulée sulfurique, charbon, acide azotique, disposée de manière à assurer le renouvellement continu des liquides. La résistance intérieure de chaque élément est en moyenne de 0,07 ohm et la force électromotrice do 2,09 volts; il peut donc fournir près de 30 ampères en court circuit.
- GG est un bocal de 20 centimètres de hauteur et de
- 12.5 centimètres de diamètre, placé dans une position renversée sur un support approprié, le fond en est enlevé et remplacé par un couvercle en bois recouvert de paraffine. Le vase poreux P, en terre rouge, maintenu dans une bague de liège, a 23,5 centimètres de hauteur et un diamètre intérieur de 6 centimètres.
- Le choix du vase poreux est très important, et le bon fonctionnement de l’élément dépend beaucoup de sa qualité. Les vases poreux employés parle Dr Obach étaient entièrement imbibés une minute après avoir été remplis d’eau, ce qui donne une mesure de leur porosité.
- Le vase poreux est fermé par un bouchon saturé de paraffine traversé par le bout carré d’un charbon K. Ce bloc de charbon de cornue a 22,5 centimètres de long et
- 3.5 centimètres de diamètre ; il est percé à son centre d’un trou de 15 millimètre* de diamètre et de 18 centimètres de longueur. A son sommet se trouve une série de petits trous rayonnants ; un tube en verre M dont l’extrémité est légèrement évasée en -forme d’entonnoir arrive jusqu’au sommet du charbon et traverse le vase poreux ainsi que le bouchon du bocal. Le fond du vase poreux est paraffiné ainsi que son bord supérieur et la tète du charbon. Sur le fond du bocal repose un anneau en gutta-percha en forme de gouttière x y, rempli de mercure dans lequel plonge la partie inférieure du cylindre de zinc de 16 centimètres de hauteur, 6 millimètres d’épais-
- ♦ Revue maritime et coloniale.
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- seur et pesant 2 kilogrammes. A travers le bouchon, à la partie inférieure du bocal, passent les deux tubes R et r, et dans le couvercle en bois les deux tubes à entonnoirs t' et l; t s’arrête à la partie supérieure du zinc; t'va jusqu’au fond du vase poreux.
- voici comment circulent les liquides :
- L’acide azotique neuf arrive au fond du vase poreux par le tube à entonnoir V, tandis que l’acide épuisé s’écoule par les trous rayonnants percés à la partie du charbon dans le tube central M et dans un récipient placé à la partie inférieure, L’eau acidulée sulfurique neuve arrive au contraire à la partie supérieure en t et, rendue plus dense par la formation du sulfate de zinc, s’écoule par le tube siphon R dans le tube T. Le niveau des liquides est très peu différent, comme on le voit sur la figure, l’eau acidulée sulfurique étant au niveau le plus élevé dans le vase extérieur. SS' est la section d’un tube en verre
- Eau acidulée Acide azotique
- roulé en cercle et disposé à la partie supérieure du liquide, là où il est le plus chaud; ce tube est traversé par un courant d’eau froide pour maintenir le liquide à une température constante. Le tube r sert à vider la pile; il est toujours bouché pendant son fonctionnement.
- Toutes les communications sont établies par des contacts à mercure. Le cylindre de zinc est relié à une lame de cuivre renfermée dans un tube en verre qui traverse le couvercle ; cette lame de cuivre vient plonger dans le mercure placé dans la gouttière en gutta-percha sur laquelle repose le cylindre de zinc. Le bout carré du charbon est creusé en Q ; la cavité ainsi établie est remplie de mercure qui sert à établir les communications avec le circuit extérieur.
- L’auteur décrit le moyen de monter deux ou plusieurs batteries, ainsi qu’un commutateur à mercure permettant de coupler les éléments à volonté.
- Fer mince pour plaque* de téléphones. —
- Nous avons donné, précédemment, un procédé pour la confection des lames de téléphones (Voy. n° 518, du 5 mai 1883, p. 359). Notre collaborateur, M. A. Guebhard, nous indique un moyen bien plus simple de se procurer des feuilles de fer très minces :
- « Il existe dans le commerce de la quincaillerie, sous le nom de fer noir, de grandes feuilles laminées de fer parfaitement doux, dont l’épaisseur n’est que de 0“m,15 au plus, et les dimensions de plus de 1 mètre sur 0m,30 (il existe aussi un format moitié moindre). 11 y a de quoi couper là dedans, pour 50 centimes, bien des rondelles de téléphone, sans recourir aux longueurs et aux frais du procédé à la ’Wollaston, qui ne peut guère arriver qu’à remettre au jour Yâme de fer noir, devenue par étamage fer blanc. Enfin des lames plus minces encore et toutes recouvertes d’un superbe vernis (collodionné) sont celles que l’on emploie pour les petites photographias miniatures que tant d’industriels délivrent instantanément à la douzaine, à des prix minimes, au moyen d’appareils revolver. Ces feuilles ferroty piques, d’origine américaine, se trouvent chez les principaux marchands d’articles à photographies (Marrion, etc.), à 60 centimes la feuille de 0“',30 sur 0“ 25. »
- LA
- PHOTOGRAPHIE DES VIBRATIONS DU SON
- Le professeur Boltzman, savant physicien allemand, vient d’imaginer un ingénieux système pour photographier les vibrations et les sons quelconques. L’appareil qu’il a construit est ainsi disposé en principe : on fixe au centre d’une membrane métallique circulaire, semblable à celle des téléphones, une mince lame de platine, perpendiculairement à cette membrane. On dispose à proximité une seconde lame fixe, de manière à laisser une légère fente entre les deux, la fente est établie au foyer d’une lentille convergente sur laquelle arrivent les rayons du soleil. Après avoir traversé la fente, dont la largeur varie avec les vibrations de la plaque, le faisceau de lumière arrive sur une pile à sélénium mise en circuit avec deux téléphones et une douzaine d’éléments Leclanché en tension. On voit qu’avec une telle disposition, semblable à l’une de celles imaginées par M. Graham Bell dans ses expériences, l’appareil n’est autre chose qu’un photophone. Mais si, à l’aide d’un microscope solaire, l’on concentre uqe lumière intense sur la plaque de platine et qu’on fasse arriver l’ombre de cette plaque sur une feuille photographique préparée à l’émulsion de Vogel, on aura une photographie exacte des vibrations en imprimant à la feuille sensible un rapide mouvement dans une direction perpendiculaire à la ligne lumineuse tracée par la fente entre les deux plaques.
- Pour les voyelles, les courbes sont très simples, mais pour les consonnes, les lettres /, m, n, r, p et r donnent des figures qui ressemblent à celles obtenue par Kœnig avec ses flammes.
- LE RÉSEAU TÉLÉPHONIQUE DE REIMS
- Le réseau téléphonique de Reims, le premier de ceux exploités par l’administration des télégraphes, est définitivement en service depuis le 1er avril dernier. Les premiers abonnés reliés, avaient pu correspondre dès le 31 décembre 1882; par suite d’une entente intervenue entre le Ministre des postes et télégraphes et l’administration municipale, l’ouverture officielle, à dater de laquelle les abonnements commencent à courir, n’a eu lieu que lorsque la plupart des abonnés, au nombre d’environ 175, se sont trouvés définitivement reliés.
- La ville de Reims, n’ayant pas d’égouts à grande sec»
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- tion, le système aérien s’imposait pour la construction du l’éseau. Au lieu de suivre le tracé des rues, comme cela s’est fait pour les nombreuses lignes privées qui sillonnent la ville, il a été décidé, en vue d’abréger les parcours, de passer par-dessus les toitures aussi directement que possible. Les lignes ont été groupées en 5 faisceaux, de 20 à 45 fils, rayonnant à partir du poste central, et se subdivisant eux-mêmes en d’autres faisceaux secondaires en divers points de leur parcours.
- Les postes chez les abonnés ne présentent rien de particulier. Le type presque partout adopté est l’appareil Bréguet. Comme au poste central, un paratonnerre à papier est interposé dans la ligne, indépendamment du paratonnerre à peigne existant dans l’appareil.
- Plusieurs abonnés, possédant des lignes privées, n’ont qu’un seul appareil, que deux commutateurs à manette ou un double commutateur à crochet permettent de rattacher soit à la ligne privée, soit à la ligne du réseau, chacune d’elles ayant en outre sa sonnerie distincte.
- Au lieu d’établir aux frais de l’État l’ensemble du réseau, et de le couvrir de ses dépenses en comprenant dans l’abonnement l’intérêt et l'amortissement du capital engagé, le Ministre des postes et télégraphes a préféré laisser à la charge de l’abonné les frais d’installation des lignes et des appareils; l’abonnement ne représente donc que les dépenses de personnel et de matériel des bureaux centraux, et un léger droit d’usage. Les charges qui en résultent pour les abonnés, se composent d’un abonnement annuel de 200 francs et d’une dépense de première installation dont la moyenne ressort à 400 francs environ ; dans ce chiffre, le prix de la ligne entre pour 175 francs. À Reims, les abonnés ont jugé équitable de répartir entre eux les dépenses de première installation par parts égales ; en effet, chaque abonné se sert non seulement de sa ligue, mais de l’ensemble du réseau, qui constitue l’outil commun à tous.
- . Outre les communications entre abonnés, l’abonnement donne droit aux communications avec le réseau télégraphique ; l’abonné peut donc dicter ses dépêches au télégraphe et recevoir téléphoniquement les dépêches à son adresse dès leur arrivée, sauf à en avoir la confirmation écrite par le courier suivant.
- Enfin il existe dans les trois bureaux de poste et de télégraphe de la'ville, et il existera bièntôt à la gare des voyageurs, des cabines sourdes, dans lesquelles toute personne peut, moyennant 25 centimes par 5 minutes, communiquer avec les abonnés du réseau.
- Les établissements publics, tels que cercles, hôtels et cafés sont assujettis au payement d’une taxe de 25 centimes par communication de 5 minutes ; mais avec un minimum de perception annuelle fixé à 200 francs. Il nous semble qu’il serait équitable d’allouer au titulaire de ces postes une légère remise sur les sommes encaissées par eux. Ce serait en effet pour l’État le moyen de multiplier sans frais aucuns ce genre de bureaux, pour son grand avantage et celui du public.
- Le réseau peut comprendre non seulement les abonnés domiciliés dans la ville, mais encore ceux placés en dehors du périmètre de l’octroi, sauf pour eux à payer une redevance de 25 francs par kilomètre de ligne, à titre de droit d’usage et frais supplémentaires d’entretien. Cette faculté n’a pas été utilisée jusqu’ici, car elle constituerait, dans beaucoup de cas, une charge trop lourde pour ceux qui pourraient en profiler.
- LA LOCUSTE GÉANTE
- Ainsi que je le disais dans un article précédent1, c’est sans nul doute l’ordre des Orthoptères qui renferme les insectes aux formes les plus étranges, et l’on peut ajouter aujourd’hui, aux plus fortes proportions. Nous savons, en effet, que le plus grand de tous les insectes connus jusqu’ici est un Orthop-tère de la famille des Protophasmiens, trouvé dans les schistes houillers de Commentry (Allier). Ce gigantesque articulé de l’époque carbonifère avait une longueur de 28 centimètres; il a été décrit récemment par mon savant collègue M. Charles Bron-gniart sous le nom de Titanophaxma Fayoli et dédié à l’ingénieur directeur des mines de Commentry, M. Fayol, auquel la paléontologie entomo-logique est redevable de précieuses découvertes. Les espèces qui vivent de nos jours, bien que d’une taille inférieure, n’en ont pas moins des dimensions fort respectables ainsi que le montre la planche ci-jointe qui représente fidèlement un individu femelle du Platyphyllum giganteum ou Locuste géante de la Nouvelle-Calédonie. Le genre Platyphyllum (de 7r/aréç, large et de cp^X/ov, feuille) appartient au groupe des Orthoptères sauteurs et à la famille des Locustides. 11 comprend des insectes remarquables par la largeur de leurs ailes, dont les supérieures ressemblent à des feuilles vertes; il renferme plusieurs espèces originaires de l’Amérique du Nord, des Antilles et particulièrement de l’Amérique méridionale.
- La Locuste géante est verte avec de longues antennes, les ailes inférieures sont en partie transparentes. Elle vit, paraît-il, au sommet des palmiers et ne se rencontre que fort rarement ailleurs; sa chasse est donc très difficile. On ne la connaît bien que depuis la rentrée en France des déportés de la Nouvelle-Calédonie qui en avaient capturé un certain nombre d’échantillons. Si nous comparons ces énormes insectes avec leurs représentants dans nos régions, nous sommes étonnés de voir les petites d’mensions de ces derniers. Au lieu de Locustes géantes, nous avons notre sauterelle verte, la Locusta viridissima des naturalistes, que l’on voit voler dans les champs et les bois pendant la belle saison et dont la longueur du corps ne dépasse pas 4 centimètres chez les plus grands individus. Cette sauterelle est commune dans les environs de Paris où le vulgaire lui donne à tort le nom de Cigale qui appartient à un insecte chanteur de l’ordre des Hémiptères. Le mâle fait entendre le soir son chant aigu et sonore; la femelle se distingue, facilement par la présence d’une tarière à œufs ou oviscaple à l’aide de laquelle elle dépose dans un terrain meuble, vers la fin dè l’été ou en automne, de six à huit œufs allongés et blanchâtres. Au printemps suivant sortent de ces œufs de petites sauterelles ressemblant à leurs parents mais encore dépourvues
- 1 Voy. La Nature, année 1882, 1er semestre, p. 585.
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- Locuste géante de la Nouvelle-Calédonie. — Individu femelle. (Grandeur naturelle.)
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- d’ailes qu’elles acquerront par des mues successives. Nos insectes indigènes, il est vrai, sont moins curieux, moins grands et moins beaux que ceux des régions tropicales, mais, en revanche, nous pouvons les étudier en détail sous leurs divers états et faire connaître leurs mœurs souvent si intéressantes, au lieu de nous en tenir à une simple description, sans aucun renseignement biologique, comme je viens d’être obligé de le faire pour la Locuste géante.
- Henri Gadeau de Kerville.
- MECANISME DE L’ATTITUDE VERTICALE1
- L’expression qui se traduit par plusieurs ordres de moyens : le cri, le regard, le geste, les jeux de physionomie, etc., n’est nulle part plus complexe que dans l’attitude, qui la résume en quelque sorte et permet mieux qu’aucun autre mode expressif d’en interpréter les nuances les plus délicates.
- Cela est vrai surtout de l’attitude verticale de l’homme, qui, coordonnée, comme celle des animaux, en vue de l’équilibre, se subordonne bien plus directement à l’acte qui s’accomplit. Elle est surtout avantageuse en ce qu’elle affranchit les membres supérieurs en vue du travail et ce genre d’attitude se distingue par l’aptitude au travail qui en résulte pour l’homme, beaucoup plus que par les particularités d’équilibre et d’expression qui la caractérisent. Toutefois l’expression bénéficie de cette indépendance des membres supérieurs, puisque ces membres constituent l’appareil de la gesticulation, et que le geste est l’une des formes les plus expressives du langage.
- On peut définir l’attitude,: l'aspect d'ensemble du corps adapté pour l'équilibre, l'action ou l’expression. Or cette adaptation ne diffère pas essentiellement chez l’homme et les animaux. Ghez tous elle1 nécessite un effort qui n’existe ni dans le cadavre, ni chez l’homme endormi ; mais qui devient évident, aussitôt que le dormeur reprend possession du monde extérieur. Un déplacement, si peu étendu qu’il soit, du centre de gravité constitue le corps à l’état d’effort ; et cet effort devient indispensable assurément pour que l’homme se dresse ensuite sur ses pieds et pour qu’il s’y maintienne.
- La coordination de l’attitude, chez les animaux supérieurs, et vraisemblablement chez tous les animaux, même chez les plus bas placés dans l’échelle des êtres, exige, tout d’abord, une appréciation plus ou moins nette du milieu où se meut l’animal. Chez nous, la notion du milieu nous est fournie-par les sens. La sensibilité tactile nous donne la notion du contact; le sens musculaire qui nous avertit de l’exécution du mouvement, en même temps qu’il nous apporte la notion des changements survenus
- 1 Voy. pour plus de détails Y Attitude de l'homme, au point de vue de l’équilibre, du travail et de Vexpression, par le J)r Ap. Nicolas. Paris, G. Masson, 1882,
- dans nos conditions d’équilibre (notion de gravité); les sensations spéciales nous fournissent la notion du rapport des objets ; et la notion de l'espace est l’une de ces notions de rapports.
- La solidarité de ces divers éléments est telle, dans l’état normal, que l’inertie de l’un ou l’autre des appareils de sensation, l'absence de l’une ou l’autre de ces notions élémentaires entraînent souvent un trouble de l’attitude et ont pu donner le change aux observateurs, en faisant attribuer à une sensation absente une importance qu’elle n’a pas. Dans l’état d’intégrité des sensations les rôles sont distribués, de manière à désintéresser, dans les mouvements généraux, certains rouages superflus qui font double emploi. Mais ces rouages sont capables, le cas échéant, de suppléer les autres et de déterminer à eux seuls le mouvement quand les autres ne fonctionnent plus. L’exemple du sourd, de l’aveugle, du paralytique, de l’aphasique, qui, ayant perdu, dans l’âge adulte, l’un ou l’autre de leurs sens, peuvent, en recommençant leur éducation sensorielle, arriver à suppléer dans une certaine mesure, le sens qui leur manque; — cet exemple, disons-nous, suffit à prouver qu’aucune des notions précédemment énumérées n’est indispensable à la notion du milieu, bien que toutes y contribuent; et que les sensations survivantes suffisent à la constituer dans la mesure du nécessaire.
- Les expériences sur les animaux ont démontré l’importance de la sensibilité tactile dans la coordination de l’attitude. ,En les rapprochant de ce que nous observons, à l’état normal, chez ceux qui sont le plus bas placés dans la série, on arriverait à croire que les attitudes, au moins en ce qui concerne l’équilibre, sont purement automatiques ; c’est-à-dire qu’elles s’établissent instinctivement et, pour ainsi dire, fatalement, à la suite d’une impression sensorielle et en vertu du seul pouvoir réflexe.
- Il en est ainsi, du moins, pour quelques-unes : les grimaces, les contorsions, les convulsions provoquées par une douleur locale, le chatouillement, etc..., sont bien des attitudes purement automatiques, dans le plus grand nombre des cas; et ces cas sont suffisants pour établir l’importance des mouvements purement réflexes, dans la coordination de l’altitude.
- Elle ressort encore mieux de l’observation de l’attitude et des mouvements d’ensemble chez les animaux privés de cerveau. Les expériences de M. Onimus ont été particulièrement instructives à cet égard. Dans ces conditions, le pigeon lancé en l’air développe ses ailes et vole; une grenouille plongée dans l’eau nage, comme si la sensibilité tactile était suffisante, à elle seule, pour déterminer l’attitude. Cependant la notion de gravité et le sens musculaire y prennent part plus qu’il ne semble.
- En effet, le mouvement produit, dans le cas précédent, ne cesse, dans le milieu ambiant, qu’autant que l’animal rencontre un obstacle. De plus, si l’on plonge dans l’eau, une grenouille sans cerveau repo-
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- sant en parfait équilibre sur une planchette, elle ne nage pas pour cela, même quand on a retiré doucement la planchette; mais il suffit de déranger sa position d’équilibre pour qu’elle se mette en mouvement. Res expériences analogues ont réussi, non seulement sur des grenouilles, mais sur des carpes et même sur des canards; elles démontrent que l’excitation motrice, qui a son départ dans le système musculaire ou dans les articulations, comme le veut Du-chesne (de Boulogne), en un mot : le sens de la verticale ou plus généralement le sens de la gravité, joue dans l’équilibration le rôle principal.
- 11 est difficile de tracer nettement le rôle de la volonté dans la coordination de l’attitude, de déterminer avec précision quelles sont les attitudes purement spontanées et de les distinguer des attitudes purement automatiques.
- Un grand nombre de mouvements associés qui passaient autrefois pour spontanés et volontaires, sont aujourd'hui considérés comme automatiques; c’est-à-dire qu’ils se produisent machinalement et quelquefois irrésistiblement à la suite d'une impression sensorielle. Telle est, chez l’oiseau, l’action de lisser ses plumes, qui s’exécute alors que, par l’ablation de ses lobes cérébraux, on l’a réduit aux conditions du pur automatisme. Les mouvements de cet ordre sont qualifiés d’automatisme,acquis, en ce sens qu’ils sont le résultat de l’imitation et de l’habitude, qu’ils ne se transmettent pas par l’hérédité et ne sont pas le résultat de l’évolution pure et simple des organes ; et qu’ils ne s’observent pas chez les jeunes animaux. Beaucoup d’attitudes se rapportent à cette classe de mouvements l.
- Parmi elles, il en est qui sont purement conventionnelles : telles sont les attitudes du respect, du salut, etc., chez les différents peuples. Puisqu’elles varient, malgré l’identité du sentiment qui les provoque, c’est que les mouvements combinés pour les produire ne sont pas fatalement liés, comme dans les précédentes, à la sensation provocatrice ; et, d’une autre part, elles s’établissent souvent sans réflexion et par une sorte d’impulsion machinale, ce qui leur donne le caractère de l’automatisme.
- On peut donc reconnaître trois catégories d’attitudes : 1° les attitudes spontanées; 2° les attitudes automatiques; 3° les attitudes conventionnelles; et l’observation attentive de chacune de ces catégories, la discussion de leurs analogies et de leurs différences, permettraient d’apprécier le rôle du cerveau dans la détermination de l’attitude.
- En ce qui concerne la moelle, on sait que son isolement de l’encéphale par une section transversale n’empêche pas la production de mouvements coordonnés, qui ont même le caractère de mouvements volontaires, en ce qu’ils sont adaptés en vue de soustraire la partie irritée à la cause excitatrice. Le fait a été vérifié surtout chez les batraciens; mais, chez l’homme lui-même, les mouvements ré-
- 1 Voyez Onimus, Revue scientifique,.1871-1872, p. 871, et Journal de Physiologie, oct, 1871 •
- flexes provoqués, dans le cas de compression de la moelle au-dessous de la région médullaire comprimée, ont le même caractère. Certains physiologistes en ont conclu que l’instinct de conservation est localisé dans la moelle (Prochaska). On connaît la célèbre expérience de Pflüger, sur des grenouilles décapitées. En plaçant une goutte d’acide acétique sur le haut de la cuisse de ce tronçon d’animal, on voit fléchir le membre postérieur correspondant, de telle façon que le pied vient frotter le point irrité. On ampute le pied avant de renouveler l’irritation et l’animal recommence le même mouvement ; puis, comme le membre privé de pied ne peut atteindre l’endroit irrité, l’animal, après quelques mouvements d’agitation, comme s’il cherchait, dit Pflüger, un nouveau moyen d’arriver à accomplir son dessein, fléchit l’autre membre et réussit avec celui-ci. Les mêmes faits ont été reproduits par d’autres expérimentateurs et ils ont conduit à admettre dans la moelle épinière l’existence, non seulement d’un pouvoir instinctif (Prochaska), mais d’un pouvoir perceptif ou psychique (G. Paton, Pflüger).
- Quoi d’étonnant, dès lors, que la moelle coordonne, à elle seule, des mouvements d’ensemble adaptés pour l’équilibre? On a constaté, en effet, que, chez les grenouilles, par exemple, l’attitude normale était encore maintenue dans le cas de section transversale de la moelle; Schiff en a même conclu que la moelle possède une véritable sensibilité, appelée par Van Deen sensibilité de réflexion.
- * Dr Ad. Nicolas.
- — A suivre. —
- SUR LES MOUVEMENTS DU CAMPHRE
- PLACÉ A LA SURFACE DE I.?EAU ET DD MERCDRE
- Observés pour la première fois par Romieu, qu les attribuait à l’électricité1, les mouvements du camphre, déposé en petits fragments à la surface de l’eau, ont été, depuis cette époque (1756), l’objet de travaux plus ou moins importants. Qu’il nous suffise de rappeler ici ceux de Bénédict Prévost % de Venturi3, de Matteucci4, de M. Liégeois5, et surtout ceux de M. Dutrochet6.
- L’illustre auteur de la découverte de l’Endosmose a même tiré de ses ingénieuses expériences sur le camphre, des conclusions d’une portée physiologique sur laquelle nous aurons à nous prononcer un peu plus tard7.
- * Mémoires de l’Académie des Sciences. 4756.
- 2 Annales de chimie, tome XXI, XXIV et XL.
- 3 Annales de chimie, tome XXI.
- 4 Annales de physique et de chimie, tome III.
- 5 Archives de physiologie normale et pathologique, par Brown-Séquard, Charcot et Vulpian.
- 6 Comptes rendus de l'Institut, séances des 4, 11 et 18 janvier 1841.
- 7 Le Mémoire de M. Dutrochet est intitulé : Recherches sur la cause des mouvements que présente le camphre placé à
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- LA NATURE.
- Occupons-nous donc, et tout d'abord, des mouvements du camphre placé à la surface de l’eau *.
- Pour les étudier convenablement, il suffira d’avoir, sur une table ordinaire, sur celle-là même qui vient de servir au repas de famille : 1° une ou deux soucoupes; 2° un verre à boire; 3° un vase cylindrique ou éprouvette d’environ 18 centimètres de hauteur sur fi centimètres de diamètre ; 4° un tube en verre plus petit, ouvert à ses deux bouts ; 5° un bouchon de liège ; 6° une carafe remplie d’eau pure ; 7° une paire de brucelles ; 8° un couteau de table ; 9° du charbon de bois réduit en poudre fine; 10° du papier Joseph (une ou deux feuilles) ; 11° quelques pièces de monnaie; 12° enfin, une pipette à long bec. Muni de cet attirail, versez dans la soucoupe ou dans l’éprouvette une certaine quantité d’eau, et déposez à sa surface une parcelle de camphre (a) de la grosseur d’une tête d’épingle ou d’un grain de millet des oiseaux (fig. 1).
- Alors vous verrez cette parcelle se mouvoir en tournoyant rapidement sur elle-même, et en se transportant d’une place à l’autre d’une manière en apparence capricieuse.
- Pour mieux observer ces mouvements, mettez àl’endroitoùle camphre s’agite, une très légère pincée de charbon finement pilé (c). Aussitôt,
- % cette poudre noire sera repoussée brusquement et circulairement à une Certaine distance du morceau de camphre ;
- les petites plaques qu’elle forme à la surface de l’eau seront divisées en plaques plus petites, dont les fragments s’écarteront les uns des autres pour se rapprocher ensuite, quand le camplire ira tournoyer ü ailleurs, et ainsi de suite, tant qu’il continuera ses mouvements de gyration et de translation.
- Il pourra, en effet, arriver que ceux-ci s’arrêtent tout à coup, surtout si vous touchez la soucoupe avec les doigts, ou si vous y plongez une lame de couteau, une pièce de monnaie, une bague en or.
- Fig. 1 et 2— Appareils pour l’étude des mouvements du camphre à îa surface de l’eau et du mercure.
- la surface de l’eau, et sur la cause de la circulation chez le Chara. (Voir les Comptes rendus de l'Institut, 1841, 1" semestre, p. 2, 30 et 1*6.)
- 1 II pourrait se faire que la parcelle de camphre placée à la surface de l’eau y restât immobile. Pour obtenir sa gyration, il suffira d'étendre sur la surface liquide, un ou deux morceaux de papier de soie, dit papier Joseph, qu’on aura soin d’enlever, sans toucher l’eau, dès qu’ils seront bien imbibés.
- un tube de verre, l’extrémité d’un cheveu, la pointe d’une aiguille légèrement trempée dans une goutte d’huile d’olives, etc., etc.
- Si, pour faire ces diverses expériences, vous opérez dans une éprouvette de la forme et des dimensions que nous avons indiquées, après avoir exécuté ses mouvements gyratoires tant que l’eau n’aura pas dépassé un certain niveau (4 ou 5 centimètres, par exemple), vous verrez le camphre s’arrêter de lui-même dès que ce niveau se sera élevé de quelques centimètres, par l’addition d’une nouvelle quantité d’eau introduite dans l’éprouvette au moyen d’une pipette à long bec, c’est-à-dire lentement et sans secousse, sans collision, comme disait M. Dutrochet.
- Pour voir le camphre reprendre ses mouvements spontanés, il suffira souvent d’incliner le vase, et mieux encore de le vider à l’aide de la pipette, jusqu’à ce que l’eau qui la remplit, en tout ou en partie, soit revenue à son niveau primitif ou un peu au-dessous.
- Voici une expérience qui nous appartient et qui, peut-être, ne manque pas d’une certaine originalité (fig. 2).
- Dans une éprouvette de verre V, nous versons un peu d’eau et nous y plaçons un tube propre et ouvert à ses deux bouts T. Ce tube, en partie plongé dans le liquide, y est maintenu dans une position verticale, à l’aide d’un anneau de liège où il se trouve engagé (fig. 2). Les choses étant ainsi disposées, nous plaçons un petit fragment de camphre a dans l’éprouvette, et un autre d dans le tube lui-même. D’abord le mouvement se manifeste et dans l’un et dans l’autre : mais à mesure que nous élevons le niveau du liquide dans l’éprouvette, nous voyons le fragment de camphre qui s’y trouve, ralentir ses mouvements et bientôt s’arrêter, tandis que la gyration de la parcelle renfermée dans le tube central ne cesse pas de se faire avec rapidité.
- Il arrive assez souvent que le camphre en mouvement s’arrête de lui-même dans les vases où il se meut, puis reprend, au bout d’un certain temps, plus ou moins long, ses mouvements ordinaires.
- M. Dutrochet voit dans ce fait un phénomène d'habitude, phénomène transporté par lui, dit-il, de la physiologie dans la physique.
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- 11 attribue à l’eau et aux vases dont il se sert, une activité propre, dont le camphre serait le révélateur. Une chaleur modérée excite cette activité : le frottement l’arrête en la paralysant. La forme, la nature, la profondeur des vases employés, et la manière dont le liquide y est versé, c’est-à-dire, avec ou sans collision, auraient aussi, d’après M. Dutrochet, une certaine influence sur les résultats obtenus.
- Enfin, cet illustre académicien croit pouvoir assimiler aux appareils physiques où s’exécutent les mouvements du camphre, l’appareil physiologique à l’aide duquel la Nature opère la circulation du liquide renfermé dans les mé-rithalles tubuleux de cette singulière plante d’eau douce que les botanistes désignent sous le nom de Chara fra-gilis L Si cette assimilation était exacte, les lois physiques suffiraient donc, à elles seules, pour expliquer les mouvements de la Vie.
- Quant à la cause de la gyration du camphre à la surface de l'eau,
- M. Dutrochet la trouve dans une nouvelle force découverte par lui, à
- 1 Les Chara sont des plantes aquatiques, vivant dans les eaux doucesou saumâtres, à tiges tubuleuses, cylindriques, articulées, ordinairement rameuses, dépourvues de feuilles, et souvent recouvertes d’une couche de sels calcaires qui les rend propres à fourbir la vaisselle (d’où leur nom vulgaire de Lustre d'eau, à’Herbe à écurer).
- Chaque article ou méri-thalle se compose d’un tube périphérique, formé lui-même par des tubes plus petits, qui entoure une cellule cylindrique également tubuleùse. Cette cellule est remplie d’un liquide incolore où nagent des granules d’un vert pâle, et sa paroi interne est tapissée de granules d’un vert plus foncé, disposées en séries obliques par rapport à l’axe du tube central. C’est dans l’intérieur de ce même tube, dépouillé de son enveloppe de tubes verticaux, qu’a lieu la circulation que M. Dutrochet assimile, sans raisons valables, aux mouvements du camphre sur l’eau.
- Nous citons ici, à dessein, les propres paroles de M.Dutrochet:
- « Dans le soupçon que j’avais conçu touchant l’identité de ces deux phénomènes, l’un physiologique et l’autre physique, je comparais Yappareil physiologique du Chara à Yappareil physique qui me servait à observer les mouvements du camphre. Ce dernier appareil se compose : 1° du vase; 2° du I quide aqueux qu’il contient; 3° d’une ou plusieurs parcelles de camphre qui se meuvent à la surface du liquide, et qui>
- laquelle il impose le nom de diluo-électricité, et dont l’existence lui aurait été révélée par l’étude des mouvements de cette substance volatile l.
- Le sujet dont nous venons d’entretenir les lecteurs du journal La Nature est donc beaucoup plus sérieux qu’il n’en a l’air au premier coup d’œil.
- Il touche, en effet, aux plus hautes questions de la physique et de la biologie. Nous verrons, dans un prochain article, comment il faut interpréter les faits
- dont nous venons d’être les témoins plus d’une fois surpris et même souvent embarrassés.
- Bornons-nous à dire, pour le moment , que dans les expériences du genre de celles qui viennent de nous occuper, on doit y regarder au moins à dix fois, si l’on ne veut pas s’exposer, comme il arrive si souvent, à prendre l’apparence pour la réalité, et à tirer des conclusions qui ne sont nullement comprises dans les prémisses.
- « Errare humanum est. » Personne n’est plus que moi convaincu de cette triste vérité.
- Profr N. Joly,
- Correspondant de l’Institut. — A suivre__- ,
- lorsqu’elles sont fixées, impriment du mouvement à çe même-liquide. . ,
- « L'appareil physiologique du Chara se compose de même de trois parties' : 1° d’un vase qui est le méri-thalle tubuleux ; 2° d’un liquide aqueux tenant en suspension des globules ou granules inertes ; de globules verts, fixés en séries longitudinales et spiralées sur des parois intérieure» du vase tubuleux, et que je considère comme des corps camphoroïdes ayant, en vertu de leur électricité, le pouvoir d’imprimer du mouvement au liquide avec lequel ils sont en contact. » (Dü-trochet, 2e Mémoire, recueil cité p. 36.)
- L’assimilation faite par M. Dutrochet manque de justesse, et bien loin d’y avoir identité, il n’y a pas même analogie entre les deux appareils et les deux phénomènes qu’il compare. L’observation la plus simple suffit pour le démontrer. N. J.
- 1 D’après M. Dutrochet, la diluo-électricité, ou électricité motrice résultant de la solution superficielle ou pénétrante des corps camphoroïdes placés à la surface de l'eau, serait intermédiaire, quant aux phénomènes qu’elle produit, entre Yélectricité statique et Yélectricité dynamique. (Yoy. son 1" Mémoire, inséré dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, 4 janvier 1841, p. 18 et suiv.)
- Fig. 3. — Chara fragilis. (Grandeur naturelle). — N° 1. Chara fra-gilis. — N° 2. Portion d’article ou mérithalle montrant la cellule cylindrique interne et son étui formé de tubes. N" 3. Tube interne de Chara flexilis, avec la matière verte vue par transparence au voisinage des articulations. — N° 4. Matière verte ou globuline contenue dans le tube intérieur, vue à un fort grossissement.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- La dynamite et lu gélatine explosive. — Le
- professeur Abel, chimiste du département de la guerre à l’arsenal de Woolwich a fait récemment à Glascow une conférence dans laquelle il a donné des renseignements très intéressants sur les progrès immenses réalisés par la fabrication des explosifs pendant ce dernier quart de siècle.
- Ou ne peut signaler en industrie rien de comparable aux développements pris par la fabrication de la dynamite. En 1867 la dynamite n’était pas encore entrée dans la phase industrielle en Angleterre et il s’en produisait à peine 11 tonnes dans le monde entier. (La tonne anglaise est sensiblement égale à la tonne française; elle vaut exactement 1016 kilogrammes).
- En 1868, la production anglaise s’élevait à 78 tonnes ; en 1872 à 1350 tonnes, et ce chiffre annuel de production se trouvait triplé en 1874. Quatre ans plus tard, en 1878, la production atteignait 6140 tonnes, enfin en 1882 elle a dépassé 11 000 tonnes, pour l’Angleterre seulement. Aujourd’hui le développement de la production de la dynamite semble avoir atteint son apogée.
- La gélatine explosible ne tardera pas à usurper sa place, car elle semble, présenter, à un grand nombre de points de vue, toutes les qualités que la science chimique moderne assigne à un explosif parfait.
- Chemin de fer électrique & Londres. — Ce chemin de fer électrique souterrain dont la construction a été autorisée par décret du Parlement anglais commencera vers l’extrémité nord de Northumberland Avenue, en face le Grand-Hôtel, et passera sous cette avenue et le quai Victoria pour arriver à un tunnel sous la Tamise, puis aboutir finalement, par College Street et Vine Street, à la station de Waterloo, où il se raccordera aux paliers du « London and South Western Railway ». Un accès distinct au terminus de la ligne près Waterloo sera d’ailleurs installé sur York-Roâd. La ligne sera double et actionnée par une machine fixe placée à Waterloo. Les voitures marcheront seules et partiront dès qu’elles seront complètes, comme les omnibus actuels. Le trajet se fera environ en 3 minutes 1/2. Un traité pour l’installation électrique a été passé avec MM. Siemens frères et on a également fait l’adjudication de la construction de la voie permanente dans un délai de 18 mois. On a déjà cpnstruit environ 18 mètres d’arches au-dessous du quai de la Tamise.
- Une invasion de crapauds. — On nous écrit de Sancerre qu’un phénomène véritablement extraordinaire a eu lieu récemment au château de l’Étang, situé près de la ville. Dimanche 8 avril, tout le parc, dans les allées surtout, était garni et pour ainsi dire tapissé de gros crapauds, les uns immobiles, les autres sautant en cadence à travers les plates-bandes. On en voyait des monticules de tous les côtés. 11 y en avait de gris, de verts, de jaunes. Le lendemain, lundi, cette immense quantité de batraciens s’était réfugiée dans l’étang, qui en était tout noir. L’eau disparaissait sous leur masse mouvante; quelques jours après on u’en voyait plus un seul.
- La eourse du thé. — Il est d’usage en Angleterre d’accorder une forte prime au navire qui apporte sur le marché de Londres la première cargaison de thé. Cette prime a été obtenue par le Stirling-Castle,qui a franchi en 51 jours la distance qui sépare Woosung (Chine) de Londres.
- Jusqu’à présent les meilleurs marcheurs faisant cette traversée n’avaient jamais mis moins de 35 à 37 jours; le Stirling-Castle a donc employé pour cette course un temps à peu près égal à celui qui est nécessaire pour la traversée des Indes en Angleterre, en consommant plus de 100 tonnes de charbon par 24 heures, avec une production de 8000 chevaux. Ce navire, construit sur les chantiers de Glaseow, spécialement pour ce service, mesure 153 mètres de longueur, 15 mèt. 25 cent, de largeur, 10 mètres de creux, et jauge 4300 tonneaux. 11 a une hélice en bronze an manganèse de 7 mèt. 40 cent, de diamètre et 9 mèt. 45 cent, de pas, actionnée par une machine Compound à trois cylindres. Le cylindre à haute pression a 1 mèt. 60 cent, de diamètre et les cylindres à basse pression 2 mèt. 28 cent. ; la course des trois pistons est de 1 mèt. 68 cent. Les chaudières .en tôle d’acier Siemens, provenant des forges de Parkhead, fournissent de la vapeur à 7 kilog. de pression. Les chaudières ont des foyers ondulés de Fox, en tôle d’acier; elles ont une surface totale de chauffe de 1070 mètres carrés et une surface de grille de 73. Aux essais au mille mesuré, le Stirling-Castle, avec 3000 tonneaux de lest à bord et 6 mèt. 75 cent, de tirant d'eau, a réalisé une vitesse de 18 1/2 nœuds en développant 8500 chevaux, les machines faisant 66,5 tours par minute; la marche, d’une régularité absolue, n’a donné lieu qu’à des vibrations insignifiantes, malgré cette énorme puissance et cette vitesse extraordinaire.
- (Bulletin de la Société des ingénieurs civils.)
- Action de l’huile sur les values. — Le Board of Trade a fait récemment dans la rade d’Aberdeen des expériences sur l’action de l’huile sur les vagues. Il soufflait un vent du sud-est assez fort; la mer était haute les vagues passaient par-dessus les digues et il était presque impossible à un vaisseau de pénétrer dans la rade. Le capitaine Brice représentait le Board of Trade, assisté des officiers du port. Au bout de vingt minutes, après avoir versé 280 gallons d’huile de blanc de baleine, les crêtes blanches des vagues disparurent, l’agitation se calma et l’entrée du port devint comparativement aisée.
- Les pluies extraordinaires. — Nous extrayons du Zeitschrift der Oesl Ges.f. Met. du mois d’avril 1882, les renseignements suivants : Le 15 septembre 1879, il tomba à Purnach, au pied de l’ilimalaya, 35 pouces ou 889 mm. de pluie. Pendant le mois d’octobre 1872, il tomba, dans la Haute-Italie, des pluies extraordinaires; on recueillit à Mesma, le 4, 231 mm. ; à üropa, le 5, 180 mm.; le 6, 216 mm.; le 7, 209 mm. Le 6 août 1857, le pluviomètre de Scarborough débordait ; il marquait alors 241 mm. Le 9 juillet 1870 on recueillit à Todmorden au moins 229. La plus grande quantité d’eau recueillie en un jour à Bombay a été jusqu’ici de 389 mm. ; on l’a observée le 27 juillet 1869. H tomba à Durban (Natal), le 15 avril 1856, 303 mm.
- Une Exposition aéronautique, comprenant tous les objets et appareils qui se rattachent à la navigation aérienne ou à l’étude de l’atmosphère par les ballons, aura lieu, du 5 au 15 juin 1883, au palais du Trocadéro, à l’oceasion du centenaire de la découverte des aérostats. Les demandes d’admission accompagnées de l’indication de l’espace nécessaire doivent être adressées jusqu’au 20 mai, soit au seciétaire de l’Exposition aéronautique, au palais du Tro-
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- LA NATURE.
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- cadéro, soit au bureau du journal l'Aèronaute, rue La-fayette, 95.
- — Dimanche 22 avril, un certain nombre d’habitants de la commune de Vineuil près Blois (Loir-et-Cher) ont vu un phénomène assez rare pour eux. Vers les neuf heures du soir, ils ont remarqué une vive lumière qui paraissait partir du Zénith et qui s’est projetée sur la commune. Soudain une masse ignée de forme sphérique se montra dans le ciel. Le météore dont la direction semblait être du Sud-Ouest vers le Sud après avoir traversé l’espace avec une vitesse médiocre, disparut sous l’horizon en laissant à sa suite une trainée lumineuse d’une très vive clarté.
- BIBLIOGRAPHIE
- Formulaire pratique de VÉlectricien, par E. Hospitalier, ingénieur des Arts et Manufactures, professeur à l’École de Physique et de Chimie industrielles de la Aille de Paris. Première année 1885. 1 vol. in-18 cartonné. Paris, G. Masson. Prix 5 francs.
- L’électricité a fait depuis quelques années des progrès si rapides, que tout ce qui était enseigné il y a dix ans, peut être en quelque sorte effacé, et remplacé par une science nouvelle. L’électricité moderne nécessitait des livres nouveaux écrits par des savants, jeunes, ardents, instruits, passionnés pour l'étude des faits récemment conquis. Notre ami et collaborateur M. E. Hospitalier est du nombre de ces jeunes savants convaincus, qui ont l’amour de la vérité et qui sont toujours prêts à combattre pour la défendre ou la conquérir. Le premier livre que M. Hospitalier a écrit potir la Bibliothèque de « La Nature » sous le titre : Les principales applications de l'Électricité a obtenu un grand et légitime succès; deux éditions ont été successivement épuisées et la troisième est en préparation. Le nouvel ouvrage que nous annonçons aujourd’hui, ne rencontrera pas de la part de tous ceux qui professent ou étudient l’électricité, un accueil moins iavorable. L’auteur a réuni dans un livre compact, les notions fondamentales qui se rattachent aux ditfé-' rentes opérations électriques, les formules qu’elles nécessitent, les recettes ou les procédés qui en favorisent l’exécution. La première partie du livre comprend les définitions, les principes et les lois générales ; la deuxième partie est.consacrée aux unités de mesure ; la troisième partie décrit les appareils usités, et donne des renseignements pratiques, des tables trigonométriques, des tableaux de densité, de baroinétrie, etc. — Viennent ensuite dans les deux parties qui suivent la production et les applications de l’electricité, les piles, les moteurs, etc. — Très clair, très méthodique, très correct, le Formulaire pratique de l'Électricien répond à un véritable besoin des électriciens et des amateurs ; il est appelé à devenir le Vade mecum de tous les praticiens *.
- G. T.
- 1 Les lecteurs, savants, inventeurs, constructeurs, etc., qui auraient à indiquer des renseignements de nature à améliorer et à compléter ce formulaire pour les éditions ultérieures, peuvent s’adresser à l’auteur, M. E. Hospitalier, 6, rue du Bellay, Paris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mai 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Élection. — La mort de M. Sédillot ayant laissé vacante une place dans la section de médecine et de chirurgie, l’Académie avait à choisir entre un grand nombre de candidats classés de la manière suivante : en lre ligne exæquo et par ordre alphabétique ; MM. Brown-Séquart et Richet ; en 2“ ligne ex œquo et par ordre alphabétique MM. Alphonse Guérin, Jules Guérin et Sapev. Les votants étant au nombre de 56 et la majorité, par conséquent de 29 voix, M. Richet obtient 22 suffrages contre 18 donnés à M. Brown-Séquart, 14 à M. Jules Guérin, 2 à M. Sapey et 1 à M. Charcot (qui n’était pas sur la liste). Personne n’ayant la majorité absolue, il fallut recommencer le vote. Cette fois les membres étant 58 la majorité était de 30 voix. M. Richet est alors nommé par 32 suffrages; M. Brown-Séquart en réunit 23 et M. Jules Guérin 3.
- Physique du globe. — M. Semnola adresse des recherches sur les variations de la température des eaux du golfe de Naples. Les mesures prises avec un thermomètre à déversement correspondent a des profondeurs espacées de 10 mètres depuis là surface jusqu’au fond. En juin la température des couches superficielles est de 21° à 23° et elles sont plus chaudes au voisinage des côtes qu’en pleine mer. Sous l’eau la température baisse : à 10 mètres elle est de 17 degrés. En janvier et en février la surface donne 1& ou 14 degrés ; on ne trouva jamais moins de 13° à 180 mètres de profondeur.
- Un autographe. — En poursuivant ses recherches dans les bibliothèques de la Russie, M. Tourneux a découvert un manuscrit du célèbre géomètre Clairault intitulé : Un premier mot sur les mathématiques à l'usage des enfants. Cet ouvrage fut envoyé à Catherine par Diderot quinze ou vingt ans après la mort de l’auteur. Absolument différent de la Géométrie de Clairault, cet opuscule n’est pas plus quelle d’un intérêt sérieux, et nul ne penserait à le remarquer sans la signature qui le termine.
- Aurores boréales. — Un savant d’Helsingfors, M. Lem-strom, adresse par l’intermédiaire de M. Tresca des observations sur les aurores boréales de la Laponie. L’auteur a su provoquer le phénomène qu’il étudiait, au-dessus des appareils électriques dont il faisait usage, et il payait qu’il s’est trouvé ainsi à même d’élucider deux points obscurs jusqu’ici.
- Paléontologie. — Après avoir déposé sur le bureau une note du professeur Crié (de Rennes) intitulé : Origine de la vie; essai sur la flore primordiale, M. Albert Gaudry fait hommage, en son nom personnel d’un ouvrage capital qu’il vient de publier : Les enchaînements du monde animal dans les temps géologiques ; fossiles primaires.
- Il nous est impossible, en quelques lignes, de donner une idée de ce nouveau volume et une étude spéciale devra nécessairement lui être consacrée. Disons seulement ici que le but de l’auteur a été de rechercher les liens qui rattachent entre elles les formes organiques, afin d’arriver à découvrir « le plan de la création. »
- « Les paléontologistes, dit M. Gaudry, ne sont pas d’accord sur la manière dont ce plan a été réalisé ; plusieurs, considérant les nombreuses lacunes qui existent encore dans la série des êtres, croient à l’indépendance
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- LA NATURE.
- des espèces et admettent que l’Auteur du monde a fait apparaître tour à tour les plantes et les animaux des temps géologiques, de manière à simuler la filiation qui est dans sa pensée ; d’autres savants, frappés, au contraire, de la rapidité avec laquelle les lacunes diminuent, supposent que la filiation a été réalisée matériellement et que Dieu a produit les êtres des diverses époques en les tirant de ceux qui les avaient précédés. Cette dernière hypothèse est celle que je préfère ; mais qu’on l’adopte ou qu’on ne l’adopte pas, ce qui me paraît bien certain c’est qu’il y a eu un plan. Un jour viendra sans doute où les paléontologistes pourront saisir le plan qui a présidé au développement de la vie. Ce sera là un beau jour pour eux, car s’il y a tant de magnificence dans les détails de la nature, il ne doit pas y en avoir moins dans leur agencement général. Malgré les voiles sous lesquels se cache notre science encore tout à fait naissante, il m’a paru intéressant de passer en revue les animaux des diverses époques géologiques, en notant les faits qui peuvent commencer à jeter un peu de lumière sur le plan de la création : cette étude fait l’objet de l’ouvrage que je soumets aujourd’hui aux hommes de science. » Les 320 pages de texte, de la lecture la plus attachante, sont illustrées de 285 gravures dues au crayon de M. Norinant et dont chacune est un chef-d’œuvre, dont on n’apprécie souvent toute l’exactitude que par une étude à la loupe.
- Varia.— Un anatomiste grec, en ce moment à Paris, ayant mis au compte rendu une note relative à certains détails du système nerveux, M. Dastre fait remarquer que (( l’auteur » s’est borné à copier scrupuleusement, sauf la signature, une note que lui-même a publié il y a plusieurs années dans le Bulletin de la Société de Biologie. C’est déjà fort, mais M. Yuipian met. le comble en annonçant que le même Hellène n’a pas craint de donner comme de lui, dans le dernier compte rendu, une note sur les cana-licules biliaires simplement empruntée à Legros. Décidément c’est la tricherie transportée de la table de jeu dans le laboratoire. — On ferait plaisir à un monsieur qui habite la Suède et qui veut bien communiquer les preuves de son majestueux cerveau, si l’on cherchait l’action de la lumière électrique sur les cholériques ! — La chaleur spécifique des gaz à haute température continue d’occuper M. Vieille. — M. de Chancourtois cherche à déterminer le méridien commun dont toutes les nations civilisées auraient tant d’intérêt à faire usage; il hésite entre le méridien de Ptolémée passant par les Açores ou le méridien du détroit de Behring. — D’après M. Cagnard, on peut utiliser la capillarité pour réaliser la distillation des
- liquides. — M. Gonnard étudie les macles du feldsphath orthose des porphyres du Puv-de-Dôme.
- Stanislas Meunier.
- UNE ENFANT .VELUE
- On montre actuellement à l’aquarium de Westminster, à Londres, une petite fille de sept ans, nommée Krao, qui est complètefnens velue et présente en outre plusieurs caractères simiens. Elle est couverte, sur tout le corps, de poils noire, raides et lisses; sa face est très prognathe; elle possède la faculté de projection des lèvres en avant développée presque au même degré que le chimpanzé et sa moue, quand on l’agace, est tout à fait caractéristique; enfin elle a un pied préhensile et s’en sert pour
- ramasser à terre les objets les plus menus. Les particularités que présente la petite Krao ont fait dire qu’elle n’est autre qu’un être intermédiaire entre l’homme et le singe, cet être si longtemps et si vainement cherché. Il n’en est rien. M. Keane, le savant anthropologiste anglais, a examiné ce curieux spécimen et le rapporte absolument au genre Homo. En effet, outre qu’elle possède le langage articulé et prononce même quelques mots anglais, la petite Krao présente une foule des caractères qui ne laissent aucun doute sur sa parenté avec les autres races humaines. Krao vient de l’intérieur de l’Indo-Chine, du Laos; ses parents étaient également des « hommes poilus » à en juger par les photographies prises par le voyageur Bock. S’appuyant de ces deux faits, M. Keane cherche à démontrer dans un article récent de Nature que l’enfant en question est une preuve de sa théorie sur l’existence dans le Laos d’une race d’hommes « très poilus >» analogues peut-être aux Aïnos de Jesso et de Sachaline. 11 serait déplacé ici de discuter cette hypothèse, qui, d’ailleurs, n’ajoute rien à l’intérêt tout spécial que présente Krao. Bien que dans la catégorie des « hominiens », elle mérite d’attirer l’attention de tous ceux qu’intéresse la question de la descendance de l’homme et de sa comparaison avec les.primates.
- Aux renseignements qui précèdent et que nous empruntons à la Revue d'anthropologie, nous en ajouterons un autre non moins curieux que nous devons à Ylllustrite Zei-tung : c’est le portrait authentique de cette enfant simienne qui attire actuellement l’attention de tous les anthropologistes et qui excite l’intérêt de tous ceux qui l’observent.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandikr.
- Petite fille velue exhibée à Londres.
- Imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus. à Paris,
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- N® 52 0. — 19 MAI 18*5
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- UN NOUVEAU LYS
- LILIÜM HARRISII
- Cette très intéressante nouveauté nous vient des États-Unis, où elle a été introduite des îles Bermudes. Les journaux américains ont longuement discuté l’origine de ce lis, attendu que les différents botanistes qui ont exploré les Bermudes n’ont jamais signalé son existence.
- Enfin on parait être tombé à peu près d’accord pour admettre que cette plante est le produit de quelque Lilium eximium ou lon-giflorum, égaré d’un jardin dans un endroit où il aura trouvé à se tirer d’affaire tout seul, et non seulement à prospérer sous un climat doux et dans un terrain à sa convenance, mais encore à se modifier sous les influences locales.
- Nous n’avons donc aucune raison pour repousser l’explication de nos confrères américains, et il ne nous reste donc plus qu’à dire en quoi l’enfant diffère de ses parents présumés.
- Le nouvel arrivant, comparé à ces derniers, est d’une stature plus naine, à fleurs plus grandes, à tube plus allongé, d’un blanc purot très odorantes ; mais sa qualité la plus grande, qui en ferait véritablement une plante des plus méritantes, paraît être la facilité avec laquelle on peut le soumettre à la culture forcée, et aussi le nombre de fleurs qu’il peut produire quand on le soumet à ce traitement; car, pendant que la tige principale fleurit, le bulbe adulte émet de nouvelles pousses qui se mettent successivement à fleurir, et qui par it0 année:. — ter semestre.
- conséquent fournissent une série non interrompue de floraisons. Les bulbilles de première année, quoique de la grosseur d’un petit pois, produisent déjà des fleurs.
- Quant à la culture, voici ce que les horticulteurs américains en disent :
- Pour cultiver ce lis avec succès, on doit placer le bulbe dans un pot de 12 centimètres, bien drainé,
- dans une terre composée de moitié terreau, un quart de fumier de vache bien consommé et un quart de sable , et donner peu d’eau jusqu'à ce que le pot soit rempli de racines. Quand le bulbe sera bien en végétation, on devra rempoter dans un pot de 18 centimètres, dans une terre un peu plus forte, et alors donner beaucoup d’eau. En même temps il sera bon d’élever la température à -f- 20 ou 25° centigrades pour le faire fleurir en hiver, puis au printemps dépoter la plante et la placer en mottes en pleine terre, oùellecon-tinuera à fleurir jusqu’en été.
- Ce Lis supporte une tempéra ture très élevée; il est, à cause de cela, très facile à forcer, ce qui le rend très avantageux pour les horticulteurs qui s’occupent de la fleur coupée. Sa période naturelle de repos est d’août à novembre.
- En ce qui concerne sa rusticité, nous n’avons rien trouvé dans les différentes notes que nous avons sous les yeux ; mais nous croyons néanmoins ne pas trop nous avancer en le considérant comme aussi rustique que les Lilium eximium et longi-
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- Lilium llarrisii.
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- Dans la gravure ci-contre, qui représente une jeune plante, on voit que la tige principale est déjà en pleine lloraison, et néanmoins à sa base se montrent déjà de jeunes bourgeons qui bientôt, à leur tour, produiront des fleurs.
- Le L. llarrisii (fig. 1) a été importé des Bermudes par une dame amateur, qui en remit des oignons à M. W. K. Harris, horticulteur à Philadelphie. Les pieds que nous avons vu en fleurs dans les cultures de Mil. Vilmorin, à Verrières, nous ont paru justifier de tous points cette opinion : que c’est une forme du L. eximium, mais possédant des propriétés particulières qui, pour l’ornementation, en font l’une des sortes les plus méritantes du genre Lis. C’est donc une très bonne importation, qui a non seulement sa place dans toutes les collections, mais qui semble devoir entrer dans tous les établissements travaillant pour le marché.
- E.-A. Carrière
- DE PARIS A RIO-JANEIRO
- EN 42 MINUTES 11 SECONDES
- Les lecteurs de La Nature savent que ce n’est point un journal de réclames financières, mais cela ne nous dispense point de les rassurer sur les entraînements de ce titre. Ce n’est point une amorce à un appel de fonds.
- Il s’agit de monter en wagon à midi, de donner le signal et sans consommer ni vapeur, ni charbon, ni électricité, d’arriver à midi, quarante-deux minutes, ouze secondes.
- On irait aussi bien de Carpentras à Melbourne ou de Pontoise à Pékin et, ce qu’il y a de plus fort, c’est que le trajet se ferait toujours en 42 minutes 11 secondes.
- Sans les frottements on mettrait le même temps pour aller du Palais-Royal au Louvre; pour les petites distances, l’omnibus triomphe sur le procédé que nous allons indiquer.
- Ce procédé le voici. Il suffit de percer un tunnel parfaitement droit, comme la corde d’un arc du cercle terrestre, joignant les deux extrémités de la ligne.
- Posez des rails, supprimez la locomotive, graissez les tourillons et laissez aller. C’est tout. Quels que soient les points du globe que vous joigniez ainsi par un tunnel vous irez d’une extrémité de la ligne à l’autre en 42 minutes 11 secondes.
- Ce tunnel traverserait-il la sphère de part en part en passant par son centre, les choses marcheraient de même.
- Percez-le, ce tunnel, le plus long qu’il soit possible de faire en ligne droite. Jetez-vous avec confiance dans ce tube et vous arriverez sans secousse avec la lenteur du départ, au sud de la Nouvelle-Zélande, si l’embouchure est à Paris, et toujours en 42 minutes.
- Il sera convenable de se jeter la tête la première pour ne pas arriver la tète en bas à la station ter-
- minale. Il sera bon aussi d’avoir un ami à l'arrivée pour vous y retenir...
- Ces résultats absolument corrects reposent sur des théories analogues à celles qui régissent les oscillations d’un pendule. On sait, en effet, que si une masse attachée à l’extrémité d’un fil oscille dans l’espace, la durée de ces oscillations sera la même quelle que soit leur étendue, si les arcs ne dépassent point quelques degrés.
- Les horlogers ont tiré grand parti de ce principe, et c’est ainsi qu’une horloge n’en demeure pas moins réglée, quoique la force motrice qui maintient le balancier en mouvement varie du double au simple.
- S’il était possible d’attacher une balançoire assez haut pour qu’un arc décrit de Paris à Versailles ou de Paris à Saint-Cloud, ne différât point sensiblement de la forme cyeloïdale, ou parcourait ces deux distances dans le même temps et l’impulsion une fois donnée, il ne suffirait que d’entretenir cet immense tic-tac dans son étendue.
- Mais traçons la figure ci-contre dans laquelle le cercle ABC représente la circonférence de la terre, B Paris, A Rio-Janeiro et A B un tunnel qui les joint.
- Un train est abandonné à lui-même en B; il descend lentement vers I ; mais il ne tarde pas à acquérir une vitesse qui atteint son maximum en I.
- Cette vitesse, dont le chiffre 42 minutes peut
- donner une idée, s’altère peu à peu et revient à zéro lorsque le train touche à l’extrémité du tunnel en A.
- Il ne s’agit plus que de caler les roues à l’arrivce pour empêcher le tout de faire une seconde descente avant d’avoir déposé les voyageurs. Si on laissait le train sans l’arrêter à l’arrivée, il irait tout seul indéfiniment de A en B et de B en A, et toujours en 42 minutes 11 secondes.
- De B en R les choses se passeraient de même, comme aussi de E en C.
- Les lecteurs, nous allions dire les actionnaires, nous font quelques objections. 11 y en a beaucoup il est vrai. Une surtout qui dispense de développer toutes les autres, c’est que si ce tunnel supposé exécuté, on s’engageait sur la voie on aurait à subir des pressions tellement considérables qu’il va falloir recourir à des expédients pour en exprimer l’énorrnité.
- Ainsi supposons que le point I soit situé à la cinquième partie du rayon terrestre E 0, la pression y serait de 34 547 atmosphères multipliées par 10 élevé à la 58e puissance; 63 chiffres seraient nécessaires pour représenter ce nombre.
- Si El est 1 et 10 est 4 on aura pour pression en I, 168600 atmosphères multipliées par 10 élevé à la
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- 71e puissance, nombre composé de 78 chiffres. Si I est au milieu du rayon de la Terre la pression sera 194 240 atmosphères multipliées par 10 élevé à la 175e puissance (152 chiffres). Enfin au centre de la Terre la pression devient 52 000 multiplié par 10 élevé à la 169e puissance, soit 175 chiffres.
- C’est formidable.
- Si on réduit la question à une pression de 5 atmosphères la plus haute que l’homme puisse supporter, on ne pourrait guère aller que de Calais à Marseille par ce procédé si on ne tient pas compte bien entendu des résistances de l’air qui seraient d’ailleurs un empêchement à la réalisation de ce projet.
- Mais pourquoi creuser des tunnels, nous dit un enthousiaste? Qu’on fasse un pont langent à la surface du globe dont les stations d’arrivée et de départ seraient à la même altitude et vous n'aurez plus à opposer ces énormes pressions. La durée du trajet serait plus longue, voilà tout. On irait ainsi du Canigou à la Yungfrau qui sont à peu près à la même altitude.
- Ce perfectionnement, avons-nous répondu, peut faire monter les actions, mais feraient surtout monter les voyageurs à des altitudes désagréables, et les embarcadères ne seraient pas à la portée de tout le monde.
- L’enthousiaste nous a quitté mécontent, et nous, nous nous sommes mis à recueillir ces notes qui sont extraites d’un travail extrêmement curieux et savant de M. Ed. Collignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Ce travail avait été présenté au Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences qui a eu lieu l’an dernier à La Rochelle. A. Redier.
- LÀ PRODUCTION DU FEU ’
- En 1867, l’abbé Bourgeois trouva à Thenay, près de Pontlevoy (Loir-et-Cher), dans un banc marneux appartenant à la partie la plus ancienne des terrains tertiaires moyens, des fragments de silex qui portaient la trace de l’action du feu.
- Ce feu n’avait point été allumé par une cause accidentelle, car, dit M. de Mortillet (Le Préhistorique, p. 90), les causes des incendies instantanés ne peuvent être que les feux volcaniques, les fermentations et la foudre1.
- « Or, dans toute la région, il n’y a pas de trace d’actions volcaniques; il n’y a pas de traces non plus de dépôts tourbeux ou végétaux pouvant donner
- 1 M. de Mortillet aurait dû ajouter à ces causes d’incendie spontané le frottement des branches sèches agitées par l’orage que signalent précisément les hymnes des Védas comme origine du leu, ainsi qu’on le verra plus loin. Vitruve attribue la même origine au feu et décrit ainsi les premiers essais de l’industrie humaine. « Les premiers hommes, dit-il, naissaient comme les autres animaux, dans les forêts, dans les cavernes, et dans les bois, n’ayant pour toute nourriture que des fruits sauvages. Cependant des arbres épais, violemment agités par l’orage, prirent feu par suite du frottement des branches. L’impétuosité de la flamme effraya les hommes qui se trouvèrent dans le voisinage et leur fit prendre la fuite. Bientôt
- naissance à des inflammations spontanées, phénomènes qui sont toujours très rares et très exceptionnels. Très rares et très exceptionnels sont aussi les incendies allumés par la foudre. Eh bien! dans les marnes de Thenay, les silex ayant subi l'action du feu se trouvent disséminés à divers niveaux ; ce ne pouvait être un simple accident. C’était évidemment une action produite et entretenue intentionnellement. 11 y avait donc à l’époque aquitanienne un être qui connaissait le feu et savait le produire. »
- M. de Mortillet suppose que cet être était un animal intermédiaire entre le singe et l’homme; il lui a donné le nom à'anthropopithèque.
- Ce précurseur de l’homme se servait du feu pour faire éclater le silex et en fabriquer des instruments dont il perfectionnait le tranchant à l'aide d’une série de retouches produites par de légères percussions sur l’une des faces seulement.
- Je n’entrerai point ici dans la discussion de l’existence de l’homme ou de l’anthropopithèque tertiaire, que tout le monde n’admet point encore; je me borne à constater l’emploi du feu aux époques les plus reculées : il en existe des preuves incontestables dès l’apparition de l’homme quaternaire.
- Les hymnes védiques nous indiquent comment il fut découvert, d’après la tradition aryenne.
- Les ancêtres, disent-elles, avaient vu jaillir la foudre du choc des nuages noirs; ils avaient vu du frottement des branches sèches agitées par l’orage sortir l’étincelle qui embrasait les forêts ; ils prirent une branche de bois tendre arani et passant une lanière autour d’une branche de bois dur, pramontha, ils la firent rapidement tourner dans une cavité de l’arani; ils évoquèrent ainsi le dieu Agni qu’ils nourrirent avec des libations de beurre clarifié, sôma.
- Le Pramontha est devenu le Prométhée des Grecs, le Titan ravisseur du feu, et c’est du sanscrit Agni qu’est dérivé le latin Ignis (feu), le grec Ayvoç (pur) et YAgnus Dei des chrétiens qui purifie tout.
- Les orientalistes admettent généralement que le signe qu’on voit avec les formes suivantes : ou ^, ou tz|j sur une très grande quantité d’objets d’origine aryenne, est une sorte d’hiéroglyphe sacré représentant l’arani ou Svastika formé de deux planches de bois tendre fixées par quatre chevilles de manière à ne pas tourner sous la pression du Pramonatha.
- Ce procédé pour produire du feu se retrouve encore chez une foule de peuplades plus ou moins
- rassurés, ils s’approchèrent peu à peu et sentirent tout l’avantage qu’ils pourraient tirer pour leurs corps de la douce chaleur du feu. On ajouta du bois, on entretint la flamme, on amena d’autres hommes auxquels on fit comprendre par signes toute l’utiïité de cette découverte. Les hommes ainsi rassemblés articulèrent différents sons qui, répétés chaque jour, formèrent par hasard certains mots dont l’expression habituelle servit à désigner les objets, et bientôt ils eurent un langage qui leur permit de se parler et de se comprendre. Ce fut donc la découverte du feu qui amena les hommes à se réunir, à faire société entre eux, à vivre ensemble, à habiter dans un même lieu » (livre II, chap. I).
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- sauvages, et d’abord dans l’Inde, où pendant le dernier mois de la grande fête des sacrifices, le feu sacré doit être allumé trois cent soixante fois par jour avec neuf espèces différentes de bois, qui sont prescrites par le rite.
- La figure 1 représente la disposition usitée chez les Esquimaux4, la figure 2 celle qu’emploient les Indiens de l’Amérique du Nord.
- En 1828, il existait encore à Essède, dans le Hanovre un appareil analogue destiné à produire un feu d’alarme. Une grande barre de bois ronde, horizontale, dont les extrémités pouvaient pivoter dans deux trous pratiqués dans des poteaux verticaux, était munie d’une corde enroulée plusieurs fois. Plusieurs personnes en agissant sur les bouts de cette corde faisaient tourner la barre alternati-
- Pig. 1. — Esquimau faisant du feu par le frottement.
- Dans les îles Caroline, sur une pièce de bois fixée au sol, on appuie normalement une seconde pièce terminée en pointe et à peu près ronde d’un pied et demi (0m,50) de longueur environ et d’un pouce (0m,027) de diamètre; puis on lui -imprime un mouvement de rotation en agissant avec les paumes des mains. Le mouvement d’abord lent et mesuré arrive à s’accélérer en même temps que la pression devient plus forte, lorsque la poussière de bois qui s’est formée par le frottement et s’est accumulée autour de la pointe de la pièce mobile, commence à se carboniser.
- Cette poussière qui constitue en quelque sorte la mèche, ne tarde pas à s’enflammer. Les femmes d’Eap mettent ce procédé en œuvre avec une habileté véritablement, merveilleuse.
- La figure 5 montre une autre manière d’obtenir
- 1 Chamisso, qui a vu ce procédé employé dans les îles Aléoutiennes, rapporte qu’ori obtient ainsi du feu en quelques secondes avec deux morceaux do sapin.
- vement dans les deux sens et la chaleur développée par le frottement arrivait à enflammer de.l’étoupe préalablement placée dans l’un des trous du poteau. (Reuleaux, Cinématique, p. 656.)
- Il est certain que la production du mouvement alternatif a du être obtenue directement avec les mains avant de l’être à l’aide de lanières.
- Ce procédé plus simple est encore en usage en Tasmanie, en Australie, dans la Polynésie, au Kam-tschalka, au Thibet, au Mexique et enfin chez les Guanches des îles Canaries qu’on suppose être les derniers représentants des habitants de l’Atlantide engloutie sous les eaux à la tin de l’époque quaternaire.
- Voici comment le décrit Chamisso qui accompagna Kotzebue dans son voyage :
- Fig. 2. — Procédé employé dans l’Amérique du Nord pour faire du feu.
- du feu par la rotation qui est employée par les Gauchos, peuple pasteur à demi sauvage qui habite les pampas de l'Amérique du Sud.
- Le frottement longitudinal a dû précéder le frottement par rotation. Il est encore en usage dans la plupart des îles de l’Océanie (fig. 4), notamment à Tahiti et dans les îles Sandwich.
- Dans les îles Sandwich, dit encore Chamisso, sur la pièce de bois fixe on place une autre pièce de bois de la même espèce longue d’une palme, qu’on maintient pressée obliquement sous un angle de 50 degrés environ. L’extrémité qui touche la pièce fixe a la forme d’une pointe mousse; l’autre extrémité est tenue avec les deux mains, les deux pouces en bas, afin de permettre de presser plus sûrement.
- On imprime à la pièce un mouvement alternatif de manière à rester toujours dans un même plan incliné à 30 degrés et à déterminer par le frottement une petite rainure de 6 à 8 centimètres de
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- longueur. Lorsque la poussière ainsi produite commence à se carboniser, on augmente la pression et la vitesse.
- Les bois d’un tissu homogène ni trop dur, ni trop tendre, sont les meilleurs.
- Les Malais1 opèrent de la manière suivante : une tige de bambou sec, d’uu pied de longueur environ, est fendue longitudinalement : la moelle, qui tapisse la paroi intérieure, est raclée, pressée et réunie en une petite boule qu’on dispose au milieu de la cavité de l’une des moitiés du tube. Cette moitié est ensuite fixée sur le sol de manière que la cavité et la boule soient en dessous. L’opératcur taille alors l’autre moitié du tube de manière à en faire une lame droite et tranchante comme une lame de couteau, puis il l’applique transversale-
- Fig. 5. — Gaucho faisant du feu.
- Aux îles Sandwich, on a recours à un procédé qui nécessite beaucoup d’habileté. On dispose, dans une grande feuille sèche, roulée en cornet, un certain nombre de cailloux pyromaques à côté de brindilles facilement combustibles. En attachant la grande feuille à l’extrémité d’une baguette qu’on fait tourner avec rapidité, on arrive, dit-on, à produire du feu.
- Les procédés basés sur le choc de deux cailloux doivent être beaucoup plus incommodes dans l’application, que nous ne sommes portés à le supposer. Nous avons, en effet, l’habitude de voir facilement battre le briquet, mais, ici l’étincelle est un morceau de fer porté au rouge par l’action mécanique qui l’a violemment détaché de la masse sous la forme d’un petit copeau. Dans le cas de deux cailloux, la lueur qu’on aperçoit est d’une nature tout à fait différente ; c’est une phosphorescence
- 1 Les Malais connaissent aussi depuis une époque qu’il est difficile de préciser, l’usage du briquet à air.
- ment sur la première moitié, en lui donnant un mouvement alternatif, de manière à produire une espèce de sciage. Au bout d’un certain temps, il s’est produit une entaille assez profonde et finalement un trou ; le tranchant de la lame est alors tellement chaud qu’il suffit pour produire l’inflammation de la boule avec laquelle il se trouve en contact.
- Quelques peuplades, notamment les Fuégiens, emploient le choc de deux cailloux pour se procurer du feu.
- Dans les îles Aléoutiennes on les enduit préalablement de soufre et on les choque au-dessus d’un petit tas de mousse sèche, saupoudré de la même substance. Les Esquimaux emploient pour cet objet des morceaux de quartz et des pyrites de fer.
- Fig. 4. — Océanien faisant du feu.
- qui se produit même par un frottement très léger, non seulement entre deux silex, mais encore entre deux morceaux de quartz, de porcelaine, de sucre ; et la preuve que la chaleur développée est peu considérable, c’est que le phénomène se produit sous l’eau. Certainement il peut y avoir aussi des éclats de pierres portés au rouge par la percussion, mais cela n’arrive pas souvent; aussi voyons-nous les Fuégiens entretenant avec le plus grand soin les foyers qu’ils ont allumés ; c’est même cette particularité qui donne à leur pays un aspect caractéristique et lui a fait imposer le nom de Terre de Feu.
- Quand ils changent de résidence, ils emportent toujours avec eux quelques tisons enflammés qui reposent dans leurs canots sur un lit de galets ou de cendre.
- Il en est du reste de même chez les Australiens et les Tasmaniens qui emploient, comme nous l’avons vu, le procédé par rotation. Ce sont les femmes qui ont pour mission spéciale de porter de
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- torches allumées jour et nuit ou des cônes d’une substance qui brûle lentement comme l’amadou. Quand, par hasard, le feu vient à s’éteindre dans une tribu, on préfère souvent entreprendre un long voyage pour aller le rallumer chez une tribu voisine que d’avoir recours à la production directe.
- On comprend, d’après ce qui se passe encore de nos jours dans ces pays lointains, que le culte du feu ait existé chez nos ancêtres et que des corporations sacerdotales, telles que les brahmines de l’Inde, les Guèbres de Perse, les Vestales de Rome, les prêtres dcRaal en Chaldée et en Phénicie, aient été instituées spécialement pour le produire et le conserver.
- Plutarque raconte (Numa, ch. 2) que l’on employait pour rallumer le feu sacré, quand il venait à s’éteindre, un miroir en airain ayant la forme d’un cône engendre par l’hypothénuse d’un triangle rectangle isocèle tournant autour d’un des côtés de l’angle droit.
- Dans un poème sur les pierres, attribué à Orphée, on dit que le feu sacré s’allumait encore à l’aide d’un morceau de cristal qui concentrait les rayons du soleil sur la matière à enflammer h
- Ce dernier procédé a dû être le plus communément employé pour les usages ordinaires de la vie avant la vulgarisation du fer.
- On a trouvé, en effet, dans les ruines de Ninive, une lentille plan-convexe en cristal.
- Aristophane, dans les Nuées, met en scène un personnage grossier nommé Strepsiade qui indique à Socrate commînt il faut s’y prendre pour ne point payer ses dettes :
- « Streps. — As-tu vu chez les droguistes la belle pierre transparente dont ils se servent pour allumer du feu?
- u Socrt. — Tu veux parler du verre.
- « Streps. — Oui.
- « Socr. — Eh bien! qu’en feras-tu?
- « Streps. — Quand le greffier aura écrit son assignation contre moi, je prendrai le verre et me mettant ainsi au soleil, je ferai fondre son écriture. »
- On sait que l'écriture se traçait alors sur des tablettes concrètes de cire.
- Je ne rapporterai ici que pour mémoire, la tradition antique qui attribuait aux Etrusques l’art de diriger la foudre et de l'enterrer.
- Servius (in Æn., XII, 200) affirme que les hommes des anciens temps (majores), dans leurs sacrifices, au lieu d’allumer eux-mêmes du feu sur l’autel, y faisaient descendre le feu du ciel. II ajoute, d’après Pline, Tite-Live et plusieurs anciens historiens latins, que Numa, initié à toute la sagesse de l’Elrurie, pratiqua cet art avec succès, mais que Tullus Hosti-lius, ayant voulu répéter l’évocation, guidé seulement par les livres de Numa, n’accomplit pas toutes les formalités du rite prescrit et mourut foudroyé.
- 1 Festus, écrivain du troisième siècle de notre ère, qui rapporte également l’emploi de ces deux procédés pour allumer le feu sacFé, dit qu’auparavant ou employait à cet usage le frottement de deux morceaux de bois.
- N’est-il pas curieux de retrouver ainsi à vingt-quatre siècles de distance l’histoire du physicien Reichman foudroyé en 1733 en essayant de refaire l’expérience de Franklin.
- Cette coïncidence n’est du reste pas la seule. Pline (II, 53) raconte que la foudre fut évoquée par le roi Porsenna au moment oit un monstre nommé Volta qui ravageait les campagnes, se dirigeait vers Volsinies sa capitale.
- Si nous revenons aux Yédas qui avaient l’habitude de personnifier tous les phénomènes, nous trouvons que le feu Agni était le fils du charpentier (qui avait fabriqué l’instrument par lequel on le produisait) et de Maya (la magie) ; il prenait le nom de Akta (oint, ypiT-o;) quand, nourri par les libations du beurre, il avait acquis tout son développement.
- Les Perses attribuaient également à Zoroastre le
- C
- pouvoir de faire descendre le feu du ciel par un prestige magique. C’est saint Clément d’Alexandrie (Recogn., liv. IV) et Grégoire de Tours (Hist. de Fr., 1, 5) qui en parlent.
- Quoi qu’il en soit, cet art merveilleux se perdit de bonne heure, car, de bonne heure, les prêtres païens eurent recours à des trucs plus ou moins ingénieux pour obtenir un allumage en apparence surnaturel de leurs foyers sacrés. J’en ai décrit quelques-uns dans le numéro de La Nature qui porte la date du 25) avril 1882.
- A. de Rochas.
- NOUVEAU TOURNIQUET HYDRAULIQUE
- A SIPHONS
- L’existence des pressions exercées par les liquides sur les parois latérales qui les contiennent, est mise en évidence au moven du tourniquet hydratdique, appareil classique bien connu, dans lequel un vase plein d’eau, mobile autour d’un axe vertical, prend un mouvement de rotation au moment où le liquide s’écoule par des ajutages latéraux placés à la partie inférieure du vase. Cette rotation, de sens contraire de celui de l’écoulement, est d’autant plus rapide, que la hauteur du liquide dans le vase est plus grande.
- Cet appareil est souvent d’un fonctionnement incertain, par suite du frottement sur le pivot inférieur, causé par le poids du vase rempli d’eau. Ce nouveau tourniquet construit et modifié par M. E. Ducretet, d’après les premières idées de M. Beuf, n’offre pas cet inconvénient, son principe est du reste très différent. Il se compose d’un double siphon dont les deux branches d’écoulement t V communiquent avec le tube central T (en verre) dont la partie supérieure métallique Préposé sur la pointe qui termine la colonne S, dont la base est fixée à l’intérieur de l’éprouvette E. Deux autres tubes a a', parallèles aux premiers, communiquent avec la partie inférieure de t et V ; à la partie supérieure ils communiquent ensemble (a et a') et avec la petite embouchure e par laquelle se fait l’aspiration. Ces tubes a a' servent à l’ainorcement par aspiration du double siphon 11'; il suffit d’obturer à la main les deux ouvertures de J J' et d’aspirer en e, comme on le fait pour les siphons ordinaires. Le liquide
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- s’écoule en J J' et un mouvement de rotation se produit tout aussitôt, il dure pendant tout le temps que l’éprouvette E contient de l’eau. L’eau qui s’écoule dans le vase V,
- -v-
- Tourniquel hydraulique^ siphons.
- est recueillie par l’ouverture 0, en la reversant dans l’éprouvette le mouvement de rotation dure indéfiniment. Le système ayant une certaine hauteur et peu de poids, la rotation produite est rapide et immédiate.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DES RUES
- a san-josé (Californie)1
- San-José est en voie d’être éclairé par l’électricité, et le gaz est déjà supplanté en grande partie. L’appareil
- Tour métallique pour l’éclairage de la ville de San-José.
- 1 Les renseignements ci-dessus ont été communiqués à l'Électricien par M. Simon Grozelîer, membre du Conseil municipal de San-José.
- principal de l’éclairage des rues consiste en une sorte de tour dont ci-joint le dessin. Celte construction eu tubes de fer creux a 200 pieds de haut (60 mètres) et est !>ituéc à l’intersection des rues Market et Santa-Clara. Elle est surmontée de six lampes, chacune, je crois, de la force de -4000 candies, dont la lumière s’étend sur toute la ville et même au delà. Il restait à combattre l’effet des ombres produites par les édifices et même les arbres qui ornent la plupart de nos rues. On a construit des mâts en bois d’environ 40 pieds (12 mètres) de haut, surmontés d’une armature en fer creux en forme de potence, placée de manière à éclairer les rues convergentes. Ces mats portent une seule lampe Brush et donnent un éclairage très satisfaisant.
- Il y a aussi un certain nombre de magasins éclairés à la lumière électrique. Ces éclairages partiels ne donnent pas encore toute satisfaction,
- BIBLIOGRAPHIE
- L’Australie nouvelle, par E. Marin La Meslée, membre de la Société royale de Sydney et de la Société de géographie commerciale de Paris. 1 vol. in—18, avec préface de M. Simonin; carte et gravures.— Paris, E. Plon et Cie, 1883. Prix : 4 francs.
- Annuaire de l’Observatoire de Montsouris pour l’an 1883. 1 vol. in-32. — Paris, Gauthier-Yillars.
- Dictionnaire de Chimie pure et appliquée, par À. Wurtz. Supplément, 6e fascicule. Une livraison in-8°. — Paris, Hachette et Cie.
- HORLOGE SPHÉRIQUE
- DITE BOULE DE VENISE
- Cette petite hprloge, représentée par la figure ci-contre, me parait intéressante à cause de sa rareté. Jusqu’ici je ne l’ai trouvée décrite dans aucun ouvrage d’horlogerie, et je n’en connais aucun autre spécimen, soit au Conservatoire des Arts .et Métiers, soit dans les musées, soit même chez des amateurs.
- Marchant par son propre poids et disposée pour être suspendue, elle se prête parfaitement à être placée dans un bateau de plaisance ou dans une gondole, d’où lui serait venu le nom de Boule de Venise, bien qu’elle soit de construction française, Sa construction remonte au commencement du dix-septième siècle. Elle se compose de deux calottes hémisphériques en cuivre doré, fixées sur une membrure intérieure et laissant entre elles un espace vide, dans lequel tourne librement un cercle en argent, disposition analogue à celle des pendules à cercle tournant.
- Ce cercle porte gravées sur sa surface les heures, ainsi que des divisions correspondant aux quarts d’heure.
- L’heure et la fraction de l’heure sont indiquées par l’extrémité de l’aile d’un ange fixé en relief sur la surface de la calotte inférieure et qui sert d’index ou d’aiguille.
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- LA NATURE
- En dessous de la calotle intérieure déborde une tige qui est dans l’axe de la boule. Cette tige fait un tour en une heure ; elle porte une aiguille qui se présente devant un petit cadran divisé en quatre parties qui correspondent aux quarts d’heure, ainsi que le montre le dessin. Getle aiguille sert en même temps pour la mise à l’heure du cercle.
- Le rouage monté dans une cage, entre deux platines, est fixé après la membrure intérieure. 11 se compose d’une fusée et d’une série de roues et de pignons comme à l’ordinaire, qui aboutissent à une roue d’échappement modérée par l’échappement, qui est à verge. Avec les roues du rouage engrènent
- les roues que font tourner le cercle, ainsi que la tige placée dans l’axe de la boule. La corde qui sort de la partie supérieure de la boule, en traversant un canon qm la guide, est fixée par un bout après le cylindre de la fusée : l’autre bout extérieur sert à suspendre la boule. Ce qu’il y a de plus particulier dans la disposition de la fusée, c’est qu’elle fait en même temps barillet et qu’elle renferme un ressort qui se bande au fur et à mesure que, sollicitée par son propre poids, la boule descend, et que, la fusée tournant par ce fait, la corde se déroule d’après le cylindre de la fusée, de telle sorte que dès qu’on soulève la boule, le ressort de
- Boule de Venise et détails du mécanisme vus en plan et en élévation.
- la fusée réagit, fait tourner le cylindre et enroule la corde; c’est ainsi que se fait le remontage de lui-même, sans l’emploi d’une clef, par conséquent.
- Le balancier est en fer et à deux barrettes. La rpue d’échappement est grande comme dans toutes les£*niGntres ou pendules dont les échappements ont été fâjts>avant la découverte du spiral, et dans les-quels’la masse seule du balancier sert de régulateur^ -
- :spiral, dont est pourvu ce balancier, a été certainement ajouté après la construction de l’hor-krge, si j’en juge par sa disposition et par le trou pratiqué dans la calotte pour le passage de la tige qui sert au léglage. Ce spiral est du reste d’une forme particulière : il fait à peine un tour, puis se termine par une partie rectiligne longue de 15mm,
- pincée dans un pince-lame à chariot qui sert d’avance et de retard. La vis qui fait mouvoir le pince-lame, et dont la tige déborde extérieurement, a dû servir à régler les amplitudes angulaires du balancier, lorsque celui-ci n’avait pas de spiral, subterfuge employé dans les pièces de cette époque, et particu-lièrementdans celles dont le balancier était remplacé par un foliot.
- Malheureusement, cette horloge ne porte aucun nom qui puisse me fixer sur son origine.
- L’inspection du dessin suffira pour en faire comprendre le mécanisme, et je la tiens à la disposition des personnes qui seraient curieuses de la voir.
- P. Garnier.
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- LES VAGUES DE LA MER
- La première chose que l’on peut observer dans une tempête, c’est la manière d’agir du vent.
- I! ne souffle point régulièrement, mais par saccades ; un instant, son frottement courbe les branches des arbres; un instant plus tard, il les secoue. On le voit gonfler uniformément les voiles d’un na-
- Vugue de la mer glissant sur le rivage. (L’après une photographie instantanée.)
- vire, qu’il enfonce brusquement, peu de temps après, comme par un choc.
- Une hypothèse pourra nous rendre compte de ces phénomènes, et nous donner la raison de l’intermittence du vent : Les molécules d’air, se déplaçant l’une après l’autre,- suscitent un mouvement vibratoire, qui donne naissance à de petites ondulations d’air, arrivant toutes les secondes à peu près ;
- la résultante d’une série de ces ondulations, constitue la rafale, qui arrive brusquement et est suivie d’une légère accalmie. Une série de rafales constitue le grain, et l’ensemble des grains forme la vague atmosphérique que l’on appelle un coup de vent.
- D’après ce court exposé, on doit s’attendre à retrouver exactement les mêmes phases dans la formation des flots de la mer ; en effet, si l’on examine
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- attentivement une vague, on voit qu’elle est couverte de stries très fines, qui correspondent aux vibrations atmosphériques. Les stries donnent naissance aux vaguelettes, qui correspondent aux ondulations de l’air, et se montrent à la partie supérieure des vagues.
- La vague proprement dite, paraît constituée par une série de vaguelettes. Un certain nombre de vagues soulève une lame. Une série de lames soulève un paquet de mer. Une série de paquets de mer soulève la grande ondulation de la tempête
- Cette classification établie, examinons les différentes séries de vagues. Au point de vue nautique, les stries sont sans importance, leur diamètre n’étant que de quelques millimètres ; mais au point do vue scientifique, elles peuvent être l’origine du branle-bas de l’élément liquide, car elles soulèvent les vaguelettes.
- Celles-ci n’intéressent pas encore le marin, mais au point de vue des ouvrages d’art, elles peuvent amener des dégradations par leurs chocs, insignifiants en apparence, mais multipliés à l’infini. Les vaguelettes ont 10 à 50 centimètres de diamètre et une faible longueur. Un vent très violent les fait déferler, ce qui contribue à la formation de la poussière d’eau salée, qui se produit par mauvais temps, et que les marins appellent le poudrin. Sur les côtes de Normandie, le poudrin brûle la végétalion. La vague proprement dite, peut atteindre, dans la mer de la Manche, 3 mètres de haut, sur 10 de large, et 25 de longueur; ses proportions n’inquiètent pas les grands navires, mais elle détruit, à la longue, les travaux des ports; quand elle se brise, elle est redoutable pour les embarcations légères.
- Il reste à savoir combien il faut de vagues pour faire une lame? Dans l’antiquité, on admettait qu’il en fallait dix ; la première la moins forte, et toutes les autres allant en augmentant, jusqu’à la dernière.
- Les paquets de mer sont la terreur des marins ; le volume d’eau en mouvement qu’ils représentent est énorme; il peut dépasser 100000 tonneaux. Il est inadmissible qu’une rafale de vent soulève une pareille masse, ce ne peut être que la résultante des efforts combinés de la tempête. La hauteur d’un paquet de mer peut atteindre 8 à 10 mètres; il est massif, et frappe comme un bélier; à terre, il cause de véritables dégâts, il ouvre des brèches dans les digues; en mer, il lui est arrivé de couler à fond, d’un seul coup, un paquebot transatlantique. Quand leur navire a pû résister à son choc, les marins disent qu'ils ont paré la belle. Ils ont appelé cette vague paquet de mer, parce qu’elle tombe sur leur navire comme un lourd paquet, qui écrase tout.
- La grande vague ondulatoire a deux causes : d’une part, elle est la résultante générale des lames et paquets de mer, et d’autre part, elle est causée par la baisse du baromètre qui soulève les eaux de l’Océan. Dans les cyclones, le soulèvement de l’eau
- au centre, doit être neutralisé par la force centrifuge. Il est probable qu’alors, la première cause agit seule.
- L’ondulation ne paraît avoir que peu d’amplitude, mais resserrée par les côtes, cette marée d’un nouveau genre peut atteindre plusieurs mètres; elle cause alors des inondations sur les rivages peu élevés.
- Au Havre, on a remarqué cette concordance singulière, que lors d’une tempête, l’ondulation arrive presque toujours après la marée. On voit la mer monter à son niveau normal, à l’heure prescrite, puis recommencer à descendre comme à l’ordinaire; tout à coup, elle remonte, à un niveau en général bien plus élevé que le précédent. Cette haute mer se maintient longtemps; plusieurs heures quelquefois; on l’a même vue durer vingt-quatre heures.
- Les lames, paquets de mer et ondulation, possèdent une force d’inertie considérable; quand la tempête est apaisée, ils soulèvent encore la houlle ; les vagues proprement dites tombent, et les lames aplaties subsistent encore. Il devient alors facile d’apprécier la distance d’entre-lames. Le 26 mars 1882, j’en ai compté huit sur un espace de 4000 mètres.
- La plus terrible chose qui se puisse produire sur mer, est une saute de vent, ce qui survient presque toujours dans les cyclones. Les phénomènes ci-dessus décrits étant bien établis, et assurés de durer longtemps, grâce à leur force d’inertie, si le vent vient à les reproduire dans une autre direction, les nouveaux venus s’entre-croisent aux anciens et produisent une mer hachée, funeste à la navigation.
- Celui qui dans un intérêt scientifique, viendrait au bord de la mer pour étudier la formation des flots, éprouverait quelque désappointement, la configuration des côtes, les remous, les courants, modifiant les phénomènes de mille manières. Cependant, ils sont toujours apparents, même par le temps le plus calme; ils ne diffèrent que d’amplitude. Pour les observer, il suffit d’examiner le niveau de l’eau, contre un poteau, une jetée, etc. Il s’y produit des dénivellations qui ressemblent aux pulsations de la mer; l’étendue de ces pulsations, donne des renseignements assez exacts sur tout ce que je viens de parler.
- Les vagues forment deux catégories :
- 1° Les vagues directes; 2° les vagues de transmission.
- Les premières, qui le plus souvent agitent la surface de la mer, sont celles que le vent soulève directement. Les deuxièmes, peuvent se produire par le temps le plus calme; leur formation est souvent étrangère aux lieux où elles sont observées; elles arrivent (quelquefois de fort loin) par transmission.
- Une expérience de physique bien connue, pourra nous fournir l’explication du phénomène de la mer agitée et furieuse, sans qu’il fasse de vent. Soit une longue file de billes de billard, posées à se toucher; en donnant un coup sec à la première, la dernière saute. Le choc s’est transmis de la première bille à
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- la dernière, sans mouvement appréciable des billes intermédiaires. Les perturbations marines, causées par les vagues directes, les marées, les tremblements de terre, etc., peuvent de même se transmettre à travers les molécules des eaux calmes, sans les agiter. Si l’espace liquide est libre, les vibrations s’éteignent peu à peu ; s’il survient un obstacle, il y a choc. Si cet obstacle est une côte, elles y forment un raz de marée; elles y soulèvent de grandes lames, alors qu’à quelques milles du rivage, la mer est calme.
- Quand cet obstacle est un haut fond, ou une vibration contraire, des lames sourdes s’élèvent à la surface de la mer : elles semblent partir du fond, et mettent les navires en grand danger. Les vagues produites dans ces deux cas, sont des vagues de transmission; ce sont elles aussi qui battent les récifs par temps calme, et qui prolongent la houle après la tempête.
- Cette curieuse transmission peut s’effectuer à des distances incroyables; plusieurs centaines de kilomètres, par exemple; elle offre une certaine analogie avec les secouses de tremblement de terre qui traversent des points morts, et ne se font sentir que dans les endroits où se trouvent des failles ou des différences de densité des couches terrestres.
- Au Havre, les jours de tempête, les perturbations du large, transmises aux bancs de la rade, y soulèvent l’eau alternativement; elles y produisent ce que les marins appellent la Levée, qui par mauvais temps, empêche les paquebots transatlantiques d’entrer au port. A travers l’entrée du port, munie do brise-lames, la Levée pénètre dans l’Avant-Port; elle s’y épanouit, atteignant encore 2 ou 5 mètres d’amplitude. Par une écluse de 16 mètres de largeur, elle pénèti'e dans le Bassin du Roi; de là, par une écluse de 13 mètres, elle se propage dans le Bassin du Commerce, où contrariée par les détours des quais, elle n’atteint plus que 50 à 50 centimètres d’amplitude.
- Ce remarquable phénomène de la Levée, passant dans une chaîne de bassins, paraît analogue à celui des vibrations d’une corde tendue, et sectionnée par des contacts. Quand avec un archet on frotte l’une des sections, les autres se mettent à vibrer, et un point mort, ou nœud, se forme à chaque endroit de contact de la corde.
- Dans l’observation ci-dessus, l’entrée du port, et chaque écluse, ont donné naissance à un nœud.
- Quand une masse d’eau en mouvement rencontre un obstacle, elle s’accumule contre cet obstacle, par suite de sa force d’inertie; l’eau élève son niveau, puis se rejette en arrière : ceci s’appelle le ressac. Il s’observe surtout le long des côtes ; il se produit sur mer après chaque marée. Le plus curieux effet qu’il suscite, est le phénomène du mascaret dans les fleuves, et spécialement la Seine.
- A mer basse, la Seine coule avec rapidité; à marée montante, un obstacle liquide de plusieurs mètres de haut s’élève à l’entrée du fleuve, en moins
- de deux heures de temps; l’eau de l’embouchure de la Seine s’arrête alors, élève son niveau, et se rejette en arrière en ressac. Ce ressac sert lui-même d’obstacle au courant du fleuve en amont de lui; le phénomène se répète, et ainsi de suite, toujours de plus en plus en amont. En définitive une forte vague remonte le fleuve. Il ‘est très facile de reproduire le phénomène en petit ; toutes les fois que l’on arrête brusquement le courant rapide d’un ruisseau, d’un filet d’eau quelconque, on voit un mascaret le remonter.
- Il me reste à parler de l’amplitude du mouvement des flots. Cette amplitude paraît proportionnelle à la force du vent, pour les vagues directes.
- D’un autre côté, si chaque strie, vaguelette ou vague, occupe un espace donné, et que, comme je l’ai dit plus haut, il en faille un certain nombre, pour donner naissance à telle lame ou telle paquet de mer, il est évident, que par un vent donné, une lame d’une certaine dimension ne pourra se former que si la nappe d'eau atteint une certaine surface. C’est précisément ce qui a lieu, et les dimensions des lames, par un vent donné, paraissent proportionnelles à l’étendue de l'Océan où elles se forment. Par exemple, la plus grande surface d’eau se trouvant, sur terre, la latitude du cap de Bonne-Espérance, c’est dans les environs de ce dit cap, que se rencontrant les plus fortes lames; dans la Méditerranée, la vague est courte.
- De tout temps, l’homme a cherché les moyens, de calmer l’agitation des flots, si préjudiciable à la marine.
- Le meilleur moyen, employé jusqu’ici, est le brise-lames, dont on connaît trop le mode d’action pour que je le décrive ici. Il me suffira d’ajouter qu’un brise-lames flottant, par exemple, un grand nombre d’espars ou de madriers laissés à la dérive, atténuent parfaitement l’agiattion des flots.
- Jusqu’ici, les ingénieurs ont pris à partie les vagues, les lames et les paquets de mer; pourquoi ne pas attaquer le mal à son origine? Pourquoi ne pas s’en prendre aux stries et aux vaguelettes, et ne pas leur opposer des brise-vaguelettes flottants. On peut faire ces brise-vaguelettes avec des brindilles, de la paille, de la sciure, de la suie, etc. L’expérience prouve qu’ils sont efficaces. Les aiguilles de glace, formées par le froid à la surface de l’eau, sont d’excellents brise-vaguelettes naturels.
- En général, toute cause naissant à la formation des vaguelettes apaise l’agitation des flots, ainsi, la pluie dont chaque goutte brise une strie, calme la mer dans une certaine mesure; les marins le savent.
- On a combarttu les lames avec des brises-lames ordinaires. On peut nuire aux vaguelettes en employant des corps légers. On peut aussi détruire les stries avec de la poussière. Pour nous en prendre aux stries microscopiques, il nous faut une poudre infiniment fine; un liquide convient admirablement. L’huile est le meilleur de tous ; il a la propriété (où la capillarité ne paraît point étrangère) de s’étaler
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- sur l’eau, comme un tas de billes s’étale sur un marbre lien poli. Ses molécules forment autant de galets flottants microscopiques, dans les intervalles desquels les stries se brisent, comme les lames se brisent sur les perrés de nos côtes. L’huile agit aussi comme un lubréfîant, atténuant le frottement du vent. Enfin, des phénomènes capillaires, dus au peu d’intervalle des molécules huileuses entre elles, interviennent encore pour enlacer la surface de l’eau et neutraliser complètement l’effet du vent. Toutes ces causes réunies peuvent nous donner la raison de l’efficacité de l’huile pour détruire les vagues à leur origine.
- On comprendra facilement, d’ailleurs, que tous les moyens ci-dessus indiqués de restreindre l’agitation des flots, ne sont bons que contre les vagues directes, dues à la formation des stries ; ils n’ont que peu d’influence sur les vagues de transmission, dues à d’autres causes. Quand l’huile apaise les flots, la houle subsiste. Emile Sorel.
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- SUR LES MOUVEMENTS DU CAMPHRE
- PLACÉ A LA SURFACE DE L’EAU ET DU MERCURE 1 (Suite et fin. — Vov. p. 215.)
- Pour voir ces mouvements se produire d’une manière constante et invariable à la surface de l’eau, et surtout sur le mercure, il faut avoir préalablement recours à des soins de propreté, que nous avons, à dessein, négligé d’indiquer avec précision à nos lecteurs. Nous désirions, par cette omission volontaire, stimuler leur sagacité, en les mettant aux prises avec des difficultés qu’ils seront peut-être parvenus à surmonter, avec des causes d’erreurs qu’ils auront aperçues, et dont la principale est le défaut de propreté absolue de l’eau, des vases et des instruments dont ils se servaient pour ces expériences.
- Ainsi, très probablement, ils auront vu, plus d’une fois, le camphre rester immobile à la surface de l’eau, versée dans les vases où ils espéraient pouvoir observer immédiatement les mouvements de gyration et de translation de cette essence concrète.
- Leur étonnement n’aura pas été moindre que le nôtre, quand ils auront constaté la cessation brusque des mouvements du camphre sous l’influence des objets vitreux ou métalliques, tels que tubes ou baguettes en verre, pièces d’or, d’argent ou de
- * On peut obtenir des mouvements semblables à ceux du camphre sur l’eau, avec de petites boules de liège entourées de colon et imbibées d’alcool ou d’éther, avec de petits fragments d’écorce d’orange, avec des tranches minces de clous de girolle, etc.
- Quant aux effets mécaniques des vapeurs de camphre dans l'air, on peut les rendre visibles au moyen d’un morceau de cette substance, gros comme une noix, suspendu au bout d’un fil, et en l’approchant soit d’une bande de papier également suspendue à un fil, soit en le tenant à quelque distance au-dessus d’un peu de poussière de charbon flottant sur l’eau.
- billoii, couteaux de table, etc., plongés dans le liquide où ces mouvements avaient lieu avant l’immersion des objets dont il s’agit.
- La puissance instantanément sédative des doigts de l’homme, de l’un de ses cheveux pris au hasard, les aura peut-être fait songer à quelque sorcellerie, à quelque magie diabolique, digne du grand Albert.
- Nous-même, nous l’avouons sans peine, après avoir, pendant des jours entiers, répété les curieuses expériences de M. Dutrochet, en nous conformant scrupuleusement à ses indications, en présence de nos résultats tout à fait identiques aux siens, nous avons été presque tenté de nous croire le jouet de quelque puissance occulte, ou du moins de certaines illusions d’optique, dont la véritable cause restait pour nous à l’état de mystère.
- Enfin, après beaucoup d’essais infructueux pour trouver le mot de l’énigme qui nous préoccupait, la lumière finit par poindre d’abord, puis par luire ensuite pleinement à nos yeux.
- En comparant les derniers résultats de mes expériences avec ceux que j’avais obtenus les jours précédents, je vis, par exemple, que le camphre se mouvait, dans mes éprouvettes, à un niveau notablement supérieur à celui où sa gyration s’opérait la veille ou l’avant-veille. Et cependant, je m’étais toujours servi des mêmes vases, de la même eau, de parcelles détachées de la même masse de camphre.
- A quoi donc pouvait tenir la différence observée entre les deux niveaux où j’avais vu, en premier et en dernier lieu, le camphre exécuter ses mouvements. En l’absence de toute réponse à mes yeux satisfaisante, je soupçonnai enfin que la différence constatée par moi provenait de ce que, après les nombreux lavages que j’avais fait subir à mes appareils, en y versant de nouvelle eau pour répéter les mêmes expériences, ces appareils s’étaient peu à peu débarrassés des impuretés, quelles qu’elles fussent, qui, à mon insu, pouvaient en avoir sali les parois.
- Partant de cette idée, pour moi encore à l’état d’hypothèse, je me mis à laver mes mains, mes verres, mes éprouvettes, etc., d’abord avec de l’acide sulfurique très étendu, ensuite avec de l’ammoniaque; puis, je les rinçai à grande eau, et je les essuyai soigneusement avec des linges ‘blancs de lessive, qui ne servaient qu’à cet usage; enfin, je les replongeai dans de l’eau très propre. J’avais ainsi tranché le nœud gordien : j’étais sur la voie de la vérité.
- En effet, en répétant de nouveau toutes les expériences de M. Dutrochet, avec les soins minutieux de propreté dont je venais d’entrevoir l’indispensable nécessité, je vis s’écrouler, l’une après l’autre, toutes les pièces de l’échafaudage que ce maître éminent avait si laborieusement construit. Le camphre se mouvait dans tous mes vases, vitreux ou métalliques, de toutes les formes et à toutes les hauteurs. Les corps immergés (tubes de verre, couteaux de table, pièces de monnaie, etc.) avaient
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- perdu leur prétendue vertu sédative d’une prétendue activité de l’eau et des vases (pii la contenaient. Le soi-disant phénomène de l'habitude « transporté de la physiologie dans la physique » n’existait plus.
- L’assimilation de l’appareil employé pour obtenir les mouvements du camphre sur l’eau, avec l’appareil tout physiologique au moyen duquel la nature réalise la circulation du liquide contenu dans les mérithalles tubuleux du Chara fragilis, devenait une erreur grave à rayer de la science où l’auteur l’introduisait avec une bonne foi entière et tout à fait à son insu. La véritable cause de la Vie n’était donc pas dévoilée, et le nouvel agent désigné sous le nom de diluo-électricité s’évanouissait devant ce fait très simple et très authentique, à savoir que le camphre se meut rapidement sur le mercure très propre, où personne assurément ne supposera que cette substance volatile peut se dissoudre 1.
- M. Dutrochet attache une grande importance à la manière dont l’eau est versée (avec ou sans agitation) dans le vase où l’on expérimente. Cette importance est nulle, ou à peu près.
- En effet, pour le prouver, iî suffit d’employer une éprouvette (Voy. la figure), munie d’un tube latéral A, aboutissant à une tubulure inférieure B, au-dessus de laquelle est un étranglement C. Versez par le tube latéral l’eau qui doit remplir peu à peu l’éprouvette, et lorsque son niveau est en I), met* tcz-y une parcelle, de camphre.
- Vous la verrez s’agiter continuellement, même lorsque Je liquide atteindra le bord supérieur du vase. Pour abaisser le niveau à des profondeurs diverses, il suffira de faire tourner le tube À dans le bouchon par lequel il s’adapte à la tubulure B. En agissant ainsi vous évitez l’agitation ou collision de l’eau, et cependant, si l’éprouvette est bien propre, le camphre continuera de se mouvoir à toutes les profondeurs comme à toutes les hauteurs des divers niveaux observés.
- Mais, nous dira-t-on sans doute, comment expliquez-vous l’arrêt des mouvements du camphre à la
- 1 Pour la réfutation plus.détaillée des erreurs de M. Dutro-cliet, consultez notre Mémoire intitulé : Recherches sur les mouvements du camphre et de quelques autres corps placés à la surface de l’eau et du mercure, par MM. N. Joly et Boisgiraud aîné. — Paris et Toulouse, 1842.
- surface de l’eau contenue dans des vases qui ne sont pas d’une rigoureuse propreté ?
- Avant de répondre à cette question, disons d’abord que la cause des mouvements dont il s’agit n’est autre que l’évaporation de cette huile concrète. Us sont dus à des effluves qui s’en échappent de toutes parts, effluves qui exercent sur le corps d’où elles émanent une action de recul, tout à fait semblable à celle qui se manifeste dans un éolipyle monté sur un réchaud à roulettes, ou mieux encore dans l 'explosion d’une fusée ou d’un soleil pyrotechnique. Une partie de ces vapeurs camphrées, ainsi qu’une petite portion du camphre lui-même, se dissolvent dans l’eau, et forment à sa surface une couche huileuse d’abord très légère, mais dont l’épaisseur peut augmenter, avec le temps, au point de devenir, surtout si le vase est étroit, un obstacle mécanique à la gyration des petits fragments de camphre qu’elle emprisonne, et dont elle empêche l’évaporation.
- Mais comme cette couche d’huile volatile peut s’évaporer et s’évapore, en effet, au bout d’un certain temps, le camphre reprend alors ses mouvements gyraloires, sans qu’on puisse dire pour cela le moins du monde qu’il « s’est habitué à la cause qui d’abord l’avait influencé, et cela en se modifiant de manière à rendre nulle l’influence de cette cause qui n’a pas cessé d’être présente » (Dutrochet, loc. cit., p. 50).
- Nous avons pu nous convaincre de l’existence de cette couche d’huile de camphre, lorsqu’elle était d’une certaine épaisseur, en introduisant sous l’eau où elle s’était formée, quelques gouttes d’éther sulfurique, dont l’évaporation subite produisait un froid assez vif pour congeler instantanément la couche en question, et la rendre ainsi parfaitement visible à tous les yeux.
- La légère couche de matière grasse qui enduit habituellement les parois des vases d'où l’on n’a pas cherché à l’enlever, produit des effets tout semblables à ceux de l’huile de camphre, c’est-à-dire que, au fur et à mesure qu’elle devient plus épaisse, elle arrête aussi les mouvements de cette essence volatile concrète.
- C’est là précisément ce qui arrive dans une éprouvette où l’on voit le camphre en mouvement devenir immobile, si l’on élève le niveau de l’eau de quelques centimètres, et, à plus forte raison,
- Appareil pour l'étude des mouvements du camphre sur l’eau.
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- si on la fait arriver jusqu’au bord supérieur de l’appareil. Dans son ascension lente, le liquide lèche, pour ainsi dire, la matière huileuse qui enduit la paroi interne de l’e'prouvette : cette matière s’étend à la surface de l’eau, et y forme une couche qui en s’étendant sur le morceau de camphre lui-même, s’oppose à son évaporation et, par suite, à ses mouvements.
- L’exislence de la couche dont il s’agit ne saurait être mise en doute, puisqu’on la fait disparaître en faisant déverser l’eau par-dessus les bords de l’éprouvette et, plus facilement encore, en étendant une feuille de papier Joseph sur le liquide où le camphre se trouvait frappé d’immobilité. Dès qu’on enlève le papier de soie, sans toucher l’eau avec les doigts, bien entendu, le camphre reprend ses mouvements, et les continue ensuite à toutes les hauteurs.
- Les doigts eux-mêmes, pourvu qu’ils soient très propres, n’auront plus la puissance d’arrêter la gyration. L’expérience suivante, très facile à répéter, en est la preuve incontestable.
- Lavez soigneusement votre doigt médius, d’abord avec de l’ammoniaque liquide, et ensuite à grande eau, puis plongez-le dans un verre à boire où un fragment de camphre se meut avec rapidité : vous ne suspendrez pas la gyration. Mais vous la ferez cesser à l’instant, si vous plongez dans ce même verre votre index à l'état naturel, c’est-à-dire non débarrassé des matières grasses qui salissent ordinairement les doigts, surtout pendant l’été.
- Mouvements du camphre sur le mercure. — Pour étuaier les mouvements du camphre, le mercure offre, comparativement à l’eau, un précieux avantage : c’est qu’on peut s’assurer facilement du degré de propreté de ce métal au moyen de l’baleine condensée. La vapeur s’y dépose d’une manière uniforme, s’il est d’une propreté parfaite : elle y forme des taches diversement nuancées et plus persistantes quelle, si le métal est sali par des corps étrangers.
- Mais il est extrêmement difficile de nettoyer complètement le mercure b Pour obtenir ce résultat, nous avons, M. Boisgiraud et moi, pris du mercure distillé : nous l’avons laissé longtemps en contact avec de l’acide sulfurique concentré, en ayant soin d’agiter souvent le mélange. Puis, après avoir enlevé la plus grande partie de l’acide, nous avons jeté le métal dans un vase contenant de la chaux vive en poudre; enfin, nous l’avons fait passer à travers un filtre percé de quelques trous dans sa partie inférieure.
- Purifié par ce procédé, le mercure permet non seulement les mouvements du camphre à sa surface, mais encore il rend visibles aux yeux les traces des vapeurs qui s’en échappent, traces qui ne ressemblent pas mal à de petits têtards à longue queue, doués d’une très grande agilité. Rien n’est plus curieux
- 1 Parce qu’il n’avait pu parvenir à purifier complètement le mercure, M Liégeois a nié, mais bien à tort, que les mouvements du camphre aient jamais lieu sur ce métal.
- que de voir la parcelle de camphre descendre et remonter successivement les courbures fortement prononcées que présente le mercure près des parois du vase qui le contient. Notons qu’en élevant un peu la température de ce métal, on accélère les mouvements du camphre à sa surface. Pareils effets ont lieu sur l’eau légèrement chauffée1.
- Les expériences que nous venons de rappeler à l’attention des lecteurs de La Nature font ressortir toute l’importance que peut avoir sur certains résultats la présence des plus légères impuretés. « Elles mettent en évidence, dit notre savant collègue, M. Daguin, l’existence sur les corps polis d’un enduit imperceptible de ces matières grasses qui servent aujourd’hui à expliquer les images deMoser 2 ».
- On y trouve aussi la preuve manifeste et l’explication rationnelle des erreurs graves auxquelles la présence de ces matières grasses, à peine soupçonnée avant nous, a pu entraîner un savant aussi ingénieux et aussi distingué que l’était l’illustre auteur delà découverte de l'Endosmose3.
- Professeur N. Joly,
- Correspondant de l’Institut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 mai 1883. — Présidence de M Llanchard.
- Élude chimique du chocolat. — C’est d’une manière tout à fait spéciale que M. le secrétaire perpétuel signale un grand mémoire de M. Boussingault sur le chocolat. Il a fallu imaginer une méthode nouvelle d’analyse et l’auteur formule ses résultats d’une manière fort intéressante. 11 est très remarquable, en effet, que les peuples les plus divers aient inventé d’aller chercher dans des végétaux, des alcaloïdes dont l’effet immédiat est de procurer une surexcitation au système nerveux. Les Chinois ont le thé, les Arabes le café, les habitants du Paraguay le maté, les Péruviens le coca, les Mexicains le cacao. Si les effets obtenus sont les mêmes, si les alcaloïdes, caféine, cos-séine, théobromine sont fort analogues entre eux, les plantes qui les fournissent n’ont souvent aucun rapport botanique et les parties utilisées, feuilles ou graines sont très différentes les unes des autres. Dans presque tous les cas, c’est l’alcaloïde seul qui est recherche et l’excitation qu’il produit; mais le chocolat constitue en même temps un aliment, et un aliment si complet qu’on peut le comparer à cet égard au lait lui-même. 11 contient, en effet, de la légumine, de l’albumine, de la viande végétale, de la substance grasse, de l’amidon, du sucre, des sels, et spécialement des phosphates ; plus la théobromine et un arôme délicat qui n’existent pas dans le lait. Tout le monde sera de l’avis de M. Dumas, disant spirituellement à son confrère, que les fabricants de chocolat ne pourront mieux faire que d’employer son texte même pour recommander leur marchandise.
- Mission d'observation du passage de Vénus au Chili. — M. le lieutenant de vaisseau de Bernardières, chef de la mission, a remis à l’Académie un rapport très intéressant sur les opérations qu’il a effectuées ou dirigées et qui ont eu un succès aussi complet que celui des autres missions.
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- LA NATURE,
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- Il s’est installé près du pied de la Cordillère des Andes, à 5 lieues au sud de Santiago, où se sont trouvés réunis les délégués de l’Observatoire de la capitale, une mission des États-Unis et une mission Belge. Le beau ciel du Chili n’a pas menti à ses promesses, et nos observateurs ont pu déterminer dans les meilleures conditions les heures des contacts et prendre de nombreuses mesures micrométriques. La position de leur observatoire a été fixée par des opérations de différentes natures et apportant un contrôle parfait. Chargé, en outre, par le Bureau des Longitudes de la détermination précise des méridiens de la côte occidentale sud du Pacifique, M. de Bernardièrcs a pu, grâce à l’extrême obligeance qu’il a trouvée, tant auprès du gouvernement chilien que des compagnies privées, mesurer avec ses collaborateurs de l’océan Atlantique 1 et du Pacifique 2, la différence des longitudes entre Santiago, Valparaiso, Buenos-Ayres, Chorrillos, Callao, Lima et Panama. Ces travaux, exécutés par les méthodes les plus précises, et au moyen des instruments astronomiques et électriques les plus perfectionnés, employés par nos géodésiens sur le continent européen, sont d’une importance considérable, puisqu’ils relient pour la première fois, et doublement, la côte occidentale de l’Amérique du Sud à l’Europe par le Brésil et par Panama. Ils font le plus grand honneur à notre marine et prendront une place importante dans l’immense réseau géodé-sique dont la marine américaine poursuit depuis plusieurs années la détermination et qui comprendra'le globe .entier en fixant, d’une façon définitive, sa tonne et ses dimensions. Nous pouvons ajouter que la mission rapporte une série considérable d’observations magnétiques ne comprenant pas moins de trente-cinq lieux différents et qui vont apporter un élément précieux à cette étude si intéressante du magnétisme terrestre dont toutes les nations sont actuellement occupées. Pour terminer, disons enfin que M. Bernardières a rapporté de la Cordillère des Andes et des Pampas de la République Argentine qu’il a traversées pour se rendre de Valparaiso à Buenos-Ayres, de nombreuses observations météorologiques, magnétiques, barométriques, des échantillons de l’air à différentes hauteurs et d’autres documents variés et intéressants sur les pays qu’il a visités.
- Nouvelle planète. — Le 11 mai, à Marseille, M. Borelly a découvert la 253° des petites planètes qui circulent entre les astres de Mars et de Jupiter. M. Slephan adresse des observations du nouvel astre et M. Bigourdan l’a vu les 12 et 13 mai de l’Observatoire de Paris; il en fait connaître les éléments.
- A propos d’astronomie, mentionnons une note de M. Cruls sur la déterminaison du méridien dans les basses latitudes telles que celle de Rio de Janeiro.
- Le phylloxéra. — On signale des communications de M. Mouillefert et de M. Morand sur le traitement des vignes phylloxérées.M. Dumas y ajoute des renseignements sur les ressources que présente la culture de la vigne dans les sables de l’Algérie ; (3000 hectares de sables jusqu’alors stériles, sont maintenant transformés en vignes si productives qu’on peut tirer 100000 francs par an de vin d’une surface qui antérieurement à la culture était loin de valoir ce prix. Jusqu’à aujourd’hui le phylloxéra n’a pas fait son apparition en Algérie, mais si le malheur voulait qu’il y entrât, il est clair qu’il trouverait un obstacle à sa propagation dans la nature sablonneuse du sol, et que c’est
- 1 MM. Fleuriais et Beuf.
- 2 MM. Barnaud et Favereau.
- dans les sables puisqu’elles y réussissent si bien, qu’il faut planter des vignes. Ce sera pour nous une ressource dont on appréciera mieux l’importance quand nous aurons ajouté que chaque jour la France achète à l’étranger pour un million de francs de vin (300 à 400 millions par an) !
- Température de la mer. — Poursuivant les études dont nous avons déjà parlé, M. Semnola note que le 20 octobre dernier, à fi heures dn matin, l’eau du golfe de Naples donnait 18 degrés thermométriques, alors que l’air à son contact mesurait seulement 10°,4. A midi, les deux températures s’étaient rapprochées et étaient sensiblement de 19 degrés.
- Varia. — D’après le Dr Gribauvier (?), l’iode constitue un spécifique certain contre la fièvre typhoïde prise à son début. — Par son testament, le Dr Lamourette, décédé le 26 avril dernier, a légué 40 000 francs à l’Académie pour être distribué en prix de physiologie thérapeutique. — M. Muntz s’occupe du dosage du sulfure de carbone — MM. Friedel et Curie poursuivent leurs recherches sur la pyro-électricité du quartz. * Stanislas Meunier.
- ALTITUDES COMPARÉES
- DES CHEMINS DE FER DE MONTAGNES
- Nous reproduisons ci-contre, d’après la Revue générale des chemins de fer, une figure qui intéressera nous l’espérons nos leeteurs et qui résume en quelque sorte plusieurs articles que nous avons publiés précédemment : c’est un diagramme donnant la hauteur comparée des principaux chemins de 1er de montagnes.
- Ainsi qu’on le voit à la simple inspection du dessin, le chemin de fer de Callao à Oroya au Pérou atteint l’altitude la plus élevée : 4778 mètres à la traversée des Cordillères des Andes, il arrive donc à 50 mètres près à la hauteur du Mont-Blanc la plus haute de nos montagnes d’Europe; nous avons signalé déjà du reste à diverses reprises cette ligne si étrange exploitée continuellement en simple adhérence avec des pentes de 40 millimètres par mètre, qui a été lancée pour ainsi dire à l’aventure sans dessin précis arrêté d’avance, à travers des précipices sans fond et des montagnes qui en certains points interdisent presque entièrement tout accès à la lumière. Cette voie peut passer certainement pour une merveille d’audace même parmi les Américains qui n’en sont cependant pas à compter avec les tours de force de ce genre.
- A côté de la ligne de Callao à Oroya il faut citer une autre ligne péruvienne celle qui paît de Mol-lendo sur l’Océan Pacifique pour aller rejoindre le lac Titicaca en passant par Arequipa, elle peut soutenir la comparaison puisqu’elle dépasse aussi l’altitude de 4000 mètres et traverse les Andes à 4470 à Portez del Crezera toujours en simple adhérence, et en n’atteignant que sur une faible partie de son parcours, de Pampa de Yura à Alto de la Habra, la pente maxima de 40 millimèlres par mètre.
- Viennent ensuite, — longo sed proximus inter-
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- vallo — les lignes qui traversent nos montagnes d’Europe et qui atteignent toutes des altitudes peu différentes de 1200 mètres environ, car il n’est guère possible sous nos elimats d’assurer une exploitation régulière, ni de préserver la voie des avalanches dans les régions alpestres à des hauteurs plus considérables. Comme la hauteur des cols des Alpes se tient généralement à 2000 mètres environ, la traversée se fait en souterrain 800 mètres plus bas. Nous citerons, par exemple, la traversée des Alpes au tunnel du Mont-Cenis au-dessous du col de Fréjus, le premier des grands tunnels de longueur supérieure à 10 kilomètres percé à une hauteur de 1300 mètres avec des rampes d’accès de 30 milli-
- mètres seulement vers Modane et Saint-Michel du côté français, et vers Suze par Turin du côté italien; la traversée du Saint-Gothard et le tunnel récemment terminé à l’altitude de 1150 mètres qui assure dès à présent les communications faciles entre l’Allemagne et l’Italie, et prépare, si nous n’y prenons garde, l’invasion complète du marché italien par les produits allemands à l’exclusion des nôtres. On remarquera également la ligne qui traverse le Brenner en allant d’Innsbrück à Botzen : elle atteint l’altitude de 1550 mètres avec des rampes d’accès de 25 millimètres ; la ligne restée aussi célèbre du Sem-ring qui va de Vienne à Bruck par Gloggnitz et Mürzzuagschl et traverse la montagne en tunnel à
- u-dessvs du n î *càu \ de /a mer
- Portez de! Crazera
- Porter del lndio(V329)
- Alto de laHabra(40d&»
- Chemins de 'fer du Pérou
- Pufio sur te tac fifctcaea (360V»
- 3000
- Pampadû Yura
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- Mord Cehîs
- Brenner (iMîl
- S* G othad
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- A irolohtVî.)
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- Lüënertr~'-c Lucerne
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- O ( Niveau deîamef)
- Diagramme îles chemins de fer de montagnes donnant leurs altitudes comparatives.
- l’altitude de 900 mètres ; nous pourrions y ajouter, à côté de la ligne du Brenner, celle de Franzenfeste à Lienz qui s’élève à la hauteur de 1200 mètres.
- La ligne de Poli à Tiflis, au Caucase, est remarquable surtout par les rampes d’accès véritablement énormes de 45 millimètres qu’elle présente, et qui dépassent ainsi la pente de la ligne de Callao à Oroya.
- C’est surtout en Suisse qu’on rencontre, en Europe, les .lignes les plus curieuses, tant au point de vue de l’altitude qu’elles atteignent, que des paysages quelles traversent. Nous citerons les lignes du Jura, de Neufchatel à La Chaux-de-Fonds et celle de Pontarlier à Lausanne qui dépassent toutes deux l’altitude de 1000 mètres; la ligne de Berne à Lucerne par Eschôllzmalt, qui s’élève à 855 mètres ; la ligne de Rorschach à Saint-Galien qui va à 675 mètres; celle de l’Utliberg qui part de Zurich avec une pente
- atteignant parfois 70 millimètres, la plus forte qu’on ait jamais donnée à une ligne à simple adhérence en Europe, et s’élève à 815 mètres; celle qui part de Wadenswyl et s’élève avec une pente de 50 millimètres au pèlerinage autrefois si célèbre de Notre-Dame-des-Ermites, à Einsiedcln, à 883 mètres d’altitude; nous pourrions y ajouter également le Righi élevé de 1400 mètres environ. Parmi les lignes italiennes, nous aurions aussi à citer les traversées de l’Apennin qui s’opère sur la ligne de Gênes à Alexandrie, à l’altitude de 400 mètres avec des rampes d'accès de 55 millimètres. Sur la ligne de Florence à Bologne, la traversée s’opère à 607 mètres, avec des rampes d’accès de 25 millimètres. L. B.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandimi.
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue üe FJeurus, à Paris
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- IV 521.
- 2Ü MAI 1885,
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- LANÇAGE DU TIADUC DE GÂRABIT
- La Nature a déjà donné, à cette même place, quelques renseignements sur le viaduc de Garabit que fait construire l’État pour la Compagnie des chemins de fer du Midi. Nous les compléterons aujourd’hui en mettant rapidement nos lecteurs au courant de la marche des travaux et de leur état d’avancement. Cet ouvrage hardi, qui fait le plus grand honneur à son auteur, M. Boyer, ingénieur des ponts et chaussées, et à son constructeur M. Eiffel, dépasse en dimensions tous ceux qui ont été produits
- jusqu’à ce jour et mérite d etre admiré, autant au point de vue de la conception même du projet qu’à celui de son habile exécution. Il permet de franchir à une grande hauteur, la gorge étroite, au fond de laquelle coule la Truevre, en passant directement d’une rive sur l’autre, sans quitter les plateaux élevés qui s’étendent entre l’Aubrac et la Margeride et en évitant de s'engager dans de petites vallées abruptes et d’un accès difficile.
- Les avantages du nouveau tracé sont considérables et peuvent se résumer ainsi :
- Économie de plus de 3 millions de francs, et peut être même de 5 millions, dans les dépenses de
- Construction du viaduc de Garabit. Tablier de fer de 285 mètres de longueur, posé du côté de Marvejols. (D’après une photographie.)
- construction de la ligne. Réduction de 60 mètres environ de la hauteur à racheter de chaque côté de la Trueyre et, par conséquent, diminution des pentes de la voie ferrée.
- Enfin, meilleur mode de desserte des localités.
- Ces avantages se trouvent obtenus sans aucun allongement de parcours.
- Le tablier métallique a 448 mètres de longueur et pèse 1 350 000 kilogrammes. Il est constitué par une poutre droite, à treillis simple, à croix de Saint-André, de 5m,I6 de hauteur. La voie, au lieu d’être posée directement sur le tablier, est placée dans la partie intermédiaire, à 1 m,66 au-dessous des semelles supérieures. Cette disposition a l’avantage de former de chaque côté une solide muraille capable de main-tt’année.— I" semestre.
- tenir les voitures en cas de déraillement. Elle diminue, en outre, la surface que présentent les trains à l’action du vent.
- A chacune de ses extrémités, le tablier repose sur un petit viaduc en maçonnerie qui y donne accès. Les points d’appui intermédiaires sont constitués par cinq piles en fer distantes entre elles de 52 à 55 mètres et par le grand-arc métallique, de 156 mètres d’ouverture, qui franchit la partie la plus profonde de la vallée.
- Les ingénieurs de l’État confièrent l’entreprise de cet ouvrage a la maison Eiffel sur un marché de gré à gré et sur un devis de 3 100 000 francs, y compris les travaux de maçonnerie et de substruc-tion, qui sont très considérables. Cette première
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- partie fut exécutée avec beaucoup de soins et avec autant de rapidité que le permettaient les difficultés du terrain, et l'on put bientôt attaquer la partie métallique. Celle-ci a été construite avec une activité remarquable. La pose en était à peine commencée au 1er septembre 1882, et, au 30 avril 1883, toutes les piles étaient montées, la partie du tablier, côté Marvejols, était lancée et celle du côté Neussargues était à peu près terminée.
- La gorge de la Trueyre se présente à Garabit sous un aspect des plus pittoresques et des plus sauvages qu’animent en ce moment les travaux de construction du viaduc. Les piles-culées, c’est-à-dire celles dont les soubassements doivent supporter les retombées du grand arc, ont, en moyenne, 80 mètres d’élévation et surplombent, presque à pic, la rivière. Rien ne peut donner une idée du spectacle grandiose produit par ces immenses piliers, en treillage de fer, qui se dressent au milieu de rochers schisteux et de grands bois de pins et soutiennent, à une hauteur prodigieuse, cette longue cage découpée à jour que traverseront bientôt les locomotives.
- Ce qui frappe surtout le visiteur, en face de ce travail gigantesque, c’est le caractère général de simplicité que présente l’installation de tous les chantiers. Les piles ont été élevées au moyen de simples chèvres que l’on remontait au fur et à mesure de leur construction Mais, à une pareille hauteur, la manœuvre des lourdes pièces de fer n’en offrait pas moins des difficultés considérables. Parfois on était obligé d'aller amarrer les haubans jusque dans le lit de la Trueyre, et la longueur de ces cordages atteignait souvent plusieurs centaines de mètres.
- Sur chaque rive, la partie correspondante du tablier a été montée sur des plates-formes de lançage préparées à cet effet. M. Eiffel s’est servi, pour cette opération, des mêmes appareils qu’à son pont du Douro.
- Chaque appareil se compose d’un châssis en fer reposant en son milieu sur un axe, autour duquel il peut osciller, et portant deux galets sur lesquels s’appuient les semelles inférieures de la poutre. Sur l’arbre de l’un des galets est montée une roue à rochets actionnée par un grand levier en bois. Ces appareils sont distribués de manière à se correspondre deux à deux perpendiculairement à l’axe du viaduc. Afin d’assurer l’ensemble des manœuvres, les leviers sont entretoisés transversalement par un madrier sur lequel poussent les hommes placés sur le tablier pour produire son entraînement. Quand l’opération est terminée, on soulève légèrement la poutre, à l’aide de vérins hydrauliques, pour enlever les appareils et placer les appuis définitifs.
- En visitant dernièrement les travaux de Garabit, nous avons pu assister au lançage du tablier côté Marvejols. Cette portion du pont, que représente la gravure ci-contre, a 285 mètres de longueur et pèse environ 850 tonnes. Les ouvriers s’appliquent aux entretoises qui réunissent les leviers deux à
- deux. Quand ils sont prêts à agir, un surveillant dans chaque groupe élève un drapeau. Au coup de trompe du directeur de la manœuvre, tous les leviers s’abattent ensemble, en faisant progresser chaque fois la poutre en moyenne de 10 à 12 centimètres. On arrive ainsi à parcourir jusqu’à 8 et 10 mètres par heure et à franchir en moins d’une journée tout l’espace d’une travée.
- Le roulement du tablier est très doux et, lorsque le démarrage a eu lieu, il nécessite en général une force peu considérable. En avançant avec lui dans l’espace, on ne perçoit aucune vibration, sauf à l’aplomb des piles métalliques que l’on sent osciller légèrement. Et c’est vraiment un spectacle imposant que celte longue poutre en fer d’un poids de 850 000 kilogrammes se déplaçant lentement à une centaine de mètres de hauteur sous le seul effort d’une cinquantaine d’hommes attelés à de simples leviers.
- Les voûtes des petits viaducs en maçonnerie sont plus élevées que la partie inférieure de la poutre; aussi ne pourra-t-on terminer leur construction que lorsque le pont aura été amené à sa place définitive.
- Actuellement le tablier côté Marvejols est arrivé sur sa pile culée qu’on lui fera dépasser d’une douzaine de mètres. On procédera de la même manière pour la partie du tablier côté Neussargues, et l’on utilisera ces porte-à-faux pour supporter les voussoirs du grand arc pendant sa construction. Celle-ci va être menée activement, et, vers la fin de cet été, elle sera déjà probablement fort avancée. Nous reviendrons alors sur cette opération, l’une des plus intéressantes de ce magnifique travail.
- Ch. Talansier,
- Ingénieur tics Arts et Manufactures.
- LE BRONZE SILICIEUX
- Le bronze silicieux, aujourd’hui employé sur la plupart des ligues téléphoniques aériennes de l’étranger et sur un grand nombre de lignes télégraphiques *, est un bronze désoxydé avec le concours du silicium et du sodium, qui augmentent la conductibilité électrique de l’alliage en réduisant les parcelles infiniment petites d’oxyde de cuivre qui en pénètrent la masse. Il présente sur le bronze phosphoreux, précédemment employé, cet avantage que, s’il reste des traces du désoxvdant, ces traces sont conductrices de l’électricité, tandis que le phosphore et ses dérivés ne le sont pas. On obtient ainsi des bronzes qui atteignent la conductibilité du cuivre pur et qui, par conséquent dépassent celle des cuivres du commerce.
- Aux débuts de la télégraphie électrique, on avait eu l’idée de se servir de fils de cuivre pour les lignes. Un essai fut fait entre Paris et Rouen, mais on s’aperçut bien vite que le cuivre s’allongeait d’une quantité considérable et, du reste, sa faible résistance a la rupture (28 kilos environ par millimètre carré) l’empêchait de résister à des
- 1 Le réseau téléphonique de Reims (Voy. n° 519 du 12 mai 1883, -p. 575) a été établi avec des fils de bronze silicieux fabriqués par M. Lazare Wciller, d’Angoulême.
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- fortes tensions, à l’action du vent, au poids de la neige, etc. C’est ainsi qu’on fut conduit à substituer au cuivre les fils de fer, beaucoup moins conducteurs, sous un diamètre plus fort (4 millimètres), par conséquent, mais aussi plus résistants (36 kilos par millimètre carré).
- Aujourd’hui, une réaction inverse se produit, par suite de l’invention des fils de bronze silicieux, qui, tout en possédant la conductibilité du cuivre, ont une résistance mécanique supérieure à celle du fer (46 kilos par millimètre carré).
- Ces fils remplacent, sous le diamètre de 2 millimètres, des fils de fer galvanisé de 5 millimètres; cette différence de diamètre correspond à une différence de poids kilométrique de 26 kilos au lieu de 155 kilos.
- 11 est à peine nécessaire de faire ressortir l’économie qui résulte de cet écart considérable entre les poids kilométriques des deux lignes. La pose en est singulièrement facilitée, les poteaux sont moins chargés et peuvent être espacés davantage.
- Pour les lignes téléphoniques, où une plus faible conductibilité est nécessaire, M. Lazare Weiller fabrique un fil silicieux spécial, moins conducteur, mais dont la résistance à la rupture atteint 70 kilos par millimètre carré. C’est ce fil qui a été employé 'a Reims sous le diamètre de 1”,10.
- Une expérience de quelques mois a déjà permis de vérifier, de la façon la plus complète, les résultats annoncés par M. Lazare Weiller. Sur une partie du réseau de Reims, où des fils d’acier de 2 millimètres avaient été placés, les supports ont été tordus ou renversés et il a été constaté que leur maintien exigeait un changement des supports et leur remplacement par des poteaux coûtent sensiblement plus cher. En outre, les fils silicieux, offrant moins de prise au vent, ne vibrent pas autant que les fils d’acier, ce qui permet de supprimer les sourdines qu’exige l’emploi de ces derniers.
- A côté de ses avantages généraux, qui expliquent et justifient le développement rapide qu’ont pris les réseaux télégraphiques en bronze silicieux, il faut en signaler d’autres qui sont loin d’être sans intérêt.
- Tout le monde connaît la résistance que le bronze oppose à la corrosion par les agents atmosphériques. Alors que les armes de bronze très anciennes ont pu parvenir jusqu’à nous, les armes de fer ont, pour la plupart, disparu sous la rouille. C’est que le fer s’oxyde rapidement et, que, malgré la galvanisation destinée à le protéger, la rouille s’y produit, se propage peu à peu jusqu’au centre du métal et finit par le faire tomber en poussière.
- Le bronze, au contraire, ne se rouille pas ; il se recouvre d’une patine superficielle, qui par la propriété que possède l’oxyde de cuivre' d’être isolant pour l’électricité, protège les fils contre toute déperdition extérieure.
- Cet avantage de l’inoxydabilité donne donc une nouvelle supériorité aux fils de bronze silicieux sur les fils de fer et d’acier, supériorité surtout précieuse pour les lignes établies au bord de la mer, dans les gares, près des usines, etc., c’est-à-dire partout où l’air, chargé d’émanations diverses, met rapidement les fils actuels hors d’usage. Les fils de bronze se conservent donc et, si, après un long usage, ils sont tordus ou coupés, ils gardent toujours la valeur intrinsèque du métal.
- Cet ensemble de propriétés assure au bronze silicieux un avenir considérable pour les lignes télégraphiques et téléphoniques aériennes. Henry Vivarez,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- LES MUTILATIONS DENTAIRES
- AO MEXIQUE ET DANS LE YUCATAN
- Les ethnographes qui ont minutieusement décrit les mutilations exercées sur leurs dents par les peuples sauvages ou barbares de l’ancien monde n’ont presque rien dit, en revanche des pratiques du même ordre, usitées dans les deux Amériques au moment de leur découverte.
- M. H. de Ihering, le dernier qui se soit occupé de ces ’ curieuses questions1, a développé longuement les faits qu’il avait rassemblés sur les populations de l’Afrique intertropicale2. Il nous a fait connaître par le menu les observations qu’il avait pu recueillir sur de nombreuses mâchoires de l’archipel Indien3; mais lorsqu’il a abordé l’examen des tribus du nouveau monde, il n’a plus trouvé à mentionner que quelques avulsions, signalées au Pérou par un certain nombre d’auteurs, depuis Cieza de Leon jusqu’à Barnard Davis, ou les apoin-tissements des incisives, mentionnés par Tschudi, etc., dans l’isthme de Panama, au Brésil et ailleurs 4.
- La rareté des renseignements recueillis par l’auteur allemand est due, sans aucun doute, dans une certaine mesure au peu de faveur dont jouissaient les mutilations dentaires chez les Indiens du nouveau monde. 11 est incontestable que ces peuples qui se perforaient et se déformaient à un degré vraiment extraordinaire les lèvres, les narines, les oreilles, respectaient le plus habituellement leur système dentaire.
- Mais nous devons reconnaître que la pénurie de renseignements, qui est si frappante en ce qui concerne l’Amérique dans la mémoire de M. de Ihering, est en partie imputable à la négligence de l’auteur, qui s’est borné à relever dans quelques ouvrages modernes un petit nombre de citations de seconde main, sans se donner la peine d’aller recueillir les textes originaux, qui ne lui auraient pas fait défaut.
- Il a ainsi laissé complètement de côté les abrasions signalées par \ancouver chez les Indiens de la baie Trinidad8; il ne sait rien des pratiques semblables observées par M. Petitot chez les TcfîT-
- i H. von Ihering, Die künstliche Deformirung der Zàhne (Zeitschr. fur Ethnolog. Jahrg. 1882, s. 213-262).
- V * Id., ibid., s. 220, 232, u. s. w.
- 3 M. de Ihering distingue chez les Malais le limage à plat et le limage à relief, ce dernier compliqué d’un limage direct du bord dentaire inférieur ou d’un apointissement inférieur de la dent. {Ibid,, s. 244-245.)
- 4 Cf. J.-B. Davis, Thésaurus craniorum, 242, 244 (note), 253, etc., et Suppl., p. 60. — II.-H. Bancroft, Native Baces of the Pacific States, pass.
- 5 Les dents des deux sexes, dit Vancouver, sont toutes limées horizontalement jusqu’au ras des gencives, les femmes exagèrent l’usage au point de les réduire au-dessous de ce niveau. (G. Vancouver, Voyage de decouvertes à l'océan Pacifique du Nord et autour du monde, trad. fr. Paris, an VIII, t. n, p. 248.
- —e^>.
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- glits des bouches du Mackenzie et de l’Anderson *. Enfin, il n’a rien lu qui concerne les mutilations dentaires, autrefois en usage au Mexique et dans le Yucatan et sur lesquelles Sahagun, Landa, Mota Padilla, ont cependant fourni des indications très précises. C’est cette dernière lacune que je vais chercher à combler, en juxtaposant, aux textes des auteurs que je viens de citer, quelques dessins et quelques pièces fort caractéristiques, et dont on trouvera les descriptions dans les pages qui suivent.
- Diego de Landa, qui écrivait dans la seconde moitié du seizième siècle, nous apprend que les Indiennes du Yucatan « avaient pour coutume de se couper les dents en forme de dents de scie, ce qu’elles considéraient comme une marque de beauté ». C’étaient de vieilles femmes qui leur rendaient ce service, ajoute l’auteur de la Relation, « en leur limant les dents avec une certaine pierre et de l'eau2 ».
- Bien des années après la conquête espagnole, un usage tout semblable se rencontrait encore dans la province de Panuco, mais Mota Padilla, auquel nous empruntons ce renseignement, ajoute que non seulement les Indiens taillaient leurs dents en pointes aiguës, mais encore y creusaient des trous et les mastiquaient avec un produit de couleur noire3 4.
- Sahagun, qui avait, bien avant Mota Podilla, signalé celte double mutilation \ en faisait une des caractéristiques des Cuextecas ou Huaxtèques, c’est-à-dire des ancêtres directs des Panotecas contemporains de Mota Padilla. Les Huaxtèques avaient fait partie de la grande migration des Toltèques. Ils s’étaient séparés des autres peuples venus de Tollan, à la
- 1 Petitot, Monographie des Esquimaux Tchiglit du Mackenzie et de l'Anderson. Paris, Leroux, 1876, in-4°, p. 4.
- 2 Diego de Landa, Relation des choses du Yucatan, Ed. Brasseur de Bourbourg. Paris, 1864, in-8°, p. 183.
- 5 M. de la Mota Podilla, Historia de la conquista de la provincia de la Nueva-Ga/icia... publicada por la Soe. Mexic. de Gcograf., Mexico, 1870, in-4°, p. 1.
- 4 « Ils faisaient, dit-il, des trous dans leurs dents, les aiguisaient en pointe. » (Sabagum, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, trad. Jourdanet, Paris, 1880, liv. X, chap. xxxix, paragr. 8, p. 670).
- suite de- querelles intestines dont une antique légende, recueillie par Sahagun1, nous a conservé, sous des formes d’ailleurs particulièrement puériles, le souvenir encore vivace.
- Or, parmi les plus anciens débris, aujourd’hui connus, de la civilisation toltèque, dans le curieux cimetière archaïque du Cerro de las Palmas, fouillé en 1805 par le regretté Doutrelaine, on découvrait un crâne qui présentait sur les incisives et sur les canines de la mâchoire inférieure les mutilations dont Sahagun fait mention. Ce crâne est aujourd’hui déposé dans les collections du Muséum de Paris. La déformation qu’il présente est toute semblable à celle des crânes toltèques et s'accorde aussi bien que la mutilation mandibulaire avec le texte de Sahagun, qui attribue cette double pratique aux Huaxtèques. Il est aisé de reconnaître que les incisives et les canines ont été entamées sur leurs angles internes par le limage à l’aide d’un corps dur cylindrique. Les surfaces limées sont en effet ré gulièrement polies et nettement concaves; les vides qui résultent de la perte de substance ainsi déterminée ne mesurent pas moins de 2 à 4 millimètres de profondeur. L’arcade dentaire inférieure est d’ailleurs seule
- entamée, l’arcade supérieure demeure parlaitement intacte3.
- On n’a point jusqu’ici fait connaître de crâne trouvé dans une sépulture de la Huaxtèque antérieure à la conquête, qui vînt confirmer, en ce qui concerne les apointissements dentaires, les deux
- textes cités plus haut de Sahagun et de Mota Padilla.
- Mais les fouilles exécutées dans les ruines du Téjar3, près Médellin, ont fait découvrir un frag-
- 4 Sahagun (trad. cit., p. 675-676).
- - Des six crânes déformés trouvés au Cerro de las Palmas et dont les déformations appartiennent d’ailleurs à trois types bien distincts, celui dont il vient d’être question est le seul qui possède sa mâchoire inférieure. Nous ignorons donc quelle mesure les autres sujets du même type pouvaient avoir subi la même mutilation dentaire.
- 5 C’est en creusant au lieu dit le Tejar, près Médellin, un réservoir pour les eaux du rio Jamapa, que l’on détournait vers Vera-Cruz, que l’on a découvert cette pièce et un grand nombre d’autres, acquises par le docteur Fuzier et vendues, à sa mort, à M. Eug. Boban.
- Fig. 1. — Tête de statuette en terre cuite; perforation des incisives supérieures. (Le Téjar, près Médellin, coli. Fuzier.)
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- ment de tête de statuette en terre cuite, qui combine au crâne aplati des Toltèques les perforations dentaires dont Sahagun attribue aux Huaxtèques la mise en œuvre.
- La ligure ci-jointe représente cette curieuse pièce, dont la bouche entre-ouverte montre les incisives supérieures perforées de trous cylindriques réguliers, ayant 3 millimètres environ de diamètre et 1 millimètre de profondeur (fig. 1).
- Les fouilles pratiquées dans l’État de Campêche, pendant l’occupation française, ont amené la découverte d’un fragment de mâchoire supérieure, présentant une mutilation presque identique à celle du Téjar.
- Ce fragment, qui comprend une partie du frontal et la face presque entière, a été trouvé, avec quelques figurines d’un bon travail, dans un tombeau des environs de Campêche, dont il serait téméraire de vouloir fixer la date même approximative, mais qui est, en tout cas, bien certainement antérieur à l’occupation espagnole.
- Comme on peut le voir sur la figure ci-jointe (fig. 2), qui représente l’arcade dentaire du sujet dans son élat actuelr>, la face interne des incisives et des canines se montre habilement creusée vers le centre de figure, de trous cylindriques qui mesurent 3 millimètres de diamètre, et dans lesquels ont été insérées des pierres dures, de
- couleur bleu-verdâtre, qualifiées de turquoises par le docteur Fuzier, et dont la partie visible est régulièrement convexe et a reçu un assez beau poli.
- Deux des pierres ont disparu de leurs alvéoles, celles de la canine droite et de l’incisive médiane gauche, et il est aisé de constater que la perforation, qui atteint sur ces deux dents une profondeur de 1 millimètre, a dû être opérée à l’aide d’un emporte-pièce, semblable à ceux que l’on savait employer avant la conquête, dans toutes ces régions, pour excaver la diorite, la serpentine, le chalchiuitl ou le cristal de roche. Le percement, opéré par la rotation d’un petit cylindre creux manœuvrant indéfiniment sur une mince couche de poudre siliceuse, devait nécessiter un temps considérable, et l’on con-
- 1 Celte pièce fait maintenant partie du cabinet d’antiquités de M. Eug. Boban.
- Une des incisives médianes fait actuellement défaut sur la pièce. Elle se trouvait encore en place au moment de la trouvaille, car M. Fuzier, dans un dessin exécuté d’après nature, montre les six dents perforées.
- çoit aisément qu’une opération aussi prolongée n’ait pu être pratiquée avec succès que bien exceptionnellement sur l’individu vivant.
- L’examen attentif de la pièce du docteur Fuzier, dont l’original sera prochainement exposé dans l’une des salles de la galerie anthropologique du Muséum, prouve d’ailleurs très nettement que le travail que je viens de décrire a été exécuté post mortem, aucune altération pathologique ne se montrant au voisinage de la perforation dentaire.
- Qu’elle se pratiquât d’ailleurs sur le vivant ou sur le mort, la mutilation est exactement la même au Téjar et à Campêche, chez l’ancien Huaxtèque et chez le vieux Maya *, et cette ressemblance si frappante vient s’ajouter à bien d’autres, pour affirme! une fois de plus l’unité première des deux peuples.
- Ce n’est pas ici le lieu de développer, à propos d’un pclit détail ethnographique, les nombreux arguments que possède aujourd’hui la science en faveur de l’origine commune des Huaxtèques et des Mayas. Je me bornerai à rappeler les affinités établies entre les langues de ces populations, qui forment avec celle des Quieliés une grande famille linguistique *.
- Nous ne savons rien des mutilations qui pouvaient être en usage chez les autres peuples anciens du Yucatan et du Mexique. Les Chichi-mèques nous sont aussi peu connus à ce point de vue spécial que leurs prédécesseurs, et nous serions tout aussi peu instruits des mutilations pratiquées par les Aztèques, si une curieuse découverte, faite par M. Eug. Boban, à Tépito,dans la vallée de Mexico, n’était venu nous en mettre sous les yeux un type tout spécial.
- Des fouilles, pratiquées dans la petite localité dont je viens de transcrire le nom, ont en effet amené la découverte d’un collier composé d’un certain nombre de dents d'or, dont une seule, sauvée du creuset du fondeur, fait aujourd’hui partie de la collection acquise par M. Pinart de M. Eug.
- 1 La seule différence, en somme, que l’on puisse constater entre ces deux pièces, c’est que la mutilation, restreinte aux incisives sur la pièce de Médellin, s’étend aux canines sur celle de Campêche.
- 2 Balbi, Allas ethnographique, table XXX. — M. Orozeo y Berra, Geografia de las lenguas y Carta etnografica de México, Mexico, 1864, gr. in-8°, p. 20 et 206. — Pimcntel, Cuadro descriptivo y comparativo de las lenguas indi-genas de México, Mexico, 1862-1865, t. I, p. 5-34; t. II, p. 3-39. — Etc.
- Fig. 2. — Dents perforées. — N* 1. Portion de maxillaire supérieur des environs de Campêche, montrant la perforation et l’incrustation des dents incisives et canines. (Musée d’histoire naturelle, coll. Fuzier.) — N* 2. Dent d'or avec cannelure à la face antérieure, Tepito, vallée de Mexico. (Mus. d’eth., collection Pinard.) — N" 3. La même vue de côté.
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- Boban, et récemment incorporée dans le musée d’ethnographie du Trocadéro.
- Cette dent, qui mesure 24 millimètres de longueur, 8 millimètres de largeur maxima et 4 millimètres d’épaisseur, est faite d’une mince feuille du précieux métal. Elle pèse seulement ler,4.
- Deux trous, qui la transpercent transversalement de part en part, servaient à la fixer aux pièces voisines, perforées de même.
- La face antérieure, représentée dans la figure 2 (n° 3) ci-contre, est creusée d’un sillon large de 1 millimètre vers le bord tranchant de la dent et qui, se rétrécissant de plus en plus et diminuant simultanément de profondeur, disparaît à 6 millimètres environ de ce bord, représentant exactement dans sa forme la perte de substance qui résulterait d’un limage opéré presque à plat sur la face antérieure de la dent.
- J’ai vainement cherché, sur les nombreuses têtes en terre cuite et en pierre que renferme le musée d’elhnographio du Trocadéro, un second exemple de mutilation semblable. Le catalogue des antiquités mexicaines du musée du Louvre, publié par A. de Longpérier, ne renferme aucune indication de semblable nature \ et je n’ai point remarqué de pièces similaires dans les collections étrangères qu’il m’a été permis de visiter.
- Les nombreuses relations espagnoles qui font connaître par le menu les mœurs des Aztèques (or Tépito était une ville aztèque) ne fournissent aucun renseignement qui puisse suppléer à cette absence de documents archéologiques.
- Il serait donc prématuré de tirer du fait que nous faisons connaître aucune espèce de conclusion.
- Le genre de mutilation qu’il met en évidence ne se montre nulle part ailleurs, ni dans le nouveau ni dans l’ancien monde. Les seules pratiques qu’on en puisse rapprocher, jusqu’à un certain point, sont celles que l’on a constatées en quelques points de la côte occidentale d’Afrique, à Cabinda, par exemple 1 2. Encore les nègres de cette région se bornent-ils à entailler le bord libre de l’incisive sans en attaquer la face.
- Les voyageurs ne signalent aucune mutilation dentaire quelconque chez les populations actuelles du Yueatan, ou du Mexique oriental et central. Nulle part, ni chez les Mayas, ni chez les Huaxtèques, ni sur les hauts plateaux, les indigènes, même ceux qui se sont tenus le plus constamment en dehors des influences européennes, ne se livrent plus à aucune de ces pratiques étranges. 11 est par conséquent d’autant mieux indiqué de les faire connaître
- 1 A. de Longpérier, Notice des monuments exposés dans la salle des antiquités américaines... au musée du Louvre, 2* édit., Paris, 1851, in-8°, passim.
- 2 La mutilation des nègres de Cabinda consiste dans une encoche profonde au bord tranchant des incisives médianes supérieures (G. Schadow, Nationat Physionomien, Berfin, 1835, in-f®, pl. VIII). On en peut voir deux exemples au Muséum, qui tient ces pièces de la générosité de M. le sénateur Schœlcher.
- qu’elles n’ont laissé de traces que dans quelques écrits peu lus et sur un petit nombre de pièces demeurées inédites.
- Je crois d’ailleurs avoir montré que l’on peut tirer de la comparaison de ces singuliers documents des conclusions qui ne sont pas sans intérêt pour l’étude des relations anciennes de quelques-uns des groupes ethniques de l’Amérique intertropicale.
- E. T. Hxmy.
- LES BÂTEAUX TORPILLEURS
- Nous trouvons dans les Comptes rendus des travaux de la vingt-quatrième session de The Institution oj Naval Architects des renseignements très intéressants sur cette question dont l’importance grandit chaque jour, et dont les progrès menacent de révolutionner sous peu la tactique et l’armement des forces navales du monde entier.
- Les torpilleurs de mer (Sea-going) sont des bateaux dont le déplacement varie entre 50 et 80 tonneaux, la vitesse maxima entre 18 et 20 nœuds, capables de fournir une course de 1000 nœuds (1852 kilomètres) à une vitesse moyenne de 10 à 12 nœuds par heure, assez puissants pour résister à une tempête, et manœuvrés par 10 à 15 hommes d’équipage.
- Le prix d’un de ces torpilleurs varie entre 8000 et 11 000 livres sterling (200 000 a 275 000 francs), soit environ le quarantième d’un grand cuirassé.
- M. J.-A. Normand a exposé dans les termes suivants les conséquences, en quelque sorte inévitables, de l’adoption d’un pareil armement par les forces maritimes des nations civilisées.
- « Avec des torpilleurs réalisant ces conditions et pouvant bien tenir la mer, aucun bateau cuirassé, aucune flotte ou escadre, aucun croiseur (à moins que sa vitesse n’atteigne celle du torpilleur), ne pourra évoluer dans une mer de dimension moyenne, telle par exemple que le canal de la mer Noire, et disposer de toutes ses ressources de guerre, si ces forces navales ne sont escortées par des torpilles de même puissance, de même genre, et en nombre au moins égal à celui de l’ennemi.
- « L'existence de ces torpilleurs rendra inutile les ports militaires distants de 200 et même 300 milles marins (400 à 550 kilomètres), au point de vue du refuge qu’ils pourraient offrir aux cuirassés et aux croiseurs.
- « On peut, par exemple, considérer Plymouth et Cherbourg comme deux ports sous le feu l’un de l’autre, le boulet se trouvant ici remplacé par le torpilleur.
- « Les puissances dont les ports ne seraient pas à une distance suffisante de ceux de l’ennemi se trouveraient donc privés de l’usage de leurs forces navales, à moins de pouvoir forcer le blocus des torpilleurs par une flotte de même espèce et de même puissance.
- « Il semble établi aujourd’hui qu’une flottille de 60 à 80 torpilleurs ne coûte pas plus cher et ne demande pas plus d’hommes d’équipage qu’un cuirassé, tout en présentant une puissance beaucoup plus grande que ce cuirassé pendant le jour et, a fortiori, pendant la nuit; cette supériorité est encore réelle, même lorsqu’une moitié de la flottille est en ravitaillement. Du jour où, par des moyens encore à trouver, par l’emploi de combustibles liquides, par exemple, on pourra doubler la longueur de la course sans ravitaillement, ce jour-là l’importance des torpilleurs aura en quelque sorte atteint son apogée, et
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- aucun des torpilleurs de dimension plus petites, ceux que l’on désigne ordinairement sous le nom de torpilleurs de seconde classe, ne pourra remplacer les premiers, car ils ne pourront ni tenir la mer, ni résister à une tempête; l’ennemi échappera toujours aux petits torpilleurs en profitant du mauvais temps.
- « La question se pose donc actuellement en ces termes : Les torpilleurs dont le déplacement n’est que de 50 à 80 tonnes sont-ils de bons bateaux de mer? S’ils ne le sont pas, peuvent-ils le devenir? Le temps et l'expérience pourront seuls répondre à ces questions, mais nous savons déjà que leurs ponts en acier et la fermeture de leurs écoutilles leur permettent de résister aux mauvais temps.
- « Il est évident que le rôle de la torpille dans la tactique navale devient chaque jour plus prédominant; avant peu elle aura remplacé l’éperon, l’arme la plus dangereuse pour les navires navigant en escadre et qui, jusqu’ici, a fait plus de mal aux amis qu’aux ennemis.
- « Des trois armes en usage à la mer, — le boulet, la torpille et l’éperon, — la cuirasse ne protège que du premier, mais au prix de grands sacrifices d’argent, d’hommes, de vitesse et d’habileté. Tous les vaisseaux sont également sensibles aux attaques de la torpille et de l’éperon Si la science des torpilleurs persévère dans la voie des progrès actuels, il sera bientôt à peu près inutile de cuirasser les vaisseaux de guerre contre les attaques du boulet, eu égard au prix élevé du blindage, puisque ces cuirassés laissent les œuvres vives sans protection contre les torpilles ; le temps viendra où les flottes se composeront uniquement de croiseurs et de torpilleurs, c’est-à-dire de vaisseaux légers et rapides. »
- Les expériences faites sur ces grands torpilleurs, à Cherbourg, pendant l’été de 1882, ont répondu, dans une certaine mesure, aux questions posées par M. J.-A. Normand. 11 n’est donc pas sans intérêt de reproduire ici les principaux résultats de ces expériences, ainsi que les conditions générales d’établissement de ces torpilleurs
- de mer.
- Coque
- Longueur à la flottaison............. 32,50 mètres
- Largeur maxima........ .............. 3,25 —
- Machines
- Diamètre du cylindre à haute pression.. 0,32 centim.
- — — basse pression ou
- de détente... 0,50 —
- Course....................... 0,37 —
- Surface de chauffe .................. 76,0 m. carres.
- Surface de grille.................. 1,8 —
- Essais. — Les essais ont été de deux espèces ; à grande et à petite vitesse.
- 1er essai. — Grande vitesse. Durée: 3 heures.
- Le torpilleur équipé complètement avec ses tubes de lancement, son compresseur, son réservoir d’air, six tor pilles Whitehead de 19 pieds (5“,80). Une provision de 2,5 tonnes de charbon et deux bateaux insubmersibles système Berthon.
- Déplacement......*..... .........
- Vitesse moyenne.................
- Consommation de charbon en 3 h. — — par heure.
- Travail au diagramme............
- Nombre de tours de l’hélice.....
- Pression à la chaudière.........
- Pression de l’air dans la chambre de chauffe .. ..... ............
- 43 tonnes
- 20,62 nœuds 38,19 kil, à l’heure 1,58 tonne 0,53 —
- 500 chevaux (environ) 328,5 par minute 9,3 kilog. par cent. c.
- 0,3 — —
- 2° essai. — Petite vitesse. Durée 48 heures. Même poids que dans l’essai précédent, mais avec une provision de charbon de 5 tonnes de plus et environ une demi-tonne de provisions. Pendant la durée de l’essai, le temps a été calme pendant 8 heures et agité pendant 40 heures.
- Vitesse moyenne.................. 12,7 nœuds
- — — ................ 23,8 kilom. à l’heure
- Consommation totale de charbon.. 5,91 tonnes
- Il résulte de ces quelques chiffres qu’un torpilleur dont le poids total varie entre 45 et 48 tonnes peut développer un travail de 500 chevaux-vapeur et atteindre une vitesse de près de 40 kilomètres à l’heure. Ces chiffres se passent de tout commentaire.
- LA FABRICATION
- DES CONDUCTEURS ÉLECTRIQUES
- LA COUVERTDRE.
- Nous avons indiqué, dans un précédent article1, comment on arrivait, bn tréfilant des conducteurs de 4 à 5 millimètres de diamètre, à en fabriquer des fils de tous les diamètres possible, depuis quatre millimètres jusqu’à quatre centièmes de millimètre. Il nous reste à voir aujourd’hui comment on les couvre, comment on les habille, suivant les applications auxquelles ils sont destinés.
- Au point de vue électrique, le conducteur et sa couverture doivent présenter en général des qualités absolument opposées. Le premier ne saurait être trop conducteur, la dernière n’est jamais trop isolante, puisqu’elle a pour but de s’opposer au passage du courant lorsque deux conducteurs, ou deux parties d’un même conducteur, se trouvent accidentellement ou volontairement en contact. Cette couverture sera plus ou moins épaisse, plus ou moins résistante, suivant qu’elle aura ou non à subir les intempéries de l’air ou des chocs mécaniques, ou que le fil sera roulé à demeure et une fois pour toutes sur les bobines d’un appareil.
- Nous distinguerons ainsi :
- Les fils guipés, simplement recouverts d’une couche de soie ou de coton roulée autour comme un bandage.
- Les fils tressés, dans lesquels la couverture, formée d’un véritable tube en fils de soie ou de coton tressés, constitue une enveloppe beaucoup plus solide que dans les fils guipés, et capable de résister aux frottements répétés. Les conducteurs des appareils téléphoniques, et médicaux sont les types de ces fils tressés.
- Les câble s, dont la couverture est toujours multiple et plus ou moins complexe, mais qui comprend toujours au moins une première couverture électriquement isolante, et une seconde couverture dont le but est de servir de protection mécanique et de soutien à la première.
- 1 Voy. n° 517, du 28 avril 1883, p. 337.
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- Dans les câbles sous-marins, qui forment le dernier terme de la série, la couche protectrice est elle-même garnie d’une troisième couverture formée de fils de fer nommée armature, et destinée à supporter tous les efforts de traction auxquels le câble est soumis. Nous laisserons de côté la fabrication des câbles sous-marins, qui a d’ailleurs été déjà traitée dans La Nature , pour ne nous occuper que des fils guipés, des fils tressés et des câbles simples connus aussi sous le nom de câbles-lumière, par suite du grand nombre d’emplois que ces câbles ont reçu pour l’éclairage électrique.
- Fils guipés. —
- Le guipage des conducteurs nus s’effectue à l’aide de machines qui portent le nom de rouets à guiper. Le nombre de bobines de chaque rouet varie avec la grosseur du fil à couvrir. Grâce à l’obligeance de Mme Bonis, qui a bien voulu nous montrer en détail la fabrication si intéressante des conducteurs électriques, et nous autoriser à reproduire par la photographie les appareils qui accompagnent cette notice, nous pouvons mettre sous les yeux de nos lecteurs un rouet à guiper (fig. 2) de 24 bobines, du modèle le plus récent, et muni des derniers perfectionnements qu’une longue pratique peut seule indiquer. Ce rouet se compose en réalité de vingt-quatre appareils distincts, montés sur un seul bâti, commandés par une transmission unique; une personne, une femme en général,suffit à la mise en marche et à l’entretien de ces vingt-quatre bobines.
- Chacune d’elles peut recouvrir environ 400 mètres par jour, la production du rouet entier est donc de près de dix mille mètres par jour.
- Le fil à recouvrir est placé sur des bobines à la partie supérieure ; il descend verticalement, se recourbe à angle droit sur des poulies placées derrière le bâti ; il passe dans l’axe d’autres bobines garnies de soie et animées d’un mouvement rapide de rotation autour de leur axe qui coïncide avec Je fil à recouvrir. La soie que ces bobines portent vient a'ors
- s'enrouler autour du fil en avançant d’un mouvement régulier sous l’action de poulies sur lesquelles il est enroulé (ces poulies d’entraînement sont représentées vers le milieu du bâti). Après avoir quitté la pouiic d’entraînement, le fil vient s’emmagasinera la partie inférieure. En proportionnant convenablement la vitesse d'entraînement du fil et la vitesse de rotation des bobines, on peut faire varier à volonté l'épaisseur de la couche isolante formée ici d’une bande continue de soie ou de coton faisant un certain nombre de tours par centimètre de longueur du fil recouvert.
- Toutes les transmissions de mouvement se font à l'aide de petites cordelettes ; une série de poulies coniques correspondant à chaque bobine permet de régler la vitesse d’avancement du fil qui varie, en général, entre 30 à 60 mètres par heure. Les bobines dans lesquelles le fil vient s’emmagasiner présentent aussi des dispositions spéciales intéressantes. On conçoit que la longueur du fil qu’elles peuvent emmagasiner pour un tour dépend de la quantité de fil qu’elles renferment déjà, puisque le diamètre angmente avec le remplissage de la bobine. Si elles étaient animées d’un mouvement régulier, elles se bobineraient mal en commençant et rompraient infailliblement le fil à la fin. On évite cet
- Fig. 1. — Valseuse. Machine à tresser Ja couverture des conducteurs électriques.
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- inconvénient en les entraînant par glissement. pour que la vitesse soit un peu supérieure à celle A cet effet, les diamètres des poulies sont calculés qui correspond à la bobine vide de fil, c’est-à-dire
- Fig. 2. — Rouet à guiper de 24 bobines. (D’après une photographie prise dans les ateliers de M“* Bonis, à Ménilmontant.
- au plus faible entrainement par tour ; les cordelettes de transmission après avoir passé sur la
- poulie de la bobine supportant un petit galet muni d’un crochet auquel on suspend des poids pour
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- LA NATURE.
- régler la tension des cordelettes (ces poids sont représentés dans le bas de la figure 2) : Lorsque la tension du fil recouvert dépasse une certaine valeur, la corde glisse sur la poulie de la bobine et ne l’entraîne pas ; il en résulte un entraînement par glissement partiel, et un enroulement de fil excessivement régulier, puisque la tension est constante, et réglée par le poids suspendu au galet.
- Il s’agit maintenant de répartir le fil sur toute la longueur de la bobine ; à cet effet, ces bobines sont montés sur un châssis mobile horizontalement ; une série d’engrenages et une came, représentés sur la droite de la figure 2, impriment à ce châssis un mouvement de va-et-vient lent et régulier; la course du châssis est égale à la longueur intérieure de la bobine entre ses deux joues; l’enroulement du fil sur cette bobine s’effectue ainsi très uniformément, puisque dans les points de sa longueur se présentent successivement à l’enroulement du fil. On change le pas, suivant le diamètre du fil, en modifiant le train d’engrenages; on conçoit, en effet, que les vitesses relatives des différents organes du rouet dépendent du diamètre du fil et de la nature de sa couverture, bien que le principe soit le même pour tous. Le rouet à vingt-quatre bobines est établi surtout pour le fils de petit diamètre qui se recouvrent toujours de soie; pour le fils de diamètre moyen et de gros diamètre, le rouet comprend un nombre moins grand de bobines de proportions plus grandes.
- On aperçoit sur la figure 2 des colonnes plus ou moins hautes, coupées de lignes noires et présentant l’aspect de piles de pions de jeux de dames. Chacune de ces bobines représente la provision de soie nécessaire à la couverture de la bobine supérieure correspondante.
- Avant de commencer l’opération, on emmagasine ainsi sur un tube que traverse le fil un nombre de bobines pleines de soie suffisant pour l’opération entière ; lorsque l’une des bobines de soie est vide, on la retire grâce à une petite fente ménagée dans la bobine même, et on la remplace par une bobine pleine puisée dans la provision.
- Lorsque le fil doit être couvert deux fois, on reprend la bobine couverte une fois et on la fait de nouveau passer dans un second rouet à guiper, en ayant soin de faire faire l’enroulement en sens inverse et obtenir un croisement dans le guipage, ce qui donne plus de solidité. Pour les fils moyens, nous avons vu chez Mme Bonis des rouets à guiper qui effectuent les deux guipages inverses en une seule opération.
- Fils tbessés. — Les machines qui fabriquent les fils tressés portent, en termes d’atelier, le nom caractéristique de valseuses, mais si nous nous plaisons à reconnaître la correction mathématiquement parfaite de leur valse, le bruit qu’elles font en dansant est, sans contredit, le plus assourdissant et le plus désagréable de tous les bruits. La figure 1 représente une de ces valseuses en train de recouvrir
- de tresse un conducteur de lumière électrique : le mouvement du fil est ici inverse de celui des rouets à guiper; le fil nu arrive par la partie inférieure (la bobine sur laquelle il est placé n’est pas figurée ici), tandis que le fil tressé vient s’emmagasiner à la partie supérieure.
- La tresse constitue un véritable tissu plus ou moins serré; le nombre de fils qui la composent varie entre 12 et 48; la valseuse représentée ci-contre est à 48 fuseaux ; ces fuseaux disposés verticalement sont groupés deux par deux et sont entraînés par 24 disques tournant sur eux-mêmes alternativement dans un sens et dans l’autre, par des engrenages et disposés sur une circonférence dont le fil occupe le centre.
- Le fil à couvrir passe par le centre de cette circonférence et tous les fils des bobines en rejoignant le point où se fait le tressage, forment une sorte de surface conique bien représentée figure 1. Les fuseaux qui renferment Je fil de chaque tresse sont montés sur des broches verticales ; grâce à une combinaison mécanique aussi simple qu’ingénieuse, ces broches changent de disque à chaque demi-tour et parcourent la circonférence entière des 24 disques en décrivant une courbe régulière formée de petits demi-cercles, alternativement extérieurs et intérieurs à la grande circonférence formée par ces 24 disques. La moitié de ces fuseaux effectuent ce mouvement dans le sens des aiguilles d’une montre et l’autre moitié en sens inverse. Il résulte de l’ensemble de ces combinaisons de mouvement que chacun des .fils pris isolément, pendant un tour entier, croise successivement tous ceux qui marchent en sens inverse, tout en restant parallèle à tous ceux qui marchent dans le même sens que lui, et en passant alternativement au-dessus et au-dessous de deux fils croisés successivement.
- La valseuse réalise donc automatiquement ce que l’on fait à la main dans le tressage ordinaire ou, mieux encore, dans cet exercice si connu dans les cirques sous le nom de jeu des rubans, à l’aide de 16, 20 ou 24 cavaliers.
- Cette valseuse est identique, en principe, à celle dont font usage les passementiers pour les cordons de montre, les cordons de tirage, etc. La production d’une valseuse est en moyenne de 100 mètres par jour.
- Cable lumière. — La câbleuse anglaise (fig. 3) peut, suivant les besoins et la disposition de ses organes, produire plusieurs effets distincts successifs ou simultanés, et, par suite, fournir un nombre de types de câbles en quelque sorte indéterminé.
- Son action la plus complète comprend trois phases :
- 1° Câbler plusieurs conducteurs et les réunir en un conducteur unique qui sera ensuite recouvert de caoutchouc ou de gutta-percha, suivant les applications ;
- 2° Recouvrir le conducteur d’une couche de filins formant une garniture protectrice de l'isolant ;
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- 5° Recouvrir l’ensemble d’un ruban comme d’une bandelette, par une opération analogue à celle de la machine à guiper.
- Ces deux dernières opérations sont toujours identiques en principe : faire progresser le conducteur d’un mouvement uniforme en imprimant une rotation rapide à la couverture autour de ce conducteur.
- Lorsque le câble ne comporte pas de filin, on supprime les bobines en les retirant du plateau destiné à les supporter; le conducteur ne reçoit plus alors que le guipage de ruban. D’autres fois la machine n’effectue, au contraire, que le câblage du conducteur; les guipages de filin et de ruban sont supprimés. On voit donc que la câbleuse anglaise rend des services aussi nombreux que variés, aussi peut-on la considérer comme un appareil intermédiaire entre les rouets à guiper que nous venons de décrire et les machines à fabriquer les grands câbles étudiées précédemment dans La Nature.
- --exC><p—
- MÉCANISME DE L’ATTITUDE VERTICALE
- (Suite et fin. — Voy. p. 378.)
- Il est certain que les mouvements associés que nous avons signalés précédemment « ressemblent beaucoup, dit M. Yulpian, à ceux que les animaux opérés exécuteraient s’ils n’avaient subi aucune vivisection et si on les soumettait aux mêmes excitations cutanées...; un observateur non prévenu, ne sachant pas, par conséquent, que la grenouille a eu la moelle coupée en travers, pourrait croire que son système nerveux est intact, s’il la voyait, lorsqu’une gouttelette d’acide acétique est mise en contact avec la peau d’un des flancs, porter avec la plus grande précision, l’extrémité du membre postérieur correspondant vers le point irrité et frotter deux ou trois fois ce point avec le pied. 11 pourrait avoir la même illusion, s’il pressait, d’une façon continue, entre les mors d’une pince anatomique, un point de cette même région des flancs ; et s’il voyait alors la grenouille porter l’extrémité de son membre postérieur correspondant en avant de la pince, y appuyer les doigts de cette extrémité, et chercher, parfois à plusieurs reprises, à la repousser avec force. 11 est cependant impossible d’admettre que la partie postérieure de la moelle, séparée, dans la région dorsale, de la partie antérieure du même, organe, et, par conséquent, de l’encéphale, soit douée de volonté, en laissant à ce mot le sens qu’il a d’ordinaire. Tous les phénomènes que nous voyons se produire dans ces conditions, malgré leur grande variété, ont le caractère de nécessité, de fatalité; ils se produisent constamment et ils sont toujours les mêmes, dans les mêmes circonstances, pour une même excitation donnée... On ne voit pas là cette variété de moyens que peut employer la volonté pour atteindre un but, ni cette liberté d’agir ou de ne pas agir qu’implique la vo-
- lonté, telle qu’on l’admet comme faculté cérébrale. » M. Sanders Ezn a montré, en effet, que si l’on coupe les fléchisseurs du membre irrité, l’action nerveuse ne se reporte pas sur les extenseurs épargnés et le membre reste immobile. La ressemblance entre les adaptations médullaires réflexes et les phénomènes de l’instinct est donc limitée, bien quelle soit réelle.
- En ce qui concerne l’équilibration, nous savons quelle n’exige, dans la plupart des circonstances, que l’intégrité de la tonicité musculaire. Or, ce tonus musculaire paraît être l’expression d’une action réflexe banale de la substance nerveuse grise, disséminée dans toute l’étendue du système nerveux. Brondegeest et Rosenthal ont démontré que le tonus des muscles volontaires doit être considéré comme un état de contraction réflexe et que la section des nerfs sensitifs provenant d’une région déterminée y fait cesser le tonus. De même, une lésion de la moelle peut entraîner le relâchement des sphincters, mais à des degrés divers, pendant que la lésion médullaire siège plus ou moins haut; et cette activité permanente de la substance grise de la moelle dans la région correspondante aux sphincters, doit exister et existe, en effet, dans toute son étendue, puisque c’est la moelle qui maintient la tonicité des vaisseaux de l’appareil circulatoire, par exemple, dans la totalité du corps. La contraction des sphincters n’est qu’un cas particulier parmi les manifestations de cette activité. Le tonus des sphincters est plus apparent que celui des autres muscles, parce que les sphincters n’ont pas de véritables antagonistes; et que les effets de leur excitation permanente peuvent, par suite, se reproduire librement. Il en est de même des vaisseaux lorsque la pression du sang qui les parcourt vient à cesser et ne fait plus obstacle à leur resserrement (Vulpian). Mais il est superflu de démontrer que les muscles auxquels est confiée l’équilibration sont dans un état de tonicité permanente qui devient manifeste dans les cas de paralysie des antagonistes.
- Ce que nous avons appelé l’état d'effort n'est vraisemblablement que l’équilibre tonique résultant de la contraction permanente, sous cette forme, des systèmes musculaires antagonistes ; et cet antagonisme paraît, à première vue, suffisant pour maintenir l’attitude dans une modalité définie, une fois cette modalité constituée.
- Tous les faits banals de contractures et de paralysies antagonistes « prouvent avec toute l’évidence possible, dit M. Yulpian, que tous les nerfs moteurs, dans l’intervalle des incitations volontaires ou des incitations réflexes éventuelles, sont soumis, d’une façon constante, à une stimulation centrifuge qui provient du centre cérébro-spinal, et qui provoque, dans les muscles, non seulement une tendance incessante à la contraction, mais encore vraisemblablement un léger état de contraction réelle. C’est cette contraction continue, dont les effets ne peuvent pas se manifester, par suite de l’en-
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- chaînement réciproque que les muscles antagonistes produisent les uns sur les autres, qui constitue le tonus musculaire... La moelle épinière agit donc d’une façon incessante sur tous les muscles aux nerfs moteurs desquels elle donne origine; elle y produit et y maintient le tonus musculaire. »
- Et pour constituer l’état d’effort qui détermine l’attitude, il est clair que l’excitation provoquée par la notion du milieu est suffisante, quels que soient le point de départ de cette excitation ou la voie qu’elle a suivie pour arriver à la substance grise. « Cette action continue de la moelle, dit aussi M. Yulpian, est, sans doute, provoquée par des stimulations exeito-motrices centripètes provenant soit des muscles eux-mêmes, soit des téguments qui les recouvrent. »
- Le tonus de l’équilibration n’a de particulier que le grand nombre de centres moteurs associés dans la contraction d’ensemble; mais il est clair que si la moelle contient tous les centres moteurs qui concourent à l’équil ibration dans l’attitude verticale, il n’est pas nécessaire de chercher ailleurs le. centre coordinateur de l’attitude. Toute la question se réduit donc,sur ce point, à rechercher si les autres parties de l’axe cérébro-spinal contiennent de ces centres indispensables à la coordination de l’altitude.
- Le cervelet passe encore aux yeux de quelques auteurs pour remplir ce rôle du centre coordinateur des mouvements d’ensemble que lui avait attribué Flourens, lequel en faisait « le siège exclusif du principe qui coordonne les mouvements de locomotion. » Nous citerons de nouveau les expériences d’Onimus qui nous ont autrefois semblé comme à plusieurs, démonstratives à cet égard.
- Quand la moelle est encore reliée au cervelet, même en l’absence du cerveau, les mouvements qui répondent à une excitation, — que l’excitation soit forte ou faible, pourvu quelle suffise à provoquer une action réflexe — ces mouvements, disons-nous, sont toujours des mouvements d’ensemble. La grenouille de la figure 2, quoique privée de ses lobes cérébraux, peut prendre une attitude correcte et la
- conserver.Dès que le cervelet est lésé ou détruit, les animaux restent indifféremment sur un côté ou sur l’autre ; ils ne cherchent plus à rétablir leur équilibre ébranlé. M. Onimus, en enlevant le cervelet chez le pigeon, le canard et l’oie, a constaté que les mouvements d’ensemble persistent, mais que l’allure est titubante et que l’attitude ne se coordonne plus régulièrement; tandis que, en l’absence de lobes cérébraux, le cervelet étant intact, les contractions sont coordonnées, ont de l’ampleur et une certaine grâce et que les mouvements d’ensemble « paraissent plus normaux qu’à l’état normal ».
- Chez la grenouille privée de cerveau (fig. 2) l'attitude demeure symétrique. L’ablation du cervelet
- d’un côté (fig. 5) fait aussitôt disparaître celte symétrie et dissocie l’attitude, même quand 1rs lobes cérébraux sont intacts. Si on a lésé le côté droit du cervelet, comme chez l’animal représenté figure 1, la moitié droite du corps de l’animal au repos tend à tomber au fond de l’eau; les membres de ce côté nepeuventjamais demeurer de niveau avec ceux du côté opposé. Quand la grenouille se met en mouvement dans
- l'eau, elle tourne sur elle-même, le côté droit servant d’axe des mouvements. Les deux côtés se font équilibre, au contraire, quand le cervelet est lésé des deux côtés.
- On sait, enfin, que, dans l’ablation du cerveau, les mouvements s’exécutent avec une sorte de fatalité, comme si le libre fonctionnement du cerveau protégeait l’indépendance des divers groupes musculaires associés. Chez la grenouille de la figure 3, les lobes cérébraux ont été enlevés du côté droit. Le côté droit tout entier de l’animal éprouve une rétraction tonique permanente, les membres sont ramassés près du corps et le corps tout entier penche sur le côté droit. Le côté opposé n’est pas inerte; il a une attitude constante et typique : le membre antérieur est écarté du thorax et le membre inférieur est écarté de l’abdomen.
- D’autre part, il est bien démontré que chacun des appareils de mouvement est en rapport direct
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- avec le cerveau ; que celui-ci a le pouvoir de commander à tel ou tel moteur, en s’isolant des autres ; et qu’il peut également commander à plusieurs groupes associés. Pourquoi ne commanderait-il pas à tous les groupes à la fois, dans l’association d’ensemble qui constitue l'attitude?
- Il est à peu près certain que les choses ne se passent pas ainsi, dans l’état normal, et que les ordres du cerveau passent d’abord par le centre ou les centres coordinateurs. Mais s’ensuit-il que le cerveau, qui est naturellement en rapport avec tous les centres moteurs, ne puisse pas combiner directement l’attitude? Au contraire, c’est au cerveau qu’il appartient de suppléer, par son action directe, les rouages qui font défaut, dans les cas de lésions sensorielles que nous avons analysées; et c’est à lui
- surtout qu’il appartient de nuancer l’attitude, de la modifier pour le travail ou l’expression, alors qu’elle est simplement coordonnée pour l’équilibre.
- Même, la notion de gravité qui, dans les conditions normales, parait élaborée dans les centres médullaires, n’en arrive pas moins au cerveau, et l’animal en a conscience ; le cerveau peut donc réagir aussi pour cette impression et rectifier le mouvement, en actionnant directement : soit un seul centre médullaire, soit la moelle en totalité, soit un simple noyau de substance grise, dans la protubérance, ou dans le bulbe, soit, enfin, le centre coordinateur de l’ensemble des mouvements de la vie de relation, le centre coordinateur de l’attitude, s’il existe réellement un centre coordinateur distinct.
- Il importait que l’attention ne fût pas détournée
- Fig. 2. — Grenouille sans cerveau. Fig. 3. — Grenouille qui a perdu la moitié droite du cerveau.
- d’une manière habituelle au profit de l’équilibration, et cependant qu’elle pût, à tout instant, modifier l’attitude. C’est ainsi que les choses se passent pour la marche, la course, et, en général, toutes les fonctions de locomotion qui peuvent se coordonner sans l’intervention de l’attention et du cerveau, et cependant restent toujours soumises à l’influence cérébrale. De cette façon, la pensée peut se désintéresser de l’attitude ou commander avec précision tel mouvement qu’il lui plaît. C’est comme un cocher qui tient toujours les rênes et peut à tout instant substituer sa volonté à celle de son attelage. Parfois l’impulsion intempestive du cocher fait verser la voiture que les chevaux menaient fort bien d’eux-mêmes. Pareille chose arrive, quand le cerveau agit capricieusement et impose une action inopportune aux autres coordinateurs. Ce cas se présente : à l’état de veille, dans plusieurs névroses ; à l’état de sommeil, dans le somnambulisme. Ici, en effet, les notions directrices manquent au cer-
- veau, parce que plusieurs sensations sommeillent ; et les mouvements du somnambulisme sont d’autant plus précis que le sommeil supprime d’une manière plus complète la spontanéité cérébrale. Il se produit dans le somnambulisme une sorte de dissociation de l’influx moteur : chez les hypnotisées de la Salpêtrière, dont M. Paul Richer a publié l’histoire, on démontre l’association des mouvements d’expression en l’absence de la mémoire psychique, dans un état où le cerveau paraît complètement désintéressé des actes. Le maintien de l’attitude est l’état fondamental dans les expériences de catalepsie provoquée; mais il n’est pas douteux, pour quiconque a étudié ces faits, que le domaine de l’automatisme est bien plus étendu qu’on ne l’avait cru jusqu’alors et que beaucoup d’actes, en apparence raisonnés, s’accomplissent sans l’intervention du cerveau. Toutefois un fait domine dans ces expériences, c'est le fatalisme de ces actes qui s’accomplissent sous une impulsion irrésistible.
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- comme pour les mouvements réflexes provoqués dans les vivisections par des sections transversales de la moelle. On conçoit, d’ailleurs, aussi bien, dans toutes ces théories : et le sommeil d’un appareil centralisateur de l’adaptation, pendant la veille du cerveau ; et le sommeil du cerveau pendant la veille de l’organe d’adaptation; puisque l’adaptation peut s’opérer sans le cerveau, à la condition d’une action intégrale du centre coordinateur, ou par le cerveau, qui peut suppléer tout centre coordinateur.
- Dans tous les cas, la localisation de la fonction d’adaptation dans le cervelet s’imposait à l’esprit d’une manière séduisante. Il ne fallait rien moins, qu’un petit cerveau pour une telle centralisation; et la simplicité de l’appareil était justifiée par la simplicité de la fonction, comme son volume l’était par le nombre des ramifications nerveuses qui lui sont indispensables, et son isolement par l’indépendance qu’elle exige.
- La conservation des mouvements d’ensemble, dans le cas de lésion du cervelet, s’expliquait par cette considération que les centres médullaires, entrant en action simultanément, peuvent en coordonner un certain nombre et, dans une étendue en rapport avec le nombre des centres moteurs en activité ; de même aussi que le cerveau peut se mettre en communication directe avec ces centres médullaires, sans l’intermédiaire du cervelet.
- L’abolition partielle ou totale des mouvements dont il s’agit, dans le cas d’intégrité du cervelet, s’expliquait par la multiplicité des conditions d’exercice des centres nerveux d’où dépendent les attitudes. Des troubles de l’attitude et des mouvements d’ensemble se produisent, en effet, dans les cas où l’intégrité de l’impression périphérique ou de la transmission centripète ou centrifuge a été compromise, dans ceux où le cerveau agit d’une manière intempestive et, pour ainsi dire, tumultueuse ; quand les centres moteurs échelonnés dans la moelle sont lésés eux-mêmes, aussi bien que dans les cas où la lésion porte sur le cervelet, et ni l’un ni l’autre de ces états n’autorisait à contester le rôle du cervelet dans la production des phénomènes à l’état normal.
- M. Bouillaud est cependant aujourd’hui presque seul à défendre ces prérogatives du cervelet. Quant au bulbé, « l’organe central régulateur des mouvements d’expression », il ne paraît pas avoir de relations directes avec l’attitude, et son rôle se restreint aux mouvements d’où résultent la parole et l’expression du visage (Leven).
- Il se peut donc bien, d’après ce qui précède, que la moelle suffit à l’équilibration. La notion du milieu transmise à la substance grise médullaire provoque le tonus réflexe des groupes musculaires intéressés, qui constitue l’état d’effort. La volonté n’intervient que pour contrôler l’adaptation, diriger l’effort ou varier l’attitude... Dr Ad. Nicolas.
- CHRONIQUE
- Exposition internationale d’électricité A Vienne. — Parmi toutes les nations qui prennent part à l’Exposition internationale d’électricité, la France est la première qui ait achevé son plan d’installation. D’après ce plan, le point central de l’Exposition française sera formé par un pavillon richement monté de l’administration française des télégraphes, dans lequel, outre les instruments scientifiques et les appareils actuels, seront aussi exposés des appareils historiques extrêmement précieux pour l’histoire du développement de la télégraphie. Autour de ce pavillon, se groupera la section française dans une étendue de 1500 mètres carrés, non compris pourtant les machines françaises, qui fonctionneront dans la galerie des machines. Contigu à la section française se trouvera le groupe des exposants de la Russie, dont les représentants prennent des mesures pour décorer avec goût dans le style national les 300 à 400 mètres carrés qu’occupera la section russe.
- École de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. — Un concours pour l’admission des élèves à cette école sera ouvert le 16 juillet 1883. Les candidats qui désireraient y prendre part devront se faire inscrire à la préfecture de la Seine (3a bureau de la Direction de l’enseignement). Les conditions sont : Être Français et avoir plus de quatorze ans et moins de dix-huit ans le 1er octobre de l’année du concours. L’École municipale de physique et de chimie industrielles est destinée à servir de complément aux écoles d’enseignement primaire supérieur et à fournir aux jeunes gens sortant de ces écoles les moyens d’acquérir les connaissances scientifiques spéciales, qui leur permettent d’occuper dans l’industrie privée des emplois d’ingénieurs ou de chimistes. L’enseignement donné à celte école a un caractère essentiellement pratique; les nouveaux laboratoires de physique et de chimie, au nombre de six, seront prêts pour la rentrée des classes, en octobre 1883; eu égard à l’espace réservé à ces laboratoires et au nombre restreint des élèves, puisque ce nombre ne dépassera jamais quatre-vingt-dix, on peut dire que l’École de physique et de chimie ne nous laissera plus rien à envier à nos voisins dont on cite si souvent, et quelquefois avec raison, les magnifiques installations. Le programme de l’école sera donc exactement rempli, et l’industrie française en retirera, sans contredit, tous les avantages qu’elle est en droit d’en espérer. Nous appelons l’attention de nos jeunes lecteurs qui se destinent aux carrières industrielles sur le but et l’utilité de cette école; les diplômes et les certificats délivrés aux élèves, après leurs trois années d’étude, leur ouvriront bien des portes, : ils trouveront de plus amples renseignements en s’adressant à l’Ecole même, 42, rue Lhomond (ancien collège Roltin).
- line forêt de copal. — Le consul anglais de Mozambique annonce la découverte d’une forêt considérable de copal, dont la longueur est de 200 milles. C’est une bande parallèle au bord de la mer, située à mi-chemin de la côte et de la montagne. Elle est distante de 100 milles de Inhambane. Les indigènes donnent à cette gomme les noms de stahate et slaka. Les Zoulous la désignent par celui d’inthlaha. Le mot stnete, que l’on trouve dans l’Exode, représente la gomme de l’arbre à Storax (Styrax officinale) ; on le prononce comme le mot indigène pré-
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- cèdent. Cet arbre domine tous les autres ; la gomme qu’il produit exhale une excellente odeur quand on la pile, qu’on la brûle, ou qu’on la fait bouillir avec de l’eau. Quoique bien réputée, la gomme de Zanzibar et de Mozambique est loin d’avoir les caractères exceptionnels de la précédente.
- On annonce pour le 4 juin prochain la vente des livres de feu Decaisne, professeur au Muséum. Cette bibliothèque est de la plus haute importance au point de vue de la Botanique, de l’Horticulture, du Jardinage, de la Flori-culture, de l’Agriculture et des Sciences naturelles et physiques en général; les raretés qu’elle contient permettent de la considérer comme unique dans son genre. Le Catalogue, précédé d’une Biographie par M. le docteur E. Bornet, classé scientifiquement par M. Vesque, aide-naturaliste de feu Decaisne et revu par plusieurs savants, est distribué gratuitement par la librairie Labitte, 4, rue de Lille, Paris.
- — Le Comité du centenaire de la découverte des aérostats, organise pour le 5 juin un grand banquet en l’honneur des frères Montgolfier. Plusieurs notabilités de la science assisteront k cette fête, qui aura lieu le jour de l’ouverture de l’Exposition aéronautique du Trocadéro. Ceux de nos lecteurs qui voudraient prendre part k ce banquet peuvent s’adresser k M. Félix Caron, trésorier du centenaire des Montgolfier, 95, rue Lafayette, k Paris. Le prix de la cotisation est de 15 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mai 1883. — Présidence de M. Blanchard.
- Epuration des eaux qui ont servi au lavage des laines. — On sait que le nettoyage des laines fournit une matière, le suint, dont l’application industrielle est très profitable. Mais après qu’elles ont fournis le suint, les laines sont encore très sales et les eaux où on les lave ne peuvent sans de graves inconvénients être déversées dans les rivières. Un industriel de l’Aisne, M. Delattre a trouvé le moyen de purifier ces eaux sans que l’opération coûte rien, vu la valeur des produits qu’elle fournit. 11 a fallu néanmoins faire une avance de fonds, l'appareil d’épuration coûtant 100 000 francs mais les résultats, paraît-il, sont tout k fait satisfaisant. Les eaux chargées d’impuretés pénètrent d’abord dans les bassins où elles restent en repos : elles abandonnent ainsi des matières terreuses qui ont une grande efficacité comme engrais et sont k ce titre avidement recherchées pour les agriculteurs. Le liquide passe alors dans des vases où on l’agite avec de l’acide chlorhydrique dont l’effet est d’isoler d’abondantes matières grasses : celle-ci soumises k la distillation fournissent le gaz d’éclairage nécessaire aux besoins de l’usine. Enfin dans un dernier récipient le liquide acide est exactement neutralisé par de la chaux et on peut alors sans inconvénient pour personne le laisser écouler au dehors.
- Végétation de la vigne. — Une intéressante étude de la ; végétation de la vigne dans le canton de Vaud est déposée au nom de M. Risler, directeur de l’Institut agronomique. La vigne étudiée est le chasselat, dans le canton de Vaud; elle commence k fleurir au mois de juin alors que la somme de chaleur reçue par le végétal représente de 950 k 1000 degrés. Lorsque cette somme thermomètrique
- est égal k 2300 k 2450 degrés, le grain de raisin commence k devenir transparent. La maturation exige de 2980 k 3170 degrés.
- Histoire de la science. — Le petit neveu de Biot, M. Le-fort, fait don k l’Académie d’un important manuscrit du savant astronome. C’est la théorie complète de la Lune rédigée pour la 3e édition du Traité d’astronomie de Biot et que l’auteur n’a point terminée ; de telle sorte qu’elle n’a jamais été imprimée.
- La vaccination charbonneuse. — Dans une note qui ne manque pas d’une certaine virulence, M. Pasteur traite comme il convient le procédé des professeurs Turinois qui se dérobent devant la proposition de repéter chez eux les expériences de vaccination charbonneuse dont ils contestent l'efficacité. M. Pasteur a reconnu que vingt-quatre heures, et même moins, après la mort d’un mouton charbonneux, son sang commence à contenir, outre la bactéridie,le vibrion septique. 11 résulte de là que si on injecte ce sang k un animal vacciné, la septicémie se déclarant, la mort survient sans qu’on ait le droit de nier l’efficacité de la vaccination. C’est ce que les vétérinaires de Turin ne veulent pas comprendre.
- La mission du « Talisman » — C’est avec un très vif intérêt qu’on écoute M. Alphonse Milne-Edwards annonçant comme président de la Commission chargée d’explorer les grandes profondeurs de l’Atlantique, le départ du Talisman qui quittera Rochefort le 1er juin. La Commission comprend, outre MM. le docteur Fischer et le marquis de Folins qui sont les premiers promoteurs en France d’expéditions de ce genre, MM. Edmond Perrier, Léon Vaillant. Marion, Henri Filhol et Charles Brongniart.
- Le Talisman, beaucoup plus grand et mieux aménagé que le Travilleur visitera d’abord les côtes du Maroc et les îles Canaries; il explorera les îles désertes de Branco et de Raza où existent de grands sauriens qui paraissent leur être spéciaux, puis pénétrera dans la mer des Sargasses. On relevera les fonds de cette partie de l’Atlantique et on attend beaucoup de la récolte des habitants de la grande prairie marine. Après avoir parcouru l’archipel des Açores l’expédition fera voile... ou plutôt hélice pour la France où elle sera rentrée en septembre. Tout le monde fera des vœux pour que ce nouveau voyage soit aussi fructueux que les précédents; on a même le droit de croire qu’il le sera davantage.
- Animaux quaternaires à Argenteuil. — M. le professeur Gaudry veut bien présenter en notre nom, avec le talent d’exposition qui le caractérise, une note sur un gisement quaternaire récemment mis k découvert aux environs d’Argenleuil. Cette localité dont je dois la connaissance k M. Gongelet, ingénieur delà Société des plàtrières du bassin de Paris, a fourni des os et des dents de rhinocéros, d’éléphant, de bison, d’hyène, de cheval et de renne. La Nature en donnera prochainement une description accompagnée de gravures.
- Livres. — M. Pasteur signale d’une manière tout h fait particulière deux volumes publiés par notre savant confrère M. le Dr Hector George. Le premier, est la cinquième édition des Leçons élémentaires d'hygiène, rédigées d’après le programme officiel et adoptées pour l’enseignement des écoles normales primaires et des lycées. Cet ouvrage est maintenant consacré : la rapidité avec laquelle se succèdent ses éditions est la preuve de son succès mérité, et le soin avec lequel l’auteur le lient au courant des progrès de la science, est un gage de la fa-
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- veur durable que le public lui accorde. L’autre volume est un Traité d'hygiène rurale faisant partie de la bibliothèque agricole publiée par la librairie delà Maison Rustique. Sa lecture est des plus attachantes : les faits curieux se succèdent à toutes les pages et les recettes utiles remplissent la seconde partie du volume consacrée aux premiers secours en cas d’accidents. On ne peut douter que ce livre ne rende de grands services dans les campagnes, surtout après l’empressement avec lequel en ont été accueillies les diverses parties publiées en articles détachés dans le Journal cT Agriculture pratique.
- En même temps nons recevons de notre collègue et ami, M. le Dr Sauvage, un charmant volume de vulgarisation intitulé Grande pêche. Déjà nous avons sur le même sujet dans la Bibliothèque des Merveilles, les Grandes pêches, de M. Victor Meunier. M. Sauvage s’est borné à un petit nombre de poissons à l’égard de chacun desquels il s’est attaché à être aussi complet que possible. Les chapitres relatifs à la Morue, à la Sardine, au Saumon sont remplis de détails nouveaux que tout le monde lira avec le plus vif intérêt. La Grande pêche, écrite dans un style clair et élégant, est agrémentée encore de très nombreuses gravures qui apportent à l’œuvre un charme auquel tous les lecteurs seront sensibles.
- Elle fait partie de la Bibliothèque instructive de la librairie Jouvet et O.
- Varia — M. Bechainps a comparé les zymnses du lait de femme à celles du lait de vache, mais nous ne connaissons pas ses conclusions. — Le climat de l’Algérie est étudié par M. Angot et MM. Pomel et Ponyade donnent la carte, géologique de la même contrée. — D’après M. Pou-chet, les crachats des phthisiques renferment une matière sucrée particulière. Stanislas Meunier.
- LE PHOTOPHORE ÉLECTRIQUE FRONTAL
- M. Bouley a présenté à l’Académie des Sciences, le 16 avril dernier, et M. Dujardin-Beaumetz, le lendemain, à l’Académie de Médecine, un appareil d’éclairage médical, que scs inventeurs, MM. le Dr Paul Hélot, chirurgien-chef des hôpitaux de Rouen, et G. Trouvé, ont appelé Photophore électrique frontal. Cet instrument est constitué par une lampe à incandes-
- cence dans le vide, comprise dans un cylindre métallique entre un réflecteur et une lentille convergente.
- Peu volumineux et très léger, l’appareil s’applique sur le front, comme les miroirs dont on se sert pour éclairer par réflexion la gorge et les oreilles. La lumière qu’il fournit est très intense; on peut en faire varier le champ, à volonté, par un léger glissement de la lentille.
- Placée dans l’axe des yeux, la lumière accompagne pour ainsi dire le regard de l’opérateur qui n’a pas à s’en occuper. Ses deux mains sont libres;
- il peut se déplacer en suivant les mouvements du patient, sans ijue l’éclairage en soit diminué.
- La source d’électricité est la pile au bichromate de potasse sursaturée 1 de M. G. Trouvé. Elle peut, sans être rechargée, four • nir un grand nombre d’heures de travail, soit d’une façon consécutive , soit à des intervalles aussi longs qu’on voudra.
- Cet ingénieux appareil d’éclairage peut trouver son application dans un grand nombre de circonstances, quTT s’agisse d’éclairer un champ opératoire profondément situé, ou des cavités naturelles comme la bouche, la gorge, les oreilles, etc.
- Dans certaines circonstances on pourra préférer ne pas appliquer le photophore sur le front. Dans ce cas on le transformera en appareil fixe, qui s’adaptera au moyen d’un support, variant suivant l’usage qu’on en voudra faire, soit à une tqble, soit à un meuble quelconque.
- La lumière fournie par cet appareil est parfaitement blanche, ne dénature pas, par conséquent, la couleur des tissus. Elle présente en un mot tous les avantages de la lumière oxhydrique sans en avoir les inconvénients.
- 1 Voyez n° 518 du 5 mai 1885, p. 565.
- Le propriétaire-gérant : G. Tissandier.
- lni| rinieric A. Laliure, 0, rue de Fleurus. à Pans,
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- LA NATURE
- ONZIÈME ANNÉE — 1883
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
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- A
- Académie des Sciences (Séances hebdo-domadaires de P), 15,31,47,65,79,94, 111, 126, 142, 159, 175, 207, 223, 239, 255, 270, 286, 303, 319, 335, 350, 366, 383, 398, 415.
- Acclimatation d’Orotava (Canaries) (Jardin d’), 295.
- Accumulateurs électriques (Nouveaux perfectionnements apportés aux), 50.
- Acétatede soude cristallisé (Chauffagepar
- 1’), 101.
- Acide carbonique aux pQmpes à incendie, (Application de P), 106.
- Acide sulfureux dans l’air, 63,
- Acier (Cristallisation de 1’), 207.
- Afrique (Lac en), 175.
- Agronomie expérimentale, 126.
- Acier (Sciage de 1’), 171.
- Aérostats (Escapade d’un), 223, 231.
- Aérostats (Le Centenaire de la découverte des), 174.
- Air carburé (Éclairage par 1’), 208.
- Alimentation dans l’armée anglaise, 95.
- Algues fossiles, 127.
- Allemagne (La population de 1’), 190.
- Altitudes comparées des chemins de fer de montagnes, 399.
- Aluminium, 74, 166.
- 11e année. — 1" semestre.
- Amérique équatoriale (Exploration de
- P), 18.
- Amsterdam (Exposition d’), 365. »
- Anesthésie par le protoxyde d’azote, 366. Anthuriums. 72.
- Arbre moteur gigantesque, 142. r Arbres géants du Turkestan, 356. . Argent (Alliance des monnaies d’), 30. Ariège (Musée de P), 534.
- Armoires à disparition, 315.
- Arrosage de la ville de Paris, 28.
- Arts et Métiers (Conservatoire des), 267. Ascenseur de sauvetage pour les incendies, 273.
- Ascension du ballon l'Horizon, 267. Association scientifique internationale, 2. Atmosphère corouale (Constitution de P), 95.
- Attitude verticale (Mécanisme de P),378, 411.
- Attitudes sur la déformation du corps (Influence des), 214.
- Aurores boréales, 383.
- Avertisseur électrique des trains, 282.
- B
- Balance-Compteur, système Vincent, 157. Bateau rapide de M. Raoul Pictet, 244. Bateaux rapides (Les), 287.
- Bertillon (Le D'), 238.
- Beurre (Utilisation du vent pour battre le), 304.
- Bibliographie, 3, 22, 35, 51, 74, 114, 139, 158, 187, 202, 230, 267, 282, 294, 327, 362, 583, 391.
- Bicycle marin, 112.
- Billes (Fabrication des), 46.
- Billes (Etymologie du nom des), 71.
- Blatoscrinus (Le), 191.
- Bois de construction artificiel à base de terre cuite, 63.
- Boule de Venise, 391.
- Bronze Péruvien antique (Le), 223.
- Bronze silicieux (Le), 402.
- Brouillard (Imitation du), 355.
- Brumes de Terre-Neuve, 270.
- Bruyères (Culture des), 113.
- Buste isolé (Le), 367.
- c
- Câble souterrain de Paris à Marseille,
- 110.
- Cæsium (Le), 18.
- Café (Maladies du), 175.
- Californie (L’agriculture en), 166, Camphre sur Peau (Mouvements du), 379, 396.
- Canaux dérivés du Rhône, 257.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Canol-Vélocipède à hélice, 351.
- Cap-Horn (La mission du), 79, 97. Cap-IIorn (Orage magnétique au), 174. Carbonnier (Pierre), 350.
- Cardan (Suspension de), 359.
- Casernes système Tollet (Les), 59. Catoptrique des Grecs, 33.
- Cèdres de Teniets-cl-IIaad (Foret de), 241.
- Céréales aux États-Unis en 1882 (La récolte des), 58.
- Cerf volant (Construction d’un grand),
- 222.
- Charbon (Hérédité du), 63.
- Chardon monstre (Un), 47.
- Chasse-neige pneumatique, 145. Châtaigniers en Italie (Les), 239. Chaudières (Explosion des), 319, 330, 343.
- Chauffage économique, 229.
- Chauffage par l’acétate de soude cristallisé, 101.
- Chaux (Tirage des coups de mine à la), 346.
- Chemin de fer à travers l’isthme de Te-huantcpec (Transport des navires par), 6.
- Chemin de fer à voie étroite, 69, 331, Chemins de fer (Rapidité de pose de la voie des), 322.
- Chemin de fer sur la glace (Un), 349. Chemins de fer de montagnes (Altitudes comparées des), 599.
- Chemins de fer (Unité technique des), 190. Cheval force motrice (Le), 106.
- Chevaux de l’Orégon (Les), 255. Chocolat (Étude chimique du), 398. Choléra des poules (Le), 367.
- Circulateur continu de M. Bourdon, 283. Cloquet (Le baron), 223.
- Cochon (Mal rouge des), 31.
- Comète de 1882 (La_ grande), 62, 224. Comètes (Théorie des), 111.
- Comètes (Vitesse des), 175.
- Compteur d’eau, système Jacquet, 4. Compteurs d'électricité et d’énergie, 332. Conducteurs électriques (Fabrication ‘ des)) 337, 407.
- Conductibilité du son par les solides, 70.
- Conférences de la Sorbonne, 78. Conservation et dessiccation des fruits, 86.
- Copal (Une forêt de), 414.
- Creusets de nickel, 128.
- Crue de la Seine (La), 15, 55.
- Cuivre (Propriétés antiseptiques du), 10.
- D
- Danseuses électriques, 62.
- Darwin (Un monument à), 110,302. Dentaires au Mexique (Les mutilations), 403.
- Diamants du Cap (Mines de), 311. Diatomées (Utilisation des), 354. Distribution de l’Électricité en Angleterre, 162.
- Draper (Henri), 39.
- Dumas (Hommage à M. J. B), médaille, 51, 49.
- Dunand (Albert), 318,
- E
- Eaux de pluie, système Robert (Séparateur automatique des), 52.
- Eaux gazeuses, artificielles (Industrie des), 299.
- Echecs de Robert Houdin (Le joueur d’), 123.
- Echinoderme (Nouvel), 256.
- Éclairage électrique à Nantua, 263.
- Éclairage électrique (Différents systèmes
- _ d’), 42.
- Éclairage électrique des forges et ateliers de Saint-Denis, 117.
- Éclairage électrique des rues, 591,
- Éclairage électrique du navire cuirassé « Le Redoutable », 157.
- Éclairage par l’air carburé, 208.
- Éclipse solaire du 6 mai 1883, 175, 240.
- École de Physique et de Chimie industrielles, 414.
- Électricité (Application domestique de
- r),io.^
- Électricité (Conférence sur P), 502.
- Électricité (Distribution d’), 162.
- Électricité domestique, 91.
- Électricité en Angleterre (Enseignement de 1’), 264.
- Électricité pratique, 279, 511, 347, 558, 374.
- Électriques (Situation des phénomènes), 355.
- Éléphant (Lait d’), 111.
- Émaillage de la fonte, 170.
- Embryologie et organogénie, 326.
- Embryologie (Un traité d’), 15.
- Entomologique de la France (Faune), 71.
- États-Unis (Émigration aux), 198.
- Etna (Éruption de P), 286, 505.
- Explosions des chaudières, 519, 330, 343.
- Exposition d’Amsterdam, 365.
- Exposition d’Èlectricité de Vienne, 414.
- Eurÿpharynx pelccanoïdes, 131.
- F
- Falsifications (Les), 142.
- Fenêtre à garniture étanche, 239. Flanelle électrique, 223.
- Fermentation (La), 26.
- Feu (Production du), 387.
- Ficoïde glaciale (La), 174.
- Fièvre typhoïde (Eau froide dans la), 127.
- Floride (La mission de), 42.
- Filtration industrielle (La), 194. Fontaines de circulation, 283. Foraminifères du bassin de Paris, 126. Force à distance (Transport de), 178, 319.
- Foudre (Coups de), 47.
- Foudre au sommet du Puy-de-Dôme (Effets de la), 53.
- Fourmis à miel (Les), 95.
- Frein à air comprimé, 114.
- Frein Westinghouse modifié, 310. Fusion des métaux et des alliages (Point de), 46.
- G
- Galvanomètres étalons (Nouveaux) 188. Gaz (Liquéfaction des), 535, 351. Géodésie dans l’antiquité (Les instruments de), 251.
- Géologie (La période humaine on), 1. Givre (Conservation des dessins du ), 503.
- Grecs (Catoptrique des), 35.
- Greffe indienne, 127.
- Grillon domestique (Le), 40.
- Guériment. (origine du mot), 330. Guérimcnts de la Vienne, 266.
- H
- Hœlères (Les), 521.
- Harpes éoliennes (Les), 44.
- « Hirondelle » (L’), 520.
- Hiver (L’), 40.
- Horloge sphérique, 391.
- Horographe scolaire, 35.
- Huiles (Action du plomb sur les), 143. Huiles et (lots de la mer, 14, 31, 39. Hydrogène solaire (Circulation verticale de P), 175.
- Hygiène scolaire, 131.
- I
- Incendie (Un cas curieux d’), 303. Indicateur électrique du passage des trains de chemin de fer, 289. Industrie (Origines historiques de P) 146 Inondations (Les), 129.
- Ivoire artificiel, 54.
- J
- Jouets mécaniques (Les), 77.
- L
- Laines (Eaux de lavage des), 415.
- Lait (Analyse du), 85.
- Lait d’éléphant, 111.
- Lait à Paris (Consommation du), 291 Lait (Maladie du), 255.
- Lampe des mines (Nouvelle), 294. Lampe (Système pour éteindre une), 234.
- Lampes à incandescence (Petites), 32. La Rochelle (Le port de), 171.
- Lasègue (E.), 275.
- Lesseps et la Société de géologie (M. Ferdinand de), 30. Lessiveuse-savonneuse de M. Gaston Bo-zérian, 547.
- Lettres et journaux (Transport des), 50.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Lion (Tête de), 232.
- Liquéfaction des gaz, 335, 351. Locomotives système Compound, 268. Locuste géante (La), 376.
- Lune (La lumière de la), 239.
- Lys (Un nouveau), 385.
- M
- Macaques albinos du Jardin d’acclimatation, 17.
- Machine à vapeur américaine, 191.
- Machine à vapeur (Origines de la), 211.
- Magnétique de l’observatoire du Parc Saint-Maur (Station), 246, 276.
- Magnétiques du 11 au 21 novembre 1882 (Les perturbations), 23.
- Magnétisme terrestre.
- Manganèse (Diffusion du), 111.
- Mantes et Empuses, 209.
- Marées (Utilisation des), 71, 234.
- Marées (Moulins de), 99, 227.
- Martinique (La mission de la), 15.
- Masdevalle à fleur de chimère, 200.
- Médaille commémorative de l’Exposition d’Electricité, 80.
- Mer de Gabès, 239.
- Mer intérieure africaine, 535, 366.
- Mer (Niveau de la), 54.
- Mer (Température de la), 399.
- Méridien internationale, 95.
- Mesureur de liquides, système Monroy, 109.
- Mesureur de liquides, système Héron, 181.
- Métaux (Influence des corps étrangers dans les), 354.
- Météorite d’Alfianello, 298.
- Météorite d'Atacama, 79.
- Météorites primitives, 286.
- Météorite de Lodran, 31.
- Météoritique (Nouvelle), 271.
- Météorologique de Vaucluse (Commission), 245.
- Microbes des poissons, 175.
- Microscopiques destructeurs des matériaux de construction (Organismes), 231.
- Mitrailleur de poche, 308.
- Montagnes (Reboisement des), 151, 181, 215, 260.
- Moraine du Champ-du-Moulin (La), 65.
- Moteur à vapeur domestique, système Daussin, 327.
- Moteur dynamo-électrique, système Ferranti-Thomson, 37.
- Mouches (Parasites des), 71, 94, 128.
- Moulins à vent (Origine des), 125.
- Moulins de marées, 164.
- Mousse fertilisante, 271.
- Mouvement perpétuel (Le), 122.
- Musique (Instructeur magnétique de la)
- N
- Nantua (Eclairage électrique à), 263. Nasique (La), 16.
- Navires à travers l’isthme de Tehuante-pec (Transport de), 42.
- Népenthes, 72.
- Nerls vaso-moteurs, 191.
- Nevada (Dépôts de nitrate dans l’Etat de), 270.
- Nickel (Métallurgie du), 95.
- Nickel (Creusets de), 128.
- O
- Observations scientifiques circumpolaires, 371.
- Oiseaux en Nouvelle-Zélande (Importation d’), 303.
- Or (Emploi de l’électricité dans l’extraction de 1’), 303.
- Orégon (Chevaux de 1’), 255.
- Organina mignonette, 140.
- Orgue du Palais de Cristal, 280.
- Ouragan du 2 février 1883, à Paris, 177.
- P
- Pacha décapité (Le), 96.
- Palmieri (Louis), 50.
- Papier-dentelle, 72.
- Papier incombustible, 251.
- Papillons de l’Amérique méridionale, 321.
- Parasites des mouches, 71, 94, 128. Paris à Rio-Janeiro en 47 minutes (De), 386.
- Patinage à la voile en Danemark, 293. Paupérisme à Londres, 95.
- Perforatrice hydraulique Crampton, 133. Pavage en bois, 98.
- Planté (La médaille de M. Gaston), 140.
- Pétrole dans les laboratoires de chimie (Emploi du), 256.
- Pétrole (Fourneau à), 176.
- Phares américains, 569.
- Physique amusante, 221.
- Physique sans appareils, 159, 536.
- Pile à galvano-caulère, 219.
- Pile au bichromate de potasse, de M. G. Trouvé, 563.
- Piles Leclanché (Durée des), 279. Photophore électrique frontal, 416. Phylloxéra (Le), 319, 399.
- Planète (Nouvelle), 399.
- Plantes introduites au Queensland, 186. Plantes roulantes du Kansas, 161, 234. Plantes sans terre, 271.
- Poisson des grandes profondeurs de l’Atlantique (Sur un), 131.
- Poissons de Sénégambie (Les), 112. Pôle Nord (Expédition danoise au), 191. Pôles d’extrême froid (Les), 174.
- Pompe à vapeur à Paris (Un poste de), 104.
- Pompes Greindl, 28.
- Pont sur la Tamise (Projet d’un grand), 62.
- Port de la Palice (Le), 171.
- Poulies américaines en papier, 292. Poussières explosibles, 350.
- Presse scientifique (Le dîner de la), 46. Primaires (Animaux des temps), 31. Prix Volta à décerner en 1887, 14.
- Propulseur dynamo-électrique pour aérostat allongé, 136.
- Protoxyde d’azote (Anesthésie par lé), 366.
- 0
- Quaternaires à Argenteuil (Animaux), 415 Quinine (Propriété du sulfate de), 143. Quinine (Falsification du sulfate de), 207.
- R
- Racines (Puissance élective des), 111.
- Rage (Etude de la), 47, 63.
- Reboisement des montagnes, 151, 182y 215, 260.
- Récréations scientifiques (les), 48.
- Relief de la France (Carte du), 81.
- Requin monstre à St-Paul (Pêche d’un)* 50.
- Résistance des fils de cuivre, 279.
- Respiration des bestiaux, 224.
- Ressorts accumulateurs de force (Traction des voitures par des), 14.
- Réveille-matin électrique, 160.
- Rhône (Canaux dérivés du), 257.
- Rhône (Régimedes eauxdela vallée du), 255.
- Roche, 551.
- Roues de wagons en papier comprimé* 75. .
- Rouille (Fer préservé de la), 83, 160.
- S
- Sable (l’Industrie du), 142.
- Sanxay (Les ruines de), 225.
- Sciage de l’acier au moyen du sable, 171. Sédillot, 170.
- Sénégambie (Les poissons de), 112. Sensations tactiles, 274.
- Sensations olfactives, 175.
- Sépiole (Névrosité de la), 223.
- Société des Amis des sciences (Bal de la), 354.
- Sociétés savantes à la Sorbonne, 291. Soie en Hongrie (Culture de la), 54. Solaire (Entretien de l’activité), 111. Solaire (Théorie), 94.
- Soleil par projection (Observation du), 254.
- Soleil (Taches du), 65, 287.
- Son (Photographie des vibrations du), 375.
- Sons dans l’air (Portée des), 15.
- Sons produits par le vent, 206.
- Soudure métallique spontanée, 335. Soufre (Extraction du), 158.
- Sources jaillissantes dans une maison d’habitation, 334.
- Spectacles scientifiques, 167, 315, 367. Spectres vivants (Les), 167, r
- Spectroscopie solaire, 271.
- Sucrerie aux Etats-Unis, 110.
- Sulfate d’alumine, 287.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- T
- Tabac (Cultures de), 335.
- Tabac en France (Consommation du), 319.
- Taches du Soleil, 63.
- « Talisman » (La mission du), 415. Tamise (Traversée de la), 218. Tartigrades par l’humidité (Résurrection des), 110.
- Téléphone au Japon (Le), 199. Téléphones à piles (Les), 91.
- Téléphonie à grande distance, 155, 303. Téléphonique de Reims (le réseau), 375. Téléphoniques et microphoniques (Recherches), 235.
- Téléphoniques (Situation actuelle des réseaux), 6.
- Terre-Neuve (Brumes de), 270. *
- Tète qui parle et qui s’évanouit en fumée, 275.
- Théorie solaire, 15.
- Thermomètre dans la vie domestique (Emploi du), 205.
- Thyphon des îles Philippines, 339. Todea jurassique, 143.
- Tong-Kin (Le), 344.
- Torpilleurs (Bateaux), 406.
- Tourniquet hydraulique à syphon, 390.
- Trains express en 1883, 306.
- Tramway à Londres (Un nouveau), 238. Transport de force à distance, 178, 207. Travail (Les héros du), 10.
- Tremblement de terre dans la Mayenne, 303.
- Tricycles à l’Exposition de Stanley-Club, 359.
- Trière Athénienne (La), 119.
- Truffe (culture de la), 207.
- Truite dans les Vosges (L’élève de la),
- 341.
- Truite (Un parasite de la), 239.
- Tunnel de la Manche, 206.
- Tunnel de la Manche (Invasion de l’Angleterre par le), 24.
- Turbine pour haute chute (Petite), 83 Turkestan (Arbres géants du), 356.
- Y
- Vaccination anticharbonneuse, 319, 415. Vaccines du charbon (La), 63.
- Vagues de la mer, 393.
- Vagues sourdes, 319.
- Véga autour de l’Asie et de l’Europe (Voyage de la), 323.
- Végétation (Phénomènes périodiques de la), 551.
- Véhicule (Nouveau), 320.
- Vélocipède à vapeur chauffé au pétrole, 143.
- Velue (Une enfant), 384.
- Vénus (Passage de), 30, 47, 63, 79, 286, 398.
- Viaduc de Garabit en France, 193, 401. Viaduc de Kinzua, 165, 193.
- Viande fraîche (Transport de), 270. Viandes d’Australie à Londres (Les), 62. Vigne (Végétation de la), 415.
- Ville romaine (Exhumation d’une), 95 Vin en France (Récolte du), 103.
- Vins en Algérie (Récolte des), 255. Virus par la chaleur (Atténuation des), 255.
- Voitures (Tirage des), 202.
- Volcans (Cause des), 275.
- w
- Wiener (Mission de M. Ch.), 18.
- Z
- Zonure géant (le), 40, Zoologie sous-marine, 271.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alluard. — Effets tic In foudre au sommet du Puy-de-Dôme,
- 53.
- Anceltn. — Le chauffage par l’acétate de soude cristallisé,
- 101.
- Andrimont (Dr). — Tirage des coups de mine à la chaux, 346.
- Bâclé (L.). — Transport des navires par chemin de fer à travers l’isthme de Tehuantepec, G. — Les casernes système Tollet, 59 — La perforatrice hydraulique Crampton, dans les travaux du tunnel sous la Hanche, 133. — Le port de La Rochelle et le bassin de La Pallice, 171. — Locomotive système Compound, 268. — Chemin de fer à voie étroite. — La ligne de Ribeauvillé, 331. — Les phares américains, 369.
- Béguin (N.). — Etymologie du nom des billes, 71.
- Bei.let (D.). — Usages conservés par la tradition, 222. .
- Origine du mot Guéri ment, 330.
- Bellot (A.). Observatoires scientifiques circumpolaires, 371. Bleunard (A.). — Les fermentations, 26.
- Bouchet (Léon). — Albert Dunand, 318.
- Bourdon (Marcel). — Frein Westinghouse modifié, 310.
- Bourgeois (L’amiral). — De l’effet de l’huile pour calmer l’agitation de la mer, 39.
- Boxiiorn (Frédéric). — Les mines de diamant du Cap, 311.
- Brothiër de Rollière (R.). — Les « guériments » ou souterrains préhistoriques de la Vienne, 266.
- Candèze (J.). — Sur un réveille-matin électrique, 160.
- Capüs (G.). — Sur les plantes roulantes, 243. — Arbres géants du Turkestan, 356.
- Carrière (E. A.). Un nouveau lys, Lilium llarrisii, 385. Chatin. — La culture de la truffe, 207.
- Cortabbert (RichardI . —La grande comète de 1882, 224. Courtois de Langlade (de). — Parasites des mouches, 71. Darier (F. C.). — Confection d’un grand cerf-volant servant de signal, 222.
- Dkcharme (C.). — Imitation des phénomènes électriques par les courants liquides ou gazeux, 353, _
- Demontzey (P.). — Le reboisement des montagnes, 151, 182»' 215, 260. f
- Door (Em.). — Mouvement gyratoire du camphre sur l’eau, 282.
- Eloy (Jules). — L’escapade d’un aérostat, 231.
- Félizet (G.). —Sédillot, 170.
- Fischer (P.). — Le jardin d’acclimatation d’Oratava (Canaries), 295.
- Gadeau de Kerville (II.). — Papillon de l’Amérique méridionale. — Les Ilœtères, 321. — La locuste géante, 376.
- Gariel (C. M.). — Pile à galvano-cautère, 219.
- Garnier (P.). — Horloge sphérique dite Boule de Venise, 391.
- Girard (Miürice). — Mantes et Empuses, 209.
- Gobin. — Conductibilité du son par les corps solides, 70. —
- - Utilisation du mouvement des marées, 71.
- Goy. — Physique amusante. Une voix mystérieuse, 221.
- Grad (Ch.). — L’élève de la truite dans les Vosges, 341.
- Hamy (E. T.). Les mutilations dentaires au Mexique et dans le Yucatan, 403.
- Hock (0.). — Chimie industrielle. Nouveau mode de production de l’aluminium. — Préservation du fer contre la rouille, 166.
- Hospitalier (E.). — Nouvelle machine dynamo-éleclriquo
- à courants allernatils système Fcrranti-Thomson, 37. ____
- Nouveaux perfectionnements apportés aux accumulateurs électriques, 50. — L’électricité domestique ; les téléphones à pile,'91. — Un problème téléphonique. La téléphonie à grande distance et les translateurs téléphoniques de M. Benett, 155. — La distribution de l’électricité en Angleterre, 162. — Transport de force à distance par deux machines dynamo-électriques. Expériences de M. Marcel De-prez, 178. — Le tirage des voitures, 202, — Nouvelles recherches téléphoniques et microscopiques, 235. — Indicateur électrique automatique du passage des trains de chemin de fer, système Ducousso-Breguet, 289. — Les compteurs d’électricité et d’énergie, 332. — Pile au bichromate de potasse de M. G. Trouvé, 363.
- Houzeaü (J. C.). — La suspension de Cardan, 339.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Jamin (J. C.). — La médaille de M. J.-B. Dumas, 49.
- Joly (Ch.). — Ncpcnthes et Antlmriums, 72. — La conservation et la dessiccation des fruits, 86.
- Joly (Dr N.). — Sur les mouvements du camphre placé à la surface de l’eau et du mercure, 379, 396.
- Juillerat (Paul). — Le macaque albinos du Jardin d’Accli-matation, 17.
- Kerlus (G.). — Les spectacles scientifiques. — Les spectres vivants, 167. — Les armoires à disparition, 315. — Le buste isolé, 367.
- Krecke. (F. W.). — L’industrie des eaux gazeuses artificielles, appareils de M. Beins, 299. — L’exposition internationale coloniale d’Amsterdam, 365.
- Larbalétrier (A.). - La consommation du lait à Paris, 291.
- Laugé (J.). — Application domestique de l’électricité, 10.
- Laverky (Ch.). — Un poste de pompe à vapeur à Paris, 104.
- Levât (L.-A.). — Explosion des chaudières à vapeur, 330.
- Mairesse (V.). — Un nouveau légume, la ficoïde glaciale, 174.
- Marais (Dr IL). — Les tricycles à L’Exposition de « Stanley-Club » à Londres, 359.
- Mahgat (G.). — Sur les propriétés antiseptiques du cuivre,
- 10‘ r
- Margollé (E.). — Commission météorologique du département de Vaucluse,
- Mégnin (Paul). — Par*gi$ls des mouches, 94.
- Mermet (A.). — Creusets de nickel, 128.
- Meunier (Stanislas). — Académie des Sciences, séances hebdomadaires, 15, 31, 47, 63, 79, 94, 126, 142, 159, 191, 207, 223, 239, 255, 270, 286, 303, 319, 335, 350, 366, 383, 598, 415. — La moraine du Champ-du-Moulin, 65.
- Moureaux (Th.). — Les perturbations magnétiques du 11 au 24 novembre 1882, 23. — La grande crue de la Seine de décembre 1882, 55. — Les inondations, 129.— La station magnétique de l’observatoire du Parc Saint-Maur, 246, 276.
- Nansouty (Max. de). Fabrication des roues de wagons-en papier comprimé, 75. .\v
- Negretti et Zahbra. — M. le professeur Palmieri, 30.
- Nicolas (Dr Ad.). — Mécanisme de l’attitude verticale, 378, 411.
- Oustalet (E.). — Embyrologie et organogénie; travaux de M. Balfour, 526.
- Parize. — Physique sans appareils, 159. — Les organismes microscopiques, destructeurs des matériaux de construction 231. — Emploi des huiles de pétrole dans les laboratoires de chimie, 256. — Sur les sensations tactiles, 274.
- Peligot (Eug.). — Analyse du lait, 85.
- Philaire (J.). — La grande comète de 1882, 224.
- Poillon (L.). — Lessiveuse-savonneuse de M. Gaston Bozé-rian, 347.
- Redier (A.). De Paris à Rio-Janeiro en 42 minutes, 11 secondes, 386.
- Richou (G.). — Le pavage en bois, 98. — Hygiène scolaire. Des conditions de l’audition dans l’école, 135. — La filtra-
- tion industrielle ; appareils les plus récents, 194. — Chauffage économique au moyen des combustibles pulvérulents. Foyers et grilles Michel Perret, 229. — Les canaux dérivés du Rhône, 257. —Un chemin de fer sur la place, 549.
- Rochas (A. de). — La catoptrique des Grecs, 33. — Le joueur d’échecs de Robert Houdin, 123. — Les origines historiques de l’industrie, 146. —Mesureur de liquides, système Héron, 181. — Les origines de la machine à vapeur, 211. — Les instruments de géodésie dans l’antiquité, 251. — La tète qui parle et qui s’évanouit en fumée, 275. — La production du feu, 387.
- Sauvage (E,). — La nasique, 16. — Le zonure géant, 40.
- Sebillot (A.). — Transport des navires à travers l’isthme de Tehuantepee.
- Serre (Contre-amiral). — La trière athénienne, 119.
- Simonin (L.). — L’émigration aux États-Unis, 198.
- Sorel (Émile). — Sur les sons produits par le vent, 206. — Les vagues de la mer, 393.
- T. (C. de). — Les moulins de marée, 99, 227.
- Talansier (Ch.). Lançage du Viaduc de Garabit, 401.
- Tedeschi di Ercole. — Un nouveau système pour l’extraction du soufre, 158. — La récente éruption de l’Etna, 305.
- Tissandier (A.). — Origine des moulins à vent, 125.
- Tissandier (G.). — Les héros du travail, 10. — Petites lampes à incandescence, 32.—Les récréations scientifiques, 48. — Instructeur magnétique de la musique, 63. — Le chemin de fer à voie étroite d’Anvin à Calais, 69. — Carte du relief de la France, dressée par Eug. Guillemin, d’après la carte de l’État-major, 81. — La mission française du Cap llorn, 97. — Propulseur dynamo-électrique pour aérostat allongé, 136. — L’ouragan du 2 février 1883, observé à Paris, 177. — Le viaduc de Garabit en France et le viaduc de Kinzua, aux États-Unis, 193. — Emploi du thermomètre dans la vie domestique, 205. — Tête de lion reproduite par la photographie instantanée, 232. — Les fontaines de circulation et le circulaleur continu de M. Eug. Bourdon, 283. « L’Hirondelle » nouveau véhicule, 320. — Le .voyage de la « Yega » autour de l’Asie et de l’Europe, 325. Le typhon des îles Philippines, du 20 octobre 1882, 339. — Pierre Carbonnier, 350-
- Truan (Alfred). — Parasites des mouches, 128.
- Trutat (E.). — La forêt de cèdres de Teniet-el-IIaad (Algérie), 241.
- Vaillant (L.). — Sur un poisson des grandes profondeurs de l’Atlantique l’Eurypharynx pelecanoides, 131.
- Varenne (Eug). — Le cæsium, 18.
- Vion (R.). — La période humaine, en géologie, 1. — Plantes introduites à Queensland, 186.
- Vivarez (IL). Le bronze silicieux, 402.
- X. (Charles-Albert). — Les bateaux rapides, 287. — Canot-vélocipède à hélice, 351.
- X... (L’ingénieur). —Le mouvement perpétuel, 122.
- Z... (ür). — Les harpes éoliennes, 44. — Les organina mécaniques, 77. — Le pacha décapité, 96. — L’organina mi-gnonnette, 140. — Une plante roulante dans la vallée du Kansas (Etats-Unis), 161.
- Zdrcher (F.). — Association scientifique internationale, 2.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Astronomie.
- La grande comète de 1882 .............. 67, 224
- Observation du Soleil par projection..................254
- Théorie solaire.................................15, 94
- Le passage de Vénus.............. 30 47, 63, 79, 159, 286
- Les taches du Soleil............................ 63, 286
- Constitution de T atmosphère coronale................. 95
- Le méridien international............................. 95
- Entretien de l'activité solaire.........................111
- Théorie des comètes.....................................111
- La mission de Floride...................................142
- Vitesse des comètes.....................................175
- Circulation de l'hydrogène solaire......................175
- L’éclipse du 6 mai......................................175
- La lumière de la Lune.................................. 239
- Spectroscopie solaire...................................271
- Mission d’observation du passage de Vénus au Chili. 398 Nouvelle planète......................................399
- Physique.
- Situation actuelle des réseaux téléphoniques dans le
- monde entier............................................ 6
- Application domestique de l’électricité (J. Laugé) . . 10
- Petites lampes à incandescence (G. T.)................... 32
- La catoptrique des Grecs (A. de Rochas).................... 33
- L’horographe scolaire...................................... 35
- Nouvelle machine dynamo-électrique à courants alternatifs, système Ferranti-Thomson (E. Hospitalier) ... 37
- Résultats des opérations faites à l’Exposition d’Électricité sur les différents systèmes d’éclairage électrique. . . 42
- Les harpes éoliennes (Dr Z...)..................... . 44
- Nouveaux perfectionnements apportés aux accumulateurs électriques (E. H.)..................................... 50
- Instructeur magnétique de la musique (G. T.).............. 63
- Conductibilité du son par les corps solides (Gobin). . . 70
- L’électricité domestique. Les téléphones à piles (E. Hospitalier)................................................... 91
- Le chauffage par l’acétate de soude cristallisé (A. Akcelin) 101 L’éclairage électrique des forges et ateliers de Saint-Denis 117 Le joueur d’échecs de Robert Rondin (A de Rochas) . . 123
- L’organina mignonette (Dr Z...)...........................140
- Un problème téléphonique. La téléphonie à grande distance et les translateurs téléphoniques de M. Bennett
- (E. Hospitalier).......................................155
- Éclairage électrique du navire cuirassé le Redoutable . 157
- Physique sans appareil (Parize).................... 159, 336
- Sur un réveille-matin électrique (Candèze)..................160
- La distribution de l'électricité en Anglelerre (E. Hospitalier) ....................................................162
- Les spectacles scientifiques. Les spectres vivants. Les armoires à disparition. Le buste isolé (G. Kerlus) 167,
- 315......................................................367
- Transport de force à distance par deux machines dynamoélectriques, expériences de M. Marcel Deprez (E. Hospitalier) ....................................................178
- Mesureur de liquides, système Héron (A. de Rochas). . 181
- Nouveaux galvanomètres étalonnés de sir W. Thomson. 188
- Le téléphone au Japon.......................................199
- Emploi du thermomètre dans la vie domestique (G. Tis-
- sandier).................................................205
- Pile à galvano-cautère......................................219
- Physique amusante. Une voix mystérieuse (Goy) .... 221 Confection d’un grand cerf-volant servant de signal (F.
- C. Darier)...............................................222
- Tète de lion reproduite par la photographie instantanée. 232 Nouvelles recherches téléphoniques microscopiques (E.
- Hospitalier)............................................ 235
- Les instruments de géodésie dans l’antiquité (A. de Rochas) 251
- Éclairage électrique à Nanlua...............................263
- L’enseignement technique de l’électricité en Angleterre. 264 La tête qui parle et s’évanouit en fumée (A. de Rochas). 275
- L’électricité pratique............. 279, 311, 347, 358, 374
- Le grand orgue du Palais de Cristal, à Londres .... 280
- Contact électrique automatique avertisseur des trains en marche, système Mors. .................................... 282
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Mouvement gyratoire du eamphre sur l’eau (Em. Door). 282 Les fontaines de circulation et le circulateur continue de
- M. Eug. Bourdon (G. Tissandieh)....................283
- Appareil électrique automatique du passage des trains de chemin de fer, système Ducousso-Breguet (E. Hospitalier) .............................................289
- Les compteurs d'électricité cl d’énergie (E. Hospitalier). 332 La fabrication des conducteurs électriques .... 337, 407
- La suspension de Cardan (J. C. IIouzeau)...............339
- Imitation des phénomènes électriques par les courants
- liquides ou gazeux (C. Deciiarme)...................355
- Pile au bichromate de potasse de M. G. Trouve (E. Hospitalier) ...........................................303
- La photographie des vibrations du son...................375
- Le réseau téléphonique de Reims.........................375
- Sur les mouvements du camphre placé à la surface de
- l’eau et du mercure (Dr N. Joly)............. 379, 396
- La production du feu (A. de Rochas).....................387
- Nouveau tourniquet hydraulique à syplion................590
- Éclairage électrique des rues à San José (Californie) . . 591
- Portée du son dans l’air................................ 15
- Détermination automatique du point de fusion des
- métaux et des alliages............................. 46
- L’infra-rouge...........................................112
- Expérience de M. Dcprez.................................207
- Transport de viande fraîche........................... 270
- La téléphonie à grande distance.........................303
- Un curieux cas d’incendie.............................. 503
- Transport électrique de la force........................319
- Chemin de fer électrique à Londres ............... 382
- Chimie.
- Propriétés antiseptiques du cuivre (G. Margat) .... 10
- Le cæsium (E, Varenne) . . .............................. 18
- Les fermentations (A. Bleuxard).......................... 26
- Ivoire artificiel....................................... 55
- L’aluminium. ........................................... 74
- Le fer préservé de la rouille (X...).................... 85
- Analyse du lait (Eug. Peligot)............................85
- Creusets de nickel (A. Mermet)...........................128
- Un nouveau système pour l’extraction du soufre (Tedescih
- di Ercole)............................................158
- Nouveau mode de production de l’aluminium.— Préservation du fer contre la rouille (O. Hock)................166
- Émaillage de la fonte....................................170
- Éclairage par l’air carburé .............................208
- Papier incombustible.....................................251
- Emploi des huiles de pétrole dans les laboratoires de
- chimie................................................256
- L’industrie des eaux gazeuses artificielles, appareils de
- MM. Beins (F. W. Kreckf.).............................209
- La Poteline..............................................318
- Le bronze silicieux (II. Vivarez)....................... 402
- Alliage des monnaies d’argent............................ 50
- Réactions imprévues...................................... 31
- L’acide sulfureux dans l'air............................ 63
- Métallurgie du nickel.................................... 95
- Une sucrerie aux États-Unis..............................110
- Nouvelle théorie de l'hgdraulicité.......................127
- Action du plomb sur les huiles...........................143
- Propriétés du sulfate de quinine....................... 143
- Falsification du sulfate de quinine......................207
- Cristallisation de l'acier...............................207
- Le bronze péruvien antique...............................223
- Sulfate neutre d’alumine.................................287
- Emploi de l’électricité dans l'extraction de l’or. . . 303
- Procédé de conservation des dessins du givre.... 303
- Influence de certains corps introduits en petites portions dans les métaux....................................334
- Liquéfaction des gaz ............................. 335, 351
- Soudure métallique spontanée.............................335
- Les poussières explosibles...............................350
- La dynamite et la gélatione explosive.............382
- Etude chimique du, chocolat.......................598
- Épuration des eaux qui ont servi au lavage des laines. 415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- La période humaine en géologie (R. Vion)............ 1
- Les perturbations magnétiques du 11 au 21 novembre
- 1882 (Tii. Moijreaux)............................... 23
- Effets de la foudre au sommet du Puy-de-Dôme (Alluard) 53
- Le niveau de la mer..................................... 54
- La grande crue de la Seine de décembre 1882 (Tu. Mou-
- reaux).............................................. 55
- La moraine du Champ-du-Moulin (S. Meunier) .... 65 La mission française du Cap Horn (G. Tissandier). ... 97
- Les inondations (Tii. Modreaux).........................129
- L’ouragan du 2 février 1882, observé à Paris ((G. Tissandier) ............................................177
- Sur les sons produits par le vent (Emile Sorel) .... 206
- _ Commission météorologique du département de Vaucluse
- (E. Margollé).......................................243
- La station magnétique de l’Observatoire du Parc Saint-
- Maur (Th. Moureaux).......................... 246, 276
- Une nouvelle théorie sur la cause des volcans.......275
- La météorite d’Alfianello...............................298
- Tremblement de terre dans le département de la Mayenne. 303 La récente éruption de l’Etna (Tedeschi di Ercole). . . 305
- Les mines de diamant du Cap (Fédéric Boxiiorn). . . . 311
- Le typhon des îles Philippines (G. Tissandier)..........339
- Observation du brouillard...............................355
- Observatoires scientifiques circumpolaires (A. Bellot) . 371
- De Paris à Rio-Janeiro en 42 minutes, 11 seconde (A. Re-
- dier)............_................................386
- Les vagues de la mer (Émile Sorel)......................393
- La crue de la Seine..................................... 15
- Magnétisme terrestre.................................... 15
- La météorite de Lodran................................. 31
- Coups de foudre......................................... 47
- La mission du Cap Ilorn............................. 79^
- Le fer d’Atacama........................................ 79
- Diffusion du manganèse..................................111
- Orage magnétique au Cap Horn............................174
- Les pâles d'extrême froid...............................174
- La pluie à Panama.......................................223
- Régime des eaux de la vallée du Rhône...................255
- Dépôt de nitrate dans l’État de Nevada..................270
- Les brumes de Terre-Neuve...............................270
- Nouvelle météoritique.............................. . 271
- L’éruption de l’Etna....................................286
- Histoire des météorites primitives......................286
- Vagues sourdes..........................................319
- Sources jaillissantes dans une maison d’habitation. 334
- Une invasion de crapauds................................382
- Les pluies extraordinaires..............................382
- Action de l'huile sur les vagues........................382
- Aurores boréales........................................383
- La mission du « Talisman » . . . .......................415
- Animaux quaternaires à Argenteuil.......................415
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- La nasique (E. Sauvage)....................... 16
- Le macaque albinos du Jardin d’Acclimatation (Paul Juil-
- lerat)................................................
- Le zonure géant (E. Sauvage)............................
- Parasites des mouches (de Courtois d:< Langlaoe) (Paul
- Mégntn) (A. Truan)........................71, 94, 128
- Richesse de la faune entomologique française........ 71
- Népenthes et Anthuums (Ch. Joly).................... 72
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Sur un poisson des grandes profondeurs de l’Atlantique.
- — UEurypharynx pelecanoides (L. Vaillant) . . . Une plante roulante dans la vallée du Kansas (États-
- Unis) (Dr Z...).............................161,
- Plantes introduites à Queensland (R. Vion)...........
- Le Masdevale à fleur de chimère (Masdevallia chimæra).
- Mantes et empuses (Maurice Girard)................ • •
- Les organismes microscopiques destructeurs des matériaux
- de construction (Parize)..........................
- Tète de lion.........................................
- L’expédition française pour l’observation de l’éclipse solaire du 6-7 mai 1883...............................
- Plantes sans terre et mousse fertilisante............
- Papillons de l’Amérique méridionale ; les Hœtères (H. Ga-
- DEAD DE KeRVILLe).................................
- Arbres géants du Turkestan (G. Capus)................
- La Locuste géante (IL Gadeau de Kerville)............
- Un nouveau lys, Lilium llarrisii (E. A. Carrière). . .
- Les animaux des temps primaires......................
- Un chardon monstre...................................
- Les fourmis à miel...................................
- Lait d'éléphant............................ ...
- Puissance élective des racines.......................
- Les poissons de Sénégambie...........................
- Les foraminifères du bassin de Paris.................
- Les algues fossiles..................................
- Rodea jurasique......................................
- La station zoologique de Villefranche-sur-Mer . . .
- Les microbes des poissons............................
- Le Dlastoscrinus................. ...................
- Névi'osilé de la Sépiole.............................
- Un parasite de la truite.............................
- Nouvel échinoderme . ................................
- Zoologie sous-marine.................................
- Les importations d’oiseaux en Nouvelle-Zélande . .
- Utilisation des diatomées............................
- Une invasion de crapauds . ..........................
- Température de la mer..................
- Une forêt de copal................................
- 131
- 234
- 186
- 200
- 209
- 231
- 232
- 240
- 271
- 321
- 356
- 576
- 585
- 31
- 47
- 95
- 111
- 111
- 112
- 126
- 127
- 143
- 158
- 175
- 191
- 225
- 239
- 256
- 271
- 503
- 334
- 382
- 399
- 415
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Exploration dans l’Amérique équatoriale, mission de
- M. Ch. Wiener . .........................• • • •
- Carte du relief de la France, dressée par Eug. Guillemin, d’après la carte de l’État-major (G. Tissandier) .... La mission française du Cap llorn (G. Tissandier). . . . Le voyage de la Vega autour de l’Asie et de l’Europe
- (G. Tissandier)...................................
- Le Tong-Kin.........................................
- découverte d’un grand lac en Afrique................
- L’expédition danoise en Afrique ....................
- 18
- 81
- 97
- 323
- 344
- 175
- 190
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- L’émigration aux États-Unis (L. Simonin)...........
- Les ruines de Sanxay (Yienne)
- Les « Guériments » ou souterrains préhistoriques de la
- Vienne (Brotier de Rollière)......................
- Une enfant velue................................... • •
- Les mutilations dentaires au Mexique et dans le Yucatan
- (E. T. IIamy)............................... • •
- Exhumation d'une ville romaine.....................
- La population de l’Allemagne.......................
- 198
- 225
- 266
- 384
- 403
- 95
- 190
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publics. — Arts industriels.
- Compteur d’eau, système Jacquet.............. • • * ^
- Le transport des navires par chemin de fer à travers
- l’isthme de Tehuantepec (L. Bâclé)........................ 6
- L’arrosage de la ville de Paris et les pompes Greindl. . 28
- Transport des navires à travers l’isthme de Tehuantepec
- (A. Sébillot).......................................... 46
- Séparateur automatique des eaux de pluie, système Robert.................................................... 52
- Les casernes, système Tollet (L. Bâclé).................... 39
- Le chemin de fer à voie étroite d’Anvin à Calais (G. T.). 69
- Utilisation du mouvement des marées (Gobin)................. 70
- Papier-dentelle. . ......................................... 72
- Fabrication des roues de wagons en papier comprimé
- (M. de Nansouty)...................................... 75
- Petite turbine pour haute chute de M. Bell.............. 83
- Le pavage en bois (G. Richoo)............................... 98
- Les moulins de marée (C. de T.)..................... 99, 227
- Le chauffage par l’acétate de soude cristallisé (A. Ax-
- celin)................................................101
- Un poste de pompe à vapeur à Paris......................104
- Application de l’acide carbonique aux pompes à incendie. 106
- Le cheval force motrice.................................... 106
- Mesure de liquide, système Monroy . . . . . ... . 109
- Un bicycle marin......................................112
- Le frein à air comprimé, système W’enger ...... 114
- Le mouvement perpétuel (L'ingénieur X...). . . . . . 122
- Origine des moulins à vents (G. Tissandier)................123
- La perforatrice hydraulique Crampton dans les travaux
- du tunnel sous la Manche (L. B.)............... . . . 133
- Un vélocipède à vapeur chauffé au pétrole............143,
- Un chasse-neige pneumatique...........................145
- Les origines de l’industrie (A. de Rochas) ....... 146
- Le reboisement des montagnes (P. Demoxtzey) 151, 182,
- 215..................................................260
- Balance-compteur, système Vincent......................157
- Les moulins de marée (E. H.)...........................164
- Le viaduc de Kinzua aux États-Unis. . . . . . . . . 165 ?
- Le sciage de l’acier au moyen du sable............... . 171 .
- Le Port de La Rochelle et le Bassin de La Pallice (L. B.). 171 Fourneaux à pétrole pour les usages domestiques. . . . 176 .
- Machine à vapeur américaine...............................191
- Le viaduc de Garabit en France et le viaduc de Kinzua
- aux États-Unis (G. Tissandier)..........................193
- La filtration industrielle. Appareils les plus récentes (G. ,
- Richou).................................................194
- Le tirage des voitures (E. Hospitalier) ........ 202
- Éclairage par l’air carburé ......................... . 208 ,
- Les origines de la machine à vapeur (A. de Rochas). . . 211
- La traversée de la Tamise en aval du Pont de Londres. 218 Chauffage économique au moyen des combustibles pulvérulents. Foyers et grilles Michel Perret (G. Riciiou). . 229 ;
- Utilisation des marées (G. D.)............................234
- Système pour éteindre une lampe automatiquement (A. L.). 255
- Bateau rapide de Raoul Pictet........................... 244
- Les canaux dérivés du Rhône (G. Richou)................. 257
- Le Conservatoire des Arts et Métiers. Nouvelle galerie
- des Arts graphiques.....................................267
- Locomotives, système Compound (L. B.).....................268
- Ascenseur de sauvetage pour les incendies.................273
- Les bateaux rapides (Charles Albert X...)............,. 287
- Poulies américaines en papier................. 293
- Nouvelle lampe des mines..................................294
- Les trains express en 1883............................... 506
- Mitrailleur de poche......................................308
- Frein Westinghouse modifié (Marcel Bodrdon)...............310
- « L'Hirondelle » nouveau véhicule (G. T.)..............320
- Chemins de fer. Rapidité de la pose de la voie en Amérique ..................................................322
- Moteur à vapeur domestique, système Daussin..............327
- L’Explosion des chaudières à vapeur (L. A. Levât). . . 330 Chemin de fer à voie étroite; la ligne de Ribcauvillé
- (L. B.).................................................331
- Les explosions de chaudière...............................345
- Tirage des coups de mine à la chaux (D’Andrimont). . . 346
- Lessiveuse savonneuse de Gaston Bozérian (L. I’oillon) . 347
- Un chemin de fer sur la glace (G. Bichou)...............349
- Canot vélocipède à hélice (Charles Albert X...). . . . 350
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Les tricycles à l’Exposition de « Slanley-Ctub » (Dr II.
- Marais).........*................................359
- Horloge sphérique dite Boule de Venise (P. Garnier). . 391 Altitudes comparées des chemins de fer de montagnes
- (L. B.).......................................... 399
- Le lançage du viaduc de Garabit (Ch. Talansier) . . . 401
- Les Phares américains (L. B.)........................ 569
- Pourquoi l'huile répandue à la surface de la mer en
- apaise les flots ................................ 14
- Tractions de voitures par des ressorts accumulateurs
- de force........................................... 14
- La fabrication des billes............................. 46
- Projet d’un grand pont sur la Tamise, à Londres. . 62 Bois de construction artificiel à base de terre cuite. 63
- Câble souterrain de Paris à Marseille.................110
- Un arbre moteur gigantesque...........................142
- Petites inventions et grandes fortunes................142
- Conférences de Berne pour l’unité technique des chemins de fer......................................... 190
- Le tunnel de la Manche. . ,....................... 206
- Un nouveau tramway à Londres..........................238
- Fenêtres à garnitures étanches........................239
- La mer de galées, la mer intérieure d'Afrique. 259, 367 Explosion des chaudières à vapeur.....................519
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Pèche d’un requin monstre à Saint-Paul............ 30
- Les viandes d'Australie à Londres................... 62
- Agronomie expérimentale. . 126
- Respiration des bestiaux...................... 22 i
- Les châtaigniers en Italie. . . ..................259
- La récolte des vins en Algérie....................255
- Les chevaux de l’Orégon...........................255
- Maladie du lait...................................255
- Régime des eaux de la vallée du Rhône.............255
- Le phylloxéra............................... 319, 399 •
- Nouvelles cultures de tabac....................... 334 j
- Phénomènes périodiques de la végétation...........351 ’
- Végétation de la vigne............................415
- Art militaire. — Marine.
- De l’effet de l’huile pour calmer l’agitation de la mer
- (L’amiral Bourgeois).................................... 39
- Les casernes système Tollct (L. Bâclé)..................... 59
- La trière athénienne (Contre-amiral Serre).................119
- Eclairage électrique du navire cuirassé « Le Redoutable ». 157
- Les bateaux torpilleurs....................................406
- L’huile et la tempête...................................... 31
- La course du thé...........................................582
- Hygiène scolaire. Les conditions de l’audition dans l’école
- (G. Ricnou). . . i..................................155
- Influence des attitudes sur les déformations du corps. . 214
- Sur les sensations tactiles (Parize)...................274
- Mécanisme de l’attitude verticale (Dr Ad. Nicolas). 378, ' 411
- Une enfant velue.......................................384
- Le photophore électrique frontal.......................416
- Le mal rouge des cochons............................... 31
- Etude de la rage..................................... 47
- La vaccine du charbon. . ............................. 63
- La rage................................................ 63
- Hérédité du charbon.................................... 65
- Greffe iridienne.......................................127
- Veau froide dans la fièvre typhoïde....................127
- Action physiologique du chloral. . .................159
- Rapidités des sensations olfactives....................175
- Etude des nerfs vaso-moteurs...........................191
- La flanelle électrique.................................253
- Atténuation des virus par la chaleur...................225
- La vaccination anticharbonneuse à Turin. . . 319, 415
- L’anesthésie par le protoxyde d’azote..................366
- Le choléra des poules..................................567
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Aéronautique.
- Propulseur dynamo-électrique pour aérostat allongé (G.
- Tissandier)............................................136 ’
- Le centenaire do la découverte des aérostats...........174 \
- L’escapade d’un aérostat (Jules Eloy)............. 223, 230
- Ascension du ballon « L’Horizon ». ....................267
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Henry Draper........................
- Les origines de l’Industrie (A. de Rochas)
- Sédillot (G. Felizet)...............
- Le baron Cloquct....................
- Le Dr Bertillon.....................
- Le Dr Lasègue.......................
- Albert Dunand.......................
- Pierre Carbonnier (G. T.)...........
- M. Roche............................
- Hommage à M. J. B. Dumas . . . .
- Un monument à Darvin................,
- Histoire des mathématiques..............
- La médaille de M. Gaston Planté. . .
- . . 59
- .. . 146 158, 4R0
- . . 225 ;
- . . 238
- . . 275 . . 318 . . 550 . . 351 i 31, 49 !
- . . 110 ; . , H2 j . . 142 1
- La culture de la soie en Hongrie........................... 54
- La récolte des céréales aux Etats-Unis................... 58
- La conservation et la dessiccation des fruits (Ch. Joly). 86 La récolte du vin en France et les cultures maraîchères. 103
- La culture des Bruyères : Erica Cavendishiana............113
- Le reboisement des montagnes (P. Demontzey). 151, 182,
- 215...................................................260
- L’agriculture en Californie. . . . •.....................166
- Un nouveau légume. La ficoïde glaciale...................174
- La culture de la truffe (Chatin).........................207
- La forêt de cèdres de Téniet-el-Ilaad (Algérie) (E. Tiiutat). 241
- Plantes sans terre et mousse fertilisante................271
- La consommation du lait à Paris (A. Larb.alétrier). . . 291
- Le jardin d’Acclimatatîon d’Orotava (Canaries) (P. Fischer) . . .....................*..........................295
- Utilisation du vent pour battre le beurre................504
- L’élève de la truite dans les Vosges (Ch. Giiad). . . . 341
- Sociétés savantes. — Congrès et associations I scientifiques. — Expositions. i
- Association scientifique internationale (F. Zurcher). . . 2 )
- Académie des Sciences, séances hebdomadaires (S. Meu- ;
- nier), 15, 31, 47, 65, 79, 94, 110, 126, 142, 159, 175, )
- 191, 207. 223, 239, 255, 270, 286, 303, 319, 335, 350, !
- 566, 383, 398 ....................................... 415 [
- La médaille commémorative de l’Exposition d’Electricité
- de 1881............................................. 80
- Réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne...........291
- L’Exposition internationale coloniale d’Amsterdam (F. W.
- Krecke) en 1883..................................... 365
- M. Ferdinand de Lesseps et la Société de Géographie. 30 Conférences de la Sot'bonne............................. 79 .
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- TABLE DES MATIÈRES. Vïl
- Exposition d’électricité à Vienne. ..........................126
- Confèrences sur l’électricité................................302
- Exposition d’Électricité de Vienne...........................414
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Les héros du travail (G. Tissandier)................. 11
- L’invasion de l’Angleterre par le tunnel de la Manche. 24
- L’hiver (composition de M. Giacomelli)............... 40
- La médaille de M. J. B. Dumas (J. L. J amis)......... 49
- Les jouets mécaniques (Dr Z...)...................... 77
- Le pacha décapité (Dr Z...)..................... • • 0o
- Le joueurs d’échecs de Robert Iloudin (A. de Rochas). 123
- Le patinage à la voile en Danemark................293
- Prix Volta à décerner en 1887........................ 14
- Transport des lettres et journaux par Vadministration des Postes.................................... 30
- Danseuses électriques............................. 62
- Etymologie du nom des billes (Numa Béguin)........ 71
- Paupérisme à Londres.................................. 0°
- L'alimentation dans l’armée anglaise.............. . 95
- L’industrie du sable..................................142
- Les falsifications, histoire de (quatre mouches . . . 142
- La consommation du tabac en France...............319
- liai de la Société des Amis des Sciences..............334
- Inauguration du nouveau musée de l'Ariège. . . . 334
- École de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris...........................................414
- Bibliographie.
- Notices bibliographiques, 3, 22, 35, 51, 74, 114, 139,
- 158, 187, 202, 230, 267, 282, 295, 326, 362 . 385, 391
- Les héros du travail (G. Xissandier).................... 11
- Les récréations scientifiques (G. T )........ . 48
- Un traité d’embryologie................................... 15
- Correspondance.
- Application domestique de l’électricité (J. Laugé). . . 10
- Sur les propriétés antiseptiques du cuivre (G. Margat). 10 M. le professeur Louis Palmieri (Negretti et Zambra) . . 30
- Transport des navires à travers l’isthme de Tchuantcpec
- (A. Sebillot).......................................... 42
- Conductibilité du son par les corps solides (Gobin). . . 70
- Utilisation du mouvement des marées (Gobin). ... 71
- Etymologie du nom des billes (Numa Béguin)............ 71
- Parasites des mouches (de Courtois de Langlade) (P.
- Megnis) (Alfred Truan). .....................71, 94, 128
- Les moulins de marée (E. II.).............................164
- Sur les sons produits par le vent (Emile Sorel) .... 206
- Physique amusante. Une voix mystérieuse (Goy). . . . 221
- Usages conservés par la tradition (D. Bellet).........222
- Confection d’un grand cerf-volant servant de signal (T»
- C. Rarier)............................................ 222
- Sur les plantes roulantes (G. Capus)..................234
- Utilisation des marées (G. D.). ..........................235
- Système pour éteindre une lampe automatiquement
- (A. L.)............................................... 235
- Mouvement gyratoire du camphre sur l’eau (Em. Door). 282
- Sur quelques phénomènes d’optique.........................283
- Frein Westinghouse modifié (Marcel Bourdon)...............311
- Origine du mot Guériment (D. Bellet)......................330
- L’Explosion des chaudières à vapeur (L. A. Levât). . . 530
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 160, col. 2, ligne 1. Au lieu de : Réveil-matin,
- il faut : Réveille-matin.
- P. 165, légende de la gravure. Au lieu de : le plus haut du
- monde, il faut le plus haut du Nouveau Monde.
- Page 171, col. 2, ligne 2. Page 275, col. 1, ligue 42.
- o'd'c.’ "f;
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- ' c: i -- -* CV‘
- -
- Imprimerie A. Laliure, 9, rue de Fleurus, à Paris,
- N)
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- Au lieu de : La Palice, il faut La Pal lice.
- Au lieu de : le trou n’en est pas moins, il faut : le truc n’en est pas moins.
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